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LE

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LES MAÎTRES DE !.'ESTAMPE AU

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HISTORIQUE

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MADAME ÉLISABETH , SOE UR D E LOU IS XVI
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Sommaire du
Comte e d'ARMAILLÉ
\ITE'-'-E 11'.\11\1.\ILLI. ,
(;E\1.IUI. Ill, .\1 \IU&lt;OI .
l'RtUf Rit ~ LOI.IH . . . . •
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l'11. (j111 L\ 1&gt;1 . TllRl\f.,
J1&gt;s1 ,1•11 TL'l(l!l \\ , • . •

La . ml?ison de Madame Elisabeth .. . . .
J\lemo1res . . . . . . . . . . . . . . . .
Les femme d1;1 econd Empire: La prince e

1 11,1
1,u

de J\terte rn,ch .
. • . . . . . . . .
La n;io~t d'une reine . . . . . . . . .
. :
La vie IJ- bord au temps de Croisades et des
pè!errnages d!-1 moyen ûge . . . . . . . . .
Le heutenant-c1vil. Ureux d'Aubray

..
Les Femmes de !'Emigration . . . . . . .

c:fo

Cm11•. 1w Sn.i R

Fredéric Il. . . . .
Comment on traitait la Pest~ d~ns 1•~n~ie~

IIF\lff Hol)o\ . . . .

c~!:g~rd · : : : . : · · · : : : : : : : : · ·

Rom 1n Fu .1,,

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111 r1111. .

J,· l'.lr.1Jtmle FrJ11 · .1/se
F1&lt;ù1î RI&lt;; IJ11 1. \ Il. •

1:11 ,,sr 1&gt;.u 1,1.T.
.\1.ll 1&lt;11 1.

• •

Ut .\IOL 'LI\

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ILLU TRATIO S

,

•
maison
de Madame Elisabeth

Vie et mort de I armëe du R.bin : Journal
d'un témoin . . . . . .
Mademoiselle de Circé .
Le caractère de Lou is X

0

D APRl,;8 LF.S TABLEA UX. DESSINS ET ESTAMrES Dl! :

JJ11:1~1L\I I. fü.11.1 \&lt;~~·• llEl ,Ll.11111, l.\l&lt;l'.\C('JO. ('r.;-.u Il&gt;, ÙLUl 'C (&gt;l ' l&lt;T. Ut 1. 1\'\'I V.
l:Llf; 111;1.11'\I\, hRIS"IIEI&lt;. 811111, &lt;,R&lt;1', f,ltH'\, \1.u:IJF.I.IIXt llo11rn1.,111~.
-~.-F. l.1. l1t,1 • •'1_1Hy • .\lus&gt;-&lt;1 \11.1&lt;. 01 rnw.1111:. P1 ,r11-&lt;im.11u,, f-lp1,.m1 . 1,1111.1.
Sn H&gt;rnl ,, .\t•• \ lt1El,-L1: Burx, .\. " \I Il □(, .\ 11011•1m \\'Eisz. \\'l'llJ 1111,\1.H.K.

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'flRi:&amp; BN C,HIAlt:O ,

., I.\IJ.\.\11; LLJ:.\llLTIJ. s,cur

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SOMMAl~B du NUMÉRO 133 du JO mars 19 11

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PHÉ\'OST, de l'.-\cndcmie f~:inçaisc. C: Adjudant. - Jlr)IRI OP. Htlt:-.'IER

Je l ,\cndcm1c

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Ames fémi nine
1) S. La vie
la
mort d'une danseu e.
,\!•· ï.1· 1Al'E \IE.TREl'H. ni..-ora.
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,\ l'DOl'X ~1ère et fille. - PA, 1 uonua,r. de 1'1\ c.adémic francm. c. t•atuJté
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L"apparlt•menl dt• "ad.troc i::1i abetb à Yeraillt occupait Ioule l'ritrémité de l'aile
méridionale du cbàtcau. l.rs innmtairu.s Je
ri:po,p1c en rctrac1•nl minutieusement la di Jriliution et l'a111e11l1lcme111. Voici d'abord h1
pr mii•re antirh.1ml1r1!, ,,. barHpll'lte. couv rle d'omrarrc. de la ~·a,0111wrie, ,un •raud
lu.Ire de frr et e. para,·ent de toile d'Alt'll~·on cramoi~i ; poL la deuxième anûrhambr•.
,nec~• portière de char à or, 1• talurnrct
de pannr, r ::ran,J.; fauteuil. "aroi~ de l'lou
doré,, t• rideau de "ro d • Tour. , . t:s commoJ · pl. quée de lini, de ro,e d de , iolcttc,
; portant el rhaus. on. de cui\re dor ·, à
11 ,.,u. Ji, marbre brèche d'Alep. Au milieu
J •la. aile e. l une Lai.ile a\', c undicll • écritoire
J'ar1re11l. r&gt;c œlle pièce, 011l'on dr .,ela nuit.
,lerrière Ir paran•nl ·, le. lits de veille d
femme. de cr\'Ît'.è, on pa,, • dans le Lioel
ou chamLrl! de~ nohl . Ici le meubll! e l de
dama· de Grnr. i:arai de fran"I'-' d'or. Il y a
douze ploiant de ,·elour~ de oie cram11i,i .
han les cn~ignure ·ont d •· con l • de
marc111eterie el de bronze Joré. La chemin :e
est immense. Le frux, le "irandole,, le
• hra •onl du m1•m , l le que la pP.ndule en
marlire 1,l:m , 11ui repré;.mtc un portique
1farchitcclure orué dau~ la fri • d • lroi · l,a,r •licf-. l'un caract :ri~ant la l'ai , l'autre
l'.\Londanc , le lroi. ième la Gloir •, ou J,
Irait. d' II •nri l\'. C'était celle alle qui précédait la dmml,r' à ,·ouchcr. La roilà, toute
tendue Je 11d11ur Je ,oie roll"• el de tapi. ,crÎP. de B1·au\a.i .. L, lit à la duche. e occupe
le milieu, a"c ; ~ • pente , se honues gr.let-~,
rideaux, .e· cantonnière , c, liuul(uel ·
d, plume:- el J'ai ret11·1-, s •.· rarreaux, .e&lt;
courte: -pointe . . cl sr~ marchepied .. Au fo11d
de I chamlir , hrille un cornmoJI.! de marqueteri • à de u. de m:irl,re vert d ampan.
En uite wnaienl le grand caLintl en "rus de
Tour· l,lane L Lieu, I;, ~alli, d • LillarJ cl le
boudoir. dilideu .e p~lilc pire• dout le fcnètr.. ~ donnaient . ur l'élan" de, :ui · el
sur l'a,·(•uue de i111-C r.
Chaque oir rtl appart •ment, enrichi d·ohjcts d'arl, de talill'au ,igné de plu~ "rand
mailr' , . ïllumioe d l' 'chi d~ lu Ir· cl
Je;. torcbi•re,. ln (IC!Nlllnd de tl'nl qnatr ,_
,iugts per ·u1111e ayant char..!e. dt: cour formait la mai. on Je la pri11ct,.e, ,an. compter
celle- ')Ill Jépendai ·nt de, ~curie. et d •" .er,ïc, e tfrieur ·. Quinze femme d· cbamlire
enaient )fodacne Ûi ahc1h : plu~ieur appartcnail'nl à di-, famill-s nobl,· .. · 11 entour:ige
l\'. - HtnoAu.- Fasc ~,.

.e rorupo~ait, apri·. la dame d"bonneur el la ttail cependant dl'venue l'âme de la rolerie la
Jamc d'atour , de huit d3mc, pour accom- plu· recbcrcb: de . on temp~. l\l lui 3,aiL
Jl3"11Cr; c' :1air11l llmc · de '••ran. Je Bo11r- comm11oi11ué . a fihrc dïntri;\UC et ou
J,·ille, de Cau. au .• de Ca11illac. Je Tilh. de ••01)t pour la Jomin lion .... .'ul ne douta ,
lelrort, J'lméconrt •t de 801111Jt!llc . Celle lor,qu'ellc fut nommé dame Je Yadamc
der11ièrcélait sa compagn d'enfance. Le comte f;li,abelh, qu· 11 • ne par,int facill!ment à
de Coi:mr était cbcialirr d'honneur; le comte
'emparer de l't• pril de la jeune princr. se et
d' Adhr.~~r. pr1•mier 1· 'U)er; le comte de à la ·oumeltre à
vue .. Peut-èlr · l'D titaitPoJenas, écunr . r111111. llaJan,e Eli:alwth 1.'lle con,·aincue Ioule la prl'mii•re . .'éanmoins
a,·ait Jem . t•èr 1taire. de$ commandement.. il fallut reconnaîlr flUC les projet . de la" do)Ill. )1,·. 11ard de Cbou~,i et Tourteau d'Or- minante 1'omte . e. ehri~ient contre la rnlonlé
1illier~: un pa"e, J., rom te ,\Jall,ert de Cha- tranquille, mai ferme, de lladame Éli~abeth.
mi .:ot; un bihliolhécair,,, l'acadén1icit'n La jeune prin ·e
entendait rester étranCh,1mfort; un aumùni r. l'abùé )faùiL·r. Le
ère à toute iolri11 ue de cour et de politi(Jue,
comte de Vernon diri"rait ~es t;curie .
et demeurer mailrl's ·r de choisir ~e. ami et
A la tèle de celle mni!&lt;OII, dont Sl' ·unlrn- si· con. ciller .• a d1ilPrminalion fut comlcraiL uu. OU\crain de no jour , 1:lait une de
pri~e, el acceptée an!C un rerlain dépit. li
femml' · k plu: remarquable· par leu r e pril ré ulta de r •lie ituation entre la jt•UJJe prinde la cour de LouL XVI. n etH dit que ce ces.cet la rlame d'honneur, des relations fort
roi, crai1rnanl de \'Oir. 3 .œur inclio r ver le ré~crvét's d'an cùt :, t fort embarra. ée de
l'autre. La comte. e Diane e \"Cll~t'a .ourdcment, dit-on, par cp1clqu · cri1 i_qm.-, :ur la
fürure et la toilctte d ~ladamc EILahclh, cl
par une in ouciance affeclée de de,oir de sa
char• . Tuute' 1· · deu néanmoin étai 111
trop ;ntdli 11enles pour ue_ pa arnir méoag •r
le apparen ·. liadame Eli . a~tb prisait hanlem1:nt l"c,prit d • hne IJiane de Poliirnac;
c li d rnière sa,·ait à l'oeca~io11 r1•ndre bomma e à t' · hauie Yerlu ,
En r ranchl•, nou ,·o)OOs JJadamc Éli ·aLeth l :moigner une ,ire atîectioo à la plus
à ée de s autres dame , Mme Je :oran.
aulrl'fois dame de .füdamc Clotild •. )loin inllutnle dan- le monde de ce 1.. mp~ que la
comte!. e Diane, la marqui 1• d,• :oran était
cependant lr~ appréciée à la Cour el il Pari~.
où son ~Ion était r cb1m:bé de. l'au. eur t•l
dé· gens de lettre·. La llarp , qui était un tle
~e enilt-ur · a:sidu., l'app ·lait. dan la
lannue mylholoai']UC du &lt;lix-buitii•me sièdl',
la mère drs ,lmour. Enc-0re julie. mervdl[ ,u · •ment Lit•n pri~e dans .a tailll! mior1•,
poudr~e et coiffée à ra\'ir, lfme dt• 'oran était
une de t't' ra,·i ·ante p lite ,icille qui ont
di,,paru avec l'ancien régime, et qui avaient
M.AUUIE J.1.1~.lllF.TII.
allier une innocente co11uetlerie à une vertu
TJ.t/tJu Je \lme \ '1,,1,; r.-Lt: flRt :s.
, n reproche.. On la vopit rarement ,an n
fille ainée Delphine, 11ui fut mari1:e ensuite
au coml◄' de Clermont-1onn •rre el devin!.
clorl re. a,-ait choi~i •1pr~ la comtt~. e llian
comme ,,a m• r •, dame de \ladamr l~li~ beth.
tic Polh1ac pour la ramener au monde el à Il ·lpbine, mie vers 1ïû6, fill •ule du prince de
, · ambition . ',in fortune cl ·an" éléga111,e 1 Condé l!l de \Ille de für an, a,ait grandi ]'r~
« laide t-ll perft&gt;Ction aurait pu dire d' ,Jle de œur~ du !loi. Elle ê!ralait . a mère en
~aint- i111on. la comtc.s~e llian de Poli nac ,hacîté, en grâce eten intelli nence, n'irrnorait

�1f1S T 0-1{1.Jl
rien des anecdotes de la cour, racontait a,,ec
tact, et possédail au plu haut degré le talent
de se montrer aimable sans banalité et amuante sans trop de malice.
La figure de Mme de Causans _se dessine
grave et au lèrc près de )fadame Elisabeth, à
côté de celle de la comtesse Diane de Polignac
et de la marquise de Soran. Mme deCausans,
connue et estimée du roi depuis longtemps,
passait à la Cour pour avoir reçu 1~ mission
de surverner la maison de Madame Elisabelh,
tout en ne portant que le tiLre de dame, pour
accompagner la jeune princesse. Autour de
celle-ci personne ne s'étonnait de ce choix et
ne songeait à se dérober à celle autorité
lacile. Mme de Causans deviul ainsi pour
Madame Élisabeth une lroi,ième institutrice,
et mérita d'elle une tendresse respectueuse et
filiale. Cette affection d'une jeune fille de
quinze ans, entourée de toutes les séductions
d'une haute situation, pour une personne
déjà âgée et attristée par les épreuves d'une
vie sévère et difficile, est trop touchante pour
ne pas nous obliger à en signaler quelques
traits, malgré la simplicité qui les caractérise.
Mme de Causans, veuve et presque sans
fortune, n'avait accepté de place à la cour que
dans l'intérêt de cinq enfants qu'elle élevait
péniblement. C'était dans ce but, et pour
obtenir la protection royale, qu'elle avait
abandonné une vie patriarcale dans sa terre
defamiUe. On fils et trois de ses filles l'avaient
accompagnée à Paris, où elle habitait, rue de
Grenellt\ no mode,te appartement, auprès du
couvent de Panlhemont. Ses filles étaient
chanoinesse du chapilre de Saint-Louis de
Metz, el portaient, sdon l'usage ancien, des
noms venant de terres de leur maison. L'une
s'appelait la comtesse de Vincens; la seconde,
la comtesse de Mauléon; la troisième, encore
enfant, la comtesse d'Ampurie. Les prescriptions du chapitre de Metz les obligeaient à -y
passer huit mois de l'année. Le reste était
consacré à leur mère, qui les amenait à Ver~ailles, où elles se partageaient son appartement pendant la durée de son service. Une
vieille et dévouée servante leur tenait lieu de
gouvernante. Madame Elisabeth, instruite de
la tristes e de leru sort, dJsira les connaître,
et voulut les attacher à sa petite cour. ~lais
leur mère se montra opposée à cette intention généreuse. « Pourquoi, disait-elle, rapprocher mes enfants d'un monde qui n'est
~as fait pour elles? &gt;&gt; Elle apprit à Madame
Elisabeth que Mme de Mauléon avait déjà sa
place au novic-iat du Saint-Sépulcre, à Bellecha.se. « Et Mme de Yincens, s'écria la princesse, pourquoi de songez-vous pas à la
marier? elle est si gaie, si aimable! &gt;&gt; Mme de
Cau ans apprit alors à la princesse que sa
fille était fort désirée, en effet, par un homme
distingué, et qu'elle aimait le marquis de
Raigecourt, mais que, ne pouvant la doter,
elle la destinait au même état que sa sœur.
~fadame Élisabeth rompit l'entretien et de-=

meura rèveuse. Celte infortune si noblemPnt
supportée lui in. pi rait un profond intérêt,
tandis que la pensée de cette jeune fille, condamnée à porter au pied de l'autel un cœur
brisé, rémltait son àmc. Elle eût voulu la
dérober à un sort aussi cruel; mais, sarhanl
qu'elle ne pouvait disposer de sa fortune, elle
se lroU\'ail pamrtl pour la première fois de sa
vie. Une idée . 'empara d'elle. On touchait
alors au terme de l'année, et elle allait recevoir en étrennes une somme de trente mille
livres, de tinée à compléter son écrin. Ce
cadeau du roi devait se renouveler tous 1cs
ans à pareille époque. Elle se fit apporter ses
diamants, qu'elle s'était jusqu'à ce jour proposé d'augmenter avec le plaisir ordinaire à
son àge, et vit resplendir ces boudes d'oreilles
en girandoles, ces agrafes de corset, ces
gerbes de brillants, ces émeraudes en poires
et ces esclavages de perles, tous d'une extrême
richesse, mais de forme ancienne et démodée.
Le grand luxe de. princesses était de porter
une parure de pierreries ditférenle à chaque
grande Iête, el l'on sait quel éclat en résul- '
tait, et quel prix les dames de la cour attachaient alors à ces fastueux ornement . Quand
elle eut remis fes cassettes aux personnes
chargées de les garder, elle se rendit chez la
reine sa belle-sœur. « Promettez-moi, lui
dit-elle, de m'accorder ce que je vais vous
demander. » Marie-Antoinette hésite et questionne la jeune princesse, dont l'émotion était
,·ive. « Eh bien, lui répond-elle d'une voix.
c&lt; tremhlanle, Mme de Causans pourrait ma&lt;r rier sa fille; mais elle n'a rien à lui donner
« et je voudrais la doler. Il faudrait cinc&lt; quante mille écus. Obtenez-moi du roi qu'il
« m'avance pour cinq ans les trente mme
11 livres qu'il me donne Lous les ans pour
« mes diamants, et, ajoute Madame Élisabeth
« en rougissant, mes vœtu: seront comblés 1 &gt;&gt;
Elle eut bientôt la réponse, car le roi était
entré pendant la conver alion. Il avait loul
en tendu et il accorda tout. Mlle de Causans
épousa ainsi M. de Raigecourt.
Ce ne fut pas la seule victoire de l'aimal1le
princesse sur la sévérité maternelle de sa
vieille amie. La seconde fille de Mme de Causans avait, mal!ITé son intention d'entrer au
couvenl et la défense absolue de sa mère, un
-vif désir d'entrevoir la cour de Mme Élisabeth. Un soir, il y avait réunion dans le salon de la princesse; on jouait aux ombres
thinoi es. Elle dirigeait les ombres, et les
dames, à tour de rôle, étaient appelées à deviner le nom des personne qui passaient
derrière la toile. La marquise de Causans
était de la partie. La princesse envoya secrètement à une femme de Mlle de Causans l'ordre formel de l'amener de s~ite, sans lui
permettre de changer de costume. Cette per·onne obéit. Mlle de Causans, dont le cœnr
ballait vivement, traverse les appartement~,
assez embarrassée de la simplicité de ses
ajustements. Tout à coup, une porte s'enLr'ouvre, Madame Élisabeth parait, arrange la

coiffure de la jeune fille, drape une mous eline sur sa robe, lui enseigne rapidement le.
attitudes à prendre et retourne au salon.
llienlôt une ombre charmante se dessine sur
la toile, passe et repasse en s'acquittant des
révérences de cour avec une parfaite connaissance de l'étiquette. Les spectateurs intrigués
cherchent en vain le nom de celle gracieuse
apparition. Seule, Mme de Causans a reconnu
la taille et les traits de sa fille. Mais comment supposer que la petite novice du SaintSépulcre, qui ne sait ni danser, ni saluer,
qui n'a d'autre parure que son ruban de pensionnaire el sa croix. de chanoinesse, soit arrivée derrière cette toile, bravant les plus
rigoureux des ordres. Quelques minutes d'hésitation se succèdent; enfin, la mère, o[ensée
mais ravie, devine, se lève et s'écrie, s'adressant à la princesse : (&lt; Ah I Madame I quelle
trahison! , La joie f ul très vive de part et
d'autre, et la future religieuse, présentée
ainsi à la cour, emporta le sou venir de cette
jolie scène, qu'elle aimait à rappeler à sa
jeune sœur, lorsque la Révolution, la chassant du cloitre, la rendit à la vie de famille.
C'était ainsi que Mme Élisabeth formait
des amitiés parmi ses nouvelles dames, tout
en conservant son affection pour ses premières institutrice . Ces dernières nous apprennent que leur élève chérie, en prenant
son rang à la cour, s'était tracé cc une sorte
ci de règlement, prenant dans sa conscience
« la volonté d'exercer sur elle-même la surf! veillance que ses maitresses n'exerçaient
« plus. On la vil conserver ses maîtres, leur
« montrer plus de docilité, continuer à visi« ter régulièrement ses tantes, con acrer le
cc même temps à l'étude des langues el des
11 belles-lettres. EUe avait
es heures mar« quées pour la prière, pour la méditation ..• .
• Le goOt que, dès son enfance, elle avait
« montré pour les mathématiques, avail été
« cultivé. A.près Le Blond, son professeur Iut
(( Mauduit, émule du célèbre Lalande. » (Ileauchesne.) La famille de Mau duit conserve de la
main de Madame Élisabeth une table de logarithmes fort ingénieuse et dont parle avec
éloges une lettre de Callet, directeur de la
marine au collège de la ville de Vannes.
Cet attrait d'une jeune fille pour une science
aussi aride que les mathématiques n'était pas
rare à une epoque ouverte à tant de curiosités nouvelles. Comme plusieurs de se contemporaines, Madame Éli abeth obéissait à
l'un de ces mouvements de l'intelligence qui
se manife Lent surtout à la vei11e des grandes
crises sociales. Les sentiments pieux dans
lesquels elle avait été élevée ne l'avaient nullement isolée des progrès de son temps, et la
nature sérieuse et positive de son esprit la
dispo ait à s'intéresser aux connaissances
utiles, aux découvertes et aux travaux des
savants distingués et des hommes d'élite qui
préparèrent, à la fin du dix-huitième siècle,
les bienfaits de la civilisation avancée dont le
nôtre a si amplement profité.
COMTESSE

... 290 ....

o'AR;\1AILLË.

DEUX AMIS. -

Cliché Kubn

Tal&gt;le.iu Je ,\IEl~SONJER.

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITl{E VII
Division de l'armée russe. _ Bagralion ~thappe à Jêrùme. - :!!arche sur la Dü.na. - Attaque infructueuse de Dünabourg. - Je culbute deux régi~enls di:! Wiu.genstcin sur la Düna. - Nous nous
separoos de la Grande Armêc. - Composition du
2• corps.

D~s les premiers jours de notre entrée en
~uss,e, les ennemis avaient commis une faute
enorme en permettant à N3f.oléon de rompre
leur ligne, de sorte que la plus grande masse
de leurs troupes' conduite par l'empereur
,U~xandre et le maréchal Barclay, avait été
reJetée sur la Düna, tandis que le surplus'

commandé par Bagration, se trouvait encore
s_ur le haut Niémen, ,·ers llir, à quatre-vingts
lieues du gros d~ leUJ' armée. Ainsi coupé, le
~orps de Bagrallon chercha à se réunir à
l e~pereur Alexandre en passant par ~Jinsk ·
mais Napoléon avait fait garder cc point im~
p_ortant par le maréchal Davout, qui repoussa
v1v~'.11ent .~es Russes et les rejeta sur Bob~u1sk qu il savait devoir être gardé par Jér.ome ~oo~~art~, à la tête de deux corps dont
l effectif s eleva1t à 60,000 combattants. Bagration allait donc ètre réduit à mettre bas
les arr:ies, lors9"°' 'il fut sauvé par l'impéritie
de Jérome, qui, ayant mal compris les avis

que D~~out lui avait adressés et n'acceptant
pa~ d ailleurs de reconnaître la suprématie
qu un~ longue expérience et de grands succès
donnaient à ce maré.chal
de son
.
' ,•oulut aai'r
o
hr
~ e et man~u vra s1 mal que Bagration échappa
a ce. premier danger. Cependant Davout
le .suivant avec sa ténacité ordinaire' , 1e reJ01• .'
g~t sur 1a route de Mobilew, et, bien qu'il
n eût en ce moment qu'une division de
12,000 hommes, il attaqua et battit les
36,_000 Russes d: Bagration, surpris, il est
vrai, sur un lerram trop resserré pour qu'ils
pussent se déployer et mettre en action toute
leurs forces. Bagration, ainsi repoussé,

a11!

�ms TO'Jt1A

.JJf É.M011fES

passer le .Bvrysthène, beaucoup plus bas que
Uohilew, à No,•oî-.Bychow, el, désormais à
l'abri des allaques de IJa,·out, il pul enflll
aller rejoindre la grande armée russe à Smolen k.
Oan~ les marches cl conlremarches que fil
IJagration pour échapper à Davout, il surprit
la hrigadt1 de cavalerie française commandée
pa1· le 0t!uéraJ .Bordesoulle el lui enleva tout
le 5e régiment de chasseurs à cheval, dont
mon ami Saint-Mars était colonel.
La prise du corps de Ilai,rralion aurait eu un
résultat immense pour Napoléon; aussi sa
colère contri:: le roi Jérôme 4ui l'avait laissé
échapper l'ut-elle terril.ile! 11 lui ordonna de
quitLl!r i,ur-Jr-champ rarruée el de retourner
eu Westphalie. Cette me,ure rigoureuse, mais
iudi~pensaLJe, produisit dans l'arruéc uu effet
lrè défal'orahte au roi Jérôme; ccpèndant,
é1a1t-1l le plu coupable'! on premier Lort
était d'avoir pl!usé que sa dignité de soui•ei·ain
s'opposait à cc qu'il reçût 11!s avis d'un simple maréc.:hal. Mais l'Erupereur, qui savait fort
bien (!UC ce j1June prince n'avait de sa ,·ie
dmgé un seul bataillon, ni assisté au plus
vctil cowbat, n'avait-il pas à se reprocher de
lui avoir conlié pour son délJut une armée de
60,000 hommes, el cela dans des circonstances aussi graves'! ... Le général Junot
remplaça le roi Jérôme el ne larda pas à commettre aussi une faute irréparable:
A. cette époque, l'tmpereur de Russie
emoya vers Napoléon le cômte de Balacholf,
l'uu de ·es ministres. Ce parlementaire trouva
l'empereur des Français encore à \\ ilna. On
n'ajamais bien connu le but de celle entrevue.
Quelques personnes crurent qu'il s'agissa.il
d'un armistice, mais elles furent promptement détrompées par le départ de M. de BaIacholf, el l'on apprit bientôl que le parti
anglais, dont l'influence était immense à la
cour et dans l'armée russe, ayant pris ombrage de la mission donnée à ~{. de Ilalacbolî, et craignant que l'empereur Ale:xandre
ne se laissà.t aller à traiter avec Napoléon,
avait hautement exigé que l'empereur de
Ru sie s'éloignill de J'arm ée et retournà.t à
..,aint-Pétersbourg. Alexandre accéda à ce désir, mais il tin l à ra\)peler égalemen Lson frère
Corn,lantin. Laissés à eux-mêmes et stimulés
par !'Anglais Wiliwn, les généraux russes ue
songèrmt qu'à donner à la guerre un caractère de (érooité qui pti t effrayer les Français.
Ils prescri,~renl donc à leurs troupes de faire
le désert derrière elles, en incendiant les
babîtations et tout ce qu'elles ne pournient
enlever!

de passer le fleuve et d'.iller sur la rive
droite attaquer en queue Wittgenstein. Mais
relui-ci, en s'éloignant de Dünabourg. y avait
lais é une forte garnison el une nombreuse
~rtiJlerie. Mon régiment faisait comme d'habitude l'avanl-garde, q uc le marérbal Oudinot dfrig •ail en personne ce jour-là.
Dünabourg esl s;tué sur la rive droite:
nous arri\'io11s par la gauthe, qui est gardée par un ouvrage considérable ervant de
tète au pool de communication situé enlre la
place et l'a\·ancée tt ue sépare le lleul'e, très
large en cet endroil. A un quarl de lieue des
fortilkations. qu'Oudinot préLt:&gt;ndait n'être
pas garnies de canons, je trouvai un bataillon
russe, donl la gauche s'appuyait à la rivière
et dont le front éLaiL couvert par les haraques
en planches d'un camp abandonné . .\.insi
posLé.s, les ennemis éla ii&gt;nt fort difficiles à
joindre. Le maréchal m'ordonna cependant de
les attaquer. Aprè · avoir laissé à l'intelligence
des officiers le l&gt;oin d'éviter les baraques en
passant par les intervalles qui les "éparaient,
je commande la charge. Mais à peiue le régiment a-t-il fait quelqurs pas en avant au
milieu d'une grêle de hallt&gt;s lancéPs par les
Ianta. i:ins ru~.es, que l'artillt'rie, dont le
marétbal avait nié l'existence, tonne avec impétuosité du hmt des furtifications, dont nous
étions si près que les boites à mitraille pa!isaienl au-des us de nos têtes al'ant d'avoir le
temps d'éclaler. On des rares boulets qui s'y
lrouvaienl mêlés traversa une maison de
pècheur et vint bri er la jambe d'un de mes
plus braves lrompell es qui sonnaitlacbargeà
mes côté l ••• Je perdis là plusieurs hommes.
Le maréchal Oudinot, qui avait eu le torl
grave d'altaquer le camp de baraques ainsi
protégé par le canon el la mousqueterie,
espéra débusquer les [anlassins ennemis en
envoyant contre eux un bataillon portugais
qui précédait notre infanterie; mais ces étrangers, anciens prLonoiers de guerre, qn'on
avait enrôlés en France, un peu malgré eux,
se portèrent au feu lrès mollement, el nous
restions touj11urg exposés. Voyant qu'Oudinot
se tenait bra,·ement sous les balle ennemies,
mais sans donner aucun ordre, je compris
que si cet état de choses se prolongeait encore
quelque minutes. mon régiment allait être
détruit. J'ordonnai donc à mes chasseurs de
E,e disperser el fi gur les fantassins russes
une charge en fourrageuJ's, q11i eut le double avantage de leur faire lâcher pied et
d'éteindre le feu des artilleurs, qui n'osaient
plus l.irer de crainte d'atteindre leurs tirailleurs mêlés aux Francais. Sabrés par mes
Pendant que, du point central de fülna, cavalie~, If' défen eurs da camp s'enfuirent
:'lapoléon dirigeait les di!lërents corps de on dans le plus grand désordre "er · la tête du
armée, la rivière de la Düna avait élé alleinte ponl. Mais la garni on charg~e de la défense
le 15 juillet par les colonnes que dirigeaient de cet ouvrage était t·omposée de soldats de
Murat, Ney, Montbrun, Nansouty et Oudinol. nomelles levées qui, craignant de nous y voir
Celui-ci, n'ayant probablement pas bien com- entrer à leur saile, fermèrent les portes à la
pris les ordres de !'Empereur, lit une marche hàte, cc qui contraignit les fuyards à s'élancer
excentrique, el descendant la Düoa par sa rive ,·ers le pool de hateaux pour gagner l'autre
gauche, tandis que le corps de Willgenslein . ri\'e Pl chercher un refuge dans la ville même
la remontait sur le Lord oppo é, il se présenta de OünalJourg.
de,·ant la ville de Dünabourg, vieille place mal
Ce pont n'avait pas de garde-fou, les barfortifiée, dont il espérait enlever le pont, afin ques chancelaient, la ri\'ihe était large et
... 292 ...

profonde, et j'apercevais de l'autre côté la
garnison de la place sous h•s armes et chercliant à fermer ses portes! Aller plus avant
me parais.ait une folie! Pensant donc que le
régiment en avait assez fait, je l'aYais arrêté,
lorsque le maréchal sur11int en s·écrianl :
&lt;&lt; Brave 23e,
faiLPs comme à Wilkomir,
« passez le pont, forcez les portes et empa&lt;1 rez-vous de la ville! 1&gt; En vain le général
Lorencez voulut lui faire sentir que les difficulté étaient ici beaucoup pin,; grandes, et
qu'un régiment de cavalerie ne pouvait attaquer une place forte, si mal oardtle qu'elle
fùL, lorsque, pour y arriver, il fallait passer
deux hommes de front sur un mamais pont
de baLeaux: le maréchal s'ob Lina en disant :
« Ils profiteront du désordre el de la terreur
dPs ennemis! ,, Puis il me renouvela l'ordre
de marcher sur la ville. J'obéis; mais à peine
élais-j.e sur la première tra,ée du pool avec le
premin peloton, à la tête duquel j'avais tenu
à honneur de me placer, que la garnison de
Dünabourg. étanl parvenue à fermer la porte
des fortifications donnant sur la rivière, parut
au haut des remparts, d'où elle commença à
faire feu sur nous 1...
La ligne mince sur laqutlle nous nous tenions ne permettant pas à ces soldats inexpérimentés de tirer avec justesse, le canon et
la mousqueterie nous firent éprouver bien
moins de pertes quP je ne l'aurais cru. Mais
en entendant la place tirer sur non • les défenseurs de la lête du pont, revenus de leur
frayeur, se mirent aussi de la partie. Le maréchal Oudinot, YOyant le 25c ainsi placé entre
deux feux:, à l'entrée du pont vacillant, au
delà duquel il ne pouvait avancer, me fit parvenir l'ordre de rétrograder. Les grandes distances que j'avais laissées entre les pelotons
permirent alors à ceux-ci de faire demi-tour
par cavalier sans trop de désordre. CPpendant
deux hommes et deux chevaux tombèrent
dans le fleuve et se noyèrent. Pour regagner
la rive gauche, nous étion-; obligés de repasser sous les rempa!'ls de la tète de pont, où
nous Iùmes encore assaillis par un feu roulant qui, fort heureusement, élait e:xéculé par
des miliciens inhabiles; car si nous avions eu
alfairP. à des soldats bien exerœs au tir, le
régiment eùt été totalement excermiaé.
Ce malheureux combat, si imprudemment
engagé, me coùta une trentaine d'hommes
tués et beaucoup de blessés. On esprrail, du
moin , que le maréchal s'en tiendrait à cet
essai in[ruclueux, d'autant plus que, ainsi
que je l'ai déjà dit, les instructions de !'Empereur ne lui prescrivaient pas de prendre
Dünabourg; cependaol, dès que ses divisions
d'infanterie furent arrivée , il fit auaquer
derechef la Lètc de pool, dont les ennemi~
avaient eu le temps de renforcer la garnison
par un bataillon de grenadiers, accouru des
cantonnements voisins, au bruit de la c·anonnade; aussi nos troupPs furent-elle repoussées avec des pertes infiniment plus considérables que celles épromées paT Je 23e de
chasseurs. L'Erupereur, ayant appris cell~
vaine tenlative, en blàma le maréchal Oudinot.

Vous savez que mon régiment était de brigade avec le 2 te dé cha seurs à cheval. Le
général Castex, qui commandait cette brig~de'. avai,t, dès le premier jour de notre
reumon, etahli un ordre admirable dans Je
senice. Chacun des deux régiments le fai'
,
sant a ~on tour pendant ringt-quatre heures,
marchaJt en lète lorsqu'on allait vers l'ennemi, faisait l'arrière-garde dans les retraites,
fournis. ait tous les postes, reconnaissances,
fanù'gar,d:s et détachements, pendant que
1aulre reg1menl, suirant tranquillement Ja
ro~tr, se remetlait un J)eu des fatigue. de la
veille et se préparait à celles du lendemain
ce qui ne l'empêchait point de l'enir appuye;
le corp de service, si celui-ci était aux prises
avec des forces supérieur.! . Ce système llxtraréglt'meotaire
avait l'immense a1•anl.a&lt;re
de ne
•
•
•
0
1ama1s separer le soldais de leur officiers
ni de leurs camarades, pour les plac!'r ous
les ordres de chefs inconnu cl les mêler aux
cavali~rs de l'autre réltiment. Enfin, pendant
la nuit. une moilié de la hrigade dormait
pendant que l~auL,re v~illait ~ur elle. Cependant, comme 11 n y a rien snns incoll\'énienls
il pourait se faire que le hasard appclàt plu;
souvent un des deux corps à être dl! service
lesjours o~ ~a.rviendraieut des engagement'
sérwux, arns1 que cela venait d'arril'cr au
23•\ ~~ot au comhal de \\ïlkomir qu'à celui
de Uunabourg. Celle chance le poursuivit
pen_d~ol la ~ajeur~ p_ar~ie de la campagne;
mats 11 ne tD plaigmt Jamais, s'en tira toujours avec honneur, et fut ourenl emié par
le 21•, qui eut Lien moins d'occa.ions de se
!aire remarquer.
.l'ai déjà dit que prndilnl qu'Oudinol fai~ail
s? c?urse .~ur DüoaLourg, les corps de Ney,
am 1 quel immense réserve de cavalerie commn.adée par Murat, remontaient ver Polotsk
par la rive i.:anche de la Düna, tandis que
l'armée russe de Wiugenstein suivaü la
mème direction par la rive droite. Ainsi sépares de l'ennemi par la rivière, nos cavalier·
se gardaient mal el plaçaient, chaque .oir,
selon l'habitude française, Jeurs bivouacs
beaucoup trop près des Lords de la Düna.
~itlgcns~ein, s':11 étant aperçu. lais~a passer
1rnfauter1e de Ney et Ill gros de la cavall'rie
de Montbrun, dont la division Ju général
Sé~~stiani fermail _Ja marcbe, a)•ant poor
arriere-garde la hrrrrade du général SaintGeniès, ancien officier de l'armée d'Égypte,
homme très brave, mais peu capable, Arri\·é
au delà de la petite ,ille de Urouia, le rrénéral
ainl-Geniè~, sur l'ordre de Sébasfüni ,0établit
ses régiments au bivouac à deux cenLs pas de
h rivière, qu'on croyait in franchis.able sans
bateaux. Mai~ Wiltgen~lein, ayant connai~sa~ce d"un ~é lrès praticable, profüa de la
nml pour faire pas er Je fleuve à une divi~ion
dP._ i&gt;a,·alerie qui, s'élançant sur le corps frança~ ·, enleva presque entièrement la hrigaùe
dunt-Geniè , lit Ctl général prisonnier et contraignit Séba,tiani à se retirer promptement
avec le reste de sa di,·ision vers le corp de
\l?.ntbru.n .. Aprè ce rapide coup de main,
\\ 11_1genst~in ~appela ses Lroup,.s sur la rive
dr01te et contmua à remon lt r la Düna. Cette

DU GÊNÉ'l(AL BA'l(ON DE )JfA'R.BOT

affaire fit grand tort à SéLastiani et lui attira
les reproèhes de !'Empereur.
Peu de lemps après ce fàcheux év-énemeut
Oudinot ayanl reçu l'ordre de s'éfoirroer d;
Oünabourg et de remonter la Ilüua pour rejoi_ndre Tey el .Montbrun, son corp &lt;l'armée
pr1l ~a route q~'avaient suivie les corps de ces
dermers et vmt passer devant la ,·iUe de
Drouia. Le projet du maréchal était de faire
camper ses troupes à Lrois lieues au delà; mais
comme il craignait que les ennemis ne profi.Lassent du gué pour jeter sur la rive gauche
de nombreux partis destinés à assaillir le
grand comoi qu'il Lralnailaprèslui,il décida,
e~ _s'éloignant avec toute son armée, qu'un
reg1ment de la brigade Castex passerait la
nuit sur le Lerrain où ];1 brigade du général
aint-Gcniè avait élé surprise, et aurait pour
consigne d'observer le gué par le4uel le~
Russes étaient passés pour ,·enir attaquer
celle brigade. )Ion régiment élaul de service
cejour-Ht, ce fut à lui qu'échut la da1wereuse
mis~ion de rester seul devant Drouia jis'lu'au
lcuùemain matin. Je savais que le gros de
l'armée de Wi11ge1Uein avait remonlé le
OeuYe, mai j"aperçus deux forLs rérrimenls de
cavalerie lai~sés par lui non luin du gué. C'étaiL
plus qu'il n'l'n aurait fallu pour me battre.
Lors même qur j'aurais voulu exécuter à la
lettrel'ordre qui me prescriYait d'établir mon
hivou~c sur l'emplacement qu'a rait occupé,
deux Jours avant, ('elui de Saint-Geniès, cela
m'eût été impossible, le sol éLant courert de
plu_s de deux cents radaues en putréfaction;
mais à celte rai on majeure il s'en joignit une
autre non moins importante. Ce que j'arni
vu et appris :,ur la guerre m'avait convaincu
que le meille11r moyen de défendre une ri-

v~rsaire, el en second lieu parce que celui-ci,
n ai·ant en vue que de faire un coup de
marn pour se retirer ensuite lestemenl n'ose
s'éloigner du rivage par lequel sa retraite e. t
as urée! J'étalilis donc le régiment à une
demi-lieue de la Düna, dans un champ oî1 le
Lerrain formait une légère ondulation. J'açais
lais é seulement quelques vedelles double,
sur le rivage, car je suis convaincu que !or. qu'il ne s'a il que d'obser1.1el', deux homml's
roient tout aussi bien qu'une forte grand'garde . Plusiëurs rangées de cavaliers furcnl
placées à la sui le les uns des autres en Ire ces
vedettes et notre bivouac, d'où, comme l'arai~née au fond de sa toile,je pouvais être rapidement informé, par ces légers cordons, de
tou l ce qui se passaj L sur le terrain ,1ue je
derais garder. Ou reste, j'arais interdit les
feux, même ceux des pipes, el prt' crit le
plus grand ilence.
Les nuits som extrêmement roarlcs eu
Rus ii:: au mois de juillet; cependanl, celle-ci
me parut bien longue, Lant je craignais d'êo·e
allaqué dans J'obscurilé par des forces supérieures aux miennes. La moitié des hommes
étaient en selle, les autres faisaient manger
leurs che1'3ux et se tenaient prêts à mtinler
de, us au premier signal. Tout parai ·sait
tranqnille à Ja rive oppu. ée, lorsque Lorentz,
mon domestique polonais, qui parlait parfaitement le russe, vint m'informer qu'il avait
entendu une vieille .luire, haLitante d'une
maison \'Oisine, dire à une autre femme de sa
caste : ,&lt; La laule4î-ne du clocher de Morki
est alluwée, l'ai taque va commencer! l) Je fis
a1uener ces ferumes devant nioi, et, q11eHionntles par Lo~entL, elles répondirent que, craignant d_ .. vmr leur bamc~u de,·enir le cbamp
de bal:11lle des deux partis, elles n'a1aienl pu
aperœl'oir ~an. alar1Ue briller sur l'érrli •e du
villa~e de A!or~i, silué $Ur la rive opp~ ée, la
lunnère qat, I avant-dernière nuit, avait serl'i
de signal aux Lroupcs russes pour trarnr er
le rrué rle la Uüna et fondre sur le camp françai !
Hien que je fusse prèt à Lout événement,
cet avis me fut très ulile. En an instant le
régiment fut à cheval, le sabre à la mi,in: et
les vedet_Les da h~rd de la rivière, ainsi que
les cavaher places en cordon dau~ la plaine
r_eç.urE'nL à voix~a~se, el de prodie eu proche:
l ordre de le re1orndre. Deux d1·s plus intrépides sous-officier:, Prud'homme et Graft
accompagnèrent seuls le lieutenant Der Lin'
tiue j'cmoyai observE'r les mouvements d;
l'ennemi. li revinl peu d'in lants après m'annoncer qu'une colonne de cavaliers russes
lravers:iit le gui&gt;, que déjà plusieur escadrons :miient pris pied sur la rive, mais que
élo,nné~ &lt;le ne p_as tro~ver notre camp au Jie~
qu
al'n.1t occupe ccltu de Saint-Geniès il
.)ERÙUE·NAPOLÊON. ROI DE ''\TESTPJIALIC.
s'étaient arrêtés, craign.ant ~ans doute d~ cC
D'.ttrès le Jessln de BELLuRn.
trop ~oigner du gué,. leur nnique moyen de
rctrrute; œpendant, ils s'y étaient décidés
vière contre les alla 1ues d'utl enne111i donl Je
avançaient au p,ls el se trom·aieut à petit~
but ne pe~t è1.re de "étahlir sur la rive qu'on di lance de nous!
occupe s01-mcme, est de tenir le rrros de sa
A l'instant, je fis mellru le fou à une imtroupe à certaine distance da lleuve, d'aliord
mense meule de foin ain i qu'à plusieul's
pour être prénmu à Lemps du pas.age de l'adgranges placées Sllr la hauteur. La lumière

�----------------------·-

1f1ST0~1.l1---------

de leur.; flamm,•. Pclairanl Ioule la t'Onlrée, je rat el de )lonlbrun, pour se rendre de Drissa
distinguai parfailemt'nl la colonne l!Unemie à \\'i1epsk, a\'aient établi sur la Diina, en
formée des bus ards de Grodno. J'a,·ais a\'eC l'ace de Polot k un pont de bateaux qu'il
moi un millier de hra\'es C'aYaliers ... nous lais èrcnt au corps d'Oudinot, destiné à marnous élançons au galop dans la plaine. au cri cher ur la roule de Péter.bourg. Ce fut
dl· 11 Vire rEmp 'reur ! » el chargeon, rapi- dom: en ce lieu que le 2~ corp· prit une auire
dement sur les Bus es, qui, surpris d'une direction que la Grande Arm~e. quP nous realtaryue nu si hrusque qu'imprérne, tournent vîmes seulement l'hh·er • ui\·ant au pa sage
l1ride el, sabré par mei; chasseurs, courent à de la llérésioa.
la débandade vers le gué par lequel ils étaient
Il faudrait plusieurs \'Olumes pour retracer
venu . 11:; s'y lromèrent fare à face avec le le manœavre et le comLat · de la 11artie de
ré;:iment de dragon 11ui. formant brigade l'armée 11ui sui\'il l'Empereur à Moscou. Je
avec eux, les a mit suiYis et sortait à peine de me bornerai donc à indiquer les faits les plus
la ri\ière. Ces deux rorps s'élanl choqué el importants, à mesure qu'ils se déroulerèrnl.
mêlé , il en ré uha un désordre affreux dont
,tin i, le 2.ï juillet, il y eut prè d'Osmes chas eurs profilèrent, grâce à la lueur trowno une affaire d'a\'nnt-garde très fa,·~
de l'incendie, pour tuer un grand nombre rable à notre infanterie, mais où pln~ieur
d'ennl'mis et prendre beaucoup de cbe,•aux. régiments de cavalerie furent trop précipiLes liasses e précipitant en tumulte darr le tamment en"agés par Mural. Le 16• ùe cha-gué 11uïl Youlaient pa~ser tous à la foi pour seur. fut de ce nombre. Mon frère, qui y
é\·iter le- roups de mousqueton que mes servail comme chef d'cscad1·ons, fut pri et
chasseur- Liraient du haut du rivage ur cette conduit bien au delà de Mo cou, à 'alaroff,
foule rperdue. il ~·en noya un bon nombre. sur le \'oJ.,.a. Il y retrouva le colonel aintNotre brusque altaque dans la plaine arnil Mars, ainsi qu'Octa,·e de Ségur. lis s'cntr'ailellemenlétonné le ennemis, qui 'allendaienl dèrent à upporler lt ennuis de la caplivi1é,
à nou surprendre endormi , que pa un ne auxquels mon frère étail d~jà habitué, car il
se mil en défense, et tous fuirent san com- avait pa sé plu ieurs année dans les prisons
liallre; au si j'eus le bonheur de regagner et sur les pou tons de E ·pa!!Oob. •o chances
mon bivouac ans avoir à déplorer la mort ni de guerre étaient bien différente : Adolphe,
la bic. ure d' .. ucun de mes hommes!. .. Le fait Lrois foi pri onnier, ne fut jamais blessé,
jour nai sant éclaira notre champ de bataille, tandis que, recevant très om·ent de. Llesurei., je ne fus jamais pri .
sur lequel gi aient plusieurs centaines d'ennePendant que l'Empereur, maitre de Wilna,
mis Lué ou hie .és. Je confiai ceux-ci au1
manœuvrait pour amener l'armée rus e à une
habitants du hameau pfès duquel j'avai
pas é la nuit, et me mi en route pour me uataille décisÏ\•e, mais san pouvoir y parveralli1:r au corp d'Oudinot, que je rl'joignis le nir, le corps d'Oudinot, aprè arnir pa é la
oir même. Le maréchal. me reçut très bien et Düna à Polotsk, s'élabLit en avant de celle
complimenla lerégiment sur sa l&gt;elle conduite. ville, ayant en face de lui les nombreu es
Le 2• corp ·, 1J.1arcbanl con tamment ~u r troupe du ~énéral Wittgen lein, formant
la rh·e sauche de la Düna, parvint en trois l'aile droite de l'ennemi. A,·ant de rendre
jours en face de Polot.k. Nous y apprimes compte des événements qui se passèrent ur
que !'Empereur a,•ait enfin quitlé Wifoa, où le· rires de la Düna, je croi · néces aire de
il était re té ,ingt jours, et .e dirigeait vers vous faire connaitre la composilion du
Vitepsk, ville assez imporiante, dvnl jl comp- 2e corp., dont je uivis Lous lt&gt;s mouvemenls.
Le maréchal Oudinot, qui le commandait,
tait faire le nouveau cenl re de e opérations.
n·arait d'abord sou ses ordre que 44,000
En s'éloignant de W1lna, !'Empereur
anit laissé le duc de .Ba- ano en qualité de homme répartis en trois di"i ·ions d'infantegouverneur de la pro, ince de Lilbuanie, et le rie, dont lt•s chefs étaient ll' générnux Lell'énéral Uogendorp comme chef militaire. grand, VerdiPr et Merle, Lou Lrois, et surAucun de ces deux fonctionnaires ne conve- tout le premil'r, excellents ofücicr . On renait pour ornaniser le derrières d'une ar- marqua il parmi les géuéraux de brigade
mée, l'ttr le duc de Ilas~ano, ancien diplomate Albt:'rt el Mai on. La cavalerie se composait
el secrétaire ponctud, n'avait aucune con- d'une superbe dimion de cuirassiers el de
nai,; ance en al/minisfratfo11, tandis que le lancier , commandée par le crénéral Doumerc,
Jlollandais llo••rnJorp, parlant très mal noire officier assez ordinaire, ayant ·ous ses ordres
le brave gé.oéral de brigade Berl'kheim. Deux
langue, n'alanl aucun notion de no· u~age
et rè lements militair&lt;'S, ne pomait réussir brigades de cavalerie légère faisaient aussi
aupr~ des Français qui pas aient à Wilna el partie du ~• corps. La première, composée
de la nobles.e du pay . Au i les richesses des 23• et 21• de cha, seurs, était commanqu'olTrail la Lithuanie ne furent d'aucun se- dée par le général Ca tex, excellent militaire
sou tous les rapports. La econde, rormée
cours pour nos troupes.
Polo!. k, vill~ situét' sur Ja rive droite de par le 7e et 20• de l'has eur et le ge de lanla Düna, est compo~ée de maisons en boi et ciers polonais, était aux ordre du général
doruinée par un immerue et superbe collège, Corbiueau, homme brave, mai apathique.
alor- tenu par des Jésuites, qm prfu.que Lous Ces deux brigades n'étaient pas réunies en
étaienl Français. Elle est entourée de fortifi- divi ion; le maréchal les auacbait, elon les
cation en terre ayant jadis oulcnu un siège besoins, soit aux divUons d'infanterie, ' OÏL à
dan le guerres de Charles XII contre Pierre l'avant-garde ou à l'arrière-garde. Ce s slèmc
le Grand. Les corps d'armée de r ey, de Mu- présentait de grands avantages.
-

2 94

...

Le 24c de chas euri:, avec lequel mon régiment était de brigade, ~tait on ne peut mieux
composé et eût rendu de grand s.en;ces si la
ympalbie et l'union eu sent existé entre le
soldats et leur chef. Malheureusement, le colonel ,\ ... 1 se montrait fort dur pour ses subordonnés, qui, de leur côlé, étaient assez
mal di posé· pour lui. Cet état de chose
nait décidé le général Castex à marcher et à
camper avec le 25" de chasseurs, et à réunir
a cui ine de campagne à la mienne, bien
qu'il eùl ·ervi dans le 2.;.e_ Le colon~l A....
grand, adroit, toujour parfaitemenl monté,
se monlrait nenéralement bien dans lei. combats à l'arme blanche, mai passait pour
aimer moins les combats de mou queterie et
d'artillerie. ,1:ilirré tout, !'Empereur apprétiait chez ce chef de corps une qualité qu'il
pos édail au plu haut degré, car c'était
incontestablement le meilleur orticicr de cavalerie légère de loull's les armées ùe l'Europe. ,lamai on ne vil un tact plu fin, un
coup d'œil qui exploràt le pays avec autant
ùe ju lesse; au si, avanl de parcourir une
contrée, il devinait les obstacle que le cartes ne signalaient pas, prévoyait les points où
devaient aboutir les ruisseaux, les chfmins,
les moindres sentiers, et il tirait des mouvement de l'ennemi des pr 1Yisions qui ·e réalisaient pre.qoe lonjour. . Sou~ le rapport de
la petite comme de la grande guerre, M. A...
était donc un officier des plus remarquables.
L'Empereur, qui l':n·aiL fréquemment employé ~ de reconoai sances dans des campagnes précédentes, l'avait signalé au maréchal
Uudiuol, qui l'appelait même ouYent dao·
son con eil, d'où Il ré -ultaiL forcément que
bien des corvées et de périlleu es mission~
retombaient sur mon rérrimeot.

CHAPITRE VIII
Alfure de Jakouhowo ou !{lia lilsoui. hlP~6é.

Je suiF

A peine le diYers corp d'armée qui nous
avaient précédé 11 Polotsk s'en furent-il
éloigné , pour aller rejoindre l'Empereur à
Witep!'\k, qu'Oudinot, entassant Ioules ses
troupe en une , eule el immense colonne sur
la roule de ainl•Pétnshourg, marcha le
29 juillet sur l'armée de Wittgcn tein, 4.u'on
savait être postée à dix lil!ue de nous, entré
deux petites ,;lies nommées ebej et Newel.
Nou allàmes ce jour-là coucher sur les t·h·es
de la Drii-:sa. Cet affiuent de la Düna n'est encore qu'un fort rois eau deYant le relai de
Siwot china, où il est traver é par la grande
route de Péter bour"'; el comme il n'existait
pas de pont, le goureroement ru ~e y avait
suppléé en faisant abattre des deux côtés, en
1,ente douce, le::- haute Lerge qui l'encais·
sent; et, en pa,·ant le fond du ruisseau sur
une largeur 6gale à celle de la route, on avait
établi un gué fort pralicahle, mais à droite
1. L'ofr.cier dtl.igné par la lettre A, .. dans le manuscrit e t le colonel Ameil. Nous en rêtabtisson le
nom ~ur la rlcman.Je de es pellls-llls. Les rapl"lr · du
colonel .Ameil l'l du rolouel du ~3 Je chas eurs
titaieul ,les plus lendus, el semblent tëmt&gt;igner de
ces l'iralité ,·ntrc chefs de corps si fréquente· alors
,lans no, arméPs.

�1f1STO'J{1.JI

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el à. gauche duquel les troupes et les chariots
ne pouraiPnt pas::er, lanl le ri,·age esl escarpé. Je crois devoir donner cette explication, parce que trois jours après ce Jieu fut
le théâtre d'un en:ragement des plus ,ik
Le lendemain 50, mon régiment étant de
service, je pri. la lèle de l'a,·anH!arde et,
suivi de tout le corps d'armée, je traversai le
gué de la Orissa. La chaleur était acrablanfe,
el d11ns les blé couverts de poussière qui
bordaient la route, on voyait deux larges
zone où fa paille couchée et érra~ée, comme
si un rou !eau y eù l été traîné plusieurs fois,
indiquait le passage de fortes colonnes d'infanterie. Tout à coup, auprès du relais de
poste de Kliastitsoui, ces indices disparai saiml ries bord. de la grande route el e reprodui,ait&gt;nt à sa ,,auche sur un large chemin
vicinal qui abouliL à Jakoubowo. li était évident que l'ennemi avait quitté sur ce point
la direclion de cbej pour se jeler sur n11lre
0anc gauche. La cho, e me parul grave! J' arrêtai nos lroure5 et envoyai pré,·cnir mon général de l,rigade. Mais le maréchal, qui marcbait ordinairement en rne de l'avanL-garde,
ayant aperçu celte halle, accourut au [.;alop,
et malgré le oliservations des gé11é1 aux CaslPx et .borencez, il m'ordonna de continuer
la marche par la grande roulr. A peine
a1•:iis-je fait une lieue, que j'aperçois 1·enant
à nous un kihick, ou calèche ru . se, attelé de
deux cbe\'aux de po le!. .. Je le fais arrêter
el vois un officier ennemi qui, as~oupi par la
chaleur, s'était couché 1oul de son long dans
le foud du kibick. Ce jeune homme, fil~ du
eigneur auquel appartenait le relais de Kliastilsoui 4ue je \'enais de quit Ler, était aide de
camp du général Willgen ·lcin el re1enait de
Pétershourg a,·ec 1, réponse aux dépêches
dont son &lt;rénéral l'avait chargé ponr son °ouvememenl. l\ien ne saurait peindre sa stupéfaction, lorsque, réveillé en sursaut, il ~e
trouva en présence dé nos chas~eurs à fi1,tm·es
rébarbatives et aperçut non loin de là de
nombreu es rolonnes françaises! li ne pouvait conce,·oir commrnl il n'avait pas rencontré l'armée de Will 0 en,1ein, ou au moins
quelque ·-uns de ses éclaireurs, entre , eLP_j et
le point où nous étions; mais cet élonnPmcnt
ronfirmail le général Castex cl moi dau la
pensée r1ue Willgenslein, pour tendre un
piège à Oudinot, avait ùrusquemenl quillé la
route de Péter bourg pour se jeter sur la
gauche el sur l'arrière-garde de l'armé!! française, qu'il allait attaquer en flanc el en
qut!ue ! En elfet, oou enlendimes ùientôl le
canon, et peu après la fusillade.
Le maréchal Oudinot, quoique surpri par
une allaque au si imprén1e, se Lira a scz bien
du mau1ai · pas où il '&lt;!Lait engagr. Faîsant
faire un à 9auclte aux diîerses fractiow de
sa colonne, il se mil en ligne en faœ de Wil tgen teio. dont iJ repoussa si vigoureu,emenl
les première attaques que le flu. se ne rruL
pas devoir les renom·eler ce jour-là, el se
relira derrière Jakouùowo. Mai· sa cavalerie
a1•ail eu uu as ez Leau uccès, car die avait
pris sur nos derrière nn miUier d"homme
el une partie des équipages de l'armée Cran-

çaise, rntre autres nos for&lt;rPs de campa~nc.
Ce fut une perle immeme, donl la caval,·rie
du 2" corp' . e ressenlil péniblement pendant
Ioule la campagne. Après c·el eorragemcnl,
les tronp•·s d'Oudinot a~•ant pri position, la
brigade Castex reçut l'ordre de r~trograder
jusqu'à KliastiLoui, afin de gardc•r l'embranchement des deux. roules, où l'infaott'rie du
général llaisou vint se joindre à nous. L'officier ru. se. prisonnier dans la propre mai$OTI
de on pèrù, nous en fil les honnrurs al'ec
beaucoup de grâce.
Cependant, un combat sérieux se préparant pour le lendt'main, les commandants
dr deux armées prirent leurs dispositions, el
au point du jour le Hnsses marcMrenl . 11r
la mai on de poste de Kliastitoui où s'appupit la droiLe des Français. Bien qu'en dfl
telles cin·onslances les deux ré~im~nls fussent emplo~é~, néanmoins Cl'lui qui était de
service se mellait Pn première ligne. C'était
le tour du ~4• de cha seurs. Pour éviter
Ioule bé-itation, le bra,·e général Castex vient
Ee plact'r en lèle du régimeut, le conduit rapidement mr les bataillons russes, les enfonce cl fnit 400 prisonniers, en n'éprouvant
qu'une perle légl're. Caslf'X en Ira courageusement le premier dans les rang ennemis;
sou cheval fut Lué d'un coup de baïonnette,
et le général, dans sa chute, eut un pied
foulé. li oc put pendant plusieurs jours diriger la brigi.dt!, dont le colonel A ... prit le
commandement.
Les balaillon russes que le 24° venait de
sabrer a1·aient été remplacés sur-le-cbamp
par d'autres, rpii déhouchaient de Jakoubowo
el s'avançaient sur nous rapidement. Le maréchal ayant alors emO)'é à M. A... l'ordre de
le attaquer, cdui-ci commanda le passage
rie ligne en avanlf ce que j'exécutai au~sitot. Arri1·é en première ligne, le ~3•, s'étant
remis en bat.aille, marcha vers l'infanlerie
rust-e, qui s'arrêta et nous .illendil de pied
ferme : c'étail le règimenl de 'fambolf. Dès
qm: nous f 1'1mes à bonne portée, je commandai la l'l1arge! ... Elle fut cxéc1Jtée arec d'aula•1t plu de résolution t-l d'ensemble que
rues cal'alicrs, outre leur courage habituel,
étaient vivement ~limulê~ par la pensée que
leurs camarades du 2 t• uivaienl des yeux
tou lctw moul'ementsl. .. Les ennemis commirent la foule foorme, selon moi, de démunir leur ligne de loul son fou à la fois, en
nous tirant une bordée qui, mal ajustée, ne
tua ou ùle sa que quelque hommes et quelques chevaux : un fou de file eùt été bien
plu meurlrit&gt;r. Les Bus es Youlurenl recharger leurs armes, ruais nous ne leur en laissâmes pas le temps: nos excellent chevaux,
lanré,i à fond de train, arrivèrenL ur eux, el
,Ill choc fut si violent qu·uuc,foule d'ennemis
îurenl jetés à terre!... Beaucoup se relevèrent en essa1anl de se défendre avec la baîonnelle contre Jr, coups de pointe de no cbasf•urs; mais aprè al'oir essu1é de grand~s
perles, ils reculèrt:nl, puis se débaudèrent, t!l
un bon nomLre furent tué ou pris en fuyant
ver· un- régiment de tarnlerie qui arrivait à
leur ~ecours. C'étaieul les bus. ards de Grodno .
0

J'ai remarqué que lorsqu'un corps en a
battu un autre, il conser-re toujours sa supériorilé sur lui. J'en vis ici une nouvelle
preuve, car les chasseurs du 25, s'éhnci&gt;renl
comme sur une proie facile contre les hussards de Grodno &lt;fu'ils a,·aient jadi i bien
bat lu dans le combat de nuil de Drouia, et
les hussards, ayant reronnu leurs vainqueurs,
:;'enfuirent à toutes jambes! Ce ré:?imenl fut
pendant tout le re te de la campagne en face
d n 2;;•, qui conserva toujour:,; ur lui le
mème ascendant.
Pendant que les événements que je viens
de racontrr se pasi:aienl à notre aile droite,
l'infanterie du centre et &lt;le la gauche ayant
allaqué le. I\usses, ceux-ci, ballus sur tous
le points, abandonnèrent le champ de bataille, el à la tombée de La nuit ils allèrent
prendre po,ilion à une lieue de là. 'otre armée rrarda CPlle qu'el)e occnpait entre Jakoubowo et l'embranchement de Klia titsoui. La
joie fut grande ce soir-fi dans les bivouacs
de la brigade, car nous étion vainqueurs! ...
Mon régiment avait pris le drapeau des Canlassins de TamboO', el le 2-ie s'élait aussi
emparé de celui da corps ru se qu'il avait
enfoncé; mais le cootentemenl qu'il éprouvait se tromait affaibli par le regret de avoir ses deux chefs d'escadrons blessés. Le
premier, 1. Monginot, était sous Lous les
r11pporl un officier du plu grand mérite; le
second, frère du colonel, san avoir les talents
ni l'esprit de son aîné, était un orficier des
plus intrépides. Crs deux chef- d'escadrons
se rétablirent pro ru ptcment et firent le reste
de la campagne.
Lor qu'un corps cherche à toul'Jle,· son ennemi, il s'expo$e à être tourné lui-mème.
C'est ce qui était arrivé à Wittgenstein, car
œ général, qui le 29 avait quitté la roule de
Péter~Lourg pour se jeter sur la gauche et
.ur les derrières de l'armée françai e, avait
compromis par là sa ligne de communieatioo
dont Oudinot aurait pu le séparer complètement, si, après l'avoir battu Je :iO, il l'eùl
poussé vigonreu ement. La ituation du général rus~e était d'autant plus dangereuse
que, placé en face d'une armée victorieuse
qui lui barrait le chemin de la retraite, il
apprit que le maréchal Macdonald, après avoir
passé la 0iina el pris la place de 0ünabourg,
aYançait sur ses derrière . Pour sortir de ce
mauvais pa~, Wittgenstein avait habilement
employé Loule la nuil après le combat pour
faire à travers champs un détour qui, par
Jakouùowo, ramenait son armée sur la route
de Saint-Pélersbourg. au delà du relais de
Kliaslilsoui. Mais craignant que la droite de
Français, po Lée à peu de distance de ce
point, ne ,int fondre sur ses troupe pendant
leur marche de Uanc, il avait résolu de l'en
cmpêi:bn eu auaquanl lui-même noire aile
droite avec des forces supérieures, pendant
que le gro de l'armée, exécutant son mouvement, rec,agnerait la route de aint•Pélersbourg et roul'rirait se communication aYec
ebej.
Le lendemain ~ 1 juillet, mon régiment
prenait le ervice au le\'er de l'aurore, lors-

, ________________________ JJft.M01'J{ES

DU GiNÉR,_A,L BAR..ON DE MA~OT ~

rru'oo, s'aperçut qu'une partie de l'armée en- pour l'extraire, élargir la plaie, dont on voit de prisonniers. Cependant, les Russes étaient
parvenus à gagner la roule de aint-Péler nemie, bauue la veille par nom, apnl con- encore la grande cicatrice.
Je vou vavoaerai que si j'eus,e alors été bourg, par laquelle ils elfectuaient leur
tourné la -pointe de notre aile droite, était en
pleine retraite rnr ~ebej, tandis que le sur- colonel, j'aurais suivi les uornbreux hies és relraite sur Sebej.
Pour se rendre du relais de Kliastilsoui lt
plus venait noas allaquer à Kliastitsoui. En du corps d'armée qu'on dirigeait 1·ers Polotsk,
celle , ille, il fau Ltraverser le lrt!s ras le maun clin d'œil, toute. les troupes du maréchal
rais de l,hodanui, au milieu duquel la grande
Oudinot furent sou les armes; mai· penroute est élevée sur une digue formée par
dant que les généraux prenaient leors di~pod'immenses sapin · couchés les uns auprès
sition~ tle combat, une forte colonne de gredes autres. Un fos. é, ou plutôt un canal
nadiers russe , attaquant nos allié, de la
large el profond, règne des deux côtés de
légion portugaise, le mit dans un désordre
celte digue, et il n'exi le aucun autre pascomplet, puis elle se dirigeait Yer- la va le et
sarre, à moins de se jeter bien loin de la
f11rle mai on du relais, point important dont
di;ection de Scbej. Ce défilé a près d'une
elle allait -'emparer, lorsqu" le maréchal Oulieue
de long, mai la route en bois qui en
dinot, l,1ujour. l'un des premiers au feu,
assure
fa viabilité est d'une largeur très conaccourt vers mon régiment déjà rendu aux
siMrablc. Aussi, dans lïmpnssiLilité de pla:11anl-po les, t!l m'ordo11nc de t.icber d'arrècer des tirailleurs dans le marais, les I\usses
ler, ou du moins de rl'l,1rder la marche des
se reliraient-ils en épaisses colonnes par celle
ennemi ju~qu 'à l'arrivée &lt;le outre infanterie
roule factice, au delà de laquelle nos cartes
qui ·a,·ançait rapidrmenl. J't'nlèYr ruon réindiyuaient une plaine. Le maréchal Oudinot,
f,rimeul au galop el fais .onnn la charge, en
voulanl romplélcr sa victoire, avait résolu de
1m·na11l oJJliquemenl la ligne ennemie par sa
les y suivre. A cet e0et, il avait déjà engagé
droite, ce qui gêne infiniment le feu de L'iusur la roule du marais la division d'infanterie
l'anteric; au ·i:i celui que les grenadiers ennedu gênerai Verdier, que devait suivre d'abord
mis firent sur uous fut-il presque oui, et ils
la brigade de cavalerie Ca Lex, puis tout le
allaient êlrè abrés 11igourcusemenl, car le
corps d'armée. Mon régiment n'était pas
désordre était déjà parmi eux, lor~quc, soit
encore entré en li 0 ne lorsque je le rejoignis.
par in Linct, soit sur le commandtlmrnl de
En me voyant me replacer h leur tète malleur cbel', ils font de1J1i-tour et gagnent en
gré ma blessure, officiers, sous-o[ficier el
courant un large fossé, qu'en ,·enanl ils
a1aienl laissé derrière eux. Tous s'y précipichasseurs me reçurent par une acclamation
tèrent, el là, couverts jusqu'au menton, il~
générale, qui prouvait l'estime et l'attacheMARÉCHAL SEBASTIANI.
commencèrent un feu de file des mieux nourment que ces braves gens avaient conçus
Gravure de D&amp;LANNOV, J.'atrts lt tablea/4 ,tt
ris! J't:us loot de suite six à sepl hommes
pour moi; j'en rus prorondoment louché. Je
\\"rNTERIIALTER . lM/lsèe .ie Versailles .)
tués, une vingtaine de blessés, et reçus une
fu surtout pénétré de re1:onnais•ance pour la
halle au d&lt;1faul de l'épaule gauche. Me, cavasali faction qu'exprima, en me reroyant,
lier, étaient furieux; mais notre rage était el que, passant la Diina, je me serais rendu mon camarade, le chef d'escadrons Fonlaine.
impuissante contre des hommes qu'il nous dans quelt1ue ville de Lithuanie pour m'y Cel officier, quoique fort brave et très caétait physiquement impo · ible de joindre! ... faire soigner. Mais je n'étais que simple chef pable., avail si peu d'ambition qu'il était restr
Dan cc ruoment critique, le général ~lai.son,
d'escadrons; !'Empereur pouvait en une dix-huit ans simple capitaine, al'ait refu~é
arrivant avec sa Lrigade d'infanterie, m'en- journée de poste arriver à Witep.k, passer trois fois le grade de chef d'escadrons el 110
voya l'ordre dti passer derrière ses bataillons; uuc revue du corps, el il n'accordait rien l'avait accepté que sur l'ordre formel de
pui il alta,yua par le deux flanC! le fo sé, qu'aux militaires présents sous les armes . !'Empereur.
dont les t.léfon eur~ furent tous tués ou Cet u age, qui, au premier a pect, parait
Je repris donc le commandement du 25•,
pris.
cruel, était néanmoins basé sur lïntérèt du qui pénétra dans le marais à la suite de la
Quant à moi, gri,~vement ùle sé, je fus service, car il timulait le zèle des ùlcssé., di vi iou Verdier, sur laquelle les derniers
cont.luil aupr1\,; &lt;lu relais. On ml:l desi:ent.lit qni, au lieu de traîner dans les hôpitaux, pelotons de la colonne ennemie s'étaient
de cheval à grand'peine. Le bon docteur Pa- s'empressaient de rejoindre leurs corps res- bornés à tirer de loin quel~ues coups de
roi, chirurgit"n-major du régiment, vint DJe pectifs dès que leurs forces le permettaient. fusil Lanl qu'on fut dans le défilé; mais, dès
panser; mais à peine celle opération était-elle L'effectif di; l'armée y gagnait infiniment. A que nos fantas ins débouchèrent dans la
commencée que nous fames obligés de l'in- toutes les raison· dites plus haut, se joi- plaine, ih,perçurent l'armée russe déployée,
terrompre. L'iufa.oterie ru ·se attaquait de gnaient mes succès del'anl l'ennemi, mon dont l'arlillerie les reçut par un feu lerrible.
nouveau, et une grêle de balles tombait au- allachement au régiment, ma rée.ente bles- Cependant, malgré leurs pertes, le bataillons
tour de nous! ous uous éloignàme donc sure reçue en combatl:m t dans les rangs; français n'en ronlinuèrent pas moins à marhors de la portée des fusil~. I.e docteur trou va tout m'engageait à ne pas m'éloigner. Je cher en avant. Bienlùt il ~e lrou\'èrent Lou
ma Lles ·ure grave : elle tûl été mortelle . i restai donc, malgré ll!S douleur· intoléraùles hors du défilé, el ce fut à mon régiment à
les grosses Lor ades de l'épaulette, que la que j'éprouvais; puis, après avoir mis mon parallre dans la plaine, à la lèle de la briballe avait dù traverser avanL d'atteindre ma bra en écharpe tant bien que mal et m'être gade. Le colonel A. .. ., qui la commaudaiL
per unoe, n'eussent changé la direction el fait bisser à cheval, je rejoignis mon régi- provi oiremeut, n'étaut pas là pour nou
beaucoup amorli la force du coup. Il avait menl.
diriger, je onrreai à éloigner le plus possible
néaumoin été si rude que le haut de mon
mon régiment de œ point dangereux. el lui
corp--, poussé violemment en arrière, était
fi prendrti le galop dès que l'iufanterie m·eul
CHAPITRE IX
aile lou~her la croupe de mon cheval; aus i
fait place. J'eu' néanmoins sept ou huit
1, ofiicter el chruseurs qui me suivaient me Défilé des mnrais de Sebej. - Retraite . - Brillante bomm.e- Laés el un plus grand nomhre de
atfaire du gué de Ïvot.sduna. - '.\Jort ,hi KoulnietT.
crurent-il mort, el Je serai tombé si me
blessés. Le 2i", qui me suirniL, soulîrit
- Retour olfon if. - Derniers adieu .
ordonnances ne m'eussent soutenu. Le panau j Leaucoup. li en fut de même de la
-ement fut trè douloureux, car la balle
di1•ision d'infantl'rie llu général Legrand:
Depuis que j'avai été blessé, l'état de
'était iucru Lée dans les os, au point où le choses élc1iL Lien changé; nos troupes araient mais, dès qu'elle fut formée dans la plaine,
baut du bra · e joint à la clavicule. Il fallut, hattu Witlgenstein el fait un grand nombre le maréchal Oudinot, ayant attaqué les lignes

�ms io'J{1.ll

-----------------------------------------.#

-ennemies, leur arlillerje divisa ses feux sur
plusieurs points, et la sortie du défilé seraiL
,deYenue moins périlleuse pour les autres
troupes, si Wittgenstein n'eût en ce moment
attaqué avec toutes ses forces c~lles que nous
avions dans la plaine. La supériorité du
nombre nous contraignit à céder le terrain
ayant l'arrivée du reste de notre armée, et
nous dùmes Lallre en retraite vers le défilé
Je Kbodanui. Ileureusement, celle voie était
fort large, ce qui nous permit d'y marcher
facilement par peloLons.
Du moment qu'on quittait la plaine, la
&lt;:avalerie dernnait plus embarrassante qu'utile;
œ fut elle que le maréchal 6t retirer la première. Elle fut suivie par la division d'infanterie Verdier, dont le général venait d'être
grièvement blessé. La division Legrand fit
l'arrière-garde. Sa dernière brigade, commandée par le général Albert, eut à soutenir
u.n combat très vif au moment où ses derniers
bataillons étaient sur le point de s'engager
dans le marais; mais une fois qu'ils y furent
en c6lonne, le général Albert ayant placé à la
queue huit pièce de canon qui, tout en se
retirant, faisaient feu sur l'avant-garde ennemie, celle-ci éprouva il on tour de grandes
pertes. En efTet, ses pièces ne tiraient que
fort rarement, parce que, après chaque coup,
il fallait qu'elles fissent nn premier demi-tour
pour continuer la poursui le et un second pour
se remettre en halleri~, mouvements lents el
fort embarrassants dans un dé6lé. L'artillerie
rus e nous fit donc peu de mal dans le passage du marai .
La fin du jour approchait lorsque les
troupes françaises, sortant du défilé, repassèrent devant Kliasti lsoui et se trouvèrent
sur les rives de la Drissa, au gué de Sivotschina, qu'elles avaient traversé le matin en
poursuivant les Russes, après les avoir battus
à Kliastilsoui. Ceux-ci venaient de prendre
leur revanche, car, après nous avoir fait
perdre sept ou huit cents hommes dans la
plaine, au delà du marais, ils nous poussèrent
il leur Lour l'épée dans les reins!. .. Ponr
mettre fin au combat et donner un peu de
repos à l'armée, le maréchal Oudinot lui lit
traverser le gué de Sivolschina et la mena
camper à Biéloé.
La nuit commençai!, lorsque les avan1postes laissés en observation sur la Drissa
firent savoir que les ennemis pas aient ce
cours d'eau. Le maréchal Oudinot, 'étant
rendu promptement yer; ce point, reconnut
que huit bataillons russes, ayant sur leur
front quatorze bouches à feu en batterie,
venaient d'établir leurs bivouacs sur la rive
gauche, que nous occupions. Le surplus de
leur armée était de l'autre côté de la Dris a,

se préparant ,ans doule à la lrarnr,er le lendemain pour Yenir nous attaquPr. Celle
avant-garde était commandée par le général
Koalnieff, homme fort enlreprenant, mais
ayant, comme la plupart des officiers russes
ile celle époque, la mauvaise habitude de
boire une trop grande quantité d'eau-de-vie.
Il paraît qu'il en avait pris ce soir-Hl outre
mesurt&gt;, car on ne saurait explif1uer autrement la faute énorme qu'il commil en venant,
avec huit bataillon seulement, camper à peu
de di~tance d'une armée de 40,000 homme~.
et cela dans les conditions les plus défavorables pour lui. En effet, le général ru.~e
avait, à deux cenLs pas dPrrière a ligne, la
Orissa, qui, à l'exception du gué, était infranchissable, non point à cause du volume de ses
eaux, mais parce que les berges, coupées à
pic, ont une élévation de 15 à 20 pieds.
Koulnielf n'al'ait ainsi d'autre retraite que
par le gué. Or, pouvait-il espérer, en cas de
défaite, que ses huit bataillons et quatorze
canons s'écouleraient assez promptement par
ceL unique passage devant les forces considérables de l'armée française, &lt;JUi pouvait
d'un instant à l'autre fondre sur eux du lieu
voisin qu'elle occupait. à Biéloé'? Non!. ..
)fais il paraît qne le général Koulruefl' était
hors d'état de faire ces rétlexions lorsqu'il
plaça son camp sur la rive gauche du ruisseau. On doit donc s'étonner que pour l'établissement de son avant-garde, le général
en chef Wiugenstein s'en soit rapporté à
Koulnie.ff, dont il devait connaître les habitudes dïntempérance.
Pendant que la tête de colonne des Russes
se portait arrogamment à une aussi petite
distance de nous, une grande confusion
réanait, uon parmi les troupes françaises,
mais parmi leurs chef:-. Le maréchal Oudinot, homme des plus braves, manquait de
6xité dans ses résolutions et pa sait en un
instant d'un projet d'allaque à de~ dispositions de retraite. Les pertes qu'il venait
d'éprouver vers la fin de la journée de l'autre
côté du grand marais l'ayant jeté dans une
grande perplexité, il ne saYait comment faire
pour e1éculer les ordres de !'Empereur, qui
lui enjoignaient de refouler W1ugenstein . ur
la route de Saint-Pétersbourg, au moins jusqu'à Sebej el Newel. Ce fut donc avec grande
joie que le maréchal reçut pendant la nuit
une dépêche qui lui annonçait la très prochaine arrivée d'on corps de Da\'arois commandés par le général Jint-Cyr, que !'Empereur plaçait sous ses ordres. Mais au lieu
d'attendre ce puisfanl renfort dans une bonne
position, Oudinot, conseillé par le général
d'artillerie Dulauloy, voulait aller recevoir les
Bavarois en faisant rétrograder toute son

armée ju~qn 'à Polotsk !. .. Cette pensée
inexplicable lrom•n une très vive opposition
dans la réunion de généraux conrnqués par
le maréchal. Le brave général Legrand expliqua que, bit&gt;n que no- succès de la matinée
eussent été contre-balancés par les pertes de
la soirée, l'arm~e était cependant on ne peul
mieux dispo ée à marcher à l'ennemi ; que
la faire battre en retraite sur Polot k serait
ébranler son moral et la présenter aux Bavarois comme one troupe rnincue venant chercher un refuge auprès d'eux; enfrn que celte
pensée seule dernit indigner Lous les cœurs
français. La chalenreuse aUoculion de Legrand ayant réuni les suffrages de Lons les
généraux, le maréchal déclara renoncer à son
projel de retraite.
li restait à résoudre une question fort importante. Que fera-L-on d~s 11ue le jour paraitra1 Le général Legrand, avecl'ascendant que
lui donnaient son ancienneté, ses beaux services el sa grande habitude de la guerre,
proposa de profiler de la faute commise par
KoulnieIT pour attaquer l'arnnt-garde russe,
si imprudemment placée sam appui sur la
rive occupée par nous, el de la rejeter dans
la Orissa qu'il avait à dos.
Cet avis ayant été adopté par le maréchal
el tout le conseil, l'exécution en fut confiée
au général Legrand.
Le camp de l'armée d'Oudioot était situ~
dans une forêt de grands sapins fort espacés
rntre eux. Au delà, se trouvait une immense
clairière. Les lisières du bois prenaient la
forme d'un arc donl les deux pointes aboutissaient à la Oris~a, qui figurait la corde de
cet arc. Le bivouac des huit bataillon russes
se trouvait établi très près de la rivière, en
face du gué. Quatorze canons étaient en batterie sui· le front de Landière.
Le général Legrand, voulant surprendre
l'ennemi, prescrivit au général Albert d'enrayer dans chacune des deux parties du bois
qui figuraient les côtés de l'arc, un régi.ment
d'infanterie qui, s'avançant vers les rxtrémité~ de la corde, devait prendre en flanc le
camp ennemi, dès qu'il entendrait la marche
d'un régiment de cavalerie; celui-ci. sortant
du bois par le centre de l'arc, devait fondre
à toutes jambes sur les bataillons russe el
les pousser dans le ravin. La tâche qu'avait à
remplir la cavalerie était, comme on le voit,
la plus périlleuse, car non seulement elle
devait attaquer de front la ligne ennemie
garnie de 6,000 fusils, mais essuyer le îeu
de quatoru pièces d'artillerie avant de joindre les Pnnemi~ ! JI est ,rai qu'en agisf!ant
par surprise, on espérait trouver les Russes endormis et éprouver peu de rési tance.

(A suivre.)

GÉNÉRAL

DE

MAR BOT'

LES FEMMES DU SECOND EMPJRE
+

La princesse de Metternich
Par Frédéric LOUÉE.

li

On n'occupe pas impunément de
es
moindres gestes l'attention particulière et la
curiosi1é publique. Conseillère très émancipée de genre et de tenue chez l'impératrice,
elle encourait forcément devant l'opinion les
responsabilités de cette sorte de direction
mondaine pleine de turbulence. Tout n'en retournait point à l'avantage de la spirituelle,
un peu irrégulière et très originale ambassadrice. L'esprit enjoué de la pru1cesse et le
parfum d'exotisme, qui relevaient ses goûts
d'indépendance et de fantaisie, avaient fait
fortune à Paris. lis y rencontrèrent des critique . Maintes épigrammes à son adresse, et
dont elle ne se souciait mie, , olligeaicnt dans
les journaux. Les
tirailleurs de lapetite presse s'en
prenaient à la surintendantedes plaisirs impériaux
d'une influence
dont on exagérait
les suites el la portée, mais qui contri bu aient bien,
pour leur part, à
I'écervèlemenl général. Tel artîclier
du Nain jaune,
qui devait un peu
plus tard tourner
des madrigaux en
vers à son honneur, l'appelait
~f me de Risquenville. Tel autre, un
virtuose du Chm·ivari, trouvait à lïrrégularîté des lignes de on visage
préte1 te à une méchante raillerie, llNE REPRËSE~TATJON DES
que s'empri,ssèrent à colporter
Lous _les faiseurs d'anas. On lui reprochait
d'aimer trop la danse, la comédie et la ci1

1. ~es sponla~éilés, in.ouciantes tic l'clTcL qu'elles
po_uça11ml pro1lu1re. hors du cercle où dies 'e,rrr3u•nl co~e chez oi, côloyaic11t, 1rnrfoi • l'impru•lencc. Un J?Ur ùe 1867, l'année de l'~:rposilion, elle
~ promenait à pied. li lui prend fmnlai~ie d'aller
Jeter un cou11 d"œil au conrour,, cli;s nations. ans

garelte, N'était-œ pas Aurélien choll, qui
lui dressait un blâme de fumer « comme un
bateau à vapeur 1)? Ce qui était plus malicieux qu'exact. Aus$i hieu la Liberté, dont
elle donnaü l'exemple, sur ce détail, - pareille à beaucoup de grandes dames d'Autriche et de fiusje, - elle la laissait chez
elle, dans l'intime, à ses im·ités, et c'était un
des privilèges appréciés de sa maison.
On lui rapportait ces propos de chronique;
elle secouait les épaules, ripostait d'un coup
d'ilpingle, cl cela ne l'empêchait pas, disaitelle, de mener son .fiacre.
Des attaques la touchaient davantage, sous
une forme plus directe, plus pénétrante. Ce
qu'elle avait d'aisance dan ses propos, de
hardie gentiOesse dans ses allures, de prime-

• COllàŒNTAJRES DE CÉSAR •. A

Ol!PIÈGNE. -

Sur quel Lon en parlail le fielleux YielCastel, entre autres, je vous le laisse à supposer d'après celle unique phrase, cueillie à
la bonne place de ses Mémoires terriblement
vindicatif~, ou injurieux pour bien des gens :
(( Mme la princesse de Mellernich, qui a
pris les manières el le ton des lorelles, est
une fa,·orite de l'impératrice, qui la met de
toutes les parties; elle boit, elle fume, elle
jone, et elle conte des histoires. »
Très découvertes, en effet, ces histoires,
s'il est vrai qu'elle raconta celle qu'il lui
prête pour l'avoir dite à Trianon, en présence de l'empereur et des services de Leurs
Majestés, et que nous ne répéterons point.
De cer1ains esprits chatouilleux lui faisaient un blâme public de ce franc parler,
quoique la liberté
des mols ne soit
souvent que La
preuve d'une moindre hypocrisie dans
l'âme.Onl'écrivail.
On l'imprimait. Et
elle en épromait
quelque émotion ,
fort légitimement.
lei se place un
épi ode, qui, pour
la singularité des
circon tances, le relief des détails et
le romanesque du
dénouement, vaut
d'être révélé lout
au long, comme il
me fut conté par
l'un de ceux qui y
eurent le plus dire,·Lement part.
Un volume venait de paraitre,
qui fit aussi tôt
j!'rand tapage ; les

CColleclion au lll•RQt11s oE MAssA .)

Femmes d' aujour-

i:autier dans ses actes 1 , trouvait de rudes
cen::-eurs.

d'hui, par Gu1 de
Charnacé. Tels de
ces portraits, ramenés à une note uniforme
de galanlt:rie délicate, prêtaient à l'équivoque

attendre son équipage, implemenl, elle hèle un
cocher de fiacre; et. a,·cc ce sons-fa~on d'une grandr
dame élrnngére pulant à rua· de ses servilc&gt;nrs :
1 Cocher. connuis-rnoi au Champ-de-llars ».comnlnnde-L-elle. C'clui-ei, gouailleur rl se lrornpnnt sur
la qualité de ln personne, ou, pour répondre tlu

lac au tac, c-n citoyen français, se tourne el dit arec
uo llon sow·ire :
q
Tu me tutoies ..• Alors, c'est 1lonc de l'amour? •
Jufps Janin contait celle anecJote à PbitibeTL Audcbrand, qui me la rapportait. un malin qu'il ounail
iJ grande eau l'écluse de ~ ourC'nirs .

..... 299 ...

�, . _. H1STO~l.ll
par l'imprécision des lignes el le nébuleux
Le\é de bonne heure, ce matin-là, l'âme Charnacé demcur:\t, un moment, comme héJcs fonds; car on n'y nommait personne, on tranquille, el ne se doutant guère du rom- sitant à s'expliquer le bien fondé de cette
ne laissait que deviner les res~emhlauce~. ploL qu'on avait formé C'Onlre !ni, mais son- passe d"armes à laquelle le provoquait, paIYautrt&gt;s, au contraire, envel1,ppés de con- geant en douceur à quelque nomelle beauté, reil aux jouteurs du moyen âge, un chetuurs plus nets ou gra\·és d'une roinlë 1•lus dont il aurait à charmn son imagination rn valier ba1a1Heur.
·
profonde, trahissaient, à pre« - Messieurs, répondit-il,
1.0ière vue, sous l'anonyme, ce
vous me Yoyez fort . urpris. Je
~ignalemenl i;énéral el vivant
ne sa\ais pas que M. de Gallil'dtlS per~onnalités, anqud ou ne
fet fût le parPnl ou le répon~e trompe point. 11 u·y avait
ddnt de Mme de Mell,·rnich. »
pas d'erreur possible, par exemL'ironie étalt de mise en la
ple, quand il s'agissait de ren1p1estion. Le comte du Lau, qui
v,,yer à son prototype le d1.:..
ne man4uait pas d'e~prit, se
calque satirisé de &lt;( la reine
défendit, pourtant, d'engager
Pc:sle », une illustre princesse
la conver~ation sm cc ton.
étrangère, dont les h1rdis oa« - N'e jouons pas sur les
pricP,s pou. ,aient trop à l'imiwoli:. Nous accomplissons notre
tation de certaines élé;::ances
mis~iun. Et nous vous deman[relatées. L'au leur aYail é,•idemdons une réponse.
menl visé Mme de lletternich.
&lt;t ~fais, en admettant que
Au nomb1·e de qualre-ving1s,
li. de Gall ilfet soit chargé de
les médaillons qui composaient
prendr~ fait el cause pour une
la galerie, étaient pour la pluprincesse étrangère eu puispart tout·nés à l'avanlage de
~auce de mari, sur quel point
leurs modèles. Les soixante-dix
'°ns appuyez-\·ous aJi.n de jus011 soixanle-qninze personnes,
lifier voire afffrmation? Sur
dont on prônait lus verlns et
quel signe évident hasez-Yous
les charmes. se dissimulèrent
\'Oire opinion que j'aie rnulu
sous le fard de la pudeur et
faire le portrait et la critique
Ceignirent de ne , pas s'aperced'une princesse que je n'ai pas
voir 'lu' elles fussent en cause.
nommét'?
Les q11el,1ues femmes attaquées,
&lt;t Mon Dieu, il n'y a pas
en r('vanche, s'agitèrent forieuà chercher. La voix publique
semt&gt;nt. 'EUes se prétendaient
e~t unanime à déclarer qu'en
ralomuiées d'une manière inpl'ignanl &lt;i. la reine Pesle », et
digne. outragées, déshonorées.
sous de telles coulc,1rs, vous
li fallait venger l'honneur fémivisiez per~onneUemenl la prinnin. On tint cc1nscil pour aviser
cesse de Metternich.
an chfttiment du témeraire.
« - Celte \'Oix publique el
Un véritable orage surgit dn
moi nous n'a,·ons rien à démè-cboc de ces amours-propres ft1ler ensemLle. Je n'ai pas de réminins sures.cités. La colère de
ponse à vous donner. »
quelques-unes était au ,·oruulc. LE MARQUIS PUJLIPPF. DE l\1.ASSA, El'\ COS'flJME DE SOUS·LlEUTENANT DES GUIDES
Le priuce d'Aremberg regarUans une réunion plus animée
DE L.\ GARDE. D'après une pliologra.f&gt;hle [aile e1i 1856.
dant alors en face le marquis
que de coutume, où fai,aient
de Cbarnacé :
corps, autour de Mme dti ~let- «Mon ieur, c'est au genternich, les ennemies de Charnacé, on venait des inant ses traits, M. de Charnacé se sen- tilhomme que je m'adresse. Oui ou non,
de lire, à haute voix, le portrait de 11 la tait de la meilleure humenr dn monde, lors- avez-vous eu l'iclention &lt;!e loucher indirecreine Pesle l&gt;. Et les protestations naient qu'on frappa à la porte de sa chambre.
tement, dans l'opinion du monde, la prinredoublé. On avait souligné chaque trait
&lt;&lt; Qu'esl-ce1
cesse de Mellernicb? )&gt;
avec une indignation feinle ou siocère. Pou« - Deux cartes pour M. le marquis. )l
Sur celte interpellation, M. de Charaacé
vait-on souffrir cela? 10n certes. Il rut
Il tPnd la main, jette nn regard :
estime qu'il n'y a plus de mesure à garder.
décidé qu'un champion serait emo~·é au
« - Faites entrer le comte du Lau et Je
&lt;&lt; Oui, messieurs. Cr.soir, à ix helll'e.s,
hardi contempteur des princesses. kquel? princed'AremLerg. &gt;)
vous recevrez la vi,ilc de mes témoins. »
ll fallait choisir une t1nc lame, sans doute,
A la manière d'être cérémonieuse des perIl en fut ainsi. I.e lieu dè rencontre devait
un vengeur assuré. Le nocn se présentait de sonnage introduits, à leur salutalion froide être le Tir aux pigt'OllS du bois de Boulogne,
soi. Comment n'aurait-on pas d'abord pen é et grave, à la façon dont ils s'asseoient sur le nn cercle fermé où l'on ne risquait point
au colonel marquis de Gallill'etl? Trop gàté bord de leurs &amp;ièges comme des gens n'ayant d'être interrompu ni dérangé. Dès l'aube
des femmes pour avoir à leur refuser quoi qu'un mot à dire et à prendre congé aus itôt printanière, à cinq benrP5, le$ comliattants et
que ce fùt, et goùtanl fort, pom· son compte, ~près, il est aisé de s'apercevoir qu'ils ne l"urs témoins avaie1Jt à s'y trouver. Quelle
l'aventure d le tapage qui en pouvait ré:.ul- sont pas venus en ambassadeurs d'une partie serait l'issue d'un dnel si léirerement engagé'!
ler, celui-ci n'hésita point à relever le gant: de plaisir.
Les amis de Charnaré n'étaient pas san
a :llesdanrns, mon éple et ma foi sont à
&lt;l - Monsieur, prononce le prince d'Arem- crairile. On savait la réputation de tireur de
vou . l&gt; Et il envoya ses hérauts d'arme, je berg, nous ,enons de la part de notre ami le GalliJiet. .M. de Charna, é 11 'a,·ait pas louché
veux di.re ses deux témoin!-, au gentilhomme colonel de Galli.lT~t ,·ous demander répara- une épée d11puis a, ~z longtemps. N'aUait-il
de lellres.
tioo, à l'occa ion dn portrait plutôL malveil- pa être en état d'in[ériorité manift'SIP vi ·-à1. , l,e li,l~le, et l,ruyn11l r.alliffcl, •111c j"aime a,·ec lant qv'il vous a pJu de tracer de 1a prin- "is de son ad l'crsaire? Cédan l au conseil
,e· l\'raaJl's ~•ialilésrl mal~1·i· ~es immensés dêl"aub. ,
cesse de ~lellernicb. u
qu'on lui donna, il se rendit, la veille, dans
(Lellrc de {Il pri11ccs.•e de .lfr llemicli a11 m11rq11is
Le cas était assez iogulier pour que M. de une salle d'armes pour s'y refaire la main et
de ,llassn, Il juin 18ü7 .)
.... 300 ..,.

�1f1ST0~1.1l----------------------~
reprendre l'assiette. La séance dut !!Ire à
souhait en belles ripostes et st1res parad('S,
car le vieux maitre, le célèbre épéiste Robert,
répondant aux inq-uiétudes des lémoins de
Charnacé sur l'ardeur connue de Galliffet,
o'eut q-ue ce mot à leur dire :
« - M. de Charnacé est pre rp1e intouchable. 1&gt;
On s'en aperçul le lendemain, tandis que
les pieds trempaient dans la rosée, sous le
ciel encore brumetu. Les adversaires sont en
garde. GaUiffet s'est précipité comme un
lion, avec la fougue de la jeunesse et de son
tempérament. Charnacé soutient le choc et
riposte du tac au lac. La solidilé de l'altitude
ne le cède point à l't&gt;nragement des coups
portés. Au bout de quelques minutes, dans
l'intervalle d'une reprise, le colonel de Galliffet s'arrête. Les témoins se rapprochent.
Des signes sont échangés, puis des pl\foles à
mi-voix avec ceux de M. de Charnacé. Un
colloque s'engage, qui ne semble pa abo11 tir.
De 11uoi s'agit-il?Oa en fait part à Charnacé.
M. de Galliffet se plaint d'a\oir le poignet
engourdi, et demande à plonger sa main
dans une cuvette d'eau froide. On ne juge
pas sa demande admissible. Vrai gentilhomme d'ancienne race, àf. de Charnaré répond : &lt;t Qu'on aille donc chercher la
curette! J&gt; ~t l'un des domestiques du
cercle, en livrée rouge el en bas bleus, apporte le récipient. Le marquis de Galliffet a
pu rafraîchir sa main et faire cesserl'engourdissemenl qui paral}·sait son énergie. Le
combat a recommencé. Il dure depuis quelques minutes, sans résultat, lorsque de nouveau le bouillant of.ficier réclame le secours
de l'eau froide. On rengage le fer. Ce long
combat menace de ne se terminer que par la
fatigue des adversaires. 11 prend fin cependant, et d'une façon assez bénigne. En parant
un des retours impétueux de Gallilfot, M. de
Cbarnacé a ramené contre sa cui se l'épée de
son adversaire. Une veinule se déchire. Un
peu de sang jaillit et humecte son pantalon
blanc. Galliffet est sauf. La blessure de
Charnacé est plus que légère. Les témoins
s'interposent et déclarent l'honneur satisfait.
Le duel avait duré trente-cinq minutes. TI
eul un épilogue digne d'être comparé aux
plus belle fictions de cape el d'épée d'un
Féval ou d'un Dumas. La nuit, a,vait eu lieu,
place Vendôme, un bal donné par la baronne
Schickler. On l était averti de ce qui devait
se pas er, le matin. Toute la société était extrêmement anxieuse sur l'is ue de la rencontre. Or, r1u'arriva-t-il?
En rentrant à son domicile, boulevard
Haussmann, M. de Cbarnacé eut l'étonnement
de voir des équipages en ligne devant sa
maison. Deux bancs, en bordure du trottoir,
étaient remplis de femmes en toilelles de
l. Les ta.bleao.l virnnls ou les tablcaur parlants
n'étaient pas d'une création si nouvelle. Dès l'antiquilè païenne, on . 'l"O)'ait sur les, places pub!\ques
d'Athènes el d.e 51cyone les prctres;;ea de Venus,
sou la figure de Cypris ou de Diane, des Heures ou
des Gràces, ri,1aliser avec les conceptions Jcs peintres
et des sculpleors. On leur avait appris, dans les all'liers des arli~tes, à représc11ler les banquets et les

soirées, de~ amies qui venaienl s'enquérir et
savoir .... Une autre, simplement vêtue, en
babils de jour, se tenait pins loin, à l'écart,
debout, dans la brume du malin, pareille à
une 6g11re moelle d'un tableau de Gérome.
Et quand toutes œs dames furent remontées
dans leurs voitures, lui se dirigea ,·ers celleci et la remercia avec flfu,ion du généreux
élan qui l'avait amenée là. li était six heures
du matin; elle avait dû quitter secrètement
la chambre conjngale, au risque de sa réputation, au risque de son bonheur domestique; puis, rentrer à pied, ayant eu le
Lemps d'apprendre, avant que son mari se
fût réveillé, 1ue son ami était indemne. Héroïsme ,l'affection d'autant plus touchant
cru'il était pur et desintéres!lé. I\ien d'intime
n'existait. fl ne savait rien de cette femme,
sinon que c'était une âme inquiète et sensible, frissonnante à tous les émois de la nature, de la tendresse et de l'art. L'implacable
mal, la phtisie, de sécha de son souîlle aride
la fleur de sa jeunesse. li la revit à ses derniers moments; et il eut l'amère douceur de
poser un baiser sur ce front, où commençaient à couler les sueurs glacées de la
mort.

« - QueJle raison vous fait partir? lui
demanda Mme Walew~ka.
« - Nous nous sommes décidé , mon
mari et moi, à nous rendre à Biarritz. Je suis
heureuse, ici, tranquille, reposée: mai· il
îaut crue nous allions où est la Cour, en ce
moment; sans cela comment seraî$-je inscrite sur le livre des cocodetles?
C( Ah! vous n'ayez pas d'autre motif de
nou quiller? Yous tenez à voir votre nom
dans la série ....
« - Oui, je veux ètre cocodelle, comme
beaucoup d'autres étrangèrtis de ma connaissance, comme la marquise de Yillamerina,
ambassadrice dïlalie; comme les filles de
lord Cowley; comme la duchesse Lilla, lady
Bamilton et la prinet&gt;sseTroubetzkoï. On n'est
pas à la mode, ajoutait-elle, avec un air
d'enrant mutin et obstioé, si l'on n'est pas
cocodelle. »
Et la princesse de Metternicb, qui se gardait irréprocl'rable aux devoirs de la famille,
malgré les entrainement du monde', ne
,·oyait aucun mal à faire cause commune
d'élégance a\'CC un groupe de jeunes femmes
célèbres par leur beauté, leur luxe, et le
charme dont elles paraient des goùts légèrement dissipés. Ayant si peu de contrainte en
ses manières, elle n'en était que plus indulgente à la gaité d'alentour. Pour le reste, elle
n'interrogeait &lt;JU'à la surface l'existence des
autres femmes el fermail à demi les yeux sur
des étourderies qu'elle n'avait pas à regarder
comme des crimes.

Celte diversion a failli nous entrainer hors
de notre sujet. On eut bieotôt oublié le duel
Charnacé-Gallilfet et les causes qui l'avaient
amené. Bien r.:e fut changé, pour cela, au
train des choses. Et Mme de Mellernicb continua de mener ou de suiYre le tourbillon.
En réalité, l'ambassadrice d'Autriche, dans
les côtés ordinaires de sa ,·ie, n'était que
Quand elle n'était pas aux Tuileries, à
l'associée spirituelle du régime auprès duquel Compiègne, à Fontainebleau, toute la société
le hasard, les circonstances de son mariage parisienne pas ait dans ses salons de la rue
l'avaient accréditée. Elle n'inventa ni les de Varenne. Et il en fut ainsi jusqu'aux dertableaux vivants 1 , ni les bals tra,·estis, ni les nières heures du régime impérial. En sepcocodett~, dont on la proclamait la reine. tembre 1870, par la force dès événements,
Elle était dans le train et s'y laoçait à toute Richard de Metternich n'était plus ambassavitesse, parce que son naturel l'y poussait; deur de la Cour d'Autriche en France.
et, pour ne pa rester en arrière, hardiment
Depuis quelques années, du reste, la
elle en prit la tête.
Mai , à l'instant, nous venons de prononcer flamme avait baissé. L'élan n'yétait plus. Oo
un mot, une épithète, qui était alors en vivait au jour le jour, pour vivre. Avec une
grande fureur, et dont la signification a pénétration inquiète elle voyait venir le. évéchangé par la suile. Les cocodettes, c'étaient, nements. Elle el le prince Richard de Mellerdan l'escorte brillanre et vaporeuse de l'lm- nich étaient aux. premières places. La fête
pératrice, les plus belles, les plus sédui- exubérante s'acheva dans un coup de tonsante!: el les plus noble de cet escadron nerre.
volant. En ètre étail le désir ambitieux de
lis en furent touchés au cœur el leurs senbien des jeunes et jolies personnes, Fra11çai e · timent~étaient d'autaotmoins suspects qu'ils
ou étrangères. Et la comtesse Walewska me étaient plus désintéressés. Non plus que son
contait, à ce propos, une anecdote. Avec son prédécesseur, le baron de Hübner, c1ui, un
mari, l'homme d'Etat, elle possédait, à aint- moment, a,ait pu se croire le jeltatore de ce
Germain, un pavillon servant de rendez-,•ous gom·ernement issu d'nn coup de force, le
de chasse. On avait, dans le yoisinage. de prince Richard ne s'étail trahi, un seul insjeunes Américains nouvellement mariés, M. et tant, sous le~ aspects d'un ennemi de l'EmUme Thomson. Celle-ci, vint, une après- pire ni de la France. De mème qu'il témoimidi, rendre Yisite à la comtesse : c'était gnait une sorte d'affection chevaleresque
pour prendra congé.
envers l'impératrice, l'ambassadrice aimail
l'êtes de l'Olym~ On sait qu'au dix-huitième siêcle,
dans l'èlégaote société, parmi les beautrs Ju U1éâlre,
ce genre de symboles vinnls fut très goùté.
2. Aimant forl son mari. elle n'anrail pas supporté
avec résignation des infidélités de sa parl. Elle s'arrangeait de manière à loi en ôter l'envie. « Comment
failr.s-vous, lui rlemaudait-on. pour être si sûre de la
constance du prince?- Oh! c'est bien simple, rêpoo-

dit-elle lestement, je loi casse une aile, chaque matin. , Je ne garantis _pas J'aothcnticilé du propos.
Cependant, comme Richard de Mettcrnich a, oit
grand air el plaisait, il dul bien avoir quelque
aventure reminine sur le cœur, s'il est vrai, par
exem11le, qu'il se trouva compromis dans le quadruple
duel donl fut la cause et l'objet la helle !Ume tle

B~aoillOnl.

' -------------- ----------------francheml'nt l'empereur pour des qualités
foncières, que masquaient sou indécision naturelle et sa froideur apparente.
Mai il y a des considérations pins fortes
que les s~mpalhies de personnes. A l'heure
critique, Richard de Melleruich avait dù se
maintenir dans la stricte neutralité, que lui
commandaient les notes de son gouvernement.
MU. de Beust et Andrassy successivement
avaient donné à l'ambassade de Paris des instructiQu qui ne comportaient pas d'équivoque, el fait entendre assez clairement qu'il
ne [allait laisser au gouvernement impérial
aucune illusion , mais le bien conraincre
que, tout au .contraire, s'il s'eurrarreait
dans
0 0
une guerre mopportune contre la Prusse
et l'Allemagne, l'Autriche ne l'y -uhTait
point.
Oirons-nous que là-dessus des doutes subsi~Lèrent dans les esprits 7 On
s'est demandé avec quelque
vrai.emhlance si l'ambassadeur et l'ambassadrice d'Autriche, tout en participant, et
d'une si belle animation, au
mouvement de la fète, à l'intérieur, n'étaienl pas restés au
fond d'eux-même:; les adversaires plus ou moins déclarés,
politiquement, du régime qui
a\·ail ruiné des visées chères
entre toutes au vieil empire
au Ira-germanique.
Un autre point qu'on n'a
pas fixé, une interrogation demeurée sans réponse au sujet
du prineti de Mellernicb, est
l'énigme de la dernière minute passée auprès de l'impératrice, lorsque la souveraine
abandonna les Tuileries, chasée par l'imminence de l'irruption populaire.
Tandis qu'ayant gardé l'illuion d'une ombre d'autorité,
Eugénie résistait a11x. conseils
d'une nécessaire démission et
,,ue, toute pénétrée de la profondeur du désastre, mais ne
se doutant point de la rapidité
des événements dans la capitale en fiè1Tre, elle disait d'une
voix calme : &lt;t Hien ne presse,
messieurs », et tardait à recevoir U. de Gardonne, arrivant
I' àme houlewrsée du Corps législatif, la révolution a,ait déjà
dispersé, comme un venl d'orage, les emblèmes impérialistes. La foule grondait aux
porle . Il fallut partir.
On a échaugé les parole,
d'adieu. Les dames du palais
el les fidèles de l'impératrice
• "ont 'éloigner, rassurés à demi dans leur
àme anxieusf', depuis que l'amiral Jurien
1. t:ne o!'1_hrc de reproche indirect, el qu'on ne
~·eu_L pas p~eciscr _(la com·ersation de l'auteur, comme

Je I eotP111J1s exprimer, est plus eiplicite) flotte autour
de ce bout ,Je phrase, d'appar1&lt;uce s1 simple chez

L.lf.

P'R_TNCESSE DE JKETTE~NlCH -

de la Gravière a remis l'impériale fugitive
sous l'égide et la protection des awbassadeurs des deux grandes pui sances de
L'Italie et l'.\.utricbe : le chevalier 'igra el
le prince de ~fetternich. Celui-ci n'a-t-il pas
prononcé d'une Yoix ferme : « Je réponds de
tout! Il
L'itinéraire de ce départ est connu. On
avait adopté le parti de remonter dans les
appartements afin de traverser le Louvre et de
gagner la sortie du côté de la place SaintGermain-l'A uxerrois. D'u_n pas rapide, se dirigeant vers la salle des Etats, on est allé à
travers toute l'aile gauche des Tuil1:ries, faisant suite aux appartements privés de l'impéral rice; on a francbi la porte du Mus&amp;&gt;, et,
passant par les galeries de lableaux, descendu l'escalier menant au bas du palais
assyrien, et finalement atteint le guichet

LA

PRINCESSE DE l\lETTERNICfI, EN 1()0,~.

donnant sur la place. L'ex-régente est sortie
du Louvre, pendant que la multitude s'agllme Carelle. • L'amhassadeur d'Autriche, doot la
situation a~·ail toujours élé f~vo~i~ ii la cour et qui,

en tonte circonstance, se plma1l o einller leur atlacltcmenl pour l'impératrice. etc. 11 (V. &amp;mv. du Tui-

"" 3o3 ....

glomère et déborde sur un autre point. Elle
est au bras du prince de Metlernich. Nigra esL
auprès d'elle et Mme Lebreton. On s'arrète :
&lt;&lt; Attendez-moi, dit llicbard aux deux femmes,
je vais chercher ma voilure plus haut sur lequai, une voilure sans armoiries avec un
cheval blanc. J&gt; Et tous deux, Metternich el
Nigra, s'éloignent. La foule s'est accrue, pendant leur absence, qui se prolonge. Ume Lebreton hèle un fiacre au passage, y pous e
sa souveraine et donne l'adresse d'un ami :« Besson, conseiller d'Etat, boulevard Baussmann. &gt;1 On sait le reste : l'ordre d'aller
avenue de Wagram, chez M. de Piennes,
chambellan de l'impératrice, absent également, et enlin chez le docteur Evans, avenue
du Bois-de-Boulogne.
Cependant, qu'avaient fait Mttternii;h el
Nigra? Le Oot p!lpulaire, qui avait reflué sur
la place Saint-Germain-!' Auxerrois, les sépara sans doute decelles qu'ils avaieot prises sous
leur protection. li y avait eu,
tout au moins, imprudence,
omission lourde de leur part,
à e dJtacber de l'impératrice~
en un pari:il moment, la laissant, ne fùt-ce que pour quelques mi cules, isolée dans celle
foule tumultueuse, exposée,
menacée peut-être. Tel est le
grief dont n'ont pu se défendre, à l'endroit des ambassadeurs étrangers, les écrivains
impérialistes 1, dans les événements de cette journée du 4
septembre.
Quoi qu'il en soit, Mme de
Mellernicb quitta avec émotion
et regret la grande ville où
s'étaient écoulées, dans un
éclat inouî, dix années pleinement heureuses de sa vie.
Cependant, elle n'y lais ait quedes affections de personne et
des sympathies d'âme. Elle devait reconquérir, dans sa pairie, la souveraineté mondaine
dont elle arait disposé à Paris,
donnant encore le ton, imprimant encore le mouvement autour d'elle.
On trône 'était elfondré~ous .es yeux. Elle retrouvait,
ailleurs, une autre Cour impériale, où a place restai l
marquée dans le voisinage leplus proche du rang suprême.
Dame du palais par droit denai sance, investie du prt'mier
rang après les archiduchesses,
elle ressaisissait, à Vienne, les
prérogatives de sa haute condition aristocratique, qu'elle s'était plu à oublier quelquefois dans les folies
de Compiègne.
leri.es, l. 1) .... Reproche, soupçon d'oubli injustifié
peut-êlre, auquel on ne s'arrête pas, mais qui eerlaiuemenL a lravcrsé l'esprit, maigre qu'on l'en ait
voulu chasser.

�111ST0'1{1.ll

'-------------------------------

L1• pa,.t1 était mort. Elle prfündit Lien très considéré it Yienne comme pr,: ident el
rd1:ilir a rii!. ur noun.•aux frai,. « Cl'UI qui .\Jé ·i·ne de la ociélt: Je,, ::"n de leltre.. el
sa\"enl profiter d' tout, di. ait '3 reine Cbri,- c1ui lui voua un , ~rital,! • cult1;'. ' oulenue,
Line, .ont . an-e' cl ht&gt;ureui. » lllc arait dû en outre, par J'auord de·~ ~Jmpathies ari~tolai . cr derrière elle Pari et le ·ou1enir de ln crali11ue , clic e reprit chaudc•m, nt à imaplu belle Cour du monde. on tltal d"al- giner, org:111i,cr, confectionner el lancer des
te~-e, dan 1:1 capitale d • l'Autrich -llongrie, programme~ de fêfl- · d de . pl'clatl~, allant
es alliance · l'un.idi:rable. , .e riche~~c . ~es à dt·~ liut. ,ariJ~.
cbàtcau , com~maicnt Lien de· choses.
.\lme de fl'ltnnid1 u'a rait pa modifié . on
Dan la haute société vil'Illloi~e, le. tempé- humeur, a1ec l1·s él'énemcn1~. ,\\'cc une nourament. sont brid1:. par l'étiquclte. ~lme de ,·ellc ardeur elle in~pirail ~e poète , . e~
\lelteruich n'y rut pa • du jour au lendemain, peinlr!' · cle Mcor. , se intcrprètP,, parla1m;pondérante. Elle rencontra de~ ré is- neail ln rùle,-, :-ur,tillait le imitation. et,
tancc , et parmi rentoura"e direct de la
i po., il1lc, mème le recette., el le d~pPn. e. .
famille impériale. Quelques-uns et quelque~- Elle élait rt&gt;!ltée celle qu ·on arail connue i
un - n· taient otru qui: ou fci~oaieut de agis.ant • et ~i remuante, ènlrc Paris rl Coml'être, de la réputation trop parisienne de pièime, toujour L:pri,e Je nou,eaulé, toul'ex- am bas adrice. Jl'autre., usceptibilité
jours prèle à ·rimult&gt;r Ir-. act' · d'oi1 décou"é,·eillèrent. Elle 'é1ait rendue populairt• leul plai ir, joie, 1·ùari11i.
pre ·11uc en arri1au1. Lorsqu'elle parai. ail
C'ulaienl de. 1wlo11te~ bleues, hl,rncbe et
·ur la promenade pulilit1ue en wêm crmp
ro. e,-, des liai co (umè. dont les compte
que le souYerain ·, l'emp11 reur et roi rendu ioondaicul I~· 11uotidicn. , d · repréFrançoi -Jo~epb ne coo~tatait pa. ·an un . entalton. de hienl'ai,ance oi1 réapp:m1i!-. ail
~ccret Jéplai ir que les vin1ts de la foule la "rande dame arti~te de jadi:. qui anr:iiL
allaient beauc(Jup moin à l'impératrice qu'i1 été certai11em1mt co111éd1enoe de première
.\lmc d ' Yctlernich.
voire, ·i le sort n'eùt rnulu qu'elll! coulât une
Cc difficulLé Jes premier· lemp: s'apla- exi. tent·e de prinet•. St' . Elle fut pa3 aune •. ur
nirent. On n'échappe pas à l'a c!'ndanL d'une le flin~tbcntt&gt;r, oit le fomeu. 2onnentlial
telle nature, 11uelle ttue soit la . phère où il
'honorait d"èlre on parleaaire 3 ; on la ,·il,
s'exerce. Elle prit de main de la princes.:c en d'autre· lieux, gou\'ernante, in,.titutrice,
'chwarttenberg le ·œptrc de la mode, et le \illageoi,e ou reme. lu cbàteau d'.\u~her",
aarda.
elle de\·enail la ganLirre tenant la l'Ou\·crsa'n mai on fut le crnlr, de la ociété 1ieu- tion du Bré ilirn, de la i ie J1ari.~ie1111e. Une
nois ·- Le:, aloo du magnifique palai de autre foi., elle fa1~ai1 ·en~ation lorsque Got,
,\Ictteruicb, au lltmnwea, qu'elle haliita tant de la Comédi ·-Franç.-ii ·c, lui donnait la réc1ae ~on mari vécut. chef de la fomillt•, · s. plique, pour Je lJmrr de M,11{elo11.
larnirent pour recevoir non pa~ seulement le
Les anot!e n'avaient pa. alan ai . a wne
prhilégié clu rang, de la nai • aace el des ni rrfroidi ·on élan. On pouYaÎl retourner •
cbar•r oflicidles, mai· au~ i l'élite de écrila prince " · de lfetternich c • que di,ail Vol1ain et de~ arti te..
taire d l:t ducbe,~e du ~faine :
Donner de nrandc · réreptions et des dîner:
u C'est une ùroe préJe~tinée: elle aimera le
d'apparat, entretenir a1 ec les sou,erains de théâtre ju c111'au dt'rnÎrr moment. »
l'Europe el Ier per ·onnag · le plu illu Ire
Entre Lemps, elle protilieait la mu ique
du monde nue corr ·pondance acli\-e, ré- nouvelle. Comme elle nait, !renie annéP. aupondre de a rnaje Lueu e écriture. l'une de· p:irarant, priiné Wagner, et dt~ toute. es
plu originale calligraphies que connais, enL force · f'iahé le Ta,111/ia iiser méconnu, Ile
le fenrnl d'auto••rapbc., 11 tou ceux qui,
ado1&gt;taiL metnna el la Firmcre 1•e,ulw·,
Je prr ou dt! loin, 'adresl&gt;3ient elle, ~c mai· avec dr · thance · pins immédiate ,
lC'nir au courant de, ru illeure produl'lion. pui~quc le triomphe de ce drame l)ri11u ,
de lettre~ allemande· et Cr,mçai~es, pari- pour lrquel on l'avait Ill lnrer ha1aille, arait
ienne urtoul, tout cda ne urti~:iit pa à ju.-tifié sa rnnfiancc, au sitôt qu':10noncé •.
son b soin de moun•meot, à on lt-l~ a"ité
~!ab 11ui n'colendit parler, en l!:urope et en
d'entr pri· •. 'ne f,,u) d'idée: papillonnèrrnl .\mérit1ue, dan le· deu moode~, de son
autour d'elle, 11u'eUc voulut ai ir au roi cl
• E po,;itioo du théàtre cl de la rum,i,1uc »,
réalber.
in. tallée dan: la flotonde de Vienne. ('ne coolies ami l'y aiJ~renl, de leur concour,ei•ption merveilleu. e qu'elle arail eue là. li y
linaocier, de 1,·urs mo1er · d'action rt dïo- fnlJait beaucoup d'argent. Elle paya de :-e:;
Ouence, de leur dd\'ouement cordial, c'e.-t-à- d.. nier · le po :-ible, pui · e tourna wr:.
dire, en première ligne, le baron \athaniel d'autres, pour complL:ler ce qui manquait.
Je HoLh.cùild, grand adn1ir1teur de la prin« Je montai, dit- &gt;Ill•, dan · ch3fJUC mai. on
ce ,-e, l'un de se intime · el qu'elle :ippelle à caria1idc·. u
a\cc une pirituclle famiharitti : ;,u•in ll11u ·H était 1lifficile aûx cariatide de ne pas
jwl, mon Juif de mabon 1; et le baron ~·a,souplir en ~a pr:•euce. Elle lit mieux.
Etlgar de 'pic:.:cl, le confident de sa p n~ét.•
'étant mi~ en tête &lt;l'adre ~er une imitation
quotidienne, homm' d'e prit el de cœur, autographe au dames, de la lionne société
1. l.11 baron ~111,.inict élant ri., lt! u11 c.ililialnirc rnIÎ11n qucj,•lui A1lrc«ai. •ur J,, sujrt Je m~ ,le lfrll,•rJun:i. }I~ ,le cllernirl, na:ep1. , pour les ir-anJ
nich, lai , •il êclaler, en ces ll'.rme-. loulu 1A rhal,·ur
r.irl'plion . ,ln l1n111p1i c,·, ,fo Joire le honutur, ,le t's
ile es ~cnli1w111s :
•31&lt;,ns.
- [l'une v,c: ,i pl 111!', ,1,· mo111·rrm•11h 11'1111e mi~ En 1003. . J . ~1•ie;;,·I. r&lt;"·l'on,luot it un e qu~,;.
1

0

lralin• louj .. ur,a

urooml,: de ucc' ,. JC 1uu,lrni , u11~

,iennoi~t·, le · priant , uue rJnnion. die eu
eut troi. cents cliez elle. en même lcmp, .
Elle· élaieot accourues lla11&lt;:,, • curieu e~.
Toule avaient donnt.'· dans le pii&gt; e. La prince e ll'nd11 la main, pour ,on œ111re. EIIP,
lt1 remplirent. L'expo itiou put omrir . r.,
portPs.
On avait rtluni J;1 IP. mille t'l mille acl'e~·oire, de la li!.!uration dramatique. Il J cul dr
tout, du rorl! el du commun, du précieux et
du ~impie. ll1•ii lrt:sors ine. limal,le. y voi.ioaienl arec les joaitl•rics les plus illu oire~.
de ,·érilaLlt.&gt; r.-lil)ut·~ d'art a,ec le clÎDl)Uant
le plu. ordinaire de la ra1111w.
La France arnil en,0,1: de manuscri1.- dr
se . aUll'urs illu Ire. , d~. tal,leau , dt': mac111ellc, ; l'An;;ltllerrt•, d1•s in. trun1ents dt!
mu,i,1ue ancit•11~ cl rnodtiruc:, ; le 1?rond-duc
,\ll•xandre de Weimar, des ades t-nlin~ &amp;rit.
de la main d'un .', hiJln el d'un Gcethe, l'l
de, tlo,·uments en •1uanlité, n•latif 11 J'tl1oluti11n du 1h,:tt1rc allt-maPcl. dt•pui. Uan 1rnrst
et la Comédie imprO\·bl:,. ju~11u':rn1 typr de
la dernière modernité. 1-.t le· c•o~Lume~, le
ima 17es, le~ ohjets de pure cnrio. ilé Ioi:.r•nnaient. Ce fut une éclatante rtlu ~ile. !rue dt!
1L tternicl1 s' · 'tait liHée l'Orp et :mie; elfo
, e cro ait re,·rnue au meillt•ur ll'mps du
econd Empire, quand les étourderie. de
l"amba -~adriee d'.\utriche foi~aient merwill,·.
On la rPpré enta sur le loit de l'Expo. ition
jouant J'une boite à mu~ique, dérorée à on
intention clu nom de Pa11li1iop/io11e.
Des deuils profond éprourèr nt la prince:. e de M'llt•roitb l'i rompirent œt erwhainf'mcnt de ·urcè et Je joirs, ,. :1 iiable décor
de théàtre, oit , 'était déroulée ,a ,i •.
Elle ne -;e ré,igna point à la retraite, au
~ilt•nc&lt;', m~i inclina de plu~ PD plu wr · le~
démonstration, de philan1hropie, gardant encore d · · apparenœ de rètc .
En réalité, elle uc ce. a point de rt'Lenir
l'attention publique, .oit qu't-lle 'a1tadi:i1 it
.ervir de Irait d'union entre l:1 noble. cl la
so,·iété arti,tic1uc, dan: ce pay. oi1 tant de
éparaliun · exclu. ive. de cla .. r.,, de parti~,
d~ 1•ro,·anC4.• , de 'C'nlimcnl Jiviscnl l1•s cœur
rl le~ ·• prit , ;;nit rru 'elle ramen;it à dt• vue·
humanitairt? la ·ëduction toujour. pui~ .. ante
, ur--on imaginai ion du déploicmt'nl de pt't"larle el de la mbc en cène. Lei juin 190i,
elle organi ·ait. a~ec la collaboration cbaleureu ·e d~ baron de . piegel, un cor.ode~ plu.
re.plendis ·ant ')Ui ~ • oient écoulé rnr le
Praler, à la lumii•rc d'un belle journée de
printemp .• Et le malin ruèrue, de celle main
luujours complai ante à écrire, à corre pundr ·, aula11t pour une :ali,faction isolée
que pour le liicn d'une entrepri. e collec!Îl'e,
1, priuc se de )lcllcrnich nou en .i"nalnit
il'· hcurcu préliminair ·, dan: œ fra,,mcnl
d'une lellre per:-onndle :
0

arcompagnéc d'une promenade, à laquelle
Ioule lé. fcm111e~ ,iendrunt uwc dl'· 0111ltrelle lleurb. \utomohili.: · égaleme11t llcurie,. C'e. 1-•-dire Je la gaieté, du charme. de
l'élé •ant·e, peur cell - 11ui vonl à pieJ,comme
pour celle. 11ui roulent en Yoiture. Chacune
aura .a parl de clarté, de parfum et son
individu(') plai,ir. La fête promet d'êlr e.xlrèmemenl brillante. el j'ai idée r1ue le coup
d'œil sera meneilleux. »

li ld111. en effet. Le~ journau. Yienuoi~ en
lr:i"i•real de dc_criplion- cntbou iai.tcs.
Cette inlelli"ente prodi alité de oi-mêmc,
de se re. source d'ima,,ioation et d .. e ·
mo &lt;&gt;n d'influence, comportait Je retour d'une

LA

'P~1NCESSE DE METTE1(:N1CH - - . _

immense popul,1ri1é, au profit dec&lt;'llc qui ,·y
dépeu. ait mu a11w/'e. Lor que, au mui de
mai 1 6, la prince~ ·e inau!!Urail la premit·re fèLe dt:. fleur inde"criptihleme11L
h lie, cl qu'elle e monlra, au !'rater, en :on
équipagt! mngnifique, l'air retentit d'acclamation·. Elle était l'idole du jour. Un écrfrain
LélèLre de .a patrie l'arnil dttjà urnomméc :
,\' ti-e-Do111e Ji• Jïe111w. 1 n autre lan~:a cd
aphori ·me : c1 Le 1e'rital,/p Jw1,1111 c t/e
Vir,wr, c\:sl la Dame de Yiennc. 11 Un troi,îèruc, qui cbercbait à lui lroU1·er d · :"ales
parmi I ~ plu céJ\brt femme du monde, la
qualifia: l'Jnro,uparabfr. Enfin un quatrain
courut le. rue ·, demeuré cb&lt;·r 11 tous les
Yiennois :
1

la

f:, giebl 11w· tl li.niicralndt,
1.• girbl 11u,· a ll'ie11 ;
E, 9itf1t 1111r a l-'ur, till,
F:, i I ,1;,, lfrltrmid, f'a11/m'
(li 11'\' a 11u'unc \'illc impériale, et ,,;'e t
\ïenne: • il n'y a qu'une prince e, el c'est
\letternicb Pauline! )
\' oili1 bien le dernier mol de la réputation :
c'e ·l le « lo » populaire, qu'onl recherché,
de tout temp · et par-des us tout, le élu de
la . cène publi11ue el mondaine.
Qucl11ue peu di. cotée dan ..e turbulence ·
de jeunes. e, . lme de Mettcrnich aura ~ellcmenl occupé ju qu'à la fin, de on esprit, de
. on acfüilé, de ,a p1wonn • l'un et l'autre
thét,lre .

•
mort d'une rezne

1

Je ,·. i pr :,c:uleim11t parler de la mort dt! la
n:inc foric-Thér~ e 11'.\utriche. tilt• mourut
en peu de jours, d'une maladi~ •1u'on 11? l'~Ul
pa, ,l'abord con. idérablc; mai, un sa1°m•e,
fJite m:11 à propo,, fit rcntrl'r l'humeur d'un
clou, Joul à peine 'était- n 1_pr_r\:U. Crt~c
princl•,sc perdit la 1ic pc 30 Juillet_. 1G ••l
d:111 Jo temps que lt&gt; 11nnù-s d la P'.t•lé du
l\oi la lui rendaitmt henreu. e. Il arn1t pour
ell, d, allcntion au quelle die n'était pas
acrnutuméc : il la ,o~ait plu . :ou1·cnt, ~l
rherch:iil ;1 l'amuser i et comme clic allr1IJ11ait cet hcureu changement à madame de
~laintenon, elle l'aima, et lui donna Lout~
Je, marques Je con:·idi:r:ition t(U't.•11 pou,·a1t
imanin r. Je me .ourien même qu'dle 111e
1a1.-a1t
uonncur de me .....
r · • 1·1.
"~r ..~ ·er toutes le
foi· &lt;pic j'a,·ai œlui de paraitr, dcrnnt elle:
mai · celle paune pri~CC!i~c a,·a!t _L~n.t de
crainte du Roi, et une :1 t!l':lnde 11ru1d1te na1ur-Ile. qu'elle n'o.;ait lui parler ni s'cxpo. cr
au tèlt..'-à-Lète a,· c lui.
J'ai ou, tlirc à madame de ~lainlcnon qu'un
ju11r, le floi ayant envo}ti chercher la Hein·,
la lleint•, pour ne pa. paraitre -.eule _en a
pré, •uce, mulut qu'elle la uhît: mai elle
n • Ül 11ue la conduire ju.qu'à la porte de la
1hamLrc. oi1 elle prit la liberté de la pous.cr
pour la (aire cnlrcr, cl remarqua un :i rand
tr'mLlcmenl dan Ioule a per.onoe, qne
es main. mème tremhlaieot de timiJil 1•

cr llui. nou, auron tanlllt une balaille de
fleur. d J'un nou\'cl a. pect, e11 auromoltil •
.,lire•• • 10111. l'tu,ir.ur- ch 11,i1rcs u'y ,urtiraicnl r•~ .

&lt;.:"était un ellel J la pa ,iou rhe 11u"ellc
avait Loujour · eue pour le Hoi ,on m~ri, el
1111c le m:iilre,ses naicnt rendue :i longtcmp~ nnllwureu ' C. Il fallait au ·si c1ue le
eonfc~~cur de cdle prince e n'eût point
d"c,pril, , L ne rût 1111'un Ca"ol, ignorant
d" H:rilal,lt, dP\nir· de cha11uc état. ...
En/in, . oil par la faute du coufe... cur, ~oil
• par la timiJité de la fü·im•, 011 p:ir I vioIcncr, comme je l'ai Jit, d'une pa: ion si
lon"tt•mps malbcurl'u.e, il r~ut a1oucr qu'elle
11'11~aiL rien en clic &lt;le te qui pouvait lri faire
aimer, el •1u·au contraire le Hoi al'aiL rn lui
toulr le. qualité ' Je~ plu· proprr à plairl' ,
,ans ctr• cap,1bl ' d'aimer )l('aucou11, Prr,que
tout&amp;; le femme_ lui a1ait'11L plu, ncep1L1 la
:r la ,·erlu par ~c 1._
s1·e11ne, donl il e. er"a
•alan,
lcric ; car d'aillcur le l\oi o·a jamai man11ui: à hi con,idération qu"il d ·\'ait~ fo Reine'.
et a loujonr · eu pour ell · de. c!!llrd~ •1m
l'auraicnl rendue heureuse, !-Î quelque cbo,e
:t\'ait pu la dédommager de la perte d'un
cœur qu'elle &lt;.rO)ait lui être dù.
... La morl de la Reine ne donna à la cour
qu'un spectacle touchant. Le fioi ful plu
attendri qu'aflligé; mai comme l'allendri~sement produit d'ahord les mèmes eOcl , el
que tout parait COfüidéral&gt;le dans Je· !?rand.,
la cour fut en peine de .a douleur. Celle de
madame d~ Maintenon, &lt;1ue je volais de prè.,

me parut incère, el fondée ·ur l'e time el la
nconnai, ante. Je ne dirai pa la même chose
dl', larme· de madame de Montespan, que je
me !--OU\'i 'ns d'a ,oir I oc ntrer chez madame
d1i Jfoiotl·non sans rrur. je pui e dire pour•111oi ni comment. Toul ce que je . ais, c't•~ l
qu'elle pkurail bc:i.ucoup, et cpt'il p:irai · ail
un lroulllc dan. toute ~e- , ti , t n lé ~ur
cdui dt! •on c prit, et peut-être ur la craintc
de rclomlicr rntr • Ier main · de monsieur on
mari.
La Heine expirfr, madame de ~laintcnon
,ou lut rel'enir chez cllt!; mai· 1. de L.i Ho&lt;.:Leioucauld la pril par le lira , et la pous
cbrz le Hoi, en lui di anl : « C n'est pas
le ll'mps de quiller le r\oi, il a besoin de
\'OU . Il
Cc moul'Croenl ne pouvait être dan
de
La T\ocbl'foucauld qu'un eOet de . on zèle et
dl· l-On allachement pour ·on maitre, 011 lïntérèl de madame de füintenon n'a,nit a: urément point de part. Elle 11e îut 4u'un tuoment avrc le Roi, el revint aus.ilùl dan on
appartement, conduite par M. de Louvai.,
qui l'e bortaiL d'aller chPz madame la Dauphine, pour l'empêcner de uivre le Roi à
aint-Cloud, et lui persuader de garder I lit,
parce qu'elle était gro ~e, el qu'elle arail été
saignée. « Le 1\oi n'a pas besoin, di.ail M. de
Lournb, de ce démoo.tratioo d'amitié, et
l'État a be,oin d'un prince. D

,r.

~lADAME llE

' .\ \'Ll'S.

Il fAu ,lrail un livre, un 1r;, gru lim •.

~'- Quel 111 lcm1,;, 1•111, tarti, .\dol11l1c Wiltmtu ,lt i•cri1·ait •·x1•rc-•eme11I 11nur cil,• ;a pii:tl' rn11 A1,9,••i'd1t
:11 .l11gr. ,i(J,1 , •1u'clle jomt cnror,• 111•~ l:)nunrulhal.
IV. - lhnoRJA . - Fa

t1

20

�----------- -----------------------------

LNE DAT.\ILLE N,\\'ALE. - PRISE llE 1.ïu; o'ÈPbCOPl.-1. SUR LES TURCS P.AR LES CIIE\"ALIEHS oe SAl:\r·JEA:-.
Gr.i1•11rt â'OuTIIWAITE, J'.iprès û t.iNe-111 de MAU!l. (!,fusée de Versai/les.)

Charles de LA ~ONCIÈRE
et&gt;

La

•

Vle a'

bord

...
au temps des Croisades el des pèlerinages du moyen age

Lorsque apparai~sail sur les quai de Veni. e, de Gênes ou de ~far e1lle un «roupe de
pèlerin ou de croisé·, un grand brouhaha
s'élevait à bord des na,ires dont la deslinalion éla.il inscrite ·ur les \'Oiles en une croi.
écarlate. Des appel , des offres, de· objurgations, des imprécation venaient de tous
lei; côtés s'abattre sur les malheureux : le
serviteurs des djfiJrents patrons de mn·irc
e disputaient leur bagages, s'injuriaient,
dénigraient la concurrence, prote laient de
leur dé,·ouement. Ahuris el indécis, les pèlerins sê lais aient tenter par les succulentes
collations disposées à la poupe, vins de Crète
el r.onfitul'es d'Alexandrie, dont le patron
[aj ·ait lui-même lès honneurs. Plus que
u les riches ouvraigcs de la na,·c », c'était là
« une mélodie et plaisant armonie à la vue

de hommes 1&gt;, le meiHr!ur des argumcnl .
La \'Ï.e nouvelle qui s'offrait aux pèlerins
contrastait trop avec Jeurs habitude pour ne
pas provoquer de leur part une étude allcnlive du mécanisme de la ,·ie maritime. Leurs
relations de rnyage ont ainsi parfois la fidélité d'un journal de bord, semé des réflexions
pil1uantes cl naùes d'hommes que le mélier
n'a point blasés. •
Pour n'èlre pa suspect de parlialilé, nous
prendrons comme types un pèlerin anglais du
x11e siècle, un Italien du &gt;JII°, deux Français
du . 111e et du :m·•, un Allc!JD.and du ne :
Richard de Londres, Francesco da Barberino,
Jean de Joinville et Philippe de Maizières, et
le P. Faber, d'Ulm.
L'Knglais note en connaisseur les pél'ipétie de la naYigalion. L'Italien donne de pré... 3o6 ...

et•plcs d'amour. Dans de petits tableautin
le tcmcot troussés, le rrançais Philippe de
)laizière trace quelque cl·nes de la ,ie à
bord, qu'il fait suivre de pensées éle,ées, car
c'e l un moralis:e comme l'ltalien était un
poè:e érotique et !'Anglais un marin. Quant
au dernier pèlerin, écoulez-le geindre sur la
mauvaise cuisine, sur la chambrée d'entrepont, sur loul; il tient boutique d'érudilion
el décou,·rc des étimologies .... Caliphe pour
calphat, Pilate pour pilole, comte ponr comile et pour patron baron. La modestie ne
l'étouffe pas; mai· il est consciencicru:, prati&lt;1ue, avec une pointe d'émotion, copieux,
abondant, trop, hélas! pour Jes oreilles délic.,te . li con·acre deux p:igcs à la façon de
se dépouiller de la ,êrminc el quatre à la
difficulté de .... Yous m'avez compri cl à

LJ,.

rœ

Jt BO~D -

ces traits vous avez reconnu la race : l'Alle- déliHe à chacun un billet numéroté. L'un tité uffisante et que la limite de tirant d'eau,
mand.
/
des registre est dépo.é aux archh-es com- marquée par trois fers de couleur blanche,
llobe grise et longue sous une coule mo- munales, le second reste à bord.
ne fût pas dépassée par des capitaines trop cupinacale, chapeau noir ou gris orné sur le de[ne législation spéciale assurait aux pèle- des. D'autres officiers municipaux, les consuls
vant d'une croix rouge, croix sur la poitrine, rin et aux croisés toutes les garanties po i- tilll' mer, accompagnaient les convois ou
bourdon à la main, pannetière à l'épaule, tel bles de sécurité. ur les navires mar cillais, même au besoin les navires isolés pour leur
est l'uniforme du pèlerin. Le teint, blafard, ils étaient dispensés d'une formalité requise assurer une sauve 0 arde permanente jusqu'à
c t pàli par les fatigues de voyage; et pour des autres passager , du serment de prêter destination. Commis aires et juges à la foi ,
achever d'un mol un portrait classique, le main-forte aux marins de l'équipage; au con- ils arrangeaient les conlestalions entre les
pèlerin porte la barbe longue el soigneuse- traire, le palron leur devait aide el secours passagers et pourvoyaient aux succession qui
ment peignée, u à l'exemple du premier ·rnya- duranl toute la traversée, des soins durant s'ouvraient. A bord de la llolle nolisée à
geur qui fil le tour du monde, Osiris, ancien leur maladie, cl, en cas Je mort, la conser- Saint-Louis, Gênes stipulait que ses natioroi d'Égypte », affirme doctement notre Alle- Yalioo scrupuleuse de leurs elfets.
naux relèveraient de deux consuls génois.
mand.
Trois inspecteurs, que la municipalité mar- Outre-mer, dans les Échelles du Levant, à
l'eut-être se trouvait-on beaucoup plus sen- seillaise avait eu l'excellente idée, bientôt sui- Chypre, à Rhodes, le passager trouvait aide
sible aux inconvénient de paraitre imberbe Yie par le Génois, d'aJTecler à chaque comoi el confort près du représentant attitré de la
en pays musul~an qu'au plaisir d'imiter un de Pale tine, veillaient à l'exacte obsenation mélropolc, près du consul que les grands
des dieux de l'Egypte!
des règlements. Les trois prud'hommes, ex- ports de commerce, Marseille, Monlpellier,
Au moment d'entreprendre un pèlerinage, perts dans l'arL maritime, évaluaient, une Barcelone, Gènes, Pise, Veni e, enlretenaient
irait-on chercher conseil aujourd'hui dan
palme à la main, le nombre des places dispo- dans chacune de leurs colonies dès le xue sièdes J•,.éreples d'amour? Nos pères le fai- nibles pour les passagers et les chevaux. Ils cle; colonies autonomes, cercles fermés, dans
saient et trouvaient dans Francesco da Bar- consignaient leur rapport en double sur le un quartier à part, qui consenaient le usages
bcrino un manuel du conforl : un bon na- registre de la commune el entre les mains de la métropole municipale.
,·ire, un patron qui ne louche pas, des poule
cl Jcs chapon , de bons 1ins, un moulin à
bras. un barbier-chirurgien, un chapelain,
un cercueil pour le ca 011... l'olrc femme
viendrait à décéder en mer, une croix à mrt•
lte entre le mains de la défunte, une inscription priant de l'enterrer honorablement
i les flots la portent au rivage, une bourse
d'argent à y joindre pour les messes funéraires el la tombe. A part le cercueil dont Je
Célc tes seuls se muais cnl en VO)age, Marco-Polo en pouvait témoigoer, - les coneil · de Francc.co da Barberino n'étaient point
du domaine des chinoiseries. Nous arons le
contrat en vin!!t articles pa ·é par le Père
Faber a\'ec un patron de galère vénitienne;
il est spécifié que ]es pèlerins auront, r.omme
de coutume, un petit \'erre de malroi ie avant
le repas du matin et qu'ilspourront emporter
de poules. JI y aura deux repas par jour; le
naYiren'abordera qu'aux escale accoulumél's;
il ne louchera point Chypre, l'île de \'énus,
n dont l'air, suivant une ancienne tradition,
e t funeste aux Allemands. •
Le marché conclu, on embarque le.s bagages. ur les pas ereUes jetél's à quai, les portefaix courent avec une agilité surprenante,
ployant sous les cofTres lourds aux ferrures
mas. ives et les arches à couYercle ren0é, telles
que nos malll' . Les balJes de marcbandues
el les sacs de denrées s'cnlassent dans les
endroits secs du na,ire, lo:n du mât, des
écoutille· cl des ancre , arrimées arec ce so•
!ide nœud marin que les princes angevins d,·
'.'\aple·, dès Hi5l, choisirent comme emblème
d'un ordre de chevalerie.
Et maintenant tout est prêt. La galère tout
équipée e balance au Ilot. La grande hargne
de cantier el la petite pali charme, qui lout
à l'beure seront his ées à la poupe, acco lent
Cliché Oiraudoa.
à l'arrière. au l,as de l'e calier &lt;l'honneur.
Au PORT. - Dél.:iil J"un lwtltau &lt;k CARPACCIO, (.-1cajémtt .tts BtwUX•Arts, Venise.)
Chaq11e pèlerin défile dl!,·anl l'Jai1ain qui
con·i6nc sur un regi trc tenu en dou1lc
exemplaire cl sans rature les noms cl pré- du patron, qui ne pOu\'ait dè., lors arguer
Ln un-cJlance des in pecleurs 1:t des connom· des passagers, le noml,rc de leurs chc- d'ignorance. li veillaient aussi à ce que 1 ,aut cl le nom de leur rc:.-tauralcur, puis vines fussent de bonne qualité et en quan- suls empêchait le patron de rédwre les pince
fort congrues résenécs aux pèlerins et fixées

�111S T0'1{1.Jl
par la loi à sepl palmes de long sur deux et
demie de large, soit J m. 82 sur O m. 65;
encore l'espace éta.it-il jugé suffisant pour
deux personnes, les pieds de l'une tournés
vers la tête de l'autre. Comme on n'avait pas
l'habitude de superposer les cadres, le patron
encombrait de cadres supplémentaires les
couloirs et parquait ses passagers comme du
bétail, sans autre souci que d'en loger le plus
possible. Le jour, draps, nattes et couverture
étaient accrochés aux parois du navire, a6n
de ne pas gêner la circulation. Sur certains
navires de commerce, une centaine de pèlerins étaient consignés à l'avant, tandis qu'à
l'arrière, à l'abri des fatigues du tangage, se
prélassaient une douzaine de gros marchands.
Le bàtimcnt, par une ironie amère, s'appelait le Grand Paradis.
Dans les grandes naves d.i transport que
saint Louis nolisa pour l'expédition d'Égypte,
les logis aérés étaient réservés aux premières
classes qui payaient quatre livres tournois
pour aller de Marseille eu Terre Saiute; aux
secondes classes, on alTecl.ai t le premier et le
deuxième pont, moye110ant soixante sous par
têle; enfin, pour quarante sous, les croisés
pauvres avaient le droit d'élouITer dans la
troisième couverte. La concurrence entre les
grands ports abaissa mème les tarifs marseillais à soixante sous, eau et feu compris, en
première; quarante sous en seconde, trentecinq en troisième et vingt-cinq en quatrième
pour les malheureux logés dans les écuries.
Le fret à la grosse tombait en mème temps
de treize cents marcs à huit cents pour un
millier de pèlerins, cc qui donnait par tête
quarante-quatre sous, prix de re\'ient quelque
peu supérieur à la moyenne des locations au
détail. Si nous traduisons en monnaie actuelle
ces quarante-quatre sous, on \'erra qu'un
croisé du xme siècle passait en Palestine
pour une centaine de francs, c'est-à-dire beaucoup plus économiquement qu'on ne le fJil
de nos jours.
A Venise, le fret à la grosse offra.it plus de
profit que le fret au détail, sept cents marcs
pour mille passagers. On perdait beaucoup
à louer individuellement les places. Un chevalier payait huit marcs et demi pour lui et
pour so11 train d'équipage, .cheval, palefrenier, d11ux ser,'Ïteurs, ,•iues et bagages. Logé
dans une chambre de l'arrière, il laissait sur
le seuil de la porte son écuyer, qui dormait
enveloppé dans un manteau sous la voûte du
firmament.
Les réductions faites aux croisés ea raison
de leur nombre ne s'appliquaient pas aux
pèlerins isolés. Un pèlerinage en Palestine,
t•iâ Venise, coùtait, aux xn,e et xve siècles,
45 ducats pour la traversée, 55 en y comprenant les «despens et tributz du Soudan »,
et il fallait tabler sur une dépense totale
d'environ 100 ducats, soit 744 francs en
valeur intrinsèque, le double en valeur rela-

live. AGn de venir eu aide au:c passagers
pauvres, Louis de Bourbon avait fondé, la
veille de l'Épiphaniedel'an 1325, la confrérie
des pèlerins et des voyageurs de Terre Sainte.
Dans l'élévation des tarifs, mettez en ligne
de compte l'affaiblissement de la valeur de
l'argent, les taxes municipales établies sur
celle classe de passagers et le fait que ks
pèlerins embarquaient le plus souvent non
sur des naves, mais sur des galères dont ]es
frais de manœuvre étaient plus chers, la
sécurité plus graude, la course plus rapide,
la carga-ison plus légère. Ils occnpaient la
place des marchandises précieuse,, drap d'or
el d'argent, laque, indigo, brésil, encens,
dont le transport était réservé aux galères
armées. Or, une galère portait quatre fois
moins de fret qu'une nave el coûtait trois fois
plus.
Une des vexations fiscales qui attendaient
les infortunés passagers, dès qu'ils avaient
mis le pied à bord, c'était le pourboire.
Vexation prévue, mais tellement invétérée
dans les mœurs du Levant que les statuts de
Marseille spé1.:ifiaient seulement quand elle
n'aurait pas lieu: ainsi, !'écrivain avait défense de rien recc\•oir pour la délivrance des
billets de passage. De même, toute promesse
faite en haute mer par quelque brave homme,
homen l,onrat, qu'affolait la tempête, était
caduque. A l'arriYéeà destination., les officiers
vénitiens venaient l'un après l'autre trouver
les pas agers, une fiole d'argent à h main,
avec un geste expressif qui dans toutes les
langues signifie: pour boire. La chose s'appelait, chez ce peuple subtil, une courtoisie :
la courtoisie, c'était à vous de la faire.
Plus d'un pèlerin a décrit la scène féeriqm•,
mais poignante, du dtlpart, attristé par l'a.pprébension de ne plus revoir la patrie. On rn
remettait à la garde de Dieu par ce cantique
de pèlerinage, courte prière qui s'échappa
plus d'une fois de lèvres frémissantes aux
heures d'angoisse : cc Naviguons au nom du
Seigneur pour obtcuir sa grâce; qu'il soit
notre force et le .1inl Sépnlcre notre sauvegarde. Kyrie eleison. &gt;&gt;
Joinville relate assez bien les manœuvres
el les cérémonies de l'appareillage : .C&lt; Est
arée voslre besoigne? » demande le maitre
d'équipage aux nautoniers qui « au bec de
la nef » lèvent l'ancre. - « ire, vieignent
avant les clercs et les proveres. li An cle.rgé
qui s'avance processionnellement : « Chantez
de par Dieu, » crie le maitre; et tandis que
vibrent les strophes du reni creator· spiritus, un nouveau commandement retenlil,
bref et sec : &lt;e Faites voiUe de par Dieu. l&gt; Au
dernier étage du chà.teau d'arrière e dé,.
ploient les bannières que les trompettes saluent d'une fanfare ,éclatante. Le peuple
assemblé sur le rivage répond par des clameurs et des sanglots.
c&lt; En hrief tens, le vent se féri ou voille

(A suivre.)

el nous ot tolu la Yeue de la terre, que nous
ne vei mes que ciel el yauc. 1&gt;
Hors de me des côtes, le bâtiment quittait sa parure de r,~tc, et le voyage de pénitence commençait au milieu des tribulations
physiques et morales, et, avant tout, du mal
de mer, de l'olu1·s de mer dont parle Wace.
La plupart dP.s pl'.·lerins écrivent en latin,
langue qui a l'avanl:lge que l'on sait de tout
dire jusqu'à braver l'honnêteté. Les scènes
naturalistes qu'ils brossent d'un trait vigoureux sont assez difficiles à retracer en français, à moins de jeter sur les défaillances de
la nature humaine la brillante parure des métaphores orientales :
« L'agitation des eaux de la mer faisait
fondre mon corps à l'égal du sel trempé dans
l'eau; la violence du déluge anéantissait el
faisait disparaitre la constance qui me soutenait, et mon intelligence, jusque-là si ferme,
était comme la glace qui se trouve exposée à
la chaleur du mois de lamouz. 1&gt;
Ces touches délicates d'uu écrivain persan
prouvent que la poésie parvient à embellir les
effet désastreux du mal de mer. On ne s'en
douterait guère à lire Eustache Deschamps el
à voir :
t:un mèllrc à horL l'autre desgosillcr,
1'un dessus l'aulre, •L venir cl alcr,
EL soy !Jouter c11 . oulte u l'ons aval,
Pour lu lempe:.l.

Mai' où la tri vi 1lilé devient éeœuraolc,
c'est chez l'auteur allemand : a Tempore
tempestalum, evomitalio eL comeslio celeùranlur simul. » On ne saurait exprimèrplus
l,rutalcmcnt ce principe d'allopathie que le
mJl de mer n'cxdul p1s la houlimie.
" li me con\'ienl aux et becuit rifllcr. 1&gt;
se disait alors Eu tache Deschamps, avec un
haut-lc-cœur de dtlgoùt pour l'assaisonnement oùlirré de la cui-ine méridionale, l'ail.
Un autre homme du norJ, Philippe de Maiziilres, forcJ de sulù le conJimenl durant
ses nomùreu ·es na"igations dans la Méditerranée, le sligmalisaiL des épithètes de« chaull
et puant, esmou1•ant à luxure. n En cas de
maladie, ori pouvait reconrir au barbier du
bord, el puiser à son 11 apoticairie de erbes,
de espices et de aromalz &gt;&gt;, sirops, opiats,
poudres, emplâtres, ~i on n'avait eu la précaution de s'en pourvoir soi-mème, surtout
de « médecines froydes, par le conseil de ,
médecins. c&lt; Voulez-vou une idée des préceptes hygiéniques du temps et de la vertu
curative de certains remèdes? Lisez le P. Fa.ber : il vous édifiera.
Le meilleur réconfortant, c'était le malvoisie : on le servait comme apérilif; à l'escale de Crète, les p~sagers en achetaient
toujours, chaque galiot eu avait dans la pacotiUe logée sous son Lane, el le débitait
durant la traversée. Nos compatriotes n'C!l
u ·aient qu'avec résene, trouvant les vins
liquoreux « fortissima el terribilia vina. . u
CHARLES DE

L\ ROXCI.ERE.

Le lieulenanf-ci1&gt;il Dreux d'Aubray
Par CH. GAILLY DE TAURl'.'IIES •

Ill*
Pauvre magistrat 1

taine, vous faites erreur: la première Jeure
C' t demeurée en blanc et je l'ai laissée ainsi
à dessein, comptant l'ol'Iler plus tard de
qael,1ucs petites lleurs de miniature; cellf'
première lettre sera un L; Yoici donc comment il faut lire ces vers composés par M. de
Goml,erl'ille à l'honneur de nolre solitude et
qu~ je me proposaL d'envoyer à un de ~es
amis:

Pour quicol1fp1c avait pu voir jaJi_, &lt;lnrant ses prèmièrC's visites à Porl-flopl, le
sémillant et spirituel m:igistral, le contraste
rûl emLlé au contraire rxtrèmrmcnt étr:mrre ,
Ce n'était plus Ir mème homme, sa saine
gaité l'arnit Iui, son e~prit était éteint et son
I.oio Ill' la t,,nr el de la guerre,
exquise politesse d'homme du monde avait
J'apprends à mourir en ers lirux;
fait place aux plus lourJcs manifeslations Je
Qui ne mrurt longlcmpl' sui· la t,·rr,~
maladresse di~courtoise cl impcrtinentc.
'e ,·ivro jamais dans les 1·ic111.
A1ant été imité, durant une su~pen ion do
~!· le Lieutenant Civil dut recon •. Jître qu'il
cc long interrogatoire, à aller prendre al"CC
avait
mal lu et que ces vers n'étaient point
se. commissaires on diner ch,,z le colonel
factieux 6 •
des Suisses, M. de Molondin, et ayant, penAu jeune solitaire M. du Fossé, le vieux
dant le repas, admiré la belle vai. selle d'armagistral . 'efforça de donner des conseils
grnt de cet officier:
paternels.
« Aviez-vous déjà Lant de belles choses l'n
C&lt; Que faites-vous ici, Monsieur, lui dit-il,
venant de Suisse? 1&gt; lui demanda-1-il d'un
vous,
un gentilhomme, vivre sans honneur
ton assez pen civil 1 •
parmi des gens méprisés I Ilenlrez dans votre
Durant la nuit, les prisonniers furent
Foin de L1 cour cl de la guerre,
proYince, je vous le conseille, et mariez-vous!
gardés par de ard1ers qui couchèrent dans
J 'ap()rt.'111ls ....
- Me marier ! répliqua M. du Fossé ; ab l
leur• chambres .et Le lendemain le ma"i
tra t
&lt;c Foin de la cour!. .. Foin de la cour! Il
0
Monsieur,
vous ai-je donc offensé en quelque
rcvmt pour continuer on encho e pour que vous me souquête; sa rnlnc était un peu
haitiez un si grand mal?
plus souriante.
-c·est l'rai, avoua~r. d'Au« Que ue m'ayez-vous fait
bray
avec un soupir el penconnaitre hier, dit-il à M. de
sant
sans
doute aux ennui
Sacy, les liens de parenté qui
domestiques
que lui causait
vou unissent à M. de Pomsa fillen, il y a quelquefois de
ponne. J'ai rn hier soir Mme
la peine dans le mariacre et,
de Pomponne de qui j'ai moidepuis
vingt-cinq ans Je j'ai
mème l'honneur d'être as ez
perdu
ma
femme, j'ai préféré
proche parent'; elle m'a fort
demeurer veuf que de me rf'parlé pour vous el j'ai de
marier7. 1&gt;
reproches /1 vous faire de oc
Ces longs interrogatoires,
Yous ètre point nommé .... Ah!
qui
se prolongèrent pendant
croyez-le, Monsieur, ma charrre
près
de quinze jours, une fois
m'obligequel,1uefois à de bi;n
terminés,
le Lieutenant Civil
pénibles devoirs et je n'entre
se
rendit
à
Saint-Germain {la
jamais dans une maison pour
cour
s'y
trouvait
alors) pour
y opérer quelque formalité de
en
rendre
compte
au Roi. La
justice sans ressentir sournnt
réponse
fut
prompte
et hrèn•,
moi-même bien plus d'émoi
LA BASTILLE AU ;\'Vil· SIÈCLE. Gra1'11re d'ISRAEL SrLVESTRE.
c'était
l'ordre
de
faire
écrouer
qu je n'en donne 5, »
au
plus
l«îl
les
prisonnier
à la
L'interrogatoire de M. FonBastille.
taine et la visite de ses papiers donna lieu à n'y a plus à nier que cela sente bien fort la.
. Pour I~~ pauvres Solit.aires, ce fut presque
d'asse_z piquants incidents. Les gens de poliCf' cabale.
la
une dehnance: depuis quinze jourst c'est
omra1ent un coffre, cropnt y trouver des do- Pardon, ~fonsieur, répr,ndit M. Fon- d'une façon si étrange qu'ils habita.ienl leur
'" Exlrail du volume : Pere et fill.,: (Philippe de
:i. )lémoires de font.ainr.
~e galn~L était un capitnine ,le cavalerie uommt•
Ch 11m1mg11e el Sam,· Cal/U'1°ille de Safote-Su,a1111c
. !i. Celle fille! la marquise ,le Ilrimilliers dont. jadis,
~amL&lt;:•Cro1x, ht•I ùomme ll!ais asset ll·iste sirL", joueur,
,i P11l't-lioyal, 1;1ar Ch. Gailly de Taurines. (Librairie
11 se moulra11. 11 heureusement _fier, ~(' lui donnait pa,,
hb~rtm el quelque (&gt;Cil fripon, que M. tle Brinvilliers
llachetle CL C'".)
1~a~ sa condwte, toutes 1~ sat.1 fochon qu'il eOL di•- n,·a,t _ci,nnu à l'a!'!1t'C cl donl il avait ru lïmprudencr
~ï~s ~11lém~a11tes, ]V, p. 172.
Hrecs. Pour rompre une intrigue amoureuse étalée
de taire s.un farmher. C'est dans le carrosse même dt•
-· \01r_ a la Bibl. de !'Arsenal ms 6.0~() (Papiers
par elle avec une lroµ cynique insouciance. il a,·a il 1~ marquise, .~nt ,~el~e liaison él~il publique , que le

J·

de la lam1lle Arnanll) une leUre curieuse de li. ù'Auhray à li. de Pomponne, son parent. lorsque celui-ci

lut

momentanément

exfü.

:.. l"iesi11térna11les. lV,p. 17G.
', lbi,J. l\" , I'· l'ill.

-14

cumC'nls d'importance, il ne contenait que &lt;le
vieilles har&lt;lt•s cl d11 linge en as ez mauvnis
ét:1t.
« Que ne l'emplissiez-mus plulot de pistole~! observa ~r. d'AuhraJ, rrprenanl pour
11n mslant le ton plaisant de jadis.
- C'est avec une monnaie bien différente
que Monsieur compte acheter le ciel, dit l'un
des commissaires. »
Et, lout en p:irlant, il lirait du coJTre, avec
une sol, unité plaisante, un silice autour duqutl aussilôt se précipitèrent curieusement
tous les gros de police pour qui cet objet
était .ans doute un genre d'habillement tout
nouYeau '.
« Oh! ob l s'écria tout à coup le Lieutenant Civil en ft'Uillelant des papiers et parcourant drs yeux aYcc attention une grande
feuille de "élin sur la'{llelle s'étalaient de
beaux. caractères d'or; voici qui est plus
grave! Des vers, el de ,·ers qui me parai.o:sent
singulièrement factieux :

D)~me_ ~LI recourir .:m très oppor!on moyl'n alors à la
d1spoS1hon d~s familles, t'I obtenir du lloi une lettre
de cachet lui permettant d~ fairo. mettre pendant
qUPlquPs mois â la lla.,lille Il' galant indiscret el gênant.

3o8 ....
.., JOQ

L"'

l.1 ~11 tenanl_ C1v1I set.ail vu conlramt dr faire arrt'ler

ainle-Cro1x.
Tout cela avait singuliérem,,,:t ni~ri el a,goml,ri le
cu:ctè_i:e de M. cJ·Au1Jr3y.
, . 1tes mléie,sa11/es, ]\', p. 178.

�ms T0-1{1.Jl

,

logis l Obligés de souffrir que des archers
couchassent près d'eux el partageassent leurs
chambres, «incommodité assez considérable,
affirme l'un d'eux, et qui ne peut être bien
comprise que de ceux qui l'ont éprouvée 1 ~.
Aussi, en roulant vers la Bastille, ces messieurs n'avaient-ils pas de trop cuisants regrets, et leur pensée, un peu railleuse, allaitelle seulement vers le Lieutenant Civil Dreux
d'Aubray, un magistrat si au-dessous de sa
tâche, si facile à embarrasser, à dominer, à
tromper l Comparant la médiocrité de cet
homme à l'importance de la charge dont il
était rerêlu, ils ne pomaient s·empêcher de
redire avec un ourire de pitié : « Le pauvre
homme! ,&gt;

Comment mourut M. le Lieutenant
Civil Dreux d'Aubray.
Et de fait, tant au physique qu'au moral,
M. le Lieutenant Civil était subitement devenu méconnaissable : amaigri, l'œil terne,
la parole difficile, l'ancien bon vivant d'autrefois, le magistral énergique el alerte d'hier
s'était lamentablement transformé en un
vieillard valétudinaire, sans volonté, sans
ardeur et sans force.
Depuis longtemps, certes, les chagrins

année 1666, il s'était senti soudain pris d'un
mal étrange, rebelle à toutes les médications.
Sa fille qui (son fébrile et quasi maladif
besoin de plaisirs et de galanterie mis à
part), paraissail animée envers lui des plus
tendres sentiments d'affection, avait beau
multiplier ses visites et ses soins, tous ses
efforts semblaient avoir un effet directement
contraire à celui qu'elle cherchait et, par nne
fatalité malheureuse, sa présence près du
malade se trouvait invariablement suivie,
non d'un arrèt, mah au contraire d'unr
aggravation de la maladie.
La douce et charmante figure de Mme de
Brinvilliers semblait rélléter la tendresse de
son cœur ~ « blanche comme la neige elle
avait la peau belle et lisse, une petite figure
modeste et douce; c:l.i était toute mignonne
de sa per onne », telle nous la dépeint la
plume d'nne de ses contemporaines'·
Dans sa sollicitude pour la santé de son
père, elle avait pris soin de placer près de lui
un servi leur -de son choix, homme véritablement de confiance, un valet de chambre
nommé Gascon 3 qui, de sa propre main,
versait et administrait au vieillard tous les
remèdes et potions ordonnés par les médecins.
àlais rien ne parvenait à vaincre le mal :
implacable et lent, il allait, empirant sans
cesse; de semaine en semaine les forces du

patient diminuaient davantage el les douleurs devenaient plus violenles.

Malgré ces souffrances croissantes, toujours
consciencieux el ponctuel, le comageux magistrat continuait à s'acquitter avec exaciitude de ses fonctions: cc Personne n'ignore
que je ne suis point apprenlif de vouloir
mourir pour le Roi, en ayant donné dans le
passé d'assez beaux exemples », avait-il
écrit, deUI. ans plus tôt à Colbert, el ce qu'il
affirmait alors avec cette belle assurance, il
savait encore en donner la preuve. Nous
l'avons vu, souffrant déjà depuis plus de
quatre mois de celle mystérieuse maladie
qui minait sourdement ses jours, se lever
avec le soleil pour exécuter les ordres du
Roi contre les Jansénistes au faubourg Saint.Antoine, procéder à de longs interrogatoires,
multiplier, malgré la faligue, ses démarches,
ses travaux et ses soins.
li continuait d'être la terreur de ces libraires qui, par désir de lucre ou par ma_uvais esprit, s'avisaient de propager les écrits
prohibés ou suspects : « La présente, écrivait-il à Colbert le 20 avril, servira pour
accompagner le commissaire Picart qui va
r&lt;'ndre compte d'une diligence qu'il a faite
sous mes ordres pour avoir lumière de ces
méchants livres c1ui viennent en France des
Pays-Bas. J'en ai eu l'avis par un librai~e
d'Amiens et, ensuite, j'ai fait arrêter le libraire de Paris et un autre de la ville d'Amiens
qui servait d'entrepôt à ce commerce•. 1&gt;
Ce n'est pas avec un moindre zèle qu'il
veillait à la salubrité de Paris : « Les ordres
du Roi sur le neltoyement de la ville el
autres choses concernant la salubrité de l'air,
écrivait-il au même ministre le 7 juin de
cette année, ont été reçus avec une joie publique... les bouchers, charcutiers, rôtisseurs, boulangers, meuniers et autres personnes ont obéi volontairement ; même ce
règlement s'est étendu sur de certaines gen
qui nourrissaient el faisaient le trafic de
chiens en dtffércnts endroits ... et je m'assure, si le soin dei hommes pèut conlrfüuer
pour quelque chose pour garantir Paris des
malheurs dont les provinces Yoisincs ont
affligées 5, que la sagesse qui accompagne vo.
actions aura produit un bon effet 6 • »
Mais il est une limite au delà de laquelle
l'éner!rie de l11omme le plus per évérant est
o
.
bien obligée
de faiblir, et, six JOurs
seu lcment après avoir pris ces mesures d'hygiène
et écrit cette lettre, vers les rètes de la Pentecôte, le Lieutenant Civil se sentit tellement
affaibli qu'un vo1age à la campagne, dans sa
terre d'Olfémont, lui parut absolument nécessaire. Le repos et l'air des champs l'aideraient, pensait-il, à se rétaLlir; des comptes
à régler avec ses fermiers exigeaient d'ailleurs en cette saison sa présence.
Cette terre d'Olfémont était, on s'en souvient, un des nombreux témoignages des
exceptionnelles faveurs dont le sort bienveillant avait, durant toute son existence, favo-

2. Correo$po11da11ce de Madame. Duchesse d'Orléam, extraite des leLLres publiéc,; par :11:11. de Ranke
el Holland. Traduction el notes pat Eruesl Jaeglé.
Paris, 1880, 2 vol. in -12, l. Il, p. _72.
.
a. Plumitif de la Tournelle, voir Raraasson. Arcl,i,•rs de la naslille. IV, p. 2i3.

4. Correspondance 11dminhlrative sou., Louis XIV,
t. 11, p. 551. Le Lieutenant Ciril à Coll,erl,
7 jujn 1666.
5. li y :nait alors une épidêmie de p_csle.
6. Correspondante de Colhert. pulihfo par P. Clément, VI, p. 3!!2.

ABBAYE DE PORT-ROYAL DE:S CUA.MPS :'

Gra1•11re dt

MAGDELEINE IIOR~rurnELS.

causés par la conduite de sa fille avaient
beaucoup assombri son caractère, mais ce
n'était que tout récemment que de- troubles
de santé étaient venus se joindre à ses préoccupations morales.
Vers le milieu Ju mois de janvier de cette
1. Fontaine dan, l'iu illltreua11ies, lV. p. til.

LE

CnœuR.

(C.iNnet ;tes fistamfes.)

__________________________ LE

LTEUTENJI.NT-CTnL DlfEUX D'AlŒ]{JtY - ~

risé jusqu'alors M. d'A11Lray : il l'av:iit même tant dïnqniétudt'S à ses prorbt s que la nomcllc-, en avait fait part aussitôl. par
recueillie parmi les Liens rnnfüqués sur le l'ainé de ses fils, alors intendant à Orléans, lellre, à un de ses ami : « Comme j'étais
malheureux MonLmorc-ncy conduit à l'écha- dc.;manda d'urgence l'autorisation de quiller aujourd'hui sur ks onze heures, lui écrivait-il,
faud.
son poste pour se rendre au plus vile au avec ~I. le Premier Président dans son cabinet,
A la suite de celte mo~L tragique, la ,·cu,·e chercl du malade. A peine arriré, ayant couru qui m'avait envoyé &lt;Jtrérirpourdîneraveclui, on
d_u supplicié, Marie-félicie de. Urest wnu lui dire c1ue l'on avait donsins, le cœur brisé, dépouillée de
né l'extrême-onction à M. le Lieutout, prhée de biens, arnit pris
tenant Civil. Tôt après, il est venu
le voile, el tout réccmnll'nl, en
une grande troupe de ses parents
cette mêmeannée IGGG, vrnait de
qui Je cherchaient pour l'emmemourir obscurément, o ubliéc dans
ner. Ego rero dam me subdu:ri,
un couvent de Moulins 1 •
comme dit quelque part Erasme,
La fète de fa Pentecôte tom Lait
cl m'en suis wnu dîner arec ma
celte année-là ltJ 1:=i juin. Désirant
famille. Il y aura eu quelque afne point entreprendre seul le
faire sccrèlll;. &gt;l
voyage d"Offémonl, un vopge de
Le \'endrrdi 11, la morl avait
dix-huit lieues, M. d'AuLray pria
:rcheYé
son œu He, et, fils sincèsa fille la marquise de IlriU\ illiers
rement
éploré en même temps
de vouloir bien l'accomp:igner.
que
magistrat
strictement attaché
Chacun d'eux de rani partir d'un
aux
devoirs
de
sa charge, l'inpoint différent: le Lieulenant Ci\'il
tendant
d'Orléans
écrivait de noude son bôtel de la rue du Bouloi,
reau
au
Ministre
: « Quoique la
et la marqui e, de son lo3is de la
douleur
du
d6cès
de
M. le Lieuterue Neuve-Saint-Paul, rendez-yous
nant
Civil,
arrivé
hier
au soir,
fnt pris pour ~c rrjoi11Jre hors de
m'ôte
toute
liberté
de
réfléchir
la ville, dans le faubourg Sainlsur aucune autre affaire, elle me
~lartin, en face du couvent clés
conserve Loule ma raison pour
fiécollels 1, et il rut convenu 11ue,
wnger à mon devoir el pour vous
afin d'accélérer la marche, lime Je
dire, Monsieur, que les deux jours
Drinvillicrs amènerait ses chevaux
que je Yous aYais demandés pour
que l'on accrocherait comme renassister feu mon père seront écoufort au carrosse.
lés aujourd'hui. Si le désordre
L'heure du rendez-vous était
extrême
dans lequel sont mes
déjà quelque peu passée lorsque la
affaires
me
le permettait, je parmarquise y arriva, seule, sans ses
tirais dès demain pour me rendre
chevaux.
à mon emploi. Je ne laisserai pas
Déjà mis un peu en mauvaise
de partir à l"heure qu'il vous plaira
humeur par l'allmle, AI. d"Aude
me prescrire après que j'aurai
bra , que la maladie rendait exeu
l'honneur de vous rendre mes
trêmement irritable, se fàcha fort
très humLles respects et que j'aude cc contre-lemps:i. On se mit
rai fait ma révérence à Sa Macependant en route et l'on s'arjesté,
si vous l'avez agréable. C'est
rêta pour souper à Senlis clicz un
ce
dont
je rnus supplie extrêmeami, M. le chanoine Cruvillier.
ment,
Monsieur,
de me faire rnLes grandes et e.xc.?ptionnelles
voir
vc,Lre
volonté,
laquelle fe1échaleurs qui régnaient en celle
TOt!RE!.LE flE L UÙTEL DE FtCAllP, Rl'E HAUTE.FE tll.LF, ITABITÉ PAR
cutc
rai
toujours
avec
le dernier
année', jointes à la fatigue du
allachement s_ »
S.UNTE-CROJX. Dessin de RoemA.
voyage, en étaient-elle lacause,louDurant Loule la journée du sajours est-il que M. d'A ubray ne se
medi
12, lendemain de la mort
trouvait pas bien. A O!Témont il essaya du se ù l'hôttl du Lieutenant Civil, ruu du Oouloi,
dn
Lieutenant
Civil,
ce fut à son hotel un
purger; pour le rrmellre, sa fi 1le lui pré- le jeune magistral écrivit dès ~ix heures Ju
défilé continuel de parents, d'amis, de ma- ·
senta un bouillon préparé de sa main. En matin, le 10 septembre, à M. Colbert son
dépit de tous ces soins, la maladie empira ; cher : « Monsieur, en arrivant à P,tris auprès gislrats, venant rendre au mort les derniers
devoirs : c1 Le samedi 12 septembre, écriM. d'Aubray se trouva soudain &lt;&lt; lourmenlé de. mon père, ma prrmière pcn ée, après
de vomissements extraordinaires, de maux l'arnir rn un instant, a été de vous rendre vait en rentrant chez lui le président d'Ord'estomac iuconccvaLlcs, et d'étranges ch.1- de trè humLles grâces de la permission qu'il messon sur le lirre de notes où, minutieuleurs d'entrailles 11. Quillant brusquement vous a plu de m'accorder de satisfaire à mon sement, il mentionnait toutes les particuOffémont, il dut rentrer en toute hàte à Pari~, devoir el à l'assistance que je lui devai . Je larités du jour, je fu avec U. Le Roy donfans aroir pu finir aucune des affaire qu'il l'ai Lrom·é en l'état qu'on me l'avait écrit, ner de l'eau bénite à ~r. le Lieutenant
Ci~il, mort le jour précédenl, après une
se proposait de régler$.
quasi hors d'espérance de recourrer sa santé. maladie de sept jours. On atlribuait la cause
De ce jour, la santé du Lieutenant Civil Vous jugez, Monsieur, quel a été mon arcade sa mort à la douleur que lui causait une
devint de plus en plus mamaise. Au com- hlcmenl el mon aflliction 6 .... »
de ses filles, dél'ote, qui lui demandait parmencement de septembre, son étal donna
Dès la veille, Je malade a,ait reçu l'extrême- tage et lui avait fait donner exploit; mais
1. I.-E. Mermel. - Enais histonques sur lu onction et le médecin Guy Patin, une très
c'est surtout de la douleur de ne pouvoir
c1111to11~ d',l tlich!J, f.0111[)ièg11e, etc .... Compiêgnr. mauvaise langue, qui par hasard avait appris
depuis longtemps, obtenir la permission d~
1 \"ol. m-12, 1907, imprimerie du Progri's tic l"Ui~c.
0

2 ..\ujonrd'lmi hôpital militaire.
:i. Procc, de la Brin,·illicrs. lnterrog11toircs des

9 a1Til el 15 juillet 1676. \oit- Ra\'~bson, A1·rhiies
de lit Bastille, l. IV.
i. Vuir Journal d"Olilicr J'Urme.-011. li , IL 4(H.

:1. llémuire contre la 11 de llrinl"illicrs pour
lime ltangot, veurn de M. d'.\uhray. lieulenaul
Ch·il

'le fils). Ilibl.

~ationale, rrt'ucil Thoi y.
(i. llil,I. ~alionilc. Papiers dr Colbert. fieproJuil,
p~r fiaYai,-on. A rcltfrt•$ de fa lJa.,ti/le, ï. p. 9 cl W.
..,, 311

'"

7. Lettl'et de Guy Pn:lÎII, 5 ,•ol. iu-8•, 1816, l. JII,
p. GJO. Lellre à Fnkonet, 9 septembre 1666.
8 Dall)e Paris ce samedi â 6 heures. Bil.,I. 1"ationole, papiers Colbert. Reproduit pQr naraissou. Arthfres lfe lu llaslillt:, IV

�---- Jf1ST0~1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - résigner sa charge à son J11 ni en retirer
récompen e, es affaires domestique étant en
mauvais étal 1• »
urvenue dans de conditions a scz myslériru,e·, celle mort faisait en elîet l'objet de
Ioules le. conver alions el prèlait à bien des
conjectures; le méd cin Gu~ Patin, qui n'était
pa seulement mauvaise langue, mai encore
un furieux, inlrairal,lè et exclusif parti an de
la saignée fréquente cl de l'abondante purgation t, ne fut pas de · dernier· ~ donner on
:ni,: ci Nou a,·on perdu, écrivait-il, M. d'Au1,r:n, Lieutenant Civil; c 't'-lait un honnête
hot~me qui était merveilleu ement inlelligcnl
pour l'exercice de celle grande charge. On
n'a pa bien connu sa maladie et de plu un
('harlatan lui a donné deux. pri.&lt;'s &lt;lu , in
,:mélique avce Jesquel!es il a Lil'nlôt pas é au
paI d'où personne ne revient füi il n'y a
pas à 'étonner de cela : il e t mort de la
main d'un charlatan, lui, dont la charge était
de cha ser œtle _orle de gen qui e di ent
impudemment et fau semcnt médecin. de
Montpellier. Ce ne ont que misérable gredins, ans lieu et san aveu, moines défroCJUé , frater , apothicaires et barbiers gascons
qui promettent de ecrets contre toute
sorte de maladies el plusienr autre :. , ,,

Tant de morts douloureuses, si oudaioement répétées dans la m~me famille comm"nrèrrnt ~ paraître ~1 prclcs; :ippelé à

L\

'IARQUTSE OF. BRl]l.'VILLIERS.

D'après un portrait qui fut /ail d'elle peu de ltmf'$
av:rnl SOI! $llf{'lla.

De ee jour, une fatalité terrible s'abattit
sur celte famille d'A.ubray jusqu'alors ,i
prospère; implacable et acharnée, la mort
sembla.il planer mystérieli ement ur elle el
y guetter tour à tour une proie. L'aîné des
fils, l'intendant d'Orléans, avait obtenu du
Roi la charge de son père, diminuée toutefoi
de la plu importante partie de ses altributions : tout ce qui concernait la police en
al'ail été détaché pour former, ou le titre
de lieutenance générale ,/f police une nouvelle char11e, attribuée à M. de la Rel"nie.
Le nouveau Liculenaot Ci~·il avait à pein,:depuis quatre ans, pris pos es ioo de ,es
fonction q11e subitement, comme on père,
aprc des souffrances atroce , il mourut âgé
seulement de trente-huit an , le 17 juin lû70.
Douze jour avant a mort, se entant déJà
irrémédiablement perdu, il avait fait un te lament par lequel il laissait à son frère cadet,
conseiller au Parlement, tout ce que les coutumes lui permettaient de donner', Celui ci
recueillit l'hérita ire; Lroi moi ne 'étaient
pa écoulé qu'il Jtait morl.

faire l'autop ie du frère aîné, plusieurs médecins et chirurgien déclarèrent, l'un, Bachot, &lt;&lt; que la poitrine de M. d'Aubray, Lieutenant Civil, fils, était ulcérée et des échée »,
un autre, le chirurgien Jean De,,aux, -c'était
par sa remme née Duchesne le beau-frère de
Philippe de Champagne - qu'il trouvait« d
parties brûlées dan l'estomac eL le foie, et le
cœur tout flétri et macéré 5 »; tous deux C-Onclurenl à un empoisonnement.
n empoisonnement! EL aucun indice ne
permettait de oupçonner quels pouvaient
èlre le coupable !
Cependant, de moins en moins capable de
ré~isler à es pa.;sions, la marquise de Brinvilliers atftchail el multipliait s amour ;
tout était bon à ~e insatiables cl étrange
fanlai ies i avec ointe-Croix, orti de la Bastille, ses relation avaient repri de plu belli•,
mai , outre celui~i, le précepteur des fil de
la marquise, un pauvre bachelier en théologie, de tournure assez gauche, timide,
trembleur, pu illanime, élait, bien malrrré
lui, devenu au. i son amant. Il e nommait
Briancourt. Ahuri de ces cares es passionnée
qu'il n'avait pas cherchées, étonné au i de
certaines confidences cabrtu e qu'il ne demandait point, il lui arrivait bien sou,•ent dti
maudire sa bonne fortune et de ouhaiter
ardemment être ailleurs.

1. Jonrnul 1l'0fü·ier d'Ormrssoo, Il, p. 472 ,
2. 'ur Gu, Patio cl es Lhéorif m ~dicalc.• voir
un amuntit ■ rlicle d,· 1. Fr. Funrk-llrènlano. llerue
hebdomadaire, 190 .
:\. Lcllre ,Istèe du 21 ~cpternhre 166H.
4. Dili!. :'ialiomtle, ms. Chairamhaull. :i:1i. f• 00.
à. E\lrails ,111 Pr,,.-,., ,le 1, llrimillit•ra. llil.,I. Xa1i,ma!t•. m•. Ir, HO;i5 I• !l ,·•.

li. Tnlcrrogntoirr ile llrianrourL, t:i j11illcl li\111.
Y.. ir Ra,-ai sou . •-Jrchivea ile la RMli/ft', I. 1\. p. l!l!I,
el 21 juillet tüii, 1&gt;. jUl-:;!12.'
i. 111umitir cle la Tournrllc, p11hlié par rta\"ai,,011.
.J,·chivea de /11 Ra.,tillr, 1. IV, p. 2l5.
. Sur Ir pNM'1\, ,•L lu mort ,1 .. la BrimilliPrs voir I•·
lll'an li,r,• ,(,, 11. Fra11l1; l'unrk-llrcnlano, J.,. Dttlll11'
des Poi.touJt.

Fatalité tragique. - Les empoisonnements de la Brinvilliers.

&lt;&lt; Pendant que ainle-Croix était à la Bastille, dit un jour ~f me de Brinvilliers à cet
humble galant qui e rendait parfaitement
compte de a subordination amoureu e el
connais.ait fort bien es ch~fs de filt!; pendant
que ainte-Croix était à la Bastille, il a connu
là un certain Italien, le plu habile homme
qtt'il y ail au monde pour les poirnn . J'ai
foi I tenir Je l'ar•Yc11l à Sainte-Croix ponr
acheter se ecrel , cela nou a coùté gro . ,.
Au mot dt! poi·on, le pauvre BriancourL c
mil i1 trembler; les yeux écarquillés d'épo111anle, comme un homme qui \'Crrait un
abime s·enlr'omrir oudain .ou· e pa·, il
reviL en pcn ée la mort mystérieu cl subite
de fül. d' uhray, et un terrible .oupçon lui
lr:n-crsa l'cspril.
&lt;1 Yos fri-rc;; .... Madame'? ri qua-l-il limidcmcnl.
- ks frères ne valaient rien tous deux,
répond.il ~lmc de Brimillier avec un mituvai
regard. ,l'aime heaucoup mieux me enfants
qui sonl ma chair. lé frères m'a,·aient mépri rC'.
- Et Uonsieur votre père? interrogea
Dri:rncourt, Ja gorge serrée, eraignanl presque une réponse. »
fais à cette que lion Mme de Brin\'illiers
ne répondit point et fondit en larmes a.
nurant deux années encore le criminel.
auteurs de l'empoisonnement de M. d'Aubray
demeurèrent inconnu . En Hi72 eulemenl.
ainte-Croix étant venu à mourir, un inventaire fut fait à on domicile à l'occa ion &lt;le
a ucces ion; c'est alor qur, par hasard,
l'on décounil une ca eue contenant, à côlé
de fioles remplie de poi on", plusieurs lettre de Mme de Brinvilliers.
La charge était tellement arnablante que la
marqui e, d• qu'dle apprit la découverte de
la casselle, s'enfuit en Loule b.He el se réfugia, en Angleterre d'ahr,nl, pui dans lrs
Pa· -Ra .Cen'e.tqu'rn lû7fi que,décoU1·erte
el arrêtée à Liène, elle ful ramenée à Paris el
jugée. Elle avoua alor amir empoi onné on
père « pendant ept ou huit moi » ,.. , , vingthuit à trente foi )) , ... &lt;1 laoL avec de l'eau
qu'avec de la poudre »... n de ~e propr&lt;.
main et par un laquais nommé a con; )) .
Le 16 juillet 1676, dix ans aprè la mort
my térieu e do Lieutenant Ci\'il, la marquLe
de Brinvilliers eut la l~le tranchée en pln&lt;·c
de Grèrn, son corps fut livré au bûcher et se
cendres jetée au vcnl .
Ain i, tandis que dan la maison du fa11bourg ainl-Jntoinc, au milieu de archer
el de 'ni .e:i, il inlt!rroge:iit lJ. de acy rl
e montrail tellement inférieur à sa tàcbc
qu'il fai ail pitié à se victimes même::;,
M. d'Auliray, depui · quatre moi , portait
déjà dans ses Oancs le poison mortel que,
lentement, goulle à 0 oulte, lui rer ait a fille,
la marqui. e de Drimillier~, à l:t « petite
frg11rr mode Le el douce i:.
'11. G:\ILLY DE TAl"RI ES

HTSTORlA

MADAME ÉLISABETH

SOEUR DE LOUIS X

Tableau de ~1me VIGÉE·LE BR

..-- 312 ....

)J" •

�JOSEPII

TURQUAN
cf:&gt;

,

Les Femmes de l' Emigration
M . Jost ph TuTquan, l'autcuT justement utimé de
nmuqinblu travaux SUT l'époque napoléonienne , li
dont no, lic.c:tcuu ont pu apprécier, dans 1a !Kllc u
complitc étude SUT ,11.1.Jame l{t.:.&gt;mitr, la Ires ha1.tc.
valeur d "historien. public à la librairie Emilt-Paul un
ouvngc où de nouveau s'■ffinnrnl lrs qualitu à la fob
brillante. u solidts sur lu.qudlu 1'u1 fond« sa ripu11tion. Nous cmprunton, a ~• livn de M. Jo5cph Turquan l'important utnit qu'on V1I lire

Tandi cp1c, d'un cœur guilleret cl tolàlrc,
la noble se de cour gra,it chacplû jour le
,!!l'aOÙ escalier de ._ chonbornlu. l au ha duquel des soldats du régim&lt;.'11l de flohan, babil
blanc cl revers noirs, . onl de faction; landi
qu' lie traverse la salle d , gardes 011 des
grenadier suisse., immobile . ou lt!urs
bonnels à poil , la hallebarde au pied, ont
de faction delant la porte de appartement
des prince · ; tandis que ces émigré de mnrque allendenl, une lellre d'audience à la
main, qu'un hui sier leur ouvre la porte du
cabinet, - porte devant laquelle deux garde
du corps, ca~que eo tète et abre au poing,
dressent leur taille géante dan une immohilité de lalue, - d'autres gentil hommes,
qui ne sollicitent point d'audience, qui n
désirent nullement de traverser cet apparat
cl cc ra te hor. de ai on, continuent à picù
leur vo -age. C'e L le camp de Worm · qui • l
le hul de leur étape . Comme le jeune
vicomte de Chateaubriand à qui Rirnrol demandait : cc ù comptez-vou aller'! » ils répondraienl volonticr : a Où l'on e bat. 1&gt;
~lai on ne se bat pn. encore. .\ peine
même commence-t-on à se réunir. Le priuce
de Condé e t à Worm el il e îail autour de
lui un important ra emblemeot de troup •.
Il donnera son nom à celle petite arm 1c.
L'émigration e trouve donc divi~ée dès cc
momeol ur lroi points principaux : Bruxel1&lt;' • Cohlenlz et Worms.
D'une éLotfe morale a . ez mince, d'w1ju ement peu ùr, d'une intefügence de médiocre
portée bien qu'il oil capable d'écrire de
jolie lettr ·, le prince Loui -Jo eph de Bourbon-Condé était le fil de ce duc de Bourbon
qui fut, ou la minorité de Loui X\', cher
du conseil de régence et qui e . ignala plus à
l'alleotion du pays par sa liai on a\'CC .Mme de
Prie que par e l.:llents. On lui avait fait un
grand renom pendant la !!Uerre de ept An. ,
mais ses mo ens élaient inrérieur· à ce renom. bien cru'il nimùl à e firurer le contraire. Avec plus de vanité que d'or"ueil,
ave? une ambition dont il n'avait pas les c:11iar1tés, il prenait sa ,iolence p ur du talent
et. . emportements pour du nénie, - le
"~'.uc du g~and Condé donl il se croyait J'l1tir11trr. Plein de l'OUrage d'aillcur , Jar ..1•,

grnéretn, magnifique, amoureux de gloire. il
Lrù 1nit du noble dé ir d'être appdé lui au~. i
un jour I rrr, nd Condé. Et c'e t pour cda
qnt, ,oarù aux objurgations de Loui XVI qui
le uppliail de con.,édier le~ rrenlil homme.
ra, -emlilés autour Je lui il lui dé.obéi .ail
omerkmcot, aimanl mieu-.: sacrifier le roi,
- mais il ne ·en doutait peul-êlr pa
cl la reiue, dont il était l'ennemi acharné,
que ncrillcr une mielle de ~on amliition qui
était de conquérir la France à la pointe ù
on épée, &lt;l'entrer triomphalement /1 Pari'&gt;
an:c . on c.orp· d'émi!ITés etd'entreren même
temps non moin. triompbnlemcnt d:m l'hLtoirc. li rrvait de cc f\ocrov.
Auprès de lui était . on Ill , le duc de Bourbon. Ce prince se Lint autant qu'il le pul
dan un elfocement qu'il .entait convenir à
se faculté auurnl qu'il comenail à .(s goflls.
~c e reconnais ant aucune qualité transcendante, il ne cherchait point à se meure en
aiant, même pa~ ur le champ de hataille, à
ce qu'affirme celle bonne langue de Mme de
Boigne, et, s'il sortit parfois de l'ombre qu'il
alfectionnait, ce ne rut que par ordre el malgré lui.
Toul autre étail &lt;on ûh- - car il I avait là

Lot:1 -JOSEPII DE B OUIHIOl-. !'RINCE DE Co:--rllt

Grnur~ de

f o RF_ Tll'.R.

(CJNnd des R st;im,es.)

trois génfralion de Cond 1 - le jeune, le
brillant, le piriluel cl valeureux. duc d'En"hien. Un peu gaHoche, un peu chérubin,
,éritaLfo s011. -lieuten:ml d, hu art!., mai

de h:iut Ion, parlant aYec un é"al agrément
le jaraon dr!- camp et celui des salon , il
étai L ador i de tout le moudc à l':n mée de Hm
llrand-pt•re, - C:11 .oldal, de l'officirr et J&lt;.'s
femme . , n populnrilé avait pas é du ramp
de émigré dan Ir armé de la flépublique
cl de là . ur lé ltrritoire françai . Au p11int
que plu lard en 1, (12, r. de Ch:imrar:ny,
rcpré.rnlant à ,ïenne da gouverarmcrt cu1:. ulaire, aroue au comte d'Anlrai.,ucs, an&lt;'nl
secret des princes, que la France ongcait à
un rélaLlis, rmenl de la monarchie, que le
duc d'Orléan était mieux lu que les frèrrs
de Louis XYI, mais qu'on lui préférait le duc
d'Engh.ien. On l'avait même pres enti à ·e
. ujct '·
L'écho de ces négociation était sùremenl
,·enu aux oreilles du premier consul rl
peut-être ne faut-il pas chercher ailleur la
cause de l'arre tation et de la uppression
ùu malheureux jeune homme. Le premitr
consul n'admellail pas de concurrence.
A Worm , bien qu'il y nit « une division
effroyable » entre les Françai , le Lon e t
tout autre qu'à Cobleotz. i les frères de
Louis XVI, a\'CC leur frivole jeunes e, arec le
cliquetis de maitre ('. cl de farorite qui.
plu · quo celui de arml~, résonne autour
d'eux, répandent peu de gravité dans le cercle politique et mondain des émigre, le
prince de Condé se montre plus érieux el a
Loule la di"nilé qui con"ienl à un chef d'armée. Et il organi e la sienne. Au i Worms
est-il appelé le camp, et Coblentz la cour ou
la ville.
Auprè du prince de Condé ~e trouve sa
fil! , la princesse Louise, el sa maitres e, ou,
i l'on préfère, on amfo, comme on disait
alor , la princesse Catherine de Monaco. Au
lendemain de la pri e de la Bastille, le prince
de Condé, accompaané de on ûls et de on
p lit-fil , Lous en armes el à cheval, e corlanl une calèche où était la prince e Loui c
et c femme , avaient été offrir leur ervice à Versaille . On ne les avait point
agréés. Il étaient donc rereous à Chantilly
san. retard. Ayant, ur Loule la route, contalé l't ifcrvfscence populaire, ils avaient
pris juste le temp de diner el s'étaient remi
en route pour aller, à l'exemple du comte
d'Arloi , chercher a ile à l'éLranger. La prince e Loui. de Condé était montée dans la
même berline de voyage que la maîtresse de
EOD père, avec qui cependanl elle ne fai ail
pas très bon ménage. Mais, quand la fondre
allume un incendie dans le forêts ,iergc de
1. l.~orlt·r f'inga u,I. L'n aqr11t gecul d~s p, 1m·1
. nui la n fr,, lullfm : 11· ,·nmtr 1( ,l11t mi911 r • I'· llli

�Lr.S

111STO'l{1.ll

r \rrique, les gazelles ne f uicnt-clles pas
pêle-mêle avec les pantht·rcs cl Jcs hyènes
nns qu'elles songent à les craindre ni cellesci à les inquiéter?
La princesse Louise-Adélaïde de BourbonCondé était alors une adorable jeune fille,
intelligente, artiste, pas très compliquée,
mais supérieure, quoiqu'on ait dit le coolraire, à la plupart des autres femmes, el
par l'esprit et par le cœur. Par l'espril? Il
esl mé d'en juger : qu'on lise ses lellre '
brillantes de bon sens en même temps que
d'une originalité bien personnelle, primesautière et fonlai i te, où le trait éclate à tout
momcnl, incisif, inattendu, et qu'on di.e si
l'on n'est pas charmé. Par le cœur?... Ah!
comme on respire aoprè · de celle adorable
princesse une atmosphère plus pure que celle
qui, soil dit sans vouloir rien leur enle,·cr,
enveloppe les favorites rrincières de CoLlentl.
On se sent tout de suite dans une autre région. Y eut-il jamais plus délicate, plus pure
idylle que ce roman d'amour platonique qui
s'esquissa enlre elle el le marquis de la Gerni ai ? Y eul-il jamais plus méritoire et
plus touchante abnégalion que la sienne
quand elle renonça, sur l'ordre de son père,
à un mariage qui eût fait le bonheur de a
vi&lt;', et que suiYant son de,·oir de fille respectueuse el obéissante, la docile princes5e
sacrifia à la ,·olonté paternelle? ... llai , de cc
moment, elle commença ~ mourir et traîna
de couvent en couvent, durant Loule l'émigration, en attendant qu'elle devint la sœur
Marie-Joseph de la Miséricorde, la lente agonie d'une eii tence désormai décolorée cl
ans but.
Avre sa peau blanche, cette prau si fine, à
la fois lran parente t'l narrée qui avail fait la
gloire de la duchesse de Longue,-ille et semblait un apanoge de famille, la princesse
Louise ét.ait naiment délicieu.e dan sa manière d'être belle : moins par ses lrait , car le YÎSa"e e. L peul-être un peu large, le
nez trop pcliL - que par sa physionomie
qu'éclairaient des )COX superbes, deux pcrYenches vivante , surmontés de cheveux
ulond cendré. L'ememLle a bien une teinte
de mélancolie, très douce, désormais ineffaçable; mais elle va si bien à son regard alangui, qu'elle esl un attrait de plu . Une femme
de goûl, qui l'a bien connue, a dil qu&lt;', «née
dans une terme, elle eût élé la prcmirrc
dans cette ferme cl n'eût pas ressemblé aux
autres pay annes par rnn esprit supérieur, el
.a distinction innée' ». C'étail ,rai; celle
distinction, reflet d'une âme d'élile,ne l'abandonnail jamais; au salon comme dans l'intimité, dans ·a démarche comme dan on
maintien, eUe avait, de tout point, une façon
suprême. lnstruile sans raire parade de son
s:.woir, a con\'crsation était semée de saillies
toujours jailli sanlcs, ~ans efforl. Seule, elle
s'amusait parfois à rimer; puis, lai anl la

plume pour le pintcau, elle se lançait hanliment dans un portrait ou un pay~agc. l1ne
jolie rnix avec cela, Lien tnn'aillée et délicieme à entendre quand die s'accompagnait
elle-même au piano. Rares talent alor, mais
qui ne sont rien à côté de la bonté du cœur
qui caractérhail cette adorable princes c.
C'e t son neveu d'Engbien qui bénéficiera
d'une partie de ces trésor de tendresse que
lïntransigcante volonté de son père lui a ordonné de garder, avec sa vie, en portefeuille.
Trempée déjà par le malheur el le 5acrifice, habituée à e rnincre devant la volonté
de .on père cl à se contraindre deranl la
princesse de fonaco dont la situation irrégulière lui était impo ée à Chantilly, elle dc,·ait
souffrir moins qu'une aulre des mi ère de
cette ,,ic d'oiseau sur la branche qui rut le
lot de c-hacune en émigration. Elle ne lui
furent pa plus épargnées qu 'à la plus pauvre
de émigrées. Comme l'a dit on historien,
elle «connut la Yraie mj ère », les cc quelqurs
ois 1&gt; vainement implorés « pour s'ad1eter
des cbemi e », le coucher dans le gran ues
ou à la belle étoile, le pain noir cl la oupc
accordé par ritié dan les auberge de îillagcJ ».
En attendant, la a belle Condé », comme
on l'appelle, ~L à Worm , :wec son père, au
cbàteau de l'E:lccteur. rne sorte de cour 'y
est étal,lie, un senicc d'honneur a été organbé, el c'est à lraîcrs une baie de rn!Jat au
port du sabre que le émigrés ,·icnncnl se
faire in crire sur le rôle des rolonlaires ou
-Olliciter Jcs graùcs dans l'armée en rurmalion.
C'est aussi à travers une bai d'uniforme
cl de Eahres qu'on parvienlju qu'à la prince se de Monaco, &lt;&lt; madame la princesse Catherine », comme on la nomme a,·cc un .ourire indi crètement discret, et qui est a nrément plus recherchée cl plus entourée que
celle pamre princesse Louise. Elle a cependant I l'air pldant au ouverain degré et
prêche morale Loule la journiIB' ». Mai~,
pour la morale, clle ne prêche pas d'exemple.
Cela n'empêche pas de la bien voir. « A
Worms, on allait lui raire la cour, a écrit un
émigré qui y fut arec son père!, comme à
l"épouse non reconnue du prince de Condé.
Elle l'était en effet. cl l'almanach de Gotb~.
qui . contient la nomrnclatlire la plus complète de toules le famille princières de l'Europe, lui donnait ce Lilre 5 1&gt;. EJle n'y avait
pourtant pa droit encore; mais c'esl moin
pour ce tilr"8 qu parce qu'on la sait toute
puissante auprès du prince de Condé qu'on
rienl déposer mille hommage. à ses pieds.
Comme on sail également qu'elle « s'était
chargée dans l'armée de la partie de recrue G 11, c'est à elle que vont les solliciteurs
el aussi ks solliciteuses. Et celle -ci ne manquaient pas plus à Worms qu'à CoLlenlz.

1. Daus rc1ccll cn1 oll\'ragc&gt; du roarqui Pierre de
les avoir
lu~ , on se demandt.'ra commr nl la comtesse ile Roigne
a pu parler comme elle ro rail d111 · ses .U, 111 01re s
( t. l_
I. p. 24), d'une _princr•st&gt; r1ui (,tai t juslrmcnl
l'.mhlLt&gt;,c de celle 1111 t'll•' nous pn•-r nle.

i:1: Bar nnc d·Obcrkircl1, Mémoire, , 1. I••. ~- 2H.
:5. l'ierre de • égur, la ,lcr11ière dt1 Co,ulé, p. 104.
~- Cumle Fleurv. A11gi!lique di! Ma rl ou. m11 r qui1e
,le Bombelles, p. 1!i!(J.
à. Comte Alexandre de P111maigrr, • nuremrs .t111·
l'Ewigra lio11, clr , I'· 24 . •

,\!!'Ur. La den1 iPrl' des Co11dé. tl après

0

0

Quand le prince llonoré Hl de Yonaro
épousa Catherine de Brignole-8:ile, en l 757,
il arail été intimeml'nt lié avec la mère de
celle-ci. La cho e se savait, et quand il avait
él6 blessé à la bataille de FoatenoJ , Yoltaire
ne s'était pas cru trop indi 'Cret en écrivant
cc ,·ers :
1lonaco perd son ang el l'amour ,•n !&lt;OUpire.

Commencée sou ce au pice plutôt f:lcbcux, l'union ne pouvait guère être heureuse. La _jeune fille avait pourlanl apporté
la incère ,·olonté de faire le bonheur de son
mnri . foi celui ci, aw son caractère diflidle cl ombrageux, ne ut pas s'y prêtrr.
,\prl~s de gra,·cs di,:cntimcnts où le roi
Louis XV a,ail pris parli pour llonoré, la
princesse Catbrrioe s'était allachéc définili'l'ement au prince de Condé qu'elle a\·ail su
affoler d'amour. On a dit, peul-être même
a-t-on cru, que l'amLilion n'entra il pour rien
dan celle affaire. Mais c'c, t peu probable :
n'avait-il pas été question déjà pour elle de
remplacer Mme de Pompadour auprès de
Louis H1
La princesse de Monaco était grande; on
la di ait belle, « en dépit de ses traits aplalis
dans uoe figure trop large 7 D. Elle avait .urlout grand air. Volontaire et dominatrice ùe
sa nature, surtout depui on cbamaillis a\'CC
on mnri, elle menait comme un enfant le
prince de Condé. Ce vaillant avait l'amour
l:iche. De\·ant t•lle, le pauvre homme sentait
'effondrer toute rnlonlé, fondre louL caractère. Il n'o ait pa soumcr en a pré cncc.
D'un regard elle le terrorisait, d'un mol elle
le fai~ait rentrer sous terre. C'était un anéanti
et, avec son âme ser,·e devant celte f&lt;&gt;mml'.
il prenait ce "il anéanti sement pour dn
bonheur. « C'est inouï, écrirait de Cbantil:y
où elle était allée passer &lt;1uinze jours aupr~s
de la priuces e Loui:e, la marqui e de Bornbelles à son mari; c'c. t inouï qu'un prinœ
de! cet ùge-là oil dominé à ce point par une
rcmme.... » .Et, quelques jours après :
u ... M. le prince de Condé a l'air d'un petit
garçon devant elle R. » El c'est par suite de
celle fai~lesse in igne qu'il avait imposé à sa
,;crtueu c cl charmante fille la pré ence, wus
le toit de Chantill~, de son impérieuse maitresse. Cdlc-ci ra,1aiL exig\ l'escla,,e a,•ait
obéi. La c-hose ccrendant ne 'était p11 · faite
ans qucl,1ues Jirficultés : il y a,aiL eu réYolle, proleslations de la jeune fille .... Force
pourtant lui anit été d'obéir à son père qui
n'aYail décidément de coura"e que contre
elle. Ge qui fai ait écrire à fme de Dombelles : « La prince e ne peut sou1I, ir
Mme de ltonaco, celle-ci fo lui rend bien ....
Je suis pourtant fàcbée pour Mademoi elle du
pouvoir absolu qu'a celle femme sur l'mprit
de M. le prince de Cond~, parce IJU'elle cherche tontes les occasion~ de lui faire quelque
niches. »
6. ComtoG . de Conlades, Coblenl.el Q111be1·011,p.4'l.
1. Corres,,0111h11u·&lt;' .f('crèlt de 1/~tra. - •
n
~i,a~ èlail lrop large el e~ trails aplatis • · ' M- Je
(jcntis, Mémoires, l. Il, p. 54, .
ll. Cumlc Fleury . •-lngéliqrrr de 1/arka u, 111ntq11ist
J&lt;" B1J111/&gt;rlll'.•, p. t '.?.!. t'.!ll.

En dépil de ses cinquante ans bien sonné , Mme de Monaco, que le 1ôle plus ou

moins politique de Mme de Balùi el de
Mme de Polaslro~ empêche de dormir, ne
onge pas à abdiquer . .\u contraire. Qunnd
une femme de son milieu ,oil que la jeunesse est près de l'abandonner, die rêve un
rôle politique; au lieu de ré"ncr par la bea.nlé,
elle régnera par la force de 1a volonlé; au
lieu de régner mr un imbécile, elle régnera
sur Lou ; et r~"ller est une tant douce choie
&lt;ju'une femme qui y a goûté ne consent
jamais à dt.lposer le ceptre cl abdiquer la
couronne. Aussi, landi que la prince. e
Louise s'efface le plus qu'elle peul, la princesse Catherine se mel le plus qu'elle peul Nl
évidence. Elle joue au personnarrc officiel, les femmes adorent cela, - un peu à la souvrra(nr, reçoit a avec de. manières dignes el
gracieuses et une cooversalion pi!Jllante cl
piriluelle »', esl aimable ou haul:ùne clon
.es préférences ou préventions\ donne des
audiences au,: arrivants, des conseils au prince
de Condé .... Elle lui donna même mieux r1ue
cela. Dans la pénurie qui sé\'Î sait à Worm ·,
elle contribua pour une certaine part à l'or1. Comt~ .\li&gt; iamlrî' ,h· Puym!igre, for . rit , p. ',U.
2. Comlc ile Coula1lc, (111· . , 1f., (\ . 4~. 1 . •. Elle
me jcla un ref{ard di•J3igu&lt;!u~ d ne me 1inrlo pas. ,
:J. Klim·kmnlriim. I.e ,·0111/r 1fo Pl'l'1&lt;rn ,-1 la (:11111·
1

tlt

l'ranu, p. i.

4. \"oir l'oimablr livre de J. l.ufoyu : Un ,...,,11111
1t1vil : l,1 1•ri11cr1w• t:lia1'i11Ur de 1/0/11111 el If' 1lu1·
11' F.11ghir11 . Pari~. Emilt•-f'a,il. 1•tli1 c111·.

ganii:alion de l'armée par le don généreux de
ses diamnnts, de ses bijoux el de . on ar,,cnterie. Elle tenait à l'honneur des Conde, au
succès de leurs armes! ... Ce qui ne l'empècha point d'arnir une liaison a,·cc M. éguicr,
et cela faillit amener une alfa.ire entre
M. d'A.utichamp el lui•. Mais, c'e L une ju tice à loi rendre: de même que chez le prince
de Condé, il n'y avait rien en elle de mesquin : son cœur était grand. noble et généreux. Â.11Ssi était-elle de,·enue trè5 populaire
parmi les i:;enlil hommes de l'armée de
Condé. a beauté n'y étail peul-êlre pas ~out
à fuit élrangère. Et la blonde princesse de
Monaco, en dépit ùcs années ft dè ,p1elques
rheYeux blanchissants, s'oluinaiL à demeurer belle cl à conserver une tail!e upcrbc.
Uue autre femme, jeune celle-là, au,si
Llonde que la princes e de Monaco, au . i
Ldle que « la belle Cond~ », sa cou ine,
plu même, créaturl! idéalement célc te,
toute p!!tric de douceur, dl! grâce et d'amour,
d·un ralon de soleil cl de l'azur du ciel, avait
éLé aus i portée à Worms par le premier OoL
de l'émigration : c'était la princes c Cliarlollc de lloban. A\'èc sa merveilleuse carna-

r,. llonori11e-Ca.mi1lc~Athéuoü Grima.lùi (2'2 anil
l'l~i - 4 juin !SHI). Elle épousa le 20 juillet 1803
le marquis ,le la Tour du l1in I.JoUICrnel clc 111 Charce,
s11n doule apr • que le princi• ,le Condé eul acqui
la ccrtilu.le que son relit-fils s'èlail m•rii: sccrcl~mrnl, clu moins qn' i 11laiL déterminé à n'cpou~cr
jomhi' 1111~ au lrr r.•mnw •111r ~Ill,• tle Ruhon

'FE.M.MES DE L'LM1G1?.,AT'IO'N - - ,

lion nacré·e, avec celle simplicité el ce nalurd d'une âme d'élite qui ont la di linclion
même, arec son esprit toujours souriant,
comme son cœur et ses yeu:r:, anc une démarche de déc se, une ,oix à faire ramper
sur ses pa , celle princes e de conte de fées
répandait parmi les gentilshommes du camp.
concurremment arec sa cou$Îne Condé et La
princesse Catherine, - les Trois Gràces une almospbère de ~érénité, de conlcnlemcnt, de poésie mème, qur corrige l'étal ù ·
zizanie latent endémique à Worm . Aucun
émigré, quelle que fùt l'ancienneté de .a
racl!, n'aurait o, é élever ses ,·œux jusqu'/1
Mlle Charlollc de fiohan; mais il y avait à
"orms le jeune duc d'Enghien qui, mellaat
à profil une heureuse p:irenté, ar:üt troU\•é
loul simple d'entrer en cousioan-e aYec la
&lt;rrarieuse Charlolle. El un « roru3o d'etil' li
s·en était uivi. Jeunes cl charmants lom~ k
deux, loin de leur pays, u'était-il pas naturèl
qu'il 'aimassent? Comme le prince de Cund:
ne voulait point leur donner l'autorLatiun de
se marit r, peul-être parce que la prince~~e
de Monaco réscr\•ait le duc d'En°hien pour ~a
fille~, un mariage .ecret les arniL unis dcvanl IJieu, et ils aYaient connu le bonheur
avant que le peloton d'exécution n'eût co11thé dans le fossé de Vincennes ce jeune prince
qui a\'ail Mjà tout un pas.é de gloire à l'àge
auquel les autres pensent à 'esquis cr un
avenir.
JOSEPH

Frédéric II
Au commenocmenl de la guerre de ~epl
no , un ambassadeur d'Anglel.t'rre, qui ré· idait près du roi Frédéric, cl donl il aimait
l'esprit el l'entrelien, vint lui apprendre que
le duc de Richelieu, à la tête des Français,
'étail emparé de 1'1lt de Minorque el du fort
aint-Philippe. 1 Celle nouYellc, ire, lui
« dit-il, e L triste, mais non décourageante:
1c nou bâtons de nouveaux armements, et
,, tout doit faire e.pérer qu'avec l'aide de
« Dieu, nous réparerons cel écllec par de
n prompts succ.è:. »
" Dieu? dlles-Yous, lui r 'pliqua Frédéric,
,c arec un ton où le sarcasme e mêlait à
« l"humeur; je ne le croyais pas au nom lire
" d.i ,·os alliés. - C'est pourlant, reprit
&lt;1 l'ambassadeur piqué cl voulant faire allu11 ion aux subsides anglais que rcce1'aÎL le
• roi, c'est pourtant le seul qui ne nous
&lt;&lt; caille rien. Aussi, répliqua le malin
a monarque, YOUS voyez ctu'il vous en donne
u pour voire argent. »

Qucl'luefois il se plaisait à embarrasser la
personne qui lui p3rl:i.il, en lui adressant une
question peu obligeante; mais aussi il ne
s'irritait poinl d'une reparlie piquante. n
jour, ro1anl venir son médecin, il lui dit:
11 Parlon
franchement, doc leur; combien
« avez-vou tué d'hommes pendant 1·otre vie?
« - ire, répondit Je mrdecin, à peu près
" lroi5centmille de moins que Votre Majesté. 1&gt;
La première fois qu'il vit le marqui de
Lucchesini, llalien très spirituel, qui fot
depuis admi' dans son intimité, et deîinL
plu lard ministre de son successeur, il lui
dit : « Voit-on encore, monsieur, beaucoup
11 de marquis ilaliens Yoyager partout et faire
11 dans toutes le cours Je métier d'espions?
cc - ire, répondit M. de Lucchesini, on en
« Terra peul-être tant qu'il 5e trourcrn des
c1 prince allemand as ez plat pour décorer
de leurs ordres des hommes qu'ils char&lt;c genl d'un rôle i ni. » Par là, le marquis
f'ais1iL allusion à un espion italien, auquel
un empereur d'Allemagne avait accordé la
décoration de la Toison d'or. Frédéric regarda
avec surprise le marquis, le tr:ùla bien dès
ce momenl, et le prit en amitié.
Au momeat de paraitre à un cercle, un
jour de gala, on vint l'avertir que deux

TURQUAN.

dames se disputaient le pas près d'une porte
avec one \'i\'acité et une opiniâtreté scandaleu es. « Apprenez-leur, dit Je roi, que celle
n dont le mari occupe le plus haut emploi
1c doit pa er la première. - Elles le savent,
cc répond le chambellan, mais leurs mari
11 ont le même grade. - Eh. bien, la pré11 séance est pour le plus ancien. - Mais ils
&lt;&lt; sont de la même promotion. - Alors,
&lt;&lt; reprend le monarque impalienlé, diles&lt;I leur de ma parl que la plus olle passe la
« première. l&gt;
Un jour, à Po ldam, il entend de son cabinet un assez grand bruit qui éclatait dans la
rue: il appelle un officier, et veut qu'il s'informe de la cause de cc lumulle. L'officic ,.
part, revient el lui dit qu'on a attaché sur la
muraille un placard très injurieux pour
Sa Majesté; que, ce placard étant placé Lrès
haut, une Coule nombreuse de curieux se
presse et s'étouffe à l'envi pour le lire. « Mai
c, Ja garde, ajoule-L-il, va bientôt la di per" cr. 'en faites rien, répond.il le roi:
u descendez ce placard plus bas afin qu'on
cc le lise à son aise. » L'ordre fut exécuté·
peu de minutes après on ne parla plu d~
placard, mais on parla Loujour de l'e prit
&lt;lu monarque.
Cœ1rE

DE ,

ÉGUR.

�'------------------lraiclé:,, 'Jl, quand le mal s·c~chautle, ils
&lt;I
e mettent en fuite, cl 11uittcnl leur ,·ill1•,
« abandonnant leur~ malad es.... &gt;
L'imai;ination urcxcilée centuplait la gra,•ilé des moindre.~ s1mptômes, el dans cha11ue
affcctiun, même bénigne, ,oyait lïndicc du
Ot!au. La crainte de la peste faisait presr1nc
autanL de victime · que la pe- te elle-même,
ïl fauL en croire une vieille lé;cndc fort curieuse, cl fort iroui11ue ....
cr IJn ca\'ali"r, raconte celle lt!1rc11de, allait
ile Beyrouth à Dama·, lor qu'il rencontra .ur
le bord du chemin une horrible ,ieille en
G

LA P~STE

A

Rom:. - TaNtau

CO.lffJJŒNT ON Tl{.JUTA1T 1.Jt P ESTE DANS L'ANCTEN TEJJfPS -

ai rt'.·ellemeuL tué 11uc
ccut! répliriua la Peste. Les autres sootmorls
de peur 1
... Dans le même ordre d'idée:,, Francis11uc
:Jrce, écrirait en l 07, au moment de la
peste ·de Oornbay CJUÎ fit illOO \'ÏcLirue. :
&lt;&lt; Cc qui vaut mieux que Lous les sérum. ,
11 pour garder no~ villes de la pe Le, c'est la
" force de caraclère et la érénilé d'àme ....
n Ce sont les peureux el les affolés qui paient
« le premier tribut à l'épidémie. La precr mièrc précaution à prendre contre la pc~lc,
&lt;1 c'c. l Je ne pa en avoir peur .... »
-

liai je

0

ll llll

- ,

n peurnul èlre mi · au rang des eau e dli« cienle de lape le. »
El, plus loin, Fahre consacrail gravement
un cbapilri' au Diable cl à ses &lt;'niteurs,
concluant 1p1e, for l heureusement, ce mali us ei prils ne pouraient répandre le mal
qu'avec la pcrmi .ion de Dieu. {Ch. J\. , y les Diable~ et . ·ourrie1·s pezll'enl }ll'OtluÏl'e la pe.~fe ) Ce préjugé fut mainte foi~
la eau e de ma ·. acres en Allemagne et en
Italie. Le. malheureux désignés comme étant
dl' 11 Srmeurs de pe~le &gt;&gt; furent lués; eL
l'on retrouve même dan, les registres du

rÈut Dr urs~ v. (.1/u5ct 111 / ,u.w,nl'o11r f!,)

ROBER T FRA CH EV ILLE
dp

Comment on traitait la Peste
dans l'ancien temps
La pe te e,t d • nouveau à l'horizon. L1·,
épouYantable ra"age~ qu'elle ext'rce en ~landchouril' nous n•porlcnl à Jix ji•rle. en arrilrr-, l't nou · 1iroUH' III qul' ~on rrgnc ,i't&gt;,t
pa,; fini. Voici Mjà plu ieur années que celle
inislrc rôdcu c a repa1·u el qu'elle seIDhle
nou oueller ile loin ar('c de yeux d'envie,
e
•
i:an pourlanl ~e basardl'r a nou allaquer.
)lai, contre nou .· , die ne ~e cnt plu · en
force. Elle redoute notre hrniène, el sent bien
que, grùc~ au ~érum d~ ~l?~x cl de Ye~sin.'
aucune l.iecalomùc de cmh~e~ ne saurait. a
l'avenir, relever sou a1Treux pre~Li e.
Jadi~, en &lt;'~•t, tout pn s (1lait son dn0

maine, el luul être 1.iumain. sa proie: c·étail
l'elfroyaLle souveraine à laquelle nulle cienrc
n'a"ail la prétention de tenir l~lc. Le esprits, perpétuellement inquiets, Liraient, de
chaque phrnomène de la nature, dl's pré~ag&lt;'s
relatifs à ce fléau ; et, selon la conjonction ou
l'éclat de astre , la couleur du ciel, l'a lmndance de in ectes cl des planll's, la mortalité des animaux, l'émigration de · oiseau~ el
des _taupes, la nuance de l:i. peau de grenouille , I s Lrf'mhlemcnt de terre, Je pluies.
les météores, etc ... , il~ conclnaienl alCC terreur que la peste était imminente. Alor~, la
1w111· d1;lra11nail le. rcnca1n; Ir· uns fupit•nl
... 310 ""

ltur maison , qnitlaienl letw métier ou
leurs commerce!', san souci de la ruine; lès
autres, rn fiant aut d1arlalans el aux sorcil'rs,
:il, nrbaienl dïnrntisl'mblaLles drogue~ qni
1c~ t'lllpoirnnnaient. Le peuple a.sié"eail
les L\di c pour conjurt&gt;r l'ire de Dieu. ll
les bo11ti11ues d'apo1hicairc~, pour aclwLPr
du be::;oanl animal, de la cr1111111uli11e. ou de
l'alcool riperar,wr. L ·~ plus doctes médt'cins l' pPrdaicnt leur latin, et, conscients de
leur impui.s:nwe, 1:1aicnl sourenl les premil'rs à vrendre b fuite cl à dé,-crler lc:ur
poste. « Le médecing n'y Yeu!t•nl pa . eulec1 m,' nl prn Pr; ils en r ·rrivc11l ill' heam:

MOkT l&gt;E S,U:'iT

Louis,

Dl::VAXT

Tùl'IIS,

St;lt LES .IWL'ŒS l&gt;E (;Al(TUA&lt;..l::. -

T.1t'leilU Je

Il aYaÎL rai~on ... mai loul cela est hiL o
haillons rtui :s i! lamen:ait de ne pouvoir allcï
facile à dire à notrl' époqueinsaucieu ·e, ~et•pju.qu'à Hama .
Pris de pitié, le cavalier la fit monter en tiq ue, et. .. antiseptique ..\ ulrdois, il n'l·n
croup&lt;', derrière lui, et, tout en eau anl, étai l pa · de même, de par le - fcrmi:, cro)ances
pendant le trajcl, lni demanda qui clic du pcuplt'. La peste était con idérée comme
était ....
un châlimenl envoyé par Dieu, ou comme
- Je suis la Pesle noire! répondit né 01i- une malice du llémon · cl il étaiL pre~que
• impie el sacrilrn-e de n'en pas avoir peur.
"ewmenl la vieille.
C'est ainsi que, dans un lraité publié à
Le jeune homme épouranlé ,·onlut la jeter
à tare. )lai elle lui promit, en réwmpen-;c Tùulouse en J6'20, Jean Faure afürmail quo
Je sa Lonuc action, d'épargner :-:a lie, cl le:; eau ' C~ de la pc te étaicnl souvenl supcr1mhnc de ne faire que cent vielim !:s dans la naturelb. n Dieu en e t lc producteur : le ·
1illc de Dama .
« angc.:s an•d eo onl sou1cnl le cornmandcLe surlcndcmaiu, deux cc11L l'ada\'l'l'S 11 ment de Dieu, de produire le mesmc ,epourri. ~aicnl d&lt;-Jà darr les rues. L1• earnlicr, « nin. Les démon~ au". i en onl la permisindigné d'un tcl manque &lt;l parole, rcuco11lra « jou; le ,orcicrs el magicien pcurcnl
la 1ieille c! lui n•pro:l1a 1io!Pmmcnt celle « ansi, par permis.sion divine, avec l'aide
11:1hison
u de· Mmon~
au1q11 •I il, adhèrent, cl

Gutm,.

(,\/usée de Ver~.iilles, )

J&gt;arlemcnl de Toulouse de:; ju,.cments en

honne el due forme, condamnant , cc crime :
en 1530, un nommé Cadoz, semeur de peste,
fut tenaillé, décapité el émtelé;et,en 151-5,
Je ieur Lentille, accusé de maléfices, expira
dans le plus affreuses torl~:res.
La p.: le, donc, étant d'essence dh-ine, il
étail logique qu'elle fùt annoncée par des
phénomrues céleste plu!&gt; ou moin extraordinaires. C'c~L cc qui ne manquait pas d'arri1cr, lant il c L ,rai que les ycu..~ efl'ra)·és
voient de cho.es ell'ra!-anles. Tous ceux qui
,i,aienl au x, ,e :iècle se rappelaient fort
bien. par auto- uggesliou, 11relle comète qui
" apparut \'onûème jour d'octobre 1527, de
• l'horreur de laquelle plu ieurs moururenl
« de peur et les plus asscurés en Yiorent
« ma la des. Elle ne dura 1p1 'une heure et un

�111STO'J{1Jl
quart, commença à e produire du côlé du
Soleil levant, puis tira vers le midy, occi&lt;I dent el septentrion : elle cstoit de longueur
« excrssive et si esloit de couleur de sang,
&lt;1 au bout d'icelle il paraissoit un bras
u courbé, tenant une grande cspée en la
cc main comme s'il eùt voulu frapper; el au
11 bout de la poincte de ce couteau, il y avoit
~ troi Estoiles situées en triangle; mais
• celle qui estoi t sur la poincte estoit très
" claire et luisante, et à Lous les costés de
cc ces trois Estoiles, p1roissaienl q_uanlités
11 d'haches, de couteaux, de poignards, des
« espées, des halebardes colorées et teinctcs
" de sang avec quantîtê de testes huma~
hideuses avec leurs barbes et cheveux heu rissés .... ,,
C'était en effet un spectacle fort terrible,
1rue nous ne pom·ons guère nous offrir de
nos jours pour faire vibrer nos sens blasés.
Et le témoin qui avait vu cela de bonne foi,
et qui l'eût juré sur l'honneur, ajoute que
ce.lie comète prodigieufe fut naturellement
sui1ic de guerre, de famine et de pe~lilence,
el que la plus grande partie de l'Europe en
fut ravagé&lt;'.
.Jean Fabre, en son Lrailé, arûrmc l'infailliLililé de ces présages merveilleux.
« Depuis l'an 1618, dit-il, nous a\'ons vu
u d~s comètes au ciel, Lrè., hideuses, des
~ poultre de feu, des dragons, des phan« los mes épou\'antaLle$, des tourbillons ( n
u lerrc, si furieux qu'ils ont empo1 lé des
&lt;1 moulins à vent cl des maisons entières,
,, arraché des arbres et des vignes, enlevé de
&lt;( gros animaux, sans espargner les hom" mes. Nous avons vu lanl de monstres pro« digieux, lanl humains que aullres; nous
avons paly tant de guerres, eL enfin, nous
&lt;&lt; pal) sons la peste; ce qui me fait croire
&lt;I cl asscurcr que les comètes, feux-volages,
1c tremblements de terre, inondalions, sont
H les vrais avant-coureurs et signts de la
t&lt; peste que les astres produisent. »
D'accord avec Lous les médecins cl aslrolo"UCS de l'époque, il allriLue un immense
~ouvoir aux astres et aux planètes, et 1;1
dans les constella lions la [unèLre sentence de
l'humanité condamnée :
1&lt; En ceste présente année i628, Saturne
« et Mars rnnt conjoints au mois de scptem&lt;&lt; bre, en la sixième maison, avec des as,, pects malin à la Lune _et au_ So~eil. La
« Lune ayant édypsé au mois de pnv1er prf« céJent, lequel éclypse nous arnns ru; et
&lt;c encore ayant étlypsé Ull,tl autre fois le
&lt;I 16 juillcl de la présente'1nnée; et le uleil
« par trois fois : la première, ~e .(i de jan&lt;c Yier; la deu1 ième, Je 1 de JUIiiet; et la
« tro:sième, le 25 de décembre, qui se ,·erra
,1 aux partie octidentalcs, îers l'Angleterre,
« Esco se, et Yers l'Afrique; le tout ne nou
&lt;I présage que de grands mall1curs en ce
« "lobe inférieur qui srra plein de guerrr,
« de famine et de pe,te; d'où plusieurs se« ront très mal traiclés et seront contraints
11 d'aller Yisiter l'aultre monde, si Dieu n'a
&lt;l piLié de nous, par sa sainclc miséri&lt;t corde. 11
c1

11

'------------------Or, cette miséricorde di,·ine, si efficace
qu'elle pût être, ne coustituail pas un antidote suffisant pour guérir les pestiférés, sans
autre remède. Rendre la confiance au malade,
et rasséréner son âme trouLlée, était à coup
~ùr une action fort utile; mais il eût mieux
valu s'occuper de son corps souffrant, avant
de mettre sur son âme ce baume spirituel,
qui ne _servait qu'à lui rappeler le danger de
mort où jl se trouvait. &lt;1 Après quele chres« tien sera muny de ses antidotes spiri1uels,
dit un médecin, se confiant en Dieu, gou&lt;1 verneur de toutes choses, remellant le tout
« à sa volonté et à son gouvernement, il
« aura recours à la médecine. 1, Il rùt pu
ajouter : 1 S'il en esL encore temps! 1&gt;
A Jlomr, au ut• siècle,on exagérait encore
davanlage cette dévotion Iuneste. Le premier soin d'un médrcin en arrivant au che,ct
d'un pestiféré, élait de lui demander s'il
s'était confessé depuis peu, sans quoi il ne
commençait pas le trailC'ment, quelle qu'en
soit l'urgence. Le malade élail alors tenu de
faire, sur-le-champ, la communion; et pmdant ce temps le mal empirait. Le médecin
s'engageait, p:ir srrmenl, à oignc·r lame
tout aulanl que le corps; il était en qU&lt;·lquc
sorte responsaulc &lt;lu salut de ses malades, el
de,•ail les décider à communier tous les trois
jours ....
Cc qui prom·e qu'on avait ('lus confiance rn
Dieu qu'en les médl'c:ns ... ,·oire les ruéut-'cins eux-mêmes. 1 on sans raison, d'ailleurs;
car Jor-,qu'on lit les graves dissnlatioos qu'ils
écrivaient sur les causes de la peste, ~a nature et sa thérapeulique, on n'e:.l pas éloigné
de croire qu'ils Luait:nl plus de malades qu'ils
n'en guérissaient. Il est évident qu'ils confondaient souvent la peste a,·cc d'autres a[ections plus ou moins similaires : toutes les
terribles hécatomLcs que l'on a mises sur le
compte de ce lléau peuvenL être vraiscmblaLlement attribuées à la pelile véro!e, an choléra-, au typbui,, ou à direrscs fièvres pernicieuses. Tuule épidémie ,iolenle prenait le
nom de peste; c'est du moins cc que diYers
auteurs laissent à supposer; entre autres, Mercurialis, qui prélcn&lt;l qu'une épidémie ne doit
point être honorée &lt;lu tilre de peste, tanl
qn' elle ne fait pas plus de cinq victimes par
jour!
Fabre, dans san traité, s'étonne de ne
jamais trouver les mêmes symptômes, chez
ses divers malades « ce qui nous fait croire
« être véritable, dit-il, que la peste est Ioule
, sorte de maladies causées par de diverses
« causes vénéneuses et pernicieuses. »
Paraccls&lt;', qui était une autorité compétente en la matière, avait, dès le X:\-e siècle,
compri:. la peste d'une façon h&lt;-aucoup plus
simple cl logi 11ue que ses successeurs. Selon
lui, 1( la peste, c'est toute maladie maligne,
« pernicieuse et îenimeuse qui jede son ve&lt;&lt; nin en six endroits du corps. Scavoir: der(&lt; rière les oreilles, aux deux aisselles, et aux
&lt;! -deux aines. »
Il ,·eut désigner ainsi les bubons qui caracL~risent la véritable peste, el son opinion c l
raisonnaLle. Plus loin, le même Paracelse

im·entc une comparaison assu pittoresque,
entre les comètes du ciel et la peste quïl
nomme les comètes du petit monde. Le passage est vraiment curieux :
t&lt; Comme la comète du grand monde proc&lt; vient du venin el malignité des vapeurs qui
« s'élèvenl de l'esprit vital de la terre vers le
&lt;1 ciel, et là, montre son feu et son ardeur;
« ainsi, la pesle, dedans l'homme,s'élè,·e des
&lt;1 vapeurs malignes el ,·énéneuses du baume
&lt;c vital de l'homme, vers la superficie de son
cc corps, où il montre son feu et son ardeur
« en bosses et carboncl~s, qui sont à l'homme
&lt;( tout autant de comètes pestilentes et mali&lt;( gnes qui lui présagent une mort présente
11 ou, pour le moins, Lcaucoup de trou Lie, et
&lt;C de guerre civile et intestine dans son proC&lt; pre corps, ce que les pauvres pestiférés
« peuvent assez asseurer et témoigner à leur
u grand dommage. »
Donc, lorsqu'un auteur ancien décrit une
peste qui n·cst caractérisée extérieurement
par aucun bubon, il est à peu près certain
qu'il rn lrompr, et que ce n'est pas la Pesle.
L'ILisloire même se charge d'en fournir la
mtillcure preuve : les obserralions et les récits relatent sourent que lclle épidémie
frappa surtout les îcmmcs ou les enfant~,
comme celle de Milan en 1566; que telle
autre ne s'auaqua qu'aux hommes sains el
Yigoureux (p~Le de iOûO, en Allemagne);
qu'une peste enfin régna sur les Lê:e.; à
cornes el tua même les plus robustes ....
Notre vocabulaire médical étant plus riche c:l
plus usuel qu'autrduis, il nous esl facile,
dans chacun de ces cas p:11 ticuliers, de substituer au mol veste, très vague, des termes
plus précis : par exemple rougeole, croup, ou
diarrhée s'il s'agit des enfants; Yariolc,
typhus (ou même in0uenzaJ, pour les adultes;
clal"elée, mone, rage, pépie ou fiè\Te aphteuse pour les animaux. Et voilà cc Jléau
divin réduit aussitôt à des proportions moins
apocalyptiques!
Il ne faut pas, en effet, prendre au pied de
la lcllre les exagérations de quelques écriYains en émoi, et de quelques médecins à
courl de science, qui, embarrassés par une
maladie qu'ils ne connaissaient pas, trouvaient
plus simple de diagnostiquer la peste, pour
masquer leur ignorance el dégager leur responsabilité! De nos jours l'influenza, qui
s'appelle maintenant la grippe, a joué complaisamment le même rôle élastique ; au
moyen àge on_l'cûl baptisée vesfe, sans hésiter l ...
Il n'en est pas moins vrai, Ioule réserve
gardée, que la pcsle, la vraie, exerça de terriLles ra,·ages. L'almospùère charriait pendanl
la nuit des germes si rirulenls que le dotteur
chagt, à LeJdc, au xrn• siède, empoisonnait des chiens, rien qu'en leur faisant boire
de l'eau pure, exposée quelques heures à l'air
nocturne. « En d'aultres Lemps, celle eau
« auroit conservé sa pureté; mais dans ce
&lt;( temps contagieux, elle s'altéroit; il s'y for&lt;c moit une écu.me ou une espèce de crème
« surnageanle. Celle matière mousseuse étoi t
u un poison des plus terribles.... »

COMMENT ON T'R,_A 1TA1T 1.A PESTE DANS l/ ANClEN TEMPS - - - . .

Aussi tous les médecins rccommanda.ienL- rie, el, s'appuyant sur l'autorité d'Ambroise
ils de ne jamais sortir une fois le soleil cou- Paré, il ajoute:
ché. Ces expériences, qui prouvaient nette11 11 est arrivé en plusieurs lieux où la
ment que l'air était un poison mortel, contri- « peste estoit lrès grande et furieuse, que
buaient à augmenter la frayeur générale. Les « les corps des pestiférez demeurans sans sépoumons n'osaient pas se dilater, de peur de &lt;C pulture, les bestes mortes el cadayres
respirer la mort, el c'était comme un lourd ,, liants et fumiers, et telles aultres pourrifardeau d'angoisse qui cppresëait loufes les &lt;c tures qui esloient parmy les rües et dans
poitrines. Fort heureusement les hèles im- &lt;c les maisons, ont attiré tout le vcnif!- pestimondes étaient là, pour corriger, croyait-on, « ]enlie! qui estoitparmyl'air,l'ont consumé
la violence du venin, el pour fournir des anti- « et changé en une aultre nature i et la pesle,
dote .
&lt;1 par conséquent, a cessé. IJ
&lt;( .... Tous les crapaud~, grenouilles, serSingulière façon d'envisager la guérison
« pents, araignées, lézarJs, chenilles et aullres d'une épidémie! ... Par contre, Torella, en
(( bestioles venimeuses qui sont en la nature, t H4, al'firmait q_u'en multipliant le nombre
« ne servent de rien plus que fOUr attirer des hôpitaux, on multipliait les foyers pestic&lt; tout le venin de l'air el le consumer; autrelentiels; el qu'y en former des malades, c'était
« ment, nous serions en pcrpectuellc pestr, les liner sans défense à la contagion. Il n'est
« si ces aymans naturds ne purifioient l'air pas étonnant qu'avrc de pareils préjugés on
11 des substances malignrs el renimeusrs que
ne parviut pas à circonscrire le 0éau. li e l
(! les malignes inllucnces y jcllenl continu~Ivrai que les hôpitaux n'étaient pas fort pro1&lt; lement. "
prement tenus et qu'ils ne disposaient p1s
L'auteur va même plus loin, dans s:i 1ltéo- comme aujourd'hui de sommes considérabks.

Cependant, on se rendait compte que l'hygiène et la propreté des rues et des maisons
pouvaient sauvegarder l'état sanitaire des
villes, et pendant le moyen àge, un grand
nombre d'édits furent vainement rendus à ce
sujet. Le médecin allemmd Ch~ller, en i 720,
demandait uo peu moins de prières, et beaucoup plus de prophylaxie.
Citons encore les énergiques mesures, que
Jean Fabre réclamait des magistrats toulousains.
« Après la visite des lieux infects et leur
cc nelloyement; dit-il, les magistrats doivent
« jecter hors de leurs villes tous les gueux,
tl fénéants, et tout le reste de celte canaille qui
« ne veulent pas vivre selon Dieu, ny selon les
« règles de la sobriété humaine et tempé« rance .... Toute cette sorte de peuple doict
« estre rejectée hors des villes, comme pour(&lt; rilure infecte, laquelle Ja peste attaque
« premièrement, fondant en icelle sa base,
« pour y establir el dresser de très fortes
« colonnes .... "

(.4 suivre.)

DO'IAPAHIC V.ISlîA:ST

us

RosERT FR.\:\C IIEnLLE.

PESTtrÈRES DANS 1.'nôPIUL DE JAfTA.

Esquisse du grand tnbleau exposé par le Ba ron GRos au Salon de 18o4. - (.'llust~ Con:it, Chantîlly,)

l:licbc Giraudo11.

�R.OUJON,

Chambord
Le prince fiobert de Dourbon était monté
ur le trône de Parme dans la sixième année
de son âge; il -n'avait pas onze ans lorsqu'il
dut en descendre. L'histoire ne lui reprochera
point d'avoir abusi\·ement régné. Elle oe lui
fera d'ailleurs aucun reproche, car ce fut un
parfait galant homme et le plus discret des
souverains déchu$. Il mettait .a chevalerie à
ne point conspirer. Aussi l'llalie du Riso1·gimento avait-elle jugé inélégant el superllu de
lui interdire son ancien duché. Par une Lizarrerie de la destinée, cc prince italien, dépossédé de ses Étals héréditaires, exerçait en
terre française une manière de seigneurie, Ne
pomanL plus être duc de Parme, il était sou\'erain à Chambord. li réafüait le type accompli de cet être heureux que l'i bon Stéphane
Mallarmé appelait « un hoir ». Le neveu
d'Henri V régnait en Sologne sur un domaine
de cinq mille hectares, contenaut plusieurs
fermes et quatre cents Yassaux; une commune
de la République françai e lui appartenait
quasiment. C'est ainsi que ·e comporte le
Code civil, lorsqu'il se mèle de faire une gracieuseté aux Capéliens.
On sait par quelles aventures a pa,sé ce
graudiose el triste château de Chambord, tfUi
fol la folie de François Î". Tous his Valois
firenL leurs délices du « bastimcnL de Chambourc ». Encore inachevé, il enthousiasmait
Brantôme. cc Toul imparfaict qu'il est, il rend
tout le monde en admiration el ravissement
d'esprit. » Les rois Yenaient y chercher la
dt!lectalion de la chasse aux daims. Louis XLV
lui porta un tel amour qu'il le fit royalemenL
gâter par Mansard. Molière y donna les deux
premières de Pourceaugnac et du Bourgeois
gentilhomme. Louis XV s'en désintéressa. 11
-y logea Stanislas, ainsi qu'il convenait à un
gendre qui préférait savoir ses beaux-parents
à la campagne. Stanislas et sa digne épouse
ont laissé sur les bords du Cosson le souvenir
de leurs verLus. Catherine Opalinska édifiait
de sa piété la population. Le brave roi Leczinski travaillait peul-être à l'augmenter :
les archives de la petite commune de Chambord contiennent un nombre considérable
d'actes de naissance où il intervient comme
parrain. Honni soit qui mal y pense! Stani las rendait la juslice a~sis sur l'herbe: il a
régné là en vesle de chambre . .Après lui, vint
Maurice de Saxe qui fil, dan son apanage,
manœuvrer des uhlans, paître des chevaux de
l'Ckraine el chanter Mme Favart. Avec la
Ilé\·olulion, Chambord connut une heure difficile. Une société de quakers anglais demanda

,·oltairien qui n'aimait pas la vieille architecmanufacture . La requête fut repoussée, a en ture française. Et ChamLord, acquis pour un
raison des maximes de la secte des quakers million cl demi, derint la propriété d11 duc
qui ne pouvaient s'accorder avec les principes de Bordeaux. Louis-Philippe essaya bien de
du gom'ern.ement républicain ». Chambord déposséder son jeune cousin. Ce tut une belle
resta (( bien national Jl, mai ses meubles lutte, dans les maquis de la procédure, entre
devinrent la proie des fripiers. Napoléon, l'administration des Domaines cl la branche
après en avoir fait le chef-lieu de la quinzième ainée; elle dura dix ans. De procès en procès,
cohorte, l'érigea pour Berlhic1· en principauté 011 alla à la Cour de cassation. Le procureur
de Wagram. Le majoral était grevé de la général Dupin fit débouter définitivement
charge des travaux de restauration el doté,. à l'État. Ce jurisconsulte aimait à" affirmer son
ccl effet, d'une rente de 500 000 francs à indépendance ,·i -à-vis du pouvoir présent en
prélever sur le produit de la navigation du souriant aux pouvoirs futurs. C'était un rêRhin. Berthier n'accepta que la rente; il veur. Il appelait cela poétiquement« se garder
négligea Chambord et vint seulement, pen- à carreau ». Celle foi,, il se garda si bien à cardant toute la durée de sa seigneurie, y pas- reau que la l'a mille de Bourbon en garda Cnamser deux journées de chasse. a veuve, pri- bord. Elle le garde toujours. e récriminons
vée des 500 000 francs, obtint de Louis XVLII pas. Il ne saurait être question d'une revendical'aulor-isalion de mettre le domaine en vente. tion quelconque. Tout au plus pourrait-on obserDéjà la bande noire tournait autour du monu- ver mélancoliquement que les souscripteurs
de 1820 entendaient surtout conserver à la
ment de Trinqucau. Il était perdu.
Ce fuL alors que s'organisa ln souscription ~·rance une des merveilles de son génie. C'et1l
nationale pour gratifier l'Eoîanl du Miracle été de la part du comte de Chambord un
de ce joujou géant. L'érruité commande de l1cau gc le de rendre à la pàtrie ce morceau
reconnaitre que M. de Calonne et les munici- d'elle-même. On ne manqua point de le dire,
palités royalistes sauvèrent ainsi CbamLord de lorsqu'on apprit que des princes italieM,
la ruine. li en eût été de lui comme de lointains, inconnus, devenaient, en vertu du
'ceaux et de Marly. Les souscriptions furent Code Napoléon, suzerains au vieux pays de
innombrables. Leur enthousiasme était-il Loire. D'aimables suzerains, hftlons•nous de
spontané? li n'est pas défendu à un gouver- le répéter, libéraux, hospiralier ·, qui consanement de contribuer à l'élan des âmes géné- crèrent de grosses sommes à d'inlelligenlc:s
reuses. L'armée renonça à un jour de solde. restauraLions. Les vingt enfants du feu duc
Celte démarcuc l'honora; avouons qu'il eùl de Parme continueronL ses traditions, nous
été contraire à la discipline militaire de sou- en sommes persuadés. Souhaitons seulement
mettre re patriotique sacrifice au referendum que nul d'entre eux ne s'avise de faire de la
des casernes. Les souscriptions particulières grande demeure abandonnée un lir.u de plaiallèrent de 5 000 francs à 25 centimes. Toutes sir. Ramener la vie à Chambord, ce serait
les villes de France \'OtèrenL des suuvenlions. une profanation.
Tl est si heau ainsi, si désespérément sl rnC1en s'éLait émue la première à l'idée que
Chambord pouvait &lt;&lt; tomber sous la hache bolique, cc chef-d'œuvre absurde, magnifique
sacrilège des Vandale &gt;). Seul, Paul-Louis cl min . C'est aujourd'hui surtout qu'il réalise
Courier grogna dans son coin. 11 écrivit un cc r1ue lui demandait Du Cerceau : « rendre
petit -pamphlet qu'il est obligatoire de consi- un regard merveilleusement superbe 1&gt;. Sa
dérer comme un cheî-d'œuvre. Laissons le visite dispose aux pensées grares. Hien de
Simple discou1·s lfo vLgncl'on de fa Chavon- plus fièrement solitaire; tout, jusqu'à un
nièl'e jouir paisiblement de ce titre. Pour certain comique, y prend une douceur majesconserver à ces pages leur situation littéraire, tueuse. On admire dans ce palais sans hôtes
il suffit de ne les point relire. Rien ne se toute une carrosserie commandée trop lot: on
démode autant que l'ironie. Aujourd'hui, y voit eni:ore des tapisseries au petit point
celle de Paul-Louis nous DlOnlre des gràces qui, en trahissant un goùl décoratif aboli,
un peu fanées. Documentation médiocre et témoignent de la foi la plus pure. Chambord,
point de vue (( pignouf ». EmporLé par son c'est le musée des Chimères. Que la joie
ardeur de rural, Courier s'écrie : l&lt; Je fais moderne lui soit épargnée! Imagine-1-on des
des vœux pour la bande noire. Je prie Uieu trompes d'automobiles éveillant brusquement
(1u'elle achète Chambord. »
de son sommeil la llonarchie légitime au bois
Dieu n'exauça point Le vœu du ,igneron dormant! ...

à acquérir le donnine pour y installer des

HE~RY

ROUJON,

de l'.\ c.tJémie frJ11çalst

..... 320 ...

Ur-E SORTIE. -

Tableau J.e :\ ·F L D
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nu.

(G

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,ra.\ure c.ttrazte de IRislowe gènfrale de/~ G11erre /r;inco-al/emande. par le L'-Cnloncl Rouss&amp;T,)

FR,ÉDÉR,JC

.,,,..

DI LLAYE

Vie el mort de l'armée du Rhin
Journal d'un Témoin

+
. Dès lu premien joun de la guerre de , 870, M . F•iD1LLAYe •'•tait vu attacher à la Trésorerie de
l'année. Le 3o juill&lt;t, il débarquait à Metz, qu'il ne
devait plu, qu.itter que le 1•• nonmbrc, après l'abomjnablc c1pitulation. P end11nt eu trois mois il nota
jour ~•r Jour, •n icrivain de race qu'!I itait, ses oh~

On peut accéder à la Catbédrale de diver!S
~tés. Je p~éf~re y e~trer par 13- place de
Chambre, arns1 nommee d'une commanderie
Je l'ordre de Malle qui s'y trouvait, d'où un
double et large escalier mène à une petite
se.rvatiotts et ses impre.ssions, sts c.!!ipéranccs e.t ses angohp!ace en le1·ras e demi-circulairequ 'on nomme:
scs dt patriote. Et C&lt; recueil de notes quotidieMcs
qu'il public au bout de quanntc an•, sous ce 1J1rc : 'Yi;
paté de la Cathédrale, ou place Saint-Étienne.
~t mort de l'armée Ju 'R.hin, ne cons1ituc pas scu lcmcnt
C'est d'ailleurs là, sous l'invocation de ce
un livTc puis.sammc.nt évocateur e.t singuHifrcmtnt ~mou•~t, _mais aussi le _document le plus compl et u Je plus saint, que se dressait au cinquième siècle un
modeste oratoire. Entre deux piliers de la
mmuticu,cment p«cis s11r l'agonie d'une armée faite
pour vaincre, •t qu'1.v1itcondamnic à 111. plus tragique
seconde travée s'ouvre une porte aux nomdu difAitu la trahison de son chef. De cc bd oUVTagc
breuses et élégantes archivoltes . Elle a perdu
de F•wiRic DiLLAYI!, nous cxtnyons lu alertes croles _statues et les seulptures qui la décoraient,
quis suivants, pris sur le vif, au début de la campagne.
mais son fronton triangulaire et son ogive au
couronnement sculpté, lui donnent un aspect
Dimanche, 51 juillet.
des plus intéressants. Curieuse cette porte en
elle-même et à un autre égard. Elle formait
Ce matin le• soleil • rayonne. Cela chan"e
I"\
en effet, l'entrée principale de la petite églis~
un peu mon 1mpress1on sur Metz. La ville ~e No_tre-Dame-la-Ronde que, par un raccord
1~·a r_il~s cet air piteux que je lui ai troul'é à mgémeux, les architectes ont fait entrer dans
l arrn-ce. Nous devons nous rencontrer, nos
le plan général de la Cathédrale. L'extérieur
camarades et moi, à la Cathédrale sur le
de cette Cathédrale de Metz arrête saisit et
coup de huit heures, pour assister à ia messe retient le regard par son élévation ;es li"nes
•
,
0
lie l'Empereur. J'avoue, en toute sincérité
élcgantes,
les fières allures de ses piliers souqu'il y a de ma part plus de curiosité qu; tenant deux étages de contreforts et se termid'habituelle religion.
nant par de gracieux pinacles . Les srelles
oelllc

IV -

HtsTORIA.

pyramides fon~ également venir à l'esprit des
1dé~s. de hard iesse cl de légèreté. Dans eel
ex_Ler1eur :_ colonnettes, arceaux, meneaux,
triangles effilés, tout monte hardiment, fièrement, légèrement; tout aspire à s'élancer en
haut; tout a des ailes comme la pensée qui a
conçu ce tout.
Quant à la porte principale, elle s'ouvre
sur la place de 1a Cathédrale ou du Uarché
CoU\'ert _et est, destinée à afüiger les yeux de
tout ar~,s~e: L a~chitecte Blondel - que son
~om so1l a Jamais honni - y a perpétré l'all1anee du style pseudo-grec et de l'orrive.
E_rreu~ Lo~is-quinzièmesqu~, un. peu bien\,stema1.1~e a celt~ époque qui avait le parti-pris
d~ ~e nen admirer du génie du lfoyen Age,
ga1?1t même l~u~e œuvremédiévale quand elle
a_va1L, comme ICI, à y toucher. Quelle apostasie, alors q11e l'art gotlùque pique un des
plus beaux fleurons à ln couronne des gloires
~ure~ de notre France. lleureusement que
l a_nc1en mu.~ de façade, dont le pignon apparait en amcre du portrait de Blondel esL
percé d'une rose. dont la grandeur et la délicate o~nementalion consolent un peu des
barbarismes et des solécismes d'art dudit

-Fasc. 31 .
21

�-

111STO'l{1.Jl

Blondel. On y \'ùit, là, comme d'ailleurs à
toutes les percées des murs, de fort beaux
vitraux appartenant à la meilleure époque de
la peinture sur ,·erre. Quelques-uns out été
extraordinairement bien remplacé par M. Maréchal, le merveilleux "erricr messin dont le~
chefs-d"œuvre ont été si 11nanimernenl remarqués à la dernière Exposition Universelle.
Dans la flèche, ajourée de bout en bout el
au sommet de laquelle claque le drapeau
national, se loge la ,1/utte, la célèbre Jiu/le,
le bourdon messin dont le battant se met en
branle aux grand jours de fête et de deuil.
A huit heures sonnant, !'Empereur, a\'ec
celle exactitude qui ne révèle pas seulement
la politesse drs rois, se présente al1 ~rand
portail de l'inràme .Blondel. Le Prince Impérial, le prince Jérôme, et les maréchaux l'acrompagnent. Mgr Dupont des Loges se tient
sur le seuil pour recevoir le souverain. Il le
salue et le conduit à la place qui lui e. t réservée d:J.ns le chœur. Le Prince Impérial se met
à la droite de ou père. A la gauche s'installe
le vrince Jérôme. Uerrière s'asseyent les
maréchaux: et officiers de la mai on. Mgr Dupont des Loges oflicie et !'Empereur emble
suiYre sa messe aYer une attention des plus
soutenues. J'ayoue, à ma très grande honte,
que je n'imite pas cet exemple, très attentif
que je sui ;1 voir les personnages qui assistent
à la messe impériale.
Soudain, un petit homme, en retard, arrirc
sur la pointe des pieds et cherche à e glisser
dans les premier· rangs, derrière !'Empereur.
li porte à la. ma.in uu vaste chapeau à la
mousquetaire. li est \'êtu d'une sorte de
blou e &lt;le i:has e d de culottes flollank~ en
vclour. d'un brun roux, dit le brun Di marck.
Il est botté el ceinturonné de cuir jaune très
clair. . ur sa poitrine pend la croix. de la
Légion d'honneur tenue à .on cou par la cravate de commandeur.
cc )fcis onier '! interro«é-je à l'oreille de
mon voisin ·1
- Oui, me répond-il, il est attaché à la
mai·on de l'Empereur.
- Parfaitement! Je me souviens, en effet,
qu'au moment du baptême du Petit Prince,
il fit tant et si bien, qu'il reçut le titre d'historiographe impérial, litre lui donnant ses
en trées aux 'Iuileries. L'Empereur n'était
probablement pas ennemi de voir reproduire
en peinture ses exploits militaires, pour senir
de notes aux. historiens de générations futures.
Cependant, si ma mémoire demeure fidèle, il
n'obtint qu'avec une certaine difficulté la
permission de suivre l'armée d'Italie. C'eût
été vraiment dommage s'il ne l'avait pas eue.
.\ ~ol!érino, ne se tint-il pas toute la journée
à rheval, cherchant les éléments nu fameux
tableau qu'il nous a donné sous ce titre et
qui reste, au point de vue géométrique, le
plus grand tableau signé Meissonier. C'est
aussi, je crois bien, le point culminant de
son talent. Talent consciencieux, fait un peu
de vision photographique. En l 8G7, pour
achever je ne sais plus quelle scène du Premier Empire, ne s'avise-t-il pas d'acheter un ·
champ de blé aux. alentours de Saint-Germain.

Il ) installe un pelil chemin de fer muoi
d'une plate-forme. Sur cette plate-forme, il
pose son chevalet. Voilà certes un atelier d'un
tout nouveau genre. Il obtient de l'Empereur
un peloton de cavalerie; le masse dan, son
rhamp; ordonne aux cavalier de charger en
fourrageurs et part, les suivant sur. on wagonnet, tâchant de ai sir leurs mouvements. C'est
peut-être pour cela que son confrère Gérôme
l'admire comme le seul homme qui ait su
« faire le chernl i&gt;. Singulière figure, ce Meissonier!. .. Quel grand tableau va-t-il tirer de
on séjour il l'A1·mée du Rhin'? ... li n'y est
pas seul d'ailleurs ..Je sais que Protais doit se
trouver à l'état-major du général Ladmiraull;
Protais, le quasi « inventeur du type des
petits chasseurs à pied », des &lt;1 petits vitriers,&gt;,
cc qui l'a rendu si populaire.
Pendant que je pense à ces choses-là el à
bien d'autres encore, la messe suit sou cours,
scandée par le petites sonneries des enfants
de chœur. Cet athée &lt;le prince Jérôme se
Lient très mal; moi non plus je ne sui pas
ma me e, mais j'ai la prétention de me tenir
mieux. Le Petit Prince, agenouillé, s'abime
dans sa dévotion enfantine fortement teintée
d'Espagnol et de Corse. Il est maintenant à
deux genoux sur son prie-Dieu, la tête penchée vers la terre. Soudain, il sursaute, se
redresse· presque. Nous-mêmes, sentons une
commotion. Le chantre qui vient d'entonner

CliciJé Braun

et

c•

GE:-.lR.I.L CuA:--GAnNIER,

attache à. l'Ètat-)lajor du Maréchal Bazaine.

le Domine salvmn tonitrue de telle façon,
pour faire mieux sa cour à l'Empereur, que
le. vitraux des verrières frémissent dans
leurs plomb . Après le saisissement, le sourire voilé et l'église se vide. :Ugr Dupont de
Loges reconduit !'Empereur jusqu'au grand

VŒ

portail. U,, dans la lunùère plus crue &lt;ln
jour et sous cet éclatant soleil dont les rayons
inondent la place, !'Empereur apparait fatigué, plus que fatigué. Le cosmétique a eu
beau cirer e~ moustaches en pointe; les artifices de Jézabel qui ne parviennent même pas
à réparer l'irréparable onn'u beau ètre appelés· à la rescousse, les traces de la maladie restent très nettement visibles. Elles s'accentuent
encore, lorsque d'un pas lourd qui cherche à
ne pas être incertain, !'Empereur traverse
celle foule de brillants officiers stalionnant~ur la place, s'empressant et s'él'erluant 11
faire leur co11r au Souverain. La gaité amu1,,ée
du Petit Prince met sou antiU1èse à la sou[france paternelle et aux airs bougons du
prince Jérôme. ~I. le maréchal Lebœuf est là,
souriant, affable, bon pour tous, désireux de
ne chagr1ner personne. M. le maréchal Bazaine, Yenu de on quartier-général de Uoulay,
contraste étrangement avec son collègue par
son air préoccupé et qui semble encore plus
sournois que préoccupé. Et le cortrge regagne
lentement, au petit pas de !'Empereur, le
Grand Quartier Impérial de la Préfecture
entre le jardin d' Amour et le jardin Fabert.
L'amour, il n'y faut plus songer, Sire! Mais
combien, en reva.nche, il faut pPnser à Fabert!

ET MO'ft..T DE L'Jt~MÉ'E DU '}t111N - - ,

Lundi, 8 août.

. . . La rue des Clercs est dans un émoi
indescriptible, surtout aux alentours de l'hôtel
de l'Europe, où e trouve le Grand Quartier
Général, el de l'hôtel de Metz qui hti fait
vis-à-vis et dans lequel logent aus i beaucoup
d'ofliciers supérieurs. La décision du général
Cofflnières au sujet des étranger ·, publiée
hier, produit Lou les effets d'un jet de pierre
en plein milieu d'une mare à grenouilles.
D'étrangers, ces deux hôtels sont rempli !
Deux bons postes pour les espions et pour les
reporters, les ordres et les contre-ordres arriYant toujour· successivement à l'hôtel de
l'Europe. Mon reportage à moi ne s'en préoccupe guère dans la journée. Aux heures des
repas, entre camarades, on les résume toujours, tâchant d'en déchiffrer l'ambiguïté des
termes ou d'en éclaircir l'ohscurilé de la
pensée. Travail plus compliqué que celai de
la lecture de signes gravé sur le monolithe
de Louq or. Mais les étrangers n'ont pas la
même bonne l'ortone que moi; aussi, s'insinuent-ils constamment, à toutes les miuutes
du jour et de la nuit, dans le va-et-vient des
allants et venants. Combien de ce étrangers
sont des espions ou des journalistes de la
Pras ·e qu'on laisse ain~i circuler en toute
liberté, alors que la prévôté ne cesse de poser
sa main rude au collet d'inoffensifs passants
cu de curieux bénévoles. L'accent tudesque
n'éveille aucune allention ici. C'e L l'accent
dominant du français parlé à Metz communément. La clairvoyance tardive de l'administration a surpris tous ces gens au milieu de leur
parfaite quiétude. Il leur va falloir décamper
s'ils ne veulent se faire reconnaître. Tous
procèdent en hâte, pour l'heure présente, à
ce décampemeot en le couvrant du masque
dP l'inquiétude générale.

LANCIERS EN RECO~NAISSA. CE.
TaNeau de .\ .• \VALliER.

(Gr:wure Cltra.itc de lïlfsloire gcneralt ,te la Guerre franco-allemande, par le L•-Coloncl Rot'SSET.)

CliciJt Braun et C"J

�P-

fflSTO']tl.JI

l,ïmpression ressentie au diner de ce soir,
demeure bien celle éveillée, dès ce malin, par
l'arrivée des est:if~Ucs. De tous côtés on réclame des ordres; et d'aucun côté on n'en
donne,deprécis lout au moins. Pas d'ordres!
Pas d'ordres! Voilà bien la caractéristique de
celle journée du 8 août. Est-cc incapacité ou
esquivement des responsal,ililés? ..•
Il pleut toujours. Nous n'en allons pas
moins, mes camarades et moi, an Café Pai·ii;ien, pour n'en pas perdre l'habitude, sans
doute. Les ren eignements qu'on.r peut trouver
sont d'une autre sorte et prennent leur s011rcc
aux racontars des rédacteurs de la presse
messine qui se trouvent là d'ordinaire. Pas
de moisson à engr:mger cc soir. Rien de plus
que dans la journée. Dans les conversations
et sur tous les visages, une lassitude atroce.
Lassitude de la stupeur prolongée; mais l'on
y sent gronder, cependant, comme des appels
lointains du tonnerre au milieu du calme, de
sourds murmures contre les chefs, l'organisation et le reste.
Ce qu'il pleut, c'est inénarrable. On se décide à rentrer. En tournant 1a rue du Palais,
pour prendre celle des Clercs, un petit vieillard, à cheveux blancs, la redingote boutonnée jusqu'au col, un chapeau haul de
forme enfoncé jusqu'aux yeux, sans parapluie
ni manteau, mais la canne à la main, me demande d'une voix brève s'il se trouve bien
dans le chemin qui conduit à l'hôtel de la
Préîeclure où loge l'Empereur. Je lui indique
la plus courte route à prendre et le voilà
continuant à trottiner dans l'averse. Nous
nous regardons, mes &lt;,amarades et moi, et
partons d'un violent éclat de rire. Que veut
faire au Quartier [mpérial ce petit homme.
sec d'allures, mais fortement trc&gt;mpé de pluie?
E pèrc-t-il que les huissiers lui offriront gracicusemcn t le logement et des habits secs? ...
~:t nous rentrons joJcusement à l'hôtel de
l'Europe, devisant sur celte rencontre bizarre
dont la cocasserie nous fail oublier l'averse
tombant à "erse.
:lfrmli, 9 aolll.

Je vais prendre l'air et recevoir l'eau.
Environ vers onze heures et demie, sur la
place de Chambre, je croi e un breack aux
chevaux gris-pommelés el dont les grelots des
colliers linlinnabulenl. Dt&lt;lan~, mus leurs rapochons el leurs caoutchoucs, ruisselants
d'eau, sont l'Empcreur et plusieurs généraux
dont un a la figure complètemênt inconnue
pour moi. Qu_i peut-il être? Je le saurai au
déjeuner. L'Empereur, parti ce matin à cinri
heures, revient de Faulquemont où il s'était
rendu pour conférer avec le maréchal Dazaine. Que va-l-il sortir de celle conférence?
Encore une chose que le déjeuner m'apprendra. Ce sera bientôt; 1'horloge de la Cathédrale déclenche les douze coups de midi.
En arrivant dans la salle à manger, je
trouve les conversati.ons très animées déjà.
Mes amis ont amené à déjeuner un camarade
du corps du général Frossard ; Gié, payeuradjoint de la troisième division d'infanterie,
venu dans la matinée au 0urean central pour

'VŒ
chercher des fonds. Au milieu du groupe, il
raconte que les approvisionnements des troupes
fonL défaut de toutes parts. L'intendance restreint les rations de pain. Les autres vivres
manquent. Pour compenser leur absence, on
a fait distriliuer aux hommes une indemnité
représentative de O fr. 80 par ration . Les
pauvres! à quoi celle indemnité peut-elle
leur servir? Le 7, mème au poids de l'ur, on
n'a pu rien Lrourer à acheter à Puttelange.
Hier, même distribution a été renouvelée,
mais on a vu aussi se renouveler le manque
de denrées à acheter. Gié nous trace un tableau na\Tanl de la belle retraite en bon
ordre. Pauvre petite ville de Forbach, sijolie,
si confiante, complètement chavirée dans le
désastre du corps du général Frossard ! SaintAvold, radieuse et fière en plein milieu des
troupes françaises, ruinée complètement!
Sous le pas des hommes, sous les pieds des
chevaux, sous les roues des caissons et des
canons, sous la pluie continue, les champs
sont effrondrés à perle de vue. Au loin, l'avalanche de l'armée prussienne gronde, descend, s'abat vers Metz. Les populations effrayées tournoient dans le tourbillon de la
déroute des troupes. Elles, si patriotiques au
début, apportant à nos soldats des vivres el
des provisions de toute nalure, saluant gaiement leur départ, les encourageant avec confiance à la victoire, suivent maintenant, affolées, ces mêmes soldats harassés et couverts
de boue!
De la conférence de Faulquemont, Gié ne
sait rien; mais, à l'Êtat-~fajor, on a eu des
renseignements. Si les soldats sonL lassés et
recrus de fatigue, ils ne paraissent nullement
découragés; toutefois, à la conférence, on n'a
pas cru pouvoir Jeur demander l'offensive
brutale sor les flancs de l'ennemi. De là, une
troisième évolution dans les plans. Plus question d'offensh-e. Le maréchal Dazaine, qui
connaît son terrain, poill' avoir autrefois commandé à ancy, a proposé un repliement de
Ioules les troupes sur Frouard. Là, au confluent de la Meurthe et de la àfoselle, il pourra
surveiller fructueusement l'ennemi. Cet enarrière de Metz a fait grimacer !'Empereur,
craignant qu'on n'y voie un trop grand signe
de déroute. Il se rallie aussi à l'o1fonsi\'e par
concenli-ation de Ioules les troupes sur un
même point, mais il veut que cette concentration s'elfoctue en avant de Metz et non en .
arrière. De là celle décision prise que les
troupes vont se replier sur la Nied française.
J'apprends coup sur coup que le général
ioco11nu aperçu dans le breack de !'Empereur est Changarnier, arrivé la reille au soir
au Quartier Impérial en redingote el par la
pluie battante. C'est notre homme d'hier soir
très évidemment. Je n'aurais jamais pu supposer qu'une si petite et si étroite redingote
bien boutonnée, surmontée d'un chapeau
haut de forme, le tout ruisselant sous l'averse,
ptit vêtir un personnage de si grand renom.
Au lieu de se faire mouiller par &lt;lelà les os,
il aurail pu, vu son renom et son titre, utiliser une des voitures de place affeclée-s spécialement au service de )'Empereur et 4ui

font continuellement la na\'elle entre la gare
et la Préfecture. On ne l'a pas renseigné,
sans doute, sur ce cas particulier. Je ressens
nue confusion extrême en songeant au rire
fou dont j'ai été secoué hier par la rencontre
de celle peûtechosc mouillée, trottinant dans
la nuit plu1•icuse. Changarnier! une victime
du coup d'État, dont il admetlait cepeoùant
la nécessité en t 851 , puisque, dans son entrevue avec M. 1'hiers et le duc de Morny, il
avait proposé l'arrestalion du général Cavaignac, alors que Af. Thiers réclamait etllc
du général Lamoricière. Au 2 décembre, le
duc de Morny leur prouva qu ïl avait fait profit de leurs conseils en arrêtant ceux qu'ils
désignaient et en les arrêtant eux-mêmes.
Personne n'est bien d'accord sur la façon
dont Changarnier a été reçu hier soir par
l'huissier de ~ervice. Les uns prétendent qu'il
fut introduit immédiatement auprès de !'Empereur; les autres que celui-ci avait tardé à
le recevoir, chacun se refusant à le prévenir,
vu la fatigue et les souffrances qui le retenaient à la C"hambre. Quelle que soit l'heure,
l'entrevue a eu lieu cordiale et franche. « Sire,
aurait dit le général Changarnier dès les premiers mols, je n'ai pas été le courtisan de la
bonne fortune, mais je veux donner aujourd'hui l'exemple du ralliement. La France est
en danger et je suis un vieux soldat. Je Yiens
vous offrir mon expérience et mon épée. ~Ion
épée ne vaut peut-être plus grand'chose, car
j'ai soixante-huit ans, mais je crois la tète
encore bonne. &gt;&gt;
Dès l'heure de la déclaration de guerre, le
général avait déjà introduit à la cour impériale une proposition semblable. Tentative
avortée. On se souvenait toujours à la cour
du temps jadi où le vieux vétéran d'Afrique,
connaissant les projets du Prince Président,
aurait pu prendre les de\'aals du Coup d'État,
si ses alentours avaient su le soutenir et
par conséquent écraser dans l'œuf le Second Empire. Celle nuit, changement à vue.
L'Empereur, pour Loule réponse, a tendu au
vieil orléanisle sa main largemenl-oUl'erte et,
rn tournant vers sa sujlc: (( Le général est
des nôtres, Messieurs, o a-t-il dit. Chacun
alors de s'empresser r, faire manger le vieux
général et à lui chercher des vêlements de
rechange, pendant que sur ses in i tantes
questions on lui fournit, vaille qlle vaille, des
renseignements sur le maréchal de ~lacMahon, les généraux. de Failly et Dacrot.
Après ce médianoche, le marqu_i de Massa,
aide de camp de !'Empereur, a conduit le
génér.il Cb.angarnier à l'hôtel de Aletz. pour y
coucher. Le voilà devenu mon voisin; et ce
matin, à cinq heures, pour bien prouver la
sincérité de son accueil, !'Empereur l'a emmené avec lui à Faulquemont~ aux fins de
conférer avec le maréchal Bazaine.
Mercredi, iO août.
... Un grand conseil de guerre vient de se
réunir au château de Pange. On y a soulevé
cette idée que la proximité des grands bois
pouvait nous réserver des traitrises et faciliter l'enveloppement de nos troupes. Encore,

de là, une év~lutioo nouvelle dans les plans.
Ell~s sont s1 nombreuses, ces évolutions,
qu on ne parvient plus à les nomLrer. Comme
conclusion, l'armée va quitter la Nied et se
replier complètement sur Metz. On v; donc
a_ppuyer sur Metz l'élan de l'offensive ou Iorllfier la défensive par le concours de celte
place for.te. I.Jn vague esroir sur0it en songeant qu entre temps notre escadre cuirassée,
~o~t 1~ commandement suprème a été remis
a I amira( Bouët-Villaumez, pourra faire une
~u~erbc dl\•er~ion dans la Baltique ou, tout au
~OtnS, fournir, par ses manœuvres, une illu~ion de c~tt: dive~sioo. Je ne veux rien préJuger, ~ais Je cro_1s bien que c'est nous qui
"?us ~reons une 1llusion en pensant à celte
ù1rers1on.
~'émigration continue toute la journée,
pénible, nombreuse, envahissante, si bien
c1ue coup sur coup des placards sont apposés
sur les murs de l'Uôtel J.e Ville. Le premier dit:

. « Avis. - Par ordre du général de divis10n commandant supérieur de la ville de
Melz, le préfet de IJ lloselle informe les habitants_ des co~munes du département qui
voudraient v~nir à Met1, qu'aucune personne
ne sera admise à entrer en celle "iUe si elle
~•apporte avec elle des vivres pour quarante
Jours au moins.
!Ilet:;, le iO Août 1870.
, Le prt•fcl clc la :llu elle ;
PAUL OotLW.

• « ~[~sieurs les maires sont priés de faire
m~med1atement publier et afficher le présent
avis. »

_M. le m_aire de Metz, obtempérant à celle
prière équivalant à un ordre, nous donne la
seconde affiche qui vient d'être placardée
affiche, reproduisant l'avis du préfet, mais l;
c?mpletant par celte informatian : &lt;I Mess~eu~s les commissaires et agents de police,
~rns1 ~ue les employés de l'administration de
1octroi, sont ,chargés d'as urer, en ce qui les
concerne, l'exéculion rigoureuse de cette mesure. »
Pendant que ces avis sont lus et commentés, on. aper~oit le, Prince Impérial qui,
~ans escorte, r~v,cnl d une petile promennde
a cheval. Depms quelques jours on ne l'al'ait
pas vu, non qu'il fût malade à proprement
parler' mai~ à cause su:tout du désarroi qui
~~e depms quelques Jours au Quartier Imperia!. A nos rep~, à l'~ôtel de l'Europe où
le trantran des peuts polms garde imperturbablement , toute sa vitalité, on a appris de
reste que J Empereur, de plus en plus souffrant physiquement, sentant dans ses reins
comme des légions d'épingles qui les lardent,
demeure le plus souvent morne et affaissé
de~ant des cartes à échelles plus que réduites, les seules que de rares privilégiés
possèdent. [[ y cherche, avec son crayon
rouge en main, à y placer les corps en dér~ute de son armée. Ses scnlime11ls incertains, peu précis, se troublent encore sous de
con stants échanges de dépêches entre le ca-

'ET .MO~T DE L'A'lt,.MÉE DU 1{111N

hinet de la Régente et. ~e sien, échanges qui
le mettent dan s la pos1hon d'11n volant entre
deux raquettes adverses. Il n'a plus du tout
le temps de s'occuper, lui, si maternel de
son fils. En aurait-il le temps, la force physi-

de sa mère. Inéluctablement uionte aux ]è.
vres le refrain de 1a trop fameuse romance :
• Laissons les enf'anls i1 leur mère
Laissons les roses alll: rosi.ors. D '

• Â côté d~ père_ et de l'enfant, le prince Jérome va, vient, v1re\'oltant, bougonnant. Ses
lè,Tes font une moue toujours prête à crerer
en ohjurgations violentes : &lt;( Quelle maladresse, jellc-t-il, d'avoir consenti à subir
cette guerre. Quelle faute de songer 11 la diriger personnellement quand la maladie vous
étreint. La ré.ignation du commandement en
chef s'impose. Espérons que celle résignation
ne se fera pas entre les mains du marél'hal
de Ca_nrùbert r &gt;&gt; Depuis la Crimée, en effet,
le pr1uce Jérôme a voué une haine saurarre
au maréchal. Mais, après Canrobert, il all~9ue celui-ci, démolit celui-là. Toujours
l homme-né des coups de boutoir. li a beau
jeu vraim~nt pour e? donner dans le cas présent, auss, frappe-l-11 sans relàche à droite
a' gauC"he, dans le tas. Toute nouYellc tète'
d'arrivant lui sert de quintaine. Vrai jeu de
massacre.
Les généraux et les familiers du Quartier
Impérial l'imitent un peu, sinon de la même
façon. On se_cbamaille, on s'aigrit. Le g1foéral Lebrun mque des remontrances directes
GE!'iÉRAL COFHNIÈ RES DE :1\° 0 RDECK,
à son souverain. ~I. Piétri appuie const:imGouverneur de :\lé.Lz.
ment sur l'étal de santé. Le maréchal Lc(Collecllon de .'Il. LE BARON tJE Boo RGOING.)
bœuf, sentant le commandement lui glisser
de mains, ouvre res mains toutes grande;,
q~e y faillirai!. Pour endormir . es crises, il pour en laisser flotter les rènes, ne donnant
pas d'ordres ou abandonnant à la libre interre1tère ses absorptions d'extrait thébaïque
~ont ~a con~inuité l'abat. En sorte que le Pe~ pré_tali?n de celui q-ui les reçoit ceux qu ïl
arme a donn~r. Tout se désagrège. Le géné~Il Prince, lll'fé à soi-même, agacé par ce séJOUr prolongé dans les salons et Jes anti- ral Changarmer, seul, sonne le ralliement,
chamb_res, s'_énerve, gamine, aposlrophe de se fait le lien de cette sauce tournée; il va à
sa pehte ,•01x zézayanle, ceux qui viennent la rencontre de ceux qui viennent au Quarcbez son père ou en sortent. H donne du tier Impérial, cherche à reconnaitre sous les
coude et de la tête dans les allants et les vc- masques vieillis les jeunes visages de son
na~ls. N'était la retenue que lui impose son temps, et, quand il y parvient, les réconumiorme de sous-lieutenant du i rr ré&lt;riment forte, les soutient par sa chaude cordialité et
des grenadier de la Garde, sur les co~trôles les engage tous à se réunir pour la fertilité
du~uel il a été immatriculé quelc1ues mois d'une idée commune; il donne des conseils
apres son baptême, il mimerait pour son propose des expédients, se fait avocat-consul:
compte, sans qu'on l'en priât beaucoup, ce tant, s'entremet entre les clans déjà formés
tableau de Zamacois qui eut tant de succès de ceux qui se réjouissent de la priéminence
au Salon et représentait un jeune prince en- ~ccor~ée au maréchal_ Dazaine et de ,ceux qui
~oyant son ballon dans les jambes des cour- mvect1veot contre lw ou ne gardent en lui
tis~ns comme une houle à travers un jeu de qu'une confiance plutôt modérée.
qmUes. Personne n'est libre pour le mener
promener. La Garde Impériale n'est plus sous
nos murs et il n'a plus à visiler ces sortes de
grands douars que formaient ses tentes au
Mals le moment des croquis alertement crayoMis
flanc du Saint-Quentin. Ne se promenant est pusé depuis longtemps. Une heun tragiqum1ent
plus, il n'a plus à s'amuser, à jr:ter aux mou- décisive • sonné. Le dinouc.mLnt approche, .. ,
tards qui l'acclament des poignées de sous
Samedi, 29 Octobre.
comme à la sortie d'un baptême. On a tout
d'abord évité de lui faire part des mauvaises
Oh ! la longue nuit. Oh I la pénible
nouvelles. Toutes n'ont pas échappé, assurc-t- nuit.
on, à sa nature fine, et le peu qu'il sait augUn officier d'ordonnance nous apporte le
mente son éoenemcnt jusqu'à lui donner protocole et son appendice, De sa voix de
comme des Eemhlants d'accès de fièvre. Ah 1 stentor, le commandant Rolland en lit pour
sa I?èr~ a voulu que pour le bien de la dy- tous les termes. L'article 2 du protocole disnaslle il se trouvât à l'armée· mais combien pose que:
il serait mieux, pour l'instan;, d'être auprès
t&lt; 8amedi, 20 octobre, à midi, les forts

..

�1l1ST0~1JI · - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
'

aint-Quentin, Plappe,ille, Saint-Julien, Queuleu el Saint-Privat, ainsi que la Porte Maze1lc
[route de Strasbourg] seront remis aux troupes prussiennes.
» A dix heures du matin de ce même jour,

route n'est qu'un cloaque qui se déroule, un
,·éritable fleuve de houe liquide où llollent
presque des cadavres de che,aux, des queJettes de mulets, des débri de toute nature.
La lumière du jour est barbouillée, obscurcie

Clicht Neurdein.
GRENADIERS DE LA GARDE, LE .MATlN DE REZONVILLE. -

Table.iu

ae

PETIT-GÉRARD.

(Grayurc extraite de lïUslolre gtil1én:ile de l.J G11erre fra11co-alle111:11de, par le L•-Colonel RoussET.)

de" officiers d'artillerie et du génie, avec
quelques sous-officiers, seront admis dans lesdits forts, pour occuper les magasins à poudre et pour éventer les mines. »
... Dix heures sonnent à la Cathédrale. Les
disposilions protocolaires vont s'exécuter. On
ressent au cœur un premier pincement. C'est
le moment où les officiers prussiens entrent
dans les forts pour occuper les magasins à
poudre el éventer le mines. Les trois couleurs de France !louent encore au haut des
mâts ....
La marche en avant s'exécute silencieuse.
Quand des phrases s'échangent, c'est avec une
douceur étouffée, des murmures susurrés
comme dans une chambre de mourant. Le
deuil a cmahi toutes lPs âmes. Le paysage
autour de nous ne saurait le désassombrir.
Les remparts de Metz sont contournés; la
~Iaison de Planches esl dépassée; nous Louchons presque à la Maison- euve. A droite,
les vastes plaines de la Moselle, nues, dé,•astées, mêlent, à l'horizon, les gris de leurs
boues aux gri des lourdes ma ses de nuages
chargés d'eau. A gauche, des groupes d'homme hâves, déguenillés, le dos courbé, dévalenl lentement comme des troupeaux de mouLon" que le berger pousse devant soi. La

par les hachures fines el serrées de la pluie
formant un brouillardjauoàtre d'une intensité
extrême ....
Soudain le ol tremble .... Un formidable
coup de canon, parti du fort Saint-Quentin,
déchire le silence de la vallée. Tous les hommes se redressent, exécutent une volte-l'ace
comme à la parade. Tous les regards convergent sur les forts, sur le Saint-Quentin surtout, plus à notre portée .... Le drapeau tricolore glisse le long de son màt, s'abat, s'affale
ainsi qu'un grand oiseau mortellement frappé .... Une grande flamme blanche et noire,
la flamme aux couleurs de Prusse, monte
pour le remplacet et nous semble claquer
joyeusement dans le vent. ... Midi a sonné
l'heure de la li\'raison !. . . De nouveau lcs
hommes se retournent, les dos se voùtent, les
tète s'inclinent .... Consommalum est! ...
Les divisions da 6• corps, dont la réserve
de cavalerie doit prendre la suite, atteignent
déjà Ladonchamps et pa senl aux main de
l'ennemi. ·otre marche reprend, au pas de
suite de corbillard. On redresse l'oreille aux
bruits qui arrivent de la tête de colonne. Un
officier Prus ien caracolant orgueilleusement
en faisant gicler Ja boue autour de lui aurait
été précipité dans un fos é par des cavaliers

du 2• chasseurs d'Afrique, répugnant à .e
laisser éclabousser. Un Tienx chevronné, i'1 la
poitrine constellée de décorations, de croix et
de médailles, se serait écrié, devant l'ébahissement des oîllciers vrussiens d'État-llajor :
« Eh bien! quoi! Yous avez acheté la marchandise, on vous la lirre; mai qu'on ne
l'abîme pas! » Un redoute un conflit. Il serail certain el sanglant si l'on défilait en
armes. Mais l'ennemi ne riposte point. Obéissanl sans doute à un mot d'ordre, il multiplie
au contraire ses courtoisies.
Lentement, très lentement, mais combien
pas assez lentement encorP, nous alleignons
les barrières du château de Ladonchamps.
Deux uhlans s'y trouvent en vedette; au dcH1,
de la cavalerie et de l'infanterie pru~sienn!!s
bordent la route jusqu'au petit pont jeté sur
le tossé du château; à droite, une manière
d'entlo , constitué par une place libre, s'éll'nd
jusqu'à un quadruple rang de troupes ennemies que l'on distingue, dans le brouillard,
sur la ligne joignant l'église Saint-Daudicr à
Franclonchamps et aux Grande -Tapes. Dans
cet enclo , on va parquer le bétail humain
qui arrive et dont il faut dfoomhrer les tê!es.
Les troupes que l'on distingue, massées làbas, s'e1èvent en barrière pour empêcher les
él'3Sions du côté de la Moselle.
Les « Garde-à-vos » retentissent, suivis
des commandements de « Halle l&gt;. Nous
ommes en présence d'un groupe d'officiers
prussiens appartenant à l'État-Major. Ils saluent de leur épée. 1 'os chefs d'escadrons
s'avancent tenant en main l'état nominatü de
leurs hommes. Comme des pleurs sur une
lettre d'adieu, la pluie qui tombe barbouille
l'encre des noms écrits, macule le papier
qu'ils présentent aux commissaires prussien
et que le vent irrité cherche à arracher de
leurs mains. Nous touchons à la minute ùe
l'adieu suprême. Les cœurs déjà ulcérés éclatent. Malgré les efforts désespérés, des larmes
mouillent les paupières. Tons les soldats tendent leurs main vers les officier qui les
pressent el Jes repressenl une dernière fois ....
L'émotion atteint à son comble. Visiblement
elle gagne le vainqueur; il ne peul se détendre
d'admirer cette touchante allection, cette solidarité complète entre les hommes cl les
chefs. Sa brutalité native s'en trouve radoucie. Les commissaires apportent la plus
"rande aménité possible à la réception des
listes ....
Mais nos soldats n·en rranchissen t pas
moins le fossé au delà duquel la capfüité
doit le parquer ....
Notre livraison est terminée. Elle continue
encore pour d'autres et, quand tout era fini,
d'après les listes établie cette nuit, le maréchal Bazain·e aura livré 11;;.000 hommes ....
FREDÉIHC

DILL,\YE.

ERNEST DAUDET
~

Mademoiselle de Circé
nu (·uite).
Oli_"ier ne_ protestait pas. lfaintenanl qu'il ~e
~ent~1t en heu sùr, les forces qui jusque-là
1avaient soutenu le trahissaient. Un fauteuil
se trouvait derrière lui. Il s'y lai sa a lier.
d~fait, meur~i, livide. Isabelle s'était précipitée pou~ lm porter ecours, prise de la peur
de. _le. voir, rendre_ l'àme. Mais, d'un ge te
alla1bli cl d un sourire qui ne fit qu'apparaître
sur ses lèvre· blèmies, il la rassurait. Alors,
elle s'éloigna, en ayant soin de fermer à clt'f
la porte de sa chambre. Elle voulait être s11re
qu'en son absence, personne n'entrerait. Marchant sur la pointe des pieds, elle traversa le
co_rridors silencieux, gagna les cuisines, se
glissa dans l'office, où, profitant de l'absence
des domestiques déjà couchés, elle fit main
basse sur la desserte de la table des maitres.
0,ne!q~es instants après, elle revenait auprès
d Olivier, portant, dans un panier dissimulé
sous une serviette, du pain, du vin de la
.
'
viande
froide, des confilures.
A l'aspect de ces provisions qui lui promettaient le meilleur repas qu'il eût fait
depuis qu'il s'était enfui de Paris, il se
redressa. Mais c'est la faim seule qui le mettait debout. Librement, il la rassasia. An fur
et à me ure que se dissipait sa fatigue dans
un épanouis ement de bien-être, il reprenait
confiance et courage. Ses membres g1acés
tout à l'heure se réchauffaient, son regard
éteint s'était ranimé. Celte halte réparatrice
dans sa vie misérable, la per pectiYe des
quelques instants de tranqmllité, d'apai ement, de repos et peut-ètre d'amour, qui lui
étaient promis, lui faisaient oublier tout ce
qu'il avait souffert, comme les épreuves qui
l'attendaient au cours de la carrière aventu•
reusc désormais ouverte devant lui. Avec ses
forces revenues, sa passion toujours ardente
retrouvait son audace et son éloquence,
'exaltait dans le silence et dans la nuit,
de,enait contagieuse, si bien que lorsque,
implorant des yeux le pardon qui ne lui
a\'ait pas été encore accordé, il osa prendre
la main d'Isabelle, celle main ne se retira
pas el, toute tremblante, resta caplive dans
la sieunc.

d'ivresse. ,,es paupières appesanties se soule,·èrent. Pendant quelques minutes, elle demeura immobile, incon~cicntc, la mémoire
non encore éveillée, se demandant où elle
était. Puis son regard embrassa la vaste
chambre où la clarté pàle de la lampe répandait dtJ capricieuses alternances de lumière el
d'ombre, revint lentement des fonds obscurs
sur lesquels il s'était d'auord porté jusqu'au
lit où elle venait de dormir, et s'arrêta sur la
tête d'Olivier, enfoncée dans le. oreillers.
Alors, d'un seul coup, elle se sou, int el comprit.
Désarmée par la voix séductrice de l'homme,
gri'ée par la musique des mols amoureux,
hypnotisée par la aveur des caresses, elle
s'était donnée, et cette fois, librement, sans
co_ntrainte, dans un entrainement de passion,
laissant tomber de ses lèvres pàmées les
aveux suprêmes et prononçant, en son extase,
les serments qui engagent irrévocablement
l'avenir.
Ainsi, c'était vrai. Elle ne s'appartenait
plus; elle avait un maître. Il était là, près
d'elle, reposant sans défiance comme un vain1

queur. D'un mouvement imperceptible, attentive à ne pas troubler son repos, elle s'était
redressée et le contemplait, désespéréP, en
pensant que tout à l'heure il allait partir,
qu'elle ne le reverrait peut-être jamais, el
troublée en a conscience par l'inoubliahle
souvenir de sa propre faible se.
Quoi! c'était elle, Isabelle de Circé, qui se
trouvait. là, n'ayant rien à refuser désormais
à ce proscrit qu'elle connaissait à peine el
dont eJJe ne portail pas el ne porterait jamais
le nom! Se pouvait-il qu'elle eùt ainsi enchainé son être, engagé sa vie! Quel philtre
subtil lui avait-il versé? A l'aide de quel
langage magique s'était-il rendu maitre d'elle?
De son passé, de ses goùts, de on caractère,
de ses tiualités, de ses défauts, elle ne savait
rien. Elle ignorait tout de lui, sinon qu'il
exerçait une profession a,,ilie, quasi méprisée;
que, socialemenl parlant, une barrière s'élevait entre eux, que jamais elle n'oserait
l'a,·ouer. Et ces considérations cependant
n'avaient rien empêché. Après aroir résolu,
quand il était loin d'elle, de lui faire expier
l'outrage, il lui avait uffi de le voir, de l'en-

.X11ll
\"ers lrois heures du matiu, Mlle de Circé
fut tirée du sommeil enchanteur r1ui avail
succédé aux emportements de celte nuit

••··Les ge11~1_Jr111es 1u.ie11t .iefuis pl11sie111s hcun•s .rulour .111 cldlca11 .. Jl~cmi,•11I san, Joute zuc /• 111 ,1/.
lrtu!·e11x qu ils toursuwenl r cherche m1, 1·efug.·..•. lis Yeillt!1L/ au Jehors 111 .ziJ n 'e11 tn-ro 11 t f'.is t!..J\s /J
,n~JS011 • .• • • (Page 3.18.J
'

... 326 ....
.... 327 ....

�.MADEJKOJSELLE

111S T0'1{1.ll
tendre pour tomber dans es bras. Elle avait
cru le hair, et mil~ que. toute ,·ibrante de
ses bai er ·, elle l'aimait. Elle l'aimait follement, au point d'avoir oublié par quel ·ubterfuge il 'était emparé d'elle.
A peuser à ces cho es, elle s'e a pérail, se
reprochait ·a défaillance. Dans le élan de
,on amour pas aient des éclairs de colè~e. En
·e succédant, ils éclairaient ~a conscience,
d'où montaient peu il peu des regrets. Oh! la
torture de ces retours en arrière qui muramènent à tout ce lJU 'on a fait d'irréparaLle
et vous démontrent, quand c'est, hélas! trop
Lard pour l'éviter, cyuïl cùt été plus digne ~e
n•~ point con catir! Quel douloureux réveil!
Quell dé illusion ! Et 11uclsamers reproches
cmpoi onoanl les honheurs savouré , le tran formant en sourœs d'inapaisables remor&lt;l !
En de telle situations, les natures làche· et
veule "émis
·ent, ·e résignent,
'abandon0
•
•
nenl. Les natures énergiques, au contraire,
protestent, se révoltent el 'efforcent de se
rcssai ir.
Isabelle nottait dans celle crise comme sur
la mer un navire ballu par les tempêtes. Plu
était incèrc son amour, plus lui emblait
intolérable la situation an i ne qu'il lui
créait. \uéanlir, eu ·e \'engeant, le complice
de a faute, c'eût été ai é, conforme à sa
dignité, à se premiers dessein in piré:; par
la légitimité de sa colère, à ce qu'elle c
devait à elle-même. Par malheur, elle ne e
senlail plus en po. session de a liberté d'agir.
Quand sa Yirile énergie lui con cillait la déliYrance par la vengeance, ·on cœur de femme
ardemment éprise lui conseillait la rédemption
par l'amour. Elle rc tait irrésolue, roulaol el
ne rnulant pa~, su_bjuguée par le charme el
révoltée contre lui.
Brusquement, elle pa .a se· mains sur on
front, comme pour chas er de ·on cerveau
embra~é ce qui le torturait Mai elle avait
beau faire, ce· cruelle pen ées n'all.aienl plu
e détacher d'elle. Elle était CQndamnée à les
trainer aprè ·oi. Tel un forçat qui traine ~on
boulet. L'ivres e éLail tombée. La réalité
reprenait e · droit , lui montrait a ,ie brisée,
soit qu'au ri ·que de d1l honorer le nom
qu'elle portait et de frapper sa -raod'wère
d'un coup mortel, elle e décidàl à s'enfuir
avec on séducteur, soit qu'elle le lai àl
partir eul en lui accordant le pardon, oit
qu'enfin elle ·'arrogeàL le droit de lui donner
la mort. Qu 'allait-elle faire? Entre tant de
partis oppo é', elle re tait impui sante à
choi ir. Bn0n, dao.s le calme profond de sa
fiévreuse veillée, une parole ortit de a
bouche, en quelque ·orle, à son in u, exprimant le· cruelles irrésolution de ,on cœur.
• Oue Dieu décide! Il soupira-t-elle.
EL celte parole frappa son oreille comme _i
elle eùt été prononcée par une voix étrangère.
Autant a,·ouer qu'elle allait désormai ,e
lais cr guider par les circon tances.
J'ai tenté de décrire l'étal de on âme,
encore qu'il . oit plus ai ·é de le comprendre
que de le décrire. Mais il importe peu que je
n'en aie présenté qu'une analy e imparfaite.
Celle complexe nature de femme ne ~aurait
0

1~Lre complètement révélée qu'à la clarté des
événements. Ce1u qui Yont maintenant se
précipiter en donneront la mesure avec plus
de précision que je ne l'aurai· pu faire. Peutêtre sembleront-ils invraisemblables. Il faut
Cl'pendant les tenir pour nais. Leur Yérité
résulte de· notes ommaires où j'ai pui é
l'idée première de cc récit.
Doucement, Isabelle s'clait gli éc bor du
lit el habillre. Maintenant, elle allait el venait
sans bruit à traYcr la chambre. Elle .e
lroul'a ainsi près de la croisée. ou le rideau
ou.levé, elle regarda au dehors. La nuit était
claire, le ci&lt;.&gt;1 très pur, avec, sur le fond de
l'horizon, des blancheurs d'aurore, où tremblaient les étoiles pâlissante . Ces blancheurs,
peu à peu, 'étendaient, traçaient dan l'e pacc la route par laquelle allait bientôt
pointer le jour. Elle oupira. Pui , lais ant
retoml&gt;cr le rideau, elle se rapprocha du lit.
L'heure était ,eoue de réveiller Ofüier. Ne
fallait-il pa tJu'il ei1l passé la frontière avant
que l'ombre de la nuit fùl di· ipée?
Mais, à cc moment, on frappait à la porte
de la chambre. Elle Lre aillit. Qui p&lt;iuvait
venir'? llésolument, elle ouvrit ot se ra ·ura
en apercevant Chas,cral. li allait entrer. D'un
ge le, elle l'arrêta ur le euil, tandis que,
surpri de la trouver debout, il mamfestait,
à voix ha e, ·a urpri e.
(l Je ne dormai · pa , dit
simplement
l abolie; je me suis Je,·ée. »
Chasserai était fait, depuis loo 0 temp , aux
habitudes un peu excentriques de Mlle de
Circé.
Il accepta cc prétexte ·ans oupçonner la
raison qui 'y cachait.
« J'étais venu en prévi ion de Yotre réveil,
reprit-il. i vous entendez parler ou marcher
dans le parc, il oc faudra pas vous effrayer.
Ce sont les gendarmes. Ils rôdenl depui plusieurs heure autour du château.
- Dans quel but'? demanda I a.belle.
- li croient an doute que le malheureu qu'il poursuivent cherche un refuge
par ici.
- Quelle idée! e leur a-t-on pas déjà dit
que si c'e t lui qu'on a vu dan le pays, c'est
quïl tentait de "agner la ui e? Est-il raiocnable de supposer qu'il se serait aLLnrdé
là où tout e l dan°er pour Iui?
- c·e L ce que je leur ai répété tout à
l'heure.
- Tu le as donc ,,us'?
- Le bruit de leurs pas m'a réveillé. J'ai
craint qu'il ne ru ent di'po é à recommencer leurs per11ui ilions. Je suis allé le
interroger, li m·ont ras uré. Il· veillent au
dehors, mai n'entreront pa dans la mai on.
En conséquence, mademoiselle, vou pouvez
èlre en repo . Je tenais 1t vous le dire.
- Merci, Chas eral. »
Il s'éloigna tandis que la porte de la
chambre e refl!rmait. 'il fùt revenu ·ur es
pa , 'il eût rouvert celle porte, voici ce qu'il
aurait YU : l abelle debout, faisant elfort
pour se raidir contre l'émotion poignante qui
Yenait de 'emparer d'elle, le vi age Yoilé
d'une pileur de mort, les traits figés dans
..,. .,28 ..,

une expres ion de douleur et de menace, el il
l'eût entendue murmurer :
&lt;&lt; Dieu va décider. »
Bientôt, maîtres e de son émoi, elle alla
\'ers le lit. a main glacée toucha l'épaule du
dormeur. Doucement, il ouHail les yeu · :
11 C'e l l'heure, dit-clic; il faut partir. »
Mai·, au lieu de e lerer. il la retenait, el,
.ourianl, il oupirait :
« Mon Isabelle chérie .... »
Elle reçut en 11lcin cœur la ensation de
celle ,oix care sanle qui tout à l'heure l'avail
grisée. Elle se sentit défaillir. Encore un mot
pareil, 1:t, de nouveau, elle allait ce er de se
dominer. Elle retomberait sous le charme. Le
_-entiment du danger la ranima, la défendit
contre sa propre faiblesse. e faisant violence,
elle reprit :
« Il faut partir, si vou voulez arri \'Cr à la
frontière a,·aot le jour. »
Elle s'éloignait, gagnait à pa · lcnls l'autre •
extrémité de l'appartement, se réfugiait dan
l'embra ure d'une croisée et re. tait là, rêveuse, le front appu)é aux vitres. \'oulait-elle
sauver son amant'? \'ou lait-elle le perdre? 11
n'y a pas lieu de supposer qu'elle cùl adopté
l'un de ces deux parti . Toute ·a conduite
durant ces in tant déci if· semble indiquer
qu'elle lais·nil au hasard le oin de prononcer
ur le sort de ce malheureux.

Sa rèrerie tout it coup fut troublée. n
bras \'enait d'enlacer sa taille, une main de
prendre sa main. Dan cette étreinte, sa tête
c renver ait contre la poitrine J'Olhicr, el
des lèvres brûlantes imprimaient aux ·iennc
un baiser, taodi que de ·eux ardenl · .e
fixaient or es yeux comme pour y surprendre, en ce moment des adi ux, le ·ccret
de leur exprcs ion énigmatique. En réYcillaol
Olivier, elle était i différente de re qu'elle
était quel4 ue .. heure. arnnl, lorsqu'il ·'endormaient tous deux en pleine ivresse, qu'il
en avait été péniblement impressionné. li
,oulait connaitre le~ cause de celle transformation, el prêt à reprendre a course vagabonde, il interrogeait Isabelle.
« M'aim '-tu_ encore? M'aimeras-tu tonjour ?
- Pou,ez-rnu en douter?
- C'e t qu'il · a dan l'hi Loire de notre
amour une page douloureuse, la première,
qu'il o'e L pas en mon pom·oir d'effacer. i
c'est celle-là que tu interro"es préférablement
aux autre ' , peut-èlre eras-tu tentée de reprendre le pardon que tu m'as accordé'! Peutêtre l'as-tu déjà repris. J'ai peur et je tremble.
Il me emblc que tu n'es plus telle que lu
étai cette nuit. 1&gt;
De nou,eau, ce accent· lrouLlaient I abelle.
a Vous vous trompez. Je suis toajour la
même. Une femme comme moi ne reprend
rien de ce qu'elle a donné.
- Alor', tu m·apparlien à jamais. Redb~
le, ma bien-aimée. »
Vaincue, elle s'abandonnait, soupirant :

« Uui, je ,ou app1rticns à jamais .. lais,
partez, dérobez-vou · au péril: que tout
retard ,·ou fait courir.
l'.:t &lt;[UC m'importent ce:- péril ! Que
peu,cnt-ils m'apporter qui soit pire que la
~éparalion? Jl'arracher de te· hra riuand je
t'aime, quand je me .ais aimé! l\e ,audrait-il
pa · mieux mourir 111. prè d • Loi! »
El très doux. l'enveloppant d'une élrcinLe
plu:-. pa ionnt:e,il la ramenait dan la chambre.
comme ~i maintenant il ne \'onlait plu
s'éloigner.
oudain, elle e dégagea :
11 Fuyez, Otilier, je ,ous en supplie.
- Eb bien, non, 'écria-t-il, je ne saurais
ruir, :.i lu ne m'accompagnes pa . Je ne peux
plu te quiller. Ou fui a,·ec moi ou gardemoi ici. j'y re!.'terai caché. On ne ,iendra pas
m'y chercher, et ce ne soul pas le habitants
de C('l{e mai. on qui me lirreront. »
Le projet qu'il lui surrgl:rail, elle J'a,ait
déjà conçu. Oui, elle a\'ail . oogé à ,e confier
à Cha eral cl, avec son aide, à retenir Olhier
au château, où nu I encore ne le savait rérugié.
Mai , alor, c'était se mettre éternellement
sou sa domination, fortrer elle-même la
chaine qu'elle l'oulait IJri er, lier sa ,·ie à
l'homme qu'elle ne pou,ail épouser et transformer en une faute \'Olontaire une faute qui,
JU qu'à cc moment, con ermit un caractère
de fatalité propre à l'alténuer et à l'excu er.
Pour ce motif , elle avait reculé devant l'exécution d'un tel dessein. Elle n'en fut pa·
moins toute remuée en entendant Oli,ier la
prier de ne pa l'obliger à partir. ~fais elle
était décidée au refu_.
« Ce que ,·ou demandez est irréali ablt!,
reprit-elle. La police vou cherche; ce château
est, de :;a part, l'objet d'une ri"oureu. e ur,·cillance. i l'on ,·ou arrêtait ici, ma grand'mère serait con idérée comme Yolre complice
el perdue par a petite-fille qui aurail cédé à
vos prières. Vous ne pou,·ez vouloir l'entrainer
dans votre malheur. 11 EL comme il protestait, elle ajouta : &lt;&lt; Oh! sïl ne s'agi sait que
de moi!. .. »
JI ne la lais·a pas achever.
« oit, fit-il, je vais obéir, m'éloirrner, mais
à une condition, c'e t que lorsque j'aurai
trou,é un a ile in, iolablc, lu viendra. m\
rejoindre. J'ai le droit de l'exiger; ta vie doit
rester liée à la mienne. »
Hélas! en formulant celle exigence, le malhcureu. prononçait a propre condamnation.
Apitoyée par on malheur et complice de on
amour, l alielle aurait pu renoncer à e ,enger. De plus en plus, elle inclinait au pardon.
&amp;lais vine avec son éducteur, afficher sa
honte, e prêter à une union que Dieu condamnerait et dont rougiraient le . ien , c'est
là ce qu ·elle ne voulait pa . Et comme elle
comprenait 11ue ·i Ofüier fa sollicitait encore,
il _aurait rai on de sa volonté el qu_'elle e
lais~erait conduire aux pires bas esses, le
dé 1r d'étayer sa ré ·istance d'un empèche~eot ~?n retour la ramenait à e premières
resolutions. Dès ce moment, elle agit sous
l'em_pire d'?ne, idée ftxe. Elle voulait couper
le lien qui I attachait à son amant et se

mettre dans lïmpo 'ibilité de ,uccoml,cr à
de nou,elles .édactions.
a le rejoindras-lu? demanda-t-il.
- Je von~ rejoindrai.
- En quelque endroit 11uc je me lrou_re ?

ls.il:dlt nn/r.i J1J11S
Jt/a d.rns

1111

5J ch.imbrt, où son .tl;tsfnt1· 1.1
fa11lt111l, /'risée et tout en t.irmes.
(Page 3Z&lt;,1.)

- Partout où vous serez, quand il vou
plaira de m'appeler. »
Elle mentait Elle savait bien qu'elle ne le
suivrait pa.. En cet in tant, plus énergiquement que jamai., clic souhaitait sa mort. ~ i
elle ne le tuait pas elle-mêne, c'e l qu'elle
voulait épargner à se· main~ l'horreur ~anglante J'un meurtre et préférait lais er à
d'antre:; le oin d'aecomplir la ini.tre besogne. Mais elle le trompait, afin de préparer plus
infailliblement le eul coup qui pi1t la délivrer.
Quant à lui, confiant dans la promesse
qu'il venait d'entendre, il y puLail a ~ez de
courage pour affronter le. épreu\'e . Il n'hésitaii plus. Il allait partir. Oui, il était maintenant décidé. Enveloppé d'un manteau, son
chapeau à la main un pi tolet dan a poche,
oublieux de es fatigue el de e an°oi ·es,
transfiguré par l'e pérance d'ètre bientol
réuni à ce qu'il aimait, il prononçait es dernier adieu:&lt;. Et l abeJle se taisait, ne di ait
rien pour l'avertir qu'au mème moment, au
dehor , des homme attendaient. En un calcul
vengeur, elle le jetait dan!- l'inconnu, an le
mettre en garde contre les pièges dressés ur
son chemin.
Ils échangèrent un dernier baiser, lui, donnant le sien dans un élan d'amour, elle, le lui
rendant sans effusion, en une sorte de raideur automatique qui l'auraiL éclairé s'il n'eût
été gri é par l'enga-rement qu'elle venait de
prendre.
« Allou ! » fit-il.
li se dirigeait rnrs la croi ée par laquelle il
était entré la veille.
(( Non, pas par là, répondit Isabelle en
l'arrêtant. Je ,·aL vou conduire. J&gt;
.,. .i21) ..-

DE C11{CÉ ~

IL ortircnl de la chambre qui donnait sur
un long corridor. Elle lui tenait la main, Je
itnid~it dan l'oh~curité à traver lnrruelle il·
allaient sans Lruit, marchant . ur la pointe
des pied , retenant leur .oulne pour ne pas
é,·eillcr l'attention des habitant du château,
encore endormis à celle heure matinale. Au
boul du corridor, elle ounit une porte: une
bounëe d'air glacé leur fouetta le visage. Dcrnnt eux, enfoui . ou la neige que blanchi~sail uuc lueur crépusculaire, s'étendaient les
pclou e · du parc. Elles formaient un grand
espact• \'ide au delà duquel commençail'nl les
bois. Entre les sapins, ous une ,·oùte scinLillanle que formait or leur:; cimes la neige
&lt;lurcic, qui soudait les un1· aux :mlrcs leur:;
branches entrelacées, se dessinait une avenue
dont le extrémité. ~c perdaient en de profondeurs ombres. Le doigt d'l~aLelle ~c
lendit dans celle direction.
&lt;&lt; Voilà votre roule el tout droit, dit-clic.
La frontière e t au bout, à une lieue d'ici. &gt;J
'a voix tremblait un peu, mais i peu! (Inc
fois encore, elle tendit son front 11uc ollicitaicut les lè\'rcs ina ·. ouvie:,, n re"ard éperdu
l'enveloppa, et cc fol tout. L'omhre du pro~crit 'allongeait ur la blancheur des neiges
inviolée , où c pied ' creusaient des trou
profond , en ) imprimant la trace de son pa age. En approchant du bois, celle ombre
devenait plus grande. Puis, elle diminua peu
à peu, rayant d'un mouYaot et large trait
noir les troncs argenté de ,apin , et enfin
elle s'effaça dans le lointains brumeux. Depui longtemp~ elle avait disparu, que Mlle de
Circé, loujour debout au euil du cbàteau,
bravant le froid el toute plie ~ou l'émotion
qui montait en ellt!, es ayait encore de la découHir.
oudain, au loin, un vacarme troubla la
sérénité de la nuit. Ce fut, pendant quelques
minutes, une confu-ion de cris cl de détonaLion d'arme à feu, de bruit· de coure précipitée et de branches mortes se bri ant avec
fraca . l abelle avait joint les main , eu un
geste de détresse et d'effroi, ·ai ie d'un remords plus inten e et plu déchirant que tou
œu contre le quels elle se débattait depui
le commencement de la nuit. Terrifiée, elle
prètail l'oreille, a,idc de connaitre le dénouement de la lutte qui se livrait là-ba . ~tai
bru quement le bruit CC' a. Le- é&lt;'hos un
momenl éveillé retombaient au ·ilcnce.
« Oh! mou Dieu! ,, murmura+elle.
1 "entendanl plus rien, jr,norant ce qui venait de se pa er, accablée par celle incerti• '
Lude, elle rentra dan a chambre, où on dés
espoir la jeta dans un fauteuil, brisée et toul
en larme . Au matin, eulemeut, elle devait
apprendre que • Dieu avait décidé ». C'est
Cha seral qui le lui apprit. Instruit lui-même
de l'éYénemenl par des rumeur recueillie
au village de Élraches, il s'était hà.té d'aller
aux nouvelles. Il connut ain i l'arrestation
d'Ofü-ier Talvau. ais cc qu'il ne avait pas,
ce qu'il ne derail jamai avoir, el la marqui e et l'abbé füucombe moin encore que
lui, c·e t en quelles circonstance le proscrit
était tombé entre le main - de la police. Cela,

�msro~1A--------~---------,.------c'était le secret d'Isabelle, un secret qu'elle
ne voulait pas révéler, jalouse d'emporter
dans la mort le mystère de sa destinée.

XXV

à bout pour sarnir de lui si quelque autrè
raison n'a pas dicté sa conduite, il proteste.
Il avoue tout. Que veut-on de plus·? 'est•ce
pas assez pour dresser un acte d'accusation?
« A. quelle date avez-vous quitté Paris? lui

11 ne m'a pas été possible de découvrir en
raison de quels indices les recherches que la
capture d'Olivier Talvau venait de couronner
d'un plein succès avaient été dirigées vers les
entours du château de Circé. La procédure,
ou plutôt les pièces éparses à l'aide desquelles
je l'ai reconstituée n'y font aucune allusion.
On en est à cet égard réduit aux conjectures.
Les mêmes pièces n'en disent pas beaucoup
plus long sm· le fait même de l'arrestation. li
en résulte seulement que vers quatre heures
du matin, le premier lundi de février, l'accusé
fut surpris au lieu dit « les Dames d'Entreportes &gt;J, par les gendarmes de la brigade de
Pontarlier, et qu'il se défendit vigoureusement avant de laisser mettre la main sur lui
li est mentionné, entre autres détails, qu'il
tira deux coups de pistolet sur les agents de
la force publique, et que l'un deux se vit contraint de faire usage de son mousquet. Cependant, il n'y eut pas cfT..ision de sang. Accablé par le nombre, après aYoir vainement
tenté de s'enfuir, Talvau déclara qu'il se con•
slituait prisonnier. En vertu des ordres envoyés de Paris antérieurement, il fut conduit ,mie de Circe plerwalt rnr L'epaule ,tu trave serviteur
dt sa maison. (Page 33z.)
ur-le-champ au Fort de Joux et incarcéré.
Comme on l'a YU, le commissaire général
de police du département du Doubs, durant demande encore le commissaire de police.
la matinée de la -veille, s'était livré à une per- Dans la soirée du 28 janvier, quand
quisition au château de Circé. Son mandat j'ai su que j'étais l'objet d'un ordre d'arresrempli, comptant partir pour Besançon le tation.
lendemain, il était revenu à PonLarlier. Il pas- Comment l'avez-,·ous su?
sait la nuit à la sous-préfecture. C'est là que,
- Je ne crois pas devoir vous le dire.
dès le malin, lui arrivait la double nouvelle
- Par quelle voie êtes-vous venu dans cc
de l'arrestation et de lïncarcération de son pays?
ancien collègue. 1l se rendait aussitôt au Fort
- Par la voie la plus directe. A Paris, j'ai
de Joux. En y arriYant, il mandait le prison- pris la diligence de Besançon. Dans celle ville
nier devant lui et lui faisait suLir un premier où je ne me suis pas arrêté, on m'a indiqué
interrogatoire, destiné à servir de base ~ l'ac- une voiture publique qui m'a conduit à Poncusation en ,·erlu de laquelle Olivier Tahau tarlier.
allait ètre déféré à une cour martiale.
- Quelle raison vous a fait diriger de ce
Ses réponses au cours de cet interrogatoire côté plutôt que d'un autre7 N'est-ce pas que
ne permettent pas de révoquer en doute la vous espériez trouver un refuge au château
réalité des griefs qui lui étaient imputés. En de Circé?
une sorte d'abandon de lui-même, qui révèle
- J'avais en eITct conçu cet espoir. Le
la volonté de ne rien faire pour se dérober à ~ervice rendu par moi à la famille de Circé
une condamnation, il fit des aYeux complet' . rue donnait le droit de penser que la marOn ne relève dans ses paroles aucun effort de quise ne refuserait pas de m'accueillir, de
justification. A toutes les questions qui lni farnriser ma fuite.
sont posées, il répond affirmativement. U n'a
- Vous ne dites pas toute la ,·érité. Une
pas ignoré que le marquis Robert de Circé fois arrivé à Pontarlier où la police ne rnus
était l'auteur du complot dénoncé par Fleu- savait pas encore et si près de la frontière,
rier. li a tenu dans ses mains les preuves de Yous n'aviez besoin pour vous mettre en sûsa culpabilité. Mais il s'est laissé loucher par- reté ni de la marquise de Circé ni de perles prières el les larmes de la vieille marqui e sonne. C'est pour un tout autre motif que
et de sa petite-fille qui, elles, étaient inno- Yous ,ouliez vous arrêter chez elle.
cen tes. 11 s'est réYol lé surtout conl rc le rigouLibre à Yous de le croire; moi, je le
reux de,oir qui s'imposait à lui. Dans l'en• me.
trai'nement de celte ré\'olte. il a brùlé ici;
fous étiez pauHe. Au moment de paspapiers accusateurs, et ordonné la mise en ser en pays étranger, peut-ètre songiez-,ous
Jiberlé du jeune marquis.
à vous faire payer le service que 1ous avez
Sur tous ces points, son langage est net et rendu, à vous proc11rer des ressources.
précis. Puis, comme on cherche à le pousser
- Quand on m'a arrêté, on a trouvé sur
..-.1

33o

Ill'

moi cent napoléons, toutes mes économies·
Pourquoi aurais-je tendu la main ·1 Le présent
était assuré. Mais je songeais à l'aYenir. Mme de
Circé venait de rentrer de l'étranger. Elle y
a laissé des par,mts, des amis. Je Youlais
i!tre recommandé à eux, m'assurer leur protection pour trom'ffi' un emploi dans l'exil.
- Vous avez ensuite renoncé à ce dessein. On ne vous a pas vu au château de
Circé.
- Au dernier moment, la crainte de compromettre les braves gens qui l'habitent a
modifié mes résolutions. Dans la soirée d'hier,
je suis allé jusqu'à Jeur porte. Puis, au moment d'y frapper, j'ai eu peur et je me suis
enfui.
- Où ayez-vous passé la nuit?
- Sous un hangar abandonné à la lisière
des bois. ,Je suis resté là, attendant le jour
pour continuer ma route vers la frontière. Je
marchais depuis quelques instants seulement
quand les gendarmes m'ont surpris et arrêté.
- Il faisait nuit lorsqu'ils vous ont rencontré. Vous n'avfrz donc pas attendu le
jour.
- Je ne saisis pas la portée de votre observation.
- Elle tend à établir que je ne suis pas
dupe de ,·os réticences. Vous dissimulez une
partie de la Yérité. Votre nuit, notamment,
n'a pas été employée ainsi que vous le dites.
- Supposez tout ce qu'il vous plaira. Vous
ne saurez par moi rien de plus.
- Par d'autres, alors.
- Ni par moi, ni par d'autres .... Je n'ai
vu personne, parlé à personne, depuis hler
au soir. »
L'interrogatoire était épuisé. Il établissait
à la charge d'Olivier Talvau des re ponsabilités écrasantes et ne laissait aucune place au
doute, quant à sa culpabilité. Or, le commissaire général aYait reçu des ordres péremptoires. « S'il lui apparaît, était-il dit dans ses
instructions, que l'accusation dirigée contre
le prévenu est fondée, il devra le traduire
immédiatement devant une commission militaire et requérir contre lui les peines dont les
lois punissent la trahison et la désertion deYant l'ennemi. » i rigoureux que fussent ces
or-dres il ne pouvait que les exécuter. Aucune excuse ne s'élevait en faveur de Tal vau.
Chargé de rechercher des conspirateurs, il
a,·ait pactisé avec eux en leur fournissant les
moyens de se dérober au châtiment qu'ils
avaient mérité. Cet acte inexplicable cl inexpliqué que ne pouvaient justifier les raisons
.invoquées par sou auteur, consûtuait un attentat criminel d'autant plus grave qu'il était
l'œuvre d'un fonctionna.ire. La nécessité de
faire un exemple s'imposait. Elle eût même
désarmé la clémence impériale si celle-ci eùL
été tentée d'intenenir. Mais Napoléon ne songeail guère à exercer la sienne en celle oœasion. Pendant tout son règne, il fut impitoyable aux émigrés insoumis, à leurs complaisants, à leurs défenseurs. Déjà sa justice
arbitraire avait frappé sans merci le duc
d'Enghien, parce quo Bourbon. Elle allait

.MAD'EMOlSEU.'E
frapper aYec la même rigueur l'obscur Talvau, parce que complice d'un émigré partisan
des Bourbons.

DF.

Cm.c'É ---.

mourût, elle ne pouvait plus êlre heureuse. de délivrance qui fùt à la portée de sa
Mort, elle aurait à pleurer en lui l'objet de main.
son premier, de son unique amour; vivant,
Elle savait par Chasseral qu'aussitôl après
elle aurait à rougir de l'avoir aimé. Et dans son arrestation, Olivier aYait été conduit au
XXVI
cette âme à la fois passionnée et virginale, Fort de Joux. Sa pensée le suivait jusque-là.
vindicative et compatissante, d'une droiture Elle le voyait captif sous les vieilles Yoûtes
Après avoir vu s'enJuir Olivier et entendu à toute épreuve, mais, depuis l'enfance, livrée d'un cachot, aux fenêtres défendues par un
les sinistres rumeurs qui avaient traversé sa à elle-même, à la spontanéité de ses impres- grillage en fer, gardé à vue eomrne un malfuite, Isabelle s'était couchée el endormie, sions, à ses naturels instincts, sans être rete- faiteur, condamnéd'ayance, ne l'ignorant pas.
vaincue par le sommeil. Mais l'oubli répara- nue ni redressée par les raî6nements de l'édu- attendant son orl, résigné ou révolté, et
teur qu'il lui versa fut de brève durée. A cation ou par une inteUigente culture des cette sombre vision pesait à son cœur, obsépeine réveillée, des angoisses nouvelles la re- convictions religieuses, l'idée du suicide, as- dante et cruelle, la plongeait davantage dans
prenaient, la rejetaient en un trouble affreux. sociant son trépas au trépas de l'homme dont les projets qu'avait engendrés son tardü re.« Celte arrestation est mon œu vre, pen- elle aYait subi la séduction après avoir subi pentir. Dévorée du désir de savoir quelle allait
sait-elle, comme le sera aussi le trépas de ce sa brutalité, prenait corps, se formait et allait être l'issue de l'a1·enture, elle ne songeait
malheureux si ~es juges le condamnent à pé- se fortifier comme le plus efficace instrnmenl plus qu'aux moyens d'en connaitre les péririr. C'est moi qui l'ailivré, en le lançant seul,
la nuit sans l'avertir, sur la route où je saYais
les gens de police à l'affût. »
Cependant, de cette trahison calcuMe, de
ses suites prérnes, elle éprouYait de moins
violents remords que de l'hypocrisie sous la.quelle elle l'avait dissimulée. Qu'elle eût livré
Olivier, ou, cc qui était pire, qu'elle ne l'e'Ol
pas mis en garde contre le danger qui le menaçait, cela pouvait à la rigueur se comprendre, puisqu'elle n'avait fait qu'user d'un
droit de vengeanœ qu'elle croyait légilime.
Mais qu'en le livrant, elle lui eût afûrmé
qu'elle voulait le sauver, qu'elle se fùt abaissée jusqu'à ce mensonge misérable, voilà où
elle ne se 1·econnais11ait plus el ce qu'elle ne
se pardonnait pas. N'eùt-il pas été plus noble,
plus digne de lui dire : cc Vous m'avez perdue; je YOus perds. » Mais devant celte francbise, elle avait reculé, ei maintenant, éclatait à ses JCUX l'abomination de sa conduite,
rendue plus atroce encore par la nuit d'amour
qui avait précédé sa trahison.
Oh! cette nuit, combien lui en était à la
fois délicieux et empoisonné le somenir !
Comme elle aurait voulu effacer du livre de
sa vie celle page enfiévrée, el comme cependant elle y revenait avec complaisance, avide
d'en recueillir les èchos épars dans sa mémoire et toujours aussi vibrants qu'était brûlante sur sa chair la trace des ardentes ca•
resses !
Quelle conCusion de sensations contradictoires el inoubliaWes : cet amour qui l'avait
emportée si loin, si haut, sans désarmer
son ressentiment; puis l'acte inrâme qui
avait couronné ce complet abandon d'ellemême dans l'amoureuse explosion de tout
son être! Quelle source de souvenirs enivrants
et d'humiliantes hontes! C'était, en sa conscience, un déchaînement d'amers regrets et
d'àpres remords, d'où montait peu à peu le
~entimenl d'un devoir à remplir, non pour
réparer le mal qu'elle avait fait, - il était,
hélas! irréparable, - mais pour l'expier, en
apportant en même temps à l'infortuné qui
en était victime une con olation suprême,
celle de mourir avec ltti.
Oui, a vie offerte en holocauste, voilà ce
11u'elle entrevoJait, et ce sacrifice 1olontairc
ne l'effrayait pas, ne lui coùtaitrien. Qu'avaitelle à espérer de l'a,•enir, maintenant? Elle Au del,ors, .:Jans la n11il claire, p.1r 1111. smlier tracé à lra,iers la neige, le co,N:gt march,tit à urands pas. S11cct~sivement, JI franc/lit les e11cei11tcs qui circule11l en desc:,ente a11to11r du rocher Sttr lequel tê forl est construit.
aimait Olhier. Mais, qu'il vécftt ou qu'il
(Page .,3.t.J
.., 331 ...

�111STO'l{1.JI - - - - - - - ~ - - - - - - - - - - - - - pélies au fur et à mesure qu'elles se dérouleraient.
Quoique hantée par de si douloureuse.
préoccupations, elle eut assez d'empire sur
soi pour les cacher à sa grand'mère. Celle-ci
ne pou1·ait concevoir aucun étonnement de la
tristesse de sa petite-fille. Prorondémcn l troublée, elle aussi , par lïnforlune de l'homme
à t1ui elle devait la vje de son petit-fils, elle
trou,·ait cette tristesse toute naturelle. Elle
l'attribuait aux causes qui justifiaient son
propre chagrin, celui dtl l'abbé Maucombe 1·t
de Chasserai, engagtis comme elle envers Olivier par un égal sentiment de reconnaissance.
[sabelle dut à ces circonstances de n'être
pas interrogée, quand, au sortir de son appartement, elle se trouva en présence de la
marqui c. Elles échangèrent hrnrs appréhensions el mêlèrent leurs larmes. Mais rien
dans le langage de la jeune fille ni dans son
attitude ne vint déceler à la ,·ieillc aïeule
pourquoi tant de pâleur s'étendait sur ce visage et pourquoi ces yeux exprimaient un si
morne accalilement. D'où venait Olivier Talvau quand on l'avait arrêté~ 011 aUaiL-il? A
la suite de quelles courses se trournit-il dans
les environs du cbàteau au moment de son
arrestation? Voilà cc que la marquise se demandai l. Isabelle, qui aurait pu lui répondre,
affectait une entière ignorance. La vfriLé ne
sortit pas de sa bouche.
li y eut un moment cependant où elle
faillit se trahir.
(! ''est-il aucun mo~•en d'arracher ce malheureux à la mort ?s'était écriée la marquise.
- L'arracher à la mort! Comment? répondit Chasserai. Entraîné par son cœur, il a
trahi ses dernirs. Chargé d'arrêter des coupables, il a favorisé leur fuite, après avoir
anéanti les preuves de leur crime. Sa conduite vous paraît héroïque, à vous qui en
avez profité. Mais pour ceux dont il a trompé
l.l confiance, elle est sans excuse. 11 sera condamné.»
L'abbé conftrmait d'un geste celte opinion.
« Et on ne lui fera pas grâce, ajouta-t-il.
- Même si j'allais me jeter aux pieds de
lï~mpereur? ... »
Chas eral protesta.
« Pourriez-vous plaider cette cause sans
vous perdre, madame la marquise, sans nous
perdre tous, ou tout au moins sans nous exposer à ètre arrêtés de nouveau comme complices?
- Oui, je le pourrais, je le èrois .... L'Empereur ne resterait pas insensible .. . n
Isabelle l'interrompit :
«Détrompez-vous, chère grand'mère, ditelle avec vivacité. L'Empereur est sans entrailles quand il s'agit de punir les attentats
contre sa couronne.
- Mais M. Olivier Talvau n'a pas conspiré.
- Il a fait pire .... N'est-ce pas grâce à
lui que les conspirateurs se sont dérobés au
châtiment qui les attendait? Pour de tels
faits, l'homme inhumain que vous appelez
!'Empereur est impitoyable. Vos supplications
seraient vaines. »

Ce fut dit d'un tel accent de conviction que
la marquise regarda sa petite-fille comme
pour deviner ce que cachait le visible effort
qu'elle ,•enait de faire pour décourager loule
tentative en faveur d'Olivier.
&lt;&lt; Tu affirmes comme si tu éLais sùre, mon
enfant, lui dit-elle.
- Je suis sûre, en cffd, grand'mèrc, fit
lsabelJe. Oubliez-vous que l'usurpateur a
trempé ses mains dans le sang des Bourbons?»
Le lragitJUe souvenir qu'elle rappelait démontrait à la marquise que ses espérances
n"étaicnt qu'illusions, el qu'elle devait renoncer à intervenir eu faveur d'Olivier Tahau.
&lt;&lt; Il faudra prier pour ce pauvre garçon, ,,
soupira-t-dlc découragée.
L'entretien prit fin sur ces mots. Mais
quand la marquise se fut retirée, lsalielle e
trouvant seule avec Chasserai lui dit :
&lt;&lt; Écoute, et comprends Lien cc que j'attend.; de ton dévouement. C'est moi, et moi
seul", qui suis respons1Lle de la calastrophe
qui se prépare. Ce sont mes prières qui ont
eu raison de la rigueur des ordres que M. Talvau était cbargé d'exécuter. A force de le supplier, à force d~ pleurer, j'ai fini par l'émouvoir, et 'luand il s'est laissé fléchir, c'est qu'il
ne pouvait plus résister à mes supplications
et à mes larmes. Si maintenant qu'il est
perdu, perdu pour m'avoir écoutée, il n'est
pas en mon pouvoir de le sauver, je veux, du
moins, adoucir ses derniers instants par ma
préstnce.
- Vous Youlcz le voir! s'écria Cbasseral
stupéfait.
- Je veux le ,·oir, s'il est condamné à
mort, lui dire une fois encore que son souvenir lui survivra parmi nous, el que jamais
je n'oublierai ses bienraits. Je le connais. Son
âme est généreuse et fière. L'expression de
ma reconnaissance atténuera pour lui l'horreur du trépas.
- C'est là un beau dessein, digne de vous,
mademoiselle, répondit Chasserai, mais impossible à réaliser.
- Cc n'est qu'après aroir tenté de le réaliser que tu pourras affirmer, si ltl échoues,
que sa réalisation ~st au-dessus de nos elforls.
Tous les hommes ne ont pas comn,e loi incorruptibles. N'en a -tu pas fait l'expérience
pendant la.. Terreur? N'as-lu pas intéressé aux
infortunes de noire famille des Jacobins farouches?
- Parbleu! j'ai prodigué l'or et les promesses.
- Prodigue..:les encore, et tu m'ouvrira!',
j'en suis sùre, les portes de la prison où
m'appelle mon devoir. »
Cbasseral était ébranlé. li tentait cependant
de résister encore.
« Eh bien, non, fit-il, je ne me prêterai
pas à ,·otre folie; je n'assumerai pas ]a responsabilité du danger auquel vous voulez
vous exposer. i&gt;
[sabelle marcha sur lui, el, posant la main
sur son bras, elle reprit d'un accent où éclatait une résolution déllnitiYe :
« li le faut. » Et comme Chassera} ne sem-- 332 .....

11ait pas convaincu, elle ajouta, plus bas, les
yeux dans ses :scux : « Je ne rnux pas le
laisser mourir sans lui dire adieu. U est mon
amant. »
Chasseral chancela, éperdu, un reproche à
la bouche ....
« Vous! vous! oh! mademoiselle! ... ,,
Elle le regarda hautaine.
« Je ne relèrn que de ma conscience, cl
ma conscience ne me reproche rien. Jl a
voix et son regard se mouillèrent de pleurs.
« Va, mon ami, continua-t-elfe, obéis à ta
petite Isabelle et garde pour loi, pour toi
seul, ce douloureux secret. Jl
Cliasseral s'éloigna silencieux et troublé,
mais docile. Peut-être commençait-il à mesurer, dans ses circonstances el 5es conséquences, le dérouement de Aille de Circé.
Elle ne le revit que dans la soirée de re
jour. Il était allé aux informations. ll aYait
appris que di,·ers officiers, mandés de Ilcsançon, deraient arrh·er le lendemain au fort de
Joux et s'y réunir en cour martiale pour
juger le prisonnier.
« Pourrais-je arril'er jusqu'à lui? demanda
Isabelle.
- Oui, mademoiselle, répondit Chasserai.
J'ai pu m'entendre avec un des fournisseur~
chargés des approvisionnement. du fort. Demain, il vous y conduira, si toutefois rnus
n'avez pas renonré .... »
Isabelle l'interrompit, el se jetant dans ses
bras :
&lt;&lt; Tais-toi, tais-toi, s'écria-t-elJe. ...
Ne
cherche pas à me détourner de mon projet.
Tu n'y réussirais pas.
- Je remplis mon del'oir en vous sup pliant. ...
- El moi, je remplis le mien en te résistant. l&gt;
lis étaient serrés l'un contre l'autre. Mlle de
Circé pleurait sur l'épaule du brave rnrvileur
de sa maison. Et lui, attendri, résigné, s'efforçait vainement de l'apaiser.

xx:rn
Quoique, au cours de sa longue el dramatir1ue existence, le fort de Joux eût été considéré surtout comme une place de guerre,
élevée sur 1a frontière suisse pour défendre,
tantôt au nom du roi d'Espagne, tantôt au
nom du roi de France, l'accès de la FrancbeComté, les princes qui se le disputèrent en
avaient fait en main.les circonstances une
prison d'État. Grâce à sa situation sur un
rocher que la nature et la main des hommes
ont rendu inaccessible, grâce à ses cinq
enceint~s étagées, séparées les unes des autres
par des fossés profonds, il était aussi difficile
à des prisonniers d'en sortir qu'à des assiégeants de s'en emparer. En fait, il ne fut
jamais pris d'assaut, el son histoire ne relate
aucune évasion.
Antérieurement à l'Empire, il avait compté
quelques hôtes illustres. En 1775, Mirabeau
s'y trouvait captir. Jl y expiait ses folies de
jnunessc. En {805, Toussaint Louverture y
mourait, après y être resté détenu pendanL

,

_________________________________

une année; .et enfin, à l'époque où s'y dénouèrent les événements dont j'ai eotrepr;s
le récit, il renfermait dans son vieux donjnn,
,•éritable nid de Liboux, le marquis de 11ivière, un des complices de Cadoudal, condamné à mort comme lui, mais qui, plus
heureux. que lui, a1·ait vu sa peine commuée
en celle de la détention perpétuelle. Sous le
règne de Napoléon I", d'autres prisonniers
de marque s'y succédèrent: en 1807, le poète
all~mand llenri de Kleist, soupçonné d'avoir
conspiré contre !'Empereur; en 1812, aprùs
la capitulation de Ba1lcn, le général Dupont,
et d'autres encore.
Cependant, nul tragique épisode n'assombrit ces souvenirs. Celui que je raconte pnrdÎL
être le seul qui soit marqué par une exécution capitale, et encore est-il entouré d'obscurités et de mJ•slères qui laissent une part
aussi grande aux suppositions qu'à la vérité,
en ce riui Louche les détails de cette exécution.
Ce qui est certain, c'est qu'en t806, il n'y
avait au fort de Joux, pour toute garnison,
qu'une poignée de soldats, presque tous
vétérans des guerres de la Monarchie el de la
Révolution, enroyés là comme en un lieu dtl
retraite, où le service réduit à la garde de la
forteresse, à celle des canons el des munitions destinés à sa défense, n'exigeait ni trop
dures fatigues, ni trop lourds efforts. La
neutralité de la Suisse, assurée par des traités, avait permis cc relàchcmenl de surveil~
lance. Le gouvernement du fort était confié à
un commandant d'artillerie, ayant sous ses
ordres un petit nombre d'officiers de grade
inCérieur. Ce minuscule état-major résidait
dans deux pavillons construits sur la plateforme du donjon, d'où le regard embrasse
une vaste étendue du pays. La consigne en
vigueur était celle des places de guerre en
Lemps de paix. Mais ell~ se compliquait d'une
rigoureuse observation des mesures en usage
dans les prisons d'État, de telle sorte que les
soldats de la garnison devaient se considérer
à la fois comme des défenseurs militaires el
comme des geôliers.
A ce dernier titre, leurs fonctions leur
permettaient d'assez longs loisirs. Il n'y avnil
jamais au fort de JoUI. plus de deux ou troi~
prisonniers en même lemps. li était même
souvent arrivé qu'il n'y en eût qu'un seul et
quelquefois pas dn Lout. Aussi orticiers et
soldats laissés libres et oisi[s descendaient-ils
chaque jour à Pontarlier pour y chercher des
passe-temps plus agréables que ceux qu'ils
pouvaient se procurer dans leur aire. On les
voyait errer à travers la petite ville, avides
de distractions, familiers avec les gens qu'ils
tenaient au courant de divers incidents qui
se passaient là-haut.
Toutefois, à partir du jour où Olivierîahau
avait été arrêté, les rapports brusquement
cessèrent entre la ville et le fort, aucun soldat
n'étant descendu, d'où il fallut conclure que
la garnison était consignée en raison de
quelque important événement. En ce tempslà, des faits analogues se produisaient un peu
partout avec fréquence. filais il n'y avait pas
de Journaux pour les raconter. La divulgation

en était dilficile et lente, surtout dans une
contrée montagneuse et en hiver, alors que
les neiges amoncelées sur les routes rendaient
difficiles les communications. On se résignait
donc à ignorer l'affaire jusqu'au jour où, tout

L'enfant 10111fa en 111~,ne temps que le .-o,idamnt!. !.es
ralles tes a1•aimt aiteints lous les deux. (Page 33.j.)

à coup, quelque indiscrétion, venue on ne
savait d'où ni par qui, en répandait les dt'.....
tails plus ou moins authentiques.
En la circonstance qui nous occupe, l'indiscrétion eut des origines e:xplirables cl des
causes naturelles. Ce fut d'abord, dans les
premiers jours de février, la présence à Pontarlier du commissaire général do police du
département. On pensa que ce fonctionnaire
ne s'était pas déplacé sans de graves motifs.
Cc fut ensuite, dans la matinée du G de ce
mois, l'arri1·ée d'un colonel, d'un commandant, d'un capitaine, d'un lieutenant el d'un
sous-lieutcuant, appartenant à diverses armes. Aux abords de la sous-préfecture oi1
les reçut fo commissaire général el où leur
fut seni un déjeuner, des curieux s'allroupèrent, attirés par l'éclat de:l uniformes.
Vers midi, on -vil les nouveau.x venus s'empiler dans trois traîneaux mis à leur di position par la municipalité et prendre la routo
du fort de Joux. On racontait, depuis la Yeille,
qu'un ioJividu étranger au pays, un émi!!l'é
selon les uns, un espion selon les aulre',
arrèté pendant la nuil dans !es bois d'l~nlrcportes, avait été conduit à la forteresse.
C'était assez pour faire supposer que les officiers venus de Besançon devaient former la
colll.lDission militaire à laquelle le personnage suspect allait être déféré.
On resta.Î;t cependant dans le domaine des
conjectures. Mais la curiosité surexcitée rend
in~énieox. Des gens plus malins ou plus a1•isés que les autres se rappelèrent que ce jour-

MADEJK01scuE n1;

Cmct --~

là un lundi, le boulanger qui fabriquait le
pain destiné à la garnison deYait c rendre
au fort pour y livrer sa marchandise, ainsi
fJU'il le faisait trois fois par semaine. Il y
allait ordinairement en traineau, accompagné
de son apprenti. Au moment de son départ,
ils allèrent le supplier de se procurer des
nom·elles et de les leur communiquer. Donlé
d'âme ou vanité, il promit. Queh1ues heures
plus tard, ils se portaient à sa rencontre sur
la roule, si pressés de l'interroger, qu'en le
rencontrant, ils ne s'aperçurent même p:is
que, parti avec un compagnon, il rc,·enait
seul. Us l'accablèrent de questions. Que îaisait-l)n la-bau t 1 Pourquoi cette réunion d'officiers? D'abord, il feign it l'ignorance. Il ne
savait rien, n'avait rien m d'anormal. Mais.
comme ils insistaient pour le contraindre à
révéler ce qu'il voulait taire, il céda ;
« Je crois qu'on vient de condamner un
homme à mort, »fit-il.
Et pins bas :
a On assure qu'il sera exécuté ce soir. »
Le l,rave homme ne disait que la vérité.
Les audiences des commiHioos militaires ne
comportaient pas de longues formalités. La
séance ouverte, le greffier füait l'acte d'accu• sation. L'accusé était ensuite interrogé. Après
cet interrogatoire, on introduisaitJes témoins
quand il y en avait. Leur déposition entendue,
ainsi que les observations de l'accusé, les
débats étaient clos, sans réquisitoire ni plaidoirie. Le tribunal se retirait alors pour délibérer, et, sa sentence rendue, il en était
donné lecture au condamné devant la garde
assemblée.
Les choses ne se passèrent pas aulrernenl
pour Olivier Tal l'au. Comme ses aveux, lors
de son premier interrogatoire, rend:üenl inutile toute audition de témoins, et que, d'ailleurs, ceux qu'on aurait pu entendre étaient
en fuite, la procédure se réduisit en quelque
sorte à l'enregistrement de ses répomes.
Tout fut bâclé en peu de temps. A la tombée
de la nuit, dans la aile d'audience, en présence d'une douzaine de soldats, l'ancien
protégé de Fouché connut, lu par le grefl1er
à haute el iot~lligil.ilc Yoix, l'arrêt qui le
condamnait à. èlre passé par les armes. &lt;&lt; Ordonne, y était-il stipulé, quo le présent jugement sera exécuté de suite, à la diligence
du capitaine rapporteur. Fait, clos et ju1,é
sans désemparer, au fort de Joux, le 6 f~vrier 1806. &gt;&gt;

xxvm
Quelques instants après, dans sa pri,on,
Olivier Talvau, seul el paisiLle, allendait la
mort.
&lt;&lt; Combien de Lemps ai-je encore à ,·ivre?
avait-il demandé après a11oir entendu la sentence.
- Une heure environ, » lui aYait-on r(pondu.
On s'était ensuite enquis de ses derniers
dJsirs. Voulait-il manger ou boire? Souhaitait-il écrire, s'entretenir avec un prêtre? A
ce dil'erses queutions, il aYaiL répondu néga-

�,
r--

________________________________

1f1STO'J{1.Jl

tivcment, pressé de re~lerseul, de se recueillir
en vue de l'épreuve suprême 11ui lui restait à
affronter. Élevé dans les doctrines sentimentales et déi tes du dix-huitième siècle, il ne
croiail pa aui religion el ne professait aucun
culte. Aus i n'attendait-il des homme. , prêtres
on laîqu , nul ecour . Il n'auendait rien
que de Oieu, de l'Ètre suprême, comme il
di.ait, comme disaient encore, malgré le
retour de génération nouvelle îers l'Église,
tou ceux qui avaient admiré Robe pierre
vÎ\•anL et qui le pleuraient mort. D"ailleur ,
a con~cience était en paix. Dan . a vie i
brèrn, il ne comptait aucuue action mauvaise,
i ce n'est l'acte de violence dont il s'était
rt?ndu coupable ehver Mlle de Circé. Mai ,
depuis, elle a,·ait pardonné. Ab ous par
l'amour, c'est en pen ant à on amie qu'il
,·oulail tomber sous le balles. Ce . ourenir
srul pouvait rendre e derniers instants doux
el serein ·, el . 'il de,·ail renoncer à la conolalion de la revoir avant de quiller le
monde, il gardait d'elle, en celle heure
ombre, une image i vi ·ante, qu'il lui cm..
Lfail que, mème pré ente, elle serait impuisanle à lui donner à un plus haut degré la
cnsalion de la réalité. Donc, ni regrets, ql
remord , mais uniquement un dernier él~n
ver. œlle pour qui il allait mourir, en cela ~e
rbunait l'étal de son àrue.
La nnil venait, entrait lente et gri. e par la
fenêlre grillée de son cachot. Elle ne l'd!rapil pa . Il la renardait mont er au long
des murailles et assombrir les voûtes, comme
le si!!Dc avant-coureur de !"ombre éternelle
qui déjà l'o'ouvrait devant lui. oudain, le
bruit de sa porte interrompit se stoïciucs
rêveries. Venait-on d~jà le cberclicr pour le
conduire au .upplice? Il s'élail levé, hautain,
un :ouriredédai•Tneux . ur e lèvre · blêmie.
)fais il c trompait. C'était son gardien, un
vieux soldat, qui venait d'entrer, tenant à la
main un flambeau qu'il po a ur la table, en
di ant d'une \'OÎx ID) ·tl'.!rieu c :
&lt;1 Lne ,·isite pour Yous, mon. ieur. »
Ulivicr n'a,·ail pas eu le Lemps d'exprimer
a surprise que déjà le gardien avait di para
en fermant la porte. Alors, à la clarté ,,acillanle ùe la chandelle qui subitement di jpait
le ténèl,res autour de lui, ilaperçut œmême
petit pay an qui, quelques moi avant, lui
était apparu un malin, au chàteau de Circé,
el dont le charme magique a\'ail alor , d'un
eu! coup, fait Jléchir la rigueur de ~es ré ·olution .
&lt;t Isabelle! » _'écria-t-il.
Et tran û0 uré par une indicible joie, le
front ral'onnanl, il ouvrait les bras pour
étreindre l'enchantere se qui lui apport.ail, en
a détrcs e, le miel de ses baisers.
C'est moi l répoadil-elle, en e errant
contre lui d'un momement pas ionné. Je ne
voutai pas te laissCI' mourir ·cul, mon bienaimé. J'ai cru d'abord que je ne parviendrai,
pa ju qu'à ta pri on. Mais Uieu a été clémenl.
11 a inspiré la pitié à l'homme qui te garde.
C'est gr;",ce à lui que je ai ici.
- Ab! oyez Léni tous deux, toi pour ton
idée généreu.e lui pour sa bonté. 11

El emporté par l'ardeur de sa tendresse, il
promenait se lhres ur la tète adorée qui $e
roulait contre sa poitrine. 11ais, brusquement,
1 abelle e dégagea de ses bra et, grave, elle
reprit:
&lt;c Ne le bàte pas de me bénir, Ofüier.
Peut-être vas-Lu me maudire tout l1 l'heure.
quand tu sauras ce qu'il faut que je te
confesse.
- Si c'est pour me dire que tu ne m'aime
plus, ne parle pa , 'écria-il.
- Je t'aime toujours, et ma présence ici
en est la preurn. 'empêche que si lu e
tombé aux main. de la poliœ, si tu e_ condamné, si lu vas mourir, c'est que je l'ai
voulu. Il
Et comme, tout surpris par la ingularité
de cet aveu, il l'interrogeait des yeux, ell •
ajout.a :
« Quand lu m'as quittée, de gens t'allendaienl sur la route que lu de,·ais suivre pour
gagner la frontière . Je le savais. ,'est moi
l)Ui t'ai livré à CUL »
Elle s·altendait à un éclat de foreur. Peutêtre allait-il la châtier, lui faire expier a
trahi on. Elle était prête à subir son courroux.
Mais ses crainte furent trompée·. Oli"ier
l'attirait plus tendrement eontre lui, et, trrs
doux, il l'interrogeait :
&lt;l Pourquoi m'as-tu livré~
- Parce que je t'aimais. Écoute el comprends, mon cher trésor. Quand une îemme
porte un nom lei r1uc le mien, elle ne s'apparti nl pa ; elle est liée pa ltl gloire de se
ancêtres ; elle e doit à eux. Jllc de Circé
n'aurait pu an déchoir épou cr un homme
de La condition. Mme Talva:u, moi l Élail-ce
po sible? onrre donc! Et je ne voulais pas
re ter La maitresse. Dans les deux cas, Dieu
el ma famille m'auraient maudite. La mort
seule pouvait égaler no ituation , t'élever
ju qu'11 moi et légitimer notre amour en le
purifiant. C'est pour cela que je t'ai sacrifié.
Mais, ans ta tendr e, je ne ·aurai viue et
je ,·iens mourir avec toi. :'\ou périron
ensemble. 'il est vrai qu'au delà de nou il
• ait une autre \'Îe, en. emblc nous y entrerons
en sortant de celle-ci, pour nous aimer éternellement. »
Il était i troublé qu'il ne trouvait rien à
rép'Cmdre et que c'est à peine i, d'un "CSle,
il protestait. Mais ce geste, elle ne le voyait
pa, , pas plus qu'elle n'eût entendu a voix
i-'il eùt parlé. Elle sui,·ait sa propre pensée.
Elle l'e1primail en accents pa sionnés et brùlanls où éclatait l'ardeur de son amour.
C'étaient, mêlé · de baiser" accentuel · par des
étreintes, des mols d'amante, de ce mots
qui gri ent ceu. qui le prononcent el ceux
qui les .,\coutent.
Mais oudain Olivier lui imposa silence. La
tenant là sou un regard dont la flamme
pénétrait jusqu'à .on cœur, il lui dit :
« Et tu a pu pen er que j'accepterais ton
sacrifice, pauvre chère crl•alure, frappée par
moi dan Lon innocence, dan Lon a\'enir,
dans ton repo· ! Ce ~acrifice, je le reîuse. Tu
m'ai.mes, tu es venue me le rép :ter. c·~l
a ez pour rendre ma mort enviable. Tu ne
◄

13-t

►

me dois rien de plus. JI faut vi,Te el m'ou-

blier.
- Jamais, jamais .. .. Tu es mon mahre.
.J'ai juré de te uivre partout où lu irais .. . .
Je le suivrai. »
Alors 'enga"ea cotre ces deux amants un
pathétique combat. L'un offrait a ,•ie, l'aulre
la refusait, cl le reîu de celui-ci ·e faisait
d'autant plu éne1·gique que l'offre de celle-là
devenait plus pressante. El long fut ce combat, car aucun d·eux ne \'Oulail céder.
&lt;&lt; Eh bien, oit, dit enfin I abdle. Tu
ordonne· , j' obéi . »
Alor , il la erra contre lui plu. ardemment et plus fort. Docile en a11parence,
épui ée par cette lulle, elle ne retrouvait de
force que pour lui rendre les baisers qu'il
lui prodiguait, dans un oubli complet de.
lieux où ils se trouvaient, de l'heure qui
'i•coulail el du dênouemenl c1ui 'approt'bail.
6 Et ,·ite, il faut ,·ou
· parer; on ,·ienl. 11
C'ëlail le gardien qui entrait, ejetait cotre
CU\ el, prenant Isabelle par la main, l'entrainait.
&lt;t
hienlôl, mon amour! » murmurat-clle, mettanl Loule son âme dans cet adieu.
Vue minute plus tard, cacbt:e au fond d'un
C'orridor, elle \'Oyait pa er Olivier entre de
·oldati; dont l'un, celui qui marchait en avant,
portait une lanterne. \lors, tirant une bour. e
de sa poehe, elle la donna an gardien en
disant:
&lt;1 Tiens, prend
encore ceci, el fais-moi
as.i ter à l'e11:cution. »
\u dehors, dans la nuit claire, par un
t'ntier tracé à Lraver. la neige, lo cortège
marchait à grand. pa . ucces i1·ement, il
franchit les enceinte qui cirrulent en d,·~centc, au nombre de cinq. autour du r0&lt;·her
sur lequel le fort c t con truit. .\ la cinquième il 'arrèta. Olh·ier fut plac1'• debout
au fond du fos:ii, tournant le do, i, un trou
creusé dans la terre . .\ côté de lui cl comme
pour le mieu~ dé igncr au peloton d'ex&lt;:cution, l'homme qui portait une lanterne la
dépo a cl 'écarta au .ilôl. li y eut une minute d'attente et d·annoi se, doraol laquelle
r1uelqucs mols furent l'•changés cotre l'olllcier
qui devait commander le feu et IP condamnt'•
qui refusait de se lais er hander les ycm.
Pui , des ordres retentirent dan le calmi· de
la nuit.
A.lors, au moment où s',1levait la voi\ de
l'oîfi ·ier, un entant s'élança entre le soldats
el le condamné. Il y eut, au milieu des di•lonations, des cri d'e1Troi et de colère, el on
entendit une femme qui criait :
« J• l'aime, Ofüier, et je meurs avec
Loi. »
S'il entendit ces mols avant d'expirer, c'e 1
le secret qu'il emportait a,·1·c lui dans la mort.
Mais les soldats les entendirent, comme il
virent au i tomber l'enfant en mème temp
que le condamné. Les balles les al'aicnt
atlcints Lous le deux.
L'identité de file de Circé ne fut reconnue
que le lendemain. On ne sut jamais comment
elle s"étail trouvée là, car Je lroi personn' ·
&lt;JUi auraient pu le révéler, Chasserai, le gar-

Jieu el le houlangcr, 'i•t:,ienl mutuellement
promi· le silence. Le corps d'l~abelle fut
rapporté au chàteau le mèml! jour eL rendu à
·a famille. Celui d'Olil'icr Tahau était t•nterré
depui la \'eille dans la fosse au bord de
laquelle il avait été ru illé.

La marquise de Circé mourut durant l'année
qui suh;t ces événements. L'abbé ~laucombe
et Cha serai lui survécurent, l'un jusqu'en
t. 11, l'autre jusqu'en 182:î. Quant au marquis Hoberl, il avait rejoint son régiment eu
Hussie. Il [ut tué, i1 la tête de es Cosaques,
FIN

(llluslf'alions de CONIW&gt;,)

JffAD'E.M01S'ELLE D'E

Cmct - -,

sur le sol de sa patrie, pendant la campagne
de France. J'ai dit au commencement de
ces pages que le domaine de Circé, passé
aux mains d'héritiers collatéraux, fut ,·endu
par cm à la bande noire et morcelé par
celle-d.
ERNEST

DAUDET.

MAURICE DUMOULIN

+

L e· caractère de louis
De ce roi, qui n'a laissé dan l'histoire que
Je souvenir d'un royal libertin, nous ne penons 11ue peu de cbo.es. Quelle impression
subsisle-L-il de I ui? Un charmant pastel de
Van Loo, le révélant beau comme l'amour et
frai comme une rose pompon, le souvenir
d'une galanterie sadique, compliquée comme
une science, détaillée comme une admini !ration. C'est tout.
En tant que ouYerain une ombre vieillotte, effacée, pâle comme une fresque éteinte;
un semblant de roi al'ec des ministres loulpui ants; une \'Olonlé \'acillanle, énervée,
·'eter1:aat daus l'intimité d'un sérail amollis.ant, impuis ante à l'exercice du pouvoir,
n'apnt rien de rol•al, rien de personnel.
li . cmble que ce roi n'ait eu aucuQ caractère, moin que Louis ~Ill encore, si c'était
po ~ible. Au dix-huitième iècle, on dit ;
fleurl, Maupeou, Choiseul, d'Ar 0 ·nson; on
ne diljamai·: Lonis \V.
Cependant, dans celle longue suite de IlourLon , pourvu · chacun d'une earactérisli&lt;1ue,
où il passe comme rnilé dan un nuage de
poudre à la maréchale, si l'on interroge les
contemporain , il se révèle à nous tout autre
qu'on ne e l'imagine.
Des fouilles dan · les àrchives, des lrarnnx
comme ceux des de Broglie et d~s Boutaric
nous l'ont déjà montré organisant, par-desou la diplomatie officielle, une diplomatie
occulte, interro"eant, quei Lioonanl, écoulant.
Le fait est curieux; plu curicut encore le
résultat, µuisque de celle machine rien ne
sortit de réel et de sérieux.
Â ciui donc en étail la faute? A l'or 0 ani alion ou à l'organisateur? Au roi malheureusement. C'était uo des "ices de sa nature de
,·oir Je Lien et de ne le pouroir faire, non par
incapacité ou par impuis ance, mai par uite
d'une incurable mélancolie que nou no cannai. ·ons que par ~Ime du Jlaussct.
C'I' t là I trait dominant de ce caractère,
·i peu connu.
)lme du Baus et femme de chambre de
)lme de Pompadour, est un témoin fidèle el

impartial; fidèle. parce qu'elle n,·ait l'habitude de noter tout ce qu'elle entendait de
.aillant, qu'dle avait la conûaoce de Loui XV
r.t celle de a maitresse an point que celle--ci
lui di ·ail : o Le roi el moi comptons si fort
·ur vous que nous Yous regardous comme un
chat, un chien, et nous allon ' notre train
pour eau cr 11 ; impartiale, car cc qn'elle écri,·ait, il îaut hicn l'avouer, elle ne le comprenait pa · toujours lrè bien. On me dit, écritelle qnclque part, en parlant de Que nay :
1t qu'il était un grand économi ·te ... mai je
ne :ai pa · trop ce que c'est 1&gt;. ne pareilles
imora.nces cl de . emblables a,·c1u. sont les
g°aranls le plu sùrs de la Téracité d'un écrivain.
C'e t donc nràce à ell,· que nous pomon ·
pénétrer 1'éni me du t·aractère de Loui ' XY
el démêler le îatnli ·me morbide cl lri t · qui
le fit cc qu'il fut.
On a dit ouYenl de ce roi qu'il _'ennuyait;
oui, il 'ennuyait de ,ivr .
ans cesse, au milieu de toutes les opulences. de toutes les fêtes, de tou les plaiirs, a pen ée e portait volontairement ·ur
de choses tristes. &lt;1 Le roi parlait souvent
de 1a mort, et au . i d'entcrrcmeots et de cimeti~res, personne n'était plu mélancolique.
ll ioterrompail le entretiens les plu animé ou le plu inléres~ants, pour placer un mot
macabre. C'est ainsi qu'il lui arri,·ail de s'adre scr bru quement à un vicu. courtisan,
comme • ouvré, et de lui dire : « Souué,
vous 11ieillissez; où voulez-vous qu'on vous
enterre 1 ,, n autre jour, en voyant, à son
lever, ll. de Fontanieu pris d'un saignement de nez : « Prenez garde, lui dit-il, à
,·otre àgc, c'est un avant-coureur d'apoplexie. »
Quel singulier bernin, ~inoo celui que lui
créait cette- tristesse maladive, pouvait pou ·ser
Loui · . V à se repaitre du spectacle des tombes
fraichement cre.u écs, ainsi qu'il lui arriva,
ce jour où e rendant en belle el joyeu e
compagnie aîec Mme de Pompadour, à Crécy,
0

il fit bru quemenl arrêler son carrosse, el
montrant à un écuyer une colline couverte de
croi:x, l'envoya s'as urer 'il y avait là de
fosse nouvellement faites.
ll « éprouvait une sensalion pénible lorsqn'il était forcé de rire » et Mme du llausset
rapporte que ouvenl il a\'ail prié a maitresse
d'interrompre une histoire drôle, avant qu'elle
ne fût finie.
Celle tri Le-"se qu'aucune catastrophe n'avait accidenlellement provoquée, fut, de tout
temps, le fond de sa natnrc.
li n'avait pas eu d'enfance, à proprement
parler; roi à cinq ans, le régent el la cour
,·il'anl loin de lui, il n'eut pour toute compagnie que celle du vieux maréchal de Villeroy.
A la mort du duc d"Urléam,, celte société énile s'était augmentée, Fleury n'était pas
l'homme cap(lble de le dt~rider ..\ H ans,
,c toujour- épié la nuit par Bachclin, son valet
de chambre, et le jour par d" per onnes
fü;ée u. dit expres. ément l'lichclieu dan e
~fémoire ·, il n'eut aucune expan~ion.
Les circonstances vinreut encore augmenter
cc di positions naturelle . li était curieux de
savoir, el cbaque dimanche, l'intendant des
postes apportait au roi les extraits des lellres
qu'on avait décachetées au cabinet noir. Que
de chose il devait apprendre ain i ! Que de
jugements sur lui, a condnite, a politique,
·ur l'étal de la France, ne devait-il pa
lire! Il ne se faisait donc aucune illusion, ni
ur la valeur de son gouvernement, ni sur
sa cour, pas plu , hélas! sur les réformatenrs. Le cardinal de Bernis lui pré~entait un
projet de réforme,, disant« qu'il fallait qu'il
y eût pour le bien des affaires un point central où tout abouti se ». Le roi jeta les yeux
sur le mémoire cl dit : (\ Poi11l ce11t rai,
c'c L-à-dire qu'il veut être premier ministre.
:Xe va-t-il pas être cardinal? Et voilà une belle
fine e; il sait bien que, par sa di!!Dité, il forcera les mini lres à s'a emLler chez lui el
)[. l'abbé sera le point ce11lral I Quand il y a
un cardinal au con eil, il ûnit par être le
chef. 1&gt;

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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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