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1-l1S T 0'1{1.Jl
tar du ~ jeune homme innocent ». Des papiers trouvés sur lui, il était résullé qu'il
n'éLait ni \füller, ni Rosen, etc., etc., mais
bien 1c premier-lieutenant prussien de Sanlha, dll régiment de Slol'kbausen, el ceci
n'avait pas mm,1ué d'in•pirer au hailli de
nouveaux scrupules et ridée de remellre le
prisoonin aux mains de l'autorité m1li1aire.
A la suite de quoi M. de Santba ful donc
confié au poste prini:ipal de la vilJe, qui était
commandé par un officier.
Pendant que les magistrat ai aient mené
ces enqnêtes s1wcessives, Je menu personnel
policier de leur suite n'était pas reslé inactif,
car il avait découvert dans un recoin du l,ateaa le domestique du lieutenant, un nommé
Emerschkowitz, qui s'était prudemment caché. Soumis à un interrogatoire, cet indi1·idu
déclara « être depui. quelque temps au serTice de M. de Saotha, mai a1·oir été prêté
par lui, pendant un mois, au lieutenant de
Sacken el n'avoir repris ses Conclioo auprès
du premiP.r que peu de jours avant son départ de Breslau . .. . En cours de route, son
maitre était allé chercher une dame qu'il
avait ramenée au bateau en disant que c'était
sa femme .... A Dresde, son maître lui avait
donné l'ordre d'acheter une bouteille dt:
sang ... 1&gt;, etc.
Le bailli, tout enchanté de n'avoir plus à
s'occuper de rien, puisque la princesse avait

LB
élé rendue à la liberté et son compagnon remis à la garde de l'autorité militaire, entra
dans une fureur abominable à la vue d"Emerschkowitz amené par les poliders qui s'imaginaient avoir fait merveille. Bon gré mal
gré, il fallait donc prendre une décision à
son sujet, et elle fol moins nalurelle que
simple : le domeslit1ue fut enfermé à la
prison.
Le 11 septPmbre, le bailli reçut l'ordre de
prendre des information concernant la princesse et de faire savoir ce qu'elle était devenue. Dès onze heures du malin, il répondit
que le même jour, à huit heures, eUe était
partie en « Exirapost &gt;&gt;, se rendant à Eilenburg. Le 16, il Iut avisé d'avoir à se faire
Livrer par l'autoriLé miliLaire le lieutenant de
Santha, de le faire incarcérer à la prison civile et d'instruire son affaire. La bonne étoile
de l'amlmann lui évita celle corvée, attendu
que l'autre avait pris la clef des champs dans
la nuit du i~ au 14.
Le bailli, qui décidément n'aimait pas les
bisLoires, se garda bit&gt;n de porter aussitôt Je
fait à la connaissance de ses snpérieurs. il
n'en rendit compte qu'à la date du 2 octobre,
ajoutant incidemment qu'à défaut du Jieut.euant il avait enrore entre les mains « une
culotte, du linge et différents objels appartenant à ce dernier, ainsi que le valet Emerscbkowilz ». La mise en liberté de ce mal-

heureux ne fut prononcée qu'un mois plus
lard. Restaient la culotte, le linge, etc., etc.,
au sujet de quoi ~I. de Sanlba écrivit nombre
de fois au bailli, sans que celui-ci, fidèle à
ses habitudes, se donnât la peine de lui répondre, à plus forte raison de lui resLituer
son bien.
Enfin, en novembre {801, le sénateur
Schulz. a,•ocat-conseil de Mme de Hohenlohe,
ayant fait parvenir à qui de droit le montant
des îrais occasionnés par l'avenlure en question, l'amtmann fut autodsé à remettre la
fameuse culotte et le reste au lieutenant de
Bose, qui se chargea d'expédier le tout à son
camarade de Santba.
Le dossier de Dresde n'en dit pas plus long
ur cette affaire, mais il est de notoriété publique que le divorce entre le pri•nce et la
princesse rut prononcé à la fin de l'année f 799.
D'autre part, le général de Wolzogen raconte
dans ses Mémoires que l'héroïne de ce récit,
après avoir passé quPlque temps à ~fagdebourg, s'était fixée dans le Mecklembourg el
avait épousé ~L de Sacken.
En revanche, à partir de novembre {80L
toute trace de M. de Sautha disparait. Désormais rentré en possession de sa culotte, il
vécut, selon toute apparence, à la façon des
peuples heureux. Peut-être aussi fut-il balayé
par la tourmente d'léna, si fatale au prestige
militaire de M. de Hohenlohe?
P.

LA. VIE ET LES MŒUl&lt;S A.U

XVII•

SIÈCLE. -

LE REPAS DE F.A.IIULLE. -

DE

"LisEz-Moi" u1sroRIQuE

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ÉDITEUR

3 3e fascicule

Sommaire du
PAUL DE :\loRA • • • •
PRTNGE DE J OINYILLE .
Pru;..CE OE Lrmrn . . .

ARV.ÈDE BAR!:&lt;IE. • • •

3l'"• nu IIAussET . . •
GÉN!';RAL OE MA!lBOT
D' MAX BILLARD • . •

.
.
.
.
.
.

Van Dyck et Charles I " . . . .
Vieux souvenirs ( 1830- 1833) .
Chez M. de Voltaire . . . . . .
La duchesse du Maine. . .
Fr!re~ et sœurs . . . . . .
Memo1res . . . - - .. .
La mort de Talleyrand .

1
~

13
l.j

11:l
19

27

(5 avril

(XIVe arrt).

TQII ).

Les dernières amours de la comtesse du
Barry . . . . . . . . . . . . . . .
,W• Pm LIPPE DE 3L\ssA. Monsieur Thiers . . . . . . . . . . .
L'-CoLONEt. PARQUIY .
Souvenirs de gloire et d'amour. . .
LOUISE CH .\STEAU . .
. Ames d'autrefois . .. .. . . . . . .
ITENRY RnuJoN . . . . . Madame Vigée-Le Brun . . . . .
PwL GAULOT. . .

. .

de /'..Jca:1e1nie Française

ILLUSTRATIONS
o' APRÈS

PARIS

29
3,
36
3q

4'?

PLANCHE HORS TEXTE

LES TABLEAUX, DESSINS .E T ESTAMPES Dl! :

'l'IRÉ-E EN CillAÏltU :

AUBERT, BE.WYAflLE'T, BELLENGÉ, llrA.RD, Boult.LO:-!, BRUNF.LLIÈRE, CHAVANE,
CHOLET, CoNR,I.D, CouRT, LJES~IARAIS, Â..'llî, Dmu, DROUAIS, F. GRENŒR, PRlNCE
DE jOlNVILLE, Cil. LAN&lt;lLO IS, AC)!. LEFÈVRE, LEPAUTRE. }1AUZAISSE 1 2\IEISSONIE~ .
ÜUTHIVAITE RoBEKT-F'I.El1 RY, fONCI . ANT. TuOUVAIN, VAN DvcR , VÉRITE,
CARLE VERm, H ORACE v~.R'.llET, }l'"' V!GÈE-L E BRUN.

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Flânerie dans Rome. - J. MAR:'\!. Par amour. - COLETTE \VILLY. Le dernier
feu. - RENÉ .ll!AIZEROY. Le boulet. - PAUL Bll.HAUD. Jmpression d'avril. Guv DE MAUPASSA;s;T. Une vie. - HENRI LAVE DA!\, de l'Académie Française.
• Oiseaux de paradis •· - ANDllÉ TIIE "RIET. Le rouge-gorge. - LÈO:; DE
TINSEAU. Un malheur est vite a.rrivé. - ,\I JGuEL ZAMACOiS. Le potin. BRlEU'X, de l'Académie françai e. Les trois filles de lll. Dupont.

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2o

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LES Cl:'\Q ENFANTS DE CliARLES

SU~P'R_1ME ME~VEILLEUSE

Les oirconslanccs dans les11uelles Van Dl'ck
Îllt appelé à dcrnnir le peintre atlitn\, le por-

traitiste officiel du roi d"Angleterre el de sa
cour, n'offrent pas seulement en elles-mêmes
un intérêt spécial au point de vue « petite
llisloire o : elles montrent aussi de c1uelle
façon se constituait en bloc, dès le xv11• siècle, et par les soins d'un intermédiaire avisé,
une collection de cheis-d'œavre de l'art.
Notre temps el les plus puissants des souverains actuels, les rois de l'argent, propriétaires de merveilleuses galeries formées de la
même manière, n'ont, à cc dernier égard,
comme on le wrra, rien inventé.
Donc, lorsqu'en décembre 1627 on apprit
à Londres la mort du ùuc de Mantoue, le
V. -

HISTORIA, -

Fasc. 33.

musicien Nicola Luniere, maitre de chapelle
du roi Charles }cr, partit en Ioule hàle pour
l'llalie. Cet homme joignait aux qualités professionnelles qui lai avaient -valu l'avanta- •
geuse silualion qu'il occupait, un goût très
vif po~r la peinture et la gravure; il s'y
essayait même en amateur, mais possédait,
pour juger les œuvres des autres, plus de
~cns critique que, pour réaliser les siennes,
il n'avait de talent. Une première fois déjà,
en 1625, comme mandataire du roi, qui, lorsqu'il s'agissail de tableau.1 1 Caisail de lui son
expert et son conseiller, il s'élait, outreruonls, rendu acquéreur , moyennant 15. 000 li,·rcs sterling (350.000 francs), de tout un
ense mble de toile~ dont s'enorgueilüs aient

maintenant les colleclions royales. Celle fois,
il y a\'3il à conquérir les trésors artistiques
dont la mort du duc de &amp;Jantoue faisait héritier le cluc Ferdinand de Nevers : des MichelAnge et des Guido Reni, des Jules Romain et
des André del Sarte, des Titien el des ~fantegna, des Tintoret et des Corrège, une madone da Sanzio que le duc avait payée d'un
marquisat rapportant 50.000 écus, et nom1.tre d'autres œuvres prestigieuses.
Aidé par Daniel ys, secrétaire de l'ambassade anglaise à Venise, Laniere conclut,
en février 1G28, un premier marché, et fait
pa ser en Angleterre la fleur de l'admirable
collection. Puis on engage de nouveaux pourparler., en vue de fairu prendre la même

�r-

111S TO'J(l.Jl

roule au reste des toiles el au.x marbres. Le
mécontentement hautemenl e1primé des Mantouans fait traîner l'affaire en longueur. Elle
n'en aLoutiL pas moins, à force de négociations patiemment el adroitemenL menée• .
puisqu'en juillet l63t, Charles I"' igne l'ordre de paiement, qui. représente au total
f8. 2XO füres sterling, l 2 shellings, 8 denier ·, soit 460.000 franc~ environ.
Laniere, d'ailleurs, ne devait pas se borner
à enrichir les domaines royaux des chefsd'œuvre venus d'[talie: il allait en outre offrir
à son roi un grand peintre venu des Flandres.
Se trouvant sur le chemin de Van Dyck,
notre musicien s'était dit que, s'il ne pouvait
pas prétendre à l'immortalité par sa musique,
ou sa peinture, ou sa gravure, il avait un
moyen de se faire immortaliser physiquement : c'était d'obtenir d'un artiste tel que
celui-là de fixer son image sur la toile. Van
Dyck y consentit. Mais le rêve de son modèle
ne devait trouver dans l'œurre qui en résulta
11u'unc réalisation qua~i \iagère, car le portrait
est depuis longtemps perdu. Du moins l'arti ·te
allait trouver dans cette rencontre avec le
mandataire du roi Charles Jer une orientation
nouvelle de son existence. En etfel, Laniere,
à son retour, ayant placé le tableau du jeune
mailre flamand sous les 1eux de on ourerain, celui-ci ne continl pas son admiration
pour le magistral talenL qui y éclatait, et manifesta son désir d'allirer Van Dyck à sacour.
Une première fois, dès sa vingt cl unième
année, Antoine Van llyck arait été appelé en
Angleterre. C'était sou le règne de Jacques {"r, en 1620. Uais ce roi-là, dont la
prédilection allait aux Lclles-letLres, ne se
passionnait guère pour les arts plastiques. Le
jeune peintre n'avait pas considéré comme
une base suffisante de forlune la pension
de iOO livres sterling que Jacques fer lui accordait. Aussi a,•aiL-il, au bout de quelques
mois, quillé l'Angleterre à peu près sans es1.-'rit de retour.
Lauiere parvint, douze ans plus tard, à le
Caire revenir sur l'impression médiocre que
ce premier séjour lui avait laissée. El Van
D~·ck n'eut qu'à se louer de s'être rendu aux
raisons de son nouvel ami. Toutes les satisfactions, morales et pécuniaires, l'attendaient
ca effet à la cour de Charles Ier. Dès qu'il y
arriva, le roi intervint en personne pour lui
procurer wie demeure digne de lui. Cette
préoccupation est démontrée pa~ une pièce
que l'on garde aux archives de l'Etat, el qw,
écrite sous la dictée du souverain, est intitulée : a Choses à faire. &gt;&gt; On y relève celle
note : « Parler à Jnigo Jones d'une maison
pour Van Dyck. 1&gt; Cela suffirait à indiquer
quelle importance Charles I" donnait dès lors
à ce qui pouvait intéresser le bien-être matériel du peintre devenu son hôte; car, pensons-nous, il n'y eut guère d'exemples qu'un
monarque poussàL la prérenance pour un
"rand artiste au point de se faire tout spontanément son fourrier . Cependant, pour on
ne sait quelles raisons, le projet que Char-

les Jer caressait à ce moment n'aboutit pas.
Van Dyck e \Ït simplement réserver une
résidence urbaine dans l'ancien cou,·enl de
Dlackfriars, en même temps qu 'une maison
des champs dans un ,•illage du comté de
Kent, Eltham.
cc Le peintre flamand venait d'entrer dan
la plus belle partie de sa carrière, dans ce
qu'on pourrait appeler ses années d'or, dit
l"écrh·ain Allred Michiels, a qui l'on doit l'une
de3 biographies les plus complètes qui aient
été tuiles de Yan llyck. Sa noblesse élégante,
les termes choisis dont il se servait, ses manières distingué9S, ne pouvaient manquer de
plaire au lils de Jacques l"'· Charles lui montra une faveur exceptionnelle, car il n'avait
pas moins de SJmpathic pour l'homme que
pour l'artiste. Souvent il 11uit1ait dans sa
barque son palais de White-Hall, remontait
le lleuve jusqu'au monastère de Dlackfriars.
eL allait oublier, en causant a,ec le maitre
anversois, les graves que Lions de la politique .... Il lui donna des conseils pour sa fortune. JI fixa au prix de 100 livres sterling.
ou 2.500 francs, les portraits en pied qu 'il
fera.il de sa personne, de :;o livres sterling
les portraits à mi-corps., .. Par un acte du
17 octobre 16:i3, il ini a signa un revenu
de 200 livres sterling ou 5.000 francs. »
Au bout de !roi · mois, le :, juillet 1632, il
l'avait nommé chevalier, cl lui avait fait en
outre présent d'une chaine d"or à laquelle était
suspendu on portrait entouré dt: diamants.
Charles [cr recourut de faroo presque constante au pinceau de Van Dyck. On ne connaît pas moins de dix-oeuf portraits de lui el
dix-sept de la reine, sans compter nombre de
toiles où figurent, par groupes plus ou moins
complets, les enfants du couple royal. Dans
le tableau, consacré à ceux-ci, que reproduit
Historia, c'est le futur Charles Il qu'on peut
,·oir au centre, la main droite appuyée sur la
tête d'un énorme chien. A la droite du petit
prince ont les princesses Marie et Élisabeth;
à sa gauche, la princesse Anne el le futur
Jacques U.
olre musée du Louvre possède, on le sait,
un des portrait du roi, qui se peut considérer comme un des cbefs-d'œuvre de Van
llyck. Madame Campan, dans ses lllimoires,
nous dit comm!lnt l'admirable portrait est
passé d'Angleterre en France : &lt;&lt; Sous prétexte que le page qui accompagna Charles 1cr
dao sa fuite Lon croyait alors, par anachronisme, que le tableau repré entait la fuite de
ce roi ] se nommait Barl'y ou Barrymore, on
lit acheter à Londres, à la comtesse dll Barry,
li! beau portrait que nous avons à présent
dans le Muséum. Elle fil placer le Lableau
dans son salon, et, quand elle voyait le roi
incertain sur la mesure qu'il avait à prendre
pour cas cr son parlemenl et former celui
qu'on appela le parlement Maupeou, elle lui
disait de regarder le portrait d'un roi qui
arait n;cbi devant son parlement.... )) La
du Barry le paya 24.000 livrns de France. Le
peintre, lui, n'avait touché, pour celle toile

illlportante, que le · 100 lilre sterling pré,•ues par le tarif de :,(JO rosai dicnt.
La production, de,enuc con~idéralilc, de
Van Dyck nt: c limitait pa~ d'ailleurs aux
effigies royales, aux portraits de priocts el de
princesses du sang. C'était il c1ui, dans l'aristocratie, poserait devant le jeune pei1ilre aurersois. Et cet engouement justifié pour uu
des plus beaux peintres qu'on ail jamais connus, lui a permis de jalonner sa roule d'innomlirables chefs-d'œuvre. Parmi ceux-ci, il
en est un qui e détache de l'ensemble par
un charme tout particulier. C'est le portrait
d'un fils de noble se, lord Philippe li Wharton, à l'âge de dix-neuf an , c&lt; précur eur
lointain, comme l'a fort bien dit un critique,
M. Louis Thuilliez, de::: fètl's n-alantes el des
pa::-toralcs de Watteau, fin comme une grande
jeune fille, avec les yeux chargé de songe, et
on ne ~ait quoi, dan~ son pâle ~ourire, d'inquiet el de délicieu cment troublant. Ou dirail que Yan D)·ck a franchi d'un coup d'aile
le , 1•11c siècle, qu'il 'esl arrêté au n111'' pour
rueillir la fleur de sa grâce, et que, reprenant son vol, il e L venu, incompar,Lblc de
jeunesse et de maiLrisc, se mêler aux plos
raffinés et aux plu moderne de nos poètes
cl de nos peintres contemporains. »
Aotoiue Vau Dycl.., lorsqu'il exécuta une
telle œuvre, où l"on peut le Yoir en parfailc
posses ion de sa technique admirable, était
dans le plein épanoui scmmt de son rréaie.
tln était en droit d'{!spérer que, pendant de
longues années encore, il produirait che!sd'œuvre sur chefs-d'œune. Mais l'avenir lui
était mesuré. Son existence de laheur acharné
s'était doublée d'une Yic de grand ·eigneur
"alaot el prodigut:. li s'épuisait à travailler,
~ans un moment de répit, pour faire face
aux dépenses d'une maison devenue lourde;
il s'épuisait au5 i pour répondre à l'ardeur
sensuelle d'une maitresse a1folée d'amour,
Margaret Lemon.
Une fois do plus, le roi Charles se. manifes ta pour Van Dyck comme un ami all'eclucm: el vigilant. .Afin de soustraire le peintre
à celle passion dévoratrice, il lui fit épouser
la jolie descendante d'une illustre famille
d'Jtcos c, ~fary Rutbven. Le mariage se célébra en 161,0. Le calme &lt;Jue Van Dyck devait
y trouver \'enait trop tard. On le vit de jour
en jour s'affaiblir. La phtisie s'empara de son
organisme débilité. Comme homme cl comme
arlisle, il n'était plus, à quarante-deux ans,
que l'ombre de lui-même. Et quand, le 1"' décemLre 1641, Mary Rnthven mit au monde
un enfant, le père n'avait pins que huit jours
à vivre.
On l'entena dans la cathédrale de SaintPaul. Il n'y devait pas trou\'er le définitif
rrpos. Vingt-cinq ans plu tard, en effet, un
terrible incendie détruisait l'édifice. De la
dépouille mortelle de Van Dyck il ne restait
plus rien, mai il lai~sail un nom glorieux
et des œuvres qui à jamais lui marqueront sa
place, une place d'honneur, parmi les grands
maîtres de la peinture.
PAUL DE

illORA.

P~INCE DE JOINVILLE

+

Vieux souven1•rs
1830-1833

C'est pendant mes année de collège qu'é- rasse qui s'étend au-dessus de la Galerie empila dans le parterre où était le canon de
clata la révolu Lion de 1 50. J'avais douze ans; d'Orléans·. Les femmes y circulaient décolmidi et y mit le feu. li fallut appeler la
j'étais par conséquent beaucoup trop jeune letées tant la nuit était belle et chaude,
troupe, faire évacuer le jardin, el celle prepou_r en apprécier_ le caractère politique el éclairée comme en plein jour par des illumi- mière scène de désordre public, nouvelle pour
octal. Je me sounens seulement qu'elle me nations ébloui sanies. La cour du Palais- moi, me remplit d'étonnement et aussi de
cau_sa. une surprise profonde. N'ayant jamais Royal était fermée, mais une foule immense colère.
assiste à aucun
désordre, je n'ima!!ioais
pas remplissait le jardin et tâchait de voir cr.
•
0
Peu après celle fête, sun-inl la prise ù'.\1cc que pouvait être une rérnlution. J'avais qu"elle pouvait de la fête. Je courais dcvan l
ger, un acte de puissance nationale, de politoujours vu le roi et la famille royale l'objet Charle X pendant qu'il faisait celte prometique courageu e el préroyante, un Lrillant
d'un respect qui ne s'est, du reste, jamais nade et je le vis s'avancer avec sa taille droite
fait d'armes accompli sous le drapeau Liane,
démenti, et j'étais à cent lieue de penser el son air vraiment ro al vers le parapet de
qui ei'tt dù exciter l'enthousiasme, resserrer
qu'on pùl les chasser. Mais il est certain que la terrasse du r,lté du jardin. li agita plules liens eolre la France et son lloi , réconciles commencements de l'année i850 ne res- sieurs fois la main pour saluer la foule, qui à
lier la nation avec le vieux &lt;lrapc•au. li n'en
semblaient pas aux années précédenle el celle pelite distance el avec l'éclat des lufut rien. La prise d'Alger fut accueillie comme
qu'il paraissait y aYoir quelque chose dans mières devait parfaitement le reconnaître,
une nouvelle ordinaire, les regrets pour le
l'air. Au collège, même parmi les petits, on non seulement ;'t :'!'S traits, mais à son grant1
drapeau tricolore restèrent aussi vifs. C'ei.t
répétait beaucoup de propos singuliers; nos uniforme de colonel-général de la garde, cl
que la tribune et la presse, la presse surtout,
précepteurs, affiliés à la presse, étaient, au cortège qui l'entourait, mais il n'y eut ni
le plus puis ·anl instrument de destruction
comme on disait alor , dans le mouvement cris de : &lt;c Vive le Roi 1 » ni cris hostiles. La des temps modernes, avaient fait leur œuHe.
et ne cessaient de parler politique. Où n'en foule houleuse s'agita seulement un peu plus, Les jours du gouvernement de la llestauratioo
parlait-on pas1 C'était une maladie. On se en faisant entendre ce brouhaha qui s'élève étaient comptés; on n'avait rien à lui reprorappelle le mot de M. de Salrandy, lors de la un jour de feu d'artifice, quand éclate une cher : au dehors, comme au dedans, il avait
fête ljUC mon père donna au mois de mai au belle pièce. Un dernier salut de la ma.in, été assurément le meilleur des régimes &lt;Jui se
Palais-Uoyal, en l'honneur du roi de Naples, accompagné d'un : « Bonjour, mon peuple! &gt;&gt; soient succédé depuis i7 9. Mais il a,aiL
mon oncle et parrain: c, Une fête Ioule napo- que le Roi dit moitié érieusement, moitié voulu gourerner en bon père de famille, pour
litaine, Monseigneur, car nous dansons
sur un volcan. » Fête route napolitaine
en effet, non seulement à cause de la
pré.rmcedes souverainsdes Deux- iciles,
de la beauté idéale de la nuit, mais au si
à cause d'une tarentelle, sorte de ballet
dansé au milieu de la soirée par madame
la duchesse de Berri et une trentaine des
plus charmantes jeunes femmes du faubourg Saint-Germain, en costume napolitains, au milieu desquelles je revois,
Ioule gràce et élégance, ia ravissante Denise du Rourr, bientôt comtesse d'Hulsl.
A celle tarentelle succéda une polonaise
conduite par le comte Rodolphe Appony
el la duchesse de Rauzan, superbe en
bleu et or, danse plus grave, exécutée
par de nobles seigneurs et dames, tous
en costumes hongrois, escortés de pages
porta~t l~urs bannières. Qui l'emportait,
po~r 1aristocratique beauté, des femmes
q~1 prirent part à ces deux quadrilles,
c est ce 11u'il aurait été bien difficile de
dire: la race était dignement représentée.
BAL AU P..u,AIS·ROYAL. Dessin du PRINCE DE ]O!XVfL LE,
~ ~amille royale, Charle X en tèle,
(De gauche il droite : Capitaine des gardes. duc d"Orléans, Cha rie~ \'., prince de Joinville, d uc de Chartres,
1\1. de Salvandy, 11\mc de X .... )
assistait à cette fête splendide où toutes
les supériorités étaient réunies, toutes les
cla~ses représentées et où la cordialité semblait plaisam[JJ.ent, et Charles X s'en alla. Je ne
le bien de la France dans le présent, pour sa
umverselle. Après l'entrée des quadrilles cos- &lt;levais plus le revoir. Presque immédiategrandeur dans l'avenir, et résister aux assaut
tumés, le Roi alla se promener sur la ter- ment la foule prit les chaises du jardin, les
des déclassés, qui ne voyaient en elle qu'une

�V1EUX SOUVENl~S - -~

111ST01{1.Jl
ferme à exploiter. On l'aYaiL démoli pièce à
pièce, comme on d~molit Loul depuis cent ans,
au nom de 1',is el de prinl1ipcs qui dissolvent

nom~ pour les aroir entendu_ citer parmi
ceux: des conservateurs ardents appelés alors
les ultras. L'un d'eux, M. de Vitrolles, aUira

lions, Nemours cl moi, à partir pour Je collège, qucl'lu 'un ounil la porte el jrt~ à nos
préœpteurs ces mots : c1 Le coup d'Etat est
nu Afonileur. - Comment? - Oui! Les
Ordonnances. &gt;&gt; 11r quoi nos précepteurs
coururent au salon de famille où nous les
suivîmes. Nous ) tromâmes mon père assis,
comme anéanti; il tenait le Moniteur. En
,·oyant arri\"er les précepteur$, il leva le bras
rn• l'air arec désespoir el le laissa retomber.
Au bout d"un silence pendant lequel ma mère
mrUail Cl'!\ messieurs rapidement au courant,
mon père dit seulement: « Ils sont fous! »
puis, après un noureau el long silence: « Jls
rnnt se faire exiler enrorc ! Oh! pour moi, je
l'ai di'&gt;jà ~té drux fois! Je n'en veux plus, je
rc~le en France! &gt;&gt; Je n'en entendis pas da' vantage, parce que l'heure du collège était
arrirée el que nous montâmes en voilure,
mais ces paroles de première impression me
sont restées gravée dani; la mémoire.
'olre journée du collège se passa comme
à l'ordinaire, mais le lendemain '27, quand
nous re,iomes de Henri IV, il était facile de
, oir qu'une grande agitation rrg-na.it dans
l'aris. L'école de nat.ation Dcligny, au coin du
quai d'Orsay, où, suivant l'usage, nous allàmes, :iprès la classe, prrndre notre baio,
était pleine de jeunes grns qui discutaient,
péroraient et racontaient les incidents vrais
E~TREE DE L'.IR~IÉE FRANCIISE A ALGER (5 JUILLET 1830).
ou faux de la journée . Les troupes occuGravure de CllA\"lu'Œ JEONE:, a'Jprès un. taNeau .tu M11see de Versailles.
paient la plare Louis XV, aajourd'hui place
de la Concord~. 11 y avait un régiment de la
tout gouvernen,ent el rendront liienlûl toute mon aLLention par une longue conversation garde à pied, no bataillon sui~&lt;', les lanciers
~ociété impo sible. L'heure du: &lt;&lt; Ote-loi de q11'il eut avec mon père pendant un enlr'- de la garde, l'arLillei;ie de l'gcole milila irr,
là que je m'y melle », le seul Lml sincère de adc. ~I. de Vitrolles a depuis raconté dans troupes superLes, les plus hdles que j'aie
nos révolutions successives, de quelt1ue dé- ses Jfimoires celle conversation cl la comic- mrs en ;mcnn paJs et dont les gardes à pied
guisement qu'on l'affuble, allait llientùt Lion 'JUÏI en rapporta de l'horreur 'lue l'id1:e :iuglaises pourraient seules, aujourd'hui,
sonner.
d'une ré,·olutiun nouvelle inspirait à mou donner une itlé!'. Officiers animés au plu ·
Le 21&gt; juillet, nous avions Lous diné à père. Ils n'avaient dill'ùé 11ue sur les moyens !mut degré de l'esprit de corps et du d~vouoSaint-Len, chez monsieur le du,: de Bourbon,
un vieux cou in, qui ne se mêlait pas de politique, el qui menaiL une grande et belle
existence à Chantilly et à Saint-Leu, sans
venir jamais à Paris autrement qu'en pa sant,
bien qu'il -y possédât le charmant palais qui
porlt) son nom, le palais .Bourbon. Sa grande
passion élait la chasse où il excellait, et mon
père, en lui abandonnant la chasse à courre
de toutes ses forèLs, s'en était fait un ami. Il
-y avait encore une autre raison à celle cordialité et peut-èlre la principale: c'est que
mes parents avaient consenti à recevoir la baronne de Feuchères, qui exerçait sur monsieur le duc de Bourbon un grand empire,
mais qui n'élait pas admise à la cour. Je vois
encore ce beau vieillard à la parole brève, au
profil où le type de la maison de Bourbon
élait si vivement accentué, avec sa chevelure
Llanche et sa queue, son habit bleu boutonné d'où sortait un jahot, et son pantalon
toujours beaucoup trop court laissant voir
des bas blancs. Le soir dont je parlais, il -y
avait grande réunion à Saint-Leu, grand diUNE LIÉROÏNE DE: BARRICADE. Desst,i au PRINCE D.E JOINVlLLE.
ner, puis comédie de société, jouée par madame &lt;le Feuchères el les gentilshommes de
monsieur le duc de Dourhon. Dans l'assis- cle l'éviter. Lequel des Jeux avait raison? ment chevaleresque; vieux solls-officiers, dont
tance, des officiers de la garde ro)"ale et nomNous l'entrâmes le soir à Neuilly el le len~ lieaucoup avaient ,,u les guerres de l'Empire,
bre de personnages dont je connaissais les demain 26, au moment où nous nous apprê- commandant à des soldats vigoureux, jeunes

d'âge, mais vieux. Jïnslruction, de Jiscipline
et tout fiers de porter les plus charmants uniformes : telle était la gnrde royale. Que dire
aus i de ces superbes bataillons suisses, par
tradi1ion séculairc, l'infanterie Ja plus solide
du monde. Ces magnifiques troupes, qui auraient pu rendre de si grand. . ervices à la
France sur le champ de bataille, allaient Jis-

de Notre-Dame sonnait le tocsin; nous n'alIàmcs pas au collège, bien entendu. Mai$ Je,
maitres qui donnaient des leçons à mes sœurs
vinrent à Neuilly, et par eux- on apprit surccssivement ce (LUÎ se passait dans la ca11it.ale;
toutes les rues couvertes de barricades, la
troupe sur la défensiYe, le drapeau lricolorr
partout arboré.

Le premier élaiL celui d'une ardente s)'mpaLhic pour nos soldats engagés dans la lutte,
pour tes 11auvres soldats, la vraie France, le
nai peuple, obéissant am plus nohle- mo1.iiles, l'honneur, Je devoir, en opposition à la
populace, dont l'cmie et lc&gt;s mauvais insLincls
étaient déchainés par une poignée d'ambitieux.
Aus,i n·eûmes-nous de repos que lorsque tout

Cllcbé BTaun et C".

LE

nue ll'ÜRLÉAXS PARTANT Poun L'HûTEL DE VtLLE (3 1 JCILLET 1tl3o). -

TJ/;t/e,:w

d'IIORACE \ ER~ET. (i\Jmée Je

parailre en deux: jours : je les royais aus. i
Le 29, la lutte se rapprocha de nous : un
pour la dernière fois.
boulet viol en sifllanl s'abattre dans le parc.
l1rès Je la porte 3laillot, nous renconlràmPs D'après les dires des gens échappés de Paris,
madame la duchesse de Berri, à cheval, en- Jïnsurreclion était triomphante, la troupe de
tourée d"ua groupe nombreux d'écuyers; ligne fraternisait avec elle; la garde se relirait
nous nous saluàmcs amicalement. Sans &lt;loule sur Saint-Cloud pour se grouper autour du
on instinct de femme el de mère lui faisai L roi. Je néglige tou les bruits, tous les canards
chrrcher à se rapprocher des éréoemeols. fJUÎ accompagnaient ces nouvelles trop réelles.
Le lendemain 28, on savai L Paris en pleine Que faisions-nous pcndanl ce. heures d'aunsurreclioo : le canon grondait; le hourdon gois e'? Nous obéissions :i di11er sentiment .

0

l'ers.Ji/les.)

le personnel du chàleau se fut porté aux diverses portes du parc, pour les ouvrir aux.
~oldals isolés, dispers~s, menacés de massacre. On les faisait entrer, on les faisait manger, on leur donnait des casquettes, des blouses, au lieu de leurs unHormes, et on les
passait en bateau sur l'autre hord de la Seine.
A côlé de cela, tant le cœur de l'homme et
urlout de l'enfant est rempli de contrastes,
nous ohéissions au courant uous fabriquions,

�"-----------------------------,-----------

1flSTO'l(l.ll
mes sœurs, moi nous tous, des cocardes tricolores ! Dien certaincmenl celle fascination
du drapeau Lricolort! a été une des causes de
la rapidité avec laquelle a pris la tralnér &lt;le
poudre révolutionnaire.
Et comme il y a toujours le côté pour rire
au milieu des é,·énements les plus sérieux, la
note comique fut donnée par nos maîtres de
langues, de dessin el aulres, 1rui, sortis Je
Paris le ~8. n'avaient p:i osé y retourner 1,
cause de la bataille. (Juand ils s'y décidèrent,
le ~9, nous persuadàmes à. ceux d'entre eux
11ui port:iient des moustaches, qu'ils courraieul de grands dangers et seraient pris pour
des soldats &lt;légui és. Tout aussitôt la salle
d'l'lude fuL Iran formée en une Loutique de
Larbirr, ot1 s'opéra un rasnge général, a,·ec
les cbangemeols de physionomie qu'il comporlc cl qu'augmenlaiL encore l'elfaremenl
des 11ersonnages.
En même Lemps que nos mnîlrcs rasaient
leur.;; moustaches, mon père ,lisparaissait de
Neuilly. Ses mouvements oolls furent rigoureusement cachés et, même depuis, je ne les
ai jamais bien connus. Aussi n'en dirai-je
rien 1 • Nous sùmes seulement bientôt qu'il
était à Paris, qu'il y exerçait des foncl.ions
publiques encore mal définies et, le 51 au
soir, ma mère nous annonça que nous allions
aller le rejoindre au Palais-Royal. Sur les
huiL heures du soir nous partîmes, ma mè-re,
ma tante Adélaïde et tous les enfants, dans
un omnibus, afin de ne pas allirer l'attention.
A la barrière de l'Étoile nous commençàmes
à trouver des b:irricades, mais on y avait pratiqué déjà des ouvertures qui permettaient le
passage d'une voiture, ouvertures toutes gardées par &lt;les postes de gens, pardon, je me
trompe, &lt;le citoyens armés qui jouaient au
soldat, à la police, arrêtaient, questionnaient
comme de vrais enfants. L'omnibus ne put
dépasser la place Louis XV, à cause de la
multiplicité des obstacles. ous mimes pieù
à terre et ma mère, nous divisant deux par
deux, nou dit de nous disperser avec rendezvous au Palais-Ro ·al.
J'aris était, ce .oir-là, bien curieux : cntièrément illuminé, avec des lampions et des
drapeaux. tricolores à chaque fenêtre. Comment avait-on eu le temps en deux jours de
confectionner une si grande quantité d'emblèmes? Les rues complètement dépavées et
Lous les pavés empilés en barricades, avec
mélange de voitures rnrsées, de tonneaux, de
débris de toute sorte : derrière tous ces barrages des gardiens improvisés, des passants,
des pl'0me!lt!Urs armés et tirant des coups de
fusil à chaque instant; tout le monde, hommes et femmes, avec de gigantesques cocardes
tricolores au chapeau, à la casquelle, au bonnet, dans les cheveux. Sur la place du PalaisRoyal, on voyait, au milieu d'une grande
foule, une diligence laf'fi.lle et Gaillard qui
l. Je n'ai pas il juger la conduite cle mon père en

oct:cplanl la couronne en t8;j(), La révolullon de Juillet
a sans doute été uu grand mo.lheur; Plie o porlé un
nouveau coup au principe monarchique i!l donné un
l'une,te encouragement aux ,;péculaleurs en insurrections. liai~ j'ai l'al&gt;solue certitude l]UC mon rere ne
1'11vail jamoi~ &lt;;0uhaitée cl que, au contraire, i l'avait
nw 1·enir a,·ec unt' pruronde douleur. QuanJ le trône

avait servi à une barricade et qu'on avait reL\ée. Ell1' était pleine de monde el surchargée dt&gt; grap(ll'S humaines qui chantaient en
l'11œnr. Où le refrain s'arrêlait une vive fusillade éclatait, et la diligence, trainée par trois
ou quatre cents personnes attelées à des cordes, faisait à fond de train le tour de la place,
au milieu rl'un concerl de burlemenls variés.
Bien qu'il fùl lard quand nous arrivâmes au
Palais-noyai, il était Loul éclairé, Ioules portes
ouvertes; entrait 11ui voulait, et lorsque nous
montàmes l'escalier, Lien dès gens étaient
déjà installés sur les degrés, s'apprêtant à y
passer la nuit. Nous vîmes mon père dans
son cabinet el on nous envoya coucher, c'està-dire birnuacluer dans nos chambre haùiLuellcs.
Le lendemain h fusillade se ralentit, mai
le désœuuement conlinua; tout le monde se
promenait. Dicnlôl on commença à se préoccuper dPs questions de nourriture, tous les
arrivages de provisions, toul commerce étant
arrêtés par le barricadage général. On se questionnaiL rériproquemenl pour savoir ce qui se
passait, ce que tout le monde, hors les meneurs, ignorait complètement. La foule ressemblait à un immense troupeau de moutons
dont oo avail chassé les b~rgers et qui s'étonnait de ne pas voir paraître les nouveaux
chiens destinés à les morigéner. Aucun mauvais instinct; quelquefois une panique : tout
le monde se sauvait à toutes jambes sans savoir pourquoi, puis on s'a1·rèlait et on ' e

LE:

GÉ'.IIÉRAL LAFAYETTE, COl\OIANDANT EN ClfEF
DES Ci.ARDES NATIONALES OU ROYAUME,

n·af&gt;rts le dessin de DesMARAIS (183o).

mettait à rire. Une clameur se faisait entendre
el s·approchaiL en ronflant. C'était un homme
d~ Charles X s'est ëcroulé, sans qu'il pilt en aucw1 Cl
façon le dèfeudre. il a sans doute dèsirè passionnément cchapper à l'ru:il commun el conlim,er à mener
l'n Frdnce une existeoce heureuse entre toutes. La lulte
terminée cl la France souleîi!e d'un boui à l'autre,
i\ a compri, qu'il n'éch~ppernil ù )'exil _9u·e11 'as~ctant au mouvement et 11 est ceru110 qu il ne l'a fait
au Jéhut qu'avec la penSl'c rie ramener Henri Y sui·

populaire se rrn::!ant de !'Hôtel de Ville au
Palais-Royal, précédé de quelques claqueurs,
qui allumaient un enlhousia!.me auquel tout
le monde prenait part, sans avoir idée du
nom du héros qn'on acclamait, heureux seulemenl de pouvoir faire aiusi acte de ciçisme.
Puis il survenait un allendrissemeot général;
on s'embrassait avec fureur; pour quelquesuos, c'était un élan du palrioti me qui se soulageait; pour d'aulres, un elîet de l'extrême
chaleur el de la soif sali~faite qui en ré ultail; pour d'autres enfin, le relùchement Je
mœurs d'une ère de fraternité. Le héros de
ce baisage universel, contagieux, était Lafayelle, à qui tous voulaienl donner l'accolade,
el un grand bruit de 1ambours ayant annoncé
son arrivée au PJlais-J\oyal, il dut prendre
place devant moi dans un salon el emlJra.srr
des milliers de pcr onncs de tout ùgc. J'y
passai comme les autres, mais je Yis des gens
de connaissance 1rui repassèrent bien des fois
devant l'illustre vjeillard pour se faire emLrasser et. .. chaque fois ... avec une émotion
toujours croissante.
Au Palais-noyai entrait el sortait qui ,oulait; c'était un défilé curieux de personnages
de toute sorte, venant observer, prendre le
vent, faire leur adhésion plus ou moins désintéressée. Quelques-uns venaient, poussés par
leur dévouement, essayer de servir encore l,t
cause qui leur était chère. C'e t ainsi que je
vis Anatole de Montesquiou inlroduirc M. de
Chateaubriand dans le salon de ma mère. Par
contre je vis Savary, duc de Rovigo, l'homme
du duc d'Enghien, sorûr en uniforme et botté
du cabinet de mon père où il était venu offrir
ses ervices. Le soir, comme nou étion lous
réuni , on entendit un grand bruit du côté
de l'escalier; on se précipita; une foule
d·hommes armés, éclairés par des torches,
montaient en poussant de grands cris et agitant des drapeaux. En tête marchaient cinq
ou six élèves de !'École polytechnique, tricorne
en Sambre-cl-Meuse et l'épée à la main. Derrière eux on portail en triomphe une femme
en habits d'homme : ceinture rouge el pantalon collant, une héroïne de barricade, que
celle foule hurlante ,•oulait pré enter à mon
père et qu'il fut obligé de recevoir. Celte
scène me fit une impression de dégoùl, suivie
bientôt d'une autre non moins pénible. Les
meneurs de la ré11olu1ion avaient fait partir
une armée de volontaires pour déloger de
Rambouillet le "ieux Roi et sa garde. lis ne
l'en délogèrent point, parce que, d'abord, le
Roi prit lui-même la décision de licencier sa
garde el de se retirer à Cherbourg sous la
seule escorte de qualrc compagnies des gardes
du corps, et ensuite parce que le volontaires,
sortis de Paris en grand nombre, s'égrenèrent
rapidement en chemin et se gardèrent bien
surtout de s·aventurer à. portée de canons de
la garde. Leur retour de Rambouillet n'en fut
le trône. Cel espoir déçu , il a cédë au:i: instances de

tous ccu~ qui le conjuraient, comme seul en position
de le faire, d'arrêter la France sur la pente fat.ale
qui, de la ,·èpublique. la mêueraiL encore à la ,lielahirc. à l'invasion, à l'amoindrissement. Il a rrrnlé de
,li"&lt;-huil ans cc l'unesle enchainement. au péril de ses
jour sans cesse menacés, Ce sera son honn~ur datts
l'histoire, quelle que "OÏL l'injustice ,les hommes.

'Vœux

souYENH(S

pas moins triomphant, ramenant les voitures, Sa-Majesté! » ou la scie du jour : « .As-tu vu ce fut pendant un grand dîner diplomatique,
les équipages royaux dont on s'était emparé, Léontine?» - du nom de Léontine Fay, ac- donné par mon père, dans cette ~aile à mansans coup férir. Ce furent ces carrosses à six, trice très populaire auprès de la jeunesse. ger du Palais-Royal, dont les fenêtres donnent
à huit chevaux, conduits encore par
sur la cour des Fontaines. J'étais à
côlé de la fille de lord Granville el
les ma!heun·ux cochers el postillon~
m 'eITorçais d'être aimable, lorsque le
en grandes livrées, que je vis arec
horreur déboucher rnr la place du
vacarme de l'émeute éclata Loutàcoup
Palai -Hoyal, cropnt qu'il ramenaient
et vint interrompre les conversations.
le sonrerain cl . a famille pri -onniers,
Tout le monde se regardait, regardait
dans son assielle, chacun paraissait
dans le coupe-gorge révolutionnaire.
li n'en était rien heureusement : li•s
bien fàché d'être là en pareil momcnl,
rnilures contenaient sl:!ulcmcnt d~s
lorsqu'un grand bruit de ferraille et
voyous affublés de ro ' lUmcs ridicule ,
&lt;le piétinement de chevaux sur le pavé
rubes de chambre, bonnets de colon
survenant, on comprit que la cavalerie
et je ne sais quelles autres mascachargeait ; après quoi,le ciel se rassérades destinées à provoquer les quoréna.ni, les colloques reprirent, mais
libel · de la foule. C'était dégoûtant.
avec effort.
Puis les jours s'iiconlèrenL. Pari
Une autre fois, les choses Curent
reprit peu à peu sa vie ordinaire; le
plus sérieuses. L'émeute, je ne me
rues se repavèrent, la circulation se
rappelle plus laquelle (il y en eut tant!)
rétablit; on revit des soldat~, des gendevint à un moment très menaçante.
darmes, des sergents de ville, une et•rJe vois encore mon père, prenant Calaine sécurité reparut; en tout cas
simir Perier par le bras et lui crîant
l'éternelle Julie de l'ordre contre le
à l'oreille : &lt;( Dites qu'on donne des
désordre reprit son cours. Les plus
cartouches, des cartouches! )l Casimir
turbulents éléments de la rérolution
Perier, aussi excité que lui, se précifurent amenés, petit à petit, à conpita, mais fut arrêté au passage par
tracter des engagement~ militaires el
un officier qui lui dit : « Il y a là lrois
on les expédia en Algérie ous le nom
élèves de !'École polytechnique cnde régiments. de la Charte. Il fut plus
rnyés en parlementaires. -Parlemendi llicifo de se défaire d'une garde d·hontaires de quoi? De l'émeute'! De l'inClieht Braun e1 C".
11cur de deux ou trois cents hommes,
surreclion? Faites-les saisir! FourrezHE\'Rl D'ÜRLÉAN~, Dl'C D'Al1MALE, A L'AGE DE IIIJIT A'IS.
qui s'était formée de S(!ll autorité priles au cachot! - )lais, monsieur le
T:il!le/JII d~ R OBERT-FLEURY. (Musee Condi! , Chantilly.)
vée, pour garder soi-disant mon père
ministre, reprit l'officier, ancien poet le Palais-noyai. Elle hahilail l'eslytechnicien lui-même, ils onL ma pacalier, le vestibule, nuit et jour. C'était un Mais, à part cela, mon existence avait repri
role, je ne peux pas .... &gt;) Mais Casimir Peramassis de gens sans aveu, de rôdeurs de sa monotonie habituelle. C'est à peine si les rier n'écoutait plus. A ce moment j'aperçus,
barrières de ~a pire espèce, de chenapans cou- émeutes, les essais d·insurre.clion qui se suc- dans uo coin du sal-0n où se passait cette
verts de haillon , porteurs d'armes pillées cédèrent presque régulièrement, vinrent y scène, un homme assis el faisant triste
partouL, au Musée d'artillerie entre autres, faire parfois diversion. Je ressentis pourtant mine. Devant lui se promenait de long en
où qu~lques-uns avaient emprunté jusqu'à une certaine émotion, la première fois que je large un aide de camp de mon frère ainé,
des cuirasses, des casques de li11ueurs. Bien Cus témoin d'une de ces tentaûres de désor- le général Marbot, qui ne le quittait pas de
entendu, il !allait le payer, les n~urrir. Celle dre. La soirée du Palais-Royal venait de finir l'œil. &lt;( Qu 'est-ce que vous faites donc là.?
bande avait pour cbet un aspirant de marine cl j'étais remonté dans mu chambre, lorsque demandai-je au général. - Je garde à vue
en congé à Pari' an momenl de la révolution, de grands cris, accompagnés d'un « Ah! mon ce monsieur que vous voyez. - Qui est-ce?
nommé Damig_uet de Vernon, riui depuis e t Dieu! » de mon valet de chambre, me firenL - Le pré[et de police. - Ah! - Il trahit,
mort général. Quand mon père sortait ponr courir à la fenêtre. La cour du Palais-Royal dit-on. )1 Et voilà dans quelles situatiom on
aller à la Cbambre des députés ou ailleurs, était fermée, mais les galeries étaient rem- se trouve le lendemain des révolutions, quand
celle troupe prenait les armes, et avec tam- plies d'une foule tumullueuse, hurlante, il s·agit de rétablir l'ordre, non seulemenl
bours et lrompelles rendait les honneurs à sa dont les plus ardents hillardaicnt la porte de dans la rue, mais dans la biérarrhie gouvermanière. C'était une scène digne du crayon de l'escalier faisant face à la boutique de Chc- nementale.
Callot. Pour se défaire de ces braves aens, on Yet : « Ils vont l'enfoncer et monter. Dans
Ou reste, j'entendais toujours avec plaisir
nomma d'emblée l'aspirant de Vern~n lieu. uo instant ils seront ici! disions-nous. Qu'al- battre le rappel, qui à chaque émeute nout~oanL de la garde municipale à cheval, à lons-nous faire? )J On distinguait, au milieu velle appelait sous les armes la garde natioltlre de récompense nationale, et on donna à des hurlements, les cris de : &lt;( Mort à Louis- nale et, bien entendu, précepteurs, maîtres,
sa bande des habits avec lesquels ils se hâtè- Philippe 1 » lorsque soudain, je vis, à la lueur professeurs qui en faisaient partie. C'était la
~ent de décamper au premier signe d'une du gaz, étinceler les épées des sergents de suspension des études et surtout suspension
rntroduction de discipline dans leurs rang . ville, lardant de tous côtés; bientôt la troupe du collège où, heureusement, je ne devais
Le trantran régulier recommença au si accourut, baïonnettes en avant, et devant elle plus rester longtemps. Au printemps de 185 f ,
pour nous. Après plus d'une semaine de va- la foule se sauva à Joules jambes. Cette foule comme je n'y faisais plus rien de bon, on se
cances, je fus remis au collège, où nous revenait de Vincennes où elle était allée de- décida à m'en retirer; mon goût pour la carfîmes, nous aus i, notre révolution en exi- mander au général Daumesnil, l'homme à. la rière navale allant toujours croissant, mon
geant que la cloche, qui sonnait les heures jambe de bois, la têle des ministres de Char- père résolut de faire de moi un marin. Seude classe et de réfectoire, fût remplacée par les X, enfermés dans sa forteresse, et n'ayant lement il voulut qu'avant d'embrasser sérieule tambour. Quand, en allant à m:1 classe, pu l'obtenir, elle voulait avoir celle de mon sement la profession, je fisse une campagne
mo~ ~orte-[~uille-pupitre sous le bras, je me père en échange.
de mer. On m'envoya donc à Toulon, pour
croisais avec la colonne des grands, descenL'alîaire en resta là, mais de nouvelles oc- être embarqué comme pilotin volontaire
dant des quartiers, je recevais plus d'une casion d'émeutes ne tardèrent pas à se pré- sur la frégate l'Atthémise, commandant Labourrade a,·ec un : « Tiens, attrape! Peût- senter et furent saisies avidement. Une fois treyte.

�. - - 111STO']t1.Jl
Je n'avais pas treize ans, c'était le bon mo- passion poliliquc. Il parait que la vill~ d'Or- dais des voix de femmes ajouter : c1 Qué sis
menl pour commencer.
gon passait pour ne pas être favorable au ré- poulid 1 ))
Après les adieux les plus tendres à ma gime de 1~:ï0. Auc;si fus-je salué do tous rùA peine arrivé à To\Jlon la frégate sur
mère, mon père, ma tante, mes frères
laquelle j'étais embarqué prit la mer.
et sœurs, que je n'avais jamais quit~Ion apprentissage commença et je me
tés, on m'emballa dans une chaise de
trouvai vite en famille au milieu de
poste avec monsieur Trognon, et en
nos marins qui, tous, officiers, mairoute!
tres. matelots, non seulement me
Le trajet se fit sans incidents jusmontrèrent dès le premier jour une
qu'à Lyon, mais là, le préfet, M. Paulze
affection qui me gagna le cœur, mais
d'lvoy, el M. Vitet, l'auteur des Barris'étudièrent à me rcnJre le séjour du
cades des Étals rie Blois, s'emparèhord agréable, tout en m'initiant. charent de moi pour me faire voir la
cun dans sa sphère, à toui les détails
viUe, en réalité pour faire de moi un
Ju métier. L'A rll1é1ni;;c élait une belle
ptétexte à manifestations en faveur du
frégate à voiles, de cinquaute-dcux
nouveau régime. On me promena en
canons, avec nne giganlc. que mâture,
\'Oit ure à Fourvières, àla Croix-1\ousse,
un des t)pes les plus füg:mls de la
où je reçus de l'énergique population
\·icille marine. C'était bien la vieille
le meilleur accueil. Je dus, moi, Lammarine, eu eflcl; nous a,·ions eue ore
bin de treize ans, rece\·oir les ofûciers
des càbles en chanvre au lieu de chaide la garde nationale, très militaires,
nes. Notre équipage, exclusivement
par exemple, sous l'uniforme à revers
composé d'hommes des da)ses, élait
blancs, imité de la garde impériale,
leste, hardi dans la mâture, mais légèdont ils étaient revêtus. Toutes ces
rement insubordonné. Les commauréceptions, ces représentations, fort
demenls se faisaient escortés d'un dépeu de mon goùt, allaient se reproluge de jurons el s'exéculail'nl ~ous
duire lout le long de la route, jusune grêle de coups administrés par la
qu'à Toulon, augmentant ile vivacité
maistrance. Les chefs, prorcnant Je
à mesure 11ue nous descendions plu
l'ancienne marine impériale, anient
au midi et que nous traver.sions des
gardé la détestable habitude, qui nous
populations plus divisées par les pasa coùlé tant de reŒrs, de négliger
Clicht Braun el C''
sions politiques.
rompl,,tement l'instruction militaire.
A Valence, je trouvai une foule ANTul:&gt;IE ll'ÜRLÉANS, nue DE MONTPENSIF.R, A t.'Ma: DE SEPT ;1:-s. lis ne Yo1aient que la navigation. On
TaNe:111 de Hoe~RT-rtn•Rv. (Musee rnndè, n,a,r/illy.)
immense, avec la garnison et la
suivait bien une rouliue &lt;l 't:xercices régarde nationale sous les armes, el
glementaires, mais ces exercices étaient
un grand lieutenant-colonel du 49e de ligne, lés de cris : « 'ous sommes les gens de ridicules. Pour l'artillerie, le nec plus ultra
un homme superbe, insistant pour me faire Cavaillon! - Nous sommes descendus de 1a de la lJcrfection était qu'au commandement
passer la revue des lrnupes. Il me prit &lt;l'une montagne pour que \'Ous puissiez dire à rnl re de 11 lle/oule~ u, les treize refouloirs de la
main, tandis que de l'autre il Lrandiss:üt papa que les Provençaux ne ~onl pas car- hatterie frappassent l'âme des pièces avec un
son épée et donnait le signal de l'enthou- listes. &gt;&gt; Et en avant la Jlarseillaise! La rni- ensemLlc irr(•procbable. Parfois on rtJcilail la
siasme. li s'appelait Magnan el il esl mort ture est ùételée, la foule l'entoure, monte théorie au milieu d'une somnolence et d'une
maréchal de France. A Mornas, patrie du sur les marchepit'ds, les roues, l'avant-train, inattention uni1•erselles. Pas une application,
fameux baron des Adrels, la réception prit l'impériale. Je suis pri.onnier dans ma cage, pas un coup de caaon Liré peudanL toute la
une forme originale. En arrivant au re- ne Yoyant devant ltls portières 11ue les bolles campagne.
lais, j'aperçus une gr-ande foule el la garde de tous ceux qui sont assis sur l'impériale.
Le commandant me donna des maitres el
nationale rangée sur deux files, à droite et à Tous les roupli!ls de la .Varseillaise e sui- des matelots comme instructeurs de détail cl
gauche des postillons qui allaient relayer. La vent, accompagnés de vociférations. Un mon- j'appris vile Ioules les nomenclatures, l'art
voiture vint s'arrêter entre ces deux files et sieur pârvienl à se gfüt.er jusqu'à la portière, de manier l'i!pissoir, ùe faire des nœuds d
je crus lire comme un sourire contenu sur se donne comme le maire et clierche à nous aussi de grimper dans la mâture, ce que je
les vi_ages des gardes nationaux, sourire qui délivrer en s'écriant: c1 Messieurs I c'est i11&lt;lé- 11'accomplis pas la première fois sans une
dura peu, le commandant, au comble de cenl ! 1&gt; ce qui ne lui attire qu'un : 1, Qui peur épouvantaLle. Je me rapprlle qu'arrivé
l'excitation, émettant rapidement les com- esl-ce qui nous a f .. . un mayté comme ça! » aux barres de perroquet, je me lenais crammandements de : « Présentez, armes! Je ne sais pas combien de Lemps cela aurait ponné et n'osai rede~Ct'ndre que sous la presfeu! » suivis d'une pétarade abominable, duré si nous n'eussions été dulivrés par un sion du rire moqueur des assistants. Mais
Lous les gardes nationaux ayant le doigt sur détachement du bataillon d'ouvriers d'admi- c't·st par l'observation que j'appris le plus et
la gâchette en présentant les armes. La foule nistration en garnison à Orgon, qu'on était j'eus tout de suite ce je ne sais quoi qui ne
poussa un immense hurrah, les chevaux allé quérir.
s'enseigue pas : l'instinct des choses de la
épouvantés se cabrèrent, se renversèrent, re
D'Orgoo à i\larseille, nous rencontràmes mer. La campag11e fut agréable et les relàchcs
fut un désordre terrible, qui parut Lranspor- les régiments de la Charte, 1·enant de Paris intéressantes.
ler de joie le commandant.
et dirigé ur Alger, passage qui ne contriA Ajaccio, je retombai encore dans les déRien de saisissant à Orange ou à Avignon; buait pas peu :'1 exciter les populations. A monstrations publiques el je fus là le ùéros
discours dt s au lori lé·, visite aux monuments Marseille la garde nationale bordait les allées d'une manife tation napoléonienne. On rue
publics, à peu près la routine, devenue au- de .Meillan, chaque garde national aianL dans porta comme en triomphe à la maison où
jourd'hui si familière à tous, de la réception le canon ùe son fusil un bouquet qu'il ôtait Napoléon é1ait né, où je fus reçus par sou
officielle. Mais à Orgon, entre Avignon et Aix, pour le jeter dans la calèche où je me trou- oncle, un 8amoliuo très àgé, frère de mace fut dillërent. Foule immense des plus agi- vais avec le général Gazan, si bien que je fus dame L:nlitia. Comme mes sœur , qui dessitées à l'arrivée, cris de loote sorte, puis la Lientol complèlemenl enseveli, ma tète seule naient partout des Napoléon, je professais
voiture -prise d'assaut par des gens qui- sem- émergeant, pendant que la foule criait à tuc- une profonde admiration pour le grand homme
Llaient ivres, mais qui n'étaient ivres que de Lêle : c1 Vivé lé Prinnche ! ll el que j'enten- ùc guerre; je demandai donc à son oncle un

�1f1STO'J{1.Jl ·- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - . ouvenir de lui, cl il me donna un fauteuil
rouge, provenant de la chambre où il était
né. A Livourne, après une visite au dey d'Alger, le dernier représentant de ces Barbaresques, la Terre111· iles mers, comme on
chante dans la Jfuetle, je reçu du grand-duc
de Toscane une invitation à venir à Florence
où je fus conduit par le très :iimaLle ministre
tle France, M. de Ganay. Il n'est pas de soins
que n'-eurenl pour moi, pendant mon séjour
au palais Piui, œt cxcellenl grand..Juc et sa
famille, soins que je ne pus reconnaitre autrement qu'en conslruisanl, avec mes talents
de collège, un pantin articulé qui faisait le
trapèze pour une des jruncs princesses que
nous appelions l'archiduchesse Mimi, qui a
plus tard épousé le prince Luitpold de Ba' ière. Je revins à. bord de l'Arfhémise, plei11
de reconnaissance de l'accueil que j'avais
reçu, plein d'admiration pour les monuments,
fos merveille d'art que j'avais vus à. Florencc,
Pise, Pistoïa, auxquels, malgré ma jeunesse,
j'avais pris le plus viC intérèl.
Nouvel enchanlement à N3ples, au milieu
de la famille de ma mère, de mes jeunes
cousins et cousines, et, parmi ces dernièrl.'s,
une admiraLlement Lelle, Antoniella, plus
Lard à son tour grande-duchesse de 'l'oscane.
füen de charmant d'ailleurs comme le Naples
d'alors; je ne parle pas du cadre merveilleux
11ui durera éternellement, mais du füple;: drs
'apolitains, gai, bruyant, spirituel du haut
en bas, avanl que la peste politique l'eût gagné, divisé. as ombri, dépouillé de rnn originalilé. Le aples des lazzaroni, du macaroni,
des corricolos chargés de moines et de remmes en coslumes, allant ventre à terre au
bruit des sonnettes : le Naples ùe Pulcinelln
cl de Léopold Robert.
Après Naples, Palerme, pui Malte où nous
Lrouvâmes l'escadre anglaise, superbe, el reçûmes l'accueil le plus empressé du gouverneur, général Ponsonby, et de sa très aimable
femme, lady Emily. Notre séjour à Malle se
termina par un incident désagréable, à peine
concevable aujourd'hui, où la discipline navale peut être citée comme modèle. La veille
du jour ot1 nous devions appareiller, Je soir,
notre él!uipage déserta en masse. Plus de
Lrois cents hommes, sans tenir comple de·
efforts de l'officier de quart et de quelques
gradés présents, s'emparèrent des canols el
bateaux de passage qui étaient le long du
lwd el filèrt!nl ù terre en bordée. Le lendemain, impossible de partir, nous n'avions
plus d'équipage. li fallut recourir à la police
el à la garnison anglaises : elles organi èrent
des ballues, ramassèrent nos coureurs et
nous les ramenèrent presque tous dans la
soirée. Nous parlimes, un peu humiliés
d'avoir donné aux A.nglais ce triste exemple
de l'indi cipline qui suit toujours les révolutions. Les Anglais eux aussi ont eu leur révolulion, mais ils se sont bien gardés d'en faire
plusieurs, el surtout d'édicter des lois qui en
rendent le retour périodique inévitable. Ayant
plus de trois cents délinquants, il lut impossible de sévir; les hommes le sentireat, et
avec une intention évidente de narguer leurs

o!ficiers, ils passèrent les soirées suivantes à
chanter des chansons révolutionnaires dont
ils Yenaient hurler des couplets à genoux sur
le gaillard d'arrière. Peu à peu la fermeté
des chefs eut raison de ces saturnales.
Des orages nous retinrent dans le canal de
Malle el il s'en fallut de bien peu c1ue nous
ne nous trouvassions sur les lieux, juste le
jour où une éruption fit sortir du milieu dû
la mer une ile et un volcan, aujourd'hui rentrés au fond des eaux. A.près nne longue lramsée, la frégate mouilla à Alger qui, en 1831,
était encore la ville des deys. Pas une rue
n'avait été élargie, pas une mai on européenM
bâtie. Une nombreuse populalion indigène y
habitait encore; la rue de la ~forinr, semblable
h un escalier étroit el tortueux, était encombrée de négresses marchandes; les cafés remplis de Maures coilTés d'immenses turbans.
Pour ajouter au piltoresqur, on se battait
aux porles de la ville; le gou1'erneur général,
Oerth~zène, venait d'être ramené tambour
uallant de Médéah; &lt;le la frégate je voyais
pétiller la fusillade sur les coteaux de Kouba
el il falJait faire colonne pour ravitailler la
Maison-Carrée! Dans ces circonstances le gouverneur pensa r1u'il serait d'un bon effet de
montrer le fils du R1Ji aux troupes, et on décida qu'il y aurait une revue le lendemain.
On retirerait momenl:rnémenl les troupes des
lignl.'s de défensc el la revue serait passée à
Mustapha. J'avais hasard&lt;: la proposition d'aller
voir les soldats aux ligne de défense même,
dans l'espoii de me rapprocher des coups de
fusil, désir bien naturel, puisque, malgré mes
treize ans. je portais un uniforme de volontaire, mais on ne m'écoula pas, et monté sur
la mule blanche de l'e:x-dey. que. malgré mes
protcslalions d'écuyer, un soldat du train
persistait à tenir par la bride, on me conduisit à Mustapha.
Une vraie revue, celle-là ! Les soldats
'étaient hattus toute la matinée; le teint
hâlé, les yrux rougis par la fumée, le trait
noir au coin droit de la bouche, là où ils déchiraient Ll cartouche, zouaves et lignards
avaient une fière mine. Les zouaves venaient
à peine d'être formés el ne ressemblaient
guère aux zouaves d'aujourd'hui. Le rang se
composait en majorité d' Arabes portant à peu
près l'uniforme actuel, mais les jambes nues
el les pieds chaussés de savates, enlremêlés
de voyous parisiens tirés des régiments de la
Charte, la plupart en blouse et casquette.
Ilien des sous-otficiers sortaient de la garde
royale el en portaient encore la capote bleue.
La tenue absolument Iantaisisle des officiers
complétait celle bigarrure; la plupart avaient
adopté le costume mamcluck, turban blanc,
immenses culottes, bottes jaunes, soleil dans
le dos et cimeterre. Après les zouaves, je vis
défiler l'escadron des chasseurs algériens,
noJau des futurs chasseurs d'Afrique, babillés aussi à la turque avec turban, sauf
leur chef, un capitaine d'artillerie à grande
barbe, portant le burnous el les pistolets à
l"arabe sur son uniforme. Il s'appelait MareyMonge et est mort général de division.
Apriis la revue on me ramena à bord. La

frégate appareilla pour Port-Mahon, où nou
fimes une longue quarantaine, puis de là
pour Toulon, où notre arrivée coïncida avec
le relour de l'escadre qui avait forcé !"entrée
du Tage, sous les ordres de l':uniral flous in.
Avec de grands regrets que I'Arfhémise n'eût
pas été de la partie, j'allai visiter ces beaux.
"aisseaux, et en particulier le vaisseau l'Algéi;iras. Son commandanl, M. Mou lac, un grand
homme à robuste charpente, aux cheveux
gris, un brave entre les bra-ves, un rude com11.'lllant de nos luttes maritimes avec les Anglais, me fit un récit qui m'émut fortement
el que je transcris ici, tel qu'il s'est Îlxé dans
ma mémoire:
&lt;c JI a venté tempête, comme vous saYCZ,
tou~ ces jours-ci. Le vaisseau était à la cape
courante, lorsque j'entendis le cri de : « Un
homme à la mer! » On jette la houée de sauvetage ct,en regardant en arrière, je \'Ois que
l'homme l'a saisie. Mais la mer était démon1étl; essai·er de mettre une embarcation à
l'eau pour aller chercher le malheureux,
c'était exposer aux plus grands dangers les
hommes qui la montaient. Je Je voyais, le
sentais. L'équipage, lisant sur ma physionomie
l'affreux combat qui se livrait dans mon cœur,
vingt, trente, quarante volontaires, des officiers, des aspirants en tète, se précipitèrent
autour de moi, me suppliant presque à genou:&lt;. : « Commandant, laissez-oous sau,·er
notre camarade! Nous ne pouYons l'aliandonner! 11 J'eus la faiulesse &lt;le céder. Par un
bonheur inespéré, nous réussime~ à mettre à
l'eau, sans accident, une embarcation qui
s'éloigna, montée par douze hommes. Nous
la vîmes, par un plus grand bonheur encore,
alteindre et recueillir le malheureux, et je
manœuvrais pour faciliter son retour, lorsc1u'une énorme lame déferla sur elle. Cc fut
à bord un cri d'horreur. Plus rien!!! Un
instant aprèi, je vis, sur la crête d'une lame,
mon canot chaviré et deux ou trois hommes,
dont un aspirant, accrochés i-ur a quille.
Pour abréger leur agonie, je fis -0stcnsiblement faire roule; l'aspirant comprit ceL abandon forcé, car il fit un geste d'adieu et se
laissa aller. J'a\'ais été faible, j'en étais cruellement puni. Treize homme , au lieu d'un,
noyés par ma faute! » Jamais je n'oublierai
l'expression de sévérité que prit la figure du
commandant quand il ajouta en me mettant
la main sur l'épaule : &lt;! Vous commanderei
un jour, jeune homme! Que mon souvenir
vous rappcllè toujours l'inflexibilité du devoir. »
A.près ce dernier épisode de ma première
campagne, je débarquai, mais je débarquai
marin dans l'âme, et il ne fut plus queslion
pour moi, une fois rentré à Paris, que d'acquérir les connaissances techniques du métier. Les années i85~ et 185:; y Curent consacrées. n homme charmant, aimé de tout
le monde, un instructeur sans pareil, M. Guérard, fut mon professeur de mathématiques;
un lieutenant de vaisseau, f. Ilernoux, me
fil les cours de l'Éeole navale. En même
Lemps, je me mis aus i el assidument à l'étude
du dessin. Mon premier maitre en ce genre

Vœux souYEN-rn_s
fut M. Ilarbier, le père de Jules Barbi~r, le
poète et libreLListe, condisciple, avec Emile
Augier. de mes jeunes frères. Je îai::ais aussi
de l"aquarelle avec un Anglai~, William Callow, de l'b11ilc dans l'arelicr de Gudin; mai~
mon ,·érilaLle maître, celui c1ui m'a appris i1
dessiner, qui m'a condui1, dirigé cl donné le
goût des choses de l'art, fut Ary ScheITer, av('c
'lui jü suis resté intimemenl lié ju 1[11'à. sa
mort.
Ce fut vers celle époque c1u'une armée
fraaçai c entra en llelgique, lit le siège t'L
prit la citadelle d'Amer~, campJgne pendant
laquelle mes deux frères ainés eurent pour la
première fois l'honneur de conduire au feu
nos soldats. Anrcrs pris, le gouvernement
franr,ais, ~alisfail d'avoir fait adc de \'Ïglll·ur
devant l'Europe cl monlré à tous cc 'JUC
Y:ilaienl toujours nos légions, rappd.i imrnédiJtcmenl l'armée, et mon père vml la pa~srr
en revue ilau~ les eàrllonnements 11u'ellc
necupait à la frontière. Je fu de œ ,opgt';
les lroupcs élaicnl splendides, pleine. cfo
confiance el d'ardeur. On me montra une
brigade dïofanlcrie 11ui, pour arriver à hl'ure
fi ,c, à point nommé, lors de la moLilisation,
a\'ait fait des étapes de soixante à oixanleJix kilomètres. Ce "oyage îut bien intércs. nnL, mais punihle : tous les jours, entr(.c
dans les villes, rel'ue parlielle par un froid
de Sibérie; lous les jours banquels cl bals le
soir. La revue principale fut passfo à Yalenciennes; les troupes, rangées sur la neige,
a1,1ienl une magnifique apparence, cl Lien
!tu'il fil un froid terrible, un brillant soleil
éclairait cette belle scène militaire. Elle [ut
égayée psr un petit incident : Valenciennes
avait pour commandant de place nn vieux
colonel, rentré dans l'armée en 1830, aprè·

A

ALGER : LES ZOUAVES. -

avoir un peu trempé dans les conspirations,
~ous la Restauration. Il s'appelait ~L de la
II uberdière cl il s'élait fait faire un chapeau

identiquement pareil à. celui de Napoléon,
dont il se coiffait de la même façon. Dans
le défilé, désireux de se faire mir, ou cm-

semble que vous seriez encore mieux placé
sur le cheval du fioi. 11 llire le fou rire qui
accueillit l'observalion.

LE ROI AU M1L1Ell DE LA GAROll! NATIONALE, DAl'iS LA NUIT DU 5 JUIN 1832.
Grcnoure de SAMUEL CHOLET, d'atrts le tableau de BIARD. (/\frm/e de 1 ·ers&lt;lilles. )

porté par l'enthousiasme, il se porta insensiblement en avant &lt;le l'état-major, du cdtJ
où. arri,·aient les troupes, pui en ligne avec
le Boi, si bien que les Lroupes parai · aient

Dessin Ju PRL';cE nE Jo1i-.v1LLP..

défiler devant lui. Cda impatienta lleymès,
un dP.S aides de camp de mon père, qui alla
à lui et, aluant, lui dit : &lt;t Colonel, il me
"''Il""

Cet lle1mès, un des rares survivnnli:. dr
l'expédition du général Leclerc à dinl-Domingue, étail devenu, à sa .ortie de et' cbar11ier, aide de camp dt1 maréchal Ney. C'est
lui qui, dan~ la fameuse retraite de Russie,
fut envoyé demandel' au général qui détruisait les ponlS cle la Bérésina de suspendre
celle destruction pour laisser passer la colonne
des blessés, Youés sans cela à la mort. Il fallait voir l'expression que prenait 5:0n 1-isage.
Mjà sé\'ère, quand il répétait la réponse
rru'avec un accent
méridional lui fit le 01réné.
ra1 en question : t( llé, mon cher! les blessés! !'Empereur, il on a fait le sacrifice! 1&gt;
Ce brave Ileymès rendit à mon père un
grand service peu de temps après la revue
11ui m'a amené à parler de lui. C'était au
moment de l'insurrection de juin 1.852.
,ous étions à Saint-Cloud. On savait bien que
les agitateurs de toute calt'gorie comptaiepl
faire une démonstralion à l'occasion des
funérailles du général Lamarque, mais on
pensait que cette démonstralion serait sans
gravité, quand, vers cinq heures du soir.
nous ,•imes lleymès en bourgeois entrer au
galop clans la cour, moulé sur un cheval de
dragon cou vert d'écume. JI venait de la démonstration et avait assisté au prologue ordinaire des révolutions : pillage et massacre;
pillage des boutiques d'armuriers, assassinat
des officiers du üe dragons, tués à coups de
pi tolet, sans provocation aucune, devant
leur escadrons en bataille. &lt;c Il faut \·enir à
Pari », dit-il en descendant de chernl. ~fou

�r-

ffiSTORJ.ll

père ne se le fil pas répéter cl une heure
après il .irrivail aux Tuileries et donnait de
là l'impnlsinn r1ui écram dans l'œuf la Lenla-

lnuLilc de dire que lorsque le Roi el on
escorte eurent disparu dans une rue laléralr,
le combat rcpriL de plus belle, cl le 112•' de

SIEGE DE LA CIT\DELLE o'AxVERS : PRISE DE LA LU~ETTE SAINT-LAuRF:NT (q DÉCBIBRE 18.'h).

Gr.:1vure .:/'OUTIi\\ IITE, ;;/,':,.près le /3[,/e.:111 .:I.e liELLENGt ( 1/usü Je l 'e,·sJi!lts.)

live révolutionnaire. Le lcn&lt;lemain malin, il
était à cheval au milieu des troupes, des
gardes nationales qui cernaient l'émeute
dans le t1uarticr SainL-llerri. Il se passa là
un fait Lien caractéristique de ce peuple de
Paris cbri 11ui, a□ miLieu de ses aberrations,
vilire toujours la corde généreuse. Le Hoi,
accompagné de mon frère Nemours cl de son
étal-major, s'était engagé dans la rue des
Arcis, au bout de laquelle une fu.sillade très
vive ~c faisait entendre. Les troupes mas ées
dans la rue saluaient de leurs acclamations
le Hoi qui, avançant Loujours. arriva à un
carrefour où le combat était engagé. Les
acclarnatioos g:igna.nl de proche en proche,
les soldats qui ti raillaien L ces èrenL le feu
pour s'y a ocier. Ce changement de mu ique
frappa à leur Lour les insurgés ; ils cessèrent
le feu de leur côté et on les ,it apparaitre
aux fenêtres, le fusil à la maio, ôtant leur
casquette au Tioi courageux, sar lequel, un
iwlaal avant, il n'eussent pas lu!'ité lt faire
feu.

ligne enleva le cluîlrc Sai,ll-~lerri. Le 1.'~é l
Régiment hislorÎt[Ue 11ui, aprè, avoir combal Lu l'insurrection Llanche en Vendée, l'insurrection républicaine au cloitre Saint-Merri,
fait échouer la tentative du prince Napoléon
à Boulogne, occupé la Chambre des députés
le 2 décembre, et béroïlruement perdu deux
fois on effectif au siège de Paris, a finalement eu la chance de consener presque
seul, au milieu de nos malheurs, ·ses armes
el son drapeau.
Le cours de mes études ne fut plus interrompu que par un voyage que Je Roi flt en
Normandie, où je l'accompagnai. Le but ornciel du voyage était de passer en revue, à
Cherbourg, l'escadre qui avait opéré dans la
mer du •ord, de concert avec l'escadre anglaise, pemlant le règleQ1ent de la question
belge, mais le but principal était de parcourir
les départements de ormandie et de se
mettre en !'apport avec leurs braves po1,ulations.
Ce \'OJ'age fut fertile en incidents. Le prc-

mier surl'int à Bernay, la ville du vertueux
Ouponl de l'Eurr, un de ces ,·ertueux qui
mus feraient vertueusement couper la tête.
plnhil que de renoncer à la moindre parcelle
de leurs utopies populacières. Le préfd,
M. Passy, avait averti le Roi qne. parmi lPs
discours qui lui seraient adressés à son arri,·ée, il s'en tromerait un où on lui ferait la
leçon. Ain~i prévenus, nous arri..-on~, et montés sur une estrade en plein venl, surmontée
d'un dome de verdure, la réception et les
discours commencent. Rien de particulier
d'abord; enfin un président de tribunal s'a"ance et je vois tout de suite à la manière
dont il salue, à son air pincé et à la curiosité
avec laquelle toutes les tètes tendent l'oreiUe,
que le Roi va recevoir la leçon annoncée. Elle
arrive, en effet, très étudiée, très impertinente; tout le monde écoute en silence; il y
est que lion de courlisans, de danger d'écouter les flatteurs, etc., etc. Au moment où elle
se termine, les lêles de M. le président et de
ses amis se relèvent avec un petit air d' « aLtrape mon bonhomme 1&gt;.
Le Hoi répond alors avec la plus grande
politesse, c, remerciant M. le président des
conseils qu'il veut bien lui donner. Flalleurs
cl courtisans ont fait l.iien du mal en l'[et, et
la race n'en est malheureusement pas éteinte,
car nous avons aujourd'hui des cou.rti ans
bien plus dangereux que les flatteurs des
rois et des princes, cc sont les courtisans et
les llatteurs du peuple, qui, pour acheter
une vaine et miséraLle popularité, lui suggèrent·. pour son malheur, des rè\'CS irréalisables, etc., etc .... J&gt;. ~ur cc thème, mon
père décoche une ràclée bieu appliquée, inLerrornpuc i1 char1ue in~lant par des acclamaLions ronlagieuscs, si hieo que ce brave présideul ne sal'ail plus où se Î&lt;Jurrer. ~[on père,
eutre aulrt!S qualités éminemme11L françai t·s,
pon:dail au plus uaut degré !'~prit de repartie. Il a toujours su s'en . erlÎr, mai~ :i ,,.c
uue politesse cl une bonhomie qui émoussaient ce 1p1c la pointe avait de trop scusil.ilc.
Celle fois-ci le coup avait bien porté.
Le voya~e ainsi commencé eonûnua am:
nue cordialilé de rl-ceplion l't un succès toujours crui-sa11L Comme mt:tier, c'était assez
falig:mt. On allait à pclil&lt;'S journées, de réceptions en réceptions. ParlouL la garde n:iti,&gt;nalc el les troupes sous les armes. Q,1aud le
nombre en était considérable, nous ruontion
à cheval !-Ur des cheraux l rètés ou requis ,
préparés d'al'ance; le soir,au gilr, grand u:111quet et généralement un bal. C't:tait nous, les
jeunes gens, qui avions à conduire le bal,
làcbe assez agréable si nous avion· pu choisir
au milieu de très jolies Iemmes que mes quatorze ans commençaient à remarquer et dont
le nombre était grand, particulièrement à
Granville el à Saint-Lo. Mais nos danseuses
nous étaient désignées d'office el choisies
dans les familles des autorités. Nous nous
évertuions quand même pour êlre aimables.
L'étais-je trop ou pas as ez à un bal où je vis
paraitre tout à coup entre moi el ma daneu e la têle de son mari avec un : « llein !
elle n'est pas mal, ma Femme! o suivi du

'"------------------------------------claquement de langue d'uu dégustateur satisfait.
Falaise fut le point culminant du voyage,
quant am incidents. Nous devions y raire
étape. cl comme il s·y était réuni une quinzaine dr b,taillons de garde nationale, J'aide
de camp. fJUÎ fai ·ait fonctions de fourricl' des
logis, s'était occupé de trourcr, pour le fioi,
pour nous, pour les maréchaux Soult cl
Gérard, qui étaient du YOyage, des montures
convenables. J uslement la célèbre foire de
Guibray, qui rn lient près de Falai~c, vcnail
de se terminer, el un cirque, ,·cou pour
l'é3a1er, se lrouv:iil encore là. On lit main
basse ur sa cavalerie, cl, à noire arrivél•,
nous eûmes la trè agréable sm·prise dtl
trouver de beaux , henux blancs, bien cap:1raçonnés, au lieu des bidets d'allure cl des
chevaux de g"ndarmcs que nous montions
d·urdmair!'.

'ous Yoil:i donc en elle cl la rerne commence. Au moment où le noi prend la tlroitc
de la ligne, la musitJUC se fait entendre et ce
que personne n·a,·ait prérn se man:fe. le. Nos
fiers cour.;;icrs se croyant en scène, cliacun
s'empresse d'exécoler son lravail particulier.
l,,~ Hoi, le maréch:il So□ ll cl deux. auLres
personnes monlaienl les chevaux du GrandÉcm·t, qui tous les quatre se réunissent à
lïn -tant. Leurs cavaliers tirent sur la Lride,
aus,itôl les cheraux, sesentanlrènés, prennent
le pcLiL galop obligii. Un autre cheval exécute
voltes Hir volll'S, la confusion est géuérale,
personne ne dcvinaul ce qui se passe, jusqu'à
rc que 1'11idc de camp fourrier des logis, se
frappant le front, fit c~sser la musique.
Là ne s'arrêtent pas les malheurs; la
garde nationale était Ioule fière de posséder
uu canon. qu'elle avait attelé tant Lien q11e
ma.! : un cahot c.n fait briser l'essieu iu:;te

1/lEUX SOUYENU(S -----

pendant le dénié. Il y avait un peloton de
cavalerie monté sur des chevaux caliers ou
hongres, mais le Lrompclle était sur une
jumcnl, cc qui amena de nouvelles c:ilastro]!hes à la Rossinante. toujours pendant le
déûlé. Le soir, grand lial dans une va te
hara'[1le construite pour la circonstance. a,·ec
gradrns lout autour. Toul à coup la muilié
de, gradins s'effondre comme des capucins de
carie , et Loules les dames se trouvenl, san
grand m 11, sur le dos, les jambes en l'air, au
milieu l.l"une poussière épouvanlablc. fal'oue
&lt;1ue nous ,tvons pror.té peu galamment &lt;le la
confusion pour aller nous coucher, le noi
rais~nt de mème de son &lt;·11lé cl échappant
ain i à la per;;écution des réfu0ié~ pùlo11ais
interné· à Fillaisc, 11ui étaient venu au Lai
dans des uniformes de lanciers dignes des
clodochts du bal de l'Opéra, pour l'accabler
&lt;le l~urs réclamations.
P1w,cE DE JOl'\\' ILLE.

Chez M. de Voltaire
A

Un man:hanJ de cbape:rnx cl de sou liers
~ri cnlrr. tout d'un coup dans lt: salon de
.M. de Voltaire. M. de \'ollaire (qui se méfiait
tant des visites, qu'il m'avoua q11e, de peur
que la mienne ne ÎÎlt ennuyeuse, il avait pris
médecine à Loul hasard, afin de pouvoir se
dire malade) se auve dans son cabinet. Ce
marchand le suivait, en lui di~ant : « Monsieur, monsieur, je suis le ûls d'une femme
pour &lt;111i mus avez fait des vers. - Oh! je le
crois, j'ai tant fait de vers pour tant de
femmes! Bonjour, monsieur. - C'est madame de Fontaine-Martel. - Ah, ab, monsieur, elle était Lien Lelle ! Je suis ,·otre ser,•ileur. (Et il était prêt à rcnlrer dans rnn
cabinet.) - Monsieur, où awz-,ous pris ce
bon goût qu'on remarque dans œ salon?
Votre château, par exemple, est charma ni.
Est-il bien de ,ous? (Alors Voltaire revint.)
- Ob, oui! de moi, monsieur; j'ai donné
tous Jes dessins. Vnyez ce dégagement et cet
escalier. Eh Lien? - Monsjeur, ce qui m'a
attiré en uisse, c'est le plaisir de voir M. de
Haller. (M . de Vollaire rentrait dans son cabinet.) Monsieur, monsieur, cela doit ,·ous
avoir beaucoup coûté. Quel charmant jardin!
- Ob! par exemple, disait M. de fol taire (en
revenant), mon jardinier est une bête; c'est
moi, monsieur, qui ai tout fait. - Je le
crois. Ce ~I. de Haller, monsieur, est un grand

,» Ju ;.,,;

♦

•.A

homme. (li. de \'ollaire rentrai!.)- Coml,ien
Je Lemps faut-il, monsieur, pour Làlir u11
cJâteau à peu près aussi beau que celui-ci? »
(lf. de Voltaire ren•nail dans le Falon.) San
le faire c:xprè~, ils me jou~rrnl la plus jolie
scène du monde. ~LM. de Voltaire m'en donna
bien d'autres plus comiques encore par ses
vivacités, ses humeurs, ses repentirs. Tantôt
homme de lettres, et puis seigneur de la
cour de Louis XIV, cl puis 1110:nmc de la
meilleure compagnie.
Il éLaiL comique lorsqu'il fais~it le seigneur
&lt;le ~illage; il parlait à ses mananls comme à
des ambassadeurs de nome, ou des princes
de la guerre de Troie. li ennoLli sait touL
Voulant demander pourquoi on ne lui donnait
jamais du civet à dîner, au lieu de s'en informer tout uniment, il dit à un vieux garde:
« Mon ami, ne se fait-il donc plu d'émigration d'animaux de ma terre de Tourney à ma
terre de Ferney? »
JI était toujours en souliers gris, bas gris
de fer roulés, grande veste de basin, longue
jusqu'aux genoux, grande el longue perruque, et petit bonnet de ,·elours noir. Le dimanche il meltait quelquefois un bel habit
mordoré, uni, ,·este et culollc de même,
mais la veste à grandes Lasques, et galonnée
en or, à la bourgogne, galons festonnés el à
lames, avec de grandes mancbeLLcs à dentelles

jusqu'au bout &lt;les doigts &lt;I car a\'cc cela,
disait-il, on a !"air noLle. )l
r. de Vùllaire é1aiL hon pour Lous ses
alentours, et le faisait rire. JI embellissait
tout cc qu'il vopit el loul ce qu'il entendait.
Il fit des questions à un officier de mon
régiment, qu'il trouva sublime dans ses réponses. « De quelle religion êlcs-vous, mon-.
sieur? lui dcmanda-L-il.- Mes parents m'ont
fait élever dans la religion catholique. Grande réponse! dit M. de Voltaire; il ue dit
pas qu'il le soit. »
Toul cela parait ridicule à rapporter cl l'ait
pour le rendre ridicule; mais il fallait le voir,
animé par sa belle cl brillante imagination,
distribuanl, jetant l'esprit, la saillie à pleines mains, en prêtant ~, tout le monde, porté
;1 voir et à croire le Leau et Je bien, abondant dans son sens, y faisant abonder les autres; rapportant tout à ce qu'il écrirait, à
ce qu'il pensait; fai ant parler et penser
ceux qui en étaient capables, donnant des secours 1t tous les malheureux, bàfüsaot pour
de pauvres familles, el bon homme dans
la sienne; bon homme dans son village, bon
homme et grand homme louL à la fois, réunion sans laquelle l'on n'est jamais complétcment ni l'un ni l'autre : car le géuic donne
plus d'étendue à la lion té, cl la bonté plus de
naturel au génie.
PRINCE DE LlG-:\'E.

�,

ARVÈDE BARINE

La duchesse du Maine
nation. Il se déguisait en laquais ou en marchande à la toilette. li louait et meublait tout
un ctilé d'une rue, afin de percer les murailles
à l'intérieur el de gagner sans être vu la maison qui l'intéressait. l\enlré chez lui, oi1 il
n'était pas amonri·ux, c'é1ail un être insupportable, un tyran fantasque et avare. SaintSimon prétend qu'il ballait sa femme. En
tout cas, il la maltraitait très fort en paroles
et l'opprimait cruellement.
i'fous avons dû nous arrêter un peu lonnucmenl à M. le Prince, parce que sa fille A~ne-

palatin du Rhin, et de celle Anne de Gonzague-Clèves quijoua un rôle pendant la Fronde.
Anne-Louise-Bénédicte de Ilourbon, née en
,ime la Princesse était une malheureuse créa16 iti, était la petite-fille de « li. le Prince le
ture sans défense, petite el laide, un peu
héros », comme on disail en ce temps-là,
bossue, un peu to~tue. d'une douceur et
c'est-à-dire du grand Condé. Son père, )[. le
d'une patience J'ange, sans esprit, mais de
Prince tout court, était un petiL homme très
beaucoup de vertu el de piété. Son mari en
maigrr, a\'eC des yeux de fou qui l'éclairaient
avait fait une sorte de marionnette. Il lirait
tout. Il a\'ail :rntanl d'esprit qu'on en peut
le fil cl Mme la Princesse entrait ou sortait,
avoir, beaucoup de valeur naturelle et d'envii:
se• levait ou• s'asse,ail,
prenait une firrure
J
C
de se distin1;ucr, un sa,oir étendu, une politriste ou gaie, sans savoir pourquoi el sans
tesse exquise et des gràces infinies quand il
oser le demander.
était en rnciété et qu'il se conCe petit couple a,·ait eu dix
traignait. Fn grain d'extra\'nrnfants, dont ]a moilié mougancc rendait ces beaux dons
rurent en lias âge. IJes cilll[
inutiles. C'était l'homme des
11ui survécurent, uu seul concaprices el des cmporlemcnls.
sentit à grandir un peu; c'était
li changeait d'idée à ch;1que
Marie-Thérèse, la future prinminute, 1•t il fallait que toule.
cesse de Conti. Le reste desa maison en chan~eâl a'"ec lui.
meura si pelil. si petit, que
On ,oulait el on ne voulait
c'était une famiJle de pygmées.
plus; on parlait cl on ne parLe grand Coudé disait que « si
t.,il plu,; on communiait el on
sa race allilit toujours ainsi en
ne communiait plus; on cropi l
diminuant, elle viendrait 11
souper à faouen cl on soupait
rien», el le fait est qu'il oc
à Paris: on a,·ait chaque jour
s'en rallail plus guère ttue l'bôquatre drners prèL,, dans quatcl de Condé ne ftit le rolaume
tre villes dilJérentes, el l'on
de Lilliput, un Lilliput triste,
ne savait jamais, le malin, legouverné par un ogre. Le ter11ucl des quatre on mangerait. '
rible M. le Prince était l'ogre.
Il arriva à li. le Prince de se
Il avait tOUJOurs l'air de chermeure en roule quinze jours
rherla chair fraiche, et il élait
tle suite pour Fontainebleau
la terreur de Sl·S enfants, qui
avec sa femme, et de se ra\'ine rèîaicnl qu'aux moyens de
ser &lt;1ui11ze jours de suite avant
lui échapper. Les filles séd'être au bout de la rue. En
chaient d'impatience dese marc-.-ancbe, il la fai:ait monter
ril'r, d'autant plus que leur
en carrosse au moment qu'elle
père ne se pressait nullement
s'y attendait le moins el l'emde les pourvoir. L'ainée, celle
menait en voyage sans crier
qui a\'ait grandi, complait déjà
gare.
vingt-dem. ans quand rlle épouSa lésinerie est demeurée
sa son euusin, le prince de
célèbre el, cependant, aucun
Conti. Les trois cadettes rrrhomme ne !ut plus magnimirent de joie el d'anxirté en
fic1uc à l'occasion. Il dinait de
apprenant que le duc du Maine
la moitié d'un poulet, dont
songeait à elles cl que M. le
rautre moitié scnail pour le
Prince d6irait celle amance.
lendemain, mais il dépensait
Le fiancé comoité avec taut
des millions en fantaisies et en
d'ardeur n'était pourtant pas
Lou1s-.\n_;usTE DE Bot:RllO:-i. DUC l&gt;U ~l.rnŒ.
galanteries, à embellir Chan- Gr,ll'ure txt,uUe, .i l'occasion Ju 11Url:!.ge Ju Ju.:, par LEPAUTRE, J'atrès ,hT. Du:u. un parti glorieux pour les potilly et à éblouir les belles datites-filles du grand Condé. li
mes. Amoureux, - et il le
était le second des neuf enfut souvent, - c'était une pluie d'or el Louise Leàait beaucoup de lui. Elle n'avait au fants l{Ue Louis XIV a,·ait eus de Mme de
un héros de comédie. Rico n'était Lrop cher, wntraire rien de sa mère. M. le Prince avait Montespan et qu'on avait d'abord cai;hés,
et il surpassait Scapin en fertilité d'imagi- épousé une fille d'Édouard de Bavière, prince puis montrés peu à peu à la cour, puis légi... '-l ...

________________________________

limés, et autorisés enfin, en 1680, à porter
le nom de Bourbon. Leur élévation rapide,
cl qui promettait une ~uite, avait scandafüé
L, France dans un temps où tout
ce quo faisait le roi était admirable el sacré. 11. le Prince ne
l'Oulut voir que les a,·antages solides des alliances a \'CC les &lt;t légitimés ». Il avait déjà marié son
fils, ~l. le Duc, avec une sœur du
duc du Maine. Lorsqu'il sut que
celui-ci cherchait femme, il olîril
se., filles.
On ~ail que le duc du ~laine était
un pauvre pied-bot qui avait passé son enianceà ètre malaJe. Son
frère ainé était mort à trois ans.
Lui-mème 11 'échappa que grâce au
dérnuement de Mme de Maintenon, alors simple gouvernante chez
Mme de )lonlcspan. Mme de Maintenon aima cc petit infirme en rai~on des peines qu'il lui coùtait.
Selon l'exprt'~,ion de Saint-Simon,
elle avait pour M. du \faine «le
faiLlc de nourrice». EUedisaiL en
parlant de lui : « la tendresse de
mon cœur •&gt;. li n'y eut médecin
qu'elle ne consultât, jusqu'à faire
incognito le ,·01age d'Anvers pour
monlrer son nourrisson à un
homme en réputation. C'était en
. IGH. L'enfant avait quatre ans,
cl une jambe p,lus courle que l'autre. A en croire Mme de Caylu~,
nièee de Mme de füintenon, le
traitement d'Anvers eut pour résullat de rendre la jamLc trop
courte plus longue que l'autre,
de ~orle que le jeunl' prince aurait boité de l'autre pied s'il arnit
marché; mais il ne marchait pas.
Barèges le mit enfin debout, sans
pouvoir l'empêcher de clopiner. Sa boiterie
et sa chéliverie contribuèrent à le rendre extraordinairement timide de corps et d'esprit.
li avaiL été pétri d'intelligence et de malice
dès le lias àgc. ll eut en grandissant l'esprit
vif, facile cl studieux. A. sept ans, on le citait
comme une manière de prodige cl ron imprimait ses thèmes el ses lettres sous ce
titre : Œuvl'es clive1·ses d'un auteur de sept
an~. Le volume était précédé d'une épitre à
la louange du roi et de Mme de Montespan,
composée par Racine. A. la mort du grand
Corneille, )1. du Maine - il avait alors qualoue ans - songea 4 le remplacer à l'Acldémir. Le roi refusa son consentement, non
que les Œ1wres dfrerses lui parussent uu
litre insuflisanl, mais parce qu'il trouvait
l'auteur un peu jeune. Avec les années, M. du
Maine s'enfonça de plus en plus dans les
füres. li aurait élé rat de hibliolhèttue, et
parfaitement heureux, ~ans le hasard de sa
naissance, qui le condamnait à faire des choses grande:, el héroïques.
Ce n'était pas du tout son fait. Sa timidité
demeurait insurmontable. 11 ne put jamais
prendre sur lui d'être un foudre de guerre

ou de tenir tète à un contradicteur. Le roi el
Mme de Maintenon saisirent en vain toutes
les occasions de mettre leur favori en lumit•re.

Ils ne purent rien conlre la nature, qui anit
dcsliné le jeune prince aux rouvres pacifiques,
el n'aboutirent qu'à le rendre fasimulé. Les
ennemis de ~!. du Maine l'accu~aienl hautement d'hypocrisie. Une amie de sa maison a
dit en termes beaucoup plus doux quelque
cho5e qui y ressemble : a Le fond de son
cœur ne se découvrait pas; la défiance en défendait l'entrée, et peu de sentiments faisaient
effort pour en sortir 1 ».
Ses immenses richesses compensaient bien
des choses. A la suite d'événements que nous
n'avons pas à rappeler ici, il était devenu
l'héritier des biens de la Grande Mademoiselle. Naissance à parl, M. du Maine était un
des beaux partis de France.
Quand il parla de s'établir, Louis XIV commença par l'en détourner. Quelque cher que
lui fùl ce fils, il voyait bien qu'il était mal
bàti. ll sentait, d'autre pari, lïncoménient
de prolonger les branches bâtardes dans la
maison royale. 11 dit crûment au jeune prince
« que ce n'était point à des espèces comme
tui à faire lignée ». lime de ~laintenoo était
dernnue toute-puissante. Elle plaida la cause
1. JUmoire, de Mm~ de Staal.

... 15 ...

1.Jt

DUCHESSE DU

M Jf.1:NE

de son élè"e. 11 Ces gens-là, lui répondit
Louis XIV, ne se devraient jamais marier. i&gt;
Elle insista, l'emporta et chercha autour d'elle
une princesse. Les filles de M. le
Prince lui semblaienL par lrop
petites. La plus grande était de
la taille d'une enfant de dix ans,
et les trois sœurs avaient l'air de
joujoux. Leur belle-sœur, la duchesse de Bourbon, les avait surnommées les cc poupées du sang»,
el cc surnom leur allait à mer1cillc. Mme de Maintenon écri\'it
11 son amie l'abbesse de Fonlcnault : « Le duc du Maine désire de l'être (marié), et on ne
~ait qui lui donner. Le roi penrhe
plus à une particulière 11u'à une
princesse étrangère;... les filles
de M. le Prince sont naines; ,•n
connaissez-vous d'au lres '! » (Lettre du 27 septembre 16\) 1.)
Mme de ~laintcoon cherchait
hicn inutilement, car M. du Maine
était décidé. L'idt:e tl'cnlrer dans
la maison de Condé lui souriait
trop pour écouter aucune objection. On passa au choix.
Des Lrois filles de ~f. le Prince
• 1plÎ restaient à marier, l'aint:e,
Mlle de Condé, était jolie el pleine
de raison. Une ligne de pluslui fit
1m:rérer la seconde, Anne-Louise.
.\Ille de Condê eut un tel crhecœur de rcsleravcc !:on père qu'elle
tomba malade de la poitrine, languit quelques années cl mourut.
La liancéc marchait sur les
nues. Elle a, ait quinze ans cl demi,
le fiancé vingt-Jeu,. Louis XI\'
leur fit des noet•s royales. Le
mardi 18 mars tfl92, il y eut
u appartement» à Trianon. t:arparlement était une grande soirée oii l'on
ne dansait point, qui commençait ;1 sept
heures et finissait à dix. Il I a"ail de la musique dans un des salons, des rafraichissements dans un second. Les autres piècrs
étaient garnies de tables, préparées pour toutes
sortes de jeux. Une entière liberté régnait
dans ces réunions, que nous sommes disposés
à nous figurer guindées. Aucune étiquette. ,
Chacun fai:;ait cc qu'il lui plaisait, jouail avec
qui il roulait, donnait des ordre.s aux laquais
s'il manquait uno table ou un siège. Le roi
ne \'enait que des instants, et il cessa même
tout à fail de paraitre aux 11ppartements ~ous
le règne de Mme de Maintenon. En 1602, il y
arnit longtemps qu'on ne l'y ,·orait c1u'aUJ.
grandes occ.isions. Sa présence en était d'au- ·
tant plus remarquée.
li viol à celui de Trianon, i Jemeura longtemps et présida une des tables du souper.
Le lendemain 19 mars, un peu avant midi,
la noce alla le prendre dans son cabinet du
chàteau de \'ersailles. On se réndil en cortège
à la chapelle, où le mariage fut célébré. On
se mit à table en sortant de l'église, puis il
y eut grande musique, grand jeu, grand

�,

_______________________________

1f1STOR)A
souper, ~rand coucher des mari: · rp1 'on ne
l:i.is~a rnfin tran11uillcs rp1'aprè douze heure
\k cJr 1monic., de révérences cl de compli-

()AS

leur · p:irure ·; rllc ne m:111,;c gui•rr, cil· ne
dort peul-être pas assez, cl je meur:; de peur
1p1'on ne l'ail trop lôl m1riée. Je voudrai la

bon plai ir de Sa Majcslé. ~laladc ou Lim '
porlantc, même enceinte uu relcrant de rouchcs , il lui fallait être en "rand hauit de

el furent di:;.,raciéc san~ e poir de r:etour; train de üe qui erail arrréaLle à Dieu, au Roi
c'était un crime an r{-mi ·sion.
et à M. le duc du Maine, qui a as ez de bon
~lme du Maine jura qu'on ne l'I prendrait St'ns pour Youluir a femme plu sage tiuc
pa , cl elle l1nl parole. Elle avait ~upporté certaines autres. »
lime de Jfainlrnon se plaignait ensuite du
quinze ans la cruelle contrainle de l'hôtd de
Condé, et elle en avaiL a ez. Elle était bien peu ,de soumbsion de la duchesse, et ajoutait
décidée à ne plus jamai e gêner, pour per- pour corri,,er l'amertume de ,es reproches :
$Onne au monde, el elle enroya promem·r • Du reste, elle e l telle que TOUS me l'avez
l'étiquette, les . oirées officielles, les c·ou,·er- dépeinte : jolie, aimable, gaie, pirituelle, et
ation.: morales chez Mme de Mainte11on, le
par-de sus tout cela aime fort son mari, &lt;1ui
vol·ane en l11ilct1e de gala et le· diuelle· dans de son côté l'aime pa ionnément, et la gâtera
le carrosse du roi. Elle fit pi· encore : l'ile se plutôt que de lui faire la moindre peine. Si
donna congé des lonrrs offices el dl's ex.ercic es celle-là m'échappe encore, me voilà en repos,
de piété qui ~laient de mode depuis que et per uadée qu'il n'est pas po ible que le
Loui · XIV d1moaît austère. Le ':l7 août tu93, Roi en Lrou,•e une dans sa famille qui c
Mme dt1 Maintenon récrivait à ~lme de Hriuon, tourne à bien. »
d'un toa aigre-doux celle foi : « J'ai un chaMme de '1ainlenon rut promptement « en
pitre à traiter avec ,·ou , qui csl ct'Jui de repo 'O. lime du Maine lui avait déjà échappé,
lime du Mairn•. \'ous m'a1·ez trompée sur son el c'était par un reste d'illusion qu'elle se
esp1·il dans l'article principal, qui t!Sl œlui de llaLtait encore de la rt•tenir. Elle avait échappé
la piété: elle n'Herne qui y tende, el veut Faire à tout le monde, à lt. le Prince le premier,
en tout comme les autre . Je a'o e r1eu dire qui était aba ourdi de la manière dont elle e
à une jeune princesse élevée par la Yertu moquait de ses observations. Elle a,·erlil es

Ut

DUC1fESS'E DU

..iJfA1NE

- - -.

Piccola si, ma /a pur graui le f eri te. n Elle
esl petite, mais elle pique bien u. Quant à
~I. du Maine, elle le terrorisa et le mit à la
chaine. ll n'o ail oufllcr ni broncber devaoL
sa femme. Elle avail l'air i pénétrée de
l'honneur qu'elle lui avait fait en l'épousant,
que la timidité du paune homme en redoublait. Et puis elle lui faisait des scènes au
moindre mot, et c'était one cho e dont il
avait une frayeur mortelle. Il prit le parti de
ne jamais la contrarier el de lui obéir en Lout.
Restail le Roi, donl un seul rerrard faisait
rentrer sous terre les autres princesse .
Louis XIV craigniL sans doute de se commettre a1•ec celle fougueuse petite personne.
ll adressa prudemment ses représentation
au duc du Maine, qui lui répondit n'en pouvoir mais. « Ainsi, dit lime de Ca1lus, s'étant
rendue bienlôl incorrigible, on la lais a en
liberté faire tout ce qu'elle voulut. » C'était
ce qu'elle demandait.
La poupée se trouvait être un démon. Personne ne s'en était douté, à cause de la bonne

L\ SYlll'llO:-ilE, - Gravure J'.\'ITiJtN.: T RO~\'.\IS, (t' iNnet de, Esl.1mtu )
le.: Juc de Llllurgog-nc, .,bdamc, du.:hc,sc Je I hartrc~. X ... , du.:bc,,e ,lu .\l.iinc, princesse "c Conti, ;\\me de X.. . (dame a~~i~c ~ur un
tabourCll, ,t.iucmou,cllc, Ju.: de &lt; hartrcs.

LA QU.\TRt~· IE en \Ml&lt;RE DE. Al•P,\RTF.l!F.:-,s, ,\l' CIIHEA U OF \',;RSAI LU.S :

De gauche â Jroite

~

mcnh. Lcjc111li ~O, la nomclle Juche ·se r ,,111i1.
un habit de gala el 'étendit sur son lit. Elle
reçut en cette po. Lure la cour Lout entière.
Le "cndredi cl l, · jour· uivanlS . e passèrent
en fêle . ~lmc de Maintenon ûnil par 'alarmer pour la peLiLe poupée, qui avait l'air i
franile. Elle écrivait le mardi 2."i à Mme de
Brinon, religieuse ursuline, lJUi 'éLaiL mc•lrc
du maria,,e :
a ••• Pas·ons 11... ~lme du Maine, dont le
roi e l très conlènl, au i bien que monsieur
son mari. Voilà œ mariage que von lrOU\'Îc.:i
si raisonnable à faire: j'étais fort de cet a\'Î ;
Dieu ,·caille 11u'ils en oient :nui satisfaits
11ueje le uisjusqu'à œlle heure! On m'a dit
11u'clle irail pa ~cr la ·rmainc sainte à ~lo11luub~on: repo.ez-la l1ic11; ua la lue ici par
les contrainte el les fatigues dr la l'Our i die
~uccomue sous l'or el le pierreries, et a
coiffure r~~e plus que Loule ,l personne. Un
l'cmpècbera de croître et d'a,·oir de la santé;
elle c~t plus jolie sans bonnet 1p1'avcc toutes

tenir à • ainl CH. ,·ètue comme l'une tl
verlr 1, el rourÔnl d'aus~i bon co~ur dans les
jardins. li n\ a point d'auslérilés pareille · à
celle · du monde. o
La première ,emaine rut ain ·i un enchantement général. .,tme de Mainlenon joui .ail
a,·ec déliocs de la lune de miel de son cher
élève el au!!llrail mcneillc de la nomellc duches e, qu'elle ne doutait pa de "ouverner à
~a guise. ur cc dernier point, il fallut vile
en rabatlrc. A peine Mme du laine eut-elle
, u de près ce qu'était l'existence à la cour,
cc que le roi e. igeail de complaisan~ des
femmes qui l'approchaient, que son parti fut
pris de se révolter. li c·t certain que c'était
un lourd esdaYage.
tlnc "randc dame appartenant à la conr
dcrail Loujour:. èLrc là, el toujour:. prèle à
aroir envie de œ &lt;Jui plairait an roi. Elle
arail faim el :.oil, chaud el froid, selon le
1. Lr a wr1t·, •

,•,1a 11•111

ti,, i•li:H , ,l 'une

lJ le, d •~'"'•

... 16 ....

cour, décollcLJc cl tète nue ; voya"er dan cet
app:ircil cl recevoir d'tm air riant le soleil,
le vent el la pous ·ière; dan cr, ,ciller, ouper
de hou appétit, être gaie el a,·oir bonne
mine, le loul aux jour el heure· marqués
par le roi, sans déranger rien d'une minute.
Les voyages étaient l'éprcure la plus rude.
Loui XIV 'amu ait à remplir _on \·a.le
carro~se de femmes p.irées et de mangeaille.
Toutes les glaces étaient baissé et les ridcau x omert , quels que russcnl le tcmp
cl la saison, parce qu'il aimait l'air ..\ peine
en roule, il faisait manger les dame , « et
tuangcr à crerer 11, dit :aint- imon. Cela
durait tonie la jonrn,1r, sans qu'il fûl 11ue~tion pour J'aulres &lt;1ue le l\oi de d~cendre de
voilure, et l'on oupail en arri"ant comme si
de rien n'était. Quehp1es-uncs pensèrent
mourir en roule et ne durent d'arriver en vie
qu'aux
forces surnaturelles que donne le sen,le, pc~
Liment monar~hiquc. Plusieurs 'éranouircnt

D.A:SS L.\ SIXIÈME CIL\llBRE DES APPARTE!dEl,ï , AU CHATEAU DE VERSAILLES: LES RAFRAÏCHISSEJŒXTS. - Gr~vtJrt d'Al n'OISE TRO UVA IN. (C&lt;Jbind des Esl2m('ts. )

même; je ne voudrais pa la faire dévote de
profession, mais je vous arnue que j'aurais
bien voulu la voir régulière et prendre un
\' -

HtsrORIA . -

Fa,,.:. 3.'.

belle -sœur d'avoir à ne pa se mêler de
ses affaire , en prenant pour emblème une
« mouche à miel II entourée de la devi e :

discipline que li. le Prince maintenait dans
sa maison, et chacun s'étonnait de d.lcouvrir
dans le Petit Poucet des princesses la femme
2

�---111ST0~1A-----------------------a plus entreprenante, la plus audacieu~e qui et elle entreprit de pousser son boiteux, puisflil jamais, pleine d'esprit, vive comme la qu'il était trop pusillanime pour se pousser luipoudre Et quel caractère! • Son humeur est même.
impétueu e et inégale, écrivait Mme de Staal;
Par un mélange bizarre, Mme du Maine,
elle se courrouce et s'aCflige, s'emporte et avec tant d'orgueil cl de hauteur, était née
s'apaise -vinat fois en un quart d'heure. Sou- bergère d'opéra-comique. On n'est pas impuvent elle sort de la plus profonde tristes e nément la fille d'un prince qui se &lt;léguis'e en
par des accès de gaieté où elle devient fort marchande à la toilette. La petite doche.se
aimable. » EUe parlait a\'ec éloquence, véhé- adorait les pompons, ceux de l'e. prit comme
mence et surabondance; il n'y a"ait qu'à . e ceux des robes, le fêles -galantes el les petits
taire devant elle; du reste elle n'écoutait ja- vers. ll lui fallait des plaisirs romanesques,
mais les autres. Passionnée jusqu'à la dé- une vie m)Lbologi4ue, un Parnasse de carton
raison, c'titait par-dessus le marché un petit où elle pùl régner, déc,auisée en nymphe, sur
monstre d'égoïsme et un petit prodige d'amour- de beaux esprits en bergers d'Arcadie. Celle
propre : « Elle croit en elle de la mème ma- héroïne brillante el dangereuse était à sP.s
nière c1u'elle croit en Dieu et en Descartes, heures parfaitement ridicule.
sans examen et sans discu sion. »
On a vu que ~lme de Maintenon la Lrournil
Elle y croyait, premièrement, parce que jolie. Mme du Maine était pour sa part trè·
c'était elle, et ensui Le parce qu'elle était sûre contente de son vi age. Le public en élait
que Dieu fabrique les princes avec une houe moin satidait, et Mme de taal s'est plu à
à part. Ils ont l'air de n'être que des hommes, constater ce désaccord dans un passage malimais c'est une apparence. Ce sont des demi- cieux : « on miroir n'a pu l'entretenir dan,
dieux, et Mme du Maine, par une fa"eur le moindre doute sur le agréments de sa
spéciale de la Providence, était plus qu'à figure. Le témoignage de ses yeux lui est plus
demi déesse. Elle pou,·ail par conséquent tout suspect que le jugement de ceux qui ont dése permellre, et elle se permit en effet à peu cidé qu'elle était belle et bien faite. » A en
près tout. Elle se devail, d'autre pari, de juger d'après les portraits de l'époque, c'était
conquédr une situation digne de sa divinité, Je public qui avait raison, el Mme du Maine

avait peu de beauté. Les porlrails de sa prem.ière jeunesse nous montrent de beaux yeux,
des joues lrop gro es, uoe physionomie poupine, alourdicencoreparunccoiffure énorme.
On conç.oit qu'elle ail trompé son mondé a,·ec
ce ,·isage bonasse, qui annonce si peu un
,olcan.
es traits ne lardèrent pa à s'accentuer. li
y a au château dl! Versailles un portrait de
Mme du Maine vieillissante, par Nattier, qui
est d'un réalisme cruel. La doches e a une
figure de naine, une figure trapue et sans
grâce. Elle a le nez epais, la bouche vulgaire,
deux menton et la peau grosse. Rien d'une
déesse. Mais nous n'en sommes pa encore là.
Nous en sommes à une petite personne fraiche et mi!!Donne, qui cache ses va tes projets ous des airs d'enfant.
Les flambeaux de la noce n'étaient pa
éteints, que .llme du Maine rêvait déjà au
parti à tirer de sa mésalliance. La cour de
France était alors un beau champ pour l'inLrigue. Tant de choses changeaient, qu'il n'y
a\'ait rien qu'un esprit ambitieux ne pûl convoiler et espérer. La vieille société arislocratique tombait en pièces; il 'agissait de ramasser les morceaux, el de s'en fabriquer
adroitement un piéde tal.
(A suivre.)
ARVÈDE BARINE.

Frères

ei

sœurs

•
CmtDAT DE POLOTSI!. -

Louis XV avait une grande considération,
ainsi que la llarqui e, pour Mme de Choiseul; el Madame [Je Pompadour] di.ait:
« Elle dit toujours la cho P qui con\'ienl. t
~lme de Gramont, sœur de li. de Choiseul,
ne leurélail pas aussi agréable, etje crois que
cela tenait au son de sa voix el à son ton
bru que; car on dit qu'elle avait beaucoup
d'c prit el qu'elle aimait le Roi el Madame
avec passion. On a prétendu qu'elle faisait
des agaceries à a Majesté et qu'elle voulait
upplanter la Marquise. Rien n'est plus faux,
ni plus bètement imaginé.
Madame dit à ~I. le duc d'.Ayen que M. de
Choi eul ainiait beaucoup a sœur.
li .Je le sais, répondit-il, el cela rait du
bien à beaucoup de sœurs.
- Qu 'e5l-ce que cela veut dire?
- D'après M. de Choiseul, on croit du
bon air d'aimer a sœur. Et je connai de
otles bêles dont le frère n'aTait pa · fait ju -

qu'ici Je moindre ca , qui sont aujourd'hui
aimées à la folie. Elles n'ont pas silôl màl. au
bout du doigt que le fr:!.re est en l'air pour
[aire venir des médecins de tous le coin de
Paris! Ils se persuadent qu'on dira chez
M. &lt;le Cboi eul : ,, ll faut convenir que
M. de ...... aime bien sa œur; il ne lui urvivrait pas, s'il avait le malheur de la perdre! »
Madame raconla œla à son frère, devant
moi, en ajoutant qu'elle ne pom•aiL rendre le
ton comique du duc. 31. de ,tarigny lui dit :
" Je les ai de"ancés sans faire lanl de bruit;
el wa petite sœur sait que je l'aimai tendrement avant l'arrivée de la ducbes~e de Gramont de on chapilre. Cependant je crois c1ue
le duc d'Ayen n'a pas tort; cela est plaisamment observé, à .a manière, et vrai en partie.
- J'oubliais, ajouta Mado.me, que M. le duc
d'..\yeo avait dit : a Je voudrais bien être à la

« mode; mais laquelle de mes sœur pren&lt;c drai-je? ~fme de Caumont esL un diable
&lt;( incarné; Mme de Villar est une œur du
« pot; Mme d'Armagnac, une ennuyeu c;
tt lime de La Marck, une folle! »
- Voilà de beaux portraits de famille,
~fon ieur le duc, , disa.il Madame.
Le duc de Gontaul riait aux. éclat pendant
ce temps-là. C'était un jour que la llarqui &lt;'
gardait Je lit qu'elle raconta celle histoire;
M. de Contaut se mit aussi à parler de sa
sœur, lime du !loure; je croi du moins que
c'est le nom qu'il a dit.
Il était fort gai, et passait pour faire de
la 11aîté.
u C'est, disait quelqu'un, un meuble exèellent pour une favorite: il la fait rire, il Dl'
demande rien, ni pour lui, ni pour le au1res. li ne peul exciter de jalou ·ie, et ne se
mêle de rien. u
On l'appelait l'eunuque blanc.
11ADMIE

ou HAU 'SET.

D'après le lab/tau dt

CIIARLES LA~GLOIS .

(Mus~, dt l"uso.1Wts .1

Mémoires

du général baron de Marboi
CHAPIT RE XII
\larche de la Grande Armée. - Prise tlc Smolensk.
- Ney 3U d_éûlê de Valoutino . -;- Uataillc de la
\loskova. - Epi ode, ilhers.

Pendant que les é\'énements que je vicn
&lt;le raconter s'accomplissaient devant Polotsk
et ur les riTes de la Dri a, l'Empereur était
resté à Witep k, d'où il dirigeait l'ensemble
des opérations de ses nombreux corps d'armée. Quelques écrivains militaires ont reproché à Napoléon d'avoir perdu beaucoup de
temps, d'abord à '\Vilna, où il demeura dix-

neuJ jours, et en uite à Witep k, où iJ en
pas. a dix-sept, et ces écri\'ains prétendent que
ces trente-six jours auraient pu être mieux
employés, bUrlout dans un pal'S où l'été e l
fort court et où l'hi,·er commence à faire
sentir se rigueur!- dès la fin de septembre.
Ce reproche, qui parait fondéju ·qu'à un certain point, est néanmoins atténué, d'abord
par l'espoir qu'avait l'Empereur de voir les
Russes demander un accommodement; en
second lieu, par la nécessité de ramener vers
un centre commun les divers corps détacMs
à la poursuite de Bagration; enfin, parce qu'il

était incli pensable d'accorder quelque repo
aux troupes qui, outre les marches régulières,
se trouvaient, chaque oir, forcées d'aller
chercher des vivres loin de leurs bivouacs;
car, les Russes brûlant tous les magasins en
se retirant, il était impo iLle de fair&lt;! de
distributions journalières aux soldats français. Cependant, il exista fort longtemp une
heureuse exception à ce sujet pour le corp~
de Davout, parce que ce maréchal, aussi Lon
administrateur que grand capitaine, avait,
bien aYanl Je pas age du iémen, organisé
d'immenses convois de petits cltariols qui sui-

�_

IDSTO'Jt1A

yaient son armée. Ces chariots, remplis de
biscuils, de salaisons et de Légumes, étaient
traînés par des bœnfs dont on abattait un
certain nombre chaque soir, ce qui, en assurant les vivres de la troupe, contribuait in.fioimeot à maintenir le soldat dans le rang.
L'Empereur quüta Witepsk le 15 aoùt, et,
s'éloignant de plus en plus des 2• et û• corps,
qu'il laissait à Polotsk sous les ordres de
~aint-Cyr, il se porta sur Krasnoë, où une
partie de sa Grande Armée se trouvait réunie
en présence de l'ennemi. On espérait .une bataille; on n'obtint qu'un léger combat contre
l'arrière-garde russe, qui fut battue el se retira lestement.
Le t5 aoùt, anniversaire de sa fête, !'Empereur fit défiler devant lui ses troupes, qui
le reçurent avec enthousiasme. Le 16. l'armée
découvre Smolensk, place forte que les Russes
ont surnommée la Sainte, parce qu'ils la
considèrent comme la clef de Mo cou et le
palladium de leur empire. D'anciennes prophélies annonçaient de grands malheurs à la
Russie le jour où elle laisserait prendre Smolemk. Cette superstition, entretenue aYec soin
par le gouvernement, date de l'époque où la
ville de Smolensk, située sur le Dniéper ou
Borystbène, était l'extrême frontière des Moscovites, qui se sont élancés de ce point pour
faire d'immenses conquêtes.
Le roi Murat et le maréchal Ney, arrivés
les dfüx premiers devant Smolensk, pensèrent, on ne sait trop pourquoi, que l'ennemi
avait abandonné cetle place. Les rapports
adressés à l'Empereur lui faisant ajouter foi
à cette croyance, il prescrivit de faire enlrer
l'avant-garde dans la ville. L'impatience de
Ney n'attendait que cet ordre : il s'avance
vers la porte avec une faible escorte de hussards; mais tout à coup un régiment de cosaques, masqué par un pli de terrain couvert
de broussailles, se précipite sur nos cavaliers,
les ramène el enveloppe le maréchal 1ey, qui
fut serré de si près qu'une balle de pistolet,
tirée presque à bout portant, lui déchira le
c-ollet de sou habit! Heureusement la brigade
Domanget accourut et dégagea le maréchal.
Enfin, l'arrivée de l'infanterie du général l\azoat permit à Ney d'approcher assez de la
ville pour se convaincre que les Busses étaient
dans l'intention de se défendre.
En ,·ol'ant les remparts armés d'un grand
nombre de Louches à feu, le général d'artillerie Éblé, homme des plus capables, conseilla
à l'Empereur de tourner la place, en ordonnant au corps polonais du prince Poniatowski
d'aller passer Le Doiéper deux lieues au-desus; mais Napoléon, adoptant l'avis de r ey,
qui assurait que Smolensk serait facilement
enlevé, don,,a l'ordre d'attaquer. ~·rois corps
d'armée, celui de Davout, de Ney el de Poniatow ki, s'élancèrent alors de divers côtés
sur la place, dont les remparts firent un r~u
meurtrier, qui l'était cependant beaucoup
moins que celui des baLteries établies par les
Russes sur les hauleurs de la rive opposée.
Un combat des plus anglants s'engagea; les
boulels, la mitraille el les obus décimaient
nos troupes, sans que nolre artillerie parvînt

JJfÉMOTJ(ES DU G'ÉN~AL BA'J{ON DE .M!t'R,.BOT - - ~

à ébranler les murailles. Enfin, à l'entrée de
la nuit, les ennemis, après al'oir vaillamment
disputé le terrain pied à pied, furent refoulés
dans Smolensk, qu'ils se préparèrent à abandonner; mais en se retirant ils allumèrent
partout l'incendie. L'Empereur vil ainsi s'évanouir l'espoir de pos~éder une ville qu'on
supposait avec raison abondamment pourvue.
Ce ne fut que le lendemain au point du jour
que les Français pénétrèrent dans la place,
dont les rues étaient jonchées de cadavres
russes et de débris fumants. La prise de Smolensk nous avait coùté 12,000 hommes tués
ou blessés! ... perte immense qu'on aurait pu
éviter en passant le Dniéper e~ amont, ainsi
que l'avait proposé le général Eblé; car, sous
peine d'être coupé, le général Barclay de
Tolly, cher de l'armée ennemie, eût évacué
la place pour se retirer ,·ers Moscou.
Les Busses, après avoir brûlé le pool, s'établirent momentanément sur les hauteurs
de la rive droite et se mirent bientôt en retraite sur la roule de Moscou. Le maréchal
Ney les y poursuivit avec son corps d'armée,
renforcé par la division Gudin, détachée du
corps du maréchal Davout.
A peu de distance de Smolensk, le maréchal Ney atteignit, à Valoutina, l'armée russe
engagée avec tous ses bagages dans un défilé.
L'action devint très sérieuse; ce fut une véritable bataille, qui serait devenue très funeste
aux ennemis si le général Junot, chef du
Se corps d'armée, qui avait effectué trop tardivement le passage du Dniéper à Pronditcbewo, à den~ lieues au-dessus de Smolensk,
el s'y était reposé quarante-huit heures, fût
accouru au canon de Ney dont il n'était plus
qu'à une lieue I Mais, bien qu'averti par Ney,
Junot ne bougea pas! En vain l'aide de camp
Chabot lui porta au nom de )'Empereur l'ordre
d'aller se joindre à ey; en vain l'officier
d'ordonnance Gourgaud vint confirmer le
même ordre, Junot resta immobile 1•••
Cependant, Ney, aux prises avec des forces
infiniment supérieures, ayant successivement
engagé toutes les troupes de son corps d'armée, prescril'il à la division Gudin de s'emparer des positions formidables occupées par
les l\usses. Cet ordre fut f'Xécuté avec une
rare intrépidiLé; mais, dès la première attaque, le brave général tomba mortellement
blessé. Cependant, conservant toujours son
admirable sang-froid, il voulut, avant d'expirer, assurer le succès des troupes qu'il avait
i souvent conduites à la victoire, et désigna
le général Gérard pour lui succéder dans le
commandement, bien que celui-ci fût le moins
ancien général de brigade de sa division.
AussitoL Gérard se ruit à la tête de la division, marcha sur l'ennemi, et à dix heures
du soir, après avoir perdu i,800 hommes et
en avoir tué 6,000, il resta maitre du champ
de bataille, dont les Russes se hâtèrent de
s'éloigner.
Le lendemain, l'Empereur vint visiter les
troupes qui avaient si vaillamment combattu;
il les comulà de récompenses et nomma Gérard général de division. Le général Gudin
mourut peu d'heures après.

i Junot eût voulu prendre part au combat,
il pouvait enfermer l'armée russe dans un
étroit défilé, oà, placée en Ire deux feux, elle
eùt été obligée de mettre bas les armes, ce
qui aurait amené la fin de la guerre. On regretta donc le roi Jérôme, qui, bien que médiocre général, fùt probablement venu au
secours de Ney, et l'on s'attendait à voir
Junot sévèrement puni. Mais c'était le premier officier que Napoléon eùt attaché à sa
personne el qui l'avait suivi dans toutes ses
campagnes depuis le siège de Toulon, en 95,
jusqu'en Russie. L'Empereur l'aimait, il pardonna. Ce fut uo malheur, car un exemple
devenait nécessaire.
Dès que la prise de Smolensk fut connue
par les Russes, un cri de réprobation générale s'éleva contre le général Barday de Tolly.
C'était un Allemand; la nation l'accu.sait de
ne pas mettre assez de vigueur dans la conduite
de la guerre, et pour défendre l'antique Moscovie, elle demandait un général moscovite.
L'empereur Alexandre, contraint de céder,
conféra le commandement en chef de toutes
ses armées au général Koutousoff, homme
usé, peu capable, connu ponr sa défaite à
Austerlitz, mais ayant le mérile, fort grand
dans le circonst.ànces actuelles, d'être un
Russe de vieille roche, ce qui lui donnait
beaucoup d'inlluence sur les troupes comme
sur les mas es populaires.
Cependant, l'avant-garde française, poussant toujours l'ennemi devant elle, avait déjà
dépassé Dorogobouje, lorsque, le 24 aot'H,
!'Empereur se détermina à quitter Smolensk.
La chaleur était accablante; on marchait sur
un saule mouvant; les vivres manquaient
pour une aussi immense réunion d'hommes
et de chevaux, car les Russes ne laissaient
derrière eux que des villages et des fermes
incenditls. Quand l'arméeenlra dans Wiasma,
celte jolie ville était en feu! ll en fut de même
de celle de Ghiat. Plus on approchait de Moscou, moins le pays offrait de re,sonrces. Jl
périt quelques hommes et surtout beaucoup
de chevaux. Peu de jours après, à une chaleur intolérable succédèrent des pluies froides
qui durèrent jusqu'au 4 septembre; l'automne approchait. L'armée n'était plus qu'à
sit lieues de Mojaï k, seule ville qui restât à
prendre avant d'arriver à Moscou. lorsqu'elle
s'aperçut que les forces de l'arrière-garde ennemies'étaienL considérablement accrues. Tout
indiquait qu'une grande bataille allait enfin
avoir lieu.
Le 5, notre avant-garde fut un moment
arrêtée par une grosse colonne russe fortement retranchée sur un mamelon garni de
douze canons. Le 57e de ligne, que, dans les
campagnes d'Italie, l'Empereur avait surnommé le te1·1-ible, soutint dignement sa réputation en s'emparant de la redoute et de
l'artillerie ennemie. On était déjà sur le lerrain où se donna, quarante-huit heures après,
la bataille que les Russes nomment Bo1·odi1w
et que les Français appellent la Moskova.
Le 6, )'Empereur fit annoncer par un ordre
du jour qu'il y aurait bataille le lendem1in.
L'armée attendait avec joie ce grand jour

qu'elle espérait devoir mettre un terme à sa
misère, car il y avait un moi· que 1~ troupes
n·avaient reçu aucune distribution, chacun
ayant ,·écu comme il pouvait. On employa
de part et d'autre la soirée à prendre des
dispositions définitives.
Du côté des Ru es, Bagration commande
L'aile gauche, fo1'le de 62,000 hommes; au
centre se trouve l'hetman Platow avec ses
cosaques et 50,000 fantassins de réserve; la
droite, composée de 70,000 hommes, est aux
ordres de _Barcla1• de Tolly, qui, après avoir
déposé le commandement en chef, en a pris
un secondaire. Le vieux Koutousoff est généralissime de toutes ces troupes, dont le chilTre
'élève à 162,000 hommes. L'empereur Napoléon peut à peine opposer aux Russes
140,000 hommes ainsi disposés : le prince
Eugène commandait l'aile gauche; le maréchal Darnul, l'aile droite; le maréchal Ney,
le centre; le roi Mural, la cavalerie; la garde
impériale était en réserve.
La bataille se donna le 7 septembre; le
temps était voilé, et un vent froid soulevait

BATAILLE DE SM?LENSK. -

des tourbillons de poussière. L'Empereur,
'ouffrant d'une horrible migraine, descendit
vers une espèce de ravin où il passa Ja plus

grande partie de la journée à se promener à
pied. De ce point, il ne pouvait découvrir
qu'une partie du champ de bataille, et, pour
l'apercevoir en entier, il devait gravir un
monticule voisin. ce qu'il ne fit que deux fois
pendant la bataille. On a reproché à l'Empereur son inaction; il faut cependant reconnaitre que du point central où il se trouvait
avec ses réserves, il était à même de recevoir
les fréquents rapports de ce qui se passait
sur toute la ligne, tandis que s'il eût été
d'une aile à l'autre en parcourant un terrain
aussi accidenté, les aides de camp porteurs
de nouvelles pressantes n'auraient pu l'apercevoir ni su où le trouver. li ne faut d'ailleurs
pas oublier que !'Empereur était malade, el
qu'un veQt glacial, souIOant avec impétuosité, l'empèchail de se tenir à cheval.
Je n'ai point assisté à la bataille de la
Moskova. Je m'abstiendrai donc d'entrer dans
aucun détail sur les manœuvres exécutées
pendant cette mémorable action. Je me bornerai à dire qu'après des efforts inouïs, les
Français obtinrent la victoire sur les Russes.

deux armées éprouvèrent des pertes immenses
qu'on évalue au total à 50,000 morts ou ble sés !... Les Français eurent 49 généraux tués
ou blessés et 20,000 hommes mis hors de
combat. La perte des Ilusses lut d'un tiers
plus considérable. Le général Bagration, le
meilleur de leurs officiers, fut Lué, el, chose
bizarre, il était propriétaire du terrain sur
lequel La bataille eut lieu. Douze mille chevaux restèrent dans les champs. Les Français
firent très peu de prisonniers, ce qui dénote
avec quelle bravoure les vaincus se défendirent.
Pendant l'action, il se passa plusieurs épisodes intéressants. Ainsi, la gauche des Russes, deux fois enfoncée par les efforts inouïs
de Murat, Davout et Ney, et se ralliant constamment, revenait pour la troisième fois à la
charge, lorsque Mural chargea le général Belliard de supplier !'Empereur d'envoyer une
partie de sa garde pour achever la victoire,
sans quoi il faudrait une seconde bataille pour
vaincre les Russes I Napoléon était disposé à
ou tempérer à cette demande; mais le maré-

Gravure â'_.\UBERT, à.'après le tableau de CHARLES LANGLOIS. (Musée de VerSJil/es.)

dont la résistance fut des plus opinjàtres;
aussi la bataille de la Moskova passe-t-elle
pour une des plus Mnglante du siècle. Les

chai Bessières, commandant supérieur de la
garde, lui ayant dit : « Je me permettrai de
Caire oh erver à Votre llajeslé qu'elle es(en

�MÉ.MOTl{ES DU GÉNÉ~A.1. BA.'~ON DE .MA.'JfBOT - - - .

1t1STO'J(1A · - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ce momenL à sept cents lieues de France »:
soit que celle observation détermioàt l'Emperew-, soh qu'il ne lrouvât pas la bataille as ez
a\'aocée pour engag{'r sa réserve, il rt:fusa.
Deux autres demandes de ce genre eurent le
même sort.
hi,·i un des faits lt!s plu remarquables de
celle halaille si féconde en actions rourageuses. Le front dt! la ligne ennemie était
courert par des hauteurs garnies de rt!doules,
de redans. et surtout par un fort crénelé
armé de O canons. Les Françai , après de perle considérables, 'étaient rendus maîtres
de tous ces ouvrage , mai n'avaient pu se
maintenir dans le fort. S'emparer de nouveau
de cc point importan l était chose très difticile, même pour J'infanlerie. Le général
Montbrun, chef du 2e corps de cavalt!rie,
ayànt remarqué, à l'aide de .a longue-vue,
que le fort n'était pas Ît!rmi• ~ la gorge; que
les troupes russes y entraieut par peloton~.
et qu'en tournanL la bau leur on pouvait hiter le· remparts, le ravin-, les rochers, et
conduire les escadrons jusqu'à la porte, par
un terrain en pente douce el praticalile pour
les chevaux; le général Monlhruu, dt:.-Je,
proposa de pénétrer dans le furl pur derrière
avec a cavalerie, landis que lïnfauterie l'attaquerait par de"aul. Cette proposition téméraire apnt ét.é approuvée par Murat et par
!'Empereur, Montbrun ful chargé de l'exécutioo; mais, tandis que cet intrépide général
prenait ses disposition pour agir, il fut tué
d'un coup de canon: ce fut une grande perle
pour l'armée!... a mort ne fit et•pt!ndant
pa renoncer au projet qu'il arait t:onçu, et
fEmpertur envo)a le général Caulaincourt,
frète du grand écuyer, pour remplacer MonlLrun.
Un vil alors une chose inouïe dan le~ fai,Les de la guerre: un fort immense détendu par
une nomLreuse artillerie et plusieurs bataillon , attaqué et pris par une colonue de c.ivalcric !... Eu effet, Caulaincourt, 'élançaut
a,11c une divi ion de cuirasi&gt;iers en tète de
laquelle marchait lt1 5° régiment de celle
arme, commandé pal' l'intrépiJe colonel Christophe, t:ulLute tout i:c qui d~fend les approches du fort, arme à la porle, pénètre daus
l'intérieur et tombe mort, frappé d'une balle
à la l~te!. .. Le colonel Chri tophe et ses cavaliers "Vengèrent leur général eu pa aol une
parLie de la garnison au fil dt&gt; leurs sabres.
Le forl resta en leur pou1·oir, ce qui acheva
d'assurer la victoire aux Français.
Aujourd'hui, où la soif de l'avancemeoL est
devenue insatiable, on s'étonnerait qu'après
un aussi beau fait d'armes un colonel ne rcçùt pas d'a,·ancemeol; mai sous l'Empire,
l'ambition était plu modérée. Christophe ne
dt:\'int général que plusieur année après el
ne témoigna aucun mécontentemènl de ce
retard.
Les Polonais, ordinairement si brav(:s, el
notamment ceux organisés depui crnq ans
dans le gl'aod-duché de Varsovie sous le ordres du prince Poniatow::.ki, arrirent si mollt•
ment que l'Ewpereur leur liL adres er des
reproches par son major général. Le général

Rapp reçut à la Moskova sa vingt et unième
ble sure-!
.Bien que les [\ u se e.u sent été battus et
forcés de s'éloigner du champ de bataille,
leur ~énéralissime Koulousoff eut l'outrecuitln11ce d'écrire a l\:mpereur Alexandre qu'il
wuait de remporter une grande victoire sur
les Françai ! Cette fausse nouvelle étant arrivée à ainL-J&gt;étersLourg le jour dt! la fète
d'Alexandre, y causa une joie des pins vives!. ..
On chanta le Te Deum; lioutousolf fut pr&lt;•clamé sa111·eur de la patrie et nommé feld11wrtfchal Cependant, la vérité fut bientôt
connue; l'allé~resse se changea en deuil:
mais Kou1ousulf é1nit feld-maréchal! C'était
ce 11u'ù voulait. Toul aulre que le timide
Alexandre eùt sévèrement puni ce grossier
mensonge du nouveau maréchal : mais on
avait besoin de Koutousoff; il re.sta donc à la
tête de l'armée.
CHAPITRE

xm

Mauvaises noul'clles &lt;l'Espagne. - Roslopsd,ine. locendic ,le )lo,cou. - lli:•cil tic l'armée russe.
- fourberie dl! Jiootou off.

Les Russes se retirant vers Moscou îurenl
rejoints le au malin à Mujaisk, où s'engagea
un assez vif cowLat de cavalerie dans lequ,·I
le général Bel!iard fut blessé. ~apoléoo pa a
trois jours à ~lojaisk, lant pour donner le
ordres nécessités par le circonstances, que
pour répondre à de nombreuses dépêche arriérée . L'une d'eUes, arrÏ\'ée la veille de la
gTande bataille, l'avait très vivement alfeclé
el avaiL beaucoup contribué à le rendre malade, car elle annonçaiL que nolre armée dite
de Portugal, commandée par le maréchal
Marmool, venaiL d"éprouver une sanglante
défaite aux Arapiles, près de Salamanque, en
Espagne.
Marmont était une Jes erreurs de 'apoléon,
qui, !"ayant eu pour camarade au collège de
Brienne, el plus tard dans l'artillerie, loi portait un grand inlérêl; éduit par quelque
succès d'école jadis obtenus par Marmout,
rEmpereur supposait à ce maréchal des talent ' militaire que sa conduite à la guerre
neju lifia jamais. larmont avait, en J81 I,
remplacé .lla.~éna dans le commaudewent
de l'armée de Portugal, en annonçant qu'il
baurait Wellington; mais ce fut tout le conLraire. llarmont venait d'ètre ,·aincu, blessé;
son armée, jelée dan le plus grand désordre
el obligée d'abandonner plusieurs prorince ,
aurai l éprom·é des pertes encore plu· coosidtira bles si le général Clausel ne l'eût ralliée.
En apprenant celle catastrophe, !'Empereur
dut [aire de bitn gral'es réflexions ur l'enlreprise qu'il réa li ait en ce moment, car,
tandis qu'il e préparait à entrer sous peu de
jour à Moscou, à la tète de la plus nombreuse de ·t!S armée , une autre venait d'ètre
battue à miUll lieues de là. li em,1hissait la
nussie cl allait perdre l'E~pagne !... Le chd
d'escadrons Fab~ier, aujourd'hui lieutenant
gén~al, qui avait porté les dépèche de larmonl, ayant ,,oulu prendre parL à la baLaille
de la Mo kova, y fut blessé à l'atLaque de la

grande redoute. C'était venir chercher une
balle de bien loin L ..
Le 12 septembre, Napoléon quitta Mojaï· k,
el le 15 il entrait dans Moscou. Cette ville
immense était déserte. I..e général Rostop chine, son gouverneur, en avait fail sortir
Lous les habiLaols. Ce Rostopschine, dont on
a voulu faire un héro , était un homme barbare qui, pour acquérir de la célébrité, ne
reculait Ùt!vaot aucun moyen. Il avait lais é
étrangler par la populace un grand nombre
de marchands élrangers, et surtout des Franç.ii , établis à Moscou, dont le seul crime
était d'ètre soupçonnés de faire des vœux
pour l'arrivée des troupes de 'apoléon. Quelques jour a,·ant Ja bataille dt! la Mo kova,
les Co aque· a)'anl enlevé une centaine dc
malades fronçai , le général Koutousoff le
euvoya, par des chemins détournés, au gou,·erncur de ~loscou, qui, sans pitié pour leurs
ouffrances et leur Catigu&lt;'s, les lais a d'abord
quara11te-huit heures sao manger, cl les fil
en uite promener en triomphe dans les rues,
où plusieur de ces malheureux moururent
de faim, pendant que des agt&gt;nts de polire
lisaienl au peuple une proclamation de Ilo 'top chine qui, pour le déterminer à prendr
Je armes, disait que les Frauçai~ étaient
aussi débiles et tomberaient facilement sou
ses coups. Cette affreuse promenade lermiuée,
la plupart de ceux de nos oldats qui vivaient
encore furent assommés par la populace, sans
que Rostopschine fil rit!n pour Jes auver !...
Les troupes russes vaincues n'avaient fait
que traver er Moscou, d'où elles s'éloignaient
pour aller e reformer à plus de trente lieue
de là, vers Kalouga, sur la route d'Asie. Le
roi Mural les suivit daw celle nouvelle direction, avec toute sa C:l\'alerie et plusieurs corps
d'iufauterie. La garde impériale re la dans la
ville et Napoléon fut s'établir au lfremli11,
antique palni fortifié, résidence habituelle
des czars. Toul éLait tranquille en apparence,
lors1ue, pendant la unit du i5 au 16 septembre, les marchands français et allemands
tiui s'étaient soustraits au1 recherches du
gouverneur, vinrent prévenir l'étal-major dt!
Napoléon que lt! reu allait ètre mis à la ville.
Cet avis fut bientôt confirmé par on agent de
police ru se, qui ne pouvait e résoudre à
exécuter les ordres de wn èheî. On apprit
par cet agent que, a,·ant de quitter Yoscou
1-loslopschine a,·ait fait ouvrir le bagne, les
prisons, et rendre la liberté à tous les forçats,
eu leur fai ·ant distribuer un très grand nombre de torches confectionnée par des ouvrier
anglais. Tou,; ces incendiaires étaient restés
cachés dan les palais abandonné , où ils
attendaien l le ignal 1 !
t. ~- d.e égur écrit : &amp; On ne cherche plus à cacher_, a. M:~u, le sort qu'on lui destine . .. La nuit.
Jes cau~!res •·o~L frapper à toutes les portes; ilJi 1num_icenl I incendie .... On enléve les pompes; la déBolahon monte t ~n combl_e.. .. Ce jour-la, une sœnu
e~lrayanle lcrmm, cc lnsle drame.. . Les prisoua
s ouTrent : une foule sale et dégoùlaule en suri lumu11ueusem1eu1_. ... Dès lors, ln grande Moscou n'ap11arl1enL plus 111 aux Russes, ni aux Français, mais â
celle foule impure, donl qoeh1ucs oflieiers et soldat
de pohce dmgéreot la foreur. On les organisa· on
assigoa à chacun son po le, et ils se dispersèrent pour
ql!e le pillage el l'incendie êcla11s enl parlou t à la
fOIS •• • o

L'Empert!ur, informé de c.et a[reux projet,
pre.cri,·it sur-Je-champ les mesures les plus
sévères. De nombreu.es patrouilles parcoururent les rues el 1uèrenl plusieurs brigands
pris sur le fait d'incendiP; mais c'était trop
tard; le feu éclata bientôt sur différents points
de la ville et fit de ravages d'autant pins rapide que Roslop chine a,ait fait eolerer toutes
les pompes; au si, en peu de lemps, Moscou
ne ful plu_ qu'une grande fournaise ardente.
!,'Empereur quitta le Kremlin et e réfugia
an château de Peterskoê: il ne rentra que
Lrois jours après, lor·que l'incendie commençait à diminuer, faute d'aliments. Je n'entrerai dans aucun détail sur l'incendie de
loscou, dont le récit a été fait par plu ieurs
témoins oculaires. Je me bornerai à examiner
plus tard les effets de celle
immen,e catastrophe.
~apoléon, appréciant mal la
.-,ituaLion dans laquelle se troumil Alciandrt&gt;, espérait toujours un accomwodemeul,
•ruand enfin, la d'attendre, il
prit la détermination de lui
l'.-cri re lui-même. Cependant,
l'armée rus e se réorganisait
,·ers Kalouga, d'où e-s chels
enYoy,iicnL ver Moscou de
agent. charg:
de diriuer
vers leurs régiments les soldats égaré . On en évalue le
nombre à 15,000. Retiré!&gt;
dans le faubourg , ces hommes r.irculairnL .an défiance
au milieu de no bivouac , prenaient place anx Ît'ux de oo
soldab et mangeaient a,·ec
eux, cl per onne n'cul la pèn·
sée do le, raire JJri onnier..
Ce fut une grande faute, car.
peu à peu, iJ. rejoignirent l'armée ru~ e, tandis que la mitre
,'aff:iil,li sait jourul'llcmcnl
par 11!!&gt; maladie et le premiers froid. . 'os perles en
che,·au. étaient surtout immenses, ce qu'on altrihuail
alL'{ fatigues extraordinaire
&lt;1ne le roi Mural avail impo•
ées pendant toute la campa¾-'lle à la cavalerie dont il était
le chef. Murat, se sou,·enant
des brillant ·uccès obtenu
en 180G et i 807 contre le
Pru ien , en Je poursuivant
à oulrance, pen ait que la camlerie derail suffire à tout et faire de marche · de douze à quinze lieues par jour sans
se préoccuper de la fatigue des chevaux,
l'es entiel étant d'arriver sur les ennemi
arec 11uelques tètes de colonnes! Mais le
dim:11, la difficulté de lrouver de fourrages, la longue durée de la campagne, et
urtout la ténacité des Rosse , avaient bien
chan"é les conditions. Aussi la moitié
de notre cavalerie étnil s.1ns chevaux lors•1ue nous arrhàmc à Moscou, et Murat
ache\'ail de détruire le urplu dan la pro-

vince dl! Kalouga. Ce prince, fier de sa haute
taille, de son coura&lt;re, et toujours alfublé de
costume bizarre , mai Lrillants, avait attfré
l'attention de eonemis, et, se complaisant à
parlementer avec eux, il échangeait des présent avec les chefs cosaques. Koulousoff pro.
fila de ces réunions pour entretenir les Français dan de fousses e pérances de paix, que
le roi Mural faisait partager à !'Empereur.
Mais, un jour, cet ennemi, qui se disait affaibli, se réveille, se glisse entre nos cantonnements, nou enlère plusieur convois, un escadron de dragons de la garde et un bataillon
de marche: aus i Napoléon défendit-il désormais, sous peine de mort, toute communication avec les Russes non autor~ée par lui.
Cependant, apoléoo ne perdait pas tout

le préserver de l'attaque de ceux de nos par
tisans qui rôdaient eolre les deux armées,
que Koulonsof.T expédia un autre aide de
camp vers son empereur. Ce second envoyé
n'ayant pas de laissez-passer français fut
rencontré par nos patrouilles, et, comme il
était de bonne prise d'après les lois de la
guerre, il fut arrêté, et ses dépêches forent
envoiées à apoléon. Elles contenaient tout
le contraire de celles que KoutousoJf avait
montrées à Lauriston. En elfet, le maréchal
russe, après avoir supplié son souverain de
ne point traiter avec les Français, lui annonçait « que l'armée de l'amiral Tchitchakofi',
« ayant quitté la Valachie après la paix avec
tt les Tores, s'avançait sur Min k a1in de
(t couper la retraite à apoléon. Koutousoff
c1 in truisait aussi Alexandre
11 des pourparlers qu'il a,•ait
c, engagés et qu'il poursuiYail
11 hal,ilement avec ~lurat, à
u dessein d'entretenir la per" oicicuse sécurité dans la,, qudle les Francais vivaient
11 à Moscou, à une époque si
o avancée de la saison .... ,,
A la vue de celleleltre, ~apoléon, comprenant qu'il avait
été joué, entra dans une violtmtecolère el forma, dit-on, le
projet de marcher sur aintPéter bourg; mais, oulre que
l'affaibli sement de son armée
el les rigoew-s de l'hiver s•opposaien t à celle ,,asle expédition,
des moûf d'une bien hauLe
importance portaient l'Empereur à se rapprocher de l'Alle1Uagne pour ètre plu à même
de la sur,·eiUer et de voir ce
qui Il pa sait eu France. ne
conspir&lt;1tion venaiL d'éclater
à Paris, et les chefs de ce mouvement avaient é1é les maitre
de la capitale pendant une
journée 1. .. lin exalté, le général Malet, avait jet&amp; rnr Paris
celle étincelle qui aurait pu
aUumer l'incendie, et :-'il ne
e Iùt renoonlré un homme
perspicace autant 4u 'énergique, eu la per onne de l'adjuc11c11~ Kuhn
dant-major Laborde, c'en était
.-,1ARÈCIJAI,
EY.
peut-être fait du gourernement impérial. Les ei:;prits n'en
lkSS('fl dt ,\\F.1SSONIFR .
furent pas moins frappés de
cet é~énemcnt, et l'on peul
espoir de conclure la pau. Il envoya, le concevoir quelle [ut la douleur de apoléon
4 octobre, Je général Lauriston, son aide de en apprenant le danger qu'avaient couru sa
camp, au quartier général du maréchal Kou- famille et son gouvernem~t!
tousoff. Ce Russe astucieux moolra au généCHAPITRE XI V
ral Lauriston une lettre adressée par lui à
l'empereur Alexandre pour le presser d'adhé- La rclraile esl dècidèe. - urpriso do corps de éba,rer aux propositions des Français, attendu,
tiani. - Combat de Malo-laroslawclz. - Retour sur
Mojaisk el la Jloskova.- Bnragucy d Ililliers mel bio
disait-il, que l'armée moscovite se trouvait
les armes. - Je suis nommé colonel. - Retraite
hors d'état de continuer à faire la guerre.
héroïque ilu maréchal Ney_
Mais à peine l'officier porteur de celle dépêche était-il parti pour aint-Péter bourg,
.A. Moscou, la situation de apoléon s':18muni par Lauriston d"un pa seport qui devait gravail de jour en jour. Le froid évissail
1

�H1ST0'/{1A
déjà avec rigueur, et le moral des soldats
Français de naissance était seul resté ferme.
Mais ces soldats ne formaient que la moitié
des .troupes que apoléon avait conduites en
Russie. Le urplus était composé d'Allemands, de Suisses, dt&gt; Croares, de Lom~ards,
de Romain , de Piémontais, d'Espagnols et
de Portugais. Tous ces étrangers, restés
fidèles lant que l'armée avait eu des succès,
commençaient à murmurer, et, séduits par

rains, anciens el irréconciliables ennemis de
la France!... La position était des plus critiques, el, Lren qu'il dût en coûrer beaucoup
à l'amour-propre de 'apoléon d'a,·ouer au
monde enlier, en se retirant sans avoir imposé la paix à Alexandre, qu'il avait manqué
le but de son expédition, le mot de 1·etraile
fut enfin prononcé!. .. Mais ni !'Empereur,
ni ses maréchaux, personne enfin n'avait
alors la pensée d'abandonner la Russie et de

de jour en jour, et, dan une confiance
aveugle, nos avant-postes restaient aventurés
dans Ja province de Kalouga, sur des positions difficiles, quand tout à coup l'événement le plus imprévu vint dessiller les yeux
des plus incrédules et anéantir les illusions
que l'Empereur conservait encore de conclure
la paix.
Le général Sébasliani, que nous avons vu
se laisser urprendre à Drouïa, venail de

HISTORIA

•

BATAILLE DE LA MOSKOVA· -

les proclamations en diverses langues dont
les agr.nls russe inondaient nos camps, il
désertaient en grand nombre vers l'ennemi,
qui promettait de les renvoyer dans leur
pays .
.A.joutons à cela que les deux ailes de la
Grande Armée, uniqu11ment composées d'Autrichlens el de Prussiens, ne se trouvaient
plus en ligne avec le œntre, comme au commencement de la campagne, mais étaient
sur nos derrières, prêles à nous barrer le
passage au premier ordre de leurs souve-

Gravure d~

llRUNELLIERf:,

.faprès le latleJU de

CHARLES l,A,",GLOT . (Muste

repasser le iémen; il ne s'agissait que
d'aller prendre ses cantonnements d'hiver
dans les moins mauvaises provinces de la
Pologne.
L'abandon de M:oscou étail décidé en principe; cependant, avant de se résoudre à l'exécuter, apoléon, conservant encore un dernier espoir d'accommodement, envoya le duc
de Vicence (Caulaincourt) vers le maréchal
ru se Koutous.off, qui ne fit aucune réponse 1.. .
Penda.nt ces lenteurs, notre armée fondait

Je 1·e/'SJi/les.1

remplaœr le général Montbrun dans le comman~ement da 2e corps de cavalerie, et,
quoique près de l'ennemi, il passait se~ journées en panloufles, lisant des vers ilalien- et
ne faisant aucune reconnaissance. Koutousoff, profitant de celle négligence, se porte,
le I octobre. sur le corp~ d'armée de Sébastiani, l'investit de toutes parts, l'accable par
le nombre et le contraint d'abandonner une
partie de son artillerie! ... Les trois division
de cavalerie de éhastiani, séparées du surplus des troupe' de Murat, ne parvinrent à

LORD PHILIPPE II \VHARTON.
Tableau de V K D\'Cl.;. (;\lu ëe impérial de !'Ermitage. Saint-Pétersbourg.)

�.M'É.M01~'ES DU GÉNÉ~AL BAR.,ON DE MA'JfBOT

le rejoindre qu'en renversant plusieurs bataillons ennemis, qui cherchèrenL vainement à
s'opposer à leur passage. Dans ce combat
sanglant, ébastiani fit preuve de valeur, car
il était très brave, mai on peul le signaler
pour sa médiocrité comme général. Vous en
verrez une nouvelle pretn·e lorsque nous en
serons à la campagne de 1815.
Eo même temps que le maréchal Koutousoff surprenait Sébastiani, il faisait attaquer
~furat sur toute la ligqe. Ce prioce fut blessé
légèrement. L'Empereur, ayant appris le
jour même cette mauvaise affaire, ainsi que
l'arrivée au camp ennemi d'un renforL de
dix mille cavaliers de l'armée russe de Valachie, que les Autrichiens, oos alliés, a,·aient
laissés passer, !'Empereur, dis-je, donna
l'ordre de départ pour le lendemain.
Le ·19 octobre au matin, !'Empereur
quilla Mo cou, où il était entré le 15 septembre. Sa &amp;fajesté, la vieille garde et le gro
de l'armée prirent la route de Kalouga; le
maréchal Mortier et deux divisions de la
jeune garde restèrent en ville pendant vingtquatre heures de plus, afin d'en achever la
ruine et de faire sauter le Kremlin. Ils devaieol ensuite fermer la mar&lt;·he.
L'armée traînait après ellt! plu de quarante mille voitures qui encombraient les
défi.lés. On en fit l'observation à !'Empereur,
qui répondit que chacune de ces YOilures
sauverait deux blessés, nourrirait plusieurs
hommes, et qu'on s'eo débarrasserait inseniblement. Ce système philanthropique pourrait, ce me semble, être combauu, car la
nécessité d'alléger la marche d'une armée en
retraite varait devoir passer avant toutes
les autres considérations.
Pendant le séjour des Français à Moscou,
le roi :Murat et les corps de cavalerie avaient
occupé uoe partie de la province de Kalouga,
sans cependant s'être emparés de la ville de
ce nom, dont les environs sont trè, fertiles.
L'Empereur, voulant éviter de passer sur le
champ de bataille de la Mo~ko-va, ainsi 4ue
par la route de Mojaï k, dont l'armée avait
épui é les ressources eo venant à Moscou,
prit la direction de Kalou"a, d'où il comptait
"agner molensk par des contrées fl'rtilt!s et,
pour ainsi dire, neuves. Mais, au boui de
quelques jours de marche, nos troupes, dont
l't'tfeclif, après la jonction Ju roi Mural, s'éle"ait encore à plus de t00.000 hommes, se trou\'èrent en présence de l'armée ru se 1.:111i occupait la ville de Malo-Iaroslawetz. La position
de l'ennemi était des plu forte_s: cependant
!'Empereur la fit attaquer par le prince
Eugène à la tête du corps italien et des diviions françaises Morand et Gérard. Aucun
obstacle n'arrêtant l'impétuosité de nos
troupes, elles 'emparèrent de la ville après
un combat long et meurtrier, qui nous coûta
4.000 hommes tués ou blessés. Le général
llelzons, officier d'un grand mérite, resta
parmi les morts.
Le lendemain, 24 octobre, l'Empereur,
étonné de la vive résistance qu'il avait éprouvée, et sachanl qoe toute l'armée russe lui
b~rrait le passage, arrête la marthe de ses

Lroupes et passe trois jours à réfléchir au
parti qu'il doit prendre.
Pendant une des reconnaissances qu'il fai-

--°'

incendies et jalonnée de rad.a n es !... Le mou,ement que fi L l'Empereur, le reportant aprè
cli.x jour de fatigues à douze lieue ~eulement de Moscou, donna aux soldat beaucoup
d'inquiétudes pour l'avenir. Le temps devint
affreux; le maréchal .Mortier rejoignit !'Empereur, après avoir fa.il sauter le Kremlin.
L'armée revit ~lojaï.k et le champ de bataille
de la Moskova 1••• La terre, sillonnéE' par les
boulets, était couverte de débris de casques,
de cuirasses, de roue-~, d'armes, de lambeaux
d'uniformes et de trenle mille cadavres à
demi dévorés par li&gt;s loups 1.•. Les troupes
et !'Empereur passèrent rapidement, en jetant
un triste regard sur cet immense tombeau 1
M. de Ségur, dan la première édition de
son ouvrage sur la campagne de Russie, dit
qu'en repassant sur le champ de bataille de
la Moskova, on aperçut un malheureux Français qui, ayant eu les deux jambes brisée·
dans le comhat, s'était 1.ilotti dans le corp
d'un cheval ouvert par un obus, et y avait
passé cinquante jours se n01t1•rù;sanl el panant ses b/emœes avec La chair pul1'éfiée
des morts! ... On fit observer à M. de égur
que cet homme eût été a~phyxié par les gaz
C o .11TE DE RosTOPSClllNE.
délétères,
el qu'il eùl, d'autre part, préféré
D'après le taèleau i1e To~c1.
couvrir ses plaie avec de la terre fraiche et
même avec de l'herbe, plutôt que d'augsait sur le front des ennemis, 1 apoléon fut menter la putréfaction en y mettant de la
sur le point d'être enlevé par eux_! ... Le chair pourrie! ... Je ne fais celle observation
brouillard élait épai ' .... Toul à coup les cris que pour meure en garde contre les exagétle hourra ! hourra! se fonl entendrn; de rations d'un livre qui eut d'autant plus de
nombreux Cosaques sortent d'un bois voisin succès qu'il est très bien écrit.
de la route, qu'ils traversent à Yingt pa de
Après Wiasma, l'armée fut assaillie par des
l'Empereùr en renversant et pointant tout ce ilots de neige el un v~nl glacial qui ralentiqu'ils rencontrent sur leur passage. ~fais rent sa marche. n grand nombre de voitures
le général Rapp, s'élançant à la tête de deux forent abandonnées, et quelques milliers
escadrons de cha seurs el de grenadiers à d'hommes et de chevaux périrent de froid
cheval de la garde, qui suivaient constam- sur la route. La chair de ces derniers servit
ment !'Empereur, sabre et met en fuite les de nourriture aux oldats et même aux offiennemis. Ce fat dans ce combat que ~J. Le CJers.
L'arrière-garde pas a successivement du
Couleuh, mon ancien camarade à l'étalmajor de Lanoes, devenu aide de camp du commandement de Davout à celui du prince
prince Berthier, s'étant armé de la lanced'un Eugène el dé6nitivement sous celui do maréCo aque tué par lui, commit l'imprudence chal Ney, qui conserva cette pénible mission
de revenir en lirandissant celle arme, impru- tout le reste de la campagne.
Le i•• novembre, ou parvint à Smolensli.
dence d'autant plus grave que Le Couteulx
était revètu d'une p~lisse et d'un bonnet Napoléon avait fait réunir dans celle ville une
fourré, sous le quels on ne pouvait rien distin- grande quantité de vivres, de vêlements et de
guer de l'uniforme français. Aussi, un grena- chaussures; mais les administrateurs qui en
dier à cheval de la garde le prit pour un étaient chargés, oe pouvanl connaitre l'étal
ofûcier de Co aques, el le voyant se diriger de désorganisation dan lequel l'armée était
vers !'Empereur, il le poursuivit et lui passa tombée, ayant exigé des bons de distribution
son énorme sabre au travers du corps! ... et toutes les formalités des temps ordinaire,,
Malgré celte affreuse blessure, M. Le Cou- ces lenteurs exaspérèrent les soldats. qui,
teulx, placé dans une des voitures de l'Em- mourant de faim et de froid, enfoncèrent les
pereur, supporta le froid, les fatigues de la portes des magasins et s'emparèrent tumultueusement de ce qu'ils contenaient, de orle
retraite, et parvint à regjlgner la France.
Les reconnaissances faites par , apoléon que beaucoup d'hommes eurent trop, plusieurs
l'ayant convaincu de l'impo sibilité de conti- pas assez, d'autres rieii !
Tant que les troupes avaient marché en
nuer sa marche vers Kalouga, à moins de
üner une sanglante bataille aux nombreuses ordre, le mélange des diverses nations n'avait
troupes de Koutousolf, Sa Majesté se décida donné lieu qu'à de léger ioconvénients; mais
à aller passer par Mojaï. k pour gagner ~mo- dès que la roi,ère et la fatigue eureol fait
rompre les rangs, la discipline fut perdue.
lensk.
L'armée quitta donc un pays fertile Comment aurait-elle pu subsister dans un
pour reprendre une rou1e dévastée, déjà par- immense ra emblement d'individus isolés,
courue au mois de septembre au milieu des manquant de tout, marchant pour leur compte

�ms T 0-1{1.JI
et ne se comprenant pa '! ... Car dans celle
masse désordonnL~ ré!!llaiL ,·raimenl la con•
fusio,i rles lar1911es ! ... Quelques réfTiments,

LA

RTIE DU KRElilLiS . -

serait pas fait prisonnier de rruerre, et !JU'il
lui serait permi d'aller joindre l'armée îrançaise afin de rendre compte de sa conduite.

l)'atrés la /1/h ogr.ithlt Jt J,' . G RE SIF.f .

et principalement ceux de la garde, r' istaient
encore. Presque Lou le· ca.Yalier:, de régimrnts de li!me, 3)'anl perdu leur chevaux,
furent réuni · en bataillon , el ceux de leur ·
officier· ffUi étaient encore mont· · formèrent
le, e cadrons . acré: dont le commandement
fut confié aux généraux Lotou_r-)lauhourg,
Grouchy el ébasliani, &lt;Jui y remplis.aient I"
fonctions de impies capitaine , tondi que
des généraux de hrigade el de colonel. îaiaienl celle. d~ maréchaux de lo«i el de
l.,ri!!adier . Celle organi. alion uflirnit seule
pour faire connaitre à tiuellc extrémité l'armée
était réduite!
Dan c 'lie po~ition critique, l'Empcr ·ur
avait compté ur une forte dhLion de troupe~
de Ioule arme que le énéral Unraguey
d'llillier devait conduire à molen.k; mais
en approchant de la ülle, on apprit que ce
général a,•ail mi ha le arme devant uoe
colonne ru_ e, en pécifiant que lui .cul ne

lais !'Empereur ne ,·oulut pa ,·oir &amp;raguey
d'llilliers, auquel il fit donner l'ordre de e
rendre en France et d'y garder le. arrêt · ju.qu'à ce qu'un con eil de guerre l'eût jugé.
Barague d'llillicrs prévint cc JU«emenl en
mourant de d~·e poir à Berlin.
Ce général avait été l'une de erreur Je
Napoléon, qu'il édui il lor. du camp de Boulogne, en lui promettant de dre ser le dragons à enir tour à tour cumme fanla in· el
caçaJier . Mais l'essai de ce ~ Lème ayant été
fait en 1 05 pendant la campagne d'.\utricbe,
les ,·ieux dra on_ qu'on aYail mi · à pied, et
que llara!!lley d'llillier commandait en pcr.onne. rurent bauus à \\ertingen ~ou. les
)·tut de !'Empereur. On lt&gt;ur rendit des cl1evau1, il forent encore défait , et pendant
plu.icur anaét· le,; corp de celle arme e
re entirenL du dé. ordre que Baraguey avait
jeté parmi eu\. L'auteur de cc plème l.,àlard,
tom Lé en di. rrràce, a,·ail e. péré se relever eu

demandant à venir en llus.ie, où il ache\'a de
se perdre aux yeux de !'Empereur par sa capitulation ans combat et en ,iolant le décret
qui prescrit au chef d'un corps réduit à
mettre bas les arme de ui,·re le sort de se.
troupe~, et lui défend de solliciter des ennemi des condition fayoraLle à lui . eul.
Après avoir pa sé plu ieurs jour - à molen k afin de réunir les troupes re tée en
arrière, !'Empereur se rendit le 15 à Kra noë,
où, malwé ~s grave préoccupation (car on
~f ballait non loin de la ville), il e pédia nn
officier vers le 28 corp d'armée resté • ur la
Düna et devenu dé. ormais son eu) espoir de
.-alut.
Les régiments donl e •omposait ce corp
avaient éprouvé moin de fati !\les el de pri,·aûons que ceux qui avaient fait partie de
l'expédition de .lo·cou; mais aus~i, par compensation, il · avaient bien plu ~ouvent combattu le- ennemis. ~apoléon, ,·oulanl le· en
récorupcn •r•en nommant à tou le emploi
vacanL~, se fil apporter les propositions d'avanœmeut relative au 2° corp . li y en avait
plu ieur en ma raveur, dont l'une ne demandait pour moi 11ue le grade de major (lieutenanL~lond). Ce fut celle que le ecrétaire ·
pré enta. Je tiens du général Grundler, qui,
ayant reçu l'ordre de porte_r ces Mpèches, . e
trouvait dao le cabinet de l'Empereur au
moment où il achevait son travail, que apoléoo, au moment de i!!Der, ra~a de sa m:un
le mol major pour y sub Lituer celui de colonel, en d1 anl : « C'est une ancienne Jcllc
•1uc j' lCtjUilte. •
Je ru donc enfin colonel du ~3• de cha. eurs. le i j no,em.Lre; mai je ne l'appri ·
11ue quelque temps après.
La retraite continuait péuiLlement, d le
ennemis, dont les force augmentaient an
&lt;'&lt;'Se, l'Oupèrcntde l'armée le corp. du prince
Eugène, ain i que ceux de Davout el Je 1 ·ey.
Les deux premiers parvinrl!nt à grand'peine
à . e fair~ jour le arme · à la main el à n~
joindre l'Empereur, dont l'esprit était dooloureu. ement préoccupé par rab ence du
oorp · de ·e), car il rut plu ieur· jour , an _
en recévoir aucune nouvelle.
Le Hl no,embre, 1 apoléon paniot à Or ·cba.
li 'était écoulé ua mois depui · qu'il avait
4uitté Moscou, el il restait encore cent vingt
lieues fair pour parvenir au . ïémen. Le
froid était intense.

CA suiwre. )

Docteur MAX BILLARD
et-

La mort de Talleyrand
_ !In jour, à Prague, dans fa demeure liis10r1que des empereur d'Autriche, Charlc X.
alors coorLé ou· le poid. de oitantc- eite
année. , dit à Cbatcaul,riand : « Ce ,·ieu\
Talleyrand vil donc encore? 11 Et le soixnntehuilième roi de France quittait la ,·ie deux
ans avant le graad eioneur avili, l'é,èque
apostat, le prêtre marié et le chef de celle
école tlui lé"ilime, pu d'insidieux . ophi:m~,
le. su~cè , ans tenir compte des droit ·, de
prmcipe, et de mo ·en .
Le :5 . ?1~rs. 18~ , le prince de Bénévent
prononçait a l lnstHul l'éloge du comte Charles-Frédéric Reinhard 1 • La salle était combll'.
L_e pri~cc ~ il était alors dan a quatre11n~t-cm?UJème _ann~ -:- était orti par une
~luie _fro1d~ el _11 n aYall pu monter à pied
1,escalier; 1~ avait été porté par de1u dome.,'!~ue e_n livrée. Quanti le ,iPux diplomate,
1air froid et dédaigneu1, les dcu coin de
s.t Louche pendant,, lit . on entrJe dan 1:1
salle, appu ·é d'une main ur le hra du ecréhta}rc. pe rpétuel, 1. lfignct, de l'autre ur
1
.a ei1u1l c, Lou 1 'a . i tant~ étaient debout.
li pronoo\·a . on di. cour d'une voix fcrmr..
tr:3ça cr le triple portrait idéal do parlait mim ·t~e_d_c ' Affaires étrangt•res, du parfait chtr
de d1vuon, du parfait con ul n 1 - l'homme
si mé1Jio.,re doul il s'était IDOtJUé à plaisir
dan· se moment. de gaieté. Et la lecture
t~rminée, aprè d applaudi,: ements enthou. iasLrs, on fit la haie pour \loir ~ortir le grand
!tomme: cl \ïclor Cou in alla ju qu'à ·'écrier
en gesticulant : a C'r l du Voltaire! C'est du
meilleur Voltaire! 11 "·
. Talle) rand n'avait plus ,,ue deux moi à
mre, et il allait faire connaitre . on exi teoce
t·ntière par :,a dernière heure.
On ait que c' t à a nièce que le prince
de Béné,·enl avait confié le oin de faire )p
honneur de ,a mai on'. Femme éminente
d·un C! prit érieux cl cultivé, remarquabl;
• par sa beauté, le charme impérieux de a
phy ionomie et sa gràce altière, la duche e
tle Oîno ne quitta plus le prince ju,, qu'à sa
l. Ancien che_r de .l}•!F1011 au mini tère de Affaires
é~augères. anC!cn m101 Ir~ i F101ence en 1708 ; il
rcmpl•~- le prrnce ile Bén 1.-enl au mù,i. (ère de
Affaires elrangt'n:s, le 20 juillet 1709; ü ful ministre
en w . ( lRlfU), en Lombàrdie 11 Ol ), en Sue (1 O:&gt;)
el eu _
\\eslphal,o (1 O 1.
~- ..~1~11-8,:un, .\'011,·eauz Limdi,, t. Il, I'· :'i:i.
, / · t:11é _par le même, llm11ieur dt Tatlryrar,d
u:•y, Pari, 1870, p. l9j.
'
d 4. )1 , de Talleyrand habi1ait l'h~Lel qui rail le coin
~ '·• place de la . CooC;or,!c et de !a rue . 1ml-Flor11~ntm . _li ul auJourd liu, la propridé dr :v. de
uthstlnld .
:i, L:al,_b .Dupanlou_p èt1it, en 1838, wptrieur du
pelll temm11re de 1111l-~icolu-du-Cllardonnel.

mor~. Elle avait donné à a fille, pour lui
en.e1gn~r la religion, un jeune abbé dont la
réputation commençait As'étendre, Félix Dupanloup, le futur é,·vque d'Orléan . ainteBeu~e ra&lt;:°n~e que ~f. de Talleyrand l'ayant
un JOUr IOnlé à diner, l'abLé ~·excu a en
allé!?Uant 11u'il n'était pa homme du monde.
ur quoi M. de Tallcyrand dit ,èchf'ment à
"~! de Dino : • Cet homme ne ail pa. on
meher. 11 ft On comprit alor. , on deYina r.e
&lt;Jl~'il d · irait. JI vit l'abbé et :-'cnlreliat arec
lut. Il y eut une con. ultalion, ·an doute ur
lt:~ démarche à fair pour se réconcilier avec
l'f:nli e. 0~ eti"ea de lui un écrit: le· premier e at de , a façon qu'on envoya à Home
ne ru.re~t pas agréé. : il fallait une simple
sounm:;1on. 1. de T:ùle)rand, pr •s\'é de nouveau_ par es nièœs, en vint à dire qu'il ne
a,·a1t pa comment rédi"er ,~. cbo e qur l'on
• d' une formolP.. "et qu'il ,·errait
'
e a)al
: cc
qu'on 'empres.a de fairP. Le hrouillon re,·u
par l~i fut trouvé bon à Home; mai., quand
1I rcnnt, M. de Tallcyrand le "arda dan: ,on

s~crélairc, décidé à ne le sioner qu'au dernier moment 1 • »
_En tout cas, le ,·ieux diplomate Q\'ait avec
le Jeune abbé dcsconver~ation très édifiante .
Ce respectable ecck:Sia tique lui fit même
présPnt d'un exemplaire d'uu ouvrage intitulé
La Jour~ec ~u _Chrétien, et l'on remarqua
que ce hne t•ta1t OU\'erl ur son hur au la
"eille de sa mort.
Depui · longtemp ·, Talleyrand avait une
afTecti~n. a~x jam~e , dont la uppuration
néces. 1ta1t 1emploi de lotioa salurnées •. Cet
~~~t~ire 3\'aÎl et&gt;. 1: Lru quement, el il se féhc1ta1L de cet événement. Le 'J7 janvier, il e
foulait le pied déjà malade chez l'ambassndeur d'Angleterre. L'bh·er était froid· les
douche qu'on lui fil prendre pour lui r~ndre
la force l'enrbumi!rent. Ce rhume de,·int un
catarrhe, il perdit bientôt le ommeil el l'appétil ' .
Le I t mai ·I ;; , le prince rut pri tout à
cou~, à table, d'un fri .. on uivi de léger
V0OllsSt•ments; en mème temp , il rc,; en lit
~?e d?~I ur au ba de. rein • à gauche, qui
1mqu1e1a a. ez pour faire appeler le ProÎC:,eur Cru1·eilhicr. Cdui-ci diairnostiqua ausitol un anthrax; une opération" rut con.eillée.
Ce f~l Marjolin, alor chirur ~ien en chef de
Be.1uJon, qtli ,int inciser la tumeur et qui dut
recommencer Jc!-1-x foi 10 • Le patient n'arnit
pa ét~ aneslbé 1é comme d • no jour , cl,
1mpa -,!ile romme un .-toïcien, il s'était contenté d · dir • : Docteur vous m'arnz fait
bi~n ~u mal; m:ii si j'en suis 11uitte à ce
p~u, Je ,vou · r_~mercie. » llarjolin bodla la
lele, et, 1a~anl Jugé assez fort pour upporter
la pré ence d_e la mort, lui fil comprendre
on état, el 11 rcçul san effroi lti terrible
averti ement.
Toute la juurné · du J6 mai, l'effort de e
proche fut pour bàter sa réconciliation avec
le ciel et l'exhorter à
dernier de,·oirs
Mai , aux appel fréqueuu qu'on lui faisait.
le moribond récalcitrant répondait imariable~
menl:

_G. • L'o jour où elle pa ducl1e•

ï . ,u:q~-Bn,E. . ~t Talftyrattd, pp. 109 et 200.
li. Lh . Fuc1 C;l J. hmu:,s., lftmo,rt&amp; 111r JI. de
Talkl/rf111tl. Pan , 1838, JI· 102.

de Uiuo) en par-

lait, . . d,e Talloyrand dit : t Madame de Dino, il faut

•, pritr I ab~ U_upa~loup i diner. • ~me de !lino
s empr • d ob~tr, 1ahbê IÏnl. Le ha .an! fil qu'il
lomha sur un ~10cr ou la ~,11,! r11i1 lrgère et Je
langai:-c mondain.
• Qucl'r.:1 · jours •prcs. il reçut une nou,clle in, il~LJon, qu 1I refusa. ~ l'apprenant, JI. de T1Uenand
dit : c Yfu! me 1'1v1ei donné pour un hnmme· d'e _
• prit. C e1l donc un sol que cet ehlx\ .... Cela M ,e
• comjlrenJ donc pa ! • Comleae DB 8u1GsE, p. 221.
~ ll .• de . Tallryraod, eu apprenant le rtfus
1e
aLl_,è, ma _d,t : ~ Il .• _moimt d' prit quo je uc
• cro)_••~• . c■ r 11 dorait d 1rer pour lui cl pour moi
• , en1r 1c1. • Duche. ,e u~: u,~o, p. '111.

1

fi·

_O. lher, chc_z_ lord ,Gr~n•itle,_ donnant le bra i. la
rrincc.1se tle l.1cv~11: 1I s e-1 pris le pied daus les phs
de.-• rol,e et • fa1ll1 •~mber. Il n'a pas rail Je chute
mai_. ~n genou a plO)C, le pied déjà malade a toumé
~l !t s . t donné une enlorse du gros orteil. Paru
28 Jam·ter 1.~. lluchc e os D,~u, p. 208.
'
!O. Am~~e P1cuor, So111,e11irt Jntimr•. Ocntu,
1 ,o, P: ·_11,. ~ Cf. Comtesse ~2 Bo1r.~s, p. '1-2:i :
c Cruvc1lluer d1l ,au malaJe que n'ayanl pas depui
quelq~_ tcmp l liah1t~d~ d'employer le hi~lvur1 , il
' u!111t11l .•r1iclcr YarJolm . c Je comprer,d3, "ous
• aimez m1,•ux t!lrc dew:. •

�_

111ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - « Pas encore, pas encore

1•

,&gt;

Le lendemain, très matin, de guerre lasse,
quand sa parole allait s'éteindre, Talleyrand
se dit prêt enfin à signer sa réconciliation
avec l'Église. On lui lut à haute voix sa rétractalion et sa lettre au pape, toutes deux
trop connues pour que nous ayons besoin de
les reproduire!.
Ci:lle lecture avait duré près de dix minutes. La lecture terminée, Talleyrâod prit
la plume el, d'une main ferme, il appo a
successivement sur les deux pièces sa longue
~ignature : Chal"les-Jlaurice, prince de Tal-

leym11tl.
Pendant celte grande scène, neuI personnes, immobiles et silencieuses, entouraient le
lit du moribond : l'abbé Dupanloup, la duchesse de Dino, le duc de Poix, M. de SaintAulaire, M. de Barante, M. .Royer-Collard,
M. Molé, le docteur Cruveilhier el un vieux
serviteur de la maison".
Un fait remarquable des derniers moments
de l'illustre prélat fut la visite que lui firent,
à huit heures du matin, avec une sorte de
solennité, le roi des Français, et sa sœur la
princesse Adélaide. C'eût été, dans l'ancienn~
monarchie, une faveur insigne. L'ancien prélat le sentit.
- Je suis [àché, prince, de vous voir souffrant, dit le roi d'une voix faible et tremblante,
tellement émue qu'on l'entendit à peine.
- Sire, vous êtes venu assister aux derniers momeuls d'un mourant. Tous ceux qui
l'aiment n'onl qu'un désir, c'est de voir bientôt
la fin de ses ou Ifrances 4 •
"Louis Blanc, dans son Histoire de Dix Am,
raconte- mais le récit paraîL liien fantaisiste
- que le roi, lorsqu'il visita le mourant, lui
aura il demandé s'il souffrait beaucoup; que
le moribond lui aurait répondu : 01ti, comme
un damné, et que le roi aurait alors prononcé
à voix bas e le mot : Déjà!
Toujours est-il que les forces du malade
déclinaient de plus en plus. Le temps pressait, et l'on craignait que le moribond, qui
disputait minute à minute sa réconciliation
avec le ciel, perdit con.naissance. A une parole
de l'abbé, lui disant que Monseigneur de
1. • - Je vous dirai quand il sera Lemps. - ~lais,
prince, pendanl que votre main- le peul eucore ... . Mais il n'esl pas six heures, l'épondit le prince. Je l'ai
dit que je siguerais demain, entre cioq et sil'. hemes
Ju malin; je le le promcls encore. • L'allbé I..AGIIASG!l,
Vie de .Mgr. Dupan/.oup, Puussicli:ue, Paris, 1883,
l. l. p. 'lâO.
~
2. La rédacl.ionde ces deux pièces est du 10mars 1858.
, Rome, toujours prudente. a écril Chateaubriand, n'a
eas rendu Jublique, cl pour cause, la rélractalioo. •
Mémoires 'Oul1·e-Tombe, édilioo Biré, L. Vl, p. 431.
- U'une lettre adressée par Mme de Castellane à
l'abbé Lagrange, il ,ësulte cependant que le pape
Grégoire XVI aurait reçu le message de Talleyrand
« comme la plu,, vi1·e consolation de son pontifical ~L·abbé L•CRJ.liGE, loc. cit., p. 255.
;j, Le valet de cliambro Hélir. • appulê sur le bord
.J.u lit el fondant en larmes • · l,'abué AGRA.'iCE, Loc.
cil., p. 2â5.

Quélen serait heureux de donner sa vie pour
lui, il se soult:va légèrement. et, d'une voix
paisible :
- Dites-lui qu'il a un bien meilleur usage
à en faire.
- Prince, continua l'abbé, vous avez donné
ce matin à l'Église une grande consolation;
maintenant je viens, au nom de l'Églist-, vous
offrir les dernières consolations de la foi, les
derniers secours de la religion. Vous Yous
êtes réconcilié avec l'Église catholique que
vous aviez offensée; le moment est venu de
vous réconcilier avec Dieu par un nourel aveu
et par un repentir sincère de toutes les fautes
de votre vie.
« Alors- c'est l'abbé Dupanloup qui parle
- il fit un mouvement pour s'a,·ancer vers
moi; je m'approchai, el aussitôl se deux
mains saisissant les miennes et les pressant
avec une force et une émotion extraordinaires,
il ne les quitta plus pendant tout le temps
que dura sa confession; j'eus même besoin
d'un grand effort pour dégager ma main de
siennes quand le moment de lui donner l'absolution fut venu. Il la reçut avec une humilité, un allendrissement, une foi qui me
firent verser des larmes a. »
li sembla de même recevoir l'ExtrêmeOnction avec l'émotion d'une foi vive el d'une
ferme confiance. Puis l'abbé Dupanloup, agenouillé au pied du lit, récita l~s litanies des
saints. Quand il arriva aux invocations des
martyrs et qu'il prononça le nom de saint
Maurice, le chef de la légion thébaine, massacré par ordre de Maximien Hercule, patron
du célèbre diplomate, on vit le vieux prinœ
s'incliner et son regard chercher celui du
prêtre, comme pour bien témoigner quïl
s'associait à ses prières.
Ver trois heures, sentant que la fin approchait, l'alibé Dupanloup commença les
prières des agonisants. Le mourant paraissait
'y unir si visiblement qu'un des assistants
en fit la remarque : « Monsieur l'abbé, voyez
comme il prie l &gt;&gt; Il avait, en effet, les yeux
tantôt ouverts, tantôt abaissés, mais toujours
la figure calmP,, et son intelligence semblait
encore domint'r la mort. Enfin, les forces lui
4. Amêdée P1cHor, Loc. cil., p. Sl5.
On a dit, pour expliquer la démarche de l.ouis-PhiliQPC, que ce fül pou1· honorer le serviteur dévoué de
sd' famille. Mais on a pensé aussi q11e d'autres mo•
biles l'y èonduisirenl. Ou sait que l'ancien minislrc, le
confident intime êt3it resté déposilnire de piêce que
LQuis-Philippe avaiL le plus grand intènlt à faire disparaitre. Çau rail èlé le priDCJpal molif de la 1·isite 4u
roi. qui, n'ayaul pu complétement réussir Je premier
jour, serait revenu ·eul le leudcmaio et serait parvenu à se faire loul remettre.
Quoi qu'il en soit, ces papiers ont disparu dans le

soc des Tuileries, le '14 fè,·rier 1848.
5. L'o.1,bé L.,GRA~GE, /oc. cil., p. 256.
6. Cooxr \J .• J'.), rue Saint-llonurè, 383, Almanach
l'Ol(al, /Jllll&lt;!e 185R.
1.

Gh.

ll.

CnATEAllBRlHD,

O. Ch.

PucE
Pt..\Cl

FLORE~s, loc. dt., p. 120.
Loc. cil., t VI, p. 424.
el J. FtOREXS, /oc. cil., p. 120.

rt J.

manquèrent tout à coup, el. à trois heures
trente-cinq minutes, ses lèvres se fermèrent
pour jamais.
•
L'autopsie fut pratiquée sur une longue
table, dans l'antichambre de la bibliothèque.
par le docteur Cogny n, médecin ordinaire du
prince. On trouva les poumons sains, le cœur
\!Olumineux et entouré de graisse, l'aorte
et les principaux troncs artériels ossifiés
et cassants dans presque tonte leur étendue. Le foie et l'estomac n'offraient aucune
lésion.
Le corps, qui d'abord deYait ètre embaumé
par le procédé Gannal, le fut suivant l'ancienne méthode par M. Micard, pharmacien
du prince.
Les globes oculaires furenl ,·idés et remplacés par des yeux en émail, fabriqués d'aprè un portrait parfaitement ressemblant;
du vieux diplomate, que les gravures représentent, au temps de sa jeunesse, comme fort
joli, mais qui, ~ en vieillissant, avait tourné
à la tête de mort »8 •
Deux heures avant d'èlre mis en b.ière, la
figure du prince était déjà en complète dessiccation, à tel point que les parties charnues
des joues et de la bouche résonnaient sous la
percu.sion du doigt 9.
Le 22 mai, à onze heures, le corps fut
placé sur le char funèbre, et le cortège se
mil en marche sous une imposante escorte
d'in ran terie.
Le service funèbre eut lieu à l'église de
['Assomption, puis, !'absoute donnce, le
cercueil ful descendu dans le caveau de
l'église.
Quelques jours après, on transportait à Valença · et l'on déposait avec solennité dans le
caveau d'una chapelle les reste du prélat récalcitrant, 'lui avait disputé ju qu'à la fin sa
réconciliation avec le ciel, de l'homme politique qui, couvert d'honneurs, de riches ·es,
de diamants, avait abattu, relevé les trônes,
trahi Lous les gouvernements, même vendu
sa livrée en quittant ses maîtres.
La comédie par laquelle cet homme de
compromis el de marchés avait couronné es
quatre-vingt-cinq années avait fait dupe la
piété de son entourage. Une dame de la vieille
cour avait même eu, le jour de l'enterrement,
un mot heureux : &lt;&lt; Eufin, il est mort en
homme qui sait vivre. ,&gt;
Mais on raconte aussi que, moin crédule,
un représentanl d'une cour du Nord vint
gaiement annoncer la nouvelle de la mort
du diplomate, en ces termes, à U. .Guizot :
&lt;C Eh bien! vous savez 1 lc prince de Talle1rand a fait son entrée triomphale aux enîer .
ll y a élé îort bien reçu. Satan lui a mème
rendu de grands honneurs, tout en lui disant
cependant : « Prince, vous avez un peu dépassé
mes instructions. »
DOCTEUR

)Lu B1LLARD.

dernières amours
de la comtesse du Barry
Par PAUL OAULOT

Nos Archives nationales possèdent deux masse, d'autres pièces se rapportant à cette juge.lit peu importants, car pour lui tout
dossiers concernant la comtesse du Barry. liaison, notamment des lettres de a la Morte- s'effaçait devant le crime d'avoir été la maîL'un ne contient presque rien; l'autre, au mart, fille de Brissac, » pour parler le lan- tresse du « tyran français, Louis, quinzième
du nom ,&gt;, et qui pour nous,
contraire , renferme, outre les
au contraire, sont d'un intérèt
principales pièces de son procè
considérable, ces documents et
devant le Tribunal révolutionles renseignements qu'on peut
naire, une série de documents
glaner çà et là dans les Méprivés qui jettent un jour sinmoires du temps permettent
gulier sur cette femme célèbre
de relracer sans trop de lacuet éclairent certains côtés, peu
nes ce joli el tragique roman
ou mal connus, des Jernières
d'amour t.
années de son existence.
A.u lieu de la maitresse
royale, c'est la femme qu'on
retrouve dans ces pages, et,
On connaît l'incroyable forsuiv~nt la formule du jour,
tune
de la comtesse du Barry.
nous avons là le document huFille naturelle d'Anne Bémain après le document offiqus, dite Quantigny, et de père
ciel.
inconnu, Jeanne était née le
Au milieu des notes de po19 août 1743, à Vaucouleurs,
lice, dénonciations, acte d'accudans ce village célèbre par le
sation, interrogatoires et pièces
.ouvenir de Jeanne d'Arc.
diverses, on découvre une liasse
Amenée à Paris par sa mère,
de neuf lettres, et, sur le paelle
avait eu une enfance mipier grossier qui lui sert de
sérable, et sa jeunesse menachemise, oô lit celte note :
çait d'être pire encore, lorsque
« Lettres de Brissac avant et
le
hasarù, aidé par le duc de
&lt;( depuis la Révolulion. Peu
Richelieu
el par Lebel, valet de
cc impo1·tanles,
si ce n'est
chambre du roi, la mit en pré« qu'dles p1·ouvent ses liaisence du monarque désœu vré,
&lt;&lt; sons intimes avec elle (maet veuf à la fois de sa femme
&lt;&lt; dame du Barry), ainsi que
cl de sa maître se.
(( sa façon de pen se1• SUI' la
&lt;&lt; Sa taille, s.a fraicheur, sa
« Révolution. &gt;&gt;
physionomie radieuse, son air
« 1l est à ,,emarquer aussi
de vierge, l'ensemble de ses
« qti'elle a employé toute 1me
charmes,
et surtout ses talents
&lt;&lt; nttit à b1·ûler sa correspoupour
le
plaisir,
dit l'abbé Geor« dance anec lui, le jon1' de
ge!, la firent juger propre à
« sa nwrt à Versailles. )&gt;
jouer le rôle de maitresse favoEt ces neuf lettres, aveclenr
rite. ,,
écriture nette, à la fois ferme
On lui fabriqua aussitôt un
et coulante, ressuscitent pour
Gravure de BeACVARLET. d'après le tableau de DROUAIS.
état civil qui elfaçàl les hontes
nous tout un passé, et font rede son origine incertaine : elle
gretter vivement celles que madevint
la
fille
de Jean-Jacques Gomard de
dame du Barry, s'il faut en croire le rédacteur gage de l'époque, de Maussabré, l'aide de
Vaubernier
et
d'Anne
Béqus, dite Quantigny;
camp
du
duc,
du
chevalier
Bernard
d'Escours,
de la note, a brùlées dans une nuit d'angoisse
bien
qu'elle
fût
fort
jeune encore, à peine
vieil
ami
et
confident
de
madame
du
Barry,
et de deuil. Mais, quelque réduit ·qu'en soit
le nombre, elles sufJisent pour reconstiluer el des billets de celle-ei, facilement recon- vingt-six ans, elle eut la précaution de se
l'histoire des amours d'un grand seigneur et naissables à leur écriture fine et menue, de rajeunir de trois ans.
En outre, l'usage exigeant que la dignité à
de l'ancienne maitresse royale, d'autant que véritables pattes de mouche.
laquelle
on l'allait élever ne fùt donnée qu'à
Ces
documents,
que
l'accusateur
public
le dossier renferme encore, éparses dans sa
l. Arch. nat'" W 16, u• 701, Mé111ofret pour se,·vir d l'histoire des événements de la fî.,1 du :svrn•
aiicle, par l'abbé GE011GEL; Mémoires secrels du C'•

d' ALLOt&lt;VltLE ; Mémoires de Duu~·s; Les Rtvolvtiona
de Pa,.-is, ptr J)11oouo1nu:; Le Cou1Tier ff"a11çai1
(n• 259); Cuiioaitts hirtorîque&amp;.
J.-A. LE llo1;

var

Conetp. secrète entre Marie-Thbè!e et le comte
de Jlercy-Arge11teau. par le chel'alier d'AJINETH i La
du Barry, par E. el J. de Gor;couar, elc., etc.

.

�1l1ST0~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - une Femme mariée, le dernier en titrr. de pour la fa,·oriLe. L'incidenl, où le duc parut
e aman~, Jean du Barr , faisait venir en
ou un jour peu digne de lui, fit quel'}ue
hâle de Toulou. r. sou frère Guillaume, et un bruit à 1a cour,
aumônier du roi donnait à cette ·ingulière
Le duc do la \'rillièrc, 'étant. mis en tèle
union la con. éaalion rel i:1ieu'e (1•r eptem- de donner à ouper un oir à ln comte._e du
bre 176 ).
Barry, convia madame de Cos.-t.i, qui rcfu~a
Introduite à la cour et bientôt pre"·entée. de ' ren,lre 11 celte fète. Le refu. eut un
la oourelle comtes e éblouit lou' 1 yeux; grand retenti ,cme11t, et le duc rt!CUt des
. on éclatante et fascinante beauté lui con- reproche amers . ur la conduite de a femme .
quit rapidement une nuée d'admirateurs, dont Oo alla même ju:qu'à exiger qu'il us.\t d'auplu. ieurs a ·urémeol poussaient l'admiralioo torité vis-à-vis t!'ellc.
ju qu"à l'adoration. Et il e l à croire qu·elle
ForL embarrassé, il pensa ùn tirer par
ne vo ·ail point arec dépl:ti ir cc murmure une mam-aise défaite, et dfrlara 11ue. a femme
flatteur lui faire cortège, bien qu'on ne pui. e avait agi ain. i par l'ordre Je la Dauphine.
rien articuler contre . a vertu, i l'on peul se
Ier y-Argenteau ne lai· a point pas cr
ervir d'un pareil mot en pareille circon, tance, cette ail !,,alion, et dé aroun nettement le duc.
pour exprimer a fidélité au roi pre qu' exa- La Dauphine, en l'e pèœ, n'avait donné aucun
~~naire qui la déshonorait de se fa\'curs. ordr· à ·a dame d'atour.
Plus ré'er,·ée que la mtrqui. e de Pompa« Le duc partit le :rnrlendemain pour
dour elle n'eut pas de Choi eul pour amant. Pari ; m3Î., en vue dt:
r 1habiliter auprè ·
Dans la foule brillante qui l'entourait de la faîorite, il écrivit à a femme une lellre
d'homma"e , un gentilhomme de haute li!!llt.te trè forte où il exigeait d'elle de témoi ner à
cl de belle prestance, desliné par sa nai sance la comtes e du Barry toute sorte d'attentions
el .on nom aux premières dignité , e di tin- et de ne e refu er à rien de ce qui pouYait
gua hientôt par le culte pa sionné qu'il lui lui plaire.
voua, et la fa\Orite e entil aimée comme ell1•
La Juche. e répondit à son mari qu'en
n'avait certe point coutume de l'être: re.~pec- prenant posse . ion de sa charge, elle avait
tueu emenl.
été Yoir la comte· e du Barry, ruai· qu'apr\
Certes, elle avait droit d'être fière d'une celle démarche, elle n'en ferait aucune qui
telle conquête. Fil' du maréchal de Bri ac, pùl la faire regarder comme étant de la ociété
gou,·erne11r de ParL, Loui -Herct.Ùe-Timoléon, de la fayorite, que jamii elle ne • · résouduc de Cos é, avait q11elquc neuf an de plu. drait, et qu'dlepréfêrcrail remettre la démisque madame du Barry., é le t4 février 173i,
ion de sa place 1 •
il a\'ail épousé, le 2 février 1760, la econde
Mabé le ennui, que lui causnit celle
fille de Loui -lfazarini-.laocini, duc de .'h·erilu lion tau. e, et bien qu'il n • f1)L p:i. payé
oai , que lord Chesterfield cite, dans es de retour, le duc de Go sé ne perdait ritln de
lf'llres à 011 fil·, comme le modèle du genon ardeur amoureuse pour madame du Barry.
tilhomme accompli. La fille étail digne do lleureu1. d'aimer, il att odait patiemment
père, el le comte de Creolz en donne un d'être aimé, el il di!vait attendre longlemp
témoi •na"c indiscutable dans une dépêche au encnre.
roi de uède Gustave Ill :
Madame de
Co é, dit-il, est aimée et rei pectt'•e pour se
Il
vertu et l'agrément de son prit. •
n fil était né de cette union, mai le
Loui · XV meurt (JO mai t 77,i); madame
pauHe enfant, d'une anlé fort délicat•, était du Barry e t exilée à l'abba5·e du Ponl-auxpour e.~ parents moins une eau e de joie que [) mes; l'ordre lui en e. t Iran.mi par le duc
de ouci, et exigeait des oins constant . Vers de la Vrillière. a chut•, pourtant facile à
t 7i0, une petite fille allait naitre, que a pré\·oir, l'irrite plu. qu 'el!e ne l'abat.
mère tiendrait à honneur de nourrir elle- Le beau foutu règne qui commence par
même.
une lettre t.le cacb t ! s·écri --t-elle,
lalgré le charme et le vertu de sa
on eril cependant dure peu. Elle revient
femme, le duc d · Co, é ne -e lai .. a pas d'abord à . aint-Yrain, pli: d'Arpajoo, dan
moins séduir • par la nouvelle beauté qu'un 1111 domaine qu'elle achète à un Y. Ou-val,
caprice de Looi XV avait révélée à la cour, ancien commi de la marine, avec lequel elle
el cettr. admiration pa sionnée ne re La pas a\'ait jadis ébauché une iotri!!Ue, vite abanlongtewp · ecrête. .fcrcy-Arrrenteau repré- donnée dè qu'il !&gt;'aperçurent qu'il y chersente 1 du c comme a e0Lièr1:ment lhré à la chaient des cho, bien dillérentc. : e!Je, de
fal'Oritc, » cl madame du Delland l'appelle le l'argent, lui, de l'amour.
c fa,·ori de la .uhan~ . Bref, le ~- it élail i
Ven, la fin de l'année J 7i5, eUe rentre
connu que, lorsqu'à la mort de la duche se dans son chl'r Lou\'ecicnnes, don dt• 'on royal
Je Villar·. ,lame d·atour de la dauphine amant.
Maric-.\ntoinelle, il fut que lion de nommer
Elle a d'abord e sayé, pour comballre
à a place la du be ·c de Co .é, l"hé ·1tation l'ennui de on exi. lence désœu.rée, de troufut .,ranJe, tanl on ·'ima)!ioait voir dans ver une diversion à a ~olilutle dans les émoce choix une d· i"natioo Je madame du tions du jeu, mai bil•ott'll ell sïmanine
Ilarr1.
aimer, el l:t voilà redevenue l'.amoureu,e
Oo passa outre néanmoins, et l'on eut d·aotan. L'objet de celle pa ion est un Ânbientôt la preuve que madame de Co;; é ne
1. Lellre ,1 llerrr-!r oleto i.
arie-Tbérèsc.partageait point 1 enlimcnts de son mari Recuâl
d'Ar11rth, l. ·1, p. 371.
1

glai ·• lord ymour: mai 1• ;;.1price dure
~u, el le mom nt arrÏ\·e enfin où la lon 11 ue
con,lance du duc de Cos é est récompensée.
\ladame du Barry l'aime autant qu·ene en
ei t aimée. li emble alor que tout \·ienne à
la foi au noLlc soupirant, l'amour el le~
honneur.. Depui le 12 férricr l 77t&gt;, il est
•0111· rneur de Pari , à la place de son père
démi,sionnaire; quelqul' année plu tard,
la mort ne .oo père le fait duc de Bri . ac. Il
e t capitaine-colon 1 des Cent- uL"-' · de la
"arde du roi, lieutenant général de armée.
du roi, gr.ind panetier de France.
~lai. toute cc haute dignités n'ont rien
changé à a tendre. -e amourcu e pour madame du Barr ; bien mieux, il \il maintenant
awc elle dan une intimité ouYcrle. Ce n'est
plu . eulcmenl à LoU1·er.i1·nne , dan cette
di ·crète retraite, que le· deux amant al,rilent
leur~ amour~, il, ne. c quittent presque plu ..
Madame du Barryvient ouYenl à Paris pa. ser
la journée, - et la nuit, - chez Il' dur, dao~
son hôtel, rue de Grenelle, faubourg intGermain; elle l'accompa1rnc dan~ se vo ·age
ou Je rejoint dan e déplacement ; c'est
une pas ion connue, affichée : elle e fait
même adresser ·a corre. pondance chez lui, 11
l'botel Bri ac.
L'intérêt n'e.:-t pour rien dan celte liaison.
le cœur e t tout. Ce n·e~l plu - la fille qui e
vend, c'est la femme qui ,c donne, et, ~ndi~
que Looi XV s'était abni. sé ju qu'à elle, on
peut dire que le duc de Uri ac l'a éle\·ée
jusqu'à lui. La familiarité quelque peu gro. •
ière de on lan!!age a di:paru, . es allures
trop libre e sont réformées, et le changement e~t .i complet que le comte d'111on,·ille, qui ln rencontre, n•rs 17 0 ou 17 2,
d3n u11 voyage &lt;ru'elle fait en ~ormandi_e
pour aller vi iter le dur, ei l frappé de 11 la
11écence de on ton et de la noble e de es
manièr ·: ».
li étaient alor , l'un dan tou le la force
de l'A e, l'autre dans tout l'éclat Je la beauté.
Et.ils devaient rei ter ainsi ju qu'aux derniers
jour~, lui, ardanl a jeune ·e de cœur, elle,
Jcs grâce mcrveilleu e d'un ,i ·a1re et d·un
corp toujours jeune .
1

Ill

C forent de délicieu,r. amour,.
Le nuage· qui ':imoncelaicnl ur la
France n'étaient pa prêts à cre\'er rncore, cl
ils étaient rar • ceux qui, à ce moment, pré\'oyaienl le orage ; on peul aîfirmer que ni
Rri ac ni madame du Barry n'en étaient.
Quant au monde, il \'Oyait avec iodulnencc
cl'lle pa. siou partagée. Ce n'était pa. en celle
/ln du dix-huitiècne siècle, aprè le liberté~
de Lou genre que _'était octrol '' une ·ociété élégante et di olue, façonnée à lïmanc
du roi Loui · X\', qu'on eùl montré de la
-êvérité à l'i! aril d'un mari qui abandonnai!
a fe111me : c'étaient là accidents trop commun.. Ce qui le parai sait moin , c"étail la
longue fidélité de ces deux amants, objet
d'une curio.ité bienveillante.
Certes, il est à regreuer que madame du

,

___________________

tl.1rry ait détruit la plus grande partie de'
lettr~ qui lui rurt!nt alor · adre,-.ées par le
duc de Brissac; car, d'après le p •u qui re te,
on pt:ut juner &lt;1uel intérêt aurait eu pour
nou cette com•~pondance d'un •rand eigneur amoureux; mai ll's billet,- •1ui onL
échappé à la de truction permellent de constater toute la délicates e de celle pa,.ion
re~pectueu. el tendre, et il ~ont uaimenl
d·uoe hieo jolie tournure d'espril.
En voici un s.,n date, nai il est ai. é de
\·oir quïl remonte à r.;po'lue heureu. e, de
17 2 à t i li. Il porte comme ,uscription

A .l/111f&lt;mw
,1/adame ln co11tle.~te ,/11 Barr.11, il lurie1111e.

« mile amour .• mille remerciements, chrr
rœur: ce soir, j · crai prè · de vou~. Oui,
c'est mon honb1·11r d'èlrc aimé de 1·011~. Je
\'OU. hai.e mille fois.
« Ce ·oir, j'ai à huit heures un rtndezrou · avec madame de Las Cases. Je ne .ai:.
ce qu'elle me ,·eut. J'irai chei: elle el ne lui
donnerai point la peine de venir chez moi,
4uoiqu'il n' ait ril'n qui pui
touch r mon
cœur que vou ·.
« Adieu . .Je vous aime Pt pour loujour .
J'attends mon mond' qui, je croi , ·ern
nomhreux.

[Es DER,NrE'l('ES A.MOU](S Dë LJl CO.JKTESSE DU BA]{]{Y - -...

l •ttre peut-être, mai quand je m'eotrclir11:,
arnc \'OUs, je ne m'ennuie pas.
1 , aYez-vou que je sui. as. ez piqné de
n'arnir pa P.ttl nommé pr 1 ident de l',\ :eml,lée provinciale d".\njou? Je ne l'ai pa ·· demandé. mai. à qui puis-je allribu~r d'arnir
été oublié? En v1:rité, cela me p ·e et m'aflli~e ....
,, . . ll fout, chère amie, \'Oir 11!s Lroup ·s,
mu~ ,1uilter, vou dire que je vou aime, et
!1ue je erai heureux el ~alisfait de vous re\'Oir en aus6i bonne noté qÙe je le dé ire. »
L~ année. pa ,ent : roici 17 9 avec on
t{1rlè"e d 'oppréhen iow, de troubles eau é·
p:ir le mou1·emcnt r :rolutionoaire. ~aL le
in1piiétude politique n'altèrent point la. . ért!nité de leur amour. Au moi d'aoi1t, r. de
Bris ac e l obligé d'aller pa ~er quelquP.
temp à Bri · ·ac el à Angtr' : la séparation
lui e l cruelle et le jour. lui parai sent Ion,,~.
c

llri. 'laC, c,• 2:,

lOU!l

17

o.

• Je Yai. demain lrou\'er l • marquis dc
Rav, :\ Ao..,er~ ....
; Ce qui l'e l (f:lcbeux), Madame la comt c, c'e l de ne l'Ous écrire qu'un mot. Il
fauL faire partir ce courrier, vou dire néanmoin · l{Ue le~ sentiments qui m·attachent i,
rou · ont ,if el sincère , que je voudrais
c Cr. ,limanche, it. dem hcun·. 111rènni1li. •
être à la place de la ociélé qui ;auvent jouit
du plai.ir de , ou \'oir ....
Le autres billet ont dat l , el l'on peul
c Je me porte au·si bien que le peu\ent
, uine ain i l'hi Loire de cet amour qui ne permettre le· affaire du t mp .....
,·a rie point. Hien, commè il l'a dit, ne peul . « Dan un moi , j'ai l'e poir de vou retourber on cœur que celle &lt;1ui le po.sède voir et j'en ai grand be. oi11. •
déjà.
• _\ .\n~crs, ce _tm,·,li 2tl aou.t, a mi,li.
, \ La F'h'-clle, ce ~(i 1011 1 1i86,
« Que 1otre lettre du 22, . ladame la coroâ di1 heures du malin.
le.! e, est philo ophique el a,-ante I Oui, il
c Je ui arrivé hier ici à une heurr, el faut de la philo opltie el de l'espérance, ainsi
toutes l pcr onne qui deYaient courir la que de la patience, lorsque l'on e l loin de
po te e sonl rèlcn!e pour me devan er; \'OU 1. ..
au si, cltcr cœnr, sui -je à attendre des chec On dit que Paris n 'e l pas tranquille : il
vaux. Je rais . uivre une route de tra,er·c où manque ainsi que ,·ou de u.h~i lance . Que
l"on ,,a au pa : a.in i donc me ,·oilà r •tardé ne puis-je partager avec vou' tous les beaux
d·un jour. ~fon impatience de ,·ou, rejoindre fruit que celle belle terre nou a procurés
n'en diminue pas. Oui, cher cœur, le mo- celte année; mais il ne erait ni prudent ni
ment dt: me réunir à vou., non d'c prit, êar po. ible de tenter de vou en eovo ·er, el le
je le suis toujours, mai· de pré eoc ', l un municipalité redoutenl le peuple, qui, non
üolcnt dél,ir t1ui ne peut ,e ralentir.
content de ce qui lui est néœs.aire, veut !!llr11 Adieu. C Ile lettre ,a partir :ace celles
dt!r le uperflu.
d'.\nger. que !"on allend pour dtlpêrber celle
&lt;f liai· adieu, adi u, ,1adame la comte
;
de cette ville, où il ,. a un monde infini qui il est tout à l'heure midi, el je veux aller
viennent chercher lc~r. cofJnt:.
diner à Uri sac.. Je vou. offre me homrua"es
« Adieu, cher cœur, je vou · baise mille cl el mes remereiemeols t.l~ -voire e aclitmlc à
mille foi de touL mon cœur.
me donuer de vo nouvelle . Elles ont mon
-a A mardi ou mert·reJi, de bù1111c liettre. »
cul bonheur, comme de pen. er à ,·ou,, aU.I
cntimenl!i ëternd que je rou ai voué. , el
• ~ \ e111lo,1111 1 cc 16 ou l I ii&lt;1.
que je vous o0re de tout mon cœur.
u J.: Youdrais, chère amie, tJue l'ou cu~- • « J'aurai pu hier recevoir de .os nousiet. pu m·annoucer uoe totale guéri ·on, 11ue vel!!•~, et je n'en ai pas eu. ll
votr emlionpoinl me la ccrtiliâl, et rou. ne
fai~ ni l'un ni l'autre. • ·éanmoiru;, chère
Quelle délicate se dans ce dernier trait qui
amie, il faut e réjouir un peu de ,otre nou: pourrait pa ·er pour un reproche el qui n'e l
velle pare e, à la&lt;tuelle vou êle. i peu que l'expres ion d'un dé ir el d'un regret!
aœoulumée, pui·qu'i.ille me fait e pérer que
La Jeure ui ante, de quelques mois po ron. vou tiloinnerez moin de moi.
térieoN, et datée d Tuilerie., où logeait le
, Je mus ai écrit de Bri . ac une lon!!1le gouverneur dePari depui le 10 octobre 17 9,

e. t un petit chcf-d·œmre de . implicité, de
bonhomie, et avec cela d&lt;! gràce el d'ardeur
juvénile.
li parle de sa légère incommodité avec la
rranchi.e d'un homme ùr de l'alîection de
on amie, el qui u'a nul bc~oin pour en être
toujours chéri de se taire sur le~ cho,e rnlgaire~ · mai comme, à la lin, il e relève et
montre sous le pre que exa"énaire qui Lous e
el qui crarbe l'amant' loujour jeune, toujour:. épris!
, Am ruileric .. ce mercre,li 11 no.-emhre 1780.
11 le vai. me mellre au lit, cher cœur,
pour être demain moin enrhumé que je ne
le ·oi. , et pou oir \'OU.' fairtl meilleure comp3brnie que je ne le ferai· si j'étais au si cntrepri de rhume que je le ui .. Ce rhume
est humorique et \rieut de la stagnation d'un
trop long éjour fait à Paris, auquel je ne
_ois rien moins '[U'accoutumé el qui finira
par me tuer ou me dé oler, si bicntàt ma
ré5idence n' t leYée. Je l'e père, et ne vous
en parle pa · dan. la crainte qu'une précipiLation de joie ne la retardP.
« Adieu, tendre amie; je vou aime el je
vou bai.e mille foi: du plu t ndre de no
cœur , je voulai dire de mon cœur, mai je
n'effacerai pa ce que ma plume a tracé,
aimant à penser que voire cœur et le mien
ne on1 pour jamai. qo'un.
« Adieu, à di&gt;main. Je vai tâcher de suer
et de cral·her: joli projet à mettre en réalité.
C'eH une occupation moin désa!!réahle dans
la circon-iance présente qu'elle ac le erail
·i le temp- était calme et par con ·équent
beau. Toul ce qui se pa e e l réellemenl
m1·stérieux et fol, el la a11e e t de ,·oo
aimer.
1 AJiP.o, tendre amie! Adieu, cher cœur.
je \'OUS aime et vou bai. e. 1&gt;

IV
Les événement devenaient chaque jour
plus graves, et il était dès lor • facile de prévoir quel danger menaçaient le royali le
re Ili. fidèl . .Beaucoup. 'autori ant de
l'exempl • du comte d'.\rtoi , 'éloirrnaient
prudemmenL, cherchant un r •fuge de l'autre
tôté de la frontière.
Le gouverneur de Paris, commandant la
garde du roi était plus menaœ 11ue qui que
ce tùt. Quel,1oes ami' le pre èrent de se
ou-traire aux ren"canc • populairt• , et lui
consdllèreot d'émigrer.
Abandonner on roi dans le malb ur, Bri ac n'y ongea pa, un instant, cl, bien 11u'il
ne se fil guère d'illu. ion sur le orl qui lui
erait ré ·ené, i la Rél·olulion triomphait, il
ne \·oulut pa éparer . a cause de celle de
Loui l \'J.
- Je fais cc que je doi à es aïeux cl aux
mien , répondit-il fièrement à œ prudent
con-ciller .
Et il re ta à on po te.
Toutefoi , jugeant inutile de faire partager
ses péril à. a fille. madame de Mortemart,
il la fit ou la lai a émigrer. C'est san doute

�~-------------------- [ES DE1('NTÈR,.ES AJffOU'J?.,S
à ce moment que celle-ci écrivit à ·madame
du Barry le billet sans date qui se trouve
dans le do,sicr. Il prouve, une fois de plus,
que la passion du duc de Brissac était en
quelque sorte reconnue, puisque la fille n'h~
sitait pas à écrire à la maîtres~c, - disons
comme elle: à l'amie de son père :

« Daignez agréer, madame, tous mes remerciements de ms bontés rt mes regrets
d'être obligée de renoncer à l'espérance de
vous voir avant mon départ. .Je suis bien
afl1igée de l'idée d'être si longtemps sans voir
mon père et de n'avoir pas la permission de
l'embrasser hors de Paris avant de le quitter.
li faut se soumettre puisque c'est le seul
parti qui nous reste. Recevez, je vous en supplie, madame, l'assurance des· sentiments
que je vous ai ,·oués. Il
• C,• 1:;.

~

parèrent du contenu de cette affiche pour
lancer contre l'ancienne fal'orile de violentes
accusations.
Les Révo/11 I ions de Paris', rédigées par
Prudhomme, se signalèrent par leurs insinuations perfides :
« Depuis la révolution, la dame du Barry
n'a cessé d'employer tout l'ascendant que lui
donnent de grandes ricbesses acquises 011 sait
comme à faire régner la mésintelligence entre
les habitants des environs de Lucienne el les
Suisses de Courbevoie. Les menées sourdes
concertées al'ec les principàux officiers n'ont
pas eu tout le succès désiré. Tout au contraire, on est prévenu si peu favorablement
sur le compte de la maîtresse du ch:iteau de
Luciennr, qu'on ne craint pas d'élever des
doules sur la réalité du vol de ses diamants;
la réduction considérable dont les revenus de
ladite dame sont menacés lui a fait naître
l'idée, dit-on, de se rendre intéressante en se
donnant pour victime d'un événement fàcheux
et en se procurant un titre 11 l'iudulgence de
l'inexorable Assemhlée nationale.
&lt;( ()uoi qu'il en soit, sa conduite dans la
position où elle s'annonce n'est guère propre
à la fa.ire plaindre .... »
Pour un peu, il semblait qu'elle s'était
rnlée elle-même.
Avec sa légèreté habituelle, madame du
fürry ne parut pas tout d'abord· attacher à
ces attaques l'importance qu'elles méritaient.
Elle continua sou existence d'amoureuse, ave.c
la l&gt;elle insouciance de la femme heureuse,
heureuse d'aimer et d'èlre aimée. C'est à
celle époque que se place l'envoi de ce billet,
dans lequel le duc de Brissac fait allusiou au
vol &lt;[UÎ vient d'avoir lieu :

Tandis que madame de Mortemart cherchait, avec son mari et son enfant, un abri
dans les Flandres ou dans la Prusse rhénane,
son père restait en France, retenu par le devoir; et madame du Barry, retenue par son
amour, et aussi par le désir qu'elle avait de
ne pas quitter Louveciennes ni les richesses
qu'elle y avait accumulées, ne songeait point
davantage à émigrer.
Elle s'imaginait apparemment que la génération nouvelle l'avait oubliée, et comme elle
ne s'était guère occupée de polilique, sauf
pour renverser Choiseul du ministère, et
qu'elle n'a,,ait jamais fait de mal à personne,
elle se croyait à l'abri des haines populaires,
cl monlrait, au milieu des événements qui
s'annonçaient de plus en plus terribles, une
extraordinaire sérénité el une plus extraorc Cc mercredi . 2 f.l,·ricr1701. •
dinaire conliance.
Peul-être l'une et l'autre auraient été jus&lt;&lt; Arrivez, très cher cœur, et prenez toutes
tifiées par les faits, sans un incident vulgairr, les précautions possibies pour votre vaisselle
qui vint ramener l'allention sur elle et dis- et autres effots encore précieux s'il rnus en
siper l'oubli qui C&lt;'mmençail à se faire autour reste. Oui, vous et ,otre beauté, votre bonté
de sa per, onne.
et votre magnanimité, j'en suis .confus, et me
Dans la nuit du JO au J l janvier 1i9 l, sens plus faible que vous. Et pourquoi no le
alors qu'elle se trouvait à Paris, dans l'hôtel serais-je pas pour l'objet qui m'intéresse si
Brissac, un vol fut commis à LoU1·cciennes. vin1ment'!
De hardis filous firent main b~ssc sur la plus
« Adieu. Venez donc de bonne heure. Volre
grande partie de ses Lijoux.
arri,ée est-elle sue? Ne m'avez-vous pas dit
Madame c'.u Barry, ne 'foulant rien négli- que ce soir vous auriez à souper dix ou douze
ger pour renlrrr en possession de ses trésors personnes? Donnez-moi vos ordres vile par
dt'-robés, commit l'insigne imprudence de cet exprès qui reviendra sur-le-champ ici
foire apposer sur les murs de Paris une affi- même : tout sera prêt pour que vos ordres
1•he qui étalait en gros caractères ces mols : soient e.xéculé~.
« Adieu, je lous aime cl vous embrasse
DEUX ~IILLE LOVIS A GAGNER
de tout mon cœur
&lt;( A ce soir. »
Diamants el bijou:r perdus.
Suhait une longue énumération, digne de
l'inven1aire du plus riche joaillier. Cela seul
suffisait à exciter les com·oitises; mais les
noms de Louis Xlll, de Louis .XIV, de
Louis XV, revenaient sourent dans cette énu_mératiou, et il n·en fallait pas da,antage
poffr él'eiller les hames rérnlutionoaires au
souvenir de ces prodigalités princières.
Les conséquences d'une telle i~prudence
ne se firent pas attendre; les journaux s'em\'. - !hsTOI\IA - rase. 33.

DE LA COMTESSE DU BAR..'f?..Y - - ,

Son amour pour Brissac n'empêchait point
cependant madame du Barry de songer à ses
diamants, à ses bijoux volés. Aussi, ayant
rrçu avis que les rnleurs avaient été retrc,uvés
et arrêtés en Angleterre, elle se mit en roule,
accompagnée de .\1. de Maus~abré, aide de
camp de Brissac, et du chevalier Bernard
d'Escours, son vieil ami.
Mais la procédure anglaise était plus com1. X• 81, du 22 au 29 jam·ier 1791.

pliquée que la paune femme n·e se l'imag-inait; elle eut la joie de revoir ses· diamants,
mais non la satisfaction de les reprendre.
Elle ne resta que quelques jours à Londres, du 17 féuier au 2 mars, mai~ elle y
retourna deux fois avec d'Escours, au printemps et pendant l'élé de celle même année
17\l 1, sans plus de succès. Elle ne se doutait
pas que ces voyages seraient interprétés contre
elle, et qu'un accusateur zélé n'y verrait que
le désir de retrouver à Londres des émigrés,
crime irrémissible contre la flépnblique.
Pendant ces absences, de grands changements s'étaient effectués à Paris. La garde
du roi avait été dissoute et remplacée par la
garde conslitutionnelle. Le recrutement en
était autre, et nul ne devait en faire partie
s'il n'avait donné dès preuves de civisme.
Toutefois, le choix du commandant a,,ait été
laissé au roi, et Louis XVl avait désigné pour
cette fonction le duc de Brissac, avec le secret
espoir qu'il interpréterait habilement se~ intentions et celles de l'Assemblée dans l'examen
des preu,,es de civisme.
Brissac ne pouvait se faire illusion sur les
périls de cette nouvelle situation, qui avait
en plus, sur celle qu'il venait de quiHer, le
désavantage d'ètre fausse; mais que lui importait? Il avait apparemment fait à sa foi
monarchique le sacrifice de sa vie, et il songeait seulement, en attendant le dénouement
fatal, à mettre à profil le temps pour·aimer
encore, pour aimer toujours.
Il n'a rien perdu de son ardeur, rien de sa
sérénité ni même dr sa belle humeur, comme
on peut le voir par ce billet :
11

Cc :; oclobi-e liOI. Lundi.

« Mon petit dauphin est parti; je suis sans
lunettes. Je vous écris donc un seul mot qui
les renferme tous : je vous aim~ pour la vie,
malgré les vieux et leurs envies. Demain,
j'irai diner aYee vous et rous mènerai madame
de Bunnevillc, l'abbé Billardy et
Legoust.
Nous avons fait huit lieues à cheval; le roi a
Lué trois faisans, et mon déjeuner a été un
bon diner . .le vous aime et vous embrasse de
tout mon cœur.
« Je viens de faire un pâté dont je vous
demande excuses. îlien de noUl'eau. »

,1.

Sept ou huit mois se passent relativement
calmes encore pour les deux amants. )[algrélcs
symptômes alarmants, mal~rt'.· la marche en
avant de la Révolution, ils emisagent l'avenir
sans trouble, l'un avec son courage impassible,
l'autreavec son étonnante confiance. Cependant
la cata~trophc approt:hP. L'Assemblée législativedécrète le licenciement de la garde constitutionnelle, cl son chef, 1&gt;! duc de Brissac, soupçonné d'y avoir introduit des éléments royalistes, est mis en aceusation. Ces mesures
présagent une arrestation, un procès, autant
dire une condamnation. Louis X\ 1, ioformé
dans la nuit de cet événement, fait aussil&lt;it
pré,·enir le duc qui loge aux. Tuileries et l'en;:rage vivement à se soustraire par une fuite
3

�fflSTOR..1.Jl

______________________________________ _.
" - - - - - -- - -- -- - - - - Les

entarc possible au péril t1ui le mrnac~ ; mai
Hri ·ac n'e t pas de ceux qui fuieut : il attendra et n'abandonnera point volontairement
son poste.
Il ~è contente d'a,Prlir _a mailr,·m, : il
charge . on aiJe de camp Maus. abré ùr courir
à LouvcciPnni·s annoncer le incidenb dL la
nuit. Ces nonvellt•s plongL•nt madame du
Barry dan une violente inquiétude; tlle perd
celle folle écarilé qu'elle a con. ervée jusqu'alor , et eUe écrit au dur une lon,.ue letlre
dans laquelle eUe accumule les raison qu'elle
\'CUL se donner d'espérer .
Voi1•1 cette m~sive, ronfiée ~ un abbé,
probablement à cet aLbé Billard y, qui était
un de· familiers du faux ménage. Comment
se trou\·e-t-elle dans le do~ ier de madame
du Barr '/ C'e.t l'e qu'on ne peut dire avec
certitude. L'abbé, ne pou,·ant parvenir ju qu'à llrissa!', a-t-il rapporté la lettre? Ou
bien, remise à . on de, tinntaire, a-t-elle été
prise a1ec ~es papier cl \'Crséc plu tard
dan - le dossier de a maitres e? Quoi qu'il
rn oil, t-lle est Lirn de J'Pcriture de relie l'i,
PL l'authenticité n'en aurait èlre douteuse.
&lt;1 J'ai été saisie d'u11c crainle mortelle,
monsieur le dne, quand on m'a annunré
M. de ~laussabré. li m'a as un: {1ue vous vous
1,ortiez bien, que rnus a,·iez lé calme d'une
con.tirnce pure. Mais rela ne suffit pa. à
mon intérêt pour vou·; jt! sui - loin de von",
j'ignore 1·e que rnu- allez faire. Yous me
direz que \'OU l'i 0 norez ,·011 ·-mème . .l'emoic•
l'aLLé aroir cc qui .-;c p:ue, ec que l'0us
faites. Pourquoi Ill' ~ui.-je pa. pri·· dr You ··)
\ ou recevriez d • moi le. consolation de la
lcndre et fidèle amitié. k sai · que ,·ou n·aurirz rien à rraîndrt1, i la rai on el la Lonne
foi régnaient dans ceth' \ emblée.
cc Adieu, je n'ai pas lt• temp~ de vous en
&lt;lire davantage. L'aLbé entre dans ma l'bamhre, je \'eux , ilt· le faire parlir. Je ne serai
tranquille que quand je saurai ce que vous
de,·enel. Je ~uis Lien ~ùre qm· Yous 1~tes en
rt•gle ur la formai ion de la garde du roi,
aimi je n'ai rien à redouter pour vou de ce
&lt;Ôt~. Votre conduite a été si pure, depuis que
,ou, rte. am: Tuileries, qu'on ne pourra ,ou.
rien imputer. Yons avez fait tant d'at·le de
patrioti me qu'en vérité je ne . ai pas c·e
qu'on peut trouver à redirt'.
" Adieu. llonniY-moi de ,·o nouvelle~ et
ne doutez jamais de tout t·e que j'éprouve.
Cc m~n·r,•di. il

0111c

J,n11 e•.

Les érénemenù se précipitent. Le duc dr.
Bri ~ar est arrêté et diri"é sur Orléans où
. ii•"'e la Ilaulc Cour nalionale. a premii•re
pen~ée, c'lmme loujour3, est pour madame
du Barry, et il lui écrit une longue lettre
que le lidt•lt• füus aLré fait parvenir à LouYeciennes. La lellre de Brissac n·e.~i ·te plus,
mais celle de ~Jau. sabré nous re·te.
• .\ r~ris. re '1 juin, · lroi - heurri ,lu matin.

Je m·empre - e de mu: emoyer une leLLre
de M. le duc de RrLac, par laquelle vous
apprendrei qu'il c·t arrivé au lieu de sa d ·tioation (Orh1ans), . an. qu'il lui . oil arri\'é
&lt;•

le plus petit événement. J'aurai été vou~ la
porter moi-mème, ·i je n'étai~ rhargé de plusieur. commi •.ioo importante~; dès qu'ellecront faite -, je me mettrai en marche pour
aller ,ous informl'r d1• plusie1m particul;irilés qu'il csl bon rp1e ,·ous ,at·hiez.
, En attendant. permettez-moi, madame 1a
comtcs.e, que j'aie l'honneur Je ,·ous foire
agréer l'hommage de mon respect, awr lequel
j'ai l'honneur d'être votre très humhle el très
obéi. sant seniteur.
Il

~f \U ..

\Bllf:. &gt;&gt;

Le duc de Jlril'sac, apparemment, ne .e
montrait poinl fort inquiet. par ,olonté
d'homme fort, pour llll pa eJTraJer les pt'rsonne 11ui l'aimaient; mais celle -ci ne pouvaient point ne pas Lremlilcr pour une tête si
chère. ne autre femme partaa1•nit le - alarme.de madame &lt;lu Barry : c\:tait la fille du duc,
madame de ,\forlemarl émigri;e :n·ec on
mari, el qui dans 1,. m~nrn momenl e trou,·ait rraisemblablemcnt à pa, où elle alnit
1lé prendre le. eaux.
llès 11ue la nouvelle de l'arrestation lui
parvint, elle fut r •mplie de crainte, el, dans
son anxiété, elle •'adressa naturellement à la
personne qu'elJc ,,:n·ait le mieux en étal d'être
rèn eigoée sur la situation de son père. Elle
éc·ri\'il à madnmc du Barr1 :

« Beconnaitrcz-,·ous mon éeriture, madame?
fi y a trois ans que vous la 1îles dans un
tri-te momt&gt;nl. Eo rnilà 11n him plus tri ·le
t•ncore pour mire amitil! et pour me entiments. Ah I que je sou1Tre depuis deux jours!
. ., on courage, sa fermeté, lt' éloge dont on
l'accable, le re rets que tous lui donnent,
-on innocence, rien ne peut calmer mon ima,.inalion effrayée. M. de \1... et moi, ,·ou lion
parlir aYanL-bier. Plu ieurs personnes de
poid - nou . en ont empêché,, il ~ ,·o)aicnt
du danrrer pour mon (•poux. san. avantage
pour mon père. Il:- dbaient que m1•mc sa
&lt;Jualité d' fo1igré pourrait lui nuire; mai.
moi, madame, e,-t-ce que je ne pourrais lui
füe de quelque utilité'!
« Ne pourrais-je e pérer de le voir'! Peul-on
faire un crime à une femme malade d'avoir
été prendre le eaux. et le faire retomber ur
son père? Je ne le crois 11as, et c'est la . eule
chose que je craindrais .• i ,·ou - croyez que
je puisse lui être Lonnc à quelque cbo e à
Paris ou à Orléan. , a~ez ]a bont11 &lt;le me le
mander, et j'y Yolcrai.
&lt;t E~t-il un monn d'aroir de rn, nouvelles, tl'a,·oir quelque communication a,ec
lui'? Mandez-le-moi, je mu upplie, el je le
ai irai a,·ec empre~ lmtnt. J'ai appfr par
un homme, qui peut-,~lre vou esl inconnu
( un mol ra~é), que Y0U~ êtes partie pour
Orléans. Ne IJ'ouvcz pas maurnis que je vou
dise 11ue cette marque ù'altacheml'nt pour
celui qui m'e l j chN vous acr1uerra des
droits éLernel sur mon rœur. EL agrêez, je
l'0_ll prie, l'a snrance de sentiments que je
,·ous ai Youé pour la \.ie.
&lt;1 TroUl'ez bon que je rclranche les compliments de fin de lettre, et donnez-moi la

même mar11uc d'amitié. J'cmoic celle lellrc
l, quelqu'un de :-ûr à Pari:-, 11ui, j'espère,
\'OUS la fera parrenir .an~ incon,·ènicnl. Pardon de mon "ritfonnagc.
f.,, ;, ,Ir juin.

~

Madame de llortemarl étaiL mal renseignée. Madame dn Barry n'a.,.ait point été à
Orléan,. Et qu') .eraiL-elle allée faire'! , :i
présençe, en ré\'cillant les . uuvenirs d'un
passé odieux à tous, n'ctit pn que nuire au
prisonnit'r.
Quant à celui-ci. il avait élé interrO"l; le
15 juin, « tians l'auditoire de la llaule Cour
nationalt' ,1 .
Cl'l interrorratoire, qui ·c trouYe dao le
dos. ier Je madame du Barry, - la cl10.e est
curieu~c à siirualer, - t;taiL fait en rnrlu des
n décrel et acte d'aCl'n·ation portés contre lui
par I'.\- emblée nationale, le ~. mai el
11 juin derniers. &gt;&gt;
li contient la belle réponse de l'accusé à la
demande qu'on lui fai ail de se nom, prit.nom. , ;1ge, profes~ion et domicile :
11 Louis-llercule-Timoléon de Cos é-Bri ~ac, agé de cinquante-huit an , .:oldat tlepui.~
11a ,,ai~~&lt;mce, lieulcnant-général Je armées,
habitant le château des Tuileries ilepui. le
10 octobre J7x!I. »
C'e.5 l à peine 'il cherche à se disculper: à
l'accusation dirigée contre lui, il oppo. e une
simple dén~gation :
- Je n'ai ndmi!'- dan la garde du roi que
de- citoyen qni remplissenl le· condition.requi e par le décret de formation.
li ne .emble pa qu on l'ait gardé longlt'mp au secret. Uientôl, il lui fut permis de
corre. pondre au debor. c·et ain i qu'il fit
parrnnir à a fille émigrée une lcllre qu'elle
rt!çut en même temps que la répom;e de madame du Ilarry.
~ladame &lt;l~ Mortemart le dil très clair,·menl dan - ln seconde leltre qu'elle adres, ait,
le 20 juin, à madame du Barrr :
&lt;1 Je vou~ rends un million de gr,iccs, madame, des uom·elle · que vou. a,et eu la
bonté de mP donner. Comme Yotre lellro a
été retardée. je ne l'ai reçue qu'avec de
nouvelles de mon père, tle sa propre main,
ce qui m'a fait 0 rand plaisir. J'ai su depuis
qu'il avait été interrogé cl qu'il n'élail pins
au secret. Le ,·oili1 ao. si passablement que
po :;ible pour un prisonnier.
a lalg.ré on innocence reeonnue,je crains
que les procédures ne .oient liiP.n longues, et
je me . crai Lroul'(!e trop heureuse i j'avais
pu lui être de quelque utilité on de quelt1ue
a••rémcnL pei,dant sa retraite .
« Depuis quelques jour , on nous inquiète
ur Paris. On semble J' craindre quelques
trouille ; on attend le doc de Brun wick à
Coblcnlz et de l'argent avec une égale impatience. On disait ce . oi r que les Français
a,·aicot été bauus à 'aenin, mai je n'en
crois rien. Plu ieurs petit Mtachements
marchent pour les environner et leur couper
le chemin de France, mais sûrement ils s'en
tireront avec arnntage.
«• Jt• mi ·. d'aprè - votre corl!eil el celui de

plusieurs personnes, je ,·ai · continuer me
eaux qui puent horriblemenL el donnent la
fièHe et la gale. li faut croire pieusement
que c'est pour le mieux, ainsi que le rilain
temps qu'il fait depuis deux mois. li faut surtout prendrf' patience: c'est un ~and remède.
, Adieu, madame: pardon de mon grif!onna"e. Recevez l'as urance du sincère alla-

D'E~'NŒ~ES Jf.MOim_S DE

chemenl que je vous ai voué pour ma ,·ie.
• C:c 20 jui11 .

Le Lon de celle lettre ne témoigne pa· de
craintes Lien \'Ï\·e- : il y règne mème Il.Il certain enjouement, rtllet de la confiance que
. ans doute in piraient à une émi.,rée les premier moUl'ements des armée en pré ence,
et l'ignorance 011 elle était des dispositions
du -peuple aussi bien :1 Paris qu'en province.

I..}\

COMTESSE DU BA~~y ~

Cependant le jour même où_ elle écrivait, le
~U juin, Paris était le tbéàtre de fort 01rave
événements : le palai dC! Tuileries était enYahi, et le roi, affublé du bonnet rouge, hué
et menacé, n'était plu qu'un jouet que la
populace briserait dès qu'il lui en prendrait
fantaisie. Quelques semaine~ ne e seraient
pa écoulées qu'ell~ salisferaiL ce caprice
(10 août 17921.

(A suivre.)

P .U ' L

(t\l.LOT.

Monsieur Thiers
ans doute, M. Thiers avait grandement
~ur le cœur son exil momentané après le
'2 Décembre; Eans doute, l'ancien président
du Conseil des mini tres respon. able était
ennemi déclaré de l'exercice du pom·oir personnel; san doute, il ,anLait les fonctionnaires qui n'avaient pa voulu prèter serment
11 la Constitulion impériale et parliculièrement
l'excellenl M. Barthélemy Saint-Ililaire, son familite le plu fidèle, de qui il di ail : « C'e t
un ange! ... » liai son hostilittl di!-paraissait
dès qu'il 'agissait de l'armée et de ceux qui
y ervaient. Jamais, pendant les nombreux
jours que j'ai pa. sés avec lai chaque année,
jamais ~1. Thiers n'a tenu devant moi quelque
propos gênant à entendre pour un officier de
la 0 arde, et je lui en savais d'autant plus gré
que j'ai toujours été plus par Li an de la lolérancc qu'on se doit entre gens bien éle\'és de
comictions oppo ées. C'est en vertu de cc
principe que le comte Walcw ki n'oublia jamaL ou l'Empire, le bon accueil qu'il a,-nit
trouvé dans sa jeunes c à l'hôtel de la place
ainL-Georcrc~, à ce point même que les solliciteur en quête de quelque faveur dépendant du ministre d'État, étaient toujours certa.iils de l'obtenir sur la recommandation de
'fhier~.
Celui-ci, dans .a vie privée et surtout :1 la
campagne, se livrait ,olontiers à son enj'luement naturel qui allait parfois ju qu'à l'espièglerie.
ll y ayail avec nous dans une ,ill 1aiature]
une dame, assez revêche, dont les doigts
agiles étaient sans cesse occupés à tricoter.
Un jour qo'ellê avait oublié de errer son
ouvrage inachevé, il lui fit la farce d'en retirer les aiguilles, et, quand Pénélope ren tra
dan le alon, il 'ab orba hypocritement
dans la lecture d'un journal.
- Je ne serais pas fâchée de . avoir quel

,1.

est le mauvais plaisant qui ·est pcrmi. de
loucher à mon ouHage, dil h tricoteu e, du
ton dont Théroigne &lt;le Méricourt devait demander la lt'Le d'un u pect.
A cette apo Lrophe menaçante, le coupable,
qui n'avait pas Lroncbé jadis .ous les projeetiles de la machine Fie chi, n'ent pas le courage de s'avouer l'auteur de cet autre attentat.
- C'esL sans doute un de ce vauriens,
dit-il en désirrnant le plus jeunes d'entre
nous.
- li paraît que rien n'e t sacré pour ces
messieurs, pas même les vêlement de ·tinés
aux enfant· pauvres! tonna la bonne dame
en nou foudroyant du regard ....
La mercuriale élait sévère, mais non eùmes
la grandeur d'àme de cour~•er la tête, pendant que le maUaileur es uyait ses luncltes
pour e donner une contenance.
Une aulrc fois, peu êlprè l'élection de
~f. Thiers au Corps législatif, nous devions
jouer le Rn111an chez la pol'lièrr en petit
comité, sur un théâtre impro,·i é dan une
salle du chàteau. Le soir de la repré enlalion,
le oufOeur étant Ycnu à manquer, Ill nouveau
député de Pari s'offrit pour le remplacer.
n pareil manque de dignité de la part du
chef de l'opposition fit naturellement jeter les
hauts cris parmi les siens. "ais, sur ma parole d'honneur de n'en rien dire à ~I. Rouher,
il n'hésita pa à e Llotlir dan le Iron amc
la mine éveillée d'un écolier ên vacance . Par
bonheur, nous avion· impertubablement nos
rôles, car, lorsque le principal acteur de la
troupe parut sou les traits de Madame De jardins, notre souffleur improvi é fut pris
d'un tel fou rire el s'amusa si bien pour son
propre compte du dialogue d'Henri Monnier,
qu'il lui aurait été impo, ihle de nou envoyer
la réplique. .
Une autre foi. encore, nous !ùmes imilés

r

à a ister au baptême de la doche du \'illagt",
dont nos châtelains étaient parrain et marraine. D'après le cérémonial adopté, h• maire
devait venir nous chercher pour nous conduire en proce ·ion à l'égli e, précédés de
l'orphéon et -uïvi des pompiers. Ce maire,
un paysan de rrénie, n'était autre &lt;[Ue Yaré,
le dessinateur de jardin. , qui a fait du !,ois
de Boulogne ce qu'il esl aujourd'hui. fais,
plu apte à manier la pelle que la plume, il
me pria de lui rédiger à l'a,·ance le discours
qu'il avait l'intention d'improri er pour la
circonstance, quel1Joe chose de fiynolé, selon
son e:rpre sion. Le rin~Lième el dernier ,ohune du Co11x11lat et de l'Empi1·1• venait de
p:iraitre. 'on auleur était présent. L'allu ion
était tout indiquée. Au jour dit, le corlège
îÏnts'alinoerde\·anl le perron: le maire, cdnt
de on écharpe, monta les degrés, déplia son
papit'r et lut a,ec solennité ~a harangue, c1ui
e terminait ain~i . « La commune que j'ai
l'honneur d'admini lrer n'oubliera jamais que
c'est sur son territoire qu'a élé en grande
partie écrilc l'œuvre mémorable dont je aine
avec respect l'illu tre hi Lorien. ''ive ~fon ieur
Thiers el vive !'Empereur! »
Le fonctionnaire municipal n'était-il pas habile opportuni. te en accouplant ces deux
noms?
Le fulur Président de la République Irançai, e devina Lout de suite de qui pro,·enait la
malice, mais elle n'E'.tait pa faile pour lui déplaire, car il me pinça amicalement l'oreille
eu di·ant:
- Quel Yauricn vou - ète !
C'était son rocable habituel quand nous
avion. commis quelque gaminerie.
Ce anecdote véridiques n'ont d'autre but
que de monLrer combien, en dehors de se
occupations sérieuses, M. Thiers était peu
gourmé, facile à vil're el attaehant.

�S ouYENllf,S D'E Gl.Orl-(.'E ET D'.A.MOlJR. - -,

V -Colonel PAR. Q UJ N
~

Souvenirs de gloire et d'amour
Avec lu Sa ..w.11 ir J, Jciu tl d 'amour de Parquint, qui -.icnncnl de pat&amp;Jtrc. et dont now rtprod11isons d-duso1.15 un utnit, la Ubralri• J11!u Tallan-

ortlcier anrrlai·, d :p, ,ant e, vedrtlr. , ,int
faire caracoler son cheval à la me de nos
arant-po,Le ..
di&lt;r b12ugurc un&lt; sÎric nouvcllc dc volumu oû, sou, lc
1itrc gfuériquc de P~T1T• M i M011r.a or; LA Cu. OP. A ■" Que ,·rnl cet officier? » dit le duc de
"'"' · KTont publié, sucCU&gt;i,cmcnt du mimoiru militairu
H3;ti e.
inédlts, rirû d'archivu publlquu ou priviu, ainsi qu•
Etant adjudant-major de son e. corte, je
de 1rès fidtlu rüditions d 'ouvragu ducnus u,trlmcrépondi :
mu1T nrn. C•II• intirusant• collcclion his1oriquc
u1 commc c&lt;llc du M ' 1&lt;0110 oe u fv.Me, dirigic
&lt;1 Jlon.-eii:neur, cet officier ,·eut . an doute
pa; M. F. Cutanié. Par lu So-11irr dc Parquin,
échanger un coup de ahre, el i je n'i'•tai de
tour i rour héroiquu ou galants, contu ■ ne la vcrv&lt;
,enicc auprè. d • Votre Excellence ....
la plus Franche et la plus nvouau,c, on peu1 jugu dc
- Qn'à cela ne tiennr, je rnus accorde la
cc que veur lin cl de ce que sera une telle ré,mlon
permis~ion. &gt;
de timc»gnagu c vicu ••
Ces paroles étaient à peine prononcées, que
llan, le couranl d'aHil I l~. l'armée se je mettais n.011 cheval au "alop cl joignai.
porta une troisième fois au ecour. de Ciu- l'orficier auglai . Je parai le coup de . ahre
d:td-fiodri"o, de nou\'eau a sié :. L'arm :e qu'il me porta. Pui je ripo tai par un ,i~ouanglaise . e retira encore. 1 ·ous atteignîmes reui coup de pointe, qui fil ,•ider la elle à
l'arrière-"arde, formée d'une di\'i ion porlu- mon ad,·er~airc. Je pa ai le lement la lame
rrai. e, dan~ la \'allée de Mondérro, Le com- • de mon . abre dans les rên de la ùride de
~andanl llen1s (Damrémont) qui a,ail remon che,·al, cl je le r.ltD!.:nai en lais c aut
pbcé ~I de Vérign~,, tomba à l'impro,i te sur applaudi · ement du marérhal, de e aides
ce troopc.-, à la Lctc de 200 c:i.valier. de l'c·- de camp füchemont, Perréttaui, Lan elot, et
corte. Le lcmp était favorable à celle allnquc du commandant Den1-. Je ren"o~ai tout de
contre l'infanterie, rar une pluie ballante liUite le portemanteau du Lie é, en !ai ant
l'emp'cbait de faire ft!u. L or· c.,rr :g 11e pu- demander dl' . nou,·clk,·. J'appri. avec pbirent soutenir la charge. Le premier qui fut
ir que . a hie ure, quoique dangereu. e, ne
r&gt;nfon!'é porta le dé ordre chez 1 · autre, , qui
erait pas mortelle. L'on me remercia de mon
e rompire111, ·e débandèrent, et s'enfuirent procédé, en remarquant qu'il ne manquait
dnn I~:.- boi: voi. ins.
rien au por1emanteau, et l'on me fit demanDan. celle charge, je hies.ai d'un roup de der i je voulais vendre le chcral pour iO guisabre, au mili u d'un cnrré oi, j'arrivai le nl'c , bien qu·en même temp l"oo m'avertit
prcmit•r, l'orficier qui portail le drapeau du qu'il n'était que de . econde race.
ré~m •nt F.nrillas, donl la 0umme bariolée
« c·e t po"'ible, 11 -je dire, mai il me srra
portait le n• 1 0 , - probablement fa date très a~éaLle de mont r ur un cheul anglai. ,
de la création du régiment. - L'ofl1cier ·cm- et je le garde. ll
pre.s a de m'offrir le trophée qu'il portait, n
implorant mi,éricorde: « ,Yon, la 111afn ! (non
Du IGau ~j juillet, l'armée se réunit dans
la mort ). J,on /11 mata! D
le· plainei entre . :ilamanque el 11,a d · TorC:e carré était formé par un régiment ré- mè . La Ga rde impériale était partie en po. Le
puté d'élite. Le., qualr autre drapeaux de la pour faire la camparoe de I\u.sie. ~ou~
divi,ion y étaient enfermés. Le ou -lieutenant n'avion que 2,000 cavalier. , 1 Anrrlais le
oufllot, le lieutenant nubar, du Il· drarron., double. Pour Je autres arme:. les force
et deux autres cavalier , re\'inrcnt chacun étaient à peu prt•, é;.;alel. L'armée française
a\'eC un drapeau.
a nommé celte journé • bataille de· .\rapile ,
Quinze cents pri.onnier et le, cinq dra- nom de deux monta&lt;•nr a . ez éle\'ée., el à
pc:iux furent remi · au maréchal, qui r,merda di tance l'une d' l'autre d'une portée de cal'escorte el promit la dticoration à cell.1 qui non; elles ~e trom·en l au milieu de la plaine
·'en 1:taient emparés. Mai , plu tard, la où l'on 'est bauu toute la journée. L'une
liataille de., .\ra pile eifa\'..l l' clfol de notre était à la li ière de l'armée an lai.e, l'autre
rhar c. L'armée revint en E·pagne, le can- dao no li!mes. Le mar,:chal et son étattonnements Curent pri derrière le Douro. Au major l'a,·aient r:raviï' à pied.
mois de juille1, le. Anglai péuétrèrenl de
ur les onze heure du matin, par une
nom·eau en EspafTne. Le 15 de ce mois, à belle Journée d'été, 1, duc de l\agu e, la lu11ueli1ues lieues en drçà de afamanrflle, le nelle à la main. ob errnil l'armée ennemie.
maréchal 'farmont, accompagné de 4uelque
, on ,·alel d~ chambre venait dti dre . er -ur
officiers de . on état-major, fai ait une recon- l'herl.,e la vai .elle plate, cl , on Excellente.
nab~aoce près de la li!!tle ennemie, lor ·qu'un . es aide de camp el le chef d'étal-major
1. l'n él .ant p lit in-,•. l'ri1 : G rrdnM.
allaient _e mettre à déjeuner, lorn1ue plu,, 36 ....

~icur,- oLu tiréli par de~ pi~ce montées à
bras sur l'autre montagne, mirent brusquement fin au dtljcuner &lt;1ui commençait. i\ou
de. crndime la montagne au pa de cour·p,
pour retrouwr nos ch ,·aut. En lia.• je fus
emoyé à la dh·i:ion Fo1 pour lui porter l'ordre d'avancer. ·
Au relour, j'aperçu: des homme: el d
chc,aux de mon régiment, dont j' étai ah é0L
depuis longtcmp. . I.e dhr bien naturel
d'arnir des nou\'elle du corps me fil approcher d"un nroupe qui lt·nait le. che,aux de
main:
Que fait -\'OU là? di~-je à 'arùonne,
officier du 15··. que je trou,ai élaùli pr'. de
la rnnlinihe, un aucis:on de l.)On dan-. une
main, une bouteille d'eau-de-rie dan l'autre.
- Parbleu! mon cher cam.irade, je ·uis
à déjeuner, comme vou_- le rn1ez. \"oulez-,·ous
en faire autant~
1Ton, je sui pres. é. Pa. :ez-moi seulement la bouteille, que j' buml.'cle un peu mes
lè,·res, car il fait chaud, aujourJ'hui. 11
J'a\'alai une gorgée et lui remi~ l:i houteille
en le remerciant :
&lt;&lt;Yous pouvct être tranquille, les boule!,
ne ,·iendront pas mu - troubler ju ·4u'ici. E,-1ce que vou èlcs de ervice am: é'}uipage de
la Lri de.
- Quoi! ,·ou. voulez, Par11uin, que je me
balle a,·ec le An,,lai , de gen qui ont été
parfait pour ma famille el pour moi, lon1ue
nous ommes allés chercher refuge en Anglet rre, en 95? Jamai · 1Je ne ,eux p:i$ être ingrat à ce point. i l'on veut que je me batte,
rontinua-l-il en prenant un air ré..ÇQlu, eh
bien, qu'on me pré ente une autre pui:~anrr,
1, lutrichien., par cicmple !
. - Oui, di -jr. rn éclatant dtl rire cl mctLaot mon chc\'al au ":tlop; ,ou. chercheriez~
ceu1-là une querelle d'.\llcmand. D
Ce , arbonne était un jeun• homme du
faubourg , aiuL-Germain, qui, galopant un
jour ~ur le cl1emin de lEmpereur, qui se
rendait à la falmairnn, enrnya de la pou ière dan. a rniturc. Le lendemain, il recevait un brerel de . ous-licutenant pour c
rendre à l'armée, où il ne fit pa de pousière; car on n'a jamais pu· oùtenir aucun
service de cet officier, qu'on renro a au
déptil, et de J:i chez lui. Je crois &lt;Ju'il e-1
devenu fou.
Le maréchal \ènail à on tour ,le taire
porter de l'artillerie ur la monla!!lle et il y
était remonté avec ,-on état-major. li dit au
commandant Den~ de porter l'e. carte oi1 il
le trouverait néce · aire. Le commandant nou
mit en bat.aille /i la droitP.d11 ,°'&gt; hu ard·, où.

pendant une heure, 0011,- fùmc. ,ous le feu poignet, que je serais infailliltlement toml,i! m:irédral ~Iarmonl, qui a,·ait allendu ,cpl
de l'artillerie ennemie. Celle pénil,lt! po ·ition de cbe,·al, i le· cha . eur ue ,,'en étaient jour - pour engager la bataille, a,,1il attendu
fut abandonnée pour rhar;er un ré,,imenl di! aperçu cl ne m'eu --cnt aidé ;1 mettre pied :, une journi:c lie plu , il aurait éti' n-juint par
gro. e c.tralerie l1abilléc en rou"t!, En reîe- terrë. L'ennemi a,ançail, el le coups de CU5il. le roi Jo,eph el le maréchal 011H, ,1ui arrinanl. j'apcrçu_, ;'1 cent pas de moi, un cbas- qui e rapprochaient de plu ; en plu~. annon- raicol à son . ecours a1ec i0.000 homme",
-cur du. 20•, qui était ~erré de trè~ près par çaient a ·.e:t que nous pt&gt;rdio11. la balai.li•. Le, dont 10.000 Je ca,alerie : mai· le maréchal
deux ca"alier · anglais :
chas eur· n'ara:ent rit'n ;1 me donner pour
oult aurait eu le commandement suprème
a l'ace à l'ennemi, cba seur ! •
comme le plus ancien de i:rade.
lui criai-je, en arrÏ\·anl à on ·cL'ambition lit perdre une bataille,
cour .
11ui, livrée a,·ec l'appoint de l'ar~lai· il ne ·arrèta pa--, et l'un
m,1e d'Andalou,ie, eùt été fa ruiuc
de dtu. caralier., dont le cbernl
de Loule l'arm :c anglai e.
était é~idemmcnt emporté, atteiLe maréchal fui rernpla,·é p:ir
gnit l'cne-0lure de mon d1cYa), et
le ;;ént1ral 'ouham, €l partit pour
le · dl·ux cbe,·am 'aùauircnt.
1., France. Je l'aecomp:igna1 . .'a
.\lors le second ca,·alicr anglab
Lie:.- ur1· le fai,ait extrèmcmenl
arrira rapidcrnenl et me cria :
:ouflrir; il ni' pou1·ait ~npporlcr ni
« Pri.onnier ! »
le cbe\"a[, ni la ,oitun•. un d1iEt il me faisait i •ne arec on
rur r,·e11 avait voulu k frire tran. salire de marcher derant lui. Le
portl'r ,ur un lirancard porté par
rnU\'Cnir de ma caplirité d • llu ~ie
Je. mul, , l'une :itt ·li~ de1·a111.
me rc,·int au ~ilc&gt;I. J m'aperl'autre dl.!rrti'·rc; mais 1, marcbt
çus 11ue 111011 Aoglai ne c ~crvait
i11é·•al • de cc..~ mul proJui,ait
pa de on pi tolet, a1cc le11uel il
de . c(·ou,.e~ el, par . uilc, dt·
m' ·ùt fait marcher del'ant lui ~an.
,oulfranet' - que le m:ir[chal ne
aucun doute; je continuai à parer
pouvait endurer. Aus. itùt que celle
l • coup~ de aLre c1u'il me porcireon tance fut connuu de r~ ·1.:ortail, car je m· t;,i lrè~ promp1cll', le 1.:a1·ali1!r~ proposi•r&lt;.'nl ~ponmcnt rclev~ de de.!'. ous won cl1clanément de le porlt r en lilÎl·rc
1·al, 11ui . \:tait sau\·é au ITalop 1l11
sur leur · t'.•p:rule·, pour lui é1·it r
(tÎlé de l'c~corle. Je cherchai, arec
toute ~ecous~e. \'ini:;t-11uatre hommon abre à alleindre l • · jambe me W(llaicnt pied à terr ', douzt!
d :on cheval pour le démonter.
porlaicnl les deu. brancards de
lion cl1e,al re,cnanl ~uu · moi fit
1lc1·anl et 1•~ autre, ccu Je àcrnaitre d l'intJuiétude dafü l'esri~re. Cc:,. rin"L-11ualrc homme·
corte, ce &lt;JUÏ engagea deux carnétaient relc,•é' par leur camaralier à ac,:ourir cl à me ramener
de., quand il éLai1ml fati,.ués. Ln
mon d1cral. D qu'il~ m':1pcrrumarch1! futain ·i moin, pJnihle pour
rcnt, il - :e dirigèrent !,ur nous
le duc de I\a~usc. On ~c repo~a i,
Lride abattue. L'.\n •lai , à leur
YalladoliJ, Uur,'.!o., \ïuoria. L:n
rnc, m·aL:uidonn:i. ~lais j'a,·ai
arrhant à Bayonue, lt! maréclial y
CUARU:• i'AR(./U I. ' .
rt!çu dan~ ce combat iné!!.11 un
trou ra la duchc~,e d1~lbgu ·e, ,er: o ucccmbr.: r,
- u;. tJecl!m br.: 18.15)
coup de ahre sur le poirrnel. Cc
nue
au tlc1ant de lui. Il remercia
C.1/'ll.1i11 t .w.~ ch:isst urs ,j c~~J. I d t IJ ] t llnt G:ir ilt 111/1.).
fut mon gant à la cri·pi11 11ui
l'e. corle de ses :;er1·ic' et envoya
&lt;, hr/ d t tJIJIII011 , .J1•ec ,,rng Jt luulen.nl -co/0111!I i rfJ.~~1amurlil le coupa" éné urma tête,
le:, troupe · à le1m régiment re~c,·arrc~ on r a 1ra11 pur .\\wu1ssc:
,an: quoi j'aurai eu cerlainemrnt
pectif,.
le poi..,net ahallu. Dan l'ardeur du
J'avais fait toute la route à cheroruLaL, je n'a,·ais pa euli le coup, quoique me Caire reprendre des force . li venaient de val, le bras droit en écharpe, avec l'e corle
je perdi se beaucoup de .ang. Je ne m·en aper• me rafraichir le ,·ba"e an'C de l'eau d'un de larmonl. fa Lie ure n'était pas guérie,
~u · que lorsque je voulu meure la main à rui eau, qui coulait à l'endroil où nou vc- tant s'en fallait; je fus rt•joindre le dépûl du
la selle pour monter à ch •fa!. li me fut im- nion - de faire halte, mais je rdai :an mou- rénimenl a . ·anle . Mai · b esc.adrons dont je
po,. ible de 111 'cnlerer sur le poignel droit, ,·emenl. Alor je le~ entendis .e dir :
fai.:ais partie, qui étaient détad1é il l'armée
bien qu'uidé des deux cba .eur . Je du mon« Quo c'est malheureux d'être ol,ligé tl'a- dé Portunal, 1enaieul d'être incorporé dan
ter à droite et me retirer de cc Lerrain dan- handonncr à l'ennemi uolre brave officier! » le l :ï~ cha ·senrs. Ct' ne fut pa ao · un regret
ereux, i-an, prendre le Lemps de rama er
J'om·ris les eu .. Ils ·'en aperçurent cl profond que je quittai le régiment dan lcmon colback, qui fut perJu, et heur ux d"cu
'écrièrent :
qud je m'étab en!!a•'é et que j'alfoctionuai ·
être 11uille Ît i bon marché.
a Uu courage! du couragl', adjudant-ma- profondément; mais le tu fai~ait par lie de
rn cba ·.eur nou altendail pour nou. dire jor ! 11
l'e1pédition de Rm,~ie, c' qui a,ait néœ. ~ilé
que l'escorte •'était portée au g:ilop ,er la
Et me portant plutôt 11ue m'aidant, il. me la me ·ure prise à l'égard de esradron · de
montaane, où le général l'n chd renait d'être mirent ur mon cheval. ~ou, conlinuàmcs guerre J ' taché à l'armée de Porlu"al.
dangereu,-emenl bl~·é. 1 ·ous d~rion - nous nolrè route au pas. li étail à~ heure lor.11ue
Arri\'é à Xiort,dan le mois d'octolire l l~,
dirirrer sur l'ambulance, qui était établie dan
je p:i sai le pool de la Tormè pour enlrtr je ne Lardai pa · à y tomLcr malade de douAlba de Torm • . Il y avait une lit&gt;ue à Î3Îre, da~ la ville. Le maréchal v était arrhé à leur· rhumali mal pro,enant de me: l,lp,.
dont la moitié dans les bots . .\ou mîmes no
11ualre heure ; .a Lies. urè, quoique trè
sur - de la campaane de Pologne en I Oi, de
chevaux au galop, el il était Lemp · de agner grave, n'était pa mortelle. Un obu lui nait la c:impa"ne de Wagram en 1 09, cl enfin
du Lerrain, car la nomLreuse cavalerie de fra
é le bra droit et d ·ux côte . Le général de la malheureuse guerre d'E pagne. Le · bil'ennemi aurait pu tourner notre gauche. Clausel prit le command1:menl de l'arm ;e, A vouac· où j'avai · couché dan ce dernier pals,
J'a,·ais p rdu une telle quantité de anfT, en minuit, la diii ion Fo~, qui élail de résene, où l'on ne peul e procurer d'autre paille de
-ralopant, le saLre pendu à la dragonne à mon
e forma eu carré cl arrêta l'ennemi. 'i le couchage qut• celle qui e l hachée, a,afont
0

�1t1ST0'/(_1.ïl ---------------------------------------d
beaucoup contribué aux douleurs que je ressentais. Je demandai au mini tre de la guerre
un congé de com-alescence, qui roe fut accordé. Je me rendis dans ma famille à Paris,
oî1 je passai l'hiver.
L'Empereur arriva soudainernenL à Paris,
le 19 décembre 181 ~ ; il s'était fait précéder
par le ringt-neuvième bulletin, aussi vrai,
mais autrement terrible, que ceux d'Eylau et
d'Essling. Le 6 mars 1!!15, j'allai par curiosité à la revue des Tuileries. Dans la cour du
Carrousel, j'aperçus le général Lefèvre-De noettes, colonel des chasseurs à cheval de la
Garde. Je me présentai à lui pour servir dans
son régiment :
« Mon camarade, me dit-il, après m'avoir
adressé diverses questions, connaissez-vous
quelqu'un qui Yous porte intérêt et qui puisse
me parler de vous? &gt;&gt;
Dans le même moment j'aperçus le maréchal duc de Raguse; il portait le bras droit
en écharpe et descendait de voiture pour entrer dans l'intérieur de la cour des Tuileries.
- Voilà, dis-je au général, M. le duc de
Haguse, sous qui j'ai servi en Espagne; YOUlez-vous lui demander quelques renseignements sm· mon compte? 11
Le général, après m'avoir demandé mon
nom, s'approcha du maréchal. Celui-ci, lorsqu'il me vit et m'entendit nommer, m'appela
el dit devant moi :
&lt;&lt; Prenez cet officier dan votre régiment,
général; c'est une bonne acquisilion que vous
ferez. »
Quelques jours après, je recevais mon brevet de lieutenant en second U'avais été nommé
lieutenant au 1:i• chasseurs le 17 février
18J 5) dans le régiment de chasseurs de la
Vieille Ga1·de. Le 1'J mar , à sept heures du
matin, me trouvant au quartier, l'ordre fut
donné à. tous les militaires qui se trouvaient
là, de se réunir au Champ-de-i\[ars, pour paraître à l'inspection de détail qui allait être
passée par !'Empereur lui-même. N'étant
pas encore revêtu de l'uniforme du corps, je
fis remarquer au général que j'étais habillé
en bourgeois; mais il me répondit de paraitre
dans la tenue de ville.
Je parus à pied à mon rang. La reme se
pa sait à pied et en colonne par e c.adron.
Quand !'Empereur parut devant nous avec
son état-major, il fut étonné de me voir en
bourgeois. Il en fit l'observation au général
qui lui répondit :
11 Sire, cet officier arrive d'Espagne et n'a
pas encore l'uniforme du corps. »
L"Empereur me fit approcher et me dit :

« ..\. quelle armée apparteniez-vous en Espagne?
- Sire, à l'armée de Portugal; j'y ai Mé
blessé à la bataille des Arapiles.
- Dans quel corps serl'iez-vous '?
- · Au 20• régiment de chasseurs à cheval.
Ah! vous faisiez partie des deux escadr•ons que j'ai envoyés en Espagne en 1810?
- Oui, Sire, » répondis-je, tout étonné
qu'un par~il détail n'eût pas échappé a sa
mémoire; et je repris mon rang.
Le dimanche 6 avril i.?11;i, je me trouvais,
en grande tenne du corps, arec mon peloton
et deux escadrons du régiment, à une d · ces
revues que passait fréquemment l'Empereur
dans la cour des Tuileries, à ·oa retour de
Russie. Je désirais parler à Sa Majesté, et
comme je craignais d'en manquer l'occasion,
car !'Empereur, qui ne se gênait pas avec ses
guides, passait souvent au galop sans s'arrêter près d'eux, je mis pied à terre, dans un
moment que nos escadrons étaient au repos.
J'allai me placer à la gauche d'un régiment
d'infanterie de la Jeune Garde que Sa füje té
passait en revue.
« Qui es-tu? me diL !'Empereur en passant près de moi.
n officier de la Vieille Garde, Sire. Je
suis de cendu d'un grade pour servir près de
Votre Majesté.
- Que me veux-tu?
- La décoration.
- Qu'as-tu fa.il pour la mériter?
- Enfant de Paris, je suis parti, enrolé
1olonta.ire, dès l'âge de seiie ans. J'ai fait
huit campagnes. J'ai gagné mes épaulettes
sur le champ de bataille, et re\;U dix blessures que je ne changerais pas pour celles que
j'ai faites à l'ennemi. J'ai pris un drapeau en
Portugal. Le général en chef nùtYait, à celle
occasion, porté pour la décoration. àlais il
y a si loin de Mo cou an Portugal, que la
réponse est encore à verur.
- EII bien! je te l'apporte moi-mème!
Berthier, écrh·ez la croix pour cet officier, et
que son brevet lui soit expédié demain. Je ne
,,eux pas que ce brm·e me fasse plus longtemps crédit. »
C'est ainsi que je fus décoré. J'en élais si
heureux que, de retour à mon peloton, j'en
fis part à plusieurs officiers du régiment, qui
arriYaient nom·ellemen L, comme moi, dans
la Garde, sortant d'Espagne sans ètre décorés.
Le lieutenant Goudmetz sui rit mon exemple,
s'approcha de !'Empereur, et lui demanda la
décoration.
« Qu'as-Lu fait pour la mériter?

- Sire, deux de mes frères et moi, nous
nous sommes enrôlés ,olonlaires, il y a dix
ans, au 5e hus~ards. Les enices que mes
frères el moi aYons rendus à Votre Majesté
méritent, je crois, la décoration.
- Ah! tu croi ·, repritl'Empereur.
- Oui, Sire, d'autant plus que mes deux
frères ayant été tués, je reste seul maintenant au service de la patrie.
- Marquez cet officier pour la croix, dit
!'Empereur, d'un ton visiblement ému, au
prince de Neuchâtel.
Un troisième officier se présenta et rt'çut
le mème accuei~. C'était Lrgout-Duplessis,
qui dit à !'Empereur :
« ire, à la bataille de Tala,era, en Espagne, étant maréchal des logis au ::,,· dragons,
j'ai pris l'enseigne des Gardes Wallones,
après arnir tué l'officier ((Ili la portait et mis
en déroute l'escorte qui était auprès de lui.
J'ai été mis à l'ordre du jour pour ce fait
d'nrmes.
- C'est beau, ça, dit !'Empereur en souriant; mais qui m'affirmera que c'est la
1érité?
- Voilà votre aide de camp ici présent,
Sire, le général Corbineau, qui, alors colonel
dn régiment, commandait la charge. »
Le général Corbineau fit un signe affirmatif et Legout-Duplessis fut décoré.
Après le défilé de la parade, !'Empereur
fit donner aux troupes une gratifü:ation en
,·i1res et en vin, payée sur sa cassette, ri
in, ita les officiers à diner, ,à six heures du
soir. Deux cents officiers de toutes armes,
pré, ents à la revue, se réunirent au banquet
sur la terrasse des Feuillants au jardin des
Tuilerie , où le fameux traiteur Yéry a,·aiL
alors ses salons. Quatre tables d'une cinquantaine de couverts chacune furent dressées et présidées par les généraux Lemarois,
Lauriston, Lobau et Happ, tous aides de
camp de 1\apoléon, qu'ils rep1·ésentaient à
cette solennité, el au nom de qui ils faisaient
les honneurs. Le repas fut joyeux, cc.1mme
on le pense bien; on y porta des toasts à
!'Empereur, à l'lmpératrice, au roi de Rome.
Beaucoup des assi tants antienl rllÇu de
l'avancement ou la croix; d'autres, plus
jeunes au ser\'ice, a~aient des récompenses
en perspectirn. Les occasions de les mériter
ne pouvaient leur manquer, car, le lendemain de la reYue, nous partions pour l'Allemagne.
Plusieurs d'entre nou aYaient certainement fait, le 6 anil 1813, leur dernier repas
chez le fameux Véry.
L '-CoLo:-;EL P.\RQCIX.

LOUISE CHASTEAU
~

fimes d'autrefois
Un pas bref et rapide sonna su.r le pavé de la
me. Elle tressaillit, leva les yeux 1::L vit )lar~ladame de }'ouspevral avail médité tout tial devant sa fenêtre. D'un geste, elle !"arun plan de défense d~at la réu site exi,7 eait rêta, puis, allanl à la porte, elle !"ouvrit
le prompt départ de Lucette et de ~[artial. Il toute grande :
- Entrez, mon ami, dit-elle simplement.
îallaiL qu'ils restassent éloignes de Yerlhis
Pour la première fois;}lartial franchissait
pendant quelques semaines, au moins pendant plnsiems jours. Elle imagina donc de ce seuil.
Son cœur battait très fort. Il ne put parler
les expédier à Limereuil, chez la sensible
et,
la porte fermée, attirant l,aterine sur
Boissonage qui les réclamait dans force lettre
son cœur, il la pressa longuement :
cl depuis longtemps.
- Ma chérie ... murmurait-il.
Pendant que Lucette, eninée de joie, en'es regards passionnés descendaient sur
tassait dans sa nialle ses plus jolies robes el
le
chaste
visage qui ne se dérobait point. La
son linge le plus fin, ~lartial, Lri te et lamentable, s'en allaiL Ycrs Katerine pour lui dire jeune fille offrit sa joue candide el les lèvres
adieu. Et, tout le long du chemin, il se remé- de ~lartial s'y posèrenL .... Mais une ardeur
morait l:Omment il avait connu Kelje et com- passa dans les yeux. du jeune homme et,
ment il l'aYait aimée. Que lf. Albos, voya- comme prjs de frayeur contre lui-même, il
geant en f'rancc avec sa fille, pour son plaisir, dénoua son étreinte.
- ~lartial, dit li.aterine d'un ton de doux
ne se fût pas trouvé malade en passant par
Vertbis, qu'il n'eût pas été obligé d'y séjour- reproche, vous ne m'aimez donc plus?
- Sijevousaime! ... dit-ilarecunepas ion
ner, puis d'y prnlonger indéfiniment son
contenue....
Ah! Kefje, plus que ma vie,
séjour dans rattenlc d'une •rnérison qui ne
venait pas, toute la vie de Martial était plus que ....
- As ez!
changée. Naïvement le jeune homme bénissait
Souriante, elle mil sa petite main sur les
la Providence qui ménage am tendres cœms
de telles rencontres.
l{aterine attendait chaque jour avec impatience l'heure où Martial paraissait à l'angle
de la rue solitaire. Et, tandis qu'en ce moment m•!me, sur la route, Martial évoq1.:1ait
le court passé de leurs jeunes amours, elle,
près de sa fenètre, le cœur en grand émoi,
un ouYrage dans ses doigts immobiles, se
répétait :
.•
- Aujourd'hui 1... C'est pour auJourd'hui !.. .
Ces mols tourbillonnaient dans sa tète-,
saa qu'il y eùt place pour aucune autre
pensée. L'attente lui paraissait longue ....
Des heures sonnèrenL au clocher. Son impatience s'accmt. Pour la tromper, elle ,·oulut
relire le dernier billet de Martial :

YU

&lt;&lt; •.• J'ai beaucoup de cho es à vous dire ....
Ma situation auprès de ma mère devient intolérable. Ce ilence respectueux que Yous
m·avez prescrit me pèse trop .... Il faut en
finir, mon amie. Je vous aime, je vous aime ....
li faut que nous soyons l'un à l'autre, tout à
fait, devant les hommes, comme nous le
sommes devant Dieu .... Ce sera très difficile,
mais vous m'aiderez, n'est-ce pas, ô mon
. •).... »
amie
Ketje replia le billet et demeura songeuse.

lèvres de son ami qui la baisa avec leneur.
- Oui, assez, reprit-elle, sérieuse, cette
fois. J'ai beaucoup réllécbi, ~lartial. Ce n'est
ui demain ni plus tard qu'il nous faut parler
à nos parents. Nous ne pouvons ... je ne
puis ... porter plus longtemps le lourd secret
de noll·c amour. Je dois à mon père le respect, la oumission et la franchise sur tous
mes actes .... Je ne saurais m'y dérober davantage. Tl faut l'informer, Martial, et aujourd'hui même.
- Allons vite auprès de lui ... dit Martial
avec entrainement, vile ... Yite ... 1encz.
- Oui, dit Katerine. Mais ... écoutez!
Là-haut, dans la chambre du vieillard, un
bruit sourd de plaintes et de gémissements
se faisait entendre.
eigneur !.. . s 'écda Katcrine effrayée.
Et, quittant Lrusqoement le jeune homme,
elle se précipita vers l'escalier.
Nul doute qu"Albos ne fût pris d'une de
ces crises violentes qui le jetaient hors de lui
et paraisrnienl le mener aux portes du tombeau.
Martial entendait Katerine s'activer auprès
du malade. li percevait ses pas légers, et ses

_ IJra,•o 11,on neveu! travo ! .• , V nus j,;ilte, ho111IeI1r à votre maitre••.\h ! .llarttal I quel ~01_1 philosophe
1,::,us Jt;e= d:ins i,fngt .zns. ,\fais je vo11s 1•ois i•eriir .... c·es/ l',;iutre opi11i~1t ;ue i•ous vo'.ûez a présent? •
• _ Uui mon onde.• , - C'est l·ref, c'est r.et: , L'Amour est /oeau, b vie est courte: 1·1vons. !Page .10.)

'

.

�,

1l1STO'J{l.ll
paroles brhes, sans doute con olatrices, en- jours après. Je mi faire un Yoyage de peu
trecoupée par l'émotion. li distingua.il le de durée, mais oLligatoire .... Vous pàlissez,
bruit de la cuiller d'argent qui heurtait le Ketje? ... Vos 1eux sont pleins de larmes ... .
cristal du verre oit la jeune fille aYait versé 0 mon amie! ,uus m'aimez donc bien L.
11uelque cordial. ...
helje ne répondit pas. Les paroles de llarJI se sentait con[u ·, embarrassé, presque tial éYoquaient ,oudain en sa mémoire un
honteux dans le parloir où Katerine l'avait sou,·cnir qu'elle croyait aLoli : celui d'une
lais é. Dans celle maison étrangère, peut-être pauvre tille jadis attachée au senice de la
hosLile, n'était-il p:is un inlru ? tJue pense- maison, et qui, abandonnée par rnn fiancé,
rait Alhos si, tout d'un coup, pris d'un mieux avait trainé, tout le reste de ~a courte 1ic, sa
subit, il descendait cl le lrournil là? Croirait- peine et sa dé -espérance. Si ~lartial l'abanil aux explications que ~farlial lui donnerait '/ donnait de même? ... Ce rnyage, peuL-èLre,
Ne le con idércraiL-il pas pluLôt comme un était un prétexte'!
surborneur éhonté, un être vil et méprisable
Elle soupira et ne dit rien de son chagrin,
qui profite du malai e du père pour courtiser car c'était une lille discrète. Toul de même,
à loisir w1c fille sans défense?
un sanglot vile réprimé mourut dans sa gorge,
Le Lei enthousiasme de Jlartial Lombail, et lorsque ~larlial la baisa au front, il la res'éLcignail de minute en minule .... Oh! trouva placide.
comme Katerinc lardai L à redescendre! ...
- ~c m'écrivez pas,. dit Keljt•. "i un
(lue faire?... )lainLenant, la crise passée, fàt:heux hasard mctlait tolre lellrc entre les
\Ibos aura-t-il la force de les entendre et mains tle mon père, il pourrait s'en émournir,
sera+il &lt;lispo é à accueillir leur dJclaralion? s'allrjslcr de ce qu"il appellerait un manque
l\etje ne redescendait pas. Les minutes de respect, et sa pau,•re santé en serait peuls'é,oulaient. ~lartial a,·aiL cou,cience de la èlre bouleversée. J'attendrai courageusement,
·ingulariLé de sa situation cl il en souITrail. allez .... Je saurai auendre ... . Et je ,ous ai·es regards erraient à tra,er le parloir merai de loin comme de près.. .. flcnsez à
évère. Jamais il u'ayait p~nélré dans une moi! ...
telle habitation. L'auslérilé du cahiui·te qui
J') peu~erai mille fois le jour, s'écria
l'arnit meublée s'y trahissait dans les moin- fürtial :nec une ardeur émue. Adieu, mon
dres détails. Du gai pelit salon bourgtois qui amie!. ..
était Jà jaJis, Albo avail réussi à faire une
Il prit les mains de Katerine, les réunil
pièi:e effropblement tri.sle par La pauvreté dan · les siennes cl les couvrit de baiser,.
intentionnelle et la grave décoration.
Il sortit. Au coin de la rue, il tourna la
El Martial, instinctivement, comparait celle tète. Du seuil de la porte où elle était restée
demeure à la sienne.
debout, la jeune fille le regardait. Ils échan. A Fon peyral, plusieurs généralious d'ancêtres avaient marqué leur pa age, laissant,
qui la rutilante haLterie de cuisine; qui le ·
lourds bahuts chargés de îaiences et d'étains
ci elé~; qui les amples fauteuils cl les moelleuses bergères. Tout · disait le goût de vine
el de bien vivre. Tout marquait l'aisance tradiLionnclle. On y marchait fort. On y parlait
haut. Ici, la vie était comme assourdie. Le
silence était une loi.
)larlial eut un court fris on., .. Katerine el
lui e comprendraient-ils aussi bit'n qu'ils s'aimaient? ... Lui, français et méridional, amoureux de Loul ce qui résonne et brille, pourrait-il s'accommoder de cc mitieu, de cette
sévérité de mœurs, si Kate les lui imposait? ...
Ces pensées graves l'cfneuri!rent seulement.
a mince philo~ophie ne sul pas les retenir.
Pourtant, de cc choc rapide et léger, il demeura déçu, allristé, troublé sans sarnir
pourquoi.
Lorsque Katerine reparut, le visage de
Martial s'éclaira, et son angoisse intérieure
fut bienLol dissipée.
- Mon père va mieux, diL 11.aterinc, mais
il est encore très faible. Parlez, Martial.
Héla ! à présent, quel jour pourra-t-il nous • - \'c~rc ! ... \"erre: ... l'oir .... ~-oir .... i ·ous me
c,·oJ·e:; Nt e ?... .\fais Tvi1w u Ge11III ne l'est point .... ,
écouler?. ..
(l'age ~~-)
- A mon retour, sans doute, dit Martial.
- A ,otre retour? .. . s'écria la jeune fille gèrent encore un ge, le d'adieu furtif et disdrjà alarmée.
cret.
- Chère, dit le jeune homme, ce prochain
Mais voilà 'lue, . ur la roule, il se trouva
retour n'aura lieu, hélas! ni demain, ni le face à face arec ~J. de la ~louraine qui se
jour sui,ant, ni même ans doute plu~ienr:; prom~nait.

Le marquis prit familièrement le bras de
fürlial.
- Eh bien, eh bien: .. . Qu'est-cc'! ... EL
oü alle,Hous toul courant'? dit-il.
Il souriait avec bonhomie. Martial, plus
échauffé par l'émotion que par ·a course,
répondait des mols incohérents.
- Voyons, mon neYeu, il l a quelque
chose? dit le marquis.
Alors, avec la belle impétuo ilé de la jeunesse, Martial jet.a ces mols, tout d'rne haleine :
- Mon oncle, je suis amoureux. J'aime
Kalerine Alhos qui est pauvre, étrangère el
protestante, et je veux l'épouser.
- Oolà ! holà I comme vous y allez! dit le
marquis, en riant.
Puis tout à coup :
- c·est sérieux?
- Très sérieux.
- .\!or , je vous écoule.
'1artial omrit son cœur. Il dit comment il
avait connu lülerinc et combien il l'aimait.
11 conla la démarche du curé, pcignil la violence de la baronne. Et il ajout,1 :
- Et vous, mon cher oncle, qu'en pensezvom?
- Ce que j'en pcns~?.. . llum !... ~IJn
ncYcu, j'ai toujours, sur une mèmc affaire,
deux opinions : celle qui me vient dt: la tradition el celle que je ûrc de ma propre expérience. Laquelle roulez-mus?
- Tou les les deux. La Lradi Lion d'al,ord,
- par respect.
- Voici : Martial, pen.ez à l'avenir de
rnlre race. 'ïmitez pas le dernier des Briscfer
qui a épousé une Anglaise et le petit Combaluu de Yireleyre qui s'est fiancé, paraît-il,
avec une Allemande. Ces mélanges de sang
ne valent rien, ni pour le corps, ni pour le
cerveau, ni pour le sentiment .... 'ongcz aussi
à votre bonheur ... . .'l'essayez pa~, Yous, dont
les ancêtres fredonnaient des chansons gaillardes, de trouver du plaisir au Choral de
Luther. Demeurez-en au : J'aime 111ie11J: 11w
mii&gt;, à guel de vos pères .... Croyez-moi ..•.
J'ai l'air de rire'!. .. .'i"on, Martial, je ne ris
pa : tout esl là.
IL conclut :
- Voilà ce que dit la tradition~ Répondez.
- Je réponds : Il y a sur la route de
Ponlvicux l'antique château des Chabannes ....
Vous le connaissez, mon oncle'? C'est une
ruine vénérable el moussue. On la regarde
avec curiosité, mais on n'y louche pas. Là,
pourtant, des gentibhommes et de très honnête~ femmes ont vécu el se sont lrou1és à
l'aise. I voudrion -nou halliter, mon oncle? ...
La tradition, la coutume, l'usage me serublent quelque cho:e d'aussi respectable el
d·ans.i désuet. ...
l'n éclair de fierté brilla daus l'œil du
marquis:
- Bra,o, mon neveu! dit-il. Bravo! ...
You faites honneur à votre maitre. Ah!
Martial! quel bon philosophe vous ferez dans
vingt ans. )fais je vous vois venir .... C'est
l'autre opinion que vous voulez à pré"ml '!
- Oui, mon oncle.

___________________________________

C'est bref, c'e,L net : c, 1·amour esl
beau, la Yie est courte : ,ivons. &gt;&gt;
- \ oilà, voilà la vérité! cria ~larlial awc
exaltai ion.
- Oui, fit le marqui~ à demi-rnix comme
se parlant à lui-mème, c\st à la jcuneôsc
qu'appJrlient loujours le dernier mot.
- Le dernier mol! s't'.cria ~Jartial, frappé
soudain par une idée ingéuicuse, le dm1ier
mul, c"est à vc,us qu'il apparlient, mon
oncle .. .. Comment'! ... Yous me diles :
a Fi!iles ! ll , rl je répond : « Je ne puis rien
ans vous. » Pourquoi? P:m.:c que je pars
demain pour Limercuil, parce qu'il faut tout
de suite ,·oir monsieur AILos, lui parler de
moi, lui donner ma parole el recernir la
sienne; parce que j'aime et parce je yeux,
oh! oui, mon onde, je Yeux que vou so,cz
mon ambassadeur.
•
M. de la Mourainc était mis rn gaieté par
l'ardeur de ~farlial :
- Voyez-vous ça? d:saiL-il, ,·oyez-1·ous
ça·t ...
11:i.i après une aruicalc discus:;ion de quel• IJUCS in tanls :
- Eh bien, oui, j'irai, dit-il. L'a.vculurc
esl piquante et me réjouit par son étranaeté.
Et puis ce sera jourr un Lon tour à mad°ame
Françoi c.... Ft'licilez-Yous, Martial, d"avoir
uo oncle qui aime le paradoxe .... Me ,·oici
chez moi .... Au rcçoir, mon neveu, et allez
en paix.

VU!
Le jour du dép:irl de se:: enfants, madame
de Fon pe~ rat se dirigea vers la l.Jouraine, où
depuis longtemp· elle 11 ·avait paru. Elle voulait voir le marquis, lui parler di! fürtial, le
consulter, ou, to:.it an moins, se rcnsei"aer
C
sur son étal d'esprit à l'égard du jeune
homme. M. de la ~fouraiae serait-il, en celle
amoureuse affaire, l'allié ou l'ennemi de son
neveu'? ... Elle redoutait un peu le marquis.
Sa souriante ironie, sa bizarre et universelle
in.iulgence lïnquiétaient. Presque jamais, elle
ne l'avait cornpri tout à fait. J'omtanl au
jourd'hui, elle avait grand besoin de conn~îtrc
ses plu~ profondes pensées ·ur cette malheureu e aventure.... 'il l'igr.orait, s'il était
mal renseigné ou i11décis, peut-être, à force
~'habileté, le pourrait-elle conquérir cl le rallier à son proJet à elle, qui était de détacher,
par force ou par ruse, son fils de l'amour de
celle fille.
Mais comme elle entrait dans la conr de la
~lo~aine, elle vit un domestique qui enfourchait un cheval et qui, lui dit-il, allait en
hàle quérir le médecin : M. de la Mouraine
était co pleine crise de goutte cl criait comme
un _damné. li avait inlerdit a porte. a vieille
amie, elle-même, madame de Puyraleau
n'av~it pa été reçue lo~squ 'die s'éLaiL pré~
sentce, tomme chaque JOur à midi en lui
apportant les journaux.
'
Dépitée, la baronne fit volte-face et reprit
le chemin de Foaspeyrat.
Décidément, elle était Lien seule devant le
danrrer.

L! nurquis ex~nr_ina_ '.?11gucmenl le_ fol con/em111/ la fJna cée suprême. C'è/a{t 1111 i•a-se /&lt;rme t ,1,- des Hm delles de pap,e, s dn_us, Suferf&gt;usees ~t fix ees a11to;,r du pot fa,· 111u col'Jelelle do11t /es touts etaient réttnis
s011s 1111 cachet de c,re. (Page ~~.)

E.Ue pensait :
sentant alourdie pJ.r le faix de ~t·~ pcn ée
&lt;1 Il faut à tout prix séparer Mar,ial de
doulourcu e .
celle créatnrc ensorcelante .... Le voilà abPri' d'dle, un paysan pa sa. JI rlaü llélri
sent. ... .Agissons .... Mais comment?... Ahl cassé, vètu de haillons, hùrc sous ~on bonne~
qu'il eùt été facile, jadis, de se débarra scr de laine. JI marchait les mains pendantes et
de ces être -là! ... mais aujourd'hui, aYcc la ouvertes. Sa démarche pcsaule était rncore
canaille qui gouverne, toute licence est don- ralentie par ses g1 os abots de hêtre.
née à cc espèce . . . . Les honnêtes gens doiC'était on rnisin, un pam re diable, 'foi,·enl se défendre eux-mêmes .... Eh bien! on nou Genlil.
se détendra .... Toutes les armes ont bon_Toinou était à la fui rusé el .impie d'rsnes .. .. Oh! c défaire de cette 11'.alerine !. .. pnl, c~é_dule comme l'ignorance, pétri de
La chasser de Yerthis !... i&gt;
superstitions, farouche et naïrement cruel.
Elle médjtait ainsi dans son âme violente
. On l,e, c1:Ji•~nail. On ~e crolait Jill peu orel outragée. A petits pa , contre son habi- c1er. C etmt 1épourantrul dLs e11Cau1 en mal
tude, clic s'en allait ur la gran&lt;l'toule, e de méchanceté que menaçaient les mère - en

�,
msro~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - par il:. lï1abituJe de jeter de « mauYaisc
madam de Fon,1ie~·ral. Certain jour (bien
colère. {ltrnnd le horumb le rencontraient
p mdre II dan 1 ~ puit l'l b fontaines ....
aYant la l\é,olution). ell11 1':nail urpri lni
- , ·otre ruré e~t trop Caiùl •, :ijouta maur le, roules, h· oleil étant couché, ib :-c
101:tnt de~ pou! cl de: œuf. t~lle, .i dure
h.,tai nt d, fermer leur main naucbe en 11\adam " de Fonsperrat. Il devrait le~ cha. ~ r.
au mi éralile~. die arait pardonuJ.
ç.anl le- pouce entr l'ind , el le m{-Jiu~. ce
Yai, ce qu'il 01• fait pn~, nou · autre. , bon
Toulcl'o· . prudente Lavi!,ée, elle lui a1ail
chrétil'ns, nous le dewn~ faire. Yeu -lu m')
qui L'Onjur.iil l nm1\'ai 50rl el le mal donné.
r.iit rccnnnaitre I xacl de,anl témoin, un écril
A cause J lui, 1 . fèruru1: . portaient toujour
:1idl'r'! Tu connai: le berb magiqut's : tu
rédieé par elle cl oil clic contait la cbo·c.
11 l •ur cor,a'.'.e deux t:piu"k · en croi . LL' ~oir,
en compo:era. Je,· mal 'fices. 'l'u ~31 · 1' choa\'anl de e coudier, ell , prenaient un de~ loinou a1ait noirci s11n pou e :1 la [umt!c s •.· qui font peur la nuit et 11ui tourmentent
d'une chandelle et ra,ait appo,é ~ur le patison, ùn ÎO)Cr cl l'êbaieul au-de u· de
le jour : tu les 1·mploieras. Tu ~ai· le servir
pi0r, en manièr • de sceau, à côté de la croi ·
1 •ur lèk. Par ce ne ·tr, die· «·mpèchaienl \p,
Ju bruit, du il ·nec, de l'ol, curité, de la luqu'il a1ail traci:e. Cel écrit, u 1·e papier 11 ,
maléfic1•, de pénrtr ·rd, n~ la mai·on tlurant
mit•rc pour clfra~er le pauue mondt• .... , e
comme di:ait Tninou. hantait la mémoire du
la nuit. LÏ•Lail •n ·ore pour se garder de Toidi pa. non : c'c l Haî. Eh bien! tout cela,
pau1re diaLle. Que n'nurait-il pa fait pour
nou 11u\lb portaient toute au fond ,le leur
Ln le fera contre ce vilaine !!CD. cl LU le
poche u11 croùton de pain el un mom•au de le ra,oir'! ...
r •nJra i malhcurem. dao cc pay 11u'il leur
Cela r -,·inl :1 l' ,prit Je la haronn · en cc
rier" ocnit. Elle., n'oubliai ·nt pa · au~ .i ile
ruomeol où elle .entait le besoin d'une aidt', faudra l,ieu dé\or.-cr ....
plarer un peu tic mil dau~ \'ourlet de li·ur
- J'ai compri ·, madame la haronnc.
d'un ,cnil ·ur, d'un es1·l:l\e sou mi~ à ·a l'OLai e.L-moi [aire.
jupon.
C&lt;'peoJ.ml l'ninuu C.cutil 111· méritait point lnnté.
- El lu .ai '! J\s quïb eronl partis, j •
l' n • idée ~uùill' l'illumina.
qu'on lui acconl:'t~ uoc telle import.ancr. Eu
Ill rendrai ton papier l j'y ajouterai cinq pi,1
Com111e elle an1i1 d pa,. é le p:•1~an n train
rt'•.1lité, c't'•tait 110 pauvre par·. 'U\, ,,,lontier•
de rama~,Pr de. hrindille · de hoi, mort, elle tolt• . . Oui, 'foinou, CÏnlJ pi-lol1•s ... cl lu ~afripon, plus di po~é i, rlran l&lt;'r les poule·
:.:ru·ra · le ParaJi. par-de.su· 1 marche. Scudu ,ui in que ll', hou11n , ur \a nrand'- l':•l'I' la :
lcmenl p::i un mot de cda il per onnc. 1 tu
- 11'! loin1111 ! ... 1 ,•ni! ... l't'11i! ...
roulcs. li c~l Hai qu'il était ,a,aol dan~ la
1
Et qu,1nd im1uiet, .oul'nr1b. prc.:qui• , perdu, parlais, tu ne rém,·irai · pas.
t:111111ai-~:111c,• d,· plant•. 1 d1· 1 ur. proprit:- Toinon ne parl • 11 p&lt;:r:.nnne .... ll tient ·
té,. Il .a,·ait ·,u"i h·~ jmw tle la luo où il \'honunc fut pr, d'cll :
~ langue. dil n,· •c calnw le pa :,au.
- J'ai lic_nin dti toi, Jit-cll,•.
Il' faut ni .cml'r. ni plaukr, ni arradwr le,
- \'oil qui ~1 dit. Ah! c'c;t noir' curé
- .\h! pau\ft) qu je :ui~! ... !,!u'c..,L-cc
l1&lt;~rh, ·• tin le com,ultail ,nec fvi •l l rrcur.
qni
era l'Onlenl:
que j pourrai~ faire pour ,ou~. maJamc 1,,
~ •s prédiction. \'.·laient ou, nt réalUc . Il
- Que oui! fit lep }san, laconique.
liar-inoc '! Jil Tc,inou d'un air Je doul .
n'a"iit ju, \l•'alor · fail ni J'nutrc hi,m ni
- Et le 1, n llieu, 'l oinou '! .•.
....u.ll'as-111 2arJcr nn ,cc rel~
ui hicn ... le hou llieu ... , ruadamc la
&lt;l'autre mal.
\h ! bien oui 'lue je :aurai .... Je ne
La I\érnlulion al'ail p , t: ,ur lui s:m 1p1ïl
liaronne. leocz-,ous tranquille. 1 out ,era îait.
ui, p:i un petit Jriilc, moi, je ,-ui l oinou
prit garJl'. ,nineml'nt J., - Jacobin 1111 pals
La baronne 'éloigna, prc r111c heur •u -c cl
Gentil. ... Oni bil'11, 11uc J'' .a111-.1i .... 011i
lui a,·aicnl Jpliq11i! pour,1uoi el comnwnl il
. urluul aliénée. L' ·poir la rl'ndail plu \Ï\!i;
n\:tait plu olili::é •, ri n c1111!r, les nobl .. ,, 1,ien !.. .
- l\appellc-loi que je t'ai é1 il: la pri on .... !'obéi ·:an • du manant la ra,i.. ait.
Il·, prètrc, uu le, moio • . Il le. avait {•coulés
- L l\1hoh1tion, pcn ail-1'11 ', hellc ar- Oui, madame la Laronne.
:an, mol 1lir · 1•l le a\'UÎl re••• rdé a,'.:. méfairt·. vraiment!. ..•\11011., \'éaalité n'est en... le ju" m nt ....
6:mn• .. 1 l'on iusi,tail, il ccouail la tète J" nn
core inscrite que dan, le" papier, public·.
- lui, madame la haronuc.
Et là-ha-., Toioou ouriait, toul s ul, en
air J,· doul1. cl répouilait eu patoi :
- ... le· rraJère· ....
- l'eyré! ... l'eyr:! ... Yoir ... \'uir ....
liant un fa&lt;tol. Pui il murmura :
- Oui, madame la baronne.
Vou me cro ez ùète'!. .. Mai Toinon 1:entil
- C'c,l aujourd'hui vendredi ... la lune est
- Eh hien! écoule et ~:iche 11ue, j tu
unu,elle ... je ,ai cueillir m .., herbe ..... Au
ne l' t point. ...
rai cc que je vai · t • dire, je le r •nJrai le nom du Père, d11 Fil cl du • aint-E 'prit ....
Et il 'éloignait, furieux qu'un cbcrehâl à
papier où lu a marqué ta croh cl 1011 pour·.
le nn~titicr.
Cl! rappel du passé a sumLriL le ,i~aac de
Q,;and, l'églis fermée, le curé ·apti[, le
1.
Toioou.
Jamais il n·a,ail pcn é que la Ré,·oroagLtrat élu:.;, le fête~ républicaine· ,inlution I' ùl rendu quitt en er. la barunn
La mal Jie Je \I. Je la lourain' n'était
rcnl lni prou,cr que l'ordr' de, cbo. · était
el r1ue la loi nou, •Ile ne îùl p.i oppre :Ï\ •
cban,..é, il ne parut pas davanla"c con,aiorn:
pa
grave.
comme le l,on plai ir d'aulrcfoi ..•\u ·j Lais,aIl ·e troU\'a hicnlôl mieux, r:tcc à la ai- Heu... h n... hilinu. .. peut-être ....
t-il la tèle et tnurna-t-il plu ,·i,em1·nl · n "0 :e 11ue lui impo a la1 onnave, le roédeciu
faisait-il. i'ou ,·crroo ç.a .... L' . maitre
dr Yerthi cl l'oracle du pa~ . 11 but au si
out le; 1uailr . .. . ,1adamc la h:irùune a b11nnet entre "e main ..
- 1 lt! ... Je ni'en ,,,u,i •n. Lien a, cz ....
force bols d · ureau niLré et dut accepter un
encore la terr' l château .... On ne les lui
Que Lrop !. .. ruurmura-t-il. Et, i je peux e traordinaire médicament, r '.Celle m~ léôtera pa~ coup ·cc, ~an doute? ....le fais
rattraper ce papier ... bien ,,ir ferai-je cc que
rieu e du pharmacien l1ou~adou.
comme mon père, mon granù-pèrc et mon
rnus
me
commanderez.
L't1pothicaire Poupdou, qui d,•pui peu se
rni-grnud-père.... Les paum• i,onl pour
Alor , a,cc patience, dan un lan!!,t"e fa- d'nommait pharmacien, était tr' · ,,,r·é dan
obéir.
milier, elle lui expliqua, en patoi , comment le· pratiques de la \'Îeille pharmacop :e. Le
El il pliait l'échine.
un certain A}l,o, t;l sa fill •, deu\ étrangen- t1·mp · 11uïl n'elllploiail pa. aux ha,arùagl!_
- Mah c'est fini .... On n'olx:il plu 1p1:1
,·enu • qui ail d'où! ... 11 , et établi. Jan
cl canean de la rue, il le pa · ail dan - ~on
l:i Loi ....
\ erthis, étaient d'abominaLh: cahini· tc . oîfidne , préparer diluer. db,tiller, malaxer,
- 1h '. la Loi! ... Qu'c~Hc 11ue c'c t enTr~ certaincm nt, iL uaient fait, comme p •,cr, moudre. l.iro1cr, émubiolllll'r, "rabecorn 11ue œllc manigance 'l... Oui! ... 011é !...
lnu. leur· pareil , un p;1ctc aYCc le diable . ler de clrotrucs. mi tures, éli ir , poudn s,
•\l\ou ·, ne ,ou fichet pa. de moi. uffil.
Cette
petite .Uboc. u uoc drùle- e, liicn ~ùr ! 11 herbes, grlli:-e · et racine . ljuand on le \lEl l'air ma111·ai., il levait on b,ilou, tours'introJui ail à chaque instant cl sou n'im- nail appeler pour remplir uni· ordonnance, il
nait le do~ cl 'en allait, le ùi .ac sur l'épaule,
porte quel préte,te cbei madcmoi elle Claire, apparai,,ail en tablier de toile blanche,
un brio dt! ·au;.:e entre les denL.
li avait de la déwtion à ,a manièr , et Jé- ~ 1·ctte ainte fille », pour lui tourner le5 ~patule à la main, grave, olwncl, aYec un
l tail le
ennemis ùc la ainle rclinion », idile. l'er le démon ,,. Ce:, gèn -là méditaient pli de rélle.~ion entre le _ourcil·. Ce goi1l
païen· ou hérétiquct. Le .eul sentim ~nt qu'il d11 faire partir une ~eeonJe toi le bon curé .... 11uïl a,ait pour l - fourneau , chaus~, carnontil :1ait un sin ulièrc reconnai. ~oce, . an compter «1u'un de ce jonr. le paî, ra non~ chenell · el fioles, l'a,ait fait surnomemp,ii.onné, car ils 11111. co111me 111us leur~
qui pomail aller j11~1111'an M,oucmcnl, eo,·cr
1

1

_____________

mE;l' « ~ui.inier arahc:.11ue » par la, onnal'C,
1°1_avait lu Guy Patin. Pomadou n·e 'en DcbaJt pa . Au contraire, iÏ :c i?lorifiait Je
pa~~ 'd~r 1~ _cmt de din:rse. pr :paralion
r01_~ntee._ J.1~1 par le mires toulousain ,
qu il ~ t101ait au-deL u. Je 1011 aulre.. Il
a,;· nratl tille, "r:ice à cil , il a,·ait rendu
bien ~rlanu; des mala.d " abandonné., par la
Faculte.
Pou~ '1. de la • lourai ne, il fabri,1ua un
électua1re ." extemporan · ~ dit-il, qu'il lui
apporta ~m-même. C'h1iL un· certaine t.hérr.aque ?u . e confondaient prt•· de oi,anlcdtx e,pece. · dool les principale. étaient l'ari ·l11lo lie rvndc, l'aulnée, la m, rrbc 1, con.ene d "enihrc cl l'écorce d·~raurr~.
Le mar11ui , encore 11u'il parlât peu, rn .a
sou1lr~n ', remercia Pou aJou nH•c h aucoup
~e pohte: :e. ljuand le pharmaden fui parti,
11 se fil donner l pot contenant la pana le
uprcme. li l'ex:imioa longuement. C'était
11 n rn ·e Je forme étrau,.e, en ro~ c faïence
~inte, formé par Je rondelles di; papi r
ù1ver ' superposée cl fixée autour J11 pot
p~r une c.:ordeletl dont le . l,0111 étail·nt réu01 _ ou· un ca~b •L de l'ire. L manpii aJm1ra le pol, lirba l" cachet, rompit la hcelle, •
cuba une à une le:_ ro~~delle d' papier, tout
e1~ ln~1a11t, à part 1111, 1m éoio·ité et la comph~t1011 &lt;le la fermclnr , par où ,e monl~a'.ent san ·. doute l'cwdlencc et \'authentiCJle_ ~u méJ1ct1mt•nt. En.uile il llaira 1:i ,·ompo ~lion et r 'Connut que l'odeur en était
a&lt;&gt;rcalile. Pui. il rétablit dans leur ordre le.
rood~Uc de papier el la cordelelle, et rcmi~
le loul à sa er,·anle en lui di ·ant :
- Porte cela au nreni r, dau- le c110rc
aux remède· inutile .
•
:-- füi:,. !11oo~ieur le marquis, il est
plern: ... On n } mettrait pa · un dé de plu~ ....
Depuis trente an. cl davantaoc qu'on y jettl'!
toute .. le dro.,ue d •s apothicaire., ,·ou, pen'?l ~• c~l e~pli l .. : Dieu me garde! il y a
l11e11 la de c1no1 empo1 ·onocr le pay • répondit
la :;enanle.
- Eh bien! llam[Uc-moi ç.1 au diable, dit
le marquL.
El _il continua tic boir,• ilu ,ureau nilrê.
liai.•, le lenJe~ in, il faisait ,:.noir à Pou)ailo~ !tu apnt pr,. quatre once_ ùu pré1·ieux
il ~c ll'ou1ail prc,uuc Ir~ 1,·.
smetl1rnmenl,
·11·
.,
11:0.
.., u~tout I a. ~ura qu ï\ lui ét.iit fort rl!Conna•~~an~ d,• l'nYOir ~i promptement ~oula:.ré,
,anla. l elCl'llcnce de cette lhériaquc, \l'ai
catJ~ohcum, élonn:mtc paual'ée. mcrvcilleu1.
anlulnle que la ci ·ni·e Je Pou aclou ferait
JEP?e'.ll «le conscrrcr pour la po,..Léritl:.
Pm. tl rit douœment et but coup . or coup
ileux bol de ti :1oe.
. -'?intcnaut il était Jan ~n chaml,re où ~c
JOU~1t l ,olcil entrant par lt•,.. fcn~lrc ~an1l~·~. •D ,~on attaque ,louio ur~usc,
. 1·1 n·.,l\'omert
.
1
Dll '31'1 e qu _un peu de rai&lt;leur ilans le, !:!C:ou .. li _all.11.t et icnuit en . 'aidant d'une
~ne i1~1, d_l,eure en heure. lui de1enait
morn neces~a1re.
. l:n pa. ll'..inanl et menu, un froufrou ile
ê firent eoteuclre dan , le corridor cl
,mue Je · I · ile la . louraioe entru.
1

i~f&gt;e.:

AJJŒS D'JtUT1fEF07S - - - .

.la?~1~c de Puyr:iteau apportait a,t:c ellt: . i incertain •rm• cc 110 · l'on appelle t·onHnttun dclit:1eux parfum de l,cr_a mole ,·L de pou- n :mc~t la véril~:. Elle &lt;linerc pour diaquc
dre à la maréchale. Elle tenait à la main un l mp , ou plulul 1· a. pecl oui infini l'i
paquet de jouroau qu'elle jeta ,ur la taLle , 1rié,, mo~il l'i onJoyaot ·1 à la manï·re J,·
en mèmc Lemps «1u'clle ~e lai.-,ait tomb r ·ur n•, figur llllpré\'UI!,, 11ue forment dc ' grain.
un iè ..c.
.
1l1• ,err' ,liwr cmcnl coloré et qu'on - a"il.
- Oui! ... \lia ,oilà lrès la,.e .... ~Ion chl'r ibn une hoil1• tran~parcnlc : :\émcnb idcntiqu1·· i'l nome! a~pecl.... \lai rel' •non, •
Alt: is, romml'nt allti-,ou ? ,lit-elle.
·
Galamment, elle tendit sa main ,m m, 1r- IJu' a•t-il encore?
qui,. )1. ile la )Jou raine la prit el la baisa.
- \lnn,ienr dl· Yolny-Pé,1ire c. t nommé
C'était une jolie ,i~ille 1111i avait Ju ètrc pn:l~·t &lt;l • !a D1 1nlo~111· el mon .feur ,le );1 Houune lrè, belle jeune femme.
landie rt·Cè,eur 1éoéral. ...
Elle a,·ait .ét~ li• I ~-~mier alllour Ju marqui
- Oh! oh! .•. ~011~ •tue lt-,; uoLlc . ~c rapau l~_mp~ ou 11 a1·,nt encore on pr1:cepteur procltl'lll tou le. Jour uu peu plu. dn soll•il
derr1~rc ,..c. chau,..,l's. l.:1 ,·ie le. : :para. Lor,- le, a nt.
que a nomcau elle \t·, r :unit, il 1•1:iicnl
Qud ~oleil lcraul'!
pr '· que 1ieu1 Lou le Jeux. lui enrore 1·t'·li:-- 1 .n ouwrain, p,1rLl1•u !... uu o\d,11
l,ataire, elle \''u,c el trè· con·olée du ,cu- r1u1 ~' f •r;1 couronner cmpt•rcur ou roi.
- l1011 !lieu! .\le1i,, lai ·s ''- Jonr rnlr,
n••c.
Alor· ,'établit l'lllre eu. un de cc tendre., ,'.·~pcr ·ur tranquille. You ête, coiffü de ctllc
comm rœ. «l'amitié i fré11ucnt, 11 rclle épo- Hll'r sau 1·e~u" ,lepui: 1p1elqul' moi I'! ....
11uc et Joni la formul1• d •vail .e perdre a1rr
- ~la nue. rnn · êtc, une ,il·illc cul:tnl.
le ,1111•· ,ii:cle. C'était l'amuureus amitié,
- :\111111,, c~t-c1• fini "!... Et ,ous? 11'.1,ucendre chaude de l'amour con _umé qui !-Ul'fil \'OU rien à me couler'!
1•11corc à ri:chauffor le ,ieux cœur : c'était
- , i 1'.1il. J'ai à vou, parkr d. mon u ,,en
~ •• rall'l-\00 · }a,· ll'Oll\'t • Ct' !'.li· t le r1~ ua1itJ de 0111cnir , parl'um uhtil donl Marlial.
•
emha.umenl le. tlcrnil·n•s :innée · d vieil- 01e1 · temp , În"11li1:rL•m •ni moro~ •'!
lard .
- ~lai· oui, . in°ulièreml'nt.
- l,.a ,a micu,, 1·a ,a mfou , 111a hount:
- Eh hil'n ! 11·la .'cxpli«[lll' : il e,t amou)lan::clinc, ,li,ait ~I. Je la ,1ouraine et j' étai~ rcu,.
fort eu pt•i~e d\'Lre rc. té quatre journée
- '!.lot micu pour lui .... C'e,t une boont•
. an· rcccw•t~ votre_ ,üit . Maint nanl. "Olt'l, chose qu• l'amour, n'i.L-ce pas, Ali•,i~? ...
- l'a luujour ·.... Et ·o 10Îl'i un exemJ~ ma•:~he Ilien el Je ne r,·, en plu qu'une
;l°¾,'ltherc an"oÎs..e, uue lourdt&gt;ur Jan- 1
ple: Ce Jrit~e.ne. \.. t-il p,1s avist: J'uim rune
Jamhc ·, cc que )la·. onna,·e a11pclle a, •c cm- p ·lite 11u11,1 mconnue, helle, a e, p.iuue t'l
phn ·e &lt;&lt; de la d~ ~plioric Il .
p;1r-Jc, u lt• compte liunucnoll· ... '! Yon
En emLle, il· rirent Je re mol . arnnl eipri- YO~t•t le· complit·ation:-...
111a11l une ho~c . i impie.
- Je ni• 1• voi point. 'tout cela empêche-- (Jue di,ent 1•· nazell • ~
t-il t1' •'ainll'rL.
- . I.e M?111le11r annonce la uppre~ ion • -;- Oui, Je ·aiml'rcommc il l'cnlenù, c'c,tde _-·01 ant. Journaa . li n'en r. le plu, i1ue a-J1r1• ,lan le ~ri;1~c. Car il la î •ut épou1re.Ile pour toute la rranc •,
. er. nrn bonn ', 11 e l lcru tic ccll • idée l'i 11 \• 11
-:-- Allon~ dit le marquu pl1ilo opbe, je démor1lra point.... ·c~t la lille Je cel élran,·or~ 11ue ,:a mard1e. Et le, TJelJ//J •?
"l'\étal,li J1·pui un an i, \'crtbis, ,ou~ .a:-- li ont un hien l,el artide là-&lt;le~~u~, el iez .... li ~c nomme Albw cl habite en fate
Je la l,outi11u,i dt• madcmoi,ell, Clair, ....
plcrn J'c prit!
- El la G11:;;e//e de Fm11ct't
- Je mi -, Mai tout 1·cla .-c~I ile la folie ....
- lln n'a pa o.•: · tourber.
E_ t:c · que, par ba,ar1I, mu· prl'odri •z au
cr1ru cc~ l,illl'll'•UC ') ...
- Ah! ..•
- Il y a aus. i 1111 décret important : le,
- ~lai· oui. ll'autanl plu~ ....
églLc~ ont rendue au culle.
- E l-ct• '[~e ,·ou ,ou~ en inqaiét riei?
- llon. J'admire comme no "0UYern:111Ls llo~ ehc: Alem, que celui qui e,1 an pé'entcnde~l ;1 _orJonner de Jaire c~ 11ue dt'.ji, che 1_111 ,ie1tc. la prc~ière_ pierre. Il a ,·ingt
·hacun la•~·,\ oyez depui · combi1·n dl' temps ans, 11 ennuie ctse di trait comme il peut ....
Pomerol cc\ •hre sa 111c e tou, le· matin 1:t .\ çm,.._t an._, _,ou, faisiez d_e même. La petite
c~mmeut, . depuis plu icurs mui , d1ac1ue )~a~eehne, 1r1 pre:;cnle ·011. le. Lr,1it d'une
1h,mand1e, 11 c~1ant7le ol1ice en public. Les \lei.lie r~mme, 1·ou plaisaü fort... mais
1k'?'?L ne . era1cnl-1b que la r~conuai .aucc mo10 11ue k rnp es. Faite~ ,·o,a•,er 1·01rc
ollic1elle de faits bien établi '! Ln ce cas .... neveu. il c guérira .... Loin de• 1eu. , loin
du cœur.
•
li rt'•llécbit un in tant el ajouta :
- \'ou en parlez ùicn l ;gèrcmenl, ma
- Pa lien 1• l . . Le catliolici me fait un
100 11 détour pour r ·Yenir chez nou · mais il lionne. La tbo,e ,aul pourtant qu'oq · · ,1rre,ienl. . ·ou \Oici bientùt au 11 e iè~le. ~Ion rêtc. Madarue de Fon ·pe}ral en e ·t informée
amie, peut-ètre verrons-nou · licaucoup dl' cl a fa_il de terrible. cène à son fils, qui a
cho_e intére ,,ante,, ,ln uou\'eau cl du re- courbé_ la _tète ou. l'orage, maki n'a point
nou,cau. Je T.1gcrais volonlier . qu'il ne e renonce. Bien plus, Martial m'est \'enu troupas t•ra pas dix an. avant qa le _aint- ·acre- \'er et m'a prié d'être on :unba. .-adeur aumenl ne soit d1:red1ef promené dan· nos rue. pr'•· du ùonbomme el de lui demander, pour
mon nt·\·cu, la main dn a fille ....
sou un Jais &lt;le vclour .. Car il n·c~I ri •n J
0

0
•

�fflSTO'RJJ!

AMES D'JtUTR,E'FOlS _ _ ,

St fouvanl cvnlt1,lr son h11e&gt;llon, /i.itc,ine 1'cnfuil :t.111s le jar Jin, tc11J.1~1 guc le m.1r-111is s'en allJi/, ~
jront

t.is.

~ladame Je Purr:itcau édala &lt;le rire.
- (}1, lo~· •2-moi un peu œ litu'&lt; célahatairc, ce méchant J ILilornphc, rel om·lc ori inal cl grognon jouant le· amba~sadeurs matrimoniaux l... llài: c'est à pouffer, mon Lon.
ll'Ii, c'e.l à pouffer! ...
- Eh bien! moi, je 11 • ri. point. El j'irai,
par la ruorditu ! d j'irai! D'abord parce 11ue
je 1:ai promk ...
- Uelle alfaire! Une prome e? ... Plîf! .\
un neveu, ça ne compte pa •.
- Taule·· le prome sr comptent. Et enuite, mus 1• dirai-je? je me foi un grand et
malin plai ir de taquiner m:i coujne Françoise. La îO)ei-rnu quand die apprendra
ma démarcb , et ~on fiL très olennellemenl
lié'/ Celle malice me console de ennui· que
je vai endurer: ch, oger J'bahit L Je chau ·ure, mellre un chapeau et nouer alcc plu
de oin ma cra,·atc .... Sans compter fa l'On,·cnation a,t · un inconnu qu'il va me falloir
décomrir, j'entends pénélrl'f jusqu'en e·
plus profonde p,·n ées ....
Il raillait, sou mot, malgré le peu d'inquiétude qui perçaiL sou cc mob lé"trs.
li pour uh·it :
- lais il I a 111icn1. vtz-,·ou re que
j'ai ré.iolu? .. : N'ou, vou ne le de, inericz
p:i· .... C'e·t de \OU.S a~.ocicr à mon cnlrepri-e, c'est de fa.ire de ,otts ma cotn)llice li
de vou · .clore ain ·i la !touche pour le c:i~ où
wus me voudriez gronJer ....
- Comment? ... Comrurnt? ... fit la comlt!~se amu ée cl curieu,-e.
- \'oilà : nou:, tieudrons Lille tt la dcmoi_;elle Broch ·leau el nom, lui joueron un bon
tour en ollr:int asile à l'amoureuse de \[artial
el même, qu •diable! à .on 11ère, i leur re-

(Pai;e .,•,.)

JIO · c~l iucn:ir.j par les intri"ues de maJa111e
Françoi~e, - donl je rue méfie. Je ,ous a sure, mon amie, qnc re . ra piqu:u1l cl m1gnifique de 1:uus mir en ctlle po·ture de
i;onjurt'.·s par a111our de l'amour ....
11 rit. La comtes e larccline • 1clan1a,
joyeu~e :
- ll:imc! c·l' t une idée .•. une idée folle,
extrav:irr:mle ... mni. il e,l con~tanl que parfoj._ ce .ont les projets le~ plu· b:z:irre 11ui
réu · h, enl le mieux.
- \'oilà une oh,er,alion de philowphe.
Mon aruie, je ui~ rontenl de ,ou..... ignon ·
le pacte.
Et il offrit ,a tal,alièr~, où le doigt de la
comtesse pubèrent nmpkmenl.

M. Ùl! la Moll'!'nine 'en allait chez Al!Jos,
l\sprit fort confu~.
DéJti rennui .c glhail dan wn àlnc cl
alan!!1Ji,sail a ,oloalé. Qoand il ap,rçul Je
clocber de Yerlbi·, il .e gourmanda prc que
trèlre Jidèle à a par11'c. Au c.arrcfour des
Quatre-Cbemins, il c rt procha d'a\OÎr trouLié ~on tranquille é0 obme .•.. Et pour qui 1
Pour un enfant amoureux, pour quelque tille
wlle cl nicc, engoncée dan ::;e · préjuoés
comme dan ·e babil ! .. . ependanl, il
avançait .... Yoici le lmurg, la place du )linage, la maison de .il!Jos.
~L de la Mouraine ~oupira l'n .oulevanl le
heurtoir ...•
- L~ porte grinça, s'uurril et déma ·11ua le
frai n~age de Kalerine.
Curieusement cl ,ile le marquis examina
la jcunt fille.

li la vil "raode, arec des traits menfü, de
cheveux de soie blonde, dei ·eux pâle et
Iran lucide,, un teint pétri de neige el foihlemenl ro.é. Le Nord tout enlier ·e ré,·élait
dao~ œs prunelle~ sen,l,lal,le ;1 ùcs lac
lran11uille , dan~ la blancbeur lactée de l'es
dent 11ue lai. sail cntreYoir la lè,·re un peu
1·ourle. dan. la ligne ltrèrn du nez et la prot'.miomœ du fr,1nl carré.
Il parla. Elle lui répondit el il reconnut la
llollandai'e dan son accent Ferme. lenl cl
sourd. Il uhit le charme de s:i gri'1cc lll)l-ltc
rieuse. de a raideur naturell qui 'har11111ai ·aie11l a,·ec la ré ·erve de on maintien, la
.oliriété de ~es ~c te el de r altitude,. Et
il ~c !latta de cc que .on nèYCU arnit eu le
~oùl . tir cl délicat.
'ans embarras, avec une dignil6 gracieuse
cl louchanlè, Katerine expli1p1a au ü ilcur
rnmmeal on père, fort .ouffraol, ne pourrait peu t-ètr pa le rt!cc,nir. El elh• l'introdui. il clan· la petite alle où elle le pria d'a_Llendre la répon~e d'.\ILu. qu't•Jli&gt; allait pr1\rcnir. Entre temps, M. de la lonraine :e
nomma. L:i rougeur rurti,e de la jeune fille
et ~lln ,if mooremenl de .urprb.e, vile réprimé, lui pro11\èrrnt que on tlt'vcu a,.1it
parlé Je lui. Et le marqui · rc~arda :t\CC plus
de ensihilité la jeune fille qui . 'éloignait,
tandis qu'il trouvait tr'• · in!!lllier d"ètrc l:1el
de la r &gt;connailrc parlnilemenl pourrnc de
ôràce el d'honnèlclé.
l\aterinc rrparut. ..,011 père fai,ait ·a,·oir i1
M. de la lfouraine qu • la 111:ilauie le retenait
à la chamurr. Il priait le 111arc1uis «le l'y ,cnir r&lt;&gt;jo:nùr &gt;, ce i1 quoi )1. de la Mour:iine
'emvrr. a.
Il n'füit point de ca.hini.Le plu rahioisle
queJran-Ilapli. le AILos. Sa maigreur e:i:lrème ,
-on extraordinaire pâleur, . a liouche toute
pareille à une longue cl mince l,:i]afre, ~c,yeux noirs au re":ird aigu, on attitude, .e;;
"e te , a Yoix, Loul di~ait la dorelé du cal\'ini:,,me eoml,ati[ dont il étail l'ima~e. Le
marquis, vhilo opbe el "ascon, en fut p~e qu~
troul,lé. Pourtant il reprit vile on a ielle
el accepta le ~irge qu'Albo lui ollr:iil avec
une froide polil~.c.
li. tlc la )fouraine aI:Ül ré:-olu Je no point
emmêler dan· de fade., circonlocution le récit quïl voulait foire. Et, tout de uile :
- ~lon~icur, JiL-il, je , ien- remplir auprès Je vou une mis ·ion qui vou paraîtra
e1traordinaire ....
AliJo. 'inclina un peu, regarda ~:in· curio~ité el, alacial, dit :
- Parlez, mon icur.
- Mon i ur, j'ai un ue,·eu, le liaroo, le
ci-devant baron )farûal de Fonspe1rat. ...
Albo esquissa un v:inue ge~Le d'ignorance.
- ... c•e~l un beau garçon el un bonnète
!.tomme .... Je pourrais dire uu gentilhomme;
mai , :t dt!_,ein, je n'!:u1pluie pa. celle ~pi1bèle, laquelle, au temps où nous sommes,
pourrait être fàcheu.ement interpréléc et qui
donnerait peut-èlre une fau .e idée de son
caractère. Mon nen:u e l une à.me trè:. libre.
li n'a d 'allaehe a,·ec le passé qu'autanl qu'il
en faut pour le relier au prbcnt. li a du

cœur. a fortune le mettra, inon incontinent, au moifü plus tard, l'll belle 'ilu:ilion
de propriétaire terrien ....
:-- ~lonsicur, tlit .\!Lo an:-~ rruelque ennm cl uu prn de hnuleur, je ne vois pa, cc
If\!(' ..• ,

L~ marqui cul nn geüe.

- .\!tendez. Or, mon newu aime votre
tille ri il s'en rroil aimé.
- \la 1·11
•
1 e1
· •·· cria
.\Jbos, qui• .e dressa.
1
fa fille ....
~ - _Oui •. mon ienr, \'Olrc tille, madcmoi,ellc lialerme, répéta le m:irquis, tri·, calme
et comme s'il se fût agi d'une chose tout à
foi! ordinaire. Oui, monsieur. il raime et
par mon entremi~c, rnu demande sa main'.
- Ya fille! ... di.ait encore ,\Ibo saw
t
'
trouver d autre parole.
, ,Il ~lait comme suffoqut1 par le mal ou
~ t•mot1on. l'i porta la main à on r1rur. Pui·
11 pencha la tète et se recueillit. L'ne d,iulcur
pas~a ·ur - 011 ,·i.a"e CJUi se durcit encore en
. e conlraclant. Mais il e remit el r!'oarda
.\1. de la llouraine qui, en ilence allenJail
• - dY_oilà qui est iinpré,u, en; (M, mon~
,cur, 1l Alhos, tout i'1 f:iit impré,·u .... Yotre
nrwu c.. l .::m. doute de la lleli!!ion?
:-- ~on, mon ieur. li c l bon catholique.
\lais ....

- li uffit. ,Je c.lis non.
• - • a mère l'a dit au i, mon. ieur. me
Jure_ que ja~ais e!le n: lai sera perpétrer ce
niar,a"e. lai m01, qui ,·eux le lionbeur de
mon_ 11c1·eu, comme sans Joule ,·•Jus Youlez
et lm d~ votre fille, j'ai ré olu d'y trarniller
L'l de 11~ c~lendre a,·ec rous .ur cc point. ...
- \ ra1meot, mon ieur, dit Alho awc
dureté, rous nou ju"et. d'étrao"e orle nou
autres cahini·te, pauvre cl roturier .•Pourquoi donc avez-vous pensé 11ue J. e consenti. r, ne vou mellrz pas rn
ra,.?... , Moru;1eu
pemt', non plu que la mère de rotre ne,-i1u.
'f~aJ1quillisez_e· c~p:il_. _'il n'y a\'ait pa·
nu Ile ol, tacl · à. fa re::1IL•a l1on de celle extra,a .,.ance, soyez rusuré que j'en créerais, mon.1cur,_ afin rpie, de mon ,ivant, celle union
aliomrnable 11e puL e s'accomplir . .,.
- Oh! ... mon.ieur! ... fil le marqui,
l'hoqué par ce derniers mols.
- Oui, mou 1eur, abominable. Car ne
srrait-ce 11as raliominalion de la désolation
1111c &lt;l'ohL:ir i1 la rrholité d"un . enlimenl et
po_ur lui, d'ouvrir une brèche dan la mu~
raille. dan.s fa ~:iinte muraille 11ui noü sépnr~, nou Je. nai. croyants, nou le per.érutes, de no· peréculcur ·? ... ;'\on, monsieur
œ crime n.e e commettra pa..
'
Il eut un geste, bref el tranchant comme
uue épée. a voi. a,·aiL le· onorilés des cuiHes dt• balaille. Il poursuhit :
~ (Juant à m~ fille, je .1·eu1 l'interroger
Ùinant 1·ous, monsieur, et mas urer que votre
lionne foi a été oo n'a p:is été • urpri c.
li -C _I ·~·ai alla Yer la porte et appela :
- KetJe, ...
Cel~ manière de confrontation parut" nu
~arq_u, · .tout à fait_ hors de propo . il .se
,r.11~1t ené, mal are qu'il n'en lai .• àl ril'n
para tire.

« Chez nous, pen nit-il, on e t plu di _
crel ·ur ces sorte dtl choses. On n':i pa coutume _de discuter deYanl le per,:onn;~ du
,~:xe, Jeune' el innocentes, • ur les affaires
d ai11ou~ et d~ mariage, pécialemcnt 1•n pré. cncc un Lier,. Ce . mœur~ tlu . ·ord, qui
~ulr~fo1 ne ~e cbor1uaicnl point, m'offen.er:i,ent volonller .... Au demrurant, c·esl
peut-être ici la naie lionne façon de .... 1&gt;
K:iterine était là.
- J'apprends., ma fille, dit Alhos, que
~ou~ rous 11_le li_ancé' à un jeune homme que
Je ne connais pornl, le haron Martial Je Fon pcyrat. fat-ce e. act '!
Uo ~·oile Je pàleur ·é11mdi1 sur le 1·i~age
de la Jeune fillt!. Toutefois, ,on reT.ird ue
vacilla pa~. sa rnix n'eut aucun lrcmblemcnl
quand elle répondit:
- li e l nJi, mon père.
- Où l'avez-vous connu·!
. - _Ici rnè~c, à la _fenêtre pr' - de laquelle,
d hal11Lude, JC travaille .... ,fe l'ai aimé dè·
11uc j,· l"ai m .... li m'a dit . un amour. Je
lui ai amué le mien .... JI a me leltl-e
comme j'ai ltli- . iennc .... .'ou, ,omme. cnga0é..... ll,•,·ant notre Cbri~I. j'ai juré c.le
n'èlrl' qu·à lui.
- S,\\Ct.·\'Ou. qu'il n·c. l pa Je . la f\l'!iion?
- Je lt! ·ais.
- f,t cela ne YOus a pas arr~tr°:•?
- Noo, mon père,

?

Alfos "!i.iila. frl:J. 111t.tit.2 cn,ore. Il i-onnul ,e ,1r1e.
11!S-lu .il()r.,, Il av.:ill lf~vrc! : l"inqufrluJe d l ' in1l•
CIS{OII , /: co11~11.1 le .1/11/ Uvrr •• _ tP:ii.---c ,i(,.\

Elle ~arl?il a,·ec.une telle fermeté qu'Albo
en parat. 'ail . urpr1s. Alo"", durement:
. - )la fi!le, dit-il, vous avez oublié notre
Dieu et I ,- outra&lt;re:, dont les papistes l'ont
abreuvé. You ayez oublié vo ancêtres qui

on_t souffert el cem. qui sonl morts y1our la
s::mle cause .... C'e.l ici un crime de l~sclidélité clm&lt;tic1111e ... . ?\ou- eo rrparlt•ron ..
\'ous êtes liure de ,·olre cœur. l11,re de le
jeter à... a qui bon ,·ous . emhlc. (.!u:int ?i.
~olr~ per~on~e. j'ai ·ur ell" de dro11i: 11ue
JC lien de 01cu lui-m,~me. Ce~ droits ne llécbironl pa de,anl vo. coupahl · r,~l'erie · ..
L'homme •JDl' vous aimez l'Sl rirbc, noble et
papi.te. \'ous, rnu · n'av z ffUe YO!rc foi et
roi l'e Yertu. \"otrc foi ....
li eut un ge~te douloureux d'amèrl' irn1ui{&gt;tudl'.
- . .. \'olr,' Yertu.... l,'a,·l'M·ous bien
gardée?
- Oh ! mon pt·re !.. . Eu Jouteriez-mu ?
Et Ioule la délicate pudrur de ln jtune
fille monta sur ~on ,·is:ige en 1inc rougrur
ardcnle.
- . All~,, ma tille. flappelrz-rou ciue ,·ous
a\'f/ mulllement cng:i~é votre p:tro!c. nap~el~z-,·ou que vou êtes coupahle dl'\'anl le
Chn~t. füpentrz-rnu ~. Oubliez. Vou· n'épouserez pa monsieur de Fon-pe}ral.
-. Je ~ow oli~irai, mou père. 3Jai f aimer:11 LoUJOurs celui 11ue j'aime aujourd'hui.
- .\liez! fit violemment le pt'•re en conoé0
di:int sa filll•.
En ,érih:, )L de la Mourt1ine était fort
troublé par celle ~cène qu'il n·c11l point imaginée telle. La brièreté des paroles, la Froideur implnc:ihle d'Albo,, la ré cr,·e et la fermeté Je J\alerine étai •ni pour le confontlrt•.
Pourtant il ,·oulait parler encore el ue pou rait
'l ré oudrr.
Allios rompit ce silence péniLle:
- - .\Ion. irur, dit-il, ,·ou. le \O\' 'Z. notre
entretien doit 1:acbeYer ici....
•
- lu mot t•ocore, de grâce, dil le marl[IIÎ . Mellon · que ce ma~foge ne se fora pa ,
de ,·otre con.eatemenl m de celui de la baronne. Mai~ il n'1 a point apparence que,
pour cela, rc· ct1rants Cl! ·enl de 'aimer. Eh
bien! mon ·ieur, c'c!il ici tJUe mon affection
JIOW: mon _nc,~u el mun inclinahon pour \'Oire
cns1Lle Katenoc ,oul se montrer. L3iS,elmoi YUU pré,enir : ma co11!'inc de Fom-peyral e l une terril,le femme; . ans connaitre la
fiancée de son fil·, elle la ha.il. (1 n'e t pas
douteux que, pour en détacher llartial, il ne
,cra lllOJPn, el ublerfuges cruel cl Jélourné · 4u·c1te n'emploie.... G:irdez-,ous
d'elle, mon ieur. surtout gardtz-•n \'Oire
lille ....
A.Ibo_ é_Lail allentif. on regard 'inquiéla.
On dcnna1l que &lt;le p,-nsé - gra,e nai~sa.ien t
en lui à mesure que le marqui parlait.
Cel ni-ci répéta :
- El!r !!.!il capable de Lou!, monsieur
pour détruire la pa sion de Martial. Prell(';
garde.
- ,1onsieur, dit enlia All,o., je ,uu~ dois
remercier de \'OS ari et je le fai eu toute
. incérité. CP. 11ue. vous ~e dit m ·explique
des chose _que JC cro ·a1 pre que inexplicabl~ et q_111 se pa ~ent a~lour de moi depuis
plusieurs JOUr . Quand J ai franchi la frontière, arrivant en France, je me ui dit :
« Me \Oilà ur la terre de la liherlé. Le e~-

�111STO'J{1A
prits sont libres, les homme· sont egaux et lriomphe de sa cause. Le reste est peu ou
frères. On y vil heureux. &gt;&gt; Or, monsieur, à rien.
- .Adieu. monsieur, dit le marquis a,ec
l'encontre de ce que je croyais , voilà que les
vieille3 persécutions ne me semblent pa, tristesse.
Et ils se quittèrent.
ét«•inles, puisque j'en ai éprom·é et puLque
j'en éprou,e chaque jour la continuité. Ce
Dans le corridor, le marquis trouva Katesont, autour de ma maison, des bruits rine, qui t'attendait.
étranges qui troublent notre sommeil. Ce
Elle avait le visage serEin, les yeux calmes,
sont des lettre' qui nous disent des injure . l'air grave et doux. li ne semblait pas que
Ce sont des ligut·es obscènes qu'on trace sur son i\me rùt troublée. M. de la Mouraine lui
notre porte. Ce sont des choses dégoùlanles prit les mains arec un geste tendrement padont on marque notre seuil. Ce sont des me- ternel. Alors il la sentit" tremblante et vit son
naces criées à voix haute, de· grossièrct!Ss regard se mouiller.
proîérées tout à coup par un mendiant chari- Mon enfant, lui dit-il avec une feinte
tablement accueilli. L'autre jour, on a intro- bonne humeur, sachez bien que le rieux
duit des plantes vénéneuses parmi les berhes marquis de la lfourainc, ici présent, méchant
potagères qu'on nous a vendues. IIier, on a Lonhomme, dit-on, et sans cœur, rous aime
glissé des. couleuvres dans le corridor de ln sincèrement pour lui et pour son neveu. Si
mai~on. r ne des dernières nuits, on a lapidé vous ète dans la peine, en quelque peine que
les contrevents de nos fenêtres. Si cc n'e l ce soit, dites-le-lui, faites-le-lui .avorr. ll
pas aux réformés que vos compatriote&lt;; fonl ,·ou tirera d'ennui, autant que :;es forces ou
la guerre, c'est peut-être à la liancée de \'Oire son argent le permcllront. ~e l'ouliliez pas.
neveu et à son père, qu'on juo-e faible, parce
Les larmes que la douce Katerinc retenait
que malade .... Cela est odieux. Le premier sous es paupières glissèrent abondante el
magistrat de votre petite ville ne Lient nul lourde sur sa joue en Oeur. EUc agita ses
compte de mes plaintes .... \'oilà, monsieur, 1èvres el oe put parler. a poitrine se gonOa,
oit j'en sui~ .... \'ous me lrouvez très pénible- son vi-sa o-c pâlit. Dans le bouleversement de
ment ennuyé el perplexe.
son âme, elle hochait doucement sa jolie tête
- ~lonsieur, dit le marquis, triste el avec un geste répété de remerciement. Puis,
grave, vous le vo1ez, mes pressentiments ne ne pou1'ant contenir son émotion, elle s'enfuit
me trompaient pas. lie· concitoyens sont de en courant dans le jardin, sans doute pour la
Lm·es gens tout à fait incapables de si cacher, pendant que le marquis ouuail la
odieuses prali11ue . Mais il y a madame de porle de la rlle et 'en allait, le front bas.
Fonspeyral, . es œunes obscures et f[uelques
mi érahles qui lui ont dérouÉs. C'est elle
XI
dont rous entez les effds .... Gardez hien
votre Jille, monsieur Alhos !
Albos médita, pria, médita encore. Il con- Eh! monsieur, quel mal lui pourrait- nut ce que ju qu'alors il avait ignoré: l'inon faire? Nous ne ommes plus au temps des quiétude et l'indécision. li consulta le Saint
enlèvement clande tins, el les lois de la Ré-- Livre. 1~aïe lui dit: &lt;« Votre force e t dans le
publique n'abandonnent pas sans doute com- silence et dans l'espérance. n Jérémie lui cria
plètement, je veux le croire, les hommes pa- sa douleur: « La terre que j'avai choisie
cifiques à la merci des méchants? . ..
pour mon héritage est deYenue à mon égard
- Heu !... heu! ... elles ne les protègent comme le lion de la îorùl. Elle a jeté de
guère. Et j'e Lime que la \oigilancc per~on- grands cris contre moi. c·e L pourquoi elle
nelle el l'art de e défendre valent mieux que est maintenant l'oLj&lt;:L de ma haine. 1&gt; Mai le
Les lois soi-disant protectrices ....
Psalmiste l'apaisait : « Le Seigneur est ma
M. de la Mouraiue se leva. Albos, debout, lumière et mon salut: que craindrai -je'! ... 1&gt;
hù tendit sa main osseuse el froide. Le mar- Et la philosophie de !'Ecclésiaste concluait :
quis y mit la ienne, mais ce contact lui fut «&lt; Toutes choses ont leur temps el tout passe
si pénible qu'il !"abrégea.
·
sous le ciel.... Il y a Lemps de pleurer et
- Je souhaite, dit-il en se dirigeant vers temps de se réjouir; Lemps pour aimer et
la porte, que la paix rentre dans votre logi~ .... temps pour haïr .... » Enfin, au-dessus de
Je souhaite surtout. ... Mon ieur, on a rn de toutes ces paroles, il rntendail la grande voix
du Christ qui les couvrait toutes : « Bienheusentimentales histoires tourner au drame.
- Il n'arrivera rien que par la volonté du reux ceux qui soulI'renL persécution pour la
Seigneur, dit Albos de sa voix ferme el dure. j u lice !. . . » Et son esprit recouvrait le
Moi. je u'ai d'autre souci 11ue d'as,urer le calme.
(lll 11stlations de CONRAD.)

(A

Toutefois, ces angoisse ruinaient sa santi'·
chaque jour davantage. t.:ne peur, jusque-là
inconnue, le saisit : celle de mourir au milieu de la haine et du mépris des ignoranls
qui l'entouraient; celle de laisser Katerine
seule en pays ennemi, en butte aux persécutions outrageantes d'une population ironique
et brutale.
La prière et la méditation ne lui rendaient
plus la quiétude. Ses jours se passaient dans
l'amertume et ses nuits dans l'angois. e. Kate
ne sortait plus. Il ne lui parlait guère. La
maison -êtaiL un tombeau .ilencieux où erraient deux âmes, qui se fuyaient presque el
souffraient également.
ln matin, après une nuit d"agitation
cruelle, Albo · appela Katerine:
- ~la fille, dit-il, Dieu permet qu'en ce
moment je sois plu valide. Pui que Le mal
me laisse quelque répit, nous allons poursuivre le voyage que ma misérable santé m'avait
CorcJ d'interrompre. Nous partons. Envo)eZ
dire au propriétaire de cette mai on, par la
fille de service, 11ue je lui veux parler aussilùl.. ..
- J'y vais moi-même, ce sera plu sùr,
diL 1,ale émue et troublée.
- Non, non ... reprit vivemenl son père,
rolre sortie, Yolre démarche donneraient
l'éveil et je tiens à ce que nolre départ soit
secret. Alfoz plutot préparer nos bagages.
Faites diligence. Nous n'emportons que les
hardes, le linge et les livres.
Kate obéit sans rien demander de plus. La
femme de serYice étanl absente, elle put,
sans témoin, s'enfermer dans a chambre
pour prier et pleurer.
La révolte grondait dans son âme. Elle la
maîtrisa par la prière. Elle s'abandonna ensuite à la ,·olonté de Dieu et activa les préparatifs du départ.
Le oir, toul était prêt, toul était réglé. Le
propriétaire, payé pour six mois encore, recevait en outre, comme indemnité, le chétif
mobilier du calviniste. El le lendemain, au
peûl jour, l,ate et ~on père montaient dan~
la diligence qui preaail la roule de Paris.
La jeune fille n'avait pu prérenir le marquis et, par lui, son fiancé. Elle pensa qu'au
prochain relais ou au suivant la• chose lui
serait pos ible. Il n'en fut rien.
Ce même jour, dans l'après-dîn('r, Toinou
Gentil se présenta chez madame de Fonspeyral. Il renait chercher la récompense pro:i!ùse. Quasi folle de joie, la baronne la lui
remit et y ajouta encore deux pistoles, parce
&lt;[U'il l'avait rapidement servie.

.wi1•1·e. 1

Louise t'I 1.\, TEAC

HEN~Y ~OUJON ,
de l'A cadémie Jra11ç:zise.
~o

Madame
. ~a Sal'~ie et son duc sn111 JJleins ,le p,·e- ne peul se Jécrire. 1&gt; Les S01weni1·s de
Ycille encore dans l'ntelier de l'académicienne.
c1p1ces, dit un ver célèbre. La avoie n'a
Mme \ï~ée-Le Brun témoignent ingénument La petite-fille de ~fme Le Orun rrul qu'elle
P!us pour ducs que ses sénateurs el ses dépu- des sentiments cp1i firent d'elle une des pret~s. EU~ a con ervé ses précipices, conseillers mières émigrées. Je ais Lien &lt;J'te le lrcleur royageait avec l'Ogre. A la fin, le méchant
mo:rieur s'apaisa el se mit à jouer à la bad orgueil. Il ne faut donc point s'élaille avec la filletle .
to~:mer si elle exi"e que le chef de
l 'i.'dal se déplace 0spécialemcnl pour
Mme Vigéc-Le Brun n'avait jamais vu de rérnlutionnaires; elle
(lle. C'est un coin du monde hal,iétait habituée aux manières de
tué à la gloire. l.n "aroie fut ni\"ersailles.
Elle n'avait jamais yu
mée d'runour par François de Sales,
non
plus
de
hautes montagnes. En
par Rousseau, par. helley, par Bipassant le pont de Beamoisin, die
ron, par Lamartine, par lime de
se trouva en face de la nature alStaël, par George Sand. Ses paysapestre. &lt;( ~Ion premier sentiment
ges sont enveloppés de littérature.
fut
celui dela peur. &gt;&gt;Cela la chan[11jeune~crivain, M. Léandre Yailgeait de Trianon. &lt;&lt; Mais je m'aclat, nous invite à suivre aux bords
coutumai insensiblement à cc ~pecdes lacs et ~m· les glacil:'rs les traces
Lacle el je finis par admirer. n
. des poètes voyageurs. ttant aSi bonne roJ·alisle que fùt l\l
,,oyard, M. Léandre \"aillai est orportraitiste
de Ma rie-Anloinelte,
gueilleux; son amour de la petite
elle était, comme toute~ les dames
patrie s \ •xal te à l'idée qu'elle est
sensibles de son époque, une fille
dcrenue .terre de. France. Son 6o-éadoptive de l'lousseau. Elle revint
néreu~ 1me, écrit en pure langue
en ~a1·oie ,,ingL an&lt;: après, ayant
française, raconte les fastes intelvisité l'Ilalie, les Allemagnes, l'Aulccluels de la SaYoie. Sou l'appatriche, hl flus~ie, l'Angletc rre. La
rence do la petilo histoire, c'est en
me du Léman lui rendit une menfoire de la grande, el de 1a vraie,
talit1\ dans le slyle de la jfo111'ellt'
que Je rechercher avec ce zèle
lléloïse.
Après avoir peint toutes
pieux les Litres d'une province à la
les jolies femmes de l'Europe, elle
gratitude de 1'humanit6. M. Yailvoulut portraiturer la ,·avoie ellelat n'oublie personne parmi les
mème.
illustres pèlerins dont la SaYoie
charma le cœt1r. J'imagine pnurt?nt ~u'il ~·oue une prédilection parllculwre a la plus aimable et la
C'était une délirieurn inltrprète
plus innocente des visiteuses de sa
•
Clkht Giraudon
PORTRAIT D'.tLISADETII V1GE E, PEl NT P.l.R ELLE·)IÜIE.
Jela gràceque ~fme \'igée-Le flrun.
chère conlrée.
rG.ûerie ;Jes U//1.-es, P/or cn&lt;"~. l
!~Ile travaillait dans la joie. Plt1s de
Le souvenir d'Élisabeth Vicréesix cents portraits alleslent que son
Le Brm1 revient plusieurs fois
facile génie ne se torturait point.
sourir; entre les pages de son liur.
de ces Confessions doit réserrnr au fond de Ir dame qu'elle a peintes lui ressemblent
. ,~ 1 ~uto~ne de 1 i89, Mme Vigée-LI\ Drun
s_on plaisir un petit coin pour la méllance. tolltes plus ou moins , avec des yeux de rrazelle
Jomssa1t gaiement de la plus jolie o-loire cru'une
f
.
b
Elisabeth était plus que sepluao-énairc lors- et un petit nez frémissant. Elle légué
sages
cmme ait connue. Elle arait, il est uai un
qu'elle a fait Je récit de sa , ie. 011 s'organisa préceptes aux porl railistes : cc Ne vous rebutez
.
.
.
'
ma~vais man, qm touchait ses gains el les
autour du fauteuil de la gracieuse aï~ule une
?il:11t perdre au tripot. Mais Élisabeth, née intime entrepri e de librairie; la conteuse pas si f(Uel11ues personnes ne trouvent aucune ressemblance à vos portraits; il y a tant
1~dulgente el résignée, ne royait dans celle
eut plusieurs secrétaires. Il y a de l'arranae- de gens qui ne sarenl point voir. l&gt; Sa cliendisgrâce da sort que J'iné\·itable rançon d,00
mcnt dans les trois volumes que publia l'édi- tèle de beautés, d'un cbarme tout réuét:il
trop grand bonheur. Efie était belle fêtée
teur Fournier. Mais, malgré tout, l'àme même elle la connaissait comme une jardinière0 con~
illu~t~e; l'Académie royale venait de. ]'ac~
de la fragile héroïne, la plus fémiJriJJe ùrs nail les roses. « li faut, a-t-elle écrit, flaller
cue1llu à bras ouverts, tout Paris el tout Verâmes, transparaît derrière Ja buée de lillé- les femmes, leur dire qu'elles sont belles
sn_illes saluaient son génie, il lui restait à
rature. A peiue J.i fugitive était-elle dans la qu'elles ont le teint frais, etc. Cela les me~
faire quelques centaines de porltaits dan le
diligence qu'elle Lit la connaissance du jaco- en _b~11e humeur e~ les fait tenir avec plus de
monde de la cour. On s'explique que celle hini me.
plalSlr. Le conlra1re les changerait ,isiblecharmanLc femme n'ait qu'imparfaitement
Elle avait en face d'elle« un homme, exlrè- ment. li_ faut leur dire aussi qu'elles posent
compris la nécessité de la Rérolulion. EIJe
m~ment _sale el puant comme la peste. )&gt; ~ merv~lle; el_les se trouvent engagée par là
îut saisie de panique et s'enfuit aussitôt après
qui parlatt de mellre les gens -à la lanterne. a se b1m _tenir. &gt;&gt; Cette subtile et candide
les journées d'octobre. « A minuit, dit-elle
JI nommait par leurs noms ses futures vic- méthode, Eli.abeth l'appliqua à tous ses moon me traina à la diligence dans un état qui
time ; c'étaient Les personnes qui posaient la dèles . ·Elle en eut de formidables, qui ne l'in-

a ce;

�.,,

111S T0-1{1.ll
timidèrcnl point : bd~· llamillon, )faric-Caroline.
Lors1tu'clle peignit ,1mc d • lad, elle
la pr:a de d1damcr de, ver, p.-:ndanl la po:~.
Corinne ol,ri1. mai-elle s'aperçut tr\ rite que
l'artiste ne son"eait qu'à la peinturC'. « )lai,
\'Oth n• m'écoutez pas! o L:Cria Jm . de
:-1:iï.-!. ~li,:ibeth répondit : u Ilécitez 1011jour~ l o li en r(:. uha un portrait 011 Corinne
~emble avoir été joli('. - A nome, llmc Le
llrun rut i, peindre une Polonai•c int~re •
.ante, la comtc,,c Potorka. Cl•llc Jam \illl
1, l'ak lier an•c 011 mari. qui se retira aus~itàt.
~lme d, Potocka ·escntil en confianc&lt;'. «C'c. l
mon troisième mari, dit-('lle. m:ii · je croi
que je \ai rrprrodr&lt;' le prt•micr, qui me
rn0\i1•nt mirux, quoiqu'il ·oit ivro;rw. » i
1 elle rwr&lt;onnc-!:, avait po~é d!,!,ant La 'four,
le madré p•ychologuc lui aurai~ dérobé 11uel11ue ho,e de ·on moi '&lt;'l'ri:t. tli aheth, oplimi&lt;te el hit&gt;nreillante. n~ ~c troubla point
0

HENRY

\'JE OF.: P.\1\15

Ot:

t.'~lll'IRE, -

HISTO

•

ROUJON,

dr l'/l(o1:t/•11it /• in

L.t

-MOI

pour ~i peu. « J'ai p1•inl cette PolonaLe, nofü s~jour prolonrré IJUC je fi à Chamonh, j'ai
dit-elle, d'une manière trè, pittoresque : elle p int toute la li.,.ne de monta!!Ties entrecouest appu ·éc sur un rocher rou,·erl de mousse, pées de glacier,-; j'ai peint aus i toute la
vallt'•e. n One 'Ont deYenus le· deux cents
el près d'elle . 'échappent de. ca~cade ·.
pay~age où Mme Le Brun 'essap au rom:inLi. me ara.nt les romantique,~ u Elle choi i.. .\ &lt;oi,:anle an~. \I me \'i!!éc-Lc Brun était sait, uppo,_e a,~c rai. on ,, Lt:andre \'aillai,
toujours éi?nle :t elle-même, ~et toujours roya- dan cc chaos dé~ordonné, le . pectacle:.. qui
·accordaieul le mieu,: à ~a ,i,ion mesurée.
li,k, 11\l'C l'idéal de Trianon 311 rond du cœur,
La al'Oie la Lenla, &lt;'omm la .eulc grande C1• qu'elle peigna.il de prérérencc, cc n'était
dame. donl elle n'eût pas encore foil le por- pa l'~rchitecture de· aiguille·, de précipices
Mchi11ueté., m:iis un point des monta!!lle,
trait.
Elle vonlut peindre le monL Diane au bordée par un torrent, un bouquet d'arbres
pastel. Il se déroha. « Le .oleil couchant ré- superb s dan la prairie.... •·ous ne poup3ndail de teinte, dorée sur les bau!Pur~ von , hélas! qut&gt; rêver l'œu"rc de )[me L1•
de C&lt;'lLC ma e énorme ..Je ,·oulus peindre ce Brun pay~agi le. A-t-elle péri, ou .e t-.icbcren.-1. Je . ~i,-i;; IDl'S ra~tel,; m:ii .• héla ! t-dle dans l'oh curitct d'humbles collections?
L:\ rer.herche c l tentante pour un curieux.
impossible Il n'} avait ni palctl1·s. ni rouleur
Comm nl la délicate m:igicienne a-t-elle
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l~lisaheth n'en a pa moin con~ricncicu e- tran po. é en t?r.nLillcs e re snhlimc qui tout
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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