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                  <text>.

'

MADEMOISELLE

DE

LAMBESC

ET SON FRÈRE, LE JEUNE COMTE DE BRIONNE.
J· TALLANDIER
LIBRAIRIE lLLUSTitl:E

Tableau de ~ATTIER. (Collection LA CAZE, ;\lusée du Louvre.)

75, RUE ÜAREAU, 75
9LRIS ·:uv- arron11' .1

�LIBRAIR.IE ILLUSTRÉE. -

TALLANDIER,

JULES

ÉDITEUR.

75, rue Dareau,

PARIS

(XIVe arrt),
~

3 5e fascicule

Sommaire du
Fo:-n:NJLLES . . .

.

GÉNERAL DE i\lARBOT
.
PAUL DE Af:,;T-VICTon •

Lom&lt;E CocuELET. . . .

Maitres et petits majtres
Marc Nattier, peintre de
Mémoires . . .
Concini . . . . . . . . . .
Oncle et neveu . . . . . .

de jadis : JeanLouis XV . . . .

. . . . . . . . . .
. . . . • . . . . .

f/7

99
107

109

Lectrfce de la Reine Hortense.
YlCOllTE DE RErsi;r . . . Belles

du vieux tell?ps : Fanny Sébastiani,
duche.sse de Prashn. . . . . . . . . . . . .

r

110

JLLUSTRATIONS

. . . . La duchesse du Maine . . . . . . . . . . . . . Ilï
. Les premières années de Robespierre. . . . 124
. Les Indiscrétions de l'Histoire : L'aspic de
Cléopâtre . . . . . . . . . . . . . . .
127
1'. G. . • .
. Les étapes d'une déchéance : La fin d'un
Caaet. . . . . . . . . .
13~
LOUISE CHASTEAU.
. Ames d'autrefois . . . . . . . .
13~
;\lERCI.ER . . • • .
Paris au XVIII• siècle . . . . .
143

ARVÊDE BARINE .

TlRÈE

Gto

'' LISEZ=MOI ''

EN

CAIII.AÏEO :

MADDIOISELLE DE L.\:\IBE C
ET SOX FRERE, LE JE -~E COMTE DE BRIOXXC

Table1u

da K., n 1ER. (Mu st!e du Louv,·e.)

Paraissant
le IO et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMÉRO 137 du 10 mai 1911
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nature . - ANDRÉ LI CRTENBERGER. Le petit roi. - PA11L, BOl1RGE r. de
l'Académie francaise. KOSA, LA ROSE. - GEORGES D'ESPAHBES. Printemps.
RENÉ MAIZÊKQY. Les paradis t errestres. - PAUL i\lAH.GUERlTTE. La
pèlerlne .' - AUGUSTE DOR t.:HAI~ . Dans les bois. - Guv DF, .\!AU PASSANT.
Une vie. - Mrcm:L CORDAY. Le bon moyen. - JA CQUES :-QHi\lAND. Jlfa1.
- Gusa1•E FLAL'BEHT. Au ~hâteau de Chenonceaux. - !-,rnov1i; HALEVY.
L'abbé Constantin. - ;\J1ccn ZAi\lAC_O~S- Ce q~l se dit ~ous les ~ns au
Vernissage. - P ,ERRE LOTI, de l_'Ac;1_dem1e_ frança 1~e. Un vieux colhe_r. ,EDMOND HOSTA.t,D, de l"Acnd,mt&lt; lran~;use. lllatm. J\lrc1m1: PRO\ INS.
Premier Mai. - Bt-UEUX, de l'Acadèn11e Française. Les trois f11les de
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Jules ÏALLANDIER, Éditeur,

22

Afin d'é'liter des erreurs, pritre tfécrirt trés lisiblement toutes les indications.

9,

Jean-Marc Nattier, peintre de Louis XV

PLANCHE HORS TEXTE

BERTR1,,'ïD, CABANEL, fAN V. CJŒUIINSK!, CONRAD,]. DAtrLLÉ DEBUCOURT, LÉO:,
G1RARDE1', P. G1w·LLERO;lf, LE GuE~C HIN", J AX lTOYNCK V.-1.N PAPE/\'DRECHT,
G. L1':NOTRE, MEISSON,ER, NARGEOT, );Al'TlER, HYACII\THE RIGAUD , j. RIGAUD,
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Un peintre ou un dessina leur, de n'importe
quel temps, qui fixa sur la toile ou jeta sur
le papier l'image de es contemporains ou les
scènes de la vie, soit publique, soit prirtie,
qu'il lui fut donné d'observer, est un témoin
autorisé dont l'Histoire n'a pas le Jroit de négliger le témoignage. Ce principe élémentaire
apparait comme d'une teIJe évidence, qu'on
ne peut manquer d'ayoir, en l'énonçant, l'impression de ressasser un truisme. Et pourtant, il faut le reconnaître, on ne devrait pas
remonter bien loin pour retrouver le temps
où les l.iistorieus, tout en faisant le cas qu'il
com·enait de l'archéologie prise en mi, abstraction faite de la qualité d'art, n'araient
qa'ind.ifférence el mème dédain pour tout apport graphique que ne recommandait pas une
pauvreté d'exécution qui ne le rendait que
plus précieusement documentaire. Si bien
qu&lt;', même encore dc nos
jours, où la hiùliO!,'I'aphic
hi~torique e-st outillée d'instruments si nombreux, on
en est toujours à souhaiter
la création de répertoires
généraux d'iconographie
historique. Car ces réperloires, seuls, conçus dans
une forme syslématique qui
n'est plus à chercher, peuvent mettre un peu d'm drë
et de clarté dans l'éparpillement de tant de documents de choix, que le hasard des mises à l'encan on
des transmissions d'aulrc
sorte a répartis, sur les
deux Cùnlincnls, en lant de
mu_éc , de cabinets d'estampes, de galeries privées.
Lorsqu'un Lei lrarail srra
fait, ou tout au moins déterminé dans ses grandes lignes, les historiens se rmdrool Lrop nette men lcomple
pour en faire fi, de l'énorme
importance de l'appoint que
ces œu-vrc d'art où persiste
NATTIER
et se conserve la vie, 1lCu,·en1 et doivcn l apporter à
l'Histoire, dans son admirable travail, mns1
t!ue füail Michelet, de perpétuelle résurrection.

Certains, assurément, ne manqueront pas
d'objecter, afin de rendre suspecte el de dé\1, -

HI STORIA. -

précier cette docu ruent.ation graphique dont ils
n'ont pas appris à discerner et à comprendre
la valeur, que tel ou tel pinceau s'est fait
courtisan, que tel ou tel crayon a trop obéi à
son propre caprice ou à sa fantaisie. Mais pareil argument n'a ni poid ni portér. JI n'autorise pas plus à récuser Je témoin qu'à infirmer, sans autre forme de procès, son
témoignage. C'est à la critique historique, en
s'as urant de l'i.nsiocérilé du premier, qu'il
appartient de vérifier la fausseté du second.
En nse-t-elle donc d'autre façon avec les
pièces d'archives? Acceple-t-elle donc passivement les affirmations de tel historiographe
officiel, de tel mémorialisle ou de tel épistolier'! Dans les textes qu'elle étudie, ne se
Fait-elle pas un devoir de rectifier d'involontaires erreurs ou des inexactitudes calculées? Il en sera de même chaque fois

de contrôle ne manquant pas, entre les 111iluenccs aù.xcquelles certains artistes auront
obéi, auxrruelles auront échappé certains autres. Jlonc, avec ses inévitables erreurs de Yision, a,·cc des inexactitudes, rouJues ou non,
donL elle n'a d'ailleurs pas le privilège, l'Histoire peinte, ITlistoiredessinée, est, elle aussi,
de l'Ilistoire - sans épithète. Aussi est-il aisé
de concevoir que les historiens d'aujourd'hui,
bien loin de la tenir pour un élément négligeable, la considèrent comme apportant à
leurs travaux une très utile contribution.

Parmi les peintres d'aull'cfoi ' que l'on evnsi&lt;lèrc rolontiers comme ne présentant pa ,
historiquement parlant, toutes les garanties
de sincérité désirables, il en est un sur l'œuvre duquel nous croyons devoir nous arrêter,
afin de rectifier, du moins en parlic, l'opinion
que trop généralement on
,c fait de lui.
Ce peintre, c'est JeanMarc Nattier.
Pour bien des personnes
en effet, Nattier n'est qu'uu
aimable artiste, ayant semé
à profusion, pendant une
longue carrière, les effigies
les plus char man les de princesses, de grandes dames
ou Je jolies bourgeoises de
son temps, mais ayant uniformément appliqué à toutes, en Lon « peinlre mondain &gt;&gt; el aux dépens de la
vérité, la même formule
d'enjoliveme.nt, les mèm!'s
séductions el les mêmes caresses d'un pinceau flagorneur. Or, en°lober ainsi,
dan un jugement sommaire, les œuvres d'un artiste dont la production fut
considérable et s'étendit sur
plus de soixante années,
c'est trop déterminément
CHcht GirauJon.
frapper de suspicion l'un
El' S.\ r.\MILLE. - TJbleau .û: )ÎATTŒR, (.llusee Je l'ersailles. )
des ensembles les plus riches de document , nefùtce qu'au point de vue de
qu'on se lrournra en présence d'un être ou la quantité, que nons ait laissés sur son
d'un fait du passé, füé en effigie ou en ac- époque un peintre dn xnne siècle.
tion, sur la toile ou mr le papier, par le
Pour bien connaitre et bien juger Nattier,
pinceau du peintre ou le burin do graveur. dans sa personne et dans son œuvre, il ne
Et l'on fera aisément le départ, les éléments suffit même pas de l'avoir vu triompher dans

F:i:1c. ~5.

7

�r--

•

ffiSTO'J{1Jl

celle salle du château de Ver ailles, redevenue waiment rople, qui lui fut récemment
affectée, et où, ur les exqni es boiseries délivrées de l'affreux badigeon qui longtemps
les déshonora, un certain nombre de ses toiles
sont disposées avec tant de goùl. Ce qu'il
faut, c'est se reporter à l'étude qu'il y a sept
ans, pui .. l'an dcrniu, dam une réédition
plus ~impie mai· encore fort hellr, un homme
qui est tout à la fois un historien très hautement apprécié, un délicat poète, un critique d'arL aussi avisé qu'érudit, M. Pierre de
~olhac, a consacrée au peintre de Louis XV,
avec le concours matériel des éditeurs Manzi,
,!oyant et Cie, dans un admirable volume de
luxr, ample, opulent, complet, définitif, le plus somptueux monument qui se pouvait
ériger à la mémc,ire du séduisant et cbaLoyanl artiste, El cc li\Te, écrit sans pins
de parti pris d'tmgouemenl que de dénigre.ment, où la critique s'exerce avec autant
de franchise et de liberté que la louange s'y
dose cl se départit aYec justice, est fait pour
corriger, daus ce qu'elles peuvent avoir d'excessif, les opinions contradictoires des admirateurs à outrance et des délractcurs de altier.
Né en 1685 sur 1a paroisse de Saint-Eu tache. où il devait mourir, âgé de plus de
quatre-vingt-un ans, en septembre IiG6 ,
Jean-fürc Nallier était fùs, frère, filleul, et
beau-père de peintres. Encore enfant, il fut
mis à l'apprentissage du dessin el, dès quinze
ans, llansart le gratifiait de la petite pension
qu'on allrihuàit aux e1èves de l'Académie
roiale. Admis bientôt après à copier au
crayon, dans la galerie du Luxembourg, la
grande suite des compositions de fiubens snr
Marie de Médicis qu'on peul à présent admirer au Lou\Te, il obtint de Louis XIV, de qui
lui vinrent les premiers encouragements, le
pri,•ilège de faire graver ses dessin . L ·heureuse publication de ces vingt-quatre planches
allait assurer son existence pendant plusieurs
année , en même temps que donner à son
nom un commencement de notoriété. Ce grand
travail achevé, Nattier chercha a~scz longtemps a ,,oie. li hésitait entre le tableau
d'histoire el le portrait. Sa direction définitive
lui vint de l'empereur de Russie. Pierre le
Grand, en ell'et, songeait alors à s'attacher
des artistes français dont le talent pourrait
contribuer à civiliser son pay , tncore à demi
sauvage. Notre peintre recula devant l'offre
tl'nne in~tallatio11 de quelque durée aux bords
de la ~éva, mais accepta de partir pour la
Hollande où l'empereur et J'impératrice se rendirent en 1717. Nattier n'} fut pas plus lÙl arrivé, que Pierre le Grand lui ût faire les portraits de la plupart des personnes de sa Cour,
lui commanda un grand tableau qui représentait la bataille de Pultawa, et dont il ne reste
aucune trace, puis le portrait de l'impératrice

Catherine. Le tzar fut à lei point frappé de la
re semblance de ce dernier portrait, lorsqu'il
lui parvint à Paris, qu'il ordonna, dans un festin d'où la tzarine était absente, que la toile
occupât sous un dais la place du modèle.
~lais les relations entre le peinlre el l'empereur en restèrent là. Méconten(du refus qu'opposait Nattier aux proposilions qui lui étaient
faites de suivre la cour en Russie, l'empereur, sans plus de façons, oublia de payer à
l'artiste cc qu'il restait lui devoir ....
Le 29 octobre j 718, Nattier étaiL reçu
membre de l'Académie royale, et celle nomination le désignait tout naturellement à l'attention des gens de qualité ou de riche bourgeoisie pour qui le titre de peintre du roi
était un brevet de talent. « Il s'attacha dès
lors, dit M. de Nolhac, à ce qu'on appelait le
« portrait historique &gt;►, arrangement parfois
puéril, souvent ingénie~x, par quoi on transformait un modèle, grâce au costume el am
accessoires, en héros de la Fable, en divinité
ou en figure allégorique.... Les deux premiers ouvrages qui, de l'avis des contemporains, établirent la réputation de Nattier, sont
restés dans les collections françaises. Ce sont
.Uailemoiselle de l:lem,onl, en tlécsse des
Eaux de la Sante, peint en 1729 el conservé
à Chantilly, el Mademoiselle de Lambesc,
llll'C son frère, qui est au Louue. ... De
telles œuvres, si conformes au goût du Lemps,
fixèrent aisément la réputation de 'allier; de
Lous côtés, les gens de qualité et le monde de
la Cour commençaienl à 'adresser à lui. )&gt;
El même, aprè avoir YU poser de,·a11t son
chevalet les premi~res fa\'Orit~ du roi, Nattier
devient bit'nlot le peintre attit1·é tle la famille
royale.
Il fait , pour madame de Chàleaurc,ux, uu
portrait de Louis XYqui a dispnru et dont on
ne connai't plus que des copies; il fait le portrait ùe la reine, ce Leau portrait où l'on vuit
Marie Leczinska en habit de Yelours rouge et
bonnet de dentelle blanche ; il faille portrait
de leur fils, en tenue de combat, avec la bataille de Fontenoy comme fond du tableau,
car c'c t là que le Dauphin a pour la première
fois rn le feu.
)lai les modèles donl Nattier est urtoul
appelé à reprodu ire les trait,, ce sont Me dames, filles Je Louis XV. Dans le toiles si nombreuses que d"aprèi:; elles il a brossées, ou
trou \' C Madame Infante en costume d'apparat
ou en habit de chasse; Madame llenrielle eu
Flore ou jouant de la basse; Madame Adélaïtle
en Diane, ou tenant en main, soit un cahier
de mmirrne, soit une navelle d'or, soit un
éventail. Puis on enrnie 'allier à Fontevrault
pour qu'il y exécute les portraits aujourd'hui
célèbres, des trois {( petites dames », qu'on
peut voir à Yersailles : füdame Victoire, Madame Sophie et Madame Louise, et nombre
d'autres toiles, petites ou grandes, d'après ces

mèmes princesses. Et quand nous sommes en
face d'un de ces portraits, ou de l'un de ceux
des autres modèles du peintre, nous avons le
droit de nous dire, sous réserve d'une certaine mise au point, que c'est bien celle
jeune fille ou celle femme, et non quelque
figure de fantaisie, que nous avons devant
nous. Pour celle mise au point dont nous venons de parler, il suffit que nous nous rappelions ce que, confirmant le dire d'autres
contemporains, Casanova a écrit de Nallicr :
ci Faisait-il le portrait d'une femme laide, il
la peignait ai•ec une l'essemblance parlan/P.,
et, malgré cela, les personnes qui ne voJaienl
que son portrait la trouvaient belle. Cependant l'examen le plu scrupuleux ne laissait
découvrir dans le portrait aucune infitlélilé .... l)
Donc, en raison de sa demi-sincérité, notre
arli le demeure, pour l'histoire graphique de
l'époque charmante où il a vécu, un témoin
dont il faul tenir compte.
.. . füis le bon Nattier continuant d'accepter, parallèlement à sa be~ogne de cour, les
commandes qui lui venaieHl de Ioules parts,
tombait, par la force des choses, dans une production de plus en plus facile et superficielle. li
n'y trouvait d'ailleurs pas la forlune. De mauvais placements, une libéralité excessive, la COÎLleuse passion des curiosités, les charges d'ur e
mai ·on extrêmement lourde, neuf enfants à
élever, avec toutes les dépenses qu'entrainait
une éducation complète pour chacun d'eux,
emportaient le plus clair de ses gains, el la
surproduction à laquelle il e vit entraîné ne
fit qu'accélérer le déclin de son talent et de
sa vogue. L'ancien peintre à la mode était
démodé. 11 Le discrédit dans lequel, dit
M. de Nolhac, étaient déjà tombées les. œuvres de 'altier, aux dernières années de sa
carrière, parut les vouer, plus promptement
que d'autres, à l'oubli défrnitif. es plus
beaux portraits restèrent de simples souvenirs de famille, dont les jeunes gens raillaient les ajustements ridicules. lis furent
enveloppés, en outre, par la défaveru· générale qui atteignit hientôt toute la peinture
du mêmè temps. L'époque qui méprisa Watteau, Fragonard et Boucher ne pouvait cependant épargner Nattier .... »
Depuis lors, les maitres et les petit maitres du ~, 111° siècle onl eu de justes re,·anches. Jean-)larc 'altier a repris, au second
ou Lroisièrri_(\ plan des peintres de son lemp ,
une place très honorable qu· on ne songera
plu" guère à lui contester. Mais ce qui la
lui a sure arnnt loul, c'est de nous avoir
gardJ, avec un peu d'apprêt sans doute mai
en Loule fraîcheur et Loule grâce, lanl de
séduisanlfls-images de es jolies contemporaines, et de nous faire assister, nous el le
générations qui sui\Tont, à celte Yivante apothéose de la Femme au xvme siècle.

FO~TE:'\ILLES.

1'.1SS.I GE LIE LA BÉJUi ~J"iA.

T,1Nea11 ile

j,N il OYNCK \" AN l'At •ENDREl: Ul .

I' liché VI t uivona

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XVII (suite ).
A l'époque dont je parle, lous les maréchaux de l'Empire paraissaient ré olus à ne
p:i reconnaître entre eux les droits de l'ancùmnete, car aucun ne voulait servir sous un
de s~ camarades, quelle que fùt la gravité
de c1rconslanccs. Aussi, dès qu'ùudinot eut
r~pris le commandement du 2•corps d'armée,
V1etor, plutôt que de rester sous ses ordres
pour combattre WittgensleÎJ:!, se sépara de
lui et se dirigea ver· Kokhanow avec ses
~5.000 hommes. Le maréchal Oudinot, resté
~eul, promena ses troupes pendant quelques
Jours dans diverses parties de la province et

alla enbn étaLlir son quartier général à Tscbéréia, ayant son avant-garde à Loukou.lm.
Ce ÎUI pendant un petit combat, soutenu
en avant de cette ville par la brigade Casle.'f,
que me parvint enfin ma nomination au grade
de colonel. Si vous considérez que j'avais
reçu, comme chef d'escailrons, une blessure
à Znaïm, en Mora\•ie, deux à Miranda de
Corvo, en Porlugal, une à Jakonbowo, fait
cruatre campagnes dans le même grade, et
que, enfin, je commandais un régiment
depuis l'entrée des Français en Russie, vous
penserez peut-être que j'avais bien ac.quis mes
nouvelles épaulettes. Je n'en fus pas moins
reconnaissant envers l'EmpereuM, surtout en

apprenant qu'il me maintenail au 23e de
chass~?rs _que j'atf~ctionnai beaucoup, et
dont J avais la certitude d'ètre aussi aimé
qu'e timé. En effet, la joie l'ut grande dans
tous les rangs, et les braves que j'avais si
.ouvent menés au combat vinrent tous, soldats comme officiers, m'exprimer la satisfaction qu'il éprouvaient de me conserver pour
leu~ chef. Le bon général Castex, qui m'avait
lOUJOUrs traité comme un frère voulut me
faire reconnaitre lui-même à la iête du régiment. Enfin, le colonel du 24e lui-même
bien que nous fussions peu liés, crut devoi;
v~nir me î~~ici~r à la tête ~e son corps d'officiers, dontJ avais su acquér1r la con.idération.

�. .
•

P-

..

.

.

.

,,_________________________

ll1STO'ft1.Jl

Cependant la siluatiun de l'arm~c Îraoçaisr
s'aggravait lhJquc jour. Le fcid-maréchal
't·bwarzcnLerg, commanda.nl en chef du corps
autricLieu dont ~apoléon avait furmé l'aile
&lt;lruilc ùc nn armér, venait, par la trahison
la plus infâme, de lais5er passer d\·ant lui les
troupt•s russes de Tchitcbakolî, qui s'étaient
cwparées de )lin~k, d'où elles menaçaient
nos dtrrières. L'Empercur dol alors vivement renrcllcr
&lt;l'arnir confié le commandco
ment de la Lithuanie au général hollandais
lh1èendorp, sGn a:dc de camp, qui, n'ayant
jamais fait la guerri', ne sut rien entreprendre
pour samer Minsk, où il pouvait facilement
réunir les 30.000 l1ommcs des divisions Durulle, Loison cl Dombrowski, mi,es à sa disposition La prise de Minsk était un événement grave auquel !'Empereur allacha
néanmoins peu &lt;l'importance, parce qu'il
comptait passer la Bérésina à Borisoff, don(
le pont était couvert par une forkrcs e en
très lion état, gar Jée par un régiment polonais. La confiance de Napoléon était si grande
à ce ujct que, pour alléger la marche de
son armée, il aY.til fait l,rùler à Orscba Lous
ses équipages de pont. Cc fut un bien grand
malheur, car ces pontons nous eussent as uré
le prCJmpl passage de la Bt!ré-ina qu'il nous
fallut acheter 3U prix de tant de sang!
)la_l~ré rn sécurité relalÎl'cment à ce passage, NapoléJn, en apprenant l'occupation de
~lin·k par les nu~$C. , manda au maréchal
Oudinot de &lt;Joilkr Tslhéréia pour se rendre
à marches fur(ées sur Uori5off; mais (jQUS y
arri\àme lrop Lard, parce r1ue le général
Dronikow~ki, chargé de la défense du forl 1 ,
e voyant entouré par de nombreux ennemis,
crul faire un aclc méritoire en sauvant la
garni on, et au lieu d'opposer une Yivc résistance, qui eût donné au corps d'Oudinot le
Lemps d'arriver à son secours, le général
polonais abandonna la place, puis il passa
aYec toute a garnison ur la ri\·e gauche, par
le ponl, et prit la roule d'Orscha pour ,·enir
rejoindre le corps d'Oudinol qu'il rencontra
devant Natscha. Le maréchal le reçul fort
mal et lui ordonna de revenir avec nous vers
Borisoff. .
Non seulement celle ville, le ponl de la
Béréjna cl la forteresse qui le domine étaient
déjà au pouvoir de Tchitchakolf, mais ce
oènéral, r1uc es succès rendaient impatient
comliallre les troop&lt;'s françai es, s'était
porté le 23 novunLre au-devant d'elles avec
les principales forces de son armée, dont le
général LamLert, le meilleur de ses lieulcnaots, faisail l'avant-garde avec une forte
divi ion de ca,·alerie. Le Lerrain étanl uni, le
maréchal Oudinol fit marcher en Lêle de son
infanterie la division de cuirassiers, précédée
par la brigade de cavalerie légère CasteL
Ce fut à trois lieues de Ilorisoff, dans la
plaine de Lochnitza, que l'avant-garde russe,
marchant en sens contraire des Français, vint
se heurl(!r contre nos cuirassiers, qui, ayant
t. l,:i tille de ponl sur la rive droite.

de

Le comte de l\ochcchouarl , alors aide Je camp de
l'em/icrcur \lexaadrc, donne dans l&gt;C• Mt 111oires de
uow )l'CUX tlélnils sur l o ulc J"affoire de llorisoll', à
• laqndlc il prit w1,• gramlc part. (Sole de l'Mtlcur.)

fort peu comLaUu pendant le cours de cette
campagne, avaient sollicité l'honneur d'ètre
placé - en première ligne. A l'ai:pcct de cei;
beaux régiments, encore nombreux, Lien
montés, cl sur les cuirJsses dr quels étincelaient les rayons du soleil, la ca,·aleric russe
s'arrêla tout court; puis, reprenant courage,
elle se reportait en a,w1t, lorsque nos cuirassiers, chargeant avec l'urie. la rcnvcrsèrcnl et
lui tuèrent ou prirent un millier d'hommes.
'fchitchakoff, à qui l'on aYail assuré que
l'armée de Napoléon n'était plus qu'une ma se
sans ordre et ~ans armes, ne s'était pas attendu
à une vigueur pareille; aussi s'cmpres. a-t-il
de battre en retraite vers BorisolT.
On sait qu'apr\s arnir fourni une chargr,
les grand., che\·au i &lt;le la grosse ca,·alcrie, tL
surtout ceux de cuirassiers, ne peuYClll
longtemp, conlinuor à galoper. Cc furent
donc le 23° cl le ~4° de chasseurs qui reçurent l'ordre de pour~uivre les ennemi$,
tandis que les cuirassiers Yenaicnl l'Il seconde
ligne à une allure moùtlréc.
:\'on seulement Tdiikhalrnff avait commis
b l'aule de se porter au-dcvanl du corp
d'Oudinol, mai,; il ~ a,·ail mcoril ajouté celle
rle se faire suinc par tou les équipages de
son armée, donl le nombre des "oilurr
s'éle,·ait à plus de quinze cents! ... Aus~i le
désordre fut-il si grand i.lans la retraite précipitée des Ilusscs Ycr Borisoff, c1ue les deux
régiments de la Lriga&lt;le Caslex virent souvent
leur marche entravée par les chariots que Ir
ennemi arni&lt;'nl abandonnés. Cel embarras
de,int encore plu · considéraLlc dès que nou
pénélràmes dans la Yille, dout les rues étaient
encombrées de bagages cl de chevaux de
trait, entre lesquels se faufilaient les soldats
russes qui, après a \'Oir jeté leurs armes, cherchaient à rejoindre leurs troupes. Cl'peadant
nous parvînmes au centre de la ville, mais
ce ne ÎUL qu'après avoir perdu un Lemps précieux, dont les ennemis profitèrent pour traverser la ri,·ière 1 •
L'ordre du maréchal était de gagner le
pont de la Béré ina el de lâcher de le pamr
en même temps que les fuyards russes; mais,
pour cela, il aurait fallu sal'oir où se trouyait
ce pont, el aucun de nous ne connaissait la
l'ille. Mes cavaliers m'amenèrent enfin un Juif
que je questionnai en allemand; mais, soit
que le drôle ne comprit pas celle langue ou
feignît de ne pas la comprendre, nous n'en
pûmes tirer aucun renseignémenl. J'aurais
donné beaucoup pour avoir auprès de moi
Lorentz, mon domestique polonais qui me
senaiL habituellement d'interprète; mais le
pollron élail resté en arrière dès le commencement du combat. li fallait pourtant sortir
de l'impasse dan laquelle la brigade se trouvait engagée. 'ous limes donc parcourir les
raes de la ville par plusieurs peloton , qui
aperçµrent enfin la Dérésina.
Celle rivière n'étant pas encore assez gelée
pour qu'on pùl la lra\•erser sur la glace, il
fallait donê la franchir en passant sur le
pont; mais pour l'enlever il au rail fallu de
2. Les ll ëmoircs J e Tchitcl1nkoff eoullrw1mt pleinemeut tous ces dél1ils.

l'infanterie, el la nôtre se trouvait encore à
trois lieues de BorisoIT. Pour J suppléer, le
marécl1al Oudinot, qui arriva sur ces entrefaites, orJonn:i. au général Caslcx de faire
mellre pied à terre aux trois quart des cavaliers des deux régiments, qui, armés de
mousquetons cl formant un petit bataillon,
iraient a(laquer le pont. Nous nou emprcssàmes d'obéir, cl, laissant les chcraux dans
les mes voisir.es à la garde de qudquc'
hommes, nous nous dirigeàmes vers la rivière
sous la conduite du général Caslex, qui, dans
celle périlleuse cntuprisc, voulul marcher à
la tète de sa brigade.
La déconfilurc que renait ù'éprourcr
l'arant-garde russe aiant porté la consternalion dans l'armée de Tcbitchakoff, le plus
grand &lt;lé,ordre rrgnait sur b rirn oecupéc
plr elle, où nous rnyions ùcs masses de
fuy::irds s'éloigner d,ms la campagne. Aussi,
Lien qu'il m'eût paru d'ahord fort difficile
que des cavaliers à pied et sans baïonnclte::pus ml forcer le pas age d'un pont el s'y
maiate11ir, je commençai à espérer un Lon
résultat, car l'ennemi ne nous opposait que
quelques rares tirailleurs. ,J'a\'ais donc prescrit aux pclo:o:is quidernient arriver les premiers ur la rive droite dtJ s'emparet· de
maisons voisines du pont, afin que, maitres
des dl ux extrémités, nous pussions le défendre jusqu'à l'arriréc de notre infanterie, el
as~urcr ainsi à l'armée française le pa sage de
la füré~ina. Mais tout à coup lé canons de
la forteresse grondent el couvrent le taLlier
du pont d'une grêle de mitraille qui, portant
le désordre dans notre faible bataillon, le
force à reculer momeutanémenl. Un groupe
de sapeurs russes, munis de torches, profile
de ccl instant pour mellre le feu au pont;
mai comme la présence de ces sapeurs empêchait l'artillerie ennemie de tirer, nou
nous élançons sur eux!. .. La plupart sont
tués ou jetés dans la rivière, et déjà nos
chasseurs avaienL éLeinL l'incendie à peine
allumé, lorsqu'un bataillon de grenadiers,
accourant au pas de charge, nous force à
coups de baïonnette à. évacuer le pont, qui
bientôt, coaYert de torches enllammées,
devint un immen e brasier dont la chaleur
intense contraignit les deux partis à s'éloigner.
Dès ce moment, les Français d11renl renoncer à l'espoir de pa ser la Bérésina sur ce
point, el leur rel1·aile {ut coupée! ... Celle
immense calamité nou$ de,·int fatale el contribua infiniment à changer la face de l'Europe en ébranlant le trône de Napoléon!
Le maréchal Ondinol, ayant reconnu l'impossibilité de forcer le passage de la rhière
devant Borisoff, jugea qu'il serait dangereux
de lai~ser encombrer cette ville par les troupes
de son armée. li leur emoya donc l'ordre ùc
camper entre Lochnilza el 'émonilza. La
brigade Castex resta seule dans Borisoff, avec
défense de communiquer avec les autres
corps, auxquels on voulait cacher aussi longtemps que possible la fatale nouvelle de l'embrasement do pool, qu'ils n'apprirent 11ue
quarante-huit heures plus lard.

..MÉJK011t_'ES DU GÉN~Al.. BA~ON DE ..MA~BOT

D'après les usages de la guerre, les baganes le jour sui,ant, les nombreux soldats déban- tenue dans les nombreux el sanglants comde !"ennemi appartiennent aux capteurs. Le dés qui revenaient de !loscou.
bats li.rés dans la province de Pnlot~J...
général Castex autorisa donc les chasseurs de
Cependant, les chefs, ainsi que les officiers
mon régiment el ceux du ~H• à s'emparer du capahJes d'apprécier la fâcheuse position de
CHAPIT~E xvm
butin contenu dan_ le 1;j00 rnilures, four- l'armée, étaient dans de vives anxiétés. En
gons el chariots que les Russes araient aban- clfet, nou · avions devant nous la Dérésina, La hri.,ade Cnrbiocau rrjninl le 2• c,irps. - Fau~se
donnés en fuyant au delà du pont. Le butin dont les troupes de TchitchakoJT garnissaient
rlcmoustralion en a1al ti c llor1soff· cl passage rie la
Déré$Îna.
•
fnt immen~e ! ~lais comme il y en avait cent la rive opposée; nos llancs étaient débordés
fois plu que la brigade n'aurait pu en porter. par Wittgenstein, et Koutou off nous suivait
Vous devez vo11s souvenir que, quand le
J·e réunis tous le homme de mon réuimcnl
m queue!. .. Enfin, excepté les débri de la général bavarois comte de \Vrède s'éloigna
0
'
el leur fis comprendre qu'ayant à faire une garde, les corps d'Oudinot et de Victor, résans autorisation du 2e corps, il avait emmené
longue retraite, pendant laquelle il me serait duits à quelques milliers de combattants, le
la brigade de cavalerie Corbineau, en tromprobablement impossible de continuer les surplus de celle Gmn&lt;le Armée, nanuère i
pant cc général, auquel il assura a\·oir reçu
C'
di Lributions de viande que je leur avais fait belle, se composait de malades et de soldats
des ordres à cet effet, ce qui n'était pas. Eh
faire pendant toute la campagne, je les engageais . ans armes, què la misère prirnit de leur anbien, celle supercherie eut pour ré ultat de
à s'allacher principalement à se munir de cienne énergie. Tout parais ail conspirer
sauYer l'Empcreur et les débris de a Grande
vivreR, et j'ajoutai qu'ils devaient songer contre nous; car si, grâce à L'abaissement de Armée!
aussi à se garantir du froid el ne pas oublier la température, le corp de Ney avait pu,
En effet, C•irhincau, entrainé malgré lui
que des cbe,·aux surchargés ne duraient pas quelques jours avant, échapper aux ennemis
dan une direction opposée à celle du 2e corps
longtemps; qu'il oc fallait donc pas accabler en trarnrsant le Dniépcr sur la glace, nous
donl il faisait
parlie, avait suivi le 0nénéral de
•
les leurs sous le poids d'une quantité de trouvions la Béré inb. dégelée, malgré un
Wrèdc Jusqu'à Gloubokoé; mais là, il avait
cho es inutiles à la guerre; qu'au surplus, je froid excessir, el no11s n'avions pas de pondéclaré qu'il n'irait pas plus loin, à moins
passerais une renie, el que tout ce qui ne tons pour étahlir un passage!
que le général bavarois ne lui montrât l'ordre
crait pas 1•il'J'es, clums.mres tl 1•iltemen/s
Le 25, !'Empereur entra dans Dori off, où qu ·il prétendait aroir de garder sa brigade
serait impitoyablement rrjelé. Le général le maréchal Oudinot l'attendait a\'eC les
auprès de lui. Le comte de 'i\'rède n'ayant pu
Castex, afin de prél'enir toute discussion, ô,000 hommes qui lui restaient. ~apoléon,
satisfaire à cette demande, le général Corhiavait fait planter des jalons qui divi)aient en ainsi que l~s maréchaux et officiers de sa
neau se sépara de lui, gagna vers Dockchtsoui
deux portions l'immense quantité de voilures suite, furent étonnés du Lon ordre qui régnait
les sources de la Bérésina; puis, longeant a
prises. Chaque régiment al'ait son quar- dan le 211 corp , donl la tenue contrastait
rive droite, il espérait allcindre Borisofl', y
tier.
singulièrement aYec celle des mi ·érahles passer la rivière sor le pool et, prenant la
Le corp d'armée d'Oudinot environnant bandes qu'il ramenait de Moscou. Nos troupes
route d'Orscha, aller au-devant du corps
trois tôtés de la ville, dont le quatrième, cou- étaient certainement beaucoup moins belles
d'Oudinot, qu'il apposait être dans les ell\'i•
Yerl par la Bérésina, était en ootre observé qu'en garnison, mais chaque soldat avait con- rons de Bohr.
par divers postes, nos soldats pouvaient se
ervé ses armes el était prêt à 'en srrvir
On a reproché à !'Empereur, qui avait
liuer avec sécurité à l'examen du contenu courageu ement. L'Empereur, frappé de leur
plu ieurs milliers de Polonais du duché de
des vo;lores el chariots ru ses. Aussitôt le
signal donné, l'investirration commença. Il
p;fraît que les officier du corps de Tchitchakoff se traitaient bien, car jamais on ne vit
dans les équipages d'une armée une telle profusion de jamLons, pâtés, cervelas, poissons,
. viandes fumées cl vins de toutes sortes, plus
une immense quantité de biscuit de mer,
riz, fromage , etc., etc. ~o soldais profitèrl'nt aussi des nombreuses fourrures, ainsi
que des for les chausrnres trouvées dans les
fourgons russes, dont la capture sauva ainsi
la ,ie à bien des hommes . Les conducteurs
ennemis s'étant enfuis sans avoir eu le temps
d'emmener leurs t'h ' ranx, qui étaient presque tous Lons, nous choisîmes les meilleurs
pour remplacer ceux dont nos cavaliers se
plaignaient. Les officiers en prirrnl amsi
pour porter les vhres dont chacun venait de
faire si ample prorisioo.
La brigade passa encore la journée du 24
dans DorisolT, et comme, malgré les précautions prises la veille, la nouvelle de la ru plurc
du po:it avait pénétré dans les birouacs du
2P corps, le maréchal Oudinot, Youlant que
toutes ses troupes profilassent des denrées
contenues dans les vcitures des ennemis
consentit à laisser entrer successivement e~
ville des délachements de Lous les réoimenls
~OITT-:NJR TlE LA RETRAITE DE Rt~SIE: l, F DRAPFAL', [N ssln el gra~UHde DE!l( CO\.'RT.
qui faisaient place à d'autres, dè~ qu'il 1
avaient opéré leur chargement. 1onobstantla
grande quantité de vines et d'objets de tout air martial, réunit tous les coloneJs et les Varsovie à son service, den 'en avoir pas, dès
enr~ enleîés par les troupes d'Oudinot, il en chargea d'exprimer sa satisfaction à leurs le commencemenl de la campagne, placé
re lait encore beaucoup dont s'emparèrent, régiments pour la belle conduite qu'ils a\·aient quelques-un comme interprètes auprès de
0

.

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H1STO'l{1.Jl

.MÉN011{ES DU GÉN'É~JU. 1lJU{ON DE MAR.BOT - -...

chaque officier général et même de chaque rai, se dirigeant ensuite à travers champs, en
colonel, car celle sage mesure aurait fait évitant habilement d'approcher de Borisoff,
éviter bien des erreurs el rendu le srrvice de même que des troupes de Wiltgen~tein,
infiniment plu exact. On en eut la preuve établie à Rogbalka, passa entre deux el redans la périlleuse course de plusieurs jours joignit enfin le maréchal Oudinot, le ~;i au
que la brigade Corbineau fut obligée de faire soir, près de :atscha.
dan un pays nouveau pour elle, dont aucun
La marche hardie que ,·cnait de faire CorFrançais ne conuais_ai t la langue; car fort bineau fut crlorieuse pour lui el on ne peut
hrureu. emeol, parmi les trois rkiments com- plus heureuse pour l'armée, car l'Empereur,
mandés par re général, e Lrouvait le Re de ayant reconnu lïmpo sibililé physique de rélancirr. polonais, dont les officiers Liraient tablir promptement le pool de Bori off, résodes habitants tous les renseignements néces- lut, après en avoir cooîéré avec Corbineau,
aires. Cet arnntagt' immen. e servit merveil- d'aller traren•r la Bérésina 11 . Ludiaoka.
leusement Corbineau.
Mais comme Tchitchakoff, informé du passage
En elft:I, comme il était parvenu à une de la brigade Corhineau sur"ce point, venait
demi-journée de Bori off, de pay ans a)anl d'emo)er une forte di,·ision el beaucoup d'arinformé ses lanciers polonais que l'armée tillerie en face de Ludian!.:a, Napoléon emru e de Tchitchakoff occupait cette ville, plola pour tromper l'ennemi une ru e de
Corbineau désespérait de pan·enir à traverser guerre qui, bien que fort ancienne, réussit
la Bérésina, lorsque ces mêmes pay~ans, l'en- presque toujours. Il feignit de n'avoir pas de
gageant à rétrograder, condui irent a colonne projet sur tudianka et de vouloir profiter de
en face de SLudianka, petit villane situé non deux autre gués situés au-dcssou de Boriloin de Weselowo, à quatre lieues en amont solf, dont le moins défavorable est devant le

Ai:

ile Borisotf, el de1•ant lequel se trouvait un
gué. Le~ troi régim,,nts de cavalerie de Corbineau le tra,·ersèrent ans pertes, et ce géné-

RORn nF. f.A BÉRF.SIXA, -

milliers de traînards, que les ennemis durent
prendre pour une forte dh·ision d'infanterie.
A la suite de cette colonne marchaient de
nombreux fourgon., quelques bouches à feu
et la divi ion de cuirassier· . Arrivées à Oukoloda, ces troupes tirèrent le canon et firent
tout ce qu'il fallait pour simuler la con~lruction d'un pont.
Tchitchakoff, prévenu de ces pr~parati[s et
ne doutant pas que le projet de 1 apoléon ne
fùl de franchir la ri\ière sur ce point pour
gagner la route de Minsk qui l'avoi~inc, se
bâta non eul1'ment d'envoyer par la rive
droite toute la garnison de Borisoff en face
d'Oukoloda, m~i , par uite d'une aberration
d'esprit inqualifiable, le général russe, qui
avait assez de force - pour garder en même
Lemps le bas et le haut de la ririère, fil encor!'
descendre vers Uukoloda toutes les troupes
placée la veille par lui en :imonl de Bori off,
entre Zembin et la Déré ina. Or, c'est précisément en face de Zembin qu'est situé le
1·illage de Weselowo, dont le hameau de Stu-

D'après 1me 11ndenne estamf'e.

village de Oukoloda. A ceL effet, on dirigea
o tensiblement ver ce lieu un des bataillons
encore armés, qu'on fit suivre de plus.ieurs

dianka est une dépendance. Les ennemi abandonnaient donc le point sur lequel !'Empereur voulait jeter son pont, et couraien

inutilement à la défense d'un gué situé à nager que pendant deux ou trois toise·. Le rirent-il lors')Ue les grandes gelée» arrivèrent.
six lieues au-dessous de celui que nous allions pa.. age n'offrail en ce moment que de légerPendant r1u'on travaillait à la con~truction
franchir.
irrronvénienl pour la cavalerie, le. chariots des pont. et que mnn régiment, ainsi que
A la faute qu'il commit d'agglomérer ainsi
toute son armée en aval de la ville de BorisoJI',
TchitcbakolT en ajouta une &lt;1u'un sergent
n'eiit pa commi e el que son goul'crnemenl
ne lui a jamais pardonnée. Zemhin e. t bâti
sur un Yaste marais, que traver e la route de
\\ïlna par Kamen. La cbaus,ée de cette route
prt'i ·ente vingt-deux ponts en bois que le
!!énéral russe, avant de s'éloigner, pouvait,
en un moment, faire réduire en cendres, car
ils étaient environnés d'une grandr quantité
de meule de jooc secs. Dan lé ca où
Tchitchakoff eùl pris celle . age précaution,
l'armée française de\'ail èlre perJue sans
retour, et il ne lui eût scni de rien de passer
la rilière, puLqu'elle eùt été arrêtée par le
profond marai dont Zembin ml en louré;
mai,, ainsi que je l'ien~ de le dire, le général
ru 5e non abandonna les pools inlact cl
descendit stupidement la Bérésina al'CC tout
. on monde, ne laissanl qu·une cin11uantainc
de Cosar1ues en ob ervalion ('0 race de Wesclowo.
Pendant que les Russes, trompés par le
démonstrations de !'Empereur, s'éloignaient
• Cliché lieurJdn rr~rb.
du véritable point d'attaque, . ·apoléon donÉrr~ODE OE: LA RETRAITE DP. Rr!'&gt;SfE. - T:1-éltal/ Je Gto WEISS.
nait ses ordres. Le maréchal Oudinot et son
corps d'armée doivent se rendre la nuit àStudianka, pour y faciliter l'établissement de et l'artillerie. Le premier consistait en ce que toutes les troupe du 2•' corps, attendaient. ur
deux ponls, passer ensuite sur la ril'e droite le cavaliers et conducteur avaient de l'eau la rive gauche l'ordre de tra,·erser la ril·ière,
et e former enlre Zcmbin el la rhière. Le jusqu'aux genoux, ce qui, néanmoins, ét:iit !'Empereur, e promenant à grand pas, allait
&lt;lue de Bellune, partant de Nal cha, doil supportable, pui. que malheureu.cment le d'un régiment à l'autre, parlant au soldais
froid n'était pa a sez ,if pour geler la rhière, comme aux officier . ~lurat l'accompaguait.
faire l'arrière-garde, pousser devant lui Lou
les trainard , Làcher de défendre Borisoff pen- qui charriait à peine quelques rares glaçons : Cc guerrier si bra"e, si entreprenant, et 11ui
dant quelque: heures, se rendre en uit.e à mieux eùt valu pour nous qu'elle f1H pri c à avait accompli de si bean,,: faits d'arme
Lttdianka et y pa, er les pont . Tel· furent plusieurs degrés. Le second inconvénient lor ·que les Français -.ictorieux se portaient
ur Mo cou. le fier Mural 'était pour aird
le' ordre' de !'Empereur, dont le événe- ré ultait encore du peu de froid qu'il fai ail,
car une prairie marécageu e, qui bordait la dire éclipsé depui qu'on avait quitté celle
ments empêchèrent la stricte exécution.
Le 25 au soir, la brigade Corbineau, dont rive opposée, était si fangeu e, que les chc- 1ille, et il n'a vail, pendant la retraite, pris
le chef connai sait i bien les en,·irons de 1au1 de elle y passaient a"ec peine et que part à aucun combat. On l'avait vu uivre
tudianka, se dirigea vers ce lieu en remou- les chariots enfonçaient jusqu'à la moitié des !'Empereur en silence, comme s'il eût été
lant la ri,,e gauche de la Béré ina. La bri 0 ade roues.
étranger à ce qui e pa ait dao l'armée. li
L'esprit de corp. c·t certainement fort parut néanmoin ortir de sa torpeur en préCa ·tex el quelques bataillon léger marchaient à sa suite; puis venait le gros du louable, mai· il faut savoir le modérer, et sence de la Béré ina el des seules troupes qui,
'étant maintenue en ordre, conslituaient en
2• corp . Nou quiltàmes à regret la ,-ille de même l'oublier, dan le circon tance dirllIlori off, où nous aYions passé si heureuse- cile . C'est ce que ne urent pas faire, devant ce moment le dnoier espoir de salut.
la Iléré ina, le chef· de l'artillerie el du
Comme Murat aimait beaucoup la carnlerie
ment dt•ux journées. Il emlilail 11ue nou
eu' ions un tri'te pre~sentiment des maux génie, c1r chacun de ces deux rorp éle1•a la el que, de nomhreux escadron qui a-.ail'nl
prétention de c:on lru1re . eu/ les ponts, dl! pa. é le 1 iémen, il ne re Lait plu que ceux
qui nou étaient ré ern1-.
orle qu'il e contrecarraient mutuellement, du corp d'Oudinot, il dirigea le:- pas de
Le 26 nowmbrc, au poioL du jour, nou
étions à dudianka, et l'on n'apercevait, à la el rien n'avançait, lor que !'Empereur, étant l'Empereur de leur côté. Napoléon »'extasia
ur le bel état de conser,•alion de cette troupe
rire opposée, aucun préparatif de défen e, de arrivé le 26, \'Cr midi. termina le différend
sorte que i !'Empereur eùl con erré l'équi- en ordonnant qu'un des deux ponts serait en général et de mon régiment en particulier,
page des ponts qu'il avait fait brùler quel- établi par l'artillerie el l'autre par le génie. car il était à lui seul plus fort que plu.~i('ur
ques jours avant à Or cha, l'armée eût pu On arracha à l'io.lant les poutres et les YOli 11es brigades. En effeL, j'avais encore plus de
franchir la Bérésina sur-le-champ Cette de masures du village, et les sapeurs, ain i J00 hommes à cheval, tandis que les autres
colonels du corp d'armée n'en comptaient
ri,ière, à laquelle certaines imaginations onl que le artilleurs, se mirent à l'oU\·rage.
Ces braves soldats donnèrent alors une guère que 2001 Aussi, je reçus de !'Empedonné des dimension gigantesques, est tout
au plu large comme la rue Royale, à Paris, preuve de dé,·ouemenl dont on ne leur a pas reur de très flatteuses félicîtalions, auxquelles
devant le ministère de la marine. Qnant à sa as ez tenu compte. On les vit se jeter tout mes officier et mes oldats eurent une large
profondeur, il suffira de dire que les trois nus dan les eaux froides de la Bérésina el y part.
Ce fut en ce moment que j'eus le bonheur
régiments de cavalerie de la hrigade Corbi- lra\'ailler constamment pendant six ou sept
neau l'avaieoL traver. éc à gué, sans accidrnt, heures, bien qu'on n'eût pas une seule goutle de Yoir l'enir à moi Jean Dupont, le dome ·nixante-douze heures avant, et la franchirent d'eau-de-vie à leur donner et qu'il. ne dus enl tique de mon frère, ce erviteur dévoué dont
de nouveau le jour dont je parle. Leurs che- avoir pour lils, la nuil suivante, qu'un champ le zèle, le courage et la fidélité furent à toute
vaux ne perdirent point pied ou n'eurent à couvert de neige!. .. Aus i pre que Lou pé- épreuve. Resté ,:cul, aprè que on maitre

�1!1S TO]t1.Jl

..

_.;._ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ J

eut lité CaiL prisonnier dès le début de la campagne, Jean suivit à ~loscou le 16•· de cha seur , fit toute 1a retraite cn soif!llant •et
nourri. sant les trois clm•aux de mon frère
Adolphe, lt il n'en ,·oulut pas Yendre un seul.
malgré les offrrs les plus sédui~antes. Ce brave
garçon ,inl me joindre après cioq mois de
fatigues el de misèrrs, r.1pporlant Ions les
effots de mon frère; mais rn me les montrant, il me dit, les larmrs aux yeux·, qu'ayant
usé sa chaussure et se YOyant réJuit à marcher pied· nus ur la glace, il s'élaiL permis
de prendre une paire de botte de son maitre.
.le ~ard,i à mon enice cet homme e·timable, qui rue fut d'une bien grande utilït&lt;-,
lorsque. quelque temps après, je fns blessé
derechef au milieu des plu h'.&gt;rribles jours
de la grande l'Clraite.
\IJÎS re,·enon au pass.1ae de la Bén\~ina.
Non seulement loas nos chevaux travcr èrent
celle ri1•ière facilement, oui· no, cantiniers
la franchirent avec leur charrettes, ce qui
me fit penser qu'il serait po. ible, après aYOir
dételé plusieurs des nombreux chariots qui
suivaient l'armée, de les Jixer dans la rivière
les uns à la suite des autres, afin de former
dh-er~ passage pour les fanla _ins, ce qui
faciliterait infiniment l'écoulement de masse
d'hommes isolés qui le lendemain se presseraient à l'entrée des ponts. Cette idée me
parut si heureu e que, bien que mouillé jusqu'à la reinlure, je repassai le gué pour la
communiquer aux généraux de l'état-major
impérial. Mou projet fut trouvé bon, mais
pcr onne ne bougea pour aller en parler à
)'Empereur. Enfin, 1e général Lauri ton, l'un
de ses aide de camp, me dit : « Je vons
a charge de faire exécuter celle pa.serelle
« dont vou venez de ·i bien expliquer l'uli&lt;&lt; lité. » Je répondi
à celle proposition,
vraiment inacceptable, que n'ayant à ma di position ni apeurs, ni fanta sins, ni outils,
ni pieux, ni cordages, et ne devant pas d'ailleur abandonner mon régiment, qui, placé
sur la rive droite, pouvait ètre allaqué d'un
moment à l'aalre, je me bornais à lui donner
un a,·i~ que je croyai bon et retournais à
mon poste!. .. Cela dit, je me remis à l'eau
el rejoignis le 23•.
Cependant, les , apeurs du génie cl les artilleurs ayant enfin terminé le deux ponts d~
chevalet·, on .fit pas,er l'infanterie cl l'artillerie du corps d'Oudinot, qui, dès leur arril'ée
sur la riYe droite, allèrent placer lcur bivouacs dans un grand bois :itué à une 1lemilieue, au delà du hameau de Zawniski, où la
cavalerie reçut ordre d'aller les rejoindre.
'\ous ob ervion ainsi lakowo• et Dominki,
où aboutit la grande route de Min k, par
laquelle le général Tchitchakoffavait emmené
toute· se troupe rers la ha e Béré ina, el
qu'il Jm•ait reprendre nécessairement pour
se reporter sur nou en apprenant que
nous avions franchi la ririère auprès de Zembin.
Le 27 au soir, l'Empereur pas a le pont
avec sa garde et vint 'établir à Zawni ki, où
t. Ou StakolT.
~- Hllu une curieuse et d_ramaliquc relation illu •

la cavalerie reçut l'ordre d'aller les rejoindre.
Les ennemis n'y avafonl pas paru.
On a beaucoup parlé des désa Lres c1ui
curent lieu sur la Bérésina; mais ce riue personne n'a dit encore, c'est qu'on eût pu eu
éviter la plus grande p:trlic, si l'état-major
général, comprenant mieux gcs de\'oirs, eùt
profité de la nuit du 27 au 2 pour faire
lrarcrser les ponts au bagages el urtout à
C&lt;'s millier.. de lraiitard · qni le lendemain
obstruèreol ltJ passage. En cffcl, aprè avoir
bien établi mon régiment au bivouac de
Z1Wni ki, .ie m'aperçus de l'absenl'e d'un
clmal de bât qui, portant la petite cais c et
les pi~ccs de comptabilité des escadron de
guerre, n'a\ait pu ètre ri:-qué dans le gué. Je
pensais donc 11ue le conducteur et les cavalicrs qui l'escorlaient avaient attendu r1ue les
pont~ fussent établis. li· l'étaient d~puis pluieurs heures, et cependant ces hommes ne
parai saicnl pa " ! Alors, inquiet sur eux aussi
bien que sur le dépôt précieux qui leur était
confié, je veux aller en personne favoriser
leur plssage, car je croyais les pont encombrés. Je m'y rends donc au galop, el quel est
mon étonnement de les trouver complèteme,il déserts! ... Per:;.onne n'y pas ail en ce
moment, laodi qu'à cent pa de là el par
un beau clair de lune j'apercevais plu de
;&gt;0.000 traînards ou oldats i olés de leur3
régiment., qu'on surnommait rôtissew·s. Ce
hommes, lranquillemenl assis devant des feut
immense , préparaient des ~rillades de chair
de cheval, sans se douter qu'ils étaient devant
une rhi\re donl le pa. age co1Hcrait le lendemain la vie à un grand nombre d'entre eux,
taodi qu'en quelques minute· ils poumient
la franchir sans oh tacles di·· à pré ·enl, cl
achever les préparaùf de leur souper sur
l'autre rire. Da reste, pas un officier de ln
maison impériale, pa un aide de camp de
l'état-major de l'armée ni d'aucun maréchal
n'était là pour prévenir ces malhP.ureux et
Le pous er au hcsoin ,·ers le ponts!
Ce fut dans cc camp désordonné que.je vi
pour la première foi des militaires revenant
de M.&gt; cou. Mon àme en fut oa\réel. .. Tous
les grades étaicnt confondus : plus d'armes,
plus de tenue militaire! Des soldats, des
oflicilr; cl même des généraux couverts de
haillons el n'ayant pour chaussures que des
lambeaux de cuir ou de drap mal réunis
au moyen de ficelles! Une cohue immense
dans laquelle étaient pèle-mêle des milliers
d'hommes de nations di,·er-es, parlant bruyamment toutes le langues du conùnenl européen, sans pouvoir se comprendre mutuellement!
Cependant, si l'on eùt pris dans le corps
d'Oudioot ou dans la garde tJuelques-uns de
hl.taillons encore en ordre, il eus.sent facilement poussé cette ma5 eau delà de pools,
pui que, en retournant ver· Zlwoi~ki, cl
n'ayant avec moi que quelques ordonnance ,
je parvins, tant par la persuasion que par La
force, à faire p:t scr deux ou lroi mille de
ces malheureux sur la .rire droite. Mai un

Xou · YOiri arri\·és au moment le plu terrible de la fatale rampagnc de Ru ie ... au
pa sa ..e de la !¼résina, qui cul lieu principalement le 28 novembre....
.
A l'aube de ce jour néCa te, la po,ilion dts
armée belligérantes était celle-ci. A la riîC
gaucllc, le corps du mmiclial Yictor, aprè
aîoir é,acué Bori off pendant la nuit, 'était
rendu à iudianka avec le 9' corps, en poussant devant lui une masse de trainard~. Cc
maréchal arnil laissé, pour faire on arrièrcgarde, la divLioo d'infanterie du général
Partouoeaux, qai, ayant ordre de n'é1·acuer
h ,il!e que deu1 heures aprè lui, aurait dù
faire parùr à la aile du corp d'armée plusieur petils détachements qui, unis au corp'
principal par une chaine d'éclaireurs, eusse11L
ainsi jalonné la direction. Ce général aorait
dù, en outre, envoyer jusqu'à :1udiauka un
aide de camp chargé de reconnaitre le· chrmins et de revenir ensuite au-de,·ant dt! la
divi.ion; mai Partouneaux, négligeant toutes
ces précautions, se borna à se mettre eu
marche à l'heure pre crite. Il rencontra deux
routes qui se bifurquaient, cl il ne connai·sait ni l'une ni l'autre; m:iis comme il ne
pouvait ignorer (pui~qu'il venait de BorisolT)
que la Bérésina était à sa gauche, il aurait
dù en conclure que pour aller à Studiaoka,

lrêe dol la campa!l'ne de Russie. publiée à Slolli(llrJ
en 1blt3, Fwer du Faure 5igrialc ~eue lll'tti lè des

ponts dans la nuil du 2i ~u 28 nu,cmbrc, el mc,me
dan, celle du ':!X au '!O. '. .Y11tc dr l'fditn,r. )

autre devoir me rappelant vers mon régiment, je dus aller le rejoindre.
En ,·aiu, en passant devant l'état-major
général et celui du général Oudinot, je signalai la \'acuité des ponts cl la facilité qu'il
y aurait à faire traverser les hommes sans
armes aa moment où l'ennemi ne faisait
aucune entreprise: on ne me répondit que
par des mots é1•asiis, chacun 'en rapportant
à son collègue du soin de diriger celle opération 1 •
ne,·enu au bivouac de mon régiment, je
fus beureu cment urpris d' · trouver le brigadier el- les huit chasseurs qui, pendant la
campagne, avaient eu la gardtl de notre troupeau. Ces bra\'eS gens ~e dé olaient de ce
que la îoule des rdt,sscurs, s'étant jetée sur
leurs bœurs, les avaient Lous dépecés cl
mangé· ous leurs yeux, sans qu'ils pussenl
'y opposer. Le régiment se consola de celle
perle, car chaque cavalier a1·ait pri à BorisoO' pour l'În!fl-cinq jours de Yine .
Le zèle de mon adjudant, M. Verdier,
l'ayant pou é à retourner au delà des ponts
pour tàcher de découvrir le chas eurs gardien de notre comptabilité, ce bra\·e militaire s'égara dans la foule, ne put rep:L er la
ririère, fut tait prisonnier dans la bagarre du
lendemain, et je no le revis qne deux ans
après.

CHAPJTR.E XIX
l1t!J'lc de ln didsi11n flartounl'aux. - Coml,ot ,le
Zawuiski (Iré flrillol\a, - ~(. tic :Suailli?S. - l'~ss:ig,, ile ponls t'I eauurovhe ,le la Bér1;5i110. - I.e
'-2• corps proll\gc la n•tr11ile. - Je suis blc•s,;é il
Plcd1lchéniL•oui.

�ffiST0'/{1.J!
frappant! J'envoyai sur-le-rhamp une cadron
à on secours, mais cet effort resta infructueux, car une vi\·e fusillade partie des maisons empêcha nos caraliers de pénétrer dans
le village : depuis ce jour, on n'entendit plus
parler de . T. de oailles !. . . Le superbe
fourrure et l'uniforme couvert d'or qu'il
portait a}ant tenté la cupidité de Cosaques,
il fut probablement massacré par ce harbarc . La famille de )I. de ~oailles, informée•
que j'étais le dernier Français a,·ec lec1ucl il
eùt causé, me fit demander des ren eignemeols sur sa disparition; je ne pu. donner
que ceux usmentionnés. Alfred de Noailles
était un excellent officier el un lion camarade.
Mai celle digression m'a éloigné de Tchitchakoff, qui, l,allu par le marécbnl J 'e},
n•o~a plus \enir nous allaquLr ai sortir de
. takm, :&gt; de toute la journre.
Aprè · vous arnir fait connaitre :ommaircmcnt la po ition des armées sur les deux
ri,e. de la llérésina, je dois mu- dire en peu
de mots ce c1ui se passait ur Je Oemre pendant le combat. L ma. ses d'hommes isolés
qui avaient eu deux nuits cl ùeux jours pour
traverser les ponts et qui, par apalbie, n'en
avaient pa- profilé, parce que pcr onne ur
les y contraignit, voulurent tous pas. er 1\ la
fois. lor~11ue les boulets de Wittgen tein
vinrent tomber au milieu d'eu .. Cette multitude immen. e d'hommes, ùe rhe\'aU el dt'
chariots s'en las 'a complèlerumt à l'entrée dr.
ponts, qu'elle ob·tru.ait sans pouvoir le~
ga•mcr l... Un tri• 0 rand nombre, a1ant
manqué celle entrée, furent pous és par la
foule dans la Bérésinn, oi1 prestJUc Lou~ 'C
no1~rent !
• Pour comble de malheur, un des ponts
'écroula sous le poid de. pièce et ùes
lourds caissons qui le, suivaient! Tout se
porta alors vers le econd pont, où le Msordre
était déjà i grand que les hommes le plus
vi oureux ne pouvaient r~si ter à la pre sion.
Un grand nombre furent étouffé · ! En ,·oyant
lïmpo~,ihilité de traver~er les pont ainsi encombré·, beaucoup dr t•onducteur, de voiture pomsèrcnt lrur chevaux dans la
rh il·re; mais ce mode de pas age, qui eùt
été fort utile si on l'eùL exécuté avec ordre
deux jour auparavant, deùnl ratal à presr1ue
Lous ceux qui rcntrt•prirenl, parœ que,
pous.anl leurs chariots lumultueusemcnt, ils
'entre-choquaient et c remcraient b uns
les autre·!
Cependant, plu ieur paninrenl à la rh·e
chouarl conltrm~nl ,le poi11tN1 point le; détails dom,(,•
oppo ée; mais comme on n'a,ait p:is préparé
ur l'es é,-è11cmcu1, : la pr,~c el ln perle ,le Borboll
de ortie en abattant les talu de· uergcs.
par lt·s Russes; leur mouvement intcmpe. tif,ur lforesinu inférieur; le romh3L dL• Za"11i~kl près Urill-01,a cl
ain i que l'étal-major aurait dù le faire,
Sta.kom,; la fatale n11,ture ,t,,, pont, et la retraite de
peu de voilures parvinrent 11 les gravir, el il
un, troupe~ par le., mnrai. gelé, dl' Z1•mbi11 '.''fotr de
périt encore là bien du monde!
Uditr11 r.'

siLué ur ce cour~ d'eau, c'était la roule de tact avec ceux qui revenaient de "oscou,
gauche 11u 'il faJlait prendre!. .. Il fil Lout le n'avaient aucune idée du désordre qui régnait
contraire, et, suhant machinalement quel- parmi ces malheureux, le moral du corp
ques volliaeurs qui le précédaient, il 'enga- d'Oudinot était resté e.'œellent, et Tchitchakoll
gea sur la route de droite et alla donner au fut ,·igourcuserucnl repoussé, sous les yem:
milieu du nombreux corp~ ru .5e do "énéral mêmes de !'Empereur, qui arrivait en cc
moment avec une réserve de 5,000 rantasWittgenstein!
Bientôt emironnée de toull'S parts, la din- sins et l,000 ra,·aliers de la vieille el de la
ion Partouneaux fut contrainte de mettre jeune garde. Les nusses renou\'elèrcnt leur
bas le armes 1, Lamlis qu·un simple chef de alla11ue et enfoncèrent les Polonais de la lébataillon qui commanJail .on arrière-aarde, gion de la Vi Lule. Le maréchal Oudinot fut
ayant eu le bon esprit de prendre la route de grièlement Llcssé, el Napoléon enrop N,·y
gauche, par cela ~cul 11u'clle le rapprochait pour le remplacer. Le général Coudras, un
de la rivière, rejoignit lti marécho.l Victor au- de nos bons officiers d'ioranterie, fut tué; le
prk. de Studianka. La surpri. e de ce maré- vaillant général L grand reçut une bic sure
chal fut grande en ,·opnt arriver ce baLaillon dangereuse.
au lieu de la dh•i~ion Partouneaux, donl il
L'action e pa. ait ùans un bois dr sapin.
fai~ait l'arri,~re-~arde t ~lai l'étonnement du de dimension colo .sales. L'artillerie ennemie
maréchal se ch;ngea bienlût en stupéfaction ne pouvaiL donc apercevoir nos troupe que
lorsqu'il fut attaqué par Ir llus e. de Witt- fort imparfaitement; au~. i tirait-elle à toute
gcn tein, qu'il croyait tenus en échec par la • volée san que c. Lou lets nou;;alleignissent;
divi. ion flartouneaux ! \'iclor ne put dè lors mais. en pa sant au-de ·us de nos tête, , ils
douter que ce génfral et tou es régiments brisaient beaucoup de branche. plus grosse.
ne fus~ent prisonniers.
que le corps d'un homme, et 11ui tuèrent ou
~lai' de nouwau~ malbcnrs l'allendaienl, bic sèrent dans lèur chute Lon nombre de
car le maréchal russe Koutou off, qui, depuis no gens cl de nos chevaux. Comme les arbres
florisoff, aYo.iL uhi l'arlouneaux eu queue étaient trt~ · c. pacés. les ca,·aliers pouvaient
arec de oomLreuses troupes, apnt appris. a circuler entre ru , quoique avec difficulté.
capitulation, pressa rn mard1c tl vint ~c Cependant le m~rédial Ney, voyant approcher
joindre à Wiltgenstein pour accabler Je ma- um• forte colonne russe, lança contre elle ce
réchal Victor. Celui-ci, dont le corps d'armée qui nou · rt' tail de notre diYision de cuira était réduit à 10,000 liomme., oppo, a une ~icr .. Celle charge, faite dans de conditions
ré ·i~tance des plu vives. , es troupes (même aus i extraordinaire.• fut néanmoin l'une
le· .\llemand · 4ui en (ai.aient partie) com- de plu brillante:- que j'ai vue !... Le hme
Lattirent a,cc un courage vraiment héroïque colonel Jluboi., il la tête du 7" de cuirassiers,
el d'autant plus remarquai.ile que, attaquées coupa en deux la colonne ennemie, à laquelle
par deux armé à la foi· el étant acculées à il fit 2,000 pri.onniers. Les Ruse . ain .. i
la llérésina leurs mouYcmenl •se trouvaient mis en dé ordre, furent pour uivis par toute
en outre gênés par une grande quantité de la C.l\'alerfo lé ère cl rcpo_nssés avec d'énormes
chariots conduit san ordre par des hommes perles ju:qu'à lakowo 1 •
isolé:, qui cherchaient lumuhueu. ement à
.le reformais les rang. de mon régiment.
agoer la rivière! ... Cependaut le ma·réclial qni avait pris part à cet engagement, torque
VicLor contint KoutousolJ el \Vilt,.ensll'În je vi arrh·er à moi .~t. .\lfred de ~o:iilles,
Loule la journée.
avec lequel j'étai$ lié. li m·enait de porter un
Pendant que ce désordre et ce combat ordre du prince Berthier dont il était aide de
a\·aient lieu à • tudiauka, les ennemis, 11ui camp; mais, au lieu de retourner ver· cc
prétendairnt ·emparer des d~ux extrémité
maréchal après avoir rempli ~a mis ion, il
de ponts, attaquaient sur la rire ùroite le. dit, en s'éloi .. nant de moi, qu'il allait juscorp: d'IJudinot, plad• en a\'anl de Za" ni:-ki. qu'aux premières maisons de takowo pnur
A cet ellrt, les 50,000 flusscs de Tchitchakoff, t•oil' ce que Iai aient les ennemi . Celle eudébouchant d"' takowo, 'avanc:\rcnt à •1 rand
rio 'ilé lui devint fatale, car, en approchant
cris contre le 2• corp., qui ne comptait plu
du village, il fut entouré par un groupe de
dans ses rangs que 8.000 combattants. liais Co!'aques qui, après l'a,·oir jeté à has de . on
comme no soldats, n'ayant pa· élé en cou- chc\'al et pris au collet, l'entrainèrc1it en le
0

1. r,.,. ,:-éuéral Parlonncam se d,•rcn,lit 11'1illcur.1
hrroiqucmenl; 5D di,i,ion t\lail r,·,luilc il &lt;1uclque.
crntaim• ,le comballnnh lo™Ju'cllc ,lui ,,, rendre .
(fov. TmtR,, Jli,toin· du C:011sulal rl ,Ir rF.mpirt.)
-i. Tchitthnkoll a rendu jushce n la , igueur if,,
uotre c.1,nlci-ie ,bns celle ntl'uirc. llu re~le, es
m,1ircs 11rnhliés en 11162 l'i 1·~u~ 1lu r imte de Rod,e-

,1~

(A suivre.)

GÉNERAL

DE

,\ \ARBOT.

Concini

►

Par Paul de SAINT-VICTO~

Concini el Léonora Galigaï, sa morne com- vaillac au meurtre, et le lançant ur le roi.
pagne, onL subi, depuis deux ~ièeles, 'toute!l Je sais bien que celle accusation elTro)ablc
les aYanies de l'histoire. La pitié vou 'prend s'est in inuéc, ·ans romhre d'une prcu\·e,
devant leur· mémoires cruellement dilîam~e .. dans quelques .l/é11t0ÏJ•e.~: mais la "rand&lt;'
comme elle vous aurait p1•i, devant leurs histoire a toujour~ dédaign t de l') acc~cillir.
membres r~mpus et ~aignants. C"rtes, je ne Aucun même des pamphlets féroces t(Ui se
veux pa, faire un m:trlyr de Concini ni une ruèrent sur Condni aba1tu ne l'a rc1pétée.
•aint1• de la Galigai.Je sai. leur noire, intri- !l'ailleurs, s'il fauL eroirc les timoins qui se
gue · et leurs pillages effronté~ . .Je comprend· lahent rgorger, il faut bien croire aussi
la colère de la nobles e française, réduite à l'homme qui se lai .a tenaill&lt;'r, écarteler,
plier devant le sigi, bé de l'in1linne veuve a. perger d"huile Louillantc et de plomb fondu,
d'flenri l\'. Il faut dire cependao0 t que ses en jurant, jusqu'à son dernier hurlrment,
rnnemi. le valaient et qu'il ne fol ni pire ni qu'il n·a,·ait pas de complicrs. 'il )' a quelmeilleur que l'époque où il parad:i.
que cho.c de prou,·é, en histoire, c'est cette
li n'y a pas. dans l"histoire de France, un déoéaation de flavaillac, 11uc n'rLranlèrenl
règne plus honteux que la régence de larie pas de tortures qui auraient fait crier une
de Médicis. La Fronde e t une Jliade auprè.
lalue de bronze. \ lui seul, cc (l&gt;moiœnage
de la Batrachomyomachie Iéod.ile qui s'agite absout Concini.
autour de cell&lt;' lourde pécore. C'est pour de
Il e. t difficile, d'ailleur , de lrom-er un
l'arg,·nt que le~ princes S&lt;' halleut; c'e l pour scéléral dan~ ce drcile. Concini a\·ait les quades charges de cour que les grand conspi- lités de ses \'Îces; il élail servlaLle, facile,
rent. La révolte l't la soumLsion afflchent magnifique, aimant fort, comme \rlequin, à
ryniquement leur larif; le dr:ipcau de la faire de~ présents avec l'argent qu'il avait
guerre chile n'e l plus qu'un sac à remplir. volé. ou plu grand lorL fat d'èlre im,olrnl
f.oncini joua le rùle d'un valet fripon, dans enn-rs la Fortune, et de ,ouloir, comme il le
Cl'! anarchique imbroglio, gorgeant celui-ci,
dit un jour, &lt;1 la pou ser à bout n. Le uccè.s
nllèchnnt celui-là, bâclaut les trèrns ou les colla monstrueu &lt;"me11t -a ,•arnlé naturelll'.
roups d'État, selon le br oin du jour; fai.on atLilude, à la cour, pendanL a dernière
ant, de sa fa\·eur, métier cl marchandi.c. Il année, éLait Cf'lle d'un C:jan de théâtre, arrnlait
a,·ec lt&gt;s rnleurs, il inlrinuait
a\'CC les pent:ml la scène, :1 grandes enj:imhécs. fi
•
•
0
mlr1ganls, et, en C&lt;'la, il faut dirr que ce lr\'I' une armée dr . ept mille hommes, à sa
ruffian po~iûque foi.ait ,on métirr.
olde et à . a livrée; il s'adjuge des ville-, de
guerre donl lui eul ouv-re Pl ferme les portes i il entas l', ~ur a mince per onne de par•
,·enu étranger, les marqui ats, les maréchalats, le gouveraemcnts, le surintendances;
il a de.~ gardes du corps et des gentil hommes
ordin:iircs, qu'il appelle es cogfi01ti di 111ila
fra11clii. « Il mépri ait fort le. princc:e., dit Tallemant, - et, en cel:i, il n'avait pas
grand tort. ll ~lais il eut tort de mépri. cr,
comme un enfant imbécile, ce jeune roi de
seize an.;, tacilurne et mélancolique, qu'il
al'ait relégué dan- un coin du Loune, parmi
ùe fauconniers cl des oiseleurs.
Ce furent ces oi.elcurs qui le prireut dan
un filet lentement ourdi. li fau L lire, non
dans l'bistoirt orficiclle, qui abrège et qui
déeolorC', mai$ dans un petit livre du lcmp :
Relation e.racle de /oui ce qui s'est passé à
la mort du 111aréd1al d',l11cre, cet étrange
complot d'un roi contre son ~ujet. On y ,·oit
Louis Xlll machina.nt la nuit, dans son lit,
avec Luyne. , son favori, et de familiers d':inlichamhre, le pi~ne où se prendra 1-,a hèle
noire. Rien de puéril, en apparence, comme
cc comp1ot qui doit frapper no coup i ter~lais c'est le char.,cr d'un trop grand crime rible. Le roi ·e blottit dan sa ruelle, pour
11ue lui imputer la mort d'flenri IV; c'est délibérer avec ses affidés, il thuchote, il 'inexagérer la fiction que le montrer stilant Ra- terrompt pour regarder si l'on ne ,ient pa

~es grief sonl ceu\ d un enfant que l'on empêche de joner à sa gui·e. Vous diriez un
écolier conspirant, au dortoir, contre son ré1-{•'llt.

Mais un soufllc même trouvait des écl1os,
dan cc p:ilai elll•ahi par l'e. pionnaae italien. Concini fui :l\'erli dn sourd murmure
de faarâce qui partait de l'alcôve ro -ale. li
dédaigna d'y prêter l'oreille. L'infatua lion
l'aveuglait; ses yeux ne vopient pas plu- que
ceux qui brillent . ur la roue des paons ..\ux
avis de mauvais augure, il objcrlail des rodomontades. n jour, il avait dit à Lu)·ncs :
&lt;r Momieur de Luynes, je m'aperçoi , Men
que le roy ne me fait pa bonne mine, mais
vous m'en répondrez. » Un aulrû jonr, il
répondait à une dénonciation ami,·alc: « Luynes a pensée de toute · choses: mais il y a "i
loin ùe luy à moy, que nous n'arnns pas sujet ùe nou· craindre. » C'était le JI 11 ·oserait!
du dnc de Gui e, parodié par un matamore.
Le hasard déjoue, troi' foi , le complot
royal; par trois foi , Concini recule instinctivement devant le fer qui doit le frapper. Il
sort de la chambre du roi, à l'in. tant où se.s
meurtriers allaient y entrer; il quitte, malgré la prière de Louis X111, une partie de
billard, au milieu de laquelle les conjurés devaient le surprendre; la Yeille de sa mor~.
encore, \'itry le mauquc, au:t porte du
Lomre.
Enfin le jour de l'exécution se li•re; cellr
fois, le piège e l sûrrmenl tendu, la cour du
palais se remplit de cavaliers, drapé dans
leur manteaux iusqu'am ·eux. Vitry mar-

�'-::------.------------,,..--------,,--------------------

1f1S TO'l{ 1.ll
Toul le matin, il y resta à lriompber, le. cadavre, gratte la tombe avec ses ongles;
comme sur un parnis ; à déclamer, comme elle le déterre, elle le traine., en le bâton~ur un tréleau, le récit de cette première tra- nant, sous une potence du pont Neuf. Là, un
gédie de son règne. Sa joie enfan- laquais de Concini le pend par les pieds, et,
tine el cruelle ne tarissait pas. Jamais comme la corde manque, les gardes du roi qui
il ne parla tant qu'en ce jour si- pas~aienl lui jellent les mèches de leurs
nistre. Au-x premiers \'eous, il ra- arquebuses. Puis celle canaille, enragée, décontait ses griefs. Le maréchal capite le misérable cadavre; elle lui crève les
s'était couvert, en jouant à la pau- ye·ux; elle lui !ranche le nC'z; un furieux
me avec lui ; il s'était assis plonge sa main dans sa poitrine entr'ouverte,
dans sa propre chaise, au conseil ; l'en relire toute sanglante, la met dans . a
il se présentait, à so.n audience, bouche; un autre arrache le cœur, le rait
escorté de deux cents gentilshommes, cuire sur ùes charbons et le mange .... Un
lesquels sortaient en même temps tronçon informe pendait encore au gibet; la
que lui el le laissaient se morfondre ioule l'en arrache et court le rependre à la
seul. Puis c'étaient des airs de maî- potence de la Grève; elle le dépèce ensuite et
tre qui se réveille, el qui va se fait rôtir ses lambeaux à des kux de joie.
mellre à régner. Le cardinal de La
Ce n'est pas tout. Concini arnit un fils, un
Rochefoucauld, voyant qu'on lui par- enfant de quinze an . Il faut laisser parler la
lait d'affaires, lui dit « qu'il serait Relation, pour entendre le cri dn temps dans
bien autrement empesché doresna- toute sa fureur : (( Les archers, qui le gar.Au L ouur&amp; u1:r,u1t lf)a pwr le b:tndt /1, Frt1t1&lt;e
vant qu'il n'avait esté jusques à daient, ouvrirent les fenêtres qui donnent ur
1"t Ffr ~ IP.1',trop T,om1orttl,frmm1:
cette heure ». - « on, - dit-il, le pont et lui firent voir cc îuneste spectacle
- j'e Lois bien plus empesché de de sûn père pendu, afin qu'il appi-ist à mieu:r
C.u ,! dm,11 tp_o1mra11 hauttfrrmt pounet,
faire l'enfant, que je ne suis à tou- vivre. &gt;J Quels crimes n'absoudraient de si
Er lervemrtdulou u trt'(Ïn mD Nmmt.
tes ces affaires-cy. » n dit à un horribles douleurs! Devant ce malheureux,
autre : &lt;&lt; L'on m'a fait fouetter les tué, par trahison, au tournant du Louvre,
MORT DE Coxcrn1.
mulets, six ans duranl, aux Tuile- comme au coin d'un bois; devant ce corps
J)'.;zpr~s I111e 1&lt;r,1v11re du temts. (Cabinet des E.t~mtes. )
ries : il est bien temps que je fasse broyé par la furie populaire et réduit, vingtma charge. » Un moment après, quatre heures après sa mort, à une poignée
allendanl, un morceau de parchemin, d'une comme il s'amusait à jouer de .J'épinelle, sur de cendre sanglante, que des cannibales Yenmain convulsire. Son canif semble, de loin, une table, quelqu'un lui dit:« Que faites-vous dent, par les rues, un quart d'écu l'once, on
guider les épées. De bonne heure il a fait là, ire? 1&gt; Il répondit avec une fière ironie: oublie tout, ses vices, ses concussion , ses
d:re à la petile reine ci que, si elle oyait du « Je fai~ l'enfant. &gt;&gt;
rapines, pour ne se souvenir rpie du supplice
bruit, elle ne 'étonnast de rien &gt;1. On signale
Or, tandis qu'il faisJit si bruyamment le gigantesque qui les expie au centuple. L'exl'apiiroche du m3réchal d' A.ocre; il apparait monarque, celui qui dcYaiL régner en son cè3 du chàlimcnl réhaLilill' le coupable; le
sm le quai, escorté de trente genlihhommcs. nom cl le remettre à la place d'où, ce jour- gibet, lorsqu'il est trop haut, grandit la vicLe voici qui avance; il est à l'entrée du pont; là, il crovait rnrtir, entra modestement dans time.
on lui remet une lettre, il ralenlit le pas pour la salle. • « Eh bien, Luçon, - lui cria le·
nien ne manque à ce marlyrologr. En ha~.
la lire .... C'est alors que Vitry s'approche et roi, - me voilà hors de voire t1-ranl'arrêtr. Le maréchal recule brusquement; il nie 1 » Et, comme füchdieu s'ins'écrie : J mi! (à moi!) Au même instant, clinait et l'Oulait répondre: &lt;&lt;Allez!
trois des conjurés lui tirent, à bout portant, allez! ôlez-rnus d'ici! &gt;&gt; reprit-il
leurs pistolets au ,·is:ige, les autres le per- d'nne Yoix menaçante. C'est une
cent de lrurs épées; il tombe ·ur les genoux. des meilleures plai anteries de l'hisVitry, d'un coup de pied, le remuse à terre toire, que Richelieu surgissant decl fait jeter on cadavre dans le rorps de vant Louis XIII, au moment où il
garde, sous un portrait de Loui XIII. L'his- triomphe du sig1101• Concini.
toire se contrefait elle-même, quelquefois. Il
Cependant la multitude ae:bevait
était dit que, d'un bout à l'autre, la mort de à sa manière la vengeance royale.
c~ Scapin ressemblerait à celle de César.
Les meurtriers avaient dépouillé le
« Il parait plus grand mort que vi, ant n, cadaue de Concini : Larroque lui
di ail flenri Il[ mesur3.Dt de l'œil le grand avait pris son épée, Le Buisson sa
Guise à terre. C'est l'effet que produisit Con- Lagne, Boyer son écharpe, ·un aulro
cini, d'après le fracas que fît sa chute et les son manteau de rnlours noir, garni
chants de Yictoire qui la proclamèrent. A de passements de Milan; puis ils
peine est-il tombé, que les trompettes son- l'avaient enreloppé d'un drap, attaOr!_tr, , "rnet.mo,, ,b,; hn "V1lai,, d1adr111t,
nent, que les tambours ballent, que des ca- ché par les deux )Jouis avec des
"alc.1des galopent par Ja ville en criant : Jîccl!es, et ils l'avaient jeté d..tns
Dud..sryqùffitroû ,t ,/e,, fou plriJ â cH.u, \
« Vi rn le roi! le roi est roi! » Louis XHr ap- une fosse de aint-Germain-l'AmerIl f.rrit ft1r,ubt11l1" , "" rr. domm Je mime,
parait armé au balcon, criant aux. meurtriers: rois. Un prêtre aYaiL îOulu réciter
Arcu~:qur rommnn ,· 1,&gt;:1:in,,t, o:Jl:r ·
« Grand mercy l grand mercy à vou ! A celte le De Profimdis; on lui avait mis la
heure, je suis roy ! » Les courtisans, à genoux main sur la bouche et fait rentrer
LÈONOR.A GALIG.\Î EST CONDUltE AU SUPPLICE.
hier deYanl le favori, accourent, par trou- son oraison dans la ,gorge. « D.: nx
D'atrès 1me gr.:rvure du lemf.ç. (f'Ji'i11el des Es/.lmpes.)
peaux, pour fêter sa mort. lis acclaJ]lent le petits pages se voulurent amust r à
roi, ils se prosternent, ils l'adorent. La pleurer autour du corp , » des lagrande galerie, encombrée, ne suffit plus à quais les battirent et leur volèrenl leurs la fureur des bêtes Ju cirque ùé"hir3nl uue
la foule. Le petit roi monte sur un billard manteaux.
proie; en haut, el comme sur les gradins supour la recevoir.
Le matin venu, la populace, qui a llairé périeurs de l'ampl1ilhéàlre, la vengeanre
che de lon 6 en large, r('gardanl, à rhar1ue
instant, du rôlé ~e la porte el du pont-levk
Le roi attend dans rn chamhrc; il nt.dl', en

1

royale savourant délicatement son plai~ir. Ce
jeune fils de Concini, qu'on traînait dernnt
le cadaHe pendu de s:m père, rdusait toute
nourriture et 'foulait mourir.
La petite reine .Anne d'Autriche
envoya des confitures à l'enfant et le fit venir dans sa
chambre. On lui avait dit qu'il
dansait bien; elle lui ordonna
de danser; l'enfant obéit. Il
dansa, aveuglé de larmes et
ravalant ses sanglots. Jamais
il ne se remit de cette danw
funèbre, il ne fit depuis que languir, et s'en alla, quelques
mois après, mourir à Florence.
Que &lt;lire encore du supplice
de la G3ligaï? On ne sait pas
le mot de celle énigmatique
créature, naine de taille, maigre comme une Jane, armée
d'yeux enflammés qui semblaient lancer les sorts et les
maléfices. Elle passa sa vie
dans les ténèbres el les arcanes des camarillas. Son histoire est un pot au noir. Cela
est resté obscur et furtif, comme le serait
lïnlluence d'une négresse au sérail. Elle &lt;lit
même à ses juges avec l'orgueil d'une femme
qui va mourir, et qui n'a plus rien à ménager sur la terre, ce qu'était le charme magi11ue qu'on l'accusait d'arnirjeté sur la reine:
« L'influence d'une âme forte sur une âme
faible, d'une femme d'esprit sur une balour-

aimée, J'almndonne, l.i renie el la livre, pieds
el poings liés, à son fils. « Laplace vint , tost
après, vers la reine, pour luy dire qu'ou ne
~çarnit comment annon rcr
la nouwlle à la maréchale,
et voir si Sa Majesté voudroil
preudre la peine de la lui dire.
La reine luy dit qu'elle avoil
bien d'autres choses à penser, que, si on ne luy voulait
dire fa nouvelle, qu'on la luy
chantàt ! ,J
On sai l l'iniquité criante du
tribunal qui la condamna au
bûcher pour arnir tué des coqs
Lianes, un jour de pleine lune,
ct serré des 6gu re s de cire
dans un coffre taillé en cercueil.
Elle fut nperbe devant S"S
juges; elle fut douce envcr ·
la mort. C&lt; Que de personnes
assemhlées pour ,·oir passer
une pauvre a!Uigée! n dit-elle
en \·oyant la multitude qui
suivait ·a marche au supplice.
MORT DE Li;:oNORA GAWGAl.
Cc fut la seule plainte qui lui
D'après u11e gravure du temps. (CaN11et des Eslampes.)
échappa.
On pardonne loul, vis-à-vis
lée )1 , ainsi que Richelieu l'appelle dans ses d'une pareille douleur; et, si l'bistoire veut
récriminer, on lui répèle ce que la Galigaï
Mémoil'es?
Elle mourut, à petit feu, de l'éclair qui. dit, elle-même, à un jeune gentilhomme
foudroya son mari; elle rn meurtrit et se qui lui reprochait, après son arreslalion, je
déchira à toutes les aspérités du gouffre, au ne sais plus quelle offense : Fiasque,, /i'ias fond duquel il était tombé subitement. 'l'out que, 12011 bisogna parlar del passalo !
lui manqua à la fois. A peine le maréchal c&lt; Fie que, Fiesque, il ne fout plu parler
est-il mort, que la reine, {fui l'avait tant du passé! ►&gt;
de. i&gt; Quoi qu'il en soit, maigri\ ses larcins de
pie ,·oleuse et sa morgue de fée Carabosse,
comment ne pas s'apitoyer sur (( celle déso-

PAUL DE

Lul'ien se trouvait en ambassade à Li,honne
ou à Madrid.
Quant li sa mère, elle n'entendait pas raison en fait d'argent à donner à · un jeune
étourdi qu'dle aimait tendrement, mais à
qui elle faisait plutôt de la morale que de
li me uvient à l'esprit une histoire des la prodigalité.
plus plaisantes que nous a racontée, dans sa
Qu'imaginer? 11 lui \Ïnt à lï&lt;lée de rendre
jeunesse el dans la nôtre, Jérôme Bonaparte, ,i ite à un saint liomrnc, rnn onclr, qui fut
lorsqu'il venait voir sa sœur Caroline, alors, depuis le cardinal Fesch. Il se prést·nte à lui,
ain~i que la Heine Hortense et moi, en pen- et il cH parfaitement reçu par cc digne parent
~ion à Saint-Germain, chez Mme Campan.
chez lequel était r(unie nombreuse société.
Il avait un jour, disait-il, absolument LeIl y avait ce jour-là grand dillcr. On l'insoin de vingt-cinq louis, sa bourse étant dé- vite : il acceple. Le repas fini, il passe au
garnie, bien que le général Murat, gouver- salon pour prendre le caié; dans ce momenl,
neur de Paris, el qui était passionné pour Jérôme voit son oncle entrer dans une salle
lui, l'aidât souvent de la sienne. Mais celte Yoisine; il l'y suit, et auirant dans l'embrafois cette ressource lui avait manqué et le sure d'une croisée ce cher oncle, qu'il avait
quartier de la pension que lui faisait Je Pre- déjà bien cajolé, il lui adresse sa requête;
mier Consul était dépensé d'a,,ance. Que faire mais celui-ci est iusensibJe et refurn net.
donc?
Le cardinal Fesch, on le sait, a toujours
A qui s'adresser? A ses autres frères 1 été grand amateur de tableaux; or, la salle
lls étaient absents. Joseph el Louis commàn- dans laquelle il se trou1·ait en ce moment,
daient les régiments dont ils étaient colonels; était celle où se formait le commencement de

Oncle et neveu

SAINT-VICTOR.

sa belle galerie, qui depuis est devenue si remarquable par la réunion de chefs-d'œuvre
de toutes Je;; écoles.
En entendant un refus aussi positif. Jérôme se tourna. brusquement:
&lt;&lt; Voilà, dit-il, un gaillard qui a l'air de
rire de l'affront que je Yiens d'essuyer; ilîaut
que je me venge 1 »
Jfrome servait alors cof!)me soldat dans
les guides du Premier Consul, sous les ordres
du colonel Eugène de lleauharnais; il tire
son sabre et le pointe conlt'e la figure d'un
b~au vieillard, peint par Yan Dyck. Il fait
mine de lui crever les yeu.x.
On peul juger dans quelles transes utail le
bon oncle, en le voyant prêt à transpercer un
chef-cl'œuvre; il s'efforce de lui retenir le bras;
mais le jeune homme n'entend pas raison,
que les vingt-cinq louis ne lui aient été remis.
L'oncle capitula, la paix fol faite et ils
s'embrassèrent.
Le tour fut tromé charmant; et le Premier Consul, à qui on le raconta quelque
jours après, 'en amusa beaucoup.
LômSE COCllELET,
Lectrice

.,, IOtJ ,..,._

,.

C0Nc1N1

~

la Re/11e JI orte1Ise.

•

�"------------------------

◄

Fanny Sébastiani, duchesse de Praslin

CHAPITRE PR.EMIER
llan · le somplucux Lùld que fil éle,·er
j:idis la prince c de Bohan-Soubise, honorée
ile la faveur du grand roi, tl Iran form ~
rnainlenanl par l'ttal en palais del; Archil·c·,
il e~t un pi\:e crèle 11ui rc.te formée au
regards profanes. L'cnlrée rn c. l interdite
aux curieux et aux étrangeri: qui admin•nt,
cha,1ue m:iine, le· .pl
de l'hùtcl
SouhLe, la riche· c de c boi
, mai::nificenœ de es peinture el la uperbe ordonnance de cs grand appartements. Le.
nombreux lrarnillcur• 11ui ,iennent compul·"r les documents, dépouilln les dos. ier cl
fouiller san relâche le lourd carlon poudreu. , .sont :oumis à la mème rirroureu:c
con_i ne, et aucun d"eux u'a le droit d'en
franchir le cuit.
Celte pièœ m1,tériea~c. dont le directeur
dt• Archi,e lui-mtlme con~1•ol parFoi à enlr'ouuir la porte à de rare pri, ilé•rié. , pourrait 'appdcr le « mu~ée de l'horreur », car
lou · les objcls 1JU ellc renferme ne rappellent
que d · . OU\"enirs d\:pou,·anle, el n e rarportcnt 11u'à de· drame .anglant · ou Lragique,.
Lo premier objet 11ui attir, le regard, c'e ·t
le couteau arec lequel llamicn leota d 'a sa ~iner Loui. \V, el, tout auprès, sont les vêlement· qu'il porlait le jour de l'attentat : un
habit el une rc le de drap rouge somLrc,
avec le contenu de e.· poche au moment où
on l'arrêta. El parmi cc pamre . ohjds Camilier , c'e ·t arec une étrange surpri~e qu'on
aper ·oit un humble chapelet, aux "rain de
bois u~é · par un long u age!
.\ coté ce ,ont de couteau · encore, un
petit, à manche de corne, puis un autre qui
·emhle un cauiC et enfin une petite lame
émoo,sée !'ans manche ni monture.
C" · t à l'aide de ce. arme' 11ui parais cnt
inofforisÎ\·c que ix convt•nlionnel . e poi0nardèrent enseruhlc n se les arrachant ucce.s.iremcnl du ca:ur.
n .ail comm •nt le célèbre inventeur du
lendricr réruulicain, le malhrmaticicn
llomme, condamné :nec dnq de ·e. confrère ,
Dourdolle, du floy, Uuquesnoy, Goujon et
, ouLran1, comme complice de la dernière
con~piration montagn rde, ré~olul a\ec eux
&lt;l'échapper à la guillotine en e dono:mt \'O0

0

Arc/11ru .,atùmal,·11, G t,. ~Oc à l:!
- T:11~.,a«•iital ,1,. la tlur/u~.,c dr /'rn,,/i11. par A.
~ ,·ine, 1•11~1. - t:ma r, ct!li:l,rn j,ar A. t'ou,1uil'r,
1, 51&lt;. - 1;11:rllt ,Ir, T,il,u1111u.r, !Hi. - /,,- !fo.
11itr11r cb ':!':!, ;;1 111ùl, 1.. cl 2 . q•lcruhre ll!i7. l.t tfria f u io11 , pa r llut.inel tic Clr:n , IUI , . /,'a/J',,ire Pr,1ali11, Jlatlwloyi,· d11 mariage, pni·
me .le • nuj,11', J15C11d nymc J1.:m . Ba.mut, 1 i .
- l.'J11ltrmt'd1111rt. de U1err/,rur1 ri de, t;urinu.
- /,'affaire l'r11Nliu dtrant l'llùt11fre, per G. lionnc L- -

Par le Vicomte de R.EISET

lontair ment la mort. Il s'enfonça r',olumcnl
dans la poitrine le couteau encore tout anslant de Goujon, qui arait le premier donné
l'exemple.
'ur la Lahleltc voi ine, c'e. l le poinnarJ dt!
l.riuvel, l'a:sassin du duc de Hern. La Jarne,
fru.tc et madl'e, ei,t cmmanchJe dan un
mnrct•au de boi à peine dénros. i IJUe l.i ,iolcncc du coup porté a fait éclater dan loule
,a lon:rutur. A cette arme terrible, on ,l
j inl, ous. le même ceau de cire rouge,
cl
·
· , longues tirre de fer
carn.le ·, oigneu. ement
l'eit~mité,
1111e l'a ·a.,. in, dan . a fureur • • •
"L
cathécs sou, es vêtement. .
Plu. loin, c· •·t la macWne iufernale de
Fie chi arec e multiples canon de fu. ils
dont deux apparai enl fraca sé, cl tordus.
Cc ont ccu qui, .ecrètement bourr: d'une
trop forte cl1arge de poudre, devaient Llclalcr
prè du conjuré ch:1rrré d'allumer le!· mèche·
el faire ain i di paraitre un complice qui pou,·ait Je,·enir dan°ereux. On ·ait comment
Louis-Philippe et se fil, échappèrent par mirade à l'allentat. L'en:rio mourlrier plac; à
une fenêtre du boulevard du Temple ravagea
l'e corte roJale, ou dix-hait personne. fur •nt
frappée ~ mort. Le maréchal fortier, duc
de Trévi e, était au nombre de ,·ictime:,.
"ur une planche toute proche, on voit une
carabine u·ec un fragment de tronc d"arbrc
percé d'une ballti; témoignage· d'un autre
allcntat tenté encore conlre Loqis-Philippe
dan· la forèl de Fontainebleau.
Enfin, dan une dernière 1·itri11c, ce ont
de couteaux encore, un poi1mard, d , lalagan et un pi tolet à eros e d'irnire, auquel
adhcrent 11uelque. rlteveux de f •mme. A r.ôté
de col ar cnal, une foule d'objets hétéroclite
ont d 'posés pèle-mèle, macol: de trace
sanglantes : un chandelier avec sa bougie,
Jeu"&lt; volumes, de lourds rideaux de damas à
douLlure rouue et un cordon de .onnclle eu
. oie jaune. Toul auprcs d'une c.-rare el de
deux verres, une poudr, blanchâtre troméc
dan· la chambre du duc de Praslin; el eofîn,
les \'èlcmcnls de L, ,·ictime, de mi::nonue
pantoufles mordorée , une pail'e de lias, une
coifTure du femme et une chemi ·e de toile
blanche devenue bi e et encore raidie par le
Ce sont le· pièces à conviction du urefie de
D 1
·11 11IOI&lt;). - • Ln llorl rl11

lvr ueil L, /ai, du 1:,

/lue,/,· l'rafiitt (f,rloi,· ,lu ':!O oclolu,· H!O:i. - l'11
lr1111,i11 dt: l'aR'niu /'ra.rli/1, 1,ar li. Uuntoqn, il
, Edafr tfu 30 aoùL IOOlî). - L,· dur d,· 1'1-a.vli11 rt
L/e11ritlle Ddu:y, 1.ar larcellin l'eld 1/,,• Siècle ,lu
31 ja,I\Îcr ·I du ti juin I\JOO . - / ,e Jy th e Ch11i1eul-l'rasli11, par R. de Rauvillt• (Libre Parole olt's
t5 el ~9 tJClobre 1905 , - (,!11dqur llU(tt •ur
/'offoire Prn,liu, par ft•lix l.haru.bou (Jo111·1111l dt
Dt'balH clu ':!!h,clol&gt;rn 1005)
'4

1 10 ....

la Cour de· pair .ais1c !or de l'a a .iaat
de la ducbe•. e de Praslin.
Celle trani11ue aventure, un lifre récent
vient de la remettre au jour. Était-il bien
néce .. :iire de remuer à nou,eau ce· souvenir Ju ..11bres'! c'e l ec t(Ui emblera singulièrement di cutaLle; beaucoup de geo pen.eronl, comme moi, qu'il était inopportun de
r:ippeler celle trbto hi toire et il en e I bien
davantage encore 11oi 'indi!!Ileroot à bon
droit de affreuse accu ation portée conlre
l'infortuu~c victime, dont la 60 tragi')ue tl
le lontrue ·ouffrances morales avaient fait
j11~1u'ici l'objet de la pitii! générale.
Lee faits 'ont connu . depui Ion ternp el
il . ufhl
p Ier en qucl11ue lignes.
fieu de fcmrn
un dc.,tinée au~,i
Lrillaule en e débuts, a
.on déclin que Fann1-Ho.:1lha--n.,,_ _~..,
bai,liani, qui épou a le duc de Pra lin.
•ul · prénom· seml,lenl la 01ar4uer d'une
empreinte toute parliculièrc; ils ·ont sMui.:1nt dans leur étran,•eté el cmLlcnt érnquer
lus id1'•e de grandeur et qe poé ie l(U'clle réunit
à fa foi dan, .a per~onnalité i nllachanle.
lleureu e, elle le ful aulnot que frinmc
peul l'être, alors 11ue son mari, lidèle à .·e ·
de,·oir:, épri de ..a réelle beaulé, demeurait
invariaLle111eul auacl1J au :-ilion gracieux
11u'elle traçait dan· sa ,ie. Malhcureu e, elle
le devint :, l'ncè quand la trahi on 'iwtaJla
i1 Ôn fo)er, 11uand les plu infàm · macbi11:ition ·organisèrent autour d'eJle pour éparer une mère de es enfants j1u1u',à la nuit
Tata.le el lt!rrible qui mit le ceau à son inforluoe, et durant laquelle elle tomba . ou le
poiirnard d'un assassin!
Quelle fut la eau c de cc Lcrrible drame?
La r 1ponsc appartient à l'histoire.
La Lille du rélèl,rc mar •chai Sél,a tiani el
deJeanoe de Coi•m a,•ait épousé, en 1 ~ L
Théobald-Charle -Laure de Ghoi cul, duc de
Praslin, ~ ir de France cl arrière-petit-lils
du mini tre de Louis X . Sa mère ét,1it morte
en lui donnant le jour à Con. tanlinople, où
ébastiani représentt.1il la France auprès du
• ullan, ll l'enfant fut éle,J par a grand'
mère, la marqui e de Coinny, dool I amours
a\'CC Lautun . ont restée célèbre.. JI n'tltait
pas Je g,Herie5 11ui n'eu,. ent entouJ"é a première enfance. Entre "a grand'rui:re 'lui l'adorait et . on arrière-;rao&lt;l-pèrc, le rieux duc
de Coign), itui l'idolâtrait, elle a,ait !IT:lndi
insouciante el comblée de cadeaux par le
maréchal à chacun de -es retour triomphant~
dan, la capitale. entre dcu ca111pa"né , deux
mis ions ou deux conquèles.
Le:, époux aYaient tout pour èlre heureux,
le mari a\'ait dix-neuf an , la jeune femme

en a,ait dix-sept; par :e de toute 1,". grâc~
de la jeune~ e 1·t de la beauté, elle apportait
une immen. e fortune à celui 11u 'die a\'ait
choisi elle-même el Je ·011 plein grJ. Le duc,
hel homme, uu puu froid et compas ·é, c
laÏl&gt;~it adorer par sa femm1: expan.i\'e cl
ardente, et tou deu '"mlilaicnl noir l'un
pour i'aulre uuc mutuelle ltlndrc~~e. En
11ui11ze an,, neuf enfant étai1·nt n 1 · de ce
maria••e, lor~1111e J"arrifée d'une in Lilutricc,
jeune, jolie cl intrigante, Mlle llenrielle llt.'lu.:y, \Ïnl jt'ler le Lroulile dan · cd intérieur
·i lun"lemps uni.
'l oul chang-c à partir de .on entrée da11,
l'h1ilel ,._"éha tiani, duut le ménage Pra lin
occupait le . pl •ndide rcz-dc-rhau 'l' '· Celle
petite ••oufernante, fraichement d !l,ar11u1'.e
d'.\ ngleterrt•, a ,·ec ~es cheveu hlond ·, ci,
ùenls Lla11chc· cl on ne:i: ltlgèrement n·lc,é,
a liltéralemeot en ·orcelé cc mari ju~que-là
irréprochaùlc, et, peu à peu, on allitude en,cr. sa frrum • .e modifie d'une façon complète. La Juchc~se, 11ui approche de la «1.uarantainc, e.~t afllicrée d'un colo al emùoopo111t,
c•t c'e ·t awc une la .ituJe non dis imuléc
11ue le duc subît le:, protcslatiou · de tendre. 1•
Joni elle ~è monlrc prodi.,ue 1.
La d'cnlt•n&lt;lre de· doléance el de r · ri111in:i1ions ans ce., e renomcli:es, cxrédé par
des colhes ct de jalou ic · Loujour:; r •nai •
.ante , il. 'éloigne peu à peu de -•ttc épouse
trop passionnée à "on rrr \ cl . 'il c~nlinue à
\ i,-re ~ou· 1• même toit el à · as eo1r cha,1ue
jour à la même talile, il 'éloisne cep ndant de la chambr commune el il
cesse de parta cr le lit conju.,al. C'c t
la rupture définithc de l'intimil: dan,;
1111 ménane lonntemp ciL1; comme
modèle.
'1nw de Praslin alors prc11d le
parli d'écrire à ~on éroux ce IJll'elle
n'a plu· guère la pos ibililé de lui dir',
l'l les lettre qu'dle lui adre·.c, ~ouH'Ill plusieur foi par jour, ·ont
remplie. à la foi de plainte el d'e&gt;.cuses, de pardons el de reproches. La
malheureuse Cemme, qui adore le duc
lbéobald comme aux premier jour
de leur mariage, .e dé. ole et e dé-e •
pèré de cet éloignement, el la violence
natur •lie ile ,on caractère emporté
uxai:p' re la jalon, ie qui la dévon :
a Cher Thêol,ald, écrit-elle, je me
foi.; plui- de reproche que tu ne peux
t'imauiner. Je forme les plus fermes
réwlutioo ·,mai· unélatd"exa ·péralion
«Jue je ne puis contenir m'emporte
a faire de cho. e. que je lilàme. moituème. ... Je de,ien · airrrc el méchante ... et fag!:talc mes tort. lou ·
I •· jour .. .. i Lu .a,ais romme je
uis profondément allligée de Le rendre ainsi malbeurcu:r, mai. en \'érilé
je n'ai plu ma tète; autrefoi tout
m'amusait, me plaisait, le ·peclacle, une fêle
comme aujourd"bui me chnrmaienl, mainte1. 1, J,,',tel él,a,tiaui -Pr ,lin ,. trou111t au uumér,,
rué du f' ■ 11l111u1· • ·ainl .lfono, ~ et ét. it situe
r I', 111pl•1•i,111,·11l .i .. l.1 r11e rfe I ély;{,' ctu , IJ,·.

:,:, ,1,, 11

'F.AJYJYY

SiBASTTAJY1, DUC11'ESS'E DE 'P'R_ASL17Y

uant tout me coùle, m'auristc, me pèi-c parce
que je :;uis mal a1·cc: toi! o
Dans celle ,olumineuse correspondance.
décou,erte dan· le :ecr~taire du duc après
l'a· a- ioal, on frourn l'écho des . ène ' tumultueu b que \Jme de Pra.Jin rcnoun:Ue
·ans ce e; on mari la menace d'uoc rupturü :i elle ne renonce p:i à se 1iolenec ·,et le.,
ri!gret:, alor· succèdent aux emportements :
a Je commence à très bien ,entir, écritdle, que si je ui · triste cl malheureu. e cc
n'e ·t pas une raison, lor, mèmc 11uc mon
amour-propre est l,lt:s ·é comme me· alfoction , pour être emportée, cl do mauvai e
humeur ... mai, tu miln uoc 1ie capable,
je te le jure, d'~xciter la jalousie de la femme
la plu · calmc, la plu · iudillërente !...
« îa fomruc o·a d'autre bonheur, d'autre
alltclion, d'autre famille, d'aulrc appui 11oe
toi. » dira+clle dan une autre lellre plus
brûlante encore. « 1lh ! ne ·oi · pa sourd à
c prière .... Tu la· rcpous c co111rue une
coupai.ile, elle n'o e pa ·e pré;enter à les
)'CUl, t'ouvrir son cœur, te couH'ir de cares.e , t'aJre~ er · : pri.:•res. Tu l'a· chas,ée
Je Ion lit et Je Ion cccur; li:rai,-lu davanla c
si elle ue t'était p:i. fidèle! Eli• pll'ore jour
el unit; elle :itli.md à ta port et n'ose cnlre1·,
car demain tu le lui reprocherab peut-ètre 1 &gt;&gt;
C'c t dan, ce langage c.n0ammé que l'épou~e
délab:ée exhale • plainte. , mais c'c ·t en
, ain 11u 'elle e dtS.~père; à me,nre que
l'r~lin est capthé da\anta e par IC's diarmc

lice

Dl,; PRAl&gt;LL'i,

ùe !'in tilulrice, sa froideur pour ~a femme
sè change Cil dénoùt cl ·ou indilfér ·nœ de\ienl de la haine.
La ·itualion empire au point qu·il en
arri\'e :, ~éparer d'une façon complète \lm,· Ùû

Pra~lin de s . propre~ enfanl:. Ceux-ci,
d'aprè~ on ordre, ne wrr.&gt;nt plus I ur mère
11u·cn pr: eoce de lïn ·titutrice, et la Juche e
aura la défcn~c expre~ e de pénétrer daru
leur appartement. La pauvre femme, pendanl
Je Ion:! mois, lulle contre cc cruel étal de
cho. e;; se nombreu e lettre à on mari,
le journal 11uolidien dan~ lequel elle -.'épanche,
nou monlreol quelle cruelle oulfrances
elle endur •; ruai·, lors1ju'clle constate a1cc
douleur que l'a~cendanl tic l'in Lilntriw
'exerce ur le, enfant au. i bien que nr le
p;,r •, la mesure lui .cwbli:: corul,lu cl elle
'adresse au maréchal pour faire cesser .on
marLJre. Celni-d inlerl'ienl aupr'' du duc ri
lui déclare dans les terme:; le · plus lurmcl
•ru'il faut en linir:
u \Ion icur le duc, iui écrit-il le li juin.
mus parlct l'Our Pra~lin n,ec l'iolcnlion de
garder .\Ille flduzy cl ùc faire uliir à ma
fille la plu cruelle et la l'lu~ Jégoùlante dc.s
humiliation . Il y n cinq an, 11ue Ct'la dure;
,·o filles 0111 ,:icribëc· iaw pitié, je ai.
11u'elle· Ï"norenl tout c • •1ui ci.t. .. mai la
pres e de PJrb a pri oin d'en informer le
monde entier, el aujourJ·hui, ,ou ètc, le
ujet de loutss le co1ll'cr,ntions scrmdaleuse,.
You~ ète. nwu~ltl par uo pa:,,ioo fatale ....
Et le maréchal md son gl'11Ùre en dcm(•ore
Je rem·o)·er l'intru -~ immédiatement. Ce Jerni&lt;'r, ·ou. la menaced'uo éclat. .c déciddcon,.édin la gou\'ernanle,c.:m~edc toulce caudalti.
11c pcn-Ïon ufl1~ante color~ra on renvoi.
I.e départ d'llenricltc [) •luzy, a être
l'arrêt de mort d Fanny 'éLastiani.
Lïu tilutrice . 'eloigne J, 1 juilH,
el un moi, plu tard, jour pour jour,
la duch • . e est a as ·inée !
Au militiu de la nuit. le l · aoùl,
de cris ofTreux parlent ùu rez-decbau sée Je l'hôtel {1,a liani, ré\cillant en, ur,aul les .erviteur· qui pén~trcnt à grand'pcine par un cabinet
de toilelle dan. l'appariement de leur
maitre· c, fermé à l'intérieur. 011
lrOul'e la malheureuse à demi nue,
ràlaut, le jamlics r pliée ous elle,
étendue à terre dan une marc de
ang au milieu de meuJ,les en d :_
. ordre, l rd~e de coup de couteau.
à demi a· ·ommée, cl la gorge OUl'Crte.
L3 chamLrc bou!ner t , le· tentures éclalJOu~,ée ·, les lapis souillés,
le cordon de onnette a Jemi arraché témoignent de la ,iolcncc d • la
lutt •. Aucun \O( n'a été commi ·, aucun, tcntativ d'tffraclion n'a élé
faite, toutes li-:. b:.-uc · donnant sur
l'e 1&lt;:ricur soul rl·'-lée~ herméti4ucmcnl clo~1•s. Le. com111i ,au-e · Buzelîn
cl 1 ruy e.,plorc·nt Je fond en combl!!
l'bôtcl dn faubour" • ainl llonoré,
pui c'e t l'arri\ée ù'.\Uard, chd de la
ùr •té, de ~1. Boucb , procureur du
rui, &lt;le )1. llcJan ..Je, procureur général, el Je
,1. Droa .. eau, le juo-c d'inslroctioo; on interro"e le· domci tÎljUe' terrifié , on écoute la
d~po. ilion du duc de Praslin qui balbutie cl
;c trouble. pà.lc el tremblant ~ons . a cnloth:

�"----------------------- r

1flS TO']t1Jl ---------------------=--=-~----"'.:--:--=----::-:------:-.-;.-;.---:-~

.

•

de ,clours noir brodée, enveloppé dan .a
robe de chambre de molleton marron.
On n'est pa · long à découvrir le nom de
l'a ·assinqueloulaccuse; .onatlitudc,:1range,
Ir!- écorchures dont il e· t t-oun.:rl, les tach
su~pecle' que porte sa robe de chambre, el
le trace· sanglaole qu'on rclt\re sur les
lapi· entri! son apparlcmcn~ el celui de sa
femme I Une ürrnière découverte achève de
le confondre. On trouve dans le, doigts crispé· de la morte une poi«née de ,c cherem.
Devant ces preuves indrniahlc, , il re te
atterré cl, san. pourlanl faire l'a"cu de son
crime, il ne trou,·c pas la force Je protester
contre l'accm:ilion terrililc portée contre lui.
Le Lut de cet atroce allcntat n'e. L que
trop évident. Pra.lin ne s'est pas ré igné :1
rc ter séparé d'Ilenricllc Dduzy el, pour
offrir une couronne d'! duche~se à celle arcn• tarière, il a assassiné la mère de ses enfanls.
Co instant, on peut croire LJUC l'ancienne
gouvernante c~t complice, mais aucune
preurn n'est relevé' contre elle el, après
qm•lques semaine. de détention, on la rend
à la liberté. QuanL au coup:iLle, c'csl luimême qui va se foire ju,ticc. a qualité de
•plir ùc France n'a pas permis d l'incarcérer
anrnl la comocation de la haute cour de ju ·lice, el c·e~t dans ~on hôtel même qu'on l'a
gardr. Sc YO)'anl décomerl, il a abrnrbé tic
l'ar~cnic. Le poison ne Larde pas à faire son
œuHr,el lorsque, le 21 aoi'il, l'ra~lin, lran port~ à grand'pcinc au Luxembourg, comparait devant · juge., ce 1i'e·t déjà presque
plll qu'un cadaHc. Il e. l dan un tel étal
de faible ·se que la Commis ion remet à un
autre jour la fin de l'interrogatoire qui n~
sera jamai rcpri !
Le ~H, en elfet, à quatre heure du oir,
le duc succombe aprè3 avoir rail on testament cl rempli es dcroirs religieux, mai·
·ans avoir con•cnli à a\'ouer nellemenl son
crime. li avait ,·oulu ju ·qu'au Lout gard~r
pour lui son secret!
• L'accw;é disparu, la Cour de· pairs n'a mil
plus de jugement à rendre et clic ne ,e rcunil
que pour rntcndre le rapport du chancclitr
P:i quicr flétri aot la mémoire J.i celui que
1:1 \·indicte publique n'a\·ait pu atteindre.
L'cmpoiEonnement rut-il réel, le marédwl
i:éua liani se rendit-il auprèr de son .,enJrc
comme on l'a raconté [ our lui donner le
1;hoi1 entre une balle de pistolet ou un paquet d'ar~enic '/ Ou ù,ien n' eut-il là 1p1'ur.c
:-impie comédie de tinée ;1 ma quer l'évasion
du coupalile ') C'est là, comme on le verra
plu· loin, une qu , 'lion rc Lée ml lérieu e
que l"opioion cherche encore Yaincmcnl à
résouJre. ~i ce point d'bi Loire est rncore, il
faut bien l'avourr, obscur pour beaucoup, il
c,l impo siLl~ de méconoailre, en rcTancbe,
a"ec quelle pénible urpri e le public a accueilli les calomnie! indi!!lle dont on a essalé
dan· un füre récent de souiller la mémoire
1. Le d,,,,;ier cri;1TIJ!( fC , omp,1,e &lt;le cin1 culon
déposés au Ard1i1es :.'lationalcs sow ln cote GG. 808
il !112.
2. On a dit juc ce journal manusrrit i:tait ma111tcno11l enfermé ans l'armoire Je fer de Ard1ivcs :'latiuoalc5, •ur l' "rigine thl,. laquclle heaucoup Jr g&lt;:11,, . e

cruelle décision! Après avoir in tallé J'adultère au foyer conjugal, le duc devait avoir la
crainte incessante de voir faire sur son compte
les plu fùcheu es ré\'élations .
Affolée par la jalousie, exaspérée par la
colère, la duches e, entraînée par l'ardeur
du ang corse qui coulait dans ses Yeine ,
pouuit, dans sa douleur indignée, être tentée
de prendre pour juges se propres enfants,
en leur dévoilant les hontes qu'dle était contrainte à uhir jusque dan sa maison. Comment)[. de Pra lin n'eût-il pas été h:inlé par
celle inquiétude, el quel moyen plu efûcacc,
pour en empêcher la réalisation, que de rendre impo : iblc la moindre confidence 1
Pour Lou l lecteur impartial, celle ex plil'ation paraitra é,·idente el YÎ1mdra détruire
celles du nou\"eau bio!!rapbc de Fanny Sébastiani qui lente de modifier compl\temenl son
rôle t Le retrait, des dossiers I du procès, de
ce jourual intime où Fanny Séha tiani inscrivait au jour le jour se chagrins, se· joies
ou ses e.! poirs, ne eaurail étonner personne,
tt c'est encore une suppo,ition purement gratuite que de ,·ou loir en conclure qu'il &lt;levait
contenir sans doute CJllclque houleux a\eu de
sa parL! Ce manuscrit, confident des douleurs de la
malheureuse Yictime, a été publié loul au
moins en partie, an!· la plupart de ses lettres cl le mémoire de la gou,ernanlc, dans
le ra pporl de la Cham hre de, Pair . li ne fau L
Jonc voir dans celle suppreS5ion, i elle
exi ·te, qu'une naturelle déférence au ,·œu
pieusement exprimé par les neuf enfant
l)U'un drame avait rendus orphelin·•
Cc n'esl en outre ni la lellre de l'institutrice du ~ juillet 1 · n, citée comme une
preuve iocoule table, ni la rêpon e de Louise
de Pra.lin datée du lendemain ~9, c1ui pourr:ticnl, quoi ,111'00 en dise, éla)cr celle mon trueu e accusation. ~111e Ileluzy parle Lien
des deux jeunes Pra.lin (dont l'uu a dix ans
et l'autre qualorzr), c&lt; prr\'erli · par celle affreuse influence de leur mère », et la jeune
fille 'indigne contre /es lwrre111'" qu'elle a
apprise sur cette dcrni/•rc I Mais qllel est le
S&lt;'n exact de ces deux phrases cl n'est-il pis
nni rmblahle de prn er qu'il s'agit toul simplement de plainte &lt;JU&lt;' la mère dan . son
d~ ·espoir •csL lais ée aller à adrcsrnr aux
•nfanl _ur leur père. Une autre lettre écrite·
par !'in. titulrice quclc1ucs jours avant le
drame ~cmblcrait le Mmonlrcr avec la plu
complète é1idcnce: « flétcndez le · petits le
p!u 11uc ,·oos pourrlz (contre leur mère),
di ait-elle à Louise do Pra lin, la future
comte· e de Gramont; pour cui, c'e l un
danger qui me remplit Je terreur; paurrcs
PRA:'&gt;ÇOJ -II0RACE, COMTE SED,\STl.\.'11,
enfant~, à la place du scnlimenl le plus doux
E..._ 1!!17.
et le plus saint, on leur apprend le mépri' et
la haine! ,,
Que dire, d'aillcur , d'une pareille institucelle de l' rpousc, il est encore une rai 'OD qui
trice
qui aurait assumé le rôle odieux de se
eût pu, en quelque sorte, expliquer celle

foire vis-à-vis d'une jeune fille de dix-neuf
ans accusatrice de a mère et de lui d~.
~·oiler l_es infamies monslrue~ses c1u'elle lui
111_1put~~l- Dans de pareilles conditions, la
depos111on du petit garçon. même si elle :i
existé, ne serail pa une preurn urn ante,
C'ar la ~aine jalouse de la gom·ernante aurait
p_u Iac1lcmenl la suggérer à rnn incon •
c1ence.
Hébert amit o é tenter de clé honorer
Marie-Antoinette en lui donnant on fils pour
accusateur j c'e. t ur lui qu'en-a rcjai11i toute
la honte. La postérité, celte foi encore, fera
bonne ju lice de ces affreuses calomnies el
elle s'en rapportera aux paroles prononcées,
dan son rapport à la Chambre de pairs,
plr le chancelier Pasquier. Pour emplo11·r
sa propre expres ion, le duc restera « un
gr:ind coupable 1&gt; et l'infortunl!C duche e
&lt;t un ange de bonté! »

de la ducbe e de Praslin, en r&lt;!\'eillaot inutilement celle tragique el sorubre hi~toire
vieille de plu. de cinquante ans.
Ces accusa lions sont d'une telle nature
qu'on hésite à les mentionner. La duche sP,
pour (out diro, (( aurait corrompu .CS enfants » ! el cl'· calomnies ,ont d'autant plus
rérnltanlc que celle effroyable thè,e qui
chanore en ju~licicr un sini.trc assa in e l
dépourrne de toute vraisemblance. L'innoccncé dl• ~Imc ile Praslin éclate presque à
chaque ligne dan les lettre:- intcrminaLlcs
qu'elle adr&lt; · c à on mari. Ce dont die
s'excu c toujour' el ~ans cesse, c'c»t de ses
colère 'lu'elle ne sait pa · maîtriser, et de sa
jalousie qu'l'lle ne peul surmonter. Mais
nulle part on ne roit la moindre trace qu'elle
ai I rien à se reprocher, et, dang ses regrets
comme dans .es prières, on ne lroure le
moindre aYeu : « [)c qnoi m'en veux-tu, mon
Lien aimé, écrit-die 11uclquc moi a,·ant
J'horriLlcnuit "du I ao1'll 17,sicen'c·L
de mes soupçon et de me~ emportements? D
fal-i:c là le cri d'une conscience inquièle?
La défcwe faite à Mme de Praslin, par son
mari, de ,oir ses enfants en dehors de la
présenc1: de l'institulrice ne auraiL ju Lilier
en aucune manière ces affreux soupçons.
Quand bien même le 'duc n'eût pa oLéi 1t un
.entimenl de haine el de t1ranoic enYers a
femme, en lui reliranL ses droits maternels cl
en lui enlevant la plus douce des consolations; quand bien mèmc, en agissant de la
.orle, il n'eût pas ol,éi à l'influence Loutcpui ante de l'in lilulrice qui rnubit usurper
à J'htitel "'éLa,tiaui la place de la mère et

ehjcl qui n'o11t de nlt,ur qnc par le_ sou,cuir : les
lromp 111. li ne $'agit 1.as iri de la mnlèrieu-.c arclefs 11.! la ville de Gand l!t le~ éclionltllons de~ rohcs
moire qur. J.oui1&gt; XVI avail in. lallêe aux Tuileries rn
,orlée« par lime Efüal,elb d par la.. Rein2 pl'n'.lan~
l i91 . mais d'un m ·uLlc à l'lfprruve de l'in~codic qui
es demières a.nnées de ln llé1'0lu1ton. Je dois n
,lale de ln même époque. Il rcurerme, tllllre de. re•
l'ohligeance
de • 1. Dourlo, lo g~rdicn:chrf des. Arjl'islrcs d'éta l ri,·il de 14 m~i,on Bonaparte, les nb&lt;lid1i,cs, ,l"tm ,noir rn le conlcnu a plu&lt;irars r~pr1ses.
calions de l.oui,,.flhilippc cl 1k :'lapoléon, qucl,1uc

l

:

r

ANNY 8'ÉBAST1ANT. DUCHESSE DE P~ASLlN - - ,

et les docl~urs Orfila cl TarJieu, commi~
pour la pratiquer. Leurs conclusion sont
précises el formdlcs. Le prévenu a suc-

nion publique, loujoui,; avide de meneillcux
cl d'extraordinaire, se contentât du rapporl
officiel, 11uclque circonstancié IJlt'il pùt être

CHAPIT~E Ir

La survie du duc de Praslin .

•

« L'assas in - avait dil le chancelier
Pasquier dan on long compte rendu à la
Chambre des Pain, en fai~anl allusion à l'cmpoi onneruent du coupaùlc - 'c Ljugé luimème et s'esL condamné 1 ,, ~lai , dès le lendemain ùe la morl du duc, d'étran"es rumeurs aYaient circul~ et l'opinion puùliquc
n'avait accepté qu•a~rc résene les laborieuses
lion,. ·. ÈIIA Tl.\'.\I ; l'A•,'ADE Sl Il LI: j.lRlll'I. - /J'11tres te Je.ssln dt BERTR.\NO. (.1111~0:e Car11a1•a/el.)
explications données par la Cour suprême.
On conuail la version officielle : Le duc
rc té pri onnier dans son propre bote! après comùé à un empoisonnement par l'acide ar,é- cl (JUt!lque ,raisemLlables 11ue pus col pala découverte d~ crime trouve moyen de s·~ nieux. Le commissaire de la Cbaml,rc des raitre le faits rapporté 1 ~al1,ré les détails
procurer du poison, et, trompant la surveil- Pairs, Monvalle, C'l Allard, cbef de la , ûrcté, précis de l'empoi onnement, les visites rélance de ses gardien·, aù-orbe une forte dose fonl alor · procéder à la mise en bière, cl pétées des médecins, les con tatalions des
d'ar enic. Tou les rapports de· témoins el c·e ·t en leur pré cnce que le cercueil est témoins, el enfla malgré les déclaration fordes gens de police nou le peignent p:île, dé- cloué, pui dépo é dans un fouruon rll'
melles contenues dans le procès-verbal d'auprimé, en proie à d'atroces douleurs; le do&lt;r pompe funèbres. On signe le procès-\'erbal lop ie, des bruits persistants circulèrent, lenLeur Louis, qui l'examine, croit reconnaitre d'enlèvement du corps et, au milieu de la danl !t infirmer la Ycrsion du suicide.
le · S)mptùmes « d'une orle de choléra», el nuil, le com'oi plrl pour le cimetière du
Gendre et petit-fil de deux maréchaux de
·on étal e t i alarmant lorsqu'on le Iran ud. Hès la ,eille, Momalle a eu la précau- France, le coupable joignait à on litre de
port~ au Luxembourg, a\'CC d'infinie pré- tion de faire crruscr une Cosse dan l'ùn • duc el pair, celui de chevalier d'honneur de
caution- et dans la propre Yoiture Je De- iles allée de la 1• division. Les fos oycurs la duchesse d'Orléans. C'en était as cz pour
caies, que la Commi ion de la Chamlife des pré\'enus sont à leur poste; à trois heures le faire dire que la h:iule situation du coupaPairs appelée à le juger doi~ suspendre son cercueil est descendu ·ans bruit d:in la l,le l'avait fait échappe!' à un chàLimcol méinterrogatoire après lui a,·oir po é quelques tombe qu'on reforme sur-le-champ, el, au rité cl que, gràœ à la complicité du Gom·er- ·
brèves questions.
matin, rien ne sub i te des événement de la nement désireux d'étouffer un pareil .caudale,
Le lendemain la jtuation a mcore em- nuit; c·e. t à peine .i la terre fraichement re- le duc 'était éfadé de sa prison et oustrail
piré; M. de Praslin se rend compte que sa muée iodique une sépulture récente.
par la fuite aux rigueurs de la justice.
fin esl proche, el veut avant de mourir se
C'était le dernier acte de ce ombre drame.
La Ilé\·olution de FéHicr, en remersant le
mettre en rèrrle aYcc Dieu el avec les
Toul se trouYail terminé par la mort du trône de Louis-Philippe, amena d'autres pr :_
hommes : il dicte on testament et fail appe- coupable dont la di parilion arrêtait Ioule oc::apalions et détourna, pour un temps, l'aller un prêtre. Il 'entretient encore avec Oc- espèce de procédure. Le duc de Praslin était tent.lon du crime de l'hôtel ébastiani; mai ,
tales el arnc le chancelier Pasquier qui s'ef- morl officiellement, et le chancelier ava:t lor que les trouble politiques se furent apaiforcent en ,·ain de lui arracher des aveu1
réuni la Chambre des Pairs pour lui annon- sés et que le calme fut rétabli, les mêmes
puis, deux heures après avoir été admini
cer que l'accusé s'était fait ju tiœ. Il sem- rumeurs se réveillèrent pour circuler avec
par l'abbé Martin de oirlicu, curé de Saint- blait qu'il n'y eût plus qu'à faire le silence bien autrement de force et de consistance
Jacques-du-llaul-P.is, il rend le dernier sou- ~ur œ douloureux roman pa ionnel, dont qu'au débul de l'affaire! Celle Iois, pour
pir. C'e t le 24 aoi'lt à quatre heures et de- celle malheureuse famille avait été la vic- affirmer la sur1ie du duc de Praslin, on inmie de l'aprè3-midi; six jours se sont écoulés time, et il ensevelir dans l'oubli ces terribles voquait des témoignages et on s'appuyait sur
~epuis l'as assinat. •
• el sanglants souvenirs.
des pré omp~ons. Or, parmi les arguments
Le même soir, le docteur Rouget constate
lais cc n'e l pas ain i-que les cho es Ee invoqués, quelques-uns étaient de nature à
1 décès dont le Procureur du Roi assisté du passèrent; la disparition du coupable avait jeter le trou hie dans le esprits; certaine
Directeur de la pri on, reçoit la déclaration· été trop brusque cl lrop rapide, el sa morl bypolhèse3 n'étaient pas dénuée. de naiscml'autopsie esl décidée par le docteur Andral'. était urvenue trop à propo pour que l'opi- lilance, certains faits paraissaient inconle .

Iré

\', -

lit TORL\, -

Fa,,,:.~.

�-

---------------------------

H1STCJJ{1Jl
sancc, a longtemps habité dans l'Llc, ?~ sa
famille venait lui faire de fréquentes ns11es.
M. Robinet de Cléry, ancien avocat général à

involontairement : « Et la pension du beaupère! »
.
,
Qllel était le chiJire de celte pension? c, est
point sur lequel on .n est
pour arracher le duc à ngno---------=---=--~-::::---=:--:= :--:==-==-=--=========:-:-:::71 un
pas bien, d'accord, mais cc
minie de l'échafaud qui l'attenn'est là qu'un insignifiant dédait d'une façon certaine, et
tail. Il importe peu, en effe~,
l'on affirmait que, pendant le
que la rente annuelle servie
simulacre de ses funérailles, le
à leur père s'élevât à 15.0~0
défunt, rappelé à la vie, trafrancs pour chacun des six
versait tranquillement la Manenfants ou, au contraire, que
che pour gagner l'Angle~rrre.
' totale ne dépassal
L'empoisonneml'nl, les mterla somme
ro11atoires, n'avaient été que
pas 30.000 francs. Le fait
la ~ise en scène d'une coméseul de celle condition serait
die judiciairti, et un cadavre
suffisamment gros de conséuelconque,
autopsié,
puis
quences
dont 1a gravité se
4
mis en bière, avait tenu la
trouve accenluée par deux
place de celui du duc de Prasdécl;1ra1ions formelles : le balin.
ron LumLroso raconte que les
Des personnages de haut
gendres du duc de Prasli~ se
rang, cela est certain, et des
plaignaient hautem~nt de 1~ntémoins dignes de foi crurent
nui qu'ils éprouvaient à faire
fermement à celle substituune pension à leur beau-pèrr,
tion de. cadavre. Un prêtre
et M. l\obioet de Cléry, plus
respectable de Château-Chiprécis encore, cite le témoinon, curé de l'église Saintgnage 11 d'une. Frau~ise de
Sauveur de Dinan, ne cachait
haut rang o q111 savait (( p~r
pas sa manière de voir. Après
un de ses gendres D la survie
avoir exercé les fonctions d'aude M. de Praslin. Et, ci1·consmônier à l'hôpital Lariboisière,
lance agrrravante, le témoin
il avait été précepteur des encn quest~n était lié intimefants du général de Monlesment avec la famille de Montaquiou-Fézensac, el il avait enlembert, dont un des memtendu à maintes reprises cc
bres avait épousé la troisième
dernier parler à ce sujet ouverfille du duc et de Fanny Sébastement devant lui : « Celle
tiani.
affaire ennuyait fort LouisPORTE DE L' li ô TEL SE' n 'STIA:-il SUR LE J,' /\UBOURG SâINT-llo:-.oRS.
Mais celle clause est-elle
Vue prise au lendemain d11 crime . (Muslie Carnavalet.)
Philippe, disait le duc de Févraiment inscrite dans les
zensac; il fit filer l'assassin
contrats de ma1·iage, et dans
en secret vers les îles anglaises et 1,11 inventa la Cour de Cassation, a interrogé un parent quel termes est-elle libellée? ~·C!,t ce 'J u 'il
son suicide. Très peu se laissèrent prendre à de la famille Sébasliani, avocat au barreau faudrait savoir d'une façon précise. Personne
cette rouerie. On mit dans la bière un ca- de Paris, et ce dernier lui a assuré qu'il s~- ne nous en a donné le texte exact, el seule, la
davre d'hôpital. &gt;&gt;
vait « de source certaine que le duc avait famille de Choiseul se trouverai! qualifiée pour
Or l'hono1·abilité du coré de SainHiameur survécu D. Le comte de la llulit1iè1·e, secré- décbrcr officiellement si oui ou non elle figure
était au-dessus de tout soupçon el le général taire du Sénat sous l'Empire, avait !ait la dans les actes en question, puisque les node Alontesquiou était pair de France!
mème déclaration, affirmant qu'il était ce~- taires se ~rouvent liés par le secret profesUne ancienne gouvernante de enfant~ taiu que M. l:lorace de Choiseul " s~ ~endatl sionnel ! A plusieurs reprises, depuis ~n ~erPraslin Mme Frandidier , raconta auss1 chaque année à Guernesey pour y v1s1ter un tain nombre d'années, les mêmes allegat10ns
d'étranges choses. Déléguée par la fa~ille parent &gt;l •
ont été produites sans avoir été démenties,
, ,
,
pour reconnailre le cadavre dans sa pm~n,_
a
etc
présente,
du
moins à ma connaissance, par aucune
Enûu un dernier araumenl
1)
•
elle le trouva tellement défiguré el ratatine et celui-là, il faut bien le dire, a une sm~- protestation.
.
qu'elle eut peine à le reconnaitre.
.
lière importance : Le décès du duc de Pras_hn
ans doute, on ne manquera pas de prcUn an après l'as_assinal, Mme de Proisy, ayant été officiellement déclaré, sa successt~~ lendre que ce mutisme des intércs~és e~t un
allachée à la maison de la reine Marie-Amé- s·était trouvée naturellement ouYerle et, s ~I acquiescement ou un aveu el d VO~~ l_a
lie, rencontra le duc en Belgique, puis ce fut était encore vivant, il fallait bien que ses hér1- preuve surabondantequ'aucu?enégat1on n eta'.l
un ancien groom de l'hôtel Sébasliaoi, dn liers subvinssent à son existence; or, dans possible. Mais l'argument n e_st pas san~ renom de Paulmier, pass.é au service de la les contrais de mariage de Ioules fos filles plique, et l'atlilude de la famille de Ch01~e~l
princesse Je Beauvau, qui déclara formelle- du duc de Praslin, une clause singulière peut être inLerprétée dans un sens_ tout d11Iement l'avorr vu en parfaite santé se prome- aurait été insérée, spécifiant que chacune rent. On pourra répondre avec vraisemblance
nant sur le boulevard Montmartre quelques d'elles aurait l'ouligation d·e faire passer tou~ que peut-ètre les desce~da~t~ du duc de
an_qées plus tard. Enfin, d'aprè un autre les ans une cerlaine somme en Angleterre _a Praslin ont jugé de leur d1g~~le de g~rder Je
témoignage, certainement désintéressé, un une personne dont le nom n'étaiL pas indi- silence et se sont résolus à n 1nlerverur, sous
de ses serviteurs le reconnut à Londres qué.
aucun prétexte, dans ce douloureux débat si
en t847.
M. Cuenores de Pradines, le héros de fréquemment et si inutilement rouvert.
Plus récemment, les nombreuses cnquéles Patay, racontait qu'il tenait le _fait d~ g_énéra!
De quelque côté qu'~n se tourne,. to~l- est
entreprises ont provoqué ù'autres découvertes. de Gramontlui-m ême. Ce ùermer ava1Lepouse contradiction et obscurité, et la depos1llon,
Le baron Lumbroso a produit une lellre du la fille ainée du duc el, dans une conversa: citée plus haut, de Mme Fraudidier est de
directeur de la Gazelle officielle rie Guer- tion d'affaires, en énumérant les charges cpn nature à sugrrérer d'étrange ré0ex.ions ! On
nesey, qui affirme que Je duc, à sa connais- grevaient sa fortune, il s'était écrié peut-être
'expliquerait~ à la rigueur rp1e le poison abtaules, et il était des témoins (1u'oo ne pouvait récuser. On citait tout haut les noms de,
hautes personnalités qui étaient intervenues

.

4

·•

,

•

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.,.

1q

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'FANNY SiBJtST1AJV1, DUCfŒSS'E DE PT?.ASUN - - . , .

sorbé par le duc ait alléré profondément les qu'il ait consenti à laisser reposer à côté de
traits de son ,·isage et que les soulfrances ses illustres ancêtres, le cadavre d'un inconnu en :187 f, cercueil qui, au dire des gens du
l'aient défiguré au point de !e rendre mécon- ramassé dans un hôpital. Le mystère avec pays et du garde Lehcau, reuferme le cadavre
naissable. On comprendrait dès lors les hési- lequel s'était opérée la translation suffirait, du duc de Praslin. On ne l'a pas placé à son
tations ùe J\lme Frandidier mise en présence du r!'sle, à détruire la supposition d'une fan- rang dans une des niches placées des deux
du corps du suicidé. Mais comment concilil'r lasmagorie destinée à confirmer la version côtés de la crypte; il repose set1l dans un pesa déclaration avec celle des médecins? &lt;c Quel officielle de la mort, et pour procedl'r à une tit caveau, creusé sous l'autel et recourert
beau cadavre! &gt;J s'écriera Or61a, au moment pareille cérémonie, dans ee cas c'est l'éclat d'une dalle soigneusement scellee. C'est là que
de commencer l'autopsie. - « C'était un ma- du grand jour qu'on rùl recherché, de préfé- gît, sans doute, la solution du mystère.
Ce qu'on peut affirmer de façon certaine,
goifü1ue athlète! JJ dira le docteur Louis dans rence au silence et à l'obscuritë de la nuit.
c'est que, si le duc survécut et passa à l'étranla même occasion. Nous sommes loin du ca)falheureusement, toute l'importance de ce
davre C&lt; défiguré et ratatiné » dans lequel témoignage s'~t troU1°ée détruite pa1· une ger, il ne profita pas de sa liberté pour aller
Mme Frandidier ne retrom•ait même plus les noU\'elle déclaration. D'une conversation qu 'a rejoindre celle qu'on avait accusée d'être sa
complice. Après avoir été détenue el gardée
traits de son ancien maitre!
eue M. de Rauville avec un ancien garde de
Il paraîtrait que les serviteurs, eux-mêmes, la famille, du nom de Georges Lebeau, dont au secret pendant près de trois mois, Mlle
de la famille de Pra Jin, longtemps après son j'ai déjà cité 1e témoignage, il résulte que la flenriette Deluzy fut remise en li ber té le
décès supposé, ne mettaient pas en doute son mémoire de l[me ~founier s'était obscurcie 17 novembre 184 7 par ordonnance du Triexistence. D'après le témoignage de M. Jean avec l'àge el 1iue ses souvenirs étaient inexacts, bunal de la Seine qui n'avait rien pu relever
Frollo 1 , l'intenùant du château de la Bayc- puisque c'est seulement vers 187 f que le contre elle. Dès le lendemain du crime en
du-Puits (~tanche), propriété de la comtesse corps du duc Théohald fut traospo1·té au châ- effet, le juge d'instruction avait lancé contre
de Robersart, Olle du duc de Praslin, aurait teau de Praslin. Or, s'il faut s'en rapporter l'institutrice un mandat d'amener, après avoir
ordonné une perquisition minutieuse de tous
déclaré formeUement en 1867 que ce dernier
à la légende de la survie, c'est un an ou deux
vi waîL toujours, et que la comtesse et son auparavant, en 1869 on '1870, qu'eut lieu ses papiers, car la voix publique l'aY.ait désimari s'en allaient chaque année passer une réellement la mort du duc à Londres ou dans gnée immédiatement comme la complice
morale d'un crime dont on pouvait avec
semaine auprès de lui en Angleterre.
les iles anglaises. L'argument se retournerait
Les autres serviteurs tenaient le même lan- ùonc contre les partisans dela thèse du suicide. raison l'accuser d'avoir été l'instigatrice.
gage.
En quittant l'hôtel Praslin, llenrielte DeLa chapelle du château de Vaux ne conLe garde Georges Lebeau, qui durant vingt tient plus aucune sépulture des Choiseul. lu.zy ne s'était pas éloignée de Paris; elle avait
été s'installer au Marais, au numéro 9 de la
années avait été au service de la famille de
Lorsqu'en f875 le chilteau fut vendu à li. SomChoiseul-Praslin, ne s'est pas moins montré mier, tous les corps furent exhumés et trans- rue de Uarlay, dans une petite pension où ses
affirmatif en i905 avec M. de Baul'ille' : portés dans un monument élevé pour ·les élèves, inconsolables de son départ, lui avaient
r&lt; Le duc Théobald, lui aurait-il dit textuelle- recevoir dans le tia1etièrc de Maincy. C'est là, meublé une chambre sur leurs économies
d'enfants. Là le duc était venu la voir à plument. est mort en Angleterre vers J 871. J&gt;
dans une chapelle construite en pierre blanche,
sieurs repri es, et la reille encore de l'assa Enfin les deux importantes ilèclaralions
qui me restent à citer ne foot qu'obscurcir
davantage les ténèbres dont reste entourée
celle somhre histoire.
Un an ou dit-huil mois après le drnme, a
raconté Mme Mounief, longtemps concierge
au château de Vaux, le comte de Praslin,
frère du duc Théohald 1 qui continuait à
habiter un pavillon dJpendant du château, fit
ramener du cimetière du Snd le corps du
défunt dans le caveau familial. La translation
du cr.rcueil se llt dans le plus grand mystère;
le mari de Mme Monnier, domestique, comme
elle, avait été prévenu, avec plusieurs aulres
serviteurs, d'avoir à préparer des cordes el
un éclairage suffisant, et ce fut à une heure
do matin qu'arriva le fourgon des pompes
funèbres. Le curé de Crisenoy, desservant de
la paroisse voisine, attendait dans la chapelle
l'arrivée du convoi ; il dit hâtivement quel11ues prières, el le cercueil fut immédiatement descendu dans la crypte. On le plaça
dans l'une des niches creusées dans la pierre,
mais aucune inscription ne vint révéler son
nom comme pour les autres membres de la
famille, el ce qui paraitra le plus étrange,
c'est que, à en croire Mme Mounier, ce fut aux
cotés de sa victime que fut déposé l'assassin l
Il semblerait que celte inhumation dans
un careau de famille fùt one preuve indéniable de la mort du duc. Il est difficile de
PLA" DE LA CUA)lllRE A CO UC flER OE LA IJU&lt;:UESSE DE P,usu:-:, IJ RESSË APR ES L ASS.\SSL"iAT, POl R
supposer, en effet, que, même dans le but de
LES BESOINS DE L'L'&lt;STRUCTlON JUOICUIR E. - (,1/IISét C.zr,1a.v.zkt.)
dissimuler la vérité, le comte de Praslin se
soit prêté à une comédie aussi macabre et surmontée d'une croix mas ive, hermétiquesinal, il a\aiL passé la soirée chez elle avec
1. I.e l'etil Pari~itm , i1i no,·. 1005.
ment fermée par une large porte de fer, que deux de ses filles.
2. Ln Lib,·e Pa,-olr, 25 oclolirc 1905.
se trom·e maintenant le cercueil apporté
Lorsr1uc après al'oÎr été envoyée à la Con0

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•

itualion, mai elle réu~sit même à trourcr
ciergeric, l'ancienne goU\·ernante fuL iuterrogéc par le jui.:e d'inslruction Brou .ais, en un mari: ~I. 11.mry Fi •Id, p. ,teur presbyré- •
présence du chancelier Pa quier, elle prote ta rieu, el rédacteur d'un journal rcligieu.x, deaveç indignation non seulement contre toute .manda sa main el l'épou. a. El œ n'tist pa la
complicilé, mais encore contre l'idée que des moindre canse de urpri e t(Ue de voir celle
rclati ns adultères eussent jamai pu eii ter :,iogulière personne, patronnée et soutenue
entre elle cl Praslin!
après le crime par Victor Cousin, et fini sanL
« Il n'y a rien eu de répréhen.ilJle dans le dans la peau d'une bonnète femme après
pa. ·ë entre nous, déclara-t-elle awc fermeté, aroir pa ·sé pour une intrigante el pour la
et il n') avait, je le jure, pour l'a,enir aucun dernière des coquines.
projet coupable 1 lime de Pr:din erail morte
Qu'était-elle en réafüé, celle éuigmati,1ue
nalurellemenl, et lt. de Pra lin m'eûl offert personne qui a,·ait . u rallier à sa cau. e des
sa main, 'lue, par intérèl pour
enfants, homme" comme Victor Cousin, qui pourtant
je n'aurais jamais consenti à une mésalliance avait ét { au nombre des amis de la victime?
dont 1~ circonstances . eraient retombées sur Il est bien difficile de le dire, car il esl hors
eu . Jamais, non plu • je n'aurai eu l'idée de doute qu'à t'ew-\ork où elle hahitait, elle
d'une autre liai on.... 1. de Praslin s'était alla.il su séduire tout le monde aussi bien par
montré pour moi j bon, si généreu.x, que je le charme de .a personne qur. par l'érudilioo
ne voudrais pas répondre qu'il ne se soit pa
de on c' prit' el es vertu dome tique.~.
m~lé à l'affection que j'éprou\-ais pour les
Tou les journaux de la ville !or qu'l'lle
enrants, une \"Ïl'e tendre.. e pour leur père, mourut le 6 mar 1 75 firent on éloge po •
mais jamais, jamai., je n'ai porlé dans celle thame dans les termes les plus lyriques, el
mai on le ll'ouble el l'adultère! Je ne l'aurai'
on mari fut incon olable!
pa fait par r pecl pour w · cnfanl et j'auEt pourtant son rôle à l'botel Séba tiani
rais cru ouiller le front de u mr..~ » Glle .:,i nous apparait, maJgré tout, odieux cl abomije le uais embra , ées aprè ètri? dc,enue naLle à côté de celle malheureuse femme
coupable. 11
111t'elle martyrise .ans pitié et san trêve, à
Elle parlait ,ec l'accent de la véritë, rl i laquelle elle enlève un mari adoré, et à qui
sou re enliment contre ~lme de Praslin se elle ne laisse pas même l'affection de ses proli ait clairement d;ui chacune de ·e~ rtpon- pres enfants 1
ses, cependant elle ne porta contre elle auQuant à la nalure de se relations a\'cc le
cune accusation pournnl entacher sa moralité duc, il me parail difficile de comervcr de
ou son honneur. 'lous es efforts tendaient à doute aprè le l~moignage récemment recueilli
justifier ou toul au moins à excuser le crime dll Joséphine Aulicrt, ancienne femme de
du mari; il est donc probahle qu'elle n'eûl chamùre au i;hàlcau de Yaux-Pra~lin, :lgée
1•as milnqué de Je dire pour sa déf en c, 'il maintenant de qmtlre-vingl- ·ix an'.
:1,·ait été po. sible de pr~enler la doches. e
Celle dernii·rca raconté, au mois d'août 1!)0 •
comme coupaLie !
qu'étant entrée an jour à l'improvi le dans
• Apr '- · si~ semaines d'isolement dan· .a la chamùre de l'inslilulrice où elle ne croyait
pri on, on r prit les interrogatoires; la nou- lrouver personne, elle l'arnit surpri. e à demi
,·clle d' la mort du duc amena chez elle des dé haùillée dans les bras du duc Théobald.
crises de dé·e·poir el de larmes, mais aucun Et elle ajoulait de détails trop techniques
arnu ne lui échappa el aucun indice de com- pour pou-mir les reproduire ici, ur le replicité n put èlrc établi. Il ne rc lait plus marque intimes qu'elle avait pu faire en
qu'à prononcer l'ordonnance de non-lieu ; accomplissant son cr.icc. A la dcman le de
mai' cc [ut avec une sorte d'indifiërence ac- Mlle l)eluzy on se bât.a de la congl1dier, elle
cablée qu'elle vit le portes de la Conciergerie savait trop de cho.e~! ur ce point comme
s'ouvrir devant elle.
sur tant d'autres le ID} ' Lère re ·tc impénéJl lui était diflicile de continuer à exercer trable!
on état dïn tilutricc el elle ·e trouvait san
Ce qui pourra emùlcr également bizarre
rei- ources. i peu intéressante qu'elle pùL c'csL le respect pieux que le.~ enfants avaient,
être, Mlle Dduzr arail cependant de ami - parait-il, consen-é pour la mémoire de leur
qui croyaienl à son innocence el s'inlére saienL père, el l'affectueuse Lendresse qu'ils lui
à elle. Elie a,ait fa.il la connaissance du pa - anuent gardée : r'otre pamre p,:re I D dileur ,1onod un jour qu'il prèchail à l'Ora- saient-il eo parlant de loi, cl il semblait
toire; elle lui confia es peine , il eul pi lié de qu'ils le considéra ent presque comme une
son découragement et la recueillit dan a viclime '!
famille. Quelques mois plus lard il l'emoya
Il eu était de même ponr la duchesse de
en Am~rique où, or sa recommandation, Pra!lin douairière, qui vécut quelques anelle put se placer dans un grand pen ionnal nées encore après le drame de l'hôtel 1basde e ,·-Yorl. en dissimulant on nom. 'on ûani. Elle ne voulut même pa retirer de son
seulement elle sut plaire dans sa nouvelle grand salon le portrait de son fils; elle se
1. un mari ,a pulilic après sa Dltlrl un Jilrc t'trit
par ellti au 0011n, de -'&lt;'&gt; 1ouge. el û1titulé :Yfoei
dt lu l'ie ,le f amille rn Fr1111u . • ew-York, J ï:°&gt;.

:! . lié ·laralion du Ç'r&lt;.I,· 1.el~u. r~pJK&gt;rl,11 par
t. tle l\au1·illc dmu la libre Pan,lc ,lu % octu-

1,rt! 1110:,.

.

conlenla de le voiler de noir cl le laissa suspendu à la place d'honneur.
L1 comtesse d',\.... m·a raconté l'impre~~ion
que lui :ivail caus1e re tabl au recou,·ert de
crêpe, un jour, 011 Louk enfant, le hasard d' une
,i. ile l'.:ivail conduite avec ses parents chez
.!me de Praslin.
Depuis soixante an écoulés, de nomLreusc
enc1uètes onl élé maiole fois entreprise sur
celle que lion pa ionnanle: llarccllin Pellet,
Paul Ginisty, le baron Lombroso, Robinet
de Cléry, Félix Chamhon, George Montorgueil, H. de fiauviUe, el bien d'autres encore,
s'en sont occupés tour à tour et ont soutenu
de \·he polémiques dans les µ-rand journaux
quotidien et dan l'Tntermérliai,-e cles CJi,,,...
c/1eul'., rt des Curiett. r.
« Il y a au fonil d'un pareil crim~ », Ji ait
Yiclor lfogo à \I. de ainl-Aulaîre, c on une
grande folie, ou une grande raj on 1 »
Et de fait fo meurtre fut commi avec une
telle maladresse f)U'on hésite à croire 1t la
préméJitalion. On a dit que l'as a inal a1·ail
eu lieu au cour · &lt;l'une.cime lcrribh• qui avait
écbté entre le~ deux époux, mais on 'accorde
mal ur la eau e qui l'avait provoquée. Le
défen eurs d'llcnrieLLe Del11i1 onl déclaré,
contre toute probabilité, qu'elle y était entièrement étrangère, el ont donné une aulre verion : on a prJtendu que la doches c avait
décou,erl des letlres adres 1fos à son mari
par une femme de haut ran~, lettres qui ne
pouvaient lai11sl!r de doute sur l'exi~tcnce
d'une intri,.ue. L:i royant déridée à en foire
u age, Praslin n'avait pas hé ité à emplo)"er
la violence pour rentrer en leur po ~e ion.
Pui~, dans celle lullc furieu.c, il avail perdu
ln tète, et rnulanl à nïmporte quel prix ériJer
un retentissant . caudale il était devenu a sassin. ~rai· le mobile qui l'a·rnil guidé a,·ail îait
en haut lieu t•xcu er on crime. Telle esl l'e.x.plicalion donnée par ceux qui prétendent que
le duc ne mourut pas en pri on. )Jais m:il!!ré'
celte suppo ilion la question de la unie n'en
r . le pa" moin · douteuse, tant il faut supposer de complicités, depuis celle des médecin.
cl des policiers, des geôliers el des ma"Î5·
trals, jusqu'à celle de l'abbé )farlin de Noirlieu, ~ans compter celle de Ddcazes et de
Pa quier el au" i de lou les membres de ln
Commi · ion de pairs cl..iargé' d'iuterroger et
de juPer le cou~ble 1
Dien des invraisemblances et bien dei: contradictions permettent de suppo·er ')_UÏI y eut
là un myslère, mais dans celte troublante
,1ucstion ce n'est pas moi qui me char erai
de conclure.
1c me soÎl&gt; contenté de r t umer impartiJlemenl les polémique , de rapporter le faits
rél'élés par les coquètes successi,·c , el d'y
ajouter ce que j'ai pu découîrir d'inédit ou
dïatéressant; mJi après avoir p~ crupuJeusem nt les arguments apporté à l'appui
de dem: Lhèscs, j'a,·oue très humblement que
je reste perplexe el que je demeure hésilanL .•
YICOllTE DE

CtJATCAU

►

C L.lC'.li\". -

Gr.i v11re Jt

J. füc.,vo.

ARVÈOE BARINE
et-

la duchesse du Maine
Ill (s11ite).

Rt::[SET.

Ime cln ~foioe avail quillé sa \'allée chhie
pour les Tuileries, où le ré,.ent avait in. tallé
1~ petit Louis XV, el elle 'était improvisée
l~n1 le. Jour .el nuit elle compol ait de dos~1ers, annotait des füres de droit, dressait
d~ mémoir , paper~sait, écrh·ait, combinait, invent.ait : a Les immenses ,·olumes
entassés sur on lü, comme des monla!!Des
dont elle était accal,lée, la I.ûsaient, disaitellc, ressembler, toute proportion gardée, à
Encelade ahîmé ous le mont Elna 1 , » Elle en
a~rait remontré à Chicnneau; elle dénichait
d' précédents jusque chez le, Chaldéen !
Elle. avait mis Ioule sa cour au ré!!ime
des
•
0
gr1mo1res, lran Formé ses poète ordin:iircs
en r-lercs de procur nrs. Adieu le ,·ersJ:itins!
Adieu le énigmes el les madri,.aux 1 .\ilien
les Grâces cl Jes ,tu esl Le beau Poli"nac et
robligea.nt ~1:ilézicu travaillaient ous 1: yem
de_la duch~~ e à_ prouver en jar!!"on de palais
quelle avatl raison, el que M. du lfaine
n'était plus un h;ilard du moment que le Roi
l'eo . avait di [&gt;P.mé. Ils apprirent , eux au , i,
a raISonne.r sur les textes de loi el h di erter
ur les questions de compétence. Pendant la
nuit,_ c'é~ait le_ tour de ~Lme de 2Lul, qui
aurait mieux aimé dormir. Installée près du
\

•
.,. 110

m:

t. ,,· taa l, Jli moire,.

lil de sa maitres e, elle « feuiUetait an si les
"!eilles chroniques el les jurisconsultes anciens el moderne 1&gt;. On discutait cotre
femme' ur les prérogatives de parlcwents
el ln ,•:,,leur des tcstamenl~ de roi.s, jusqu'à
ce qut• la tèh• leur tournât. On appelait alor
u_ne ~nnièrl' &lt;le ser,•ante, dont l'emploi con.1 tait à raconter des hi Loire à "1 maitresse
pour l'endormir. Cette fl:lmme r~commençait
pr que Loule. le. nuit · Il! conte de la Crête
de t'O'J ,/'1111/e, qu'on peul lire dans les Di1•e1·ti. se111e11fs tle ceau.i:, el qui e t en eflct
tout propre à endormir.
Le bruit des travam de Mme du laine si'
répandit Lrè vite dJn Paris, cl J,. Toilerie ·
vircnl :1lors une ~i,wnlièrc procession. La
doches ·e fut as.:iillie de lieu, saTants à
Le îcle , d'aventuriers be ogoem cl de com1~
d'occ:i ion, qui ,·&lt;'naient lu.i offrir de
r~relles infai.llihle pour garrm•r on procè.&lt;.
1, un apportait des e~emple historiqu1•s emprun~ à hl co~r de ;miramis. l.'autrc promellall des révela11on, important , à condition qu'on lui payàl d'abord à ~uuper. Un
:incieo moine défroqué cherchait à ,·endre de
do .u1?cnls. De: femmes à tournure su pecte
el a Litres po,hrhe demandaient de rendez,·ous my lérieux pour liner des secrets.
,tme du M?ine écoutait tout, cnrnpil par•
tout, ~ .aya1L de tout.

.... 11::- ...

Eli~ ne néglig~it rien, d'autre part, pour
gro sir son paru, el elle l nlu . i sait: mai
le mérite
en rercnail au duc du Maine , ce
.
mari meconnu. , a femme ne voyait en lui
qu'une poule mouillée el 'attribuait LOU " les
succè:;. C'était une grande erreur et one
grande injustice, M. du Maine rendait de.
erl'ices imruen à la cause commune, landi.
que la duche,se la compromettait sans ces~e
par es enfanûllage el ses emportements.
M. du ~laine était pa sé maitre, entre
autres, dans l'art de susciter de méc.onlenls
cl de les atlirer ~ soi. A l'époque où nou
somme , lors du procè · entre les princes du
3ng el les lé!!itimés, les mécontents ne manquaient ni à la cour, ni à la ville, ni dans les
faubourgs. On arait été déçu par la ré"ence,.
qui n'avait pas pu tout arranger d'un coup
de Lanuellc. La no~les c 'ét.ail imaginé 1iu'cn
re,enanl au pouvoir, clic ferait rentrer dans
le ntfant, d'un froncement de sourcil Je·
11 b?ur_g~is superbes » élevés si h:iut' par
Lou1s_Xl\ i les r&lt; bourgeois superbes » e défendaient, el la noùles e 'en prenait à la faiblesse du duc d'Orléans. Elle-même se divisait de plu _en ~lus} la petite et moyenne
nobles e avaient s1i:tne un mémoire contre le
prh•ilège de duc/ Le parlement e plaignait
de n'être pas con ·ullé. Le peuple se plai!!DaÎt
de ce que l'argent clu trésor était gaspillé aux

.

�1t1STO'R,.1.J!

------------------------------~

11 Je ais, dit gracieusement le réaent à
courtisan . Ajoutez. qu'on était en plein sp,tème ôe La", qu'Alberoni travaillait à trou- ~J. du Maine, que depnis le dernier édil vous
bler la France au profil de son maître le roi n'aimez point as i. ter aux cérémonie ; on va
J'Espague, el que la Providence wnait de tenir un lit de ju. tice; vous pouvez vous en
lâi·her sur le monde le jeune \'ollaire, qui absenter.
- Cela ne me fait aucune peine quand h~
a,ait déjà lrouré le terup. d"~tre c. ilé pour
roi
est présent, répliqua le duc. D'ailleurs,
d' rcrs «fort satiriques et fort impudents &gt;&gt;,
dans ,·o!rc lit de ju. lice, il ne .rra pa · que et mi à la Bastille pour d'autre· ,·er · u lrè
effronté· ». Tant de ferment de discorde don- tion de non .
- Pcul-èlre », fil le régent, et il sortit'·
naient Leau jeu Hl. du laine. Il se surpas a. 11 .
M. du \faine, atterré, alla aux noU\·ellci:.
uagea savamment entre deux eaux, ne parut
a malheureuse timidité lui donnait des yeu~
en rien, fut caressant el insinuant el s'assura
heaucoup de partisans dans Paris, en pro- égarés et un ,·i age de criminel. Il sut qu'un
\Ïnce, au parlement, parmi les reste de la allait lui ôter l'éduc.,tion du roi et réduire lt·s
vieille cour, la petite et mo enne noblesse, légitimé· à leur simple rang de pairie. Il de.les gen de rohe et de plume. Barbier écrÎ\it cendit tout :mgoi. é chez sa [emme, qu'on
dans son ,Tou niai : &lt;&lt; M. du Maine e t un avait couru chercher à l'Ar enal et dont !"étal
prince très age et très estimé ». Saint-:imon ne se peut dépeindre. Elle ne comprenait pas
constata avec douleur que &lt;1 tout dait à leurs que M. du Maine se lais âl cba ser ans résistance. Elle l'e. bortait, l'injuriait; elle aYail
projets ».
Care·ses ou intrigues, rien ne Lint contre des crises de nerrs. Par es ordres, ùe jeunes
la haine de f. le Duc pour a tante lme du laquai - grimpèrent en dchor,, le long de
'laine. On ~ait que ce M. le Duc était une murs du palais,jusqu'aux fenêtres de la salle
vraie Lrute, un borgne hideux et farouche. li du Dais. ospendus par les mains, il· regarmena le procès contre les légitimt~s avec a daient à tral'ers le vitres et rendaienl comptb
violence ordinaire, el oblint du conseil de ré- au rez-de-chaussée de ce 11ui e passait au
gence, au mois de juillet 1717, un arrêt luur premier étage. Mme du ~laine espérait que
unlevanl le droit de uccéder au lrône el la qutlqu'un prendrait le parti de son époux,
qualité de prince du sang. Lorsqu'on par- qu'il urviendrait un incident. Elle jeta les
1·ourt aujourd'hui le pièce de ce grand hauts cris en apprenant que le liL de justice
procès, on est surtout frappé de la nouveauté . 'était terminé pai iblemeot el qu'il lui fa).
du langage emplo é par les deux parti~s, au , lait déménager le jour même. li aYait surfi
lendemain de la mort de Louis XI Y, en par- de deux traits de plume pour enlever au fils
lant de la puissance ournrainti 1• L'autorité bien-aimé 'du plu - ab olu de monarques le!'
rople est représentée dan ces écrit comme grâce, enta ées &amp;Ur sa tète pendant quarante
un mandat et un dépôt. li n'e t plus que Lion ans et con olidée avec toute la prudence,
pour elle d'origine sacrée et de taractère imio- toute la prévoyance, tout le zèle que peul
laLle. On reconnaît :1 la nation le droit de inspirer une tendre se ,ans bornes.
On emporta )!me du Maine des 1'uileril·S
dLpo er d'elle-même, et la monarchie n'est
plus qu'un simple. contrat civil, révocable à dans un étal pito}able. ·« C'était, dit )lmc dé
Laa!, un accablement semblable à l'entière
la volonté des contractants. Quelle révolution
privation de la vie, ou comme un sommeil
en deux ans!
L'arrêt de 1717 fut lt! prologue du dramo léthargique dont on ne sort que par desm011cp1i précipita M. et Mme da . faine dans l'a- vemeots convnl ifs. , On la mena le surlenbime. Leur ennemis s'enhardirent en le· demain ;1 ceaux. Le cha«rin lui avait tourné
\'OJant Yaincus. La duchesse ne ,ut pas plier la ccrvelk Tantôt, immobile et muette, les
ous l'orage el se répandit imprudemment yeux lixes, elle parai sait une statue de la
en plaintes cl en menaces. Ses cri furent le Douleur. Tantol, &lt;&lt; hurlant de rage » et faiprétexte d'un deuxième coup de foudre, qui sant trembler chacnn autour d'elle, el!~ accaéclata au lit de ju ·Lice du 26 août 171 blait son mari de reproche sanglants, d'inPour ju er de ce qu'éprouva la petite du- jures sur .a nais.:ince, ur a lâcheté, ur
chesse lors de celle seconde cala tropbe, il leur mariage. Le pauvre homme « pleurait
faut i-C ~omenir que le lil de justice du journellement comme un veau· Il.
~6 aotU [uL une surpri·e. Personne à Paris
lime du Maine aurait d(l s'avouer ballue,
ne 'en doutait. ~Ime du ~laine était allée renoncer aux a1Taires el reprendre .. e · diasouper el coucher à l'Ar enal, où elle se don- dème:. de reine de Lbéàtre. C'était l'a,i - de
nait une fête. 11. du Maine l'arail accompaon époux. Elle s'entêta; elle re:;.emhlaiL à
gnée el n'était rentré qu'un peu avant le jour ces braves petits chiens terriers qui se font
dans son appartement de Tuileries, ·itué au tuer plu tôt que Je ltlcber pri e. 11 y avait
rez-dc-chans.ée. ll était dan son premier déjà quelque temps qu'elle intriguait avt'c
ommeil quand les tapi iers envahirent la Alberoni par l'intermédiair • de Cellamare,
salle du Dais, destinée :1 la cérémonie. Elle amha. adeur d'Espagne :t Paris. Aprè la caétait au-dessus de sa tète : il n'entendit rien. t:1 tropbe du 2G août, elle _e fit décidément
n officier ,int l'1heillcr et l'a,·ertir qu'il e conspira triœ.
passait quelque chose. t. da )laine 'habilla
La duche ·se du lfaine apporta dan~ ce
en bàte et monta dan la chambre du petit nouveau rôle un peu trop de ouYenirs des
roi, où le duc d'Orléans entra à son tour. Il nombreux roman qu'elle avait lus.
était environ huit heure du malin.
Elle s'arrangea un complot amu. ant, où
0

1. \",,i1· l,(,,nnnt e~·- 1/i,tnir,• dr lu Réqr11u.

2. llhnoire., manu~~rif, du duc 11',\ntin.

l"on fai ail de ces cho,es extraordinaires qui
atlirenl tout de suite l'œil dl' la police .• on
quartier général fut rue Saint-Honoré, dan
une mai.on qu'elle loua tout exprès. Elle s'en
allait de H1, au mili&lt;'u de la nuit, conduite
par un grand seÎ"neur d_égni ·é en coch&lt;'r,
Jans de endroits singulier· où elh• rencontrait d'autres conjuré~. Elle envoyait Mme de
• taal ou le pont l\o}·al, à minuit, pr~idrr
un conciliabule. Elle avait trave ·ti deux de. t•s
laquai en .eigneur Oaruands, el ce émule:
Je ~la carille se pré entaient dans le mond~
sous les noms de prince de Li Leoni el de
chevalier de La Roche. Elle recevait, comme
au temps de son procès, une nuée d'aventurier , d'intrigants el d'imbériles qui apportaient des plans et offraient de conseils. Elle
avait toutes ortesdecom· pondance· inutiles,
11 l'encre sympathique, cl toutes sortes d':1flidé · plu ou moins ùrs, dont &lt;lem: au mom ·
serraient d'espion à l'abbé Dubois. Elle con- •
lraignail Polignac el '1aléz.ieu, qui 'en défendaient de Ioules leur forces, à con.pirer
avec elle. Elle badinait agréablement ur le
temps où elle serait en prison . ._urlout elle
dérendail de parler de rien devant son trop
timide époux : on se taisait quand il paraisail.

Il n'entre pas dans notre cadt·e de raconter
la conspiration de Cellamare, dont le petit
complot de la duches e du Maine ne fut
&lt;1u'un épi ode. Il suffira de rapp 1er qu'Albcroni \"Ol\lail assurer le trône de t'rance à
son maître, Philippe V, au ca où le jeune
Louis XV viendrait à mourir. AILeroni cherchait, en coo~équence, à écarter le duc d'Orléan , qui avait aussi de droit à la couronne, el il avajl donné pour instruction. à
Cellamare de s'appurer ur tous les mécontents, en vue de renverser le régent; on verrait après ce qu'on mellrail à la place. Une
armêe espagnole débarquée en Bretagne 'de,ait soutenir les conjuré .
Il n de soi que la duche ~e du lfaine fut
accueillie à bras ouverts !or ·qu'elle olîril son
concout·s. Cellamare l'accabla d'éloge el de
prome ses au nom du roi d'E pagne el mil
son zèle à profit. Elle eut sou sa haute
direction deux comit~s de con ·pirateurs.
L'un comprenait un certain ahbé Brigault et
deux ~ci 1meur , le comte de Laval el le marc1uis de Pompadour. L'autre était comp9 é
de la duch e en per onne, de Malézicu el
de Polignac. Ces six per onnes se partagèrent
la be!logne et noircirent beaucoup de papier.
On e communjquait ce qu'on a,ait écrit, et
chaque comité mépri. ail les production de
l'autre. Les seigneurs trouvaient les « ouvrage » des poètes bien pâles, pauvre'
d'idées el fades de style. Les poètes traitaient
les œuvres des . eigneurs d'ob cur fatras.
C'est ainsi que forent rédigé un manifeste
du roi d'E ·pagne aux Françai -, une requête
des français au roi d'E·pagne et dirnrses
autre pi~ces, dont plu ieurs furent cnvo)écs
à 31adrid. Quand Alberoni reçut la requête
de:; Françni au roi d'E pagne, il frrhit pour
demander par qui elle ·erail . ignée; mais il

----=------------------------------n'eut pas de réponse. Per·onne ne se soucia
de donner ,on nom, pa plu les ,eigneurs
que les poète . La conjuration de Mme du
Maine n'était vraiment que la continuation
d1's petit. jt&gt;ll't d'c:pril Je .'ceau:c.
Cependant Alberoni pres$ait Cellamare
d'agir. Celui-ci, qui n'avait rien de prêt,
cherchait à amn er le tapis. Il ul qu'un
jeune abbé, nommé Porto-Carrero, partait
de Paris pour .e rendre à tadrid, et il lui
remit une liasse de projets de manifeste·,
projets de lettres, projets de requêtes, el
autre rêveries composées par Mme du Maine,
par Polignac, Pompadour. l'abbé Brigaul 1.
Malézieu et le autres. Cellamare y joi«nit
une leLtre pour Alberoni et une liste d'officiers fram,:ais qui, disait-il, demandaient lt
ervir l'Espagne. L'abbé Duboi , au courant
de tout, jugra l'instant venn de se débarrasser de ce brouillon . li fil courir après
Porto-Carrero, qu'on at1,ignit à Poitiers. , es
papier furent remis au régent le ' décembre 1718, .ans que rien eût transpiré dans
Pari . Le lendemain 9, dan l'aprè -diner,
un gentilhomme entra chez ~lme de la~I.
dans lamai on de la rue ~aintIlonoré, et lui dit : « Voici une
grande nouvelle. L'hôtel de
l'ambassadeur d'E pagne est
inve li, el s.&gt;n quartier esl
rempli de troupe . On ne sait
encore de quoi il ·'a 0 i l. » Au
même in. tant, Mme du Maine
apprenait l'é,·énement dans .on
alon, qui était plein de monde.
1&lt; Tuut ce qui arrivait débitait
la nouvelle, ajoutait quelque'
circon -tances, el ne parlait
d'autre chose. Elle n'o ait e
. ou traire à cc monde importun, de peur qu'on ne lui trouvàt l'air affairé. &gt;&gt; On sut bientôt que Porto-Carrero a,ait été
arrêté, ses popier aisi . Pour
le coup, ~fme du Maine et ses
complices se u virent plongés
dans l'abîme ». La ducbe c
c rassurait pourtant à la penée que l'abbé Brigault, dépositaire de beaucoup de papier.,
s'était enfui.
Le 10, les arre talions continuèrent. [. de Pompadour
fut mis à la Bastille. Mais
l'abLt': Brigault était loin, el
lme du Maine re.pirail.
Le 12, elle était à raire . a
partie de biribi. Un M. de
Châtillon, qui tenait la banqu&lt;',
« homme froid, qui ne s'avisa.il jamais de parler», dit tout
à roup : ,, Vraiment, il r a
une nouvelle fort plai ante. On
a amHé cl mi· à la na tille,
pour celte affaire de l"amùa s:idt·ur &lt;l'E pa•me, un certain, abbé llri ... Uri .... o Il ne
pouvait retrouver rnn nom. Ceux qui le aYaient n'ayaient pas envie de l'aider. Enfin il
acheva, et ajouta : &lt;1 Ce 4ui en fait le plai-

DUCHESSE DU

M .Jl1NE

taire~. et à les attendre, parfoi , fort gaiement. M. du ~laine se tenait coi à • ceaux.
On eut beau veiller et se tenir sur .es
gardes, les mousquetaires arri\'èrenl au moment qu'on ne les allendail pas. )L et
Mme du Maine furent arrêté le 2!l décembre 171 au matin, l'un i1 · eeaux, l'autre
rue aiol-Honoré. Leur conduite, dans cette
circon. tance critique, l'ut opposée comme
leur humeur; elle le. peint tou deux au
11al11rel.
M. ùu ~laine sortait de sa chapelle lorsqu'il
fut prié très re pectueusemenl, par un lieutenant des gardes du corps, de monter dans
un c.:1rrosse qui l'auendait. fi obéit, a la
mort peinte sur le visa:.;-e », mai avec une
oumLsion, une humilité, une orle d'empressement, bien faits pour attendrir. ll ne
~e permit pas une plainte, pas une question,
fùt-ce ur a femme ou ses enfant , mai· il
pou sait force soupirs et joignait le mains.
C'était la vivante image de l'innocence méconnue et persécutée.
On le mena dans la citadelle de Doullens,
en Picardie, et son altitude ne se démentit
pa une eule fois pendant le
\'Oyage. li soupirait et resoupirait, gémi sait faiblement,
joignait les mains, marmottait
des prières ar&lt;'ompagoée de
force t1i1Tnes de croi , saluait
a,·cc « des plongeons Il toutes
les éo-lises el les croix deYanl
le quelles on passait, et ob ervait aYec ses garde le ilence
qui convient à l'opprimé. A
Doullens, même conduite. 11
était san ce se dans les prière , le· génuOexions et les prosternements. Cela ne louchait
per ·onne; le contemporains, à
Lori où à rai on, ne prenaient
pa au shieux la dévotion de
\1. du Maine; mais cela l'aidait
à passer le temps, qui lui parai ail long. On ne lui avait
lai équequelques füres, point
d'encre ni de papier; quand il
voulait écrire, il était obligé de
s'adresser à l'officier qui le
gardait et de lui montrer œ
qu'il avait écrit. Pour toute
di traction, il jouait avec le
valets qui le ervaient.
Quand on l'interrogeait, il
e confondait en protestations
d'innocence et d'ignorance.
Qu'est-ce qu'on lui ,•oulaiL 1
Qu'e t-ce qu'il a,·ait fait de
mal? li était allachê du fond
du cœur à M. le doc d'Orléans, qui le reconnaitrait un
jour, et M. le duc d'Orléans
ajoutait créance aux a1ireuses
aver~ic de dircr· côlt:s que . on tour allait calomnies de SP. .ennemi ! Il était ,raiment
,enir. On ne dormait plu dans :i mai on; bien malheureux.
On lui citait des faits, on lui communion pa'-~ait les nuit à allendre le~ mou que11uait
les aveux de la ducbes e. Alor~ il s'eml. ,rt'molrr6 ,1,, lmc ,Ir Staal.
portait. Cel homme j doux , 'ex.clamait
'l l'rernii•n• Dérlnralim1 ,te t·Bt,l,è llril(ault.

.ant, c'e t qu'il a tout dit; et \"Oilà des "Cil
bien embarra sés. » Alors il éclate de rire,
pour la première Cois de sa '"ie.
Mme la duche e du Maine. 'lui n'en aYait
pa la moindre envie, dit : n Oui, cela hl
fort plaisant. - Oh I cela e t à faire mourir
de rire, reprit-il. Figurez-von ce ~ens 11ui
croyaient )Pur affaire bien secrète : en ,·oilà
un qui dit plu qu'on ne lui en demande,
et nomme chacun par son nom 1 • »
C\,tait exact : !"abbé Brigault était un nai
conspirateur pour dame·. li 'en l1lait allé
doucement, jouissant du vop"e et encore
pins des hôtelleries. Il avait mis plus d·un
jour à tra,·erser Paris à cheval et avait
couché le premier soir « au faubourg
aint-.lacque!, à l'auùerge du Grand- aintJacques1 1 Au bout de trois jour· , il n'était
qu'à 'emours, à vingt lieues de Pari . Le gen envo1é. à a pour~uite n'eurent aut·une
peine à I')· rallraper et le ramenèrent beaucoup plu vite à la Bastille. li n'avait pas
encore pas. é la porte, qu'il racontait tout.
D'autre parlèrent après lui, cl le arre talion,; se multiplièrent. ,rme du Maine fut

:; .. ·oint• ' imun.
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---------------------------------------~

d'horreur et d'mdignalion à l'idée d'avoir
une ftmme pareille, une femme capahle de
coo. pirer, et a ez hardie pour le mettre de
tout ans lui en avoir seulement jamais pari 1;
car il ne samit rien, il ne e doutait de rien,
on lui avait tout cachè, parcequïl ne l'aurait
pas toléré. Il avait a . ez dHendu à la duches. e de ,·oir les « l'abaleur , ! 'il avait
eu 1ent de quelrrue chose, il serait acrouru
le dire à 1. le ·duc d'Orléans. On pomait èlre
Lien sûr qn·uoe foi hor de prison, il ne
reverrait jamais Mme du Maine. JI ne roulait
plu en entendre parler. Conspirer contre
M. le duc d'Orléans ... quelle indignité!
On ne le fil jamais sortir de là. Il resta
plaintif et impénélrable. On n'a jamai u,
en ·omme, ce qu'il en était au ju te, ce que
.\1. du Maine ignorait et n'ignorait pas. Il
~emble démontré qu'il n'arait pas pri. une
part active au complot, el il est difficile,
d'autre part, d'admellre qu'un homme au ~i
fin n'ait pa é,enté, dans . a propre mai on,
un ,ecrct au i mal garM. Quoi qu'il en
soit, rendons-lui celte justice qu'il oc lai .-a
pas échapper an seul mot pouvant compromellre âme qui vive . . f. du Maine y eut d'autant plus de mérite, qu'il avait une Frayeur
atroce. '.\u moindre mouvement dan la citadelle, on visage se décompo. ait : il se croyait
. ur l'échafaud.
li ) eut plus de bruit à l'arre talion de
Mme du Maine. a haute nais ance lui a,·ait
valu l'honneur d'êlre arrèLée par un duc,
M. d'Anceni , qui e pré enta rue aiotllonoré à epl heures du matin, aYant le
jour. La duchesse venait de s'endormir, et
ses gens de .e cnuchcr, aprè une nuit pas ée
à écrire un mémoire en vue de sa déFense.
JI fallut Faire lever Lon Les ces Femmes. Jamai.
homme n'eul &lt;·ommi ion plus ingrale. La
petite duchesse n'était pas, rommc son époux,
de la race de agneaux. Elle reçut fort aigrement le compliment de Y. d'Anceni ·, ·emporta coôtrc la îiolem·e faile à une per onor
de on rang, déclama contre lti duc d'Orléan el on gouvernemenl, et refusa de se
prcs er. Elle Lâchait de gagner du Lemp ,
dans l'espoir que sa Famille inLerviendrail,
el elle r' i Lait, discutait, di pulait, péroraiL,
réc1amait une cho ·e ou une autre. li y eut
une longue scène, très vive de a part, à
propos d'une ca elle conlcnant un million
de pierreries cl qu'elll! voulait à toute force
emporter. Le duc d'Ancenis, C(Ui a,·ait de·
ordres, s'y opposa Iormcllemenl. Elle eut
l'air de céder, et la cas elle ru L découverte
deux jours après parmi e ban-aae .
Cela dura quatre heure , quatre heures de
ré i lance et de cris. Enfin \1. d'Anceni ' la
prit par la main et lui déclara qu'il fallait en
finir. Il la mena ain i jusqu'à sa porte, 011
elle eul une nouvelle crise de rage en apercevant deu1 simples ,oitures de Jouarre. l.a
Faire monter là dedan ! Elle! Une Condé!
Elle monta pourtant. L'on se mil en roule,
et ce fut a.ne autre comédie. Elle adopta pour
le voyage l'attitude d'une grande reine persécutée et oll'en ée. Le duc d'.Aocenis l'avait
rcmi e aux mains J'uo lieutenant nommé Ll

Billarderie. ~lme du füine recueil it ses ou- d'arriver enfin à Dijon, où Mme du Maine
venir · de thràtr~ et accabla La Billarderie Je îut mise dans la citadelle a\·ec deux femme
tirade 1ragiqucs ur ses malheurs, sur la de chambre.
Elle e plaisait plus tard à raconter qu'elle
dureté de la voilure el la barbarie de . es
avait ubi toutes 11 les horreur de la captiennemis. Elle mèlait les épithète le plu
énergique aux apo lroph~s les plu lilté- vité ». Le régeol, homme très débonnaire, y
rain • pa ~ait du ton de l'imprécation à eclui mit cependant bien de la romplai ance. Il
de la douleur contenue, pui · tout à coup rai- permit à la 1·oupable d'a\'Oir une dame d'bon-.
sait la maltidti et 'adre, ~ail au bon cn-ur de ncur, une d 'moiselle de compagnie, un
L'I. Billarderie pour aller moiu \'ile, e repo- méde&lt;'in, un aumônier, rinq femmes de
er plu loo«temp , obtenir une meilleure 1 hambre, d'échanger llijon contre Cbâlon- cl
Cbàlon contre une mai on de campagnr; de
voiture .
La füllarderic u'était pJ un mon tre. Il communiquer avec le d~bors, bientôt même
n'é1ait pa non plus un grand prr,-onnage, de recevoir des ruiles. Mme du Maine tomba
el le~ prière· d'une prince e lui produisaienl néanmoins dan un ·omhre désespoir. Toul
beaucoup d'elfot. Il ful au petits oin· pour son courage l'al,andonna. cl elle e crut fa
sa pri onnièrc et lni procura lou&lt;. les adouci·• plus malheureuse créature dé la terre. On
'efforçait en vain de la di. 1r:iire. El!e .c
sement m on pouvoir. li ne put toull'foi·
él"iler une. c\ne lor qu'il dut lui apprendrr, lais.ait taire, elle consentait ~ jouer, mais
le troisième jour, qu'il la conduisait dan la d'un air de marl)rr, en di ant d'un ton
citadelle de Dijon. La duchc,.-e fut anéantie. morne el douloureux : « Que . 1. le duc d'OrIl ne lui étaiL pa ,enu à l'e.!pril qu'on pour- léan juge de mes peine· par mes plaisir. ! Jl
rait la mellrc dans une vroie pri ·on. Elle Plu d'insolence; plus même de fiertr. l.a
a,·ait 1oujours 1·èv{o r1u'on la conduirait dan· pelitc duch e, ga«m1c par la peur, pleurait
quelque belle &lt;1 mai on royale 1,, oi1 elle au- à chaudes larmes, pria il et uppliai 1. Le
rait une &lt;·our el jouerait à la c:iptivc après commandant de la citadelle de t:bâlons,
avoir joué au con.piraleur. Lïdt!e d'èlr&lt;' homme &lt;1 doux el compati sant l) , écrivait
le 30 juin 1719 !1 M. Le Blanc, secrétaire
enîermée entre quatre mur, a,cc es temme
de chambre la ré\·ol la comm' un . trahison ; J·~:1n1 :
1&lt; Ensuite Jme h duche e du ~laine,
l'idée d'è1rc au pouvoir de on nereu abhorré,
tombant dans une e pèce de dé·c poir el
pleurant amèrement, fil de serment de oo
innocence dans les Lermes Je plu forl el les
plu acré', di ant qu'eU ,oyait bien qu'il
fallait mourir ici; r1ue se ennemi allendaicnl sa mort pour pou\'oir l'accuser impun{oment après, et ju ·Lifier la conduite qu'on
a tenue à son éii:ard, mai qu'avant de mourir elle harger.ail on conîr seur de dire à
toute la France qu'elle mourait innocenle de
lout ce qu'on l'avait accu éc, qu'elle eu
jurerait nu'me sur l'hoslie en là recevant,
et qu'elle avait déj:L pensé le faire plusieur
foiJ. Jê la calmai .... ,,
L'héroïne avait disparu; il ne restait
11n'une "fieiUe enfant, craignant le fouet, et
é désolant parce qu'on lui avait ôté ses joujoux. i nos propre faible ses pouvaient nou
rendre moin évères pour celle d'autrui,
Mme du Maine aurait amassé des trésor
d'indnlgcncr pour on craintir époux pendant
le cinq moi de Dijon el l troi · de Cbàluns.
S1 s aLbé· et poètes de cour, qu'elle a,·ail
enrôlés lion gré mal gr: parmi es complic ·,
11e faisaient pa de leur côté beaucoup meilleure fi~re. Le cardinal de Polignac avait été
exilé dan .on abbaye d'Anchin, en Flandre,
M. le Duc, a1·heva de la mcllrc bor~ d'dlc. où sa beauté et ses grâce étaient du bien
Elle . 'écria en 'adr . anl 1, La Dillarderic : perdu, cl il e consumait dan la douleur cl
l'inquiétude. li avait encore plu peur que le
Aux fureur~ tic Junon Jupilr r m'alia111lonne,
duc du faine,et il pleurait la perte de l'Anti11uis elle tempêta en pro c contre son détes- Lucrèce, .aisi avec les papiers du complot.
table neveu el vomit contrll lui mille injures L"abbé Dubois lui remoya son manu cril,
plaisantes - même en colère, ellll :nait de prit oin qu'il ne manquât point d'araent el
l'e·pril - qui âcbevèrenl d'éblouir L1 Billar- le l:ii sa recevoir toute les visites qu'il vou•
derie et de le subjuguer. li prit à tùche de la lut. Ces allentions ne ra ·surèrenL pas le carconsoler. On s'arrêta ouvenl et loogtcmp . dinil, qui ne pouvait e remettre de .a frayeur.
On changea de voiture. On lat pourtant obligé li en rnulait amèrement 11. la duchesse du

HISTORlA

1

MADEMOISELLE
ET

FRÈRE, LE JE

DE

TE

LAMBESC
OMTE DE BRIO

Tableau de :-;-ATTIE R. (Collection LA CAzl. ,1 usée Liu Lounc.

E.

�'--=--------~---_;_____________________
Maine d'avoir abusé de son autorité pour
l'entrainer dans une mauvaise affaire.
L'abbé Brigault continuait à avouer tout ce
qu'il savait, el même davanlage. Il dénonçait
jusqu'aux valets, sous prétexte que le soin
de son à.me exigeait qu'il dit toute la vérité.
Tartuffe n'aurait pas renié la lettre qu'il écrivit à fa femme d'un des conspirateurs qu'il
avait dénoncés.

« MAJl\llF.,
« C'est avec la douleur la plus vive CJUe je
vous écris aujourd'hui pour vous apprendre
que je me suis déterminé à déclarer à Son
Altesse Royale tout ce qui est venu à ma connaissance. Dieu m'est témoin que s'il n'avait
fallu que mon sang pour YOUS conserver et
M. de Pompadour, je n'aurais pas balancé un
moment !1 le répandre. Mais, madame, vous
connaissez la religion.... Convaincu d'êlr e
l'âme de celte malhcureus~ intrigue, je nl.l
pouvais espérer l'absolution de mes péchés
sans rendre témoignage à la vérité. li fallait
donc me résoudre à mourir désespéré ou à
rendre témoignage à la vérité que l'on a droit
d'exiger de moi. Je me suis représenté les
conseils· que vou m'avez donnés vous-même,
et je crois ne m',Hrc pas trompé en suivant
le lumière de la religion. »
Le bon apôtre!

M. de Pompadour, grand matamore en paroles, parut dans le danger un triste sire. Il
fit ce qu'il appelait

« une confession ingé-

nue ». Nous a ,·ons la pièce sous les yem:.
Il. de Pompadour y dénonce toul le monde el
gémit piteusement sur le mauvais état de sa
fortune.
Maléiieu avait été arrêté à SceauK, en même
temps que le duc du Maine. Après une résistance Lonorabfo, il finit par parler, comme
Lous les autres. Une seule personne demeurait
inébranlable : Mme de Staal. Elle était courageuse, el pois elle se trouvait bien à la .Bastille. Elle y avait deux amoureux; elle n'avait
jamais été aussi libre, elle n'était pas pressée
de s'en all~r.
Le régent désirait en finir, mais il voulait
que œ fùl avec honneur et qu'on ne pùL l'accuser d'avoir persécuté des innocents. Il promit de les gracier Lous, à condition que tous
avouassent. Mme du Maine dut boire le calice
et se confesser. Sa Déclaration est bien amusante. Elle s'-y montre toute préoccupée de la
crainte qu'on ne la rende responsable de l'horrible style du comité des seigneurs. Elle.tremble que a réputation de bel esprit n'en soit
compromise et elle in iste sur la douleur que
lui causent le fatras de M. de Pompadour cl
le « parfait galimatias » &lt;le M. de Laval. Elle
proteste à plu ieurs repri~e qu'elle n'a pas
fait &lt;1 la moindre correction » à leurs écrits.
Ayant ainsi pourvu au plus pressé et sauvé
l'honneur littéraire, Mme du Maine daigne
songer à son époux : « Il n'a jamais sa le
moindre mot de toutes ces intrigues; je me
suis cachée de lui plus que de petsonne au
monde .... et lorsque M. du Maine entrait
dan ma chambre dans le temps que je par-

lais aYec ces messieurs de ces sortes d'aîfaires, nous changions de discours. &gt;&gt; Par
malheur pour M. du Maine, elle ajouta de
vive voix qu'elle se serait bien gardée de dire
un seul mot à un homme de sa timidité;
qu'il aurait été capable, dans sa frayeur,
d'aller tous les dénoncer. Ces propos furent
répétés i la Déclai·alion de Mme du Mame fut
lue au conseil de régence, et le duc d'Orléans
se crut a sez vengé du mari et de la femme.
Les portes des prisons s'ouvrirent. Poètes el
gentilshommes, abbés el valets, chacun reLourna à ses affaires.
M. de Pompadour reçut avec son pardon
une aumône de 40 000 livres, qu'il empocha.
MmeduAlaincrevintà Sceaux üanvier1720),
où elle déb1rqua avec de grands ignes de
jo:e. Elle eut. l,ientôl permission d'aller à
Paris saluer son ennemi le régent. Elle lui
sauta au con et l'embrassa sur les deux joues.
M. du Maine profita de l'occasiQn pour se
dél.iarrasser de sa femme. 11 lui eo voulait
des peurs qu'i~ avait eues en prison el redoutait es folles dépen es. n se retira à Clagny,
reîusa de recevoir la duchesse et déclara
qu'elle aurait à se contenter, à l'avenir, d'une
pension. Elle fit tant, qu'au bout de six mois
elle le ramena à ceaux, où il reprit le joug
et 'appliqua de nouveau à tenir les comptes.
Le cardinal de Polignac garda rancune à
Aime du )lajne. Il donnait la comédie au pu·
hlic par la terreur qu'elle lui inspirait. La
d11chesse lui a_vait cmoyé une copie de sa Déclaration. « Il craignit de jeter les yeux sur
ces papiers, el le remit à un homme de confiance, qui l'a sura qu'il les pouvait lire sans
danger. » 11 bouda Sceaux le re te de es
jours.
Le plus content de tous fut un vieux marquis, M. de Bonrepos, qu'on oublia à la lla tille. Il était très pauvrt', ravi d'être logé cl
nourri gratis. Un lieutenant de police le découvrit au bout de cinq ans. On voulut le re~
lâcher : il réclama. On ne le décida à sortir
qu'en le plaçant aux Tnvalidtis. Encore fil-il
beaucoup de laçons : on dérangeait ses habitudes.
Mme de Staal fut aussi mise en liberté, et
ainsi finit celle terrible conspiration. Nous
renvoyons aux hi~toriens pour les autres intrigues d'Alberoni, qui amenèrent la guerre
entre la France et l'Espagne.

IV
Toutes ces vilaines histoires &lt;le procès, de
complots et de cachots vont si mal à celte
princesse Tom-Pouce, à ses pompon et ses
hochets, qu'on a peine à les prendre au sérieux. Elle font l'effet des intermèdes tragiques intercalés par Molière dans Psyché. Le
premier intermède de Ja. comédie ligure à
merveille la roule de Dijon, lorsqu'on a Liait
livrer la pauvre petite duchesse à son méchant
borgne de neveu : « La scène est changée en
des rochers affreux, et fait voir dans l'éloignement une ell'royable solitude. C'est dans
ce désert que Psyché doit être exposée pour
obéir à l'oracle . ... Femmes désolées, hommes

LA

DUCHESSE

DU M .Jf.1NE

affligés, d1anlanls el dansants .... 1&gt; Comme
ce hlllet de femm es clesolées et d'hommes
a{fiigés nous représentll bien la cour de
Sceaux un jour de douleur! Un autre intermède, celui des Enfers, rappelle &lt;! l'eiîroyable » citadelle de Chàlons, où Mme du Maine
crut expirer el versa tant de larmes. Au moment le plus tragique, « des lutins, faisan 1
des sauts périlleu.r, se mêlent aYec les furies». Ces lutios ne manquèrent jamais d'apparaitre au beau milieu des scènes les plus
dramatiques de la vie de la petite duchesse.
lis troublaient par leurs sauts la gravité du
pectacle.
Enfin le cauchemar était fini et les coupaLle&lt;J respiraient. Les lugubres visions qui
avaient hanté lclll' ommeil s'étaient envolées;
ils ne s'imaginaient plus rnlendre marcher le
bourreau ou drlsser l'échafaud. Leurs yeux
se reposaient avec délice sur le ciel souriant
de Sceaux, leur âme se rouvrait voluptueusement aux douceurs des petits vers et des
jeux innocents. L'aimable vallée Îèlait le retour de sa souveraine. Les Gi-lces el les Bis
repeuplaient les charmilles, non pas étourdi~
ment et en foule, mais peu à peu, avec hésitation, en divinités prudentes qui s'assurent
d'abord que personne ne le trouvera mauvais. Le fidèle &amp;lalézieu lançait à tous les
échos des chansons d'allégresse. Le quatrain
· suivant fut improvisé le jour où il revit sa
maitresse pour la première fois.
Oui, oui, j'oulilic cL ma capti,·ité,
El mes soucis, mes ans et ma colique.
Songer com·i()IJI à soula! et gaieté,
Quand je re\'ois votre face aogcliquc.

Toul rentra dans l'ordre accoutumé, el
Mme du Maine se retrouva exactement la
même qu'au déparl pour Ver aiUes, lors de
l'agonie de Louis XIV; elle n'avait que cinq
années de plus.
On n'est pas plus incorrigible. Après d"aussi
rudes leçons et avec tout son esprit, elle
n'avait pas perdu un grain de son orgueil, ni
renoncé à un seul enfantillage, ni appris quoi
que ce soit sur le monde, ni désappris un
mol ou un geste de son rôle de bergère
fardée et enrubannée. Elle était de ces gens
dont la provision d'idées e~t faite, et qui
nient paisiblement l'évidence, quand l'évidence les gêne. On disait de Mme du Maine
« qu'elle n'étail point sortie de chez elle, et
qu'elle n'avait pas même mis la tête à la fenêtre J&gt;. La seule trace laissée dans son esprit
par le lit de jus lice et le resle fut une crainte
salutaire de la police. Elle était guérie à jamais de la politique. On possède le tableau
de ses divertissements pendant toute une année. Il faudrait êlre bien méchant pour y
trouver à redire.
Ce tableau Corme un petit volume manuscrit, intitulé Almanach de l'année 1721 1 et
divisé en mois. Il coulient lei passage qui ne
se pourrait citer ici; la vieille aristocratie
française plaçait volont;ers ses plaisanteries
sous l'inYocation de M. Purgon; mais ce qu'on
ne saurait citer n'avait etrtes rien de dangereux pour l'Élal.
1. Voir la Comédie à la cwr, d'.\dolphe Jullicn.

�1f1STO'Jt1.ll
Jnnrier débute par un quatrain où ~fme Ju
~laine est per·onnifiée par Véou . Vénus avait
quaranle-cinr1 ans; qu'importe, puisque le.,;
d,:es es ne vieilli~ enl pas.
\'~uns, par ,on n•p1-cl 3lliranl 1111&gt; h,1n11nag-1•,,
Tieul a , our à , ,tufo ,,1 ,l;,o,rle 1'4p11t••·
On •1ui1tcr~ du l.01ng l&lt;•s tram1oi11cs ri,og1•s
Pour vi;Îlrr les mer~ du La~ oo. trophOI.

C'e t un peu pédant. Il est bon de pré\·enir
le lecteur que le beau nom de Lakano trophos
désigne un ruiss1•au qui traversait le parc de
ceau ..
On lit da11s ,l/ay :
@ Pur.

L LU\t, LE 11, , G llf.l:RE. '29 111,nns nu som.
- Frèqu1:11lc~ 1•1rtics ,fo quilles dans I• nU•i d1 lfarronnicr,,.

a:

Drn\lT.R QOAllTII n, L~

18, • 0

ILU'IIE.

'2i 111,ori;_,

Pif :li \Tl\.

Ca,·alcade .nr
ri,'•res.
•

,{r

.\snc~ Jans la for,•,t &lt;I,• Y&lt;'r-

~nl'YFII.I: IC--1: 1 1B

21.

il

l

IIF.t'Rr,

8

1111\trh

Le plai,ir, d ,Juillet .ont plus intellectuels :
PtEI\E L('~t. 1 E

u.

A

8

nt:CRF$

4i

Ill. 1 rr.

Ill I\JI, .

Explications ,\'Uomi•re, tic Sopliodc, 1l'Euripidc, ,le
Tèn:n · •, de \ïrgilt, elc., fiitct ,ur•I -(hamp par
rnt·

,r, Xicola,.

fücola était 1c prénom de !la~ézieu.
Q:

lh:R"l:R t/0 \ftTIEh, LE
(11!

111,

l

5

flfTRI .

;&gt;~

lll"l"TI.

11\TI'&lt;.

Crn11de dis1mte sur l"Immortalitt• de l'.\mc el ur
1~ s~ntimcnl 1l1• Dl -~arlei l1111d,e11l l'âme des Dest .

On remarquera que le mol âme e t écrit
avec un grand A c1uand il 'agit des homme ,
el qu'un petit d t jugé suffi ant pour fâme
de bête . Celte inégalilé indique quelle était
la philo. opbie officielle de la cour de , ccaux.
lme du ~laine re. la bonne cartésienne jusqu'à son dernier soupir.
L'année l 721 est tout entière aus.i bien
employée, et le~ armées qui suivirent n'eurent
rien à lui em·ier. Chaque sai. on ,·o)'ait l:Clore
quelque invention galante. ~lrue du Maine eut
de ber9eri, tenu de l'aduler en langag, lmr.oli14ue, el un ,, chef des Lerger », qui fut
M. de ainlc-Aulo.ire, connu par ~es petits
vers. 1. de 'ainte-Aulaire avait alor· près de
qualrC'-vin"t-di o.n~, et ainle-Deuve remarque malicieusement que cc cela rajeunissait
singulièrement la duchesse de 'être donné
un i vieux berger; elle ne paraissait plu.
qu·une enfant auprè tle lui 11. Le bonhomme
s'acquillllil avec infiniment d'esprit dr• e.
délicates fonction de flatteur en chef. Ce fut
pour lme du laine qu'il impro,i a on célèbre quatrain, dnns un bal où cllr le pre~saiL
dt• .e démasquer :
La •lhinité qui ·a.musc
A me d mander mon ~-rel,
.'i j'ëtai, Apollun ne serait pas mo Mu.se:
Elle serait 11" lis et le jour lioirait.

Elle eut un amoureux en titre, La Motte,
auteur d'/nës de Cauro, a,ec qui elle faisait
)'ingénue. Elle lui écrh·ait des lettre deslioé 's à courir le ':&gt;Ions du Paris, et il lui
répont.lail 4u'il arnil it usé ~ ~ . i!.!flalure ?,

force de la man,,er de baiser·. La folle était
a\'eugle depuis près de ,ingt ans et perclus
de Lou se:- membres. J'c time qu'il n'en ,alail que mirux pour :on roln d":i.moureux: il
~tait moin· comproml'ltant 11ue le lwau Polignac. tout r:,r&lt;linal 11u"élail 1·e dernier.
Elle cul Voltaire caché chez elle, dao nn
moment où il était brouillé a\'cC l'autorité
(17i6). On l'avait enferméd:ins une chambre
éc.1rtée. aux rnlel clo . Il y ,·écut deux moi!;.
Le jour, il écrivait aux chandelles Z(l(lig el
d'autres conte . La no,t, il e ~lbait chez la
duchcs.e pour lui lire ce qu'il avait lniL. Cc
furent de bonne., nuit~.
Elle eut dr comédies à foison, et des tragédie.,, de, opéras, dt•· farce , de ballet. .
Elle eut Voltaire pour fournisseur ordinaire
de pièces, el, comme en ce temp.-là, qui
VO}'ait Yoltairr ,oyait \lme dn Châtelet, elle
,·ut la a\ante traductric1• de 1 'tm ton pour
jeune première. \imc de t.1al a raconté Lrès
plaisamment, dan se. lettres à Mme du lleFfand, In ,-i~ite que ci' couple ine-0mmode autant que fomeux fil à .\lmc du .faine, dan
l'été de 1H7. La duch·.se .e lrouvail alor
au ch:Hcau J'And, qui lui était vcou par bérita11e el où elle fil de fn:.1ucuts ~éjour· sur
la fin de sa "ie.
• (t:i aoùl IH7.) lme du Ch.itclet r.l Voltaire, qui s'étaient annoncés pour aujourd'hui,
et •1u'on avail perdus dl' me, parurent hier
~nr le minuit comme denx speclr, , avec une
odeur de corps rmbaumés i1u'il semblairot
arnir apportée de leur. lomb,~.mx. On c;ortait
de tnhle. C"était pourtant de prclres nfl'amé ·: il leur fallut un .oupcr, et qui plu e l
dl!S lit , qui n'étaient pas prépar 1 • La conrierge, déjà couchée, c;c leva à grande hàLe.
Gap, qui aYail oll'erl ~on lo emcnL pour le
en pre san , ful forci&lt; de le céder dans ccluici, déménagea avec autant de pr'•cipitation el
de déplaisir qu'nne armée urpri e dan on
e.1mp, lais ant une partie de on ba,,agc au
pouvoir Je l'ennemi. ,ollaire s'esl bien trouvé
du "ile : cela n'a point du Loul con olé Gaya.
Pour la dame, son lit ne 'e t pa · trouvé bien
fait : il a fallu b déJo,rer anjoortl'hui .. 'otez
que ce lit, t&gt;lle l'avait fait elle-même, faute
de g•n . »
La leure qu'on vient de lire boulever.;e1·a
les idée de plu d'un lecteur ur les cours
d'autrefois. li esl peu connu qu'on élait expo é
~ fnird on liL soi-même quand on allait chez:
les prince .
Le lendemain J 6, Mme de .. taal ajoutait le
po l-scriptum que rnici :
« Nos revenants ne se montrent point de
jour: il:1 apparurent hier à dix heure du
oir. Je ne pen e pas .qu'on les voie guère
plus tôt aujourd'bui : l'un est à décrire de
banls faits, l'autre à commenter ewlon. Ils
ne "eulenl ni jouer, ni e promener : ce sonl
bien de non-valeurs daos une société où
h:urs doctes écriu: ne .ont d'aucun rapport. 1&gt;
lme de laal calomniaiL lrs « revenants ».
Ils n'ét:iient pa · d &lt;1 non-\·aleurs , car ils
répétaient aYec zèle le Comte de ltouriwufle,
de Voltaire, pour en ré.,aler leur hôtei se. Le
~O, autre lettre à Mme du 0rffand :
0

, Mme du Ch:Helet e l, d'hier, à on troisième logement. Elle ne pouvait plus upporler celui qu'elle a,·ail choi i: il y avait du
liruil, de la îumée sans feu (il me seml,lc
rrue c·c L son emblème). Le hruiL, ce tù. t
p:i, la nuil qu'il l'incommode. à ce qu'l'lle
m'a dit; mai· le jour, au furl de on tral'ail:
cda dérange ses idée . Elle Fait actuellement
la re\'ue de .es princi11es : c'est un exercice
fJU elle réitère chaque année; .an quoi ils
pourrai1:,nl s'échapper, el peut-êlre s'en alli r
~i loin, qu'elle n'en relrou\erait pa. un seul.
Je croi · bien que sa tète est pour eux une
mai on de force, et non pas le lieu de four
n:iissance. C'est le ca de ve.illrr soigneusement à leur garde. EII pr1Hère lù Lon air de
cette occupation ~ tout amusement, et pcr. i. te à ne ~e montrer qu'à la nuit clo. e. foltaire a fait des l'ers galants qui réparent un
peu le maurni· effet de leur conduite inu~ité . J
Le Conile de llo1mo11fle Fut joué le 2i août.
,1me du Châtelet fai. ail Mlle dl! la Cochonnière. Elle n'a\'ait pas le ph)·siquc de l'emploi.
~Ille de laCoehonnière e. t II gro ·e el courte , ;
Mme du Cbàteh·l était une grande femme
èche, avec la roilrine plate et une longue
figure os eu e. Elle eul néaomoio un vir ~uccès. Mme de taal elle-même en convient :
« flic de la Cochonnière a si parfaitement
exécuté l'exlravagance de. on rôle, que j'y ai
pris un grand plai ir 1.
Le re,·cnants partirent le lendemain de la
représentation, el ,1me du DclTand fut im·itée
à les remplacer. Son amie lui écrivit à cc
propo :
11 (50 août.) On \'OU. garde un bon :ippartement : c'ust ce.lui t.lont Mme du Châtelet,
aprè une rC\'Ue exacte de Ioule la mai on,
·'était emparée. Il l' aura un peu moin de
meuble 1~u'elle n'y en a,·ail mis: enr elle
avait déva. té tous ceux par oû elle arail
pa' é, pour garnir œlui-là. On n relroU\•é six
ou sept table· ! il lui en fout de toutes 1~
graudeu r,, J'immeo es pour étaler es p:ipier;;, de olid · · pour soutenir ·on nécc s:iire, de plu légères pour les pompon,, pour
le bijoux; et celle belle ordonnance ne l'a
pas garantie d'un accident pareil à relui qui
arri\'a à Pbilippe II quand, apr\ arnir pas~1:
la nuit à écrire, on répandit une bouteille
d'encre ur se dépêches. La d3rne ne 'e::.t
pa piquée d'imiter la modération de cc
prince : au· i n'arniL-il écrit que snr de~
affaires d'État; el ce qu'on lui a l.iarhouillé,
c'était de l'algèbre, bien plus difficile à remettre au net.
11 • • • Le lendemain du départ, je rcçoi
une lettre de quatre ,,a.,es; Je plus, u II Li Ilet
dao le même paquet, qui m'annonce un
grand d · ·arroi. . [. de \roltaire a éira.ré 'a
pièce, oublié de retirer les rôles, el pël'du le
prologu •. Il m'est enjoint de retrouver le
tout ... el d'enformer la pièce sou.~ cent rle/'x.
J'aurai cru un loquet suFfi anl pour ·!ardt:r
ce trésor. J'ai bien el dùment cxécuttl Ir~
ordre, reçu . »
Ce n'était pas une ioécure 11ue d'avoir
chez ·oi le grand homme el sa brillante comp3gne. IL re\'inrcnt lroi. mois aprè,, à 'ceam
0

"--------------------------------

LJt

celle fois, et un désordre singulier, ine,plicable, sïntrodui~it en même temps au chàleau. On jouait l'opéra. Jlme du Cb:'ttelet, qui
avait &lt;c une ,,oi, di,·ine », chanta de1r&lt; fois
fs.~é, "rand opéra h~roique ,le 1.n ~lolle et
De touche ..\ la première rrpré cotation, il
vint uoll telle foule que la duchesse en fut
excédée. A la crnnde, même cohue in upportable. ~lme du ~faine supprima l'opéra el
déclara qu'on ·l:!n tiendrait à la comédie, 1p1i
attirail moins. Uo donna le t 5 décembre une
pièce nomelle d' \"oltnire, liI Prucle, imitée
de l'anglai 1• Cl li y eut un monde . i affreux,
raconte le duc de Luyne dans ses Jiirnoires,
que . lme la duchne du laine a été déaoùtée
de pareils pectacl~. Elle rnnlut 1oir le billet. qui a,·aient été en\'o,·és. 11
C'est par là qu'il aurait fallu rommencer.
Le m\' lt•re s'éclaircit aus itôl. Yoltaire el
)tme du Châtelet avaient fait leurs invitatio;
de leur c,ité. Tl'Ar"enson prétend qu'il o'a\'aieot pa · eornyé moins de cinq cent~ biJlet ·
du modèle qne voici :
« De nourcaux acteur~ rcpréseoleronl, \'endrcdi H, décembre, sur le théâlre de
:m.i,
une comédie nouvelle en ver~ et en cinq actec;.
11 Entre qui veut, san aucune cérémonie;
il faut y être à six heures préci,es .... Pas é
six heure~. la porte ne. 'ouvre à per.onoe. »
Le public Ï•lail hJ.té d'accourir u ·an·
aucune cèrémonie o cl avait envahi le chàLcau. Mme du ~laine se fàcba, et se hùk
partirent plus lcil qu'il n') avaient complt!.
Il était au-de • u. des for· de Voltaire de
re. ter brouillé aYec une prince ·"e qui empêchait le eos d'ètr mi· à la Ba tille. Ifautre
part, la petite ducbe e regrettait son grand
huwme, l'étoile de on :salon. \'ollaire se
décida à la prendre pour e"érie liUéraire, el
ce fu l le prix de la réconcilia lion. Elle lui
fournit un sujet de tragédie el lui corrinea sn
pit'•n!. 111:i remercia par des lettre où il l'ai~
pelait « ma prolectrice, .•. mon génie •... :lme
de Cornélie, ... âme du grand Condé! » li lui
écrh·ait en DO\'embre l 7MI :

mourut d'un cancer au vi. age ( 1750), fort
Lien soigné p3r rn femme. ainte-Aulaire le
rnhit, à qualrMinat-dix-oeuf ans selon le
uns, centenaire .f'loo les autres. ~[me d'Ei.tn:1•!,, la grande amie de ,rme du laine,
mourut en 1717, Mme d1• taal trois ans
apr··.
Ces déparL~ pour l'autre monde étaient
gênanls. Ils dérangeaient le:; répétitions,
désorgani.aienl tout d'un coup une promenade à âne . \lais c"était l1ien vile Jini : on
}p, exp~diait trè: le lement. o On enlerre iri,
celle après-dinée, écrivait ~[me de Staal,
celle pauue Mme d'E lrée ; el 1mis la toile
sera bai. ée, on n'en parlera plu •. » Elle
ajoutait c1ueh1ues jour~ plu lard : Cl li faut
com·eoir 11ue nous allon un peu au delà de
l'humaine nature. Je ,oi d'ici ma pompe
funèbre : si le regret l plu. grand, les
ornements seront en proportion. 1&gt; Pourquoi
~(me du ~laine aul'aÎt-elle eu du cbaqrin?
Quand les gen étaient morts, ils ne pouvaient
plus l'amwer, il ne lui étaient plu bons à
rien, el elle ne dempodail •1u'à être débarr . ée de leur « pompe funèbre • le plu
vile possible. Elle-même di ·ait ingénument
« qu'elle a\1ait le malheur de ne pou\'OÎr .e
pa ser des per onncs dont elle ne e souciait
point. » Ain i s'explique qu'on la vit « apprendre avec indifférence la mort de ceu,
qui lui faisaient ,·crser de brmes, lor,·qu'ils
se trouvaient un quart d'heure trop tard à·
une partie de jeu ou une promenade 11.
Soiunte-di - 1•pl :in sonni\reol, et )lme du
Maine s'amu ait toujour . \'oltairl! écrivait dl•
Ilcrlin, le t &lt;lécemltre 1752, à l'un de plu.·
bl!au:x esprits &lt;le 'ceaux : &lt;&lt; Mcllez-moi toujours aux pieJs de \!me Ja ducl1e . e du
Maine. C'est une âme prédestinée, elle aimera
la comédie ju qu'au dernier moment; cl,
'lu.and elle sern malade, je \'OUS con cille de
lui adminislrN quelq_ue Lelle pii'•ce, au lieu
&lt;l'extrême-onction. On meurt comme no a
,écu; je meurs, moi qui Y0us parle, el je
grinonne plus de Yers que La .1olle-Houdard. ~
Hie ~lait toujour· violente et fantasque, el
cda lui seyait de moin en ruoin. birn am·.
l',lge; une jeune princes e peut a,·oir une
certaine !!l'àœ à frapper du pied et à demandl'r
la lune; une vieille naine en colt·re est un
vilain ol,jet l e cxlravaganœs n'amn enl
plu per oone. Elle éLail loujour exigeante ll
tyrannique, tenant ses invité dan uo .i dur
c clavaire, que De louche· prit un jour le
parti dt! s'évader de ,'ceaux comme il se serait
é,-adé de la Dastillt. Elle a\'ail loujour de
in omnic· peodanl lesquelle il fallait l'amu•r, lui faire la leclurc ou lui conter dl'S
hisloir '. EIIL· mettait toujour · « une quanti lé prodigieuse de rouge:. » el faisait toujours des séances t.le deux heure devant son
miroir, pendant le quelles elle \'0ulait un
cercle autour d'elll'. Elle était loujour gourmande; ~eulcmenl I ayant lroayé meilleur
pour ,-a santé de man~cr ~eule, il n'y avait
plu que a table de délicate : elle avait rogné
el ~implilié ln l.'lble de imité~. Elle a,·ait
toojour · l'esprit ,ir et curieu ; elle élait-lou-

Cl

UA l'IIOJECTRJCF, •••

(l li faut que \'Olre protégé t.lise à Yutre
Alll'.se que j'ai suhi en tout le con. cils dont
elle m'a honoré. Elle ne aurait croire
rnmbien Cicéron et Cthar y ont gagu •. Ce.
me· ieurs-là auraient pri vo avis, _'il ·
a\·aient ,écu de votre temps. Je lien de lirct
/tome sauvée. Ce que J'ot1·e Aliesse •. ei1ài.·ri111e a embelli a /ait 11n effet prodigieu.r
(novembre i 74!1). »
•
Le compliment e L déjà flatteur. Yollairc
lrou"a mieux encore le lendemain. Rome
a111•ée e ·t de\'enue « votre trarrédie ».
" 1 ·011 avoo · réprlé aujourd'hui la pièce
avec ce changements, el devant qui, madame'!
devant dl!S cordelier , des jésuites, des pères
de l'Ora~oire, des académicien , d, magi ·•
l~1 ·, qui savent leur _Catilinaires par cœur 1
\ ou ne ~auri&lt;U croire quel uccè i•olre trayétfie a eu t.laos celle gra\'e as emblée ....

1. nu Pfoi11 D,-11lu Je. "irl,erley.
'!. Ali\ urlcur,. Tlome ,a111•fi, ë11il la trazi•tlil!
1 que Il.• me du ain~ 11ni1 rolfnl,m 1.

a

.-\ me de Cornélie! nou · amèneron~ le ~énal
romain aux pieds de Votre Alte~. c, lundi. »
oe autre lettre, à d"Ar"l'Olal, expliquait
crûmrnt . on enthou~iasme 'pour Mmr du

\laine : « J'our:ii besoin de sa protection;
elle n·c~l pl à négliger. »
Rome sau1•ée fut donnée à Sceaux le
~ 1 juin 1750. La paix était foite, mais t ..é,ic
n'anil pa oublié le passé ~•t prenait ses préc:iulions, témoin le billet Je Voltaire ;1 L,
marquLe de ~l:i.Iause, écrit à ceaux même,
d'une chamhre à l'autre :
Cl Airn:il.ilc Colette, dites à .on Alle .e
:Jrénissim1111u'elle ~oulfrc nos hommages el
notre empre, emenl de lui plaire. Il n'y aura
pa. en tout cinquanle per ·onnes au delà de
cc qui viL•nt journellement à l'eaux. »
Voltaire jouait dans a pii·ce le rôle de
Cie •ron.11 y rcmporla un triomphe. Le célèbre
acteur Lcl.ain, qui fai'ait L\lntului; nra, dit
dnns se iJJi111oirei que « c'était la ,·érité,
Ciréron lui-même, loonanl à la triLunc aux
harangue .... 1&gt; fme du Maine fut charmée
de on acteur.
Les année coulaient, él ~[me du llaine
s'amusait toujour·. Elle am.il trOU\'é le lemp
de dcwnir dérntc entre deux parties de
quilles, el elle Yeillait à pré~cnt ur l'âme de
se· imitL:s; mai j usqu·aux devoirs de piét~
prenaient à ceau\ de pt!lits airs badins. ·o
jour qu'elle pre ait le \'ieux Sainle-.\ulaire
de renir à confes e, il lui repartit :
Ua 1,ergi•re, j'ai beau d1erd1er,
k n'ai ri,•11 sur ma cou,cicncc.
D grài,&lt;', rai le -moi P,:•d1er :
Apri-s, j~ ferai 1&gt;ëni1cnce.

La pelite duche:; ·e riposta par un quatrain
bien connu, mais tellem 'Ill gaillard que nou
ne le aurion répéter.
De temps à autre, la mort rnnail indi crèlemenl ·e rappeler au somenir de la «nymphe
de .'ceaux I en lui enleYanl l'un de se· fo.rnilier'. . Ialétieu disparut l'un des premier,.
Pui c, fut I tour du duc da Maine. c111i

DUCH'ESS'E DU

:;. \/f,nflÎrt

ile Lu.

11.,c_

JKJHN'E

--,

�, ____::.._
1f1ST0~1.Jt - - - - - - - " - - - - - - - - - - - - - - - - - - - jour éloquente, originale, ,frante pour le
plai~ir, enchantée d'clle-m1'mc d pcr·uadt\e
qul· ·i elle n'était pas uoc dée. c, il ne s'en
fallait 11 uère.
Cl'tle déesse avait un catarrhe comme une
. impie mortelle, et il eo résulta uo petit accident, le 2a janvi •r i 7t,;-,. 'ou lai .. ons la
parole au duc de Luynes : « Elle e plaignait
roolinuellement, tantôt. de rhume, tantôt de
mal aux reui, el avail ct•pendanl le fond
d'une tri• honne santé, quoique la conformation de son corp ne scmbl.'tt pas l'annoncer. O•puis un an ou deux, elle avait été en
effet aswz incommodé,•, el à la fin elle • l
morte d'un rhume ,,u• Uc n'a pu cracher. 11
Mourir d'un Q rhume qu'on n'a pu cracher • ,
cc n'e l gui·re poétique pour une nymphe;
mais on mt'Url comme on peut. ~lme d11
\laine lai. .ait cieux fil , le prince de llombes
el le romle d'Eu, 11ui ont !ail peu de bruit
dan le monde.
Ain i finit cette étran 11e petite cré.iturc. A
lran•r s ,. étourderie.. .
innularilr, ' SC
inégalit6 d'humeur el d,i mani1'·re , une

chose. du moin , demeura en die toujours pa ·· semLlahh:- à nou-, el C-Ontrihucnt ain:i
fixe èL inéLranlaLlt· : la foi en la divinité de à nous 11• faire oublier. Comment aurioo ·son ran . C'tsl là ce 11ui e pliqul' a superl,e nou. la foi, s'il ne l'ont plu ?
indifférence pour autrui et ce 11oe, chrz une
Le respect pour le demeure. ropl1• 't1n
moin 11 rande dame, nou, nppcllerions son est allé a vc&lt;· le respect pour le · pe; ·onnes
é"oi me. Et c'e t là au· i rL qui la r nd pour royale . Le domaine de .'ceau,, conû qué
nou. ,i ruricus • cl si iolérc,,anlc, au même par la Coo,·ention, fut vendu en l 7!l à un
litre riue, dan · un muséum, le. qul'lelte
lrnmme Je peu, qui d~molil le chiileau el Il'.,
d'une race d'animaux di. p3rue. On a dit, 1·l ca rade • a.b:illit b arLr · cl tran forma le
prél'isémcnl à propos d'elle, « que les princès parc en lem•, de labour. Il ac• lai- :i ~urrc .
i:taient en morale cc que !1:~ mon ·Lrcs onl Jd,out &lt;file 11• pavillon de l'-t\urore, êt un
dan· le pby irt ue : on mi L en eux à di:cou rrrl lambl':iu du parc, qu'on lui radie.la et qui
la plupart des viet.• qui .unl imperet•ptihle:- et.i le encore, arec e- charm1lle taillée·, •
dan. b autre. hommes • · Ilien dt! plu nai SC houlinarin ' ses déLri· dt colonne . . c·e:-.t
au ll'mp où elle 1irnil. 'ou ne oou ' dou- là qu'était aulrcfoi, la MénagNie. On y a
tons 1raimenl plu · dl! ce que c't:tail, il l a in ·Lallé un b.,I public rl le gri. elle· parideux sit•cle •• qu'un priure ou uoc princes c,
iennt1s ,·iennent rlan ·er le Jim:inchr. d:in.
CC' être 11 part,marqués au front d'un Cèau
le allée~ où Mm1• du Main1) jouail :11ec ses
divin, affranchi. par droit de nai ·,ance de ouistilis en cherchant une de,inetlc.
tout tlgard en\'l!rs le commun de~ l1ommc · cl
Le ha ·arJ a été spirituel. Ce joli 1wtit roin
relevant d'un,• morale . péciale, faite par eux dt la Ména"eric n'a pa. cbaugé de de tination.
et pour cu1. Le prince el 1»-inccs e d'au- JI est re _lé comacré aux faribole et aux
JOurd'hui ne _s·en doutent plu eux-mêmes. cabrioles, rommt' au tt'mps de la petite duIls oul,lienl à r.ba11ue in.tant &lt;J11'i6 ne soul rhes,,,.

.,.

.\RVU&gt;E HARI C.

___________________

rendu dans la Del'.!Ïquc ... 1111e &lt;le là il pa~sa
en Allema~n • et habita pentlant 'lnelque
temp· la ville de Colo~ue, où, pour sui, i ter,
il ouvrit une école pour Jes enfant'. Dégoùté
de a nouiclle profe. . ion, il &lt;Juilla Cologne,
annonç.ant le des ein de se rendre à Lundrl' ,
et de là aux lie , où il "crait 110.~il,le 11u ïl
véci'tl (Vlcore. »

de !i:I volière el nou mettait entre le · main;.,
le~ un aprè " les autres, el&gt; moineaux cl .es
pigeons. Un j~~r il no~; ~on~a ~n- L1·au
pigeon .... Oublie dans le prdm, 11 pcr1t pendant un• nuit d'orage. A la nouvelle de celle
mort, le· larm de füximilien roul'•rent, el
il nou accabla de reproches 11uc nou · n'a,ioru
que trop mérités. »

Troi: aonL:C _'étaient écoulée~. llesdernoi•
l&gt;eru: des enfants ain. i abandonnél's, Charfolle et llenrieue, furent recueillie par lcur- selle de Robe pie1Te ne pournieot sufftre à
tanlcs paternelle.. Françoi Carra ut d'lnna la tâcbr. que le dé"ouemeoL leur a\'ait fait
a ile à es petits-fil·.
accepter. Dan l'iotérèL de leur nih:e_, elles
MaximilienJ dè5 qu'il ut lire cl écrire,
ollicitèrent l'appui de personne. charitable .
uivit comme externe les cour du colll&gt;!!e Leur grande réputation de piété assura l'effid'Arras. ous la direction des prêtre· . écu- cacité de leurs demande . JI exbtait à Tournai
lier~ qui dirigeaient cette mai.on, il apprit un établis emenl charilable, erré par tarianne
!!taluilemenl
les éléments de la lan,.uc latine. cl Jo.epb fünarre, ~n fa~eur de filles p~u_ues
i,
c· était un enfant érieux el applhaé à l'étude. de l'à11e de neuf à d11-hu1l an., et adm101. Iré
La pcrsé,érance de ·on travail lni as~ura de c-0nœrl awc le ma~i lrat par le recteur du
hicnttit le premier rang parmi les écolier" de collènc de.'- jésuite . Le jeunes filles admis
rnn ,ige. MaL il avait d\; lor.,, au lrmoi .. nage au1 1l/n,u11·1·e.~ devaient apprendre à lire cl
d'un de ~e. condLciples, Lenglet, futur
agent national de la
commune d '.\rra ,
« un raractère détestable cl une en\1e
d lmesurée de domio r ". Charlotte de
Hobespierre retoonait
« qu'il partageait rarement lesjcux el le·
plaisir d .c camarade ; il aimait à êlre
.C'ul pour méditer à
onai e el pas ail de·
heure· entières rélléchir o.
Les amu emcnt ·
au\11ueJ c forait le
jeune Maximilien ne
A Parb comme à
ré, éJaien l d 'ai lieur ·
,\rra , llobe~ierre se
aucun in tioct cruel.
dLtiogu:i par son a.c 11 a,ait ::ippri. de
siduité au travail.
.·a mère à confectiooQuoiqÛ'il eùt à lutter
ner de la dentdle el
contre des concurilcofaisaillrèsbicn. D
rents plu. redoutable·
- 1 On lui a\'ait donque ceux 11u·n avait
nt':, &lt;lit Charlotte de
lai sé dans sa ,prollobe pi rre, des pi,·inc , en deux an il
geon. et des moiallei!!Dit le premier
neau dont il a,ail
rangparmi escondi le plus grand oin, cl
ciple . Au nombre de
auprès d quels il ·eœnx-ci étaient : Canail . oment passer le ·
mi Ile D~· mouliri ,
moment· qui n'étaient
boursier du chapitre
p:t, cons cr· à l'élude Laon, décapité le
de. 'l'ou les diman5 avril t 7U i; Duport
ches, on nou enrnlail
du Tertre, le futur
chercher, ma !;œnr et
ministre de la ju. lice
moi, pour nou ·· réunir
~l.\)SO:&gt;; DE ROBESPŒRRE i RUE DES R.1.l•l'ORTEOR • .\ ,\RR.A~. - Croiu•~ .k l i . Lu unu:.
en li90, décapité le
àno dcu frl-re .C'[...
2U novembre l ï!la ;
laient des jour' de joie
l'abbé Tondu, Lourel de bonheur ponr oou ·. Mon frère Jaximilicn, à éaire jusqu'à cc qu'elle Ju~' .. col c.:apaLle
ier dn chapilrede O)Oll, qui, ,ou lt'. oomde
qui faisait une collection d'imane el de gra- de ervir el de gagner de quoi ti1Tc. Char- Lebrun, de\'Înl ministre de la guerre apr'· le
1·ur~, nou étalait ses richc~.e cl était heu- loue el Uenrielle de llobe pierre furent JO août d fut d&amp;-.apité le '27 déœmhr · 170:i;
reux du plaisir 1111e nou. éprou,·iofü à 1'- admises comme Lour ièrcs dan. cet étauli - , ullcau, le futur rédacteur d1· · .lcle · ile,;
contcmpler. Il nous (ai ail au ~i le- honneurs
emeul.
Jpotres, ma •..acré le 10 aoùt.
0

1

,
•
Les /Jrem1eres
annees

de Robespierre
François de Rohe. pierre - eelui qui de- firent réprl&gt; enter pour la C-On~litution de dot
de Bobe pierre de. deloir au- i sacrés qu'au·vait être le père du célèbre comentioonel 1 par maitre Corroyer, procureur au con cil
1ère. ; mai il n'était pa- à la' hauteur de a
fut pou é ver l'étal reli"ieux par _ père d'Artois : le 111aria1tt apporlail à la commulàcbe. ,· il bizarrerie naturelle, . oit é arc1
e:l mère. Peut-être quelt1uc. , carl de jeu- naulé une somml! de 2.000 li1•rc.Q, le parents
llil'nl de a rai.son accaLlée p:ir le malh.eur.
ne ·e leur inspiraient-il des craintes 11ue de la future promettaient :i.000 line ,
on le ,·it bientôt, au lieu Je chercher dans le
ravenir devait ju tifier.
payabl en plu ieur · annuités.
tm·ail l ressources iodi,pen. able· à l'éducaA l'àge de dix- ·epl an·, iJ commença on
Quatre moi aprè une union contractée
tion de quatre. enfants t&gt;n bas :lge, renoncer
noviciat chez le Prémontré de Dammartinou d'au j triste· au picc naquit celui qui,
à l'exercice de . a profe. sion, végéter d:in ·
en-Ponthieu. Mai , au moment de prendre trente-cinq ans plu Lard, demil ètre un des
l'inaction
pendant plusieur année., abanJ"habit, il d ·•clara qu'il 01• se entait pa de flt1aux de la France. llaximilicn-~farie-lsidonner enfin famiUe el patrie. A quelle épovoca.Lion pour la ,·ie mona tique el e fixa ÎI dore de fiob~pierre ,·illejour le Gmai f75 ,
que 'éloi!!lla+il d'Arras et vers 11uel p:iy
.\rras. Apr~ · avoir !ail .·on droit à l"univer- et fut bapti é quelque' heure plu t.ard. Le
dirirrca-L-il ses pas? Il rè1roe à ce sujet une
ité de Douai, il fut reçu avocat au con eil purain était maître laximilicn de Rollesincertitude d'autant plu grande i111e ,a fad'Arloi , le ~O décembre 1756.
• pierre, « p~re-grand ll du côté pJternel, avo- mille elle-même n'en sul rien.
•
On le ,·it hientôt débutant dans la ,,ie par c.tl au con il d'ArtoL, el la « marraine D,
c On lui con, eilla, dit dao e .llt!moÏ/'es
un actl! d·incooduite .... Ce fut, en elTel, pour dmnoi eUe farù.--lfar •uerile Cornu, femme
Charlotte de Rob• pierre, de vosa 6er pendant
réparer les uiles d'une séduction devenue de Jacques-.Françoi Carrant, a mèrc-"rand ,,
11uelquo temps pour c di traire; il uhit c
manif ·te, qu'il épousa, le 2 jamier t î5 , du côté maternel.
con eil et partit. lai·, héla l nou ne le
après une ~cule publication de han faite la
Françoi de Robel pierre eut trois autres
re~im · plus .... Je ne sai daw qurl p:11s il
,·cille, Jacqueline- largucrite Carrant, fille enfant. : llarguerite- farie-Charlottc,
fé- mourut. ... t
d'uo Lra seur do? la rue Je Ronville. Aucun nier J 700; Uenrielte-Eulalie-Françoise, ~ déUn bi.Lorien ,,ui llcrivait en 17tl5, tout en
parent du mari n'a i ta, ni à la rédaction ccmbre i 7G 1; Augu tin-Bon-Jo eph, 21 jan.I! trompanl sur la cau~e du déparl de Fran- •
du contrat de mariarre, ni à la cérémonie reh- ,ier J 76:5.
çoi di; llohe. pierre, . e prétendait mieu1 ren!!Îeusc. faitre de Robcspitme el ~a femme e
La naissance d'un cinquième enfant qui ne
eimé . ur la mite de se aventure : a A la
1. Le ëlémcnt tlè cette étu,lc unt étc cmpruut~
,écut que quelques heure1, coùta la , ie à mauite d un procè.s perdu, il quitta brusque-i J'uun ge i compl •t 11u'un 111cien avocat d'Arm
dame de Robe, pierre. Elle expira le 1ü juilment le pay . Oo a,·ait ignoré jusque-là la
J .-.\. l'an,, •1ui rut mioi Ire rl ' lrn1ux pul,li ,bo,
1 1-1· l à . • • .1 •
f
1,· rabin..t llruglie-fuurtou 1n3i tl!7i), 1 ,·onnrrè à
et I J·•, ~me agce ue llll,ll-neu ans.
route qu'il avait suivie. .Nous venon de
la j un~ e ,1 l htun ilici1 R,&gt; • pierre.
Cette fin pr~maturée impo-.ail à Françoi,
di'counir 11u'au . ortir dt' ·a pairie, il -·~tait
0

:

ln au aprè. 11ue
sœur · a,aient été
admi,es gratuitement dan cette mai.:on
d'idui.:..1tioo, ~laximilien r \Cernit d'un abbé
de . ainl-Yaa t la faveur d'une éducation libérale. ~e tante profitèrent de leurs relations
avt1&lt;' un chanoine de la cathédrale pour le
recommnoder. Leur démarcb furtt0t couronnée de ~uccè:. A l'ouverture de l'année
scolaire J7tî!l-1770, ~Jaximilieo fut admi. ,
comme Loursierde ainl-Yaa 1, dan la classe
de cinquième au collène Louis-le-Grand de
Paris. li était à é de onze ans.
Ce ne fui pas .an· nppréhcosion que mesdemoiselles de l\obespierru se . éparèrent de
leur enfant d'adoption. Elle le reêorumandèrcot à un rliaooine du chapitre de 'otrcDame de Pari , M. de la Hoche, qui était leur
parent. )la1imilien devait trou,·er en lui un
protecteur el un mentor, el malbcun?usemenl
le perdre au boul de deux ans.
Une autre femme pous.ail plu: loin e~
pr cntimcnts maternel· : a J'o e espérer,
monsieur, écrivait au
préfet de élude., de
Loui - le-Grand une
dame d'Arra , madame . lercier, 11u 'à
toute le Lontés 11ue
,·ou ·avez déjà eu.?
pour mon ftl ·, You
voudrez bien 3JOUlcr
encore celle de ·urrcillcr un peu ,e société ·, el surtout de
lui interdire Loule
frtii1uentalion avec Je
jeune Rob~pierrc,
qui, entre nous, ne
promet pa: un bon
sujet. 11

• 1::5 "

�111STO'l(1A
Le nom de aximilitm ful cité dans le
alor.: retiré à ._aint-Denis, montre aYcc quelle
concour· de l'lJniversité, au· année,· 17î'2, ~édicresse orgueilleuse le boursier de ~ aint- réfazié à Ermenonville, était d'ailleurs fort à
H et ï5. Il était alor· élève de quatrième, \ aa l, le protégé de l'é,·êque d'Arras, sa,·ait la m'odc parmi les jeune,; gen~. Lazare Carnot,
pl'ndanl qu'il était élè\·e d'une école préparade seconde et de rhétorique. fiob 'pierre
ollici Ler un liienfait.
toire
pour le génie militaire, a,·ait ré olu de
doubla celte dernière clas. e. Il y avait pour
lui
porter,
en compagnie J 'un c.1marade, le
• Pari,, rc 11 ai-ril 17il&lt; .
profe. seur un homme tlrudit, admira leur pa tribut
de
sa
juvénile admiration. Le philoionné des anciens. Le lfomai,i (tel était le
11 "onsieur,
sophe reçut fort peu gracieusement -~ jeunes
.-urnom qu'Hérirnux avait reçu de es élèn: )
« J'apprends que l'1hè11u • d'Arras e ·t à
croyait reoonoaître en fiohespierr • un carac- « Pari., el je voudrais bien le voir .. lai je disciples, et ne répondit /deur naï,·e affection
tère fait à l'anti11ue, d se plaisait i1 vanter 11 n'ai pointd'habitetjem:mquc de plusieurs que par des rebuOade~.
Cependant, la Lour~ de , aint-Vaa t person amour de l'indépendance. Le di ciple, « cho~es ans 1 ·quelles je ne pui sortir.
s.wourant les complimPnlli du maitre, po ·ait t! J' ' pèr · tfUe ,ou. voudrl'z bien ,·ou. donner mettait à floI,e pil'rrn de uine les cour de
théologie, de droit ou de médecine. Il opta
à -.on tour en citnyen de f\omP
11 la peine de venir lui e,poser ,·ou ·-même
Pendant ~fil ïl ·uivait le cours de rhétori- Cl ma ·iLu:ition, aûo d'obtenir de lui ce dont pour le étude qui de,·aient le préparer à la
profes ·ion qu·(n·aicnt ·uivie .c pi:re · el ,·ers
que, Hob ,pitrre, à u recommandation d'll t. a j'ai be oin pour paraitre en ·a pré, r.nce.
laquelle
le portaient e "oi'il. nalurd ..... Il
riraux, ol,tiut une favt•ur insinue. Loui- X\'J
• ll~ suis avec re pcct, mon ieur, voire li.ait les mémoire.&lt; curieu1, ui\"ait le cause
venait d'être acré à l\eim-. ccompagné Je 11 trè humble et trè obéi~sant errilcur,
célèbres et courait au Jlalai entendre le
Marie-Autoinelle et d, princ du ang, il
« DE l\onF,1•mn1u: ainé. »
plaidoyer .d'apparat. Quoi &lt;[U'il en soit de
foi ·ait son entrée dans la capitale. L'unh,.r· préférence. pour l'art oratoire, il c.t cer, ité de P,tri , " fille ainée de 110' roi_ • ,
Il e.L nai 4u'au moment où Maiimilien tain que flobe pierre ne ~acriûail point aux
s'était rendue en corp au collège Louis--le- s'attirait ainsi l'animadver ion de l"aùbé
Grand pour complim •uter le jeune monar,1oe Pro rt, l'esprit du collège toui. -le-Grand audience du Palai' le temp · néœ saire à la
préparation d • examms. En moiu · de troi
!Ln· 1• trajet de l'é li e métropolitaine à Ci!lle
e tran form.tit. Oo tolérait notamment que an. il conquit tou ~ e~ "rade . H oLtint l'n
dl' ainte-Genevièvl'. Entre le milliers d'élè1·es d' \lemLert entretînt des relations avec pluqui prupl:tient le - collège· de Pari , on ne si 'llr' des élè,e . I.e nouveau principal, Denis efieL, Je 31 juillet 17 0, es lettre~ de haccapouvait en admettre 111i'lm .cul à l'honneur, IMrardier, - qui plu tard devait donner à launi.at en droit; le i 5 mai I i 1, . on diambitionné J Lou , de haranguer les nou- Camille O moulin. ln bénédiction nuptiale, pMme de liœnre, et, le '2 août ~uh-ant, il
veaux ouvcraius. L'être pri,ilé,.ié snr !(UÏ - îavorÎ!iait l'établi · emcnt d'un r1Hme de fut reçu a,O&lt;'al au pari ment de Pari..
Le~ dernier succh de H~ierre lui
tomba le choix de l'univer. iré fut ~faximilirn tolérance en rapport :n•ec l'e. prit "l!néral dn
as,ur1•rent
un témoignage partic.-ulier de hiende l\obt~picrr . Lor que Je , principaux digni- siccle.
, cillancc. Cha11ue année, l'excédent d 11'taires du corp~ enseignant eurent fini leur
.\ partir de ce moment, Hobe pierre, dédiscour:;, il présenta au roi et à lo rrine, au barras é do toute contrainte, Cl'S :1 de remplir ,cnu~ du collr e était employé en récon.nom de &lt;' · condi ciple·, une pièc • dt? n·r · ses d ,,·oir religie1n. ttr,·c de philo ophie. il ptn e que ll' admin1 lrateur · accordaient
latin composée pour la circou,lancc. - « Et ne prêtait ,,u·une attention médiocre aux aux hour~ier 11ui , 'élnient di tingués Jan. le
j'élai pr 1~cnt à cc spt•daclc, dit l'abbé 1,-çon,- de l'.ihl,é lloyou, rnn profc seur; il ~c cours de l&lt;'ur · étude~. Lti 1!l juillPt, ur le
l1ro1arl, dllpo iLairc de aumôrws que faisaient )las ·ion nait pour le écrits de Bous.seau. rapport ,le l'abM Bérardier , llol,espierre
annuel! ment à llohe)pierre l'é,ëque el qul'l- « llomm • divin, écrira-t-il Lil·ntot, tu m'ns ohtint une "ratilkation dl! 600 linc · a ur
ques ch:tnoines d'Arra:. Je l'nais fait h biller appri à me connaitre; l,ien jeune tu m ·a.s le compte rendu, par 1. le principal, des lapour qu'il pût se présenter décemment. li fait apprécier l:1 di"nilé de ma nature cl réflé- lenl éminent dont il a fait pr1mw, de sn
me emblc'en ore roir le jeune monarque et chir aux grand~ principes de l'ordre ~ociaL .. bonne conduite pendant douze an et de if?
uccè dao le cour de . e~ cla ·' , lant :llll
on épouse abai r d • regard de Lonté ur Je (ni 1'11 ,Inn · tr., der11ier. }011 ,-.~, et c~
di.
triliutions de prix de l'unil'er,ilé 11u'au1
le .erpeut qui rampait en ce moment à leurs
ou"enir est pour moi la ourcc d'une joie e :unens de philosophie et de droit ».
pied. (:ûc), chantant leurs vertus et prt: a- orgueiUeu e. J'ai contemplé tes traib auCette rt!compen, c ne de,·ait pas ,culenu·nt
gcanl le r\gne de Ir.or bonheur. »
gusl~; j'y ai ,·u l'empreinte des noir· chacrvir à a,. ur •r le frai. de premier élalili ·Bohc.~picrre, au yeux d _ prok~eur
grin. auxqueL t'avaient condamné les inju~ement du jeune a,·ocat; le éloger qui accliar,.és de l'en~eignement, ne méritait yue til' . des homme . » Cet extrait d'une Mdicace
compagnafont
la gratification nutori~èrcn t
de éloge . ~lai· il ne répondait guère au. adre:..ée • aux mànc du philosophe de Gefa imilien à .. e présenter au prinr.e cardinal
oin · d - ma1tr' prépo,é: ·pécialement à uèrn » nou: monlr • CfUe, bien jeune, Hobe~l'éducation : œn eur ,évèrc de la conduite de picrre était de\'cnu lc di: iplc du . ophi. te de Rohan, abbé commendataire de aintes camarades, infatué de . a propre excel- dont il ruettra plu· tard m pratique le · Vaa.t, pour le prier d'accorder à son frère
lence, ennemi de toute contrainte, rempli Lhéorie · sociales. P'Ut-t'tre même faut-il con- .\ugustin - - qui avail alors dix-huit an d'arndo11 pour le· cxerci~ r•licicu:c , t n'l clure, avec Ch:irlolledl' Robespierre, C'fUe~axi- la bour e dont il :tl'aitjoai. Le prélat le r 'ÇUl
participant que machinalement ••. il se mon- milicn Fut admi à l'honneur de contempler 3\'CC la plus grande bonté et accueillit fa,·orablement a requête.
trait incapal,le de reconnai ~anco cnver · se
Jean-Jacque.. Cette entrevue e placerait au
Tout souriait au jeune lauréat, lor~qUt',
bienfaiteur .
plu tarJ en I i7 , pui ·que Rous eau mon ru l pounu de on diplùme et riche d'e:péraoce~.
ne lettre qu'il écrivit à l'abbé Pro1art, le ;; juillet de celte annt:e. Jean-Jacques, :1Iors
il reprit le t·bemia du pay natal.
0

J.-.\.

P.\RIS.

LES IN DISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE
et,&gt;

L'aspic de Cléopâtre
•

li 1· n de· ligures historique,. 11ui ont le
ril'ill-nc
d'ent,·er de plain-pied dans la Jt:P
gende.o Il emLle qu •die exercent ~ne sor t_c
de fa cinalion el qu'on ne 1 · pw e ,01r
ctu'au travers d'un mira c. Au gré du tempérament de chacun, 1:adulation se change
en inH'cthc, le panégyrique en pam_Phlet, l'i
la ,érilé ...orl de cc éprem' · iarrubèrement
déformée.
Il e t de a cendaut · prrsti.,icu auxqucl
on ne peat que malaisément se .:ou traire;
c·~ l une inlluence de cette nature que produisent, ur ceux qui les :ipprochent ou !l'
étudient, celle · qui ont pa ...sé pour de· rrea111,-e.~ (&lt;1/a[l'.11.

E\l-il une femmc qui ail exrm\ celle ,.orle
J'aurac:tion I au même degré 11ué Cléopàlr•?
1. Celle sf1h11:lio11. ,·Il,• l'a eu •rcèe même apri.-s ,a
mort. Le baron de l'1 oke,,cb-O,l1!!1 fui ~n ~mo~rc_u!
pn thumP de Clèopàli-e. comme Victor t,ou,in I a etc
d · bellrs dame.. ,le la fromle ; Yal,·1. ,1 la ~u llnrJ
rl ,le Charlolle Conlay ; li . tle 1biar, du lane-A11lo1nellc. •·le.. le.
•
'.! . Cc ·crail une l'rreur de croin: ,1uc Gléopatrc

Par le Docteur CAB

ES

,bsel\Îr Je,. maitre - du monde n'c I pas li!
rait d'une courtisane rnl,.air• 2 ; il · fallait en
plu. l'attrail de on commen·c. au4uel il htit
i mpo .... ible de ré i ter ; le · a "'rémenh d~ a
ligure, joints aux charm ··de a ~onver. :il1ou;
toute 1 "rlÎces, en un mot, qui peU\ent relever un heureux naturel et lai ,er dao l':lme
« un airmillon qui pénétrait jusqu'au vif-.»
Cléopâtre était plus que belle, ell1: était
pire'·
•
.
,
ne telle pui ·.anœ dt c&lt;lnelton u[ht-elle
à expliquer SC' victoire· g:1lantcs? N'e _L-il pa ·
à pr'sumer qu'il e rendaient pl?- fa~ilemenL
à merC'i, le hommrs dont le hberl111age cl
J';1bsenre de \'Olonlé nous ·ont attesté p~r
Lou le hi~lorien 1 Chez la plupart de~ denndieux., la nature reprend, du re, te, . es droit~,
d~ 11ue s'en offre l'ocr.a.ion, et d'autant plus
impérieusement qu'elle a été plus longtemps

eumprimi'.•c : c'c l c«· 11ui se pa~sa pour Antoine.
Apri,, a\oir \'écu Je privation , A~~in~
'éto.it rn au ..ommel de la fortum'. Emue
de • ·ul'cè , enorgueilli p:i r ~C!, \'Îcloircs, il
élnit une proie facil •, un faihle jouer cotre
les nnin~ de la cbarmcu~e, qui d :pto ·a pour
le con,[uérir ton· es t.alr.nh rie fa.cination.
)lai· pourquoi insi Ler ur dl' fait trop connu. , ::;inon pour établir une prélare au drame
11ui ,a . e dérouler, cl dont Cléo11àtre el .\ntoine seront b protagoni te·.

rut au,, i c~l~l,~c 1~1r

\I \leumlrc lia, de Z0&lt;.11En. mcmlire corrt •pon,laul
de l'ln, tilut F.gyptien , parue 1111 Caire, ,•n t ' :-i, u,
le Lilre ,le : l ,: lnmbr,m tle t:/rn1 11 1/r,• )
:;, l'trTARQUF. , 1ï c ,f ,111/ninr . 1,111.
~- \uir un curit•u, artide ,le ÙL•LB oi. Uu1u, ,ur
Ch-•'{lilr~, dan la fltt11r du Dtu,-.;1f11111/u (Cf.
Table gèoêr,le •Il! cette Hevuc).

~ laul~ril' qu,! par , e~ t1,ime-.
t::n fait ,l'an,anl • ou lut atlrihuc. 11 e,, t Hat , Cu_, 111,
Pompée. Julc Ct'. ar, le roi Hérode d llarc-,\nlo1m•;
n~i · il u·e~I ,.. prouvë •tu tuu rCi !&gt;&lt;?l'li-On~ g,•s
ai(•ul obtenu ri!cll&lt;•mcnl ·~ fncnrs . ,cr. a cet c •rd
l'iulérc ni omra,:c ,I,• Il, Uenr!: n.,r, ,u:. ,l1p11 1e.
Clt'1&gt;p,ilrr. TMndurn. d au, .1 ln 1,rod,ure Je

Il

Un drame! jamni mol rut-il plu en ilttation? l'omaient-il · ortir de la vie comme
de.~ compar· cs banals, ce artiste consom-

mé.,?

�IDST0'/{1.11
Tou~ d1•ut étaient résolu, .111 .uiritfo. •
Antoine . :t\'ait que .on poign:1rd ne lui
,er:iit pa infidèle et qui·. lt• moment venu,
il anrait mourir en ,;n/,/af, 'il L.1rdait à
lroun•r ·ur 1· champ de l,ataill1· la morl
qu'il .1111h~itait.
Qu~nt 11 Cléopàlre 1 , toute sa vie épri ·e
d'esthéti11ue, 'fllel raffrnemeot son imagination fertile allait-elle lui uggércr?
La bideur el la ,oulfranci.• lui fai. ant égalt•ment horreur, elle ne choi,ira pa le poi. on, qui rend le. trait· convul és ou tord
dans d'horrible pa roe ·.
La femme coquette n' pouvait 'haLituer
à cette idée, p:i plu que l':irliste en quête
de ~en ·ation neU1·e , rê\'ant la uprêmc jouisanrt•, avant de -·t&gt;nJormir de f"t:teroel ·ommeil.
Un moment, elle uait cru remarquer une
certaine froideur chez Antoine. Celui-ri, déliant, .oupçonneu1, di imulait mal la crainte
que a maitre ·e ne l'empoisonnât. Lorsqu'il
maw•eait arec elle, il lui faisait l'injure de
~oumettre .à I' • ai le mets c1u'on lui cnait.
Cléop:ilre c jouait de e· frayeur et de
se' prét·au1io11. Fn jour. dan" nn r(•pa', elfo
cri 0nit son Iront J'unc couronnP, dont le
lieur- étaient empeisonn
\'cr - la fio ùu .ouper, cllè im·ila Antoine à
boire les couronne 1; il y con,-cntil cl prit
ccll • ,le Cl1&lt;op:11rc, dont il ernt!uilla le fleur·
dan · a propr • coupe; d,:jà il la portait à sa
bouche, lors11ue la reine, lui . ai i.. ant fo
lm1. : « onnai,,cz, lui dit-elle, la femruc
contre qui vou~ nourrissez d'inju te sou1r
çon ; ,i je po1naL vine san · vou~, eigneur,
manq1wrai -je d'occ.,.·ion cl de molcns? •
En même temp , ell • fai ait venir un esclave
el lui ordonnait de boire la coupe &lt;l'Antoioc;
le malheureux avalait la li,111cur fatale et
e1pirail ur-le-champ l.
Ce trait est au moin. une prcm·c que la
uine d'É"Jpt' savait manier Jr~ poi on et
lt·• venin ', et qu'elle se préparait déjà à rt'courir h C(• mode de uicide.
·avait-elle pa , d'aillcur , in titué dl·
c pùienc •s pour ch •rcbcr à dé,·ouvrir le • cret de mourir sans douleur? Il faut croirl'
que le: criminel· ~laient hien nomhreu à
celle épo1uc ,-ur les Lords du , ïl, car chaque
jour a1aien1 li u d ' • ~ai nou\'caux, diri"''
1. Cl ··opitre 1uil M-né d~ !\' donnt?r 11 mort nec
110 poi/tflard. llai Procufriu t,• lui av1i1 arraché de
maint, cl lui 1Y1il en m,~mc temjJS cnlné lou le,
in. lrumcnls ucc Jcs,1uel: elle ctlt pu tl11•oter i c
jour:-. (, l,rale&lt;tn_ nrl anfizu_ilnlu "!"'lic1q, quib11
n11nlo111r ,Egy11l1or11111 tl /111pnrrnll., nrr 1w11 nu,,-.
li, ge111t• '{"'' Clrop,,lra rrgwa ptriit, c.r11lirrtnfm·,
r-1r li11f~111; traduit 1:l 1n,h·.è par Gon,~, Jlt'moirr
litU,·airr el eriliqur~ Jmur rrrir à t/ii.,luu-t de
ln Mui11r. l7i0, p. 106 t sui,.).
2. n u .. romam 1 dont il e,I a et diffirilc d'1•rJ1li•1orr l'origine, cons1•bit i rlT~uillcr l':5 couronnl'
,lall! le coupes cL à a&lt;al,•r en 111le le ,·1n cootcu1nt
les pdalc,. C'est l'C 110'00 appelait boire le r11urt11111tit.

:i. Du Jure ,Ir. Clilop,lirc, par 11116\0T,

4. , Cléop:ltre i•t.ai1 une rcmm

. 1·1olc. • i·,·rit

~I. \'11cc••GR.1.,1&gt;-llu\l· (E:l111fr ,ur ln 11111ri de Clt'o1111/rc). Elle ·oc,upa Je bclles--lcllrc cl mi'me de

méJccinc, el nous t1Lcrons, à et.le ,le M?S Epilloftn
1,rolÎt'll.', uu 1r1t1il sur I rèmètle, à employer pour
consen·er la 1,cauli- du risagc, De 111rtlicami11r fa,·,'ti. rl u~ lr■ilé d, rualAJie, des femme,,, De nwrf,i 111ufirr11111.

5. Un per.onoig,•, céPbr ,Lm l'histoire de 11 Jy-

:iréc la plu scrupuleu e mcthr)(fe par le prvpre médcrin d Cl 1opfüre, qui ~e ,antera plus
tard d'arnir procuré à la reine le moyeu
tl'é happer au ,1111pfice.
Cléopâtre put con latcr que k poisondont l'elfct était le plu .. prompt c:iu~:iienl de
cruell1· douleur, et une horrible déllrruration; landi que k plu· doux, ccu, 'lui n •
tuaient qu'à longue ,:chéancc, pr11duisai1•nt
moin, d'altlÎJ'ation.
Elle passa ensuite à l'étude de venins et
en fit inoculer sous e. yeu de plu ieur. espèce à di"er~ ujet. « Elle acquit la ccrritade 11ae Ja mor.ure tle l'a pic c:t la cule
qui, .an e.1u er ni conrnLion., ni déchirements •. jette dan un cngourdbcmenl. accompat!llé d'uue légère moiteur nu vi age, et,
par on affaibli :1·mmt ·uccc·. ir de tous li·s
. cns, conduit à une mort i douce, que ceux
qui nul dan cet état r ·semblent à de. p&lt;'rounes profondément endormies, et e fûchent
~i no Ir réH!ille et si on le force à se lever.,
La ré&lt;olulion de Cléopâtre fut ltieotôt
pn-e : elle ne mourrait ni par le fer, ouwot infrdrlc, ni par le poi ·on qui altéremit
se. tr,1it.s; elle aurait recours au wnin de
l'a. pic 6.

,
en pr,: nr:c, et loufe troi , ,uccomlrJnl dans
un c-0urt inten-allc, ont emport~ an·r clics h·
secret d1• 1 ur fin lra,.ique.
.\lai pour•mirnns.
a Apr~ le bain, cUI' e mit à table, où 011
loi crvit nn rrpas ma,.,nifiquc, pendant lequel
,·int un homme de la campagm' ayant un panit•r. Le gardr lui demandèr nl ce quïl
portait. Le pa1san ounil le panier, écarta le.
rcuill el leur fit voir qu'il •était plciu de
6crues. Le. garde. ayant admiré leur gro~,cur
et lrur beauté, cet homme, eo .ouriant, Ir
invita à en prrndrc. on air de francbi c
~carta tout soup~on; el on le lai :;a entrc•r. 11
Quand César attachait tant d'importance à
cc •iuc CléopàLre &lt;levint le principal ornement
de son triomphe, on conçoit que les ordres
l1•. plu é1ères aient été donnés pour IJUC la
plu grande :;uneillance rùt exercée. Comment, dè. lors·, .uppo~er 'lUe Cléopâtre :iit
eu de· inlelli 17enccs au dehor ; qu'un paysan
se soit pr6eoté, pnl're qu'elle l'ami/ or,lo,wé
ai11si; et qu •, pour èlr • :idmi~, il ait. urfi à
ce paJsan de dfroonir le panier 11uïl aYaiL
au bra ?

I\'

Parmi l hi~torien , le un~ prétend nt
•1ue l'aspic fut apporté sou~ tle~ /igues, les
autre , .-ous tles /igu,· · ro111•erte· tle feuil/~;
Narrun d'abord Ie- circu11 tances du drame,
eux-ci sou~ dc&gt;s /le111·s, cc·ux-là IIJUS des /igur ·
en uhanl la 1er ion la plu ·répandue, le réet de., 1'/11.,in.,. Quelque -otl!, disent que Cléocit de Plutarque, que nous n'acceptons, bàpâtre gardait cet aspic eu formé da11. WJ ,a ·1•.
tons-nou de le dire, que ou hénéfict· dïn.\jnuton
qu'aujourd'hui m1\me•,on n'c,,.t pas
rnntairc.
encore lhé ur 1.i partie Ju rorp offerte à la
, Apr'.- .Je &lt;Üncr, Clt;,pâtr • prit ·es ta- mur ·ure.
"Llctte~, ·ur le quelles elle avait écrit ·une
ha.kespear • foi L plarer le scrpc11 l II r le
lellrc pour C•1 ar : t't, les ayant cachetée..~, lhre de la reine.
clic le lui CO\'O\a. En uite, clic fit ortir
~for 1ri et de :gur b font pi,1ucr au ·in.
tou.. eux qui étai nt dan son appartemenl,
Le auteurs &lt;lu f&gt;ictio1111aire dïli tofre 11,1exrepté s1· deux femm , et ferma la portl'
furelte, vi.ant à plu. de prrci io11, êcri1cut
ur clics.
qu'elle ..e fil mordre « 1u-tle su, de la m:i« Lor~que Cé·ar eut ou,crt la lettre, les mcllc gauche ».
prière virns et touchantes par l quelles la
o·autre arllrment que le dl's~cin de Cléoprince e lui drmaodait d'être entcrr ·e aupâtre était de prendre de figue. et d'être
près &lt;l'Antoine lui rérélèreot ce qu'elle a,ait
piquée par l'a pic, san:; le ,·oir; ma· que,
fait. l)
l'ayant aperçu, en décou,·ranl le figue , rllc
Ain i nul 11'a u, n'a pu i.avoir ce qui avait pr enta ~on bra nu à la piqûre.
eu lieu.
Eulin, St-Ion certain , elle fut uhli1i • de
Troi per onne. • ulemeat ·e tro111·aient
proroquer le ·erpent avec un fu eau. d'or;

m

n· til! maœdoni ·nnc Je l'i:;::n•tc, Jll!lll :triu, de Phalèrci, rut contlamné i mourir d'anr pi1J1lrc d'aspic.
et celll' dernière ~à e lui fol arcordfo en rai&lt;on ,te,;
"l'rriœ qu'il •v11I 11!n•lu • la morl ptr 1'1 pic p1sS11nl pour uoc des plu· doue - connu -. (\11~11-Gn,M,ha.w.)
Il. .'tou . rr.1-t-il pcrmi•, ilan un sujet a1mi grave,
d'introduire uuc uotc muin .Jrère•? ~003 empnmtun
l'anceilulc r1ui ,a ~uivre i la Corrt!11&gt;0iirla11cr. fo,;tlife
dr /111/fnn 1. /), put.lire par :Il • • ·•oint 11111~1,u., :
• Cltup1ltrr, jouée JltJur la preruiêrc fui. sur le
Titéitre-frlllr■ i -, en avril 1750, lut fnorabl&lt;'meul
accurillie. Uu bon mol du m~rqui de Louvoi faillit
en compromettre le . ucœ .• La p,~ce n•il été monrée
uec un i:ranol soin. \'1ucanson u1il fahriqu · l'a•pic,
•1ui tournait la lêlt', ifflail, remuait 18! yeux; ce rut
an ehef--d'u·uvrf'. I.e rideau loml,é, cl alo que l'on
ûi11eut il au roycr le mérite de la pi1•ce nouvelle :
• l'uur m i, d1L loul i coup le our,1ui., j uis de
C 1'11 is &lt;lfl f'ISJ&gt;ÎC, J
Après trenl~oalro an d'oubli, 111 muû d no, cmlire 1784, CMopûlre rrparul ur le U1e,1re de la
l-.JUr,
umonlc.l. qui n'nait puint oubliû le hon mol
du marquis Je Lou,·oÎJ. avait cl1an li le déJ,uùme11t ;
1'1,1,ic de \1ucan,110 a•IÎt ,ü,~; CllioJiàlre mo11rai1

,Jan la touli ~. Cdle fui,, laul i la cour •tuï 11 ,·iltr,
la pii,tc fut frniilr.mcnl arcucillie, cl !larmonll'I, qui
dut uoucr ~n échcr, atlrib111 ,on prude ,uccl· ;, t.
simplicit(o da, ·que ,le l'a lion. li !IIOil de la liri• puur
romprro,lrc combien la rai-un I mal d1oi ic.
7. Ri u oc proa,c. il r•,t .-rai. et c'!'5l l'11i.. ,le
Y1t.Ltll'S 11,TERt:ta.t., cité µar Goulin ( lt'm., lïiO,
p. '.!(JO,, qu'elle n'1i1 pas rfos.i i lr•1mp&lt;:r l• ,iirilnnc1•
Je • ' gank cl qu 'elle n'ait pas rcu i i IC fairu
porl~r un a pic. C'e.l. du r('&lt;;lt•, w que ronfirme hunr (lib. 1\. c. u}: • l.orY1u·e11c 11Lil 11u'elte n'auît
plu, rien i r,pérer ,lu VIUlffUt'11r, et qu'ellP. ,·oml'ril
qu'elle dr,·!il rvir i orner son lrium11f1c, ~//~ pm/i/11
de l&lt;r nr9l1gt!llce de ·I!~ grmfe~, cl se r •l1ta tian. Je
aëpulcre de. roi •
• Là, rc,i'tue de, , l111bi1, le plu m1~if~1ue1, elle
~ pl ri pré _· d'.\nloinc, ur un si, e parfumé ,l'aromate les plus suaves, el •pJ1rocl1llJI auprès des 1·ci1tt
tu serpent qu'elle irritut, t:lte y hl pa er leur
poi,--00 qui lui t\ta la , ie, en 11 jetanl Ûllli un L•. u•
p· ment léthargiquP, a
. :\ou empr11ofo111 les éf\meuls de lie •~llli'ntation â une uœllente élude parun dans J ,t/ét11nirt1 de ln 'n,·i~U llnyalt de, Scirnu,, (J,-/fe •
l,ettre, tl Art~ d"Udéa111 (1
).

__________________________________ L'

l'animal irrité se serait alor · élancé or l'lle Cléopâtre d'inlamie., dont le hLtoricns ne
el l'aurait saisie au bras '.
soufflent mot, il ajoute :
Il e l à remarquer que qucl11ues heur..
c Brachia specla1i ·acri a,I mor,;a colubri,
seul ment 'étaient écoulé ~. Jepui que CéEt tnherll occultum, meml,ra , ,-opori itcr. •
.ar él..tit allé la voir pour la con ol r : " Il
la trouva couchée ur un petit lit, dnn~ un
extérieur fort négligé. Quand il entra, r1uoiqu'elle n'eût qu'une ,impl · tonique, ell •
!'aU!a promptenumt au ha de on lit et courut ,e jeter .\ . c genou , le ,·i a,.e horriLlemcnl défiguré, les che,·cux épar , le · trait
altéré., la ,oix tr·mblante, le }eux pres11uc
élrints, à force cl'a,oir wr é de· 1 rme , et
le seiu meurtri de~ cvup~ 'ln'ellc s'é1air Jonnés; tout son corps enfin n'était pa · t-n meilleur état que on esprit. D
.\près t·e détail·, ,·mprunté.~ à Plutar,1uc 1 ,
11ui dcrom,-nous croire? Ceux qui ont écrit
qu'il n'apparais~ait aucune marque de piqûre; ou bien ceui qui ont prét11ndu 11ue
flolabell:i, la sui\'anh', fit ,oir /1 Cé ar, !'ur le
liras et rnr le ·ein d • maitn~:e, une légt'.•re
f;1cbe J an" l'i une peûle enllum à peint•
.cn-ihle?
Pcr onnc n'avait pu dissimuler le ~crpenl
apporté; or, tout k monde est d'accord ~ur
ce point, du moins, que, mal ré le:; pcrqniition les plu. ruinurieu es, on ne le rctroul'3.
ni dans la chambre, ni dan. le !-épulcre 3 , ni
ailleurs.
Ce n'c I pas~ 1rieu,.emcut 11uc &lt;l':iucun unl
conté qu'on a\-aÎl aperçu I traCl' do l'a. pic
pr;, de la mer, du côté où donuaicnl le~
frnètre. du tombeau i. Il r a lroi cho,e , dit
l'F.rrilutè, au l.inc dl's ·Pr0\1rl,c~, 11ui ne
1:ii. ent pas de tra,· :, : fa ,·oie d'un aigl'
dans l'air, Ja voie d'un ·erpent .:ur la pierre,
la 1·oie d'un ,·:iis,l'au sur la mer.

ASPTC DE Cl.'ÉOPATTfE

Nombre de sculpteur et de peiotre5 ont
reproduit la sc:-.oe de la mort de Cléopàtrc.
Le Guide, Le Guerchin. Véronèse, s'en
. ont tenu à la tradition.

y
Le prohh'·mc e~t. comme on fo \'OÏi, loin
11' ètrc ré. olu.
La mort de Cléf&gt;pâtrc ne srrait-elle donc
pas, connu• l'antiquilê l':i r.ru, le ré:&gt;olt:it de
la pir1ûre d'on a.pic? , "y aurait-il là 11u'ou,
f.tLlc, qui .e serait propagl:c ju. qu'à nou et
1111e 11ous aurions accueillie trop létrèrcment?
C'e t cc que oou ttllou cx:imioer. Pll nous
aidant de rcchcr1.:h ' relafü·emcnt récent· S. 11ui n'ont proj 1;, il faut bien Je dir •
qu'une faible lumièn sur re déliai oh,cur à
.:ou hait.
Clicbi Uiraadon
,hîOl'.\'E ET CLtoPATRE. - Frtsq11t Jt T1&amp;POLO , (P3l.J::o l.:JN·/J, l'.-n(st.)
Cléopâlr • mourut le J5 août de l'an de
Ilome i.L
Properce affirme la mort de cette reine par
./'ai n, se. bra: 111ordus par d'horrible.'
Le Mu éc de Nantc po sède un marbre adle crpcot. quoîr1u'il n'ait rien vu par luierpe11t:, et le liru où le :sommeil mortel. e mirable, .inné Ducommun du Locle, qui repromème. Après a,oir chargé la mémoire de glissa sourdement ila11 &lt;e.~ membl'e.~.
duit la c\necla,-iqucde la pi11ûrepar l'a.pir..
. t., \"oici comm,inl Mt,~G•G.\I (Coulin. op. rit., p.• 01) hi,turir u,, ,~ml,lr 11!11Ïn. 10)1t1rir _ •JUe 'eoJormir •

d~enl un more, au anllque. eléeulé l\'CC b,•.au,·,;up
d'art, rrpr,· niant Cli-op.ilre mourante :
. • L'a (li~ .n'r L poinl _appliqué, dit-il, conlre la poÎ•
lnnc (po,1tion que 101 1lu11ucnl no. peintres contre
l'ciat11Lude hi&amp;luriquc), mni5 il c~l leUtmcnl altath'
111 hra , quit .emhle, par l'elfe[ du lien l(aÎ le serre,
étre irrité fl e1rité à monlre . l,'1ttitude ou est l■
reine d'f:$yplt• n'osl point C&lt;!lic d'une personne ruoar~t 1!'•~ 1l'UJ1e peNOnnc qui dort tranquillement. •
Cc l am. 1, r 'man1uc Grùn('r, en rapportant les r~nf?Iion ,le ,&gt;rga~. qu'Epicure meurt peisibkment
clans un baiu d'eau ticJe, apr'• noir Jiu un verre
1tc •in. el qui: l'en,(lereur Antonin, .clun tou 1
\'. -

IIISTOIUA,

-Fasc. 35.

'.!. l,1 ver-ion ,1,: Hum Ca»111s d10'crc veu 11 • c,·llc
1I f'lutarqu~. r~Ji ée, comme un ,ait. fapr·•, lt•
l{-moi:,i ::c lf'Ohmpu,. m~fl •rin de l1 Mue. (.luel•1ucs lègiires piqùr~, uu 1,ras furent ,œ qu·uu lro_u,a
ur le ca1lnre. Le. nn m:onlenl quelle fil • rnr ■
MJn de,-,•in un a. pic n11porlé dan, une liolc de verre
ou ,1 u un~ corbeille ,JP fleurs; d'aolre.s p rient
,l"unr ai~uille cmpoi$&lt;1nnf!e •
;j , \'oir ,ur le lfl11J,eau de CUopâfre 11 brochure
de Y. Je Zozhcb. d,,ut nuus avons donnt'! plu haut
Ir lflre Ce tomheau ëtail conslruil dllns Je palais
mèmc de la reine {Cf. 010, C.l. ,,r,, /Ji1loire rom11ine,
Il, l!J.

r•:-

4. • On' !lè ,·i l
m,'·mr ,1, ,cr1 Dl dao· a
d11mbre, mu, on d1.S11l l'n uo1r •Jwrra q_ul'lqu
!race. près de la llll'r, Ju 1·ùt~ où tlun1111enl le,
f,•nèlN's du tombe.au. • PLtHn11n1, Jïe d ',-111/oine,

d1. xn, ,
5. !\ou, riLeron~ 001~m111enl un tra.-1il de )1. lrt.••r,H••·
ju,:-c d • paix du uuton de Cblw_au. nrn.anl; ce trnail
11·1 jamai, l!lê puhl,é (lcltrt' i uou, 1drc,sée par

Y. l:ui,.ard, hililioth,•caire de la ,·illo d"Orléans. le
2 j1n•icr 1 !l ,. mais non~ en avoo. lrouv,1 Ullo? tr·
bônne •n•IJ&amp;e dan· le, i•moires de 11 ~ocièté Ile
ri,Lte ville. :.ou 11·uus rnl1•m ni Lirè /11rli d'un•
,;ta.Je I.Ji' ,nanlc d'un prufl!,~Cur tic l'f.co e de édetine de :.ant ·s, le D• Viaud-Grwd-llu4Îs.

�.... ,.

,..

__ 111STO'J{1.ll

,.~----------------------------------

Quant aux pot'les contemporains, éLant tou
la .olJe d'Augu . te, ils auraient couru
quelque ri. que ?1 commenter_, d'une_ a~lre
façon que le mafüe, ~es bulleuns d '?clo~rc.
Au dire de ...,uéwne, Augn te lm-meme
h4,itait à e prononcer sur le_ genre de mo~l
auquel avail succombé sa captive. Il se_ rendit
sur les lieUJ, il es aya des contrc-p01. on :
e·e t donc qu'il .oupçonoail qu'elle 'était
ernpoi onnéc.
.
.
Voyant l'inutilité de ses efforts. 11 fit vemr
Jes p ·ylles I el leur commanda de sucer le
petites plaies qu'on crut remarquer çà et là
sur le corp : on esprit éLail donc dan lt!
doute,
Ultérieurement, s'il adopta la réalilé Je
l'a,pic, c'e l que celle ~ersion _lui paruL _de
nature à produire une 1mpre 10n plu. vrve
sur la foule el à donner à son triomphe, par
l'attrait de l'impré,'U, un plus brillant éclat.
11

YI
M. Georges, de Cb:'1leau-Benard, q~i a
étudié la que tion ayec beaucoap Je soin, a
!ait re sortir dilférent con trad ici ion .
Oo e, t, dit-il, j peu d'ac•·ord sur le genre
de morl de la reine, qne, ·uiv:ml le. uns, elfo
-e fit piquer par un a·pic; selon
a_ul~e ,
les ligues déposées dan le panier eta1ent
e mpoi onnée .
Ceux-ci veulenl qu'une aiguille à cheveu
creuse, 11u'elle :wail loujour,; Jans sa coiffure,
cooû11L le l'oison, jelé plus tarJ dans un breurage, ou appfü1ué sur la peau; ceux-là parlent
J'une aiguille de lèle, avec la11uelle elle se
erait piquée, après l'avoir trempée Jan un
poi on ~ubtil.
•
.
.
Il est assez iogulier qu un f:ul qm, par
.on élranneté, auraiL dù éveiller l'auention
des criliques, uo lait qui, dès l'origine, sem_1.Jlail déjà usceptihle de controverse, ne soit
devenu l'objel d'aucun examen de la part des
contemporain el ait été accepté sao di cu ioo par leurs successeurs.
Airu.i, la crédulilé habituelle el aussi la
bonne foi de Plutar4ue e révèlent par ces
mots : « On oc Mit pa avec certitude comment elle est morte. •
Lrabon laisse le lecteur opter entre les
troi genre de mort qu'il indh1ue.
Appien rPgarJe l'hi Loire de l'a pic comme
fort douteuse.
uélone dit : « Perii e mor u a pidis
putabuntur »; on présumait, on soupçon?ait.
llollin, après uo~r résumé ses deva~c1ers,
ajoute: « li est clrur, par tout ce récit, que
per onne ne ,,eut savoil· avec cerfilude de

quel moyen Cléopâtre se nit pour e donn~r
la mort. ... &gt;&gt;
Lacépède, a)anl signalé lt'- rés_uhat de la
piq1ire produite par la vipère d'E~ ple, conclut : (l Voilà pourquoi on a cru que Cléop;ilrt, ne pouvant plu · supporter la \'ie aprè
la mort d'Antoine el la \'icLoire d'Augnstc,
avait préféré mourir par l'effet du ,·enin de
ct•lle vipèrt&gt; 1 »
« On e persuade, écrit Chateaubriand•,
qu'elle s'~tail fait piquer par un a pic, parrc
que, de tous les genres de morte, sayés sur
de criminel-, die arnit jugé celui-là le plus
doux el le plus tranquille. »
Les anciens nÏ!!lloraient pa!&gt; que le "enin
de l'a-pic. quoique iné\·Îtablcment 1~or_lcl, ne
déterminait aucune clou leur et entrainait seulement la perle pronres:h·e des force ' , qu_e
ui"ail. ans espoir de réveil, un sommeil
léthargique el pai il.Jle;
Yai · exi-lait-il en E!!îple un erpent dont
la morsure produi ail les effets ignalé ? ~i
oui, on pourrait dire : ,·oilà le vériLahle aspic
de Cléopâtre!
Chose étonnante, aucun des sa_yanls qui
onl faiL parlie de l'e1pédition d'Egwte n'a

les effets que signale !'hi toire1 quand elle
s'est occupée de Cléopâtre.
,
D~ ren.eignemcnls ont été demandés a
Alexandrie. Les médecins de ce pay: ont
fourni les inrormations les plu conL;ad1cloire ; le uns niant qu'il y ei1t en Egyplc
des l'rpentti, aspics ou vipère~, dont la piqùrc
fùt mortelle· les autres affirmant, au oonlraire, avoir vu, dans les hôpitaux, des Arabes
1.Jlt!s és par œ reptiles, et qui avaient ut·combé dans un délai plus ou moin lon{!,
Tou , quand on leur a parlé du fameux aspic
de Cléojlàtre, ont répondu que, probablement,
le changement de température l'avait fait
déû ni ti remenl di paraitre !

Un profo·seur de !'École de ~(édecine de
Nantes, le Dr Viaud-Grand-. tarais, a repris la
question, sans arri\'er à l'élucider complètement.
, ,ï, écrit notre confr~re, la fille de Ptolémres s·e~l ,enie du venin d'un serpent
pour mettre fin ~ sa vie, ce 11c peul être qui'
le venin de l'aspic, c'e:-t-à-dire l'hajél.

!es

1. c 'il lit •~pcli!r Je p-llle,,_ut re'!"n'!m. enugrre11t, JlllUr qu ils SUf:l nt c_ pu!Sllll, c (&gt;u,11 afin de
cré••r u,;c rablc dunt 11 e1pémt 11rcr profil P','llr sa
vrnerc rcnommèe . 1 V1,1.uo-Gn,,o-;-liARAI~. , .
L■ rl rie suœr IC' plaifS em1l ,1:141t1néès n !!litt pas
5Jl ·•,·ial 1us fl'!)lles .
_
•
. .
Cd,• (Ub . rie .llrd., V, \11 1 n. l. p. .iOO, llhl.
l\raus) dit. en ~fi'et :
.
• C&lt;-u~ qu'on . no~mc pAy_ll~ , ne po,,,(•tlent 1:0'.nl
une &gt;&lt;'Ît'u~e parllcuhere, 1Il&amp;.l!, ils onl celle hardtessi'
que donncnl }Ï1abituJe ~I l'u~ge. Cer le vemn cl
•urpeoL, aiu•1 que «r1'un po1so11 d~ lcsqi...cls lc,i
Gtoloi · ,urtoul trempcol le;i ffi•,·hes ,loul 11 se -erreut
,i la cha •. e, ue 11ui~eul r,oiol lor,qu'on h·s lfale, ~a1~
eulemeol lorsqu'il &amp;&gt;ni porh1, Jon• fo Dl': 1111!1

LA MORT DE CLËOPATkE. -

Tat~au du

profité de sa pré· nce ur les lieux pour 'as-

surer, par des e1péricnces directes, quel était
le reptile dont le venin produi ait précisément
l'on mange sans dan,:er la ripère. landi que
mor~urc do11ne la morl ....
Par coo&lt;êquenl. quicon')ue. i r exemple des
p!,llct, sucera une phrie inreeiée de relie espèc~ d
inison,
ne courra aucun ~•nier, el D~tera la v~e à
1
un infortuné. li ais, p&lt;&gt;ur f••~ celle u~on a~ec ~ rité. il faut qu'il n y ail r.oint d~ 11!a1e ou d ex_conatioo aux geno•es, au pal11s ou I d autres parllcs d
la bourhe. •
~- Élu du l,ist()riqut,.
, .
=&gt;. Cc qui nous frrail pencher en r,.,.cur de I haJt,
r'c•t l'argumenl m,\me, f:l_roduil, a l'cn_conlre de_ son
"l'iniou, par 1. Georg~!. , ,. en ~ t e, il y a p~ 1eu1'5
millier d'années, l'a~pic Eeul ••ail lo col exte~s•~le _el
si maiutewnl on a''! rencootre que la TIJ&gt;ète haJé JOUII-

•,. r3o '"'

GUERCHn;.

(Pal;u;o Rosso, Gents.!

«
Llc, sure est à peine douloureu e;
ce1le du cémste, au contraire, provoque de
la douleur et de· conYUlsions.
sent de la mème fJcu1t.\ il faut bien conclure que
l'aspic et la vipêre b1jé ne lont qu'un m(·me reptile.
Ajoutons que l'usa~e euit d:enfouir dans les P) r~mi.les, l\'l!C le ta1lnres h11mams, d paquets monufiés de divers s~rpcnls PxisLant dans le Jl!')'S, Ils ont
,:1~ retroo.'l'k en grand nombre, el parmi eux on.•
reconnu l, l'nlension de I• m mhraae du col, l'tsprr
d~ l,oe1'in et de Pline, devenu I• vipère bajti rie
Fonbl el de llanrliu.
L'habitude de ~e redrt!SSér lorsqu'on cm approdre
11ail perqiad~ anx babit ■f!Ls des ltrres qui arro!elll
le l\il, que c:e scrpcnl g,irdarl lcn champs frt•quentés P':r
lui . Il tn faisaient, ~n com1équrn e, l'emblcme de ladi,·injté ~roleclrice du monde; il. le i;('UlpLaient au:t deui
côtés d un globe, 11-ur le portail de 1011s I urs temples.

&lt;&lt; Pui·, le chaste e t une ,·ilaine br.le,
d'une couleur a1e et à la tète ignolile, rendue plu· hideu~e encore p:ir J • cornes de
es arcadPs ourcilière., . .Yo11.~ auo11s donc 1lll
no11: tromper en atfribun11L Ir Na 1110tsure
fa mort de la reine ,tJ{qyple. ,, !Jans une
étude antérieure, le (Jr Yiaud-Grand-\Iarai~ 1
aYait, en effet, cru dcrnir condure que le
"erpenL auquel Cléopà.tre avail demandé la
morl était le céra ·tti' . De. recherches plu·
complètes lui ayant inspiré des doutes, il
arriva à des conclusion. toute· diiTéri&gt;ates de
œUes qu'il avait primiti\·ement adnplées.
Un grand nombre de nalurali tes el non
de· moins qualifiés, à l'exemple &lt;lu D· Viaud1;rand-Marais, n'ont pas hésité à idt-ntifier
l'aspic de Cléopâtr~ a\ec le reptile connu sous
le nom de naja liaji. Plus curietU que les
membres de l'ln~t,tul du Caire, For-kol a
,·oulu connaitre, expérimentalement, la ful're
&lt;lu \'Cnin de celle 1ipèrc.
11 J'ai vu, dit-il, rt:péler ur un pi"con J',.fft'l
&lt;lu funeste poi ·on de l'h3jé. Un liatell'ur, eu
pre·.ant Ja vésicule à venin, en fil .orlir un
_uc jaun;\tre, et une goutlelellc ayant été
inlroJuitc, par une lé ère piqûre, dao la
cui se du pigeon, celui-ci n'en témoigna
d'abord aucune douleur. liais, au Loul d'un
11uarl d'h.eure, il tomba ur la poitrine,
ëprou,·a de fortes convuLions à la 1ê1e, \'Omit
beaucoup de sana el mourut. !l
~an aucun doute, l'i.!preU\·e tentée sur
de grand _ animaux eùl été autrement concluante.
c uppo·on , écrit 1. Gcorge , de Chàleau-Renard, l'ancien a~pic ou le serpent
lwjé aus~i terrible If ue le serp nl noir ou le
:erpenl à ,oonetle ; suppo. oru; que a morsure ne laissât pas de traces, l"é\'énemPnL,
tel que l'ont écrit et répété en uile tant d'auteur', pourrait encore ne pa êlre accept:
comme exact. Cet a ·pic apporté, il avait
fallu le ai ir, le placer au fond du panier,
l'y maintenir et di poser les ligue a · ez prè
le unes des autre pour Je soustraire aux
reirards. 'e suîfisait-il pas qu'elles pesassent
sur lui el qu'elles gênassent es mouvements
pour l'irriter?
« ll avait dû mordre soit les paroi du
panier, soit les figues qu'il contenait•. Alor
son \'(min n'était plus capable de înire périr,
non pa une, non pa deux, mais trois peronne ; car, on e souvient qu'[ras, Cléopâtre
et Charmion ont uccombé de la même manière, d.a~ un court délai, Les première
11

J. Dl/1$ ses Étude~ mitfü,1lu wur let 1t:rpe11t,
rlf' la Vendt" tl de la loirf'•lnférieurt'.
• 2. Crue opinion nait élê déjà soutenue par James
Oit!cE, dani !OR foy~ge de ,Vu~ie.
,&gt;. Un aspic ou 11aJa. l111;é. r11l observer le o, Viaud(;rand- . .tr:11., e.L un animal lrop grand cl surtout
trop ■gite pour être tenformé dans un

panier de

fogu~. Un ccra,te ctll pu être lnn.,porté unsi. mais
.• p,qOre e!t douloureuse t'I laisse d,• tacl1es eccltymo-

bques mnmfe,tes.
-'- D'après Plutuque, .\étiu observe qu'à l'co1troiL

•!e. la mol'SJ.lre, oa aperçoit

dcu1 points, lorsqu'elle

1

cte faite par un vptc nquati•Jué, el quatre, ri c'est

L' ASPTC

DE CL'ÉOPÀTl{E - - ,

secousses de la colère, dit énèqu , ~ont
cruelles et dangereu e . Ainsi le venin des
,erpents esL plus domma"eable quand ils
sortent de leur gite . .lla,s li&gt;ur- dents ne Font
aucun m:il, 11aand, à force de mordre, ils
onl perdu leur venin. 11
L'opinion Je énèque a été reprise par un
des plu notoires avants contemporains.
« Il a été diflirile, écrit Ar:igo, Je constater
açec préci ·ion si I • serpent à onnelles, après
a"oir mordu une fois, pouvait donner la
mort par une seconde piqùre. li semble démontré aujourd'hui que la econde Lies ure
du reptile est beaucoup moins dangereuse
que la première; et que la troi ième, faite
une heure :iprès, ne présenterait pas Je
grands ri. •rue à celui qui en serait aUeinl. •
Plu loin, Arago ajoute :
a Le erpeul à annelle n'accepte pas une
seconde lulle avec la même ardeur qu'une
première; car il ait qu'il a moin de venin
à pré enl et que son ,·enin e~l aus. i moin
actif. »
Le venin du erpenl semi! donc éprù é en
partie à la première morsure; à la seconde,
il le erait tout à fait; el pour que la troisième fût tant soit peu dangereuse, il faudrait
le l mp d'une nouvelle sécrétion.
Oe ces obserrntion ·, due.~ à de hommes
compétents, il résulterait que la reine el es
forumes, en ·e faisant mordre par un seul
a. pic, n'auraient ras attciol le lmt 11u'elle
e proposaient; [ras aurait Lien pu uccomber; quant à Cléopàtre et à Charmiun, loin
d'échapper à l'i;;-nominie par one mort volontaire, tout e erail borné pour t:lle à des
ou Ifrances inutile·.
Nous ne nions pas que œ ohjections aient
lt!ur valeur, mai le autres ver:.ion ati ·font encore moins l'e prit.

à l'abri d~ l'humidité, Les fille· de la reine
auraient été plu aisément bic. ées par cet
iu--trument piquant, que mordues par le
serpent.
Il nous faut maintenant conclure, - et
c'est !;1 que la difficulté commence. Bien
qu'a anl uivi pas à pas, el avec toute l'attention qu'elle mérite, la thèse de MM. ViaudGrand-llarais el Georges (de Cbàleau-Rcnard),
nou ne , aurions adopter ans Jéserves leurs
conclusions.
'ou accordon au premier de ces savants
qu'il règne une certaine incertitude sur les
circon lance mêmes de l'événement; 1ru'on
ne s'explique pas, par exemple, !]Ue le corps
de la reine ne portât aucune trace de picr1\re,
« i ce n'est deux lé·..-ères marque ,ensible
ur les bras 4 • •&gt; Mais on peul répondre à
œla que le corp de la rt'ine ne fol seumi à
aucun examen pris/ mol'te,n ~rrieux, ·emblable à ceux qui erait"nt pratiqué aujourd'hui dans une occurrence emblaLle. Peulêtre eût-on, en ce cas, con talé, au bout de
quel1Jui&gt;s heure , des dé ordres plu con idérables.
Quant à l'opinion outenue en dernière
analyse par le D• Haud-Grand-Marai , elle
nou · a paru avoir loul jusle la ,aleur d'un
dhertis~nt paradoxe. 1 ou n'allons la reproduire qu'!t cause de on étrao"elé :
« Uue lroi.ième solution, écrit le dil'tingné profe; seor,
pû.:enlc touteFoi à l'esprit. Elle e t peul-ètre la ,·raie, quoicru'clle
rabai c la reine d'l::gypte au nh·cau d'une
lingère ou d'une hlanchi-seu,-e, trompée p:ir
un ~ernenl changeant de garnison, Quand on
a devant les l'cux la œne finale de ce Jrame,
on ne peul 'empêcher de peo er à œllc
chambre Ît!rmée a,cc soin par la reine ellemême el à ce troi femme·, Ja première
étendue ans ,·ic sur on lit, la seconde couVIII
d1ée à ses pied , et pareillement inanimée ;
landi crue la lroi. ième, dont la tète est plai nou eon ullons les hi lorieos, aulant cée à un ni\·eau plus éle\•é, con erve, quoique
de réciLs, autant de différence , qui portent déjà frappée à mort, un r te de vie lui perur de poinls essentiels.
mettant de répondre quelques mols nux
Plutarque parle d'une aiguille contenant envoyé de César.
du poison ou un venin, que Cléopàlre portail
« Tout ceci res emble fort à \'empo~ondaos sa chevdure. Cette épingle lui aurait- nenumt pm· foxytle rie carbone. La rtiine,
elle servi d'instr-umenl de mort? C'est pos~ qui a,,ait étudié tant de poison , ne pouvait
sihle, mais ce n'est point certain. Au surplus, ignorer l'action des gaz se développam dao
celle ver ion ne serait pas en contradiction la combustion du charbon, et, ous prétexte
avec celle de la mort par l'aspic : le ve11in, de cérémonie funèbre, il lui était facile de
enfermé dans l'épingle, pouvait bien être se procurer les n ten iles néce saires pour ce
celui de I'hajé, qu.i e conserve, s'il est tenu genre de mort. ,
La vie d'une reiue altière et belle comme
une femelle qui I morJu, Celle remarque s'accorde
ucc le récit Je Plutarque, le&lt;1uel raconte qu'il exi'ICléopâtre, e terminant comme un cinquième
Uil sur le hm gauche de Cll-ovâtre trace de der.1:r
acte de mélodrame, notre e. prit répugne à
piqûres lrès légt!re.s.
pareille vi ion.
5. lloR.r11 a r:lafremeut dérrit le suicide de Clèopâtre, d.,ns l'ode \:&gt;,XVII• :
Quelque sa.li faction que notre dilt!ttantisme
Forlù el aApt'rtu lracta,·e ~rpe,uu,
éproU\'e à démolir une légende, force nous
Ut atrum corpore cmnbi~rel t•e,~11um.
• Elle 'empare de hideu -1erpenls, les presse cl e t d 'acœple.r l'opinion généralement adfait coulrr dans sos ,ein('S un ,·eniu mortel. •
mise•, à savoir la mort par l'aspic, faute de
Dans la Phar1ak, Luc.,is a donné d'amples déta.ils
sur le reptiles, leurs morsures et IC!I accidents qui en
lui pouvoir sub ·tiluer une version plus acceprésulteul.
table.
DOCTEUR

..,. r3t ..

CA.BA. È .

�ClicM A B!()(k.
UNE CA1&gt;TURE

[1793). -

Tableau de P.

GROLLERON,

LES ÉTAPES D'UNE DÉCHÉANCE

La fm d'un cadet
Le prince Charles-Just de Beauvau-Craon
avait, vers 1754, un gros souci.
Chef « de nom et d'armes » d'une maison
parvenue à son plus haut point de prospérité
et de faYeur, il n'avait qu'une fille, AnoeLonise, et lout espoir de po:.térité nouvelle
semblait devoir lui èlre refusé. L'Église ou
l'ordre de Malle absorbaient cinq de ses frères; le service du roi avait coùté la vie aux.
deux autres. Quant à ses douze sœurs, «elles
ne valaient rien pour le nom &gt;J.
Son chagrin s'aggravait de ce qu'une branche cadEtte de sa famille, les Tigny, rameau
secondaire et provincial greffé sur la souche
altière des Beauvau, croissait et multipliait à
ntiracle. Depuis trois siècles ces cadets vivaient
loin de Versailles, dans de saines métairies

angevines, parmi leurs paysans, leurs lapins,
el leurs perdrh, de père en (ils, rol,ustes hobert·aux, aux épaule~ carrées, aux poings solides, de haute ~talure el de ,anté inusable;
l'un d'eux, à l'assaut de Valt'nciennes, en
!697, avait élargi la brèche entamée par le
canon, en renversant un pau de muraille du
poids de son corps.
Le prince de Beauvau-Craon imagina qu'un
de ces géants serait pour sa fille un épuux
parfait. Anne-Louise était alors une fillette
de quatre ans, frète, un peu boiteuse et qu'on
présageait laide. L'idée séduisit le prince de
relm·er le nom de Beauvau, prèt à s'éteindre
dans la brauchc ainée, par une union avec
un cadt&gt;t du même sang, dont il ferait, au
préalable, un gentilhomme accompli et qui

lui donnerait une solide descendance. li se fit
expédier à Versailles l'ainé des Tigny, Charles-Louis-Vincent, qui était alors àgé de treize
ou quatorze ans. L'enfant ressemblait à un
jeune taureau aux membres épais, à l'encolure puissante, aux manières frustes, à l'œil
hardi. Le prince fut charmé de la mine sauvage de son petit cousin campagnard, lequel,
de son coté, était ravi du brillant avenir qu'on
lui faisait entrevoir. Et toul de suite fut bâclé
le projet des fiançailles du modeste cadet de
Beauv.1.u-T1gny avec la fiUe du puissant prince
de Bemvau-Craon. Toul Versailles ne parla
d'autre chose durant un grand mois.
Afin d'entreprendre le polissage de son
futur gendre, le prince Just le fil entrer au
collège Louis-le-Grand. Vincent ne s'y plut

.,. 132 ....

Clcht A BIO&lt; k•
.-\TTAQL'"E D'UNE !IIAISO:&gt; ( GL"&amp;RRE DE VE::.DÉE) . -

Tat-leau de L t ON

Gt!&gt;A RDET.

�•

1flSTO'J{1.JI _ _ _ _

guère ; son indépendance y ré11ssil mal. Les
jours de sortie étaient pour lui des occasions
de frasques énormes dont s'inquiéta son bienfaiteur. Celui-ci reconnut qu'accoutumé à la
,·ic libre des champs, sevré de plein air, de
chasse, de maraude et d'espace, le jeune
homme se plierait difficilement aux assiduités
du collège; après tout, il ne tenait pas à ce
que le futur mari de sa fille fût très fort en
vers latins; il coupa court aux études, el Vincent fut mis aux mousquetaires, il avait dixept ans. Dans Ja joie de son cœur, il revêtit
la soubreveste bleue galonnée d'argent; sur
son large dos et sur sa poitrine bombée, la
croix Ueurdelysée en velours blanc s'étala bien
à l'aise. Mais aussitôt, ine de se· premières
heure de liberté, il se rua à corps perdu
dans la débauche, au point de faire scandale
- ce qui était malaisé - parmi la jeune se
tapageuse qui l'entourait.
Lé prince de Beauvau, comprenant qu'on
commençait à rire de sa lentatilre d'apprivoisement, prit une mesure énergique : une
lettre de cachet, obtenue du roi, enyoya Vincent 11 l'ile Sainte- targuerite. La prison était
lointaine, les murs des cachots épai ·, la mer
les ccigoail d'un infranchissable fossé. Pourtant, uivant I:usage auquel seul le Yasque
de fer dérogea, le délenu s'évada. Entré par
la porte, il se glis a par la fenêtre un jour de
brume. 11 fut repri ; mais les belles dames
de la cour prirent cause pour ce jeune émerillon qu'on voulait tenir en cage et dont la
turbulence amusait. Le prince fil grâce. Vincent part pour la Lorraine, sollicite de rejoindre l'arm~e du roi qui fait campagne, se
bat en Allemagne, revient à la paix., réputé
pour sa bravoure, capitaine et définitivement
amendé.
On le croyait du moins. Mais à peine rentré
à Paris, il enlève la fille d'un bourgeois
nommé Lemaître, la fail débuter à la Comédie-llalienne, se montre avec elle, s'étale,
parade, caracole en plein scandale. Du coup,
le futur beau-père, découragé, déclare que
tout e t rompu; persuadé, désormais, que le
brutal et indiscipliné cadet n'e l pas digne de
l'union brillnnte qu'il lui a préparée, il fait
relever de es Yœux de Malle un de ses frères
auqud H cherche femme, et qui, oit dit en
passant, s'acquitta allègrement de la mission
qu'on lu.i confiait de continuer la maison de
Beauvau. P11is, rassuré du côté de la postérité, il donne a fille Anne-Loui e au prince
de Poix : le mariage fut célébré à Ven:ailles,
avec tout l'apparat imaginable, en présence
de Leurs Majestés, le 9 septembre 1767. Il y
avait treize ans que l'impatient Vincent attendait celte femme, ce titre, celle inlluence et
celle fortune, qu'on donnait ainsi à un autre.
Qu'il ne fùt pas content, il n'est pas be oin
de le dire : son orgueil blessé excita en lu.i
un accès de terrible colère. Commenl ! on
était venu le chi:rrher dans sa province, on

. . a . __ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ .,.

l'avait confié à des cuistres, enrégimenté, sermonné, emprisonné, e.xilé; il avait tout subi.
dans la certitude d'une compensation qu'il
n'avait point sollicitée, et pour quelques fredaines, il était congédié honteusement, comme
indigne!
Sa vengeance fut prompte : il prit par la
main ~Ille Lemaître, la jolie comédienne, sa
maitresse au u de tout Paris, la conduisit à
SainL-Sulpice el requit un prêtre de rerevo1r
la promes e de leurs fiançailles. C'était, en
ce t'!mp·-là, un engagement solennel; et le
dimanche suivant, au prone de la grand'mes e, les nobles parois ieus - dont étaient
tous les Beauvau- pensèrent s'é\'anouir d'horreur en entendant publier les bans du mariage projeté « entre haut el puissant seigneur messire Charles-Louis-Vincent de Beauvau-Tigny et la demoi elle Lemaitre, artiste
à la Comédie-Italienne. »
Une existence ain i commencée ne poU\'ait
ètre que mouyementêe; celle de Vincent Je
Beauvau de Tigny le fut étonnamment. M. le
comte de Mira mon-Fargues s'en e l fait, dans
Les Etapes ,rune dechiar1ce, le narrateur documenté, et le récit en est plein de péripéties
el de prouesses quasi invraisemblables, à faire
paraitre banales les léaendaires a,·enlures du
baron de Trenc.k.
En Bretagne, où il se réfugie, Vincent,
après un . éjour d'une semaine chez ses parent de Molac, s'éprend éperdument d'une
de ses cou·ines, une enfant de seize an ,
Pauline, dont on foi refuse la main. De désespoir, il s'embarque, rentre bientôt à son
château de la Treille, se prend de querelle
avec un de es oncles qui le fait appréhender
comme « in oumi ,1, el incarcérer au château dl! Saumur, d'où il s'évade. JI retourne
chez les Molac. Pauline e t devenue amoureu e, à son tour, de son fougueux cousin;
hü ne pen e plus à elle; quoi4ue les parents
de la fillette insistent, il rer11se. Un ordre du
roi • urvient : Vmcent contractera mariage ou.
retournera en pri on. U se ré ·igne alors à
accepter la main de Pauline; mais humilié,
plein de rancœur, il l'abandonne malade,
part pour les colonies, y prend les fièvres,
guérit à l'heure précise où l'on s'apprête à
l'inhumer, s'installe à Port-au-Prince, où il
reçoit la nouvelle de la mort de sa femme,
restée en France, livrée aux soins d'on méde-ci:o de campagne nommé Ouboueix.
Libre, « il déclare sa Oamme »à une jeune
créole, noble, riche el belle, Aille Victoire de
Marsillan; il l'épouse, et tout aussitdl apprend par un ami arrivant de France que sa
première femme, Pauline de Molac, grâoe
aux bons soins d11 médecin Duboueix, jou.it
d'une parfaite santé. Voilà Vincent bigame!
n part pour la France. emmenant sa econde
femme, lente pendant la traverséP. d'in ur 0 er
l'équipage, ~e s'emparer du navire el de
gagner la Nouvelle-Amérique. Pourtant on

arrive au llal're. Vincent de Beauçau-TignI
esl mis aux fers, conduit au mont aintMichd et enfermé dans l'une des plus profondes oubliettes du fameux rocher.
Trois femmes, à celle époque, le récla- •
maienl pour époux.: la comédienne Lemaitre,
avec laquelle, d'après les canons d'alors,
il était irrévocablement engagé; Pauline
de Molac, plus réservée dans ses revendl.caLions, vu que, pendant J'abst-nce de Vincent,
elle a,ait eu deux enfauls dont Duboueix
s'avouait être le père; et la créole Victoire de
Marsillan, réfugiée à Nantes, où elle donnail
nais ance à une fille qui fut inscrite sous le
nom de Beauvau-Tigny, en allendant que la
justice paniul à mettre un peu d'ordre dans
cet imbroglio.
Viuceot, comme bien on pense, s'é\'ada du
mont aint-Michel. li traversa toute la Bretagne, ayant :1.2 livres en poche, vendant,
pour vine, les boucle' de es soulier et de
ses jarretières. fl se terra dans un couvent.
Duboueii: l'y découvrit, le dénonça; on l'arrêta de nouveau pour l'écrouer au donjon de
Vincennes, d'où, après huit ans de cachot,
on le laissa sortir, par pitié, à la grande terreur de ses [emmes, qut toutes ayant trouvé
des con·olateurs a.,..aient mis au ruonde quantité d'héritiers dont l'état civil n'était pas
très limpide. Le parlement débr~miUa l'alTaire
tant bien que mal et per orme ne fut satisfait.
La fin de l'histoire est tragique. Vincent
avait trop sou[ert de l'ancien régime pour ne
pas acc11eillir avec enthousiasme le cyclone
révolutionnaire. Ses malheur , il le allribnait à l'orgueil nobiliaire des ien , à !'étroites c des législation surannées, aux préjugé
de son entourage, à l'implacable rancune de
tous les puissants qu'il avait bmés. La Révolution lui fournissait une belle revanche.
Le 14 mars 1793, alor que l'armée vendéenne, conduite par lofllet, attaquait Cholet. un bleu, en quelques paroles enflammées,
soulève la garde nationale de la ville aux
cri de « Vi,•e la République! » li l'entraine
à la rencontre de chouans: le premier, il
tombe, atteint de deux balles, et sa troupe,
débandée, rentre dan la ville en désordre.
Ce bleu fanatique était Vincent de BeauYau,
mar4uis de Tigny. Frappé à une heure de
l'après-midi, il agonisait, appu)é contre le
sode d'un calvaire dressé au bord du chemin,
près du manoir de lloisgrolleau. Sous la pluie
froide, il se lordait de douleur; des pa)'Sans
s'attroupaient devant cet homme qu'ils connais.aient bien et dont les ouffrances étaient,
à leurs yeux, un cbàlimenl du ciel.
- Brigands, leur criait-il, n'aurez-vous
donc pas le courage de m'achever!
Mais ils ricanaient et passaient ouLre en
l'insultant. Ver minuil seulement il cessa
de gdndre; on le trouva mort, au pied de
la croix, le lendemain matin.

T. G.

LOUISE CHASTEAU

•

j/.mes d'autre/ois
DEUXIÈME PARTIE

Une lettre, datée de Borville, parvint à
de la Mouraioe quelques jours après le
départ de son neveu. ~lartial lui contait comment, les bureaux de la guerre n'acceptnnt
plus d'engagt&gt;menll pour l'armée d'Ég)pte,
on lui avait con eilM de signer en blanc, pour
un corps q11clcouque, ce qu'il avait fait aussitôt. Le fonctionnaire à qui il s'était adressé
avait laissé échapper un mol que Martial avait
trouvé intéressalll el !!1'3\'e : l li e prépare
quelque chose.... n Et Martial voyait déJà
110e guerre européenne où, derrière le général lluonaparle, lui, le baron de Fonspeyrat,
courrait de victoire en victoire.
Celle lettre jetée à la po le, le jeune homme
avait rélléchi.
li avait beaucoup à oublier .... Tout ce qui
lui parlerait de Fonspeyrat, tout ce qui lui en
Yiendrait, ra\'Î\'erait en son cœur des images
douloureuse ·. Pour les détruire, il fallait
prendre un parti héroïque el définitif, &lt;.I couper le ponts » derrit&gt;re soi. Eh bien, il
« couperait les ponts ». n ne saurai l plus
rien de lui à Verlhis, ni à la llouraine, ju qu'au jour, lointain sans doute, où il pourrail penser à son amour ou en parler, comme
nu le {ait d'un mort bien-aimé. couché depuis longtemps sous terre.
.
li écrivit donc à M• Lase cure, le notarre
de sa famille, pour lui déléguer sa signature
et le prier de recevoir a correspondance, le
maitre de la po le étant averti : « Au surplus, di ·aiL-il , ce n'est là qu'une mesure
Iran itoire. Dè que je serai fixé en un lieu,
pour quelque temp ' , je vous ôterai ee souci.
llais tenet notre arrangement secret : c'est
chose importante. » Ce fut ainsi que Martial
« coupa les ponts » derrière lui.
Les jour , les semaines, les mois se passèrent Point de nouvelles de Marlial. a mère
s'inquiéta. Le marquis, moro e et de santé
languissante, refu ait avec énergie les visites
de madame de Fon pe)'rat. Il pressentait
qu'elle venait l'observer, au cas où il recevrait
en cachette des nouvelles qu'il lui voudrait
céler. A l'inquiétude:, succéda l'angois e dan
le cœur de la mère. M. de la Mouraioe s'abima
da'iantage encore dans la philosophie doucement sceptique et indulgente qu"il pratiquait,
el il î trouva la q~élude.
.
U savait que la Jeunes e affecte volonller

~r.

des airs détachés comme pour marquer plus
fortement son droit à l'indépendance. li n'était
point fà,heusement ému par la désinvolture
d'esprit de son neveu, que d'aucuns eussent
appelée ingratitude. Il y vo ·ait un effet de
l'ivresse virile et l'exubérance d'une personnalité trop longtemps contenue. li c rappelait ses propres équipées à travers le mQnde,
lors de a vingtième année, et le peu de .ouci
qu'il prenait de ceux lai.sés derrière lui :
mon ieur son père, gentilhomme de devoir,
au tère et leLLré, madame . a mère, soumise,
eiîacéc et craintive. N'était-il pas demeuré
des mois et des mois sans leur écrire? Les en
avait-il moins respectés et honorés dan son
cœur et dans son souvl'nir'? on,certes. fois
le cercle où se mouvaient leurs vies, leur intérêts, leurs plaisirs n'était plus le même.
Qu'auraient-ils eu à se dire qui valût d'être
écrit'? 'étaient-ils pas assurés les uns et les
autres de leur altachemenl réciproque'? Et
un jeune homme n'a-t-il pa autre chose à
faire que d'entretenir avec ses proche les
longues corre pondances où se plaisent les
femmes, les vieillards el les philosophes'?
Martial fait son éducation d'homme. Le voilà
aux. prises avec la ,·ie Jihre, qui l'absorbe.
Que le ort lui soit propice 1•••

~fais madame de Fonspeyrat ne se rassurai l
pa si aisément. En vain elle s'agitait à travers la maison, grondant la servante, sourfietant la dindonniere, harcelant le jardinier,
moriaénant sa fille. En vain elle courait de la
linge;ie au grenier, de l'office à la cuisine.
a peine la suivait, lourde. oppte ~ante,
amère et terrible : « Martial?... Martial'? ...
Où êtes-vous, mon fils?... Mon Cils!... Ion
enfant! 1&gt; Elle sentait an plus profond de son
cœur le glaive inexorable de la loi barbare el
Yenaeresse: Œil pour œil, dent pour dent.
Martial avait souffert la même souffrance : la
séparation brutale ... le silence ... l'inconnu ....
Jamais elle ne parlait de Martial. Lucelte,
ses gens , ses familiers , pouvaient croir,e
qu'elle l'avait oublié. Mais, sans cesse, 1l était
là, devant a pensée, quelque effort qu'elle
fit pour s'en distraire et ne point s'atteudrir
à se le rappeler.
Un jour qu'elle rangeait de ol:ijels dan
un vieux coffre, elle rencontra sous .a main
une collection de feuille jaunies couvertes
d'une écriture indéci e el enfantine, devoirs
inachevés d'écolier qui débute, barbouillages
tracé d'une main puérile, - la main de
Martial. Bru que, elle referma le coffre et
détourna es yeux de ces douces reliques.

Madame IÙ Fonspeyrilt , omrne11c1Jit sa ,onfessi-On . C'etaienl .tes ilolè.~n a s sur l'ingralilu.Je Je s~n fils, la
,wuleur qu'elle n rtssmlail pour elle el le renom de sa nujson, l' fn:,utttutle oi, b j elall ce silence, l es
Cf"aintes qu'elle ,1vait
vie d~ MarHal. (Page 136.)

rowr u

�JflST0'/{1.ll

•

.\fois un sanglot monta dans sa gorge. Peut- vent que jadis, car madame de Fonspeyrat
Il s'en allait à un placard, en tirait une
être ne put-elle l'étouffer, car elle e 'auva
'en allait maiote· foi causer avec le curti étole qu'il passait par-de ·,us a lévite. Tout
dan- a chambre, où Lucctte l'entendit se Pomerol.
en la revètant, il élevait son âme à Dieu :
moaclwr hruyamment. En uite elle partil
Depui le départ de ,on fü, elJe 'était
igneur, di ait-il, permettez à cette
d'un trait ver· le pigeonnier. Elle y r1•ncontra
imrulièremenl rapprochée de loi. Le brave p:tuHe âme de trouver quelque repo en celll'
Jeannette, la Jiodonnière. Le. éclat: de _a homme y \'O}ait la bonté d'une grande dame
voix irritée s'entendirent ju,quc dan la cai- qui voulait bien conde_cendrc à le ,i iter confe -ion .... Faites que la douleur vou. la
ramène tout à fait. ... Et pardonnez à \'Oire
• ine, jetant l'inquiétude dan l'âme innocente
ou,·ent. JI en était fier et louché. I.e role de indi"ne erviteur de di pen.:er 1· râces de
de la \lion qui , 'aclÎla plu a idùmcnl à ·on confident auquel il 'élen,it 11ar là lui parai -ouua"e. flientot elle r '\'Înt, ju ea le ragoût sait nlorieut, tncore qu ïl le dùt plutôt à . on la Pénitence dans le cbez-,oi du prc,-bytère,
brûlé, la soupe mal cuite. Et elle alla finir ha Li L c1u 'il i-a per oone. C la, il le . entait au lieu de le répan1lre par le guichet du con~on aprè -midi dan la lingerie où die défit bil•n. El n'eût-if pa. pénélrt! là-dessus le sen- fe.,·ionnal, elon l'usag • et le canon ..... "ai.
ittneur I et
et relit san · e las. er plu. ieurs pile· Je drap· timent de la haronne, il eu aurait été a,·erli ,o ,oies . ool ml térieu.e·,
ct'lte
infraction
aux
ri-nlemcnL
de
la aink
et de ,er,iettes.
par le sin ulier procédé dont elle arnit pri
i:i?lise,
à
l'égard
d'une
noble
dame
fortement
Ain. i ~e pa:. aient le journée sucr.édant à coutume d'u,er, afin rp1e ·a di"oité n'e1)t pa
afllinée, ne saurait drplairc à ,·otre cœur ....
des uuib sa.n . ommeil, qu'elle raccourci,sait à souffrir de ·a rai11lt!s e.
.\yant ainsi pen é, le ruré Pomerol re,·ele plu. possible en se courbant tard et se
Quand madame de Fon:-pe rat, e lénuée nait ,-ers la haroone. Il 'as- rait dan un
le,·aot a\'t'C le jour.
de sa conlraint &gt;, \'Oulait détendre , es nerf. fauteuil de paille, '{" 'il pla~il ~ contre-jour
Lucl'llc souffrait de toutes façon. du départ en parlant de on fils, elle c conre~s:iil.
dans la va te embrasure de la fenètre. Il 'l
de ,on frère. Outre le chagrin que lui eau ail
La ronre ion Dl' lui coùtait point. Ellen' ·
1 .ilcnce de )lartial, eJI • a,·ait à apporter le di:,ait •1ue c.-e qu'elle \'Oulait Lien dire. Pome- accoudait, appuyait on ,·i,age ur sa main
poids des exi"ence· maternelle. et la t.àrhc rol l'écoulait a,·ec une nuance de rc~pcct. Sa droite ou,·crle et qui \'oilait :c· yeux, el
di ait :
a0 çantc du d'llozi r à lire et à répéter. fa- dt:férc.mce pour la haronne u'élait point dimi- Je ,ou· attend~, ma.Jam• la 1,aroune.
darne de FonsJ)t'yrat a,·ait im~giné autre cho e 1111~e par la fonction sacerdotale. Lor~que,
Madame de Fonspc~ral faisait mine de
encore : l'élude approfondie de l'étiquette eu dans ·a pauvre .-aile à manrrer, il la ,oyait
'agenouiller à côté du prètre. \lai·, chaque
usa e à la cour de France, cho,e infiniment
'a,seoir en face de lui, l'œil dur et la l'•\'rc
utile pour le ~mp: lrÎ.' proche où le roy frémi .. anl\•, il sa\'(lit ce qu'il allait ad,,mir. foi~, par un élr:-tn"e ha,ard, eUe en était emre,ieodrait. li fallait sa,·oir comment on le Aprè~ &lt;JUtlques hanalittr , aprè · des plaintes pêchée par une forte douleur au genou; toute
saluait, le nombre tle pa à faire à droite ou ruai furmukle et nomlire tic demi-mot , la 0cxion lui éL'til impo ibll'. Elle d tplorait
celle circonstance ~an ce.•sc r •uou,cléc. Et
à !raud1e uanl de plon"er dan' une profoodc Laronne di~ait ;
le curé dis.iit :
révérence, . a\'oir au~ i à 11ui rev nait le droit
- Tenez, curé, j'aime mieux me con- Dieu ne demande pa l'impo , ihle, maau laboure!, à la chaise à do ou au fauteuil
fe .. er .. .. .\lion., confe . ez-moi .... ~lais quel- dame la baronne. Pren l la pt"inl' J'a\"anr r
à bra .. fadamc dt• Fon. pe)rat était iotraicelle chai~e s'il rou plnîl, et veuillci vou y
taLle là-Je.s~u '.
a · eoir, à portée de mon oreille, car je JeLa l,aronne a,·ail qua. i proscrit la mu ·ique
,·i n ourJ.
el le chaut. Elle dLaiL qu'unt• fille .age a
Madame de Fon~pcyral 'a eyait, fai. ait le
autre choP à foire 11u'à oupirer de air
·irrne
de la croix, di ·ait le Confiteor en écoramoureux en pinçant des corde variées el
chant le latin et comm nçait ~a confe1 jon.
tJ0e Pam-rr. ,Jacque ou Femme seu:iMe
C'étaient des doléances sur l'ingratitude de
étaient d'insupportables niai crie: . ·
.
on
61., la douleur qu'elle en re~~enlait pour
Quand Lucelle . e plaign:iit à Julie, cclfo-ci
elle
et pour le renom de sa mahoo, l'inquiériait de se triste -CS et lui .oufOaiL la rélude oit la jetait ce _ilence, les craintes qu 'elJe
hellion.
ayait pour la , ie de . lartial. A de certain
1"c"-lu pa femme à présent? ... Pourmoments, elle oubliait cure, coofe ion et
11uoi te lais.cr mener comme une petite fille? .. •
.
acrcmcnl. Elle élevait si fort la voi , pleuTu n'a. que ce que ta timidité mérite .... La
rait
i bruyamment, que Pomerol en était
force de ta m1·re e Lfaite de la Iaibl ~si' ... .
lout interloqué. li t niait de la calmer.
Ah! ·1 c'était moi 1. ..
- Allons, ma œur, calmez-vou . . • cal- ·ï c'était toi, que ferais-ta'! ...
me-.Mou
.... Allon ... allon .... Prie.: ... heu ...
uffit. .. je m l'Dll'nd .
heu
...
il
faut prier ... heu.... ·ous alloo ,
El Julie n'osait jam~is dire ce qu'elle fedire troi Al'e ~[aria pour que Notre-Oame,
miL.
11ui a été mère, elle au ~i !... heu ... et qui a
Lurette pleurait om·ent. C'était l'occa. ion
u cc (lue c'était de ·ouffrir, elle au i. ..
de scène· violente lor que , a mère la urdans
son cœur maternel... heu ... Yom. aide
prenait avec le~ yeux roug, :
à upporter... heu... heu... ,otre nrande
- Qu'a\'ez-,ou. encore. De quoi ,·oa,douleur .... A1•e ./aria, g7'atia plena, D0111iplai uez-rnu -'l
1w
· lecum ... .
- Oc rien, ma mère.
La
naïveté de celte formole conl-olatrice,
- .\lors, , ous me ~chez quelque cho. e? ...
le parole latine· su urré · par œ prètre ()uoi? ... Mais dire -le doocl...
G11ill.J1u11~ Ra/::i11auJ stmNalt Jort -~J/is/Jil dt lui~impie el bon, la douceur my térieuse de '
La jeune fille .e Lai. ait. Certes oui, rJle
mbnt, 11011 moins que dt son /:.Jl-i/, it son extra
confidence qui allègent le àm en peine,
or;ti11:ifrt crav:itt, dt ses l'rtloquts tt J&lt; son t.\cachait qucll1ue cho.e : on amour pour Flolravagant cha~au (1'3ll'e 138.)
lout cela fini .. ait par amollir le cœur do marian .. on i1111uiétude à ne pas le voir demandame
de Fon peyrat. L'aigreur de es rander ~a main, comme c·était eonvena. Ah! 'il
l'oubliait. Noo, jamai , jarnai el! ne pour- que cho~e que je \'OU di. e, n'oubliez pa. cune ùdouci ·sait au miel de la prière an,.érait conlicr ce ecrel à .a mère. !ème quand que je ,ou le confie ou le ccau du acrc- lique, tandis que, de sa mémoire, montaient
en elle de pieux ouvenir ' de jeune se. Elle
elle ,oula il se rafraîchir le cœur en oogeanl ment.
pleur11t alors de vraie larmes, longue:! , sià Sainl-llarc, elle altt ndait que la baronne
- -A ,otre gré, madame la baronne, di. ait lencicn. es, abondantes.... L'eau amère des
fùt hors la maison el cela arrirnil plu .ou- le bon curé.
douleurs qui ·épanchent descendait sur se,
..,. 136 ...
0

,

____________________________________
Jl.MES D'AllT7(E'F01S - - -.

joues llélries, gli. ait dan les c.inaux de.
ride , chaque jour plu profond , coulait sur
, robe noire ans qu'elle) prit !!arde ....
i le curé a,·ait eu quelque science de
l'lme au lieu de n'l'n u·oir que la pratique,
il eùt rn face à face ce que nul n'avait jamais
\'U: l'autre madam • de Foospe1rat, &lt;'elle que
la baronne rachail jalou.-ement rt qu'elle aurait rourri de lai, er deviner •. lai le curé ne
saYail qu'étre doux aux. faibles et consolant
aux afOigé . De la p ycholon-ie, il e ouciait
peu.
Toutefois sa conscience du prétre officiant
l'obligeait, à la fin de ce colloque, de faire
3\'0Uer à sa Jkinitenle au moin · quelque~
fautes ou légère· pt•ccadille 11ui ju tilieraient
rappareil de l-1 confe sion el de l'al,_ol ution
11ui s'en ui,·rait. Madame de Fonspe~ rat .')
prêtait volontier·. l'uis, au dernier signe d •
croix, elle . e 1•rait, calmée, prc"rue ,ercine.
Elle rentrait à l'on. peyr:11. a soirée, sa nuit
étaient meilleure . ~fais le lendemain elle
•pn tait encore la Joult&gt;ur lancinante, et ses
1ioleoce - reprenaient de plus hell .

Il
Cependant u11e affaire gral'c urvint qui
1lt1nna un cour oomcau à l'acth·ité de la Laronne et di ipa pour quelque temp ,c.
ob édaote préorcupalion .
lin heau matin de l'an \'III, elle r'çut une
lcllre du . ieur Thorna. flaCanaud, marchand
à \'erthi . Ledit .ieur Rafanaud l'informail,
ur un ton comminatoire, qu'il se di po, il 11
reprendre contre elle certain pro&lt;·è l'llg:ltré
1·er:. 178;; el c1ue le jour· révolutionnaire
a1·aienl u,pendu.
Il s'n!!i. ait d'un vieu - rè,.lemeul de compte
entre flafanaud et le reu baron. A !'in u de
ft'mme, . tani. la de FouspcJrat avait conlracté un emprunt. C'étaient 1ruelque:; centaines de lhre. de linée à rép:ircr le dommarre cau. é à une fille d'auberge par le baron
libertin. La mort l'a,·ait urpris arant qu'il
·e fùl acquitté. M inlcnant, il fallait prouver
la lé .,itimité de la dette, capital et intérêt
hautemeut coté par flafanaud. ladame de
Fonspeyral la niait ab·olumcnt. Le demandeur outenait par do faibl preu,e l'authenticilé de la créance. La cause était obscure
et embrouillée.
Ce Thomas Rafaoaud était uo ancien cufti•
Jeune fille entr1&gt; J.i11s '"' fr.ic1&gt;s de futts tl dt ft/l/s crt • - J.11ctlle ! .•. J.u ctllt : •• &amp;-tu l.i i' • lin
,·aleur illellré qui 'était enrichi Jans de lou- Une
vor,rnt le Jeune homm,: tilt s'arrt t11. Elit n'~tJil polnl confuu, m~ls élonntt u11kmtnl. Elit restait sourl:i111t , tl, cur/,:usi:, rtt.JrJa/1 ~ n&lt;iltur Inconnu . !l'age 138.)
che négociations, achelanl à vil prix toute.,
.orle - de précieuses marchanJi_ en un
temps où les noble, 31'aienl Le oin d'ar"cnt.
nrand train. ~faL il a,·aiL gardé de a petite
peyral. Dico malgré lui, il accepta d·écrire à
, \·ul, il n'eût peut-ètre pas sa conduire ju~cnfanœ le goùt de la campagne, de la ,er- la baronne pour lui annoncer la rcpri e des
11u'au boul on ·ingulier commerce, mai- il
dure et de lleur:.. et, chaque année, au prin- ho tilité . Requis de , 'occuper de cette affaire
a,·ail un li! , Guillaume, dont le con. eil · lui
temp ·, il m·enait à \'crthi , en bel équipaire,
pendant on ~1~oar à Verthis, il hougouna,
itaient précieux. Guillaume, d'abord impie
pas cr quelques jour· prè· de on père el ne ul commcut 'en défendre el finit par
courtaud ile boutique chez un joaillier vari- courir les Loi.s, le prés, les routes. Il hàillait
con entir. Il annon\·a donc à la baronne qu'il
icn, était maintenant chef de la corresponur les nrimoires que on père avait ama -·és
e présenterait inœ~ amment chtz elle en
dance dans I maison .du grand financier
pendant de mois pour Je:, lui faire déchirmandataire de Thomas Rafanaud, pour régler
Ounard. La fine ,,e du commis avait rendu
frer : reconnai ·,anccs, reçu à valoir, cnga- défini live ment le orl de cette ancieon •
de réel ervices au patron qui, en retour,
gemeuls
el autre· papier ·ou~crit par de créance.
l'arait enrichi.
malheureux débiteur· .
Le Ion de ,a lettre irrita madame de Fon A p ine i,.é de trente ans, Guillaume flafaGuillaume e lromait donc à Verthi lor.-.- p yrat. i e l'appelait-il pa cituye,we? ..•
naud vh·ait à Pari~ dans le lu\e et menait
que on pi'•rc rouvrit le ~ieux procès FonsPour un peu, il l'cùt tulople! ... Et, en ma-

�111S T0'/{1.Jl
nière de salutation finale, ne se contentait-il
pas de l'inconvenante et grotesque formule
révolutionnaire : « Salut et fratrrnité? 11 •••
Fraternité avec ce drôle!. .. Avec le fils Rafanaud qui, tout petit, courait pieds nus sur
les routes, le pan de sa chemise 0ottant derrière lui 1... Fra terni lé!... Alors il se mouchait avec ses doigts el ne comprenait pas le
français .... Fraternité!, .. Allons donc, cela
dépassait les dernières limites du bon sen !...

Ill
- Voyez, ma fi11e, disait la baronne à Lucette, voyrz combien grand est mon embarras. Lasescure est absent. Votre oncle, mon~ieur de la Mouraine, est invisible, et, au
surplus, oe s'entend point aux affaires. Le
curé .... Ah! le pauvre homme! il serait bien
empêché de me donner le moindre conseil. ...
.\. qui m'adresser? ... Ce l\afanaud viendra
demain et, d'ici demain, je n'ai guère le
temps d'aviser .... Cette affaire est vraiment
bien malheureuse, ma fille.
- Il est vrai, ma mère, répondit Lucettc.
Vous manquez d'un bon con eiller, clairvoyant et désintéressé, qui verrait les choses
sans parti pris .... Il le faudrait assez instruit
des nouvelles lois pour éviter les fausses manœuvres .... Tout cela e t bien diîficilement
réuni dans un seul homme....
- Voilà qui est fort bien dit, Lucette, et
je reconnais en vous un peu de ce sens droit
que j'avais à votre âge lorsqu'il s'agissait de
mes intérêls matériels .... Oui , il me faudrait
un conseil.. .. Mais qui? .. .
Lucelte avait un nom sur les lèvres. Elle.
ne le prononça point. C'était celui du chevalier. Saint-Marc n'était-il pas avocat et habile?... Elle était sûre, très s\\re, qu'il servirait avec joie la cause de madame de
Fonspeyrat, parce qu'elle était la mère de
Lucette ....
La jeune fille re ta un moment indécise.
Nommerait-elle Florian?... ' i son attitude,
son accent, sa rougeur allaient la trahir 1•••
Elle se troublait i aîs{menl en pensant à
lui l ... Que serait-ce si elle devait en parler à
une personne aussi sévère et aussi respectable
que l'est une mère?
Peul-être pourrait-elle ruser avec cette
dir6culté 1...
Après un silence, el tout en se hâtant à sa
broderie, elle dit :
- Je pense, ma mère, que notre vieille
amie, mademoiselle de Bois5onage, vous trouverait parmi ses connais ances l'homme di cret et savant qu'il vous faut .... Je crois lui
avoir entendu vanter quelqu'un dont les lumières lui sont précieuse . Voulez-vous que
je lui écri,•e un mot? ...
- Vraiment, dit la baronne, vous avez
raison, ma fille, et voilà qui peut se tenter ....
Cependant, Lucelle, ne dites là-dessus que le
strict nécessaire. Ne laissez échapper aucune
parole imprudente. En affaires, voyez-vous,
c'est à peine si l'on peut se fier à son bonnet
de nuit.
- Et puis, ajouta Lucette, vous pourrez

A.MES D'JUIT1{'EF01S

La ~lion l'introduisit, tout effarée, dans le
grand salon aux volets clos, dont elle ouvrit
précipitamment les fenêtres. Rafanaud regarda autour de lui avec intérêt et s'abîma
dans quelques maussades réflexions devant
les portraits de famille pendus au mur ....
Quoi! la Révolution avait pu laisser pareils
souvenirs du passé chez ces aristocrates?...
C'était par trop Fort 1
Soudain la porte grinça. Une jeune fille
entra dans un fracas de jupes et de petits
cris :
Luce lie 1... Lu cette !... Es-tu là?
En voyant le jeune homme, elle s'arrêta.
Elle n'était point confuse, mais étonnée seulement. Elle restait souriante, et, curieuse,
regardait le visiteur inconnu.
- Pardon, monsieur! dit-elle. Je cherchais mon amie Lucette, et ....
Le chapeau à la main, saluant, a,•ec des
mouvements du torse et des jambes, Guil- •
laume répondit :
- Citoyenne, il n'y a pas d'offense ....
C'est moi qui suis fâché de troubler peut-être
par ma présence l'aimable entretien de deux
amies ....
Julie des [magnes parût d'un bel éclat de
rire:
- Citoyenne!. .. Vous m'a rez appelée citoyenne? Si vous saviez, mon ieur, comme
vous me faites plaisir! ... Je rêvais d'être
appelée citoyenne ....
- En vérité!... fit Guillaume, gaiement
el très intéressé.
- Oui, je trouve cela singulier, amusant
el nouveau .... J'ai sn que c'était à la mode
aujourd'hui.... Mais ici !. . . à Verthis !. ..
Presque personne.... Les gens du peuple
seulement emploient ce mol. Ne trouvez-vous
pas qu'il est piquant... tranchant, plutôl?
ajouta-t-elle avec vivacité.
- Citoyenne, voilà un trait d'esprit, dit
Gu.illaume en grasseyant.
En même temps, il faisait une pirouette.
- Mais a-t-on vraiment fini de trancher? ...
reprit Julie d'un demi-air boudeur.
- Oui, cito-yenne, c'est fini, tout à fait fini.
- Ah! tant mieux!. ..
· Julie se tenait debout, appuyée au chambranle de la porte. Un fourreau de batiste
blanche moulait on corps. Une écharpe de
soie orange marquait sa ceinture el soulevait
sa gorge provocante. Un de ses pieds battait
le parquet à petits coups. es mains étaient
roses sous des mitaines de soie blanche. Elle
avait dénoué les rubans de son vaste chapeau
qu'elle tenait à la main et ses cheveux e
montraient tout dorés autour de sa face mutine.
IV
Il y eut un silence, puis elle soupira ....
- Je me sauve, dit-elle. Que dirait la
Guillaume Rafanaud se présenta le lendeterrible madame de Fonspeyrat si elle me
main à Fonspeyrat.
li y parut en somptueux équipage et l'air rencontrait là? ...
Elle imita la baronne :
glorieux. Il semblait fort satisfait de lui- « Mademoiselle des Imagnes, allez remême, non moins que de son habit à pans
longs d'une aune, de son extraordinaire cra- joindre ma fille!. .. Votre place n'est pas ici,
vate ~ù son menton disparaissait, de se bre- en tête à tête avec un jeune homme ! ... »
Puis, changeant de ton :
loques et de son extravagant chapeau. En
- Au revoir ... citoyen !. ..
un mot, il était tel que l'homme à la mode
Elle rit el partit en couranl.
en l'an VIII.

ainsi gagner du temps. Lorsque, demain, le
fils Rafanaud se présentera, vous lui direz ...
je ne sais quoi ... pour retarder de quelques
jours la comcrsation sur l'affaire .... Il est
bien probable que, pour goujat qu'il soit ....
Le visag~ de Lucette exprima une moue
dédaigneuse :
- ... il ne refusera pas d'attendre un peu
votre réponse.
Étonnée, madame de Fonspeyrat regarda
sa fille. Quoi! Lucette avait une opinion, des
idées, suggérait des moyens habiles pour se
diriger en affaires? ... Quoi! Lucette pensait,
Lucelte parlait, Luœtte n'hésitait pas à aller
de l'avant?... Elle imaginait? ... Elle supposait? ... Elle n'était donc plus une enfant? ...
Elle devenait donc une femme? ... C'est vrai :
Lucette a plus de vingt ans.
La baronne l'avait oublié.
Elle examina sournoisement sa fille. Elle
observa que son visage avait perdu son expression puérile, que sa gorge était ronde et
pleine, que ses hanches marquaient de robustes saillies sous le fourreau de siamoise
rayée. Elle vit que ses yeux étaient beaux et
pleins de langueur; sa bouche voluptueu ement charnue el mobile. Elle considéra ses
mains blanches, fines et déliées, son pied
menu qui s'agitait sous la jupe courte, et elle
pensa : a li faut songer à l'établir. »
Puis elle dit :
- Eh bien, ma fille, écrivez, écrivez ....
Moi, je m'en vais chiffrer.
Vite, Lucette posa son ouvrage. Une flamme
soudaine la parcourut toute. D'un bond, elle
fut dans sa chambre, puis auprès de son petit
secrétaire en bois des Iles, et écrivit. Ensuite
elle remit la lettre au valet qui l'emporta à la
poste.
Alors elle sentit en elle une étrange allégresse. La journée était superbe. Lucette alla
dans le jardin. La lumière vibrait sur les
fleurs du parterre, le feuillage des bois, les
murs de l'antique maison. On eût dit qu'il
s'en élevait une harmonie de couleurs el de
parfums. Des abeilles bourdonnaient autour
de la jeune fille ddns le jardin où elle promenait son rêre. li lui semblait être un insecte,
elle aussi, tant elle e sentait légère et viv~.
Mille pensées d1Hicieuses la care saient. Un
autre soleil que celui de l'été brùlail ses joues
et rendait ardent son cœur ingénu.
Puis elle reslra dans la maison. Passionnément, elle se jeta sur sa harpe. Et, ce jourlà, madame de Fonspeyrat, qui l'entendit
chanter, la laissa faire.

.,, 138 ...

" Quelle jolie fille! Quelle jolie fille! »
pensait Guillaume.
Un peu de chaleur lui vint aux joue . Il se
regarda à nouveau dans la glace, remonta
davantage encore sa cravate, toussota, prit
une pastille dans une bonbonnière qu'il tira
de sa poche et attendit madame de Fonspeyrat sans trop d'impatience, car il ongeait
à Julie.
Un pas rude sonna sur les dalles du vestibule. La porte s'ouvrit. La baronne entra.
- Citoyenne ... dit Guillaume avec respect el dignité.
Et il salua.
- Comment!. .. C'est toi? ... C'est toi,
mon pauvre Guillaume?... Eh! bon Dieu!
comme te voilà en bel équipage! Bonté dn
ciel! Enfin... c'est la mode, sans doute ....
N'en parlons plus .... Disons plus tôt et vilement ce que nous a,·ons à nous dire.
Cette réception familière el quasi méprisante irrita Guillaume. Il marqua son mécontentement d'abord par ' OD silence agre if, puis par la manière dont il ·exprima :
- Citoyenne, dit-il, tu ....
n s'arrêta un instant, se reprit comme
pour indiquer qu'il faisait une concession de
politesse à l'àge de madame de Fon peyrat :
- . . . Citoyenne, rnus avez reçu ma
lettre. Vous savez que je suis ici comme
mandataire de mon père .... Il lui est dû une
ommc de six mille livres, ou plutôt de six
mille deux cent soixante-quinze francs et
quarante-cinq centimes, suivant le système
décimal. ...
- Je ne connais rien et ne veul rien connaître à Les francs et à les centimes, dit brutalement et avec hauteur la baronne. A.u surplus, il ne s'agit pas de compter en lines ou
en francs. Je ne dois rien au ieur Rafanaud.
- li y a dix-sept ans que vous répétez la
mèmecho e, dit Guillaumeavecimpatienœ ....
Cela n'a dITTé si longtemps que par la faible se de mon père, l'incurie des juges et la
fatalité des événements .... Mais aujourd'hui
jP suis là.... ous avons une preuve, une
preuYe écrite par vous, oui, de volremain ....
La baronne éclata.
- Ç-1. c'est trop fort!... Mais montre-la
donc, cette preuve! ... Montre-la donc, puisque
tu l'as!. .. Moi, avoir écrit!. ..
- Le i4 février f 789, je précise, vous
avez écrit à mon père une lettre qu"il avait
e:o-arée el que j'ai retrouvée, ce jours derniers, au fond d'un tiroir. Il y a dans cette
lettre une phrase qui reconnaît la dette ...
oui, qui la reconnait. ... Vous aurez beau
faire à pré enL, c'est fait.
La baronne se entit dernnir stupide.
Mais ce fut un éclair. Vite, elle se ressaisit
et pensa : « Il faut gagner du temps. &gt;&gt;
- C'est bon, dit-elle tout haut avec dédain, revien lundi avec ta lettre. Nous
verrons.
ans plus regarder Guillaume, elle e
dirigea vers la porte, puis, se ravisant, elle
se retourna pour lui jeter d'un ton de mépris ces mols qu'elle croyait offensants :
- Pauvre drôle!... Tu as donc oublié

que lu courais nu-pieds sur les routes, étant
petit, et que, chaque dimanche, tu mendiais
deux liards à madame de Fonspeyrat pour
t'acheter un tortillon!. ..
Rafanaud se redressa, piqué au vif :
- Je n'ai rien oublié, dit-il. Et ceux qui
ont vécu el travaillé comme moi n'ont rien
oub1ié non plus .... Nous Yous l'avons bien
prou,·é, à vous autres !
- Je te conseille de t'en vanter! cria-t-elle
en s'éloignant.
Il suffisait à Guillaume de sentir qu'il
avait touché juste et bles$é. Il n'ajouta rien
et sortit, en marchant d'un pas assuré. li
s'appliquait aussi à mettre sur son visage un
peu de la morgue qu'il avait discernée chez
Ounard, son patron.
Lorsque, dans sa voiture, il passa le portail de la cour, il aperçut Julie donnant le
bras à Lucette. Les deux jeunes filles parlaient bas et riaient. Le visage de Lucelte
exprimait une joie douce, celui de Julie un
malicieux plaisir. Guillaume se pencha à la
portière el les salua. Puis il les suivit du
regard. Julie se retourna. Elle lui lança un
coup d'œil singulier. Du bout des doigts,
Guillaume lui envoya un baiser. Et Julie ne
craignit pas de lui sourire des yeux et des
lèvres.
V
&lt;( ~fa chère enfant, avait répondu mademoiselle de Boissonage, je viens d'écrire à
l'aimable chevalier de aint-~larc et je lui
envoie votre lettre. Lui seul me parait propre
à débrouiller habilement le chaos de cette
affaire. Je suis assurée que, pour être utile
à madame votre mère, ce bon et sensible
jeune homme fera l'impossible. Quant à moi,

je serais plus qu'heureuse si cette circonstance inattendue le mettait en état de réaliser ce qu'il désire vivement, je le sais : j'entends de mus donner un témoignage de son
dévouement et une marque du souvenir attachant qu'il a gardé de vous.
cc Que je n'oublie pas de vous dire qu'il
n'est plus à Limeuil mais à Pontvieux, où il
a été nommé juge au tribunal.
" Vous savez peut-être que le gouvernement réorganise les tribunaux et qu'il fait
appel aux hommes les plus vertueux pour
tenir les offices de la magistrature. Le sage
Saint-Marc a été désigné par son parent,
monsieur Bigot de Préameneu, fort estimé
du Premier Consul. Florian s'est ,,u nommer
aussitôt dans l'emploi dont il est digne. Par
ainsi l'on a proclamé publiquement son savoir
et sa vertu.
« Le marquis de Bellombre ne l'a point
voulu quitter. Les voilà donc tous les deux
en Périgord, non loin de vous. Le marquis a
pu acquérir à Pontyjeux la maison où il est
né, où il a vécu tout jeune et qui, par suite
des horribles désastres rle 95, était devenue
la propriété d'un boulanger. Ils vivent ensemble là-bas, comme ils faisaient à Limereuil, n'ayant rien changé à leur train et
ayant emmené leur valetaille.
« Ne lrouvez-vous pa , ma mie, que voilà
un beau trait d'amitié? Le spectacle de cet
homme vénérable partageant l'existence de
son aimable parent, le traitant comme un flls
et ne le "oulant point quitter; celui de ce
jeune homme se plaisant en la compao-nie de
ce vieillard el le respectant comme un père :
il y a là, n'est-ce pas, de quoi attendrir toute
âme sen ible?Quant à moi, je n'y puis songer
sans que mes yeux se mouillent de douce_
larmes.

Pouyadou approuva11 tous Les actes du (&gt;rem~r consul: • - JI a r.1iso11, puisqu'il est au po uvoir .... Il est
fort ... j'aime les gouverflements forts . ... Je suis pour ceux qui gouvernttll. • Par cette form11le , il avatt
eu tout temps expliqué l'exlreme v.irlaNlilt de ses opi11io11s. (Page 140.)

�H1ST0~1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
11 Ma chère enfant, je fai3 mille ,·œux pour
la réu site de l'affaire qui préoccupe madame
votre mère, el j'en fais aussi pour votre bonheur présent el futur. Enfin je souhaite que
rien n'ohscurris e jamai Ja félicité qui doit
èlre le partage de votre vertu. »

Madame de Fon pe}·rat ayant lu celte
lettre, car elle n'aurait pas souffert que a
611e la décachetât et la lùt avant elle, la rem il
à Luœlle en lui disant :
- Celle pauvre de Boi sona"e est toujour"
la mème ; une bonne et vieille foUe. Elle
YOÎt du roman parloul.
- Comment? dit Lucette.
- Je m'entends, répondit la lmronne.
Et elle tourna le talons.
Luœlle lut el relut cette épitre. Elle tomba
dans une grande rêl'erie, coupée d'éclairs de
plaisir et d'espérance joyeuse. ul doute que
Florian ne répondit au itôt. Mai que dirait-il?
Le lendemain, Dumarou, envoyé au Lureau
de la poste pour y chercher la correspondance, en rapportait la répon e du cbe,alier.
Elle était brève et courtoise. Il 'excusait de
l'écrire au si laconique, mais il était fort
occupé par les besoins de sa charrre. Cependant il s'emprc·serait de se rendre à Fon·peyrat, le prochain dimanche, el y séjournerait le tcmp · nécessaire pour conférer avec la
baronne.
Très probablement (. de Bellombre l'accomp:ignerail, car il se ferait une joie de
visiter cet important domaine. En allendarn,
l'un et l'autre déposaient aux pieds de la llaronne et de mademoi elle sa fille leur plu
re. pt'Ctueux bomma"e .
- Voilà qui est parfail, dit la baronne
après avoir lu. Il s'agit maintenant de tout
apprêter pour bien recevoir nos hôtes. Je
compte sur .ou , ma fille, pour veiller à ce
que rien ne cloche.
Lucette aurait bien préféré pas er son
Lemp en rêverie ou à inventer une jolie toilette pour ce jour-là. lais a mère avait
parlé, elle obéil. Elle 'empre sa autour de
la ~lion, aiguillonnant le zèle de la ,ieille
.ervanle, choi i anl avec elle le plus beau
chapon de la basse-cour cl préparant des pàLisseries. crèmes et friandi.c dont elle .avait
le chevalier un peu gourmand.
Mais, pendant qu'elle ·occupait ainsi, elle
n·a,·ait dan l'ima~ination qu'une idée, qu'un
nom : Florian. « Il ,·a venir, pen ait-elle. li
verra ces lieux où je oupire en pensant à
lui. ... Il respirera l'air que je re pire ...• li
portera se pa où je porte les miens ....
Avec moi, il rêwra, dans ces bois qui m'entourent .... 0 Florian! ... »
Ain i, dans le langage emphatique de
l"époque, Lucelte se parlait à elle-même et
e disait de choses qui, tour à tour, la jeLaient dans la mélancolie ou l'enivraient d'une
joie ardente.
Ce dimanche arriva enfin. C'était une da le
importante pour Vertbi : il y avail foire el
préparation de la li Le des notables de la

commune, liste exigée par la nou,elle constitution. ur celle liste, le préfet choisissait le
maire et les adjoints.
Cette double circonstance foi ait afnuer
dans les rues de la petite ville les propriétaire des environ , les métayers et les bourgeois. Le uns avaient porlé au marché les
produits résené pour ce jour-là, les autres
y conduisaient des L11e.~ à ,·eodre, d'autres
venaient en acheter. Certains e rendaient à
la Mai on commune pour y consulter le listes
et 'assurer qu'ils y figuraient bien el e actement.
Dans la rue Haule, qui mène au Foirail,
et dan" la rue Ba e où ont le plus belles
boutiques, les marchands se tenaient sur
lem·~ portes pour solliciter la clientèle, car le
pay an e t loujour· indéci · au moment a·acbeter. Il maniait et remaniait le coton, la bourrelle el le cadi qui !louaient, accrochés par
un bout à un clou fiché dan la deranture.
li foi ait mine d'enlrer, puis reculait. li s'arrètai t, avançai L pour recu Ier encore. Il parlait à .a femme dont le YÎ.arre fermé ne lai ait entendre ni oui ni non. Finalement, il
s'éloignait, ou, tout à coup, e décidait, pénP-lrait dan la boutique, uh•i de la ménagère silencicu e, chargée de paniers el d'un
gros parapluie de coton hleû.
La boutique du pharmacien, peinte en
couleurs criarde' , se di Linguait eolre toute .
La porte en était bas e el cintrée el il fallail
de cendre deux marches pour y pénétrer. 11
· Ooltail une étranrrc odeur d'épice·, d'herbes
èche , de térébenthine et d'ammoniaque.
De paquets de menthe, de surt!llu, de sauge
el de rue pendaient au1 solives noires et
large . Toul autour se \'oyai~nt de ca ·e à
Liroir où étaient inscrit les noms de diver es
poudre et onguents : résine de jalap, kerm ' , cloporle en poudre, limaille d'acier,
nitre, antimoine, théria'lue, onguent nutritum, etc ....
ur le seuil était Pouyadou. eau anl a,·ec
1, notaire et le médt?cin. Les ,·êpres . onnaient. Les dérotes e rendaient à l'égli e.
Une femme ,·êtne de brun, importante et
sévère, pas a, le yeux bais és ous le capuchon de sa mante.
- La gou\'ernante de la citoyenne des
Imarrnes. !'OufOa Pouiadou à l'oreille du médecin. Ob crvez qu·dle e l cule aujourd.bui. .. .
JI cligna de l'œil cl prit un air !!l'ivois. Le
méd.ecin lira sa tabatière el lui olfrit une
prise, ce qui changea le cours de leurs idées.
Il parlèreut du temp qu'il lai.ait, des récolte·, des maladie passée et de celles qui
s'annonçaient. Ils di culèrent ur Brown el
sur Broussai , ur la ~aignéeeL les emplâlre ,
et dirent deux mots de la politi4ue. Poupdou
approuva.il ton les actes du Premier Con ul :
- li a rai on, pui ·qu'il esl au pouvoir ....
li e t fort.... J'aime le gouvernements
forts .. .. Je ni pour ceux qui rrouvernent.
Par cette formule, il avait de tout temp
e1pliqué l'extrême variabilité de ses opinion .
- AlJon , mon paune ami, disait ~lal··
sonnave, préparez-vous un nouvel habit.
L

Cette fois il vou le faudra superbe et couleur de monarque ....
Il ricanail. Pouyadou, piqué, allait répondre. Mais il ne le fit point, Loule son
allenlion étant portée sur un carro se inconnu
et de bonne mine qui arrivait par la rue
Haute.
- Regardez! ... regardrz !. .. criai l Poul adou.
Derrière les "laces relevées à cause de la
pous ière, il di tinguèrent un vieillard et un
jeune homme.
- Il tourne ver Fonspcjral! cria le
pharmacien. Qu'y a-t-il donc de nouveau? ...
'e crail-&lt;:e pas quelque mariage qui e prépare pour la citoyenne Luœlte?
- A.lion , allons, Pouyadou, calmez votre
ima"inatioo, dit le notaire avel' douceur et
ironie, car ....
Un bruit de onnailles. un tapa e de chevaux lancé au "'rand trot interrompit
La escurc.
ne chaise de poste passait Jans un tourbillon de pous ière. ,tais l'œil du pharmacien, habile à l'espionnage, avait pu disûnguer à l'intérieur un jeune homme et une
jeune femme enlacé .
- Cito)·en médecin! cria-t-il, enivré de
a découYerte, \Oyez : le fils Hafanaud enlève
la citoicnne des [magnes! ...
Et il ne e trompait pas.
11

Le marquis et le cheralier arrivèrent à
FonspeyraL sans encombre. Dao la cour, la
baronne et Lucelte le attendaient. Ayant mi·
pied à terre, le visiteur firent leur révérences, tournèrent leurs compliments et,
a ·ant baisé la main aux dame , furent conduits ver la ·aile où une collaûon avait été
préparée.
Lucelle marchait, les )'ell.X bais és, un peu
en avant du groupe formé par a mère, le
marquis et le chevalier. Madame de Fonspeyral ne remarquait pas que ceux-ci n'avaient d'yeux que pour Lucelle. Par polîtes e
cependant, le marquis jetait parfoi · de c oh ! »
et des « :ihl » parmi les discours que lui
tenait la baronne, mais c'était sans trop s:ivoir
ce qu'il faisait, semblait-il. s reaards étaient
altarhés sur la délicate ilbouclle vêtue de
ro e et de blanc qui "lissait devant lui. Lucette montrait, sous le bord de .a jupe, es
ha de fü à jours dan de petits oulier de
prunelle grise. Son écharpe couleur aurore
llottait à ses cotés, comme des ailes de papillon.
- Mademoiselle de Fonspeyral est fort
belle, madame la baronne, dit le marquis.
La baronne Ires ailiit et le regarda, surprise.
- Elle est surtout une vertueuse et age
fille, dit-elle. Depuis qu'elle a quitté mademoiselle de Boissonage, elle a appris beaucoup
de cho e importantes qu'on lui avait lai .é
ignorer, très fàcheusement par exemple ....
Lucctle craignit que sa mère ne fûl juaée
ridicule en parlant du d'IIozier el des Ordon

,,___________________________________
nances, et, se retournant, elle l'interrompit :
- Oh! ma mère, dit-elle, je \'Ons en
prie 1. .. e fatiguez pas no hôtes par l'énumération de mes connaissances en Yieilles lois
et coutumes ou en la science de monsieur
d'Hozier. Au surplu , nous voici dans la
salle .... Il faut collationner.
La table était sencie. Luœlle fit les honneurs arer grâce. EUe était as-i ·e auprès de
Florian. Son ,;saae, rose de plai ir, cmlilait
une fleur prinlanière, ses Jeux brillaient.
. es dents étincelaient entre es lèvre appétissante . Comme elle eùt voulu parler à Florian! Elle espérait bien que ses regards amou
reux étaient entendus de lui, mais clic n'en
était pas sù.re .... Et ce trouble l'agitait.
aint-~larc était ilencieux et rè,·eur. L'altitude de ~f. do Bellombre le surprenai 1.
Devait-il s'en réjouir ou s'en inquiéter? Le
marquis ne délachail se )'eux du vi·a0 e d ,
Lucette que pour le porter sur son ae\'eu. li
paraissait troublé. Cet excellent vieillard aurait-il deviné l'amour de ce· deux jeunes gen.
el on cœur était-il ému à la pen tic de leur
bonheur? ...
On mangeait des tartelelles. Florian crul
devoir parler à madame de Fon.spe1 rat de la
cause ditûcile qu'ils auraient à discuter.
- flie n ne pre. se, dit la baron ne. Le rcnde.1.-\'0u, a\'ec le demandeur est pour demain.
Nous avons tout le Lemps de commenter celle
alfaire dé~a&lt;rréable. J'ai un fort dos~ier làde us .• ou l'e amineron quand vous serei
repo é.
i nous passions dan· le salon? dit
Lucetlr.
Ll compagnie ·y rendit. Devant, marchait
M. de Rclloml.,re, donnant la main à la baronne.
Lucelte et Florian suivaient. Dan l'entredeux larrre el profond d'une double porte, lei.
jeunes gen · s'atlardèrent un rien de temp·.
Florian prit la jeune ûlle par la Iaille et e
rourbaJust1u'à se · lim·e·:
- Je vous aime toujours, Luceue.
- Je vous aime toujours, Florian.
Ils goùlèrenl une minute ex.quise.
.A peine étaient-il dans le salon 11 ue la ser~an te apporta un pli cacheté à la baronne.
Etonnée, madame de Fon~peyrat de.manda la
permi , ion de l'ouvrir. Le marquis et le cbernlier acquiescèrent avec la plus grande polile e. A.lors madame de Fon, peyrat se blottit
dans l'embrasure d'une fenètre el lut, cependant que M. de llellombre examinait les portraits el que Lucetle montrait à Florian quelques estampe qui trainaient sur une table.
Toul à coup la baronne 'exclama :
- Voilàunechoseélrange, inconcevable! ...
Plus de procès, chevalier l. .. Écoutez plutôt :
Elle lut à haute voix :
Citoyenne,
&lt;1 Une circon Lance impré\'Ue m'empèchera
de me trouver demain au rendez-vous fixé.
Yeuillez m'en excuser. A l'heure où vous
recevrez ces ligne , je serai sur la route de
Paris où m'appelle une pressante alfaire. De
plus, je veux vous dire que, sur les instances
&lt;1

d'une per onne qu.i m'e l chère, et dont
l'amitié pour votre fille est des plus touchantes, j'ai fait comprendre à mon père
qu'il devait abandonner toutes pour·uites à
votre i:rrard, faulP de chances réelles pour le

..,,.._,~··•

Lucelk montr,1il, so11s le bord ~ sa Jupe, ;te tetll~
soult~rs ,ù trunt llt grise. Son ~c/la&gt;"tt couleur

:wrort _rlott:1it .i sts côtés. (Page q o.)

rendre fructueu e . Il a accepté mes raisons.
1&lt; Vou trouverez sous ce pli la pièce doot
je vous ai parlé el qui est la eule ur laquelle
mon père prétendait 'appu)er. Yous 'i trouverez au. i une lellre de la cito1·cnoe de
Tmagoe pour voire belle el intére santc fille.
La lui raire tenir ,•ou vaudra la reconnaissance de son amie et la mienne.
« Je \OUS salue, citoyenne, en toute fr:iternite.
« Gu1LL-Ha1r. lhu.urn. »
On ne saurait peindre la stupeur joyeuse
de la baronne. Quant à Lucelte, elle rougi ·sait et pàlissait tour à tour. Elle oupçonnait
la vérité et n'osait le témoigner. Elle brûlait
du désir de lire la lettre de on amie el n'osait
e pérer que a mère la lui remit. 'lai la
baronne étail si heureuse qu'elle oublia sa
prudence habituelle. Cette victoire sans combat l'enivrait.
- Tenez, dit-elle à a fille en lui tendant
la lettre de Julie.
Lucelte gli sa le papier dao on corsage.
- Ma mère, dit-elle, ne pourrais-je faire
visiter le jardin à monsieur de aint-Marc?
- Mais, répondit la baronne vi\'emeut,
nous y al Ion tous, et ....
Pardonnez, madame; dit le marquis,
... 1.p ...

A.MES D'AUT1fEF01S - ~

mais je vous demanderai grâce pour quelques
instants encore. Me \'Oici très bien accommodé
dans celte bergère .... Mes jambe , qui sont
un peu lasse , se trouvent fort ai es de ce
repo . . . . Pendant que les jeunes gens se
divertiront à la promenade, faites-moi, je
,ous en prie, l'honneur de demeurer avec
moi. ... J'ai beaucoup de choses à vous dirr.
madame.
Ainsi fut fait. La baronne resta en tête à
tète a,·ec le marquis,el le jeunes gens s'élo1gnèrtnl.
eule avec Florian, parmi le allées du
jardin et sou le charmille , Lucette oublia
la letlre de son amie. Car, ·i forlc que soit
la curiosité dans l'àme d'une fille, l'amour
est encore plu fort. Elle ne sonrreait qu'à
regardl!r le cht•va lier, à se tenir à _on côté,
rrémis ante sou le charme de ·on regard et
de sa ,·ois:. Lui, la con idérait comme 'il ne
l'eùl jamai vue aus~i belle, ans i parfaite de
gràce, de douceur el de décence. A travers le
jardin fleuri de roses el embaumé du 1baud
parfum des fruits, ce couple jeune, Fort et
amoureux, c'était Yraiment le Printemps qui
passait.
- ... A.insi, ,·ous ne m'a\'ez pas oublié,
Lucelle'I ùit Florian après un silence.
- Chaque jour et presque à chaque heure
j'ai pensé à vous, mon tendre ami. Il me
emblait que quelque cho ·e, je ne sais quel
événement, allait se produire qui nous rapprocherait. ... El je l'attendais, brûlante d'fmpatience ... .
- ... Et vous avez econdé la Providence,
vous avez aidé le hasard, dit Florian, badinant arec tendre. e. Comme vou al'ez bien
fait, Lucetle !. .. Moi, depui notre dernière
entrevue chez mademoi elle de Boi. ooage,
sa\'ez-vou · bien, mon ,tmic, que ,·oilà plu
d'un an'? j'ai été plongé dans de gra\'es soucis. li m'a fallu m'agiter pour obtenir la
ch:irge dont me Yoici revêtu et que je n'ai
convoitée que pour seconder uos projets ....
Oui, Lucette, mes trop petits revenus ne
m'eussent pas permi de solliciter votre
mai11 .... Jamai votre mère ne ,·ou aurait
donnée à moi. A présent, Je pui parler et,
dès ce oir, i vous y con·entez, je lui
&lt;lirai.... .
- Pourrai-je supporter l'exc·· de mon
bonheur'? dit Lucelle \'iolemmenl oppressée,
les yeux humides et la ,·oi.1. tendre.
- Ce bonheur, Luceue, nous sommes
deux à en porter le poids délicieux. Ah! quel
doux moment !
Le chevalier a, ail jeté ces derniers mol
avec une fougue inaccoutumée et 11ui surprit
Lacelle.
[o • ouffii: traversa l'air brùlant el fil ,·oltiger les cheveui de la jeune fille. Une mouchese posa sur on cou, bourdonnante. Elle ne
réu ~issait pa à l'en chas er . Florian l')
aida. Il prolongeait à plai ir cette occupation
innocente. Peu à peu, il ~•y attarda. e
doigts s'embrouillaient ,Jans les fins cheveux.
boucl~ , frôlaient la nuque, glis aient sur la
peau moite, duveteuse et satinée. ll eut un
geste viî dont l'ardeur parut l'inquiéter. li ~
1

�1t1ST0'1{1.Jl
coupa court, rrusquementet comme honteux.
Puis il se détourna et regarda au loin.
- Qu'avez-vous, mon ami? dit Lucette,
inquiète et ingénue.
- Rien, dit-il avec un émoi contenu.
Ils étaient en un point où l'allée se perdait
sous la charmille. Les arbres taillés à pente
droite formaient deux murailles de verdure.
Leur ombre était coupée de plaques d'or ou
percée de rais luminfux. Une fine buée tombait de la voûte feuilJue et les enveloppait de
fraicheur. Un frisson voluptueux et léger
courut sur leurs épaules. Des silences coupaient leur dialogue.
Ils se dirent las. Un banc cintré de terre
battue et gdzoonée marquait un rond-point.
Ils s'assirent. Les chardonnerets et les moineaux piaillaient aulour d'eux.
Florian prit dans ses bras la taille de Lucetle. Étourdie et comme grisée, Lacelle s'y
abandonna.
a Ah! si celte minule durait toujours, &gt;&gt;
pensait-elle.
Elle ferma les yeux. Elle sentit sur sa
bouche les lèvres de son ami .... Un frisson
la parcourut.. .. Puis un sourae ardenL courut sur ses joues, sur son front, sur ses cheveux, et jusque sur ses oreilles el sa nuque ....
L'haleine de Florian était brève el saccadée.
Elle le sentit si vivement ému qu'elle prit
peur et ouvrit les yeux. Ils se regardèrent
profondément, passionnément .... D'un geste
résolu, Florian dénoua son étreinte et se leva.
- Marchons, dit-il.
Mais ils restèrent un long moment sans
trouver rien à dire. Ils allaient, les mains
unies, silencieux et embarrassés.
Puis, s'essayant à reprendre son calme :
- Que dü,ions-nous?... e faisions-nous
pas des projets? ... Voilà qu'il nous faut penser à l'avenir, Lacelle. Laissez-moi vous
parler de notre vie prochaine. Sans grosse
fortune, je suis pourtant assuré, mon amie,
de vous conserver votre rang dans le monde
et mème de vous donner un train auquel vous
n'êtes pas accoutumée ....
- Oh! le train que nous menons à Fonspeyratl. .. s•écria en riant la jeune fi.lie, il
n'est pas dirficile de le dépasser 1. ..
- J'ai douze mille francs de rente, ma
charge, et deux métairies en Limousin. Je
suis le seul héritier de monsieur de Bellombre,
mon oncle vénéré, don.l la fortune est considérable, sans qu'il y paraisse. Je ne vous
parle pas de mes économies en espèœs, dont
j'ignore le montant, ayaat peu de goût pour
le maniement des écus. Je ne vous dis rien

non plus de certain petit trésor de famille
que je liens de leu ma mère. Elle avait pour
moi une tendresse particulière, car j'étais
son dernier né en même temps que le plus
faihle de corps et le moins titré. A mon
intention, elle avait rempli une cassette de
vieilles monnaies curieuses. Il y a des augustules, des ducats, des écus au soleil, d'autres
à la salamandre, des florins qui onL plusieurs
siècles, des Henri fort nombreux, des moutons d'or, des doubles royaux et même des
testons. S'il vous plait de convertir tout cela
en menus affiquets de toilelte, vous Je pourrez, mon amie. Ce trésor est le vôtre. Depuis
longtemps je pense à le mettre à vos pieds.
Lucette eut un mot1vemenl de joie puérile,
en même temps qu'elle fut sensiblement touchée de cetle marque d'estime que lui donnait
Florian. Elle pensa que l'amour vrai ne se
contente pas seulément aux actes héroïques,
mais qu'il se marque par les mille prévenances et soins sur lesquels médite un amant
en l'absence de l'objet aimé .... Son cœur se
gonfla et ses yeux se mouillèrent. Plus tendrement, elle se serra contre son fiancé qui
d'un nouveau geste brusque la prit à la taille
et la pressa sur son cœur. Lucelle se dégagea
encore. En remontant sa ceinture que ces
divers mouvements avaient déplacée, elle rencontra sous ses doigts la lellre de Julie.
Elle la prit et proposa de la lire à voix
haute.
Ce fut une diversion.
Elle lut :

« Ma chère,
« Entre la vie que ma triste el respectable
gouvernante mefai~ait mener en notre sombre
cb.àteau et l'existence libre, pleine de mouvement et de lumière qui m'était offerte, je n'ai
pas hésité. Je me mourais en face de la
bibliothè4ue de monsieur des !magnes et
dtivant les infinis tricots de ma pauvre duègne.
Je Millais des journées entii&gt;res, à me décrocher la mâchoire, et je passais des nuits sans
sommeil ou à bàtir millt:" projets e~travagants.
La vivacité dr'.S peintures de certains romans
que j'avais dérobés et l'agréable audace de
certaines estampes dénichées en de vieux
tiroirs ne suffisaient pas à mon imagination.
Il me fallait davantage et mieux. J'aime la
vie et je veux vivre.
« l1 s'est trouvé qu'un garçon fort galant
et poli a distingué mon visage et que sa tournure m'a fortement plu. Je l'ai comparé aux
maigres et bénins petits gentilshommes qui
nous entourent et la comparaison a été toute

à son arantage. Il m'a dit qu'il se mettait à
mon service pour me rendre heureuse et me
fournir de bonne gaieté. J'ai répondu que,
très volontiers, je lui donnerais en échange
ce que ma condition de fille, jusque-là forl
sage, bien portante et d'esprit avisé, me permettait de posséder. Ce troc nous a paru singulièrement agréable et nous avons résolu de
ne pas le retarder plus longtemps.
« Je m'inquiète peu de ce que la petite
ville et la vieille noblesse à demi morte de
notre province penseront de mon équipée.
Au-dessus de tout, ma bonne, il y a l'amour
et le plaisir. C'est pour eux que nous sommes
faites, crois-moi, et ne te dérobe· pas à eux
si tu les rencontres. Surtout, ma chère, n'use
pas ton cœur dans les excès de sensibilité
vers lesquels je t'ai vue portée. N'imite pas
ton pauvre frère. Garde-toi de pleurer éternellement sur n'importe qui ou n'importe
quoi. Aime qui t'aime.
« Mais, que dis-je? ... N'as-lu pas en ce
moment près de toi l'objet de ton tendre
amour, ton aimable chevalier?... Tu es heureuse, loi aussi, Lacelle, à ta manière, qui
n'est pas la mienne. Mais qu'importe la façon,
pourvu qu'on jouisse de la vie!... JeanJacques a dit vrai, ma chère : nolre droitd'aimer est absolu. Ne crains pas d'en user.
« Un mot encore :
(&lt; A son insu, certain jour, madame de
Fonspeyrat a prèté un instant son salon à un
homme el à une fille qui se sont trouvés fort
aises de celle rencontre inallendue. En souvenir de ce charmant hasard, la ci!oyenne
Julie a prié le citoyen Guillaume de metlre
fin, au plus vite, à un procès embarrassant.
Les deux amoureux n'ayant plus rien à e
refuser, Guillaume a accédr. Et voilà oomment cette petite folle de Julie acquitte envers
ta mère sa dette de reconnaissance.
« Adieu, ma bonne. La voiture qui m'attend va m'emporter vers Paris. Je brûle d'3•
être. Crois bien que là comme ici je ne t'oublierai pas et que je serai toujours ton amie.»

MERCIER

....,

Paris au
L'Allée des Veuves
Autrefois, 1es femmes qui avaient perdu
leurs maris n'auraient osé paraitre, même
en grand deuil, aux prom~nades publiques.
Il y avait, aux Champs-Elysées, l'allée des
Veuves, allée sombre et solitaire, où il ne
leur était permis de se promener qu'après
dîner, pour prendre l'air et puis rentrer chez
elles. Mais l'on voit aujourd'hui des femmes
en crêpes paraitre à nos spectacles. D'autres
font de leur deuil un sujet de parures·, elles
donnent, au deuil d'un mari, l'air d'un deuil
de cour. Le défunt n'en obtient pas davantage : ce reste de décence n'e t pas observé
par des femmes qui, plus jalouses de leurs
attraits riue de respect pour l'honnêteté publique, bravent, après Je décès de leurs
époux, des lois qu'elles ont méconnues pendant leur mariage.
On a profané le deuil; cet emblème de la
douleur n'est plus qu'une mode, un faste, un
changement d'habit, tel qu'on le pratique
lorsqu'on joue une comédie. Oh! qu'un censeur public serait nécessaire pour conserver
à la mémoire des morts ce respect dont
l'oubli est la plus grande dépravation dPs
mœurs.
Les filJes de joie, cb.ez la Gourdan, portaient régulièrement le deuil de cour, el se
Félicitaient d'un habillement qu'on leur fournissait gratis, et qui relevait leurs charmes.
Une marquise disait ce matin à sa femme
de chambre : « Voilà un deuil qui, depuis
quinze jours, m'ennuie bien, mais dis-moi
donc, Roselle, de 4ui suis-je en deuil? » et
Rosette le lui apprit.
Enfin la bizarrerie se mêle à ces témoignages de la douleur, respectés chez Ioules
les autres nations de la terre. M. de Brunoy
ayant perdu sa mère, fit venir des tonneaux
d'encre, et mit en deuil les jets d'eau de son
parc, en les teignant de cette couleur lugubre.

Maintes fois, au cours de celte lecture,
Lucelte avait hésité et rougi. Florian souriait
avec malice et la regardait en dessous.
Il se pencha, effleura son front de ses
lèvres palpitantes. Lucetle leva sur lui ses
yeux tendres el brillauts.
fü retournaient vers le sa1on. De loin, ils
aperçurent Ja baronne qui, l'air agité, semblai l les cliercher. Us mirent entre eux une
certaine distance et, se hâtant, marchèrent
vers e11e, du mème pas cérémonieux.

Dépouilleuses d'enfants
(lllus/rt:ùions de

CoNRAD. I

(A suivre.)

LOUISE

CHASTEAU.

..

Les dépouilleuses ont des dragées et des
habits d'enfants tout préparés, mais d'une
mince valeur : elles épient ceux qui sont ]es
mie111 habillés, el en un tour de main elles
s'emparent du bon drap, de la soie, des
boucles d'argent, et y substituent une souquenille grossière.
Les enfants amadoués, ou se laissent faire,
ou pleurent, ou crient : une complice prend
le ton el les manières d'une gouvernante, les

XVI/le siècle

gourmande, et les passants de dire : « Ab!
le petit mutin, il faut lui donner le fouet! l&gt;
Que dit le père, quand il revoit son pauvre
enfant sous un accoutrement étranger, deux
fois trop large et où la Yermine est logée?
Ainsi disait le vieil Isaac : « C'est la voix de
Jacob, mais ce n'est point sa robe. »
Ce brigandage ne pouvait s'exercer que
dans une ville immense el populeuse. Les
plaintes réitérées de quelques parenls ont
fait pour uivre un délit qui semblait ne devoir pas ~e trouver dans la liste des crime~.
Une sentPnce du {;hâtelet a été confirmée par
arrêt du Parlement du 8 juin i 770. Elle condamne une raccommodeuse de dentelles à
être fouettée et marquée, et renfermée à
l'bcipital de la Salpêtrière pendant neuf ans,
préalablement mise au car..an avec un écriteau devant et derrière, portant ces mots :
Dépouilleuse d'en/a.nt.

Petits nègres.
Le singe, donl les femmes raffolaient, admis à lt•urs toilettes, appelé sur leurs genoux., a été relégué dans les antichambres.
La perrurhe, la levrette, l'épagneul, l'angora,
ont obtenu tour à tour un rang auprès de
l'abbé, du magi~trat et de l'officier. Mais ces
èrres chéris ont Loul à ,coup perdu de leur
crédit, et les femmes ont pris de petits
nègres.
Ces noirs africains n'effarouchent plus les
regards d'une belle; ils sont nés dans le sein
de l'esclavage. Mais qui n'est pas esclave auprès de la beauté1
Le petit nègre n'abandonne plus sa tendre
maîtresst&gt;; brûlé par le soleil, il n'en paraît
que plus be,au. li escalade les genoux d'une
Ît!mme charmante, qui le regarde avec complaisance ; i1 presse son sein de sa tête lanugineuse, appuie ses lèvrl's sur une bouche de
rostl, et ses mains d'ébène relèvent la hlan-cbeur d'un col éblouissant.
Un prtit nègre aux dents blanches, aux
lèvres épaisses, à la peau satinée, caresse
mieux qu'un épagneul et qu'un angora. Aussi
a-t-H obtenu la préférence : il est toujours
voisin de ces charmes que sa main enfantine
dévoile en folà1raat, comme s'il était fait
pour en connaitre tout le pru.
Tandis que l'enfant noir vit sur les geno111
des femmes passionnées pour son visage
étranger, son nez aplati, qu'une main douce
et caressante punit ses mutineries d'un léger
châtiment, bientôt effacé par les plus vives
caresses, son père gémit , sous les coups de

-.

fouet d'un maitre impitoyable; le père travaille péniblement ce sucre que le négrillon
boit dans la même tasse aveo sa riante maîtresse.

Falots.
Porteurs de lanternes numérotées, qui vaguent dans les rues vers les dix heures du
soir. Voilà le falot : ce cri s'entend après
souper; el ces porteurs de lanternes se répondent ainsi à toute heure de nuit, aux dépens de ce111 qui couchent sur le devant; ils
s'attroupent aux portes où l'on donne bal,
assemblée.
Le falot est tout à la fois une commodité
et une sûreté pour ceux qui rentrent tard
chez eux; le falot vous conduit dans voire
maison, dans votre chambre, fùt-elle au
eptième étage, et vous four1ùt de la lumière quand vous n'avez ni domestique, ni
ser\'ante, ni nllumetles, ni amadou, ni briquet; ce qui n'est pas rare chez les garçons.
coureurs de spectacles, et batteurs de Loulcvards. D"ailleurs ces clartés ambulantes épouvantent les voleu1·s et protègent le public
presque autant que les escouades du guet.
Ces rôdeurs, tenant lanterne allumée, sont
attachés à la police, voient tout ce qui
se passe; les filous qui dans les petites rues
voudraient interroger les serrures n'en ont
plus le loisir devant ces lumières inattendues.
Elles se joignent aux réverbères pour éclairer le pavé. Il est devenu beaucoup plus siir
depuis qu'on a imaginé de lancer dans tous
les quartiers ces phares qu'on aperçoit de
loin, qui vous guident dans les ténèbres, qui
suppléent aux accidents et à l'invigilance du
luminaire public.
A la sortie des spectacles, ces porte-falots
sont les commettants des fiacres; ils les font
avancer ou reculer, selon la pièce qu·on leur
donne. Comme c'est à qui en aura, il faut It.. s
payer grassement, sans quoi vous ne voyez ni
conducteurs ni chevaux. Ces drôles alors
s'égaient entre eux. Quand j}s voient sortir
un Gascon bien sec avec ses bas tout crottés,
ils croisent leurs feux pour éclairer sa triste
figure, et puis ils lui crient aux oreilles :
« Monseigneur veut-il son équipagP.? Commebt se nomme le cocher de monseigneur? JJ
Ils distribuent à tous les fantassins dont ils
se moquent les titres de M. le comte, de
fl1. le marquis, de M. le duc, de milord. Un
épicier est un colonel, et un clerc de notaire
en appétit, qui file précipitamment en che-

�.--

llîSTOR,.1.11 - -- - - -- - -- - - -- - - - - - - - - -

veux longs, pour arriver à table avant le dessert, ces polissons le poursuivent en l'appeJant M. Le présiderrt.
Le porte-fanal se couche très tard, rend

r.omple le lendemain de loulcequïl a aperçu.
Rien ne contribue mieux à entretenir l'ordre et à prévenir plusieurs accidents que
ces fanaux, qui circulant de côté el d'autre,

empêchent par le\lr subite présence les délits
nocturnes. D'ailleurs, au moindre tumulte
ils courent au guet, et portent témoignage
sur le fait.
~1ERCIER.

Cliché Braun et
LE PEINTRE DE PORTRAITS. -

c••.

Tal:leau de MelSSO?&lt;IER .

... 144 ...

L'IMPÉRATRICE ]SABELLE DE PORT UGAL, FEMME DE CHARLES-Q UINT
Tableau du T ITIEN. (1'lusée du Prado, ~ladrid. )

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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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