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                  <text>~:::::::::=============::::::::::~~~~==~~.~

111STO'J?.,1A
né:. par l'incendie. On devra il les laisser là,
\'Oisines ont retrouvé leur mouvement, leur
toujours, en plein cœur de Paris, comme une caractère, leur allure ordinaires. Je m'arrête
éternelle leçon, en témoignage de aos fautes, et regarde curieusemenl, pendant cinq mide nos diEcordes, de nos folies.
nutes, un opticien de la rue du Yieux-ColomA l'intérieur, les grandes charpentes brù- bier qui, avec infiniment de calme, est en
lent et fument encore. Tout autour de la train de refail'e sa monf,.e; il range méthoplace, de grandes barricades effondrées, é,,cn- diquemenl ses lorgnelles, ses lunettes, ses
trées. Une clôture de planches entourait l'Rô- binocles et ses microscopes; sa femme lui
Lel de Ville; sur uoe de ces planches se trou- donne des conseils; il sort de sa boutique
,ait une aiûche trouée et rongée par le fou. pour vofr fe/fel, du dehors, sur le trottoir.
C'est la dernière proclamation de la Com- Et l'incendie fail rage à cent mètres de là,
mune, elle porte le 11" ::iU5 .... Trois cent &lt;Jua- et l'on entend distinctement des coups de
tre-vingt-quinze proclamations ea deux mois! canon du côté de la Ilastille.
La Commune au.c soltlalM de J'e1'Sailles.
Dans celte course rapide à travers Paris,
F1·ère~. l' hetLre du grand combat des peuples au milieu de ces ruines el de ces incendies,
cont1·e leurs oppresseurs est arrivée. l'faban- pendant que l'on rn bal encore StU' les hautlonneZ, pa~ la cause des travailleurs, etc., etc. teurs du P~re-Lachaise, ce qui m'a certaineA.,,ec des soins infinis, - rien u'arrèle un ment le plus étonné, c'est celle reprise immécollectionneur, - je réussis à détacher celle diate de la vie dans cette grande fourmi lière
aflîche, et je l'emporte, en sou'l'enir de cette humaine. Derrière les troupes de Ver ailles
tl'agique promenade. Nous reprenons notre victori~uses, la vie ressortait soudainement
course; nous traversons le Pont-Neuf, et nous d'entre les panls. Oui, ce sont bien des
tombons, au carrefour de la Croix-Bouge, fourmis, quittant leurs trous, el recherchant,
sur un vaste incendie; c'est un immense ma- et retrouvant, après ce grand bouleversegasin de nouveautés l{Ui Oambe à grand feu ment, leurs petits chemins el leurs petites
depuis quarante-huit !Jeures. Et, tout près de habitudes d'autrefois.
là, les magasins sont ouçerts, les passants
Nous nous remettons en marche; nous suinombreux, actifs, remuanLs, affairés, ayanl vons la ligne des quais, et, respirant une
repris l'allure alcrle du Parisien; les rues odeur âcre qui nous prend à la gorge, nous

défilons, à partir du Pont-Royal, entre une
véritable haie dïncendies : incendie des Tuileries, incendie de la rue du Bac, incendie
de la Caisse des dépôts et consignations, incendie du conseil d'État, incendie du palais
de la grande chancellerie de la Légion d'honneur. La besogne, de ce côté, a été faite en
conscience el par des gens entendus .
J'ai vu, depuis dix mois, bien des choses
extraordinaires, mais rien de plus étrange,
de plus fantastique, que ce que j'ai vu là,
tout à l'heure, de mes deux yeux .... Entre le
pool Royal et le pont de la Concorde, des pêcheurs à la ligne - ils étaient douze, je les
ai comptés - étaient installés bien tranquillement, ne s'occupant, en aucune manière,
de ce qui se passait au-dessus de leurs tètes,
le rPgard fixé sur les petits bouchons qui frétillaient au bout de leurs lignes et profitant
de tous ce déEastres pour pêcher en temps

LE

"LisEz-Moi" u1s10R1QuE

JWOliibé.

Nous remontons en voilure au pont de la
Concorde; nous trouvons au Point-du-Jou r
un char à bancs qui, en une heure et demie,
nous ramène à Versailles. Quelle journée! Ce
soir, en me déshabillant, je entais encore
flotter autour de moi, comme une odeur de
fumée, de soufre et de feu resLée dans mes
vêlements.

LUDOVIC HALEVY.

MA DEMOISELLE DUCLOS
Tableau de LARGILUÈRE. (:'ilusée Condé, Chantilly.)

�LIBRAIRIE ILLUSTRÉE· -

JULES

TALLANDIER, ÉDITEUR. -

75, rue Dareau, PARIS (XIVe arrt).

37e fascicule

Sommaire du

(5

Juin 1011) .

REINES DE THÉATRE
PAUL DE MORA. . . . .

GÉNÉRAL llE .l\lARBOT . .
FRÉDÉRIC i\lASSON . . . .

de l'Académie fran ça ise
Luo ovrc HALÉVY .
LOUTS BATIFFUL . .

G.

LENOTRE . . .

M'"• DU

HAUSSET .

Reines de théâtre : Mademoiselle Duclos
et Adrienne Lecouvreur . . . . . . . . . . 193
Mémoires . . . · · .. · · . · · · · · · · · 19;,
Les comptes d'une grande dame en 1738 . . 201

. Notes et Souvenirs . .

. .. . .. . . . . . . 200

I) u cLo~ . . . . . . .
DE PARUŒLLAs',

P.

J\1°"

2q

OE CAYLUS .
JEAN P ouJO UUT
C IIAM l'O RT . • . .
LO UISE CtUSTEA U .

l ~O

T. G. . . . . . .

. Un mariage royal: Louis Xlll et Anne d'Au-

triche . . . . . .. . . . . . .
La citoyenne Villirouët . . .
La comtesse d'Egmont .

HENR Y R oUJON . . . . .

.:I.e l'Acadé mie fra11 ç,11se

20 ~

La femme de Greuze . . . . . . . . . . . .

2 2,

ILLUSTRATIONS

PLANCHE HORS TEXTE

D'APRÈS LES TABLEAUX, DESSINS ET E STAMl'ES DE :

TIRÉ E EN CAMAÏEU :

ALAux, AUBERT, BEAUME, BERTHAULT, BRUNELLIÈRE, CONRAD, CR ISPIN DE P AS ,
FONTAINE, G IRAR D o ' Ü RLÊANS, GREUZE, j. -B. MALLET, 1'-:lAUR IN, .l\l Ol&lt;EA U LE
JEUNE, PR1EUR, RAl' FET, ROBfllA , F.-G. S c mnoT. I SRAEL SILVESTRE , TnOllAS,

r.:

MADEMOISELLE Dt.:CLOS
Tab leau de

VELAZQUEZ.

(Af11sée Condé, Cha11 ti//y.

L ARGILL IÈRF .

Copyright by Tallandier 1910.

Ba vente
partout

'' LISEZ=MOI ''

Paraissant

le 10 et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMÉRO 139 du 10 juin 1911

ED l TIOf-1S J ULtES
Pi:;1&lt;rs -

T Altll.A.N DIE~

75 , Rue Dareau, 75 . -

P~l(IS

MADAME CORENTlNE
ROMA:-.

par RENÉ BAZIN , de l'Acadé111 ic .fra11çaise.
JEAN RICHEPL\', de l',\ cadémi~ françai s e. Le r ève. - AN!)R~: TljEURlET . Le
ma noir. - J oL&amp;S l{ENARD. La la nterne s_ou! de : _L e Pecheur J la llj!II ~; Le
Monstre . - MAURICE ttARHES, de l'Académie Jran ça1se. _L_e s_e cret my st érieux.
-ANDRÉ LI CHTEi BERGER . Le petit r oi. - Hi,:NRI sc:co::,; n.1:,a chanson de
l'arbre - J\l!c11EL PROVINS . Le s ilence. - LfON Dl E KX. Ma tin. - ANATOLE
FRANèE, de l'Académie français~. Le jardin d'Epicur~. - PA UL BûURÇiET,
de l'Académie fran ca ise. L 'év enta.il de d~ntelle . - _LFON ,VAL.\ .!)E, Nuit de
Pa ris - L ac; i&amp;N 1\lU ll LFELD . L'ass ociee. - RE Nf- l\!AIZEH.O'i . Fleurs de
tilleui . - ALPHONSE: DAU DET , L 'Arl és ienne. - Jl. ENRl HE i !', A~ fon~ de l_a
mer . - ALBf-RT J\I ERAT. Un clai,r de lun e. - i\lA URt CE OQ;\NA \ , de 1Academie fran çaise . L'Affranchi e, comedie en troi s actes .

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Pirbt : 60 Centime• =====

J. TALLANDJER, 75,
Le"LISEZ-MOI"
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ARCHJVES ET PAPIERS PERSONNELS
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NAPOLÉON Ill -

CAVOUR -

Victor EMMANUEL

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Traduction de l'italien

Par Mme JEAN CARRÈRE

2o

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Mademoiselle Duclos et Adrienne Lecouvreur

. Les débuts d'une souveraine . . . . . . . . .
. Les théâtres des cours allemandes au bon
vieux temps . . . . . . . . . . . . . .
223
. La marquise d'Heudicourt . . . . ..
. Le roi Oiannino . . . . . . . . . . .
Anecdotes . . . . .. . . . .. . . . .
. Ames d'autrefois . . . . . . . . . . . .
Les confidences de Lucil,e Desmoulins .

LES ROMANS MYSTÉRIEUX.

Cbatrles fOltEY
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Des pas dans la nuit....
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cc Si, - comme l'a exprimé de façon nelle
étroitement liée à l'histoire de noire pa)'S. Pour la Clairon, &amp;file Raucourt, Mlle Duchesnois el
et originale .M. Paul Hervieu, - entre les la bien connaître, cette histoire, depuis les Mlle George.
créations du roi qui a bâti Versailles, l'on origines jusqu'à nos jours, il faut lire le très
A propos de Mlle Duclos, M. Loliée nous
venait à chercher laquelle demeure encore bel ouvraite I où M. Frédéric Loliée l'a retracée dit ce qu'étaient, du côté féminin, lorsqu'elle
vivante et alerte parmi sPs traditions, et peu- avec autant de charme et d'esprit que de so- débuta, le personnel et le ton pour les rôles
plée d'expressi\·es physionomies, et ne discon- lide érudition. Quml à nous, nou voulons tragiques : « La tendre Champmeslé contitinuant pas de bruire dan~ un fourmillement ici tout modestement naus borner à étudier, nuait de bercer fes fidèles aux sons de sa déd'émois et d'intérêts, d'hommages et de riva- dans leur "ie et dans l'inlluence qu'elle
clamation chanlée .... Mlle fiai in, si attrayanle
lités, trouverait-on aulre cho e que la Comé- eurent uccessivement sur le répertoire de la à regarder dans l'épanouissement de ses chardie-Française? Elle s'est présentée au monde Maison, deux de ses sociétaires d'antrefois : mes, usait au service littéraire de Campistron
en -y portant la lourde perruque du xm• siè- Marie-Anne de Châteauneuf, dite Duclos, et les dernières heures de liberté que lui laiscle; et, après avoir su se poudrer comme pas Adrienne Lecouvreur, Ce sont deux représen- saient encore le grand dauphin et sa protection
une sous Louis XV, elle a réussi à garder sa tantes de cette admirable lignée de tragé- obsédante. Mlle Desmares, au printemps de a
tête pendant la Terreur. L'incendie de &amp;losrnu, diennes qui commence à la Beaucbâteau pour renommée, montrera bientôt qu'elle n'a rien
qui allait gagner toule la consperdu des leçons de sa tante [la
truction de l't-mpire napoléonien,
t.:bampmeslé). l'interprète consnn'a été pour 1a Comédie-Française
crée des héroïnes de Racine. Marirque les flambeaux sur lesquels se
Anne de Châteauneuf. la célèbre
renouvt-la.it son pacte fondamenDuclos, !'Ariane plantureuse dont
tal.. .. ll
le pinceau de Largillière nous lé!rua
Aujourd ' ,h ui, comme hier,
l'image peu tragique, va à son tpu r
comme. naguère. comme jadis, et
relever la tradition du d~bit caen dépit de· événements, des convoldencé des alexandrins, dont une
ions sociale•, d'une catastrophe
conception mal entendue du soleninoubliée qui fut comme l'inju~te
nel et du pomveux fil triompher
rançon de sa prospérité, la Comél'usage Elle avait débuté le 27 ocdie-Française reste fidèle aux tratobre- :l605. Les rang de la Co'roditions qui ont fait sa gloire el sa
pagnie s'ouvrirent pour lui faire
force. Mais, plus prèle que jamais
place. Avec de beaux éclats, un Lon
à se laisser pénétrer par l'esprit
majestueux et imposant qui supde son temp , elle trouve dans la
pléait en elle à ce qui lui manpart que bravement elle prend aux
quait du côté de l'intdligence et
luttes de la pensée contemporaine
de l'émotion, elle dominera, suune verdeur san œs.e renaissante,
perbe, acclamée, triomphante, ju un perpétuel rajt-unissement. li en
qu'à l'avènement d'Adrienne Lerésulte que, parfois, elle est tercouvreur. J&gt;
rain de rencontre pour d'ardents
Donc, pendant un bon quart de
adversaires, et que ses soirées tusiècle, Mlle Duclos imposa au pumultueuses ont des échos qui se
blic - qui ne emLlait d'aille~rs
répercutent violt-mment au d.tbors.
pas disposé à s'en plaindre, faute,
Là encore, d'ailleurs, le présent
sans doute, d'al"oir eu la révélarappelle un pa~sé où, plus ou
Lion d'un art plus naturel et plu
moins pas~ionnées et bruyanles.
imprégné de ,·ér1Lé - celte dicles échaulfourées ne man4uèrenl
tion chantante, rythmée à l'excès,
point, el du Mariage de Figa,·o
qu'elle mettait toutduis au service
à Heniani, à Thermidor et au
d'une véhémence de entiment,
Foyer, on n'en est plus à dénomd'une puissance dramatique, par
brer les petites ou grandes batailles
lesquelles elle sut s'égaler aux plus
dont les illustres planches de la
grandes tragédiennes de tous les
&amp;lai on de :Uulière furent le théàtre.
c ucht Glraadon.
temps . .&amp;lais, à l'imitation de cerA vrai dire, l'histoire de Ja Comédie-Fran- finir à Sarah Bernhardt, à Julia Barlet, à laines de ses aînées et donnant elle-mème un
çaise - « institution d'État » dont le Roi Mme Weber, en passant par la Champmeslé, exemple qui ful et sera toujours trop docileSoleil el Napoléon, à cent trente-deux ans
ment uivi, elle attendit près de vingt année
1. la Comédie-Française : Hi&amp;tou·c de la Ma ison
d'inter\'alle, ~e complurent à organiser l'exisde ,'1olière de lli58 à HlO'i, par ~'rédéric Loliêc. encore avant de se résigner à prendre sa retence jusque dans les moindres d~tails - est (Lucien LaH!ur, éditeur.)
traite. ll est vrai que, toute vieillie qu'elle fût

V. -

HtSTORU . -

F'asc. 3ï

�,,__ 1f1ST0~1A
elle avait presque le d roiL rle se croire apte à ex- parce que, dan une épo,1ue de relàcbemrnl
primer sur la cène le · ardeur, de l'amour et 1~ et dt? ceptici. me, elle-mèmt: crut à l'amour, d'ailleurs inutile. Le. prodiges de bravoure
tourment de la jalousie, car, œ · sentiments- à Ja générosité, au dé\·ouement, au acrifice. du mart.:Cbal de axe n'eurent en cffrt pour
là, unjPune mari dont die eùt pu ètrt• l'aïeule Aucune actrice ne fut moin affectée que celle ré! ultat, après une campa 0 ne d'une année.
le lui faisait cruellement éprouver. Ille !lu- femme upérieure. Elle avait accompli la ré- qu'un é&lt;;hec total.
Mais, au r ·tour du ùrillanl ,-oldal, Adrienne
r.los, en effet, ·'était pa ~ionnément épri ·e, volution du naturel, au théâtre, bien avant
à plu de cim1uante-cinq an , du fils d'un de que le xvm si~•cle, avec Diderot l'i Jean- (,ecourreur d1·vaiL se voir t1prement di puler
l'amour de l'homme pour qui elle :. 'était i
ses c.1marade. , et a1ail commi. la folie d'épou- Jaques, eùt mis la nature à la mode. 11
0 énéreu cmeul dé,·outfe .
El c'e t au1 cirser ret adole ·cent. Le tardif roman conjugal
r endant treize ans, éclip,ant Mlle Duclo , consLanecs, reslées my~lérieuses en partie,
de . farie-Aone de Cbù•eauneuf', auquel un qui devait e · dernier , uccès à l'e pèce de
procès en séparation eniL d'épilo6ue, ridi- fidélité que lé puhlic de Paris a Loujour . u de cette rivalité amoureuse, que la lra éculisa et allri, ta la fin d'une carrière qui n'eût monlrer, en sou,·enir des btiaux . oir · passés, dienne doil de paraitre encore aujourd'hui,
guère connu que de.s Lriomµbe:, i elle ne à ses grands arli ·tes ril'illi . Adrienne Lecou- comme héroïne, gr-lce au dr:ime dl! riù • el
~·était prolongée au delà de limite que ile- vreur marcha de triomphes en triomphe,. Lc,..ou\·é, ur l'affiche du tbéàlre où elle a,
vrait impo~er la nature et fixer la rai ·on. Chacun de ' rcile~ était pour elle une occa- corume artiste, lais ·étant de beaux et dura hie.,
~Ille Duclo · o'en reste pas moin ·; dan l'his- ~ion de nou,·elles mation . Mai , à l'encontre souvenir .•
Le mar~cbal de "axe, aux mérites éclalan~
toire de la Comédie-Françai e, comme la der- de ' a rivale, elle ne devait pai. alteindre l'àJ?e
el
di,·er ' qu'il réunissait, ne se piquait a unière représentante d'un ~tyle tragique au- de la déaépitude. Et, pour ai10er, elJc n'aHil
rément
pas de joindre celui d'être fidèll!, et
jourd'hui condamné, mai au si comme l'une pas allcndu l'heure où, i,.i l'on aime encore,
de .i.rtistes qui ont contrilrné, depuis deux on ne peut plw; gu~re e pérer d'être aimé. la rcconnai sance mèmc qu'il ëprouvail pour
ièclcs el demi, à a urer l'uni,ersel .renom, 11 Adrienne Lecouvreur, a érrit d'elle un Adrienne ne emhle pas avoir pu uflire à le
la gloire inconte tée du premier Lbéàlre du ancien administrateur de la Comédie-Fran- protéger ellic.,ccment contre l'a. saut de coquellerie et d'arnnce · que lui livraient, en
monde.
çaise, Ar~t'oe Hou~:aye, n pa é sa vie à aimer:
a qualité de héro, a\·t&lt;ré, le· p]u · capiteu e
Avec Adrienne Lecouneur, une diction el du comédien Legrand au cbe,alier de Rohan,
une lradilion nou 1·dl · fai aient à la ComédiP- du chevalier de Rohan au poète Voltaire, du dames de la cour. Parmi elles, il en était
française leur entrée. La tra 0 édienne, lor - poète Voltaire à lord PeterLorou~b, de lord une, Françobe de Lorraine, duch · -~e de
qu'elle l' déùata en i 7J7. a,·ait iin"l- ,pt Peterborough au maréchal de aie; san · Douillon, 11ui, soit que le maréchal réd làl à
es éduction , soit, au contraire, qu'elle ne
an . Elle était dans la pleine maturité de .on compter celui qui fut le père de .a premiùre
e résignàt pa à partager awc l'actrire le
talent, tout l'éclat de sa beauté. ,, Le nom fille, ~ans parler de celui qui fut le père de
d'.\drienne Lecouvreur, célèbre par e pa. - la econde; car i l'on cherchait bien, un caresses de. l'amant conquis, manifesta d'
·ions et sa mort m · térieu e, autant que par lrou,erait, â ce qu'il paraît, heaucoup d~ lors ouvertement contre Adrienne la plu ·.
. on "rand jeu de tragédienne, dit A. Fr :déric de cendant de l'illu Ire tra 0 édienne : par violenle et la plus somùre jalou ie. De deux
Loliée, ouvrè la génération d'ar1isles qui c-011- e emple, le mathématicien t'rancœur. 1 Ar- alternative , il ne paraiL pas, quoi qu'on ait
trilmèreot à réaliser la réforme capitale dont . ène Uou aye ajoute : « Ce n\itait pas préci- pu dire, que l'une ou l'autre soit irr~futabJemcnt établie. Mais, en lout r.a ·, il e t pt-rmis
le conséqueoet; forent l'abandon d'une Cau. se
ément le théâtre qui l'uait enrichie : elle ne de con. id~rer que c·e~t à la bain, de la rande
déclamation pro. odique, trop longtemps en s'était pas montrée dédaigoeu e pour la
fueur, el la recherche incère du pathétique. poudre d'or. Elle poU\·ait dire, comme Marion dame que la mort d'Adrienne Leco111rl'ur
Avertie d'instinct que toute grandeur el Ioule de Lorme : • Je prends quaud je n'ai rien à peut et doit re ter imputée.
Un soir, le public de la Comédie-Françabc,
noble e doivent re...ll•r impie , elle avait eu donner •• c'est-à-dire quand eUc ne pouvait
pour
une partie dul)uel la rivalité de, deux
la compr :bension immédiate qu'il faut avant donner que le ma que dt: l'amour, mai- c'était
ftmm
' était notoire, cul la urprise de voir
tout réciter comme l'on parle, el, malgré les un masque charmant. Lord Peterborough lui
Adrienne
Lecouvreur - airui qu'il arril'ail
oppositions de es rhales, les mille traca. se- disait: c Allons, madame, qu'on me montre
rie que lui inOigèreot C.! camarades, homme:. beaucoup d'amour et beaucoup d'espriLI I El 4uand une personne de qualilê voulait comet femm~s, elle eut bientôt gagnti la faveur elle montrait beaucoup d'esprit et beaucoup plimenter ur-1 ~mp etdirectement quelque
du public. En peu de lemp elle t!ta.it l'actrire d'amour, mai ,on c:œur ne battait que acteur ou actrice - Caire dans la lore de la
doche e une courte apparition. Or, à peu de
à la mode; on disait d'elle qu'elle était une lorsque milord était parti. »
jour
de là, la tra"édienne fut _oudainemenL
fille de roi parmi le comédien . Elle arait
Du ruoins celle amoureu 'e, i .om·ent prèle atteinte d'un mal inexplicaùlc, et l'on put
11:~ traits noble el d'une mobilité exprcs.ive, aux caprice. dé inlér 'sés ou aux lwson
la taille svelte, le porl et le maintien pleins dorées, eut-elle, pour l'un des hommes donl c:on taler chez elle un déptlri sement si rapide
de dignité. La flamme brillait dans es eux. le nom figure dao l'énumération abrégée qu'il ne devait pas laisser d'espoir. Pourtant,
Les inflexions les plus variéei pas aient en qu'on \Îenldelire, une passion véritable. EL là, le 1:, mari; 1730, Adrienne eut encore le
sa voix, dont le timbre )é&lt;1èrement voilé 't.:.. 1 s rôle· Curent n~nver é : c'est la maitre e courage et la force de remonter ur le planchaufla.it alll: effluve:, de la pas. ion. Elle qui 6t enver l'amant preuve de munificence. ches. On la 1·it, dan Œ,/ipe el dan le Florentin, tour à tour plu tra;:i11ue et charaborda ou,·ent des rciles de comédie. Ils conEn i 726, le due de Courlande ayant élé mante que jamai . C'étaient es adieu1 au
venaient moins à l'interprète née de béroïn
cha sé par s s ujet:, la Polo..,ne manœuvrail
de llacine. Marivaux ne la goùlait que peu de façon à s'annexer ce duché san mailre. th,:àlre, au public, à la vie. Cinq jours plus
dan la . econtle surprise de l'amour, et lui Le· Courlamlais, à qui cette combinaiioon tard, elle 'étei"n.iit, après avoir ·obi le
faisait uo rl'proche d'avoir joué en ouveraine polilique n'agréait nullement, appelèrent à martyre d'horribles comubions. L'autopsie
le personnage aimable et capricieux de ihia. leur ·ecour Maurice de axe. Celui-ri ae de- r :féla que la angrène lui u11.it dévoré le
~lai. là n'était pa · l'origin.ilité, la force de mandait qu'à se rendre à cet appel, pour se entrailles. Le bruit d'un empoi oonement
celle qui faisait parler aux rein' un langa 11e récompen er lui-même en uite de .on inter- courut au -sitôt LouL Paris en une sourde
i aisé, i humain, ou dont loutl'ètrc e péné- vention en 'attribuant la socces ion vacante. rumeur. El, rapprochant des fait , .se rappetrait avec t:ml de véhémence et de chaleur Par malheur, il manquait d'ar,,ent pour le,·er lant la récente eutrerne de l'artiste et de la
des sentiments dont paJpiLaiL le cœur de des troupes. Adrienne voulut l'y aider. Elle jalouse duchesse, on ne se fit pas faute d'acPhèdre, d'Bermione, de Pauline, parce qu'elle- vendit ses diamants, en,oya sa ,'ai ' Ue à la cuser celle dernière d'un crime &lt;Jui, d'ailleurs, devait re Ier impuni.. ..
mème éprouvait jusqu'au fond de moelle
!on.Le, et put ain i lui fournir, pour sa part,
Ain i se termina, tragiquement, l'eiistcnce
le impressions qu'elle transmettait au dehors; quarante mille lin . Ce sacrifice demeura
de celle reine de tra édie.
0

..,.

0

PAUL DE

MORA •

• \'r\'E 1.' fü111'EREC!d . (l .UTZE:\', 1813). -

D'.Jp,·ls la li/ho ra('h/t .Jt KAI HT ,

MémoireJ

du général baron de Marbot
CHAPIT RE XXI (,uite).

La perle éprouvée par mon régiment fut
dan d proportions rclalivem ni beaucoup
moindre . En elTet, à l'ourerture de la campa"ne, le ~5e de cba. enrs comptait dan· se
rau . t ,01 hommes. l'eodanl on .éjour au
camp de Polot~k, il en reçut JO, ce qui portait à 1,0t le nom\,re de caralil'r.· de ce
c-0rps entrés en Bussie. ur ce nombre, j'eu,
109 homme tué , 77 fait pri 11ooier , 65 .lropié et iO~ é"aré . Le déficit ne ful donc
4ue de 555 homme ; Je .orle quP, après la
r nlrér. de~ c.a\·alicrs que j'avai diri"é .ur
Yarsol"ic aprè la campa .. ne, le régiment r1ui,
d~ bord de la \'i tut... , avait été emoyé au
delà de !'Elbe, dans la principauté de D sau,
put réunir en fénirr 1 15 un total de 693
homme., à cheval, aiaot lou fait la campagne
Je llus,ie.
En voyant ce chiffre, l'Empereur, qui de
Paris rnr1•eillail Ja réoraani ·atioo de .on armtlc, pensa qu'il y nvait erreur, el renvoya la
,ituation, en me r;1i,ant ordonner d'en faire
0

produire une plu. curie, el comme la ,(L
conde Iut conforme à la première, I' Empert'U r
ordonna au général .. 'ha. thni d'aller inspecter
mon régiment et de lui faire dre er uo élâl
nominati{ de. homme- présents. Celle opltration ayant détruit tou · 1• doulC.! et con/irmé cc que j'avai avancé, je çu~ peu de
jour' aprè.-. du major énéral une lettre de
plu flalleu~ pour le officier, el sous-officier,, et surtGut pour moi. Elle portait que
« !'Empereur char11eait le prince Berthier dtl
a nou · exprimer la ati,faction de a lajC!ité
« pour le· soins que nou arion · donnés à la
« conservation d hommes pl:icés ou no
• ordre ; qne !'Empereur, sathant que le
« 2~• de ch:i eur· n'avait pa été jus11u'à
1 loscou, ne fondait pa la comparai on .'ur
« les perle· c uyées par les ré"imenls qui
« a,a.ienl pou.,; é j11M1uc-là, mai qu'il J'éla• Llb.ail entre ceux du _e corp d'arm~
« qui, 'étant lrouv6 dan· le mèm s condi• tion"' auraient dû ne faire 11u'à peu près
• les mêmes perte ; cJue néanmoin , le 23•
« de chasseur , bien qu'il eùl plu ou1Tt'rt
0

1

du feu de l'ennemi que les autres. rUil

« celui de tou qui avait ramené le plu·
« cl'hommcs, cc que ·1 lJajP. té atlril,uail au
11 zèle da colonel, des orûciers el .ou.-orn• ciers, ainsi qu'au l,on ~prit Je .oldats ! li
,\prè!. avoir mi à l'ordre et fait lire (·elle
lettre devant tous le escadrons, je complai.
la !!arder comme un litre glorieut pour ma
famille, mai j'en fus empêché par un crupule que vou~ approuverez an, doute. Il me
parul peu con1·enable de prÏ\·er le régiment
d'une pièce qui, pnrtanl fo marques de fa
sati fac1 ion imp 'riale pour 1011 , appartenail
à tous. J t'D\'Olai donc la ldtre dn major général aux arcbh·t! du régiment. Je me soi ·
bien ourent l'l'penli de œt acte de délicate•&lt;e,
car un an s'était à peine écoul t, que, le gouvernement de Loui · X\'lll a}anl élé sub ·litué
1&gt;n 1 U à celui de I' Empereur, le 2S• de chassPurs fut incorporé au 3• de la mème arme.
Les archÎl·e de ces deux corp~ furent d'abord
réunies, mal con~cnécs, puis, au grand Licenciement de l'armée en i 15, elles ~ perdirent dans l'immense noulfre du Lureau de la

�H1ST0'/{1A
guerre. En rain, après la révolution de 1850,
j'ai fait recht:rther la lellre du major géuéral, si flattea e pour mon ancien régime11t
et pour moi, je n'ai pu parveni1• à la retrouver.

"---------------------raient donc aucun danger jusriu'aux bords du
Rhin; cependant, par ordre de M. de Cessac,
un détachement devait les accompagner jus-

pour plus de douze millions d'effets d'habillement, linge et chaussures, qui, destinés à
nos malheureux soldats , servirent à vètir
plusieurs régiments que la Prusse leva contre nous. Le froid,
q-ui sévissait de nouveau, fit
CHAPITRE XXII
périr quelques milliers de Français de plus, mais on n'en vanta
1813. - Fàchcuse situnlion génépas moins notre habile atlmirale. - lnrarie de l'admiuislrnnistration !
tion. - Ob enalion ,ur la consernlioo des places fortes. - Êlat
Le peu de régularité qui réde la ftance. - Levées forct\rs cl
gna dans la marche de l'armée
illégales. - Se rejoins mon d(lp,;1
française pendant qu'elle traà l\lops.
versait la Prus~e proYint d'abord de l'incurie de Murat, qui
L'année f 8 15 commença pour
avait
pris le commandement
la France sous de bien fâcheux
après
le
départ de l'Empereur,
auspices; car à peine les glorieux
et
plus
lard
de la faiblesse du
débris de notre armée revenant
prince Eugène de Beauharnais,
de Russie eurent-ils franchi la
vice-roi d'Italie. Au~si était-il
Vistule et commencé à se réortemps de repasser !'Elbe pour
ganiser, que la trahison du
entrer
sur Je territoire de la
général prussien York et des
Confédération do Rhin. Mais
troupes tiu'il commandait nous
avant de se résoudre à éloigner
contraignit à nous retirer derses troupes de la Pologne et de
rière l'Oder, et bientôt à abanla Prusse, l'Empereur, voulant
donner Berlin et toute la Prus~e
s'y
ménager des moiens de re:;oulevée contre nous, à J'aide
tours offensifs, avait ordonné
des corps que Napoléon avait
de laisser de fortes garnisons
t:u l'imprudence d'y laisser. Les
dans les places qui assurPnt lt&gt;
Russe· hâtèrent aulaotc1ue pospassage de la Vistule, de l'tld .. r
sible Jeur mnrcl::te et vinrent se
et
de l'Elbe, telles que Praga,
joindre aux Prussien~, donl le
Modlin, Thorn, Danzig, Steltin,
Rui déclara alors la guerre à
Custrin, Glogau, Dre:,de, Magl'empereur &lt;les ftra11çais.
debou-rg, Torgau, WiLtemberg
Napoléon n'avait dans le
et flambourg.
nord de l'AIJemagne que deux
C11tte grave décision de Nadjvi,ions, commandées, il est
poléon peut èlre envi agée sous
vrai, par le maréchal Augert&gt;au, mais presque enli;.rcmeut CA}IPAG~E DE SAXE (1813). - LES CONSCRITS. - /Yaprés Ill ltthographie de RAFFE1'. deux points de vue bien différents; aussi a-t~elle été louée
composées de con i;rils. Quant
par
des militaires édairé~, tanaux Fra11çai qui venaient de faire la campagne qu'à Mayence, où l'on renvoyait Jps roulier·
de Hussie, dès 4u'ils furent Lien nourris et français, ainsi que l'es1·oru,, pour li,·rer les dis qu~ d'autres, non moins instruits, l'ont
llu'il~ ces.~renL d11 coucher sur la neige, ils caisses à des entrPpreneurs étranger~, chargés fortement blâmér.
Les premiers disaient que la néces~ité de
recouvrèrent leurs furres, et l'on aurait pu les de les dirrger sur Magdl"boorg, Berlin et la
donner
enfin du repos et un refuge aux nomopposer au.-ç ennemis. Mai.s nos cavaliers Vistule, sans qu·aucun ag,•nt français eût à
étaient prchque Lous à pied ; très peu i1~ surveiller ces e:x pédi lion,; au~si se faisaieu t- breux malades et blessés que son armée rafantassins avaient conservé leurs fosib; elles avec tant de mauv:iise foi et une si menait de Ru sie força !'Empereur de garder
nous 1ùvio11s plus d'arlillerie; la plupart grande lenteur que lt's ha Ilots cont.. nant les les places fortes dont l'occupation assurait,
d~s soldats marn.1uaienl de chaussures, et effets d'hal,illeruent el tt,s rhau,surru m1it- du reste, aux français la conservation d'un
leurs habits tombaient en lambeaux! Le tail:'nt -ix à huit moi~ pour parrourir le trajet immense matériel de guerre el de grands
gomernemrnl français a\'ait cependant em- Je füience à la V,stult', ce yui aurait pu être approvisionnements de vivres. Ils ajoutaient
que ces forteresses embarras eraienl les mouployé une partie de l'année t812 à faire con- fait en quarante ,1ours.
vements
des ennemis, qui, forcé de les blofectionner une grande quantité d'etlels de
Mais œ 4ui n'avait été tju'un grave incon- quer, affa,bliraient ainsi le nomLre des troupes
tous genres; mais, par suite de la négligence vénient lorsque les arn,ées françaises oc&lt;·ude l'administration de la guerre, alors dirigée pait:nl paisihlt"OJi-111 l'Allemagne t't la Pologne aclives qu'ils pourraienl employer conlrn
par M. Lacuée, comte de Cessac, aucun dP'l'Înt une calamite apri&gt;s la campagne de nous; en tin, que ~i le renforts que Napoléon
régiment ne re~ut les 'l'êtements qui lui Russie. Plus dt' deux eents ba,e.tux chargés fai~ait l'enir de France el d'Allemagne le metétaient dc~Linés. La conduite de nos adminis- d'rO' 1s Jeslmés à nos régimenb Plaienl retenus taient à même de gagner une hataille, les
trateurs en et-lie circonstance 1.Lérite d'être par lt's gla1;e:1 sur le c.tnHI dP Bromherg, au- plaœs fortes conservées par Jui fac,literaienl
aux Français une nouvelle conquête de la
signalée.
près de Na1·kel, lors~u·en janv1t:r J815 nous Prusse, ce qui nous reporterait hienlôt au
Voici co111ment les choses se passaient.
passâmes ~ur ce point. Mai commt1 il ne se
Dès que Je dépôt d'un régiment avait con- trouvait pis sur cet immenl-e convoi un seul cfdà de la V1stule et con1 raindr.ait les Hu,ses
fectionné à grands frais les nombreux effd, ageul de l'adruirnstration française pour nous à retourner dans leur pays.
Oo répondit à cela ,~ue ~apoléon affaiblisdestinés à ses bataillons ou escadrons de prérnnir, et 4ue le. hatt Ji.. rs, tous Prussiens,
guerre, l'administration Lraitait avec une :se considéraieut déjà comme no, ennemis, pas sait son armée en la morcelant sur tant de
maison de roulage pour les transporter jus- un ue parla, et nous µa,~àmes oulre, cru~ant points éloignés, dont les garnisons ne pouqu'à Mayence, qui r~i.aiL alors parlle de l'tm- que ces barques portaient des marchandises. nient se prêter mutuellement aucuu secours;
vire. Les colis, traversant la France, ne cou- Cependant, le lendemain, les Prussiens prirl'nt qu'il ne fallait pas compromeure le salut de
la France pour sauver quelques milliers de

malades el de blessés, dont un très petit
nombre pourrait servir de nouveau. En_effet,
ils périrent presque tous dans les hôpitaux.
On disait encore que les régiments italiens,
polonais et allemands de la Confédération du
Rhin, joints par l'Empereur aux garnisons
françaises pour ne pas trop diminuer ses
troupes, serviraient mal. EITectivemenl, presque tous les soldats étrangers combattirent
très mollement et finirent par passer à l'ennemi. On ajoutait enfin que l'occupation des
places fortes gênerait fort peu les armées
russes et prussiennes, qui, après les avoir
bloquées par un corps d'observation, continueraient leur marche vers la France: ce fut
en effet ce qui arrin.
Chacune de ces deux opinions présente, en
thèse générale, des avantages et des inconvéuients. Cependant, dans les conditions où se
trouvait l'armée française, je croi devoir me
ranaer à l'avis de ceux qui proposaient d'abandon~er les places, car, puisque, de l'aveu même
de leurs contradicteurs, ces places ne pouvaient nous être utiles qu'autant que nous
battrions complètement les armées russes el
prussiennes, c'était une raison de plus pour
chercher à augmenter nos for·ces disponibles,
au lieu de les disséminer à l'infini!
Et qu'on ne dise pas que les ennemis
n'ayant plus, dès lors, de blocus à faire, a?raient aussi accru le nombre de leurs bata,1lons disponibles, ce qui aurait rétabli la proportion, car on tomberait dans une très grande
erreur 1. .. En effet, l'ennemi aurait toujours
été obligé de laisser de fortes garnisons dans
les places abandonnées par nous, tandis que
nous eussions pu disposer de la tolalilé des
troupes que nous y laissâmes, el qui furenL
ainsi paralysées. J'ajouterai que la défe~se
in ulile de ces nombreuses forteresse,; priva
notre armée active de beaucoup de généraux.
expérimentés, entre autres ?u ma~échal ~~­
vout, qui, à lui seul, valait plusieurs dl\'1ions. Je conçois d'ailleurs qu'on renonce à
e servir, en campagne, de quelques brigades,
lorsqu'il s'agit de leur conlier la garde des
places d'où dépend le salut de so~ pays, telles
que sont les villes de Metz, de Lille, de Strasbourg, pour la France, car alors c'est, pour
ainsi dire, le corp~ de la patrie qu'on défend.
Au contraire, les îorleresscs placées sur la
VistuÎe, l'Oder et l'Elbe, à deux el trois cents
lieues de France, n'avaient pas une importance positive, mais seulement une importance conditionnelle, c'est-à-dire subordonnée
aux succès de nos armées acfües. Ces succès
n'ayant pas eu lieu, les qualre-üngt et quelques mille hommes de garnison crue l'Empereur avait laissés en t8i2 dans ces places
furent obligés de metil'e bas les ai·mes !...
La situation de la France, dès les premiers
mois de 1815, était des plus critiques, car,
au midi, nos armées d'Espagne avaient éprouvé
de très (Trands revers par suite de l'affaiblissement de nos forces dans la Péninsule, d'où
l'on tirait sans cesse quelques régiments,
tandis que les Anglais ne cessèrent d'envoyer
des troupes à WelJington; aussi ce général
avait-il fait une brillante campagne dans le

.MÉ.MOfR..ES

DU GÉNÉ]{JU. B.Jf.'R_ON DE

.MJf.~BOT

---..

courant de 18-12. 11 nous anit repris Ciudad- sur les événements et sur les perles éprouvées
Rodrigo, Badajoz, le fort de Salamanque, par nos troupes en Russie, voyaient seulement
avait gagné la bataille des Arapiles, occupé la gloire que la prise de Moscou faisait rejailMadrid, et il menaçait les Pyrénées.
lir sur nos armes; au•si y eut-il beaucoup
Au nord, les soldats nombreux et aguerris d'élan pour donner à l'Empereur les moyens
que Napoléon avait conduils en Russie avaient de ramener la victoire autour de ses aigles.
presque tous péri dans les combats ou suc- Chaque département, cha4ue ville firent des
combé de misère. L'armée prussienne, encore dons patriotiques en chevaux; mais de nomintacte, venait de se joindre aux Russes. Les breuses levées de conscrits et d'ar~ent attiéAutrichiens étaient sur le poinL d'imiter cet dirent bientôt cet enthousiasme. Cependant,
exemple. Enfin, les souverains et surtout les au total, la nation s'exécuta d'assez bonne
peuples de la Confédération germanique, ex- gràce, et les bataillons ainsi que les escadrons
cités par l'Angleterre, chancelaient dans leur sortaient pour ainsi dire de terre comme par
alliance avec la France. Le Prus~ien baron de enchantement. Chose étonnante I après les
Stein, homme de moyens et fort entreprenant, nombreuses levées d'hommes qui avaient été
saisit cette occasion pour publier divers pam- faites en Franœ depuis vingt ans, jamais le
phlets, dans lesquels il appelai l Lous les Alle- recrutement n'avait produit une aussi forte
mands à secouer le joug de Napoléon et à et une am,si belle espèce de soldats. Cela proreconquérir leur liberté. Cet appel fut d'au- venait de plusieurs causes.
tant mieux écouté que le passage, le séjour
D'abord, chacun des cent huit départements
et l'entretien des troupes françaises gui, de- alors existants avait depuis plusieurs années
puis 180ô, avaient occupé l'Allemagne, lui une compagnie d'infanterie dite ilépartemenavaient occasionné des pertes immenses aux- tale, sorte de garde prétorienne de mr. les
quelles s'était jointe la confiscation des mar- préfets, qui s'étaient complu à la former des
chandises anglaises, par suite du blocus con- hommes les mieux constitués. Cen.x-ci, ne
tinental établi par Napoléon. La Confédération quittant jamais les prineipales "illt's du dédu Rhin lui aurait donc échappé, si les sou- partement où ils étaient fort bien casernés,
verains des divers États dont elle se compo- nourris el ·vêtus, et où ils faisaient très peu
sait eussent dès lors pris la résolution de de service, avaienl eu le temps d'acquérir
céder aux vœtll de leurs sujets; mais aucun toutes leurs forces corporelles, car la plupart
d'eux n'osa Longer, tant éLait grande l'habi- menaient œtle vie depuis six à sept ans-, et
tude de l'obéissance à l'empereur des Fran- comme on les exerçait régulièrement au maçais, ainsi que la crainte de le Yoir bfontôL niement d11s armes, à la marche et aU.I maarriver à la t~te de forces considérable , qu'il nœuvres, il ne leur manquait que Le baptème
organisait promptement et dirigeait sans cesse du feu pour être des troupes parfaites. Ces
sur l'Allemagne.
compagnies étaient, selon l'imrortance du
La majeure partie de la nation française déparlement, de i5û, 200 el 250 hommes.
avait encore une très grande confiance dans L'Empereur les envoya loufes à l'armée, où
Napoléon. Les gens instruits le blàmaient elles furent fondues dans des régiments de
ligne.
En second lieu, on appda au ser,•ice une
très grande quantilé de conscrits des années
précédentes, dont les uns par protection, les
autres par ruse ou maladies passagères,
avaient obtenu d'être placés à la queue des
dépôls, c'est-à-dire de rester chez eux jusqu'à
nouvel ordre. L'âge les arnil rendus presque
tous forts et vigoureux.
Ces mesures étaient légales ; mais ce qui
ne l'était pas, ce fut le rappel des individus
qui, avant déjà tiré à la conscription et s'élant
trouvé; ]jbérés par le sort, n'en étaient pas
moins c..mlraints à prendre les armes, s'ils
avaient moins de trente ans. Cette levée produisit une grande quantité d'hommes propres
à snpporler les fatigues de la guerre. Il y eut
bien à ce sujet quelques murmures, principalement dans le ]lidi, 1a Vendée el la Bretagne; cependant, l'immense majorité du
contingent marcha, tant élait grande l'habitude de l'obéissance!. .. Mais cette abnégation
CL.\RliE. DUC DE FELTRE.
des populations entraina le gouvernement
dans une mesure encore plus illégale, el
d'autant plus dangereuse qu'elle frappait la
sans doute d'avoir, l'année précédente, poussé classe supérieure; car, après avoir fait marson armée jusqu'à Moscou et urtoul d'y avoir cher les hommes que le sort avait exemptés,
atlendu l'hiver; mais les masses populaires, on força ceux qui s'étaient [ait remplacer
habituées à considérer l'Empereur comme in- (ainsi que la loi les y autorisait) à prendre
faillible, et n'ayant d'ailleurs aucune notion néanmoins les armes, bien que plusieurs fa... 197 ...

�, _ IDSTO'J{l.11
milles se fussent gênées el même rurnees passé l'Elbe à la fin de 1812, restèrent paipour conserver leurs fils, car les remplaçants siblement cantonnés sur la ri""e gauche de ce de !'Empereur, furent réunies sous les ordres
coûtaient alors 12, 15, 18 el jusqu'à Ueuve pendant les quatre premiers mois de du général Exelmans. Le général Wathiez
20,000 francs, qu'il faUait p,1yn comptant. i 8J 5, sans que les Russes et les Prussiens, devait remplacer le général Castex, et le géIl y eut Înème des jeunes gens qui, s'étant postés en face, osassent les attaquer!. .. Ils néral Mauria, Cor.bineau; mais comme ces
fait rPmplacer jusqu'à trois fois, n'en furent ne se croyaient pas assez forts, bien que la trois généraux s'étaient rendus en France
pas moins oLligés de partir, et l"on en vit qui Prusse eüt mis sur pied sa landwehr, com- après la campagne de Russie et que j'étais le
servaient dans la même compagnie que l'in- posée de tous les hommes valides, et que Ber- seul colonel présent, le général Sébastiani,
dividu payé par eux pour les substituer 1... nadotte, oubliant qu'il était né Français, nous au corps duquel la nouvelle division allait
Celle iniquité provenait des conseils de Clarke, eût déclaré la gueire el eût joint les troupes être attachée, m'en donna le commandemeut,
mini-tre de la guerre, et de Savary, ministre ,uédoises à celles des ennemls de sa véritable ce qui ajoutait aux obligations que j'avais à
remplir dans mon régiment un surcroît de
&lt;le la police, qui persuad.'!rent à l'Empcreur patrie!. ..
charges, puisque je devais, par un temps afr1ue, pour prévenir pendant la guerre tout
Pendant le i,éjour que nous fimes sur la
mouvement hostile au gouvernement, il fal- rive gauche de l'Elbe, bien que l'armée fran- freux, visiter souvent les cantonnements des
lait éloigner de l'intérieur les fils des Familles çaise reçùt continuellement des renforts, ~a trois autres. La blessure que j'avais reçue au
influentes et les envoyer à l'armée pour ser- cavalerie était encore peu nombreuse, si 1'011 genou, bien que cicatrisée, rue faisait encore
vir en quelque sorte &lt;l'otages 1... Mais a6n en exct'l{lte quelques régiments dont le mien souffrir, et je ne sais vraiment comment j'aud'atténuer un peu aux yeux de la classe aisée faisait partie; aus,i lui avait-on assigné comme rais pu continuer ce service ju~qu'à la fin Je
l'odieux de cette mesure, l'Empereur créa. cantonnements plusieurs communes et les deux l'hiver, lorsqu'au bout d'un mois le général
sous la d~nomination de gardt'it d'lwnneul', petites villes de Brenha el de Landsberg, si- Wathiez, ayant rejoint l'armée, prit le comquatre régimenls de cavalerie légère .pPcia- tuées dans un excellent pays, non loin de mandement de la division.
Peu de jours après, sans que je l'eusse
lement destinés à recevoir les jeunes gen
Magdebourg. J'rprouvai là un bien vil thabien élevés. Ces corps, auxquels oo donna un grin. L'~:mpereur, voulant activer l'organisa- demandé, je reçus l'ordre de me rendre en
brillant uniforme de hussards, eurent des tion des nouvelles levées, et pensant que la France, afin d'organiser le très grand nombre
de recrues et de chevaux envoyés au dépôt de
officiers généraux pour colonels.
présence des chefs de corps serait pour cela
A ces levées plus ou moins légales, !'Em- momenlaaément fort utile aux dépots de mon régiment. Ce dépot se trom·ai t dans le
pereur ajouta le produil d'une conscription leurs régiments, JJcida que tous les colonels département de Jemmapes, à Mons en Belanticipée et de nombreux et excellents batail- se rendraient en rrancc, excepté ceux qui gique, qui faisait alors partie de l'Empire. Je
lons formés arec les matelots, ouvriers ou auraient encore un certain nombre d'hommes me mis en route sur-le-champ. Mon voyage
artilleurs de la marinP. militaire, tous how- présents sous les armes. Le chiffre fixé pour fut rapide, et comme je compris que, automfs faits, instruits au ma□ il'ment des ar- la cavalerie était de quatre cents i j'en avais risé à venir en France pour affaire de se1·vice,
mes, et qui, ennuyés de la vie monotone des plus de six cents à cbeval !. . . Je fus doue il ne serait pas convenable de solliciter le
por1$, désiraient ardemment depuis longtemps forcé dtl rester, lorsque j'aurais été si heu- plus petit congé pour aller à Paris, j'acceptai
aller acquérir de la gloire auprès de leurs reux d'embrasser ma femme el l'enfant l'offre que me fit Mme Desbrières, ma hellecamarades tle l'armde de terre. lis de,iorent qu'elle m'avait donné pendant mon ab- mère, de conduire à Mons ma femme et mon
fils. Après une anuée dtl séparation el tanl de
bientôt d'excellents et redoutables fantassin~. sence 1. .•
dangers courus, je revis ma chère femme a\'ec
Le nombre de ces marins s'élevait à plus de
A la peine que je ressentais, se joignit en50,000. Enfin !"Empereur, obligé d'employer core une grande contrariété. Le bon général un bien grand plaisir et embrassai pour la
première fois notre p..-itit Alfred, âgé de huit
tous les moyen~ paur reconstituer l'armél',
mois. Ce jour fut un des plus beaux de ma
dont une grande partie avait péri dans le
vie! fous comprendrt&gt;z surtout la joie que
glaces Je la Russie, alTaiblit encore ses arj'éprouvai
en embrassant mon enfant et en
mées d'Espagne, eu y prenant non seulement
me
rappelant
qu'il avait été sur le point de
quelques milliers d'hommes pour compléter
devenir orphelin le jour même de sa naissa garde, mais plusieurs brigades et divisions
sance! ...
entières, composées de \·i,eux soldats habitués
Je passai au dépôt la fin d'avril, ainsi que
aux fatigues el an.~ dangers.
les
moi de mai et de juin, dans de très
De leur côté, le~ llu8ses, et surtout J,,s
grandes
occupations. Les recrues envoyées au
Prussiens, e µréparaieut à la guerre. L'infa2:')e. étaieut Jort nombreuses, les hommes sutigable baron de Stein parcourait l~s prol'inces
perbes et de race belliqueuse, car ils proveen prèrhanL la croisade c·onlre les Français,
naient
presque tons des enviro11s de )Ions,
et en organisant son 1'ugenbund ou ligue de
ancienne
province du Hainaut, d'où l'Aulrirhe
la vertu, dont les adepte:, juraient de prendre
tirait ses meillem·s cava lier.~. principalement
les arme, pour 1a liberté de l'Allemagne.
les célèbres dragons de La Tour, lorsque les
Cette sociéLé, qui nous suscita de si nombreux
Pays-Bas
lui appartenaient. fos habitants dé
ennemis, agissait ouvertement &lt;lans la Prusse
celte
contrée
aiment et soignent bien les chedéjà en guerre avec ~apoléoo, et s'insinuait
vaux.
Ceux
que
le pays produit étant un peu
dans les g1ats .-l les armét&gt;s de la Confédératrop forts pour des chasseurs, j'obtins l'aution du 111.iin, malgr~ quelqm·s souverains t!l
tori.alion d'en faire acheter dans les .Arde l'aveu tacite dt: plusieurs autres, si Lien
denne.~,
d'où nou tirâmes une assez belle
que presque toute l'Allemagne en secret était
remonte.
notre ennemie, el les contingents qu'elle joiJ'avais trouré au dépot quelques bons o!ûSAVARY, DUC DE ROVIGO.
gnait à nos forces militaires se préparaient à
ciers et sous-officiers. Plusieurs de ceux qui
D"après la UthD![raphie de ~hrRr:-..
nous trahir à la premirre occasion, ainsi qu,,
avaient fait la campagne de Russie s'y étaient
les événements Je prouvèrent bienlot. Ct!S
rendus
pour se rétablir de leurs blessures ou
événements u'auraienl pas tardé à se pro- Castex, dont j'avais eu tant à me louer pende
maladies;
enfin le ministre m'a"ait envoyé
duire, si la mollesse et la lenteur naturelles dant la campagne de Russie, nous quitta pour
1
aux Allemands ne les eussent empêchés d'agir entrer dans les grenadiers à cheval de la q 1elque, jeunes sous-lieutenants sortant de
bi::aucoup pins lôt c1u'ils ne le firent, car les garde. Sa bri«ade et celle du général Corbi- l'École de cavalerie el de Saint-C)'r. Avec de
débris de l'armée française, qui avaient re- neau, qui venait d'être nommé aide de camp tels éléments, je formai prompleme11l &lt;lh·ers
escadrons qui n'étaient sans doute pas pdr-

�r--

111STO'J{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J

faits, mais dont les hommes pouvaient figurer
sans inconvénient parmi !es vieux cavaliers
revenant de Russie que j'avais laissés sur
l'Elbe et avec lesquels ils devaient être fondus
à leur arrivée. Dès qu'un escadron était prêl,
il partait pour l'armée.

CHAPITRE XXIII
Ilepr,se dt&gt;s hostilités sur !'Elbe. - Batailles d.e
Lutzen el de Bautz~n. - Armistice. - Je rejoins
mon régiment. - Etat de l'armée. - ~falaise gi'néral. - Napoléon devait traiter. - Force des
armées en présence.

Pendant que je m'occupais activement à
reconstituer mon régiment et que tous les
colonels, principalement ceux de cavalerie,
étaient retenus en France par les mêmes
soins, les hoslilités recommencèrent sur
l'Elbe, que les alliés avaient franchi.
L'Empereur, ayant quiué Paris, se trouvait le 25 avril à Naumbourg en Saxe, à !a
tête de ! 70 000 hommes, dont un tiers seulement étaient Français, une partie des
troupes récemment dirigées sur l'Allemague
n'étant point encore arrivées sur le théâtre de
la guerre. Les deux autres tiers de l'armée de
Napoléon étaient formés des contingents de
la Confédération du Rhin, dont la plupart
étaient fort mal disposés à combattre pour
lui. Le général Wittgenstein, auquel notre
désastre de la Bérésina avait donné quelque
célébrité, bien que les éléments nous eussent
fait beaucoup plus de mal que ses combinaisons, commandail en chef les troupes russes
et prussiennes réunies, fortes de 500 000 hommes, qui se présenlèrenL le 28 avril d..:vant
l'armée de Napoléon, aux environs de Leipzig.
Il y eut le Jer mai un vif engagement à
poserna, dans la plaine déjà célèbre par la
mort de Gustave-Adolphe.
Le maréchal Bessières y fut tué d'un coup
de canon. L'empereur le regretta plus que
l'armée, qui n'avail pas oublié que les conseils donnés par ce maréchal, le soir de la
bataille de la Moskova, avaient empêché Napoléon de compléter la victoire en faisant combattre sa garde, ce qui eût changé la face des
événements el amenu la destruction complète
des lrou pes russes.
Le lendemain de la mort du maréchal Bessières, et pendant que Napoléon continuait sa
marche sur Leipzig, il fut attaqué à l'impro- ·
viste et en flanc par les Russo-Prussiens, qni
avaient passé la rivière de !'Elster avant le
jour. Dans cette bataille, qui prit le nom de
Lutzen, l'action fu l des plus vives; les troupes
nouvellem,·nl arrivées de France combattirent
avec la plus grande valeur. Les régiments de
marine se tirent particulièrement remarquer.
Les ennemis, battus de toutes parts, se retirèrent vers l'Ell,e; mais les Français, n'ayant
presque pas de cavalerie, ne purent faire que
peu de prisonniers, et leur victoire fut incomplète. Néanmoins, elle produisit un très grand
effet moral dans toute l'Europe, et surtout
en France, car ce premier succès prouvait
que nos troupes avaient conservé toute leur
supériorilé, et que les glaces de la Russie

avaient pu seules les vaincre en 1812.
L'empereur Alexandre et le roi de Prusse,
qui, après avoir assisté à Lutzen à la défaite
de leurs armées, s'étaient rendus à Dresde,
furent obligés d'en sortir à l'approche de Napoléon victorieux, qui prit, le 8, posse,sion
de cette ville, où son allié le roi de Saxe vint
bientôt le ri&gt;joindre. Après un court séjour à
Dresde, les Français y passèrent l'Elhe et suivirent les Prusso-Russes, dont ils joignirt&gt;nl
et battirent l'arrière-garde à Bischof:.werda.
L'empereur Alexandre, mécontent de Wittgenstein, avait pris lui-même le commandement des armées alliées; mais ayant été
défait à son tour par Napoléon au combat de
Wurtcheu, il reconnut probablement son
insuffisance pour la direction des troupes,
car bienlol il renonça à les conduire.
Les Russo-Pr-ussiens s'étant arrêtés et retranchés à Bautzen, l'empereur des Français
fit tourner leur po ilion par le maréchal Ney,
et remporta le ~1 mai une victoire que le
manque de ca,alerie rendit encore incomplète;
mais les ennemi eurent t 8 000 hommes hors
de combat, el s'eufuirenL dans le plus grand
désordre.
Le 22, les Franç.ais, s'étant mis à la poursuite des Ru ses, atteignirent leur arrièregarde en avant du déftJé de Reichenbach. Le
peu de cavalerie qu'avait Napoléon était commandé par le géui&gt;ral Latour-~laubourg, militaire des plus distingués, qui la mena avec
tant de vigueur que les ennemis furent enfoncés et abandonnèrent le champ de bataille
après de graudes pertes. Celles des Français,
bien que peu nombreuses, leur furent très
sensibles. Le général de cavalerie Bruyère,
excellent officier, eut li-s deux jambes emportées et mourut de celte affreuse blessure.
Mais l'événement le plus funeste de cette
journée fut produit par un boulet qui, après
avoir tué le général Kirgener (beau-frère du
maréchal Larmes), blessa mortellement le
maréchal l.luroc, grand maréchal du palai ,
homme aimé de tout le monde, le plus ancien
et le meiUeur ami de Napoléon. Duroc ayant
survécu quelques heures à sa blessure, !'Empereur se rendit auprès de lui et donna les
preuves d'une grande sensibilité. Son dé,espoir fut des plus touchants. Les témoins de
cette scène déchirante remarquèrent que,
obligé de quitter son ami pour reprendre la
direclion de l'armée, Napoléon, en s'éloignant
de Duroc, baigné de ses larmes, lui donna
rendez-vous dans C( un rnonde meilleur 1 »
Cependant l'armée française, poursuivant
ses succès, était parvenue en Silésie, ef occupa
le fer juin Breslau, sa capitale. Alors, frappés
de terreur, les alliés, surtout les Prussiens,
reconnurent ce qu'il y avait de critique dans
leur position, et se sentant, malgré leur jactance, incapables d'arrêter seuls les Français,
ils voulurent gagnei: du temps, dans l'espoir
que l'Autriche, mettant un terme à ses hésitations, joindrait 1:nfin ses armes aux leurs.
Les .Prusso-8.usses envoyèrent donc des parlementaires chargés de solliciter un armistice
qui, sous la médiation de l'Autriche, allait,
disait-on, amener la conclusion d'un traité de

paix. L·empereur apoléon ayant cru devoir
accordt&gt;r cet armistice, il fut signé le 4 juin,
pour durer jusqu ·au 10 août.
Pendant que Napoléon marchait de succès
en succès, le maréchal Oudinot se fit battre à
Luckau el perdit 1100 hommes. L'Empereur
espérait que, pendant l'armisticet les nombreux renforts qu'il attendait de France et
s~rtout la cavalerie, dont il avait si -vivement
regretté l'absence, le rejoindraient et pourrai1ml pa.rltciper à une nouvelle c&lt;1mpagne, si
elle devenait indispen able. Cependant, malgré cet avantage, plusieurs généraux regrettaient qne !'Empereur n'eût pas poursuivi ses
succès. Us disaient que si l'armistice nous
donnait le temps de faire arriver nos réserves
sur le théâtre de la guerre, il laissait aussi la
même faculté aux Russo-Prussiens, qui, outre
les Suédois déjà en marche pour venir défendre
leur cause, avaient l'espoir de voir se ,joindre
à eux les Autrichiens. Ces derniers n'étaient
pas prêts en ce moment, mais ils allaient avoir
plus de deux mois pour organiser et me.ttre
en mouvement leurs nombreuses troupes.
En apprenanl à ~Jons les victoires de Lutzen
et de Bautien, je fus peiné de u'y avoir pas
participé; mais les regrets que j'éproÙvai
furt•nt atténués quand j'eus acquis la certitude que mon 1•égimi-nt ne s'J était pa trouvé;
en effet, il était alors en avant deMagdebourg,
sui· la route de Berlin. M. Lacour, ancien
aide do camp du général Castex., avait été
rnrs la fin de 1812 nommé cbt•f d'esradrons
au 23• de chasseurs, qu'il commandait en
mon absence. C'était un officier très hrave,
qui s'était faillai-même une demi-éducation
avec des livres, ce qui lui donnait des prétentions peu en rapport avec l'habit militaire;
en outre, son peu d'entente du commandement exposa le régiment à des p?rles qu'on
aurait pu éviter et dont je parlerai plus loin.
Pendant mon séjour au dépôt, je reçus
comme second chef d'escadrons M. Puzac,
brillant officier sous tous les rapports, auquel
sa valeur avait fait obtenir un sabre d'honneur à la bataille de Marengo.
Vers la fin de juin, tous les colonels envoyés en France pour organi ·er de nom-elles
forces, ayant rempli celle tàche, reçurent
l'ordre de retourner en poste à l'armée, bien
que les hostilités dussent encore ètre suspendues pendant quelque temps. Je fus donc
contraint de me séparer de ma famille, auprès
de laquelle je venais de pas er des jours si
heureux; mais l'honneur et le dP-voir parlaient, il fallait obéir!
Je repris la route d'Allemagne et me rendis
d'abord à Dresde, où l'Ernpt:'reur a1•ait convoqué tous les colonels, afin de les questionner
sur la composition des détachements dirigés
par eUJ. sur l'armée. J'appris à ce sujet une
chose qui me navra le cœur 1... J'avais organisé dans mon dépôl quatre superbes escadrons de 150 hommes chacun. Les deux premiers (heureusement les plus beaux et les
meilleurs) avaient rejoint le ré11,iment; le
troisième m'avait été enlevé par décision impériale, pour se rendre à lJambourg, où il
Fut incorporé dans le 28e de chasseurs, un

.MF..7H011(ES DU GÉNÉ'R.JU., BA'R_ON D'E ..MJU(BOT

des plus faibles régiments de l'armée. Cet
ordre étant régulier, je m•~, soumis sans murmurer. Mais il n'en fut pas de même lorsque
je fus informé que le 4e escadron, que j'avais
fait partir de Mons, ayant été vu à son passage à Cassel par .lérôme, roi de Westphalie,
ce prince l'avait trouvé si beau que, de son
autorité privée, il l'avait incorporé dans sa
garde 1... Je sus que l'Empereur, très ir• rité de ce que son frère s'était permis de
s'emparer ainsi d'un détachement de ses
troupes, lui avait ordonné de se remettre
sur-le-champ en route, et j'espérais q•i'il me
serait rendu; mais le roi Jérôme fil agir
quelques aides de camp de l'Empereur, qui
représentèrent à Sa M'ajesté que la garde du
roi de Westphalie étant uniquement composée
d'Allemands peu sûrs, il serait convenable de
lui laisser un escadron français sur lequel il
pût compter; qu'en second lieu, le Roi venait
de donner à grands frais à cet escadron le
brillant unüorme des hussards de sa garde;
enfin que, même en perdant un escadron, le
2::;e de chasselll'S serait encore un des plus
forts régiments de la cavalerie française. Quoi
tJu'il en soit, l'incorporation de mon escadron
dans la garde westpbalienne fut ainsi maintenue, malgré mes vives réclamations. Je ne
pouvais me consoler de cette perte et trouvais
souverainement injuste de me voir ainsi dépouillé du fruit de mes peines et de mes 1ravau:x.
Je rcjoignjs mon régiment non loin de
l'Oder, dans le pays de agan, où il était cantonné prè de la petite ville de Freistadt,
ainsi que la divi.iun Exelmans dont il fai~ait
partie. M. Wathiez, mon nouveau général de
brigade, avait été mon capitaine au 25e de
chasseurs. Il fol toujours très bien pour moi.
Nous allâmes loger dans un charmant et confortable château. nommé Herzogwaldau, placé
au centre de plusieurs villages occupés par
mes cavaliers.
Pendaul notre séjour en ce lieu, il ~e passa
un épisode fort bizarre. Un chasseur nommé
Tantz, le seul mauvais sujet qu'il y f'Üt au
régiment, s'étant fortement grisé, osa menacrr
un ofilcier qui le faisait conduire à la salle de
police. Mis en jugement, cet homme fut condamné à mort et la sentence ratifiée. Or
quand la garde, commandée par l'adjudant
Boivin, alla chercher Tantz pour le conduire
au lieu où i.l devai-t être fusillé, elle le trouva
complètement nu dans la prison, sous prétexte qu'il fai_ait trop chaud. L'adjudant,
très brave militaire, mais dont l'intelligence
n"égalait pas le courage, au lieu de faire habiller le condamné, se borna à lui faire endos ·er un manteau; mais, arrivé sur le pontleYis des larges fossés du château, Tantz jette
le manteau à la figure des hommes de garde,
s'élance Jans l'eau, la traverse à la nage,
iragne la campagne et va joindre les ennemis
de l'autre côlé de !'Oder. On n'entendit plus
parler de lui!... Je cassai l'adjudant pour
noir manqué de surveillance, mais i1 reconquit bientôt ses épaulelles par un trait de
courage que je rapporterai sous peu.
Les escadrons que je Yenais de joindre au

.,. 200 ..,_

régiment portaient sa force numfoque à
995 hommes, dont près de 700 avaient fait
la campague de nu~sie. Les soldats nouvellement arrivés étaient fortement constitués
et presque Lous tirés de la légion départementale de Jemmapes, ce qui avait beaucoup
facilité leur instruction comme cavaliers,
J'incorporai mes nouveaux escadrons dans les
anciens. De part et d'autre on se préparait à
la lutte, mais les ennemis avaient utilisé leur
temps à nous susciter un puissant adversaire, en décidant l'Autriche à marcher contre
nous! ...
L'empereur Napoléon, que de nombreuses
victoires avaient habitué à ne pas compter
avec ses ennemis, se crut de nouveau invincible en se voyant en Allemagne à la tête de
500,000 hommes, et il n'examina pas assez
les forces dont se composaient les éléments
qll'il allait opposer à l'Europe entièl'e, coalisée contre lui.
L'armée française venait, ainsi que je l'ai
déjà dit, de recevoir une très forte espèce
d'hommes; aussi, jamais ellen'avait-éléaussi
belle! Mais comme, à l'exception de quelques
régiments, la plupart de ces nouYeaux soldais
n'avaient point encore combattu, cl 4.ue les
désastres de la campagne de Ru sie avaient
jeté dans les corps une perturbation dont !es
effets se faisaient encore sentir, nos superbes
troupes formaient uue armée plus propre à
montrer pour obtenir la paix, qu'à faire en
ce moment la guerre; aussi presque tous le.~
généraux et colonels qui voyaient les régiments de près étaient-ils d'avis qu'il leur fallait quelques années de paix.

8.\LïZEN. -

~UIT DU 20 .\U 21 li\!

•

1813. -D'après la Lil/!ografrhit: de

i de l'armée française on passait à l'examen de celle de ses alliés, on ne trouYail que
molles e, mauvaise volonté et désir d'a,,oir
l'occasion de trahir la France! ... Tout devait
.,. 201 ,..

donc porter Napoléon à traiter avec ses adversaires, et pour cela il aurait dù . e rattacher
d'abord son beau-père l'empereur d'Aurriche,
en lui restituant la Dalmatie, l'Istrie, le Tyrol
et une partie des autres pro\•inres qu'il lui
av ail arracbées en 1805 et l 809. Quelques
concessions de ce genre, faites à la Pru~se,
auraient calmé les alliés qui, à ce qu'il parait,
offraient à Napoléon de lui rendre les colonies
enlevées à la France et de lui garantir toutes
les provinces en deçà du Rhin et des Alpes,
de même que la haute Italie; mais il devait
abandonner l'Espagne, la Pologne, Naples et
la Westphalie.
Ces proposilions étaient convenables; cependant, après en avoir conféré a,·ec les diplomates étrangers envoyés pour traiter avec lui,
Napoléon rudoya M. de ~lellernith, le principal
d'entre eux, el les renvoya tous sans rien
céder. On assure même qu'en les voyant sortir
du palais de Dresde, il ajouta : &lt;1 Comme
nous allons les ball rel. .. » L'Empereur paraissait oublier que les armées ennemies étaient
près de t,·ois fois plus nombreuses que celles
qu'il pouvaiL leur opposer. En effet, il n'avait
pas plus de 520,000 hommes en .Allemagne,
tandis que les alliés pou vaienl rnellre en ligne
près dt! 800,000 combattanl.li 1
La fête de !'Empereur tombait au 15 aoùt,
mais il ordonna de l'avancer, parce que l'armistice finissait le 10. Les réjouissances de
la SainL*Napoléon eurent donc lieu dans les
cantonnements. Ce fut la dentière fois que
l'armée française célébra le jour de la naissance de son empereur. 0 y eut fort peu d'enthousiasme, car les officier~ les moins clair-

RAFFET,

voyants comprenaient que nous étions à la
veille de grandes catastrophes, et les préoccupations des chefs se reflétaient sur l'esprit
des subalternes. Cependant, chacun se prépa-

�111STO]t1A

--------------------------------------~

rail à bien faire son devoir, mais avec peu
d'espoir de succès, tant étail grande l'infériorité numérique de notre armée, comparée
aux troupes innombrables des ennemis, et
déjà parmi nos alliés de la Confédération du
Rhin, le général rn:xon Thielmann avait déserté
avec sa brigade pour se joindre aux Prussiens, après avoir tenté de leur livrer la forteresse de Torgau. Il régnait donc dans l'esprit
de nos troupes un grand malaise et peu de
confiance.
Ce fut en ce moment qu'on apprit le retour
en Europe du célèbre général Moreau, qui,
condamné au bannissement en 1804, à la
suite de la conspiration de Pichegru et de
Cadoudal, s'était retiré en Amérique. La haine
que Moreau portait à Napoléon lui fai~ant
oublier ce qu'il devait à sa patrie, il Oétrit
ses lauriers en allant se ranger parmi les
ennemis de la Frarce ! Mais ce nomeau Coriolan subit bientàt la peine que méritait cette
conduite infàme !. ..
Cependant, un immense demi-cercle se

COMBAT DE ,vuRTCIŒN. -

Berlin et les environs avec une armée de
120,000 hommes, composée de Suédois,
Russes et Prussiens. Les deux grandes armées
russe el prussienne, fortes de 2·20,000 hommes, dont 55,000 de cavaleriP, cantonnaient
en Silésie, entre Schweidnitz E't l'Oder;
40,000 Autrichiens étaient postés à Lintz, et
la grande armée autrichienne, dont le nombre
s'élevait à f40,000 hommes, était réunie à
Prague; eniln, derrière et à peu de distance
de cette première ligne composée de 560,000
combattants, d'immenses réserves étaient
prêtes à marcher.
L'empereur .Napoléon avait ainsi distribué
ses troupes : 70,000 hommes, concentrés
auprès de Dahmen en Prusse, devaient agir
contre Bernadotte; le maréchal Ney, avec
100,000 hommes, gardait une partie de la
Silésie. Un corps de 70,000 hommes se trouvait aux environs de Ziltau. Le maréchal
Saint-Cyr, avec 16,000 hommes, occupait le
camp de Pirna et couvrait Dresde. Enfin, la
garde impériale, forte de 20 à 25,000 hom-

Gravure J'A aBERT, d'après le tableau de BEAUME. (Mus~

formait autour de l'armée française. Un corps
de 40,000 Russes était en Mecklembourg;
Bernadotte, prince royal de Suède, occupait

(Û

Versailles )

mes, était autour de cette capitale, prête à se
porter où besoin serait. En ajoutant à ces
forces les garnisons laisse:es dans les places,

les troupes de Napoléon étaient infinimen t
moins nombreuses que celles des ennemis.
Cette énumération ne comprend pas les armées
laissées en Espagne et en Italie.
CHAPITRE XXIV
Du ~h~ix des chefs de corps. - Rupture de l'armi~ttce. - Le général 1omfoi . - Combat en Silésie sur le Doher. - Épisodes di1·ers. -Douloureux
échec.

L'empereur des Français avait divisé son
armée en quatorze corps, dits d'infanterie,
bien qu'ils eussent chacllll une division ou au
moins une brigade de cavalerie légère. Les
généraux en chef furent : pour le premier
corps, Vaudamme; poar le 2e, le maréchal
Victor; 5•, maréchal Ney; 4• général Bertrand; 5• irénéral Lauriston; 6• maréchal
Marmont; 7•, général Reynier; 8•, prince
Poniatowski; 9•, maréchal Augereau; f Qe (enfermé dans Danzig), le général l\app; 1t•,
maréchal Macdonald; 12•, maréchal Oudinot;
13e, maréchal DaYout; 14•, maréchal SaintCyr; enfin la garde, sous les ordres directs
de !'Empereur. La cavalerie était divisée en
cmq corps ainsi commandés, savoir : le fer,
par le général Latour-Maubourg; 2•, général
Sébastiani ; 5•, général Arri ghi ; 4•, général
Kellermann; 5•, général Milliau. La cavalerie
de la garde était sous les ordres du général
Nansouty.
Si l'armée applaudit à quelques-uns de ces
choix, tels que cetL-. de Davout, Ney, Augereau, Reynier et Saint-Cyr, elle regrettait lie
voir des commandements importants : à Oudinot, qui avait commis plus d'une erreur
dans la campagne de Russie; à Marmont, qui
par trop de précipitation venait de perdre la
bataille des Arapiles; à Séhastiani, qui semblait au-dessous d'une telle tâche; enfin, elle
se plaignit que pour une campagne qui devait
décider du sort de la France, !'Empereur
essayclt les talents stratégiques de Lauriston
et de Bertrand. Le premier était un bon
artilleur; le second, un excellent ingénieur;
mais n'ayant ni l'un ni l'autre dirigé des
troupes sur le terrain, ils étaient par consfL
quent dan l'impossibilité formelle de mener
un corps d'armée.
apoléon, ~e rappelant que lorsqu'il fut
nommé général en chef de l'armée d'Italie, il
n'avait encore commandé que quelques bataillons, ce qui ne l'empêcha pas de conduire
une armée dès son déLut, crut probablement
que Lauriston el Bertrand pourraient faire de
même: mais les hommes universels comme
Napoléon sont fort rares, et il ne pouvait
e$pérer en rencontrer de tels dans ces nouveaux chefs de corps. C'est ainsi que l'affection personnelle qu'il vouait à ces généraux
l'enLraîna dans l'erreur qu'il avait déjà commise en confiant uoe armée à l'arûlleur Marmont.
En vain on discutera sur ce point; l'histoire
des guerres passées nous prouve que, pour
être général en chef, les théories ne suffisent
pas, et que, à _três peu, mais très peu d'exeplions près, il faut avoir seni dans les régi-

.MiMOm_ES DU GÉNÉ'R_JtL BJt'R_ON DE .JJ{Jt1?_BOT - ~

meots d'infanterie ou de cavalerie el y aToir
commandP comme colonel pour être à même
de bien diriger des masse, de troupes, car
c'est un apprentissage que très peu d'hommes
peuvent bien faire comme officiers généraux,
surtout comme rht•fs d'armée. Jamais Louis XIV ne
confia en rase campagne le
commandement d'un corps
de troupes au maréchal de
Vauban, qui étaiL cependant
un des homme~ les plus
capables de on siècle, et,
si on le lui eùl 01ft ri. il est
à présumer que Vauban
l'eùt refusé, pour s'en tenir
à sa spécialité, l'attaque et
la défense des places. Marmont, Bertrand et Lauriston
n'eurent pas la mème mode. tie,etl'alfection que ~apoléon leur portait l'empêcha
d'écouter aucune des observations qu'on lui fit à ce, ujet.
Le roi Mural, qui s'était
rendu à Naples après la campagn~ de Russie, rejoig11il
!'Empereur à Dresde. Les coalisés, c'est-à-dire
les Autrichiens, Busses et Prussiens, ouvrirent
la campagne par un manque de bonne foi indigne des nations civilisées. Bien que, aux termes de la dernière convention. le hostilités
ne dussent commencer que le 16 aoùt, ils attaquèrent nos avant-postes le 14 et mirent la
plus grande partie de leurs troupes en marche,
par suite de la trahison de Jomini.
Jusqu'à ce jour, on n'avait vu que deux
généraux saxons, Thielrnann et Langueneau,
s'avilir au point de passer à l'ennemi; mais
l'uniforme du général îrançais était encore
exempt d'une telle tache. Ce fut un Suisse,
le général Jomini, qui la lui imprima. Ce
malheureux était simple commis, au traitement de 1,200 francs, dans les bureaux du
ministère de la R~publique helvétique en 1800,
lorsque le général Ney fut envoyé à Berne par
le premier Consul pour s'entendre avec le
gouv~nement de la Suisse sur les woyens de
défense de cet État, alors notre allié. Les
fonctions du commis Jomini, spécialement

chargé de la tenue des registres de situation
de la République helvétique, l'ayant mis en
rapport avec. le général Ne!, celui-ci fut à
même d'apprécier ses moyens, qui étaienl
grands, et, cédant à ses vives sollicitations,

11oRr oi; JIIARECIL\L DUROC.

il le lit admellre comme lieutenant et bientôt
comme capitaine dans un régiment suisse
qu'on formait pour le service de la France.
Le général Ney, prenant de plus en plus son
protégé en affection, le fit faire officier français, le choisit pour aide de camp, et lui
donna le moyen de publier les ouvrages qu'il
écrivait sur l'art de la guerre, ouvrages qui,
Lien que trop vantés, ne manquent certainement pas de mérité.
Grâce à celte haute protection, Jomini
devint promptement colonel, général de brigade, et se trouv.iit chef d'état-major du
maréchal Ney lors de la reprise des hoslilités,
en 1815. Séduit alors par les brillantes promesses des Russes et oubliant ce qu'il devait
au maréchal Ney, à rEmpereur, ainsi qu'à la
France, sa pairie adopLive, il déserta en emportant les étals de situai ion de l'armée, ain~i
1. I.e l'ail particulier d'aYoi,· emporte les clats de
siluallon de l'armér et les uoles relaLivPs au plan de
campagne a été génêrateme11t contredit. Voir notamment T111Ens, l/i.,toire du Consulat el de l'Empire,
l. XVI. p. '.:li5-'l76

que toutes les notes relatives au plan de campagne qui allait s'ouvrir', et de crainte que,
en apprenant sa luite, Napoléon ne modifiât
ses projets, il insista auprès des alliés pour
qu'ils commençassent les hostilités deux jours
avant celui fixé pour la raµtare de l'armist1ce. L'empereur Alt!xandre, au grand
étonnement de l'Europe, rérompensa la trahison de Jomini en le nommant son aide
de camp, ce qui choqua tellement la délicatesse de!' empereur d'Autriche riue, dlrrant
un jour cht:'z Alexandre et
aperc1&gt;vant Jominiau nombre
des convives, il s'écria tout
haut : Cl Je sais que les sou« verains sont quelquefois
cc dans la nécessilé de se
cc servir de déserteurs, mais
et je ne conçois pas qu'ils les
,, reçoivent dans leur étatet major et même à leur
" table! ... ll
La trahison de Jomini,
chef d'état-mojor du maréchal Ney. ayant fait tomber aux mains des
alliés les ordres de marche dictés par
lapoléon, fut pour celui-ci un coup des plus
l'nnestes, car plusieurs de ses corps d'armée
furent attaqués pendant leur mouvement de
concentration et obligés de céder à l'ennemi
des positions importantes, faute de temps
pour en préparer la défense.
Cependant, l'Empereur, dont le projet était
de se porter en Bohème, trouvant partout les
ennemis prévPnus et sur leurs gardtis dans
celle direction, résolut de marcher sur l'armée
prussienne de Silésie et d'y faire reprendre
l'offPnsive par les corps français, qui avaient
été forcés de se retirer de,,anl Blücher. En
conséquence, Napoléon se rendit, le 20 août,
à Lowenberg, où il attaqua une masse considérable de coalisés, composée de Prussiens,
fiusses el Autrichiens. Dil'ers combats eurent
lieu, ltis 21, 22 et 25, dans les environs de
Goldberg, Graditzberl!' el Bunzlau. Les ennemis perdirent 7,000 hommes, tués ou pris..
el se retirèrent derrière la KatzLacb.

(A suivre.)

,.. 202 -

"' 203 ,...

GÉNÉRAL OE

;\lARBOT.

�"----------------------ment, toise à toise, il paniut à \Îvoler. Puis,
quand, à la force du poianel, après dix actions d'éclat, dont la moindre eût classé son
homme, il arriva aux grades supérieurs, ce
ne fut rien encore. Cela honorait, ,mais on
n'en virn.it point. Enfin, il eut la lieutenance
générale de flan&lt;lre. et quel1[11f'S annt!es aprè
le gouvernement de Valenciennes : œtle foi~,
c'était la ,·ie a urée. li put songer à faire
!-ouche, l'héritière se trOU\'ll; celui qui avait
été le chevalier de Montmorency, qui était le
die, alier de Lu,embourg, devint le prince &lt;le
Tingry, et il épousa .~Ille de Harlay.

PARIS AU .X\'111' SIÈCLE, -

\'üE DES llOULEYARDS DE 1 'HOTEL DE
'

•

Lo1:1s-LE GRA "D

-

· · -

S

-

ALI,! ET DES llOUU"\'S DE MONTllARTRF., PRISE DES JARDDiS

.De
uin &lt;k Monv.u

LE JEUNg.

(Musét CarMvakl,)

•

USPE..'-DU' DE t .J R,..,,.
-~ ~ ...

Les comptes d'une grande dame
en 1738
Par FRÉDÉRIC MASSON, de l'Académie française.

Des rohes à douze Fr:inc:,, qui en a vu,
sauf Àtt Bonheu,- du Da11te ? Des ouliers à
cinq francs, qui en a vu, sauf chez les cordo~iers du faubourg, fabriquant à ju te
pru: en quelque loge ignoùle de portier? Qui
a bu du vin, et du nai vin, et le plu ~rand
vin qui soit, à 78 livres la feuillette? Cela a
été ai~si pour ta nt et c'est le prix qu'on paiait
à Paris, au temps où régnait par la gràce de
Dieu, très grand, Lrè! illu~Lre et très excellent prince, Louis,, •ye du nom, roi de France
el de ararre, Louis le bien-aimé.
li y a quelque cent soixante-quinze ans
donc, _\ivait à Paris, en son hôtel de ce quai des
Théatins, auquel on a donné depui le nom
de M. Arouet de Voltaire, une très grande
dame, qui, au nom le plus illustre de la monarchie, à ce nom de Montmorency qui se
rencontre à chaque page de notre histoire
avait allié le nom de Harlay, le premier no~
de la Robe.
.lllle de Daria) de Beaumont avaiL épousé
en i 7H, à l'àge de dii-lmit ans, très haul

el Lrès puissanl seigneur ,1gr Chri tian-Louis
de Monlmorency-Lu1embourg1 prince de Tin#
gry, sou,·erain de Luxe, lieutenant général
des armét:s du Hoi el de la province de Flandre, gou,·erneur de la ville et citadelle de
~alencie~nes. Les titres étaient forl grands,
1 à~e Ir~ haute, le couraae hors de pair;
mais, d argent, Christian-Louis n'en aYait
point. C'était un cadet, le quatrième fils de
ce maréchal de Luxembourg, qui, fils posthume d'un père décapité sur l'échafaud, se
v~ngea de son roi en remportant en son nom
dix glorieuses victoires, en tapissant avec des
drapeaux pris sur l'ennemi les murs de otreDame. Il fut grand, ce bossu; il mlirita, par
son dévouement à la France, qu'on donnàt
son nom à une des rues de Paris. Cette rue
se n~mmail ain i depuis l'an de grâce J719:
on aJu?é que ce nom de Luxembourg était de
m~u~a1s exemple. L'entrepreneur devicloires
a eté remplacé par un entrepreneur de banqueroutes : on a mis Cambon là où était
Luxembou rg. Ce fabricant d'assignats plaît

nu. ?&lt;&gt;n~eil muni~pal de Pari autant que
lm depla1t ce fabricant de gloire.
Comme cadet, Christian-Loui n'avait eu
qu'une légitime très mince et un litre de chevalit:r ~e Malte: titr~ nu, car, n'aimant que
le service de œrre, n ayant point voulu s'engager dans la Rdi"ion, ni faire ses caravanes
il n'avait à attendre ni commanderie, ni bail~
liage. Dès l'enfance, il avait servi : à seize
ans, il étail à teinkerq ue; à dix-·Ppt, il
obtenait un régime~t. ~ette année-là (1693),
so~ père m_ourut. ~ était sa fortune qui semblall ruoum. Il lm fallut servir double, réclamer comme une faveur la corvée des
quartiers d'hiver. et, pendant que le jeunes,
les galants, les riches s'envolaient à Versailles, demeurer sur les frontières, remplir sa
bourse, se serrer le ventre pour tenir table
au printemps prochain et faire bonne figure.
~iosi,. avec ses appointements, quelques gratifications du Roi, sa médiocre légitime, un
petit héritage qu'il avait mangé économique-

Son nouveau titre ne l'avait point enrichi;
en son contrat de maria~e il eut beau mettre
1out à bout sa vaisselle d'argent, ses chevaux
et équipagi&gt;s, ses meubles meublant , une
créanl'e peu recouvrable sur les Iré urier · de
l'Extraordinaire des guerres, se· 11ppoinlemeots romme lieutenant général en Flandre
et comme gouverneur de Valen,:iennll·, le brevet de retenue que le Roi lui avait accordé
sur sa charge, c'est tout au plu s'il parvint
à fournir un total de 150.027 livres et c'étail'lll; romme on voiL, des ,,a[eur · difficilement néaoeiaLle ; mais lllle de llarla,• était
riche par son père, le premier présid~nt, et
par sa mère : une du LouëL de Coëijenval.
Elle eut en dol 20.000 liHes di:i reutes bien
as,i_ es, trois fois autant à la morl du premier président de llarlay, hien pins encore à
la morl de • a mère. En 1i5.t, quand le prince
de Twgry ful devenu maréchal de France el
que, ch~~geant de nom pour la quatrième
fois, il 'appe_la le maréchal de Montmorency,
non eulemt'nl il fut ce 4u'il était Jadis. un
des hommes ltl!l plus noules, les plus hravts
et les plu ju lement honorés qu'il y eùl en
Franct•, mai un des hommes les plu riche.,
non pas riche à la façon d'un fiunncwr ou
d'une favorite, par les croupe ur les fermier· généraux. ou les intérêls dans les fournitures, mais riche d'une ri1hesse solide, en
bons contrats l'L bonnes rente~, en lcrres patrimoniales, en rede\'ance certaines, en fcrm,•s de rapport as uré.
La maréi-hale, en ~rnnde damr qu'i•lle
étaiL, dut 'h~biller rbez les meilli•urs fournbseur ; sa ta.hie fat d plus ,1,i .. nées; ~a
cave de~ mieux remplie~. Ce 11'était point
chez elle la profu~ion d'une de ces mai~on
où l'on ne .ail point ce que Yaut l'argent, le
e:icbage, comme chez le prince· du sa11g
royal uù la de serte el la mise-bas fai~aien t
le prnLil el ll's appointements d'une nuée de
.erviteur·, c't\tail la vie réglée et attentive où
,la Uontmorency se souvenait qu'elle avait été
Harlay et, de celle race d'bonnètes gens économe~, a,•ait gardé l'art de calculer et l'bubitudc de payer ses dettes.
Et elle les payait, car voici les mémoire"
des fourni. sears arec leur aCIJuit, el biea ouvent à coté : « Mme la Maréchale a raballii
tant », et de .on écriture, plus ruùle que
femelle, elle a refait les additions, vérifié le
totaux, inscrit en haut de la femlle un numéro de rappel. En était-elle moins bien habillée, . a mai,on en était-elle moins agréa-

L ES COMPTES D'UNE G'J{AND'E DAME EN 1738 - --,

Lie? Non pas, mais elle était d'aplomb el en on ne sait quui en couleur, de l'or et de
l'argent : 56 livres; plus six douzaines de
équilibre.
Les étoffe , elle les achetait au lieu d'ori- bouquets à l0 liTres la douzaine, 60 li~-res;
gine el de fabrication, à L)'on, à Marseille, à plus, pour le_ deux. robe , 16 aunes d'agréTours; puis, à Paris, les modi tes de bon ments à 6 livres l'aune : 96 lines; cela fait
renom les aerommodaient: c'étaient ~tlles Pa- de façon et fourniture quelque 150 livres par
nier ou Mlle de Launay. Et ~i on payait cher robe. Voilà des prix qui, i on les quadruple
le· étoffes, i l'on payait 550 füres pour pour trouver la raleur actuelle de l'argent,
l'étoffe d'une robe à h11uquets détachés f.ur commencent à avoir quelque tournUl'e, mais
fond agate, de la manufacture royale de lar- on baisse \Île. La robe de satin fond ro.e
seille; 450 füres pour l'étoffe d'une rohe aYec une raie en argent se paie 21- livre ; la
fond roqe, à Lyon; 600 livres pour l'étoffe robe de satin food blanc avec une raie verte
d'un habit de n-lours à bouquet brodés, le:. et un ramage violet ne coûte quP. 15 li\re ,
couturières de ce Lemps-là n'étaient point di- mais on y emploie :;G aunes d'agréments à
sols l'aune, soit 14 liues 8 sols; 6 aun&lt;:s
gnes de celles du nôtre : 8 livres la façon
d'une robe noire; 12 livres la façon d'une d'agréments à deux côtés pour les manrol,e bleu et or, garnie en polonai~e de mème chettes, à U sous l'aune, soit .t livres 4 sols,
étoffe; 8 livres une robe de moire noire; el six. douzaines de bouquets à 5 livres 1~
8 livres une robe de taffetas vert glacé, gar- douzaine, oit 30 livres : cela ne fait encore
nie en polonaise; 5 lines une robe de Per e que 63 li\'re , 12 ois; el on arrÎYe aux rohes
fond bleu; S livres une robe de velours re- à douze livres, une robe el jupon de ,atin
faite; it livre une rohe et un jupon vert eL rayé souris el blanc, une robe et jupon de
bleu, garnie en polonaise et garnie à volant:-. da mas tond vert : 12 li \Tes tou l cela, et
V,,ilà lei. prix qui re,·iennent sans ces.e : 6 lines un jupon de taffetas blanc garni.
Ce sont donc bien le mème prix che1.
5 livre· la robe de toile per e; 8 livres la
robe garnie en polonai e; 12 lh·re la robe Mlle de Lauoay, ~Ules Panier et Mlle PercheaYec le jupon à rnlauts. Les agr~ments ont ron. La façon d'une robe avec on jupon e t
en sus : 26 ou :56 aunes à 5 sols; puis le de 12 livres; ce n'est que par exception, en
bord de la Jnpe, haut el ba , tran•r · el plomb cas d'habits de noces · ou d'habits de cour,
à 2 lhres l0 .sol ; cela ue grossit pas beau- qu'on ort de ces données ordinaires et normale.
coup et ne va Jamais au !oui' d'or.
Et les souliers, ces chers et mignons souLa maré,·hale o. ses quarante ans. Peut-èlre liers du siècle pa é, qui dansent au bout du
se néglige-t-elle, va-t-dle au bon marché el pit·d de dame de )forcau le jeune, ces . oune se ouc1e-t-elle point des bonne,. faiseu ·es? liers galnnts qni s·envoleut dans le. llasanli;
)1 ai:- elll! a une lille, la ducbe~se de Tre~mes, lieu1·eu.nle /'Exi•a,·polette, ct:s soulier dont
qui donne le tun, qui est de tous h:s Voyages, le talon mutin sonne, après un iècle écoulé,
qui fait les beaus. jour· &lt;le la Cour, el, en dans le cerveau de tout homme qui aime LA
mère bien appnse, la maréchale paye la note FEUIi', ces souliers adorés qui, retromé
chez ·a couwrière : voici. pour la duche ·se, aprè · tantôt un siècle, onl rendu à la Pariün babil en gros de 'fours gri : coùt, sienne l'eiqui t!l le particulier de on allurl',
1 hvres; ,·oici un habit noir complet, ces ouliers qu'on veut chasser à présenl
18 liue ·; ,·oici une roue ru e et ar ent, pour mettre en leur place l'it?noble, l'imbétO livres; une robtl ro e et ~ris, 8 livrt•s; cile, le déplorable soulier à l'aaglaise, le.
voici, el cc sont des robes de Cour, c·est le voilà qui défilent devant nos yeux comme un
dt:rnier cri de l'él~anet: et du luxe en l'an régiment dont, coûte que coûte, il faut suivre
de gràce 173 , un hab il dt: drap d'or, man- la mu ·i•tUI! : soulier~ noir chamarrés, souteau, jupe et jupon, un baliit de drap d'ar- lier:. de l"aslor gris, ouliers de maroquin
~t'nl, manteau, Jupe et jupon. Quel prix'! noir, soulier. marron avec un galo11 d'argent,
,ouliers bruns avec un !!:lion d'or : à 5 lines,
25 livre· chaque 1
Où doue peul bien habiter à présent )111e de les ou lier:. unis; à 7 li,·res les soulier a,·ec
un galon. Douze paires de souliers pour
LaunaJ?
llllt: Percheron, maitres e couturière, sera- 69 li1-res! Ah! qu'il étaient hicn de leur
t-dlc · plu dirlicile eu ses prix que n'était temps, ce maitres cordonnier , el comme
Mlle de Launay1 Quaud, l:!n dt'Ct'mLre J732, on doit le!. remercier d'avoir [ait d'une des
le fils ainé du maréchal, titré à son tour armes les plus exqubes de la femme une des
prince de Tingry, épouse )Ille Louise llagde- ch use~ les moins Côù.teU5Cs !
Leiue de Fay de la Tour-Maubourg, c'est pour
Veut-on du pratique à présent, el voulezles habit· de noces une telle splendt'ur IJU 'il
est bien po sible que la facture ait participé vous p,t, er à la cui:;ine el voir le compte de
de celle gloire. C'tisl un malheur, en tout l'épicier? 11 apporte du café dt! Moka à
cas, que l'ortho!rraphe de Mlle Pt:r,·hl'ron n'en 45 sous la livre, du gruyère à 12 sous. Un
ait poml profité, r.ar la facture des abbys de fromage de 0rie Yaut ~ lin-es; le suae coùtc
16 ous la livre. On a pour 6 livres dix-huit
no. se, on ne la lit pa , on la devine.
La façon d'une ruhe d'étoffe fond or avec citron et douze bigarrades; pour une livre
des 0rurs nouées avec de l argent, garnie, cinq ous un quarteron d'amis, pour di a,·ec tous le a1usteruenl : 513 ltues; plus huit oas un quarteron de pommes.
Quand la )laréchale est à sa terre de Be.1usix douzaines de bouquets à 12 livres la douzaine; une robe de Damas food blanc avec monl1 elle paie à ~es gens qui rc lent à Paris
11

... 204 ...

... 2o5""

�111STO'I{1.lf
leur nourriture en argent : c'est 16 sous
pour les lemmes et 25 sous pour les hommes.
Quand elle est à Paris, on consomme chez
elle par jour environ 27 livres de pain.
EUe mange dans des assiettes d'argent à
846 livres la douzaine; et à sa Lahle on aime
le Dourgogne, le vrai vin de France, celui qui
met du soleil dans le cœur et une chanson

dans la voix, le vin de Vougeot que lui fournissent tout droit les moines de Citeaux, le
vin des vignes séculaires devant qui les colonels avisés font porter l'arme à leurs régiments : A 78 livres la feuillette, le vin de
Yoageotl
Il n'y en a plus à ce prix depuis 1744.
Tout cela, babils, maison, table et cuisine,

ce n'est pas la grosse dépense. A côté de cela,
qui est le luxe des grands seigneurs, qui est
l'utilité de leurs corps et l'agrément de leur
vie, il y a quelque chose que je dirai quelque jour, qui est la nécessilé de leurs àmes.
Nous nous plaignons parfois d'avoir trop à
donner aux pauvres; on verra comment savaient donner les gens d'il y a cent ans.
FRÉDÉRIC
de

MASSON'

l'Académie J,-ançaist.

Notes el Souvenirs
Ve1·sailles, merc1·ecli 51 mai '18 71. - A
dPux heures, à la Chambre. Je n'avais pas vu
la salle de spectacle d11 château de Versailles
depuis le soir de la fameuse représentation offerte au roi d'E pagne. C'éLaitle 20 août t 864.
Nous étions M. Auber, M. Perrin, alors directeur de !'Opéra, et moi, blottis dans une petite baignoire, toule sombre, à gauche de la
scène. Mes anciens collègue , les secrétaires
rédacteurs de la Chambre, sont maintenant
installés dans celle luge.
L'Empereur el l'impératrice - je ne l'ai
jamais vue plus radieusement belle que ce
soir-là - étaient dans une grande loge,
con$1ruite de face, au fond de la salle fastueusement décorée. Avec un air de triomphe mal contenu, mademoiselle de Montijo,
devenue impératrice des Français, faisait les
honneurs de Versailles au roi d'Espagne, à
celui qui avait été son roi, et qui n'était plus
que son hôte. D'un aspect assez mince, ne
faisant pas grande figure, le mari de la reine
[sabelle était assis entre }'Empereur et l'impératrice. Trois grands fauteuils, presque
trois trônes, étaient installés sur le devant de
la loge. Tout à coup, l'impératrice .fil appeler
un chambellan, qui se présenta respectueusement, non pas courbé, mais littéralement
plié en de,u, en habit rouge, la croix d'or
au côté, cordon espagnol bleu de ciel autour
du cou. Quelque chose évidemment avait cloché dans J'étiquette, et des paroles sévères
étaient adressées au chambellan. L'impératrice parlait avec une extrême animaLion; le
chambeJtan rougissait, balbul.ia.it, perdait
contenance, s'inclinait de plus en plus, touchait terre; !'Empereur intervint doucement,
avec un air d'indifférence el de lassitude, on air habituel, - cherchant évidemment à
apaiser !'Impératrice; le roi d'Espagne était
fort gêné; par son sourire, par ses gestes un
peu gauches, il disait clairement : &lt;1 Mait: cela
n'est rien, rien du tout; cela n'a pas la moindre importance. » La salle entière, fort iotriguée, avait les yeux fixés sur ce groupe des

trois Majestés. Et quelle salle! Venus là,
tous les trois, avec la troupe, avec l'Opéra,
nous étions seuls en habit noir. Il n'J avait
dans la salle que des uniform11s éclatant~,
des habits brodés sur toutes les coutures;
sur les poitrines, des plaques et des grands
cordons de toutes IP.s couleurs. Et les femmes! Presque toutes jeunes et presque toutes
belles ! Un luxe inouï de tuilettes! Un ruissellement de rubis, de perles et de diamants!
C'était un éblouissement.
Nous nous demandions si nos atfreux
habits noirs n'étaient pas la cause de l'incident, s'ils ne faisaient pas scandale au milieu
de toutes ces splendeurs; nous nous étions
rejetés un peu inquiets au fond de la lo;:re.
Nous avions peur d'être expulsés, et c'eût été
grand dommage, car le spectacle était merveilleux sur le théâtre aussi bien que dans la
salle. Mais non, le scandale, ce n'était pas
nous ... l'lmpératrice se calma; nous ne fûmes pas renvoyés.
... La Chambre a déménagé avec tous ses
accessoires, comme une troupe de Paris qui
'en va donner des représentations en province. La tribune du palais du quai d'Orsay,
cuivre et acajou, a pris place dans la salle de
spectacle de Versailles. Les anciens emportaient leurs dieux, les députés emportent leur
Lribune. La sonnette aussi est 1a même. C'est
la sonnette de M. Sauzet, la sonnette de
M. Dupin, la sonnet•e de M. Marrast, la sonnette de M. de Morny; c'est aujourd'hui
Il. Grévy qui carillonne, et, après lui, qui
sait? Le déménagement du Corps législatiI a
été une admirable opération : on n'a rien oublié. Tout à l'heure en entrant dans la salle
des séances, j'ai vu venir à moi, tout glorieux, un vieil employé de la Chambre.
- Ah I ru'a-t-il dit, savez-vous que c'est
moi qui ai en le bonheur de sauver le grand
timbre sec de la Chambre des députés, le
grand timbre sec qui seul peut rendre les
lois valaLles? J'ai réussi à le faire sortir de

+
... 206 ...

Paris, le 19 mars, et, songez donc! s'il était
resté aux mains des membres de la Commune ... .. Mais ils ne l'avaient pas, et. rien
que par cela, tous leurs actes, tous leurs décrets étaient entachrs de nullité.
J'avais connu ce brave garçon autrefois à
la _Chambre; il me parlait du ton le plus convaincu. Il pensait de la meilleure foi du
monde avoir sauvé la France, en sauvant le
grand Limbre sec du Corps législatif. Je l'ai
accablé de félicitations.
Cette séance est d'un ennui mortel. Je sors.
Dans la cour de Marbre, au-dessus de la porte
par laquelle, tous les jours, entraiL et sortait
Louis Xl V, on a accroché une méchante planche badigeonnée, portant ces mots: 111N1 TÈRK
DE L'INTÉIUEUR, et, près de cette porte, appuyé
contre le mur, un garçon de bureau fume sa
pipe. Dans le parc, solitude absolue; je vais
jusqu'au Petit-Trianon, même solitude. Voici
la ferme, la vacherie, le presbytère, el sa petite colonnade. Voici les vieux carrosses des
rois de France, les voitures du sacre, le traîneau de la Du Barry.
li y a deux mois, sur la place d'Armes de
Versailles, au milieu des pièces de siège et
des caissons d'artillerie, se troU\·ait un très
étrange prisonnier qui venait d'être ramené
de Paris : c'était l'omnibus numéro 470 de la
ligne du pont de l'A.1ma au Cbâteau-d'Eau. li
avait été pri• par les troupes sur la barricade
de Neuilly. Littéralement criblé de balles,
tous les carreaux brisés, les ferrures de l'impériale tordues; à l'intérieur, les coussins
crevés, percés, tra1·ersés de coups de baïonnetle, les boiseries déchiquetées, émiettée~,
tonte les peLites aîûches réclames pendant
en lambeaux ; L1 foule se pressail pour regarder dans l'omnibus, enlre les deux banquettes, une grande mare de sang du plus
beau rouge. Ou aurait dù la mettre, celle
,•oilure, au PeLit-Trianon, parmi les vieilles
voilures des souverains; elle y serait parfaitement à sa place: l'omnibus, aujourd'hui,
c'est la roiture du souverain.

LE ROI LOUIS X[If COURT LA BA.GUE DANS UNE GRANDE PARADE A LA PLACE ROY.ALE. -

UN MARIAGE ROYAL

+

Louis XIII et Anne d'Autriche
Par Louis BATIFFOL

11
En ce mois de janvier 16f9, avait lieu le
mariage de la sœur de Louis XIII, Chrétienne,
avec le prince de Piémont. Ou assaillit le ménage royal de demi-mots discrets. Le nonce
dit au roi, en plaisantant : « Je ne crois pas,
Sire, que vous voudrez recevoir relie honte
d'a,·oir un neveu avant que Votre Majesté ait
un dauphin! » Le roi rougit et répondit en
riant avec bonne grâce qu'en elft!t il ne pensait pas recevoir cette honte. L'observation
Extrait de l'ouvrage

LUDOVIC

HALÉVY.

Gravurt de C111SPIN DE PAS.

de

Louis Ratiffot, Le roi

Louis X/li à vingt a,u, éclité par Cafmar,n-Lévy.

l'avait touché. On crul remarquer que les
égards qu'il avait pour la reine devenaient
plus nuancés, qu'il éprouvait de plus en plus
de plaisir à venir la voir, à rester avec eUe.
Luynes pres,-ait. Il prit une singulière ré olution . Le dimanche 20 janvier, on célébrait
le mariage d'une autre sœur du roi, celle-ci
fille naturelle d'Ilenri JY, mademoiselle de
Vtmdàme, avec le duc d'Elbeuf. Sui\'ant les
usaaes royaux, le souverain devait accompaane; le jeune couple chez lui, le soir, dans sa
~hambre, puis, « les rideaux du lit Lirés »,
s'en aller. Le duc n'eut-il pas l'extraordinaire idée de décider le roi à rester? Un am-

bassadeur donne des détails et ne paraît pas
autrement choqué. Mademoiselle de Yendôme
riait et concluait par de bons conseils.
Louis X[I[ fut ému. Le 25 au soir, devant
ses résistances dernières. Luynes prit le parti
d'en finir. li était onze heures, le roi était
sur le point de se coucher: il le prit par le
bras, l'entraina dans la chambre de la reine
et le poussa, puis ferma la porte! ... Triste
privilège des existences royales! La scrupuleuse conscience d'un médecin exact consignant jour par jour les moindres détails de
la vie de son souverain, susceptibles de ser\'Îr à l'étude de sa santé, ne mel pas le mé-

�H1STORJJI
nage royal à l'abri des pires indiscrétions de
l'histoirP I Le lend ... main, officielh,ment, tous
les ambassadeurs étrangers étaient prévenus

PHILIPPE

III,

ROI D'ESPAGNE.

Détail du lab/tau. de V &amp;LAZQ UEZ.
(Mu.st!e du Prado, ftfa:triJ.)

de l'heureuse nouvelle et priés de la transmettre à leurs gouvernements respectifs : au
dire d'Héroard, la communication n 'é1ai t pas
encore tout à fait exacte. Mais, par une transformation inattendue, sans autre insistance,
Louis XIII ~e décidait maintenant de luimême : el, le J8 mai. Anne d'Autriche pouvait enfin Mclarer, rorume une autre reine
de la fin du .iècle suivant, placée dans des
circonslanl'es analogues, qu'elle était décidement « reine d... Franct&gt; ! »
Ce fut une joie uni'Vt!rselle. Ltis ambassadeurs ac~ueillirent la notification avet: un
contentement exlrème et donnèr('flL à leurs
cours les détail$ nécessaires. Celui d'.E pagne
mandait au roi Philippe Ill qu'il 't&gt;n féliritail d'autant plus que l'événement allait. sans
aucun doute, procurer plus d'influence à la
reine, ce qui permcllrait d'utiliser eflicaremeot son in terméd,aire pour les néaociations
f.utures. Des cuurri ... rs avaient été r,expédi~s.
« La ,·our en a éprou\·é unP grande salisfactio?•. ~andait le nonce au Saint-Siège, parce
qu ams1 le mPnage royal e~t con,,olidé : on
peut croire qu'il n'en résultera que du bien
uoo seulement pour la France, mais encoru
pour le re}le de la chréti... nté. » Le secrétaire
d'État Puisieux écr1vh à tous les ambassadeurs de France : « Les meilleures nouvelles
que je vous puisse mandt:r par cette dépêche,
expliquait-il à l'amba.s.adPur français à Rome,
Simon de Marquemonl, archevêque de Lyon,
est que le roi, depuis quatre jours, a commencé . .. de quoi leurs ~lajestés ont reçu un
réciproque contentement et le puLlic une
très grande consolation. Ce n'est pas une pe-

Loms X111
tite affaire et m'as~ure bien que ~f. le nonce l'ambassadeur d'l&lt;:spagne. afin que celui-ci
n'aura oublié à l'écrire à Sa Sainteté à iaqueJle n'en ignoràt, et transmit la déclaration à
vous le devez confirmPr comme un a\is très Madrid, qu'il adorait Anne d'Autriche « parimportant dedans et dt:'hors le royaume. J't&gt;s- dessus toutes les choses de ce monde, qu'il
pi.•re que ce bon commencement ~era suivi le lui témoignait de tout son pouvoir et que
d'rlTPts très farnrahles et heureux. » Les cela était notoire à tous ». Si même sur un
corre. pondances parti&lt;"ulières étaient rem- point quelconque le roi avait une légère
plies de l'expression du contentement pu- observation à faire à sa femme, il priait
blic : l'allégresse était justifiée.
Luynes de demander à l'ambassadeur d'EsL'événement en efft:t avait amrné dans les pagne de s'en chargPr : « Rôle délicat, manra1•ports entre les dnu époux comme une dait Giron au roi d'Espagne, et de beaucoup
révolution. Ces deux ètres, ju que-là si étran- d'importance, mais que je lâcherai de remgers l'un à l'autre, semblaimt maintenant se plir au mieux des intérêts de Votre Majesté
reconnailre après un malt-otendu prolongé. et de ceux de la reine très chrétienne; n tellis se témoignaient des trésors de tendresse lement Louis Xlll était soucieux d'écarter la
ignorés l'no de l'autre. Profondément louché, moindre oruhre de son bonheur. C'ét:iit la
Louis X[(I avait dit, le lendemain du 25 jan- June de miel.
Seulement, pour ce qui était des suites,
vier, à sa Îl'mme, qu'il l'aimait, qu'il lui fai~ait le serment de ne jamais aimer qu'elJe, rien ne se décidait. &lt;&lt; La reine ré1maote se
de Jui rester fidèle, ex~losion touchante de porte bien, écrivait Benlivoglio à Monteleone;
retle sensibilité vive 4ue les circonstances je lui demande souvent que fait M. le d:rnseules l'avaient empêché de moolrer. Et il pbio; elle rougit, elle sourit et ne diL roui. »
tenait parole. La confiance1 l'abandon fai- Beaucoup de gens osaient parler comme le
saient place aux aigreurs précédentes. Le nonce et la réponse ét.ait la même. &lt;&lt; Elle
terrible Iléroard indique en marge de son sourit, disait Conlarini; elle de,·it•nt rouge et
journal. par un petit signe cabalistique, cer- elle répond qu'il n'est que de s'en r~mellre
tains points de repère dont la Faculté pourra à la volonté de Dieu. &gt;&gt; Personne ne voulait
eosuile avoir besoin afin de suivre avec pré- croire que r,ela pùl durer : &lt;c A quel propos,
eision l'eiistence de quelque futur roi de s'écriait Malherbe, nous imaginerions-nous
France. Celle extraordinaire statistique nous une stérilité en un roi et une reine tous deux
renseigne sur la constance des nouveaux sen- en la fleur de leur âge el Lous deux d'une
timt·nts de Louis Xlll. Visiblement, aux. constitution excellente, qui s'aiment avec
appréhensions d'antan avaient succédé des paHion! » A la 60 de cette année IG19, une
dbposilioas con1raires. Suivant un protocole seconde fois, l'espoir remplit de joie les
méd,cal imposé pour des rai,ons de prudence cœurs; il fut suivi d"une déception nouvelle,
et que les rois de France devront subir puis d'appréhensions terribles. Anne d'Aucomme une partie de cérémonial obligatoire, triche manqua mourir.
Elle était tombée malade à Sainl-Germain
dPS délais de quinzaine lui étaient impo. és.
Il s'y .oumettait plus ou moins. Si le dauphin
n'est pas ver,u, on ne peut le reprocher à
Louis Xlll.
La lr,msformalion fut surtout remarquable
cht•z la. petite reine. De froide et revêche,
elle é1ait devenue douce t'l bo11ne, abandonnée,
cherchant une p, otection. Son caraclère indolent paraissait s'éyeiller et même attester
quelque violence. Elle se munirait kndre
pour Louis. Xlll, impalit"nte de le voir, attenlionnre, souriante.
Ce fut une id)lle. Le JPune roi, amoureux
de la jeune femme, en oubliait ses plaisirs
favoris, la chasse. U fut plein de ~nllicitude,
d'égards : il était assidu. « Sa llaje. té, écrivaiL ~I. de Pui. ieux à M. de Léon, montre à
la reme une afft&gt;clÎon très graude qui est capal.ile d'effacer plu~il!urs petits sujets de mécootentemt&gt;nt et d'assurer uue vraie amitié et
intelligence pour la chose pul,lique. » Quelques mois après on crut pouvoir parler d'espérances : l'émotion étail vive; ell11 devait
Cliché Girandon.
être de courle durée. Anne d'Autriche en
Duc
o'ÜLJVAREZ.
éprouva une grande dérep1ion. Louis Xlll
De/ail du: tableau de V EL&amp;.ZQUEZ,
lui manifesta plus de Lendresse «&gt;Dcore: elle
(llfusee du Pra:io, Madrid.)
se conduisait avec un tact parfait el Lout le
monde l'aimait pour relie douceur ft celte
.honlé qui étaient un peu nourellcs cht'z ell11 el les médecins avaient déclaré que la prinet •1u'on appréciait d'autant. A qui voulait cessP., présentant tous les signes d'un état
l'entendre, Louis Xllr répétait combien il intéressant, il n'y avait pas lieu de lui admiaimait la reine. Par Luynes, il faisait dire à nistrer de remède. ll avait été décidé qr' A.one
.,_,

208 ,...

assisterait aux filles organisées le Ier janvier
pour la réception de nouveaux chevaliers du
Saint-Esprit. L'ambassadeur Cootarini, présent aux cérémonies, écrivait combien il avait
été frappé de sa pàleur, de sa maigreur
ex.cessive, de son air l:mguissa.nt : « Si je ne
J'ayais pas vu manger, ajoutait-il, je ne pourrais pas affirmer qu'elle fùt morte ou ,·i11e. •
Dans le courant du mois, die ,oulut assister
au ballet traditionnel de la Cour. Ce îut une
fatigue extrême; les forces l'abandonnèrent;
elle tomba; une fiè1rc intemc la prit, « fièvre
double tierce, ardente et aiguë », disaient les
médecins. Elle eul le délire : on appliqua des
venlouses sur les reins afin de le dissiper.
L'inquiétude était générale. ~euf médecins
ne quitlatent pas la malade qu'entouraient
princes, princesses, grandes dames de la
cour empressées à la servir. On essaya de
tous les remèdes : elle refusait de les prendre.
On la saigna deux ou trois fois : loin de diminuer, le mal ne faisait que croitre. Le septième jour on la crut perdue. Dans l'appartement, les femmes sanglotaient. Au dehors
le public multipliait les prières, suivait des
processions ordonnées pour la guérison de la
souveraine, remplissait les églises afin de
participer aux offices des quarante heures,
entendait les messes spécialèS dites à la SainteChapelle. Le onzième jour, un léger mieux
se dédara; le quatorzième, la fièvre commença à décroitre cl le seizième il parut que
la pelile reine était sauvée!
Celui qui avait montré encore le plus Je
douleur était Louis XHI. On ne le reconnut
pas. li fut pris de « dtitresse »; il pleurait à
chaudes larmes devant tout le monde, à ce
point que l'ambassadeur d'E~pagne, surpris,

DUCIIESSE DE CUEVREUSE.

D'af,rès un portrait de L'a1icfen,1e collection

Monl.ptnsier,

a11

chéilea11 d"Eu.

ne pouvait s'empêcher de trouver que « ces
larmes, quoique justes, n"étaient pas IJien
séantes à un roi D. li ne qui lia pas le chevH
de la reine, y demeurant jour et nuiL, voulant
V. - lltSTORL\, - Fa!&gt;&amp;:. 3~.

servir la malade, lui tenant la main, lui disaol &lt;&lt; de prendre courage, qu'il n'y avait rien
au monde qu'il ne fit pour elle, y allât-il de

LE LOUVRE SOUS LOUIS

ET JlNNE D' A.UT1'(1c1-1E __,.

positions un allt·gement incroyable. Je sais
que vous y prendrez votre part. »
La crise passée, les deux époux cooli-

XIII. - Gravure

la moitié de son royaume ! » et un sourire
eflleurait les lèvres de la reine. Ce fut lui
qui l'exhorla à prendre les médicaments, qui
insista, la supplia, jusqu'à se mellre à genoux : Anne, touchée, disait qu'elle voyait
bien que cc le roi l'ai.moit de tQul son cœur &gt;&gt;.
n ût un vœu à Notre-Dame de .Lorette; Anne
d'Autriche en ayant fait un à Notre-Dame de
Liesse, il prit l'engagement d'aller lui-même
le teni'r. Il voulut qu'on apportât dans la
chambre de sa femme les reliques de saint
Denis, celles de saint Charles, d'autre encore,
et prescri1it de dire des messes. Il renonça
au protocole, refusa de diner en public, décommanda Ioule cérémonie, répondant que
&lt;t sa douleur ne lui permclloit rien, lorsqu'il
se seoloit si particulièrement aflligé &gt;&gt;. Anne
m élait attendrie. Entrant en convalescence
et le jeune roi lui témoignant ainsi son affection, elle le regardait les yeux pleins d'amour,
et, par reconnaissance, precanl la main du
prince, la soulevait d la portail à ses lèvres :
la figure de Louis XITI rayonnait d'une joie
d'enfant.
La convalescence suirit, lente. Les neuf
médecins rn relapieat : quatre de la cour,
quatre de la ville, et, les départageant, lléroard, le premier médecin du roi. Ceux de
Paris Youlaient 1u'on saignât encore, ceux de
la cour s'y opposaient; lléroard n'osant pas
décider, Louis XIU faisait venir un vieux medecin qui avait servi les rois précédents, lequel opinait quïl était plus utile de remettre
du sang dans les veines de la malade que de
lui en retirer. Peu à peu Anne d"Autriche
reprenait; elle faisait distribuer de larges
aumônes aux hôpitaux: et aux monastères :
les poètes célébraient sa guérison el des
actions de grâces publiques s'élevaient vers le
ciel. Le souverain écrivait de tous côtés pour
annoncer l'heureuse nouvelle; il disait la joie
qu'il en avait éprouvée: (c J'avais été grandement ailligé de la maladie de la reine, mandait-il à sa sœur la princesse d'Espagne;
maintenant je reçois par ses meilleures dis-

,flSIIAEL SILVESTRE.

nuèrent à se manifester la même tendresse
confiante, à faire preuve d'attention, de complaisance, de bonté. Une circon Lance solennelle allait leur permettre de rendre témoin
de leurs seotimenls une foule comidérable
qui, ravie, acclama.
Le i 7 mai de celle année 1620, avait lieu
à la Place royale une grande p:irade dans laquelle Louis XII[ devait courir la bague avec
un certain nombre de seigneurs. Au jour dit,
un dimanche, un public immense s'entassait
derrière les barrières. Un échafaud, (1 la loge
royale », tapissé de velours violet, semé de
fleurs de lys d'or, el sur lequel devait se
mettre Anne d'Autriche entourée des grandes
dames de la. cour, avait été dressé. Aux fenêtres des hôtels de la place, garnies de tapis
d'Orient, courtisans, princesses et seigneurs,
en riches habits, se pressaient. A dP,uX heures
la reine arriva dans son carrosse de gala,
accompagnée de la sœur du roi et de sa suite
de dames. A trois heures s·al"aoçait à son
tour Louis Xlll, vêtu de satin lilanc, la tête
ornée d'un g·raod panache de mème couleur,
monté sur un petit coursier Liane à la selle
brodée d'or et d'argent; il était précédé et
suivi de chevaliers et de princes, escadron
multicolore, brillant, qui caracolait. La pe.lile
troupe fit au pas le tour de la lice, saluée par
ks vivais de la ÎOLÙe, puis, aux sonneries des
clairons cl trompettes, - la bague posée sur
une potence et qu'il s'agissait d'enlever au
moyen d'une lance, en passant au galop,
a1ant été mise au point, - la course commença. A la file, Louis XIIl, M. d'Effiat, le
prince de Condé, le comte de Soissons, les
ducs de Guise, de Chevreuse, d'Elbeuf, une
trentaine, s'élancèrent. Le marquis de Courtenvaux et Sainl-Luc touchèrent. li derait y
avoir trois courses. A la deuxième et à la
Lroisième le roi enlel'a la bague. Finalement
ils se trouvèrent quatre ayant obtenu le même
succès. Courtoisement, les trois champions
déclarèrent laisser la palme au roi : Louis Xll1
refusa. Deux courses supplémentaires furent

q

�111S T0'1{1.Jl

~---------------------------

décidées : à la seconde, Loui XIII enlevait
l'anneau. Les acclamations de la foule aluèrcnl sa vicloire. D'un geste aimable il se
dirigeait ver on Yieil écuier Pluvine!. afin
de montrer qu'il lui rapportait le mérite de
ce succè.'-, lorsque Pluvine!, lui indiquant la
loge royale, fit signe de le conduire à la reine.
La reine deYait en e!Tet donner au "aioqueur
le pri de la cour e : une bague d'or garnie
d'un magnifique diamant. Anne d'Autriche,
tout heureu:e, a\'ait le - larme · aux yeu1:.
Quand Louis Xlll, arri,ant au pied de l'échafaud, ,it son émotion, déjà louché lui-même,
il ne pul se contenir, et .ans souci du cérémonial ou de la tenue qu11 lui imposait Sa
fajeslé royale, il escalada rapidement les degrés, puis, d'un mouvement charmant, se
jetant dans les bra de la petite reine, il
l'embrassa. L'enthousiasme de assistants ne
connut pins de borne·.
Durant le mois qui uivireut, ces dispojlion se confirmèrenl. Obligé de partir en
campagne pour rétablir l'ordre dans le
royaume, Louis XIII écrivait à sa femme. Il
ne Iaul pa attendre de lui des lettres nuanct:Ps : il a an St) le court el froid; il donnait
à la reine ,IL· ~t•~ nou,clk, la tenait au cou-

Cllcbt Giraudon.
PJJIUPPE

IV,

JUJ?Œ .

1'aékau it YELAZl,lllEll. (Musü du Prade, M:drl.l.)

rant de ce qu'il faisait. Cependant sous def?rmes ~l ~rticu_lées la tendres e cl la pa s1on se faisaient JOur : a J':wais été, oe me
semble, lui mandaiL-il, plus de temps que de

coutume sans avoir de ,·os nouvelles; cela
me mettait en peine, mon contentementétant
d'en recevoir sou\'enl. J'aime à mir ce qui
,·icnt de vous; je vous prie de le croire, cl que
l'écharpe que \'Ous m'awz envol'ée m'est
aussi bien agréable; je rou en remercie; je
réserve à la porter aux jours de la montre
(la revue) générale de mon armée qui e fera
mardi. J'espère qu'elle e \'erra en bon lieu
el de témoigner que j'étais seul au monde
digne de porter le faveurs venant de mire
main. » li pen ail à elle : &lt;&lt; Il m'ennuie bien
fort que vous sorex Juin de moi. 11 li dé~irail
la retrouver : " Je souhaite a"ec impatience
de ,·ous voir.
Il J'aimai! : « Je ,·eux vous
témoigner mon affection puisque je n'en ai
poinl de plus grande en ce monde... . Je
pense ~ournnl à vous et qu'il n'} a point
d'objet capable de m'en divertir el que
quelque compagnie que j'aie, vou ête avec
moi hicu qu'absente plu que tous ceux qui
me parlent à toute heure : c'est ce que je
vous ai promis et que vous pouvez as. urémenl attendre de mon affection .... Près de
vous esl le lieu où je me plais le plus el que
je quitte avec déplaisir. Il El Anne d'Autl'iche
exprimant le désir de venir au-devant de lui :
&lt;1 Venez, venez aus i gaiement que vous sere:i:
attendue de moi qui ouhaite pa :,.ionnémcnt
de mus voir. »
De la petite reine à Louis XUI, nous avons
peu de leltres; elles sont urtou L pleine de
soumis ion. Pourquoi écrit-elle de préférence
à Luynes afin que celui-cl tran . mette au
prince l'CJ:prcssion de ses sentiments? C'est
au duc qu'elle dit ses craintes, es ennuis de
voir la campagne e prolonger, qu'elle demande des assurances ur la rentrée prochaine du roi : « Je m'attend· à \'O promesses d'être bientôt de retour, lui dit-elle,
si ce n'esl que von meniet en Esparrne celle
grande armée; je ,·ous prie de croirequej'en
ai grand'pcur. » Elle interroge : « Vou a\'ez
si bien fait la bouche à tous ceux qui viennent
ici qu'il est impossible de tirer d'eux aucune
cerlilude de la renue du roi.
ou de,inons
son affection à travers les le lires de Louis Xlll.
Les sentiments demeurent les même l'année uivaute 1621 : a Je YOUS aime plu que
cc qui esl au monde », dit le roi. « Quelques
affair~ qui adviennent, je n'ai contentement
autant que de pen er à vous et vous témoigner que je vous aime autant que ,·ous le déircz. » En mars on crut que les espérances
attendue allaient se réaliser. Elles devaient
être déçues comme le · précédenlP.s. La mort
du père d'Anne d'Autriche arrivant sur ce
entrefaite., Ja jeune reine, e'branlée par celte
déception, en reçul un coup douloureux. Elle
~mail son père. , a peine fut extrême.
Enervée pour d'autre · rai on elle manifesta
un véritable dé espoir. Toul le monde l'entourait, chcrcbant à la calmer, à fa con:oler.
Le roi s'empre sail, affiigé au dernier point :
il ne s:ivait que faire, entourant Anne d'Autriche de caresses, pleurant lui-même.
Lorsqu'il partit pour sa campagne de 162 J
contre les prote. tanls du midi, il voulul que
la reine le suivît, au moins à quelque dis~

210.,.

tance. En avant a,·ec le~ troupes, ou prè du
feu dans les sii&gt;ges, il prenait quelques
heures de liberté afin d'aller revoir la petite
reine. Le note d"IILtroard ne lais_cnl aucun
doute sur l'intimité afl'ectaeu e des épou1.
De son côté, Anne d'Autriche s'in11uiétait du
roi 11u'clle sa\'ait bra\e, téméraire; elle priait
LuJnes de veiller sur lui pour l'empècher de
s'cxpo·er au danger. Pendant le siège de
.fonlauban, elle s'était fo ..ée à MoL.ac, dans
l'évt\ehé, demeure plus confortable que le
château de Piquecos, quartier général de
Louis XUI. L'un el l'autre venaient à tour de
rôle : le roi partait à cheval sur les trois
heures de l'après-midi, arrh·aiL à \fois.sac vers
cinq heures et demie, soupait, couchait et
repartait le lendemain matin à cioq heures.
Anne d'Autriche \'enait à Piquecos en carrosse, le malin, déjeunait, repartait à trois
heure" : ,isi tes tendre , sans cérémonial, entrevues intimes loin de tout regard profane.
11 tardait bien un peu à la petite reine de
rentrer : « Vous aurez bientôt le contentement de me ,·oir, écrivait-elle à madame de
3longlat, ayanl résolulion de faire si bonne
diligence à m'en retourner que j'espère être
dans un moi · à Paris. ,, Hélas I elle l'eût
moins d~iré si elle avait su qu'une crise
allait en résulter, qui devait êlre grave, troubler de nom-eau le ménage cl faire reprendre
à Louis XUI son humeur fàchcuse d'antan.
Parlant de celte crise de 1622, madame
de ?tlollc,ille, écho peul-èlre de la reine,
accuse Marie de Méùici ·, la belle-mère, d'en
a\'oir été cause. Après la morl du connélable
de l,uynes, dit-elle « la reine Marie de Médicis, s'étant accommodée avec le roi, la paix
enlre la mère el le fils brouilla le mari et la
femme. La reine-mère étant persuadée que,
pour être ah olue ur ce jeune prince, il fallait que celle jeune princes e ne fût pas bien
avec lui, travailla avec tanl d'application et
de succès à entretenir leur médnlelligence,
que la reioe sa belle-fille n'eut aucun crédit
ni aucune douceur depuis ce temp -là. » li y
a eu celte rai on; il y en a eu d'autres.
De retour du siège de ~[ootauban, à la suite
duquel le connétable de Luynes était mort,
Louis Xlll était rentré à Paris ulcéré: ponr
beaucoup de motifs, contre la mémoire de
son ancien favori. es dispositions n'étaient
rien moins 11ue favorables à l'égard de la
famille de Luynes. Les frères de celui-ci
comprenant, s'effacèrent. La veuve, à ce moment, était des plus intimes avec la reine
qu'elle avait suivie pendant la campagne,
qui l'aimait lcndremenl et trouvait un plai ir
infini à sa gaieté légère. Or celte gaieté
légère était précisément une d~ causes de
sérieuses préoccupations contre madame de
Luynes. De mœur plutôt uspectes, la duchesse passait pour admettre dans l'entourage
de la souveraine des gens de conduité douteuse. Les ministres a\'aient demandé au
nonce de faire agir le confesseur auprès
d"Anne d'Autriche afin que celui-ci exprimât
le désir à Ja reine de voir éloigner la coanétablc, madame du Vernet, la princesse de

xm

'ET ANNE D'JlUT1(1C1Œ -- ■-

avait ordonné à la doche .e, en février, de reine une impression de::, plus pénibles. Anne
11uitter son appartement du Louvre el d'aller se considéra comme ollènsée. Elle montra
loger dan. un endroit du château plus retiré. une extrême affliction. Elle dépêcha )1. &lt;le
li était impatienté de l'ascen- Putange au roi arec une lettre protestant
dant pris par la connétaule sur contre la mesure imposée, disant que sa
la reine, au moment même où maison était tenue comme il le fallait, sinon
l'on jasait plus que jamais de que le prince Je,ail lui dire le· fautes comla conduite de la jeune ,euve, mise afin qu'elle prit d'elle-même les résoauprè de laquelle les assiduités lutions nécessaire·; ajoutant que madame de
du prince de JoimiUe étaient Lll)lle' était -urintemlantc, qu'elle ne poula fable Je la 1·our. li ùécida vait s'abstenir &lt;lt! venir remplir son office,
dr\ chas cr madame de 1.uincs 11u 'il étail impossible ile lui interdire l'entré1i
et mademoiselle de \'crneuil. ,ln Lounc, ni l'accès près &lt;le sa maitresse.
Un gentilhomme, .\1. de la Fo- ,\nnc demandait une prompte réponse. Pui ·
laine, fut expédié porteur de elle thargea )1. de Bonneuil d'aller e1:plique1·
trois lettres: les premirres à toutes se · raison :iu roi. ft Arnnt ùésiré une
chacune dès deux jeunes fem- prompte répom,e à la lcllre qu~ l1utanrre m'a
mes, l'autre à la reine; ce · donnée ile votre part, lui répondit Louis Xlll,
lettres étaient sèche·. « .\pnl je vous la fais au, .itôl quïl arrive près de
reconnu, disail Louis XIII à moi. Je n'ai point enlcnùu, ordonnant autre
madame de I.uines, qu'il est demeure que celle du Louvre à ma sœur de
du bien de mon . cnice de ré- Yerneuil et à ma cousine la connétable de
gler à l'avenir la m:ii on de la Luynes, leur en inter&lt;lireabsolument l'entrée,
reine d'autre sorte qu'elle n'a ni ,·ous ùter la liberté de les ,·oir. füis il r: t
été par le pai:sé, j'ai estimé ne du bien &lt;le mon senice el du vôtre que les
le pournir i bien faire qu'en cho es se passent comme fai commandé à la
la forme et par
le · moyens que
YOUS dira le ·ieur
de la Folaine. »
~lademoi~elle do
Verneuil élait
confiée à la duche.se d'Angoulême : « La rénlution que j'ai
prise, mandait
LA REl:-;E, LES PRI ·cE ·sEs i::T LEs o.1Mts IIR LA Cou R PR~~l.'iT Louis Xlll à la
mère de la jeune
LES l'Ull\lRS DE LA PRO.IIK.'\'.\D~: AU \ K.'\\1ROXS DE Cu.llPIÈG. "E, t
per onne, la marquise dt! Yerneuil,
l'ancienne mai11uc la reine se lrOU\':tÎl dan3 une situation tresse d'llenri 1\1, pour cc qui
intéressante : la distribution des charges &lt;le rrgardc ma sœur de Yerm:'uil,
la maison du futur dauphin était déjà com- ,·otre füle, étant sur Ùe!i conmencée. Le lundi U mar_, Anne d'.\.ulriche sidérations qui sont de mon
était allée passer la soirée dans l'appartement sen ice et de son bien, je lié ire
de la prince se de Conti, au Louvre; elle qu'elle l'effectue de la sorlc
rc,·enait, après minuit, accompagnée de que je l'ai ordonné. a Quant !1
madame de Lu1ncs 1 de mad('moiselle de Ver- la reine, le billet qui lui élait
neuil, uivie de eigneur el de dames. En a,lressé était saru; le moindre
tra\'crsanl la grande salle du palais, au pre- mol aimable : « Le soin que je
mier étage - la . alle Lacaze d'aujourd"hui doi- arnir qu'il y ail bon ordre
- les deux amie' eurent l'imprudente idée en votre maison, lui di ait le
de faire courir la reine en la soull'nanl par roi, m'a fait résoudre d'y apporles bras. Anne broncha « au petit rèlais do ter &lt;lu changement qui ne Sl'ra
haut dai u, tomba. Deux jour après Ir
que pour un plus grand bien
e pérances » étaient é,·aoouie . La cour fut comme vous recognoi trei par
affligée. On cacha le malheur au roi qui était le Lemps. J'envoie la Folaine
ur le point de partir pour la campagne de vous faire entendre ur cela
1622, dans le midi, et on ne e décida à le ma volonté, laquelle je vous
. d' Ili l
I t 't l C L.1 lù:!Nt:: , LES PRINCE . SES ET LE D.UIE. DE l-\ COU R P RENSE..'-'T
lui apprendre que lorsqu'il était à Orléan . pdr,c
e ec nder an P. us O e
LES Pu1s1RS DE u DA.'iSE An L:.'VU\ONs DE CoYP1 i:1.,:fE. •
e \'OUS ren re aussi prompte
Louis Xnl eut une violente colère; celle
D'afrts u,ie gra,·urt du temfs. (C.iNnt t .us Esl.im~s . )
colère était faite de la déception du mari el à me donner le contentement
du ournrain, de son animo ilé contre des que j'en attend que je vau
persoones futiles dont on lui faisait tant de crois di po ée à me faire reœ,oir tout celui Folaine de ,·ous le faire entendre cle ma part. D
11 ajoutait le lendemain : c J'ai entendu tout
rapports déCa\'oraLles et qui avaient si légè- ,1ue je me suis promis de voa_. »
La déci ion rigoureuse prise et surtout l:i ce que vous avez donné charge à Bonneuil de
rement compromis de graves intérêts, de sa
rancune contre la famille de Lu1ncs. Déjà il forme ùépourrue de grâce produisirent sur la me dire. La résolution que j'ai prise a)ant

Conti, mademoiselle de Verneuil. L'intervention n'avait pas ahouli. Sur ces entrefaite.•.
eo mars l li 22, un1\ fois L'IICOre on annonçait

•

Lows

-w 2ll ..,.

�111S T0~1.JI
élé avec bonne consi&lt;lération arrêtée, je n·~puis rien chan 6er. » Madame de Luynes envo,a M. de ~lonlhaion, M. de Guise, le prince
de· Joinf"ille. Louis XIII
les reçut très mal et
leur répondit« qu'il ,ouloi t être obéi ». n ne le
fut pas. Les relations dé
la reine et de madame
tle Luynes coolinuèreut
comme par le passé. Tn&lt;ligné, le roi écrivit au
présidenl Jeannin :
« Ayant u qne ma
sœur de Verneuil el ma
l'OU ine la connétal,le ch:
Luynes sont tous les
jours avec la mème lihcrté près de la reine,
nonoLslaot l'éloignement qu.e j'en ai ort.lonoé, el ne désirant pas
qu'elle en use de la
sorte, j'écris à la reine
pour hù faire entendre
ma volonté :c'estqu'aLsolument je ne veux
plus qu'elle la voie, que
parîois et rarement,
comme font ]e5 aulrC's
rlames. A celle fin, vous
lui présenterez ma lettre que je vous prie
d'accomp1gner &lt;le vos
1,oo et salu Laires al'is. »
Jeannin parla. Anne lui
&lt;lit 11u'elle désirait contenter leroi,maisqu'elle
ne pOU\'ailinterdirel 'eotri'.-e de !;On appartement
à madame de Luynes
qui n'étail pas ré1·oluée
de ses fonctions. Jeannin insista. Anne d'Autriche céda. « La ré olution qDe vous awz
pri.e, lai écrivail
Louis XIIl, d'elîecluer
ce qw est de ma ,·olonté
UNE
me contente bien Iorl;
comme je ne pom·ais
allendre autre événement, aussi avez-vous
occasion de croire qu'il o'y a rien que j'affectionne à l'égal de votre bien, ce que ,·ous
recognoi. trez loujours de plu en plus par
tant de L~moignagt· de ma bonne volonté. »
rtlais c'était uu nuage qui avait passé sur
leur bonheur! Orgucilleu e el rancunière,
Anne d'Autriche a1:i.it jugé, nous diL madame
de ~foltel'ille, qu'ét:int elle-même hor de
tout soupçon, elle n'aurait pas dû èlre traitée
comme elle venait de l'è1rc : &lt;&lt; La disgràce
de mada~e de Luynes, étoit un outrage
qu'elle avmt de la peme à supporter. » D'autres qu'elle avait protestés, la fortifiant
ain i daos ses entiment . Les suite allaient
aggra,·er celte impression.
. A quelque temps de là le prince de Join111le, Claude de Lorraine, cinquième fil du

LOUTS

duc llenri de Gui e le lhlafré, déclarait son
intention d'épou er madame de Luynes: il
demandait au roi son consentement, puis,

Al,'Dl~:NCE DE J ,Ol}}S

XIII. - Gr.ivurt k

CRISNll DE

ans attendre la réponse, épousait la irnne
veuve. Ce maringi:: surprit. Louis XlU, bien
que mécontent de la dtlsinvolture du marié.
el que toute la cour ~e moquât du couple
allant s'i1rtaller au cbàtcau de Lé igny, prépar~, scmL!ail-il, à cel effet, p:'.lr le dMunt
duc de Luynes, aimait assrz Joinville, duc de
Chevreuse, qu'il allait nommer grand fauconnier de Franc&lt;', pour que deux mois après
il décidàt, en considération du no11vel époux,
de !aisscr revenir l'ancienne madame de
Luines à la cour. Mais alors pour11uoi arait-il
ain i humilié Anne d'Autrithe quelques
semaine aupara1·ant 1 Et la petite reine se
demandait si uaiment ce n'était pas ellemème que le roi avait roulu aueindre !
N'a\rail-îl pas éloigné d'auprès d'elle un de
es secrétaires, sous le prétexte qu'il était

trop libre avec la souveraine? ~e faisait-il
pas suneiller es enlours? De fait, les dispo!&gt;itions de Louis XIII devenaient Je moins ('0
moins fa,,orables. « Le
roi e t plus mal content que jamais du cabinet de la reine, écrivait farillac à fliche~
lieu ; je ne sache point
qu'on ~ apporte remède. » Quin7e jours plu
lard, )larillac répétait:
« 1,e roi n'rst pas conlenl de la rdne; il ne
veut pas ouir parler de
la~ faire vrnir près Je
lui. » Pendant toute
ret le campagne de 16'22,
les lettres de Louis XIll
à Anne seront des billets sec~, ~~os diu ion,
baulains cl autoritair&lt; :
« Jfl m'assure, lui dirat-il. c1uc vous n'aurez
autre déi.ir que de me
plaire. Il
Cependant. effet peutêtre du temps, de l'éloignement, no talgie
des heures de bonheur
passées, il .e prenait
à lui rappeler « ce
qu'elle lui a,·oit promis
de son :ill'eclion ». li
l't·ntretenait de« 1\·unui
que vous aHz certainl'mcnl de mon éloignement 1&gt;; il lui aYouail :
«Je souhaita de toute
mon affection de mu ·
revoir. » ~ Je me promets hicn cet eil'.,:t de
mon alJection qu'elle
YOUS entretient dans un
dr ir continuel d'a,oir
de mes nouvelles etque
vous serez encore Lien
aise d'en apprendre. ,
Pan·enu Vl'rs la fin de
PAS,
sa campagne et sur le
poinl de rentrer à
Pari· , il souliaitail rernir la reine el lui demandait de 1·enir au-dcrant de lui à Lyon;« Le
dé ir que j'ai de ,·ous voir ne me permet pas de
,ou lai ,cr davantage éloignée de n_ioi; c'est
pourriuoi je \'OUS en\'oie mon cousw le doc
d'Uzès pour rou accompagner au l'oya~e et
1·ou rendre la présente qui e t pour ,·ous
prier de partir inconlinent q~e. v~tre _commodité le pcrmellra. » li lm rnd1qua1L les
per onnc qui devraient l'accompagner :
cc Celte bonne compagnie me !'ail croire que
le chemin ,·oos durera moins et que s'il 1ous
ennuie cc ne sera que rimpatience que vous
aurez de me YOir qui me era lonjoars fort
agréable. » La paix de .Montpellier conclue,
il a\·ait b:lle de rcrnir la petite refoe : « Je
suis plus libre à vous donner des preuve
de mon affection, lui écrivait-il; je ressens

accroitre Jes désirs de rnus voir. 11 reste encore quelques affaires, qui m'arrêteront pour
un peu de temps ; ce sera le moins que je
pourrai, ne pou,·ant vine plus content que
près de vous. 11 El Anne d'Autriche étonnée,
craintive, répondail moitié sincère, moitié
par convenance. Alors le dé ir de revoir sa
lemme redoublait chez Louis XIll; il lui
m::mdail : « Venez jusqu'à Arles. 'e pouvant
\'Ï \Te da,·antage si îort éloigné de ,·ous el me
trouvant engagé, il faut, pour mon contentement, que vous ayez la peioe de reoir à
Arles : je vous la donne d'autant plus librement que ce sera selon rntre désir dont les
témoignages que j'ai de 1·otre affeclion me
rrndent a uré. » Les cirronstance contraignant la reine à allendre à Lyon, il en était
contrarié : « Je me oubailc si rnm·ent près
de ,·ous, lui mandait-il, que l'éloignement
m'est à peine. Mais il faut donner au bien de
mes affaire el repos de mes sujets l'établissement nécessaire. »
Contradiction ine1plicable du cœur humain, pourquoi, après œllc hàte à la revoir,
la retrouvait-il ensuite à Lion avec indilfércnce 1 Les . enûments que Louis Xm a,ait
exprimés dans ses lettres étaient-ils le résultat
de l'éloignement? L'impression produite par
le contact dissipait-elle chez lui l'affection
attendrie éprouvée au loin? ou quelque incident que nous ignorons avait-il fait renaître
les antipathies pas:. ées? L'entrerue fut froide.
Les rapports redevinrent cérémonieux et conYentionnels, Louis
reprenant sa sécheresse autoritaire, Anne d'Autriche se rcnfl!rmant, ho tile et dédaigneuse. Des mesure.
prises par le sou1•crain attestèrent la méfiance
réciproque. Le roi trouva à redire :i ce qu'il
Yint trop de monde el n'importe qui dans
l'appartement de a femme. A scz imprudemment, il chargea sa mère d'en faire des
ohsenation~. Il défendit expressément qu'aucun homme n'entrât dans le cal,inel de la
reine, lui n'étant pas pr&amp;.ent. Anne se f.tcha.
Un mois aupara\·ant, venait de lrarcrser Paris
incognito, accompagnanl le prince d'Angleterre, ul1 jeune seigneur anglais de vingt-huit
:1 vingt-neuf ans, gr:1nd, mince, Llond, à la
bnrbe un peu rousse, aux joues colorées,
aimable el séduisant, le duc de Iluclângbam.

xnr

X1TI

Louis Xlll al'ait-il été informé de l'effet produit par le beau gentilhomme~ Peut~tre,
puisque ensuite il déclarera ne pas Youloir
iiue le duc repasse par Paris. u )l'IUr beauroup
de raisons, éeri,•ait M. de Brêrnl au duc de
Lorraine, générales et particulières, p11blir1ues
et dome tiques que Votre Alte se jugera
bien».
Les relations des deux époux s'aigrirent.
En juillet de celle année 1625, la reine euL
une étrange attaque de ncris; elle tomba, se
hies.a à la main, au nez et au front, dut
s'aliter, éprou\'ant des maux de tèle ,iolents.
On l1t quelque mystère de cet acridenl dont
il oc fut parlé qu'en secret, les uns prononçant les mots de délire et de conrnlsion, les
autres de « mal caduc». Ce ne fut rien . Elle
se releva. li -y avait peul-ètre un rapport
entre cet accident bizarre el les crise, intérieures du ménage.
Lne de ces crise e manifesta en octobre,
lor-que, pour éloigner définitivement madame
de Cheueuse, Loui · XIII supprima la charge
de surintendante de la mai·on de la reine.
_Anne pleura. a Le roi qui, dan ce qu'il
entreprenait, était extrêmement violent el
ob tiné, maintint .a déci ion en\'l'rs et contre
tous. ll La pr1!-ence de Marie de Médicis,
rel'enue pri!s du roi, achc1·ait de Lrouiller le
ménage.

E1ilée h Blois, ~fa.rie de :Uédici a.l'ait t.lc!Hi
de demcu.rer en bons termes avec sa Lru.
Elle lui al'ait écrit. Lorsqu'elle s'~tait enfuie,
en 1619, elle lui avail demandé de 'iulerpo.er afin de calmer le roi. ~fai fJUelle -)Dlpalhie pournit exister enlre l'ancienne maitre se du royaume et fa nouvelle reine de
France jouissant de tous les honneurs, privilèges, pr~rogative de la fonclion jadis allribu •· à l'autre 1 D~s qu'il amit été question
qnc les deut princesses se retromas enl à
Tours, en 1610, il y avait eu une série de
di eussions, pour . aYoir laquelle des deux
aurait le pa~. Louis Xlll avait cédé à sa mère
la préséance. La contrariété d'Anne arait été
vive. li avait fallu (J ue Louis Xll l priât Ilicbelieu de régler les relations de deux reines
entre elle ; de fixer le Lon, les manières, les
gcsles, afin d'él'iter les heurts. Malgré les

'ET .J!NN'E D'.J!UTR,TC1Œ - - - .

prét:autions, les heurts se produisaient. Un
jour il s'agi.sait d'un mol d'ordre à donner
au régiment des gardes ; le lend~main, de la
place d'un carro se. Si le roi quittait Pari
pour aller en campngne et nommait S.'l femme
régente, ce nouveau ûtre ne modifiait-il pas
les préro~alives d'Anne en lui donnant le pas
sur a belle-mère? De dépit, Marie de Médicis
allait s'enlermer à Fontainebleau jusqu'au
retour de ·on fils.
Lorsqu'après la mort de Luynes, Marie de
Médicis se r:ipprotha de Louis Xlll, il n'y eut
per~onne qui ne pré1it que celte réconciliation allait contribuer à la mésentente du
ména!?e royal. Un incident amena une scène
violente. nucellaï, que Marie de Médicis ne
pouvait plu soufi'rir, ayant reçu l'ordre de
ne jamais reparaître devant l'anrienne régente,
se trouva dans la chambre d'Anne d'Autrirhe
un jour où la mèr,, ùu roi I était. Celle-ci lui
dit de sortir; l'aLl,é ne l,oagea pa - el même
parut ricaner a,ec les dames. La vieille reine,
rouge de colère, ordonna à M. de Bonneu.il
de cbas er lluccllaï, ce qui fut exécuté. Mais
alors dt!s protestations s'élevèrenl. e croyant
maîtresse du Louue, Marie de Médicis a111it
donc osé commander dans l'appartement de
la som-eraine régnante! Sans égard ni respect
pour crlle-ci qui était chez elle, elle avait
régenté ·es intérieurs! Ce fut un esclandre.
Le conseil du roi dut s'en occuper. Loui Xm
exigea de~ cxcn es. Marie de '1édicis pleura.
On devine les enliments réciproques que
pournient éprou1·er l'une pour l'autre une
Lielle-mère et une helle-r.lle Ee troufant à ce
point dans leurs rapports? Saint- imon croit
que « rien ne pnl diminuer l'union qui s'étoit
mi e entre les deux reine dès le commencement du maria«e ùe Louis XIII dont le nœud
était la passion espagnole qui Jes posséda
sans cesse Ioules les deux ». Il a tort, pour
ce moment. !\lais Louis XJII ne pouvait qu'être
défavorablement impres ionné par l'antipathie
mutuelle de sa mère et de sa femme. L'ani•
mosité de la petite reine à l'égard de sa
ùellë-mère \"CnaiL 'ajoutei: à L:ml d'autres
causes prédispo ant le jeune roi à s'écarter
d'Anne &lt;l'Autriche. Tout contribuait à désunir
leur ménage! Le heures de tendresse et
d'amour étaient bien passées!
Louis HA TIFFOL.

�, ___________________________________ L.JJ.
O. LENOTR.B

•

La citoyenne Villirouët
Â. Lamballe, en Bretagne, existe un vienx de ces nobles dames qui singent les beaux maître et fait ce qu'il lui plaît. Les lettres
couvent d'Ursulines que, en i 795, la muni- airs et font les fières avec les paysans : elle sont vives, bien tournées, courtes, attendriscipalité avait transformé en prison . La mai- est tonte simple el toute franche. Ex-noble 1 santes 1 ; les adminislrateurs du district se
son, toute voisine de l'église Saint-~fortin, Le beau motif pour tracasser les gens! Sa laissent toucher : la citoyenne Victoire Villiétait alors assez exiguë. Au rez-de-chaussée, naissance est l'effet du hasard; elle n'admet rouët csl autorisée à rcceroir en prison ses
le logement du geôlier, -lepère Cloteau, pas qu'on la lui reproche. Elle trépigne d'être enfants el à les garder près d'elle durant le
trois cachots, une chambre basse el un ca- séparée de ses enfants. L'aîné, Charlemagne, jour.
binet: au premier étage, deux chambres; n'a pas cinq ans, et Césarine, la dernière, a
Ainsi son cachot devien l &lt;&lt; un lieu de déplus haut, un vaste grenier. Vingt personnes dix-neuf mois. Sont-ils suspects aussi, lices l&gt;. Peu soucieuse du confortable et du
y auraient trouvé place; on y entassa deux ceux-là?
bien-être, elle prend allègrement son parti de
cent ]mit détenus, des femmes en grande
A peine sous les verrous, Marie-Victoire, la surveillance, de l'espionnage, des fouilles
majorité, épouses, mères, filles d'émigrés, femme Villfrouët - elle signe ainsi sans à corps, du « pot commun », vaste gamelle
ou d'autres que leur nom aristocratique ren- morgue inopportune - récrimine, s'agite, où le père Cloteau fricote la nourritare de
dait suspectes, de ces vieux noms bretons à réclame, écrit à tout le monde : « Mes en- ses pensionnaires; les détenus, en plein
résonnance rocailleuse et retentissante comme fants, ne les verrai-je donc plus? » Elle dis- hiver, sont sans feu; mais la bonne humeur
le ressac sur les galets. li y avait là des cute mot à mot la dénonciation cause de son et l'entrain de Yictoire sont ingénieux : on
Daën-Kerménénau, des l'Étang de Troaëc, incarcération. On l'a dépeinte comme étant dansera pour se réchauffer; et tout le monde
des Houdu de Villecadio, des Quintin de Ker- souple, fine et rusée : c'est trop fort! « Je danse : vénéraùles douairières à cheveux
ne suis point souple, car je ne sais point gris, religieuses sécularisées, vieux gentitscadiou .. ..
Au nombre des prisonnières étail une jeune fialler; je ne suis point fine, puisque je me hommes ruinés et moroses; dans celte ville
mère de vingt-six ans, Marie-Victoire de Lam- suis laissé prendre; je ne suis point rusée, de Lamballe d'ordinaire si paisiLle, où, la
billy, ci-devant comtesse l\fouëssan de la Vil- car je n'ai jamais dissimulé la vérité. &gt;&gt; nuit venue, le bruil d'un sabot sur le pavé
lirouët. C'était une petite femme
fait événement, on entend, eu pasdélurée, réfléchie pourtant, mesant devant les murs du couvent,
nue, alerte, rieuse el très brave.
geôle un hacchanal de cris, de rires
Elle avait les cheveux châtains, le
et de sauteries : ce sont les primenton rond, les yeux marrons,
sonniers qui, pour ne pas grelotle nez el le front semés de quelter, dansent la gaillal'de ou_ les
ques taches de rousseur. Pour en
ll'Îcolels 2 •
terminer avec ses particularités,
\'ictoire de la Yillirouël était déelle adorait son mari, de treize ans
lrnue depuis quinze mois, quand
plus âgé qu'elle. Émigré dès février
un certain jour,- c'était le8jan1792, le comte de la Villirouët
vier 1795, - le bruit courut que
avait rejoint l'armée des princes,
10 conventionnel Bollet, venant de
tandis que sa femme se réfugiait
Brest, se lrouîail pour üngt-quaà Lamballe, chez une vieiJle patre heures à Lamballe, et qu'il
rente, Mme de Caredeuc de Keranétait descendu à l'auberge de la
roy. C'est là c:iu'on l'arrèla. Le
Gl'an1l"maison; c'était une chance
12 octobre 1795, elle est écrouée
à ne pas laisser échapper. Aussitôt,
de sa plume alerte, \ïctoire écrit
aux Ursulines.
La prison, comme on pense, ne
au rrprésenlanl qu'aux Ursulines
lui va guère; elle enrage d'être
restent entassés soixante-seize déLA PLACE DE LA CROIX·AUX·FÎ::VES, A L .\.M.llALLE. - Dessin de RonmA.
enfermée. Cvmme elle a la constenus, dans le plus lamentable décience très nette de « son dù Jl,
m'tmenl el mourant de froid; elle
l'injustice la rérnlte; jamais elle ne s'est Son mari est émigré? Elle n'en sait rien; el sollicite de lui la faveur d'un entretien. La
intéressée à la politiqge; elle n'est même pas puis, est-ce sa faute à elle? Le mari est le lellre signée, pliée, il s'agit de la faire par~- le com!c de Bellevüe a publié, il y a quelques 111m~cs, les llfémoires de la comtesse de la l"illù-ou.ë t, née de Lambilly, d"après le manuscrit original, en l~s a~mpagua?l de lr~. inlër~~antes
notices génealogiqucs (l'ar1s, Just Poisson, editcur,
IOOi!).
C'esl à ce 1·écit que nous àvons empnmtc les ·
éléments de celte élude ; les références indiquées
renvoient au rëcil même de Mme ùe la Villirouël.
1. « Citoyens, pa1·don ri je ".o_us importune e11co1:e;
mais mes enfants, ne les vl'rrat-Je plus l Oh I du moms
vuisque vous ne pouvez me permettre de les voir

tous les jours, accordez-moi de les avoir une décade
entière avec moi. J'en ai trois et sùremeul à leur
â•e on n'est pas suspect l'ainé a quatre ans cl demi,
la seconde lrois ans et la dernière deux ans) : d"ailIeurs ils ne sortiraient pas. Veuillez, citoyens, m'accorder celle demande qne je vous fais de tout mon
cœur. J'ai fuil le sacrifice de mes biens et dr, rua
libcrtê; mais laissez-moi mes enfants, mon uuique
bien, ma seule consolation. ne m'en privei pas, cl
croyez à réternclle reconnaissance de voire co11citoyenne, Vicloire Lambilly, femme \'illiroyt (si,· .
Lettre de blnic de la T'illirouël au..: admi11is""' 214 ....

lratew·.i du district dr Lamballe, 2 avril I i94.
'2. « JI me demanda, cnlre autres choses, ce que
nous faisiou~ dans la maison d'arrêl pour nous y rédiauffcr - « Ma foi, rjtoyen, loi dis-je, nous dausious ! Les administrateurs a,·aicnt l"air de le trournr
mauyais, mais cela nous était égal; et, comme nous
sa dons que danser ou ne pas danser oc pouvait emph-er ou nmèliorer notre ~iluation. nous passions le
temps L"Omme nous pouvions. Vous n'ignorez pas,
d'ailleurs, qu'il esl ~ouveaL bon de s'étourdir sur ses
malheurs pour eonscr,er le courage nécessaire pour
les supp0rtcr. 1

ClTO-Y'BNN"E

Ynz.mouiT

venir. Victoire descend chez le geôlier; le bravade; le sémillant sourire et le franc mi- revu. C'est juré; on se sépare. 11 est malpère Cloteau est absent ou endormi, il est nois de la citoyenne Villirouët l'ont déridé; il heureusement trop tard pour se mettre en
dix heures du soir, tout est clos dans la semble que pour un instant s'est di sipé le tra- courses; toute la nuit, la généreuse femme
maison. La brave femme, qu,e rien ne dé- gique malentendu de la Révolution; ce régicide ne rêve que pétitions el démarches, el le lendemain, « ayant pris la lune pour le jour ll,
courage, va jusqu'à la grande porte de la et cette comtesse s'accordent parfaitement 1 ,
elle est debout à quatre heures
rue ; elle appelle, elle frappe, elle
du matin. Elle sait que le comité
crie, elle s'époumonne, décidée à
de surveillance ne se réunira pas
ameuter tous les citoyens de la
de la journée, mais elle se proville. Gn gamin qui passe entend
pose d'implorer individuellement
le bruit, s'approche, s'informe;
chacun des commissaires. Avant
elle lui glisse sa lettre, lui recoml'aube, elle trolline par les rues
mande de la porter aussitôt à la
Grancl'maison, de la remettre au
désertes; à sepl heures, elle frappe
à la porte du citoyen Margeot.
citoyen Bollet, et« s'il ne le trom-e
Margeol dort encore et ne se lève
pas dans un lieu, de le chercher
dans un autre ».
ordinairement qu'à neuf heures.
ci Eh bien, je vais le trou\'er
Le gamin court; une demiheure plus tard il est de retour; il
dans sa chambre. - Citoyenne, sa
a vu le représentant qui viendra
porte est fermée à clef. - Je lui
demain visiter les détenus. L'heuparlerai à travers la porte ...• » La
reuse nouvelle se répand tout de
voilà donc au lrou de ln serrure :
suite dans celte étrange prison que
« - Citoyen Margeot, citoyen Mar\'ictoire a grisée de sa bonne hugeot I Voulez-vous avoir la commeur; ce sont «des cris de joie,
plaisance de vous lever? - Cides sauls, des gambades qu'on
toyenne, il est de bien bonne
heure, et il é1ait on1,e heures hier
n'cùl pas entendu Dieu tonner )) .
soir quand je me suis couché.
'Mais, le lendemain, gros déboire :
- Moi aussi, citoyen, je ne me
les heures passent et Bollet ne pasuis pas couchée plus tôt etje suis
raît pas; vite, un billet de rappel :
le\'ée depuis quatre heures; il s'a« Citoyen représentant. .. , on nous
git de la liberté de malheureux
assure que lu pars demain, et
prisonniers; le citoyen Bollct va
nous sommes dans des frayeurs
partir et ne peut rien faire sans
horribles que tu nous brûles! » Le
vous. Allons, ciloyen,levez-vous . ...
conventionnel ne \'Înt pas; mais
Je me flatte que vous n'avez peutvers quatre heures, !rois membres
èlre pas tous les jours un ré\•eildu comité de surveillance se prématin aussi agréable. - Oh! très
sentèrent, de sa part, à la prison;
certainement, citoyenne. - Eh
ils apportaient une liste de mise
bien, citoyen, allez-vous vous leen liberté, une liste de cinquante
ver? - Oui, tout à l'heure, cinoms : celui de la citoyenne Yiltoyenne .... - Foi de citoyen Marlirouël était le premier inscrit.
• ;:";;._L'ËCLISE NOTRE- DAME DE LAMBAl.LE- - Dtssl11 de ROBIDA.
geot? - Oui, citoyenne. - En ce
Cette fois, point de joie ni de
cas, citoyen, je vais, de ce pas,
gambades; la pauvre Victoire est
chez vos coll~crues' .... •
toute triste du résultat de sa déElle frappe ainsi aux autres portes, force
marche; elle est libre; mais plus de vingt
&lt;&lt; Je ne vous cache pas, dit Bollel aux
de ses compa~nons vont rester en prison, visiteuses, crue c'est à la citoyenne qui m'a les consignes, réveille les rudes patriotes qni
el leur déception gâte son bonheur. Elle écrit que vous devez votre Jiberté; je ne me font la grasse matinée, hàte leur tollelle,
prend hâtivement les noms de ceux que la souviens plus de son nom .... Vil. .. Yilli. ... leur arrache, un par un, des mandats de
clémence distributive du conventionnel n'a - Citoyen, c'est moi, et vous me faites mise en liberté, court chez Bollet qu'elle
pas farnrisés; à peine hors des Ursulines, grand plaisir en me disant cela. - Ma foi, trouve en bonnet de nuit; il la fait asseoir
elle court à l'auberge où il est logé. Bollet ne citoyenne, je devais partir ce matin; mais prè du feu, l'appelle c1 ma petite amie »,
reçoit pas, il faudra reYeni r. Elle se repré- ,,otre sort m'a louché. Combien, me suis-je signe tout ce qu'elle veut. Elle l'exhorte à la
sente une heure plus tard; on la congédie dit, moi qui suis devant un grand feu et qui patience; qu'il ne parle pas, surtout : quatre
encore; elle prend le parti d'attendre avec cependant ai encore froid, combien doivent seulement, il ne lui reste que quatre dossiers
trois amies, libérées comme elle, à la porte souflrir ces paunes misérables qui ne peuvent à réunir; elle retourne, toute courante, cbei
de l'auberge, résolue à n'en point démarrer se chauffer!.,. » Le com·entionnel se fait les commissaires. Enfin elle triomphe : sur
qu'elle n'ait obtenu audience. Enfin Bollet se bonhomme : elle en profite pour lui deman- la dernière pièce est apposé le cachet du colaisse attendrir et les [ait entrer. C'est un der la libéra Lion des derniers détenus; il ré- mité ... juste au moment où passe à grand
paysan de l'Artois, rigide et sec; il est pré- siste. « - Non, ma bonne amie, je ne puis fracas la berline qui emporte Bollet à Rennes!
Victoire se précipite dans l'escalier, dans la
occupé et n'a qu'une minute; mais l'entre-- sans l'avis du comité de surveillance. » vue, bientôt, l'amuse; il est manifestement L'avis du comité1 Elle s'en charge, mais il rue, criant : « Citoyen représentant, arrêtez,
surpris et charmé de trouver chez une aris- faut que le citoyen représentant lui promette je vous en conjure, rien qu'un instant! n
tocrate d'autres sentiments que terreur ou de ne point quitter Lamballe sans qu'elle l'ait Mais la voiture a disparu et Victoire reste là
1. Le début lle l'entretien est cltannant. - , Nous
nous trouvâmes en prê,_sence du représentant. Les
citoyennes Quengo m'arnient pri~ de porter la parole
el voici ce que je lui dis. - « Citoyen, j'ai l'houneur
de Yous saluer. - Votre serviteur, citovenne. - Citoyen, nous sommes venues vous remercier de la
liberté que vous nous 3-.cz accordée cl c'est le pre•
mier act&lt;' que nous ll\'ODS Youlu eu faire. -CiLoyeWle,

je suis enebOJ1té de vous avoir rendu ,·otre liberté et
j'espère que ,•ons ne me donnerez jamais lieu de m'en
repentir. - Oh I non, certainemenl citoyen l Mais
dans le mandat de liberlé qui nous a été lu dans la
maison d'arrêt, nous nous cru comprendre que celle
liberle n'était que provisoire, et nous sommes ,•enues
vous la demander pleiue ot entière. - Que le mot
prot•isoire, citoyenne, ne vous effarouche pas; il est
.... :215 ..,.

d'usage qu'on le melle loujours. Vous êle.-; parfeilcmenl libres el il ne sera porté allcinte à votre liberté
que si vous contrevenez à la lc,i. - Eu cc cas-là nous
sommes Lranqailles, car, quand ou a élé si cruellement puni pour n'avoir rien fa.il, on ne s'expose pas
à l'être pout· quel(!oe chose. »
2. Jlémoii-es de La comle-•.•e de Lo. l'ill,rourf,
p. 50.

�1f1STO'J{1A
désespérée .... Pas longtemps : le jour même
elle écrivait à .Bollet, et avant la Jin de la
décade, les derniers prisonniers de Lamballe
étaient mis en liberté.
Ce miracle accompli, \"ictoire de la Villirouët se fixa avec ses enlaats chez sa tante de
Kéranroy. Sa fortune était séquestrée en raison de l'émigration du mari qui vivait retiré
à Jersey. Depuis cinq ans les épou_x ne s'étaient
pas vus; à peine osaient-ils correspondre; les
lois contre les émigrés, pourtant, avaient
quelque peu perdu de leur rigueur; on pou-

consacrait pas à l'éducation de son élère. fl
disait s'appeler Guénier, el nul ne soupçonna
que ce philosophe à la Jean-Jacques n'était
autre que le comte de la Yillirouët, contumax, clandestinement débarqué sur la côte
bretonne et parvenu aux portes de Paris en
esquivant les espions et en dépistant les gendarmes; l'enfant était son fils, Charlemagne,
amené de tamballe par Mme de la Villirouët.
Six semaines n'étaient pas écoulées quand,
à la suite des événements de fructidor, lut
promulgué le terrible décret condamnant à

LE GRAND CHATELET. -

vait maintenant espérer se rejoindre. Non
pas à Lamballe, certes, mais loin de Bretagne,
là où l'on n'était pas connu, peut-être seraitil possible de risquer l'ayenture ; le succès,
d'ailleurs, avait donné confiance à Victoire.
Elle parlit pour Paris, sous prétexte de solliciter du Directoire la levée de son séquestre,
et s'y logea dans une maison garnie de la rue
de Rohan, qu'on appelait alors rue Marceau,
au Carrousel; on était en août i 79-7. Versle
même temps, les habitants de Nantouillet,
près de Juilly, voyaient un paisible bourgeois
s'établir dans une modeste maison du village,
avec un garçonnet de huit ans auquel il
apprenait à lire; il ne sortait jamais et passait à bêcher son jardin les heures qn 'il ne

feuille; le comte prit son parti, passa le
barrières et vint se réfugier rue Poupée 1 •
Celle existence de caches et de cligne-muselle était celle de bien des gens dans les
trois dernières années du Directoire; un si
grand nombre d'émigrés, partis jadis très
farauds, étaient revcnns, trainant l'aile et
tirant le pied, que la police débordée perdait
toute mélhode; souvent le hasard lui livrait
un de ses proscrits, aus itôt traduit devant
une commission militaire et fusillé à Grenelle, mais les autres ne s'en émouvaient

D'apres un dessin ch la fin du XVllI· siècle. (G.ibinet des Estampes.

mort, sans autre forme, tout émigré qui guère. De même que, en temps &lt;l'épidémie,
serait arrêté sur le territoire de la Répu- on s'imagine volontiers être réfractaire au
blique. S'expatrier de nouveau? La Yillirouët mal ambiant, ces hors-la-loi s'illusionnaient
n'en sentait pas la courage; sa femme n'eut et croyaient bien échapper toujours au maupas celui de l'y décider. Le séjour à Nan- vais sort. La Villirouët particulièrement, ou
touillet, pourtant, devenait trop hasardeux. plutôt le citoyen Guénier, puisque tel était
Paris était tout proche, attirante et gigan- désormais wn nom, professait une foi si
tesque cachette, a,·ec son inextricable dédale ferme en la hardiesse et l'habileté de sa
de rues tortueuses, grouillantes de foule, ses femme qu'il ne redoutait aucun péril, bien
maisons à six étages où l'on Yit ignoré des persuadé que, le cas échéant, « elle l'en tirevoisins, Paris où l'on est introuvable par le
1. c li occupait une chambre druis la maison d'une
seul fait qu'on se mêle à la cohue. Victoire, de nos amies, Mme Arland, rue Poupée, n• 6, au
d'ailleurs, avait réser\'é à son mari un asile faubonrt Saint--Germain 1 tandis que moi je demeurais
rue de ItO!tan, maison u'Orient, près ,le la place du
chez une de ses amies, la citoyenne Artaud, Carrousel. »
Mme de la Villirouël llabita ensuite, pendant quelque
rue Poupée, étroit passage qui communilemps, rue de Malte, chez le sieur Goison, re tauquait de la rue de la Ilarpe à la rue Haute- raleur.

sûr

11 lSTORL\

MADEMOISELLE DUCLOS
Tableau de L\RGILLIERE. (:\\usée Condé 1 Chantilly.)

�LJl
rail ,, . Chaque jour il tra\'ersail Paris pour
se rendre chez elle; la palronnc du garni, la
ritoyenne Corpet, s'étonnaiL bien un peu de
voir la petite dame, i sage naguère, accueillir
régulièrement le fidèle ,·isiteur. Cel ni-ci passait Ja journée entière ruP. ~fore.eau, y prenait
ses repas el ne sortait qu'à la nuit pour
retourner rue Pou pt.le; il donnait des leçons
au jeune Charlemagne à qui l'on avait recommandé la plus extrême prudence : jamai il
n'appelait on précepteur que« mon ieur Guénier » el quand celui-ci, di trait comme tous
les confiants, jouait imparfaitement son rôle,
renfanl ne manquail pas de remarquer :
« Vraiment monsieur Guénier, vous èlcs
bien imprudent; i l'on vous entendait,
,·ou seriez pourtant fusillé l »
Le danger est une manière d'idole : i l'on
e familiari e avec lui, on n'y croit plus. li 1
avait plus d'un an que le citoien Guénier
rendait à lme de la Yillirouêl sa quotidienne
vi il&lt;', ans tidoulerque, drpuis si semaine~,
il était « filé •. La police avait reçu de Lamballe une dénonciation. I.e I t janvier 179!1,
\ïcloire se mellait 11 taLle a,·ec son fil el son
commemal habituel, quand on frappa à la
porte; Gothon, la servante, oune. Cinq homme
sont sur le palier, quatre ,ont armé·, l'autre
s'avance, salue poliment, sort d'une poche de
son carrick un bout d'écharpe : c'e l lP. rommissaire de police. VHoire tremblait si forl
que ses genoux s'entre-cboquaient; Guénicr,
lui, faisail boone contenance; il exhibait sa
carte de sfircté, -un faux, - répondait aux
questions du comm.i saire qui, après aYoir
sai i les papier· Lrainaol ur la cheminée,
invita lrs deux pré1·enu à le suivre. On
pJrlil, à pied, ver la préfecture de police,
entre quatre soldats, baîonnelle au fosil,
Mme de la Villirouêt au bras de Guénier.
ProGtant du bruit d'une ,·oiture, elle lui
souffla à l'oreille une recommandalion uprême : a Il faut tout nier i&gt;. A peine au
bureau central, on les sépara et la paune
Victoire, qui pour ne pas se trahir, n'avait
pa osé embra· er on mari qu'elle ne re,·erra
san doute jamais, fut jetée au Dépôt. ...
L'enfer.
Qu'on e t loin de la provinciale primo de
Lamballe! Le guichet formidable franchi,
une odeur fétide, a phyxiante, l'odeur des
fauves encagés; cinquante mégères sont là,
enlacées, hurlante , déguenillée , sordides;
troupeau ignoble de toutes les infamies réunies; elles entourent la nou,·elle venue, l'embrassent, entonnent en un idiome farouche
d'ob cènes chanson . nr la couchelle qu'on
lui désigne, quatre femmes accroupies jouent
aux cartes; la nuit tombe, nuit de hideux
cauchemars; les draps du lit sont noirs et
raidis d'ordure; il faut se déshabiller pour1. - c D. - Quelles sont ,·os relation axcc le
eitoyeu Guéoier,
R. - Celles de l"amitié ....
li. - Depuis quand le connaissez-•ous?
l\. - Depui UJI an.
Il. - Comment I"àrcz-vou.s connu?
R. - Par 011 de ce hasards de sociélll Ïui sonL
commllDll dans le moade; la mienne I paru ui counmir; il n,'a demand I penni• ion ,te renir me ,·oir
1·l je la lui ai donnée.

tant et s'étendre contre une compagne abrutie
de débauche et de vice : à di· heures, ,ararme effroyable : c'est le couvre-feu qu'on
annonce du debor en promenant sur le bar•
reaux un pilon de fer; le gardien parait,
monsieur Saint-Denys; îl fait sa ronde en
compagnie de deux énormes dogues ....
Le lendemain, c'est l'interrogatoire, la
~ro e épreuve. La pauvre Victoire e t obligée d'ayouer, non ans rougir, que on mari
e t émigré, depuis lon~temps loin de France,
elle ne sait où. Elle a fait la connai sauce de
Guénier à Pari 1 ; elle ignore où il demeure;
il est devenu son ami el , ient la \'Oir Lous les
jours « - JI a couché chez \'Ous? - Jamais,
jamais! » EL malgré on éaer!!Ïe, en ongeanl
à ce dont elle s'accu e, elle sent on cœur
honnête se gonner, elle éclate en sanglot .
llenlréc au Dtipôl, .a seul,i idée e L de faire
parrenir un billet à son mari; mais il faut
payer; elle est ans argent; pour quelques
sou· se compagnes la dJpouillent; elle est
prèle à leur vendre son chapeau de velour
noir, C' tour de ehe,·fux; mai ce &amp;ont ,e
hague qu'elles conrnitent. Et le questions
Lrulales : a - C'est Ion amoureux qui a été
arrêté hier avec toi?- on, ce n'est pa mon
amoureux. - C'est ton mari1 - Pas dnanLage; c'est un mon ieur qui était chez moi. »
Un rire ordurier commente sa rêponse.
Le troi·ième jour, elle aperçoit, de l'autre
côlé d'une grille, Guéoier qu'on ramène de
l'interrogatoire. Elle l'appelle, court à lui;
tranquillement, il lui annonce qu'il vient de
tout avouer, qu'il n'y a plus à mentir, «qu'il
est convenu de son nom »: «- J'aime mieux
mourir qu de quitter ma Cemme », avait-il
répondu aux policiers. Elle 'évanouit de aisi;.sement et de douleur à la pen éc que c'est
fini maintenant, qu'il e I irrémédiablement
perdu, qu'il n'y a plu à lutter.
Uès cet in tant, ils bénéficièrent des tragiques farnurs accordées aux con.Jamnés. Uonsicur ainL-0enys, le geôlier, les autori. a à
pa er la jou roée ensecnLle d.in l'unique
pièce composanl on logement. On a\·ail
ruême dres é pour elle un lit de sangle au
pied de 1a couchette où dormaient pèle-mêle
Mon ieur aint-Den-ys, sa lemme et leurs
enfants, sans parler des terribles dogues qui
hurlaient au moindre bruit; UD poêle rougi sa.il nuit cl jour dan ce taudis oi1 tout était
gris de poussière et de chaleur. Yicloire en
resta enrouée pendant plus d'un an. La chambre n'avait pour mobilier que les indispensables u !ensiles; on mangeait assis sur les
lits, les genoux ser\•anl de table. Mme SaintDenys, le matin, allait au proYi ions; en son
absence, la comtesse de la Villirouët Yendail
le rogoœme aux femmes du Dépôt; elle remettait, au retour cle la patronne, autant de
D. -

n. -

Qoel

esl le lieu de sa dcmeun.'?
Je l'ignore,

D. - Celle ignorancP. o' t pas nalutclle.
H. - Elle L Loule impie, car cc so11l les homru,!ll
qui vont chez les femmes el jo ne sache pas qne les
femmes aillent ,·oir les hommes. •
2. , Pour mon compl , jamai je n"ai mangé d'un
mtilleur appèlil, ni mieux donm qu'au horeau do
Dëpôt. Poul' ce '}UÏ Cil du sommeil, il esi vrai de dire

C1TOYENN15 Yll.U]t01ŒT _ _ .,.

deux sous qu'elle aYait débité de petil verres.
A,anl le .ouper, elle faisait la partie de dominos de Monsieur Saint-Denys; on jouait une
bouteille de cidre qu'elle perdait habituellement; quand, par inadvertance, elle gagnait,
Mon ieur aint-DenJS_ buvait néanmoin la
bouteille et négligeait de la payer. On fai ail
cuire à la chaleur du poêle des pommes dont
on se régalait en famille. Quand La Villirouët
avait drc é le lit de a femme el fait le ménai;-e. - car Monsieur Saint-Denys était trop
grand personnacre pour se plier à ces fon~
Lion domesliques, - on le reconduisait pour
la nuit à son cachot. Victoire aimait celle
exi 'lence parado:xale 1 ; elle avait pour muime
que la politesse el la bonté ont les deux: clers
qui ouucnt les cœur ; elle y ajoutait son
inlas able bonne humeur, talisman merveilleux. Elle 1:omprcnait bien d'ailleurs que, ces
jours-là, elle ,les re 0 rellerait et que bientôt
elle erait ,·euve. La Yillirouët, lui au si, résigné à on ort, joui ail de ce bonheur précaire : peut-êlre était-il persuadé que sa
femme trouverait un mo~en de le tirer de ce
mauvais pas.
An bout d'un mois, il fallut se séparer; la
citoyenne Villirouill était mi e en liberté; le
proscrit, conduit à l'Abba~e, devait y attendre sa comparution devant la commi ion
militaire. L'heure de la crise approchait. Cc
tribunaux d'exception pa aient pour être
« aussi impih1yables que le peloton d'exécution&gt;&gt;. Que faire? Trouver un avocat, d'abord.
Victoire avait l'adr se de plusieurs : Cbau,·eau-La!!arde, Cotelle, d'autres encore, au si
habiles. Elle tardait, pourtant. Un matin,
comme elle était encore au lit, l'idée lui vint
d'écrire au.x: juges pour implorer leur piti(•.
Écrire? lis ne liront pas la le Ure_ Si elle
allait le voir? Des militaires? Elle ne era
pa reçue. S'ils la reçoivent, il l'éconduiront
au premier mot, avant qu'elle ail pu plaider
la eau e de son mari .... Plaider? Mais c'est
cela l'in piration ! Elle plaidera, elle plaidera
elle-même devant le tribunal. Et loul au ilôt la rnilà marchant à grand pas dans la
chambre, commençant sa harangue. Dès que
l'heure le lui prrmet, elle courL à !'Abbaye,
fait part 11 son mari de son projet; lui, tou.iours confiant dans le pou\'Oir Je sa bonne
fée, approuve. a Je te préfère à tou les avocats; si Lu as le courage de plaider ma eau c,
je suis sauvé!» Elle rentre, commence d'écrire
on plaidoyer; mais le lui laissera-t-on prononcer? Il faut obtenir l'autorisaLion du rapporteur de la commission. Elle 'informe;
c'est un jeune officier de trente-deux ans, le
capitaine Yivenot. Elle est chez lui, trouve un
homme extrêmement froid, impénélrable. II
parait surpris de la démarche. a - Madame,
que mes affaires me fatiguaient tellemenl que le repos
mci devenait aus i née aire que racile. Me couchant
à diic heuret du soir, je ne l'a1sai qu'un i;omme _jtu•
qu'i. six hrures du matin; et mon sommetl élatl si
calme que ' inl-Dcnys disait quelquefois , - • 11
n'est pas po silile que cette fomme-lit soit coup.thle,
car sùremcnt elle ne dormirait pus i bicu. , Si pelile
11ue fi)l La cli:unbrc, je m'y promenais lous les ~our.,
ile long; en lar,:c, pendant CJJ\·iron une heure, 1l' l'rcice m ët■ nt ab,olumcnl .nécessaire. 1

�111STO'J{1A

~---------------------------------

ce que vous me demandez est contraire à
l'usage. - ~fais ce n'est pas contraire à la
loi; j'ai toujours fait pour mon mari ce que
mon cœur et mon dc\'oir m'ont inspiré. Aujourd'hui il esl accusé, je le défends; cela
parait simple. » L'officier s'incline, concéda.nt
que • pour sa part, il n'y voit pas d'inconvénient ». Autre vi ite au général Catholle,
pr&amp;.ident du tribunal. Il habitait l'École-lfilitairc. Comme Victoire s'indignait de la cruauté
des lois de fructidor, « lois de ang, dignes
du règne de Ilobegpierre &gt;&gt;, le général répondit d'un ton glacé : « Nous ne somme pas
pourles apprécier, mais pour les appliquer. »
Elle avait d'autres émotions, plu cruelJes.
De l"Ahbaye, où elle se rendait char1ue jour,
elle re\'enait terrifiée; trois des compagnons
de captil'ité de son mari, lrois émigrés comme
lui, étaient passés devant le tribunal : tous
trois avaient été condamnés à mort; elle les
a vus partir pour la plaine de Grenelle .... El
ses meilleures amies, charitablement, la détournent de son projet. A quoi bon se fa.ire
illu ion'l La YUlirouët est perdu saw ressources; pourquoi se compromettre inutilement, se donner en spectacle? Victoire pour-

les message du Directoii-e; pénètre au Châtelet, où siège la commission, et assiste à
l'une des audiences pour se familiariser avec
l'aspect de la salle et l'étiquette du tribunal.
Elle est brisée de fatigue et de fièvre quand
le jour fatal arril'c enfin.
C'était le 23 mars, veille de Pâques. La
séance devait commencer à onze heures et
demie. \'ic!oire se leva à six heures; à huit
heures elle était à l'Abba.ye pour embrasse,·
son mari et fortifier son e-0urage, au ri que
d'affaiblir le sien propre. Elle rentra, fiL sa
toilette, se coiffa d'un bonnet de crêpe Liane,
revêtit une robe de mous eline basioée à
grandes manches, serrée à la taille par une
écharpe 0ottanle d'organdi; elle prit un po·
tarre el avala un œuf pour nelto)·er sa orge
toujours enrouée depuis les raouts de Monsieur Saint-Den~·s. Enfin elle monta en fiacre,
avec son amie Mme Artaud, pour se rendre
au Châtelet. En approthant du pont au Change,
elle aperçut de loin l'accusé qu'une forte escorte amenait, et du coup elle pensa défaillir.
Dans la salle s'entassait une foule. Victoire,
le cœur serré, la gorge sèche, gagna la place
0

pier : l'assistance se bousculait pour mieux
voir celte femme en blanc, toute petite, qui
pénétrait au banc de la défense; le, habiturs
échangeaient des rénexions. &lt;1 - Elle a l'air
d'une première communiante! - Ob! c-0mme
elle a les yeux rouges! - C'est qu'elle a tant
pleuré! » !_ Elle n'avait pas pleuré; elle brûlait de fièvre. L'instant qu'elle redoutait plus
que tout autre était celui où s'ouvrirait la
petite porte des accusés pour livrer passage
à son mari, entre les gardes; par deux fois,
pour la préparer à ce choc, Mme Artaud, assise près d'elle, lui souîlla : « Du courage,
f entends les soldats! ,, Deux fois encore, Victoire crut qu'elle allait s'é\'anouir, qu'elle ne
pourrait pas .... Elle se raidit pourtant, el
comme l'accusé n'arrivait pas, elle eut le
temps de se remettre.
Le voici enfin! Grand tumulte : vingt gardes
l'accompagnent, dont deux lui tiennent les
lira . On le fait asseoir sur une chaise, en
face du tribunal. Il est à trois pas de sa
femme, qui le voit de profil. Lui, la chertlie
des yeux, l'aperçoit, ouril. Les juges paraissent : ils sont sepl : grande tenue, longues
moustaches, sabres trainants. Il prennent
place, et le crénéral Catbolle, président, commande le silence.
L'intrrrogaloire commence. La Villirouët
répond avec calme : le rapporteur lit ses conclu ·ions. n des juges interpelle le secrétaire : « Ce malheureux ne peut pas se défendre tout seul; je ne vois point de défenseur. » Le secrétaire fait un geste et désigne
Victoire. « - Le voici. - Ah! poursuit l'auln•, en aura-t-elle la force?» Hélas! elle n'en
~a\'ait rien. Son cœur battait. Toute anxieuse,
t•llc priait, priait tout bas, s'efforçant de rass1?1111,ler ce qui lui restait de courage, tâchant
de ne pas penser. Et tout à coup elle entend
qu'on parle d'elle. cc - Quel est ton défenseur officieux? demande à l'accusé le président. - C't st ma femme&gt;&gt;, répondit-il. Alors,
se tolll·nant, CathoUe, de sa voix glacée, s'informe: « -A,ez-vous quelque chose à dire?
Oui 1&gt;, fait-elle en se levant; et prenant
ses feuillets, elle commence : « - Citoyen~

juges".

LE PAJ.A13_ DE JUSTICE DE P.\Rll'.,

qu·on lui désigna, en face d'une tab]P. où l'on
avait mis de l'encre, des plumes e~ uu pa-

Sans trouble apparent, elle s'excuse d'abord
de sa témérité; puis, venant à la question,
elle expose que son mari n'a jamais émigré,
qu'il est resté caché à Orléans, malade ....
Elle entame ensuite le point de droit, discute
les lois, les dates; peut-être la regardait-on
plus qu'on ne l'écoutait; le silence planait,
aussi absolu que si la salle, bondée pourtant,
ef1t été entièrement ,ide. Elle n'osait détourner ses regard de son papier, craignant de
lire sur le visage des juges la sé\'érité ou le
parti pris; elle ne sa risquait pas non plus à
regarder son mari, de peur de s'attendrir.
Yers la fin seulement, après avoir terminé la
question de droit, elle se hasarda à lever les
yeux pour la première fois .... De grosses

celle de Il lui. Surprise el affiigée de celle proposition. je lui en demandai la raison. Il me répondit
qu'il n"i!taiL pas naturel que moi, dans ma posilion el
le clt'l,œpoir dans l'àmc, 1e pus c disculer des lois. C Yous vous trompez, citoyen, lui répondis-je, la Rt\volution nous a appris à raisonner avec celme louL ~'Il
pensanL ucc force. 1e lâcherai de dunner à la loi

l"onclion du senlimcnl, et au sentiment le carnclère
de la loi. "
~- :llaouscrit de Mme de la ViUirouilt.
3. Le plaidoyer csL donné, lexlucllcment, par JI. le
comte de Bellevüe, d'après le manuscril de lime de
la Villirouët : il comprend douze pages pleines du
volume de formal in-8•.

sot: 1 \ RÉVOLUTION. -

tant, héroïquement, s'obstine; elle travaille
aux Archives, compulse le Bulletin des lois 1 ,
t. Nme de la Y!llirouël prit la précau!io!1 de. lire

son plaidoyer au c1to1c.n Lebon, avocat d1slwguc de
1'1:poqul!.
Lebon en 1011a c la teneur cl la rédaction; mais
il me fil ohscncr que la lui n'y êlail pas sufl~samrucnt di,rntée, rt il è.mit J'a,·i, que je ne Jiro,s
que la partie du sentiment, lui abandoonanL, à lui,

,1

~ssi11 de RoumA.

larmes coulaient sur les joues du président;
ses collègues a\'aient tous la tète bais~e,
R comme des g&lt;'ns très affectés Di un d'eux

LA c1ronNN'E V1u.mouir _

ce mou\'ement des muscles qui dénote une
émotio11 comprimée; enfin, se dominant :
« A,ez-rous, dit-il à l'accusé, quelque chose

LA PRISO:-l DE 1.',\un.wE. -

sidérant. .. l'acquillemenl e~t prononré à l'unanimité .... » On n·entendit rien de plus : une
clameur de triomphe, les applaudissements

lirJ1•11re .:I~ llERTll.\lLT, ,t'afrès le dessin de PRIHR,

à ajouter il ce qui vient d'ètrc dit? » Sar la
réponse négative, il rèprit : c&lt; En ce ca , ,·ous
allez vous en retourner à !'Abbaye, car c'est
l'usage. » Alors La Villirouët se leva, salua
« Vous êtes pères, époux, el il n'y a aucun les juges et vint vers sa femme à laquelle il
de vou qui ne soit sensible à la voix de la tendit les bras; de ce coup toute l"assistauce
nature. Vous ne rnudriez pas que, sani: aucun éclata : c'était peul-êlre le dernier emurasscavantage pour la patrie, le meilleur des mé- ment des deux époux; allaient-ils être éparés
nages soit désuni, que le plu doux des liens pour toujours? Elle tenai l son mari serré
soil rompu, qne des enfants restent orphe- contre elle, et ncr\'eusemeut, sanglotait. La
lins. Vous ête justes, vous ne voulez pas foule pleurait; les gardes eux-mêmes se déimmoler une victime innocente. Yous con- tournaient, les yeux gros; ils emmenèrent
naissez les droit du malheur, droits aussi pourtant l'accu é; les juges s'étaient retirés
sacrés que ceux de la vertu même; et pui que pour délibérer : leur conseil dura une demivous m'avez permis de le défendre, mon mari henre, une demi-heure d'anxiété pour Yicloine peul être sacrifié! »
re. Avait-elle touché ju.te? Pouvaient-ils acquitter? Que ferait-elle si elle entendait tomber
Elle se lut : sa plaidoirie avait duré qua- le mot terrible?. .. Elle projeta.il d'ameuter le
rante-deux: minutes. A.ucun bra\'o, aucun peuple, de recommencer son plaidoyer dans les
battement de mains : le silence continuait, carrefours .... Une-rnix, soudain, lui dit à l'oreilétouffant, angoissf; le président lui-même, le « Acquitté! » C'était le secrétaire qui préle front bas, hésitait à prendre la parole; on cédait les juges rentrant en éance. Le présidi tingua.it sous sa moustache el sur ses joues dent lut d'une voix forte «Considérant.. .. Con-

s'essuyait les yeux avec ses poings: elle-même,
à ce moment, faillit éclater ... mais elle se
reprit et attaqua sa péroraison :

◄ :219 ""'

éclalèrcnl : it 8r.1vo ! Tant miem.."! » Le général se dressa, menaçant : (! Vous n'êtes
point ici au spectacle; vous ne pouvrz ni approuver ni dJsapprou rnr nos j ugemcnts .... i&gt;
Mais sa voix rude tremblait, sa grvsse moustache était toute frémissante, el il ajouta,
bonnement : « Je reconnais œpendant que
tout ceci est bien Louchant et bien propre à
émouvoir. 11 Les curieux entassés, de nouveau
s'étaient lus; Victoire, debout, s'adres~a aux
juges : ,1 Croyez, citoyens, dit-elle implement , que ma reconnaissance égale mon
bonheur. »
Au sitôt on se rue vers elle; perdue dan,-,
la foule, elle cherche à échapper à l'ovation
tumultueuse; mais maintenant quel' audience
est levée, la houleentbou iaste grandit, tourne
en disputes : « On ne la voit pas! - Vous la
masquez! - Qu'on lamelle sur une table,
que nous la voyions à notre aise! ... » Un
homme du peuple, les poings sur le, côtes,
Lou Lcontre elle répète : « C'est bien joli ce que
vous venez de faire là; dame! oui, c'est bien

�111STO'R,.1.JI
joli .•\h ! la brare femme! » Les juges, descendus tle l'e lra&lt;re, la &lt;0mplimentenl; tous
demandent à l'embras cr; elle re la une heure
avec eux, tandi que le secrétaire expédiait la
copie du jugement, on la lui remit enfin; elle
monta en voilure. Sar le quai, une foule, en
haie, l'acclama; beaucoup se lancèrent derrière le fiacre ju qu'à l',\bbaye; tous les haLilanls du quartiêr ~\laient massés sur la
petite place dennl la prison. Quand elle parut, cxuhante, au bras de son mari déliné,
ce rut un grand cri i!e joie : « Ab! lt·s Yoilà
ensemble: quel bonheur 1 \ïvei longtemps!
So ·ez toujours heureux! » Le même peuple
les aurait hués , 'il:. étaient pa sés Loos :!na
sur la cbarretlc des condamnés ....
On dina chl'z )!me Artaud, rue Poupée.
Victoire était bri,ée de fatigue, sans Yoix. Le
soir, elle prit arec son mari, pleurant de joie,
1. Elle rrpose eu cimrtii-rc dP Laml,allt'. On lit ur
,a tombe : .- Ci-git, farie-Jïctoire de /,nml1ifl!I,
1/ame de la r'illù-ouët, 11ée le 27 1w,·1ï I i67, mo,·le

le 12 juilltl 1 13. Sa famille e11 11leu1·1 llti a t'ln·é

le chemin de la rue MJrceau; pour la premièrtl fois elle marchait à on bras dans
Paris, .an · crainte des espions. Quand il. se
trouvèrent seul-, elle lui dit : « Mon ami, je
pui mourir à présent; j'ai connu li! bonheur!»
Le lendemain. jour de Pàqu, s, dè l'auLt•
radieuse, une députation de dame de la
Ualle se faisait annoncer. I..a premii:•re prit
Virtoire dans ses hra~, l'enleva de terre, lui
po.a un baiser sur chaque joue et la repassa
aux autre-; clics lui olîrinnt un bouquet el
lui adres èrenl ce compliment : « Ma belle
amie, voilà de ' Ocur qui sont aussi naturelles que ,•olre cœur. )&gt; En trinquant avec
elles, Mme de Villirouët ongi!ait aux « tricolt'u es » de jadis .... El comme elle e félicitait des juge : « Les juges! Laissez donc!
rr modttle mom1111e,,/, f/lible lrib11t dt 1e, regret,
el de son nmour.... Exemple &lt;111 plu, /ltroïque tlé1·1111fmt11f, .&lt;OIi ,·n11r/lge t!I 1 011 l'l"'Jlll!llf: t -n111:he11I
Ir 1011r11 de ,on mar i ... . a

gronda une commère. Il en a péri d'aussi
innocenls que votre mari! » Celle visite fut
le prélude de hien d'autres : durant une décade, la petite Bretonne fut l'idole de Paris :
le journa11.1 publièrent ses hauts faits, on
la mil en pelils ver , &lt;'n complaintes, en
chansons; la citoyenne Bonaparte l'in,·ita à
dtljeuner.
Le succès ne la gri ·a pas. Du jour où elle
cul reconquis son mari, on n'entendit plus
parler d'elle. Elle mourut à Lamballe, le
12 juillet 18t::;•: elle a,aitquarante-six ans.
M. de la \ïlliroui!t I ui survécut pendant trentedeux ans. A l'époque de la Restauration, il
reçut la croix de aint-Louis, méritle par se!\
services personnels sans doute, mais aussi,
dit l'expo é, a parce qu'il dol la liberté el la
vie à l'énergie el au courage de son épouse,
rle glorieuse mémoire D.
C'est la seule croix, certainement, qui fut
jamais décernée « pour fail d'amour conjugal. J&gt;
G. LE OTRE.

La comtesse d'Egmont

HENRY R.OUJON,
ck rAca.:tëmk fr"'!lfalst.

+

La femme de
Le:- admirateurs de ;t.:reuze n'ont pas appris sam; émotion qu'un de ses tableaux,
l'En/anl blond, ,cnail de réaliser dan. une
vente récente un prix quasi américain Les
commissaires-priseurs deviennent de plu en
plus des personna;:;es poétique · : il· jouent
dans la société modm1c le rùlc d'archan:;r
vengeur du gé11il'. \'oici d'autre parl qu'un
comité 'est formé pour ériger un monument à Greuze, sur sa lomhe au cimeLière
du Nord. li sied Je ne po:nt déco11ra 0cr la
. culptarc funéraire. Au:,i bien ce monumentlà aura-t-il au moins le mérile de ne pas encombrer la mie publi,111c. Toutefois i toutes
le;; jeunes pl'rsounc ,p1i ont copié la C,·udw
cas.ice apportent leur obole rcconnais. antl',
le monument de Grcu1.ll ris1p1e d'allcindrc
de babl lonienn&lt;'. proportions.
lariclle disait dan son Aben:,/ario :
« Greuze a c:hoi~i pour ~on genre celui des
bambochades el 1ùd1c d'y mellre de l'inlérêl, cc qui fait que , c · taLlraux 50nl forl
goûtés. Le connaisseurs trou\'rnl l,•ur comple
dans la façon dont ils ont peints; la mul1itude cl touchée du choix du suj"I, qui se
rapproche de nos mœur· cl qui lui sert d'1•ntrëlicn. 1&gt; Nous a, on perdu l'habitude el le
:-ecret de ces verdicts rnns cmplta e; mai~.
1•11 juge ,,ui n'aLllsaiL point des superlatif·,
Marielle a ré~umé là tout le p:111égl1ri1rue de
Greuze. Les « cannai .eur li honorent le
maitre peinlre en enrirhi-..anL ltJS marchand
&lt;le L.1blcaux; la ic multitud.: • ·arrèle toujours complai:;ammenl devant le narrateur
d'hi lorieltrs touchantes. Greuze édifiera éternellement le pul,lic des dimanche . « Voilà
votre peintre el le mien, s'écriait lJiderot, le
premier parmi nous qui se oil avi é de donner des mrenrs à l'art I n Entre le séduLanL
memonrre de Boucher cl l'in 0énue sinctlrilé
de Cha;Jin, Greuze, madré compère, se lit
une manière de roiauté dans le pathétique
bour!!CCIÎ ·• Diderot, un peu lourJaud dan
0
•
1armoiants
l'éloge,
acca.Llait de commentaires
le moindre tableautin du moralisateur de la
peinture; il lui donnait du génie à tour de
bras et le sacrait restaurateur du culte :et de
la vcrlo. ll sem~le bien que le bon Greuze
se soit a sez peu préoci:upé de remplir une
mi sion sociale. on qu'il fût modeste. Ce
pelit homme pimpant, frétillant, pomponné,
bavard, a,·aolageax, avait de ses mérites
une parfaite con ciencc. Mais la a bambochade » sentimentale lui procurant honneur
et profit, il en épui:;a vaillamment le suœè .
De morale il e souciait médiocremenl. Au
fond, arnc es airs de n'y pas toucher, il
était égrillard toul aulanl qu'un Baudouin.
Ses jeunes filles s'habillaient décemment,

mais qu 't.•lle ont donc la pudeur prorocaute !
Elles firent pleurer Diderot, el!,.- attendrirent
Voltaire, · Bou-,eau dut chérir en elles drs
Jolies el des Claire.~. N'importe! oos le fichu
de ce· vierge~ ~ourooises, en cherchant l,irn,
l'on découuirait un exemplaire du So,,1w.
CréLillon fils c. l lc véritable confe.seur de ce
-pen ionnal aux paupière' Lais~ée .
Greuze, à Hai dire, n'a jamai· peint 11u'unc
~t•ule et ruèmc femme, celle qui réali. ait son
type de grâce mutine cl de fraiche hypocri~il'.
Toutes proporlions gnrJées, il ,uhit, ain.i
11ue flubeo-, la trranaie de l'idéal féminin
11u 'une mortelle réalisait sou ses icu-x. li
foi. ail pcrpé1ucllemcut le portrait de ,a propre fommr. EL il faut bien Jt, dire,
Mme Greuze était douée très in uffi :immcut
pour Sjlllboliser la PuJcur.
Les Arrhfrrll de l'.trt français ont puliliê
j.1.dis un documc.nl qui non renseigne doulourru,cmcnt sur le· ménage de ce peintre du
loonbeur Jome ·ti,1ue : c·esl le mémoire tn,·o}é par Greuze 11 un procureur, lorsl(u'il
·e d(cida, apri:• · des années dl1éroï,1ue pa-

1

~fadame de Pompadour était malade, cl le
floi venait la roir plusieurs foi par jour.
Je,ortai,dorilqu'ilentrail; maisét:intre téc
prè!\ d'elle pendant quelques minute , pour
lui donner un ,·erre d'eau de chicorée, j'entendis, a Majesté 11ui parlaitdr• lme d'Egmont,
el \fadame lern l~s yeux au ciel en di aot :
« Ce nom me rappellera toujours une
chose Lien triste el bien barbare; mais ce
n'est pas ma faute. 11
Ces mols me restèrent dao l'esprit, et
surtout le ton dont ils avaient été prononcés.
Comme je restai auprès de ,tadame jusqu'à
trois heures après minuit, à lui faire la lecture
une partie de ce temps, il me lut aisé de
tâcher à satisfaire ma curiosité. Je pris le
moment où la lecture était interrompue, pour
lui dire :
« Madame a,ait un air consterné, quand
le Roi a prononcé le nom d'Egmont. 1
Elle leva, à ces mots, les yeux au ciel :
« Vous pen eriei bien comme moi, si vous
s:iviez ce dont il s'agit.
- ll faut donc que cela soit bien touchant,
répondi ·-je, car je ne crois pa que cela
re!!arde Madame.

- .\un, dit-elle; mais, après tout, comme
je ne suis pas l:i seule au fait de Ct.'lle histoire, el que je vous connaÎ$ di~cri-lc, je ,ai
vous la raconter.
a Le dernier comte d'Egmont avait épousé
la fille du duc de \ïllar . lais la duche ·se
n'avait jamais habité avec son mari, el la
comtesse d'Enmonl esl fille du che,·alier d'Orléans (fil légitimé du llégent, grand prieur
de France, et général des galères). A la mort
de son mari, jeune, belle, aimable, el héritière d'une immense fortune, elle était l'objet
des ,œux de tout cc qu'tl y avail de plus dis- ·
tingué à la Cour.
Cl Le confe seur de la mère de la comtes e
d'Egmont entra un jour chez elle el lui demanda un entretien particulier. Alors il lui
ré,éla qu'elle était le fruit d'un adultère,
dont sa mère faisait depuis vinat-cinq an
pénitence.
« Elle ne pouvait, lui dit le directeur, s'oppo er à votre premier mariage, dont elle a
gémi : Dieu n'a pas permis que rnus ayez
des enfants. Mais, si vous ,ous remariez, vous
courez, madame, le hasard de faire pas l.'1'
dans une famille étrangère des bien immense

11ui ne rous apparlienncmt pas cl qui sont le
produit du crime. »
a )fme d'Egmont écouta ce détail a,·cc
terreur. a mè•re entra au mème instant.
lbndant en larmes, el demanda à genoux à sa
fille de s'oppo cr à sa damnation éternelle.
Mme d'Egmont làchait de ra surer . a mi-re
el elle-même.
« Que faire? » drmanda-t-elle.
a Le directeur lui répondit :
- Vous con acrer entièrement à Dieu, cl
effacer ainsi le péché de votre mère. 11
a La comtesse, qui était tout effrayéP., promit ce qu'on exigeait et forma le projet d'entrer aux Carmélites.
« J'en fus instruite; je parlai au Roi de
la barbarie que la duchesse et son directeur
e1erçaient sur celle malheureu e femme;
mais on ne sarail comment l'empêcher.
« Le Roi, plein de bonté, engagea la Reine
à lui offrir une place de dame du palais; il fü
parler adroitement à la doches e par ses amis,
pour qu'elle détournât sa fille d'entrer aux
Carmélites.
« Tout fut inutile el la malheureuse créature
fut sacrifiée. »
i\lAOAME DU

...,. 220 ..._

JlAUS ET.

11ues, lorsqu'il pas.a, pour son malheur, devant la Loutique J'un libraire. La demoisellt•
du comptoir le subjugua d'un rcgard. AnncGnLrielle Oalmly, la fille du bouquinistl',
était nne célébrilt! du c1uarlier. t Poupine,
Llanche et droite comme le lys, vermeille
comme la ro.e e, a dit d'elle Didcrol qui -."attardait ,·olonticr · à sa deYanturc. lJiderot
aimait à venir chercher che:1 la jolie marchande des exemplaire - de Pélrone ou de la
lleligiet1se en rhemiu. Tout ailriulantc
qu'eUe fùL, Ille Baliutr approchait de la
trentaine. Greuze se pré.entait au bon moment. « .le fu , racontc-l-il à . on procureur,
frappé d'admiration, car elle avait one trè:;
belle figure; je lai fi· des compliments tant
qu"elle rn Youlul. • Au bout de quelques
jours, Anne-Gabrielle adrP sa celle question
à l'aimable client: « Monsieur Greuze, m'épou ·eriez-Yous, si j'y con entai-? Le peintre e crut llè habile en répondant: « Mademoi elle, n'c.t-on p:i trop heureux de pas tr
:i "ie an•c une femme aus i aimable que
\'OU·? D Le prédestiné pemail, en parlant
ainsi, ne point s'eng:i 0l•r. 11 Je crus, dit-il,
que celle mani~re de répondre était tout à
fait in~igniflanle. » Quelques jour aprè:-,
~Ille IlaLuty pénétrait ,iolemmcnl dans l'appar!cmcnt de ~ou adorateur, ie jelail à e
genoux, sai!:issail ses deux. mains et les baignait de l:irmes. n LaLleau de Grcu.te ! Le
malheurt•ux s'c\écuta; il entra en ménage
avec lrenle-si.1 lhrcs.
lime Greuze manquait de wrlu. Pa ~e
encore pour i:e menus défauts de ménagère
acariâtre, sottisière et gaspilleuse. Elle négligeait sa cuisine au }&gt;Oint que ses ca scroles
étaient teintée de ,·crt-de-gris; son mari,
pour arnir pris un bouillon de ces casseroles périlleuses, .e dt « aux portes de la
mort». Petites mbère que celles-là. Mais la
dame, qui po.ail si Lien les Ve.talcs, était
alanle comme un modèle de Franonard. Le
paune Greuze énumère d,rn son mémoire
le nomhreu.c faibles es de ~on épouse. JI y
rut d'al,orJ un M._ llatincourt auquel succéJa un jeune élèrc. 11 Je rentrai un jour !&gt;Ur
le· neu[ heures, je trom:ii '1me Greuze fort
cml&gt;arrJssée de sa figure, mon élè,e debout
devant la cheminée, ne . acbant que devenir i
je crus qu'il convenait de renrnyer le jeune
l1omme. » ilme Greuze dé approma celle
mesure. Après a,·oir parlé de e tuer, elJe e
con ola a1ec le fils d'un rruitier-oranger,
lequel s'était décourl'rl des di po~ilions pour
la peinture. Yiot ~n -uite un M. de aiutMaurice, chez qui Greuze remarquait II un
air sournois el rampant ». li y cul llagrant
délit. L'épouse coupable ne lrou,a pour s'ex0

!'ti&lt;M Glraudoft
GRJ:: CZE.

l'or/rai/ Je /'arlWt f:Jr lui-mème.
(.\!usée ;1u Louvre.)

Lience, à ~e s{oparcr de sou idéal. Le amateurs de comi11ue féroce peuvent trouver là
leur compte. C'est de quoi rire ... aux larme· .
Greuze rcYcnait d'[talie, ne songeant guère
à créer le t}·pe de la Vierge selon Jean-Jac-

�1f1S T0-1{ 1.Jl
cu~er que celle phrase: « Cdu ei t \l'ai, mai·
je m'en f... '. • Dè:i lor. Grcnzc rcno111·a à la
Célicité dome~Li11ue.
•
Cepend3nt sa compa1.me • lerait la nuit cl
menaçait de lui !.&gt;riser le cr;inc a1ec un la.e
d~:nué ~e poé ic. li rJ,0!111 de sr éparcr
d clic. • e le hl,lrnons pas.
Eh Ilien ! celle inbal,itaLle mé(Tèrc inc.1rnait .i de. po1i,1uemenl son rère nrlislique
qu'il garda jusqu'à la dernière heure dans
le 1eu1, pcut-ètre au cœur au. si, la ri ion
de . on charme menteur .•\prè · la Ré1olulio11,

c'était. une l~mcntahfo épa\·c que I • peintre
chank par T\iJerot i ,lé ar· ent,:, oul,lié.. an·
clientèle, logé au LonHc par charité, titulaire d'une pcn~io11 &lt;le t ,500 li1rcs, Greuze
errai! dau le· rue~, en haliil &amp;arlatr l'éph
au ~ôté, portant 1, 'au quan,1 mème. 'Il pcin11a1l encore, il .s'c .. apil à l'art civi11uc. Et
toujour, l'a~cortû marchande d la bouli,1ue
de la rue ..,amt-Jacquc hant:,it le désolé 1icillartl. La jolie Cri mou. se trompeuse renais ·ail
ans Cl· ·,e ou le trcmLlemeal de ,es pinCt~u~. Il quêtait Jése pérltmenl de~ l'Dm-

mandes. ~'a dernière auhaint! fut l'autorbtio~ de pt·indre le premier comul, ans qu'il
po.-al. Greuze put tout au plu· cntrc1·oir
Bonaparte comrue il traversait la !!alerie de
'aint-Cloud. Il lui fallut peindre le héros de
mémoire. Celle œunc sénile, prcsiiut! i:rrol~~'la~, se meurt lristement dans un coin- de
\ r,a1Ue~. Re!!arJcz-la bien. Le premier cons~! a la peau_ ro :e, lus che\'cux soyeux. l'œil
revl'ur et pohs~on dc · accordée de 1·illa"e. JI
rc semhlc à Anne:Gabricllc Bal,uty ! - Ou 'on
ose, après celn. mer le. sorlilt\gcs 1

IIE.·n,· ROUJO. ',
de l'A~JJbnle française.

r··
-C

l~:; . Les débuts d'une Sou1Jeraine

1 ..

CalbPrine d'Alfendc ·I naquit en l li G dan·
1~ 1i~l.age de ningen, du di tricl de Dor~t, en
Lnomc, de pap111 · catholi1Jnes de Polorrne.
On a même prétendu 'lu'elle était bàtardc
d'un g?nlilhomme nommé l\o en, seigneur
de ce nlla"e, par ·e qu'il fournissait la ,uh,i tance à la mère et à l'enr:rnt; d'autres, tcL
1111e lluhner, lui donnent pour père Alhendirl
ou AlfonJcll, gcnlilbonuno \'OÏ in el :uni ile
llo en. Le mari de la pay ·anne était . i i"noré.
e_t celte gén~alog_ie i peu intére sante, que
1enfant fut m. cr1t ur le regi ·tre baptistaire,
F1111,l/in9, c·e t-à-dire mlaul naturel.
ll'ailleur:., le plus ou moins de basse ·c
dan· son orinine •st a cl i11dilférenl, rel:iti,ement au rang où elle paninl. Elle dut tout
à la Ior111ue cl à ·on mérite personnel.
ll~pbcline _pre 4ue en nai~sant (~r l'lle
p~r(~1l à lr?IS ans .., mère el Hosea), le
v1ca1r • de fü11g('n, ·011 parrain, s'eu char ea
par charité. Elle a\'ait lr •ize ou quatorze ans
lo_r que le -~1rinlendant ou archiprêtre de
lhga, nomme Gluk, rai~anl . a tournée, la
tr~u1·~ rh~z le vicaire, qui, étant paurni,
pria 1arcl11prêtre de ~e cbu&lt;Tt:r lui-même de
l'orpheliue.
En crois ant. sa taille cl
trait , , dé\'~loppèrenl, et sa beauté .e faisait remarquer.
G_luk vit qu'elle fai. ait un peu lrop d'impre •
,101_1 ~ur Je ~a.-ur de .. on fil , et, pour en prénomr le , mtes, il la maria à un trahan suédoi · de la garde de Charle XII, d'autres
di;ent à un soldat du rérriment de Schlippt'nl&gt;ack. Il pouvait bien a\'oir ~er,i d'abord dan
ce régiment. Au re te, une discu .ion ·ur

~·t!Ue différence d'état du mari n'c,t pa plu
tmporlantcque sur la h'.·gitimilê de la femme,
cl n · !'oh curité où ell était née.
Le• •marfa"e
se ..fit à \[aricnhour.r,
où le
•
0
mari etart en garni ·011, cl trois jour· après il
eut ordre de joindre l'armllc.11 fut du nombre
de~ pri ·onniers fait à la bataille de Pulta,;a, et cmoyé en .ïbérie, où il ne mourut
'lu en Iï21.
Le p 'U de l~mps (file le rnarié, pa"si•renl
e!1 emh!e a. fo1t 1-uppu cr dl'puis 11ue le mariage u amt pas été con ·ommé el pouvait
ê~rc re~ard~ comme nul; cc 11ui ,erait difflc,le à 1111aguwr d'un solJ;i t jeune cl amour ·,u d'une femme l~lement jeune el bel) .
Celle que:tion a eu un oLjel plu important 11111• le; pr,:cédenlc:·, parce 11u'il ·a,.i ,ait de la l.!giLim:té tics enfants du second
mar!agc, Lous né du viva11l du premier
mari. L pour cl le contre a été . outcnu par
Ir· même per,oonc , mais en diflënmts
lunp:, et uiranl diwr intérêt .
Quoi 11u'il l'n nit, le feld-maréchal chcrt..'melow ayant pri farienhourg en 1722, v
lrou,·a Catherine, 11u'il mil parmi .e. e.clav~·.
et.en rua aYec elle comme avec le. autre.,cn
,a111q ueu r rw;-e.
\lenûkolT, r1ui, &lt;le garçon p.\lis icr, était
devenu, depui la mort de Le. Fort, mini ·1re
cl fal'ori du c2ar, ét...,nl \·enu relever cbercmetow dans le commandement celui-ci céda
Catherine à on succes eur, q~i la mH encore d~n une espèce de ~rail de campagne.
Un 1our, le czar Pierre le Grand en vi ila.nl les quartier Je .on armée, vi~t ouper

cbei Mcnzi~on, ,·it Catherine, la troU\a à
on gré, lui dit, en sortant d, table, de
pr 11dre le OamLeau pour le conduire dan-. ,a
chambre, el la fit coucher awc lui.
te fondemain, il lui Jonna en parlant , 1111
ducal_; encore p~mail-il arnir noblement pa)é
sa.nuit, non qu 11 !1\t a,•are, mais il prétend:ut que les plai,irs d l'amour étai cul comme
lou le· aulr ·s hesoin · de la \ic, dont le prix
doit noir un tarif.
. Peu de ~mp aprè: ,a première cntrenre
a_wc Catherine, le ciar rc,int la ,·oir, :--'enlr'11111 a\·cc elle el la ju"ca digne d'un meilleur
usage que de ati faire un goùt de fantai ie.
as a\'Oir j:unai u ni écrire ni lire elle
parlait r1uatre lnn!!Ues el Clltl•ndail le r:rnçai . ~aucoup d'e. prit naturel, aclif, ju le
cl tltmL~c. mw âme couragen e, le tout joint
aux a&lt;&gt;rcmenl de la ll;rure, dernil'al plaire à
un prince qui lrouv:iil à la foi , tian la
même pasonne, une mailre:,se airnal,lc et un
~upplémeot &lt;le mini tre. il di l à llenzi koff
qu'il fa~lait la lui cédt•r, cl 'en empara.
Depu, · ce moment, elle suhit parlout . ou
nouveau maitre, partaneant H!. fatii:rne , l'aidant de es con.cil', el finit pa; ~Ire sa
femme el impératrice.
L'archevêque de ovgorod, qui fit l:i cérémoni~ &lt;lu mariane, \'Oulant profiter de
œlle crrcoa lance pour oLLenir Je titre de
patriarche, repré.enla au ciar que celle
fonction n'appartenait qu'à un patriarche.
Le czar, pour réponse. lui appliqua quclqu coups de canne, et l'archevê11ue donna
la bénédiction nuptiale.
1

r

DUCLOS.

..,..

P. DE PAR.DIELLAN

Les théâtres des Cours allemandes
au bon lJieux temps
Une discipline toute militaire ~évis ait
jadi à Ikrlin, en un lieu qui, d'apr~ _a
nature même, dc\ait plutôt olfrir de cli traction , à ceux r1ui le fréqucntnicnl. Ce lieu
n'était autr~ que l'Opéra.
Entretenu aux frais de la cas elle ro,ale,
et, dans l'e. pril du sou,·crain, plu: spécialement ré.erré au per onncl de 1. cour el aux
offici rs, ~on accè n'était cependant pas
interdit a111 l,our"eois de la ,ille, à condition
qu'il· y pu~~enl lrouver de place·. Le public
était astreint à une seule et unique obJit•ation;
a. si. ter en silence à la repr&amp;cntation.
.\fin que nul n'en ignoràl, de grand·.
affü:be.-, apposé par les .oins du /&gt;oli:eidirektoriu111, prérnnaienl que « les as i tants.
dcn1ient ~·aL. tenir de toute~ le in. ulles ou
interruptions smceptible de. lrouhler l'ordre;
qu'il leur était interdit de sifncr, de trépigner ou de mar11ncr d'une raçon quelconque
l ur mé-contenlemcnl, s'il. ne ,·oulaicnt . 'etpo·er à dr' con équenccs dé::r"réahl pour
eux».
Au dix-huitième .iècle, la salle de !'Opéra
avait uoe dL po ilion toulc spéciale.
! l'ord1 lr , au premier ran". ur une
e trade, deux fauteuils pour le roi el la reine.
J1uis, 11 quelques pa eu arrière, des ran"ée
de . iè
élaienl alîcclée , dans l'ordre d ,
pré&lt;éauce:, aux généraux, aux officier supérieur&gt;, aux capitaines, aux lieutenant , aux
élèl'cs &lt;le l'académie militaire, aux cadets,
aux « personne: de la Lourneoi.ie, non allachée au ~enice du roi », cl enfin aux
simple.. oldats. Ceiwndant, le jour· de répt.L
tition "éoérale. exception ét.ait faite à celle
rl"1 le. ~n pareille circon tance, le public était
admis u .:an· di Linclion di&gt; ran" ni &lt;le condition 11. Au si chaque fois y avait-il alle
comble.
ll'apr le Journaux dn lemp· et le lines
d'ordr1::, de la garni.on de Berlin, il apparait
r1ue le repré entalion étaicnl a .. ez moUl'emcntée , même quand Leurs Maje·tés les
honorai 'Dl de 1,·ur pré encc. Tantôt c'étaient
des cadets qui montaient ur leur siège
pour ruicu1 voir et pro\'011uaicnl les réclamations des per onne. a. sises dl·rrière eux ;
tantôt de cris d'enfants couvraient la voix
de acteur ; d'autres foL, c'étai1:nt d
batailles de chiens, ou des prote talion
bruyantes contre une belle coilfée d'un chapeau de dime~ion eiagérées, ou une allercation entre bour,,eoi et ~oldals, ou encore
l'altitude peu convenable de jeune· officier,
riant el s'af6chaot arec des beauté· peu
farouches. "'importe, la séance continuait.
Dame, le lendemain cela se gàtait. Les cou0

pablc n'étaient pas toujours punis, mai. le
:l\'ertL:emcnts, le: défen.~ cl les menace·
pieu l'aient.
Le 16 noYemLre I ï:i2, Frédéric le Gram!
a,·ail fait connaitr • par la voie ,le l'ordre que
,r. le libraire Haudt&gt;n vendait une instruction
imprimée ur la façon dont m · ieurs le
officier d •vaicnt e conduire à la coméilie ».
Héjà eu I H!I, ou le yeux mrme du
roi, le con "illl'r de délégation Cocœï, fil· du
chancelier, a\·ait eu un moUl'ement de vi\acité ~u ordinaire, dont la con équence a\'ail
été un .c:indale énorme. Ce jeune homme,
follement épris de la cél~hre danst·u, • DarLerini, el au ~urplus doué '.d'une ,force herculœnne, s'était aper\'U qu'un de .e \'OÎ. in ne quittait pa · de, yeux l'obj •l de ~a
llamme.
Ce manège durait Jepui a.sez lon"tcmps, quand, un !,eau oir, exaspéré, ans
tenir compte Je la présence de Frédéric li,
)J. le con.ciller cmpoi na le malheureux
soupirant par le collet Je son l1aliit, et après
lui a1oir imprimé quelque), Lalanet:menl ·,
d'un coup sec l'emola rouler sur la . rêne
aux p[,,tl· de l'adorée. L'allairc n'aurait pas
man«Jué i1·avoir des suite f,ichcuscs pour
1. le con~eiller de lê&lt;&gt;ation; fort licureu•emcnl pour ce dernier, la \Ïclime ,ut l'en
pré~cr\'er.
.\us ilot remÏ$ de .,a chute. ledit . oupirant
voulut adrt•.scr des e eu es :iu roi; mais il
s'cmhrouilla si fort dan. son compliment 11ue
hédéric se conlënla de lui rire au oez.
0

Ou re_ te, 1,, rè .. lcmenl conccrnanL la
police (Je- thé-.llr • furent encore 1,ien de foi
Yiolés, c-0mmc en témoignent le registre
d'ordre. de hi !!:lrni,on. En effet, le 2~ décembre 17:,5, il était o: interdit aux officier
d'emporter à leur· place de a . iell , Yerre·
ou ,er,ielle prownanL du buOcl 11. Le
~2 décembre 175i, le ,commandant Je place
dbail : « Il e l répèl~ à M!. le· officier que
pendant le~ représentations de l'Opéra, il
doÎ\'e11l re Ier aux places qui leur . ont a.Jgni'&gt;e . JI leur est formellement interdit Je
circuler à tranrs la :ille d &lt;l'y eau er du
d1:·ordrt•. Sa ~lajesté mettra au, arr 1ls œux
qui contmiendronl à cel ordre. 1.1
Le ~ jall\icr 1ï 1 , .:a \Jajesté pré\ienl
qu 'elh: punira . é,·èrement les offil'icr 11ui
auront une mau ,·aise tenue ?i la redoute donnée ce oir à l'Opéra D. Le :i I octobre li c 1,
• les ·ieur · Je officiers doivent s'ab tenir de
siIOer à la Comédie, faute de quoi ~a llaje~lé
le· enverra aux arrêt forcé i,. A peine trois

mob plu lard, le i jamicr li 2, lè \ieux
roi fulminait ~ nou,cau. c li e l loul à fait •
incoll\enanl que les oflfrier · a.mèn nl des
fcmmr el de,- filles de mauvabe vie à !'Opéra
el les in tallent d:111s lè, log ~ réscnéel aux
dame·. En con équencc, il leur c~t sé,èrcm nt défendu de per~i 'Ier dan une telle
manière de faire, jnon 'a fajest.ê prendra
des me ures de rigueur contre le délinquant . D

On pt~llse bien que les lauriers ~es monarque pru. iens de,aient sérieu-.emenl troul,lcr le "ommeil de innomhraLle principiules de l'ancienne Allemagne .
Chacun ù'cux ,oulut a\'oir .on théttlre,
ne fiit-ce que pour y introJuirc une rt\"lcmentation de son cru .•. el il y en euL d'amuanle .
Par etemple, cc fut le prince de 'chwarzLourg-. omler~bau~en, lequel n'admettait :iur
r,•prtiscntations ,le $a troupe ,1uc de fumeur,-,. ,\ux différcnlc. entrée· de la lie,
dr · hui , ier" tlaient char,.b de remellrt!
à cbaque personne &lt;jUi l pénétrait une certaine quantité &lt;le tabac. Yu l'éclaira"e défectueux que l'on :naiL à cette époque el l'emprcq•em"nl de5 3$Si ·tanls à contenter on
Alte ·se, de· la fin du premier acte on ne
,o ·ail plu· clair dan. la .,alle.
Un autre, ~[aurice-Guillaume, l'avant-dernier duc de "a ·e-~lerscLourg, avait pour la
contre-ba~sc à corde une pa · ion qui fri.ail
la folie. Jamai. il ne se :éparait de son im,Lrument. Il en jouait en .ourdine pendant le
,ervice~ rcli "ieux ou 1~ repr ··scnlations tlu:àlrale , et par d • accord dé-terminé·, fahai l
conoailN son plaisir ou on mécontentement,
ré;.:l:int ainsi l'attitude à ob.erver par le
puLlic.
Aler:mdre-Charles, le dernier duc d'AnhaltIkrnbur", lerrori. ait le, actmr el Je:; pectatcur. de .~011 théâtre. Quand un morceau
lui plai~aiL, il arrêtait la rcpré.,enlation et
fai ·ait reprendre da capo un nombre ialioi
de foi .
n soir, {Ill jouait un drame 1[Udcom1ue;
fo lraîlrc, frappé d'un coup de poi&lt;&gt;nard, avait
ro1ùé par lerrc, contre un portant. La malchance Youlu1 qu'il tombàt au-dessous d'un
quinquet en ma uni. état, de sorte qu'à chaque
in tant il recc\'ail une goutte d'huile sur la
figure.
Le pauue diable, agacé, fiL un léhcr mouvement pour ~e fgarantir la tète, mais, au
mème iwtanl, le duc, e penchant en dehor,
de ·a loge, cria d'une voii de tonnerre

�111S T 0'/(1.JI
- Hé! là-bas! Ce gaillard n·esl pas morl.
\ïle, un aulre coup de poi:mard !
C'était un ordre sans réplique. Lorsqu'il
eul été ex.éculé, on Altesse érénissime, qui
n'avait pas quitté des yeux le meurtrier, dit
a,·~ un air de satisfaction :
- C'esl bien. Le guerrier ne bouge plus;
celle foi il est mort. Continuez!
L'on cile une ma.se de traits scmù1ables à
l'aclif de ce prince qui, d'après la rumeur
publique, a fourni le prototype du célèbre el
joyeux 'erenissimus.

Contre l'incendie, le duc Ernest-Auguste
de Saxe-Weimar lroul'a la rccelle suivante,

qui ful peul-èlre la plus grande pen éc de
son règne:

« Nous... décrétons que nos sujets pouvant êlre ré laits par le feu à la misère la plus
noire, on prendra partout les mesures roulue~
pour éviter de semblables malheurs. En conséquence, il nvus plait d'ordonnrr que, rums
chaque ville et village, les municipalités aient
à se procurer un certain nombre d'assielles
en ùois, u agées et marquées de lettre et
signes conformes au dessin ci-joint. Cl',
marques seront apposées ur lesdi~es assiettes
à l'aide d'cn('rc fraiche el de plume3 neuves,
un jour de semaine, du dernier quartier de
la lune, entre onze beure · et midi.

1 Lorsqu'un incendie éclatera ce dont
le eigneur nous pré~erve 1 - on jcllcra une
de nos as ieltes dans le foyer en disant:· a .\u
nom de Dieu ! D
« Si celle opération ne réussit pas, on la
recommencera, el à la troisième assielle, le
feu s'éteindra infailliblement.
11 Tou les bourgme trcs, échc\ÎOS, baillis, etc., elc., devront être! approvisionnés
d'as ieltes pareille., dt! façon à pournir rn
faire usage, le ca échéant. füüs comme il
est inutile d'initier le public à ce qui précède,
les magistrats désignés ci-dessus conserveront
pour eux les présentes in truclions.

&lt;&lt;

Danné à Wdmar,le2-idéccmbre 1H7. »

P.

DE

PARDIELLAN.

La marquise d' Heudicourt
Madame d'Ileudicourl était relie même
mademoi elle de Pom, rarente du maréchal
d'Albret, et dont la chronique scandaleuse
prétend qu'il a,·ait été amoureux; amie de
madame de Ma.inlenon et de madame de
llonlespao jusqu'à ~a fügrâce. 1l e:,.t certain
que sa fortune ne répondait pas à sa naissance, el qu'elle n·aura il pu l"Cnir en ce pa) ti sans le maréchal d'Albret, ni 3vcc bienl'éance san madame sa femme, à laquelle il
é1ail aisé d'en faire accroire. Elle parut donc
à la cour avrc elle; et elle ne put y paraitre
sans que sa hraulé et ses agrément$ y fis:;ent
du bruit. Le Roi ne la Yit pas al"ec indifférence, et balança même r1uelque Lemps entre
madame de la Yallière el elle; mais les a.mies
de madame la maréchale d'Albret, poussfos
peul-êlre par le mar~chal, lui représentèrent
qu'il ne fallait pas lai-. er plu longtemps
celle jeune pcr onne à la cour, où clle élait
ur le peint de se perdre à es -yeux, el qu'elle
en partagerait la honte, puisque c'était elle
(lUi l'y a,·ait amenée. Sur ces remontrances,
la maréchale la ramena bru quement à Paris,
ur le prétexte d'une maladie supposée du
maréchal d'Albret.
Madame d'lleudioourt n'élait pas mauYaise
à entendre sur celte circonstance de sa vie,
surtout quand elle en parlait au Roi même :
scène dont j'ai été-quelquefois témoin. Elle
ne lui cachait pas combien sa douleur fut
grande quand elle trou"a le maréchal d'Albret en bonne s:mté, el qu'elle reconnut le
sujet pour lequel on avait supposé cette maladie.

Cc ·rut en vain qu'elle retourna, après lo
rnyage d~ Fontainebleau, à la cour; la place
était prise par madame de la Vallière.
Madame d'Heudicourt, vieille fille sans
l,ien, 4uoique avec une grande naissance, ~e
1rouva heureuse d'épouser le marquis d'lleudicourl; el madame de Maintenon, ~on amie,
y contribua de tous ses soins. A.mie au i de
madame de Uonte~pan, elle récul avec elle à
la cour jusqu'à sa disgrâce, dont je ne puis
raconter les circon tances, parce que je ne les
sais que confusément. J1J sais seulement
qn'elle roulait rnr dPs lellrcs de galanterie
écrites à r. de Déthune, ambassadeur en Pologne, homme aimable lt de bonne compagnie; car, quoique je ne l'aie jamais rn, je
m'imagine le connaître parfaitement à force
d'en avoir entendu parler à ses amis, lesquels
se sont presque tous trouvés des miens.
ans doute qu'il y a,ait plus que de la galanterie dans les lettres de madame d'Heudicourl à ~(. de Ué1hune; el il n·y a pa d'3pparence que le noi et madame de Montespan
eussent été si sévères sur leur découverte
d'une inlrigue où il n'y aurait eu que de
l'amour. Scion Lou les les apparences, madame d'Jleudicourl rendait compte de ce qui
fC passait de plus particulier à la cour. Je
sais encore que madame de Maintenon dit au
Roi que pour cesser de ,·oir, el pour abandonner son amie, il fallait qu'on lui fit voir
ses torts d'une manière convaincante. On lui
montra ce Jeures dont je parle, et elle cessa
alors de la voir. Madame d'Heudicourt partit
après pour s'en aller à lleudicourl, oi1 elle a

demeuré plut-ieur · année~, et où le chagrin
la rendit i malade, qu'elle fut plu ieurs fois
à l'extrémité. lioe chose l1ien parliculièrc qui
lui arriva dans une de es maladie , c'est
qu'elle e démit le pied dans son lit : et,
comme on ne s'en aperçut pas, elle demeura
boiteuse; et celle frmme, si droite et si délihé.rée, ne pouvait plus marcher quand elle
revint à la cour.
Je ne l'ai rue qu'à son retour, si changée
qu'on ne pouvait pas imaginer qu'elle eùl été
ùelle. Elle y fut quelque temps ;;ans ,·oir madame de Maintenon, mais elle m'emoyait
assez souvent cbez elle, parce que j'avais
l'honneur d'être sa parente; elle me Lémoibnait raille amitiés.
Insensiblement tout s'efface. Le Roi rendit
à madame de Maintenon la parole qu't:lle lui
a,ait donnée de ne jamais voir madame d'Tleudicourl; cl elle la vil à la fin avec aulant
dïntimité que si elles n'avaient jamais été
séparées. Pour moi, je lroufais madame de
Maintenon heureuse d'être en commerce avec
une per onne d'aussi bonne compagnie, naturelle, d'une imagination si vive el si singulière, qu'elle trouvait toujours moyen d'amuser et de plaire. Cependant, en fo·erti~sant
madame de Maintenon, elle ne 'attirait pas
son estime, puisque je lui ai souvent entendu
dire :
~ Je ris des choses que dit madame
d'Ueudicourl, il m'est impossiLle de résister
à ses plaisanteries; mais je ne me souviens
pas de lui a,·oir jamais rien entendu dire que
je voulusse aYoir diL. »
MADAME DE CAYLUS.

JEAN POUJOULAT

•

Le
La question Louis XVll, qui vient encore
de faire couler des Ilot d'encre, pré ente de
curieuse analogies a,•ec une énigme plus ancienne, l'a\'enture d'un au1re entant roxal
miraculeusement ressuscité.
Par malheur, ce précnneur de l\icbemont
el de Naundorff vécul à une ttpoque oit les
polémi,1ues de presse étaient chose inconnue,
c'esl pourquoi le documents qui le concernent sont rares et, san · l'obslinalion de quel11ucs cherrheurs, ~a mémoire demeurerait
en e\'elic dan un oubli prufoud.

Les cérémonies du sacre de Philippe V (le
Long) qui curent lieu le !I janvier t ;i 17, furent troublées par un scandale sans précédent
depuis la fondation de la monarchie.
Les baron français refosèrent de siéger
dans la cathédrale de l\eims auprè de la
comtesse ~labaul d'Artois, ùelle-mère du nouveau roi, cl de soutenir al'ec elle la couronne
ur la tête du sou1erain consacré, prérogati\'e
à lal(uel]e elle arait droit en qualité de pairesse du royaume.
Ce refus injurieux était moti1è par deux
gr:l\·es accusations dont la comte se était
l'oLjet.
Les nobles disaient hautement, el le peuple
répétait d'aprè eux, que Mahaut avait, quelqurs mois aupara1ant, empoisonné le roi
Louis X, alors qu'elle pensait par cc crime
elen:r au trône ~ fille ,lranne, mariée au
comte de Poilier , frère du roi.
Mais la veurn de Louis X, Clémence de
Hongrie, 'était déclarée enceinlr, et le comte
de Poitiers n'a,ait oLlcnu que le litre de
ré«enl durant l'interrègne auquel mit llu, le
1:-, novembre 1:i 16, la nais ance de l'héritier
po lhume proclamé aussitôt sous le nom de
Jean [er.
Le crime impulé à Mahaut embJait donc
demeurer inutile et ses espérances de Yoir
régner a fille e troU\aient anéanties.
Or, l'enfant royal de,·anl être préi;enté en
grande pompe aux. dignitaires du royaume, la
comtesse d'Arloi revendiqua rbonneur de le
tenir dan ses Lras durant la cérémonie.
Jean I•• mourut la nuit suivante; une tradition veut que la comtesse L'ail serré de façon
à lui broyer le corp ; suivant une autre, elle
lui enfonça uoe aiguille daos la tête; enfin,
d'après une \·ersion plu~ croyable, c'est en Jui
\'. - lilsTJRI\. - Fasc. 37.

rot• Giannino

foi~ant absorLer du poison qu'elle aurait
causé sa mort.
Telles étaient les rumeur infamantes que
le comte Philippe, de,·enu roi, avait d'abord
jugé préférable d'ignorer.
Pourtant, après l'éclat donné par k barons français à leur ho,tilité contre la comtesse d'Artois, il de,·enaiL impo ihle à Phi•
lippe V de ne pa relever des accu.ations qui

CLÙll:.NCI::

Df:

lloNGRlE, lll:11\l.: DE FRANl.:I::.

(IJ'.Jfrês wr /111ste d11 /tlusre de Versatiles .)

l'atteignaient lui-même puisque, si !lahaul
étail coupable, il deYait la couronne à un
double meurtre.
Dan celte circonstance critique la bellemère el le gendre curent recours à un expédient dont bien d'autres chef d'État ont usé
depuis atec le même Mtccès : la nomin:ition
d·une commission d'enr1uêle qui fut chargée
d'c1aminer li:s faits reprochés à la comtesse
d'Artois.
Les enquêtes officielles ayant générakment
pour but de remettre à neuf les réputations
avariées, on peul considérer celle-là comme
un modèle du genre.

Le seuls témoins à charge entendu furent
dc111. sorciers de village, lesquels déposèrent
que la comtesse d'.\rloi:- leur avait Jemandé
du poi,;on pour faire mourir le roi Loui .\.
li va de soi quo Mahaut réfuta san peine
ce récit, fourmillant dïouaiscml,lanccs, rl
dunl lrs auleurs ~e rétractèrent prrsque au -sitôt, préLenJanl avoir été indüit~ par les
ennemis de la comtesse à témoigner conlre
elle•.
li n'l· avait plus qu'à proclamer l'innocence
de l'accusée; c'est ce que firent leô jugi:s,
sans s'occuper d'ailleurs de la seconde accusation: le meurtre pré umé du petit roi Jean.
l'eut-être ne ·e ,enlirent-ils pas de force à
c.1naliser ce proc~s-là comme ils avaient fait
de l'autre.
0'ailleur le principal était oLtenu : on
a,·ait donné à l'opinion publique le lemp, de
, 'apahr; Philippe pouvait jouir en pais. du
pouvoir ro)al.
li n'en jouit pas ]ongt('mp ; après cinq ans
de rèune, en 15~'.!. il alla rejoindre l'r&gt;nf:mtroi dans les ca\'eaux de aint-Ueni -.
on frère Charle lui ~ucréda et lui . urvéc:ul peu.
La descendance de Philippe le Bel, c1uc Jacque de ~Iola}· avait maudite du haut de son
bû1 ber, ayanl avec eu · 1 pas é comme un
rêve,&gt;, suil'anl l'expression d·un chroniqueur,
le Yaloi · montèrent sur le trône et la dé,a Ireuse guerre anglaise commença.

Le 4 octobre 1356, quelque citoyens no1ables de iennc, é1ant un soir réuni~ chez
l'un d'entre eux, commentaient une nou,·elle
rél:4!mrnent parvenue en Italie : celle de la
défaite et de la capture dn roi de France,
.lt1an li, à la bataille de Poitier .
On c remémorait à celle occasion la défaite d' .\zincourl, les ra,·ages effectués par les
compagnies franches, le calamités endurées
depuis dtis année par le peuple !rançai -.
« En vérité, la France semble expier un
crime par tous les maux qui lui ont infligés I D
remarqua l'un des assistants.
EL, plu ieurs autres apnl partagé cet a1·is,
un moine dominicain, présent à la réunion,
Fra Bartolomei Mini, se lais a entrainer à
Jire:
1.
•101,

1'11H·.:--1·crl,3.I ,k l'&lt;•m1u, li•,
,le GuJ.cfrui-~l,•111!-Glailt.:.

collcctiun du màr-

IJ

�111ST0-1{1.Jl

--------------------------------------premihe femme, Jeanne Viccoli, il s'était remarié, en l 3i8, i1 ~ecca \gauano, el a~aîl
tl s en fanls de ses deux mariage .
On le ,·oil, la réalité connue ne concordait
0uèrc ave.c l'étrange rénHation de fra Uarlolomei.
·
Ce dernier pourtant per istail dans ses
dire,-,; il prétendait même aYoir enlre les
mains la preuve écrite de l'idC'nlilé du roi
Jean dont il était le c-0nlident et l'ami.
On comprend 4ue, dès le Jendtmain, ces
propos étaient répétés dans la ville, et que de
toute parl Jean llaglioni se trouva mis en
demeure de les e~p)iquer.
Le marchand ne se fil pas trop prier pour
livrer son secret; il confirma les déclaration.
de Fra Bartolomei.
Son ilJustre origine, longtemps ignorée de
lui-même, lui a,ait été révélée quatre an
auparavaut dans les plu dramatiques cireon Lanues.
le .~ septemLre l:i54, Jean Uaglioni a,aiL
l'U la surprise de recernir un me~sage le
mandant à llome, de la pari de 'icolas Ilienzi,
&lt;1 che1 alier ùu peuple romain, défen.cur de
la Cité Sain le de par la ,olonlé du Saint- ii·gc
Aposloli11uc 1&gt;.
Le . icnnois a,ait d'al.,ord cru à une my~lilicatiou; élrang1•r à toulo affaire polilique, il
ne pouvait concevoir aucun rapport entre lui
cl Hicnzi, l'orageux avrnlurirr hallotté, de révolution en révolution, de la dictature a111
pri on d'l:tal, dcliné enfin par le pape lnnoc1:nl \'I, puis rétal,li au pouvoir a1•cc l'appui
J 'un chef de compagnie franche, le condotlil'rc ~loréalc.
Cependant, le message ayanL été réitéré en
Lerme pres~aols, Uaglioni n'hésita plus: il
parlil pour Rome oil il arriva le~ octobre et,
s'étant logé dans une médiocre auberge de
Cil.ffipo-Fiore, il fit avoir à Hienzi qu'il élail
prêt à paraitre devant lui.
Le mowcrll scmùlait inopportun pour obtenir une audience. Un vent de révolle soufllait :,u_r la ville: lïnsurrc:clion, fomentée par
le- Savelli et les Colonna, menaçait le lliclatcur. Déjà retentissaient dans le faubourg
Ir. cris de : &lt;1 Mort au t raitrc qui a élaLli les
impùls ! &gt;&gt;· Et l'on rnppelait que, suivant une
prédiction, Hienzi devait périr dani; une
émeute ....
Ialgré ce5 circon lances, Baglioni f u 1, dès
son arrivée, mandé au Capilolc cl conduit eu
pré~ence du tribun.
L'abord de celui-ci, lei que l'onl décrit ses
1·ontemporaio , a,·ait quelque chose de singulier et de frappant.
Rienzi, alorsàgéd'unequarantaioed'années,
doué d'une belle figure, la taille impo ante,
bien qu'un peu sàtée par l'embonpoint, s'habillait Lbéàtralementels'exprimail avec emphase.
Ses manière présenlaienl un mélange d'e1altalion cl de \'anilé puérile 'I u'en sl)le modC'rnc
on appellerait 1c cabolinage ~.
011 eolrelien a1eu Jean Baglioni uommcnra
11ar un 1·érilable interrogatoire: il s'informa
de toute la lie du marchand ·iennois, de e~
origines el mèlll'è de certaines particularités
de sun enfance.
1

PUILIPP.E Ill:. V.\1.01S .EST l'ROCLA.llÉ RÉGENT 01:: PR&lt;\XCE

« Oui, Dieu é,it de la orte conlre Ja maison de France parce que le roi légitime a été
exclu de se droit au profit d'un usurpateur! ... »
Pressé de questions, le Doniinicrun aflirma
à ses auditeurs que Jean Je•, cm enseveli depuis près de quarante ans, existait encore.
'fous les roi qui, à partir de son prétendu
décè_, s'élaieut succédés au Louvre avaient
donc usurpé leur pouvoir.

[1 ,128). - Grav11re

,k TttOMA~,

J'.Jprls lt IJl:luu a ':\ LAtX , (.Il usée .it v,,·,aWes.)

Fra Bartolomci mit Je comble à la surprise
de tous en ajoutant que l'héritier légitime de
France vi,·ait obscurément à Sienne où il éLait
connu sous le nom de Jean Baglioni.
L'incrédulité fut d'abord général!'. le personnane en question ne pouvant aroir aux
l·eux des Siennois le prestige de l'inconnu et
du my Lère.
Il était notoirement 61 · d'un certain Guccio
Oaglioni, lec1uel s'était marié à l'étranger

dans de· circonstances à uai dire as ez romanesques.
éparé de a femme el revenu à Sienne
avec .on fils encore en bas àge, Guccio y
étail mort dix ans auparavant, après a,·oir
\' U , a fortune cnglonlie dans la bam1ucroule
de ses parenLs, les Tolomci.
Jean Baglioui, parrenu p,tr on indu lrie à
relever son patrimoine, e.1erçail 1a profossion
de marchand de laine. Après la mort de sa

Baglioni répondit en toute simplicité ; à ~a
nab~ance près, son histoire n'a,ail rien 11ue
d'ordinaire.
' on père Guccio Mini de Baglioui, cn"o~·J
en France à vinJl,l ans comme otage pour on
oncle, Spinr.llo Tolomei, s'y était épris d'une
lille noùle, orpheline de père, . la rie de Carsix,
cl l'avait épousél:l secrètement.
La mère cl les rrères de. larie, alanl décou,erl .on mariage, la firent enfermer dans un
cou1·col en même temps qu'ils obtenaient le
Lannissemer,t du !éducleur.
Quelques années plus tard, Guccio, étant
pancnu à rentrer en France, retroul'a, au
château de Carsis, Marie, rendue libre par la
morl de sa mère, et près d'elle leur enfant
dont le pèrearailignoréjusque-là l'exislence.
~lai~, à toute lts sollicilalions de Guccio
dt! le uivre dans ou pays avec leur fils, la
jeune femme opposa un re[us aùsolu.
Toul ce qu'il ohtinl, à force d'in,lance ,
fut qu'elle ,lui pcrmellraiL d'emmener le
petit Jl'an à Paris pour l'y garder quelques
,jours.
)larie dut cruellement regretter celle concession, uar t:uccio, irrilé contre elle, rcparlit soudain pour Sienne, enlevant i't:'nfant qui
depuis n'était jamai~ retourné en France.
llaglioni u'eul p:is à puursuil rc davantage
sa narration· le Triuun, qui l'availœoulé avec
une émotion croissanle, l'interrompit eu sc
jetant il ses grnoux :
&lt; l\endons gr.iccs 11 !lieu J'arnir épargné
1011·c ,ic! s'écria-t-il ; \'OUS êtes k Roi de

LE 'R_Ol GÛtNN1NO -

..

Après ccl effet tbé,'ltral, llicnû se releva el
ré\'éla à Baglioni stupt:fait le mystère qui
,•enait de lui êlre découvert à lui-même :
Le fils de 1;uucio el de Marie reposait en
France daus la .sépulture royale; l'eofan l
élevé au cb.ileau de Carsix, et plu tarù
emmené par Guccio à Sienne, était le fils du
roi Louis X cl de la l'einc Clémence de
Hongrie.
Voici cummentla su b ·tit ulion s'lltail opérée :
On se rappelle la prétention émise par la
comtes~e \lahaul d'Artois de tenir l'cniantroi dans ses bras pour le présenter aux grands
du ro~·aumc.
Cette prélenlion arail paru inquiét,1nle,
élanl donné la trrril,le réputation de Mahaut,
soupçonnée de l'empoisonnement du roi
Louis X, crime que la nai~ ·ancc du posthume
rendait iaulilr.
Personne, c&lt;'pendanl, n'osa résister :t la
belle-mère du régent. La reine Clémence, qui
seule aurait pu. défendre i;on fils, était dangercu. cmcnl malade cl dans lïgnorancc du
péril couru par lui.
Cc péril jeta dans une telle épouvanlc deux
d'entre les sen'Îleurs commi à la garde du
petit roi, 11u'au moment de remettre celui-ci
am main de la comte 'e Mahaut, il lui
substituèrent ua autre nouveau-né, l'eafaul
&lt;le la nourrice, que celte dernière avait
obtenu permission de garùcr au Louvre.
Or, la nourrice n'était autre que Marie de
Car:c-ix; des amis pui~s,tnb av;tÎenl tiré la
jeune (J.!mme de l'abbaye où elle élail enrerméc

l:h&lt;ht G11auJ on.

France, Jear. [••, lJUe l'on croit mort.. .. Vou~
avez, par miracle, échappé au.x mains de ros
ennemis! 1

et, pour &lt;JUC sa famille ne pûl de nou\·eau
s'emparer d'elle ni du lils qu'elle venait de
mellrc au monde, lui a,aient procuré, par

�111STOR,.1.Jl

--------------------------------------

cette charge au château royal, l'asile le plus
assuré.
Quand la comtesse d'A;tois, ayant présenté

aux grands du royaume comme leur légitime
ouverain le fils de Guccio et de Marie, remit
le nouveau-né dans son berceau, on s'aperçut
qu'il était à l'agonie.
On sait à quelles rumeurs sa fin subite
avait donné lieu.
Une charte rlldigée par orJrd de Ricnzi
continue en ces termes La narration des événements:
u Les auteur5 de la substitution se dirt!nl
après la mort de l'enfant : Nous voyons quel
esl le mauvais vouloir de la comtesse d'Artois
et du seigneur Philippe. lis croient avoir tué
notre seigneur et maitre; mais, par un elfüt
de la gràce divine, ce crime n'a pas été
accompli. Cherchons le moyen de préserver
les jours du royal enfo.n 1.
« lis se rendirent donc auprès de la dame
Marie et lui apprirent que son fils était mort,
lui faisant connaître le parti qu' ils arnient cru
devojr prendrr.
« A leur récit, la dame Marie \'ersa beaucoup de larmes; eux s'efforcilrent de la consoler, lui disant: «Vous èles jeune, madamr,
,·ous pourrez a1·oir d'aulres fils! Nous eiigeons que vous laissiez croire à la mort de.
l'enfant royal, afin qu'il échappe au péril
qui le. menace ... . Vous élèverez le roi 1~
plus secrètement que ,·ous pourrc1 1 comme
s'il était votre fils, ju. qu'au moment où la
vérité pourra èlre manife Lée. Alors ,ous
serez la plus grande dame du royaume .. ..

Si vous agissez autrement, l'enfanl-roi sera
sûrement mis à mort, vous aurez perdu
votre tils et voire maitre,.. et char.on de
nous sera en péril de sa vie !. . . »
La dame)larie, voyantqu'elle
ne pouvait agir d'autre sorte,
se soumit à leur volonté el
donna à connaitre par ses gémi~sements et ses larmes que
le roi était mort. ...
Le corps du fils de Guccio
fut donc porté en grande pompe
à Saint-Denis, tandis que Je
petit roi quiuait le Louvre dans
les bras de sa nourrice, laquelle passait désormais pour
sa mère.
Marie de Carsix se réfugia
d'abord dans un cloître ; plus
tard la mort de ses parents lui
permit de rentrrr dans le cbâl('au patrimonial dont ils l'avaient bannie.
C'est là que le roi Jt&gt;an fc,
grandissait près d'elle, paisible
et obscur, lors de la n1apparition inallendue de Guccio llaglioni.
On comprend poun1uoi, aux
instances de son mari de le
suivre Pn llalie, la jeune cbàLelaine avait opposé un formel
refus. Elle ne voulait ni e séparer de l'enfant royal, ni l'éloi"llCr de ceux qui, cannai '&lt;ant
le secret de sa naissance, pool'raienl un jour
l'aider à ,·entrer dans ses droits.
Le Siennois, irrité d'un refus dont il ne
pouvait deviner les moliis, s'était ,·engé
comme il a élé dit, pir l'enlt\vemeot de son
prétendu fils.
Ce rapl comlerna les auteurs de la suhstilulion; leur fraude devenait inutile, ils en
gardèrent donc le secret.
Marie de Carsix les imiLa, mais duranl le
reste de sa vie 11 honnête et sainte &gt;&gt;, dit Ja
chronique, le silence lui pesa comme un
remord~.
Enfin, au mois de juin 154ti, se sentant près
dt! mourir, elle déclara la vérité à son confo,seur, frère Jordan, moine augustin, el lui
remit son t~slament contenant le roeit de la
subsLiLution, le priant de rechercher le roi
Jean afin de lui déoouVTir son origine.
Un long délai s'écoula entre la mort de
~larie cl l'accomplissement de sa dernière
volonté.
Frère Jordan craignait d'aflirer sur son
orJre la ,·engeance de Philippe de Yalois 11ui
régnait alors en France.
Cependant, a,·cc les années, \"Oyant les
désastres de l'invasion anglaise, de 1a peste
el des tremblements de terre sévir sur le
royaume, il crut comprendre que Dieu vengeait ainsi lïnju te dépossession de Jean Jer.
Le moine se résolut donc à remplir sa
mission, et, trop âgé pour entreprendre luimème le voyage, il envoya en Italie un reli•

gieux de son orJre, Frère Antoine, lequel
partit, en juillet J554, porteur du testament
de Marie de Carsix. Arrivé à Porto-Venera,
Antoine apprit la réintégr~tion au pouvoir de
Nicolas Rienzi. Le Tribun lui paraissait comme
à beaucoup d'autres un être d'éleclion mar&lt;1ué
du sceau de la Proîidence ; il eut l'inspiration de solliciter son aide dans les recherches
qu'il entreprenait et lui envoya, en même
Lemps que sa supplique, un double du testa•
ment qui lui élail confié.
füeozi, « ajoutant à ces lettres une foi
pleine et entière », ainsi qu'il est déclaré par
la Charte citée plus haut, « el s'étant fait
informer par les voies les plus secrètes et les
plus sûres», avait aisément retrouvé à Sienne
Jean 1:Jaglioni.
• Aiant réussi tant bien que mal à convaincre le marchand de ses grandeurs nouvelles, llienzi l'engagea à aller trou ver à
Monle-Fiascone le cardinal-légat Albornoz,
afin de solliciter par son intermédiaire l'appui
du Saint-Siège dans se, revendications.
Le Tribun remit à Jean 1er, comme lettre
de créance, une charte relatant les aveux de
Marie de Carsix et le témoignage des deux
moines auguslins.
La Charte se termine par ces mots :

'---------------------------------------ce samedi /~ octobre i 55-1, le Lou t pour la
plus grande certitude de la vérité el, afin que
le fait soit porté à la connaissance de tous les
fidèles, priant ~olre Seign&lt;'ur Jésus-Chrisl,
lrès pieux et très gracieux, de nous accorder
la gràce ile vivre assez longtemps pour voir
rendre au monde une si grande jm lice.
Àlllt:'11.

J)

Crue prièr(' ne fut pas exaucée; trois jours
pins tard, le 7 oclohl'E', la popula1ion, soulcv~~ par le~ Co~on~~• ~vabi~sait le Capitole,
el ~,colas füenz, peri•sa1t dans l'émeule. Son

LE ~01 GTANNTNO

pateur Jean Il, semLlaiL le mellre en demeure la majorité se rallia au pins prudent avis,
de revendiquer l'héri1age de ses pères.
celui de l'ahslention, mais les partisans du
roi Giannino ne se découragèrent pas et déciIII
dèrent celui-ci à tenler une démarche près du
roi Louis de Hongrie, frèrP de sa défuntP
La popul:ition de Sienne ne fil pas de dil'fi- mère la Heine Clémence.
cnltés p'&gt;ur admellre la résurrection da fils
Suivant la biograpLie de Jean ]er (rédigée
de Louis X el rnn identité an~c Baglioni.
par son beau-frère Thomas Aggazano), la
Le récit de ce dernier, à vrai dire plus clair maison rople de Hongrie, après des &lt;1 recheret plus vraisemblable que celui de Naundorff, ches exactes », le reconnut pour l' héri lier
coïncidait assez avec lt•s évrncmenls; il don- légitime du trône de France, el des raisons
nait au1 malheurs qni frapp~icut la France politiques cmpêchèrenl seules le roi Louis
dcpui un demi-siècle une explication d'un de lui fournir une assistance direclP.

« Et nous, Nicolas, Chevalier du Peuple
Romain, Défenseur de la Cité Sainte, sat:hant
11u·une machination s'ourdit à Rome contre

ÊTATS-() Ë!'iÉRAt:X DE CO,IIPJEGNE (13;'8). -

C"lkbé Oiraud-&gt;n.

J EAN

Il,

DIT LE

Box.

Portrait pein t ,•ers 1359 et ailribut à GIRARD
o'ÜR LÈ ANS. (B it/i olhèque .Y ationa lt .)

nou ·, cl i;raignant de mouri1· al"aut d'ayoir
accompli l'œuvre du r~labli semenl du noi
sur son trône, nous lui avous remis ces le lires,

cadavre, décapilé, trainé dans la boue, fut
entin, sur l'ordre des Colonna, brûlé publi~
rruemeul par ù~s Juif,.
Avec la fumée du bî1cher s'envolèrenl les
grandeurs que le Tribun avait fait un instant
briller aux yeux de Baglioni.
Celui-ci, reçu froidement par Je cardinal
AlLornoz, lequel ne se montrail pas disposé à
lui prêter appui, prit simplement le parti de
retourner à . ienne et d'y reprendre son négoce.
Depuis deux ans, Jean I•r anit lcnu secrète
l'étrange aventure dont les réH~lations de
Fra Bartolomei, son seul confident, venaient,
pour ainsi dire, de loi arracher l'a,·eu.
ll reconnais. ait d'ailleurs qne la Pro\'idence, par la dt!taile el ln captivité de l'usur-

D'après le t;zbleau de

)FAN ALA l! X FILS.

mysticisme peu compliqué el conforme aux
idées du temps.
D'ailleurs, Baglioni, à l'appui de ses paroles,
exhibait la charte clictée par Rienzi.
Ce témoignage d'outre-tombe, le sceau du
Dictateur au bas de la dramatique légende,
paraissait une marque indiscutable de son
au thentici lé.
D'accord en principe ~ur la personnalité
de .Baglioni ( a le roi Giannino » comme on
l'appela familièrement dès lor ), les Siennois
se divisèrent en deux camps, dont l'un voulait cot1te que coûte travailler à la restauration du souverain dépossédé, tandis que l'autre
objectait le danger auquel s'exposerail J~
République si elle entrait en lutte contre les
Valois détenteurs de la couronne. Finalement,

(Mu sée de 1·ersailles .)

Cette assistance, le prétendant la trouva
chez des Juifs, qui lui prêtèrent cinquante
mille florins, moyennant la promesse de les
autoriser à rentrer en Franœ quand il aurait
fait triompher ses droits et recouvré le pouvoir.
C'est précisément la même condition que
d'autres Juifs imposaient au roi Jean de
Valois, alors prisonnier en Angleterre, pour
lui fournir l'argent de sa rançon. Israël se
précautionnait de deux clefs pour ouvrir la
même serrure.
A_ son retour de Ilada-Pestb, Baglioni se
rendit en Provence, dans l'espoir d'être re~m
par le pape à Avignon.
füi l'Église, on le sail, est lente à croire
anx miracles, el la résurrection de Jpan Il

�- - - fflSTO'J(l.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - parul à Innocent YI un fait lrop miraculenx
pour y ajouter foi. A défaut du pape un autre
allié s'offrit au prétendant.
D pui la trêve avec l'J.n"leterre, de~
bande~ de mercenaire , resll:P._ ~ans emploi,
parcouraient la France, pillant el ranc;ono. nt
"ille: el Lourgad1·,: une de ce, bantlt•, occ11p:iit ln Pruve'ilCli sous le commandement de
.Jean de Yernn1s, g ntilhomme ancrlai banni
de on pays pour un meurtre.
\'ernay: ayant entt\ndu parlt&gt;r Ju roi Giannino vint lui proposer . on aide pour conquérir
la France, i1 char:,:t de partager le pouvoir
après ln conqu11ll'.
Le traitl1 n'anit ri1•n de dt!ri. oire. A celle
«tpo11 uc, tout 1·1ublait po, silile aux rhef, de
r.ompasnics frandn•.' . loré.1lt: a,·ait CU a~-ez
Ji&gt; puissance 1•011r rt'•tablir Bienzi à Hom,•.
l:uslarlic d'Aubréricourt se rnyait prè. 1fo
1b·c11ir comle d11 Champaonc: Banlioni, qui
n'était pas d&lt;lpourrn de coura"c, mais que
~on pl'l'mirr élal n'auit pas pr 1paré au commandcmenl d'une armée, i;'eu fia donc :1
\'crna) , lequel prit le titre pomp u. Je
« Lieutenant général du royaumr. 1&gt;, el tous
d u commenci·renl la c:impa"ne.
Le sucrè en fut brillant au d111mt: le pre"
tÎ'•11 de la légende attirail de p:irlisans nomhrrux au roi Giannù10, cl \"erna,·~ 1·011d11isait
1·11 hahilc homme de guem: la tr~up de jour
1'11 j11ur plu, considérable.
Bientôt, pour ~oyager en Prownce, il fallut
un auI-conduit du pr,1tcndanl.
« Chacun rc'courait r, ,a protcctiou ,,, dil
lallco \'111:rni, • les l,ourn:ide. pac·li5:tient
:l\'ec lui cl lui pnJaicnl lril,ut, d,• sorte qu't·n
peu de lentp~ il ;1ma. a d grands tr..:or . »
C'.epcndanl rautrt&gt; roi de France, Jean Il,
d,%,ré de capli"ité en 13fî0 par le trnilé de
flr~tign), a,ait mi à pri. la lêlt! de . on rhal
l'i cn"O}'é une armée pour le combaure. 1.ongkmp l!!s deux: awnturier. tinrent en rrhcc
h•s lroup· royale,. Enfin, en décemhre 1:561.
.Jean de \'ernays, qui avait établi ·on quarti1•r
;,'.111,ral au forl Jti Cad Id, prt J',hi"nnn,

,:tait défait el c.1pturé par le~ gens Jn roi d,·
Pranr1i.
Le 'i jan, ier sui,anl, le ,é11éd1nl . lalleo de
Gi aldo arrftait, au nom de la reine Jeanue
de Naple·. alor · comte se de Provence, J,,an
dl' Ba,.lioni, liné par la lrahi~on d'un de ~1•.s
parti~an ..
Le prisonnier, d'abord renft1rmé au fort
Saint-f:tienne, fut bienllil, sur l'ordr,i de h
reine Jt&gt;.inne, eovo)"é ous bom11• e~corle ru
icile. Parrcou à Mar rille, il tenta une érnion et erra toute une nuit le long de la etile,
rbrrchant un1\ cmbarc.,tion à bord de la,rurlle
on con.entit à le prendre.
R,•hut: partout, époi~é Je foti~uc. il mini
an matin wr, la ville, tl-pfrnnt lrouwr r1[11gr Jans une 1lglise; mai~ . a [uite ,:1::1i1 J(.j;1
~ignalée, il fut rt•connu l!l repris.
l.1\ 1!) f:nier, Giannino alaot été. amen{- i1
1·aple~. le roi l'i la rt!Ïu rnulur ut l'inll'rroger cux-mèmrs, curio~ité bien naturelle,
car Jean fi:r leur tenait p3r une par 1 nlé a. ;;.-7:
proche, de mènt • &lt;Ju'il était le propre neveu
d'Andr ! de llou~ie, ce premier mari de la
reine Jeanne, qu'elle a,·ait fait élrangler pour
~pou ·1·r l.oni d1 Tar,·nll'.
C dernier se montra « ému d'une gr:mùe
compa. "iou II par l,•. réponse.- du prisonnier,
mai ne put rien pour le ~ecnurir, n\:tant lui
aus. i 1p1'une ombre de roi, mari d'une reine
r1ui ·e défakiit facilement de se. mari ..
.Jeanne de ~aples a signa comme lieu de
dètention à lla 0 lioni une prbon d'~:tat, Il'
cb;'\tcau de l'Œuf, ainsi nommé do ln forme
dl' l'ile au mili1·11 d la,1ue1Je il ~· :1c\':1it. Là,
h~s plu grand~ per.'onnag1~, dn royaume vinrcuL ,·hill'r lé prétendant, dont la lr.gcnd1: e
populari. a hirnllit en itile comme elle
l'a,·aiL fait à •.ienne.
Il emble 11oe, mème captif, le roi Giannino ait inspiré encore d1•s inquiétude· à la
1·our de France.
On lrom·e dan, une lellre écrite par lnnoœnl YI aux ,ou1·erain!&lt; d,• X:iple-. la r•rl'U\·e
de~ d,:marchcs faite· par Jea11 Il pour 11u1·
Banlioni r1H t\troitctni:nt r ·-~••rr,: ·
1

11 Le,- prétenlion émi~e~ par Ginonino B glloui ne méritent ponr tonie r1lponse que le
ourire de la pilié ! 1 décl3re le pape dnn
cette lettre adre~sét&gt; au Roi &lt;'t à la Rrine ,le
~apk.
Il e,t proLaLle que la Heinr J1•:mne ne par1:igPait pa l'opinion du ponlifc, !'ao· quoi
l~iannino rùl été pendu comme un bandit ,ul~aire et non inrarcér: dao, un 1·hàteau-forl.
Apri•s quPlqucs moi d'une détention suprortée awc « une nrande patience et une
;rande foi m rneu &amp;, la mort app1rta au pri·onnier sa délhranœ.
On ne dit pa où il rut en,e,eli. Pl'l1l-êtr1',
l'II fait ,le Funéraille,, l:inç:i-l-011 le corps i1
la mPr qui hainnail le , mur Je h prison.
L~, Ilot. par:iisscnL amir rnglouti sa m,1moire rn même temp,; rJlic . on 1·a1lan,•, t.1111
l'oul,li Je son nom l'ut r:ipiJc.
lieux hi:Lorico fraur, is l'nlcmenl. le• l't·re
ll:ioiel el Jlom \'aisselle, onl mcntionn; ,on
cxi,tencc 1•n 11uel11u •, li::;n,'~. Qnanl au anleur italien , un peu plu. prolix~, il- ont , i
l,ien 1•ntremêlé leur r\'CÏls ,le lé"Plldt&gt;, ronlradictoire. qu'il e I a,~ez dirllcile d' rc•lrnu,er la vrrité.
D'ailleur~. commrnl d&amp;biffrl!t i1 ,i lonzue.
dislanc une énimc histori11ue, a.lor5 qne de.
éréoemrnf relativt&gt;ment r,:,.Pnt, nr,u dem, urenl iwpén1•lrable, !
Ainsi, à unt&gt; de~ époques le~ plu troulilét:ùe nti:toire, trois frère-. st'. ,ucci•dcnL ~ur hi
trêîne d,, France; 1'11iné lais,• un frl, 11ne Je
,rrvilrur: d1h·oué, nurnîrnt, au IIIU)en J'unr:
sult,1itu1ion. ou Irait nu danerr qui llll'O~çail sa ,·ir.
IJ • lon~ucs :tno(: , plu. larJ, un él raneer
survient, s • disant n,,1rilier de ln couronm•,
mai. il ne pt·ul faire entendre c re,·endicnLion cl traine ù'éprcu,·L•., en éprl'U\'C., 111w
exbkncc mi l!rable.
Toul cela ne pourrait-il ~·appliquer à
l.oui. .\\'H au~.i hi1•n c1u'1tJ1·an l", 1•1 u·c~tce pa. le ra.~ 1111 jam:iis de répN~r rc lieu
commun : L:i vie est un [ll'rpC.:tut'I n•comm,•11remenl !

IEA~ P(H' J( &gt;lï. AT.

Anecdotes
~

Madame de Prie, ruailrt!sse tlu r :.,ent,
Jiriaéo par son père, un traitant, nommé, je
crois, H•neuf, avait fait un accaparemenl de
Lié, qui a,·ail mis le peuple au dé espoir, el
enfin eau é un soulèvrmenl. l:ne compagnie
1h• mousquetaires rt'Çnl ordr • d'aller :1paisrr
le Lumulte; el leur chef, )1. d'.hpjao, n"ait
dan. s ·s io~lructioos de tirer ur la canaille .
c'e t ainsi l{u'on désignait le peuple en Franœ.
Cel honnête homme se fit une peiue de faire

feu ur ~es concitoyeu-.: cl rnici comme il
s· · prit pour remplir sa commi ~ion. Il fil
faire lou le appr 1t.: d'une sake de mou,qu1'teric; el avant de dire : lire::,, il !\·avança
, ers l:i foule, ten:1111 d'une lllain son chapeau
et de l'autre l'ordr&gt; de la cour. • Iessi1mr,
dit-il, mes ordre portent de Lirer ur la ranaille. Je prie tou 1 , honnêtes Ten · de e
rclirer, avant que j'ordonne de faire feu. ll
Tout . 'enfuit et di parut.

lui, rie. Le prin · d,, Conti iolt•rmmpil l1i
harangueur, 1•11 lui disant ; « Vous ne ~awz
pa ce •1ue r,'p l 11ue les prinr,· ! 11

~ Le prince de Conri actuel 'aT11i1reail Je
ce que le comte d'Artois ,·enait d'acqu~rir une
terre auprè de ses cantons de cba. e : on lui
lit entendre que les limiles étaient bien marquée~, 1111ïl n'y orait rien à craindre pour

~ Le maréchal de Richelieu, a1anl propo~t:
pour mailrcsse à Louis~ V une grande dame,
j'ai oublié la,1uell1•, l • roi n'en ,oulu1 pa,,
disant qu'elle cotlterail trop cher à renYO}rr.

~ C't t un !ait a,éré que ~ladame, fille du
roi, juuaut a1ec une dt! es bonne , re,rarda à
,o. main, el, après 3\'0Îr compté es doigt :
« Comment! dit l'enfant anii: .urprL1•, rnn
nvez cinq doigl aussi, comme moi! » El elle
rtcompla p,mr .-'en a. ~urer.

CHA ,\ IFORT.

LOUISE CHASTBAU

•

jlmes d'autrefois
TROI IÈ 'lE PARTIE

Qui111.c jonr~ emiron :1près le maria••&lt;' dt:
l.ucelle, le chcrnli,•r de .1in1-,forc reparut à
Pont,ieu,, .ïtùt ulré Jan, le wstilmle du
vit&gt;il btitd, il aperçut un chapeau de paillti el
urn· omhrclle ouhlit1s . ur une chah...... li le .
reconnut pour ks avoir vu· à Lu cetlc. Et il
. c trouhb. li r •~pira un parfum inaccoulumé. Ln mai,011 ('Il ,:1ai1 comme rajeunie.
C'i'.lail la pré,e11rc dt• l:t femme qui e trabis~ail, imisible et cert.aine, partout où la
jupe Je mad. me d1: Bell?mhre a_,ait_ya ,é.
Florian man'lua de - allendr1r. , on cœur
d1'.raitlait. Il se r •mit pourtant el ~urvit le
vall'l qui Ici conJui. il :iu ~alon Liane, celui
1p1e préférait la m:myui~e et où (•lie se tenait
lt: plu~ mloulÎl'r~.
Ce "tlun occupiit 1'.1ile «:rnr.he de l'hôtel
,pii dominait la plaine. ••raci~u e _cl fraiche ~it
;;li~se, trans!1;m•nte, ) l,lp 1lenC'~1 ·11s1•. De !u,
on ap,·rccva1l. à drmte, Il' mai.on .•étage~s
du fluy-Saint•J1•an, d, prl'squc d1·mcre HII,
le haut dochl'r hvzantin :mie ~c · coupole'
écailleuse, et ~c • multiple· clochdon . En
ln. , c'tH:iil le fauhourg de TourneLriùr,
prt 1111e entièrement formé de teintu_r:ries
dont les Iain · séchaicnl au liord de la rmhe,
c'était on vieu pont, c'étaient e · moulindonl quclques•nn étaient fortifiés comme
des citadelle . ,\ rr:iuche, la tour Sarbacane
de. ~inail sur le fond du ciel se créneaux et
~e· ruàchicouli~. el, au ddà, les rocher . de
~lorsault fermaient l'hori1.on de leur mru, e
coufu~è.
11 faisait trè' chau 1, c • jour-l:1. Li&gt;s onlre, cols de. portcs-Î1·m!lres étaient Jcmi-do,,,,
ce qui rai:ait ré!!Tler ùan,- 1~ salon hC'a~~oup
de fraicl1P11r l.'t uuc rerlanu: oh~cur1k. A
!'in tant 011 le ehcvalier p~nélra, il crut
Yoir une :ilhouclle de femme s'enfuir comme
,: 11erdue dans la aah-rie
11ui 1:Lnit prorbe.
!no
• •
tcrdit. Florian ·'arrêta., es l·eut, qui · :icrnutum:iienl à l'où,curitr, distinguaient uo rrui'.riJon cbarrré de laine, à taphcrie, un
• · a~ t err,•. comme Jt!
• L1
omra~e qui~ a1sa1l
c en
hâte, un liHc ,m,erl au L11rd d'une cuosolc,
et dan 1111 n .. le fauteuil, ~I. de llellombre
d;rmanl, la lt~lr. rmver-i1e au do sicr el la
bourl1e ournrtc.
~lais le mar11ui s'ih·eilla en sur·aot :
- Hol:1! ... liol:i! ... fil-il. an .- lrop -1~\'oir
ce q11 'il disait.

l'nis, Lont à roup, reconnai ·qnt le d1erali,r :
- ,\hl r.' • t mu~, mon cher Flori:rn,
aia-t-il nwc joie.
Il ~e dre:-,-a .
.\lai. au: ·itôl porl3nt la main à snn fronl,
an•1· J'e,prt&gt;ssion t&lt;gart&lt;e d'un hommtl «Jni
~oulfrc d'un mal .~uhil :
- Pardonnc1, dit-il, il me faut m'a::eoir.... \'om 11u'u11 rcrûge Dl' prend ....
J'ai au '!&gt;Î les jamhe, un peu faihlc ..... Pour
tout dir ', je ne uis p:i. tri• l,ien ... .
Florian . 'inquiéta, 1·oulul :ippdcr.
- •'on! non! ... diL , f. de llellombre. Cr.
u·c~I rien .... Une minute encore el il n'y paraîtrn plu~ .... Là... c'c L floi .... Mai pnbq~c
me voilà i troublé el inc.,pable de me temr
dchoul, approchrz-vons d • moi, mon neveu.
Je ,·eu, Yous embra ...cr, m'informer de voire
,·anté et vous l'aire part de ma joie .....\h ! je
suis heureux, Florian! ... Plug beur •111 qne
je ne le aurai dire ... ll me lanlait de ,ou·
confier cela, comme à un ami, à un ami trè
rlier .... 1 "esH:e pa., mon ne,cu, que vou
comprenez mon bnohrur? ... ladamc de llt•~lombre e.. t parîaite .... J'en 1:lai~ sùr .... \la 1.
où donc e 1-ellc'!... Toul pr,'&gt; ·, r rtain •ment ....
Elle ne mP. quille point ..1••

Il appela :
- ~lad:imr!... ,radamc !... Y1·11ez vi11•,
voWt qne notl'c chPr 1.:h rali r ,, l arrhé.
l.ucelte parul dans le cadre luminc·u,
d'une porte ouverte.
~~lail-&lt;.·e liicn Lucclle de Fon:pc)rat, rt'ltc
pMe jeune femme ,êtue d'une roi,.' de :-oie
brune, coinëc a,ec tant de modestie et dool
le· main se di~~iruulait·nl . ou:,, de:,, milaine '! ... La douce gra\·ité de ·on ro:lume
'harmonisait a\·ec rcllc de son , i~:F•c . .",·,
lêHe. tremblaient un peu. Elle 11c put 'I""
sourire d'un . ourire contraint el murmurer
deux mot: ininlellia:ihlt ~ en fai~anl la re,·rrcnœ de,·anl Floria; qui s'inclinait lr1:s l&gt;a:.
le. enfanb. dit avec rondeur le marqui., \·euillcz quiller ce airs cérénmnieux ....
\'ous ~avn ce qui a été entendu'! \"ou .. \Oil:1
1el~ que Frère et sœur, parlant familier. ~i
li: cn•ur Yous en dit. Ma ch~reLuœlle, donnel
,·otre ruaio au cheralier 11ui Ya ln bai rr 1•11
·hme
de bonne amitié .... Là ... Yuilà qni csl
t'
foi 1. ... C'tist hicn, l'l je ui l'Onlml.. ..
Maintenant, madame, reprenez votre brodt'rie, el ,ou_, mon neveu, conlez-nnns ,otrt'
\lfY:IIYC.

-_ \fai,, Jit Florian, awc un ,·a!!lle embarr.i~. ne ,·aut-il pas mieux que je me

�AMES D' AllTl(ëF01S - - .

fflST0~1.JI · - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - •
retire? ... Vous venez d'être souffrant el je
craindrais de vous fatiguer ....
- Quoi! monsieur, dit Lucetteen s'adressant à son mari, vous vous trouvez plus
mal? ....
- Ce n'est rien, répondit le marquis.
C'est passé ... Vous savez? un vertige, comme
ce matin, comme hier .... La chaleur, sans
doute .... Ne \'OUS en occupez pas .... Allons,
chevalier, dites-nous quelques jolies choses.
Florian parla. Il dit des riens avec imporlanœ. Son discours était coupé de silences
brefs. 11 regardait Lucette qui complait saus
relâche les points de s~ tapissnie. Mais
comme il cessait de parler, c-lle leva la Lère.
Leurs regards se rencontrèt·enl.... Le mar11 uis était retombé dans son sommeil.
Lucellc détourna ses regards el, sans pensée, les porta autour d'elle. Le chevalier ne
dissimulait plus son émotion. li dit tout Las:
- Lucellc ....
Elle ne répondit pas tout de suite, mais,
d'un grste douloureux, elle montra M. dl!
Bellombre. Puis, avec effort elle dit, simple
el digne :
- Je suis madame de nellomhre.
Florian se mnrdil les lèvre et ses yeux se
mouillèrent. li se leva et se rapprocha &lt;le l.1
jeune femme. Dd,lJut, derrière la d1aise 1,î1
elle était assioe, il appuya ses mains au dossier el se pencha :
- Sommes-nou.s amis encore, Luccllc 'l
dit-il. ... Et malgré .. ..
i ous sommes ... nous serons toujours
ami!&gt;, Florian ... murmur:i-t-elle. Mais, enlrc
nous, il y a... il y a le serment ....
- Il y a aussi Jes souvenirs, ajouta Sainl~larc d'une ,·oix ourde el tremblante.
Lucellc courba la tête sur son ouyrage.
Elle soupira et dit si bas &lt;[u'clle s'entendait
à peine :
- Oui .•. il y a les souvenirs ....
Il se turent.
Le chevalier marchait maiutenanl à travers
le salon. Le tapi~ étouffait ses pas. Il s'arrêtait parfois dl!rrière Lucelle qui, le sentant
si près d'elle, retenait son souffle pour ne
pas trahir sou émoi. Elle tirait machinalement son aiguille, toute sa volonté tendue à
goûter la joie de cette chère et dangereuse
présence.
Florian la considérait. Il voyait ses fins
cheveux en désordre sur sa nuque. Il se rappelait la ligne souple des épaules que cachait
à présent la robe discrète de l'épouse, et lt:s
bras aux contours gracieux, et la paume odorante de la petite main que voilait un résenu
de soie .... Tl ne retrouvait pas en elle celle
fleur de gaieté tendre qui l'avait séduit jadis.
Mai, Lucette lui semLlaiL plu l.idle encore,
plus touchante, plus digne d'être aimée dans
la mélancolie el la gravité de sa personne.
Qmii I cel amanl qui, aup1·ès de mademoiselle de Fonspe)•rat ne savait que soupirer, se
Lrouvail, de,•anl madame de Hellombre,
obsédé &lt;l'images voluptueuses cl assoiffé par
le désir'! ...
li lulla contre ses pensées. Pui , afin de
préciser par des mols , a résolution d'éner-

gique résistanœ, et s'étant arrêté devant Lu- terrible, précursenr de la chute prochaine,
celle, il dit, lui saisissant les mains :
s'éleva dans son faible cœur.
- Ma sœur ... ma sœur ... ma sceur très
1(
aimée ....
Et Lucelle répondit :
- Oui, Florian, vous êtes mon frère, deLes jours et les semaines se succédèrent,
puis le jour où pour ne p_as me séparer de pleins d'amour silencieux, d'attente inavouée,
vous ....
d'espérance imprécise, de désirs vite réprimés.
Un sanglot mourut dans sa gorge. Elle ne Une lettre de Julie augmenta l'angoisse de
put achever. Elle se leva c,L s'enfuit dans sa Lucelte. Uademoiselle des lmagnes contait à
chamùre. Lassée par le combal intérieur qu'elle son amie loules sortes de folies joyeuses. Elle
venait de soutenir, el par la nouveauté du lui disait son bonheur de goûter un amour
rôle qu'elle jouait, elle s'affaissa dans un fau- partagé. Elle se Oaltail d'avoir choisi la meilteuil. Elle aurait voulu pleurer, mais ne le leure part, car Guillaume l'adorait, elle vivait
pouvait .... Son lrouhle était Lrop grand, son somptueusement el n'éprouvait jamais aueun
angoisse trop profond,•.... Si elle s'était rrgrcl du pass4 :
LrompéeL. Si 1·lle avait trop présumé de
11 Le temps l'St cour!, répélail-elle à plnses forces'? .. Si l'ancien amuur réapparais- ~ieurs endroits de sa lettre, il faut en jouir.
sait el , i elle ne pouvait lui résister? ... Dieu! J'en profit!! de mon mieux. S'aime, je snis
que sa mère éLaiL coupaLle! Et elle, pau\l't! aimée, je vis plcinemc-nl. Mais toi, pauvre
ignorante, comment avait-elle pu rroire à srn1imrn1alP, que dl!,iens-lu?. .. llélai.! j'ai
celle chimère de l'amitié îralernelle v nant, granfpcur que la deslinL&gt;e ~oil de roucouler
par ordre, tenir la place de l'amour thas~é'! ... triste el seule de cœur jusqu'à tes df'rniers
A qui dire sa peine? ... A qni demander jours comme une rolomLc lilt•s~c .... Quelle
conseil?... Elle pensa :
misère r1ue la vie! ... 1l
- J'ai on livre, un saint livre.
Lucctte pensait :
fille prit la vieille linitalion qui lui wnait
- Ainsi, Julie qui a méprisé les dt!voirs
de . on aïeule. Sur la tranche el du bout &lt;les impo. rs par le nom, le rang, l'éducation, la
doigts. f-lle tra~:a le divin signe, puis, au fradilion, la morale, Julie est heureuse ...
hasard, elle ouvrit le livre el lut :
Julie e l aimée et elle aime librement. ... Et
« C'est quelque chose de grnntl que moi qui me suis soumise, rrni ai obéi à toutes
/'amour el un bien a11-1/ess118 rlP Lous les
les lois dt! la famille, de la race, de la relibiens. Seul, il rend léger re qui nl pesant gion, moi rrui ni rèvé d'être éternellement
el /&lt;iiL qu'on -~IIJ)JIOl'LP n vec une âme égo/p chaate, honnèle, lld1\Je à mon ~erment
to11tc.~ res vicis.'lil11dPs dP la nie .... ~
d\1pouse; moi je traîne et trainerai toujours
Lucelle tourna lJ page. Ses doigts la sai- sans doule ma malheureuse cxi tencc .... El
sissaient à l'endroit même où sa grand'mère le pire est que je ne puis, sans remords,
avait posé les siens. Une poussière de o~urs • céder, mème sccrètemen t, à la passion cpü
desséchées lomlia d'entre les feuillets. Elle m'enflamme .... Julie, fière, souriante. prolut encore:
clame à haute voix son bonheur dans l'amonr
« Rien ne lui pè.~P, rien ne lui cotlle. JI cl n'en éprouve aucune gêne ... Oui, elle a
le11le plus 1111'if ne J)euf.. .. Aucune /àti_q11e raison : quelle misère r1ue ma ·rie! ...
ne le lns.iP, aucu11 lie,, ne l'appe.~anlil,
Elle relut la lellre de .Julie une fois, deux
1wc1111e {l'ayem· ne 1-e l1·011ble .... »
fois, dix fois, rnulanl y répondre el ne l'osant
Comme elle se répétait œs dern'ers mol~, point. Finalement, rlle la jeta nu feu. ~fais à
elle s'arrêta tout à r.oup et s'interrogea :
&lt;"11:H[Ue inslant ce souvenir lui rcrnnait el la
- N'aimerais-je poinL, puisque me voilà comparaison s'élaLlissait en son esprit,
tout alo11rdic par le joug du mariage el implacable el cruelle comme sa destinée.
effrayée de mes inclinations? ...
l~ncore cles jours et des jours pnssèrenl.
Et elle ne sa\'ait plus si die devail se réLa lune ~e perpétuait, sourde et violente
jouir ou s'affliger de ce doute.
dans l'âme passionnée de Lu celle. La chambre
Elle rêva ainsi longtemps et, plmieurs conjugale lui devenait odieuse. Elle tenta cle
fois, relut ce passage.
la ~upprimer, s'autorisant de l'avis du médeUne cloche sonna du côté de la cui~ine, cin (JUi l'ecommandait à 61. de Bellombre un
annonçant le souper. Madame de RelloruLre sommeil duraLle, bolilaire et reposant. Alais
marqua d'un signet le chapitre V du Troi- le marquis ne cédait rien sur ce chapitre,
sième Livre de l'lnternelle Consolntion. Elle encore que Lucellc lui parlà.t au nom de sa
crut sentir &lt;rue celle lecture avait remis santé.
Loule choses au point dans son cœur et
- Ua santé! répondait-il, die est solide,
4u'elle était maintenant vaillante d calme.
ma mie. Pins que ma santé, je vous aime.
Tl'è' calme, en effet, elle suivit le couloir, Vous èles mon bien le plus précieux. Le tré,or
descendit l'escalier et longea Je vcstibult•. de rnlre Leaulé me procure cles joies incomTrès calme, elle ouvrit la porte de la s:ille à parables ....
manger. Déjà M. de JMlombre, vacillant sur
Aci;:Lle répli,1ue, Lucelle rougissail, détoursa canne, s'approchait de la table el ·a~- nait la l~e. ou mème s'enfuyait pour dérober
ser1it. Florian parut.
.a tristl! émoLion aux. regards amoureux de
(Juand Lucelle le vil auprès d'elle et quand son vieil épou,L Elle évitait Florian, qui l'él'ielle l'entendit parler, son âml! s'émut. m llÎl de mèmt'. Pourtant, moins ils e voyaient,
calme s'évanouit ... . lin trouble délicieux eL plus ils pensaient l'un à l'antre. Qu'une occa-

sion inattendue les réunit en un court tête-àtête, ils restaient muets, le cœur battant el
éperdu .... Si leurs lèvres s'étaient descellées,
elles auraient crié : • Je t'aime! ... » Que la
robe de Lucelle rflleurât le che\'alier, il pâlissait. Qu'il lais~ill trainer sur un meuble
quelque objet familier, ses gants, son portefeuille, un livre qu'il li·ail l'instant d'avant,
Lucette brûlait d'y toucher. A peine ses doigts
s'en approchaient-ils qu'elle se sentait tremblante et manquait de défaillir.
Octobre arri\'a, La mélancolie de l'arrièresaison s'accroissait de la longueur des soirées.
C'était le Lemps propice aux lecture . Florian
offrit i.a Libliothèque el Lucetle accepta. Elle
lut des romans anciens qui avaient encore la
von-ue, 111 Noui•e/le lleloïse et Clm·isse Ha r/owe, el elle s'attendrit.
Certain soir, 111 chevalier apporta un pelil
volume, qui Hait une nouveauté. On en di ait
le plus grand bien. On parlait même de chefd'œuvrc.
- Lisez-le la première, madame, dil-il,
vous me direz ensuite YOtre sentiment là-dessus. et i je dois le lire.
- Maii,, dit le marquis, tout en bégay.inl
un peu, car son malaise augmentait chaque
jour, mais ne vaudrait-il pls mieux, mon
neveu, &lt;[Ile ,ous nous en donnif'Z lecture l1
voix haute, le soir au coin du feu? ... Pt&gt;u
importe i je m'endors, quoique, à vrai &lt;lire,
la cbo ·e soit rare, ajoula-t-il ingénument. Je
ne me. sui jamais passionné pour les aventures chimériq uc .... Je leur préfère les lie lies
réalités.
li eut un sourire cl regarda Lucellc qui
rougit. Florian détourna la tête. La marqui.e
demanda le litre du roman.
- Clafre rl'Albe, dit le chevalier. C'e L le
premier roman d'une madame Collin, veuve
d'un hanquitr de Bordeaux, et très jeune
mcore, dil-on. Vingt-cinq ans, je crois ....
Vous plairail-il que nous le lisions ensemLle?
- J'en erais ravie, répondit Lacelle dans
un élan de sincérité.
Il lurent Clafre d' Albe, celle arnnlurc
héroïque et passionnée où l'on voit un jeune
homme fuyant la îemmedont il est amoureux,
parce qu'elle est l'épouse de son bienfaiteur.
Ptndanl que Florian lisait, la marquise,
baJetanlc, bm·ait les paroles du héros qui
toœLaienl des lèvres de son amant : « ... Dismoi pourquoi, toi seule, as reçu celte âme,
cc tor1enl de charmes el de vertus qui Le font
l'objet de mon idol.itrieL. »
M. de Bcllombre dormait, dl! pins en plus
alourJi, dans 1&gt;on fauteuil, les bras pendanls
rl les pieds aux chenels.
~lais un soir, les aveux de Florian se mêlèrent à ceux. du bérog_ Lucelle, comme Claire
d'Alhe, se laissa baiser les mains. Elle pleura
sur le tendre visage de son am:tnl qui implorait. ...
Puis elle céda ....

peine. Depuis le mariage de Lucelle, ellel'a,·ait
vu plus soU\'ent, dans le besoin où elle élail
d'une oreille propre à recevoir ses confidences
el parce que la solitude lui pesait.
Outre quP. le nouveau curé de Verlhis, l'al,bé

•

L11cel/e 011~ri/ le livre d 1111 : , C'est quch;iuc chose
de grnnù que l'amour et un hicn au-dcs;;us de
tons Je,; hirns .... • ( P:igc 232.)

Mari eau, n'efü poinl accepté le stratagème dl'
la confession familière, Mme ,le FonspeJrat
c11L répugné à lai dire ses secrets : tl C'étail,
disait-elle, un révolutionnaire, puis1iu'il avait
prêté serment. »
L'aLLé Marteau donnait dans les idées nouvelles. li avait attendu le Concordat arnc
grande impatience. Pendant que le cardinal
pina et eu suite le cardinal Consah·i en jetaient
les h~es, l'abbé Marteau :l.\'ait, disait-on,
écrit des injures à Bernier, dont le faux zèle
nni~ait, pensait-il, à la rapidité des conclusions. Dans ses prônes du dimanche, le curé
.Mari eau mêlait l:i poliliq ue à la rdigion. Il se
déclarait haulemenl pour le calholicisme
d'Élat, tel que l'entendait le vainqueur ùe
lareugo.
Le Concordat signé, il chanta un Te Deum
soleunel. En chaire, il ~e glorifia d'apparlenir
à celle légion que le Premier Consul chargeait
de veiller sur la foi catholique. Fièremeul, il
commenta la parole do Montholon : t( Lo
clergé français, c'est une gendarmerie sacrée 1l,
el il eut un beau mouvement d'éloquence
dans une paraphrase qui se terminait par ces
mots : (C Oui, je suis un gendarme sacré! »
~1 -de la Mour:iine, à qui on rapporta la chose,
ne
l'appela plus dès lors que ù le sacré genIll
darme ». Q.oanl à la baronne, qui ef1t peulLe curé Pomerol moumt en 1801. Sa mort èlre ,·olonLiers essayé des prati11ue religieu,e
jeta madame de Fonspeyral dans une grandi• pour remplir sa vie el se dislraire de a souf-

france intérieure, elle se lroU\·ait moins disposée q11e jamais à en user, puisque le CUl'é
en était le dispensateur.
Souvent, elle pensai I à son prédéces eur.
Je simple et doux Pvmerol, qui Sa\'ait si bien
parler aux gens de qualité : &lt;1 Ali! comme il
était humble de\'ant eux! Comme iJ pratiquait
bien les devoirs modeslrs de son ministère! ...
Cc n'était pas un fonctionnaire, celui-là .... Il
n't'tait pas à la solde d'uu gouvernement.
oùligé d'en dire du bien, ou de se taire comme
un ,·alet devant son maitre. II sa,·ait blàmcr
le:: fautes, flétrir les iniquités, dénoncer les
sacrilèges cl soulfrir pour sa foi. On l'avait
bien vu au Lemps de la persécu1ion. Au ~erment, il avait préféré les ponlons de l'ile
Madame d'où il était re,•enu, en quel étal.
grand Dieu! ... C'était un prèlrc, lui! .. Mais
lecuré~1arteau'! ... Allon· donc!. .. Il dit sa
messe et fait son prône comme un grallep:ipicr va à son bureau ou un magi. Ier à son
école. li flattera n'importe quel gouvernement
afin ,rne le son~-préfd, 11ui a l'œil sur lui, en
dise du Lil'n dans es rapports. Ainsi, il
deviendra doyen el puis archiprêtre, C'l puis,
qui :ii1?... IJn prêtre, ça? ... Un ambitieux,
et pas autre chose i ... 11
,
Lor que ces pensées lui venaient à l'égli t'.
pcndantquïl orliciait, lui, l'3ncien assermenté,
madame de Fonspeyrat ne pouvait plus se
contenir. Même 011 l'avait vue, le jour dt! la
Notre-Dame, quiller violemment l'église en
jetan là haute voix le mot « coqui11 ! 1&gt; tandis
r1ue le curé ~farteau se prosternait devant les
saintes e pèces au ffi(lment de l'éléva1ioo.
D'autres C'hoscs encore la tourmentaient :
L'agriculture ét:iil contrariée par l'inaction
du paysan enrichi des biens nationaux el pa1·
les guerres 11ui lui enlevaient les bras les plu-.
forts. Elle languissait. Ne périrait-elle pas
tout à fait si, comme l'a~surait M. ùe la \lourainc, le PremiC'r Consul, pour être empereur,
s'imaginait de conquérir le monde? ... Alon,,
que ferait madame de Fonspcyrat des terres
qu'elle avait si habilement conservées ou
rachetées'? ...
Elle refusait de croire à la solidité du
Crédit public. Pour rien an monde, elle n'e1H
acheté des titres de rente, el n'aurait confié
un sou à la Banque de France que Perrégaux
el d'autres financiers avaient récemment
fondée. Au surplus, il lui suffisait de savoir
que le fils Rafanaud faisait partie de celle
bande pour qu'elle refusât de la r.onsidérer :
&lt;l Tas de voleurs, di ait-elle. Ils recommencent le trafic d11 papier avec ces espèces d'assignats &lt;1u'ils appellent des billets de ban([ ue !.. . 1&gt; Et elle continuait de garder son
ar6enl dans une easselle; bien rangé, bien
empile, gros rouleaux d'écus, plus petits
rouleaux. de louis d'or, el mème de la grosse
monnaie de cuivre, pour n'avoir p:is à changer
trop -~ouvent des pièces de valeur.
Les domestiques lui devenaient insupportables. Ils perdaient le respect, disait-elle, la
regardaient en race et lui parlaient de Lrop près
avant même qu'elle les interrogeât.
Le petit monde de Verlhis, bonLiquiers et
artisaus, lui était odieux. Ne voilà-t-il pa.

•

�ms TOR..1.JI

•

qu'ils s'a1isent de s'habiller avec du drap fin,
des bas en laine d'Allemagne et des chapeaux
de castor? ... Leurs femmes osent mettre des
rubans à leurs bonnels et elle porlent
mi Laines! ... Elles affectent de parler français
el semLlent oulragées si on leur adres,e la
parole en patois . .Alors, si ces e~pèces parlent
comme des nobles, quel langage sera réser,·é
a• ceux-ci. ?....
Enfin Lucette l'inquiétait par sa langueur
el son dépérissement que n&amp; suffisait pas à
expliquer une grossesse proche de son terme.
De plus, la baronne supportait mal les discours que tenait parfois Lucettc sur les choses
du sentiment el qui reflétaient les opinions
du chevalier plutôt que celles du marquis.
Aussi, chaque fois que madame de Fonspeyrat
re,·enait de Pontvieux, elle se sentait plu.
irrilée contre sa fi Ile.
Ainsi, elle vieillissait, isolée, triste et toujours violente quand l'occasion s'offraiL Ses
lourdes méditations se portaient volontiers su 1·
le passé pour le regretter, sur l'avenir pour
i-'en émouvoir. Si elles s'attachaient au souvenir de son fils, madame de Fonspeyrat
rPjetait ces pensées avec un sur~aut d'âpre
volonté, car là seulement était le défaut de
celte cuirasse d'énergie dont elle s'était
revêtue dès le premier instant de sa lutte
maternelle.
Elle avait rempli son devoir et envers Martial cl envers Lucette, en tenant bon malgré
leurs larmes. Pour le moment, elle n'avait
plus qu'à tenir la main tl leurs intérêts qui
étaient dans l'héritage, sans doute prochain,
de M. de la Uouraine.
Le marquis baissait visiblement. Un catarrhe compliqué d'accès de goutte le tenait
clouéàlachambre. Madame Françoise l'y venait
voir chaque jour. Elle écoutait avec patience
les propo philosophiques du vieillard tout en
tricotant, ou demeurait sans dire mot pendant
les longs silences auxquels se plaisait la rêverie
de son cousin.
D'abord, le marquis avait reçu ses soin~ avec
quelque impatience. Malicieusement, il avait
essayé de la décourager en l'ohligeant à lui
faire lecture des pages les plus ardues de
Leibniz ou de Spinoza. Mais il avait senti qu'il
faisait fausse route et se prenait à son propre
piège. Car le supplice d'enten&lt;lre ânonner les
plus Leaux morceaux de la Théodicée ou ce
qu'il y avait de meilleur dans la Clef du
ancluaire lui parut de beaucoup plus affreux
que celui soulfert par madame de Fonspeyrat.
Tl renonça à ses lectures el apporta, à la
recevoir, une stoïque résignation.
Seule, madame de Puyrateau faisait fuir la
haronne. Aussi le marquis suppliait-il sa
vieille amie de venir le voir souvent. VolonLiers
elle quittait les Roches pour lui faire visite
quand la température était douce et quand
elle ne souffrait pas trop de ses rhumatismes.
Dès qu'elle entrait dans la chambre du
\'Îeillard, madame de Fonspeyrat suspendait
le mouvement de ses aiguilles, pliait son tricot,
rajustait son bonnet, fai$ail la révérence E'l
partait. On entendait ~es socques frapper
ferme les dalles du Yestibule. Alors les deux

'-----------------------------------compères se regardaient, souriaient el poussaient, dans le même accord, un soupir de
délivrance. Ils reprenaient leur causerie de la
,·eille au point où ils l'avaient laissée, füaient
les journaux, parlaient religion, philosophie,

Elle en retourna les feuillets el lut à haute
voix :

« Monsieur,
« En un temps dont je ne puis me souvenir
sans grande émotion, vous m'avez dit : « Si,
quelquejC1ur, vous êtes dans la peine, écrivez-moi. Je ferai tout pour vous être
1r utile. » Je n'ai pas oublié vos paroles. Je
suis assurée que, vous-même, en bon gentilhomme français, vous vous les rappelez el que
vous ne manquerez pas de leur être fidèle.
J'ai donc beaucoup à espérer de vous.
« Ce que je vous demande? ... Des nouvelles
de votre neveu Martial, mon cher et bien-aimé
/lancé. En vain je lui ai écrit lettres sur lettres.
Elles sont restées sans réponse. Parlez-moi de
lui, monsieur, je rous en conjure, ne fût-ce
qu'en quelques mols brefs, \'Oire douloureux
~i la vérité r exige. Mais il faut que je sache,
et, depuis mon départ de Verthis, je ne sais
rien.
« Je vous dirai aussi, monsieur, &lt;1ue mon
chagrin est augmenté par ma solitude. Voici
tantot deux moi· que Dieu m'a enlevé mon
père vénéré pour le placer auprès de lui. Je
suis sans famille, pre que ans amis . Je n'ai
11ne vingt ans elje suis seule an monde. Jugez
de mes tristesses.
11 Pardonnez, monsieur, celle lettre el la
demande qu'elle contient. Votre bonté seule
m'a autorisée à l'écrire. Je souhaite que ces
lignes vous trouvent bien portant, heureux
el tout disposé à recevoir a,•ec indulgence
l'expression du prorond re~pect de votre lmmble servante. ll
11
&lt;&lt;

• - Ache1•e: , ma chi!re. Lisez el dites-mot ce don/ il
s'agit. Je me sens m~I et sr1is te11 e11clin .i m·occute1· .t'affaires • (Page ~3.i .)

sentiment ou politique, discutaient sur le
Premier Consul ou sur le cas de M. de Talleyrand auquel le pape ,·enait d'accordrr an bref
de sécularisalion, afin que cet ancien évêque
pù t épouser madame Grand, sa maitresse.
Mais, le plus souvent, ils s'entretenaient des
choses d'autrefois, ou reslaient en silence,
dans ce doux el heureux silence par lequel se
marque la communion profonde des esprits et
des cœurs.
Un jour, madame de Pulrateau trouYa lo
marquis en train d'ouvrir une lellre qu'il
venait de recevoir. Ayant son amie auprès de
lui, il suspendit cette besogne qui, pour
mince qu'elle fùt, le fatiguait, et il dit:
- Achevez, ma chère. Lisez et dites-moi
ce dont il s'agit. Je me sens mal el suis peu
enclin à m'occuper d'affaires.
li ferma les :yeux et s'accota dans son fauteuil comme pour s'èndormir.
Un cri d'étonnement de son amie le tira de
sa Lorpeur.
- Est-il Dieu possible! cria la comtesse.
- Quoi donc, ma chère?
- La petile ... la peLite protestante ... vous
savez?... La fille de.... Comment donc? ...
C'est sigué Katerioe, tout simplement.
- Raterine Albos?... La pclite Kateriae·! ... dit le marqui en se redressant. Vitr,
ma chère, IL ez ... .
La comtesse avait déjà parcouru la lellre.

- Voilà qui est curieux, dit le marquis.
Ce matin, dans le demi-sommeil qui juxle
mon lever, je rèvais de celte petite fille, que
je voyais trottinant par ma chambre.
- Et moi, dit la comtesse, par ma fui 1
je l'avais oubliée .... Vous arnz raison, Alexi.~,
dans ma cervelle, un clou chasse l'autre ....
Le huguenot et sa fille en étaient joliment
rnrtis, allez! ...
- Oui, je sais, bonne vieille linotle .... Je
connais vos défauts .... Mais il ne s'agit point
de cela. Yoilà qu'il faut répondre à celle enfant. Donne-t-elle son adresse?
- Bien sûr, elle est là, au-dessous de
son nom.
- Eh bien I c'est vous, ma. bonne, c1ui
allèZ répondre, non seulement parce que
mon rxlrême faiblesse m'empêche de tenir la
plume, mais surtout parce qu'une femme est
plus habile qu'un liomme pour traiter de ces
d~licates matières. Yous loi direz ....
- Je lui dirai ....
Tous les deux s'arrêtèrent.... Comment
dire le vrai et cependant ménag-er la sensibilité de cette enfant? ... lis méditèrent un peu.
- Alexis?. .. Il me vient une idée ....
La coroles e Marceline interrompit par ces
mols les raisonnements philosophiques oit
s'égarait l'esprit de M. de la Mouraine. li
quitta son rêve cl dit :
- Parlez, mon amie.

- Ne riez pas de moi, surtout, t'L ne
m'appelez pas vieille linolle .... ~Ion ami,
nous sommes âgés. fous êtes malade el moi
fort impotenle, A quoi nous a ser1i jusqu'aujourd'hui, dans noire vieillesse, le peu d'argent et de bien-être que nous avons conser',és?... Grâce à mes revenus, je peux faire
une heureuse et nous donner à tous deux la
joie de voir luire un peu de jeunesse près dl!
nos derniers jours. Si vous ne m'en détournez
pas, j'appellerai ici, pour viHe à mon côt~,
la petite Katerine Allios. Je lui assurerai mon
héritage. Et, quand Marlial re1•im Jra ....
F.llc soupira.
- .... S'il revient! ... nous la lni donnerons. IJue pensez-vous de mon idéè?
- Je songe, mon amie, dit M. ùe la Mouraine aver un Ù1Jmi-s011rirr, r1ue vraimrnl
J,eibniz a du génie el qne tout va pour le
mieux ....
- Oui, oui. .. c'est enlendu, dans le meilleur des mondes possibles, acheva la comtesse
1'n badinant. ~fais donnez• moi votre avis, c'est
plus sérieux que toutes ces balivernes philosophique ....
- Plus sérieux! ... Voyez, ma chère, qu'en
effet. selon ce que je me di ais tout à l'heure,
il n'était pas besoin de me marteler l'esprit
avec des points d'inLerrorration, car la solu-tion est. venue toute seule, claire et précise,
de votre hel esprit. ... Écrivez, ma chère,
écrivez, rt faisons Lout comme vous l'avez
vensé .... En uite, apnL « dans le même
instant pleuré el ri de la même chose »,
comme dit nolre Montaigne, nous &lt;&lt; tournerons le feuillet ll, comme il dit encore, et
nous changerons de discours .... Tout cela me
fatigue et m'intéresse à demi .... Il) a là, sur
ma table, des plumes toutes !aillées et du
papier excellent. tcrivez, ma bonne; moi, je
Yais reposer un peu.
La comtesse écrivil. Sa lettre fut pleine
d'adresse, de réserve t•t d'amabilité. Elle se
Il t bonne et serviable sans cesser d'etre digne,
affectueu e tout en gardant les distances, H
douce sans fadeur, Elle sut parler de Martial
et dire son absence et, pourtant, n'assombrit
point le tableau. Elle formula sa proposilion,
la rendit séduisante et sut l'entourer d'un
brin de gaieté :
&lt;1 Je n'ai pas de fille à aimer, disait-elle en
terminant, voulez-vous être la mienne? poi11t
de compagnie autour de moi : rnulez-vous
être ma compagne? En échange de vos bons
sotns, de votre aimable société et du ra)'0nnement de votre jeunesse, je vous offre l'éternelle amitié d'une mère-grand pas trop vieiUP,
pas trop mélancolique, mais asse~ sensible
cependant pour comprendre vos inquiétudes
el y prendre part. Venez, mon enfant, venez
causer avec nous de celui que vous aimrz et
l'attendre auprès de celle qui se dit à l'avance
votre bonne amie, ll

meura quelques minutes sans oser l'ouvrir.
Elle n'avait connu d'autre écriture française
que celle de Martial, et ne pa~ la voir sur ce
papier scellé de cire lui donna une grande
angoisse.
« )larliaI n'est pas à Yerthis, pensa+elle,
ou bien s'il y est. ... 1&gt;
LïnfiJélilé, l'oubli, la maladie, la mort,
elle évoqua tou les à la l'ois ces cruelles possibilités. Elle posa la lellre encore fermée près
de sa Ilihle, son livre ami, sa force el son
courage. Elle consulla au b:i.sard la parole de
Dieu el lut :
11 Le Seigneur dit à Abraham : r, Sorlez
a de \"Oire pays, de voire parenLé, de la mai« rnn ùe votre père et Ycnez en b terre que
&lt;&lt; je von,; montrerai. •&gt;

.Jl;,œs

D'JlUT1fE'F01S

--~

Elle fui déçue par ces paroles qu'elle ne
pouvait interpréter el qui semblaient fort
éloignées de renfermer . aucune consolation
opportune. Mais elle pensa que la volonté de
Dieu se plaît quelquefois à s'envelopper d'obscurité jnsqu 'à l'instant où il lui convient
d'éclater lumineuse et souveraine. Elle se rPsigna, rompit le cachet et lut.
Katerine Albas ne cannai sait point les
émotions ,·iolente•. Son àme élait semblable
à l'eau des Hangs de son pays, !'roide, pure
el placide. Elle oc bouillonne point et ne se
hausse jamais dans un impétueux élan. Mais
ces lacs ensommeillés ne se dessè&lt;lhent pa~.
L'onde y est constante et fidèle sous le gra11d
soleil et pendant l'hi,•er. Katerine était, comme
elle, c:ilme, ronslanle et fidHe.

JY

Lorsque, plusieurs jours après, Katerirttl
reçut en Hollande la lettre de la comtesse,
elle fut saisie d'un forl tremlilemenl et de-

En sa chambre reculée, /If. de Bdtoml:&gt;re se mettait .; faire des réussi tes ou des P.:J llences. On lui a11ail dis•
f OSt à cet effet ttne taNetle r evêtue de dra~ vert qu'il plaçait sur ses genou:,; el 011 l'ent,-etenait de c.:Jrtes j
Jouer, les plus telles qu•o11 pli/ trot1 ver . (Page .236./

�n7STO']t1.Jl
C'est pourquoi, ayant lu la lettre et ayant
remercié Dieu, elle rélléchiL, car elle élail
pleine de prudence.
. ~lie considéra que la mort de son père la
Jetarl dans de grands embarras. Qu'il lui serait doux d'avoir une amie à qui tout dire el
qui la comprendrait. Elle pensa qu'en acceptant elle se rapprochait plus sûrement de
)lartial .... Hien ne la retenait en Ilollande.
Ainsi, elle pénétra le sens de la parole de
Dieu à ALraham el qui ,·enait de lui êlre
dite, à elle, pauvre fille. Elle jugea r1ue le
Seigneur rst bon, qui veille sur le p:iss,·rcan
solitaire.
1.-:lle partit.
De malle-poste en diligrnce, elle atteignit
Verthis. Sa placidité s'émut à reconnaître la
roule, la rue, les maisons r1ui, jatli , lui
avaient été hostiles. Peu après, assise dans le
carrosse de madame de Puyrateau, elle apercevait le château des Roche~. C'était le soir.
Les tourelles et la toiture se profilaient sur
un ciel de velours l,leu cr.iLlé de poussière
d'or. Les bois des châtaigniers élageaient
leurs dômes de verdure presque noirr.
L'équipage courait, rapide, sur Je ruban clair
de l'étroit chemin. Katerine se senlait Jasse,
vaguement angoissée et, pourtant, confiante.
Quand elle descendit dans la cour du chàteau, elle Lrouva grands ouverts les bras de
la comtesse, qui la reçut au marchepied.
Madame de Puyraleau laissait éclater sa voi:t
en éclats hruyants cl gais. Elle remarqua le
deuil de la jeune fille et jugea qu'il seyait
fort à sa beauté Llondc. l\aterioe, doucement
souriante, la suivit dans la chambre tiue la
comtesse lui nvaiL préparée a,,ec enthou. iasme.
Le lendemain, au réveil, elles s'entretinrent
longuement.
- Voici, mon cœur, dit la comtesse, ce
que j'ai imaginé. Afin de vous garder en paix
contre toutes tentatives de madame de Fonspeyrat, qui, vous le savez, ne vous aime
guère, je vous fais passer pour la fille d'une
de mes bounes amies, une Anglaise, morte
récemment. Donc, vous arrivez de Londres
el vous vous nommez Jenny. Cela va-t-il L.
- Oui, madame.
- Bon. Maintenant emhrassrz-moi. Dès
cet inslant, vous êtes ma compagne, mon
amie, ma fille adopti11e.
- Oh ! madame!... Que de bontés el
comment pourrais-jet,.
Toul attendrie, mais calme, elle chercha
la main de la comtesse el s'apprêtait à la
baiser respectueusement.
- Non, pas ma main, petite! cria madame de Puyratea11, mais ma joue! ... Venez
cà, rnnez dans mes br.is !... Vous êtes charmante et je vous aime Ùtl tout mon cœur.
Ah! mon enfant quel plaisir j'éprouve à vous
regarder !. . . El quelles bonnes amies nous
allons être!. .. Yous verrez, vous verrez!. ..
Vous serez fort douillellement auprès de la
,•ieille femme que voici, en attendant le jour
où celui que vous aimez .. ..
Avec ses beaux yeu1 lcndrcs elle regarda
ln jeune lille. Elle la vit émue à re rappel de

'------------------------------------I

souvenirs et, l'attirant encore sur son cœur :
- Pauvrette!. .. Pauvrette !. .. dit-elle.
Elles s'en allaient ainsi, par la maison, visilanl les salons el les chambres, puis, à Lravers le jardin, les charmilles et les cours,
bras dessus, bras dessous, cheveux blonds
contre cheveux blancs, rose de printemps et
fleur d'automne. Madame de Puyr-.ileau racontait la fuite de Martial, son silene~, sa
longue absence, Katerine dévoilait pour la
eomtesse le Ionù et les détours de son cœur
ingrnu. Elle lui dit son am'lur inéLr.inlable,
sa lidélilé, son espoir tenace. La comlessc
qui, d'abord, s'étonnait de sa placidilé sereine, finit par l'admirer dans sa belle con·tance. EL elle sentit que, pour cela, celle enfant valait peut-être mieu1 que sa vieille el
légrre amie.

vail se fixer nulle part et ne trouvait le calme
d'esprit en nul endroit. Rien ne le pouvait
distraire de celle idée que Luœtte soufl'rail
el qu'un enfant allait naitre de celle &lt;[U'il
aimait... . Un enfant.. .. Celle pensée, ceLIP
cerlilude le bouleversaient. Avec sa figure
pâle et son éLrange allure, il montait el descendait les escaliers, ortait, rentrait, s'en
allait rêver au jardin, revenait, essal'ail de
manger 5ans pouvoir y réussir, lisait sans
comprendre sa lecturr, rrgarJait sans \'OÎr,
el, de temps à aulre, pleurait secrètement
en un coin de sa ebaml,re.
Madame de fi'un~pcyr:it était Je mauv.iisc
humeur:
- Voyez, ma fille, disail-elle, où rnus
ont conduite vos aL&lt;;rmoiements. N'auriez,·ous pas dû être installée à Fonspeyrat depuis quelques semaines'/ Mais on ne sa,·ait
V
comment vous arracher d'ici .... EL il orrive
11uc,
ronlrairemenl
:iux meilleurs usaors.
,
.
.
b
Pendant que madame de Puyrateau, très Il est moi, moi avec ma fa ligue, mes "inliraffairée, installait l\atcrine au chàteau, puis mités el ma mauvaise me, qui me &lt;loi~ dt!l':imenait faire visite au marquis, madame placer pour venir mus ~oigner. La lr:idition
&lt;le Fon pe}fat voyait arriver chez elle un ex- voulait rependant que rnus ,inssirz faire ,·os
près que lui dépêchait H. de Bellombre. Elle couches chez votre mère .... ~fais non! La
apprenait que la défürance de Lacelle s'an- tradition ne compte plus. Le monue est rennonçait imminente et qu'il lui Fallait partir versé .... Ce sonl les mères à présent qui vont
aussitôt, si elle voulait arriver à temps.
servir leurs filles, alors que ....
La baronne s'acliva, se vêlil pour le voyage,
LucelL&lt;' cria. Sa mère s'arrêta brusquement.
fit a licier el partit, non sans regret de laisser
• - Madame la marquis!', diL le médecin,
le domaine à la garde des seuls domestiques. n éprou\'e pas encore les bienfaits de la saiSurlout, elle maugréait d'abandonner M. de gnée que je viens de lui faire .... Mais cela ur.
la Mouraine à l'influence de la comtesse.
tardera pas.
Elle parvint chez sa fille quel11ue heu rrs
- .le sou1Tre ... je soulJ're.... gémissait
plus lard. La délivrance ét.iit pro, be et la Lucelle en bl,1mis~ant.
jeune femme s'alarm.iil.
- Certes I dit le médecin aroc calme rt
Selon un vieil usage périgourdin, on avait d'un lon dt)ctoral, certes oui, '\"OU souffrez ....
préparé Je (( lit de misère », c' esl-à-dire celui EL cela est néceFsaire et Lien faisant .... C'est
où s'étendrait la mère. Madame de Bellombre le vœu de la nature que la femme soutTre
suppliait qu'on la laissât s'y reposer; mais pour me.lire au monde le fruit de ms enla baronne, Je médecin Pergot et Doucine,· la lrailles, l'enfant chéri qui ... Dieu l'a ordonné
sage-femme, s'y opposaient formellement. et réglé ainsi depuis la foule de nos premiers
Ils l'obligeaient à marcher à travers la cham- parents dans le Paradis Terrestre.... achez
bre, en la tenant sous les bras, et elle flé- encore, madame la marquise, ajouta-t-il en
chissait quelquefois par l'elfet de la morsure manière de consolation, ce qu'en pensent les
des douleurs.
aut:urs les plus éminenl ; ils assurent que la
Le marquis s'étail retiré dans une des délivrance sans douleurs offrirait les plus
pièces les plus éloignées de ce lieu de ouf- grands dangers .... Mais il n'y a pas à épilofrance. Sa femme n'étant pas là pour le tirer guer sur ce point; jamais, sachez-le bien,
de son abattement, comme elle le faisait jamais on ne pourra supprimer celle soul'd'ordinaire par des attentions et menus pro- france ·nécessaire, naturelle, primordiale cl,
pos, il y demeurait plongé presque sans cesse. à lout prendre, bienfaisante puisque ....
- Je me sens très faiLle, murmura l,uA de certains moments, il s'en allait coller
son oreille à la porle derrière laquelle gémis- celle. li me semble que je vais passer ....
sait la marqu.ise. Jl se hasardait à entrer.
- Vous ne passerez point, je vous le cerMais l'un des assistant , qui s'apercevait de lifie, dit le médecin avec autorité. Vous avez
celle manœuvre, se hàlait de le congédier été Lrès suffisamment nourrie de panade et
avec vivacité, au nom des convenances et eau panée toutes ]es trois heures depuis deux
pour é\'iler à la jeune femme une émolioo jours. Cc-la ~uîfit. Il vous faut garder une
de pudeur offensée. M. de Bellombre s'éloi- demi-diète pour que tout s'accomplisse régugnait docile. li revenait en sa chambre reculée lièrement et sans fièvre.
et se meuait à faire des réussites ou des
- füdame la marquise a-t-elle pris médepatiences. On lui avait disposé à cet effet une cine? demanda brusquement la baronne à 1.,
tablette re\·êlue de drap vert qu'il plaç.ail sur sage-femme. Lui avez-vous fait boire de la
ses genoux et on l'entretenait de cartes à tisane de ;afran, ou de sauge, ou de rue, ou
de castor ....
jouer, les plus belles qu'on pûl trouver.
Quant au chevalier, il circulait à travers la
- Je suis fortement opposé à ces pr.imaison comme une ~me en peine. Il ne pou- tiques, dit le médecin, très sèchement.

AMES D'Jf.UTJ{'EF01S

cer .... JI nous faut un pelil marquis, ma
- El ces pratiques me plaisent à moi, de Lacelle, je veux vous embrasser. Vous
belle enfant.
venez
de
subir
une
méchante
épreuve
..
..
riposta avec hauteur madame de Fonspeyrat.
- Monsieur, dil Lucette, je me sens trop
L'enfant
est
bien,
bellement
conformée
el
très
Matrone, commandez à la cuisine un bol de
mal pour que ce sujet puisse m'intéresser ....
Yivante
....
Ne
vous
en
inquiétez
pas
....
ll
esL
,in brûlé où l'on aura mis de la cannelle, du
Dieu! que je rnudrais voir ma fille!
zeste de citron, du gingembre el du lùym. vrai que c'est une fille, mais ... .
- Doucine, apportci l'enfant, dit le marFaites également préparer du café el veillez à
11uis.
ce que l'on lienoe toute prêle de l'eau chaude
La sage-femme présenta à la marquise un
en quanti Lé. Allez! ...
paquet de laine blanche, bien roulé et ficelé,
Ilumblement, la sage-femme sortit. Le
d'où émergeait à un bout une petite masse
médecin essaya de prolester :
arrondie, embéguinée, avec une face rou- je proteste, madame la baronne! Je
geaude et fripée.
proleslc contre l'usage de pareille méJica- 0 mon enfant! dit Lucette.
tion ! li peut en arriver Je plus grand mal a
EUe press.a sur sa bouche et sur son sein
madame la marquise.
•
celle
chose informe et vagissante. Un grand
- C'est bon .... On ne vous demande pas
sanglot
monta dans sa gorge et y mourut. La
votre avis .... Si l'on m'a Iail venir ici, c'est
sage-femme n'eut que le temps de saisir l'enqu'on a pensé que l'expérience d'une mère
fant que lais~airnt tomber les mains froides
pouvait être utile .... Sans quoi, ce n'eût pas
de la mère. Avec des compresses de vinaigre
été la peine de me déranger .. .. lieu! ajoulaet en lui fai~:tnl boire du vin chaud, on lai
t-elle à demi-Yoix, c'est déjà assez indécent
rendit ses esprits. Au moment où elle reiet.lc se conformer à celte mode nouvelle qui
nait à Plie, elle rntendit la voix de son mari
est d'appeler un homme auprès d'une femme
qui,
dans l'embrarnre de la fenèlre, causaiL
en couches,... Il ne faudrail pas aggra,,cr
avec
le médecin. li disait:
cette inconvenance par le mépris des instruc- Vous êles plus a,ancé dans l'art de la
tions de 1a mère ... ce qui l'obligerait à se
ruédeeine 4ue dans la science des anecdotes,
retirer incontinent.
mon bon Pergot. ... Quoi! ... \'Ous n'a1•ez pas
A présent, Lucetle poussait des cris aigus.
quelque jolie réplique à me con Ler?... Eh
On jugea qu'il faUait la. mettre sur le terrible
bien, écoutez-moi : Figure.i-vous que le duc
lit, bombé, étroit, vrai chevalet de torture,
de Gesvres n'était pas comme moi, encore
auquel, en ce temps-là, toute femme en
bien portant et robuste en tous points, malgésine était condamnée. Avant qu'elle eùl
gré la soixantaine. li était rna1ingre, chétif et
pu avaler le violent breurage apporté par la
boudait aux meilleures thoses. Or, il avaiL
matrone, la nature la délivra, au milieu
choisi, pour l'épouser, une belle fille de
Donne:r•rnol votre n1 J i11, Marceline.... Je vo1ts
d'une pâmoison qui la laissa demi-morte.
al f ortement aimée d'amour et ,l'amitié... el je crois
quinze ans. Tl disait à un ami : « Je me suis
bien ... ,1 u'il n'y a eu .•. que cela ••. de tout .i fait
- C'est une fille, dit le médecin.
surtout marié pour arnir un fils . 11 El l'aulre,
certain
dans
,na
v~
....
•
(Page
~
-)
- Fâcheuse histoire!.. . dit madame de
de répondre : « Ma foi, mon cher duc, j'ai
•·onspeyrat.
- A qni ressemble-t-elle? diL Lucelle trop bonne opinion de madame la duchesse
Et, se tournant vers Doucine :
pour croire 4u'elle ,·ous en donnera un. 1&gt;
- Emmaillotez-moi ça bien serré, pour r..iiblement et les Jeux fermés.
Tous les deux riaient bruyamment. ous
Les
nouveau-nés
ne
ressemblent
à
rien
t1u'elle ail les jambes droites.... Trois béses
rideaux fermés, la jeune marquise pleuguins, c'est bon. l'laœz d'abord le serre-- ni à personne, ma fille.
rait
en silence.
- Je voudrais la voir, dit Lucetle a1'ec des
tête.... r,ui avez-vous fait rendre ses humeurs?... Là, c'est bien, iit-dle, pendant larmes dans 1a voix.
YI
- Quand vous serez calme, on vous 1a
que Doucine fourrail son gros indt!x dans la
montrera
....
Pour
l'instant,
c'est
trop
précibouche de l'enfant qui rendit quelques glaires.
Lorsque, lrois semaines plu tarti, maPendant ce temps, le médecin bassinait pité .... L'entendez-vous crier? Vrai Dieu! elle
dame
de Fonsveyral quilla sa fille, elles se
avec du vinaigre les tempes de l'accouchée, a un bon gosier 1
séparèrent presque brouillées par l'effet des
Lucetle
s'allendrissait.
Des
plcu
rs
silenlui frappait la paume des mains et l'appelail
cieux coulaient sur son visage et mouillaient discussions qu'avait soulevées la question de
avec douceur :
l'allaitement du nou,·eau-né. La grand'mèrc
ses
mains qu'dle tenait sur sa figure.
- Madame la marquise.... Madame la
- Allons I allons! ma fille, remelllz• voulait que, sdon l'usage, on le mil en nourm.irqu.isc ....
1
•ous
.... C'est fini. Pourquoi pleurez-vous? rice au loin, chez quelque grosse campaLucellc re\int à elle. On la porta dans son
gnarde. M. de BeUombre était du même avis .
dit
la
baronne.
grand liL à courtines de soie où on l'éleodiL
La jeune marquise invoquail [lousseau cl
Je
ne
sais....
Je
youdrais
vc,ir
ma
avec mille précautions. On la ,·êtil d'une
voubit
allaiter son enfant. Le chevalier l'y
belle chemise el d'un manteau de lit en fine fille ....
encourageait. Le méJecio raillait un peu,
Pas
avant
que
son
père
l'ail
vue.
Ce
toile brodée. On la coiffa d'un bonnet à
disant que sans doule mad,tme la marquise
tuyaux qui descendail jusqu·à ses so11rci1s, serait contraire à l'llsage et peu courtois
avait la « vani1é de la mamelle», selon le mot
pour
le
marquis
....
Oo
l'est
allé
chercher
....
et sous lequel se trouvait un serre-Lèle en
de madame de Genlis. Bref on discourait fort
Ah!
oui
...
son
père
...
,
dit
Lucelle.
soie blanc.be. Elle devait rester ainsi accomEL elle retomba dans un silence qui parais- là-des~us, cl Lucelle l'emporta.
modée pendant plusieurs jours, enfouie dans
Dès que la baronne descenùit de Yoiture à
des oreillers de duvet, dans une couëtle pro- sait lui être douloureux.
Fonspeyrat, elle s'informa du marquis :
Voici
monsieur
le
marquis,
dit
Doufonde, sous d'épaisses couvertures de laine
ï malade, ni mourant, répondit-on, car
cardée. On la tiendrait à la dièt~, on lui cine.
il
était
lrépassé at enterré depuis la veille.
Le vieillard lremhlotait, appu)'é sur sa
ferait boire des tisanes émollientes, on la
Alors,
vile, la baronne manda le notaire,
garderait surtout d'aucun contact avec l'eau canne. ll était fort ému. S'approchant de
qui s'empressa.
Lucelle,
il
lui
prit
la
main
:
pure, laquelle, en ces occasions, peut Luer la
- Eh bienL. EL ce testament'?
- Ma [eil,lllle, dit~il, Yous a\·ez fait là un
femme, disait-on, à quelque usage qu'on
- En voici copie, madame la baronne.
très joli ouvrage t t je vous en fait complil'emploie.
Les mains tremblantes, le visage 11àle,
- ~la fille, dil la Laronne en s'approcLanL ment. Toul de même, c'est à recommen-

�1f1STOR._1.l!
madame de Fon~pryrat pril le papiPr. EUe l
lut que la "ouraine apparleuail 11 , on fil,.
a,·ec ~e1- meubles, linge, argenterie, équipage:,., etc., plus uni: somme de ein'luante
mille liirœ- 11ue la lé;;ataire univcr elle avait
charge de lui ver.cr !or que ....
- La légataire u11i,ersellc? li y a une
J,:gataire univcrdle ! s'écria madame de
Fon~pe)·ral.
Oui, el celle légataire était madame de
Puyratrau. lors, la fureur de la baronne
s'épancha en injures contre l'amie du défunt.
- Quoi! celle intrigante? ... celte femme
de peu 1... celle ... Ah I La escurc, eroyezmoi, Lous les moyens lui ont été bons pour
capter cet héritage! Tous, vous m'entende-',
lou, !...
- Calme;,:-Yous, madame la Laronne, calmcMous, voyez plutôt que ,otre fille, la
mar!Jui"e de Bellombrc, hérite de la hdle
métairie de - Pani sout. ... Le cheptel e t de
huit hœufs et de 11ualre-vin1rt · mouton~,
madame la haroune.
- Pl'uh 1. .. Une pauvreté! un os à ronger! ...
Devant la 1:ulère de la Laronne, le timide
L:ist:J.cure n'o ail plu trop parler. Cl'pcndanL
il .c ha~arda ;
- S'il vous plait d'entendre quelques
détail· sur le · dernier:-. momcnls de votre
t·ou~in el ur cc qui s'en est -ui"i, jt• puis
vou ren.eigner, madame la liaronne, dil le
paurn; notaire, quti cette :,échere, ·e d'âme
terrifiait.
- Merci, répondit l,1 l,aronn(). Je n'ai pa
le tcmp~ .. .. .Il' !&gt;llh pressél' .... \lcrci .... Au
rcvoi r, maitre l.a r cu rc.
Voici ce 11ue le notaire eùL ra&lt;:onté à mad.11n1, de Fou~pr1ral .i elle arnit rnulu l'entcndr • :
Un àr ce~ dernier malin , le mar11ui,,, ~e
~entant trè faihle, arnit fait appeler Law l'Urt.l:
. - . Mon L~n ,11ui, lui ,11ail-il dit, voilà que
Je III en ,·a1~, cl promptement. J'ai rnulu
vou. dire adieu a, ant le grand w,a"e
el vou ·
• 0
recommander une fois de plus mon nel'cu
Martial, au cas où il n•1i1·111lrait. Su)ez-lui
1111 con cil, au h1• oin un confidPnl, en cas de
néccs:ilé. li se trou1wa très cul, :i .on retour, à moins qur ....
La. e:-rure ne comprit pa · le sen de cette
restriction, mni il promit, a ura le ruarq11is
de la lionne forme de son testament cl de la
~ùreté des leg. qui s'l troU\·aient i1mrils.
Pui il e retira, passablement ému.
Déjà, à Yerlhis, le Lruit s'était r~p:indn
11ue li. dc la )fouraine touchait à es dernier ·
moment.
Le curé ~larleau, ayant nppris la maladie
de ~I. de la àlourainc, se prése11La fort civilement au château.
(Ul11slnUto11s ,h

CONR AD .}

On l'introduisit dan la chamLre du marqui ·, près duqud c tenait madame de Pu1ralcau.
Le curé parla peu, l'orl 1,ica, al'cC dignité
cl sans aucune onction. On le .cnt.iil uniquemeut préoccupé de remplir un de~ offices de
~a charge i on ne percevait pa~ qu'il y mil le
moindre sentiment. Quand il cul dit le bol
de sa visi le :
- "on ieur, lui répondit le marquis. je
crois à peu près en llieu. i celle demi-affirmation toute nue peul vous sur6rc pour exercer rotre ministère à mon égarJ cl i de
telle- formalités parai sent utiles à madame
que rnici, la11uellte L mon amie,je suis votre
homme et YOU pomcz me donner tous le
sacrèmcnls qn 'il vou, plaira .... Non ... ditesvous, ma chèn•L. Cela vous importe peu? ...
Alors, monsieur, il lierait, ,ou · le VO)&lt;'Z, parfoilemen l inutile d'in~ister, car il me faudrait
di ·culer el je ·ui îati«ué ...• Le cér ·•monial
ùont Y0us avez coutume m·achèverait une
demi-journée plus lot. J'in i Le pour 1:onser~-cr précieusement cc~ dernière. heurrs 1111c
Je compte pas er en la compagnie de ma
bonne ami1• cl de notre .\lontaigne. li a fort
hien parlé de la mort, 11noiquc la craignant
trop... . Je la rl'doule moins 'lue lui, monsieur, cl je le prourrr,lÎ Licnl&lt;îl. ... " La préméditation de la mort e t prémèililation de la
11 liberté t, a-t-il dit en son chapitre di&gt;.-neu,ième. Par ma fui, mon ieur le curé, je vais
être lil,rc bientôt. ...
- )lonsieur, dit le curé .'1arl!'au arec polilt:s~e cl an cha1cur, je ,ous réitère mon
offre de vou r,:concilier a,ec Dieu au moment
suprême où .. ,.
Je ne suis point du loul f.lché a,·cc lui.
mo11~ieur, cro)cz-lc bien, parian!, je u'ai
point à me rfroncilier .... ~Ion amie, ajoutat-il. en s'adre:;anl t1 madame ile Puyrateau,
YcUJllcz sonner afin que la ,crvanlc arrive et
reconduise monsieur le curé par le. couloirs
dti la maLon ju qu'au Yestibule. Je craindrai
qu'en s'en allanl il ne s'égar,il dao· le dt'dalc
des i:-0rridors .... Adil'u, monsii-ur le curé.
1 'otre •igneur ne dispute pa la place à
.\lonlaignc, dit le curé en e retiranl. Quand
il ,cul une àme, il la prend. Je ~ouhaitc
qu'il li·emparc de la vôtre, monsieur.
Là-dessu~, il partit. l1. de la .\louraioc
arnil tourné son l'isa:::c vers la ruelle et demmrail li,, opprc é el les y;ux fixes.
- ~t~n amie! dit-il tou l à coup, approchez .... Ecoutez-moj.Jecrain d'avoir manqué
ma ,ie .. ..
- Que ditcs-,-ou , Alexis? û Lla c·omles~c
Loule larmoyante. Vou arcz été le meilleur
et le plus indulrrent des hommes ... , N·est-ce
pas quelque chose, cela?
L'ombre d'uo sourire passa -ur le Yisagc
du moribond. Il IIJu.rmura :

- Le meilleur? .. . 'foa, mon amie, parce
que le plus parfait ,e donne tout enlier à la
philosophie l'l que je lui ai dérobé mes plus
belle, anuées ....
Il -oupira et continua :
- Le plu indulgent'/ ... llélas ! ma chère,
mon indulgence étaiL faite de beaucoup de
mépw .... Uui, de beaucoup de mépris pour
notre paune humanité ....
Il garda le ~ilence un instant, puis coutinua:
- Donnez-moi votre main, .\Jarcdinc ....
J,: Yous ai fortement aimée d'amour cl d'amitié ... cl je croi~ bien .. . qu'il n'y a eu ... que
cela ... de loul à fait certain dan 111a ,·ic .. ..
Toul le rcsle a été peut-étre .•• peul-êll'e ... .
li ferma les yeux cl paral se recueillir.
La comtesse, dehoul auprès du lit, sa main
dans celles du moribond, pleurait doucemenl.
EUe étouffait l'éclat de sa douleur, car elle
savait comme il haïs. ail le démon!--lralions
violentes el ne ,·oulail pas lui impo cr la plus
cruelle de toutes.
Peu lt peu, le Yisage du marquis hlèruil
jus11u'à prendre la couleur de la circ. Sc~
lèvres
. se teintèrcnl ,·aguemcnl d'un Lieu ~orialre. , e }CU s'enfi nc~reol dans leurs orbite-. es prunelles erraient, sans regard,
sous le rnile des paupière alourdies. s
lèvres tremblèrent ....
li passa.
Le pi•uple de \Tcrthis, 11ui l'al'ait aim: pour
~a impUcité, la familiarité de sa cau~rie el
la t'u licité de son co~tume, lui fit de belle ·
funfraill · . 1'.i1 foule, il l'accompagna au
timclii-rc, san, lenir compte de l':il,seoce du
prèlre.
)Jadam" de l'111rateau cl Kateriuc ui,·irenl
le con1·oi dan. un carro ·se fermé.
Comme le cerrucil arrivait devant la maison
dti l'apolhicaire, l'homme de tous les ré ime:-,
celui-ci ~e planta sur le euil de sa boutique,
cl, très haul, de manière à être entendu, il
dit :
- Cc n'csl pas un cuterremcnl, ça, c'est
un enfouis.ement. Aujourd·hui que notre
Premier Con ul a signi; le ~oncordal, il est
1;lrange qu'on lroul'e un ari·tocralc pour
allt•r contre l"s intentions amicales du f.ouverncmcnl cl dl! l'Égli e.
A1ant dit, il r.iufonça ·on chapeau ur lia
tète d'un gc~le de déll el, tri le, di•·ne el
mtlprisant, il passa derrière on comptoir, où
il se mil à piler de cantharides.
0

Le lendemain, le notaire donnait lecture
du l~lameol à madame de Pu)ralcau ,1ui,
sur I heure, commanda un mausolée au tailleur de pierre de \'crthi . C'était une slèle
tr~· simple. Elle y fit !!l'U-er œs moG:

Il fitl tout à la philo~op/iie el à l'wnitif.

(A suivre. )

LOUISE

( ll.-\STEAU.

Les confidences de Lucile Desmoulins

Au temp où M. Jule- Clarctic assemblait e),l langoureuse : le chaud solt:il d'été, le
le éléments de , on Camille De$111011li11~. uu ~rand silence de la campa!!lle, l'ombre de
collectionneur lui communiqua un petit cahil•r ~ on tilleul préféré l'eni vrenl délicieusemenl;
de papier solide cl rugueux, recou1·ert d'un un ora"Cqui passe, un on°e la boulever ·cnl;
cartonnage rouge. ' ur ce cahier, Lucile Du- elle pleure sans sa,·oir pourquoi, rit de rien,
plessis, encore presque enfanl, la Lucile ado- rève à lont, s'i ·ole dans le vague et la mélanrée de Camille, avait, comme font les lillclll'., colie. Dien d'autres, alors, étaient comme
copié de sa main certain ,ers 11ui lui plai- elle : iullurnce de Rou eau, remembrance
saient particulièrement. M, Clarl'lic puhlia de la .,o,welle I/èloïse, présage de la tourde. extrait de ce poétique me1111:11to. Ce que mente prochaine? (Jui le peul dire? Ce qui
pr~îérait Luüle, c'étaient les pay nnnerie ga- n·e. t p:is niable, c'est la sen ihilité qua~i
lantes, les petits poèmrs de Syhain &amp;foré- maladive, l'éréLhisme nerve111 1 l'ima 0 inalion
chai, le lJc 1·9~r yh-ai 1t, le id l lies un peu surchauffée de re~ gens qui bientôt allaient
maniérées, les romance tendr1•mcnt cham- ,hrc de formidalilcs tragédie .. li semble 11ue,
pètres: on trouve là au .i certain!&gt; coup)e~ · .~ou l'approche de l'ouragan, toutes le âmes
rimés pour elle, :inon par elle, ou recuc1ll1s étaient on pre _ion, même les âme d'enfanL
La bibliothèque d'Amien~ a re~u en lt• 0 s,
dc la bouche des invités qui fré11uenlai1·nl
chez l'aimaLle ~lme IJupll·S is. M(1me le cahier il y a quel11ues années, uuc abondante colleccontient un Co11/e am1crén,1tiq11,·, lout en tion d'autographe qu'ayait formée le ".omte
sous-entendus égrillards: la Ro~e el le fl11m- Artùur de Mar~l'· En la clas.anl, ~r. Emile
~lichcl a rt11conlré, parmi de - amoncellement
bea11, u dont l'idée est duc à une csquis:e de
~I. fragonard »; mais cc morceau fut s111s de documents de Loule orle el de Loule vadoute transcrit par Lucile plus tard, alors leur, un mince do sier de six ·pièces prOYC·
qu'elle était femme: car, mariée, elle n'ou- naut de ~I. ll:illon, de "cnios, le cousin de
1,lia pa ·on cher cahier, pui,qu'elle y con- Camille De moulin' et le premier éditeur de
signa une romantl' manitestemenl po -térieure sa correspondance. M. Matton a1ail hérité,
après la morl de )lme lluplc:-,i , mère de
à la mort de ~larie-Anloinellc :
Lucile, de tous les papier - saisi - chez Camille
... Ui, m'unlralncnl Cl'~ houncall\?
à l'épo11uc du procè~ de - danloni ·tcs el resOù ,ui,-jc? J'cnlcnJ ~ur ma lèlc
titués apri•s le ju"cment.
S · crni ·cr le, fala6 d~·.mi ....
Au nomLrc de ces six pièce , c Lrouve un
l'cul-ètrc ·que le jour d'avril oü elle fut fragment ùu journal de Lucile, écrit sur uue
appelée à l'échafaud, la pauue Lucile s • rap- fouille douLle détachée d·un cahier non cou ·u.
pda ces troi \'Crs qu:ind /11s f'at(l/s cisc•a11:c M. Émilti M1d1cl, cnlanL tout le prix de sa
de l'exéculcur .e croisèrcul sur sa tète char- ùéroun·rte, a pul,l;é ce fragment dan. les
mante, hath:ml à leur tour se - heaux i:he- .1/lmoii-es tle l'Acntlé111it1 11'.lmie11s. (Tirage
,cux 11ui tombaient en lourdes boucles sur les en brochure, (~mile ~ichcl: Ca11tilleel Lucile
J)e,wwulin:., notes el tlor11111e11l · iniclil~.)
dalb autour de l jupe de ,cu1·e.
La dale de ces pages n'esl pa indiquée;
Très J~unc Gllr, clic a\'ail entre11ris d·t!crire
~es .Uêmoire · : tllc not.,it ses pcn,ées, ses mai, il seml,le qu'elles sont de 17 7 ou 17 ;
impres~ious, pour mieux dire; mai cc lra- Lucile arnil alor~ dix- ·epl ou dix-huit ans,
,·ail n'alla pa - lrl! loin. Elle y trouvait ce elle virnit dans la jolie propriété que ses pagrand attrait &lt;&lt; d'al'Oir l'air occupée ,, occu- r,·nls haLitaienl, pendant l'été, à Dourg-laP•e surtout «à 11uelque cho·e qu\•llc ne l'OU- Hcin,•, la première que l'on rcucontrail à
lait pas montrer 1&gt;. Elle rédigeait son journal droite de la route, en rcnanl de Paris el
le soir, quand elle étail seule dans sa cbam- 1:-0mportaol ferme, pa,·illon, charmilles, bosLre. - « 'Cne lumière et ou éteignoir sont &lt;JIICl et grand terrain, aujourd'hui percé de
sur mon lit; je l'éteins si j'eutends du bruit. &gt;&gt; rue nouvelles. C'est là qu'elle tenait ce jourli. Cf arelie po - ède quellf ucs feuillet5 de nal « Je très petits é,énemeols et de très
ce manu cril : l'un des extrait' 'lu'il a pu- grandes imaginations », dont il faut citer
hliés témoigne, chez la fillette, d'une singu- qu"lques pas. age :
lière impatience de YÎvrej on ne parle autour
Samedi 26. - Je me sui · lel'ée avant huit
d'elle que d'amour; elle e l'imagine, tout au
moins; le poète: ne chanlenl pas autre heures. J'ai été au pa, ilion. Je i.uis comme
cho e; elle seule n'aime pa el 'en inquiète : une pèrsonne dont l'esprit est ahscnt. Je ne
me comprends pas, je ne sai pas pourquoi je
&lt;r Quand est-ce donc que j'aimerai? On dit
qu'il faut &lt;1ue toul le monde aime. E. t-ce pense, ni pourquoi je parle, je ne sai· ce qui
donc quand j'aurai quatrc-Yiogts ans que me fait agir, eu fin je ~uis comme une maj'aimerai? Je uis de marbre. Ah! la singu- chine. Je ne pui exprimer ce que je sen~, je
lière cho e que la Yie! » En attendant, elle ne puis comprendre ce que c'c,,t que mon

êlre .... Maman est loujour · cnfllrmi!e dans son
cabinet. J'ai pa-.é la matinée de mème 11ue
l'après-midi de vendredi ans pouvoir rien
faire, commençant et ne fini .anl rien ....
Après le diner, j'ai Larholé dao le ruisseau,
touJours a\'ec celle absence d'e prit, el le
momenl où je suis est encore de même ....
Dima,ulte 27. - .... ~ous avons été nous
promener au parilloo de Verière. \'ous nou
ommes a ès amu e. 1 'ou a,·ons fait le lour
de la Iorèl de cht,taigners. .. . ous entrâmes
par le pa1illon. Maman fut "'assoir dans le
salon de charmille; moi je me promenais
près de la grille; je ne sa vois quoi faire de
moi tant je m'enuioi .... \!aman voulait s'en
retourner .\ la maison, mai~ je lui dis : u assoyons-nous sur ce banc; non n':nons rien
à foire. » Au hout d'on cart d'heure un M.
passa à cheval. Il étoit assé Lien mis. li fil
&lt;.:aulcr son cheval el pui pa s:i cl repassa de
l'aulre cùlé de la route. Il.ms riolenal, il
p:1.s.a un al,bé avec un aulrc ~I. li dil en pa~saol qu'il ne manquait qu'une dée e, que
cela feroil le lroi oràce . Cl • &lt;1uoi se mèlct-il? Après repa:sa le .M. prè, de la grill,·,
maman le regarda un peu cl moi je ne fis
pa .cmlilanl de le ,·oir .. . .
Lundi ~8. - Je me suis le~êc tl ~ix lw11•
rcs. fai été me promener au paüllon. J'ai
nncontrJ p. (papa) qui a fait quelques pa~
avec moi. Je l'ai laissé près des framboisiers.
fai été me jeter ~ur une meule de foin; j'y
ai re$lé longtemp ; j'y ai trouvé quelques
heures de Lonbcur. J'ai été voir maman, mai.
elle était trop pen irn, je n·y suis re tée qu'un
in ·1an1. J'ai été voir mes papillons; ils ont
fait tout plein d'œufs. J'ai été à mon piano.
Mam:in m'c· t venue chercber pour déj1•uner.
1 ous al'Ons été nous promener un pctil ruomeot ....
J'ai élé me promener le oir avec maman;
elle ~tail Lien mélancoli,~uc. Nou · nous sommes a, ises Yi:-à-Yis la grille; elle n'est pas
re tée longLemps; moi j'ai resté jusqu'à neuf
heures du soir. Celle ab·ence d'esprit ne me
quille point. Je n'o e pa en par!.ir parce que
je ne puis expliquer ce que je sens, ne le
comprenant pa . On e moquerait de moi.
Jlardi 20. - .. 7'ou arnns été nou: promener du côté Ju moulin de Cachant. Je dis
le oir à maman que mon journal m'eonuioil,
&lt;1ue f alloi le laisser. Elle en a ri el pui elle
m'a dit que c'êtoit pour avoir l'air occupée
« pour dire que lu [ais 11uclque chose que lu
ne rouloi - pas ruonlrer. » La belle idée qui
l'est venue là, maman. Va, c'e L eau e que
je ne te montrerai plus rien. li · a naimenl
de quoi décourager. Je le continuerai cependant, mai· tu ne le lira · pas,
Jle1·credi ;50. - J'ai trouvé maman qui

�LE "lisll-Moi"u1sr oR1Que

1t1S TOR,.1.Jl
paperas oil à son secrétaire. Elle m'a dil de
m'a· oir à côté d'elle; et pui l'ile m'a dil
qu'elle me trouvoil queltp1e défaut (un mot
ra)é) fois de l'affection, &lt;1uïl n'en îalloit
3\'0Ïr dans rien, 11u'il ne falloit chercher à
res-cmbler à personne, qu'elle m'aimoiLmieux
avec mes défaut~ qu'a,·ec des grâce empruntés. llaman a quel11 uefoi de singulières idées.
Elle ne \"eut pas que je cherche à l'imiter.
J'en ai pourtant bien envie souvent. J'ai toujours le son de sa voix!
11 est certain - M. Émile Michel en fait
très justement la remarque - 11ue Mme Dupie . is dégagPait pour sa fille un charme mystérieux. Lucile cherchait à lui ressembler.
« J'ai bien souvent envie de l'imiter, » ditelle. Et elle 11joute avec une fierté manifeste :
11 J'ai toujours le son de sa voix l » ~I me Duplessis élait encore jeune et charmante quand
Lucile touchait à ses du:-huil ans. On se doutait, depuis la publication qu'a faite en j 879
M. Claretie dans le Joul'nal offiriel d'une
lcllre de Camille Desmoulins, on e doutait
que le futur auteur du l'ieu.t· Coi-delier avait

été 1p1elque peu amoureux de la mère Hanl « 0 loi qui es au fond de mon cœur ... , toi
de pen,er à la fille. Aujourd'hui il rc orl de
q11e je n'ose aime,· .... Je n'ose 111e fm•or1er
documents produits par ~I. E. Michel que à moi-111è111e, cc que je .wms pour toi. Je 11e
Camille fit à la maman une cour très assidue. m'orcupc q1i'à le déguise!' .... o
Le do~. ier de la collection )Jarsy contient une
pièce de ,·ers adressée ù D...• qui ~e i-elirait
li est vrai que lorsque enfin, rnr le point
à la campagne; l'épitre csl d'auil 1786, et de l'épouser, Camille annonce la bonne nouCamille, à cette époque, aimail platonique- ,·elle Il son père, il écrit : &lt;( Je l'aime depuis
ment la dame depuis trois ans. Pour lui, les /mit ans! ~ Il e t vrai encore rp1e de toute
deux fillettes, Lucile et Adèle, ne comptaient façon, dans l'enthousiasme de sa joie, il exapas; il les compare aux: deux colombes dont gère ueaucoup : huit ans! Lucile en avait
Yénu était accompagnée, el certes ses désirs vingt à cette époque; Camille raurait donc
n'allaient qu'à la déesse.
aimée alors qu'elle n'en avail que douze?
Mais Lucile, très précoce, ne s'était-elle Sans doute addilionnail-il, pour former ce
point prise d'amour pour le soupirant assidu total impo ant, les années de soupirs adressés
de sa mère? Celle-ci n'avait-elle point deviné à la fille avec celles passées dans l'adoration
le ecret tourmPnt de sa romanesque enfant? de la maman.
Ce n'est là qu'une hJpothèse; elle éclaircirait
Alais à quoi bon des hnlOthèses? Peut-on
entre autres choses la rigueur que témoigne $e les permellre en des sujets si délicats?
à son brûlant amoureux Mme Duplessis, l'es- Tt&gt;Jlc qu'elle ful, telle que nous la connaispèce d'admiration jalouse que Lucile a pour ions, l'idylle de Camille Desmoulins et de
elle et aussi ces lignes que la fillette écrit Lucile Duplesfr reste, de tous les romans
ces lignes presque inexplicable si Camille d'amour de notre histoire, le plus attachant
n'en aime pas une autre, une autre dont la el le plus dramatique.
•
pauvre enfant ne veut pa· èlre la rivale :
T . G.

Cllcbt Glraudon

]. TALLANDTER
~

LIBRAIRIE ILLCSTRLE

PRINCESSE LOUISE D'ORLÉANS,
FILLE de LOClS-PHlLlPPE ]"', ROI DES FR \:'.\ÇAI . et FBIME DE LrOPOLO
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75,RuEDAREAU,'"'5
J•r.

ROI DE:~ BELGF. ·. PARls

(XIV"

arro nd'-)

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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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            <text>https://www.codice.uanl.mx/RegistroBibliografico/InformacionBibliografica?from=BusquedaBasica&amp;bibId=1753533&amp;biblioteca=0&amp;fb=&amp;fm=&amp;isbn=</text>
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      <name>Dublin Core</name>
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              <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1911, Año 2, No 37, Junio 5</text>
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              <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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      <name>Genéral de Marbot</name>
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      <name>Louis Batiffol</name>
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      <name>Reines de Théatre</name>
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