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                  <text>fflSTO']tl.11
tomba sur les armes, sur les sabres, sur les
lames, sur la qualiié que la lrempe pouvait
leur donner et qui les rend propres même à
couper le fer; je citai comme preuve du fait

un yalagan que j'avais rapporté de Corfou.
cc Qu'en avez-vous fait1.. me dit le général.
- Je l'ai donné à Talma. - Cela est bien
LAnr-:.1.c,.T, Sour:enirsd'un s~xagé11aire, 1. IV, p. ii.
-?-

d'un poèle. CPs messieurs font leur cour,
même aux rois de théâlre. - Je ne la fais
même pas aux héros, général i je ne la fais
qu'aux dames : madame est là pour le dire 1 )).

(A suivre.)

JosEPH TURQUAN.

1'APOLÉON REÇOIT A 8AINT·CLOUD LE Slb\ATUS-CONSULTE QUI LE PROCLAllE EMPEREUR DES FRA.~ÇAIS.

Gravure de PJGEOT. d'atrès k laéfeau de Roue.ET, - (Mttsie de Versailles.)

FR_ÉDÉR_lC LOLIÉE

"""

Napoléon et Talleyrand
Dans l'un de ses fréqu cnls accès de dépit ra)·onnement, elle n'a pas éclipsé l'autre.
contre une inte1ligence . qu'il ne put jamais Napoléon étendit sa gloire beaucoup plus haut
&amp;ubjuguer entièrement ni conduire à sa guise, et beaucoup plus loin : il fut déraciné par la
Napoléon croJait enfnmer en ce peu de mots lempête. TalleFand plia et dura. Nul ne fut
tout ce que Talleyrand, wn œuvre entière et d'aussi près associé que Tc1ll1::yrand aux vastC's
M réputation pou nient attendre du jugement
et tumuilueux desseins do !'Alexandre mcde l'avenir:
derne; nul ne connut, commelui,le caractère
, La poslérilé ne lui donnera d'autre place et la portée de la peméc impériale : son étenque celle qu'il faut pour dire qu'il a éié mi- due, ses irrégulariLés, ses excès. De même
nistre sous tous les gomernements, qu'il qu'il avait tendu l'échelle (tt d'une manière
a prêté ,,ingt ~ermcnts 1 , et que j'ai été assez combien dili~ente, combien opportune! ) à
sot pour m'y laisser prendre. 1)
l'ascension de Bonaparte, quand il le vit porL'hisloire, plus généreuse, ne devait point ter, en quelque sorte, par les événements; de
ratifier une opinion aus~i sommaire, mais, au même se rctourna-t-il contre lui, quand il le
contraire, élargir Je rôle et l'irnporlance du sentit irrémédiablemeut condamné. Napoléon
personnage qui fut l'adn-rrnire poli, perfidf', n'eut pas de plus préci, ux allié, ni de plus
quelquefois, en ses rno}ens, des dernières dangereux adversaire, - ce qu'il savait très
fautes de Napoléon. Les deux figures sont bien 1 . Oui, quant à cela, son opinion était
restées en présence dans la juste lumière de double-ment faite; et, cependant, jusquts après
leurs proportions ,éritaLles; et toute supé- la terrible leçon de 1814, ju,que pendant les
rieure qu'ait été l'une par l'immensité de sùn Cent-Jours, cherchant de dernières clartés

sur les bords de l'abîme où trébuchait ,a
puissance, il en reviendra au ministre qui l'a
trompé, d réclamera encore 'falleJrand.
Ces deux énergies se complétaient l'une par
l'autre, quand elles étaient unies. La première
incarnait le génie de l'action, la seconde exprimait cette force calme, lumineuse, du conseil, qui prépare les voies aux grandes résolutions ou permet d'en atténuer les retenlissements dangereux. Napoléon, comme l'exprime l'historien Mignet, projetait ce qu'il y
a,·ait de grand, de glorieux, de lointain;
Talleyrand parlait .ses soins à en écarter les
périls; et 1a fougue créatrice de celui qui détenait la puissance pom·ait être tempérée par
la lenteur drconspccte du ministre armé de
prudence, - aulant, du moins, que l'un
permettait à l'autre de s'interposer entre
l'obstacle et sa volonté.
Dans les rencontres difficiles où quelque
ingénieux euvhémisme, une déœarche de

Extrait de l'ounagc: Tollcyra11d el- La Société
fran çaise: Du p1·ince de Bénéi•eiil au duc de il lorny.
1-'11ü1]Rlf. l,111.1ü: . Un ,·o lumc in-8°. prix:
i fr. 50, tmilc-Paul, Cditcur.

noL1•c n1aison, à JJré~enL que la forlune l'abandonne,
depuis quelque lemps. , (Curre$]J01tdanee de IYapofëon 1~ t. XXVII, p. l:ïl , piCce 21 1 210. Au roi
Jo•epl1, .\"og-ent. 8 fénicr rnt L 1

ru·

VIL - lhSTORtA, - Fasc. 49.
LES AMATEURS DE PEINTURE, -

Tableau ,je ME(SSONIE:R. -

(Collection CIIAUCJIARO, Musé.! du Louvre.)

1. Exnclt'menl ll'ci1,c.
2. « Méficz-w,us de Tal!e~·r:uHI. Jo le pr.'llîl1ue
drpuis seize annCcs; j'ai mt'me eu ile ln fi11'cur )lO\ll'
. lui; mnis c'est sûrcmcnl le plus grand ennemi de

0

,

�-

111STOR._1.ll
°NAPOLÉON ET TIILLEY11_/11YD

.

sage et lente préparation, un temps d'arrêt,
une suspension favorable, pou\'ait amorlir les
effets d'un -choc brusque, 'J'alleyrand excellait
en la manière d'arrondir cc que la dictée de
Xapoléon arait de trop impérieux et de lui
frayer à Iui-mème les moyens de paraitre ou
plus habile ou plus fort, en redevenant plus
ëalme.
Bonaparte, qui jouait volontiers au Jupiter
(surtout au Jupiter tonnanl), oubliait, en
maintes occasions, les caressantes douceurs
de Tallcyrnnd, si moelleux en de certaines
letlres, si rmeloppant en ses paroles; il l'asrnillai( de reproches, d'interpellations vives;
néanmoins, il lui avait confié, n'ayant, auprès
de soi, personne qu'il en jugc:ît plus digne
ou plus capublc, les négociations d'Amiens,
celles dJ Prrsbourg, sinon celles de 'l'ilsitt.
Après Au:-tcrlilz, c'est sur lui qu'il se rPposcra
d'assurer la victoire par des accommodl'ments
qu'on e)pérait duraLles.
(&lt; Je veux la paix, lui écrirniL-il, arrangez
tous les articles du mieux. que vous le
pourrez. )l
Lorsr1u'il avait Lenté d'organiser l'Allemagne et l'Italie, c'est-à-dire d'en parlagf•r
les territoires, d'en diviser le~ gouverncmrnt-:,
pour fortifier d'aulant plus l'unitéde son empire: c'est 'l'alleyrand qu'il consulla longncmenl, afin d'en obtenir des clartés sur lt.!s
dé1ails et de la précision sur l'ensemble.
Le caractère de 'l'alleyrand ne lui élait
jamais apparu comme un miroir de droilurr;
et ses raisons étaient fondées pour lui en refuser
la louange. En revanche, la correspondance
de l'empereur déct\le, !t chaque page, l'eslimc
que lui inspirait - malgré lui - sa pénélration diplomatique et le prix qu'il allacbait
à ses scnices, parce qu'il en avait fait l'épreu vc
en des conjonc!urcs heurem-es oucompliquél'S
de son règne. li fallait que cet homme lui
semLlàt bien utile, ou qu'il en craignit singulièrement les dl's~eins cachés, ou qu'il allribuàt à sa présence une influence mistéricusc
dont il ne pouvait se passer, puisquP, sans lui
vouer une rétlle confiance, il ld coml,la
d'honneurs et d'or avec une munificence sar.s
égale. ll l'avait maintenu sept ans dans le
ministère; il avait inventé des fonctions supérieures inconnues pour qu'il fùt appelé viccgrand-élccteur après avoir été grand chamhtllan, el découpt', à son intention , dans la
di~tribution dLs grands fiefs nouvellement
créés, la principauté de Ilénérent.
Toutes cho5es finies, NapoMon dérlarera
qu'il s'était exagéré ses mérites, qu'il ne
l'avait trouré ni éloquent, ni persuasif dans
leurs entretiens, qu'il roulait beaucoup et
longtemps autour de la mème idée, et qu'au
sortir d'une longue conversation, entamée pour
obtenir des éclaircissements de sa _part, force
était de s'apercevoir qu'il n'y avait pas répandu plus de lumières qu'en la comrnen,~nt.
C'est que vraisemblablement, en ers joutes
malaisées, avec un interlocuteur fougueux et

imarrinatif comme celui-là, Tallcirand. se
confinait il dessein dans un argument umque,
qu'il y revenait sciemment, parce qu'il y
VO)ait lacler d'une situation. et qu'enfin , après
beaucoup d'insistances perdues, renonçant à
convaincre un homme qui le contredisait sans
l'écouter, il se tirait d'affaire, comme il pouvait, par des mots évasifs. ~apoléon ne faisait
pas si bon marché de ses avis, puisqu'il les
recherchait, surtout les regrettait dans les
périodes de dirficultés. Pourquoi Talleyrand
n'était-il plus là! Ah! ,i Talleyrand eût ru
l'affaire en main! Il en maniîestait l'impression sans ménagement au ministre chargé de
le remplacer, et qui n'arrivait point à tirer au
clair une situation embrouillée. En 1800,
étanl à Si.;hœnbrun, assis devant le bureau de
llarie-Thérèse, il rembarrait li. de Champagny
sur les lenteurs apportées dans les négociaLions. c&lt; Tallc)-rand, lui disait-il, avait une
allure plus \'ire; cela m l'Ùl coùté trente
millions, dont il m'aurait pris la moitié, mais
tout serait fini depuis longtemps. )&gt;
Soupçonneux à juste titre des intrigues qui
se tramaient, au dehors, entre ses alliés prétendus 1 cl ses rnncmis déclar~s, sans qu'il p1H
naimcnt distinguer ceux-ci de ceux-là, cherchant dans cette marche à tâtons des l larlés
indicatrices, il se retournait. en fin de comptr,
vers 'l'alle)'rand, pour qu',l l'aidàt à les découvrir. La vcill1&gt;, il se plaignait amèrement de
son jeu ténébreux. Maintenant, il lui rendait
en plrolcs une aIT~ction singuliè-re .
&lt;! Yous êtes un drôle d'hommei je ne
puis m'empêcher de vous aimer &gt;&gt;, lui déclarait-il sans le croire, ni le lui faire accroirt !.
Et le lendemain, il reparlait en de'i tirades
furibonJcs contre la traitrise innée dt! ce
Tallt'JTand.

1. « Alliés sm· le rêlin , ln dL•foction dans l';lmc. »
(A. Sorel.)
2. Le p1·incc de !lellernidt rapporte, en ses sou-

je veux faire une cliose, j1• n·emploic p.1s le pi·incc de
Bënén!nl; je m'a.Jrcsse à lui quand JC ne rem: pas
fail'e une chose, en ayaul l'air da la vuuluir. 1&gt; (Mél'HfJirC,&lt;:; \. 1·
p. 70. 1 Il y 3\ail là lii&lt;-n de la contre-

vf'nir~, qu'un jom· l'empereur lui a\·ail dit : « Qnan,I

0

....

C'était le plaisir de Xapoléon de réveiller
son monde, comme il le disait, par des sorties
imprûrncs autant qu'embarrassantes. D'habiludr, quand il y arait cercle autour de lui, il
parlait seul, lrès écouté, très rcdoulé. Sur
quelque point qu'il tùt porté le sujet de son
monologue, parli en coup de foudrr, comme
une inkrpella1ion, on ne se pcrmellait ,,ne
rarement d'y donner la réplique. Soil qu'ils
fussent tenus sous la crainte, soit pour une
aulre cause, les gens ~e dérobaient p:ir une
réponse fuyante et soumise ou par une ré\·érence de cour aux tiuestions trop dirt"cles
qu'il leur lançait à la tèle. 'l'alleyrand ne partagfait point celte impression générale d'i1llimida1ion , sincère uu jouée, en sa présence,
mais allendait le choc, ,ans lroul,le, et lui
renvoyait en douceur des mols où perçait de
l'ironie contenue, sous des apparences Je
respect et de louange. Au lem ps où l'rmpereur
n'en arnit pas encoreLrisé avec lui quant aux
formes de l'urh:mité, il savait esquire.r le:;
détails gènants par l'agrément d'un trait d'esprit, qui lui perm ettait de glisser sur Je reslt',

0

,

ou par une llatterie d'autant plus adroite
qu'dle n'avait pas l'air d'en ètre une, - la
seule manière de flatter qui ne fùl pas épuisée dans celte atmosphère d'adulation. E&lt;L
sofa species adulanrli superat. Ce fut à Bruxelles que Mme de némusat a\'ait entendu
Talle,rand répondre avec tant de finesse (le
détail en est bien connu) à l'interrogation subite de Bonaparte sur la façon dont il s'y
était pris pour accrollrc si rapidement sa
fortune.
&lt;c Monsieur de Tallc}'f.:tlld, on prétend que
vous êtes fort riche.
l) - 0,1i, Sire.
D Mais extrêmement ricl.e.
n - Oui, Sire.
» - Comment arez-vous fait? Vous étiez
loin de l'être à votre retour d'Amérique?
ii Il est vrai, Sire, mais j'ai racheté,
la veille du 18 brumaire, tous les fonds publics que j'ai trouvés sur la place; et je les ai
revendus le lendemain. 1&gt;
L'histoire était bien inrcntée pour les besoins de la cause. On dut se résoudre à l'accepter comme de la bonne et franche monnaie.
Cette indépendance mesurée, que rendait
soutenable en face d'un souverain aussi peu
endurant que Napoléon la délicate maoiè.·re
dont elle se traduisait, il s·attachait à la conserver sur les différents sujets qui mettaient
leur.s idées en présence. Il arrivait, de loin
en loin, que la littérature et les arts en fissent
Jes frais, quoique Napoléon préférât en causer avec des poètes et des artistes. Un jour
qu'il s'entretenait là-dessus avec son ministre
des ltelations extérieures, leurs vues ne s'étaient pas accordées sur les limites de cc discernement heureux, ,,jf et précis du nai, du
beau, du juste dans la pensée et dans l'expression, qu'on appelle le goût : " Ah! le
bon goût, riposta le prince de Bénévent, si
vous pouviez vous en défaire à coups de canon, il y a longtemps r1u'il n'existerait plus. lJ
TaUe)'rand, qui savait écouler et porter jusque
dans le mutisme des airs de louange, possédait as!urémenl l'un des meilleurs mo)ens
de lui plaire; encore ce genre de complaisance était-il suspect de sa part. Napoléon ne
s'en rapportait qu'à demi à ses silences approbateurs. Il lui senlait des arrière-pensées
dissidentes, contre lesquelles il éprou,·ait de
l'humeur, malgré qu'elles ne lui fussent
point connues.
Étrange vis-à-vis de ces deux maitres dissimulateurs! C'était une des tendances de
Napoléon de poser en principe que l'homme
vraiment politique doit saroir calculer jusqu'aux moindres profits qu'il peut tirer non
seulement de ses qualités ou de ses talents,
mais encore de ses défa uts. Or, TallcrranJ
professait la mèmc théorie. Mais, ce clui le
piquail au jeu, c'est que l'empereur Ja mettait en pratique si à fond qu'il en déconcertait la clairvol'ance la plus lucide. " Ce diable
fii1e!'.S&lt;'. )lais peut-èlrc, en pnl'hrnl ainsi, :\"~poléon lit!
tendail-it qu'à llaltcr Jldlcrnich, eu lui sug~l!rau_t
lï1léc qu'il lui cun!iait à lui cc quïl dis;imnluit a
Tallr':JT&lt;111ll.

•

D

•

_

_

NA~OLÉO:-l' DONNANT L A co;-.;STITUTI(•N AU DUCIIÊ DE VARSOVIE, EN 18o7. -

Tableau de ~lARCEL DE BAC CIARELLI

cgau~hc a drone: Valentin Sobo!ewski: Xa,·ier Dz_1atinski, _Pierre Bielcnski, L:ouis Gutakowski, Jean-Pau! LuszczcwsJ.i, Stanislas .Mata~howsld. ,\
c
Bassano; Talle) rand, prince de Bënèvcnt ; );apolèon; Stanislas Potocki, Joseph \\"tbicJ.i.
' i laret. duc d

d'homme, s'écriait-il chez Mme de Rémusat
!rompe, sur tous les points. Ses passion;
ellcs-memes vous échappent, car il trouve
moyen de les feindre, quoir1u'ellcs existent

réellement. 1&gt; Dans cc genre de comédie, si
la part de la sincérité était aussi mince d'un
côté que de l'autre, il est certain que Napoléon manœu\'rait avec plus de rm:c, Tafüy-

r~nd avec plus de mystère, et que ce derrncr, tout en apportant en affaires les mille
restrictions dont se gardent par métier les
diplomates, visait plus franchement au hui,

�-

'fl1ST0~111------------------------

parce qu'il n'aimuil pas, en somme, qu'on
fùt toujours dans l'inccrlituJe ou sur le
qui-rirn.
Durant la belle période, quand on pensait
y mir drs gages dP. stabilité, Talleyrand seconda d'un vouloir réllécbi les des~eins de
l'empereur, avec d1•s allernalin~s d'accord el
de d1!sunion. A din•rscs fois, éclataient dl'S
critiques, auxquelles il ne s'était pas allendu
rJ. qui gênaient ou déplaçaient le terrain des
négociations diplomatiques entamées. De,
admonestations impatiente,; lui par\'enaicnt

Qum! rnus t~les munan1uc et mus m'aîmt'Z

encore?
li n'était plus semible lJU'à sa gloire; il

sur ce que le ministre semblait outrepasser

les instructions qu'il avait reçues. ll laissait
couler l'averse et reprenait ensuite la discus~ion, d'un esprit calme et en se }oun•nant

que son rôlt! de modérateur lui avait toujours
été fort difficile à remplir. Uans un dé,ir
égal de retenir les excessifs de la fié:rnlution
et d'apaiser les violenls du pouvoir, n'avait-il
pas encouru, tour à lour. llS colères des uns
et des autres'! Les r~puLlicains l'accusèrent
d'aroir voulu soumellre l'l~lal à un maitre;
et ce maître, mêcontent des résistances même
légères qu'il lui opposait et de son refus poli
d'applaudir à tous ses actes, lui reproduit
celle demi-indépendance comme une trahison.
C'étaient les premiers ~ymptômes d'un désaccord plus profund.

Aux alentours de la paix d'Amien~, Talleirand eut sur les lèvres et alt bout de la
plume des compliments extrêmes à l'égard
de celui qu'il arait assuré, pour toute la riP,
d'un tendre et immuable dévoucmunt 1. Svus
le Directoire, passant les bornes, il arait représenté aux gomern:rnls, dont il dCsirait
endormir le3 soupçons, le général BonaparttJ
comme une âme éprise de calme el de simplicité, n'aimant que la paix, l'~tud~, les
poésies d'Ossian et n'aspirant qu'au repos,
après la ,·icloire. En parlant de la sorte, il
sa,·ait pertinemment qu'il n'était pas un
oracle de vérité. C'était bien de l'amour encc.re, sous le Consulat, lorsque des raisons
de santé l'ayant contraint de s"absenter de
Paris - le temps d'aller prendre les eaux à
Bourbon - il se plaignait comme d'un malheur véritable de cette cruelle nécC'ssiLé ,1ui
le priverait, pendant deux semaines, peul•
être trois, d'admirer de plus près la suLlimc
aclivité du héros~. Que serait-il? Que pourrait-il faire, n'étant plus à parlée de son
inspiration?
\'oil."1 le morncnl où je m'aperçois i,icn que,
depuis deux :ins, je ne suis plus accoutumé à
penser seul; ne pas vous voir laisse mon esprit
sa11s guide; aussi ,,1is-jc prohahlemcnl éaire de
pauvres chose~; mais ce n'est p:1s ma foule; jè
ne suis pas; complet, lorsque je suis loin de rnus.

,\ l'a,èncment de l'empire, ~es accents s'étaient tlc,és arec la grandCur Je l'homme ....
1. Bourbon, 30 messidor an IX (19 juillet 1801 ).
2. 20 messidora11 IX. (Arch. Fs. l~rance, ü5X, fol. 11. ;
'.i, /,el/n• 1'1: Trrlll'yrcwd à Sapuléou , Strasbourg.

senlir, à son tour 1 le charme de cette hienvcillance enjouée et prévenante 011 excdfoit
l't::mpercur, quand il daignait s'en donner la
peine; à s'en laisser pénétrer,'dis-jc, au point
de s'en souvenir longtPmps après, avec une
naucusc rntisfaction. Malgré qu'il ~ùl à quoi
s'en tenir sur sa sécheresse habituelle et
qu'il C'll eût rcsrnnli les cITds, il lui revenait
de citer, de sa part, des exemples aima1,lcs
de douceur et d'aménité. Un jour qu'il ~·
insislail, jusqu'à verser dans la louange rnperlatire, Montrond lui repartit, en riant :
!&lt; Vous pournz faire son éloge, ,·ous lui avez
fait assez de mal ! l&gt;

Voltaire n'écrivit pas à Frédéric d'épîtres
plus adroitement complimenteuses que certaines lettres de 'J'alleyrand à i'\opoléon. Comment, par quelle aggravation de causes, de
si Lell~s protestations devaient-elles aboulir,
chez le prince de Ilénévcnt, à un n!rita!Jle
anlag~nisme, rnu3 ks apparences d'un scr,·ice conlinuanl d"ètre actif et soumis?
Des démêlés sur la quc~tion curopéennr,
il y en eut toujours entre l'empereur et son
ministre, quant au fond ou dan~ la forme.
Au cours des années prospères, ces contradictions étaient accidentelles et mesurées.
Puis, rc,·enaienl des entre-temps de conciliation el d'harmonie exemplaires, oll leurs
sentiments se dt'ccraient à l'cnri. Napoléo11
arait failli presque l'aimer, si tant est qu'1l
eût jamais afl'l'ctionné &lt;1uelquc chose ou qu1:lc1u'un, hors &lt;li.! lui, dans ~on cercle mililaire
ou poli1ique. Talle}ranJ s'était $urpris à res-

Talle)'rand rn connut une période de crédit soutenu et qu'il fut prrsque seul à
exercer sur l'esprit Je Ilonapartc; sans lui
consentir aucune sympathie d':lme réelle, on
prêtait l'oreille à l'autorité de sa parole. Il
ne s'était pas abusé, dans ces avantageuses
conditions, jusqu'à se dire qu'il convcrlirail
jamais un tel Jominateu r 1t épomer les , u s
d'une politit1ue d'équilibre cl de modJration.
Mais il avait conçu l'espo:l" qu'il lui serait
possible d'endiguer le torrent. Il s'éfforça,
selon le mol d'un historien, de lier ses pas~ions en les reportant ailleurs, dans la voie
de3 créations à la fuis grandes et salutaires.
Napo!éon, avec sa percrption instaalanée df's
thoses et son amour de la nou·:cauté, inclinait à l'y suivre, pour l'y dépasser bientôt. 11
engageait l'entreprise et en jetait les bases
sans allcndre. Malheurcu~ement, il ne s'y
fixait point. li dérivait à d'autres flots, 11égligeanl ou renversant par caprice cc q11ïl
avait commeni::é d'établir. TalkyranJ, qui
n'arait pas le goftt de la lutlP, pied à pied,
ne persistait point. [l en arriva forcétne11t à
se décourager; et Jc3 ressource.; ffu'il avJit
mises à son service, il se fit à ridée de les
tourner, un jour, contre lui, quand ses exigentcs auraient lassé la fortune.
Dans leurs face à face pk.;us Jïu!errog1lÎùns, où se croi~airnt le doute, la défiance
réciproque, tous deux avaient eu le Lcn~ps de
se pénétrer 1l fond. Talleyraod ne cores;ait
aucune espèce d'illusion sur la capacité d'atlachement de l'empereur pour qui que cc
fùt. Non plus, Napoléon, tout en éprouvant
un plaisir intérieur à piler, puur son usa.~e,
h·s ~ervices ll grandes mani~rcs dl! cc parî.tit
homme cte cour et Ju monde, non plus NJpuléun ne rn lcurrail sur cc qu'il dernil
alleaùrc Je lui, en dehors d'un intérêt imméJial. Sïl cronil en la soumis~ion arcuglémenl idu}àtrc"' d'un duc de Uassano, il
n'ê1aiL pas dupe dl! la fidélité de cœur d'une
certaine portion de son entourJgc . li ménageait Talltiyrand, il tulCraiL Fouehé, parce
fJu'il aimait micut les saroir sous sa griffe
qu'en liberté. M..1i5 il l'tait fixé sur le vrai Je
leurs scnlimcnls. Talleirand l:l Fom:hé ... ces
nom!&gt;-là furent la t:ontinucllc oLsession dl! si
pensCc. Lors'fnÏl ne sera plus le maître de
frapper, Jes mou\'cmcuts vindicatifs lui re~

2;:i ,·c1ulémi.iircau XIV {17 oclolwc 1805). Tallcyramt,
en écrîva11L 1·cs lignes, usail d"uu conseil détourné
pour rf'lrnîr '.\'apoléon dans les bornes •le la m0&lt;1l;r:t~

lion, après ses rapiclee ,ictoîres en Allcm.1in e, cl l'iodi•
ncr ii. ,tes mes con~iliantrs, ér1uit.ibll'~ 1 génl'rcu~c~,
riuï! feint de lui w .z~ércr poui· l'y mi1'11x dis110srr.

CHARLES-MAURICE

DE TALl,F.YRA);D ,

PRINCE DE BÉ~ÉVE'.'iT

D'apn\s le /.:Jl'/eau du R\RO:,. Gf.RARn.

n'a,·ait plus d'amour-propre que par rapport
à lui, Sans tomber dans ua genre Je flagornerie contraire à la délicatesse du goût, il
lui prodiguait de cet encens choisi, où se
surpassent les connaisst urs :
Sire,

Dans l"éloignement où je suis de Yolrc ~fojeslé,
ma plus douce ou plutôt mon unique consolalion
est de !Hl' rapprol'het· d'clll', aulant qu'il est en
moi, par le someoi1· el par l::i préro~·:ince. Le
p.is~é m·cxpliquc le présent et cc qu'a fail \'otrc
ll:ijcslé me devient tm J)l'!i~age de ce qu'e1lc doil
f:1îre; car, t:rndis que les dé.crminations des hommes ordinaires varient ~ans cesse, celles de Volre
~fojestt', prco:rnt leur ~ourre dans sr. magnanimité
nalurclle, !;OUI, d,ms les même~ circonslaoces-,
irrévocaùlemc11l les mèmcs~.

HISTORIA

MADAME GRAND _ PRINCESSE DE TALLEYRAND
Peinlpat&gt;M":-"VIGÉE LE BRUN~ CollectiondeM1'Ja.cquea DOU CET

PL. 4 9

�'-------------------------------monteront au cuveau pour le mal qu'il aurait pu leur faire et l'imprudence, qui fut
sirnnc, de s'en abstcni.r.

Il y avail des instants ot, Talleyrand surtout, cette énigme vivante, crispait, exaspéra:t ses nerfs. Il le haïssait et le désirait, le
rèC'herchail et l'éloignail, le □ allait et l'accaLlait d'invectires; c'était une con tinuelle hésitation de la colère cl de la faveur. Le garderait-il ministre? L'eu\'errait-il en ambassade?
Ou le ferait-il assassiner1 Serait-il moins à
craindre, bien rivant ou menacé de mort,
dans les honneurs ou dans l'exil? Parvicnèr.,it-il , lui Napoléon, à se l'attacher défiaiti-

NAPOLÉO'N 'ET TJ1.Ll'E'Y7/.J1.'ND -

en soi. Tel, Louis XI\', à l'égard de ses gJnéraux, de ~es ministres, qui ne pouvaient h!!.sarder d'initialire éclatante qu'en lui donnant
à croire qu'il en avait été le conseiller, l'inspirateur, et que la gloirè entière lui en revenait à lui seul. Conscient de la supériorité de
ses aptitudes en la science diplomatique, Talle)'rand avait fondé des espérances lonJues
sur la durée d'une influence que l'empereur
s'était empressé de lui retirer, du jour où il
pensa Yoir qu'elle aspirait ~l se rendre indispensable. Napoléon n'aimait pas entendre
louer. On vantait trop la prudence et la sagacité de Tallei-rand; on en redisait lrop sou-

dépassaient pas les limites d'une couverrntion, il avait afl't!cté, depuis lors, de tenir
loin de ses conseils le prince de Talleyrand el
de ne travailler ostensiblemenl qu'avec le
comte de Champagny.
Le signataire des traités de Lunéville,
d'Amiens et de Presbourg, en conçut une
aigreur dont les eITets rejaillissaient de la
personne du maître sur celle du serviteur.
On s'en apercevait, de reste, aux sarcasmes
qu'il se plaisait à décocher contre le noaveau
ministre et la nature suballerne de ses fonctions. Obéissant à des considérations plus relevées, il vopit avec douleur son impuissance

ESQUIS.iE 1/,\Ptü,.S ,\ATJ.;!œ, l&lt;El-'RESEN'fA/\'f LA RÉ.t;NluN DES SuUVERAINS ACCOMPAGNA:.T L'E.ul•EkEUR AU BAL DONNE P~R LA VILLE DE PAIW.::)
LE 4 DÉCE)IBRE 1809. -

Dessln et gravure

ae A .

GODEFROY,

Personnages assis (de gauche à droite) : Joachim·:\'apolêon, roi ùe ~aplcs; Frédéric-Auguste, roi de Saxe; NrOme-Xapo!~on, roi de \\"estphalic; Frl!tléric, roi de
Wurtemberg; Louis-Napoléon, roi de Hollande; :\'apo\eon; l'Jmpératrice J oséphine; Madame, mère de !'Empereur; Marie- Julie, reine des Espagnes; Hortense•
Eugénie, reine de Hollande; Marie-Caroline, reine de :\"ap!es; Frédérique-Catherine, reine de Westphalie; Marie•Pauline. princesse Borghèse.

vcment, à force d'argent? Ou le verrait•il lui
échapper comme une ombre glissante et
jamais sùre? Plus d'une fois, il avait arrêté
le projet de le perdre, mais il en avait suspendu l'exécution, pu l'arrière•pensée quïl
aurait eu l'air dele craindre en s'en défaisant.
Les premiers refroidissements sensibles
suryenus entre eux tinrent à des causes tout
humaines.
Une susceplibililé jalouse, donl toul son
génie ne pouvait le défendre, indisposait 1'apoléon co,ltrc les succès lrop marqués de ses
anciens compagnons d'armes ou de ses négociateurs, parce qu'il prétendait résorber tout

vent les termes à son oreille. Il s'était senti
fatigué d'un ministre, à qui l'opinion attribuait tout le mérite des négociations heureuses. C'était une part qu'on lui dérobait d~
sa puissance et de ses facultés géniales. En
éloignant Talleyrand des affaires étrangères,
sous les compensations apparentes d'une
dignité essentiellement décorative, en choisissant pour lui succéder un homme instruit
mais faible, comme l'était Champ33ny, il
avait voulu qu'on s'accoutumât, d~orm3ÎS,
à Lien savoir que lui seul, chef &lt;le l'Élat,
concevait ses plans et en surrcillait l'exécution. Sauf des rappels occasio_nncls, qui ne

i1 conlre-balar.cer par des arnrtissemenls salutaires les conséquences d'une polilique
intempéranlc.
De son côté, Napoléon avait trop de pénétration pour ne pas comprendre qu'il avait
piqué au vif l'amour-propre de Talleyrand cl
que ni l'argent ni les honneurs ne seraient
un baume assez efficace pour guérir ce genre
de blessure, donl le premier effet est de supprimer toute sensibilité de gratitude et Ioule
capacité de dévouement. li en étail d'aulanl
mieux averti qu'il le savait peu scrupuleux
et qu'il en avait eu la preuve, par lui-même,
aux dépens du Directoire. Sa défiance s'était

�H7$T0'1{1.ll
fortement accrue; il la nourrissait et l'entretenait, contre lui, par des motifs sans précisirn qui ne demandaient qu'à s'exhaler en
des paroles de colère. Ils étaient à deux de
jeu. Tallcyrand arail fait ,on compte sur Je
néant d'un zèle sans résultat d'utilité ni pour
les autres ni pour lui-même. Du mécontentement à la froideur, de la froideur à la mésintelligence, de la mésintelligence à l'inimitié profonde, ce furent Jes élapcsfrancbieil,
en peu d'années, de son ressentiment jusqu'à ce qu'il lui eût donné celte joie de voir
à terre l'empereur et l'empire.
c&lt; Celui qui négocie toujours trouve enfin
un instant propice pour venir à seS' fins. 1 i&gt;
Cette heure devait arriver immanquablement, dans le délai qu'avait entrevu Talleyrand, du fond de ses desseins d'intrigue,
dont une partie, bùtons-nous de le dire, tendait à un but sincère de pacification générale.
Les manières d'agir et de parler de Napoléon,
comme elles se prononçaient, de jour en
jour, contre lui-mème, n'étaient pas de nature
à J'en détourner.
Avant que le grand choc n'éclate, bien des
mots sonneront à son oreille, qui ne seront
pas exactement des douceurs. Il devra les
supporter sans avoir l'air de les entendre. Il
n'en modifiera pas d'une ligne son habituel
maintien. Mais s'il possédait une patience à
toute épreuve pour affronter les procédés
blessants, sourire aux impertinences qu'il ne
pouvait pas corriger d'un mot dominateur, ou
dévorer l'insulte quand elle venait de si haut,
il n'y était pas aussi insensible que semblait
l'indiquer le flegme de son attitude. Il fei•
gnait d'ignorer, mais il. n'oubliait poinl.
Savoir attendre était son art.
Napoléon avait conçu une singulière i&lt;lJe
- quelquefois trop justifiie - de la bassesse
humaine, et sur laquelle il se fondait pour
croire que plus on houspille un homme tenu
sous ·mtre dépendance, plus on l'outrage,
plus il vous devient ami, s'il y voit de l'intérêt. Il l'avait pratiqué contre ses frères,
contre de hauts fonctionnaires et des gens de
bas étage. Il eut le tort d'appliquer les mêmes
vues et le mème traitement à.. un Salicclti et
à un Tallej'fand.
La double humiliation que lui avait infligée Bonaparte, d'abord en l'obligeant à contracter un mariage peu digne, ensuite rn
repoussant de la Cour celle qu'on l'avait
presque forcé d'épouser, n'était pas sortie de
sa mémoire; elle y avait déposé les premiers
germes d'une longue rancune. Qu'on ajoute
à ces précédents d'ordre intime les causes
plus générales dont nous arons développé
l'enchaînement, et c'est assez pour s'expli1.. Richelieu , T esfam enl politique.

quer son effort mélhodique à seconder contre Iéon triomphait. D'opposition de principe, il
Napoléon la marche adverse des événements. n'en avait rencontré que chez Talleyrand. Il
Les alfa ires d'Espagnedécidèrenl la rupture . voulut le rendre témoin de son orgueilleuse
Lorsqu'il avait été q•eslion d'envahir la salisfactiorr. li le rappela de Valençay à
Péninsule sans motif de guerre, 'falleyrand Nantes, où il s'était arrêté, à son retour de
n'avait pas craint d'élever la voix, au sein Bayonne :
:&lt; - Eh bien! lui avait-il lancé, à l'une
d'un Conseil d'État asservi, pour condamner
celle entreprise comme impoliLique et dange- des premières conversations entamées sur le
reuse. Après l'insuccès trop certain de cette sujet, eh bien ! vous voyez à quoi ont abouti
aventure de rapt, qui avait débuté par l'inva- ms prédictions, quant aux. difficultés que je
sion de Burgos et de Barcelone, celui qui rencontrerais pour terminer les affaires d'E'il'avait ordonnée voulut en rejeter la faute, en pagne, selon mes vues; je suis, cepen~an!,
grande partie, du moins, sur celui qui l'avait venu à bouL de ces gens; ils ont tous éte pris
déconseillée. Tout au conlraire des déclara- dans les filets que je leur avais tendus; et je
tions de Talleyrand, Napoléon affirmera qu'il suis maitre de la situation en Espagne, comme
avait presque cédé à son instigation en con- dans le reste de l'Europe. n
Il avait pris, en parlant ainsi, le ton mofisquant le lrùne d'Espagne.
Dès 1805, le prince avait eu connaissance queur, l'air sarcastique. Légèrement ému de
du projet, que nourrissait l'empereur, d'y cet excès de conGance, alors qu'on n'en était
remplacer la dynastie des Bourbons par celle qu'au début des événements et que des comdes Bonaparle. li avait pu, tout en ne l'ap- plications graves étaient à craindre, Talle)Tand
prouvant pas intérieurement et en princi~e, ne put se défendre de lui objecter qu'il ne
l'admellre comme un moyen terme, se rallier voyait pas la situation sous la même face et
t1 l'idée d'un arrangement, qui aurait donné qu'à son avis l'empereur avait plus gagné
à la France le territoire situé au nord de que perdu, dans cc qui venait de se passer à
l'Èbre et cédé, en guise de compensation, le Bayonne.
" - Qu'entendez-vous par là? demandaPortuaal à la monarchie espagnole. Les
0
t•il en arrêtant de marcher, de long en large,
moyens
employés ne furent point ceux qu ''l
1
avait prévus, mais des procédés sans fran- à travers la chambre. »
Et son interlocuteur, avec un calme plein
chise, dont il porta condamnation de la mad'énergie,
que nul ne posséda comme lui en
nière la plus formelle : " On s'empare des
couronnes, prononçait-il, mais on ne les présence de Napoléon, reprit, de la manière
escamote pas. " Il l'avait dit avec une égale suivante, sa démonstration :
" - lion Dieu! c'est tout simple et je
netteté au comte Beugnot, qui en a laissé le
vous
le montrerai par un exemple. Qu'un
témoignage par écrit.
homme
dans le monde y lasse des folies,
0
Nul ne l'i nore : la trame fut savamment
ourdie. On ~péra, avec un art de perfidie qu'il ait des maîtresses, qu'il se conduise
consommé, ce dépouillement d'un roi qui mal envers sa femme, qu'il ait même des
était venu, de confiance, rendre des hom- torts graves envers ses· amis, on le blâmera,
mages à un souverain son allié depuis dix sans doute· mais·, s'il est riche, puissant,
ans. Les princes, on les tenait en chartre habile, il p~urra rencontrer encore les in~ulprivée dans Valença.y'. Le trône était va~ant, oences de la société. Que cet homme triche
le territoire inondé de troupes françaises. ~u jeu, il est immédiatement banni de la
Joseph n'avait plus qu'à s'installer. Le pro- compagnie, qui ne lui pardonnera jamais! )J
Le visage de Napoléon bl~mit d'une colère
o-ramme de cette dépossession s'était accompli, de point en point, comme l'avaient réglé muette. li s'abstint de répondre, voulant se
les ordres sans réplique d'une activilé ~ans donner le temps de réfléchir sur la sanction
scrupule. Persuadé que les Espagnols, s'ils qu'appellerait, tôt ou tard, un!:! contenanc~
commettaient la folie de résister, seraient aussi osée. li ne retint pas Talleyrand , qm
incapables de tenir, il considérait déjà comme put retourner à Valençay, auprès de ses
terminées les affaires de la PJninsule et, pir hùtes, les prisonniers de l'empereur.
Il avait gardé le silence, ce jour-là, où l'on
conséquent, les e3lÎmant indignes d'occuper
était
seul à seul. !fais, quelle revanche de
plus longtemps son allenlion, impatient d'en
son
irritation
contenue, celle qu'il se ménagea
reporter l'dfurl sur d'autres objets, contre
l'Autriche, surtout, qu'il se proposait de à son heure aux Tuileries, entouré de ses
faire rentrer dans le néant, contre tous ses grands digni~aires ! Talleyrand n'a pas jugé
adversaires du jour et du lendemain, Napo- bon d'en relever les termes, au courant de
ses souvenirs; une telle réserve se comprend
2. Napoll·on arnit loué cette J.lrOpri~té de_ Ta}leyran!I au prix de 75,000 fra_ncs lie p~inee a1ma1~ le.s plus qu'à demi : il n'aurait eu rien d'agréable
affaires 1io~iti vcs), pour servir de résidence forcec a
à en rappeler.
Ferdinand Vil cl à son frère, l'infant don Cal'los.
FRÉDÉRIC

(A suivre.)

LOUÉE-

Tournebut
-

.

DEUXIÈME PAR_TIE

CHAPITRE PREMIER

Licquet (suite).
En l'absence du notaire Lefebvre qui eùt
pu donner la solution de cet obsédant rébus,
et que CalTarelli ne se décidait pas à faire
arrêter, il restait un moyen de connaître le
secreL de Mme de Combray; moyen odieux, à
la vérité, mais que Licquet, dans son désarroi,
n'hésita pas à employer : c'était de placer
près d'elle un« mouton&gt;&gt; qui la ferait parler.
Il y avait, à h Conciergerie de Rouen, une
femme Delaitre, recluse pour six ans, qu'on
employait au service de l'infirmerie; elle avait
d'assez bonnes manières, s'exprimait bien et
était à peu près du même âge que Mme Ac-quel. li lut facile de s'assurer que celte
femme consentirait, moyennant remise d'une
partie de sa peine, à servir d'espionne à licquet. On parla d'elle à Mme de Combray, en
ayant soin de la présenter comme une ro1alis1e
fanatique « tourmentée pour ses opinions J&gt;;
la marquise témoigna le désir de la voir; la
femme Delaitre joua parfaitement son rôle,
se donna comme ayant été élevée avec
Mme Acquet au couvent des Nouvelles Catholiques de Caen, se dit fort honorée de partager la prison de la mère de son ancienne
amie de pension; bref, le ~oir même, elle
était en mesure de transmettre à Licquet les
confidences de la prisonnière. Celle-ci lui avait
conté comment Mmr. Acquet avait assisté,
sous un costume d'homme, à ~e nombreuses
attaques de diligences; Mme de Combray ne
redoutait rien tant que de voir sa fille tomber
entre les mains de la police : " Si elle est
prise, disait-elle, elle me chargera 1 • » D"ailleurs, la marquise était résignée à son sorti
elle se savait destinée à l'échafaud : " au surplus, le roi et la reine ont péri sur la guillotine; elle y mourra bien aussi' 1&gt;; pourtant,
elle s'inquiétait de sarnir si, au moyen d'une
forte somme, elle pourrait se sauver; du
cheval jaune pas un mot.
Le lendemain, elle insista sur les craintes
que lui inspirait le sort de sa fille; elle aurait
voulu l'avertir ci de changer de costume et
de se placer, comme servante, à dix ou douze
lieues de Falaise )) , revenant toujours à ce
1. Dèclaralion il e la femme Delailre infirmière à
la conciergerie du Palais. Archives nationales, F7 8 Ji2.
2. &lt;1 Elle complc tellcmeul périr, qu'e lle a promis

1804-1809 _ .

refrain : &lt;&lt; Si elle est arrêtée, elle parlera et
je suis perdue. &gt;&gt; De sorte que Licquet se
persuada que, si la marquise attachait tant
d'importance à ce que le cheval jaune ne lùt
pas trouvé, c'était parce que sa décôm·erte
devait indubitablement amener celle de
Mme Acquet. Celle-ci avait, depuis deux semaines, si complètement échappé aux recherches du capitaine Manginot et de toute la
gendarmerie du Calvados que Iléal était convaincu de son passage en Angleterre. - &lt;1 Les
pêcheurs de la côte, écrivait-il, sont si mal
snrveillés 3 ! l&gt; Or, .sans d'Aché, sans Mme Acquet, point de procès possible : l'arortement
des poursuites, en divulguant la force de
l'organisation du parti royaliste et l'impuissance du gouvernement, donnerait pleinement
raison à l'indolente neutralité de Calfarclli;
en revanche, Licquet savait bien qu'un insuccès serait la fin de sa carrière : il a\"ait
fait de l'alTaire sa chose; son préfet, Savoyef\oHin, ne le suivait qu'à contre-cœur, tout
prêt à le renier en cas d'échec; Réal luimême prenait des précautions pour sacrifier
au besoin un subordonné si compromettant
et, aux lettres de ton amical, émanées du
ministère de la police, succédaient maintenant des ordres secs qui présageaient la défaveur : " Il est indispensable de découvrir la
retraite de Mme Acquet; - il faut procéder
dans le plus bref délai à l'arrestation de
d'Aché- et surtout trouvez lechernljaune ! l&gt;
Comme si la marquise se fût complue à
accroître le désarroi où l'évocation de cette
bête fantôme jetait son persécuteur, elle continuait à griffonner de sa haute et rude écriture, sur des chiffons de papier que le concierge était chargé de ti:;ansmettre au notaire,
toujours absent, d'ailleurs :
Il y a un grand cmlnrras : le clicral jaune est
dénoncé pour manquer. Je p1·endrai le parti d'envo~·er un homme bien Slll' et spil'ituel il l'endroit
du cheval pour en prévenir les habitants et faire
tuer le cheval, ù douze lieues de l'endroit et le
dépouiller ensuite. Mettez•moi par écrit la toute
qu'il faut qu'il 1irenne, les personnes auxquelles
il f:iut s'adresser pour arriver san s foire une seule
de mande. Il est fort et homme à faire quinze
lie ues par jour. RéJJonclcz-moi.

Pour trouver &lt;&lt; cet homme bien sûr et
spirituel » Aime de Combray avait eu recours
à la femme Delailre, laquelle, sur le conseil
â la dé clarant e de lui fa ire cadeau de son ajustement
le jour oll c lic montera à. la guillotine, ce à quoi r,lle
s'aHend . » DCclaration de 111 femm e Del,1ilre.

de Licquet, arniL offert le concours de &lt;1 son
mari, honnête royaliste » qui, en réalité,
n'existait pas; mais Licquet tenait un de ses
agents prêt à jouer le rô1e de ce personnage
fictif et à se mctlre en quèle du cheval dès
qu'on serait fixé sur l'endroit où il était
caché. Sur ce point, comme sur d'aulrcs,
Lefebvre s'obstinait à ne pas répondre, et
pour cause, et Licquet se trouvait obligé
d'avouer sa déconvenue à Iléal : - " La difficulté n'est plus d'intercepter les lettres des
détenus, écrivait-il, mais elle consiste à y
répondre dans un sens tellement juste qu'ils
puissent s'y méprendre. Cela commence à
devenir très embarrassant à cause des imbroglios que chaque jour nous amène. Vous
aurez, Monsieur, à m'accorder une bien
grande absolution de tous les péchés que celle
circonstance me fait commettre; au reste,
toute ruse est permise en amour comme en
guerre, et bien certainement nous y sommes
avec les méchants 4 • » Ce à quoi Réal répondait : - c&lt; Je ne puis croire que le cheval
n'ait servi qu'à la fuite de !lme ,\cquet : on
ne conseillerait pas l'étrange précaution de
lui faire faire un voyage de douze lieues, de
le tuer et de le dépouiller ,ur-le-cbamp. Ces
craintes vous annoncent l'existence de quelque
délit grave pour lequel ce cheval aura servi
et que son existence peut faire dévoiler. li
faut savoir l'histoire de cette bête; depuis
quel temps elle appartient à Mme de Combray, quels étaient ses maitres auparavant 5 . &gt;J
Et Licquet avait beau jurer qu'il était à bout
de ruses et d'inventions, on lui répliquait invariablement: - c&lt; Trouvez le cheval jaune! 1&gt;
Il en était déj~t à maudire son propre zèle,
quand un incident inespéré lui rendit la confiance et l'énergie: Lefebvre, arrêté à Falaise
dans les premiers jours de septembre, venait
d'être écroué à la Conciergerie de Rouen :
c'était là une nouvelle carte qui, bien joriée,
pomait rétablir la partie. li fut facile de faire
écrire par Mme de 8ombray un billet daos
lequel elle insistait une fois de plus pour
connaître (( l'adresse exacte du cheval &gt;J , et le
notaire répondit, sans méfiance, au verso du
feuillet :
Che; La1we, à Glatigny , 11ri!s d e Brei/ailli:-s111·-Dit•1'~.

Chez Lanoë! Comment Licquet ne l'avait-il
pas deviné! Ce nom, si fréquemment cité
. Archi r cs nati onales, F1 8170.
. Archives nationales, F 7 8172.
. Archî\·cs nalîonales 1 F' 8110.

�. _____________________________________T

111STOR,.1.ll
dans les déclarations des inculpés, n'avait
pourtant point retenu son attention. C'était là
bien certainement qu'était cachée Mme Acquet
et, tout de suite triomphant, il expédia à
Réal un exprès pour lui annoncer l'heureuse
nou\'elle: en même temps il mettait en route
vers Glatigny deux agents adroits 1 : ils partirent de Rouen le 1:; septembre et les heures
parurent longues it Licquet en attendant leur
retour. Trois jour~, cinq jours, dix jours se

Il

fous vo1ez que mon commissionnaire rst d'expétlition. J'en re.;.ois par occasion sùre une l1·tlrc.

Il a été chez la femme L:moë, a lroun~ le cheral,
a monlé dessus, a foit cinq à six lieues, l'a tué et
;1 emporté la peau. li m'en en,·oie les crins dont
je parlagr. avec vou,; moitit! pour _,,ous faire \"O!r
b ,·érité · ainsi sovez s,ms inquiétude. Je v:i1s
l'crire à S0~-cr pom~ qu'il dise qu'il ~ Yendu le
cheval 550 li,•rcs à l'{&gt;poquc de la Gmbra~, à un
1

marchand.
Dans sa joie d'ètre délivrée de son caurhcmar, la prisonnière écrivait le même jour à
Colas, son valet d'écurie, écroué, lui aussi, à
la Conciergerie :

être l'une des péripéties iraient rejoindre,
dJns les cartons des affaires à classer, toutes
les tentatives du même genre dont la police
ùc Fouché renonçait à rechercher les auteurs
insaisis-=ables, lors1u'un incident inattendu
réreilla la verve de Licquet et lui suggéra
l'idée d'une nouvelle machination.
CHAPITR,E Il

Madame Acquet.

passèrent sans qu'il reçût de leurs nouvelles;
pour s'aider à prendre patience, il s'occupait
à cuisiner - c'est le terme de police consacré - le notaire Lefebvre : une correspondance suivie s'était établie entre Mme de
Combray et celui-ci ; mais il montrait dans
ses billets, aussi Uien que dans ses interrogatoires, une défiance exlrême!. Licquet
s'effarait mème à la pensée que le prudent
notaire n'aurait pas indiqué l'asile du cheval
jaune s'il n'était bien persuadé d'avance que
celle pi~te ne pourrait conduire à rien . Aussi
le policier, qui jouait son va-tout, vécul-il
dans l'angoisse les deux semaines que dura
l'absence de. ses agl'nts. lis rCparurent enfin,
déconfits et na,rés, trainant le cheval jaune
fourbu et amenant une sorte de colosse,
« assez semblable à un grenadier 3 )) , qui
n'était autre que la femme de Lanoë. Le récit
des émissaires de Licquet fut aussi court que
décevant. En arrirant à Ilretleville-sur-Dires,
ils s'étaient présenlés, avec mille précantiom:,
à la ferme de Glatigny et n'y avaient pas
trouvé Lanoë. que Caffarelli a mit arrêt6 quinze
jours auparavant. Seule, la fermière les avait
reçus et, dès leur première question, les avait
conduits à l'écurie du fameux chenil, ravie
d'ètre débarrassée de celte Lête affamée qui
consommait tout son fourrage. Les agents
avaient poussé jusqu'à Caen et obtenu du
préfet l'autorisation de converser avec Lanoë:
celui-ci avait reconnu sans difficulté que le
cheval lui avait été remis, à la fin de juillet,
par Lefebvre, revenant de Tournebut; mais il
s'~tait défendu de connaitre la retraite de
Mme Acquet. A l'en croire, celle-ci élait
et prisonnièr~ de sa famille &gt;&gt; cl jamai~, sans
doule, on M la dPcouuirait, tout le pa1s de
Falaise étant vendu à M. de Sainl-LéonarJ,
maire de la l'ille, qui s'était déclaré le protecteur de sa cou~ine.
On renvoya à Glalign)' la femme Lanoë,
mère de trois enrants en bas âge, mais on
garda à Rouen le cheval, dans le vague espoir
que Ja présence de ce « témoin muet » amènerait quelque révélation : même Licquel
prit le soin de lui couper quelques poils qu'il
tit passer, précieusement empaquetés, à
Mme de Combray, lui laissant croire que cet
envoi provenait du fidèle Delaitre auquel eUe
a\'ait confié le soin de faire disparaitre l'animal compromettant. Le soir même, la nnrquise, rassurée, adressait au notaire ce billet:

Ainsi finit l'histoire du cheval jaune : il
termina sa mystérieuse od)'Ssée dans les écuries du préfet Saroye-Rollin où Licquet venait
souvent le visiter, comme s'il ellt pu lui arracher son secret. Car il lui restait un doute :
la phrase de Iléal le poursuivait : Si ce cheMl n'amil servi qu'ù. la fuite de Mme Acquet, on ne conseillerait pas fétrange précaution de lui faire (afre un 11oyage de
douJe lieues, de le tuer et de le dépouiller
sur-le-cliam1J. Aujourd·hui même qu'on peut
aisément pénétrer les dessous de l'intrigue, il
reste là une sorte d'énigme. Le cheval n'avait
pas servi à Mme Acquet, puisque nous savons
que, depuis le Yol du 7 juin, elle n'avait point
quitté la région de Fàlaisc : le notaire L~febvre l'avait monté, il est vrai, pour reYemr
de Tournebut; mais était-:-e une circonstance
à dissimuler avec tant de soin? Pourquoi la
marquise, dans ses lettres confidentit·lles, insiste-t-elle à ce poinl? - Dites que le notaire
est rentré chez. lui à pied, e~l une phrase
qu'on retrouve à chacun de ses billets; puisqu'on ne faisait pas m)'S tère du rnyage, la
façon dont il s'était eficctué n'était-elle pas
indifférente?
li resta donc là une part d'inconnu et Licquet ne s'en consola pas : ses ruses n'avaient
amené aucun résultat; d'Aché restait inlrouvable. Mme Acquet avait disparu; son signalement avait été vainement adressé à toutes
les brigades de gendarmerie'. Manginc,t,
désespérant de réussir, renonçait à la poursuivre, et Sa\'Oie-11ollin lui-même &lt;( était délerminé à tout suspendre~ •. Telle était la
situation dans les derniers jours de septembre; il était bien probable que le l'Ol du
Quesoay et le grand complot dont il semblait

La réclusion, l'isolement, les angoisses
n'avaient en rien modifié la rude nalure de
Ja marquise de Combray. Celte femme, accoutumée à la vie de cbàleau, s'était, dès le premier jour, accommodée de l'existence des
prisonniers, sans rien perdre de son caractère hautain et despotique; ses illusions
mêmes restaient intactes. Elle se figurait
diriger encore, du fond de rnn cachot, ses
affidés et ses agents qu'elle considérait en
bloc comme des serviteurs, sans se douter
que la liberlé d'écrire dont elle abusait n'était
qu'un piège tendu à sa vanité ingénue. En
moins d'un mois el!e avait adressé à ses
codétenus plus de cent lettres qui, louté::,
étaient passées par les mains de Licquet : à
l'un elle dictait les réponses qu'il avait à
faire; à l'autre elle conseillait le silence,
s'érigeant en juge absolu de ce qu'ils devaient
dire ou taire et ne pournnl s'imaginer qu'un
seul de ces pauvres gens pût préférer la vie
au bonheur de lui obéir. Elle eût traité d'imposteur quiconque lui eùt affirmé que tous
ses comp1ices l'avaient abandonnée, que Soyer
s'était empressé de dévoiler les caches de
Tournebut; que Mlle Querey avait dit cc
qu'elle avait vu; que Lanoë importunait Caffarelli de ses incessantes révélations, et que
Lefebvre, qui ne se taisait plus que par prudence, était tout prèt, pour sauver sa tète, à
raconter plus qu'il ne savait.
La marquise ignorait toutes ces défoctions :
Licquet avait créé autour d'elle une atmosphère à ce point artificielle qu\,Jle vivait
dans l'illusiou de sori importance d'aulrdois;
convaincue que personne ne l'égalait en finesse
et en autorité, elle considérait le policier
comme un homme assez spirituel pour un
petit bourgeois, mais qui, dès qu'elle voudrait s'en donner la peine, tournerait tout à
sa dévotion. Et Li,·quet, avec une habileté
quasi géniale, pénétra si bien l'àme altière
de la marqui~e, il fot si parfait comédien
dans sa façon de se tenir devant elle, de lui
parler, de la regarder d'un air d'admiration
soumise que, sans étonnement, elle se persuada qu'il était très disposé à la servir; et,
comme elle n'était pas femme à prendre des
ménagements avec les gens de cette espèce,
elle lui dépêcha tout nellement le guichetier
pour lui proposer une somme del 2.000 francs,

1. « ~lme de Combray, qui ignorait effccti,·ement
où le chev3.\ et ~a fille Cloient cachés, l"a dcmundé à
son fils Ilon11œil, qui ne le s.'.l.it pa~ non p!us. 011 o
essnyC de faire pns5cr le liiliet de )lme de Comlir:J\'
au notaire, qui, dè sa m.1în, a êcrit sur !e dos !"adresse
de la J"cnuue el du cheval. On a mi5 imméiliatcmenl
à leurs 1rous~es des hommes bien a1lroits. » Lellrc

de l.icqurt a fiéal. Archives nationales, F7 8 li'1.
~. (\apport de J.icqueL au préfet Je la Seiue-lnl"érieure. Archives natio11ales, F7 8170.
3. ~ote de Licqur.:l. Archi,'es nationales: Fi 811_0.
4. Le préfrt &lt;lu Calvados à ncal. Archives nn\lonales, f,'7 ~L 7'1.
5. , Au moment de fermer ccll.::: lellre arrivcnl

les principaux agents _1_1ue j'ar:iis Cll\'OJ~~ chez Lanoë.
Le comple remtu qu ils me font me fait renoncer à
emoyer de nouveau il. Falaise oU. l'on ne peul plus
espérer de trouver Mme Acquet. M. Savoye•Rollin
vous fera connaitre !es motifs qui l'ont delerminé à
lout suspendre. » l.ellre de Lic11uet à R1!al, 21 sep1.
1807. Archives nationnles, F7 817'2.

Xe l'ennuie p:n; as-tu bt·soin d'argent'! Je te
douze francs. Le maudit chernl : il
m'en a envc,ré du poil. Je t'en fais tenir pour
que tu le rccÛnna:sscs; brùle cc billet.
fefai passer

Et à sa femme de chambre, Catherine
Querey :
Le cheval est tué: mon commlssionn.1ire a 1iris
la peau el l'a brùlée. Si on mus inlerroge sur un

cheval qui a manqué, vous direz qu'on l'a vendu ....
)la maudile fille me donne Lien du mal.

OU'J(J\/'E1JUT - - ~

dont moitié comptant, s'il consentait à entrt."!r qui n'existait, comme 01 le sait, que dans· .-se1'\'Îcc qu'on réclamait de lui et de Jui tran~dans ses intérêts 1 • Licquet se montra tr~s son imagination; elle avou l ne pas le con- mettre trois leures que Mme de Combray
reconnaissant, très honorJ, accept:1 l'argent, naitre perrnrmellement, étanl entrée en rela- \'oulutécriresur-le-champ. La première et très
qu'il d!porn à la caisse de la préfecture, et il lions avec lu'i par l'intermédiaire de la femme confidentielle était adressée au bon Delailre luiput lire, d,'s le jour mêmèmc; la seconde devait
me, un Lille! par lequel
èlre remis(\ au moment de
Mme de Combray annonçait
l'embarquement, à ~Jaugé,
à ses complices lï1eurcusc
homme d'affaires à Sainlnouvelle : /( Nous avons le
V,der~ 3 , qui de\"ait fournir
petit secrilaindans notre
l'argent nécessaire à l'exism,a11c/œ 2 • ••• l&gt;
tence de la fugitive en AnAh l les bonnes causeries
gleterre; la troi~ième lettre
qu'échangèrent Licquc-t et
accréditait Delaitre auprès
la prisonnière, devenus
de !lme Acquet. La maramis! Dès le premier enquise ordonn:iit à sa fille
tretien, il put se convaincre
de suiue l'honnête palron
qu'elle ne connaissait pas
qu'elle lui présentait comme
la retraite de Mme Acquet:
un am1 éprouvé : elle la
mais le notaire, enfin ~orti
suppliait, dans son intérêt,
de son mutisme, n"avait
daas celui de tous leurs
point caché qu'on pourrait
amis, de s'expatrier sans
la découvrir en s'adressant
perdre un jour et elle terà une blanchisseuse de Faminait en prôrnel tant, en
laise, nommée Mme Cha ucas qu't'lle obéit immédiavcl - et Licquet transmit
lcment, de subvenir largeaussitùL ce renseignement
ment à tous ses besoins;
à Mme de Combray, lui
puis elle signa et remit ;,
r('présentant amicalement
Licquet les trois Lillets, en
les dangers qu'entraînerait
l'accablant de témoign~gcs
pour elle l'arre~tation de sa
de rccounaissance.
fille et insinuant qu'il n'y
li ne restait au policier
aurait pas de sécurité à esqu'à se procurer un faiu·
pérer tant que Mme Acquet
Delaitre, puisque Je Yr:ii
« dont le gournrnement,
n'e:xi~lait pas : il fit choix
disait-il, a,•ait mis la tête à
d'un agent iutdligent et de
prix 1) , ne serait pas réfuprestance congrulnle pour
gitie én Angleterre.
lequel il dressa un passeL'idée plaisait à la marport détaillé et il l'expéquise; mais qui se chargedia, muni dt"s leltres de la
PALAIS DE JUSTIC E DE ROUE.'/ : EXTERIEUR UE LA SALLE DES PROCt.,REt.:RS.
rait de découvrir 1a fugitive
marquise, à }-i'alaise pour
D'apres le dessin de T. DE ]OLl)LO:-IT.
et de présider à son emLars'aboucher avec la blanquemenL? A qui, dans la
chisseuse. Cinq jours plus
situatio:1 désespérée où clic se trouvait, ose- D,dailrc, l'iuGrmière qu'on avait placée près tard, le faux Oelailre rentrait à Rouen;
rait-elle se fier? Licquet semblait désigné : il d'elle; mais elle savait qu'il était le mari de les Chauvel, sans déGance aucune, au rn des
se récusa pourtant, alléguant qu'un homme celte femme, patron d'une barque à Saint- lettres de )[me &lt;le Combray, avaient fait à
dél'oué, porteur d'une lettre de Mme de Com- Valery-en-Caux et, par surcroit, parent du l'émissaire de la mar4uise l'accueil le plus
hra)', serait tout aussi bien accrédité et la pauvre Haoul Gaillard, dont la marquise gar- chaud; le gendarme pourtant n'approuva pas
marquise ne don tait pls que sa fille ne suivît dait, au milieu de ses malheurs, un souvenir d'abord l'idée du passage en Angleterre;
aveuglJment ses recommandations, appuyées attendri.
Mme Acc1uet, disait-il, est à Caen, bien
d'une somme surfi;anle pour srjourner à
Licquel écoutait avec le plus grand sérieux cachée, et personne ne rnupçonne sa rclrailc :
l'élranger en allendant des jours meilleurs. sa victime débiter l'histoire de ce personnage à quoi bon l'~xposer aux hasards, toujours
fiestait à trouver l'homme détioué; la mar- fictif que lui-même avait inventé; il assura périlleux, d'un embarquement dans un port
quise n'en connaissait qu"un, celui qui, tout que le choix était excellent, qu'il connais~ait très surveillé. Pourtant, comme Delaitre inrécemment, aYail consenti, sur sa demandr, de longue date le patron Delaitre pour ua sistait, disant qu'il avait re çu de Mme de
à rechercher le cheval jaune, qui l'avait tué, homme d'une loyauté à toute épreuve. Comme Combra)' une mission dont il de\'ait s'acquitdépouillé, aaéanti, et qui s'était, si habile- il ne pouvait être queslion d'introduire ce ter, Chauvel, que son service retenait à
ment, disait-elle, acquitté tle sa mission; elle comparse dans la prison - et pour cause Falaise, donna rendez-mus au patron pour
ne tarit pas d'éloges sur cet honnête compère, Licqµet Youlut bien se charger de l'avertir du le 2 octobre à Caen 4 ; il voulait le présenter
1. « ~lme de CJmbray, füli:le à son système de
co1Tu11lion, a d~po~è dans les mains J.u guichelie1· une
somme de ti.O"UO füres â compte sur cc!le de
12.0LIO li1Tes. Je l'ai fail po1·1er au même monienl .i
!a pr&amp;fccturc. » l.-ett1'e de _Li~quet à nea\. Quelques
plus tard L1c11uet écr1ra1t ou mf·m e : o: J'ai eu
jours
'honneur de vo1B annoncer la remise à fa prCfccturc
d'une somme de 6.000 Jil-res que Mme de Comliray
~êsirait employer à. 1,ne ~orrompre : j'ai égalcrnenl
1honneur Lie vous prcremr que celle dame vient ile
compléter par un second cuvoi celle de Jt.000 füres
~u'elle m·a,·a1t foil offrir .... Le tout est à b disposition de ~I. de Hollin. i Archi,·es nationali?s, fi 817:l.
. .'1. ~illcl de ~lme de Combrn)· à Colas, son garçon
J ecune.

;:;. , Monsieur quelle 3. été ma surprise, lorsque
j'ai èlé à Caen, d'apprrndre que ma fille c:idellc, uon
contenl_e du chagri11 qu'elle m"a donné jusqu'à pl"l'sent, vient d"v mettre le comble en volanl une dili•
g1•nce 3\'CC u~1e douzaine de m3uvais sujets coinmc
elle. On m·a arrêlée comme complice peut-être, ou
att moins connai~sant sa demeure, Cllr ,·ous j1Jg-ez
combien elle est recherchée. 11. Oebitre \'eul bien
me rendre Le service daller la chercher et de la
raire parti1· ~oil à Jersey ou en Angleterre: niais
obligez-moi de lui rcmellre la somme de 3.000 lines
pour lui tlonner les moyens de ,·ivre .. .. Lï10nnêle
homme qui m'oblige se nomme lle\aitrc; vous pourrez
lui donner toute confiance. »
•'- « Quelle con,·ersolion clllcs-rous a\·ec ce 5ienr

Delailre"!-11 me dit que Mme de Combray l'avait
chargé JC venir chercher ~lme Acquet pour la conduire à Saiut-Valery, et Jlom· mïnspii-('r ile la cou.
finncc, il aJouta qu'il an11L de grandes obligations a
)lmede Combray. Je lui rêpondisquc ma sœur ne poumit pas se clwrgcr de l:i mi5sion Lie Mme de Com!Jra v
et qu"à la sollicitation tle toute ma fJrni!le, je pren·drais des informations pour tlCcouvrir Mme Acquet et
lui fnirc connailre la ,·ulonlè de i;a mére. C'étail u11
dimanche et je lui donnai rendez-mus le \"Cndredi
s11Îvtlt1l il rhùtel du l'ure, faubourg \':iucclles, â Caeu.
Je lui obs~nai que Mme Acquet 1ùvail p:is d"argenl
P.OUJ' payer les petites dctt~s qu'elle 1murait aYoir :
tl me dcmand.'.l. s1 10U francs sulfiraicn t. » l11trrroga1oirc de Cliauvel, 29 odobre 1808.

�r-

111STOR,.1.Jl

Six semaines auparavant, en quittant Fa1aisP,, le 25 août, après l'interrogatoire que
lui avait fait subir Caffarelli, ~lme Acquet,
ignorant encore l'arrestation de sa mère,
avait le projet de gagner Tournebut pour s·y
cacher pendant quelque temps, puis de se
rendre à Paris, où elle espérait retrouver Le
Chevalier. Elle trainait avec elle sa troisième
fille, Céline', enfanl de six ans, dont elle
comptail se débarrasser en la plaçant dans la
pension que tenaient à l\ouen les dames Du
Saussay et où se trournient déjà les deux
ainées; la femme Normand, sœur de Chauvel,
l'accompagnait 2 •
Elle alla d'abord jusqu'à Caen, où elle
devait prendre la diligence, et se logea chez
Dessin, à la Coupe-d'Or, rue Saint-Pierre.
Chauvel y vint le lendemain pour dire adieu
à son amie; ils dinèrent ensemble. Tandis
qu'ils étaient à table, un homme, que le gendarme ne connaissait pas, entra dans la salle
et adressa quelques mols à !lme Acquel qui
passa avec lui dans la chambre voisine. C'était
Lemarcband, aubergiste à Louvigny, l'hôte
habituel et l'ami d'Allain. Chauvel, que cet
aparté inquiétail, voyant approcher l'heure
de la diligence, ouvrit la porte et prévint
~[me Acquet que le moment était venu de se
mettre en route; à Sl grande surprise, elle
répondit qu'elle ne partail plus, de graves
intérèls la retenant à Caen. Elle le pria de
conduire la lemme Xormand el la petite fille
jusqu'à la voilure et lui indiqua l'adresse
d'un homme d'affaires de Rouen auquel l'enfant pomail être remise. Le gendarme obéit.
Lor~que, une beure plus tard, il revint à la
Coupe-tl'O,·, Sl maitre~se avait quitté l'auberge. Il reprit tristement le chemin de Falaise.
Lemarchand, instruit du passage de
Mme Acquet, était venu l'avertir, de la part
d'Allain, qu'on avail trouvé pour elle « un
logement où elle serait en sûreté et que, si
elle voulait ne pas partir, elle n'avait qu'à se
rendre, la nuit venue, sur la promenade
Saint-Julien, où quelqu'un l'aborderait pour
la conduire à son nouvel asile ~. &gt;&gt; Peut-être
bien qu 'à cett~ oll're obligeante était venue
s'ajouter quelque menace de la dénoncer si

elle quittail le pays : toujours est-il qu'on
sut 1a décider à différer son voyage. Vers dix
heures du soir, suivant l'avis de Lemarchand,
elle gagna seule le cours Saint-Julien, se promena quelque temps sous les arbres et, avisant deux hommes installés sur un banc, elle
vint s'asseoir à côté d'eux. On s'observa d'a~
bord réciproquement sans mot dire; puis,
l'un des inconnus, prenant la parole, « lui
demanda si elle n'attendait pas quelqu'un ».
Sur sa réponse affirmative, ils se concertèrent
un moment, puis déclinèrent leurs noms :
c'était l'avoué Vannier et Bureau de Placène,
deux intimes de Le Chevalier. Mme Acquel se
nomma à son tom\ et Vannier, lui offrant le
bras, la conduisit chez lui, rue Saint.Martin.
Le lendemain on tint conseil en dJjeunant.
Lemarchand, Vannier et Bureau de Placèrc
se montrèrent très empressés à retenir
Mme Acquet : elle pouvail, disaient-ils, être
assurée de l'impunité tant qu'elle ne sortirait
pas du départemenl du Calvados: ni le préfet
ni les magistrats de Caen ne se souciaient
dïnstruire l'affaire, les hobereaux de BasseNormandie se déclaranl solidaires de la famille
de Combray qui se trouvait, d'ailleurs, alliée
à toute la noblesse de la région. Telles étaient
les raisons que les trois compères faisaient
valoir; mais leur véritable mobile n'était, au
fond, qu'une question d'argent. lis se figuraient que Mme Acquel avait la libre disposition du trésor enfoui chez Buquet et qui se
monlail encore à plus de 40.000 francs . En
la voyant prêle à rejoindre Le Chevalier, persuadés qu'elle portait à son amant le reliquat
des fonds volés, ils avaient cru bon de confisquer au passage la femme et l'argent
auquel ils se croyaient des droits : Lemarcband, comme ami et créancier d'Allain;
Placène, à titre de caissie1· des chouans.
L'avoué Vannier, lui, en qualité de li&lt;1uidateur des deltcs de Le Chevalier, s'élait olferl
à garder ~fme Acquet prisonnière jusqu'à ce
qu'on eût réussi à lui soutirer, écu par écu,
toute la somme.
t
La ,,ie que mena chez Vannier la malheureuse en proie à cc trio de faquins fut un
calvaire d'humiliations et de déchéances.
Quand l'avoué comprit que non seulement sa
prisonnière n'avait pas un sou vaillant, mais
encore qu'elle ne disposait nullement du
trésor &lt;les Duquel, il fut pris d'une furieuse
colère et la menaça tout nellement de la
livrer à la gendarmerie 4 : il lui reprocha« ce
qu'elle mangeait», jura que, d'une façon ou
d'une autre, « il saurait bien lui faire payer
pension et que, certes, il ne continuerait pas
à la nourrir gratuitement ». La pauvre
femme , qui avait cmplo)·é ses derniers louis à
pa)'Cr, dans la diligence de Jlouen, la place
qu'elle n'avait pas occupée, écri\it, dans les
premiers jours de septembre, à Lefebvre
pour le supplier de lui envoyer un peu d'ar-

gent : lui, du moins, avait reçu sa large part
du vol et aurait dù se montrer généreux;
mais il répondit sèchemenl qu'il ne pouvait
rien faire pour elle et qu'elle eùt à s'adresser
à Jo,epb Duquel ' ·
C'était bien à cela qu'on voulait l'amener.
C'est Vannier qui, brutalement, lui enjoignit
de tenter, au risque d'être arrêtée, l'expédition de Donnay pour en rapporter de l'argent, et Lemarchand, pour ne pas 1a perdre
de vue, résolut de l'accompagner.
Mme Acquet lassée, asservie, consentit à
tout ·ce qu'on eiigea : vêtue comme ~une
mendiante, elle reprit le chemin de ce domaine de Donnay où jadis elle avait régné en
souveraine maîtresse; elle revit les longues
avenues au fond desquelles se dressait,
encore imposante, en dépit de sa décrépitude,
la façade du chàteau dominant les trois terrasses du parc : elle en longea les murs pour
gagner la chaumière des Buquet où Joseph,
caché dans les bois voisins, revenait parfois
afin de surveiller son trésor. Elle le surprit
ce jour-là chez lui, le supplia de lui venir en
aide; le paysan fut inflexible; pourlant, elle
obtint une aumûne de cent cinquante francs
qu'il lui compla en pièces de douze sous et en
monnaie de billon 6 • De retour à Caen, le
soir, .Mme Acquet remit fidèlement l'argent à
Vanmer, ne se réservant qu'une quinzaine de
francs pour prix de sa peine; encore dut-elle
subir l'outrage des allusions obscènes de son
hàte au moyen dont elle avait dû se sen·ir
pour extorquer à Duquel celle somme dérisoire. Elle supportait tout) impassible; sou
indifférence ressemblail à de l'hébétement;
elle ne paraissait plus avoir conscience de
l'horreur de sa situation, ni des daogers auxquels elle était exposée. Ses meilleures journées se passaient en promenades autour de
la ville avec Chauvel, auquel elle donnait
rendrz-vous et qui \'eoait de Falaise passer
quelr1ues heures avec elle; ils gagnaient un
village voi~in, déjeunaient dans une guinguelle et reprenaienl à la brune le chemin de
la ville.
Allain lui lémoignail égalemenl quelque
intérêt; il vivait caché dans les environs de
Caen, et venait quelquefois le soir conférer
chez Vannier en compagnie de Ilureau de
Placène et d'un avocat nommé Robert Langelley, avec lequel l'hote de MmeAcquel élail
en relations d'affaires. Tous était également
besogneux et passaient leur temps à imaginer les mo)·ens de faire rendre gorge à
Joseph Buquet. Allain n'en prônait qu'un qui
fut adopté : il s'agissail de retourner encore
une lois à Donnay. Mme Acquet serail du
voyage et lttcherait d'attendrir le paysan; s'il
refusait d'indiquer la cache de l'argen l, Allain
sauterait sur lui et l'étranglerait. ...
C'était vers le 25 septembre; on partit un
matin de Caen. Mme Acquet avnit donné

1. a. Du 27 fl oréal , an IX de la rCpubliquc française, acte de naim ncc de ,)Ia.ri c-Cé li11c-Od~vic1 née
ledit jour à sept heures du matin, fill e de Louis Acquet
el de Caroline-ll ê!îe. Têmoins : Pons et Duparc,
Suivent tes siçnalurcs . \) ArchiYCS de la mairie de
Uonnay, Calvactos.
2. , ~!me Acquet me dit ell e-même qu·eue alfo.il

à Paris et qu·cll c mcllrail sa fill e rn com'enl en passant par Rouen. » Interrogatoire de Cham·el.
S. Dédarali on de J!inc Acquet , 12 décembre ·1807.
Archives nationales, Fi 81i0.
If. Rapport de l'arrcstalion de la J arne Acquet.
Arclti\'es nationales, F1 8172.
J. « Quanl au notaire, c'est un J.. . F.. ,. Il a refu sé

J e J'arge~L à ~!me Acquet qui manquait des clioscs
les plus necessaarrs. Il a pourlanl touché 10.000 fran cs
du _vol. ~! est .v rai que c'est d~ rarge11t que Le Chc"altcr lw den1l. &amp; Rapport de I arrestation de la darne
Acqu et.
6. Acle c1 ·aceu5lllÎ011 cl dCclaraliun de Jlme Aeque t
12 décembre 1807.
'

lui-même à Mme Acquet et assister sa mai-,
tresse dans cette circonstance d'où allait'
dépendre tout son avenir. Et c'est ainsi quele jeudi 1er octobre, Licquct, sûr du succès,
installail dans la diligence partant pour Caen,
le faux capitaine Delaitre, auquel il avait
adjoint, pour plus de sûreté, un neveu du
même nom et un domestique, chobis tous
deux, avec soin, parmi ses plus madrés collaborateurs; le lendemain, les trois espions
descendaient à Caen, à l'hôtel du Parc, faubourg de Vauce1les, où Chauvel avait fixé le
rimdez-vous et promis d'amener Mme Acquet.

1

rendez-\'Ous à Jos:eph chez un fermier nommé jours maintenu à la geôle de Caen: de l'a,,is de escalier fort sombre. C'était une pauwe
Halbout, dont la maison était située à l'écart tous, Mme Vannier élait sa maîtresse et allait chambre sous le toit, prenant jour pn.r deux
du village de Donnay. li vint à l'heure fixée; chaque jour le voir dans son cachot li passait petites croisées el dont rameublement était
mais, comme il approchait avec circonspection, pour être un espion du gourernemmt et Pla- des plus mesquins; Cham•cl vint l'y voir le
craignant quelque guet-apens, il aperçut Allain cène prétendait que Vannier recevait de l'ar- lendemain et c'esl là qu'elle apprit de lui
dissimulé derrière une baie et, t&lt; pris de gent pour le tenir au courant des agissements l'arrivée très prochaine du patron Belaitre,
de Mme Acquet. Langclley, de son côté, affir- envoyé par Mme de Combray pour la sauver
peur, il dévala à toutes jambes ».
li fallut donc reprendre, les mains vides, mait que Placène était un fripon et que, cl lui procurer le moyen de passer en Anglele chemin de Caen et alîronter la colère de « s'il avait déjà louché ,a bonne parl du roi, terrtt. Mme Acquet ne manifesta ni répuls.ion
Vannier qui accusait sa pensionnaire de com- il recevait au moins tout aulant d'argent de ni joie; elle s'étonna que sa mère pensât à
elle: mais il semble qu'elle n'allacha pas
plicité avec les Buquet pour faire aYorter la police 11 .
La pauvre femme qui formait le pivot de grande importance à cet incident qui dc"ait
toutes les tentatives. On tint de nouveau conseil, et, cette fois, Chauvel y fut admis; lui ces intrigues n'était pas davantage épargnrü décider de sa desti11ée. Une seule idée l'obséaussi avait un plan : il proposait dese rendre par ses indignes complices. Après Joseph Bu- dait; trouver une retraite qui lui permît
en uniforme à Donnay avec Mallet, l'un de ses quet, après ChauYel, tous se soupçonnaient d'échapper à l'odieuse tutelle de Vannier; et
camarades; Langelley jouerait le rôle du com- réciproquement d'a\'OÎr été ses amants : Lang1~lley, très surpris de la lrouver chez la
missaire de police : « ils arrèteraicnt Duquel Vannier se serait aimi payé de son bospitalitl!; dentellière, ,·oyant sa perplexité, olfril de la
comme pour lecomple du gouvernement; s'il l'avocat Langelley et le genJarme Mallel lui- conduire à une mais:on de campagne qu'haconsentait à dire où élait l'argent, on lui même auraient taxé à ce prix leurs services ; bitait son père, à une lieue de la rillr. Elle
donnerait la liberté et une adresse sûre pour accusations aussi impossibles qu'inuliles à accepta et partit le soir même sous la conse cacher; en cas de refus, les gendarmes le contràler; elle avait elle-même, d'ailleurs, duile de l'avocat; à cette heure le faux patron
tueraient et seraient quittes pour dresser l'intelligence de son abaissement et le dégoùt, Delailre quillait Houen, el la ruse si babilemen l
par moments, la prenait. Un soir, c'était le ourdie par Licquel allait rnellre fin à la
procès-verbal de rébellion I J).
Tels étaient les conciliabules auxquels assis- 27 septembre, elle ne rentra pa.s chez \'an nier; lamentable odyssée Je !!me Acquet.
tait, muette et résignée, la fille de la marquise fuyant cet enfer, elle vint demander asile à
En arrivanl à l'hôtel ,111 Parc, le 2 octobre
de Combray, le cœur gros pourtant à la pensée une dentellière, nommée AdélaïdeMonderard,
le « patron )J Udaitre s'é:
que cet argent maudit altant mis à la fenêtre de sa
lait devenir la proie de ces
&lt;hambre vers sept heures
hommes qui n'avaient pas
du soir,aperçut un homme
élé à la peine et pour qui
qui faisait les cent pas dans
serait tout le profil. Chaque
la rue, ayant au bras une
jour clles'enlizait plus protrès petite femme, fort comfondément dans cette fange:
munément habillée. A la
cc qui se tramait là, ce
démarche, il reconnut Chauqu'elle enlcndit - car on
vel, vêtu en bourgeois :
ne se gênait pas devant
la femme étail Mme Acquet.
elle- fait horreur; comme
Les deux hommes se saelle représentait, pour ces
luèrent et CbauwJ, qui lforbans, quarante m_i 11 e
iant sa compagne, monta
francs , elle devait subir
à la charubre du patron.
non seulement leurs galane&lt; Compliments, poignées
teries brutales, mais aussi
de mains, confiance la plus
leurs confidence,. Mme Plaintime, comme il est, en
cène émit un jour l'idée de
général, de règle entre un
(ai,·e disparaître le boumilitaire et un marin::.. JJ
langer Lerouge, dit Bornel;
Chauvel exposa qu'il était
comme il avait &lt;c beaucoup
venu à pied de Falaise,
de religion et qu'il était
dans l'après-midi, et que,
très honnête homme J), elle
pour
rn rendre libre, il
craignait que, s'il était aravait
prelexlé, auprès de
rêté, &lt;( il ne consentît pas
ses chefs, une affaire parà mentir et qu'il ne les perticulière qui l'appelait à
dit tous ». Langelley rellayeux.
Le faux Ddaitre
doutait surtout les bavarlui
remit
aussitôt les deux
dages de Flierlé et de Lalellres de Mme de Combray
noë, détenus à Caen, et il
que Chaurel parcourut diss'occupait de les faire emtraitement.
poisonner : il s'étail déjà
- Descendons, dit-il, la
entendu &lt;t avec le pharmadame est proche et nous
cien et l'officier de santé
allcad.
de la prison qu'il avait
PAL.\IS UE jL,SllCE DE ROllEN : lNTfRJEUR DE LA COUR, FAÇADE OU CÔTÉ OU MIDI.
Après quelques pas dans
dans sa manche )) , et il
D'après le dessin de T. DE Jou~ONT,
la
rue,
on la rencontra, en
connaissait aussi un brave
effet,
avec
Langelley, que
homme qui, (( pour peu de
cborn, ferait du bruit en ,,iJle, se laisserait ar- logée rue du Han, et qui était la maîtresse de Chamel présenta à Delaitre. Celui-ci olfril ausrêter et condamner à quelqu&lt;'S mois de prison Langelley. Celte fille consentit à la recevoir et silôl son bras à Mme Acquel : Chauvel, Lanet trourerait ainsi le moyen de se défaire de lui céda une des deux pièces dont se compo- gelley et (( Delaitre neveu JJ suivaient à bonne
ces individus 1 1&gt;. On parlait aussi d'Acquel, tou- sait son logement, auquel on accédait par un distance : on passa le pont et on s'engagea,
1. Happort du ,·oyage du p:ill·ou llr lailre à Ca r n.

2. /Md

�. _____________________________________

Jf1ST0'1{1.ll

T OU'Jt,NEBUT

soir? J'irai a,·cc ,·ous :;.
Le palron Delaitrc fil d'auord quelques
difficultés avant de consentir à retarder ~on
voyage; enfin le Mpart fut fixé au lendemain
samedi, 5 o~tobre, à la nuit tombante . Une
discussion assez hrupnle s'ensuivit. L:111gellcy obserrn que Vannier, Allain, Placène

et les aulrcs n'approuveraient certainement
pas la détermination de Mme Acquet; qu'on
était solidaire les uns des autres, qu'elle ne
courait, d'ailleurs, aucun danger en rcsta nl
a Caen al\cndu qu'il ne s'}' trouverail jamais
un juge pour la poursuivre ni un tribunal
pour la condamner. Delaitre répli~ua que,
précisément pour parer à l'indulgence des
autorités du Calvados, un dém.!t impérial
avait saisi de l'affaire la cour spéciale de
Rouen; mais 1iarncat, f1UÎ ne vopit pas sans
dépit s'éloigner sa mule chance de mettre la
main sur le trésor des Buquet, ripostait qu'il
ne fallait ricn conclure àrant d'avoir pris
l'avis de ses amis, quand la jeune femme
termina la discussion, en dédarant qu'elle
partait (&lt; parce que c'était la volonté de sa
mère &gt;J.
- ttes-vous sûre, demanda Chauvel, que
c'est bien là l'écrilure de votre mère"?
Elle répondit oui et le gendarme opina
qu'elle avait raison d'obéir.
On convint alors des détails du départ :
Lmgelley s'olfrit à conduire les voyageurs
jusqu'à la limile du département du Calvados
que Delailre connai:;sait mal. Mme Acquet ne
devait emporter aucun bagage; se:; efTèts
seraient adressés à fioucn, bureau restant, à
l'adresse J.u patron; la conversation prit C( le
ton de la plus sincère amitié et de la plus
grande confiance &gt;&gt;. Quand I heure ,·int de se
sépa~cr, jJme Acquet serra plusieu rs fois la
main du patron, disant :
- A demain, m msicur.
Et comme clic descendait l'escalier, Cliauvcl resté avec Ddaitrc s'assura que celui-ci
avait apportJ de l'argent pour payer les petites
dettts qu11 la fugitive avait co:1traclécs chez
divers fournisseurs.
Le jour suirant, au matin, ,·ers onze
heure.;, Chauvel se présenta seul à l'auberge
i/11 Parc: il monla à la chambre de D.lailre
qui l'invita à dt&gt;jl'uner cl cnvnia son nc,·cu
chercher des huHre3. GhJurd \'Cnait I ricr
Ddailre de retarder son ,·o):ige d'un JOUI' encore, )lmc Ac 1uct ne pou vaut p1rtir araut le
dimaoche .1, . Tout en mangeant, Chauvel se
lai55ait aller à &lt;les confidences; ce n'était pas
sans trish sic qu'il rnyail s'éloigner son
amie ; lui seul, assurait-il, l'avait servie par
pur dévouement, il dit comment, pour dépister h·s recherches de ses camarade3, chargés
par Manginol d·étalJlir le signalement de la
proscrite, il l'arait rédigé, à dessein, complètement faux, la désignant (( comme étant de
!orle taille cl blonde de che\'eux IJ , li parla
de d'Aché qu ïl traita de brigand c&lt; seul cause
des malheurs arrivés à Mme de Combray et à
sa famille Jl. Enfin il s'informa si Dclaitrc
consentirait à transporter en An3letcrre Allain
et Buquet, qui étaient, en somme, les dtUX
principaux acteurs de l'alfaire, ( l le cc patron )&gt; y consentit hien volontiers; il fut con-

venu que, dès qu'il aurait déposé ~Ime Acquet
en Angleterre, il reviendrait à Saint•\'alrr)',
sou porl d'allache. Allain cl Buquet n'avaient
qn'à se trouver, avec un mot de reconnaissance, le mercredi 14 à Cany, chez Prérnsl,
aubergiste, en face de la poste; il irait là les
quérir pour les rrnbarquer.
Le bnn Delaitre, qui était bien manifestement un messager de la Providence, compta
sur la table, en déjeunant, 1.00 francs en or
qu'il remit à Cbauvel, pour payer les delles
de sa maitresse.
Vannier avait réclamé six louis pour l'hospilalité qu'il lui avait ofîcrle, all~guanl que
&lt;&lt; ces sortes de pensionnaires doivent payer
plus que d'autres à cause des dangers à courir &gt;l; il demandait, en oulr~, qu'on lui remw
boursât le prix de vingt messes que Mme Acquet avaitlait dire '. Chaurel passa une parlie
de la journée du dimanche avec Delailte; le
rendez-vous était fixé pour sept heures du
soir; le patron devait attendre sur la parle
de son auberge et suivre Mme Acl1uet quand
il la verrait passer au bras du gendarme.
Elle ne parut qu'à dix heures du soir et l'on
marcha isolément .jusqu'à la demi-lune dè
Vaucelles. L1ngelley se fit attendre, il arriva
enfln sur un cheval d'emprunt; Je p:itron
a"ail pris un b:dt:t dè poste; quant au ne\'CU
Dclaitre cl au domestique, il:i avaient, dès la
veille, ro?gagné fioaen par la diligence.
C'était le nn:n.!nt dei adieux : M:ne Acquet embrassa Cham·el, qui la 11uitla « de la
maoièrc la plus tendre. en recommandant
au d,:positairc les plus grands soins pour
l'ohjct précieux qui lui était conllé 6 '.&gt;. L1ng&lt;·lley, armé d'un gourdin en mamère de
cravache, pril la tète de la caravane. Delaitre en"doppa th1uJ('menl d1ns sa capote
Mme .\cquct qu'il prit en croupe derrière
lui et, après de nouveaux souhaits, de
thaudes poignées d:! mains, de5 C( au re,·oir Jl
attendris, les cavalirr5 s'éloignèrent au trot
sur la route de Dires . Cha.urcl les vit se
perdre dans l'ombre cl il re5ta au carrefour
désert tant qu'il pul entendre résonner les
s~ibJts des chevaux sur le pa,·é de la route 1.
Vers trois heures du matin, on arriva il
Dives; la jeune femme, qui s'était monlrée
et a~sez gaia », protesta qu'elle n'était pas
fa1i•uée el refusa de descendre. Lan:;elley
eol~a donc seul à la poste, y réveilla un guide
qu'il :ivait com1™:1ndé la veille·~ et l'~n se
remit en route; le JOUr commençait à pomdre
lorsqu'on parvint à Anne!Jaull; les trois voyaoeurs firent halte chez un aubergiste où ils
Passèrent toute la journée; l'avo.::a_t l't Mme Acquet (&lt; réglèrent quelques petlls_ comptes
qu'ils avaientensemble 9 )J; on dormit un peui
on causa braucoup, on dina lon~uem1;;at. A
six heures du soir, on remon:a à cheval et
l'on pril la roule de Pont-l'Érèque. Langelley
condui5Ît les [ugitirs jusqu'à 11 forêt de

1. fiapporl du faux patron Dclaitrc.
2 . .Nou:; ne changeons rien 1'. ces d13loguc.i : eclte
seime cl le; termes Uout se srnircnl füfü• Acquet cl
son interlocuteur sont rappodés sons celle f,:mne cl
presque id&lt;:11Liquem{'nl tians les dîll'ércnls récils de
ceux qui a-sistaicnl à C{'lle cnlre\'UC.
Zi. l11tc r.-o"a
loire de ChaU\'cl, 20 octobre 18l'8.
0
,\n:hirc~ &lt;lu gre!fc di:: 1:i Cour t1·a~~ises dr l\oucn.

l. l11tcrrogaloÎ!'c de Chau1·el. Archircs &lt;lu grcff..: 1\c
la Cour d'Assi,es de Rouen.
5. l)05sicr 1,angcllev. Archire5 n:itionul~s, Fi Slil.
ti. i\rchi1·c~ ndtiomÏ!cs. Jl1 ~ 1n.
'i. lutcrro;atoires Je Chaurel, dCc\aralîo11!\ de
Mme Acquc1, rapport Ju faux patron Dclaitrr, [dires
de J.icquct â l\éal, clc.
8. , Arrivês il l)i1·c s, nous 11ous r:irraicliimes pen-

dant que le guide s'hahillait i. cl apr~s ~vo:r c~ntinué
nol1·c roule, nous sommi.&gt;s enhn arn\.'c: a 1~ po111lc cl.u
jour il Annebault, oil nuus a~·ous pas.se le Joui:, •, 0('·
cJal'atiou de Langcl!cy, Ardmcs naltonal~s,, l• 7 81.71.
fi. , hlme AcqucL emµru nta deux l~u1s a ~d'.1-ilrc
pour solder la peiuc de Langellcy. s111~·ant I an~ rlc
Chauvel. » Rapport du faux patron Dcla1trc. Arcllll'es
11ationales, P l:!172.

tout en camant, sous les arbres du grand
cours, le long de la rivière. La nuit élait
complètêmrnt tombée.
Le patron Dclaitre, (( après aroir présenté
à )ltnc A(quct les cornplimcnls de sa mère,
lui fit part des intentions dt: celle-ci relativement à son passage en Angle.terre ou aux
iles ·)). Mais la jeune femme repoussa nellcment la proposition : elle 'était, disait-elle,
&lt;t très en ~ùreté chez le père de son défenseur,
à portée de toutes ses relations, et die ne
consentirait jamais à quiller Caen, olt elle
comptait de nombreux et dévoués prolccteur.s 11. Le patron objecta que celle détermination était d'autant plus regrettable que
(( la personne puissante qui s'intéressait au
sort des siens exigeait qu'elle cùt quitté la
France aYant de s'occuper de mellre Mme de
Combray en liberté Il . Ce à quoi Mme Acquet
répliqua qu'elle ne chang~rait jamais de. r6soluliun.
La discussion dura près d'une demi-heure :
le palron ayant alors parlé d'un billel de la
martpiise dout il était parleur, Mme Acquet,
se tournant vus Langellcy, lui dt:manda de
les conduire dans un caLaret où elle pourrait
lire la leltre de sa mère. On repasrn le pont
pour remonter la rue de Yaucelle~, sui,ant
Lang:clley qui s'arrêta à un cal1Jrct siLué à
cent mètres au-dcsrns de l'hôtel du Parc :
Mme Acl.picl s'engagea, avec ses compa~no~s,
dans qn couloir étroit cl monta au premier
étarrc où l'on s'attaLJa. L1ngtlley arait comma~dé du vin cl dçs biscuils . La jeune
femme prit des mains du patron la lettre de
la marquise; Ions, autour d'elle, se- taisaient
et« la lixaient altentiremcnt 1 ». On s'aperçut « qu'll chaque ligne elle changeait dè
couleur et qu't:lle soupirait J&gt;.
- Quand parlez-vous? dcmanda-t-elle a
Delaitre en s'essuyant les 1rux.
- Demain, de grand malin, rt:pondil-il 1 .
Elle poussa de nouveau un gros soupir et
se remit à lire : « die arnil des crispations
et p::traissait prèle à se trouver 1~rnl ». Quind
elle eut terminé sa lecture, elle rnlerrogea de
noureau Delailre.
- Vous connaissez sûrement, monsieur,
ce que contient la lettre?
- Oui, madame, votre mère me l'a lur.
Elle garda _le silence « plus de deux minutes »; pms, cummc faisant un grand
efforl :
- ll faut donc obéir aux orJres d'une
mère, dit-elle; eh! bien, monsieur, je rn::s
suivrai : voulez-vous ne parlir qnc dt main

""

lJ

.,,..

Touque.s: a\'ant de quitter Mme .\c11uet 1 il
lui demanda avec beaucoup d'émotion une
boucle de ses che\'eux; puis il l'embrassa à plusieurs reprises.
Il était emiron minuit
quand Ja jeune femme se
trouva seule avec Delaitre; le cheval arnaçait péniblement par les roule5
de traverse de la forêt;
blollie conlre le patron
qu'elle tenait serré à deux
bras, Mme Acquet ne parlait plus; son entrain de
la veille avail fait place à
une sorte de stupeur, si
bien 4ueDelaitre qui, dans
l'obscurilé, ne pouvait
aperCevoir ses beaux yeux
grands ouverts, pensa
qu'elle s'était endormie
sur son épaule. A trois
heures du malin on altt:ignit enfin les faubourgs de
Pont-Audemer : le patron
s'y arrêta à l'auberge de
la Poste et demanda une
chambre; ~ur le registre
qu'on lui présenta, il écrivit : Monsieur Delailre et

-

..,

lui fit comprrndrc, arec beaucoup de ménagements, qu'il était inévilaLle de la retenir
j11~rp1'à rloucn, oî1 Dèlaitr~ devait èlrc con-

,jeune Îl'mme, dont il scrutail 1 de ses yeux
malicieux, lf's attitudes, les ge!,;tes, les façons
d·è1rc, el donL il semblait, en quelque sorte
prendre possessi,.m ... C'êlail Licquet - on l'a déjà
reconnu - qui, dans sa
hàtc de savoir le résultat
de l'odyssée du faux Delailre, s'élait affublé d'un
uniforme d'emprunt et ,·enait recevoir sa nouvelle
,iclime'. JI fut pour elle
plem de prévenances: c'est
en ,oiture qu'il la conduisit de Pont-Audemer à
lluurg•,\chard, où il lui
laissa le temps de se reposer: le 7 au malin on parlait dè Dourg-Achard t l
l'on arriroit à Houcn ara1,t
midi. L'aimable brigadier
fut si perrnasi[ que Mme
Acyuct se laissa ~ans résblance et sans rérrimin al ion conduire à la
Conciergerie, où elle fut
écrouée sous le nom de
Bosalie-llourdon :t - celu i,
sans doute, sous 11 quel
f'lle vopgeait. D'ailleurs,
sa /'ew.me.
elle paraissait indifférente
lis déjeuoaicnt tous les
à tout ce qui l'entourait;
d~ux vers midi quand enen entrant dans cette pritra dans la salle un brigason où elle savait que
dier de la gendarmerie de
se trouvait sa mère, elle
marjne, accompagné de
n'eut pas un mot qui pût
deux soldais d'rscorte. li
faire croire qu'elle ressenalla droit à Delailre, lui
tait quelque émotion . Elle
demanda ses noms, et, le
garda pendant deux jours
voyant très troublé, il le
cette attitude de lassitude
somma d'exhiber ses parésignée: Licquet, qui vint
piers, qu'après un court
la voir plusieurs fois, cher~
examen il confisqua, en
chait à la laisser dans la
donnant l'ordre aux solpersuasion que son emdats de mellre le patron
prisonnement n'a\·ait d'auen état d'arrestation.
LA GROS5E HORLOGE, A Rot:EN. D'après la lithographie rie DEROY.
tre cause que l'infraction
Le brigadier, petit homcommise par Belaitre aux
me aimable et très eaurègl• menb m:iritimes; il
seur, s'excusa grandement auprè5 de~lme Ac- duit pour y subir une réprimande du com- poussa la précaution jusqu'à feindre d'ignoquet du dérangement forcé qu'il lui occa- mrndant du port. Mme Acquet, persuadée rer son nom .
sionnait: le patron Ddaitre, disait-il, a rait qu'il u'y avait là qu'un malentendu qui
Entre temps il préparait son plan d'atqui lté son bord sans y èlrc autorisé tl, de s'édaircirail à Ilouen, s'inquiéta peu de l'in- taque : tout d'abord sa joie avait été si vive
plus,il était sigaalé comme faisant assez; vo~ cident; comme elle était brisée de fatigue et, en mettant la main sur celle proie tant conlonticrs la fraude sous prêtexlc de cabo- de plus, iudisposée, elle manifesta le dé&amp;ir ,•oitée qu'il n'avait pu résister au plaisir d'en
tage.
de ne point voyager de nuit et de passer adresser dire1,;tement la nouvelle à Réal:; en
li Le poussa pas l'indiscrétion jus-1u'à Yingt-qualre heures à !\ml-Audemer; le petit
demanJanl &lt;c le secret pendant quinw
s'informer du nom de la rnpgeusc ni du brigadier y consentit arec emprl'ssement; t(}ut JOUr5 &gt;J; pui5, à la réflexioo, il avait compris
motif qui l'oLJigt!ait à courir les routes en en ay.mt l'air de ne sur\'eillcr que Dclaitre, combien il ser,.iit diffi cile d'obtenir des a,·eux
compagnie d'un patron de bart1.ue; mais il il ne perdait pas un seul i11sla11l de rne l:i d'une Îèmme qni venail d'être si odieusement

!ui

1. Voici en quels termes le l,réfcl &lt;le l\oucn rendait compte à Héal de celle mise en scène ; « On
nrriv:i Uc très gr,md mntin à Pont-Audemet· : là
li. J.icqn ct , dt'guisé en brigadier d,1 gendarmerie de
la Mal'ine, accompagn é Je deux gendarmes de sa façon.
er.tra subitement dans la chambre tics voyagctirs,
demonda lcuN apicr_;;. ne les l1'0U\'3 JHts en règle et
cou!i,qua toul. n a séJOurné un jour à Pont-Audemer parce que l\lme Acquet èpromait une l'aligua
l'llt·aordinaire, augmentêe par un accident naturel à sou
sexe, el d'ailleur.:1 l\les èmi~soircs qui ne s'étaient ni·
couchl·s, ni reposés depuis huil jour$ èlnienl sur ks
dents. Mme Al·r111cl est partie cc m.'ltin ile Bourg-

6

Acl1aril , pcrsuadCc qu·on arnilè!e\'C unemuuraise dil'ficulté au patron cl qu'elfo s'éclaircir,1it à Rouen. Ellil
n':i élé dèlrompél! qu'en entrant à la Conciergerie;
mais on a encore filC le mc\mc roman avec cllti; on
lui 3 dil qu'on pùurfüi1•ait depuis huit joul's le patron
parce qu'un rle ses m'Llelotj l'n•ait lrahi el avait déuoncé à lu µo!ii:e qu'il était allé chercher plusieur3
personnes darH la U.issc-'.'formundie pour les conduire
il une s1at io11 auglaise; &lt;1u•it Claît donc înérilable de
la retenir en prison puisqu·on l'a\•ail lrouvl!e avec lui.
On n'a pas eu l'air d'en sa\·oir tlara 11tagc. 11i de la
connaitre .... » Lettre du préfet de la Seine-Inférieure
i1 Iléal, 7 uctohrelROi.Archîvcs n~tionales. F7 RliO.

2. Jablcau. des tlCtenus par mesure de liaulc police
Arduve3 nationales, I" 8172.
5. Je 11e. m·explique pas comment la le111·e par
laquelle L1cqueL a·monce à llJal l'arrestatio~ de
11,me ~equet, csl datée de 1/011/lf'lti', le 5 oetolirc.
C est a Pont-Audemer que \'arrestation eut lieu cl la
pré\·euuc a Clé amenée directement il Houen inc~
un seul arrêt à nourg-,\,:ha.r~ Cette !cure, êcrilc par
~a homme . c.xu.ltauL de JOIC, se terminait par ces
lignes.: Œ J a1 1.hor!neur de ,·ous écrire, tout épuisé
de,. fat,1gu.es; mais ,1c retrouve &lt;les forces en 11cmant
11111~ s agit du service de Sa ~fojcslP cl &lt;Ir votre .sa1 islaet1011 pNsonnrllc. »

�111STO'J{1.Jl
trompée, et il sentit que les pièges où se
prenait la naïrn marquise de Combray ne
seraient plus de mise avec sa fille. li trouva
mieux; il a\ ait sur lui la lellre f]UC \lme de
Combray avait écrite à son chei· Delailre,
lettre qu'il avait rnisic sur le patr_on, en présence mème de MmP Acquet. D.rns ce bil!et,
la n1:irquise trailait sa fille « comme la plus
vilr des créatures et gémissait d'ètre obligée,
1

transporler à Caen les fonds volés; elle s'accusa
elle-même d'avoir donné asile aux brigands;
elle n'excusa que Jo,eph Buc1uel qui n'avait
agi que sur les iustructiom qu'elle-même lui
avait données el Le Chevalier qu'elle représenta comme séduit par les promesses trompeuses de d'Aché. D'ailleurs son « amour
effréné n perçait à cha~ue mol de son récit;
elle dit même à Licquut que, " si elle pouvait sauver les jours de Le Chevalier aux
dépens des Fiens, elle n'hésiterait pas:; 1&gt;.
Quand elle eut terminé sa longue déclaration, elle devint tout à coup très mélancolique. Le lendemain, en entrant dans sa prison, Licquet la trouva occupée à couper ses
magnifiques cheveux qu'elle voulait, dit-clic
tristement, soustraire au bourreau. Elle ohserra que, puisqu'elle était inexoraLlcmcnt
vouée à la mort, Chauvel, qui se disait son
ami, avait eu Lien grand tort de l'empêcher
de s'empoisonner; tout serait fini à présent;
mais elle espérait que le chagrin la tuerait
avant qu'on eût le lemps de la condamner.
&lt;I En disant ces mots elle tournait ses }"eux,
très beaux et très perçants, vers un coin
assez obscur de son ca&lt;:hot. D Licquet, sui,·ant son regarJ, aperçut à cet endroit un
gros clou très saillant fiché dans le mur à
six pieds d'élévation i sans rien témoigner de
ses inquiétudes, il chercha à dirigH l'allention de la détenue sur d'autres objets el parvint« à la rendre d'une gaieté folle' J&gt;.
On fit, le jour mème, enlever le clou; mais
restaient les verrous de la porte et les piliers
du lit aux4uels la prisonnière, étant donnée
l'e1iguïté de sa taille, aurait pu chercher à se
pendre : on mit près d'elle, pour la sur,·ciller, une remme de Ilicêlre.

pour sa propre sllrcté, de ,·cnir au secours
d'un monslre; elle se plaignait surtout beaucoup de, l'argent que cela lui coùlait 1 1J.
Le 9 ociobre, Licqucl se préscnla au cachot
de füne Acquet, se mil à causer familièrement avec elle, lui avoua qu'il samit son.
nom et lui communi•1ua la lettre de Mme de
Combray. ,\près l'avoir lue, )lme Acquet fut
prise d'une effra)anle crise de r;ige. Licq nct
la con,ola, lui fil comprendre &lt;I c1u'ellc n'avail
q@ lui d'ami n, que sa mère la haïssail et
ne l'arait serrie que dans l'espoir de sau,·er
sa propre vie; que le nolairc Lefebvre l'avait
lui-mème vendue à la police en indiquant
l'adresse de la famille Chauvel, à Falaise et il montrait, comme preuve, la note tracée
de la main du notaire; - il a.Ha jusqu·a
faire allusion à certaines infidélités de Le
Chevalier C'l à des maîtresses que celui-ci
aurait eues à Paris, si Lit~n qu'indignée, à
bout d'écœurcmenls, la malheureuse fondit
en larmes.
- Soit 1 dit-elle, c'est à mon tour; recevez sur-le-champ mes déclarations, portez-les
à !I. le préfet; je veux tout a rouer; la \ie
m'est importune!!
Et loul de suite elle raconta la longue histoire des projets de d' Aché, ses passages en
Angleterre, l'orga.ni:sation du complot, la tentative dïmpression du manifeste des princes
el aussi comment il avait séduit Le Chernlier
Il n'est pas possible de suirrc Liquet à
et avait su se l'aUirer par la promesse d'un travers toutes les phases de l'instruction : cet
haut grade et de grands honneurs. Elle dit homme endiablé semble a,·oir posséJé le don
également que ce d'Aché, qu'elle accusait d'uLiquité : il est à la prison, ol1 il cuisine
d"avoir fait le malheu r dt! sa ,·ie, avait &lt;1 for- les détenus; à la préfecture ùÙ il dirige les
mellement coaseillé le roi des fonds publics; interrogatoires; à Caen, où il enquête ;l la
son ordre était qu'on organis:il les attaques barbe de Calfarell_i qui croit depuis longtemps
de dili3enccs, qu'il fallait même les arrètcr l'affaire enterrée; à Falaise, où il récolte des
toutes ». Elle accusa sa mère d'avoir aidé à témoignages; à Honneur, à Pont-.\.udemer, ~
1. Lettre du prércl de la Seine-Inférieur(' â H~dl,
11 octohrc 1807. Archircs nalionalcs, ~'j 8li0.
2. Lcllrc du préfet_ de ln. Scinc-luforicurc à Rtal,
Il oclobl'e 1807. Arch1,·cs nationales, F7 81711.
3, Pl'cmièt·c déclaraliun de la l'cmmc Acquet, 9 octobre'" 1807. Arch11·cs du greffe de la Cuur d',Miscs
de Rouen.
4. Rapport de Licquct au 1iréfel de la Seinc-1nfëricurc ..\rchi,·cs nationale~, F 7 8172.

!). Réal.

6. Celte lcllre, dalêe du 11 juillel 1809, 1'Sl adressée à un fonctionnaire du ministère de la Police dont
je n'ai pu tro11\·cr le nom : l.ic&lt;1ucl l'appelle mon
cite,· complttriolc, Archh·cs 11atio11alcs, F7 8172.
7. Happort tin voyage à Caen ..\rcl1i1·cs nat!onalc~,
F' 817t.
8. Il possé&lt;hit, â cc qu'assurait Mme Placène,
1.:)00 francs de rente. Arclmcs nationales, F7 ~l 72.

Paris; il rédige d'innombrables rapports à
l'adresse de son préfet ou de fiéal avec lesquels il correspond directement, et, quand
on lui demande quelle récompense il ambitionne de sa vie dépensée avec tant d'ardeur au
service de l'Élal, il répond philosophiquemeal:
Ce n'est pas pour ma gloire que je lra,aille;
c•c~t uuiqut' ment pour celle de la police général&lt;'
et de nolrii dtl'I' conscill&lt;•r 5 que j'.iimc de toutes
mes forces. Quant à moi, pall\rl' tliahle, jr suis
,·oué i1 un e ohscuritC qui, je l'arnue, fait mon
bonheur, depuis que j'ai rccannu l'incom·énicnt
des réputations 0 •

Henriette de Coligny
Par Henry ROUJON, de l'Académie française.

1

•

Hercule de Lacgrr, seigneur de Massuguiès,
quel beau nom de cadet de Gascogne pour un
drame de cape el d'épée! Quelqu'un a réellement existé qui s'appelait ainsi. Et comme il
n'est rien d'impossible à l'érudition, cc quelqu'un a trouvé son historien. M. Frédéric
La.chèvre, subtil el sannt explorateur du
monde des précieuses, ressuscite IIC'rculc de
Lacger. Nous possédions, sans nous en douter,
une soixantaine de poésies de CP. gentilhomme
oublié. Importaient-elles ,\ la gloire de la
liUéralurc1 Peut-èlrc pas absolument. Là
n'est point la qucslion. Bien qu'il n'ait pas
eu de génie, ce rimeur au nom formidable
mérite sinon un chapitre, du moins une note
marginale dans l'histoire de la politesse française. Cette figure de capilan héroï-comique
prend place dans une galerie des modes d'autrefois.
M. Frédéric Lachèvre a idenlifié le personnage en analysant un manuscrit injustemmt
négligé. Sous une reliure de maroquin rouw•,
en lrenle-deux fouillels d'une belle écriture
de calligraphe, des sonnets et des madrigaui
portent ce titr~: «Vers pour Iris 1&gt;. Qui
élail Iris? Et quel son adoraleur1
C'est ici qu'apparait douloureusement
la vanilé des psychologies liYresques. Il
ressort de la lecture de ce manuscrit
qu'une dame, toute pénétrée encore de
l'idéal de l'Aslrée , mil par ses rigueurs
un parfait amant aux portes du tombeau. Iris s'enveloppe de chasteté féroce
ainsi qu'une bergère de M. d'Urfé. Son
chevalier obserrn rigoureusement tous
les rites de l"amour courtois. li va sans
dire qu'il menace constamment de sa
mort prochaine l'immatérielle cn1alure
qui le désespère el le ravi!. li parle
sans cesse de « terminer ses jours n ;
l'infortuné &lt;&lt; souffre les enfers ». Iris
s'absente-t-elle pour quelques semaines? Un amoureux vulgaire se bornerait à Yerrnr des pleurs : ainsi s'expriment les douleurs bourgeoises!

Une des plus pilloresqucs péripélies de son
enquête fut le nouveau vopge qu'entreprirent, vC'rs la fin d'octobre, le faux capitaine
Delaitre el son faux nc\"eu, à la red1erche
d'Allain cl de Buquet qu'ils n'avaient pas
troU\•és, au jour dit, à l'auberge de Cany.
Delaitre revit à Caen l'aYocat Langelley, les
Placène, la fille Mondcrard, avec lesquels il
festoya; il leur donna les meilleures nouvdlcs
de Mme Acquet, très conforiablemenl inst.allée, raconta-t-il, dans une des stations de
bains de la côte anglaise; mais., bien qu'il
eût pour Allain une lellre très pressante de
Mme de Combray qui avait hâle de le voir
passer en Angleterre, le rusé chouan ne se
montra pas; sa fille, établie couturière à Caen
el qui était en relations avec Mcne Placène,
se chargea pourtant de lui faire tenir la
lcllre; le patron émit bien l'idée de suivre la
petite Allain dans l'espoir de découvrir la
retraite du père; mais Langelle)' et les autrrs
I'assurèrint que cc serait peine perdue; la
jeune fille connaissail seule l'asile du pros•
cril; , cbaquc fois qu'elle allait lui porter
des nouvelles, elle se déguisait, entrait dans
une maison C'l s'y déguisait de nouveau pour
en sortir, entrait dans une seconde, y changeait de costume el ainsi de suite; il était
impossible de juger, quand elle sorlait de
chaque maison, que c'était la même personne
qui y était cnlrée cl &lt;le sa,·oir daus laquelle
éiait son pèrc 1 ". llcux jours plus tard lape•
titc Allain reparut : elle as$ura que son père
élail parli dans son pays, du cclié de Cherbourg OÎl &lt;c il avait du bien »; il voulait,
avant de pa.sser eu Angleterre, vendre son
mobilier et affermer ses terres; telle élait
l'autre face du terrible « général Antonio 1&gt;;
il éiait bon père de famille et petit renlier '·
Delaitre comprit que c'était une défaite et
qu'Allain n'avait pas confiance : il n'insista
pas, plia bagages et rentra à nouen.
(A suivre,)

G. LENOTRE.

1

•

\lois si tians cc moment, pour les mieux exprimer.
Je ne tomhe à vos picd5 immol,ile et Hins ,-i&lt;' 1
Je: ne ml·l'ilc 11as !11onneur de ,·ous aimer!

Il faudrait a\'OÎr un cœur de rocher
pour ne poiat compatir au supplice endurê par ce modèle de continencr.
Trente-cinr1 sonnets témoignent qu'lris
demeura impiloy,blcment pure. Quant à son
malheureux esclave, on l'imagine s'allant noyer
au fond du Lignon grossi de s1:s larmes. La
rérité c.st moins désolante. Iris et son poète,
dans les loisirs que leur lai!-sa la littératurC',

furent deux faibles créatures morlellc&lt;;, enclines ~, la concupiscence. lis firent run el
l'autre dans leurs rers une telle débauche
d'innocence qu'il ne leur en resta guère pour
l'usage quotidien. Cc couple d.élégiaques était
farceur.
Qui dit cela~ Celle canaille de Tallemant
des Réaux, toujours embusqué derrière les
élégances pour cligner de l' œil et ricaner.
Tallcmaul sert de guide à M. Frédéric Lachèvre et à M. l~milc Magne, à tra\'C rs les
aventures sentimentales d'HC'rcule de Lacger
et de son Iris, Henriette de Coligny. Lorsqu'ils
ne mettaient point du noir sur du blanc, ce
Gascon cl cette précieuse se reposaient gaillardement du sublime. Henriette a rencontré
cbez M. )lJgne un biographe gaiement véridique; M. FrJdéric Lachèvrc, en nous racontant la vie d'Hercule, seigneur de ~fassuguiès,
ne prétend aucunement nous attendrir.
A défaut de Tallemrnl des Réaux cl de ses
modernes auxiliaires, un dessin de Daniel du
~lonslier suffirait à révéler llenriclle de
Coligny, comtesse de La Suze, d:ms toute son

c~ .rr•zF. '' ·

,.-. ~,.,r., ,t: '1.l

jngénuité de bonne personne. Le sincère
portraitiste a souligné de traits malicieux le
nez curieux et la Louche gourmande de cette
belle commère au triple menton. Dire que
celle dame si bien portante a composé énor-

miment d'élégies! c1 Les plus tenJres C'l ks
plus amoureuses du monde, qui courent partout l&gt;, est-il arfirmé par l'auteur des l/i:,to1·i,.lles. llcnriellc de Coligny a fait verser des
larmes à maintes lectrices, à Mme de Sé\·igné
peul-èlrc, à coup sùr à Calhos et à Maddon.
Au dix-huitième siècle C'lle était admirée
encore pour son génie de poétesse. Son éditeur
de 1725 explique ce génie par de cruelles
déceptions conjugales. &lt;&lt; Liuée successiwmcnt
à deux époux, elle n'eu t pour eux que de
l'aversion et de l'horreur. 1&gt; Le premier mari
de Mlle de Coligny fut nn Anglais qui ne survécut qu'un an à son bonheur. Le second, le
comte de La Suze, était borgne et très ivrogne
Tallemant raconte qu'il lui arriva, au retour
d'une ripaille, de tomber sur le chemin; un
lroupeau de cochons lui passa sur le corps. li
fil alors un rêve guerrier et~ 'écria : «Quartier,
cavalerie, quartier! )&gt; Cet intempérant gentilhomme était jaloux; il enfermait sa femme
el la fai sait espionner par deux prudes bellessœurs. Faut-il s'étonner que l'esprit élégiaque
se soit emparé d'une dame ainsi persécutée,
dont la jeunesse avait brillé à la Chambre llleue d'Arlhénice 1 L'édilcur de
li2J ne s'en étonne point. « Malheureuse en amour, dit-il, elle a dù tourner du côté de l'élégie, ainsi qu'dle a
fait, le talent qu'elle avait rrçu pour la
poésie. " Le don poélique semble avoir
éié, chez Mme de La Suze, plus spontané que eomplel. « Elle ne put jamais
enchaîner la rime. Elle digérait ses
pensées, elle lrs exprimait poé1iquement, mai s, pour IC's rimer, il fallait
qu'elle cmplo)àt un secours élranger. u
Plusieurs secours étrangers se préH ntèrent. L'un d'eux fnt notre llercule de
Lacger, lequel, au dire de Tallemant des
néaux, &lt;! avait de l'esprit, mais n 'élait
nullement hoanesle homme». M. frédêric Lacbèvre reconnait de la meilleure
grâce du monde que les recherches auxquelles il s'est livré ne démentent en
rien ce jugement sommaire. ,'\'ou~ n'avons aucun portrait du sire de Massuguiès. li est facile de lïmaginer; lous
les mauvais garçons croqués au passage
par Abraham Bosse nous rendent cc
clpitan d'alcôve avnnlageux, beau parleur, insolent, parfois bàtonné, ni plus
niZmoins poète, à tout prendre, que les
aulres habitués des ruelles, un Malleville ou
un Sarazin. Ce joyeux drille fournil à !!me de
La Suze des rimes pour ses \'ers et des consolations pour ses mélancolies. Dans ses sonnels,
il la traitait abondamment d'inhumaine. La

�111STORJA
comte~se, couchée sur son lit de parade,
entourée de beaux esprits el de précieuse~,
écoulait le malin Gascon bramer s.a douleur.
Au pit'd du lil. deux ~·etili s mules de velours
n'étaient ,·is1b!rs que pour le seul Ilt•rculr. Il
glissait la main dans la mignonne chau$Sure;
il en tirait une lettre et )' introduisait unfl
réponse d'u1oe toute autre lil!érature que ct•lle
de l'Asll'ée. Le geste est charmanl. Il résume

la chevaleresque hypocrisie de celle société de
la Fronde qui s'essayait au stile noble cl à
l'amour poli. Les vers d'Hercule de Lacger
sont généralementinsipidesetl'homme fut(&lt; un
grand coquin». L'Iris de ses sonnets à la glace
était une poupine personne d'humeur égrillarde. Sans doute, mais le miracle opéré par
les fées de l'hôlelde Rambouillet a été dïmposer à un siècle brutal la ~imulation de la Yertu.

Pour obéir au code idéal de la bienséance,
Hercule de Lacger el llcnrielle de Coligny
se présentaient dans le monde en loilette spirituelle. Cette darne galante et ce sacripant
s'habillaient I"àme pour rnrtir. Cliez eux, il
est inflniment probable qu'ils se mellaient à
l'aise. Et cela ne regarde personne, n'en déplaise à Tallemant des Réaux et à son indiscrète postérité.
HssRY ROUJON,
de fAcadimit françaist.

•
Voyage de retne

Je vins coucher à lluv '. Celle ville était
des terres de l'évèque de Liége, mais, toutefois, tumultucurn et mutine (comme tous ces
peuples-là rn senta:cnt &lt;le la ré\'olte générale
de3 Pays-lJas), ne reconnaissait plus son évèque, et elle tenait le parli des Étals. De sorte
que sans reconnaitre le grand-maitre fmajordome] de l'é\'è,1ue de Liége, ttui était avec
moi, soudain que nom fùmes logés, il,;: commencent à sonner le tocsin et trainer l'artillerie par les rues, et la hra11ucr contre mon
lo3is, tendant les chaines alin que nous ne
puissions joindre en:;emL!e, nous tenant toute
1a nuit en ces alarmes, sans avoir moyen de
parler à aucun d'eux, étant tout petit pcuplt',
gens brutaux et s1ns raison. Le matin, i!s
nous laissèrent sortir, ayant bordé loule la
rue de gens armés.
Nous allù.mes de là coucher i1 Dinant, où
par malhèür ils avaient fait, ce jour même,
l~s bourgmc~tres, qui sont comme consuls rn
Gascogne et é~hevins en France. Tout y était
ce jour-là en déLauche; tout le monde ivre;
point de magistrats connus; Lref, un vrai
chaos de confusion. El, pour y empirer davantage notre condition, Je grand•maitre de
l'évèque de Liége leur avait fait autrefois la
guerre, et était teou d'eux pour mortel ennemi.
Cette ville, c1uand ils sont en leur sens ras.Sis, tenait pour les États j mais lors, BJcchus
l' dominaut, ils ne tenaient pas seulement
0

\. Sous le prélcxlè de pr!!nclrc les eaux: dl! Spa.
Marguerite lil, en 15i7. un voyage politique dans lè
llain,ul cl 1~ pays de Lil!gc. c11 me dèg11gucr des partisans il son frël'C, le duc d'Alcn~m. el d'cnlc\·cr les
l'11ys- Ras ù rE~pal{nc.

pour eux-mêmes et ne connaissaient personne.
Soudain qu'ils nous voient a pprocbrr les faubourgs.., avec une troupe grande comme était
la mienne, les roilà nlarmés. lis quittent les
Yerres pour courir aux armes, et LouL en tumulte, au lieu de nous ouvrir, ils forment la
Larrière. J'avais envoié un gentilhomme devant, avec les fourriers cl maréchal des logis,
pour le prier de nous donner passage; mais
je les trouvai tous arrètés lù, qui criaient sans
pou\'Oir être entendus. Enrin je me lève debout dans ma litière, et, ôtant mon masque,
je fais signe au plus apparent que je veux
parler à lui; et, étant venu à moi, je le priai
de faire faire silence, afin que je puisse èlrc
entendue. Ce qu'étant fait avec toute peine,
je leur représente qui j'étais, et l'occasion de
mon VO)'age; que tant s·cn faut que je leur
voulusse a·pportcr du mal par ma rnnue, que
je ne leur voudrais pas seul~ment donner de
soupron; que je les priais de me laisser entrer, moi et mes femmes et si peu de mes
gens, dans la ville, qu'ils voudraient pour
cette nuit, et que le reste ils le laissassent
dans le faubourg. lis se contentent de cette
proposition et me l'accordent.
Ainsi j'entrai dans leur ville avec les plus
apparents de ma troupe, du nombre desr1uels
fuL le grand-maitre de l'évêque de Liége, qui,
par malheur, fut reconnu comme j'eutrais eu
mon logis, accompagnée de tout ce peuple
i\'re l t armé. Lor, commencent à lui crier
injures et à vouloir cbarger ce Louhommr,
C[Ui était un vieillard ,·énéraLle de quatrevingts ans, ayant la barLe Llanche jusques il
la ctinturc. Je le fis cnlrer dedans mon logis,

oll ers ivrognes faisaient pleuvoir les arquebusades contre les muraille&amp;, qui n'étaient
que de terre. Voyant ce tumulte, je demande
si l'hôte de la maison n'é1ait pas là-dedans .
li s'y trourc de bonne fortune. Je le prie
&lt;1uïl se mette à la fenètre cl qu'il me fasse
parler aux plus apparents, cc qu'à Ioule force
il veut faire. Enfin, ayant assez crié par les
fenêtres, les bourgmestres viennent parler ;,
moi, si rnouls qu'ils ne savaient ce qu'ils di
saient. Enfin leur assurant que je 11'avais
point su que ce grand-maitre leur l'ùt ennemi, leur remontrant de quelle importance
leur était d'oflenser une personne de ma qualité, qui était ?mie de tous lrs principaux
seigneurs des Etals, et que je m'assurais que
monsieur le comte de Lalain cl tous les
autres chefs trouveraient fort mauvais la réception qu'ils m"ayaient l'aile; a1Qnt nommé
monsieur de Lalain, ils se changèrent tous,
et lui portèrent tous plus de respect qu'i1 tous
les rois à qui j'appartenais. Le plus vitil
d'entre eux me demande, en souriant et L,Iga)·ant, si j'étais donc amie de monsieur le
comte de Lalaio; el moi, voyant que sa parenté me servait plus que celle de tous les
potentats de la chrétienté, je lui réponds :
« Oui, je suis son amie, et sa parente
aussi. »
Lors ils me font la révérence, et me baisent
la main, et m'offrent aulant de courtoisie
comme s'ils n'arnient fait d'in~olcnce, me
priant de les excuser, et me promettant qu'ils
ne demanderaient ri~n à cc Lonhommc de
grand-maitre, et qu'il:ii le laisseraient sortir
arec moi.
&gt;L\RGUERITE DE FRA:'\CE.

"Ill

16

1M

AlPHONSE SÉCHÉ ET LÉON BER,TAUT
q,,

Balzac el la Duchesse de Castries

L'al'cnlure de Balzac el de la duchesse de hriel Ferry, avait uoe jolie figure couronnée
Castries est un des plus curieux et des plus par une superbe chevelure blonde hardiment spirhuellc, frottée d'un peu de sensibilité, de
émou_vanls épisodes de la vie du grand ro- d.orée; u~7 taille s,,elte, une to;rnure gra- dévotion, de chaleur de salon· une vraie
mancier : on y sent virre Balzac tout entier cieuse, aer1enne; enfin un rayonnement sé• Parisienne aYec toutes ses quali~és brillantes
avec sa passion, rn grandiloquence, son en- ducteur dans toute sa personne qui captivait du dehors; ~ualités raffinées par l'éducation,
thousiasme pour la beauté et aussi ses dé- les yeux . Quand elle apparaissait à quelque le luxe, l'anstocratie des milieux, mais aussi
boires, ses désillusions, le réveil cruel que la bal _de la duchesse de Berry, son entrée faisait avec toutes ses sécheresses, ses défauts; en
un ~ot, ~ne de ces femmes auxquelles il ne
réalité opposait à l'infini de ses illusions.
tou1ours sensation, soulevait Joutes les admi- faulJama,s demander de l'ami lié de l'amour
Dans le courant du mois de juin 1831, rations. »
du dévo~ement au delà d'une légère couche:
Balzac, tout à la création de son admirable
Un accident survenu à la chasse - la duLouis Lambert, se trouvait au château de ~h~sse s'éta,it accrochée à une branche d·arbre, par la raison que la nature a créé des femmes
Saché, en Touraine, chez M. de Margonne, et~1t tombee sur les reins et s'était à demi moralement pauvres. n
Somme toute, la plus hypocrite des
lorsque, dans 1a nombreuse correspondance brisé l'épine dorsale - avait endolori toute
qu'il recevait - lettres d'affaires lettres ~a personne &lt;&lt; et donné à son visage une coquettes et la plus dangereuse pour un
homme à imagination vive comme l'était
d'importuns, lettres de créanciers 'surtout
1~teressante expression de mélancolie sou- Balzac,
hélas! - il dislingua un billet é1é(Tant e; riante, de souffrance voilée i&gt;. &lt;( Un demiAu. début, ce fut un triomphe pour soo
parfumé, écrit d'une écriture tout aristocra- cadavre élégant, écrit Philarète Chasles voilà
tique et signé romanesquement : &lt;( Une ce qu:était devenue cette belle, si écl;tante orgueil : la porte de l'un des plus aristocrafemme qui ne veut pas se faire connaitre. )) d~ fraicheur qu'au moment où elle mettait le tiques hôtels du Fau~ourg lui était ouverte à
La lettre était un dithyrambe passionné en pied dans un salon à vingt ans, sa robe naca- deux battants. L'au leur de la Comédie humaine ne se fit pas prier pour profiter de la
f~rn~r de l'écri~·ain el de ses œuvres. L'on y rat tombant sur des épaules di11oes du Titien
d1sa1t l enthousiasme ressenti à la lecture de elle effaçait littér~lemenl l'éclatdes bougies. ,; permission octro~•ée par la duchesse. L'hiver
de 1832 le vit mondain, fashionable &lt;land,
certains romans. Cependant l'on avouait
Au moment ou Balzac allait devenir l'un
'
~'
aussi certaines critiques, l'on s'inquiélait de des assi.dus de son salon, elle était âgée de incomparable!
Pour
aller
de
pair
avec
la
société
qu'il
fré!'amoralité de la Phy~iologie du Maria,ge ou trente-cmq ans environ, sa tête était toujours
de la_ P_eau ri~ clwgnn, l'on faisait quelques demeurée très belle, sa chevelure merveil- quentait, il crut qu'il serait bon de transrestr1ct1ons piquantes et très justes, somme leuse, son port d'une aristocratie admirable. former
. son logis, son train de maison ' son
eqmpage.
toute, qui frappèrent plus le romancier que
Quelle était maintenant au moral la femme
Le moment était, du reste, bien choisi
les pages de louanges qui lui étaient consa- dont, _avec sa fougue accoutumée, Balzac va
pour se meubler : les années qui suivirent
trécs.
devemr amoureux dès qu'il la verra, ou, 1850 furent excellentes pour les collectionli daigna répondre. Lui qui laissait tan l de
neurs. On trou,,ait alors à un prix fabuleux
l~ttrcs en souffrance, prit le temps, au mide
bon marché des bibelots, des objets d'art,
heu de son labeur écrasant, de réfuter queldes
lableaux. C'est à partir de celle époque
ques-unes des critiques de l'inconnue. Cette
que
Balzac
commença sa collection, - collec•
dernière répondit à la seconde lettre, Balzac
tion qu'il devait poursuivre avec ténacité, à
en fit de même pour la troisième. Bref un
travers les avatars et les soubresauts de sa
commencement de correspondance s'ébauchait
vie,
si bien, qu'à la veille de sa mort,il avait
lorsque, un peu irrilé de l'anonJmat de son
réuni
dans le petit hùtel de la rue Fortunée
contrldicteur, le romancier somma celui-ci
des richesses artistiques dont l'ensemble était
de se dévoiler. La lettre suivante lui li\Ta le
eslimé au bas mol à 150 000 francs.
nom de cette femme, car c'en était une : la
Pour l'instant, son mobilier était plus mod~chesse .de Castries, une des étoiles les plus
deste.
Cependant un ancien directeur de
a~istocratigues du .faubourg Saint-Germain
journal,
nommé Solar, qui visita l'écrivain
d ~l~rs: qm, avec une bonne grâce charmante,
à cette éfoque, nous a fait le récit de l'aspetl
prmt l auteur de la Comédie humaine de la
de la ma1s00. Nous y voyons qu'entre autres
venir voir, dès son retour, eo son hôtel de la
choses,
Balzac avait déjà acquis ses fameux
rue de Varenne.
meubles
noreotins qui n'étaient autres riue
On devine l'étonnement el la joie de Balzac.
la commode de Marie de Médicis et le secréLui qui avait toujours désiré de toutes ses
taire de Henri IV! Balzac les avait décom-erts
forces approcher ce monde brillant du Paris
dans
la petite ville de Luynes, en un de ses
aristocratique, lui dont l'esprit et le (Ténie
voyages
de 'l'ouraine.
BALZAC.
étaient faits pour rivaliser avec les plus ;piriLa commode était en bois d'ébène veiné
tuelles élégances de son époque, se tramait
D°aprJs la lithog mphie de J ULIEN.
d'or, à pans brisés, avec cul-de-lampe el filets
par hasard introduit et de la plus piquante el
dorés en spirales aux angles. Un seul morde la plus flatteuse façon au sein même d'un
plutôt, la reverra, car il la connaît déjà pour ceau d'ébène recouvrait cette commode armodes salons les plus haut cotés de la Restaural'avoir entrevue dans le salon de Ja princesse riée aux armes de France et de Florence.
tion. « La duchesse de Castries', dit!!. GaBag:alion?... !!. Gabriel Ferry la dépeint . ~ Quant ~u ~ecrétaire, dit ~I. Ferry, il
ams1 :
etait compose d un avant-corps à deux van_I. G; FERRY, Balzac et ses a11nes. p. 70. (Calmann1.evy, edit.)
c&lt; Une femme coquette, vaniteuse, fine, taux, chargé d'une tablette profilée, sur la1

.

VI 1. - HISTORlA. - Fasc. 49-

...,,. 17

V,,,.

2

�1nSTO']t1.ll
quelle s'élevait la partie supérieure, également dhisJc en deux compartiments et
terminée par une corniche d'une exquise

'------------------------drai. .Je veux un million ou un remerciement. Pas~om-. »
Et, devant les )''ux ahuris de son interlo-

L'ÛPÊRA: FAÇADE SUR LA RUE LE PELETIER.

cuteur, il fait valoir toutes les richesses qu'il
vient d'acquérir : des Yases de 1ieille _porcelaine de Chine, des tasses de porcelame de
Saxe et de Sèvres, des statuettes précieuses,
des bronzes si11nés,
des écharpE:s d'or et
d'ara
.
.
gent, des étoles du xue siècle, des tap1sser1es
du \Hic et encore des tableaux et encore des
composer une gale~ie.
.
.
Lorsque Solar vmt le ,·01r, le romancier, meubles et encore des objets d'art.
Grâce à toutes ces richesses, Balzac ne
« l'œil en feu », les che\'cux en désordre,
les lèvres émues, les narines palpitantes, les peut-il pas aller de pair maintenant arec
jambes écarquillées, le bras tendu com~e un haute société qu'il fréquente? Au reste, 11
montreur de phénomènes un JOUr de f01re en prend deux domestiques, il achète _des cheplein soleil et en pleine pl_ace publique, _rar- vaux et des Yoitures, il galope au 001s.
lait ainsi en faisant v1s1ter ses dermeres
Lui-même arbore des gilets magnifiques,
endosse un superbe habit Lieu à boulons
acquisitions :
.
« Admirez, admirez ce portrait de femme dorés pour se montrer à !"Opéra dans la
de Palma le vieux, peint par Palma lui-mêm~, log• infernale ou des lions. Là s_'étalent le
le grand Palma, le Palma des Palmas, car _,l marquis de Podensac, Lautour-Mezeray, de
y a autant de Palma en Italie que de Miéris Boigne, tous les beaux de l'époque, tous les
en Hollande. C'est la perle de l'œuYre de lions du jour. Cbacun apporte son anecdote
ce grand peintre, perle lui-même parmi ou son historiette scandaleuse dont les autres
les artistes de sa belle époque. Altesse, s'égaient bruyamment, si bruyamment mè~e
que le commissaire de policechargé_du mainsaluez!
« Voici, maintenant, le portrait de tien de l'ordre dans la salle doit mlervemr
Mme Greuze, peint par l'inimitable Greu'.e. parfois. !lais tout n'est-il pas_ permis aux
C'est la première esquisse de tous les portraits lions'! Là Victor Roc1ueplan se l,rre à la plus
de Mme Greuze, le premier trait! celui que impitoyable critique de l'adminislratio_n de
l'artiste ne retrouve plus. Diderot a écrit sur !"Opéra. Avre un esprit infernal, 11 satmsc et
celle esquisse suave vingt pages déli~ieuses, tourne en ridicule les actrices et les chansublimes, dirinrs, dans son Salon. LISez so_n teurs, le régisseur et le corps de !Jallet, le
Salon; voyez l'article Greuze, lisr1, cel admi- caissier et le pompier de service. C'est un feu
roulant de mots d'esprit auquel personne
rable morceau !
« Ceci est le portrait d"un cbevalier de n'échappe.
A la sortie du spectacle, loulc la bande rn
Malte, il m'a coùlé plus d'argent, de temps
et de diplomatie qu'il ne m"cn eùl fallu pour joyeusement souper au cabaret de la füISonconquérir un ropume d'_ltalie. l'n o'.dre du Doréc dans lequel elle possède un salon parpape a pu seul lui ouvrir la :ront1cre des ticulier oll nul n'a le droit de pénétrer sans
Etats Romains. La douane l'a laissé passer en sa volonté expres~c. Yers les trois heures du
frémissant. Si celle toile n'est pas de Ra- matin, chacun rn retire chez soi, Balzac en
phaël, Raphaël n'est plus le_ premier peintre son équipage, un coupé magni~que, un
du monde. J'en demanderai ce que Je vou- locatis de cinq cents francs par m01s sur les

pureté de moulure. " Le célèbre marchand
d"antiquités Monhro estimait ces deux merYeilles à 60 000 francs.
Balzac acquit, en outre, un grand nombre
de meubles de la Renaissance italienne de
la plus grande valeur el il s'occupa de ,e

b

.... 18 ""

panneaux duquel resplendissent les armes
parlantes des Balzac d'Ent~a~ues.
,
.\u milieu de toutes ces elegances, on pense
si l'auteur de la Comédie humaine se rengorgeait avec son habit de drap bleu '?rlant
de chez Buisson, ses boutons d or c1sdes par
Gosselin, son pantalon noir à ~ous-pieds et
,on gilet de piqué blanc anglaIS stir. lequel
s~rpentaient les mille ann~aux d'uDl' 1mperceptihlc chaine d'or de Vcmsr.
A la vérité, les envieux et les ricaneurs
trouvaient plutôt qu'a,·ec sa toilette ébouriffante il avait l'air d'un riche marchand de
bœufs de Poissy en grande tenue d'apparat,
mais Bal1ac paraissait si convainc~, si sé~ieux,
si enthousiasle que sa vue desarma1t les
rieurs.
Cbaquc soir d'Opéra, il était donc là, se
prélassant en faisant tournoyer sans ce~se
entre ses mains gantées de blanc cêllc fame_usc
canoc 1 vrai instrument de tambour-maJor,
qui es t de,·enue si célèbre, gr.ice en p~r.Lie à
Mme de Girardin avec son chumant rec1t de
la Ca1111e de Al. de Bahac.
Celle canne était un objet très prec1eux
pour le romancier, et elle a tc~u trop_ de
place dans sa "ie pour que nous n en parlions
pas un instant.
.
.
Un ancien éditeur de Balzac, \\ crdet, qu,
fut une mauvaise langue el un rancunier,
nous a donné de, détails très piquants sur
cette fameuse canne.
Balzac recevait déjà à celle époque, paraitil ' des lémoirrn;irres
d'admiration et dP. s1m0
0
pathie qui lui étaient adressés par des femmes,
saphirs, émeraudes, pierres de toutes sortes,
cl l'idée lui vint, un jour, d'en,·oJer tous ces
dons provenant d'amies, .Ja plupart inc~nnues, au bijoutier Gosselm avec ordre den
faire une tête de canne. L'intérieur de la tête
devait ètrc creux afin d'y placer des boucles
de chefeux !
Gosselin exécuta son travail à la lettre,
surmontant une canne monstrueuse de tam1,our-major de toutes les pierreries que
Balzac lui avait confiées. Dès lors, le romancier la promena triomphalement partout où
il allait.
Or, un jour, la fameuse canne s'égar~.
.A.u moment de partir, l'écrira.in ne lrouvaIL
plu, cet objet unique à ses )'eux. Il fouille
partout. Point de canne!
.
.
« Balzac, raconte \Verdet 1 , était en pr·o1c
lt une inquiétude cxlrème, ses traits étaient
Loule,·ersés :
- Messieurs, ~•écl'iait-il à chaclue instant,
assez de ce jeu cruel; je mus en supplie, au
nom du ciel, rendez-moi ma canM.
« Et il s'arrachait les chereux, mais nous
ne pou\'ions lui rendre ce que nous n'alion,;
pas .... J'offris alors à son propriétaire désolé
Je prendre un cabriolet et d'aller, nomrau
Cbr1slophe Colomb, à la recherche de Ja
canne. J'étais résolu à aller la demander
dans tous les lieux sans exception où notre
grand étourdi aur,tit fait des ,·isites. li.
accepta. Je revifü au bout de deux heures
qui arnienl paru deux siècles de tortures
1. E. \\'t.•1·dct, So1wr11ir1 de la Vie liLUrairc.

BALZAC ET L}I DUCHESSE DE C11sT7/.IES

pour lui, Hélas! Trois lois hélas! Je ne rap0Jns une page célèbre, Lamartine nous a bras courts gesticulaient avec aisance, il cauportai rien ....
conservé le ~ouvenir de cc que fut le Balzac sait comme un orateur parle .... »
(C .\ cette accahlanle nouYellr. notre grand
de cette ép011uc, tel qu'il le vit si souvent aux
Gavarni disait de lui que « physiquement,
romancier s'évanouit. Quand il reprit ~c.s soirées de Mme de Girardin:
du derrière de la tète aux talom, chez G.111.ac,
sens, je lui dis :
« Dah!:ac élaiL dehout, raconte La.martine •
- \lions, ne vous dése:-pPrez pas ams1. devant la cheminée de marbre de cc cher il y avait une Jig,1e droite avec un seul resJe vais courir chez voire loueur dt• rnitures salon où j'amii ,·u passer cl poser tant saut aux mollets; quant au de,·ant du roc'était le profll d'un l'éritable as de
t 18, rue du Bac : pcut-1~lre l'nez-\·ous ou- d'hommes ou de femmes remarquables. Il mancier,
pique;;. ll
hliée dans \Otrc coupé? C'était cc que nous n't'tait p:is grand, bien que le rayonnement
Cependant le; milieux Lrillants que lréaurions dù ,·Prifier tout d'aLord, mais on ne de son visa~e et la mobilité de sa stature
s'avise jamais de lout .... Il ne rnulut à empècha~senl de s'a.percernir de sa taille; queotc Balzac n'ont pas H'Ull'mcnt une inaucun prix me quiller; j'étais sa dernière mais cette taille ondopit comme sa pensée: fluence immédialt• sur son train de -Yic, ils
planche de salut, il s'atta&lt;'h1it tt mes p:1:-, à eulre le sol et lui il semblait y aYoir de la accaparent si bien sa pensée qu'ils l'orientent
mes habits, il fai:-:iit peine à ,,oir. Nou~ marge; tantôt il se baissait jusqu'à terre wrs des horizons nou,·caux. Sincèrement
lombâmcs comme une double bombe chtz le comme pour ramasser une gerbe d'idées, libéral, Balzac lt•nd à d,·venir chaque JOur
loueur de voitures. Noire coupé n'ayait pas lanlol il se redress&gt;it sur la pointe des pieds plus royalisle, plus ultra, chaqur jour aussi.
été Yisité, nous y courùmes: la magnifique pour suivre le vol de sa pensée jusqu'à l'infini. sous lïnllucnce de la duchesse de Castries,
du duc de Fitz-James et de lt·urs amis, lt·~
canne s'y prélassait nonchalamment couchêt!
« Il ne s'interrompit pas plus d'une mi- préoccupations politiques !"envahissent dadans un coin. Qu'on juge de fa joie d'HonorJ nute pour moi; il élait emporté par sa convantage. L'annét&gt; précédente, en juillet h(il,
en retrouYant son inséparable compagne!. ..
versai ion avec ~f. et .\lme l~mile de Girardin. il a tenté - sans succès - de se préscntrr à
Après !'Opéra, l'endroit où llalzacse montre Il me jeta un r1•gard ,-.f, presse, gracieux,
le plus assidùment est le salon de !!me de d'une extrême l,ien\'eillancc ..le m'approchai Angoulème. Cette année, comme il est l'n
Touraim•, :1u domaine de Saché, cnlrelenact
Girardin, la charmante fille de Sophie foy.
pour lui serrer la main, je vis que nous nous toujr&gt;urs unr correspondance acti\"r aYl'C la
.\rec sa taille élel"éc et ses proportions de comprenions sans phrase, et tout fut dit
statue, éblouissante dans ses robes de ,·elours entre nous; il élait lancé, il n'a,,ait pas le duchesse, une raca.ncc parlementaire se prénoir, Delphine était d"une perfection et d'un Lemps de s'arrètcr. Je m·assis et il continua sente : Il. Girod, J,, député de Chinoo,
esprit inestimables. 11 Cc n'était pas coquet- son monologue, comme si ma présence l'eùt vient d'être nommé ministre dt• l'instruction
terie chez elle, a dit Théophile C,utier, ranimé au lieu de l'interrompre. L'attention publiqul' et des Culi,~. Occasion inespéré,,
c'était sentiment d'harmonie: sa belle àme que je prètais i, sa parole me donnait le pour Bal1.ac de lenter à nouveau la fortune
politique. Il s'e:-,L rclirJ en Touraine pour
était heureuse d'habiter un beau corps. »
temps d'obscrrcr sa per:onnc dans son éter- lra\'ail1cr, accablé de labeur, ach('vant Louis
Et l'auteur de P-mau.o cl Camée., d"ajoulcr nelle ondulation.
Lamber/. \'importe! Il fait démarches sur
ces détails sur les réceptions de la belle
« 11 était gros, épais, carré par la base et démarches, est agréé par les élc.::lcurs inDelphine :
les épaules; le cou, la poitrinE::, le corps, les
« Tout l'appartement était tendu d'un cuisses, les membres puissanls; beaucoup de fluents, désigné officiellement par la Quotidama.s de laine vert d'eau, dont Je ton glauque l'ampleur de Mirah~au, mais nulle lourdeur; dienne, journal roy:iliste: ~ ... M. Balzac,
comme crlui d'une grotte de néréide ne pou- il 1 arait tant d"àme qu'elle porlait tout cela jeune écrivain plein d'ardeur cl de talent, et
vait ètrc supporté &lt;111e par un teint da Llonde légèrement et gaiment, comme une enveloppe qui parait vouloir se dévouer à la défense des
principes auxquels le repos et le bonheur de
irrt!prochab!c: elle a,,ait choisi celle nuance
sans méchanceté, mais les brunes égarées
dans cette ca,,ernc Yerte y parai!-saient jaunes
comme des coings, ou enluminées comme
des fusées t. »
Toul était, du rcslc, sans prétention chez
!lmc de Girardin. Elle rcccrail ses ,mis à la
honne franquette, dans sa chambre à coucher
r.i:_,
dont le lit était dissimulé sous un rideau. On
~t.,,::,l•
s'y rendait généralement après !"Opéra et les
BoulTes, ou bien avanl d'aller dans le monde,
c·est-à-dire entre onze heures et minuit.
Dllzac était à peu près assuré d\ rrncontrcr
Lamartine - qu'il retrouvait chez la fille
après l'a\"Oir connu chez b: mère, - ainsi
que Victor Hugo, Alphonse Karr, Eugène
Sue, Gautier, Jules Janin, Lautour-.\k•zeray,
Chassériau, Cabarrus, cl, de temps en temps,
Alfred de Musset. La com·ersalion élait pi&lt;1uante, animée, spirituelle. On } fgratignait
bien un peu ceux qui ne faisaient pas partie
du cercle de la belle Delphine, m,is on l
défondait aussi les amis avec une sorte
d'àprcté d'excellente camaraderie. A ces moments-là, Delphine était transportée d'une
sainte colère qui transfigurait ses traits jusqu'au sublime, scion la remarque de GauL.\ .\I.\ISO:s.-Donü. - Ll/hng,·.Jp!ue dt PRovosT (JlJ,/U., d'apres 11n daguerrèOlJ"fl'.
licr. Autrement clic était douce, gaie et l-011
ym·ron, comme disait Lamartine. Balzac y
passait dfs soirées délicieuses.
souple, cl nullement comme un fardeau, ses la France sont attachés .... » L'alTaire est

.

.

.......

~

f

f ~
·-/ - -

1. Théolphilc kmticr, Porf1"11it.~ t·I Sm1r1·11irs lil•
làairca, Pari,, 1875, Colm~1111-Lé1-y, éilill'ur.

2. l..imartinr. /lahm· cl
\lichel Ler)', éditeur.

il/'$ «'llt'l'CS.

Paris, 18Gû.

donc en bonne voie, lorsque, patatras! Voilà
1. J1111r11al dc8 Crmrourl, t. l.

�r--

msTO'J{lll

A cinq heures et demie, sa journée d'écritaules ses espérances encore une fois effondrées. Au moment où !'écrivain se dispose à vain est terminée; sa journée de mondain
aller visiter .5es électeurs, il fait une chute de commance. A six heures, il va retrouver la
YOiture si malheureuse qu'il est obligé de duchesse et demeure en sa compagnie toute
garder le lit pendant plusieurs jours. Le la soirée. Mme de Castries goûte infinimenl
18 juin a lieu l'élection. Balzac n'a pas une Phommage empressé de cc grand homme qui
s'arrache à ses travaux pour venir bavarder
Yoixl
·Cet échec ne le décourage pas encore. uvec elle, et, en outre, la causerie substanN'est-il pas mêlé à la société la plus brillante tielle et spirituelle du romancier l'amuse au
d·u parti royaliste, et telle autre occasion ne plus haut point. Balzac l'initie à ses idées, à
peut-elle se présenter dans laquelle le servira ses projets, il la met au courant des mille
à coup sûr le duc de Fitz-James et son en- péripéties de sa vie, la fait participer aux
luttes qu'il est obligé de soutenir, lui lit partourage? ...
Justement, la duchesse de Castries lui an- fois une page ou deux parmi celles qu ïl vient
nonce qu'au mois de septembre, elle va s'ins- d'écrire, mendie son approbation, s'exalte
taller à Aix, en Savoie, et elle invite gracieu- quand l'e\lrait des Contes drolatiques a fait
sement son cher romancier à venir la re- rire la duchesse, s'en veut lorsqu'il ne parvient pas à dérider ce joli front, à faire soujoindre.
A la fin d'août, il s'arrache au séjour rire cette jolie bouche.
Comme toujours, le pauvre grand- homme
monotone mnis reposant d'Angoulême et se
s'est
donné tout enlier, et l'affection qu'il
rend à L}"DD pour, de là, gagner Aix en Savoie. )lalheureusement, à Thiers, dans le demande n'est pas, ne peut pas être égale à
Puy-de-Dôme, il est victime d'un accident de celle qu'il ressent. La duchesse n'est, au
voiture. En montant sur l'impériale de la fond, qu'une coquclte qui se soucie du grand
diligence, sa jambe heurte le marchepied et P,crivain comme de son premier amour, mais,
il se !raclure le tibia. Le voilà obligé de s'ar- pour l'instant, il l'amuse et elle est toute à
rêter quelques jours à Lyon pour se faire
panser, et il arrive à Aix en boitant un
peu.
::\éanmoi11s Mme de Castries reçut son
grand homme avec des transports d'enthousiasme. Lui-même est ravi et de

l'accueil qu'on lui fait et de la beauté du
site où il s'installe. 11 De ma chambre,
écrit-il à sa sœur, je découvre toute la
vallée d'Aix; à l'horizon, des collines, la·
haute montagne de la Dent-du-Chat et le
délicieux lac du Bourget. Mais il faut toujours travailler au milieu de ces enchantements .... »
La hantise de son labeur ne lui permet

pas de jouir des beautés de cette Savoie
comme le ferait n'importe quel humble
écrivain. N'est-il pas d'une autre espèce

que les aulres, taillé d'une façon différente? N'a-t-il pas mi1leengagements qu'il
doit tenir? Les soucis ... et les créanciers

BALZAC ET LA DUCHESSE DE CAST](TES
&lt;(

Ici, je suis venu chercher peu et beau-

coup, écrit-il à . Mme Carraud. Beaucoup,
parce que je vois une personne gracieuse,
aimable; peu, parce que je n'en serai jamais
aimé .... C'est le type le plus fin de la femme;
Mme de Beanséant en mieux; mais toutes ces
jolies manières ne sont-elles pas prises aux
dépens de l'àme ?... "
Cependant il semble bien que, durant ce
mois entier passé ensemble, chaque jour, la
grande dame et l'écrivain aient eu rux fois
l'occasion de s'avouer les sentiments vrais
qu'ils pouvaient en secret nourrir l'un à
l'égard de l'autre. Balzac ne fut-il pas assez
hardi 1 Ne lut-il point assez explicite? La duchesse - chose plus vraisemblable - demeura-t-elle jusqu'au bout la grande coquette
qu'elle était? Toujours est-il que leur liaison
ne se départit pas une heure de l'amitié platonique qu'elle avait eue dès le début.
Cependant le duc de Filz-James, beaufrère de Mme de Castries, apporta avec lui
un projet de ,·oyage: il se proposait d'amener
toute sa famille en Italie, de voir Genève,
Gênes, Rome et Naples où l'on restera jusqu'en décembre. On offre à Balzac d'être de
la partie. L'écrivain accepte avec empressement. &lt;c Je suis aux portes de l'Italie,
écrit•il à sa sœur, et je crains de succomber it la tentation d'y enlrer. Le voyage ne serait pas très coûteux; je le ferais
avec la famille Fitz-James qui m'y donnerait tous les agréments possibles; ils sont
tous parfaits pour moi; je voyagerais dans
leur voiture, et, toute dépense calculée,
il en coûterait mille francs pour celle de
Genève à Rome. Mon quart serait donc de
deux cent cinquante francs . .\. nome, il
me faudrait cinq cents francs, puis je passerais l'hiver à Naples, mais pour ne
pas toucher aux recettes de Paris et les
laisser pour les échéances, j'écrirais pour
Marne le iJJédecin de campagne, et ce
livre payerait tout.
c&lt; Je ne retrouverai jamais pareille
occasion. Le duc connait l'Italie et m'éviterait toute perte de temps; les ignorants
en dépensent beaucoup à voir des choses
inutiles. Je trava11Jera1s partout; à Naples,
j'aurais l'ambassade et les courriers de
li. de Rothschild dont j'ai fait ici la connaissance, et qui me donne des recommandations pour son frère; les épreuves
iraient donc leur train et le travail aus-

ne le poursuivent-ils point jusque dans la
charmante retraite où il mériterait tant,
cependant, de goûter un repos bien gaoné1. .. Allons, marche, continue! Il lui
Îaut reprendre malgré lui son labeur de
forçat. ll a quarante pages par mois à
fournir à la Revue de Patis, il lui fant
s1. ... ll
achever le Jlédecin de campagne pour
Ainsi l'on voit que Balzac n'a rien néglil'~diteur Marne, il doit encore donner une
gé: il a minutieusement tout prévu, tout
dizaine de Contes drolatiques. Tout cela
réglé. Et, de fait, le vo1·age commence: le
ne s'accorde guère avec la ,-ie oisive et
10 octobre s'effectue d'Aix le départ de
élégante que mène à Aix la duchesse de
la
petite caravane qui, quelques jours plus
C;1slries el son entourage. Cependant, pour
tard, arrive à Genève. Mais que se passeconcilier entre elles toutes ces choses incont-il dans celte dernière rille1 Quel caciliables, il se lève à cinq heures du malin
price arrête le vaillant écrivain parti si
et travaille devant sa fenètre ouverte, en
joyeusement pour cette terre italienne oll
face du. merveilleux paysage savoisien ,
BALZAC l T SA CA~:-JE.
jusqu'à cinq heures et demie du soir . .Sl.ituelte-ch.uge en ler-re cuite, par DAN TAN. (Mus ée Carnavalet. ) il sait que l'attend la Beauté sous un ciel
di,in? Quel froissement se produit entre
Dans l'intervalle, un seul repas composé d'œufs et de calé très !ort que l'on ce divertissement de rillégiature. Dalzac les "oyageurs? Quelle déconcertante décifabrique spécialement pour lui dans un res- s'aperçoit-il du rôle de dupe qu'on lui fait .!,ion est prise par eux? ... On ne sait, mais
toujours est-il que Balzac, dépilé, déclare
jouer? Parfois il semble voir clair.
taurant \'OÎsin.

qu'il n'ira pas plus loin, qu'il se fait adresser de Paris une foule de lettres réclamant sa présence imm€diatc, ou, du moins
son soin immédiat pour des affaires de
plus haute urgence, qu'il rmient, en effèl,
avec Ja mème bâte qu'il était parti.
L'on n?, ~nnaîtra probablement jamais le
mot de l emgme des scènes qui se déroulèrent, à Genève entre celui qui avait le plus
~dm~rable des cœurs d'homme et celle qni
.iou_a,t des plus pertides armes de la coquelteri('. Mais on peut se douter de J'aventure
qui lrur érhul. Balzac. on l1 a su par ln le1tr1~ t1 ~Jmc• Carraud ,·ilt:l' plu:- h,rnl, répuonnit
au'\: perpétuels manèges de la sédu~tion
comme aux scènes révoltantes des sentiments
jonl•s: (( ,Jamais il ne put concevoir, a dit
M. d: Lormjoul, q~t'on allirât ou bien qu·on
cssaiat,_ tout en lui résistunt, de reteni1· par
d_r ~arcils mo~"E'ns une affection puissante et
s1neere. J&gt;
D'autre part, la duchesse de Castries était
le type de la coquette-née . Elle av;1it tramé
plaisant de retenir toute une saison à ses
pieds un adm!rablc écrirain qui était de plus
un causeur incomparable et un charmant
compagnon, et eHe ne son!:!c:lit mème pas
qu'elle arnit éreillé Je désir et stimulé la
passion dans cette ..'ime sincère qui s'étail
sincèrement donnée.
Balzac se rrtirait donc des r:rriffcs de œtte
coquette, mais s'il partait, c\tait le cœur
ulcéré, l'àme endolorie, meurtrie à jamais.
1.focore une fois sa \'Îgoureuse nature ,·cnait-d'éprouvcr ce qu ïl en coûte i1 une imagin.:ition trop puissante d'échafauder des rèvcs
en pleine réalilé, et il se retrouvait à terre

I;

•

'

brisé, au milieu des débris de sa chimère.
Encore une fois son ard t'nt tempérament, dC'
lutteur
retrouva toute rnn éneroie pour ré.
1.;1ster an désr-:.poir el y r~sister suiv;int la

.

MAOA\IF. OE GIRARDl:-l',

ml'lhode gœthienne rllc-mêm&lt;\ rn luant la
douleur par le tra\".'.l.il.
Il repurtit pour Angoulême et se plongea
da,~s un labeur sans trêve de jour et de
nmt.

Cette crise de trarail eut un clfet salulai1·e
sur l'.lme endolorie de Balzuc: elle en()'ourdit
dérinitiremcnl sa souffrance.
r,
Au printemps de J83;), Mme de Castries
re,·int d'Italie. Balzuc fut tenu &lt;l'aller lui
rendre visile, il reparut plusieurs fuis~ l'hô-

tel de la rue de Yarcnne, puis sa présence
s'y fit pins rare, sa correspondance avec la
duchesse se ralentit chaque mois. La passion
était définitivemenl éteinte, les heures dr
souffrances abolies .... Mais chez ers hommes
supérieurs, les épreuves traversées ne sont
pas seulement surmontées par le travail intense, le someoir des heures tragiques qu'ils
ont véc~es. se traduit toujours chez eux par
une creat10? qucl_conquc . 1/a\'cnturc c1ue
Balzac YCna1t de ,1\TC avec la duchesse de
Castries devenait une œuvre et une des plus
bellrs du romancier, puisqul' Cl? fut la D11che.~se de Langeais qu'il écrivit en 1854.
On y pouvait retrouver jusque dans ses pet~i5
dét_ails l'histoire même qu'il a,·ait vécue.
Ma,s Balzac voulut que la chose fût plus
piquante encore. Un soir, il se rendit cbe1.
la duchesse de Castries et.JI lui lut sa nouvelle œurrr.
Celle-ci écouta tranqwllcment la lecture
du roman, fit semblant de ne pas en reconnaitre Je5 personnages et couvrit d'éloO'es
0
)'écrivain . La soirée s'achen rraiemcnl par
'
une gaieté factice de part et d'autre car
. qu'elle ressentit du remords, soit' nou-'
soit
veau caprice de coquette, la duchesse était
toute mélancolique en retrou\'ant Balzac.
La plaie n'était cependant pas entièrement
guérie non plus chez l'auteur de la Duchesse
de L~ngeais. Quelques années plus tard, il
avouait: « Il a fallu cinq ans de blessures
p'lur qur ma nature tendre se détachât d'une
nature de fer .... Cette liaison ... a été l'un
des plus grands chagrins de ma YÎC . . •. Moi
seul sais ce qu'il r a d'horrible dans la
Duchesse de Langeàis ! .. . )l

.

J\LPHONSE

Croquis •
~

•

18oû.

Lamartme. - Pendant la séance Lamartine est venu s'asseoir à côté de ~oi à la
place qu'occupe habituellement M. Arber.
Tout en causant, il jetait à demi-voix d~-:.
sarcusmcs aux orateurs.
Thiers parlait. « Petit drôle! , murmure
Lamartine. Puis est venu Cavaignac. f! Qu'en
pensez-vous1 me dit Lamartine. Quant à moi
voici mon sentiment : il est heureux il es~
bravr, il est loyal, il est disert, il est
bête! »
A Cavaignac succéda Emmanuel Ararro.
L'Assemblée était orageuse. " Celui-là, il a

;t

de trop_ petits bras pour les affaires qu'il lait.
Il se JCtle volontiers dans les mêlées et ne
sait plus comment s'en tirer. La tempête le
tente, et le tue. »
Un moment après, Jules Favre monta à la
tribune. &lt;c Je ne sais pas, me dit Lamartine
où ils voient un serpent dans cet bomme-là:
C'est un académicien de province. 1&gt;
Tout en rilnt.' il prit une feuille de papier
d.im mon t1r01r, me demanda une plume,
demanda une prise de tabac à SavaticrLaroche, écrivit quelques lignes. Cela fait, il
monta à, la tribune et jeta à M. Thiers, qui
venait d attaquer la rérolution de février, de
graves et hautaines paroles. Puis il redescendit à notre banc, me serra la main pendant
que la gaucqe applaudissait et que la droite
s'indignait, et vida tranquillement dans sa
tabatière la tabatière de Savatier-Larochc.

---...

SÉCIJÈ

ET JULES

BERTAUT.

Changarnier. - Changarnier a l'ai 1
~·~n v,ieil ~~démicien, de même que Soult a
I air d un ne1l archevèque.
Cbangarnier a soixante-quatre ou cinq ans
1:e~colure. longue et sèche, la parole douce:
1 a~r . gracieux et compassé, une perruque
chata~ne comme M. Pasquier et un sourire à
madrigaux comme ~I. Brifaut. Avec cela c'est
un. homme bref, hardi, expéditif, résolu,
mais double et ténébreux. Il siè•e à la
Cbarnbre à l'extrémité du quatrième r,banc de
la dernière section à gauche, précisément audessous de M. Ledru-llollin.
JI se tient là, les bras habituellement croisés. Ce banc oll siègent Ledru-Hollin et
Lamennais est peut-être le plus habi1uellcmen t
irrité de la gauche. Peadant que l'Assemblée
crie, murmure, hurle, rugit, rage et tempête,
Changarnier bàille.

�La fiotte du Sultan
?ARTJCULARITÉS OUBLIÉES DE LA GUERRE RUSSO-TURQUE
(,877)

Som-rnir piquant t'l un pru mélancolique:
~c doukr:iiL-ci11 aujourd'hui qu'il n'y a pas
mcorr bien longtPmps de cela, wrs 1875, la
flollt.. lur1p1t' élail unr des plus puissantes
di1 nirmde1
Ce n'fü.t ni une plai5antcric, ni un , ain
paradoxe, .mais bien une réalité que nos
p!Jrcs ont vue de leurs propres yeux: en 187 7,
- il y a seulement trentc-quatrcan,,-lor.s
dt• la guerre russo-Lurquc (qui devait ahoulir
au fameux Lrait&lt;l deBerlin), la marine turque
était de beaucoup supérieure, non seulement
à la marine russe, nuis encore à celle Je
l'Allemagne el à celle de l'Italie, pour ne
parler que des n:1tions européennes.
Sans compter un assez grand nombre de
prtill'.; unités d'une valeur assez secondairt&gt;,
la SuLlimc Porlc mettaiL en ligne contre la
Russie :
Gfrégates cuirassée~,
~I corvettes cuirassée;,
2 monitors.
SoiL un total respectai.ile de t 7 cuirassés,
jaugeant chacun 9 a 10.000 tonnes, Lou;
rerèlus d'une enveloppe d'acier de 50 centimètres d'épaisseur, el portant en tout 140 canons, dont quelques-uns pimvaienl bncer
des obus de 750 kilos.
Bref, si étonnant que œla puisse paraitre
aµx gens du xx1• siècle, la Turquir se trouvail t'llre à cette époque la fl'oisième puis:;ance maritime dn monde, au point de vue
n1ilitaire.
Elle ,,cnail immédiatement après l'Angleterre et la France arn.; i 05 bâtiments et
;;o.ooo marins.
D'où provenait œtte étrange particularité,
qui, aujourd'hui, nous déconcerte?
D'un simple caprice du sultan Abd-Ul-Aziz,
qui, depuis 1861, avait succédé !l son frère
Ahd-Ul-Uedjid. Ce monarque avait pour les
n:Hires cuirassés une véritable passion de
collectionneur, et, pour la satisfaire, il n'avait
pas hésité à dépenser des centaines de millions, aux frais bit!n entendu des contribuables ottomans. Avoir une belle flotte, dùt-elle ne servir à rien, - tel était le principal but de sa vie. Le métier de Sultan n'est
pas des plus folâtres, et il trouvait la des
joies qui le consolaient de son ennui.
Xaturcllement, il n'achetait pas les ,·ieux
&lt;1 rossignols u. Il lui fallait tout ce qu'il y
avait de plus moderne; il y mettait sou
amour-propre .... Dès qu'un nouveau type de
cuirasi:é lui était signalé, Sa Majesté s'em•
pressait d'en commander un exemplaire, pour
enrichir sa collection. Aussitôt achevé, le
1

était conduit t, Constantinople et
mouillé en vue des ÎPnèlrcs du palais de
Dolma-Baglché. Abd-ül-.\,iz rontempl,il pendant de longues hcm·2s ces joujoux coûteux
et splendides dont il était fier, el qui ne
bougeaient plus de la Corne d'Or. Car, de
peur l1u'il ne leur arrivât quclr_rue accidc11t, on
avait soin de ne pls les emoycr naviguer sur
les Ilots hasardeux de la mer ....
Leur entretien était impcccaLlt! : il.s Lrillaient comme des jopux, il:, resplendissaient
comme des rnlril'i : les équiplges n'arnienl
pas d'autre obli;ation militaire et navale
que celle d'asliquer du nntin au soir et de
r_ccommencer le leridem1i11. En fc,it de poudre,
celle dont on usait le plus abondamment était
celle de tripoli!
Les machines, organes délir.ats et redoutables, étaient con liées à des mécaniciens anglais, qui coulaient des jours paisibles dans
cet te douce sinécure. Plusieurs officiers étaient
également des fils d"Albîon. Tel l'amiralissime llubarl-Pacba.
Hobart-Pacha, - qui, en Angleterre, s'appelait llolurl tout court, - était un capitaine
de vaisseau de la marine britannique qui
s'était distingué en maintes circonstances et
avait fini par entrer au service de la fiolle
turque. Son gouvernement continua pendant
plusieurs année5 à. lui allouer des appointements de 10.000 francs (il était en demi-solde,
et non démissionnaire) ; puis, quand la guerre
éclata entre les Russt:s et les Turcs, l'Angleterre, ne voulant point violer la neutralité,
mit le capitaine Hobart en demeure d'opter.
Hobart opta pour la Turguie où son prestige
lui assurait plus de gloire, plus d'argent, el le litre de pacha. li se fil rayer des contrùles britannicrues.
Un détail curieux et qui laisse rêveur :
le budget de la marine turque en 1876,
c'est-11-dire en temps de paix, avait été de
28.640.000 francs. fo 1877, année de guerre,
il ne fut plus que de 1G millions.
Nous ne tenterons pas d'expliquer ce phénomène.
Voici, à titre de comparaison, quel fut
celle aunée-là le budget maritime des autres
puissances :
Angleterre 282.221.800 francs.
France
157.084.705
"
l\ussie
99 .475.140
Allemagne
,9.251:596
Italie
45.906.075
Hollande
28.925.188
"
On peut constater que, depuis ce temp.5, le
progrès a marché. Hélas!
na\'Îrc

Quoique ayant un budget très supérieur,
la flotte russe était sensiblem('nt inférieure à
celle dC' la Turquie; ce n'étaient pas les
fameuses t( popofl'kas ii qui pouvaient lui
assurer la suprématie de la mer, car si Jcs
popo/fkns avaient quelque chose de remarquable, c'était Leaucoup moins au point de
vue naval r1u'au point.de me ori~inal. Depuis
l'invention des baleacx, jamais l'histoire de
Lt marine n'avait eu 11 enregistrrr une inaovation aussi bizarre et aussi sensationnrllc
que celle-là.
Conçus par l'amirt1l rus~e Popoif, et construits sur les chantiers de Nikolaïcf, que
baigne la mer Noire, ces navires, au lieu
d'être de forme oblongue, élaienl de forme
circulaire, et resseml.ilaient à d'énorme:, fromages de Gruyère ou à de gigantesques toupies hérissées de canons.
Le premier, lancé en 1873, se nommail fo
Nowgorocl. Il possédait six machines à vapeur, actionnant six h..;lices, ce qui lui permettait de tourner sur lui-mème, et de marcher indifféremment dans tous les sens, aussi
vile que nïrnporle quel autre bâtiment. li
avait 30 mètres de diamètre, et sa ceinturé
cuirassée était épaisse de 30 centimètres. Sa
surface inférieure était formée de douze
quilles rayonnantes partant du centre et présentant l'aspect d'une monstrueuse roue.
Le Si!cond navire du même type s'appela
L'Amirnl-Popofl·, du nom de son inventeur.
li avait huit machines, jaugeait 3.550 tonnes,
el son diamètre élail de :;7 mètres. Il était,
comme le Nowgorod, surmonté d'une Lou·
relie blindée qui braquait vers les quatre
points c1rdinaux des canons de 280. Qu'on
s'imagine l'aspect déconcertant de ces immenses disques d'acier, flottant sur la mer;
et qu'on s'imagine aussi la façon dont ils
devaient se comporter les jours de gros
temps 1. ..
Néanmoins, leur succès arait été considérable, et la mJ.rine russe en était très satisfaite et très fière. Ils n'eurent malheureusement pas l'occasion d'affirmer leurs brillantes
qualités à la bataille : on ne les utilisa pas
dans la guerre contre les Turcs ... et comme
tout passe, ici-bas, même les navires cuirassés, la Camille des &lt;&lt; Popoffkas », après
avoir joui d'une gloire éphémère, s'éteignit
bientôt sans postérité.
De même que l'homme retourne à la poussière, les bateaux ronds retournèrent à la
ferraille, cl, 1nalgré les espérances qu'on
fondait sur eux, ils n'en sont jamais rcs- sortis .... Sic transit .. .

ROBERT FRANCHE\"JLLE.

UNE AUDŒ~CE PL'l3LIQUE DU DIRECTOIRE. -

JOSEPH

•

Dessin

d'opres

1/a/ure, t,1r CHATAIG!&lt;IŒR.

TURQUAN
~

La cito:yenne Tallien
CHAPITRE VII (suite).

Le représentant Tallien, qui avait été
réélu dans deux départements aux élections
de l'an VI, mais dont le Directoire avait
cassé la double élection, ne savait que devenir. Il était un de ces hommes qui, lors•
qu'ils sont dépouillés de loul mandat ou de
Loule fonction publique, ne sont plus rien
par eux-mêmes et laissent voir dans sa désespérante nudité la profondeur de leur insulfisane.e. Tallien était trop nul et trop ignorant,
trop paresseux aussi, pour être autre chose
que député. Il n'avait, pour toute valeur, que
celle qu'on lui avait prêtée, à la suite du
9 thermidor; puis il était. retombé à plat,
comme une outre vide.
Sa situation, à Paris, était fort difficile.
Mari de la mai~resse d'un des premiers personnages de l'Etat, ce n'est pas un rôle facile
à tenir avec dignité. Tallien sentait Ja faus-

seté de ce rôle el ne voulait pas le garder
plus longtemps. Non pas pour lui, il supporte
le joug conjugal avec un dévouement à toute
épreuve et parait en arnir pris son parti,
puisque, la veille de son départ pour l'Égypte,
il passe la soirée chez Barras, - mais pour
le public. De plus, sa situation était très
obérée. li avait des dettes, beaucoup de delles,
et quelque plaisir que sa femme ail eu à les
faire, il n'avait, lui, que le déplaisir de les
payer. Et il n'avait plus d'argent, même pas
le nécessaire, et il savait que Thérésia n'était
pas femme à se contenter du nécessaire. Ses
économies de Bordeaux, il y a beau temps
qu'elles sont dérnrées par les jolies dents de
sa charmante épouse; son journal ne lui rapporte plus rien, et, d1 puis qu'il n'est plus
député, les brasseurs d"affaires lui tournent
le dos. Thérésia n'avait pas attendu ce moment pour en faire autant. Les femmes sont
sans pitié pour ceux qu'elles ont cessé d'aimer, ou qui n'ont pas réa1isé leurs espérances

d'arnnir ou de fortune . Tallien reconnait avec
amertume que Ia sienne ne pardonne ni
l'insuccès, ni la pauvreté; et pourtant il pardonne, lui, l'indiflërence, et pis encore, à
Thérésia. Mais, à la suite de ses échecs cenjugaux, devant cette éternelle duperie du sentiment par l'indifférence, il demeure en proie
à l'un de ces chagrins d'amoureux qui sont
peut-être la pire torture qu'il y ait au monde.
Torture compliquée d'une autre plus déprimante encore, le manque d'argent. Ah!
comme les vingt-huit livres par jour qu'il
louchait en sa qualité de député lui font
défaut en ceconcour.s de toutes les détresses,
ainsi q ne les denrées en nature : &lt;c huile,
sucre, riz, drap, toile, ll que messieurs les
représentants, prenant une assemblée délibérante pour un bureau de bienfaisance, n'avaient pas honte de se faire distribuer 1 •
Mais admirons ce contraste en passant : le
septembriseur Tallien, sceptique et jouis1. l,.1.

RHE1.L1ÈnE-LEn:,u:x 1

Mémofres, L. I, p._214.

�1t1ST0'/{1A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ,.

. _____________________

LJs.

seur, parait auprès de l'ex-marquise dont il

C1T0YENN'E TllLL1'EN

se débarrassait en la lui faisant épouser en
justes noces; lui, Tallien, en était réduit à
demander la protection de son ancien protégé. Et pour obtenir quoi?... Une modeste
place dans une administration. Et où? ... En
f;gyple.
Mais aussi quelle rage était la sienne!
Comme il se « mangeait les sangs » d'en être
réduit à une pareille extrémité! Quel contrecoup sur sa santé et sur sa bonne mine!
&lt;t Une autre fois, écrit Mme de Chastenay 1 je
trom·ai Tallien. Mais quel changement, grand
Dieu! Un demi-siècle, je crois, ne l'eût pas
plus changé. Un heureux instinct me permit
de le reconnaitre encore. Il était vÏ\'ement
irrité; mon accueil lui fit plaisir 1 • ))
Pour déterminer Tallien à aller en Égypte,
il fallait que sa vie, toute diaprée de scènes
et de récriminations avec sa charmante épouse,
fùt devenue intolérable. La question budgétaire n'y était sans doute pas étrangère. Quand
il n'y a plus de foin au râtelier, dit un proverbe très juste, les chelaux se battent. M. et
Mme Tallien n'en vinrent assurément pas à
cette extrémité, mais il est probable que
leurs explications prirent ce caractère d'aigreur qui est le ton de toutes ces scènes
fâcheuses de ménage. On en profita pour
s'adresser réciproquement des récriminations
fort vives, on se dit de dures ,·érités qui sommeillaient dans le dossier des griefs de chacun des époux et qu'on gardait précieusement pour en faire usage à l'occasion. Bref,
ces moments furent pénibles et orageux. Et
c'est avec un extrême chagrin que Tallien,
reconnaissant l'impossibilité pour lui de rester
plus longtemps à Paris, et à cause de sa disgràce · conjugale, et à cause de sa disgrâce
pécuniaire, et à cause de sa disgrâce politique, se décida à aller chercher oubli et fortune en Égypte. Aussi Thérésia était-elle mal
venue plus lard à écrire : (t Est-ce ma faute
si M. Tallien est parti pour l'Égypte, quand
son rôle le retenait à Paris? ... li C'est une
chose inconcevable que la facilité avec laquelle
notre paune nature humaine oublie les sou~
venirs désagréables et gènants pour chercher
à se donner raison quand elle a tous les torts.

Quoi qu'en dise Mme de Chimay le rôle de
Tallien ne le retenait nullement à Paris. Ce
rôle y était intenable au contraire et on ne
saurait blâmer Tallien d'avoir pris le parti
d'aller tenter la fortune en Égypte, pendant
que sa femme 1 prenant sa revanche de l'union
libre imposée à Bordeaux, la trouvait auprès
de Barras. D'ailleurs, pour certaines femmes,
l'adultère n'est-il pas une des joies du ma•
?
riage
....
Mais Tallien ne pensait pas que, sur la
terre des Pharaons, il serait sous l'œil sévère
de Bonaparte et qu'il ne pourrait pas y brusquer la fortune comme il l'avait brusquée
jadis à Bordeaux. L'avenir lui réservait, ~ur
ce point, plus d'une désillusion. Plus d'un
désagrément aussi, car, à peine débarqué, il
trouva ... qui? ... Le petit Jullien, son ancien
dénonciateur de Bordeaux, dont il avait cru
se débarrasser à tout jamais en le dénonçant
à son tour après thermidor, qu'il avait fait
emprisonnkr et que 1a prison avait rendu à
la circulation. Le général Bonaparte, à qui
il s'étaitadressé, comme Tallien, J'avait nommé
commissaire des guerres t .
Le pauvre Tallien s'était donc mis en route
pour l'Égypte, la mort dans l't\me. Rien ne
pousse à la réflexion comme les loisirs d'un
voyage. En route, la pensée de sa femme ne
le quittait pas. Ces grandes coquettes, on ne
peut plus les sou!Trir au bout de peu de
temps de vie commune, mais on ne pm1t
plus s'en passer dès qu'on est loin d'elles.
Dans le cours de ses méditations, il fut peut~
ètre amené à reconnaitre la vérité de cette
réflexion d'une grande amoureuse, Mlle de
Lespinasse, dont son ancien collègue à la
Convention, Barère, allait bientôt publier les
lettres, à savoir que &lt;r cc que les femmes
veulent, c'est d'être préférées ; presque personne n'a besoin d'être aimé. » Et Thérésia,
pas plus que les autres, ne demandait de
l'amour, mais seulement des satisfactions
matérielles et d'amour-propre. Pourvu qu 'ell~
se fit du bruit à elle-même et qu'on en fit
autour d'elle, elle était heureuse. Pauvre
Tallien, de ne pas s'en être aperçu a"ant le
mariage! Et pourtant, le malheureux, il l'aimait toujours et, dès qu'il fut loin d'elle,
l'amour le reprit avec toutes ses fièvres. Il
lui écrivit à chaque escale que faisait son
M.timent.
Arnault, le spirituel auteur des Souvenit s
d'un sexagénaire, qui avait accompagné le
général Bonaparte et qui s'était arrêté à Malte
pour soigner son ami et beau-frère Regnault
(de Saint-Jean d'Angély), rencontra, en rentrant en France, le bâtiment qui emmenait
Tallien en Égypte. " A la hauteur de Pantelerie3, dit-il, nous avons hélé un petit hâliment qui venait de Toulon et allait à Malte,
ou plutôt courait après la flotte. Il avait sur
son bord, entre autres passagers, Tallien,
qui, n'ayant pas été renommé à la législature i
et renié de Paris dont il avait été l'idole,
allait en Orient chercher fortune, ou, disons

mieux, chercher sa vie . Trois ans auparavant,
il régnait en Francej il avait une cour à
Chaillot. Déchu aujourd'hui de son crédit
comme de son pou voir, et sans autre compagnon que 81·indavoine, espèce de groom qui
de l'écurie de Madame avait passé à la chambre de Monsieur, il se réfugiait sous la protection d'un général qu'il arait protégé 5.
Si Tallien n'oubliait pas sa femme, celle-ci,
de son côté, ne pouvait l'oublier plus, absent,
qu 'elle ne le faisait quand il était à Paris.
Elle continua tout simplement à mener la
même vie que par le passé. Elle n'était nullement hypocrite, c'est une qualité l(U'il faut
lui reconnaître, et elle a toujours fait ses
fredaines au grand jour, tout naturellement,
comme la chose la plus simple du monde.
C'est assurément un mérite - faute d'autres
- mais qui ne laisse pas que d'avoir quelques inconvénients . En son for intérieur, cependant, Thérésia devait s'applaudir du départ de Tallien . Elle ne trouvait pas que
(&lt; l'absence est le plus grand des maux ii,
puisqu'il y avait beau temps qu'elle n'aimait
plus Tallien, si tant est qu'elle l'ait jamais
aimé un instant; et comme certaine grande
dame à propos de son amant, elle constatait
peut-ètre que son mari avait « l'absence délicieuse JJ . Il ne faut pas lui en faire un
crime; combien d'autres femmes qui, comme
elle, trouvent que l'absence du mari est ce
qu'il y a de meilleur dans le mariage! Elle
parait cependant s'être un peu défendue de
ce sentiment, car elle répondit un jour i,
quelqu'un qui était venu solliciter sa protection : (( Que voulez-vous que je fasse maintenant? ... Je n'ai même pas le. droit d'empêcher mon mari de partir . 6 JJ Son crédit,
cependant, n'était nullement entamé: son
mari seul était déconsidéré, elle, non. Le
monde est ainsi. Quand une femme a des
torts, c'est à son mari qu'on tourne le dos.
Mme 'l'allien était, au contraire, plus puissante que jamais, et Barras se pliait à toutes
ses fantaisies. ~lie était vraiment reine et trônait à toutes les fètes.
L'arrivée d'une Sùrle d'ambassadeur turc
à Paris, au lendemain du départ de Tallien,
fut un prétexte à des galas ofriciels et privéL
Les journaux de thermidor an V sont remplis
des faits et gestes de cet ambassadeur . On le
promène, comme une bète curieuse, dans
tous les lieux de plaisir de la capitale, du
Luxembourg à Idalie, de Tivoli aux Tuileries,
aux bals, à Feydeau .... La présence de cet
Oriental à Paris a tourné toutes les tètes. On
ne parle que d'EITeid-Ali-EIJendi, C'est à qui
pourra dire qu'il l'a vu, 1 qu 'il lui a parlé.
Mme Tallien, naturellement, est parrui les
plus empressées. Pour voir? ... non, pour se
faire voir. Elle s'assied à ses cOtés, à une fêle
de l'Élysée, et es t toute fière d'un banal c)mplimenl que lui fait l'EITendi. !lais la foule
a vu qu'il lui a parlé, et la foule parle d'elle
autant que de lui. C'est tout ce qu'elle vou•
lait. Pau\'re plaisir! De pareils succès, auprès

d'un tas d'imbéciles et d'oisifs que la pré- savait que les Turcs sont connaisseurs en femsence de cet envoyé d'Orient a achevé de mes i elle aurait voulu un compliment de dit que le citoyen Peters - il y a là une erdésorienter, ne sont pas à envier. Mais on ne celui-ci, afin que sa beauté reçût en quelque reur, il faut lire « Potter n - &lt;c entrepres occupe alors que de ces inepties. Voulez- sorte l'estampille officielle de ce diplomate. neur de la manufacture de Chantilly et provous un petit tableau de l'état moral de Toute sa diplomatie échoua piteusement. Elle priétaire du hameau qui se trouve dans les
Paris à cette époque? ... En voici un brossé en fut quitte pour son costume oriental et pour jardins du prince, fait réparer à grands frais
par u~ contemporain, et Ja brosse, je vous l'humiliation de se rnir préférer Mlle Lanoe. ce joli endroit pour y recevoir sa bienfaiJure, n est pas trop rude : t1 A ces désa,,an- Car c'est devant cette rivale que, séduit &lt;&lt; Par trice, la célèbre Cabarrus -~ . l&gt;
tage~'. il faut joindre celui de la présomption, ce luxe inconcevable et par ce ton extraordiMme Tallien aimait assez à aller se reposer
de l mcurable légèreté et de la dissolution naire de décence empreint sur les détails de
morale de Paris. Nombre de députés sont sa parure somptueuse '! le Turc s'arrêta et à la campagne de ses triomphes de Paris.
Uais ce _n'était pas pour y jouir du calme,
plus occupés de leurs plaisirs que de leurs dit : " Il est beau! »' ·
de la solitude et du recueillement. Il· lui faldangers. Dans une conjoncture qui peut raIl fallait se consoler d'une telle déception
mener sur la France un rè"ne d'horreurs au d'amour-propre. Mme Tallien le fil en allant lait le mouvement d'une foule d'imités, le
train et le tourbillon des chasses, Je bruit du
milieu de la mi~èr~ publi;ue et des plai~tes
à Cha_ntil!y, .r~ndre ~•isitc à un citoyen Polier,
géné~alcs, la _frivolité et la déprarntion des anglais d origine qm, en 1i95, s'était inslallê sable écrasé devant le perron par les roues des
voitures, le son des trompes, fo sourd galop
Par1s1ens se deploi_ent avec éclat. Trente specà Chantilly, y avait relevé la manufacture de des chevaux sous la futaie, les diners, les
tacles, autant de lieux de rendez-vous, où un
porcelaine et I avait joint une fabrique de bals, le jeu .... C'était là son repos, et c'est à
las de désœuvrés vont admirer des coiffures
faïences et une manufacture de car&lt;lc.s. Em- Grosbois qu'elle }'allait prendre. Cette magnigrecques et se mêler à une canaille de parprisonné sous la Terreur, le 9 thermidor
ven.us scandaleux, so_nt plus ~emplis que ja- l'avait rendu à la liberté. On sait qu'il était fique propriété avait appartenu, avant la Révolution, à Monsieur, frère de Louis X\'I.
mais. Dans la semame dernière, l'artificier
de mode, depuis ce jour, d'attribuer à Barras l'avait payée un prix dérisoire, comme
Ruggieri a fait vingt-cinq miJJe francs d'une
Mm_e TaUien le coup d'État auquel son mari bien national, sur l'argent provenant des obséance.
avait pris une part prépondérante : les ther- jets sacrés Yolés dans les églises de !larseille
~c L'ambassadeur ottoman, qui n'est autre
mid_oriens lui faisaient le plaisir de lui en et de Toulon; qu'on vienne dire après cela
qu un. consul cl~argé d~ négocier le payement
attribuer tout le mérite, el il était poli, de la que l'origine de s~ fortune n'était pas très
de bl~s vendus_ a la natw~, a absorbé ce peupart des prisonniers élar;ûs à la suite de cet catholique! liais les principes républicains de
ple d enfants; 11 a perdu Jusqu'au goût qui le
événement, de dire qu'ils lui devaient la vie. ce gentilhomme ruinés 'étaient bornés à chercaractérisait autrefois : ses modes comme ses
M.
Potier la proclamait donc sa cc bienfai- cher dans le nouveau régime des occasions de
mœurs, ses mœurs comme ses
refaire, quibuscumque viis, une
discours et ses jouissances ont
fortune gaspillée dans Jes déborpris dans toutes les classes et
dements d'une jeunesse aussi
dans tous les partis ce caractère
orageuse que prolongée . Tout cela
de basse turpitude, de sansavait jeté sur lui un bien vilain
cufottisme_ el d'impudeur que
vernis,
quoique on ne fût "Uère
lm a 1mpr1mé la Révolution. Rien
difficile sur l'honorabilité e~ ces
de plus mesquin, de plus sale
temps de transition ; et si ce
que l'introduction de cet envoyé
bourgeois de Carnot ne pouvait
turc au Directoire. Le marquis
soufl'rir cette espèce de saltimd'El Campo y a paru, ramenant
banque empanaché dans son cosdans sa voiture Aime Tallien et
tume théàtral et dans ses vices
d'autres coquines de son esplus ou moins distingués, beaupèce 1• 1&gt;
coup d'autres se montraient
L'austère calviniste qui a écrit
moins regardants, sous prétexte
ces lignes n'est pas lendre pour
que la conduite du Uirecteur ne
cette pauvre Mme Tallien. L'Efles regardait pas . Tous les minisfcndi ne l'est guère davantage.
tres,
Jfme de Stai.SI, qui dictait
Au grand bal donné à l'Odéon en
chaque matin à lienjamin Consson honneur, Mme Tallien s'est
tant la façon dont il devait penavisée, pour lui êlre agréable,
ser ce ,Jour-là, Mme Visconti,
peut-être, pour allirer son attentout fraichement déballée à Paris
tion sur elle plutot, de s'habiller
des
bagages du général Berthier
à la turque. !lais quelle disgrâMme Hamelin, ce polisson e~
ce! Les Turcs sont d'une turjupons - quand elle en avait querie, d'un mal élevé à ne pas
qui amusai~ tout le monde par
croire! Figurez-vous que celuises
ge~tes ~1squés et ses propos
ci, avec le flegme de sa race,
plus risques encore; MmB Hainimpassible sous les regards de
guerlot qui, belle, faisait semquatre mille spectateurs, a passé
bl~nt de ne pas le savoir, pograve et muet devant le turban ,
sait .pour l'esprit et n'avait que
la chemisette de soie et les
Cliché Bloc!.:.
celui que lui prêtaient ses amis:
culottes bouffantes de celle qui
U:-. COIN DE CAF E soi;-s LE DIRECTOIR E. - TaNe au ae M. GEORGE:$ CAi;\".
Mme Rague!, dont tout l'esprit
mendiait de lui un compliment,
se bornait, comme chez tant
un regard, ce qui l'eùt fait
d'autres,
à faire de la dépense
triompher devant toute sa cour de courti- trice ,_.
fit de grands préparatifs pour la et à porter de belles robes ... tout ce monsans en titre et de courtisanes titrées. Elle recevotr dignement et un journal du temps
de ,·enait à Grosbois et y portait un goût

1. Mme DE cu ~!T!SU , nlémoii-es, t. II, p. 48.
2. C'était à pau prês équivalent à intendant mililaire.

3. L'ile de Pantellarîa.
4. C'est une erreur : le Directoire. comme on l'a
n1 , avait cassé sa double élection.

5. AaN.n :u, Som;e11 irs d'un se:.cagén«ire,t !V,p.17U.
tl. CollTE Du YORT DE C11 EHR N\', Jlémo fres, t. II.
p. 38J.

l. M1.u1::T DU Pn•, Correspo11da11ce oi•1·c la rour
de Viemie, t. 11, p. 319 ..
2. Semaine critique, t. ru.

a pavoisé son existence, dont il a fait sa
femme, un homme sensible et bon; et c'est
à lui, maintenant, que rnnt les sympathies.
Pourquoi? ... Parce quu cette femme le rend
malheureux.
Que faire, pourtant? ... li n'a plus qu'une
ressource : lui, le Tallien du 9 thermidor;
lui, qui a été président de la Convention à
vingt-cinq ans; lui, qui avait recommandé à
Barras le petit général Bonaparte, obscur et
inconnu, pour l'affaire du 15 vendémiaire;
Jui, .dont la femme a fait obtenir à ce général,
alors on ne peut plus besogneux, quelques
aunes de drap des magasins de l'État pour
renouveler son uniforme usé; lui, qui l'a

assisté comme témoin à son mariage avec la
vieille maitresse dont Barras, l'autre témoin ,

...., : q -

1

H

3. Rapsodies, 4• trimes1re, 1708. ne Guxcoum·.

l.,e Directol1'e.

4. Uapsodies, l •1 trimestre. Nous devons ces r en-

""" 2.5 ....

seignemcnls à ~J.. Roussel, l'ërudit archinste du dep~rtement de I Oise, que nous remercions bien sincerement de sa complaisa11cc .

�1f!ST0~1.1l
immoM ré pour les plaisirs tapageurs de la
chasse, des soupers, des déjeuners champêtres avec orchestre de trompes el de détonations de bouteilles de champagne, et pour
d'autres plaisirs, qui, pour être plus discrets,
n'en foisaient pas moins de bruit parmi celt('
brupntc société.
On se donnait beaucoup de mouvement en
C'fl'd, on jouait gros jeu, mais on parlait peu
i'1 Grosboi~, - du main:; le.s hommes. Il y
avait là des éléments si diverJ, certains souvenirs si rt!cents, et la plupart des habitués
avaient trempé dans tant d'affaires dont ils
aimaient mieux, et pour plus d'un motiî,
qu'on ne parlàt pas, que le Lemps se passait

surtout en plein air, quand il faisait beau.
On se promenait dans le parc; on allait donner à manger aux: carpes des bassins, aux
faisans; c, plusieur:; des dames, dit une chroniqueuse qui fut d'un diner de Grosbois, allürent aux portes d'une enceinte se raire effrayer
par des daims et par des ccrrs qu'on y gardait, et je me souviens que M. Réal, frappé
de ces caricatures de jeux de princes, me diL:
&lt;&lt; Je le mis, les princes étaient ainsi, non
parce qu'ils étaient princes, mai s parce qu'ils
étaient là 1• 1&gt; Béal avait raison, et lui-même
plus tard, et tous les autres parvenus de
l'Empire, cl les princes de la finance, et les
enri1,;his du commerce et de l'industrie ne
vécurent el ne Yirent pas autrement, non pas
parce qu'ils sont princes, mais parce qu'il:;
ont ce qui était aupara,·anl inséparaùle de
l'état de prince, ce qui est le nerf de tout,
l'argent. Et c'est aYec cet argent, - argent
très malpropre chez llarras, - que le propriétaire de Grosbois a\'ait fait venir à grands
frais des daims pour peupler les forèts de son
domaine ~.
Mme Tallien ne descendait de ses appartements que peu de temps avant le déjeuner.
Ellé faisait son entrée dans le s:&gt;.lon aux côtés
de Barras. Celui-ci, avec une grâce et une
liberté qu'on trournit toutes charmantes, s'aYançait souriant, un bras passé autour de la
taille de sa coquette maitresse. " Ma belle
Athénienne, lui disail-il, auprès de qui ,·oulez-vous que je vous conduise1 ... )&gt; Avec les
mouvements onduleux d'une chatte, Mme Tallien levait les yeux, le r~gardait d'une certaine maaière, le remerciait, se dfgageaitaver
une petite nl'Jue adorable de son étreinte, et
le quittait. Elle faisait alors le tour du salon,
disant, ayec ces façons à la Longueville 11u'elle
possédait si bien, un mot aimable à chacun,
et s'arrêtait enfin auprès de celui qu'elle aYait
intérêt à cajoler ce jour-là. Barras venait l'y
rejoindre après arnir galamment présenté ses
devoirs à ses invitées eL la trouvait soit avec
le citO)'en Talleyrand, soit a,·ec le citoyen Cochon : " Eh bien! disait-il , qu'est-ce donc
que ce tête-à-tête avec un ministre, ô ma
belle Athénienne?... \' oudri,•z-vous le séduire? ... ou gouverner l'empire comme une
autre Aspasie? ll
C'était la phrase favorite de Barras, el la
1. ~me 11t; C,u.sTESH, .Uémoirtt, t. I, p. 3i0.
'l. a. Ui, voiturier de Chinon pao;se :mmt-hier à
Bloi s a,·ec une voilure fe rmée; un parti culi er a la

LA C1T0YENN'E TALI.l'EN

citoi-enne Tallien ne s'en làchail pas. D'ail- l'honneur et des sentiments. Les mœurs
leurs, il n'attachait, dans sa pensée, aucun étaient aussi relâchées que possible et faisaient
sens désobligeant à ce nom d'Aspasie, au revivre les temps les plus abominables de la
contraire; &lt;( il se mettait par là dans les san- cour de llenri Ill et de la Régence. En voici
dales de Périclès, a dit la duchesse d' Abrantès. un épisode. Il a d'autant mieux sa place ici
que ~rme 'l'allien en fut !"héroïne. Avec une
et le partage n'était pas mauvais. o
Les compliments échangés, on passait dans admirable absence de sens moral, Barras se
la salle à manger. On déj eunait à onze heures. plaisait à le raconter, et riait aux larmes en
Une fois le calé pris, et quelquefois on le pre- en répétant les détails. Cc fut un des triomphes
nait au grand air, on allait faire une prome- de sa vie de ai bustier.
Comme il avait d'incessants besoins d'argent
nade sous les ombrages et, sitôt rentré, on
pour
lui et pour ses maîtresses, comme
s'asse~·ait aux tables de jeu.
On parlait beaucoup à Paris des « sommes llonaparte ne faisait pas mine de lui envoyer
effrapnles » qui se perdaient et se gagnaient lrs trois millions qu'il lui a,·ait demandés
dans ces parties, et il paraît bien qu'en effet après fructidor, que ces pingres d'hommes
il se jouât un jeu d'enfer à Grosbois. Le d'affaires se faisaient tirer l'oreille pour rémuwhist, le pharaon, le vingt-et-un, la bouillotte, nérer honorablement les services qu'il leur
tout cela occupait les invités au milieu d'un rendait eo leur faisant adjuger des fournitures,
silence qui n'était troublé que par les mols de il s'al'isa, d'accord avec la citoyenne Tallien,
l'argot des joueurs. Le creps y avait aussi d'un arrangement « fort honnête », aurait
droit de cité depuis que !!me de Chàleau- dit Brantôme, « d'un infàme marché 1, a
renault, une des favorites du rnigneur de écrit La Revellière-Lepeaux. li obligea le
Grosbois, l'y arnil introduit. I.e billard dis- fournisseur Ouvrard, sïl voulait continuer il
trayait des cartes; les toilclles délassaient les jouir de la protection du gom•erncment, de
lemmes du billard, el les femmes, par leur prendre pour maitresse en Litre, au moins
aimable gazouillis, délassaient les hommes de ad honores, comme Tallien était un mari
leurs jeux et de leurs préoccupations. La ad honores, la belle citoyenne Thérésia qui,
table délassait chacun de tout : c'était, avec au su de Lout le monde, était sa propre maitresse, et d'afficher publiquement celle liaison.
les cartes, la grande affaire de la maison.
Toutes les ambitions couvaient sous cette De celle façon, c'était à ce fournisseur de
,,ic de jeux el de divertissements, el les in- chevaux, de chaussures et de ,·êtements pour
trigues allaient leur train. Ce qu'il s'en noua, les armées, à fournir de chaussures, de ,·êtcde politiques et d"autres, est inconcevable. ments et de c:hemux, la dévoratrice jeune
Ali'. si lt!s Yieux murs du cb:Heau pouvaient femme. li avait le droit, par exemple, de se
rarler, que de choses intéressantes ils auraient payer en nature de tous ses débours: le traité
à raconter I Jusqu'aux histoires que, certains ne s'y opposait pas, - Thérésia non plus.
soirs d'automne, deYant une Oambée de C'était affaire entre elle et lui. Mais pas de
fagot, dans la grande cheminée, chacun était Th6résia, pas de fournitures . C'était à prendre
tenu de conter à son tour pour égayer (( l'as- ou à laisser. Comme, somme toute, si la
semLlée ,, . Et, dans cc genre de di\'crlisse- pensée qui avait présidé à cet arrangement
ments, le plus spirituel assurément qu'on eût n'était pas belle, l'affaire l'était, que la lemme
à Grosbois, Darras racontait avec une fatuité l'était aussi, le financier en passa par les
non dissimulée les aventures de terre et de désirs du Directeur, la femme par ceux. du
mer qu'il a relracées dans ses Jlémoires, financier , et tout le mon dt! fut content. a Tout
ruais qui devaient avoir, dans la bouche de fut lraité, a écrit un collègue de Darras,
celui qui en était le héros, un sel qui manque arrêté et mis à exécution à Grosbois. Une
grande parlie de chasse 1· fut indiquée; de
un peu dam son récit écrit.
Ce n'était pas là précisément de la bonne nombreuses invitations avaient été faites. On
rnmpagoie, mais tous ces déclassés en avaient s'y renci la veille du décadi au soir. Ouvrard
à peu près les manières el les formes; sauf ctla Tallien sont logés dans des appartements
certaines libertés de tenue et de langage, contigus. A la chasse, la Tallien monte l'un
dont les rnœurs du temps étaient en partie des chevaux d"Ou vrar&lt;l, qui trotte à ses côtés;
responsables, il régnaiL à Grosbois une ap- deux jockeys à la livrée d'Ouvrard, l'un pour
parence de décence que l'éducation première lui, l'autre pour elle, sont à leur suite. Le
de Barras el de Mme Tallien avaiL établie. Ce couph·, séparé du gros de la chasse, s'égare
n'est que dans les bals du Luxembourg qu'on dans les bois. Au retour se donne un grand
diner dans lequel Mme Tallien est traité&amp; et
voyait cet étrange amal.;ame de la fine 1\cur
saluée comme la favoritedu noble fournisseur.
des « nouvelles couches » el du rehut des
li
parait c1u'Ouvrard était asses confus du
anciennes, mélange que l'on retrouvait dans
rôle qu'on lui faisait jouer et du ridicule
les bals les plus renommés de l'époque, ceux
qu',l se donnait de payer les plaisirs el les
de !I. Boycr-fonlrède el ceux que donnait
fantaisies des autres. Après le dîner, on part
M. Vilain Xllll, dans le petit hôtel qu'il avait
pour !'Opéra: c'est dans la voiture d'OuYrard
fait construire pour Mlle d'llervieux.
qu'on s'l' rend , et aYec ses gens, et c'est dans
Si le Lon de la bonne compagnie était à pru
sa loge que la l'arorite est introduite par luiprès observé à Grosbois, il n'en était pas de
même, pour notifier au public entier l'accommême, tant s'en faut, des délicatesses de
cur1us1ltS de r&lt;'garder à trarcrs les ba rreau x. I.e ,·oil111·icr lui dil bo11nemenl : « Ce soul six daim5 que je
mène prés de Fontaincùleau, chez Barras, dircd eur ;

il les a fait venir de Chinon, pou r pcuplt'r sun
p~rc. i (Cu)ln; OurnnT 11E Cut.: venn- , ,llé m oireli, \. 11,
page 580 ).

plissement de cette indigne comcntion. 1 n
Indigne, celle convention l'était en effet et
si l'honnête La Revellière en est révolté 'on
peut affirmer qu'aucune des a hautes pa;ties
contractantes», comme disent les diplomates,
- el on peul emploj'cr ce terme puisqu'il
s'agit d'une négociation diplomatique, - ne
trouvait .'1 redire à cc marché. D'ailleurs, de
tels marchés n',:1aientpasnourcau\: I.e Brun,
le poète, n'avait-il pas vendu, peu de temps
avant la Révolution, sa femme au prince de
Conti? Etant donaé les personnan-es de b
petite comédie, leurs anlécédents et l~s mœur~

RÉCEPT IO N

ou GÉNÉRAL

du Lemps, qui, à vrai dire, étaient un peu
leur ouvrage, la chose est plutôt amusante ; et
l'on est tenté d'en rire aYec Barras el avec
Thérésia. Ouvrard seul garda peut-être son
sérieux, c1r c'est lui qui faisait les frais du
traité : le marché n'était cependant pas san s
bénéfice et la soulte stipulée dut dérider le
visage spirituel du financier, aussi fait pour
les joies délicates que lui-même pour les spéculations qui ne l'étaient pas.
Il est certain q uc la saine el pure morale
n'avait pas présidé à cette affaire; mais
Thérésia s'en tira avec une désinvolLure de
bon ton qui fit tout oublier. " Mème dans
1.

LA nE\' [Ll,ltl:RE-1.U EAOX , l'llénwfres,

les écarts, a dit le prince de Ligne, il y a des
gens à qui tout va, parce qu'ils onl de la gràce
et du tact. " Mme Tallien était de ces 0oens
priYilégiés.
liais comme de loul temps :
Ll's 11clils onl pâli des ~olliscs rlrs p-rand~,
ce sont nos malheureux soldats qui eurent i1
souffrir de cet arrangement. Pour qu'un
munitionnaire pasât de jolies sandales de cuir
parfumé à la belle Théré,ia, ils reçurent des
souliers à semelles de carton; pour qu'il lui
otrrit de beaux cbcvaux, nolre cavalerie fut
remontée en rosses; pour qu'elle porlàt soie

1. II , JJ . '.!48.

B ONAPARTE PAR L'l:sSTIT UT. -

dis~nguées, et savait jeter l'argent par les
fcne~res avec la même désinvolture quïl
savait le gagner. Ce Richelieu de ]a finance
était pétri de vices et de qualités, et, parmi
celles-ci, il faut lui m·oir gré d'avoir donné
l'exemple de la dépense et fait son possiLle
pour guérir la France de l'avarice el de la
me~quine.rie, ces ~'Îces odieux des petits bourgc01s qui, drpms 1789, sévissent sur la
F~ance ~t. menacent notre pays embourgeoisé
d un abeti,semenl général. li y a si peu de
gens qui savent être riches! Ouvrard, lui,
savait l'ètre, après avoir su le devenir. li

D"atrès le dessin de C11A ~11'10'.'\" .

et Yelours, bijoux et diamants, les soldais,
couchés sur la dure, grelottèrent dans des capotes trop minces, dont le drap s'en allait en
lambeaux dès les premières étapes et les premiers bivouacs. Yoilà suri out où était l'immoralité révoltante de ce marché. Pour le reste ...
eh! mon Dieu, il n'y a,•ait guère plus à reprendre
qu'aux autres actions journalières de cc trio
d'aventuriers et de jouisseurs, ni qu'à celles
de la plupart de leurs contemporains, - el
des nôtres.
Ouvrard était loin d'être le premier venu :
avec ses Ieux "ifs et pointus, ses lènes minces
et son nez aussi pointu que ses 1•eux, il avait
la repartie vive et spirituelle, les manières

é~ail. hardi, large, généreux, magniÎJ4ue. li
a,mail les élégances de la vie mondaine a,·ec
tous ses raffinements de l'art el du luxe. li ne
se priva d'aucune joie de ce monde, ce qui fit
de lui, pour Ja cito1ennc Tallien, un entrcteneur idéal. Plus lard, le goùL des prh·ations ne
le prendra pas davantage, et il ne se refusera
pas le_luxe d'un gendre au faubourg SaintGermam, un pur-sang, un ancien émigré,
comte et général, quelques années après que
rn maîtresse, qui avait les mêmes goûts, se
sera fai~ épouser en justes noces par un prince.
Aussi dénués de préjugés l'un que l'autre
aussi appréciateurs l'un que l'autre de tau~
ce qui vaut qu'on se donne la peine de

�..--- ms TO'J{ 1.11

_______________________________________.

vivre, - quand on s'est placé hors des lois viUon devant Ouvraid et reconnaissaient la pétillaient dans des cristaux; enfin l'abondance
de la ,·aisselle d'or et d'argent réalisait presque
de l'honneur et du devoir, - ils étaient, en supériorité de ses talents.
vérité, dignes l'un de l'autre.
Peu de temps après être entré en possession le luxe des fictions orientales. n C'était suDe même que Barras avait achet~ Grosbois, de la jolie femme qui était une des dam:es perbe, en effet, pour l'Ppoque : cc luxe de
Ouvrard 1 après avoir achtté Thérésia, s'était du traité de Grosbois, Ouvrard donna, en son bazar n'avait pas encore été dépassé. De nos
offort, c1.nnme Barras, une terre princière aux honneur, une fètc charmante :m Raincy. La jours, il n'est guère de boutiquier ou d'entree1wirons de Paris. fi avait acquis le chàteau nouvelle mailrrs~c du maître de la maison en preneur enrichi, qui, à part la vaisselle d'or
du Raincy et avait l'a!)lbiLion d'en faire son faisait les honneurs. C'est l'architecte Berteaux et d'argenl, ne déploie une mise en scène plus
Marly. li y donna des [ètes superbes, dont on qui avait été chargéde l'organisation générale fastueuse quand il donne une fête dans sa
parla autant et même plus que de celles de et des détails de la fête; maîtres et invités villa.
Madame Tallien trônait au milieu de son
Grosbois . Son amabilité, sa générosité étaient n'avaient 1iu'à prendre la peine d'en jouir. li
non moins avantageusement connues que sa est inutile d'en faire ici la description. Toutes peuple d"invilés. Il y avait là toute la finance
richesse. « Lin jour que je parlais de lui en ces fêtes se rcssemhlent. Mais le déjeuner, de Paris et toute la société étrangère. La vébons termes et en bonS' lieux, raconte M. de qu'on srrvit dans l'orangerie avec une somp- rilable société parisienne s'abstenait de toute
l\'orvrns-~fontbreton, des dames me prièrent tuosité tout orientale, comme on disait alor~, relation avec elle. Mais, parmi la pléiade des
de lui demander le pavillon du télégraphe fit parler tout Paris. Voici ce qu'en dit un jolies femmes qui, non seulement formaient
dans son parc du Raincy pour y passer la contemporain : &lt;&lt; Dans une orangerie payée sa cour, mais la lui faisaient, c'était l'ile )a
journée, et de l'engager au pique-nique qui de marbre, on éleva une table sur une plate- plus belle.
Une fanfare de cors de chasse donna le
résulterait de sa réponse. Je remplis ma mis- forme parallèle aux caisses de quelques beaux
sion avec un succès complet. Mais quand nous orangers qui, chargés de fleurs et de fruits, signal de se mettre à table. Elle donna égalearl'ivâmes au nombre de vingt personnes, je formaienl une \"OÙle de verdure d'où s'exhalait ment celui du départ. On rentra au chàteau,
crois, avec nos provisions, nous trouvâmes un délicieux parfum. Au milieu de la table, on s'habilla à la hâle pour la chasse, et les
sur la table toute dressée un déjeuner exquis, était un bassin de marbre rempli d'une eau cors donnèrent le signal de monter à cheval
qu'en voiant arriver de loin nos voitur~s, le limpide avec un lit de sable d'or, et dans et en voiture. Le programme de la journée
maitre d'hôtel d"Ouvrard s"étail empressé de laquelle jouaient des poissons de toutes cou- s'exécutait comme celui des exercices dans
leurs. Le déjeuner fut remarquable par la une caserne : au commandement. Les roues
faire servir. li me remit un billet par leque
l'amphitryon, qui s"était individualisé notre somptuosité, la profusion et l'arrangement des des voitures criaient sur le sable des allées,
pique-nique d'une manière si élêgante, priait mets. Dans l'appartement voisin, où furent les chevaux piaffaient d'impatience .... On
qu'on l'excusàt pour le déjeuner, ajoutant servis le café et les glaces, les murs étaient partit. Les queues de cheval, les plumets des
qu'il avait l'espoir d'être plus heureux pour tapissés de pampres verts, et des rameaux de chapeaux, les rubans des l'cmmes, les éclats
le diner. Mais il en fut de même pour ce cette treille intérieure pendaient d'énormes de rires, les claquements de fouet, tout cela
repas, où son cuisinier se surpassa, et dont il grappes de raisin. Aux quatre coins de cette flottait en l"air, au milieu des appels des
regrettait de ne pouvoir venir faire les hon- salle, il y avait quatre bassins de marbre en piqueurs, du roulement des voitures et du
neurs. Enfin, à neu[ heures du soir, au mo- forme de coquille, d"où jaillissaient des Ion- sourd galop des chevaux. Puis, tous ces bruits
s"éloignèrent. Ils s'éloiment de retourner à
gnèrent peu à peu dans
Paris, on annonça que
;s CQ&amp;
le bruissement confus
le thé était servi, et
et solennel des bois, et
une profusion de glal'on n"enlendit bientùt
ces et de sorbets terplus que le son lointain
mina cette incroyable
et
cuivré des cors, aphospitalité.qui, réellepelant les chasseurs
ment, tenait de la féeau lieu du rendezrie. Si la bonne grùce
vous.
fut dans la réception,
Le diner dépassa le
le bon goùt, le goùt
déjeuner en somptuoexquis fut de ne pas pasité, et mille torches,
raître ... 1 n
flambant dans lesallées
Voilà quel était Oudu parc, sous les vervrard et l'on pourrait
tes et mystérieuses fuciter de lui bien d'autaies, donnèrent à la
tres traits de bon goût
fin de la fèle un caet de supériorité de
ractère fantastique.
vues dans la vie praC'est ainsi que s'atique. Il était le plus
musait la haute b,rnbrillant des financiers
que sous le Directoire.
de l'épuq ue, et la finance alors commt'nçait à
CHAPITRE VIII
jeter un bien vif éclal.
Vanberchcm et son
Cependant Bonaparbeau-rrère Bazin, llotL'AMBASSADE UR DE LA P ORTE OTTmlANE 1 EN THER:\UDOR AN\".
te, qui trouvait que la
tinguer, Séguin, Récapoire était mùre et qui
D'après une gravure du temps .
mier, Tourton et Ravel,
avait l'idée bien arrêPerregaux, les frères
tée de la faire tomber
Michel, Lecouteulx, Julien et Basterrècbe, Hervas, Delessert , laines de punch, d"orgeat et d"eau de fleur dans son chapeau de général, avait quittt!
d'Etchego)'en, Baguenault, Pourtalès, Hame- d'oranger. Les fruits des deux hémisphères , l"Égypte. Il venait de débarquer à Fréjus.
lia, Enfantin frères , Barrillon, Doyen , tous les uns naturels, les autres en sucre, cou- Son arrivée - et personne ne s'y méprit sonnait le glas du Directoire. En six: semaices banquiers baissaient humblement pa- vraient des plats de riche porcelaine; les ,•ins
les plus exquis, les liqueurs les plus fines nes, il prépara son coup d"Etat, balaya le
l. ,1. DE :'ion1·m, .lfémorial , L. IL p. :500.

L;r.
Directoire exécutif, balaya la représentation
nationale, et, seul, prit la place de tout cela.
Dès son arrivée, il s'était YU sur le point de
divorcer d'a,·ecsa femme, « pour des motifs de haute inconvenance u, aurait dit
feu l'académicien Labiche. D'autres motifs, de simple convenance, ceux-là, l'amenèrent à épurer le salon de Joséphine. Il
y avait là un tas d'intrigantes, veuves
d"émigrés vivants, femmes divorcées cinq
ou six fois, toutes tarées à qui mieux
mieux, parmi lesquelles Mme Tallien était
reine. Le Premier Consul signifia leur
congé à ces aventurières· et n'admit aucune exception, si ce n'est pour sa femme. A la porte la Hamelin, grande prêtresse des sans•chemise; à la porte la
Visconti, ]a maitresse de (( ce niais de
Berthier )l ; à la porle la Châteaurenault,
celte doublure de Thérésia et de Joséphine
auprès de Barras ; à la porte la Forbin, celte
espèce de tambour-major en jupons; qui
cependant portail les culottes pendant le
temps de sa liaison avec le Directeur 1 ; à
la porte enfin, la Tallien!. .. . A la porte!
A la porte!
Que de larmes, par exemple, à celle
exécution! Mme Bonaparte n'y comprenait rien . Comment la séparer de ses plus
chères amirs, de ses amies de cœur ! Lui
défendre de les recevoir! Mais c'était de
la tirannie ! Où retrouverait-elle des
affections ausc:i vraies, aussi désintéressées? ... Vraiment, c'étaità croire qu'elle
avait épousé un capucin et non un militaire .... Etjusqu"à celle bonne Mme Tallien
qu'il voulait l'empêrher de voir .... Et pourquoi, je vous le demande? Parce que Barras
et Ouvrard avaient eu, dit-on, la courtoisie
de solder quelques mémoires de ses fournisseurs .... En vérité, il n'y penrnit pas ...
li n'y pensait que trop, au contraire . El la
consigne fut formelle . Bonaparte exigea - ce
fut une des conditions de sa réconciliation
avec Joséphine - que, puisqu'il voulait bien
ne pas rompre avec elle, elle rompit, elle,
avec Mme Tallien et toute la société directoriale.

respectables. El Mme Tallien avait un tel
passé, elle avait un présent si tapageur encore,
que Ilona parte ne voulait d"elle à aucun prix.

LA FACTION I~CROYABLE. -

Mme Tallien, on le conçoit, avait été opposée au coup de force du 18 brumaire. Elle
était allée trouver .Barras lorsque tout effort
contre l'homme de Saint-Cloud paraissaitderenu inutile e.l lui avait dit C( avec une vivacité
charmante, qu'il fallait être encore digne de
lui ll. Avec une naïveté non moins charmante,
l'incorrigible fat répète ces paroles de Thérésia, dans ses Alénioires. C'est sa consolation.
Mais la démarche de Mme Tallil'D, qui avait eu
des témoins, fut probablement rapportée au
général Bonaparte. On aurait tort cependant
d"en conclure que le général lui en tint
rigueur. li l'écarta de son salon tout simplement parce qu'il entrait dans son programme
de ne plus admettre chez lui que des femmes

Elle dit adieu à ses toilettes excentriques pour
rentrer en grâce, mais ce fùl en vain. Le premier Consul l'avait vue, à une représentation
de gala de !"Opéra, dans un déshabillé trop
mythologique pour lui faire oublier un passé
plus mythologique encore, et il ne céda pas.
Un écrirnin de l'époque, qui assistait à cette
représentation de J'Opéra, a retracé pour la
postérité la toilette de llme Tallien. Comme
s'il se fût agi d'un bal masqué, elle s'élait
costumée en Diane. c&lt; Sa tête, dit-il, était
surmontée d'un grand croi~sant de diamants,
dont ses cbeveux de jais faisaient ressortir
encore l'éclat. A ses épaules nues, comme
celles de nos élégantes d"aujourd'hui, é1ait
pudiquement suspendu un carquoisétincclant
de pierreries. Une pean de tigre se drapait
moelleusement autour de sa taille olyrnpiennr.
Une courte tunique cherchait à cacher ses
genoux et ses jambes d'albâtre; quelques
anneaux ornaient les doigts de ses beaux
pieds nus, que des bandelettes de pourpre
tenaient assujettis sur de légères sandales.
Auprès de Diane étaient deux nymphes charmantes, non moins fidèles à la mythologie ....
Je manquai être étouffé à la sortie pour vérifier la déesse de plus près et surtout la ,·oir
monter en voiture. Ce fut là. le dernier
triomphe du costume, au milieu de frénétiques
applaudissements .... t &gt;J
Ce fut aussi le dernier triomphe de Mme

1. C'élait oh5olumcn l une gaillarde, que celle
i\lme Clotilde de Forbin. Elle écrirnit à Barra~, qui
\"Cllail de lui donner une rcm1 la çanle dan s son intimité la plu:; iuliine : e: ••. Je ne me laî~scrai jamais
clêpouillc1· d'uu drnit dont on m'a une foi s re \ êlu c.

Ainsi, j'ordom1e doue que l'on me rouvre une porte
que J"on m·a injuslt•ment ferm ée, el s'il faut faire
marc\1e1· tout le faubourg Saint-Antoin e pour m e la
faire ounir ou pour l'tnfonccr, j e marcherai à sa
lèle ... » (l elfrr médi te). On voit que, .-, j les femm es

1

C1TOrENNE

TJILL1EN

Tallien. Lorsqu'on vit bien clairement que le
Premier Consul ne voulait recevoir que des
femmes 5érieuses, la mode devint aussitôt

Caric:zture du lemts,

ser1euse : plus d'excentricités dans le costume, plus de fantaisies ID)"lhologiques, plus
de nudités surtout. ... Et Mme Tallien, au lieu
de donner le ton, dut, cette fois, se conformer
à la mode.
Comme, au fond, elle valait mieux que ses
mœurs, Mme Tallien s'en serait consolée si
elle avait pu prendre sa part des fêtes qui
renaissaient de toutes parts à Paris, comme
les fleurs sur une pelouse au retour du printemps; mais non! une cruelle consigne l'en
écartait, et c'est triste à en pleurer qu'il lui
fallait entendre les échos des fêtes du gouvernement consulairC'.
Il ne semble pas cependant que Mme Tallien
se mit blessée du blessant ostracisme qui la
frappait. Elle n'en voulut point au Premier
Consul de la cruelle humiliation qui la mettait
au ban de la société. En son for intérieur,
comprenail-ellc les motifs qui avaient fait
prononcer son exclusion, et, dans sa bonté,
les pardonnait-elle?... Ce n'est pas probable; mais comme les relations avec Joséphine étaient devenues le fruit défendu, elles
n'en eurent, pour l'une et pour l'autre, que
plus d'attrait, et leur furent d'autant plus
agréables qu'elles étaient forcément mystérieuses et secrètes.
li est certain en effet que Joséphine ne tint
que très peu de compte de la défense de son
mari et qu'elle voyaiL Mme Tallien en secret,
à la Malmaison généralement, autant qu'elle
ne ~é.-,istaien~ pas à Bai-ras, il avait le mérite, lui, de
:;arn1r leur rc:;1sler.
'.?. J. ot; ~011v1 ~s, J[émor iat, 1. II, p. 251.

�msro~1A
le voulait. Peut-être même Mme Bonaparte
alla-t-ellc la voir dans sa nouYcllc maison de
la rue Cérutti, n° 1 1 • Ne pouvant comprendre.
avec sa nah·c immoralité de créole, le mol if
pour lequel Ilon,parlc lui rléfcndait toute
relation avec Mme Tallien, elle s'était imacriné
la pauvre femme, que c'était à came de0 son'
intimité an•c Ouuard qui, elle le s:avait, était

détesté de Bonaparte, comme les :iulrr.s fournisseurs du reste_. Il Paraît qu 'cUc la ût engager par une amie à rompre celle intimité.
cc C'est là, disait-elle, l'unique rame de l'animosité de Bonaparte contre elle. Tàchez d'obtenir cc saèriflcc etje suis sùre qu'il lui rrndra son ancienne affection d me permettra
de la revoir comme autrefois.! ))

Elle prrnait rrla sous 1:oc. bonnet, comme
on dit, car il est fort douteux que Napoléon
fùt revenu sur sa décision. La prPuvc dn
contr,1ire se trouve mème dans une leltrc que
,·oici, que J'empereur 1ui cnrop de Berlin en
f 806 :
C! Mon amie, j'ai reçu ta le:trc ... Je te
défends de voir Mme Tallien, sons quelque
prétexte que cc soit. Je n'admettrai aucune
excuse. Si lu liens à mon estime et si tu Yeux
me plaire, ne transgresse jamais le présent
ordre. Elle doit venir dans tes appariements,
y venir de nuit; défends à tes portiers de la
laisser entrer . Cn misérable J'a épousée arnc
huit bâtards· Je la méprise elle-même plus
qu'avant. Elle était une fille aimable, elle est
deYenuc une femme d'horreur et infàme. Je
serai à la Malmaison bientôt ; je t'en préviens
pour qu'il n'y ait pas d'amoureux la nuit! Je
serais fâché deles déranger .... J&gt;
L'empereur se montre là bien rigoureux
pour Mme Tallien. Pour être logique, il ·aurait dù l'êlre !out autant pour Joséphine, car
les dernières lignes de sa lctlre, outrageantes
au dernier point pour une honnête femme,
montrent que, dans son estime, il ne foi.sait pas
grande différence entre les deux amies . Mais
celle rigueur, c'est pour le monde, pour la
galerie et non pour des scrupules de conscience.
Ces sentimenls il les garda pendant toute
la durée de son règne, sentiments d'indulgente bonté pour la femme fragile, .souvenir
biemeillant de leurs relations amicales au
temps du Directoire; mais, comme empereur,
il fut impitoyable. Assez de femmes de sa
famille el de sa cour laissaient des flocons de
leur laine aux buissons d'une route qu'on
leur avait cependant bien aplanie, pour qu'il
n·augmen1àt pas le troupeau par l'adjonction
d'une nouvelle brebis galeuse. li n'y en avait
déjà quctrop!
El c'est ici le lieu &lt;l'admirer comme quoi
lime deflçauharnais et ~[me Tallien, ces deux
amies, sont arrivées à une suprême élévation
1. nucr,affltle, d,msunc mui~on qu'a l1:1ltiléc Cërulli
cl qui, dêmolic, a l!tl! remplacée par la Maison Ooréc.
~- SoNnE GH, Salons célëbres, p. :il3.
3. L'empereur cxa.!;'èrl', clic n·en an1.it pas Laut que
cria (rnir plus loin le chiffre exact, p. 31 ).
4. \'oicî une lellrP d'elle à ~lrnè Bonaparte. Cette
lcllrc csl ét·titc moius d'un an aprês le coup d'État
de brumaire qui porta le général au consulat :
2b 1·endémiairc au IX 17 octobre ·1800).
l.f' citoyt'll 8rono11ville, 11w1t a11rie111te omie, désir~
Jll;11étrel' jusqu'à 1·ous; il crnît CJU 'une lettre tic rnui

LA, ClTOYF.NNE

et à la poslérilé moins par leurs mérites général n'étnil pas prodigue de son temps. li
et leur beauté que par le scandale de leur rsl certain que le premier consul lui expliqua
conduilc.
les motifs pour lesquels il ne pouvait pas
Cc qu'il y a de curiem ,c'estque~lme Tallien l'admellrc aux Tuileries. La jeune femme se
ne rompt ni aYec Mme Bomiparte, à qui·e11e récria, supplia, pleura, déploia tous si•s
écrit encore' ni avec le Premier Consul, à qui moyens; c'est si irrésistible, une femme qui
elle fait parler de temps en temps pour sait pleurer avec grùcc ! )fais le consul fut
l'amener à revenir sur sa décision première. i □ OcxilJlc. li enveloppa son refus de i:.:ompliCar elle brûle d'envie de connaitre celte mcnls, de protestations d'amitié et de bon
société nouvelle qui se forme autour du Consul souvenir, mais c'étail un refus.
et de son gouvernement; elle hrùle surtout
Mme Tallien ne se tint pas pour hallue.
du désir d'y paraître et d'y trôner. Sa péni- Elle avait un tel rlésir de paraitre, de briller
tence n'a-t-elle paséléassez longue? ... Aussi, aux bals des Tuileries, qu'elle dérobait sa
comme elle ne se doute pas, non plus que son blessure d·amoul'-propre sous le sourire de
amie Joséphine, des motifs de politique et de la femme du monde et recommencait se:convenanre pour lesquels Bonaparte lui refuse démarcbes. li n·cst point de bassesses~ qu'elle
sa porte : de politique, parce qu'il veut faire ne fit pour lléchir lïnOcxiblc t'C'rbère qui la
l'oubli sur le passé rérnlutionnaire; de conve- tenait à )'écart. Cc f'ut encore peine perdue,
nance, parce qu'il veut faire renaitre les mais la blrssure ne lui en demeurnit pas.
bonnes mœurs : - rien ne lui coùle, ni dé- &lt;&lt; Dans les bals masqués auxquels il se rcnmarches, ni humiliations, pour essayer de da.il, l'empereur, dit le Além01·ial de Sainlefléchir fo général Ilonaparlc.
Uilène, était toujours st'lr d'un certain renTl est inconcevable de voir jusqu'à quel d1•z-Yous qui ne lui manquait ,jamais; il s'y
point elle se montra dénuée d'amour-propre trourait, disait-il, entrepris chaque année
pour s'abaisser jusqu'à demander ù un
par un mème mas&lt;1ue 1 qui lui rappelait d'anhomme qui l'avait mise à la porte de chez lui ciennes intimités et le sollicitait avec ardeur
la faveur d'y rentrer. C'est qu'e11c aYait de la de YOulôir bien le rccernir et l'admettre à sa
vanité et non pas de la fierté. Elle voulait conl'. C'était une femme très aimable, très
paraitre, faire parler d'e11c et de ses toilcltcs, bonne et lrès belle, à qui beaucoup de"aicnt
accaparer les hommages des hommes et les certainement beaucoup . f,'empercur, qui ne
jalousies des fommr,s par sa coquetterie et sa laissait pas que de l'affectionner, lui réponbeauté, et cela, sur le grand thé,itrc que dait toujours : &lt;' Je ne nie pas que mus SO}CZ
,·enait d'ouvrir le génér.il Bonaparte : elle ne charmante, mais voyez un peu 11uclle est votre
se souciait pas d'autre chose. Et c·est pour demande; jugez-la rnus-même et prononcez.
cela qu'elle pleurait sur les salons orficiels \'ous avez deux ou trois maris et des enfants
dont la porte restait close devant elle, - car de tout le monde. On tiendrait à bonbeur
pas un ministre, pas un fonctionnaire ne se fùt sans doute d'avoir été complice de la première
permis de recevoir dans son salon une femme foute : on se fùc:hcrait tle la seconde, on la
que le maitre a,·ait chassée du sien. Malgré pardonnerait peut-être, mais ensuite, et puis,
cela, la malbeureusc ne pei·dail pas l'espoir cl puis!. .. A présent, SO)'ez l'empereur cl
cl'allcndrir un jour la dureté de Bonaparte et jugez! que feriez-vous t1 ma place? .. . El moi
&lt;le venir parader enfin dans le salon &lt;lu pre- qui suis tenu à faire renailre un certain démier magistral de la République. Elle lui fit co1·11m ! l) Alors, 1a belle solliciteuse gardait le
parler bien saurent; bien soureut elle se mit silence, ou lui disait: « Du moins. ne m"tHez
bur son passage pour attirer son allenlion, pas l'espérance! &gt;J et renvoyait 11 l'année suimais san:; succès. Enfin, clic obtint un jour, Yanle 11 être plus lumreusc. C( Et chacun de
en 1802, une cnlrcrne au fameux bal masq uC nous deux, disait l'empereur, était exact à ce
de Marcscalchi.
noureau rendez-vous s. l&gt;
A la faveur du masque et du déguisement,
Essaya-t-elle de forcer la consigne ou du
tons deux pourraient conférer à leur aise sur moins de pénétrer pal' contrebande, avec la
le gram sujet qui faisait le désespoir de la ra1·te d'invitation &lt;l'une autre personne, ;, ces
belle jeune femme. Le Consul avait fait dire bals des Tuileries qui étaient pour elle le
it Mme Tallien de porter un nœud de ruban supplice de Tantale?... C'est probable.
nrt et d'accepter le bras d'un domino qui Mme Georgette Ducrest, dans ses Afémofres
en aurait un scmblahle. li arri rn, ;iccompagné sur lïmpé1'atrice Josej&gt;hine, qui sont la
du docteur Lucas, U cherche le ruban vert ... preurn que les meilleures intentions du
A peine l'aperçoit-il qu'il quitte son dotteur monde ne suffisent pas pour faire un bon
et prend le bras de Mme Tallien. Deux heures liHe, rapporle que, dans un bal masqué des
dur:.rnt, ils se promenèrent ensemble. Ce fut 'J'u.il~ries, elle remarqua un domino gl'is,
un grand triomphe intime pour elle, car le sun 1 de deux grande.s figures noires, qui ne
1

JlOUJTa lui èlrc utile CL sumra pour 1·ous intéresser
en sa ravcul'. UêsaLuséc par le h'm1i~, Il'~ cirronslunces el vol rc cœ11r, je uc me liue pas à telle douce
crl'eur, m::us je n'~i pu rcfusc1· à un hormnc 11ui a
sefl'i pc1Hl_anl vingt-1leux ans le gouvcmcmc11t, uu
homme qui a tout perdu cinns les crises ,!c l.1 Hévolutîon, une prcm·e de ma bonne \'OlontC. c·e~t cnc
cspl;rancc de bonheur J}our lui, et pour moi 1mc occasion de nms rappeler que mon amitié sait n~~ister à
!OUies les éprem·es et qu'elle ne finii-a qu·a\'CC mes
JOUN.

(Cu. 1'"Au1101·. le C11rie11.r. /)Amuleul' d'aulogra~
plws. 1°• oetobl'(' ·1886.)
Celle lcttr.:i C!&lt;l une p1·cu,·c aussi. on est heureux
tic le conslalel', de l'inépuisable bonté de)lme Tallic-n
cl ,te son_ plubir il loujou1·s obliger.
~Ion IJ1cu ! comme C('tle fomrne · cùl été parfoile
avec un l'eu rnoin~ de lt'gèi·eLê, un pèu moins de
co11ucllcr1c cl sul'loul a\'ec une solide éducatiou morale, - 11trn les l1abitudes de son temps, hêlas! ne
compo1·laient guL•rc.
. ;i. :lfémorial de Slti11li'-flëlè11e 1 l. Ill. p. l~O (Cl!.

.Garmer).

pouYaient être que l'empereur et les deux
gardes chargés de veiller sur lui et de surYeiller les gens qui pouvaient l'approcher.
Elle viL ce domino gris rnanœuvrer pour se
rencontrer face à face avec une fort jolie
femme qu'elle ne veut pas nommer. Il se
planta devant elle assez insolemment et la
fixa arnc obstination. La jeune femme était
Yisiblemcnt gènée de ce sans-gène. Elle finit
par en litre si importunée qu'elle trut devoir
dire au masque qu'elle ne le connaissait pas
et qu'il cùl à cesser ce jeu déplaisant. Le
masque continua à la fixer sans mot dire.
Tremblante à la pensée qu'un seul homme
pouvait, en ce lieu, montrer une telle insolence et que cet homme était l'empereur, la
paune femme comprit que son incognito
était dévoilé et que l'empereur en personne,
par sa muette panlomime, était venu lui donner l'ordre de sortir. Elle se leva cl partit surie-champ. Mais le manège de l'empereur avait
été remarqué, la fuite de la jeune femme
aussi, et Mme Georgette Ducrest donne assez
de renseignements pour permettre de rel'onnaîtredans l'écheveau embrouillé de ses aveux
et de ses réticences la belle Mme Tallien.
Au milieu de ses disgrâces, la pauvre
femmeeul un grand mérite : ce lut de n'en pas
prendre prétexte pour s'aigrir et ne plus être
bonne. Elle s'évertua, au contraire, à rendre
plus de services que jamais à ceux qui venaient la soUiciler, et, de cela, il faut lui
sa\'oir gré; tant d'autres,à sa place, auraient
pris le vindicatif plaisir de se mettre en révolte
contre la société et de rejeter sur elle les
fautes dont elle était seule coupable!
Mais il est temps de parler des enfants de
Mme Tallien.
« Vous avez deux ou trois maris et des
cn[anls de tout le monde,,, lui a dit brutalement Napoléon. Il y avait un peu de vrai dans
les paroles de l'empereur, el aussi beaucoup

d'exagération, car elle n'en eut pas de lui.
Thérésia avait eu de M. de Fontenay un fils,
né le 2 mai 1 789. dont elle s'occupa assez peu,
et qui fut parfait pour elle; nous en avons
déjà parlé et nous avons dit qu'il mourut à
la !leur de son âge, en 1815.
De Tallien, son second mari, elle eut une
fille, Tbermidor-Rose-Tbérésia. Cette enfant
naquit en 1795. Elle reçut le nom de Thermidor pour perpétuer dans la famille le souvenir de l'événement politique auquel avait
pris part son père. Quant au nom de Rose,
c'était celui de rn marraine, Mme de Beauharnais1, qui ne s'appela Joséphine qu'après
son mariage avec le général Bonaparle. On
n'a pas son acte de naissance. JI. Ch. Nauroy
en conclut que cc peut-être avait-elle été conçue
a,·ant le mariage de ses parents )J. Elle épousa
M. de Narbonne-Pelet.
Pendant que Tallien était en route pour
l'Égyple, sa femme eut un troisième enfanl,
le 50 frimaire an Vf (20 décernLre 1798), qui
mourut en naissant. M. Ch. Nauroy en attribue avec vraisemblance la paternité à Barras.
Une longue lettre que Tallien écrivit à sa
femme le ·I 7 thermidor de la mème année,
cinq jours après son débarquement aAlexandrie, ne fait aucune allusion à des espérances
de paternité, mais Tallien y exprime respoir
de la t( retrouver toujours aimable, toujours
fidèle ,, .
Toujours aimable, c'était possible; mais
toujours fidèle, ce n'était pas dans ses moyens,
et son mari ne devait pas, au fond de l'àme,
se faire illusion sur ce point, malgré l'espoir
qu'il en exprimait. Et en elfel,le 12 pluviôse
an VIII (51 janvier 1800), Mme Tallien accouche d'une fille, Clémencc-Isaure-Thérésia,
déclarée sous le nom de Cabarrus, et non pas
de Tallien. Cette petite fille devint grande
comme sa mère, _épousa un colonel Devaux,
devint veuve, entra dans un ordre religieux,

1. Mme de Beauharnais, dcrcnuc la gênérale Bonaparte, n'oublia pas sa filleule, D'llalic el!c écrivail il.
Ilarras :
Milnn , cc 18 fruclidor ....
« ... Mon mari csl Jlarli depuis six jours pour
Ravenne cl de là dans Je T)·rol; j'allcnds bicntùt de
ses nou,,etlcs, j'espère qu'elles seront aussi bonnes que
je les ,lë.-irrs (.\"ic). llnppelez-moi au sou\·rni1· de ma
pelitc, - c'est ainsi 11u elle appc!ail ~lme Tallicn; Je ne reçois point de lettres d'elle, cela rnn re11d bien
lristc; dite~-lui bien que )1. Serbclloni csl charge de
lui p1·Csenlcr de ma part une pièce de crêpP cl des
chapeaux de pail (sir) de Florence; pour le dPjcuner

rie son mari, des saucissons rl du fromage; poul'
Thcrrnido1·, du cot'llil. Je u'é1 ris point à ma pe1itc,
parer riue ).(. SerLcllonî part 1lans l'iuslant, embrassez-la pour mui bien lendremcut. ,\dieu, mou cl1cr
Barras, c1·0,·cz-moi a\'ce les senlimcnls de la plus
tendre amit'ié, votre 3mic.
LANGEnrn Bo~ 1l'ARTE.
JI. Serbcllonni l'Cul bien se charger de 1·ous rc.
mettre de ma pari unr c.iis~e de liqul!Ul's de Turin.
llillc amitiés il Holol",complimrnls à Vidor el
Raimond.
J'embrasse Tallic:1. (Lcllre i11êdile. )
• Dollot , et non Ilotot, élail le secrdaire de Ila1·ra::.

T /11.LlEN

--,

oh! bien fantaisiste ! et les élèv,s de la maison d'éducation des dames de Saint-Louis,
dont elle fut supérieurr, à Juilly, ont conservé
le souvenir de sa grande taille et de sa barbe
au menton, et aussi de certaines fantaisies
qui cadraient peu avec la sPvérité des règles
d'un ordre religieux. F.Ue mourut à Juilly,
à la ûn de 1884.
li parait bien qu'elle était ülle d'Ouvrard,
qui eut d'elle trois autres enfanls, rntre
autres celui qui fut l'aimable et ~piriturl
docteur Cabarrus, né le 19 avril 1801.
A peu près à cc moment, Tallien débarquait à Calais.
li avait quitté l'Egypte sur un ordre du
général Menou, qui devint, par droit d'ancienneté 1commandant en chef de 1·armée française,
après l'assassinat du général Kléber. Le
bâtiment qui l'amenait en France fut pris par
une frégate anglaise. Conduit en Anoltterre
d'abord, puis renvoyé en France di~ jours
après la signature de la paix, Tallien fut m:s
aucourantdeses inforlunes conjugales. c&lt; Ors
amis de haute considération, dit Lairtulirr,
l'avertirent que sa femme, pendant son aLsencc, avait eu deux enfants, et le prévinrent
qu'elle le recevrait fort mal. )J C'était un
comble! Comment! être allé rn Egypte au
milieu de la peste et de la guerre, pour acquer1r de quoi pourroir aux fantaisies ruineuses de sa femme, la laisser enceinte à
Paris, la retromer lrois ans après dans le
même état, et avec une petite famille notablement augmentée, et être mal accueilli pardessus lemarché!. .. C'était le monderemersé.
C'était bien naturel cependant, à en croire
Thérésia : «Est-ce ma faute, dit-elle plus lard,
si ,IL Tallien est parti pour l'Egypte quand son
rôle le retenait à Paris? ... ,, Ces diables de
femmes! il faut qu'elles aient toujours raison .
Tallien comprit qu'en erl~t il arnit tort.
C'était évidemment sa faute si, pendant son
absence de trois ans, sa femme avait eu trois
accouchements ; sa faute encore s'il n'avait
pas, comme Ouvrard, une fortune de trente
ou quarante millions.... Pourquoi aussi
n'était-il pas reslé en l~g)'ple, ce gèneur? ...
Es~-ce que &lt;c rnn rôle ne l'y retenait pas? ... )l
Qui donc l'avait prié de revenir? ... Oh! ces
maris, ils n'en font jamais d'aulres !
L'avenir réservait à Tallien de plus grands
revers encore.
(A suivre.)

JOSEPH

TURQUAN.

�FR.ANÇOIS CASTANIÉ
"l'o

La généalogie de Guillaume II

l.'HISTOIRE VUE PAR LA POLICE

~

®

~

Les indiscrétions d'un Préfet de Police de Napoléon ~

'-"=

S. M. Guillaume 11, qui détient le record coup de temps à gravir les marches de l'autel quitta son mari - a,'ec le consentement de
dans une foule de domaines, est imbattable au pied duquel avait été bénie son union ce dernier - après la naissance de leur
sur le chapitre des connaissances gén&amp;1logi- avec Georges-Guillaume de Bru11swick-Zell- sixième enfant. Elle se retira au couvent des
ques, et
a gros à parier que nul souve- Lunebourg. Entrée en conversation avec ce Cisterciennes de Trehnitz, où elle mourut et
rain au monde ne possède sa filiation au point dernier en septembre 1665, elle ne devint fut inhumée (15 octobre 1245). Sa canonisaoù l'empereur d'Allemagne connaît la sienne son épouse que le 15 mai 1676, après la tion fut prononcée en 1267 par le pape Clémort de leur quatrième ftlle .... Ainsi qu'il a ment IV . Or, l'une de ses descendantes dipropre.
A M. Massenet, il disait un jour qu'il était été dit plus haut, Guillaume li cite assez vo- rectes, Sophie de Liegnitz, fille de Frédéric Il
fter de compter l'amiral de Coligny parmi ses lontiers saint Louis; ,mais il y a mieux: il se et de Sophie de Brandebourg-Anspach, ayant
ancêtres. Si l'entrevue avait duré un peu plus félicite de compter parmi ses ascendants une épousé en 1545 Jean-Georges l" de Brandebourg, devint ainsi la trisaïeule dt:: Frédériclongtemps, l'illustre compositeur se serait saùzte el un archevêque.
Guillaume I" de Brandebourg, dit le Grand
probablement vu énumérer les nombreux auÉlecteur.
tres ascendants français de !"empereur, noPar conséquent, l'affirmation de Guilli y a gros à parier que ces détails peu ortamment Claude, duc de Guise (le grand-père
laume
11 était parfaitement e1acte.
dinaires
seraient
demeurés
parfaitement
ignode Marie Stuart), saint Louis, etc.
Passons maintenant à l'aïeul-archevêque 2 •
li est certain qu'il descend de l'amiral de rés, si lui-même n'avait pas eu le soin d'y
En aussi peu de mots que possible, voici la
Colign)' : 1. 0 par ses ascendants paternels 1 ; faire allusion dans les circonstances que
chose :
2° par sa grand-mère, l'impératrice Augusta, voici:
Adolphe li, comte de la Marck, avait eu de
Aux manœurres de 1906 - exactement le
et 5° par sa propre mère, l'impératrice Fréson
mariage avec Marguerite de Clèves deux
22
septembre
il
passait
dans
une
petite
déric. Du fait de CPlte dernière, il possède,
en outre, les ancêtres français que ,·oici : localité de Ja Silésie, nommée Trebni!z. Con- fils, dont l'aîné, Engilbert, lui succéda en
1° ,Claude de Lorraine, duc de Guise, puis formément 11 !"mage, le curé se joignit aux J;;47. Le cadet, Adolphe (né en 1555), avait
d'Aumale; 2° Anloinelte de Vendôme; 5°Jean autorités venues pour saluer le monarque et été mis tout jeune dans les ordres. Il devint
de Bourbon, comte de la Marche, el. par lui : lui débiter un petit compliment. Le digne successivement évêque de Munster (l 558) et
4° saint Louis; 5° Alexandre Dexmier d'Ol- ecclêsiasJique faillit avoir une auaque d'apo- archevêque de Cologne (1565). En dépit de
breuse, gentilhomme poitevin; 6&lt;&gt; Nicolas plexie lorsque, répondant à &amp;on allocution, ce bel avancement, il jeta le froc aux orlies
en 1564, après la mort de son grand-oncle
Poussard, père de Jacqueline, épouse du pré- Guillaume li lui déclara ceci :
cédent. Tout naturellement, Guillaume ][
- ... . D'ailleurs, je tiens essentiellement Jean, comte de Clèves. A la suite de quoi, il
marque une certaine préférence pour ColignJ, à visiter votre ég1ise, car j'ai à réciter une entra en lutte contre deux autres prétendants
son coreligionnaire. Malgré cela, il ne lui dé- prière sur les tombes de mes ancêtres : sainte et finit par l'emporter sur eux. Le 21 décembre 1568, il entra en possession du
plait point de citer à l'occasion saint Louis, Hedwige et Henri Jer.
car, du même coup, il trouve l'occasion de
Dame, il faut remonter assez loin el c;om- comté; puis, en 1570, il épousa Marguerite,
rappeler à ses interlocuteurs (de leur appren- pulser des documents relalivement peu ac- fille de Gérard de Juliers, comte de Berg,
dre serait plus exact) que l'une de ses arrière· cessibles pour arri,,er à établir l'authenticité laquelle lui donna bon nombre d'enfants.
Parmi ceux-ci, Adolphe li, dit le Pmdenl,
grand'mères a été béatifiée.
de calte assertion.
Quant aux Poussard el aux Dexmier, il
Donc, Uedwige, fille de Oerlhold IV, comte comte de Clèves (devenû duc en 1417), lut le
n ·en parle que tout juste a·ssez pour montrer de Méran, née en 11711, mariée en 1186 avec trisaïeul de llarie-Éléonore de Gueldre, la·
qu'il ne les ignore pas. li est certain que la Henri l"· - dit le Barbu - duc de Silésie, quelle se maria, le U octobre 1575, à Kœnigsberg, aYec Albert-Frédéric, duc de Prusse.
fille d'Alexandre et de Jacqueline, demoiselle
'2. Ici la filiation élail plus difiicile à étaLlir que
De ce mariage naquit Anna, femme de
Éléonore Dexmier d'Olbreuse, avait mis beau- dans
le cas précéden~; mais il n\ avait pas à fl' C\1lcr, puisc1u·cn la recomtiluanl uiie occasion s'offrait
Jean-Sigismond, Électeur de Brandebourg, et
1. Les personnes désireuses de L"Olmailre à fonrl les de prouver, â la l1onle des mauvaises langues, ~ue
grand.père de Frédéric-Guillaume Jer, dit le
cc n'esl p.'.ls dans lu marine f'ran çoise seule que l on
détails ile celle gënêalogie les tron\•eronl. mus ma
Grand Électeur. C. q. f. d.
signalure, duus la //r l'lfe du lb octobre 1904.
ll'Ouve des pclils-fils d·archevêques.

a )'

•

BARON

HECIŒDORI\.

~e

0
La

Bibliothèque Historia ,, vient de s'en1 , non moins copieux.
que les précédents en révélations inédites, rectifiant sur nombre de points les témoignages
intéressés trop facilement admis comme vrais
par l'H istoire officielle.
Dans ks 111discrélions d'un Préfet de Police
de JVapolêon, que publie aujourd'hui M. FRA.Nço1s CASTAN1Ê, un haut fonctîonnaire de l'Empire,
u travaillant tous les jours avec Napoléon, le
retrouvant au Conseil d'État, mêli souvent à ses
entretiens&gt;), a librement notê tous les grands
ivênements auxquels, du Consulat à la Restauration, il lui fut donnê d'assister, comme aussi
les menus faits, gros de conséquences parfois,
qu'il vit se produire et qu'il suivit jusque dans
leurs ré.percussions les plus imprévues.
A ces lndi,crilions, nous empruntons lt chapitre qui a trait à l'arrestation, au jugement tt à l'exêcution du duc d'Enghien.
ti

richir d'un nouveau volume

Le Premier Consul s'était rendu,
le 12 mars, dans la soirée, à la
Malmaison. li était soucieux, inoccupé, perdant le temps. Son lmmeur était sombre. li éLait presque inabordable. Il ne causait à
personne, ne travaillait plus.
Le 15, jour de l'arrestation du
prinl:f, il fit annoncer à Réal la
capture de la baronne de Reich
à Offenburg et l'arrestation de
conspirateurs à Strasbourg. Il lui
fit dire encore qu'il paraissait certain que Dumouriez élait à I!;ttenbeim depuis un mois, et lui ordonna d'écrire à Caulaincourt de
preudre le duc ou Dumouriez,
de les expédier à Paris dans deux
mitures dillërentes, sofü bonne et
sûre gard~. En mème temps, il
lui enjoignait de faire venir le
commandant de Vincennes et de
lui demander des renseignements
sur la situation du cliàteau et
l'endroit où l'on pourrait mettre
des prisonniers. Dans la soirée, à
g heures, un courrier, parli de
Strasbourg la veille à 1 heure du
matin, arriva à ,la Malmaison et
annonça les préparatifs de l'expédition.
Ce soir-Hl, Talleyrand, dans un
bal à l'hôtel de Luynes, répondit à une dame
1. l ' flùtoire vue par la Police : Les lndiscrétio11s d"un P1·é(et de Police de 1Va11oléon, publiées
par FR.Al&lt;iÇ01s CAsTA'.\"1~. Un beau vol urne in•8° Ccu, avec
32 illustrations hot'S texte LirCes sur fond chine. Prix,
broché : 6 francs. Jules Tallandi cr, éditeur

VI 1. - H1sTORTA. - F'asc. 49.

qui lui demandait quel sort élait réservé au
prince :
Cl On le fusillera. ll
A Strasbourg, le 16, le duc est prévenu
qu'il va changer de logement, qu'il sera à la
pistole pour la nourriture, le bois et la lumière. JI reçoit la visite du général Leval,
accompagné du général fririon qui, avec
Ordencr, était venu l'eale\'er, après lui avoir
fait dire sous main, à temps-, de s'éJoigner
au plus vite. Leur abord est lrè~ froid. Il est
transféré dans un pavillon d'où il peut communiquer avec de Thumery, Jacques et
Schmitt par des dégagf'ments. Hais il ne peut
sortir; on lui annonce pourtant qu'il aura la

LE DUC o'ENGIIJEN.
"( Lo u 1s -A:-1TOl:-IE·HEllRI DE B 0 UR l!O N), !~ (n80,1 .

permission de se promener dans un petit jardin derrière son pavillon. Un ofûcier et douze
bommes gardent sa porte. Le matin, il écrit
à la princesse de l\ohan, il fait remeltre sa
lettre au général Leval. Il n'a pas de réponse
.-... 33

w-

et s'en allecte. Il écrit alors sur un carnet de
route :
&lt;&lt; Les précautions sont extrêmes de tous
C( cütés pour que je ne puisse communiquer
(( avec qui que ce soit. Si celte posiLion durf',
&lt;&lt; je crois &lt;1ue le désespoir s'emparera de
n moi. A quatre heures et demie, on vient
« visiter mes papiers que le colonel Charlot,
(! accompagné d'un commissaire de sûreté,
cc ouvre en ma présence. On les Lit superfi&lt;&lt; ciellement. On en fait des liasses séparéi s
C( et on me laisse entendre qu'ils vont être
« envoyés à Paris. li faudra donc languir des
C! semaines, peut-être des mois! Le chagrin
&lt;( augmente, plus je réOéchis à ma cruelle
&lt;( position. Je me couche à onze
C( heures ; je
suis excédé et ne
et peux dormir. »
Le 16, le Premier Consul apprit par le télégrapbe aérien l'arrestation du prince et son arrivée
à Strasbourg. II donna aussitôt
l'ordre de le tran~[érer à Paris.
Toujours affermi dans sa résolution, pour se garantir de toute influence et réfléchir avec calme sur
ses déterminations, il évitait de
s'arrêter dans le salon de Joséphine, il se renfermait dans son
appartement prh·é. et refusait de
répondre à sa femme, qui venait
quelquefois frapper inutilement à
sa porte. S,m Ira vail, sa correspondance, si aclive ordinairement,
étaient suspendus.
Le 17 mars, transféré à la citadelle de S rasbourg, le duc d'Enghienjoue aux cartes avec Scbmilt,
son aide de camp. Il s'inquiète de
ne pas recevoir de réponse à la
lettre qu'il a écrite à la princesse
de Rohan.
&lt;&lt;
Je tremble pour sa santé,
cc écrit-il. Je suis bien malheureux.
« On vient de me fairè signer Je
« procès-verbal de l'ouverture de
c( mes papiers. Je demande et ob(( tiens d'y ajouter une note ex plie&lt; cative, pour prouver que je n'ai
« jamais eu d'autres mtenlions
« que de servir et tle faire la
C! guerre. Le soir, on me dit que
« j'aurai la permission de me promener
cc dans le jardin, wème dans la cour, avec
r1 l'offh·ier de garde, ainsi que mes compa« gnons d'infortune, et que mes papiers sont
&lt;c paçtis pour Paris par courrier extraordi3

�IDtiT0'/{1.JI _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ____,
« naire. Je soupe et me couche plus con lent. •
.- Dans la journée, le com~andanl de _l_a
citadelle a annoncé au duc d Enghien qu 1I

a Dim~nche 18. - On vient m'enlever à
« une heure et demie du matin; on ne me
« laisse que le temps de m'habiller; j'em-

va plus loin encore : _il mêle à la con~pir~lion
des princes ... l'archiduc Charle• lm-meme,
l'ancien adversaire de Bonaparte en Italie! Il
demande à faire des perquisitions dans les
ambassades.
Alors Bonaparte se fàehe el ta~ce ,on beau[rère; il lui écrjt de ne pas se laisser amu~er
par de pareilles folies, de les rejeter bien lom,
et de ne pas souffrir que I on dise cela d~vant
lui. Il ne ,·eut même pas qu'il y ait la momd~e
surreillance autour des ambassades. El 1I
ajoute :
.
, Il n'y a pas d'autre _prin"': à Paris q~e
le- due d'Enghien, qm arrivera demam
(20 mars) à Vincennes. •
.
Ce même jour, le 19 mars, à dJI ?cures
du matin, arrive de Strasbourg un lro1s1ème
oourrier e1pédié le 17, à trois heures_ et
demie de l'après-midi : il apporle les papiers
du duc d'Eoghien que le commandant Chariol
et Je commissaire Popp ont remis, a,·ec un
procès-verbal, au général O~dener,
Le Premier Consul les hl 6évreusemenl;
il y remarque plusieur; pièces ca~ilal~s.
L'une entre autres, datée du i5 Janvier
1801,' esl la minute de la noie adressée par
le due à M. Stuart, chargé d'affaires de l'Angleterre à Vienne en l'absence de l'ambassadeur. Leduc commençait par dire qu'il s'élail
fixé sur le llbin dans l'.spoir d'événements
heureu1. Il rappelait qu'il avait déjà écril au
roi d'Angleterre pour lui demander à êlre
employé dans ses l~o~pes pendant le cours de
la guerre. Ayant ms1sté ~ d1ve~s_es. repra.ses
sans obtenir de réponse, 11 solhc1ta1l encore
« la gràcc d'être emplojé n'importe_ commenl où ni en quel grade contre ses 1mplacable; en~emis, les Franç:iis. ». Il demandait
à ètre autorisé à servir a,·cc sa solde anglaise
dans les armées des alliés de l'Angleterre, ou
à commander quelque corps de troupes auxiliaires où il pourrait placer quelques anciens
officiers de sa )é&lt;rion et les dé~erteurs français qui pourrai;nt venir le rej~i.ndre, son
séjour de deux a~s sur la ~ronuere de. ~a
France l'al'ant mis à porlee de pou,oir
compter sur ces déserteurs.
ffautres pièces prouvaient le .co~cert des
émigrés avec l'Angleterre, éta~l,ssa1enl que
le duc n'ignorait pas l~s men_ees de_ l)~ake,
ministre anglais i1 llumc!t, qu~ or_ga111~a1t ~~
complot à Paris; enfin 11 éla1t etahh qu 11
avait des affidés en Alsace, à Paris, à Brt'da
cl dans l'armée française en Hollande.
Le 20 mars Bonaparte ,·ient à Paris dans
la matinée. L~s Consuls arrêtent que le cid vant due d'Enuhicn, prJvenu. d'a,·oir porté
le: armes con\r; la Répuhlique, &lt;l'arnir été
et d'être encore à la sol&lt;le de l'Angleltrr&lt;, de
faire partie des complols. _tra_m_és par cel~e
puissance contre la sùrele mter1eure el exterieur~ de rÉtat, sera traduit devant une commis,ion militaire. Le mème jour, le général
Mural dési(fne les srpl membres de cette
commission° et prend des disposilions pour la
sûreté du prince, qui arrive par la ro~tc &lt;le
Meaux Pl voyage sous le nom d~ Plessis. I.e
commandant du cbàteau_ de _Vmcenn~s e~t
avisé de l'arrivée d'un pr1sonmcr dont 11 dmt
0

LA "!.\ISO~ HABITÉE PAR LE DCC o'EsGIIIEX A ETTE:-.illEDot.

aurait la libre disposition du jardin. Et le
prince, enchanté, a dit à Canone :
« Eh bien, c'est demain dimanche; nous
irons à la messe et lundi nous travail1erons ! »
Le Premier C.onsul, Yeou à Paris le
17 mars, reçul à quatre heures de l'aprèsmidi les rapports des généraux _Leval ;I
Ordener sur les opérations de la nml du la.
li prit la résolution de faire juJer le duc
d'Enghien par une haute cour martiale .et
désigna le colonel Préval, ?fficicr d'une distinction reconnue, pour en etre le rapporteu~.
Mural fil a1•p,•lcr cet o!ficier, lui dil qu''.I
s'anissail
d'un Bourbon pris en Jhgrant deO
lit et nomma le duc d'Enghicn. Le colonel
refusa en disant que son père et lui avaient
seni, ;vant la Révolution, au régiment d'Enghien.
.
Bonaparte dicta une nouvelle note rclattvc
aux looements vacants à \ïncenncs.
Le
à une heure du malin, on, rrap~e à
la porte de la chambre du due d Enghien'
qui dit à Canone :
.
« On Frappe à la porle, va ouvrir. )&gt;
Quatre hommes en\'eloppé:, de mante~ux
entrent. Ce sonl le commandant de la c1ladelle, le commandant Charlot, l"offimer de
(farde,
el le sous-officier l'fer~dorF.
0
(&lt; Monsieur le duc, dit Charlot, on vous
demande à Paris.
- Toul seul? demanda le prince. Ne
pourrais-je pr~ndre un de. m~s oHiciers ou
de mes domt"stlques au moins.
_ Je n'ai pas d'ordres là-dessus, Jl répond
Charlot.
L• prince s'habille, prend un paquet_ d_e
lingl", un peu d'argent et sa montre. Puis il
note sur son carnet :

t"s,

1c

brasse mes malheurcu:a: compagnons, mes
« gens; je pars seul avec deux officiers de
« gendarmerie et deux ~~ndarmes. Je lrom·c
(1 une ,·oit tire avec six dievaux de poste, sur
la place de l'é~lise. On me campe ded~ns.
" Le lieulenaot Petermann monte à côte de
(( moi; le maréchal des logis Pfersdorf sur
11 le siège; deux gendarmes,
un dedans,
(( l'autre dehors. )&gt;
llo1lof, le chien du prince, suit la voit~re,
au milieu de l'escorte de gendarmes &lt;1u1 se
relaient de deux en deux heures.
Quelques Alsaciens dévoués ~,·aient formé
le projet d'enlever le duc de vive force. à la
montée de la mon1a 11ne de Sa,·erne, qm est
très boisée, très raide°et bordée de précipices.
Le départ du prince les surprit vingt-quatre
heures trop tôt.
A Paris Bonaparte est informé par une
dépêche d~ départ du duc. li assiste ~ la
messe aux Tuileries (dimanche de la Pass10n)
et repart pour la ~lalmai~on l'après-~idi. En
route, Jo~éphine raconte a Mme dt! Remusat,
qui est montée dans sa voiture, que le. duc
d'Enobien a été arrêté près de la front,ère,
qu'ir°va être amené à •Paris et jugé. Mme de
Hémusat s'écrie :
« Quoi donc! Vous pemez qu'on le frra
mourir?
- Je le crains a, répond Jos,iphine.
Le bruit court plus fort que jamai; de la
présence d'un prince 13ou~bon dans la _v,I_I~.
.Murat, gom·crneur de Pam:, va plus 1~m.. ~l
désigne des princes et leurs retraites : 11, ecr1t
au Consul que le duc de Berry est cache chez
~I. de Cobenzl, ambassadeur de l'empereur
d'Allemagne, et le duc d'Orléans , cbez le
marquis de Gallo, ambassadeur de Naples. Il

.,

______________us

ignorer le nom et avec qui il communiquera
seul.
Ces ordres onl été dictés enlre quatre
heures el quatre heures el demie du soir : le
duc d'Enghien est déjà à Paris.
A trois heures de l'après-midi, il esl arrivé
à l'hôtel du minis1tre des Affaires éltangères,
rue du Bac.
Talleyrand, surpris, se rend aussitôt chez
Murat, gouverneur de Paris, pour ohlenir
l'autorfaation de faire diriger la berline du
prince sur Vincennes. Une heure plus lard,
le duc d'Enghien, qui n'est pas descendu de
voilure pendant l'absence de Talle)'rand, esl
conduit à Vincennes en suivant les boulevards
extérieurs. Il arrive au chàteau vers six heures
du soir. En enlranl au donjon, il dit, l'air
etfrayé :
« J'ai la chair &lt;le poule! »
Il est exténué de fatigue el n'a pas mangé
depuis vingt-six heures; il se laisse tombt'r
sur un lit dans l'apparlemenl de Hard, le
commandant du fort. On lui sert un repas;
en causant il d,t qu'il aime beaucoup la
chasse et que si le commandant veut bien le
laisser chasser avec lui, il engagera sa parole
d'honneur de ne pas s'évader. li parle du
grand Condé, son aïeul, qui a été prisonnier
aussi dans le donjon.
A la !lalmaison, le Premier Consul est informé de l'arrivée du due à Paris. Il dicte
une lettre pour Murat au sujet des dernières
dispositions à prendre : quarante gendarmes
d'élite et un piquet de soixante hommes d,s
différents corps de la garnison se rendront à
Vincennes sous la conduite de Sa\'ary. Mural
doit voir les membres de la commis:iion militaire et leur faire comprendre qu'il faut Ierminer cette nuil; et si la sentence, « comme
le Premier Consul ne peul en douter Jl, porte
condamnation à mort, elle doit être exécutée
sur-le-champ el le condamné enterré dans
une des cours du fort. c·est Sarnry qui porte
ces ordres à Mural, vt:rs six heurl's du soir.
A Maret, secrétaire d'État, qui se trouve à
la Malmaison, Bonaparte dicte une longue
lellre adressée à Iléal en !ni envoyant copie
de l'arrêté des Consuls. Il ordonne à Iléal de
se rendre sur-le-champ à \ïncennes et de
faire subir au prisonnier un interrogaroire,
dont les onze articles sont soigneusemE&gt;nl d1!taillés et expli(Jués, et dont les principaux
chefs d'accusation - particulièrement la demande de « servir contre les Français, ses
plus implacables ennemis &gt;&gt; doivent
entrainer une condamnation capitale. JI devra
en outre s'entendre .irec le capitaine-rapporteur du procès el le conduire à Vincennes
avec lui.
Depuis la veille, fléal était en possession
de Ioules les pièces du procès que le Consul
lui avait fait passer. llaret parlil de la liaimaison à sept heures du soir i il pouvait donc
êlre Jix heures, quand la lellre du Consul
rut remise che, Iléal.

A 10 heures du soir des délachemenls d'infanterie et quarante cavaliers de la gendarmerie d'élite, sous les ordres du général

JIYD1SC'lfÉTTOJYS D'UN 'P1t,'ÉFET DE 'Pouce DE 'NA'POL'ÉOJY - -..

Savary, aide de camp du Premier Consul,
occupaient le chàleau de Vincennes, ses avenues et ses environs.
La commission militaire était composée de
cinq colo·ncls commandant les régiments de
la garni-on de Paris, du général Hulin,
commandant des grenadiers à pied de la
garde consulaire, et du major de la gendarmerie d'élile Dautancourt, &lt;1ui faisait les
fonctions de rapporteur. Ils se réunirent au
châreau, vers onze heures. Le silence ayant
élé gardé sur le nom dn prévenu, c'est alors
seulement qu'ils apprirent qu'ils allaient
juger le duc d'Enghien. Tous ignoraient les
différentes circonstances de la :zrande conspiration, mais ils élairnt sous l'impression de
l'indignation générale qu'excitait sa découverte.
A minuit, le major Dauiancourt se rend
auprès du prince et procède à un premier
interrogatoire pour établir qu'il a émigré,
porté les armes c:mtre la France, est à la
solde de l'Angleterre, el fait partie des complols tramés par celle puissance. A la fin, le
duc demande, à être entendu par le Premier
Consul. Le major lui conseille d'écrire quel11ues
mots, au bas de son interrogatoire, pour solliciter une :rndiencP.. Le prince écrit alors
une note ainsi conçue :
« Avant de signer le présent procès-verbal, je Fais, avec imtance, la demande d'avoir
une audience particulière du Premier C.onsul.
Mon nom, mon rang, ma Façon de penser et
l'h(lrreur de ma situation mi_• font espérer
qu'il ne se refoscra pas à ma demande. Signe. L. A. H. de Bourbon. »
En attendant sa comparution de\·ant la

!one!, le duc d'Uzès, il l'avait vu à lloobeforl
en-Yveline,, près Bonnelles,
« Êtes-vous homme d'honneur, lui dit le
duc, et puis-je compter que vous remettrez
une lettre, celle tresse de cheveux et le journal de mon itinéraire, encore inachevé, à son
adresse?
- Je rnus le jure », répond l'oflicier.
!lais il y avait un témoin el, le dépdt remis, Noirol n'osa pas le garder el le porta à
son chef.
A une heure du matin, la commission militaire étant assemblée, le duc est conduit
devant elle. Dautanc,mrt lit l'inlerrogatoire;
le président lit l'arrèlé des Consuls et conslaie l'identité du prévenu.
Aux queslions 'f11i lui sont posées, le duc
répond (JU'il a fait Ioule la guerre contre la
République, qu'il est prêt à la faire de nouveau, et qu'il a désiré avoir du ser,·ice dans
la nouvelle guerre de l'Anglelerre contre la
France. Il reconnait être à la solde de l'Angleterre et en recevoir cent cinquante guinées
par mois. Le président lui dil qu'il doit avoir
eu connaissance d'un complot contre la personne du Premier Consul, le due répon~:
« J'ai soutenu les droits de ma famille.
lia naissance, mon rang, mon opinion me
rendenl à jamais l'ennemi de votre Gou"crncment. ,
On cherche à lui faire comprendre le danger de ses déclarations :
&lt;I Je \'Ois, dit-il, les intenlions honorables
dts membres de la commission ; mais je ne
peux me servir des mol·ens qu'ils m'offrent.,
On l'avertit que les commissions militaires
jugent sans appel; il répond « qu'il le sait

LE DUC o·E~GIIJF,',' : LECTURE or Jl:làE.\\ENT .\VA~T L'EXi'.:(TTIO'I,

comm1ss10n militaire, le duc cause a\'ec le
lieutenant de gendarmerie Noirot, qui lui dit
qu'étant, en 1789, à la campagne de son co-

et qu'il ne se dissimule pas le danger qu'il
court ».
Le président lui donne lecture de ses décla-

�.. -

msTO'l{l.ll

Réal Peri vit aussitôt au génPra1 Hulin pour
rations, le fait retirer, et fait évacuer la salle. Moylof, le chien russe, vint se jcler sur la
le
prier de lui lransmellre le jugement et les
tombe
de
son
maître.
A l'unanimité, le prince est condamné à mort
A cinq heures du matin, le p:énfral Savary inh•rro~atoires; n'ayant pas rPÇU de r~ponse,
pour a,·oir pris les armes contre la France et
sètre mis à la solde de l'Angleterre. li est rassembla ses hommes et reprit le chemin de il renouvela sa demande d'une manière plus
pressante. Le général envoya enfin lt's pièces
deux heures et demie du matin. Le général Paris.
du procès; la boude de clwveux,
Hulin ordonne aussitôt au rappor1'1tinêraire el uni:' lettre pour la
teur de faire ses diligences pour
princesse y étaient joints. Réal se
que le jugemenl de cpnclamnation
rendit à la Malmai,on.
soit ex~cuté. Le major DaulanSa,·ary y était arri\é Yers dix
court ordonne de réunir uu piquet
heures; il venail rl'ndre compte
d'exécution de seize gendarmes
de l'événement du malin. Il fut
à pied et .de faire charger les arintroduit aussitôt. Dè:- les premiers
mes; il, descendent dans les fossés
mots, le Premier Consul manifesta
et s'arrètenl à trois ou quatre pas
la
plus grande surprise. Il ne condu pavillon de la Heine. La nuit
Cl:'\'aÎt
pas pour4uoi on a\'ait juge'
est froide; il pleut. Au bout d'une
avant
l'arrivée
dt' Béal. Il me fiiair,
demi-heure, on dit aux gendarmes
a
dit
Savary,
a,'ec
d~s )'eux de lynx
qu'ils vont fusiller un conspiraet
disait:
teur qui ,·oulait rétablir les hor« li y a quelque chose là que
reurs de Rub~spierre et mellre tout
je
ne
comprends pas, Que la comà feu el à sang. Il va venir jusmission
ait prononcé sur l'a\'eu du
qu'à cinq pas d'eux . Le signal de
duc
d'EngbiC'n,
cela ne surprend
faire: Feu! sera donaé par un
pas .... Mais enfin, on n'a eu cet
officier qui enlèvera brusquement
aveu qu'en procédant au jugement
son chapeau. li fait si noir qu'on
qui ne devait avoir lieu qu'après
ne voit pas à un pas devant soi.
que Réal l'aurail inlt-·rrugé sur un
Un gendarme observe tout haut
pomt qu'il nons im11orte d'édairque l'épaisseur de la nuit ne percir
.. .. )&gt;
met pas de tirer; il lui est réEt
il répétait encore:
pondu qu'il y sera remédié. Cha«
li y a lt, quel4ue chose qui
cun se tait.
me surpass~ .... Voilà un crime, el
rendant ce temps le duc était
qui
ne mène à rien I J&gt;
couduit du logement du commanQuand il apprit que le prince
dant (au-dessus de la porte du
avait demandé à le voir, son étonBois) au pavillon du fioi, puis par
nement redoubla que l'on t-Ûl passé
des détours, à la tour da Diable,
outre. Puis il se tul longtemps et
où se trouve encore le seul escalier
MoYLOf'.
fit plusieurs !ours da11s sa biblioouvrant sur les fossés.
Ramené de Russie par le duc d'En~hien, il le suivit d'Ettènheim jusqu'au fossé
thèque, les mains croisét::s derrière
Vers trois heures du matin, au
de Vincennes, et fut recueilli parle marquis de Béthisy.
le dos, jusqu'à cc tiu'on annonçat
brait d'une !roupe qui approchait,
Réal. Il écouta ses explications,
le piquet se divisa en deux peloéchangea
quelques
mots avec lui et rt!tomba
A six heures, à la porte Sainte-Antoine, il
tons de huit hommes, toujours dans le plus
dans
sa
rêverie.
grand silence. Un officier de la gendarme- rencontra la voiture de Réal; le conseiller
La lecture du procès-verbal du jugemeul
rie d'élite, enveloppé d'un manteau, &lt;)'a• d'État, en grand uniforme, bas bleus et boufut
un nouveau sujet de pei11e pour lui; les
cles
aux
soulit"rs,
se
rendait
à
Vincennes
pour
vança; il était suivi du prince que l'on fit
arrêter à cinq pas au plus dt.!s gendarmes. interroger le prisonnier; il tenait à la main formes légales n'avaient pas été observées.
Cet officier lenait une lanterne sourde, Jour- les instructions dictées par le Premier Consul Les irrégularités et les omissions qu'il y renée du côlé du dur. Drrrière lui apparut une et remises chez lui la veille. 11 faisait roule marqua l'obligèrent à le [aire rédiger de
fosse rraîchement ou\'erte; le prince ne pou- du côté de Vincennes et avail l'air très pressé. nouveau. Quoique lt! Premier Consul ne mil
pas en doute que le duc d'Engbien ne fùt
&lt;f Et où allez-vous donc7 lui cria Savary
vait pas la ,·oir. L'officier, à la clarté de sa
condamné, il a\'ail dû laisser le jugement à
lanterne, lut au prince l'acte d'accusation nt en faisant arrêter sa voiture.
l'appréciation
de la commission militaire. Si,
- Je vais à Vincennes, répondit Tiéal, en
la sentence. Le condamné demanda à voir
comme
on
l'a
dit, la condamnation avait été
Bonaparle et à lui parler. L'officier lui ré- s'approchant, et j'y vais par ordre du Preimposée,
on
n'aurait
pas négligé d'instruire à
mier
Consul
pour
interroger
le
duc
d'Enghien.
pondit doucrment que cela ne se pom·ait pas.
l'arnn1:e
la
commission
des formalités pres- Que dites-vous 1 Le Prr1mC'r Consul ne
Alors le duc demanda à lui écrire; l'officier
crites
par
la
loi,
formalités
qui- se trouvèrrnt
opposa le même rdus. Enfin, il exprima le i:ait-il pas que le duc d'Enghien a dù être
ignorer
le
président,
les
juges,
le major rapdésir de mir un prêtre et de recevoir les se- jugé cette nuit 7 li vient d'être condamné et
porteu(.
On
peul
dire
que
le
jugement
fut
cours de la religion; il insista, disant que cxécurtS.
- Mais comment cela est•il possiLle 1 rendu sur un tambour. C'est un motif de
c'était l'aflaire J'une heure ou deux. L'oflirier,
d'une voix trisle, réponJit CfUe srs ordrrs élaient J'avais tant de 4uestions ~l faire au prince! plus de regretter l'incurie du président qui
Son interrogatoire pouvait découvrir lattl de ne crut pas devoir transmettre au Cmsul la
positifs. Et le prince, au désespoir, s'écria:
choses! Enc11re une affaire manquée el dans demande d'audience du duc; en quoi il se
et Combien il est affreux de périr Je b
laquelle 011 ne sau1·a. rien . Le Premier Consul fùt fait grand honneur et eût peut-être éparmain des Français! )l
gné au Premier Consul Je redoublement de
Dans l'instant, l'orficier saisit son chapeau sera furieux! D
Il~ rentrèrent à Paris. fléal ~rn1it attendu haines dont cet acte devint le prétexte.
et rn découvrit: huit coups de feu partirent.
D.rns le moment, Bonaparte parut comme
Le duc tomba foud,oyé et fut placé tout ha- toute la nuit le major Dautancourt à 11m il
billé dans la fosse préparée. L'ofticier ne sc devait remettre les pièces el qu'il devait con- allt'rré par ce concours de circon~tances adretira que lorsqu'elle fut comblée. A ce mo- duire à Vincennes. Mais Dautancourl n'avait verses. Tl écoula jusqu'au bout les explications de Réal; puis, sans un mot de désapment des aboiements lugubres relentirent et pas été prévenu .. ..

. ______________ L1;s

lNDlSCJfÉTIONS D'UN PH,,IffE.T DE PoLlCE DE NAPOLtON

VUE DES RE\IPARTS DE VINCENNES, LE21 MARS t&amp;q,A 4 HEURES ET DEMIE DU MATIN.
Dessin de L. RE:ilER.

--

.

�111STOR,.1.l!
probation ou d'acquiescement, il prit son chapeau et dit : c( C'est bien! &gt;J
On l'entendit monter lentement les marches
de l'escalier qui conduisait au petit appartement qu'il occupait au-dessus de sa bibliothèque; il s'y enferma et resta longtemps
sans reparaitre.

La conviction de ceux de ses intimes qui
suivaienl près de lui· la marche de ces événeuements si rapides, fut toujours que, satis-

fait de l'humiliation inOigée à ses ennemis, le
parti de la clémence l'eût emporté, si le prince
avait été-a1m•né devant lui. Le mal étant devenu sans remède, il acCf'pla hautement l'entière re~ponsabilité de l'acte; il se refusa à
dé~a\ouer tous ceux qui avaient trnu un rôle
dans cet évém•ment. li ne voulut mème pas
recevoir ou donner des explications sur les
motifs de l'arrivée trop tardive de néal à Vincennes. D'ailleurs comment ses ennemis auraient-ils arxueilli ces explications? ll 'prit
la fière résolution d'engager son enlière

A la nouvelle de l'événement de Vincennes,
la Rus~ie protesta contre la violation du droit
des gens et Ja cour prit le deuil du prince.
Talleyrand, qui avait donné un bal trois jours
après l'exécution, écrivit aux ambassadeurs
français qu'il fallait repousser avec moquerie
ces protestations, et Bonaparte dit publiquement qn'il ne supporterait pas la morgue et
les impertinences du Czar. Les journaux parisiens reprirent le récit de l'assassinat de
Paul Jer et accusèrent Alexandre de vivre au
milieu des assassins de son père.
Plus tard, à la paix de Tilsitt, en 1807,
Napoléon choisit intentionnellement pour amùassadeur à Pélersbourg Savary d'abord, puis
Caula.incourt, à cause de Jeur parlicipilation
à l'affaire du duc d'Engbien.

tait finir l'affaire de Périgueux, en exposa
sommairement, mais très vh ement l'objet.
Le comte de 1'oulouse l'appuya de ce ton
froid el d'indignation qu'un déni de justice
donne à un honnête homme. Tout le monde
tourna les yeux sur le duc de Noailles qui dit
en balbutiant que cette affaire exigeait beaucoup d'examen et que des ohjets plus importants l'avaient empêché d'y travailler. Le
comte de Toulouse el Saint-Simon répliquèrent qu'il n'y avait rien de si important que
d'éclaircir des accusations vraies ou fausses
qui depuis trois mois retenaient des citoiens
dans les fers. Le Régent ordonna donc au duc
de Noailles de rapporter celte affaire dans
huitaine. Noailles arriva huit jours après au
conseil avec un sac très plein. Saint-Simon
lui demanda si l'aOaire de Périgueux y était;
Noailles répondit avec humeur qu'elle était
prèle, qu'elle viendrait à son tour, et commença le rapport d'une autre, puis d'une
autre encore. A la fin de chaque rapporl,
Saint-Simon demandait toujours: fi:/ /'affaire
de /&gt;àiguc-ux? ,C'était un jour d'Opéra où le
Régent allait toujours en sortant du conseil;
et Noailles s'était flatté d'amuser le bureau
jusqu'à l'heure do spectacle et peul-être à la
fin de faire oublier Périgueux. Enfin, l'heure
de !'Opéra étant arrivée, Noailles dit qu'il ne
restait plus que l'affaire en question, mais
que le rapport en serait si long qu'il ne rnulail pas priver M. le Régent de son délassement et se mil tout de suite à serrer ses papiers. Saint-Simon, l'arrêtant par le bras et
s'adressant au Régent, lui dt'manda s'il se
souciait si furl de l'opéra, cl s'il n'y préférerait pas le plaisir de rendre ;ustice à des

malheureux qui l'imploraient. Le Régent se
rassit et consentit à entendre le rapport.
Noailles l'entàma donc, aYec une fureur
concentrée, mais Saint-Simon, qui était à
côté de lui, avait l'œil sur toutes les pièces,
les relisait après Noailles, et suivait le rapport avec la défianee la plus affichée et la
plus outrageante. L'affaire élait si criante
que Noailles conclut lui-même à l'élargissement des prisonniers, mais il voulut excuser
Courson el s'étendit sur les servires de IlasYille, son père. Le pétulant Saint-Simon l'interrompit en disant qu'il ne s'agissait pas du
mérite du père, mais de l'iniqui1é du fils,
et, en opinant, ajouta qu'il fallait dédommager les prisonniers aux dépens de Courson,
le cba~ser de l'intendance, et en faire une
ju:;tice si éclatante qu'elle senit d'exemple à
ses pareils. Le Régent dit qu'il se chargeait
du dédommagement, qu'il lavernil la tete à
Courson qui méritait pis, mais donl le père
méritait aussi des égards; qu'il cassait cependant les ordonnances de Courson avec défeme
de récidiver. Saint-Simon demanda que l'arrêt
fùt écrit à l'instant, n'osant pas, dit-il, s'en
fier à la mémoire du duc de Neail/es; et le
Régent l'ordonoa. Noailles, tremlilant de fureur, pouvait à peine tenir sa plume; SaiotSimon, pour le soulager, se mit à lui dicter.
Quand Noailles en fut à la cas~a1ion des ordonuances el à la défense de récidiver, il
s'arrèta : Pow·s11ivez donc, lui dit Saint-Simon, tel est l'arrêt. Noailles regarda tout le
conseil pour voir s'il n'y aurait point d'adoucissement. Saint-Simon interpella toule la
compagnie qui fut là-dessus d'un avis unanime; ainsi finît l'affaire de Périgueux.

1

Un déni de justice

Courson, intendant de .Bordeaux, élail le

fils de Lamoignon de Gasville, le despote du
Languedoc, et avait élé intendant de Rouen.
Le brigandage de ses secrétaires et l'arrogante prétention qu'il leur donnait avaient
pensé le faire lapider à nouen donl il élail
d'abord intendant. li fut obligé de s'enfuir el
le crédit de son père le fil passer à l'intendance de Guienne. L'esprit du despotisme
qu'il avait puisé chez son père, sans en avoir
Ja capacilé, le porta à imposer des taxes de
son autorité privée. La ville de Périgueux lui
porta ses pl 1intes et, pour réponse, il fit
mettre en prison les échevins. La ville envoya
des d~putés à la Cour réclamer contre la tyrannie; mais ils furent plus de deux mois à
assiéger le cabinet du duc de Noailles, sans
pouvoir passer l'antichambre. Ce ministre,
ami de Courson, voulait, à force de lougueurs,
relmterces malheureux.D'ailleurs, une maxime
des l)Tans et sous-tyrans est de donner toujours raison aux supérieurs. Par bonheur, le
comte de Toulouse, parfaitement bonnète
homme, entendit parler de !"affaire. li en
instruisit quelt1ues_membres du conseil de
régPnce et particulièrement le duc de SaintSimon, ennemi juré du duc de Noailles, et
qui meltait à tout la plus grande vivacité.
Le premier jour que le duc de Noailles
vinl rapporter au conseil de régence, le duc
de Saint-Simon lui demanda quand il comp-

qui se faisait en France sur celle affaire, il
rouvrit son testament et y ajoula une nouvelle proteslalion et l'affirmation absolue
que, dans le même cas, il agirait encore de

reI-ponsabilité, de tout assumer sur lui.
Toutefois, trois jours plus tard, le 24· mars,
ayant appris qu'on murmurait _beaucoup à
Paris, il se rendit au Conseil d'Elal et parla
des derniers érénemcnts. li prit de suite la
parole : « Que la France ne s'y trompe pas!
dit-il, elle n'aura ni paix ni repos jusqu'au
moment où le dernier individu de la race des
Bourbons ~era exterminé. J'en ai fait saisir
un à Ettenheim; quel droit des gens ont à réclamer ceux qui ont médité l'assassinat, ceux
qui l'ordonnent et le paient? Et l'on me parle
aujourd'hui d'asile! Quelle hadauderie! C'est
bien peu me connaitre. Ce n'est pas de l'eau
qui coule da11s mes veines, c'est du sang! li a
fallu faire voir aux Bourbons, au Cabinet de
Londres, à toutes les cours de l'Europe, que
ceci n'est pas un jeu d'enfant. 1)
li fit mieux: malgré les attaques les plus
furieuses et les cris de rage, il s'imposa à
lui-même le silence. A Sainte-llélène, deux
iours avant de mourir, sachant tout le bruit

...., 38

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,.L~.'[{-"~

~

FRANTZ FUNCK-BRENTANO

.,.

mème.

DUCLOS.

~

, .

L'Ajfaire du Collier
XXI'(

La Bastille (suite) .
.\ Versailles la cour était hostile à la
reine. La noblesse et le clergé poussaient des
cris ai;rns à propos de l'arrestation retentissante du 15 août et cropient devoir se solidariser avt&gt;c l'un de leurs principaux représrnlants. &lt;! A la ville, dit la Correspondance
secrète. on accusait Mme de la Motte et le
C:lrdînal; mais à la cour on accusait la reine. n
Enfin le Parlement!. entraîné par le jeune et
fougut&gt;ux Duval d'F:prémesnil, se prononçait
ouvertement en faveur de celui qu'on appela
immédiatement &lt;I une illustre victime )&gt; de
l'arbitraire royal et des infrigues ministérielles. L'arrestation du 15 août était proclamée un coup de force et une illégalit,:.
cc On se récriait contre un acte aussi absolu
de despotisme que l'était celui de l'enlèvement de S. E. le prince Louis de nohanGuéméné, queq uelques per~onnrs attrihuaient
à l'animadver:,Îon parliculière d'un ministre
empressé d'exercer sa vengeance 1 • &gt;J
!!me de la Motte arriva

a la

Bastille le

20 août, à quatre heures du matin. Avec la
Yivacité de son esprit elle avait dès le premier
moment bâti tout un système de défense,
unissant ses rancunes, ainsi qu'elle le fit
toute sa vie, à ce qu'elle croyait son intérêt.
On a dit sa rivalité avec Cagliostro. Elle n'avait
pas lardé à démêler que l'alchimiste la desservait dans l'e~prit du cardinal. D'autre part,
ce personnage étranger, parlant mal le français, bilarre d'allure, doublement suspect en
qualité d'ale bimiste et de franc-maçon, dépensant des revenus immenses dont per~onne
ne connaissait la source, et soupçonné de
pratiquer l'e::-pionnage, lui paraissait l'homme
à endosser les responsabilités. Elle le charo-ea
dès son premier inl errogatoire. Le 25 :loÛ.t,
Cagliostro et sa femme étaient embastillés.
cc Le. comte de Cagliostro, écrit Hardy, arrivé
depuis peu dans la capitale où il faisait étalage de prétendus secrets et d'un charlatanisme de nouveau genre, passant d'ailleurs
pour espion, vient d'è1re arrêté avec son
épouse soi•disaut maîtresse du cardinal. n
Mme de la Motte se montrait donc rassurée.
Son mari et Rétaux étant en fuite, il était
1. Gau:lle d'Amsterdam. 27 sept. 1785, conrirmêe
par !es ~lèmoires de lime C:ampar,.

difficile d'apporter contre elle un témoignage
probant. Le car~inal avait négocié directement . a,·ec !es JOailli"rs. La pii':ce si~née
n Mar1e-Antomette de France &gt;&gt; était tout enti~re de son écriture, hors la signature contrefaile par flétaux. C'est entre ses mains que
le collier avait été remis. Mme de la ]lotte ne
s'~larma que le jour où elle apprit qu'on faj.
sa1l chercber nétaux de Villette hors de
li'rance. Vergennes réclamait son extradition.
A celte nou\'elle elle vit l'urgence de faire se
sauver la d'Oliva. Si Ilétaux était sai~i il
pourrait indiquer le nom de la firrurante et
0
•
l'accord de leurs dépositions deviendrait
écrasant.

me relient captive et la même main qui me
frappe peut mettre vos jours en danger à
cause de la scène du Bosquet, si vous ne sortez de France. l) Nicole, effra)·ée, partit de
suile avec son amant, Toussaint de Beausire,
et gagna Bruxelles:;. Elle s'y installa sous le
nom de Mme Genest; mais la famille de
Rohan, qui mettait la plus grande ardeur à
-répandre toute la lumière possible sur l'instruction du procès, ne tarda pa~ à l'y retrom·er. L'abbé Georgel écrit à Vergennes
dès le 12 octobre 1785, au nom des princes
et princesses de l\obao, réclamant l'assistance du _ministre d~s Affaires étrangères
pour obtemr l'arrestation et l'extradition de
la fugitive. Vergennes s'empressa de rédiger
une dépêche sur ce sujet pour llirzinger,
chargé d'affaires du roi de France auprès du
L'extradition de la baronne d'Oliva gouvernement des Pays-Bas autric-hiens. Dam
et du chevalier de Villette'.
la nuil du 19 au 20 octobre 1785, la pauvre
petile Nicole fut arrêtée à Bruxelles avrc son
Du fond de la Bastille, Mme de la Molle ami et incarcérée dans la prison dite Treutrouva le moyen de faire tenir un avis il renberg. LPurs effets furent mis sous scellés.
Le comte de Belgioioso, ministre au gouvernf'ment des PaJs-Bas autrichiens et le conseiller au conseil privé, Reuss, s'étaient montrés et continuaient de se montrer d'une
complaisance surprenante. Nicole était donc
en prison; mais voici que rnrgit une difficulté. L'extradition était contraire aux privilèges du Brabant. Quel embarras! li se trouva
heurem:emf'nt un moyen de lever l'obstacle:
• Pour aplanir (ces difficullés) écrit le ministre des Affaires étrangères à l'abbé Georgel_ le 2_4, octobre, o? suggf're un expédient
qm a ete quelquefois employé avec succès.
Ce serait de déterminer ces prisonniers à demandtr f'Ux-mêmes leur translation pour
aller 1,e défendre en personne à Paris. l&gt; A
cette fin, il serait nécessaire d'envo)"er ~
BruxellPs une personne de confiance ou un
ins_pecteur de police hahile et expérimenté.
Th1roux de Crosne proposa ..J.'inspecteur des
mœurs Quidor, et celui-ci accepta Ja mission
d'aller démonlrer au lapin qu'il était de son
intérêt d'être mangé.
CHARLES DUVAL o'EPRfMESNIL.
Arrivant à Bruxelles, Quidor vit d'Oli\'a à
Gravure de LEvActti::z.
la prison Treurenberg. Mais il la lrouva rétive. Cette mauvaise petite tète n'était riPn
moins que disposée à réclamer elle-même
Nicole d'Oliva, rue Neuve-Saint-Augustin, où son extradition. Elle avait tout au contrairf'
celle-ci était allée demPurer depuis le 1er juil- introduit une requête au Conseil du Brabant
let. « Une calomnie atroce, lui mandait-elle, protes1.1ut contre son arrestation illégale et

xxrn

2. D'après les documl'nts conserves dans les A1·ch.
des Aff. llrang., !lém. cl doc . , France 1300 cl 1400.

_3._ L pmepo~t. pou~ Dru:i:cllc!l fut déli"ré p,,r te
rr,1mstè1~ deF Afü,ues clrangèrcs 1e ~5 H'Jll, J ,i&lt;5 .

�• - H1STO'J{1A
demandant - eùL-on imaginé cela? - sa
liberté. &lt;( Au premier coup d'œil, écrit Quidor, j'ai reconnu la demoiselle d'OHva pour
èlre inscrite chez moi depuis longtemps sous
le nom de Signy. Elle n'a jamais joué un
grand ràle, même comme fille galante. Je la
crois plus bête que coquine et méchante. n
Le comte de Belgioioso et le conseiller
Reuss, const&gt;iller au conseil privé de l'archiduchesse. continuèrent de prêter leurs bons
offices . Qnidor fut éloquent. Beausire faisait
tout ce que voulait sa mailresse et celle-ci
faisait tout ·ce que chacun voulait. Si bien
que les deux captifs finirent par rédiger le
mémoire qui suit :
La demoiselle )l:irie-~icole Le Gu:iv el le sieur
Beausire, arrèlCs en celle ville penda~,t la 11uit ùu

19 au 20 rle ce mois et dêtenus dt&gt;puis cc temps à
fa prison dite Treurenbcrg, ont l'honneur d'expoic1· très respectueust'ment à Son Excellence ~I. le

comte de Bel;!_ioioso que, ne connaissant pas le
genre de délit pom· lequel ils sont arrètés el leur
présence devenant absolu111ent nécc~saire ù Paris,
ils prennent la respcctueus&lt;1 liberte de supplier
Son Excellence de vouloir bien faire lever l'ordre
l'll îerlu duquel ils se lrouvl'nl détenus en ladite prison de Treurenbcrg et de leu!' accorder
leur liberté, que leur conduite à Bruxelles n'a pu
leur faire ôfer, déclarant au surplus renoncer formdlemcnt cl désavouer autant que besoin la requête présentée par ladite demoiselle l\icole Le
Guay, le 29 de cc mois, au Cunseil souverain du
13rabanl, i1 la charge du sieur Carton, lieutenant
&lt;le polit·c de celle ville, et s'en rapportant enliè1cmenl, pour la gdce 11u'ils sollicitent, aux bontés d'un mini!:tre aussi bienfaisant que celui dont
ils ont en celte ocrasîon sollicilé la justice et la
clemeoce. fait à Bruxelles, le 5 t octobre l i83 1 •

« En suite de quoi, poursuit Quidor, je
n'ai eu besoin que d'un peu de finesse et de
prudence pour sortir la d'Oliva et Beausire
des terres de l'Empire et _les amener à la
Daslille. »
Les malheureux jeunes gens se virent en
outre dépouillés de l'argent et des effets qu'ils
avaient emportés, &lt;1 J'ai, au surplus, autorisé,
écrit Vergennes à Breteuil, à acquitter les
ftais occasionnés par la détention des prisonniers à Bruxelles, à 1a déduction d'une
somme qui a été trouvée sur Beausire lors
de son arrE'station. JJ On ne se contentait pas
de faire solliciter par le lapin la faveur d'être
mangé, on lui faisait encore pa)'er la sauce.
Or Beausire était entièrement étranger à l'affaire du Collier, il n~ fut mème pas dans la
suite appelé devant le Parlement.
Restait à récompenser le comte de Belgioioso et le conseiller Reuss de leur bon
vouloir. Pour le conseiller au Conseil privé de
l'archiduchesse, Quidor propose crûment, dans
u11e lettre au minislre, de lui donner 50 louis.
Vergennes se dêriJa pour une tabatière en
or. &lt;( Vous voudrez bien, écrit-il au chargé
d'affaires J-lirzinger, témoigner ma sensibi1. Arclt. des Aff. élrnng., 11~m. cl doeum. ,
France l:'1!)9, 1' 273.
2. l.cllrc en date du 20 mars li86, adressée i,
Tronchin, minl,ti·c de la llépuhli&lt;pic de Gcnè\·c auprès du roi tic Fram·r, ('l communiquCc pal' celui-ci à
Ycrgr1_1nes, Arc/1. cles Aff. élrang:, llém. et docum.,
France 1400, f"' ti!)-74: cf. :iu St1Je l d,i relie lcllrc,
Bibl. 11af. , ms. Joly de Fleury 2U88, r• 23.t
0

"·------------------------------------ L' AFFJll~E
lité à cc sujet à M. de Reuss et l'engager à
accepter une tabatière que je vous envoie cijointe. Vous la lui remettrez de la part .du
roi comme une marque de salisfaction que
Sa Majesté ressent de sa conduite et de ses
bons offices. l)
Rétaux de Villette s'était réfugié à Genève
où il virnit caché sous le nom de Marc-Antoine Durand. Ce fut encore l'in!-ipecteur Quidor qui fut chargé de le découvrir. li obtint
des syndics l'ordre d'arrestation, laquelle se
fit le 15 mars 1786. Oans sa prison, à Genève, Rétaux rt&gt;ÇUt plu:-.ieurs fois la visite de
l'auditeur Bontems. Nous avons une relation
détaillée de Ja conversatwn que celui-ci eut
avec le prisonnier ainsi que des interrogatoires que les syndics avaient ordonnés.
Bontems était parvenu à gagner la confiance de Rétaux.
« Ma prison ~era-t-elle longue? demanda
CPJUÏ-Ci.
- Je l'ignore, répondait l'audileur, votre
élargissement ne dépend pas de moi.
- A Paris, le Parlement m'a-t-il décrété?
- Mais, comme vous a\·ez l'air inquiet,
disait Bontems, il semblerait que vous êtes
entré bien avant dans les intrigues de Mme de
la Moue?
- Il est permis de n'être pas tranquille,
lor~qu'on a compromis la reine dans sa personne et dans sa signature.
- Que dites-vous là, insista Ilontems.
Seri,z-vous impliqué dans ce qu'a fait la demoiselle d'Oliva? "
A ce nom, fiétaux eut un sursaut, suivi
d'un grand embarras.
« La d'Oliva serait-elle arrêtée?
- RIie est à la Bastille.
- M'a-t-elle nommé, le savez-vous? En
a-t-on parlé dans le public? Celle _fille seule
peut me compromettre, car je suis bien !:=Ùr
que Mme de la !lotte ne me nommera pas.
Mais si cette fille a parlé, je suis un homme
perdu'! »
Rétaux de Villetle fut écroué it la Bastille
le 20 mars 1786.

XXYIII
A la poursuite du comte de la Motte'
Nicole d'Oliva et Rétaux de Villette étant
arrêtés, il ne manquait plus que le comte de
la Molle pour que le Parlement eùt sous les
vt&gt;rrous de la Bastille tous les acteurs de l'intrigue. La capture du mari de !eanne devait
être de la plus grande importance, car ses
dépositions eussent contribué à mettre la vérité en pleine lumière. Aussi l'abbé Grorgel,
porte-parole des flohan, talonnait-il les miuistres, les pressant dcl faite leurs eOOrts
3. Documents contenus dans le. m&lt;1. )lém. et docum .•
France 1400, aux Arch. des AD'. élra11g. , en parliculièr le rapport 1ti juin HSti) (fo lïuspecleur Quidor
tf·• '.l26-227 ) ; - ra.ppol'l d·un nommê Le fü:l'cic1·
ragent de la police fran\·aisc j, puhl. par Peuch, l,
,\[/moires lfrés des Arcltivrs de la 1mlice, Ill, lil1ia; - lcll rcs de l111ha1~ i, Targel, Bibl. L'. de Par!·s,
ms. de la rCscrrn; - ,!eclaral1on sous sel'mt"nt fo1tc

pour parvenir à l'arreslation du fugitif; mais
l'extradition ne s'obtenait pas en Angleterre
comme en Belgique et en Suisse. Aucun pa)'S
ne se montrait plus jaloux de son droit
d'asile.
On eut tout à coup une lueur d'espoir. Le
comte d'AdhPmar, ambassadeur de France en
Anglelf'fre, venait de transmPltre à MarieAntoinetle une lettre datée d'Édimbourg du
20 mars 178G, signée d'un certain Fraeçois
Bénevent, dit Dacosta, ~ maître de langues
modernes n, qui s'offrait, moiennantfinances,
à livrer, non seulement La Motte, mais les
diamants dont il était porteur.
&lt;&lt; Ma situation, disait-il, m'oblige à un pas
auquel mon cœur répugne; mais si je sacrifie
le comte de la Moue-Valois, je ne fais que
donner une viclime à la justice en rf'Jevant
ma pauvre famille, pendant qne tant d'autres
devitinnent grands et riches en ne sacrifiant
que des innocents. »
Bref Bénevent offrait de livrer La Molle et
son trésor moyennant la somme dP 10 000 guinées qui représentaient plus de 260 000 franc,.
Vergennes rfpondit au comte d'Adhémar
en date du 4 avril : la reine elle-même lui
a,·ait remis la leltre de Béneveot; le roi consentait à ,·erser 1es JO 000 guinées demandées
&lt;'Ontre livraison du comte de la Motte :
1000 guinées seraient payables d'avance et,
pour le restant, toutes garanties seraient données jusqu'au moment du versement intégral
h eflectuer le jour où le comte serait remis
en lieu de sûreté, à Dunkerque, à Calais, à
Dieppe, au Havre, ou rn quelque ;iulre port
des côtes françaises. Le minü,tre recommandait cependant à l'ambassadeur de procéder
de façon qu'on ne pût présumer qu'il eùt autorisé l'enlèvement en Ang-leterred'un réfugié•.
Depuis son arrivf\e à Édimbourg, le comte
de la Motte et Georges, son domestique, prenaient leurs repas chez un CE'rlain Boile, qui
y tenait un établissement assez fréquenté.
Bénevenl Dacosta, italien d'origine, y Yenait
sou,,ent. C'était un vieillard de soixante-dix
ans, de belle figure, l'air ouvert et parlant
beaucoup.
« Vous devriez, dit Georges à son maitre,
faire venir cet homme ici sous prétexte de
vous pnfectionner daas la langue italienne.
Comme il fréquente les meilleures familles
de la ülle, il rntend raisonner sur l'alTaire
qui vous intéressE', et sous ce rapport il serait
possible qu'il vous fût utile. &gt;&gt;
Le comte ne tarda pas à comprendre qu'il
pouvait tirer du vieux professeur un parti
plus imµortant. Dacosla était marié à une
Française beaucoup plus jeune que lui. La
Motte vint demeurer avec eux. Il se donna
pour leur neveu, t:hacun le regarda C'Omme
tel, et il se trouva abrité de la sorte au sein
d'une famille dont il paraissait faire partie
intégrante et qui le garantissait contre les
le 5 avril 1786 par ~larle-Brnjamine Grillon, femme
de 8ént•\'Clll llacosla, pul&gt;l. daus les Mémoires du
comte de la Jlolle, Cd. J.acour, ·fl· 153-5:'I, cl d:ins la
rie de Jea1111e dt: Saint-1/émy, Il, ~80; Mémoire,;
du comte de la .l/o!le, dans lem doul&gt;lc rédaction:
l'une. publiée par l.ouis 1acvur (Paris 1H58); 1'11utre,
conscnèc aux Archivr.s 11ationales, P 67,0i, .\17271.
i-. Arclt, desAff. étra11g., France HOO, f" ~9-90.

DU COLLTE~ - -..

recherches toujours reduulées. Il ne pourait une Yille fort agréable, écrit-il, sur Ja Tine, il compromf'ttrait sa ,,ie sur le pavé de Paris,
plus èLre signalé que par Dacosta. li pap les à d"ux lieues de la mer : il y règne un grand tant que l'occasion se pré,enterait, mais qu'il
dettes du vieux ménage, lui fournit de l'ar- mouvement en raison de ses mines de connaissait le danger d'opérer en Angleterre
grnl, congédia l'interprète qu'il s'étail allaché charbon. &gt;J
et qu'il ne voulail pass'e.xposcr à être pendu. )l
et, meltant tuute sa confiance
L'amhassadeur s'efforça de le
en son hô1e, crut de ce jour
ra!SUrer, pui!:-, de commun acpom'oir viHef'n :-écurilé. Nous
cord avec d'Aragon, on précisa
venons de voir ce qu'il en adla ligne de conduite à suivre.
vint.
" Le capitaine (du cba,bonLe comte d'Adhémar fit ,anier), sous prétexte de chargevoir à Oacusla que s.a propomt'Ill de charbon qu'il fera
silion él~IÎl agréée. Le 7 avril
réellemPnl, s'informera des
1786 il eharg&lt;'a Sibille d'Arausages du p1,rt et assurera du
gou, son pr, niier secrétaire, de
cà:éde la mt1r tous ses mO)'f'ns
l'exécution du projet dont cede départ. Quand le terraiu à
lui-ci traça le plan. D'Aragon,
Shields aura été bien reconnu,
anci.. n olficier, qui avait scni
le capitaine et l'im-pecteur paren Amérique sous les ordres
tiront pour Uunkerque, où
de fiochamhPan, élait homme
l'inspeetPur trourera deux de
d'action. Bénevent obtiendrait
ses records qu'il embarquera
de la Molle qu'il quitlàt Édimtout de mite avec lui, sur le
bourg en lui persuadant qu'il
pdit bâtiment qui fera voile
n'y était plus t&gt;n sùrdé. Il se
pour Shit"Jck Le second inrendrait avec lui à Newcastle,
~pecteur de police resté à Lonsur la T1•ne, daus le Nor1humdres se rendra alors par terre
berland, d'où il ne serait pas
à Sbield~ avec M. d'Aragon.
difficile de faire venir le corole
L'on enverra chercher Bénevent
au port de Shit•lds. Deux in•
et font le monde se concertera
•
specteurs de police vrnus du
dans un lieu qui va ètre con(1,r. itn-v th:i,Q,.,j~,';_ ,k / J, ,t, .f,[;;u',111tl ,).( A.,,1.a,._ 11&lt; •
Paris à Londrt's et de LondrlS
venu au premier voyage dm..,,,i, fi,/.,.._'/._, ,1,,'.,,; ,.,.[;,,.,_, d./,._4,"')4,,/,{k
à Nrwcastle seconderaient l'lta1iné à la. reconnai:'lsance des
Jicn; d'autre p;irt, deux autrt&gt;s
lieux. &gt;&gt; .\ux inspecteurs cuxol'îiciers de police viendrait'nt
111êmes la réussite semhle à cc
jusqu'à Shield.,, par mrr, dans
momeut cert:iine. Dacosla est
un vaisst'au d1arbonuier, dont
appelé à Londres pour fixer
LETTRE ADRESSÉE PAR LE BARON DE BRETEUIL A ,'\[. DE LALNAY,
l'équipage, composé de cinq à
les derniers points. L'ambasGOUVER'-EliR DE LA BASTILLE, LE JOUR DE L'ARRESTATION DU CARDINAL DE ROHAN.
six hommes Sl'Ult&gt;menf, serait
s:ideur de France et rnn :-.ecréD'après l'original conserve à la Bibliothèque Je l',\i·senat.
d'un dé"ouement mis ù l'étaire eurent avec lui une conprPuve. Les mines de Xewft:rence dans un lîacre; mais il
castle étaic•nt en pleine actin'y avait pas de dame voilée.
vité et il DE' paraitrait pas surprenant qu'un
Le 50 avril, les inspecteurs Quidor et
Le mardi 16 mai. à l'entrée de la nuit, les
,·aisseau français vînt jusqu'à Shields pour y Grandmaison recevaiPot leurs pas.seports pour inspPcteur.s Quidor et Grandmaüon quittèrent
charger du charbon. Au moment voulu, Da- se rendre par le port de Oieppe à Londres. Le Londres en chaise de poste, accompagnés par
costa verserait un narcotique au comte de la 12 mai, l'inspecteur Sur!JOis, accompagné d'Ara/!on. Roulant nuit et jour, ils parvinrent
Motte. Assisté drs deux inspect.. urs venus de d'un ageut de la police nommé Chariot, rece- le jeudi soir i1 Neweastle. On était convenu
Paris:, il le roulerait tout endormi dans des vaient des passeports de leur côté: ils devaient d'un lit·u où Dacosta devait venir. D'Aragon
couvertures, le transporterait comme un frétt&gt;r le vaisseau charbonnier pour Shields. lui écri"it aussitôt, Pt comme l'ltalien ne parut
ballot jusque dans un canot arrivé à la côte, A (Juidor et à Grandmaison étaient assurées pas, il alla lui-mème le chP-rcher. ~lais nos
lequel, en peu de minutes, ahordt'rail le une somme de 50 000 livres et une pension compagnons le Lrouvèrent dans des disposivaisseau charbonnier slationnant en mer: et, en cas de réussite; 1,..s récompenses remises à tions toutes transformées. Il paraissait étonné,
voiles dehors, le vaisseau ci11glerait vers Ja Surbois et à Chariot ne devaient pas ètre infé- contrarié, fàché de voir arriver les inspecFranre. Complots de brigands : ils furent riPures. Un a dit que Bénevent recevait pour tPurs pour terminer une affaire qui, disait-il,
conçus le plus sériem:ement du monde par ,a part plus de 260000 livres. A ces chilTres n'était même pas commencée.
l'ambas~ade de France à Londres, en colla- on peul jugn de )'importance que la cour de
C( Vous auriei dù
Yous presser moins.
boration avec le ministère des Affaires étran- France attachait à faire paraitre devant le répondait-il à d'Aragon, e~ vous auriez reçu
gères et la lieu t,..nance générale de police à Paris. Par]t'meut tous ceux qui pouvaient faire con- ces jours-ci une 1~ure, parlie aujourd'hui,
L'ambassadeur estimait que le plan ne naître les dessous de l'affaire du Collier.
par laquelle je vous mande de venir pour
pouvait échouer.
Le 10 mai, d'Adhémar rend compte dans con&lt;'lure, si vous avez intention, les condiLe 20 avril t786, BéneYentécrivaitd'Édim- une It tlre à Vergt'nnrs de son tnlrevue a\'ec tions que Je vous avais proposées, et concerter
bourg à Sibille d'Aragon : cc Je vous ai pro- les inspecteurs Quidor f'l Grandmai.son arriléS ensuite les moyens d't.&gt;nlevrr le sieur de La
mis de vous annoncer notre départ pour à Londres. Le lieutena?Jt de police n'avait pas Moite ..Je n'ai point encore été à Shields :
Newcastle. J'ai donc l'honneur de vous dire fait connaître à Œ-S derniers, en leur donnant
« 1&lt;\ parce que le sieur de la Molle,
r1ue nous partirons dans le coura1,t de la se- leurs in~tructions au moment dt• leur départ, effrayé d'un paragraphe d'une gazelle d'Édimmaine, sans faute. )) Il ajoutait : (( Je ne l'objvt exact de leur mission. « L'un ùes deux bourg, où on assurait que de faux amis, qui
vous dirai rien &lt;ll's propos infàmes que la inspecteurs de police, écrit l'aruhassadeur, avaient su capter sa confiance, a"aient fait
~loue dit arnir été le11us par le cardinal au m'a montré assez de répugnance pour l'el:pé- marché pour le livrer à la Fiance, m'a obligé
sujet de fa réine : ils mot tels que ma plume dition dont il était chargé. li m'a dit à plu- de partir précipitamment;
refu~e de les tracer. J&gt; La .Molle ,,int à sieurs rt'prises qu'appuyé en France de l'auto&lt;1 2°, parêe qu'arrÎ\'é ici il a préféré y
Newcaslle où il se plut be.iucoup. C! C'est rité et ne craignant personne corps à corps, rester plutôt que d'aller i, Shields;

�_ _ filSTOR,.1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - « 3°, parce qu'avec un homme bourrelé
de remords. et dont tau tes les idées ,,ariPnt
à cha4ue instant, je ne peux pas mettre trop
d'adresse et de prudence dans la manière
d'insinuer le parti que je désire lui faire prendre, sans
lrop insislt•r d'abord, crainte
de faire naître des soupçons;
&lt;( 4°, parce qu'il faut plu,;
de temp~ que vous ne pensez
pour chercher et trouver une
maison telle que je la veux j
c&lt; 5°, parce qu'il mllurait
fallu 50 guinées pour loner

cette maison t-l la payer d'a-

.

tous les vaisseaux rnnt oblig-és d'entrer,
20 000 rrrntelols qui fourmi11ent sans ccsrn,
des wachmann placés pendant ]a nuit, de
cinquanlc pas en cinquante pas, dans toutes

de Londrrs pour éviter qu'une clôture trop
affichée ne nous rendit suspects.
« Mardi 30, ayant, par une lettre dont
copie est ci-jointe, reçu ordre de revenir en
Franrc, nous sommes partis
dans la nuit, et, arrirés à Ounkeni:uf', nous avons trouvé Surbois (lïnspeeteurqui avait fréré
le vaisseau charbonnier) dont
nous étions très inr1uiets. Nous
avons pris ensemble le chemin
f"u" 'Vou.:L. i)Î,,:, (9.' :l...,1•,•JV ;).tu: 111 ,11) 't:~••h'.,u )\ .._ ,.( ""-· ~
de Paris, désolés que noire zèle
C.o.-•)itdt.. fo. #"Y."''-'-&lt; ·Yu-t,.;."'", ~ t . .r"-.~:1-c,,,,i&lt;.a..
et notre dé\'Ouemeol aient été
sans ulilité'. D

•· •. ;'le,: f-; t.'i,~,; .. j11J111 '~ 11~111·:(
rance, 50 autres pour l'emXXI\
pletlc d,-,s mPubles, et que,
o;:-i .." tic. 111'1 J'
, •.lm, ~c, je.. J'ti(, (l);,h 'I" ·;( l'&lt;&gt;IIL .,;, ,
n'ayanl pas œtte ~omme, j'auLa fuite de Madame
&lt;Vf&lt;.JJnJ. ,..... Î{.. .:...,cl,t·M.-0:~:, &lt;'!) .J-1 J,tiulc, ,1,,~t,.-,
rais élé plus qu'indiscret de
de Courville
ÔcrÎL :ilo/t&gt;r,~,.._,dl,.,;._., &amp;., ,;. lv~•1-t., 1-:,&amp;.1
vouloir l'emprunter au sieur
de b !fotte;
El nous voyons rentrer en
C( 0°, enfin, que m'étant enscène Belle d'Êtienville et ses
gagé à le livrer el sachant que,
compagnons : autres bistoirt s
l'opération ne réussissant pas,
de brigands, de brigands d'Of~
je serai~, le premier, assommé
fenharh.
ou pendu. c't·sltt moi d"assurer
C'est le 15 aoùt que Mme de
le suc,·è~. et ,·ous auriez dù
la ~loue avait commencé à déattendre qui" je vofü eusse anménager ses nwubles de la
noncé la i·hose prête. »
rue Neure-Saint-Gilles. Le lenDans re sixième paragraphe
demain, d'ÉLienville prit la
Dacosta donriait le vrai molif
chaise pour Saint-Omer. Le 16,
de son revirt'mcnt : au moil arrive à Arras où il lrOU\'C
ment d'exécuter la trahison
la prétendue baronne de Cour~
qu'il avaiL pro1elée, la peur
ville qui s'était bà1ée de prenl'avait pris. Dans sa pensée de
dre la fuite de son côté. La
,,ieillard, l'épouv;mte avait rabaronne lui annonce que le
pidement grandi, si bien qu'il
cardinal YÎent d'être arrêté et
n'avait pa:- t;1rM à révéler au
mis à la Bastille. On s'étonna
comte de la !Hte lui-même
dans la suite que Mme de Courle projet qui avait été conçu :
ville eût pu savoir à Arras, dès
la M,,tle ne s'en était d'aille i6 août, que 11ohan avait
LETTRE DE CACHET, CONTRESIGNEE PAR LE BARON DE BRETEUIL, ORDON:\'ANT
leurs pas longuement indigné
été mis à la Ilastille, l'incarL'EMBASTILLE)IE;{T DE ;'\lADA.\IE DE LA MOTTE.
et nos deu '&lt; compères, marcération n·asant eu lieu que
chant à présent de concert, ne
D'aprês l'originai conserve J la bibliolhêque de l'Arsenal.
ce jour-là : il r~t plus que
cherchaieul plus qu'à soutirer
probable que d"Etienville el la
le plus d"argent possible aux
dame se sauvèrent dès qu'ils
envoyés du gouvernement françai~. De fait les rues, des hommes de garde sur chaque apprirent la lui te de lime dela !loue, el que,
Dacosta parvint à se faire verser par d'Aragon Yaisseau, un commis de la douane qui s'éla- devant les juges, d'l~lienville imagina ce déune somme de mille guinées (26 à 27 000 fr.). blit sur les vaisseaux étrangers, depuis leur tail, sans en calculer l'invraisemblance, pour
u Une heure après· (son entrevue avec
arrivée jusqu'à leur départ, pour empêcher ne pas indiquer le ,Tai morif de son départ.
d'Aragon), écrit le comle de la Motte 1, Costa la con1rebande, pas une ~cule maison isolée, En passant à Péronne, d'Étienville y avait
revint avt"C un air de jubilation, tenant à la et la rôle tellement dangereuse qu'il faut mis à la poste la lettre suivante pour le baron
main des billets de banque pour la rnleur de avoir recours à un pilote côtier pour échapper de Fages, qui la reçut le 17 août :
1000 guinét-s. )&gt;
au péril; ajoutez à cela que, depuis un temps
Eh! bien, )lonsieurlf' barou'? encore un retard
Quidor raconte la fin de l'odyssée :
infini, les vaisseaux français ont renoncé à
cc Ne ,oulant pas partir sans sa\'oir si du ces parages parce que ceux qui y hasardèrent pour moi. Je suis comme un fou d'un pareil évémoins l'ttaLli:-s,,ment pourraiL se faire à autrefois des chargements de charbon de nement, ,\ladame (tle Courville) me jure - et je
la crois -. qu'elle n'a point envie d, rompre,
Shields, ou s·y tsl lram,-orlé le lendemain terre en furent la dupe.
et m'offre, pour vous tranquilliser, de payer
(19 mai) avec le sieur Ilénment. Examen foit
C! Nous quittâmes tristement Bénevent, dit
10,000 livres. rous sarez qu'ell~s sont dnes à Vandu lociil lant externe qu'inlerne, la chme en terminant Quidor, pour reprendre la route cher et je ne puis, en les rece~·:mt, foire autrefut jugée impossiLle, Shields 11'est point un de Londres. Le lendemain (20 mai) nous ment que de les lui remettre. Voyez, consullezvillage, mais une ville, ou plurôt deux, si- renrlirnes compte à M. l'ambassadeur, qui votts, rêp ,n lez-moi sou~ l'enveloppe de Rose;;,
tuées à droite à gauche d'une rivière qui a jugea à propos de nous garder encore quel- m,1ison de "· Suin, boulP.1'ard des Gobelins. D'ason embouchure dans Ja mer. Les maisons y ques jours pour attendre l'dfet des promesses près votre leltre. JC saurai ce que je dois dire /1
sont amoncdt.&gt;es el les rues si étroites que du sieur Bénevl'nt, ainsi qne les ordres du Madame qui m'a enlevé comme un corps saint.
les croi::~s plongent les unes sur les autres. ministre, à qui il avait écrit, et il nous con- M. d'Albissy me f,iit des reproches. Je reçois les
deux lettres comme la voilure ét.iit à la porte. fo
Pas d'autrP. port que la rivière, dans la4uelle seilla de faire des courses dans 1es en\'irons profile du courrier, pour vous donnPr des 0011·
1. Confirmé par l'affidavit &lt;le Cc~jaminc Costa et
~- Arc/1. des Aff. élrang., Mêm. cl docum.,
3. Commis cmployC dans un bureau des /inancrs
O.

f

par le rapporl de lïnicpcctcur Quidor.

France 1400, f" 2'lt:i-2'17.

à Paris.

"--------------------------------vclles qui me perccnl le cœur. Demain je vou~
t;cri1-ai. J'aurai peut-être la Lèlc. un peu plus à
moi. Je suis pour la ,·ie votre dévoué serviteur.
1
D ÉTIF.1':VILLE 1•

de Saint-Omer délaissé à Arras par Ja baronne
de Courville, porté jusqu'à Saint-Omer, sa
patrie, où il sPjourna quelque temps, « éparn gnant à la plus tendre des mères la douleur
c&lt; d'apprendre une aussi cruelle aventure n,
de là gagnant Dunkerque &lt;c sans aucun pro« jet que d'y chercber le calme d'une vie
n ignorée D, r~ncontrant à Dunkerque le sieur
de Précourt et le baron de Fages, arrèté par
eux en vertu d'un ordre du roi {! qu'ils re~
f( fusent de lui montrer ».
Les trois compagnons s'étaient agréablement rencontrés à la comédie de Dunkerque,
où l'arrestation se fit &lt;&lt; amicalement &gt;J . C( Nous
vivons avec le sieur Belle d'Étienville,. écrit
Précourt à Vergennes après l'arrestation,
comme s'il était innocent, et nous le veillons
comme s'il était coupable. J'ai cru devoir
prendre ce tempérament pour éviter la longueur de la justice, les frais qui absorbent
tout et comme l'unique moyen d'en tirer le
meilleur parti 4 • 1&gt;
&lt;c On l'a vu, poursuit l'avocat de Loque et
Vaucher 1 - il s'agit de d'Étienville, - toujours rassuré sur son innocence, et pourtant

Les angoisses de Bette d'Étienville durent
redoubler quand Mme de Courville lui dit à
Arras : &lt;&lt; 11 faut quitter la France, nous réfugier à Londres : le cardinal est arrêté pour la
négociation d'un collier de diamants où il a
maladroitement compromis Je nom de la reine.
C'était pour fournir les 500 000 livres promises pour mon mariage. Les diama11ts que
vous m'avez vus provenaient du collier. /J La
baronne de Courville ne voit de salut que
dans la fuite. Elle presse d'Étienville de l'accompagner; mais celui-ci refuse : s'il part
on le croira coupable également. Son âme
est pure. li ne réclame que les 50 000 livres
montant du dédit. &lt;( La demande f'St ju:-te,
dit la dame, etje vous donnerai les 30 000 livres, à Saint-Omer, si vous m'accompagntz
jusque-là. i&gt; - &lt;1 Or \'Oilà qu'arrivés à l'endroit uù les chevaux de la diligence changent,
déclare d'Étie11ville, je vis la dame de Courville retournant vers Paris, accompagnée
d'un homme ,êtu d'une lévite bleue. Je
crus alors qu'elle était arrêtée et con~
tinuai ma routt' jusqu'à Sainl-Omer où
j'appris rff1·ctivement l'arrestation du
rardinalt. &gt;) Quand le baron de Fages
apprit la fuite de son ami, il se déclara
en proie à la plus grande stupéfaction.
Aussi agit-il sans larder. Il s'associa
un sien oncle, le comte Duhamel de Précourt, qui se présente ainsi au public:
C! J'ai l'honneur d"ètre colonel et chevalier de Saint-Louis; je me suis trouvé
dans deux combats sur mer, à trois
batailles, cinq sièges, plus de vingt
chocs ou rencontres, et j'ai fait toute
la dernière guerre civile en Pologne où
j'ai comma11dé. 1&gt; Cl Il s'ensuit, conclut le
Bacltaumont, 4ue c'est un aventurier,
mauvais sujet, que l'on ne doit point
s'étonner de trouver ici. ll Précourt,
qui s'était inslallé au Grand hôtel des
llilords, rue du !!ail, non loin du baron de Fages, avait été mêlé, lui aussi,
à l'intrigue de son neveu à qui il serr4it, avec dïttienville, de caution chez
les marcband.;. Le 19 aoùt, il oblient
du comte dl! Vergennes un sauf-conduit, une leltre de recommandation
pour M. Ilir..:inger, chargé d'affaires de
France à Bruxellfs, et un ordre du roi
pour arrêter d'~tienville 3 • Et, à leur
tour, Précourt et de Fagcs prennent la
diligence {Jour Sainl-Omer, afin de joindre le fugit,I. Le i6 septembre, ils le
trouvent à Dunkerque. L1 suite a été
résumée par l'avocat des joailliers Loque et Vauchcr, mettant entre ~nilleLE COMTE D' ADHËMAR, A..,IBA.SSADEUR A LONDRES.
mets les propres termes dont d'ÉtienD'aprês un dessin deC.r.PMONTnu:. (N1,ste Condt, Cha11/i/Iy.)
ville s'est scni dans ~a défense.
&lt;&lt; On a vu, disent-il~, ce bourgeois
1. Arclt. c/e, Aff. élrang., ~lém. et docum. 1
France 1590, f• 1'23.
.
2. Inlerr. Je llrlle d'Eliem·ille, 'IO janv. 1 i86,

AJ'Clt. ,iat., xi, B/1417.

\"oir aussi déclarnliom contenues dans le dossier

Target, Bibl. v.f:de Parh, ms. de la réser,·e.
3. A1·cl1.. des Aff. élra11g., ~lém. et docum., France
1;00, r• 124, nô".
4. Lettre du comte de Précourl a Yergenncs
d:itéc du 18 ~rpl. 1785, Arclt. des Aff. étro11g.:

se croyant perdu lorsqu'il voit une sentinelle
à sa porte; conduit de Dunkerque à Lille par
la diligence; arrêté à Lille par un de ses
créanciers, qui veut le faire meure en prison;
réclamé par le sieur de Précourt comme un
prisonnier d'État; déposé jusqu'au départ du
sieur de Précourt dans la tour de SaintPierrc, la prison militaire de la ,·ille, oil il
est appe1é Afonseigneur par deux femmes
détenues pour fraude au droit du tal,ac, évaluée à i-ix francs pour chacune; et ol1 &lt;( il
(( n'hésite pas à foire deux heureux en déli{( vrant ces deux femmes ll, ou&lt;( il oublie ses
cr maux pour partager leur joie )J, où «il remer·
&lt;1 cie le ciel de luîavoirdonné uneâmesen~ible. &gt;J
c&lt; On l'a vu passrr de la tour Saint-Pierre
au corps de garde de la porte des malades,
révollé de ce trailement, mais &lt;&lt; résigné ainsi
(( que l'agneau que l'on sacrifie &gt;&gt;.
« On l'a vn avec une forfanterie plus ridicule encore &lt;I fournir de sa bol!rse l'argent
« nécessaire aux personnes qui venaient l'ar(! rêter et payer les frais d'un voyage qui ne
&lt;( lui présentait que Ia perspective d'un avec( nir fort malheureux J&gt;, et l'on sait maintenant qu'il payail avec l'argent d'une
dame d'Aulun à laquelle il avait vendu
de faux sauf-conduits. 11
Détails confirmés par une lettre que
le prince de llobecq, commandant général de la Flandre et du Hainaut, écrit
de Lille à Vergennes, le 22 seµtembrc l 785•. Les créanciers de d"füienville avaient apposté des huissiers aux
portes de Îa ville 1 afin d'arrêter leur
débilcur au moment où il en sortirait. Les recors ne manquèrent pas
leur coup; mais Précourt de revendiquer avec énergie son prisonnier, en
verlu de l'ordre du roi délivré par Vergennes. Malheureusement la letlrf' en
était demeurée entre les mains du
chargé d'affaires à Bruxelles. Le débat
lu L porté devant le prince de 11obecq
quj résolut de garder l'objet du lilige,
d'Eliemille, en prison jusqu'à ce que
l'affaire fùt éclaircie. Finalement Hirzinger envop l'(( ordre du roi n. PrérourL l'emporta. " Eufin le voilà à
Versailles, toujours conduit et gardé
par le sieur de Précourt comme un
criminel.~Mais ici la scène change. Le
fugitif d'l•;tienville, poursuivi comme un
\'Oleur, arrêté par ordre du roi, et le
baron de Fages, qui se prétendait volé,
et le sieur de Précourt, porteur de
l'ordre prétendu, le coupable et les
deux satellites, si divisés jusqu'à présent, n'auront plus que le même intfrèt,
les mêmes alarmes : c'est un triumvirat dont d'Étienville devient le conseil et va diriger les démarches. l&gt;
Le comte de Précourt et le baron
de Fages arrivèrent le 28 septembre à Versailles, avec leur prison-

Mëmuires et documents, France 1390, folio IOI.
5. ûch. des Aff. élrr111g., l!,fém. et docum., France
1390, f•• 107-198. - Cf. Lettre du mtime au maréchal de Ségtn·, ministre de la guerre, iûid., folio

207.

�nier.

"--------------- ------------------ L'

'fflSTORJ.ll
XXX

PrJcourt se présenta à Vergennes.

cc Je ne peux, ni ne veux me mêler de
cette affaire, répm1dit le ministre des Affaires
étrangères. Vous êtes maintenant en France,
tous les tribunaux vous sont ouverts. Vous
pouvez vous y adresser, vous obtiendrez justice. n
Et le ministre insistait pour que Pr1:court
el de Fages menassent leur homme au lieutenant de police. Précourl se rérnlle. ffÉtien-

ville l'a suivi de bonne gràce : ce n'est pas
à la poli&lt;"e qu'il le linera. El il exposait à
d'Étienv1lle que Vergennes, qui connaissait
à présent les dépositions des prisonniers de
la Bastille, ne voulait pas compliquer le cas
du cardinal déjà extraordinairement complif]Ué, qu'il ne désirait pas qu'on poursuivit
l'affaire de la dame de Courville et qu'il
conseillait il d 'É1 ien ville de se réfugier dans
l'endos du Temple pour se mellre à l'abri
de ses créanciers. Ce qui fut fait. Et pour se
meltre à l'abri de ses créanciers également,
qui avaient obtenu contre lui une sentence
aux consuls 1 , le b1ron de Fagcs rejoint son
prisonnier. Dl~tienvîlle et de Fages, redevenus compères et compagnons, vivent deux
mois côte à côte dans l'enclos protecteur. Ils
font de&gt; démarches auprès du lieutenant de
police, auprès de la famille du cardinal de
Rohan, promettant à celui-ci une discrétion
absolue, voire des dépositions favorables,
moyennant Je légers secours. Ils apprennent
que la prétendue baronne de Courville est
réfugiée à Londres. Nonobstant celle cohabitition et cette intimité, de Fagcs continue de
porter plainte contre d 'Élicm•1lle, artifi, e
nécessaire à écarter d'eux l'accusation d'escroquerie, car on ne doit pas supposer qu'ils
aieal été d'accord pour duper les joailliers
el autres· fournisseurs . EnGn d'lttienville,
poursuivi pour affaire plus grave, IP.s faux
saur-conduits délivrés à la dame d'Autun, est
chassé de l'asile du Temple et cherche refuge
,, Saint-Jean de Lairan . Le 22 décembre 1785,
il est écroué au Grand Chàtelet.

Aux accusés on réunit tous lt&gt;s témoins
qui parurent utiles : la comtesse de Cagliostro, Ume dt! la Tour et Harie-Jeanne, la jeune
lillc e,core innocente qui avait vu la reine
dam un bocal plein d'eau; Rosalie, la soul&gt;relle; le baron de Plantai Me Laporte, qui
amil parlé à Mme de la Molle du collier;
Grenier, l'orfèvre; Du Cluse!, premier commis de la Marine, et Claude Cerral, dil l'llalien, qui avaient négori4 des bous de finance
1rue les La lloue disaient tenir du cardinal,
enfin Toussaint de Beausirc. arrêté à Bruxelles
avec sa maitres~e, Nicole d'Oliva. Tous furent
logés à la Bastille.
I. Letlre dr, Fagcs â \'crirenn('s rlu 26 févr. 1786,
Arclt. deR Aff. étrang., )lem. cl docum ., France
(400, fu 38 ,· 0 •
•
~t Sapoléon disait â Sarnle-llélirne : « La reine
élait innocente cl, pour donner une plus grande publicitC à son innoccucc; elle voulut que le Par!Pmcnt
jugcàL l,c rè~ullat ftll que l'on crut que la reine élaîl
coupable et cela jeta du discrédit sur la cour. ~ Xapolèon estimait que le devoir de Louis XVI cùl été de
régler l',1l1'airc de son autorité. Gênéral Gourgaud.
3ai11le-f/éh1e. !, ;:;98.
3. lie Tliilorie1 pour Cagliostro, p. 40. li" (l]ondcl,

Les préliminaires du jugement
Voici donc, à l'excepticin du corole de la
Motte, tout notre monde sous les verrous du
roi. Louis XH uffrit au cardinal de s'en rapparier, soiL à la décision de son souverain,
soit au jugement du PJrlement.
Rohan choisit le Parlcmeal par la lellre
qui suit :
Si1·c,
J'ei-pérais par la confrontalion acqué1·ir des
preuves qui aun1ient convaincu Yotre ~J.ijeslé de
la ceflilude de la fraude dont j'ai été I,~ jouet et
alor5; je n'aur.iis amhit.ionné d'autrt:s juges que
votre justice el 1'ulre bonté. Le refus de confronta lion nie p!'lvanl (1,. cette espérance, j'accepte
:nec la plus respectueuse reconnaissauce la Jl"rmis~ion que \'otre )lajes1é me ilonne de prouver
mon i11110c,·nce par les formes juridiques el, en
consé&lt;jUCnce, je supplie Yolrc ~l:ljesté de rlonnet·
les ordres nCcess;1ires pour que mon affaire soil
renvoyée et attriLuée au Parlemcnl de Paris, les
Chambres assemblées.
Cependant, si je pouvais c~pércr &lt;JUC les édaircissemcnls qu'on a pu prendre, et que j'ignore,
eusseol conduit Votre Majesté it juger que je ne
suis coupable que d'avoir été trompé, j'oserais
alors vous supplier, Sire, de prononcer selon
votre ju-ticc et votre bonté. Mc, parents, pénélrés
des tuèmcs sentiments que moi, ont signé.
Je suis avec le plus profond respect, elc.
Signé : L~; C.\lllll~At m; ROHAN,
flE llOIJAX) l'fll~CE OE MO~TB!.ZOX,
PI\IXCE DE llOIIAN, AJ\CHKVÈQfü; OE CAJIB!l. \l,

1..-~J. l'l"\l:iCF. OE SOCO/SE.

Les historiens ne paraissent pas avoir
connu l'original de &lt;'elle lettre et l'apprécient
tous d'une manière inexacte, d'après les·
commentaires qui en furent donnés. En réalité Rohan !SC soumettait au jugement du roi
dans le cas où celui-ci t'estimerait innocent.
Mais Louis XVI, in0uencé par Marie-Aatoinelte, persistait à le juger coupable. Rohan
fut donc remoyé dcva,1t le Parlement. Les
lettres patentes en furent données à SaintCloud le 5 septembre et enregistrées le 6 septembre, la Grand'Cbambre el la Tournelle
assemblées.
Louis XVI commeltaiL ainsi une seconde
faute non moins grave que la prt&gt;mièrc. Le
roi était déjà troublé par les idées qui ont fait
la Révolu1ion. li avait entre les mains un
instrumenl qui était, en la circonstance,
men·eilleusemenl adapté à l'objet pour lequel
il érait fait: ks tertres de cachet. De par la
coutume et de par 1a loi, le "!&gt;Î étail le premier, et, s'il le rnulait, le seul juge de ses
sujets. Le Parlement ne jugeait qu'en vertu
d'une délêgalion du pou\'Oir judiciaire dont
le roi était l'unique source dans le royaume.
~t Louis XVI s'en va confier à cetle assemblée, qui n'exerce la justice que parce qu'il
lui en a délégué le pouvoir, une cafüe oll
pour ~icole

d'Olira,

s'exprime de même:

« Cc procès

trop t·êlèbre qui fixe eu ce moment les r,'ga:-ds rlc
Ioule la France, clc lou\e l'Europe .... " llardy dit
dans son Journal, â la date du 6 sepl. 1 i85 ; « Cc procès qui fixe actuellement l'allenlion non seu!em,,nt de

la France entiCre, mais de taule l'Europe. • -

Dans la

l'honneur de sa femme et celui de sa couronne sont immédiatement intéressés. La
scène du Bosquet, à eile seule, où la dignité
et la vertu de la reine étaient outragées, l'auLorisait à faire lui-même safonclion de juge 1 •
El le Parlement, avec l'e;prit qui animait
la majorité de ses membres, ne désira immédiatement qu'une chose, humilier la couronne; ensuite, atteindre &lt;c l'arbitraire ministériel u. Le comte de la Molle écrira
lui-même : {C Il est certain qu'une partie de
la magistrature, préludant, dès ce moment,
à la résisLaiice ~u'elle opposera biealôt à l'autorité royale, cherchait moins à préparer un
triomphe au cardinal qu'une humiliation
pour la cour "· Jusqu'à l'abbé George! qui
doit en convenir. Il désigne ceux des magistrats qui ser\'aient le cardinal, ci non pas
avec cet inlérêt calme et scrupul~ux qu'un
juge équitable accorde à l'accusé, mais avec
Ioule l'ardeur de l'esprit de parti"·
Les mœurs du temps donnaient aux procès
un retentissement extrême. Les mémoires et .
plaidoyers des avocats étaient imprimés, distribués à profusion, vendus à milliers d'exemplaires. Pendant des mois, la réputation, la
vertu, jusqu'à la probité de la reine seront
en discussion, non seulement en France, mais
dans toute l'Europe. Le roi ne soumettait au
Parlement que la seule escroquerie du collier
et la falsification de la signature de la reine.
Le cardinal en est innocent, et, fatalement,
cette innocence dPviendra un coup mortel à
la rPputation de Marie-Antoinette. C'est ainsi
que, par l'ampleur des intérêts engagés, ce
procès, selon l'obser\'alion de Mirabeau, devint l'alTaire la plus sérieuse de tout le
royaume. Et les avocat~, rédigeant leurs mémoires, pourront dire: c&lt; L'Europe entière a
les ~eux 0U\'erts sur ce procès fameux s: les
plus légères circonstances deviennent l'aliment de la curiosité universelle. &gt;)
Le Premier Présidentd'Aligre désigna pour
commissaires rapporteurs Maximilien-Pierre
Titon de Villotran el Jeaa-Pierre Du Puis de
~farcé, l'un el l'autre conseillers en la Grand'Chambre. Le premier, orateur brillant, avait
le don d'expédier rapidement les affaires,
qu'il rendait lucides par son charme. Il avait
la réputation d'amener toujours ses collègues
à son opinion. Le second avait pour caractéristique d'ètre &lt;&lt; l'ami de tout le monde n.
On trouve le portrait de ce dernier dans les
notes manuscrites de Target : « Il est au fond
bon homme, humain, point intrigant; mais
bien lent et se laissant aller aux impulsions:
point d'esprit, parlant mal, mais doux, honnête et bon. Il plait à ses confrères el dans
le monde par ses qualités. li n'est point fort
occupé d'ambition, ni de considération dans
sa compagnie, parce qu'il a le jugement de
sentir qu'il n'en a pas les mo1ens. » Du
Puis de Marcé fut chargé des confrontations
et Ti ton du rapport général sur l'affaire 4 •
Ga:.elte de Leyde du 'l8 juin: o. Celle gr:rnclè piCCC
qui, par son intrigue, tie11t l'Europe attcnli\·c à son dé-

noul'mcnt. »
4. Tilon de Villotran fut condamnidt mort le 26 prairial an li, et du 11uis de llarcl! le 1• floreal de la même
année.
0

Le procès fut conduit tout entier de la
manière la plus régulière. Un décret du roi
tra_nsforma à cette occasion la Bastille, prison
d'Etat, en prison judiciaire sur laquelle le
Parlement eut la direction touchant le~
prisonniers mêlés i1 l'affaire du Collier 1 ,
'foutes les pièces de la procédure sont
entières et portent la signature des accusés et des témoins. Les procès-verbaux sont entiers, sans lacunes. Aucun
détail de la procédur~ ne fut tenu secret. Les accusés ont tous été confrontés entre eux . Ils communiquai,~nt
librement a,·ec leurs arncats et leur
fou~nissaient tous les renseignements
qu'ils croyaient utiles à leur déîense. La
Gazelle de Leyde rendait compte des
moindres incid~nts. Les Parisit"ns étaient
au courant, jour par jour, de ce qui
se passait à la Bastille. On peul même
dire que, pendant l'instruction, les dimlgations forent très nombreuses et
parfois d'un caractère scandaleux. Aujourd'hui, aucune instruction judiciaire
ne laisserait aux accusés une semblable
liberté.
L'opinion publique exerçait déjà uae
grande influence sur les jugements
mêmes des plus hauts magistrats . L'un
des rapporteurs au Parlement dit dans
un !fémoire au Procureur général : « Si
l'on fait attention enoore à l'opinion publique el à l'influence qu'elle a sur
les jugements : elle les prépare! JL
Or, au début, cette opinion était loin
d'être favorable à Rohan: Cf Personne n'accorde
estime ai iatérêl à !f. le cardinal de Rohaa,..
victime d'une femme avec laquelle il ne rougissait pas de vivre 3 J&gt;. Hais les appréciations
ne tardèrent pas à se retourner.
« On n'y voyait plus, diL llardy, qu'une
1-mtreprise inconsidérée du rninislère, telle
que celle d'avoir fait mettre si indûment au
mois de mars dernier le sieur Caron de
Beaumarchais à Saint-Lazare, avec cette différence qu'il s'agissait d'un personnage de
toute autre importance. 1) Les femmes se déclaraient en faveur de la Belle &amp;minence.
Des rubans mi-partie rouges et jaunes se
mirent à la mode. Cette parure s'appela:
&lt;f Cardinal sur la paille J&gt;. On a vu commeul,
lors de rnn arrestation, Bohan arnit pu envoyer à l'abbé George! l'ordre de brûler la
prétendue correspondance de la reine: c&lt; Les
grandes dames de la Cour, lisons-nous dans
le Jou,·nal de Hardy, prenaient avec la plus
grande chaleur la défense du cardinal, tant
elles étaient touchées el reconnaissantes de la
délicatesse qu'il avait montrée, dans les premiers moments de sa détention, en chargeant le sieur abbé George!, son homme de
confiance, d'anéantir ou de mettre à couvert
généralement toutes les pièces qui auraient
pu déceler ses agréables correspondances avec
nombre d'entre elles. »
1. Pour C'C qui louche à la direclion de la procédure,
les mss Joly de Fleury 2088-2089 de la Bibl. nal. conlienneut des documents importanls.
2. Bibl, nal., ms. Jolr de Flrury 20EIS, f fi8.
;:;. Ibid.
.
0

A l'instruction, Mme de la Moite fit une
défense étonnante de présence d'esprit et
d'énergie. Durant celle procédure de plusieurs mois, où c1le fut presque journelle-

.,

Jlrr.1!11(E DU COLL1E1( _

,

tiroirs; à Mlle d'Oliva elle reprochait ses
mœurs el ses propos inconvPnants; à Cagliostro elle jetait à la figure un chandelier
de bronze, et lui rappelait avec des éclats de
rire comment il la nonimait &lt;c sa cygne » et cc sa colombe n, awc toutes
sortes de roucoulemenL,;. Caµliostro répondait en le\'ant vers lt-&gt;s solh es du plafond un regard inspirf', avec dè grands
gestes, inondant la malheurt'use comtesse d'un flux de paroles f•ÎI rercnaien l
le nom de Dieu et une foule d'npre~sions
arabes, italienues, &lt;'l de grands IPOL!-l
sonores n'appartenant à aucune langue.
Une scène terrible fut la confront.i•
lion du 12 avril à la d'IJliva el à \'illette.
Pressée par leurs déclar:,tions concordantes, Jeanne dut fi11al1•ment avouer
la scène du Bosquet. Jusqu'alors elle
l'avait obstinément niE'e; mais l'avC'u
ne sortit qu'après
mille cris de raJTe et
.
des contorsions, au buul desquels elle
eut un évanouis:emt'nt. On courut chercher du vinaigre. Saint-Jean, porte-clef
de la Bastille, la prit enfia dans srs
liras pour la porter dans sa I hambre.
Mais à peine l'eut-il saisie, que, revenant à elle, Jeanne le mordit dans le
cou jusqu'au sang. Saiai-Jean poussa
un cri et la laissa lomber 4 •
Cagliostro se distinµua particuliérement dans sa confrontation à Ilélaux de Villelle. « Ce fut alors, écritil lui-même, que je lui fis pendant
une heure et demie un sermon pour
lui faire connaître 11~ dernir d'un homme
d'honneur, le pouvoir de la Proridence et
l'amour de son prochain. Je lui fis espérer
ensuite la clémence de Dieu et du gouvernement. Enfin mon discours fut si loo(J" et si
fort que je restai sans pouvoir parlf'r "davantage. Le rapporteur du Parlement en fut si
louché et si allendri qu'il dit à Villeue qu'il
fa1lait qu'il fùt nn monstre s'il n'en était pas
pénétré, parce que je lui avais parlé en frère,
en homme plein de religion et de morale, et
que tout ce que je venais de dire était un
discours céleste. Am•si Rétaux ne tarda-l-il
pas à Mclari r C( que la femme la Moue était
C( une intrigante et une menteuse inconcevable, que lui-même, à présent que tout
t( était découverl, n'y pouvait rien compren(( dre lJ, et dit-il cela« avec des étouffements
n et un maintien si pénétré que tous ses
mouvements eussent ajoulé aux preuves
C! s'il eût été posi::ible 5 )J. ~lais à ces mouvemen1s d'exaltation succédaient, quand Cagliostro se retrouvait seul dans sa chambre,
des moments de pro~tration et de découragement qui allèr&lt; ntjul-4u'à inr1u1étcr le gouverneur de la Bastille. Celui-ci eri" écrivit au
lieutenant de police, qui ordonna de mettre
au~rès de lui. un cc bas-officier /J pour lui
temr compagme et c&lt; prévenir les effets du
dése~poir 6 )l.
1

.

,.
,JJ.V '~4-!Y-,

ment sur la rnllette, elle ne se découragea
pas un instant. Elle tiat tête à tous les témoins. Au moment où elle voyail son système
de défense ruiné, aussitàt, en un clin d'œil,
elle en construisait un autre devant les juges,
avec Jes circonslances IPs plus précises. Si on
demandait une preuve de ce qu'elle avançait:
immédiatement elle ritait deux, !rois, plusieurs faits, inventés, pour appuyer ce- qu'elle
avait affirm~, et, à ces faits nouveaux, donnait sur-le-champ d'autres faits pour preuve,
non moins imaginaires, si l'ombre d'un doute
lui paraissait demeurer dans l'esprit du magistrat. Au cardinal, qui l'accusait en lui
demandant d'ol1 lui était venu subitement
tant d'argent, elle répondait qu'il le savait
mieux que personne puisqu'elle était sa maitresse et 4uïl l'entretenait; au baron de
Planta, de qui les dépositions vigoureuses et
précises la frapp:iitnt comme des coups de
marteau, elle déclarait que c'était impudence
à lui d'oser parler contre elle après avoir
voulu la violer; au Père Loth, naguère son
homme de conflauce c•t qui, partie par gratitude pour Bohan auquel il devait d'avoif
prêché de\'ant le roi, partie par rancune
contre Villelle, qui l'avait supplanté dans
l'esprit de la comlesse, racontait tout, t·lle
disait qu'il ftait un moine crapuleux, amenant des filles à son mari et volant dans ses
4. Gaz.elle de Leyde, 14 a1Til '1786; Journal de
llardy, Bibl 11at., ms. franç. 6685, p. 51 i (26 mars
1786) ; George!, li, 186-87; Jïe de Jea1111ede Sain(Rtmy, 11, 39.
5 Noies Target, Bibl. v. de Pan.~, ms. de la ré~crvc.

6. 1/85, 2~ :rnùt. t D'après ce que rnus m'avez
m~rque, l1011s1eur, de l'état de M. de C11glîostro, cl
pu_1sc1ue \'0'.1s croyez ~om'~naLle de placer u11 garde aup~cs de; lui, µour pr~veo1r les effets de l'ennui et du
desespo1r, auxquels 1( pourrait se livr&lt;'r, je vous prie

�111STOR,.1A

"------------------------------

L'allitude du cardinal était d'une grande
tranquillité, Il comparaissait dans ses vêtemenls de cérémonie, en rochet et en camail,
et nous pouvons très exactement nous Je représenter, avec sa haute taille, ses yeux
bleus, doux el tristes, les cheveux grisonnants sous la calotte rouge La robe rouge
est d'une étoffe soyeuse et d'un ton plus pàle
que ne l'exigerait l'uniforme. Sur les mille
arabesques que fait la dentelle de Bruges,
se détache en nuance délicate le cordon bleu
pàle du Saint-Esprit, Son attitude inspire le
respect et la tristesse.
La petite baronne d"Oliva inspire, par sa
grâce touchante, la sympathie et l'émotion.
« On n'a jamais vu, dit Charpentier dans sa
Bastille dévoilée, tant d'honnêteté et de dissolulion dans la même personne. Jamais on
n'a YU plus de franchise, plus de candeur,
que Mlle d'Oliva en a fait paraitre dans son
interrogatoire. C'est une justice que lui rendirent ses jugtis, ses avocats et tous ceux qui
ont eu avec elle des relalions. J&gt;
Faut-il relever les contradiclions incessantes de lime de la !lotte d'un jour à l'autre de la procédure? Après a\'OÎr nié la scène
du Bosquet, elle en avoue la réalité; après
arnir accusé Cagliostro, elle doit proclamer
son entière innocence. Dans le premier mémoire qu'elle fait rédiger par son avocat, le
voleur est Cagliostro; dans le second, c'est le
cardinal. Celui-ci lui aurait fait une première
livraison de diamants au mois de mars. Mais,
répond le cardmal, dès le mois de février

Villette a été surpris, vendant des diamants
du collier. Dans une même version les faits
deviennent contradictoires. Roban se serait
approprié des fragments du collier, il aurait
chargé la comtesse d'en vendre à Paris, il
aurait chargé la ~lotte d'en aller ,·endre à
Londres; d'Étienville en aurait vu des fragments entre les mains de Mme de Courville;
et voici quP, pressée par la confrontation,
Mme de la !lotte remonte aussitnt cette superbe parure pour l'allacher i, la nuque de
Mme de Courville qui la porte sans déguisement dans le palais du prince 1•
Si bien que les avocats du cardinal, s'adressant à M• Doillot, avocat de Mme de la Motte,
seront autorisés à lui dire: &lt;( De quel œil
peut-on regarder une cliente qui semble vouloir, tantôt dans la procédure qu'on oublie
ses mémoires, tantôt dans ses mémoires
qu'on oublie la prorédure, et pour la défense
de lat1uelle, la veille du jug:ement, il reste à
peine un seul des faits dont se composait la
dérense à l'époque des décrets? "
Son attitude vis-à-vis de lïntrigue Ilette
d·Étîenville est très curieuse. Jeanne l'avait
imaginée très savamment, comme on a vu,
pour fournir un motif au vol du collier par
le cardinal. Au premier moment elle tint bon,
et quand elle fut confrontée à d'Étienville,
s'indi4ua dès l'abord ell,-même comme la
dame qu'il aurait vue en compagnie de
Mme de Courville. Mais dès qu'elle ,'aperçut
que cette intervention ne &lt;( rendait 1&gt; pas
et qu'elle sentit que d'Étienville, besogneux

de chojsir, p~rmi vos bas-offlcie_rs, un sujet dout la douceur, l exacl1ludc et la fermclc \'Ous soient connues et
de le faire c~uchcr dè1 ce soir dam sa chambre. ~
Lettre de Th1roux de Crosne à de Launay, Bibl. de
/'.lrsenal, ms Uaslillc, 12!57, f0 12.

1. )fémoire de fülle d Üiem·itlc contre le baron de
Fages, CollecfiQn complet(', 111 , 26-27.
'2. Lellres it J'encre symp:ithiqucde Rohan à :Y~Targct, Bibl. i·. de 1-'aris, ms. de la rëscrve.

et prêt à tous les rôles, ne chPrcherait plus
qu'à se faire bien venir du cardinal, elle déclara ne savoir ce que signifiait toule cette
histoire et ne l'avoir, au début, fortifiée de
son témoignage que pour se venger du cardinal qui l'accusait d'avoir pris le collier.
Rétaux avait fait des aveux. Il avait reconnu avoir mis la fausse signature c&lt; Marie.Antoinette de France 1&gt; au bas du contrat
passé avec les joailliers, a\'oÎr écrit, sous l'inspiration de Mme de la ~lotte, une fausse corre."pondance, 1es petites lettres à vignettes
bleues. &lt;&lt; Les témoins l'écrasent, dît Me Target: les sieurs Bühmer et Bassenge, le sieur
Grenier, le sieur Achet, Me de la Porte, le
Père Loth, le sieur Villette, l.1 demoiselle
d'Oliva, le sieur Cagliostro, les domestiques
de la dame la Motte, tous les témoins de
France, tous les témoins d'Angleterre, où
son mari a transporté les mêmes fables, élèvent leur voix contre elle; elle crie que ces
témoins en imposent; voilà son unique réponse : elle est donc convaincue. »
Son dernier refuge, comme celui de tous
les criminels aux abois, fut le mystère. Les
explicalions qu'elle avait imaginées ayant été
&lt;lélruites 'l'une après l'autre, el ue trouvant,
devant l'aet.:ablement des témoignages, aucun
système nouveau: c&lt; Il y a là un secret, ditelle, que je ne confierai qu'en tète à lète au
ministre de la maison du Roi . » Enfin, hors
d'elle d'exaspération et de rage impuissante,
elle joua la folie. Elle cassait tout dans sa
chambre, ne voulait plus manger, refusait de
descendre pour les interrogatoires 2• Les
porte-clés de la Bastille, en entrant dans sa
chambre, la trouvaient couchée toute nue sous
son lit.

(A suivre.)

FRANTZ FUl'iCK-BRENTANO.

La fin d'un snob
;.:.....

Mrs. Steale possédait, vers 1795, à l'entrée du Green-Park de Londres, une laitP.rie
modèle, sorte de Pelit-Trianon d'autre-mer.
Les fashionables de la ville y venaient en parties rustiques, friands de sensations saines.
Un jour que le prince de Galles, en compagnie de la belle marquise de Salisbury, regardait là traire des vaches par des laitières
en cottes de satin, il aperçut un jeune
homme d'une irréprochable tenue et qui,
depuis deux jours, était ~orti de l'université
d'Oxford. Le prince s'informa du nom de ce
débutant : celui-ci s'appelait George Brum~
me! : c'était le petit-fils d'un confiseur de
Bury street; son père, ancien secrétaire particulier de lord North, avait amassé une res-

pectable fortune, dont pour sa part le jeune
George avait recueilli 750.000 francs, qu'il
dépensait sans compter, en achats d~ vêtements, de linge fin, de cravates, de chapeaux
et de gants.
Le prince dt! Gllles aimait à se considérer
comme &lt;1 le premier gentleman de l'Europe »; sa toilette lui coùtait 250.000 francs
par an; il possédait cinq cents porte-monnaie;
c'était d'ailleurs, à en croire Granville, « le
plus misérable, làche et égoïste cbien n qui
ait j;trnais été appelé à porter la couronne;
et de fait, si l'on se borne à considérer la
conduite qu'il tint à l'égard de s, femme, la
malheureuse Caroline de Brunswick, ses qualités de cœur sembleot d1Scutables. Mais il se

piquait d'être connaisseur en élégance, et
celle du jeune Brummel le frappa. Jamais
!'Altesse n'avait rencontré si impeccable cravate, pardessus plus seyant, escarpins plus
effilés et ganls mieux moulés; tout de suite
il se sentit pris d'afîeclion pour ce garçon si
bien nippé, et le petit-rils du confiseur, en
trois jours, devint l'inséplrable du premier
prince du sang d'Angleterre.
Ce fut la fable de Londres, et Brummel aussitôt lut à la mode. JI porta superbement son
triompbe; sa vanité paradoxale le lui faisait
considérer comme chose due; il avait le geste
rare, une froideur de haut style, de grands
airs lassés, une jolie taille, une figure assez
piquante, le menton haut, le nez pointu et,

dans les yeux, cctle fatuité dédaigeuse qui
convient à un jeune maccarony célèbre. Il
n'avait d'ailleurs qu'une idée, qu'un désir :
être bien mis, et il y réussissait miraculeu~
sement, sans excentricité, avec &lt;( une modération passionnée )J; jamais une coupe trop
hardie ni une couleur criarde, le moindre
détail de sa mise prenait, de l'harmonie crénérale, une importance savoureuse. Il p~rtait
imariablement « un habit bleu à boutons
unis, un gilet blanc et un pantalon noir parfaitement juste, boutonnant sur le cou-depied, des bas de soie rayés et un chapeau à
claque )) ; un seul bijou : une mince chaîne
de montre, el du linge magnilique « blancbi
à la campagne ". li ne lui fallait pas beaucoup plus de deux heures pour mener à bien
les rites de son ajustement, auqud le prince
de Galles, son ri val et son admirateur, venait
souvent assister. Le nœud de la cravate était
en quelque sorte la fleur et le prodige de sa
toilette; il avait remplacé les lâches et molles
mousselines que l'on portait avant lui, par
un tissu légèrement empesé; le col rixé à rn
chemise était si grand qu'avant qu'il fùt replié,
il cachait complètement sa tête et sa figure,
et la cravate blanche avait au moins un pied
de h:iut. Brummel commençait par replier cc
col à la mesure com-enable; puis, debout
devant la glace, par une pression douce et
graduelle de la màchoire inférieure, il rabaissait la cravate à des dimensions raisonnable:.:-,
la forme de cbaque pli successif étant donnée
par la chemise qu'il venait de rabattre. Le
pauvre homme ne réussissait pas invariablement un tel chef-d'œuvre. Souvent un monceau de blancs tissus froissés encombrait son
cabinet : &lt;&lt; Que voulez-Yous? Ce sont nos
erreurs! J) disait-il.
Quant au moral, ce fantoche puait nul.
Cet h~mme qui, pendant quinze ans, régna
sur la haute ~ociété anglaise, é1ait sans cœur
et sans cerw•lle. M. Jacques Boulen(l'er,
dans
0
le livre singulièrement amusant où il a étudié, parmi plusieurs autrC'S, celle déco11rcrtante figure (Sous Louis-Philippe: Les Dandys, librairie Ollendorff), cite 4uelques-unes
dt::s réparties qui firent la fortune de Brummel : elles sont navrantes d'affectation, d'indifférence voulue, d'insolence fügma1ique.
n - Brumml'I, où donc arez-\'ous dîné hier'!
- Chez un nommé R.... Je présume qu'il
désire que je fasse attention à lui; c'est pour
cela qu'il m'a donné à diner. Je m'étais
chargé des invitations; j'avais pris Alvauley,
Pierrepoint et quelques autres. Le diner éLait
parfait; mais, mon cher, concevez-vous mou
étonnement quand j'ai vu que ce M. B....
avait l'effronterie de s'asseoir et de drner
avec nous!. .. 1&gt; Un autre jour, comme il
revenait de visiter les lacs du nord de l'Angleterre, quel4u'un se risqua à lui demander
lequel lui avait paru le plus pittoresque. Le
bellâtre se tourna en bâillant vers son valet
de cbambre : « - Robinson, quel est celui
des lacs qui m'a plu davantage? - li me
semble, monsieur, que ce fut Windermere. 11
Alors, Brummel s'adressant au questionnenr:
c. Windermere ... cela peut-il vous satis-

faire?» Tt"! étaitl"homme que ses conlPmporains comparaient à Bonaparte et à Byron! ...
Un de ses mots lui coùta gros. A "-Duper, cerlain soir, le vin manquaili l'homme aux
cravates interpella le prince de Galles :
&lt;1 George, dit-il, sonnpz donc. » George
sonna; mai.s il était dans un de ses mauvais
jours, et flt jeter l'insolent à la porte. PQur
la dernière fois Brummt!I regagna, dans sa
chaise à porteurs doublée de satin blanc,
munie d'un tapis de fourrure blanche, - son
écrin, - l'appartelllent qu'il s'était meublé
aVi'c lant de soin et d'amour, Chesterfield
street, n° 4, et le lendemain il partait pour
Calais, où il s'installa, bie11 résolu à priver
de sa prédeuse présence son ingrate patrie 1 et
persuadé que Londres ne pourrait pas se passer
de lui. D'ailleurs, il était ruiné. li avait, en dix
ans, acbeté pour près d'un million de cravates, de pantalons et de redingotes .... A
Calais, il vivait d'emprunts soutirés aux Anglais riches débarquant sur le conlinent. Il
ne faisait rien, se le\·ait à neuf beures, déjeunait, lisait le A!orning Chmnicle; à midi il
commençait.sa toilette qui durait deux heures,
puis il tenait « son lever JJ, comme M. de
'l'alleyrand. A qualre heures, il aJlait se prornpner dans la rue Royale, comme il faisait
jadis à Saint-James street. A cinq heures il
rentrait s'babiller pour diner, et il dinait bien.
Non seulement il était sans res~ources,
mais il avait des dettes; la vente de son moLilier, annoncée à grand fracas, produi:-it
une somme énorn:e, aussitôt absorLée par
les créanciers. Lin ancien ami, devenu minislre, s'apitoya. Brummel fut nommé consul
d·Angleterre à Caen. L'emploi rapportait annuellement dix mille francs; mais l'ancien
beau fut oLligé d'engager encore les quatre
cinquièmes de son traitement. Tout compte
fait, lorsqu'il quitla Calais, il lui restait pour
,·ivrti 2.000 francs par an. Par bravade, pour
s·é1onner soi-même, il acheta en traversant
Paris une tabatière de 2.500 francs; enfin, le
5 octobre 1850, il enrrait à Caen dans une
cbaise à quatre che\'aux, qui le déposa à
l'hôtel de la Victoire, le meilleur de la ville,
où il demanda le plus bel appartement et se
lit servir le plus fin diner. Il jugea le tout
détestable et déclara qu'il ne séjournerait pas
longtemps en pareille gargote. En effet, huit
jours plus tard, il louait un vaste appariement dans l'hôtel de Mme de Gucrnon de
Saint-Ursin, rue des Carmes.
Il y a qucl4ue quinze ans, !!. le comte
G. de Contades fit, à la séance puLlique de la
Société des anti4uaires de Normandie, une
précit::use communica1ion sur le séjour de
Brummel à Caen. Il en avait, évidemment,
puisé les éléments auprès des témoins survivants; car le snob avait laissé, en Normandie,
un souvenir assez semLlaLle à une légende.
Bien des gens se rappelaient l'avoir vu passer,
portant un surtout marron, un gilet de cachemire à palmes, un pantalon de nuance foncée
tiré sur des hottes très poiutues; le chapeau
légèrement incliné sur le càté, le corps un peu
pencbé, le nœud de cravate se mirant dans le
vernis de ses chaussures, il sortait de chez

Ll

'F1N D'UN SNOB

lui, marchant sur la pointe drs pieds, tenant
à la main un parapluie dont le manche
sculpté figurait 13. tête de George IV, son ancien ami, le prince de Galles, devenu roi.
En sa qualité de consul d'Ani:rletnre, il
faisait encore, dans la capilale du Calvado~,
certaine figure; mais bientôt son rmploi lui
fut retiré et, du jour au lendemain, Brummel
se vit sans un écu, en proie à de nombreux
créanciers. Il ''endit ses Oacons de toilette,
ses beaux flacons d'argent, cassolettes jadis
des essences préférées ; ses Yêlements bientôt
ne furent plus que " des haillons de haute
coupe n; un petit tailleur de Caen, mû d'une
compassion touchante, les réparait gratuitement, avec une sorte de re)',ped pour cette
lamentable et glorieuse défroque; le petit-fils
du confiseur de Bury slreet n'avait gardé, de
son luxe d'autrefois, qu'une passion irrési::;tible pour IC's friandises : chaque après-midi,
il se rendait chez un pâtissier, M. ~ladeleinc,
et là, prenait à droite, à gauche, nec une
goinfrerie féline, des dragées et des biscotins.
Un malin, comme sa blant·hisseuse, non
payée, réclamait vertement, le dandy arracha
silencieusement sa cravate, laissa tomber sur
Je sol. en un geste d'abdication, le flot de
mousseline jaunie, et noua à la diable autour
de son cou un chiffon d'étotle noire ... . Ce fut
la fin: quelques jours plus tard, en mai 185:,,
un huissier et deux gendarmes le conduisaient à la prison pour dettes. Quand- on
apprit la chose, à Londres, il y eut tout de
même un peu d'émotion; le duc de Beaufort
et lord Alvanley accordèrent leur patronage à
une souscription dont le montant permit de
désintéresser les créanciers du détenu qui
recouvra sa liberté; mais il n'était plus que
le spectre du Brummel d'autrefois.
Il se logea à l'hôtel d'Angleterre, dans une
petite chambre au troisième étage; sa méuwire s'était engourdie et n'avait plus que
d'étranges rappels. Il marchait d'un air égaré
et ne reprenait un peu d'enlrain qu'à table~
un jour, une étrangère (( d'une distinction
suprème 1&gt; se présenla chez Ficbet, le maître
de l'bôtel d'Angleterre , et demanda si
M. Brummel habitait là; sur la réponse affirmative, elle prit une chambre, OU\'rant sur
l'escalier, &lt;( pour le voir passer. » Bientôt
l'ex-fashionable parut, la mine idiole et congestionnée, se hàtant gloutonnement vers la
s~lle à manger, et descendit l'esraliC'r sans
tourner la tête; quand l'hôtelier rerint à la
chambre de l'inconnue, il la trouva étendue
sur le sol, le visage baigné de larmes ....
Qu'était-elle? On ne le sut jamais. L'une de
ces reines, sans doute, de Carlton-bouse ou
d'Almack, qui avaient jadis cherché une pelile Hamme d'amour dans ces Jeux aujourd'hui atones et demi-morts.
Son seul plaisir à lui, sa folie, consistait it
allumer quatre bougies dans sa pauvre chambre d'hôtel; puis il rangeait ses chaises
contre les murailles, et ouvrait toute grande
sa porte numérotée .... Alors, il annonça.il à
haute voix: « - Son Altesse Royale le prince
de Galles! ... Lady Conyngham 1. .. Lorrl Ycrrmouth! ... Lady Jersey! ... Sa Grâce la d.u-

�r-

1f1STORJA

chcsse de Devonshire! ... Ah! chère duchesse,
&lt;1uelle bonté d'être "e.nue sur u_ne invitation
aussi tardive .... n Pms le mamaque rt'prenait: " - Lord Alvanley!. .. Lady Worces-

ter!. .. J) Et, quand il s'imaginait toute la
nuLlesse d'Anglet"'rre réunie dan_s sa mansarde, le pauvre vieillard annonçall _solennellement, comme avec effroi : - c1 Sir George
-f•

Brummel ! &gt;&gt; Et il retombait sanglotanl1 rrjeté
dans sa honte et dans sa misf're par l'érncation de sa triomphante jeunC!-St', ... Il mourut
à l'hospice des fous le 24 mars 1840.
T. G.

-:,,

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. . ·.• ..,..:;;·
~-----~-,.~
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~

VuE DE L,\ BASTILLE DE PA111S, liE LA 1-'0RTE SAJNT·ANTOUŒ ET D'UNE PARTIE /lü FAUBOURG, -

Gravure de

RIGAUD.

FRANTZ FUNCK-BRENTANO

.,,..

L'Affaire du Collier
XXXI
Correspondance secrète'.
Durant qu'il fut au secret, à la Bastille, le
priace de Raban parvint à correspondre avec
ses avocats. Il se disait malade et recevait la
visite du docteur Portal, professeur à !'École
de médecine, lequel imagina bientOt prétexle

à s'adjoindre le chirurgien Traverse, ami
personnel du cardinal 1. Ceux-ci, en cachette,
faisaient la petite poste. D'autres lois, le
prisonnier leur écrivait de courts billets, qui
passaient sous les yeux des officiers de la
Bastille; les médecirn; les remettaient à
Me Target et celui-ci, à Ja chaleur du feu,
faisait apparaitre l'écriture sympathique.
, J'ai parfaitement bien lu, écrit le cardinal
à Traverse, ce que vous m'avez adressé dans
le papier chilîonné ; mais il ne faudrait pas
le tant chiffonner. Je n'ose vous envoyer 1a
suite des confrontations jusqu'à ce que j'aie
votre parole pour ne les montrer qu'à li. Target, car, je vous le répète, si on avait vent
ou soupçon, il n'y a sorte de moyens qu'on
ne prît. » Les billets sont tristes. " J'espère
que je ne serai confronté que lundi, mais le
1. Doss. Target , Bibl. v. de Pa1·is, ms. de la réserve.
2. « Je crois que 11. le cardinal ayant du mal au

plus tôt que vous pourrez m'envoyer sera le
mieux. Vale, vale. Veuille le ciel diminuer
mes peines! " Puis : " Il y a chaque jour
neuf heures de confrontation, je suis très
fatigué. )J - c&lt; Je suis horriblement accoutumé depuis quelque temps, écrit-il une
autre fois, aux cboses qui ne doivent pas être
el certes cette habitude est pénible. Je vous
avoue entre nous que je commence à être
fatigué. !lais je ne ferai qu'en redoubler
d'efforts el surtout je ne veux pas que mes
ennemis puissent s'en douter. Je veux toujours paraître frais en descendant dans l'arène
et étancher le sang de mes plaies. Je leur
ôterai du moins cette satisfaction. Vale, vale. l&gt;
Les confrontations lui ont dévoilé la conduite atroce de celle pour qui il n'avait eu
que des bontés . C( Je suis affronté de~ain
avec la scélérate, mande-t-il à Target. AuJourd'hui elle a eu une scène avec le comte de
Cagliostro. Il l'a appelée cc sacrée raccrocheuse ", parce qu'elle lui disait des choses
désobligeantes sur sa femme et elle lui a jeté
un flambeau qui a frappé le Yentre du comte,
mais elle a été punie sur-le-champ, car elle
s'est porté la bougie dans l'œil. Nous v~rrons
demain. Je réponds qu'elle ne me Jettera
nei el au genoa a besoin rl'uu chirurgien. Ce 13 ma1·s
1786. Signé : Portal. :o Bibl. de l'A,·semil, ms.
Bastille, 12457 , r~ 68.

VII. - HISTORIA. - Fasc, So.
~

49

v.,.

rien et surtout ne me troublera pas : elle me
fait horreur. 1&gt;
!!me de la Motte perd de son assurance.
c1 Le dernier interrogatoire finit par ses
larmes, sa douleur, et pour réponse, qu'elle
se jette dans les bras de la Providence. "
Les déclarations de 11étaux de Villette el
de Nicole d'Oliva ont mis la probité du cardinal hors d'alteinte. (( Nous ne sommes pas
encore au bout des choses ex:traordioaires,
écrit-il; mais je les prévois sans aucun effroi.
Je remercie Dieu d'avoir rendu ma position
si différente .de ce qu'elle était. Ce qui me
renJ aussi plus tranquille, c'est que, l'honneur couvert, tout le reste n'est plus que
mon affaire personnelle. "
Dans ces lettres, sa bonté apparait encore
d'une manière touchante. Il est préoccupé de
Cagliostro et de sa femme, du baron de
Planta, embastillés à son propos. Il se soucie
d'eux autant que de lui-même. Les recommandations reviennent, incessantes. Il faut
mettre, dans le .Mémoire que Target va publier, la déclaration où !!me de la Molle a
fini par proclamer l'innocence du comte de
Cagliostro et de sa femme. Il faut aussi avoir
grand soin de donner toujours à Cagliostro le
t:n cl1irlll'gien _élait officicllef!lent at~ché ~u _scr\'ice des prisonmcrs de la. Dasltlle, mais celu1-c1 fie
pou\·ail faire l'alfairc.
4

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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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