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                  <text>REVUE MENSUELLIC
PRIX:

2

FRANC&amp;

DifilE:.CTE:.UF? : PiE:Rfi&gt;E tAVRt:
RÉOACTEUF? EN CHEf : JEAN HYTiEF?

FRANZ HELLENS . . . . .
O. MANNONI. . . . . . . .
IEAN HYTIER .. .. . . ..

POÉMES POUR L'EAU SOMBRE . . . . • . . . • .
HISfOIRE DU NAIN BRIMBORION. • . . . . . . . •
LA DOCTRINE DU MOUTON BLANC . . . . . . . .

ERREURS DE . . . . . . . .

FRAN(¡~NOHAIN, CHARLES MÉRÉ, FLORIANpARMENTIER.. .. .. . . .. .. .. .. .. . . .
GEORGES CHENNEVIERE, IULE~ ROMAINS,
PAUL SOUDAY, CHARLES MAURRAS .. .. ..

VÉRITÉS DE. ...... ..
AGNUS, . . . . . . . .. ..
ANDRÉ CUISENIER . . . .

PALINOENESIES. .. .. .. .. . • .. .. .. . ..
LES ROMANS DE IULES ROMAINS. . • . • . . • . •

LES UVRES .... ....

ET LES REVUES . .. .. . . .. .. .. .. .. ..

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CENTÑA l.

'----,._ _ _ _.,:U:::·..!.A.~ • L______ _

est I' organe du classicisme moderne
publiera prochainement :
GEORGES CHENNEVIERE.
PAUL FIERENS .. . . .. ..
CLAUDE-ANDRÉ PUGET .•
FRANCIS PONGE
~PIERRE FAVRE ..
O. MANNONI. ..
FRANCIS PONGE
RENÉ MAUBLANC ..

GABRIEL AUDISIO .
ANDRÉ CUISENIER.
MARTHE ESOUERRÉ . .
JEAN MEUNIER. . . .

CHARLES BOISSON
JEAN HYTIER . . . .

LE CHANT DU VERGER
ODES
PENTE SUR LA MER
POÉMES
LA PRINCESSE IYRE
HISTOIRE DU NAIN BRIMBORION
RÉFLEXION SUR ARICIE
ESSAI SUR GEORGES CHENNEVIÉRE, ESSAI SUR LES PRO·
POS D'ALAIN
L' ART ET LA PENSÉE POÉTIQUE
DE CHARLES VILDRAC
ETUDES SUR L'UNANIMISME
CROMEDEYRE-LE-YIEIL
MALLARMÉ ET LA SYNTAXE
ANGLAISE
LES MOUVEMENTS PARAS!·
TAIRES EN LITTÉRATURE.
L'ESTHÉTIQUE D'ANDRÉ GIDE.
... etc ...

Adresser directement
tout ce qui concerne
1• La Direction et I'Administration,
2&lt;&gt; La Rédaction -

a : Pierre

Favre,
4, Place des Terreaux, Lyon;

Manuscrits, Livres, Revues - a : Jean Hytier,
a Maupré, par Charolles (Saone-et.Loire).

T

OUT

a

l'opposé d'une prétendue tradition néo•classique

qui n'a d'autre idéal que l'imitation de formes périmées,
la doctrine du

" mouton blanc "
enlend, par le conlact direct avec la vie moderne daos ce qu'elle a
d'essenliel, renouveler les lhemes et l'inspiration, affirmer une lechnique
poélique, retrouver le seos de la forme achevée, rétablir un équilibre
daos. l'ceuvre d'arl, -

recréer un slyle.

Le romantisme a substitué a la matiere épuisée du classicisme du

XVII' siecle une partie de la matiere d' un classicisme nouveau, mais
saos réussir, laute de savoir organiser sa découverte,

a constituer

lui•

m@me une époque classique. Seuls, au milieu de cette renaissance
impulsive, des artistes plus conscienls comme Flauberl el Baudelaire,
arriverent

a discipliner la matiere romantique,

sinon moderne, el réali-

serent comme une préfiguration du classicisme futur. Mais, depuis eux,
le donné littéraire s'es! tellement enrichi, par l' apport m@me des événemenls, les révélations d'un précurseur comme Rimbaud, les expériences
techniques du symbolisme, l'elfort d'un Verhaeren, l'intuition d'un
Charles-Louis Philippe .. . qu'il faut reprendre la tSche

a pied d'ceuvre.

Alors que tout romantisme es! une dispersion anarchique et
personnelle, lout classicisme est une synthese spécifique, lruit d'une

�•

oeuvre commune et volontaire. 11 comporte une rénovation complete :
fond et forme, matiere et technique . · 11 vi~e
l'époque dans des oeuvres de style. -

a exprimer

POEMES POUR L'EAU SOMBRE

l'essence de

La matiere du nouveau classi-

cisme, c'est la vie et l'homme modernes, conc;us aussi bien sous

I'aspee! des collectivités que sous I'apparence de l'individu - individu
tout différent, d' ailleurs, de celui qui constituait I' objet du classicisme

Poemes pour I'eau sombre

ancien. Cette représentation totale, profonde et harmonieuse, sera .

I'oeuvre du XX' siecle. Le classicisme moderne est né il y a environ

I

quinze ans; il a ses précurseurs, et déja ses premiers maitres. Tandis
qu'une lignée de prosateurs,
laient

a maintenir

ou

a la suite de France et de Barres, travail-

a restaurer le

HOMME

sentiment de la perfection, tandis

qu'un Claudel, ou un Proust poursuivaientla découvertede la matiere,

J'a.i peor et

d' autres qui représentent le nouvel équilibre, ajoutaient aleur révélation
prolonde de l'objet une organisation pleinement classique:

Le

meilleur hommage que nous pmss1ons rendre

maitres comme

a ceux

du XVII' siecle -

Je ne sui.s plus fatigué,

J' ai rcprÍ.s les ramcs,

Jules

Romains, André Gide, Georges Chenneviere ...

a

ces

je .mis gai,

Aucune peine Jan.s mon ame

Et cepcndant

j'ai pcur.

Je tremble et rien ne trouble
Mon bonbeur ;
Chaque ombre en moi se double

sous l'invocation du

D' une darté meilleure,

E, cependant je tremble.

mou ton blanc qui jadis servait d' enseigne au cabaret ou
se réunissaient Racine, La Fontaine, Molie,e et Boileau. -. sera

11

d'assurer, selons nos moyens, l'établissement dé6nitil d'un classicisme
moderne et des vérités esthétiques qui en sont

a la fois l'expression'et

condition. Une telle oeuvre n'est pas de celles qui s'improvisent en
quelques années,

a la

maniere de ces mouvements artistiques, lugitifs

comnle des modes, dont notre époque a pris l'habitude. Ce ne sera pas
trop peut-etre de tout un siecle et de la bonne et forte volonté de
plusieurs générations pour l'accomplir honorablement.

FEMME

la

J' autres femmes
Viendront peut-Ctre fe parlcr;

Ecoute,

Si

tu le veme, écoute-lc.s,
Elles n' atteindront pas ton 3.me.
Je me souvicns, je me sui.s vue
Dans le miro ir J'un beau jour :

J'étais

dc.stini!e

Et j'é~aÍ•

al' amour

tout~ nue .

Je le sa.Ü, aussi bien qu\l Íera da.ir
AprC:.s la nuit san., lune,
Tu le.s lai&amp;&amp;eras une a une,
Elles ne .sa uront pas te plairc.

I

�FRANZ HELLENS

D'autres Íemmes pourront venir
Et te parler tout has;
Mais aucune ne te Jira
Ce que j'ai su te Jire.

III

HOMME
Ma vie est désorma.is sonore
Comme l'air Ju printemps.
Un merle a chanté, un coq chante encore 1
Est-ce en mon ame, est-ce ailleurs ?
Je n'ai jamais aimé tant
Ni soup~onné pareille aurore.

L'aÍr est tendu comme une harpe.
Mon Dieu, 1'aimerai-je aujourd'hui 1
Son ame tremble dans les arhres,
Je l'entends briller, je la vois c1anter,
Elle est sonore, elle reluit,
Comme les veines d'une harpe.
Je sens le printemps dans mes cordes.
Jamais je ne l'aimerai mieux 1
Elle danse nue au seuil de la porte,
T oute la route est dans ses yeux,
Et e'est en elle que s' accorde
Le fol inconnu noir et bleu 1

POEMES POUR L'EAU SOMBRE

Je viens Je loin, ne vois-tu pu?
Regarde mes yeux verts et tenJres :
Toutes les brumes, tous les glas,
Tu peux les voir et les entendre
Dans mes yeux verts, et tous les pas
Depuis les a.ges que j'avance.
Je suis celle qui :commence
Et qui pourtant vient de tr~s loin,
La nuit dilate mes pupJlcs,
Je n'ai pas peur, ;'aime la vie.

J'ai vu la reine Je Saba,
J'étais aux noces Je Cana ;
J en'ai pas peur des grandes marche,.
J 'ai dansé devant l'arche
Avec David,
J'ai trempé dans la Íontaine
Ou le grand Pan ,e baignc
Mes yeux avides.
Tu voi.s, je viens de loin,
Je n'ai pas peur,
Ríen ne m' arrcte,
Je commence.
Je n'ai pas peur, ;'ouvre les mains,
J'offre la tete
Au vent qui vient 1
Je

IV
FEMME
Tu vois, je n'ai pa. peur,
Rien ne m' arrcte,
Je n'ai pu peur, j' aime la vie,
J'ai toutes ses couleurs dans: mes pupilles
Et toutes ses rumeurs dans ma tete.

2

sui, celle J'1ier et de Jcmain.

J'ai. traversé tous les chemins

De Chypre et de J udée.
J'ai pris tous les parÍums,
T ous les onguents, les hennés hruna,
San, quema peau ,e ,oit r.Ídée.
Je suis Íraí'.che comme le vcnt,
Et sombre comme l'eau,
F ugitive et paienne.

3

�FRANZ HELLENS

Mon ame eat dans le vent
Qui fauche les tombeaux,
Paienne et plw anciem:1.e.

POEMES POUR L'EAU SOMBRE

Si tu hésites, laisse.
Tout ce qui gronde cu moi,
Je ne le Jonne qu' une fois 1

V

VII

HOMME

HOMME

Oh quelle angoi.sse, quJle dure
Et pure angoisse me fait mal ;
Je ne respire qu'avec peine
Et meme le bien me fait mal.
1

Je n ai pas faim, mais ;' ai grand soif
De tout, de rien, et je suis ivre
Sans avoir bu, sans que ma soif
Me fasse regretter de vivre.

VI
FEMME
Prends cette main rebelie
Et cette houche qui ne dit
Que la moitié de ce qu'elle
Pourrait Jire.

Déja. le ciel est plein de l 'énorme tcmpéte,
Le vent semé par nous, rapide et Jur,
S'est levé cette nuit Ju sol obscur
Et touche maintenant le soleil Je la tete.
Un tourbillon rude et mortel, né du hasard,
gonflé cette nuit Ju souHl.e de nos ames;
La tcrre est déchirée et le ciel est en flamme,,
Et ce fracas est né du feu de deux regards.

S'est

Nous n'avons pas haissé les yeu.x devant la foudre
Et nous n'avons pas voulu Ju ciel bleu;
Nos cceurs sont faits pour semer le grain ténébreu,x
Comme la meule est faite pour le moudre.

VIII
HOMME
Je n'ai ni portes ni f enetres,
Je suis muré en toi,
Et j'ai croisé mes mains
Pour mieux te voir et te counaitre;

Ma bouche est cruelle,
Mes yeux sont maudits,
Mon ame eat pire.

Si
Si

tu ne crains pas ce qui brule,
ton amour devant rien ne recule,
Prends cette main rebelle,
Lo feu maudit Je ce regare!
Et ces levres mortelles.
Demain sera trop tarJ.
J' ignore les promea.ses.

4

Je ne suis ríen qu'un peu Je- chaír
Qui se tient immobile,
Avec une ame toute pleine,
Un ceeur ardent et des yeux clairs.
Ma place est désormais marquée,
Le ciment noÍr Je la douleur
.M.'a pour toujours fucé

5

�FRANZ HELLENS

O. MANNONI

Dan.1 un caveau Je ta mo.1quée.

Je ne demande qu'a. rever
A la splendeur Je ta nature ;
Cette omhre n' est pas trop ohacu.re
Pour que je puis.se m'élever,

Histoire du Nain Brimborion
PREMIER FRAGMENT

Ni cette

chrypte trop profonde
1
Pour que j' entende jusqu a moi
Descendre cette voix
Qui vibre au cceur Ju monde.

IX
FEMME
Apr~s tous ce.1 Jéparts, tous ces matins,
Le soir est b, sen, mes deux mains;
Et tout ce temp.1 que j' ai cherché 1
Que la fatigue me parJonne. ·
Sens mes Jeux mains que j'abanJonne,
V oís mes c1eveux tressés ;
Ma robe est large et j'ai laissé
Un peu de chaira tous le, ages.
GliHe ta main .1ur mon visage,
Tu sentiras ses pfu profonrls,
Et cette veine ,ur mon f ront
Que le vent fou Íit se gonfl.er
Et qui ne veut pas s'en aller.
PrenJs mea Jeux maÍn8, sens mes yeux gros ;
Pour ton orgueil, voici ma plainte,
Pour ta souffrance mes sanglots,
A cleux genoux et le.1 maina jointes.
FRANZ HELLENS.

6

Comment Brimhorion, engendré par un roí déja mort, naquit

J'une

E.lle encore vierge.

Le Roi Adolphe avait a l'entour de quarante et sept ans quand il
prit a femme la princesse Cunégonde. 11 n'eut pas le temps d'assister en
personne a son mariage, car c'était pendant les grandes guerres et il ne
voulait commettre en d'autres mains que les siennes propres le soin de
conduire ses armées a la victoire. Il manda vers la princesse quatre
ambassadeurs, tous bien de leur personne, dont l'un portait l'anneau de
mariage, le second le contrat, le troisieme une lettre et le quatrieme une
fleur de lys. Mais la fleur de lys se fana durant le chemin, ce qui était de
mauvais présage.
Le mariage fut célébré avec beaucoup de pompe, cependant que le
Roi Adolphe amassait lauriers sur lauriers. Il livrait une bataille qui
devait étre décisive quand les ambassadeurs lui revinrent. Le premier
portait un anneau envoyé ar la nouvelle reine, le second le contrat
signé et parafé, le troisieme une rose en bouton, le quatrieme le portrait
de la reine par le peintre de la cour.
Le roi mit l'anneau a l'annulaire, le contrat dans sa poche, la rose
~ son chapeau et ordonna de découvrir le tableau qui était voilé de
velours cramoisi. Mais avant qu'on ne l'eut fait, une pierre d'artillerie
réduisit en miettes le portrait de la reine et navra le roi malement aux
deux genoux. Ah, s'écria-t-il, je meurs, et je n'ai pas vu le visage de
mon épouse, fftt-ce en peinture.
Il y avait pour lors aux armées un fort habile chirurgien appelé
mattre Tagliandi, originaire de Milan, qui en savait sur les navrances et
blessures plus qu'aucun homme de son temps. Il lava les plaies du roí
avec une infusion d'arnica et autres plantes vulnéraires et lui fit un
beau pansement de la chemise d'un arbalétrier.
Les hommes d'armes voulurent venger leur prince et la bataille
ayant soudain repris, les ennemis furent écrasés. Mais le lendemain les

7

�HISTOIRE DU NAIN BRIMBORION

jambes du roi étaient noires et puantes, et maitre Tagliandi conseilla au
chapelain qu'il priat pour leur commun Maltre, disant que des lors toutc
espérance se devait remettre entre les mains de celui qui ressuscita Lazare
sentant déja.
Cependant la nouvellc Reine qui, avec un train magnifique, approchait ,iu camp royal ou1t parler de la grande victoire qui faisait du roi
¡¡on mari un nouvel Alcxandre ou quelque César pour le moins; elle en
ordonna de doublcr les étapcs. Une vieille sorciere du nom de Crapaudinc l'accompagnait. La reine portait ason col un talisman donné par la
sorciere; c'était une pelote de verre filé de Venise avec, au milicu, un
~il de rainette, et la pelotte devait se briser le jour que le roi serait
infidele a la reine sa femme.
Comme Cunégonde arrivait au camp, le roi se mourut. Cunégondc,
trouvant un cadavrc mal odorant en place du jeune roi victorieux qu'elle
s'était figuré, ne versa cependant nulle larme, car, ne l'ayant point connu,
elle ne l'avait pu aimer. Mais elle eut peur de ne pas rester reine et dit
sculement: Plut au ciel, du moins, que j'eusse corn;:u de lui.
Mattre Tagliandi, songeant que le cadavre était encore chaud, que
le Roi avait été continent par force durant cette longue guerre, chaussa
ses lunettes doctorales et mit son bonnet carré, disant qu'il était temps
cncore de faire plus de rois ni de princes qu'il n'en était dans l'almanach.
N onobstant les remontrances du chapelain et le baragoin de la sorciere,
il ouvrit les ventricules spermatiques de sa majesté Adolphe, et avec un
long et fin roseau qu'il appelai t en grec se ringue et canule en latin, il
aspira et insufla a la reine grandement émue un peu du liquide qui donne
la vie.
Comme il restait grande abondance de semence royale et qu'il eut
tcnu a crime de lese majesté de la laisser perdre, il l'injecta par moitié a
une suivante de la Reine, Mademoiselle Thérésa de Bombessa, et a une
fille simple d'esprit, nommée Marie, qui aidait a soigner le Roi. Et il
cut pour lui les vieux maréchaux qui approuverent, disant que le Roi
l'cut bien fait, s'il eu.t été vif. Mais au moment que Maltre Tagliandi
s'occupait de la suivante et de Marie, la pelote de verre que la reine
portait au cou éclata avec beaucoup de bruit, et la reine se sentit triste,
songcant que feu son mari la trompait le jour méme de ses noccs.

La sorciere fit un sortilege pour savoir si sa mattresse était enceintc,
et il se trouva que non. Cependant elle lui conseilla de prétendre que
oui, de garnir ses vétements d'étoupe et de foin durant neuf mois, disant

8

O. MANNONI

que, le terme venu, il ne serait pas malaisé de trouver un enfant nouveau
né, et qui serait prince. Et la reine, un mois apres, ayant enlevé un peu
de paille a sa paillasse dit a ses suivantes, avec un sourire honteux,
qu'elle était grosse. Et il y eut des messes &lt;lites pour le bien de sa
grossesse.
La suivante Thérésa n'était pas plus enceinte que la reine, mais prit
pour le devenir un autre moyen, s'y employant avec un homme d'armes
du nom d'Hamelin et qui était puissant ribaud. Mais ils furent surpris
par une servante qui en fit des comes, si bien que Thérésa en eut la jau1üsse et une fausse couche qui la tint deux mois au lit.
Quant a Marie la Simplesse, ainsi l'appelait-on communément, elle
était entrée dans un couvent dont la supérieur&lt;! ne tarda guere a s'apercevoir qu'elle était grosse et la fit vi si ter par les matrones. Et les matrones
trouverent qu'elle était grosse en effet, mais aussi qu'elle était pucelle et
criercnt au miracle. Et il vint des pélerins de tous les pays pour la voir
et emporter de ses reliques, et déja ne l'appelait-on plus autrement que
la Vierge Marie, et disait l'on que Jésus-Christ allait revenir sur la terre.
Mais les théologiens disaient que non. D'aucuns, méme, citant SaintJ ean, opinaient pour l'Antéchrist.
Le pape enfin craignant un schisme et s'étant assuré que la grossesse
non plus que la virginité n'étaient controuvées manda la bulle Si quaedam virgo ou il était dit que la grossesse de Marie la Simplesse devait
etre imputée a sorcellerie. Et Marie quina le couvent de nuit, et se
refugia dans un petit hameau ou le curé ne lisait pas les bulles du Pape
et ou on ne la reconnut pas. Elle n'osait dire en effet que sa grossesse
était d'origine royale, car la reine l'avait menacée de mort si elle en
soufflait mot. De plus elle tenait elle méme pour peu catholique la fa~on
dont elle avait con~u et pour un sorcier le savantisslme Tagliandi.
· Cependant la reine, qui portait des robes de plus en plus larges et
garnies de chiffons tremblait qu'on ne connót un jour la vérité touchant
le b~tard de Marie la Simplesse, et elle pria la sorciere de le faire mourir
a sa naissance par envotitement, ou d'obtenir du moins par quelque
sortilege que ce fut une filie. Mais la sorciere, ayant consulté ses tarots,
déclara que l'un non plus que l'autre ne se pouvait, par ce que c'était fils
de vierge ; mais qu'il resterait nain toute sa vie . Et le meme jour, a
minuit, ayant cueilli de la mandragorc, elle fit un philtre a cet effet.
Quelques semaines plus tard, la reine faisait passer pour son fils le
nouveau né d'un pauvre cordonnier nommé Michel et le faisait baptiscr
Adolphe. Le meme jour, Marie la Simplesse accouchait d'un fils qu'elle

�FRANZ HELLENS

O. MANNONI

Dan.1 un caveau Je ta mo.1quée.

Je ne demande qu'a. rever
A la splendeur Je ta nature ;
Cette omhre n' est pas trop ohacu.re
Pour que je puis.se m'élever,

Histoire du Nain Brimborion
PREMIER FRAGMENT

Ni cette

chrypte trop profonde
1
Pour que j' entende jusqu a moi
Descendre cette voix
Qui vibre au cceur Ju monde.

IX
FEMME
Apr~s tous ce.1 Jéparts, tous ces matins,
Le soir est b, sen, mes deux mains;
Et tout ce temp.1 que j' ai cherché 1
Que la fatigue me parJonne. ·
Sens mes Jeux mains que j'abanJonne,
V oís mes c1eveux tressés ;
Ma robe est large et j'ai laissé
Un peu de chaira tous le, ages.
GliHe ta main .1ur mon visage,
Tu sentiras ses pfu profonrls,
Et cette veine ,ur mon f ront
Que le vent fou Íit se gonfl.er
Et qui ne veut pas s'en aller.
PrenJs mea Jeux maÍn8, sens mes yeux gros ;
Pour ton orgueil, voici ma plainte,
Pour ta souffrance mes sanglots,
A cleux genoux et le.1 maina jointes.
FRANZ HELLENS.

6

Comment Brimhorion, engendré par un roí déja mort, naquit

J'une

E.lle encore vierge.

Le Roi Adolphe avait a l'entour de quarante et sept ans quand il
prit a femme la princesse Cunégonde. 11 n'eut pas le temps d'assister en
personne a son mariage, car c'était pendant les grandes guerres et il ne
voulait commettre en d'autres mains que les siennes propres le soin de
conduire ses armées a la victoire. Il manda vers la princesse quatre
ambassadeurs, tous bien de leur personne, dont l'un portait l'anneau de
mariage, le second le contrat, le troisieme une lettre et le quatrieme une
fleur de lys. Mais la fleur de lys se fana durant le chemin, ce qui était de
mauvais présage.
Le mariage fut célébré avec beaucoup de pompe, cependant que le
Roi Adolphe amassait lauriers sur lauriers. Il livrait une bataille qui
devait étre décisive quand les ambassadeurs lui revinrent. Le premier
portait un anneau envoyé ar la nouvelle reine, le second le contrat
signé et parafé, le troisieme une rose en bouton, le quatrieme le portrait
de la reine par le peintre de la cour.
Le roi mit l'anneau a l'annulaire, le contrat dans sa poche, la rose
~ son chapeau et ordonna de découvrir le tableau qui était voilé de
velours cramoisi. Mais avant qu'on ne l'eut fait, une pierre d'artillerie
réduisit en miettes le portrait de la reine et navra le roi malement aux
deux genoux. Ah, s'écria-t-il, je meurs, et je n'ai pas vu le visage de
mon épouse, fftt-ce en peinture.
Il y avait pour lors aux armées un fort habile chirurgien appelé
mattre Tagliandi, originaire de Milan, qui en savait sur les navrances et
blessures plus qu'aucun homme de son temps. Il lava les plaies du roí
avec une infusion d'arnica et autres plantes vulnéraires et lui fit un
beau pansement de la chemise d'un arbalétrier.
Les hommes d'armes voulurent venger leur prince et la bataille
ayant soudain repris, les ennemis furent écrasés. Mais le lendemain les

7

�HISTOIRE DU NAIN BRIMBORION

jambes du roi étaient noires et puantes, et maitre Tagliandi conseilla au
chapelain qu'il priat pour leur commun Maltre, disant que des lors toutc
espérance se devait remettre entre les mains de celui qui ressuscita Lazare
sentant déja.
Cependant la nouvellc Reine qui, avec un train magnifique, approchait ,iu camp royal ou1t parler de la grande victoire qui faisait du roi
¡¡on mari un nouvel Alcxandre ou quelque César pour le moins; elle en
ordonna de doublcr les étapcs. Une vieille sorciere du nom de Crapaudinc l'accompagnait. La reine portait ason col un talisman donné par la
sorciere; c'était une pelote de verre filé de Venise avec, au milicu, un
~il de rainette, et la pelotte devait se briser le jour que le roi serait
infidele a la reine sa femme.
Comme Cunégonde arrivait au camp, le roi se mourut. Cunégondc,
trouvant un cadavrc mal odorant en place du jeune roi victorieux qu'elle
s'était figuré, ne versa cependant nulle larme, car, ne l'ayant point connu,
elle ne l'avait pu aimer. Mais elle eut peur de ne pas rester reine et dit
sculement: Plut au ciel, du moins, que j'eusse corn;:u de lui.
Mattre Tagliandi, songeant que le cadavre était encore chaud, que
le Roi avait été continent par force durant cette longue guerre, chaussa
ses lunettes doctorales et mit son bonnet carré, disant qu'il était temps
cncore de faire plus de rois ni de princes qu'il n'en était dans l'almanach.
N onobstant les remontrances du chapelain et le baragoin de la sorciere,
il ouvrit les ventricules spermatiques de sa majesté Adolphe, et avec un
long et fin roseau qu'il appelai t en grec se ringue et canule en latin, il
aspira et insufla a la reine grandement émue un peu du liquide qui donne
la vie.
Comme il restait grande abondance de semence royale et qu'il eut
tcnu a crime de lese majesté de la laisser perdre, il l'injecta par moitié a
une suivante de la Reine, Mademoiselle Thérésa de Bombessa, et a une
fille simple d'esprit, nommée Marie, qui aidait a soigner le Roi. Et il
cut pour lui les vieux maréchaux qui approuverent, disant que le Roi
l'cut bien fait, s'il eu.t été vif. Mais au moment que Maltre Tagliandi
s'occupait de la suivante et de Marie, la pelote de verre que la reine
portait au cou éclata avec beaucoup de bruit, et la reine se sentit triste,
songcant que feu son mari la trompait le jour méme de ses noccs.

La sorciere fit un sortilege pour savoir si sa mattresse était enceintc,
et il se trouva que non. Cependant elle lui conseilla de prétendre que
oui, de garnir ses vétements d'étoupe et de foin durant neuf mois, disant

8

O. MANNONI

que, le terme venu, il ne serait pas malaisé de trouver un enfant nouveau
né, et qui serait prince. Et la reine, un mois apres, ayant enlevé un peu
de paille a sa paillasse dit a ses suivantes, avec un sourire honteux,
qu'elle était grosse. Et il y eut des messes &lt;lites pour le bien de sa
grossesse.
La suivante Thérésa n'était pas plus enceinte que la reine, mais prit
pour le devenir un autre moyen, s'y employant avec un homme d'armes
du nom d'Hamelin et qui était puissant ribaud. Mais ils furent surpris
par une servante qui en fit des comes, si bien que Thérésa en eut la jau1üsse et une fausse couche qui la tint deux mois au lit.
Quant a Marie la Simplesse, ainsi l'appelait-on communément, elle
était entrée dans un couvent dont la supérieur&lt;! ne tarda guere a s'apercevoir qu'elle était grosse et la fit vi si ter par les matrones. Et les matrones
trouverent qu'elle était grosse en effet, mais aussi qu'elle était pucelle et
criercnt au miracle. Et il vint des pélerins de tous les pays pour la voir
et emporter de ses reliques, et déja ne l'appelait-on plus autrement que
la Vierge Marie, et disait l'on que Jésus-Christ allait revenir sur la terre.
Mais les théologiens disaient que non. D'aucuns, méme, citant SaintJ ean, opinaient pour l'Antéchrist.
Le pape enfin craignant un schisme et s'étant assuré que la grossesse
non plus que la virginité n'étaient controuvées manda la bulle Si quaedam virgo ou il était dit que la grossesse de Marie la Simplesse devait
etre imputée a sorcellerie. Et Marie quina le couvent de nuit, et se
refugia dans un petit hameau ou le curé ne lisait pas les bulles du Pape
et ou on ne la reconnut pas. Elle n'osait dire en effet que sa grossesse
était d'origine royale, car la reine l'avait menacée de mort si elle en
soufflait mot. De plus elle tenait elle méme pour peu catholique la fa~on
dont elle avait con~u et pour un sorcier le savantisslme Tagliandi.
· Cependant la reine, qui portait des robes de plus en plus larges et
garnies de chiffons tremblait qu'on ne connót un jour la vérité touchant
le b~tard de Marie la Simplesse, et elle pria la sorciere de le faire mourir
a sa naissance par envotitement, ou d'obtenir du moins par quelque
sortilege que ce fut une filie. Mais la sorciere, ayant consulté ses tarots,
déclara que l'un non plus que l'autre ne se pouvait, par ce que c'était fils
de vierge ; mais qu'il resterait nain toute sa vie . Et le meme jour, a
minuit, ayant cueilli de la mandragorc, elle fit un philtre a cet effet.
Quelques semaines plus tard, la reine faisait passer pour son fils le
nouveau né d'un pauvre cordonnier nommé Michel et le faisait baptiscr
Adolphe. Le meme jour, Marie la Simplesse accouchait d'un fils qu'elle

�HISTOIRE DU NAIN BRIMBORION

O. MANNONI

ne fit pas baptiser, et auquel, dans sa joie et sa pauvreté d'esprit elle ne
trouva d'autre nom que Brimborion.
Le petit gars;on du cordonnier était le plus laid que l'on pOt se
figurer. II était né velu comme ua ours, louche, et le nez en pied de
marmite. Néanmoins toutes les dames de la cour crierent qu'il était
beau sans parangon et une vieille douairiere déclara qu'elle avait vu feu
le roi son pere au berceau et que l'un était l'autre tout craché. Mais elle
rougit, se reprit, et dit qu'elle était trop jeune pour l'époque, mais qu'on
le lui avait décrit.
Tout au contraire Brimborion était un bel et gros enfant bien
ressemblant au roi Adolphe. Mais quand les pretres surent qu'il était né
un fils a Marie la Simplesse, ils l'allerent trouver et lui demanderent le
nom du pere.
La simplesse n'ayant su que répondre, les pretres hocherent la téte,
et le bruit se répandit que Marie avait couché avec le diable sous la forme
d'un bouc noir, et l'on parlait déja d'une belle flambée, avec du latin.
Alors la nouvelle accouchée enveloppa Brimborion dans ses bardes, et
s'en alla loin des hommes, dans les montagnes sauvages, parmi les ours
et les loups. Et l'on raconta dans le pays que le diable l' avait emportée
durant un orage qu'il a vait fait cette nuit la.
Au bout de deux mois, Brimborion cessa de grandir ; il avait juste
deux pieds de haut. Marie ne s'en affligea pas, et meme elle rendit grace
a Dieu, disant: Seigneur mon Dieu, vous m'avez cboisie emmi toutes
les femmes pour me faire un don que vous n'avez daigné faire a aucune.
Car il est vrai qu'a beaucoup de femmes vous donnez des fils selon leur
désir, mais ils grandissent et quittent leur mere pour guerroyer et voyager. Tandis qu'a moi votre bumble servante, vous avez donné Brimborion qui ne grandira pas, qui ne me quittera pas, que je porterai toujours
dans mes bras. qui sera éternellement mon petit enfant.
Ainsi parlait Marie, parce qu'elle était simple d'esprit, et si les
hommes des villages avaient pu l'entendre, il se seraient gaussés d'elle.
Mais elle les avait oubliés, et son creur était plein de joie.

Les hommes, de leur cóté oublierent la vierge qui avait enfanté, mais
on racontait dans les villages qu'une sorciere bantait les montagnes et
que des voyageurs fourvoyés l'avaient rencontrée, accompagnée d'un nain
tout nu qui sautait de rocher en rocher. Et ceux qui avaient vu ces choses
en parlaiem avec tant de terreur que nul ne se souciait d'aller voir s'ils
disaient vrai.
Quelques jours avant la date fixée pour le sacre, le prince Adolpbe,
qui avait alors treize ans, étant a courre un sanglier dans les montagnes
y fit la rencontre du nain tout nu, qui le regardait gravement, immobile,
les poings sur les hanches, ses longs cbeveux noirs trainant derriere lui
dans les ronces. Les gens du roi, connaissant les fables des villages,
s'enfuirent au galop, ne laissant la que le prince, un piqueur et le nain.
Le piqueur fit le signe de la croix et, saisissant le nain qui mordait griffait et burlait, le roula dans son manteau et l'emporta sur son cheval.
Mais pour la premiere fois ie sanglier échappa, ce dont le prince fut tout
marri, si bien que le piqueur lui demanda la permission de reporter le
nain ou il l'avait pris, disant qu'il leur portait malheur. Mais le prince
fut d'avis, au contraire, qu'il fallait que cette capture le consolat de l'autre,
et qu'ainsi du moins il ne rentrerait pas bredouille.
Marie la simplesse entendit de loin le bruit de la chasse et se tint
coite daos les rochers jusqu'a ce qu'il eut cessé. Quand les momagnes
furent revenues au silence, elle appela Brimborion. Sa voix, a cause de
la disposition des rochers, s'enflait jusqu'a la vallée, mais Brimborion
ne répondit pas. Elle le chercha tout le soir, dans les cavernes et les
halliers, le long du lit des torrents. Quand elle comprit qu'il avait été
enlevé par ceux d'en bas, elle poussa un grand cri, et se précipita
vers la vallée, sautant de pierre en pierre, pers;ant les fourrés, jetant ,;a et
la ses bras en courant, et les paysans, qui, revenant de leur travail,
l'apers;urent ainsi daos le soleil couchant, avec ses longs cheveux flottant
derriere elle et sa robe de feuilles sauvages, en eurent tant de frayeur
qu'ils n'oserent en dire mot a leur femme ni surtout a leurs petits.
Comme vous savez que la femme la plus rusée, en de telles circonstances, perd sens et mesure et agit comme une bete, ainsi Marie la Simplesse, qui n'avait aucune malice, entra dans le premier village qu'elle
encontra, criant que, pour l'amour de Dieu, on lui rendlt son petit enfam.
Les paysans s'enfuirent d'abord, et la femme des montagnes, seule dans
le cimetiere, au pied de l'église enténébrée, se lamentait ainsi qu'elle
avait vu faire les loups, les nuits de pleine lune. Le curé, a sa fenetre, la
regardait en tremblant, agitant un rameau de huis béni et soufflant du
latin. Mais le fossoyeur qui craignait les revenants et non les sorcieres'

Marie et le nain s-on fils vécurent a la maniere des bétes sauvages,
mangeant des falnes et des racines ; Brimborion apprit aussi a épier les
animaux et a les engeigner. Bien qu'ils n'eussent ni feu ni abri, comme
leur esprit était simple et leur corps sain, ils ne se croyaient pas malheureux, et, chaque soir, Marie remerciait le ciel qui l'avait franchie des
hommes.

IO

1

11

�JEAN HYTIER

HISTOIRE DU NAIN BRIMBORION

vint a elle avec un lacet dont elle se laissa lier les poignets. Et les
hommes, ayant appris qu'elle était liée et soumise, en firent une grosse
risée et descendirent la voir.
Le curé lui dit avec bonté de se confesser, l'assurant de !:absoudre,
et la priant qu'elle avouat tous les crimes, quelque grands qu 1ls fussent,
la miséricorde divine étant infiniment plus grande.
.
La Simplesse confessa honteusement quelques peccadilles de sa ieunesse, et réclama derechef son enfant. Mais le pretre, h?~hant la tete,
la fit vetir par sa senante d'une robe a manches plus chrettenne que son
vetement de feuilles et mener chez le maréchal, ou on la tortura. Elle
avoua alors le Diable, le bouc noir le saLbat et les c~voOte~ents. Et les
hommes qui avaient perdu des parents ou des besttaux lu1 en demandaient compte et lui crachaient au visage.
Le curé cepcndant !'aspergea d'eau bénite, prono~c;a les paro)~~ de
l'exorcisme et lui donna l'absolmion, l'assurant qu'.etant confessee et
repentie elle irait droit au ciel. Puis les hommes la m1rent da~s la chaudiere, et on alluma le feu. Le petits enfants du village, dansa1ent autour
de la marmite se tenan t la main et chantant :

La Doctrine du Mouton Blanc
Symbolisme et Classicisme Moderne

a

La difficulté qu'a toujours eue la critique définir le mouvement
symboliste manifeste son anarchie fonciere et la multiplicité des tendances qu'il recouvre. C'est proprement un sur-romantisme, ou un
romantisme au second degré. La liberté dans I' art, réclamée par les
romantiques, mais d'une maniere plus polémique que profonde, et
avec la reconnaissance plus ou moins avancée des grandes lois esthétiques, conduisait déja a la constitution d'esthétiques personnelles,
un régionalisme, mais encere fédéral, en littérature. Le phénomene
s'aggrave avec le symbolisme ; c'est le morcellement érigé en príncipe; ce n' est plus un régionalisme, mais un particularisme jaloux et
nquiet. Ainsi s' est accentué du Romantisme nos jours une dispersion maintenant voisine du néant, et dont le symptome le plus évident
a été l'impuissance du vers-libre a se constituer. 11 y a eu presqu'autant
de vers-libres que de vers-libristes. Comme il était a prévoir, la confusion s'est augmentée par la création de mille écoles transitoires,
essentiellement constituées par un individu et quelques complaisances;
dix ans apres, personne n' en sait plus le nom. Seul, l'Unanimisme a
réussi a persister, a s'accrottre et a s'approfondir, iustement parce
qu'il constituait un effort contraire a la dispersion, parce qu'il était un
mouvement constructeur, et que loin de borner, comme les chapelles,
son ambition conserver strictement son petit coin d'originalité, il ne
trouvait rien dans le monde qu'il ne dut englober un jour. 11 mettait fin
tout le mouvement post-symboliste, symboliste et romantique, et
inaugurait un nouveau mouvement classique qui va s'accentuer au
cours du siecle.

a

a

En,otcelle-nous, sorciere,
Poivre sel et cornicbon ;
Te voila dan, la chaudiere
Ion Jan \aire
Te voila dan• le chaudron
Ion lan Ion.

La Simplesse, liée dans la marmite, jusqu'au cou dans l'eau _déja
fumante, voyait danser tous ces petits enfan~s! ~t elle se senta1t ~-e
· l'amour pour l'un deux, le! plus méchant, et qm e~an_ bossu, parce qu 11
lui rappelait Brimborion. Elle ne cría ni ne se ~la1gn_1t, souffrant bonnement la mort, parce que le curé lui avait prom1s le c1el.

O. MANNONI

a

a

a

Ainsi le classicisme moderne s'oppose tout ce qui I' a précédé
depuis un siecle. Mais il ne lui jette pas pour cela I'anatheme. Et
meme cette vaste et trouble Renaissance dont il se dégage, il la
déclare nécessaire, il en fait une condition de son avenement. 11 faut,

12

13

�LA DOCTRINE DU « MOUTON BLANC

»

en effet, que la matiere de I'art se renouvelle périodiquement. Les
grandes époques classiques comme le XVII• siecle épuisent le
donné littéraire qui leur est offert; une nouvelle matiere doit etre mise
au jour, et c'est par mille efforts divergents, plus souvent aveugles
qu'éclairés, que se révele enfin peu a peu le domaine ou un classicisme nouveau viendra instaurer son ordre. Nous n'avons pas a renier
les carriers qui ont extrait les matériaux souvent grandioses, bien
qu'encare bruts, dont nous voulons construire la maison ; iustement
parce que nous nous opposons aux essais instinctifs pour affirmer une
architecture consciente, nous jugerons équitablement ces artisans
involontaires dont plusieurs furent des maitres admirables qui tenterent
déja d'esquisser I'ordre au milieu du chaos. Nous profiterons de toutes
les expériences. Mais il est temps, avec ceux qui depuis quinze ans
I'ont voulu et commencé, de continuer sans relache et sans défaillance
le classicisme moderne. Ce classicisme doit se prouver. C'est en le
faisant que nous le prouverons.

JEAN HYTIER

HENRY BATAILLE
11 commeni;a comme un poete. Puis, incapable de résister aux
sollicitations du succes, i1 écrivit vingt pieces illisibles, sans style,
sans vérité, sans art. En proie a un désordre émotionnel intense, il
brassa aveuglément des idées généreuses, de la psychologie amorphe,
des theses inconsistantes, du lyrisme de casino, des ficelles de mélodrame, du pathétique de feuilleton et de I'esthétique mondaine, avec
un sens totalement obnubilé de la réalité. Dans ses préfaces aux
journaux, il essayait rageusement de se persuader du contraire. 11 dut
souffrir terriblement de I'opinion ou du silence de ceux dont seule
I'approbation a1Jrait pu luí donner le calme et la confiance, de ceux
dont il n'avait pas su faire ses pairs. Ouelque chose de pur et d'ancien le jugeait au fond de lui. Sa race lui reprochait une trahison. Et
sa haine pour la critique, qu'était-ce done que la conscience de sa
déchéance 7 11 avait assez de talent pour savoir qu'il n'en avait plus.
JEAN HYTIER.

Travaux de Déblaiement

EDMOND ROSTAND
11 exemplifie les ravages de I'erreur esthétique dans une ame
généreuse. Sa plus grande originalité fut de tirer des effets de ce
qu'habituellement on nomme maladresse, gaucherie, manque, raté,
claudication, mauvais gout... Emphatique et mievre, il aurait monté
l'infini en épingle de cravate, sonné la charge sur le mirliton. 11 prit
la pointe pour I'esprit, la iactance pour la noblesse, le chic pour
I'élégance, le pétillement pour le lyrisme. Ses images meme ont I'air
de calembours. La nature n' est plus chez lui qu'un décor. Tout a perdu
sa substance. lngénieux et sans génie, sinon dans I'a peu pres, il
calamistra soigneusement pour ses pieces quelques commis-voyageurs
de l'idéal. Dans sa boutique : « Aux cent mille pastiches ,. ou tout ce
qui luit n'est pas or, il enseignait prestement, avec des cartes emprunt
ées, a faire des réussites.

15

�ERREURS

•

ERREURS
EJmonJ RostanJ son reuv re Jemeurera sur le, sommet&amp; de
notre littérature... - un Jes granJs noms Je la poésie frani;:ai,e ... ce grañcl mouvement, ce souffl.e proJigieux, qui nous secoue, qui nous
emporte, qui notu lais,e houleversés et émerveillés ... - Rostand est
tout de meme le •eul poete qui, apre, et depuis Hugo, nous donne
l'impres,ion de prendre sa suite, d' etre de sa classe.
FRANC-NOHAIN.

Il n'y a rien Je plus pres J'une tragédie de Racine qu une piece
de Bataille.
CHARLES MÉRÉ.

•.. La pblodoxie et l'inconséquence unanimistes ont beaucoup contrihué a la ruine de la doctrine dans les eaprits les mieux disposés a luí
faire accueil.

VERITES

VÉRITÉS
L'anarcbe littéraire a Íait son temps. Il Íaut aujourd'hui reconstruize tous les genres littéraire.s, l'épopée comme le roman, le Jrame comme
le pocme, .san.s tenir compte des mauvai.ses ohjections que J'on peut accumuler contre la nécea.sité J'un dassicisme moderne, ou, ,i le mot vous
effraie, d'une école approp~ée a notre époque.
GEORGES CHENNEVIERE.

Le.s nouveaux poetes vont contÍnuer avec Je nouvelles ressource,
1'effort de création organique qui a marqué le Jébut du siecle et qui doit
s'étendre sur le siecle entier en dépit de crises plus ou moins violentes
mais passageres. Ríen n'empechera que le XX.e siecle soit un siecle
J'organisation, de construction comme le Íurent, chacun a leur Íai;:on, le
XIJie et XVlle. Et dans cette grande reuvre l'esprit poétique jouera un
role essentiel.
JULES ROMAINS.

• •
Meme dans le choix de sa technique, M. Jules Romains ,'e,t
manifestement inspiré du docteur Le Bon .

... La postérité ... n'admire que les ceuvres Je grand style, et laisse les
autres aux érudits, comme simples documents.
PAUL SOUDAY.

•

• •
Ün e.stima Ínsupportable la contrainte Je d ouze volumes sur un

motif qui comportait tout au plus le développement d ' un poeme.

•
• •
La Íortune Je

1'unanimi.sme a

été en somme assez éphémere.

FLORIAN-PARMENTIER.

16

TI n'y a pas deux ryt~es, deux arts,_ deux heautés,, l'une, c~assique,
l' autre romantique. Il n y a pas un Jemt-chceur de poetes b_erus se rattachant au type classique, et un demi;chceur de po_etes maud1ts se ~attachant au type romantique. 11 y a 1erreur esthét1que du ,ro~a~hsme,
liberté du poete, asservissement du poeme, dont les ecr1vam~ du
Jix-huiticme et du dix-neuvieme siecles ont tous souffert et dont 1ls se
sont affranchis Jans des mesures tres inégales a proportion de leur génie et
de leur bonheur.
CHARLES MAURRAS.

�AGNUS

•

•

P ALINGENESIES

pas comme fui /'art de produire des vers brillants et finis, approchant
de la pureté de ceux de Racine. »

Palingénésies
Yoici comment, en 1835, M. André Thérive appréciait les tentatives
littéraires de ses contemporains. M. André Thérive existait en 1835
sous le nom de M. Odolant-Desnos.
Sur Víctor HUGO : .. Trop confiélnt dans ses forces, il a pensé
pouvoir, non pas devenir /e nouve/ atlas de notre ancienne littérature,
mais /e créateur áune nouvelle... Dans sa tragédie d'Hernani, il est
tres rare de pouvoir trouver deux vers passables de suite; tandis qu'a
chaque page, on rencontre des enjambements inadmissibles, et des
mots áune trivialité du plus mauvais goílt... Ce qu'il y a de plus
désolant dans M. Víctor Hugo, c'est de voir que sa volonté seu/e
commet /es fautes qu'i/ seme expres dans ses ouvrages; el/es
n'échappent point a son instruction... ; lorsqu'i/ veut suivre une autre
voie, il la seme de beautés du premie, ordre. Ainsi... on trouve peu de
choses a critique, dans /e fragment suivant de son Ode sur la statue
de Henri 1\1 :

Sur Casimir DELAVIGNE: « Son style, pur comme celui de Racine,
a néanmoins plus de chaleur que celui de ce grand maitre.

1

On trouve aussi dans M. Casimir Lavigne des vers heureux
frappés souvent au cachet des maximes; ainsi sont /es suivants :

1

Un peuple a tout perdu s'il perd l'indépendance...
Oue la patrie est belle au moment qu'on la quitte !...
Tout doit mourir, tout doit changer;
Un culte meme est passager... »

Sur les vers de CHATEAUBRIAND : « Des lors, ce grand génie
commen~ait déja, mais lentement, a corriger son style, et /'on conna!t
de /ui quelques vers bien frappés. Sa définition de la foret est tres
belle... :
Foret silencieuse, aimable solitude,
Oue j'aime a parcourir votre ombrage ignoré! "

Nous publierons une autre fois I'opinion de M. André Thérive, en

1835, sur les prosateurs du temps.

Assis pres de la Seine, en mes douleurs ameres,
Je me disais : la Seine arrose encore lvri,
Et les flots sont passés ou, du temps de nos peres,
Se peignaient les traits de Henri.

•
• •
A la meme époque, Guillaume /\pollinaire s'amusait déja aux
Calligrammes. Mais, n'étant pas encore assez expert dans cet art, il
se dissimulait sous le pseudonyme de M. Bres. 11 voulait, suivant
M. André Thérive, « forcer la typographie a rendre sa pensée en
meme temps que sa phrase » :
de.
pi

Chacun /e rappelle franchement de tout creur dans la route de /a
bonne littérature, route qu'i/ connait si bien et dans laquelle il est si
brillant quand il veut bien s' y retrouver. ,.
Sur les vers d'Alfred de MUSSET : « a f exemple de M. Víctor Hugo,
i/ fes fait mauvais avec intention. •
Sur LAMARTINE et Casimir DELAVIGNE : « Le chantre des
Méditations poétiques est monté á un seul vol au sommet du Parnasse
fran~ais, et la, donnant la main a M. Casimir Lavigne (sic), il s'y
est emparé avec fui des premieres places... S'il (Lamartine) a /e génie
de la composition plus étendu que celui-ci (Delavigne), il ne possede

ra

tant; il devient
mon

'

en

Le chemin va

�le

Les Romans de Jules Romains

vois de
ce lieu élevé
l'arbre de Beauregard
qui domine tout l'ho
rizon d1.,1 pays
limousin;
che
ne
fa
meux
dans la contrée.

Lucienne porte a six le nombre des romans, contes ou groupes de
contes de Jules Romains. Nous pouvons done, des maintenant, jeter un
regard d'ensemble sur cette partie de son reuvre.

•*•
Rappelons d'abord, dans l'ordre de publication, le sujet de chacun
des livres.

Le chemin
des
cend
et
me
conduit
au bord d'un
ruisseau.
go
pont

Uti

ce

que

de

sur

che

l'on

I'ar

de

l'apen;ois

écumeuse.

•

. ..

ANDR~ CUISENIER

•

AGNUS

BRÉS

Ouant a M. Alfred Poizat, il endormit successivement les
générations sous les noms tragiques de Campistron, de Claude
Guimard de la Touche et de Luce de Lancival. (Les savants bien
informés prétendent que M. Alfred Mortier ne serait que le double
pour ainsi dire métapsychique, de M. Alfred Poizat.)
AGNUS

LE BouRG RIÍGÉNÉRÉ. - Une inscription, mise dans un urinoir par
un nouvel habitant, secoue un bourg inerte, et détermine en lui des
troubles nombreux, variés, profonds, qui le regénerent.
MoRT DE QuELQU'UN. - La mort d'un mécanicien, retraité et solitaire, émeut a Paris toute sa maison, arracbe du village natal son vieux
pere, détermine des formes éphémeres d'existence qui atteignent leur
plus haute intensité au cortege funebre, puis se défont peu a peu, par
la mort des vieux parents et l'oubli progressif des autres hommes.
LES CoPAINS. - Un groupe de copains, apres de copieuses libations
et la consultation d'un somnambule, imagine une série de mystifications
qui secouent une caserne, une église, une place publique, la population
entiere de deux petites villes, puis va, en pleine montagne, célébrer son
triomphe par un repas solennel.
SUR LES QUAIS DE LA VrLLETTE. - Les buveurs d'un cabaret de la
Villette, en échangeant leurs souvenirs sur le 1" mai 1906, le 1e' mai 1907
et autres évenements ou incidents, montrent comment ils ont éprouvé
le pouvoir d'un groupe sur un homme, ou d'un homme sur un groupe.
DoNoGoo-ToNiu. - La réclame faite par un mystificateur et un
banquier véreux autour d'une ville fictive, qu'un géographe en chambre
a située au centre d'une prétendue région aurifere, détermine, par le
monde entier, des mouvements d'aventuriers qui aboutissent a la découverte d'or et a la fondation réelle de la ville.
Luc1ENNE. - Dans une famille provinciale ou les deux sreurs sont
également éprises d'un cousin indifférent, l'arrivée d'une nouvelle maitresse de piano, Lucienne, détermine des changements profonds, qui
aboutissent al'amour soudain du jeune homme et de Lucienne.

21

20

�LES ROMANS DE JULES ROMAINS
ANDR~ CUISENIER
On voit déja, par ce seul aperc;u, quelques-uns des caracteres communs a ces récits. D'abord ils sont, au plein sens du mot, réalistes.
Romains ne raconte pas d'aventures romanesques. Méme a ses plus
énormes mystifications, le Rut d'Ambert, la Destruction d'Issoire, la
Charge des autobus, il donne une base solide : l'auditoire dans l'église,
la place publique un jour de fete, le faubourg un jour de greve. 11 ne
fait pas non plus reuvre d'érudition, et de reconstitution historique.
En fin il ne construir pas de romans a these et ne tient pas, a la faveu r
d'une intrigue amoureuse, a nous donner son avis sur les diverses questions du jour. Bref, il ne cherche ni a s'évader du réel, ni a le déformer,
mais simplement a le représenter te! qu'il est, te! que nous tous pouvons
le voir, si nous regardons ingénument et, selon le mot de Ch. L. Philippe, comme des barbares. Et pour le rcprésenter ainsi, il n'a pas
besoin de modeles extraordinaires, il n'a pas a recourir a des scandales
mondains, des exploits d'apaches ou des danses negres. Il ne trouve
utile de nous entralner ni aux antipodes, ni dans les milieux qui ont
encore écbappé aux enquétes minutieuses des observateurs professionnels. ll Iui suffit, a l'auberge, dans la rue, dans sa maison, de regarder
le premier personnage qui se présente, si banal paraisse-t-il. Et sans
chercher plus loin, il en fait le héros d'une, ou rnéme plusieurs de ses
histoires.
De tels récits sont naturellement simples. Romains ne prétend pas,
dans ses six petits livres, tracer le tableau d'une société entiere, a la
fac;on de Balzac, Zola ou Tolstor, et, a travers les ramifications d'innombrables personnages, montrer le jeu complexe des forces naturelles
et sociales. Il ne cherche pas non plus, comme Flaubert, a suivre le
développement continu d'une existence, et condenser daos l'histoire
d'un de ses héros l'histoire de toute sa génération. Il se contente, au
contraire, d'actions simplu et peu chargée1 de matiere, la fac;on des écrivains classiques. 11 clarifie, allege et surtout unifie. La transformation
d'un village, qui était un épisode dans le Médecin de campagne ou le
Curé de village de Balzac, devient l'unique sujet du Bourg régénéi-é. Le
lancement d'une entreprise, qui se compliquait d'une médiocre histoire
amoureuse dans le Bonheur du dame, de Zola, ou d'innombrables épisodes dans l'exubérant Trust de Paul Adam, devient l'unique sujet de
Donogoo-Tonka. Toute action épisodique est écartée, et le récit, meme
s'il semble prendre son temps et se mettre lentement en route, ne se
laisse entratner a aucun détour et va droit au but.

a

1.

a

Ces récits simples, et qui plongent dans le réel, ont entre eux une
ressemblance frappante. Des le premier aperc;u, on peut les ramener a

22

~

é::;:~:n;

B
é é éré Mort de Quelqu'un et Donogoo-Tonka,
deux 7pes. Da~~
(fait ou idée) et en suit, pas a pas, dans
Romams parlt u
le développement et la propagation. Daos les
l'espace et e temps,
.
·
·
l.
1 prépa. S l
. d la Villette et Lucienne, il su1t pas" pas a
Copaim, ur es quau e . b
uement éclate Et ces deux sones de
ration d'un évenemen,t qu1l' rusq Q e l'évcne~ent soit au commencerécits se completent l une _autre. u a la fin comme dans Je second;
ment, com?"e dans le prem1er tyf~,¡c~ater ou' qu'en éclatant il se proqu'il se prepare lentement avan
s' que ce qui fait le sujet véri, · d' ndes nous constaton
page par une_ sen,c o
'
nt cet évenement se préparc ou se protable du réc1t, c est la fac;o~ do 'ºl
ºt a travers les individus et les
page, autrement dit le _tra¡et qu t
Romains dans ses romans et
groupes. C'est sur ce tra¡et qubeºlse p ace iºe'es qui lui révelent, entre les
· l l'gnes
1
mo 1 es et var
,
comes.
. . II en 1sutt es
s des rapports nouvea ux d'ou il tire toute une
ind1v1dus et es groupe , . .
.
d, ge également de ses autres
. .
d
d Cette v1s1on qui se ega
.
v1s1on
u
mon
e.
.
enu
d'appeler l'unanim1sme.
ceuvres, est ce qu'il est désorma1s conv

tUI

•*•
.
résentc les groupes comme des étres
On sait que Romams se rep
.
et meme comme les seuls
1 ou moins de consc1ence,
.
.
v1vants, ayant p us
é h les individus que par un arttfice
étres réels, dont on ne peut d tac er . • (ce sera l'ob¡ºet d'une autre
.
N
ouvons entrer 1c1
d'abstractton. ous ne P
d
. .
Rappelons-en du moins, a
étude) dans le détail de ce genre e v1s1~n.
propos des romans, les principaux caracteres.
.
'
turellement
Romams
est
D'abord c'est une visi_o1~ d ' e?s,em bles. N ªes
Sans remonter
a la nplus
pas le premier écrivain qui ~1t traite des gFroaunpce. au x1x• siecle, de nom. · ·
eut lu1 trouver en r
,
haute anuqutte, on P
b
llent a rattacher leurs personbreux devanciers. Balzac et F~al_u ert e~cle· la pension de famille, le vila un ffil teu SOCia •
nages a un groupe ou .
d
rtains romans de Zola, les groupes,
lage, la petite ville, Pans. Et _ansdce
utés le cortege de grévistes
B
le Magasm e nouvea
,
.
tels que la ourse,
. •paux personnages. Ma1s les
, . bl
t meme 1es pnnc1
deviennent de venta es, e
a ropos des individus, ou s1,.
romanciers voient encore les grou~eds' p eux-m~mes ils n'y réusis.
d les cons1 erer en
•
comme Zola, ils essayent e
.
f
tºque du réel par un effort
sformauon antas 1
•
sent qu~ p~r une_ tran
hez Romains. La vision des groupes en
d'hallucmatton. R1en de te~ c urelle et se fait sans effort. 11 se transtant que groupes est chez lu1 n~t 1 ;s contemporains, daos ce nouvel
te d'emblée comme les socio ogu
~;;re de grand;urs. Ainsi dans le Bourg régénéré :

�LES ROMANS DE JULES ROMAINS

ANDM CUISENIER

« La ci_té dormai~, a plat ventre sur un pays agricole, dont elle SUfait
et absorba1t le travail au cours de béates digestions » (p. 20).
« Le bourg n'élait qu 'un parasite, une voracité et
(p. :u).

une stérilité »

« S!I vie sans remous ftagnait au-tour de quelques ilots. lls GVaient

beau_ co~tituer les cen~res et les points de jonction des forces , elles n'y
par&lt;!1ssa,cnt guere moms atténuées qu'ailleurs. C'étaient l'église, qui
faisait graviter vers elle la plupart des f emmes; le bazar, dont to u tes
les ámes d'r.nfants dépendaient; des cafés, principalement le café de la
MGirie, ou se réunissait une quantité d'hommes; dans le haut quartier,
IG maison de tolérance. Puis des centres périodiques : le marché du
jeudi, qui n'était qu'un acle régulier d'absorption; le.:; séances du Conseil
municipal; des dtners, suivis de causeries qui assemblaient plusieurs
famiiles influentes, et résumaient l'état d'esprit collectif. L'énergie d'une
ville se mesure au nombre et a la taille des groupes qu'elle suscite en
elle pour s'y condenser. CMz le bourg, ils élaient rores et mesquins »
(p. 23).
« Pendan! un an le bourg s'est acharné a ramper de l'est vers l'ouest.
Comme un arbre qui voudrait se déraciner, il /orce pour s'arracher au
monticule qiii supporte la place Haute; il laisse se dessécher toutes ces
rues escarpées et tranquil/es; il n'en prend presque plus conscience.
Vers l'ouest, il s'étire jusqu 'a se couper en deux. ll s'épaissit autour des
usines : la briqueterie et la tuilerie rue de la Gare, la scierie sur un
chemi11¡ parallele. Un quartier populeux, avec des maisons et des voies
rectilignes, enveloppe les fabriques de sa masse croissante. L'ancienne
nsine a gaz, que le bourg ne percevait pas, car elle se cacho.it d deux
kilometres, dans un repli du sol, iZ l'atteint, la saisit, la joint a son
corps par une troinée d'habitations » (p. 71).

Dans tous ces passages, le bourg se présente a nous, comme a tout
spectateur qui le regarderait du haut d'une colline, et en observerait les
mouvements ainsi que ceux d'une ruche ou d'une fourmiliere.
Mais Romains ne se contente pas de prendre, du haut de la colline,
une vue générale qui resterait lointaine. 11 pénetre a l'intérieur de
!'ensemble, pour le saisir par « une .•arte de perception immédiate. » Ainsi il
arrive au visiteur du Bourg régénété « d'apercevofr a la (oís une fenétre oit
langui11aient dea rideaux brodél, une boutique de pátisserie, un bec de.gaz,
la far;ade d'un édifi,:e public. ll s'intéi·e,sait bien au feu des couleur·s et des
lignes, d l' arrangement des apparences; mais il sentait surtout les r·apports
intéi-ieur1 qui, comme des nerfs invisibles, unissent profondément ces chose, ,
(p. 20). Cette perception est une sorte de collaboration entre celui qui
pen;oit et l'objet per,;:u :
" Le soleil avait aactement ce qu'il fallait de calme froi.s, d'aisance,
de limpiditi! surannée pour que le bourg eut l'extérieur qui convenait
le mieux a sa psychologie et, sans feindre une attitllde, fit surgir chez

son visiteur des pP.nsées individuelles correspondant le mieu.x possible
sentiments d'étre collectif » (p. 18).

a s,s

Et c'est généralement le promeneur, le voyageur ou celui qui vient
d'avoir un soudain bonheur qui, parce qu'ils regardent avec un reil plus
désintéressé, et en se soumettant le mieux aux influences des forces,
arrivent a la perception la plus riche :
« Un voyagcur, au sortir de la gare , prendru ¡uste les rues ou la ville
se révele et qui sont l'axe de son áme; il /era les détours nécessaires; il
s'arrétera a certains carrefours ; il découvrira te centre de gravité et s'y
attardel".l plus qu'en fo¡¡t autre point. Personne ne l'ouro guidé, personne
n 'aurait été capable de le guider ainsi. ll aura du ce succes a son instincl,
a la chance ou a quelque faveur mystérieuse. Le soir, quand il remontera
tn watr-Jn, il possedera une idée essentielle de la ville; il en saura sur
elle presque autant qu'elle, et nul individu au monde n'aura encore refu
d'elle de si completes confidences ». (BouRG RÉGÉNÉRÉ, p. 19).
&lt;&lt; Done, je regardais avec appétit et confiance. Je vouiais profiter de
ma disposition favorable. Trop de fois, me disais-je, entre les choses et
moi, j'ai Zaissé régner un voile qui les éloigne et les fait mentir, u ce
point qu'ime barre de fer me semble alors d'uM consistance douteuse el
d'une matiere sans durée. Aujourd'hui, je le.~ sens bien présentes, bien
réelles, carrément plantées en face de moi, et pourtant amies de moi. Je
me réjouis de l'air de pténitude qu'elles ont. J'ai envie de penser qu'elles
sont combles, et que, si leur surface reluit, ce n'est pa.s d'ttre flattée par
la lumiere, ni t'ue par des yeux contents, c'est d'étre tendue par la chair
trop fournie qui est en dessous ». (LucrENNE, p. 12).

Il s'établit ainsi, par cette perception immédiate, un rapport nouveau
entre l'homme et les choses. Celles-ci ne sont plus seulement, comme
chez tant de romanciers, un décor que l'on pourrait supprimer sans
inconvénient. Elles ne sont pas, comme les intérieurs de Balzac, le
reflet et la traduction d'un caractere. Elles n'agissent pas mécaniquement sur l'homme, comme chez les romanciers disciples de Taine.
Elles révelent sans défiance les dispositions les plus secretes de l'univers.
Et elles le font, précisément parce que le spectateur, le promeneur
qui les regarde d'une fac;on désintéressée ne cherche pas, pour des raisons pratiques ( 1 ), a les isoler, a les décomposer artificiellement. Elles
se présentent a lui toutes ensemble, et l'unanimisme, comme le bergsonisme, est une vision totale. Celui qui est dans une chambre « sent que le,
murs ne sont pa, une limite, qu'ils relient la piece exiguif d une cho,e plu1
va,te qu'ils luí tt·ansmettent la pression de tout ce qui est derriere eux &gt;
' régénéré, p. 28). On peut done, a toute heure et en tout heu,
.
(Bourg
(1) G. BERGSON. -

Mati~re et Mémoire, chapitre I et conclurion.

�LES ROMANS DE JULES ROMAINS

méme le plus désert, éprouver ce genre de v1S1on. 11 ne résulte pas,
comme chez certains philosophes, d'une conception panthéiste qui dissout l'individu dans l'univers, ou, comme chez les mystiques, d'une
communion sentimentale avec lui. C'est une sorte de toucher, un contact direct, comme par une antenne, avec toutes les ondes qui passent :
« C'était un de ces quartiers que nous aimons tant, vastes, tristes et
forts , otl rien n'est apparence, otl tout existe avec vérité et concentration
ou les puissances les plus secretes de l'univers vont et viennent en plein;
rue, parce que personne n'est la qui. les épie. Tu sai$ ? Des maisons pas
tres hautes, et irrégulieres, des cheminées d'usine, un grand mur sans
Jen~tres et sans a/fiches, un bistrot rouge au b(ts d'un Miel meublé, et
surtout une présence continue, un :souffle qui n'en Jinit pa:s, une rumeur
pareille a tin horizon ». (LEs CoPA1Ns, p. 120-121).

Et c'est une réponse aux plus lointains appels :
« Mais le plu:s gra,id frisson, c'était sur la ville qu 'il passait, a cause
de l'heure et du ciel. Et il n 'y avait pas de lieu otl on le conntlt avec plus
de majesté que sur le boulevard désert.
« ll arrivait, ample et lent; ses ondes affluaient !'une derriere l'autre;
les _saccades et le:s spasmes avaient eu le -temps de s'y fondre et de s'y
apa,ser ; les mouvements notieu:c s'étaient résolus en chemin.
« Le jeune homme participait de tout son creur a cette émotion. D'un
centre invisible, des cercles bienfaisants se dilataient jusqu'a lui ...

« ll éprouvait mieu:c qu 'un autre cette poussét que faisait ta ville;

il la receooit contre son flanc droit; elle sembfo.it intense et répé!ée ;
c'étail comme une pulsation; !'O.me la laissait entrer et la transformait
en paroles con/uses qui réclamaient un nouveau destin ». (MonT DE
QUELQU 1UN, p. 211·213).

Réponse qui vient du plus profond de l'étre et qui établit un
rythme commun entre l'homme et les choses, en cette pré1ence continue
d'ou nul objet, méme le plus lointain, n'est exclu.
On voit, par ces quelques remarques, combien est riche ce genre de
vision, et a quel point il serait inexact de renfermer Romains daos une
spécialité, méme la plus vaste. Tout au plus peut-on saisir chez lui, du
Bourg régénéré a Lucienne, une tendance de plus en plus forte a passer
de l'arrangement de, apparence, aux rapport1 intérieur,. Mais rien de plus
naturel que ce mouvement d'une expérience qui s'enrichit, et qui, selon
le programme qu'il s'était tracé des son premier article du Pen,eur (r},
(ex~rimer moins le décor que le sens profond de la vie modeme),
l'onente de plus en plus vers l'étude de la vie intérieure.
(r) Les Sentiments unanimes et la Poésie, avril rgo5.

ANDRE CUISENIER

Nous prenons les termes de vie intérieure au seos le plus large et
désignons ainsi la vie des groupes aussi bien que celle des individus,
puisque c'est le propre de Romains de ne pas concevoir les uns saos les
autres, et de chercher tous les rapports qui peuvent mutuellement les
unir. Nous avons done maintenant a saisir, du dedans, la diversité des
étres qu'il anime. La encore, nous devons nous borner a un aperc;u
sommaire.
Nous trouvons naturellement, au point de départ, une représentation de la vie des groupes répondant a la vision que Romains en a prise
du dehors. Elle n'est pas sans analogie avec celle des sociologues. Mais
tandis que ceux-ci considerent surtout, en savants, des groupes stables,
la famille, la profession, la cité, dont ils cherchent a dégager les caracteres généraux, Romains considere surtout des groupes en mouvement,
dont il cherche a saisir l'individualité fuyante. ll les étudie done de préférence a leur naissance, dans leurs transformations, et a leur mort. 11
suit, dans Mort de Quelqu'un, Le, Copaim et Sur le, quai, de la Villette,
les manifestations, faibles ou puissantes, de leur vie élémentaire. Qu'il
nous suffise ici d'en noter deux aspects. Leur naissance est peut-étre ce
qui nous donne l'image la plus directe et la plus précise de la création :
c'est un groupement brusque autour d'un évenement, réel ou idéal, que
se représentent une ou plusieurs consciences :
« Les clairons reprennent. Des voix commandent. Une masse
s'ébranle. ll se fait un vide dans le fond de la place, comme dans u,i
corps de pompe. La Joule de deu:c rues est aspirée avec un sifflement.
Mais les deu:c rues, a leur tour, aspiren! le reste de la ville. La multitude
se ramasse, se canalise, afflue, con/Lue, Ambert existe, d'un jet ». (Les
CoPAINS, p. 185).
« Nous sommes saisis d'une émotion singuliere; nous ne pouvon,
détacher nos yeuz de cette petite troupe serrée aut?ur du poteau; de cette
chose naissante et inquiete dont le poteau prononce le nom ». (DoNocoo
ToNIA, p. 95).

Et la conscience que les groupes prennent, sous l'action magique
de la parole, de leur individualité et de leurs limites, nous donne peut
~tre aussi l'image la plus claire d'un étre a·la fois « intérieur et supérieur
a nous &gt;, d'un étre divin :
« Les copains étaient envahis par un sentiment singulier, qui n'avait
po.s de nom, mais qui leur donnait des ordres, qui aigeait d'euz une
satisjaction soudaine; on ne sait quoi qui ressemblaii a un besoin d 'unité
absolue et de conscience absolue.
&lt;t lls en arrivtrent a comprendre qu 'ils voulaient certainu paroles,
qu'ils seraient ussouvi:s par une voix.

�LES ROMANS DE JULES ROMAINS
ANDM CUISENIER
« Si plosieurs chosu n 'itaient pas ditu cetle nuit mime, il seroit
jamais trop tara pour les dire.

e

« Si plusieurs chosu rülles n'ltaient pas contestüs et mani/uUu,
elles seroient d jamais pcrdues.
« 11 y avait Id vraiment un besoin vital; on ne pouvait pas ruser avec
lui, ni l'endormir, ni lui en promettre, car il empruntait quelque chose
d'impatient d, l'idü mime de la mort ». (LEs CoPAms, p. 243-244; S également la fin, p. 249-251).

Ainsi la vie unanime, des ses formes les plus simples, révele l'action
créatrice de la pensée, et l'efficacité de son instrument décisif, qui se
trouve étre, par un singulier rajeunissement des vieux mythes, la
parole.
La pensée ne crée pas seulement les groupes réels, qui plongent
dans la matiere et les événements. Elle crée aussi des étres imaginaires, qui tirent leur force uniquement des groupes qui les pensent.
Ces1 ce que les sociologues appellent les représentations collectives,
qui, par leurs ditférentes variétés, et notamment celle des mythes religieux, ou dans l'histoire de l'humanité une considérable importance.
C'est ce qu'Anatole France a illustré par un exemple mémorable, celui
de Putois, ce jardinier imaginaire dont les méfaits troublerent toute
une petite ville. Romains nous en donne, A son tour, des exemples
variés, et ce qui restait, chez les sociologues, une interprétation savante
de l'histoire, ou ce qui paraissait, chez France, simplement ironique,
devient, dans l'unanimisme, une expression directe de la vie intérieure.
C'est un fait, que nous existons non seulement par nous-mémes, mais
aussi par ceux qui nous pensent. Le plus célebre, comme le plus obscur
des hommes existent plus ou moins, selon les grouqes plus ou moins
nombreux ou leur existence pénetre, et ce trajet qu'elle suit a travers les
Ames est sans doute l'image la plus précise que nous pouvons nous faire
de la gloire et de la survie:
u ll ne tenait plus au cadavre par une 1eule /ibre. Entiirement libfré
de cette chair, et la laissait couvrir dans le cercueil. Et il se multipliait
pour peupler cent corps vivants ». (MoaT DB QvBLQu'UN, p. 167).

« Le cortege passa de son allure naturelle. Ses; hommu /rémissaient
d'orgueil et de joie. Le mort leur sembla une chose terrible ; ils l'aimerent avec vénfratio11, comme un dieu qu'on poutde, et ils s'identi/ierent
,i lui » tfbid. , p. 178).

Et ce trajet qu'un étre, méme mort, suit a traveu les !mea, une
idée, méme factice, produit d'une erreur ou d'une mystification ( 1),
(r) Cl. Tu1BAUDF.T. -

peut aussi bien le suivre. Elle peut se nourrir, se fortifier de tous les
groupes réels ou elle pénetre, renforcer l'unité et la conscience de ces
grnupes, et méme déterminer des groupements nouveaux :
u lis ,e turent pour lais1er l'idü lu remplir peu d peu. .(1ri, 1ur Leur,
caiue,, en cercle, ils penchaient le cou, et ils ovaient l'oir de fixer un
mime point du sol. L'idü pétillait Id, a1.1 centre du groupe, et te, quclre
e,prit, luilaient par cet unique royonnement.
« Comme, alentour, les autre, hommes dorm11ient; comme tou, lu
autru hommes étaient une pous,iere de rivts, il n 'y avait plu1 qu '1111C
idü qui vtilldt dans la ville ». (Bou11.c RicÉNfú, p. 43).

Elle peut aussi, et mieux encore que les groupes réels qui sont
éphémeres, briser les cloisons qui séparent les Ames individuelles, se
m~ler a leurs pensées les plus secretes, a leurs souvenirs et a leurs
son ges. Un contact, un perpétuel va-et-vient s'établ~t e~tre Ie_s pensé s
7
individuelles et les pensées collectives, et par son aguauon anime la vte
intérieure.
Les groupes et les représentations collectives remplissent les individus, mais ceux-ci peuvent les utiliser, les méditer, les tran~former a
leur gré. Les psychologues et les sociologues,_act~~ls ne ~ro1ent ylui;,
comme ceux de la génération précédente, que 1 md1v1du son une simple
résultante des forces sociales, un automate 1pi1-ituel qui met le, pa, dan,
le, pa, de ,e, prédéce1&amp;eur1 (1 ), une victime des crises politiq~es et _éc~nomiques, déchirée par des cas de conscience plus ou moms art1fic1~ls.
Des penseurs comme Mreterlin~k, Bergson et Freud, de~ romanc1ers
comme André Gide et Marce! Proust se font une concepuon beaucoup
plus souple et nuancée de la vie individuelle.
Et avec eux, Romains se la représente, méme sous ses aspects quotidiens comme un courant de pemée1 d'une diversité infinie, et que tous
les élé~ents que nous venons de démontrer contribuent a enrichir.
Par le dialogue in::essant qu'elle poursuit a~ec les_ choses, p~r la force
des groupes qu'elle conce~t~e en elle _pour s ~n fat~e un ma~1que po~voir, par le courant des idees collecttv~s qui la penetrent, 1 Ame md1:
viduelle se fortifie de toutes les forces, vibre a tous les mouvements qui
traversent le monde. De la ces ramifications, ces enchevétrements de
pensées qui courent toutes ensemble et que nous ~ésitons d'habitud a
7
percevoir a la fois, mais que l'analyse de Lucienne met en pleme
lumiere:
« J'l1714ginai une longue rue amfricaine, des maison, de ciment, de
mital et de céramique, au:c murs entierement lavables. Et sans perdre un

Nouvelle Revue Fran~ise, juillet 1921, p. 89-9r.
(r) BAllllES. -

Amori et dolori sacr1.1m, le 2 nov,,mbre en Lorraine.

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�LES ROMANS DE JULES ROMAINS

mot de ce qu.e !tfarthe allail me dire, sans cesser d'élre allenlive au~
singuliers mouvements de torsion qui tui parcouraient le cou et le buste,
au point de sentir qu 'ils usayaient de se continuer m moi-mlme, et que
certains de mu muscles cachú les imitaient dtjiJ., je pousuivis avec
insiltanu ma réverie fortuite. Tout en haut de mon esprit, une ,orte de
Umoin considérait mu de~ suites de pensées, les rapprochaif l'une de
l'autre, lu entrela9(lit avec un inuplicable plaisir, et refusail malicieu&amp;e•
ment de donner ta préférence d l'une du deuz ». (LucI&amp;lfflll, p. 103).

Mais, par delA cette diversité, l'Ame peut se rassembler et prendre
son élan vers les grandes exaltations. La beauté (1) et l'art (2) l'y inviten t. L'amour l'envahit comme une fievre :
« Ce qui me prit alor, tendail a ,e détacher et a me détacher de moi,
a.,pirait ma vie hors des limites de ma personne. Mon agitalion, la maue
d'4me remuée, semblait cherchtr d'elle-méme a se porter non 1ous mon
front ou dans ma poitrine, non dans l'épaisseur préservée de mon corps,
mais en avant de moi, dans cette sorte de lieu spirituel que nous 1enton,
se former au-dessus de nos tétu quand plusieurs hommes ,ont rassemblc!s ». (LucrnNNB, p. 204).

L'amitié est une promenade A deux ¡\ travers le monde et les idées,
une expérience commune de l'éternel (3). Et tous ces grands moments
d'exaltation apparaissent comme impérissables, se rejoignent les un¡¡
les autres (4) au travers des espaces immenses que parcourt la méditation.
La méditation peut l!tre celle d'un groupe, comme ¡\ la fin de
Donogoo-Tonka, celle de deux: amis, comme dans la promenade des deux
Copains, ou, comme dans Lucienne, celle de l'Ame solitaire qui « dépo1e le
fardeau quotidien • et par son ivresse éleve toutes choses ensemble « au
niveau des nuage1 univer1el, ». Sous ces diverses formes, elle se déploie aux
moments les plus solennels, dissipe tout mystere, établit le regne de
!'Ame.

•

• •
Cette représentation mobile du monde et de l'Ame, cet incessant
défilé de pensées qui se poursuivent, s'opposent ou se pénetrent, devait
prendre tout naturellem:mt la forme narrative, et l'on ne s'étonne pas
si Romains trouve que leu,r diversité suffit, sans la complication d'une
intrigue, A remplir un récit. On pourrait le vérifier ¡\ propos de chacun
( 1) Lucitnne, p. 186-193.
(2) Lucienne, p . 7,.
(1) Les Copains, p. 11R-119.
(2) Les Copain.s, p. 121. - Lucienne, p . 208.

3o

ANDRE CUISENIER

de ses livres. Contentons-nous de le faire pour le premier et pour le
dernier, afin de voir comment, de l'un ¡\ l'autre, la méme vision se
développe et s'enrichit.
LE BouaG RÉGÉNÉRÉ. - Romains considere la structure et les
rythmes du bourg, et, par dela ces apparences, le secret de son ame
inerte. Puis il montre, par des fragments de dialogues, l'inscription
subversive qui se propage dans différents milieux bourgeois et populaires. 11 en suit les progres dans quelques ames individuelles, celles du
curé, du bedeau, du maire. Il en montre les premieres conséquences
visibles, un jour de marché, puis les changements qui en résultent dans
la structure et les rythmes du bourg. Romains suit done, dans cette
petite légende, la marche d'une idée, avec l'impartialité, a peine nuancée
d'ironie, d'un savant qui en tracerait Je graphique. Et il nous présente
ce développement dans toute sa généralité. Nous n'avons du bourg,
malgré les quelques exemples de perception immédiate notés plu~ haut,
qu'une vue d'ensemble, et des individus, qu'une psycholog1e s1mplement esquissée, pour laquelle il suffit de les désigner par leur fonction
sociale : le postier, le rentier, le percepteur. Le récit est done rapide, et
d'une sécheresse voulue : il dessine la courbe d'un mouvement.
Luc1ENNB. - C'est surtout l'histoire d'une ame. Des les premieres
pages nous en apercevons la mobile richesse, son enthousiasme music~l,
son contact frémissant avec les choses. Ces choses nous sont présentees
sous leuraspect le plus individuelet le plus concret? qui va'.ie selon l'heu~e
et les dispositions despersonnages,et qui nous laisse tou¡oursapercevo1r
leur arrangement et leur sens profond. Romains les choisit naturellement parmi ses impressions familieres : la gare, la salle de restaurant,
une rue de petite ville, une chambre solitaire qui s'ouvre, pour la méditation, aux puissances les plus vastes : le silence, ou l~s cl_oches dans la
nuit. Mais il rattache aussi son héroi'ne, avec une mmuue nouvelle, a
un milieu provincial particulier : la famille Barbe!enet. Le p~re, la
mere, les deux tilles, le cousin, la bonne, nous appara1sse~t tour A tour,
au salon, a la ler;on de piano, a table, dans la rue, en votture, dans les
circonstances les plus simples de leur vie quotidienne, e~ avec leu~s
paroles et leurs gestes les plus ordinaires. _Ils nous appar~1ssent auss1,
non plus en eux-mémes, mais tels que Luc1enne et son am1e, chacune a
leur far;on, les pensent. Ils nous apparaissent encore, chacun avec leurs
pensées les plus cachées, qui s'ouvrent par le développement progressif de leurs confidences. Ils nous apparaissent enfin comme un groupe,
qui peu ¡\ peu enveloppe et pénetre une ame, au point de se l'incorporer.

�LES ROMANS DE JULES ROMAINS

Et nous suivons le mouvement secret de cette ame en qui le spectacle
puis la confidence d'une rivalité amoureuse font éciore l'amour : amou;
qui naít d'une indilfére~ce amusée, d'_un~ conversation familiere, et qui
se transf~rme et grandtt, par la méduauon, par de véritables examens
d~ c?nsc1~~ce, par cette sorte de dévastation que produit la beauté.
Ams! la v1s1on des choses et des groupes s'offre a nous a mesure que se
succedent. les nuances fuyantes d'une ame individuelle. Les analyses
p_sycholog1ques les plu~ neu~es continuent les traditions les plus class1ques du roman fran1¡a1s, mats en les assouplissant par le mouvement
continu du monologue intérieur.
De la plus ancienne comme de la plus récente des deux reuvres il
se dégage done une impression commune, celle d'un art qui est tout en
mouvement. La forme cinématographique donnée par Romains a l'un
de ses contes ne résulte pas d'une simple fantaisie d'artiste qui cherche
constamment a se renouveler : elle exprime la tendance méme de sa
pensée, qui se déroule naturellement par images, et aime a percevoir
ensemble plusie~rs séries d'images qui se déroulent. Le mouvement qui
n_ous transporte ,mstantanément de Londres a Porto, Naples ou l'Aménque du Sud, d un paysage a une pensée, d'une conversation a un souvenir, ce mouvement qui, par son accélération ou son ralentissement
varie !'as~ect et le rythme des etres et des choses, n'est pas particulier
au scenano de Donogoo-Tonka. II est aussi la grave et lente succession
de pensées_ et d'évenem~nts qui se développent a la fois au village natal
et a la ma1son mortua1re de Jacques Godard. 11 est le rire, tour a tour
bouff~n et lyrique, ou s'épanouit le groupe des Copains. 11 est la conversauon, tour a tour gouailleuse, indignée ou épique, des buveurs de
l'Ambas~ade. 11 entratne, co~me de véritables étres vivants, les propos
de Luc1enne et de son am1e, les conversations provinciales du salon
Barbelenet, les discours enjoués de Pierre Febvre. Qu'il se propage a
trav~rs l'esp?ce, ou par des paroles ou seulement daos les ames, qu'il
suscite et a01me des groupes, des idées ou des individus, le mouvement
est _le princi~e et la raison méme du récit. 11 s'y contemple et y découvre
qu'il esta lu1-méme son but, enchainant l'un d l'autre des acte, gratuit, et
bouleversant le train ordinaire de l'agitation humaine.
'
De Ja des changements ala forme du récit. Plus d'éléments stables:
longues descriptions d'objets immobiles ou d'étres au repos, dissertations
philosophiques et sociales. Plus de longs retours sur le passé des personnages, ni de laborieux efforts pour les amener daos une impasse
d'ou ils ne peuvent sortir que par les artífices du mélodrame ou du vaudeville. Sans doute il y a des paysages, des portraits, des analyses
psychologiques daos ces différents récits, mais saos que jamais s'interrompe le mouvement de l'action, ou le coumnt de pemée, des personnages, ou le déroulement de leur conversation :

ANDRE CUISENIER

« Pendant ce temps, je ne quittai pas des yeux Madame Barbelenet.
J'examinais son image avec un exces d'attention presque absurde, sans
toutefois perdre une de ses paroles. Ses traits m'apparurent !'un apres
l'autre, détachés et mRme grossis dans une lumiere dont j'a.vais le sentiment d'ltre !'origine , tandis que la. suite dt ses propos s'engrenait irrésistiblement sur mon esprit comme une fine roue dentée. A ce point que,
visage et discours, les deux choses finissaient pour moi par n'e11 /aire
qu'une. Chacun des traits et chacune des paro/es se levaient du mime
mouvement, comme soudés l'un a l'autre. L'un et l'autre me sembla.ient
identiques par nature,. el depuis toujours. La. bonne écoutant a la. porte
m 'entra conjointement avec le relief granuleux et la touffe gri$dtre de la
verrue de Madame Barbelenet. Le nom de M. Pierre Febvre m'arriva en
liaison si étroite avec la. paupiere gauche un peu gonflée et tremblante
de Madame Barbelenet, que je fis monter mon regard vers le sourcil et la
premiere ride du front, comme pottr activer ce qu 'on avait a me dire de
M. Pierre Febvre ». (Luc1ENNB, p. 70).

Sans doute aussi il y a un évenement qui, comme nous
l'avons vu se prépare ou se propage, et constitue le mouvement
meme du récit. Mais l'auteur suit ce mouvement sans le précipiter a l'intérieur d'une crise, sans le déformer par un dénouement adventice ou une conclusion morale. Par l'emploi des
moyens comme par la vision d 'ensemble, il le laisse se former
et se développer devant nous, pour nous donner l'impression d'un
étre en marche.
Ainsi, malgré les différences dans la conception et la technique nous pouvons dégager de ces récits certains caracteres, ceux-la meme que nous avions entrevus des Je début de cette
étude, _ par lesquels se définit un art classique. Ce n'est pas
ici le lieu de les préciser : nous ne pouvons que les indiquer pour
conclure. Comme les écrivains classiques, Romains croit que
l'artiste doit partir du réel et représenter la vie, sous son aspect
a la fois éternel et actuel, telle que chacun de nous, chez lui, a
l'échoppe du barbier, ou en se promenant dans la rue, peut la
voir. Comme eux aussi, il croit que cette matiere, simplement
ordonnée, doit suffire, et que le triomphe de l'art, c'est avec le
minimum de moyens, de tirer le maximum d'effets. Comme eux
enfin, il y parvient en approfondissant le réel, en l'enrichissant par
une fa~on de le voir, a la fois bien a lui et conforme aux tendances de son époque, autrement dit en le stylisant. Romains prépare ainsi la voie, par ses romans comme par ses autres ~uvrea,
a ce qu'on pourrait appeler un classicisme moderne.
ANDRÉ CUISENIER

33

�LIVRES

REVUES

j Le Mouton Blanc donne son opinion sur tous les Livres qu'il rec;oit 1 ·

1 Le Mouton Blanc_donne son opinion sur toutes les Revues qu'il rec;oit 1

J. PORTAIL : Androlite (poeme).

Dessins d'A . Favory.
Ed. de la Charmille, 24, rue Eugene-Millon, Paris.
2 vol. : 30 Jrancs. - Cf: n • 1 du « Mouton Blanc ».

JULES ROMAINS : Lucienne,

Roman. - Ed. de la Nouvelle
Revue Franraise - 1 v ol. : 6 fr. 75. - CJ : l'article
d'André Citisenier dans le présent n•.

HENRI DALBY : Poemes de la vie mordue,

ornés de gravures sur bois de Raymond Thiolliere. Ed. Images de
Paris, 14, rue du Clottre-Nolre-Dame, Paris. - 1 vol. :
9 fr.

Le sens de la vie moderne, ferme :

une lechnique souveul

Parfois une sentimentalité un peu facile, - un manque
de condensalion et de sobriété. Mais il faut faire confiance
au poete qui a su préciser des notations comme celles-ci :
Lea hommea vont vera lea portea.

11, aaiaia,.,nt la poignt!e

...

Comme un pauvre prend du pain.

Oeux puaanta ae croiaent
Au m~me point qu'hier
Et ae marquen! l"heure.

...

Un enfant court pour rattrapper la minute
100

Directeur : Franz HELLENS,

a BkUXELLES.

N• 5, Septembre.

.JosÉPBIN MILBANER : Un romancier juif : Opatoschou.
ANDRÉ BAILLON : Les « amitiés francaises » et l'amitié
frau raise. « Or, si nous connaissons la France - a
parl les bonnes uolontés que j'ai signalées avec
plaisir - quel effort la France fait-elle, de son cóté,
pour nous connartre ? » Assurons a André BAILLO!'f
que la littéralurc Lelge sera bien accueillie au
Mouton Blanc.
GABRIEL AUDlSIO signale un livre de poemes de Louis
BRAUQUIER : Et l'Au-iiela de Suez.

INTENTIONS. -

Directeur : Pierre-André MAY,

a PARIS,

Nº 7

Juillet-AoOt.

Midi strit! de aireneo.
Leo ouvriera travaillaient
Dan, un tranap: rent silence
Fraaile comme un criatal.

Qui marche avec

LE DISQUE VERT. -

camarade ll-bas tout a;, bout de la rue.

- A signaler un emploi curieux presque inusité, des image,
gustatives ; l'auteur les mele souvent aux images olfactives, comme il est naturel ; lire la piece amusante
« Petite ville a confitures » .
J . H.

AnRIBNNB MONNlER : Gide
Certain,, goOtant la saveur
Du singulier mélange,
Diaenl qu'il cooticot de l"ange•. .
D'autre, , au faible palaia,
S oot brúl&amp; par les épicea,
Lui aieot : • D émon I lea vices
Savent noircir ju1qu au lait. »
0

ESQUERRE : « Saül ».
HENRY DALBY : Trois poemes d'une bonne technique.
G ABlUEL AUDISIO : L'invention artislique et le mitieu
MARTBB

e$térieur.

LA LANTERNE SOURDE. ·

Directeur: Paul Van Der B0RGHT,
BRUXELLES.

a

publie la couférnnce faite par Jules Ro.MAINS a l'Université de Bruxelles, le 2; mars 1922. Nous ne
pouvons malhew·eusement tout citer, mais on en
trouvera quelques passages dans les « VÉRITÉS » de
ce n º . Le grand poete aimé et admiré de la nouvelle
génération a bien voulu nommer plusieurs collaborateurs du Mouton Blanc. « On peut citer les noms de
Gabriel Audisio, lean Hytier, Claude-André Puget,
Mannoni ; en Belgique, Augustin Habaru, Robert
Coffin, Lucia Van Doren, J. J. Van Doren, J . Portail,
Paul Fierens et Paul Chandail. »

LES NOUVEAUX CAHIERS ALSACIENS. - Récl. en Chd:
Henri S0LVEN, N• 6. l.',I P. OY.S :'IIOTILÉs,i°5, RU I! IF.N~O!'I, TOURS.

O. MANNONI : Retour(Poeme).
Le girant :

RBNÉ

GAUDEFROY.

�le mouton blant
ne publie que de l'inédit

Cll.tQUE NU~teno CONTIENT
UN POR.ME OU UNE PROS.E ;

UN GROUPE JMPORTA'.'liT DE POEMES , TOl'S Dl' MEME A(;TEl"R ;
CNE PROSE ;

({ LA DOCTRl~E DU

MO(.;TO~

BLANC

» , NOTES RÉGULIERES PAR

,IBAN HYTJER ;

UNE P\GE o 'ERREURS ET U!llE PAGE DE VÉRITÉS , SJGNÉES PAR NOS
CONTEMPORAINS ;
UNE ÉTt:DE CRITIQUE l&lt;tUR U~ MOUVEMENT OU UNE QUESTION LJTTjRAJRES;

UNE ÉTCOE CRITIQUE SUR UN AUTEUR CONTEMPORAIN ;
0

L 0Pl~ION D1.' 'MOUT0:-0- 8L\'.'of: SUR LES LIVRES ET LES REVUES.

PRIX POUR TOUS PAYS
2 francs
20 francs

Le numéro . . . . . . .
L'abonnemenl d'un an.

COLLABORENT AV « MOUTON BLANC. »

Gabriel ,ludisio, Charles Boisson, Georges Chennevilre
Audré Cuisenier, Marthe Esquerré, Pierre Fa,,re
Paul Fierens, René Gaudefroy, Franz Hellens
Jean Hytier, P.-A. May, O. Mannoni, René Maublanc
Jean Meunier, Adrienne Monnier, Henry Petiol
Francis Ponge, J. Portail, Poujol
Claude-André Puget, Jules Romains

LVON
4,

,-LACIE

0KS

T•PIRKAUX,

4

•

�Nos Amis doivent etre nos Propagandistes
Donnez-nous les noms et adresses des personnes susceptibles de
s'iméresser

a notre

revue. R~mplissez cette fiche et adressez-la:

4. Place de.-.; Terreaux., 4
L..YO N

au " mouton blanc ''
NOMS

ADRESSES

�</text>
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                <text>Subtitulado "órgano del clasicismo moderno", Le Mouton blanc imprimió siete números entre septiembre de 1922 y noviembre de 1924 (primera serie: septiembre de 1922 a enero de 1923; segunda serie: septiembre-octubre de 1923 a noviembre de 1924). Su título hace referencia al cabaret Le Mouton blanc (rue Saint-Denis en París) que alguna vez frecuentaron Racine, la Fontaine, Molière y Boileau. Esta publicación fue editada primero en Lyon por el crítico literario Pierre Favre, luego en Maupré, en Saône et Loire, por Marthe Esquerré. Pero esta revista de estilo clásico fue ante todo obra del escritor y crítico literario Jean Hytier (1899-1983)</text>
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            <text>https://www.codice.uanl.mx/RegistroBibliografico/InformacionBibliografica?from=BusquedaBasica&amp;bibId=1752559&amp;biblioteca=0&amp;fb=&amp;fm=&amp;isbn=</text>
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              <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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