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                  <text>•iEVUE MENSUEL.L.IE
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GEORGES CHENNEVIERE

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tique.~ qui .sont

a la

1

fois rexpression et la condi t ion. Une telle reuvre
1

n e.st pas de celles qui s improvisent en que]que.s années,

a la· maniCre Je

ces mouvements arti.stiques, fugitifs comme des mode.s, dont notre époque
a pris l'habitude. C e ne sera pa.s trop peut-@tre Je tout un .si~cle et de
la bonne et forte volonté de plusieurs générations pour Yaccomplir h onoral,lement.

(IDYLLE)
\lente /'ore et lí raím crollent :
Ouí s'entraíment soef dorm ent.
(CHANSON D'rllSTOIRE)

�GEORGES CHENNEVl:BRE

LE CHANT DU VERGER

\

Le

Toutes les trois.

Chant

du Verger
Vente l'ore et Ji raim crollent

Jeanne. -

A la porte de la grange,
Le vieux Jean battait sa faux,
Car les luzernes sont hautes.
« Pere Jean, ou est Marie? •
Le pere Jean a souri.

Blanche. -

Pauline emplissait les jarres
Ou moussait la chaude neige
Du lait qu'on venait de naire.
« Pauline, as-tu vu Marie? •
Comme Jean elle a souri.

Oui s'entraiment soef dorment

Cla,re. -

Que fais-tu la, sceur bien-aimée,
A la barriere du verger ?

Blanche. -

Sceur, pourquoi es-tu sortie
Avant qu'ait grincé le puiu?

/eanne. -

Sceur, pourquoi t'es-tu levée
Bien avant que la servante
Ait descendu au cellier ?

Toutes les trois. -

Avant qu'on ait entendu,
Sur les pierres de la cour,
Les galoches du valet
Qui donne a manger aux betes ?

Claire. -

Notre pere n'a rien dit.
II regarde maman coudre
Dans la salle qu'étourdit
Le bourdonnement des mouches,
Oublies-tu que c'est dimanche?

1outes les trois. -

Claire. -

Nous avons remonté les poids
De l'horloge au coffre de chene.
La vaisselle et les cuivres luisent
Dans la lumiere vaporease
Que le chevrefeuille verdit
A la fenetre treillissée.
Partout nous t'avons cherchée,
Dans l'étable, dans les champs
Et dans la niche du chien.

2

Nous avons fouillé la huche
Et vidé toutes les creches.
Oublies-tu que c•est dimanche?

Claire. -

7outes les trois. -

Jeanne. -

J'ai poussé la petite porte de derriere,
Celle qui donne sur les prés.
On aurait dit que d'un seul bond
La plaine s'engouffrait avec l'air et le ciel
Dans la maison.
Mais tu n'étais pas la non plus.
J'ai cueilli cette 8eur et je sois revenue
Sans t'avoir trouvée sous les saules.
Et nous avons longé, ensemble, le vieux mur
Qui borde le chemin du bois.
De la breche, ou le bourg s'encadre
Une nouvelle pierre, encare tout humide,
Etait tombée,
Et sur le parterre beché
11 y avait des pas que nous avons suivis
Jusqu'a ce puits ou tu vins seule.
Tu ne sais pas que c'est dimanche ?
Le lavoir est silencieux.
Sur les routes, dans les sentiers,
On n•entend pas geindre l'essieu
Des charrettes pleines de tre8e.

3

�GEORGES CHENNEVI8RE

Blanche. -

Claire. -

Toutes les trois. -

Marie. loutes les trois. Marie. -

Tu ne sais pas que c'est dimaoche?
Sur les cordes et sur les haies
Seche et blanchit le linge gai
Qui gesticule daos la brise
Ou 8otte la 8eur du pommier.
Tu ne sais pas que c•est dimanche ?
A travers un vol de colombes
Sonne la mease de dix heures.
Et daos l'ombre du mail désert
Chaque gar~on guette sa belle.
Regarde-nous. Es-tu fachée?
Que fais-tu la, les yeux baissés,
Et les coudes sur la margelle ?

Blanche.

Toutes les trois. -

Marguerite. -

Habitante du verger,
T ourne vers nous ton visage,
Je regarde les nuages
Qui passent sur l'eau du puits.
Petite sreur au front triste,
Viens a la fete avec nous.

Marie. -

Je me penche sur mes jours
Qui glissent au fil de l'eau.

C/aíre. -

/eanne. -

Je regarde mon image
Se rider daos 1'eau du puits.

/eanne. -

Blanche. -

LE CHANT DU VERGER

Sous les cerisiers, la-bas,
Voici Marguerite.
Elle vient a petits pas :
Sa mere J' épie.
Car souvent elle s•attarde
A causer pres de la haie.
• Mere, ne me groodez pas,
« L'eau s'est renversée.
« Mere, ne m'en veuillez pas,
« La chaine a cassé. •

Marie. -

/eanne. -

Blanche. Claire. -

• 11 •faut que le maréchal
« Remplace les vieilles mailles,
« Elles sont usées, •

« 11 faut que le charpentier
« Répare la vieille poutÍe.
• Elle va céder. •
Marguerite, Marguerite,
Combien de temps te faut-il
Pour remplir un seau ?

C'est aujourd'hui jour de fete.
Combien de temps vais-ie. mettre?
Vous riez 1
La chaine ne casse pas.
La poutre ne cede pas.
Car mon fiancé m'attend.
11 ne me faut que l'instant
D'un baiser.
L'eau se plisse et s'assombrit
Sous les gouttes qui retombent.
Nuages, revenez vite.
Booheurs légers, suspendez-vous
Aux pointes des branches 8euries.
Je l'attends. Je sais qu'il viendra
Bientot, du coté des prairies.
11 viendra, je veux qu'il vienne,
11 sera comme l'image
A la page qu'on connait.
Dis-nous celui que tu attends,
Est-ce le vieux propriétaire
Qui demeure au bout du village ?
Est-ce le beau commis bancal
Qui travaille chez l'arpenteur?
Est-ce le jeune sacristain?

5

�GEORGES CHENNEVIERE

Toutes les trois. -

Marie. -

LE CHANT DU VERGER

11 sont ensemble. 11 luí appoile
L'amour que je lui ai donné.

Tu ne sais pas que c'est dimanche?
Nous danserons ce soir au bal,
Et nous rentrerons en chantant,
T outes les quatre, un air de danse.

Ah I qu'ils seraient beaux sur la route,
Vers moi, les pas du bien-aimé.
Entend-il la voix du verger,
Plus ardente d'etre jalouse?

Sa voix dans la nuit, l'entendrai-ie?
Dites I Que fait-il ? Ou est-il ?
Ou est celui que mon creur aime
Et pour qui mes joues ont rougi ?

Reviens ici. Fais-moi du mal.
Je pardonne : voici mon creur
Qui redemande des mensonges,
Content pourvu que tu lui parles 1

Je le cherche des yeux sous les peupliers gris,
Dans les prés que ses pas égayaient de son ombre.
C'est pounant toi, matin si longtemps attendu,
Matin, qui es déja quelque chose de luí.
L'aube a peine naissait quand j'ai vu, de mon lit,
Dans la vitre profonde ou trempe le feuillage
De la belle de nuit et du volubilis,
L'étoile du matin briller de tous ses cils.

C/aire. -

Qui vous a dit qu'il me trompait?
L'eau du puits est lisse et !impide.
Paix sur la terre a ceux qui aiment.
11 va venir le long des haies.
Cruel horizon, rends ta proie 1
Privés de lui, mes yeux se lassent.
Et vous, mes sreurs, faites silence,
Si vous le voyez avant moi.

11 va venir, sois patiente.
Espere encore, Marion.

Mane. -,Jamais il ne m'appelle ainsi .

Me trouvera-t-il assez belle?
Mes bras a ses bras triomphants
S'ouvrent, comme s'ouvre la grange
Aux chars d'ou débordent les gerbes.

11 me donne des noms qui changent,
Et je sais toujours que c'est ~oi.

/eanne. Blanche. Jeanne. -

5ouviens-toi de la Romanichelle
Qui tirait les cartes sur un chale.

Que dans ses bras forts il m•étreigne 1
Qu'il me prenne dans ses mains douces l
Que ses baisers soient sur mon corps
Comme les grappes sur la treille 1

Souviens-toi de l'oracle des Beurs,
Des vingt pétales aux voix contraires.
Méfie-toi de la rousse aux yeux gris.
Garde-toi de la blonde aux yeux bruna.

Marie. -

Une blonde, je la connais.
Je les ai vus qui se parlaient
A voix basse, sous une porte.
Pourquoi m'a-t-il dit qu'il m'aimait?
Une blonde. Vous le saviez.
Elle, du moins, l' a vu venir.

6

C'est lui la-has. Je suis heureuse.
Le matin l'entoure. Ma joie
Est plus nombreuse que le grain
Qui sort en ao0t de la batteuse 1

/eanne.
8/anche.

11 vient du coté des prairies.
11 a franchi la passerelle.

7

�GEORGES CHENNEVU:RE

C/aire. Toutes les trois. Marie. -

LE CHANT DU VERGER

Sa tete dépasse les haies.
Louange

a l'amour de Marie 1

Je n'ose pas lui faire signe,
Et je sena que ses yeux me cherchent.

/eanne. -

La rosée a mouillé tes bas.

Blanche. -

Ta chaussure s'est délacée.

Claire. Marie. /eanne. -

Marie. Blanche. -

Tu as laissé tomber dans l'herbe
La barrette de ton corsage.
Dites-moi si je lui plairai.
Me trouvera-t-il assez belle }

Les troit. sreurs de Marie. -

/eanne . Blanche. Claire. Le jeune homme. -

II arrive devant la grille du chateau.
Tes cheveux sont comme des ailes repliées.
Nous chanterons autour de toi
Pour qu'il se trouble.
II écoute, debout, l'heure venue de loin.

C/aire. -

Tes yeux baissés sont comme deux tetes d'oiseau.
Nous nous tairons autour de toi
Pour qu'il te trouve.
II approche. 11 regarde

/eanne. -

Les trois sreurs. -

Le jeune homme. -

a travers l'aubépine.

Cette rose nue,
Prends-la dans ta main
Pour aller vers lui.

Blanche. -

Autour de ton cou,
Mets ce collier d'or
Qu'il ne connait pas;

Claire. -

Et sur tes épaules
Ce voile d'amour
Que ta main broda.

8

Tu ne nous réponds plus. Tu lui parles déja.
Laisse-le te chercher encore.
La fe1e n'est pas commencée.
Que cherchez-vous dans le verger
De si bonne heure }
Voici des Oeurs, si vous voulez;
Des fruits, si vous en désirez ;
Et, si vous me la demandez,
Ma révérence.

Ce que je suis venu chercher,
Depuis longtemps vous le savez.
C'est une lille aux beaux atours,
Dont le pied mince est plus joli
Que le museau d'une souris
Au ras d'un trou.

Ne tremble plus, Oamme candide du verger.
Nous danserons autour de toi
Pour qu'il te cherche,

Marie. -

Marie. -

./eanne. -

Les trois sreurs. -

/eanne. -

N'avons-nous pas toutes ici
Le pied mignon, la jambe fine.
Mais vous refusez de nous dire
Qui de oous est la préférée,
Pour que chacuoe s'imagine
Que vous I' aimez.
Ne chaotez plus. Ne daosez pas.
Je veux la voir. Elle se cache.
Son sourire est pareil au bruit
D'une goutte d'eau daos les cendres,
Elle est ma joie de tous les soirs
Et mon dimanche.
Acceplez l'épreuve du jeu,
Et tachez de vous reconnaitre
A vec ce bandeau sur les yeux.
Voici la plus belle des roses,
T oute blanche, au parfum de thé.
Devinez celle qui vous l'offre.

�GEORGES CHENNEVU!;RE

le jeune homme. Blanche. -

Ce n'est pas elle.

Ce n'est pas elle.
Voici le bleu myosotis,
Sans auue parfum que son nom.
Devinez celle qui vous l'offre.

le jeune homme. -

Certes, vous etes peu galant,
Et nos fleurs étaient inutiles.
Vous ne pouvez pas meme dire
Celle de nous que vous aimez.

le Jeune homme. -

C'est celle qui n'a pas chanté,
Celle qui ne m'a ríen offert.
C'est l'habitante du verger,
Qui m' attendair a la barriere
Entre le puits et le pommier.

(aMarie}. -

le jeune homme. -

Marie. -

Ce n'est pas elle.

les trois sreurs. -

les trois sreurs. -

les trois sreurs. -

Voici le plus beau des reillets,
Tacheté, au parfum de camphre.
Devinez celle qui vous l'offre.

le jeune homme. Claire. -

LE CHANT DU VERGER

Je te donne cette fleur
Qui ne pousse que daos l'herbe.
Son nom je ne le sais plus.
Je l'appelle, comme toi :
e Celle que j'aime entre toutes J.
Je te baptise, comme elle :
e Blanche reine du verger J.
La brise souffle daos les branches,
Silence autour de ceux qui aiment.
Tu es si belle que je veux te voir danser.
Mais non, reste debout, presdu pommieren ffeurs.
Laisse-moi prolonger le plaisir de t'attendre.
Quand tu viendras vers moi, tes pas et ta douceur
Orneront le verger d'une arche fine et tendre.

IO

le jeune homme. -

les trois sreurs. -

La feuille change de couleur
Le long des branches balancées.
Mais la fleur a gardé la sienne
Dans la brise qui l'effeuilla,
Daos l'herbe ou tombent ses pétales.
Laissez rever tous ceux qui aiment.
Je voudrais tenir daos ta main,
Et m'y blottir, sans remuer;
Te sentir tout au tour de moi,
Comme le jour et comme I'air.
Je te regarde saos te voir.
Je suis venu, et c'est dimanche,
Et nous sommes au mois de Mai,
Daos un verger, sreur, douce amie.

La brise caresse les toits
Ou les pigeons vont s'endormir
Daos une nappe de soleil.
La fete s'ouvre. Les enfants
Montent sur les chevaux de bois.
Ne parlez pas a ceux qui aiment.

Marie. ·-

Je me rappelle qu'autrefois
Je grimpais souvent au grenier
Pour y rever pendant des heures.
C'était l'été. Je me faufilais sur le foin,
Et la, je me plaisais a répéter, tout bas,
Des mots simples,desmots comme e plaíne J ou • jardin •
Qui me semblaíent plus beaux parce que j'étais seule.
La chaleur dormair sur les blés. Par la lucarne,
J'apercevais, perdu daos l'herbe et daos les arbres,
Un toit que j'adorais de tout mon creur d'enfant.
Je lui envoyais des baisers :
Et j'attendais un grand bonheur,
Tu es venu daos le verger.

le jeune homme. -

Je cueille une fraise des bois,
Tu es belle, au mili!!u du ver~er, sous les branches,

II

�GEORGES CHENNEVIERE

Dans ce dimanche, ou tout parait puri6é,
011 la fleur qui s'en va laisse de sa blancheur
Au ciel des jardins et des champs.
Les trois sceurs. -

Marie. -

Le jeune homme. -

lvtarie. -

les trois sceurs. -

LE CHANT DU VERGER

Marie. -

a

Viens, je te conduirai devant notre maison.
Tu verras la vigne et le lierre
Et la fenetre de ma chambre,

Paix sur la terre ceux qui aiment.
Souffle, brise, dans les· sentiers
Qui vont vers la fete et le bal.
Souffle, tandis que les enfants,
Montés sur leurs chevaux de bois,
Font le tour d'un monde qui change.

Nous franchirons tous deux le seuil, et je dirai
Voici celui que j'ai choisi,
Et voici celle qu'il a prise.

Vois la campagne devant nous ;
L'horizon d' 011 tu vins vers moi;
L'arbre, ou je t'attendais, peureuse,
Craignant qu'on n'entendit mon creur.

Viens avec moi; je te menerai daQs les champs.
Je te montrerai nos prairies
Et les agneaux de cette année.
Viens. Tu me meneras au bord de la riviere.
Nous franchirons la passerelle
Par 011 mes yeux t'ont vu venir.

J'accourais vers toi, sans y croire.
Arbres et buissons du chemin,
Connaissez-vous celle que j'aime}
Je m'arretais. Je regardais.
J'hésitais. Je voulais te voir
Et te quitter, pour te revoir.
Soirs aimés. Rendez-vous furtifs,
Pres des murs ou pousse l'ortie.
Belle ombre de toi dans la nuit 1
Croix amoureuse de tes bras 1
Je sentais, contre ma poitrine,
Sur mon creur, le poids reten u
De ta douce main repliée.
Le chien de la ferme aboyait,
Et le ciel tombait sur mes levres
En meme temps que ton baiser.
Ne dites rien. Laissez passer
Sur le chemin tous ceux qui aiment .
. O nuages, voilez la !une,
Pour qu'ils restent un peu dans I'ombre.
La brise souffle dans les branc:hes.
Dorment en paix tous ceux qui aiment.

12

Je te donne ma main. L'amour est devant nous.
Je t'aime tant que j'aime tout
Dans le monde profond qu'il m'ouvre.

Viens. Je comprends. Je veux tout revoir avec toi.
Je te donnerai mon baiser.
Je ne sais comment te le dire.

Les tro,s sceurs. -

Mettez votre robe de bal.
La fete tourne sur la place.
Dansez jusqu'a l'aube prochaine.
La brise souffle. L'ombre bouge
Et le feuillage se balance.
Paix et silence a ceux qui aiment 1

GEORGES CHENNEVIERE.

.'

�P ...

ESQUISSE D'UNE P ARABOLE

nou, jeter Je, pierres. Nous Jumes riposter, le laissant hientot pour mort

Esquisse d'une Parabole

,ur

la route.
Plus loin nous rencontrames un autre fou qui marchait seul et

péni1lement. TI paraissait

a bout de

forces ; mais, des qu'il vit notre

gibier, il s'élan~a sur nous, espérant nous le ravir. N ous luí en Jon-

Nous

étions Jeux sur une 1aute dme, témoÍns J ' une grande iné-

Jl parut

étonné, mais il était fou, et il mangeait sans joie, nous

regardant avec colere. Alors nous lui parlames, et peu a peu il semblait

galité Je la nature.
On voyait

names.

a droite

a gauc1e, des

un pays dénudé, déserté des eaux, hrulé par

comprendre.

plaines toujours vertes et fertiles ou Jes arbres

e Celui~ci est moins fou que l'~utre, Jit mon Írere. L'autre était

non taillé, portaient des fruits lourds et coloré~. Un aigle planait, Íixant

fou principJement parce qu'il avait trop Je gibier pour lui seul et gu'il

le soleil;

sa proie; et Jans 1'1erbe

e'étaient

marchait courbé sous sa richesse, ne pouvant ni voir ni penser. Celui-ci

des massacres J'insectes.

Cependant notre esprit, attentif au spectacle Je la nature, ne
sen trouvait pas c1oqué.

N ous

échangions en des paroles Jifférente5

Jes pensées Ídentiques : ríen ne nous étonnait ni l'inégalité Ju sol, ni
la guerre des Ínsectes; nous concevions seulement notre supériorité avec

il marchait Jroit, et il pouvait voir, bien

qu'avec Jes yeux Jouloureux et

injustes. » En effet, quanJ ce fou eut rempli son ventre, il s'intéressa au
spectacle Je la nature.

Jl

vit alors et pensa comme nous ; et Jorénavant

cJui-ci marcha avec nous.

Jélices.
Voici : nous v1v1ons , voyions, et pensiona. C1acun de nous jouissait Je gravir cette haute clme en compagnie Je
heau et 1ien ainsi,

était fou principJement parce qu'il avait Íaim, et qu'il était seul; mais

l'autre, et il le trouvait

a sa ressemhlance. Ainsi l'amour entre nous était né;

l'intJligence engendrait la bonté, l'intelligence étant l'amour Je la vie,

.. •

.

a notre

1'un assommait un serpent qui
1'un servait a la nourriture Je 1'autre.

Les autres, maigres, Jévetus, couraient Jevant, travaillant pour les
premiers, aplanissant le chemin, chassant les mouch.es, tuant les serpents,

La lutte

de gibier. Comme nous approch.Íons il crut que nous lui voulions Ju mJ

s'arma

Je pierres et nous

blessa. Alors now lui parlamcs, mais il ne comprit pas, car il continua

a

11 obtenaient ainsi quelque peu Je nour-

était entre certains riches qui voulaient se ravir récipro-

quement leur gibier; et 1'on voyait leurs misérables clients se hattre entre
eux pour 1'un ou pour 1'autre, suivant que l'un ou l'autre avait l'ha1itude
Je leur jeter l'aum6ne. En cette circonstance nou, nous cacha.mes, car
nous étions peu et

Cependant nous rencontrames un fou qui portaitune lourde ch.arge

rencontre. Tow marchaicnt courbés

vers la tcrre. Quelques-un.f portaient beaucpup Je Íruits et Je gihier.

riture.

a c6te, et souvent le haton de
mena~ait 1'autre ; souvent. la chasse Je

14

tueuse Je fous qui venait

cueillant les Íruits Je la terre.

N ous marchions allegrement c6te

( or, nous ne savions ce qu'était le mal). TI

Plus tarJ encore nous aper~11mes une multitud.: agitée et tumul-

i1 étaient beaucoup, et

tous Íurieux. Apres la bataillc

tant Je maigres étaient morts et le butin était en

si mauvais état que la

colere gronJait et tremblait chez les maigres survivants. Alors nous aortimes de notre cach.ette et nous cri1mes

aces hommes de

ma1tres et de les Jépouiller. F urieux, avec notre aide,

15

se jeter sur leurs

ils

vainquirent

�P ...

JEAN HYTIER

wément. Ils se repurent comme eles hrute&amp;. ma.is leur visage changeait

a

vue J'ceil. Alors nous leur parlames, et les ayant Íntéressés au spectade
Je

la

nature, now leur montrames

a voir et a penser. Des lors ils virent

La Doctrine du Mouton Blanc

et pen&amp;crent comme nous, et toute cette multitucle vint avec nous .

. • ..

Des conditions du Classique

N ow poursuivimes ainsi notre route, chassant et travaillant Je concert, et .furtout contemplant la nature, pell6ant et étucliant. Beauconp
clantaient et clansaient, et la vie nous était facile.
Souvent nous rencontrions eles fow affaméa qui venaient rapiJement grossir notre société sans grand elfort Je notre part.

QuanJ nons rencontrions des fous courbés sous un trop grave
poiJs Je gibier, now les Jépouillions Je leur richesse. Alors beaucoup,
se rJevant furieux, étaient hÍentat éblouis Je voir et Je penser, et ils
venaient avec nous. Mais ceux qui, refusant Je voir, aboyant apres leur
gihier, fermaient les yeu:x et tenclaient les poings, nous les abattions san,

11 y en a deux : l'originalité, la mesure.
L'originalité est touiours moderne. 11 n' y a pas d'ceuvre classique
qui ne constitue un enrichissement. C'est pourquoi le chef-d'ceuvre
est imprévisible; son apparition ressemble a un miracle. C'est un fait
unique. Dans le grand art, il n'y a pas de répétition. Le chef-d'ceuvre
n'a pas de ressemblance. Sa prodigieuse nouveauté n' a rien de
commun avec la jeunesse fardée des indépendants de pacotille.
Effectivement, il y a deux f~ons d'etre moderne: exprimer l'essence
du siecle, et reproduire l'effervescence de la surface; toute la différence du génie qui peint l' époque, au gandin qui porte la mode; l'un
foncierement original, l'autre simplement imitateur. Vérité plus que
paradoxe, celui qui atteint la généralité est infiniment plus personnel
que celui qui suit la singularité. Beaucoup s'y trompent.

a

P ...

L'origina lité peut suffire pour survivre, mais non pour créer
l'ceuvre parfaite. Le génie ne construit pas nécessairement des chefsd'ceuvres classiques. Proust qui apporte au monde une psychologie
nouvelle manque, cependant, d' équilibre. Puissance n'est pas raison.
Racine était, a la fois, puissance et raison.
L'ceuvre parfaite exige la mesure. Possession du sujet, mahrise
de soi, libre disposition des moyens, usage exact de la puissance,
souplesse dans la force. Vouloir l' ceuvre, du moins I'accepter et la
re-vouloir quand elle jaillit des profondeurs obscures, au lieu d'en etre
débordé aveuglément. Les classiques ont la plus grande et la plus
subtile conscience de leur art. Ce sont les romantiques qui font leurs
ceuvres malgré eux; quand ils savent échapper a ce hasard impulsif et
trouble ils sont classiques. Le classicisme est rationnel et volontaire,

�LA DOCTRINE DU

«

MOUTON BLANC

»

le romantisme est émotionnel et subi. C'est la, et la seulement, qu'il
f aut chercher leur opposition, et non pas, comrne on I'a fait, dans une
prétendue discordance d'idées morales dont I'art n'a point a s'occuper.
Mais ce sujet mérite qu'on en reparte ...
La mesure accorde le sujet avec lui-meme et avec son expression. L'originalité dans la mesure donne le style.
Si quelques-uns ont cru pouvoir se passer de mesure, d'autres,
plus pauvres, ont cru pouvoir se passer d'originalité. lis n'apportent
rien et périront tout entiers. Leur mesure meme, ne s'appliquant qu'a
un donné épuisé, ne peut le rajeunir. Car la mesure n'est pas étrangere a I'originalité. L'ordre, grace a ce ferment, prend des caracteres nouveaux; sous la discipline des grandes lois esthétiques, on
corn;oit une organisation insoup9onnée, une f ac:;on encore inconnue
d'harmonie, un style. Mais la mesure, non fécondée, n'est que le gout
de I'ordre ancien, le sens de I'ceuvre du passé; rien n'en saurait sortir
de créateur; c'est une mesure sans vertu qui aboutit a l'imitation, au
pastiche, au néo-classicisme. Ainsi Alfred Poizat refait de la tragédie
sans se douter que c'est Romains qui est classique; ainsi cent romanciers refont du Flaubert sans savoir que Valéry Larbaud est plus classique qu'eux. Le classicisme reconstruit sur des plans, mais sur des
plans nouveaux.
11 y a une catégorie de jeunes auteurs bien séduisants qui possedent une certaine mesure, qui ont une originalité. lis ne sont tout de
meme pas classiques. Dons brillants, intelligence excitante, heureuse
habileté, ils ont, de plus, le mérite d'etre modernes. Mais voila que
leur modernité n'est plus que de I'actualité ! lis ne sont pas I'usine, le
port, la gare, mais le dancing et le jazz-band. Leur style, tout en paillettes, tout en étincelles, se boit comme un cock-tail, mais il va se
déchirer comme une soie précaire ! Leur actualité ne fera qu' un
déieuner de soleil. lncompréhensibles dans dix ans, car la minute a
plus de poids sur eux que I'éternité. Articles de luxe destinés a se
démoder. Tout en surface. Ce sont des automobilistes qui s'engagent
dans des impasses; au fond du cul-de-sac certains tournent sur place;
les plus malins font demi-tour. Paul Morand est un de ces charmeurs;
va-t-il continuer 7 Autre sirene : Cocteau, si mordicant, mais qui
manifeste bien sa versatilité quand il prétend, meme avec raison,

18

JEAN HYTIER

qu' un poete ne doit pas tenir ses promesses ; qu' est-ce a dire, en ce
qui conceme Cocteau, sinon qu'il change perpétuellement d'impasses 7
A chaque instant, un mur devant lui, et volte-face ! Trop fin pour
s'obstiner (et se pasticher lui-meme), il se dé peche en trépidant d'aller
faire fausse route ailleurs. - Mais I' art classique est une progression
sur une grande route toujours ouverte ...

________ _________
...

RÉPONSES
1. Doctrine et Génie. - On me rappelle que les doctrines ne
créent pas les ceuvres mais qu'elles en sortent. Tout justement, le
Manifeste du Mouton Blanc déclare que nous voulons assurer, selon
nos moyens, « I'établissement définitif d' un classicisme moderne et
des vérités esthétiques qui en sont a la fois I'express,on et la condition. »
Notre ambition n'est pas d'indiquer des recettes qu'il suffirait
d' appliquer pour avoir du génie ou du talent, mais d'exprimer les lois
dans lesquelles s'inscrivent et s'inscriront les chefs-d'ceuvre et les
ceuvres du classicisme moderne - par ailleurs si parfaitement imprévisibles. Ce sont, au contraire, les pasticheurs du passé qui savent
d'avance reconnaitre la figure de leurs magots. Mais ce que nous
savons parfaitement et rigoureusement, e'est ce que ne devra pas
etre, c'est ce que ne sera pas le chef-d'ceuvre de demain ; nous savons,
par exemple, qu'il ne répétera ni Lamartine, ni Moréas.
Nous essayons ici d'établir les conditions du chef-d'ceuvre et du
classicisme moderne. Nous en cherchons les conditions nécessaires,
non pas les conditions suffisantes. 11 y a, croyons-nous, des lois esthétiques profondes communes aux grandes ceuvres classiques. Si nous
réussissons a les mettre en évidence, nous retrouvons les limites ou se
meut le génie; mais nous n' enseignons pas a avoir du génie.
2. Doctrine et Classicisme moderne. - La Doctrine se formule

a demi par un effort d'intuition intellectuelle, a demi par I'analyse des
ceuvres classiques modernes. On recherche, d' une part, les conditions
esthétiques générales du chef-d'ceuvre; on essaie, d' autre part, de

�LA DOCTRINE DU « MOUTON BLANC »

déterminer les caractéristiques du Classicisme moderne. Or, il y a un
Classicisme moderne. Non seulement il se f ait et se fera, mais il
existe. Des reuvres importantes qui méritent d'etre appelées classiques, et dont quelques-unes sont des chefs-d'reuvre, supportent
I'analyse. Ainsi Marthe Es querré a pu expliquer I'esthétique théatrale
d'André Gide, André Cuisenier pénétrer la structure des romans de
Ju les Romains. Des noms nouveaux sont pleins d'espérance et déja
de succes : ainsi Portail qui s'attaque a la matiere la plus modeme
saura devenir tout a fait classique. J'en citerai quelques autres plus
tard. On aura la sagesse de n'exiger pas qu'ils soient nombreux.
3. « Ordre et génie ». - Apres ce qui précede, faut-il dire que
sans génie il n'y a rien qui compte, meme avec le souci des regles 7
Mais simplement que le génie, sous peine de se perdre, ne peut
méconnaltre impunément les grandes lois esthétiques. C'est une
erreur de croire que le génie dispense de tout. C'est une erreur aussi
de croire que les regles dispensent du génie.
4. Originalité et classicisme. - On conc;:oit que le génie puisse
iouir d'un calme olympien. 11 n'a rien a craindre dans le temps ni dans
I'espace. - Le génie n' a rien craindre des génies du passé: il
enrichit la tradition. Racine n'est pas diminué par Corneille, mais il
diminue Campistron. - Le génie n'a rien a craindre du génie : il se
différencie par essence. Moliere n'est pas diminué par La Fontaine,
mais il diminue Boursault. - L'originalité n'est pas dans la négation
de tout rapport : Racine et Corneille observent une esthétique générale commune, et different infiniment plus que deux néo-symbolistes
farouchement indépendants.

a

S. Unanimisme et UMnimisme. - 11 y a fagot et fagot. J'ai dit
que le Classicisme moderne serait unanimiste. Je n'ai pas dit que tout
unanimisme serait classique. 11 y a un unanimisme batard et facile,
sans vertu classique, un unanimisme romantique.
6. lndividualisme et Unanimisme. - J' ai dit que le Classicisme
moderne serait unanimiste, mais je n'ai pas dit qu'il ne serait que
cela. A la fin du Manifeste et dans la doctrine du premier Mouton,
on reconnaitra les deux tendances exhaustives du Classicisme
moderne, les deux manieres originales d'envisager l'Univers, I'une

20

JEAN HYTIER

foncierement individuelle, I'autre foncierement collective. Pour la
clarté des idées, on peut désigner deux auteurs représentatifs de ces
deux tendances: André Gide, individualiste, - Jules Romains, unanimiste.

L7Auberge et les Clients

Voila trois mois que nous avons repeint les murs, accroché
I'enseigne, ouvert les portes. Une affiche savoureuse, composée par
un maitre enseignait aux passants la qualité des vins. Nous avions
retrouvé dans la cave quelques bouteilles vénérables d'un ius que
Poquelin versait a la Fontaine, dont Racine enivrait Boileau. Maint
connaisseur, plus d' un client gourmet ont voulu s'asseoir sur nos
escabeaux. Mais nul n'entrait sans exhiber ses lettres de noblesse.
Et voyez ! la salle est déja trop petite.
Cet homme sobre qui trinque avec I'avenir, c'est André Gide.
Cet autre qui souleve un monde sous la voute, c'est Jules Romains.
Tout pres de lui, une voix pure révele un secret fraternel : Chenneviere. Voici des compagnons plus jeunes: Portail puissant, Audisio
qui fait voir la Méditerranée, Fierens, Hellens, Puget. Et Pon ge circonscrit des élans sauvages dans des proses exactes. Et Mannoni, léger,
rit et iongle avec les coupes. Maublanc le moraliste, Cuisenier !'historien expriment le suc du siecle; Gaudefroy, Petiot, Boisson, Meunier le retrouvent au fond du verre. Mais voici Marthe Esquerré qui
sait le sens de la doctrine, Adrienne Monnier qui la chante et la fait
écouter.
Favre, la toque sur I'oreille. rit de voir la maison pleine. 11 boit,
pour sa part, plus d'un coup, et porte des santés multiples a la gloire
du Mouton Blanc. Aubergiste ! réjouis.toi ! il ne nous manque plus
rien, car déja les gargotiers ialoux qui frelatent leur piquette ne
trouvent pas notre vin bon.
)EAN HYTIER

2T

�ERREURS
VERITES

ERREURS
n

Sur lu lcrivaina "Jmboliate.r :
en est Je riJiculea. comme ce
1
Stéph.ane Mallarmé, parvenu a la notoriété pour n avoir ríen écrit et
Jont la critique dut respecter le mystérieux génie tant qu'J n'éta.it que
l'auteur Je quelques plaquettes introuvables; mais Jepuis, J a commis
l'impruJence de publier un recueil ou tout le monJe peut fue L4.pre.rMúli J' un F aune, si personne n'y peut ríen tléhrouiller.

RENÉ DOUMIC
•
• •
Sur Pierre Benoít {Revue Fidlraliste} : ... Jan&amp; ces pagea Ju
Lac Sall, quelles admirables répliques de comédie ! T ant pis pour ceux
1

qui s indigneront ou souriront : J Íaut oser écrire, tres simplement, que
e'est de la meilleure veine comique, que c' est du Moliere.

HENRI MANCARDI

•
• •

VÉRITÉS
La liberté ne vaut rien pour un artute.

ALAIN

•
• •
. Le _vér!table ~Lusicisme ne comporte rien de re.strictiÍ ni Je sup~res.Stf; J n est pomt tant conservateur que créateur; J se Jétourne de
1archaisme et se refuse a croire que tout a déja été Jit.

ANDRÉ GIDE

•

• •
. . Toutes les forces valables de la 1.ittérature de notre temps ae
d1r1gent, cro:yous-nous, vers un art krgement huma.in et un moJe J'expression simple et Jirect tel que le f ut celui des ckssiques .
LUC DURTAIN

Judiili.

HENRY BERNSTEIN

•
• •

. I1 faut Jonc .9.ue Je cla"ique ne soit pas semLlable a I'imitation Ju
class1que. Et, en eflet, il en Jiffere inÍiniment. II y a un vrai classique,
un clauique créateur.

Shalespearc ne pcut etre con.sidéré, non .1eulement comme un
écrivain de génie, ma.is meme comme un écrivassier des plus médiocres.

LEON TOLSTOI

22

ANDRÉ SUARES

�I

RENE LALOU

HISTOIRE DE LA LITTlfüATURE FRANQAISE CONTEMPORAINB

EXTRAITS

maitre de cette musique personnelle dont on retrouvera les
accents dans les livres de sa maturité, breve phrase antithétique
au final inoubliablement autoritaire.
PIERRE LOTI. - « Étre I&gt; et e&lt; sembler )), ces verbes élémentaires
reviennent perpétuellement dans les livres de Loti : symholiquement, car, faibles pour _précisément décrire, nuls autres
n'égalent leur aptitude infinie a suggérer.
MARCEL PRÉVOST. - L'originalité de Marce! Prévost réside dans le
róle qu'il a assumé d'écornifleur du romanesque pour jeunes
~ens curieux et jeunes filies inquietes ... 11 a prétendu les initier
a une vie moderne conventionnelle qui exclut soigneusement
toute grandeur meme daos la sensualité.
JU LLES VALLES. - 11 triomphe dans la satire concrete.
MAURICE DONNAY. - Toutes les reuvres &lt;le Donnay sont Jimitées par
ce perpétuel sacrifice a l'actualité ...
PAUI, HERVIEU. - 11 regne par tout ce théatre une pauvreté et un
convenu dans l'invention, comparables seulement au mélange
de platitudes et de hoursouflure que parlent les personnages.
Tout y t:st combiné pour l'optique théAcrale, daos un esprit
d'économie rebutant.
ED~1OND ROSTAND. - ... le drame de Cyrano et celui de Rostand,
le drame de l'écrivain de deux-ieme ordre qui aspire au génie.
GEORGES RODENRACH. - ... Ce caractere superficie! de la pensée
de Rodenbach devient facheusement évident lorsqu'il écrit en
prose.
ROMAIN ROLLAND. - Pour etre un grand écrivain fran9ais, il lui a
manqué de gouter sans effort cette France de Racine et de
Debussy, toute en nuances et en souplesses, triomphe d'une
intelligence raffinée devant lequel son creur est resté froid. 11 lui
a rendu pleine justice, mais, ne l'ayant point aimée, il n'a jamais
pénétré le secret de cette perfeccion.
CHARLES PEGUY. - Malgré cet effort tetu, il tomba avant d'avoir pu
s'enorgueillir d'un chef-d'reuvre authentique. JI ne se présente
néanmoins pas les mains vides et il serait supr~mement injuste
qu'il n'allat pas ce jusqu'a l'audience 1&gt;.
PAUL GÉRALDY. - ... lorsque ce papotage s'exerce autour d'un des
grands themes amoureux que les génies ont placés sous la sauvegarde du bon goút, l'indécence commence ; il est pénible
d'avo\r a r~ppele: ~ l'auteur du ~?rceau intitulé _Dualisme que
ce su¡et a eté traite dans le deuueme acte de · Tristan et Ysole.
Paul Géraldy, avec cet art de ramener tout haut sujet a un
dialogue de salon ...
FRAN&lt;;:OIS PORCHÉ. - Tout son théatre exploite cette fausse ingénuité, il se fait une vertu artistique de son incapacité a égaler la
virtuosité de Rostand,
GEORGES DUHAMEL. - ... son universalité, Duhamel la recherche
non par une synthése, mais par une suite d'analyses ...
JU LES ROMAINS. - ... Son art est un art viril. .. La volonté rude et
tenace de Romains exploite un esprit si riche et si divers que
vouloir, avec lui, est presque synonyme de pouvoir.
.

de 1'Histoire Je la Littérature F ranfaÍse Contemporaine
Nous remercions vivement MM. René Lalou et Georges Cres de
nous avoir autorisés
publier quelques extraits de la remarquable
Histoire de la Littérature franr;:aise Contemporaine de M. René Lalou.
(Ed. Georges Cres et Cie, 1 vol. : 10 frcs).

a

CATULLE-MENDES . - ..• sa redoutable facilité a rimer n'importe
quoi.
JEAN AICARD. - ... son Pere Lebonnard (une piece en versa rendre
jaloux Eugene Manuel) et son Jésus se recommandent aux
fami_Jles pour leurs excellentes leyons de morale théorique et
prauque.
JU LES RENA~D. - Lorsqu' il atteint a une telle perfection, l'art de
Jules Renard évoque le souvenir des estampes japonaises ou un
animal, un arbre, une branche, fait tout fo tableau, comhlant
!'esprit d'une mystérieuse joie; l'influence des Goncourt aidant,
le penchant naturel de son génie, Jules Renard a évité le naturahsme de Zola pour rejoindre le réalisme d'HokusaL
AUGIER. - N'ayant point visé a retenir l'attention du lecteur curieux
qu'aucun obstacle ne rebutera de l'reuvre ou il a découvert
quelque originalité, Augier a passé tout entier avec son auditoire.
DUMAS Fils. - ... il gardera toujours quelques traits du prédicateur,
qui aime appeler le péché par son nom et le décrire avant de le
flétrir ...
·:· ses dernieres pieces, ou !'esprit boulevardier ~e fait apocalypuque ...
HENRY BECQUÉ. - L'art de Becqué est indéniable: on en éprouve
vite les limites.
VILLIERS DE L'ISLE-ADAM. - Axe/ n'est pas seulement l'reuvre la
plus caractéristique et la plus complete de Villiers de l'lsleAdam : c'est encore la dern1ere expression du romantisme européen, le Faust du XIX• siecle finissant.
PAUL BOURGET. - L'évolution littéraire de Paul Bourget s'est
déroulée avec cette régularité consciencieuse qu'on observe aussi
dans chacun de ses livres.
Le Disciple manifeste déja la coexistence en ~ourget d'un
effort sympathique pour appréhender loyalement la pensée de
son contradicteur et d'une incapacité fondamentale a y totalement réussir.
MAURICE BARRES. - ... une intelligence inlassablement curieuse qui
éperonne une sensibilité assez courte.
Déja (Du Sang, de la Volupté et ae la Mort) il se manifeste

'

�RENE LALOU

PAUL CLAUDEL; 7" . •· Ce~te musique universelle encore inentendue
dans la poes1e fran~a1se...
PAUL VA}-,ERY. - ~es images fondent le concret et l'abstrait en un
metal sans pa11le.
M;aitre de la ,Pure perfection racinienne ... il y réintegre la
dens1té mallarmeenne.
HENRY BATAILLE. - Les personnages y sont assortisaux coussins
et aux tentures ...
Avec. Bataille, le romantisme se refait une virginité par
l'encana1llement.
• _11 n'e,st point d'écr_ivain qui _ait plus souvent rappelé la nécess1te de ,1 aud~ce et qui se son s1 constamment dérobé devant la
plus necessaire des audaces, l'audace de la vérité ...
HENRY BERNSTE!N: - De graves critiques traitaient de surhommes
ces croquemnames pour grands enfants.
JEAN SA~M~NT-. - ··: a m&lt;?ntré qu'il possédait un génie « d.u toe,, a
peme infeneur a celu1 d'Henry Bataille.
TRISTAN ,.BERNARD. - ... son temps lui a fait crédit de tant d'esprit
qu 11 dem1&gt;urera probablement insolvable devant la postérité.
MAURICE MAGRE. - .. . une intarrissable fécondité pour démontrer
que l'o~ peut retourner le précepte racinien et faire de quelque
chose nen.
JU LES LEMA_ITRE. 7" .•. fut succ~s~iveme~t ~m universitaire distingue,
u_n P&lt;?ete d1stmg!-1~,. un ~n~1que d1stmgué, un dramaturge disungu~ et un po!J~1c1en d1st10gué : dans aucun domaine il ne se
mamtmt au prem1er plan .
.Sa sages~~ re,st~it ce~le_ d'un_ bou~geois cultivé qui n'abdique
pomt ses pre1uge~ , m,a1s 11 y a¡outa1t, en ses meilleures heures
la fin~sse narq~o1se d u~ p:iysan de la vallée du Loir. Cela lui
p~r~1t de para1tre plus elo1gné de Coppée et de Sarcey qu'il ne
l'eta1t 1·éellement.
PIERRE BENOIT. - Les premiers de ses romans d'aventures Kamigs"!ªT'_k. et I'Atlanti~e n'étaient pas tres inférieurs a~ produits
s1mila1res de Maurice Leblanc ou r.aston Leroux.
RENÉ BE_NJAMI,N_. - Gaspard ne dépasse pas la facilité superficielle
qui caracter1se les autres productions de René Benjamin.
PAUL et VICTOR MARGUERITTE. - Ils ne cessent jamais d'écrire
« comme tout le monde •.
LÉON DAUDET. - _Il fait des injures, chaque matin ainsi que d'autres
• font des halteres.
'
MARCEL PRO U ~T. - ,"; de cet art tout entier basé sur la lente reprise
p~r le mo1 d~s elements gue le temps y a déposés, de cet art qui
I~1sse aux d1verse~ pa~UE;S de la Recherche du Temps perdu
1 aspe~t de va~tes !11mes 1neg3;lement exploitées'. le dernier mot est
peut-etre moms l amour de I analyse que la hame de Ja synthese.
ANDRÉ GID_E. - Parmi les plus rudes assauts de son inquiétude ¡¡ a
garde son refuge assuré : le classicisme.
'
SU ARES .. - Alain ne cherche_point la poésie: Suares la remplace quelfo1s par un fard orato1re.
RENÉ LALOU.

GABRIEL AUDISIO

L'Art et la Pensée poétiques
de CHARLES VILDRAC

Si l'on ne comprime pas son creur, si l'on ne commence par en
étouffer la voix, il n'est déja plus possible de parler librement de Charles
Vildrac. Car le creur oppose toujours trop vite ses raisons irrésistibles a
la raison: qu'il frémisse, toute argumentation est ébranlée et il vaut mieux
des l'abord renoncer a toute possibilité d'investigation critique. Vildrac
est en etfet de ces hommes dont le seul nom est pour le cceur la source
de bien des émois par tout ce qu'il rappelle de tendresses, de douceur
indulgente, d'humanité.
La nécessité de bannir les appels du sentiment ne va pas sans rigueur
quand i1 s'agit de parler d'un poete qui vous offre le meilleur de son
amour. Mais cette rigueur est moindre si on aborde J'homme par le plus
extérieur de lui-meme, ce qui est le mieux sujet a mesures matériclles,
contróle, lois et partant discussions ou contestations possibles; j'entends
le mode de s'exprimer, J'art.
Charles Vildrac fait partie de ces écrivains qu'on a accoutumé
d'appeler, d'une fa&lt;;on _d'ailleU:rs assez simplement global~, les, un~nimistes seul groupe qm depu1s de nombreuses années au ose :presenter l~s caracteres apparents, si l'on peut dire, d'un corps constitué,
d'une équipe, a une époque ou la liberté est de mode, ou le bon ton veut
que chacun travaille en 1solé et n'exprime que des idées sans précédent,
par des moyens foncierement personnels. Le groupe des poetes de
l'Abbaye n'est toutefois pas si cohérent qu'on ne puisse dresser chacun
d'eux dans sa signification propre et son originahté; ou mieux encore,
c'est la belle homogénéité et la cohésion meme de ce groupe qui permettent de retrouver la valeur efficace de chaque effort individue!, la
réalité des différents apports, et de reconnaitre a chaque membre la
place qu'il occupe. Celle de Vildrac est nettement qualifiable, tant par Je
tempérament de l'homme que par l'art du poete.
Alors que Chenneviere, Duha~el et ~urtout Jules Rom~i.ns se
sont choisi une forme neuve ma1s fondee sur toute la trad1t1on et
l'évolution de la poétique franc;aise (comme le montre bien le cours
de technique poéuque institué l'an dernier par deux d'entre eux) (1),
(1) Cf. Nouvelle Revue Fran~aise, juillet 1922. - 1ules Romains, ! l ntroductio!1 d un
cours de technique poétique, et ltfercure de Franoe, du 15 octobre su1vant, un article de
G. Chenneviere ayant le méme objet.

�L'ART ET LA PENSEE POÉTIQUES DE CHARLES VILDRAC

d'autres, tels que Vildrac, s'en tinrent principalement aux moyens et
résultats de la plus récente expérience: le vers libri&amp;me en effet exerce
encore un regne évident sur feur ceuvre. Mais Vildrac ne semble pas
s'etre résolu a proscrire de son art tous les artífices extérieurs, apparents ?U v~rs-libre, ;_ art~fi~e? désormais pér_imés. Aucune phobie de
mauv:3-1s alo1 ne preside. 1~1 a la condamnauon d'une technique qui a
donne des résultats considerables. Tome forme nouvelle doit pour etre
viable se fonder sur l'acquis total de la tradition, meme la plus récente.
Or, le vers-libre, continuant avantageusement l'entreprise de libération
de la prosodie fran&lt;;aise, l'a enrichie et assouplie, a renové l'effort individue! et donné droit de cité a tomes sortes d'effets attrayants de success_ion, de rimes et de rythmes, d'assonances et d'allitérations, d'adéquat10n de la courbe du poeme a celle de la pensée, bref il a montré, apres
le _vers rom~n.ri_q~e et _le. mallarméen: jusqu'ou pouvai~ aller la poésie en
fa1t de poss1b1lites metnques et musicales. Il a montre: ce n'est pas dire
que tom doive etre reten u. Et le tort de Vildrac est bien sans doute d'avoir
pris en bloc une série de procédés qui tirent l'ceil lorsqu'ils sont accumulés, alors qu'ils rendent d'appréciables services quand on en use avec
mesure et pour telle fin, comme il se doit.
Le moindre de ces artífices n'est pas la répétition: il est difficile de
lire un poeme de Vildrac sans etre frappé par une permanente parité
rythmiq ue, une sorte d'oscillation réguliere dont les points extremes
sont marqués par des mots, des expressions ou des images qui se raJ?pellent l'un l'autre. Les Préliminaires du livre tl'Amour commencentains1:
Le grand oiseau blanc déploya des ailes
Qui étaient toutes pures, qui étaient toute&amp; neuves,

et tout au long de cette premiere piece, comme au cours de bien d'autres
dans le livre, au sein meme de la strophe, résonnent ces appels dont
l'inconvénient lt&gt; moins sensible n'est pas de ralentir le train de l'expression, d'alourdir l'image qui se voudrait dépouillée.
ll dévia un peu. il lomba un peu ...
Des plumes aussi, des plumes un peu...
lis joignent leurs paroles et joignent leurs yeux.
Devant cette porte ils s'arréteront
Ayant un pli mauvais sur le front,
A.yanl un mil mauvai&amp; pour s'épier
A.yant tm mil oblique vers la porte...
11.fais elles se plaisent bien ensemble

Toutes tes richesses, toutes mes richesses ...
Le bras égaré de cet aveugle
Que je deviens et que tu deviens ...

ou bien c'est la succession d'épithetes et d'expressions coordonnées:

GABRIEL AUDISIO

On pouvait quand méme demander av 11ent
Et des parfums et des musiques ...

tous moyens qui peuvent aboutir a un tel exemple typique d'alanguissement de la strophe, ou l'image sans cesse retenue ne réalise pas son
envol:
Quand on Jleve entre ses yeux et le soleil
Un verre áeau pui&amp;é a méme dan, lea roche,,
Un verre d'eau peuplé de helea minuacules,
On ne voit rien qu une eau ébloui,aanle el pure,
On ne voil rien que le soleil
Habillé de l'eau et non plus de r air.

J'entends bien que ces effets ne sont pas de pur hasard, mais recherchés · comme ils l'ont été par d'autres poetes. La répétition systématique
est u'ne source de mystere c_hez Maeterlin~k; elle 1;'e~t pas ~'u1; vain
secours a l'ingénuité de Franc1s Jammes. Ma1s le procede en so1 presente
un grave dan~er: généralement, et c'est le cas chez Vildrac, il. apporte
comme un dementi a la pensée. Bien des idées actuelles ou ango1ssantes,
de celles auxquelles on ne songe qu'en serrant les macho~res ou c:is_pant
les poings, bien des images, des sym~oles y prennent un, air _un peu desuet
de complainte et de chansons, d'a11leur~ so~vent aver~ ¡usque p~r ~e
titre lui-méme. Le Livre d"Amour ne conuent-il pas plus1eurs pages mutulées Cinq chamom? Faut-il rappeler le début des Chant, du Dé1e1péré.
Au long des jours et des ans,
Je chante, je chante.
La chanson que je:me chante
Elle est triste et gaie...
C'est la chanson pour tou;ours
Poignanle et légere ...

et le poeme assez récemment publié, Le Jardín, véritable complainte d'un
gars du nord? (1 ). L'adoption si fréq.u_ente_par Yildr?c de ce, type de poeme
est chose bien remarquable et _menterait qu_o1; s y ar;etat plus_l&lt;?nguement ici-meme si l'on ne gagnait tot la conv1ct1on qu elle paruc1pe au
temoérament de l'homme beaucoup pl~s qu'elle ne résulte de la t,ec?!1\que
de 1tartiste. Il n'en est pas absolument de méme lorsque les repet1t1ons
portent sur des sonorites choisies, mises en vedet,te par la chute du vers1
et prennent l'aspect de successi0n de :im~s ou ~ assonances. Ce s,ont la
des movens proprement voulus ou qui do1vent 1 é!re: le résultat n en est
pas tou)ours ce qu'on pourrait attendre. Osons d1re que le couplet de
libretto guette de telles strophes
Le grand oiseau blanc vola moins haul
Et il s'inclina comme un bateau
Qui a au coté une voie d'eau.

Un trou rond et rouge et noir...
(1) Cf. Noueelle Revtte Fran~aise, 1-' avril 1922·

�L'ART ET LA PENSEE POETIQUES DE CHARLES VILDRAC

. C'es~ la ran~ot; des enrichisseme~ts p_rodigués par le v~rs-libre. Faut11 done a to~te, 1~ee venante un tel deplo1ement de sonontés, une mise
en reuvre s1 evidente de moyens purement extérieurs? Acceptons-en
quelques-uns, mais aux places qui Ieur conviennent. N'en serait-ce pas
une mieux indiqu¿e, le grand éclat de lyrisme ou le jet oratoire et imagé
a besoin d'etre alimenté et soutenu? Je pense a cette fin de l'Europe de
Jules Romains.
'
Foule de Hyde-Park en !fai ;
Foule du Lido en Seplembre ;
Foulea du port el du navire
Foule8 de l'Europe vivanle, ele.

~a}s l,e vers mes_uré qu ~ Vildr~c _manie souvent sans amalgame, paye
auss1 a l art son tribut d 1mconvenients, exactement inverses de ceux
auxquels il entend remédier. Qu'un solide agencement de mots pleins
de sens et de propre valeur, qu'un jaillissement harmonieux d'imao-es ne
viennent le soutenir et enrjchir, il lui faut s'incliner devant le grief(dont
on. ne l'épargne pas !) de sechere_sse et de prosai'sme : la poésie de Vildrac
qu1 procede plus par &lt; atmosI?he~e &gt; que par images, n'en est fatalement
pas exempte. On en prendrau a1sément pour preuve s:a et la quelques
f~agments,, d~ns l'Jntermede des Chanta du Désespét'é par exemple, si un
sm~~re frem1ssement de tendresse n'y était un sur garant de la pensée
poeuque.
Qu'a cet examen quasi mot-a-mot on n'objecte pas avec La Bruyere
que « le plaisir de la c1'itique nou.t 6te celui d'étre vivement touchés de tres
belles choses_. ~ L'art et l'enthousiasme ne sont pas sur le meme plan;
quand cdu1-c1 tombe avec l'accoutumance, le premier accrolt sa force
de duré~. J'accepte de me s~ouler de décl.~matio?s nocturnes, mais que
le plus 1vre emportement la1sse une place (il la la1ssera tót ou tard d'ailleun;) au commentaire a creur fermé. L'art est a ce prix; et l'art s'apprend. Lorsque les deux, enthousiasme et raison, se concilient chez le
meme homme (« le cmu1· en ébullition et la téte froide &gt; dit Nietzsche j
voila qu&lt;! prend corps l'idéal du lyrisme organisé, d'ou 1{e peuvent sorti;
que de tres grandes reuvres, mais rares. Vildrac lui est avant tout
lytique; l'appel de son inspiration l'arrache so~ven{ aux soucis de
l'aboutissement rigoureux, et sans doute l'entraine-t-il encore puisque
sa technique ne s'est pas sensiblement modifiée du Livre d'Amour aux
Chants du Désespéré et que, des avant ceux-ci, on trouvait dans les Découvertes, ces proses poétiques, q uelques-uns des « morceaux » de l'auteur
les plus solidement achevés.
. C'est done plus par son tempérament poétique que par son art que
Vildrac nous touche, et profondément; par son lvrisme sincere, chaleureux et sans attitude, par son ame généreuse qúi sait trouver le beau
moral ou il se cache et le créer, par son gout des choses les plus
humbles qui les exalte et les révele a leurs habituels contempteurs. Par
la Vildrac marque bien sa parenté d'esprit avec les poetes du groupe
dont il fait partie. Un des prmcipaux honneurs des &lt; unanimistes » est
bien d'avoir fait rentrer dans la poésie le sentiment de la valeur en soi
des choses, d'avoir &lt; animé », au plein sens du mot, le réel brut, la

GABRIEL AUDISIO

maticre inerte, d'avoir trouvé le langage qui émeut sans anifice en confrontant l'homme et l'objet. Grace a eux, comme dit Mannoni, « le poete
a retrouvé avec amour le monde oublié ... non pas la nature romantique teintée
de sentiment, mais le concret pur et nu, les aut?·es hommes et toutes les choses,
les ai·bres et les maisons, les ca11·efou1's et les usines. ll redevient comme un
enfant qui presse dam ses mains la terre qui lui est neuve » ( 1).

La création de ce langage dont entendent bénéficier plusieurs poetes
nouveaux venus de la génération actuelle, est une des P.lus riches découvertes de la poésie frans:aise: il n'aura pas fini sa carnere quand " l'unanimume &gt; ne sera plus qu'un souvenir historique. Et il faut dire que
Vildrac parle excellemment cette langue. Comme Duhamel se sent
le c~ur averli du bonheur

a cause du passage d'une voiture
Porlant sa bdche jaune el verte
La plus merveilleuse des bdches,

comme Luc Durtain qui montre que
Sur l'élroit steamer, que bossuent
Ses sacs d'oursins, se3 caisses áhuilres
Et ses pa11iers recouverls d'algues,
Un marchand esl couché béant•..

comme Chenne\liere et Jules Romains qui sait rappeler mille choses délicieuses, Charles Vildrac découvre qu'fl regne un soleil libéi-al comme un c,oup
de vin blanc, que l'enfant peut posseder autre chose qu'un beau carre de
ciel, car &lt; il y a la cheminée de t6le _d'un lavoir: fine, élancée, elle dépasse
tout. Un long morceau d'elle, d'un noir pr-ofond et de contours vurs est 1eul
avec le ciel si pu1· ... Mais voici que la cheminée du lavoir exhale 1oudain un
peu d'une fumée rousse et légei·e, une umée &lt;¡Ui plait au ciel et vous rapproche
encore de tui. - Mais voici, tres haut, vire1' frois hirondelles, et les cris
qu'elles étfrent dan.r l'espace sont comme un assoui•i,sement. - L'en/ant se
laisse pleurer a chaudes larmes.

r

II sait dire.
Je voudrais étre un vieitlard
Que j'ai vu sur une route ;
Assis par terre au soleil
ll cassail des cailloux blancs
Entre ses jambes ouverles

C'est parce qu'il voit et anime les choses qu'il peut lancer ce cri plein
de. promesses éclatantes:
Vie11ne du soleil plein le mur d'en face,
A Ion plus haul caneau vienne du bleu,
El les pieds ser~nt nus et cl,auds panni les sables
El des oiseaux voyageront avec lflS yeux !
(1) Cf. Inlenlio;is, o• 4, avril 1922.

3o

31

�L'ART ET LA PENSEE POETIQUES DE CIL\.RLES VILDRAC

C'est par la qu'il montre l'ame d'un paysage :
I t y avait un remblai de gravas
Avec de&amp;Bus un chemin maigre
A jamais inquiet d'etre perché la
Et sans communion avec la terre.

C'est par la qu'il touche !'ame de l'homme :
O toi qui sail la langue
Qui retrouve et alteint dan&amp; leur nudité
Les hommes et les femmes avec qui tu es sur la terre

L'ame du soldat que la releve sauve pour un temps:
Et s'il réve. c'l's/ au délic,
D'61er u s souliers pottr dormir
A Neuvilly . dans une étable

L'ame du fantassin désespéré :
Je voudrais avoir été
Le premier solda! tombe
Le premier jour de la guerre.

Et c'est par la qu'atteignant l'ame humaine, il atteint aussi ie meilleur de son art, dans de telles strophes qui sont sans contredit parmi ce
que la poésie fran.;:aise a compté d'accents le plus purement émouvants
depuis des années :
La bonté des hommes
N étail pas constante ni tenace ...
.Mais lorsque son jour mrivail
Elle était aussi pénétranle el chaude
Qtt'une eau-de-vic qu'on boit en fraude
Dans les pri8ons ...
Il vil une ville
Choyée de soleil.
De beaux souliers neufs
Grinfaient a pas vifs
Sur les trottoirs propres.
El l'on entendait
Le long des boutiques,
Derriere les stores,
Toutes les pendules
Qui sonnaient midi.

GABRIEL AUDISIO

Celle de Vildrac est tout unie; c'est le roete de l'amour, au sens le plus
large du mot: l'amour pour tout ce qui existe et vit, l'amour humain .
L'humanité de Charles Vildrac est sous le signe de la tendresse : elle se
~anife_~te a ~ou~ les instants de sa vie, et non seulement de sa vie poéuque, ¡ en su1s bien sur sans le connaitre; elle se méle a chaq_ue autre
sentiment issu de la sensibilité: humilité, pitié fraternelle, am1tié, charité. Cette tendresse est répandue dans toute l'existence quotidienne que
le poete sait rendre meilleure a vivre parce que son optimisme y va sans
cesse a la &lt; découverte &gt; du beau et du bon et révele mille symptómes
d'excellence réelle chez l'homme. Pour cela, il fallait vraiment aimer
ses semblables, non par systeme, mais d'un amour total, on dirait
presque religieux.
Si cette tendresse se répand bien sur toutes les choses et tous les étres,
si cette sensibilité répond a tomes les sollicitations, s'offre a tous les
silences, reconnaissons aussi qu'elle le tait d'une fac;on « uniforme. Le
poete a en quelque sorte trop d'amour au fond de soi pour luí imposer
des différences de niveau et de qualité. Mais les memes battements du
creur, devaient-ils traduire tant d'émois différents? et l'amour n'aurait-il
point gagné a se hausser davantage ? Certes il est nécessaire d'affirmer,
de redécouvrir que la nature de l'homme n'est pas si entachée par des
fautes originel!es que bien des signes n'accusem encare un réel avoir de
bonté.
Donner du feu si poliment au premier fumeur passant, trinquer alors
qu'on pourrait trouver tant de raisons de se battre, se dévouer au service de n'importe que! promeneur égaré, voila sans conteste des preuves
de l'obligeance nauve de l'homme qui valaient d'etre di tes, avec plus ou
moins d'insistance; et l'on partage volontiers l'émotion du voyageur
angoissé, perdu dans une auberge triste, qui sanglote tout bonnement
parce que la petite fille lui a embrassé la main et donné une fleur.
Tendres chants d'amour, précieuses découvertes. Mais le découvreur ne
pouvait-il mener plus loin ses blanches caravelles? et les quittant, pénétrer des contrées moins accessibles que leurs rivages ? on l'eut aimé; et
ce qui manque, ne serait-ce point ce que les Préliminaires du l. ivre
d!Amour annon\aient, quand le poete était la,
Le réve tendtt désespérémenl vers des archipels
Et vers telle vie :
Une vie dans le vent, tou.les voiles dehors ...

Mais ou sont les archipels? ou cette vie dans le vent? Tant de banlieues parisiennes valaient-elles de supplanter ces Hes; et tant de tendresses de perites filies, de buveurs de guinguettes, de gars;ons livreurs,
cette existence au vent, voiles dehors? C'est Vildrac lui-meme qui
répond

Apres de tels exemples, il n'est pas téméraire d'affirmer que si cette

Et Je voudrais bien...
Mais l'eau croupissante aussi voudrail bien...

« nudité -., ce gout de la réalité vra1e des choses, conduisent Vildrac au

meilleur de son art, c'est que sans dome ils ne participent pas seutement
d'une communauté de tendances d'école littéraire. Par dela l'écrivain
plus ou moins artiste, l'homme se révele et le fonds de sa natu re propre.

On ne le regretterait pas tant si cette uniformité dans !'origine et
l'expression de la pitié n'apportait l'impression d'émois trop faciles et

33

,

�L'ART ET LA PENSEE POETIQUES DE CHARLES VILDRAC

comme une monotonie. Cette monotonie, le cercle fermé assez court
des themes d'insfiration la souligne encore : le poeme Vi1ite dans le
Livre d'Amour n est que le canevas de la petite p1ece l'lndigent qui termine les Découverte,. L'égalité du ton concourt aussi a ce résultat; il ne
change guere d'une piece, d'une ceuvre a l'autre, méme apres l'épreuve
de la guerre qui a pourtant secoué rudement le poete, lu1 meurtrissant
la chair, infligeant au meilleur de son ame le plus cruel démenti et laissant sa mémoire obsédée. Sa pensée garde la méme tournure et son art
le méme aspect. La guerre le surpasse; malgré, comme dit Romains,
que « l' évenement ait lepa, et le poil d'une bete quaternaire », il ne se résout
pas a Je pcendre durement, comme Durtain par exemple (il est vrai que
pour Vildrac « la colere est imptwe et stérile »), et dans sa révolte méme, il
semble se complaindre, et c'est encore sous le rythme de chansons
qu'il dit
C'esl au pelil jour qu'ils trépassent ...

GABRIEL AUDISIO

déja pré~ente au creur et a !'esprit d'un nombreux et valable public, que
nécessaire a identifier la qualité de sa pensée poétique. Par la on retrouve,
sans confusion possible, la place propre que Vidrac a prise par ses accents
persvnnels dans le groupe des poetes de l'humain. 11 est celui qui s'adresse a
tous,
la masse, au &lt;&lt; peuple », socialement parlant (et, qu'on le note, avec
succes), mettant le mieux a leur portée le langage et la pensée communs a
ses compagnons d'équipe; et ce n'est, en somme, pas un mince mérite pour un
membre du groupe auquel demeure depuis bientót vingt ans le nom d'u11animistes ? Contnbuant ainsi pour une bonne part a la cohésion du groupe, il
nous donne le droit de l'y situer. Seul, il ne serait pas impossible que, Charles
Vildrac demeurat sous l'aspect, d·ailleurs quelque peu contradictoire, d'un
élégiaque offert a tous les hommes ; considéré « en corps 11, il a une autre et
grande portée: il est le chemin d'acces de sommets tels qu'Europe, qui, sans
lui, seraient diffic¡lement atteints. Charles Vildrac est préalable a des auteurs
comme Jules Romains: il touche et conquiert des creurs qui désormais ne
se refuseront plus a de pures sources d'art, a de hauts envols d'humanité.

a

Ne m'objectez pas: « Qu'importe que cette tendresse ne s'exprime pas
differemment dans chaque cas; sa pitié est humaine et nous to11che ». Alors je
ne dirai plus rien. N'ai-je pas voulu des :'ahord que mon creur se fermat?
Sinon, reprenant le livre, je ne penserais qu'aux camarades, aux freres, au
frere. La tendresse de Charles Vildrac est d'un frémissement vrai qu'on ne
conteste pas ; on scnt sa main prete a se tendre a tous les dénuments, mieux
peut-etre que celle de mcilleurs théoriciens de la charité; rnais qu'on puisse
dire que toutes les pitiés n'ont pas la merne qualité, ne se traduisent pas de la
meme fai;:on; ainsi de la mort de Henri Doucet, ou Vildrac nous angoisse, et
de la réception de tel colis de poires, qui entend nous émouvoir par d'identiques moyens. Si l'amour total n'a qu'un plan, il est bon que l'expression en
differe suivant les especes. Cela est si vrai que l'on arrive parfois, meme sans
avoir lu au préalable vingt pages de Nietzsche, a ce resultat détestable: l'attendris&lt;:ement aboutit a des effets contraires. Ne va-t-on pas trouver bien que
Bastien ne s'emharque pas sur le Tenacity et se sauve avec Thérese? que les
jeunes filies rient du Monsieur qui tombe daos la rue boueuse? Tenez, on est
tenté de dire, a voix basse, car ce ne serait pas sans honte au fond: i/ est trop
bon ... Et ce qui ne contribue pas peu a donner cette impression, c'est un
certain ton « édifiant » qui regne en bien des poemes ou les « JI Jau t ... il ne
Jaut pas ... Fais ... 11e v.1 point.•. » semblent moraliser. Ce n'est pas a la charité
chrétienne qu'on s'en prend ici, mais a son expression qui peut etre autre.
Ainsi Georges Duhamel, dans la Possession du Monde, a-t-il réalisé un véritable
manuel du bonheur qui est loin d'etre un impératif sentimental ou ce qu'on est
convenu d'appeler un recueil de lectures morales. 11 faut cependant reconnaitre
que Vildrac se présente délibérément sous cet aspect, puisqu'il s'y encourage
ainsi :
Va, ne sois pas géné de laisser paraitre en toi
Lajeune filie et la mere que fut ta mere,
L'enfant que tu étais et qu'd jamais tu demeures.

GABRIEL AUDISIO

..

Indiquer ce qui manque de force mále a l'humanité de Vildrac, de« dosage 11
a sa sensibilité, était moins destiné a restreindre la portée de son reuvre,

34

35

�L IV R E.S
j Le Mouton Blanc donne son opinion sur tous
PAUL GAULTIER. 1 vol. : 7 .50.

L'idéal Moderne. -

LIVRES
les Livres qu'il re9oit

PAYOT, éditeur. -

Ce livre, couronné par l'Académie Crancaise, écrit « de bonne Coi »,
tente de concilier les « antagonismes » des théories modernes « en
une synthese supérieure ». C'est un ouvrage de bon sens, mais
qui nous rappelle la parole de GEoncEs DuMAS : 1, Le bon seos,
c'est toujours la pbilosophie de la veille. » 111. PAUL GAULTIEll
cherche a résoudre la question morale, la question eociale et la
question religieuse. 11 ne nous semble point qu 'il y ait réussi. Le
meilleur profit qu'on lirera du livre sera de revoir, pour son
propre compte, un grand nombre de lheses et d'hypoth~ émises
par des penseurs et des philosophcs de valeur inégale, mais auxquels !lf. PAuL GAuLTIER mele étrangement beaucoup d'écrivains
contemporains dont certains ne brillent pas par une compétence
notoire en ces rnatieres austeres : « Les passions vous rendent
1&lt; esclaves » ainsi que Gérard d'Houville l'a bien vu. » 11 arrive
aussi que 111. PAuL GAuLTIER entonce des portes ouvertes et que
ses développements sentent la dissertation scolaire. D'autres Cois,
plus visiblement soucieux du droit que du fait, il apporte des solutions puremcnt théoriques a des qucstions essentiellement pratiques.
La cause en est 1° daos un manqu ede sftreté Iogique qui conduit
l'auteur a brouiller les not'ons, 2° daos le désir d'opérer a priori
des conciliations entre des theses dont on ignore encore si elles ne
s'excluent pas. - Le style, trop oratoire, est cependant sans relief
0n y décele des clich \5 1 des redondances, des citations misérables,
et un abus de termes incidcnts, copulatifs, restrictiís ... qui alourdisscnt la phrase saos affincr la pemée : « La eharité est indispensable, je veux dire celle-lir. qui n'est proprement ni l'aumóne... ni
a jortiori ... A ussi bien la charité vraie... Elle est don de soi, le don
d'une 11.me ir. une autre 11.me, le don de toute son dme pour
reprendre le titre d'un roman de !lf. Bazin. Cette charité-la ...
etc ... » Une tendance marquée au verbalisme.

GEORGES TURPIN. - Quelques peintres du temps présent. de la Revue littéraire et artistique. - 1 Yol. : 3 fr.
GEORGES TURPIN. - Dans le sentier des marjolaines. Revue littéraire et artistique. - 1 vol. : 3 fr.

Edit.

Ed. de la

Le litre fade contraste avee la Cougue maladroite du contenu.
L'auteur se déclare « spontanéiste », daos une préface truculente,
ou il affirme que « la poésie ne peut etre qu 'immortelle » et les
,, versificateurs » « de fau.x-poetes ». « Ce poete-né incubera une
idée, et, les vers, l'instant venu, jailliront de son cerveau comme
des étincelles. » Les vers de GEORGES TunPJN semblent effectivement
jaillis un peu trop spontanément.

HERNANDO DE BENGO ECIIEA. - Le Vol du soir. - Théatre, portrait par E. A. Bourdelle. - Editions des Tablettes, 1 vol.
C'est un recueil de trois pieces : 1 ° Le Vol du Soir, 1 acte en prose.
Citons, les lextes se critiquent d'eu.x-mémes : « llfadge - Si tu
me comprenais / Mais ce n'est pas possible ; nul ne me comprendra jamais / Je suis nocturne et rétractile I » 2° Le Masque de la

llfort Rouge, drame chorégraphique en I acle et 9 tableau~ d'apres
EoG~ ALLA.N Pre. 3° Sorat/1.ma, drame musical en quatre épisodes,
mus1que de Gu1LLERMO U.NBB.

S. BOUTET-LAGREE. - Trois Légendes d'Armor. Tablettes : 1 plaquette.

Editions des

Ces vers libres ne manquent pas de comique :
Coursier stupide,
Je veux ma Sirene intrépide ...
Entendez-vous Morwack hennir
De la mer a la montagne ?...
Ecoufez sür le rivage
La légende du vieux Gradlon l ... etc...

PAULA. - Pietro mon cousin (mreurs de vierge moderne).
Editions des Tablettes : 1 plaquette.
Nous lisons sur la page de garde « Du mime auteur. Sapho, mon
amie (roman de mreurs lesbiennes), - Jacques, mon mari, Yves, mon amant ». L'auteur n'a qu'a continuer. - Pi~tro est
d'ailleurs, aussi affligeant que sa cousine. 11 p,-rle le méme francai;
qu'elle.

�REVUES
1

REVUES

Le Mouton Blanc donne son opinion sur toutes les Revues qu'il re9oit

1

NOS BONNES FEUILLES. dans un bar.

LA NOUVELLE REVUE F.RANQAISE. - Directeur : JACQUEs
füvIERE. Secrétaire : JEAN PAULIIAN. - Octobre :

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fugue d'Eté. - Borus DB ScBLCEZER : Anton Tchékhov. - JEAN
G11\Aunoux : Finale de Siegfried et le Limousin. - ALBERT TBIBAUDET : La composition dans le Roman.
« L'épopée ne demande pas de composition, seulement les épisodes,
dont elle est formée, en exigent une ... Comme l'épopée, le ro man

LE DISQUE VERT. - Directeur : FRANz HELLENS.

-

Octobre

PAuL DERMÉE : Escale (poeme).

REVUE FEDERA.LISTE. -

Octobre :

dit fort justement par la voix de Castor : « Le grand poete est
celui qui ajuste sa fureur aux moyens d'expression dont il
dispose », mais publie des vers bien mauvais de JACQUBS PRBNAT,
forézien : Pou.r une jeu.ne épousée :

La maison est endormie ;
Et le jour grandit encor.
L'air est írais, a pres la pluie
On avance sans effort.

-

M. JACQUES REYNAUD, en signalant le Mouton Blanc, cite pelemele les noms des précurseurs et des artisans du classicisme
moderne que notre maniíeste s'efforce de présenter avec ordre. Il
nous reproche d'oublier 1',!AuRRAS.. Rassurons M. JACQUBS REYNAUD.
MAuRRAS, s'il n'occupe maniíestement pas la place centrale dans
la préparation du classicisme moderne que, d'ailleurs, il ne saurait,
guere accepter, se situe néanmoins exactement pour nous clans
« cette lignée de prosateurs » !JUi « d la suite de FRANCE et de
BARRES travaillaient a maintenir ou a restaurer le sentiment de la
perfection » dont parle notre manifeste. Nous invitons M. JACQUBS
REYNAUD
le Jire.

a

J. H.

La littérature espagnole en 1922 L'CEuvre b/Uie de Jules Romams.
·

G. DE Toll.RB. -

01 1
s0 :

Novembre

MAunrcE Bo1ssARD : Chronique dramatique.

:ROGER VALeELLE

u

ne fillette

LES ECRITS DU NORD~ - (Direcleurs : FRANZ HELLENs et PAUL
DERBORGHT) n
I, novembre 1922.

BENH~IIN C'nÉMIEux : Henri Duvernois : « On peut d'ailleurs se
demander si le classicisme du xx• siecle ne trouvera pas d'abord sa
forme dans le cante, comme celui du xvu• l'a trouvée d'abord au
thédtre et celui du xn• dans la poésie lyrique. »
MA.RoEL JouBANDBAu : Clodomir l'assassin. ALBERT CoBEN :
Projections ou Apres Minuit a Geneve.

est formé d'épisodes ... Et ces épisodes, eux, exigent une composition a laquelle ne manque aucun grand romancier ... L'expérience
nous montre qu 'un certain idéal de « composition » classique,
portant sur les caracteres et sur l'reuvre, doit étre considéré comme
un danger et un ennemi du roman ... En réalité, il y a deuz
grandes divisions de l'art littéraire : l'art a qui le temps est mesuré
et l'art qui dispose librement du temps. Le discours, la conférence,
le thédtre, la nouvelle, sont des genres tres différents, mais ils présentent ce caractere commun d'etre contraints a ufüiser un minimum de temps pour un =imum d'effet. De la la nécessité et les
lois de la composition. Le lyrisme, l'épopée, le roman, disposent
au contraire du temps a la fai;on de la nature elle-m~me...
L'épopée peut se répandre en liberté, et le roman aussi. »

Septembre

VA~-

'

GABI\I~L A

u-

Ma~omet;e, ~a Revue_ littéraire et artistique, l'Archer,
Lucifer, l A frique Latine, les Cahiers d'lcare la Gazette
des Alpes, les Primaires, la Mouette.
'

- Le -~outo~. ~lanc r~mercie toutes les revucs et tous les ·our;~Jx
quLa1 Ju_squ_1c1 o~t bien voulu signaler son apparition : i'Ane
r,
V1e littéraire, Bonsoir, Comcedia L'Intransi ea t

i

I

Journal du Peuple, l'Internationale, l'Eclai; Le Pro re! d:
Le
la Gazette des Alp~s, le Journa~ de Charolles: La Revie Fédérafut~'
La Dépéche al~érienne, La Liberté, Manometre, La Ré ubli
'
et lous ceua; qui se proposent de la mentionner prochainefnent~ue,

�JJOURNAUX
j Le Mouton Blanc donne son opinion sur tous les Journaux qu'il rec;oit 1

Donnez-noua lea noma et adreasea des pené&gt;nnea auaeeptiblea de
a'intéreaaer a notn: revue. Rempliuez cette &amp;che et adreaaez-la:

a

ACTION FRAN(,":AISE. - 13 novembre 1922. Orion, rendant
compte du Regret de la Grande lle (Madagascar) de PAuL
SouceoN, écrit :
Mais la deuxieme audace de M. Souchon a été cou.ronnée d'un
succes étonnant. ll a écrit ses poemes toul entiers en vers blancs
et, de tout temps, il a sembté qu.'il étail impossible de réussir le
vers blanc en frani;ais. Mistral a réussi le tour de force en proven&lt;;al, mais le Poeme dn Rhone prouve que le génie en sa plénitude
peut, comme la charité dans le cantique de lean Racine, tout
vaincre, tout esperer el tout soufffrir. M. Sou.chon, il fau.t le dire,
a réussi. Ses vers sans rime ont une mu.sigue invisible, mais qu'une
oreille exercée ne peut pas ne pas saisir :

Nous sommes d'une vieille race,
Aussi vieille que le soleil :
Quand nous chantions, les soirs saos !une,
Assis en rond autour d'un feu,
11 nous semblait que la grande tle
Révait taut haut par notre voix.
Voila qui est curieux et qui ouvre des horizons. Le tour de force
n'est peut-étre pas a recommander, a cause de la difficulté, mais,
une fois, on a plaisir a la voir tournée, et, tout compte fait, surmontée.
Comment se peut-il qu'Orion, qui aime la poésie, ignore encore
l'existence d'une lechnique poétique qui a fait ses preuves depuis
quinze ans ? Des poetes comme Jules Romains, comme Georges
Chcnneviere, comme Jouve, - sans compter des jeunes comme
Audisio, Puget, Ponge, Dalby, Goffin, Adrienne Monnier, Fierens,
etc... - obéissent aux regles d'un code poétique parfaitement
constitué, et dont on attend d'ailleurs la parution prochaine. Par
malheur, les André Thérive, qui ont la vue trcuble, prennent les
vers classiques modernes pou.r des vers blanca I Espérons que la
lecture du Mouton Blanc, et des poetes qui observent les lois de
cette technique destinée a remplacer la technique ancienne, instruira Orion et l'empechera désormais de découvrir l' Amérique....
a Madagascar.
J. H.

IMP. DES l\CUTILIÍS, 15, RUE JENSON, TOURS.

Le gérant : RENÉ GAUDEFROY.
#

· MAUPRÉ

..

par CHA ROLLES (S.-&amp;-l.)

au .. mouton blanc "
NOMS

ADRESSES

���</text>
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              <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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