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                  <text>•
24' Année (1To Siric)

N' l. -

REVUE

15 Décemhre , 922.
Directeur :

F. STROWSKI
Professeur i I&amp; Sorboone

DES

CouRs

Prlx du Numéro

3 francs

ET

CONFÉRENCES
La Revue parait le 15 et le 30 de chaque mois
du 15 décetnbre au 30 juillet
Les Cours et Conférences pubiiés sont rédigés par les professeurs
eux-mCmes, ou sous leur direction.

M. LALANOE
Profe.sseur i'i la Sorbonne
Mernhre de J'lnstilut

Lu tlticriCI; de l' Induction et de l'Expé~
rimentation . . . . .

1

Gustave COHEN

Roml'.:.rd. sa ui~ et son amure (suite) .

Josep~ VIANEY

La Bible dans la podsie fra11faise depui_,
Ala.rol (suite). . • • . • • . • .
Le t.hi.átre romantique, de Dumas pire d
Dumas fils (1iuite). . . . • • . •
La crisc religiemte·dep11is lamort de Gré.goire
V 11 ju:;qu'ó. l'a.vinemuit d' Urb11.in 11
(1085-1088) . . . • . . • • • •
Ernesl Renan. - Essai ch bfographie
intelltctuelle. . • • , • • . • •
l.e~ns S!ir l'histoire de la litfhature
latine (suite). • • . . . • • • •

80

Lea 1nfluences ilrangeres sur Lamartine
(Des pre.miires mi.ditati.ons) (saite d fin).

88

Profeuéur a l•Uoivel'3ité de Slnuhourg
Cbarge de Cours a la Sorhonne
Do.rende lá Faculté.des [,ellres de lrt"onlpaUier

A. LE BRETON
Maltre de Conférenc-es it I• Sarhonne

Augustln FLICHE
Profeaseur a l'Univenitl: de.Montpellier

Jean POMMIER
Profeuelll' .&amp; i'Oniversité d'Ameterdam

Abbé LEJAY
Memhre de l'T1utitut
Professenr a l'ln.,titut ca.tholique

Paul HAZARO
Cba1:g¡; de Conra i la Sorbonne

PARJS
BOIVIN &amp; O•, Éditeurs
J el 5, rue Palafine (1'7')
Téléphone Fleurus 07-88 -

C:ompte chéques postau.x Pari&amp; n° 1604

Tous droits d&lt; traduction et de nproduction rts&lt;rvis.

30
45
57
68

��BIBJ.IOTECA CENTRAL
U. A. N. L.

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1

ANCJENNE LIBRAIRIE PURNE

BOi VI N &amp; Cóe, Editeurs

CO■PTE CHtOUES POSU\JI, PARIS 11• IIN

TtLtfHOIIE fllUIIUS 07·18

24• ANNlB

(1• Súi,)

15 DtcBMBRB 1922

3 &amp;· 5, - Rue Palatine - PAWS (\'/' )

REVUE DES COURS

REVUE BIMENSUELLE

CONFÉRENCES

COURS ET CONFÉRENCES

Para1ssa11t le t,j et le 3U de c!t,1r¡11e moIs
(du 15 dt!cemhrc au 30 j111/Je1j

DES

DIRICHUft : • •

P. STIIOWSII,

Profu,evr 4 la Sorbonne,

Franee . . . . .
40 fr.
payables 20 fr. comptant et 20 fr.
ABONNEMENT, CN AN
le 5 aoril.
Etranger. • . . • . . . 46 fr.
Le Numéro formant un fascicule in-8° de 96 pages ; 3 fr.

I1

A.

Les théories de l'induction et
de l•expérimentation

NOS LE.CTE.UH..S

La Revue des Cours et Conférences publiera, comme les nnnées
precéden/es, les cours principaux de la Sorbonne ~/ _des F~cultés des
Lellre., de l'rouince. Mais conformémenl aux dmrs qu, nons onl
élé exprimés par nombre d'abonnés, nous essaierons de rl:pondre á
leur curiosité scientifique. Nous donnerons, pour commencer, un
cours oli seronl exposés les príncipes de tanalyse malhémalique. Ce
cours es/ profes,é. par JI. E. Le Roy. membre de /'Jnslilul, professeur de philosophie au Colfrge de Frunce, oú il_ a _rempla~é ~~­
Berg•on. Ce cours ne sera pas un cours de uulgarisalton, puuqu 11
s'ag°il dºun enseignemenl ri9011reuxdonl lebul principales(de « monlrer par /'e;,:emple commenl la pensée malhemalique fonch~nne fOUr
elle-méme », mais il n'e:rigera, po11r ilre enlendu, que I hab,tude
de la pensée abslraile el la possession des connaissances qui figuren/
au pro_qramme de la seclion .-l (/alin_-grec; des Lycét~-~oll_ege~.
Nos lecleurs ver ron/ dans ce/ essa, , no/re grand destr d allier la
haute culture h11manisle á /'esprit scieniifique moderne.

F. S.
VIENT DE PARAITRE CHEZ LES MEMES ÉDITEURS:

BIBLIOTHEOUE DE LA REVUE DES COURS
EDMo:-;n ESTEVE
Proruseur i la Faculté da Leurn de Nancy

LECONTE
L'HO.Mll!E

DE LIS LE

ET

Un volume in.,G brocbé. • .

L'CEU VRE

• . . • . • •

7 fr

Coura de K. L4L4NDE,
Pro/esseur 4 la Sorbonne.

LeQons I et II. - Introduotion.

L'objet de ce cours sera d'étudier, d'une maniere A la fois
historique et technique, les dilTérentes théories de l'induction
et de I'expérimentation. Dans ces deux premiéres Ie~ons, je me
propose d'examiner les dilTérents sens du mot induclion, de limiter
et de divisor le sujet.
I nduclion est la transcription latine du grec lffaywy~ (acte de
mener quelque chose vers, ou a un point déterminé: par exemple,
adduction de l'eau ddns un champ, importation). C'est un terme
du langage courant devenu technique, puis qui a repassé de
l'usage technique au Iangage courant : c'est ainsi qu'on
parle aujourd'hui des • inductions • qui aménent a soup~onner
un crimine!. 11 re~oit actuellement des sens divers ou se combinent deux idées dilTérentes : !'une concernant le degré de certitude du résultat ou l'on aboutit, l'idée d'un cheminement a
lravers des intermédiaires multiples, et par conséquent ne donnant A !'esprit qu'une confiance Iimitée, une indication plutot
qu'une preuve, qui demande vérification ; - l'autre concemant
1

�2

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCHS

ª.

le trajet de la pensée qui va des faits observés
une formule
universelle, valable pour toute une classe ; et qm, a cet égard
aussi a souvent quelque cbose d'aléatoire, ce qui produit des
combinaisons de ces deux éléments. Caractérisons d'abord ces
opérations au point de vue de leur mouvement logique, en y
conoidérant la question de valeur ou de cert1tude comme subordonnée a cette premiére division.
1o L'induction est un raisonnement ,ju type dit , reconstructif ••
c'est-11-dire. aboutissant a affirmer (plus ou moins fermement)
un fait singulier, grAce a des indices qui nous rnettent sur la voie.
C'eet le cas du diagnostic médica}, des «inductions )&gt; d'un policier,

des , inductions • cosrnographiques ou hisloriques qui non,
aménent a penser que Mara est habité, ou que, au ternpsdu renne
et du marnmouth, les hommes vivaient dans des grottes et se
servaient d'armes et d'outils de pierre. C'est encare ainsi que
M. de Launay, parlant de l'évolution des etres aujourd'hui
fossiles écrit que , lorsqu'on se hasarde a procéder ainsi par
inducli~n pour reconstituer théoriquement la chalne logique de•
etres organisés... on est lancé dans cette voie dangereuse ea
pleine incertitude ». (L'Hi,loire de la Terre, p. 287.) - 11 est
évident que, dans le cas de l'induction reconstructive, la conclusion est le plus souvent aléatoire: mais elle peut avoir tous le■
degrés de probabilité, et meme atteindre, dans certains des caa
que nous avons cités, a une certitudepresquecompléte. Cependant,
c'est l'exception, et il me semble que dans ces cas-la, le langage
courant évite le mot d'induction, dont la compréhension subjective, quand il s'agit de reconstituer des faits, contient toujours
une idée de suggestion plut6t que de vérification. Quand Ariste
a été amené a juger que Trissotin n'en veut qu'a la fortune
d'Henriette, reste a organiser le piege qui justifiera cette
induction.
Ceci dit, je laisserai de c6té, cette année, l'induction ainsi entendue, qui appartient al'étude de la , méthode reconstructivo »
(méthode de l'histoire, de la géologie, de la paléontologie ; méthode de la preuve juridique, etc.). Notons cependant que noua
retrouvons sur un point le contact de ces deux opérations dans
l'inférence du particulier au particulier définie par J.-S. Mili.
2° On entend en second lieu par induction le passage a un degr6
supérieur de généralité. Ou, comme on le dit, dans une formule qui
est la traduction consacrée d 'un texte d' Aristote, le • passage
du particulier au général ». 'En«yc,ry-ii O'iatLv Y¡ ti:n:o -tWv x«8'lxa.a-rov
hl «I x«86).ou lfoSo,. Topique,. I, 12, 105 a 13). Par exemple,

si le meilleur pilote est le plus expérimenté, si le meilleur cocher

THÉORIES DE L'INDUCl'ION B't DE L 1·EXPÉRIKENTATION

3

est le plus expérimenté, etc., on dira d'une maniere générale
que dans chaque profession le meilleur est le plus expérimen~
(Aristote) .
La formule • passage du particulier au général , a été treo
vivement critiquée par M. Goblot; et avec raison, si l'on considere le •en■ actuel des moto. Elle n'est pa• homogéne: le contraire
du particulier, en logique, est l'universel ; le contraire du spécial
est le général. 11 faudrait done choisir et dire que l'induction va
du particulier (quelquu) a l'universel (loa,), ou qu'elle va du
plus spédal au pi~• général (car le spécial et le général, eux,
sont tou¡ours relatifs).
Ce qui explique cette formule vicieuse est l'histoire du mot
général, qui a longtemps signifié univer,ei, en parlant des propo•itions : Auf semel aut ilerum mediu, generalíter esto. Dans la
Logi~ue de Port-Royal, on trouve en ce sens tantat « proposition
universelle •, tantOt « proposition générale •· De meme chez
Newton : • In philosophia experimentali propositiones dedueuntur ex phaenomenis, et redduntur generales per inductionem. • (Phi/. nal. princ. malhem. ad finem. On remarquera d'ailleurs, dans ce texte, l'emploi curieux de deducuntur.)
D'autre part, particulier, outre son sens Iogique, est pris
souvent pour ,ingulier : , Un simple particulier, un pays particulier •· En géométrie : , Parmi toutes les droites qu'on peut
mener d'un point a une droite, il en est une particuliére, qui fait
avec celle-ci deux angles égaux, etc. » Enfin, en anglais, parlicular
(entre beaucoup d'autres sens) a fréquemment celui-Ja : each
parlicular hair. - Particular, substantif, veut dire circonslance
dtlerminée, délail di,lincl.
On comprend done comment ces mots ont été employés autrefois pour traduire la formule d'Aristote et comment ils se sont
perpétués dans cet usage. Mais c'est une explication, ce n'est
pas une justification. S'agit-il de passer des individua aux classes,
des classes usuelles et qui nous sont imposées par la vie a de•
classes plus générales, ou de propositions particuliéres minimales
aux lois universelles dont elles peuvent etre l'amorce ? Nous
devons viser a avoir en philosophie, surtout en logique, unlangage
aussi déterminé que possible : , Je suis tenté de croire, disait
Leibniz, que si l'on examinait plus a fond les imperfections du
langage, la plus grande partie des disputes tomberaient d'ellesmemes, et que le chemin de la connaissance, et peut-etre de la
paix, serait plus ouvert aux hommes. •

Ici, le sens d'Aristote est nettement : le passage de données
singuliéres, c'est-a-dire de données prises une a une (ces donnée1

�1

4

THÉORJES DE L IND UCTION ET DE L'EXPÉRIMENT.~TION

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

pouvant étre elles-mémes des classes : par exemple des classes
d'artisans, des especes animales) a une formule globale, dans
laquelle elles sont totalisées. II n'y a den, semble-t-il,_ dans s~
formule, qui évoque expressément la not10n de propos1t10n part1culiere au sens propre (c'est-a-dire de partiel, et d'indéterminé).
M. Lachelier a dit, au commencement de sa célebre thése sur
Je Fondement de 1' Induction, que celle-ci était le passage •fos laits
aux lois. En gros, c'est tres exact, et cela parle plus a ]'esprit
que le particulier {ou le singulier) et l'universel. Mais il faut bien
remarquer que les faits et les lois ne sont pas radicalement
distincts. Whewell, le premier je crois, a fait justement remarquer que les vues tbéoriques établies par une génération d'hommes deviennent, quand elles sont bien consolidées, les , faits ,
sur lesquels travaille la génération suivante, et sur lesquels elle
batit de nouvelles hypotheses. L'existence de l'air a du étreune
idée explicative avant d'étre un fait. Les lois de Képler sont
devenues, un siecle plus tard, les faits sur lesquels s'appuyait la
théorie de Newton. - La, formule de M. Lachelier signifie done
surtout, in abstracto, le passage du plus spécial (déja considéré
comme acquis) au plus général (encore discuté). Dans cette
opposition, on retrouve quelque chose de l'« import , dubitatil
du mot induction.

. •.
En fait, il y a lieu de distinguer deux cas :
I. L'induclion amplifiante. Non seulement chacune des cboses
prises une a une est plus spéciale que la formule d'ensemble
a laquelle on aboutit, mais la somme des données énumérées est
elle-méme moins générale que cette formule. Te] est le cas dans
l'exemple des Topiques que nous avons cité. C'est le cas le
plus fréquent : on énonce un jugement universel sur le vu d'une
série d'échantillons dont la· réunion permettrait seulement une
assertion particuliere de méme sujet et de meme prédicat (mais a
laquelle, le plus souvent, personne ne songe). On a vu, un certain

nombre de fois, des rayons lumineux se réfléchir dans leur plan,
sous un angle égal ; on énonce que les rayons lumineux se rélléchissent suivant cette loi. A cette sorte d 'inductionse rattache
toujours la preuve par expérimentation. C'est elle qui fera l'objet
essentiel des le~ons suivantes, parce que c'est elle qui souléve les
problemes les plus complexes et les plus délicats.

0

II. L'induction compléle, dont il est nécessaire de bien marquer
la place et la différence avec la précédente,c'est celle qui peut etre
mise sous la forme d'un raisonnement rigoureux, tout en allant,

.
'

suivant la définition d' Aristote, d'un certain nombre de données
prises une a une a une conclusion totale. Elle revet elle-meme
plusieurs formes, dont la plus classique est celle qui est indiquée par lui dans les Premiers Analyliques (II, 23 ; 68 b 15 et suiv.
On peut l'exposer ainsi, en rétablissant mi ordre plus didactique.)
Soit le syllogisme suivant, allant de la loi /¡ ses applications,
du genre aux especes :
Les animaux sana fiel vivent longtem ps.
Or, l'homme, le cheval et le mulet sont des animaux sans fiel.
Done l'homme, le cheval et le mulet vivent longtemps.

Te! que], ce syllogisme est irréprochable. Iln'a rien d'uneinduction. Mais il est un simple enchatnement de lexis (propositions sans
assertion). Maintenant, quelle est la vérité de la majeure? Si l'on
.suppose que la mineure et la conclusion sont vraies, la majeure

n'en résulte pas. Elle n'en résulterait que si nous introduisions
une troisiéme prémisse : il n'y a pas d'autres animaux sans fiel.

Nous aurons ainsi, par l'énumération complete des espéces, si
elle est possib]e, une induction rigoureuse qui renversera l'ordre
logique oi.J les choses dépendent les unes des autres, mais qw
sera plus accessible pour nous. Cette opposition de ce qui est
premier dans la nature et premier pour nous (yvwp~p.c.'.rre9ov ~¡.t,r~),

du général et du sensible, est d'ailleurs tresfréquemmentlormulée
par Aristote. En somme, nous apercevons déja ici le príncipe qui
joue un role si considérable,quoique plus oumoinsexplicite, dans
toute théorie de la méthode expérimentale : nous nous croyons
en droit d'induire parce que nous estimons que sinous en savions
assez, nous serions en mesure de déduire. La nature pour Aris-

tote est montée sur une hiérarchie de genres et d'especes, done sur
une armature de syllogismes (nous dirions, du point de vue
moderne : les faits sont des résultats de lois) : ainsi nous pouvons
remonter l'échelle.
L'exemple donné par Aristote est d'ailleurs schématique.
Lui-meme sait parfaitement qu'il est inexact ; non en ce qui

concerne l'•xol.,a, l'absence de fiel : il considere celui-ci
oomme un excrément malsain dont le sang se débarrasse en partie dans le foie, et dont la présence est par suite' véritablement
une intoxication, cause de faiblesse biologique; l'absence, une

cause de santé. - Mais en ce qui concerne l'énumération des
espéces, il ne doute pas qu'il y en ait d'autres ; lui-meme cite

�7

REVUE DES COURS ElJI CONFÉRENCES

'lHÉORIES DE L'INDUCTJON El' DE L'EXPáRIMEN'l'A.TION

d'ailleurs l'éléphant: le cerl, le dauphin, dont le foie sécrete
un liquide sucré. Son raisonnement, dans !'esprit finitiste de la
!cience grecque, est celui-ci : si l'on faisait l'inventaire de toutes
les espéces sans fiel, on verrait que to u tes vivent longtemps (et en
poussant plus loin, on en trouverait une rai,on physiológique) ;
nous n'en sommes empechés que par des difficultés pratiques
et pour ainsi dire accidentelles.
Cette induction compléle (on peut l'appeler ainsi, bien que quel-

feuilles de contr6le et s'en tenir au résultat, comme dans l'élimination d'un moyen terme.
En mathématique, on trouve également des inductions completes, qu'on a refusé généralement de considérer comme des
applications pures et simples du syllogisme dea 'xº'º' (voir
Vocabulaire techn/que et critique de la philo,ophie. Bulletin de la
~ociété de philosophie, aot1t 1909), mais qui en tout cas •'en
rapprochent. Une des plus voisines consiste a traiter séparément
plusieurs « cas • dont la somme recouvre tout le champ du théoréme a démontrer ou du probleme a résoudre, Par exemple,
en géométrie, démonstralion de la valeur de l'angle inscrit en
considérant le cas ou !'un des cOtés passe par le centre ; eelui ou
le centre est entre les cOtés ; celui oú les cOtés ne comprennent
pas le centre. - En algébre, beaucoup de discus,ions sont construites sur le meme type : on envisage succes.'iivement tous les
rapports possibles des coefficients: a&lt;b, a= b, a&gt;b; et dam
certains problémes on démontre qu'une meme formule restant
yraie pour chacun de ces cas, qui sont les seuls possibles, elle est
vraie d'une maniere générale (universelle) et sans restriction. L'extension a toutes les figures homonymes de ce qui a été démontré sur !'une d'elles par ecthése est aussi une induction complete, mais non pas une sommation ; d'ailleurs ce problemé-la
est /¡ discuter séparément, car certains épistémologistes considerent qu'il y a simplement, dans ce cas, une application de
l'universalité attribuée ·en príncipe a toute opération logique sur
des termes abstraits et, par suite, virtuellement généraux, et non
singuliers. On ne peut done en faire état qu'en montrant le rOle
joué ici par la construction, ce qui nous menerait trop loin.
Mentionnons enfin la célebre généralisation qui conduit du
théoreme sur la somme des angles d'un triangle 1,. la somme de1
angles d'un polygone plan quelco_nque. Ce n'est certainement pa•
la meme chose; cependant elle constitue, elle aussi, une induction
non amplifiante, puisqu' elle consiste en un pas,age du plus spécial
au plus général, mais sans aléa. U en est de meme des degrés par
lesquels on s'éleve des nombres entiers naturels aux nombres
fractionnaires, aux nombres irrationnels, au.x nombres imaginaires, chaque classe absorbant la précédente.
Ces exemples font la transition /¡ une forme d'induction complete tres importante, qu'on peut appeler l'induction ordonnée,
e'est-a-dire celle oú la preuve résulte non seulement de la sommation des parties, mais de I' ordre dans Jeque! elles sont parcourues. En matiére expérimentale, l'exemple classique est
eelui auquel J.-S. Mili donne, d'apres Whewell, le nom de eol-

'

i111ues logiciens, Mili notamment, aient voulu réserver le nom

d'induction

/¡

l'induction amplifiante) est-elle, commeon l'a dit

souvent, un raisonnement absurde et inutile ? II ne me le eemble
pas. D'abord, il tient une grande place dan• toute la logiq_ue de

la vie courante : presque tous les controles se font ainsi. (Tous
les candidats, pointés un a un, ont remis leur quittance de droits
a'examen ; tous les ·soldals de la compagnie ont été présenls a
)'appel ; aucun des titres appartenant /¡ telle personne n'est
sorti aux tirages déja effectués, etc., etc.) On obtient ainsi des
11niverselles totalisantes qui jouent ensuite un role considérable
Cans le raisonnement, car elles servent puissamment a I' « économie de pensée ». - Une forme secondaire, mais non moins utile
et fréquente, consiste a obtenir par ce procédé des • universelles
a peu d'exceptions pres,, qu'on peut manier comme de vraies
•niverselles en se souvenant des quelques réserves nécessaires :
tous les nome en or sont masculins exeepté uzor1 soror et arbor ; toutes les planétes ont une rotation directe, sauf Uranus et
Weptune ..., etc.- On a ainsi, ce qui estassez intéressant au point
ae vue logique, une désignation en compréhension, limitée par
vne énumération en extension.
.
Dans les sciences, ce procédé n'est pas moins employé. Appliqué aux formes, il permet de passer des espéces aux genres. On
dit que tous les ruminants ont le sabot fourchu apres l'avoir
,éparément constaté du breuf, du mouto~, du cerf, ~u daim! du
Ghamois, etc .. Et l'énumérat10n est complete. II est meme cur1eux
,ie remarquer que ]'opération d'induction complete, mais a l'étage
supérieur, appliquée aux raisonnements, est une nécessité de
toute déduction ; précisément celle qui est relevée par Descartes,
aans ]es Regulae et dans la Méthode, sous le nom d'enumeralio
ou inductio : « dénombrements si entiers et revues si générales
,¡ue je fusse assuré de ne rien omettre (lum in quaerendis muilis,
lum in ditficultatum parlibus percurrendi, •• ajoute-t-il dane la
traduction latine). La vérité déduite ne se communique aux conséquences que si la cha!ne est ininterrompue et si chaque soudure
a été vérifiée une a une : aprés quoi, on peut lais•er de Mté les

1

1

•

�8

1

THÉORIES DE L1INDUCTION ET DE L EXPÉRIMENTATION

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

lig"!ion(I): un navigateur qui revient au meme point apres avoir
tou¡ours eu la cate en vue sur sa gauche est certain qu'il a fait le
tour d'une lle: - De 11;eme, enmathématique, l'ordre des éléments
de preuve qm se succedent peut etre essentiel a la colligation
C'est ainsi qu'on démontre que la somme des termes d'une pro~

gression arithmétique dela n est de la forme n

(\+ l) ,aumoyen

de 1~ somme de n termes _égaux formés tour atour du premier et
d~ n_ term~ d~ la progress1on, du second et del'avant-dernier, et
ams1 de smte ¡usqu'a épuisement complet de la série, qui est
ams1 so'."m~e par une sorte de pointage.
'
. La quest10n se complique, mais nous restons pourtant tou¡ours dans le domame de l'induct.ion rigoureuse ordonnée, quand
n?us apphquonij_ l~ ra1sonnem~nt dit « par récurrence ». La preuve
n Y est pas a~mm1strée effectivement pour chaque nombre, mais
elle est co_n~1dérée con:ime indubitablement possible en vertu
de _la défimtion de la smte des nombres, ce qui autorise a condure
umvers~llemen~ _(2). (Voir GollLOT, Logique, ch. xt.)
Cerrams logic1ens (par exemple Whewell, Mili, M. Goblot)
voudr~1ent que l'on renon~át a nommer inducllon tout ce qui
est ra1sonnement généralisateur, mais rigoureux. Ce serait
re~ettable ; non seulement ce serait contraire a un usage ancien
ArIStote, fréquent, et que Poincaré notamment a suivi · mais
surt?ut ce ser~it méconnaltre la parenté logique étroite de l'induct:on ~mplifiante et de ce que nous avons appelé l'induc~1on n~oureuse. A mesure qu'on examine un plus grand
no1:1bre dé ca_s, on accorde que le raisonnement est de moins en
moms aléat01re, et l'on se rapproche de la totalisation ou il
cesse de l'etre. _c:est la meme raison de continuité qui f;it que
les mathématic1ens modernes considerent zéro comme un
nombre, les coupures comme deséléments réelsd'un ensemble etc.
La probabi1ité qui joue, comme nous le verrons, un role c~nsidér!ble &lt;lans la théorie de l'induction amplifiante, suppose
tou¡ours un rapport entre le nombre total des cas possibles, et le
nombre de cas favorables effectivement observ.és ou calculés.
Mais, objecte-t-on, le nombre des cas individuels est infini et
le nombre des cas observés en réalité est toujours minime ! De
plus, l'avenir reste toujours ouvert !
(1) Mais voir plus loin le sens exact que WherVell lui-méme donnait ~ ce
terme.
(2) La questio_n de l'infini est ici secondaire. On la retrouverait dana
la forme de ra1sopnement mathématique qui consiste a conclure que
0,33~3,_. .. + 0,6~66
.... =. 1 (rigoureusement) ; et dans tous les problemes
de hm1tes et d 11nfin1tés1males.

•

9

Aussi l'opération d'induction complete neporte-t-elle que tres
rarement sur des cas individuels. La science procede, et c'est un
de ses postulats fondamentaux, fortement exprimé par Bacon,
comme s'il y avait individuation par la matiere : , Hoc fit oh
promiscuam rerum naturalium 1 in plurimis, sub una specie,
similitudinem ; ut, si unam noris, orones noris (1). » Quand nous
laisons une induction complete, nos unités sont presque toujours
des das.ses déja faites. Te! ~st le cas pour les &amp;,:olo,, pour les
ruminants. De meme dans l'induction amplifiante : quand
Newton a voulu savoir si tous les corps oscillaient suivant la
meme loi, il a pris de ror, de !'argent, du plomb, du verre, du
sable, du sel; de l'eau, du blé, du bois. Quand Bessel a repris ses
expériences, en 1830, il y a ajouté des pierres météoriques.
Mais ils n'auraient pas cru fortifier l'hypothtlseenrépétantl'expérience avec des morceaux de plomb différents !'un de l'autre.
La raison d'écarter le nom d'induction dans le casen question
paralt reposer sur le désir de pouvoir opposer nettement les
mots induclion et déduction, comme si les concepts qu'ils
représentent formaient une disjonction a la fois exclusive et
exhaustive, recouvrant tout le champ des raisonnements, et
telle qu'aucune opération logique ne pílt Hre a la fois déductive
et inductivo.
Cette idée, regrettable a mon sens, se rattache a l'antithese
classique dont j'ai déja Íait remarquer l'équivoque et le caracttlre
incomplet : • passage du général au particulier, passage du
particulier au général. » Mais il n'y a aucune raison de pril)l?Ípe
pour que déduction et induction désignent des contradictoires, ,ou
meme des contraires :«description » n'est pas le contraire d' « inscription », et rien n'empCche qu'une inscription soit descriptive.
Le malheur est que les antitheses simples et dichotomiques
s'implantent facilement et tendent a passer pour des catégories
fondamentales, comme il est arrivé pour le réalisme et l'idéalisme,
le monisme et le pluralisme, !'esprit et le corps, etc ..
Pour rester pres des faits logiques, et pour résumer ce qui
préctlde, il me semble qu'en fait on applique le terme induc!ion
a toute conduite du raisonnement qui procede : soit 1o des indices
per~us a une réalité inconnue que révelent ces indices (inductio,:is
reconstructivos); soit 20 du plus spécial au plus général , (des
individus a l'esptlce, des especes au genre, des faits aux !oís ;
ou plus exactement, puisque les faits eux-memes, comme nous
(1) De .dignilate, III, ch. 1, § 2. - L'assimilation des figures tolalement
homonymes en géométrie, repose sur le méme principe, qui sera étudié
plus loin en détaiJ,

�JO

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

l'avons vu, sont déjA des interprétat.ions - des lois plus spéciales
Faudrait-il ajouter : des parties au
tout, quand il ne s'agit pas du tout logique qu'est le genre, mais
d'un tout organique ? C'est la quest.ion ou pluWt !'un des sens
de la quest.ion de l'universel concret. Pour le moment, il suf!it
de la signaler.
Ceci étant, il y a des inductions reconstruct.ives rigoureuses,
et d'autres qui sont aléatoires ; des inductions généralisatriceo
rigoureuses et d'autres qui sont aléatoires.. De sorte que si l'on
appelle déduct.ion tout raisonnement rigoureux, tel qu'on ne
puisse nier la conséquence si l'on admet les pr6misses {Claude
Bernard, Couturat, M. Goblot), on doit dire que certains raisonnements sont a la fois induct.ifs et déduct.ifs : par exemple la
démonstrat.ion du théoréme sur la somme des angles d'un polygone plan quelconque. Si l'on hésite Ale faire, c'est probablement
parce que dans la conscience sémant.ique moyenne, lnduclion est
fortement associé A l'idte de risque logique et de conclusion
seulement probable, tant a cause des • inductions •il la Sherlock
Holmea que de l'induction amplifiante qui, elle, en eflet, suggére
toujours, quand on y réfléchit, un sentiment d'iru,écurité et de
décept.ion possible. Comme, d'autre part, elle est debeaucoup la
plus fréquente et qu'elle va facilement au sophismelepluscaractérisé, il n'est pas étonnant que l'import du ¡not s'en ressente.
Mais pourrait-on, par respect pour cett,e nuance, définir l'inducduction : tout raisonnement dont la conclusion n'est que probable?
Ce serait apporter un bien grand trouble a l'usage philosophiquc
du terme, et pour un bien petit avantage.
D'ailleurs,il faut bien remarquer que l'union possible du caractére déductif et du caractere inductif dans certaines démarchea
intellectuelles ne concerne que les raisonnements, et que cela
n'exclut pas uneopposition d'ensemble entre les scien~sdéducllves

THÍi:ORfES

a des lois plus générales). -

caracté.risées par leur rigueur et leur marche construc!.ive,

oynthétique (au sens cartésien de e synthese •) et les scíenct!
inductivu ou, pour mieux dire, ezpérimentalu, dans lesquellei
prédominent l'expérience, la classification, l'induction amplifiante et l'hypothése incomplétement vérifiée. 11 ne faut P""
ouhlier d'ailleurs que ce sont IA des diflérences daos l'état dei
sciences, non dans la nature de leurs objets,et qu'il y a un mouvement continuel de !'un a l'autre de ces états, dans l'enoemble el
dans les partiea, par suite de l'eflort cont.inuel vera l'assimilat.ion
des choses entre elles, et des choses aux esprits. Ainsi, méme dano
cecas, déduclion et induclion ne sont pas les membres d'une v6ritabledivision logique, reposant sur un fundamenlum commua.

o• 1.'INDUCTION B!l' DE 1!.'EXPÉRIMENTAl'ION

11

• •
Ces classificat.ions établies, voici que! oera l'objet des le~ons
1uivantes.
L'induction, quand elle est rigoureuoe, se justifie par les proeédés généraux de la logique, dont nous n'avons pas a nous
occuper en ce moment. Mais l'induction amplifiante pose a
l'esprit, dés qu'iJ cesse de l'exercer d'une maniére instinctive,

...

•n probléme qui o.e présente naturellement, et qui a tourmenté
les philosophes depuis l'époque de Galilée jusqu'A Lachelier
et aux pragmatistes. C'est ce qu'on a nommé le probléme du
e fondement de l'induct.ion •· Comment et de que! droit conclure
plu, - et presque toujours infiniment plus que l'on n'a observé ?
Une part de sa difficulte me paralt venir de ce qu'il n'est pas
simple, mais qu'en réalité il se compose au moins de trois problémes diflérents.
1° Dans qµels cas, sous quelles condit.ions une proposition
induite doit-elle etre tenue pour vérifiée ? Autrement dit, quelle
est la valeur synnomique, obligatoire pour tous, de la preuve fondée
1ur l'expérience ? Et quelle procédure doit-on suivre pour arriver
A la vérité ainsi défü&gt;ie ? J'ai expo~é dan~ un cours précédent
la nécessité de bien distinguer daos la logique les opiraliom
~lémenta/res {équipollence, syllogisme, calcul, etc.) et la conduile
du raisonnement (analyse, synthese, critique historique, etc.).
L'induction suppose-t-elle des opérations élémentaires qui lui
soient propres, comme la syllogistique ou l'arithmétique, ou
bien n'es.t-elle qu'une certaine tactique intellectuelle? - Si elle
est une tactique, quelle doit en etre la discipline pour que la conclusion atteinte soit justifiée ? Par exemple, quelles seront les
hypothéses nuisibles ou fructueuses, négligeables ou plausibles,
ou pratiquement certaines ? - Ce premier aspect du probléme
est proprement celui de la légitimité des inductions : quand
sommes-nous fondés a induire, a réclamer pour nos inductions
l'assentiment des esprits raisonnables ? Il est le plus considérable
A la fois par son importance pratique et par la place qu'il tient
dans l'histoire deptús les origines de la science moderne.
2° On a distingué, depuis quelques années, daos tontea le•
■ciences déductives, deux choses Jongtemps confondues : le•
príncipes et les fondements. Pendant des siécles, on a penséqu'une
bonne chalne déductive devait etre accrochée a des proposition•
evidentes affirmées catégoriquement, s'imposant a !'esprit, soit
d'une maniere absolue et telle qu'il n'y ait aucune possibilité

�12

THÉORIES DE L'INDUCTION ET DE L'EXPÉRIMENTATION

REVUE DES COURS ET CONPÉRENCES

Cette distinction s'applique au probléme qui nous occupe.
Apres avoir examiné la question de la légitimité technique des

de les mettre en doute ; soit au moins d'une maniere relative et
tell e que nousne puissions, en conscience, direque nous doutons de
l~ur vérité. Maisle travail d'analyse des principesdes mathémat1ques, la création de géométries diverses et paralleles, la compara1son de la méthode hypothético-déductive des sciences
expérimentales et de la méthode catégorico-déductive des
scien~~s ~ites « de raisonnement » (voir Goblot, Essai sur la
clas~zf!cation des sciences, 11 e partie), tout cela nous a conduit
a d.1sbnguer! dans tout systeme déductif, deux étages de propos1t10~s qm peuvent sans doute coincider, mais qui sont aussi

susceptibles de se séparer, comme il arrive notamment dans la
géométrie contemporaine : 1° les propositions les plus simples,
les plus élémentaires, logiquement, auxquelles est suspendue
toute la chaine ramifiée des propositions qui forment la théorie
don~ il s'agit: c'est ce qu'on nommera les p'l"incipes ; ou, comme

inductions, nous aurons a considérer, au sens qui vient d'@tre dit,

.

on dit encare quelquefois, en donnant ace mot un sens nouveau et

plu~ large que jadis, les , postulats » ; -

20 le systeme des pro-

pos1bons reeonnues pour tir'.lies et dont ia présence détermine

notre assentiment a !'ensemble de la théorie : ces propositions
peuvent tres bien ne pas coincider avec les précédentes ; elles
peuvent n'arriver qu'apres plu~ieurs pages d'infrastructure
purement logique (Hilbert, Pieri, Veblen), qu'elles justifient
pour ainsi dire en tant que cause finale ; elles peuvent meme
n'etre rencontrées que tres tardivement dans le cours de la
~ons~ruction déductive, comme il arrh e par exemple en optique
phys1que, en thermodynamique el dans les sciences morales
(Sur une fausse exigence de la raison dans la melliode des sciences
morales, Revue de métaphysique, janvier 1907). Ce sont ces
propositions qui doivent etre appelées fondemenl de la science.
C'est en ce sens que Paul Janet écrivait, il y a longtemps déja,
cette phrase approuvée par Durkheim: «Les faits qui servent de
fondemenl a la morale sont les devoirs généralement admis ou

13

•

le príncipe de l'induction : les démarches inductives étant bien
définies, peut-on trouver une ou plusieurs regles logiques
telles qu'en les posant, on transforme la vérification des hypotheses en un raisonnement rigoureux ? C'est la par exemple ce
que vise J.-S. Mili avec ses canons de l'induction; c'est aussi ce
que paraissent chercher Kant et Lachelier quand ils posent que,
pour justifier en droit l'induction, il faut admettre d'abord le
principe. des causes efficientes, puis, comme celui-ci ne suffit pas,

et permettrait encore une sorte de chaos déterministe, le príncipe
des causes finales.
Mais il est évident que nous croyons plus fortement et plus
directement a notre droit d'ii:tduire qu'a la finalité elle-meme :
beaucoup d'esprits qui admettent le premier pensent pouvoir
rejeter la seconde, dont l'admission leur paratt un principe trop
onéreux. A coté de la question des príncipes, il y a done celle du
fondemenl proprement dit : tout ce qui précede n'étant qu'hypothético-déductif, d'ou vient l'assentiment réel, catégorique et
ferme que nous donnons aux vérités, expérimentales ? Psychologiquement, comment s'explique-t-il ? Au point de vue philosophique, quelle conception des choses suppose-t-il ? Toute
logique a pour contre-partie une idée de l'univers qui est sa toile
de fond, son systéme de coordonnées. « Le vrai, disaít Bossuet,
c'est ce qui est. » Peut-Ctre cette vérité, en un certain sens, est~
elle a retourner : ce qui est, en tab.t que réalité connue, c'estce

qui est logiquement établi, l'objectif, ce qui vaut pour n'importe que! esprit. Mais en tout cas, le parallélisme de l'etre et du
vrai demeure intact ; le probleme du fondement de l'induction,
au sens propre, revient a chercher /¡ quoi s'attache immédiatement et en commun notre confiance, ce qui nous fournit le

tout, au moins admis par ceux avec qui l'on discute.)) Et Vail~ti:

type et le paradigme de la vérité de fait.

"Le choix des príncipes (poslulales) dépend du but qu'on a en vue,

Tels sont les trois sens du probléme que nous examinerons
successivement, en nous attachant plus longtemps au premier,

et dmt reposer, dans tous les eas, sur }'examen des relations de

dépendance qu'on peut établir entre eux et !'ensemble des propositions d'une théorfo donnée ... lis ont perdu le « dróit divin n
dont leur soi-disant évidence paraissalt les investir et ils ont
dú se résigner a devenir non les chefs, mais les serví s~rvorum, les
employés des grandes associations de propositions qui forment
les d1fiérentes branches des mathématiques. » (Monis/, octobre
1906, p. 482.) On peut faire quelques réserves, mais elles n'importent pas ici. Nous y reviendrons plus tard.

en raison de son caractere plus complexo e't plus engagé dans
la diversité des laits.
(d suivre.)

�RONSARD 1 SA VIE ET SON CEUVRE

1

arreter (1), d'autant plus qu'elle est donnée par CI. Binet, lequel ne manque pas de souligner que le destin, par une remarquable rencontre, réserva a la France • cette naissance heureuse •
oomme une sorte de compensation au désastre militaire.
Nous savons bien peu de choses de la premiére e11fance d•
poéte ; nous nous doutons seulement qu'elle dut etre turbulente,
car il n'était pas fils unique et le pére ne rentra au foyer qu'ea
1530:

Ronsard, sa vie et son ceuvre
Conr■ pnblic falt a la Faculté dea Lettrea de Parle
pendant le aeme■tre d'hiTer f.9:lt-i9:l:I

Je ne fu Je fremier des enfans de mon pere,
Cinq davan ma naissance en enfanta ma mere :
Deux sont morts au berceau, aux trois vivans en rien

Par K. GUST.&amp;VE COBEN,
Pro/UHUI' d l'Uniuer•iN de Stra.bourf.

15

Semblable Je ne suis 1 ny de mceurs, ny de bien {2)•

•

•

Les• trois vivans • étaient l'alné :Claude (t 1556), • qui
les armes » ; Charles, plus tard abbé de Tiron ; Louise,
qui, en 1532, devait épouser Fran~ois de Crévent (3). Faut-il
reporter a cette premiere enfance les impressions dont Pierre
fait,au Deuzieme Livre des Poémes, la confidence a Pierre L'Escot (4)? A vraidire,jenelepense pas, bien qu'aitpu commencer
de bonne heure le dialogue du poete avec les Muses des forets,
des vallons et des fontaines, a l'invitation des anciens et surtout
de Virgile.
On aimerait savoir qui lui enseigna les rudiments et lui fit
■cander les Bucoliques, car l'école d'alors ne débutait point par
la langue maternelle, dont se chargeaient les mamans et lea
nourrices. On a parlé de Guy Peccate, prieur de Sougé, mai■
comme il s'agit de Sougé-le-Ganelon {canton de Fresnay, Sarthe)
et non de Sougé-sur-Loir, pres de Couture (5), cela n'est pa•
■Or, et il est plus probable que Jean de Ronsart,l'oncle paternel1
■uivit

III
Enfanoe et adolescence (1)

11 régne, quelque incertitude sur le jour de naissance de Roa•ard. ~ n e~t pas cependant qu'il n'ait pris soin, dans J'autobiographie a Pierre de Pasch;¡I, de nous en parler (2) :
t'an, que le Roy Francois fut pl'.is devant Pavie
~ 01;1r d'un Samedy, Dieu me presta Ja vie
'
L onz1eme. de septembre, et presque je me
Tout auss1to,t que né1 de la Parque ravy.

vy

·' .rrécision plus apparente que réell~, et dont les chartistes fam1 :rs avec l'Ari d~ v~rifier les dales, n'ont pas eu de efue •
démeler l~s contrad,ctions, car la bataille de Pavie ~st du
24-25 février 1525 nouveau style, 1524 ancien style (3) La uello
;nné"!' le po~te a-t-!I entendu désigner ? A~treqdifli. ru . ans I une, n, dans I autre,lell septembre n'est tombé
tmed1 ; _en 1524, c'est un _dimanche; en 1525, un lundi {4).
: ~umo~uer,
une. solution élégante, propose I'heure de
;nu,t,hqm appart,ent, s1 l'on veut, a la fois au samedi 10 et au
, ima~~ ldiéseptembre 1524 ;celle-ci est la date traditionnelle et
¡usqu a couverte d'un acte authentique, il vaut mieux' s'y

!:ft:~ux
tn

1'ª:

¡"

coV)/'oir la
/

lecon Pr6cMente da.ns le nº 16 du 30 ;u~l let de la Revue des

(23)) N/Eoªu","••mdel ~onsard, éd. Laumonier (Lemerre) t IV p 96
(
P oierons désorma·15 1
b é - •
' •
' •
·
(cf.lanotedenotro r ·e 1
es a r Vlahons ordinaires: n. 6.; a. a.
(4) Ct. Nolice bÍOg~:h~;u~~~~
Cfr8, 15~uin 1922, p. 415, n.1).
revue par P, Laumonier au t VIII d (Be omard, de Marty•Laveaux,
,
•
e¡¡¡
uvre,, p. 161.

Rp¡:;;.:e;

•

(I) Yie de P. de Ronsard, de Cl. Bintl, éd. Laumonier, pp. 3-4: et 66-6V .
M:. H. Longnon {Pierre de Ronsard 1 pp. 83-85), précédé d'ailleurs par l'abbí
Goufet, Bibliothb]ue frant;oise, t. '.X!II, p. 194) transpose en nouveau style:
1625 et rectifie I i septembre, qui tombait un samedi. Le passage de Bertaut
qu'invoque M. Longnon est important, mais l'erreur qu'H suppose chez
Ronsard consultant les papiers de son pElre et lisant onze, au Jieu de II est
peu vraisemblable, parce que Loys eü.t écrit: xI et non I l, en chíttres arabea.
Cf. les mots : • xvin de may , dans une quittance de Rabelais, en 1548,
ap. Heulhard, Rabelaia, sea voyages en Jtalie, etc., 2• éd., Paris, Pier1on, s. d., p. 263.
2¡ &lt;Euures, éd.. Laumonier (Lemerre), t. IV, p. 97.
3 Cf. le Tableau généalogique, conservé 3. la Bibliothéque N1t.tionale et
pu~lié par l'abbé Froger, a ({Ui les Ronsardisants doivent tant de ~olies
découvertes {Rev. hist. du Mame 1 t. Xl.V).
(4) &lt;Buuru, éd. Laumonier (Lemerre), t. V, p. 176.
(6) Comme l'écrit M. de Nolhac, Ronsard el l'humantsme, Í · 9, n. l. Sur
Guy Peccate, voir &lt;Euvres de Roneard, éd. Laumonier (Lemerr&amp;), t. vn,
p. 277 et Ode,, éd. Laumonier (Hachettej. t. ll 1 p. 107.

�16

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

curé de Bessé-sur-Braye depuis 1529,fut cet initiateur. En mourant, en 1535, ne légua-t-il pas sa bibliotheque a son neveu, dont,
sans doute, il avait remarqué de bonne heure les dispositions
littéraires ?
Quoi qu'il en soit, les premieres le~ons furent jugées bien insuffisantes, puisque, á peine rentré de la captivité de Madrid, le
pére décida d'envoyer son fila au Collége de Vailly, a Paris :
Si tost que feu neuf ans, au college on me meine :
Je mis tant seulement un demy an de peine
D'apprendre les lecons du regent de Vailly,
Puis, sans rien proílter, du college sailly (I).

Cette demi-année scolaire doit se placer vraisemblablement
dans l'hiver 1533-4. Garganlua ne parattra qu'en aout suivant,
mais il est douteux que sa lecture eut amélioré la pédagogie
des« régents • du college de Vailly, qui semblent avoir tenu plus
de Thubal Holoferne ou de Jobelin Bridé que de Ponocrates.
Pierre n'en devint, pas cependant ufou, niais ... resveux et rassoté ",
parce qu'il résista á leur influence. C'est bien a lui-méme, en
effet, qu'il pense, autant qu'a Pierre L'Escot, l'architecte du
Louvre, quand il écrit a ce dernier (2) :
Et tes premiers Regens n'ont jamais peu distraire
Ton cceur de ton instinct pour suivre le contraire.
On a beau, d'une perche, appuyer les grans bras
D'un arbre qui se plie, il tend tou;ours en bas ;
La nature ne veut en rien estre forcée,
Mais suivre le destin duque! elle est poussée.

Celui du poete n'est pas assuré encore. II semble l'attirer vers
la carriére militaire :
Car favois tout le cceur enflé d'aimer les armes,

Je voulois me braver au nombre des gendarmes {3)
Et de mon naturel, ~e cberchois les debats,
Moins désireux de paix qu'amoureux de combats.

Satisfaisant done aux désirs de l'enfant, et, sans doute aussi
propre inclination, Loys de Ronsard le confie au roi pour
servir de page au dauphin Fran~ois, mais, trois jour~ (4)

a sa

(1) Sorti. cr. &lt;Euures, éd. Laumonier (Lemerre), t. IV, p. 97, et le
commentaire, malhoureusement trop sommaire, au t. VII, p. 416.
(2) lbid., t. V, p. 177.
Car ~e voulais faíre brillante figure parmi les hommes d'armes,
(4 • Six jours devant sa fin, je vins a ¡on service ,, écrit Ronsard dans
Le Tombeau de Marguerile de Franct, dont l'édition princeps est de 1675.
Plus tard, il corrigea: c. trois jours ,. Cf. &lt;Euvres, éd. Laumonier fLemerre),
t. V, p. 249, et, pour le commentaL~, t. VII, pp. 511~512.

(a¡

1,7

RONSARD, SA VIE ET SON CEUVRE

apres qu'il eut été présenté a ce jeune prince de dix-huit ans,
celui-ci mourut, a Tournon, dans l' Ardéche, le 10 aout 1536 ( 1.).
Quelle impression pour un gar~on de douze ans que cette moit
d'un adolescent " doux et gracieux, tres sage et modesto , (2) :
Mon malheur me permeit qu'au lict mort •e le veisse {3)
Non comme un bomme mort, mais comme un, endormy,
Ou comme un beau bouton qui se panche a demy,
Languissant en avril ... (4)

Un plus violent spectacle lui était réservé. Comme on soup~onnait un empoisonnement, dont on rendit responsable l'échanson Montecuculli, qui fut exécuté, on fit !aire l'autopsie.
Quarante ans apres, le poete en a encore l'hallucination :
Je vy son corps ouvrir, osant me!t yeux repaistre
Des poumons et du cceur et du sang de mon maistre,
Tel sembloit Adonis sur la place estendu,
Apres que tout son sang du corps tut respandu (5).

J,fais son imagination ne fut pas moins frappée 'des amplos
funérailles réservées au prince qui, a ce moment, assemblait
pour son pere un camp, oU tous les norls
De la Gaule tiroient : les champs estoient couverts
D'hommes et de chevaux; brer, oU la France armée
Toute dedans un ost (6) se voyoit entermée,
Il eut pour son sepulchre, un ·m1mer d'estendars
De bÓuclairs, de cheveux, de larmes de soldars (7).

•

Fran~ois r•r, qui organisait alors, plus au sud, le camp retra11;ché
d' Avignon, pour résister a Charles-Quint, dont les armées •~a1ent
envahi la Provence, fit passer le nouveau page au serVIce de
Charles le troisieme fils, qui lui aussi devait mourir jeune, a
vingt t;ois ans, l~ 8 septembre 1545 (8) et qui, p~r la mort de
son frére, devena1t duc d'Orléans, le cadet Henri étant promu
dauphin.
(1) et. Laumonier, dans Revue de la Renaissanct, 1901, pp. 176-18!?
Vie de Ronsard de Binet, pp. 92-76.
(2) Jean Bouchet, apud H. Longnon, Pierre de Ronsard, p. 95:
.
(3) L'e prétonique en hiatus ne se prononce pas dans « perme1t •, • veisse,.,,
cr. Nyrop, Grammaire historique de la langue frant;aise, t. I I {2e éd.), pp. 256200.
d
(4) Le Tombeau de Marguerite de France, ducltesse de Sauoye, ans u:.umm:
de Ronsard, éd. Laumonier (Lemerre), t. V, p. 249.
(5) Jbid . Ne prononeer au_cun des s devant consonne, admis dbs le
xm' sibcle . cr. Nyrop, op. cit., pp. -4:10-413.
(6) Armée. Oi se prononce oue.
.
(7) Boucliers... soldats. Ce passage (CBuvres, t. V, p. 249) préeMa cehu

=

que nous avons cité plus haut.
_
(8} Cf. &lt;Euvres, t. V, p. 251 ¡ II, 187-9, 2b0-7 ; VII 1 247.
2

ERRATUM, Lignes 7 et 15, tire Collfge de Navarre, au lieu de
College de Vailly.

�18

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

Presque en meme temps, on apprend, en septembre, la retraite
tie l'Empereur et l'arrivée de Jacques V, roi d'Ecosse, qui,
tel un Lohengrin, vient d'une terre lointaine, brumeuse et amie,
pour mettre son épée au service de la France envahie. Il veut
aussi demander a Fran~ois Jer la main de Marie de Bourbon,
filie du duc de VendOme, mais, et ceci ressemble plus a l'Amadia
de Gaule qu'a l'hístoire, il aper~oit un jour en palanquin, une
autre princesse, la propre filie du roí, , Mad~leíne de France,
qui lui apparut dans un charíot, car elle étaít malade et ne
pouvait endurer le cheval ; a peine l'eut-eJle vu, continue le
~hroniqueur Pitscottie, qu'elle devint amoureuse de lui, au point
de déclarer qu'elle n'aurait jamaís d'autre marí, au grand déplai1ir des conseils d'Écosse et de France, car il avait été certifié par
les docteurs et médecins qu'en raison de sa longue maladie,
elle était hors d'état d'avoir des enfants et qu'elle ne sortirait
de France pour aller Al'étranger qu'au péril de ses jours. Objet de
tant d'amour, Je jeune roi dut en etre touché, aussí bien que de
la grace de Madeleine, qui, toute burnelle (brunette] qu'elle
était, ne laissait pas que d'etre belle • (1).
Le mariage fut célébré a Notre-Dame, le l•r janvier 1537, et
Pierre de Ronsard y assista, sans d'ailleurs pressentir Je r6le
que cet événement allait jouer dans son exfatence : ,
Desja ces deux grands Rois, l'un en robe trancoi!1e
Et l'autre revestu d'une mante escossoise,
Tous deux, la Messe ouye et repeaz du sainct pain

Les yeux levéz au ciel et la main en la main,
'
S'estoient confederéz : les fJeurs tomboient menues,I
La publique allegresse erroit parmy les rues (2).

Voulant Caire un cadeau a sa sreur, qu'il aimait tendrement,
Charles lui donna le plus beau de ses propres pages, Pierre de
Ronsard, , qui avait bonne fa~on ». Le voila done qui s'embarque
au Havre-de-grAce sur une de ces « nefs, gallions et carracons :.,
qui, ancrés a l'embouchure de la Seine,y attendaientlessouverains. La flotte aborde a Leith, le 3 mai 1537 (3).
« Qua11d elle fust en Escosse, raconte BrantOme ( 4), elle en
trouva le pays tout ainsi qu'on lui avoit dict et bien diflérent
de la doulce France . Toutefois, sans autre semblant de la repentance, elle ne disoit autre chose sinon:, Helas ! j'ay vou)u estro
(1) Fr. Michel, Lea Scoaaai, en France et lea Fran,ai• en Eco,se, t. r, p. 4
tité par H. Longnon, Pierre de Ronsard, p. 99.
2¡ CEuvru de Ronsard, éd. Laumonier (Lemerre), t. V, p. 250.
3 H. Longnon, op. cit., p. 101.
4 td. Lalanne, t. VIII, p. 127 ; cité par H. Longnon, pp. 101.2.

¡

19

RONSARD, SA VIE EW SON CBUVRB

reyne •, couvrant sa tristesse et Je feu de •~n ambition. ~•une
•endre de patience, Je mieux qu'elle pou:vmt •· La phtme la
minait et les brouillards des !aes ne pouva1ent que hAter sa fin,
qui su~vint deux mois aprés son arrivée. BranUlme ajoute :
1 M. de Ronsard m'a conté ceci, Jeque! alla ~vec elle en Escoss~ &gt;,
mais au surplus ce dernier nous a parlé lm-meme avec émotion
de cette seconde mort royale, dont il luí était donné de contempler la pompeuse mis.!re :
A peine elle sautoit en terre du navire1
Pour toucher son Escosse et saluer le bord,
Quand au lieu d'un Royaume, elle y trouve la Mort.
Ny larmes du mary, ny beauté, ny jeunesse,
Ny vreu, ny oraison ne flechíst la r~desse
.
De la mort qu'on dit true, a bon dro1ct, de la Nu1ct,
Que ceste beHe Royne avant que portar ~ruict,
Ne mourust en sa fleur : le poumon, qui est hoste
De l'air qu'on va soutlant, luy tenoit ;}i la coste.
Elle mourut sans peine, és bras de son mary
Et parmy ses baisers : luy, tristement marry,
Ayant l'ame du deuil et de regret frappée,
Voulut cent fois percer son corps. de son espée.
La raison le retint, et tout ce fa1t te yey,
Qui teune l'avois Page en sa terre sutvy,
Trop plus que mon merite, honoré d'un te~ Prince,
Sa bonté m'arrestant deux ans en sa provmce (1) .
« Deux ans », écrit-il ici ; « trois ans » précise

l'Ode d Marie

Stuart (2) ; u trente mois, plus six en Angleterre », aflirm?_l'aut~-

biographie a Pierre de Paschal. II régne beaucoup d mcert1tude sur la vie de Ronsard entre 1537 et 1540, et seules des
re"herches entrepríses dans les Record-o/fices ou archives de
Londres et d'Edimbourg, un dépouillement systémati~ue des
comptes de la Maison d'gcosse a cette époque en auront ra1son (3).
Ce qu'on sait, c'est que Jacques V, ayant renon~é a~ percer
son corps de son épée • et s'étant consolé, comme II amve aux
hommes en général et aux rois en particulie_r, épousa, mo_ins
d'un an aprés le triste événement, une autre prmcesse fran~a1se,
Marie de Lorraine.

{!!
(Euvrea de Ronsard, éd. Laumonier {Lemerre), t. V, p. 250.
{2 Qu'on peut dater de 1560 (CEuurt.1, t. VI, p. 306):
Si fay eu cesl honneur d'avo~r quiltt la Fran",
Voguant desaua la mer pour auwre v01tre pere,
Si toin de mon pays, de frere, et de mere,
J' ay dans le vostre ud trois ans de mon enfanu.
(3) Un de nos él8ves amérieains, M. John Mas.son Smith, qui prépa~•
une these sur l'influence de la mise en sc6ne tranca1se sur le théAtre _anglai~
au xv1• si~cle, m'a promis d'entreprendre cette recherche. l! y aura1~ auss1
grand intérét a retrouver dans ces comptes Claudlo Duch1, • le se1gneur
Paul _. des anciens biograpbe&amp;, et dont 11 sera questlon plus Ioin,

�20

REVUE DES

couns

ET CONFÉRENCES

Rons~rd chan~e done, lui aussi, de souveraine, mais, sans
doute, d bénéfic1a d'un « congé •, qui lui permit de revoir la
Fra~ce et _ses parents en décembre 1538 et le fit rentrer au
serv1ce du ¡eune duc d'Orléans, mais pas pour longtemps car ¡¡
accomp~gna, le _24 décembre 1538, Claude d'Humiéres, se'igneur
de Lass,gny, ,qm se r~ndait en Écosse, en passant par la Flandre.
Ce voyage n alla P?mt sans encombre, et le page de quatorze
ans connut cett~ lo1s les_émotions d'un naufrago, qu'il a raconté
dans son autob1ographie :
Lo1;1.J temps A l'Escurie en repos ne me tint
iu 1 {l}. ne me renvoyast en Flandres et Zelande
t depms en ~SC-:&gt;sse,. ou la tempeste grande
'
Avecques Lass1gn1 1 cuida (2) faire toueher
Poussée aux bords anglois, la nef contre un' rocher
Plus de trois jours entiers dura cesta tempesle
D'e au, de gi:eele et d'escJairs nous menassant la te~te
A 1a fin, arrtvéz saos nul danger au port
·
La nef,. en cent morceaux se rompt con'tre Je bord
~ous laissant_sur la rade, et point n'y eut de pertC
Smon elle, qu1 ful des flots saléz couvertes
Et le bagage espars, que Je vent secouait '
qui servoit, flottant, aux ondes de touet.
D Escosse retourné, 1e tus mis hors de page ... (3)

E:

La aussi il fa~drait retrouver la quíttance de son , hors d
page •, a l'occas10n duque! l'intéressé dut recevoir de Charl e
d'Orléans une somme d'argent. II devenait.écuyer d'écurie ce q~~
;1e veut pas dire qu'il ne s'occupait que de chevaux. Pourtant
11 a loué son maltre, le , premier Ecuyer », Fran~ois de Kernevenoy, _seigneur de Carnavalet (4), pour son adresse a , fagonner la ¡eunesse • au bel art de l'équitation :
Dirai-je l'expérience
Oue tu as de la science
Ou ta main qui scait l'adrésse (5)
Do fa,;onner la jeunesse
L'acheminant 1). bon trairÍ1
Ou ton art qui ammoneste ((j)
L'esprit de la fiere beste
Se rendre docile au frain ?

C'est au manége aussi que Ronsard vit, vers 1543, le futur
Henri II :
{l) Le duc d'Orléans .

Pensa. de Ronsard
132¡ &lt;Euvre.

1

éd Laumonier Le

&lt;g f;u~!u~~~onsard, éd." Laumonier

l6

Qui dompte.

{~a3i!~~~) t };'¡/gf.1·3.
1

RONSARD, SA VIE ET SON CEUVRE

21

J'ay, quand j'estois ton page (1), autrefois sous GranvaJ,
Veu dans ton escurie un semblable cheval
Qu'on surnommait Hobere, ayant bien cognoissance
De toy quand tu montois 1 car d'une reverence
Courbé te saluoit, puis, sans le gouverner (2),
Se laissoít de luy-mesme en cent voltea tourner,
Si viste et si menu que la veoe et la teste
Toumans s'esblouissoyent, tant ceste noble beste
Avoit en bjen servant un extreme desir,
Te cognohsant son Roy, de te donner plaisir (3).

Mais l'Écurie royale était alors une sorte d' Académie, comme
on dira au xvn• siécle, , une école de tous honestes et vertueux
exercices », affirmera Binet, et l'on y assouplissait !'esprit aussi

bien que le corps, c'est la probablement qu'il se lia avec Claudio
Duchi, dont l'influence sur lui devait étre décisive et dont nous
reparlerons plus Ioin.
A la fin de mai 1540 (4), le jeune Pierre de Ronsard suit Lazare
de Baif a Haguenau en Alsace, ou il allait assister a la diete ,¡u'y
devait présider Charles-Quint et ou l'Empereur d'Allemagne
et le roí de France voulaient, une lois de plus, essayer de trouver
un terrain d'entente entre catholiques et protestants :
D' Escosse retourné, Je tus mis hors de page ¡ r~
Et 1). peine seize ans (5) avoient borné mon Age~~
Que, l'an cinq cens quarante, avec Balf de vins '
En la haute Allemaigne, oU la langue j'apprins (6).

Mieux que les généralités sur la • Restitution des bonnes
Iettres , (7) le croquis que M. de Nolhac (8) trace de l'homme
qu'accompagnait Ronsard peut nous mettre en contact avec
une Ame de la Renaissance : , Ami de Bembo, de Sadolet et de
Jér6me Aléandre, correspondant d'Érasme, collectionneur de
livres et de manuscrits, Lazare de Baif avait re~u, pendant son
(1) Le terme n'est pas tout afait exact: il a bien été au service de Henri 11,
mais sans étre son page . Cf. &lt;Euvres de R. 1 éd. Laumonier (Lemerre) 1 t. V,
p. 25¡;;
Je te urvi, ,eize an,, dorruslique 4 ses gagu.
(2) Sans que tu le gouvernasses.
(3) Hymne de Henry Deu:r:iesme de ce nom, roy de France, dans &lt;Euvre,,
éd. Laumonier (Lemerre), t. IV, p. 188.
{4) Ct. Longnon, Pierre de Ronsard, p. 113, qui cite Pinvert, Lazare
de Batf, p. 70.
(5) Ceci ramene la date de naissance a septembre 1524.
(6) En deux mois1 c'est un peu court, et il est permis d'en douter. Cette
citation est empruntée a l' SUgie autobiographique, t. IV, p. 97 de l'éd.
Laumonier (Lemerre).
(7) On lira au contraire avec profit l'histoire de cette expression par
M. J. Plattard, dans les Mélanges Lanson (Paris, Hachette, 1922, in-8°),
pp. 128-131 : • Resliturion des bonne, letlrttt • et • Renaissance •·
(8) Ronsard d rhumonisme (1921),

p. 12.

�22

RBVUB DES COURS E7 CONFÉRBNCES

1éjour en !talio et son ambassade a Venise, la culture nouvelle
•ous sa forme la plus complete. On s'en aperi¡oit dans les lettrea
grecques_ etla_tines échangées parlui avec lessavants de son temps;
on le vo1t_ ID1eux encore d~ns ses ouvrages d'érudition antique,
De re vesliarla, De VtUcu/11, De Re navali. 11 possédait a lond
les deux langues, écrivait en grec a Guillaume Budé et a Jean
Lascaris, et Robert Estienne lui rend hommage pour des services
re~us dans la revision de son Theaaurus lingu;e lalinre ».
Lazare de Baif, parfait type de ces diplomates lettrés dont
notre ambassadeur en Amérique (1) continuo la Iignée emmenait
4.onc avec hri
'
Romard de qui la tleur un beau truU promettoit (2),

tt Charles-!l!tienne • médecin, qui bien parlan! étoit •· Le spectacle de l'impériale pompe dut émouvoir l'imagination de l'expage, que la fortuno se plaisait a enrichir de visione somptueuses ou tragiques, mais plus encore sans doute l'aspect austére
des sa:,ants philologues de Sfrasbourg, les Sturm (3), les Bucer,
les Sle1dan, Gerbel, éditeur d'Arrien et de Lycophron (4). M. Jusaerand (5) suppose! non sans raison, que Calvin, alors expulsé
de Genéve et_ réfugié dans la ~•ande cité rhénane, confluent de~
deux humamsmes fran~ais et allemand, parut aussi a Haguenau.
Au mois d'aout 1_540, P)erre de Ronsard rentre a Paris, puia
dana so':' Vend6mms, et e est la, semble-t-il, qu'cyant pris Je1
flévres, 11 ful attemt d'une sorte d'otite, qui le rendit • demisourd •, et le for~a de renoncer a la carriere des armes et a la
d.iplomatie, pour se !aire d'église et surtou' « de Iettres ».
• A mon retour », note-t-il dans son autobiographie (6),
une aspre ma.Iadie

Par ne SCIY quel deslin me vint boucher l'oule
Et dure m'accabla d'assommement si lourd •
Qu'encores au~ourd'hui fen reste demy•sou'rd.

Nous avons sur ce point l'intéressant témoignage de son ami

¡

J) M.J.-J. Jusserand.
. 2) Jean-Antoine de B~It, d.ls de Lazare. Ce vera estcité par X LaumonJer
Yie dt. Ronaard dt. CI. Bmd, p. 77.
.
'
{3) Sturm savait bien Je trancais., ayant onseigné it Paria, dans la décade

'!¡

RONSARD, SA VJE SON ET CEUVRE

23

Joachim du Bellay qui, plus tard, luí dédiera l'Hymne de 111
,urdilé (1) :
Dois-tu donques, Ronsard, te plaindre d'estre sourd T
O que tu es heureux, quand le long d"une 1'.ive,
Ou bien loing dans un bois 3 la eerruque VlVe,
Tu vas, un Hvre au poing, med1lant les doulx sone
Dont tu scais animar tes divines chansons,
Sans que l'aboy d'un chien ou le cry d'une besle
Ou le bruit d'un torrent t'étourdisse la teste.
Quand ce doulx aigulllon si doulcement te poingt,
Je croy qu'alors Ronsard tu ne souhaites point
Ny le chant d'un oyseau, ny l'eau d'une montagRe,
Ayant avec9ues toy la Surd1té compagne,
Qui falct faire sUence et garde que le bruict
Ne te vienne empescher de ton aise le fruict.
Mais est-il harmonie en · ce monde pareille
A celle qui se fait du tintin de l'oreille 'l
Lorsqu,'il nous semble ouir, non l'horreur d'un torrent,
Ains (1) le son argentin d'un ruisseau murmurant
Ou celuy d'un bassin, quand celuy qui l'escoute
S'endort au bruit de l'eau qui tumbe goutte a goutte.

Du Bellay a raison : • par le tintin de I'oreille •, les sourcea
confient au poéte leur murmure, lee oiseaux leurs chansons, lea
loréts Ieur bruissement, éveillant peu a peu en son cerveau
&amp;olitaire les harmonies intérieures qui vont se changer en une
des plus prodigieuses symphonies rythmiques dont se soit honorée notre poésie.
N'est-ce pas chose singuliére que le plus grand des musiciene,
Beethoven, ait été sourd et qu'un des premiers rythmiciens da
notre Iittérature l'ait été aussi ? 11 semble que leur isolement
du monde extérieur leur ait permis de mieux entendre la chanson
du moi. L'art n'est pas l'imitation de la nature, iI en est l'élaboration. Les sons qu'elle rend ne sont pas ceux de !'Ame ; !'esprit n'est pas qu'une harpe éolienne que le vent fait vibrer.
Quoi qu'il en soit, nous sommes ici en présence d'une des crisea
Tiolentes qui sont au génie ce que les révolutions sont aUJ:
nations : elles l'orientent vers une destinée nouvelle.
Notre cadet, Iivré a lui-meme, travaillé par la souffrance,
abdique ses premiers revea :
Puisque Dleu ne m'a fait pour supporter le!I arme,,
Et mourir tout sanglant au milieu des alarmes
En imitant les faits de mes premiers ayeux,
Si ne veux-Je pourtant dameurer ocieux (3) :

pricédente. On se. rappellera .que quelquesannéespJus tard en 1546,il se prt-

pare a tafre accuell a Rabelais, exdé a Metz.
P. de Nolhac, Ron,ar&lt;J d rhumani,m.e, pp. 12-13.
6 Rom,ara, pp. 14-16.
6 Qluvre,, éd. Laumonier (Lemerre), t. IV, p. 98.

'

(]) Poúie, fran,aiie, d latine, de J. du Bellay, éd, p. E. Courbet, Collecion Selecta, Paria, Garnier, 1919, t. 11, p. 4,06.

12¡ ~•is.

f3 Inactif.

�REVUE DES COURS E'r CONFÉRENCES

RONSARD, SA VIE ET SON ffiUVRE

Ains, comme
pourray, je veux laisser memoire
Que fallay sur Parnasse acquerir de la gloire,
Afln que mon renom, des siécles non veincu
Rechante a mes neveux (1) qu'autrefois fa'Y vescu
Caressé d' Apollon et des Muses aimées,
Que fay, plus que ma vie1 en mon A.ge estimées (2).

Dans les antres secrets de [rayeur tout couver8,
avoir sojn (1) de rien ¡e composois des vers:
Echo me respondoit et les simples Dryades,
Faunes, Satyre8, Pans, Napées, Oreades,
Aigipans qui portoient des carnes sur le front,
Et qui, ballant, eautoient comme les chevres font,
Et le gentil troupeau des fantastiques Fées
Autour de moy dansoient a cottes degrafées (2).

24

'ª

Sans

Son pere ne Iaíssa pas de luí reprocher de se consacrer A ees
Muses dont les mains ruíssellent de plus de fleurs et de gouttes
&lt;l'eau que d'or et de pierres précieuses:

Je sais bien qu'on peut trouver la source de ce passage dans
Marot (3), maís celuí-cí n'a encore qu'a l'état de germe l'enthousiasme pa'ien qui sera un des caracteres de la Renaissance triom~
phante et ce dédoublement des ames dont nous parlions dans
notre premiere Iegon.
Les premiers essais de l'ancien page,redevenuécolier,soflt en
Iatin. II nous le dit Iui-meme dans les lignes du Discours d Pierre
L' Escol, faisant suite a celles que nous avons citées :

Je fus souventes fois retansé de mon pere
Voyant que faimois trop les deux filies d'Homere
Et les enfans de ceux qui doctement ont sceo
'
Enfanter en papier ce qu'ils avaient conceü
Et me disoit ainsi : • Pauvre sol, tu t'amuses
A courtizer en vain Apollon et les Muses.
ue te ,scaurait donner ce beau chantre Apollon
u:une lyre, un archet, une corde, un fredon (3)'
m se respand au vent ainsi qu'une tumée
'
~ u comme poudre (4), en l'aír vainement donsumée ?
Q.ue te scauroient donner les Muses qui n'ont ríen '/
Smon, autour du chef, te ne scay quel lien
De myrte, de lierre, ou, d'une amorce vaine
T'a11echer (5) tout un four au bord d'une f~ntaine
Ou dedans un vieil antre, afin d'y reposer
'
Ton cerveau. mal rassis et, beant, composer
Des vers qui te feront, comme pleins de manie (6)
Appeler un bon fol en toute compagnle ?
P~~~-

~;~;ce· ~u· P~iCr'e; -~~ ·~¿~~tOi;e ·r~q;_;eSi~.

Que mon pe.r~ me flst, H. ne sceüt de ma teste
Oster la Poesie, et plus 11 me tansoit
Plus, 8. faire des vers, la fureur me poussoit.

Je fu premierement curieux du latin ;
/
Mais, voyant par ertet (4) que mon cruel destin
Ne m'avoit dextrement (5) pour le latin tait naistre,
Je me tey tout Frarn;oie, aimant certes mieux estre
En ma langue ou second, ou le tiers, ou premiar
Que d'estre sans bonneur a Rome le dérnier.

1

•

11 nous !'a répétédans I'ode A son Luc(6) quíouvre le Bocage
de 1550 (7), la premiere qu'íl ait composée et qui remonte a la
période de 1541 a 1543 :
Si autrefois sous l'ombre de GA.tine
Avons joué quelque chanson latine,
D'Amarille {8) enamouré,
Sus, maintenant, Luc doré ...
Change ton stile et me sois
Sonnant un chant en frani;ois.

Pn.í_s vient le beau passage qu'admírait tant Sainte-Beuve (7)
et q~1 _n?us montre si bien I'adolescent enveloppé desoncortege

de d,".'mtés des champs et des bois, les
les phs de leur robe transparente I' ame
les autres évoquées des manuscrits et des
dans leur nudité dorée I' ame anti que le
celui de la chair :
'

unes apportant dans
celtíque et fran~aíse,
ruines et ressuscitant
culte de la nature et

Je n'avais pas douze ans qu'au profond des vallées
Dans les hautes forests, des hommes recullées,
'
(1) La postérité.

(2) D~but du Discours. d P. l'Escot, seigneur de Clany, pillee postérieure
au 10 ,u1Uet 1559 et pubhée en 1560, en rnte du ]Je livre des Polmes &lt;Euvre,
éd. Lau!Ilonier (L~merre), t. V, p. 174 et VII, p. 492.
'
'
A1r de mus1que; cbanson
4 Poussiére.
·
5 T'attirer.
6 Démenoe.
Au tome XII des Causeries du Lundi, p. 71.

(3¡

¡,,

25

(1) Souci.
(2) Discours a P. l'Escot, déj:\ cité, &lt;Euvres, t. V, p. 176.

(3) Je ne eache pas qu'elle ait été indiquée, mais l'identité de la rime

Dryades : Oreades ne la rend pas douteuse. II s'agit de l'Eglogue au Roy,
parue en 1539, (et. P. Villey, Tableau chronologique du Publications de
Marot, dans la Revue du seizieme siicle, 1921, p. 81) :
Si qu'Q mes plainclz un four les Oreades,
Faunes, Silvans, Satyres et Dryades,
En m'escoutant jecltren~ [armes d'yeu:t.
(l'.Euvrts de Clément Marot, éd. G. Guiffrey, Paris A Quantin, s. d. 1 t. 11,
p. 292-3). LesDryadeset Napées sontles nympbes des bois, les Oréades, eeJles
des monts, les Égipans, les satyres cornus aux pieds de eb~vre.

¡~¡

::o~!;~ent.

6 Luth.

(7 &lt;Euvres de Ronsard, éd. Laumonier (Hachette), t. II, p. 155-156.
La berg6re Amaryllis, célébr~e par tityre dans la premiére Bucoliqu
de Virgile.
(8)

�26

REVUE DES COURS E'P CONPERENCES

Comme d'autres, comme un du Bellay, un Bail, un Salmon
Macrin, il aurait pu faire des vers latins honorables ou meme
élégants, il en a composé d'aiUeurs que M. de Noihac a retrouvés et pubiiés (1). Pourtant, si épris qu'il fOt d'antiquité, c'est
une marque de son génie d'avoir compris que c'eOt été de la
poésie morte, et la France avait surtout besoin d'une poésie
vivante, ou le génie national trouvAt un nouveau lustre., C'est
un crime de léze-majesté, dira-t-il plus tard Au Lecl,ur apprentif (2), d'abandonner le Iangage de son pays, vivaut et fioris•
saut, pour vouloir deterrer je ne •~ay quelle cendre des aueiena
et abb•yer les verves des trespasséz (3). •
La France !'inspire, mais surtout ce VendOmois et plus eneore
ce petit eoin de terre ou il a vu le jour et que dominen t les deux
longues collines paralleles de Gastine et de TrOo :

RONSARD1 SA VIB ET SON CBUVRE

.
f taine de la belle Iris, aetuellement
4e Vauméan ont fa1t la ton
t qw· filtrant lentement sous
r
d'une eau s agnan e
'
.
1
f
osse rem~ ,e
d I voir ou les algues poumssentet e•
terre,va ahmenter un gr~n ~
~ite s'évade en un filet d'eau
grenouilles eoassent, ma1s qm •~ t alors seulement un peu I'
gazouillant sous les saules, rappe an
Argentine fonteine vive
De qui le beau cristal co1;1rant,
D'une fuite lente et tard1ve
Ressuscite le pré mourant (1).

•

· elle n •est pas, g1ace
• au poete ' morte tout
Si mutilée qu'elle so1t,
¡ fait la Déesae Bellerie :

o

Oéesse Belleric,
Belle déesse chérie
De nos Nimphes, don~ la vols
Sonne ta gloire bautame .
Accordante au son des boi~
Voire au bruit de ta fontame
Et de mes vers que tu ois (2).

Deux longs tertres t'emmurent,
Dont les tlancs durs et tors
Des tiers vents qui murmurent
S'opposent aux effors.
Sur l'un GAtine sainte,
Mere des demi-dieus,
Sa teste de verd painte,
Envoie lusque aus cieua,
Et eur l'autre (4) prend vte
Maint beau sep dont le vin
Po1te bien peu d'envie

Tu es la Nimphe eternelle
De ma terre paternelle;
Pour ce en ce pré verdeleL
Voi ton Po8te qui t•orne .
D'un petit cbevreau de Iuct,
A qui l'une et rautre corne
Sortent du tront nouvelet.

Au vignoble Angevin.
Le Loir, tard é. la fuite,
En soi s'ebanoiant (5),
D'eau lentement conduite
Tes champs va tournoiant,
Rendant bon et tertile
Le pars traversé
Pu l'humeur {6) qui distile
Ou gras limon versé (7).

Sur ton bord je me repose,
Et 1a, oisif je compose,
Caché sous tes saules vers
.
Je ne ~i quoi (3), qui ta glo1re
Envoira par l'univers,
Commandant a la memoire
Que tu vives par mes vers.

.........................

Tu seras faite sans. cesse
Des tontainas la pnnce~se,
Moi celebrant le c~ndmt
Du rocber persé q01. darde
Avec un enroué bru1t
L'ee.u de ta source la~a.rde
Qui, trepiilante, se suit (4).

Du pied de la Foret de Giltine jaillit la souree qu'il a le plu,
ahantée : eette fontaine Bellerie, dont les habitants du harnea■
(1) Roruard el l'humanlame 1 pp. 249-257 J voir aussi au t. VI de l'M, Laumonier (Lemerre), pp, 516-518. Fort peu de chose, on•te voit.
(2) &lt;Euures, éd. Laumonier (Lemerre), t. VII, p. 97 : Pr6face posthume
de la Franciade (1587).
(3) S'att.acber aux caprices des morts.
La colline qui domine Tróo.
(5 Le Loir lent et musard ¡ rien n'est plus exaet.
(6 L'eau.
(7) Les louangu de Vandomoia, O. JULIEt, P.ECCATE (condisciple de Ronsard
au eollége de Coqueret ; a ne pas eontondre avec le Guy Peccate, dont il a
Ué question plus haut, p. 15). Ct. &lt;Euvru de Ronsard, éd. Laumonier
(Hachette}, t. 1, p. 222-3: ode XYJI du Livre 11.

(4¡

27

les gouttelettes
Dans ces atrophes légéres et r,mp1·des comme
•
de peine a
11ui se poursuivent, le leeteur d'Horace n aura pas
l Odt VI du Livre 111, ibid' t. U, p. 14: A la Fonlain1 &amp;llerie.
Entends (~rononcer : vou8, bou8, ou8).

1~

: jº1~fo~t~in~s~ellerie, ode IX, du Livre 1 I dana lea &lt;Brwre,, éd. Lau•

-.o er (Hachettl), t.. 1, 203-205.

�28

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

Ouand le ciel et mon heure
Jugeront que te meure,
Ravi du dous seJour
ou commun ,our,
Je veil, fenten, fordonne
Qu'un sepulcre on me donne
Non pr~ des Rois levé
Ne d'or gravé,
Mals en cette i,le verle,
OCl la course entr'ou\·erte
Du Lolr, autour coulant,
Est accolant,
Lll otl Braie s'amle,
.
O'une eau non endorm1c,
Murmure a l'environ
De son giron.
Je detren qu'on ne rompe
Le marbre pour la pompe
De voulolr mon tumbeau
BAtir plus beau,
Mals bien je veil qu'un arbre
M'ombrage au lieu d'un marbre
Arbre qui soit couvert
Tou84ours de vert.

Terre, a Dieu, qui premiere,
En tes braz m'a receu,
Quand la beJle lumtere
Ou monde faperceo ¡
Et tol, Braie, qui roules
En tes eaus fortement,
Et tof, mon Loir, qui coule
Un peu plus lentement;
Adieu, fameus rivages
De bel email couvers,
Et

vous, antres

(2)

sauvages,

Delices de mes vers ;
Et vous, ricbes campaignes
0(1, presque enrant, Je vi
Les neut Muses compaignes
M'enselgner A l'envi (3),

On s'explique qu'enivré par ce riche pays, source de son inspiration premiére et derniere, le poete ait, des son adolescence,
~vé d'y reposer éternellement et qu'il y ait fait E/eclion de son
Sepulcro (4) dans cette admirable Is/e verle (5), que le Loir
accole et qu'écrasent les frondaisons des peupliers, des frénes

et des charmes:

Antres, et vous, rontaines,
De ces roches hau taines
Devallans contre bas,
D'un glissant pas ;
Et vous, forests et ondea,
Par ces prtt vagabondes, ,
Et vous rlves et bols,
Oiez ma vois.

,

(J) Ode Xlll du Llure lll, p. 149 des CE'uvrud'Uorace, éd. p. F. Ples1h1
el. P. Lejay, Paria, Haehette, f9J9 in-J2.
(2) Voir notre deuxléme l~on, Revue de, Coura, 30 ,umet 1922,
735.
(3) Aupar, de Vandomoi,,[Ronsard] voulanl alltr en Jlalit; ode V du
Livre lV dans &lt;Buvre,, éd. Laumonier (Hachette} t. U p. 91-92.
(4) ,Ode V du Livre IY, ibid., pp. 97-99. Les slropbes t:eÍ&gt;uis: • Je veil •.. •
jusqu a • Mais bien •, ont été supprimées par le poéte depuis 1555. On ne Jes
trouvera done pas dans les éditions ordinaires.
On peut la volr, ili quelques centaines de métres de (:outure, devant Je
Mou in du Pin. C'est du pont sur le Loir qu'on l'ape~it Je mleux; qu'on
ne cherche pa, le eonnuent de la Braie, dont l'ancien cours. encore indiquf
sur les cartea d'état-maJor, a été uséché. Ct. Hallopeau, U Ba,-Venddmo/1,
déjli c11,. Sur La Jtunu,e de Romard, on trouvera un arUcle de M. P.
La:umonier daos la Revue de la Rtnaiuanu de 1901, et un autre de
.M. Ir.. van Bever dans 1- Revue Biblio-ironographique de 1907.

e enterré a Saint-Come-les-Tours
Hélas ! les cendres
~. (l) éparpillées au sein de la
ont été dispersées a la
vo1u ion u¡I ue maniére, cependant,
Nature, mais ne pouvons-nous ~n ~arb~e • nous érigerons dans
réaliser son vreu? ,San~ rompr:n:taphe co~stitué par un enclos
l' lle ..,1,, a peu de lra1s, un c
é ar une grille ombragé par
de la longueur d'un corps, pr~tég 1/stele sur laquelle seraient
un cyprés et entourant une s1mp
.é •
ue
nous
avons
c1t
s.
.
gravés les beaux vers q
.
tembre
¡924 a l'occas1on
C'est ninsi que je pr~posdera1i", en _sep nce de Ron~ard, d'obéir
du quatrieme centena1re e ª. na1ssa
8 la volonté du grand VendOmms (2).

d~[º

f·

(5/

29

RONSARD, SA VIE ET SON CEUVRE

rcconnattre le modele latin, O fon, Bandusiae (1). Ce n'est pas
une des moindres surprises de l'humanisme que les lettres
antiques ont appris a nos poétes a chanter leur petite patrie,
comme Virgile l'avait fait pour Mantoue et Horace pour Venouse:

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11

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�LA BIBLB DA.NS LA POtSIE FRANCAlSB

La Bible dans la poésie fran9aise
depuis Marot
La Blble dana la P°'•le de Vl1JD1' et
de Lamartine.

Coura de K.

Jo ■ oph

dan■

la poffle

VU.NET,

Do11tn dt la Facultl du LdlrU d&amp; MordJJf//iu.

HUITIEME LE&lt;;ON (1)
L'année. meme oil furent publiées les BUg/e, de Millevoye
et oil fut ¡oué le Saül de Soumet, en 1822 (2), parurent, dans
un recue1I anonyme de Poemes, trois poemes qualifiés de• judalques •: La Filie de JephU, Le Bain, fragmenl d'un poe,m ,u
S~r.anne, La Femme adultere. L'auteur était le comte Alfred de
V1gny.
La couleur locale est dans ces trois poémes trea préciae. Pour
hab11ler et loger ses personnages, pour les faire chanter, danser,
&amp;1mer, po_ur lee mettre en deuil, Vigny a consulté Lu Mmun
du J,rail,iu par l'abbé Fleury, les dissertations de dom Calm8'
sur les vetements des Hébreux ~t sur leurs instrumenta demusique,
et, natu~ellement, 11 a lu auss1 avec attention tous lee passages
de !'~_enture ou le renvoyaient ces auteurs. Rien n'est avancé
en l'a1r,. comme on le voit bien aprés avoir lu lea travaux de
MM. Alline et Estéve (3). Un texto de L'Ecclisiw,lique autorisait
le poéte Amettre sur l'épaule de Suzanne un manteau d'hyacinthe
un t._exte de L'Ecc,U,/w,le A la vetir d'un lin pur comme la fleu;
du lis, un texte d _!sale et un d'Ézéchie! a la couvrir de bijoux.
En ~approch~nt d1ver,o textes scnptura1res, on le justifie d'avoir
quahfié de t,are la coifiure de Suzanne, puisqu 'il est établi que

dtiih;:~~ 1• l~on précédente dans len° 16, du 30 Juillet 1922, de la Revru

rlg),~,::~ ann.H, lu Machab~u d'Alexandre Guiraud, dont. u o'ya,Jecroia,
V.(3) A~lne, Dtu:t aourcu inconnut1 dta pnmier, poime, bibliquu d'A dt
:rny, danspla Revue d_'Hi1l. litt. de la Franu, oct. 1907 • -Esthe 1 6cUÜoa
cr 1que 81 oime1anlique1dmocúrne1,1914.
'

r

31

lea femme, juives portaient la mitre et que la mitre pouvait
s'appeler Liare. Si aucun texte n'offre le mot cothurne, il y a
des textes qui en excusent, qui en appellent presque l'emploi,
du moment oil ils mettent au pied des femmes juives une chaus1ure qui est une espéce de cothurne. Vigny n'aurait pas été
embarrassé davantage pour apporter des textes prouvant qu'il
avait été dan• son droit quand il avait orné d'un tapis d'ggypte
et parfumé d'aloés, de myrrhe, de cinnamome le lit de la lemme
adultere ; quand il avait fait en boi., de cédre le seuil et les
lambris de la maison ; quand il avait aplani le toit, placé dans
la chambre des lampes d'airain, envoyé le mari acheter A Tyr
de la soie, de la pourpre et des miroirs d'acier ; quand il avait
mÍ5 dee vignes dans le pays d'Abel et du blé dans celui de
Mennith ; quand il avait fait chanter les filie.; d'lsrael au son
de la harpe, de la lyre aux dix voix, du kinnor léger et du nébel
étranger; quand il les avait fait danser en battant des mains;
quand il avait jeté des branches d'arbres sous les pieds des
a,;ldats vainqueurs ; quand il avait, en signe de deuil, assis
l'armée de Jepbté et caché sous un manteau les pleurs du général.
Ce que Vict.or Hugo allait répéter si souvent dan&amp; les préfaces
de ses drames, l'auteur des troif poemes judalques publiés
en 1822 aurait pu bardiment l'avancer : a savoir qu'il avait des
documents A produire contre ceux qui contesteraient la vérité de
,;a couleur locale. 11 avait, en etTet, des textes justificatifs a
peu pres pour tout. Et la oil il n'en avait pas a lournir, il aurait
1ans peine invoqué certains usages immémoriaux de l'Orient1
comme celui de suspendre nu cou des femmesun collierde grains
d'ambre encMssés dans des cassolettes d'or ou celui de guider
les chameaux avec le fer d'une lance.
Toute cette couleur locale, Vigny la lond adroitement dans
l'action, a la maniere d'André Chénier, qui est celle d'Homere.
Nous connaissons les vétements et lea bijoux de Suzanne a mesure
que ses suivantes les lui Otent. Nom apprenons que le seuil eet
de cypres quand l'amant le franchit, que la porte est fermée
par un verrou quand la femme le tire, que le lambris est de cyprés
quand le son de la voix vient le frapper:
-C'était ainsi dans l'ombre,
Sur le1 toits aplanil et sous l'oranger 1ombre,
Qu'une femme parlait, et'°º bras abaiss6
Montrait la porte étroite A. l'amant empresd,
Et qu'un verrou secret rapidement recouvre.
Puis ces mots ont trappé le cypres des lambris.

La couleur locale est méme assez souvent un vrai ressort
d'action. Si l'héroine, répétant d'ailleurs les propos que le livre

'

�32

33

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

LA DIBLE DANS LA POÉSIE FRAN~~ISE

des Proverbea prete aux femmes impudiques, vante la beauté
de sa parure et de son lit, c'est pour oflrir son amour :

Cependant l'éveil des remords est decrit avec justesse, et avec
assez d'émotion pour que le pardon du lecteur précede celm
de Jésus.
A ce pardon le poete a voulu donner toute sa signification.
11 a rappelé que ce ne fut pas un acte isolé. Bien d'autres ~ctes
semblables s'étaient faits déja : affiictions consolées, guénsons
de femmes que frappait un mal secret et lent, d'aveugles aux
longs cris, de boiteux tremblants, de lépreux impurs. Le poeme
semble done avoir éte écrit pour que dans l'histoira de la
femme adultere fut résumé tcut !'esprit de la religion apportée
par Jésus, et cette religion n'est essentiellement, au jugement
de Vigny, que la pit;é pour toutes les miseros.

Mon lit est parfumé d'alo6s et de myrrhe j
L'odorant cinnamome et le nard de Palmyre

Ont chez mol de l'~gypte embaumá les tapis.
J'ai placé sur mon tront. et l'or et le la pis;
Venez. mon bien-aimé, m'eniV1'6r de délices
Jusqu•a l'heure ou Je Jour appelle aux sacriflces.

Si l'on nous lait entendre la trompette par laquelle un des
fils d' Aaron, suivant la loi, sonne la priére, c'est parce qu'a
cet appel la femme Msite il consommer le péché et que l'homme
lui lait honte de ses scrupules. Si l'on nous montre les lampes
d'airain mourant dans la ehambre, c'est un signe oU nous reconnaissons que les héros out tout oublié pour le plaisir.
Précisément parce qu'elle est tres abondante, la couleur locale
dans les trois poemes judaiques de 1822 n'est peut-etre pas, ~•
et la, tout il fait vraisemblable. Il est exact que les Hébreux
connaissaient tous les instruments énumérés par Vigny ; mais
joua-t-on vraiment de tous A la fois en allant au-devant de
J ephté ? Il est exact aussi que chez eux un des signes du deuil
était de s'a,seoir ; mais toute l'armée de Jephté s'est-elle assise
dea qu'elle connut le sort de la jeune filie ? Des questions analogues se posent ailleurs.
Mais l'abondance de la couleur locale a surtout l'inconvénient
d'íntéresser au décor et au costume presque plus qu'aux sentiments et aux caracteres.
Nous ne savcns pas quelle eut été finalement l'idée générale
du poeme de Suzanne. Mais nous savons bien que le fragment
publié n'est guere qu'une peinture de vetements.
Dans la premiere partie de La Femme adultere, le lit et la maison
attirent notre attention autant que les propos d'amour. Dans
la deuxieme, la satiété du séducteur et le remords de la !emme
infidele l'atlirent moins que les divers aspects du grand spectacle matinal :
Quand le soleil levant embrasa la campagne
Et les verts oliviers de la sainte montagne,
A cette heure paisible o\l les chameaux poudreux
Apportent du désert leur lribut aux Hébreux ;
Tandis que de sa tente ouvranl la blanche toile,
Le pasteur qui de l'aube a vu palir l'éloile
Appelle sa famille au lever solennel,
Et salue en ses chants le Jour et 1'8.ternel ;
Le séducteur, content du succés de son crlme,
Fuit l'ennui des plaisirs et sa jeune victime.
Seule, el1e reste assise, et iion front aans couleur
Du remords qui s'epproche a déJ8 la '{&gt;Aleur.

La Filie de Jephlé est le plus intéressant des trois poemes
publiés en 1822.
Avec toute sa couleur locale, ce n'en est pas moins un poeme
qui rappelle bien sa date. Vigny a fait de son récit le chant par
Jeque! les filies d'Israel célébraient l'anniversaire du sacrifico.
Il nous donne done un récit dans le cadre d'une ode. Ce mélange
des genres épique et lyrique etait alors a la mode. Pour associer
un troisieme genre aux deux autres, Vigny a recherché les eflets
de drame : le lecteur n'apprend le motil de la tristesse de Jephté
qu'au moment oil la jeune fille elle-meme l'apprend ; puis une
grande place est faite aux tableaux : retour de l'armée, deuil
des soldats. Et tout cela, évidemment, fait du chant des filies
d'Israel une bailado romantique bien plus qu'une cantilene biblique.
Mais c'est le sens du poeme qui importe le plus. Or, que!
est-il au íuste ?
Un premier poínt incontestable, c'est que Vigny nous représente d'abord comme l:ioanguinaire la victoire remportée par

Jephté au nom de son Dieu: Jephté de Galaad a ravagé trois
villes ; il a brulé les vignes d'Abel et le, moissons de Mennith,
éteint sous la cendre les chansons d'Aroer, détruit tous les guerriers d' Ammon ; mais aussi la terre des vaincus reste la tributairc

du Seigneur Dieu, et Israel, vainqueur, remercie le Tout-Puissant
du secours qu'il en a re~u.

Un autre point incontestable, c'est que Vigny a adopté deux
des conclusions soutenues par dom Calmet dans ses dissertations:
¡ o Jephté immola vraiment sa filie :
Puis elle vint s'off'rir au eouteau patemel ;

2• En faisant son vreu, l'íntention de Jephté était bien de vouer
3

�34

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

animal, 'mais

a 1a mort, non un
une personne, la premiére qui
sort;rait de sa maison. Et le savant Bénédictin admet sans
hésiter que Jephté songeait nécessairement aux personnes qui
lui étaient cheres . , La chose parle d'elle-meme. Jephté espérait-il
qu 'un bceuf ou une brebis, ou une ohévre viendraient au-devant

de hri, alin qu'il les pOt sacrifier au Seigneur ? Ne sait-on pas
qu'il n'y a que les hommes qui s'intéressent aux victoires des
conquérants, et que pour l'ordinaire ce sont Ieurs amis et leurs

proches, qui s'empressent le plus a venir les en féli&lt;,iter. • Si
Vigny nous montre J ephté, aprés sa conque te, marchant sombre,
la tete baissée, c'est parce que le vainqueur songe a la &lt;iruauté
de la victoire; mais c'est surtout parce qu'il s'attend au sacrifice
d'une personne chére, parce qu'il craint qu'il n'ait a sacrifier

la personne la plus aimée.
Autre point incontestable : nulle part Vigny n'essaie de justifier Dieu avec dom Calmet (lequel s'appuie sur saint Augustin)
d'avoir laissé le vreu s'accomplir. II n'a d'autre explication que

-celle que propose le héros lui-meme, et celui-ci reproche a son
Dieu d'etre « le Dieu de la vengeance n, de « vouloir l'innocence
en échange di; crime », d' &lt;&lt; aimer la vapeur du sang &gt;&gt;.
Dés lors, on est conduit a ces conclusions, oU nous aménent,

d'ailleurs, les idées de Vigny, telles qu'on les connalt par les
poemes postérieurs : le poete condamne la divinité, qui a créé
l'homme avec des instincts sanguinaires, puis le laisse agir

conformément a ces instincts et meme permet qu'il les satisfasse
en s'autorisant de la religion. Ce poeme de couleur souvent si
biblique est un réquisitoire byronien contre le Dieu de la Bible.
Le célebre poeme biblique publié en 1826, Moise, enferme
aussi un tbeme byronien dans un cadre emprunté a l'Écriture :
le hér s y est le symbole de J'homme supérieur que son génie
éleve au-dessus du reste de l'humanité, mais qui paie son génie
par l'isolement.

Déja Je tab!eau initial contient toute la pensée du poén:e.
Moise gravit la montagne de Nébo, et du point ou il s'arrete
il découvre toute la terre Prornise. C'est la son ouvrage : iJ a
conduit un grand peuple jusqu'au pays qui lui était destiné.
Mais voici la rangon de sa gloire. Quand il atteint le falte du
mont, il disparatt dans les nuages traversés par des éclairs, et
les six cent mille Hébreux courbent le front dans la poussiére :
leur conducteur est isolé par les nuées et plus encore par la vénération du peuple.
L'idée de l'isolement du génie est développée, on sait avec

LA BIBLE DAN$ LA POÉSIB FRANt;AISE

35

quelle ampleur, dan&amp; la plainte de Moise, demandan~ a Dicu
la fin d'une vie glorieuse, mais sans joie. ~lle est repr1s~ dans
la conclusion: Moise est mort; Josué,enhéritant de sa pwssance,
a hérité de son triste isolement.
.
Une des beautés d u poéme, e' est que 1'idée générale s 'est assoc1ée
sans trop d'effort a la couleur biblique, et qu~ Moise a pu !~e
érigé en personnage symbolique sans perdre trop de sa phys10nomie traditionnelle.
Assurément les lecteurs respectueux de la Bible ont des
,urprises. Ils ;'étonnent un peu que le mont Nébo voie _se renouveler pour la mort de Molse les prodiges que le mont Smai avrut
vus se produire pour la promulgation de la loi ; il ne leur semble
pas bien conforme a !'esprit de l'Écriture_ de sup¡,oser que D1eu
ait honoré des memes miracles son serv1teur qm meurt et les
préceptes qu'iJ impose a l'humanité. lis s'étonnent encore q~e,
dans Je résumé qu'il fait de ses merve1lleuses actions, le Mo1se
du poéte non seulement s'en attribue quelques-unes dont aucun
comment.ateur n'a jamais pu découvrir le sens :
Des lombes des humains j'ouvre la plus anli9ue,
La mort trouvo a ma voix une voix prophét1que,

mais qu'il s'en attribue d'autres que l'Écriture attribueseulement
:

a Dieu

Je renverse le! monts sous les ailes du venL.
Ma main fait et défait les généralions.

A ces réserves pres, tout le monde admire rexactitude _du
tablcau de la Palestino, qui n'est qu'une trespoét1quetraduct10n
d'une page de l'Exode. Tout le monde reconna!t encore que,
•i le tableau du peuple en priere au pied ~e la montagne a été
chan¡¡é de place, du moins il est tout a f~1t confo~me aux mdications de l'Écriture. Tout le monde conv1ent auss1 quelepoéme
donne une juste idée de la grandeur de Morse. Enfin, on. ne. peut
contester que la mélancolie du héros est sulUsamment mdiquée
dans un passage des Nombres, pour _que Yigny ait été autorisé
a le transformer en un type du géme qw soutire :
Moise dit au Seigneur : • Pourquoi avez-vous affligé votre se~vi~eur ?
Pourquoi est-ceque je netrouve pointgrAce devant vous?E,tpourquo1m avezvous chargé du poids de tout oe peuple ? Est-ce mol qui u c~~cu_toute cette
grande multitude et qui l'ai engendrée, pour que vous me dmez •. Portez-les
dans votre sein, comme une nourrice a accoutumé,de port.erson pet1t enfant? . .
Je ne puis porter seul tout ce peuple, parce que e est une ch.9-rge trop pes~te
pour moi. Que si votre volonté s'oppose en cela a mon désir,Je vous co~Jure
de me faire plutót mourir, et que Je trouve grAce devant vos yeux, pour n !tre
point accablé de tant de maux. • {Nombre,, XI, 11-15.)

�LA BIBLE OANS LA POÉSlE FRAN~AISE

36

RE\"UE DES COURS ET CONFÉRENCES

La Colerede Samson et LeMonl des Oliviersont été fails beaucoup plus tard sur le plan de Moise, non par impuis,ance, mais
parce que le poéte voulail que l'on comparAL les Lrois poémes.
Les lableaux dans La Colere de Samson sont d'une couleur
tres juste, et, •i l'on exceple peut-etre l'reul d'aulruche rien
n'y a un inléret de pure curiosité, tout y serl a expliquer sens
du poéme. Ces cheveux dénoués, ces grands yeux aux couleurs
mobiles, les sueurs tiédes de ces bras fins cette souplesse de
léop•~_d, ces pieds voluptueux, ce, flanes élan~és, cetlepeaubrune,
ces b1¡oux barbares, c~ •?nt les piéges ou Samson a été pris. Ce
que d1t cetle tente sohlaire plantée dans l'immense déscrt muet
ce ~u'elle dit clairement, c'est la force audacieuse de l'homme:
Ma1s ce que dit cette chaleur torride non calmée par la nuil

¡¿

et par le vent, c'est la puissance supérieure d'une nature amolis-

sanle et exubl!rante, génératrice de créatures voluptueuse•
comme Dalila.
·
Pourtant, Vigny n'a pas voulu !aire un poéme purement
oriental. L'~xolisme n'est que dans les tableaux. 11 n'est poinl
dan, la plamle d~ héros, qui s'exprime comme pourrait le !aire
tou_t homme Lrahi par une femme. On sait l'éloquence de celle
plamte, oil le poéte a mis les rancunes suscitées par une aventure
personnelle. On en sait aussi la portée. On y trouve condensées
toules les raisons qui peuvent éveiller et entrelenir la haine de
l'homme dans le creur de la !emme : vanité d'allumer un feu
ardent sans en ~prouver soi_-meme les atteintes, peur d'avoir
un maltrc, mépm pour celm qui prend le plaisir sans savoir
le donner, orgueil d'etre
Celle ;) qui\"&amp; l'amour eL de qui vient la vie.

On y trouve condensées aussi les raisons qui rendent la femme
nécessaire a l'homme. On y trouve meme résumée toule la vie
de l'homme, représenlée comme un combat perpétuel contre
la nature et conlre ses semblables, d'ou il ne sort que pour avoir
II livrer un combat, plus misérable encare, contre celle a qui ¡¡
demande Je repos, - et tout cela voulu par Dieu.
Rien ne s'opposait a ce que Samson fut ainsi transformé
en un type trés général, el, tout orienlaux qu'ils soient les
lableaux qui encadrent la plainle suggérent eux aussi l'impre;sion
qu'en Loul pays les memes luttes atlendent l'homme les memes
piéges et les memes trahisons.
'

37

Le pittoresque tableau irritial donne d'avance Jesens du poéme.
Jésus ayant !raid, Jésus devenu indifTérent II ses meilleurs disciplcs qu'il ne peut réveiller, Jésus voyant le ciel lermé a ses
priéres : Vigny nous propase ce spectacle comme l'image de
l'homme condamné a etre malheureux par les éléments, par
l'ingratilude des a utres hommes, par le silence de la divinilé.
Des dcux parties du discours de Jésus, la deuxiéme, si elle
manque de souffie oratoire, a du moins Je mérite de montrer
la parenté de tous les problémes particuliers dans lesquels se
décompose le grand probléme de la destinée humaine : pourquoi
des choses claires et des choses obscures? quels sont les rapporls
de la nature et de son créateur, de la terre avec les a u tres parties
de l'univers? pourquoi l'§me est-elle Jiée a un corps? l'injustice
et le mal sont-ils des accidenls ou sont-ils éternels? les nations
marchent-elles au hasard ou vont-el!es vers le progrés? Toules
ces questions se raménent a celle-ci : d'ou vient l'homme et
ou va-t-il ?
La premiére partie du discours pose le probléme du vrai
caractére et des origine. du Christianisme. Pour Vigny, Jésus
a apporté une parole neuve : il a appris aux hommes qu'ils
élaient !réres. 11 y avait dans ce mot tant de douceur que le
monde en lut comme enivré ; au régne de la force succéda celui
de la persuasion ; l'obole du pauvre fut estimée aulant que
l'ofTrande du riche ; les sacrifices sanglants cessérent ; avant
ce mot on élait esclave, depuis ce mol on est libre. Et pourlant,
ajoule Vigny, le Cbristianisme n'a rien lait d'essentiel ; car la
seule chose essentielle, c'élait de supprimer le doute ; or, le doule
n'a pas été supprimé. Et parce qu'il subsiste, la parole sortie
des lévres de Jésus n'a pas produit d'efTets décisils : il y aura
encare des dominateurs durs, il en naltra meme dans le sein du
Christianisme.
Qu'est-ce que Vigny veut nous amener a conclure ? Que
l'ceuvre accomplie par Jésus n'était pas digne d'un Dieu; qu'elle
n'élait done pas sans doule d'un Dieu. Je dis sans doule, parce
qu'il n'apparatt pas trés nettement si le poéte nie la divinité
de J ésus-Christ.
Que Vigny ait ainsi envisagé daos la meme poésie le plus grand
probléme philosophique et le plus grand probléme historique
qui se posent pour nous, celui de la destinée humaine et celui
de la divinité du Christianisme, qu'il l'ait lait avec autant d'ampleur, de sérieux, et souvent d'éloquence, c'est son honneur. Mais
sans discuter ses conclusions - ce n'en est pas le lieu on

peut bien dire que son Jésus est trop moderne, trap difTérent
Le Monl des O/iviers suscite bien plus d'objections. Cerles on
ne peut qu'en admirer ]'unilé et la plénitude.
'

�38

certainement de ce que fut Jésus, que! qu'il ait été, pour que
les lecteurs ne soient pas déconce.tés. S'ils ne le sont pas davantage, c'est qu'ils ont bien vite oublié la personnalité du héros
pour ne songer qu'a la philosophie du poete. Mais l'on se demande,
des lors, s'il esta propos qu'un lyrique prenne commeinterprete
un personnage dans lequel le lecteur ne reconualtra bien que
l'auteur Jui,..meme 'l

..•

Lamartinc avait été préparé des l'enfance a chercher de,
ins¡ii~ations da~ la Bible (1). C'était en la lui citant que sa mere,
qm I éleva parm1 les pasteurs, lui faisait comprendre le caractere
de la vie agricole : « A chacun de ces beaux ou gracieux tableaux
des labours, des semailles, des foins, de la moisson ... une citation.
d'un verset des ~critures gravait dans notre mémoire une

empreinte juste et pittoresque du spectacle que nous avions
sous les yeux. i¡
Une vieille Bible est le premier des livres qu'il nomme a
M. Bru~s d'Oui)ly, dans la préface des Recueil/emenis, parmi
ceux

LA BIBLE DANS LA. POÉSIE FRAN~AISE

REVUE DES COUFIS ET CONFÉRENCES

qui

couvraient la table oll son pére s'était assis aprés son

39

mal cousus se retrouvent gil et la dans sa mémoire comme des
notes éparses d'un air oublié ,. Mais de ce qu'il avait lu une
impression prolonde, quoique probablernent toute générale,
lui était restée.
Les poemes lamartiniens directement inspirés de la Bible
ne sont pas nombreux. Les deux plus importants sontanciens :
Saül et Poésie sacrée.
M. Jean des Cognets, qui vient de donner une édition critique de Saül fl), a bien expliqué dans son introduction le principal intéret de cette. tragédie, antérieure de peu aux premiers
chefs-d'reuvre. Le poete y fait parler sous une forme impersonnelle les deux hommes qu'il porte en lui apres la mort d'Elvire :
celui qui doute et celui qui croit, le philosophe qui fait écho
a Byron et le chrétien qui le réfute, l'auteur du Désespoir et
l'auteur de La Prouidence d Chomme. Celui-ci a comme inter-

prete David, le roi soumis, et celui-la Saül; le roi révolté. Et le
plus éloquent des deux, c'est l'impie qui refuse de s'agcnouiller,
qui rejette toute la responsabilité de son crime sur le Créateur;
il est le plus éloquent parce que la révolte a cette date est plus
active dan:'.: l'iime de Lamartine que la résignation :

grand-pere et qu'il avait lui-meme froissés apres eux.
Quelles parties de la Bible connut-il surtout par les citations
maternelles et par les lectures faites a la table paternelle ? Nous

Die u cruel, Dieu 1ie sang, je te brave et t'outrage.
Tout ton pouvoir ne peuL a vil ir mon courage.
Tu triomphes, c'est vrai ; mais lorsque tu m'abats,
Je me releve e.e.. .ore pour insulLer ton bras l
Je ne me repens pas des crimes de ma vie.
C'est toi qui les commis et qui les justifie ;
C'est toi qui de mes jours constant persécuteur,
As semé sous mes pas les pieges du malheur;
Et si l'exces des maux a produit l'injustice,
Tu rus de mes forfaits la cause et le complice.

l'ignorons.

Son Saül, dont la rédaction définitive est de 1818,.atteste une
étude précise seulement des chapitres du line des Rois contenant l'histoire du héros et des Psaumes. En juin 1819, iJ
lut avec e?-thousiasme, nous le savons par la Correspondance,

la traduction des Psaumes par Genoude. Peu auparavant, il
avait adressé au nouveau traducteur de la Bible son dithyrambe
dda Poésie sacrée, oú il s'était inspiré des livres de Job et d'lsaie
dé¡a tradmts a part, puis de Ja vision d'Ézéchiel et des Lamen!aiion~ de J érémie, textes célebres. Chant d' amour suppose la

Comme Lamartine n'a cherché qu'a exprimer par la voix
de ses personnages se~ Eentiments personnels, on ne doit pas
s'étonner qu'il ait fait entrer dálls son Saül tres peu de souvenirs

connaissance_ du Cantique des Cantiques, Sagesse celle du livre

bibliques. Sa pro.pre personne pour les caracteres, la tragédie
d' Alfieri pour le pl•an ont été ses sources, bien plus que l'Écriture.
La seule page biblique de la tragédie est le chant de Mico!.

de ce titre, La Chute d'un Ange celle de l'Apocalypse.
Peut-etre Lamartine n'a-t-il jamais bien lu dans la Bible
d'autres livres sauf ceux que je viens de nommer. Peut-etre
les princfp_ale~ lectures qu 'il en a faites remontent-elles au temps
des Meddallons . Pour les Psaumes eux-memes il avoue a
M. Bruys d'Ouil!y, en 1838, que seulement « quelques versets

etre était-ce Chateaubriand qui avait indiqué quelques-uns
des te,.tes a utiliser (2). Ce qu; est déja lamartinien dans ce
chant, c'est J'harmonie du vers, c'est que la strophe soil si .bfon
rythmée, c'est que l'image soit plaeée la ou elle doit éclairer
1e développemen\ :

(l)_ Je me fais u_n plaisir de remercier M. Zyromski de tout ce qu'il m'a

appr1s sur Lnmartwe-.

Une contamination des Psaumes en a fourni les images, et peut-

(1/

Collcction des Textesfran~ais modemes, 191:8.
(2 Marlyrs, fin du livre III; Saaz.. vers 1016, 1019, 103.L- 1-032.

�•
LA BIBLE DANS LA POÉSIE FRANt;AtSE

40

REVUE DES COURS ET C:ONF.ÉRENCES

Je répandral mon Ame au seull du aanctuaire,
Seigneur, dans ton nom seul, Je mettrai mon espoir

Mes cris t.'6,•eilleront, et. mon humble prJére
S'élbvera vers toi comme l'encens du solr 1
Dans quel abaisscment ma gloire s'est perdue 1
J'erre sur la montagne ainsi qu'un pasaereau ;
Et par t.ant de rigueurs mon dme confondue,

Mon A.me e5t devant toi, comme un désert. sans eau.

Dans Poésie sacrée, la meilleure parlie est celle qui est empruntée
au livre de Job. Le texi,e biblique est souvent traduit. Tantot
il re~oit un développement un peu oratoire :
Ah ! périsse l\ jamais le Jour qui m'a vu nattre 1
Ah : périsse a Jamais la nuit qui m'a concu J
Et le sein qui m'a do'lmé l'étre,
Et les genoux qui m'onL recu 1

Tantat une page entiére est condensée en une seule strophe,
tres pleine, bien (ran~aise par la construction, bien lamartinienne,

M. Zyromski l'a dit, par les prélérences aecordées aux images
gracieuses, celle de la lleur et celle de l'eau courante :
En vain je m'adresse !11 Jeur foule,
Leur piUé m'échappe et s'écoule
Comme l'onde au flanc des coteaux...
L'homme vil un jour sur la terre
Entre la mort et la douleur ¡
Rassa5;íé de sa misére,
JI tombe en On comme la neur ;
11 tombe I Au moins par la rosée
La racine rertillsée
Peut-elle un moment refleurir 1
Mais l'homme, hélas I aprés la vie,
C'est un lac dont l'eau s'est enfuie:
On le cherche, il vlent de tarlr.
Mes jours fondent comme la neige
Au soumc du courroux divin ;
Mon espérance, ~u'il abrbge,
S'1"nfuit comme l eau de ma main .. .

Y a-t-il chez Lamartine, en dehors de Saül et de Poé•i• ,acrée,
des poémes dont l'idée premiére soit due á un souvenir biblique '?
Bien peu sans doute. Peut-etre Sagesse. Certainement 1' E,pril
de Dieu, ou est décrit si vigoureusement la lutte de Jacob contre
l'ange, devenue le symbole de« l'inspiration de Dieu combattant
contre la volonté aveugle et rebelle de l'homme (1) •·
Mais assez souvent peut-etre, si la Bible n'a pasa elle seule
suscité le poéme, un souvenir biblique a bien pu contribuer á
sa conception ou s'est présenté au cours du développement.

Quand ces réminiscences s'ofTrent-elles de prélérence ?
C'est d'abord dans les poémes mélancoliques. Jamais le théme
romanlique de la lassitude de la vie n'esttraité sansquereviennent
des images empruntées soit á Job, soit au Psalmiste. Car pour
Lamarline le Psalmiste lui-meme est avant tout un grand mélan·
colique, et quand il veut nous présenter des images accomplies
de sa propre tristesse, il nomme avec une mer se brisant contre
un écueil, avec ube montagne couverte de nuages, avec un ciel
sans étoiles, la poésie du Psalmiste et les plaintes de Job:
VoilA pourquoi mon A.me est tri~te
Comme une rner brisant la nuit sur un écutil,
Comme la herpe du Psalmiste,
Ouand il pleure au bord d'un cercueil,
Comme l'llorcb voUé sous un nuage sombre,
Comme un clel sane étoile, ou comme un Jour sans ombre,
Ou comme ce vieillard qu on ne put consoler,
Qui, le cceur débordant d'une douleur tarouche,
Ne pouvait plus tarir la plainte sur sa boucbe,
Et dlsait: • Lnlssez-moi parJer (l) I •

De fait, bien souvent on ne saurait dire lequel des deux poétes
hébreux a lourni au poéte lran~ais sa comparaison :
La source de mes Jours comme eux s'est écoulée ¡
Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour :
Mais leur onde est limpide, et mon Ame troublée
N'aura pas réOóchi les clartés d'un b'..&amp;U Jour ...
Tes jours, sombres et courts comme des Jours d'automne
DécHnent comme l'ombre au penchant des coteaux ¡
L'amilié te trahit, la pitié t'abandonnG,
Et, seule, tu descends le sentier des tombeaux.

Les autres poémes qui doivent á la Bible peut-étre leur naisoance, assurément une partie de leur couleur, sont ceux ou la
nature est considéree comme le temple du Créateur, l'reuvre
de ses mains et la preuve de sa magnificence. Toutes les Harmonies
1ont des lors bibliques ; mais particuliérement les poemes ou
le mot Ca,li enarranl gloriam Dei a été si magnifiquement
amplifié. Des qu'on commence á relire ce recueil, on songe aux
Psaumes, et on peut estimer que sans les Psaumes jamais le
recueil n'eut été composé, ou qu'il eut été bien moins complet,
bien moins brillant.
Ce n'est pas que les emprunts á la Bible y soient nombreux,
ni qu'ils soient jamais tres directo. Ni le Dieu de Lamartine
n'est une personnalité auasi marquée que le Dieu de la Bible,
ni sa poésie n'a la vigueur de la poésie biblique.
{l) Job., eh. xx1 (note de Lamarline). Harmonitt, 111, XII.

(1) C'est Lamartine qui le dlt dans son Commentaire.

,

-11

�___

.

.,.~
...
_,.,:,t,loujcMn
w eo....._

~ . . 1...... - •
•2. . . . . - • PNhei• • l i • ; - i - .

.....

MaMl!w¡m,fari,prieit,-t.nqu.Hm II c i - •
1um qai loacU Din i aot.le _ . _ . e sh
2 'YOia ilJdiñ.

.

:

t'oileau &amp;i~opoau blle,
1.a.wb&lt; . ,_ _ _ •
L-1
--A• brull dM Vllllll et de l'&lt;aa;
L'afr Mall, ) ~ lltts:::c t
au IOlell bollldomÍe.

eoon. .. , ..-.4\lllt
Leo lambeau, 4MINa par l'alli de l'auron,
PJoUeat
au "'1Ü dana ••-t v......u;
La.poVJl"!•-..,••111111uolON ·
•~•dlloldleauteoalelduioied,

º""

co...,.
.•• .damlalfoun
.--Leo_de_roí
d'appanll.

Mlliea,

•
ofl ae reconnalt la viaion propre du poete.
Le plus aouvent l l'image bMlnlque ae nu.Utue m&amp;me une
toute nouvelle. Aimi, dans Le Canliqu• de, Canl:qua
chevewc de l'amante .font aouger 1 des t.roupeaux de chévren,
Jioache 6 ua.e bande d'karfatn. Dau le Cllanfd'_,.,.lamar' len cheveux de )'amante aont aemblablea a un nuage dont.
,p!idear cache aon via,,ige á qu.1'-t.4.-de la permúeion
~ . la bouche 1
dv dphfl'.

1a leaat6 et de l'amour.
·
fA. s.tamfte ent unecriatareau eorpa perfli',forwetr-aá■w.
femme ailMC par le poate fru.~ ent toule inWligence, \ea
Bn elle, il ne d6eril done tonguemmt. que les perw
corps qai manifeltent. la vie int6rieure, aeu poiM 1111 - , i.
1!1!111-, la jambe, mais len yeux, o6 cheque penÑI

n la llitue dana l'enpace :

_.........-.

Oaudla lllllllo dN

........................................ .

_..,i - -•

J■tle ea on volt sur l'eau Umplde
Comme
i'loller l'lmage rapldc
Des cygnes qui tenden\ l'alr;

~

..,

Volt _ _ _ ...__

lea._

a rilalfA Nii d'une )ftClliaa flu• cWlica'81p1e
p1111pr a le pnMe Nprmd le meL da CaltlMJue daCad JPJN •
• Quelle ent celle-ci qui •'avance comme l'aurwe l 1141&amp; t.vv t •
O.. l'aa, l'iJuce ent appliqa'8 l la joue, aur laqunlle il Hmhll
0

...... nyoo glilllnt del'aUJON ae.ai, flúpour\oajeur,.__
- ua
(Hant0niM, 11, 11). D,- ua Mtre, eH. eá
appliqa6e aWl J - . daU W . . _ llltAaue 1'6tJaL .,_..
len 1armea du matin tempirent le feu de l'aurore (M.utaüo111 11,
M). Dau 11111lroil~ alihntllit.ala.fe□-

. . ea p■eaan, daDa tona ce■ textea un v6n1.able préciaion
-vient. awt flenoina de l'enprit. ~ l,.unap biblique
• de Lamartae, on le voit, quelque chOl8 d'adouci et de

k - U cien image. eonwpond 6UDffOBCCPü9DDOUffÜe

daalr.

_,ble

qJJ&amp;tri6me (Harmonm II, 11), il ent ftneme nt expliqué que
la femme, commn aou le ciel, l'heure mat.úlale ent donbelle

l'onde epi ■e nClff

Je-to--,
,
.
,
.
,
.
.
.,. __ .....

••1

RAll',IJ&amp;E

toi.da• ·••adftl9,
11!111 de'ta femmt aoni ici cenen de la pudeur (ll&gt;i4.). Dann

Au toullle -

J••·----.--1-w.-oa•..ine
s•aoauad•..,.,. ma1

u. POMUI

Bf¡ . . . . . . . . . . . . .-

Ce ••• pu uon pi• en. ,.._.. bup 1 · u que I• ülllll'I
du vMemtÍlt, d• nuages et de fa tente du aoleil aont i l Jamart.iaieu• ; ellec ae . . ~ - . ce- e
c!:',, •ae d6velopput:

peat.-ttre, llitue l'image dana le tempe :

D4N8

Et d• myst6NI de la nul•.

t-

Lamartine, toa nlut flll• le poMe

t•---.. .
u -

la boacbe, 1 qui il nufflt d'un aeuftle, d'un mot 1uivi d'un
, d'une plainte, d'un demi-aourire pour que le COlur de

,-ni entende ce qu'elle veut dire:

-t

Tel, ea
par une lyre,
Le ■oullle memo du z6ph1Je
Dnlmt UD n - t áccord.

Da Ion, l'on comprend que cet

étre nftkhi et tendre nou
~ aurtout dana le mouvement, puieque c'eat par le

�4l

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

mouvement que se traduisent la peDEée et l'émotion. Et l'on
comprend aussi que les images du zéphyr, de !'onde, du nuage,
des rayons de la !une évoquent autour d'une créature si peu
sensuelle un paysage composé de tout ce que la nature a de plus
léger.
Le portr~t de la, Sulami~e se spiritualise de la meme fa~on
pour devenir dans I Humamlt! (Harmonie,, II, 11) le portrait
de la lemme.
lci comme dans le Chanl d' amour est peint avec prédilection
ce qui _exprime la_ vie int~rieure: le lront, temple ou !'Ame habite,
la. nanne que Ca,t lrém1r l'émotion, la lévre ou nalt le sourire.
le, le lecteur n'est plus invité a voir dans la poitrine que

Le thé~tre romantique
de Dumas pere

a Dumas flls.

Coura de ll. ANDRt L&amp; BRETON,
Matlrt de Confúencts O la Sorborint.

Deux sources d'o(l la vle bu maine
En rulsseaux d'amour doit coultr,

XII
Premlére réactlon oontre le tbéAtre rom1uUq11e :
Ponaard et Raobel (\)

et dans les llancs, que le vaisseau oil l'enfant sera porté :
Sa laille en marchant se balance

Comme la nacelle, qui da.ose
'
UJrsque la voUe s"arrond1t
Sous son mAt que berce l'aurore
Balance son nanc vide encore '

11 y avait six semaines que les Burgraves av_ai~1•t été jou_és
la Comédie-Fran~ise et fort mal accueilbs du pubhc,
Jorsque, au printemps de 1843, fut _représentée
1 Odéon
une autre piéce a laquelle le meme public fit _un accueil enthousiaste. Elle était intitulée: • Lucreu, tragéd1e en c1?q actes »,
et I'auteur s'appelait Fran~ois Ponsard, - nom mconnu la
veille et célébre dés le lendemain, mais pour_ peu de te~ps.
Une belle édition de ses reuvres en tro,s volumes rn-8°
est précédée d'une notice biographique réd1gée _par Dame!
Stern c'est-a-dire Mm• d' Agoult, la grande amie de_ L1s_zt,
- 1a'grande amic dont il aspirait ase débarr,sser et qui le tu~t
si longtemps a la chatne. La premiére lecture de Lucrece ava1t
cu lieu chez elle quelques mois avant la repr~sentation, alors
que Ponsard, arrivant de sa provmce,. vena1t_ de ~ébarq_uer
a Paris. II était né a Vienne, en Dauph1né, et ¡usqu alors 1I_ Y
avait vécu, laisant ses études de droit, puis s'essayant a écrire
des vers sous l'aiguillon de ce que Mm• _d'~goult appe\le s_a
, vocation ,. Au témoignage de tous ceux qm I ont co~nu:.c éta~t
un tres brave homme, un trés honnele hom':e, quo1qu 1I Y a,t
cu dans sa vie une période troublée, une période de hmt ans, de
1855a 1863, sur laquelle Mm• d'Agoult se Mte de pa~ser l'éponge
et de tirer le rideau, une période a laquelle ses b10 ;raphes ne
font qu'une timide et discréte allusion. 11 paratt qu'a un moment

a

Sous la vague qui rebondit.

lci la beauté étant présentée commeune harmonie des parties
comme ~n accord .des traits, les yeux ne sont montrés qu'ave~
les sourc1ls, la nanne, les lévres et la couleur des joues qu'avec
!'ovale du visage, la chevelure qu'avec le cou auquel elle sert de
collier et la hanche il laquelle elle sert de vetement. Ici touto
la description est faite en vue d'admirer dana la femme le ehefd'reuvre du plu• grand des artistes et d'honorer en elle
Celle par qui l'hrimme est con~u.

(d suivre.j

ª.

(1) Voir la Jec;.on précédenle dans Ir n• 16, du 30 juillel 1922, d1: la

del Cour,.

Revue

�46

dÓlm6 l'excellent Pouard 1e dérangea, entre qllUUltl el
clnauante·11JU1,1'Age critique; il diap.rut; on entendit dire ~
voyageait en l&amp;aü, q.'iWllait d e - u ~ , que aaia-je ? llar
il n•~ pu bomme 6 mourir en pécheur endutti et 1mp6i
nitent : il reviat en irr.-, ae llllria • 1861, fut bon ~
bon ~re, membre de I'Académie fra~aiae, et mourut en 188f,¡~
regretté de - amia et oublié du public.
11 avait faii ; - d'autna J)MCN ,¡ue .l,pr:,w,e : AJ• ~
M""1nu, Cliarlolú Cordag, Horau ,, Ltplü,, Ulg-, rn.,,,,.,
,l fargenl, la Bolll'U, le Lion amoareaz, Galilú. Maia o'•
· Luerit:c qui ftt un inlltant la gloin, de son nom, c'eat celle de piécea qui p-io111111 l'opinion et fut un événement, e'eat ,-_
elle qu'il eignifte quelque chllil8 dau l'hiatoire de notre litUrature ; e'eatelle qui lui valut en 1845 certain prix de l'Aca~
fondé düt UUIÑI aupvannt • JIOW' oppo¡iar une dfcae In
envabiue-nta du remaa•ie- ¡ c'ut d'.tle enlln que Lamlll'ÚM
avait dit, apria l'avoir entendu Jire cbez
d' Agoult : • ~
Glffl'e mar.-e MM; e'eat 1Ule jeuna . . . . . _ ,tUi ....
_.._Ullllpát111111-.1
&amp;a efft&amp;, • pv l'aapnl de - euv.re II eat ,... 4J1le PGnz1'11'
tepdleate w preai• r6b IH111. collln ole 19Tnti
l.atrie, com- dua tout &amp;héaue, il rep•I: ah u . . .
auai oppeaé que po ·11, • &lt;aelai de la p::fntio- p1h 11 mlt.
Pmmia 6 DOIII de DOIII 1111 ]llailMIN, p4ll'Dlil l de ~
tp1'11 eat Yraimeat trop ....,_ble, trop - - , tnip ,age,:z_'a
... g 1 e. Bt le fait ea •'.M •t 1111" i l'UIN!I, raie
n •
411trance, puoi0l!at6mert ou twieuleineat aeu6. ll ~ Ja ~
lit4 - - - • • deeelee,commeoa diNib.'41~
. _ .. _..permettrala.lectareaafille,GII,--~
• fNIIIBt. da&amp; .. ille peraettn Ja JectuN ... ma. n i.
ilia unv,I un joar d'..,. une petite dialon 'Pi
ttre 11a peu lihenine. De_,-~•¡ 1 • 1IDe pap ia .
daa • biCJll'llpme, i1 y a clana - _ , . page IN\ i1 .w
• - de- ain de mnvaia aujet ; •la a'.iaütule a C..

M••

--aont

z-,,, -

u fthTM -.umous

.

11BVU11 DU COUIUI BT CONPfiRBNCB8

il ,. - 4it :

Jo m'oa

VIÚ . . . . . . . . .

OUtuura---

lffalro

8-ooClllp que ..., -1 ¡
P11 ao tia&amp; que Je dlfriro.
Jloa daln eo&amp; de d«alro

•

Lo_, - .. Laoy.

\7,oilllaaeuJepaceH&amp;brewe;.U.11•- ... w.
et ne aurait alfaiblir te renom de aaiDe moralité qui

o

,_...._e.Ses.,__

.._,._tlePaMnl.lleatJe.ba
- ' L Heet.,..
••
.
.. d'aoellmtaconpleiu•._.-•orua•
...
,a,ii:

u,, llomme d'IIODD-

¡¡.. ;Ü ... •..;..,.... . . . . dW IOD emar,

··--. -"'-

qai, r-ip__.

..

-

oet.te . . . . 118 tt\t .tac,llée de
la flD de • piéce :

"ll~,.-......, i

............. ·.:.:.:.~:.,¡ ~: :-i.:,.&lt;.-1....
O,,'oa eotneo...,.......

eehi qui • ,djt, :
.

,gaiud Ja lialt •

,-.Jde, 11 a•eo&amp; pla1 41 Uml&amp;t.

ezhortatiou au bien dea letea de
nl, ~ • • le Mrol,
'-c,nJe pra&amp;ilpa. l_)ana
mariée 6 UD rival pllll
:ti, Ja deuleur de v,,. 11 bi__.
ut,.Mn perdraie,Pt la W.
. . . 411' tui. D'.autrea i : : :
1 11.,.- dit. Pouud, 14!
• iti~
et au V• act.e aoua voy~~::::
•
ll la lace de Laun H ICBW Wll _
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•arraap pour _umer
.-fuemeat iris beureu avec ~.. vet flUl cerk aard, oill aa coutaate aacme
_.., pratique de Po
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'il eat.repnad d'etn
.sap et .~onnableD ~ : : : Mlnnl,, noua ~

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aa ~ du IIOI _ . A,- n o n ~ a'c•ue qu il
..u:• NVb - 8 N , et • • '··'-"· IÍeB •
~ de pied 811 cape. qa'il no........
•
Ton6eo' ,Levolla . ..,.- T oO casque , _ 11 est lci •
- - ,..._, 1

'
adielU de 11- Pratlbomme. - muí
luie T _ Le voill 1 - Toa
_ . • pNle : • Ten panp_
lea pieda t ,
t-Lewiá.- Ne te_mou~~ d- de llon - •
&amp;rdement, f01l'
...,::_
u ne faut poma&amp;
tn,
n te _ . . qu'il • reaR. n ~,...l'Nllltlkt
. _ , . ¡¡ a mérité de plaire, ~
é daaa ~ ~
tnire des , . _ ,om ~tilpla,
et pa.- qui!~ le '6taitplua-'- _,....
'il ~ · f . . . ep¡&gt;096. !Dl'Ñllo villnBt; . . . . Nvoet lffl-i ~ ~i 6tait le pot. d._ F et de ••.,.,.. - - - •
enir;,it • · l

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-=....
•

f:

�48

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

nouvelle, de la monarchie de Jui!let, de la bourgeoisie. II n'était
plus imagination et sensibilité, il n'était que bon sens, écrivain
aussi honnéte et pondéré que ses prédécesseurs immédiats
avaient été intempérants et volontiers scandaleux. II personnifiait le nouveau régime, le triomphe du bourgeois respectueux
de l'autorité et en meme temps, - notons ce trait caractéristique de notre bourgeoisie a l'époque de Louis-Philippe, voltairien, prenant plaisir a réclamer ou a proclamer la suprématie du pouvoir civil sur l'Église, écrivant tour a tour Agnes
de Méranie et Gali/ée pour dénoncer les abus ou les crimes
de la religion. Le réve de sa vie a été d'etre nommé député et
d'apporter a la tribune les enseignements qu'il était réduit
a nous donner dans ses tragédies. II n'y aurait qu'a grossir un
peu les traits pour apercevoir en lui la tournure d'esprit et, si
j'ose ,iire, les príncipes méme que Flaubert a prétés a son
M. Homais. Mais c'est ce qu'il ne faut pas !aire. II ne faut point
pousser le trait jusqu'a la charge, jusqu'a la caricature; il
ne faut pas oublier que Ponsard est loin d'étre un imbécile.
11 y a dans son théAtre, sinon du talent, au moins de réelles
qualités d'esprit. Tout s'y encha!ne avec logique et clarté ;
1'action est simple et souvert assez forte ; il a le sens des situations dramatiques. Dans Agnes de Méranie, par exemple, lo
premier acte est une trés vigoureuse exposition qui pose bien
le prob!eme a résoudre: nous voyons Agnes unie au roi PhilippeAuguste qui a pour l'épouser répudié sa premiere femme, nous
assistons en quelque sorte a leur bonheur, a leurs reves de gloire
et d'amour, quand soudain appara!t un moine, un légat du pape,
qui vient sommer le roi de chcsser Agnes et de reprendre l'épouse
injustement répudiée, sous peine de voir son royaume en interdit.

La scene a de la grandeur, et surtout elle constitue bien une
situation dramatique, elle pose clairement et fortement un pro!Jleme dont nous attendons la solution.
De meme, dans Lucrece, l'action est simple, claire et bien

conduite. A l'acte !, la scene est dans la maison de Collatin ;
Lucrece est la, maniant la quenouille et le fuseau au milieu
de ses servantes .. Survient Collatin en compagnie de Brutus,
Sextus Tarquin et quelques autres patriciens romains ; ils
ont quitté le camp pour surprendre leurs femmes a l'improviste et savoir ce qu'elles íaisaient, en leur absence. L'épreuve

n'a eté favorable a aucune d'elles, sauf a Lucrece, et en la voyant

si sage, si modeste, Sextus, 111s du roi Tarquin 1 s'éprend d 1 elle.

D'acte en acte, nous voyons croltre parallelement l'amour de
Sextus pour Lucrece et la haine de Brutus pour les Tarquins

•

49

LE THÉATRE ROMANTIQUE

lis sont résolus a tout !'un et l'autre, !'un pour ~mver jusqu'a
Lucréce, l'autre pour pfTranchir Rome. Et c'est l'amour cri•

mine! de Sextus pour Lucrece qui va fournir a Brutus l'occ,sion
tant attendue de renverser les tyrans; c'est la mort de Lucrece,
de Lucrece outragée par Sextus et qui se tue a pres avoir nommé
le coupable, c'est sa mort qui va donner le signa! de la révolution. Je ne crois pas que tout cela rous touche et nous intéresse beaucoup, et je dirai pourquoi. Encore faut-il reconnaltre que la piece est solidement charpentée, que la péripétie
en est sobre, qu'il n'y a la aucune de ces extravagances, de
ces tables ultra-romanesques, dont le drame romantique s'était
si rarement dégagé, et quand meme il y aurait exces de simplicité, de clarté, de bon sens chez Ponsard, il resterait toujours
que ces exces de bon sens ou ces or6ies de sagesse etaient
nécessaires /J la date ou il a écrit ; il resterait qu'il a rendu service
a notre art dramatique en faisant ressortir par le contraste les
folies du drame romantique.
Et cependant ses reuvres n'ont pas survécu ; et cependant,
s'il a porté un coup redoutable au drame romantique, s'il a
incontestablement háté sa mort, on ne peut clire qu'il lui ait
substitué un théAtre nouveau, qu'il ait fondé quelque chose.
Son tort n'est pas d'avoir eu trop de bon sens. Son tort, son
erreur a éte de vouloir ramener notre théAtre a une forme surannee. Son erreur est d'avoir voulu ressusciter la tragedie.
11 ne l'a pas ressuscitée et il était impossible de la ressusciter.

Est-ce a dire qu'elle soit morte ? est-ce a dire que les
pieces de Corneille et de Racine aient perdil pour nous leur
beauté ? Non, elles sont impérissables, éternellement jeunes,
et c'est ce dont la France entiere put se rendre compte a la
méme date a peu pres ou paraissait la Lucrece de Ponsard,
lorsque Rache! se revela et fit reparaltre sur la scene, vivantes,
fremissantes d'éternelle passion, Chimene, Pauline, Hermione,
Roxane, Phedre, et toutes les filies de Corneille et de Racine.
Je ne saurais traiter le sujet que j'etudie sans donner un souvenir
a Rache!, - et de toute maniere n'est-il pas juste de lui en
donner un ? 11 y a quelque chose de si particulier et, au fond,
de si mélancolique, dans la destinée d'une Rache! ou d'une
Malibran, de ces gloires de la scene qui s'evanouissent si vite et
si completement, et qui, apres avoir enchanté, transporté des

•

�U

IO

R8VUB -

COUU 11T CONFÉIISNCIIII
UCBSL,

miPien d'Amel, ae laillem ria apNI ellea, rien, comme fa •
11.-t. qa'ml nom ~ nr UM pierre I U avait chutt lli
llalihnD, il eat mort t.rop t6t pour jfter ea gerbe de lleun 1li!li
la loabe de Recbel ; il eat. mort deus ua avant elle ; múl á'I
l9i avait aurv6ca, il eat probable q11'il e6t voulu tui radie
. , - llommage qa'l la pude cutalrice, ear il avd 6W
de • plua , . . , . . . . achnin.telln, U 1'6tait mtme mlM •
pea d'.-r • toD achnin.tioa. . - qui 1111 deviae II ka'ftl\
. . _ pare de MI euvN9, 11 J a lolri,out ua petit Neiit, UfJ.
_,_. cAa Radtel, qui aemble aipifleatif, PeuWlrt •
plalt-il qa'il moiti6, paree qa'il nou iat.roduit ches l'■obi!lt,
paree qu'il - - la molltre bon de la eeene, ohez elle,
le lainr e1ler oa le lh!bnill~ de ea vie_intime, imprcmala
_ , . , avec lea débria reUouv• dalla le ballet, et
u lá pha quoi avec une cuiller et uae fourcbette 11
11 d6faut clee eouverta qui aont llg-aNI. EUcM'dela\.4ldit •
le petit récit fait appanltre .. mire, 1ID8 mere qui • le ~
de aou nppeler u pea trop 11- Cudiul, 0n ailMl'llit •
u pu ffir Rache! aa NiD de aa famil)e. Elle était •• ea
m 181H,d'-pauvre famille ianélite,lafamille PQk, li
que lepremierm6t.ier delaBUette Mdecbuler dalll lea nlllf~
jouut de la guitare ; elle enait. de ville ea ville affll•
Arririe II Paria, 011 la ftt eatrer 11 1'6cole de muaiqae nHr ••
que diripait Cb6roa, et 1Jimlt6t eelui-oi, la voyut apliwde pour le cbant, la _ . . ■o l!Om6diell S■int,,Aldain,
tui dona MI premiérea le&lt;}Om de déclam■tion, Aprie 11B.
aéjour au Comervatoire, puia au tb6Atre du G ~
eatn en 1838 11 la Comédie-Fr■~, etc'eat ll qu'elle ae ~
Ymtablement, dalla notre vieux ñpertoire tngique. 11
rwuJter du Umoipage ile aes -temporaiu qu'elle •
IIIOÚII de teadrell8 que d'6-gie faroucbe, de grudev, lltl
BGlli.e ; elle joiput II la beaut.6 de la diction aelle del ....,
tadea aealpturlles, Lee denliffle pagea du ricit de 11..la In&amp; 11B peu eat.nvoir, avec la f1amme du pule du, • Y...-

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&lt;fe ""' 1 le jauu... Voal_,. qae J'alBo "'-lllr te

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le_,. l.. VOIII DI - - rlen me....,_ de phu agrtable.
N lml 8' ~i!,u - t d'aa laltut.. elle revleDt - t dw MI
YOIUme do
; oon alr et oa cNmerelle ont je ne oal1 quol de
~
- - . Bl1e ••-lt pril clo IIOi, et la cb1¡¡:¡III• La

••..U.-X; .. -•-qsl•-•l'aulel

t ' - p l t en aourtant.

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_ , , , la llore GIMO rm ...,,.., 1m,uff.,. el •'incltnanl • - ·

ra1me oet bomme-lt l Ouend Je meta le aes dua ce llvn,' ,-,
.-.i-,-.--ir.lil-,w.

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etmel,IIOWIC _ _ . . . , 11.. Pl#N, lellffllpoo6-latabll
delnr. Teut le mo-o"en n. Rullel 4'1m ..... o1pe ..
.-,1 .-1, 8' - l l w la tectaro. DobGN, otte IIIOIIO&amp;oal._
comme
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Ut.aaie.
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elle •'anime.
Nou1 61ban·
•• _ ,
__
....,_.
l!:lleurlneslla•ta

,-.n•

-

.Blle-.-.--&lt;INill•latollle·leirOllt pOl61aota
oppaytemroon~e, elle 1"ai&gt;ondo11DOm&amp;-t, .,_d1Dl
qu•• ml•volx. Tout l coap . . JfJ01' 6tlncellem, - le
llaclne -fle - YI- · elle p6tlt; . . -,11. J■11 INau. de at me,...ceM ; ~ ' au t.h66&amp;re, elle a·a pródutt 1111'

fe,.._

•·enot.

l Rachel, aotre tnpdie eut u replD de jeuúue
elle en aura, du reate, elaaque foia qu'il 1111 rencon~
elle de dignea interpritee, et oee repr'8entatioua ai bril•
~ fureat pu 88D8 naire beaucoup au thütre romantique.
u danpreux voilinage poor Anlollfl ou Hmuml que
oil taat de nilon se m8le il tut de po,!eie, que dea
cl'ane atrueture ai eimple, d'uae v6rit6 ai large et ai prohumaiue. Et plua d'un auteureommit la méme faute
; plua d'llD voulut 1'91',emmMCer Racine et Corneille,
puilul6rent. Latour Saint-Yban donna 11De V ir11inie

Girardin une Judith, puia 11De CllopMN, auxqueHea i;
Rache! prttait un aemblant de vie. Que dis-je? Muaeet
faillit cUer a la commuae i ~ , il réva d'écrire
• poor Racbel, il ~ucba lea premiérea ac6nea d'uae
.. Mail il avait trop d'eaprit, iI 6tait trop clairvoyant
praiater longtempa dana aon erreur, poor eroire lui auui
Ci4 ou IUnnice peuYeat ae reeommencer de uos joun et il
Tite a son projet.
'
'rieill• tragédies du xvue aieele aout dea chefa.d'muvre

�LE THÉATRE ROMANTIQUE

52

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

immortels que nous admirons, que nous aimons. Mais nous

]es aimons et les admirons, parce qu'en elles !'esprit du xvn• siécle
a trouvé son plus parlait moyen d'expression, parce qu'elles
sont en accord en merveilleux accord avec !'Ame meme du
siécle qui les a produites. Elles sont la forme d'art q_ui convenait
a une société aristocratique, a une époque de b,enséance et
de noblesse. C'est un lien commun de critique que de les comparer au chAteau ou ou pare de Versailles, et avant Ta(ne, Hugo
avait déja magnifiquement développé cette compara,son dans
une prélace des Odes el hallades. La comparaison sera toujours
juste, et le plaisir que nous goOtons a retire_ nos. deux grands
tragiques est sensiblement le meme que celm qm nou~ atten~
dans la Grande galerie ou sous les ombrages de Versa,lles. le,
comme la, meme majesté, meme air de grandeur, meme solennité
qui est bien d'un autre a.ge; ici comme 13. une France trés anciennc
et trés belle qui s'évoque pour nous. Nous aimons en notre
tragédie l'image d'une société qui fut glorieuse et qui ~'est
plus, et cette évocation a son charme, quo1que parlo1speut-etre,
malgré le sentiment de piété qui nous raméne vers le passé,
nous puissions bien trouver un peu trop d'appret ou de froideur dans l'ordonnance générale de ce pare et de ce chAteau,
dans le cadre et le style de ces vieilles tn gédies. 11 ne faut pas
moins que le génie de Corneille et de Racine pour nous !aire
accepter certaines parties ou certains éléments de leur théAtre,
pour que dans l'ceuvre du vieux temps 1 dans une ceuvre faite
a l'image d'une société disparue, nous sentions encare frémir
et circuler la vie.

Hélas! on ne sait que trop que, ce génie, il ne faut pas le chercher chez Ponsard ; on ne sait que trop que son bon sens n'est
pas du génie, et dés lors, que pouvait etre une tragédie écriteen
1843, si ce n'est un anachronisme que rien ne dissimulc ou
n'atténue? Que pouvait-elle etre, si ce n'est une reuvre ha.tarde,
disons mieux, une c:euvre morte oU s'accuse entre la société

oontemporaine et la forme meme de l'reuvre le plus extraordinaire désaccord ?
Examinons un peu cela, et d 'abord voyons a que Is procédés
Ponsard a recours pour batir sa piéce. II n'ose pas,

a vrai

dire,

restaurer l'unité de temps et l'unité de lieu dont depuis longtemps
déja on avait délivré le théatre, et sur ce point le parti adverse,
le romantisme, garde le terrain conquis. Dans Lucrece, l'action
dure plusieurs jours, et elle est tantOt chez Collatin, tantélt chez
Brutus, tantOt au palais de Tarquín. En revanche, nous retrouvons ici l'emploi du récit, des longs récits de Théramene qui

nous semblaient longs meme chez Racine, et il y en a deux au
premier acte, dont l'un a plus de cinquante vers. Et, d'autre
part, nous y retrouvons le songe, autre procédé plus 1;1sé enco~e,
a'il est possible, et qui pouvait, de me~e que ~elm du r~c,~,
avoir sa raison d'etre en un temps d'extreme pohtesse et d étiquette formaliste 011 l'auteur se sentait obligé de ménager les
yeux du spectate~r, de par(e~ a son esprit plus _qu'a ses ye1;1x,
mais procédé vra1ment fastid,eux pour nous qu,. sommes moms
timides et qui préférons des tableaux a des réc1ts, surtout au
récit d,'un songe. 11 est interminable, le songe de Lucréce ;
¡¡ a dü couter bien de la peine a l'auteur ; c'est toute une allégorie, toute une vision des malheurs qui menacent Lucrece
et des révolutions qui vont éclater a Rome. Elle s'est vue étendue
sur l'autel du sacrificateur, puis un serpent est venu l'enlac~r,
pl'is elle a sentí un glaive s'enfoncer dans son creur ; ~nf1n,

de chaque goutte de son sang elle a vu n· ltre des _bata1llons
de soldats qui brandissaient leurs lances. Et ce qu'1l y a de
pis Ja-dedans c'est la précision des détails, des paroles entendues
en songe et qu'elle répéte ; nous voyons trop qu'il ne s'agit
pas d'un vrai songe. Lorsque Pierre Loti r&gt;conte, dans le Livre
de la piélé el de la mor!, un reve dont le souvenir l'obsede, ~vee
que] art il sait lui garder l'imprécision, le vague mystérieux
des vrais songes I Le songe de Lucrtlce n'en est pas un ; e~
n'est qu'un artífice de thMtre, et un des plus surannés qm
soient.

Le meme anachronisme s'atteste, d'ailleurs, dans le style de
tout l'ouvrage, style_ tanUlt i_mité de Racine, ~t.tantOt_ de Corneille, style de pastiche tou¡ours. Au d1x~hmtieme s,_écle, un
homme d'esprit entendant lire une tragédie 011 passaient fréquemment d~s vers ainsi laits d'imitation, faisait le g_este de
porter la main a son cbapeau, e,t comme on lm d~manda,t pourquoi, répondait : 1 Je saine d anc1ennes conna1ssances .. , A ce

compte il faudrait écouter Lucrece chapeau has. Parfo1s, sans
doute, Íe pastiche n'est pas mauvais ; des vers se rencontrenl
d'une vigueur cornélienne :
La ride au front sied mieux qu'au front la flétrissure ...

Qi~ 'cies· SOid'tltS ';~m~iñ~,· de ·¿¡s· ;~üi~ñis" ~Oidtlt's .. ..
Qui lout autour de Rome ont conquis des ttals,
Les Tarquins 1 O pudeur I de ces hommes de guerre
Ont fait des bah¡yeurs et des tailleurs de pierre ...

Mais a chaque instant le caraetére archa!que de ce style se
trahit. Ici, un emprunt a Bajazel (III• acte) ; la, un emprunt a

�REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES
54
l'Enéide (imprécations de Didon) ; portout des périphraseo,
un langage timaré qui n'ose appeler aucune chose par son
nom, un Jangage cérémonieux qui détonne si étrang,ement
;\ nos oreilles 1

une de se, e1claues.
Uve-loi, Laodice, et va puiser dans l'W'ne
L'huile qui doit brOJer dans la lampe nocturne.
Les heures du repos viendr~nt un pe~ plus tard,
La nuit n'a pas encor toum1 son prem1er quart,
Et je veux achever de filer cet.le laine, .
.
Avant d'éteindre enfin la lampe deme fo1s pleme.

LE THÉATRE ROMANTIQUE

55

Je devanee d"un four 1'heure des attentats
Qui marquent une époque et ehangent les Etats.

Qui done es-tu 1
Jo suis la SibyUe de Cumes.

LUCRBCR, d

LA NOURRICE

Luc.ri.'ce, ecoutez-moi ; car vous n'oubliez pas
Que je vous ai longtemps portée entre mes bras, etc.

Tel est le début de la piéce, et le meme ron-ron se prolonge
jusqu'il la fin.

..
l\lais encare, procédés mécaniques, abus des rédts et del
songes, pon •if du style, tout cela est sccondaire. Ce qui est
grave, ce qui est effroyable en vérité, c'est d'avoir affaire 8. un
auteur dramatique du x1x• siécle, qui va chercber ses sujeta
de piéces dans l'antiquité grecque ou latine, qui nous convoque
au théAtre pour nous ressasser les vieilles histoires que noua
lisions a treize ou quatorze ans dans Tite-Live, et qui des ce
temps-la ne nous amusaient guere. Ah I Ponsard connatt bien
son Titc-Live ; il est tres au courant de ce qui se passait a Rome
cinq cents ans avant J ésus-Christ. Et nous les voyons reparattre,
les vieux grands bommes, les traditionnelles hérúlnes, dont le
seul nom évoque pour nous des souvenirs de collége et de distributions des prix. Voici Brutus et l'histoire de son ambassade
a Delphes, voici les Tarquins, voici Lucré:ce, la vertueuse, l'infortunée Lucréce I Ne dirait-on pas que depuis cinq cents ans avant
Jésus-Christ jusqu'en l'annéc 1843 de notre ére aueune autre
femme n'ait été aussi vertueuse que Lucréce, laquelle n'a peutetre jamais existé ? Le plus plaisant dans la piéce de Ponsard,
c'esl au III• acte l'apparition d'une femme mystériense, vetue
.de noir, voilée ; elle porte lrois livres sous le bras et une lampe
a la main ; elle parle :
Je viens de loin. Un Dieu me force a voyager.
J"apparais une !ois, messagé.re céleste,
A ceux qui sont livrés a quelque esprit tuneste;

Elle aussi ! la Sibylle de Cumes ! encare une bien ancienne
connaissance.
.
De pareilles ceuvres nous font apprécicr le service que Meilbac
et Halévy ont rendu aux lettres fran~aises en écrivant la
Bel/e H élene en débarrassant la scéne de tous ces revenants,
lle toutes c¡s !armes. 11 était vraimcnt temps d'emporter les
&amp;adavres et de renvoyer la Sibylle a Cumes. Mais avant que
parut la Bel/e Htlé11e Ponsard avait récidivé ; il avait fait
jouer Ji ornee el Lydie, Úavail !ait jo_uer u~ Ulys~e- Et je sais qu'il
a emprunté le sujet d'autres tragédies a I h1sto1redu Mayen Age
ou des temps modernes ; il s'est risqué d'abord jusqu'a PbilippeAu6uste, puis il s'est enhardi, et il a écrit Cha~lolte Corday,
le Lion ~moureua:, il a fait des géants de la Révolution des héros
de tragédie. Ne sent-on pas que, sous, une_ défroque ou . sous
une autre, sous la toge romaine ou sous I bab1t a la J:tobespierre,
de la part d'un auteur dramatique le conlresens éta1t le meme,
et que si ce théAtre constituait une réact!on contre le _dr~me
de Hugo ou de Dumas pere, cette réacbon ne pouva1t etre
féconde et devenir le point de départ d'un art nouveau ? 11
constituait une réaction contre le drame romantique puisqu'il
était un retour a des formes vieillies, d'un autre Age, dont
favait été le mérite de Dumas et de Hugo que de débarrasser
le thMtre. Mais loin d'ouvrir a l'art dramabque une carnére
nouvelle, il l'encourageait A retomber dans la pire erreur que
le romantisme eilt commise, puisqu'il l'invitait a chercher dans
l'histoire ses sujets et sa substance. Oui, la grande erreur du
romantisme avait été de s'emprisonner trop souvcnt dan•
l'histoire, dans le roman ou le drame o: bistorique »; et c'est en
efTet le trait commun a tous les drames de Dumas, Hugo ou
Vigny, c'est la faute que Musset seul avait évitée en ayant soin
de situer ses piéces, qui sont des reves de poete, ~ans_ un cadre
de reve et de fantaisie. Faire de la littérature historique, cela
pouvait etre permis, cela pouvait Hre légitime et bon au
xv11e siecle et méme aux premiers jours du x1x 8 siécle, au temp1
oll l'histoire n'existait pas encore ; les grands romanciers ou
les grands poétes qui s'inspiraient alors de l'his~oire, celui surtout qui écrivait les Marlyrs, ont conhil¡ué a éve1ller la vocat10n

�56

RE\'t.:E DES COURS ET CONFÉRENCES

de nos hist.oriens, et il faut leur en savoir gré. Mais depuis
Chateaubrianrl , ces historiens avaient lait leur reuvre, ils nous
avaient appris que l'histoire est une science, que le vrai est
sacré, que d'.ailleurs il est vain de vouloir ressusciter les morts
sur un tbéAtre, et que c'est dans les documents ou les reuvres
d'art du passé, et la seulement, que nous devons chercher les
hommes du passé.
C'est ce que les auteurs de drames romantiques avaient trop
oublié dans leurs Henri 111, leurs Marichal d'AncNJ ou leurs
Ruy Bias ; du moins avaient-ils cette excuse que sur des tableaux inexacts ils répandaient tous les prestiges de leur pinceau
tout l'éclat de leur palette, et parfois tous les encbantemen~
de la poésie. Avec Ponsard, l'erreur éclate, le prestige se dissipe;
et peut-etre, aprt\s tout, est-ce de quoi il convient de luí étre
reconnaissant, quoiqu'il soubaitAt évidemment une autre
louange. 11 a réintégré le bon sens et la raison dans leurs droits
c'est quelque chose ; il a mis l'auteur dramatique en 6ard~
contre_ les extr~vagances de la lable ou de la péripétie, c'est
tres bien : ma1s remercions-le plus encore d'avoir fait comprendre a des esprits clairvoyants qu'il fallait chercher en dehors
du passé, en dehors de l'histoire, la matiére d'un art dramatique
nouveau. Dumas fils et Augier allaient bient6t profiter de lale~on.
(d •uivre.)

La crise religieuse
depuis la mort de Grégoire VII jusqu'a
ravenement d'Urbain II (1085-1088)
Coun de 11. AUGUSTIII FLICBE,
Profeueur 4 l'Univtrailt de

I. -

Monlpellitr.

L'Égliae á la mort de Grégolre VII.

Le 25 mai 1085, Grégoire VII s'éteignait a Salerne, sur la terre
normande, entouré de quelques serviteurs fidt\les qui l'avaient
accompagné dans sa retraite.
Quelques instants avant qu'il expirAt, les cardinaux, réunis
autour de son lit de mort, le remerciérent des éminents services
qu'il avait rendus a l'Église, puis ils le priérent de désigner
l'homme qui, dans les circonstances critiques que traversait la
chrétienté, lui paraissait le plus capable de présider aux destinées
de l'Église. Aprés s'etre un instant recueilli, le pontile moribond
répondit par ces mots qu'a fidt\lement rapportés son second
successeur, Urbain II : • Élisez celui de ces trois personnages
que vous pourrez avoir, l'éveque de Lucques, l'éveque d'Ostie
ou l'archeveque de Lyon. •
Or, aprt\s la mort de Grégoire VII, la papauté ne lut dévolue
ni a Anselme de Lucques, ni a Eudes d'Ostie, ni a Rugues de Lyon.
La vacance du siége pontifical dura un an et se termina le 24 mai
1086, par l'ollection de l'abbé du Mont-Cassin, Didier, sous le nom
de Víctor III.
Nul n'était moins qualifié que lui pour continuer l'reuvre
rélormatrice de Grégoire VII, et rarement, au cours de l'histoire,
on a relevé un contraste plus accusé entre deux pontiflcats
successifs. Grégoire VII est avant tout une grande Ame, toute
surnaturelle, illuminée par l'amour divin, rayonnante de foi et

�IUIYUII 11118 COVIIII 11T COIIFDBJICIIB

~~~~¡_aublime d'bUIDilÍt6; l ceux qui cherchent l ¡,t&amp;:M.a
- r- intlmee recoim de - esprit et de aon ca,ar J-te
~ eGIDIDe UD grand tMolopm, UD grand a¡,Mre ou ~
lllieu dire, UD grqd AÍllt dont toutea lee pellÑel et
lii!f
~----..~-~....-,la~del'~
Didier-du JlollfAlalin n'c m UD tbNlo(lien, ni UD apO&amp;N, • •
aint, mm ,m letW, UD utilt.e qui 1'entend men'9illeunmri ª
balir•,__•delmomlUrm,A7Huú,tl
al.llÍO"
lalquea, 1ivrea et manU1Critl; eaus donte, il l&lt;&gt;Uhaite ~
le triompbe de■ id• rl!fonnataiee■ A la dM- de■quellli •
pl'édneeur a UB4I toutes •• forcee, maia il aouhaite plua .....,
ment encore le rl!labli11 wlf M la pm- ite~" q u · ~
df - yeux le spectre de■ envabiueun pillards et lui
de dalll sa chére abhaye du MontrCulin la t.nmqallk
e"!f:enee d'UD ricbe amateur d'art. Cet homme de baute cal--,
JDIUI au temp&amp;ament moa et l la volontétzop BOUVeDt vedlJepw,_
~
caractére. N'a-tril pu pollMII aon amour de lá
pux JIIIIC(U l remer - .maltre T Au moment. de Piques lOR;
alon que Heuri IV uai.-ñ Rome, D a o8' prometb'e au nitdelt
Gamanie, l cet apo■tet eudun:i, acommanill et dépo■' par J.l'IIP', qu'l le f«ait COUl'ODDer empereur par Grtgoire "11".lillmlme 11am ta baailique de Saint.-Pieml.
Voill l'homme • qui lea cardinaux, allant • r-'N 48:
dar uprim6 par le pontife dMant, ont con U le IOÍll de. couliul'olavre rMarmatrice de Gr#lgoire Vil et de pounuivra re.xt.l!nllaatien c1u acbilme impmal. Ce n'eet pu tout : Didier n'a M 4l!ll
~ srtce la 16 preuion du pouvoir temponl reprf t6 • ..
cm:omt■nce par lee Normandadea Deux-Sicilel, auxquela ~
~ il n'avait ceu6 de t6moiper une amW6 1111
lnUn.ée et qui ont prollté d'une útuation acl'ption:eell" , - :
Mire la main aur la papaut6.
On'.uaient penNr de cette 61ection lea pan Grigori«. .-,
commeleur mlltre, avaient vod leur vie au l«Viee de laÑIOIIIMI
0n le 4evine aiHment.. D ,tatt. fatal que l'Qeetion de '\lict.or in
~ t . l a dmli~ danal't.glue, et c'eat ll ce qui coutAuela
Cl'lle teligl- qu maugure la mort de Gr"5ohe VII, q u e ~
le
man llJ!IS, l'aTIDement d'Urbain 11, fflii diaciple de M=
IOll'6 VII, eme vraiment dramatique et au coun de ~
l'mnre gÑgOrienne eOt pu aomb- aut■nt. par J"'mert.ie _ , , . .
"Victor 111 que par lea multiple■ agrNliona dont elle fut
1a put dé - advenairel. Du cOt.6 de ceux-ci, on --.lí
• - , autour de Guibert. de Ravmne 'dont ru■ nm'ill,
Brixlll avm fait. l'autipa¡,e Cllment 111 et, comme au •

ic:..

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poNmilpl,, ¡;:slcHe l'«-VN - - • :
~ • F - eaaie 4M ,Mn-114Hr W foil da plua a\'4C UDI•
jli..MNtation appanate qae G,..,.e VII n'a qa'un IChlvNt.i,pe
ti l8llicite lea tiaidee, lea hmtula, lol fail,le1, i'aocepter 11
pape -,mal aut,eur duque! lea eanemil de la rl!lonM -ri.-l
• gn ■per en ua faileeau cr::,perc&amp; A ua tel -ut. l'igliae
tdl J 9i6 • peut oppw que 4liviajon et 4suroí : par la wiK

•"8'.«m • Lya, lee GMgcaieu ~ t a putrtzt
.-tn l'attmtet c&lt;41wai1 1 l'.,ard d• prindpea aUIIÍ lliml qu
,._ penonn•; les mod. . . Eude1 d'o.üe (11 ..,_
Udlain Ill,IODt b !nttan•s; Vict.ar lllllli-mhle,-taut. qa'ila.W
tourmenW par le aanapale ;
peadant dix moia iln'oaeaefaireCODBa-,M dsobeDL- l - ~ piatieeteun, a'eafwyant au Montreuaia ofl
8 d96 de 1'ealermer pou IOlljNn. Et aillli I'..... nmUM,
allud_. par - pilote, ••• lllftit all6e au p de1 _ . . •
. . ftGlta ú l'iop 1laiou dCJllde par GNgoiN Vil ne l'avait __..
. _ • milieu de la tAmp&amp;te, U le droit ca-. fortii6 par ha
a¡wwwta de la poNaiqwe et ül6 par l• alW■ d11 Saiat,Slige, 1111
lai . . . .,... de auivre le . . . . vao6 par le pape 4Nfail 4'.Un lea la venue du -,,eur qaiaera pour elle le ,...,. fnlnpit

a. aa dee cm-litio• fida-, s

UrWn 11.

rt1a

110a lel apec:ta princ:ipamc de la ariN •·ge e 1Qi iloit
, - . l'ol,jet du coun de ceUe - • · ~ • _ , . _ . .
lallie la pa'riW, il a 46. 1 ;--- •• pr I h!ale de .Wflnir l a ~
tiall 4am laquelle Grigoire Vil laiae l'l?ttiae.
li le·poati1leá de Gdgoh&amp; VII a -,tribu6¡,c."IBl81aJW1 ,-t
l ñmplinr •u ..,,_ Age chrétiea la pbyaionwlie qa'il a
..t•I'• par la Rite, - gnndl rl!lult.atl ne ae - t dmJils
• • - hapm,p■ apria. A n'o1-'ver lee faite que ..,...
w - t , l ' a , g y r e ~ a u moment de la aortdu pape,
Jl!!ld ..ne-ent eompromiae par auite de l'--,e 4e la
~ d u a a luúe avec le roi de Qermaaie.
La n!forme l!rll8oñsne, nous l'a_,. prwv6 au _ . . .
ua6el ~nw, eat,la !'origine, d'wchel110131, Mligieux,eooI.tiallill'le ; elle a pour bat de IIMlllt.re fin au aioolalame ou cWlcnn
• da cler9' et l la .;-ie ou traflc . . digniWI eccl6d t·~r ■ ;mail la lutte coat.re la lñmonie a uaitr◄ Ortgoaire Vil
l illMliM as lalqw lle_,... l'inveeüture da fflcbá a
•
ahbay-. De ll lee prot.eatatio• dee p:i.- tmipoNII et
de eelui qui lllt pi• inWreué qa'aucun autre au
01' t"n deaahua, Henri IV, roi de Germanie.Poului, d'aalnl
. . . a'ajclutent la celui qui rl!aulte de l'interdictñoa ele

_....,_t

&amp;••-

�60

REVUE DES COURS ET CON'FÉRENCES

titure lalque. Depuis Othon le Grand, les rois de Germanie, parés
du litre impérial, ont exercésur la papauté une véritable tutelle.
Nicolas II, le 'premier, l'a énergiquement secouée. Ses successeurs, Alexandre JI et Grégoire VII, tout en manifestant Je désir
de vivre en bons rapports avec l'empire qu'ils consídérent
comme indispensable au maintien de la paix du monde, ont
revendiqué pour le Saint-Siége une entiére liberté de mouvements,
nécessaire A l'exercice de l'autorité spirituelle, en méme temp•
qu'ils ont rappelé au souverain,quí réunissait en Jui tous les vices
réprouvés par 1'11:glise et laissait libre cours A ses tyranniques
instincts, que les lois de la morale chrétienne s'imposent A tous
et que l' Ap6tre a prescrit aux rois d'étre les ministres de Díeu
pour le bien des hommes.
Henri IV est resté sourd a ces avertissements. Aussi,le pontificat de Grégoire VII se raméne-t-il a partir de 1076 a une luttc
acharnée entre le champion des droits de Dieu, Je soldat de l'idéal
chrétien que fut Je pape,et le tyranautoritaire, dénuéde s~rupules,
orgueilleux, bypocrite, sans conscience et sans dignité qui a
nom Henri IV. Ce chevalíer sans foi et sans loyauté a su, en
exploitant la surnaturelle candeur d'un pape peu initié aux subtilités trompeuses de la diplomatie, s'acbeminer a pas sQrs vers
le succés et,avec un art consommé,tirer parti de toutes ses victoires, méme de ses défaites. Vainqueur a Canossa ou, grAce A une
mise en scéne savante qui au bout de neuf siécles fait encore des
dupes, il a su faire venir sur les lévres du pontife qu'il avait
injurié la parole de pardon que Je disciple du Christ, incapable de
déméler la trame d'une humilité bypocrite, ne crut pouvoir
reluser au pécbeur qui savait si bien envelopper son endurcissement et sa haine du manteau de la contrition et du repentir;
vamqueur A Bri,cen ou, avec la meme habileté mensongére, il
réussit a décider Guibert de Ravenne, un pauvre homme qui ne
sut pas résister aux tentations de J'orgueil, a accepter la lourde
charge d'antipape et a grouper áutour de Jui les éveques débauchés, les princes avídes et rapaces, en un mol tous ceux qui
étaient trop dominés par les passions d u monde pour entendre
la parole de Grégoire VII ; vainqueur A Rome ou, en 1084, tandis
que le pape légitime, enfermé dans lecMteau Saint-Auge, résigné
A toutes les humiliations et meme au martyre, ne veut pas se
dép~rtir du silence que Jui dicte safoi,il intronise sonantipape et
reg01t de ses mains la couronne impériale; vainqueur enfin a
Salerne ou Grégoire VII finit misérablement sa vie, prisonnier
de ses alliés, pendant que Guibert, revenu a Rome apres le départ
des Normands, tr6ne sur le sicge de saint Pierre, Henri IV, en

L_\

CRJSE RELIGIEt:SE

61

1085, connalt les joies du plus radieux triompbe · iJ est le maltre
de l'heure; ses armes victorieuses font tremble~ J'Allemagne et
l'Italie ; les écrivains a sa solde, tbéologiens, juristes, historiographes, célébrent ses hauts faits avec une impudence sans
nom et osent prétendre que son autorité est une émanation de
l'autorité divine. Sa victoire est aussi bien une victoire juridique
qu'une victoíre militaire.

Sans doute Henri IV peut s'cnorgueillir tout d'abord d'ímP?rtants ~ucc~s mílitair~- 11 a prís Rome ; auparavant, toutes les
v,lles de 1 Itahe septentr10nale et centrale Vérone Milan Pavíe
Lucques, Pise, ont successivement capitulé. La plus fidéle allié~
du Saint-Síége, la comtesse Mathilde, tient bon dans sa citadelle
de Canossa, mai_s ses _troupes vaincues et épuísées sont incapables
de tenter une d1vers10n. En outre, la plupartdes éveques ítaliens
ont adhéré au schisme ii_npéríal : :Ienri, patriarche d'Aquilée,
Tedald, archeveque de M1lan, les éveques de Plaisance, Modéne,
Arezzo et tant d'autresse rangent sous la juridiction del'antipape
Clément III. Le Sacré Collége Jui-meme est entamé par la
défection de treíze cardinaux. Bref, a part quelques fidéles
comme Anselme de Lucques, Eudes d'Ostie le clergé italie~
renie l'reuvre grégoríenne que les Jaiques sont 'impuissants a défendre.
E_n Allemagne, l'opposition saxonne est domptée et l'Église
sub¡uguée. La mort de l'antiroi Rodolphe de Souabe au combat
d_e l'Elster (15 octobre 1080) a été funeste pour la cause grégorienne. C'_e~t ~ue _Rodolphe a été un vrai chef A la fois par ses
talents n:11htaires mcontestables et par son esprit de suite, par so
modérat10n dans la victoire, par la patience résignée qu'il a manifestée devant les atermoiements et les scrupules de Grégoire VII
peu press_é de ratifier son élection a la couronne. De plus, s;
mort_tragique a déconcerté ses partisans qui y ont vu un jugement
de D1cu et provoqué bon nombre de ralliements a Henri IV. Ceux
qui ont persisté dans leur opposition ont mis pres d'un an a
trouver un nouvel antiroi, et que! antiroi I Hermann de Luxembourg est a peu prés aussi qualifié pour conduire la guerre civile
en Alle_magne que Didier du Mont-Cassin pour continuer l'reuvre
grégorienne. Mou, apathique, incapable de prendre une décision
et d'agir au moment voulu, il laisse pendant trois ans Henri IV
conquérir l' Italie, prendre Rome, sans ten ter la moindre cliversion
et, par c_ette abstention prolongée, décourage ses partisans les
plus déc1~és. L'opposition saxonne s'effrite ; elle n'a plus ni
v1gu~ur_ ru méthode .. Les chefs religieux manquent eux aussi de
conv1ct10n et de hardiesse: Gebhard de Salzbourg vieillit; Hartwig

�LA CRIBB IIBLIGIBU911

· RBVUB DD C:011118 ft COlfPiRBNCD

n

lhpebeerg tergi-; i.rs ldnpata a'aemt. JIII' .,._
Nrw ¡awbe la 6ectiuada--. BNf la
. - 11k 11118 pb• ~t.
de tout. engloutir, llt IIIIIDl'-1.
• n8a. Jm übU de 1086 U- IV_. lanil e\ raiMD dla
~ ftlMiU. 1-wteet• 9L tmidM de ri11e11im1 qui pollmlMc
• • •, ., 1-r.
L'attaque royale a ét6 trie habilemilllt. mea6e.
toa¡..., ele a ét6 ¡aépane )111' une pol6mique 1111Vante. Heari a

"°'-._

m-van

e.o-

-Pihet+-dmirdepaix,1'11td«lariprt&amp;bwo1mattnl'mtmieatioadont. Grigoire VII l'avait. frappf, 1i Cllllui m protnail
la ltgiümit6. A cet.t.e 1hr, il • ecmvor¡u6 IN ntq.- it
&amp;111w11p11 pour 1m pnd t.ounioi omoireoo chaeun a ~ L
Le Wpt. Bud• d'Oaüe, eaVOJ' en Allemape
pu OÑgOire VII pea ,.,......,. lea forcea dilpen6ea et. pea
• I wtM ft puti de la Nforme,. a co111eati l ce coleqae et
di
ontear d•Gnsori-faruev6que de SuDloarg
Geitmnl. Or, Gebhanl eut. le d - da• la dilcuaioa • i1
ae , - ria Mjecter i - f - d""'1t.ale produit.e par l'arcÍie..... de 11.,._, W6cil, et qui
Neil laftnble l n..ri IV
li lilll que l'-=!-l""' de Gent.ullgenacbeva deJf •r•s ¡;
p1ñi m
: fh6que Udon d'Hilduhei- - Wre Ccmad, la
comt.e ~erry de KaUenbourg,. d'aukee eacore Hgr i□t
Hemi IV. Apri9 Piqale, le ror ,-. naDH" l May- un
IJDOde qui f t et.test., eNDhien ea poaitiOD Mt fortd l''Prd ..
d'Alw,... "'4 qui pnhadera l l'edcation d• M111iea
ew-ita. La cempomi@n -a Mt. eipillcative. 0n y voiL le,
lloinrclan6qw ➔ b::::s, W6cil
Rgilt ert de Trinf,
8ipiD •• Cwir Limiar de Brtme ...... - - - s..
..._ .............. ,.._t nada U'appel de Hmri IV
permi le~rrmu TbirnJ lle Vsdua, Comad d'Ulrecht,
Jllanatiar, Udoa ..JlólclAwlwm, Ot.bon 4e C-tR'llce et. 1íM foaJe depittnlet. dediacna aimi 1f11e pl.,_ a
1a11ra-. t.e1a ~ ,Wn'!91- de BoWm6, Fr6dá.: de Soaabe, Li..
tGIII de CeriDlllie, le com1e Jinuoill Rapotoa. 0a mdzae
~ 1_11; ~ ~.-.,e&amp;ca d6pmel•haq..~
::, '!1 J~ ~j1lillet 1086, Heari IV va •e a¡lb-cer p a r - ~

• -..-ta.

·12,--.

r.-

de..,_.,,

w.
·.,.::n

C:

1..nt deriftire la Sue, le raí veut.en 8nir avee u
aaln lcJJ.-d'OPF lliti.&gt;n qui ert Mata. L'évtqua Hermnn Mait
le 1111111 . . . . . . le me pacho du RhiD qui ae fet .,_ l la .,._
...U. de Heari IV. l..oa,teillpaiDcerteia, uavailéparl• .,,...
'l'1lisry "9 Verdaa, mm tnp ..u¡ndeu
• aeeepter ntn illfozmatioa, il ■ IOlticü6 IN avill cle on.

- •-YoiliD

,-r

•

.-e VII et. a ét6 le dMtinat.aire de le lettre fame-

63
ota IOllt

I• pri■cipea da goavenaemet. t.h'°'2atiqae. O. Ion,
11111-116 de la juatice de la cauae grigorieDDe. il la d6fmdit avee
1fr•cft+ et. modéntioD tout l la foil, 91\ chercbut. touJ- ,
ea CODduit.e aar celle du pape. n fallait done en a.ir
;awo lai. Le l• juin, Henri IV •t. l lleta ; il dépoze Hermann el
:.an. l • place Geloa, ahh6 de Saint.-Amoul, que Thierry de

-••hr

~INhm••-,r-deecmzacrer.
'l'rnq1allle de ce eOté, Hel!)i IV vole ven le Sue ola UdOD
d'Hildtaheim, trie aicN par l'ahh6 de Henfeld, Hmwig, qui
M,lnit u é'ftch6, lui e fray6 I• voieol ea affirmam que le raí
• 4Ncid6 l rapect.er I• priviWgM jedill accanWa par Clwl&amp;csgre. La plvput d• priDcez foat leur IIOUllliNiDD; le ni
Jlr z;;;n •'eafuit au dell de l'Elhe avec I• ~ • cnndamJM!z
l . . , _ ; Henri IV peuteatrernoleimellemeat.l Magd~et
plMW aur le niép arebiépiacopal l'abh6 de Henfeld qui ~ t
111k
Httion d• maim de W6cil de Mayence.A Halbent.adt,
l .aaeholug, l lliDden, A Meillzen, il inat.alle 6plemeal dea
~ qui lui - t entiiremeat dévouá ; il ue reate pJua ea Sue
-.a 6v6qae gNgorieD. ; c'ea •t. lbú de l'oppoaitior -eti&amp;isae
-■- de l'oppoaition politicpe. ll ea •t. de m6me ea Baviére
. . q,aelqu• prilata qui tenaieat eacore pour Grégoire VII,
........ AdalbéroD de Wurzbourg, TOllt. l'MVen6r et. .-placa

-•!

fil da aohiam■tique&amp;.

.law1 • .AJlemagne la aituetioD a'a 6W plDI favorable pour

llaid IV. Le nprAme effort. de Gr'soire VII a lameat.zblelwlt
...... Dez riv• de l'Elbe l cell• du Rhin, ea degl et. audell d•
le putie aemble perdue pour IN (Wgorienl ; clerea et.
pueillaet dilpozée A recon:nattre l'aut.orit6 de l'utipape
t. 111 qui n'•t. lui-mtine que le pile ,e¡n 61mtmt nr le
a)IOll.olique du trilpaiNaatot.trieaupateroi deG«manie,
B-■ri IV, devenu empereur romain, héritier d• e.in, ■de Charlemape et d'Othon, inVMtipar Dieu du soin de
le mODde.
C'ezt. qu'ea effet la puiaaance de Henri IV n'•t. pu aeulemem
fnit de le politique, de le diplomatie et dez armez. Elle peralt
•iaerée par le droit. Du jour o'II a été fulmiD6 contre Iui l'anapODtillcal, da jour ofl Grigoire Vil l'a dépozé fl. a d61ié
zujeta . du aermeat. de fldélité, tez pempblétairea et IN
1e sont. mil eu tnveil avec une ardear f l ~ 11a ont
millutieuaemeat I• codez ofl était conlignA le droit romain
bien que lez collectioDz canoDiq- ol 6taient rwniez
. . - - dez P6NI, d• papez et. d• CODCilM. CM tate,, ill

�.

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

64

les ont interprétés, jalousement sollicités ; en les rapprochaot
a l'aide de déductions savantes qui n'ont d'autre tort que de
reposer sur de fausses prémisses, ils ont édifié un systeme qui
s'écroule par la base, mais dont les résultats ont pu paraltre
convaincants a des esprits superficiels et prévenus . On croit avec
Wenric de Treves que, Dieu pouvant seul délier du serment, les
sujeta sont liés pour la vie au prince auquel ils ont promis fidélité
lors de son avenement, meme si ce prince a vécu dans une perpétuelle révolte contre les lois de la morale et a honteusement
exploité ses administrés au \ieu de les protéger, de les défendre, de
les gouverner avec justice et modération. On croit avec Petrus
Crassus que, saint Paul ayant écrit que • tout pouvoir vient de
Dieu », l'hérédité monarchique a été établie par Dieu comme
signe du pouvoir institué par lui, et que renverser un roi qui tient
sa couronne de ses ancetres, fí\t-il homicide ou parjure, c'est aller
a l'encontre de la volonté de Dieu. On croit avec Guy d'Osnabrück que le roí est au-dessus des lois religieuses cornme des lois
séculieres et qu'il n'est pas plus permis au pape de l'excommunier
que de le déposer. Et ainsi les ennemis de la papauté, juriste• et
pamphlétaires, obéissant e un mot d'ordre, ont lorgé la théorie
de l'absolutisme héréditaire de droit divin réprouvée par les
Grégoriens parce qu'elle justifie l'oppression du faible par le fort
et qu'e\le confére !I Heori lV, tyran et parjure, ,es memes
droits et les memes prérogatives qu'á. un Char\eroagne ou a un
Constantin. A la fin de son pontificat, Grégoire VII s' est préoccupé
d'organiser une réfutation savante et méthodique de pareils
systemes, mais la science pontificale est en retard sur la science
impériale ; pour le moment, le sophisme germanique triomphe
orgueil\eusement et rallie taus les incertains qui courent avec
empressement au-devant du vainqueur.
La papauté romaioe, vaincue par les armes et par le droit,
voit-elle du moins surgir, au moment ou meurt Grégoire Vil,
quelques appuis possibles ? 11 n'en est rien. L'horizon est uniformément sombre. Rien a attendre ni des neutres ni des alliés,
ni des Jaiques ni des clercs.
Les neutres, quels sont-ils? Philippe 1er, roi de France?
Grégoire Vil ne luí a pas ménagé les avances ; á bien des reprises
il tui a lait savoir que le Saint-Siege \ui accorderait volontiers sa
laveur et son amitié. Mais Philippe rer est avant tout un souverain sensuel, égoiste, avide, pillard, qui ne s'accommode des

lois de l'Église que daos la mesure ou elles ne s'opposent pas
a ses mauvais instiocts, ce qui est plut0t exceptionnel. Roi des
simoniaques, protecteur avéréde l'archevequede Reims, Maoasses,

~

LA CRISE RELIGJEUSB

.
qui
groupa1t
de luí ad~é:
to te 1es opp_ositio_ns a l'reuvre de
G,régoire VII, autour
il n'a jamais
n est nullement disposé a vol
é au schisme impérial, mais il
a courir le moindre risque poi; lau sec~u~,del'exilé de Salerne ni
veut _pas et, le jour oil la a e succ s une réforme dont ¡¡ ne
chrétten, voudra l'arrach p ~•u~, garante des lois du mariage
~'Anjou pour mettre fin ae~n ~~ubras voluptu~ux de Bertrade
1excommunication exposer
e adultere, 11 préférera subir
terdit plutot que de renonc:;n..royaume_ aux rigueurs de l'iorer de ce gros homme qui n'a
pass10n._ Done, rien 8 espéet les femmes, dont la foi naive es autres idées que !'argent
aux abbayes royales racheteront
r•re que quelques donations
chirle seuil du paradis.
ses autes et l'aideront a fran-

s;,

_On ne peut compter davanta e
.
r01 d'Angleterre. Moralemen g s_ur Gmllaume le Conquérant
)a réforme, lutte contre les m!::~:~ieur a Philippe rer, il favoris;
Jama1s re~u un denier d'ori ine s m~ur~ de son clergé; il n'a
chasse
. g . ecclésiasbque,
mais , s'1'l po ur• . le nicolaisme et la s1morue
·1
1

m?ruon avec l'orthodoxie ré orí ' s

I

rest~. en parfaíte com-

BOit a Rome ou a Salerne :t ¡fe enne, peu lm importe que lepa e
terre qu'il vient de conquér/t tº~r°zcupéaorganiserl'Angivassaux, a lutter contre la Fr~n r r ner l'opposition de ses
aventures.
11 mourra d' a1·¡¡ eurs ce
pour
et
deux
anssonger. aux lointames
to ~era remplacé par son lils Guillau
I apres Grégoire VII
fé;:,~~• ;1:~l~~.::~~:.;i;::n:~:~pu ::e ;~.~~:it~::!c~e:n~i:~
normand, Orderic Vital '
e » et qm, suivant l'histo .
mo:,as~eres pour satisfair~
r:~~:~/e ¡iller les églises e;\:
. ms1 _les neutres, plus neutres
i~s e ~es concubines.
ta~':"" impassibles a la ruine de 1~~ ii9ma1s, assistent en speccep IODS du c6té des alliés L .
g ISe romaine. Memes défem~e. admirable en qui. un: ~~use. comtesse . Mathilde, cette
myst1c1sme le plus délicat est . ergie. ~oute vmle s'alliait au
~ir
et la papa uté e~ est ~~d'::ft~i~s!: dfns ~a forteresse
l'é .
ormands. Sana doute ils o t
pus s appuyer que
tremte des armées impé . 1
n arraché Grégoire VII a
süre oil ·¡ ª pu, échappant a I'outra
na es et lm ont ménagé une retraite
1
lace VIII, rendre en paix le der . ge rése~vé plus tard a Boni-

.:!

e~::•~

tu_re honorable, mais ils n'ont mer soupir et recevoir une sépul-

~a,r~ servir a la réalisation de 1:~:p:ré la papauté que pour la
e _rég~ire VII, Robert Guiscar essem~ ambitieux. Sauveur
.dommat10n militaire et ébl . d poursmt un vaste plan d
de devenir un jour emper:ur d~; par le mirage oriental, rév:
yzance. En sauvant la papauté,
5

�66

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

iJ a du méme coup anéanti ]'un des projets de Grégoire VI~ '!,ri,
au débuL de son pontifical, avait songé a une réconc,h?bon
religieuse avec Constantinople, séparée de Ro~e_ par le scb1sme.
En outre, en se servant du pape eL de la t~ad1tion romame, les
Normands disposeront d'une force morale qm les a,dera a d1sput&lt;;r
!'ltalie a l'inlluence germanique et a sauver leur propre _dorrunalion du péril que lui faisait_courir la présence d_e Henn IV a
Rome. Tels sont les buts qu'1ls poursmvent; ma1s des grands
intéréts religieux de ]a cbrétienté ils n_'ont cure, et la rélorm_e
de I'Église est le dernier de leurs souc1s. Comment en sera,t-1'
autrement ? N'appartiennent-ils pas a cette roce ~•llarde qm
s'est fait une spécialité de mettre a sac les abbayes, d en arracber
les trésors d'art avec un amour du gain et une a~sen~e de
scrupules qui ont trop souvent déshonoré leurs entrepnses •.
Dans I'Église meme les résultats d~ la rélorme grégonenne
n'apparattront que plus tard. Pour le moment, la laiblesse de la
papauté encourage les récalcitrants et l'élat moral du clergé
reste navrant. Les vices !létris par les Grégoriens r&lt;'pandent leur
inlection a tous les degrés de la biérarcbie ; les clercs contmuent
a se marier et a donner leurs églises aleurs lils et aleurs gendres,
tandis que les éveques vendent le sacerdoce et 1~ sacrements.
JI semble que les cris de détresse poussés par Grégo1re VII retentissent dans le vide et restent sans écbo. Ce n'est pas dans les
rangs du clergé que l'Église romaine trouvera _des délenseu,:s.
Que lui reste-t-il done dans cet abandon umversel ? Il lm reste
la tradition sur laquelle Grégoire VII s'est_sans cesse.appuyé et
qu'il vient de !aire codifier dans des coUecti_ons canomques composées sous son inspiration. Plus que ¡ama1s il apparatt que les
príncipes sont plus forts que les personnes et seuls capables de
remédier a une détresse malgré tout moins grave. que celle du
x" siecle de l'époque oú les filies de Théopby lac_te, d1sposant de la
liare au' gré de Ieurs lantaisies, faisaient gr~vlf les degrés_ de la
cbaire de Pierre a Ieurs amants ou a leurs hls et ou _le_ mome d~
Mont Soracte s'écriait avec le propbete : Fem1mm Mmlnabanl J erusalem. Et pourtant, au x• siécle, cette papauté,
tachée de sang, avilie par la débauch~, non seul~ment a survécu,
mais en raison d'une tradition séculaire, a contmué a ~ercer sa
prim~uté dogmatique et sacerdotale, si bien qu'en j&gt;le~e tour~
mente Ahbon de Fleury pouvait écrire que • celm qui s oppose a
l'Église romaine sépare les membres du tronc et e?tr~ dans. le
corps des adversaires du Cbrist ,. JI devait en étre ams1 a forlwri
pendant lacrise de 1085-1088: l'Église romaine, malgréles assaut.a
du debors et les divisions du dedans, sW'Vlvra en vertu de la

67

LA CRJSE RELIGIEUSE

t.radition que glorifient au méme moment les recueils d' Anselme
de Lucques et de Deusdedit.
Et c'est cette pensée qui dut consoler Grégoire VII a ses
derniers moments. S'il n'a pas prononcé le mot bistorique que lui
préteson panégyriste, du moins est-il permis desupposer qu'il eut
le cceur décbiré, lorsque, sentantl'étreintede la mort, il dut constater que son ceuvre inachevée paraissait fortement compromise.
JI était arrivé au pontifical avec la volonté bien arretée de rélormer les mceurs du clergé, d'arracber les prétres aux turpitudes
du concubinage ; et les clercs continuaient a se vautrer dans
la luxure, déclarant qu'ils ne pouvaient vivre comme des anges et
qu'ils étaient prets a renoncer a l'orthodoxie plut6t qu'a leurs
compagnes. Il avait voulu chasser les vendeurs du temple,
extirper l'bérésie simoniaque ; évecbés, ordinations, sacrements
restent, en bien des cas,l'objet d'un vil commerce. Jlavaitvoulu
allrancbir l'f:glise de la domination temporelle en interdieant
aux laiques de conférer l'investiture : en Allemagne, en France,
en Angleterre, les rois et les seigneurs persistent a luí opposer la
force d'inertie. Il avait revendiqué pour l'Église romaine le
libre exercice du pouvoir de lier et de délier accordé par le Christ
asaint Pierre ; il meurt loin de Rome qu'il laisse aux mains des
acbiamatiques. Il avait songé a établir partout le regne de Dieu, et
... yeux se ferment, aveuglés par le triomphe des pui.ssances
infernales. Comme son mattre, il avait bu jusqu'il la lie le calice
d'amertume et, tandis qu'il jetait un dernier regard attendri sur
ce monde qw J,ri avaitréservé tant de déceptions et de tristesses, il
lit joyeusement a Dieu le sacrifice de sa vie, confiant malgré tout
dans )'avenir, persuadé jusqu'a son dernier souffle que l'Église
Nimaine aerait un joUJ' exaltée, que I' Ap6tre, dont le nom était
revenu tant de fois sur aes lévres, ne manquerait pas, en dépit
d'une crise qui s'annon~ait aigue, de la sauver du naufrage qui
paraisaait devoir l'engloutir.
(d suivre.)

�RENAN

60

la préface des Souvenir,, il évoque Descartes qui, cen ce brillant
xv11" siécle, ne se trouvait nulle part mieux qu'a Amsterdam ,.

Renan.
Essai de Biographie intellectuelle.

Cour■ publio falt é. l'Unlveralt.é d' Amaterdam, é. partir
du 6 octobre t 9:;¡:;¡,
par K. JEU POKKIER.
Profeastur a l'Uniut.r1it~ d'Am&amp;terdam.

1. -

L'enfanoe (t8:i3-i8.U).

Parler d'E. Renan dans le pays qui lut l'abri de la pensée
libre, et dans la ville méme ou naquit J'auteur du Trailé lhéologico-poliliqu:e, - parler de lui juste trente ans apres sa mort,
et au momenl oU l'approche de son centenaire, et je ne sais
que! rythme Lienfaisant qui ne permel pas a l'attention des
hommes de s'écarter trop longtemps des objets qui la méritenl,
lui ramene, sinon toujours la sympalhie, du moins la curiosité,
- c'était une tentation il laquelle je n'ai su résister, et que de
si exceptionnelles circonstances de lieu el de temps justifieront
peut-étre a vos yeux. Renan, vous le savez, enlra, par son mariage avec Mll• Cornélie Scheffer, dans une famille d'origine
hollandaise. JI vint a Dordecht en mai 1862, pour assister a
l'inauguration du monument érigé a Ary Schefler par sa
ville natale. De la il alla a Leyde, ou une trentainc d'éludiants
de théologie lui apportérent leurs bommages dans la maison
du Prolesseur Kuenen. En 1877, il prononta a La Haye une
conférence sur Spiaoza, et, quelques mois plus tard, laisant
pour la Revue des Deux Monde• l'éloge lunébre de la reine Sopbie,
il célébra la Hollande comme un •estuaire sacré, asile de la liberté,.
Ces rapports avaient éveillé et satislaisaient •a curiosité des
choses hollandaises. Une lettre a Berthelot, du 4 aout 1863, propose a l'imitation la société Felix merilis d'Amsterdam ; dans

- De son c6té la Hollande connut l'reuvrede Renan. L'un de vos
compalriotes, L. M. de Vries-Feyens, me montrait J'autre jour une
vingtaine de volumes du maltre, soigneusement reliés, qu'il tient
de son pére. Le nombredestraductionsestaussisignificatif· vous
me permettrez d'en citer quelques-unes : a Amerslort, c:lle du
discours d'ouverture du cours de langue hébralque au Collége de
France, en 1862, sur la par/ des peuples ,émiliques dans l'hi,loire
de la civilisalion; l'Mition populaire de la Vie de Jésu, est traduite a Deventer des 1864, et l'édition savante l'est dés 1863 a
Utrecht, puis en 1864 et 1866 a Haarlem. Cette meme année
également a Haarlem, traduction des Ap~lre,, etc ... Brel, dan~
la seconde moitié du x1x&lt; siécle, plusieurs idées jetées par Renan
dans la circulation pénétrerent la pensée hollandaise.
Je ne (erai done ici que suivre ou ranimer u1.:.e tradition :
certes, je le senl', Ala comparer aux vives impressions que rlurent
recevoir vos pcres d'une parole qui alors déchatnait les passions
l'imoge que nous allons nous lormer de Renan sera pAle. Ta:
chons seulement qu'elle soit exacte. Le moment semble venu
d'éludier scientifiquement eette pensée que d·aucuns présentent
plus énigmatique qu'elle ne ful réellement pour donner A leur
subtilité le mérite de percer des nuages, ~e d'autres délormer.t
pour les besoins de leur polémique, que certains meme vouJraient enrouler dans le linceul de l'ignorance et de l'oubli.
J'ai pu recueillir en France, auprés de personnes qui ont connu
Renan, notamment aupres ce sa filie, des indications que les
do~uments écrits ne sauraient lournir : témoignages précieux,
qm manqueront aux générations a venir. D'un autre cOté, le
recul du te_mps est assez lort, sans J'étre trop, pour ordonner
la perspect,~e des valeurs : de la critique biblique de Renan,
de sa phllosophie, de sa poli tique, de son esthétique, nous voyons
avec une sulfisante assurance ce que la postérité retiendra.
Enfln,. depuis sa mo~t! la publication d'inédits, intelligemment
condmte par ses héritiers et ses amis, a ranimé pour nous cette
grande_ conscience a peine éteinte : Renan, par dela le tombeau,
a contmué et contmue de vivre. Sa jeunesse a relleuri. Nous
avons pu lire ses Lellre, d sa sreur, publiées des 1895, ses Lellres
d ,a mere, parues en 1901 et 1902, ses Cahier, et Nouveaux
Cahiers de Jeunesse que la Revue bleue donnait en 1906 et 1907 ·
saos compter le roman italien de Palriu les Letlres d Liart'
d ' a_ut~es pages encore qui lurent ré1,mies en' 1914, dans le vol. in-'
12mhtuléFragmenl• intimes et romane,ques. D'autre part, Mar-

�70

REYUE DBS COURS ET CONFÉRENC'f~S

cellin Berthelot, en éditant dans la Revue de Paristoutd'abord,
puis chez Calmaun-Lévy, en 1898, sa Correspondance ave,;
E. Renan, nous a fourni (encore qu'il ait cru devoir couper et
peut-l!tre altérer le texte) en certains endroits le í:neilleur guide
le long d'une vie qui, pour s'etre développée en ligne droite,
a su pourtant choisir ses paysages., De mon cOté j'ai, depuil
1920, d'accord avec les héritiers de Renan, publié quelque•
inédits remontant a son enfance et a sa prime jeunesse, dont
le plus important, le seul que je mentionne ici, est une premiere
1ystématisation de ses idées sur Jésus, écrite des 1845 sous 11
titre Essai Psychologique sur Jésus-Chrisl, et qu'ont donnée la
Revue de Paris en 1920, et la maison d'édition la Connaissance
en 1921. Enfin, la Société Ernest-Renan, fondée en 1919, va
publier une Bibliographie de Renan, conºue a peu pres sur le
modele de celle de Gaston Paris.
Aussi les critiques n'ont-ils pas manqué de mettre en reuvre
ces matériaux. L'année 1921, pour ne prendre que la plu1
récente, a vu parattre en volume I' Esprit de Rerian, de Gui11011x ;
Ernesl Renan,DerDichler und der Küns!ler de Walter Küchler
et Ernesl Renan de Lewis Freeman Mott. La librairie Garnier, A
Paris, annonce une étude de M. P. Lasserre sur Renan et son
temps, dont des extraits ont déja paru dans diverses revues.
je prépare moi-meme un ouvrage sur la Jeunesse d, Renan,
IJUi comportera la publication de nouveaux inédits, et dont je·
ferai passer, autant que possible, la substance, dans ce cours.
- « Que je voudrais ressuseiter dans cinquante ans ! ,, écrivit,
un jour Renan. Cette attention, cette lerveur dont tant de
travaux témoignent, n'est-ce pas le meilleur hommage que nou•
puissions rendre au mort, la seule fa~on, hélas !de la !aire revivre?

• •
Joseph-Ernest Renan est né le 28 lévrier 1823, et non le 27,
comme l'écrit encore son dernier biographe allemand, a Tréguier en Bretagne. On y montre la maison ou il naquit, a l'angle
de la ruelle Stanko et de la rue Renan {autrefois la Grand'Rue),
tout pres de la cathédrale. Un boulanger y habite ; la premiere
porte latérale du corridor, a gauche, co!lduit a sa boutique, la
seconde a une piece de derriere, étroite et sombre, dont le sol
est la terre nue. C'était la chambre des parents de Renan ; c'est
la, dans le lit breton qui se trouvait alors entre la cheminée et
Punique porte, que Mme Renan mit au monde, par un matin
,l'hiver, son dernier fils Ernest.

RENAN

71

Elle avait déja de grands enfants, un fils atné, Alain, alors
Agé de quatorze ans, et une fille, Henriette, ilgée de douze. Ellem@me avait presque quarante ans, son mari presque cinquante 1

!Is tenaient un commerce d'épicerie; les allaires n'allaient
guére, et M. Renan recommem;a

a voyager,

comme au moment

de son mariage. Ernest avait cinq ans quand un malheur épouvantable survint. Le capitaine de navire au long cours Renan,
commandant le sloop Saint-Pierre, disparut de sonbord, enjuin
1828, dans des circonstances restées mytérieuses. Son cadavre
fut reLrouvé quelques jours apres, sur la greve de Lauruen,
au nord de la commune d'Erquy. II était horriblement défiguré:
on ne le reconnut qu'a ses vetements et a leur contenu.
La gene augmenta dans la famille privée de son chef. La veuve
,ongea a quitter Tréguier, tandis qu'Alain partait pour Paris;
elle se réfugia, avec Henriette et Ernest, aupres de sa mere a
Lannion. C'estla, dans une maison sise au 12 de la ruede l'AlléeVerte, gu 'ils « cachérent leur misere » pendant presque trois ans.

!Is fréquenterent alors un «monde de bourgeoisie beaucoup plus
rangée • qu'á Tréguier. Ernest y lut gilté par ses tantes, dont
plusieurs étaient restées sans se marier, et par ses cousines. « Les
tantes X ... , raconte l'auteur des Souvenirs, n'avaient d'autre

divertissement que, le dimanche, apres les offices, de !aire voler
une plume, chacune soufflant a son tour pour l'empecher de
toucher terre. Les grands éclats de rire que cela leur causait les
approvisionnaient de joie pour huit jours. » Une autre anecdote
nous montre le jeune Renan déja sensible a la beauté, ou du moins
A la gráce: un jour on l'envoya faire une commission chez une
tante qui avait deux filies. 11 s'en tira tres mal, il avait tout oublié.
• Voyons, qui as-tu vu ? lui demanda-t-on au retour. Adéle ?
Alexandrine ? » 11 ne savait pas encore distinguer ses deux cousines par leur nom. &lt;&lt; La jolie ll 1 répondit-il.

Henriette approchait de ses vingt ans. Tres pieuse, elle serait
entrée, si elle avait suivi son inclination, au couvent de SainteAnne, qni «joignait le soin des malades a l'éducation des demoi1elles ». Car elle se sentait du goút pour l'enseignement. Mai•
tés ce moment, elle comprit qu'elle avait un plus haut devoir :
payer les dettes du pere, élever Ernest. Elle resta dans le sieéie,
parce qu'il faudrait lutter davantage, et parce qu'elle se sentait
une tendresse sans bornes pour son jeune lrere. Celui-ci précisément, dans l'hiver de 1831, faillit mourir. « Il a été, écrivait
le 19 mars 1831 sa grand'mere maternelle, quarante jours entre
la mort et la vie, et nous sommes au cinquante-cinquieme jour
41.e sa maladie, et sa convalescence n'avance pas. Le jour, il est

�72

RENAN

REVUE DES COURS ET COt\:FÉRENCES

pas une tendresse pitoyable ? On s'attache a un étre d'autant
plus qu'on a craint pour lui. Ernest devint peu a peu l'objet dominant de la pensée d'Henriette, en attendant qu'il en soit l'objet

passablement ; mais les nuits sont cruelles pour lui : agitation,
lievre, délire, voila son état depuis dix heures du soir jusqu'á
cinq ou six heures du matin, et constamment tous les soirs ».

Mais déja, quand cette maladie se produisit, la famille avait
regagné Tréguier, ou Henriette avait voulu rentrer pour y exercer
les lonctions d'institutrice. Mm• Renan était si aimée dans Je
pays, et les affaires s'y traitaient encare &lt;e d'une maniere si patriarcale », qu'ils purent se réinstaller dans leur maison de la Grand'Rue. Les créanciers ne pressaient pas : il lut convenu que les
Renan paieraient ce qu'ils pourraient et quand ils pourraient.
Mme Renan reprit son commerce d'épicerie ¡ l'Ecole ecclésiastique se fournissait chez elle et Jui achetait bon an mal an pour
trois ou quatre cents franca d'épices. Ces Messieurs s'intéressaient au petit Ernest, dont les Fréres de Lannion avaient
commencé et dont ceux de Tréguier continuaient l'instruction.
On décida qu'il entrerait a l'Ecole ecclésiastique pour l'année
scolaire 1832-1833. II allait alors avoir dix ans. Mais il nous faut
revenir sur cette prime enfance.
Essayant de caractériser son hérédité paternelle, Renan écrira:
« Dans les premieres lueurs de mon etre, j'ai sentí les froides

brumes de lamer, subí la bise du matin, traversé l'apre et mélanoolique insomnie du banc de quart ». Tres jeune, il sera frileux
et rhumatisant. La gene, le deuil accentuerent chez ce rejeton
tardif et chétif d'un pere quinquagénaire la disposition a se concentrer, a rélléchir. « Quand tu vins au monde, Jui disait plus
tard sa mere, nous étions si tristes que je te pris sur mes

genoux et pleurai amérement.

»

II lui arrivait de se perdre en

d.es reveries sans íond I comme si le monde extérieur soudain
s était tu, comme s'il y avait une lacune de la sensation. Ou bien
1

c'étaient des résonances du dehors qu'il entendait se prolonger
étrangement en lui. Au Iieu de se dissipercomme lesenfants ordinaires, il se recueillait 1 avide, tel Michelet vers le mCme ftge,
de jouir et de soullrir. Parlois on le menait jusque sur la c6te :
il jouait avec « les mousses marines, les algues et les coquillages
coloriés n qu'il ramassait &lt;( au fond des baies solitaires ». Au coin
du feu, iJ entendait parler des lointain¡¡ voyages, ou le navire de
peche rencontrait des « glaces !lottantes ,, errait sur des « mers
brumeuses semblables a du Iait ».
Malgré les peines, il n'était pas malheureux ; une llamme
,échauflait le foyer vide : la mutuelle aflection de ces trois etres.
Sa grande sreur l'avait d'abord pris sous sa protection : cet
enlant délicat qu'attendait, semblait-il, un triste avenir, et que
sa douceur silencieuse rendait aimable a tous, ne méritait-il

73

unique. Lui s'accoutuma

•

a cette

bienfaisance : comme il arrive

souvent, elle Jui paraissait si naturelle qu'il oubliait d'en remercier la dispensatrice. 11 exergait sur sa sreur de petites tyrannies.
Quand elle sortait paree d'une robe de lete, il s'attachait a elle
et la suppliait de revenir : alors elle rentrait, tirait ses habits
et restait avec lui. Non qu'il fut égoiste, mais toute sa puissance
d'aimer tendait a se porter sur sa mere. Quánd, pronongant
l'éloge de Cl. Bernard, il dira de ce savant qu' «il perdit son pere
de bonne heure » et que te dans ses premiéres années, comme au
débul de la vie de presque ious les grands hommes, se plaga l'amour
d'une mere, qu'il adorait et dont il était adoré», ce sera avec un
retour sur Jui-meme. L'Age ne fit longtemps que développer cet
amour filial, Jui donner une force injuste au détriment de l'amour
lraternel.
Mme Renan était- une simple femme sans instruction, mais
qui lisait volontiers son livre de messe, les Canliques de Mar-

seille et des leuilletons. Elle était gaie, spirituelle et dévote.
C·e,~ d'elle, de son sang gascon, que Renan prétendait tenir sa
gaieté. Mais le Breton du Trégorrois est gai aussi ; je fus frappé,
en ~e promenant dans ces parages, de la vaillance, du courage
sour1ant que ces bonnes gens apportent a lutter ou simplement
á vi~re. Que parlé-je de courage ? Ce n'est, dans Ieur idée, que
de la décence, leur race fiere ne devant pas plier sous l'adversité. Quoi qu'il en soit, Mm• Renan n'était pas de ces personnes
qui prennent les choses au tragique ; elle savait se faire a.ux circonstances, mais son esprit n'était pas sans étroitesse ni légereté.
Le cerveau, le creur de la famille étaient, depuis le séjour a
Lannion, Henriette : la brulait la lampe de l'autel domestique.
Malheureusement l'école de jeunes filles qu'elle avait ouverte
ne réussissait pas. Sa seule consolation était de voir Ernest se
classer, peu a peu, a l'Ecole ecclésiastique, en tete de ses camarades. 11 était entré, comme externe, en huitieme. A la distribution des prix, i1 eut un second prix de version latine, un premier accessit de thCme, un Je accessit seulement de &lt;&lt; mémoire u
et rien en • orthographe et analyse ». Les années suivantes il
obtint des résultats de plus en plus satisfaisants. En 7•, p;ix
de mémoire, ¡era prix de version latine, de theme, d'histoire et
d'excellence, second prix de grammaire frangaise. En 6•, ou iI
commence le grec, tous les premiers prix sauf en histoire oll il
•'a que le second. En 5•, tous encore saul en version grecque

�76

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCBS

REN_.\N

ou il n'a que le premier accessit. En cette classe, il commence a
étudier l'arithmétique et rencontre a ce cours spécial son futur
ami Guyomar. C'est Guyomar, éléve de quatriéme, et son
atné, qui a le premier prix d'arithmétique; Renan a le second.
En quatriéme, un condisciple qui n'avait eu que de mince•
succés l'année précédente se révele comme un dangereux
émule : c'est Fran~ois Liart, l'autre ami d'enfance de Renan.
L'excellence reste pourtant a ce dernier, qui obtient meme,
devant Guyomar, le 1•r prix de géométrie. Enfin, en l'année
•colaire 1837-1838, la derniére qu'il passa a Tréguier, Renan
a tous les premiers prix sans exception.
Tous ses professeurs, successivement, jugent son caractere
bon et doux ; M. Paseo, son ma!tre en 4• et en 3•, qui s'attacha a
lui, le dit , tres aimable •, et • recommandable par son application et sa bonne conduite ». Les devoirs, les le9ons, la préparation des auteurs, méritent presque sans une exception la note
• tres bien ». 11 n'en est pas de meme de sa piété : a cet égard
Renan, de neuf a treize ans, ne donne pas toute satisfaction.
En se,s'il se tient bien a l'église, il y ,arrive tard ». En 7•,meme
note pour le premier semestre, et celle du second, en insistant
sur les fréquents retards a l'église, n'y qualifie la conduite que

sagea le grand sacrifice : aller a París, comme le frére atn~. Ce
départ, quand ils en parlaient tous les trois, les faisait frémir :
e'éloigner de cent vingt lieues, a cette époque ou il n'y avait
guére que la diligence, se riequer dans cette ville dangereuse,

74

d' 1&lt; assez bonne ».En&amp;, le jugementest encore plus net: Renan
est, a l'église, o: souvent distrait &gt;), il ne« paratt pas avoir grande

piété. • En 6•, sa conduite a l'église est d'un • indifférent ». Est-ce
déja que son reil erre aux volites de la chapelle, tandis qu'il pense
«ala célébrité des grands hommes dont parlent les livres • ?
D'ailleurs, en classe meme, Renan, dont la santé est plus
robuste depuis la maladie de 1831, n'est pas toujours irréprochable. En se, il y est « remuant, mais attentil »; en&amp;&gt;, bien que
sa conduite y soit bonne, il y paralt • un peu léger ». Non qu'il
ait jamais été un garnement comme le fut le jeune Chateauhriand, ni qu'A aucun moment de sa vie il ait connu ce besoin

de dépenae physique qui faisait courir Lamennais a travers lea
arbres de la Chenaie. 11 jouait surtout, enfant, avec les petites
filies. L'une, Noémi, lui plaisait entre to u tes;, ses cheveux étaient
d'un blond adorable ». Elle le prenait par la main et sautant
avec lui le long des ruellos chantait: Nous n'irons plus au bois ou
11 pleul, il pleul, bergére. II daignait s'attendrir sur ces créatures
jolies dont la lragilité appelle a la fois le respect et la pitié.
Leurs petites personnes retenues lui en imposaient et l'attiraient.
Cependant Henriette, apres un projet de mariage qu'elle fit
échouer, parce qu'elle eiit été détachée des siena et mise hors
d'état de les aider, devant l'insucces croissant de son école, envi-

c'était, pour une jeune Bretonne sans soutien, un parti presque

•

au-dessus du courage. Elle s'y résolut cependant, et pul se placer
comme sous-mattresse dans une institution de demoiselles ou
elle eut des debuts tres durs.
C'était en 1835. Ernest resté eeul avec sa mére commen,;ait
acomprendre le sérieux de la vie. L'idée qui le dominait, aumoment
de sa premiere communion, était la nécessité de !aire son salut,
et l'impossibilité de le !aire dans Je monde. 11 entra, a la fin de
1836, dans la classe de M. l'abbé Paseo, et cet événement fut
décisif sur son évolution. Sa conduite a l'église devient bonne ;
au mois de février de cette année scolaire (1837), il est admis
dans la Congrégation de la Sainte-Vierge ; il se tient « trés bien•

a l'église pendant le second semestre, et, l'annéesuivante,sa conduite, pour les deux semestres, yest qualifiée d', édifiante &gt;. 11
fut meme chargé des fonctions de cérémoniaire, qui consistaient
a veiller au service de l'autel et a diriger la marche des thuriféraires dans les processions.
II semble, d'apres ce qui précéde, que la piété de Renan ne
lut pas bien spontanée. Elle fut plut6t volontaire, acquise sous
l'infiuence d'un maltre qui sut parler 8 son tour d'imagination.
Une fois a Paris, Renan ne manquera jamais d'envoyer ses
affectueux souvenirs a M. Paseo, avec qui iluavait passé deux
années si heureuses » ; il lui adressera encore 1 avec la meme plume
dont il écrivait l'Auenir de la science, des souhaits a l'occasion

du premier janvier en 1849. De son cllté, l'abbé Paseo n'eut
longtemps pas de doutes sur la vocation d 'Ernest : • Ecrivezlui, disait-il a Mm• Renan, quand il lut question, a Issy, de ton•urer ReMn ; il est appelé au sacerdoce, je l'ai t,¡ujours pensé.
Comment lui direz-vous comhien je l'aime I Oh ! il le sait bien,
dites a Ernest que je suis et que je serai toujours son véritahle
ami».

L'idée de se !aire pretre fut le complément des qualités scolaires de Renan ; elle s'associa

a ses

aífections familiales, devint

•n élément de son bonheur. D'ailleurs, aux termes de son reglement, l'Ecole ecclésiastique de Tréguier avait été , établie afin
de former des éléves pour l'état ecclésiastique n. Les amis de
Renan, Guyomar, Liart, et ceux de ses condisciples qui apprenaient quelque chose, n'avaient pas d'autre projet. Peut-etre
lui-memeétait-il parmi les jeunesgar~ons que le college recevaitgra-

�77

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

RENAN

tuitement, ou pour Iesquels du moins il acco~daitune forte _remise:
Aussi bien dans cette Yille moins bourgeoise que popula1re, qm
voyait-on de plus honoré que ces Messieurs de l'Ecole ? • Quand

l'exercice intellectuel, il éprouvait de chaudes langueurs qui le
Iaissaient plus excité a apprendre et comme enorgueilli. Cette
disposition a céder tour a tour aux p61es opposés, il la portait
dans son goilt des paysages. La ~erte et froide campagnele faisait

76

vous rencontrez un noble, avait-on coutume de dire, vous le
saluez, car il représente le roi ; qu_and vous rencontrez un pr~tre,

vous le salucz, car il représente D1eu •: Enfin le goOt de 1 ét~de,
déja dominant chez Renan, Je poussa1t vers un état sédenta1re_;

il commengait a moins se meler aux Jeux de son Age ; le sav01r
de ses mattres, qui lui paraissait infini, l'eI?plissait d'une pie~se
déférence. , Toutes Ieurs paroles, écrira-t-1! dans ses Souvenirs,

me semblaient des oracles ; j'avais un te! respect pour eux que
je n'eus jamais un doute sur ce qu'ils me dirent avant l'3ge de

seize ans, quand je vins a Paris ». L'instinct de l'homme_de lett~es,
qui s'était, s'il faut en croire une page des Souv~mrs, é~e1llé

des la six.ieme année, se développait. Renan se voya1t comp1I~nt
toute la science humaine, faisant des collections de mots ou rien
ne manquerait. Plus tard, dans un monastere d'ltalie, il_ se_ rappellera en souriant ces v1sées encyclopéd1ques. Ses c~nd1sc1ple~,
paysans vigoureux, et ne prenant pas les choses ~oms au serieux que luí, l'entretenaient par leurs conversat10ns ~ans un

ordre d'idées qui eilt été pédantesque sans tant de. na,veté. JI
n'était question que de César, de Salluste, de T1te-L1ve. En eux
Ieur race, toute proche encore de la terre, prenait contact pour
la premiere fois avec les lettres, et ils s'en imprégnaient énergiquement.
.
•
C'est ainsi que Renan se voua a la cléncature. Les pretres
étaient pour lui des professeurs avant d'ctre des ministres de
Dieu; ils olficiaient en claase plut6t qu'a l'autel.Le cñté proprcment sacerdotal de l'étatecclésiastique restait ainsi dans l'ombre;
et quand, quelques années plus tard, il se révéla, avec_ses asce~es,
sa mystique, ses dogmes, le séminariste de Samt-Sulp1ce,
apres quelques essais de compromis, le répudia parce que tous
ses instincts en étaient froissés. Les agenouillements d'un enfant
de chreur n'étaient pas son fait.
Avant de suivre a París ce « déraciné », je voudrais vous le
montrer savourant son enfance bretonne. Car les heures de tension dans l'étude faisaient place a d'autres ou la pensée se relil.chait délicieusement. Renan a insisté, dans ses écrits, sur• les
singularités du caractére breton, oú l'austérité confine a la Iangueur », oú • la force et la faiblesse, la rudesse et la douceur_ »
se mélangent. Cette dualité fut en hü a un degré éminent. Depms
qu'il s'était consacré, il n'osait trop regarder les jeunes filies,
fixer Ieurs yeux couleur vert d'eau. Mais dans.Ie vif meme de

rever

a la

Pro"ence et aux Hes d'Or. Aver la Morale en aclion,

le Iivre qu'il lisait surtout était les Avenlures de Télémaque et
celles d'Arisionoüs; il imaginait Sophronyme, alliant la sagesse
profane et la pureté chrétienne, chantant les dieux sur sa lyre.
II revait de Chio, la« fortunée patrie d'Homere ,. Etil se retrouvait avec plaisir dans un pays de bois et de marais, en Trébeurden
oú il allait parfois chez sa tante Morand, au manoir de Trovern.
11 aimait surtout Tréguier. Quand il était a Guingamp, chez
ses parents Le Forestier, le caractere profane de la ville lui causait de J'ennui et de !'embarras. Mais a peine avait-il revu la
colline natale et les deux cours d'eau qui l'enserrent, que ces

impressions tristes fuyaient d'elles-memes. Le Jaudy et le Guindy
réunissent la leurs eaux jaunes et vont se perdre dans l'Océan
quelques kilométres plus haut. La marée pénétre tres loin,
et le souffle du large est partout perceptible. Ernest, aux longs
cheveux blonds, a l'air grave, déja respecté dans le pays, aimait
a se promener avec sa mere. lis longeaient ensemble les bords
du Guindy, s'asseyant parfois au pied d'un peuplier, pres d'une
fontaine ou d'une niche de saint qui avait son histoíre. Puis ils

remontaient vers la ville, le long de sentiers encaissés dans la
verdure. Tres haut au-dessus d'eux, le vent courbait les cunes
des ormes et fouettait les nuages ; mais eux cheminaient dans le
silence, au sein de la terre bretonne. Parfois, on entendait un
geai grincer dans la futaie voisine. &lt;&lt; Ecoute, disait Mme Renan
en s'arretant, l'oiseau qui se scie le creur. » Et l'enfant ne pouvait
s empecher d'imaginer, comme en ses premiéres années, la petite
scie aux dents « prodigieusement fines» que l'oiseau devait avoir
1

dans sa poitrine et , avec Jaquelle ... il se faisait une entaille au
cceur ».
De la route, on ne tardait pas a voir Tréguier, et jaillissant du creur de la ville, la fleche de la cathédrale, , prodigieusement élancée », « fol essai pour réaliser en granit un idéal

impossible ». La ville elle-meme, écrasée par sa cathédrale, a
un caractCre d'extrérne distinction : on y sent vivre « une forte

protestation contre tout ce qui est plat et banal». BientOt se reconnaissaient les toits familiers, le Collége, l'HOpital Général.
Alors I'enlant sentait sourdre de son ame déja grave « un
murmure pénétrant et doux », rappelant, • comme le son d'une
cloche lointaine de village, le mystere de l'infini ,,. Un élan cha-

,

�78

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

leureux le portait vers Dieu, vers Jésus, vers la Vierge, ven
les belles et saintes choses, vers ses livres.
Quand ils arrivaient au pied de la cathédrale, souvent la mere et
le Jils y entraient prier. A cette heuredu soir, l'énorme vaisseau
,ide, éclairé d'une seule lampe, était plein d'ombre. On devinait
seulement les statues en pierre des chevaliers et des nobles dames, couchées dans leurs ni ches et« dormant d'un sommeil calme•·
La froide main du passé s'abattait sur Renan, le rendait, pour
un instant, reveur et pensil. Et il s'agenouillait a cflté de sa mere.
A la maison, il aimait a s'isoler dans sa chambrette haute, ouil
montait, par un escalier étroit et en bois, a l'aide d'une corde
grossiere disposée en guise de rampe. La fenetre qui éclaire
cette piéce n'est guére qu'une lucarne, mais elle donne sur un
tablean inoubliable. Les toits de couvents voisins luisent parmi
les vergers. A l'horizon se pro file le clocher de Trédarzec, et ph.1•
agauche s'aperGoit le Jaudy, large comme un bras de mer. C'est
gracieux et sévtlre, familier et grand. Je ne connais pas de paysage qui captive ainsi )'ame des le premier coup d'reil,sollicite
a la fois et réprime ses abandons, donne avec autant d'autorité
e't de douceur une le~on de noblesse. L'enseignement de Fénelon
devait produire le meme effet.
Renan a dessiné dans ses Souvenirs l'étroitjardinoll ses mattree
promenaient son esprit : entre Rollin et Delille, il y avait peu
de risque de s'égarer. 11 regut en prix l' ltinéraire de Paris d Jérusalem, qui semblait sans doute II ces Messieurs plus digne de conllanee qu'Alala ou René. Le classique par excellence était Racine
le fils, l'auteur du poéme De la religion, dont lesucces, si grand
au xH, .. siécle, se prolongeait ainsi. On n'admettait pas qu'il
püt y a,oir eu, depuis, de bons nrs fran~ais . , Le nom de
Lamartine n'était prononcé qu avec ricanement». Un jour Renan
eut une émotion. 11 vit - et les pretres la lui montrérent avec
horreur - « une lithographie représentant une grande femme,
vétue de noir, foulant aux pieds un crucifix » : c'était une illl.age
de George Sand.
Naturellement, le légitimisme était la regle dans ce milieu
clérical, que les premiers actes du gouvernement de LouisPbilippe n'étaient pas faits pour rallier. La bourgeoisie de
Lannion qui avait entouré Renan était aussi en majorité
carliste. Le petite bonne Nanon l'était également, pour la
raison que « Louis-Pbilippe n'était pas vraiment roi ; car il
n'était pas troné, comme elle disait ». Que Renan eüt été , philippiste », nous ne le savons que par ce passage d'une causerie
au dlner celtique, sous la IIJ• République. C'est un document
1

79

RENAN

insuffisant, bien que cette réaction ne me surprenne pas de la
part d'un enlant chez qui !'esprit de contradiction semble avoir
été précoce, et dont une partie de la parenté était d'ailleurs plus
Iibérale. Quant au faible de Mm• Renan pour la Révolution, il
paralt n'avoir été du qu'au prestige de souvenirs « indissolublement liés a l'éveil de sa premiere jeunesse &gt;. Mais il est certain qu'a entendre sa mere narrer d'une fa~on saisissante
• ces grandes et terribles scenes ,, Renan put prendre un gout
esthétique de la Révolution, qui parla toujours pour elle
dans son creur, malgré les désaveux d'une raison subjuguée par
J. de Maistre.
( d suivre.)

�LE~ONS SUR L' HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE LATINE

LeQons sur l'histoire
de la littérature Jatine
Cours de JII. L'ABBt LEJAY,
Membrt dt l' Inalilut, .
Pro/es,eur ó l'ln1!itut calholiqut.

Le plus ancien drolt romaln.
Le drolt publlc (1).

ut etre de toute l'hiEtoire ancienne
Le lait le plus lr~ppant pe d;s dilférents droits, droit public,
de Rome est la d1stmction
. te en réalité des !'origine, ou,
droit privé, dro1t rebgieux. El!~ e:,m nous lont assister a cette
si l'on veut, les récits des º[,1g1~es_té II y a un droit public,
séparation des domames _de . au ori .
parce qu'il y a une constitutwnde Rome est encore celuí d'un
Cependant ¡•~xtérieu~ du ¡~'écarlate la figure grossiérement
roi .sauvage. Vetu et e auss
or~ une couleur qui écarte
!ardée de rouge, ~outeSsa tersonn:~ le précédent les licteurs,
les mauvais gémes. es f.~rre:n faisceaux prCt~s a tout insavec la hache ~t les vergesM1 .e"¡¡¡_ s'arréte a peu pres la ressemtant pour ch_atierRet tue:-1 : : nous le connaissons.,avec les roi~,
blance du ro1 de orne, e q
.
t- uíssants et emprifétiches de leurs peuples, l~orct:~v~:0 ¿.,re chez les primitils
sonnés daos des tabous, fquet on n~ltre pour des nations ancienet que les textes nous on con
nes (2).
té a été décrite par Homere. Le roí
Une autre espece de royau
ir héréditaire consacré
de l' Iliade et de l'Odyssée a un pouvo
'
• 15 du 15 ¡uillet 1922, de la
'
Revue du Cours.
. féti he de Tara roi religieux des Irlan(2) Comparez, par ex empleBle rol- R;vue de, EtJdes anciennes, t. XIiX
dais, dans J. Lon1, d'apres AUDIS,
(1913 ), p. 37-38.

81

par les dieux. Mais il ne le garde que par son ascendant et sa
force personnelle : Laerte, alfaibli par l'~ge, a dfl se retirer dans
la campagne d'Ithaque, oú il mene la vie d'un paysan ;Achille
craint que son pere Pélée ne puisse se maintenir a cause de sa
vieillesse. Le roí n'agit qu'avec l'appui des Anciens, avec lesquels
il délibere dans les festins et juge dans les procés. Il ne dispose
d'aucun moyen pour faire exécuter une sentence _: les parties

s'en assurent préalablement le respect par le dép6t d'un lingot
de métal. La vengeance privée punit les crimes privés. Le roí
est surtout un chef de guerre. Le peuple agit parfois tumultueusement : a Ithaque, tandis que les uns se retirent tranquilles aprés
le massacre des prétendants, d'autres prennent fait et cause
pour les ennemis d'Ulysse et l'attaquent. On convoque le peuple
pour luí communiquer les décisions ; il manifeste sessentiments
par des signes bruyants comme chez les Germains. Il assisteaussi au
procés et y intervient par des cris. Ni daos l'assemblée ni au
tribunal son avis ne compte. Il n'a ni pouvoir ni responsabilité.
Les divers organes de la vie publique ne sont done pas encore
formes. Aucune regle n'établitleurjeunormal. Laforce seuleest le
príncipe qui assure tour a tour la prépondérance a l'un ou a
l'autre. Le hasard et l'imprévu sont la trame ordinaire de la
vie (1).
A Rome, l'autorité royale est un pouvoir constitutionnel,
legilimum imperium, limité par le Sénat ou conseil des Anciens
et par les ~omices ou assemblées du peuple. Daos le train courant des affaires, le roí doit consulter le Sénat. Les comices ont
des attributions précises et doivent intervenir quand il faut
changer une coutume établie, dans les adoptions par adrogation, qui touchent a l'état des lamilles, daos les testaments, qui
changent l'ordre des successionL et l'état des biens des gentes.
Tandis que le roí d'Homere convoque l'assemblée quand il
luí plalt et peut rester des années saos la réunir, les comices
romains doivent Ctre tenus au mo'..ns deux fois par an. Le roi a

l'autorité judiciaire. ll est surtout puissant daos les causes criminelles ; cependant un condamné a mort peut en appeler au
peuple, ad populum prouocare. Al epJque de Cicéron, les antiquaires pensaient que le roí pouv t ne pas tenir compte de
cet appel. Daos la justice civile, son ró e est limité. On a pu remarquer que, dans la mancipation, les ¡,arties sont seules devant
le libripens et les cinq témoins.Ellessont seules, devantlesmemes

(1) Voir la le~on précédente dans le n

p) Voy.

SUJV.

ScHOElfANN, AnliquiUs grecque&amp;, trad. GALUS KI, t. J, 29 p. et

6

�82

1

LEt;ONS SUH L HISTOIRE DE L..\. LITTÉRATURE LATINE

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

acteurs, dans le mariage par achat (coemptio) et dans la déclaration de testament écrit; elles sont absolument seules dans plusieurs actions de procédure, elles seront seules plus tard dans la
Bponsio. Mi!me quand le roi est présenL, son r6le est el lacé ;il n'a

83

nanté, c'est-3-dire aux patriciens, quand il meurt, et le sort,
voix cerLaine du ciel, désignera un nouveau dépositaire, un

interroi, a qui la coutume interdisait de clore l'interrégne. C'est
le second interroi, désigné par le premier aprés prise des aus-

qu'a donner son assentiment aux articulations ou aux gestes d 'une

pices, ou un des suivant.s qui nommera ]e roi. Ces pratiques

des parties, addicere. Mais le lait qu'il doit consulter l'assemblée
pour l'adoption par adrogation et pour le testament comitial
établit une distinction entre le droit public et Je droit privé.
Le roi décide de lui-mi!me dans les alfaires de droit privé, quand
on recourt /\ fui. Pour ces formes d'adoption et de testament, qui
ont des effets quasi politiques en chazigeant J'équilibre des éléments de l'Etat, il laut une loi. Un patriden qui lait un testament
ou qui adopte un homme d'une autre gens n'agit pascomme simple

définissent les auspices : ce sont les moyens qui mettent l'Etat

particulier, mais comme patricien, commc membre d'une gens.

Pour que l'acte soit valable, il faut l'assentiment des autres
patriciens. Dans cette distinction pointe déjale pouvoird'abstraction et d'analyse de !'esprit romain.
L'analyse s'est exercée dans le domaine le mieux défendu, la
religion. Le roi n'est plus le chef religieux qu'il a pu etre autrelois.
On attribue a Numa la création des flamines . Les flamines subiront les interdictions qui séparent le sacré du profane. Le flamine Diaie ne peut ni aUer A cheval, ni voir des soldats armés,
ni preter serment, ni porter un anneau qui ne soit pas brisé, ni

avoir un nreud dans son habillement, ni enlever sa tunique intérieure en plein air, ni étre veuf, ni approcher d'un bücher funébre,

ni toucher un mort. Cette énumération de tabous est plus longue
encore dans Fabius Pictor, qui lui-méme doit i!tre incomplet (1).
Un roi-pretre avait toutes ces entraves. On comprend que, de
bonne heure, un roi romain, actif, volontaire, entreprenant,

se soit déchargé de ce fardeau sur d'autres épaules. II ne garda
plus que le vieux culte de Jaous, qui l'obligeait a un sacrifice
mensuel aux calendes et a un sacrifice annuel lors des Quingualrus, fi!te de Mars, le 19 mars. Il avait aussi les auspiecs
publics. C'était le droit d'interpréter les signes des dieux dans
les aflaives de l'Etat. Ce droit est inhérent a la communauté.
Il est délégué a son chef pendant la durée de ses fonctions, au roi
pendant sa vie, puisque son pouvoir est viager. Si le roi a obtenu
des dieux un avis favorable pour le choix de son successeur 1 les

auspices passeot sans interruption du roi mort au roi agréé. Si le
roi n'a pas fait de choix, les auspices retournent

a la

commu-

(1) Voy. FABIUS P1CTOR, furia ponlificii lib. I, dans Auu.:•OELLE X 15
' ' '

Voy. Revue de philologie.

en communication avec les dieux. Le roi les po ssede, en qualité

non de pri!tre, mais de chef de J'Etat, comme les posséderont plus
tard les consuls et les autres magistral.• de kl République.
A Rome , la ro~·auté n'est. done pas une théocratie ni un sacer~

doce ; autant qu'il est possible daos l'antiquité, elle est déga_gée
du lien et des rites relig1eux. Elle n'est pas da,antage patriarcale, car elle n'est pas bécéditaire. Saos ctre élective, elle dépeod
d 1 un choix qui est nécessairement guidé par le vreu de la communauté patricienne. Le pouvoir du roi est exercé en appa~ence sans
responsabilité. Mais il est limité de bien des c6tés, surtout il

est viager. Apres sa mort, ses acles peuveot etre revisés et ne
sont pas cou,erts par le prestige dynastique.
Dés cette époque ancienne, la constitution romaine ébauchait
ce mélange d'autorité et de contróle qui lera l'équilibre du régime
républicain. Le droit public a~ait done atteint une maturité
qui le faisait laisser loin derrriere lui toutes les constitutions des
royaumes grecs. Mais ce qu'il présentait peut-étre de plus remarquahle, c'est qu'il était distinct des fonctions administratives
et de l'exercice de la justice. Le calendrier est le témoin de cette
séparation : il a des jours comitiaux oil le roi peut réunir l'assemblée ; des jours lastes, oil il est permis aux parties et au roi
de proooncer les paroles sacramentelles du droit ; des jours néfastes, interdits a la j ustice et aux corrúces. Dans les Etats grecs,
le droit public et le droit privé ne furent jamais bien séparés.
Pour Aristote, l'homme est un animal naturellement destiné

a la

vie en cité, c¡ióc:m "lt'oÁ~nxOv ~Wo~ (1). Chez les Greca, le

eitoyen l'emporte sur l'homme privé. Tout l'effort des Romains
sera de donner des droits a l'individu. Tout le progres a consisté a se dégager de la seule considération de la famille et du
clan pour assurer a la personne son indépendance légitime et
son développcment normal, pour remonter ensuite de l'individu

a la notion

universelle et abstraite de l'humanité. Observation
concrete, distinctioo, abstraction, généralisation : la marche de
]'esprit romain est toujours semblable.
(1) ARlSTOTe:, Politiqut, I, 2. On se meten soci6té ("1t'óAl,;), pour vivre,

on y reste pour vivre heure ux: "(Evo~.1hn¡ ¡.,.tv -coü t~v lval(a, oOo-il i5&amp; 'to OaU

C~v.

�84

1

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

Dans l'établissement progressif de la constitution républieaine, la métbode sui, ie est la meme. Elle a restreint et mieux
délimité que dans la royauté le pouvoir du magistrat supreme
par la collégialité et l'annalité : il y a deux ou trois magistral•
et ils ne le sont que pour un an. Dans !'ensemble des fonctions
publiques, elle a peu a peu dislingué des provinces qui ont été
assignées a des aulorités dillérentes : les magistratures qui iormeront bient6l une carriere réglée doivent leur origine au démem•
brement du consulat, en définitive a l'analyse.
Ce pbénomene lrés remarquable, qui se développe pendant
des siecles, s'explique par l'histoire intérieure de Rome. La
légende racontait que la ville devait sa naissance a la réunion
de bannis et d 'bommcs mis bors la loi des cités voisines. Dans
un tel groupe, une discipline de fer est indispensable pour assurer
l'existence de tous par le sacrifice de chacun. C'est ce qu'on a
1oujours observé chez les outlaws et dans les bas-fonds des
sociétés modernes. Les bandes ont des lois séveres et exigent
un dévouement absolu /J l'intéret de tous. Cctte cobésion explique
l'unilé de l'Etat romain, Elle sera bient6t si forte qu'elle subsistera en dépit des divisions constitutionnelles et économiques.
Mais en meme temps, ces hommes, \'enus de milieux diíférents
.
'
apporta,ent des mreurs et des coutumes dilférentes. Le beurt
de ces déracinés les provoquait a comparer et a critiquer les habitudes les uns des autres.. Le salut de la communauté leur impo·
sait la regle, leur dissemblance la discussion. La légende est un
symbole de ce qui se passe toujours dans les nations issues d'un

mélange. TI y a lutte et besoin d'équilibre, combinaison et ordre.
La lutte exista d'abord entre Je pouvoir royal et les familles.
f.:ertains historiens considerent cette lutte comme terminée
au moment oU. nous pouvons nous représenter 1a coastitution
de la monarchie romaine (!). D'autres, qui suivent de plus prés

les termes de la légende et les pbases marquées par les noms de
cbaque roi, pensent que cette lutte a duré pendant toute la période
royale, que l'expulsion des Tarquina est une victoire des gentes
que celles-ci aleur tour succombérent lors de la chute desdécem~
virs, et que« l'évolution se poursuivit,dégageantde plus en plus
le droit public desétreintes du droit privé » (2). Quelque systeme
{I) Mommsen et son écolo, pour qui les récits de I'histoire primitive ont
une valeur surlout symbolique.
(2) L_. LANGE, Hisloire inlérieure de Rome jusqu'ó la balaille d'Actium,
t~aduction BeRTHELOT et Drn1ER, t. I {Paris, 1885), p. 45. M. De Sanctis
n ~dmet pas le rOJe politique des gentes. Avec Hirschfeld, et avant lui iJ
vo1t dans la chute du déccmvirat une victoire du patricia t.
'

LECONS SUR L HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE LATINE

qu'on préfere, on doit convenir que toute cette histoire est une
série d'oppositions: Romulus et Rémus, Latins etSabins, maiores
gentes et minores gentes, gentes et roi, gentes et curies, gentes et
famille naturelle, patriciens et plébéiens. Dans la suite, ces oppositions se poursuivent entre la souveraineté du peuple et !'auto·
rité des magistrats, entre Jesmagistrats d'égale puissance comme
les deux consuls, entre les magistrats patriciens et les magistrat.s

plébéiens, entre les assemblées du peuple et Je Sénat, entre les
comices centuriates et les comices tributes, entre la domination

domestique du pere de famille et le censeur « qui cite devant son
siege, tel un pédagogue, tous les secrets de la maison (!)»,entre
citoyens et Latins, Romains et Italiens, Italiens et provinciaux.
On vit dans un contraste perpétuel.
Il peut paraltre hardi ou pédantesque de déduire des parlicularités de langue et de style d'une situation politique.Cependant quand cette situation est perpétuelle, quand elle se répete
dans tous les détails de l'organisation, quand l'antithése est
multipliée aux yeux de tous par les mille facettes du miroir de la
vie, on peut se demander si l'reil ne prend pas une babitude
telle des contrastes que le cerveau ne peut ríen imaginer sans
le balancement des oppositions. La phrase latine est généralement binaire. La période, qui n'est que le développement
artistique de la phrase instinctive, est construite sur un plan de
membres paralleles. Décomposons seulement la premiere phrase
d u Pro Marce/lo :
Diulurni silentii patres conscripti,
quo eram bis temporib.us usos
non timore aliquo
aed partim dolore
parlim uerecundia,
PINEM hodiernus dies attulit
idemque INITJUM quae uellem
quaeque sentirem
meo pri8lino more dicendi.

Deux parties dans la période, qui sont liées par idemque;
dans chaque partie deux groupes, dont les détails s'opposent
deux a deux. On peut répéter l'expérience dans Cicéron autant
de fois qu'on voudra. La seule variante appréciable consistera
dans l'existence d'une partie centrale de la période, placée entre
deux groupes de membres paralleles, comme un Mtiment prin•
cipal entre ses ailes. Tres rarement, on trouvera la structure
ternaire, généralement dans des phrases courtes, ueni, uidi, uici.
(1) lHBRING, Esprit du droit romain, t. I, p. 332.

�86

REVUB DES COURS ET CONFtRENCES

Ce n'est pas sculcmcnt le dessin de la phrase qui cst antilhét ique, c'esl le moule de la pensée. Qu'on releve dans la phrase
du Pro Marce/lo, ces adjectifs de meme type lexicographique
qui se répondent et s'opposent : diulurni, hodiernus, prislino,
les substantifs finem, inilium, les pilicrs grammaticaux non,
sed, parlim parlim, quae quae.7ue: on constatera que l'esprit procede toujours de meme, allant d'un point au point opposé ou
au point symétrique, et toujours en les opposant ou en les associant deux par deux. II n'est pas de figure plus employée par
les écrivains latins que l'antithese (!).
La décomposition, la composition, l'opposition sont des opérations d'espriL qui peuvent se retrouvcr dans toutes les ceuvres
intellectuelles. Avant de quitter le droit public primitif, relevons
un progres de nature toute différente, mais qui devait avoir les
conséquences les plus heureuses pour le développement du peuple
romain et de sa littérature. On sait avec quelle dé/lance est regardé
l'étranger chez les peuples primitiís. Les cités grecques le tiennent
a distance. Les théoriciens, comme Platon et Aristote, montrent
á que! point il est suspect. Platon va si loin qu'il interdit aux
citoyens de voyager au dehors sans la permission des magistrats, qu'il soumet les commergants étrangers a une surveillance
genante, qu'il supprime a peu pres completement !'industrie
maritime. La situation de Rome et ses origines l'obligeaient a
plus de largeur de vues. En príncipe, l'étranger n'a aucun droit
et tout Romain peut se saisir de sa personne et de ses biens. En
fait, trois voies lui sont ouvertes pour trafiquer en sécurité. Les
deux premiéres sont personnelles, mais d 'usage général, ce sont
la clientéle et l'hospitalité. Le patron exerce sur l'étranger.
venu a Rome sans esprit de retour et placé dans sa clientele.
la protection garantie par la coutume et par la peine de l'exsécration. L'hospitalité est un lien réciproque entre deux particuliers, qui assure a !'un dans le pays de l'autre un répondant
et un mandataire. La troisiéme situation de l'étranger découle
d'un traité, qui garantit a tous les citoyens d'un peuple donné
certains droits. Te! fut le traité avec la confédération latine en
261/493. Des magistrats spéciaux jugent les affaires des ressortissants des deux nations, romains pour les marchés conclus en
territoirc romain, étrangers pour les marchés conclus en U"rri(1) L'anti_tMse e~t aussi un procédé naturel de la prose grecque. Mals.Jes
.Grecs y éla1cnt arr1vés par une autre voie. Quand la rhétorique a fait connaltre a Rome les balancements et les oppositions d'un Isocrate il y avait
longte~ps que l'on y praliquait les mémes artifices. La le~on du máttre étranger ava1t élé devancée par les habitudes de l'esprit romain.

1

LE90NS SUR L HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE LATINE

87

toire étranger. On les appelait récupérateurs. Ils avaient du etre
institués d'abord pour régler a la suite d'une , guerre les torts
qu'elle a causés (1). Leurs fonctions prirent rapidement de la
fixité, et une telle extension que, dés 512/242, un préteur spécial
devra etre affecté a l'organisation de ces proces. Un véritable
droit se crée pour les étrangers, a coté du droit civil. Les exigences du commerce, le besoin de netteté, le sentiment de l'équité
et de la valeur des príncipes déterminerent le peuple romain a
régler un des premiers ses relations juridiques avec l'étranger.
Ainsi l'air du dehors pénétra dans la cité, en méme temps que
les expéditions et les conquétes mettaient de plus en plus loin les
paysans du Latium en contact avec des mreurs et des civilisations inconnues.
(d suivre.)
(1) FESTUS, v 0 Reciperalio : • Reciperatio est, ut ait Gallus Aelius, cum
inter populum et reges nationesque et civitates peregrinas !ex connexit,
quomodo (1°) per reciperatores reddanturesreciperenturque (2°)resque pri•
vatas in ter se persequantur ,. C. Aelius Gallus fut l'auteur d'un De verborum
qua! adiuscinite perlinent significatione, dont la plus ancienne mention se
trouve dans Verrius Flacores.

�LES INFLUENCES ÉTRANGERES SUR LAMARTINE

Les lnfluences étrangéres
sur Lamartine
(Les Premiares Méditations)
(F'in)

,

Coura de K. PAUL BAZ&amp;RD (!),
Charqé d~ Cour, d la Sorbonn,.

11 y a tant de puissance de vie, de variété, de ressources chez
Lamart!ne qu'on a p_eine a _l'abandonner ; essayons plut6t,
en le smvant dans sa b10graph1e, de voir si la suite de sa carriere
dément ses dé~u~s, ou si _on y retrouve le meme équilibre entre
les éléments s1 d1vers qm composent cette §me nuancée · et si
dans le diplomate, dans l'homme politique, dans le vi~illard
des années de détresse et d'héroisme, on reconnatt le Lamartine
des Mt!dilalions.
Le diplomate, nous le rencontrons de 1820 a 1830 environ.
Lamartine s'est marié avec une Anglaise, Mil• Birch. Le contrat
fut signé le 25 mai 1820. Ce qu'il cherchait surtout dans le
ma!"Íage, c'éta!t une fin ; il voulait fLXer sa place dans l'ordre
s0~1al ; 1~ m~n.age, ~e sera l'abri, le terme d'une jeunesse incertame. A1ma1t-il vra1ment sa femme au début ? il l'aima sans
doute a force d'e~time. Arrive enfin la place si longtemps
at~ndue : Lama~tme !st n~~mé att~ché d'ambassade a Naples,
?1i !I va passer s1x m01s déhc1e~x. Ríen a!aire que se promener;
11 s mstalle. rlans une ,helle, ma1son sur la Riviera di Chiaja, ¡¡
Ion~ une villa dans ! lle ~ Ischia, oú il passe souvent, et ses
récits, plus tards, seront 1mprégnés de ces souvenirs de 1820.
M~is sa santé se gAte, il est obligé de se rendre a Rome. A
partir ~e ce moment, c'est la vie errante qui va commencer
pour lm. 11 rentre en France, puis il va pour la premiere fois
en 1821, en Angleterre, d'oú il rapporte le gout du confort et
(I} Voir la lecon précédente dans le n° 16, du 30 fuillet 1922 de ta

11eiJm des Cour,,

'

89

la passion du golhique, qu'il associe a Saint-Point en un assemblage assez extraordinaire, si l'on en ju~e par la piece voutée
et toute tapissée, ou il s'enfermait pour écrire.
Fn 1825, nous le retrouvons en Italie, a Florence, ou il reste
nommé secrétaire d'ambassade. 11 est a son arrivée tres feté
par la société florentine, et c'est, une fois de plus, une période
heureuse de son existence. Un petit nuage, a vrai dire, l'assombrit un moment: dans son poeme du Pelerinage de Childe Harold,
il s'était permis sur l'Italie des développements qui étaient
des lieux communs, mais des lieux communs désagréables :
l'ltalie en décadence, la grandeur passée de Rome et la misere
du moment présent, etc. ; on y trouvait des vers peu aimables
en assez grand nombre :
Le Seythe et le Breton, de leurs elimats sauvages
Par le bruit de ton norn guidés vers tes rivages
Jetant sur tes cités un regard de mépris,
'
Ne t'apercoivent plus dans tes propres débris
Et mesurant de l'ceil tes arches colossales, '
Tes ternpl~s, tes palais, tes portes triornphales,
Avec un r1re amer demandent vainement
Pour qui l'immensité d'un pareil monument 't
Si l'on attend ~u'ici quelque autre César passe,
Ou si l'ombre d un peuple occupe tant d'espace 't
Et tu soutrres sans honte un afTront si sanglant ?
Que dis-je ? tu souris au barbare insolent 1

~insi de suite : l'Italie préférant la suprématie artistique a
la l_1berté, ~terre ou les fils n'ont plus lesang de leursaleux»;
ma1s ce qm par-dessus tout blessa les Italiens, ce fut la fin :
Je vais chercher ailleurs (pardonne, ombre rornaine !)
Des hommes et non pas de la poussiére humaine l

Un Italien, napolitain réfugié a Florence, le colonel Pepe
releve l'insuJte, et, A l'occasion d'un article sur Pinterprétatio~
d'un vers de Dante dans l'épisode d'Ugolin, il lance/¡ Lamartine
des critiques qui équivalent a un véritable défi : « Le rimailleur
du Dernier chanl de Childe Haro/d s'elTorce, disait-il, de suppléer
a l'inspiration qui lui manque et /¡ des pensées dignes de son
su¡et par des fadaises qu'il débite contre l'ltalie, fadaises que
nous nommerions injures si, comme le dit Diomede (V. l'I/iade),
les coups des faibles el des laches pouvaienl jamais porler ... »
Un duel eut lieu et Lamartine fut blcssé, ou peut-etre se laissa
blesser._ 11 crut tout fini, mais malgré !'estime que lui valut
son ett1tude chevaleresque en cette affaire, l'opinion italienne
ne cessa pas de le poursuivre de reproches. Pres d'un siécle
écoulé ne l'a pas encore apaisée.

�91

RE\'UJ::: DES COURS ET COt'iFf:RENCES

LES JNFLUENCES ÉTRANGERES SUR LAJIARTINB

11 jouit largement de la vie /¡ Florence, il se ruine /¡ embellir
une villa, et dépensc quatrc fois son traitement pour recevoir
• touLe l'Europc en voyage ». L'arrivée d'un nouvel ambassadeur
le ramenc en Francc. Mais pendant tout ce temps-la, les littératures étrangéres n'ont pas cessé de vivre daos ses productions. En 1823, il publie La mor! de Socrate, oil daos une scéne
sublime, il fait annoncer par le philosophe le vrai Dieu :

les qualités de la race et la marque de 1~ nature ~e ~•martine
qui nous avaient lrappés dans les Prem,eres Méddalwns.
En 1825 paralt le Dtrnier chanl du Pélerinage d' Harold :
, Harold cst un jeune voyageur qui, lassé de bonne heure
des voluptés et de la vie, quilte sa Lerrc ratale, l'Argletcrre, et
pareourt le moLde en cbant.ant ce qu'il voit, ce qu'il sent _ou
ce qu'il pense ... » Lamartine veut imiter le _Pélerinage de Ch,lde
Harold et contiI uer l'a,uvre de Byron qm vient de couronner
par un~ mort sublime une vie plei1;1e de vicissitudes,_ en se faisant tuer a Missolon6hi, le 19 avril 1824, li trente--s,x ans. La
noblesse de cette mort touche Lamartine qui reprend le pot!me
oil Byron l'avait laissé, et • sous 1~ fiction transparente du nom
d'Haruld chante les dernieres actions ou les dernit!res pensées
de Lord Byron lui-meme, son passa~e en Grt!ce et sa mort. •
U v a des analogies certaines, avouées, entre l'reuvre de Lamarlin'e et le pot\te anglais dont il se fait volontairement le successeur,
en se proclamant l'inLerprt!te de celui qu'il appelle le plus grand
génie des temps modernes. Mais au fond Lamartine n'est pas
du tout Byronien ; ni ses idées, ni ses sentiments ne proct!dent
du gr, nd révolté que veut etre le poéLe anglais ; il tend vers
la douceur et c'est tout juste s'il ne convertit pas Byron au
moment
sa mort : Cbilde Harold n'est plus s0r d'avoir
choisi la bonne voie en suivant le satanisme : • Harold, tu
t'es trompé ... , C'est Lamartine que nous entendons la, en
vérité, ce n'est plus Byron. Et par la forme aussi, il reste tré•
loin du style byronien.
.
.
.
En 1830, par,issent les Harmomes qw sont encore des Méd,tations. Mais, pour 1e sujet qui nous intéresse, j 'insisterai davantage sur une a,uvre exhumée en 1873 seulement, une muvre
extraordinaire dont nous ne possédons que des lragments,
et un plan qu'en donne Lamartine dans sa lettre du 12
décembre 1823 : les V isions. 11 veut mettre en scene un homme
qui a le don de ne pas mourir, qui vit avec les hommes, condamné a mourir, a rcnaltre et a revivre jusqu'a l'expiation définitive d'une faute. Cet homme, qui existait avanL la créatwn
de la terre, était alors une maniere d'ange ; Lamartine, ~'il
avait achevt! ce poeme, luí aurait fait raconter dans un premier
chant toute la crt!ation. Apres le paradis terrestre, il est chargé
de la garde d'une filie d'Eve, dont il s'éprend. ll obtient de
Dieu de s'unir il elle, /¡ condiLion de devenir un ange déchu, et
de ne rejoindre Dieu dans le ciel qu'apres avoir été purifié par
plusieurs vies et plusieurs morts méritoires. 11 vit au moment
du déluge, au temps des Patriarehes, au temps des Propht!tes,

90

You:1 tou s, grands et pelits, race de Jupitcr, ·
Qui peuplcz, qui souillez les eaux, la terre et l'air 1
Eni;ore un peu de temps, et volre auguste foule
Roulant avec terreur de l'OJympc qui croulo
Fera place au Dieu Saint, unique, universel,
Le scul Oieu que j'adore et qui n'a point rl'autel l

Piece admirable, piéce éloquente, qui direcLement vient
de Platon, de ce Phédon qui charma l'enlance du poéte.
En octobre 1823, ce sont les Nouvel/es Méditalions: elles ont
un médiocre succés : « Si vous me demandez comment j'ai
réussi dans ma deuxiéme publication, écrit Lamartine le 29 décembre, je vous dirai tres mal. On s'acharne sur mes fautes
de grammaire, de langue, de sens commun, etc., etc., si bien
que je n'ose plus faire un vers. • Etrange vicissitude : aprés
l'éclatant succés des Premieres Méditalions, les Nouvelles Méditations n'obtiennent que des critiques. C'est que les Premieres
Méditations étaient les premieres, et les Nouvel/es Méditalions
les secondes, comme Lamartine le remarque luí-me.me : le
charme de la nouveauté avait disparu. Pour nolUI, au contraire, nous les aimons parce que nous y retrouvons une bonne
partie des premiéres; nous y reconnaissonsles memesinfluences
étrangéres. D'ailleurs il s'y rencontre un certain nombre de
pit\ces de jeunesse. Ce sont encare la Bible, avec les fra6'Ilents
de Saül, l'inlluence anglaise, l'inlluence italienne. Relisou
lschia, ou Trislesse :
Ramt'nez-moi, dü;ais-Je, au tortuné rivage
OU Naples rétiéchil dans u.ne mer d'a1.ur

Ses palais, ses coteaux, ses aslres saos nuago,
01) J'oranger fleuril sous un ciel toujours pur ...

.. La

sous les orangers, sous la vigne fieurie
Donl le pampre flexible au myrte se marie,
Et tresse sur Ja léte une vo0te de fleurs,
Au doux brult de la vague ou du venl qui murmure,
Seuls avee notre amour, seuls avec la nature,
La vie et la lumitlre auront plus de douceur ...

La vie et la douceur italiennes ont pénétré cette pit!ce. Mais
en meme temps, nous trouvons dans les Nouvel/es Miditalion,

de

�92

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

au temps des Martyrs, au temps des Solitaires, au temps de
la Chevalerie, a travers toutes les périodes de grande civilisation. Enfin l'Antéchrist arrive. Seul l'homme qui expie lui
résiste, il est vaincu, le glaive est déja levé sur lui, la terre
tremble, mais l' Antéchrist est foudroyé et le héros reste seul
sur la terre. Puis c'est le jugement dernier, Dieu apparatt, les
hommes sortent de leurs tombeaux, Eva se réveille, les deux
amants se présentent devant l'Eternel, ils sont réunis daos le
sein de Dieu, et les mondes sont finis. Poeme immense, qui
aurait fait entendre une note nouvelle dans l'épopée frangaise :
LamartiLe, en efTet, aurait rompu avec la tradition classique,
son épopée prend la forme mystique, comme Eloa et en méme
temps, la forme d'une histoire de l'humanité, comme la Légende
des siecles. Cette nouveauté essentielle est due sans doute a
des in/luences étrangéres, celle de Milton et celle de Dante.
On trouve d'ailleurs un titre analogue a celui de L. martine,
dans un poéte italien du xv111e siécle, les Visioni, par Varano.
Joce/yn, la Chute d'u11 Ange ne seront que des fragments de
cette immense épopée.
Lamartine échoue en 1824 a l 'Académie, devant un homme
inconnu, un certain M. Droz. Vexé, il refuse de recommencer
ses visites et de s'exposer a un second « souffiet académique ».
Il est, ma l6ré tout, élu a la premiére occasion, et succede a
M. Daru. Mais la tristesse est entrée de nouveau dans sa vie.
ll est fatigué, malade, ennuyé. « J'ai la mélancolie de la pre~iére jeunesse, et je n'ai plus cette vague espérance qui vous
a1de a la supporter, écrit-ilen 1827 a Virieu; je vis en fin comme
toi, je suis les tristes phases de l'existence qui vont toujours
en se rembrunissant ... » Des deuils l'ont frappé sans relilche.
Il avait un fils, né a Rome et baptisé a Saint-Pierre en 1821 ·
il l'emméne avec lui pendant son voyage en Angleterre; l'enfant
meurt au retour, et nous avons de Lamartine une Iettre pleine
de douleur. ll perd encare deux de ses sreurs en 1824, et cu 1829
sa_mére, cette femme exquise. Ces malheurs répétés I'ássombnssent et cett.e premiére période se clot sur de 12 tristeesc
aprés des jourB radieux.
'
Au mo~ent ou se _termine cette période de sa vie, enregistrons
cec, : tou¡ours les mfluences étrangéres l'assaillent ; il cst de
ce~x qui connaissent l'étranger autrement que par les livres,
pu,sque c'est a 'l'étranger qu'il vit. Il semble qu'un souIDe
étranger, aussi, doive animer les créations de son art ... Et pourtant so? reuvre reste fran~aise ; meme ses poésies qui ont trait
a l'Itahe ne sont pas vraiment « italiennes »; comme par une

LES INFLUENCES ÉTRANGERES SUR LAMARTINE

93

fatalité, celui de ses poémes qui e6t subi davantage, p~utetre, le prestige des gran des épopées étrangéres, reste machevé.
Une nouvelle période s'ouvre maintenant pour lui : nous
allons y retrouver ce meme rythme alterné. Ici se place, en
effet, son voyage en Orient: l'étranger, une fois de plus, entre
dans sa vie ; et sous un aspect saisissant.
L'Orient herceau de l'humanité, l'attire depuis longtemps;
des son enfance il revait d'un voyage en Palestine, et, avec les
' voyages de Byron et de Chateaubriand, le prestige ele cet
Orient mystérieux n'a cessé de grandir a ses yeux. D'autre
part, la Révolntion de 1830 l'a intéressé a la politique : ?n
bon citoyen, pense-t-il, ne peut rester neutre. 11 se sent att1ré
par l'action, il veut se moler plus intimement a la vie, et se présenter a la députation. C'est, entre autres raisons, afin de S&lt;l
préparer a son role de conducteur d'hommes qu'!l s'embarque
a Marseille pour l'Orient. Et.rango voyageur, qm va chercher
si loin le recueillement avant la lutte. Il part a vec sa femme,
des amis six domestiques : un train de grand seigneur et
d'ailleurs' sans argent. 11 touche a la Gréce, qu'il n'aime guere
et poursuit vers le Liban ; il est payé de ses peines en arrivant
a Beyrouth, qu'il trouve , beau, grandiose, pittoresque, gracieux, vert, original ,. Il y laisse sa femme et sa filie, et,_part
avec une escorte de vingt-cinq chevaux pour explorer l mtérieur du Liban. A son retour, il trouve sa fille mourante. 11
rentre alors tristement, désenchanté, et cependant ce voyage
fastueux et douloureux compte essentiellement dans sa vie.
ll n'est plus le meme homme ; il s'est pris d'une sympathie
. marquée pour !'Islam, il trouve la voix du muezzin supérieure
/¡ la cloche de nos cathédrales, il voit de plus haut les civilisations et les empires. ll se croit je ne sais que! instinct, quelle
divination, quelle prédestination II de gr&amp;ndes cho~~•· Faible_sse
des hommes illustres, il a rencontré une aventuriere qui lm a
prédit nne grande mission a remplir, et il croit a cette prophélie, car elle répond trop bien /J ses désirs secrets .
Le Voyage en Orient, publié en 18m,, porte la marque de
cette évolution intime, qui s'affirme déja dans une letlre 11
Virieu du 19 octobre 1834 : • ll laut sortir de France et des
coteries européennes pour voir le vrai en politique ; il laut
sortir de nos rhétoriques pour voir le vrai en poésie ; il laut
sortir du temps et s'élever au-dessus de tous les temps pour
voir le vrai en philosophie. L'horizon borné est toujours faux
et celui d'ou nous envisageons ces choses n'a jamais que le rayon

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..,.... de .... el - - le ,.,.., pi-■ . .
ear le dnpeau ....,. que fflll Nppcllt,a ••• j■- la&amp;
letov da Cllamp de llhn, trelD6 dul le arar a Jlftflt •
et• IS, et le dnpen trieokne • M le tov .. moade,
. . . le gh,ire et fe libetl6 de la patrie. •
......,.. la glolre, la d.U-on. La ncpo1Dp•11~rit4 dil
danlt. li vell\ feire funloia d• partir aur IOD - - . •
_.. tollt 11 _ . ; len da pNbireltill pour la
11 ......,.,..... 11 n'11btintcpe 17JJOO YoiK et
Wíil .,._ • cliPir milliem. So■ rOle p1Mt1.- 111 lllli.
IW-il...,. •
l'aatloa ... ~
de A penainlalll6, 4ur eetf.e tend- la . . . .
d'wll i1Mal 61ev6, eeUe 64 ps ..._, Ul 11!' le
-

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•

••• éW poar lui qa'un ferment ~ qui a
l 1' ·atft 1mcat 4'w utaie Ucollde e t ~
•IM t ella cime l vann lea vidaritadee de • ..,.•
. , _ dea prnli¡ec Je l'Orient, reste &amp;Wle ea a..,'.
Miz principer lnditiaruaalr de la -Nience '-9■iae.
lll~pov la tluJe « je ven 4-ir-l •, te11e )IOWftll
o Me¡peoli ... JJicc:.plM ,._ dwnitne ...._ de la 'ria
. C'• IUl triJ1e et heea 'VieiDerd qai hltf.e • • • 4li nFW ; il 4liit meiatenaat 6 mfllieu. T_:

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, - 191nerde l'arA'IDt,le plua, le plaviteporriblepoar
• qaoi - . , .. n 41crit, • galéñen de la p1._ ._"'

hiatoriqus : l'Hidoüw • 14 Tiuyuie, l'Huleüw • e
ft l'aatolüotraphie, de■ 1V111W ; U donne -.No• 1w

N-....,..,.

OriMl,et d• oavn,w
et.le Coun t-ilirllelilll, ..... Oe G1
t,,,,,i!fllt fww, 1111 rlrdi• , - -.u, je ae l'e ,.. ~,enW
' . . . . . . -ce&amp;t. ■o&amp;ee■ t.Me: ....•..._ . .,
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P de lllapcr... OeJa ert t le foia lleaa lli trilte car
ee lüear, il •'7 a pu d'unertume. , 0a lordraiteuJourd'bai
~ une 'Ponge, dit Luautme, qa•de heiae, 011 m&amp;me de fiel ea ~mWt 111r eueun nom
11B

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de

0ua1o---al&amp;lwllai•..................... .

magaiflqae.

Le lllltu, poa- _Je •e. el'tier 4e - IJIDPatlliea
l ~ ~ '°1que hPi avait doaa.! a&gt;.009 11ectaaw •
ea Aa.11--. Ba l8C9, il ve volr ce d-•• il Wllle mdlre en ezploitttion, maiail ne voave pude oapi-

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PP• • Son~ - O.e■• qa'il J'a m8ri, IIIIIÍI Je fOlld ea IIIIIU Je...._
• UIUpe da 4 man UM8 • une 4'Wptioa ,,._
.-1e l'Qlefflait d'•VCñP-■erv61--.m,,n•. . . .
qa'ea loi le■ qaaliWr da, , - - n'mml.._ , ~-~'lke&amp;: • Bh, qae failou- done, 11-■i u,
..,.,_ - •otia paya, ri ce n'elt II plu Hl:h •

•

C8tle YMliHe• donloare- et. .-.i.de, lea ~
IODt loujoan pÑlellt.er t eaprit. S&amp; e.á'lwit.tl
ff9il. Ba veat-on -.a aempJe ? Ba ISli6, Dfcbm

�96

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

passe a París ; Lamartine veut le voir et d!ne avec lui. Dans
le Cours familier de Litléralure les littératures étrangeres apparaissent tout le temps, a batons rompus, fut-ce au milieu d'un
fatras de toute espece; ce qu'il veut !aire, c'est l'inventaire
de !'esprit humaiu. II commence par l'Inde, puis c'est une digression historique sur M. de Lamartine et l'Italie en 1848,
des pages de voyage et un développement sur Alfieri, puis le
xvne siécle, Bossuet, le xv111e siécle, la Révolution ... Mais les
littératures étrangéres ne sont jamais longtemps sans appara!tre. Aucun pays du monde, ni l'Orient, ni l'Antiquité classique,
ni l' Allemagne, ni 1' ltalie, ni la littérature russe, ni la littérature américaine, n'est oublié. Ce n'est pas toujours tres solide ;
Lamartine parle souvent pour ne pas dire grand' chose ; il compare longuement Moliere et Skakespeare pour finir par conclure
qu'il n'y a rien de commun entre ces dewc talents. Mais cela
fait gagner quelques pages. II s'occupe ainsi, jusqu'a la fin de
sa vie, de l'étranger. Les jeunes, par son autorité, apprennent
a conna1tre des noms qu'ils n'auraient pas connus sans lui ;
et lui, dans la fréquentation des grandes ombres qui peuplent
son déclin, il trouve des ames dignes de lui. Mais, ici encore,
et pour la derniere fois, ce n'est pas l'étranger qui agit profondément sur lui, c'est lui, au contraire, qui interprete l'étranger
a sa fa~on, et qui le voit, un peu, a la fran~aise.
L. Guerrini, LamarUne, secrétaire de légalion. Revue de Paris, 15 octobre~
15 novembre 1915. - L. Farges, Lamarlineil Florence. Revue de Paris, 1900.
-Fortunato Rizzi 1 La lerradei morli.Dal duello di Gab~iele Pepe a una lellera
ignorala d{ G. Prctli. Rivista d'llalia, 15 janvier 1922. - C. Maréchal, Le
Véritable uoyage en Orient de Lamartine. Paris 1908, in-16. -C. Grillet, Le
Voyage er.. u,·ient de Lamarfine et la Marseillaise de la paix. Correspondant,
25 avril 1920. - Henry Cochin, Lamarline et la Flandre. Paris, Plon, 1912,
in-16. - Id. A Lamartine. Paris, Pion, 1919, in-16. - Id. Deua; documenls
lamartiniens inédits au musée de Dunkerque (BullCtin de l'Union Fauconnier
Du11kerque, tome XVIII, 1921). L. Barthou, Lamartine orateur. Pari~,
1-rachette, 1~16.- C. Latreille, Lamarline. Les années de détresseel d'héroisme.
Correspondant, tévrier 1919. - René de Planhol, Le grand reuvre du uieux
Lnmartine, Le cours familier de liltér(llure . .Minerve frani;aise, 1er et 15 ;uillet
1919. - P.-M:. Masson. Lanfarline (Académie fram;aise, prix d éloquence,
1910). Paris, Hachette, 1911. in-16.

Le Géranl :
POITIEr.S. -

FRANCK GAUTRON.

1
~iJC!É1'É FRANCAISE D Il1PBDl'.EBIE.

�</text>
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                <text>Revue des cours et conférences, inicia un 22 de diciembre de 1892, en París, Francia y termina el 30 de mayo de 1940, publicó quincenalmente 1030 números. Dirigida por Fortunat Strowski y editada por Boivin &amp; Cie.</text>
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            <text>https://www.codice.uanl.mx/RegistroBibliografico/InformacionBibliografica?from=BusquedaAvanzada&amp;bibId=1752044&amp;biblioteca=0&amp;fb=20000&amp;fm=6&amp;isbn=</text>
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              <text>Revue des cours et conférences, 1922, Año 24, No 1, Diciembre 15</text>
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              <text>Revue des cours et conférences, inicia un 22 de diciembre de 1892, en París, Francia y termina el 30 de mayo de 1940, publicó quincenalmente 1030 números. Dirigida por Fortunat Strowski y editada por Boivin &amp; Cie.</text>
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              <text>Strowski, Fortunat, 1866-1952, Director</text>
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              <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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      <name>Theories de l'induction et de l'Experimentation</name>
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