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                  <text>��I

8 ISLI OTECA CENTRAL
u. A.. ... '-

REVUE HISPANIQ_UE
Numéro 89
..i .:_

.

.

.
.

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"

1

FÉVRIER 1916

�REVUE HISPANIQlJE

�REVUE
HISPANIQUE
Recueil c0tisac1·é à l'élude des l1111gues, des littiratures et de l'histoire
des pays castilla11s, catalans el port11gais
DIRIGÉ

R.

PAR

FOULCHÉ-DELBOSC

TOME XXXVI
PARIS, PHILIPPE RENOUARD, IMPRIMEUR

NEW YORK
THE HISPANIC SOCIETY OF AMERICA
AUDUBON PARK, WEST 156

th

STREET

PARIS
LIBRAIRIE C. KLINCKSIECK,
1916

II , RUE DE LILLE

�LA CHAMBRE DES JUGES
DE L'HOTEL ET DE LA COUR
EN 1745

L'orgauisation judiciaire de l'Espagne au xvrne siècle présentait un plan d'ensemble d'une remarquable simplicité, et
d'une satisfaisante ordonnance. Les alcades, chefs des municipalités, remplissaient dans le territoire de leur commune le
rôle de nos maires et de nos juges de paix; les corrégidors et
alcades-rnayors possédaient dans leur district les attributions
de nos tribunaux de première instance; les chancelleries et les
Audiences représentaient à peu près exactement nos Cours
d'appel. Au sommet de la hiérarchie judiciaire, le Royal et
suprême Conseil de Castille constituait comme le cœur de la
monarchie. Toutes les requêtes adressées au roi par les sujets
passaient d'abord par le Conseil, toutes les décisions royales
étaient expédiées aux corps constitués et aux particuliers par
le Conseil. A côté du Conseil, un tribunal particulier avait la
haute main sur la police de Madrid et de sa banlieue et
exerçait dans le même ressort les fonctions d'une véritable
audience. Ce Tribunal, considéré comme une section du
Conseil, s'appelait la Chambre des Juges de l'Hôtel et de la
Cour. (Sala de alcaldes de Casa y Corte.)
La Chambre remonte à l'époque des Rois catholiques, qui
avaient auprès d'eux quatre juges de Cour (alcaldes de Corte)
Re1•11e Hispanique. P

�2

G. DESDEVlSES

nu

IJEZERT
J.A CHAMBRE DES JUGES

pour assurer la police de leur résidence 1• Le nombre en fut
porté à six par Philippe II 2 , et le tribunal reçut de Philippe V
en 171 s son organisation définitive 3.
La Chambre 4 siégeait à Madrid, dans un hôtel de style
sévère, bâti en 1634 par !'Italien Crescenti s. Elle était présidée
par un ConseilJer de Castille et se composait de douze juges 6,

r. Rafael Altamira y Crevea. - Histo1·ia de Es/)afia y de la Civilizaciôll
1900-191 I. 4 1·01. in-8, t. II, p. 456.
2. Novisima Recopilacion de las leyes de Espaila. Madrid, 1805. 5 vol.
m-r 0. Lib. lV, tit. xxvn. Ley 2. - 12 déc. 1583.
J. Id. ibid. -- IV. xxvu, 3. - 22 juin 1715.
4. Nous désignerons le Tribunal sous cette forme abrégée, quoiqu'elle
prête à quoique confusion a1•ec une institution toute différente: la Chambre
de Castille. Comme il ne sera guère question dans cette étude que de la
Sala de AlcaltÜs, l'inconvénient sera pres4ue complètement négligeable.
5. Cet édifice, situé sur la plazuela de la Provi11cia sert aujourd'hui au
Ministère des Affaires étrangères.
6. En 1743, la composition du Tribunal était la sui1·ante :
Gou1·erneur. - Gabriel de Roxas y Loyola, du Conseil suprême
de Castille, assesseur des Gardes du Corps du Roi et de l'infanterie, du tribunal royal de la maison de la Reine, et de la som;!lelleric
du Corps.
es_/Jaiiola. Barcelona,

Juges. - Antonio Diaz Roman, chevalier de Saint-Jacques, doyen.
Pedro de Castilla, chernlier de Saint-Jacques.
Antonio Joseph de Biezma, che,,alier de Saint-Jacques.
Josef Moreno Hurtado.
Joseph Cisneros.
Andres de Valcarcel Dato.
Manuel de Mootoya.
Josef-Maria de Nava y Carnero, chevalier de Calatrava.
Felipe Joseph Valero.
Juan Antonio de Albala Ynigo.
Pedro Benitez Cantos.
Un siège vacant.
Fiscal. - Salvador Felipe Bermeo y Arce, fiscal de Valdios, avec
les honneurs et l'expectatil-e de la place de fi~cal au Conseil de Castille. - Arch. hist. nac. 1421•.

3

nommés et appointés par le roi', un procureur (fiscal), quatre
greffiers de la Chambre de CastiUe, trois rapport~urs, un agent
fiscal un avocat et un procureur des pauvres; dix. greffier~ de
la pr~vince de ::\fadrid et vingt-quatre huissiers compl~ta~ent
le personnel, quarante sergents (algu~ziles ~e ~ort~) pretaient
main forte au Tribunal et assuraient 1execut1on de ses
sentences.
_
Le gouverneur de la Chambre jouissait, comme Conseiller
&lt;le Cas.tille, d'un traitement de 44 1000 réaux 2 , chacun des
r. A leur entrée en charge, les Juges de Cour étaient tenus cle ~ayer
un très grand nombre de gratifications : 4 doublo?s aux pages _des J~gcs
(le gou,erneur de la Chambre prélevait un droit sur cette libéral'.té),
1 doublon à leurs laquais, 2 réaux. de a oclw (pièces d'argent valant 16 reaux
vello11 ou 4 francs de notre monnaie) aux laquais du gou...-erneur, 2 doublons' aux cochers des juges, 2 doublons aux. portiers de la Chambre de
Castille détachés à la Chambre des juges, 4 doublons aux pages du pré~isident du Conseil, 2 doublons au.,c portiers de la Cha1:nbre d~ ~onseil,
i doublon :1 l'huissier du président, 1 doublon aux laquais et huissiers du
président, 1 doublon pour les serviteurs de cha~ue membre de la Chambre
de Castille 2 réaux de J. odw pour Jeurs laquais et leurs cochers, I doublon pour ie page du secrétaire de justice, 1 doublon et 2 réaux de à oclw
pour le cocher et le laquai· dudit secrétaire, 4 doublons pou_r les cochers
des Conseillers, 4 doublons pour leurs pages, 2 réaux de a odzo p~ur le
garçon de salle du Conseil, 6 doublons au président de la Confréne de
Xotre-Dame des Sept Douleurs, des Alguazils de Cour, z doublons à la
Garde du Corps, 2 doublons à la Gai·de espngnole, 2 réaux de a oclio à chacune des cinq portes du Palais, un doublo11 aux huissiers de la Chambre.
un doublon au portier des bureaux, 2 draps pour l'infirmerie des pauvres
de la prison royale de Madrid, une corbeille (de sucreries?) au secrétaire
administratif du Consi:il, en raison de la prestation de serment, une corbeille au gouverneur c!e la Chambre. - C'était là ce qui se pratiquait au
bon \·ieux temps, en r7O3, mais depuis lors, et bien longtemps avant la
présente année de 1 ;44, il s'est fait de grands changements et l'on ne paie
plus aujourd'hui d'aussi nO!Tlbreuses gratifications. - Arch. hist. nac. r.122•.
J1emorùi de los gasros 'lue tie11e11 /()s S•• _lf,;a/,tes para mtrar ci servir sus

pl1zas. - 1744.
?.

Nov. Rec.

I,, 11,

14.

�4

G. DESDEVISES DU DEZ!&lt;:RT

juges touchait 30,000 réaux, recevait gratuitement les bulles
de la Sainte Croisade', une rame de papier, un almanach et
quatre livres de cire à Noël, quatre livres de cire à Pâques ou
à la Saint-Jean 2 •

La Chambre avait des attributions civiles et criminelles
certains juges étaient désignés pour s'occuper exclusivemen{
des premières, certains autres pour connaître des secondes et
de tout ce qui concernait la police des marchés i.
L'autorité de la Chambre s'étendait sur Madrid et sur sa
banlieue, dans un rayon de cinq lieues autour de la ville f.
Comme dans tous les ttibunaux espagnols, les affaires se
I. Impôt particuliei· il l'Espagne. Pour sub\·enir aux frais de la guerre
contre le Turc (1509), Jules II m·ait autorisé Ferdinand-le-Catholfque à
mettr~ en vente chaque année des bulles d'indulgence et des dispenses.
de m~1gre. La ~oncession était renouvelée tous les six ans. Elle ne devint
perpetuelle qu en 1757. Canga Argüelles. Diccionario de la fiacie.nda.
Londres, 1826. 2 vol. in-4 ° a,ec supp.

2. Avant 1715, les traitements des juges de Cour consistaient en
16,000 _réaux, payés sur les fonds des Conseils - trois gratifications de
1250 reaux chacune, payables aux fêtes de S 1 Isidore, S' Jean et S'• Anne
- une gratification annuelle de 1540 réaux pour la cire des torches et les
rnnd_es de police - une gratification de 8 doublons de deux écus d'or pour
le.s cierges de la Chandeleur - 3,500 réaux pour indemnité de logement
(casa de aposento) - 8 réaux par semaine pour l'assistance aux visites du
C~nseil - 10_ livres de sucre, deux caisses de htrron (pâte d'amandes et de~:nel), deux dindons et quatre chapons à Noël - 40 livres de sucre, deux
Jambons et deux poulets à Pâques - 40 lin-es de sucre à la Pentecôte et
le ~ontant des ~mendes des contumaces. En outre, les six juges les plus
anciens _Percevrue~t 30,000 maran~dis sur les amendes de la Chambre pour
les audiences c1v1les, et 40,000 marm·édis payés par la ville &lt;le Maddd,
pour la taxation des loyers - 100 réaux de gratification à Noël, sur les.
fonds d~ la Chambre - 300 réaux à la Fête-Dieu, donnés par la ville. _
Arch. h1st. nac. 142r•. - Memoria de los gages?' emolumentos qzte go::an !o~
.se• alcaldes por sus pla::as.
. 3. Nov. Rec. IV. XXVII. 2. - 12 déc. 1583.
4- Le ressort fut étendu à IO lieues par la résolution royale du
28 juillet 1792.

LA CHAMBRE DES JUGES

5

jugeaient sur rapports et non sur plaidoiries; de là l'extension
extraordinaire donnée au personnel des bureaux.
Le service des greffes était fait par quatre greffiers criminels
de la Chambre de Castille I et dix greffiers de la province de
Madrid 2 ; comme ils ne pouvaient suffire à leur tâche, le. roi
les autorisa à prendre dans leurs bureaux jusqu'à six notaues
royaux (escribanos reales) à titre d'auxiliaires (escribanos
.ojiciales de la Sala), ce qui eût donné un total dé 84 employés
pour les quatorze greffiers. Philippe V voulut en réduire le
11ombre ·à r8, et leur assigna un traitement fL~e de 3,000 réaux 3,
mais ses prescriptions ne furent pas observées~ le nombre des
employés des bureaux de la Chambre resta toujours beaucoup
plus considérable4. Ce1tains greffes avaient été aliénés par le
roi et constituaient des propriétés particulières, susceptibles
d'être cédées et même données à bail 1.
Les trois rapporteurs de la Chambre étaient nommés par le
roi et touchaient r 5,000 réaux par an. Ils exposaient devant
les magistrats les causes les plus importantes. Ils ne pouvaient
percevoir aucun droit sur les parties, lorsque l'affair~ leur avait
été remise d'office; il n'en était pas de même quand 1a cause
leur avait été con.fiée par un particulier, ou était soumise à la
Chambre par le Roi 6•
Chaque année, le collège des avocats de Madrid désignait
six avocats d'office pour défendre devant la Chambre les prisonniers pauvres 7.
Les huissiers (Porteros de vara) étaient chargés de la police
des audiences, de la signification des ajournements et des
xxvn, 3. - 22 juin 17l5.
2. Id. ibid. IV, xx1x, 4. - 30 juillet 1nr.
3. Id. ibid. IV, xxx, 3. - 30 août 17-1-3 .
4. Id. ibid. VII, 1..-v, 32. - 29 avril 1783 .
5. Résolution royale du 21 mars 1749.
6. Nov. Rec. IV, xxvII, r5. - 28 nov. 1771.
7. Id. ibid. IV, xxvn, rs, in.fine.
r. Nov. Rec. IV,

�6

G. JlESUE\'ISF.S DU DJ-:ZEHT

comm1 s1ons que leur confiaient les juges ou fe gouverneur.
Ils touchaient 5 réa1L"C par jour et 4 réaux par chaque pièce de·
procédure qu'ils signifiaient aux parties 1•
L'alguazil-mayor était le chef de la police madrilène, il
touchait un traitement de 5,500 réaux et perce,·ait en outre
quelques rede,·ances sur les boucheries et les marchandes de
légumes. Les quarante alguazils qu'il avait sous se ordres
jouissaient, comme les greffiers auxiliaires, d'un traitement
annuel de 3,300 réaux. Vêtus à l'antique espagnole : chausses,
pourpoint et manteau noirs, le cou emprisonné dan~ la collerette empesée (golilla), la tête coiffée d'un feutre' à plumes,
ils portaient à découvert la canne à pomme d'ivoire (vara),
insigne de leur autorité, accompagnaient les magistrats dans
leurs F&gt;ndes et leurs courses à travers Madrid, et parcouraient
sans cesse les rues de la ville pour y maintenir le bon ordre et
la décence, Yeiller à la police exacte des marchés, arrêter les
malfaiteurs, ,·erbaliser contre les délinquants et les mauvaises
têtes, empêcher les combats à coups de pierres, divertissement
favori de la populace.
Dans un grand nombre de ca, les alguazils touchaient des
droits fixes ou proportionnels déterminés par un tarif 2. Comme
tous les gens de justice, ils aYaient tendance à g-rossir les
frais et la loi grondait très fort contre tous ceux qui avaient
la main lourde, sans pouvoir, bien entendu, é,·iter tous les
abus i.
Cependant, il fallait pour être nommé alguazil présenter
d'assez sérieuses garanties de moralité, produire un certificat
de bonne vie et mœurs, n'exercer aucun commerce public ni
clandestin, posséder un capital d'au moins 4,000 ducats 4 et
Id.
2. Id.
3. Id.
4. Id.
I.

ibid.
ibid.
ibid.
ibid.

IV, xxx, 3. - 30 aoOt
IV, .xxx, 16.
IV, xxx, 13, q, 15.
IV, XXX, 3.

LA CHA~IBRE Dl!S JUGES

.
ersonne toutes les obligations de sa
s'astreindre à remp1tr en Pu déléroer à d'autres 1. Le roi avait
charge, sans les a~ermer o
bt:t l' la vénalité des charges
fait ce qu'il avait pu ?our a o i~lètement réussi 2 • .Malgré
d'alguazil et il n'y avait pas ;~mues ridicules, la police de
d'incontestables lacunes et q q
· ée La vara
. , ,
sablement orgams .
Madrid semble av01r ete ?as 1 Chambre surveillait avec
était généralement respectee et a
t 3
é ·é "té la conduite de ses agen s .
la plus grande s ' n .
f é . placée sous le vocable
Les alguazils formaient une con r ne, é .dée par un Grand
é
t dé~ende Totre-Dame-des-Sept-Douleurs, et pr s1
~ (llermano mayor), ~m.• a d m1ms
· · t rait le tr sor e
l'
Frère
&lt;lait les intérêts de l'asso:::1at1l~·Hn4:t l t de la Cour exerçait à
oe e
b d 1· uges de
La Cham re es
.
1 . ·a· f on chile et criminelle.
Madrid et dans sa banlieue a )Uri ic , . .
Tribunal du
En principe, les causes civiles ressort1ssa1~n: ~: Chambre de
Corrégidor et de ses lieutenants, avec appe
è "fie'n·eurs à
.
C t'll
our les proc s m
Province du Conseil de as l e p
Ch 'b e des Quinze
' ux) ou à la
am r
I ,ooo ducats ( I I ,ooo re~ . , •
érieur Mais une pragmaCents pour les procès d'un l~teret s.~p
~rrégidor certaines
tique d~ ~hilippe III avait e~e~a ~:ambre. Cinq juges se
causes c1nles pour les donner.
da la soirée les mardis,
réunissaient trois fois la se~aine, .ts·t ce que Î·on appelait
jeudis et samedis, ~our les Juger ; c ta1
l'audience de provmce 1•
1.

Id. ibid. IV, x:u, 5 et 9•

Rësolution royale du 21 mars 1749.

utrer !0111,zr conoci:\rch h.ist. nac. q.z 2 •. J',iforme de la S,1la Sl)bre q
l
,
3. •
·
d.
,ztra Andres de Aret, tl'gUllCI
miento el Omst/o sc,bre u111? ct1usa (or11uz_;i
d. l Sala a q11ie1us mcontro
de Corte ;· Jfirutl de Nav,zs, escrib.mo l?J,c,
e a
,
( I 2 ) ,,ail l Id'
Antonio Pmeda ln n,;clu del dia ultimo de febrero
7:
é
t a ca e
.
veci11a de esta Corte. lis furent cor: amn s,
lnndtJ en la cas,, de josefa Prato, .
.
d s présides d'Afrique.
an.- de detent1on dans un e
tous 1es. deu~•'• à quatre
•
-4. Xo,·. Rec. IV, xxx, 18.
2.

.:J

n

lj4J.

7

5• Nov. Rec. IV, xxvm, 5-

�8

G. DESDEVISES DU DEZERT

La grande affaire du Trib 1 , .
. .
Chambre jugeait t
1
~na eta1t la Justice criminelle. La
. ous es cnmes ou délits commis à ~I d .d
ou da ns sa banlieue L
t
,, .
• a n
avait été rendue
. a. se~ ence n eta1t Yalable que si elle
par trois Juaes au moins t
Aucuni:: sentence capitale n'é~t ·t ·é
. , e sept au plus~.
- C
a1 ex cutoue sans l'o d d
ro1 J. haque semaine la Ch b , . .
r re u
des ca
d
,
am re eta1 t mfom1ée de l'état
uses pen antes a t .b
elle avisait elle-même' ul rC1 unal_ &lt;lu Corrégidor de Madrid;;
e onse1! de la ·t
•
·
donnée à toutes les affia·
sw e quelle avait
Jres en cours 1
Enfin, la Chambre p s éd · 1 1 •
la ville, renseignait le Coosns ~lit a 1aute main sur la police de
e1 sur tout ce q ·
•
la capitale veillait à la é . é
UI se passait dans
ordre de t~utes les cér;mcur_1t pers?nnelle du roi et au bon
prenaient fort au sérieu.· o~::/ubli~ue~. Les juges ~le Cour
convenaient à leur tem éra
attnb~t1~ns de police, qui
et leur assuraient plein ppo ~ent alutonta11e et oupçonneux
.
.
uvoir sur e peuple 'I.T 1
.
sait Illleux :\Iadrid , .
· _,u ne connais.
· •
qu un Juge de Cour et les Ar 1·
h"
nques nationales d'E
cuves istospagne possèdent à ce · t d
.
documents, qui permettent de suivre
UJe_ e curieux
Chambre dans toutes 1
.
les magistrats de la
et de se rendre ain i tre'es circonstances de leur vie publique
.
s exactemenr com t d 1
•
non11e de la ,ille à la da t e prec1se
, . de
P e e a phys101744
Le document le plus complet a our ti;e .
« sur l'exercice de la !.
.J:&gt;
• « Remarques
« Cour 6. » L'auteur
c l~~g~ de Juge de i'Ilôtel et de la
a gar e 1anonyme, mais nous apprend
l.
2.

Arch. hi t. nac. qzo•. •ldveru,u:ias. Cap. 28
Nov. Ri:c. IV, X.'l'.VII, 4 _
: Tmimte de Villa.

3· D,écret royal du 26 nov. 1720 _
4. O\'. Rec. IV, :uvn, 13. - 30 aoOt 1743
5. Auto acordado de la Sal,i p!enn 5 août 178.
6. Arch. hist. nac. q20•. Adver;mcias -A
9·
..
alcalde de Casa.y Corte
l'ara el exercicio dt la j&gt;la=a dr
, ~gun est,m en un li/Jro QJl/'
d. l
9~• cita el S• itfatlzeu far a11otacio,us del St Ela=a ,guo e a Sala, que t.î el
gmales con qut: se l1alla hasta I ,.
rraga, cvn las 11,1/as mar'
t rres,mte aflo de I74:J- • L e manu ·crit porte
À

LA (.HA:\IBRE DES JUGES

q

qu'il était juge à la Chambre et qu'il a rédigé ces notes pour
mieux se gouYemer et savoir, au besoin, comment agir.
~ous avons donc là un document personnel (wza prevencio11
caseraj, un aide-mémoire sans prétention, dû à un homme
de grande expérience, très attaché au corps dont il faisait
partie; nous ne pouvons souhaiter meilleur guide pour nous
faire pénétrer dans l'intimité de la Chambre des juges et de
la Cour.
Dès le premier chapitre, intitulé : l'ordinaire de chaque
jour, l'auteur nous enseigne qu'il est bon d'aniver au Palais
un peu avant l'heure; on entre dans la salle, on prend langue,
on s'informe de ce qu'il y a de nouveau. On demande la liste
des arrestations du jour J,récédent pour préparer le rapport
au Con eil. Chaque jour, un juge est désigné pour assister aux
marchés; s'il n'a pas eu beaucoup à faire, il peut venir aussi au
Palais et il ajoutera au rapport sur les arrestations son rapport
sur le marché. Le juge qui avait été désigné pour la ronde de
nuit doit remettre son certificat de ronde au procureur de la
Chambre.
Les jours d'audience, on commence par l'audience publique.
Les jours où le Tribunal ne siège pas, les magistrats visitent
les préYenus récemment arrêtés : après la visite, on juge
sommairement les petites causes, on prend jour pour les
il la dernière page la note suirnntc : c Estas advcrtcncias hizo un alcalde
&lt; desocupado aci:rca de cumplir con la obligacion de su oficio, y las
" emcndara quien las bien:, pues qualquiera conocera mejor lo que en
c cada pumo se deve hacer, que t\Sto era una prevencion casera, para
c podcr mcjor i:;obernarse y no mas, y asi se puedcn }' deven disirnular y
c pcrdonar las Caltas de este pape!. &gt;
Les Archives historiques nationales possèdent encore deux. autres
séries de documents relatifs à la Chambre : r.p1• et 1422•. Xotici,1s th
mrios papelt:s e:ristmle, m el A rchil-&lt;J de la 11/a de Alcaltks y otras .-ztri"sas
Jrl mis11w Tri6u11,il. Xou complèterons à. l'aide de ces notices les rem;eigncments fournis par le manuscrit 1420•.

�10

G. ll!cSl}IffJSES DU DEZfü•IT
LA CHAMBRF. DES Jl;GI-.S

autre , on assiste à la messe, puis chacun se retire chez soi,
« soit en YOiture, soit à cheval, suivant son rang d'ancien« neté &gt;~.
L'année espagnole comporte trois Pâques : Xoël, Pâques et
Pentecôte; à chacune de ces fêtes a lieu une ,isite générale
de' prisons par les membres du Conseil de Castille•, la plus
solennelle est celle de Xoël. Tout d'abord, la Chambre lit les
pétitions de nou\'el an que lui adressent les détenus (Petido11es
de aguinaldo). Elle lève les peines de bannissement qu'elle a
le droit de lever, moyennant paiement d'une amende en
ar«ent au profit des œuvres pics ; puis le Doyen de la
Chambre 2 se rend au Conseil de Castille, assiste à la messe et
déjeune avec le Président. Le Conseil se forme en corps et ,·a
faire la \isite des prisons de la Ville, la Chambre l'accompagne
jusqu'à la porte et e retire, pour ne gêner en rien son inspection. Le Lundi ou le Mardi saint, le Conseiller de Castille le
plus récent et le juge de Cour le plus ancien vont inspecter la
prison pour dettes. Il arrive quelquefois que le Corrégidor
assiste à la visite des prisons et se fait conduire en Yoiture
avec deux co::bers sur le siège. C'est un abus qui ne saurait
être toléré; là où se trouYe le Président de Castille, il n'y a
que Su l!ustrisima qui ait droit à deux cochers. Il faut donc
aYertir le Corrégidor de on erreur et lui faire affront public
s'il persiste dans sa prétention ,.
.
En dehors des visites solennelles des trois fêtes de Pâques,
le Conseil délègue tous les samedis detL""t &lt;le ses membres pour
inspecter la prison 4, il avise la Chambre de l'heure à laquelle
aura lieu la visite; deux juges de Cour accompagnent les
I.

Cap.

2.

Conseillers. Le Conseiller président prie le juge qui a la list~
dec; prisonniers de la lui lire, et un huissier de la Chambre, qui
- si la liste' des prisonniers, déclare SI· l'on ~eut ou non
a au
.
vbiter tel ou tel prévenu'· Les juges de Co~r doivent ~vert1r
le:, Conseillers de tout ce qu'ils savent au SUJCt des ~ré,e~u:;
reprendre les rapporteurs lorsqu'ils se tromp~nt_ et veiller a·en
que ces inspections ne soient pas pour les hmss1ers un moy
·
sous prétexte de
&lt;l'extorquer de 1,argent aux pnsonmers,
_ les
.
L'
•
t'
finie
les
magistrats
recommander aux Juges.
mspec 10n
,.
,
.
pas~ent à la Chambre du Conseil où ~ne col_lat1on d oubli.es _e~
de gaufre::,. leur est sen·ie. Quelquefois on a1oute ~u rafra1ch1s
sement une livre de bonbons pour chaque Cons~iller.
ou
Chaque semaine un des J·uges dela Chambre do1tallerune
1
•
deux ' fois aux abattoirs et aux marchés 3, pour voir
con1m.ent
. , d es d e nrées
tout se passe, vérifier la bonne qua1~te
. et faire
de
repeser devant lui quelques marchandises. Tous les Jours, e~
fort bonne heure, il doit être à la Plaza ;\fayor, et surveiller
le pesage des viandes à la boucherie. Les ~audes sont nombreuses il y a bien souvent entente à ce su1et entre les vendeuses' les ·alguazils et les greffiers. Si le juge note quelque
contra~ention, il fait dresser procès-verbal au délinqua~t et en
avist: le Conseil. Les jours de marché au poisso~, le JUg~ va
droit au Poids royal, fait mettre de côté le poisson n_e~essaire à la consommation du Palais et des personnes pnvllégiées et répartit le reste entre les poissonnièr~s : _à chacune
suivant l'importance de sa clientèle. On devrait fai:e pro~lamer toutes les semaines qu'il est interdit aux alguazi!s de mm
recevoir des marchandes de poisson, on devrait pumr sévère-

Visitas &lt;IL Pa,ct1t1s.

Le Doyen est le membre le . plus ancien de la Chambre. Il n'&lt;·st
point ici question du Gouverneur, qui, étant Conseiller de Ca~tille, ~iège
a,·cc ses collègues.
3. CasHt;arle con demostracion public,1.
4. Cap. 3. Visitas ordinarias.
2.

l J

r. L'huissier dit, à chaque nom : Visilnse ou No st visita. Il para'.t ~ien
qu'il y aYait quelque incom·énient dans cette pratique, qui ~crmettart a un
subalterne de soustraire qui il voulait au contrôle des magistrats.
2. Rej,·esco dt ta61ill11s 1· suplicncionts.
3 Cap. 4. Plazas, raslro i rtj&gt;tsos.

�12

1.
t·

G. DESDEVISES DU DEZERT

ment les délinquants, mais que de choses devrait-on faire
,
....
L
,
qu on ne 1a1t pas! es marchands de volailles ne sont pas à
surveiller de moins près que les poissonnières; il faut vérifier
si chaque marchand apporte bien au marché le nombre d'œufs
que la loi l'oblige à fournir, il faut assurer l'approvisionnement
du Palais et des personnes privilégiées. En principe, les campagnards des environs de Madrid ont le droit de vendre euxmêmes leurs denrées sur la Plaza Mayor, mais les revendeurs
sont si rusés et si malhonnêtes que les paysans sont obligés
de renoncer à leur droit. Si le juge de semaine trouve des
marchandises avariées, il les confisque au profit des pauvres
de la prison, ou les fait enterrer. II a juridiction exclusive sur
tous les marchés ', les procès intentés par lui sont jugés par la
Chambre.
·
Toutes les nuits ont lieu deux rondes de police l: l'une
dirigée par un juge de Cour, désigné à tour de rôle, Ja
seconde conduite par un employé de la Chambre. Il faut bien
prendre garde à ne pas marcher tous ensemble; il est bon, au
contraire, de répartir son monde en plusieurs patrouilles, pour
que les malfaiteurs qui entendent de loin venir la ronde
n'échappent à une patrouille que pour retomber sur une
autre. On visitera soigneusement les tavernes et les maisons
meublées (Posadas secretas). On n'entrera chez les filles
publiques (tusonas) et autres personnes de cette sorte que s'il
se passe chez elles quelque chose d'extraordinaire. On surveillera particulièrement les tripots, on prendra le nom des tenanciers et on les fera payer pour tous. On fera des rondes très
exactes au Prado et dans le parc du Retiro, surtout pendant
r. A.rch. hist. nac. 1421•. - 1740. D . Juan de :\firanda y Gesta membre
de l'Ayuntamiento de Madrid, avait prétendu donner à l'h~issicr de
l'Ayuntamiento un droit de contrôle sur les marchés· le Conseil de Cas·
tille déclara abusive cette prétention et maintint les c(roils de la Chambre
dans toute leur étendue.
2. Cap. 5. Rondas.

LA CHAMBRE DES JUGES

13

les nuits d'été où les scandales sont plus à craindre. Il peut
arriver que des délits soient commis autour du_ P~la_is, _ou dans
le Palais même: il faut alors se rappeler que la JUnd1ct10n de la
Chambre cesse à l'escalier 1 ; à pa1tir de la première marche, la
police du Palais appartient à la Garde Ro!ale. ~ertains_ individus viennent rôder aux abords du palais et s enhardissent
jusqu'à faire des signes aux dames; dès la seconde tentative,
on n'hésitera pas à faire arrêter ces malavisés.
.
La Chambre assure la police de toutes les processions 2
auxquelles elle assiste; ni le Clergé, ni la Ville n'ont en face
d'elle la moindre autorité. La procession doit être formée et le
dais prêt à marcher lorsque le roi arrive. La Chambre s'avance
en tête du Conseil. Le doyen se mêle de temps en temps à
ceux du Conseil il n'en a pas positivement le drojt et la plu'
.
part des conseillers voient cette entreprise de fort mauvais
œil, mais Je Président laisse faire : on peut donc user de cette
tolérance , mais avec discrétion; il ne faudra pas
. que le doyen
reste tout le temps en arrière, mêlé aux conseillers; de temps
à autre, il devra rejoindre ceux de sa Compagnie. Les querelles
de préséance sont fréquentes et toujours très graves, surtout
avec le majordome de semaine, enclin à prétendre à des honneurs qui ne lui sont pas dûs 3.
r. Arch. hist. nac. 1.pr•. En 1737 è ut lieu un vol d'argenterie dans les
cuisines du Palais et dans des locaux dépendant de la maison de la reine
et du prince des Asturies. La Chambre se dëclaracompétente, mais quand
elle voulut instruirn l'affaire et interroger les seryi.teurs du Palais, le Grand
Majordome prétendit que la Chambre devait lui adresser une supplique
pour enquêter à l'interieur du Palais. La Chambre en référa au président
du Conseil, qui porta l'affaire au Roi. S. M. décida que la Chambre devrait
écrire au Grand Majordome sous forme de supplique, toutes les fois que
la lettre n'était pas écrite au nom de la Chambre entière, mais non quand
il s'agissait d'un acte juridique, pour lequel la Chambre ne relevait en rien
du Grand Majordome.
2. Cap. 6. Procesioues.
3. Arch. hist. nac. 1.1-22•. Après l'incendie de !'Alcazar (1735), le

�1+

G. DESDEVISES DU DEZERT

Les processions de la Semaine Sainte I comptent parmi les
plus importantes de l'année. Dès le commencement du carême
on avertit les majordomes des confréries que la police de leur~
associations leur est confiée et que c'est à eux d'y maintenir
l'ordre. Le Mercredi saint, a lieu la procession du Carmen : la
Chambre tout entière y assiste et se rend à la Chapelle du Cou:ent, où toute la compagnie s'assied. Le doyen fait signe au
Juge le plus nouveau, qui fait sortir les pasos et les fait mettre
en l!~e, puis vien?ent les :onfréries, les religieux, le sépulcre
et 1 unage du Chnst. Les Juges suivent la procession isolés,
acc~mpagnés chacun de six ou huit alguazils, le doyen marche
dernère le cortège, accompagné d'alguazilsà droite et à gauche.
La _Pr?cession doit arriver devant le Palais vers quatre heures,
mais 11 ne faut pas oublier que les religieuses carméfües
déchaussées ont droit à voir tous les pasos, qui défilent dans Ja
chapelle du Couvent 2 • Les nonnes tiennent énormément à leur
privilège. II arriva une année que les entrepreneurs avaient
fait construire un paso si grand qu'il ne put passer sous la
p_orte du C?uvent : la Chambre envoya demander à la Supén;ure Ade b1_en vouloir, pour cette ~ois, permettre que le paso
n entrat pomt dans la chapelle. La religieuse se réclama du
~rivilège d~ son ordre, et il fallut scier l'aile d'un ange placé à
1 un des coms du groupe, pour qu'H pût franchir la porte. La
Chambre recommanda à la corporation de laisser l'aile de l'ange
Granq Majordome publia un a,·is indiquant où l'on déposerait les peintui·es
proYenant du Palai~. Il demanda à être accompagné par quatre juges de
Cour, ce que le roi accorda &lt; pour une cause si juste et si intimement
« associée à sa maison royale. &gt;
Id._ ibid. :-- Le Gr~n~ Majordome prétendait que les juges de Cour
devaient lui rendre v1s1te en robe, avec leur mortier et leur canne de
commanden:ent. Le roi décid~ que _la Chambre dernit au Grand :Majordome les memes honneur~ qu au president de Castille.
I. Cap. 7- Procesio1us de Semana sauta.
2. Arch. hist. nac. q21•.

LA CHAMBRE DES JUGES

15

mobile, afin qu'il fût possible, une autre année, de l'enlever au
moment d'entrer au Carmen.
Les trois nuits de Ténèbres' sont fort animées à Madrid,
les juges de Cour doivent se multiplier pour maintenir le bon
ordre et la décence par toute la ville. Les peintres pro?tent de
l'affluence des visiteurs pour exposer leurs tableaux a la vue
du public et l'on voit alors la foule s'attr_o~per_ pour re~ard~r
des scènP.s tirées de la Fable ou des nud1tes : 11 faut prevemr
les peintres qu'en saint temps de C~:ême les su}ets pieux_doivent
être seuls exposés. C'est chose dehcate de faire la pohce dans
les éo-lises :' si quelque délit s'y .commet, il faut s'ananger pour
faire ~ortir sans bruit le coupable; si l'on arrête quelque femme,
il faut la mettre à l'amende. Des conflits sont toujours possibles avec le Corrégidor. Si, par hasard, un juge de Cour entre
dans une église où se trouve déjà le C~~régi?,or, il ira 1~ sal~er,
et le Corrégidor devra se retirer auss1tot: sil ne le fait ~01nt,
le juge de Cour fera une courte prière, sortira s~ns mot dir~ et
en verra ensuite le greffier de la Chambre prévenu le Corrégidor
qu'il a commis une incorrection. Le Jeudi sa_int'. à neuf he~e!:
du soir le roi va faire ses dévotions dans les Eghses de Madnd.
Le ju~e de Cour, préposé à la garde du quartier ~u Palais,
vient chercher le roi. Au moment où les pages du r01 allument
leurs torches le juo-e fait éteindre les siennes. Quand il reconduit
S. M. il rall~me ;es torches, aussitôt après que l'on a éteint
celles du roi. Pour faciliter 1a circulation dans les rues, le passage des voitures est interdit; on prendra les noms des personnes qui oseraient contrevenir à l'ordonnance.
La nuit de Noël 1 la nuit de la fête des Rois 2 exigent encore
.
une surveillance toute particulière : on fera bien d'avertrr les
religieux de séparer rigoureusement les hommes des femm~s
dans leurs églises. Le juge de quartier ira, le jour des R01s,
1.
?.

Cap. 8. Tinieblas.
Cap. 9. 1}Iaiti11es.

�16
G. DESDEVISES DU DEZERT

17

LA CHA'.\IBRE DES JU GES

dans l'Église la plus fréquentée «
.
messe » et aura grand . d
comme pour assister à la
som e ne pas s'a
. ,
possible, pour mieux assur 1
&lt; ~seoir, sil lui est
Dans les J·o
d
er _e ,respect du samt lieu.
urs e solenmtes
br
,
paraître, les juges de Co
pu iques I ou le roi doit
1ogis du juge désigné p llr. montent à cheval e t se ren d ent au
1
.
oui accompao-ner le i C
.
es smt à pied. Ouand p . ' t 1
t:&gt;
ro · e magistrat
côté de la voit;re avec a;a1
car.rosse. du roi, il se place à
courbant et en ab .
es a guazils, fait 1a révérence en se
a1ssant son bâton t
sans se mêler aux juges à cheval Le e ~c~ornpagne S. M.
nants peuvent assister à 1 , ;
~orreg1dor et ses lieutel
.
a ceremome et y fi
. ,
c 1eval, mais Je Corrégido d
,
gurer aussi a
rencontrer avec la Ch rb evrLa s excuser courtoisement de se
am re. orsque le C , "d
pas présent au cort'
.
orreg1 or ne sera
assister qu'à pied L ege, se~ lieutenants ne pourronty
· es vendredis de C •
, ,
au Palais, les juges vont f: . l
areme, apres l audience
,
aire
eurs
stations
p
d ecence, on tend des co d d
1 grande
. our pus
.
r es ans les rues p
,
v01tures de passer et l'on
t , l'
our empecher les
contre. Devant 1
1 _me _a amende celles que l'on renes ca vaires il est . t d.
parler aux femmes De"'X. '
m er it aux hommes de
- ,
·
...... Juges accompagné d
z1 1sa cheval suffisent
'
s e quatre algua'
pour assurer l'ordre
Quand le roi veut sortir à .
. ·
accompagné par les deux '. pied ou a _cheval 2, il doit être
d~yen ne désire prendre
de s,emai?e, à moins que le
llll cède toujours le pas Op d de l ~n d eux, auquel cas on
.
.
. ""uan le ro1 est à h 1 1 •
do1vent
bien vite monte
1
c eva ' es Juges
r sur es leurs po 1
·
le roi va s'arrêter les .
ur e smvre. Lorsque
,
Juges tachent à des d d
avant lui. Ils feront bien d fi .
cen re e cheval
plus promptement possibl e ai~e emmener leurs chevaux le
quP-i:aient pas de s'amus ~• tar es soldats de garde ne maner a es battre. ( Que gus tan mueho los

t

·1/ur::e
A

I.
2•

Cap. Io. D ias p ublicos.
Cap. II. Salid,1s del re

:Y Y sus acompaiiam ie11tos.

soldados de la guarda dar quatro palos al caballo de un
alcalde.)
Chaque semaine, deux juges de cour assistent à l'office dans
la chapelle du Palais. Ils attendent le roi dans la grande salle
d'audience et sont exposés à parler avec des majordomes ·et
des courtisans de toute sorte; on leur recommandera d'observer
la plus grande discrétion, et s'ils parlent, que ce soit toujours
pour défendre la Chambre. Quand le roi entre à la chapelle,
les juges fléchissent le genou, mais se redressent aussitôt, pour
bien montrer qu'ils ne rendent cet hommage qu'au roi seul.
Ils font de même à la tribune quand la reine s'y trouve avec
d'autres personnes de la famille royale. Au sortir de la chapelle, ils accompagnent le ~oi jusqu'à la porte de son cabinet.
Le Jeudi saint, ils peuvent aller à la salle d'audience voir le roi
Ja,·er les pieds des pauvres et les servir à table; des major-domes ont voulu les en empêcher, mais le roi a dit de les
laisser entrer.
Le. jour de la Fête-Dieu à San-Felipe ', on s'arrange de
manière à ce que les juges de service pour la chapelle soient
tous les deux chevaliers de Saint-Jacques. Avant d'entrer dans
l'église, ils quittent leurs bâtons de commandement et
prennent l'habit de l'ordre.
Lorsque vient à mourir quelque personne de la famille
royale 2 , c'est la Chambre qui s'occupe de tous les détails
relatifs à l'enterrement. Sitôt que le malade paraît en danger,
on convoque un ou deux juges de Cour, ou parfois la Chambre
tout entière. Aussitôt après le décès, les juges préposés aux
funérailles se rendent chez le Président de Castille et font mettre
l'embargo sur tous les draps noirs en magasin chez les marr. Cap. 13. F iest,z del Corpu s en San Felipe. - L'Église de S. Felipe el
R eal appartenai t aux r eligieux augustins e t é tai t voisi ne de l'hôtel où
:;iégeait la Chambre.
z. Cap. 14. Jluertes de l'f)'eS o person,z real.
Revue Iiispan iq11e. P

2

�!8

1

1

t

1

G. DESDEVISES DU DEZERT

chands de Madrid; la Chambre délivre des bons de deuil à tous
les fonctionnaires du palais, et aux greffiers de la Chambre •elle
fixe le prix ~u deuil; elle ne lève l'embargo que quand les
gens du Palais et de tous les Conseils sont servis. La Chambre
désigne un juge pour accompagner le corps et pour préparer
l~~ _logements, sur la route'. Si le grand-cirier demande de la
~ire, on_ met 1 embargo sur toute 1a cite que l'on peut trouver
~ Madnd. On met aussi l'embargo sur toutes les voitures. Le
Jt~g~ de _cour a 1~ police du cortège, mais la direction de la
ce:emorne appartient à un majordome, que Je juge aura grand
som de consulter avant toute décision importante.
Le_s s~rvi~es re_1ï~iem{ pour le repos de l'âme des princesz
0~1t l'.eu a Sai?:-Jerome ou aux Carmélites déchaussées. L'orgams~t1?n matenelle de la cérémonie regarde les majordomes,
mais Ils peuvent avoir affaire aux juges de Cour, leur donner
des ordre~, leur enjoindre de mettre. l'embargo sur certaines
marchandises. La C~ambre assiste à l'office avec le Conseil
et, en cette occas~on, Chambre et Conseil ne forment qu'un
meme corps, quoique les membres du Conseil aient souvent
~~otest~ contre cet amalgame. Le Conseil s'assied du côté de
1Evangile, sur ~es ,bancs ~arnis de satin, recouvert de crêpe.
Quand le Conseil s est assis, les deux juges qui sont de chapelle sortent par la porte de communication avec le Retiro et
vont Y _attendre le roi. Lorsque le Conseil se rend à SaintJ~rôme, 11 peut arriver ~u'il croise en chelllin la Garde royale :
c est un~ grosse que~~1on _de savoir s'il doit attendre que la
~oupe ~1t passé, ou s 11 dmt continuer son chemin; il y a eu
a ce ~UJet de grandes querelles, des altercations, des bl6ssures
et meme des meurtres. Si le Conseil attend c'est une insulte
qu'on lui fait; il ne peut d'autre part, ni n~ doit rompre les
l. L'inhumation a\·ait lieu à l'Escurial, on s'arrêtait généralement à.
Galapagar pour y passer la nuit.
2. Cap. 15. Hom·11s de nyes.

LA CHAl\JBRE DES JUGES

19

rangs de la Garde royale; il faut donc s'en remettre à 1~ sagess_e
des magistrats et à la prudence des officiers. Les ser~1ces religieux pour les princes comportent un ofiice du matm et des
vêpres; comme on brûle dans l'église un grand nom~re d~
cierges, la chaleur devient parfois accablante; on dispense
8Jors les juges de Cour qui ont assisté à la messe de se rendre
à l'office du soir.
Lorsque le roi ou quelque prince ~e la famille royal~ p~~ en
voyage 11 la maison du roi en av~rt1t la C~1mbre qm de~igne
un juge pour accompagner le prmce; on s empr~sse tou1ours
d'accepter semblable commission, parce q~e le roi est content
de cette marque de zèle pour son ser.vice : cependant ces
voyages sont fatigants et coûteux .. Le juge choisi pre1:d ti~
secrétaire et un ou plusieurs alguazils et se rend au Palais, ou
le directeur du voyage lui remet l'itinéraire dressé par lui i le
juge peut présenter telles observation_s qu'il ju.~er~ u~les; c'est
à lui de mettre l'embargo sur les v01tures, d ecnre a tous les
corré!ridors de la région à travers laquelle passera le cortège
'
royalt, pour les inviter à mettre en état les chaussees
et 1es
ponts; c'est lui qui préparera les logements, assurer~ la tra~smission des ordres et le service des relais. Il aura som de bien
payer le paysan et de le laisser satisfait, sans lui accorder
cependant tout ce qu'il demanderait. Tous ces détails sont
réglés par des ordonnances, mais on ne les applique pas. Dans
les mauvais chemins, on aura réuni à l'avance des mules, des
chevaux et des bœufs pour sortir les voitures des fondrières.
Les villages par lesquels passera S. M. seront illuminés; des
brasiers flamberont dans les rues. Les villageois seront invités
à sortir des bourgs et à se rendre au devant du prince. Dans
chaque localité du parcours, on indiquera d'avance où seront
vendus les objets dont on peut avoir besoin et l'on fix:era leur
prix. On désignera également les maisons où l'on pourra
I.

Cap. 16. jornadas de- los 1,1y es ô pe1·,om1s i·ealcs.

�20

21

G. DESDEHSES DU DEZERT

LA CHAMBRE DES JUGES

monter les lits que l'on emporte. On empêchera les alguazils
de voler le paysan, mais le préjugé courant est qu'ils reviennent
de ces voyages aussi riches que s'ils revenaient des Indes
et l~ vérité est qu'on_ en revient endetté et parfois ruiné 1 •
C est avec les fourmsseurs de la Cour que le juge a le plus
souvent maille à partir. Ils sont obligés par les règlements
d'apporter tout le nécessaire, mais ils aiment bien mieux profiter_ des denrées que le magistrat a fait réunir pour la consommat10n des gens du pays, et ils font ainsi monter les prix hors
de toute mesure. Le juge doit partir chaque jour au moins
deux heures avant le roi, il doit l'altendre s'il y a sur la route
un bac ou un gué; le roi doit le trouver à la porte de son
logement, le magistrat l'accompâgne jusqu'à son appartement
co~m_e au palais, et repart aussitôt pour gagner le lieu où le
roi doit coucher. Après avoir tout disposé et mis en ordre le
juge rentre chez lui et se cache à tous les yeux, car l'impe~tinence des subalternes est si grande qu'il ne pourrait donner
audience à tous en siégeant toute la nuit. Les soldats de la
Gard~ affichent des prétentions sans bornes, qui mettent au
suppl'.ce les malheu~eux alcades; le mieux est de régler les
fourmtures : un demi mouton et une cruche de vin à midi un
mouton et tr~is cru~hes de vin pour le soir pour le pique~ de
garde. O~ veillera a ce que les chefs de service et les secrétaires d'Etat soient bien traités. La juridiction de la Chambre
s'ai:rête au~ limites de la Castille; là, le juge s'arrête, baise la
mam ~u
et remet ses pouvoirs aux agents du royaume sur
le ternt01re duquel on pénètre. Quelques gratifications seront
accordées aux alguazils et aux secrétaires sur le fonds des
amendes. Le magi~trat ne doit rien accepter de personne pendant_ to~te 1~ du~ee du voyage et mangera toujours seul. Le
dermer Jour, 1! lm sera loisible d'accepter un bijou et il pourra

permettre que l'on donne quelques rafraîchissements au.'(

:01

alguazils.
.
.
.
Aux trois fêtes de Pâques ', il y a au Palais un ba1se-mams
solennel auquel se rendent le Conseil et la Chambre. On va
d'abord ~hez le roi, puis chez la reine, où il faut g~andement
s'observer, parce que les dames disent _mille _m:hces et ne
donnent que trop facile occasion à la pla1s~nte~1e • .
,
Tous les vendredis, excepté le vendred1 samt, a heu 1 audience royale 1. Le Conseil de Castille et la Chambre se _rendent
en corps au· Palais. Les Conseillers s'asseyent sur trms ~a~cs
placés sur Je côté droit de la salle, près d'un buffet charge d argenteries la Chambre prend place du côté gauche. Chacun se
tient co~ve1t en attendant le roi. Lorsque S. M. paraît, tout
le monde se met à genoux. Le roi s'assied et dit : « Asse?ezvous. » Les juges de Cour font alors leur révérence au P1:nce
et sortent de la salle, le doyen reste seul avec le Conseil, ~t
les deux secrêtaires, et après l'audience, accompagne ~e. presldent jusque chez lui, si le magistrat en témoi~e le desir.
Toutes les fois que la Chambre a pr~nonce une c~nda_m nation capitale, elle doit consulter le r01 4 • Pendant 1~udie~ce,
les juges restent debout; le doyen prend la parole etd1t _: « Sue,
« on a procédé devant la Chambre contre Un tel,, ~atif de tel
« endroit homme de telle qualité, pourtel et tel deht, et après
« exame~ de la cause, l'accusé étant convaincu, ou ayant con« fessé son crime il a paru juste à la Chambre de le condamner
« à mort de tell; ou telle manière, sous condition d'en ~éférer
« à V. M. qui voudra bien avoir la ~onté de no~s ?ire c~
« qu'elle désire être fait pour son serv1ce. » Le r01 repond .
« Faites justice. »
Cap. 17. P,isquns â los reyes.
.
« Diceu muchas chanzas y pul\as y ocasionan demasrndo. »
3. Cap. 18. Consultas de cada semana.
+· Cap. 19. Consultas de la sala parn los aj usticindos.

1.

2•
1. « Y juzga el pueblo vuelve Yndiano de un a jornada de estas y bu clYen
todos empefiados y destru idos. »
'

�22

G. DE~DEVl:-E

i la Chambre a quelque faveur à demander• elle se rend
chez le Président de Castille et le prie de bie~ vouloir se
charger de sa requête pour l'appuyer auprès du roi, ou pour
la présenter au Conseil i mais le cas se présente rarement car
le Conseil est peu enclin à favodser les juges de Cour.'
Les Courses de taureaux: n'étaient pas au début du dixhuitième siè~le aussi fréquentes qu'elles le sont aujourd'hui :
elles ~1e dev,a,1e1:t, en prin:ipe, avoir lieu que trois fois par an à
l\~adnd, et c eta1t pour_ les Juges de Cour une source inépuisable
d embarras et de soucis. Il y a d'abord réunion chez le Président de Castille, avec le Grand Majordome, le doyen de ~la
Chambre et le grand architecte du Palais. Comme les courses se
donnent sur_ 1~ Plaza Mayor, on commence par dresser un plan
de la répart1t10? ~es f~nêtres, et on remet les billets imprimés
au greffier admm1stratif de la Chambre. Les fenêtres qui n'ont
pas été occupées à midi sont remises à la disposition de leurs
~ropriétaires ordinaires,cependant il sera bon qu'ils conse~tent
a attendre quelques minutes pour éviter des discussions. Des
estra~es sont élevées sous les arcades de la place; une estrade
est_ r~servée au Conseil et à la Chambre; aucune femme n'y
doit etre admise. Les taureaux entrent par la porte de la Veo-a
~t leur p~sage, donne lieu à des scènes si bruyantes qu/1~
J~ge de Cour s abstient toujour d'y aller,_ Le matin de Ja
fet_e, on place ~ux q~atre angles de la salle les hérauts officiels,
le Juge de sen'lce fait le tour &lt;les gradins et fait fem1er toutes
les port_es q_ui p_ourrai_ent donner au public accès sur la place,
précaution mutile d ailleurs, puisque le Conseil laisse tottjours
~e port: ~uverte près de sa tribune. On prépare aussi une
pnson, ou l on enferme les tapageurs, que l'on relâche après la
1

Cap. 20. OJnsult,:s p,:ra cosas jJroj&gt;1~1s dL"l,1 S,rla.
Cap. 21. Toros.
J. ··· c ~orque la bulla es tanta que no ha de poncr remcdio y solo
puede ·ernr de que se le atre\'an r buclra desairado. &gt;
'
I.

L,\ CH:M,IBRE DëS JUGES

r&gt;ü OEI.ERT

fête, à moins qu'il ne s'agisse d"un délit d'importance. 11 n'est
pas rare de voir se produire des conflits entre les soldat d~
la Garde royale et les alguazils de la Chambre, comme aussi
entre les juges et le Corrégidor ou ses lieutenants, entre les
juges de Cour et les membres du Conseil. Pendant la fête, la
plus grande réserve est recommandée am.:. juges; il le_ur est
défendu d'avoir une tenue dissipée, de se pencher à mi-corps
aux fenêtres pour voir le taureau, et de cracher sur les gens
des tribunes; ils doi,:ent avoir un mouchoir et cracher dedans.
A la Fête-Dieu•, on dresse encore des tribunes sur la Plaza
et le juge de service fait déblayer la place, mais les Conseillers
de Castille amènent tant de o-ens avec eux que la place se
retrouve bientôt pleine et l'on voit des importuns venir
s'appuyer sur les dossiers des bancs où sont assis les juges.
Dans la soirée, on apporte une collation, mais avec si peu de
soin et d'ordre que tout est pris ou perdu avant d'être arrivé
àux mains des Conseillers. Au-dessous de la tribune du Con.eil,
se trouve la tribune réservée aux dames et présidée par la
tèmme du Con ·eiller le plus ancien, avec le titre de Dame
commissaire. Elle a soin de ne pas laisser entrer de femmes
Yoîlées. Si quelque dame demande à boire, la Dame commissaire pourra permettre qu'on lui apporte un rafraîchissement,
mais ce ne sera jamais qu'à titre exceptionnel; s'il fallait
donner à boire à toutes les dames, la soirée n'y suffirait point.
A la nuit, on offrira une collation aux dames; toute la
déµense est à la charge de la Ville. On représente des pièces
religieuses sur un échafaud, placé en face des tribunes du
Conseil. Le lendemain, il y a encore représentation deYant la
maison du Président, qui reçoit la Chambre et lui donne une
collation.
Pendant la première moitié du dix-huitième siècle, les représentations dramatiques étaient encore rares à Madrid. Il fallait

2.

1,

Cap.

22.

Fils/as dt/ Corpus.

�G. DESDEVISES DU DEZERT

une permission spéciale du Conseil pour représenter une
co~édie et la fête était présidée par un Conseiller. Lorsqu'il y
av~1t quelque, c~rémonie religieuse extraordinaire, on supprim~1t les comed1es. On les supprima en r732 pendant la neu~
vame pour la reprise d'Oran ', puis pendant la neuvaine qui
fut célébrée aux Carmélites déchaussées pour obtenir la pluie 2.
On mêlait parfois le sacré et le profane. En 1736, l'évêque
de ... , gouverneur du Conseil, alla prendre possession de
l'archevêché de Tolède, comme fondé de pouvoirs du Cardinal
Infant; la Ville de Madrid ordonna de grandes fêtes à cette
oc~asion : trois jours d'îlluminations et de feux d'artifice, avec.
représentation d'un opéra; le Conseil et la Chambre furent
invi;~s ,. En t!1èse générale, un juge de Cour est toujours prépose a la police des représentations4. II s'agit d'examiner Ja
~ièce, de savoir si les artistes amateurs qui se présentent pour
Jouer ont obtenu la licence du Conseil i . Il faut veiller à ce
que tout se ~asse avec ordre et décence, à ce que chaque
s~~ctateur pa1~ sa place, à ce que les hommes n'aillent point
VJS1ter _les act;r~es. La ~ièc~ ne doit pas commencer avant que
le magistrat I art permis. S1 quelque personnage considérable
fait prier qu'on l'attende un peu, on attendra et si l'auteur
o~ le mettra a'
ffait commencer la pièce en dépit du 1·uo-e
bl
amende. Quand la représentation est commencée personne
n'a plus le droit de se trouver au vestiaire; celui qu/ y est rencontré est arrêté et mis à l'amende. Les femmes de mauvaise
vie et leurs galants qui auraient causé quelque désordre seront
a~-rêtés à l'issue du _spectacle. II arrive souvent que des comédiens et des danseurs offrent au juge de service d'aller jouer
r. Arch. hist. nac. 1421°. 173:z.
2. I d. ibid. 1734.
3. ld. ibid. 1735.
4. Id. ibid. 1736 et l ï 37•
5, A dvertencias. Cap. 23. Comedins.

!,.A CHAMBRE DES JUGES

chez lui : il de.-ra refuser, car ce que peut accepter Je protectem de la comédie, il ne pourrait, lui, simple juge, se le permettre sans inconvénient.
Il y a souYent des transports à faire pour la Cour ' ,le contrôle
&lt;le l'opération appartient au Cons~il de Casti!le,,co~~1e as~e:seur du Conseil de la Guerre, mais le Conseil s adJmnt generalement un juge de Cour. On procède à l'embargo des voitures et des mules, et ce n'est pas une petite difficulté de s~
garder des . ruses des propriétaires; il est vrai que si le roi
paye bien, les subalternes gardent par devers eux un~ bonne
partie de ce qu'ils devraient distribuer. La corporat10n des
marchands de volailles doit fournir un certain pombre de
mules. D'autre part, les Carabancheles 2 ne so11t pas· soumis à
l'embargo. En cas d'enterrement royal, on met l'embargo
même sur les mules des médecins, mais comme les obsèques
ont lieu à l'Escurial, le dérangement n'est pas grand.
Des lois très minutieuses ont réglé le cérémonial des
pompes funèbres ,, le nombre des torches, la forme des catafalques, l'exhibition d'armoiries, la tenture des églis~s. To~tes
ces lois doiYent être observées et la Chambre y doit temr la
main, mais on peut avoir affaire à des gens puissant~, on peut
ne pas être soutenu; on ne s'embarquera qu'avec circonspection dans des affaires aussi délicates.
Il peut arriver que le Président du éonseil témoigne le désir
d'aller se récréer dans le jardin de quelque couvent, ou de
visiter les marchés ou la ville 4; il fera certainement mieux ·de
s'abstenir, parce que le peuple est insolent et toujours pr~t- à
demander plus que son dû; mais s'il persiste dans sa fanta1s1e,
r . Cap. 24. Canual{e.
Il s'agit des deux ,·illag s de Carabanchel al to et Carabanchel bajo,
sur la rive dro ite du 1fanzanar es.
3. Cap. 25. H onras y entierros de p,1rticulares.
4 . Cap. 26. Como se acompaiia al 5or Presidente y se !iabli.
2.

�G. DESDEVISES DU DEZERT

LA CHAMBRE DES JUGES

un juge de Cour l'accompagnera et se tiendra toujours à la
porte de son carrosse, ne lui adressant la parole que s'il est
interrogé. Dans le cas où le Président viendrait à médire de
la Chambre, le juge se défendra avec prudence et modération.
Dans les jardins des couvents, le juge se promènera aux côtés
du Président et marchera à sa gauche; si quelque moine vient
parler au Président, le juge prendra aussitôt sa droite à moins
que le moine ne l'ait déjà prise lui-même, ce qui peu~ arriver,
« car ces gens-là entendent mieux les choses spirituelles que
« les règles de la politesse ».
Les hôpitaux de Madrid I sont sous la protection du Conseil
de Castille qui s'~djoint, les jours de commission, le doyen de
la ~hambre. Ces Jours-là, s'il n'y a aucune affair~ importante
et _si aucun membre du Conseil n'est présent, le juge de Cour
doit renvoyer la commission, à moins que le Conseil ne lui ait
mandé .de_ ~air_e ce qu'il. . y a à faire, car il ne faut pas oublier
que la Jtmd1ct10n des hopitaux appartient au Conseil.
Les édits du roi sont publiés à Madrid 2, en forme solennelle, devant le Palais et à la porte de Guadalajara. Le cortège
se forme devant la Chambre et se compose des timbaliers,
des trompettes, des alguazils, des rois d'armes du greffier
chargé de dresser le procès-verbal de la cérémonie. Les juges
de Cour ferment la marche. Il en faut quatre pour la publication d'une pragmatique, deux suffisent pour une trêve mais
sL"\'. sont néce~saires pour la proclamation d'un traité
paix.
Dans ce dermer cas, on élève des tribunes devant Je Palais et
à la porte de Guadalajara et quatre rois d'armes se placent aux
quatre angles pendant que se fait la proclamation.
, Lorsque des prières publiques J sont ordonnées dans les
Eglises de Madrid, le Conseil en prévient la Chambre qui

d:

I. Cap. 27. Juntas de hospitales.
2. Cap. 28. Prego,~ de pmgm.lticas. Arcb. hist. nac. Lpr•. r 797 ..
3- Cap. 29. Rogattvas del Conse;o o acimiento de gracias.

nomme un juge de Cour et des alguazils po~r as~urer le bon
ordre ; les autres juges assistent aux céremontes avec le
Conseil.
La réception d'un nouveau juge à la Chambre I est un
acte important, dont tous les détails sont réglés ~ar l'usage.
Le nouvel élu doit écrire à tous ses nouveaux collegues et le,s
aller visiter, en compagnie du juge le plus r~cem1:1ent nomm~.
Le doyen de la Chambre lui indique quel JOUI il sera a?m1~
à prêter serment. 011 l'envoie chercher par des algu~z1ls a
cheval, auxquels il offre le chocolat, il se rend au ~ala17avec
le juge le moins ancien qui le fait placer à sa dr01te~ 11 aur~
soin d'arriver avant que le Conseil ait levé_ son audience, Il
fera la révérence en entrant, remettra son titre au _gre~er et
se retirera. Le Conseil examinera l'acte de nommation et
ordonnera d'introduire à nouveau le récipiendaire. Le serment
se prête à genoux deYant le prési~ent, qui r~~et la canne de
commandement au nouveau magistrat; celm-c1 salue profondément le Président et le Conseil et sort de la salle pour
retrouver ses collègues; il se rend avec eux dans la salle des
délibérations où procès-verbal de la cérémonie es~ dressé. L_e
juge le plus récent tient toujo_urs le registre ~e,s audiences, ~1a 1s
pour lui apprendre ce qu'il 1gnore, son predecesseur contmue
pendant une semaine à rédiger 1~ registr~.
•
Madrid était divisé en quartiers et a la tete de chaq_ue
quartier était placé un juge de Cour, surintendant de la pohce
dans cette région. A lui de surveiller les tavernes, les auberges,
les maisons meublées, de savoir qui vient y loger, ce que
viennent faire ces gens, depuis c~mbien ~e }emps, pour
combien de jours ils sont à Madnd. A lm d mspecter les
magasins d'approvisionnement, de s'as~ure: de la bo~ne qua:
lité des marchandises et de la moderat1on des pnx. A lm
d'avoir à l'œil les maisons de jeu, les fill~s perdues, de les
1.

Cap. 30. Quando ju,·a a/gull a!calde.

�---

-

- - - -- - - - - -

G. DESDE\"ISES DU DEZERT

T.A CHA:IIBRE DES JCGES

expulser en cas de désordre. Ou lui recommandait d'avoir six
ou huit ~ersonnes de confiance pour le renseigner, et de
défendre a ses agents de s'occuper des autres quartiers, afin
de garder toute leur vigjlance pour la partie de la ville remise
à leur garde 1 • Parfois surgissaient des affaires d'une !?Tavité
extrême, qui requéraient de la part du juge de Cour un° sanrrfroid et une décision extraordinaires. En 1707, l'ambassade~r
d~ Franc~ ~·o~h~t ~emettre en vigueur un vieux privilège qui
lui donnait Jund1ct1on sur toute la rue où il habitait et lui permettait de choisir un juge de Cour et un greffier pour exercer
~ette juridiction en son nom. Il nomma D. Pedro de la Lastra,
Juge de Cour, pour son fondé de pouvoirs et lui adjoignit Fernando de ViJlanueva comme greffier. La Chambre s'en émut
e,t fit sa,:oir à_ l'a~b~ssad~ur que les privilèges sur lesquels il
s_ ~ppt'.yai: a~aient ete ~bohs en 1684, que sa juridiction particuhere s arreta1t au Ia~m1er de son hôtel, excepté devant la grande
porte, Qrnée de l'Ecu des armes du roi de France où elle
s'étendait sur toute la largeur de la chaussée. II n'avait aucun
dro!t à _nommer 1m juge, ~i un greffier; s'il avait quelque
plamte ~ formuler,_ le premier juge ou lieutenant de justice
venu_s lm appo:1era1ent leur concours. En fait de prérogatfres,
~e r~i ~e :oulai~ pas lui_ en reconnaitre d'autres que celles dont
JOmssa1t a Pans le prmce de Cellamare, ambassadeur d'Espagne, et 1~ prévenait que les nominations de juge ou de
g_reffier qu'il pourrait faire dorénavant seraient purement et
s1mplement déposées par les titulaires sur le bureau de la
Chambre'• En 1 740, les rapports s'étaient améliorés entre la

France et l'Espagne; la Chambre faisait arrêter ceux qui
insultaient la livrée de l'ambassadeur de France, et les menait
à l'ambassade pour faire amende honorable•. La Chambre
estime très jmportantes les fonctions du juge de quartier et
voudrait qu'il possédât dans la partie de la ville remise à sa
garde un hôtel officiel, mais les juges n'ont point droit au logement; on ne leur donne aucune indemnité et ils se logent où
ils peuvent. Ils doivent du moins faire des rondes fréquentes
dans leur quartier, avoir la liste des auberges et des tavernes.
Les propriétaires des maisons meublées doivent leur donner
la liste des personnes qu'ils ont reçues, mais cette 111esure, qui
pourrait avoir les effets les plus utiles, ne sert à rien, parce
qu'elle est fort mal obsen·ée. La police des mœurs laisse également beaucoup à désirer; on signale Htrtout la calle de los
Negros, la Puerta del Sol, la calte de Alcalér et la calte de la
Puerta cerrada comme les points de rendez-vons des femmes
perdues et des filles errantes (mozas vagamundas).
La Chambre s'occupe aYec un grand z.èle de l'entretien et
de la surveillance de la prison,. Chaque mois, le doyen désigne
un juge de Cour pour inspecter la geôle publique, tant au
point de vue de la solidité, que de la propreté et de la bonne
tenue intérieure de l'établissement. Le juge Yeillera à ce que
le quartier des femmes soit rigourçusement séparé de celui des
hommes. Il refusera d'admettr~ dans la prison tout prévenu
em-oyé par les Conseils, les tribunaux ou les juges de commission, dont on n'aurait pas garanti à l'avance les frais de nourriture et de maladie durant tout le temps de sa détention 4. Il
goûtera le vin et les provisions que le cantinier Yend aux

1. Arcb. hist. nac. 1,pr•. Ordm del ei•cmo S•• D F.·
·
R
.,
•
• •
•
•
1 nncisco
onqu1,ln,
gobem,uifJr del Cons90, re1111ltda al S 0 • D Pedro ,,...,'-n ,, r ,
•
,_
•
uw rtl! .,,,,,rrea,egut, gow:rnadur rie la Sala m el mio de IïOS q11e estâ en el 1i/Jrq ,,
~ . ., l ,,, •
,
•·
"e govunzo ut! re1 erido
a,ïo, al folio J?-1-• sobre loque cada S•• alcalde ha lie hace1' en su quarte!.
2. ~rch. h1st. na~. 1.pr•. Papel del n'bad de Viranco sobre pretension del
em/,,1J11do-r
de Fr,mc,a en q11a11to a Ynmu1Lidad de su cas·• . t ·
l ,.,
.
u, es a en e ,ivro de
go'biemo de la Sala del nüo de I7I7,I° 5.

2

r. ld. ibid. 1.pr•. - Iï.;o.
Id. ibid. l4!◊" . • ldi'ltrfencùrs. Cap. 31. - Qu,irteles de ios aicaldesy sus
visitas.
3. Cap. 32. Carcel,, visita de ellay rd,1/or que lui de asistir ù /,z comid,i de
2.

los pobres.
4. Arch. hist. nac.

r,.21•. r;,.1.

�30

G-. DESDEVISES DU DEZERT

LA CHAMBRE DES JUGES

détenus. Il ferait bien, au moins une fois la semaine, d'assister
avec un greffier au repas des pauvres, mais ce soin est dévolu
à un simple rapporteur et il y a des abus. Il arrive aussi que
les prisonniers n'osent se plaindre des excès dont ils sont victi~es, par crainte du gouverneur de la prison ou des geôliers;
le Juge de Cour fera sagement d'interroger les domestiques et
se renseignera auprès des Pères jésuites chargés du service de
la prison,
La justice espagnole était relativement indulgente au dixhuitième siècle; la torture était virtuellement abolie même
devant le Saint-Office; on ordonnait de surseoir aux exécutions
pendant les fêtes religieuses 1• Une femme; condamnée au
pilori, obtint un sursis, parce que sa peine devait être subie le
jour ~e. la fête des Douleurs de la Vierge, et la fête passée, on
eut p1t1é delle, on lui fit grâce du châtiment 2 • Les condamnés
au feu étaient étranglés avant qu'on allumât le bûcher. Une
~eule p_e!ne était vraiment honible, le dépècement du corps et
1_expos1t1on des_membres en divers lieux, mais ce supplice, vestige des ~a~banes du passé, n'atteignait jamais qu'un cadavre,
et le correg1dor demandait souvent à la Chambre de faire enlever les sanglantes dépouilles exposées le long des chemins, en
prenant pour prétexte que le roi ou les infants y pouvaient
passer ,. Pour lui prêter main forte lorsqu'elle doit arrêter

quelque malfaiteur, la Chambre a le droit de requérir l'assistance
des soldats invalides que le peuple appelle « les petits blancs »
(blanqzâllos), mais pour ne pas les rendre odieux au peuple, les
invalides ne font qu'assister à l'opération et ne touchent pas aux
prisonniers 1 • En cas d'exécution capitale, la troupe assure 1' ordre.
Les magistrats, responsables du condamné, marchent immédiatement derrière lui, puis viennent les soldats à cheval, puis l'infanterie pour parer à tout é.vénement en cas d'émeute 2 • II y a
toujours bea~coup de moines autour du condamné, ce qui est
regrettable, parce qu'on perd ainsi beaucoup de temps et les
souffrances du malheureux s'en trouvent augmentées. Sitôt
que le coupable a cessé de vivre, les magistrats en avisent le
public, puis la confrérie qui se charge de ce soin enlève le

31

1

r. Id. ibid. 1420•. Adve,·/encias. Cap. 33. Ajtts!iciados.
. z.. Arch.
. . hist. nac. 1421•. 1743 • - Habiendo escr1·to el sen-o r decano, por
md1spos1c1on del. S•• Gobernador pape! ,a Su Erna da ndo cuen t a d e 1rse
·
a·
pone~· en exe~uc1on la sentencia de verguenza publica a una muger, respond10 S. Em al margen : En respuesta de este pape! debo d · · v M
d' d l D
ecir a . .
que un 1a e os olores de Maria Santisima es muy recomendable para
que no se deba. executar esta justicia, loque prevendrà, v . M . a· 1a S a1a, a·
fi d
n e que
para despues de Ja Pascua . - -No se execu to· despues
. . se di fiera
.
y se miro con piedad.
'
. 3: Id. i_bid. 1 74°- ,-- Pape! del marques de Montealto, cor;egioor,
p1d1endo a la Sala, como en otras ocasiones Jo ha hecho, mandar quitar las

'q uartas de los ajusticiados, para poder pasar par donde estan los principes
y infantes.
1. Id. ibid. 1421•. 1740. - Papel del marques de Iztariz aS. Erna diciendo
que el ministro de la guerra hace presente al rey que aunque los soldados
son geoeralmente no bien admiLidos en los pueblos, los 400 invaliclos que
hay en i\Iadrid sou odiosos y aborrecidos por el uso que hace de ellos la
justicia ordinaria, pues ya no hay alcalde de Corte, alguazil, ni escribaoo .
que no lleve soldados à su arbitrio para las operaciones de su oficio. Que
las tropas deben auxiliar las justicias e n todas partes, pero que las prisiones
y demas diligencias los ban de executar los alcaldes, alguaciles y escribanos
y solo ser testigos los soldados de la que executan, defendienclo y abrigando sus operaciones, loque solicita se establezca y baga obsen·ar à favor
de la tropa, para que no se vea Yilipendiada por el modo con que se emplea,
y haviendose conformado S. M. con la expresada representacion del duque
de Montemar y su dictamen, ha rcsuelto que asi se practique y execute ,
segun lo propane y me manda participar lo à V&amp; Ema1 como lo hago de su
real orden. - Transmis à la Chambre par le Président de Castille le
24 septembre 1740.
2. Id. ibid. 1740. - Pape! del S•• Gobernador a :vlantufar para que embie
la tropa de infanteria y caballeria, como en otras ocasiones para que acompane à un reo al suplicio, en intel igencia de que los ministres han de ir
inmediatos al reo, y entrcgados de el, y la tropa auxiliando ,i la justicia
sin que sea necesario que se forme en quadro. Y hay nota de que se
bizo asi.

�----------------32
G. DESDEVISES DU DEZRRT

------ -

-corps et va l'enterrer à San Ginés. Quand la sentence porte
que le cadavre sera dépecé, l'opération se fait sur une table
au pied de l'éch~faud. Ceux qui tirent sans raison l'épée ou l;
,dague ont la mam clouée au pilori. Pour les vols de denrées
a(imentaires, on_ attache au cou du larron, exposé au pilori, la
viande ou le poisson qu'il a dérobés. Quand on promène par
les rue~ quelq.~e condamné à l'exposition publique, il ne faut
pas tolerer qu 11 se cache la figure avec son mouchoir ou avec
s~s cheveux. Les femmes condamnées à l'exposition et au ban~issemen~ ont les cheveux et les sourcils rasés; malgré ces
rigueurs, Il Y en a d'incorrigibles, on en a vu revenir se faire
pre~dr~ jusqu'à trois fois, la corde seule peut en ,·enir à bout.
Mais s 11 est bon de se montrer sévère contre les voleuses et
les vagabondes incorrigibles, il faut surveiller les excès des
s,ubalternes, qui profitent souvent d'une exécution pour mettre
I embargo sur toutes les mules qu'ils rencontrent et pour les
revendre après, au grand préjudice des propriétaires ,.
D~ns les causes très graves qui engagent la responsabilité
-des ~u~es 2, quelques-uns demandent parfois à mettre leur avis
par ~cnt dans le registre des séances, mais c'est une mauvaise
prat!que qu! ~e peut que nuire à la considération de la justice.
L approv1s10nnement de .Madrid, surtout en pain est une
des charges lec; plus import~ntes de la Chambre I . O~ a parlé
souvent ~e mettre la fourmture du pain en adjudication . on
ne 1:a pomt fait ~usqu'à ce jour, ce qui est regrettable, ca~ ce
systeme donnerait de meilleurs résultats que le système en
usage: Valle_cas est un des centres d'approYisionnement de
Madrid, mais les boulangers de cette localité sont coutumiers
de toute espèce de fraudes. Il faudrait ne leur permettre
-d'acheter de la farine que sur le vu d'un certificat constatant
Arch. bise. nac. Advertimcias. Cap. 33 . .diusticiados.
Id. ibid. Cap. 34. Gzusnsgraves 'J,' remitid~s.
3 . Id. ibid. Cap. 35. Fa/tas de pan.

LA CHAMBRE DES JUGES

qu'ils ont vendu leur pain à la boulangerie municipale _de
Madrid (la Panaderia). Il y a des gens qui sortent ~e la_v1lle
et vont acheter le pain aux boulangers du d~h~rs q~i arnvent
par toutes les routes; l'approvisionnement g~neral s e_n trouve
réduit d'autant. Certains boulangers de Vallecas ~rnven~ ~n
ville avec des paniers qui semblent pleins de pam, mais ~
moitié du panier est remplie de paille' ; encore un abus qm
,devrait être puni. La Chambre doit surveiller les boul~ngers,
les marchands de fritures, les pâtissiers, qu'on peut obliger. a~
besoin à cuire du pain. Le Corrégidor s'occupe, de son co~e!
des fours de la ville, il fait remettre aux boulangers la quanti:e
de farine nécessaire et fait vérifier la quantité de pain cmt.
.Chaque année, au mois d'octobre, la Cha more visite :es_ gre11iers de la ville (Positos). En cas de disette, on multlp11e les
-rondes autour de Madrid, un juge de Cour s'installe à la Panaderia et veille à la distribution du pain. On donne une charge
de pain à chacune des Gardes du roi et ~e ~a reine, trois charges
à chacune des maisons royales, aux hopitaux et couvents ce
.qu'il leur faut, mais de manière à ce qu'ils e:1 aien_t pour
revendre. On en envoie quelquefois une charge a la pnson de
Cour et une à la prison de la Ville, mais ce cade~u ne pr~fite
qu'aux huissiers et aux greffiers et les pauvres n_ en ont n~~Quand il s'agit d'élever le prix du pain, il faut tou1ours en ~eferer au Conseil; pour baisser les prix, 1~ Cham?re p~ut ag_ir de
sa propre autorité, mais elle fera tou1ours bien d avertir le
Conseil•.
La fourniture .de la viande 3 est mise en adjudication; dans
les circonstances exceptionnelles, c'est la municipalité qui
s'occupe de l'approvisionnement, la Chambre Yeille seulem~nt
à ce que les boucheries soient bien pourvues de viande same
et fraîche.

I.

2.

33

r. Sans doute pour remplacer le pain vendu le long du chemin.
Arcb. hist. nac. 1421•. 173r.
3. Ibid. Advertmdas. Cap. 36. Faltas de came.

2.

Revue Hispanique. P

�34

G. DESDEV1SES DU DEZERT

La fourniture du lard I est également confiée à des adjudicataires qui doivent tenir toujours bien approvisionnées les
boutiques de la Plaza mayor et des petits marchés. Cependant les gens du dehors ont le droit de venir vendre leur
lard, pourvu que ce ne soit pas tout à fait au détail 2 ; ils ont
à leur disposition les étatu&lt; •de la rue du Marquis, auprès des
étaux au poisson, mais ils vendent rarement eux-mêmes, ils
cèdent leurs marchandises à des revendeurs, qui la font payer
plus cher au client.
La Chambre doit veiller à ce que le porc frais et ses issues J
soient toujours sains et de bonne qualité.
Pour le poisson 4, les marchands doivent toujours être pourvus
de morue, de merluche, de congre séché et de saumon salé;
ils auront de temps en temps du thon, des anguilles, des sardines, des harengs. C'est la Chambre qui fixe le prix du
po4sson frais. Quand le poisson mal}que, la Chambre envoie
des- gens de confiance au col du Guadarrama et à Torrejon et
met l'embargo sur tout le poisson qui passe. Tout le monde
devrait être tenu d'acheter le poisson au marché public, mais
une foule de gens sont dispensés d'obéir aux règlements et
vont arrêter les poissonniers sur les -routes pour faire leur
choix avant que le public soit servi.
L'approvisionnement d'huile s est mis en adjudication ; elle
est en général de mauvaise qualité et l'on a peine à obtenir la
mesure légale. Quand il y a disette, on met l'embargo sur
l'huile du plateau d'Ocafia et du pays de Tolède.
En cas d'incendie 6, la Chambre a la liste de tous les maçons
r. Id . ibid. Cap. 37. F,iltas de tocino.
Au-dessus d' un e quartilla.
3. Arch . hist. nac. Adurtencias. Cap. 38. Puerco f resco )' sus desp ojos.
4. Id. ibid. Cap. 39. F a/tas de pescado.
5. I d. i'ii d. Cap. +o. Faltas de aceile.
Q. Id. ib id. Cap . .J r. Ocasio11es de f uego.

35

LA CHAl\IBRE DES JUGES

et charpentiers qui doivent accourir avec des seringues ~t des
haches, et des aguadors qui doivent amener l'eau chargee s_ur
des mules. C'est la cloche de Santa Cruz qui sonne le tocsm.
On prend chez les marchands les chaudrons et les torches
dont on a besoin, quitte à les payer plus tard.
cerne. la
maison qui brûle, pour éviter les vols; on ?.rgams~ la chame
et l'on tâche à faire la part du feu. Quand 1 mcend1e est trop
,·iolent le juge de Cour divise les travailleurs en deux
escouades do~t l'une se repose pendant que l'autre besogne.
Il faut to~jours avoir en réserve des maisons sûres où l'on
pourra envoyer les effets, les femmes el les _enfants. En cas
d'incendie dans un couvent de femmes, deux Juges de Cour Y
pénétreront pour Yeiller au bon ord:e_; si l'ég~ise ne court
on y rassemblera les rel1g1euses; s1 elle est ellea ucun dano-er
b
'
même menacée, on les enverra sous l'escorte de gens surs
dans des maisons honorables.
Madrid n'est pas une ville saine 1 ; les épidémies y sont fréquentes. La Chambre doit veiller à la propre:é des rues_ et
surtout des abattoirs privés. En temps de pestilence, la VJlle
doit être bien pourvue de médecins et de chirurgiens 2.
Il arrive fréquemment que le gouvernement confie ~uelque
mission à un juge de Cour J. Il ira, par exemple, faire une
enquête' et aura dans ce cas avec lui un greffier de la Chambr~
de Castille et un receveur du Conseil, mais ces gens, qm
n'appartiennent pas au personnel de la Chambre, sont p~utôt
gênants; le mieux sera pour le juge d'emmener ~vec lm un
employé de confiance et de renvoyer, sous un pretexte quelconque, le receveur et le greffier. En voyage, le juge ~a~ge
avec le greffier et les alguazils; arrivés au lieu où se fait l en-

?n

A

2.

r. Id. ibid. Cap. 42. Tiemp/1s de peste o poca salud.
La b rièvetê de ce chapitre prouv e le peu de cas qu e l'on faisait de
l'hygiène au mil ieu du dix-huit ième siècl e.
3. Id. ibid. Cap. 43 . _O:mzisiones del gobienzo ti que sale un alcalde.
2.

�LA CHA!lffiRE DES JUGES

G. DESDEVISES DU DEZERT

quête, le juge mange encore quelquefois avec le greffier. Ce
sont des abus, le magistrat doü manger seul.
Les subalternes ne sont pas toujours aisés à conduire 1 , ils
ont des privilèges qu'il faut respecter, mais il faut aussi les
maintenir dans le respect de la hiérarchie, et c'est parfois
délicat. Le doyen de la Chambre a autorité sur les alguazils et
sur les greffiers de la ville et de la province, sur le comptable,
sur le majordome des pauvr~s; aucun d'eux ne doit ni se couvrir, ni s'asseoir devant lui sans sa permission, mais les greffiers de la Chambre de Castille ne sont pas soumis à sa juridiction et il est obligé de les laisser se couvrir et s'asseoir;
lorsqu'il les reçoit en même temps que d'autres greffiers, il les
reçoit alors en marchant; de cette façon, personne ne s'assied.
Ces subalternes donnent d'incessants sujets de plainte. Il n'est
pas bon de les reprendre en public, on les appellera dans la
salle du Conseil, devant le greffier de la Chambre qui sera de
service, et on leur fera les observations que l'on jugera convenables. Ils devront les écouter tête nue et l'on ne souffrira,
sous aucun prétexte, qu'ils répondent le moindre mot.
Les finances de la Chambre 2 sont gérées par un agent
comptable et un majordome ou receveur des pauvres. L'agent
comptable établit la recette sur le registre des séances, les
décharges constatant la dépense sont déUvrées par le receveur. Tous les mois l'agent comptable fait 1a balance des
comptes. II tient également un registre spécial sur lequel il
inscrit toutes les sommes que reçoivent les juges pour gratifications, illuminations et répartitions de toute espèce. Un juge
délégué par la Chambre contrôle chaque mois Je travail de
l'agent comptable et adresse un rapport au doyen, qui donne
tous les ordres relatifs à l'~mploi des fonds. Le comptable a

pour mission d'encaisser l'argent .des pauvres dont les députés
ont la libre disposition.
. .
.
La Chambre possède une juridiction civile ' fort 1mporta~t~.
Chaque jour, à trois heures en hiver, à quatre heures en _ete,
cinq juges de Cour se rendent_ ~u tribm:al d_e la provmce
(acuden a ta Provincia) pour visiter et determmer .les causes
civiles qui sont nombreuses et graves et toutes ~es autres
affaire; connexes qui peuvent se présenter. Chaque Juge a _son
cabinet et choisit les greffiers qui lui présenter~nt les_ do~s1ers.
Le doyen n'est pas obligé de siéger à la Provmc~, 1l n Y va
que s'il le veut bien et se fait remplacer par le Juge le ~lu:
nouvea1.l En Cas de maladie d'un juge, les greffiers attaches
•
d' a
son cabinet passent, en qualité d'hôtes, dans
cabmet ~n
· e, a· leur choix . Les greffiers de la. Ville. de Madnd
au t re Jug
.
ne siègent qu'après les greffiers de la Provmce.; ils.son~ ~ss1s
sur un banc et doivent se couvrir. Les juges sont tres severes
r l'étiquette• personne ne peut pénétrer en dedans de_ la
pou
. d"etre ~ h eval1er
barre du tribunal' avec l'épée au côté, à moms
de Saint-Jacques, de Calatrava, d'Alcantara ou de Samt-Jean.
Les avocats ne sont admis à parler qu'avec le bonnet sur l_a
tête, à moins que le juge ne leur_ permette ~ar faveur particulière de plaider tête nue; ils doivent se temr t~ès modestet Le ).uge de Cour ne statue pas en aud1e.nce
men.
·d sur les'
affaires cle peu d'importance; il les examine rap1 ement a
l'entrée ou à la sortie du tribunal. Il peut etre récu~é par_ les
parties; il ne devra en ce cas faire aucune observat~on m_ se
tenir pour offensé, et se nommera aussitôt un substitut. S1 ~a
artie fait défaut à l'appel de sa cause, on renverra le plaid
[usqu'à trois fois, avant de juger en son abse~ce. .
Le juge des travaux et des bois 2, un fonctionnaue _de rang
assez élevé, vient quelquefois devant la Cour; on lm donne

1:

r. Id. ibid. Cap. 44. Alguaciles _v escri/Janos, como se han de tralar y
reprehellder.
2.

Id. ibid. Cap. 45. Hacienda de la Sala.

37

1.
2.

Id. ibid. Cap. 46. Provincia .
l d. ibid. Ca p. 47. A!calde de o/Jras y bosques.

�G. OESDE\ïSf s

nu

- - - ----------LA CHAMBRE DES Jl'GES

DE7.El&lt;T

une place sur les bancs, au milieu des magistrats; il fait son
rapport, puis s'en va. Il n'a pas droit à être reconduit.
Le lieutenant du Corrégidor de Madrid I juge en première
instance certains procès criminels, dont l'appel est porté à la
Chambre. Le lieutenant ne peut donner la torture, ni imposer
une peine corporelle sans consulter la Chambre. Lorsqu'il a à
prendre son avis, il doit la prévenir de sa visite et se présenter
avec ~on bonnet à la main. Il s'assied au banc des avocats et
on lui dit de se com'Iir. On lui parle en style impersonueÎ, à
moins que l'on n'ait quelque reproche à lui faire; on s'adresse
alors directement à lui et l'on emploie le vos archaïque et
distant. Le lieutenant doit toujours se montrer fort modeste
devant la Chambre; s'il a à parler devant elle et qu'il s'en
acquitte bien, la Chambre pourra lui faire la politesse d'un
remerdment. Elle n'a pas, au food, intérêt à amoindrir les
attributions du lieutenant; elle a bien a~ ez d'affaire~, san ~
empiéter sur la juridiction d'autrui.
La Chambre avait de fréquents rapports avec les autres
tribunaux de :Madrid 1, et entre corps aussi jaloux de leurs
moindres prérogatives, les conflits se faisaient incessants. La
règle générale est que la Chambre doit en tous les cas maintenir ses privilèges et sa dignité. Si un messager I envoyé par
le Palais, se présente, il sera reçu par un O'reffier de la Chambre
de Castille, mais on ne lui permettra pa; de dépasser la barre
du Tribunal : le doyen lui donnera une réponse immédiate.
Le~ ~essagers des autres Conseils sont reçus par un simple
hmsster. En 1734, il y eut conflit d'attributions entre la Maison du roi (el bureo) et la Chambre, au sujet d'un meurtre
commis rue du Trésor, près la porte de la Chaine, dont la
Chambre revendiquajt le jugement : Je roi décida l'affafre en
r. Id. ibid. Cap, 48. Tenifflle de la Villa.
Id. ibid. Cap. 49• Recados de la Y11'111isicion

2.

Palacio.

1·

otro5 tri61111ales ,• de

39

faveur de sa maison . En r 742, un incident beaucoup plus
grave se produisit entre la ·Chambre et le Conseil de la gue_rre,
à propos de la fonne en laquelle les juges de _Cour ~eva1e~t
rapporter au Con eil de la Guerre les causes su1ettes a co_nflit,
av-ant que la Chambre déclarât officiellement les :e:end1q~er
pour sa juridiction 1 • Le magistrat rapporteur deva1t-1l se faire
accompagner au Conseil de la Guerre par un greffie~ de la
Chambre de Castille? Le fiscal de la Chambre tenait pour
l'affirmative mais le Conseil de la Guerre avait adopté l'opinion
contraire;, ~t le roi ~onna raison à la C~ambre. La pro~édure
très compliquée, usitée en cas de conflit, se trom'a des lors
définitivement fixée~.
r. Arch. hist. nac. 1421•. Iï34· (2 pièce1,).
2. Id. ibid. Iï 42 . - Yarios papeles del ••

amaniego, fiscal de Guerra,
" del gor Bermeo, que lo es de la Sala, sobre resoh-er la forma Y _modo de
ir â hacer relacion ,i Guerra dt! las causas, antes de llegar a formar
competencia.
3. Id. ibid. 1 i-1 2 • - Pape! del •• Bermeo ~1 ~Iunilla, sobre la forma ~e
i'r los escribanos de Camara â hacer rclacion â Gucrm, Y competencia.
Responclc )lunilla al margen que no es estilo, ni h~y exemplar de que los
subalterno- del Consejo vayan con amos .i otro, 01 que ~e les haya _mandado; porque, en qualquier caso que ocurra de _Conseio a U&gt;nseio !&gt;c:
rcprcsenta al rcy, à excepcion de las de competenc1as, que estas s: pueden
formar por 10 - .. fiscales de ellos, dando peticion en ala de G~b.•erno del
de Castilla, â meno • de que si la forma el de Guerra, da la pet1c1on _en su
Consejo y se hacc saver al con quien la forma, y se ve Y determ10a en
una de las alas de Ca tilla, clonde se jnntan los S.. clcctos para Ja_
compctencias,'prececliendo' nombrar el Rey quinto ministro, que es quanto
puede decir.
~.Id.ibid._ Pape! del s•• Campillo ;i • . Ema, de que el rev h~ resuelto
que, en conformidad dd estilo ob ·en·ado hasta aqui, pase el escnbano qu&lt;;
actue en \.1 causa ,i hacer relacion de ella al Consejo de Guerra, como 10
estaba mandado, y que por punto general no emb~race la Sa!~ que
escribanos de camara pasen a hacer rel::icion al m1smo ConseJO d_e
causa-; de los militares que recurrieren â el, quejanclose de que los tienen
proccsados, pues, quando aquel tribunal rctubier~ lo~ autos Y en el\a
considcrare la ala perjudicada su jurisdiccion ordinana, ha de usar del

~:s

�40

G. DE DE\'ISES DU DEZEH1'

Quand la Chambre rend visite au Président de Ca tille, les
juges de Cour ne portent pas le bâton de commandement et
ont grand soin de ne parler que de l'affaire qui les amène.
Pour les Yisites aux présidents des autre Conseils, on garde
le bâton de commandement•. Cette question d'étiquette est
fort contestée; autrefoi::,, Philippe II déclarait ne reconnaitre
un alguazil de Cour qu'à on bâton, mais Philippe Y, ayant
YU un jour un juge l'approcher de trop près aYec sa canne, a
obligé les juges à laisser les leurs à la porte de son cabinet; il
n'esl plus maintenant de gentilhomme d'un rang moyen qu)
ne prétende faire quitter la canne aux magjstmts.
Les juges de Cour ne doivent entrer dans la Chambre de la
reine que sur un ordre de la Camarera ,lfayor ou de la gouvernante de . l\f. 2 C'est d'ordinaire un juge de Cour qui est
chargé de trouver une nourrice pour les infants, commission
ennuyeuse s'il en fut, mai · à laquelle on ne peut se soustrairer
puisqu'il s'agit du service du prince. Il faut passer par toutes
sortes de difficultés, comme il ani,·e toujours quand on a
affaire aux dames; cela coûte beaucoup de peine, car il faut
sortir de Madrid et courir la campa 11 ne; c'est une charge onéreuse, car il faut avoir som·ent cher. soi plusieurs de ces nourrices et les régaler. On peut bien demander une indemnité
( ayuda de costas), mai on n'obtient jamais rien et l'on doit
se tenir pour bien payé si l'on Yous remercie, ce qui n'arrivepas toujours. Le juge doit s'inquiéter de la santé de la nourrice et de celle de ses enfants, de la qualité de son lait, de sa
réputation et &lt;le ses mœurs. Il fera bien, sw· tous ces pointsr
de s'en rapporter à la Camarera Mayor et aux dame du
Palaî .
mcdio regular, y se forme la compctcncia, como siemprc ~e ha' aco~tumbrado.
1. ld.14zoe. •ldr1t!r/nui11~. Cap. ~o. Jfod1J ,le visit,1r al S•t Presidmte J'
C'lras personns.
z. Id. ibid. Cap. 51. Quart,, de /&lt;1 r~pia t!lt ra:o,i d,• la r•am.

.p

1,.-\ CHA11113RE DES Jl'GES

~-

-

.

d Madrid . Il y aurait beauoyer aux galèrest
e l'on devrai env
.
l. t·
coup de menc mn s qu
.
tt eau pilori bien
e l'on devrait me r
'
beaucoup de ~emmes ~u
unes honteux sont souvent
battre et banmr de la 'ille. Les _pa
p d ôder de carrosse
les plu:; dévergondé.; ~n les vo1~:~es ::t:~sr sur la générosité
en carrosse et ·e renseigner les u
.
, l'on vende
&lt;les uens qui passent. Il n'y a pas un~ bouu~ue s~ue'ge'e de qué:-,
f · b qm ne soit as 1
de la limonade et de 1 eau raie e . f: dr l résolûment les
man&lt;leurs. Quant aux étrangers, il au da:
ne utilité. Ce
1\1 d . 1 , 1·1s ne peuvent être aucu
chas ·er de n a rn , ou
1 s étrangers sont bien
sont, pour la plupart, des. espions« car _e sim licité que les.
loin de vivre avec la meme bonne fot et
p

La mendicité est une des plaies e :t

Espagnols 2 • »
. lé ·é au sein de la
Les aveugles' forment un corps pnv1 gifré .
Carmen.
Ils ont leur con ne au
grande a~ée d~s pauvre ·
.
articulières réciter de
.\utrefois, ils allaient dans les ma1son_s p
ône. aujourprières et il. recevaient pour leur pe~ne unl etartu°:ie le~r laisser
•
·
· teurs ' et 1 on a e éo li
&lt;l'hui ils se tont
improvisa
Ils jouent
dire Îeurs sottises ju ·que dans la Chaire des g ses.
.
.
.
d chansons satiriques ou llcende la guttare, il . chantent es
r u de counr
cieuse~ et les . ervantes restent à les écouter, au ie
où elles ont affaire.
.
. il n'est crimes
Les bohémiens. (gita nos) 4 sont p1res e~~o~:• s'occupent que
dont ils ne se s01ent rendus coupables.
é 1 gens qu'ils
·
·15 011t rôti et mang tes
1
ile vols et d'assassmats;
ét·
à des juifs.
1
t
dt des enfants c1ir iens
avaient tués, I s on ven t
·1
t volé les églises et les
pour le:; torturer e::t pour les tuer, 1 s on
ya e::, sacré·.

Lù. ibid. Cap. 52. l't1l!rts.
h
'c'• y de·cuido qul' no;;
•
1os l''.l.trangeros con 1a uena ,,
2_ " Pues no ,·1,·en

1.

otro • &gt;
3. Id. ibid. C:tp. 53. Cùg,1s }'
4 . Id. ibid. Cap. 5.1. Crtc111&lt;&gt;s.

da11cJs

, · l1Js

dt co11sen tr

.

�_______

G. I&gt;EsnEnSFS

nu nt-:ZEh!;-

Les revendeuses et les filles e

à développer la gourmandise et I n~r~t~1me~ tendent sans cesse

les rues avec leurs étau"'". 11

a a1~eant1se; elles encombrent

ne v1vent qu 1 fi•
l es corrégidors ont b • ·'-, e es
.
e &lt;e nponneric, •
L

. .
ien trop indulgents à leur égard
'
es comm1ss1onnaires' doivent .
..
avec attention. Autrefois il ' av ~tre, eux aussi, surveillés
corporation d'hommes &lt;l , . )
ait dans chaque ville une
e peme ou de p t f ·
palanquines) qui suffisaient
~r e a1x (ganaj;anes,
tenant, la Galice se d ,
rar a1~ement a la besogne. Mainfainéants qui vivent d epeup e _e~ monde Madrid d'un tas de
ans une O1s1veté p
ou trois courses leur suffi
resque complète, deux
instituer des réglement dsant p~ur gagner leur pain. Il faudrait
s racomens po
, ·
et la superbe de ces
ur repnmer la paressse
rables d'être tyrannisgésarnements, et empêcher les gens honoL
par eux.
. es commissaires-priseur (
. .
Juridiction de la Chambre Il dco:redores) . sont soumis à la
elle et inscrire sur un re~st s l Ol\'ent aYoir été approuvés par
donnent quelque chose à _re des noms de tous ceux qui leur
prix demandé. or ces
,e_n re, la nature des objets et Je
, ,
courtiers ne tie
.
volent le public et le
1·
nnent pas de hvres et
. .
urs c 1ents. Cinq O •
.
.
cho1s1s uffiraient a 1
u six courtiers bien
défendre de vendremdpeementblà Ja besog'l1e. Il faudrait leur
•
s meu es neufs· il •
les fabricants qui es è
,
' s s entendent aYec
.
'
p
rent
ecouler plus facilem
1
h
c . andise
par leur inte rme'cl·1ane
.
ent eur mar.
et les fo ·
fi·
ams1 toute l'année O d
. .
.
ires moches durent
.
· n evra1t mterdire la . t d
. .
clefs, qm profite surto ut aux vo 1eurs et e ."en
l e es v1e1lles
de la Manche d'acheter 1 .·
'
mpec1er les muletiers
es , 1eux fers ce · r. •
fer à Madrid,
'
qm ,ait renchérir le

f: .

Id. ibid. Cap. 55. Jiu ere1 r
Id. ibid. Cap 56 E~ f. "l'' roend,,doras J' mal e11/rrle11ù/,1s.
,
·
· , '.Y"r r ur,1s y la form,z
.
segul'tdad de lo que u les mltt!J(
que Sé fJcdna d.1r para ltl
11
el/os.
J' que &lt;t mùto1'&lt;1.-;e tl J[rau 11u11uro q1u luzy tft
1.
2,

J. Jd. ibid. Cap. 57. Corredo~es y almomdilla&lt;.

l~.\ CHA. tBRF. DES Jl !GE

---------

Il y a ùes gens qui portent la sébille des mendiants ou qui
1a louent pour avoir prétexte de quêter de maison en maison ; ce sont 1e plu~ souvent des entremetteurs, adonnés à la
fainéantise et à tous les vices.
Quoique le peuple soit d'ordinaire paisible, il se produit parfois des troubles 1 , à raison de la cherté des ,ivres, des nouveaux imrôts, des changements de monnaie; les magistrats
prendront garde à ne se montrer qu'accompagnés d'une force
suffisante pour se faire respecter ; ils feront exécuter de fréquentes rondes de nuit; ils s'aideront de l'influence qu'ont su
prendre sur le peuple les ordres religieux. l.7ne heureuse inspiration peut en bien des cas conjurer le péril. De grands
magistrats ont apaisé des séditions en faisant exécuter un prisonnier quelconque, pris parmi ceux qu'ils avaient déjà sous la
main et qu'ils donnaient comme le principal auteur du dommage dont souffrait le peuple.
Les privilèges et l'indiscipline de la Garde royale', encouragée par ses propres chefs, constitue une des causes principales de la mauvaise police de Madrid. Ils dépendent, il est
Yrai, de la Chambre, pour tout ce qui regarde leur conduite,
mais aucun alguazil n'oserait se ha arder à leur porter un
exploit, ou à leur faire payer une amènde : aussi bien ne saventils à quels excès se porter, leurs maisons servent de refuge aux
voleurs, aux vagabonds et aux femmes perdues. Us sont
exempts de certains droits et ils en exemptent qui ils veulent;
personne ne peut s'y opposer, car si, d'aventure, quelqu'un
fait résistance à leurs caprices, ils le tuent, comme on les voit
faire presque tous les jours. lis ont des auberges et des tavernes
à eux ; il suffit au premier ,·enu de mettre une hallebarde
devant sa porte et de dire que sa maison appartient à un soldat
de la Garde, pour que _la maison soit aussi respectée qu'un
t. ld. ibid. Cap. 59. Alborotos del pueblo.
~- Irl. :bid. Cap. 60. Soldt1tlas de /J C11ardu re,1/.

�palais ou l'hôtel d'un ambassadeur. Le soldat dit, à sa décharge~
que le roi ne le paie pas, et que les privilèges dont il jouit lui
tiennent lieu de traitement, mais il abuse vraiment de ses prérogatives; avec deux ou trois hallebardes bien placées, il a de
quoi jouer, faire la fête et parader en riche costume 1• Le meilleur remède à tous ces désordres serait de soustraire le soldat
à l'autorité de ses chefs, qui, par esprit de corps, le laissent
tout faire.
Les soldats de la Garde ne sont pas les seuls à jouir de
pri,·ilèges abusifs : les couvents, les ambassadeurs, bien des
maisons nobles ont le droit d'ouvrir des tavernes et des boutiques 21 qui font une concurrence désastreuse aux fournisseurs
des villes, offrent à chaque pas des occasions de dépense et
de libertinage et contribuent à augmenter le prix des denrées.
Les économes des boutiques privilégiées vendent les œufs un
ou deux. maravédis de plus, la pièce, la chandelle un demi réal
de plus par livre qu'au marché, pour pouvoir donner le tant
pour cent aux majordomes des grands seigneurs. Il y a dans
ce boutiques du poisson et du gibier toute l'année; la loi
n'existe pas pour elles. Les employés de ces maisons vont
cbercher les denrées dans les villages et sur les routes, ne
paient pas de droits d'entrée; si quelque agent de la justice
essaie de remédier à ces abus, les propriétaires privilégiés
arment leurs gens et se maintiennent par force en possession
de leur droit. Comme ces boutiques sont des lieux. privilégiés,
on y yoit entrer, de jour et de nuit, des hommes et des femmes
qui r commettent mille excès, et le mal va croissant tous les
jours. On a fait de réglements sur les tavernes appartenant
aux communautés religieuses J., mais les grands seigneurs
r. « Jugar, putear y andar lucido. &gt;
Id. ibid. Cap. 61. DesjJensas;· despemertJs.
3. Arch. hist. nac. 14:zz•. R eglamento que segun el allanamient.o 'luclto J
S. 11:f. remitido al Co11sejo r tl la Sala para su observrmcia debm guardar las
2.

45

LA CHAMBRE DES JUGES

G. DESJJJo;\"ISES DU DEZERT

4-l

tiennent encore à ce droit scandaleux, comme si le Président
de Castille ou le Roi tenaient boutique.!
Si les privilégiés peuvent vendre &lt;le tout, il faut au contraire
une licence spéciale du conseil pour vendre du chocolat d~ns
les débits d'huile et de vinaigre 1 • L'usage du chocolat s est
répandu jusque parmi le peuple; c'est pure ~ourma~dise et
nombre de gens s'occupent à ce commerce qm pourraient travailler plus utilement 2 • Il n'est pas de fraude qu'on ne comn~ette
à cette occasion, on mêle au chocolat de la canelle, du poivre,
du pain grillé, de la farine de ,maïs, des ~corces d orange~
sèches et moulues et autres saletes (porquer1as). On ~ cherch_e
à faire du chocolat à bon marché, à 5 réaux 1 / 2 la livre, mais
Ja liYre de cacao de Caracas coûte déjà 5 réaux 1/2, ou même
6 réaux, la livre de sucre 4 réaux, la livre de vanille 4 réatL""{,
Je rocou se vend 32 réaux la livre; le fabricant le plus ~cooome ne peut vendre le chocolat moins de 10 réaux 1 / 2 à
11 réaux. La Chambre qui a le contrôle général du commerce
devrait bien contrôler le commerce du chocolat et renvoyer
aux champs tous les paresseux qui s'en occup~nt.
.
.
On vend aussi à Madrid; des limonades au vm et de 1 ato;a 4,
1

On ne vendra dans ces
tavernes que du vin, les tavernes seront établies ~n dehors de la clôt~1-~,
afin que la justice y puisse pénétrer. Il y aura un inspe~teur d~s- mesu1 es,
mais, par ra,·eur spéciale, le roi permet aux communaute~ de des1 «ncr u~e
011 plusieurs personnes de confiance qui Yisiteront les ta1·crnes. Le pnx
du vin sera fixé par \'autorité et ne cra vendu que dans des mcs~tres
·
· es on ne yendra pa · au-de 'sous d'un demi ::zumhre (c1w1ron
poinçonne ;
•
.
..
.
un litre). Le~ ta1•crnes eront tenues par de- empl_~ye~ l~1q~1e , ~~•~ un
surveillant ecclésiastique pourra se tenir dans une p1cce a coce et sui I e1\ler
l'agent derrière une grille ou une jalousie.
r. ld. ibid. 1422" . Clzocolate.
Cliocolate y los que liJ 1tac, n;· ,·tnden por l,r.s
2 _ Id. 1420 •. Adve,·tmcias. -

comimidades de esta Corte en sus tabenuH. 17 41. -

c,isas.

,
_ .
.
.
3_ Id. ibid. Cap. 63. Aguas y otras vevidas.
4 . L'aloja était une boisson d'invention arabe que l on labn qu:ut en fa1-

�G, DESDEVISES DU DEZERT

des eaux de canelle, de clou de girofle de citron de 1·asmin
,
'
d e 1t eau à la neige, on les vend glacées ' ou congelées
(lzeladas
o engarapinadas) dans des petites fioles de veiTe, L'hiver, on
vend de l'hypocras et du vin de coing. Dans les maisons où se
débitent toutes ces denrées entrent les hommes et ]es femmes
qui y perd~n.t l~ur te,mps, et y bavardent, ce qui est pir:
encore. Mais 11 n y a hotel de grand seigneur ou d'ambassadeur
qui n'ait son débit privilégié, et à l'abri des droits du maître
on fait ce que l'on veut. Ces boissons froides sont très nuisible~
à la santé, tant à cause de leur basse températur-e que des
fraudes des marchands. Ils y mettent du miel en guise de
sucre, ils y mêlent des essences nuisibles. On voyait, il n'y a
pas longtemps, à Madrid, une boutique appelée la Maison des
cent vins; on y vendait du Grenache, du moscatel, du vin
blanc de cerises (albillo de guindas) et autres diableries (embelecos ). Cette taverne a disparu, mais celles des ambassadeurs
et des grands seigneurs continuent à vendre des vins de ditférent; crus, _au prix qu'ils veulent, -et ainsi s'augmentent Ja
~?~rte des VIvres_, la_ gourman_dise et l'intempérance. Les priv1leges donnent heu a chaque mstant à des affaires excessivement désagréables. En I 735, la Chambre avait imposé une
a~ende. au débit de la maison des Italiens, l'administrateur
p:etend1t ne pouvoir la laisser recouvrer sans un ordre de l'aud1t~ur (~e Guerre?) auquel appartenait la juridiction de cette
ma1s~n'. 11 fallut en référer au Conseil qui ordonna la fermeture
du deb1t '. La Chambr~ devrait se montrer très sévère pour
a~corder de ~ouvelles hcences, et retirer à la première occas10n celles qm ont été déjà données.
S~r le Prado e: dans les fêtes publiques, des femmes vont
et viennent parmi la foule, vendant des limons, des galettes
sant bouillir
les citrons qui avaient servi à faire la rimonad
·
.
, e e t· en actd·1t10n-

na □ t la liqueur de miel el d'épices.

r. Id. 1421•. 173 S"· Niebe.

LA CHAMBRE DES JUGES

47

et autres choses de ce genre ', tandis que d'autres marchands
offrent des oublies. Ces femmes sont le plus souvent des entremetteuses, qui vont porter aux dames jusque dans leurs carrosses les messages de leurs galants. Il serait fort bon de supprimer tout cela et de revenir à l'ancien ordre de choses, alors
que du petit pont à St-Jérôme on trouvait quelques boutiques
où l'on pouvait acheter toutes ces friandises à meilleur compte
et ~'en régaler plus commodément.
Les pauvres qui fréquentent le Prado et les promenades
publiques et qui hantent les boutiques des limonadiers sont
aussi des entremetteurs
Il n'est d'inventions que ne trouvent tous ces fainéants,.
Trois ou quatre femmes, habillées en paysannes des environs
de Valladolid, sont venues s'établir sur la Plaza Mayor et se
sont mises à vendre des omelettes au lait, à la mode du pays;
elles ont gagné quelque argent, d'autres sont accourues,
et aujourd'hui elles sont légion. Autant d'ouvrières utiles de
moins. Madrid est plein de ces traîne-savates qui vendent des
salades, des asperges, des oranges, des limons, du lait caillé,
de_ la crême, des châtaignes, des avelines, des mûres, du lait,
des fromages. Ces gens achètent toutes ces denrées aux
paysans le long des chemins et réalisent de gros bénéfices.
D'un gros fromage, ils en tirent plusieurs petits, les pétrissent
entre leurs doigts et vont parfois jusqu'à les humecter de leur
salive. Il était autrefois défendu de ·vendre la crême en pot;
on ne pouvait la vendre que dans des assiettes de terre, conformes au modèle officiel déposé à. la Chambre. Cette prescription, qui évitait bien des fraudes, est tombée en désuétude.
2•

r. Id. r.po•. Advertencias. Cap. 64. Mugeres en el P rado y fiestas puélicas
venden limas, rosquûlas .r otras cosas, y oa,·quilleros que se ocupan e,i eW).
2. Id. ibid. Cap. 65. Pobres que acuden al Praào y paseos jmolicos, J' asisten
en las alojerias y puestos donde se vende vevida y cosas de comc1:.
3. Id. ibid. Cap. 66 . Tortillas de. lec!,e y otras go./osittas ex cusadas, 11 de ningima manei·a neces~rfos.

�G. DESDEV1SES DU DEZERT

49

LA CHAMBRE DES JUGES

Les restaurants fermés ne peuvent être annexés à une
taverne et doivent avoir une licence et un tarif'. Les cabarets
et auberges sont fort chers et détestables On ne peut avoir
un lit à moins de deux réaux; que l'on apporte ou non sa
nourriture, c'est le même prix, on vous vend la chandelle, il
faut donner des pourboires aux servantes et l'on n'a qu'à se
taire et à payer, si l'on ne veut pas ameuter tout le village
contre soi; l'alcade prend toujours parti contre l'étranger. Les
auberges ne sont pas sûres; il n'est pas de malle si bien close
,qui ne soit forcée; si l'on se plaint, l'hôte crie qu'on veut le
déshonorer. Dans les auberges de la route cl' Andalousie une
.
'
nmt coute 60 à 70 réaux, le déjeuner revient à 30 ou
.40 réaux. Les gargotiers les plus raisonnables demandent un
-ou deux réaux-pour rôtir une perdrix ou un lapin . Et rien à
dire! car, en un clin d'œil, on se voit entouré de gens armés
dont on est bien heureux d'être délivré, même en leur Iaissan~
-son manteau. « A Cordoue, raconte le vieux magistrat, il
&lt;&lt; m'est arrivé de me placer près de la ~orte d'une auberge, qui
« est située dans un coin, derrière l'Eglise, pour vendre une
« botte &lt;l'asperges, suffisantes pour le dîner de sept ou huit
« personnes. J'en demandais 2 réatLX et demi. L'hôte sortit
« m ' empecha de vendre mes asperges et me les prit pour deux'
« r~aux. Le même soir, je me rendis à la même auberge avec
« cinq autres personnes; on nous servit de méchantes assiettes
« d'une douzaine &lt;l'asperges chacune et l'on nous les compta
« chacune à un réal et demi. » Les aubergistes s'entendent
avec les voleurs, et quand la justice Yient les arrêter les voleurs
l' accompagnent pour venir au secours du fripon.
'
II faudrait rétablir dans tous ses droits la Sainte-Hermandad• elle
n'existe plus qu'à Ciudad Real et à Tala,·era et ne co~siste
.qu'en•une simple confrérie, uniquement occupée à défendre
2•

.

.

1.
2.

Id. 1421 e. .llorleg ones.
Id. Advertmcias. Cap. 67. JJfeso11es,j&gt;1sadas,j1111tas.

. 'lèges et à OrŒaniser
des fêtes et
des divertissements.
ses pnY1
i:,
•
•
Si les auberges sont chères et mauvaises, les frais _de _voyage
ordma1tement
dé passen t to ute limite raisonnable 1• On compte
.
. ._
.
réatLx
par
mule
et
par
jour;
une
v01ture
ordmane
eXJge
19
trois mules, une voiture un peu lourde en demande q_uatre.
On compte les jours de repos comme jour~ de marche. S1 vou:
demandez une mule, on ne la donne pas . sans. ~n ~arçon a
chernl. c'est lui qui trace l'itinéraire et qm choisit 1 auberge.
Les m~les de charge se louent I 5 réaux par jour, ~t t~n garço?
ne veut pas en soigner plus de quatre. De Madnd a ~lcala,
une Yoiture coûte 1 50 réaux, 700 réaux pour Valla~obd; on
demande co~ramment 3000 réaux pour Séville. Parfois, quand
on est arrivé à mi-chemin, les muletiers abandonn~nt le_voyageur et s'enfuient avec les mules. A cha_que cote, 1,1 f~ut
descendre de sa monture; à chaque mauvais pas, on s arre~e
pour passer la nuit. On fait lever le voyageur de_grand matm
et quand il est prêt on va réveiller le muletier. Les bacs
coûtent un prix fou. Le passage des ~o~s de Gua?arrama et
de Somo Siena est extrêmement peruble et couteux. L;s
bagages sont souvent brisés, fracturés, ~garés, p~r~us ou voles,
quelquefois par les conducteurs eux-memes, qui simulent une
attaque de ·voleurs.
.
.
Dans l'intérieur de Madiid, les ouvners 2 donnent aussi de
nombreux sujets de plainte. Ils sont to.ujoms disp~sés à
augmenter leurs prix. Vers le tern
~e Paques, les tailleur~
gagnent jusqu'à 1 6 et 20 réaux; mais ils volent sur la co~pe,
·1s se refusent à aller couper les vêtements chez le chent.
Quelques maîtres tailleurs avaient ,song~ à_ employer des
femmes• leurs ouvriers les ont attaques en Justice et ont obtenu
o-ain de 'cause contre eux. Les cordonniers ne veulent plus
~ravailler à la journée, mais seulement à la pièce et ne font

P:

1•

2.

Id. ibid. Cap. 68. Alquilado1·es de mulas.
Id. ibid. Cap. 69. Ojiciales y jomaleros.
Rerue Hispa nique. P

4

�50

G. DESDEVISES DU DEZERT

que 'de mauvaise besogne; les maîtres n'y peuvent rien, car
les ouvriers se coalisent et refusent d'aller travailler chez les
maîtres qui n'acceptent que le travail à la journée; ils vont
parfois jusqu'à maltraiter les patrons. Cependant un bon
ouvrier se fait 10 à r 2 réaux par jour, un médiocre gagne 7
ou 8 réaux. Les pa,trons logent et blanchissent les ouvriers
célibataires et poussent même la complaisance jusqu'à leur
donner le déjeuner les jours de fête. Quand les ouvriers vont
porter la chaussure chez le client, il est rare qu'ils ne
reçoivent pas un pourboire d'un réal ou un demi réal. Les
grèves ne sont pas sans exemple : « on a vu quelquefois les
« ouvriers se réunir, surtout les tailleurs, les cordonniers et les
« journaliers, et déclarer qu'ils ne travailleraient point si leur
« salaire n'était pas augmenté. C'est la Chambre qui connaît
« de ces sortes d'affaires, et qui envoie quelques-uns des
« mutins à la campagne, surtout les tailleurs, cordonniers et
« journaliers, qui sont les plus remuants. 11 faut faire grande
« attention à ces mouvements et les réprimer sévèrement, car
« tous ces gens mènent une vie peu régulière et n'offrent
« aucune garantie, on ne peut donc les tenir que par le châ« timent et la crainte qu'il leur inspire; il importe d'autant
« plus de les tenir en respect qu'on les retrouve toujours dans
« toutes les émeutes et dans tous les troubles. » Madrid n'a
que de mauvais maçons et les constructions n'y sont pas
solides. Un maçon gagne 10 ou 12 réaux par jour; le contremaître qui le regarde travailler en prendra 20 ou 22. Il faudrait
soumettre les maçons à un examen public. On ne ferait pas
mal non plus de l'imposer aux peintres de sujets religieux; le
Tribunal de l'Inquisition « si zélé et si attentif en toutes
choses » ne serait plus obligé de faire saisir tant de tableaux
ridicules et indécents.
Madrid avait encore, au milieu du dix-huitième siècle,
quelques esclaves mores. Ils devaient toujours garder leur
costume national et leurs maîtres ne &lt;levaient leur laisser

'
LA CHAMBRE DES JUGES

porter ni favoris, ni cheveu.'{ longs. Le port des armes leur
.était rigoureusement interdit.
Là s'arrêtent les Remarques du vieux Juge de Cour. Nous
aurions aimé à savoir quelque chose de la vie·judiciaire de la
Chambre, soit en matière criminelle, soit en matière civile,
mais ces choses l'intéressaient probablement beaucoup moins
que les questions d'étiquette, de conflit et de police. IL advient
ainsi parfois aux très vieilles institutions de prendre l'accessoire pour le principal et de ne plus voir en tout que le particulier et le-_personnel.
G. DESDEVISES DU DEZERT.

�LUIS TRISTA:N"

LUIS TRISTAN

Luis Tristan a joui d'une étrange fortune, a profité d'une
singulière erreur. Au lieu d'avoir été méconnu comme tant
d'autres artistes, sa réputation a été bien supé1ieure à sa valeur.
Jusqu'à ces dernfors temps il a passé pour un élève du Greco
digne d'être mis en parallèle avec son maître. Palomino, et
après lui Cean Bermuclez, et à leur suite Cruzada Villaamil,
en Espagne, ont raconté qu'il avait eu le grand honneur d'influencer Velazquez, ce maitre si personnel et si peu influençable. En Angleterre, William Stirling écrit que « de tous les
peintres dont les œuvres passèrent sous les yeux de Velazquez,
ce fut Luis Tii-stan qui produisit sur hù la plus vive impression. » Richard Cumberland clit à son tour que « Tristan eut
l'honneur d'être imité par le célèbre Velazquez qui se déclara
son disciple et, abandonnant les principes de Pacheco, se
reforma d'après le style et la manière de Luis Tristan ». En
France, l'opinion resta longtemps la même. Louis Viardot
affirme que Velazquez changea sa première manière dure et
sèche, pour adopter le large et grand style qu'il ne quitta plus
dès qu'il eut vu les œuvres de Luis Tristan. William Burger,
alias Thoré,, assure, lui aussi, que l'élève du Greco peut
cmnpter comme un des maîtres de Velazquez. Pour Paul
Lefort, ü rapporte que lorsque le peintre ordinaire de Philippe IV visita Tolède et connut les ouvrages de Luis Tiistan,

53

il en fit les plus vifs éloges, inspirés par une profonde admiration.
Laissons ce concert d'éloges si peu mérités et cherchorn; la
vérité.
Luis Tristan, né vers 1586, dans un petit Yillage des environs de Tolède, vint de bonne heure dans cette ville où il fut
élève du Greco; il y mourut en 1640, d'après don Lazaro Diaz
del Valle qui le connut: en 1649, d'après Palomino qui incontestablement se trompe. C'est là tout ce que l'on sait de sa yie
qui se passa presque entière à Tolède.
Cean Bennudez, après Palomino - nous entrons dans la
légende - raconte ce qui suit : Domenikos Theotokopuli
.considérait Luis Tristan cotnme son meilleur élève, appréciant
tout particulièrement son talent, et lui procmait nombre de
.commandes qu'il ne pouvait exécuter lui-même. Les hiéronymites du couvent de la Sisla, aux portes de Tolède, ayant
demandé au Greco de leur peindre une Cène pour leur monastère, le maître passa la commande à Luis Tristan, tout jeune
.encore, qui s'acquitta de cette tâche à .la satisfaction générale.
Mais quand a1Tiva le moment de payer les deux cents ducats
-demandés par l'artiste, les Pères, vu son extrême jeunesse,
trouvèrent ses prétentions exagérées et sollicitèrent l'intervention de son maître. Celui-ci accepta de servir d'arbitre; mais,
à peine eût-il jeté les yeux sur la composition de Luis Tristan
qu'il se précipita sur lui, la canne levée, l'appelant .drôle, vaurien, déshonneur de la peinture - picaro y deshonra de la
pintura. - Les assistants voulurent arrêter le Greco, essayant
-de le calmer, en lui faisant observer que son disciple était
trop jeune pour s'être rendu compte de l'importance de la
somme qu'il réclamait. - C'est bien ce que je lui reproche,
répliqua-t-il; son tableau vaut cinq cents ducats et si vous ne
les lui donnez de suite, qu'il le reprenne et l'apporte chez moi.
- Là-dessus, les moines, tout penauds, se hâtèrent de payer
.à Luis Tristan les deux cents ducats demandés.

�54

PAUL LAFONU

L'anecdote est certainement fausse. Don Francisco de Borja
de San Roman écrit très justement qu'à cette époque, àucune
commande de ce genre n'était faite sans contrat préalable
dressé devant notaire, dans lequel étaient stipulées les conditions du marché. Don Francisco de Borja de San Roman
a d'ailleurs retrouvé cet acte dressé à la date du 11 novembre 1613, par le notaire Juan Sanchez de Soria, dont voici les
principaux passages : « Luis de Tristan, pintor, se obligaba a
dar hecho dentro de seis meses un cuadro grande de la Cena ...
un cuadro de un Crucifijo muerto con la Virgen y San Juan y
otro del Nacimiento ... todo ello lo haria el dicho Tristan por
el precio de 1600 reales, los cuales se le han de ir pagando
como fuere entregando e pintando, de manera que cuando
tenga entregados los dichos tres cuadros se le ha de acabar de
pagar lo que se le restare de bien do de los dicbos 1600 reales. »
Par cet acte, Luis Tristan s'engage à livrer les trois tableaux
stipulés six mois après la date du contrat, c'est-à-dire le
4 mai 1614. Le Greco était mort depuis près d'un mois, depuis
le 7 avril 1614. Les tableaux eussent-ils été remis am.: Pères
hiéronymites avant les délais fixés, ce qui est plus que douteux, alors que le maître était encore en vie, il n'eût eu en
rien à intervenir. Enfin il ne s'agit plus de deux cents ducats,
pas davantage des cinq cents offerts par Domenikos
Theotokopuli, mais de 1 600 reales.
On trouve à Madrid, dans les collections publiques du
musée du Prado et de l'Académie de San Fernando, deux
peintures cataloguées sous le nom de Luis Tristan : au Prado,
un portrait d'homme; à l'Académie de San Fernando, un
petit Saint J érôme pénitent.
Le portrait du Prado représente un gentilhomme probablement, d'une soixantaine d'années, en buste, vêtu de noir, la
tête émergeant d'une haute collerette tuyautée, le visage
maigre et émacié, aux yeux profondément enchâssés sous
l'arcade sourcilière, au front haut, aux veines saillantes, au
ic;ée du Pr, clo

�é+
L anecdote est ,ertainement fausse. Don Fran( sco de Bon,
de San Rome. é&lt; rit très justement qu'à cette époque, aucune
commande Cl . ce genre· n'était faite sans contrat .-,réalatle
dressé &lt;lev t ,,otaire, dans leq4el étaient stipulées ies con·
&lt;litions du marché. Von Francisco de Borja de San Rom,,"
a d'aill ·uM retrouvé cet act~ dressé à la date du n nove,i:
bre r~ 13, ;,ar le notaire Juan Sanchez de Soria, dont voici le,
princi ux passages : « Luis de Tristan, pintor, se obligaba a
dar h, ·ho dentro de seis meses un cuadro grande de la Cena ... •
un c-uadro de un Crucifijo muerto con la Virgen y San Juan y_
otro del Nacimiento ... todo ello Jo haria el dicho Tristan por
el precio de 1600 reales, los cuales ~e Je han de ir pagando
como fuere entregaudo e pimand• , &lt;l, 'li:,nera que cuando
tenga entregados los &lt;lichas tres cuad; os lo ,,a ile acabar de
pagar la que se le restarc debiendo de los dkiios 1600 reales.»
Par cet acte, Luis Tristan s'engage à liner les trois tableam:
stipulés six mois après la date du contrat, c·esl-.à-dirc 1
4 mai 1614. Le Greco était mort depuis près d'un moi, ,lepu ·
le 7 avril 1614. Les tableau.,;: eussent-ils été remis ,ncr Père'S
hiéronymites avant les délais fixés, ce qui est plus que douteux. alors que Je maitre était encore en de, Il n'eût 'eu en
neq 'fi ,::te-nnir. Enfin il ue s'ag-it plus de deu;,: cents ducats,
p&lt;-l d:vr~1tage des cinq cents vffen·s par Domenikos
f', o• ·.op,r mais de 1600 rea,es.
()n "
\fadnd, dans les coUect;e,._ publiques du
musée du ! .~do et de l'Académie de II Fernando, deux
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nu '}Qrira,t à' lwmme: à r Acadén 1
:San Fernando, un
petit Samt ')",r~m, j,,'nitent.
I.e portrait rlu Prado repré,c!l c •...., gentilhomme probablement, (l' ·e w,xantaine d'années, en buste, vêtu de noir, la
tête émer- e~nt d'une haute c-ollerette tuyautéé, le visage
maigre et ·émacié. aux yeux profondément enchâssés sous
l'arcade sourcilière, au fronL : aut, a.ix veines saillantes, au

LUIS TRISTAN
Portrait d'homme (Musée du Prado)

�LUIS TRISTAN

55

nez tombant, à la barbe en pointe et aux cheveux gris, plus
noirs cependant qne la barbe. C'est une œuvre de haute
,·aleur, d'une rare énergie _de facture, d'un sentiment de YÎe
intense, d'une profonde spiritualité, rappelant beaucoup par
certains côtés les splendides effigies du Greco qui l'avoisinent,
s'en éloignant par d'autres.
Sur quelles données s'appuie don Pedro de Madrazo pour
donner cette toile à Luis Tristan, nous l'ignorons.
Le tableau de l'Académie dr San Fernando est de dimensions restreintes. Il montre, dans une sombre grotte, Saint
Jérôme, sous l'aspect d'un vieillard chauve, à longue barbe
blanche, nu "jusqu'à la ceinture, penché sur un crucifix placé à
plat sur un rocher devant lui, se frappant la poitrine à l'aide
d'une pierre, qu'il tient dans la main droite.
La peinture, des plus remarquables, au dessin ferme et
précis, aux harmonies chaudes et puissantes, est essentiellement espagnole. Nous ne pouvons nous expliquer comment
William Burger y a découvert « la touche libre et la claire
coloration de coloris vénitiens que Velazquez apprit dè l'élève
du Greco. »
Si le portrait d'homme du musée du Prado est de Lais
Tristan, le Saint J érftme pénitent de l'Académie San Fernando
n'est pas de lui; si le Saint Jérôme pénitent est de lui, le
portrait d' hom,ne est d'un autre peintre. Il est de toute
impossibilité que ces deux ouvrages si dissemblables de facture, de caractère, d'impression, soient sortis de la même
main. Nous n'arrivons pas à comprendre comment tour à tour
des critiques autorisés ont pu admettre cette double paternité. Probablement même, ni l'un ni l'autre de ces deux
ouvrages ne sont de Luis Tristan. Le portrait pourrait peutêtre, vu les analogies qu'il offre avec ceux du Greco, avoir été
peint par son fils Jorge Theotokopuli, et encore n'est-ce là
qu'une hypothèse.
Nombre de toiles voguent sous le pavillon de Luis Tristan

�PAUL LAFO:-ID

sans la moindre preuve, sans même la moindre probabilité
d'authenticité. Faut-il énumérer les principaux de ce~-ci : le
Saint François d'Assise du musée du Louvre ; le portrait de
Lope de Vega de la galerie de !'Ermitage de Petrograd, dont
le Dr Waagen critique le dessin et doute en conséquence
qu'il soit « d'une main si renommée», alors que Louis Viardot,
tout au contraire, le trouve digne du peintre et du modèle;
le Christ à la colonne et la Vierge avec !'Enfant Jésus, qui
ont figuré à la vente Aguado, faite à Paris en 1843, le Christ
en croix, !'Adoration des Bergers, les deux Adorations des
Mages, la Résurrection du Christ et la Descente du SaintEsprit provenant de la collection du roi Louis-Philippe,
vendus en Angleterre; le Moine dans une grotte de l'ancienne
galerie Urzaiz à Madrid; enfin, le Christ en croi.x de la collection du marquis de Salamanca, un chef d'œuvre d'après
William Burger, qui prétend qu'à première vue, on croirait
avoir affaire à la première pensée du grand Christ de Velazquez
du musée du Prado.
Ce qui semblerait bien plutôt appartenir à Luis Tristan, ce
sont les innombrables Saint François d'Assise en extase, les
non moins innombrables Saint Jean-Baptiste, Saint Jean
l' Éva1igéliste, s'enlevant sur des fonds sombres, plus ou moins
copiés ou imités du Greco, que l'on rencontre à chaque pas en
Espagne. Il semblerait presque que Luis Tristan soit un de
ces artistes mythiques sous le nom duquel on enregistre les
ouvrages se rapprochant plus ou moins de ceux du Greco
qu'on n'ose lui donner.
Peut-être pourrait-on att1ibuer à Luis Tristan, et encore
sans certitude, le Saint Basile évtque du musée du Prado. Le
saint, en pied, recouvert d'une riche chasuble, la mitre sur la
tête, une luxueuse crosse pastorale dans la main droite, un
livre ouvert dans la main gauche, s'enlève sur un fond du ciel
jusqu'aux trois quarts de hauteur de la toile, et sur le quatrième quart, sur une plaine fermée à l'horizon par des mon-

S1 Fr.m

·s (. IusJe du I ouvre)

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d'authenticité. l•aut-ü énumérer le::, principaux de 1..:eu;·-.:· . J •
Saù.t Franç,.J d'Assise d11 musée du Louvre; le fa,rtra t If
Loµ (le Ve de la galerie de l'Ennitage de Petrograd, don
le Dr \ '.uigen critique le dessin et doute en com:équènce
qu'il soit ~ dune mam si renommée», alors que Louis '\ffardot,
tout au çontraire, le trouve digne du peintre et du modèle·
Je Christ à !a colonne et la Vierge avec l'E,ifant Ytisus, qui
out figuré a la œnte Aguac1o 1 faite à Paris en 1S43., le Clt1'zst

en crmx-J J'Ad-Oratio'u des Bergrrs, les deux .Adorations des
1lfages, la Résurrection du Clzrist et la l)esccntc du s·aintEsprit provenant de.

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collecûtm. du r

I

Lours-Philippe,

"end us en Angleterre; le Afüùll! dans une grotü de _1 'anc· enne
r.raleriL Urzaiz à Madrid; enfin, le Christ en cro- i; e la col-

. lecti n du marquis de Salamanca, un chef d'œuvre d' rè
WHliam Bttr r, qui prétend qu'à première vue, on crottait
avoir affaire:: !1. la p1emière pensée du grand Ghri~t tle Velazquez
du musée du Prado.
Ce qtil semblerait bien plutôt appartenir ;1
Tristan, ce
sont les.. innombrables Saint François d'Assisl hz exla~t. k
no moins innombrables :-,'ainl Jean-Baptisü., r;;am/ Jean
l' Éwmgili.ste. s'enlevant sur des fonds sombres, ~lu ou moins
) · ou imité· du Greco,, que l'on enwntre a ' aque -pas en
E:. ,agne. Il sembleraü. presque que Luis Tn· 1 an soit un de
· ces rt1 te· rnyth_iqucs sous le nom duq_uel 11 enregistre les
omTages ..,(; rapprochant plus ou moin. d • ceux du Greco
qn 01 n' c lm donn r.
Jleut•tt e Jh1urrail-on attrilmer à Ltii~ Tristant et encore
sau tertttude 1 Saint Basilt é.,•êrpu• du musée du Pr, . T
saint, en p1,dl rec u ·ert d'une 1 ·che cbasuhle 1 la 111;
~
.
tetè, une lu ·ucuse croSSL' pa~torale dan,o:: la mmn dro
un
livre ouv,:rr.t dan JJ main ,lllçhe, s'cnlèYe sur un tond
1..
jusqu'aux ttc quarts de hautcmr de la tofü, et 1 l quatrième quart, sur une plaint: enll e à l hori7.on p, 1c: tnon-

Ll.,

.

y

LUIS TRISTAN
S1 François d'Assise (:Ylusée du Louvre)

�TRISt\.N

e, tv:êque

�,

.

•

•

1

1

11

li

LUIS TRISTAN
Saint Basile, évêque
(Musée du Prado)

�LUIS TRISTAN

•

37

tagnes, où se pas~ent diverses scènes de la vie du prélat. La
toile, comme celle du Saiut Eugène, archevêque ·de Tolède, du
Greco, à l'Escurial, mesure plus de deux mètres et demi de
hauteur, sur un mètre de largeur. Manifestement elle... a été
peinte pour lui servir de pendant. Quoiqu'elle ait été longtemps
attribuée à Domenikos Theotokopuli, elle n'est certainement
pas de lui. L'attitude, le costume, l'allure des deux saints personnages sont les mêmes, l'arrangement des fonds est identique; mais la sécheresse d'exécution du Saùtt Basile, sa coloration plâtreuse, ses fonds aux nuages quelconques, loin de la
violence tragique habituelle à ceux du Greco, la minutie des
petits personnages qui évoluent dans le paysage, jusqu'au faire
cherché de ce paysage, tout prouve qu'il ne s'agit pas du
maître, en la circonstance. Mais aussi bien qu'à Luis Tristan,
ne pourrait-on pe,nser pour cette ceuvre à Jorge Theotokopuli?
Tout ici n'est que doute et incertitude .
Le Saint Basile évêque provient du monastère des Pères
basiliens de Madrid. Il a fait un certain temps pmtie du musée
de Fomento.
Luis Tristan, quoiqu'il soit mort encore jeune, à 54 ans
comme nous savons, a beaucoup produit. A Tolède, au
xvme siècle, on voyait de lui, à ce que nous apprennent
A. Ponz et Cean Bermudez, à la cathédrale : un Saint Antoine
abbé, placé près du transparent; un Christ en croix~ dans la
sacristie dite des Docteurs, et dans la salle capitulaire d'hiver,
un portrait du cardinal Sandoval, brossé en I 6I 9 pour la
série des effigies des archevêques de Tolède ; dans l'église Santa
Clara, quelques tableaux consacrés à la vie du Christ et à celle
de la Vierge;dans le cloître du couvent de Saint Pierre martyr,
un Saint Louis roi de France, distribuant des aumônes a1L'\'.:
pauvres « dont l'invention,- la correction et le coloris, éc1it
A. Ponz, sont imités du naturel »; dans l'église Santa Leocadia, des Capucins, un Apostolado - par Apostolado, il faut
entendre une suite de douze figures d'apôtres à mi-corps,

�PAUi. LAFO~D

accompagnées d'une treizième représentant le Christ bénissant
&lt;&lt; aux: expressions .les plus justes» écrit encore Ponz; dans
l'église San Bartolomé de Sansales, une Décollation de Saint
'.Jean Baptiste « peinte avec un profond sentiment du clair
obscur », d'après A. Ponz et Cean Bermudez; dans l'église du
monastère des religieuses hiéronymites de 1a reine, quatre
tableaux sur le maître-auteJ, que Palomino appelle les quatre
Pâques - suprême éloge dans sa bouche - représentant : la
J\Taissance du Christ, l'ÉpzpJwnie, la Résurrectùm et la Pentecôte. C'est ensuite, .dans le réfectoire du couvent de la Sfala,
la Cène dont il a déjà été question, ainsi que dans la cellule
prieuriale du même monastère, diverses toiles de moindre
importance; dans l'église de la Trinité, un Christ attaché à la
co/onne;dansles églises ~an Roman,San Nicolas etdel'hôpital
du refuge, d'autres compositions encore.
Hors de la ville, dans la province, Luis Tristan a peint à
Del.es, dans l'église du couvent de Santiago, quatre grands
tableaux; dans l'église pàroissiale de Cuerva, d'autres tableaux;
dans l'église paroissiale de Yepes, dix grandes compositions;
enfin, à Madrid, dans le couvent du Carmel chaussé, on ,oyait
deux toiles de l'artiste : un Saiut Damas assis et un Saiut
'.Jérôme agenouillé.
De ces différentes œuvres de Luis Tristan, un certain nombre
ont disparu; d'autres sont, dans ces édifices religieux, placées
à de telles hauteurs ou dans des endroits tellement sombres,
qu'il est pour ainsi dire impossible de les voir. Le portrait dn
cardinal Sandoval de la salle capitulaire d'hiver de la cathédrale, a été tellement retouché qu'il ne reste pour ainsi dire
rien de la peinture primitive. Aussi ne nous expliquons-nous
pas comment Paul Lefort y voit une des plus belles effigies de
cette intéressante stùte de portraits de prélats tolédans, d'un
modelé exquis, d'une grande noblesse d'expression, méritant,
comme exécution, d'être rapprochée des meilleurs portraits
de l'école vénitienne. Viennent ensuite les peintures de l'église

LUIS TRISTAl-1

Santa Clara qui ne s'élèyent guère au-dessus d'une hon_nêt_e
moyenne. Laissons de côté- le Saint Louis roi de France, dts\nbuant des aumônes aux pauvres, de l'ancien couYent de Samt
Pierre martyr; les quatre grandes compositions empruntées à
la Vie du Christ et à celle de la Vierge, du monastère des
religieuses hiéronymites; ses autres tableaux de Tolède, et
arrivons sans plus tarder à ses peintures de Yepes et de
Ucles.
Yepes et Ucles sont deux bourgs voisins. On s'y rend P!t'.s
ou moins facilement d'Aranjuez. On sort de la coquette res1denceroyale par la calle de la Reina aux arbres séculaires; pu_is
on tourne à gauche: après avoir suivi pendant un certa1~1
temps un chemin assez aride quoique avoisinant le ~age~ pms
un hameau ombragé d'arbres, où court un ruisseau qt11 actionne
des moulins on atteint Villamanrique, puis Fuente-Duefiaf,
'
.
misérables villages secs et arides.C'est ensuite Tarancon, petite
ville de quatre mille habitants au plus. Ensuite on atteint Villarubia enfin Ucles dominé par son antique et vénérable for' En uo8, 'Ucles fut le théâtre d'une sanglante bataille
.
teresse.
entre les Maures Almoravides et les Castillans, où l'Infant Don
Sanche fils unique du roi Alphonse Jer, et sept -comtes furent
tués J d'~ù son nom de bataille des sept comtes. Laissons
les
•
ouvrages de Luis Tristan dans l'église de U:cle: et arn~o~s·à
quelques lieues plus loin, . à Yepes, dont 1 église parmssiale
renferme la production la plus considérable de l'artiste. Les
peintures décorent le grand retable, énorme construction à
quatre corps en bois, à entre-colonnements, dans le style
pseudo-romain de l'époque. Elles consistent en six grandes
compositions et en huit plus petites. Les grandes représentent :
La Naissa11ce du Christ, l'Adoration des rois, le Çhrist au
prétoire., le C/temin du Calvaire., la Résurrection et l' Ascension;
les huit plus petites, &lt;les figures de Saints à mi-corps. Un des
grands tableaux porte la signature : « Luis Tristan » et la date
de 1616. Si Luis Tristan est bien né en 1586, il avait donc

�--------- - PAUL l.AFOXD

t&gt;O

--- -

trente ans quand il exécuta cette grande décoration. L'influence
du Greco s'y fait naturellement sentir, non seulement dans la
façon d'entendre et de comprendre les sujets, mais aussi et
surtout dans leur interprétation et leur rendu. :;.\fais hélas! la
puissance du maitre et son originalité en sont absentes. Dans
ces toiles, rien n'apparait plus de splendeurs de coloration
vénitienne habituelles au Greco. Ajoutons que les figures de
Luis Tristan sont vulgaires et communes.
Dans la sacristie des Calices, de la cathédrale de Séville, se
trouve une composition d'environ un mètre et demi de hauteur sur un mètre de largeur, représentant le Ph·e Éternel, son
/ils mort daus les bras, dominé par la colombe symbolique,
connu en Espagne sous le nom de la Trintll', attribué ju,qu'à
ces dernier temps au Greco. L'œuvre est de Luis Tristan qui
l'a d'ailleurs signée et datée comme suit : « Luys Tristan
fa[ ciebat] toleti I 624. » Aucun doute ne peut donc subsister
sur son auteur. Comment cette toile molle, flasque, sans
consistance et sans caractère a-t-elle pu pas er pour sortir des
mains de Domenikos Theotokopuli? San doute parce qu'elle
rappelle ses sujets ordinaires.
Parmi les toiles qui pourraient sans trop d'iunafaemblance
être données à Luis Tristan, signalons à :\fadrid, dans la collection de don Aureliano de Beruete, un buste d'llomme,· un
autre dans celle dt.! don José Diaz, tous deux secs et rêches;
chez un amateur français, à Paris, un portrait d'homme tiut!, à
barbe et à cheveux Rris, rappelant le faire de Domenikos
Theotokopuli.
A l'exposition de peintres espaimols de la Grafi.on Gallery,
&lt;le Londres, ouYerte en r913-19q, a figuré un .Jlfartyre dt?
Saint André, proYenant de la .g-alerie du comte de Quinto,
catalogué ous le nom de Luis Tristan, représentant le aint
portant la croix de on supplice, s'enle\'ant sur un fond de
pay age aux tons les plu ombre .
En fuit d'autres ounages de Luis Tristan, Cean Bermudez

�,

.non

omprendr • 1
ujet , mm
n ieur interprétation et !è'ur rend 1. ;\fais héla •
e du maitre ét on originalité en. ont I nte . Da
toil , rien n'apparaît plu de ;plcndeurs de oloratwn
vénitienne lmbituelle au Greco .• jouton. que le figures de
Luis Tri tan sont vulgair · et communes.
Dan la sacri tie des Calice::., de Ja cathédrale le é,·me, se
trouve une composition d'ennron un m tre et demi de h •
teur ur un mètre de largeur. repré entant le P,'re É'tern l,-so11.
fils mort dans les bras, dominé par la colombe .ymbolique
connu en ]~ p.1 n ou le nom de la Trinit{, attribué ju qu'à

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C,reco. L'œune est de L11i TrLt:an qui

rnnè · t datée comme suit :
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con i nec et ns caract r -t-elle pu pa. r pour rtir
mains de Domeuiko_ 1'heotokopulf? ,.,an dout parce qu'eJle
rappelle ses sujet. ordinaires.
Panni les toiles qui pourraient !ïans trop d'ion-ai emblance
être donné ·' à Luis Tri tan, ignalons à • Jndrid, dan la col-_
lection de clou .Aureliano de Bcructe · un b11str d'lwmme · w1
utre dans celle de don Jo. é Dfaz, tou &lt;l ~· ' c: t
~ 1111 am, eur françai , à Paris, un portrait d'lwmm
t I1 cheveux gris, appelant I f 1r de l •

opuli.

Y,

portant l,1 croi

, n
_ re dt
~lerie du :o nte d _uinto,
'l ri. tan repr • entant le ~ in•
ke, 1 M1l .,..mt ·ur 9n fond ùe

p(l* 'ge llLX

r ·.

Saint .lmirt, o
catalo ué ou:s le n,

En fait d'autres

Luis Tri-tan, Ce n Bermudez

LUIS TRISTAN
Le Père Eternel, son Fils mort dans les bras
(Cathédrale de Séville)

�LUIS TRISTAN

.

nous apprend encore que de son temps, don Nicolas de Vargas, possédait de l'artiste un Rocher miraculeux; don Pedro
Roca, un J'ésus au milieu des Docteurs et lui-même, une Trinité signée et datée de r 626. Était-ce une répétition de la composition de la Sacristie des Calices de la cathédrale de Séville?
Nous n'en savons rien .
Nous en avons assez dit. Luis Tristan est un artiste secondaire. Un concours de circonstances particulières, une anecdote apocryphe, mais bien faite pour frapper les esprits et
rester dans la mémoire - la Cène du monastère de la Sisla ont établi sa réputation. De cette réputation, que reste-t-il?
rien ou presque rien. Les peintures authentiques ou seulement
probables témoignent d'un élève du Greco, humble, soumis,
sans caractère ni personnalité, marchant dans le sillage du
maître en l'amoindrissant. Juan Bautista Mayno et Pedro
Orrente, qtû étudièrent aussi sous la direction du Greco, sans
être des peintres véritablement de premier ordre, hù sont
néanmoins très supérieurs.
Paul LAFOND .

•

•

�DE QUELQUES

DE QUELQUES JEUX D'ESPRIT

Ill. -

LE SONNET DU SONNET

1

Soneto del Soneto ... Le titre est dû à Sedano (Parnaso
espanol, IV, p. 22 et p. IV à la fin du vol.) qui dit à ce sujet :
« La idea es original, y sumarnente ingeniosa y delicada, y su
principal gracia consiste en que contenga una preparacion de
un asunto, que ni propone, ni establece, ni concluye, y llena
todos los dilatados términos del Soneto, desempefi.andole con
mucho donayre de frases, y limpieza de estilo : primor que no
alcanzaron los antiguos, ni ha sido practicable en los modern os;
porque la misma esterilidad de la idea ha hecho mas dificil su
execucion, y mas plausible su desempefio. »
Ce Sonnet, que Sedano attribuait à D. Diego Hurtado de
Mendoza et que l'on doit, paraît-il, restituer au capitaine Diego
de Mendoza Barros, se trouve dans la Primera Parte de las
Flores de Poetas ilustre.s de Espaila que Pedro Espinosa fit
imprimer à Valladolid en 1605. Je le transcris d'après la
réimpression de r 896, et j'indique en note les variantes de
Sedano et de deux manuscrits de la Biblioteca Nacional de
Madrid 2
Pedis, Reina, un sooeto; ya 3 le hago;
ya • el primer verso y el segundo • es hecho;
1. M. Morel-Fatio a publié un article sur ce même sujet dans la Re-vue
d'Histofre lifféraire de la F,·ance, III (1896), pp. 435-439.
2. A. Sedano. B. Manuscrit 3795, f. 79. - C. Manuscrit M. 152,
f. 126 \" 0 •
3. A. y ya; BC. ya os - 4. C. (ya) - 5. B. ya el 1° y 2° ,·erso -

•

rnux

D' ESPRIT

si el 1 tercera me sale de provecho,
con otro verso el un cuarteto os pago 2 •
Ya llego al quinto; Espafia! Santiago!
Fuera ! que entra en el sexto 3• Sus, buen pecho !
Si del séptimo salgo, grau derecho
tengo a salir con vid3. • deste tra\!O.
Ya tenemos a un cabo • los cuartetos.
Qué me decis, sefiora 6 ? No ando bra\'o?
Mas 7 sabe Dias si temo los te1·cetos.
Y si con bien este soneto acabo ~.
nunca en toda mi vida mas sonetos i
ya deste 9, gloria 10 a D ,os ! h~ 11 visto el cabo.

Ce sonnet, s'il ~st le plus célèbre des Sonnets du Sonnet,
n'est pas le plm ancien. Mendoza eut un devancier en Baltasar
del Alcazar 12 :
Yo acuerdo revelaros un secreto
en un soneto, Inés, bella enemiga;
mas, por buen orden que yo en este siga,
no podrà ser en el primer cuarteto.
Venidos al segundo, yo os prnmeto
que no se ha de pasar sin que os lo diga ;
mas estoy hecho, Inés, una hormiga.
Pues ved, Inés, que ordena el duro hado
que, teniendo el soneto ya en la boca
y el orden de decillo ya estudiado,

1. C. si en 2. BC. con el primer quarteto os hago pago 3· B. Ya
llego al 5° verso y me deshago por entrar en el 6°; C. la entra en el
quinto i me desago par entrar en el sexto. - 4. C. tengo para librarme
- 5. B. lado; C. Viue Dias que estan echos - 6. C. amores - 7. C.
pues - 8. C. Si este soneto oi con vida acabo - 9. A. qu e de este;
C. i deste - 10. C. alabo - 11. A. ya he.
12. Gallardo, Ens11yn, 1, col. 75.
I 3. c: ... falta un ,erso, dit Menéndez y Pelayo ( Ob ras de Lope de Vega, lX,
p. cxff) no sabemos si por estar ilegible e n èl manuscrito, 6 por razones
de decoro. &gt;
•

�l'IIARCEL GAUTHIER

DE QUELQUES JEUX D'ESPRIT

conté los versos todos, y he hallado
que, por la cuenta que a un soneto toca,
ya este soneto, Inés, es acabaclo.

Lope de Vega, au troisième acte de La nùla de plata, fait
dire au gracioso, Chacon, ce sonnet, dont la célébrité est
grande :
Un soneto me manda hacer Violante
que en mi vida me he \·isto en tanto aprieto;
catorce versos dicen que es soneto;
hurla burlando Yan los tres delante.
Yo pensé que no hallara consonante
y estoy a la mitad de orro cuarfeto; '
mas si me ,·eo en el primer terceto,
no hay cosa_ en los cuartetos que me espante.
Por el pnmer terceto voy entrando,
y parece que entré con pie derecho,
pues fin con este verso le voy dando.
Ya estoy en el segundo, y aun sospecho
que voy los trece versos acabando;
contad si son catorce, y estü hecho.
}

,

Regnier-Desmarais est l'auteur de cette channante traduction :
SONNET HIITÉ DE LOPE DE VEGUE

Doris, qui sait qu'aux vers quelquefois je me plais
Me demande un sonnet; et je m'en désespère.
'
Quato:ze ,,ers, grand Dieu! le moyen de les faire!
En voilà cependant desja quatre de faits.
Je ne pouvois d'abord t1 om·er de rin1e; mais
En faisant on ap;Jrend lt se tirer d'affaire.
Poursuivons : les quatrains ne m'étonneront gue· e
.
r,
S1. d u premier
tercet je puis faire les frais.
Je commence au hazard; et, si je ne m'abuse
Je n'ai pas commencé sans l'aveu de la Muse '
Pui~qu'en si peu de temps je m'en tire si ne;.
J entame le second, et ma joie est extrême,
Car des vers commandez j'achève le treizième•
Comptez qu'ils sont quatorze, et voilà Je sonn~t.

Laissons de côté le Rondeau du Rondeau de Voiture et les
nombreuses imitations, françaises ou autres, du sonnet ·ae
Lope; bornons-nous à transcrire les traductions anglaises de
ce dernier. L'une est d'Edwards :
Capricious Wray a sonnet needs must haye;
I ne'°er was so put to't before - a sonnet?
Why, fourteen verses must be spent upon it,
'Tis good, however, l've conquer'd the first stave.
Yet 1 shall ne'er find rhymes enough by half,
Said I, and found myself in the midst of the second
If twice four verses were but fairly reckon'd
I should turn ·back on the hardest part, and laugh.
Thus far with good success I think l've scribbled,
And of twice seven lines have clear got o'er ten.
Courage! Another'll finish the first triplet;
Thanks to the muse, my work begins to shorten,
There's thirteen lines got through, driblet by driblet,
'Tis done I count how you will, I warrant there's fourteen.

Une autre, anonyme, est citée par Lord Holland '
My dearest spouse demands of me a sonnet;
,vhy, that will cost me twelve long lines or more;
I ne'er was so put to't; - twelve lines upon it!
l'm glad, howe,·er, I have conquer'd four.
But though five lines I have at length surmountcd,
To get through ail the rest my task is great;
Yet if twice four be but exactly counted,
I think you'll find that I have conquer'd eight.
Thus far wi h middling luck I have proceeded;
Ten Unes clean done I My work is aimost ended;
Help, muse! •- assistance neyer was more needed.
'Tis donc! Twelve lines are ail that I intended.

1. Some account of tlte live.&lt; and writi11gs of Lope Felix de Veg,z Carpio and
Guil/en de Castro. London, 18r7, t. II, p. 225.

Rev11e

Hispanique, P

s

�66

MARCEL GAUTHIER

Une troisième, de Collier, se trouve dans la Laura de Capel

DE QUELQUES JEUX D'ESPRIT

Du Père Jer6nimo Perez de la Morena :

1.offi: •
DUR.'\. LEY DEL
My haughty Fair a SONNET bids me make;
I never was in such a fright before.
Why - Fourteen lines, they say, thèse Sonnets take :
HO\\"e1-er, one by one, I have ek'd out four.
2

These rhymes, said I, I ne1·er shall complete,
And found the second Stanza half 11·ay done !
If now the Triplets had but all their Feet,
These two first Stanzas pretty well might run.
3 .

On the first b·ipùt thus I et1ter bold :
And, as it seems, my speed I st.lll may hold;
Since this ◄ oundation is so fairly laid.
Now for the Second. - And so well dispos' d
My Muse appears, that Tltirtem lines are clos'd,
~ow count the whole fourteeu ! - The SONNET's made.

De D. Gaspar Galceran de Gurrea y Aragon, con.de de Guimen\.:
Escribemc voarcé que le haga copias
Metido entre gavetas y atambores;
No se tiran muy bien Marte y amores,
Pues le espanta Cupido de maoôplas.
Ora va de soneto : - Los cicoplas
Fueron de hierro grandes macbeadores ...
- No ,·oy bien por aqui. - Campo de flores. Tarn poco por aqui, Yiento que soplas.
A pesar de poesia, y del oficio,
Parece que la vena esta opilada.
Pues salen estrujados los concetos.
Dexeme hacer tres m'los exercicio,
Que yole compondré una carretada
De canciones, de liras y sonetos.
I.

London, 1Sr3, t. IV, DCCXLV. Translati011 by Collier.

SONETO

Dulce calma anunciaban los colores
Del iris bello al campo, que asustado
Estuvo en la tormenta de un nublado,
Temiendo el fin de plantas y de flores.
Aleg1·es ya los tristes labradores,
Volvian à tomar el corvo arado ;
Otra vez se escuchaban en el prado
Los cantos de los tiernos ruisefiores.
Salpjcada de perlas, parecia
Que el cielo con estrellas remedaba
La hùmeda hierba que la luz heria.
Todo vida y solaz y amor brindaba ..
Mas l donde vas, risuelia fantasia?
i No ves que es un soneto, y que se acaba?

Les deux suivants sont de D. Tomas de Yriarte
CUMPLE EL AUTOR
UN

LA PALABRA

QUE

DIÔ

DE ESCRIBilt

SONETO .A. LOS OJOS DE LAURA

l Un Soneto ii tus ojos, Laura mia?
i. No hai mas que hacer Sonefos? y a tus ojos? Seran los versos duros, seran floxos;
Pero à Laura mi afecto los envia.
i. Con que ha de ser Soneto? Hai tal porfia·! Ta! que por estas sù bitos arrojos
Se vea tantos Poetas en sonrojos,
Que lo quiero dexar para otro dia. Respondes, Laura, que no importa un pito
Que no séa el Soneto mui discreto,
Corno hable de tus ojos infinito. Si ? - PuelP luego escribirle te prometo.
Allà voi. .. l Para qué? si ya esta escrito
Laura mia, à tus ojos el Soneto.

�68

:IIARCEL GAUTHIER

SITUACIO:K ClÜl'ICA DE UK POETA.

Ofréceme tal vez la fantasia
Un concepto feliz para un Soneto;

Entre escribir, ô nô, discurro inquieto;
Siento en mi ya valor, ya cobardia.
Resuétvome a empezar; mas no querria
Que me engail.ase un impetu indiscreto;
Y teniendo ii los Criticos respeto,
Ya se acalora el nùmen, ya se enfria.
Batallo en mi inte1)or, dudo y vacilo;
Me bace cosquillas; sùfrolas un rato;
Escribo un poco; parome, y cavilo.
1 Qué tentacion ! En vano la combato.
Y al fin, i qué haré? - Para quedar tranquilo
Componer el Soneto es mas barato.

De D. Tomas José Gonzalez Carvajal :
Voy a hacer un soneto, porque ahora
De sonetos està la musa mia,
Que hay quien muda dictamen cana dia,
Y mi musa lo muda cada bora.
No es muche ser mudable, si es sefiora;
Y yo, que le conozco la mania,
Temo, si me descuido, que se ria
De mi, porque es un tante burladora.
Pues que si rematado aque1 cuarteto
Se le antoja nna décima u octava,
No hay que acordarse mas de ta! soneto.
Mas loado sea Dios, que ya se acaba
En aiiadiendo al ùltimo terceto
Este verso, no mas, que le faltaba.

De D. Dionisio Solîs (Dioniso Villanueva y Ochoa)
i En media hora un soneto ! l A qué cristiano
A tan bârbaro afan se le g__qn'dena?
/Y es Filis quien Lo quiere? iA qué otra pena
Me st:ntenciara un Falaris tirano?

DE QUELQUES

rn:ux

D'ESPRIT

/Pues qué, no hay mas? iÜ estan tan à la mano
Los consonantes como. en es! a amena
Mârgen del Turia la menuda arena
En que eu blanco pie se imprime ufano?
No, cara Filis, mandame otra cosa,
Ora de ri esgo sea, ora de a fr enta;
Que a cuanto de mi ordenes me concedo.
/Pero un soneto, y que por ser tù hermosa
En ello al fin mi necedad consienta?
No, Filis, no, perd6name; no puedo.

Tineo (dans Gallardo, IV, col. 739-740)
SOl\"'ETO A UKA SEKOR;\
QUE LE PIDIO L.\ HICIESE UN"O

Sonetico me pide Sor Teresa,
y no sé como entrar este soneto;
porque hacerla la copia es un concepto
que no lo pasara quien la confiern.
Musa, dejame en paz, no seas traviesa;
que aunque yo soy seguro y mozo quieto,
a poco què me enguizques, te prometo
hacerla de las Huelgas abadesa.
Teresa, ya obedezco tus antojos,
aunque al meson me dejes de la luna,
y te burles de aquestos desatinos.
Si no, préstame el sueiio de tus ojos
y el furor de tus ninas, si en cada una
tienes una legion de Teatinos.

Le poète portugais Francisco Manuel est l'auteur des deux
sonnets suivants :
Assim de flores se coroa a Aurora.

Um soneto! ainda esta me faltaval
Quatorze Yersos ! isso é mui comprido !
N°ilo chega la meu estro despr01·ido;
)'luito é se deito a barra a uma oitava !
La vai : 0 sol brilkantc ca1npeava
Pela estrada do meio ... Vou perdido,

�70

DE QUELQUES JEUX D'ESPRIT

J\JARC)U. GAUTHŒR

Longe do mote, longe do sentido :
Nunca, no outeiro, Albano assim glosa va.
Entro per outra porta ... D'esta feita
Creio que dei c'o trincho; Umapastora,
Que c'o cajado, n'agua, tinh11.fàta ...
Nào presta. Tome la, rninha senhora,
Guarde o mate; e dir-lhe-hci, quando s'enfeita :
Assim dejlo,-es se coroa a Aui-ora.

Todo es que el nono verso venga al baile
y el décimo en la rueda esté metido.
l Hay consonante ,i baile y fraild Hàile.
Pues entonces, ya es esto pan comido,
y cata à Periquilio hecho fraile,
y cata el sonetejo concluido,

De D. José Calsada Carbô ' :
SONETO IXTERRU:\IPIDO

Vence as deusas do Ida em genttleza,

Para loar la Yuestra fermosura
no bastan de un soneto las estanzas.
No be comenzado aùn las alabanzas
y di al primer cuarteto sepultura.
Bien quisiera ensalzar vuestra figura,
rnagüer buscara estranas semejanzas,
mas, I vive Dios !, mis altas esperanzas
fenecen de un soueto en la estrechura.
Senora, perdonad mis digresiones,
y ya que del rimar lleg6 la hora,
benigna oid aquesta fantasia :
« Dama gentil, deseo de infanzones,
por quien la sangre... - Perdonad1 sel'iora.
El soneto acab6 ... No es culpa mia. :,,

Lavai glosa, menina, vai soneto :
Deus me ajude; deus digo, o deus Apolo,
Co'as musas todas nove ao hombro, ao colo;
Que eu, sem musas, com versos me nao meto.
Entào, como lhe digo, o meu affeto
Que me faz retumbar de polo a polo,
Quando as finezas apressado enrolo ...
Que tal 1... Deu fim ja o ultimo quarteto 1
Menina, tenha fe; que largo pano,
Tenho, nos dous tercetos, para a empreza;
E eu, n'isto de glosar, sou soberano.
Fique aqui entre n6s : sua belleza
Nos versos do Macedo, ou nos de Albano.
Vence as deusas do Ida em gentileza.
·

Le Bachelier Francisco de Osuna, aussi charmant poète
que D. Francisco Rodrfguez Marin est remarquable érudit, a
composé:

Nous n'en saurions citer de plus récent, mais ce serait mal
-eonnaître les poètes que de supposer qu'ils ne reprendront pas
de temps en temps ce thème déjà vieu.x.
Marcel

CALAMO CURRENTE-

Si escribir te propanes un soneto,
vé hacienda lo que yo, que, a fe, no es harto;
tras el verso tercero saldrâ el•cuarto ...
1 Si es caser y cantar ! l Ves? Un cuarteto.
Haz otro igual después, que te prometo
que si aquesto es parir, es facil parto;
van seis versos y el septimo ya ensarto,
Otro, y van ocho, y al primer terceto.

1.

Rincoizes de Sevi/la. Sevilla, 19q, p. 97.

GAUTHIER.

�EL I.Ll!lRE ]11! IlA~IFT.

EL LLIBRE DE DANIEL
DE LA BIBLIA CATALANA RIMADA
DE SEVILLA

'J;ot-hom sab que Fem.n Colon, fi.Il del descubridor d'América era un gran bibliofil i que al morir, en I 539, dexâ a
Sevilla una notabilisima biblioteca, composta de r 5.38 I obres
relligades en 12.919 volums (per ra6 de contenirne molts
aplegats de varis), instalada poc temps després en la somptuosa catedral d'aquella ciutat. Es igualment sapigut que dexa
a mitg fer dos diferents catâlegs dels 3eus llibres, consistint
l'un en l'index alfabétic d'autors, amb notes molt laconiques ô
solament els tituls abreviats de les obres de cada un &lt;l'ells.
L'altre cataleg, conegut per Registrurn B, porta una descripciô
lnés detallada de cada !libre i de com fou adquirit; empero, no
arriva més enlla del volum n° 4231, haventlo sorprés a Don
Ferran la mort en aquest punt de tan lloable tasca. Aquest
fragment l'ha reproduit fa poc temps, valentse de la fototipia,
el benemérit hispanofil Mr. Huntington.
El bibliotecari de la Colom bina Don Simon de la Rosa, ja
indica en son interessant treball Los Seises de la Catedral de
Sevilla (Sev;na 1904) , que a continuaci6 de aquesta part feta
i reproduida del Registrmn B seguexen moites planes amb
columnes de mimeras fom1ant dues series, numeros que pertanyen a les obres encare no descrites 6 sia a les posteriors al

i3

numero 4231 i els quais tenen referencia amb l'aitre cataleg, el
ja citat index alfabé.tic d'autors, Cercant, per consegüent, en
l'alfabétic un autor, s'hi troba el nom del seu 1libre i el m1mero
&lt;l'orde que Ferran Colon li havia assignat en el Registrum B.
Procehint al dit maneig combinat y guiats pel anomenat
Senyor la Rosa, havem trobat q_ue la Biblia catalana rimada,
atribuida al frare del orde de predicadors Romeu Sa Bruguera o Saburguera, esta anotada pel propi Don Ferran en
aquest nom 6 sia en la lletra S. en l'index altabétic y senyalada
amb el numero r4 715 del Registrum B, volum de la seva
biblioteca n° 10 322. Amb axô sabern, clones, que la Biblia
catalana rimada no pot estar continguda en la part del Registrum B que dexa escrita Ferran Colon, per tenir un numero
molt posterior al 4 2 3 r; i per consegüent, que manca la descripci6 del volum manuscrit i l'indicacio de quan i corn f6u
adquirit. N 'obstant, es induptable que l'adquiri el metex Colon
i corn li dona el numero tan alt, es també cert que degué
comprarlo en els daners anys de la seva vida.
Cada volta que havem visitat la gentil i tipica capital del
Guadalquivir havem estudiat aquest exemplar unie conegut de
la Biblia catalana rimada, tan interessant per a l'historia de la
literatura a Catalunya, i fou en el volum del « Congrés d'Historia de la Çorona d'Arago dedicat al rey en Jaume I y a la
sua época », celebrat a Barcelona en I 908, on publicârem
nostre primer treball referent a dit manuscrit, amb el titul de
Notes biografiques d'en Pere Salvatge y Fr. Romeu Sa Bruguera ab mostres de la Biblia catalana rimada de La
XIJJB centuria.
En aquesta Memoria descriguerem minuciosament el citat
manuscrit y copia.rem tota la dedicatoria Ga publicada en part
per en Bover, Varones ilustres de Mallorca, Palma, 1847 ), el
començament del Genesi, tot el llibre de Tobies i ademés els
psalms primer, segôn, vintisis i trentavuit del Psaltiri en prosa
catalana, que seguex en el codex a la part rimada.

�74

JOAQUIM l\URET I SA!\S

Posteriorment, en el « Boletin de la Real Academia de
Buenas Letras de Barcelona », del any r9ro (n° 39), ha publicat D. Ernest Moliné i Brasés un article titnlat Llegendes
rimades de la Biblia de Sevilla, transcribint amb molta cura,
cinc composicions literaries ambles que un desconegut autor
ha versificat altres tantes llegendes populars que no forman
part del text sagrat, anomenades : I, De ludes escariot e de la
.sua vida; Il, De Pilat e de la sua mort,· III, De la Veronica
com venc a Roma,· IV, De Vespasia rey de Galicia qui ana a
setyar la ciutat de 'Jerusalem i V, Dels diners on fo venut
'JhesuchristJ acompanyantles d'un petit glosari. A&lt;lvertex malt
-d iscretament el Senyor Moliné i Brasés que '1 manuscrit catala
de la Biblioteca Colombina no es en realitat una exacta tra&lt;lucci6 rimada de la Biblia sinô tant sols una interpretacio o
comentari versificat dels diferents llibres que la integran.
El critic P. M. (Paul Meyer?) en un compte-rendu del
nostre esmentat b"eball del Congrés Historie, insertat en la
revista de Paris « Romania » (abril 1910, n°• 134-55) ha dit
que en la seva opinio no deuen esser identificats l'autor de la
Yersio rimada i 'l frare Sa Bruguera, autor de la traduccio
&lt;:atalana del Saltiri, transcrita a continuacio en el rnetex
manuscrit de Sevilla. Ja diguerem en aquella Memoria del
-Congrés Histôric que en Mila i Fontanals tampoc s'havia
decidit a afirmar que fos en Sa Bruguera l'autor de la part
rimada del manuscrit citat i alli metex demostrarem que la
part rimada fôu induptablement feta després del any 1282 i
ahans del 1325.
Ara anem a publicar el llibre de Daniel, el qual acavem de
copiar en nostra darrera estada a Sevilla, llibre col~locat a
continuaci6 del de Tobies que ja donarem a coneixer, corn
havem indicat. El llibre de Daniel comença en la segona
columna del recte o anvers del foli 75, on hi té solament el
titul i els vuit primers versos i acaba en la primera columna
del revers del foli 87, en la que hi té els onze versos darrers

EL LLIBRE DE DANIEL

75

i l'explicit. Tot seguit comença el llibre d'Esdras. L'indicacio
dels fôlis i de les respectives columnes la farem amb les lletres
a. = anvers i r.
revers en la forma següent : fol. 76, a. r"
col.-:-fol. 76, a. 2a col. - fol. 76, r. 1 col. i fol. 76, r. 2a col.

=

3

(Fol.75,a.2 11 col.) LO LIBRE DE DANIEL
Cant nabugodonosor ac degastat
Jerusalem e tot cremat
E tot lo poble captiua
En babilonia on lo mena
4
A un seu princep feu mandament
Que encercas diligentment
Infans alcuns bey 1s e galarts
E que fossen .fiyls domens honrats
8
(Fol. 75, r. E que fossen del linyatge dirael
la col.)
Qui es linyatge fort feel
E que los feses ensenyar
Les letres de qualcleu e lur parlar
I2
E cant fossen be doctrinats
Quel Rey Ios agues a son lats
Per conseylers e per mayors
E puys qels fees grans senyors
16
IIII. entrels altres nan trobats
Que molt eren beyls e galarts
La .I. auia nom daniel
20
E laltre ach nom Misael
E laltre ach nom Azarias
E laltre ach nom Ananias
Lo Rey nabugodonosor los comana
Amalasar e en axi li manda
Ayçests infans tu nodriras
N ostra lengua los ensenyaras

�EL LLIBRE DE DAXŒL
JOAQUIM l\URET I SANS

28

32

36

De so queu menjaray els menjaran
E del meu vy els ne beuran
Lo Rey lor nom los camia
Daniel baltasar apella
Ananias sidrach nomena
Misael Misach apella
Azarias apellaren abdenago
E aycest son nom propi fo
Aycests entresi preposaren
E diligentment o seruaren
Que dels menjars del Rey no menjassen
E que la ley de &lt;leu no trencassen.

sa

60

DE DANIEL Qui NO UOLIA MENY AR DA YCELS
MEnY ARS DEL REY

Perque malasar an apellat .
40
E en axi li an parlat
Nos senyer re uolem preyar
Dels menjars del Rey nons vules dar
Mas legums e aygua nos daras
44
E gran plaser daysons faras
(Fol. 7S, r. Respos malasar cert no faray
2"' col.
Ia per uos lo cap no perdray
Car si lo Rey flacs uos uesia
48
Lo cap per cert a mi tulria.

68

72

DEL SOMPNI Qu,e VIU LO REY

DE DANIEL Qui MENYAUA LEGUMS

Tu dix daniel asayaras
ab legums e ab aygua quens daras
E si pus flacs nos trobaras

La doues menjarem so que uolras
E car malasar malt sasaltaua
De Daniel e malt lamaua
Tant tost liu a atorgat
Don daniel fo malt pagat
Legum los doua cascun dia
E el los menjars del Rey prenia
E puys cant los ac regardats
No ui quen res fossen mndats
Per que deus los illumina
E gran sciencia lur dona
Daniel ac gracia de profetar
E de uisions a reuelar
puys cant tres ans foren passats
Al Rey nabugodono3or los an menats
E de tot so quels demanda
Sauia resposta en els troba
Car de sauiea trespasauen
Tots los sauis que trobauen
On foren per tuyt molt preats
E per lo Rey fortment ,honrats
Sobre tot daniel fo amat
En tot lo regne e honrat.

80

Una nit quel Rey dormi
Un grau sompni durment el rei
Al mayti cant se desperta
Tot lo sompni li oblida
De que lo Rey fo malt torbat
Can axi li es oblidat
E tots sos sauis a fayts uenir

77

�JOAQUIM 111IRET I SANS

(Fol. 76, a.
la COL )
34

88

92

E en axi los pres a dir
Eu ay .l. sompni somiat
Mas ayio del tot. oblidat
Lo sompni vul que me diats
E fecelment lentrepetats
Senyer dissen els nou podem far
Sil somni nom podets comtar.
Mas cant la sompni nos sabrem
Feselment lentrepretarem
Si uos dix lo Rey nol me disets
Pe1- tot cert ades morrets
Senyer dien els nuyl hom uiuent
Nou pot far mas deu solament.

EL LLIBRE DE DANIE L

II6

GANT DE US REVELA LO SOmPNI DEL REY A DANIEL

(Fol. 761 a.
2 " col.)
I 20

DEL REY Q~â FASIA AUCIR LOS SAUIS
124

100

104

108

Tant tost lo Rey despagat
A .I. seu princep a mandat
Que tots los sauis deya aucir
N egu non deya romanir
Tant tost aqest quans ne trobaua
Tots los auçeya els gastaua
Cant Daniel ho ac ausit
Aycest princep el a dit
Digues dix el si a tu plats
Per que la Rey es ten torbats
Ne per que tan cruel sentencia a dada
E per tu es a execucio menada
Lo Rey dix lo princep a somiat
E la sompni es li oblidat
E los sauis nou saben dir
Per que los fay trastots auçir
Tan tost daniel intra

E humilment li rnpleya
Que espay li deya dar
Per quel sompni puxa deuinar
Lo Rey liu a atorgat
E Daniel senes anat.

II2

128

En la cambra sua sen intra
E deuotament a deu preya
Quel sompni li deya reuelar
Per son poder a demostrar
E cant se fo molt humiliat
Lo sompni li a deu reuelat
On daniel deu ne lausa
E al Rey tant tost intra
E cant lo Rey lo uiu uenir
En alta uets li pres a dir
Tu daniel sabras comtar
Lo sompni meu e intrepretar
Eu dix daniel non ay poder
De dir lo sompni teu per uer
Mas deu per la sua gran bondat
A nuyt lo ma tot reuelat
De que tul deus fortment lausar
Car aycest fayt te uol rnostrar
C,1r el ta vulgut reuelar
Qui apres tu deuen regnar.

DEL SOmPNI E DE L A INTerPRETACIO

Tu Rey uesist apertament
Mentre dormies molt fortment

79

�Una ymaga fort diuersa
fort terribla e malt peruersa
Lo cap era daur be polit
Lo pits els brases dargent febrit
Lo uentre e les eux.es eren daram
Qui de lo so nes tuyt presam
1 44
De ferre eren totes les cames
Qzd destruex totes les annes
Los peus eren duna part terra
E de laltre eren de ferre
Apres dayso venc vna peyra
Oui ix dun munt tota· primeyra
,., fo del mont sens ii.1ans taylada
E
a la ymaga ses acostada
152
(fol. 76,-r. E feiila molt valentment
E tornala tota en ment
r" col.)
Puys la peyra multiplica
E en .1. gran muut ela borna
Gesta dix daniel es la tua visio
Ara escolta la intrepretacio.

Oui

DE LA rnTrePRETAC[O

De

172

1 76

r 80

184

188
76,

LA UISIO De LA STATUA DAUR
192

r6o

Tu Rey auies molt pensat
E fort nestaues desconsirat

168

Qui apres tu deuia regnar
E deus ato vulgut mostrar
La ymaga es lo regne terrenal
On alcuna uets regne molt ual
Lo cap daur es tu senyor
E ceyls qui seran ton successor
Car axi con aur es pus precios
A:\.-i tu es molt poderos

81

EL !.LIBRE DE DA~IE[,

JOAQUlM MIRl!:T I SA:--S

80

196

Lo cap clones es lo regne dels caldeus
E ton fiyl e los fiyls seus
Apres altres regnes leuaran
Qui de poder not semblaran
Per_los dos braces del argent
Es entesa aycela gent
Car dues se leuaran
Qui en orient regnaran
la .I. sera lo Rey de media
e !aitre lo Rey de persia
Apres lo ters regne uendra
Qui poderosament regnara
Qui per lo uentre daram es entes
Car aura fama luyn e pres
Est es lo Regne deJs grechs uerament
En lo qual aura .I. Rey molt valent
Puys lo quart regne se lauara
Qui tot lo mon apoderara
Qui per lo ferre es mostrat
(Fol. Qui tata res domda e bat
r. 2a Axi aquel regne sobrara
col.) Tot lo mou e conquera
Aquest sera lerupérador
Qui de roma-sera senyor
E axi com ferre nos pot aiustar
Ab terra ne aplegar
Axi aqest guerre aura
Ab tot Io mon que conquerra.

DEL REGNE DE JESUS
-

-

Per la peyra qui la ymaga destruy
E del munt sens mans exi
Re1111e Hisp1111iq11t'. P

6

�82

EL LLIBRE

JOAQUlllI l\HRET 1 SANS

Es entes .I. Rey que leuara
Qui tots los aitres conquerra
Aqest per tots temps durara
E sens fi el regnara
Est es lo regne del saluador
Jhesu xrist nostre redemptor
Ara dix daniel tay recomtat
Ton sompni e intrepetat.

200

204

228

232

CANT LO REY NABUGODONOSOR EXALÇA DANIEL

Cant lo Rey lac be escoltat
De si metex fo fort pagat
E en terra se uay pausar
E daniel vole adorar
Mas daniel de terra lo leua
E puys lo Rey axi parla
Eu die aysi uerayament
E die a tots publicament
Quel deu cle daniel es poderos
Tot benigne e tot piedos
per queu lo vul adorar
Sobre tots altres exalçar
Puys daniel a fayt maior
De tot son regne e senyor
E sos compayons a exalçats
Els a donats grans principats.

208

2 12

2 r6

220

ne:

DANIEL

Tota fo dau't alta e gran
E pausala en camp dutan
Pres de la torra de babilonia
Qui per nom babel auia
Molt era grau per uer a dir
Sexauta coltzes auia sens mentir
E cant la ymaga uolc deicar
Tots los seus princeps feu justar
De totes les provindes se son justats
En babilonia e aplegats
Puys lo Rey feu mandarnent
E feu cridar generalment
E la crida per tuyt ana
E ualentment axi crida
So uos manda nabugodonosor
Qui es Rey vostre e senyor
E cant les trompes hoyrets sonar
Els esturmens aitres tocar
Tot hom se deya ajenoylar
E la ymaga de ·nabugodonosor adorar
E ceyl qui ayso no fara
En la fornal del foch pausat sera
Axi con la crida ho ac dit
Axi ho an trastost complit
Que cant los esturmens sonauen
La ymaga tuyt adorauen.

DELS COmPAYONS De DANIEL Q1ti NO UOLGUEREN
ADORAR LA YMAGA

(Fol. 77, a.

l~ col.) DE LA YMAGA Que FASSIA
ADORAR l'\ABUGODOKOSOR REY DE BABILONIA
252

224

Apres nabugodonosor a fayta far
una ymaga senes par

J

Mas los compayons de daniel
Qui auien lo cor fesel
Nos son vulguts ajenoylar
Ne la estatua adorar

�EL LLJBRE DE DAKIEL

JOA(i!UIM l\URET I SANS

Al Rey o an tant tost comtat
(F.77, Caycels no an son mandament seruat
a. 2a col.) Per que lo Rey los se feu uenir
E en ax.i lur pres a dir
Per que uos altres no adorats
260
La mia ymaga yenoy ls ficats
Car sabets queu o ay mandat
E uo3 altres auets ho meyns preat
Senyer disen els nos adoram
Deu poderos que molt amam
Aur ne argent no adorarem
Ne contra deu res no farem
Car la tua ymaga no pot ueser
268
Ne a uida ne negun poder
On nol farem neguna honor
Que hom deu far al creador
Deu solament &lt;leu hom onrar
E el seruir e el honrar.

Tots .III. los an molt be ligats
Tots vestits los an dins gitats
Tantost la flama vay fors exir
E los caldeus vay tots aucir.

2 54

:r88

DEL ANGEL Que DEU LUR TRAMES

(Fol. 77, r.
1" col.)

Tant tost deus .I. angel enuia
Qui en la fornal de dins intra
E alos tan tost desliats
B tota uets acompayats
E lo foch de &lt;lins apaga
E beyl vent fresch el lur dona
Hanc res del foc no an sentit
E tots .III. an deu beneit.

DE LA LAUSOR Que DOKAREN A DEU
EN TOTES LES CRATerES

CAN LO REY LOS FEU METRE EN LA FORNAL

276

280

284

Cant nabugodonosor o ac ausit
Fort fo irat per que a dit
A vn princep que apella
E en axi li comanda
En la fornal foc farets
E aycests dins metre farets
E laxats los aqui estar
Per que tots pusquen be cremar
La fornal fortment enceseren
Ab molta pegunta que dins meseren
Quaranta .IX. couses lo foc puyaua
Sobre la fornal que &lt;lins cremaua

300

308

Senyer disen els tot poderos
Molt est just e misericordios
Que a nostres enamichs nos a liurats
E puys nos as molt consolats
Beneit sies tu senyor
De ce! e de terra criador
Totes les obres de &lt;leu benesits
E los angels qui deus seruits
Los cels qui deu abels creats
Lausat deu e exalsats ,
les aygues els ·aitres elemens
lausat deu ab tots jausens
Sol e luna e esteles deu lausats
pluya e ros deu exalsats

85

�86

312

316

320

32 4

Muns e uayls deu adorats
E los peys qui en ayga estats
la nuyt el jom deu beneits
besties e oceyls a deu seruits
Arbres e erbes qui uerdeyats
beneits deu quiusa creats
homens e fembres deu lausats
Totes creatures deu exalsats
Anania Azaria misael deu benesits
E el amats e el seruits
Apres los caldeus an dins gardat
E no nan vist negu cremat
Ans anaren perla fornal
Axi com per .I. prat sens negu mal.

(Fol. 77, DEL REY QUENUI .IIU. EN LA FORNAL
E LA .I. ERA SEMBLANT A DEU.
r. 2acol.)

328

33 2

336

34°

EL LLIBRE DR DANIEL

JOAQUI!\1 MIRET I SANS

Al rey ho an tantost comtat
El ab molts da1tres hi es anat
per cest miracle a gardar
Car no pensa ques pogues far
Que fossen daycel foc escapats
Que tan tost no fossen cremats
per que tan tost lay es anat
E a la fornal es acostat
E cant de &lt;lins el regarda
.IIII. homens de dins vists a
De que ses fort maraueylat
E en a.'d el a parlat
Tres solament ni fiu pausar
E ueyna .IIII. dins estar
E lo quart es clar e lusent
fiyl de deu sembla tant es plasent

De la fomal los feu gitar
E feulos dauant si amenar
Tres solament ni an trobats
Car no ni auien mays pausats
3-H
Car lo quart quils acompayaua
Angel era qui los gardaua
Quel foc no los pognes cremar
Ne altra causa nul mal far
348
Cant lo Rey los a gardats
E vi quel foc nols a tocats
Vestadures ne lurs cabeyls
Ne altra causa que fos ab els
35 2
fort ne fo maraueylat
per que na deu fortment lausat
Eu crey dix el uerayament
Quel deu que cest cren deuotament
356
Deu esser sobrels altres honrat
E mils sentit e mays amat
011 hom qui cest deù bastomara
360 (Fot 78, A ma1a mort per cert morra
a. la COI.) E axi o feu cridar
E per son regne be seruar
puys aycels .III. a molt honrats
E en grans officis los a pausats.
364

DE LA UISIO DEL ARBRE

368

Que

NABUGODONOSOR UEE

Apres nabugodonosor .I. sompni vi
Qui molt fortment lespaordi
E tots sos sauis feu justar
E dauant tots lo vay comtar
Mentre eu dix el era en mon lit
E dormia ab gran delit

87

�88

JOAQUIM MIRET I SANS

Eu vi .I. arbre qui era plantat
En mig de la terra e raygat
37 2
Tant era gran que al cel tocaua
Apenes nuyl horn lo cap gardaua
E les branques sespandien
per tota la terra. la ten-a lay finien
376
En larbra podia bom trobar
Tot fruyt que hom volgues menjar
En los sens rams auceyls estauen
E xans diuerses els xantauen
380
Dejus besties se ombrauen
Totes creatures aqui menyar trobauen
Mentre eu cest arbre regardaua
Que ten mareueylos me semblaua
384
Eu vi del cel sus deualar
Vn sant uellant qui vay cridar
Taylat larbre car eu o man
Qui es tant alt car trop es grau
388
E les flors totes escampats
E los fruyts seus tots degastats
les besties e li auceyl
Tots li fugen es luyen del
39 2
Vna rayl ne romandra
Qui es terra puys crexara
El bosch ab besties hintara
E erbes con a bestia menjara
396
(Fol. 78, .VII. temps en el se mudaran
a. 2 " col.) E ab eyls e vngels li crexeran
E ayso tant durara
Entro
que be conexera
400
Que deu del cel es creador
De tot quant es senyor mayor
E exalsa ceyls qui li plats
E baxa erguyloses mal ordonats
4o4

89

El, LLŒRE DE DANIEL

El es tot sol poderds senyor
Qui regne sens tota temor
Esta es dix nabugodonosor la uisio
Vul que digats la interpretacio
Cant los sauis lageren ausit
Cascu calla no res an dit
Nol an saubut intepretar
Nel sompni que uol demostrar.

-1-08

-1-12

DE

LA

416

420

-f24

,

428

43 2
(Fol. 78, r.
1a col.)

INTerPRETACIO De

LA

UISIO

DEL

Per que lo Rey daniel feu uenir
E en axi li pres a dir
Daniel eu ay sompniat
E no ay nuyl hom atrobat
Quel sapia intrepretar
per que eu te prech tu o cleges far
Senyer dix daniel eu o faray
Axi cun de den o apendray
lo Rey lo sompni a comtat
E daniel la escoltat
E cant lo Rey ac de tot dit
Daniel pensa no res a dit
È estec tot consirat
E en son cor fort despagat
Can lo Rey la ui.;t duptar
Digues dix el nota que far
E no ages de res temor
Car not faray eu mas honor
Senyer dix daniel so que as vists
Contra tu es don eu suy trist
pero eu diray la ueritat
E per mi res no sera celat

ARBRE

�90

444

45 2

468

EL LLTBRE DE DANIEL

JOAQUil\I !\URET l SAXS

Tu es larbre aycel ten gran
Malt es poderos senyor preyan
E la tua senyoria
per tata la terra sestendia
E li aucel qui si pausauen
E les besties qui jus estauen
Son les diuerses nacions
Quit adoren a yenolons
Tuit i troben que menjar
Quar a tuyt sabs be satisfar
E deu auiet exalsat
E tot aqest poder donat
E tu nou as regonegut
Ans del tot las desconegut
E axi com deu te fas honrar
E deu del cel no uols amar
per que sentencia es qonada
E de deu be confermada
Quel poder te sia leuat
Axi corn larbre estec taylat
E .VII. ans bestia tornaras
E en los boschs habitaras
Erba axi com bou tu menyaras
E tot pelas retornaras
E cant .VII. ans aura durat
lo Regne teu te sera retornat
E la donchs tu conexeras
E dauant tuyt protestaras
Que &lt;leu del cel es poderos
Qui es tot j ust e pi ados
E altre no &lt;leu esser adorat
Mas el tot sol del tot honrat
per que eu te vul conseylar
Quet deges fort humiliar

E los. peccats teus reembras
( Fol.78,r. Ab molts almoynes que faras
2a col.) E per auentura deus te perdonara
472
E la sentencia mudara.
CANT NABUGODONOSOR TORNA HESTIA

476

480

49 2

Cant nabugodonosor lac escoltat
fort fa dolent e despagat
E .I. jorn mentres cleportaua
En son palay lay on estaua
Ab gran erguyl el vay lausar
babilonia quel uolc honrar
E mentre axils lausaua
E publicament a tuyt parlaua
Vna vots entre! crida
E en axi a els parla
N abugodonosor a tu es dit
lo Regne teu perdras anit
.VII. ans con a bestia estaras
E tro · que deu conexaras .
Tant tost corn bestia toma
E als boscatges sen ana
Erbes tan solament menjaua
E res al mon el no par laua
los cabeyls auia con a~1cel
Vngles agudes con coutel
la meytat del seu cors con a bau torna
E laltra meytat del cors leo sembla.
DE DANIEL Qzti Per LA SUA ORACIO AYDA
A NABPGODONOSOR

Cant daniel ho ac saubut
Cay so li es esdeuengut

91

�J0AQUIM MŒET l SANS

En vna cambra senes intrat
E per el a deu malt preyat
Molt dejuna e molt ora
Entro que deus axausit la
500
Car .VII. ans deus a abreuyats
E en .VIL meses los a tornats
los .VU. ans en .VII. meses abreuya
per so con daniel molt Ion preya
Quaranta jorns el bosch estaua
(Fol.79,a. Axi corn bestia conseruaua
1" col.)
E quaranta jorns home tornaua
Encontinent deu preyaua
508
E no faya mas plorar
E deu devotament preyar
per que los seus huyls li tomaren
512
Axi co~ carn car malt plorauen
Altres .XL. jorns bestia tornaua
E ab les besties conseruaua.

CANT NABUGODONOSOR TORNA HOM

516

520

Cant los .VII. meses foren complits
Son sen li es restituits
Mas encara el no regna
Entro que los .VIL ans foren passats
Que deus auia ordonats
Car ests .VII. ans el dejuna
Vy no begue ne pa no menya
legums e erbes als no mengaua
Axi con daniel li conseylaua
Tot jorn estaua en oracio
E faya gran afleccio.

EL LLIBRE DE DA);IEL

DE LA HU:YIILITAT DE NABUGODONOSOR

53 2

Cant tot çest temps fo passat
poderosament a puys regnat
E conec deu tot poderos
per senyor just e piados
E per tot son regne a mandat
Que deu sia per tuyt honrat
E tot son fayt el lur manda
E per letres tot lo comta.
DE. NABUGODONOSOR Qtd UOLC FER REY Di\.NIEL

Puys daniel a apellat
E en axi li a parlat
Apres ma mort tu regnaras
E mon regisme poseiras
E mos fiyls dejus tu seran
E con a Rey te obeyran
( Fol. 79, a.
2a col.)
540 Car tu tant be mas recaptat
E en mon regne mas tornat
per queu te vul honrar
E tot mon regne comanar
Cert
dix daniel so no faray
544
Ton regne eu pas no pendray
Car deu poderos no vul laxar
Ne en ton regne heretar
A ton fiyl lo lexaras
E altre non heretaras.
DE EUILA:\IORACH Qtd DON A SO:S- P .-\RE A i\lEl\"'Y AR
A

OLTORS.

Puys nabugodonosor per mort fina
Son fiyl nabugodonosor per el regna

93

�94

El. LLIBR E DE DANIEL

JOAQUil\l MIRET I SANS

552

aycest fo prous e molt ualent
May pauc regna aycela gent
Car en pauc de temps se mori
A son frayre lo regne jaqui
556
E uilamoradach auia nom
E no fo pas del tot prodom
Aqest de la preso gita
Josaphat Rey de juda
560
Que son payre tenia pres
Depuys que jerusalem conques
Car nabugodonosor bestia toma
Aqest seu fiyl mal se proua
564
On con son payre toma regnar
E uilamoradach feu encarcerar
Ab josaphat Rey de juda
E ab el molt se consola
568
E per ayso la desliurat
Car lauia aut priuat
puys son payre dessoterra
Axi con josaphat li conseyla
572
En treens troses la tot partit
E a .CCC. uoltors la departit
(Fol. 79, r. Qui say e lay lo nan portat
1a col.)
E tot lo cors an degastat
576
Ara dix el mon payre no tornara
Ne nuyl temps no suscitara
Tro aquests uoltors tornen ensems
E ayso no sera nuyl temps
580
E ayso a fayt per grau temor
Que auia de son payre nabugodonosor
Que de bestia hom toma
E est son fiyl encarcera
584
Apres de son fiyl regna
Qui baltasar se nomena.

DE LA UISIO De

588

59 2

.IIII.

BESTIES Qtte UIU DANIEL

En lo primer an que baltasar
En babilonia pres a regnar
Daniel viu vna visio
Que molt maraueylosa en si fo
Eu dix daniel viu .IIII. vens
Qui en la mar eren presens
Qu,i molt fortment se contenien
E tots ensems se combatien.

DE LA PRIMERA BESTIA LEOKA

600

(Fol. 79, r.
2acol.)
608

Puys .IIII. besties se leuaren
De la mar que alt puyaren
leona era la primera
Molt terribla e fort leugera
Ales daguila auia
Ab que uolar molt be podia
les ales puys li son leuades
De tot en tot e arencades
E de la terra fo leuada
E con a hom estec formada
los .IIII. vens en mar pausats
Son .IIII. angels que deus a dats
per .IIII. regnes desfensar
Que deus a uolguts el mon donar
On les .IIII. qis leuaren
De la mar e alt puyaren
Son .!III. regnes qui son estat~
En est mon el temps passats.

95

�96

J0AQUI~I :SHRET I SANS

EL LLIBRE DE DANIEL

DEL REGNE DELS Cr\.LDEUS

-612

016

620

024

&lt;&gt;28

632

Dels caldeus fo lo primer
Molt era fort e for leuger
Qui per leona es entes
Qui bestia fort cruel es
E es fort empacient
E fa paor a tota gent
A.xi caldeus foren cruels
E inpaciens e homens no faels
per les ales que portaua
Daguila ab que volaua
Es lo louch temps en que regnaren
Car en la segona edat comensaren
El temps de sarùch qui fo besaui
Dabram hom cert e saui
E regnaren tro a baltasar
Qui en la quinta edat deuem pausar
per les ales que puys perde
E axi com a hom puys se uee
Nabogodonosor fo demostrat
Qui fo en bestia transformat
Aqui lo poder deus arencha
hom puys toma e deu ama.

DE LA SEGONA IlESTIA ORS

La segona bestia ors paria
E tres tires de dens auia
En se boca princeps estauen
036
-(Fol. 80, a. De la terra qui fprt cridauen
1a col.)
leua sus e menjaras
Moltes carns que trobaras.

97

DEL REGNE DE PERSIA

640

644

648

652

656

Per aycest ors es demostrat
lo regne de persia e figurat
Qui apres dels caldeus regnara
E tota la terra subjugara
Car lots esta .XL. jorns
Que no menuga els boscatges pre;yous
Axi los preses son abstînens
Meyns menugen qiee nuyles gens
les tres tires de les deus
Es senyoria que ac de .III. gens
Media, caldeu e percia
De totes auia senyoria
per los princeps qui li cridauen
De carn a menjar lamonestauen
A man hi es be deuisat
Qui asuet a conselat
Q1te tots los jueus degues ausir
E non degues nuyl romanir.

DE LA TERÇA BESTIA LEOPART

660

664

La tersa bestia es leopart
A qui la mort no fay regart
E la presa que uol menjar
pren .I. sait sens encalsar
lo seu pel es tot mesclat
E de diuerses colors colorat
ales auia con auceyl
E .III. caps per gran cembeI
E gran poder deus li dona
Sobre les terres que cerca
Revue Hispa11iq11e. p

7

�JOA(JU'IM MIRET I SANS

98

DEL REGNE DELS GRECHS

Per cest leopart es demostrat
668
(Fol. 80, a. Jo Regne dels grechs e figurat
Qui apres del cels de percia regnaran
2a col.)
Tata la terra subjugaran
la color uayre quel leopart ha·
672
Son diuerses regnes ques subjuga
_E per les ales que aura
Es entesa la leugeria
De alexandri qui poderosament
676
Conques lo mon leugerament
per los .IIII. caps q-ue auia
podern entendre sens falia
Quatre Reys que Alexandri hereta
680
A la sua fi cant per mort :fi.na.

EL LLIBRE DE DANIEL

Dels .X. corns nasch .I. corn petit
Qui depuys fo mal e ardit
696
Car dels .X. corns .III. narenca
.
E tots los altr~s subjuga
Vuyls e boca dame auia
E pa:rlaua so ques vulia
700
E si meteix forment lausaua
E tots los altrès ahontaua.
(Fol. 80, r. Gran poder ac de mal a far
r• col.)
Mays corn no poria recomtar
los sans de deu faya aucir
7o4
Can los podia conseguir
Io seu poder dura .I. temps
E dos temps e mig de temps.

DEL ANTICH DE DIES
DE LA QuaRTA BESTIA Que ERA SEGONS LOS JUEUS
PORCH SEN'GLAR

684

688

La quarta bestia no es nomenada
Mas era fort terrible maluada
Daniel no la uolc nomenar
pçr que tot hom puxa pensar
Que la plJ.s forts que sia
E la pus terrible sens falia
De ferre auia les dens
Temor fasia a totes gens
Tot quant trobaua toto menyaua
Ab los peus laltre degastaua,
DE ANTI criST

692

Dets coms auia e .X. caps
De .X. corones coronats

708

712

716

720

Tro .I. antich de dies deualla
En vna bela Kadira se pausa
E lo uestiment seu
Era pus blanch que nuyla neu
Ios cabeyls Iana semblauen
Qui malt fortment la parensauen
De la sua cara .I. flom exia
De foc que molt fortment curria
X. uegades .C. Milia angels liministrauen
Ensems dauant li estauen
lo judici puys fo apareylat
E lo libre de cascu manifestat
puys a la bestia tolc lo poder
E ausisla tantost per uer
Apres del cel es deualat
:fiyl del hom e es se acostat

99

�EL LLIBRE DE DA."IIEL
.c

JOAQUIM f&gt;URET 1 t!A!\S

100

Al antich de dies que li dona
poder el regne li conforma
E esta visio daniel demanda
Al angel qui be la esplana.

748

752
DEL REGNE DE ROMA

732
(Fol. 80, r.
2a col.)
736

Perla quarta bestia es demostrat
lo Regne de roma e figurat
Qui enfortidament senyoreyara
E tots los altres subjugara
Nuyl regne no li es comparat
On per .neguna cosa no es figurat
Car tot lo mon a si subjuga
E lonc de temps senyoraya
X. corns que auia que auia coronats 1
X. regnes son a nos mostrats
En que Iemperi de roma se partira
Car anti crist ,·enir deura.

7 56

760

De africa e de egipte e de thiopia
E · Ios tolra la senyoria
los altres .VII. regnes li obeyran
E pet" senyor lur lo pendran
per los vyls es demostrada
la sciencia que aura maluada
De nigromicia ab que fara
Molts miracles e enganara
Ab la bocha el parlara
E fiyl de deu se mostrara
la sua Kadira pausara
El temple de Salamo e dira ,
Que el es deu que deuen adorar
E mesies quils &lt;leu deliurar
per que tots los jueus se acostaran
E con a den ladoraran.
DE HELIAS E DE ENOCH

764

Apres helies e eooch auciura
Que de paradis terrenal deus tram·e tra

DE ANTICriST

744

1.

et DEL SEU PODER

Per lo corn petit que dels es nat
anticrist es demostrat
Qui en babilonia nexera
femna dome lo concebra
Mas demonis lo nudriran
E de mal esperit lo conpliran
Aqests .III. corns derrocara
Car .III. Reys destruyra
Sembla una errada la repetici6 del que auia.

Mas apres .lll. jorns suscitaran
E publicament predicaran
768(F.81,a. E lo sen poder durara
1• col.)
Tres ans e mig que no falira.
DEL DIA DEL JUDICI

772

Puys èo munt oliuet sen puyar&lt;!,
On foc del cel lo cremara
En apres quant a deu plaura
Jesucrist en laer jutyar uendra
les consciencies de tots se obriran
Segons lurs merits tuyt pendran

101

�EL l.LlBRE l)E OA:-:IEI.

102

JOAQUl:\I :1.IIR~.T I SANS

per lo flom del foc qui li exia
De la cara foc corria
la sentencia es demostrada
Qui sopterament sera donada
puys lo fiyl ,ù payre es uengut
E son regne a resebut.

DE L.A UISIO DEL MOLTO

et

808

812

DEL BOCH

En lo ters an de baltasar
Mentre daniel estaua en .1. logar
Qui ylla es ape11at
Deus li a la doncs reuelat
Ceyls qui en la terra deuen regnar
E la deuien senyoreyar
Eu dix daniel per cert uesia
Vn molto qui dos corns auia
Qui eren alts e la .I. major
E laltre era molt menor
E ab aquests coms el subjugaua
79 2
Orient e ponent e puys regnaua
Tuyla bestia no li podia contrastar
Tant de poder deus li uolc dar
puys vn boch doccident venia
En terra peus no tenia
E can deliure lo ueya bom anar
Semblaua que degues volar
E al molto dreyt sen ana
800
(Fol. 18,a. E gran batayla li clona
los .Il. corns li a enderrocats
2a col.)
Asi matex los a pausats
puys .IIII. coms el cap porta
E cant mori el los pausa

816

820

824

Dets .IIII. corns nase .I. corn petit
Qui cresch e fo mal e ardit
Contra leuaut e mig jorn multiplica
Contra lo cel fort se alsa
De les estela enderoca
E ab los peus les calciga
Contrat princep forts ses alsat
El seu sacrifici lia leuat
lo loc sant el ensurza
E en maltes guise lauila
Apres .I. sant fortment crida
A .I. altre e li parla
Aycest trebayl quant deu durar
Que sacrifici nos pora far
Respos laltre e ali dil
per tot cert deus a defenit
Que dua Milia e .CCC. jorn durara
E puys lo santuaris mudara
puys Daniel deus a pregat
Que ayso li sia reuelat
On deus !angel Gabriel li enuia
Qui la uisio li reuela.

DE DARI E DE ALEXANDRI

828

Per est molto es demostrat
Dari Rey molt apo&lt;lerat
per .Il. corns .Il. regnes son mostrats
Quel auia subjugats
832
la .I. era lo regne de persia
El altre era de media
lo poder seu era sens comtar
(Fol. 81 1 r. Nuyl hom no li podia contrastar

103

�104

JOAQUil\1 l\11RET I SANS

836 1acol.) Io boch qui puys uenc doccident
Alaxandri es qui uenc corn uent
Dels peus en terra no tocaua
Car molt espertameot anaua
840
E ab dari se combate
E poderosament lo uençe
E los dos regnes li leua
E el aqui senyoreya.

DEL SUCCESSOR DE ALEXANDRI

860

Los .IIII. corns quel boch porta
Son .IIII. hereters que alexandri !axa
lo petit corn que deyls exi
Qui crescb e fort sen malesi
Es anthiocus qui puys regna
En siria e persia subjuga
Contra &lt;leu poderos se leua
E molts sauts seus tormenta
Car no uolgren la ley lexar
Ne carn de porch uolgren menyar
lo temple de deu ensurtsa
Car la ydola de jupiter i pausa
lo sacrifici de deu a uedat
E a jupiter a sacrificat
Esta trzbulacio molt dura
Tro judas machabeu lo temple muda
Qui foren dies .MM. et .CCC.
On los jueus foren jausens
la doncs lo temple fo purificat
E lo sacrifici de deu renouat.

EL LLIBRE DE DA.1\/IEL

DEL SETGE De BABILONIA

Apres dayso titus e dari sajustaren
E babilonia asetyaren
Titus era Rey de persia
E dari Rey de media
868
En babilonia baltasar regna
E del setge be pauc se dupta
(F. 8r, r. Car la ciutat era ben garnida
za col.) De gens e de uiandes be complida
872
E- de fort mur era murada
e tot en torn be ualejada
per mig loch eufratres passaua
Tigris tot lo mur cercenaua
per nuy1 hom no seria be comtat
la fortalea &lt;lesta ciutat
El mon non auia nuyla mayor
Ne ni auia altra Meylor
880
per que baltasar segur estaua
E del setge sol nos duptaua
per que una gran festa mana
E tots sos princeps couida
Tots los uexels daur a aportats
Que nabugodonosor de Ierusalem auia raubats
E en els beuien e menjauen
Ceyls quil conuit presens estauen
888
E dauant tuyt se glorifica
E los sens deus fortment lausa.
D E LA ESCriPTurA De LA MA EN L-\ P _-\RET

E mentre axi estaua
E ab sos princeps salegraua

105

�J06

JOAQUlM MiRET I SA~S

El vi una ma tenso]ament
Qui escriui apertament
En la paret puys sen parti
Que anch nuyl hom puys no la vi
Cant baltasar ayso ac vist
Despagat fo marrit e trist
Car no poc legir lescriptura
Qiâ fo en la paret corn a pintura
On tots sos sauis a fa,yts venir
900
E en axi los pres a dir
Qui esta scriptura legira
E feselment la interpretara
Daur e dargent bastat sera
E en mon regne apres mi major sera
(Fol.82,a los sauis tots se uan pensar
1acol.) la escriptura no poden diuisar
per que lo Rey fo -fort torbat
908
E estaua tot consira t
Cant la regina ho ac ausit
El Rey intra e ali dit
Rey not vules de res torbar
912
Mas daniel fay tost cercar
Aycel lescriptura legira
E fecelment la intrepretara
Car a ton payre reuelaua
Tot so que deus li demostraua
Tan tost daniel an cercat
E al Rey lan tost amenat
r: •.
Si
tu
dix
lo
Rey
sabs
legir
920
lescriptura e digues qûe uol dir
Sobre tot en mon regne h.onrat seras
Et donaray tot so que uolras.

EL LLI13R E DE DANIEL

DE DANIEL Que REPRES

892

LO

107

REY

Eu dix daniel be Iegiray
la escriptura e espondray
Mas dels teus dons res no pendray
Car eu suy rich e assats ay
Rey dix daniel tu as saubut
Ton payre con fo decebut
Deus li auia ,lo regne dat
E el retelin molt malgrat
Car no conec deu ne ama
93 2
Ans per erguyl ydoles adora
per que .VII. ans bestia toma
T ro conec deu el adora
E con tu ages ayso entes
Que deu ponex hom cant mal es
No ten es de res meylorat
Ans tes molt fort pus erguylat
Car
deu no coneys ne uols amar
94°
Ans sos uexels fas ensurtçar
(Fol.82,a Qui a son seruiy eren ordonats
2° col.)
E tu a mans surtçes los as liurats
Car aqui fas tot hom menyar
944
per vil que sia e vi donar
E .a les ydoles dones honor
E as lexat deu ton creador
Quit pot punir e exalsar
E mal e be sis uol donar
On per tos mals te uol punir
Car lescriptura ayso vol dir.
LA lNTerPRETACIO De LA E SCriPT URA De LA PARET

.952

Mane techel fares
Aque~ta scriptura es

�108

968

97 2

EL LLIBRE DE DANIEL

JOAQUL\f MllŒT l SAXS

Aret diray e que uol dir
E ueritat senes falir
Mane uol aytant dir
Corn nombre s~nes mentir
Techel uol dir pesament
E fares departiment
Deus a ton regne nombrat
E al complit e acabat
Car a tu no deu mays durar
Ans lauras del tot a lexar
Deus a los teus merits pensats
E err balansa tots pensats
E a trobat en tu defaliment
On pauc viuras segurament
Deus a ton regne departit
A ceyls de percia e de media la establit
Car per tot cert els lo posseyran
E tu per mort ne gitaran
Cant lo Rey lac be escoltat
fort fo dolent e despagat
pero grans dons li presenta
Mas daniel los rebuya.

984

988

DELS PRinCEPS QUI ACUSAREN DANIEL

99 2

996

1000

DE LA PRESO DE BABILONJA

976
En cela nuyt fo destruyda
(Fol. 82, r. la ciutat tant fort garnida
1 a col.)
Car ceyls qui assetyada la tenien
veseren que pendre no la podien
980
lo flom qui per la ciutat passaua
De que nuyl hom res nos pensaua
En moltes part lan tot partit
(una railla en hlanch) (1)
1.

i falta aci un vers? Creyem rniUor no darli mimero.

E per lay on passar solia son intrats
homens valens e be armats
Tota la ciutat degastaren
Car ceyls de dins no so pensaren
Lo Rey baltasar aucieren
E la ciutat del tot preseren
E lo Rey dari per el regna
Qui tota la terra subjuga.

1004

1008

,

101 2

Puys dari daniel feu uenir
E en axi li pres a dir
Tu dix el ab mi iras
Apres de mi mayor seras
Sobre tots los princeps la pausat
E son tresor tot comanat
Don los seus princeps son torbats
E tots enserns son sacordats
Que occasio deyen cercar
Corn daniel puxen acusar
Mas tambe no an cercat
Que res ayen contra el trobat
Car daniel fort se gardaua
Quel Rey de res no agreuyaua
puys al Rey sen son anats
Qui be los a acompayats
Senyer dien els los princeps san acordat
E fortment an horclonat
Que nuyl horn no gos demandar
Dets .XXX. jorns ne adorar
Nuyl deu sino de tu senyor
Qui es Rey nostre e senyor

109

�IIO

(Fol.82, r.
23 col.)
1016

1020

1024

1028

1032

1036

1040

1044

EL LLIBRE DE DANIEL

JOAQUll\l :\URET I SANS

E cel qui aso no seruara
El lach dels leons viu mes sera
E est establiment tu confermaras
E en ton regne Jo seruaras
lo Rey dari ho a atorgat
E lestebliment a confermat
per tot lo regne o cridaren
E publicament o nunciaren
Daniel dayso nos garda
Ans cascun jorn deu adora
Tres bores del jorn deu adoraua
E per son poble lo preyaua
Aycels quil agueren acusat
Qui lonc temps lagren espiat
An vist que el se genolaua
E humilment deu sopleyaua
Al Rey tant tost o nunciaren
E en axi els li parlaren
Senyer tu auies ordonat
per tot ton regne be format
Que nuyl hom no degues preyar
Nuyl deu ne res li demandar
De .XXX. jorns sino tu senyor
Qui es Rey nostre e mayor
E si alcu nou seruara l
El lach dels leons pausat sera
Ara nos senyor auem trobat
E be prouat per ueritat
Que daniel nou a seruat
Ans lo seu deu a adorat
on lestabliment fay tu seruar
E als leons lo fay donar.

CAnT LO REY DARI FEU METRE DANIEL EL LACH
DELS LEO~S
Cant lo Rey o ac escoltat
De si matex fo despagat
Car molt amaua Daniel
(Fol.83, a. Qui li era leyal e fel
la col. I048 per quel vulia deliurar
Mas los princeps van fort cridar
Axi disen els es custumat
Que
so que Rey a ordonat
1052
Nos puxa per res el relexar
Ne son ordonament camiar
Per que tant tost lan be liat
E el lach dels leons lan gitat
1056
Lo Rey ab son anel la porta serra
los altres cascu son segel i pausa
Lo Rey romas fort despagat
E en son palau senes anat
1060
hanc aycela nit no dormi
Car despaer ac gran ab si
E bo mati el ses leuat
E al lach senes anat
1064
E el lach a fayt obrir
E a Daniel el pres a dir
Daniel seruidor de Deu
ro68
Ac pugut aydar lo deu teu.
DEL ANGEL Que DELIURA DANIEL

1072

Senyer dix daniel eu suy aysi
Nuyl mal del mon no ay en mi
Car deus ma langel emùat
Que dels leons ma be gardat

III

�112

JOAQUIM M1RET I SANS

hanc a mi nos son acostats
per mal afer ans son priuats
lo Rey del lach lo feu gitar
1076
E fort se uay mareueylar
Can ui quen res no lan tocat
Car tant de temps hia estat
Mas ceyls qui lauien acusat ·
1080
Dien que deus no la deliurat
Mas quels leons auien molt menyat
E per ayso no lan tocat
( For. 8 3, a. la doues lo Rey feu aportar
2ac.) 1084 Carn molta quels de a menyar
E cant foren be sadolats
lo Rey los acusadors a apellats.
DELS PriNCEPS QueL REY DARI FEU METRE

EL LLUlRE DE DANIEL

113

DE LA PROFETA De JEREMIAS DELS LXX. ANS

1104

uo8

Apres dayso que dari regnaua
Que astriages hom apellaua
Daniel a regardat
El libre de geremia a trobat
Que cant .LXX. ans seran complits
los jueu:s seran restituits
En jerusalem on estaran
E
temple rehedificaran
E c::J,nt los an ac tots contats
Quels jueus foren captiuats
viu quen breu seria acahat
lo temps que deus auia donat.

lo

1112

DEL Dl!.JUNI ET De LA ORACIO DE DANIEL

ELLAC DELS LEONS

1088

1092

1096

uoo

Conexets dix lo Rey si an prou menyat
Senyer" dien els hoc per ueritat
Tan tost lo Rey los feu ligar
Dins ab mulers e ab infans los feu gitar
Tan tost que &lt;lins foren pausats
los leons los an deuorats
Tots los osses degastaren
E tot quant dels aqui trobaren
per que lo Rey na deus lausat
E per tot son regne o a nunciat
Quel deu de daniel deyen honrar
E gint seruir e for lausar
Car el es &lt;leu tot poderos
Tot just e misericordios
Car ceyls quil aymen uol deliurar
E los altres tay mal finar.

La doues daniel molt dejuna
III6
Sachs uesti cendr.a el cap se pausaua
(Fol.83,r. E en oracio ses pausat
1" col.)
Axi a deus del cel pregat
E lo teu nom glorificat
ll20
Car just es e misericordios
Aycels quit aymen piados
lo teu poble molt ta greuya
E lo teu mandament passa
1124
on per lurs peccats las captiuat
E en terra estranya las pausat
ou eu merce te vul clamar
Senyor quens de.ges perdonar
lI 28
Car maior es la tua pietat
Que no es tot nostre peccat
En jerusalem nos fay tornar
per quet puxam lay adorar
Rev11e Hispa1iique. P

8

�114

JOAQUL'f )IJRF.T I SA . ·s
EL LL!Bt&lt;I! JJ~: DA:-! HL

u32

1136

lo teu temple desert esta
E nuyl sacrifici no si fa
E doncs senyor sia ta bondat
Quel temple sia reedificat
la tua ira deya passar
E Jay nos fay tost retornar.

1160

DEL ANGEL QGI UENC A DANIEL

rr44

fi

Mentre daniel axi oraua
E tot son cor en deu pausaua
langel gabriel lo vay tocar
E en axi Ji ua y parlar
Cant tu comencest a orar
Sentencia deus vay donar
Que la captiuitat sia deliurada
E sia en jerusalem tornada
E deus am a tu enuiat
E ayso te sia reuelat
E aitres causes te reuelaray
Car eu de deu manda.ment nay.

DE LES .LXX. SETMANES ENTRO AL TEl\IPS DE

So sapies pcr cert e per ueritat
Quen tro al temps que sera nat
1 r52 (Fol. 83, Crist nostre saluador
r. 2•col.)
Qui del mon e gouernador
LXX. setmanes pasaran
E setmanes abreuyades seran
i 1 56
E la doncs crist nexera
Qui tot peccat destruira
E justicia conse1 uara
E les profetes complira

68

c172

c176

1180

Ihesus.
1 r 84

E puys los seus lo ne&lt;Taran
E molt vilment puys lauciuran
Sacrifici del temple ces:;ara
Abhominacio a &lt;leu sera
puys lo temple sera derocat
E destruyda la ciutat
Estes setmanes son enteses
Setmanes dans e axi son preses
on una setmana .YII. an fa
Car axi deus o reuela
E son setmanes abreuyades
Car deus les a axi donades
No son solars qui rnn maiors
ans son lunars qui rnn menors
Doncs VII. etmane · abreuyades
fan .CCCCXC. an de luna be comtades
E fan .CCCC. LXXV. dels solars
Qui de .XI. jorns sobren los lunars
Del temps doues de daniel
Ac aytant temps tro que del cel
Venc ihesu xrist nostre saluador
E de tot lo mon redemptor
Qui aporta justicia e ueritat
E dona fi a tot peccat
E los seus pobles lo negaren
Enapres lo crucificaren.
DE TITUS E DE UESPESIA

On per uenjan a deus trames
Titus e uespesia ab quils conques
1 188 (F. 84, Qui eren de rom a emperadors
a. 1• col). E de tota la terra senyors mavors
Aquests jerusalem asetiaren ·

�u6

II92

II96

E :finalment lo derocaren
Gran quantitat dins naucieren
los altres per les terres ueneren
E car els ihesu xrist per .XXX. diners compraren
Aquest .XXX. jueus per l diner donaren
puys lo sacrifici del temple cessa
Car ihesu xrist molt meylor nordona.
DE LA SENTENCIA De DARI

1200

1204

1208

1212

1216

EL LLIBRE DE DANIEL

JOAQUIM !\URET I SA~S

Apres que la sentencia fo donada
per nostre senyor e confermada
Quels jueus deguessen tornar
En jerusalem e reedificar
Dari o vulia fort mas nt&gt;u acaba
Car en breu temps per mort fina
puys titus qui per el regna
licencia a tots dona
Quen jerusa1ern tornasen
E lo temple redificassen
Mas per ta1 com en babilonia eren anats
E aqui eren ja eretats
No sen vulien retornar
Ne lo temple hedificar
per que daniel molt dejuna
E deu deuotament prega
Que pus licencia los a fayta dar
El los rneta en cor de retornar
per que .III. setmanes dejuna
Que pa ne vy ne car no tasta.
DEL ANGEL QUI APARECH ~-\ DANIEL

Un jorn mentres deportaua
E pres lo flom de tigre el estaua

El vi .I. hom pres si venir
Maraueylos per uer a dir
De drab de li era uestit
Duna correya daur era cint
rz24 (Fol. la sua cara flameyaua
84,a.2ac.) foc beyl e clar per cert sernblaua
l_o seu cors axi la usia
Com peyra presiosa en mig dia
1228
Car cels qui ab daniel eren lan uist uenir
Agren paor e van fugir
Daniel sen espaordi
E encara el sesm01ti
Mas ayceyl hom la comfortat
1232
E en axi li a parlat
No ages temor tu daniel
Can en tos fa yts es be fasel
Deus la tua oracio a exausida
E la tua uolentat sera complida
Car lo poble lay tomara
E lo temple retornara.
12 20

DEL :ij.EY De

1240

1244

1248

PerSIA Qui A TURA LANG EL .XXI. DIA

E seu tan tost to aguera nunciat
Mas lo princep de percia ma contrastat
Vint e .I. jorn ma retengut
per queu a tu no fuy vengut
puys quant eu venia per nunciar
lo princep de grecia me uolc enbargar
En est fayt no ay ajudador
Mas michel qui es princep nostre e rector
Ara suy uengut per nunciar
Cest fayt e daltres reuelar
Cau er te die per ueritat

II7

�II8

1252

1256

JOAQUil\1 MIRET I SANS

So que tu molt as desirat
Quen persia encara .III. Reys regnaran
E poderosament senyoreyaran
E lo quart qui mays apoderat sera
E grans riquees justara
Contra grecia garreyara
E gran mal aq_ui fara.

EL LLIBRE DE DANIEL

DE ANTHIOCUS

1284

DEL REGNE DE ALEXANDRI

Puys leuar sa .I. Rey ualent
forts e saui e sabent
126o(F.84, E çant la terra aura subiugada
r. 1"'col.) E a la sua aiustada
Tota la terra departira
E a .!III. herelers la lexara
r 264
Est sera alexandri qui regnara
E tota la terra subjugara
E en .!III. parts departira
Tot ·son regne quant morra
1268
E egipte qui a mig jorn es pausat
A tholomeu sera lexat
Grecia qui es a occident
Aura philip hom be sabent
12 72
Siria e babilonia es ues orient
Aura seleucus qui sera present
En asia qui es forana
Regnara antigonus a tresmuntana
1276
Axi son regne fo partit
En .IIII. uents con era escrit ·
puys dix langel lo Rey de egipte seleuara
E moltes ter-res subjugara
1280
El Rey de siria guareyaran
puys per matrim&lt;mi se justaran.

1288

1292

Gant anthiocus qui en siria regnara
laudice sa muyler lexara
E beroniçe pres per muler
fiyla del Rey de gipte que no li fos guerer
E puys beroniçe laxa
E laudiçe allo tan tost metzinat
E .I. fiyl que nauia en Rey là coronat
E galenus sapella
E aprés si .IL fiyls lexa
lo major Seleucus fo apellat
lo menor anthiocus ephiphanies es nomenat
Anthiocns ephifanies uol dir
Ques noble senes mentir.

DE ANTHIOCUS Qtte .AUCIS SON . FRAYRE

(Fol. 84,
r. 2"' col.) Antlùocus epifanies auèis son frayre mayor
1296
E puys fo el regne Rey e mayor
E pe-r tal quen egipte pogues regnar
Epiphanies Rey degipte enganar
Det li per muler se soror
r 300
E mostrauali falsa amor
Car per senblansa de uisitar
Sascror que tenia molt encar
lay en egipte senes anat
1 304
El Rey de Egipte la molt be emparat
E mentre menyauen alegrament
Son cunyat feu auciure falsament
E uolc se lo regne subiugar

Il9

�1.20

JOAQUIM l\IIkET I SAr-.'S

1308

E L LUBRE DE DANIEL

Mas de egipte li uan contrastar
E an lo de tot egipte gitat
E en son regne senes tornat.

E lo temple tot ensurtça
E la ydola de jupiter i pausa
E ceyls qui no li uolien consentir·
Tan tost los faya tots aucir
E tot ayso lange! nuncia
E Daniel e reuela.

DEL$ ROMANS Qui MAnDAREn A .ANTHIOCUS

Que SEN TORNAS

E apres .II. ans el hi toma
E alexandria asetyara
Mas roma .I. legat lay envia
E a anthiocus axi parla
los senyors de roma el poble de la çiutat
r 316
A tu man aysi mandat
Que ten deges tan tost tornar
E als seus amichs negun mal far
Respos anthiocus eµ i pensaray
I 320
E en apres te respondray
Cant lo legat lac be ausit
Entom del Rey el feu .I. cercle e a li dit
los sanadors el poble de la ciutat
1324
Te manden en pena del cap
Que tu &lt;lest cercle no degues exir
Entro que respost ages so que uols dir
Tan tost anthiocus del setge ses leuat
1328
E en son regne senes tomat
E tot ayso es be mostrat
(Fol. 85, a. A daniel e reuelat
ra col.) los romans dix el en kadiTes uendran
1332
El Rey de siria comfondran
13 1 2

1

1

DEL TEtnPS De ANT!CriST

1 344

r360
DE L A YDOLA Que ANTHIOCUS PAUSA EL TEMPLE

Puys anthiocus eau del setge fo leuat
En jerusalem senes anat

Puys danticrist li a parlat
lo seu fayt li a reuelat
Que la sua Kadira pausara
En jerusalem on regnara
E cant .I. temps aura regnat
E grau res del mon tot subiuoat
1::,
En munt oliuet sen puyara
E aqui foc del cel lo cremara
puys dix langel .I. tem] uendra
Que no ac poder ne no aura
E tots los morts suscitaran
E los bons en paradis iran
los mals seran tots condempnats
E en infern tots cremats
E tu daniel to ayso escrimas
Mas lo libre segelaras
Car molts apres tu pasaran
En diuerses maneres o espondran
puys daniel al ange! demanda
lo temps danticrist quant durara
lo seu poder dix lange! dura .I. temps
E .II. temps e mig de temps
En que .111. ans e mig son destinats
En que regnara de totes parts

T2I

�122

JOAQUIM MlRET I SANS

puys daniel li demanda
(Fol. 8 5, a, lo temps que anticrist can uendra
Respos lange] e ali dit
2" col.)
·pus quel sacrifici sera jaquit
1368
Ey sera fayta abhominacio
Ey aura desconsolacio
Mil et XC. dies pasaran
puys aycests temps per cert uendran
1372
Senyer dix daniel pus que sera
Cest fayt dix langel claus sera
benauyrat pe1 tot ·cert sera
Qui a M. e CCC et XXXV .. jorns uenir pora
1376
Tu entre tant a deu iras
puys ab los altres suscitaras.

DE LA YSTORIA De SUSANNA

1380

1384

1388

1392

En babilonia ac .I. prodom
Qui joachim auia nom
Qui muler pres e esposa
la fiyla de hochias que molt ama
Susanna era apelada
Molt era bela e molt galarda
blancha frescha e falaguera
Molt gint formada e plasentera
E aquesta deu molt amaua
El seruia e molt lonraua
Son payre la auia be doctrinada
E la ley de moyses be ensenyada
En ceyl temps for.e n establits
Dos homens ueyls e instituits
Qui lo poble dels jueus jutyauen
E tots lurs fayts determenauen

EL LT.IBRE DE DANIEL

A la mayso de joachim souen uenien
E molts playts aqui defenien
1396
E cant Susanna agren gardada
Sembla los beyla et be galarda
Cascu dels ne fo enamorat
Mas la .I. del altre nou sab
1400
Vn jorn susanna viren intrar
(Fol. 85, r. En lo uerger per deportar
1" col.) Cascu dels ueys senes intrat
En lo uerger e amagat
1404
E layns abdoses se son trobats
E lurs sacrets san reuelats
Daso susana res nos pensa
Ans a la sua seruicial axi mana
1408
A la mayso tant tost iras
E lexiu me aportaras
Car aysi me vul lauar
per fa calor que vey gran far
1412
la maçipa vay tost ci uas
E susana sola romas
la doncs los ueyls la porta uan tancar
E a susanna se uan acostar
1416
De tu dixeren els som enamorats
E de la tua amor fort inflamats
per que fay so que nos uolrem
E nostre desig complit aurem
1420
E si nostra uolentat no uols far
per cert te farem alabear
Car contra tu testimoni farem
Que .I. joue ab tu trobat auem
1424
Susana pres tan tost a plorar
E sauiament pres a parlar
De totes parts vey pena gran
1428
Si nous consent vey gran mon dan

123

�124

JOAQU!l\l !\URET I SANS

Car sere per tot _cert alabeada
E per adultra condampnada
Si jo us consent molt peccaray
E lo meu deu agreuiaray
Mas may me ual a tort morir
Que a uos altres consentir
E vay tant tost fortment cridar
Que li uengen tuyt aydar
los ueyls lo roarit an apellat
E fals testimoni li an pausat.

DE LA SENTENCIA DELS JUTGES

Fol. 85,
r. 2ncol.)
1440

1444

1452

Len dema tot lo poble aiustaren
E dauant tuyt axi parlaren
Susanna fayt aysi uenir
Car contra leys auem a dir
Tan tost lan aqui amenada
Tots sos parens lan acompayada
E tots playien e plorauen
Car a la mort la amenauen
Tan tost los ueyls seleuaren
les mans sobrel cap li pausaren
Mentre nos dixeren els nos deportauem
El uerger de joachim et regardauem
Nos uesero susanna aq ui estar
E ab .I. joue deportar
puys jos .1. arbre samagaren
E ensems jagueren es baysaren
E can nos uolguem lay anar
Nos los uesem ensems jugar
E can lo joue uolguem retenir
fugi tan tost per uer a dir

EL LLIBRE DE DA..'\'.IEL

1460

1464

puys susanna anch nons uolc dir
Qui era lo joue que uesem fogir
Can lo poble ho ac ausit
pensas que fos si con els an dit
E a mort lan condampnada
E per tuyt sia alebeada.
DE LA ORACIO De SUSAl\~A

Tant tost susanna pres a plorar
E vay los huyls al cel leuar
E esse ayenolada
E a deu humiliada
Senyor dix ela qui clarament
veus nostres cors el pensament
Res a tu nos pot amagar
Car tot tes manifest e clar
Tu senyer sabs queu mal no mir
E a gran tort me uolen .auçir
per que sia tua bondat
1476(Fol.86, Que manifests la ueritat.
' a. la Col.)
DE DANIEL Qtâ EXAMINA LOS JUTGES

Can lo poble la uolc alabear
Daniel se ua leuar
barons dix el e que farets
Greument peccarets si lauciets
Car mal no mer so sapiats
Ne aquests jutges uos r.o cregats
Car ela muria per castadat
E per saluar se honestat
E seu ades ho mostraray

125

�126

1488

1492

1496

1500

1504

1508

1512
(Fol. 86, a'.
za col.)
1516

EL LLIBRE DE DANIEL

JOAQUIM l\HRET I SANS

lur tracio publicaray
Tant abdosos los separa
Que la .I. ab laltre no parla
puys a la .I. a demandat
E en axi li a parlat
Veyl maluat los teus peccats
Ara seran tols publicats
lo poble en uos se fiyaua
E enganat fortment nanaua
Car falsament los fayts jutyauets
E lurs fiyles los enganauets
Sots qual arbre los vist estar
Ne on los ueses ensems peccar
Respos lo veyl lentiscle es apelat
larbre on feseren lo peccat
Cert dix daniel tu as mentit
per que de deu seras punit
puys laltre veyl a fayt uenir
E en axi li pres a dir
Sement de canaan no de juda
la tua iniquitat ades para
Car falsament uolgues jutgar
Cesta dompna e alabear
Car ela no uolc consentir
A uostra iniquitat per uer a dir
E ab leys uolgues jaser
Mas ela nous en det lefer
Sots qua! arbre la uist jugar
Ab ceyl masip e lo mal far
Sots .I. arbre dix el qui a nom pi
Ensems jugauen cant eu los vi
Respos daniel no ès ueritat
per que seras a mort liurat
E serets turmentats

1520

Tro ueritat &lt;lita ajats
Dauant tot lo poble digueren ueritat
Sens turment que no an esperat.
DELS JUTGES

1524

Qtte

ALABEAREN

Tant tost lo poble susana deliuraren
E los falses 'jutges alabearen
puys susanna an acompayada
E ab gran gloria la nan tomada.
DE LA YSTORIA DE BEL

1528

1532

1536

1540

1544

En babilonia la çiutat
ac .l". ydola fort de peccat
bel tuyt la apalauen
Totes les gens la adorauen
E en lo temple on estaua
Cascun jorn lo poble i pausaua
De semola XII. quarteres
VI. ampoles de vi totes enteres
E XL. oueyles atresi
hi pausarien cascun mati
E lendema res noy trobauen
Car los preueres no leuauen
Desien puys que bel o menyaua
per quel poble tot ladoraua
vn jorn lo Rey daniel apella
E en axi elli parla
per que tu uols adorar
Aycest deu bel ne el honrar
Respos daniel ce1t no faray
Aur ne argent no adoraray

r27

�128

(Fol. 86, r.
1 3 col.)
1552

1556

JOAQUIM MIRET I SANS

Deu qui es viu vul adorar
Car est no aj uda ne res pot far
Si es be viu so dix lo Rey
Que molt menuga si con eu vey
E los preueres a apellats
Eu dix el uos man quem digats
Qui menuga cesta uianda
Qui abel es tot jorns posada
Car si en trop uerayament
Que bel la.menue sens faliment
Daniel faray a mort liurar
Que dits que bel no pot menyar.

DELS PreUERES DE BEL

1560

1572

Senyér disen els per ueritat
bel o menuga sens falsedat
pero tu en axi faras
viandes aqui pausaras
E nos de fora nos nirem
E ja de dins no entrarem
E la porta tu tancaras
E aqui con aneyl segelaras
E ab aytant con tornaras
veuras si res i trobaras
Tot en axi fo ordonat
Car pa e vi hi an pausat
E puys la porta be tanca
E ab son segel la segela
E daniel era presen t
Qui saubia lur tractament
fou cendra molta aportar
E al payment la feu pausar

EL LLfBRE DE DANIEL

129

E daso los preueres res no ueseren
Ne res del mon anc no saberen
al mayti lo Rey toma
Daniel ab el amena
E troba la porta be tencada
Axi con la laxa be sagelada
E puys la porta el obri
Garda de &lt;lins e res no ui
1584
{Fol. 86, r. N uyl hom dix lo Rey noie a intrat
za col.) Empero tu ueus que tot o a menyat
Doncs bel deuem tuyt honrar
E con a deu seruir e lausar.
DE DANIEL Que REUELA L\. FALSIA DELS PREUERES

1592

1600

Senyer dix daniel asi gardats
Si hic a anuyt nuyl hom intrats
E a la cendra lo mena
E lés peades li mostra
Domens e de fembres e diffans
Duns e daltres de paucs e de grans
puys daniel li a mostrat
Vn loc el temple molt amagat
per que Ios preueyres de nuyt i entrauen
E la uianda senportauen
Jurs muylers e lurs infans sono portauen
E puys ensemps tot o menjauen.
DE DANIEL Qui DESTRUI LA YDOLA

Cant lo Rey ayso ac uist
fort fo irat marrit e trist
E tots ensemps los feu aucir
M ulers e infans per uer a dir
Rev1te Hispanique . P

�130

1 608

JOAQUJM MJRET I SANS

puys a daniel poder a donat
Que fassa de bel sa uolentat
E daniel tan tost lo peçeya
E lo temple enderocha.
DE LA ISTORIA DEL DRACH

En aquela matexa çiutat
Vn drach auia amagat
A qui auia homens assignats
Qui
preueres del drach eren nomenats
1612
Qui fasien aqui gran so
Qui semblaua terrible tro
la doncs lo drach se despertaua
E per la boca el gitaua
1616
(Fol. 87, a. foc e fum de gran uigor
ra col.) Don auia tot hom ternor
On tuyt con a deu ladorauen
E sacrificis li donauen.
1620
DE DANIEL QUI NO UOLCH ADORAR LO DRACH
E PUYS LAUÇIS

1624

1628

Per que lo Rey daniel apella
E en axi elli parla
Daycest drach tu no pots dir
Que no viua per uer a dir
Doncs eu vul quel deges adorar
E con a deu sacrificar
Senyer dix daniel si tum_dones poder
Eu lauciuray tan tost per uer
.Ab ferre ne ab fust nol tocaray
E empero eu lauciuray

EL LLIBRE DE DANIEL

E en ayso conaxarets
1632
E si es deu que uos colets
lo Rey liu a tot atorgat
Ab que no sia ab ferre tocat
Tan tost daniel apareyla
1636
Grex: e pels e pegunta tot o mescla
Tot o feu coure .I. gran temps
puys feune pilotes de tot ensems
E al drach se nes anat
1640
E en la boca liu a gitat
Cant lo drach o uolch deglotir
Al carcanel se uay tenir
Nou pot escopir ne enuiar
1644
per que tan tost vay offegar
De que 1~ poble fo fort torbat
E al Rey an greument parlat
Lo Rey dieu els ses fayt jueu
r 648
Car fay au ci ure lo deu seu
per quel poble ses ajustat
E al Rey se nes anat
Nos disen els uolem quens deges dar
1652 (Fol. Daniel sens escusar
87,a.2ac.) Qui a bel tot pesseyat
E lo drach nos a offegat
E si fo ayw no uols far
1656
Tu e los ·teus venim cremar.

DE DANIEL Qzâ MESEREn EL LACH DELS LEONS

1660

Can lo Rey viu cals no pot far
Daniel los vay liurar
E tan tost lan be liat
E el lach dels leons lan gitat

131

�EL LLTBRE DE DANŒL

JOAQUIM MIRET I SANS

I

E agueren los fayts endurar
per quel uolguessen deuorar
Mas los leons no Jan tocat
Car deus lon a molt be gardat.

664

DE ABACUH Qza' PORTA Que MENYAR A DA..~ IEL
El. LACH DELS LEONS

1668

1672

1676

I

680

En ceyls jorns abacuch portaua
Que menyar a homens ab qui segaua
Aqui deu lange! envia
E de part sua li manda
Que ceyl menyar portar degues
A daniel el lac on es
Eu dix el beliu portaray
Mas lo lach on es gens no s~y
Tan tost langel pels cabels lo pres
E al lach dels leons lo mes
Can de dins fo el vay cridar
Daniel pensa de menyar
Car deus ma aysi aportat
E cest menyar ta enuiat
Senyer dix daniel tu sies lausat
Qui no mas del tot oblidat
E ab gran plaser el menya
E langel abacuch Jay torna.

DEL ANGEL Qui DEUURA DANIEL E LO REY FEU METRE
LOS ACUSADORS De DANIEL EL LACH DELS L EON S

Apres que el lach ac . VII. jors estat
(Fol. lo Rey al lach se nes anat
87, r. 1a c.) per ta] que daniel ploras
Que Ion trasques el soteras

1 684

1688

1692

133

E cant dins ac regardat
Daniel vi que mal no ac
lo deu de daniel dix el sia lausat
Qui dels leons la deliurat
E ab gran gaug Ion fay gitar
E sos enemichs hi feu pausar
Qui tan tost los deuoraren
Que anch nuyl os dels no lexaren.
EXPLICIT DANIEL

Abans de cloure aquest treball cridarem l'atenci6 sobre les
nombroses formes provençals i altres quasi mai usades pels
catalans de les darreries de la XIIJa centuria. Tots o quasi
tots els futurs son en ay (respondray, pensaray, faray, mostraray) ; el pronom personal eu per jo, apareix constanment
usat; verbs corn alabear, posat en sentit de perseguir o de
desacreditar, lausar en el de lloar y l'accepci6 encare avui
vulgarisima d'envz'ar per engolir o dragar. S'observa també
vey per avuy, peada per petjada, marrit per capficat, no per
trist 6 per melanc6lic que es el sentit mes generalment atribuit a aquest adjectiu a Catalunya, lats per costat, accepci6
rarament usada i les formes tampoc corrents de mryt, nuyl,
tu:Yt, pauc, payre i moltes altres.
Per lo demés, el llibre de Daniel esta corn a text biblic,
assats desfigurat, comptant nombroses interpolacions introduides sense cap orde. No solament hi han afegit episodis
dels reis Seleucus i Antiocus, sin6 encare d'Habacuc, tota la
llegenda de la casta Susana i els vells seductors i finalment, la
vinguda del Anticrist. Parla també del Crist corn a salvador i
redemptor, axi corn de les persecucions de Titus i Vespasià,
aturantse encare a indicar l'importancia del advenimen
d' A1exandri.

�134

JOAQUlM ~URET I SA"'.'iS

Aquestes consideracions son suficients per a demostrar
la complerta improcedencia de nomenar Biblia d'en Sa-Bruguera al codex de 1a Biblioteca Colombina. la ha pogut veure'l
lector amb el Llibre de Daniel, que literariament es obra de
P:t!ta imp~rta~ci~ i q~e _com a text de llengua ofereix un
lexie no gaire ne 1 sentit mnegables influencies forasteres.
Joaquim

MIRET I

LA LÉGENDE

DE JUDAS ISCARIOTE

SANS.

Ruben (appelé aussi Siméon) et sa femme Cyborée vivent
à Jérusalem. Une nuit, Cyborée conçoit, puis elle rêve qu'eile

enfante un fils très méchant, qui cause la destruction de toute
sa race. Neuf mois plus tard elle met au monde Judas. Ses
parents le placent dans une nacelle et l'exposent sur la mer.
Les flots la mènent à Iscarioth. La reine de ce pays, se
promenant sur le rivage, aperçoit la nacelle et recueille
l'enfant. Puis la reine simule une grossesse et Judas est présenté comme son propre enfant. Quelque temps après, le roi
et la reine ont un fils, qui est élevé avec Judas. La reine punit
vainement Judas parce qu'il tourmente sans cesse celui qu'il
prend pour son jeune frère. La situation devenant intenable,
la reine dévoile que Judas n'est pas son fils. Furieux, Judas
tue l'enfant royal et s'enfuit à Jérusalem.
Dans cette ville, il devient le favori de Pilate. Dans un
jardin voisin de son palais, Pilate aperçoit un pommier et en
désire impérieusement les pommes. Au moment où Judas les
cueille pour les offrir à Pilate, survient le propriétaire du jardin, qui n'est autre que Ruben. Sans se connaître, le père et
le fils se querellent et se battent : Judas tue Ruben.
Pilate donne à Judas tous les biens de Ruben et le
marie à Cyborée. Plus tard, Judas et Cyborée se content leurs

�136

R. FOULCHÉ-DELBOSC

LA LÉGE~OE DE JUDAS ISCARIOTE

aventures : Judas apprend ainsi qu'il a tué son père et épousé
sa mère.
Voulant faire pénitence, il va trouver Jésus, dont il devient
le disciple, puis l'apôtre. Chargé de la bourse de la communauté, il y puise constamment pour lui-même. Enfin, il livre
Jésus pour trente deniers. Saisi de remords, il se pend.
Telle est la légende de Judas Iscariote, dans la Légende
dorée écrite par Jacques de Voragine vers l'année 1260. Elle
se trouve au début de la légende de saint Mathias. Il est à
peine besoin de note! au passage les analogies de ce conte
avec ceux de Moïse et d'Œdipe
Il semble bien qu'aucune trace de la légende de Judas
Iscariote dans la littérature espagnole ' ~e soit parvenue
jusqu'à nous : on ne saurait, naturellement, affirmer qu'elle
n'ait pas été mise à contribution dans quelque œuvre perdue~
Du recueil même de Jacques de Voragine, il n'existe pas,,
croyons-nous, de traduction un tant soit peu ancienne dans
une des langues de la Péninsule.
Dans un volumineux manuscrit in-folio 2 composé de
textes et de documents copiés vers la fin du seizième siècle se
trouve une Historia de la vida de Judas Escariote qui n'est
autre que la légende de Jacques de Voragine, mais sensiblement amplifiée et développée, agrémentée de détails et de
dialogues qui ne figurent pas dans l'original latin. Un épisode, entre autres, appartient en propre au texte espagnol :.
Judas n'est pas exposé sur la mer aussitôt après sa naissance;.
ses parents ne se décident à s'en séparer que quand il a voulu,
par deux fois, étant encore à la mamelle, « scier avec un cou-

teau la gorge de son père. » Le conte a l'allure d'une narration
orale que quelqu'un aurait notée; les incorrections y abondent.
J'ai cm devoir rétablir la vraie forme du nom de Cyborée,
que le copiste appelle toujours Aborea. Quant à l'époque de
ce texte espagnol, il serait sans doute hasardeux de prétendre
la déterminer avec trop de précision : la forme sous laquelle
il nous est parvenu ne semble ni antérieure au milieu du
quinzième siècle ni postérieure au milieu du seizième.

1. Sur cette légende dans d'autres littératures, voir le volume d' Alessandro d'Ancona: La leggenda di Vergogna, testi del buon secolo in prosa
e-in verso, e la leggenda di Giuda, testo italiano antico in prosa e francese
antico in verso. Bologna, Presso Gaetano Romagnoli, 186g, in-16.
2. Ce recueil m'appartient.

R.

137

FOULCHÉ-DELBOSC.

HISTORIA DE LA VIDA DE JUDAS ESCARIOTE
En tiempo de Otauio Agusto, emperador delos Romanos y
de Tiberio Çessar, su suçesor, vbo en la ciudad de Jerussalem
vn ombre onrrado de naçion hebreo, Ilamado Simeon, el qual
era cassado con vna onrrada embra o duefia Hamada Ciborea.
Y estando en &lt;lias de parir, vna noche disperto con muy
grande sobresalto y espanto, y con grande turbaçion y ssin
reposso. Simeon su marido se abraço con ella y le dixo :
« Que as, Ciborea, que tienes? que sobressalto es este? que
te a dispertado? » Despues que Ciborea su muger se sosego
vn poco, le dixo : « Ay, Simeon 1 que sofiaba que paria el mas
mal hijo que ninguna del rnundo a parido. » Simeon le respondio y le dixo : « Verdaderamente ablas dela boca del
enemigo, porque los suefios son abuçiones y cossas banas y no
çiertas y sin fundamento, y por tanto no a beys de penssar en
ello, porque puede sser algun mal humor que sse te pusso
sobre el corazon y te causo ese mal suefio. » Con esto se
aplaco Ciborea algun tanto, aunque no dejo de quedar con
algun cuydado y ssospecha en su coraçon. Pues benido el
tiempo del parir, pario vn hijo, delo qual Ciborea sse escan-

�R. FOULCHÉ-DELBOSC

dalizo mucho con arto cuydado y pena desu mal suefio por
auer parido hijo, que si pariera hija y apareçeria que su suefio
era disparate, mas en aber parido hijo le pareçio que su mal
suefio llebaba camino de ser verdadero, y ansi la pobre bibia
afligida y congoxada. Pues criandosse el nifio y ssiendo de
muy tierna hedad que puesto que la tubiera dobla hedad dela
que tenia no era bastante conforme ha orden de naturaleza a
hazer lo que agora se contara. Y fue ansi que vn dia despues
de auer comido Simeon y Ciborea, y como tubiesen ssobre la
messa jugando el nifio Judas, y acaso se auia quedado vn
cuchillo ençima dela messa, y el niîio se abajo delos J;,raços de
Ciborea su madre y totno el cuchillo en la mano derecha y
fuese para su padre Simeon y començole a aserrar por la
garganta como [ que J se la queria cortar. Simeon su padre, muy
espantado de ver tal cossa, dijo : « No ues, Ciborea, lo que
aze este nifio? berdaderamente este nifio a de ser alguna mala
criatura. » Y su rnuger Ciborea muy bien lo bia, sino como
queria ya mucho asu hijo començolo a deshaçer y dijo que no
era nada lo que el nifi.o haçia, sino que estaua jugando con el
cuchillo y que no era açerrar aquello que el nifi.o hazia. Simeon
su marido se enojo mucho de aquesto que Ciborea su muger
deçia y le queria encubrir lo que el nifio hazia, y tomo a poner
el cuchillo en la messa adonde auia estado primero, y el nifio
Judas lo torno a tomar y a sserrar asu padre Simeon enla
garganta corno que se la queria cortar. Y entonçes dijo Simeon
asu muger Ciborea : « Agora no me podeis negar que este
nifio no este procurando de cortarme la garganta y cabeza;
y lo que yo digo es verdad. » Ciborea le respondio y dixo :
« Por çierto, Simeon, todo lo que dezis es gran verdad y que
el nifio, si biue a de ser malissima criatura; y por tanto bed lo
que quereis que sse baga desta criatura, y pongamos lo luego
por la obra. » Y Simeon respondio : « Yo quiero que matemos
este nifio, y con su muerte atajaremos muchos males. »
Ciborea dijo : « Agasse ansi, mas vna cossa os ruego, Simeon :

LA LÉGENDE DE JUDAS ISCARIOTE

139

que sea de manera que no me causse mucho dolor su rnuerte. »
Simeon dixo : « Pues, Ciborea, sera &lt;lesta manera que yo
terne prebenido vn barco y meter nos emos enel vna tarde
cerca de1a noche, y desque estemos bien dentro enla mar,
porque las olas no lo buelban ala orilla, arrojarlo e~os en
essas ondas dela mar, y asi selo comeran pescados. » A C1borea
no lé pareçio bien ansi y dixo : « Ay, Simeon, que no poc~~e
ber aogar ami hijo delante de mis ojos entonçes. » ~ 1)9
Simeon : « Pues yo &lt;lare bien remedio : yo hare vna arqmlla
breada que no puede entrar agua dentro y pondremos la
ençima delas_ondas dela mar; y anssi lo llebaran las aguas Y
le aogara por alla donde no le beas y ansi no te caussara
tanta pena desto. » Dixo Ciborea : « Agase ansi, pues_ que os
pareçe a bos ansi bien. Entonçes Simeon fabrico y ~1zo vna
arqueta y breola muy bien, de manera que no podia en~rar
agua ninguna dentro, aunque mejor fuera que dejara vn agu1ero
que Ciborea no lo biera, para que alli entrara el agua y_le
anegara en breue tiempo. Mas como esta orden~d_o por D10_s
de otra manera, dio a Simeon modo como lo h1z1esse anss1.
Pues acauada el arquilla, metieron en ella vna camilla y ssus
pan.ales y mantillas, y Ciborea tomo el nifio y Ssimeon el
arquilla : yuansse ala mar adonde Simeon tenia prebenido vn
barco y metersse dentro, y Ssimeon tomo los remos y com~~çosse a meter enla mar y ssu muger Ciborea tomo el nmo
Judas en sus braços y comenzo a llorar muy amargamente Y
a darle el pecho y començole a dezir : « Tomad el p~cho,
hijo mio, y el postrer alimento y ssustento que _aue1s de
resciuir demi pecbo. » Y ansi llegaron adonde a Simeon le
pareçio que bastaua; y tomole el nifio delos brazos a Ci~orea
su muger y pussolo dentro del arquilla sobre su ca~l1a Y
mantilla y pafiales, y luego çerro la puerta del arqmlla Y
pussola sobre las ondas dela mar. Y luego tomo los remos Y
començosse de venir ala tierra, y Ciborea començo a 11orar
muy amargamente. Y desque saltaron en tie1Ta, Ciborea

�R. FOULCHÉ-DELBOSC

començo con grande llanto a dezir : « Hijo mio demis
entrafias y demi coraçon, como bais bos agora entre las ondas
dela mar sin ningun conssuelo ni abrigo ni remedio ninguno,
solito por essa mar adelante, por vna nifieria, por vna libiandad
que no ssabemos que fue 1 ni que DO desdiga demi : poneme
enel barco, Simeon, que yo quiero boluer a abraçar ami hijo
demi corazon; sino aqui me quedare muerta. » Simeon su
marido le clixo : « Mira, Ciborea, que no fue ·nifieria como tu
lo dizes, ni libiandad, que bien sabes lo que hizo con el
cuchillo, que auDque tubiera mayor edad que la tiene, no lo
podia hazer; y tambien sabes tu el suefio que sofiaste, que
puesto que a el suefio no sse &lt;liera credicto ninguDo, con lo
_que adelante passo se uieDe ha hazer que se cree alo vno y lo
otro; y ansi DO te congojes ni fatigues, que Dios nos dara otro
hijo. » Y con esto se boluieron asu cassa.
El arquilla con el nifi.o fue nauegando por medio delas
ondas dela mar como nao que ba sin marineros ni quien la
gouierne, sino adonde los vieDtos y ondas dela mar la
quieren llebar. Y anssi fue toda aquella noche hasta otro dia
açerca de medio dia, que fue a parar a vn puerto que se dize
Escariote, ques enel reyno de ~apoles, enla prouincia dela
Calabria; y des te puerto se llamo Judas Escariote. Pues andando
pescando enla mar, dos pescadores bieron benir aquella barquilla, digo arquilla, porla mar, y dixo el vno a el otro : « Que
puede ser aquel bultillo que biene a!li? » Y el vno dellosdixo :
« Lleguemonos alla con la barca, ·y veremos lo que es. » Y
aussi endereçaron la barca para alla, y antes que llegasse
oyeron grito como de criatura que lloraba muy fuertemente,
de loqua! fueron muy espantados y vbieron mucho temor ;
pero al fin llegaron al arquilla y metieron la dentro desu bai ca;
y destapandola, allaron aquel nifio llorando, o de frio o de
ambre. Pues como los pescadores bieron esto, tubieron lo como
al milagro. A el pressente estaba enla çiudad de Escariote la
reyna de Xapo1es, laqual quieren algunos dezir que era muger

LA LÉGEXDE DE JUDAS ISCARIOTE

de Eroùes, laqua} no paria. Los pescadore:; dixeron : « Llebemos este nifio asi como lo hallamos ala reyna que no tjene
ningun hijo ni pare, y contarle emos lo que pasa, que quiça
nos lo agradeçera y pagara . » Hiçieronlo ansi y llebaronse~o
ala reyna y contaron lo que passaua, y la reyna selo agradec10
mucho y les dio muchos dones, &lt;le que ellos fueron muy contentos; y ella les encomendo mucho el ssecr~to y sse olgo
ynfinito con el njfio. Y rnando guardar el arqm11_a con mucha
diligençia y mando que llamassen Judas Escanotes; _Y tubo
entendido que pues ella no paria, que aquello era m1lagr~ _Y
que Dios selo _auia embiado para ss~ consuelo .. ~ luego scnb10
a el rey su marido, que fuera do alh estaua, d1ç1~ndo q?e ella
hauia parido, digo quedado prefiada, y que ama pando vn
hijo; :on las quales nueuas el rey se olgo m_ucho. Y q~ando
vino dela jornada, regalo grandemente a el mfi.o, ~ntend1en~o
que era su hijo ;.y desta manera se auia Judas temdo por h1JO
del rey y dela reyna. Fue ;-:r uestro Sefior seruido que la reyna
pario vn hijo, y ansi se criauan entrambos nifio~ por hijos del
rrey y dela reyna : y como Judas era tan mahno. y tan perbersso y de tan maladig ssesion(sic),cada dia vema el berdadero hijo delos dichos reyes erido y descalabraùo delas manos
de Judas, delo qual la reyna estaba fatigada en grau manera
y muy estomagada y enfadada de Judas, y ~sta tanto que vn
dia le truxeron a el ynfante muy mal hendo enel rostro y
todo cubierto de sangre que pareçia que venia muerto. Entonçes
la reyna dio grandes gritos llorando y diçiendo : ,~ Quitame
delante tan mala criatura como aquesta, y no lo bea yo mas
de mis ojos, que no es mi hijo ni lo pari, sinoque vnos pescadores lo hallaron enla mar, metido en vna arq uilla. » Y entonçes
mando sacar el arquilla y mostrola a el rey y a todos los que
presente estabao, y dixo : « Yeys ~qui __ a donde alla:on a
aqueste demonio; y como yo no tema h1Jo alguno, tniJero~melo por grande regalo, y yo escribi a el rey que lo ama
parido; mas el es tan endemoniado y perberso que yo no lo

�R, FOULCHÉ-DELBOSC

' puedo sufrir ni tener mas encubierto por sus maldades. »
Judas, aunque muchacho, estubo muy atento y miro bien al
arquilla y la color delas mantillas que dentro estauan, y coma
de alli adelante no lo tratauan tam bien como solian ni le
tenian el respecta que solia, antes le bituperaban de palabras
y de obras, delo qual estaua Judas muy corrido y enojado. Y
para vengarsse, aguardo que el rey se fuese fuera y pusosse
ensu seno vn cuchillo muy agudo, y quando vido tiempo y
lugar, dio de pufialadas a el ynfante y dejole muerto y fuese
huyendo. Pues como le trujeron ala reyna asu hijo muerto,
dio muy grandes gritos y hizo grandes lloros, y embio a buscar
a Judas muchos ombres a pie y a cauallo, y mando qae se lo
trujessen para mandarlo hazer mill pedaços; pero fue Nuestro
Seiior seruido de guardarlo de todo el poder de!a reyna como
Io auia guardado delas ondas dela mar. Y ansi se boluieron sin
Io poder hallar.
Judas se fue huyendo y de vnos pueblos en otros bino a
parar ala çiudad de Jerussalem. Y a el pressente estaua enla
çiudad de Jerussalem Ponçio Pilato, que era pressidente y
gouernador de toda la prouincia de Judea por el emperador
Tiberio Ssesar. Pues como Judas llegasse a Jerussalem, fuesse
a cassa del pressidente Ponçio Pilato y tubo modos y maneras
como · asentar conel : y esto hizo porque si de parte dela
reyna le biniessen a buscar, tuuiesse quien lo defendiesse y
anparasse. Y ansi le començo a seruir de moço de cauallos y
de lacayo y despenssero ; y como era tan entremetido y bulliçiosso y seruiçial, y açialo todo con tanto cuydado y diligençia, que Ponçio Pilato le tomo grande amor y le queria.
mucho. Estando Judas en seruiçio del pressidente Ponçio
Pilato, el qual tenia su palaçio junto a vna huerta que era de
Simeon, padre de Judas, y vn dia parosse Pilatos a vna ventana que caya sobre la guerta de Simeon, y bido vnas mançanas, enla &lt;licha guerta, de muy lindo pareçer, las quales le
pareçieron bien a Pilatos; y Judas, por agradarlo y traersselas,

LA LÉGENDE DE JUDAS ISCARIOTE

1 43

de presto se descolgo por vµas paredes enla gue1ta de Simeon
su padre, y començo a cojer dellas. Y como Simeon sintio
bullicio y rruido ensu guerto, fue allâ y bido aquel rnoço
cojiendo las mançanas y dixole : « Eso es muy mal echo :
binierades por la puerta y yo os &lt;liera las mançanas de buena
voluntad, y no como Jadron entrar por las paredes a hurtar
me las mançanas. &gt;&gt; Judas le rre~pondio mal, delo qual binieron
alas manos y Judas arrebato vna tranca o horquilla que sostenia y sustentaua el mançano para que con el fruto no sse
cayesse, y con ella dio a Simeon vn grande golpe enla cabeza,
que se la partio por medio, y luego Simeon cayo muerto en
tierra. A este punto salio Ciborea a ber que era, y vido como
aquel !UOÇO auia dado aquel golpe asu mari do · y echado le
muerto en tierra, por lo qual comenzo a dar grandes gritos y
a pedir justicia. Judas loque vio, digo como bido lo que auia
hecho, saliose huyendo por donde hauia entrado. Y en esto
Pilato alos gritos de Ciborea asomosse alas Yentanas y bido
muerto aquel ombre y començo a aconsolar a Ciborea y prometerlle que le aria justiçia muy cumplida.
Pilatos bisto el mal hecho que Judas auia hecho lo hizo
esconder, por que lo queria mucho, mientras se passaban los
primeras ympetus. Y despues de passados los dias funerales,
Pilato embio a llamar Ciborea y dixole : « Duefia onrrada,
yo querria mucho poner rremedio en este buestro negoçio, y
e mirado mucha en ello y no allo mejor remedio ques que vos
os casseys con este moço, porque yole quiero mucha y en mi
tendreis todo el fauor del mundo, pues saueis quanto yo puedo
y ba1go en esta çiudad. » Con estas y otras palabras que Pilato
dixo a Ciborea, vbo de consseder con loque Pilato le demandaua, pues en ninguna manera podia hazer otra cossa mas de
que Pilato deçia y queria, porque si no lo haçia por qualquiera
bia tenia mal pleito y hauia de librar mal. Y desta manera
Pilato caso a Judas con su propia madre y entregole toda la
h~zienda de Ssim_eon a Judas ; y ansi l~açia uida maridable

�R. FOULCHÉ·DELBOSC

LA LÉGENDE DE JUDAS ISCARIOTE

con su propia madre Ciborea y aseruia a Pilato con grande
diligençia y cuidado. A cauo de algun tiemro aconteçio que
vna .n0che, estando Judas y su muger Ciborea en su cama,
Ciborea le dijo : « De que tierra sois, sefior, y quien sois y de
que parentela ? » Judas le dixo : « Para que quereis sauer
quien soy y de que tierra y parientes? » A esto le dixo Ciborea : « Pues ssois mi marido, no tengo de ssaber quien sois y
de que tierra? » Entonçes Judas le dix:o : « Ssi supiessedes
quien soy y de donde y de que parientes, a fe que os espa'n.tassedes grandemente. » Ciborea le dixo : « Corno anssi ? »
Judas le dixo : « Saued que ssoy hijo de vn rrey y de vna
reyna. » Desto sse espanto Ciborea estrafiamente y dixo :
« Corno pues, siendo hijo de Rey y reyria, andays por estas
tierras siruiendo a otros? » A esto respondio Judas: « Yo os
Io contare. Abeys de saber que la reyna mi madre pario otro
hijo despues de ami, y era tan malo y tan perbersso que
siempre me haçia mill enojos y desabrimientos : y como yo
no lo podia ssufrir, castigabale sus trabesuras y bellaquerias,
y la reyna mi madre donde me lo auia de agradeçer tomo
contra mi muy grande enojo y ordeno vna falssedad, digo
falso testimonio, mas estrafi.o que madre contra hijo podia
hazer, y fue que mando hazer vna arqui11a de maclera muy
breada y mandola guardar y aguardo tiempo. Y vn dia hizome
mi hermano vn grande enojo, y por e;)to yo le descalabre
muy mal, y entonçes mi madre pareçiole que era tiempo de
dar credicto a el falso testimonio que tenia ordenado, y
començo a dar grandes gritos y a deçir : « Quitame de aqui
tan mala criatura, que no es mi hijo ni yo le pari, sino vnos
pescadores lo hallaron enla mar metido en vna arquilla de
maclera, y como sabian que yo no tenia hijos, trujeron me lo
por gran cossa, y yo me olgue mucho dello, pensando que
fuera alguna cossa mejor, y escribi al rey que auia quedado
prefi.ada y lo auia parido; mas la verdad es lo que tengo
dicho. Y entonçes hiço sacar el arquilla que para esto tenia

guardada, y mostrola a el rey y alos que estauan presentes,
y dieronle credito y entendieron toclos que era asi lo que la
reyna deçia. Y yo mire muy bien el arquilla y lo que tenia
dentro, y de alli adelante no me trataban como de antes ni
me tenian el respecto que solia tener, y me maltrataban de
obras y de palabras y me haçian muchas ynjurias; delo qual
yo me corri y afrente muy mucho y tome grande enojo y
pessar, y propusse de vengarme dela reyna mi madre por el
falsso testimonio que me &lt;1.Uian leuantado. Y para esto puse
en mi seno vn cuchillo muy agudo y bien amolado y aguarde
que el rey mi padre fuese fuera dela tierrn, y quando vide
tiempo y lugar~ di de pufialadas ami herman·o y bineme
huyendo por montes y ualles hasta que bine a parar aqui a
Jerussalem. Y bes aqui,Ciborea, porque ando portierras ajenas
y sirbienclo a quien ami me a de seruir. » Entonçes quando
Ciborea oyo esto, dio vn grande sospiro : « Ay de mi, desbenturada ! que, segun lo que abeis contado, soys mi hijo, y al
que matastes era vuestro padre. &gt;&gt; Y contole el suefi.o que auia
sofi.ado estando preîiada del, y lo que hizo con el cuchillo, y
diole las sen.as dela arquilla y lo que yba dentro. Delo qual
Judas quedo muy satisfecho de que era verdacl todo lo que
Ciborea dezia, y començosse a lamentar muy fuertemente, y
luego eh ese punto se lebanto de con su madre y sse salio
desu casa.
Luego que se uitlo fuera desu cassa, començo ~ dar boçes
diciendo : « 0 desbenturado de mi, que tantos males y pecados
e cometido, que sera de mi, desdichado ! quiero yr a buscar a
este santo profheta que anda por Jerusalem y por esta
comarca que e oydo cleçir ques hijo de Dios y que se Hama
Jesuchristo , y echarme a sus pies y rrogarle que me perdone
mis pecados y que me resçiua por ssu diçipulo; y ansi are
penitençia de mis pecados. » Y ansi Judas con este buen proposito fue a buscar ael Sen.or. Y anssi como lo allo, hechosse
asus pies bendictos, llorando y pidiendole perdon de sus
Revue Hispa11iq11e. P

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10

�R. FOULCHÉ•Dl!:LROSC ·

LA LÉGl!:NDE DE JUDAS ISCARIOTE

culpas. El Sefior le miro con aquellos ojos de missericordia y
le alço del suelo con sus ssacratissimas manos y le perdono
sus pecados y le hiço vno desus diçipulos con muy grande
·amor y misericordia, ssauiendo que aquel auia de ser el que
le auia de bender y auia de ser ynstrumento de su grande
passion. Y ansi Ju&lt;las quedo enel sacro colegio del Sefior; y
como era tan entremetido y bulliçiosso, luego començo a
ussar su officia de despensero coma aquel que lo sauia muy
bien hazer. Y &lt;lesta manera, quando el Sefior yba en cassa de
algunos prinçipes y buenos ombres, y que se alegrauan y
liolgauan y 'sse tenian por muy dichossos y bienabenturados
de uer a el Sen.or con sus diçipulos en sus cassas, le ospedauan
con mucha amor y rreberencia, como aquellos que tenian
todo el bien del mundo en sus cassas, y el Sen.or les haçia
muchas y muy grandes U1erçedes, sanandolos de muchas y
diberssas enfermedades yncurables milagrossamente. Y quando
el Sefior sse queria partir, yban alos sagrados apostoles y
ofreçianles para el camino y despenssa, y luego yba Judas
muy diligente y resçiuia lo que aquella buena gente daua y
echaualo en su bolssa, y della compraba lo que era menester
para sus despenssas, vssando el officia de despenssero como
en cassa de Pilato haçia, y no oluidando aquella buena. mafia
de ssissar de &lt;liez vno; y para este efeto traya dos bolssas :
vna en que traya el dinera del gasto y despenssa del Sefior, y
otra en que echaua lo que sissaba. Y anssi desta manera
andaua en compafiia del Sefior y de sus sagrados apostoles.
Y como vna bez entre otras bino el Sefior en Bethania en
casa de Simeon leprosso, vn muy grande amigo del Sefior,
adonde bino Maria Magdalena y derramo aquel basso de
vnguento preçiosso del qual salio vn o]or suauissimo : y como
algunos delos apostoles dixeron que se pudiera bender por
treçientos dineras o rms, pesole mucho a Judas porque ~quel
vnguento sse auia perdido, porque ssi bendiera por treçientos
dineras como dezian, le auian de venir a el treynta dineras

de su sissa. Y luego començo a penssar como o por que bia
podria cobrar aquellos treynta dineras : y binole ala memoria
como los prinçipes delos Farisseos y escribas dela sinagoga
deseauan mucho de prender a el Ssefior y que no sse atreuian
porque nolo podian conoçer entre sus cliçipulos, mayormente
porque Santiago el menor paresçia mucha a el Sefior, y po'r
no errar el golpe no s:;e atreuian asta tener quien los alumbrase. Y desta manera le pareçio a Judas buena ocassion para
cobrar los treynta dineras, y fuese a ellos y-dixoles : « Que
me quereis dar y yo os pondre a J esus en buestras man os ? »
Delo qual ellos se olgaron infinito y le prometieron treynta
dineras de plata. :Y como bido que ya tenia sus dineras, no
euro de regatear, mas ya andaua con grande cuydado buscanclo
oportunidad para entregarles a e] Sefior. Y como el jueues
santo el Sen.or acauasse de çenar con sus diçipulos y auia de
yr luego a orar a el guerto, pareçiole a Judas que aora era
tiempo, y fuese a ellos y dixoles : &lt;&lt; Benios conmigo, que aora
es tiempo para que lo podais prender a vuestro plaçer. » Luego
los prinçipes dela ssinagoga y farisseos mandaron asus ministros y criados que se armassen y tomassen lanternas para que
viesen loque açian, por sser de noche. Y luego se armaron y
aperçibieron como se lo auian mandado, y llebaban consigo
vna soga para atar a el Sen.or. Y desta manera ssalieron dela
çiudad de Jerussalem llebando a Judàs por capitan y guia,
el qual les dixo : « Mira que tengais quenta y grande auiso,
que al que yo diere paz esse es Jesucristo, y tendreislo
quenta. » -y; &lt;lesta manera llegaron a el guerto. Luego como
llegaron a el guerto, e11traron dentro, y Judas se adelanto y llego a el Sefior y le dixo paz, diçiendo : « Dias
te ssalbe, maestro », porque entendiesen que aquella era la
sefial que les auia dado. Y luego pusieron las manas enel Sefior
Y lo llebaron presso a cassa de Anas, donde lo tubieron
aquella noche. Y otro dia, llebando a el Senor en cassa del
pressidente Pilato, en vna calle encontro a Judas vn gran

�R. FOULCHÉ-DELBOSC

)

tropel de jente armada y miro bien y bido como trayan en
medio a Jesucristo nuestro Sefior. Y corna el traidor bido
aquella sacratissima y benerable perssona del Sei'ior, cligna de
ser onrrada y rreberençiada y adorada, traer con tantos bituperios y açiendoles tantas afrentas, dandole muchos renpujones y bofetadas y escupiendole su sacratissimo rostro. Diole
todo esto tant.'\. pena a Judas y dolor que pensso de rebentar
de eoojo, y començosse a maldezir diçiendo : « 0 traidor de
mi ! 0 malaventurado de mi ! Y como puedo bender ami
maestro y
efior? los anjeles sse quejen a Dios de mi!
todos los elementos se lebanten contra mi, y todas las criaturas del mundo se conjuren contra mi, para que en mi nieguen la muerte de su Dios y rredentor, que yo lo bendi por
treynta dineros ! El sol y la luna y las estrellas no me rindan
ni me den su claridad, antes arrojen de si bibas çentellas
contra mi, que me abrasan estas entrafias! 0 mar, porque,
quando yba sobre tus ondas no me entregastes a tus .fieros
pescaclos y me rnetieras en tus ondas cabernas para que no
pareçiera mas ni huuiera memoria de Yo tal mal ombre como
yo? 0 imeon y Ciùorea, padres mios, porque fuistes tan
crueles contra mi en no me quitar la vida ? Y os escussara de
vuestra muerte y mis maldades. » Y diziendo estas cossas y
otras, cletermino yr ala sinagoga adonde auia bendido su
maestro y Ssenor; y començo a Jlorar y dar grandes ITTitos :
« Dadme el preso y os dare vuestros dineros ! Tomaldos por
seruicio de Dios, y dadme el preso que os vendi ; y beis aq ui
vuestros dineros. i\Iira que peque grauemente en benderos
la angre del justo, y e dado muy gran exemplo de mi, y le
azeis muy e-raode y mal tratarrùento. » Los phariseos respondieron : « i\'.lalabenturado ! Agora te arrepientes clelo que a.
hecho? porque no lo mirastes primera? Anda, bete de ay ala
mala bentura, que no te podemos remediar. » Pues coroo vido
Juùas que tanpoco le aprobechaua ladiligençia queauia hecho,
tomo los treynta dineros y arojolos enel templo y dixo :

mi

LA Ll~GENOE DE JUDAS ISCARIOTE

- - - - - - - - - --« ~ues que quereis que vaya adelante mi propossito y lo que

tra,go pensado, beis aq u1 vuestros dineros : dentro del
templo se osque&lt;lan; yo me boy a dessesperar. » Luego busco
vn cordel y saliosse fuera clela çiudad de Jerusalem v ssubiose
en vn arbol, que quieren dezir algunos que fue sauc~, y dijo :
« Para bibir afrentado enel mundo, mas vale morir haorcado,
que mayores son mis pecados que la missericordia de Dios. »
Y luego tomo el cordel y echosse vn lazo a el pescueço y ato
el cordel dela vna rama del sauco y dejo::;se caer. Y como el
sauco es arbol de poca fuerça, casi hueco, quebrosse la rrama
y dio Judas vn grande golpe enel suelo, tal que rrebento por
vn costado, y sse le salieron fuera del maluado cuerpo todas
l~s entrafias y assaduras y coraçon. Y desta manera acabo y
h,zo fin el desbenturado de Judas.

�:SOTE SUR DEUX SERRA:-/lLI.AS

I

NOTE SUR DEUX SERRANILLAS

DU MARQUIS DE SANTILLANA

I. -

Entre Torre y Ximena
saliendo de ,·n alloçar
vi serrana de Belmar,
san Julian de buena estrena.

Entre T.•rres e Canena,
11 rerca àe S111/op1r,
Jalle mora de Bedmar,
S11nct julla11 m buen estrena.
2

Pellote negro i•eslia
e lienros blancos /,xava
a fuer del Amhrluzia,
e de ,zlcorques se calr,w,z.
Si mi ·wlu 11/ad «J!m«
non f uera, en mejor /r,gar
mm me pudiera excusar
de ser preso e,i su catkna.

E~TRE TORRES E CANEXA

5 Ricas aljubas ,·estia,
tocade blancos tocaua,
alcorques de oro calçaua,
a fuer del Andaluzia.
Si mi libertad agena
10 no fucra en otro lugar,
no dexara de quedar
prisionero en su cadcna.

3

C'est la cinquième serranilla de l'édition Amador de los
Rios ( p. 470); elle porte le n° 2 62 dans le Cancionero castellano del sigto XV de M. Foulché-Delbosc. Argote de Molina
l'a publiée en 1588 dans sa Nobteza del Andalvzia (f. 335 v
et il emble bien que personne n'ait indiqué d'édition anté-rieure. j'en ai trouvé deux, datant l'une et l'autre de la première moitié, peut-être du premier quart du seizième siècle.
Ce sont deux pliegos sueitos non datés; ils contiennent tous
deux cette serranilla, sans nom d"auteur, et la même glosa,
qui serait d'un nommé Gonçalo de Montalvan. La troisième
strophe de l'édition Argote et des éditions po térieures ne se
trouve pas dans ces éditions primitives, conservées à la Biblioteca ~acional de Madrid sou les cotes R. 9433 et R. 9464. Je
reproduis en caractères italiques le texte du Cancio11ero castcllauo et j'imprime en caractères romains le texte établi
d'après :
A. la serranilla dans R. 9464.
B. la glosa dans R. 9464.
C. la serranilla dans R. 9433 .
D. la glosa dans R. 9433.
0

),

Pregu,ztele do 11enia,
tksque la oue salt,ado,
o quai camino f,z::ia.
Dix,m1e que de 1111 ga11ado
quel gardavan m Racma,
e pa.,.&lt;.ava al O/ivar,
por cojer e va1·ear
las oifras de X1111en11.
4
Dixe: « ,Von v,1des ~,ïera,
sl'iiora, que est11 111aù1111a
han corrido /,, rib~ra,
aqumde de Guadiaua,
moros de l'aldrpurcliemz
de/a guard,z de Abdil/Jar,

cci tk 1•ervos 11111/ /msscir
me seri,z grar:, fen,1. ,.

I

5

20

Dixele : « Do vays seliera,
senora, aquesta mai1ana,
que han corrido la ribern,
allende de Guadiana,
25 moros de Valdepurchena
con la guarda de Abdilbar,
que de veros maltratar
es a mi doblada pena. »

3. CD. Vedmar - 4. CD. buen - 5. C. ye tidas - 11 . B. deuua D. dixe dondc; ACD. vas; BCD. seMra - 24. B. de allendc, C. dé ·
aquende, D. daqucndc - 25. AH. Yaldcpuchena, C. Valpurchena - z6.
A. Animar, B. Abimar, CD. Abiuar

21.

�,'OTE SCR DE X SF.l&lt;IL.\;\ll.l.,IS

-

- - - ------ -

Quando la vi a desora,
dixele todo turbado :
« alueos Dios, gentil se1lora,
vengays mucho I en huen bora. »
Respondio muy mesurado;
todo sentido perdia
quando su gesto miraua :
el trage que ella traya,
ricas aljubas vcstia,
tocados blancos tocaua.

por lo fal~o y lisongero;
en lin no quis&lt;-' pai ·ar
por am ores ya ma. pena 11
i e·to no fuera a m1rar,
no dexaua de quedar
prisionero en su cadeoa.

A. LEFORESTIE:R

5
Rrspo11diomt : « ,Von curedes,
suïor, de mi compa,ïia;
/Jero graçias e merredes
a vuestra grand corlesia :

ca Mig1ul dt Jamilena
con lns de Ptgalajar
son passad,,s ,1 at,,jar;

vos Lor11ad en ora !mena. &gt;

« ::'II uchas gracias y mercedc~
30 a vuestra gran cortesia,

que auoquc aqui sola me ,edes
no me falta compailia :
que :\ligucl de Jamilena
con los de Pegalajar
35 son ~alido a atajar;
vos bolueos en hora buena. &gt;

RE~L\RQ ES

Torres, Canena, Bedmar, Ximena, Jamilena, Pegalajar se
trouvent dans la province de Jaen. Je n'ai pa réussi à découvrir Salloçar el j'estime que ia naie leçon est celle des
pliegos sueltos : saliendo de vn alloçar.
Les vers 7 et 8 sont intervertis dans les jliegos sueltos.
GLOSA

D'après B. et D. Je ne reproduis pas les Yariantes de la
serranilla, puisqu'elles ont été déjà indiquées.
Caminando por la sierra 1
de monta.na despoblada,
ni muy llana ni muy fiera 2,
en el tiempo que auia guerra
entre Cast illa y Graoada,
yo 3 lleuaua tanta pena
por tao solo caminar
cerca de Sierra .Morena,
entre Torres y Ximeoa,
saliendo de vn a lloçar.

Yua muy desconsola1o,
todo lleno de tristura;
quiso Dios y mi buen hado
que a la salida de vn prado
me Yino vna gran ventura :
ya quando quiso a somar
fue mi ventura tan buena,
que quedendome apear
vi sen-ana de Belmar,
an Julian de buena estrena.

34. A. Pelagarc1a, B. Pelagajar - 35. ABCD. (a) J. D. tierra 2. D. sierra- 3. B. y.

36. ,\. (1·0 ).

Y aunquc estaua catiuado
del todo mi coraçon,
mire con mayor cuydado
por Yer que traya calçado,
dondc doble m: pa sion 6 ;
mas ninguno se escapaua
de quantos ella veya
con lo que ella caetiuaua;
alcorques de oro calçaua
a fuer del Andaluzia.
Yi tener tanto primor
en quanto encima traya,
quisele pedir fauor
oluidando el gran 7 amor
que en otra parte tenia;
por ·er de gracias tan llena
pense cierto peligrar
por alcan~·ar ta) almena,
. i mi libenad agena
no fuera en otro lugar.
DiXl'~ e tar enagenado
en otro lugar primero,
y vi que cstaua engallado
dexar perder lo ganado

:

Corno quien e,;ta al olor
de vna 10 fruta muy sabro~a
ques sustancitl sin dulçor,
que quien no goza el 11 ·ahor
no sicote ninguoa cosa,
bien assi desta manera
pas e con esta serrana;
por gozar della siquiera 12,
dixele : « Do ,·ays se1lera,
seilora, aque. ta mal1ana? »
Dixe por ponelle miedo
palabras de gran temor,
mas su ro tro siempre ledo,
mostrando tener denuedo,
no e. timando mi fauor :
« 'alios por esta ladera,
le dixe, t•i\ora hermana,
y dexad e ta carrera,
que han corrido la ribera
de allende de Guadiana.
&gt; Que yo vi clar el rehato

a todos los ganaderos,
y vi a poco de rato
como dexauan u el hato
huyendo por los oteros;
y anoche despues de cena,
me dixeron sin dubdar
que pas aron por Ximena

,1. D. ,·eouays se1lor - 5. B. captiuo li. D. prision - 7. D. grande
- 8. D. Digo - 9· D. pcnas - 10. D. dcla - 11. D. (el} - 12. D. que
quiera - 13. B. dexan.

�rnoros de Valdepuchena
con la 'guarda de Abimar.
&gt; Echad por essa espessura,
no querays ser tan esquiua,
ni darme tanta tristura
que me ternan a locura
dexaros lleuar captiua;
no querays darme pesar
ni mostraros tan agena,
porque es 14 cierto sin dudar 15
que de veros rnaltratar
es a mi doblada pena. »
RESPONDE ELLA lG

1
i

1

« No he querido responderos
por no daros libertad,
ni dexo de agradesceros 17
y en mucha merced teneros
vuestra bue,n a voluntad:
y en lo que por mi 18 hazedes
en no vsar de villania,
no penseys que assi os yi:edes :
muchas gracias y mercedes
a vuestra gran cortesia.
► Que aunque fuerades amigo
de quien yo estoy aguardando,
no e?tuuierades comigo

II. -

de la suerte que lo digo
tan cortesmente hablando;
que puesto que no ay paredes
en esta sierra sombria,
armadas tengo mis redes,
que aunque aqui sola me vedes
no me falta compania.
:. Que tras cada mata &lt;lestas
do estamos ambos hablando
ay cien hombres con ballestas
que esperando mis requestas
me estan contino aguardando;
y auuque Yeys que es 1una llena
y 19 moros Yengan a entrar,
no tengo por esso pena,
que Miguel de Jamilena
co11 los de Pegalaj ar.
» Assi que, pues 20 soys discreto

y de alto merescer,
lo que 21 esta claro y neto
no lo pongays en effec.to
con vna flaca rnuger;
sino que os podeys tornar,
guiandoos la Magdalena,
que los que me han de guardar
son salidos a atajar;
\'OS bolueos en ora buena. »

AN'.fON, EL VAQUERO DE MORANA

Dans la première moitié du seizième siècle ont été imprimées
sous forme de p!iego suelto, les Copias de Anton el vaquer;
de Morana; je crois que l'on n'a pas encore fait remarquer que
14. B. (es)_- - 15. D. pensar - 16 . B. (ella) 17. D. gradeceros _
18. B. por mt no - 19. D. z los - 20. B. Assi pues que - 21. B. y pues
'
que.

1 55

NOTE SUR DEUX SERRAN!LLAS

A. LEFORESTIER

ce personnage est mentionné dans la deuxième serranilla du
marquis de Santillana. Voici la poésie du marqui_s (éd. Amador
de los Rios, p. 466; Cancionero castellano, n° 2 58) :
I

En toda la su montaii:t
de Trasmoz a Veranton
non vi tan gentil serrana.

a guisa de Extremadura
çinta e collera labrada.
Dixe : &lt; Dios te salve, hennana;
aunque vengas de Aragon,
desta seras castellana. »

2

Partiendo de Conejares,
alla susso en la montafia
çerca de la Travessaiia,
camino de Traso,·ares)
encontre moça loçana
poco mas aca de Annon,
riberas de una fontana.
3

4

Respondiome : « Cavallero,
non penses que me tenedes,
ca primero provaredes
este mi dardo pedrero;
ca despues desta semana
fago bodas con Anton,
vaquerizo de Morana. »

Traia saya apretada
muy bien presa en la çintura,

Le ,texte des coplas est établi d'après deux pliegos sueltos
non datés, conservés à la Biblioteca Nacional de Madrid
sous les cotes R. 9452 et R. 9493. Ces deux éditions seront
désignées ici la première par A, la seconde par B.
En toda la trasmontana
nunca vi cosa mejor
que era su esposa de Anton,
el vaquero de Morana.
Por las sierras de Morana,
do supe que era passion,
vi vna gentil serrana
que me robo el coraçon;
desque vi su -perficion
puse en dubda ser humana1,
1.

A. hermana - z. A. (de) -

y era su esposa de Anton,
el vaquero de Morana.

Yo la vi encimii de:,1 vn cerro
con su lança y su cayado,
y en la otra 111ano vn perro
rodeando 3 su ganado.
Dixe ~ : « Dios te salue, hermano »,
pensando que era varon,
y era su esposa de Anton,
el vaquero de Morana.
3. B. careando -

4. A. Dixele.

�A. LEFORESTŒR

c Vete comigo, mi bien,
yo te terne 5 por amiga,
darte he yo a corner
cada dia ma gallina,
darte he vna gentil cama
con vn rico pauellon,
porque no seas de Anton,
el vaquera de Marana. »
LA SERRANA 6

Cauallero, yd vuestra via
si quereys 7 ser bien librado :
catad que no es cortesia
entender en lo escusado,
que aunque yo sea serrana
y muy linda en perfecion,
esto y mas meresce Anton,
el vaqnero de Morana.
«

&gt; Bien pensays vos, cauallero,
que aunque yo sea muger
que al discreto y lisonjero
no le sabre responder,
y aun 8 presumir de vfana
y tener mas presumpcion,
inirare la honra de Anton,
el vaquero de Morana. &gt;
EL

·« No tengays, senora, vos,
pensamiento inhumano,
que segun os hizo Dios
no os meresce aquel villano;
111as si como soys galana
mirassedes la razon,
oluidariades a Anton,
-el vaquero de Moran:i. &gt;

157

KOTE SUR DEUX SERRAKILLAS

Dixele : « Sei'iora mia,
vamonos de aquesta tierra,
que es muy gran descortesia
que biuays vos en b sierra;
vamonos adonrle son
las gentes en tierra llana,
no querays aJ1° vuestro Anton
el vaquero de Morana. '&gt;
ELLA

« En esta montalia escura
do la gente bruta esta,
la muger nunca procura
sino aquel que Dios le da;
pues es nuestra condicion
atan robusta y villana,
ta! me guardo para Anton,
el vaquera de .Morana. &gt;
EL

« Este que assi os paresce
mucho le desseo ver,
por solo poder saber
quien es el que ta! meresce;
mas yo creo que afficion
es sola la que os engalia
y os hizo q uerer a 11 Anton,
el vaquera de Morana. »
ELLA
« Verdad es que afficionada
estoy 12, que es cosa de espanto,
porque Anton meresce tanto
que yo soy la bien li brada;
si yo soy fea 13 o gal ana
o negra como el tizon,
ta! me guardo para Anton
el vaquera de Morana. &gt;

5. A. ternia - 6. A. RESPUESTA DE LA SERRA.'&gt;.-1. - 7. A. queres - 8.
B. y aun de - 9. A. vos - ro. B. el - rr. A. (a) - rz. A. esto -- r3.
B. tan fea.

EL

c Sei'iora, mat haga Dios
a tan mal casamentero
que a 11 ta! dama como a vos
fue a casar con vn ,·aquero. »
Etla dixo ; « Assi lo quiero,
por ende mejor librada
en ser esposa de Anton,
el rnquero de .Morana.
ELLA
r- Y dvos pues y acabad
demanda que tan mat suena,
pues sabeys que. ta bondad
no esta en mas de ser buena 13 ;
pues que me olfende y me dafia
Yuestra porfia r passion,
dexad el si para Anton
el vaquera de ::\1orana. »

EL

Espantome de nia cosa
mas graue que nunca vi,
por ser tan linda y hermosa
consentir que esteys aqui;
porque en tierra tan estrai'ia
esteys agui 16 sin razon,
pongo la culpa yo a 11 Anton,
el vaquera de Morana. »
c

ELLA

« Tras aq uellos dos coltados 18
andan mas de mil pastores,

todos muertos requebrados,
perdidos por mis amores;
en balde suffren dotores,
toda su esperança es vana,
por el bien que quiero a 10 Anton,
el vaquera de Morana.
&gt; Estos que andays por agui
Jastimados por 20 mi guerra,
mas lexos estays de mi
que esta el cielo de la tierra;
yo me estoy en alta sierra 21
y vosotros por la llana,
esto es lo que cumpte a 22 Anton,
el vaquero de ::1-lorana. »

EL
« Esperenle rnalos 23 afios

en mat punto porque 24 os vi,
pues que con hurlas y engafios
os 2 j burlays assi &lt;le mi ;
y que diabto de 26 serrana !
vos 27 soys 1\ena de traycion;
mat 28 pesar aya Anton,
el vaquero de Morana. &gt;
ELLA

« Vete dende, mal villano,
no ~e andes enojando;
si echo ta bonda 29 en mi mano,
responderte he 30 yo priado;
no pienses que ando perdida
por andar en la rnontafia;
en e,,to siruo yo a 31 Anton,
el vaquero de Morana. &gt;

14 . B. (a) - 15. A. no esta mas de ser muy buena - 16. A. aqui a 17 . A. (a) - 18. A. Tras de aquellos descollados - 19 . •\. (a) - 20. B.
de_ 21 • A. yo me estoy alta en ta sierra - 22. A. (a) - 23. A. los malos
_ 24 . A. que - 25. A. vos - 26. A. que diabto y no - 27. A. (,,os) 29. A. fonda - 3o. A. (he) - 31. A. (a).
2 8. A. i mat -

�A. LEFORESTIER

EL
&lt;11 Seüora, quedaos a Dias
pues que no puedo venceros,
que ya me parto 32 de vos
mas no de mucha quereros:
pues que veo vuestra gana,
vuestro fin y conclusion,
bienauenturado Anton,
el vaquero de Morana! »

ELLA

« Bolued aca, el cauallero,
no os 33 vayades assi :

antes que passeys el cerro
no os acordareys de mi. »
Diera vn sospiro de gana,
dentro de su coraçon :
« Este no Ya por Anton,
el vaquero de :Morana.
» Esta nochc, cauallero,
cenareys en mi posada :
daros a4 be yo a cenar
pan y vina, carne assada ;
daros 33 he vn colchon de Jana
con vn rico pauellon,
que era de mi esposo Anton,
el vaquero de )forana. »

A. LEFORESTIER.

3 2 · B. aparto -

,,

33, A.

\'OS -

34. A. darvos -

35. A. darvos.

UN INCUNABLE FRANÇAIS
RELATIF A LA PRISE DE GRENADE

L'incunable que nous réimprimons 11e nous est connu que
par deux exemplaires : l'un se trouve à la Bibliothèque Nationale de Paris (Y 4418 A), l'autre à la bibliothèque de l'Université de Grenade (2-1-147). L'existence du premier a été
signalée depuis longtemps ' ; celle du second semble n'avoir
pas été mentionnée antérieurement à 1910, date à laquelle il
en fut fait une réimpression très défectueuse.
Cet incunable ne porte ni lieu ni année d'impression.
Comme l'exemplaire de Paris est relié avec six opuscules
imprimés en 1484 à Bréhant-Loudéac, on avait supposé que
ce septième petit volume sortait du même atelier : les Bibliophiles bretons 2 assurent qu'il n'est originaire ni de BréhantLoudéac ni de Lantenac. Xous n'en savons pas plus long jusqu'ici. Quant à la date, ii est à peu près certain qu'il dut être
imprimé en q.92.
Trente ans après, le même récit (sous le titre : Comment le
roy catholique darragon conquist le royaulnze de Grenade)
1. Gust:\\'e Brunet. La France littéraire au XV" siècle, p. 167. - Adolf
Friedrich von Schack. Poesie und Kunst der .tfraoe1' ill Spanieu. Berlin,
1865, t, If, p. 3.p, note.
2. L'imprimerie en Bretagne au xv0 siècle ... publiée p:ir la Société des
Bibliophiles Bretons. Nantes, 1878, in-8, pp. 10 et 95-96.

�160

UN INCUNABLE FRANÇAIS

est intercalé dans une édition parisienne ' de la compilation
intitulée Le grant voyage de hierusalem.
J'ai lu• qu'une relation De la prinse de Granade par le Roy
Despagne figurait dans une édition de La mer des hystoirès.,
mais je n'ai pas été à même de vérifier l'exactitude de l'assertion. Si l'indication est exacte, il s'agit très vraisemblablement
du même récit que le nôtre.

Lesdites lettres dirigées et enuoyées par lesditz orateurs en
diuers royaulmes et prouinces, mesmement au sainct siege
appostolique, contenans la ioyeuse victoire eue et obtenue,
puis troys moys en ça, par le dessusdit roy tres ui ctorieux d' Espaigne, des roiaulmes, pais et cité de Granade, et autres plusieurs choses, desquelles tous vrais catholiques doivent grandement louer Dieu en desirant l'augmentacion et acroissement
de la maiesté royale du dit roy, de son bon zele et vouloir a
la foy, prosperité et incolumité de la tres noble personne.
Les dernieres et finables lettres desditz orateurs ont esté
escriptes audit lieu de Granade le .x. iour de ianuier dernierement passé. Et a esté le summaire de toutes les lettres enuoyées par lesditz euesques, orateurs dessusditz, briefuement
redigé, mis et conuerty en latin par vng de leurs secretaires.
Duquel sommaire et briefve repeticion la translation sensuit si
après en françois, le plus veritablement que iay sceu et peu.

Georges

HAMEL.

LA TRES CELEBRABLE, DIGNE DE MEMOIRE,
ET VICTORIEUSE PRINSE DE LA CITÉ DEGRANADE

l

16r

GEORGES HAMEL

C'est la tres celebrable, digne de memoire, et victorieuse
prinse de la tres orguilleuse, grande et fameuse cité de Granade, nagaires estant en la main, seigneurie et dition des sarrazins infideles. Icelle prinse victorieusement faicte à l'exaltation de la foy et de toute l'eglise militante par le tres noble et
tres victorieuxroy d'Espaigue a present regnant, des le premier
iour de ianuier d.ernierement passé mil ecce. iiii XX. xii.
Le summaire cy api-ès succintement et en brief narré et
recité, contient en b1iefue substance ce qui a esté diffusement,
tres amplement, et bien au long escript en plusieurs et
diverses lettres de reuerendz peres en Dieu les euesques de
Pacefi et Aristoricefi, tres facondz, copietL'C et eloquens orateurs des tres nobles et tres puissans roy et royne d'Espaigne.
r. Imprimé à Paris pour François regnault, libraire... 20 mars r522. Le
1·écit occupe les ff. c.Jxxxiiij v•-c.lxxxvj v 0 •
2. Francisco Javier Simonet. La to,-re de la Vela en Granada, dans El
Archivo, tomo VI. Valencia, 1892, pp. 167-176. La relation de 1a prise de
Grena.de aur:iit été traduite en espagnol pa1· Leopoldo de Eguilaz y
Yanguas.

LE BRIEF SUMMAIRE DE LA VICTOIRE ET PRINSE
DES ROYAULME ET CITÉ DE GRANADE.

Après ce que la tres orguilleuse et fameuse cité de Granade
elle estant en la main, dicion et puissa~ce du Roy Maurus
sarrazin infidele, et des aultres maures, eut esté longuement
assiegée par le dessudit roy victorieulx de Espaigne, des le moy
de may. mil. ecce. quatre vingtz etxi. et que lesditz sarrazins
et maures au moyen du dessusdit siège fu,rent constituez en
grande necessité, defaulté et penurité des choses requises
pour l'entretenement et viure des habitans en la dicte cité,
iceulx sarrazins considerans et manifestement voyans qu'ils
ne pouvoyent auoir aulcun secours pour ce que la royale puissance du dit roy empeschoit que aulcuos de leurs aliez, fauteurs ou adherens, ne leur peussent donner secours, confort,
ne aide, a ceste cause lesditz roy et habitans de ladicte cité
Revue Hispanique. P

1I

�GEORüES HA~IEL

parlementerent et consulterent entre eulx ce qu'ils auoient a
faire, et des conditions et moyens par lesquelx ilz se pourroient
bailler, rendre et livrer, eulx et leur cité, es mains dudit roy
d'Espaigne. Et pour ce faire, et sçavoir la Youlenté du dessusdit roy crestien, envoyerent leur embassade, ce qui fut tres
agreable au noble et victorieulx roy dessusdit, pour plusieurs
causes et raisons. Premierement pour la difficulté du temps
de yver, pluyes, neiges et grandes froidures, lesquelles choses
estaient grandement dommageuses et nuisibles a l'ost et exercite des crestiens, lesquelz estoient contrains assister de iour
et de nuyt aux: champs et endurer grandes calamitez et misère
pour l'importunité du temps d'yver. Ce que toutesfois ilz faisoient volontiers a l'onneur et reuerence de la passion du reclempteur, laquelle ilz pretendoient venger, et exalter la foy
catholique.
Pareillement fut et deuoit e tre agreable au noble roy d'Espaigne que lesditz inficleles se voulissent rendre eulx et leur
cité sans effusion de sanc, attendu que la dicte cité est si
grande, sy riche et sy orguilleuse, laquelle contient en elle
plus de cinquante mille maisons notables, sans les petis edifices,
et laquelle estoit plaine de peuple quasi innombrable et de
lx. et x. mille testes armees ou enuiron, se voulait rendre et
liurer sans plus cop frapper ne faire quelque effusion de sang
humain entre les mains, dition et puissance royale dudit noble
roy d'Espaigne. Finablement, après plusieurs deliberations
et consultations eues d'une part et d'autre, et plusieurs et
quasi infinis conliictz et assaulx virilement et constantement
fais par les crestiens sur lesditz sarrazins au grand dommage,
destruction et occision desditz sarrazins, par diuine clemence
les compositions, pactions et conclusions de ladite cité de
Granade soy rendre et liurer audit roy crestien furent acordées,
conclues et parfaictes, le xxv. de nouembre dernier passé :\1il
ecce. iiii.xx. et xi, iourde madame saincte Caterine, Yierge et
martire, es fom1e et manière que ensmuent. C'est assauoir que

t::N L'-CUXABLE FRA.'IIÇATS

le dit roy Maurus de Granade bailleroit et liureroit au dessnsdit
roy crestien dedans le temps et espace de lx. iours, contables
dudit iour sainte Catherine, la dicte cité de Granade auecques
toutes les forteresses, fortes tours et chasteaux de Alpussararan. Et ainsi que ledit roy de Granade bailleroit et liureroit audit roy d'Espaigne x. mille vassaulx en Alpusarare en
lieux seurs, champestres et non murez, et que icelluy roy de
Granade seroit et demoureroit soubz la seruitude et .fidelité du
tres puissant roy dEspaigne comme son baron, suget et vassal et
qu'il seroittousiours auequessa royale mai esté, me ·mementqu'il
renonceroit au titre royal de Granade et que iamais ne usurperoit ne prendroit ledit nom de roy,mesmement que tous les
estrangiers,gens de guerre et soudoiers, seroient expellez, mis
hors et deietez de la dite cité de Granade, et que en icele ne
demoureroitmt fors seulement les gens de mestier, laboureurs,et autres paisibles personnes. Toutes les choses dessusdites
et chascune d'icelles deuoient estre acomplies selon la forme
des pactions et contractz dessusditz le xxv. iour de ianuier
dernierement pa sé, mai afin que les maures peussent labourer et semer les terres, le ten1ps de la dessu dite execution des
contractz fut anticipé et preuenu, car lesdits maures des le
premier iour du mois de ianuier .ecce. iiiixx. et xii dernierement passé enuoierent pour ostagez et signes de fidelité me ·me~ent en signe qu'ilz vouloient acomplir et entretenir lesdits
pact1ons et contractz Yi.c. des plus grans nobles de ladite cité
auecques leurs enfans, affin que les gendarmes de J'exercite et
ost dudit noble roy d'Espaigne entrassent seurement en ladite
cité et qu'ilz prinssent les fortresses, tours et places ll'icelle. Et
apr~s c~ que lesdits noble citoyens et leurs enfans furent logez
e_t d1stnbuez p~r les logis, tentes et pauillons des nobles crest1en:., le tiers 10ur de ianuier monseigneur Gutterius de Cardenes, grant maistre et precepteur de Leon de l'ordre. , ainct
laque· parti t de l'ost, moult noblement et triumphamment
acompagné de .v.c. hommes de cheual et .iii. mil hommes de

�GEORGES HAMEL

,,

1

pied et s'en ala par le commandement du noble roy a moult belle
ordonnance vers ladite cité de Granade. Et tantost partirent
de ladicte cité certains grans et fameuz capitaines des maures,
lesquelz vindrent tres humblement au deuant dudit precepteur
iusques a certains palais lesquelz sont au pies de la cité de
Granade, nommez les palais de los Arixares. Et menerent ledit
precepteur et grant maistre iusques a la tour et maison roya!e
de ladicte cité de Granade, nommée Alhambra. Auquel grant
maîstre et precepteur lesditz capitaines donnerent faculté et
puissance franc et liberal accès de entrer et prendre possession
et saisine de ladite tour et maison royale pour et au nom du
tres uictorieux roy d'Espaigne, lequel Hz aduouerent et recongneurent pour leur roy et souuerain seigneur. Et en signe de
ce ia soit ce que ce fust auecques grand effusion de formes,
pleurs et lamentations, baillerent audit precepteur et grant
maistre les clefz de ladicte maison royale. Lesquelles clefz
ainsy par lui prinses ensemble la possession et saisine de toute
ladicte tour et maison, tous les infideles et sarrazins premierement et auant tout euure mis hors et expellez de ladicte
tour, ledit precepteur grant maistre mist et distribua certains
nobles cheualiers crestiens es munitions, lieux et places de
ladicte tour et maison royale pour icelle garder et defendre. Et
fist le dit precepteur ce iour celebrer et dire messe en vng
certain lieu de ladicte tour, nommé meschita. Et ce tres deuotement fait et acompli, il print possession et saisine pour et
au nom du dessusdit roy crestien de toutes les autres fortresses de ladicte cité de Granade. Mais premierement et
avant tout euure, il fist esleuer le signe de la saincte croix de
notre redempteur Jesus sur la haultesse et lieu plus apparent
de la maistresse tour de ladite maison royale. Et ad ce faire
estoient presens dedens ladite tour reuerens peres en Dieu l' arceuesque de Calaritafi et les euesques de Abulefi, Malagine!I,
et de Gadixefi, auecques certains chantres cristicoles, lesquelx
chanterent a haulte voix ce ioyeux et de~ot cantique Te

,

UN INCUNABLE FRANÇAIS

165

Deum laudamus, et celle tres deuote hymne O crux aue spes
vnica. Et fut ladite croix par .iii. fois esleuee en hault et a
chascune eleuation de ladite croix le peuple infidelle des
maures dedens ladicte cité brayoit et hulloit et iettoit grans
pleurs et lamentations. Et J'ost et exercite des crestiens,
lequel estait tout armé en ordre par batailles bien ordonnées
hors et pres de ladite cité, voiant ce qui dit est, se humilioit
deuant Dieu de la ioye qu'il auoit en luy rendant graces et
louanges a haute voix. Et le tres deuot et victorieux roy
d'Espaigne, lequel estoit trimnphamment et noblement armé
sur son cheual, quant il aduisa l'eleuation de ladite croix, descendit a pié et se prosterna et humilia a deux genoux deuant
ladite croix en icelle adorant deuotement et en rendant graces
a Dieu des benefices qu'il luy conferoit en la prinse et glorieuse
victoire par luy eue de ladite cité. Apres l'eleuation de la croix,
fut eleuee par iii fois la baniere de monseigneur sainct laques
a qui graces et louanges furent rendues. Et finablement les
estendars et banieres du noble roy crestien furent eleuees sur
ladite tour et reuerance faite par plusieurs fois a ladite croix
et baniere de monseigneur sainct laques ainsi que raison
estoit. Toutes les dessusdites choses ainsi faites et acomplies
par ordre comme dit est, vng heraut &lt;larmes estant sur ladite
tour, se print a crier et publier a haulte voix en langage espagnol les paroUes telles et formelles comme ilz s'ensuiuent :
Santiago, Santiago, Santiago, Castilla, Castilla, Castilla,
Granada, Granada, Granada, por los muy altos, muy poderosos sennores don Fernando y dona Ysabel, rey y· reyna d'Espana, que han ganado esta zibdat de Granada y todo su reyno
por fuerza darrnas de los infieles moros con la aiuda de Dios
y de la Virgen gloriosa su madre y del bien auenturado apostol Santiago, y con la •aiuda de nue$tro muy sancto padre
Innocentio octauo, soccorro y seruitio de los grandes prelados,
caualleros, hijos dalgo, communidades de sus reynos.
Et apres ce que ledit herault eut acheué ledit cry, il sembla

�166

UX IXCl-XABLÉ FRASÇAIS
GEORGES HAMEL

que la terre tremblast, pour le grant bruit que firent les bombardes et canons, lesquelx en signe de ioye et victoire deschargerent tout a vng cop. Lors oit on trompetes, clerons et toutes
manieres d'ins_trurnens belliqueu.x sonner haultement en signe
~e feste et de 10ye. Encores estaient les compaignie des crest1ens noblement et richement ordonnées en belles batailles hors
ladit~ cit~, quant vne grande processfon, et compaignie de
crest1ens JUsques au nombre de vii .c. pri ·onniers, hommes et
femes, qui estaient prisonniers en ladite cité et estaient detenus es sepz et liens en grande captiuité, sortirent hors de
ladite cité et furent deliurés desdites captiuitez. Et certes
c' estait grant pitié a regarder, car ilz estaient nudz, poures et
deffaitz. Mais la royalle maiesté les fist vestir et aporter et
leur fi~t bailler et deliurer tout ce qui leur estait requis p~ur
leur ne et estat. Et en ortant de ladite cité, chantoyent a
haulte voix ce ioyeux cantique de Zacharie : Benedictus
Dominus Deus Israel quia visitauit et fecit redemptionem
plebis sue. Et veritablement ladicte procession desditz poures
prisonnier e toit acompaignée de plu ieurs religieux prestres
et clercs, lesquelx vindrent et arriuerent iusques a l'esglise de
sainte Foy, laquelle le noble roy d'Espaigne auoit fait cônstruire et edifier tres sumptueusement et legerement pendant
le temps dudit iege, a deux ou .iii. mille de ladicte cité de
Granade. Et ainsi que ladicte proce ion desditz crestiens
deliurez de la dictecaptiuité passait aupres des batailles, l'ung
veoit son filz, l'autre son frere, et l'autre son pere, lesquelx:
estaient francs, quittes et deliurés de la miserable seruitude
desditz infideles. M.ais en effect ilz ne pouoient ce veoir sans
lermes et pleurs, de ioye qu'ilz auoyent de regarder la deliurance de leurs ditz parens et amis.
Et apres ce qu'ilz furent arriuez aupres de la batai11e en
laquelle estoit le noble roy d'Espaigne, ilz se prostemerent a
ses piedz en les baisant et en disant a haulte voix : Viue le
noble roy d'Espaigne eternellement l

Les chose3 dessusdites parfaictement acomplies auecques
tres grande felicité et prosperité et que la messe eut esté solennellement celebrée en ladicte esalise de saincte Foy et oraison
et louange faicte et rendue a Dieu de tout ce que dessus est
dit et recité, la royalle maiesté se retira en ses maisons et
pauillons.
Le iour d'apres, .iii. dudit moys de ianuier mil .ecce. iiii xx.
x.ii. demierement pas é, monseigneur Enerus de Mendo!!'a,
comte de Tendiglie, esleu et deputé de par la royalle maiesté
comme chastelain et garde de la maison royalle et tour magistrale de la cité de Granade nommée et appellée la tour de
Alhambra, entra dedens ladite tour auecques mil hommes
d'armes et deux mil. homes de pied. Auquel conte le dessuscht
seigneur maistre et precepteur dessusdit bailla les clefz de
ladite tour et aultres fortresses, et des portes de la cité par le
commandement et auctorité du noble roy d'Espaigne et de
Granade.
Ce samedy viii de ianuier dernier passé Mil .ecce. iiii. xx.
xii. les tres nobles et puis ant roy d'Espaigne et de Granade,
la royne, et leur tres illustre filz premier engendré monseigneur lehan d'Espai~e, et monseigneur Pierre de Mendoga
arceuesque de Tolete, le patriarche de Alexandrie, le cardinal
d'Espaiane, monseigneur Alfonse de Cardenus, le maistre de
saint Iacques et l'arceuesque cl'Hyspalei'i, et plusieurs autres
prelatz, monseigneur Pierre Ponce de Leon, duc de Gaditane,
le marquis de Villena et de Moya, le conte de Capra et le
conte de Yiuenna, de Cifuentes et autres plusieurs contes,
baTons e::t noble entrerent dedans ladite cité de Granade
auecques dix mi!le hommes de cheual et cinquante mille
hommes de pied, bien prins et bien esleus. Et print le noble
roy dessusdit plainement et franchement paisible et passifique possession de ladite cité de Granade, et firent lesditz
roy et royne celebrer messe solennelle en vng notable lieu
nommé le grand meschita par monseigneur l'euesque de

•

�r68

GEORGES HAMEL

Abulefi. Et commanderent lesditz roy et royne que ledict lieu
fust dedié et consacré a Dieu le createur et que on y ·edifiast
vne noble et· magnifique esglise.
Apres ce que ladicte messe fut dite et les choses dessusdites acomplies, les tables furent dressées et aprestées au
roîal palais d'Alhambra, lequel est de merueilleuse et sumptueuse grandeur et speciosité et amenité esmerueillable, et
tres richement fait et acoustré, par mon dit seigneur le
conte de Tendiglie, chastelain et garde dudit palais, et le
disner tres richement et magnifiquement apresté de plusieurs
et nobles et ex.quises viandes. Les roy et royne, ducz,
contes, et autres seigneurs et barons furent tres singulieremen.t
receupz et traitez au disner par le dessusdit chastelain conte
de Tendiglie.
Toutes les dessusdictes choses ont esté faites et acomplies
iusques icy a la louenge et gloire de Dieu le crea.teur. Et tout
ce qui estoit des appartenences et despendences dudit
royaulme de Granade est depuis venu en la main et obeissance du noble roy dessusdit.
Lesditz roy · et royne se demourerent par aucuns mois en
ladite cité de- Granade iusques ad ce que ilz ayent apaisé et
domestiqué les meurs et conditions desrutz maures, habitans
et residans en ladicte cité. Et ce fait, aidant nostre Seigneur
et mesmement qu'ilz auront fait reparer aulcunes tours et
edifier, ilz prendront le chemin vers Arragon.
Ledit roy tenant le siege deuant ladicte cité de Granade,
les orateurs et ambassadeurs de aucunes citez de Auffricque
sont venus par deuers sa royale maiesté, humblement requerans que apres ce qu'il auroit prins la dicte cité de Granade, il
lui pleust leur donner paix et seurté de leurs biem, et les
deffendre de aucuns tirans persecuteurs qui les molestoient, et
que au moyen de ce ilz feroyent hommaige, seruice et obeissance à sa magesté royale, et qu'ilz luy offroyent payer tous
les ans xv. mille mars d'argent de pansion et tribut; laquelle

,.

l

EL DIARIO DE MUGABURU r

Les historiadores y biografos -peruanos no mencionan el
nombre de don Joseph 2 de Mugabmu y Hontôn, sargento de
la guardia del VirreY3 y hombre exeelente. Sabemos que era
ambas cosas por los datos que el mismo suministra en su
Diario, un manuscrito inédito perteneciente al ilustre erudito
don Carlos A. Romero y que bondadosamente ha descifrado
para mi, porque era casi ilegibl~, mi amigo el doctfsimo historiador peruano don José de la Riva Agüero. Mugaburu ahotaba
cada d:fa los menudos · sucesos de la ciudad, sin afeite, sin
literatura. l Podfa acaso imaginar que aquel cuademo casero
iba a ser tan util ? Y he aqui que su diar.io es uno de los mas
singulares documentos para resuscitar el pasado del coloniaje
en Aroérica.
1. Concienza el cliario el 1° de Febrero de 1649. Termina el 21 de di·
ciembre de 1686 (continuado en los ùltimos meses por un hijo de Mugaburu).
2. :fusepe, escribe Mugaburu alguna vez.
3. Fundada el 9 de Marzo de 1557, por el MarquésdeCaiïete, la guardia
del Virrey constaba de dos compafiias de caballeda (una de lanzas y otra
de arcabuces) y una de infantes que se llair.ô de alabarderos. Véase:
Apuntes historicos por el General Manuel de Mendiburu. "Lima 1902; y ·
P1·ivilegios y exenciones y preeminmcias concedidas a losgentiles hombres de
las Compaiiias de Lanças y Arcabuces de la guardia dt este reino del Perû
cerca de las personas de los senores Virreyes, .Il pedimento del capitan Pedro
Coello de Reynalte. Lima 163 2.

Revue Hispanique. P

12

�178

VE:-.TURA GARCIA CALDERON

EL DIARlO DE MUGABURU

Existen veinte descripciones de Lima, interesantes siempre,
pero parciales o literarias. La literatura y la peor y la mâs gongorica, hincha esos elogios aparatosos de la ciudad en donde
un conceptismo mitologico permite apenas adivinar las
lineas del retrato bajo las volutas de la hojarasca. Las rnejores
descripciones estan en relatos de viajeros, en algunas pâginas
elegantes como las de C6rdoba y Salinas (Memorial de las llistorias del Nuevo Mundo Pirû.) o en manuscritos inéditos de
las bibliotecas de Londres, Paris y Madrid qu_e me propongo
dar â luz. Pero ningun documento tan fidedigno porque era
ingenuo, ninguno tan desnudo de artificio porque no estaba
destinado a publicarse, corno este Diario en que un sargento
se improvisaba « coronista ». Aqui se mezclan el bautizo de
un hijo de Mugaburu con la solemnidad lugarena por un infante regio,el ultimo escândalo de convento con las fiestas por
la Inmaculada Concepcion de Maria, la procesion y la mascarada, et asesinato misterioso y el auto horrendo, todo narrado
tan candorosamente, con tan roquera fe, que desarmaria al
mas burlén,
Su mejor mérito es el de contarnos lo que generalmente
falta en la historia grande : ese petit fait que bruscamente
alumbra la moro3a evocacion de una edad muerta. Es impo;ible resuscitar una época de la cual no se posee un abanico,
decian los Goncourt, y Marcel Schwob observé con sutileza
que los historiadores se rehusaron generalmente a contar el
detalle infimo. Schwob se extasia sonriendo al saber por
antiguos y cândidos biografos que Arist6teles. llevaba sobre el
vientre una bolsa de cuero llena de aceite calido, que Descartes usaba como regla una hoja de papel doblada en dos y
que a Harvey, el descubridor de la circulacion de la sangre, le
gustaba pasearse en carnisa. Menudencias que seducen a
uuestro espfritu realista corno tal lunar en un retrato de
Holbein, no solo por ese determinismo pascaliano que atribuyera a la nariz ~ Cleopatra o a unos granos mas de arena

en la uretra de Cromwell, influencia decisiva en el destino
del mundo; sino porque hernos llegado a comprender la historia como una acumulaci6n de hechos menudos, un museo
marchito y animado, el museo de sedas y de abanicos en
cuyos pliegues libertinos. la varita de mago de los Goncourt
hara pasar un aire de minué ...
Mugaburu nos ayudara, pues, a sorprender el secreto de una
edad, a revivirla. Pero hubiéramos querido conocer también
su propio secreto, la vida vulgar y novelesca de un soldado
del siglo XVII. De su familia habla a menudo, del hijo Marcos
. que « paso a la Universidad a ofr canones » o de Damiana
que « se sac6 por suerte en la cofradfa de la pura y limpia concepcion de Maria quatrocientos cincuenta patacones para
quando tome estado de casada o religiosa. » A él solo nos
cabe imaginarlo I por su estilo y por los relatos de _los histo-

179

1. He aqui los unicos datos autobiognificos de Mugaburu :
« 1636 aiios, Casème con doiia Gerônima Flores Maldonado, Domingo
de Carnestolendas del aiio de mil y seicientos y treinta y seis que se conaron quatro de febrero de dich.o ai'io.
« Yo me velè con dona Gerônima de Sequera y Flores mi mujer en
senora Santa Ana, en diez y seis de Febrero de mil y seicientos y treinta
y·siete. »
« Sabado quatro de Junio de seicientos setenta y dos me dieron el
decreto de Capitan de Infanteria Espaiiola en el presidio del Callao por
nombramiento que me hizo el Senor Conde de Lem us y formaron laCompafiia de Ramos de las que habia en dicho presidio ... Y miercoles ocho
saqué la guardia con mas de ciento treinta soldados con los que convido
mi hijo el Maestre de Campo Don Diego Pardo el quai saliô por paje de
rodela y paseamos todo el Callao y se gastô una botija de pôlvora que la
diô mi hijo Don Diego Pardo. »
Enfin un hijo de Mugaburu que continùa el diario nos cuenta la muerte
del Capitan con la [pintoresca minuciosidad que parece distintivo de la
farnilia :
« l\Iuerte entien-o y honras de mi querido padre y Sefior el Capitan
Joseph de Mugaburu y Honton. Martes doce de noviembre de ochenta
y seis aiios muriô mi querido padre el Capitan Joseph de Mugaburu y

�VENTURA GARCÎA CALDERON

EL DIARIO DE llfUGABURU

riadores sobre el soldado de entonces, aquel tenorio rumboso y
pendenciero, « tan hidalgo como el rey, dineros menos ». Su ves
tido: la gàloneada casaca, el calzon corto, las plumas de regocijo
en el sombrero,los guantes fi.nos de Alemania ( que ilaman de
senadilla) en las manos, al cinto la espada vizcaina. Su credo :
Nuestro Sen.or el Rey, que Dios guarde, la catolica Religion,
que el Santo Oficio conserve siempre, y la dama tan necesaria
como el altar y el trono, alguna de esas mulatas ostentosas
que quieren pagarse el lujo de un hidalgo rendido cuando van
a misa en litera dorada con dedos llenos de tumbagas •.. Su
funcion casi exclusiva : ser elegantes, decorativos, en procesiones y fiestas. El malévolo autor anonimo de una Descripcion
general del reyno del Pirû y en particular de Lima, &lt;lice de
los limefios que son poco dados a las armas y describe un
4: alarde general » en que los soldados « se adornan mas de
galas que de valentia ». « A estos - agrega - llaman soldados
no porque lo sean, sino porque son bien andantes de unos lugares para otros. Siempre con los naipes en las manos por
no perder ocasion de jugar con cuantos topan y si topan
con algûn novicio en el juego lo dejan basta sm cabalgaduras. »

De mejores, y casi; ejemplares costumbres, parece Mugaburu. Le gusta lucir el garbo, por supuesto, y qué mucho si es
limefia la palabra-« palangana » en su acepcion de vanidad y
majeza ! « Yo sali con pica y vestido de ante muy lucido », nos
di.ce alguna vez. Pero en relatos de delitos o devaneos ajenos,
el diario nos trasmite su sobresalto honrado; alli esta regocijandose de cada procesiôn como de un éxito propio; y la pura
y limpia concepciôn de Maria no tiene mas entusiasta paladin ...
l Qué podia pub1icarse de este diario? 0 todo o muy breves
paginas. Es monotono, insulso a ratos, mal escrito siempre,
porque el autor no pretendia hacer literatura, ni para labores
de pluma era entonces experto el gentilhombre. He preferido,
pues, extractar del centôn algunos episodios : evocaciones
fugaces que pudieran sugerir en conjunto la imagen de aquel
siglo XVII de nuestra historia, tan pintoresco, tan singular,
porque se mueren los sublimes foragidos de la aventura
peruana, dejando solo una descendencia fatigada de hazafias,
la avispada limefia de los andares, de los decires traviesos, el
hidalgo ostentoso y « palangana » de otra Lima frfvola y
jacaresca.

180

Ventura GARCJA CALDER6N.
Hon ton entre seis y siete de la maiiana, habiendo estado dos meses curandose a los fines de sus achaques (despues de ardor y dolor en los riiiones)
le sobrevino uoa palpitacion desde el estornago al pecho. Lunes en la
noche once de noviernbre ech6 unos cuajarones de sangre, soseg6 después
a las cinco de la manana, volvio a echarla; con que por ultimo entre seis
y siete la ech6 por boca y narices hasta que espir6; en su enfermedad
recibio dos veces el vîatico y una el santo 6leo; coofes6 muchas veces,
dejândonos seguras esperanzas de su salvacion asi por su buena vida como
por su buena muerte; murio de ocheota y cinco ai'ios menos dos meses
poco màs o menos. Su entierro. Miércoles trece de dicho mes se enterro
su cuerpo en la Soledad entre nueve y diez de la mai.fana a misa de
cuerpo presente c01;1 la decencia que mis fuerzas alcanzaron, enterrose a
estas horas por ser tarde de toros; que aunque puse ürriba los segundos
toros fueron este dia. »

Mil seiscientos cincuenta y nueve aiios. Murio el sefior
Conde de Salvatierra, Virrey y Capitan General que fue de
este reyno del Pirû. Miercoles veinticinco de junio del afio de
mil y seiscientos y cincuenta y nueve, a las dos de la mafiana
y a las mesmas horas hizo decenas la Cathedra! de esta ciudad
de los Reyes y despues todas las Jglesias y Conventos. Fue
enterrado el Viernes siguiente por la tarde con la mesma
grandeza y ostentacion como aquel dia que lo recibieron por
Virrey en esta Ciµdad. Estaba el cuerpo en la casa doode

�182

VENTURA GARciA CALDER6N

murioJ que era de su hermano don Alvaro de Luna llenas de
colgaduras, todas las paredes de brocados y debajo 'estaban de
luto; y al tiempo de sacar el cuerpo se dejaron caer las colgaduras &lt;lichas y quedaron colgadas las paredes de bayetas
negras; estaba su cuerpo en un a taud de terciopelo negro,
todo tachonado de clavos armados y pasamanos de oro, estaba
echado con un rico vestido de color y un manto blanco del
Orden de Santiago, calzado de unas botas blancas y espuelas
doradas, su sombrero puesto y tenia su baston de Capitan
General, estando la barba recien hecha, levantado èl bigote,
la cama era de brocado verde y sus realzos de oro. - A las
quatro de la tarde salio de Palacio el I. Virrey que lo era al
presente el I. Conde de Alba de Aliste, con toda la Audiencia
y las dos Compafiias de su Guarda, las lanzas y arcabuces, fue
con todo el acompafia:miento adonde estaba el cuerpo. - Y
detras de Su Excelencia el I. Arzobispo don F. de Villagomez,
con todos sus canonigos y toda la terceria; fueron tambien
tres cruces altas de la Iglesia Mayor, San Sebastian y mi
Sefiora Santa Ana. Mientras se cantaba el responso se formaron en la plaza de Lima dos esquadrones de dos frentes con
uno a la Iglesia Mayor, la · otra a Palacio, y el Capitan don
Francisco de Salis que al presente lo era de la Compafiia de
Palacio, salio armada con su compafiia y mas un trozo grande
de picas y arcabuces que iba de la marrera que aqui refiero:
Primero : Marcho los soldados y dagados de a caballo. Detras
la compafiia de arcabuces de a cab allo de la Guardia del reyno
y detras de la compafiia de a caballo marcho el Capitan Francisco de Salis con toda la gente &lt;licha y quatro banderas arrastrando, y luego se siguieron todas las religiones, detras todos
ios Tribunales y despues de esta iba el cuerpo difunto que lo
cargaban los sefi.ores Presidentes y Oidores a la poza que fue
en la Cruz de la Plaza junto a la Iglesia Mayor; dispararon
siete piezas de artilleria. Y despues dos banderas del Esquadron que estâ al proposito salieron del- centro del dicho

EL DIARIO DE MUGABORO

Esquad1::,on y lo asistieron. - A la otra poza que fue a la esquina del Sr. Arzobispo dispararon otras siete piezas de artilleria
y las otras banderas que estaban en el Esquadron hicieron la
mesma ceremonia &lt;licha-y la tercera poza quefue a la esquina
del... dispararon otras siete piezas : y fue el entierro asi a la
puente y par la Pescaderia al Convento de San Francisco, y
iba detras del cuerpo un caballo empalmado cargado con un
1uto muy largo que le arrastraba mas de doce varas. Iba detras
del cuerpo toda la familia del sefior Conde difunto, Cabildo
Secular y Eclesiastico, toda la Audiencia con el sen.or
Virrey y los dos sen.ores sus hijos. Detras de todo iba el
Capitan Andres de Murguca que estaba de guardia en su
Compâfiia en el Palacio donde murio el dicho difunto y
despues toda esta gente se junto en la plazoleta de San Francisco y alli se incorporaron en otro esquadroncito que estaba
dentro donde se estuvieron hasta las ocho de la noche que se
acabaron los oficios y fue admiracion ver la gente qtte se junt6
para ver el entierro. Y la Compafiia de las lanzas llevaba en
medio el cuerpo del difunto y delante iba el paje de guion a pie
y arrastrando gran luto y el guion era del Virrey difunto. Sabado siguiente fue ef sen.or Virrey, la Audiencia con todo el
acompafiamiento de la familia a misa de cuerpo presente.
Hizose un novenario de nueve dias ·en San Francisco a la
Capilla del Noviciado donde iban todos los de la familia que
serian hasta veinte entonces con sus lutas largos y sus gonas
a la misa cantada que se dec~a todos los dias de cuerpo presente con su vigilia, y el dia siguiente se _hacian las honras
donde ocurrio su Excelencia, la Audiencia y todo el Cabildo
Eclesiastico. - Dijo la misa el sen.or don Juan de Cabrera,
Dean de esta Santa Iglesia y predico el Pàdre Arana,del Orden
de mi padre San Francisco, su Confesor. El tumulo estaba cosa
grande de curiosidad y ai-te, donde hubo mucha que ver asi de
luces coma de sonetos y geroglificos que habia en el tmuulo.

�VENTURA_ GARCfA CALDERON

EL DIARlO DE MUGABURU

Fiestas del .Principe Nuestro que se hicieron en esta ciudad
de Lima. - Lunes primero de Setiembre de mil y seiscientos
y cincuenta y nueve se empezaron las fiestas del nacimiento de
Nuestro Principe y salio a ellas el sen.or Virrey, Conde de
Alba de Liste y sus dos hijos; y el Alguacil Mayor de Corte
que tenia quatro salieron en una quadrilla. Salio su Excelencia
muy galan con veinte lacayos todos de grana y sac6 quatro
enanos. Se corrio y jugo cafias su Excelencia con su hijo el
sen.or don Juan Enriquez y el sefior don Enrique con el
Alguacil Mayor don Melchor. Salieron partidos veintiquatro
caballeros en seis quadrillas todas muy vistosas y con libreas
nunca vistas y los caballeros muy bien adornados, de suerte
que la plaza de Lima parecia un jardin de flores y hubo muchos
caballeros rejoneando los toros muy bravos y muchos caballeros volteados, - tarde fue de mucha alegria y regocijo.
Lunes siguiente, ocho del dicho mes, salieron los dos
alcaldes que son don Gabriel de Vega y don Antonio Bracho
con el resto de los caballeros - excepto el sefior Virrey y sus
dos hijos. Salio don Melchor Malo con un vestido que era
asombro el mirarlo y con veinte lacayos y con unas mazas que
jamas se ha visto en esta plaza ; hubo toros y alanceo. Y
todos los Caballeros salieron a repasar toros muy bravos y
caballeros volteados de los toros, tarde de mucha risa y mayor
regocijo.
Escribanos. - Sabado trece de dicho mes los escribanos
hicieron la fiesta de toros que fueron muy bravos, pero no hubo
caballeria, solo la vispera en la noche y fue a doce, tuvieron
tres piezas de fuegos muy buenas y grande iluminacion de invenciones nunca usadas en esta plaza - passan adelante .
Bodegueros y pulperos. - Y lunes veintinueve de dicho mes
los bodegueros y pulperos pusieron una pila de vino que corrio
desde las &lt;liez del dia hasta la oracion, donde corrio sin cesar
y hubo mucho que ver porque hubo muchos borrachos indios
y negros y desde la oracion empezaron a poner las luminarias

en el castillo que tenian en frente al palacio y esta mesma
noche tuvieron quatro piezas de fuegos muy buenas y despues
de los fuegos salio un toro con una enjalma que tenia artificio
de fuego y en las astas del dicbo toro y se corrio aquella
mesma noche con que se cerro aquella fiesta. Y martes treinta
del dicho mes a las tres de la tarde empezaron a correr toros :
y a las quatro entraron doce turcos muy bien adornados a su
semejanza en caballos muy bien enjaezados, cada uno con su
paje a la mesma usanza y dando vuelta a la plaza entraron en
su castillo. Y luego entraron en la plaza por la esquina de la
calle de Bodegones dos galeras muy bien acabadas que parecian a las de Espafia con sus forzados que remaban y solda.dos : dieron vuelta a la plaza y despues embistieron al castillo y lo rindieTOn, quedaron los turcos en las dos galeras,
pusieron las banderas nuestras en el Castillo y despues salieron
las dos ga1eras por donde entraron. Hubo lanzada, corriendo
el resto de la tarde toros : fue rato de muy gran gusto toda
la tarde. Herreros. - Jugaron toros y aquella tarde hubo
bolantin en una maroma. - Y a las cinco de la tarde bo1ô el
bolantin desde la torre arriba hasta mas de la plaza despues de
pasada la pila.
Curtidores y Zapateros. - Donde murio el Alcalde don Antonio Bravo. - Miercoles veintinuf':ve de Octubre de mil y
seiscientos ycincuenta y nueve an.os a las once del dia, estando
en el encierro de los toros que estaba la plaza atajada por el
medio, tuvieron unas palabras don Antonio Bravo que era
actualmente Alcalde Ordinario con el Capitan don Luis de
Rojas; y este don Luis saco la espada y maté al Alcalde que
murio al punto (Muerte del Alcalde don Antonio Bravo). Y
yendose bajando par las escaleras ... le agarr6 el depositario
general que era ... y llegaron mucha gente mulata y otros
generos de gente Y. le dieron al don Luis de Rojas, y esto
sucedio arriba en el comedor del Cabildo. - Y viernes
siete de Noviembre prosiguieron su .fiesta los dichos y

�186

VENTURA GARCIA CALDERON

EL DlARIO DE MUGABURU

sacaron un carro con toda estaquena. Y desde la torre
de la Iglesia Mayor echaron quatro figuras llenas de palomas
caseras.
Domingo dieciseis de N oviembre. - Llegô nueva por el
Chasque de Quito, como era muerta la sefiora Condesa de
Alba de Aliste en Madrid, Virreyna del Piru. Y se hicieron las
honras de la sefiora Virreyna en el Convento de Santo Domingo Jueves veintisiete de Noviembre de mil seiscientos cincuenta y nueve afios donde fue el sefior Virrey, su hijo y toda
la Audiencia con los demas Cabildo Secular y Tribunales,
arrastrando lobas )argas y se hizo un tumulo que fue de gran
arte y curiosidad y hubo mil trescientas velas de a libra. Predicô estas honras el Muy Reverendo Padre Fray Juan de Rivera de la Orden de nuestro Padre San Agustin y Obispo
electo de Santa Cruz de la Sierra, acabaronse a las dos y media
de la tarde.
Mil seiscientos cincuenta y nueve anos. - Fiestas de pintores, escultores ·y carpinteros. - Martes dos de diciembre de
dicho afio hicieron los pin.tores, escultores y carpinteros la
fiesta de Nuestro Principe, donde salio una mascara ridicula de
gracejo, quatro carros con los quatro elementos, otros tres de
figuras de mucho-nica (sic), las figuras de todos los sefiores
Virreyes que han gobernado este reino, ocho ingas muy bien
adornadas en huandos y detras una figura grande que traia el
mundo a cuestas con venas de plata y oro ofreciendole todo al
Principe y. despues todos los eminentes pintores que ha habido
en el mundo y detras de todo esto un carro que fue admiracion
el verlo : tenia catorce varas de alto, &lt;liez de ancho y diez
y _ocho de largo, hecho por Asencio de Salas, grande Arquitecto y Escultor y hecho con grandes columnas y arte : - y
arriba iba ef Principe que era un hijo de don José de Gonzales
que representô al vivo al Principe que todos los que le miraban se admiraban verle ir con tanta Majestad, y hubo toros
el resto de la tarde muy bravos, con que se cerrô el dia y toda

la gente quedô con gran gusto de haber visto cosa tan prodigiosa y grande.
·
Plateros y otros gremios. Viernes veintinueve de
diciembre hicieron fiesta los Plateros agregados otros gremios,
donde sacaron a la plaza nueve carros y cada uno significaba
su reino ofreciendole al Principe los tesoros de cada reino,
salieron todos los grandes de Espafia o su semejanza muy
bien vestidos y con muchas galas y tambien toda la Guarda
de Su Majestad, Tudescos, Alemanes y Espafioles con sus
capitanes de su guarda, todo muy lucido : hubo toros la
mesma tarde y rejonearon quatro que salieron como grandes
de calidad. Tarde muy alegre y que hubo mucho que ver.
Los indios.- Martes veintitres de dicho mes hicieron fiesta
los indios donde hubo un castillo en la plaza y salio el rey
inga y peleo con otros dos reyes hasta que Ios vencio y cogio
al castillo y despues todos tres reyes ofrecen ... con las Haves
el... que iba en un carro ... y salieron a la plaza todos los
indios que hay en el reino cada uno con sus trajes que fueron
mas de dos mil los que salieron que parecia la plaza estaba
plantada de diferentes flores segun salieron los indios bien
vestidos y con nuevas galas. Hubo toros aquella tarde y salieron dos indios a garrochear a los taros : - fiestas de mucho
regocijo para todos y dicen llevaron la gala de todos, con que
se cerraron las fiestas.
Y Viernes siguiente a las cinco de la tarde entrô el dicho
embajador con grande aplauso de gente1 en esta ciudad que le
acompaîiaban, y vino en m~dio de los dos Alcaldes Ordinarios
d_e esta ciudad que eran don Alonso de la Cueva y don Sebastian de _Navarrete del habito de Calatrava. El embajador era
del habita de Alcantara y entrô muy lucido con un vestido
muy lindo bordado de color y con botas y en su sombrero
negro un cintillo de diamantes, entrô con quatro Jacayos todos
vestidos colorados y dichos enanos Espaîioles, y un muchacho

�188

VENTURA GARCIA CALDERON

EL DIARIO DE MUGABURU

que tambien vinieron a caballo desde la puente a la esquina
de la capilla de la carcel de la ciudad y por la calle de Santo
Domingo vino a salir a la calle de las Mantas a la plaza donde
hubo mucha cantitad de carrozas con damas y se fue derecho
a Palacio donde Su Excelencia, y quando salio se fue con el
mismo acompafiamiento en casa del seiior don Joan de Cabrera,
Dean de esta Santa Iglesia donde se aposento : - y llamase
el dicho Embajador don Joan de Urrea y Biveros que era
natural de la ciudad de Pamplona en Navarra. Y este dia
Viernes que dio la Embajada al sefior Conde de Alba no le
dio asiento al Embajador. Y hasta este nunca ha entrado Embajador en esta ciudad mas lucid~ y con tanto aplauso.

calles « la Virgen fue concebida sin pecado original » ; - y
dentro de poco rato quitaron a un indio sastre una imagen
pintada en lienzo de la limpia Concepcion que luego se la entregaron al doctor Reyes que iba en su. mula y dentro de poco
mas de media hora se habian juntado a la procesion .mas de
quatro mil luces cada uno con su vela en la mano, jente de
todo genero y todos cantando en voz alta : la Virgen fue concebida sin pecado_original.
Ojo. - Y el sabado por la tarde veintitres de dicho mes a
las quatro de la tarde salio de San Francisco con la mesma
imagen de la noche antes, debajo de palio una procesion y
andubo alrededor de la plaza y entro a la Iglesia Mayor
donde estaba todo el Cabildo eclesiastico y alli se dijeron unas letanias y desde alli se fue a la Compafiia y a la
Concepcion con gr.a n multitud de gente cantando : sin pecado
original.
Repique de campanas. - Y fue creciendo la gente cantando
Maria que llegaron a mas de diez mil personas y entrando
por la plaza repicaron en la Catedral y despues en todas las
Iglesias de Lima que por todas partes andubo aquella noche
hasta el amanecer la procesion.
Y no repicaron ni abrieron las puertas de la Iglesia de Santo
Domingo. - Y al alba la depositaron en el Convento de San
Francisco. Y en todo este discurso no repicaron ni se movieron en Santo Domingo habiendo ido dos veces a su esquina
toda esta turba de gente que fue cosaque jamas se ha visto
en este reino.

Viernes veintidos de diciembre de mil seiscientos sesenta y
dos. - Hicieron los Escribanos en Santo Domingo la fiesta de
la limpia Concepcion de la Pura y limpia Concepcion de la
Virgen Maria, concebida sin pecado original, y aquella mesma
tarde predica el Padre Prior de dicho Convento, el Padre
Fray Domingo de Cabrera y a la mit ad del Sermon dijo con
mucha tibieza, alabando primero al Santisimo Sacramento del
Altar y se paro, y al punto los oyentes dijeron y la pura y
limpia Concepcion de la Virgen Maria Nuestra Seiiora concebida sin pecado original ; - y dijo el tal Padre asi lo digo y
lo refiero, y diciendo el por su boca pero con tibieza y al fin
del sermon dijo lo mesmo. Y en la procesion que andubo por
el claustro y por la Capilla de la Vera Cruz casi no audubo
fraile de S1nto Domingo, sino fuero n de San Francisco,
San Agustin y la Merced, y todos los seglares cantando por
toda la procesion sin pecado original.
Y aquella mesma noche viernes veintid os del dicho mes de
diciembre hubo por todas las calles lo ~iguiente. - Y aquella
mesma noche Viernes veintidos de dicho mes a las ocho de la
noche salieron unos quatro o seis monigotes con algunos muchachos de la escuela, con dos belas de sebo cantando por las

Bando sobre las coronas de las mujeres. - Miercoles veintisiete del dicho I se echo bando por el sefior Virrey que ninguna mulata, negra y zamba, trujeran corona como los sen.ores
clerigos, pena por la primera vez de rapadas a navaja y tam(r) :\!arzo de 1669.

�VENTURA GARCIA CALDERON

bien las cejas, y por la segunda cien azotes y un mes de
carcel.
El ruido de las Monjas de la Encamacion sobre volver a
elegfr abadesa. - Domingo doce del dicho mes I a las diez de
la noche fue la Compafiia de a caballos pagados de la Guardia
de su Exce]encia a la Encarnacion y toda aquella noche anduvieron rondando toda la cerca del dicho Convento.
Y el Lunes trece a las once del dia fue la Compafiia de a caballos y la de infanteria.pagada que esta en Palacio y cien
hombres de los del numero con sus armas.
Bando por su Excelencia por el auxîlio que pîdieron los
sen.ores Eclesiasticos a su Excelencia para apaciguar las sefioras Monjas. Y alrededor de dicho Convento se ech6 bando
para que ninguna persona de D:inguna ca]idad pudiese hablar
ni socorrerlas; las personas principales, pena de quatro afios
de Chile y los demas seis afios de Valdivia; y a mulatos,
negros y mujeres de doscientos azotes; y dur6 hasta elegir
Presidenta hasta las diez de la noche de este mesmo dia
.
'
porque quenan sacar quatro senoritas Monjas a ponerlas en
diferentes Conventos; y por la sede vacante del sefior Arzo?ispo don Pedro de Villagomez, Arzobispo que murio, eran
JUeces de las sefioras Monjas el sefior Arcediano don Juan
Santoyo de ... y el sen.or Canonigo don Diego de Salazar, y
hubo muy grande ruido la noche antes.
Y todo el dia Lunes con grau plegaria de campanas que
tocaban las sefioras Monjas y todo se apacigu6 con la presidenta que eligieron.
Ahorcaron al que mat6 a don Baltasar Pardo - le llamaron despues don Pedro Noguera, el nombre de su padre. Sabado veintiuno de Abril de mil seiscientos setenta y quatro
an.os. - A las quatro de la tarde empezarou las campanas de
(1) Jul io de 167 1.

EL DIARIO DE IIIUGABURU

191

todas las Iglesias a tocar a entredicho y a estas horas esta ban
ya los sefiores Alcaldes de Corte que eran el sefiordon Andres
Flores de la Parra y el sefior don Diego de la Rocha y el sefior
don... dentro de la carcel y tambien dos Padres de la Cornpafiia de J esus; y antes de la oracion le habian dado garrote
dentro de la carcel, sin haberle tomado la confesion ni dadole
mas de media hora de termino que asi convino : y la sentencia fue de dar garrote y de arrastrarlo como lo sacaron de
la carcel arrastrando, sobre un pellejo a las ocho de la noche
y lo colgaron en la horca, donde estuvo hasta el Domingo
siguiente dia hasta las nueve del dia y con auto a su madre que
no le enterrase sino de noche y con quatro hachas, y sin
posas ni ostentacion ninguna; en la causa que se relat6 de su
parte del reo, mandaron se llamase don Pedro N oguera, el
apellido de su madre y no el de Carabajal. Y los sefiores Sezacio . - Y a las nueve de la mesma noche tocaron todas
las cam?anas a zezasio. Y a las diez de la mesma noche
fueron a suelto los sen.ores Jueces que le habian condenado,
con que qued6 todo apaciguado.
Entrada del sefior Virrey Marques de Malagon y Conde
del Castellar. - Miercoles quince de agosto, dia de la Asuncion de Nuestra Sefiora del afio de mil seiscientos setenta y
quatro, a las quatro de la tarde en el arco que se hace para
esta funcion, abajo del Espiritu Santo, fueron todos fos Tribunales como se acostumbra, y estando su Excelencia en un tablado la ciudad lo recibio; y por delante pasaron todas las
Compafi.ias de a caballo y los Colegios y Universidad y todos
los Tribunales, y asi como pasaron monto su Exce1encia en su
caballo y se puso debajo el palio trayendo las varas los Regidores y los dos Alcaldes Ordinarios que eran don Gil de Cabrera y don Juan de Castilla, traian las borlas del caballo y
todos con ropas de terciopelo carmesi.
La Compafi.ia de lanzas y arcabuces de la Guardia del sefior

�VENTURA GARClA CALDERÔN

Virrey, _ Capitan don Nufio de la Cue':,a._ Y por retag~ardia
del sen.or Virrey venia el Capitan don :Nuno de la Cue,a d~l
Orden de San Juan con la Compafiia de las lanzas, guard1a
antigua de los sen.ores virreyes.
.
La sefiora Virreyna estaba en los balcones de la esquma de
la calle de los Mercaderes que hace frente asi al Espiritu Santo
donde estaban con su Excelencia el hijo mayor y el meno:
del sen.or Conde de Lemus, que Dios haya. - Ad~nde llego
su Excelencia debajo su palio y hubo grandes cortesias : - Y
estando en ellas de otro balcon diferente y d~ otra casa ech~ron mucha plata a los pies del caballo donde 1ba su Excelenc1a
que fue menester pasar gran rato hasta que la g~nte sosegase
de los que ocurrieron a coger la plata que se habia echado.
El arco de la calle Los Mercaderes y las barras de plata.Ouatrocientas barras. Habia en medio de la calle de los Mer~deres un arco muy vistoso y que habia mucho que ver; Y
todo lo que cogia de quadro el arco estaba empedrad_o de barras de plata, las mas eran de doscientos marcos y h_ab1a quatrocientas barras de que se holg6 mucho su Excelenc1a. Lacayos,
pajes, carrozas y veintiquatro ace_mi~as. - Ib~n c_on su Excelencia veintiquatro lacayos y vemt1quatro paJe_s . los ~acayos
eran mulatos que los habian escogido en est~ cmdad, libres, y
t s carrozas todas con seis mulas y los se1s carroceros con
re
'
.
d
1 d
batas y espuelas y todos con una mesma hb~ea e c? ~ra o Y
plata y azul, y detras de todo el acompafiam1ento vemtiqua:ro
acemilas caro-adas con la reposteria y tapadas con unos panos
de seda y c~n las armas del sen.or Virrey, y los garrotes de
plata y las sogas de seda y cabezadas de seda ; - Y ~da
roula tres planchas grandes de plata con las a~mas de su Excelencia, una por la frente y las d~s por l~s oreJas de las .roulas;
cada mula un indio que la tra1a de d1estro; que ha s1do es_ta
~ntrada de Lima, como entr6 por Embajador en ~lemama,
cosa grande que no se ha visto otro tanto en Lima hasta
hoy.

F.L DrARIO DE MUGABURU

1 93

El ruido de seûor San Francisco y la huida a Palacio del
Comisario General y todo lo demas que sucedio en los tres
dias. - Y la quema de la celda del sefior Cornisario. - Domingo veintinueve de diciembre de ochenta, a las once de la
noche tocaron las campanas de sefior San Francisco a rebato
y tambien las de la Iglesia Mayor. Toda la gente de la ciudad
acudio a San Francisco y vieron que la celda del Comisario
General se quemaba porque los coristas le habian pegado
fuego por coger al Padre Comisario por la mala voluntad que
le tenian sobre imponer el alternativo, el qua] se escapô por
una trouera que tenia en su celda y se salio por la Capilla de
la Soledad y se fue a Palacio; y a su defensa salio el Padre de
misa que vino de Espafia que dicen se habia criado en Afr:ica
con los moros y habia sido gran Corsario, el quai salio con
una rodela y un espadin contra los coristas, llamandoles :
canalla, ruin, mazamorreros y los habia de matar a todos; y
entre los coristas uno le hizo cara y de un palo o pedrada
le derribaron en el suelo pidiendo confesic,n ; donde le
dieron tres o quatro heridas y no pudo recibir el beatico
por echar gran cantidad de sangre por la boca y lo olearon y
asi quedô.
Las Compafiias del Comercio y del batallon que se juntaron
por bando. - Y por la man.ana Lunes mand6 su Excelencia
que fueran cinco Compafiias del comercio y se metiesen en el
Convento y se resistieron los Padres a no abrirles la puerta
del Convento, hasta que su Excelencia el sen.or Virrey Arzobispo mand6 llevar una pieza de artilleria, la qual pusieron en
frente la porteria y con dos Alcaldes de Corte y otros sen.ores
Oidores abrieron las puertas y entraron dentro con las cinco
Compafiias y cerraron las puertas del Convento y las de la
lglesia, que no se dijo misa Lunes ni Martes, dia del glorioso
San Silvestre. - Llevada de los nueve religiosos presos a la
Capitana, el Padre fray Cristobal de Contreras y su hermano
con otros siete religiosos. - Y este mismo dia martes treinta
Revue Hispanique. ?

13

�194

VENTURA GARCIA CALDERON

y uno del corriente, a las cinco de la tarde, en dos carrozas
llevaron a nueve religiosos al Callao, presos a la Capitana : el
Padre Contreras Provincial; el Padre Guardian Garrido; el
Padre hermano del Padre Contreras; el Padre Guadalupe ; los
Definidores; el Padre fray Juan de Caceres y los demas que
faltan : y llevandolos por las calles hubo tantos alaridos y
clamores a Dios, de hombres y mujeres, que fue gran compasion.
La mascara de los mulatos a la Santa Rosa. - Sabado
veintinueve de agosto de mil seiscientos ochenta y dos, a las
nueve de la noche salio una mascara de mas de ochenta mulatos de gala y ridiculos y con dos carros donde venian muchos de ellos con habitos de mujer bailando y con mucha
algazara al son de arpas y guitarras, y con muchas luces) y
anduvieron por la plaza alrededor de ella, y el sen.or Virrey y
la sefiora Virreyna con toda su familia en los balcones y toda
la gente de la ciudad en la plaza y por las calles dond~ andubo la mascara.
El Altar de la Sanh Rosa en el Cabildo para la procesion
de la Santa Rosa ; hecho por orden de don Sancho de Castro,
Alcalde Ordinario actual y le costo mucha plata. - Domingo
treinta del dicho dia de la Santa Rosa salio la procesion de la
Catedral a las quatro de la tarde alrededor de la plaza con
todo acompafi.amiento de sen.ores Oidores y los dos Cabildo'
y todo lo lustre de Lima, ecepto el sen.or Virrey por estar
achacoso, y desde los balcones estubo mirando pasar la procesion. Estaba hecho un altar en Cabildo donde estaba la
Santa Rosa de muy grande arquitectura, donde habia mucho
que ver de curiosidades, de tal suerte que jamas se ha visto en
Lima altar tan bien hecho ni de tanto lucimiento, y por ser
tal para que todas las personas de la ciudad lo viesen no se
desbarato hasta el dia siguiente a las quatro de la tarde. Y
fue mandado hacer este altar por don Sancho de Castro,

EL DIARIO DE l\WGABURU

Alcalde Ordinario actual del dicho afio de mil seiscientos
ochenta y dos.
Sabado nueve de diciembre de seiscientos cincuenta y seis
hicieran los Plateros gran fiesta en alabanza de la pura y limpia Concepcion de la Madre de Dios.
Fiesta de Plateros. - Entraran este dia a las tres de la tarde ocho carros muy bien enramados de yerbas y tiores que
regaban toda la plaza y echaban muchas flores; detras de
estos carros entro una Nao grande a la vela donde iban muchos muchacho~ como marineras. Y a la entrada de la plaza
hizo la salva disparando tres piezas; llevaba esta nao un leon
sobre un mundo representando el rey de Espafi.a, que Dios
guarde, Felipe Quarto, en que llevaba una imagen de la limpia
Concepcion y una espada desnuda, defendiendo su limpieza.
Detras de esto entro otro carra en la plaza muy grande con
la Fama y tres Ninfas sentadas, cosa para ver. Detras de este
carro entro otro muy grande y de mucho costo donde iba una
Ave Fenix representando a la Virgen y dentra muçhos angeles cantando sus alabanzas. Dieron estos once carros dos vueltas alrededor de ,la plaza y al volver a salir disparo la Nao
como quando en la mar piden socorro porque han topado en
algun bajio, y dentro de poco rato se hizo pedazos en la misma plaza, y esto fue con cuidado.
Hubo muchos toms que corrieron muy bravos, y caballeros
que corrieron en la plaza; tambien hubo garrochones y alcancias con que se acabo la tarde mas regocijada que ha habido en
esta ciudad; - fueron Comfaarios Pedro Gonzales y Juan Villegas.
La mascara de la Universidad. - Jueves catorce de diciembre de dicho afio salio de la Universidad una mascara con
seis carros muy grandes a la mesma fiesta de la limpia y pura
Concepcion de la Madre de Dios, en que salieron mas de mil
y quinientas personas; los mil de gran lucimiento y galas y

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El. DIARIO DE :.IUGABURU

1 97

VE:-.TURA GARCiA CALDERÔ~

los quinientos de ridiculos, y por ser tan buena maod6 el sefior
Virrey saliese el seguodo dia viemes, y Yino al Convento de
Santa Clara donde estaba su Excelencia el sefior Conde de
Alba de Liste, de lo quai me remito a lo que anda impreso
acerca de esta mascara, por no haber tenido segunclo ni en
Espafia.
Fiesta de los negros. - Martes diez y nuevedel corriente,
los negros criollos jugaron toros en la plaza y hubo rejoues, y
don Pedro le hizo tarde regocijada.
Sabado veintitres del corriente en la noche, bicieron herreros y sastres grandes fuegos, tm castillo y quatro galeras de
fuego sobre quatro juegos de carrozas muy llenos de fuego
que embestian al castillo, cosa muy para ser vista. Y el Domingo siguiente hubo misa pontifical, sermon y procesion
dentro de la Iglesia :.\fayor, en que esta fiesta dio fin.
Muerte lastimosa del sefior don Francisco Pontejo. Viernes dos de mayo de ochenta y siete, vispera de la antisima Cruz, entre siete y ocho de la noche mataron de un balazo a don Francisco Pootejo, Caballero del habito de Alcantara que iba a suceder a don Pedro Balbin en el Corregimiemo
del Cuzco : mataronle al entrar por la puerta de la casa de la
Concha, donde vivia en los cuartos bajos sobre mano derecha;
entr6le las balas por el lagarto y le pasaron al pulmon, cay6 y
llevaronlo a la cama, doode coofes6, recibio los antos Sacramentos y testa, curaronlo, dieronle luego ansias y murio;
Dios lo tenga en su gloria. Enterraronlo sabado tres en la
Iglesia de Santo Domingo.
Prisiones por esta muerte. - La misma noche que le mataron, prendio don Joseph de Aguero, Alcalde Ordinario y que
toma la declaracion al herido a don Ventura de Gondola que
habia teniclo aqui el asiento de los negros, y a otro, ambos
tios del que le mat6, Gondola tio paterno, y materno el otro;
fue asi :

Este caballero muerto repos6 en Panamâ vinienclo de
Espafia en casa de don ... de Gondola que tenia un hijo y una
hija. Con esta trato el padre de casar a este caballero, el no lo
repugn6, crecio la amistad, gozcS a la nifia con nombre de
e:5poso, despues se hizo atras y se determina a venirse a Lima,
diciendo que en estando aci trataria de pooer en ejecucion lo
prometido. El padre de la moza, temiendo alguna picardia,
recogio su hacienda y se fue a Espafia, dejando lo necesario
para el dote, y a la nifia con el hermano mozo de hasta diez
y nueve afios y con el tio materno; dijole al hijo : « Alli queda
vuestra hermana : o casadla o ved lo que haceis. » - El mozo
se vino con el tio y la herrnana a Lima. - El Pontejo se hizo
atras; habla el mozo al Padre Maestro Saldafia, Religioso
Dominico, que lo mO\iese; - habl6 el tal Padre a Pontejo y
respondio que no debia cosa, itistale que temiese algun fracaso, respondio que no habia de que. El mozo herrnano, sabiendo esto, se fue al Virrey y le dijo : « Sefior, si don Francisco
Pontejo no casa con mi hermana, ella y yo estamos sin honra,
y no sé lo que haré. » Llam6 el \ïrrey al Caballero y propusole cou empefio el caso, respondio que no debia cosa, dijole
el Virrey : « Pues mire por si.» - Trato de casarse con hija de
don Gaspar de uazo, caballero del habito de Calatrarn y
Secretario de Gobierno; supo el mozo como aquella tarde
habia ido el Pontejo a visita en casa de Suazo y habia habido
frios y chocolates. El sin esperanza, afligido, se detenuin6 y
aquella noche lo mato. Los tios estan presos, pero el mozo no
parece.
. Sabado ocho de Octubre de mil y ~e1sc1entos y sesenta y
s1ete, por la maiiana hubo auto en la Iglesia del Santo Oficio.
donde salieron quatro penitenciado:5, don Cesar medico que
trujo el sefior Virrey Conde de antisteban, el mayor hereje
que se ha conocido en estos tiempos : siendo hijo de padre y
madre cristianos y el siendo sacerdote y despues se casa en

�199

VENTORA GARCIA CALDERON

EL DîARIO Dl&lt;: MUGABURU

Roma y de alli fue a Constantinopla, donde fue grande herbolario y euro al gran Turco. - - Este anduvo todo el mundo y
en esta ciudad euro muchos y mato a muchos mas y fue
doctor en el Hospital Real de mi Senora Santa Ana de esta
ciudad de los Reyes. Y en el tiempo que euro, mato mas de
dos mil indios y fue doctor en esta Real Universidad, doctor de
Medicina. - (A la vuelta de fojas cincuenta y dos me remito
al dia de su prision). - Este tal nego la inmortalidad del
alma y en sus errores fue peor que Lutera, ni Arrio, ni Mahoma, ni quantas sectarios ha habido; - que tal fue que a
una imagen de Jesucristo crucificado, que tenia de la espiracion pintado en un lïenzo y su Santisima madre de la Soledad
en otro lienzo, le decia a la Santisima Virgen : « De que llora, y
esta llorando la embustera, que par este hijo que tiene, tiene
al mundo engafiado ]y por el y ella esta toda su religion perdida. » - Fueron tantas las injurias y blasfemias y palabras
deshonestas que le decia a la Santisima Virgen, que no las
escribo por el gran horror y escandalo que causan a . los
oyentes cristianos, de tal suerte que estandole relatandole sus
maldades y bellaquerias se alborotaron todos los oy&lt;mtes y a
. . . . . . . . . . mandar los sefiores Inquisidores que no se
leyera mas. . . . . . . • . procedieron dentro la capilla del
Santo Oficio lo hubieran muerto. La Sentencia fue Sambenito y carcel perpetua y desterrado de todos estas reinos del
Peru, y lo fue a cumplir a la lnquisicion de Sevilla. - Y al
dia siguiente domingo nueve de Octubre, estaban aguardando
mas de diez mil aimas silo sacaban, que fuese a la Iglesia Mayor a oir Misa y con determinacion, grandes y peque:fios, a
matarlo a pedradas; - y los sen.ores que supieron habia tanto
tumulto mandaron que no saliese a misa el, sino los otros dos.
Su sobrino. - Su sobrino fue tan grande hereje coma el : le
dieron la misma sentencia y lo llevaron a la Compafiia de
Jesus.
El fraile Carmelita, grande hereje y siendo sacerdote de

misa, grande perro lujurioso, deshonesto, que relatando sus
maldades se dijo que en cierta ciudad habia conocido carnalmente a mas de trescientas y sesenta mujeres. - Y en un
Corrvento de Monjas habia cometido muchos sacrilegios.
A este lo trujeron preso de hacia Buenos Aires,por Chile ..
la mesma sentencia y lo llevaron al Convento de sefior.
de esta ciudad de Lima.

a

�2QI

LA NOTICE DE PrGNATELLI

LA NOTICE DE CARLOS PIGNATELLI

SUR THOMAS DE .YRIARTE

Au début de la collection posthume des œuvres de Thomas
de Yriarte, publiée en 1805 (Madrid, Imprenta Real, 8 vol.),
se trouve une note de Bernardo de Yriarte indiquant qu'il avait
cru devoir omettre une notice sur la vie et les œuvres de
l'auteur, rédigée spécialement pour cette édition. Cette notice,
écrite par Carlos Pignatelli, a été jusqu'ici considérée comme
perdue, et sans la découverte, dans une bibliothèque particulière, de cette étude et d'une correspondance qui s'y rapporte,
tout porte à croire que nous en aurions été pour toujours
réduits à des conjectures. Les onze lettres dont nous avons
trouvé les originaux permettent d'élucider ce minuscule incident de l'histoire littéraire.
Un jeune homme, Carios Pignatelli, s'est chargé - ou a
été chargé, mais j'inclinerais à croire que l'initiative venait de
lui - d'écrire un Éloge d'Yriarte, et il y travaille depuis un
certain temps quand, le 2 février 1799 1 une lettre de Bernardo
lui réclame ce morceau. Pignatelli demande un sursis de
quinze jours. La quinzaine s'écoule, quelques autres la suivent
et c'est seulement au bout de cinq années que !'Éloge est
enfin terminé. Son auteur en donne lecture à Estanislao de
Lugo et à Ramon Cabrera, mais l'impression est nettement
défavorable : les deux auditeurs indiquent des modifications,
des suppressions, des remaniements; en réalité il faut &lt;&lt; re-

fondre » l'Éloge et l'adresser ensuite à Bernardo, qui se chargera d'y apporter les dernières retouches. Pignatelli s'exécute
en toute docilité et envoie son manuscrit à Bernardo, le priant
d'y faire tous les changements qui lui paraîtront nécessaires
et de lui donner « un limpion general ». Hélas! rien ne réussit
à rendre acceptable cet Éloge qui est décidément manqué :
gardien vigilant de la gloire de son frère, Bernardo prend le
seul parti raisonnaple : il décide de ne pas utiliser le travail de
Pignatelli, et en informe ce dernier en même temps qu'il lm
fait remettre un exemplaire de l'édition qui vient de paraître.
Avec une modestie qui ne semble pas affectée, Pignatelli s'incline devant la décision prise et se rend aux raisons qui lui
ont été données.
Telle est, rapidement résumée, l'histoire de cet épisode. Les
lettres, d'une part, la notice, de l'autre, contiennent un certain
nombre de détails qui viendront s'ajouter à ce que nous savions
déjà d'Y riarte.
Antonio

AGUIRRE.

1
Barcelona, 16 de Marzo de 99.

Mi amigo y Sen.or Dn Bernardo : Acabo de recivir por el
correo de ayer una carta de Vm. con fecha del 2 de Febrero,
la que veo se ha detenido todo este tiempo en Zaragoza
adonde Vm. me la dirigio ignorando mi salida de aquel
Pueblo para Barcelona. No comprehendo como han tardado
t:into tiempo en remitirmela, pero esto ya me ha sucedido con
otras cartas, y siento ciertamente que la de Vm. baya corrido igual suerte. Conozco que podria Vm. hacerme un justo
cargo por no ha verle dado mucho antes noticias de mi exis-

�203

ANTONIO AGUIRRE

LA NOTICE DE PIGNATELLI

tencia; pero no ha sido por falta de buena voluntad, ni por
olvido que no cabe en la amistad que profeso a Vm., sino
porque siendo mi animo remitirle el Elogjo de nuestro
Dn Tomas lo mas pronto possible, y haviendome estorvado
en Zaragoza, primero la enfermedad de mi hermano, despues
otras bagatelas que me han hecho perder mucho tiempo, el
corregirlo a mi satisfaccion para que .fuese menos indigno de
comparecer delante del Publico, de unas ~n otras se me ha
dilatado esta satisfaccion mucho mas de loque pensaba.
Ahora su carta de Vm. parece que viene â sacarme como de
un letargo. Se me representa atan al vivo la temeridad de mi
empresa en haverme metido en analizar, y juzgar las obras de
uno de los mayores literatos de nuestra nacion, que a pesar del
voto de Vm. y de algunos otros inteligentes a quienes ha merecido aprobacion mi Elogio, desistiria del pensamiento de
darle a luz; pues cada vez conozco mas y mas los muchos
defoctos en que abunda. Con todo ya no ti~ne remedio, y tendré que perder la vergüenza. Remitiré a Vm. el Elogio lo mas
pronto que pueda por el conducto que me sefiala; pero supuestotiene Vm. ya en su poder el Don de gentes con la Zarzuela,
y ser ocasion oportuna para imprimir el Elogio la publicacion
de estas Piezas, pienso que no devemos precipitamos, y asi
hé de merecer a Vm. nie conceda unos quince dias mas de
termino para refundir de nuevo el Elogio, y copiàrlo de mi
propia letra, en cuya forma se lo embiaré a Vm. para que
despues a su arbitriole quite, afi.ada, altere quanto le pareciere
oportuno como cosa propia, en loque me harâ un gran favor,
y me manifestarâ toda su amistad. Bien conozco que e&amp;to
devia estar ya concluido hace tiempo ; pero, amigo mio, disculpe Vm. a un Autor principiante, que esta mui descontento
de su trabajo, y se halla justamente desconfiado de sus propias fuerzas. Espero me hara Vm. el favor que le pido, y
aguardo su contestacion. Voy a poner manos a la Obra, y
despacharé lo mas pronto que pueda. Entretanto doy a Vm.

la enhorabuena de haver redirnido el pobre Don de gentes; le
deseo mucha salud y prosperidades, y que mande Vm. a su
afectisimo amigo que le estima mui de veras.

202

Carlos PIGNATELLI.
S0 r Dn Bernardo de Yriarte.

2
Madrid, 18 de Mayo de 1804.

Mi querido Amigo Sea Vm. bien llegado a esa ciudad,
don.de celebraré le vaya tan bien como yo deseo, y que no
baya motivo de arrepentirse de esta determinacion. Aqui estamos ajustados con las muchas enfermedades que reynan, las
quales son contagiosas, y aunque auguran que ya se han mitigado alguna cosa, sin embargo muere bastante • gente. Yo
tuve dias pasados una indisposicion que · me dio al principio
cuidado; pero gracias a Dios no paso de una calentura reumatica.
Roy ha venido el hennano de Duran a avisarme que desde
mafiana empezarân â sacar los caxones de su Ubreria de Vm.
para remitirselos. Race Vm. bien en querer vivir entre
libros.
Pignateli nos ley6 a Cabrera y a mi el Elogio historico
que ha compuesto de su hermano de Vm. el Sen.or Dn Tomas;
y coma la intencion de Vm. era que se imprimiese al frente
de la nueva edicion de sus obras, no puedo menas de decir a
Vm. con la franqueza propia de mi amistad, que no me ha
gustado, y que necesita de mucha lima, 6 casi de refundirlo
enteramente para que pudiese salir a luz. Lo mismo que yo ha
opinado el amigo Cabrera ; y uno y otro le hemos dicho a
Carlitos que, suprimiendo ciertas cosas, y variando otras que

�ANTONIO AGUIRRE

sefialamos, sacase una copia y la remitiese a Vm. para que Je
diese la ultima mano. En viendolo, podra Vm. juzgar por si
mismo, y ver si tomandose el trabajo de corregir, afiadir y
mudar algunas cosas, puede ponerse en estado de parecer al
publico.
Pongame Vm. a los pies de mi Sefiora Dona Antonia y recibiendo ambos finas éxpresiones de mi Sefiora la Condesa del
Montijo, Roca, Cabrera, mi sobrino, &amp;c., manden quanto gusten a su afectissimo é invariable Amigo.
Estanislao

205

LA NOTICE DE PIGNATELLI

DE

LUGO.

Amigo y Sefior Don Bernardo Yi;iarte.

3
Madrid, 19 de Juuio de 1804-.

Mi querido Amigo : Celebro mucho la feliz llegada de mis
huespedes, que haran a Vm. mui buena compafiia, y disiparin
los malos humores y disgustos que por todas partes nos acometen, luego que Vm. encuentre alojamiento donde colocarlos. Por de contado procure Vm. dexar quanto antes esa mala
vecindad del cementerio, que es la mas pèligrosa, particularmente en la pœsente estacion de las enfermedades epidemicas,
que segun noticias se han empezado a experimentar tambien
en esa Ciudad. Aqui continuan con la mayor fuerza; el Viatico no cesa de salir a todas horas de todas las Parroquias, y
aunque el numero de los que mueren no es comparable con
el de los enfermos, sin embargo muere bastante gente. Yo
estoi con la mayor pesadumbre y cuidado por mi amigo
D" Joseph Yereguy, que ha caido con el mismo mal que anda,
y esta casi sin esperanza. Sin embargo del presente estado de
la salud publica, ha salido la orden para venir aqui la Corte el

dia 30. del corriente. Nos anuncian qué para entonces tendremos mejor pan, que de contado serâ. un gran beneficio,
pues el que tenemos, y hemos tenido de 3. 6 quatro meses a
esta parte, es pésimo, y segun la opinion de algunos facultativos, una de las causas de las enfermedades que nos afligen.
No he vuelto a hablar a Vm. del Elogio de su hermano
porque no he podido esoribir a Vm. despues ~e mi ultima. Lo
que principalmente me desagradé en el es el modo con que se
recuerdan las disputas con Huerta, y Forner &amp;c., de las
qua1es oreo que no se debia hablar, 6 tocarlas solo con destreza, y presentap.dolas en terrninos qne no dexen la menor
duda en el anima de los lectores. Ademas habia otras mil
cosas que si se dexasen correr, mas bien podrian parecer satiras que elogios del Sefior Dn Tomas. La intencion del autor
ha sido y es la mejor, pero 6 no ha alcanzado mas, 6 no se ha
querido tomar mayor trabajo. Vm. lo vera, y lo corregira
mejor que nadie, y me parece que ninguna ocupacion mas
&lt;ligna puede Vm. tener al presente para emplear los ratos de
ocio que le presenta su actual situacion.
Pongame Vm. a los pies de mi Sefiora Da Antonia cuyas
expresiones estimo, y recibiendolas ambos de mi sefiora la
Condesa del Montijo, la de Villafranca, Cabrera, mi sobrino, Y
&lt;lemas amigos, m~nde Vm. quanto quiera a su afectisimo
LUGO.
4
Valencia,

de Junio de 1804.

Mi querido Amigo : Por la de Vm. de 19, quedo enterado
del concepto que Vm. y el amigo Cabrera han formado del
Elogio de Tomas. Lo que Vm.. me apunta sobre el particular
me servira para evitar, por mi parte, quando llegue a mis

�206

ANTONIO AGUIRRE

LA NOTICE DE PIGNATELLI

manos, aquellas especies inoportunas y que puedan dar lugar
a siniestras interpretaciones, sin recomendar al autor las depre•
siones de sus emulos literarios que ya no existen, y cuyos
nombres y credito literario no gozan el concepto que ...

Héroe de nuestra Literatura moderna. Siempre he pensado de
este modo.
Dn Ramon Cabrera y Lugo a quienes ultimamente les lei
mi trabajo, aunq ue no conformes en mucbos piensos, ban
sido de parecer que Vm. se tome la molestia de corregirlo, de
afiaclir, de quitar a su arbitrio, en la suposicion que yo me alegraré infinito, pues conozco que hay varias cosas que quitar,
6 por inexactas, 6 porque pod1ian bolver â encender rencillas
ya olvidadas. Asi mismo hay bastantes descuidos en el lenguage que yo mismo conozco, pero que Vm. corregirâ mejor
que yo. En una paJabra, Vm'. disponga de ese Folleto como de
cosa suya, y hableme con la mayor ingenuidad, en la suposicion que me dara en esto el rnayor gusto, y me acreditara de
nuevo su fina amistad.
Sirvase Vm. de ofrecerme a L. P. de la Sefiora, y disponga
del afecto de su apasionadisimo amigo Q. S. M. B.

( Inaclzevée)

5
Madrid, 28 de Agosta de 1804.

Mi amigo y Sen.or 0" Bernardo ': Ya es tiempo que satis~
faga la deuda qu~ ha tanto tiempo contrahi (sic) con Vm. y
la memoria de mi buen amigo su hermano Or. Tomas. Muchas
veces hé reflexionado que la contrahi (sic) con demasiada
ligereza, dexandome arrastrar de un justo entusiasmo por su
indisputable merito, demasiado combatido en nuestra nacion.
Me engafi.6 el amor propio; y me supuse capaz de apreciar el
merito literario de un grande hombre. Pero no hay remedio;
Vm. me cogio la palabra, y es preciso cumplirla. Duran me
aprieta y quiere hoy mismo remitir a Vm. el Elogio, o noticia
historica, como Vm. quiera llamarlo, y me ha parecido del
caso escribir â Vm. quatro lineas con este motivo, renovan•
dole mi .buen afecto, y . suplicandole me baga un favor. Vm.
vera por la lectura del Elogio quanta razon he tenido para
querer desistir de esa empresa. Pero en fin Vm. hara el uso
de el que tenga por conveniente. Hé querido refundirlo de
mil modos, por cuyo motivo no vâ en limp1o, sino con muchos
borrones. Pero esto no importa para Vm., quien si encuentra
alguna cosaque le agrade, podrâ hacer uso de ella, omitiendo
Io demas. El haver tenido mi espiritu mui agitado con mil
embrollos, y disgustos particulares, me ha seca&lt;lo la poca
vena, é imposibilitado el escribir una cosa menos indigna del

Carlos PIGNATELLI.
Sefior Dn Bernardo de Yriarte.

6
Valencia,

1•

de Septiembre de 1804.

Mi estimado amigo y sefior : Valgome de la fineza de Vm.
y de la oportunidad del regreso a Madrid del correo de gabinete D 1 Antonio Barisano para incluir a Vm. ese pliego dirigido al conserge de la Academia Dn Francisco Duran, que
acudira o enviarâ por el. Contiene algunos manuscritos de
obras poeticas·de mi hermano Tomas para la reimpresion de
ellas, y por el correo ordinario enviaré a Vm. otra cosilla que
me estan copiando para las mismas obras, valiendome de su
fineza.

�ANTONIO AGUlRRE

208

Corno esta Vm. de salud? Deseamos la disfrute completa. A
nosotros nos va bien en Valencia, y ya ve que hemos acertado en abandonar la residencia de Malaga, adonde, segun
las ultimas noticias, morian 80 al dia. Es mucha la ge~te que
habia emigrado para no ser victima del nuevo ~ontag10, que
empezô y hacia los mayores estragos donde esta la casa que
habitabamos.
.do carta poco ha. Subsistia en
Del amigo Angulo he tenl
Lauxar.
• R
·t
Mi muger hace â V m. sus expresiones, y la mfia osan o
sus monadas acostumbradas.
Cuente Vm. siempre con la amistad que le profesa
Bernardo YRIARTE.

sr Dn Juan

Villa.

7
Valencia, 18 de Septiembre de 1804.

Amigo Duran : Despues de haberm~ _dad~ ba~tantes m~los
ratos y trabajado en corregir la Not1cia h1stonca, Elogio o
Critica y censura de las obra~ ~e Tomas, d~ su ~erson~,
caracter, y persecuciones y env1d.1as que expenmento, supnmiendo parrafos enteros, he temdo ~or mas acertado y prudente, excusar la publicacion de un D1s~urso que tal _vez :olveria â dispertar la emulacion y a exc1tar la maledicenc~a Y
expondria el concepto del mismo Tomas co~o de s~s escntos,
dando ocasion a que los que pensasen bien de el y de su
caracter y prendas, se entibiasen, o dudasen . por e: hecho
mismo de la defensa y prolixos discursos de P1gnat:ll1, Y que
l un mal intencionado saliese con algun papelon d1scolo que
~e~olviese caldos y frios, e intentase deprimir el merito de las

LA ::--rOTICE DE PIGNATELLI

209

misinas Obras, el credito y estimacion que se han adquirido y
en s{ tienen, y la buena memoria del Autor. Por otra parte
abundan en el Discurso ô Noticia los lugares comunes, y
disertaciones prolixas sobre cada genero de Poesia con descender a examinar y comparar lo mejor que han hecho en
ellos respectivamente los poetas de otras naciones y tiempos.
Asirnismo como desciende a lo que Ios emulos de Tomas
hablaron, escribieron é hicieron contra él, especialmente
Forner, y estos no exîsten ya, podria tal vez parecer mal se
acometiese â los muertos, y ya que se hablase del tal Segarra
seria forzoso sacar a plaza el Libelo infamatorio que califica
su malvada memoria y quiso imprimir solicitando por tres
veces la licencia para saciar su encono hasta con las cenizas de
Dn Juan de Yriarte, y con otros dos sobrinos de este literato
que en Madrid y en Viena servian al Rey y al Estado, sin'
escribir libros en prosa ni en verso. Agregaré que no obstante
ser, como en realidad es, el autor del Elogio un amigo cte
Tomas, habria malsines, o gente injusta y ligera, que me le
atribuian a m{, o, a lo menos, lo que en él se dixese; y esto a
nadie estaria bien, ni al elogiado, ni al verdadero eloE!iador ni
,
.
é
'
a m1 m1smo. Yo no quiero sonar en nada, ni que haya quien
(â lo menos ciertas gentes) se acuerde de que exista.
Por esto y por todo lo demas, omitiremos imprimir el
Elogio o Noticia compuesta por Pignatelli. A su tiempo le
escribiré yo para quedar bien con él como es justo. Entretanto quede esta determinacion, y todo lo que a Vm. digo en
con~anza, entre Vm. y yo solamente, sirviendole para su
gobierno quando se emprenda la edicion de las Obras.
La mayor parte de las gentes me atribuiran a m{ el Elogio
o que habia infiuido en él. Yo no quiero que me traigan en
lenguas.
Corno no puede dexar de hablarse -de las persecuciones literarias que experiment6 y de Forner, me levantarân alguna
Revue H ispa11ique. P

14

�ANTONIO AGUIRRE

LA NOTICE DE PlGNATELLI

rabia diciendo que revuelvo los huesos de un muerto, y habra
quien quiera revolver los de mi hermano tomando pretexto
para zaherirlo, etc.
He tomado pues el partido de callar. Todos creeran que
Vm. y yo procedemos de acuerdo y que Vm. ha dicho loque
yo he querido.
(En marge, de haut en bas j Habia mucho que deciracerca
del picaron de Forner y de su persecucion. 0 decirlo todo, o
nada, y esto es lo m[ejor].

cado por sus desazones. Dice tambien que se alegra mucho
haya Vm. encontrado casa a su gusto, pues le ha sido mui
sensible no haver podido servir â Vm. con la suya como era
su intencion. Su salud esta tal qual y no es poco lograr con la
vida que lleva, y lo poco que se anda.
Me pregunta Vm., amigo mio, que es de mi persona. Tengo
salud, gracias a Dios, pero se hâ mudado de tal modo la
escena que me hacia vivir aqui con algun gusto, que si no
fuera por mi hermana, hace tiempo que huviera abandonado
esta capital, y me huviera retirado a algun rinconcito lexos
del bullicio. Pero no se puede todo lo que se quiere. Con
todo, ahora tengo ciertos proyectillos que me andan por
la cabeza de hacer un viagecito, para desenfrailar un poco,
y ver alguna cosa de las cosazas que diz que pasan por
esta gran bola. No sé lo que i-esultara, pero ya se lo avisaré
â Vm.
En quanto al Elogio, repito que me alegraré infinito que
le dé Vm. un limpion general, pues lo necesita mui mucho.
Nadie lo conoce mejor que yo. Con todo, pasando por sus
manos de Vm. podrâ quedar regular. Algunas ideas no estan
bastante desembueltas, sin embargo y que son exactas; hay
ademas algunas faltas de lenguage, etc. Yo lo huviera corregido de nuevo, pero nadie lo puede hacer mejoT que Vm., y
pasaré por todo lo que disponga. Quisiera haverlo hecho
mejor; pero no he podido. Admita Vm. la buena intencion,
seguro de que es y sera siempre su mas apasionado amigo
de Vm.

210

8
Madrid,

20

de Septiembre de

1804.

Mi amigo y Sen.or Dn Bernardo : Recivi la apreciable carta
de Vm. que me causô gran satisfaccion por las buenas noti-:
cias que me proporcionaba de su salud y de la de esa Sefiora.
Celebro que Vm. se halle tan bien hallado en ese Pais, que
ciertamente es uno de los mas agradables de Espafia en mi
concepto, pues hé pasado en el una temporadita de la que no
estoy enteramente arrepentido. No celebro menos que se
haya Vm. libertado de la mala vecindad de la Laguna estigia,
que no deve ser menos desagradable en este mundo que en el
otro. Bien hizo Vm. ciertamente en abandonar aquella infeliz
ciudad sobre la que parece se ha desatado la colera celeste y
de la que tenemos cada vez peores noticias. Es verdad que no
las tenemos tampoco nada buenas de otras partes. Corno ha
de ser I no hay mas que dezir con el buen Horacio Durum,
sed laevius fit patientia, etc. Mi hermana hâ agradecido mucho
las expresiones de Vm. y me hâ encargado se las debolviese â
Vm. roui finas, afi.adiendo que ha recivido la carta de que
Vm. habla; que el dia de San Bernardo havia pensado escribir a Vm. con motivo de sus dias, pero que no lo havia verifi-

Carlos

2II

PrGNATELLI.

Tenga Vm. la bondad de ofrecerme a L. P. de esa Sefiora,
cuya memoria agradezco infinito. Sepa Vm. que Cabrera se
ha marchado con el Marqués de Tolosa a viajar. Lugo tambien esta en Barreras con la condesa del Montijo. Bonells, y

�LA l\OTICE D~ l'IGN'ATELLI
212

213

:\NTO:SIO AGUlRRE

su yerno agradecen mucho las memorias de Vrn. y se las debuelven.
enor Dn Bernardo de Yriarte.

9
:Madrid, 5 de Jfarzo de

I 05.

Mi querido Amigo: Celebraré que continue Vm. bien en
su convalecencia, y que haya acabado de desechar los restos
de la enfermedad, de que yo no tuve noticia hasta que por
carta de la de Contamina â su Madre supe la mejoria que
despues confirm6 Vm. mismo por u carta a esta Sefiora, que
lei con el mayor gusto. Considerando el estado de delicadeza
de Vm., me he abstenido de escribirle, contentandome con
informarme de su salud por otras partes, y por temor de que
se quisiese tomar la molestia de responderme. Pero suponiendo que se hallara Vm. yâ mas recobrado, voy a hablarle
deun asunto que no le sera desagradable, y que aunque pide
contestaciou puede Vm. hacerlo en dos palabras y de mano
agena.
El zelosisimo Duran me env:io el otro dia a su hermano
para suplicarme el pronto despacho de los dos tomos de obras
ineditas del Sefior Da Tomas, que se trata de imprimir ahora
con los otros seis de obras sueltas, cuya edicion se ha acabado:
y como si necesitase yo de empefios quando se trata de cosa
de Vm. 6 de su hermano, cuya memoria me es tan apreciable,
me ha dado mucha prisa para que se evacue quanto antes la
censura. Efectivamente el Consejo me los remitio para este
fin de alli â poco, y al momento hubieran sido de5pachados si
el mismo interes que tomo en la cosa no me la hubiese hecho

suspender hasta escribir a Vm. y esperar su resolucion. Es el
caso que con motivo de ver las piezas inedita5. que Vm. quiere
publicar en estos dos tomos, y habiendo leido la advertencia
que ha de ir al frente, en que se dâ a entender que Vm. no
tiene en su poder mas poesias de su hennano por haberse
extraviado, se me ocurrio reconocer un legajo de varias poesias, y otras campo iciones en prosa que yo conserva de su
hermano de Vm., las mas copiadasde mi letra de los originales
que el me comunicô, y otras de copias duplicadas que el
mismo me regal6, y he encontrado muchas que no estan
puhlicadas, ni comprehendidas en las que Vm. destina para
dichos dos tomos. Todas ellas merecian publicarse con las
demas, 6 â lo menos el mayor numero en caso de que por
ciertas consideraciones se omitiese por ahora la publicacion
de alguna, lo qual nadie lo puede decidir mejor que Vm.
Aunque de prisa, por no perder e te correo, he hecho una
separacion de lo ya impreso, y sacado la adjunta nota de lo
ineclito que tengo y con que podria enriquecerse esta nueva
edicion, para que en su vista disponga Vm. lo que tenga por
conveniente. Si Vm. gusta de que le envie todos estos papeles antes de decidirse, lo haré con su aYi.so; y sino respecto â
que Vm. debe acordarse de ellos por el solo titulo, podra detenninar desde ahi quales deben agregarse a los que Vm. ha
pr~sentado al Consejo, cuya agregacion la podré hacer yo
m1smo de suerte que sobre todos recaera la censura. De
todos modos he tenido el mayor gusto en haber conservado
por mi afecto al Sei'ior D"Tomas estos preciosos monumentos
de su ingenio, que una mano infiel 6 enemiga, segun Vm. se
explica, habia robado 6 extraido de sus papeles al tiempo de
su fallecimiento, pues quando no sean todos, â lo menos es
una parte bien estimable. En cambio pien o pedir â Vm. en
otra oc:ision dos cosas suyasque debe Vm. tener, y de que quisiera sacar copia. -Xo tengo ahora tiempo para extenderme
mas. Mis finas expresiones â mi efiora D• Antonia y reciba-

�214

ANTONIO AGUIRRE

LA NOTICE DE PIGNATELLI

las V m. del amigo Roca y de mi Sefiora la Condesa que me
lo ha encargado expresamente esta tarde.

no solo contra Tomas, sino contra el credito y fama postuma
de mi tio D" Juan Yriarte, comprehendiendo â sus dos sobrinos
Domingo y Bernardo, que en Madrid y en Viena servian al
Rey y al Estado sin publicar obras de literatura; libelo de
que exîsten copias en manos de varios sujetos, no obstante
haberse mandado recoger todas en virtud del real Decreto
puesto al margen de una consulta del Consejo, y archivarse el
original presentado al Tribunal en solicitud de licencia para
imprimirle, denegada antes en Valencia y despues en Madrid
por los respectivos jueces de imprentas.
Agregaré que no obstante ser en realidad el autor del Elogio un amigo tan verdadero de Tomas coma Vm.j habria malsines y gente injusta y Iigera que me le atribuirian a mi, oj a
lo menos, parte de su concepto, lo qual ni estaria bien al elogiado ni al elogiador, y menos a mi mismo, qu~ en mi actual
situacion en nada debo ni quiero sonar, pues solo anhelo a que
[no] haya qui en se acuerde de mi existencia.
Estas consideraciones sobraran para que Vm. se convenza de
los justos [y ] prudentes motivas que me han retrahido de la
publicacion del Elogio. Mi gratitud sera siempre la misma a la
fineza de Vm. y al testimooio tan decidido de amistad y
arrecio que tribut6 a Tomas de Yriarte despues de su inexistencia.

De Vm. siempre fino
LUGO.

Sefior D 11 Bernardo Yriarte.

1.0
Valencia

de

de 1805.

Mi estimado amigo y sefior :
D° Francisco Duran entregara a V m. un exemplar de la 2 aedicion de las obras de mi hermano Tomas. Advertira Vm. que
no se ha dado a luz el Elogio que Vm. se tom6 la molestia de
escribir, dando al autor y a mi una prueba bien decidida de su
amistad, y que al principio del primer tomo hago enunciativa
de ello.
Varias reflexiones me decidieron â omitir por abora la publicacion del Elogio. Los discolos y ému1os mal intencionados
habrian tomado ocasion del examen mismo que se bace de las
obras y talento del autor, de la defensa de ellas, y de la critica de los libelos comput!stos contra ellas mismas y contra él
para sacar de nuevo las cabezas de bidra, y presentarse con
algunos escritos dictados por la malevolencia y envidia literaria que tpdavia pulula sin que hayan bastado la Muerte y su
guadafia para extinguir el encono y humillacion irritada de
los ingenios novelei a quienes la sombra de Iriarte aterra,
anxiosos de enterrar su memoria y su fama, quai ya lo estan
sus cenizas : especialmente como una de las criticas a que se
desciende en el Elogio recae sobre Forner o sea Segarra, o
mas bien Cegarraj y si Vm. quiere Cigarra, renovaria el recuerdo del libelo infamatorio de los Gramaticos chinos~ dirigido

215

Queda de Vm. &amp;.,
B. YRIARTE.
Sr. D 11 Carlos Pinatelli.

11
.Madrid, i4 de Septiembr e de 1805.

Mi estimado amigo y mi duefio: Hé tardado en contestar a
su roui apreciable carta por dos razones, la una varios disgus-

�216

ANTONIO AGUIRRE

LA NOTICE DE PIGNATELLI

tos y desazones que me han sobrevenido, y la otra porque hé
querido repasar con un poco de tiempo, la nueva y preciosa
coleccion de las obras de su apreciabilisimo hennano de Vrn.
Y empezando por dar a Vm. las mas expresivas gracias por el
apreciable don que me ha hecho de un exemplar de &lt;lichas
obras, que me ha entregado D" Francisco Duran, se ~as doy
todavia mas expresivas por la memoria honrosa que ha
tenido a bien hacer de mi y del Elogio que compuse, en la
advertencia que ha puesto a la cabeza de la nueva coleccion.
Vm. me hace a mi, y al Elogio mucho mas favor del que
merezco. Ciertamente huviera salido dicho Elogio digno del
Autor elogiado, si mi talento y mi pluma huviesen ido a la
par con mis deseos, con mi afecto a su difonto hermano, y con
mi admiracion acia sus obras, pues en esta parte no cedo a
nadie. No ha sido asi; pero la indulgencia de Vm. es mucha,y
por lo que me &lt;lice veo que estaba resuelto a imprirnirle a no
ver las justas consideraciones que ha hecho, y que ciertamente
me convencen. Yo havia hecho tambiert algunas de ellas, y
eran en parte el motivo que rne hacia desconfiar de mi trabajo
y retardar la entrega de el, pues veia que era casi indispensable refundirle de nuevo, dandole nueva forma. Por otra parte
no me agradaba pasar absolutamente en silencio a los Cegarras
6 a los Cigarras y a otros de la misma calaîia; pues las persecuciones que han suscitado en todos tiempos semejantes escritorcillos a los mas celebres escritores é ingenios, hacen una
parte no pequefia de la vida de los Literatos, y no sirve de
poca utilidad el trasladarlas a la Posteridad. En fin Vm. ha
juzgado mejor que yo, quien tendria aun mucho mas que
decir. Y una vez que no conviene rebolver caldos, callemos
por ahora, hasta quando Vm. quiera, pues ya sabe que el
Elogio es una propiedad suya, de que puede disponer como
mas le plazca, afiadiendo, y trinchando como le parezca; pues
es una especie de arsenal donde se encuentran armas bastante buenas, por mas que necesiten pulirse.

Por lo que hace a la coleccion, me ha parecido mui bien,
por de contado correcta, de un tamafi.o manejable y que reune
todo lo precioso que sali6 'de la Pluma de nuestro D" Tomas.
Lo que Vm. ha afi.adido de obras ineditas es mui digno de
la atencion del Publico; particularmente la comedia del Don
de gentes, y el papelito de los Literatos en quaresma, en
donde se vé quan solida, y vasta erudicion tenia ya su hermano de Vm. en la edad en que dio a luz aquel papel, que
creo fue a la edad de 2 r an.os.
Finalmente, amigo mio, solo me resta decir a Vm. que ha
dado a los emulos de su hermano, que, como &lt;lice Vm. mui
bien, todavia pululan, con esta nueva edicion un nuevo hueso
que roer. Tienen el desconsuelo de ver que las Obras de
Yriarte por todas partes se buscan, y se aprecian; que todas
sus producciones tienen un gran despacho, que sus Fabulas se
saben de memoria, como asi mismo otros muchos versos, y
que su nombre es ya clasico en 1~ Literatura espaiiola. Mucha
rabia les da; pero que tengan paciencia, y digan con Marcial :
Rumpatur quisquis, rumpitur invidia.
YÔ me alegro que su salud de Vm. se mantenga tan buena
igualmente que la de su Sefiora, a quien hago presentes mis
respetos, agradeciendo su buena memoria. Mi hermana y mi
hermano Juan que se halla aqui, dicen a Vm. mil cosas, y
repitiendo yo a Vm. las gracias por su fina atencion, le repito
lo que ya sabe, que es y sera siempre su afectisimo amigo
Carlos

217

PIGNATELLI.

Sen.or Dn Bernardo de Yriarte.
(Note de Bernardo.) Contestacion de D Carlos Pi11atelli
a La caria que Le escribi manifestandole las razones que tenia
para no estampar por ahora el Elogio que compuso de mi
hermano Tµmas.
11

�218

ANTONIO AGUIRRE

NOTICIA HISTORlCA DE LA VIDA, Y ESCRITOS
DE DON THOMAS YRIARTE.
Aunque la Vida sedentaria, y casi siempre obscura de los
Literatos no atrahe la atencion de los demas hombres como 1~
de aquellos personages que influyen ~irectamente en la
suerte del linage humano, no solemos, con todo, tener menos
curiosidad de indagar el caracter moral, genero de vida, inclinaciones, y hasta las mas minimas circunstancias de los
hombres ilustres, cuyos escritos admiramos; y aun creo en
este punt; llevan los hombres de Letras una gran ventaja,
por quanto nos persuadimos naturalmente a que sus acciones
cleben ser mas conformes a la recta razon, y a la sabiduria de
que se constituyen maestros. Pero nazca esta curiosidad de
preocupacion, o bien tenga un solido fundamento, es indudable
que no nos interesamos menos en averiguar lo que hicieron
Platon, o Aristoteles, que costumbres tubie'.on, las pasiones a
que estubieron sugetos, el orden de vida que llevaron, y hasta
su trage y fisonomia, que nos interesamos en saber las particularidades de la vida de Cesar, o Ale~andro. Por esto han conservado las Nacionescultas, y han perpetuado por una tradicion
constante las noticias de la Vida de sus Escritores ins1gnes, y
las leemos cada dia con nuevo placer. En estos ultimos tiempos con especialidad, introduxeron las Academias mas cel~bres
la costumbre de consagrar un elogio historico a la memona de
sus Socios benemeritos, sirviendo este de estimulo a los demas
para adquirir nuevos meritos que los hagan dignos de semejante distincion.
Estas consideraciones, y el ver que entre nosotros suele
escasearse demasiado a nuestros dignos Literatos el tributo de
elogios a que se han hecho acreedores por sus tareas y desvelos, ban animado a emprender un elogio historico de don

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1
1

LA NOTICE DE PlG!IIATELLI

219

Thomas Yriarte, sugeto bien conocido de todos los amantes
de las Letras, que ha ilustrado a su Patria con sus escritos,
cuyo nombre es apreciado de las naciones estrafi.as, y cuya
Vida moral y Literaria puede servir de norma y dechado a los
jovenes que aspiran a entrar en la penosa y aventurada carrera de las Letras.
Nacio don Thomas Yriarte en el Puerto de la Cruz de la
Villa de la Orotava en la Isla de Tenerife, una de las Canarias,
en 18 de Setiembre de 1750. Sus Padres fueron Don Éemardo
Yriarte, y Dofia Barbara de las Nieves Hernandez de Oropesa.
A los I o a.fi.os de edad paso a la Villa de la Orotava a estudiar la Lengua latina baxo la ensefia.nza de su Hermauo Fr.
Juan Thomas Yriarte, de la Orden de Predicadores, que se
distinguia por sus noticias en materias de Filosofia, y theologia, y buenas Letras, por su buen gusto en la Literatura antigua. Vivia Don Thomas dentro del Convento, y en la Celda
de su hermano y Maestro. La aplicacion al estudio que empezo
a manifestar desde su tierna edad miida a su natural viveza y
comprehension, coucurrieron a que hiciese rapiclos progresos
en la Latinidad, de suerte que en breve se hall6 en estado de
traducir corrientemente a Horacio, y a Virgilio, y aun de
componer algunos Versos en Latin, acaso no inferiores a los
que componen personas que creen poseer con perfeccion el
idioma de los Romanos.
Pero la suerte que destinaba a Yriarte a una Carrera brillante en la Literatura, le proporcion6 en breve un Campo mas
dilatado en que exercitase y manifestase su talento. A insinuacion de 3U tio Don Juan Yriarte, Bibliotecario de S. M. y
Ofi.cial traductor de la I 8 Secretaria de Estado, sugeto tau
conocido y celebre por sus apreciables preudas, y profuuda
literatura, dispusieron los padres de Don Thomas pasase a
Madrid baxo la direccion de su tio; quien por un movimiento
natural de cari.fia acia el Sobrino y por las noticias que tenia

�220

ANTONIO AGUIRRE

de su buena indole y aprovechatniento, se habia propuesto
dirigir sus Estudios, y completar su educacion.
Partio el joven Yriarte de Santa Cruz de Tenerife a princi.pios del afio r 764, y se despidio de su Patria con unos disticos latinos mui superiores a· lo que se podia esperar de su
corta edad, pero que anunciaban de tal suerte su genio por ta·
poesia, que llegado a Madrid no pudo persuadirse su tio fuese
de el aquella composicion, hasta que por varias preguntas que
le hizo, a las que el Muchacho dio ias adequadas respuestas,
se convencio pot fin de que era reahnente Autor de los
Versos.
Admirado Don Juan Yriarte de su adelantamiento y conocido quanto podia prometerse de su capacidad1 empez6 a ocuparse con el mas tierno carifio y el mas vivo interes en su
educacion y estudios. Una de las cosas que tom6 con mas
empefio fue el perfeccio.narle en la lengua latina, que posehia
medianamente pero que no habia aprendido con los solidos
pri.ncipios que son necesarios para llegar a conocer toda la
delicadeza de aquel idioma.
Las personas ilustradas conooen mui bien y se lamentan
unanimemente del sistema defectuosisimo de ensefianza que
se observa en nuestras escuelas respecto al estudio de la
lengua. Quien no ha de mirar con sumo dolor que se sàcrifique la mas preciosa edad de la vida para·aprender un ydioma
que ya no se habla, y que se ensefia ademas por un metodo
absurdo, el qual en vez de ilustrar el entendimiento le ofusca
cargando la memoria de voces exoticas, de reglas diminutas, de
difiniciones falsas, y a veces contradictorias, que para colmo de
torpeza y error estan escritas en el mismo idioma que se pretende ensefiar !
Conociendo estos abusos, y la imposibilidad de alterar todo
el orden de la ensefianza en nuestro sistema actual de educacion, se habia propuesto Don Juan Y riarte mejorar por lo
menos el metodo y estudio del Latin, a cuyo fin se habia dedi-

LA NOTICE DE PIGNATELLI

221

cado hacia muchos an.os a la composicion de una Grama~ica
latina, la que, ademas de incluir ·los pr_eceptos, ~os expus1ese
con el mejor orden, concision, y clandad, escnta en lengua
vulgar, y ademas en verso por el convencir~iento en que estaba_
de quanto influye el grato aliciente
la nma ~ara gravar con
facilidad los preceptos en la memona de los mn~s.
Hizo efectibamente este Literato el mas fehz ensayo de
su m~todo con su sobrino, subministrandole principios mas
fecundos y luminosos que, auxiliados de sus explicaciones y de
la buena disposicion del discipulo, hicieron de _el un e~celente
gramatico, y un profundo humanista. Cada dia se le 1ba for~
mando mas el gusto, y baxo la direccion de un bue~ maestro
adquiria mas aficion a las Letras. Lehia con su t.h10 los h1~jores Autores Latinos y aprendia a conocer y admirar sus pn-

?e

mores.
Al mismo tiempo se imponia en el conocimiento de otros
ramos: la Geometria, la Geografi.a, la Historia, los principios
generales de la Fisica, el estudio de las Lenguas culta,s, particularmente la Inglesa, y Francesa, de cuyo ultimo idioma s_e
ex.ercitaba en traducir mucho al Castellano : todo fue succes1vamente objeto de su aplicacion, y con especialidad se dedic6
al estudio de los buenos autores de Retorica, y de Arte Poetica, que era su principal ocupacion. ~inalmente, dura~te
siete aiios que permanecio baxo la direcc1on de su docto th10,
estubo incesantemente aplicado, procurando imponerse en
todos aquellos ramos que constituyen no solo un hombre bien
eùucado ' sino un perfecto Literat6.
.
.
No sera ageno de este lugar manifestar quan t1ernos e mdebles fueron los sentimîentos de gratitud que conserva
durante su Vida acia el respetable Maestro que habia dirigido
los estudios de su juventud, y quan viva conserva va la memoria de aquel1os primeros an.os en que ech6 los _cünie_ntos del
edificio con que se adquirio despues una repu~ac10n bien. merecida. En prueva de su gratitud y del aprec10 que hac1a de

�222

ANTONIO AGUIRRE

las producciones de su thio, despues de la muerte de este cuid6
de la correccion e impresion de su Gramatica Latina, que se
imprimio el afio de 1774, la qual, aunque experiment6, como
era preciso sucediese, algunas contradicciones, ha ido poco a
poco desterrando el arte vulgar atribuido a Nebrixa, y por
ultimo se ha adoptado con feliz exito en muchas escuelas, y
especialmente en el Real Seminario de N ables y en los Reales
Estudios de San Isidro. Asi mismo cuid6 de la impresion de
algunas Obras de aquel erudito, que salieron en el afio 1776,
en dos tomos en 4°, y a las que subscribieron varios personages de esta Corte.
El grande recogimiento, quiza excesibo, que le tubo su thio
durante sus estudios, su natural deseo de saber junto con el
trato de dibersos literatos que frequentaban aquella Casa, y la
proporcion de haber en ella una selecta libreria, completaron
su instruccion, animandole a emprender varias obritas que
tomaba y dexaba (es expresion suya) con la inconstancia
propia de un joben ansioso de ab1rcar mucho. Pueden considerarse todas estas composiciones como tareas de exercicio
y ensayo, por lo que no merecen particular mencion; pero
ya se advertia en muchas de ellas el germen de las doctas
y acabadas obras en que debia en adelante ilustrar a su
Nacion.
Con especialidad la poesia y la musica eran sus delicias.
Desde Canarias tocaba varios instrumentas, sabiendo bastante
de musica para tocar un papel de pensado, bien que jamas
habia tenido maestro, ni tubo despues otro que los libros.
Dedicose a estas y por ellos aprendio como ciencia lo que solo
sabia como arte. Llegô por fin a saber la composicion y a
tocar de repente el Violin, y la Viola solo por observacion y
practica, y despues con el auxilio de alguna instruccion que
· recibio de su amigo el maestro de Capilla de la Encarnacion
don Antonio Rodriguez de Rita. En esta dibersion de la
M qsica pasaba durante el resto de su Vida los ratos ociosos

LA NOTICF, DE PIGNATELLI

223

que robaba al estudio o que las obligaciones de su Empleo le
permitian.
Por lo que hace a la poesia, su thio habia advertido desde
luego su grande amor a este arte, y la facilidad que tenia para
hacer versos : se habia esmerado en conducirle por la estrecha
senda de las juiciosas y severas maximas de Roracio, sin las
quales es vana toda tentatiba de subir a la cumbre del Parnaso. Raciale sacrificar a veces ciertas imagenes, ciertos pensamientos, que aunque brillantes no parecian opartunos, o no
satisfacian del todo su delicado gusto. No perdonaba ningun
ripio ni epiteto inutil, borraba sin compasion toda aprension
ambigua, u obscura, e insensiblemente le acostumbrava a la
conneccion del estilo y a limar con sumo cuidado todas sus
composiciones, desechando enteramente aquella poesia de
ojarasoa, llamemosla asi, que por desgracia tiene todabia no
pocos apasionados.
La. lectura de la poesia de don Thomas Yriarte da a conocer quanta se aprovech6 de las lecciones de su docto thio.
Acaso ha llegad0 al extrema su escrupulosidad en este punto,
en que no disimulaba el menor descuido ni en si mismo ni en
los demas.
Desde que empez6 Yriarte a manejar medianamente la
versificacion, manifest6 inclinacion y facilidad para la poesia
dramatica, y antes de cumplir 18 afios de edad, habia ya
compuesto la Comedia que tiene por titulo Hacer que hacemos, y se imprimio en 1770, con el nombre de don Tirso
Imareta, anagrama de don Thomas Iriarte. Despues tradujo
del Frances para el Teatro que entonces habia en los Sfüos
Reales, la Comedia del Fitosofo Casado, la Escocesa, la tragedia del Huerfano de ta China, y compuso ademas algunos
dramas originales que fueron preludio de otros que ha dado
posteriarmente a luz de mucho mas merito, y artificio, pero
que acreditaban su buen gusto en materias dramaticas, y que
habria de ser con el tiempo uno de los horp.bres aptos para

�A~TONIO AGUIHRE

reformar nttestro desarreglado teatro. Pero en el afi.o de 1775,
subsistiendo todabia el teatro de los Sitios, abandon6 enteramente, de resultas de varias disgu tos que le ocasionaron,
aquella tarea.
En el afi.o de 1771, por fallecimiento de su thio don Juan
Iriarte, le sucedio en el empleo de oficial traductor de la
primera Secretaria de Estado y del Despacho, en cuyo exercicio se hallaba ya diestro por haberle desempefiado mas de
tres afios en Vida de su thio durante las indisposiciones de
este. Por espacio de los mismos tres afios habia asistido constantemente al lado del marques de los Llanos en las Secretarias del Peru, y de la Camara de Aragon, solo con el fin de
instruirse en el manejo de papeles, y practica de oficinas.
Por este mismo tiempo se le dio la comision de componer
el Mercurio politico. Empez6 separandose de la costumbre
establecida de cefiirse a la mera traduccion del de la Haya.
Hizo venir varios papeles publicos; entresacô lo mejor e hizo
de su ,.1/ercztrio una obra instructiba y curiosa. Por desgracia
no continuo mucho tiempo este trabajo, y tubo que abandonarle con motibo de habersele encargado de orden Superior
la traduccion de los apendices Latinos, Franceses e Italianos
que se hallan al fin de los tres tomo de cartas Latinas de
Aletino Filaretes en defensa de Palafox.
Durante todo este tiempo en que estubo nuestro Iriarte
sumamente afanado, (pues ademas de las tareas de su empleo,
y de varias Comisiones particulares que se le encargaron, trabaj6 mue ho en el arreglo de lo papeles ùe su thio) no dejo
de ocupar los ratos ociosos en la composicion de algunas
obritas (la mayor parte poéticas) de que son testimonio unos
Versos en Latin y Castellano que se imprimieron con ocasion
del Naciruiento del Infante don Carlos e institucion de la
Orden de Carlos 3° en 1771. Merece tambien mencionarse un
Papel en prosa que imprirnio despues, intitulado Los Literatos en Quaresma, en que por medio de un pensamiento inge-

LA l\OTJ CE ng PIGNATELU

nioso satirizaba y repreendia varios abusos morales y literarios y proponia algunas ideas utiles para la reforma de la
educacion y del teatro. Por este mismo tiempo compuso una
gran parte de Poesias sueltas y muchas Satiras, o Epistolas en
verso que dedic6 la mayor parte a su intimo amigo Don
Josep~1 Caclahalso baxo el nombre de Dalmiro, sujeto bien
conoc1do en muestra Republica Literaria por varios escritos
especialmente por la ingeniosa obra de los Eruditos a /~
violeta.
i:ia ta ahora hem.:&gt;s con iderado a Yriarte como un joben
ans1oso de adquirir noticias y erudicion, y de exercitar su
talento en dibersos ramos de las Bellas Letras. Vamos a considerarle como un literato de un gusto ya formado y admiremos los frutos sazonados ùe su ingenio y estudios en las composiciones que public6 succesibamente y por las que se ha
dado a conocer y hecho apreciar del Publico ilustrado.
Hahia nombrado S. :\1. a don Thomas Iriarte en 26 de
Junio de 1 776 Archivero General del Supremo Consejo de
Guer~, y se deùic6 con el mayor empefio al arreglo ùel
~rch1vo. Pero _dur~nte unas Vacaciones en que se Io perruit1eron las obltgac1ones de su empleo, emprendio traducir en
verso Castellano el Arte poetica, o Epistola de Horacio a los
Pisones. La empre a era tan loable y util como dificil su
execucion; lo que excit6 a Iriarte a la idea · de aquel trabajo
fue el reconocer faltaba en nuestro Idioma una buena Version
de e·te Arle admirable que· se ha llamado con razon el
Co~igo del bue~ gusto, y de ear que varias personas que no
ent1enden el latin, aunque cultiban la literatura, ne se hallasen pribado:. de los excelentes preceptos que prescribe aquel
gran Poeta en :.u Epistola a todo genero de escritores. Acab6
f~li~mente la obra qu~ salio a luz con un docto discurso prehmmar en que examma la traducciones Castellanas anteriore · a la suya, y unas notas mui oportunas en que de embuelve el artificio del Arte de Horacio, aclarando los lugares
Rt 1•ue Hi.•ranique. P

t5

�AN'l'ONIO AGUIRRE

LA NOTICE DE PIGNATELLI

obscuros que tanto han dado que hacer a los Comentadores.
Fue recibida su traduccion con general aplauso del Publico.
Admir6 la facilidad con que el traductor vierte en nuestro
idioma los textos mas dificiles del original sin apartarse casl
nunca de la mente de Horacio, no menas que la correccion
de su estilo, y la fluidez de versificacion.
Pero como en su discurso preliminar se habia atrevido a ·
criticar a nuestros antiguos traductores, particularmente a uno
que justamente tenia adquirido fama de buen Poeta, se
snscit6 contra él una guerra literaria, de que es testimonio un
papel que como arma defensiva us6 publicandole con el titulo
Donde las dan las toman, en que despues de haber vindicado
su traduccion de los injustos reparos y tiros que la acertaban,
y desembuelto varios principios de literatura y buen gusto,
acredit6 no era partido mas prudente entrar en lid con él
so9re asuntos de humanidades y que tenia armas de sobra,
.no solo para defenderse sino tambien para vencer y confundir a sus adversarios.
La traduc.cion del Arte de Horacio habia suscitado a
Iriarte tantos emulos que, en vez de desanimarle sirbieron para
encender en él un mas vivo deseo de distinguirse en la carrera
de las Letras, y de publicar otras obras de mas trabajo y
recomendacion, que al paso que le adquiriesen mayor gloria
diesen tambien mayor pabulo a la embidia,y a la malignidad.
A principios del afio 1780 public6 una de aquellas obras
que honran a un escritor y a la nacion de que es indibiduo el
autor que la escribe. Hablo del Poema de la Musica, uno de
nuestros escritos del Siglo pasa&lt;lo que ha merecido mayor
aplauso y es mas conocido entre los Extrangeros.
Hacia tiempo que Iriarte estrafiaba q•.1e habiendo tantos
poemas didacticos sobre una infinidad de materias menos
acreedoras a hermanarse con la Poesia que la Musica, hubiese permanecido este arte dibino como desairado, pareciendo un desaire tanto mas injusto quanto la Poesia misma

habia merecido que Horacio, Vida, Boileau y otros Poetas
explicasen sus documentos en metro.
Esta consideracion uniqa al estimulo de algunos Sugetos instruidos le movieron a ensayar sus esfuerzos en trabajo de tanto
empefio. Ademas de su profundo conocimiento y medita-cion
sobre ambas Artes, de su inata aficion a ellas, y de su gran
facilidad para la versificacion, asegura el acierto su genio a la
Poesia Didactica tanto mas quanto reunido el don de ex--poner con suma claridad y concision las reglas tecnicas al de
amenizar ·los preceptos obscuros con la elegancia del estilo y
con la armonia de la Versificacion.
Apesar de esto, y concluidos ya los ties primeros Cantos
del Poema, penetrado de las dificultades con que tenia que
luchar, y desconfiado de sus propias fuerzas, resolbio no .concluirlo, ni publicar su trabajo, determinando sirviese unicamente, como insinua el mismo en el Prologo, para su dib6r_sion
privada, y la de algunos Amigos aficionados al arte musico.
Asi se hubiera verificado, y nuestra Literatura careceria de esta
obra si el Exmo. Sefior Conde de Florida Blanca, que en
aquella ocasion quiso servirle de Mecenas, no le hubierà animado con su aprovacion a finalizarla y darla al Publico, ofreciendose a disponer se estampase, como se verific6, saliendo
a&lt;lornada con todo aquel luxo y p;riruor tipografico a que era
acreedora una obra de tal clase. Con tan poderoso mobil determin6 Iriarte_ concluir su Poema, y se esmer6 en dade toda
la correccion de que era capaz. Corrio con la impresion, y dio
tambien la idea de las laminas que hermosean la obra, y la
hacen recomendable hasta por lo accesorio de ella.
Salio por fin este Poema a la censura del Publico, y es preciso que confesemos que logr6 mejor acogida y recibimiento
entre les Extrangeros que entre uosotros. No es esta la primera ni acaso la ultima vez que se ha visto el propio fenomeno literario, por lo que no sera ocioso examirnrr porque,
siendo en los tiempos presentes tan cootadas nuestras obras

�228

ANTONIO AGUlRRE

literarias cuya reputacion se extîenda mas allà de los Montes,
se encuentren muchas personas entre nosotros mismos de tan
poco patriotismo que pongan todo su conato en deprimirlas
como si llevasen el obgeto de desposeer a nuestra nacion de
todo buen concepto en esta linea. Puede acaso ser suficiente
motibo para que se deprima un Libro el que se halle traducido en Ingles o en Frances o que se hable de el en las Gazetas
Extrangeras. Si tal es la fuerza de la embidia en algunos Escritores que, por clespecho de ver el poco caso que hace su
nacion de los Papelones que publican y creen dignos de aprecio,
pre:fieren que las demas N aciones nos traten de incultos al reconocer la superioridad de luces que ellas mismas reconocen
en algunos Espafioles sus contemporaneos.
Seria sin embargo injuriar a la Nacion si se disimulase aqui
quan crecido fue el numero de los doctos Espafioles que
hicieron y hacen de este Poema el mas digno aprecio, admirando generalmente la grau facilidad con que el autor supo
reducir a numeros poeticos una materia tan ingrata qual es la
parte tecnica de la Musica. Su profundo conocimiento deste
arte, la delicadeza de su critica, el metodo, la variedad, la harmonia y fluidez de los versos no menas que la correccion, y
propiedad con que el autor manejaba la lengua Castellana,
cuyo conjunto de recomendables circunstancias constituian el
Poema de la Musica segun esta ya calificado una obra clasica
y el unico Poema Didactico que podemos oponer a las naciones extrangeras que abundan en ellos.
Este genero de composicion parece facil a primera vista,
pero es acaso uno de los mas di:ficiles de quantas comprende
el vasto dominio de la poesia, y ocioso descender a ventilar
aquello que sobre el particular se ha dicho y opinado y sobre
la dificultad y aun incombenientes de unir y combinar la parte
elemental y didactica con las imagenes y arti:ficios poeticos.
El autor, segun el mismo nos dixo, se propuso desechar toda
ficcion poetica, y no siguio otra guia que la haturaleza y la

LA NOTICE DE PrG:'.IIATELLT

229

verdad. Esta estrechez a que se redujo voluntariamente ha
sido causa de que se privase de infinitos recursos que hubieran podido amenizar mas la obra, pero su caracter severo
quiso hacer este sacrificio al orden, al metodo, a la exactitud
de los preceptos, supliendo esta voluntaria esterilidad, si se
la quiere llamar asi, con otro genero de bellezas que no suelen ser mui comunes, quiero decir la suma claridad con que
explica las intimas delicadezas de la Musica en Versos fluidos
y sumamente correctos, ligados a la dura ley de los consonantes, a natural tan felizmente aplicados que, sin estudio y
sin repetir su lectura quedan grabados los versos en la me. m01ia con la sobriedad con que trata lo mas esencial del arte
sin pecar de prolijo ni de diminuto la ajustada critica sobre los
puntos contenciosos en que, como le dixo Metastasio en una
Carta de que pocos estan acordes va a tratarse; la correccion de su estilo, la pureza de la lengua Castellana, calidad
harto rara en estos tiem pos, y finalmente una agradable melodia que al mismo instruye y que han reconocido acordes
todos los amantes de la Poesia y de la Musica.
Dio pues a Yriarte el grau Metastasio, y debemos recordar
al Publico literato, un testimonio bien onorifico del aprecio
que hacia de nuestro Poeta en la Carta anunciada que le
escribio con motibo de haber lehido su Poema, dispensandole
al mismo tiempo la fineza de embiarle su retrato. Bien sé que
los emulos de Yriarte y sus Enemigos han encontrado en esta
misma circunstancia materia para exhalar su bilis, dibulgando
que era una carta de mero cumplimiento y atencion, una de
las muchas que aquel grande hombre escrib1a a varios Personages que ambicionaban sus aplausos y a quienes no queria
descontentar. Sin duda que uno de los mas felices artificios
de la malignidad es el tirar a confundir las cosas quando puede
darseles cierta apariencia de verosimilitud, pero este artificio
que a veces impone y alucina a algunos hombres, por otra
parte bien intencionados, no dura mucho y se manifiesta fa-

�230

A 'TONTO AGUlRRE

cilmente a la luz del mas sencillo raciocinio. Es cierto que
Metastasio escribio alguna vez Cartas de puro cumplimiento
en las que, por no desagradar a los que le tomaban por juez
y ambicionaban sus 3:plausos, y acaso porno hacerse enemigos,
concedia alabanzas a escritos que no eran acreedores a
ellas; pero leanse estas con atencion, y lease la Carta que
escribio a don Thomas Yriarte: que difereucia en la substancia,
en el modo, en las expr.esiones I como se manifiesta la adlniracion que le causaba un joben que habia emprendido una
obra de aquella naturaleza y desempefiadola tan felizmente !
Sus palabras son terminantes, no a voluntades ni vagas, como
sucede quando se habla de cumplirniento. Llega quasi hasta el
entusiasmo, diciendo a Yriarte: «Todas estas dotes constituyen
en Vmd. uno de aquellos felicisimos mortales quos equis amavit J'upiter. » Antes le habia dicho que aquel Sapere de Horacio (esto es el sano juicio) que tan a menudo se hecha &lt;le
menos en los mas venerados Escritores y que se encontraba
constantemente en sus pensamientos le anunciaban todo lo
que era y todo lo que prometia. No es mi intento copiar la
Carta por entero. En la coleccion que sale nuevamente a luz
se halla inserta, y creo qualquier Lector imparcial que la
lea reconocera como nosotros que una Carta de aquella
especie no es de mero cumplimiento, y que no podia Metastasio escribirla sin comprometer su propio juicio y dicer•
nimiento, no menos que la rectitud de su caracter en caso
que no pensase lo que escribio, pudiendo haber cumplido a
mucho menos costa. Por lo demas, me persuado que la aprovacion nada equiboca y bien decidida de tan insigne critico y
Poeta pudo haber consolado a nuestro Yriarte de la desaprovacion e insulsas invectivas de algunos de sus Compatriotas.
No contentos los Extrangeros con admirar el Poema de la
Musica, quisieron naturalizarle en sus Idiomas propios. En
Italia, ademas de una traduccion completa de esta obra, corren varios fragmentos traducidos por dibersos ingenios. Y por

LA !'iOl'ICE DE PIGNATEl.LT

lo que hace al aprecio que ha merecido en Francia este Poema,
no puede dexar de mencionarse lo que &lt;lice de ella el Abate
Gournand en su docta obra de las reboluciones de la Literatura en las dibersas Naciones. Hablando del estado de la
literatura Espaiiola en el siglo pasado, se explica de este
modo : « Hemos visto ultimamente salir de las imprentas de
Madrid un Poema sobre la Musica, en que el profunclo conocimiento de las reglas se halla acompafi.ado de todos los
encantos de la armonia. Ojala que semejantes exemplos se
multipliquen para gloria de una Nacion que participa con
especialidad de la influencia benigna del Sol, y en que la X aturaleza, cuidando de todas sus producciones, no se ha olvidado
de los hombres. » No hace ademas mucho tiempo que se vio
anunciacla en el papel intitulado la Decada filosofica una
nueva traduccion en Frances de este Poema que, a juicio del
critico que se manifiesta mui instruido en la lengua Castellana
y en la literatura, y al mismo tiempo que manifiesta los .descuidos del traductor, hace esperar otra mas digna del original.
La publicacion del Poema de la Musica fue la epoca de
la enemistad y encono de varios Literatos, verdaderos y
supuestos, contra don Thomas Yriarte. Entonces se formô
una especie de Liga que se llamô de los Anti-lriartistas . :
se contempla ya extinguida porque al cabo los muertos
nun::a tienen tantos adversarios como los que subsisten
vivos. Indagando qual fue el yerdadero motiJ::&gt; de este
encono, no se ha podido descubrir otro que el de un secreto
pesar de la reputacion literaria con que se alzaba Yriarte,
pues un hombre que como el cultibava las letras por aficion,
que respetaba al publico y a todos los Autores, buenos o
malos, y que ademas no disputaba a los demas empleos ni
premios, no podia grangearse enemigos sino por los motibos
indicados. Esta enernistad y malevolencia subio de punto con
la publicacion de las Fabulas Litera-rias.
Nadie ignora que los excelentes Fabulistas han sido siempre

�232

ANTONIO AGUJRRE

mui raros, y que, entre tantos Poetas que en dibersos tiempos
y Paises se han dedicado a componer Apologos, son contados
los que merecieron general aceptacion. Estos pocos siempre
se han reputado por hombres grandes y poetas de primer
orden. Esopo, Fedro, La Fontaine, y tal qual otro son los
unicos que se celebran como excelentes Fabulistas. Yriarte,
cuyo talento se extendia a varias clases de poesia, quiso tambien ensayar sus fuerzas en el Apologo : mas al ver que los
mejores Fal&gt;uladores, empezando por Fedro, se babian contentado, exceptuando una u otra Fabula, con glosar a su modo
los cuentos inventados por Esopo o atribuidos a el, intent6
separarse del camioo trillado y se propuso pre entar al
Publico una coleccion de Fabulas originales, no solo en la
in-vencion de los asuntos sino tambien en el obgeto de la moralidad, dirigida unicamente a repreender y corregir los vicios
de la profession literaria, por cuya razon las dio el titulo de
Fabttlas Literarias.
Pero yo oigo los clamores de la critica que empieza por
querer despojar a estas Fabulas del merito en la originalidad
del pensamiento. Consiste esta en haber inventado una porcion de Fabulas cuya morali&lt;lad habla unicamente con los
Literatos, presentandoles, digamoslo asi, un curso de moral
literaria en apologos, en los quales muestra los defectos que
deben ebitar y las maximas que deben seguir si aspiran a
agradar a la posteridad.
Mas aun quando fuese cierto que por la novedad de esta
idea no mereciese Yriarte ser tenido por Autor original (lo
que estamos bien lejos de conceder) l quien podra disputar la
originali&lt;lad en la invencion de sus mismas Fabulas, pues no
hay una sola en la coleccion que no sea parto de su ingenio ? Y si se ha mirado como empresa muy difidl y digna de
immortalizar a sus Autores la de vestir con gracia, y adornar
los apologos de Esopo y Fedro, que diremos de quien Yierte
la gracia y sal sobre sus propias lnYenciones ?

LA NOTICE Dl•: PlG:-ATELLI

z33

El Publico Espafiol ha hecho justicia a estas Fabulas, que
acaso sera la obra de Iriarte que mas generalmente le acredite
en la posteridad, y que se leera siempre aun quando pudiese
obscurecerse el merito de las demas con el discurso de los
tiempos. Han llegado ya a ser obra clasica, y son para Espaiia
lo que las del inimitable La Fontaine para Francia. Muchos
de sus versos han pasado a proverbios y se oyen y repiten
como tales a cada paso en las conversaciones familiares. Los
que dirigen la jubentud las ponen en manos de los nifios,
quienes las aprenden de memoria con suma facilidad y las
repiten con iodecible placer, l&gt;ebiendo desde su tierna edad
las sanas maximas que les serbiran en edad mas abanzada de
presen·atibo contra el mal gusto y la pedanteria que reina
maso menos, y donde aprenderan al mismo tiempo la dignidad de las Letras, el decoro que deben guardar los que la profesan para no em-ilecerlas, y escribir con pureza y correccion
en su idioma, a uo copiar serbilmente a los demas, a no infestar de voces estrafias ni goticas su lengua materna, a no
tomar por talento poetico una inconsiderada ambicion de
pasar por poeta, y ultimamente a no dejarse aluzinar de
expresiones pomposas y sin substancia, ni seducir de reputaciones usurpadas o indebidamente adquiridas.
Si el poema de la :;,\Iusica llam6 la atencion de las :N'aciones
cultas de Europa, las Fabulas Literarias se la atrageron mas
ampliamente. No especificaré las dibersas traducciones de
alguoas de sus Fabulas, los juicios criticos y elogios que en
ditierso:, Diarios de Italia y Francia, Inglaterra,etc.se publicaron de ellas, pero aconsejaré a los enemigos de Yriarte que lean
la excelente traduccion que public6 de estas Fabulas en lengua
Italiana, y las eruclitas notas con que las ilustro el docto Juan
de Courel, Indibiduo de la Academia de las Ciencias y Bellas
Letras de Mantua, y se hallan en la coleccion cle us Poesias
impresas en Luca el ano de 179 3 : « El merito de Yriarte,
&lt;lice este traductor, consiste en la novedad de la invencion, en

�LA !IIOTlCE OE PIG:SATF.LLI

234

A,'T0:0-10 AGUIR~E

la gracia de su estilo siempre agradable y lleuo de sales, y en
haberse acercado mas que ninguno otro Fabulista a la inimitable naïvetl' o sencillez de La Fontaine, y despues de este no
creo le pueda disputar el primer lugar ningun Fabulîsta ltaliano, Inglés, o Francés. »
A pesar de la opinion de este hombre doctissîmo, tan buen
Poeta como buen critico, no puedo persuadinne que el genîo
fabulador de Yriarte teoga relacion alguna con el de La Fontaine. E te Fabulista inimitable no se parece a nadie, ni entre
los modernos ni entre los antiguos : su caracter le pertenece
exclusibamente y debemos dejar]e solo. Esto no disminuye el
merito de Yriarte, quien ni imita a Fedro ni a La Fontaine;
tiene tambicn el Fabulista Espano! su caracter propio por el
qual se distingue manifestando un modo particular de contar
que es lleno de gracia, sin que esta gracia proceda de un abandono natural, ni de una sencillez natiba,que nada deba al arte,
sino de una gracia y sal adquirida de resultas de mucha y
fina obserrnncia, de un grau trato del mundo y de los Lîteratos, de una &lt;lelicada critica y de un gusto acendrado. El
estilo de estas Fabulas es convenientisimo a la materia y a
la versificacion sumamente variada, con lo que ha provado
su autor que las mas de las clases de Yersos que adroite la
Lengua Castellana se pueden adaptar al Apologo, y ha pre:
sentado a los jovenes un modelo de cada una, lo !lue dificilmente hallaran reunido en otra parte.
La publicacion de las Fabulas Literarias produxo el efecto
que suelen producir semejaotes obras quando tieneu "un
merito real. Una grau parte de los escritores cuyo Mayorazgo
es la mediocridad, y que creian verse retratados en aquellas
Fabulas, por mas que el Autor ignorase hasta sus nombres y
existencia y tambien algunos hombres de merito a quienes,
para corroborar su partido y pandilla, logran alucinar sugiriendoles la idea de que el obgeto de Yriarte era hacer la censura de todos nuestros Literatos y constituirse Maestro uni-

versal, casi muchos alzaron el grito y no hubo genero de
invectiva que no lanzase su despique contra el inocente Autor,
quien a la verdad habia notado una serie de defectos dignos
de censura, pero observando religiosamente las leyes del
Apologo, a nadie habia indicado en particular ni aun remotamente ni con intencion deterrninada de zaherirle.
En el verano de 1782 se manifestaron los efectos de este
odio, que prorumpio la publicacion de una invectiva o Satira
personal con el titulo del Asno Erudito. Esta Satira, en que su
Autor se apartaba de las Leyes de la buena y licita critica, y
que no tenia otra gracia ni atractibo que el que para determinados sugetos ofrecen las obras de tal clase, es decir la
malignidad que las Cflracteriza, caus6 gran placer a los Emulos
de Yriarte, y aun merecio aplausos de algunas Personas de
quienes no debia esperarse : tal es la fatalîdad que acomete a
los hombres de letras quando una imparcialidad severa no
dirije sus juicios. Yriarte creyo no poder desentenderse de
esta invectirn, y aunque varios amigos fueron de sentir de que
no debia comprometerse respondiendo a semejante pape!,
pues ademas de no hacersele en el ningun cargo fundado y
facultatibo, todo se 'componia de expresiones avultadas y
vagas no menos que de personalidades, las quales, bien lejos
de desacreditarle a el, desconceptuaban al Autor que por la
primera yez se presentaba en la liz,l literaria esgrimiendo
aquel Folleto, quiso con todo hacer patente al Publico la
injusticia con que se le acometian, como asi mismo los princîpios falsos y erroneos que· en varias partes sentaba su adversario sobre la Literatura y el arte del Apologo. Verificolo asi
en un·papel intitulado Para casos tales sue/en tener los J.lfatstros ojicialcs, que despues recibio premio en la coleccion de
sus Obras Literarias, y pens6 de nuevo ilustrar a su Nacion con
otras obras magistrale,. Corno su_principal inclinacion era la
poesia y Virgilio en particular formaba sus delicias, despues
de haber refleccionado y observado mucho la immort~l E11eida,

�ANTONIO AGUIRRE

LA NOTICE DE PIGNATELLI

se sintio con vivisimos deseos de ensayarse en la epopeya; y
encontrando en los faustos de nuestra Nacion uno de los asuntos mas felices para producir un Poema epico qual es el de la ·
Conquista del Reino de Mexico por Cortés, se ocup6 algun
tiempo en ello y lleg6 hasta bosquejar el plan del Poema y a
escribir algu11os versos. Pero combencido de la gran dificultad
de la empre~a y de lo arriesgada que era, y desconfiando
prudentemente de sus fuerzas, abandono aquel proyecto :
buen exemplo para aquellos ingenios presumidos y temerarios
qne sin consultar el peso que pueden llevar sobre sus hombros,
se creen capaces de subir a la cumbre del Parnaso y de colo. carse al lado de los Homeros y de los Virgilios. Asi tambien
se estampa al fin de la quinta edicion de las Fabulas uno de
los varios planes en prosa de Fabulas que entre sus manuscritos se encontraron despues de su fallecimiento, intitulado
El Canario y el Grajo y es alusibo al Autor de la del Asno
Erudito.
Irritado este a quien Don Thomas Yriarte ni nadie de su
familia conocieron ni aun de vista, lleno del mas ilicito y
temerario encono, se enardecio componiendo un Libelo infamatorio no solo contra la persona de don Thomas, sino tarobien contra las respetables cenizas y obras eruditas e instructibas del docto Don Juan Yriarte, compreendiendo en el propio Libelo a otros dos Sobrinos de este celebre Literato, que
decorosamente desempefiaban empleos distinguidos en servicio
del Rey y de la Nacion, y solicitando forrnalmente y de
hecho dentro y fuera de Madrid licencia para imprimirle, despues de dos veces denegada. Noticioso el Superior Ministerio
de tan tenaz y temerario intento, pidio de Real Orden informe
al Consejo de Castilla, y precedida consulta del tribunal,
resolvioy mand6 S. M. se rehusase el Libelo y que un Alcalde
de Casa y Corte pasase a recoger el borrador y copias que el
autor tubiese en su poder o hubiese esparcido con. preYencion
al mismo Consejo de que en lo succesibo no le concediese

licencia para dar a luz obra alguna y la remitiese original a la
Via reservada de Estado para su debido examen qualquiera
que presentase.
Providencias tan autorizadas y satisfactorias tranquilizaron
e1 animo de don Thomas Yriarte, y [le dexaron J libre de
contiendas, pues, abandonando Yriarte aquel proyecto, dio
una nueva prueva de su moderacion, talento y juicio critico.
Sin embargo, deseoso de exercitar su numen en el genero
sublime, le ocurrio el feliz pensamiento de darnos en Castellano una traduccion completa en verso de la Eneida. Esta
empresa, aunque no tan ardua como la de un poema original,
ofrece un cumulo de dificultades que no se perciben a primera
vista. Es cierto que en estos escritos el traductor, guiado,
digamoslo asi, por el estro y sublimidad del original, casi
siempre se halla sostenido y no desmaya tan facilmente como
quando se ve abandonado a sus propias fuerzas. No es tampoco poca ventaja encontrarse desde luego con la invencion
de las cosas, los grandes pensamientos y la dignidad con que
se deben expresar. Parece sea la unica incumbencia del traductor conservar estos primores, cuidando mucho de no desfigurarlos ni marchitarlos quando intenta transladarlos a su
Idioma. No obstante, esta es una de las mayores dificultades
que presentan las traducciones, particularmente de obras de
imaginacion, sentando desde luego que el traductor debe
haber recibido de la naturaleza una gran parte del Genio y
talento del Autor, la indole tan variada de los dibersos Idiomas, el diferente caracter y la fisionomia (permitase esta
expresion) de cada Escritor, tan dificil de copiar aun para los
hombres de mas merito, los idiotismos, los usos y las costumbres de cada Nacion, que parece pueden pintarse bien por sus
propios Escritores, forman tal conjunto de obstaculos que,
aunque el traductor, a costa del mayor trabajo, llegue a superar muchos de ellos, sera dificil logre vencerlos todos. Agregase
a esto que el entendimiento quasi siempre preocupado a favor

237

�ANTONIO AGUIRRE

LA NOTICE DE PlGNATELLI

de los Originales, y habiendo perdido con la lectura la grata
impresion de la novedad, entra con mas severidad a juzgar la
repeticion de estas circunstancias en la traduccion.
Ha sido una question mui agitada la de si los Poetas deben
traducirse en prosa o en verso. Los amantes de la Poesia han
sostenido con mucha razon que no se podian traducir en prosa
sin despojarlos de su principal encanto que es el numero y la
armonia, y no podemos menos de subscribir a este dictamen;
pero resta saber si, traduciendolos en verso 1 no quedan reducidos a una imitacion mas bien que a una traduccion. Solo la
diferencia de harmonia entre dos Idiomas opone un obstaculo
insuperable a las traducciones en verso. l Quien podra persuadirse que nuestras Lenguas modernas, tan atadas en sus
construcciones, tan embarazadas con verbos auxiliares, tan
escasas de locuciones poeticas, y que se conceden tan pocas
licencias al Versîficador, puedan competir con la energia y
variada cadencia de las Lenguas Griega y Latina? l Quien
podra dudar de que si bolviese al mundo el mismo Virgilio
e intentase trasladar su Eneida en Castellano, no se encontrase inferior a si propio? Ademas la excesiva preocupacion
y favor de los antiguos perjudica no poco a sus traductores.
Suponemos que los antiguos se han expresado siempre con la
mayor felicidad, redundando nuestra ignoraneia en provecho
del Ociginal y en dettimento de la Copia. Esta misma ignorancia es sin duda la que nos hace admirar a veces varios
Poemas Latinos modernos en los que sus Autores nos halucinan con un idioma que no existe, al paso que son incapaces
de escribir inmediatamente en el suyo propio.
Supuestas estas consideraciones, se podra apreciar el merito
del trabajo de Yriarte en ]03 quatro primeras Cantos que
tradujo de la Eneida por no haber podido concluir toda la
obra. Propusose evitar igualmente los dos escollos de una
traduccion servi! y de una traduccion libre,
Los inteligentes son de opinion que ha logrado su obgeto

en quanto lo permite el Genio de los dos Idiomas, y entendidas
las dificultades de la materia, la diferencia de tiempos1 de
costmnbres, de versificacion, de gusto, y hasta de modo de
p~nsar. Impusose en su traduccion la estrechisima Ley de no
alterar jamas la mente de Virgilio, de conservar todas sus
imagenes y aun sus epitetos, y de expresar en lo posible los
pasages de harmonia imitatiba en que tanto abunda aquel
Poeta y que es tan dificil trasladar en los Idiomas modernos.
Por todo lo que se ha insinuado sobre el merito de esta
traduccion de Yriarte, bien se puede conocer que se esta lejos
de pretender iguale en merito al Original. El mismo Yriarte,
què conocia mejor que otro las dificultades de la empresa y
que era un admirador entusiasta de Virgilio, pensaba en este
punto con la mayor modestia y conocia quan dificil es arrebatar la clava a Hercules; sin embargo esta misma modestia
no estorvava a su penetracion reconocer la superioridad de su
traduccion respecto a todas las Castellanas publicadas hasta
entonces, y aun a varias extrangeras, particularmente a la de
Gregorio Hernandez de Velasco que, a pesar de sus muchos
defectos, tradujo con facilidad algunos pasages, dando ocasion
a que dixese el docto Luzan que no tenemos que embidiar a
la Italia su Anibal.
Para darnos una idea cabal del merito de la Eneida, habia
resuelto ilustrar su traduccion con var1as notas criticas que
manifestasen el artificio y primores de esta obra, sus delicadas
ilusiones, su exc_elente moralidad, su exactitud y, en una palabra, la ciencia e inmensa Erudicion que enbuelve. Pensaba
tambien publicar un Prologo en que desembolvia varias ideas
tan solidas como nuevas sobre el arte del Poema epico. Es
ciertamente una perdida para nuestra Literatura que no
pudiese concluir su obra. Pues aunque Virgilio es quiza el
Boeta de la antigüedad que tiene mas largos y difusos comentarios y sobre quien se ban exerc.itado mas los Criticos, quasi
todos le han comentado mas como Gramaticos y Eruditos

2 39

�ANTONIO AGUIRRE

LA NOTICE DE PIGNATELLI

que como Filosofos y hombres de Gusto. Esta notable falta
intentaba suplir Yriarte, y creo que si hubiese podido llevar al
cabo su empresa, le hubiera hecho tanto honor como la mejor
obra origi.nal de otra clase. Pero quando se hallava mas
engolfado en su tarea, quando no omitia fatiga para dar a los
Espa:êioles una verdadera idea de la sublime poesia de Virgilio,
tubo que suspender su trabajo y dedicarse a la imposicion de
.una obra que no era de su gusto, porque la consideracion
hacia la persona que se lo encarg6 y la utilidad en que habia
de redU:ndar le obligaron a emprender haciendo a estos dos
respetos el sacrificio de su . dibersion y aun de su gloria
literaria.
El Excmo. Seiior Conde de Floridablanca, entonces primer
Secretario de Estado, deseando que a los Libros que se ponian
en manos de los Niiios en las Escuelas se substituyese una
Obra Doctrinal compuesta por una mano docta y adequada a
la comprension de la tierna edad, dio a Yriarte el encargo de
escribir unas lecciones instructibas sobre la Moral, la Historia
y la Geografia: No pudo separarse Yriarte &lt;lel Plan que se
le comunic6, y quien considera a primera vista la calidad de
la obra que le habia encargado, quizi juzgara debia costarle
poquisimo trabajo, pues son infinitos los auxiiios que encontraria para componerla, entresacando de los muchas autores
que han escrito de estas materias. Mas si despues se reflecciona sobre la calidad del empefio que habia contrahido, su
escrupulosidad, su res:peto al publico, y la perfeccion que procuraba dar a sus escritos, conocera que no era un pequefio
trabajo escoger entre tantos Libros lo mas selecto, lo mas
puro y adequado, presentarlo con el mejor metodo y componer
una Obra verdaderamente cligna del obgeto de la instruccion
a la Juventud y adecuado a ella.
Diversas circunstancias y algunos disgustos que le ocasionaron quando trat6 de estampar sus Lecciones, fueron causa
de que suspepdiese la impresion de ellas; y murio dexandola

inedita y con la idea de publicarla algun dia por cuenta suya
con aquellas adiciones y mejoras que le pareciesen combenientes. Debemos al zelo de su digno hermano Don Bernardo
Yriarte, como tan interesado en su gloria, que se baya dado
despues al Publico, del qual ha merecido la aprovacion mas
completa. Dibidese la obrita en tres partes : reducese la primera a un extracto de la Historia Sag:rada desde la creacion
del Mundo hasta la predicacion de los Apostoles; la segunda
a una breve noticia de los principales Imperios· antiguos y a
un compendio mas extenso de la Historia de Espaiia; y en
la ~ercera incluye unas breves leccione~ de Geografia. El
metodo, la claridad, las maximas sanas unidas a un lenguage
correcto y castizo, brillan en esta Obra; y todos los que presiden a la educacion de la J uventud se han, apresurado a
adquirirla, juzgandola de la mayor utilidad, pues nada es mas
util que grabar desde luego en los corazones tiernos los principios de la Religion, de la Moral y de los conocimientos que
ilustran el entendimiento. Especialmente la Historia de·
Espafia esta tratada con singular maestria : en ella se ve
reducido a 300 paginas lo que obscuramente se lee en muchos
tomos en folio_ de nuestros Historiadores, sin omitir ninguna
cosa substancial, no habiendole costado ademas poco trabajo
el desetnbolver con la mas juiciosa critica los hechos ciertos
confundidos entre un cumulo de patrafias y de tradiciones
falsas o dudosas. El crecido numero de escritos que sobre
dibersos c;1.suntos habia compuesto don Thomas Yriarte en el
discurso de su Vida y la poca facilidad de encontrarlas reunidas, fue causa de que varios apasionados de nuestro don Thomas le sugiriesen la idea de dar por subscripcion aquellos
que creyese dignos de la atencion del Publico. Condescendio
gustoso con los deseos e instancias de sus Amigos, y en el
afio de 1788 public6 una coleccion de sus dibersas obras en
seis tomos en 8°.
Ademas de las obras anteriormente publicadas, imprimio
Revue Hispanique. P

241

r6

�ANTONIO AGUIRRE

LA NOTICE DE PIGNATF.LLI

en esta coleccion algunas poesias sobre varios asuntos que
habia compuesto en dibersos tiempos. Reducense a Eglogas,
Canciones, Epistolas, Sonetos, Romances, Epigramas; y en
todas estas composiciones en que no cifraba su mayor gloria
se advierte su grau facilidad en versificar y la flexibilidad de
su Genio para tratar asuntos que parecen encontrados, y
sobresaliendo en todos su buen gusto y la correccion del estilo
y la destreza con que manejaba su idioma.
Sus epistolas merecen particular atencion, aunque algunas
de ellas son unas verdaderas Satiras. A ninguna dio el Autor
este titulo, quiza porque conocialo espantadizo de una voz
cuyo nombre .solo alarma a los que temen ser obgeto de ella.
Ademas, dexandolas el titulo de Epistolas, se reserv~ la libertad de no criticar siempre y de interpolar en ellas ya varias
maximas de moral, ya descripciones u otros adornos poeticos
que no permite tanto la satira propiamente Hamada asi, la
quai no debe perder nunca de vista su obgeto, ni admite
tantas digresiones. Despues de Horacio, que tomô por su
principal modelo, procuraba imitar en este genero a nuestro
celebre Bartolomé Leonardo de Argensola, de quien hacia
grande aprecio y decia que ninguno de nuestros Poetas habia
escrito con tanto juicio ni imitado con mas facilidad a los
antiguos; y siguiendo la norma de este ilustre Aragonés,
reprehende con energia varios vicios y abusos de su tiempo,
ya tocante a la educacion moral y literaria, ya tocante al
desarréglo del teatro. Censura asi mismo el desprecio que se
hace de los verdaderos principios, el poco estudio de nuestro
bellisimo Idioma; unas veces se irrita contra la pasion ciega
del juego, otras contra la insulsez de las tertulias, en que no
se trata sino de frivolidades, otras contra el abandono y poca
proteccion que merecen las Letras humanas; todos estas
abusos estan retratados con gallardia y viveza, pero nunca se
aparta de la moderacion que debe guardar un Poeta Christiano, ni se toma la libertad de nombrar personas determi-

nadas, abuso sumamente reprehensible en que han incurrido
todos los Poetas satiricos antiguos y muchos de los modernos.
El talento de Yriarte para ridiculizar los vicios y hacerlos odiosos mediante la satira, se unia al de caracterizarlos y ponerlos
en accion en la Escena. Hemos insinuado que desde sus primeros aiios habia manifestado gran disposicion para la Poesia
Comica que habia cultibado algun tiempo, pero que abandonô
despues por unas ocupaciones. Habia hecho profundas reflecciones sobre el arte del teatro, habia leido lo mejor que se
ha escrito sobre esta materia, conocia los mejores Dramaticos
antiguos y modernos de las dibersas N aciones, y tenia entre
sus papeles varias apuntaciones tan curiosas como nuevas. La
Comedia del Seilorito mimado, que se representô en los teatros de Madrid y que se halla impresa en la coleccion de sus
obras, fue recibida del Publico con gusto y ha continuado
siempre en representarse con aplauso. Despues compuso la de
la Sellorita mal criadaJ que tubo igual aceptacion. En ambas
comedias ha admirado el Publico imparcial la ordenada composicion, la exacta observancia de las reglas del arte, destreza
con que el Autor supo sostener y variar los caracteres, poniendolos en contraposicion, el estilo adaptado y puro, el conocimiento que manifiesta del corazon humano y de la sociedad.
Otra Comedia compuso posteriormente, intitulada el Don
de gentes, que se imprime en esta nueva Edicion, y sobre la
que no se prevendra el juicio del Publico, agregandose ademas
el fin de fiesta Donde menas se piensa salta la liebre.
En la coleccion de las obras del autor se encuentra tambien
un escrito ingenioso que se habia impreso antes en un Periodico titulado El Corresponsal del Censor : se reduce a unos
versos en Latin macarronico, que intitulô Metrijicacio iuvectivalis contra studia modernorum. Es una Satira mui graciosa
contra la Pedanteria del Escolasticismo, y lo es a tal punto
que muchos adversarios de Yriarte, que no pueden vencer su

2 43

�244

ANTONlO AGUIRRE

repugnancia a confesar el merito que contienen sus composiciones, confiesan a una voz que estâ llena de sales. En boca de
un Doctor de una Universidad pane ironicamente las insulsas
invectivas que suelen hacer algunos de sus Doctores contra las
Ciencias exactas y las humanidades, el desprecio con que
miran los experimentoscle Fisica y de Quimica, tratando estas
investigaciones de quimeras y juegos de manas que nada
ensefian, y ultimamente en boca del mismo Doctor caracteriza la ignorancia profunda, la preocupacion tenaz y el empefio
de algunos hombres que se arrogan el nombre de sabios en
que los demas no se instruyan y abran los ojos a la luz. La
ironia finisima que reina en este escrito desde el principio
basta el fin ha sida causa de que algunos Doctores preocupados hayan llegado a imaginarse pudiese ser una invectiva seria
y formai contra verdadera apologia de los Estudios modernos
y una verdadera apologia del sistema escolastico. Causa ciertamente dolor que la Satira de Yriarte sea aun necesaria en
los tiempos presentes, y que, a pesar de los rapidos progresos
de la buena Filosofia y de las ciencias, existan todavia personas que, o por ignorancia, o por otros motibos, se obsHnen
contra la misma ebidencia y que, a la sombra del respetable
nombre de Aristoteles que han deshonrrado durante tantos
siglos, quieran llenar aun las Cabezas de los Jovenes de
absurdos y puerilidades escolasticas que en los tiempos de
ignorancia han sido la ocupacion hasta de los ingenios mas
despejados. Pero estos abusas han desaparecido ya en gran
parte y debemos esperar que el metodo actual de los Estudios, guiado por una sana y juiciosa logica como tambien por
la solida base de las matematicas, ya acabarâ de desterrar de
entre nosotros el Peripatetismo como se ha desterrado de
todas Jas Naciones cuitas y que ya esta proximo a exhalar el
ultimo suspiro.
La Vida demasiado sedentaria y aplicada que habia llevado Yriarte en su primera juventud y su incesante aplica-

LA :s'OTICE DE PIG'.'IATELLI

cion pudieron ocasionarle la enfermedad de la Gota que
empe1.o mui pronto a acometerle y le conduxo a la Sepultura. Habia consultado sobre esta do]encia a varios doctos
Facultatibos; habia tenido quanto se ha escrito sobre la Gota
y se habia sugetado no pocas veces al mas riguroso regimen,
suspendiendo sus tareas literarias por ver si podia asi templar la acrirnonia del mal. Pero todo fue en vano. Le habia
ido conllevando y aun le habia sacado mas de una ,ez de
las puertas de la muerte su docto Medico el profesor don
Jaime Bonells, que al mismo tiempo era su Amigo, el qual,
como tan ilustrado y ageno de toda chariataneria, jaroas le
lisongeô de que se curaria de su mal, sabiendo mui bien que
para la Gota no ha encontrado aun remedio el arte. Con
todo, le aconsej6 como mui provechosa la mudanza de Clima
y le indico coma preferible el de .San Lucar de Barrameda.
Con efecto se determino Yria1te a partir para Andalucia y
fijat su residencia en San Lucar durante algunos meses. Experimentô con realidad mucho alibio en ~quel amenisimo Pais,
pues aunque tubo algunos ataques de Gota, fueron mas benignos que los que padecia en Madrid. Desde San Lucar recorria
aquellas deliciosas cercanias y en todas partes era recibido
como correspondia a su merito y celebridad. Hallandose en
Cadiz, se representô en el teatro su Comedia de la Se1writa
mal criada que el mismo ensayô a los Actores y se repitio
varias dias con mucho aplauso. Entonces compuso tambien
la Escena unipersonal de Guzman el Bueno, que se represento asi mismo y agradô universalmente. Esta escena
manifiesta el talento de Yriarte para la poesia tragica, acreditando que podia calzar el coturno igualmente que el zueco.
En ella pinta la lucha de afectos que experimenta un padre
precisado a sacri-ficar la naturaler..a al Patriotismo. Esta accion
heroica que nos ofrece nuestra Historia no podia presentarse
sino en una escena ; pero para desembolver y hacer contrastar
los dibersos afectos que experimentô Guzman en aquel critico

�A.'lfTO:-IIO AGUIRRE

lance 1 se hacia indispensable ponerle en boca discursos que
ciertamente no hizo y que no pecan tanto contra la verosimilitud como a1gunos suponen. Algunos son de opinion que en
esta Escena se ~egrada a Guzman, presentandole en algunos
momentos dudoso sobre si sacrificara a su Hijo o no. Pero
·e sta obgecion manifiesta en los que la ponen que confunden
el heroismo con la ferocidad. No consiste la Virtud heroica en
desconocer los afectos de la naturaleza 1 pues entonces no tendria merjto el Heroismo sino en saber sacrificarlos a pesar de
lo que nos cuestan quando la Virtud y la obligacion lo exigen.
Si Guzman no dud6 un momento en arrojar la espada que
habia de degollar a su querido Hijo, no fue porque no sintiese
Io doloroso del sacrificio que hacia, sino porqu( conocio en
aquel mismo instante que no le quedaba otro partido que
tomar para no manchar su reputacion, servir a su Patria, y
aterrar con una accion tan sublime a sus m.ismos Enem:igos.
Y ultimamente, si a pesar de estas reflecciones se obstinan
algunos en encontrar verosimilitud en esta composicion, no
es culpa del Poeta sino del genero mismo que, tratado por
buenos ingenios, nunca ha desagrado al Publico. Buen testimonio de esta berdad es el Pigmalion y los excelentes
monologos de las buenas tragedias que todo el mundo sabe
de memoria y que no pecan menos contra la verosimilitud
que la Escena del Guzman.
Ape~ar de lo agradable y sano que era para nuestro Autor
el Clima de la Andalucia, las obligaciones de su Empleo le
precisaron a restituirse a Madrid a fines del afio 1 790, habiendo
estado ausente un ai'io escaso. Bolbio a sus tareas con mayor
empefio, pero los ataques de Gota, que tambien bolbieron a
acometerle con violencia, fueron tomando cada vez peor
caracter, y en el Verano del afio siguiente se presentaron con
sintomas que atemorizaron a sus Amigos. Combalecio de
algunos ataques, pero le acometio uno tan maligno, que no
hall6 en la naturaleza fuerzas suficientes para sacudir el mal.

LA ~OTICE DE PIGNA TELL!

247

Eran tan intensos los dolores que sufria, por habersele esparcido la Gota en todo el Cuerpo, que solo a beneficio del opio
que tomaba en gran cantidad podia encontrar algun alibio.
Esta ultima enfermedad que le tubo postrado mas de dos
meses en Cama con imponderables dolores, no alteraron su
caracter ni aun la festividad natural de su Genio, Se cuenta
de algunas personas que conserraron su buen humor en las
mismas puertas de la sepultura, pero pocas le habran conservado en medio de los mas agudos dolores. De esta verdad
podemos dar testimonio los que casi presenciamos sus ultimos
momentos. Quantas veces el mismo nos consolaba al ver
nuestro sentimiento con maximas llenas de verdadera Filosofia y con refiecciones ingeniosas propias de un entendimiento tan despejado como el suyo ! « Si Vmd. no ve mi
muerte, decia a uno de sus Amigos 1 tendré yo que ver la de
Vmd. y sufrir entonces lo que Vmd. sufre aora; l qual sera
para mi mayor mal? » Ultimamente, clespues de haber
cumplido con todas las obligaciones de Christiano, fallecio
este insigne Escritor en 17 de Setiembre de 1791. Durante
esta ultima enfermedad habia compuesto tres Fabulas, una
de las quales pintaba la incertidumbre del arte rnedico. Pocos
&lt;lias antes de fallecer dicté a uno de sus Asistentes un Soneto
en que manifestaba quan poco conducia a la Felicidad el
sobresalir en la carrera de las Letras.
Por loque va ex:puesto en el discurso de este Elogio sobre
el merito füerario de don Thomas Yriarte, nos persuadimos
podrân fortnarse idea de las recomendables y nada comunes
prendas que concurrian en.su persona. El zelo que le posehia
dela LiteraturaEspanola era imponderable. Llevava muy a mal
la ligereza, inconsideracion, ignorancia e injusticia con que los
Extrangeros se arrojan a decidir sobre nuestro ldioma y
nuestros autores 1 equivocandose torpemente, ya quando nos
quieren alabar, ya quando nos vituperan. Tarnpoco podia
sufrir la- Galomania que ya reinaba en su tiempo en algunos

�ANTON[O AGUIRRE

LA NOTICE DE PIGNATELLI

Espafioles que sin haber saludado los Mari~nas, los Solises,
los Herreras, los Saabedras, los Garcilasos, los Argensolas, y
otros bien dignos Escritores de su nacion, solo leen libros
Franceses, y creyendo despues ilustrar a su Patria, no la
hacen otro beneficio que el de corromper su hermosisimo
ldioma, infestandole de Frances y palabras exoticas, y el de
acreditar su ignorancia en ambos Idiomas, y su poco juicio.
Pero al mismo tiempo, tampoco llevava con paciencia el
tenaz preocupado y mal fundado orgullo de algunos paisanos
suyos que creen o afectan creer que lo sabemos todo, que
nuestros Autores son superiores a los de todas las Naciones,
y que nada teuemos que aprender de lo escrito en los Idiomas
estraogeros. Corno su caracter dominante era el sano juicio y
la buena critica, guardaba el media justo entre estos estremos,
y conducia por esta senda a los Jovenes que gus ta ban de oir
sus instrucciones. En qualqu.iera obra que se presentase, lo
primera que le Uevava la atencion era la solidez, el enlace de
los pensamientos y el importante obgeto de la instruccion; y
queria que hasta las obras mas frivolas, los madrigales, los
romances, los epigramas, contubiesen alguna cosa que valiese
la pena de que se digera. Por esso aborrecia tanto la poesia
que solo consiste en palabras pomposas, y la harmonia sin
suhstaocia era nada parn el. Corregia con mucha escrupulosidad todos sus Escritos y acostumbraba decir que la Hma era
lo que sé echaba de menos hasta en las obras mas recomendables. Sobre todo exigia la correccion del estilo y la pureza
del lenguage, evitando toda afectacion, y era del parecer de
Boileau, es a saber de que 'por mas ingenio que teoga un
Autor, como no escriba con elegancia, nunca sera apreciado
de la Posteridad. Ultimamente don Thomas Yriarte reunia a
las calidades de buen Escritor las dè buen Critico, y por esto
ha dexado modelos e::i varios generos: su Poema de la Musica,
sus Fabulas y sus traducciones de Virgilio y Horacio, sus
Lecciones instrnctibas y su traduccion de Robins01l 1 una de

las poqms1mas traducciones del Frances que pueden leerse,
sus Comedias, etc., se apreciaran m.ientras subsista la Lengua
Castellana y el nombre de Yriarte sera siempre uno de Ios
que mas honrren la Literatura Espafiola.
Las prend.as civiles y morales de nuestro Don Thomas no desdecian de su talento y erudicion. Tenia un Genio naturalmente
franco y agradable. Era buscado en todas las concurrencias, y
susociedad no era menos grata a los hombres que a las damas.
Habia adoptado en el trato de estas cierta amenidad y flexibilidad que no se encuentra siempre en los que solo tratan
con los Libros, que la suabidad y amenidad del trato del bello
sexo no solo ablanda y modifica la dureza natural de los
hombres incultos, sino tambien cierta rigidez peculiar de los
que han cultibado su entendimiento con las ciencias, y como
dice Fontenelle del grau Leibnitz, se despojaba enteramente
del caracter de Filosofo y Literato quando trataba con ellas ;
y hacienda la ciencia popular y amenizandola con chistes y
alusiones oportunas, conseguia ganarse las voluntades y
adquirir por Discipulos a Personas a quienes el solo nombre
de ciencia hubiera causado tedio.
Tenia varios Amigos y merecia tenerlos. Tenia varios
Enemigos declarados y no pocos ocultos, pero esta circunstancia no le estorbava servirles quando se le proporcionaba la ocasion. Sabia distinguir a sus Amigos, y solo la
muerte ha podido desatar los lazos que le unian con los que
juzgaba dignos de su estimacion y carifi.o.
Una de las cosas que mas deben admirar en Yriarte es que
siendo naturalmente inclinado a la Satira y a ridiculizar los
defectos humanos, era muy escrupuloso en punto a las personas : no era de aquellos Hombres que no reparan en sacrificar
un Amigo a un dicho mordaz o ingenioso, circunstancia rara
en los Poetas satiricos y en todos los Hombres en quienes
la naturaleza ha concedido gracia para ridiculizar a sus
semejantes.

�ANTONIO AGUIRRE

LA NOTICE DE PIGNATELLI

Aunque no ha faltado quien por degradarle le tachase de
envidioso, estaba bien distante ·de tan bergonzoso vicio. Por
de contado desconocia la ambicion, no aspiraba a honores ni
empleos, contentandose con su gloria literaTia, consuelo a la
verdad bastante esteril e imaginario en las privaciones reales
de la Vida. Supuesto este principio, solo hubiera · podido
envidiar obras de ingenio, l y qué obras de esta especie
produxo nuestra Literatura en su tiempo que el pudiese envidiar? « En cas&lt;l de envidfar, decia él mismo, envidiaria una
cosa buena. »
No prueva mas lo ageno que estaba su corazon de tan vil
pasion que el gozo interior que sentia quando descubria en
algun joven el germen del talento : procuraba cultibar esa
buena semilla para que algun dia diese buenos frutos. Le
animaba con sus consejos y elogios; corregia con la mayor
bondad y paciencia sus dibersos ensayos; le alababa lo bueno,
le vituperaba lo malo, le hacia leer los mejores modelos, proporcionandoselos él mismo, y nada omitia para que algun dia
llegasen a distinguirse. Este celo tan actibo y cordial en formar
Djscipulos y en los progresos de la Literatura, no es ciertamente -el caracter de un Literato envidioso. Es verdad que no
podia menos de reconocer su superioridad sobre la mayor
parte de los Escritores de su tiempo.
Tampoco podia desmentir su juicio propio al&lt;!--bando como
bueno lo que no le parecia tal. Y esto es sin duda lo que le
acarre6 mas enemigos. Algunos Escritores, buscando su aprovacion y elogios y no encontrandolos, se despicaban con
tacharle de envidioso. Tal es el orgullo de algunos que, muy
satisfechos de si mismos, atribuyen a emulacion lo que es
afecto del poco aprecio a que se hace acreedora la mediania
de sus producciones.
Ademas del crecido numero de obras que imprimio don
Thomas Yriarte, dejô entre sus Papeles algunas empezadas,
varias sin corregir, y muchas Planes de otras que proyectaba

escribir. En esta nueva impresion que publicamos se ha insertado lo que ha parecido mas digno de ver la luz publica. Ciertamente es doloroso que una temprana muerte nos haya
privado de las esperanzas tan lisonjeras que nos prometia tan
delicado ingenio. Entre estas perdidas no es la menos importante la de una Gramatica Castellana que intentaba escribir,
y para la que ya habia recogido preciosisimas apuntaciones.
Si hubiera llegado esta a componerse, me presumo seria una
de las obras que hubieran hecho mas honor a Yriarte, pues
ademas de lo que habia leido y observado sobre 1a materia,
estaba dotado de aquella Filosofia luminosa indispensable para
dicernir los principios fondamentales de las lenguas que
constituyen la Gramatica general de los principios particulares
y de los usos de cada Idioma que son en gran parte obra de
la casualidad o del capricho. Por decirlo en breves palabras,
era un Gramatico filosofo, no un Gramatico de rutina. Los
de esta ultima especie abundan, al paso que los de la primera
son sumamente raros. Dexô asi mismo principiado y bastante
adelantado un Diccionario de voces equibalentes de la misma
lengua Castellana en su significacion, distinguiendo los
Sinonimos.
El Lector imparcial que haya recorrido este elogio historico de Don Thomas Yriarte y las pruevas que se han procurado reunir para mostrar el merito de este Literato, quedara
persuadido de que nada se ha dado al entusiasmo, mucho
menos a la lisonja, ni tampoco a la apasionada amistad. La
Justicia y la Imparcialidad han dictado esta noticia historica
y las aserciones que contienen confirman la persuasion de que
Don Thomas Yriarte se con tara siempre entre nuestros buenos
Escritores y entre los hombres de Letras que mas han
honrrado nuestra Nacion en el Siglo 18. i Ojala que este
insigne Escritor !ogre pluma mas docta y mas exercitada que
emprenda pintarle con aquellos vivisimos colores que resisten
a la impresion del tiempo ! pero la adversidad que persigue a

250

251

�ANTONIO AGUIRRE

los hombres celebres durante su Vida no siempre se muestra
benigna con sus Cenizas, y solo la buena intencion podra
suplir las demas faltas de que adolece este escrito como tarobien el deseo de proponer a los J ovenes amantes de las Letras
un verdadero dechado para la imitacion.

LETTRE DE LA èITÉ DE GIBRALTAR

A LA REINE ÉLISABETH
(1 •r FÉVRIER 1715)

On sait que Mm• des Ursins avait proposé à Philippe V
d'épouser Élisabeth Farnèse, de la famille de Parme, qu'Alberoni avait représentée comme une personne d'un caractère
doux et facile à gouverner. Cette princesse espérait s'attacher
ainsi la nouvelle reine et continuer à diriger le roi, ams1
qu'elle avait fait du vivant de la feue reine, Marie-Louise de
Savoie. Avertie trop tard du véritable caractère d'Élisabeth,
Mme des Ursins avait en vain essayé d'empêcher le mariage.
La nouvelle reine en conçut une haine ardente contre celle-ci,
et cette haine éclata furieusement à la première entrevue des
deu."{ femmes. Mme des Ursins, en qualité de camarera mayor,
était venue au-devant de la reine, qui faisait son entrée en
Espagne, venant de France, à Jadraque, le 23 décembre 1714.
Au bout de quelques instants d'entretien, la reine s'emporta
violemment contre la camarera, qu'elle fit chasser immédiatement et reconduire à la frontière.
Philippe V avait lâchement consenti à la disgrâce brutale
de celle qui lui avait conservé sa couronne, et à qui il obéissait encore la veille aveuglément.
Élisabeth se révéla ce jour-là ce qu'elle fut par la suite,
une femme hautaine et volontaire. Cet éclat fit connaître

�~
1

1,

CH. BEAULIEUX

LETTRE DR LA CITÉ DE GIBRALTAR

immédiatement à toute l'Espagne que, désormais, ce serait
elle qui gouvernerait le faible Philippe V.
C'est ce qui explique le ton de la lettre que nous publions
ici, et qui est la reproduction du Ms. 6 2 59 de la collection
Phillipps : elle semble bien plutôt adressée à une souveraine
régnant seule, qu'à la femme d'un roi. Cette lettre fut écrite
le 1er février 171 5, cinq semaines seulement après la scène de
Jadraque, par les citoyens de qibraltar, ou peut-être par des
Espagnols qui se cachaient sous ce nom, afin de pouvoir, sous
couleur de souhaiter la bienvenue à la nouvelle reine, lui
donner plus hardiment des conseils. C'est une violente diatribe contre la domination française et une invitation pressante à revenir aux principes traditionnels du gouvernement
espagnol. Le déb.ut en est pompeux. Après avoir souhaité à
Élisabeth Farnèse le même bonheur qu'à son homonyme
Élisabeth ou Isabelle la Catholique, on la compare à son
ancêtre Hercule. Celui-ci étouffa au berceau les serpents qui
cherchaient à le faire périr : « Mais toi, très auguste Élisabeth,
à peine entrée au berceau de ton règne (ta main n'avait
encore touché ni la main royale de Philippe, ni le sceptre),
que tu avais chassé, à Jadraque, un monstre funeste aux
Espagnols et l'avais rejeté, comme en te jouant, au-delà des
Pyrénées»; et cette action d'éclat, au moins, est réelle, et
non imaginaire comme celles qu'on attribue à Hercule I Après
cela, « qui donc ne prédirait que tu vaincras le funeste
Gérion, c'est-à-dire l'HORRible ennemi de l'Espagne? &gt;&gt;
C'est Orry que l'on désignait par cet artifice, parce qu'on
n'osait ou ne daignait pas le nommer. La prédiction ne
tarda pas, du reste, à être . réalisée. Le même mois, l'infortuné Orry était renvoyé à son tour en France.
·
C'est lui que l'on cl6dare responsable d'avoir causé par son
incurie lil perte de Gibraltar., lui qui a dilapidé les fonds que
L'on avait réunis pour racheter la citadelle aux Anglais, C'est
lui qu'on accuse d'avoir mis les finances espagnoles au pillage,

alors qu'au contraire, il les avait tirées de l'état déplorable où
Charles II les avait laissées.
Si l'on en croit les auteurs de la Lettre, après l'extermination de l'armée royafe à Sarragosse ( 1710), il ne restait plus
ni soldats, ni armes, ni chevaux, ni trésor, ni vivres de réserve,
ni provinces capables de fournir des subsides. &lt;&lt; Mais, à
l'arrivée du duc de Vendôme (dont on n'ose tout de même
taire le nom, quoiqu'il soit Français), nous avons vu le comte
d' Aguilar1 avec quelques maigres subsides, lever, équiper,
armer des troupes en un clin d'œil, qui, ayant poursuivi
l'ennemi rendu insolent par ses victoires et engagé le combat
à Villaviciosa, le taillèrent en pièces et enlevèrent aux alliés
non seulement leurs forces, mais tout espoir même d'envahir
de nouveau l'Espagne. Quelle chose peut montrer plus clairement l'inique spoliation du Trésor? » En réalité, ce qui sauva
_l'Espagne, ce fut l'élan magnifique de l'arjstocratie qui, honteuse d'avoir jusque-là ou boudé ou trahi son roi, vint à bout,
sous l'habile direction de Vendôme, des troupes alliées.
On supplie ensuite le roi de ménager les biens de ses sujets;
de veiller au bon emploi des impôts qu'il prélève sur eux, et
d'empêcher que les fonds publics ne soient dilapidés. Mais
quoi, ce qui arrive n'est pas la faute du roL C'est la faute de
cette « Médée » qui aura fasciné et ensorcelé le roi par ses
incantations. Comment en douterait-on en voyant ce prince
qui, naguèreJ n'épargnait aucune peine, qui était toujours le
premier au combat, qui réglait tout, les affaires les plus itnportantes et les plus humbles ( comme si Philippe eût jamais fait
quoi que ce fût sans consulter Mme des Ursins!) et qui maintenant, « abandonnant le soin du gouvernement entre les
mains d'adulateurs rapaces, s'adonne plus que de raison à la
chasse, récréation légitime, mais détestable occupation pour
un prince! Comme tu as heureusement, auguste reine, retourné
ce~ maléfices contre la magicienne!... Il n'y a donc plus personne pour avertir le roi ? personne pour élever la v&lt;&gt;ix? ... Où

2 55

�256

CH. BEAULIEUX

Ll!:TTRE DE LA CITÉ: DE GIBRALTAR

sont donc les ministres fidèles? Où est le président de Castille ? » Ronquillo venait d'être dépossédé de ce titre, qui était
supprimé. « Où sont les pères de la patrie qui avaient coutume
de donner sur tout des avis respectueux aux rois? ... Où est le
Conseil de Castille qui, depuis son institution par Ferdinand III jusqu'à notre époque, rendit par ses sages conseils le
royaume florissant? Mais de l'autorité si vénérable, si ancienne
des pères de la patrie et du Conseil de Castille, il ne subsiste
plus rien que je ne sais quelle ombre d'un grand nom, magni
nominis umbra / ... Une affreuse main annihile, supprime tout,
et nous impose, pour nous gouverner, des lois et des coutumes
étrangères, chose absurde, que réprouveraient les peuples barbares eux-mêmes .... Que chaque pays garde ce qui lui convient. Il faut au roi d'Espagne des ministres espagnols et non
étrangers; il faut que ses sujets soient soumis à des coutumes
et des lois espagaoles : que si quelqu'un vient à faillir, on ne
doit pas s'en prendre aux coutumes ou aux lois du pays, mais
à cemc qui les ont transgressées. En agissant ainsi, la gloire et
la puissance de l'Espagne et de la France s'accroîtront, et les
deux royaumes seront unis par une alliance perpétuelle. C'est
cela que Louis le Grand chercha d'abord à réaliser. Et voilà,
noble reine, la plus sûre voie pour toi : en la suivant, tu ramèneras, Hercule nous étant propice, ton royaume à sa félicité
d'antan. Mais tu retomberais dans le même danger, si, après
avoir chassé les étrangers, tu en appelais d'autres au pouvoir.,,
La supplique de Gibraltar n'obtint pas gain de cause sur ce
point, puisque Mme des Ursins fut remplacée par Alberoni. Et
l'on revient à la comparaison avec Hercule. Ce héros dut
combattre trois fois Gérion. Il faudra trois combats contre
Orry et ses créatures. 1° Il faut leur enlever tout pouvoir;
2° les forcer à rendre compte des deniers qu'ils ont eus entre
leurs mains; 3° leur faire rendre gorge. Il ne manquera pas
d'hommes capables d'être mis à la tête des finances et de
toutes les autres affaires publiques, « car c'est une calomnie

intolérable que les avides étrangers avaient fait croire au roi,
de dire qu'il n'y avait en Espagne ni ministres fidèles ni capables, comme si quelqu'un pouvait être pire que ces calom- .
niateurs eux-mêmes! »
La lettre feint d'ignorer quel est le confesseur du roi. C'était
le P. Robinet, jésuite, qui avait remplacé le P. Daubenton.
El1e accuse ce confesseur d'être cause de l'aveuglement du roi,
dont la piété, la docilité, la droiture sont telles qu'il obéirait
aux remontrances d'un bon directeur de conscience. Or il est
impossible que le confesseur du roi ne voie pas, clair comme
le jour, les crimes des ministres, qui crè,·ent les yeux des
aveugles même : « Ah ! combien de tels directeurs, pour être
restés muets, ont porté, comme sur leurs épaules, leurs pénitents dans l'enfer! Qu'il s'en aille, qu'il quitte les côtés du roi,
un tel directeur! Il faut que tu commences, auguste reine, par
le chasser bien loin ... X'y a-t-il point, en Espagne, d'hommes
sages et comblés de ,·ertus cap&lt;1bles de diriger la conscience
du roi? Ou, si tu préfères, pourquoi ne pas rappeler le P. Daubenton, qui était vénéré du roi et cher à tous les Espagnols?»
C'est ce qui eut lieu : le P. Daubenton fut rappelé l'année suivante.
,_on blâm~ ensuite la politique religieuse du régime passé.
S 11 y a un d1fférend avec la curie romaine, trop a,;de, « qu'on
ne le règle pas en niant le pouvoirs du Saint-Siège, mais en
de_mandant, et s'il le faut, en exigeant que le Saint-Siège remplisse ses obligations... D'ailleurs, s'il y a des réformes à faire
il est juste d'en confier la réalisation à l'autorité d'un concil~
national... »
Quant aux subsides fournis par le clergé, avec l'autorisation
du pape, ils ont été accordés non pas pour enrichir les avides
flatteurs du roi, mais pour combattre les ennemis de la foi
catholique. &lt;&lt; Et si tous les fidèles attendent de ta piété que
~s subsides soient dépensés de cette façon, nous surtout,
citoyens de Gibraltar, nous nous en réjouissons et nous nous

257

'ï

�259

CH. BEAULIEUX

LETTRE DE LA CITÉ DE GI13RALTAR

en félicitons, comme si nous étions déjà rendus à ta domination. C'est pourquoi nous avons jugé bon de suggérer à Votre
:M"ajesté ~n projet, étudié déjà il y a près de trente ans, et
proposé au roi Charles Il par tous les diocèses, d'après lequel
l'administration des subsides de ce genre serait confiée aux
archevêques de Tolède et de Séville, pour construire, armer et
équiper une flotte de cinquante navires de guerre et d'autant
de vaisseaux de transport, avec matelots, chefs et troupes
marines équipés, payés et ravitaillés par les ministres de ces
prélats, en laissant au roi le droit de les choisir, de leur désigner leurs fonctions, et de destiner la flotte aux expéditions
qui lui conviendraient. » Ici la lettre ne peut s'empêcher de
reconnaître les fautes du prédécesseur de Pbilfppe V : « Assurément, si les flatteurs de Charles II, traîtres au roi et à la
patrie et usurpateurs de ces subsides, n'avaient aveuglé le roi,
l'Espagne n'aurait pas été déchirée par la guerre, notre ville
de Gibraltar n'aurait pas été prise, la Sardaigne, les îles Baléares
n'auraient pas été réduites, l'Italie n'aurait pas été perdue, ni
la Sicile livrée. Philippe aurait ses États intacts, et les navires
de commerce n'auraient pas apporté à l'étranger, mais à l'Espagne, les trésors presque inépuisables de notre Amérique. »
Enfin la lettre se termine par une critique acerbe des
réformes financières accomplies par Amelot et Orry, qui avaient
voulu implanter en Espagne le système fiscal de Colbert.
C'est parce que l'on a imposé les comestibles et tous les
objets indispensables à la vie que tout a augmenté de prix et
qu'il a fallu élever d'autant les salaires des ouvriers. « Aussi
nos fabricants et nos artisans ne peuvent vendre les soieries,
les lainages et les bois travaillés que beaucoup plus cher que
les étrangers ... D'où, fatalement, presque tous les ateliers d' Espagne fermés, les ouvriers réduits à la gêne, et les villes autrefois enrichies par l'industrie et le commerce, aujourd'hui ruinées et presque désertes. Les matières premières 'que porte
notre riche sol, les commerçants étrangers les exportent à bas

prix et nous les revendent, tissées et travaillées, à gros bénéfice,
ce qui no.us dépouille de notre or etde notre argent. C'est une
chose parfaitement connue que tous les pays d'Europe s' enri~
chissent, non prts de l'or qu'ils tirent de leurs mines, mais de l'or
qui vient de notre Amérique. Dans tous ces pays fleurissent les
arts, l'industrie, le commerce; ils. regorgent de navires et nous,
nous leur fournissons les fonds et nous n'avons rien de tout
cela. Nos navires marchands ne mettent à la voile vers l'Amé- rique qu'avec des cargaisons composées de marchandises
étrangères. Aussi tes sujets, quoique vivant sur le sol le plus
riche du monde, et qui peut se suffire à lui-même, ne sont pas
possesseurs de leur or, ils n'en sont que les détenteurs pom
l'étranger ... Cherche, je te prie, si tu pourras trouver en
Espagne des pièces d'or ou d'argent à l'effigie des précédents
rois. Tu n'·en trouveras pas. Tu ne pourras réparer le dommage
si lamentable causé à ton royaume si tu ne favorises, si tu
n'encourages les arts, l'industrie et le commerce, et tu ne le
feras jamais assez si tu ne supprimes en même temps complètement les droits d'accise et l'impôt des millions. »
Il y aurait beaucoup à dire sur. ces questions, et là comme
ailleurs la lettre accuse les Français de malL'"\. qui existaienf
depuis longtemps en Espagne, et auxquels ils avaient même
en partie remédié. La haine rendait injustes les auteurs de
cette lettre. L'Espagne était lasse d'avoir subi si longtemps le
joug d'une femme, et on chargeait Mrno des Ursins et ses créatures, comme le bouc émissaire, de toutes les fautes commises
par les incapables prédécesseurs de Philippe V.
Ch.

...

BEAULIEUX.

�CH. BEAULIEUX

CALPE.:-E CIVITATIS EPISTOLA
SERENISSIMA HISPANIARUM REGINA. MAIESTATI VestrreJ
Augustissima Elisabetha, libentissimé gratulatur, pro felici et
auspicatissimo Tuo in Hispaniam aduentu1 Calpea Civitas,
vulgo Gibraltar : et quoniam gementi (proh dolor !) sub
Brittannorum iugo ire non datur, per hasce litteras _supplex
ad Tuos pedes devolvitur. Utinam munitissimœ huius Arcis
claves, qure sunt totius Hispanire, et Civitatis stemmata,
pariter devoluere liceret. Ceterum in aduentu Tuo mœrentes
Cives consolatur, qme in tuo nomine spes affulget, scilicet
fore, quod sicut Catholica Elisabetha Granatam è Maurorum
tyranide eripuit, sic Vest. Maiestas nomen (Hispanis semper
- gratissimum) omenque sortita, Civitatem nostram ab Anglorum servitute liberabit. Adsint Numina votis, parque sit Tui
nominis gloria cum Hercule Patre, siquidem non imparibus
auspiciis te fata nobfütant.
Aiunt enim Herculem nostrum, profligatis serpentum
monstris, incunabula nobilitasse, ut quisque facilè ominaretur
qualis Heros grandior futurus esset, qui tenellis adhuc manibus
monstra disecasset. Sed inter tot eius bellice et gloriose
gesta, illud Hispanis, et precipue Civitati nostrre valde commendabile, quod Tyrannum Gerionem, ter inito conflictu,
debellaverit, tandemque occiderit, et reddita Populis libertate,
Hispanorum gentes optimis legibus, ac moribus imbuerit,
sacra et profana ritè ordinaverit, cunctis denique hello et pace
compositis, Calpeam Urbem condiderit et munierit. Unde
tantam glorire molem cumulavit, ut Herculeurn erexerit Promontorium, ab Urbe dictum Calpe, ubi reternum non delendum
inscripserit NON PLUS ULTRA. Quippé nulla, nec marmorea
columna, fuisset satis pro tanto glorire onere sustinendo.
At Tu, Augustiss. Elisabetha, Regni Tui incunabula vix
ingressa (nondum enim Regiam Philippi manum tenueras,

LETTRE DE .I'.A CITÉ DE GIBRAL-i:AR

261

nondum sceptrum arripueras) etiam apud Xadraque infestissimum Hispa'nis monstrum profligaveras, et ultra Pyreneos
procul, quasi ludenti dextera, projeceras; facinus quidem, non
ut Herculis lusus, emptitijs laudibus, aut fictis Vatum cornmentis decantandum, sed veris exultationis plausibus, quibus
in Regia Tua excepta es, celebrandum ; quodque per omnes
Regni tui Provincias dilatum, protinus in io hilares cunctorum
animos ire coegit, Tibique Populos amore devinxit.
Quis illico non auspicetur, Te nefarium Gerionem, H0RRIbilem scilicet Hispanorum hostem, debellaturam. Superfluum
est dicere, (otnnes norunt) homo nullis proavis cognitus, quam
·sibi, plusquam Regiam autoritatem an-ogarit, quot mala Hispanis intulerit, qua vi, quibus artibus, totam pene Vas~alor~~
substantiam expilaverit, et quod caput est, qua perfidia C1v1tatem istam, qure totius Hispaniœ Clavis est, nullis inimicorum tormentis bellicis pulsatam, nullis igneis globulis perterritam deditioni coegerit. Sed cum nullis esset armis munita,
nec militibus stipata, semel, et iterum terti6que admonitus,
urgentissimeque rogatµs vigilantissimus rerarii raptor, litteris
ipsi in manus traditis a Marchione de Canales, non subsidium, non arma, non militem &lt;ledit, nec responsionem quidem; et qure levissimis sumptibus Arx defendi posset incolumis Britannum hostem inermis subire coacta est, a quo,
'
.
plus quindecim mille Hispanorum et Francorum sangume
effuso, recuperari non potuit. Auro tamen redimendam dictitaverat fama, dum collectas in immensum pecunias, in hune
finem destinatas, spes nostra crediderat, fefellit tamen.
Etenim cupiditas, qure paucorum nummorum rapinam Urbis
conservationi pn.ptulit, quomodo plurimorum aureorum rapinre
parceret, pro illa redimenda ?
Hinc conijcias licet, avidissimus dispensator, Arbiterque
supremus 1Erari Regij, quot pecunias in belli subsidia, et
publicam utilitatem extricaverit, quot Milliones Centimanus
Briareus rapuerit; manus, qure Regium latus audent contin-

�CH. BEAULIEUX

LETTL{E OE LA CITÉ DE GŒRALTA!{

gere, manus per omnes Imperij Provlncias dispersa:!, manus
antiqua et nova vectigalia exigentes a Plebe, man us Tertias et
Decimas Reddituum a Nobilibus extorquentes, manus &lt;liffidentium bona capientes, manus Prœfecturas et officia venditantes, manus spolia et vacantia Antistitum occupantes, maous
etiam Defunctorum pias Memorias, et quœ Oivino Cultui
dicata erant, apprehendentes, et si quru prreterea sunt. Certè,
quamvis omnium Regum prœdecessornm Historias perlegas,
nusquam invenies pecuniarum sub Regio nomine tot
aucupantes manus, sed longè paucioribus plures copias, ingentiores acies congregaverunt, muniemnt, stiparunt, et hinc
simul classibus navalibus dominium Maris obtinuerunt : nunc
vero de tot collectis pecunijs quid fiat, factumve sit, mysterium est, dum bellicre et politicm rnilitiœ Officialibus, ac
Mioistris salaria non solvuntur, nec _creditoribus Regijs debita
redduntur. Sed, ne argumenti vim ta.nûnn defunctorum laude
comprobare videamur, satis sit indicare primordia Imperij
Augustiss. N ostri Philippi, et quem Yidimus omnes florentissimum exercitum quo Lusitaniam invasit, non alijs subsidijs
congregatum et muniturn, quarn qua: pnedecessores Reges
exigere oonsueverant. Adijciam tamen (alijs prretermissis)
fatale Regis exercitus excidium apud Cresaraugustam : non
milites, non arma, non equi, non thesauri, non horrea seposita remanserant, non tot Provincire, quze subsidia prrestarent; sed adventante Duce de Vendosme, vel paucis subsidijs
curre Comitis de Aguilar commissis, brevi collectas, munitas
et stipatas vidimus copias, qure Hostem victorijs insolentem,
persecutre1 apud Villam vitiosam inito prrelio debellarunt, et
Fœderatis omnibus vires, imo spem iterum Hispaniam invadendi prreciderunt. Quid ·evidentius pro ostendenda nunc
temporis iniqua œrarij direptione?
Ex: quibusliceat ad pijssimum Regem lacryrnis perfusos oculos
convertere. Nonne Regij muneris est ea tantum subsidia à
subditis demandare, qure Maiestatem decent, aut publicœ

utilitati necessaria sunt, non qure Vassalorum substantiam
penè exhauriant, et ad miseram egestatem redigant? Etenim
egentium, ac mendicorum Rex, et ipse cita mendicus erit.
Xonne Regis est curare, atque prœcipere de collectis subsidijs
persolvenda Ministris salaria, militibus stipern, lErarij creciitoribus debita, et studiosissime invigilare, ne Regni substantia
in rapinam impiorum abeat, dissipetur, absorbeatur? Quis
dubitet? Sed numquid ista Regem latuerunt? Credimus
utique. N umquid Medea illa pijssimum Regem requi boni que
amatorem, iusti et recti tenacem Ieth_reis aguis libavit, fascinavit oculis, cantionibus transforrnavit? Timendum sané.
Cuius enim animum suspicio non mordeat, dum Principem
cernimus, qui olim nullis parcens laboribus, Provincias lustravit, in Latium transfretavit, primus in acie fuit, qui summa et
infima negotia felici mente voluebat, decernebat imperio, nunc
regiminis curam deponat in rapacium adulatorum manus, et
ipse munus ac laborem pertesus, indulgeat plus iusto venatui,
Principis quidem honestissima recreatio, sed occupatio pessima. 0 q uam bellè Tu, Regina Augusta, maleficas artes in
maleficam avertisti ! Quam scitè familiam repulisti, quam Tibi
paraverat maledicta illa ! Nerno non laudet, qui vel nomina
animadvertat quibus ipsa adscitam sibi, et Augustre Lodoisre
familiam dictitabat. Quid sibi volunt Talli, Melli, Grini, et
similes nomenclaturre? Nonne redolent Tartarea nomina,
quibus sagre mulierculoo Orcum concitant, et nigros spiritus
magicis cantionibus evocant ? Sed ad Regem redeamus.
Non est qui Principem admoneat? Non est qui clamet?
Solus auscultandus est proditor advena, et qui ipsi auscultant
adulatores? Ubinam sunt Ministri fideles? Ubi Castellre
Prreses? Patrire Parentes, qui Reges omnia reverenter admo~
nere solebant. Occlusitne ora timor? Oh qu~m prrestat ab
amicis corripi, quam ab adulatore decipi ! Ubi suat Regij
senatus, quorum prudentissimis Consilijs a S. Ferdinando III
institutore ad nostra usque tempera Regum, Regni felicitas

�CH. BEAULIEUX

effi.oruit. Sed iam de tam veoerabili et perantiqua Patria;
Parentum, Senatuumque auctoritate non superest, nisi nescio
qure magni nominis umbra. Sententiam, cui tot viri morum et
legum Hispanarum peritissimi subscribunt, HoRRida manus
una delet et abrogat; atque extraneas leges, et mores nobis
gubernandis obtrudit : absurdum sané, Yel barbaris nationibus
exsibilandum, cum omnium Gentium consensu comprobatum
sit, unamquamque Remp. proprijs legibus sure felicitati
consulere, non extraneis. Quippè non omnis tellus omnia fert
novalia : quro in Gallia germinant 1 in Hispano solo marcescunt
et qure in Perside emittunt venenata poma, hic suaves et salutiferos producunt persicos. Quod cuique convenit, id quisque
teneat. Hispani Hispano Regi MinistTi debentur, non advenéO;
Hispanis moribus ac legibus subditi moderandi; quod, si quid
peccetur, non propterea patri&lt;D mores aut leges corripiendre
sunt, sed transgressores. Hoc Hispanorum et Francorum
gloriam et potentiam augebit, et utrumque Imperium perpetuo
fœdere iunget. Hi Magni Ludovici primi fuere conatus. Hruc,
Tibi, Regina inclyta, tutissima via, ut Regnuni Tuum pristinro
felicitati, Hercule propitio, restituas. At requalis periculi erit,si
alijs deiectis advenis, alios regimini pncficias.
Nec magna tibi erit gloria, quod cœperis, nisi perficias, ac
meminisse te oportet, Herculi non fuisse satis, semel vicisse
Gerionem, ter debellandus fuit. Centimanus hostis Tibi debellandus est, et parum est, si unam 1 alteramve manum abscindas, omnes resecandre sunt, et primo quidem, interdicta illis
omni potestate, atque occasione rapiendi. Secundo, ut dati et
accepti fideli calculo rationem reddant. Quid iustius? Nonne
Supremus Rex euro servis suis ita rationem posuit? Tertio, ut
qure legitimè non expenderint, reddant. Quaro plures tune
valeas expilatis populis indulgere exactiones. Nec deerunt
Tibi Vassali omnibus numeris idonei, quos rerario et cunctis
negotijs prreficias, si habere velis; intolerabilis enim rationis
calumnia est, quam Regi ,obstruserant advenre, cupictissimi

LETTRE DE f.A CITÉ DE GIBRALTAR

scilicet, non esse in Hispania l\Iinistros Regi fideles atque
prudentes, quasi quisquam ipsis calumniatoribus peior esse
potuisset. Sané Respub. quam boni tantum incolunt Cives
cœlum est, sicut infernus, quam incolunt mali : at ubique terrarum mali euro bonis permixti sunt, et oculatus quisque Rex,
qui vigilat super Ministros suos, habebit optimos, qui ver6
opera illonPTJ. non discutit, non scmtatur, in mala qure patimur
Regnum suum pertrahet.
Illud tamen Calpei Cives curiosé percupimus scire nimîrum,
quisnam sit à Regis confessionibus? Qui~ director conscientire?
Britaoni enim dominatores nostri, euro ipsi confessionem
abhorreant, nihil nobis de Regis Confessario loquuntur. Et
quidem euro Rex optimis moribus prreditus sit, ingenio docili,
conscientia pura, ac timenti Deum, videbatur nobis prudens
director facilimo negotio potuisse obviam ire tot malis, Regem
admonendo de sceleribus hominum sceleratorum, qui Regia
auctoritate abutentes, Regem et Regnum, per fas nefasque
perdunt. Nemo dubitet quin pijssimi Regis animum pulsaret
illic6 vehementissimus conscientire remorsus, nec pavidus
acquiesceret, donec omnia, qure muneris eius sunt, rectè
sanctèque perficeret, maximè cum ipsius ingenium perfectissimè instructum 1 optimè noverit buiusmodi Ministrorum sceJera non punita, non impedita, non recognita, suam ipsius
conscientiam onere intolerabili graYare, et neglecti muneris
rationem ipsi apud Supremum Regem tremendi iudicij
cliscussione reddendam. Enim verô, si attestante Scriptura,
didicimus, quod fraudata merces operariorum clamat, et clamor
eorum in aures Domini Sabaoht introivit, quanto magis intrabunt clamores fraudatre mercedis tot Mi!itum, tot Officialium,
tot Ministrorum Regi fideliter servientium, tot populorum
eiulatus, tot piarum causarum gemitus pro eorum vi extorta,
et mille artibus usurpata subslantia. Nonne Directoris munus
e t, de his, quro a Regio munere, et conscientia inseparabilia,
aLqueindispensabiliasunt, Regem admonere, sedul6 et instanter

�CH. BEAULIEUX

adhortari? Cùm ipsi à Domino prœceptum sit : « Clama, ne
cesses, et nuli tacere super iniquitatem. » An luce meridiana
non Y:idet tot Reipub. pernitiosa, et corripienda eiusrnodi
l\linistrorum. scelera, in qme, et crecutientium oculi, vel sub
noctem oflendunt? A.h quot obmutescentes Directores humeris
suis clientes in Orcum portaverunt ! Abeat, abeat à latere
Regis talis director. Iste, iste primus à te, Regina Augusta,
longius propellendus. Pro anima res est illi, qui Tibi Rex est,
qui sponsus est, qui unus Tecurn est. Annon sunt in Hispania
viri sapientes, et virtuturn meritis cumulati, qui Regis conscientiam optime dirigere possint? Aut si mavis, cur non revoces
P. Daubenton, qui Regi sanctus, et Hispanis omnibus charus
fuit?
Sed, et de neotericis sacrorum Canonum refonnatoribus, et
Regire potestatis amplificatoribus, vel pauca dicam. Qure sunt
Cresaris Cresari, et qure sunt Dei Deo. Si qua est de Romana
Curia querela, pro intolerabili pecuniarum Hispanire extractione nimium exorbitanti, aliter componenda est, non quœ
Pontificire potestatis sunt abnegando, sed qure Ponti.fiche obligationi::. sunt adimpleri rogandoJ et si necesse sit, urgendo.
Cc:eterum ad hoc, quid nobis opus est ineptijs de proscriptorum auctorum cœno depromptis, cumin Hispanorum scriptis
argumenta habeamus solidissima, veritatis luce illustrata, et
avaritire subterfugijs minimè solvenda. Enim ver6, si quœ sunt
alia reformatione cligna, Nationalis Concilij auctoritate œquum
est reformari, Prœsulum et Maiestatis Vestrre precibus ad
Sanctissimum interpositis; nec dubium, quin benignè annuat,
qui in pascendis sibi, commissis ovibus, à iusto deflectere
nequit; quique, ut tibi gratularetur de obtento Regno, Milliones et Subsidia ab Ecclesiasticis solvenda libenter indulsit.
At quoniam Subsièliorum meminimus, illud Te ante oculos
oportet habere, eiusmodi Indulto haudquaquam in gratiam avaritire a&lt;lulatorum Maiestatis esse concessa, sed ad
oppugnandos Catholicœ Fidei hostes; nec aliter expendenda

LEITRE DK LA CITÉ DE GIBRALTAH

Fidele · cuncti de Tua pietate sibi ipsis spondent, sed prœcipue
Calpei Cives exultamus, ac nobismetipsis gratulamur, quasi
iam iam ditioni Ture restituti. Quo circa ,illud Maiestati Vestrœ suggerere œquum duximus, quod prope triginta retro
annis excogitatum, et ab Ecclesijs totius Regni Carolo II Regi
propositum, atque oblatum fuit, nimirum quod eiusmodi Subsidiorum administratio tota committeretur Toletano, et Hi palensi Antistibus pro construenda, munienda, ac providenda
Classe maritima, quinquaginta navibus armatis, totidemque
triremibus componenda, cum nautis, ducibus ac .militibus per
Ministros huiusmodi Antistitum muniendis, stipandis ac sustentandis, Regiœ voluntati relicto illos eligere, muneribus
pneficere et classem ad sibi placitas expeditiones destinare. Hrec certa et cunctis nota sunt, atque scriptis libellis
expbsita. Toletana, vel qurevis alia Ecclesia Te certiorem
faciet. Quid Regi et Regno utilius? Qure in.imicre classes auderent nostris appellere sinibus, immo neque à lon~è conspicere
Hispanire ora? Certe, nisi Caroli II adulatores, Regis et
Patrüc proditores, et eiusmodi subsidiorurn usurpatores Regis
oculos obcrecassent, nullis fuisset Hispania discissa bellis, non
Calpe nostra prrerepta, non Sardinia, non Baleares Insulœ
expugnatœ, non Italia amissa, non denique Sicilia tradita.
Integra starent sua Regna Philippo. Prreterea oneradre Mercatorum naYes infinitos penè thesauros Americre nostrre non ad
exteros, sed in Hispaniam asportassent.
Quod attinet ad Millionum indulta, certè Regina Augusta,
nullum vectigalis genus Regnis Tuis tam perniciosum est, nec
esse potest. Vix a Philippa II Rege fuerat impositum, et iam
prudentiores aliqui prredixerunt, in ruinam et egestatero Regni
futurum, et scriptis libellis demonstrarunt. Hodie omnes
agnoscunt. Vectigal enim est quod Hispaniam nostram, creteris Orbis Imperij ditiorem, et opulentiorem, reliquis omnibus
vectigalem fecit. (Heu 1 Hispania, Provinciarum facilè Princeps, facta est sub tributo 1) Quippé cum super victualia et

�268

CH. BEAULIEUX

potabilia, aliaque victui indispensabiliter necessaria, impositum sit, et eorum pretia notabihter augeat, qui :fieri potest,
nisi quod merces operariorum cuiusvis artis nimium excrescat?
Unde fit qu6d Fabri omnes et Artifices artium suarum opera
serica, lanea, linea et qurevis alia vendere non possint, nisi
rnulto carius quàm qme Adven.e nobis obtrudunt, et longe
minori pnetio emptoribus exponunt. Hinc necessario fit Hispanire fabricas pene omnes extinètas esse, artifices in egestatem redactos, et Civitates olim fabricis et commercijs florentes,
nunc temporis nullius substantiœ et ferè desolutas esse. Oure
opima tellus nostra fert artibus elaboranda, asportant e;teri
mercatores minimo pretio, et eadem contexta et elaborata
nobis iterum vendunt ingenti ipsomm lucro, et totius auri et
argenti exterminio. Res est adeo nota sicut apertum est totius
Europœ Provincias locupletatas esse non auro effoso in earum
fodinis, sed de America nostra asportato : reliqure Provincire
florent artibus, fabricis et commercijs, abundant navibus onerarijs, nos ver6 his omnibus sumptus suppedîtamus, sed nihil
eorum habemus. Naves nostrre institorire in Americam iturœ
non instruuntur, nisi prius advenarum mercibus onerentur.
Quare Vassali Tui sortiti solum, quo nullum sub sole pinguius,
et sibi ipsi sufficiens, œris Hispani non domini, sed tantum
alienorum sumus institores. Quœ cum ita sint, perquiras, obsecro,
si fortè invenias aurum aut argentum sigillis prredecessorum
Regum incusum. Nullum sane. Huic lamentabili Regnonun
damna minime occurres, nisi artes, fabricas et commercia
foveas et faveas, nec satis fovebis, nisi vectigalibus Sisarum et
Millionum penitùs ablatis.
Alia mnlta dicenda in mentem venerant, sed hrec prrecipua
sunt, Regina Augustissima, qure Tibi inter gratulationes adven.
tus Tui, Calpeis Civibus vel indicare placuit&gt; fideli quidem
audatia, sed quam ambitionis nulla suspicio valeat inurere.
Quam enim mercedem ambire audeamus sub alieno Domino
gementes Cives, quibus (proh dolor !) nec Regiam quidem exos-

LETTRE DE LA CITÉ DE GIBRALTAR

culari tnanum concessum est? Sed quoniam veritas exulat frequenter ab aulicis, propterea purior et securior inter exules
invenitur. Utinam quo desiderio felicitatis Ture, Regnique Tui
dicta est, eo aliquando prosit ad Civitatis nostrre libertatem,
ut N omen Tuum Catholicre Eiisabethre gloriam superet, utq_ue
Hispani per Te ad optatam prosperitatem evecti, sacratiora
Numini Tuo, quàm Herculi Patri erigant fana. Vive in
revurn fel'ix, regna, vale. Dat. Calp. Kalendis Februarii.
Ann. M. DCCXV.
Serenissima Hispaniarum Regina. Ad Regios Maiest. Vest.
Pedes suppliciter provoluta, additissima, fidelissima et obsequentissima,
CALPEA CIVITAS.

�LETTRES DE MADRID

LETTRES DE MADRID

1

1
DES THÉATRES, A MADRID

Il y a deux théâtres à Madrid; le premier se nomme le
théâtre du Prince, et le second, le théâtre de la Croix. Sur le
premier, on joue la tragédie de caractère, avec quelques intermèdes, espèces de vandevilles sans couplets, qu'on nomme des
saynetes. Le dernier est presque entièrement consacré à la
musique. C'est là qu'on donne les opéras de Mercadante, de
Paësiello et de Rossini; et c'est là que la foule abonde le plus
communément. Il n'y a pas un mois que l'affluence attirée par
le Barbier de Séville a causé des accidens fort graves, notamment des contusions profondes aux épaules de plusieurs
gendannes. C'est à cette occasion que la police de Madrid fit
publier le fameux arrêté qui menaçait des travaux forcés
tout individu qui se permettrait de demander des billets à
Izaute voix, à la port~ du spectacle : plusieurs de nos journaux
politiques en ont parlé.
Rien de plus simple, et l'on pourrait dire de plus mesquin,
(1) Ces quatre lettres ont paru dans l'Échv du Soir (Paris), des
28

septembre, 3 I octobre, 5 novembre et

10

novembre

1826.

que l'extérieur de ces deux salles de spectacle : l'intérieur en
est toutefois distribué avec intelligence, et le public 3; jouit
de beaucoup d'avantages qu'on ne trouve pas encore dans tous
les théâtres de Paris. Le parterre est divisé en trois compartimens : le premier, qu'on appelle la lunette principale,
répond à nos places de stalles, qui sont, à Madrid, de véritables fauteuils parfaitement garnis et d'une largeur trèscommode (il ne faut pas oublier que les moines vont au
spectacle); le second ressemble à ce que nous appelons l'orchestre,· les spectateurs y sont assis, le dos appuyé contre une
rampe, mais les places ne sont point numérotées; c'est lai
seconde lunette. Enfin la troisième divisfon représente fort
exactement le parterre de nos théâtres. Il y a trois rangs de
loges uniformes et deux galeries.
La susceptibilité espagnole, en fait de police, n'est pas aussi
grande que la nôtre. L'alcade de cour, chargé de la ·surveillance de la salle, est assis dans une vaste loge élégamment
tendue en soie rouge, et les alguazils, la baguette à la main,
le chapeau sur la tête (c'est un chapeau de la forme de ceux
que nous nommons à la Bazile), les. alguazils, dis-je, se
tiennent au-dessous de lui, sans qu'il leur en arriYe du mal.
Ainsi le veulent les descendans de Pizarre et de Fernand
Cortez. Au moindre bruit, car il est défendu d'applaudir ou de
siffler, ces fonctionnaires s'élancent de leur banc, empoignent
le coupable, et l'emmènent hors du théâtre.
A présent que l'on connaît les lieux, voyons ce qui se passe
au lever du rideau. L'inévitable symphonie précède cette
opération, et elle cesse au moment où les acteurs font leur
entrée. Je ne puis donner ici beaucoup de détails sur le mérite
de ces artistes; mais il m'a semblé qu'en général ils jouaient
mieux la comédie que la tragédie. Un seul acteur, nommé
Latorre, qui se dit élève de Talma, et q_ui, en effet, reproduit
assez fidèlement quelques-unes de ses attitudes, me paraît
devoir faire exception; il joue Othello avec une énergie et

�LETTRES DE MADRID

LETTRES DE :\IA DRID

une sensibilité peu communes. Là langue espagnole acquiert je
ne sais quoi de majestueux et de solennel dans sa bouche, et
je ne doute point qu'elle ne plaise même par son harmonie à
ceux qui ne la peuYent comprendre. La comédie est représentée avec plus d'ensemble, et très-souvent avec une vérité
d'expression qui fait rire jusqu'aux larmes. Malheureusement
les arrangeurs se sont emparés de ce pauvre Lope de Vega,
et ils lui ont fait subir, pour l'honneur des trois unités, des
mutilations incroyables.
Le bolero remplit habituellement l'intervalle qui sépare la
tragédie ou la grande comédie, du saynete. Cette danse est
très-agréable, parce qu'elle est variée, vive, animée, et surtout
parce qu'elle dure fort peu. De cette manière, on n'a pas le
temps de s'ennuyer, et l'on ne subit point, comme à Paris, de
ces entr'actes mortels qui servent de compensation au plaisir
de la bonne comédie. Peut-être aussi l'alcade de cour est-il bien
aise d'occuper son rassemblement, afin del' empêcher d'échanger
quelques idées; il faut rendre justice à tout le monde.
Je conseille à tous ceux qui fréquenteront le théâtre espagnol de ne jamais se tourner du côté des loges, attendu qu'elles
présentent le coup d'œil le plus tnste. Toutes les femmes sont
vêtues de noir, et elles portent sur la tête une espèce de voile
noir, connu sous le nom de mantilla, qui retombe sans grace
sur leurs épaules, et cache leurs cheve\Lx, leur cou, leur poitrine
et leurs bras; on croirait voir un cercle de religieuses immobiles ou de momies. Le jeu rapide de l'éventail interrompt à
peine cette singulière monotonie. Au reste, je n'ai pas la force
de reprocher aux Espagnoles le choix de ce costume lugubre
dans les circonstances présentes; au milieu des grandes douleurs qui pèsent sur la patrie, la gaîté siérait mal aux dames
de la Péninsule. Respectons leur deuil religieux.
Le saynete ne manque pas d'analogie avec les proverbes de
M. Carmontel; presque toujours il s'agit d'un tuteur trompé,
d'un mari jaloux, d'une vieille acariâtre, d'un oncle complai-

saut ou d'un neveu dissipé; mais la folie des détails sauve la
légèreté du fond, et le public applaudit. Les Espagnols possèdent pour ce genre national des acteurs et des actrices qui
ne seraient pas déplacés à côté de Potier et de MU• Jenny
Vertpré.

273

II
La ville de Madrid, dont l'étendue ne dépasse pas la grandeur 'de notre faubourg Saint-Germain, est située sur un
plateau légèrement incliné à l'Ouest, et aussi nu qu'un désert
d'Arabie. Lorsqu'on l'aperçoit de loin, les nombreuses aiguilles
des clochers de ses églises et de ses couvens, qui ne
manquent pas d'analogie avec les minarets turcs, lui donnent
l'air d'une ville orientale. La plus grande propreté règne
dans les rues, qui sont fréquentées par une singulière variété
de capucins et de moines de toute barbe et de toute couleur.
Les boutiques, rares et sombres, ne présentent pas la richesse
et la variété des magasins de Paris et de Londres ; mais, sous
quelques rapports, elles offrent des particularités remarquables • .Nulle part on ne saurait trouver de plus curieu.'&lt;:
assortimens d'éventails, de voiles et de peignes; la variété
des formes et la richesse de la matière sont poussées, pour
cette dernière branche d'industrie, jusqu'à un point
incroyable.
Les couvens, qui sont en grand nombre, n'ont rien de
triste et de sévère; l'architecture en est généralement simple
et gracieuse, et les façades extérieures sont peintes en vert
ou en rose tendre, comme des kiosques de Smyrne ou de
Constantinople. Là végète une population de moines franciscains, dominicains , bernardins, augustins, chartreux,
carmes, et autres qui se nourrissent d'aumônes, ou qui
gaspillent dévotement des revenus énormes, tandis qu'auprès
d'eux la population meurt de faim. Plusieurs communautés se
Rev11e Hispa11iq11e. P

�274

LETTRES DE MADRID

LETTRES DE MADRID

font même remarquer par le luxe, et je puis dire par la magnificence de leur c,o stume : on voit des religieux qui portent
des soutanes de casimir blanc d'une grande finesse et d'une
ampleur extraordinaire; d'autres, enveloppés d'un vaste froc
de couleur noire, se font remarquer par la richesse de leur
chaussure et la finesse de leurs chapeaux. La foule se range à
leur approche, et leur cède le pas : ce sont les véritables
seigneurs de la contrée, et l'on s'aperçoit facilement à leur
allure qu'ils y règnent en conquérans.
Tous les soirs, quand vient l'heure de l'Angelus 1 une foule
considérable se réunit à la Puerta del Sol, qui présente alors
un spectacle intérnssant : soldats, moines, porteurs d'eau,
travailleurs et désœuvrés de toute espèce sont confondus sur
ce carrefour célèbre1 situé au centre de Madrid, et ils s'y
tiennent immobiles pendant des heures entières, enveloppés
dans leurs manteau.x. Aux différentes époques orageuses qui
se sont succédé en Espagne depuis le commencement du
dix-neuvième siècle, cette place a été le théâtre des fureurs
ou des réjouissances de la multitude : on y voyait causer
politique, on y échangeait des idées ; maintenant, on y vient
digérer, quand on a eu l'avantage de dîner; ce qui n'est pas
aussi commun à Madrid que bien des gens pourraient le
croire.
Tous les travaux sont interrompus dans la ville, entre une
heure et trois heures : c'est le moment du repos et de la
siesta, c'est-à-dire de l'engourdissement auquel s'abandonnent
chaque jour les personnes comme il faut. Les bureaux des
administrations sont fermés, et toutes les affaires suspendues,
même chez les particuliers. On n'entend plus alors que la
voix des porteurs d'eau qui crient dans le ~ilence, et qui1 seuls,
marchent dans la solitude de la ville.
Les femmes ne sortent jamais sans être affublées de l'inévitable mantilla, espèce de voile noir horriblement lugubre,
qui leur couvre la tête, les épaules et les bras, et qui répand

beaucoup de monotonie sur leur costume déjà très monotone.
Tout porte, en un mot, l'empreinte profonde du monachisme
dans cette capitale : ce n'est pas la cour qui donne le ton,
c'est l'église. Trente-sept couvens de moines et vingt-huit
communautés de femmes composent la représentation municipale, qui est inamovible, indissoluble, et qui distribue la
soupe aux descendans de Fernand Cortez, avec autant d'orgueil
que les empereurs romains faisaient donner leur pitance aux
successeurs des Fabius et des Scipions.

275

Ill

La promenade du Prado ne manque pas d'analogie avec le
boulevard de Gand, à Paris. C'est une longue et large allée
ombragée d'arbres, dont l'existence, entièrement artificielle,
est due à un arrosage presque perpétuel. Là, tous les soirs,
quand la fraîcheur succède aux ardeurs étouffantes du jour, les
élégants et les petites maîtresses de la capitale viennent promener leur inutile oisiveté. Au premier abord, la physionomie
singulière de ces réunions surprend et déconcerte l'étranger,
habitué au respect sévère des bienséances, qui distingue surtout les habitans du Nord. Les femmes se promènent seules,
deux à deux, trois à trois, selon que le hasard les réunit ou
les sépare : rarement on remarque parmi elles un cavalier
chargé de les protéger ou de partager leur conversation. On
dirait que l'éventail, qu'elles ne quittent jamais, leur sert à-lafois de compagnie, de protection et de contenance. Leur costume, s'il n'était pas écrasé par la mantilla, qu'on peut considérer comme la livrée monacale, ne manquerait pas de grace
et d'élégance; mais rien ne saurait remplacer, à mon ~vis, les
formes sveltes des chapeaux de nos compatriotes, quand elles
veulent bien consentir à ne pas les mettre sur l'oreille ou sur
les yeux.
L'allée du Prado, destinée aux voitures, peut être considérée

�LETTH.ES DE MADRID

LETTRES DE MADRID

comme un panorama ou une exposition de toutes sortes d'antiquités. C'est là qu'on voit passer des carrosses absolument
semblables à ceux du tems de Philippe V ou de ses premiers
successeurs. La grandesse d'Espagne, qui les occupe ordinairement, représente à merveille, par la gravité de son maintien
et la bizarrerie de son costume, ces froids personnages de cour
qui ne s'écartent jamais de l'étiquette, même pour boire,
manger ou dormir. Des regards dédaigneux partent du fond
de ces chars antiques, qui passent et repassent lentement
comme des ombres du règne de Charles-Quint, devant la génération nouvelle. j'ai perdu quelquefois des heures entières à
contempler cette lugubre fantasmagorie, et il me semblait lire
une page de quelque vieille histoire de Salis ou de Mariana.
Si vous entrez dans les appartemens de ces grands désœuvrés, la magnificence de leur ameublement contraste d'une
manière frappante avec la misère publique. Ici, la duchesse
de•n couche sur des matelas doublés de satin bleu de ciel, dans
une alcôve fermée par des rideaux de pourpre; ailleurs, la
comtesse•• rafraîchit ses charmes octogénaires dans une salle
de bains, construite en forme de grotte, et habitée par de
petits faunes et de charmans satyres en marbre blanc. Un
négrillon de Cuba, eunuque de ce triste sérail, présente le
savon parfumé à la sultane du logis.
Que dirai-je du palais du roi? La plus profonde solitude y
règne. On n'approche plus qu'en tremblant de cette formidable citadelle du pouvoir absolu. Les moines seuls circulent
avec aisance dans les cours intérieures, car l'air de la senitude
dilate leurs poumons, et leurs amples vêtemens semblent faits
pour balayer la poussière des anti-chambres. Quelle joie pourrait se.montrer, d'ailleurs, autour d'un palais tout plein de
11cheux souvenirs, et dont les environs rappellent avec tant
d'amertume à tous les partis les désastres de la guerre civile?
Ainsi jadis un morne silence régnait dans les châteaux de
Plessis-les-Tours, ou de l'Escurial, lorsque Louis XI et Phi-

lippe II substituèrent la rigide exécution de quelques minutieuses pratiques aux nobles délassemens de la royauté.
Cependant Madrid ne manque point aujourd'hui de nouveautés littéraires, et si la tribune nationale y est muette, la
presse ne demeure pas inactive. Parmi les livres nouveaux
dont les titres sont affichés sur les boutiques des ubraires, on
remarque le Traité des ciuq manières de servir la messe; le
Traité de la confession générale,· ]'Apocalypse de Saint-Jean,
commentée, et le Renégat de M. le vicomte d'Arlincourt, tra•
duit en espagnol. Je pourrais bien citer encore le Moyen pratique el facile du révérend père Calatayud, de la société de
Jésus; mais il ne convient pas de faire connaître, en France,
des obscénités dont le dépôt est séparé de nous par la chaîne
des Pyrénét::s.
Les volontaires royalistes, dont on parle beaucoup en
France, sont des prolétaires sans pain, habillés en drap bleu
de ciel, et commandés par des officiers sans talent. Supposez
une armée de balayeurs, dirigée par quelques-uns des héros
qui brisaient, en 1815, les glaces du café Montausier de Paris:
telle est cette milice qui fait les beaux jours de Madrid, et qui
se promène au Prado, Je cigarre à la bouche et le sabre au
côté, tout près de la file des carrosses antiques que nous avons
décrits tout-à-l'heure. Ces hommes-là parlent encore de Fernand Cortez et du Cid, comme les récollets du Capitole
parlent de Brutus et de Cicéron; mais l'étranger qui sait
l'histoire les prend pour des Vandales ressuscités.
IV

La place des exécutions est un des lieux les plus fr~quentés
de Madrid. Là, depuis plus de trois ans, I~ peuple de la ville
très-héroïque, comme on l'appelle modestement1 est ;égalé
d'exécutions hebdomadaires pour l'édification de l'Eglise.
Quatre pierres énormes, fixées dans le pavé de la place,

�LETTRES DE MADRID

LETTRES DE MADRID

servent de base à la potence qui s'élève régulièrement plusieurs
fois par mois, au milieu de ce trapèze tout plein d'effroyables
souvenirs. Nous ayons déjà donné une idée &lt;lu spectacle que
présentent ces scènes de destruction et trop souvent d'assassinat : nous n'y reviendrons point. La renommée de la place
de la Cebada est d'ailleurs éclipsée par l'éclat dont a brillé
si long-tems la Ptaza-ilfayor, ancien théâtre des vengeances de l'inquisition. C'est là qu'on brûlait solennellement ·
les hérétiques, en présence du roi et de toute la cour. Les nombreux:. balcons qui règnent tout autour permettaient à une
immense quantité de fidèles de jouir du coup-d'œil de ces
pieuses cérémonies.
Le Manzanarès qui coule hors des murs de la ville, entre le
palais du roi et la résidence royale, connue sous le nom de
Casa del campo~ est un petit ruisseau à sec pendant les deux
tiers de l'année, et absolument inutile à la ville de Madrid.
Les blanchisseuses y ont pratiqué guelq ues tenues cl' eau, au
moyen desquelles ce torrent peut être utilisé par un nombre
très-limité d'ouvrières. Aussi les habitans de Madrid sont-ils
obligés d'envoyer leur linge à huit ou dix lieues de la capitale,
sur les bords du Rio Jarama, quand la chaleur tarit les filets
du Manzanarès.
Il n'y a rien de plus plaisant qu'une parade de volontaires
royaux, surtout lorsqu'il s'y trouve de la cavalerie. Au moindre
commandement de marche, les uns tournent à droite, les
autres à gauche, partant de l'un ou de l'autre pied ad tibit'llm,
dans un désordre tout-à-fait récréatif. Le spectacle devient
encore plus gai, quand la cavalerie s'ébranle : il se fait alors
une véritable mêlée dans laquelle il est impossible de reconnaître la moindre trace de pelotons, de di visions et de manœu vres
militaires. Les chevaux, qui ne sont point coupés, participant
de l'allure déréglée de leurs cavaliers, bondissent et se débandent comme un troupeau de moutons. J'ai vu quelques vieux
chefs, transportés de colère, apostropher les troupes d'une

manière violente, et prodiguer à leur maladresse les épithètes
les plus énergiquement outrageantes. Pendant ce tems, des
milliers d'officiers de la vieille armée, à peine Yêtus de leurs
uniformes usés dans les guerres de l'indépendance, languissent
abandonnés sur les places publiques, et assistent, dans le plus
morne silence, à ces représentations ridicules, au bénéfice des
capucins et des moines mendians.
Toutes les semaines, la nouvel1e administration des messageries royales expédie trois diligences de Madrid pour Bayonne,
Séville et Barcelone, par Valence. Ce sont les seules exploitations de voitures suspendues, autorisées en ce moment dans
toute l'étendue de la Péninsule. 11 n'y a aucune communication régulière entre la capitale et plusieurs points très-intéressans, tels que ceux de Badajoz pour Lisbonne, de la Corogne,
de Grenade, de Malaga et de Saragosse. Encore le service de
Bayonne, qui est l'un des plus anciens, n'est-il organisé que
depuis 1821, pendant le régime des Cortès. On devine aisément toutes les difficultés qui peuvent se présenter au voyageur, lorsqu'il est obligé de parcourir ce misérable pays. La
prudence interdit les chaises de poste, qui sont presque toujours dévalisées par les brigands, et qui exigent des frais d' escorte très-considérables; de sorte qu'il n'est possible de circuler, dans les contrées dépourvues de diligences, qu'à cheval
ou en galères, espèces de carioles non suspendues, dont les
secousses deviennent meurtrières au bout de quelques heures
de marche.
Il a été question récemment d'établir une communication
régulière entre Madrid et Lisbonne, par l'Estramadure; mais
quoique les fonds de l'entreprise fussent prèts,le gouvernement
n'a pas voulu accorder son autorisation à la compagnie des
actionnaires. On suppose que le conseil suprême de santé aura
craint la contagion du mal naguère i~porté du Brésil en Portugal sur un navire anglais, et qui aurait pu devenir funeste
aux moines, aux volontaires royalistes, et en général à toutes

�280

LETTRES DE MADRID

les communautés qui travaillent peu; l'activité étant une condition indispensable pour ne pas succomber à cette épidémie,
dont le siège principal est maintenant en Amérique. Plusieurs
savans médecins ne doutent point, cependant, qu'elle ne s'acclimate quelque jour en Europe sans danger pour les habitans,
avec un bon régime, de la sagesse et du tempérament; mais on
assure que M. le baron Dupuytren n'est pas de cet avis.

COMPTES RENDUS

J.-J.-A. BERTRA..'m. Cervaotes et le romantisme allemand. Paris,
Félix Alcan, 19 q., in-8°, ,·m-635 pp.-r8 ff.
Cerrnnte. a étë l'objet de tant d'études qu'il semble impossible d'en
dire du nouveau. Quel est, en effet, l'angle sous lequel on ne l'a pas
examiné? Non content de résoudre les problèmes littéraires que soulève
le Do11 Quiclu•tte, on l'a encore étudié au point de vue medical, psychiatrique, géographique, historique, social el politique. M. Bertrand nous
parle moins de Cervantes lui-même que de son influence sur un groupe
littéraire, aus i ioté1·es ·ant par son caractère que par les idée nouvelles
qu'il a propagées. Comme Je remarque fort justement l'auteur, notre
conception d'un grand poète ne nous est pas seulement tran mise par ce
que nous sa,·ons de ses œuvres et de sa vie : nous sommes influencés à
notre insu par les opinions de ceux qui nous ont précédés. Ces opinions
ne sauraient donc nous lai ser indifférents. Le romantiques allemands,
moins féconds que d'autres en œuvres durables et originales, furent parti•
culièrement doués pour la recherche du beau et du caractéristique dans les
œuvres d'autrui. C'est leur labeur autour de Cen·antes que :\i. Bertrand
n pris pour sujet de son livre. L'abondance des détails fait de cet ou nage
un volume intëressant; il e,;t bien documenté et très instructif. Quant au
plan ~énéral, M. Bertrand se rend probablement compte lui-même qu'il
n'est pas ans défauts; il doit y a\'Oir là une difficulté prO\·enant plutôt de
la nature du sujet que de la volonté de l'auteur. Afin de donner de l'unité
à la masse des détails qu'il a réuni , :\1. Bertrn11d a cla sé ses matériaux
dans un petit nombre de divisions générales : l'idée est excellente, mais
l'exécution ne semble pas avoir été toujour très heureuse.
Aprè · une bonne introduction, qui traite de la situation antérieure au
rnmantisme, on nous donne en quatre chapitres la biographie des deux
Schlegel, de Tieck et de Schelling, c'est-à-dire des chef du premier romantisme; mais cette biographie est, en quelque sorte, provisoire, puisque

�283

COMPTES RENDUS

COMPTES RENDUS

l'exposition de leurs idées sur Cervantes ne nous est donnée que bien plus
tard. Leurs satellites sont groupés autour d'eux dans un chapitre spécial;
d'autres chapitres parlent des traductions et des imitations romantiques.
Dans ces diYisions nous n'avons déjà plus bien nettement la sensation
de clarté que nous donnaient les premières pages, malgré l'effort de
M. Bertrànd pour y atteindre, effort visible surtout dans les vues d'ensemble où il rësume le contenu de chaque chapitre. Plus on avance, plus
on éprouve cette sensation d'éparpillement et de détail incohérent, plus
on se heurte à des redites toutes les fois que l'auteur reprend l'étude
d'une tendance déjà traitée. Un moment vient où l'on ne saisit plus distinctement le développement des différents courants romantiques. Ce
blâme, pourtant, ne s'adresse qu'aux choses littéraires, car, par ailleurs, on
trouve d'excellentes vues d'ensemble sur les événements politiques et leur
répercussion sur la littérature, des remarques critiques d'une grande
finesse, et toujours une profonde connaissance du sujet. Aurait-il mieux
valu disposer chronologiquement les matériaux autour des principales
tendances, ou, résolument et une fois pour toutes, autour des personnages
représentatifs? Nous l'ignorons; Je manque d'unité aurait peut-être sub•
sisté quel que fllt le plan adopté.
M. Bertrand lui-même ne considère pas son étude comme complète,
mais elle fait faire certainement un grand pas à la connaissance de
l'influence cervantesque en Allemagne et elle renseigne assez bien sur les
différents courants qui ont successi1' ement revendiqué Cervantes comme
un des Jeurs.
Et tout d'abord, si au xvm 0 siècle l'auteur du Don Quichotte est un des
premiers Espagnols vers lesquels se tourne l'Allemagne, on ne doit pas
oublier que ce n'est qu'après-une période où, par réaction contre l'engouement du xvn• siècle pour le roman réaliste et picaresque, on s'était désin·
téressé de la littérature espagnole. La France l'emportait alors par ses
qualités de logique, de clarté et d'élégance, mais, par un étrange contraste,
-e'est la France elle-même, lasse de son éternelle imitation classique, qui
va conduire l'Allemagne vers d'autres cultures; et quand, dans un sentiment d'hostilité, l'Allemagne se détournera de la France, ses sympathies
s'adresseront aux pays qu'elle ne connaît que grâce à la France : elles
iront à l'Italie, à l'Angleterre et à l'Espagne. Avec cette àernière, d'ail~
leurs, les rapports n'avaient jamais été tout à faitrompus. Des soldats,comme
le prince de Salm-Salm et le comte W . de Scbaumburg-Lippe, étaient allés
y chercher fortune; en 1778 des colons allemands s'étaient établis dans la
Sierra Morena. Mengs passa des années à la cour de :\Iadrid et des savants
allemands entretenaient des correspondances avec des érudits espagnols.
Mais l'Espagne était bien loin et l'on ignorait presque entièrement sa cul-

ture et son art. li est vrai que l'on connaissait le Do;t Quichotte, mais on
n'y voyait qu'une. parodie des romans de chevalerie, quelque chose comme
un Virgile travesti . Morhor' en avait bien découve;t la portée satirique,
mais on en restait là. Pour le comprendre réellement, il eût fallu une
bonne traduction faite sur l'original; celles que l'on possédait (celles de
Bâl-e et Francfort, 1683, de Leipzig, 1734 et de Wolf à Leipzig, 1734)
avaient été faites sur des traductions françaises et l'ancien essai de Pahsch
YOD der Sohle était introuvable. Certes, lire l'original ellt encore mieux
valu, mais, pour apprendre la langue, on n'avait ni grammaire ni dictionnaire. Faute d'une connaissance directe on s'en tint donc aux anciennes
interprétations, et ni Dodmer, ni Lessing, ni Toecher n'apportèrent du
nouveau sur Cen•antes et sur son œun-e. Pour Les!:ing et son époque, le
Don Quichotte est une œuvre de satire admirable, mais d'un art imparfait
et èontestable. Pourtant, malgré sa faible connaissance de la littérature
espagnole, Lessing eut une haute influence sur les études hispaniques,
car il donna à la littérature allemande le sentiment et le goût de son
indépendance et il la délivra de la servitude française. D'autres après l.ni
continuèrent son œuvre, et avec plus d'amour pour l'espagnol : Wieland,
qui fit du Don Quichotte son livre de chevet, Cronegk, Gerstenberg qui alla
jusqu'à cette affirmation : « Les folies d'un Espagnol peuvent être
eomiques, elles ne sont jamais méprisables», et Kaestner qui, en homme
de son temps, regretta que Cervantes n'ait pas vécu à une époque plus
éclairée. L'admiration grandissante pour Cervantes s'accroît de celle que
l'on éprouve pour Fielding, son émule à tant d'égards. Mais voici qu'un
étrange phénomène se produit : dans la lutte d'idées qui a lieu vers 1770,
Cervantes et Fielding sont réclamés comme alliés par tous les partis;
Cervantes, satirique, est amplement imité, non seulement par Wieland
dans son Don Sylvio de Rosa/va, mais dans nombre d' autres ouvrages qui
n'ont rien de l'esprit cervantesque. La seule de ces imitations qui ait
quelque mérite est le Siegfried von Lindmberg. Au théâtre, le résultat est
tout aussi faible. C'est que, pour bien comprendre le Don Quiclu,tte, il fa).
lait le lire dans l'original, il fallait se tourner résolument vers les études
d'érudition hispanique. C'est ce que fit J. A. Dieze (1729·1785), professeur
de philosophie et custos de la bibliothèque académique de Goettiagen. Afin
de donner à ses compatriotes une connaissance générale de la littérature
espagnole, il commença par traduire, commenter et amplifier les Origenes
de la poesia castel/ana de Luis Josef Velazquez, qu'il renouvela presque
entièrement (1769). C'est à propos de la comédie que Dieze parle de Cer·
vantes. Tl voit dans le Don Quiclzotte un des meilleurs livres qui aient
jamais été écrits, mais que l'on doit lire dans le texte, puisque c'est la .
langue qui en fait une œuyre classique. Les Nouvelles sont excellentes, le

�285

COMPTES RENDUS

COMPTES RENbUS

V"yage au Parnasse est une satire mordante. Dieze ne dit rien du Persiles,
et quant au théâtre, il adopte l'hypothèse absurde de Blas Nasarre. Pour
la première fois Cervantes n'était pas considéré exclusivement comme
l'auteur du Don Quichotte. En signalant ses autres œuvres, Dieze devançait
son temps. Il mourut trop tôt pour exercer toute l'influence qu'il aurait
pu ayoir 1 . Pourtant son labeur ne fut pas inutile : Sch iebeler, Hamann,
Herder reconnurent sa valeur, et à Weimar surtout on suivit la voie qu'il
avait u·acée. Bertuch fot le mieux inspiré de ses èontinuateurs. Précepteur
chez Backhof, l'ancien ambassadeur danois à Madrid, c'est avec ce dernier
qu'il apprit l'espagnol dans le Don Quiclzotte. Dès 1772 Bertuch commence
à mettre ses connaissances en pratique. Il traduit les Lieder de Villegas et
écrit une étude sur le théâtre espagnol et sur L'Esprit en Em·ope. Puis il
collabore au Teutscher Merkur et fonde une revue, Magazin der spanischen
undportugiest"schen Litteratur (1780-82). En 1790 il publie une anthologie,
le Manual de la lengua espaiiola. Il était donc assez bien préparé à entreprendre la traduction du Don Quichotte, bien qu'il ne semble pas avoir eu
tout d'abord l'intention de la publier. Elle parut à Weimar et Leipzig à
partir de 1775 sous le titre de Leben und Tlzalen des weisen Yunkers Don
Quixote von Ma1zclza . Neue Ausgabe aus der Ursclzrift des Cervanff!s, nebst
der Fortsetzung des Avellaneda. Dans une ample introduction, Bertuch
s'intéresse au caractère de l'homme, trop négligé jusque là par les critiques,
mais en somme il n'apporte rien de nouveau et ne raconte que ce
qu'avaient déjà dit Mayans et Dieze. Les jugements littéraires sont plus
personnels. La Galatée est, selon lui, l'histoire d'un amour pudique et
décent qui causerait aujourd'hui un mortel ennui . Les Nouvelles sont des
récits moraux auxquels se mêle souvent une amère satire des mœurs et
des abus du temps. li n'a pu lire Persiles, et le théâtre de Cervantes est
intrournbJe. Toutes ces œuvres, Bertuch ne les admet qu'avec de sérieuses
réserves. Cc qui doit servir de base à notre admiration pour Cervantes,
c'est le Don Quichotte, œuvre de combat, il est vrai, mais dans laquelle on
aurait tort de ne voir qu'une simple satire, livre profondément humain et
vrai, écrit pour tous les temps et pour tous les pays. Bertuch comprend le
réalisme et la portée universelle de la création cervantesque; seulement,
en vrai critique du xvme siècle, il reste convaincu que le goût moderne
est supériem à celui de Cen·antes et de ses contemporains : imbu de

cette suP.ériorité, il s'arroge le droit de retrancher ce qui lui semble
devoir nuire à l'effet de l'ensemble. li supprime plusieurs poésies, la nouvelle du Curieux, et ne donne qu'un court résumé des hjstoires de Cardenio et Dorothée et du Captif. Il distribue les livres d'une nouvelle
façon, omet des membres de phrase ou des ph.rases tout entières, mais
il agit ain,1 par principe. Les contresens inrolontaires ne sont ni bien
graves, ni bien nombreux. Aussi les romantiques ont-ils reconnu l'exactitude de la traduction de Bertuch, bien qu'ils l'aient attaquli comme
poète et lui aient reproché de germaniser la langue de Cervantes et d'en
rendre le ton plus populaire et plus vulgaire qu'il ne l'est dans l'original
espagnol. Pourtant les proverbes, un des plus grands écueils pour les
traducteurs du Don Quichotte, sont adroitement transposés, et l'allure libre
et vivante de la traductionenrend la lectureassez agréable. Somme toute,
l'œuvre s'adresse plutôt au grand public qu'aux philologues. Les critiques
furent bienveillantes pour la plupart et les éditions se succédèrent rapidement : ce fut un succès, un succès encourageant. En 1779 F . I. H. B. von
Soden fit paraître une traduction des Nouvelles sous le titre de Moralisclze
Novel/en des Miguel de Cervantes Saave1rn, Verfassers des Don Q11ù:ote. Zum
ersten mal aus dem Originale iibersetzt 1• Le bon accueil fait à cette traduction engagea l'auteur à publier er: 1782 une traduction du Persiles, dans
laquelle il essaye déjà de donner an public non pas un roman espagnol
en costume allemand, mais le véritable roman de Cervantes, avec toutes
ses particularités de style et d'esprit.
Cette activité de vulgarisation se manifeste en même temps qu'un progrès de la curiosité scientifique . Ce furent les revues de Murr (r733-18n),
le jo.urnal zur Kunstgesclzichte und zur allgemeinen Litterntur (1775-1789)
et sa continuation, le Neues You,rnal Jiir Litteratur und Kunstgesciiiclzte
(1798-99), qui intéressèrent le public aux conditions industrielles, sociales
et artistiques de _l'Espagne contemporaine. Les renseignements y sont
souvent de seconde main, mais ils éveillent la curiosité. C'est en s'occupant des choses d'Es.pagne que Murr entrevoit le premier tout ce que le
Don Quiclzotte a de saveur du terroir et de réalité nationale . Pourtant, à
côté de cette interprétation réaliste à peine indiquée, Don Quichotte continue à être pour lui, comme pour tout le xvm• siècle, le roman satirique
par excellence, qui célèbre le triomphe de la raison sur les pré.jugés et
Cervautes est salué comme le bienfaiteur de l'humanité - d'une humanité qu'il a délivrée d'un mauvais rêve.
Tandis que l'œuvre de vulgarisation est continuée par une nouYelle tra-

1 . On ne comprend pas bien ce que veut dire M. Bertrand en écrivant à la p. 12:
, Dieze mourut trop tôt pour assurer à son œuvre l'influence qu'elle méritait. Et
pourtant -sa voix ne fut pas entendue. Schiebeler étudia l'espagnol à Gœttingen sous
sa direction et ses jugements se ressentent des leçons de son maitre, etc. » On
s'attendrait plutôt au contraire.

I. C'était en effet la première traduction allemande faite sur l'original, car
celle de 1752 par Conradi était faite sur une traduction française.

�COMPTES RENDUS

duction du Persiles due à Buteuschoen, par la Chrestomat/Lie de Calvi et une
biographie de Franz von Kleist dans la Dmtsclie Monatschrift (1792),
-Friedl'ich von Blankenburg rassemble tout ce qu'on sait sur Cervantes
dans un travail qu'il intitule Littt:-1'arisdze Zusœtze zu Yolzann Georg Sulzers
allgemeine Tluorie der scliœnen Kunst (1796-1798) . Si l'abondance des renseignements est respectable, les jugements n'ont rjen de bien original.
Comme la plupart de ses contemporains, Blankeuburg dédaigne le théâtre,
n'accepte les Nouvelles qu'en partie et acfmire la Galatée. D'ailleurs, ce
dernier ouvrage dernit profiter de la renaissance de l'idylle; c'est par la
traduction de Florian qu'on le connaît.
Mais Don Quichotte reste toujours l'œuvre maîtresse, celle qu'on s'empresse d'imiter pour faire la satire des travers de l'époque. Tantôt ce sont
les jésuites qu'on attaque dans l'E1·scheinung und Bekelirung des Don
Quixote de la irfanclta im letztm Viertel des aclttzelmten Yahdiunderts (1786) 1
tantôt c'est la franc -maçonnerie qui est visée dans les Freimaurerisclze
Wanderun1;en des weisen J'zmkers Don Quixote von Mancha und des grossen
Sclu"ldknappen, Herren Sanclw Pansa (1787). Une autre fois, on raille les
Lhéories philanthropiques de Basedow dans Wendelin von Karlsherg ode.r
der Don Quixott des r8. Yal1rh1mderts (1789) 1 ou bien on s'attaque au faux
idéalisme dans le personnage de Melchior St-riegel ( r793-1794), aux aristocrates du temps daus Lehen und Thaten des Freyherrn Quinctius Heymentn
von Flanzing, ou au revenez-y pour les romans de chevalerie dans Kii!z1zeimmd von Tlioreneck (1795). Dans cette lutte de la raison contre les tra-

vers de l'époque, c'est toujours chez Cervantes qu'on va chercher des
armes.
On pouvait donc enfin lire quelques ouvrages de Cervantes dans des
traductions, mais il est à remarquer que ces traductions n'étaient pas nombreuses, qu'elles n'étaient qu'un pis-aller et que les livres espagnols étaient
difficil.es à obtenir. On demanda aux libraires alle1J1ands d'éditer des textes,
on publia des grammaires, des anthologies, des dictionnaires, l'étude de
la langue s'organisa. On étudiait l'espagnol, on s'intéressait aux mœurs du
pays, on songeait à voyager. De là la vogue des vgyages en Espagne, surtout de celui de Bourgoing, dont la forme, la méthode et l'esprit s'imposent aux récits allemands qui vont paraître. D'abord on se contente des
traductions des ouvrages étrangers, mais bientôt les Allemands se
risquent,. et désormais ce qu'on écrira sur l'Espagne reposera sur des
expériences vécues. L'Allemagne commence à reconnaître, derrière l'Espagne trop romanesque qu'on lui avait d'abord présentée, une Espagne
plus dvante et plus saisissante dans la vulgarité - ou parfois même dans
la bassesse - de ses détails, mais cette vulgarité se confondait avec le
réalisme. Les voyageurs - Kaufhold, C. A. Fischer, H. F. Link - se

COMPTES RENDUS

plaisent à dépeindre les Espagnols comme une race incomprise et calomniée. D'autres - Burgsdorff et les H umboldt, - esprits plus vastes et,
p~rtant, à même de mieux saisir les différents aspects de la vie, font à
leur tour le voyage d'Espagne, s'intéressant au caractère de la race, à la
beauté du pays, à l'art, à la langue et à la littérature, où ils voient la clef
du génie d'un peuple. La correspondance des Humboldt, où s'étalait le
meilleur de ses observations, éveilla chez ses amis le plus vif intérêt.
Gœthe et Schiller lui durent 1a meilleure partie de leur science et de
leurs curiosités hispaniques. F. H. Jakobi, F. A. Wolf, suivirent avec
intérêt son expédition ; pour Rahel, ce pays lointain fut une révélation .
De retour en Allemagne, les Humboldt continuèrent à répandre autour
d'eux l'amour et la connaissance précise des choses de l'Espagne. Airisi
s'accroît la sympathie pour l'Espagne et ses habitants. Voici l'idée qu'on
s'en fait vers 1800 : l'Espagnol est ardent et passionné, spirituel et malin,
ji vit orgueilleux dans la. misère et dédaigne la propreté et Je bien-être.
La femme est ardente, sensuelle et entêtée. Le pays est heureux malgré
sa pauneté. Les horreurs de jadis -ont disparu, mais ]'Inquisition y gêne
encore la pensée et interdit les livres de littérature étrangère, ce qui
maintient à l'état rudimentaire le sens des choses politiques et sociales.
La science n'est pas encouragée et les universités ne cultivent que sottise
et superstition. Mais quand l'Espagne se 1·éveillera, ce sera admirable. _
De là un intérêt presque attendri pour le développement de ce pays, dont
on étudiera désormais la géographie, les richesses du sol et du sous-sol
la valeur économique, l'etat social, l'hygiène, les difficultés religieuses'.
Cette sympathie bienveillante et secrèteme11t admirative influença
aussi la façon de consid~rer la littérature. On commence à se rendre
• compte des richesses littéraires du passé et de l'activité du présent. On
applique ces nouvelles connaissances aux ouvrages qu'on possédait déjà, et
tout à coup l'Espagne ressuscite tout entière dans le roman de Cervantes.
Puis une nouvelle-conception
fait jour: pour le Sturm und DMng,
qui s'insurge contre le culte trop strict de la raison, l'Espagne redevient
le pays des terribles aventures, la terre sombre et romanesque, - et Cervantes est accusé d'y avoir tué l'esprit chevaleresque et la générosité
native . Le reproche de Byron, de Griliparzer et de tant d'autres, est
devancé ici, on le voit, par le Sturm und Drang dans la personne de
son précurseur Hamann. L'exemple de celui-ci eut une grande influence
sur Herder qui, de bonne heure, s'intéressa àl'espagnol et surtout au Don
Quichotte. Il préférait Sancho, se sentant lui-même quelque peu Don Quichotte et par là visé et a,tteint dans ses sentiments les plus respectables.
L'ouvrage lui-même est à ses yeux une œuvre nationale et désormais le
critique devra se défaire de tous ses préjugés allemands pour aborder avec

se

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COMPTES RENDUS

COMPTES RENDUS

toute la naïveté de son cœur la poésie originale du Don Quichotte. Quant à
la poésie espagnole, Herder n'en connaîtra que les poèmes du Roma11cer,,,
qu'il considère comme les origines mêmes de la poésie moderne. - En
même temps Cervantes n'est pas sans avoir quelque influence sur la littérature clas ique, tant dans la conception du caractère de Karl Moor, in piré du propre aveu de Schiller par le brigand Roque Guinart, que dans
certains détails du Wilhelm Meister. Plus tard Gœthe retrouvera chez
Cervantes ses propres idées sur le style, but suprême de l'art, qui, tout e11
imitant la nature et en étudiant la réalité, doit en décounir et en reproduire les formes essentielles et permanentes. Pour cette nouvelle école,
Cervantes, le grand génie universel, n'est plus un railleur : sa vraie gloire
c'est d'être la Yoix même de son pays. Derrière le Cervantes satirique on
cherche un autre Cen·antes plus vivant et plus espagnol, mais sa connais·ance sera intimement liée à celle de l'Espagne elle-même. Voilà pourquoi
les voyageurs comme Fischer et Humboldt furent les premiers à entrevoir ce nouveau type. Au moment donc où débute le romantisme, Cervantes, que le XV111 1 siècle avait regardé comme un simple satirique et
presque exclusiYement comme l'auteur du Do11 Quicliotle, est aussi devenu
l'auteur de la Galatée, des 1Youvelles et du Persiles, le représentant de sa
nation et un des génies du monde entier, grand, certes, mais non indiscutable. La voie est ouverte à l'interprétation romantique.
Le ,,éritable chef de la nouvelle école et celui qui le premier découvre
ces aspects romantiques de Cervantes, c'est Frédéric Schlegel. Pour lui,
Cervantes est l'artiste qui réconcilie les anciens et les modernes, l'artiste
romantique par excellence, créateur original, très conscient, même dans
son désordre apparent et son manque de plan, maitre d'un ·tyle incomparable auquel est due la véritable poésie de son œuvre. Mais Frédéric
Schlegel ne parle pas de « l'auteur de Don Quichotte», il envisage l'œune
tout entière, ne reconnaissant pas au critique le droit de faire an choix et
de juger un auteur d'après ce qui lui plaît ou lui déplaît personnellement.
li admire également « la beauté à la fois noble et jolie » de la Galatée, le
mystère du Persiles, la grandeur « digne du cothurne antique » de la
Numanâa, le charme des Nouvelles, « l'esprit fantastique et l'audacieuse
invention » du Don Quichotte. Quant aux drames de Cerrnntes, il doit
reconnaître que, exception faite de la seule Numancia, ils ne sont pas à la
hauteur de ses autres œuvres. Les 11rouvelles lui semblent des modèles de
style, et c'est d'elles, en même temps que de Boccace, qu'il tire sa définition de la nouvelle, qui doit être une histoire contée en société, intéressante par elle-même, devant plaire par la forme, par l'art du récit, tandis
que le fonds, l'anecdote, n'y est presque pour rien; en résumé : une histoire dans laquelle le poète veut exprimer des idées et des sentiments

per ·onnels. Mais comme en même temps que cettenouvelle«subjective»
comme il l'appelle, il existe une nouvelle «obj ective », la meilleure nouvelle sera celle qui, tout en unissant l'objectidté dans la peinture des
objets et la subjectiYité dans leur choix, sera conforme à la nature de l'auteur, formera la nou1·elle « allégorique », celle « daus laquelle le sentiment s'exprime avec toute sa profondeur ». Schlegel voyait-il l'idéal de
cette « nouvelle allégorique » réalisé dans celles de Cervantes? Il semble
que ou;, Eu tout cas, la définition s'applique tout autant et même mieux au
Don Quichotte. Cependant c'est surtout comme roman qu'il considère ce
dernier, et pour lui les caractéristiques du roman sont « l'inspiration subjective» et« les arabesques ». Comme inspiration subjective, le roman a
quelque chose de lyrique et demande le vers, qu'en effet nous trouvons si
fréquemment chez Cervantes. L'idée des arabesques, c'est-à-dire de
digressions, retours en arrière, effusions lyriques, récits intercalés, semble
être plusllpécialement puisé dans le Don Quiclzolte. Aussi lorsque Frédéric
Scblegel se hasarde à écrire lui-même un rom_an, la fameuse Lucinde, estce la forme de Cervantes qui s'impo e, mai la forme seulement dans son
caractère de confession et d'arabesque et dans son style surchargé d'épithète . Même dans se essai métriques, Frédéric Schlegel, qui n'était pa
poète, cherche par moments à imite1· la grâce naturelle de Cen-antes,
mais il n'y réussit pas. Pourtant Cervantes l'aida à comprendre la poésie
lyrique et dramatique des E pagnol et à aimer la splendeur des poésies
méridionalesetorientales.Quant au D&lt;m Quiclwtte,ilnes'estjamais expliqué
sur lui, mais il y 1·oit une œuwe grave, qui semble cacher de profondes
pen ées. Ce pen ées, ce fut la tâche des autres romantiques de les
démêler. Frédéric Schlegel ne fit qu'indiquer les directions générales,
tandis que ce fut ordinairement la part de son frère Guillaume d'approfondir les choses à l'aide de ses connaissances philologiques et de son goOt
subtil.
·
Amené à Cen·antes par son frère, il eut un temps l'intention de traduire le Don Q1,icl1otte et même l'œuvre entière de CerYttntes. Puis,
ayant renoncé à ce plan, il e contenta de collaborer activement, mais anonymement, à la traduction de Tieck et de traduire lui-même un certain
nombre de poèmes de Cervantes pour a ·souplir la. langue allemande et
montrer qu'elle était apte à rendre tous les effets des langues étrangères.
on but principal était de faire connaître aux Allemands, par de bonnes
traductions, les grands ouvrages romantiques de autres littérature .
Aussi est-ce surtout comme traducteur qu'il a eu une influence bienfaiante. Il a non seulement énoncé les principes d'une bonne traduction,
qui devrait être intégrale et artiste et nullement sen·i!e, del'ant rendre
une impression semblable à celle de l'original, mais il en a aussi donné des
Nevue Hispanique. P

19

�COMPTES RENDUS

modèles. En outre il a approfondi les theories ébauchées par son frère. Il
caractérise plus nettement la nouvelle en demandant pour elle« une périétie décisive », condition remplie par toutes les nouvelles de Cervantes,
~ 1 oins le Coloquio, Rinconete et le licenciado, et il constate que « les progrès
et changements lents et insensibles dans les situat!ons psy~hologiques. des
personnages ne sont point le fait de la nouvelle, m, pa_r smte, cette_ m1nu_tie dans la peinture qui est le propre du roman. Aussi le roman ex1ge-t-1l
un développement graduel ». Ce déYeloppement, il le trouve dar.s Don
Ouiclwtte, mais en mê111e temps il objecte à ceux qui blâment les nouvelles
hltercalé.es, que dans le vrai roman « tout es~ épisode ou rien » et qu'_il
doit suffire à l'écrirnin de garder à la suite des aventures son harmome
·usqu'à la fin, de · retenir l'imagination et de maintenir le charme. Ce
~hanue,c'est dans le style de Cervautes qu'il le voit, dans ce beau rythme
tout particulier de la prose cadencée et périodique, dans le jeu des
,·ocables, la noblesse toujours naturelle du langage. Quant an fonds du
roman, il y entrevoit le premier la lutte éternel!~ entre la pros~ ~t la
oésie de la vie, entre les idées extrnvagantes des heros et la vulgante des
~hoses. Mais cette interprétation n'est qu'ind iqué e. Des a_utres œuvres,
celle qu'il préfère, c'est le Pe1'siles, ounage d'un caractère pieux e t austère, véritable représentant de l'œm1re religieuse et morale du poète
catholique. D'ailleurs,le premier engouement de Guillaume Schlegel pour
Cervantes ne tarda pas à faire place à son enthousiasme pour Calderon.
Désor 111 ais ce qui l'intéressera ce sera le théâtre, et celui de Cervantes ne
pouvait que !Lii paraitre pauvre et primitif. Il admira la Ntmltlncia, mais
dédaigna les autres pièces, en refusant d'admettre l'étrange théorie de
Blas Nasa-rre. Son œuvre fut féconde en influences, et c'est de lui que
dérivent les tra"aux des autres romantiquës, surtout ceux de Tieck, son
ami et son élève à plus d'un égard.
Lecteur précoce du Don Quichotte, que le hasard lui fit connaître dans
la traduction de Bertuch, Tieck ne fit que revenir à un ancien enthousiasme, quand, en 1793 1 il se mit à apprendre l' espagnol à Gœttingen afin
de lire son auteu1· dans l'original. Il apprit la langue avec les Nouvelles de
Cervantes et se tourna ensuite vers le Don Quichot(e, qu'il trouva adruirable, mais dont il déplora le dénouement tragique, croyant, en vrai fils de
l'Au[kliirung, qu'il aurait été possible de guérir le malheureux chevalierPuis, pendant quelque temps, Tieck se désintéressa de l'espagnol; quand
il y revint, les conditions avaient chan?é : la lut~e entre les r~mantiques
et l' Aufklarung battait son plein et Tieck voyait autour de lm et en lmmême l'antagonisme entre « le bon sens réaliste et vulgaire et la poésie,
le rêve et l'idéal », ce qui revient à dire entre Sancho et Don Quichotte.
L'ouvrage avait donc p1 is pou r lui une actualité toute nouvelle, et il était

COMPTES RENDUS

tout préparé à la traduction que lui proposère nt en 1797 Frédéric
Schlegel _et le libraire U11ger. En même temps il méditait une grande
étude sur Cervante&amp;, mais faute de temps, faute des livres nécessaires,
craignant d'écrire une œuvre pédante et incomplète, il estima qu'il devait
s'abstenir.. Si son amour principal appartient au Don Quiclwtle, les Nouvelles
lui apprirent à aimer la vie réelle qui l'entourait et dans quelques-unes il
se laissa inspirer par Cervantes. Die Verkehrte Welt rappelle le Viaje al
Parnaso, bon nombre de ses nouvelles postérieures laissent voir des motifs
cervaotesques et le Sternbatd est tout rempli de réminiscences des Nouvelles et du Pe1'siles. La forme, elle aussi, rappelle Cervantes dans son
mélange de prose et de vers, imitation des rythmes cervantesques. Mais
l'esprit du Stefnbald est d'un romantisme tout moderne, si moderne, que
ces personnages aux aventures ultra-romanesques et aux idées ultramodern es produisent l'impression la plus déconcertante et qu'en comparant, par exemple, dans cette soi-disant nouvelle histo rique la vie de la
comtesse avec celle d'une dame nobl!'l du temps de Dürer, ou les idées
du seigneur Ludoviko sur l'art, l'amour et le mariage avec celles qui
régnai ent alors, on ne saurait dire si l'on est agacé ou amusé par ce
comique im-olontaire. En effet, si les éléments cen~antesques du Sternbald1 se dégagent si clairement, c'est que du début jusqu'à la fin on les
sent tout étrangers à l'esprit du roman lui même et que ces mêmes personnages qui, che.z Cerrnntes, sont les vrais fils de leur temps et de ·1eur
pays, réalistes au milieu d'un romantisme vécu, ne sont plus chez Tieck
que des marionnettes déguisées, qui se débattent au gré de l'auteur au
milieu des problèmes moraux, arti t iques et religieux, chers aux romantiques. Telle ne semble pas être l'opinion de M . Bertrand, mais nous,
nous ne saurions Yoir dans le Sternbald.: une harmonieuse réconciliation
de la réalité avec l'idéal à la façon du Willzelm Meister :t&gt;. Une réconciliation de ce genre, nous la ,-errions plutôt dans un autre ouvrage romantique, le Taugmiclits d'Eichendorff, tout romanesque par l'inspiration,
rappelant lui aussi les motifs cervantesques, mais où ces réminiscences
font piéce avec le corps du récit et semblent parfaitement originale~. Plu s
tard l'influence de Cervantes fut pendant quelque temps obscurcie par
celle de Calderon, et quand nous retrouverons Tieck, sa conception aura
en partie changé.
Tout populaire que füt déjà Cervantes dans les milieux romantiques, il
de,,ait, pour être tout à fait admis au culte romantique, être sacré par la
0

r. Nous avons cru remarquer dans les aventures de jeunesse de Ludoviko et de
son ami une réminiscence de celles des deul\ 'j eunes aventuriers de l'l!ustre Frego1ta, réminiscence qt~e M. Bertrand n'indique pas.

•

�292

COMPTES RENDUS

philosophie, paraitre un poète philosophe, et ce fut Schelling, lui-même
plus poète que métaphysicien, qui vînt l'expliquer de la sorte. Disciple de
Guillaume Scblegel, il aspire à le dépasser en_· cherchant « l'idée centrale», qui devra concilier l'art antique et l'art moderne. Or cette idée
centrale, c'est pour lui « l'identité absolue entre le domaine de la nature
et celui de la liberté. L'identité s'est rompue et c'est dès loJ'S la lutte
implacable des deux mondes. Cette lutte prend corps et pm· là se résout
dans l'œuvre d'art». Cette lutte entre l'idéal et la réalité, déjà légèrement
indiquée par Guillaume Schlegel, est, selon Schelling, l'idée principale du
roman, et le premier il se range décidément du côté du héros, de l'idéal
malheureux. La base du roman est l'ironie, et Sancho en est une source
intarissable, mais les sympathies du lecteur et celles de l'autem vont à
Don Quichotte. En même temps le livre est un puissant tableau de cette
Espagne, si rornanesqt1e en elle-même que, _tout eJ1 décrivant la réalité
dans sa belle prose 1·ythmique, le poète n'a aucune difficulté à rester poétique. En général, Schelling Qe fait que répéter les idées des· Schlegel, on
le voit, mais il a le mérite d'avoir le prnmier nettement exprimé la conception symboliste de l'ouvrage et par là d'avoir contribué au culte de
l'œuvre cervantesque.
Nous voyons donc Cervantes connu et admiré des poètes et des
savants. Mais pour qu'il devînt réellement familier à l'Allemagne, il fallait le traduire; de là l'importance attachée aux traductions. Celle de Bertuch fut bientôt jugée insuffisante, et le libraire Unger résolut d'en
publier une nouvelle, qu'il proposa d'abord à Frédéric Schlegel, mais qui
•fut enfin confiée à Tieck. En même temps était annoncée une autre tra-duction du Don Quichotte par Soltau. On lira tout au long chez M. Bertrand les péripéties de cette lutte menée des deux côtés av-ec le plus grand
acharnement. Pour ce qui est des traductions, on remarquera que celle
de Tieck s'appuie sur celle de Bertuch et est faite d'après les principes de
.Guillaume Schlegel, à savoir : exactitude consciencieuse, sans être sen·ile,
traduction intégrale, sans coupures et sans abréviations. (Tieck n'a omi,s
que les vers intitulés Del Donoso Poeta Entreuerado a Sancho Pança,
y Rozinante et A Rozinante).11 y a bien çà et là des lacunes insignifiantes;
il y a aussi, ce qui est plus grave, des contresens assez nombreux, Tieck
ne sachant pas assez l'espagnol pour traduire un texte d'une telle difficulté. Mais ce fut en traduisant que Tieck devint bon traducteur : le troisième et le quatrième Jin-es sont d'une exactitude plus grande, En outre,
et là il est moins excusable, Tieck à une tendance prononcée à remplacer
les tex;mes concrets et plastiques de Cervantes par des expressions
abstraites, ce qui fausse le caractère du style en lui enleyant une notable
iPartie de ses particularités réalistes. Par contre, ce qui est escellent chez

COMPTES RENDUS

2 93

Tieck c'est la fidélité musicale qui rend autant que possible la période de
Cervantes. Les proverbes sont généralement rendus par des proverbes
alle!1lands. Le langage des personnages manque de nature], ce qui les
éloigne de nous, et la forme des noms propres, dont quelques-uns sont
traduits alors que les autres conservent leur forme espagnole, prodnit une
impression de bariolage. Mais malgré ses faiblesses, la traduction a de la
vie, elle laisse entrevoir le génie de l'Espagne et de Cervaotes et Je fait
aimer.
Soltau à son tour représente « Je goùt des gens qui n'en ont pas
d'autre que les règles du bon sens et de la tradition ». Il n'était pas poè'te,
ce que lui ont reproché les romantiques, mais il savait l'espagnol mieux
que Tieck. Toutefois, comme il ne tenait pas à une exactitude complète,
ses connaissances ne l'ont pas empêché d'atténuer et d'affaiblir l'original
et de rendre le langage et les. caractères plus vulgaires. Sa traduction
n'est pas mauvaise, mais, tout en donnant une plus ample somme de réalité allemande, elle sacrifie la réalité espagnole ainsi qu'une bonne part
de l'ironie et de, la poésie de l'original. Dans sa traduction des Nouvelles,
qu'il publia en 1801 sous Je titre de Lehn-eiclze Erzaehlungen 1 Soltau se
rapprocha des principes romantiques, mais malgré ce sacrifice le succès
fut certainement moindre que celui de son Don Quichotte.
Les œuvres de Cervantes, une fois popularisées par les traductions,
donnent naissance à des imitations qui, pour la plupart, manquent de
valeur. Ce sont surtout les Nouvelles dont s'inspirent, soit des contes, soit
des pièces de théâtre. De nouveau la satire s·empare du Don Quichotte
pour combattre le romantisme au nom de la raison, mais Cervantes n'est
pas entièrement livré aux adversaires. On trouve chez Brentano des réminiscences de Cervantes dans son Ponce de Leo11 et dans une comédie à
laquelle il travaillait en 1803 et qui se serait appelée Das wzmde,·hare
Puppenspiel. Les Nachtwachen von Bonaventu:ra (auteur incertain) rappellent elles aussi à plusieurs égards les ouvrages de Cervantes. On se
remit à apprendre l'espagnol, on publia des Ca1tcione1-os dans la langue
originale et des traductions de Gracian, de MaTia de Zayas, de Tirso, du
Gu.zma1t de Alfarache; en 1804 Herder fait paraître une partie de son Ct"d.
Puis c'est Calderon, dans la traduction de Guillaume Schlegel, vers lequel
se tournent les esprjts. Mais Cervantes n'est pas 11égligé : en 1804 l'éditeur Froehlich donne une édition critique du Don Quichotte, puis en 1805
ce sont les Nouvelles qui paraissent dans une édition critique chez Stendel
et Keil. Les romantiques ne sont pas les seuls à s'intéresser aux choses
espagnoles. Schiller et Gœthe et leur entourage sont, eux aussi, amenés
à s'occuper de littérature espagnole et lui témoignent une sympathie qui
contribtrn à faire âe Cervantes un des classiques de la littérature univer-

�2 94

COMPTES RENDUS

COMPTl!S RENDUS

selle. Pour Jean-Paul Richter, il se laissa influencer plus fort, se sentant
.attiré pour des raisons personnelles. Pour lui, le trait essentiel du Don
Quiclwtte est l'humour, l'humour qui représente « le choc du fini avec
l'idée infinie &gt; et Sancho est à sa façon tout aussi fou que Don Quichotte,
assure-t-il. Ce qui nous fait rire, c'est le contraste entre les idées subjectives de Don Quichotte et la réalité. D'après Jean-Paul, Cervantes est
donc avant tout un génie comique. C'est là, en somme, un développement
plus audacieux de quelques-unes des idées de Guillaume Schlegel et cette
conception fit école.
Les_tentatives des romantiques excitèrent donc la plus vive attention.
Ce fut d'un côté une admiration passionnée chez les disciples, qui voyaient
dans le Don Quichotte le héros de l'esprit luttant contre le corps, y décou-·:aient, comme Dorothée Schlegel, une haute inspiration morale ou admiraient la peinture réaliste de la vie espagnole. Mais de l'autre côté les
adversaires se groupèrent autour de Soltau et de sa traduction et contestèrent la conception romantique. Pourtant, peu à peu, les adhérents de
l'Aufklarung disparaissent et leur effort ne renaît qu'en partie dans
l'œuvre de Bouterwek, qui essaya de concilier les-idées de l'Aufklarung et
celles des romantiques et résume assez bien les opinions générales de son
époqae.
Si les premiers romantiques ne connurent l'Espagne qu'à travers les
œuvres littéraires et les récits des Yoyageurs, les événements politiques
se chargèrent de la faire mieux connaître à la génération suivante. L' Allemagne, em-ahie et domptée, voit dans l'héroïque Espagne un encouragement et un reproche vivants. L'ambassade d' Espagne à Berlin occupait
une grande place dans la vie mondaine, grâce aux hommes distingués qui
y appartenaient (Gonzalo O'Farril, Casa Valencia, Benito Pardo de Figueroa). Un des bibliothécaires de la bibliothèque royale de Berlin, Liano,
était Espagnol et assez lié avec les romantiques. Chez les femmes du
monde et les poètes c'est de plus en plus la mode d'apprendre l'espagnol,
mais cette mode est limitée à une élite. Le rapprochement se fait plus
étroit quand l'invasion napoléonienne amène en Allemagne des régiments
espagnols sous le commandement du marquis de la Romana . Ces troupes
furent quelque temps casernées à Hambourg et y éveillèrent l'enthousiasme par leur belle prestance et leur mâle dignité. Puis ce fut le soulèvement de l'Espagne en 1808, et l'Allemagne, incapable de s'insurger
elle-même à ce moment, se réveilla à la vue de l'héroïsme de ce peuple,
qui brisait la tyrannie du conquérant. Il y eut 111ême des nègociations
secrètes entre l'Espagne et la Prusse, qui ne menèrent à rien, mais l'enthousiasme s'accrut, les nouvelles de l'insw-rection espagnole s'infiltrèrent
en Prusse, quoi que fît Napoléon pour les cacher, et des ,·olontaires se

hâtèrent d'aller se joindre aux héroïques révoltés. Pourtant les voix ne
manquèrent pas qui accusèrent l'Espagne d'être l'ennemie de l'Europe
tout entière et d'être un obstacle à la paix universelle. li y eut donc en
présence deux partis qui se retrouvèrent même en Espagne, où l'on vit
des Allemands combattre du côté de Napoléon pendant que d'autres Allemands se joignaient aux Espagnols. Mais les volontaires, que leur enthousiasme y avait amenés, furent déçus de la réception peu cordiale qu'ils y
rencontrèrent, et le rapprochement fut moindre qu'on aurait pu l'espérer. Pourtant ceux qui rentrèrent firent mieux connaître l'Espagne à
leurs compatriotes et éveillèrent une curiosité que de nouveaux récits
de voyages, soit traduits, soit orig·uaux, et des anecdotes de la guerre se
chargèrent de contenter. Ces différentes publications furent som·ent fantaisistes et sans grande valeur. Un portrait plus digne de foi fut tracé par
deux officiers du Rheinbund, P. I. Rchfues et un autre officier resté anonyme. Dans leurs impressions de voyage ils peignent une Espagne insurrectionnelle, noble et sympathique. Cette Espagne lointaine c'est encore
dans sa littérature qu'elle est le plus accessible et c'est vers cette littérature que vont se porter les écrivains. Mais ce qu'on y recherche mainte~
nant c'est l' irradiation du patriotisme et !'écrivain, qui fut à la fois un
génie inspiré et un horn11e d'action, apparaît désormais sous un autre
jour. Aussi de toutes ses œuvres celle qu'on admire le plus maintenant
c'est une des plus négligées jusqu'alors, c'est sa Numance. En r809 il en
parait une traduction et une réimpression par LaMotte-Fouqué. Cette traduction, faite d'après les principes de Guillaume Schlegel, est un peu
raide et ne rend pas bien la poésie de l'original, mais elle éverne de l'enthousiasme, alors que l'on néglige les autres œunes qui n'ofli·ent aucun
intérêt d'actualité.
Mais toutes les âmes ne sont pas en proie à cet élan patriotique : il y
en a qui cherchent dans le rêve l'oubli des misères du présent. Et si ces
âmes rêveuses rencontrent l'Espagne, ce n'est pas Cerrantes, esprit trop
lucide, qui les attirera, ce sera Calderon. D'une façon genérale on peùt
dire que ceux qu'enthousiasma Calderon restèrent étrangers à Cervantes
et que ceux qui comprirent Ceffantes ne goûtèrent pas Calderon . Ce
dernier fut étudie dans le texte ou dans la traduction de Schlegel; l'on ne
se borna pas à l'étudier, on représenta quelques-unes de ses œunes,
entre autres le Principe constante, qui fut joué à 'Weimar en 18u sous les
auspices de Gœthe. D'autres, comme J. Grimm et Uhland, s'occupent des
romances et les éditeurs Stendel et Keil publient le _Lazarillo de Tonnes
(1810) et le Gran Tacano (18r2-1813). Toutefois on continua à s'intéresser à
Cervantes, ainsi que le prouvent les divers jugements publiés par M. Bertrand. Mais cette obsession méridionale éveille des protestations, et dans

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COMPTES RENDUS

COMPTES RENDUS

l'intérêt d'une culture littéraire unive1"Selle, il en est, comme Adam
Müller, qui veulent que l'on se tourne aussi vers les autres littératures.
Certes, l'esprit général du temps n'e t guère favorable à Cervantes. A
part l'enthousiasme pour Calderon on remarque unerenaissance de la prédilection pour le roman chevaleresque et il va de soi que les amis de ce
genre n'épargneront pas à Cervantes le reproche déjà formulé d'a,oir tué
· avec les images de la vie chevaleresque l'âme même de l'Espagne.
.
. Cependant l'influence des Schlegel se répandait au loin et même en
France, où Simonde de Sismondi fut à cet égard l'élève docile des Allemands. Mais s'il ne fut pas original, il fit œuvrenouvelle, en cherchant à
concilier les points de vue de Dieze, Guillaume Schlegel, Rios Schelling
et Bouterwek, si dissemblables entre eux.
Pendant la guerre, l'intérêt général s'était assez naturellement détourné
des choses littéraires, et des travaux commencés avaient été ajournés.
Après la guerre, on se remet au b·avail, mais avec quelque lassitude. Un
nouvel esprit se fait jour, l'esprit scientifique, qui paraît dans la publication
de la Tia fùzgida par F. A. 1Volf. Un certain sentiment d'opposition s'y
exprime, une joie de déjouer la censure espagnole qui aurait voulu sup •
primer cette œuvre un peu légère du grand homme. L'én1dition allemande
prend conscience des nouveaux devoirs scientifiques et entre résolument
dans les luttes modernes. Dans les combats qui se préparent, Cervantes
aura sa part des coups et des triomphes. En attendant, cette publication
fait quelque brnit; elle rajeunit Cervantes et gagne quelques nou,,elles
sympathies au Don Quiclzotte.
Il nous reste encore à parler de quelques interprétations du Don
Quiclzotte et non des moins inattendues. Il était réservé à La MotteFouqué de voir dans l'histoire dn Chevalier de la Triste Figure une œune
d'édification religieuse, explication étrange qui frappa les imaginations
pieuses comme la sienne et fit école. Hegel à son tour fait du Don Quiclzotte
un roman social. « Le moyen âge c'est, d'après lui, le règne de la
vaillance, de la volonté individuelle et, par suite, le règne de l'arbitraire
et du hasard. ~ Mais peu à peu la chevalerie a perdu l'esprit qui la faisait
vivre et elle a dégénéré dans l'aventure, elle perd sa raison d'être et elle
jure avec l'ordre social, avec les lois qui règlent la société. Le héros
romantique est isolé, et sa lutte contre la société est impuissante et par
suite risible. A l'opposé de Schelling et de la plupart des romantiques,
Hegel prend parti contre le personnage de Don Quichotte et le condamne
au nom de l'ordre établi.
Cette nuance de blâme, on la voit paraître chez d'autres écrivains aussi
mais pOtll" une raison différente. Pour un certain groupe auquel appartiennent Gœthe et le Tieck des dernières années,Don Quiclzotte est« l'hymne

de la foi désabusée et sereine, de la beauté de certaines défaites ,1 et,
d'après eux, Don Quichotte est vaincu dans sa lutte contre les réalités de
la vie pour ne pas avoir séparé l'idéal de la vie vulgaire. Or, en exposant
aux heurts de la ,·ie l'idéal, que ces écrivains ne considèrent plus comme
identique avec la réalité vraie, tel que le faisaient les romantiques, on le
rabaisse au lieu de lui assurer la victoire.
Il restait à Cervantes à subir une dernière transformation : aux mains
de la jeune école des Gutzkow, Immermann et Gaudy, h1i, que quelquesuns s'étaient complu à regarder surtout comme un poète catholique, il
devient une espèce de polémiste, et presque un précurseur de la jeune
Allemagne et le Don Quiclzotte apparaît comme une œuvre de combat
entre la raison et le préjugé et même comme une attaque contre le catholicisme. ~ous avons omis à dessein ce que l'on pourrait dire de l'influence
de Cervantes sur les épigones du romantisme, tant poètes que savants, et
de leurs opinions sur notre auteur. Cette influence n'est d'ailleurs plus
très marquée, quoique M. Bertrand trouve d'excellentes observations à
faire sur Kleist, Eichendorff et Hoffmann et leur position personnelle
vis-à-vis de Cervantes.
Il y a pourtant dans ces dernières pages une affirmation, qui nous
étonne et que nous éprou\'Ons quelque difficulté à regarder comme
l'expression d'une expérience personnelle. M. Bertrand nous dit que
le Don Quichotte est de nos jours plus populaire en Allemagne que
les œuvres de Gœtbe et de Schiller. Or, si le Don Quiclzotte est connu
en Allemagne, c'est surtout dans une adaptation pour le jeune âge : il
est donc populaire au mêtne titre que Robinson Crusoë, Gulli ver et les
héros des IQOI Nuits. En dehors de quelques _milieux privilégiés, il est
certes moins connu, dans ce qui fait son esprit et son charme, que Zola,
Ibsen et Tolstoï, pour ne rien dire d'auteurs allemands et moins encore
de Gœthe et de Schiller. Cela. est malheureux, sans doute, cela est inconce\0able, vu le nombre des traductions, si J'on veut, mais c'est un fait
avéré.
Pour ceux qui le lisent, son image porte maintenant un peu l'empreinte
de tontes les opinions qui ont passé par lui. On a pu le remarquer :
chaque époque a vu dans l'ouvrage toujours jeune le reflet de son
propre visage. Œuvre de satire raisonnable et morale pour les esprits de
½' Aufklarung, de romanesque et de réalité nationale pour les romantiques,
témoignage de patriotisme pour les nationalistes, il a semblé religieux
aux esprits religieux, combatif et même anticatholique aux polémistes,
mais à travers ces transformations multiples nous voyons rayonner serci·
nement l'éternelle beauté sans te~dauce de l'œnvre qui défie toutes les
interp1·étations dans la douceur de son ironie, dans la solennité de sa belle

�CO:\!PTES REl'\DI S

COMPTES RENDUS

langue, dans son réalisme pittoresque, dans son charme insaisissable et
mystérieux.
A. LENZ.

hereges. Y de los ilustres martirios de varones Apostolicos que en estas
heroicas empressas han padecido. Toledo, Viuda de Pedro Rodriguez,

Aurelio Baig Ba11os. Quién fué el licenciado Alonso Fernandez
de Avellaneda. Ensayo sobre la estructura espiritual del folso Qui•
jote. Religiosidad de Cervantes. Carta del Excelentisimo Senor
Director de la Biblioteca Nacional D. Francisco Rodriguez Marin.
Madrid, Gabriel Molina, 1915, in-8, 336 pp.
On célèbrera bientôt le troisième centenaire de la mort de Cervantes.
Il serait peut•être plus logique de commémorer des dates de victoires,
pour les héros des lettres comme pour les héros des armes, et les plus
belles victoires de Cervantes sont sans conteste l'apparition de la première
partie du Don Quichotte en 1605, celle de la seconde en 1615. Je sais des
fervents du grand écrivain qui eussent préféré voir les manifestations
d"ordre niultiple se produire en 1915. Mais il importe peu, et quelle que
soit la date choisie, nous ne demandons qu'à louer comme il convient les
éditions, les études, les documents qui verront le jour à cette occasion.
M. Baig Banos, auteur d'un « discurso bumoristico &gt; qui a pour titre
El Indice del Quijote (1912), d'un article de critique littéraire intitulé Un
· fol!eto ra1·0 cervantofobo (1913) et d'une Miscelanea cerva11tina (1913), vient
de publier un volume d'une grande densité typographique, dans lequel il
se propose, si nous nous en rapportons au titre, de dévoiler Quién jué el
licenciado Alonso Fernandez de Avellaneda. La question, on le sait, est toujours posée, et nous sommes aussi peu avancés qu'au premier jour. De
temps en temps un chercheur prononce un nom, avec une conviction plus
ou moins profonde, et quelques semaines ou quelques mois après, l'hypo •
thèse s'effondre sous les remarques, sous les critiques, ou - moins glorieusement - sous les huées, la gent érudite étant d'ordinaire peu
encline à l'indulgence ou même à la charité. Le « candidat &gt; de M. Baig
Banos est connu de hngue date, puisqu'il fut jadis mis en ayant par
Adolfo de Castro. C'est un général des dominicains qui se nommait
Alonso Fernandez, et je me hâte d'ajouter que c'est là son seul titre
sérieux, mais combien fragile, à la paternité du faux Don Quichotte. On
sait qu'il naquit à Plasencia en 1562, qu'il vivait encore en 1627, et qu'il
composa les ouvrages suivants :
Historia eclesiastica de m·estros tiempos, qve es compendio de los
excelentes frutos qve en ellos el estado Eclesiastico y sagradas Religiones han hecho, y hazen en la conuersion de idolatras y reducion de

t6II.
Historia de los insignes milagros que la :\1:agestad Di vina ha obrado por
el Rosario ... desde el tiempo del glorioso Padre santo Domingo hasta el
afio mil y s.eyscientos y doze ... Madrid, Alonso Martin, 1613 (trois editions postérieures).
Tratado de los servicios de la Orden de Predicadores destos Reynos de
Espana con la institucion del santo Oficio de la Inquisicion. Valladolid,
1615.
Concertatio praedicatoria pro Ecclesia catholica contra Haereticos,
Geutilez, Judaeos &amp; Agarenos per Epitomen in Annales distributa. Salmanticae, apud Didacum Cussio, 1618.
ManÙal de de,·ocion, y Exercicios del Rosario de nuestra Sefiora,
Madrid 1626.
Historia y Anales de la Ciudad y Obispado de Plasencia. Madrid, Juan
Gonzalez, 1627.
Historia del S. S. misterio de los Corporales de Daroca, y ,·ida de los
varones eminentes en santidad de su ciudad y comunidad .
Historia del comrento de Salamanca de la ·orden de Predicadores, y de
sus insignes hijos en santidad y letras.
Vida y milagros del santo Fray Alvaro de Corclova.
Vida del santo Fray Domingo de Santa Maria.
De la vida y rna1-tirio del santo Fray Domingo de Navarrete y de sus
compaiieros en Japon.
Annales ecclesiastici Hispaniae.
M. Baig Banos a noirci 336 pages en demeurant presque constamment
soit à côté, soit même très loin de la question. Il affirme que l'auteur du
Don Quichotte de Tarragone est le dominicain Alonso Fernandez; il ne le
démontre pas. Et non seulement il ne le démontre pas, mais encore il
s'occupe sans jamais se lasser d'une foule de sujets qui ne se rapportent
en rien à « Avellaneda &gt;. Je ne voudrais pas dire qu'il manque de
méthode, mais je dois constater que sa méthode est à l'opposé de tout ce
à quoi l'on a donné ce nom jusqu'ici. Le mal est peut-être moins grave
qtt'il ne semble au premier abord, et il se peut qu'il y ait tout simplement
un manque d'équilibre entre le titre et le contenu du vol11me. 11 doit être
fort difficile d'écrire 336 pages sur 1\xellaneda; dès lors, si l'on ne peut
écrire 336 pages qu'en parlant un peu d'Avellaneda et beaucoup de mille
autres sujets, pourquoi ne pas donner au volume un titre adéquat au
contenu? Le jour où nous sauron, 1Taiment « Quièn fué el licenciaro
Alonso Fernandez de Avellaneda », il suffira de quelques lignes d'un

•

�300

•

COMPTES I&lt;ENDUS

~ocument pour nou-s donner brutalement la clef de l'enigme, ou bien les
-déductions grâce auxquelles nous aurons une certitude morale tiendront
en un très petit nombre de pages. Jusque-là les seuls travaux raisonnables
-que nous pourrions avoir seraient des travaux de critique négative, je
-veux dire de courtes études où l'on démontrerait combien la plupart des
hypothèses formulées sont absurdes. Mais allez donc empêcher c_e rtain s
cervantistes de perdre leur temps 1
M. Francisco Rodriguez Marin, qui a écrit une lettre-préface pour ce
volume, déclare qu'il n'est pas convaincu de l'identité des deux Alonso
Fernandez, et ajoute : « En su libro, vamos al decir, vale mas la salsa
que los caracoles, y la salsa, la sabrosa salsa, es el millar, los millares de
noticias bibliognificas cervantinas que usted ha juntado. j Cuântas curiosidades, cu:intos datos reconditos, cuântos puntillos tan deleitosos como
-oscuros saca usted a la clara luz del sol! ~ On ne saurait être plus éqmtable, et nul ne regrettera d;avoir lu une èeuvre dans laquelle se trouvent
des pensées ou des remarques dont le moins que l'on puisse dire est
qu'elles sont vraiment neuves. Je citerai au hasard : « la tragedia terroTifica de un Shakespeare, de un Rabelais &gt; (p. 230), « el lirismo de Milton
y del Boccacio » (id.), « Jas excentricidades de un Boileau o de un
Edgard Poe » (id.), « un mosaico de mi.n iaturas frivolas a lo Lamartine,
a lo Lafontaine, a lo Azorin ~ (id.). Et le novateur à qui l'on doit ces
rapprochements qui étonneront quelques esprits attardés ne recule pas
devant des rectifications d'erreurs séculaires, ainsi que le prouvent ces
trois lignes que nous détachons d'une liste d'ouvrages (p. 186) : « Historia de la Cqmpaiiia de Jesus en la asistencia de Espafia ~, del P.
As train; « Opera Erasmi », de Lugduni; « Lui,s Vives y la filosofia del
Renaciroiento », de Don Adolfo Bonilla San Martin. - Il est vraiment
incompréhensible que des générations aient ignoré l'existence du savant
Lugduni. Mais comme il est souvent dangereux de heurter de front les
'idées reçues, souhaitons à M. Baig Banos d-e finir moins tragiquement
que celui de ses p~édécesseurs pour qui le Pirée était « une Yieill e
connoissance 1&gt;.
Albert DELCROIX.

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              <text>Revue Hispanique, recueil consacré à l'étude des langues, des littératures et de l'histoire des pays castillans, catalans et portugais, 1916, Tomo 36, No 89</text>
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