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                  <text>L'ILLUSTRATION,
IOUBl'AL VRiVEBSEL.
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Direction, Ridaction, Administralion :
y.- Jet communications relatises au joumal, réclamation1, demandes
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. . AUG, JIIARC, DIRECTEUR•GERANT.

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22 8

ANNÉE. VOL. XLIV. :r,;o 1126.
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de

SOMMAIRE.
lund· Effendi. - Revue politique de
se1111ioe. - Courrier de voyage. - Les

1, .l,
111

11C1111mtnll d11 camp de Cbaloo, en 1864.
_ &amp;rritée de S. A. R. le prinre numbert

¡ Cllubourg. - Obsequ,a de ll. le Sénateur
Vaialf, - Le jeune Anglaia ( onuvelle 1, fin.
- Espoliboo dn oouvrea d'Eugeoe Delaerois. - Cau&amp;erie dramatique. - Le mooulDtlll d' Ancyre, - La Finaoce autrefo11 et
llljoard'bui. - Un café a Con.stantinople.
- Poblications oouvelles,

'
~~
:,,:~'\

t:,aniru: S. A. Murad-l!fftndi, neveu du Sul-

Lea monumeots du camp de Cnali1111 ea 1861 (5 gruures). - Arri•ée de
S. A. R. le prince Bumberl dans la rade de
Qi,rbourg. - Fuoérailles de &amp;t. lo Sénaleur
T1ilat, admioistrateur du départemeot du
lh&lt;lllf. - Un canlier arabe, dessin d"EuJU• D.!l1croi1. - Les victimes de la mode,
' pu Berlall (suite): Essai 1ur lea beaulés de
la cnoolioe (15 grnures¡. - Testament
pohlique de l'l!mpereur Augustt, leste latin
4e l'Augusteum d'Ancyre (3 ¡ruures). Le IIOÍI de &amp;eptembre. - Écbecs. - Rebus.

• iu. -

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S. A. IIURAD-EFFENDI.

Les fréquents voyages de princes
européens appartenant a des familles régnantes font un singulier
eontrasle avec les habitudes sédentaires des princes ottomans. A la
vérité; ceux-ci ne sont plus tenus en
état de réclusion comme autrefois,
IIUis la liberté dont ils jonissent
ne peut etre appelée liberté. Elle
conaiste A pouvoir aller du palais
i11périal a quelque habitation de
plaisance situéc dans les environs
de la capitale. Mais il ne leur est pas
permis de choisir leur entourage.
11 en résulle que souvent leur bon
naturel est altéré et abatardi par
le contact de ceux qu'on leur don ne
ponr gouverneurs ou pour compagnons. GrAce a ce systeme, ils arri,ent au trone dépollrvus de lulllieres et d'expérience : ne connais~t ni les affaires de leur pays
tll celles de l'Europe , ils sont tres-

,,

s. A.

MURAD.EFFl!NDI, BERITIER PRÉSOMPTlP

nu TRONE OTTO)IAN,

souvent les dur,cs de flatteurs corrompus qui sacrifient la gloire du
souverain et le bonheur du peuple
a leur propre ambition.
Ce n'est qu'a partir du regne de
Soliman le Législateur qu'on a tenu les princes enfermé&amp;, ou qu'on
leur a fait une destinée bien pire.
Aussi est-ce de ce regne que les auteurs turcs font dater la déc:itlence
de l'empire ottoman. Les sultans les
plus célebres ont vécu en liberté, et
plusieurs d'eutre eux, avant de
monter sur le trone, ont occupé des
postes élevé,; dans l'administration
des provinces : c'était un utile apprentissage pour gouverner l'État.
Si l'inslruction était nécessaire
aux sultans ~ une époque oti lcur
pays était, en quelque sorte, isolé
du reste du monde, tille l'est hien
&lt;lavantage, aujourd'hui que la Turquie se trouve étroitement liée a
l'Europe par la politique, les finances et le commerce. C'est ce qu'a
parfaitcment compris le prince
Murad-Effendi, héritier présomplif
du trone ottoman.
Ce prince est dans sa vingt-qua' trieme année. Nous ne donnerons
pas beaucoup de louangcs aux premiers temps de son adolescence; il
pouvait mieux employer son temps.
Mais il est juste de dire qu'il n'a
jamais été libre de choisir le personnel de sa maison. D'ailleurs,
quels exemples avait-il devant les
yeux? Prodigalité au-dessus de lui,
dilapidation au-dessous.
Aujourd'hui, le jeune prince est
un homme réfléchi. 11 cultive son
esprit et cherche a se rendre digne
des hautes destinées aUiquelles sa
naissance doit un jour l'appeler.
S. A. l. Murad-Effendi se distingue par beaucoup de pénétration
et de tínesse : il s'exprime avec
une rare élégance en turc, et le
frangais luí est familier. Sa pby-

�L'J LLUSTRATION, JO URNAL UNJVERSEL.

194

síonomie esf pleine dP. distinction, et l'on vante¡la généro~ité de son caractere. Les idées de progres n'qnt pas,
en Turquie, de plus chaud partisan que luí: a ses yeux,
les habitants de l'Empire ne sont rlus des esclavesaveuglément soumis a la volonté du maitre, mais des hommes
qui ont des droits. Il se considere comme prince européen, et son vceu le plus cher serait de faire un voyage
en Europe. Mais quel est celui des ministres actuels qui
proposera ce voyage au sultan?
H. MAIWID.

REVUE POLITIQUE DE LA SEMAINE.
1.e fait important de la semaine, c'est la nouvelle confirmée aujourd'hui d'un traité r.onclu entre la France et
l'ltt•lie. La question romaine ~erait de nouvean posée
entre Paris et Turin. Le patriotisme italien appelait de
tous ses vceux la reprise de l'cenvre si douloureusement
interromrue par la mort du comte de Cavour. et il est permis de dire que l'ajonrnement du travail diplomatique
énergiquement roursnivi par le grand ministre italien,
a constitoé le principal ;rief du sentiment publie contre
ses successeurs.
On a done repris J'idée du comte de Cavour au point
juste ou l'avait laissée sa haute intelligence. Les discnssions parlementaires nous ont, Pn eífet, appris qu'au moment ou le grand ministre était ravi a son pays, il avait
noué avee la France, au sujet de la question romaine,
des nérociations reposant sur les hases snivantes:
l O La France, obéissant au principe de non intervention, s'engageait a évacuer, daos un délai déterminé, le
terr1toire romain;
2• L'Jtalie prenait envers la France l'engagement
forme) rle ne point attaquer ce territoire et de ne point
permettre que des bándes armées, quelles qu'elles fussent, tentassent d'y pénétrer.
Des articles spéciaux avaient trait a la dette publique
et aux troupes pontificales.
Avec M. de Cavour disparut l'reuvre commencée entre
Paris et Turin.-Elle vient d'etre reprise daos des conditions a peu pres identiques. Une convention, élahorée
a París, au sujet de la question romaine, a été apportée
a Turin par le marquis Pepoli, dans son dernier voyage.
Cette convention, discutée et examinée par le gouvernement it~lien, a été de nouveau transmise aux Tuileries
par l'intermédiaire du meme diplomate.
Un traité aurait done été conclu entre París et Turin,
et la durée de l'occupation de Rome aurait été fixée a
deux ans. Le gouvernement franpis se réserverait
meme le droit d'avanr.er ce terme, si les circonstances
le rendaient nécessaire. En donnant satisfaclion au principe de l'indépendance de~ nations, la France· lrouvera
en mrme temps dans l'Italie une alliée plus forte, si jamais les puissances du Nord coalisées prenaient une
attitude agressive.
Voila seize ans que la Franc" esta Rome. Elle n'avait
pu concevoir la pensée d'entretenir éternellement des
troupes dans cette capitale; aussi in~iquait-elle comme
époque de l'évacuation, le jour ou le gouvernement papal
serait a meme de fonctionner saos secours étrangers.
Une autre occupation qu'il serait urgent de faire cesser, c'est celle des Ouchés conquis par les Austro-Prossiens; si elle se prolongeait, les po¡,ulatioos qu'ils prétendent avoir affranchies s'uniraient, allemandes et danoises, daos une éclatante protestation. Les Duchés sont
soumis au doux régime de l'état de siége. Quicon1ue y
rédige 011 propage des pétitions PSt passible des luis de
la guerre. On cherche a étouffer toutes les plaintes;
elles méritent pourtant qu'on en tienne compte. Une
adresse présentée au roi de Danemark contieut le passage qui suit :
« Livrés il la merci d'un vainqueur orgueilleux, ¡¡
nous a falla supporter en silence toutes les calamilés de
la guerre, dévorer les larmes que nous arrachait la ciéfaite de notre patrie. Pendant ce temps, l'agresseur,
s'emparant rle nos foyers, iosultait a notre douleur par
ses jubilations, il croit déja nous tenir sous son joug; il
espere avoir, par ses mensonges répandus au loin, convaincu l'Europe que le Slesvig tout entier est dévoué a
l'Allemagne. 11 a arraché a Votre Majesté ces funestes
préliminaires dr. paix qui doivent pour toujours river
nos chaines. Faites-nons espérer que ces iniques clau- ,
ses ne seront pas sanctiopnécs a la letlre. Pourvu qn~
no_us ne soyo~s pas asservis a~•Allemagne, nous so.nmes
prets a souflr1r encore, malgre to11t ce que nous avons
déja enduré. ))

¡

Si l'on dispose aujourd'hui, d'un peuple contre 1' son
gré, il amvera un jour ou ce peuple pourra manifester
sa volonté, et alors il détruira d'uu mot ce frete édifice,
qui repose seulement sur la !orce. En ne tenaot aucun
cumple du suffrage des populations, on viole un príncipe
invoqué daos un seul but d'ambitioo, et on s'expose a
voir uo jour ce priocipe triomphaut renverser toutes les
comlJinaisons, faites par le despotisme, en dehors du
droit qu'ont les nations de disposer d'e:les-memes.
L'Espagne a eu sa crise mioistérielle. - L'ancien cabinet a fait place a l'administralion du maréchal Narvaez,
duc ele Valence. Quelle ¡,eut etre la sigoification de ce
nouveau cabinet? Déja appelé a la présidence du conseil, eo i84i, 49 et 59, le duc de Valence s'est fait remarquer par l'atteiute qu'il a portée a la liberté de la
presse et aux franchises municipales. Son nam veut dire
réaction, et son avénement S6ra accueilli avec une émotion douloureuse.
f
Déja les joornaux espagnols annpncent le retour a
Madrid de la reine-mere, Marie-Christioe. On se demande si c'est pour prendre parta quelque projet de
contre-révolution, que Marie-Christine rentre daos un
pa_ys qui l'a deux fois bannie.
Le ministre des aífaires étrangeres d'Espagne a notifié il tous les cabinets que l'Espagne garderait les iles
Chinchas tant qu'elle n'aurait pas obten u satisfaction de
la république péruvienne. Les emprunts que les commissaires de cette république pourraient faire sur le
guano des Hes ne seront pas reconnus par l'Espagne. Que répondront les puissances? Laisseront-elles l'Espagne entraver leurs relations commerciales avec l'Amérique méridionale, troubler la paix du nouveau monde
~t s'emparer d'iles importantes?
Les dépeches de New-York coofirment la nouvelle que
les fédéraux ont pris Atlanta, que l'amiral Ferragut et le
générat Granger continuent leurs préparatifs poar attaquer Mobile. Ces succes contribueront a ha.ter le terme
de cette guerre désastreuse, que prolonge seule maintenant l'obstination des chel's du partí séparatiste.
Les assemblées politiques se multiplient. Au congres
de Malines succede la réunion des associations catholiques allemandes, a Wurtzbourg. Elle a voté cinq résolutions qui tendent a recomman'rler l'emprunt pontifical,
a demander l'affranchisselI!ent des catboliques des Duchés, a soutenir l'archeveque de Fribourg dans sa lutte
contre la liberté de renseignement, et a déplorer les attaques rlirigées contre les ordres religieux du grand-ducbé de Bade, de la Hesse et du Wurtemberg.
Un nouveau décret vient de créer une chaire d'économie polilique et de droit public a la faculté de droit
de Paris. Comme le dit le rapport, dont les conclusions
ont été adoptées, l'école de droit donnera, sous une
forme scientifique et dans la généralité philosophique,
un enseignement dont le cours d'histoire con~emporaine, daos la derniere classe des lycées, présente historiquement les parties principales.
Une ordonnance royale de 1819 avait fondé une
chaire d'économie politique destinée a ceux qui se préparaient a l'administratioo, et qui n'était pas obligatoire pour l'obtention des grades de bachelier et de
licencié en droit. Une ordonnance de i822 divisa la
faculté de droit en deux sections, a chacune desquelleg
étaient attachés trois professeurs de code civil, un profes,eur de procédure civile et criminelle, et un ¡,rofesseur des lnstitutes de Justinien. TI y avait, en outre,
pour les deux sections, un professeur de code de commerce et un professeur de Pan&lt;lectes, ensPignés principalement dans leurs rapports avec le droit fran~ais;
le cours d'écononiie pohtique était implicitement supprimé; il est désormais rétabli. Le dévelop¡iement immeuse qu'ont atteint !'industrie et le commerce, l'équitahle répartítion des richesses, les relations du capital
et du travail, les lois de la production, de la consommalion et de la distribution, que de sujets d'étude intéressants! que de faits curíeux a signaler, de projets sérieux et d'uto¡,ies a juger, de problemes difficile~ arésoudre, pour celui qui enseigneral'économie politiquea
la jeunesse deE écoles!
Plusienrs journaux assurent que M. Rouher, de retour de Belgique, a présenté a l'Empereur un rapport
concluant a la suppression des octrc is. On préparerait
un projet de loi con~u en ce sens, et les choses marcheraient assez vite pour que ce projet put etre délibéré en
conseil d'État, et apporté an Corps légíslatíf durant le
cours de la prochaine session.
EDMOND Tlll&amp;I\.

L'ILLUSTRATlON. JOURNAL UNIVERSEL.
COUBBIER DE VO'Y.I.GE.

Arenes de Nimes.
TOROS

DE MUERTE.

« Deuxieme et derniere grande course de taureanx
(( espagnols, déja. annoncée, et qui aura lieu dim1ncbe
(&lt; i t septembre courant, a trois heures et demie.
'
&lt;&lt; Les habites toréadors qui composent la brillante cua.
« drilla sont déja. trop connus et· appréciés du pubtic
« dans les courses amérieures, pour qu'il soit néces,.
« saire de faire leur éloge dans le programme. Du reste
&lt;&lt; justice a été rendue a leur réputatíon émérite, aJe~
« habileté, adresse et sang-rroid, a en juger par les
,. nombreux applaudissements et les chale11reuses ova.
« tions dont ils ont été l'objet dimanche dernier.
« Les taureaux étaot des mémes manad.es que les Pl'é&lt;&lt; cédents, il est inutile de meutiooner leur faroocbe
« sauvagerie, qui justifie si bien leur réputation en
« E,;pagne. »
Suivaient les noms des toréadors et des taureaux.
Cette affiche était placafdée, la semaine Jerníere, sur
les murs de \lontpellier.
Une course de taureaux daos les Arenes de Nimes
cela valait bien la peine qu'on se dérangeat. Nos amis'
les Espagnols, a qui les Romains n'ont pas, que je sache, laissé un seul cirque dont on puisse lirer aujourd'hui le moindre partí, sont obligés de se conteotea
d'amphithéatres en planches. Voir tuer des taureau1 a
l'endroit meme ou s'entr'égorgeaient les tigres, les hoos,
les pantheres et les gladiateurs, n'était-ce pas une vraie
honne fortune? Pour rien au monde je ne l'aurais maoquée.
A une heure de_l'apres-midi j'étais a Nimes; la course
ne devaít commencer qu'a trois heures et demie, j'anis
done deux heures au moins pour revoir la porte d'Augoste, la Maison Carrée, les bains, le temple de Diaoe
et la fontaine de Pradier.
·11 n'est pas besoin d'avoir été a Nimes pour connaitré
la Maison-Carrée daos tous ses détails. Ce reste, merveilleusement conservé, de l'art romain, a été décrit et
dessiné tant de fois. que tous ceux qui ont quelqne
souci des cboses de l'antiquité le retrouvent dans leur
souvenir, et peuvent a loisir l'adm1rer en fermant les yeUI.
Rien de plus harmonieux que les grandes lignes de
l'édifice, ríen de plus délicat et de rlus charmant que les
chapiteaux des colonnes et les sculptures de la frise,
rien de plus chaud et de plus riche que la teinte doree
dont dix--sept ou dix-huit siecles de soleil ont amouren;
sement réchaaffé la pierre. Ces beautés, personne oe
les ignore; mais peut-etre beaucoup de ceux qui n'oot
vu la Maison-Carrée que daos les livres et les recueils
de gravares se figurent-ils qu'elle se dresse daos une
poétique solitude, au milieu des oliviers, des figuiers et
des muriers, et qu'on a eu le soín de luí épargner tout
prosa'ique voisinage.
Bélas!
Des hotels, des rlébits de tabac, des boutiques de pa•
tissiers, de coiffeurs, d'épíciers, voila ce qui entoure le
cbef-d'ceuvre.
La porte d'Augusle, qui fut batie quinze ans avant
!'ere chrétienne, n'a pas eu meilleure chance, mais je
m'en console plus aisément; cette rumen'est qu'un sonvenir h1storique, ce n'est point un chef-d'ceuvre. Elle a,
comme le temple, son nom familier: on l'appelle la poru
desCasernes; un nom qui n'entlamme gucre l'imaginatioo.
Les bains sont une perle antique sertie daos une mon•
ture moderne, si l'on veut bien me passer la comparaison ; et la montare, en vérité, ne gate point la perle;
les bassins et les terrasses de Philippe Maréchal n'ont
ríen en levé de leur élégance aux légeres culoonades qui
entouraient le vaste atrium et donnaient acces au1
chambres de bain. Pour ell~s, point de voisinage vul·
gaire ; ni hótels, ni cafés, ni boutiques; de beaux om:
hrages, des fleurs, des charmilles, un moniicule plante
d'arhres toujours verts, ou quelque dévote paienne s'é·
garerait pour príer Minerve ou Vesta, le prenant pour
un bois sacré.
Tout pres des Bains, on vo•1s montre une ruine sur la·
quelle les antiquaires ne sont pas d'accord. - Ces messieurs ont-ils jamais été nnanimes sur quoi que ce soit!
C'est un temple de Diaoe, disent les uns; c'est une nymphée, disent les autres. Temple de Diane ou nympbée,
c'est bien la plus jolie et la plus gracieuse ruine qu'ou
puisse voir. Les colonnes se sont brisées, _les volites se

Les spectateurs ont été ravis de voir les chevaux épar- hon vieux temps, une si grande déconflture de Bourguisootdémantelés, les pierres se sont disjo!ntes avec un
gnés
et six taureaux .martyrisés, égorgés et agonisants gnons, qu'il fallut saler les cadavres de peur de la peste.
't exquis et la plus rare entente p1ttoresq11e; un
gou • r amoureux de ce lieu charmant y a grandi et pro- daos une mare de sang : la multitude a des caprices; il Bourguignon salé vient done tout droit d'Aignes-Mortes.
On vous fera voir, scellé daos la muraille, un anneau
~gu•\00 ombre sur les heaux débris qui jonchent le sol. y a un sang qui la dégoute et un autre sang dont elle
Jette
'
l
F
.
d
p
d"
'
ou
fut attachée, suivant la tradition, la nef de Saintaime
a
se
régaler.
En arrioot a Ni mes, e est a ontame e ra 1er qu on
Cependant, il se rencontre des gens qui n'ont de gout Louis, quand le pieux roi s'emba"rqua pour sa seconde
•t tout d'abord : elle s'éleve, blanche comme au preJ·our au milieu de l'esplanaoe, a laquelle a~outit a voir couler ni l'un ni l'autre ; cerlaines gens ne sup- croisade. Si vous etes un savant, vous hocherez la tete,
nuer
' part_ de la ~a~~- La vi·11e de N'1mes, ayant .ª. portent pas plus tous les spectacles que certains estomacs ~t vous direz : &lt;' La mer n'est jamais arrivée jus~u'a
ravenue qui
Aigues-Mortes, done Saint-Louis n'a pu s'embarquer ici. ,,
ieds les principales rtv1eres du département, tel étall tous les aliments.
ses Prouramme donne' au scu1pteur. Une v1·11e qui· se res11 y a deux a.ns, daos l'amphithéatre de Nimes, un gros A quoi l'on vous répondra que rien n'empéchait qu'il
1e P O
A
¡.
•
te ne doit se montrer que vdue ses conc1toyens. homme se trouva mal pendant la course. Ou s'empressa s'embarquat sur le canal, ce qni vous fermera la bouche.
Les maisons d'Aigues- ~lortes, a l'exception rl'une
pe:dierlesavait, et il a consciencieusement habillé sa vi lle autour de lui, on luí fit respirer des seis; a grand'peine
Pr
.
.
1
seule,
ont eu le hon esprit de se faire petites et de ne
il
reprit
ses
sens.
Ú Nimes; mais le costume conven~1t_moms qu? _e nu
poiut
regarder par-dessus les murs, de sorte qu'en
C'était
un
boucher.
talent de l'artiste, et sa stat•Je prmc1pale est mediocre,
maint
endroit
on n'aper~oit pas, ele l'extérieur, le moinLes
conseils
généraux
émettent
des
vceux
pour
le
re:dis que les rivicres, que leurs fonctions dispensent de
dre
ho•Jt
de
toit
moderne, et que ríen ne gate le plaisir
boisement
des
montagnes,
et
ils
ont
bien
raison
;
mais
tout voile, sont des chefs-d'ceuvre.
Mais voici les picadores a. la veste éblouissante de s'il est bon de se préoccuper des intérets de t·agriculture, de l'archéologue qui veot se croire en face d'uoe ville
broderies qui sortent de leur hotel; il est temps d'entrer ne serait-il pas bon aussi de s'opposer a la barbarie des du moyen a.ge. Le désir de s'agrandir ne tourmente pas
non plus Aigues-Mortes. O la ville exemplaire, a qui
mceurs?
daos les Arenes.
suffit
son enceinte du treizieme siecle ! Encore y ai-je
Qu'en pense le conseil général du département du
J'ai vu autrefois l'amphitbéatre vide : le soleil dorait
vu
~a
et
la des terrains vagues. On m'a dit que le maules gradins supérieur~ que le _temps n'~ pas ruinés, !es Gard?
vais
air
était
pour quelque chose daos cette modestie
Quand vous irez a Montpellier, n'en revenez pas saos
randes voutes de p1erre qm soutena1ent ceox quasingul
iere.
Oh!
les méchantes langues!
:aient délrnits les siecles, les barbares et la guerre, se etre alié a Aigues-Mortes.
Ce
jour-la,
toute
,a populatíon était en fete; on devait
Aprcs avoir quitté le ehemin de fer a Lunel, une pedressaieot im;1osantes et pleines d'ombre: c'était un macourir
les
taureaux
daos l'apres-midi, comme on l'avait
tite
ville
dont
le
nom
a
infiniment
de
douceür
pour
les
·est•ieux et mélancolique aspect. Mon imagioation refait
déja
la
veille,
la
surveille et le jour précédent. Qnoi!
gourmets,
vous
traverserez
le
gros
bourg
de
Marsillar!ulant dans le passé, reconstruisait sans peine le cercle
des
taureaux,
encore
des taureaux? Et toi aussi, Aiguesgues,
une
oasis
d'omhre
au
milien
de
vignobles
brulés
immense et le repeuplait.
Mortes!
par
le
solcil.
Les
anc:ens
seigneurs
de
l'endroit
étaient
Aujourd'hui, le spectacle u'est plus le meme, et mon
Soudain, une grande rumeur éclata; c'étaient les
esprit est un peu dérouté. C'est une foule vivante qui les descendants de e~ Nogaret, d'audacieuse mémoire,
taureaux
qui arrivaient, chassés par les picadores amaqui
osa
souftleter
le
pape
Ooniface
VIII.
J'ai
les
plus
remplit les Arenes, mais celle-ci ne ressem.ble guare a
teurs,
qui
étaient allés les cbercher daos la manade.
agréables
raisons
de
me
souvenir
de
Marsillargues
avec
celle qu'évoquait mon reve.
Au heu des tuniques et des toges, des blouses, des un plaisir extreme ou l'histoire n'entre pour ríen. Deux 11 y en avait neuf; on les fit entrer daos une écurie, ou
vestes, des paletots, au lieu de légionnaires de petits lieues plus loin, un vous montrera, sur la droite, un do- nous· eumes l'honneur de les voir : ils étaient tres-genfaotassins en pantalon garance; au lieu de patricicus maiue que l'hospitalité du maitre avait fait appeler Ta- tils et ¡,omt trop farouches.
Apres avoir déjeuné a l'hótel de -Saint-Louis, qui est
et de patriciennes, des messieurs et des dames sur des ble• Mise. Mérite-t-il encore son nom? Je l'igoore; apres
voisin
de l'hótel de la Macreuse, - une enseigne médío(baises de paille; au lieu de licteurs, des gendarmes et Marsillargues, je n'étais goere en disposition d'y aller
crement
succulente, - nons allames voir la course.
des sergents de ville; daos la loge du proconsul, mon- voir. Aprcs Table-Mise vous verrez, sur la gauche, une
Le
ruaire
voulut bien mettre a notre disposition le balsieur le maire de Ni mes et son conseil municipal; en ferme, et vous apercevrez de la route un buut de mnr
con
de
la
mairie.
plus
vieux
que
le
reste.
C'est
tout
ce
qui
subsiste
de
l'ab{ace, une douzai,oe de braves gens coilfés de cbapeaux
M. le maire d'Aigues-Mortes est un bomme du meilde paille et soufflant daos des trombones et des cor- baye de Psalmodie. Ne voila-t-il pas un nom merveilleuleur
monde et un tres-habile médecin : il est né a
sement
trouvé,
et
que
Rabelais
regretterait
de
n'avoir
nets a piston.
Smyrne,
d'ou il s'enfuit a quinze ans, survivant seul a
pas
imaginé?
Ou
p_
s
almodiaient
les
moines,
les
valets
de
O mon siecle, tu n'es pas majcsmeux '.
sa
famille,
massacrée par les Turcs. Son nom est Schilizzi
fcrme
chantent
en
engrangeant
les
blés
ou
en
vidant
Les portes de la lice s'ouvrent a deux battants. Les
Omérídes,
c'est-a-dire Schilizzi, descendant d'Homere.
la
vendange
daos
les
foudres,
et
les
servantes
babillent
braves gens a chapeaux de pa11le jouent une marche
triomphale. La Cuadrilla s'avance : trois picadores, mon- en remplissant la creche ou en préparant le souper: et Qui se serait attendu a voir un arriere-petit-fils rlu poete
pas la ferme d'un reil de l'Iliade ceindre l'écharpe municipale? Ce n'est point
tés sur trois haridelles aupres desquelles Rossinante Peut-étre Dieu ne regarrle-t-il
I
•
.
était obese, quatre banderilleros, la premicre et la se- moins paternel que l'abbaye; la sagesse des nations n'a- Bomcre, a coup sur.
Parlez-moi
des
courses
de
taureaü:x d'Aigues-Mortes.
t-elle pas dit: « Qui travaille prie? ,,
coodtl épée, le cachetero et le vétérinaire.
Des
bancs,
des
charrette~
pleines
d'hommes, de femmoJ,
Vous passez sous une porte fortifiée qui soutient vailCes personnages, en ¡,assant devant la loge municid'enfants,
des
trétcaux
sur
lesquels
trónent les dames et
pale, s'inclinent respectueusemeut, puis se dispersent lamment le poids de six siecles. A cbeval sur la routP.,
les
demoiselles,
en
hrillante
toilette,
entourent la place :
eile suffisait jadis a défendre Aigues-Mortes de toute surdaos l'arene.
dans
le
cirque
improvisé
on
lance
un
taureau, qui porte
prise,
car
ce
qui
est
plaine
aujourd'hui
était
ruarais
auLes trompettes sonnent l'entrée du premier taureau.
un
nreud
de
rubaos
entre
les
cornes;
aussitót qu'il patrefois,
et
c'était
par
la
chaussée
seulement
qu'on
pouLa course commence, ou plutót la boucherie.
rait,
on
8iflle,
on
críe,
on
l'apostropbe
énergiquement,
vait
arriver
a
la
ville.
Die u me préserve de vous raconter ces atrocités, de vous
.
afio
de
l'exciter;
les
plus
braves
passent
en courant deVoici
les
mnrailles
d'Aigues-Mortes
.
cherchez
daos
montrer cette malheureuse bete qu'on pique de coiips de
vant
t,¡j et cherchent a luí enlever sa cocarde; !'animal
to11te
la
France
du
moyen
a.ge
une
enceinte
plus
solide,
lance, dans la chair de laquelle on enfonce quatre ou
cioq paires de banderillas a fer recourbé, garnies parfois plus fierement dehout daos sa masse superbe, des bas- les charge, ils écbappent a ses cornes en se suspendant
d'artifices, dont la flamme la brule et dont les détona- tions, des voutes et des machicoulis a aretes plus unies, aux planches des tribunes, en se glissant mus les bancs
tions l'exasperent, qu'ou attaque enftn avec l'épée quand des tours se détacbant avec des proftls plus francs sur le ou entre )P.s roues des charrettes; et l'assistance d'apelle a mugi et hurté, qu'on ne tue presque jamais du pre- ciel; vous ne les trouverez poiot. Et cette teinte blonde, rlaudir; elle applauJit plus bruyamment encore quand
mier coup, et que vient achever le cachetero, une sorte chaud reflet du soleil du Mirli, vous ne la verrez nulle le taureau atteint quelque maladroit et le roule : il
l'endfrnerait, que jP, ne voudrais pas parier qu'elle n'apde valet de bourreau qui lui Lranche la moelle épiniere. part a11lenrs plus dorée et plus belle.
Une tour énorme, la tour de Constance, est comme la plaudit pas. La cocarde enlevée, le laurean est chassé
C'est horrihle et c·est ignoble.
sentinelle
avancée, la farouche gardienne de la ville; vers l'écurie et un aotre est lancé. Pendant la course,
Quand Domingo Mendivil, une des épées, un gar~on
el'.e
gardait
trop fidelement aussi les prisonniers qu'on !'animal re~oit bien, par ci par la, un coup de trique ou
plein rle saug-froid et d'audace, faisait reculer le taureau
y
enfermait.
Deux petites filies huguenotes, coupables d'aiguillon; mais la se bornent ses infortunes. Debout,
devant lui rien qu'en le regardant, et, mettant un ged'etre
allées
au
preche, y furent jetées, !'une acinq ans, au milieu de la place, le bon roi saint Louis, du haut de
oou en terre, le saluait avec grá.ce, on applaudissait. A
l'autre
a
sept
ans;
les pauvres créatures y grandirent, y son piéde&amp;tal, préside a la fete, et, le doigl levé, semble
merveille; mais quand il luí plongeait son épée jusqu'é\ la
vieilhrent;
quand
elles en sortirent, elles avaient dire : « Amusez-vous, mes enfants, mais ne faites point
garde daos le corps et la rctirait sanglante et fumante, on
applaudissait encore; c'étaient des battements de mains et soixante ans. Les prisons de la tour de Constance sont de mal a ces pauvres betes. ,,
Vivent les courses d'Aigues-~ibrtes!
X. FEYIINET.
des trépignements furieux; voila qui est épouvantable. d'immenses salles en ogive, de quarante pieds de haut,
Quand un taureau, piqué de banderillas a feu, frappait au milieu desquclles est un puits d'oubliettes. A travers
la terre du pied, ruaít, bondissait, rngissait, fou de dou- d'étroites meurtrieres, percées dans un mur de quinze
leur, d'épouvante et de rage, hommes, femmes, enfants, pieds d'épaisseur, on aper~oit l'azur du ciel, éternelle et
LES MONUMENTS DU CAMP DE CHALONS EN !864.
désespérante tentation de la captivité.
riaient aux éclats.
'
Le camp de Cbalons a offert, cette année, un vif intéLes portes basses des prísons soot ornées de fines
L'innocente et honnete gaieté !
ret a tous les points de vue.
11 estvrai que la foule, si cruelle aux taureaux, est rem- sculptures : l'art a coté de la barbarie.
Le nouveau systeme de manceuvres inauguré par S. E.
Montez
sur
la
to11relle
qui
couronne
la
tour,
vous
dépli de pitié pour les chevapx des picadores. A la course
le
duc de Magenta, la présence insolite de deux mille
couvr1rez
la
chaine
des
Cévennes,
la
campagne
semée
précédente, elle avait témoigoé, par de bruyants sifflets,
hommes
de nolre jeune réserve, l'arrivée récente de la
de
buuquets
rle
pins
maritimes,
les
trois
ranaux
qui
qo'il luí était désagréable qu'on laissat éventrer ces
division
de
clragons de Lunéville, les brillantes cuurses
vont
du
Rhóne
ala
mer,
la
ville
d'Aigues-Mortes,
les
mapauvres rosses. Dimanche dernier, le programme annon~ait qu'on prendrait « les précautions convenables, rais salants ')Ue bordent d'imrncnses tas de sel, qui res- du mois d'aout, naturalisées aujourd'hui sur ce turf guer•
et dans les limites du possible, aftn d'éviter la mort des semblent aux lentes d'un camp, et plus loin la Mérliter- rier, ont contril&gt;né a augmenter l'attrait qu'excite cette
chevaux. ,, Le fran~ais était mauvais, mais la résolution ra11ée, lileue comme le saphir, ou éblouissante comme le magnifi~ue école rles grandes opérations de la guerre.
Suivanl son he.ureuse coutume, l'Empereur, entouré
était bonne. La promesse faite au public a été tenue; il diamant.
du,
Prince Impérial1 de plusíe\ll'S person_na¡es augustes
C'est dans ,une des tours de l'enceinte qu'on fit, au
n'y a pas eu mart de cheval.

'º.'

(1

�197

L'lLLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.
,,...

_,··,:·,
l.,.

\

,
.,;¡

- - , aux dont les doigts babiles ont tenu
SP.Ur Lecur alrt de s'armer de la carabine rayée.
le ciseaud av1·ane s'éleve une colonne d'un gout charA 25' e lo
'
u Une double
guirlande de lauriers et de cbene
rnant,
.
s'enroule en sp1•·
aJes coquettes

-

.., : .....

'

---...

............

'""

~~'."--.:
--..;

:-,.,_'

:utour du

ftit,

chiffres et de devises. - Parmi les travaux de sculpture
elle compte deux productions séduisantes_. .
La premiere qui appartient au 43•' se d1stmgue par u~
a propos plus ~aisissant que la précédente. Elle tradmt

'--~-'
~-

~
~

--~

~-~~

IIONU~IKNT DU 33• DE L!GNR,

Par M. le capilaine Meyrel,

pas toujours compte des
difficultés que présente
au ciseau la chaux carbonatée, friable a l'exces, et de la délicatesse
inoui'e de toucher indispensable pour en
fouiller les blocs.
Nous renon~ons a décrire ici to utes lesreuvres
qui surprennent par la
variété ou la richesse de
l'invention; nous allons
seulement, en parcourant le camp de la droite
ala gauche, nous arre ter
devant celles qui frappent le plus vivement.
A !'extreme droite de
la premieredi"Vision d'infauterie (général d'Autemarre, comruandant),
le H • bataillon de chasseurs a pied a érigé un

Par MM. Reynard, sergent, el Poly, greuaditr,

=---=-11,.-,,..,,...

s-

i' ,' 1J\.'V\·
/\'N\NII

MONUMENT DU 58' DE UGNE,
MONUMENT DU 90• DE L!G~E.

'Par le caporal Donne,.

IIONUMKNT DU t l'BA T. DE CBASSEURS

Par M, le eous-lieulenant Bertrand.

D'llpreSt,, lea photographiea de M. Dtlllplact,

A PIED, par M. Lécurau1,

~llflíl'IÍF. OE ¡;, Á. R, LE PRl:'i'CB ill!IIURRT llANS LA IIAOE DI! CHRRBOUHG. - D'aprés un c~oq11is de M, Adolphe G,

monument d'un grand
air et d'un rcmarquable
tra vail. C'est un aigle i
Ja vaste en vergure, au
regard superbe, majestueusement posé sur un
globe. On voudrait voir
la foudre olympienne 1
ses serres puissantes. Le
piédestal enregistre Je
nom des combats daos
lesquels s'est illustré le
i t• batai!Jon. L'une de
ses faces représente les
armes impérialcs, burinées daus la pi erre avec
une incomparable finesse; les autres sont décorées d'ornemenls en
ronde bosse d'un bean
style.
Cctte reuvre, qui a
quatre metres de hauteur, est due au chas-

~ ~

que couronne
e corbeille de
'
.
UJ1
'
8 ::--...
""-."'-.-...::,
neurs et de frmts.
Au 3t•, le buste
de l'Empereur,
d'une ressemblance parfaite.'
s'appuie sur t_ro1s
obus 011 la pomte
du stylet a buriné
les noms de trois
grandes victoires
de la guerre d'Italie : Marignan,
Magenta, Solferino. A la base on
,
lit : Nous le sui---&gt;
l)f'OIIS
partout.
C'estsimple, mais
la sévérité de l'é'
difice est en complete barrnonie
avec la pureté de
l'exécution, qu'il
raut rap¡iorter a
M. le lieutenant- ·
colonel Dupré.
Le monument
du 33• est colossal. M. le capitaine Schinck l'a
dessiné. Le sergent Reynard et
Je gren1dier Poly
l'ontfait sortir de
la matiere brute.
11 séduit, a premiere vue , par
l'idée ingéniense
qui l'a enfanté et
par un esprit d'a
propos qui lui
Ce ne son t que fesimprime le ca[tons, ce ne sonl
chet de la cou[qu'astragales;
leur locale. On se
souvient que du
a l'intérieur, ce
camp de Chalons
ne sont que parpartit naguere
terres
émaillés de
une division franfleurs,
inondés
~aise pour la Syd'arbustes,
011 le
rie, et les nobles
gout lutte avec
paroles tombées
l'étude du pittodes limes impéresque. Sur ce
riales, a l'o::capomt, l'activité
sion de cette gédu soldat a néglinéreuse expédigé l'ébaucboir et
tion, sont encore
le ciseau pour se
présentes a la
tourner vers la
mémoire:
beche.
« Partout auNéanmoins, on
• jourd'hui 011
doit
un éloge a
• passeledrapeau
l'aigle du 90•,
«de la France,
assis sur un fut
• une grand-e
de colonne en
• cause le précefeuilles d'acan~
«de, un grand
the, découpées
«peuple le suit. i&gt;
par M. le sousOr, l'édifice du
331 a pour but de
lieutenant Bertrand, avec une
les consacrer.
Une belle Renomfinesse
et une pa- .
FUNFRAILLES
DE M. LE SÉNATEUR VAJSSI!' ADMINISTRATEUR DU DÉPARTEMENT DU RBONE. - D'aprea un croquis de M, A, Sle}eri,
tience incompamée embouehe la
trompette comme
rables. C'est d'un
modelé
sans
rival
dans
le
camp.
Le
drapeau du réun
inoi
fameux
ei
d'une
aciualite
plus
recenle
é~core.
pour les redire au monde, et de sa main austere el!e
La France la main droite a la poignée d1:1 gla1ve, la g,ment repose en arriere, avec cette légende : 1&lt; Honmontre l'étendard lihérateur.
La 2• division (général Bourbaki) est haraquée . . Elle main g:mch¡ appuyée au drapeau, pose le pied sur le. neur a ceu~ qui l'ont défendu. » L'Empereu~, ~pres
avoir complimenté l'auteur de ce monument, ams1 que
n'a pas pour elle l'aspect poétique de la tente, ma1s la traités de 1815.
..
brique et le bois de ses babitations ont su prendre un
Heureuse pensée, dignement interprétée au m1heu le caporal Donnet, du 58•, leur a remis .ª chacun une
air de féte en s'habillant de guirlandes de verdure, de destentes fran~aises par M. le capitaine Meyret; Lasta- médaille en or al'effigie du Prince lmpér1al.

~

MONUMENT DU 43• DE L!GNE,

tue a peut-etre trop d'ampleur. - La seconde, au 58º
de ligue' est sans contestation le chef-d'reuvre ~u
camp. Elle réunit tous les suffrages et toutes l~s ad~1rations. Le caporal Donnet, un vrai statuaire, 1a t~a1tée
avec sent1ment
et avec amour. 11
y a dépensé un
talent digne de
nos belles expositions.
•
Son travail est
un groupe de
grandeur naturelle, qui offre
au ravissement
duspectateurl'allégorie de la
France armée de
l'épée et protégeant le Prince
impérial. L'au~guste en fan t est
~
revetu de son
costume popu-•
laire de grenadier et ticnt son
petit fusil.
~"~
U est hors de
doute que cette
reuvre magistraJe, reproduite par
la gravure ou la
photographie, atteindra la célébrité qui lui est
due.
La troisieme division d'infantcrie (général Dumont), adossée a
un bois, a fait un
prodigue et ingénieux usage des
richesses sylvestres mises a sa
disposition par la
nature. Sur le
front de bandiere,

~

"

~

~

~

�L'lLLUSTRATlON, JOURNAL UNIVERSEL.

19R

Mentionnons aussi le monument du 60•. Sur un socle
élevé gil un sergent frappé d'un coup mortel en défeudant le drapeau.
Ce symbole de l'intrépidité, vertu en bonneur chez le
soldat, ne pouvait non plus occuper une place plus digne qu'au seio d'une armée.
Le rno• de ligne fait miroiter aux rayons du soleil
une croix d'bonneur monumentale et métallique sur le
faite d'un échafaudage en mousse. L'exécution est a
la haute11r d'une telle idée.
Le train des équipages a érigé une pyramide surmootée d'un buste de l'Empereut bien réussi.
L"artillerie et la cavalerie ont des parterres coquets,
mais peu de sculptures. Daos ces armes, il est peu commode de concilier les exigences du service a cheval,
qui est de tous les instants, avec de rares loisirs.
Le jour de l'arrivée de l'Em¡,ereur, le camp avait une
teinte plus artistique encore, et une ornementation nouTelle preoait naissance sous les doigts des fées en pantalon garance.
La fete nocturne a été d'un effet prodigieux. Cherchez
done ailleurs une illnmination de six kiloruetres de parcours, prenant feu au conp de canon de la retraite, ou
des légions d'instrumentistes s'avanfant vers la lente
impériale, au milieu d'un cercle de flammes, et faisant
retentir les airs embrasés d"une harmonie puissante.
Ces scenes ét:-aoges, sous le ciel étoilé, dans le silence
de la nuit, dépasFent tout ce qu'on peut imaginer en fait
de visions faatastiques.
Nous pouvons, pour terminer, passer de la sculpture
au théatre, car entre les arts il n'y a qu'un trait d'union.
En Crimée, nos troupes avaieot fondé un théatre sous
le tir des obus, mais comme le Théd.tre- Impérial du camp
clt Chdlons siége a Mourmelon, ils ont amené Guignol,
qui n'y existait pas.
L'idée appartient au rno• de ligne, dont les artistes
éclipsent le Guigool traditionnel, le Guignol des bords
du Rhone.
Les bouffonneries y sont si amusantes, les lazzis si
imprévus, que tout le camp s'assemble dev,rnt ces marionnettes. Cette vogue l&gt;ruyante est arrivée jusqu'aux
oreilles de Sa Maje,té, qui a voulu voir Guignol avec
tous ses botes. Le Prince lmpérial y a pris un tel plaisir,
que l'Empereur a accordé l'exonération du service au
premier sujet de la troupe. Voila une place princierement payée.
C'est ainsi qu'apres les heures de service nos soldats
et nos officiers, toujours pleins de bon vouloir et de
gaieté, utilisent les heures de repos.
Chez enx ('esprit rle nos percs, !'esprit gaulois, ne dégenere pas plus que le courage, et ils bravent l'ennui
comme la mitrai lle.
FERDINAND DE LACOMBE.

-~--L..~_,_.___
ARRIV&amp;K DI S. A. R. LK PRINCK HUIIBKRT A CHERBOURG.

µ.u DffiECTEUR.
Cberbourg, U septembre.

Le Jérome-Napoléon, portant S. A. R. le prince Humbert, accompagné du prince Napoléon et de la princesse
Clotilde, mouilla1t sur la rade de Cberbourg, le i o septembre, dans la matioée. Aussitot que le yacht rut signalé, tous les ba.timents de la rade hissercnt les arands
pavois, le pavillon italien en tete du grand mil.~- tous
les équipages se rangerent sur les verbTJles, et l'a~lillerie de toute l'escadre salua d'une salve les augustes visiteurs. Le vice-amiral, préfet maritime, arcompa"'né
des
0
autorités du port, se rend1t aussitot aupres de Leurs Altesses, qui visitcrent la digne, la rade, le vaisseau a
éperon le Magenta et !'arsenal marilime. Le mauvais
te~ps, qui dura toute la jouroée, abrégea la visite du
prrnce Humhert a Cberbourg. Le lendemain, le JéromeNapoléon appareillait pour l'ile de Wight.
Agréez, etc.
Pour ea:trait: P. PAGET.
~

OB!!tQUES DE M. LE SÉNATEUR VAISSE
FRÉFET DU RHONE.

Les obseq•1es de M. le sénateur Vaisse préfet du
Rhone, ont eu lieu le 2 septembre, a Lyon.'
A neuf heures, un escadron de chasseurs a cheval et
un peloton de gendarmerie ont pris position daos la
1'1le de l'lmpératrit11, et formaient la tete de la colonne;

venaient ensuite la fanfare lyonnaise, les enfants de l'école mutuelle et des écoles chrétiPnnes A neuf heures
et demie, Mgr l'évéque de Torento a opéré la levée du
corps, et le cortége s'est mis en marche.
Le cercueil, recouvert de l'habit brodé du sénateur
avec toutes ses décorations, était porté par douze sapeurs-pompiers; les cordons du poele étaient tenus par
le marécbal Canrobert, M. le premier président de Gilardin, M. Devienoe et M. le procureur général Gaulot.
Derri~re le cercueil venait la Cour impériale de Lyoo,
les préfets de la Loire, de la Savoie, de l'lsere, de
Saonc-et-Loire et de l'Ain, et M. le secrétaire général
de la Loire, l'état-major de la place, et des officiers rlélégués par les differents corps de la garnison, le conseil
géoéral du département du Rhone, le conseil d'arrondissement, le conseil des prud'hommes, les membres du
barrean, les juges du Tribunal de commerce, les agents
de change et les courtiers de commerce, les sommités du
corps médica( et de l'enseignement, et les maires des
différentes communes du département.
La marche était fermée par un peloton de médaillés de
Saiute-Hélene et un détachementdes facteurs de la poste,
d'employés de la Compagnie des eaux et de la Compagnie du gaz.
Le corps étail précédé dn clergé de toutes les paroisses et du chapitre métropolitain.
Le cardinal de Bonald a refu le cortége sur le seuil de
la cathédrale, et au sortir de la messe funebre, qui a
été célébrée par M. Beaujolin, grand-v1caire, le cercueil
a été déposé sur un char somptueux, noir et argent,
orné de panacbes et tralné par six chevaux caparagonnés &lt;le housses noires a l&gt;roderies d'argent, et tenus en
main par des valets de pied.
Le cortége s'est mis en marche dans le meme ordre,
et s'est dirigé lentement, au milieu d'un immense con.
cours de population, vers la gare de Perracbe, ou un
salon somptueusement décoré avait été préparé pour la
réceptiori du corps de M. le sénateur Vaisse.
Parmi les nombreux discours qui ont été prononcés a
ce moment, on a particulieremeot remarqué ceux du
maréchal Canrobert, de M. de Gilardin et de lt. Cazan,
secrétaire général, chargé par interim de l'administration du départeme.ot du Rhone. A une beure, la cérémonie était complétement terminée.
H. C.

ment. Le vieux monsieur ne s'arréta. pas en si ~
chemin. Sa maniere de penser et de vivre semblait
com¡,létement changée. JI conduisa1t toas les jo1111,
apres diuer, son neveu a la cave taillée dans le roe de la
montagoe, ou les notabilités de la v11le buvaient de la
biere et s'amusaient au jeu de qnilles. Le neveu brillait par son adresse, il n'en abatlait jamais moio~ de
cinq ou six. Parfois, il est vrai, un esprit bizarre paraissait s'emparer de lui. 11 lui prenait fantaisie de se jeter
rapide comme un trait, et avec la b~ule, au milieu d~
quille.s, et de se livrer a des ébats excentriques. Lors.
qu'il avait renversé le roi, on le voyait soudain les jalQ.
bes en l'air, posé sur sa tete liien frisée; ou bien au ~
sage d'une voiture il s'élan~ait a l'improviste sur l'ilQ.
périale, d'ou il faisait forre grimaces. ll y restait un bout
de chemin, puis il revenait en courant.
A chacune de ces scenes, le vieux monsieur avait l'babitude de prier instamment le bourgmestre et les autrea
messieurs de vouloir bien excuser les iocongruités de son
neveu. Mais ils riaient, attribuaient le tout a sajeunesse,
et prétendaient avoir eu, a son age, la meme agilité. 11a
raffolaient du jeune étourdi.
11 était toutefois des circonstances ou il leur causait 1111
vif déplaisir, saos qu'1ls osassent l'exprimer; pmque
généralement, on tenait le jeune homme pour un modele d'éducation et d'esprit. Le vie•ll monsieur fréquentait régulierement, ainsi que son neveu, l'auberge dn
Cerf d,'or. Malgré sa jeunesse, le jeune homme avait les
allures des personnes plus agées; il s'asseyait derriere
son verre, mettait des luoettes monstres, sortait une
grosse pipe de sa p'Jche, et apres l'avoir gravement al111mée, il lau~ait d'épaisses l&gt;ouffees de fumée au plafood.
On discourait des nouvelles du jour, de la paix et de la
guerre. Le bourgmestre et le docteur émettaient des
opinions opposées, dont la profondeur faisait l'admiralion de la compagnie. Eb bien! le neveu avait la velléité
subite d'étre d'un avis différent. 11 frappait la table de sa
main, que les gants ne quittaient jamais, et il donoait
a entendre, saos ambages, au bourgmestre et au médeci n, qu'ils ne connaissaient pas les choses exaclement,et
qu'il possédait a cet égard des renseignements plus précis et une intelligence plus pénétrante. ll exposait en~uite,
en allemand entrecoupé, ses raisons, qu'au grand déplaisir du bourgmestre tous trouvaient excellentes. Ea sa
qualité d'Anglais, il devait naturellement tout sa,oir
mieu:x que le.~ autres.

LE

JEUNE
-

ANGLAIS.

Fin.

Le vieux monsieur était un homme digne et plein de
sens. 11 souriait un peu, il est vrai, a chacune &lt;le ses paroles, en sorte qu'on ne savait pas au juste si elles éta,ent
011 non sérieuses. Mais il causait du teu.ps, de la contrée,
des plais1rs ele l'été dans la montagne, avec tant de
raison et de profondeur, qu'il enchantlit tout le monde. Et
le neve u! ll était charmant, il gagnait tous les creurs. En
ce qui concnne son extérieur, on ne pouvait précisément
dire qoe son visage füt bcau. La partie inféricure, la machoire surtout, étail trorsaillante. Son teintétaitlres-brun,
et de temps en ternps il faisait de siogulieres grimaces en
fermant les yeux et en gri ngant rles dents. Néao moins on
trouvait sa physionomie fort intéressante. Bien que ses
habits ne s'adartassent pis bien a ses formes, tout tui allait a ravir. ll circulait daos les pieces avec une grande
vivacité. 11 se jetait tantot sur un sopha, tantót daos un
fauteuil, et étendait les jambes. Ces habitudes, que de la
part d'un autre on aurait traitées d'incouvenantes, passaient chn le oeveu pour un signe de génie.
- c·est DO Anglais, disait-on, c'est la leur genre. Un
Anglais a le droit de s'étaler sur un canapé et de s'y endormir, tandis que les dame.s manqueot de chaises et se
tiennent debout. Ce n'est pas chose a prendre en mal de
la part d'un Anglais!
Le jeune homme était eovers son oncle d'une grande
docilité. Lorsqu'il se mettait a gambader ou a ramener
ses pieds sur son siége, un regard sévere wffisait pour
le rappeler a l'ordre. Et comment liJi en vouloir, en enr
tendlnt l'oncle dire a la dame de chaque maison :
- Moa neveu n'est pas encore dégro~si, il manque de
formes, mais je me promets de la fréquentation de la
société les pi us heureux résultats. Son éducation s'v
fera parfaitement. C'est a vous, madame, que notam:
ment je le recommande d'uoe mauicre toute spéciale.
Telle fut la présentation du neven, et Grünwiesel ne
parla, cejour-lA et les jours suivants, que de cet événe ..

Si alors, pour faire diversion a leur colcre conteoue,
·le bourgmestre et le docteur se mettaient a une partie
d'échecs, le neveu se rapprochait tout au3sitot, regardait avec ses grandes lunettes par-dessus l'épaule dn
bourgmestre, critiquait les coups et indiquait au doc•
teur les pieces qu'il devait faire marcher. 11 les bourrait
tous deux d'un courroux intérieur. Qu'ensuite le bourg•
mestre, qui se croyait un second Philidor, lui proposit
une partie dan, le dessein de le battre a plate couture,
le vieux monsieur serrait la cravate du neveu, qui, re•
devenu calme, faisait son adversaire écbec et mat.
Jus~ue-la, l'enjeu des' parties de cartes, que l'on faisait
tous les soirs a Grünwiesel, n'avail pas dépassé un demi•
kreutzer. Le neveu trouvait cela mesí]uin, et il mettait aa
jeu des écus et des ducal~, prétendant que persoone
n'était de sa force. Habituellement il se réconciliait a,ec
les messieurs que ses fanfaronnades avaient froissés, en
perdant contre eux des sommes assez rondes. lis ne 8e
faisaient pas scrupule de gagner son argent, car ils se di·
saient : il n'y a pas de mal a empocher ses ducats, c'e11t
un Anglais, un Crésus de race.
Au bout de peu de temps, ses faits et gestes valurent
au neveu du monsieur étranger la coosidération de la
ville et des environs. De mémoire d'homme, on n'avait
vu son pareil a Grünwiesel. Rien d'aussi curieux ne s'y
était eocore produ1t. 11 aurait été difficile de citer ce que
le jeune homme savait en dehors de la danse. Le grec et
le latín étaient pour lui de l'algebre. 11 tui échut, un
soir, daos la maison du bourgmestre, d"avoir, aux petits
jeux, a écrire quelques mol~, et on s'apergut qu'il n'a·
vait pas appris a signer son' nom. 11 faisait les fautes de
géograpbie les plus choquantes, il transportait, saos en
avoir conscience, une ville allemande en France, ou un
fleu,e polonais au Danemark. 11 n'avait rien lu, rien
étudié, et sa grossiare ignoraoce fai~ait souvent bocher la tete au premier pasteur. NPanmoins, on trouváit
¡,arfait tont ce qu'il fai~ait ou disait; te! etait rucendant de son effronterie. 11 voula1t toujours avoir
raison et terminait chacun de ses discours en disant :
« Je sais cela mieux que personne. »

L'JLLUSTnATION, JOURNAL UNIVERSF.L.
-¡:;;er survint et fouroit au neven l'occasion__de h:il.l d'une gloire encore plus grande. Toute societé ou 11
;~quait tanguissait, et _les paroles d~ l'homme le plus
sé provoquaient des ba1llements. Ma,s lorsque le neveu
:~itait, en mauvais all_emand, les propos les plus abrdeq on était tout ore1lles. On fit la découverte que ce
suuoe.homme supérieur était poete, car il se passait raJe ment une soirée sans qu'il tirat des papiers de sa po~e et hit a la compagnie quelques sonneLq. Il y avait
:ien q1Jelques personnes qui préteodaient qu'une partie
de ces poésies étaient mauvaises, dépourvues de sens, et
qu"elles avaient vu ailleurs le reste déja tout imprimé;
mais te neveu ne se troublait pas, il lisait, il appelait
l'atteotion sur la beaulé de ses vers, et recueillait chaq ue
(ois de bruyaots applaudissements.
C'était aux bals de Grünwiesel qu'il remportaitses plus
beaux triomphes. Personne ne dansait avec autant de
constance et de rapidité, personne ne faisait des sauts
aussi bardis et aussi gracieux a la fois. En outre, son
oncle lui donnait la toilette la plus recberchée et du
deraier gout. Bien que ses vetements lui pendissent
quelque peu au corps, on trouvait néanmoins que tout
('babillail a ravir.
Peu importait que ses fafons déplussent aux cavaliers.
Autrefois, c'était toujours le bourgmestre qui ouvrait le
bisl. Les jeunes ger.s des meilleures familles jouissaient
do droit de conrluire les danses suivantes. Mai~, depuis
l'arrivée dujeune étr:rnger, tout cet ordre était dérangé.
De son autorité privée, il prenait par la main la premicre dame venue, se plafait en tete et faisait a sa faotaisie. ll était le seigneur, le maitre, le roi du hal.
Comme les dames trouvaient ces allures parfaitcs et
agréables, les cavaliers durent s'abstenir d'objections, et
le neveu conserva le rang qu'il s'était arrogé.
Ces bals paraissaient causer au vieux monsieur un
plaisir extreme. Son regard ne se détourna1t pas de son
neveu. Un ~ow·ire permanent accusait sa joie intérieure,
et, lorsque la foule l'accal&gt;lait de l'éloge du jeune
bomme, si coovenable, si bien élevé, sa satisfaction débordait en un rirejoyeux. 11 était comme ivre. Les gens
de Grünwiesel attribuaient ces manil'estations singulieres
au grand amour qu'il portait a son neveu, et les regar•
daient comme des démonstrations toutes naturelles.
,1Ct:pendant, il lui arrivait d'etre obligé d'user de son
autorité eovers son neveu : quelquefois, au milieu des
daases les plus gracieuses, il passait par la tete au jcune
bomme de s'élancer d'un bond prodigieux sur la tril&gt;uoe
de l'orchestre; il arrachait la basse a l'organiste et la
íaisait griocer d'une maniere horrilile. Ou bien, il Fe
mettait la tete en has et les jambes en l'air, et dansait
sur les mains. A ces incartades, l'oncle le prenait a part,
et le ramenait a la raisun par quelques paroles séveres et en tui serrant davantage le nreud de sa eravate.
Telle était la conduite du neveu en societé et au bal.
Les mauvaiscs habitudes se communiquent plus facilemeot que les bonnes, et une mode nouvelle:, si excentriquc et ridicule qu'elle puisse etre, a toujours quelque
cbose de contagieux pour les jeunes gens, qui n'ont pas
encore ré0échi sur eux-memes et sur le monde. Le ne ,eu ne mangua pas de produire cet elfet a Grünwiesel
me ses fagons siogulieres. Les jeunes gens ne se furent
pas plus tot apér~us que ses manieres débraillées, son
rire et son bavardage inconvenants luí attiraient !'estime des dames, qu'1ls se dirent:
- 11 me sera facile de devenir un polisson spiritueldu
m~me genre.
lls s'etaient jusqu'alors appliqués au travail, mais ils
6oirent par dédaigner les connaissances, lorsqu'ils virent l'ignorance conduire a plus de succes. lis ahandonnmnt leurs habitudes laborieuses pour flaner sur les
places et daos les rues. Jusqu'alors ils étaieot aimables
et p'llis envers tout le ~onde; ils attendaient qu'on leur
p&amp;rlat, et répondaient avec décence et modestie. L'exemple dujcune homme cbarmant cbangea tout cela. Bient6t, on les Tit prendre place au milieu des hommes faits,
et s'emparer de la converbtion. lis donnaient sur toutes
cboses leur aYis et prétendaicnt tout mieux savoir que
personne. Au lieu de leur ancieune horreur des allures
brutales et communes, ils s'exergaient a de ma11vaises
chansons, fumaient daos des pipes énormes et hantaient
les cabarets du plus has étage. Malgré leurs yeux excellen~, ils s'armaient le nez de grandes lunettes, et se
croyaient des gens accomplis du moment qu'ils ressemblaient au jeune Anglais.
Que ce fut cbez eux ou dans 1es maisons étrangeres,
ils ae couehaient sur les canapés aTec bottes et éperons;

il~ se balan~aient sur leurs chaises, ou offraient le spect:icle ravissant de coudes appuyés sur la table et de vi~ages encadrés daos les mains. Les observations de leurs
meres et de leuri; amis sur la sottise et l'inconveuance
de ces altitudes étaient peine perdue. lis invoquaient
l'exemple du neveu. On avait beau leur rlire qu'en sa
qualité d'Anglais, on devait tui pardonner une certaine
brutalité nationale, les jeunes gens de GrünwiesPI soutenaient avoir autant dP droit qu'un Anglais pur sang a
etre spirituellement sans gene. En un mot, c'était pitié
de voir combien J'imitation du neveu avait fait déchoir
les vieilles mreurs et les honnes habitudes.
Toutefois, le charme que le~ jeunes gens trouvaient a
cette vie de grossiereté et de licence fut de courle durée.
Un événement inattP.ndu amena tout d'un cou¡, un bouleversement totaJ.
Les plaisirs de l'hiver devaient se terminer par un
grand concert, auquel étaient appelés a concourir les
artistes et les amateurs de Grünwiesel. Le bourgmestre
jouait le violoncelle; le dor.teur était un basson de premiere force, et, nonobstant une embouchure dérectueuse,
le pharmacien faisait sa partie de flute. Quelques demuiselles avaient étudié des airs; tout était préparé pour le
mieux. Le vieil étranger, tout en approuvant les rlispositions déjil. prises, signala cependant une lacune : il
manquait un duo, etsans duo pasde concert complet!
CettP. observation embarrassa toutes les fortes tetes de
Grünwiesel. On avait bien le gosier de rossigool de la
filledu bourgmestre, mais ou trouver un c!Janteur? On
songeait déja au vieil organiste, excellente bas~e-taille
dans son temps, lorsque l'étranger dil qu'il n'était pas
besoin de recourir a cet expédient : son neveu chantait
á merveille. Quelle agréable surprise pour les dames, que
cette nouvelle qualité dn jeune homme charmant !
On le mita l'épreuve, et, sauf quelques singularités anglaisPs sans doute, il chanta comme un ange. Le duo fut
appris a la hate, et en fin arriva la soirée du concert, dont
les oreilles de Grünwiesel se promettaient tant de plaisir.
Malheureusement, le vieil étranger ne put assister au
triompbe de son neveu. Une ind1sposition le retPnait;
mais'il donna ses instructions au liourgmestre, qui vint
le voir une beure avant l'ouverture.
- Mon neveu, lu1 dit-il, est un creur excellent; mais,
par ci par la, il lui prend des idees baroques, et il se livre a des folies. Cette raison me fait regretter de ne
pouvoir aller au bal. Devant moi, il est sur ses gardes,
et il sait bien pourquoi. Je dois, du reste, dire a son
honneur que ses extravagances ne vienneot pas d'un
dévergondage d'esprit: elles procedeot d'une infirmité
pbysique. Auriez--vous la bonté, monsieur le bo•Jrgmestre, lorsqu'il tui viendra en tete de se placer sur un pupitre, ou de manreuvrer la basse, ou de se laisser aller
a quelque autre incartade,auriez-vous la bonté de lui desserrer un pea la eravate. Si le remede reste sans effet,
otez-la- lui entierement. Vous verrez comhien il redevieudra doux et raisonnable.
Le bourgmestre remerciale vieux monsieurde la confiance dont il l'honorait, et promit, en cas de besoin, de
su1vre ~es conseils.
La salle du concert était comble. Tout Grünwiesel et
les environs s'y étaient donné rendez-vous. Tous les
chasseurs, pasteurs, ba1llis, propriétaires et autres personnages, étaient accourus avec leurs nombreuses famillcs pour prendre part a la fete. Les musiciens de la
ville débuterent en exécutant quelques morceaux brillants. Ce fnt ensuite le tour du violoocelle du bourgmestre, accompagné de la flute du pharmacien. Puis un air
de basse-taille valut a l'organiste des bravos unanimes.
De bruyants applaudissements ne firent pas défaut au
basson du docteur.
La premiere partie du programme était remplie et
tout le monde attendait avec impatience la seconde, q~i
se composait du duo du jeune étraoger et de la filie du
bourgmestre. Le jeuoe homme charmant était habillé
avec une grande d1stinction. Il avait attiré tout d'abord
l'attentiou des assistants : il s'était renver~é saos fafOD
dans un magnifique fauteuil, tenu en réserve pour une
comtesse du voisinage. 1: allongeait les jambes et braquait sur les uns et les autres la lorgnelte énorme qo'il
avait ajoutée a ses lunettes. La comtesse a laquelle le
fauteuil était destiné était entrée saos qu'il eut fait un
geste pour se lever. Au contraire, il s'était installé encore plus a l'aise et personne n'avait hasardé une observation. La noble dame avait été obligée rle prendre
place au milieu des autres dames, s11r une simple chaise
de paille a siége. Jugez de son dépit.

199

Pendant le jeu admirable du bourgmestre, pendant
l'excellent air de hasse-taille de l'organiste, meme pendan! que le docteur improvi~ait sur le basson, alors que
tous retenaient leur respiration et ne perdaient pas une
note, le jeune Anglais causa1t a haute voix avec ses voisins. Quiconque ne le connaissait pas était stupéfait de
l'étrangeté de sa tenue.
On était d'autant plus curieux de voir comment il
s'acquitterait de son duo.
La seconde partie commenfa apres le prélude de l'orchestre: le bourgmestre s'approcba du jeuoe homme a,ec
sa filie; il lui présenta une feuille de musique et lui dit:
- Monsieur, vous plairait-il de chanter le duo?
Le neveu grinp des dents et se leva vivement. Les
deux autres le suivirent au pupitre : toute la société
était daos l'attente. L'organiste marqua la me~ure et fit
signe au jenne homme charmant. Celui-ci regarda les
notes au travers de ses monstrueuses bésicles, il ouvrit
sa grande bouche jusqu'aux oreilles, et poussa des sons
vraiment horribles. L'organiste lu_i criait :
- Deux tons plus has, cher monsieur, c'est en sol.
Mais au lieu de cbanter en sol, le neveu arracha un de
ses souliers et le jeta a la tete de l'organiste dont il fit voler lapoudre au loin. Ace spectacle le bourgmestre se dit:
- Ah ! voila encore un de ses acces !
JI se précipita sur le jeune honime, le saisit ala nuque,
et tui desserra la eravate. Alors ce fut bien pis :
Le neveu ne parlait plus l'allemand, mais une tangue
étrange, que personoe ne comprenait, et il faisait des
sauts vraiment prodigieux. Le bourgmestre était désespéré.
Pour remédier a la violen ce inusitée de la crise, il prit
le partí d'enlever la eravate du jeune homme. Cette opérat10n était a peine terminée, que le bourgme~tre resta
comme frappé de stupeur · au lieu de peau, le cou du
jeune homme ne présentait qu·un cuir brun et Telu. Ses
bonds redoublerent de force et de hizarrerie. Jl passa
ses gants glacésdans sa chevelure et l'arracba. Nou,eau
prodige, cette chevelure n'était autre chose qu'une per. ruque, qu'il langa au visage dubourgmestre, et sa tete
apparut brune et velue comme le cou.
Jl s'élan~ait par dessus les bancs et les chaises, Coulait aux pieds les violons et les clarinettes et ,e démenait comme un furie1u.
- Saisissez- le! cría le bourgmestre, hors de tui, saisissP.z-le ! 11 est enragé, saisissez-le !
Ce n'était pas chose facile, car il avait oté ses gants et
mootrait des ongles dout il der.birait cruellement le Tisage de ceux q11i l'approchaient. Enfin, un cha~seur
hardi parvint a s'en emparer et a serrer ses longs bras.
11 ne faisait plus quetrépigneren riantet en criant d'une
,oix enrouée. On se groupa autour de ce singulier cavalier, qui n'avait plus ríen de la figure bumaine. Un
savaot du pays, propriétaire d'un cabinet d'histeire naturelle d'animaux empaillés, s'approcha a son tour, regarda de pres et s'écria tout étonné :
- Mon Dieu, messieurs et mesdames, comment pouvez-vous introduire cet animal daos une société bonnéte ? C'est un singe, 1'Homo tl'Oglodites de Linnée. J'en
offre six écus et je rempaillerai pour mon cabinet. Qui
décrira la stupéfaction des gens de Grünwiesel a cette
révélation?
- Quoi ! un singe, un orang-outang d:..ns notre société? Ce jeune homme ne serait qu'un ignoble singeT
Et ils se regardaient, bébétés d'étonnement. On n'en
croyalt pas ses yeux, on n'en croyait pa., ses oreilles. Les
messieurs examinerent attentinment la bete. C'était
bien un singe !
- Est-ce possible ! exclama la femme du bourgmestre.
Ne m'a-t-il pas souvent récité sespoésies,n'a-t-il pas maintes fois diné ama table, ni plus ni moins qu'un autre?
- Quoi ! dit avec véhémence l'épouse du docteur,
comment, lui qui a pris chez moi tant de bonnes tasses
de café en fumant sa pipe et en s'entretenant uee 111.on
maride matieres savantes!
- Comment cela se peut-il T firent les messieurs.
N'a-t-il pas, a la cue de la montagne, joué avec nous
aux guilles et parlé politique comme nous antres?
- Eh quoi! n'a-~il pas meme conduit les danses de
nqs bals? Un singe, un singe! C'est surnaturel, il y a
la-dessous de la ~orcellerie.
- Oui, de la sorcellerie, un tour du démon, fit le
bourgmestre.
Et il montrait la crante du neTeu.
- Regardei ! ce mouchoir renferme tout le cbarme
qui éblouis.,ait nos yeux ; -voila une large,bande de par-

�200
"

!Ot

· L'JLLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.

L'ILLUSTRATION, JOURNAL UN IVERSEL.

LES VICTIMES DE LA MODE, PAR BERTALL

'

(smrE). -

Essai sur les beautés de la crinoline.

(VOIB LEN• 1118,'.

'

'

✓
1/

ldéal de la crinoline.

•

Toujours oo ne se plaiod,a pas que la crin?line aceuseI les ,formes quaod elles sonl
deíectueuses.

Mais au moins les plis sonl si souples el si
harmooieux, la démarche emprunte á la crino
lioe un si gracieux balallcement 1

EITet d'appui,

k:rée de M.adame en omo1bus.

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UN CAVALIER ARABll. - Denlo d'llugeue Delacroix, {«e si111!le par M. Robaud, de Douai.

Eft'et de porte.

Chinoi1erie.

Effet de marche.

Femme períectionnée en 188\, Le triwgle a tou¡ours peno••
nifié ta perfeelio11. - Pruhlemt de géomélrie : ét&amp;nl doOllé le
triangle ABC, délerminer au juate la poeilion que Madame occupe
dans le triangle,

�chemin couverte de signes cabalistiques; e'est du latín,
si je ne me trompe. Qui le déchilfrera?
Le premier pasteur, personnagc tres-savant, qui sou_vent avait été hattu anx échecs par le singe, s'approcha,
regarda le parchemin, et dit :
- Nullement, c'est de l'anglais; en voici la traduction:
- Recette pour faire un jeune homme charmant :
11 Prendre un singe, l'habiller a la dernicre mode, et,
pour le reste, s'en rapporter a la betise hu maine! »
- C'est une dupcrie de ce vieux coquin d'étranger,
continua-t-il tout pale d'indignation; il faut un chatiment
exemplaire.
Le bourgmestre partagea cet avis. Escorté de six sergents de ville qui portaient le singe, il se mit en route
pour procéder saos retarda l'interrogatoire de l'étranger.
lis arriverent a la maison déserte, suivis d'une foule
immense. Tout le monde vonlait voir le dénoument de
!'affaire. On frappa, on sonna, personne ne parut. Le
bourgmestre, exaspéré, fit alors enfoncer la porte et pénétra daos la demeure de l'étrauger. On n'y trouva que
de vieux menbles. Sur le bureau etait r,lacée une grande
lettre cachetée a l'adresse de M. le bourginestre, qui
s'empressa de l'ouvrir. Voici ce qu'elle disait :
c1

Chers habitants de Grünwiesel,

« Lorsque vous lirez cette letlre, j'aurai quitté votre
ville, et vous connaitrez la qualité et la patrie de mon
neveu. Acceptez, cumme une bonne le~on, la plaisanterie que je me suis permise. N'imposez plus votre société
a un étranger qui tient a vivre seul. Je ne me sentais
pas le moindre gout pour vos eancans et vos habitudes
ridicules; c'est pourcela que j'ai fait l'éducation dujeune
Homo troglodites que vous avez tant chéri a ma place.
Adieu, que la le~on vous profite. »

Les nabitants de Grünwiesel étaient confus de honte.
Ceux qui rougirent le plus, ce furent les jeunes gens
qui avaient copié les sottises du singe et sa détestable
tenue. A partir d., ce jour, ils cesserent de s'accouder et
de se balancer sur leurs chaises. lis gardaient le silence jusqu'au moment ou ils avaient a répondre a une
quest1on. Leurs lunt ttes disparurent, ils redevinrent
polis et bien élevés. Si, par exception, quelqu'un tombait daos des habitudes vicieuses onridiculee, on disa1t:
11 C'est un singJ. »
Quant a l'orang-outang, qui avait joué, durant plusieurs mois, le róle de jeune homme charmant, il fut
remis au naturaliste, q1J.i le laisse circuler dans sa cour,
le nourrit et le montre aux t'trangers comme une picce
rare. Vous pouvez l'y voir encore aujourd'hui.
MUNTZ.
(Tnduit de l'allemand de Guillaume Hautl).

EXPOSITION DES CEUVRES D'EUGENE DELACROTX
AU BOCLEVARD DES ITALIENS,

Ce n'est jamais saos un certain trouble que nous
abordons les reuvres d'Eugene Delacroix. Le plus souvent, elles nous saisissent et s'imposent; mais si notre
émotion veut se traduire en louange, quelque incorrection flagrante nous vient arreter. Parfois ellts nous choquent et nons repoussent, et si nous voulons exprimer
notre sentiment, quelque qualiLé éminente nous commande le respect. Trois fois déJa nous avons vu un
grand nombre d'reuvres d'Eugene Delaeroix réunies : a
l'exposition universelle, lors de la vente de son atelier,
et aujourd'hui daos les galeries de la Société nationale
des Beaux-Arts; et touJours les memes hésitations nous
dominent.
Que ceux qu'intéresse uniquement la question d'aspect daos les choses d'art; que les exécutants, saos
cesse aux prises avec les dimcultés de la couleur, admirent saos réserve, parce qu'ils se placent a un certain
point dé vue; nous le eoncevons. Mais que nous, qui
n'avons a examiner que le résultat d'ensemble, nous
nous livrions aussi facilement; cela nous est impossible !
Trop souvent, apres avoir loué, nous devons dire: bélas !
Cependant une considération nous arrete. Lorsque
Eugene Delacroix vivait, la critique, qui a foi en elleméme et en son efficacite, pouva1t avoir quelque action
sur lui, et lorsqu'elle luí disait, tantót de retourner aux
sévéritcs de la Bur ¡11e dn Dante, tantót de s·en tenir aux
splendeurd de la Prise de Constantinüple, elle avait raison de parler airui, si elle était dans cette eroyanee que

la forme et la couleur avaient fait dans ces•reuvres une
alliance suffisante : la forme l'emportait ici, la dominait
la couleur.
Mais que servirait aujourd'hui de renouveler des souhaits inutiles? Le peinlre n'est plus, et son reuvre est la,
telle qu'il l'a faite, telle q11e les évolutions de sa pensée, le
cours des années, et la main plus ou moins fiévreuse
l'ont fixée sur la toile; et c'est d'apres cette reuvre que la
postérité prononcera, faisant justice de cerlaioes exagératioos que nous croyons 1rréllechies, lorsque plusieurs
pretendent que l'amour-propre y était surtout intéressé.
Maintenaut que tout le bruit fait autour de la vente
d'EÚgene Delacroix est apaisé, et que l'on n'est plus
forcé de prendre d'informes ébauches pour des reuvres
achevées, et qui plus est, pour des chefs-d'reuvre, on
nous permettra de n'admirer qu'avec les réserves que
nous impose l'étude des vrais chcfs-d'reuvre de toutes
les époques.
.Comme le disait M. Ch. Clément, daos un article du
Journal des Débats, ou nuus sommes heureux de retrouver comme un écho de notre propre pemée : 11 A certains égards, Eugene Delacroix est un artisle de premier
ordre. 11 avait une imaginalion riche et poétique a un
&lt;legré tres-remarquable; le sentiment pathétique et
l'émotion. Son co1oris est admirable, puissant et harmonieux tout a la fois. » C'est par le colorís et par l'émotion que les reuvres d'Eugene Delacroix resteront.
Car non-seulement la beauté idéale leur fait défaut,
mais souvent la forme y est remplacée par la simple indication du mouvement. Indication tres-juste, il faut le
dire; suffisante daos une esquisse, mais qui ne saurait
satisfaire dans un tableau achevé. Aussi les toiles de ses
dernicres années, malgré une exécution tres-laLorieuse,
n'étaient plus guere que &lt;les esquisses.
Si l'on s'étonnait que cette exécution, qui semble pé oiele, n'eut pas éteint les splendeurs du colorís, l'incertitude du dessin laissait croire a beaucoup qu'Eugene
Delacroix manquait d'éducation premiere.
11 n'eo était rien, cepcndant. On l'a bien vu aux études d'atelier, et aux copies d'apres les maitres qui figu•raient a la vente, et on le voit encore mieux a l'exposiposition actuelle. 11 y a la une Tete de jeune filie, étude
contemporaine, saos doute, de la RorricadP., du mnsée
du Luxembourg, qui est d'une exécution admirable, en
meme temps que d'une tonalité soutenue. A cette époque, Eugene Delacroix était encore sous l'inlluence de
Géricault. Mais daos cette tete, dans r.ette poilrine maigre, étudiée dans tous les détails de sa forme et de ses
tons, il y a déja le príncipe de ces hacbures qui sont devenues depuis 1m ~ysteme, et qui ontajouté, daos les derniers temps, les incerLitudes du modelé aux incertitudes
d11 dessin.
La simplicité fut la moindre des qualités d'Eugene
Delacroix, et l'on ne peut s'empecher de sourire lorsqu'on le voit en ses commencements, alors qu'il s'ignore
lui-meme, contraint de peindre, pour l'hótel de Talma,
les figures des saisons sur un fond rouge uni, comme te
sont les murs d'une maison de PompeI. Cependant lorsquc, i11certain encore, il se dérobe a l'inlluence de Géricault pour subir celle de Bonington, un certain calme
se remarque encore dans sa peinture. A ce temps appartiennent Je Sa1·dan•rpale ainsi que le Combut du giaour tt
du pacha, celui qu'a exposé M. Malher, l'une des reuvres
les plus éclatantes el les moius discutables d'Eugene
Delacroix. Mais bienlót les fonds iocertains ou sacrifiés ne
sauraient plus s'allier a des figures et a des premiers
plans ou tout s'agite, la ligne et la couleur; E. Delacroix, introduisant le paysage dan~ ses tableaux, se
montre la l'égal des plus grands et des plus habiles. C'est
a la suite de son voyage dans le Maroc que cetLe qualité semhle s'etre développée chez lui, a en juger par le
paysage des .lllusiciens ou bouffes a!'abes, un chef-d'reuvre
de puissance et d'harrnonie dans la couleur, qui se
trouve au mu~ée de Tours. Dcpuis, une grande place ap·
parlient au paysage daos son reuvre; soit que d'un pin..
ceau ému 1I nous montre, dans un coin de la furét sombre, la blanche Ophelia, qui se retient encore a ia branche de saule, lorsque les eaux s'emparent déja de son
corps alourdi, - soit qu'il étage la ville, lamer et le ciel,
derr1ere les chefs des croises qui, les gonfanoos a,1 ,ent,
fotlleut du pied de leurs chevaux les dalles de marbre
du palais de Constantinople.
Si J'émotion pouvait remplacer ce sentiment surhumain qui, résultant de l'union de la forme avec la pensée, nous transporte daos un monde supérieur lorsque
nous centemplous les reuvres des maitres, Eugene Dela-

!03

L'lLLUSTRA'J'ION, JOURNAL UNIVERSEL.

L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.

~=

croix serait un peintre religieux. 11 est impossible
efTet, .de ne point contempler, sans en etre touché,
be lle Pieta dont I' lllttstration publiait naguere un dess·111
~,ac-s1m1
. ·¡e; de ne pomt
. trouver, dans le Saint SebastiQ
et daos le Saint Étienne, une grandeur morale qui gran,.
&lt;lit ces compositions au dela de leur cadre; mais ce SOnt
des sentiments de douleur ou de terreur humaines qu¡
s'en dégagent. Les acteurs de ces drames rnngent a 1
victime, aucun ne pense et ne fait penser au ciel. ~
douleur n'y est point anoblie par ce sentiment de l'infini qui nous semble constituer l'essence de la peinture
religieuse. Oans le drame huruain, Eugene Delacroix es¡
supérieur; que ce soit une ardente melée, comme cette
Bataille de Taillebourg; une orgie de tumulte et éelatante
d'ivresse populaire,comme le Boissy d'Anglas;unesombre
et sinistre justice monacale, comme l'Amende honorable·
mais le drame di vin lui échappe. Daos le Jés11s da.ns~
barque, nous ne vflyons que la mer; daos la Montée GIi
calvaire, une course hatelante, comme dans le Rubens
du musée de Bruxelles : quant a ses reuvres dernieres
l'IIéiiodo!'e et la Lutte de Jucob avec l'ange, nous n'en
vouluns point parler, de peur de trop en dire. Trop
fidele a la poétique moderne, Eugene Delacroi1 rem.
place volontiers le sentiment par l'action.
S'il est l'égal des plus grands par l'intelligence et par
la clarté de la composition, en meme temps que par l'imprévu du groupement des persoonages; si sa couleur
qui cherche l'harmonie des tons sans poursuine ¡~
ré~lité des choses, qui peint la draperie et ne traduil
point une étoffe, transporte des persounages en dehon
des vulgarités tangibles, et les rend bistoriques dansl'acception artiste du mot, il s'en faut de beaucoup, cependant, que l'antiquité ait été aussi favorable aEogcne Delacroix que le pourraient faire croire les oombreuses compositions ou il s'en est inspiré. L'antiquilé!
nous la sento ns v1 vre dans les marbres de la Grece et daus
lts fresques de Raphael. C'est un monJe jeune et beao,
surhumam par la pureté et l'harmonie des formes, p:ir
la sévérité plutót que par la profondeur de la pensée.11
nous est impossible de nous la figurer autre que l'ont
figurée ceux auxqaels la Cable s'imposait comme croyance
ou comme idéal. Cet idéal, Eugene• Delacroix le portait
en luí et le confessait daos ses ecrits, d'un dessin si sobre
et si net; mais c'était la seulement qu'il le dessinait
ainsi. La tournure de !'ensemble, la couleur, car 1I faut
toujours en revernr la, et l'aspect décoratif, tels soot, a
notre avis, les principaux m•érites des peintures du Sénat et de la Chambre des Députés; saos que nous voolioos fermer les yeux devant la fierté du dessin de quelques parties, comme la Guerre, du Palais Bourboo,
comme l'Éducation d'Achille ou les Jeunes fillts de Sparll
du Sénat, penden tifa dont les dessins figurent a l'e1position. Mais ailleurs les impcrfections de la forme el
l'absence de beauté nous choquent et nous empecheot
de reconnailre la véritahle anti4uité.
Nous parlions des dessins d'Eugene Delacroix. Dans
cr.s improvisations, dans ces indicat1ons sommaires, 011
les sous-entendus completcnt plus surement la pensée que
ne le ferait trop de• préc1sion, ses qualilés de mou,e•
ment se développent et s'exaltent. L'exagération et les
fautes elles-memes deviennent un accent de plus ajouté
a la vérité, si bien que le caractere général du dessin
s'affirme en faisant oublier les défaillances tle la forme.
On subit une impression avant q11e de sooger a pronon•
cer un arret, cbose bien soleunelle pour un simple ero•
quis. Aussi les dessins d'Eugene Delacroix forment-ill
une des parties les moins discutables de son reuvre et
de l'exposition du boulevard des ltaliens. Anssi, plut6t
• que d'essayer de traduire ici une de ses compositioos
par une gravure qui ser:iit c-irtainement une trahiaoo,
- E. Delacroix étant trop personnel pour n'avo1r pu
défié tous les graveurs, - nous préférons empruoter le
fac-simile de deux des dessins exposes par M. le baroD
de Laage a l'album ou M. Robaud, de Douai, a reproduit avec un grand bonhcur d'imitation un certain
nombre d'entre eux, faisant varier ses procédés suivant
que le maitre avait usé du crayon ou de la plume.
E. Delacroix fut le peintre inquiet d'une époque troublée. Tout ce qui avait passionné !'élite de ses contemporains l'a ému. Avec la littérature romantique il com·
mente le Dante, Sbakespeare et Grethe, et nous montre
un moyen age un peu sinistre et conventionnel, corume
celui que le drame mettait sur le théatre.11 se passionne
pour la Grece avec Byron, et pour la liberté avee AU·
guste Barbier. Ses études classiques et son propre sen·
timent le rappellent a l'a.ntiquité, non pas triste et figée

manque... que des idées et le don de les eiprimer. Or, la nouvelle comédie de M. Émile Augier passe décidétout a co1Jp, idées, taleols, lui arrivent comme par mira- ment vers le milieu du mois prochain.
La politique est, dit-on, complétement étrangere a
cle, a en juger, du moins, par un triomphe qu'il obtient
a la t:omédie-Fran~aise. Mais, au moment ou son nom cette nouvelle reuvre de l'auteur du Fils de Giboyer.
va etre proclamé, une voix, a la vérité un peu avinée, Est-ce bien sur? Ne nous llatte-t-on pas, nous qui serions
declare tout haut que M. Delahaye n'est qu·un plagiaire, si charmés de retrouver, apres une si longue absence,
et que la piece n'est pas de lui, mais bien de Paul Gé- l'auteur de la Cigue, de l'Aventuriere, de Philiberte, etc.?
Au théalre du Palais-Royal, nous avons eu la rentrée
rard, le jeune poete dont nous avons parlé tautót.
de
Geolfroy dans un des meilleurs roles de son réperOn en appelle a celui-ci, qui, engagé par un serment,
toire
: le fameux Pincebou!'de de Une Corneille qui abat
repousse l'honneur qn'on -veut I ui faire a trop bon droit,
des
noi:J;.
Geoffroy revient de son cougé chargé de couet DelahRye triompherait sur toute la ligne si un interronnes
provinciales,
et plus amusant que jamais. Les
médiaire, qu'il a sottement ofTensé, ne révélait le secret
honneurs
ne
l'ont
point
changé.
de certain marché, etne luí arrachait publiquement ((et
A
ce
meme
théatre,
ou
les Ficelles de Montempoiure
ses myrtes et ses lauriers, » qui retournent a qui de droit.
Voila, mais trop en raccourci, le canevas de cette se soutiennent a l'abri du répertoire de Geoffroy, un
piece, dont les m11le détails ont un éclat, un cbarme, une Tailleur pour dames, vaudeville en un acte de M. Jules
franchise, une jeunesse, dont nous ne saurions donner Renard, est tres-joliment joué par Priston et Luguet,
une idée. Il faut voir, il faut entendre les Plumes du Paon. ornés de M Keller et Damain; aussi a-t-il bien rr.ieux
11 le faut d'autant mieux que cette comédie est admi- réussi que feu Hé! Lambert. Le sujet, 1I est vrai; pretait
rablement rendue, surtout par tels de ses pe1·sonnages davaotage a une de ces légercs études de mreurs, ou
~
que nous n'avons ¡,u qu'indiquer. Thiron et Roman- études de mreurs légeres, dont le Palais-Royal s'est fait
ville y sont particulierement excellcnts, et quant a une si piquante spécialité.
C&amp;l!ll~IIRDIE DIRlllJUVDG)UI,
Les types du tailleur pour dames et de ses clientes
Mil• ~fosé, c'est a ne pas la reconn~ itre : la jolie statue
« Les Fran~ais n'ont pas la tete épique, 11 a dit quelmanquaient
a cet album des fantaisies parisicnnes;
que vo11s admiriez est maintenant une vraic femme; c'est
qu'un a propos de la Denriade, et certes, si la regle est
pc:urquoi
faut-il
qu'ils aient trouvé un portrait si timide,
tout ce qu'on tui demandait.
trOP absolue en ce qu'elle engage J'avenir, l'exemple, du
si
lioutonné,
la
ou
c'était si bien le cas de se mettre a
0
N'o1Jblions pas M' • Masson, parfaite daos un róle,
moios, était heureusement choisi.
l'aise:
qne
craignait-on?
L'on n'aurait jamais pu atsecondaire, il faut le dire, mais dont le pcrsonnage est
De toute fa~on, le mota fait fortune,et nul poete,que d'une vérité comique et aímable au possiule. Vite, un teindre au décolleté de !'original.
¡e sache, ne l'a encore fait mentir.
Le théatre du Chél.Lelet donne en ce moment avec
grand róle a Mm• Massou !
Un jour, cependant, qu'on le redisait chez Balzac, en
Avec les Pltlmes du Paon, le théatre de l'Odéon donne, succes une reprise des Sept chdteaux du Diable, grandisl'appuyant d'uo exemple plus récent que la Ilenriade, en Jever de ridcau, une comédie en un acte bien con- sime féerie qui ne date pas de moins de vingt ans. La
quelqu'un de ma connaissance la plus intime lan~a la
duite, bien écfüe, spiritnellement dialoguée, amusante direction avait fort a faire pour rhabiller de neuf cette
boutade suivante :
enfin, et tres-bim jouée, une picce a laquelle rien vieille carcasse, une des plus creuses, ma1s des plus so_ Mesbicurs, dit-il, vous eles bien séYeres pour volre
lidcmeot baties, qui soit sortie de main de carcassier.
ne manque ... que des spectate1ns.
pays; il me semble pourtant, qu'il. cela pres des divisions
A la voir aujourd'hui sous ses nouveaux costumes et
Le voila bien, ce théatre de l'Odéon ! Tout a coup, avec
régulieres et d'autres vains détails de forme, nous avons,
avec
ses nouvelles décorations, vous la croiriez née
une piece médíocre, ou meme mauvaise, avec une
nous aussi, un grand poeme, un poeme embrassant un
d'hier,
et ce prodige pourrait tout aussi bien se renouvieille tragédienne, 1111 pis encore, avec une nouvelle trasujet tuut aussi un et mille fois plus vaste que l'Iliade,
veler
tous
les vingt ans, tant le sujet se prete volontiers
gédie, il fera salle comble pendant trois mois; et une
t'Odyssée et l'Enéide réunics; car, si l'ltalie a le Dante
aux
modifir,ations
les plus étendues et les plus diverses.
autre fois, avec une charmante comédie, précédée d'un
a,ec sa Divilie Comédie, la France, daos les Fables de La
Les
Sept
chdtea11x
du
Diable, il va sans dire que ce sont
tres -joli lever de rideau, il jouera devant les banquettes
Fontaine, peut se vanter d'avoir produit la Comédie huvides, ou, ce qai est plus froid encore, devant les amis les sept péchés mortels ou capitaux, aulant de halles
maine.
que doivent traverser les deux filies d'un maria en dande la maison et autres eotrées de faveur.
La Comédie humaine! a ce mot, Balzac fit un bond vers
Je ne veux pas dire que les choses en soient a cette ger de mort. La vie de lcur pere est a ce prix.
le cooteur paradoxal, et, tui serrant avec effusion les
On devine ce que Satan, amoureux de l'une d'el\es,
derniere extrémité pour le spectacle avec lequel M. de
deux mains :
dépluie
de roses et de pompes pour les arreter ou les
La Rounat vient d'inaugurer la réouverture de son tbéa- Merci, mon- ami, luí dit-il, j'ai compris tout ce que
faire
broncher
en chemin. II n'y réussit pas, ce qui va
tre, mais seulement que ce spectacle est loin d'avoir le
l'allusion a de délicat, de llatteur pour moi. Grace a vous,
encorc
sans
dire,
et le~ deux sreur~, - Mm•• Esclozas et
j'ai trouvé ce que je cherchais vaioement depuis tant d'an- succes qui luí serait du, a mon sens.
Tautin,
escortées
de leurs fiancés, Colbrun et Rosier,
Car, enfio, si la piece de M. Leroy est un peu plus séne,es; la Comédie humaine, voila le tilre de mon reuvre !
parviennent,
sans
avoir
perdu la croix de leur mere, a
rieuse de fond, un peu plus dénuée d'amourettcs, un
Persoone, cela va rnns dire, ne songea sur le moment
la
crolX
de
Notre-Dame
de
Bon-Secours, oú elles tompeu plus rnasculine, si j'ose m'exprimer ainsi, que ne le
acootester la justesse d'une te lle a~similation ; moi •
bent
dans
les
bras
de
leur
per-e.
Sauvé, mon Dieu !
veut la derniere mode du jour, celle de M. d' Anthoine,
meme je ne soufflais mot : mon succes m'avait ahasourdi.
Tout
cela
n'est
paa
bien
neuf,
sans doute, mais c'est
en revanche, est aussi leste, aussi galante que possible;
Plu5 tard, cependant, saos avoir cessé d'admirer le
plus
qu'il
n'en
faut
pour
offrir
aux
yeux un merveilleux
elle peint des mreurs aussi libres que, par exemple, le
plus profond an3:lyste de nptre siecle et de bien d'autres,
spectacle.
Bonhomme Jadis, cet éternel lever de rideau du premicr
il me vint ce scrupule,que si la premicre condition d'nn
N'oublions pas Colbrun, - la gaieté de la piece, - ni
Théatre-Fran~ai$. Pourquoi done réussit-elle moins?
poeme est d'etre en vers, le fabuliste, ne ful-ce qu'a ce
La meilleure réponse, ce serait peut-etre de raconter MM. d'Ennery et Clairville, qu'ou dit en etre les auteurs.
seul litre, aurait plutót écrit un poeme que le romancier.
Un théatre nouveau, je croi~, le théatre Saintici tout au long Une D~fuite ai:a11t la victoire, et de mettre
Lui-ii1éme, d'ailleurs, - le Bonhomme, - s'il ne préainsi le lect'.lur a meme de trancher une question que Pierre, vient d'user de la nouvelle loi Pn donnant dans
tendit jamais avoir fait la Comédie humaine, dn moins
j'avoue u·avoir pu compreodre; mais, - heureusement, sa représeutation d'otiverture les Fréres a l'epreuve, de
nous a-t-il mis sur la voie d'un pareil litre en définissant
- l'lllustration n'a pas que des lecteurE, et, je le répetc, Pelletier-Volmérang'.!s. C'est, pour le moment, tout ce que
son muvre :
ta piece de M. d'Anthoi ne est un reflet de mreurs si ca- j' en sais, n'ayant pas été de la fcte, et si j'en touche ici un
Une ample comidie aux cent ac(es divers.
valieres, que les paniers, les mouches, la poudre, d'un mot, c'est que la tentative me parait avoir des chances
de succcs. Le répertoire classique du second et meme du
Aquoi on pourrait ajo uter que chacun de ces actes, et il cóté, et !'uniforme de mousquetaire de l'autre, en font troisieme ordre est inépuisable, et mieux que eelui du
y en a bien plus de cent, est lui-merne une comédie, pour seuls accepter les franches coudées au rigide public du prewier ordre, a la purtée de la grande masse du pune pas dire tout un poeme, tout un monde. La preuve second Théatre-Fran~ais.
Tout cet attirail préservatif est suffisamment bien blic; saos compter qu'il n'exige de ses interpeles ni de si
en est daos tout ce qu'en a t:ré le théatre : pas une des
porté,
du reste, par M11• Génat et sa soubrette, M11• La- heureux dons, ni des études si profondes.
rabies de La Fontaine qui n'ait fourni un ou plusieurs
A cela pres, l'agitation de la liberté des théatres s'asujets du comédie et meme de drame, a compter seule- maiilerée, ainsi que par Riga et Delacour, bien que le paise de plus en plus a Paris. On parle bien depuis quelpremier
manque
un
peu
de
légereté,
et
le
second
d'exmeut les auteurs qui ont avoué leurs emprunt~ en preques jours d',10 TJ.élitre religieWl), ou ne seraient reprépérience.
nantau maitre jusqu'a ses titres.
~entées
que des pieces conformes a ce titre, qui sonne
MIi• C:énat, une débutante a ce théatre, parait avoir
Tel est, entre autres, M. Louis Leroy, qui, sur la meme
faux;
mais,
d'autre part, il n'est plus question ni du
scene ou nous applaudissions naguere le Lieore et la Tor- une prédileclion pour Marivaux et son école, - un ha- Grand-Thédtre du Peuple, ni du 7héatre-foternational.
tue, de M. Paul Jnillerat, vient de nous donner les Plu- bite maitre, ma1s une bien dangereuse école, - elle n'a L'autorité a meme fait démentir le bruit qui donnait
mes du Paon. Nous avons déja mentionné le succes d'é- pas moins réussi daos la Sylvia du Jeu de l'amour et du
pour futur emplacement a ce dernier un des futurs pans
lite obtenu par cette comédie en quatre acles, ou, a dé- hasa,·d que daos l' An lrée d'Une füfaite auant la uictoire.
coupés de la future place de la Purte-Saint--Denis.
D'autrea
débuts
ont
eu
lieu
au
théatre
de
l'Odéon,
mais
faut de la bonhomie de La Fontaine, brille uo esprit
Daos les départements, en revanche, c'est autre
ils m'ont encore dit si peu de cho~e, que j'attendrai pour
dont la vivacité rappelle celui de Beaumarchais.
chose.
La, du moins, il n'y a si petite liberté qui ne soit
Un des priviléges des données comiques fournies par en parler qu'il y ait lieu.
prise au sérieux et ne provoq11e de généreuses tentatives.
Dans
ce
meme
Jeu
de
l'amour
et
du
hasard,
la
Coméle grand fabuliste, c'est qu'elles se pretent aux applicaAinsi, saos parler de Bordeaux, de Lyon, de Marseiltions, aux personniíications les plus diverses. leí, les die-FranQaise a vu, cette ~emaine, la rentrée de le, ou s'elevent de nouveaux théatres, voila Saint..Gerplomes du paon, ce sont les idées et le style d'un M11• Plessy, je veux dire de Sylvia, la vraie, l'unique
main-en-Laye, dont la pauvre petite salle est menacée
jeune poete que la m~re empeche seule de faire la Sylvia, ramenant avec elle la Célime11e, naturellement d'uoe redoutable concurrence. Tout récemment, a la féte
roue comme il voudrait, et comme le voudrait bien suivie d'Alceste, autrement dit Geffroy.
w1e Augustine Brohan vient, elle aussi, de rendre a de Saint-Louis et a celle des Loges, la tragédie de Jeanne
a~si une certaine Mil• Cumille. - Le geai, c'est un soid'Arc, le drame des Chévaliers du brouillard et autres
disant écrivain, auquel, pour mériter ce litre et s'en Regnard sa Ltsette. Enfin, toute la société rentre peu a
pieeee a grand spectacle, ont été représentéee a,ec un
Prévaloir, lui aussí, aux yeux de M11° Camillt, ríen ne peu au bercail: e'est qu'il n'y a plus de tempe aperdre;

--;;nds ácadémique, mais agissante et émue,
dan9 e daos ces études sur les tragiques grecs que l'on
comllla montrées au théatre. Eufin, l'Afrique l'attire au
pOU! du soleil et l'd
'ts
m onne des SUJe
ou,' tout en se
pays ant d'accord avec les préoccupations du moment,
trOU'
.
.
t eó peiunant des scenes actuelles, se cr01re transil peu,
0
rté dans le ~onde de s~s reve~:
.
.
PoEsprit cultive et fin, 11 eut I mtelhgence du succes,
en marchant inébranlable dans sa voie, et ce rare
1
tobou beur d'avoir été formé a cette forte école née de Dao
d .
,
'd dont il est l'avant- ern1er representant.
n,Apres tui et apres M. Ingres, des reuvres de qm.
urra•t-on faire une exposition qui rappelle celle-ci?
PoPeut-etre, apres l'affaissement d'aujourd'hui, va-t-il
aitre uoe autre école et d'autres maitres qui nous con~leroot de ceux qui disparaissent. Mais nous voyons se
ferlller une ere qui fut grande par ses promesses et par
ses reuvres, ere dont E. Delacroix fut un des plus illustreS représentants.
ALFRED DARCEL.

10

••

�!04

L'ILLUSTRATION, JOURNAL. UNIVERSEL.
TESTAMENT POLITIQUE DE L'EMP'EREU1R AUGUSTE.
TEXTE

.-,~~;

l.&amp;Tllf

DE

L'&amp;IJGIJSTEIJ!II

D'A.lf«l'W'BE,

i,
PREMillRE PARTlll A GAUCHE EN BNTRANT DA.NS LE PRONA.OS.

--

L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.

i111intnse soeces dans une
saiÍe de toile
,
peinte élevee
en une nuit sur
le cbamp de
foire,
tvidemment,
cette salle n'en
restera pas la ;
elle cst faite
pour voyager et
se susciter des
émnles : il est
plus aisé de
trouver des comédiens, que
des géan ts ou
des nains; des
vea111 a deux:
tetes ou des
hcrmles; d'au130! mieux que
la dernicre de
ces deux profPssions vient
J'etre considérablement disrréditée. Voila
1!onc tout un
avenirqui s'oune aune foule
&lt;l'artistes. Nous
allons voir reoaitre les beaux
jonrs du Roman
comique et du
Capitaine Fracasse, car s'il n'y
s ríen de nou•
veau sous le
soleil, il n'y a non plus ríen de vieux:. Nous tournons
daos un cercle ou tout, et prineipalement la liberté, se
déplace sans cesse, mais oü jamais ríen ne se perd.
Hicr, par exemple, Louis XIV faisait jouer Athalie et

L'AUGUSTEUM A ANCYRB (Galalie).

Esthir par les demoiselles de Saint-Cyr, et aujourd'hui
ce sont les Demoiselles de Saint-Cyr qui sont joaées sur
un vrai théatre par EstheretAthalie. Que! déplacement!
Que! chassé-croisé !

ATEIF j PARTHOl'JIJVM EXIR
MIHl•lVPPLICEl1lVE·AMICITIA1'o:POPVLl·ROMANI
,AINfiNEIMU~VCO'.IÍIN·TlMII0JIAP.TIS•VtTORIS

.HTEME fRIH&lt;IPEJl· POPVll·.R9~NI•EXER.&lt;I.,l•NVN
,oNEM (lVI-TVl&gt;HR~T-PRI R LEGAlV.fMI VS
O·PRólVLIQVE·IINISIL
FLVMINIS
M5 '.HX!RaTVSHll

VM•bVaVS-T-f

UN C4Fé A CONSTANTINOPLE.

!05

Et, a ce propos,en voici bien
un autre : Défense, - c'est
le Constitution•
nel qui l'annonce, - défense est faite a
tous les instituteurs et chefs
d'institution de
faire jouer des
comédies, réciter des morceaux ou lire
des compositio~s par leurs
élcves aux distributions de
prix.
_'.Comment?
Ce que l'Églisc,
si sévere pour le
théatre, a, rle
tous tem ps permis, et je dirai
méme autorisé,
l' Université
nous le défendra!
Dam !
Puisquele Constitutionnel le
dit:
Allons
done! un usa ge
auquel nous dcvons, sans aller
plus loin, les
deux plus purs
chefs - d'reuvre
de Racine, nous ne sommes plus libres de nous y ranger?
- Non; mais, en revanche, on est libre de vous le défendre. Ce u·est done, comme je le disais, qu'un simple
déplacement de liberté.
A. DE Bw.ov.

�i06

de lui emprunter, te! qu'il luí avait plu de le tracer, le
tablean
de ses propres actions.
LE MONUMENT D' ANCYRE.
On a trouvé, daos deux autres villes d·Asie Mineure,
.l U
D I R E e T &amp; U R.
sur les murs de temples détruit~, des fragments tresMayence, 21 aoiit.
courts de ce méme document; mais a Ancyre, cornme le
Le moment est venu ou tout le monde cbange de place, moutre la gravure si habilement faite d'apres une phoou les étrangers et les provinciaux s'abattent sur Paris, tograpbie de l'un de mes compagnons de voyage, M. Delpar gourmandes et bruyantes volées, oti les Parisiens bet, le temple de Rome et d'Auguste, l'Augusteum,
s'enfuient a tire-d'aile au moins jusqu'a Trouville ou comme on l'appelle quelqnefois, est encore debout; la
jusqu'a Bade. ll n'est pourtant point impossible qu'il y. cella du moins s'est conservée presque tout entiere. Or,
ait encore quelques bonnétes gens qui, par raison de snr les deux faces du pronaos ou vestibule, on avait transfamille ou d'argent, suient condamnés a restercbez eux, crit, en six colonnes, le texte original, dans son simple
et qui gardent la maison jusqu'au moment oti revien- et ferme latin. 11 est un mérite que l'on ne saurait refu •
dront au nid tous les oiseaux voyageurs. Or, si jamais ser a Auguste, c'est celui d'etre un excellent écrivain.
on a envie de courir les cbamps, c'est quand on se sait Sur la paroi extérieure du mur septentrional de la cella
enfermé sous une double cié. C'est a tous ces malheu- se développait, en dix-huit colonnes et demie, une trarenx, a tous ces prisonniers du travail et des a{Taires, a duction grecque de l'Index rerum gestarum. Le latín, qui
tous ces exilés a domicile, que s'adresse l'lllustration. parait avoir été tres-usité a Ancyre, des le second siecle
Un cbarmant poete nous donnait, il y a une trentaine de notre ere, n'y était encore parlé et compris que de
d'années, le Sp•ctacle dans 11n fauteuil; vous nous de bien peu de personnes, vers le temps d'A11guste et de
otfrez, chaque semaine, ce qui vaut encore mieux, le Tibcre.
Le texte latín, placé daos le vestibule de cet édifice,
voyage dans un fauteuil. L' Asie Mineure, oti vous
dont
les chrétiens firei:lt une église, et les Turcs, plus
m'engagez a pruu1ener vos lecteurs, n'est plus qu'a
tard
une
école, est exposé aux regards de tous ceux qui
cinq 011 six jours de París. 11 ne serait pas impossihle
visitent,
dans
l'enceinte de la mosquée d'Hadji-Bairam,
de parcourir le dimanche, emporté au galop d'un
ce
qui
reste
de
l' Augnsteum; il n'avait pourtant pas été
rapide coupé, res bruyantes allées du bois de Boulogne
et, le vendredi suivant, de s'asseoir, parmi les arabas que recopié depuis Tournefort, ce grand naturaliste qui est
trainent lentement de grands breufs blaacs, a coté des en meme temrs un hardi voyageur et un écrivain des
dames turques voilées, sur les riantes pelouses des eaux plus aimables et des plus vifs. Tournefort a fait de
douces d' Asie, d'oti on regarderait couler les eaux son mieux, ainsi que ses prédécesseurs Busbecq et Paul
bienes du Bosphore et voler ces bandes d'oiseaux qui ne Lucas, et ce sont leurs·copies qui avaient servi jusqu'ici
se reposeIJt ni jour ni nuit. Beaucoup pourtant de vos de base a toutes les récensions; mais a'1 seizieme et au
abonnés, j'oserai méme dire la plupart d'entre eux, dix-septieme siecle, on se cootentait lisément d'a peu
risquent lort de ne jarnais aller passer une seule de pres, en toutes ces matieres d'archéologie; il suffit, pour
leurs vacances en Galatie, en Phrygie ou en Cappadoce. s'en convaincre, de jeter les yeux sur la vue que donne
Une promenade a Angora, l'ancienne Ancyre, pourra Tournefort de l'Augusteum d'Ancyre et de sa belle
peut-étre done ne pas leur paraitre tout a fait dénuée porte: c'est l'reuvre d'un enfanl. Dan, sa copie, Tournefort, pas plus que ses devanciers, n'indique exactement
d'intéret.
Ce n'était pas, avouons-le tout d'abord, pour étudier la longueur des !acunes, malheureusement si nomla guestion des chats que nous. avions été envoyés a An- breuses, ~ui coupent sans cesse le texte latín. C'est
gora par le gouvernement fnn~ais, il y a déja trois qu'aussi il n·avait pas regardé la pierre d'assez pres et
ans; nous n'étions pas chargés de ramener un convoi en y revenant assez souvent. Deux siecles et demi de
de ces beaux animaux a longue soie qui regardent avec soleil, de neige, de pluie et de barbarie turque ont
tant de mépris, du lauteuil oti ils se prélassent, leurs passé, depuis Tournefort, sur ces pages de marbre, et
frcres, les habitués des gouttieres. Si telle eul été uotre pourtant, en nous y reprenant a plusieurs fois el a diffém1ssion, no11S eussions été liicn cruellement dégus; car rentes beures du jour, nous avons réussi a Jire des letil uous a fallu y regarder de bien pres pour reconnaitre Lres et des mota eutiers que n'avaient pas vus nos dequ'a Angora le poil des chats était parfois un peu plus vanciers. Daos quelques passages, nous avons ainsi
long qu'ailleurs. Oans tout Angora, nous n'avons pa:, vu arraché au marbre jnsqu'a deux ou trois ligues de suite
un angora vraiment digne de ce nom ! Si la Soc;été d'ac- que l'on avait jusqu'ici remplacées par des points.
Quant a la traduction grecque, donl l'existence avait
climatation cherche a se procurer de beaux individus
de cette race, c'est encore rue Vivienne que je lui con- été, deruis plus d'un siecle, signalée par un voyageur
seille de les chercher et de les envoyer prendre - sans anglais, R. Pococke, elle était restée, j usqu'en i 830,
cacbée derriiJre des maisons turques adossées au temple.
le dire au public.
Notre voyage avait un autre but, 'lU'il me soit permis 11 y a une trentaine d'années, un autre voyageur ande dire un but plus sérieux. Il s'agissait de donner un glais, W. Hamilton, réussit a acheter une de ces maisons
texte nouveau et plus complet de la célebre inscription et a la démolir; il lut ainsi cinq colonnes et demie,
connue sous le nom de Monument rl.'Ancyre ou de Testa- qui permireut déja de compléter a coup sur presque
ment politique d' Auguste, inscription découverte au sei- toute la derniere partie du texte original. Grace aux
zieme siecle par le Flamand Busbecq.C'est un résumé de circonstances, grace aux ressources libéralement mises
toute la vie et de tout le regne d'Auguste, écrit par lui- a notr&lt;' disposition par le gonvernement fran~ais,
roP.me a 76 ans, une année juste avant sa mort; c'est nous vons pu, pendant les deux mois et demi que nous
cet lnrlex retum a se gestarum dont parle Suétone, et avons passés a Angora dans l'été de i861, achever,
qu'il résume ou développe si souvent daos sa vie d'An- a tres-peu de chose pres, le travail si bien comguste. Mais, dira- t-on, comment un pareil document se mencé par M. Hamilton. Nous avons rapporté douze
trouve-t-il a Ancyre,et comment est-ce laqu'il faut l'aller colonnes de la traduction grecque; elles sont entiechercher? C'est que, daos les dernieres annéfls du regne rement inétlites, a part quelques mots de la dixieme
d'Anguste, les cités provinciales commencerent a se dis- et de la onz1eme, que :M. Hamilton avait pu lire en
puter l'honneur d'adorer l'empereur comme un Dieu et grimpant, comme un ramoneur, dans des chemide lui élever des temples. Auguste consentit, a condition nées dont la paroi du temple formait le fond. Ce que
que le nom de Rome serait associé au sien daos le culte nous avons transcrit nous conduit jusqu'au milieu de la
nouveau; aussi, sur un de ces temples, sur celui de ces cinquieme colon ne du lalin; viennent ensuite les cinq
monuments qui suh~iste presque entier a Ancyre, lisons- colonnes et demie de l'inscription grecque copiées par
nous encore, dans l'inscription qni e11 rappelle la dédi- .M. Hamillon. C'est en tout dix-sept colonnes et demie;
cace par les princes galat~s : (( Au Dieu Auguste et a la il en manque une seulement pour que nous ayons, telle
que l'ont faite le teLDps et des dégradations successives,
dées3e Rome. i&gt;
Apres la mort d'Auguste, le culte rendu a ce chef de toute la traduction grecque. Cette colonne, la neuvieme
la maison Julia, a ce fondateur de l'empire, ne fut pas du texte grec, est cachée derriere un gros mur dont
interrompu; or il parait que, sur les p:trois de plusieurs nous n'avions pas sour~onné l'épaisseur, perdus que
des temples qui avaient été consacrés a cetle mémoire, nous élions au milieu de ces maisons qui ne communion transcrivit 1'111d1x rerum gestar11m, tel qu'il avait été quent point les unes avec les autres. Nous n'avons fait
gravé, par ordrc du Sénat, sur deux piliers de hronze cette découverte qn'au moment oti le propriétaire de la
placés ~ Rome clevant ce ma•1~olée d'Auguste, qui scrt maison voisine, appuyée a ce gros mur, avait déja reaujourd'bui de théatre diurne, et ou l'on joue nos vieux cunstruit tout ce 'lUe nous avions abattu chez lui. JI se
drames, revus et corriges par la censure romaine. On trouve d'ailleurs beureusement que cette colonne corn'avait rien trouvé de mieux, pour louer l'empereur, que respond a une des parties les mieux eonservées du latín.

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L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.

L'JLLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.

- ------------- ------- - -- -- -- --------------------------M. Mires a d'ailleurs montré, dans le maniement des

-;e temps en Étbiopie et dans l'Arabie qu'on appelle
: ureuse. En Éth1opie, les armes romaines furent por~ ¡usqu'a la ville des Nabatéens, et en Arabie, la pro. ce s'étendit jusqu'aux frontieres des Sabé~ns, et nos
parvinrent jusqu'a la ville de Mariba. &gt;&gt;
Le vieil empereur continue sur ce ton, racontant
mmeot il a su résister a toutes les tentations de con-•
co ete et donner a Rorne, au milieu de ces tribus barfares'qui s'agitaien1. sur ses fronticres, et de ces royauiés caduques qui s'usaient dans les intrigues de sérail et
tes guerres de famille, l'attitude de la force au repos.

Vous voulez bien donner aux lecteurs de l'Illua~
une copie du monument d'Ancyre, d'apres le beau rae.
simile qu'en a tracé, au dixieme de l'exécutioo lllOn
collaborateur, M. Guillaume. Je voudrais leur en'offnr
la traduclion; mais elle prendrait trop de place dana
vos colonnes, et d'ailleurs, dans bien des points, po1J?\
parties du texte latín qni ont le plus souffert, et qu'il 8,ag':
de rétablir a l'aide de la traduction grecque et desdOJI.
nées éparses dans les auteurs et dans les inscriptions,1e
travail queje -prépare n'est péisencore définitivementterminé. On secontenteradonc de quelques échantillons qu¡
A guisa di leone quando si posa.
suffiront a douner une idée du style d'Augqste, et de l'~u.,
tude dans laquelle avait voulu poser, pour les sieclesfnosos ce tableau des rapports de Rome avec le reste
turs, cet babilecomé.:lien, qui mourait quelquesmoisapreg
du monde, daos cette revue du passé, Auguste n'oublie
avoir écrit ce récit de sa vie, en laissant échapper ceUe
qu'ooe cho.e, l'échec douloureux de l'nn de ses lieuteparole : &lt;&lt; Applaudissez, amis, la piece est jouée. »
nant.s en Germanie, le massacre des légions de Varus.
Voici d'abord le litre, écrit en gros caracteres, et qu¡
Lui semblait-il que les succes de Tibere avaient effacé
avait été ajouté a l'reuvre d' Auguste, soit par le gouverioute ta honte de cette défaite? Avait-il réu~si a oublier
neur de la province, soit peut-étre par le sénat romam
ce que cette catastrophe avait d'inquiétant pour ('avenir,
quand il avait autorisé les cités provinciales atran~
ce qu'elle contenait de présages funestes et d'obscures
crire sur les parois des temples élevés a l'empereor le
meoaces? Je ne sais; mais celle omission me semble
document important qui formait comme le résuméofficiel
plus faéile a expliquer qu'il ne me parait juste de laisser
du premier regne impérial.
pas.~r sans protestation les _phrases hautaines de l'exor&lt;( Actions par lesquelles le divin Auguste a soumis l'o.
de, [Jar lesquelles Auguste cherche a donner le change
nivers a l'empire du peuple romain, et dépenses qo'il a
al'histoire, et oti il se vante, en termes froideoient Ci!.1-faites pour la répablique et pour le peuple romain; coculés, de ce que Rome avait presque oublié, et de ce
pie de I'acte authentique gravé sur deux colonnes d'ai.
qu'il avait tout intérét a ne point lui rappeler.
ram, qui ont été placées a Rome. &gt;&gt;
G. PEIIROT.
Auguste prend ensuite la parole :
« Agé de dix-oeuf ans, j'ai levé, sans autre cooteü
LA FINANCE
que moi-méme eta mes propres dépens, une armée nee
laquelle j'ai rendu la liberté a la république oppriméf
AUTREFOIS ET AU10URO'HUI.
sous la tyrannie d'une faction. En vertu des décrets honorifiques du séuat, j'ai été admis, sous le consulat d'Uir11 y a entre la finance, telle qu'elle a l\té entendue et
tius et de Pansa, da.ns cet ordre illustre, avec le druit
appliquée dans le passé, et la finance telle que nous la
de prendre rang parmi les personnages consulaire~, et
comprenons et appliquons aujourd'hui, autant de différeoce qu'entre l'ombre et la lumiere.
la république m'a décerné le litre de propréteur, aini
Qu'était autrefois la finance? L'argent, et rieu que
que l'imperium, partagé entre moi et les consuls Uir.
!'argent,
que l'on thésaurisait d'un coté, et que l'on
tius et Pansa. Cette méme année, le peuple m'ayant
gaspillait
de
l'autre, saos le comprendre.
élevé au c~sulat avec Q. Pédius, et atu fonctioos de
Comprirent-ils ce que c'étail que !'argent, ces
triumvir, chargé d'organiser la républiqne, j'ai puni de
grands usur;ers de Rome qui n'aspiraient qu'a preter
l'exil les conjurés qui avaient tué mon pere, tirant ,enHO ·nour iOO, et qui mouraient en laissant, comme
geance de leur altentat, en vertu de sentences légaleTrimalcion, l'épitaphe suivante : - &lt;&lt; Ci-git Trimalcion,
ment rendues. Leurs chefs portant ensuite les armes
qui laissa trente n,illions de ~esterces, et qui n'assista
contre la république, je les ai vaincus en bataille ran- , •jamais aux legons des philosophes? ,,
Et ces hauts-barons du moyen age, qui ne savaient en
gée. Plus tard, comme ils recommen~aient la guerre tiobtenir qu'en pressurant la gent taillable et corvéable a
vile sur terre et sur mer, je les ai défaits encore, et,
merri;
vainqueur, j'ai pardonné a tous les citoyens qui in,o,
Et ces granrls monarques, qui faisaient 4e leur trésor
quaient ma clémence. Ceux qui, depuis longtem¡Ís, Yiun véritable tonneau des Dana'ides, et se trouvaient révaient dans l'exil, j'ai mieux aimé, quand je pou,ais
doit~, comme Louis XIV, a implorer humblement la géles épargner sans danger, leur laisser la vie que d'ornérosité de Samuel Bernard;
donner leur mort.
Et meme ces grands miuistres, qui, désireux de bien
1l est curieux·de voir quel tour Auguste sait donner
faire, ne sureot,comme Sully, que prati([uer l'économie,
a cette scabreuse histoire de ses débuts et de son aveneet qui s'lmaginaient, comme Colbert, enrichir le pays en
prohihant \'exportation de !'argent.
ment au pouvoir. Sans doute, le parti qui lui était op,
Voila ce que fut autrefois la finance, une longue et laposé n'avait guere plus que luí. quoi qu'il en pul dire,
mentable abcrration, qui nous présente a peine, de loin
le respect de la légalité, et se füt montré, Octa,e eut~I
Po loin, quelques idées, quelques étincelles courant
succombé a Philippes, tristement impuissant, et tout a
~ et la sur le fond noir des catastrophes financieres.
fait incapable de ressusciter le fantome de la républ~
Aujourd'hui, il faut bien le recoonailre, un F,at /11x
que; on ne peut cependant s'empecher de faire un soo•
~ venu, non-seulement dissiper ces ténebres, mais P.llbresaut en entendant Auguste vanter la clémence d'Oe·
core íaire de la finance et de ('argent une science tout
tave, el en l'écoutant appeler sentences ltgalement rnaossi posittve, tout aussi arretee que les autres lois de
dues ces édits de proscription, dont le funehre et sanl'économie sociale.
•
L'argent n'est plus, comme autrefois, uniquement une
glant préambule no11s a été conservé par l'exact Appien.
charge pour les uns, uniquement une jou:ssance pour
On se sent plus a l'aise avec Auguste quand il pule
les autres; il est, avant tout, une force pour les gouvcrde sa politique extérieure, qui, a la prendre dans SOi
nemenL~ comme pour les peuples; et cetle force, en s'éensemble, a ét~ babi le et sage. 1l y a de la noblesse el
parpillant un pen partout, devient, au point de vue colde la modération dans ces lignes empruntées a la der·
lectif tomme au point de. vue individue!, une ruissance
niere partie du testament politique :
toujoors renouvP.lée et féconde en bienfaits. L'aritent de(( Toutes les proviuces qui touchaiimt a des nalioll
lient ainsi le molPur de la civilisation tout entiere.
non encore soumises a notre emp1re, ont vu reculer plt
Commei:it s'est opérée cette transformation? Lisez la
page sui,ante :
moi leurs limites. Les provinces de la Gaule et de l'Bt• Aujourd'bui, la cause d~ la grandeur et de la décapngne, que baigne l'Océan, et qui s'étendent depoi
• dence dP.s peuples réside principalement dans la disGarles jusqu'a l'emboucbure de l'Elbe, et tout ce paJI
1 position r\u capital, qui anime et vivifie tout, qui fait
qui occupe l'espace contenu entre la mer Adriatique el
1 les alliances des gouvernenieuts, en créant les rel ations
la mer Tyrrhénienne, ont été pacifiés et organisés par
« entre les peuples, quand les gou,·ernements ont l'inmoi, sans que j'aie jamais fait injustement la guerrel
1 lelligtnce de fa1re du Clpital un instrument de proaucun peuple. Partant de l'embouchure du Rhin, une
• gres et de civilisation. Ah! si l'on ne voit dans le callotte romaine a navigué, sous mes auspices, vers 1'0• pi~l que les satisfactions vulgaires qu'il traine a sa
1
rient, jusqu'aux dernieres limites du monde, vers del
!º•~e, comme, par exemple, le gout immodéré des
'Jouissances matériellcs, aulquelles on sacrifie parfoisles
lieux oti aucun Romain n'était encore parvenu, ni P'
1
vtus nol,les instincts, certainemenl on le condamnera,
terre ni par mer. Les Ambres, les Charudes, les Sell1
pa~ce qu'on n'aura considéré le capital qu'a un seul
nons, et d'autres peuplades germaniques de celle méllll
• pomt de vue.
région, ont, par des amh1ssade,urs, sol\icité mon amilit
1 Mais apres avoir prononcé cette condamnation, on
et celle du peuple romain. Par mon ordre, et sous 11111
1
se
trouve en présence du néant, parce qu'en proscriauspices, deux- armées ont été conduites a peu pres 11

:iées

,i

vant le capital on détruit l'instrument de travail sur
lequel reposent les sociétés modernes.
(&lt; Sur quelles bases est assise notre société, qui n'a ni
aristocratie mobiliere, ni aristocratie territoriale? Elle
&lt;( n·en a plns qu'une, qu'il faut bien se garder d.éhranler,
&lt;( si l'on ne veut pas exclure son unique point d'appui
« dans les sociétés modernes: le travail que le capital
(( seul peut fécondcr. &gt;&gt; •
Qui a écrit ces lignes judicieuses, qui anal_ysent, d'une
maniere anqsi simple que grande, la constitntion du
monde moderne? L'un des hommes qui ont le plus
fouillé la ~cience financiere, qui ont le plus remué les
i&lt;lées de crédit, et r¡ui ont le plus fait mouvoir les capitaux a notre époque, M. Mires.
La est, en effet, le secret r\e la révolution radicale et
profonde qui s'accomplit dans notre siecle. Le travail devient le premier et le dcrnier mol de toutes choses. Pour les gouvernements, pour les pel)ples comme
pour les indivirlus, le trav:ii\ est manifestement la premiere loi. Pellple ou individu, qui reste oisif marche a la
df\cadence, qui travaille marche a la grandeur, et dans
cette voie féconde le capital s'est fait lui-méme et se ¡,roclame hardiment le premier des travailleurs !
Et cela est si vrai que la tangue économique a consacré ces données dP la théorie et r\e la pratique. Qu'estce qae le capital? demandent les économistes, et ils
pronvent que le c1pital n'est que d11 t1·avail accvmnlé.
Voila done ce qu'est devenu !'argent: un travailleur.
Mais il y a mieux. La science financiere et la pratique
des affaires ont voulu communiquer a ce travailleur,
déja si actif, lá puissance que la. science et la mécanique
ont ajouté au travail des bras, et on lui a donné le crédit, que M. Mires appelle j ustement «une arme plus puis-•
(&lt;

&lt;&lt;

&lt;(

sante que tous le~ canons rayés. »
Mais remarque¡-le hien, - et c'est a11ssi l'observation
que faisait M. Mires en réfutant le point de vue erroné
qui a fait écrire les Manieurs rt'argent,- le créditesl et
doit rester le frere jumeau du travail, le compagnon
inséparable de son activité productive. Avec le travail,
le crédit est to1Jt; saos le travail, il n'est rien. En voulezvous la pre uve?
Au siede dernier, un hornme, par un éclair de génie,
comprit toul ce que le crédil ponvail dooner d'empire
aux gouvernements et aux peuples. Law, sachant que
('argent n'était qne le représentant du travail, créa immédiatement l'instrument oui devait etre pour tui le
levicr d'Archirnede. ll fonda des compagnies, il émit
des litres, des valeurs, et l'appui du ponvoir leur donna
immédiatement une vogue que la spéculatioo la plus effrénée n'aurait jamais osé rever. Mais comme ce crédit
n'avait ancune hase, cornme il n'av;iit rias pour fondement in&lt;lestructiblP le travail, le Systeme, c'est ainsi
qu'on l'appelait, croula, et la Fran~e fut ruinée. Total,
une gigantesque tlambée de pariillottes !
Pourquoi n'en a-t-il pas été ainsi pour les tre11te
milliarJs de valenr3 que nous avons vu créer sous 11os
yeux? Parce que le crédit, qui leur a donné la vie, ne
fait que mettre en mouvement les plus vastes entreprises que le génie de l'homme ait encore exécutées. Le
savoir et le travail ne nous font-ils pas assister a une
vfritable transformation du globe?
Et voyez comme les grandes idées sont simples et
s'enchainent facilement. Le capital u'étant que le travail, M. Mires se dit, en 1854, que les plus grandes opérations financieres, les emrrnnts d'Etat, pouvaient et
devaient se faire par le travail, c'est-a-d 1re par tout le
monde, et a la veille de l'emprunt de 1854, il proposa
hardiment d'inaugurer le systeme des souscriptions publiques.
C'est la un des plus grands progres de la science
financiere a notre époque, et il n'est pas sans importaix:e et sans intérét d'en hien préciser la date et les
circonstances. Oepuis plusieurs générations, l'in Uuence
financiere de MM. de Rothschild dominait l'Europe; ils
avaient, potJr ainsi dire, le rnonopole tout-pnissant des
emprunts. Eh bien! en tlépit de cetle autorité souveraine, M. Mires demeura convaincu qu'une idée ¡us.te
était plus{orte qu'une maison géante, et il soutint que
si tout le monde a plus d'esprit que M. de Voltaire, tout
le monde aussi devait avoir plus d'argent que M. de
Rothschild.
La tulle fut vive. Oes négociations étaien't engagées
entre M. Bineau, ministre des flnances, M. de Rothschild et le Crédit mobilier. Les conditions étaient méme
apeu pres arrétfies entre M. de Roth•child et le ministre
des fina.nces. 11 fallait se hater. M. Mires remita M. Tbibaudean une note qui démontrait clairement les avan-tages de la souscription publique, et la certitude de
réunir ains1, saos divisrr les iníluences fin:incieres ele
Paris, la haute l,anr¡ue, les capitalistes et les peliles
épargnes du pays. C'était le suffrage universel applique
a la finance. La logiqne et les uénéfices du systeme
commandaient de l'appliquer. MM. Mires et Thibaudeau
virent le ministre, et l'idée de la souscription puulique
triompha. Ce Cut un grand jour !

affaires, que la justesse d'uue idée étant une fois démontrée, il ne rec•1lait jamais devant l'application; et il a
fait sentir la pui3sance du capital et du travail dans les
pays les plus abandonnés par les grancls banquiers de
l'Europe. C'est ainsi qu'il a prouvé que l'Espagne, les
Etats de l'Église et la Turquie pouvaient, grace au travail et au crédit, entrer dans l'orbite de notre· civilisation industrielle et financiere.
Mais, en résumé, une vérité reste aujourd'hui surabonrlamment établie; c·est que la fin anee est une
science soumise a des lois générales et posit1ves
qu'on ne peut enfreindre, et les trois termes qui
forment les poi11ts culminant~ de celte science sont :
capital, travail et crédit. Certes, nous verrons encore
bien d'autres innovations et bien d'autr!)s réformes.
C"mme la science, comme !'industrie, la finance est loin
d'avoir dit son dernier mot. On peut méme constater que
jamais les idées financieres n'ont plus remué le monde,
et les esprits qui se sont montrés les hardis pionniers
de nos réformes, ne feront certainement pas défaut :\
l'heure des grandes batailles qui pourront encore se livrer pour le progrcs de nos inslitutions et le bien de
l'humanité.
En esquissant ce rapide parallele entre la finance
d'autrefois et ia finance d'aujourcl'hui, nos lecteurs s'étonneront peut-t\tre de voir le nom de M. Mires venir
souvent au bout de notre plume. C'est qu'en vérité tout
critique qui voudra sincerement se rendre compte du
progres de la science financiere se verra, comme nous,
dans la nécessité de rendre justice a l'initiative hardie
qui place le nom de M. Mires a la tete des plus grandes
créations du crédit de notre temps. L'impartiale histoire
nous commande de dévoiler le sic vos non vobis quand
nous le rencoCJtrons. Et quant a nous, nous rappellerions vo\outiers a M. Mires, au sujet des idées qu'on lui
a empruntées, le mot de Jeanne d'Arc a ses juges de
Rouen:
- Ponrquoi portiez.vous yotre banniere a Reims?
- Elle avait élé a la peine; il était juste qu'elle fut a
l'honneur.
HENRI

VIGNE.

UN CAFÉ A CONSTANTINOPLE.
(&lt; Le café Tnrc du boulevard du Temple a égaré bien
das imaginations deParisiens sur le luxe des cafés orientaux. Constantinople reste bien loin de cette magnifi.
cence d'arcs en coour, de colonnettes, de miroirs, et d'reufs
&lt;l'autruche. n Ainsi p.arle M. Théophile Gautier, l'écrivain frangais qui a le mieux vu Constantinople. Ríen
n'est, en effet, plus simple qu'un café turc; cela est simple comme un public house de Lonrlres, ou comme un établissement de bouillon hollanrlais de Paris. Une salle de
douze pieds carrés, peinte a la chaux, cutourée d'une
boiserie a h:rnteur d'homme et d'une sorte de di van recouvcrt a'uie natte de paille; voila la cbose. C'est la
qne se réunissent les fils du Prophete ; ils n'ont pas besoin, comme les Parisiens, d'un luxe de glaces et de do- ·
rm es qui tient lieu trop souvent du luxe de la consommation.
Le café turc n'est pas seulement une salle oti l'on
prend le café et oti l'on fume le chibouch au bouquin
d'ambre, c'est aussi une boutique de barbier. Oes étageres appliquées aux rnurailles sout chargées de rasoirs et
de petits miroirs oti les élégants se regardent pour voir
s'ils sont accommodés a leur gré. Ces memes murailles
sont ornées de maximes du Coran. d'images qui semblent
venir en droite ligne d'Épiaal, d'arabesques, 'tte portraits de souverains et de figures d'animaux; tout cela
péle-méle, et au hsaard. « Les sirenes, dit Théophile
Gautier, y nagent a coté des hateaux a va¡;eur, et les
héros 1lu Schah-Hameb y brandissent leurs haches d'armes au-dessus des grognards de l'Empire. ,i
Le calé noir est apporlé par un jeune dróle dans un
grand coquetier de filigrane d'arge~t ou de cuivre, découpé a jour. Mais le consommateur a eu soin, .s'il veut
fumer, de se précautionner de tabac, l'établissement ne
fournissant que le chibouch ou le narghiléh; le rrix de
la tasse de café est de vingt paras (a peu pres deux sous
et demi).
11 y a, sur la rive européenne du Bospbore, quelques cafés d'nne construction plus pittoreRque. Le café de Beschik-Tasch, entre autres, ombragé de touffes d'arbres, fait
de treillages et de planches sur pilotis, est baigné par le
courantrapide, et rafraichi par les hrises rle lamer Noire.
Vu du large, il prodl'il un effet gracieux, avec ses lumieres dont le rellet traine sur l'eau.
Les cafés turcs sont souvent égayés par des troupes de
mu3iciens, chantant et jouant sur des toas bizarres, que
les Orientaux écoutent pendant des heures entieres,
avcc des signes de plaisir que ne partagent pas les Euroréens. Parfois des almées dansent devant l1•s consomrnateurs, mais le cas eol rare, du moins a Con~tantinople.
P. P.lGET.

�L'lLLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.

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PU13LICATIONS NOUVELLES.

PUJlLICATIONS NOlJVELLBs,

Sous ce titre, Hommes et
rhoses de divers temps ( Dentu,
in-18), M. Charles Romey,
historien, bibliopbile et polygrapbe distingué, a réuni
d'intéressants articles sur le
Tasse, Cervantes, Saint-Cyprien, les autos-drvfe de l'inquisilion etde Calvin, Cbapelain, l'abbé Cotin, Q. Beu••
chot, M. Viennet. L'auteur est
souvent piquant, toujours
bien informé. La Phedre inconnue de Gabriel Gilbert, qui
ful jouée en i 646, trente ans
avant celle de Racine, est tresjustement réhabilitée par
M. Romey, si l'on enjuge par
la premiere scene ; a nos
yeux, les viugt-deux premiers
vers que prononce Phedre
sont parfaitement beaux.
Lisez done, si vous pouvez
dét!ouvrir ses reuvres, l'Hypolite (sic) ou le. Gar~on insensible de Gabriel Gilbert.
L'histoire d'un plagiat est
une amusante polémique engagée, en octobre 1841, entre
la Presseet le National, a propos du Val funeste, épisode
des mémoires de Cagliostro,
élucubralion du comte Poto~ki, reproduite mot pourmot
par un prétendu comte de
Courchamps. L'affaire fil du
bruit jadis, et elle valait bien
d'etre remise en lamiere.
Nous n'examinerons póint
si les Manuscrits d'un suicidé
ont été remisa M. Romey, ni
ou il les a trouvés; mais ils
ont de quoi plaire a des esprits libres; et la hardiesse de
cerlaines pages en fait, corome dit l'auteur ou l'éditeur,
« une curiosité psycbologique et un signe des temps. »
La métaphysique ne les remplit pas tout entieres : on y
voit des aphorismes tels que
ceux-cí : « Voler doucement
dans les aflaíres, de l'air le
plus bonnéle du monde, de
quoí avoir un grand traín de
maison, voíture, chevaux et le
reste, c'esl la probité a l'ordre du jour. » C'est dur, mais
cst-ce sí loín de la vérité?

Ce que nous avons lu du
livre de M. Jacques Legrand,
intitulé le Probleme de /a 8"
recherche dés bases d'une ~
losophie pratique (Ed. Dento,
in-l8, i864), nous a P8l'U
l'expression sincere d'une
raison éclairée qui voit plos
loin que les mots et ne se paye
pas volontiers de chimeNs,
L'auteur, a notre se118
n'aura pasa. regreller d'a,oit'
11 dirigéson esprit versl'en.
men des plus grands pro.
blcmes que se soient POSés
de tout temps les hommes. 1
ll est arrivé, sur plus d'on
point, bien pres de lasolution,
Pour M. J. Legrand, ao.
tant qu'il nous a semblé, le
but de tout élre vivaut est le
bonheur; le bonheur réside
dans la conservation et l'accroissement de nos facultés.
Rien n'est absolu. Le bien
el le mal ne sont que dea
points de comparaison creés
par l'homme selon les milieux ou il vít. ll n'y a point
de morale en dehors de la
société. Nés pour vivre, et
uniquement pour cela, nous
ne devons pas mépriser la
terre qui nous nourrit, et la
traiter de vile matiere.
Mais une citation fera
mieux connaitre !'esprit de
J'ouvrage : 1&lt; Ainsi que l'oot
répété tous 1es moralistes,
et les pbilosopbes (mais sans
en rien conclure), c'est la
pratique du bien qui prodoil
le bonheur : il y a en elle,
pour l'auteur lui-mcme une
sorte d'eifot en retour. L'io•
tention et l'effort, sans l1
rtsu ltat, ont aussi pour elTet
une satisfaction précieuse de
la conscience. i&gt;
ANDRÉ LEFtVRI,

MM. les Souscr1pteurs donl
l'abonnement expire fin septembre, sont priés de le re•
nouveler immédíatement,
s'ils veulent n'éprouver au•
cun retard dans la réceptíon
du journal.

LI! MOIS DI! SEPTEMl!RE.

ÉCHECS.
PROBLtME

N• 175,

PAR

:M.

ÁLllEllT ENSOR,

SOLUTIONS EXACTES DU PROBU:ME Nº

ii4•

Obozinski, Stiennon de Meurs, Rombaut, Émile 1''rau,
A. Damoll e, capitainc J. Gharousset, Moriceau, D' Rcvcl,
le Cerde des Échecs de Liége, E. Ponciu, Gérard Saturnin,
Joseph Pecoul, a Genes, E. Morgau, L. Lefrancq, E. et Js.
Toché, Henry Frau, Éd. de Vaucelle, Thionville, Burchard,
Lea Ricardo, J. Planche, Cercle littéraire d'Aulnay.

:º"I

Réponse -:i M. Rennesson :
Les noirs doivent jouer le roi.
J.A.deR.

Au&amp;.

MARC,

directeur-gérant. ·

Eim. TEXrnn, redactcur en chef.

-

999

~~
l!Il'LICATION DU DERNIER RÉBUS:

Imp. de L'ILLUSTRATION, A. Marc,
22, r11e de Vemeull ,

Les leltrcs de Mm• de Sévigné sont des modeles de
épistolaire, et unissent la grace au naturel.

stJle

�</text>
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              <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores</text>
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