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                  <text>.-426
_, -

Nº 3612

18 MAl 1912

L'ILLUSTRATION

L.-H. MARQUESTE.
Pastorale.

A. TERROIR. -

BOURDELLE.
Pen6lope (Société Nationale).

PAUL AUBAN.
La source (fonlaine).

Vision antique.

H. LOMBARD.
(La Ville de Paris •·

L. CONVERS. - L' lnspiration et l'Har¡nonie.

PERRAULT-HARRY.
La mort du cerf.

CHARLES VINCENT.
Carmen.

�Nº JC&gt;12 •

18

)fAI

LA SCULPTURE AUX DEUX SALONS

19)2

H. BOUCHARD. - Le défrichement.

I

IN J ALBERT. - Muse consola trice.
(s,c Nat.)

E. FONTAINE. - Danseuses.

ALFRED BOUCHER. - • S'il le faut •·

A.-J. LE DUC.
Un compagnon de du Guesclin,

JEAN DE POUILLY.
Jeanne d'Arc a cheval,

a Cocherel.

G. GARDET. - • Hallah ,.

425

�L •I LLUSTRATION

•
•

Les Fetes de la Victoire,

il

y a un an : départ du Défilé Triompl1al, Avenue de la Grande-Armée.
Pei11t11re ,l fo ,901tacbe íJe CHARLES JJ/TVENT;

•

�Le Déillé Triomphal du 1 4 Juillet
º.

,

L

cemture a la gou/llflf

:

devant

l'Eglise de la Madeleine.

HdRr,Rs nur;,r;oNT.
r »

·

�I,

L' I L LUSTRA TI O N

L'JLLUSTR/\TION

Le Yang-Tsé-Kiang, pres de Chang-Ha1: c'est Londres et la Tamise. mais dans une atmosphere d'or...

Apres trois jours ele mer. loin encore ele J'estuaire clu Yang-Tsé-Kiang, la
multitucle des bateaux annonce l'approche de la grande voie fluviale; des ilPs
basses et grises émergent de tous cotés, se confondant presque 2.vec l'eau.
8i la Uhine o bien souvenl ins7Jiré de piUoresques descriptions d des voyageurs ~otre vapeur, le Sakio-,llaru, remonte depuis trois heures, de toute la puisou d des écrivains curicux d'impre.~sions exotiques, elle n'a pas encore lenté, comme sa.nce de ses machines, lorsque brusquement surgit ele la brnme, a.u loin, une
elle le méritait, le crayon ou le pinceau des artisles. Jll. Le Riche, le peintre et ville énorme. une cité européenne; et le spectacle qui s'ofíre a mes yeux me
dessinateur bien connu, qui a conc-u el réalisé l'heureu.c projel d&lt;' la visiter, l'an rappelle quelque chose de déja vu : c'est Londres et la Ta.mise, mais clans une
tlernier, en a rapporté une ample et be/le moisson de croquis don/ il ri défa, a atmosphere d'or... Tout accuse cette singuliere oppoRition de l'Occident a
r/pux reprise.~. distrail quelques-uns pour nos lecteurs
el des études plus pous- l'Orient : les cheminées des steamers crac:hnnt la. fumfr sm les hautes jonqtws
seés, a l' huile et d l' aquarelle, dans lcsquelles il a su rendre toutes les /antaisies .\ voiles earrées. cl\m rouge sombre, la merveilleusr h:irmonil' &lt;l&lt;' c:t's batea.ux
de la couleur, si diver.~es ld-bas, et les ieu.c intensPs de l&lt;i lu111iere orienta/e. C'est jaunes avan~ant a la voile ou que menent a la rnme les Rampagniers ,·etus
une suite de ces études que nous reproduisons ici, avant l'exposition ou elles de turquoise, produisent une étrange, indéfinissable impression.
1:ont étre, prochaine111e11t, réunies. Elles sont accompagnées de quelques notes
Dans ces tableaux mouvants qui se renouvellent sa.ns cesse, le Sakio-Jlaru
écriles, au couranl des impressions, 71ar le Nyayeur.
mancnuvre pour aborder. ll y a denx Yilles européennes a Cbang-Hai, la franExécutées au commencement de l'année 1911, avant la crise qui, en quelques l¡'aise et l'internationale. - ou, plus exactement, l'a.nglaise. Bien baties, percées
111ois, a transformé l'empire jau ne, ces co111positions fixenl des aspecls de la vieille de larges avenues, elles ne se différcncient gucre que par la police, faite, dans la
Chine, de la Chine traditionnelle, qu'il fallait Jieut-étre se háter d'enreyistrer. premiere, pa.r de petits Annamites eoiffés d11 chapean en galette, d'une remarquable correction, clans la seconde
CIIAXG·H.\i E1' SOX PORT
par de gi~antesques sikhs aux turA.pres avoir quitté )loscou.
bans multicolores. A coté s'éleve
t¡uatorzc jonrs de voyage a travers
la ville chinoise, qni a dépassé ses
les steppcs glacés de laSibéric m'ont
antiqncs limites, et s'étend it l'ouest
couduit au bord de la mer ,Jaune,
sur les borcls du Houang-Pou. Entre
dans cette triste et morne Dalny,
ces cleux cités, mitoyenncs et si disbanale et incolore. De n, jr pourrai
tinetes, il n'y a cl'autres barrieres
gagner la cote voisine, qui est a
matérielles qu'une vieille mura.ille
quatre jours de traversée. Car je
délabréc et un canal empuanti d'impréfcre abordcr la grande Chine par
moncliccs ; et cep&lt;'nclant la scission
Chang-Jfai, qui st'ra ma premiere
est extrnordinairement nette. Auétape.
cune pénétmtion d'un monde a
,Je quitte Dalny par un temps
l'autre. A peine franchie la porte
ra&lt;licux. Le froid cst vif ; eles ilots
bass&lt;' et sombre de la ville chinoisr.
ele gbcr, oú les moucttes viennent
on se trouve transporté a milll'
se poscr, errent da.ns le port. Bienlicues dl' tout !
t&lt;Jt les hautes montagnes, couvertes
Singulicre Yillc, construite suide ucige, qui portent, visibles sur
vant une eonception des formes exleurs flanes, les rudes balafres de
térieures qui 11ous étonn&lt;'. VisionH
la guenc russo-japona,ise, et le prou'une harrnonie xoutl'nuc par la
montoire &lt;l'un bien intense &lt;lenicn·
rutilance eles la1¡u&lt;&gt;s rougcti, le roux
ll'c¡ucl se clrvinr Port-:\rthur.&lt;lispasombre clPs l'll&lt;'lil'K :'t prine rchiirft's,
Assises sur le bord de leurs pimpantes charrettes, les fernmes mandchoues
rnissent ;\ l'horizon.
sont jolies sous le maquillage...
t'&gt;c·ht drs fa&lt;""~ !-1' cl{·t:whant &lt;'ll or

IMPRESSIONS DE

Les Fetes de la Victoire (14 Juillet 1919) : le Général Mangin, en tete de l'Armée Coloniale,
passe sous l'Arc de Triomphe et salue de l'Épée.
Peinlure

a

la gouache íJe CHARLES DUVENT.

CHINE

�L' 1 LLUSTRATION

L'JLLUSTRATlON

Le port d'Han-Kéou vu du haut des marches qui dévalent vers la berge du grand fleuve.
Le temple du Ciel se dresse, au milieu d'un pare, sur une vaste plate-forme de marbre ...
sur le fond rembrandtesque des boutiques ademi obscures... , tout est un émerveillement pour les yeux. Je commence ici ma moisson de souvenirs. Toute la
&lt;lifficulté réside dans le choix. Il faut essayer de faire percevoir le charme des
&lt;.:hoses vues, et faire le départ entre le beau et le bizarre, qui voisinent ici, et se
confondent bien souvent; il faut, en quelque sorte, controler, classer ses impres:;ions, et échapper aJasédnction d'une ambiance parfois troublante, déformante...
l'Í!KIX, LE TE)ll'LE DU CJEL
E1' LE PALAIS D'ÉTf;

.. . Pékiu, ville étrauge, d'un
tracé de grande capitale et d'une
saleté de village. Ici, tout est
contraste et bizarrerie : étincelantes et somptueuses devantures sculptées a jour, intérieurs
nauséabonds et délabrés; aveuues la.rges, d'une belle proportion, bourbeuses a la moindre
pluie et couvertes de poussiere
des qu'il fait sec. Et polll'tant
cette cité capricieuse est inoubliable. La clarté nacrée du ciel
ele Pékin se détache encore plus
vive sur ses gigantesques murailles, tandis qu'au loin le
cercle bleu des montagnes mongoles auréole l'borizon d'azur
sombre.
Les habitants sont d'un pittoresque de coulelll's et d'attitudes iuattendu. Qu'elles soient
a pied ou assises SUI le bord de
lcill's pimpantes charrettes, les
femmes mandchoues apparaissent jolies sous le maqt1illage,
élégantes de silhouette et d'a.1lure. Haut perchées sur leurs
:;O&lt;'&lt;]tlf'R, vetues de la longue robe

de soie blanche ou me.uve, toutes fardées et coquettement parées de fleurs,
séduisantes en leur grace un peu enfantine, elles vont par groupes da.ns les
pittoresques marchés, fumant leurs petites pipes, riant aux éclats, croquant
a belles dents l' odorant lin-soui, qui est leur friandise préférée.
L'impression la plus rare, celle qui reste, da.ns ma mémoire, la plus éblouissante, ce sont les temples qui me l'ont donnée. Le calme, le recueillement de ces
pares encadrant de vert les plus
beaux monuments d' architecture
chinoise qu 'il soit possible de
contempler, de ces vastes enceintes, ou des chemins de
marbre aux dalles disjointes
conduisent au temple élevé sur
sa blanche terrasse, sont infiniment doux et reposants. Tout
est ruine, ou presque tout, et
il faut se hater, avant l'effondrement définitif, d'enregistrer
cette admirable vision, de subir
l'enchantement des rouges jadis
éclatants, aujourd'hui estompés
par le temps, d'admirer les
grandes peintures mUiales aux
inlassables processions, les colonnes de bois d'un diametre
énorme, dont les sommets vont
se perdre dans la demi-obscurité
des plafonds.
Parmi toutes ces demelll'es des
dieux, le temple de Confucius,
le temple des Lamas, le temple
du Ciel surtout, m'apparaissent
comme les plus merveilleux. Le
temple du Ciel, d'une conception
grandiose, est le seul, je erois, de
son type au monde. Il se dresse,
au milieu d'un pare, sur une
Tout au bout de la piece d'eau du Palais d'Eté, la célebre jonque de marbre
vaste plate-formr el&lt;&gt; ma.rbre.
apparait comme une véritable demeure flottante ...

Petit et circulaire, il semble énorme, tant les proportions en sont heureuses ;
et cette impression de grandeur est encore accentuée par la disposition des toits
étagés, qui vont en diminuant a mesure qu'ils sont plus proches du sommet.
L'effet tres inattendu des tuiles bleues qui les couvrent sur le ciel bleu est d'une
délicieuse harmonie. Un peu plus loin, s'éleve une autre terrasse, qui supporte un
seul autel : c'est la que l'empereur vient officier en plein air, en communication
directe avec le Ciel, son
pcre.
On s' arra.che difficilement au cbarme exotique
de ces lieux, incomparables
dans tout l'Extréme-Orient.
En vérité, le peuple qui a
été capable de concevoir
et de dessiner Pékin et ses
temples, est un peuple de
grancls artistes.
... A quelques kilometres
Pékin, sur le
Houang-Chéou-Chan, &lt;&lt; la
montagne des dix mille ans
de longévité &gt;&gt;, le Palais
d'Eté, construit pa.r Youg
Tcheng au bord d'un lac
artificiel tout serti de marbre blanc, étage ses terrasses
couvertes de pagodes, que
couronne un vaste pavillon
aux tuiles d'uu jaune éclatant. Vu de la petite ile qui
surgit a.u milieu du lac,
I' ensemble ne manque pas
d'une réel!e grandeur. Tout
au bout de la piece d'eau,
la célebre jonque demarbre
- étrange fantaisie d'un
empereur qui ne voyage

jamais - apparait comme une véritable demeure flottante, dont les refiets
tremblent au moindre souffle. Plus loin s' éleve le délicieux pont impérial, ou
seul le fils du Ciel peut cheminer. C'est une élégante construction de bois
laqué, aux tuiles vernissées, posée SUI des piliers de marbre blanc.
Un pare parsemé de merveilleux animaux de bronze, aux formes hallucinantes et fantastiques, et planté de ces arbres il, fleurs dont raffolent les Chinois, environne cette somptueuse résidence, que l'on
voudrait voir peuplée de
ricbesrobesjaunes de cour...

a l'ouest de

Le pont impérial sur le lac du Palais d'Eté: c'est une élégante construction de bois laqué,
aux tuiles vernissées, posée sur des piliers de rnarbre blanc...

HAN-KÉOU,
LA CITÉ DU TRAFIC

... Douzecents kilometres
en bateau sur le Yang-TséKiang séparent Chang-Ha1
de Han -Kéou. )le voici
dans la grande cité de trafic,
aux rues encombrées d'une
active multitude. La ville
elle-meme domine le port,
auquel on descend par
d' énormes escaliers. Du
haut des marches qui dévalent vers la berge du
grand fl.euve, le regard
s'étend sur un des spectacles les plus étrangemcnt
colorés qui se puisse imaginer : c'est une invraisemblable agglomération
de jonques &lt;'t cl'hommes.
Je ne fais que passer u
Han-Kéou, mais j'en rapporte la curieuse vision de
ces quais grouillants, contre
lesquels s'aligncnt, en rangs
serrés, les na.vires jaunes...

�L'ILLUSTRATION

U;ie femme mandchoue, haut perchée sur ses socques.

Un acteur chinois en travesti.
COSTUMES

AtTEURS ET DAXSEUSES

DE

VILLE

ET

DE

Une danseuse chinoise sur la scene.

THÉATRE

La danse, peu agitée, est accompagnée d'une musique étrange aux moclulations
étonnamment caressantes.
Dans la salle, il n'y a que des loges découvertes. Plus de mystcrr : on cst, il
est vrai, entre Célestes, et les visages blancs sont rares. C'es sortes ele petits box
carrés sont occupés par de riches Chinois et leurs famillcs. Ici, les femmes sortent avec leur mari et leurs enfants : vetues ele longues robes, leurs cheveux
noir bleu plaqués sur la tete et parsemés de perles, ces gracieuses personnes
fument de minuscules pipes et boivent sans discontinuer clu thr, qui parfumc
l'air de son arome.
Tout ce monde est gai, poli, familier sans trivialité.
Combien ce public aimable et discret est différent de celui qui fréquente
certains théatres plus popu.laires, d'un moindre confort, ou se jouent, devant
une&lt;&lt; salle&gt;&gt; vibrante a souhait, des pieces héroiques illustrant sans art des épisodes de l'histoire nationale, ou des farces d'un comique tres appuyé, souligné par les gros rires des
assistant:,, - le tout présenté dans des décors aux
tons violents et durs,
et accompagné d'une musique assourdissante.clont
les éclats résonnent fa.
C'heusement aux orcille~
drlirates. .. ki, le sp&lt;'C·
tac le est plus ra ífiné, et.
s'il demeure étrange anos
yeux cl'Européens, notrc
sensibilité s'y adapte.
J'ai pu pénétrer dans
les coulisses, ou les actems et les figurants s'habillent et se cléshabillent
dans le plus extraorcli11aire tohu-liohu. Le chatoicment des étoffcs ele
soie a, la lumicre des lampes, l'éclat eles maquillages, tous ces ors, ces
rouges, ces jauncs, font
une gamme de couleurs
d'u11e éclatante harmonie... Et ma soirée au
théatre de Chang-Hat &lt;,'achcve sur cette inoubliable impression.

... Ce Reir, en compagnie d'un interprete chinois et d'un lieutenantfran~ais,
je suis alié eutcnclrc les acteurs les plus réputés et voir les meilleures clanseuses
ele Chaug-Hai.
Les Chinois sont grands amateurs ele spectacle.:;. II cst rare qu'un théatre.
ici, ne fassc pas recctte, et certains artistes sont payés a Wl taux qu'envierait
plus d'une vcdette de nos sccnes parisiennes. lis sont cependant, par une bizarre
contradiction, fort méprisés, et placés, dans la hiérarchie socia.le, encore audessous des perruquiers, qui doivcnt a l'obligation de se tenir debout aupres
de leurs clients - fussent-ils les plus infimes des coolies - une mésestime
générale. Car, en Chine, le fait d'etre assis, ou mieux, couché devaut quelqu'un
constitue une supériorité manifeste, dont notre Fígaro a natte sera toujours
privé, - sans pour cela avoir, comme son compagnon de disgriice, le coméclien, la chance d'une
compensation pécuniairc.
Le programme comporte deux parties
cl'abord, une piece moclerne. aux intentions génércuses, guia pour objet
de montrer la déchéa,nce
du fumcur d'opium et
d'exaltcr l'idée de patrie,
- nom; sommes en ¡anvier 1911. Ce sont des
hommes qui tiennent indi:;tinctemen t les roles
eles cleux sexes. Le principal artiste, qui n'a pas
de natte, est vetu a
l'européenne. Succes tres
vif.
La seconde partie est.
une sccne dans le mode
antique : splendides costumes, figuration nombreusc, sujet totalement
incompréliensible pour
moi. Les intermcdes, que
je prrfere au fatras chaotique clu spectacle, sont
rcmplis par d'adorables
clanseuscs, dont les robes
somptueuses se détachent
:-ur un foml de Roie unie.
Un marchand de volailles,

a Pékin.

II. Lis HlCHE.

�Venus entouree de petits Genies.

DeMin de la col/1clio11 Cbevrier.

au
On considérerait comme une faute de gout de ma part si, au seuil de
ces pages consacrées a la gloire centenaire de Prud"hon, que M. Henry
l.apauze célebre clignement au Petit Palais des Champs-Elysées en montrant
ses reuvres, je ne me pla&lt;,ais pas sous J'invocation de M. Anatole France. 11
publia ici meme, en effet, dans le numéro de N"oel de J'année 19u, les pages
les plus justes qu'on ait jamais écrites sur ce maitre de la sensualité et de
la tendresse. M. Anatole France nous donnait la, par avance, le sentiment
de ce que pourrait etre un jour le livre qu'il projetait alors d"écrire sur
Prud'hon et en vue de quoi il avait déja réuni beaucoup de notes. Les
amenera-t-il jamais, ces documents, a la lumiere !impide, a la forme tranquille
et détendue sans laquelle un volume, füt-il plein d'érudition, demeure un
volume et ne sera jamais un livre? 11 reste a !'historien de Jeanne d' Are, au
romancier de Jéro111e Coiguard assez de verdeur d'esprit, assez de graces
déliées de la pensée pour réaliser, entre autres, ce projet dont l'exécution nous
procurerait sans aucun doute les memes joies que les Dieux ont soif.
Dans les pages qu 'il confia naguere a L' Jllustratio11, il nous esquissait en
souriant la vie de cet artiste, fils d'un tailleur de pierre, sa naissance a
Cluny, pres de l'abbaye bénédictine, en 1758, ses études chez les moines
et chez le curé de l'enclroit, ses débuts encouragés par ceux-la memes qu'on
repré~ente souvent comme des iconoclastes, son mariage déplorable, mais
régularisant la situation d'une jeune filie qui avait pris en attendant, commc
eüt clit Saint-Simon. un pain sur la fournée, son apprentissage chez le
i&gt;culpteur Devosges qui fut aussi le maltre de Rucio'!, son arrivée a Paris et
son penchant pour M11• Marie, dont J'amabilité lui faisait oublier 1"11umeur
de sa femme, son séjour a Rome oú il copia, pour
ks Etats de Bourgogne, une « machine a fracas »,
le plafond ele Pierre de Cortone, son goút de la
~olitude, son retour a París avec íemme et enfants,
ges succes, sa décoration par l'empereur auquel
il se ralliait comme tant d'autres, apres s'etre rallié
á la République, son élection a l'Institut, ses
malheurs, la folie de sa femme, son amour pour
11 11 • Constance 11ayer, son él.!ve, le suicide de
celle-ci, enfin sa vie se trainant jusqu·a sa mort
en 1823, dans l"ohsession de ce souvenir tragique ...
Le triomphe lui était venu en 18o81 avec le
iameux tableau de la Justice et lo. Ve11gea11ce divine
pours11iva11t le Crime, que possede le musée du
Louvre. On raconte que l"idt'.e lui vint de ce
ta bleau en entendant un jour, dans un diner á
l'Hótel de Ville, cette citation des vers d'Horace :

Raro a11tecede11tem scelestum
Deseruit pama.
Dans cette langue concise, dont on comprenait
alors les finesses et qu'il n'ét1i, point ridicule de
savoir ni de citer au cours cl'un plantureux repas.
tout y est. Raro, rarement. 1'oujours. Fatalité.
lrrévocable avenement de la onnition pour le criminel. Etroitesses de la poursuite. JI entend derriere
luí le grand vol de l'archange punisseur, la
sombre malécliction qui lui remplit l'oreille ainsi
qu ·un bourclonnement, les ténebres qui obscurcissent sa vue et font vaciller a ses yeux la
1 éalité clu monde qui était si beau, si clair, quancl
lui-meme était pttr. A11tecedente1,1 sce/estum. Le
crimine! marche devant; il ne marche pas en avant,
mais il fuit, il fuit l'épouvante. Raro deseruit pa:na,
rarement la peine a manqué son homme. 11 a
beau fuir rapiclement, il s'essouftle, son pas s'alourdit, la terre l'appesantit, le retieut a elle pour se
faire la complice du chatiment. P(Cna, la justice
divine. Gorgone aux cheveux dénoués et flottant
au vent, emportée dans un vol de victoire ailée.

1

.Petit Palais .
l'reil agrandi par la colere, la bouche ouverte comme pour clamer une
Marseillaise, le' cou svelte et nerveux, le nez grec, le visage retourné en
arriere pour guider les coups de la Vengeance armée d'un glaive. Elle
evoque a mes yeux le souvenir de Lucile, sreur de Chateaubriand, fuyant
clevant la tempete sur la lande sauvage ele Combourg... A terre, le corps
d' Abe! assassiné, inerte, mais sur Jeque] la !une dépose, comme une touffe
de lis blancs, l'offrande paisible de ses rayons.

Malgré que Prud'hon donnat, pendant quelque temps, dans le travers un
peu naif des idées révolutionnaires et qu'il en eut contre « le gout de la classc
des hommes paresseux », il maniiesta toujours une prédilection pour les sujet,;
amoureux et aimables, et c'est par cela seulement, et superficiellement, qu'il
se peut rattacher au dix-huitieme siecle ot't il fait figure, réellement, d'isolé.
Zéphyr ; l'Amo11r caressé avant de blesser ; /'Amour réduit a la raison ;
l'A111011r séduit l/Jnnoce11ce, le Plaisir l'e11trafoe, le Repentir suit ; le Cruel
rit des pleurs qu'il fait ·verser ; Daplmis et Chloé : autant de titres qui, sans
que nous voyons ce qu'ils désignent, nous suggerent assez bien la galanterie
du dix-huitieme siecle dans ce qu'elle a Lle fade et de maniaque.
Mais pa~sez la barriere de cette formule, regardez l"reuvre. Comme le
vienx theme usé est rajeuni, excité, affermi par la sensibilité de l'artiste qm
recrée chaque mythe et l'éprouve avec une émotion si fraiche que celui-ci en
est cemme _renouvclé ! Le secret de cette résurrection, de cette renaissance
des ancicns dieux, il faut le chercher non pas au dehors, mais au dedans de
lui-meme. C'est une introspection qui régénere la fable et lui donne cet
accent tragique d'un roman vécu. Prud'hon n'a
qu'a regarder en lui-meme, dans sa vie douloureuse, dans ses débuts difficiles, dans son mariage
lamentable, dans sa tendresse passionnée pour _v
trouver le sens profond des parabolcs dom le
monde ne sait plus que balbutier machinalement,
1
du bout des levres, l'expression litté1 ale. A la
clarté de cette lampe intérieure, comme tout
s'éclaire différemment ! Au lieu d'une sentimení:alité pour dessus de pendule, d'une sensil,krie pour
gravurcs en couleur se faisant pendant de chaque
cóté d't:ne cheminée, de mignarclises pour pctits
contes Ebertins et licencieux, voila que nous
percevons Je frisson qui transforme et purilie la
lourde sensualité. On le dirait des cet instant
cotnme réchauffé a la Aamme de l'alchimie, allégé
par un culte ésotérique, dans un cerde d'initiés.
spiritualisé et concluit a l'extase par &lt;les paroles
magiqucs.
L'approche des etres destinés l'un a l'autre, la
subtifü¿ de leur premier contact, la délicieuse
fragilité de leurs impressions initiales, l'élan p:·ogressif et mutuel ele leurs corps, les reverie~ par
lesquelles une femme cherche a justifier un geste
contraire a ses habitudes de pudeur, h délicate
réserve qui donne plus ele prix a son abandon et
le rend plus désirable, la mélancolie des amants
séparés !'un de l'autrc, le nuage ,l'ombre qui
semble passer sur leur visage, cet aspect livide,
exsangue de leurs chairs, comme si .:!n effet le
sang ~e retirait ele leurs veines ou que leur
creur cessat de battre quancl un doute effleure leur
ame ...
Que nous voila loin des gestes de l'amour fixés
par un crayon complaisant dans l'arabesque un peu
riclicule de l'extase cl'tm instant ! Une émouvante
pulsation ennoblit les altitudes des amants et nous
1
croyons les voir, non plus tels qu'ils sont en général
clans la vie, mais dans l"image qu'ils se forment
par a vanee ele leur abanclon et aussi dans celle,
La Danseuse au triangle,
déja
Yoilée par le regret, estompée par l'oubli,
Colleclio11 Deli,¡,md.

-,

_.j

�L' lLLU~TRATlON
, C ,
d ·t D hnis pour se dévetir
ap
.
l' d
q u'ils en gardent. La caverne ou hloe con U1
·
E 'b
'est pomt on e
devant lui est aussi une caverne du n01r re e. e ~
,
fraiche d'un ruisseau !impide, a la clarté du jour des v1vants, ou elleb va
baigner comme dit le conteur, son beau corps, mais l'eau d'un fleuve som re,
déroula~t ses méandres au pays mystérieux de l'au-dela. Les corps nus ne
sont pas ceux des athletes vigoureux qui se découpe~t en ro~d~-~osse da~s
)e plein air et dont on peut circonscrire de tous P?_mts 1~ reahte palpa~ e,
mais celle des figures qui s'estompent dans la lum1ere pale des bas-rehefs
funéraires, sur le marbre a peine entaiilé des steles que ca~esse ,un~ ombr_e
envahissante et subtile. II semble que Prud'hon, dans son reve d arhste, ait
erré plus volontiers le long de la Voie ""."pp'.enne bordée de tom~eaux,. ~u
dans les cimetieres de l'Attique qu'envah1t I acanthe, que dans les mu~ees
011 triomphe la froide et trop énergique gesticulatio~ d'une_ f~ule de gymnast~s
bien portants. II se plait au crépuscule du souvemr et, s1 _l on pense parfoi~
devant ses reuvres aux petits poetes de l'école d'Alexandne, on songe auss1
que leurs poemes les pl~s p~rfaits ,é~aient écrits dans la forme courte,
ramassée et fixe qui conv1ent a une ep1taphe.

c

de langueur. Les Italiens ont un mot qui définit admirablement cet air
Junaire, sélénite : morbidezza.
Cynthie, pour Chateaubriand, n'était autre que Mm• de Bea~mo~t; Prud'hon
songeait a Constance Mayer; la méme pensée d'une fe~me mfimme~t ,tendre
et mélancolique emplissait leurs creurs, enveloppant d ~ne ombre legere les
formes du peintre, cependant qu'elle mettait une sourdme aux rythmes trop
éclatants de l' écrivain.
Mais l'imagination amoureuse et triste qui inspire pe~t-étre Chateaubriand
obsede et poursuit Prud'hon. II introduit _dans ~es mo1~dres choses de son
talent une note affectueuse qui vaut la peme qu on la s1gnale, par le temps
qui fuit, et l'on ne peut étre qu'étonné agréablei_nent, au~ourd'hui que
l'émotion n'a plus cours a la Bourse, quand on vo1t un arhste rapporter
tout dans la vie a ses plus cheres affections. II va jusqu'a composer pour
Constance Mayer, qui ne fut pas que son amie, mais s?n éleve, le ~rojet
du tableau le Reve dii bonhe11r qu'elle exécutera et qui est au musee du
Louvre.
J usque sur ses portraits d'hommes qui ont sou~ent cett_e . exp;ession
égarée qu'il admirait sur le visage de Jésus,. dan~ la Cene ~u d1vm Leona:d,
il réussit a projeter un peu de son ame pass1onnee. Quand 11 montre la reme
Hortense et ses deux fils, il met je
ne sais quoi de fébrile dans l'effusion
maternelle, et il n'a aucune peine
a célébrer l'Apothéose de Racine,
ce génie de la calme volupté, dont
la touchante figure d'Andromaque,
a jamais illustrée de nos jours par
Madame Bartet, a plusieurs fois
requis sa main et ses crayons. A
peine, oh I a peine pouvons-nous
découvrir une intention d'ironie
dans Vémts, l'Hy11um et l'A11101ir.
L'Amour est endormi sur les gcnoux de Vénus ; est-ce la faute
de l'Hymen, dieu du mariage ?
Prud'hon, mari malheureux, a-t-il
voulu se venger par un\! allusion
a peine indiquée ? Je préfere ne
voir dans cette reuvre, ainsi que
dans sa Marguerite, que l'adoration
de la nudité qui s'éclaire mystérieusement, ainsi qu'en un tableau du
Correge ou du Vinci, ses maitres
avoués et préférés...

Je ne sais pourquoi, ou plutot je sa1~ bien que c'est la une équivalence,
mon esprit rapproche invinciblement Prud'hon de son contemporain
André Chénier. Je dirais presque
volontiers qu'il fut l'André Chénicr
de la peinture. Il semble qu'a peu
pres a la méme époque, un méme
dégoüt ait envahi deux hommes
rares pour la rhétorique des assemlilées populaires, pour l'éloquence
citations, pour le psittacisme grécoromain des avocats de la Convention, qui se souvenaient encere de
leurs études classiques dans les
colleges religieux de la monarchie
expirante, pour les ci-devant qui
faisaient de la surenchere politique et dont le passé revenait
a chaque instant sur les levres,
comme un désaveu involonta1re.
Chez le peintre, ainsi que chez le
poete, il y a le méme joli et fin
sentiment de l'antiquité, non pius
verbale comme dans les discours et
les tragédies fabriquées de l'époque,
non plus formelle et canonique
Prud'hon fut avant tout un maitre
comme dans les tableaux de l'éccle
de la tendresse inquiete, mais cette
de David. L'ame de Virgile, surinquiétude meme qu'il ajoutait a la
tout celle du quatrieme chant de
sensualité du paganisme indifférent,
l'Enéide, revit dans ces composic'était une notion qui lui avait été
tions comme dans ces poemes a
inculquée tout jeune quand il était
peu pres contemporains. Oui, je
chez le bon curé de Cluny, puis
sais aussi que Chénier mourut sur
chez les moines de la grande abbaye
l'échafaud, tandis que Prud'hon se
donna entierement aux idées noubénédictine. Le musée de Dijon
velles. Au moins peut-on dire qu'il
possede précisément une tete de
les accréditait par son mysticisme
Vierge oú l'on surprendra, avec les
naturel et qu'il les embellissait de
secrets de sa facture, de sa techsa sincérité.
nique, de son travail, comme un
Il est un autre écrivain auquel je
souvenir de Léonard de Vinci, de
pense quand je regarde un tableau
sa grace énigmatique, de ses attiPortrait de M. de Mesmay, par Prud'hon.
de Prud'hon : celui de la Lettre
tudes penchées et fuyantes, et aussi
Collection Euouard Dedjodl!éd.
sur la Campagne Romaine, Chales plus subtiles intentions d'un
teaubriand. Rappelez-vous le début
esprit ou la sensibilité chrétienne
de Cynthie : « Que ce tombeau ne
s'unit aux effusions de l'anthologie
vous cause aucune épouvante, c'est celui d'une femme jadis aimée comme vous,
grecque. Point de ces clinquants de lumiere, comme il disait, qui fatiguent
Cécilia Metella reposait ici. Qu'elle est admirable, cette nuit, dans la campagne
l'reil et empéchent le spectateur de jouir doucement de l'objet qu'on lui
romaine ! La !une se leve derriere la Sabine pour regarder la mer; elle fait
présente. Au contraire, un ton tranquille qui plait sans éblouir et laisse
sortir des ténebres diaphanes les sommets cendrés de bleu d'Albane, les lignes
!'ame a ce qui l'affecte.
plus lointaines et moins gravées du Soracte... Asseyons-nous. Ce pin déploie
L'ame, ce mot revient sans cesse sous sa plume. ll voulait fair&lt;"
son ombrelle parmi des ruines. Une vapeur se déroule, monte et enveloppe
impression sur !'ame. Psyché, en grec, signifie le souffle des étre3
l'reil de la nuit d'une rétine argentée. Cynthie, ta voix s'affaiblit, il expire
vivants. Les Latins traduisaient par Anima, qui est encore la respiration.
sur tes levres Je refrain que t'apprit le pécheur napolitain dans sa barque
Nous en avons fait l'a.me. Rendre !'a.me, c'est exhaler le dernier souffle, cclui
vélivole. Va aux défaillances de ton repos, je protégerai ton sommeil. La
apres lequel rien ne ternit plus la glace que l'on approche de la bouche des
nuit dont tes paup1eres couvrent tes yeux dispute de suavité avec celle que
1::iorts. Prud'hon, dans son tableau de Psyché ettlevée par Zéphyr, exprime
t'Italie assoupie et parfumée verse sur ton front. Parques a la robe de lin,
l'immatérialité légere et délicieuse de l'ame.
cuvrez la porte d'ivoire a ces songes qui reposent sur un sein de femme
~yant preté tant de scrupules chrétiens a la beauté paienne, il n'a aucune
sans l'oppresser. »
peme, sur le tard de son age, a se réhgier dans la douleur apprise, avec le
m~sticisme, sous les voütC's de Cluny. Lorsque Constance Mayer, cette femme
N'ai-je pas décrit, rien qu'en citant ces phrases, l'atmosphere d'un tableau
qm lui avait tout sacrifié et s'était crue inutile quand elle n'avait plus trouvé
de Prud'hon ? Quels mots pourraient mieux en rendre le jour particulier ?
ti.e sacrifice a lui faire, se tue, lui, inconsolable, il s'obstine a ressaisir sur
Cette douce clarté noblement épandue, tombant de tres haut, convenait au
la toile les contours de ce tableau : la Famille 111alhe1ire11se, que son amie
type de femme qu'il affectionnait et en exaltait le caractere. i:arguerite,
avait laissé inachevé sur le chevalet. Quand son amour l'abandonne il use
son modele préféré, M 11• Constance Mayer avaient toutes deux ces arcades
les dernieres forces de sa vie a épaissir autour du Christ eti croix que
sourcilieres profondes qui se remplissent d'ombre, quand la lumiere est
c?n,serve, 1~ musée du Louvre, les ténebres qui naguere n'étaient que va~eurs
convenablement disposée, et aussi cette grande bouche qui préte
la fois
legeres, a I aube, sur le corps gracieux cíes amantes nues.
aux interprétations de la force, de la reverie, de la tendresse, et qui
communique a )'ensemble du visage une physionomie de douceur, presque
LÉANDRE V AILLAT,

a

a

L'lLLUSTRATlON

Les

(&lt;

Cent P ortraits

On commence a
s'émouvoir de la période d'art confuse ,
troublante, 011 nous vivons. On ne sait plus
ou l'on va. Par curiosité, par réaction contre
des formules qui semblent avoir trop duré,
ou simplement par snobisme, une partie de
l'opinion, méme éclairée, a suivi des novateurs dont les exces
l'inquietent tout de
méme un peu et heurtent son bon sens. Pour
ra ffermi r sa foi, elle se
&lt;lit que toutes les théor i es nouvelles ont
d'abord soulevé la méfiance, sinon d'ardentes
coleres, et elle s'entete
a marcher de l'avant,
par
peur de paraitre
Théodore de Banville, par Renoir,
rétrograde. ll est meme
des esprits tres sinceres,
tres pondérés, que trouble ce mouvemenl : ceux qui cherchent obstinément le
beau partout 011 il peut étre, qui s'efforcent de le pressentir jusque dans
les tentatives les plus inattendues. On ne peut avoir tout &lt;lit. II y a sürement
de la beauté inconnue, et il faut faire crédit aux chercheurs qui s'aventurent
en dehors de l'idéal en quelque sorte consacré. Mais encore faut-il s'assurer
de ne pas s'égarer tout a fait a la suite de ces initiateurs. N'est-il pas
temps de se ressaisir? Et, comme se retournent instinctivement vers J'horizon
d'o11 ils viennent ceux qui s'avancent dans l'inconnu, on éprouve le besoin
de jeter un regard sur le passé pour garder un contact qui rassure. C'est la
l'utilité des Rétrospectives et pourquoi en ce moment elles sont si favorablement accueillies.
Dernierement, les (&lt; Cent ans de Peinture frarn;aise » prétendaient nous
montrer toute J'évolution de notre art depuis Ingres et Delacroix jusqu'a
nos jours. On courut a cette exposition pour y chercher non seulement un
plaisir, mais une vérité. Et des les premieres salles, réservées aux grands
maitres du siecle, ce fut en nous comme un apaisement, un rassérenement.
Une fois de plus, on constatait !'admirable effort du génie frarn;ais pour
créer des reuvres claires, sobres, équilibrées, tenant toutes des qualités de
la race. On se battait aussi dans ce temps-la pour des idées, pour des
formules; 011 défendait avec véhémence sa fac;on de sentir, d'exprimer. Et
voila que ces reuvres, qui avaient déchainé tant de passion, se réconciliaient
dans le recul du temps, harmonisées, abandonnant ce qu'elles avaient pris
d'agressif dans le combat, ou leurs airs inaccessibles de choses immuables,
impératives et solennelles. Entre tous ces grands artistes existait un abime
de sensibilité, et l'on retrouvait en eux une sorte de fraternité qui révélait
une origine, une formation commune. II y avait done une tradition. Et ce
fil conducteur allait nous amener aux contemporains et permettre de nous
y reconnaitre ... Oh ! stupeur !... Etait-ce done la l'aboutissement de cette
belle école franc;aise, ces étrangetés, ces pochades, ces inventions géométriques auxquelles étaient réservées les dernieres salles ? Un théoricien
intelligent et subtil, M. Lhote, avait eu soin de nous prendre par la main
pour nous guider et nous expliquer que leurs reuvres, loin d'étre en dehors
de la filiation artistique, étaient en germe dans Ingres.
La manceuvre était bien conduite, mais n'a pas suffisamment convaincu.
Il faut savoir gré aux promoteurs des « Cent Portraits » d'avoir repris
l'expérience, bien que sous une autre forme et pour nous conduire a d'autres
conclusions. Ces expositions valent mieux que des manifestes.
Celle-ci a été organisée dans les Salons de l'Union interalliée par la
section artistique du cercle, présidée par l'actif comte de Beaumont, homme
de goüt et grand réalisateur. Des artistes, presque tous faisant partie de
l'Institut, y ont apporté leur appui et leur expérience, ainsi qu'un érudit
critique, M. Lucien Corpechot. MM. Léon Bérard, ministre de l'Instruction
publique, et Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, s'y sont personnellement
intéressés. C'est dire l'importance de cette manifestation. Ses recettes iront
aux veuves des artistes tués a l'ennemi. L'exposition se double d'une bonne
reuvre.
Les « Cent Portraits » reprennent la filiation depuis les derniers temps du
second Empire et nous menent également jusqu'a nos jours. Antérieurement
l'histoire est fixée, les admirations consacrées. Mais est-ce par hasard ou
par occasion que ses organisateurs se sont adressés aux seuls portraitistes?

))

au Cercle lnteral1é.

Ne se sont-ils pas plutot rappelé qu'aux heures de crise ou de doute, c'est
presque toujours le portrait qui a tiré notre art du péril? II semble que,
désorientés, nos peintres viennent y puiser la force de résister aux engouements du moment, aux virtuosités, aux théories littéraires, aux attrayantes
nouveautés. II y a en eux un instinctif besoin de vérité, de sincérité, qui
les ramene a l'étude de la nature, a l'observation de la physionomie humáine.
Au seizieme siecle, ne sont-ce pas les Clouet qui, contre le prestige et les
séductions du style italien, opposent loyalement la concision, la pénétration
de leur art et s'entétent a continuer la tradition franc;aise? Ce sont encore
les Le Nain, de véritables portraitistes, puis les Claude Lefebvre, les Rigaud,
les Largilliere, qui, au cours du dix-septieme siecle, devant chaque nouvelle
invasion de la peinture étrangere, de leurs écoles décadentes, donnent le
coup de barre, pour éviter le maniérisme, les habiletés conventionnelles. C'est
encore, un siecle plus tard, David qui se dément lui-méme, oublie ses
doctrines rigides de chef d'école par lesquelles il risque d'immobiliser, de
paralyser la vie, d'imposer le goüt de la peinture lisse, pour créer, en
présence de la figure humaine, des chefs-d'reuvre d'un sobre réalisme,
puissants, expressifs, traités d'un large pinceau épris de belle matiere. C'est
alors qu'il donne ses grandes lec;ons.
II se peut done qu'en ce temps présent de désarroi, les portraitistes aient
quelque chose a dire, et il n'était pas inutile de les interroger.
De la vue d'ensemble des reuvres exposées se dégage, plus forte encore
qu'aux &lt;( Cent ans de Peinture franc;aise », cette impression d'harmonie,
de cohésion. Il advint tous ces artistes ce qui est arrivé a David. Lorsqu'il
s'agit, non pas seulement de saisir une ressemblance, mais d'aller au dela,
de pénétrer un caractere, non seulement de fixer une attitude, mais
d'exprimer les secrets d'une intelligence, d'une ame, avec ce qu'on a pu
surprendre de leurs vanités, de leurs faiblesses, de leur mystere, alors les
programmes d'école deviennent bien superflus et les théories bien embarrassantes. Les classiques, si souvent froids, compassés, si confiants en leur
érudition, vont droit au fait devant le modele, s'animent a surprendre
l'instant si fugitif 011 se fixe une physionomie. Les grands coloristes, sans
abdiquer leur liberté, enferment la lumiere dont ils ont fait leur grande
inspiratrice dans un dessin plus serré. Tous ils regardent avec franchise,

a

M. Arthur Meyer, par Weerts.
avec le dessein de tout voir, de tout dire, d'un trait décisif, d'un pinceau
qui perpétue de la vie. Un meme but, un méme besoin, un méme idéal,
faut-il s'étonner qu'ils paraissent si proches?
Quelle salle de musée l'on reverait de former avec un choix des ceuvres
qui figurent aux « Cent Portraits » ! Une des toiles de Ricard, cet inquiet,
poursuivi par la h:intise de la perfection, attiré tour a tour vers tous les
grands maitres auxquels il demandait leurs secrets, nature tourmentée et
raffinée ; un Cabanel de la bonne époque, de celle 011 il ne sacrifiait pas

�L'ILLUSTRATION
Victor Rugo, hiles Ferr)', ap¡.,artiennent a l'époque écoulée.
Elles sont de sa maniere rola Duchesse de Vallombrosa ;
buste, destinées a la durée.
de Delaunay, sa Mere, porEt puis ce sont les Dagnantrait si sobre, si pénétrant,
Bouveret, les Flameng, les
cu est racontée toute une vie
Gervex, les Humbert, les Besd'austérité' un peu triste ; le
Giraud de Baudry; de Jules Lenard et leurs cadets, parm1
febvre, sa S&lt;rur, ou a son délesquels il est di fficile de faire
faut Pelpcl; un de ces Fantinun choix sans s'exposer a des
Latour, méditatifs, concentrés,
omissions injustes. La chaine
pleins de pensée grave et pron·est pas rompue. Tous ils se
fon&lt;le ; 1111 Henner, ce pasresserrent autour d'un culte
sionné de lumiere; le Fra11rais
auquel if est difficile ele donde Carolus Duran, brillant,
ner un nom. C'cst le style.
lihre, spontané; le Théodore de
C'est aussi la raison, le goüt,
f/a11ville de Renoir, do&lt;lu, rose,
la mesure, le savoir. lis ont
au sourire mince, aux yeux
appris. II y a des jeunes que
vifs, pétillants de malice, une
cela fait sourire. Se rappelle111erveille d'expression; un
t-on que La Tour, déja lancé,
Carriere, sensitif, peureux de
en pleine vogue, s'enferma
toute violence qui effrayerait
dans son atelier, aban&lt;lonnant
les tendresses, les méditations ;
,,
sa clientele pour travailler,
Portr.1it de Rodenbach, par Levy-Dh1.1·mer.
une toile de Courbet, l'un de
pcrfectionner son art, frappé
1/!11,,./e tJi1 L11.wmbo11rg.
ces artistes inégaux, mais qui
par l'insistancc que mettait
arrivent a une heure nécessaire
Jean de Boulogne
luí dire :
pour bousculer la routine,
&lt;• Dessinez, jeune homme, dessinez longtemps » ? Que! exemple ! Ce culte
ouvrir des chemins nouveaux ; le Faure de Manet, qui n'est pas suffiest libéral, puisqu'il réunit parmi ses dévots des artistes de tempéraments si
samment représenté, si l'on songe la place qu'occupe ce peintre clans J'hisdifférents, comme pour n'en citer qne quelques-uns qui voisinent au Cercle
toire de l'art au dix-neuvieme siecle, et dont il faudra toujours regretter que
de l'Union, Marce! Baschet, Déchenaud, Chabas, Blanche, Simon, Forain,
le Bon Bock ait échappé a notre Louvre. On mettrait encore dans cette salle
Raffaelli, La Gandara ...
le Docte1ir, de Meissonier, un bon Hébert, la Comtesse Eugimc Postré, et
Les organisateurs n'auraient-ils pu faire un plus large accueil aux modernes,
cette ceuvre célebre qu'est Sarah Bernhardt, de Bastien-Lepage.
marquer
davantage !'extreme limite ou peut concluire la tradition fram;aise,
Sait-on que nous avons failli avoir une réplique de ce tableau? c·est
puisqu'il
faut
revenir a ce mot qui résume tous les autres? Elle n'empeche pas
un bal chez l'éditeur Charpentier que Bastien-Lepage rencontra la grande
les
affranchissements.
~fanet et d'autres l'ont prouvé. Elle n'empechera pas
artiste et lui exprima le désir de faire son portrait. Les séances commenl'fvolution
en
cours.
?llais
celle-ci ne doit pas se faire sans elle. Car cette
ct:rent. Mais Bastien-Lepage, tres exigeant, réclamait une immobilité absolue
lvolution
existe.
On
ne
peut
songcr la nier. On se sent la fin d'tm cycle.
pendant la pose. Naturellement peu communicatif, concentré, et tout a son
De
meme
que
la
génération
de la seconde moitié du dix-neuvieme siecle a
ceuvre, il ne soufflait mot. Sarah Bernhardt, dont on connait l'activité,
subí
l'influence
des
impressionnistes
sans toujours s'en douter, de meme les
réprimait son impatience, mais souffrait. Elle souffrait d'autant plus que,
artistes de notre époque n'échapperont pas au mouvement actuel. Déja les
sans contester la beauté de l'ceuvre, elle regrettait la pose choisie, de profil,
Salons annuels modifient progress1vement
le dessin trop accentué du nez, ces paulcur
physionomie. Nos g-outs, nos yeux
pieres baissées qui cachaient le regard
s'habituent
ces expressions nouvelles.
ou il y a tant de vie. On venait la
'l'outes les nouveautés, toutes les libertés.
,isiter et la distraire. Un jour, le grand-duc
c'est bien, mais
conclition qu'elles ne
Nicolas, frere du tsar, au ccurant des
sacrifient
pas
les
qualités
essentielles de cette
regrets ele la grande tragédienne, demanda
traclition
dont
les
portraitistes
nous montrent
au peintre : « Voulez-vou, faire pour moi
la
belle
continuité.
Ils
ont
re&lt;;_u
de leurs
un second portrait de Sarah Bernhardt,
devanciers
le
flambeau
qui
est
celui
de leur
mais celui-ci de face ? » - (&lt; Je réfléchifoi
artistique
;
ils
sont
prets
le
tendre
a
rai », répondit simplement Bastien-Lepage,
leurs
successeurs.
Encore
faut-il
que
ceux-ci
qui continua a peindre. Il hésita quelques
soient disposés
le pren&lt;lre.
jours, puis finit par accepter. Le prix était
C!nébre aux succes nlon&lt;lains,

' '

a

a

a

a

a

a

a

a

a

fixé a 30.000 francs. L'ceuvre fut commencée, mais ne fut jamais achevée. Bastien-Lepage ne voyait pas Sarah Bernharclt
de face.
Dans ses Conseils pom· la pei11t11re de
fortraits, 11"" Vigée-Lebrun disait : « Avant
de commencer, causez avec votre modele.
essayez plusieurs attitudes et choisissez non
seulement la plus agréable, mais celle... qui
peut ajouter a la ressemblance. Avec les
fcmmes i1 faut les flatter, leur dire qu'elles
sont belles, qu 'elles ont le teint frais... Cela
les met en belle humeur et les fait tenir
avec plus ele plaisir. » M'"" Sarah Bernharelt
navait pas besoin de tant d'encouragements.
:\fais Vigée-Lebrun, comme femme, s'y
connaissait. Bastien-Lepage était un grand
peintre, mais non un profond psychologue.
X ous connaissons des artistes de notre
tcmps qui, avant de commencer la pose.
aiment
regarder vivre leur modele, étudient ses gestes familiers, ses expressions,
et, clurant les séances, s'astrcignent, sans
meme demander la fixité de l'attitucle,
r1aintenir sur le visage qu'ils observent le
naturel ele la vie. Ceux-ci sont les portraifates nés.

Telle est la le&lt;;,011 que nous avons cru
entendre. Les ceuvrcs ttaient éloquentes, les
modeles ne l'étaient pas moins. C'étaient
Víctor Rugo, Goncourt, Rochefort, Gambetta, Puvis de Chavannes, Fantin-Latour,
D2rbey d'Aurevilly, Verlaine. Legouvé, Ribot, Banville, Edmond About, Gide, Léon
Dierx, Péguy, Roclin, Saint-Saens... Leurs
yeux, pleins ele pensée fran&lt;;,aise, plaidaient
pour la clarté. lis n'ont pas toujours poursuivi le meme icléal, mais leur accent personnel s'est accordé dans cette grande harmoriie a laquelle tend le genie de la race.
l·,t les femmes,
leur tour, grandes clames,
bourgeoises, comécliennes illustres, réclamaient pour le gof.•, le bon ton. Depuis les
primitifs, l'art les av1it gátées. Les peintres
sacrifiaient naturellemenf a leur grftce. On
a su de tous temps que la beauté a eles
arrangements "~ - '., avec ía vérité. Sans
doute le dix-huitieme siecle avait trop trahi
!'une au profit de l'autre. Mais :es femmes.
depuis, ont fait, elles aussi, un retour vrrs
le réalisme. 'l'out de meme, elles aiment a
sc:ntir que, dans l'c.-euvre dont elles sont
l'inspiratrice, il y a un hommage. Ce sont
des manieres traditionnelles qu'elles souhaiteraient Yoir ne pas trop oublier...
Il faut aller aux « Cent Portraits ». II v
regne une atmospherc propice aux sages ¡t
uti les réflexions.

a

a

a

a

Les artistes contemporains prfsents cette
exposition apparaissent clairement comme
les continuateurs de cette génération. L'un
&lt;l'eux meme, M. Bonnat, gráce
une verte
vieillesse, relie le présent au passé. Mais
~es ceuvres, par leur date, Madame Bomial.

a

M"'• Ida Rubinstcin, par La Gandara.

�L'ILLUSTRATION

Le pont sacré de Nikko. laqué de rouge et réservé
Phot. J. du Merle.

NOTES DE TOURISME AU JAPON
On sait quel grand voyageur est M. Brieux, et combien, surtout, il a été attfré
par l'Extreme-Orient. Apres avoir visité Oeylan et l'Inde, la Birmanie, l'IndoChine - d' ou il a rapporté ces &lt;&lt; simples notes d'un touriste &gt;&gt; que publia naguere
L'Illustration - il estallé aua:Indesnéerlandaises et au Japon. De son carnl't
de route au pays du Soleil Levant, il a bien voulu nous autoriser a détacher, avant
la publication en volume chez l'éditeur Delagrave, trois chapüres du plus vi/
intéret. Pour les illustrer, nous n'avions qu'a puiser dans l'abondante collection
cI'excellents clichés qu'il avail pris lui-mém&lt;&gt; au vérascope. Mais nous avons pu
augmenter encore l'attrait de c&lt;&gt;s 7&gt;ages 71ar la reproduction en couleurs de clichés
autochromes dus a M. J. du Merle, un distingué o/ficil'I' de marinP /mnrais,
qui /ut plusieurs /ois déja notrP collaborateur.

a l'Empereur

du Japon.

sage, de l'ardeur mystique des pelerins. Savez-vous qu'il en vient chaque
année, e tous les'points du Japon, plus de cinq cent mille? Une ville, Yamada,
s'est créée pour eux. - Lourdes? - Non. Les foules qui vont a Lourdes,
y vont implorer le miracle. Leur dévotion est intéressée. A Isé, on va adorer
les dieux créateurs de la patrie. Et adorer n'est pas le mot juste. On va se sauctifier un peu en les approchant. On va, pour mieux dire, y rafrakhir sa vanité
nationale, on y va renouveler sa provision d'orgueil japonais.
- Et dans le Saint des Saints, ou seul l'Empereur peut pénétrer, qu'y a-t-il ?

..
LES TEMPLES D'ISf ET LE SHINTOISME

Pendant que je préparais mon voyagc, quelqn'un, qui aimait le _Japon,
me dit : « Ne manquez pas d'aller a Isé. - Isé ?... - Oui ... Vous en 1gnorcz
memo le nom ! Beaucoup de tourist&lt;.'s omettent la visite d'Isé. lis ont tort.
Un voyage au Japon sanH Isé !... - Qu'_v a-t-il a Yoir ?... Des temples ? - ll
y a des temples, en effct. Mais on nr les laisse pas voir. - L'extériem ? - lis
sont cntourés de palissades. - Et ne peut-on obten ir l'autorisation ?... »
Jfon interlocuteur se mit a rirc: «Non. On ne peut pas. Les grancls dignitaires de l'empire franchissent la premierc cnceinte, la seconde pcut-ctre.
Hormis les pretrl's, srul, l'Emp('rrur pt'ut s'approcher du sanctuairc. - Alors?
- Et d'ailleurs, ces temples sont d1• simples cabanes de bois. - Pourquoi
done faut-il aller a Ist~ ?. .. Le puysage? - Le paysagr est joli, mais il rn cst
cent de plus bruux au .Japon memr. - ,Je ne comprends plus. - Allt'Z a Isr,
c'cst la seule petite chanre que vous puiRsirz rencontrer de co111prenclre. si pt•u
que ce soit, ]'ame japonaisC'. - Par quoi. si lrs trmplcs sont invisibles et sans
intéret? - ("est le liru saint du .Japon.
La l\lcrqur? - l\li&lt;.'ux.
.H-rnsalem ? - Autre chose. - 13énari\s ?
- Oui et non. L'&lt;.'ndroit, pour tout .Japonais, est tcllt•m&lt;.'nt sacré, qu'en
1889 un Japonais, le vicomte :\Iori, ministre de l'lnstmction publique vous cntendez, un ministre japonais - a_rnnt commis l'acte irrcspertueux
de soulevcr, du bout de sa rannc, le voile qui C'achc la porte ele la pr&lt;'mirrc
enceinte, fut, six mois apres, assassiné par un fanatiqut', un institutPur. Lr
meurtrier fut tué sur place, mais sa mémoirc t•st honorée dans tont le ,Japon.
- A que! Dieu t&lt;.'rrible ce temple est-il clone ronsacré ?
- Il est consacré a la déesse du i:;oteil, Amatérasou. Ce n'est pas parre
qu'elle cst la déesse du Soleil qu' Amatérasou cst vénéréc a ce point, c'est parrP
qu'elle est l'ancetre dcscmpereurs du ,Japon, de cette famille unique au monclc,
de cette d_ynastie ininterrompue qui, clepuis les ages préhistoriques, regne srule
sur l'cmpire du Soleil Levant. .. C'est, du moins, ce que croient les Japonai~.
- Je comprends. - Non. Si vous dcYcz comprendrc, vous compre11dn'z
la-has. En 1905, apres les victoires sur la Russie, l'Empcreur est allé a Isé
remercier les dieux du Shinto, ses ancetres, clu succes de ses armes. C''est- a
Isé que bat le creur du Japon. - l\Iais un Européen doit rester froicl dcYant
ces palissades, puisque vous me &lt;lites, n'est-ce pas, qu'on ne pcut voir que '
des palissades? - Allez a Isé. Une émotion se dégage de la grandeur du pay-

Les sonnettes a longs cordons des temples japonais, que tirent
les fideles pour appeler l'attention du dieu.

�L'ILLUSTRATION

L'ILLUSTRATION

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- - - - - - - - - - ---------·- - -

Une statue? - Non. 11 n'y a rien. - Rien? - Rien qu'un embleme. Un
miroir pour la déesse Amatérasou, un sabre pour son frere Sousanou, dans
un autre temple. Chaque embleme est recouvert de voiles nombreux. Lor:i·
que la longu~ série des années a rendu yieille jusqu'a l'effiloche~ent Ia:,soie
du dernier voile, on place au-dessus un voile nouveau. Et cela depms des s1ecles
et des siecles. La religion shintoiste est la plus vieille du monde. Le miroir et
le sabre sont des emblemes femelle et male de la vie éternelle. Sousanou naquit
du nez d'Izanagui, Amatérasou de son reil gauche, et le dieu de la 1Lune de
son autre reil. Sousanou était violent : au cours d'une altercation avec sa
sreur, dans sa colere, il lui lan~a un cheval écorché sur le métier ou elle tissait. - Et ne vous parait-elle pas un peu ridicule, cette mythologie japonaise?
- Mais elle comporte d' autres éléments qui ne le sont pas. Je vous laisse le
plaisir de les apprendre sur placl3. »
Et c'est ainsi, que, par un soir de printemps, j'arrivai a Yamada ou se trouvent les temples d'Isé.
&lt;&lt; ATTRAPE·NIGAUDS » POUR TOURISTES
De la gare jusqu'a !'hotel, on suit une longue, longue rue. 11 est 10 heures
du soir. Nous filons dans des kouroumas, ces cabriolets pour un, huchés sur des
hautes roues, comme une araignée sur ses pattes longues et minces et qu'un
homme, le kouroumaya, traine pendant des heures, au pas de course. Les boutiques éclairées filent de chaque coté sans qu'on puisse voir ce qui s'y vend,
car la íoule est ~rande, malgré l'heure tardive. Ces boutiques sont presque
toutes des tirs qm rappellent trop ceux de nos foires. Et le nombre en est considérable. Toute cette rue de plusieurs kilometres est une kermesse.
... Il y a, pour les gens « qui veulent tout voir », une petite série de mystifications, je dirais d'attrape-nigauds, si je ne craignais de froisser la grande
majorité des touristes. Le guide fait comprendre au voyageur qu'on peut,
moyennant quelques yens (yen': 2 fr. 50), assister, la nuit, a des danses qui...
enfin a des danses... ou il vaut mieux ne pas conduire Madame. Elles sont
d'ailleurs mentionnées dans le Murray, qui met les honnetes gens en garde
contre elles en disant que ces spectacles sont donnés dans des maisons douteuses. Alors on conduit sa femme a !'hotel ; on lui parle de cérémonies sacrées
auxquelles les hoD?-mes sont seuls admis. Elle en croit ce qu'elle veut, on lui
P:omet de tout lm racont~r au retour, et l'on part avec la petite joie, pimentee de honte, de ceux qrn vont vers le scandale. Dans la nuit, on déambule,
on voit de plus pres les marchandages spéciaux, et l' on entre enfin dans une
maison ou de vieilles femmes vous re~oivent avec les courbettes ordinaires.
On paie beaucoup plus de yens qu' on ne s'y attendait. Mais le guide vous
fait comprendre qu' on en aura pour son argent, et on le suit, en se cherchant
des excuses. On traverse des salles tres larges et tres basses, dont les larges
planches brunes du parquet tres ciré, rc:fletent comme une eau sombre les
lumieres des lanternes de papier. Bien entendu, il a fallu se déchausser des
l' entrée. Enfin, on vous introduit dans une salle plus grande, mieux éclairée,
sur toute la largeur de laquelle on voit une galerie de bois qu'on devine etre
l'endroit ou vont se passer les choses... enfin, les choses que l'on vient voir.
Et l'on vous installe en face, sur une natte. On vous donne un éventail et l'on

vous laisse seul pendant quelques instants dont profite votre imagination
pour vagabonder. C' est alors que ceux qui sont capables de remords préalables en goíitent tout~ l'ame~e. douceur.
.
Bientot, entrent six mus1~1ennes, chacune avee ~ª, gmt_are a long 11?-anehe
et a trois cordes. Elles en tlrent quelques sons qw egratignent les ore1lles et
enfin, sur la galerie, apI_&gt;araissent six ~ºu huit perso~es tres fardées, vet;es
de la tete aux pied~, qm_ font sans grace et sa~s pla1sir, sans art e~ sans foi,
trois ou quatre pet1tes pirouettes. Elle les agrementent de gestes d ensemble
qui m'ont rappelé les répétitions du ballet au théatre des Arts a Rouen, les
années ou le direeteur était éeonome. On sent, a n'en pas douter, qu'on est
mystifié, mais, eomme on veut sauver la faee, on ne dit rien. Ces dames s'en
vont. Il en revient d'autres qui se livrent exactement aux memes exereices.
Le guide parait confondu d'admiration, et vous regarde eomme pour vous
prendre a témoin de la splendeur du spectacle. On hoche sileneieusement la
tHe, on s' en va, et l' on raconte a sa femme en rentrant qu' elle a bien fait de
ne pas insister pour venir.
CE QU'ON VOIT DES TEMPLES LES PLUS VÉNÉRÉS DU JAPON

Le lendemain matin, nous sommes allés aux temples par un beau soleil.
Je vais vous dire tout uniment ce que nous avons vu.
On sort de la ville ou regne Sousanou et l'on arrive a un pare. Est-ee bien
pare qu'il faut dire 1 On n'est pas enfermé dans des arbres, et la route gue l'on
suit est tres large. Tout autour de soi, cependant, on ne voit - maIB assez
loin - que les futs gigantesques des nobles cryptomerias. L'arbre qui porte
ce beau nom que je ne me rassasie pas de prononeer, est de la famille des cedres.
Peu a peu les pelerins, par pet~ts groupes, deviennent de plus en plus nombreux. A leur allure, a l'atmosphere qu'avec le paysage ils contribuent a eréer,
on se sent dans un milieu autrement saeré et autrement fanatique que celui
des temples bouddhiques. Des gardiens s'aper~oivent, assez fréquemment.
Ils portent !'uniforme des gardiens impériaux. Nous sommes, en effet, dans une
demeure impériale, dans la demeure des premiers aneetres du Mikado. Voici,
en contre-bas, un étang ou chacun va se laver les mains, en signe de purification. On passe sous ces grands ares de triomphe primitifs que sont les Torii.
Puis, sur le bord de la route, des petites eonstructions de bois, extremement
simples, servant d'abris a des marehands d'images saerées, dont nous reparlerons, et a des marehands d'almanaehs. Des eoqs blancs sont en liberté. Ils
sont vénérés parce qu'ils annoneent le lever de ce soleil, pere des souverains
japonais. Et on arrive devant une palissade trouée d'une porte. On entre,
pour se trouver devant une autre palissade, dans une eour interieure. Aucun
ornement d'aucune sorte. Un grand drap blanc voile une nouvelle porte qui
donne acces a une autre cour semblable que l'on entrevoit, et dans laquelle,
également, il n'y a rien. C'est ce voile que le vicomte Mori souleva de sa canne.
Des fideles, a genoux, prient et laneent, sous le drap, des pieees de monnaie
ou des papiers.
Nous sommes accompagnés par un Japonais qui est un homme fort instruit,
professeur, parlant anglais, fran~ais et qui a visité l'Europe. Depuis quelques
instants, il est resté sileneieux et sa physionomie s'est enveloppée d'une gravité
religieuse. Puis, a voix basse, et apres nous_avoir éloignés un peu du voile

Dans la premiere enceinte des temples d'lsé : les pelerins prosternés devant la porte interdite (1).
sacré, il nous explique que ses titres honorifiques lui donnent le droit de franehir une porte de plus que le commun des mortels et il nous prie de l'attendre.
II va a une petite guérite a gauche, parlemente avec des pretres et leur laisse
son ehapeau et son pardessus (il est vetu a l'européenne).
Notre compagnon pénetre par wie petite porte dans l'enceinte voisine. II
ne cesse pas d'etre visible po;1r nous, ~t, _la 011 il est, \1 ne voit rien de plus que
ce gue no~s voyo1~s nous-memes. 1!~1s 11_ est un petit peu plus pres du sanctua1re, et 11 en dev1ent tout rouge d emobon. A son retour, il est comme transfiguré.
Quand je &lt;lis qu'on ne voit ríen, d'ou nous sommes, j'ai tort. Au-dessus des
pa~issades, on, distingue p_lusieurs toits a double pente, en bois. Et les perches
q~1 _forment 1 angle
p1g~on se ,prolongent vers le ciel. C'est la cabane prim1t1:7e, la hutte pre_histonque. Chacun, autour ele nous, citadins, paysaus,
marms, montre un v1Sage grave et respectueux.
Et e'est tout. C'est tout ce qu'on voit dans le temple shiJ1to1ste le plus important et le plus vénéré.

?~

LA LÉGENOE ET LE SENS DU SHLNTOlSME

Groupe de pelerins se rendant aux temples d'lsé.

Qu'est-ce done que le Hhinto'isme l ~•~st la religion nationale du Japon.
E~e peut se s~perposer, ~ux autre~ relig10ns; on peut, parait-il, etre bouddh1ste, mahometan, chrehen et shmto1ste tout a la fois. Athée et shinto'iste
ég!l-lement. Mais, avant de vous répéter ce qu(' j'en ai appris pendant mon
sé¡our au Japon et apres, voulez-vous que d'abord je vous en dise la léaende
?
0
Je l'ai apprise sur deux kakamonos achetés a Isé.
- Y~ila, me dit notre aimable et savant compagnon, toute l'histoire de
1
nos ongmes. Ces
deux personnages sont Izanaaui et sa samr Izanami. - Les
P!emiers dieux l - Non. Avant eu_x, il y eut° de nombreuses générations de
dieux Sll1; l_esq~iels nous ne savons _rien, ou presg,ue ric!1. Izanagui et Izanami
furen~ designes par _eux_ pour creer 1arch,1pcl ¡a_pona1s. - Pourquoi regardent-ils ces deux pet1ts OJseatL"\'. avee tant d attenhon? - lzanaaui et lzanami
ignoraient l'amour, et_ e'est des oiseaux qu'ils l'apprirent.- Et quand ils lP
surent l_ - De leur muon sont nés les iles ~u Japon e~ beaucoup d'autres dieux.
lzanailll mourut en mettant a~ monde le dieu du feu. Son mari, tel votre OrphéC',
voulut al~er la rep,rendre au dtet~ ~es morts. Il la retrouva, apres bien des combats, ma1s, dans I ardeur de sa ¡01e et de ses embras:;ements il brisa une des
dents du peigne de son Eurydic_e, et s'aperyut alors, avec hor;eur, qu'il n'avait
plus dans les bras qu'un amas mnomrnable de chain; putréfiées. Pour se puri-

1
1

fier, il alla se baigner dans un torrent. De chacune des pieces de son vetement
laissées sur la rive naquit un dieu, et aussi Amatérasou d'un de ses yeux et
Sousanou de son nez. - Sousanou, si j'ai bonne mémoire, est ce dieu qui fit
a sa sreur de _s~ blamables plaisanteries, apres une dispute ? - Vous l'avaz dit.
... Et e'est 1e1 que se place un tres gracieux épisode de la mythologie japonaise.
Amatérasou, la déesse du Soleil, vexée de la brutalité fraternelle, alla bouder
dans une grotte d' 011 les supplications des dieux ne purent la faire sortir. L'un
d'eux cependant - qui connaissait déja le creur féminin - amena devant
la grotte une déesse d'une grande beauté. Les dieux s'assemblerent en un orch~s~re, ,et, aux: sons de cette musique, la déesse dansa. Et, tout en dansant,
vo1c1 qu e~e la1sse tomber successivement les vetements qui eouvraient son
corps adn:urable. A la chute de chaque voile, les dieux chantent, exaltent
la splendeur des charmes qui leur sont ainsi révélés. Amatérasou, du fond de
sa gr~tte, entend ?es louan~es. Piquée dans son amour-propre et un peu jalousC',
elle ecarte les p1erres qm fermaient son abri, afiu de voir s'il est réellement u~e fem'!le, autre qu'elle-meme, qui mérite de tels hommages.
Un dieu, qw l'attendait a ce moment, saisit les pierres entr'ouvertes, les
renverse, et Amatérasou se trouve ainsi en face de la déesse nue dont il lui
faut bien constater l'éclatante beauté. Mais aussitot on !ni présente un miroir;
et Amatérasou, apres s'y etre regardée, se reconnaissant comme la plus belle
cesse de bouder et consent désormais a éclairer la terre.
'
Son frere Sousanou fut banni du eiel. On lui donna l'empire des mers. II
tua un dragona huit tetes qui était la terreur du pays, et, apres bien des évé~1ements ou il est guestion d'un sabre enehanté et d'mie grue gigantesque,
11 fut, avec l'asseutiment de sa sreur Amatérasou, l'ancetre de Jimmutenno
le premier Mikado (2).
'
11 semble bien qu'il n'y ait pas la la base d'une religion. Et, en effet, ces dieux,
en tant que dieux, n'ont poü1t,_de fideles. lis ne sont adorés que parce qu'ils
font partte du Japon, parce qu ils sout les eréateurs du ,Japon. C'est le Japon
&lt;¡u'o~ ad?re e? e~1x. Nul autr~. peuple_ au.mond~ n'a eu l'idée de déifier sa propre
P,~tne, e est-a~due ~e _se de1~er SfL·meme. ~ach~nt cela. _comment peut-on
s etonner de I orgueil ¡aponais? (omment sen etonner, s1 l'on connait les
1 (_:t'll1· phulo¡.m1phi,• ¡wul i·ln· 1"1!11-i&lt;l,·1·i·t• ro111111.- 1111i1pw.

l,'app,11·,·il

d1111I ,,. ,,·rl

\l. lll"ll'U\, le d·rnsro1w lllrhanl, 1·,I d 1111 11,¡11•1·1 tli-1·11 1; 1• :x,·,1•· 111• 11nln· ilJ11,1rc 1·0111pn-

lri11II' prenonl son l'iil'lti' 111· ful flo1l1'

I"" 1·1•111arc¡11i·.

111ais il i·lail l"' "i-la11I an,,i ,lan¡.wrru,

lll'llh'ln· 11111· rPllli tlu I i1·n111l1• \l1ri.

t Lt• KfJjiki lpremi~re hi~lofre t/11 J11¡,u11, ,l'apri·, t:lw111h1•1·li11. Thi11y• J11¡11111ese, 1·1 W· ,11. J.a

"ºl~licrc·. Je Jnpon.

�de plus, shintoistes, c'est-a-dire adorateurs du J apon, du seul pays de la terre
qui soit l'émanation des_ dieu.,x, ~ont l~s. souverains soie~t les descendants_ des
dieux, dont tous les habitants s01ent divms par leur passe et par leur aven~.
Si l'on veut se faire une idée du sentiment que professent les Japona1s a
l'égard de leur empereur, il faut ~maginer_ celui qu'.éprouverai?_nt des ehrét.iens fervents devant un chef dont ils saura1ent certamement qu il est un descendant du Christ. Tout cela se résume dans cette phrase de Hirota : (e Les
ames des morts continuent d'exister dans le monde invisible qui nous entoure,
et tous deviennent des dieux avec des caracteres différents et différents degrés
d'influence... et, comme s'ils habitaient encore leur enveloppe corporelle,
ne cessent de servir leur prince, leurs femmes et leurs enfants. &gt;&gt;
Done, une seule loi : le respect des ancetres ... Et c'cst seulement lorsqu~,
apres un séjour a Isé, j'ai compris cela, que j'ai compris aussi que les Japon~1s
pouvaient etre des marchands déloyaux, et vendre leurs filies sans se croire
coupables. Comm~nt le seraient-~s, P!1isqu'ils ne fo~1t que répé~er les actes de
leurs ancetres, qui ne saura1ent sen facher !. .. et qm sont des dieux !

ero anees s iritualistes de ce peuple 1 Pou~ lui, les m?rts sont plus ".ivants
u!Ies viva~ts. Les vivants n'agissent pas, ils sont «ag1_s &gt;&gt; par ~es espn~s ~!~
lorts qui les entourent, et qui sont en train de de~emr d~ ~eux,_ qm ~
dans le chemin des dieux. Le « chemin des dieux » e est la s1gmficat1on meme
du nom de la religion : Shinto.
. S
d t
La foi du chrétien ne peut etre comparée a cclle d':_ J apona1S. a1;1-s oud:
le chrétien croit que !'ame survit au corps, ~t qu_e l_es ªD?es de son P~~e J!me
mere sont encore en communion avec lu1. Ma1s il rro1t cela sans rea
·
foi s'exerce dans un autre monde que ce~ui-ci. II dira, par e~emple, e~ pr·
lant d'un pere déíunt: « Si mon p~re me v01t. &gt;)_Pour le Japon~1s, ~a_si1;v{,e -~
morts est réellc matériellement, s1 l'on_pe~t ~e. A?t~n~ q? 11 cro1t a ex~s
de lu1-meme, 11 cr01t a l ~xistence des e~pnts
t ence de la terre, de l'air, du feu,
. . , mv1S1
. . "bl: de i::eux. qu_' 11 a vw moUilI
ou plus exactement a la contmmte
. · Et
ces morts ils ne vivent pas dans un empyree, au par~d1s, au pur&amp;atout' e_n
enfer1 c'e;t-a-dire tres loin. Non. lis sont la ~utour d~ lUI,_ dans la ma1son amiliale dans la tablette qui les représente, 011 üs sont 11~r1ts S?US un autre nor
que '1eur nom de mortels, sous leur nom d'éternels, de J(aini. On leur offre e
riz et le saké. On les consulte dans les cas graves. On les salue chaqu ~atin on les salue avant de partir en voyage, o~ les salue au retour. n es
re~ercie de ce qui arrive d'heureu.,x dans la ma1son, car c'est leur reuvre. Tout
est rapporté aeux.
.
.
'
.
.
Le Sbinto·isme est la dévotion a 1a mort, a d1t Lafcadio Hearn. C est mieux ·

s:

0

D'ISÉ A NIKKO

DE VEMPEREUR AU SHOGUN

Isé. c'est le temple de la déesse du Soleil, ancetre des empcreurs. Nikko,
c'est le tombeau des deux grands Sbogum qui, au dix-septieme siccle...

Le tombeau de Yeyasou.
Yomeimon, un _des portiques du temp.e de Yeyasou.
(en cst la néoation. Quellc import.incc peut avoir ce l¡uc nous appelons la vie,
l'n Lace de 1a"' vic éternellc? C'cst cette dernicrc seule qui cst réelle. Tous les
Japona1s morts sont des dieux ou sont dans la voie des dieux, en devenir divin.
Le Japouais qui vit aujourd'hui est un etre qui attend la vie ~~rita:t&gt;le, celle
ou l'on entre par la mort. On co!Uprend alor:; le peu_ ~e_cas qu 11 fa1t _de son
existence, et l'on s'expli_que la folie d~_son courage n~1~tan-e. On peu~_dire qu_e
le J aponais n'a pas de clieu11:, parce qu Il en a des nulliard~, _Pare~ qu ü es~ ~m;
meme un dieu futur. Les d1eux, ce sont toutes les humamtes qui ont precede
cclle qui vit aujourd'hui.
.
,
.
Le Shiuto1sme n'a pas de livres sacres, pas de dogmes, pas de 101s. Les
vivants ne sont que la manifestati?n des _K,amis, les di~ux n'ont pas be~oin
qu'on leur édicte une morale. Et HHata (cite par Lafcadio Hearn) a pu dire
« La dévotion a la mémoire des ancetres est le ressort de toutes les vertus.
Celui qui n'oublie pas ses devoirs envcrs eux _ne _Peut et!e irr~spectue~x des
dieux ni de ses parents. Un tel bonune sera fidele a son pnnce, a ses amis, bon
et dom&lt; envers sa íemme et ses enfants. &gt;&gt;
Est-ce a dire que tout J aponais raiso~n~ com1?1_c nou~ yenons de le faire,
et que chacun se fasse du Shinto1sme un~ idee auss1 m1ma~enelle 1 Non. Le peuple est pourri de superstitions. On le v01t frapper des mams devant un temple,
meme shinto1ste ou tirer les cordons des grosses sonnettes suspendues pres
de l'entrée, pou; appeler l'attention, du dieu. Il n'échappe pas ~ cet irrési~tible besoin de l'homme d'appeler a son sec?,urs une Toute-Pmssance 9u'.1l
croit pouvoir se rendre favorable par un~ pnere et pa~ 111?-e offran~e: D ailleurs, beaucoup de Japonais sont bouddh1stes ou confueiarustes. Ma1s 11s sont,

Fontaine sacrée
La porte d'entrée, en laque rouge, du temple de Yeyasou,
par temps de neige.

LES TEMPLES DE NIKKO,

ou

les fideles se lavent les mains avant de pénétrer
dans les sanctuai res.

DES DEUX GRANOS SHOGUNS

Qu(•lqu'un a qui je fais lire les éprcuvcs de ce livre: u Vous devriez bien nous
dire ce que c'est qu'un Shogun. -Tout le monde le sait. - Le saviez-vous avant
de partir ? - Non ... Enfin, vaguemcnt. - Alors l - Eh1 bien, le Shogun ...
- Vous nous diriez deux mots d'histoirc ... que certains vous en sauraient
gré ... - J'humilierais les autres. - Soyez bref, on vous excusera.
- Ce sera d'autant plus facile qu'on sait tres pcu de chose de précis sur
l'histoire du Japon jusqu'a l'arrivéc du bouddhisme, qui lui vint de Chine,
par la Corée, en memc temps que les doctrines de Confucius. en meme temps
que l'imprimerie, la boussole, etc... Une belle civilisation, aux huitieme et neuvicme siccles, fut suivie d'une décadcncc. On se battait bcaucoup entre clans.
Si bien qu'en 1192 le )likado d'alors confia a l'un des chefs la mission d'assurer
l'ordre et la paix du pays. Ce chef fut nommé Shogun, c'est-a-dire généralissime. Pendant cinq cents ans, les Shoguns régnerent sur le Japon.
- Et le Mikado ? - L'Empereur restait dans son palais de Kyoto, effacé,
ignoré le plus souvcnt. Respecté a l'égal d'un dieu, et comme tel laissé a
l'écart. - Mais le príncipe vivait... - Le principe vivait, et c'est grace a cette
petite flammc couservée dans un sanctuaire que la Révolution de 1868, qui
renversa le dernier Shogw1, put s'appeler Restauration. Quelque chose subsistait, qui empecha le pays de se trouver tout a coup désemparé eomme un
navire sans boussole. Le Mikado vivant alors prit le pouvoir, et comme il était
un homme de génie, ou que, tout au moins, il sut s'entourer d'hommes de grande
valeur...
- Mais vous a vez fait un joli bond, de 1192 a 1868... - A la fin du seizieme
siecle, le Japon s' ouvrit a la civilisation européem1e. JI accueillit les étran-

�L'ILLUSTRATION
L'ILL USTRATION

gers dont il re9ut les armes a feu et le christj3:nisme. - Le christia~s~e !
_ A un certain moment, il y eut 200.000 chret1ens au Japon, et les ¡esmtes
furent puissants. Yeyasou, un ~es deux gra~ds Shog~s ~ont, les corps
~eposent a Nikko établit des relat10ns commerciales avec l Asie, l Europe et
l' Amérique du Sdd. Il autorisa le prince de Send~·¡ ~ ~nyoyer une ambassade
a Rome. - Et comment ces bons rapports ont-1_ls ete 1?~errompus_1 - _Les
franciscains eurent avec les jésuites, qu'ils avai~nt su1v1s, de~ dissens10ns
assez crraves. Les jésuites voulurent établir trop vite l~ur pouv01r. Des clans
chrétiins se melerent aux guerres civiles. Les, Hollan~a1~ ':ºU:urent accaparer
le commerce, et dénigrerent les autres Europeens, qill derug!erent les Hollandais. Et l'on raconte q~'un jour, un bat~u esl?agnol a_yant fa1t naufr~ge sur l~s
cotes japonaises, le. pil~te, par orgueil castilla?, _dit q~e _son maitre a,va1t
asservi cent pays lo1Dtams, et que le soldat sU1va~t ordi~3:1rem~nt le p~etre.
L'autre Shogun, Yemitsou, sentit le danger, r~nd1t un edit q~1 chassa~t les
étrangers, persécutait les chrétiens, et ~éfe~da1t a tout J aponais de sortir du
pays, et meme d'apprendre les langues d Occ1dent.

endant si longtemps ! On met pres de trois heures a
ch ent presquc. Et Cela P
,
o . · d ul
aller
d'un bout a l'autre, a.upas de co~rse d un kouroumaya. n croise ~s m es
h ,
des pelerins avec leurs batons et leurs chapeaux en abat-¡our, et
cd arJgees, . s dont les yeux et la bouche sourient sous la lourde auréole de
es apona1se . De place en place des poteaux te'l'egraph.1ques irn
· ·tent le
, ,
leurs ch eveux nOlIS.
touriste qui aura.it voulu ne pcnser qu aux T~k_ugawa.
.
Et l'on arrive ainsi a une longue rue qm rnterrompt pa,r ses boutiques de
· 't's la noble enfilade des grands arbres aux troncs dores.
cur1os1
· · sur un t orrent . L' un
· e · · devant nous un pont deux ponts vo!SlllS
'
'
.
N l ,
L' t
P UlS voici,
~st de bois laqué rouge avec ~es orne~ents de ,cuiyre. u n y passe. a.u re,
banal, est celui que foule le pied vulgaue des ~elerms et ~es cur1eux. . .
Le pont laqué possede une légende. U~ samt bouddhiste c~_ercha~t, il y a
bien des siecles, pour y élever un sanctuaue, une _montagne qu il ~v~it vue en
,
Ar · é devant le torrent 011 nous sommes, 11 la trouva. Ma1s il ne poureve.
r1v
.
,
·
d h · T
vait franchir le torrent qui l'en sépara1t. ~l en e¡irouvait un gran ,C agrm. out
a coup un serpent bleu s'approche de lill et lm of~re de le,tuer d embarras. Le
saint accepte et, tout aussitot, le serl?ent bleu d~v1ent un, enorme dragon rouge
dont la queue se reposait sur une ~~ve, et la tete sur l autre._ ~e samt passa
eux et lorsqu il se retourna pour remeICier serpent ou
sur ce pont merveill , ,
,
,
,
dr ·
t
dracron tout avait disparu. Plus tard, on eleva, a ce meme en _01t, un pon
de boi; a la forme élégante, et qu'on laqua de roug_e en s?u".e.mr du drago!1
complaisant. Mais seuls le~ Shoguns, ava~e?t ,le droit de 1ut11iser, deux ÍOJS
l'an, et ce privilege est mamtenant reserve al Empere~. ,
.
Le pont franchi (le pont des mortels), on retrouve b1entot les ,cr_yptomeri~s.
lis couvrent la colline. Ils se pressent autour des temples et des edifices sacres,
qui sont placés pres les uns d~s autres, da.ns un d~sordre appa~ent. De nul
point il n'est possible de les voir tous ensemble. 11 n est pas poss1ble non plus
de p;endre du recul; l'architecte a voulu qu'on ne les découvre que lorsqu'~n
en est tout pres. Ce sont des bijoux, et n~n des monu~ents. (Une Pª~?de tres
haute est placée ~a comm~ ~'es_t le campamle deva~~ Sarnt-Marc, afin d 1mp?scr
a l'ceil une certame appremat10n de~ hau~eurs.) ~ 1ls .~e sont pas sur la memc
ligue, ils ne sont pas no_n plus a.u meme mveau ; ils s e~gent sru: ~e fl~nc, de la
colline. De larges escahers de quelques marches condmsen\ de l un a ~ autre
a.u milieu de lanternes de pierre et de bronz~, et sous la _lurruere verte gm passe
a travers les feuilles des hauts cryptomenas. Des rwsseaux, de mmusc~les
torrents s'écoulent en chantant par de petites cascades. Autour des fontames
de bronze et de pierre, des pelerins, dévotement, boivent l'eau que des gestes
rituels ont sanctifiée.
LA

SPLENDEUR

DANS

LA

GRACE

... Les temples ressemblent un peu, vus du dehors, a des arches de ~oé. Le
soubassement a l'indienne, est dissimulé par une galerie extérieure qm court
tout autour du sanctuaire couvert d'un toit double pente. Pas d'étage.
L'intérieur n'est guere plus 'haut ni plus grand qu'un salo~ parisien. M~is, dans
ce petit espace, l' artiste jap_onais a accumulé to_ut~s ~es ,d~lic~tesses, les nches~e~,
les ingéniosités. Pas un pomt des surfaces, qm n a~t ete_ pieuse~ent trava1l~e.
Le bord du toit abrite des groupes sculptes en plem bo1s, et pernts, et dores.
Ce sont des fleurs des animaux. L'un de ces groupes est célebre :
il représente trois peti!s singes; de ses ~e~ mains,_le _premier ferme sei;_yeux,
le second ses oreilles, 1 autre sa bouche, mdiquant 8,lllSi aux hommes qu il faut
se refuser a voir, entendre ou dire le mal. Les portes sont des débauche~ de
richesses décoratives. Sur le pilier de l'une d'elles on mon~r~ 1;0e imperfect10~.
On vous explique qu' elle est volontaire, que, de propos deliberé, on a commis
cette erreur, afin que l'ceuvre n'étant point sans défaut, les dieux n'e~
fussent pas trop jaloux. Partout l'éclat miroitant de la laque, d'un rouge qU1
sait n'etre pas offensant, et les brillantes ferrures d'or; le tout e~tretenu ª".ec
le plus g1:and so~. Tout parait neuf. 11 semble ~ue c,h~que matln ,d~s mams
pieuses a1ent poli toutes ces surfaces avec les soms delicats que_ mentent des
pieces d'orfevrerie. A l'intérieur, sur de larges panneaux, des ammaux fantastiques mais gracieux, des oiseaux géants, charment l'roil par les courbes élégantes de leurs longues plumes tombantes. Les plafonds ont été traités avec
le meme respect, la meme délicatesse, le meme talent. Des lanternes de bronze
montrent la finesse de leurs ciselures. De tout cela, on pourrait faire un inventaire, on n'en peut pas donner de description: c'est la splendeur dans la grace.
Sans qu'on s'en aper9oive, on est conduit a un escalier de pierres moussues qui monte, étroit, le long d'un mm: 011 l'humidité, qu'entretiennent l'om·
bre des arbres et les ruisseaux voisins, met la teinte verte des végétations
minuscules. Il faut monter longtemps, gravir deux cents marches. Puis on
arrive a une sorte de plate-forme sur laquelle s'éleve une petite pagode de
bronze : c'est la tombe du Shogun. Le contraste de cette simplicité et de ces
magnifi.cences provoque le respect et la méditation.
.
Les Tokugawa méritaient de tels honneurs. Lafcadio Hearn racQnte cec1
de Yeyasou : « Alors qu'il était virtuellement maitre de l'empire, ce conqu~rant - le plus grand des capitaines et hommes d'Etat japonais - fut surpris
un jour par un serviteur, secouant et lisant de ses propres mains un vieil ha·
kama de soie qu'endommageait la poussiere : « Ce que vous me voyez faire,
lui dit-il, n'est pas tant cause du prix que j'attache l'objet lui-meme que
pour toute la peine qu'il coute a produire. C'est le résultat du labeur d'Wle
pauvre femme, et c'est en cela que je !'estime. Si nous négligeons de réfié.chir,

a

a

Une gracieuse rencontre sur le chemin de Nikko.
- 11 forma le Japon. - A double tour, et ne laissa pas la clef sur la porte.
Si bien que pendant deux cent cinquante ans le Japon fut totalement isolé
du reste du monde. La civilisation s'y développa en vase clos. Les seuls étrangers avec lesquels on garda quelques rapports furent les Hollandais. - Tout
de meme. - Oui, ma1s de quelle fa9on ! Les Hollandais étaient parqués sur
un ilot de 175 metres de long sur 85 metres dans sa plus grande largeur, et
n'y furent tolérés qu'au prix d'incessantes humiliations. Et, pendant deux
cent cinquante ans, le Japon ignora la guerre. D'abord régna la plus grande
prospérité. Les lettres, les arts furent en grande faveur. L'éclat de la cour de
Shogun rappelle celui de la cour de Louis XIV, a qui, d'ailleru:s, le Shogun
fut souvent comparé.
- Eh bien, maintenant, parlez-nous de Nikko. &gt;&gt;
SOUS L'OMBRE DES CRYPTOMERIAS

ravais pris la résolution de ne pas ?iter, moi milliem~, le pr?verbe japonais : « Ne prononcez pas le mot merveilleux avant d'avou vu Nikko. » Mais,
vraiment, il est impossible de ne pas le répéter.
Une allée de cryptomerias géants qui se poursuit, ininterrompue pendant
40 ~ilometres, - _plus loin qu_~ de París a Ponto~e. Au bout, un groupe de
petits temples qill sont des b1¡oux de laque et d or, avec des merveilles de
sculpture sur bois. Et, au-dessus de ces temples, tres simples, les deux tombes
des Shoguns Yeyasou et Yemitsou, les Tokugawa. C'est pour ces deux tombes
que l'allée des dix lieues a été plantéc, que les temples-joyaux ont été laqués
dorés, sculptés.
'
~l ne faudr,ait pas qu'o~ s~ représentat une allée droite et large laissant
v01r, a la fin d une perspective llllmense, des temples dont on pourrait embrasser
l'ensemble d'un seul coup d'ceil. On se tromperait : l'allée est tout étroite
et son cours sinueux. Elle est encaissée. Lorsqu'on voulut honorer les dépouille~
des deux grands Shoguns, ce fut al'aide d'une sorte de souscription. Un daünio
pas riche offrit simplement de planter, le long de la route, de jeunes cryptomerias. On accepta, et lui, pour ne pas etre accusé de parcimonie, planta les
arbustes a tres courte distance les uns des autres. Mais depuis trois cents a.ns
ils ont grandi. Ils sont devenus énormes. lis lancent tout droit vers le ciel des
futs ro_bustes, orgueilleux, qui portent la-haut, a leur sommet, une abondante
fronda1son. On passe sous un tunnel de verdure. Les tronca resserrés se tou-

a

a

en usant de ces choses, au temps et a re/fort qu'elles e,xigent, notre manque de res·
pe,ct nous ravale au niveau de la béte. »

Nou~ savons encore qu'a l'heure de sa plus grande prospérité il résistait
au dés1r de sa femme qui, trop souvent a son gré, lui voulait offrir des vet~ments nouveaux: « Quand je pense, protestait-il, aux multitudes qui m'env1ronnent e~ aux générations qui doivent venir apres moi, je trouve qu'il est de
mon devou, par égard pour eux, d'etre tres économe des habits queje possede (1 ).&gt;)
Les deux Shoguns enterrés Nikko sont les véritables fondateurs de cette
d7ua~ti;, qui, ,Pendant deux cent c~nquante ~ns, ass~a la paix au Japon.
L amvee des et~ange1:5, vers. 1850, mterrompit cette ere heureuse et fut la
c~use de lutt~s mtestmes qm aboutirent au renversement du sho~unat. On
v1t alors le Mikado Mutsuhito se dresser de toute sa taille légendaue devant
l'étranger mcna9ant, et, comme un héros endormi depuis des siecles se réveiller
dans la _g~oire, s'im~oser a l'admiratio~ du m?nde. entier, comp~endr&lt;' a ver
une rap1d1té dont l Europe fut stupéfa1te la necess1té cl'emprunter aux bar·

a

(1 Lnf1•1111io ll,•111·11. nulwro. Trarl11t'lion 11,· ll•• 1.i·u11 ll«J 11«1.

-

bares d'O~cident leurs machines industrielles et guerrieres et de prendre
de leurs s~ie~ces, tout. ce q~ était nécessaire pour les repous;er.
'
~st-ce ª. dire que le derrue~ Shogun a vécu? Non, peut-etre. On peut prév?ir ql!,e, si ~e Japon se trouva1t sous l~ terreur d'une guerre civile ou la mena.ce
d une rnvas1on,_ l,Emp~~~ur, af½i de la1S~er hors de discussion le príncipe divin
dont la perenmte a deJa sauve _l~ patne, nommerait un généralissime chargé
de pren_dre to;1tes les _responsabilités et d'accepter la poss1bilité d'une défaite.
Ce sera1t la ,~esurrect1on du shogunat. Si cela devait arriver, souhaitons pour
le J apon qu il trouve alors un homme noble et valeureux autant que le furent
Yeyasou et Yemitsou.

LA DANSE DES DIABLES

a

E~ passant Nara, pres d'Osaka, nous avons vu ce qu'y voient tous les
~ounstes, la p~gode et les temples. Il nous a été donné d'y assister, en outre,
a un s~ctacle emouvant.
. A N~ra-Hotel ~ un des hotels les plus confortables que j'aie vus - on nous
dit c¡u'il y a, ce soir roeme, dans un villag~ voisin, deux lieues d'ici, une cérémome, celle de la danse des diabUJS : « Comment peut-on y aller ? - Ni chemin
d~ fer, ni voiture. Le kourouma seulement. - Va pour le kourouma. Comb!en de temps ? - Quarante minutes. - A quelle heure faut-il partir ? - Apres
diner. - A quelle heure serons-nous de retour? - Vers minuit. - D'autres
touristes y vont-ils? - Peut-etre des Américains. »
L'heure du départ arrive. Pas d' Américains. Allons-nous nous livrer tout
seuls, par la nuit ~oire, en pleine campagne, a ces deux traineurs de pousseDans les jardins du temple de Nara.
pousse 1 (Notez bien que nous sommes depuis peu au Japon). Est-ce bien
pru~ent 1_ N?us ne parlons pas japonais, ces hommes ne parlent que japonais,
et sil amva1t quelque chose... Et enfin... ces hommes...
Des conducteurs nous ont pris par le bras et nous emmenent plus qu'ils ne
J'avais déja remarqué, dans une excursion précédente, combien le voyacreur
nous dirigent. On oblige a s'écarter des gens, beaucoup de gens qui nous font
en ko1:11'ouma est a la discrétion de son conducteur. Et je m'étais dit qu'il
place sans hostilité. :Mais, tout de meme, il y a des regards qu' on voit tout a
suffira1t, en somme, en un endroit désert, que celui-ci laissat s'élever les brancoup, tout, tout pres de soi... des yeux si noirs et brillants que révele subitecards pour. que le voyag~ur fut a terre sur le. dos, les j ambes empetrées, sans
ment, devant les notres, l'éclat d'une lumiere qui passe ... On nous ernmene
défense. Rien de plus simple ensuite que de l'assommer avant qu'il ait eu
toujours dans la nuit. 11 faut enjamber des fl.aques d'eau, gravir des marches...
le temps de se relever, rien de plus facile que de le dévaliser, de le rouler da.ns
On arrive. Une porte s'ouvre, nous tournons un angle...
un fossé et de disparaitre. Pour les tres pauvres gens que sont les traineurs
Coup de surprise.
de poussc-pousse, la tentation peut etre forte.
. Nous so~es dans un temple... seuls, dans l'espace réservé, tout pres des
Nous partons tout de meme, a huit heures du soir, par une nuit sans lune,
dieux... Mais nous sentons une foule, nous entendons une foule frémissante ...
seuls, sans autres armes que ma canne.
Mais oui, tout autour de nous, il y a des souffles, des mouvements, des rayon~e ,ctoi~. qu'.il e~t ho~e~e de 'Yº:1~ dire tout d~ suite qu'il ne nous est rien
nements de vie. Nos yeux s'habituent la lumiere. Tout autour de l'espace
arnve, q~ il n cst ¡ama1s nen arnve a aucun tounste, et qu'on peut, a.u Japon,
réservé, ou nous sommes, derriere un grillage qui s'accroche de colonne en
voyager a toutc heure de la nuit, et dans les endroits les plus déserts sans
colonne et encadre le sJ1nctuaire, une foule ondoie et s' agite, toute une foule,
avoir l¡i piment d'aucun danger ni le mérite d'aucun courage.
'
serrée, pressée, s'étouffant, grouillant tout de meme, et impatiente, déja trouSeulement, pendant q~e nous roulions dans l'obscurité, je me distrayais
blée, escomptant la grande émotion de tout a l'heure, le spectacle qui ne se
d_e 1~ m?n~t?me du ?he~ en me racontant ces histoires de brigands. Et j'armontre qu'une fois l'an... Et, dans cette multitude, on pourrait deviner, a
nvais ams1 a me faire ¡uste assez peur pour ne pas m'y ennuyer. 11 fallait,
en effet, ti:ouvei; _en soi-ru.eme des sujets.. _qe distr_action. Ttrnt. ce que l'Qilpou~ . _leur air plus grave, les enfants co_nd1:1its ici pour la premiere fois.
Des gens venus _de tres_ loi!1 sont arrivés hier; "a pied, et, depuis ce matin,
vait voir en écarquillant les yeux, c'était le reflet de notre lanterne sur un
attendent, les mallls agnppees comme des grilles aux mailles du grillacre.
0
petit drapea.u, fi.xé a un brancard du kourouma, et, tout le long du chemin
L'heure approche. Les physionomies, de plus en plus, deviennent anxieuses.
tres étroit, les premieres herbes des champs invisibles et noirs au milieu desquels nous courions, dans le silence que rythmait le bruit mou et régulier des
LES PRÉPARATIFS DE LA CÉRÉMONIE
pieds nus battant le sol de nos Japonais.
Ap~es une demi-heur~, nous sentons que nous approchons. Des lumieres
L'espace vide 011 nous sommes entoure les dieux d'une sorte de couloir
se voient la-bas, tout la-bas. Nous traversons un village dont les maisons
rectangulaire.
On nous laisse et nous éprouvons une sensation d'étouffement
sont fermées et obscures. Et nous passons si doucement, sur nos roues caoutd'etre
ainsi
isolés,
avec cependant tant d'humanité autour de nous et d'etre
choutées, que c'est a peine si nous réveillons un chien. D'ailleurs, le silence
aussi
pres
de
ces
dieux
bizarres, grima9ants, de ces e,x-voto, et de' ces vases
nous donne en"'.ie de le rendre plus ~omple~, et nous nous appliquons a ne
étranges,
et
de
ces
cierges,
et de ces objets qui sont des objets de culte, certaipas farre de brmt. Avez-vous remarque comb1en le silence « se gacrne » et s'imnement,
;~
d~nt
n~u~
ne
pouvons
deviner l'~sage... A coté de la place qu'on
pose facilement et puissamment a notre respect 1
°
nous a designee, vo1ci des banquettes, des pet,tes tables, des livres.
Nous reprenons la campagnc... Nous devinons, plutot que nous ne les voyons,
Des pretres chaussés de galoches arrivent avec des clic clac de bois sonore.
des ombrcs frolées ... des hommes, des femmes qui se rangent et dont la silhouette
Sous
le~rs étole~ doré~s, ils s'avancent pr~s, de lampes antiques a l'huile, qui
apparait dans une vision rapide, sous l'incertaine projection de nos lanternes.
nous laIBsent vorr, mamtenant, une quantJte de fleurs artificielles.
Voici maintcnant quelques autres lumieres. On s'arrete, on parlemente.. .
_Un _pretre souffl.e dans un coquillage. C'est la conque grecque. Dans quel
Des gens s'agitent dans l'ombrn, et maintenant, au pas, nous roulons encore.. .
lo~tam
passé s_ommes-nous tout_ a cou.1_&gt; rejetés !. .. ~oici maintenant les globes
N ous croyons distinguer des murs, des statues de dieux... Nous voyons luire des
rut~ants et ga1s des lanternes ¡apona1ses. La mus1que est assez émouvante
feux dans des petites mares, restes de pluie, ou.s'éclaboussent les jambes des kouM3:1s elle a comme fond d' orchestre les palpitations de la foule qui la rendent
roumayas, et que coupent nos grandes roues minces ... Puis on nous fait despU1ssante sur nos nerfs.
cendre... Cette foiR, il nous le semble bien, nous sommes au milieu d'une foule ...
Les bruits des cloches de bambou battent la cadence des soupirs, des haletements, des murmures, des cris étouffés. De temps en temps un pretre passe,
en costume, et s'en va, donnant seulement l'impression de préparatifs.
On _allu,me. les brule-parfums. Un homme vient, vetu de rouge, et refait
le plem d huile dans les lampes. Je pense au moyen age, aux mysteres, au
moucheur de chandelles, a Notre-Dame de Paris.
... Maintenant, c' est commencé...
. Le gra_nd pretre s'ava1~c?, tr~s digne et tout pareil a un officiant catholiq~e un ¡o~ de grande ceremome. 11 y a des ensembles, puis un solo du grand
pretr~ repns en chceur par les autres pretres et que l'orchestre développe
amplifie. Les cymbales battent, aussi la grosse caisse, et les cloches sonnent'.
L'ensemble est d'une babileté un peu trop visible, d'un art un peu élémentaire, et cependant émeut.
V~ici maintenant le premi~r défilé. ]?~ns l' espace vide un bo~me surgit, costume de rouge, comme un diable. Relig1eusement, gravement, 11 entre par une
po~e, sort_ par l'autre en agitant un sabre ·avec des gestes mystiques, puis il
revient, fa1t un deuxieme tour, agrémenté cette fois de quelques pas de valse.
Des pret,res suive?t le meme chemin en so~ant da.ns des c_oquillages qui
font les memes brwts que les cornea des mardis gras d'autrefo1s. Et toujours
dans notre dos, et a coté de nous, et plus loin encore, tout autour, l'impression
énervante de cette foule énervée.
J?e longs moments s'écoulent encore. On apporte de l'eau dans une coupe.
Pu!S sur un feu on jette des herbes odorantes, mais on sent que le moment
solennel, appro~he. Les gestes des _pretres se font plus rarides. Les ~gures sont
p\us preoccupees. 11 y a des s1gnaux:, des appels qm se mult1plient de';;n~ent plus vibrant&amp;, plus fébriles, et, subitement, toutes les lu~ieres
s ete1gnent.
... Cela serait peut-etre sans émotion si nous ne sentions o.erriere
nous, tout pres dC' nous, la multitude anxieuse et palpitante s'agiter,
Les Bouddhas de Nara.

a

a

�L'ILLUSTRATION

UNE CÉRÉMONIE FANTASTIQUE DU VIEUX JAPON. - La danse des diables,
D'apres les documenrs de M. Brieux.

a Nara.

rnurmurer, onduler, soupirer, frémir, crier, puis, tout a coup, se taire I apparaitre ~out a coup, sous des lueurs dansa.ntes qui les rou~i~ent, 1 des ?endans un silence absolu. Si profond qu'il soit, nous sentons tout de meme,
taines de v1s~ges a_ux yeux ~rands o_uverts, aux bou?hes tirees d ango1sse,
et d'une fa9on si vive qu'elle en est presque douloureuse, la présence
ou tordues d un me qm hesite, qm se force, et qm souvent se change en
de ces bommes, de ces femmes, surexcités.
grimace d'épouvante.
Il y a des femmes et des enlants qui ont des
figures de damnés et qui hurlent comme les
UN SPECTACLE FANTASTIQUE
chiens a la mort... II y a des íuites !éroces ;
certains cherchent /¡ grimper le long du grillage
Une fois la nuit faite, le silence devient
ou le renverser pour aller prendre part la
vraiment, pour nous, lourd 8, supporter... Seules,
lutte ... D'autres, plus blasés, rient, mais aucun
des flammes, de courtes flammes intermittentes
de leurs rires n'est tout fait exempt de terqui viennent d'un grand brüle-parfum !ont
reur. Cette foule a réellement peur et lait sem·
briller les points d'or sur les statues et devI·
blant de se moquer de sa penr. II y a des éclats
ner les contours des colonnes.
de rire qui sont plus stridents et plus ango1s·
Un grand coup de gong. Sept ou huit hommes
sants que les cris d'effroi... Et c'est une parnmasqués de masques effrayants surgissent en
que, des enfants piétinés, des femmes pamées,
brandissant des torches et gesticulent comme
des hommes éperdus, lorsqu'un des démons lei11t
des damnés.
de vouloir franchir la barriere et menace la
Ce sont les diables déchaínés. Des pretres
[0túe, en faisant pleuvoir sur elle des gouttes
doivent livrer combat a ces diables et les ré·
brúlantes de résine enflammée. A certains moduire a rimpuissance. Des pre.tres, en cffet, sont
ments, dans une large place, il n'y a plus perentrés et les poursuivent. lis sont violcnts, brutaux; ils se rucnt sur les diables avec un ensonne debout; tout le monde, jeté aterre, s'eftrain qui s'exaspCre 8. chaque minute. Les diaforce se relever. On ne voit qu'une débacle
bles se déíendent. La lutte qui s'engage, si
d'humanité: comme des épis de blé murs couelle est la plupart du temps simulée et ino!chés, ravagés, enveloppés par un tourbillon ...
fensive, on sent qu'il !audrait peu de chose
Le jeu devient dangcreux pour tous. Un d1apour que le fanatisme des uns et des autres la
ble est a terre, blessé.. . Un pretre éteint son vé[lt dégénérer en une lutte réelle. Et déja les
tement en flammes. C'est fini. II était temps ...
coups se !ont violents, les cris de douleur aigus,
La lumiere réapparait.. . Les démons, vain·
les e!!orts d'attaque, de défense, de riposte de
cus, rentrent dans la coulisse.
plus en plus vifs. On voit que les diables et
La foule s' écoule, et, tout de suite, s' enfonce
les prétres se prennent a leur jeu, et on se
dans les ténebres, s' éloigne dans les profon·
demande, non sansanxiété, dans quelles fureurs
deurs obscures ...
leur !anatisme ne va pas les jeter touta l'heure.
Nos traíneurs de kouroumas viennent nous
Ce danger s'augmente d'un autre. Les bommes
chercher avec une hatesinguliere, et nous pres·
se poursuivent, se saisissent, se terrassent, chosent de nous éloigner avec une insistance,_ une
quant les unes contre les autres leurs torches
lébrilité dont je ne trouve pas l'explicatwn ...
d'ou jaillissent des étincelles, d'ou tombent
lis nous ont saisis par les poignets et nous lor·
des flammecbes ... Voici qu'une torche est jetée
cent courir. Ils sont muets et impérieux. Une
a terre, sous un coup plus violent... Un diable
fois aupres des konroumas, il faut y monter tres
la ramasse, s' en saisit, et, follement, la seco ue
vite, les hommes s'attellent et partent saos luau-dessus des tetes de la foule, fait plcuvoir
miCre, sans lanterne d'un train vertigineux ... Ils
sur elle des étincellcs qui ne sont pas sans dan·
ne se ralentiront que daos quelques minutes, lorsUn des quatre empereurs qui gardent la troisieme porte
ger. Dans ces moments, les spectateurs sont plus
que toutes les lumieres et tous les bruits seseront
intéressants regarder peut-étre que le spe?·
du temple de Yemitsou.
éteints dans l'éloignement...
tacle lui-meme. La lumiere des torches fa1t
Phol. J du MPrif
BRIEUX

a

a

a

a

a

1

a

d, l'Académie fran¡aise.

�L' I L L U S T R A TI O N

Un aspect de la soirée de gala du
donnée

par la

28 ma1 1924,

Croix-Rouge fran~aise dans les nouveaux Magasins du Printemps,
par RENÉ LELONG.

Supplémenl

a L'lllustration titt

19 J,ú//el 1924.

�</text>
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                <text>Semanario francés ilustrado se publicó entre 1843 y 1944. Aborda temas políticos, económicos, sociales, científicos, artísticos, y deportivos. Fundado por los periodistas Jean- Baptiste Alexandre Paulin y Édouard Charton. Sus ilustraciones eran realizadas por los mejores dibujantes como Henri Valentin, Édouard Renard, Paul Gavarni, Janet-Lange y Cham.</text>
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              <text>Semanario francés ilustrado se publicó entre 1843 y 1944. Aborda temas políticos, económicos, sociales, científicos, artísticos, y deportivos. Fundado por los periodistas Jean- Baptiste Alexandre Paulin y Édouard Charton. Sus ilustraciones eran realizadas por los mejores dibujantes como Henri Valentin, Édouard Renard, Paul Gavarni, Janet-Lange y Cham.</text>
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              <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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