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                    <text>111STO'R1.Jl
dant la guerre, furent obligés de nous rendre
logne publiait la dépè~be télégraphique suimembre de l'Assemblée législative, eut
justice. Trois ou quatre ballons lancés de
l'honneur d'être conduit à Mazas en dé-- vante:
« A° Wilhelmshèihe, l'empereur Napoléon a Paris tombèrent dans les lignes prussiennes.
Les lettres saisies étaient aussitôt emoyées à
cembre 1851.
été très heureux de voir arriver hier la prinEt, par hasard, le même sujet de comercesse Murat. On s'attendait ici à voir quelque Versailles,. et des officiers d'état-major du
sation d~ns les deux groupes : on parle du grande dame, genre cocodette, et la surprise grand quartier général étaient chargés de
coup d'Etat.
fut grande lorsque l'on aperçut une dame dépouiller la correspondance parisienne. Or,
- Pourquoi, dit-on au général Changarun journaliste allemand - c'était, je crois,
habillée aYec la plus grande simplicité, qui se
nier, pourquoi n'avez-yous pas pris les devants
M. Wachenhusen - a raconté, de la façon la
tenait arec tendresse au bras de son mari,
en l851? Pourquoi n'avez-vous pas arrêté le
plus curieuse, quelles avaient été les impresattitude qu'on croyait impossible chez un
sions de ces officiers prussiens lisant les
président?
- Eh! répond le général, la Chambre ne couple français. »
Je me suis efforcé de traduire littéralement. lettres dé Paris.
&lt;! Ces messieurs, écrivait-il, sont véritame soutenait pas. Ils n'osaient pas !
En parlant ainsi, le général désignait 'felle était l'opinion unanime des Allemands l&gt; blcment confondus. La plupart de ces lettres
sur les femmes françaises. La faute en est à
M. DuYergier de Hauranne, auquel, au mème
nous autres qui écrivons, et aussi au public l&gt; sont honnêtes, élevées, nobles et touchantes.
moment, on adressait le mème question . Et
qui nous lit. On ne saurait s'accommoder en l&gt; Des maris écriYent à leurs femmes, et ils
l'ancien député, de la main, montrant le
» ont l'air de les aimer Yéritablement ; des
France de celle littérature sage, douce, paill mères écriYent à leurs enfants; elles ont le
général Changarnier :
- Qu'est-ce que vous rnulcz? Il n'osait sible, de cette litlérature de ménage et de » cœur déchiré, et cependant supportent ferfamille qui charme les lecteurs anglais et
pas !
allemands. Les femmes les plus Ycrtueuses » mement cette épreuve. Il y a des lettres
Gestes el regards se rencontrèrent.
en France aiment à lire l'histoire des femmes &gt;&gt; adressées par des fils à leurs pères, et ces
Samedi f5 janvier [1872]. - J'ai essayé
qui leur ressemlilent le moins. De là le ton et l&gt; lettres sont tendres, respectueuses; de
de lire aujourd'hui trois romans qui viennent
i&gt; l'honneur et de la yerlu chez des Français,
l'allure de nos romans et de nos comédies.
de paraitre. f.e n'était qu'un affreux ramassis
» chez des Parisiens ! C'est à n' y pas croire
Nous sommes obligés de prendre des excepde brutalités cl de grossièretés. Quellos peintions, et de ces exceptions, à l'étranger, on &gt;&gt; et cependant cela est. ... Pourquoi donc les
tures de nos mœurs ! Pas une honnête femme,
l&gt; journaux: et les romans français mettent-ils
pas une! Toutes, Yicieuses; toutes, scélé- fait la règle.
Et cependant , il y a dans la masse de la » tant d'acharnement à essayer de prouver le •
rates; toutes, adultères! Et Yoilà pourquoi
nation française autant de probité, d'honneur » contraire? etc., etc. »
les paun-es femmes de France ont, de par le
et de 'l'erlu que chez n'importe quel peuple
Luoonc JIALÉ\'Y,
monde, une si fùcheuse renommée.
de l'Europe.' Les Allemands eux-mêmes, pcnLe 18 octobre 1870, la Ga;:,elle rie Co-

Cliché Braun

J· TALLANDIER

MADAME LO U ISE DE FRA NCE , FILLE DE LOUIS XV

LIBRAIRIE ILLUSTRÉE

Tableau de NATTIER - (Musée de Versailles.)

75, RUE DAREAU, 75
PARIS (XIV' arrond•.)

�75, rue Dareau, PARIS (XIVe arrt).

JULES TALLANDIER, ÉDITEUR. -

L1BRA1RIE ILLUSTRÉE. -

6· fascicule (20 Février

Sommaire du

COMTE DE TlLL Y • .
GtNÉt&lt;AL llE M \HBOT
MADA.IIE DE GENLIS .
F'RÉDÉRIC L VLIÉ&amp; • .

JEAN

Marie
Prince~se:s et Orandes Dames
. . 241
Manc101 . .. . . . . . . . . . .
. . . 246
Cbampcenetz . . . . . . . .
. .. 217
Mémoires .. .. . . . . . .
. 254
Le duc de Bourgogne. . . .
. .
Une
Les Femmes du second Empire
255
Pompadour impériale .
La Duchesse du Maine . . . . . . . . • . . 258

•
.
•
.

D l:CIIESSE D'O RLÉA.'1S •

R ICHEPIN • . • • .

1l

PRINCESSES ET GRANDES DAMES

v--J

"'°

1910 .)

Marie Mancini

Grandes Amoureuses : Sophie Monnier. . . l59

de l'Académie frança ise.

Le mystère de la naissance et de la mort
de Cyrano . . . . . . . . . .. . . . . . . .
PIERR E DE NOLHAC . • • Louis XV et Madame de Pompadour . . . .
h 1BERT DE S AINT-AMAND . La mort du duc de Berry . . . . . . . . . .
La vie amoureuse de François Barbazanges.
~!A RCELLE T 1NAYR E .
. . . . . • . • · • ·
T. G.
. . . .. . . . Madame Bayart
D OCTEUR CABANES. . • •

264

267
275
279

Par ARVÈDE BARJNE

'l86

(PRlNCESSE PALATINE).

PLANCHE HORS TEXTE

ILLUSTRATIONS

E.'I

D'APRES LE S TARI.E.A\lX, DESSl~S ET ESTAMPES DE :

II EN RI BA RON, B ,\U DOVI '-, B ORE L. Cor111'I. C ONRAD, D ANOIS, O F.LIGNON, O ES RO·
CII F.RS, II Ei\ lllQU•: L· D UP ONT . ~II DA Il l. 1. \ OILLE-GUIAR0 , A. L \I .•\ UZE. L E B n u :-i,
L •.VACII EZ, MEISS0l&gt; IE R, ~I E:&gt;IJAUD. M IG NARD, Û LI VI ER, M ., UII ICF. ÛllA'-GF.,
N ICOLAS Po:-icE, Hir: , u o. T11in,\UtT. \/ \ \ OF.Il M EULEN.

!es

~I A0A~IE LOUISE DE FRANCE, Fille de Louis XV
TABLEAU OF. NATTIER(~lusée de Versailles.)
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un chef·d'œuvre d'un des plus gr.. nds maitres du xvm• siècle :

Fils du nua de Reisonstadt

1

par
Frédéric MASSON

WATTEAU
1

Prononcer le nomde Watteau, ce n·est pas seulement évoquer le souvenir d•un de
nos plus grands peintres. C'est aussi rappeler l'un des maitres les plus chatoyants, les
plus élégants et les plus gracieux du XVJII' siècle français, le siècle de l'élégance, de la
e-ràce et de l'amour. Mais, parmi les œuvres de Watteau. il en e~t une, 1·E111t-Jrq11emenl
pour me de Cy1Mre, a laquelle il s•est attaqué à deux reprises pour s•y réaliser tout
entier. Et, de 1•avis unanime des plus fins critiques d•art, c'est là que Watteau a créé le
CheY-d'œuvre de ses CheYs-d'œuvre

n'en existe pas, malheureusement pour le public, de copi~s gravée~ Cacilemen.t
accessihles. En dehors de quelques épreuves des grandes collecuons publiques et pn·
vées, on en chercherait vainement dans le commerce. Cette rareté méme d•une œuvre
aussi justemert consacrée a dètenniné HlSTOR.IA à en établir une édition spéciale
particulièrement réservée à ses abonnés.
Cette édition est la reproduction de la composition définitive de Watteau qui appar•
tient à la Galerie Impériale d·AJlemagne, et faite d•après 1·épreuve unique que possède
la Bibliothèque nationale.
lmprimee en taille douce, sur très beau papier, genre Whatman, avec grandes
marges, notre gravure mesure 0",55 de hauteur sur o-,7z de large!lr. El.le constitue un
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MADEMOISELLE MARS

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le Vicomte de REISET

dt t•Académle Fra11caise

L'&amp;mbarquement pour Cythère

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F'avorites et Courtisanes, Aventuriers ou gr:inds Capitaines, Souveraines ou grandes
Dames, toutes les fig-ures qui af,partiennent à l'histoire sont des sujets curieux, inté•
ressant. et captivant&gt; au possib e. Les rersonnages ont vécu dans de5 milieux vrais,
11s cant aim~. ils ont souffert. Ce sont leurs souvenirs intimes, leurs mémoires historiques
que.nous 1.:,•è e HISTORIA ; il nous les montre en pleine vie et en plein mouvement,
obéissant aux appétit&gt; et aux passions ~ui ont jadis éléterminé leurs actes.
. Chai ue fa;,cicule reproduit les œuvres es l!Tands maitres de la peinture et de l'estampe.
ltrées e nos musées nationaux et de nos t:,,bliotbèques publiques.

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trois pclilcs füles et un petit garçon autour
dc~~u~ls
courtisans s'empressèrent jusqu a I rnd~rcncct. Une Noailles était allt;c lrs
ehcrchcr a n ome en grand équipage ; une La
Rot;hcf~uca.ul l. ~ut nommée leur go1n crnantc
ap:c I a1 01r clc du roi de France : la reine
mcre les élern arec ses enfants , cl ils curent

CAMAIBU

prime Gratuite

Le couché de la mariée, d·après BEAUDOIN.
Le billet doux. d'après LAVEREINCE

(

CHEMINS

SOMMAIRE du NUMÉRO 108 (25 Février 1910)

DES
LA CROIStE
par HENRY BORDEAUX

AIIDRË THEURIET. Le Secret de Gertrude. - VICTOR MARGUERITTE. Pat!·
neuses. - MICHEL PROVINS. Modern s1Jc. - EDMOND HARA UCOURT. La
fontaine aux neiges. - RENt BAZIN, de ·Académie Fran~ise. Le blé l ui làve.
- TetoooRB DB llANVJLLE. Fausse sortie. - ALPHONSE DAUDET. iadame
Heurtebise. - ANATOLE FRANCE, de l'Académie fran~ se, Le sénateur.-:MARC DEBROL. Les portes closes. - EDMOND ROS AND, de 1•Académ1e
• française. L'6tui de [1pe. - HENRY BORDEAUX. La croisée des chemins. CATULLE MENDi;;s. es Princesses. - HENRI LAVEDAN de l'Académie Iran·
rr_lse. • Nous serons trhs bien
terre ,. - JEAN RICHEPIN, de l'Académie
ançaise, et HE!IRI CAIN. La Be le au bols dormant.
_

tar

1

li était une lois un œrand roi dont le
r~ra ~mc fü il le plus bca: du mond~. Sa cour
n ?lait ~1uc· ~êtes cl plaisir , cl il n'y en :wail
~Oint d.at~s • galan te ni d'au ssi magnifiq ue.
l~llc .él~tl JCU1~c, ca r le roi était jr unc, cl tout
ré. p:ra1l la .Jl'Uncssc dans c·,·
de fo gcnlilies~&lt;' des r nfan ls If ue
lit•u .en~hanté. Tout respirait rïiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiïiiiiïiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii--=========----~
de cc qu'ils promcltaient de
aussi I amour. Cent bc,1.u Lé
coùlr r à la France, prJ,irml
s·~mprcs air nl it plai re au
arec
chagr in le grand rôle
prmcr, parce qu·il était roi l' l
qu 'allait jouer crue liellr
p.ircr q u'i l n'y arnil point
étrange cl dangereuse famille'.
t.1·hommc d:ins ·1ou ,ses 1·,' 1ais
npcrslitieusc rL sans reliœion
tJUi 1'1it aussi bien fait.
pétrie d·cspril cl d'cxl~a,a~
En cc lc mp3-lll, il y a,·ail
gancr, ardente rl exlrèmr rn
/1 la cour une , ilainc • moritout, qui l'i1ait r nlourér d'ohcau&lt;lc qur le premier minisjels d'art. d·aslrolognes.d'anitrP, qui était son onclC'. y a rait
maux dr toute&gt; espèce &lt;'t d'écr i,_nis~ lonl r nfanl pour "y r ire
l'ains. La beauté l &lt;'Lait l'ord it•lcr('('. Eli!' était laid,•, i·o) 1'o rc
nairt•, ~omm(• aussi la prn:si(',
l'l s:nm,gr, mais r llc al'a il de
la
m11s1q11ce t la galanlr rir . Lrs
l't•;: priL t'l l'a i~ai l mille tou rs
r
isagcs
&lt;'l lrs idérs l ar:iicnl
qui dil'ert issa icnl le roi. Cc
un tour singulier. L'a rt dr ,{prince sr plaisait tanl à èlrc
duirc et dr subj u!!'uer v ,:tail
a., N· elle, q u·cnfin il ne pul
naln rel. Les goû ls étaic,;l rt•s• • n passer et roulut l'épousrr.
Lés i1alien : t:léganl;: , rafL~ rr ine sa mrrc s'y opposa cl
finés, inq uiétants. Pas une
Sl•para lrs dell\ amant , cc qui
'.cmme dr la cour qui sût s·alut cotila de grandrs pr incs C'l
JUster comme unr )lazarine,
li•ur fil rcrscr beaucoup de larq ui s'cn lcndil comme elle it
mes . .\ prè qu·c11c r ul réus i
orner un logis ou dispo~er une
la ,·ilainc moricaude commi;
fêle. Pas une c1ui eùt autant de
une fou le d'cxlraragances cl
lecture et sùl parler arec le
eut une fou le d'arcntures inmèmc à-propos t·t la mème
croyabl~s, au cours desquelles
j~sles e sur. les sujets les plus
r llc dcrn1L une belle pcr onnc.
d ivers, tenir une cour arec
Un beau jour clic disparut el
aulan l de discernemen t, de
l'on n'a jamais pu sa l'Oir cc
bonne g r.ire et, quand iJ le
qu'elle était dcl'r nue.
fallait, de hauteur. Pas une.
Le conte de fée qu ·on l'icnl
non plus quj fù t aussi fan iiClicb(Drauo.
de lire s ·csl passé i1 la cour de
lièrca rcc des idées dont on s'ef,\I.\RlE ,\l,1xc1:o.1 .
France au milieu du xrn• sièfa rouchai t hor de l'Italie .
T .Jtle~11 de )lrGs.,RD. (.\/11see Je IJerii 11 .J
cle. . Le beau prince, c·esl
Marie ~lancini, dt•rcnnc con~
Lotus XIV. La moricaude
nétablc Colonna, disait et écric'e l. Marie Mancini, nièce dt;
.
vail, comme la chose du monde
ca rdmal ~Jazarin • Nous allons essayer de raen tout un train de princes du sang. Cc petils la plus 5,mp~~• qu 'ellc fuyail son bonnètr époux
conter cc roman royal 1.
étrangers portaient des noms italiens cl oh - de_ P~.u r .qu 11 ne se venge.il de se frasqu&lt;•s
curs : trois Mancini, une Martinozzi. Leur
.&lt;( a I ilahenne n' r n l'empoisonnant. Il n 'r sl
Le J l septembre 1647, it la ,cille de la
mères élaienl sœurs du cardinal Mazarin.
Jamais d'un bon effet de tenir de scmblabb
Frond e, la cour de France Yi l arri,·er d' llalic
En l
la Frondt' \'Cllanl de fi nir, llOUl'd expédients pour naturels. Il se forma douCl'1
1. 1. Chante!au~e a puhlié en 1880 un , olumc cict•I.
:'ious a,ons h&lt;'aucoup mis it co11tribut1u11 ces deux c\l que nous eu a laissé un témoin Mme de i\l Il
1
ou,·,·nges.
Ji~~/ur
Loma .\ l.V el ~larie 1ll a11ci11i. Arnnl lui.
' 11.le. !I a ~lé r,•produit par l/isto1·}a dans son °.,,'1'~
ce Renée avait publié les .Yieces ,le ,lfaza1·i11.
2. l'oir, à propos de celle arri,·{o,,. I&lt;' t·urieux ri•• mero , J .

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:i_rri,agc d&lt;' ncl'eux et de nièecs de la famcu c
Eminence; encore trois ~fancini cl une ~fartinozzi. Une der nière füncini arrirn en 1li,°J3
an!c un petit frère. Cda fai~ail en tout ept
nièces _cl trois nerenx, soit dix personnes /1
pourro,r de dols, d'alliance cl d'emplois.
Quelques esprits pcq;ants, moiw touchés

HISTORIA. -F'asc. 6.

... 2.p ...

�___________________.;._____________________~
-

msTORJJI

ment autour des Mazarinrs unr réputation rail mieux faire mesurer l'énormité pour
équiroque, qui se changea en légende sinistre l'époque qu'en rappelant que le budget de la
France était alors de cinquante millions.
à la première occasion.
Il n'élait pourtant pas méchant, mais il
Hardies el hasardeuses, leur passion pour
a,·ait
les instincts bas, et il en est de la basles arenlures arait comme leur personne une
sesse
comme de certaines matières colorantes,
saveur exolique. Elles ne les aima:cnl pas en
héroïnes, à la manière des grandes dames de dont un grain jeté dans une CU\'C d'eau trouble
la Fronde; clics les aimaient en vraies aven- cl teinte toute l'eau. Ses qualités étaient salies
turières qui ne craignent point de se com- par cc principe funeste. La nature lui avait
mellre, et sont contentes pour\'U qu'il leur fait de grands dons cl il a,·ai l de belles parties
arrive quelque cho c. L'orgueil les aidait à de l'homme d'État, mais, selon l'énergique
s'en tirer, et, quand cUes ne s'en liraient ex pression de netz, «le Yilain cœur paraissait
pas, clics ne se laissaient point aballrc; elles toujours au trarers ». Il avait une intelligence
ne ,·oyairnt qu'un coup mafüyué dans ce qui aiguë, un esprit vif, fertile en expédients,
aurait fait rentrer une aulre sous terre, de plein d ·enjouement et de grâce; il était capable
honte el de confusion ; c'était 11 recommencer, d'a\'Oir de grandes ,·uc el de les exécuter: il
ne gardait point rancune des injure : il les
roilà tout.
·
oublia
il, dè mèmc que les bicnlaits; il était
Elles ne faisaient rien à demi. Deux d'entre
beau,
aimable, insinuant, « il a,·ail des
clics, Laure ~lancini, duchesse de Mercœur,
et .\ nn.'-~laric lJartinozzi, princesse de Conli, charmes iné\'itablcs pour èlre aimé de roux
3
étaient nées avec dès génies plus doux. Elles qu ïl lui plaisait ,, : mais il était méprisablr,
méprisé
el
s'en
moquait.
tournèrr nt 11 la dél'oLion et furent des sainte .
On ne sait 11 peu près rien des ori.,incs rt
A plrl cc deux exceplions, cl pcut-ètre aussi
Laure Martinozzi, duchesse de ~lodène, on de la première jeunrs c de Mazarin. li emble
serait en peine de décider laquelle des autres établi qu'il sortait de la lie du peuple; que
était la plus débauchée. Ces Mazarincs enl'isa- son père al'ail fait une fa~.on de petite fortune
geaicnt la v:c comme une partie où le sols au cr\'icc d'un Colonna; cl que lui-mème
seuls ne trichent point cl dont l'enjeu· est le avait tù!é de plusieurs métiers al'anl de devenir
plaisir, le plaisir défendu surlout, bien plus un monsigno1·e à bas violets, l'un des quatre
savoureux que l'autre. Le sens moral man- plus beaux prélats de nome, déclare un de
1
quait à presque toute la famille ; c'était un ses panégyristes • Le r~ste n'est que Lénèbrcs,
des trait di tincli~ de la race. Mazarin n\·n contes rn l'air, pMpos intéressés d'amis ou
cul jam:üs : ses nièces ne surent pas davan- d'ennemis, jusqu ·au moment où les circontage cc que c'élai t. Elles n'avaient pas d'àmc, stances, l'inlriguc cl le mérite en firenl, tout
jeune encore, l'un d,•s négo~iateurs de la cour
comme leur oncle.
1
Le cardinal élait un rapace • On demeure papale, pui un légat du sainl-si~ge r n France.
épouvanté du mon.Lrueux lré or qu'il ama sa On conmil la suite cl comment, de la boue et
en moins de virgt ans, dans un temps où la de la nuit des débuls, jaillirent une puis,ancc,
guerre étrangère et les troubles civils ruinaient un faste, un éclat, qui firent recherchrr
le pays. En Loule occasion, son grand souci el l'alli.mcc du rardinal par les plus grand · seisa principale occupation é1aienl de gagner de gneurs cl par des pri11 ..es régnants. es nièces
l'argent. Jeune et petit compagnon, il récut purent mesurer, en 11uiuanl P.omc pour raris,
du jeu cl en récul trop bien ; ses ennemis ne l'aliimc entre hier et aujourd'hui, entre ce
se firent pas faute d'cxploiler ronlrc lui cc qu'elle quillaicnl cl re qu'elles lrou\'aienl.
bonheur con tant. Premier ministre, il vola Les Mancini laissa:cnl derrière clics un père
la France sans se montrer dt:Iical sur le cho:x a trologur, le llarl:nozzi un père entièrement
de moyens. Il a l'ail, com:nc Panurge, soixante ignoré: tonies abandonnaient des existences
cl trois manières de e pro::urrr de l'argcnl , humble,. Elles trou\'èrcnl à Paris un oncltJ
dont la plus honnètc était c&lt; par façon de maitre de la France, dont la m:iison militaire
larc:n ». Ce que Mazarin f.t:sait r nrorc de était .cmblahle à celltJ du roi el comma ndée
plus honnèle élail dè prcndrtJ Jans les C1Jffrcs de mème par la première noble sc du royaumr.
du roi; cela "alait mieux que de Yendre les Elles trou,·èrenl des palais, des millions, un
places, m:eux que de &lt;&lt; de\'Cnir le rirand:er train rornl. Elles s'in tallèrm l dans ce nouvel
el le munitionnaire de l'armée », ainsi que étal a\'cc l'aisance de GlltJs que rien n'étonna
Mme ddlolle\'ille l'a(:(:u e d'avoir fail en 1658, jamais, cl prirent un essor qui fixa sur elles
lors du siège de Dunkerque : - &lt;c Il faisait les yeux de l'Europe. Le rayonnement de la
rendre, à cc qu'on a dit, le vin, la viande, le famille MaZlrin ne saurait mieux se compart!r
pain cl l'eau, et regagnait sur tout ce qui c qu'à un feu de 13cngalc, car il en cul la souvendait. li faisait la charge de grand mailre daineté, l'éclat étrange cl la courte durée.
de l'artillerie, et, depuis les dernière jus- C'rsl trop peu de dire que ces fhmmcs éblouisqu'aux premières, il profilait sur toutes. Les santes illuminèrent la France ; leur lueur
souffrance , par celle raison, furent grandes s'étendit fort au delà de nos fronlières, sur
tout l'Occident, el allira aux pieds des irènP
en ce siège 1 . » Il l'Cndait jusqu'à l'eau à no
soldats : ce lrail dit loul. A force de pillage italiennes des princes du Midi et du Nord, de
effréné, il Jais a une fortune que Fouquet l' Est el dtJ l'Our t ; puis le feu s'éteignit brusérnlua à cent millions, chiffre dont on ne sau- quement. Des scandale~ brupnts, des dis1. La. réputatio,n de llazarin s'nst beaucoup relevée
de nos JOurs. (Voir les beaux traraux de ~I. Chéruel.)
Aussi est-il bon de faire remarquer que, dans cette
étude, nous n'avions pas à apprécier l'œuvre poli-

tique du ministre, mais seukmelll le raraclère d&lt;&gt;
1'11omme, el que nous devions le montrer tel qu'il
appara issait aux contemporains.
2. Mémoires de Mme de Motteville.

gràrcs, des ruines, l't•xil, la mort, s'abattirent sur la bande ambitieuse el l'anéantirent,
non toutefois avant qu'elle ail eu le temps de
mêler son sang aux plus nobles de l'Europe.
Nous avons choisi fürie ~fancini entre les
sept cousines, parce qu'elle a failli être reine
de France. Elle aurait mérité même sans cela
d'ètre prise pour type de la race, car elle
représente la moyenne de la moralité mazarinc, à égale distance des saintes el des scéléléralcs, de la princesse de Conti el d'Olympe
Mancini, comtesse de Soi ons. Déduction
faite des saintes, aint- imon disait de fürie
en la comparant au reste : C&lt; C'était une folle,
rt toutefois la meilleure de ces Mazarines. n
Saint- imon l'avait bien jugée.

"-- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - reusc étaient également son fait : l'une lui
montait à la tête; l'autre lui pâmait drlicirnscment le cœur. Elle aimait les arts. Elle
était. fascinée par l'astrologie qu 'clic a\'ait
étudiée et à qui elle demandait conseil dans
les ~irconstanccs critiques. Elle avait en tout
un JCne sais quoi de dé\'orant et de dérnré
q~i troublait. Elle stupéfia la cour par ses
cris, ses . anglots. Sl' Lorrenls de larmrs pendant la maladie qui faillit cnlcver Louis XI\'
e~ 1~58. Il n·1 cul plus pour elle ni étiquellc
nt bienséances. Elle s'abandonnait à la face
du ciel à un désespoir farourhe r t &lt;1 S&lt;' tuait
de pleurer 1 ».
On le remarqua d'autant pins que sa famille

sa mère; a\'ec une fille de jardinier; a\'CC
une duchesse de grande cl longue expérience,
)!me de Cbàtillon. Il avait été amoureux. Il
n'araitjamais été aimé, peul-être parce qu'il
était encore timide a\'Cc les femmes; c'était
un jourenccau qui rougissait et pâlissait, qui
tremblait quand une jolie fille lui prenait la
main. Il pleurait facilement, de ces larmrs
&lt;1ui ,·icnncnt des nerfs cl que la \'ieillcssc lui
rapporta : &lt;( Il lui prend quelquefois des
pleurs dont il n·cst pas le maitre 1&gt;, disait
~lmc Je 3lainlcnon à une de es conGdcntrs
t•n 1703. La pensre qu'il a,·ail enfin rxc-ité
une grande passion, un de ces amours immensrs qu'il a\'ait plus qu'hommc au monde

JKA~ Œ JKANC1NJ ~

cour &lt;c commr le roi drs abcillcss 1&gt; . Adroit
aux exercices du corps, il arnit reçu de cc
côté une éducation soignée, dansait el montait
à cheval à mencille. llazarin ne lui arail rien
fait apprendre du reste. Louis XI\', de son
al'eu mème, était de la plus profonde i"nora~ce et. il n'était justement pas de ces gens
qm ?evmenl. li ~e savait que ce qu'il arait
appris, ~l le card~nal le tenait à jouer al'ec ses
mèces; 11 ne savait donc rien. es idées ne se
rércillai;nl _poin~ san être stimulée , cl personne n avarl prrs celle peine; elles dormaient
donc encore à vingt ans. ll portail au fond de
l,ui-mème les germes des grandes qualités qui
fi rent un grand monarque d'un esprit né

Il
Dans le second conYoi de ncrell\: cl de
nièces que Mazarin manda d'italie, celui
de 16:.îj, se lrou\'ail une créature de treize à
quatorze ans, qui parut à la cour un prodige
de laideur. Elle était noire cl jaune, dégingandée cl décharnée. Elle arail nn cou cl des
bras qui n'en fini aient plus. Sa bouche était
grande cl plale, es yeux noirs étaient durs
cl il n'y avait nul charme, ni espoir de charme,
dans toute sa personne. L'esprit était à l'avenant. « Elle l'avait hardi , écrit )lmc de La
Fayette 5 , résolu, emporté, libertin cl éloigné
dc toulc sortc decil'ilitéetdc poliles e. 1&gt; Au milieu de ses_ œurs el de ses cousines, elle semblait une hèle sauvage, elfianquée, hérissée,
prètcà mordre. Cc laideron était Mariellancini.
a mèrc ena\'aitmauvaiseopinion. Mme Mancini mourut à Paris en 1656. Avanl d'expirer,
clic recommanda es enfant à son frère le
cardinal, « cl lui dit surtout qu'elle le priait
de mellre en religion sa troisième fille, qui
s'appelait Marie, parce que celle-là lui avait
toujours paru d'un mamais naturel, el que
feu son .mari, qui a mit été un grand a trologuc, lui aYail dit qu'elle scra:l cause de
beaucoup de maux 6 • » Mme )lancini jugeait
trop sérèremenl sa moricaude, el cc hon
M. )Jancini aurait mieux fait de lire dans les
astre qu'il fallait enformer Ol~ mpe. )lazarin,
qui arnit pourtant foi aux horoscopes, nr rrul
point 1t celui de son beau-frère el garda )laric
à la cour. Il ne tarda pas à s'en repentir.
Celle fille qu'on nous peint si rude était
une Haie femme du ~lidi, tout flamme, passion et cmporlemcnl. Le ftJu ne tarda pas à
lui sortir de partout. Sc grands yeux noirs
en lancèrent el en parurent adoucis. a physionomie s'éclaira. "a voix prit des accents rhauds
qui remuaient, ses moindres gestes Lrah:renl
l'ardeur impétueuse de lonl son èlrc. En
mème temps, son esprit s'arfinail au contact
d'une société polie. El!e al'ait quillé nome
sachant par cœur les poètes italiens, y compris l' Arioste. Elle sut bienlot par cœur les
poèles français. Corneille la Lramporta. Comben ·illc, La Calprenède, cudéry l'cninèrcnl.
La liLLérature héroïque el la liltéralure amou;:;.
4.
[,,
6.

Mémoires de l)ussy.
Le bénédictin Th. B01111el.
Jfisloirc de Madame l/e1ll'ielte d'A11gl1 /e,n.
Jlémoires de Jfmc de Jlotteville.

LE ROI F.:-.TRE \ Dt:'\'KF.RQLt:
·
·

(~9
· Je ·fntn.ll"LT, .1.itrès
•
- Jll'\' 16:ll)
• - (',r.1,·111~
, ·.,x orn :\lE~Li;s ET Li; Bnn,. (.1/usée ,te l'ers;iilles.)

prenait l'éHfor menl d'une autre façon , infiniment plus maza rinc. Le cardinal cachait ses
trésors, déménagrait ses meubles et faisait la
courbette aux amis de ~Ion irur frère du roi
rl hrri tier préso~ptif de la cour~nnc. 01) mpe,
dont la tendre l1a1son a, cc le roi aYait prèlé
à lant de commenlaircs,jouail tranquillement
au~ c.arle~; un prince qui allait mourir demnarl mutile cl ne l'intéressait plus. Ouand
Louis XIY, contre toute attente, enlra cr; con',alcscence, &lt;1 tout le monde, dit Mme de La
Faycllr, lui parla de la douleur de Mlle de
füncini ». Mme de La Fayelle ajoute finernenl : c, Peut-ètrc, dans la suite, lui en
parla-t-elle ellc-mèmc. ,&gt;
Le roi a,ait , ingt ans . li arnil eu de a\'enlurcs : a\'ec Mme de Beauvais, surnommée
Cateau la Borgnesse, femme de rhambre de
1 · llémoire, de Mllr de illo11tpe11sier.

le entimcnt de lui être dus, ne pouvait le
laisser indifférr nt. li re"arda daYanla"c Marie
. .
b
.,' [ ancrm
cl (a trourn fort0 embellie. li lui
parla
1
« arec application 1&gt;, et fut emporté comme
une paille par l'ouragan.
li l'aima d'abord parce qu'elle le ,oulait.
li l'aima ensui te de lui-même, par un motif
noble'. parce qu'il cotit en elle un esprit
supérieur, au contact duquel le sien s'ourrai t
à des (10rizons inconnus. Pour bien comprendre
cc qm se passa en lui, il faut oublier un instant le Louis XIV qui nous est familier le
roi-soleil assuré dans son rolc d'astre, p~ur
nous sou,·enir de cc que la nature cl l'éducation l'al'a:cnl fait à \'ingl ans.
Sa bonne mine est célèbre. Elle était accompagnée d'une gràce majestueuse el naturelle qui le faisait distinguer au milieu de sa
2. tlfémoil-es de Jfme de .1/ollerille.

méd(oc~c, ~ais ~s germes n'araicnl jamais
eu m air nt Ium1erc pour éclore. Marie Mancini devint son amie, cl cc fut comme une
irruplion de soleil dans un lieu fermé el
o_bscur. _li app;.il cl co,mp~i t pl~s de c~oscs en
t'I'. mois, qu 11 ne l avarl fait depms qu'il
était au monde.
Elle lui ouvrit le monde des héros : héros
d'amour, héros de constance et d'abné"alion
héros de gloire. Elle lui ré,·éla les sentiment;
grands ou subtils, passionnés ou nobles, qui
donn?nl son prix à la ,•ic. Elle lui reprocha
on ignorance el se fit son précepteur, lui
apprenant l'italien, lui remplissant les mains
de poésies, de romans et de lra"édics lui
li anl ellc-mème ver el prose d~ sa 'roix
amou_rc~sc, avec d~s intonations qui berçaienl
ou grrsarenl. Elle l accoutuma aux entrclicn5
:;, .l[hlloires de SaÙlt-Si111011 .

�111STO'J{1A

----------------------------- _______.,,

~rrit'UX arrc les hommes 1Li.gc rL de mérite,
le piqua d'émulation et l'aida il acquérir b
nobl~sse du tour et la justesse de l'expression.
li lui dut aussi le peu qu'il eut de goût pour
les arts. Il lui dut plus que toulcela ensemble.
Elle lui fit honte d'être sans ambilion, sans
rêves bons ni mauvais, sans désirs plus hauts
que Ir choix d'nn costume ou d'un pas de
.hallct,lc fit somenir enfin qu'il était roi et lui
donna l'idée d'ètrc un grand roi. II n'oublia
jamais la leçon.
Le sentimen t qu'il_ éproura pour clic se
rcssentiL de cc rolc d'Egérie. Au début, arnnt
que Marie se fùt instituée son précepteur,
l'inclination du roi ressemblait à toutes les
inclinations Pntre très jeunes gens. Elle en a
raconté la naissance avec beaucoup de gr,i.ce,
dans un écrit intitulé Apologie• : &lt;&lt; La manière familière avec laquelle je vivais arec le
roi cl son frère était quelque chose de si doux
el de si affable, que cela me donnait lieu de
dire sans peine tout ce que je pensais, el je
ne le disais pas sans plaire quelquefois. li
arrirn de là qu'ayant fait un rn~·agc a Fontai,nehlrau arec la cour 1, que nous suirions par1toul 011 clic allait, je connus au retour que le
roi ne me haïssait pas, ayant déjà assez de
pénétration pour cnt~ndrc cet éloqu?nt l~ngagc qui persuade Lien plus sans rien dire
que les plus belles p~•:oie~ d\t mond~. l( _se
peut faire aussi que I_ rncl111at1_0~. pa'.·t1culier~
que j'arais pour le_ roi, en q~1 J arns Lrourc
des qualités bien plus considérables et un
mérite beaucoup plus grand c1u'à pas un
autre homme de son royaume, m'eùt rendue
plus sa rnnlcen celle mali ère qu'en toute aulr1:,
Le témoianage de mes icux ne me suffisait
pas pour° me persuader que j'avais fait une
conquête de celle importance. Les gens de
cour, qui sont les espions ordinaires des actions des rois, arnient, aussi bien qnc moi,
'. démêlé l'amour que Sa Majesté avait pour
moi, et ils ne me vinrent que trop Lol confirmer celle vérité par des deroirs et des respects extraordinaires. D'ailleurs_, b ass!duités de cc monarque, les mag111fiques prcsents qu'il me faisait, et, plus que tout cela ,
ses langueurs, ses soupirs et une complaisance générale qu'il arnit pour Lous mes
désirs, ne me laissèrent riPn à douter làdessus. »
Des lan!!'llcm s, des soupirs, des présents :
tel était al~rs le langage courant de l'amour,
cl il n'y a rien, jusqu'ici, qui distingue cette
passion d'une autre du même temps. Encore
quelques semaines, e~ le jeune prince fut
subjugué par un sentiment ardent et complexe où il entrait ~e 1~ l~ndressc, de la
reconnaissance, de 1 adm1rat10n, de la soumission, de la confiance de l'élère pour son
maître el de l'attrait particulier que la femme
du Midi exerce sur l'homme du Nord. Marie
Mancini attisa le feu par les moyens violents
C[Ui con.renaienl à son caractère. Elle s'attacha aux pas du roi, ne le quitta plus, l'obséda

cl sut lui rcndrr l'obsession douer, puis nér·cssaire. Au palais. elle semblait son ombre.
et lui n'arail d'yeux et d'oreilles que pour
elle. La cour ;oyagcait-elle, Mlle Mancini
abandonnait les dames et les carrosses, montait à cheral et s'en allait par monts et par
vaux arec son p:iladin. li n'y avait plus alors
pour eux bircr ni été, rcnl, pluie, ni froidure;
ils étaient ensemble, c'était assez, c'était tout.
Elle l'accoutuma it tout lui dire, cc qu'il pensait, ce qu'il arnil appris ou entendu, ses
affaires, ses projets. De là à la consulter sur
tout, il n'y al'ail qu'un pas, et ce pas fut ,·ile
franchi. Mai'tresse du cœm cl de l'esprit du
roi, et maitresse absolue, Marie Mancini songea à tirer parti de son pomoir. Elle lem les
yeux vers~ e trùne de France et ne le jugea
pas trop haut. Elle laissa entendre qu'il ne
lui semblait point inaccessible et ne fut pas
rebutée. Après le roi, deux personnes seulement avaient voix au chapitre : l'une était
la reine mère, l'autre le cardinal Mazarin.
Pour apprécier cc que ~faric avait à en attendre,
soit en appui, soit en résistance, il faut jeter
un coup d'œil sm· les relations entre ces deux
personnes el sur le chemin parcouru par la
famille mazarinc depuis son entrée en France.

1 Le titre complet est Apologie ou les Véritables
Mh;io,res de Maaame Marie Mancini, co,métable
de Colo1111a, écrits par _elle:n!éme (Leyde, 1678).
L'authenticité de l'.-l11ulog1ea etc contcstee. li. Chantelauze se prononce en ia faveur.

2. Aoùl-septcmbrc 1658. Loui, XIV étail tomté
malade a la lin de juin.
3. Lettre du ;;u Juillet ·1660.
4. Lettre écrite de l'exil, le 11 mai 1651.
5. Lellrn c\e Saint-Jean-de-Luz, le 11 août 1659.

Ill
A l'avènement de Louis XIV, le 14 mai 16t3,
la situation de Mazarin en France était des
plus précaires. Le feu roi l'arait mis du Conseil de réaence, mais la régente le haïssait
parce q11'il était créature de Richelieu. Il feignit de quiller la partie, annonça son départ
pour Rome, et cependan t essaya ce que pot~rraient pom lui ses gràces italiennes. Les CH'constances lui traçaient son plan. Anne d'Autriche avait le pouvoir ; il fallait s'insinuer
dans le cœur d'Anne d'Aul1·iche, etd'unetellc
façon que la reine n'cùt rien à refu ser à la
femme. Mazarin se mit à l'œuvrc.
La reine mère œnail de passer la quarantaine. Elle était coquelle, mais d'une coquetterie romanesque cl précieuse, qui lui faisait
placer au-dessus de tout les conversations
galantes, les regards langoureux el les petits
soins. Mme de Chevreuse, la éonfidente de sa
jeunesse, assurait que l'arcrsion avec laquelle
la reine avait éconduit le cardinal flichclieu
venait de cc qu'il était « pédant en amour » ;
défaut insupportable en effet et dont peu de
femmes prennen t leur parti. Les lcllres de
Mazarin montrent d'autre part que les petits
soins gardèrent toujours leur prix aux ycnx
de la reine. Vieux Lous deux, cl lui très goutteux, très occupé par le traité des Pyrénées,
il lui fait encore de petits cadeaux comme à
une jeune pensionnaire. &lt;&lt; Je vous envoie, lui
écrit-il de Saint-Jean-de-Luz, une boilc avec
dix-huit éventails qu'on m'a enroyés de
Rome... Vous recevrez•aussi quatre paires de .
gants que ma sœu r m'a cmoyées dans un
paquet l&gt; .

... 244 ....

Mazarin fit ~on profi L d&lt;' la d~com·ennr dl'
Bicbelieu. Il nr l'ut pas pédant. Il paru!
follement épris el anéanti par le sentiment de
son indignité. Il se fondit de tendresse cl
demeura plus petit qne l'herbe devant sa
déesse. Il fut plus insinuant que pressant,
plus soumis qu'insinuant, plus aimable que
soumis.
li réussit.
Cc qu'il sut être dans le succès, sa Correspondance avec Anne d'Autriche nous
l'apprend. Pendant un de ses exils de la
Fronde, la reine termine par ce cri de passion
une lettre qu'elle lui adresse : &lt;&lt; ,Jusqu'au
dernier soupir; adieu, je n'en puis plus. »
Il laissait des souvenirs inoubliables. Elle lui
écrit, à cinquante-huit ans : &lt;&lt; Votre lettre
m'a donné une grande joie; je ne sais si je
serai assez heureuse pour que vous le croyiez.
Si j'avais cru qu'une de mes lettres vous eùt
autant plu, j'en aurais écrit de bon cœur, et
il est vrai que de rnir les transports avec
[lesquelsj on les reçut el je les vopis lire,
me faisait souvenir d'un autre temps, dont
je me soul'icns presque à tout moment, quoi
que vous en puissiez croire. Si je pourais
aussi bien faire rnir mon cœur que ce que je
vous dis sur ce papier, je suis ass urée que
vous seriez content, oü vous seriez le plus
ingrat homme du monde, cl je ne cr?is pas
que cela soit O • ll Les lettres de Mazarm son l
du mèmc ton : &lt;( Mon Dieu! que je serais
heureux et vous satisfaile, si rnus pouviez
rnir mon cœur, ou si je pourais rous écrire
cc qu' il en est, et seulement la moitié des
choses que je me suis proposé. Vous n'auriez
pas grand'peine, en ce cas, à tomber d'accord
que jamais il n'y a eu amitié approchante à
celle que j'ai pour vous . Je vous avoue que
je ne me fusse pu imaginer qu'elle allàt
jusqu'à m'ôter toute sorte de conlenlemcnl,
lo1·squc j'emploie le temps à autre chose qu'à
sono-cr à vous 4 • 1&gt; Il savait l'étendue de son
o
empire
cl se plaisait à la co?slalc~. n I vous
étiez plus près de la mel', JC crois que Y0US
y auriez plus de plaisir; j'espère que cela
sera bientôt 5. 1&gt; La mer, c'était lui, dans leur
langage de convention. Quel triomphe int~rieur dut éprourcr cc parvenu, quel cbatomllcmcnt dt! vanité, quel délit icux senl:menl de
force, le jour 011 il tint à sa discrétion une
des plus orgueilleuses princesses qui furent
•
• 1
pma1s.
Beaucoup de contemporains les ont cru
mariés secrètement. Il n'y amil pas d'obstacle
absolu, Mazarin étant cardinal laïque. En
l'ab,encc de toute preuve, les historiens se
sont divisés el ne se mettront jamais d'accord.
Les uns font valoir la dévotion de la reine,
qui ne se serait po;ntaccommodée d'un aman t.
Les autres font valoir son orgueil qui ne se
serait point accommodé d'un beau-père bonnetier. Des deux côtés on s'appuie sur les
écrits du temps, el la balance serait égale si
les partisans du mariage ne disposaient d_'un
argument d'un grand po:ds. Les premwrs
temps passés, Mazarin cessa de se gêner avec
la reine. Les empressements et les caresses se
mélanrrèrenl
de rudesses et de négligences qui
0

s·

.MA'R,1E .MANC1N1 - - ~

srntaient le mari. Il se montra tPl qu'il étai!,
grondeur et désagréable. « Jamais, dit sa
nièce Hortense, personne n'eut les manières
plus douces en public et si rudes dans le
domestique 1 • l&gt; Anne d'Autriche passa du
Mazarin obséquieux et souriant du public au
Mazarin bourru du domestique. li faut arouer
que ces choses-là donnent à penser.
Quoi qu'il en soit, l'affection de la reine
pour Mazarin était si profonde, qu'elle y puisa
la force de le défendre enrers et contre tous,
elle naturellement indolente. Elle était hors
d'elle quand il s'éloignait : « Ses sens sont
tous effarés, &gt;&gt; dit un libelle du temps 2, et
c'est l'expression juste. Nous n'avons pas à
rappeler ici les lu ttes de la Fronde et combien
de fois Mazarin aurait succombé sous la haine
cl le mépris public sans le dérnucmcnl cl la
fidélité de la reine. Il ne fut sauré que par
les prodiges de l'amour, et il le sentit. On
conçoit ce qu'une pareille pensée inspire de
confiance à l'homme sauré. Mazarin marcha
désormais sur les nuages. A bas l'humilité!
Place au som·crain de la France! Il se rattrapa
d'aroir rampé et ne Larda guère à penser,
comme sa n:ècc Marie, que rien n'était trop
haut pour les siens; rien, pas même le trône
de France. Il avait du reste eu l'adresse de
donner à Louis XIV des beaux-frères don t il
n'eùl pas à rougir.
L'ainée des Mancini, Laure, arnil épousé
en 1651 le duc de Mcrcœur, petit-fils d'Henri lY el de la belle Gabrielle. L'année suirnntc,
Anne-Marie Afortinozzi épousait le prince de
Conti, frère du grand Condé et prince du
san3. Cc fut cnsLrilc le lour de la seconde
Alartinozzi, dercnuc en 1G55 duchesse de Modène. En 1657, Olimpe Mancini rn maria au
prince Eugène de Carignan, comte de Soissons, dc la maison de Savoie. IWcarnitrèré, elle
aussi, la couronne de France et paru un instan L la toucher du bout du doigt. En fille
pratique, elle tourna court en vo)·anl que le
roi ne se déclarait pas. Son oncle l'arnitaidéc
de so:1 mieux cl n'arait pas renoncé sans
peinr à la faire montr r sur le tronc; « mais
Lons les faiseurs d'horoscopes l'a raicnl tellement assuré qu'elle ne pourrai t y parvenir,
qu'il finit par en perdre la pensée;; &gt;l . La
belle Hortense était encore fille, mais assaillie de prétendants princiers.
Le cardinal arnit été moins heureux avec
ses neveux. Sur les lrois, deux étaient doués
à miracle; ils moururent jeunes. Le troisième,
que son oncle fit duc de Nevers, était un bel
espri Ltrès braque, un bon à rien.
On pouvait se passer des garçons. La
famille arait jeté par les· filles assez d'ancres
solides pour se croire assurée contre toutes
les tempêtes. Au comble de splendeur où clic
était panenue, le coup de fortune rêré par
Marie Mancini n'aYait rien d'impossible. La
cour ne l'aurait même pas jugé extraordinaire, puisqu'elle al'ait cru au mariage
d'Olympe avec le roi. Marie se disait que la
reine mère ferait en ceci, comme en tout le
1. Mémoires de la duchesse de Mazarin. Ces l,/é111ofres passent pour a\'oir étc écrils par Saint-Réal

sous l'inspiration cl, pcut-ètrc, la diclée c1·11ortense.

reste, la rnlonté du cardinal. Quant à son
oncle, le moyen de supposer qu'il ne serait
pas content d'arnir le roi pour ncYcu.

son sang que s'il n'avait jamais été pour elle
qu'un ver de terre. Elle parla donc et parla
haut, mais inutilement, « parce que la passion du roi jusqu'alors arait été comme protégée par le ministre l&gt; . Marie eut le champ
IV
libre et défendit son amour à la façon d'une
En effet, son oncle ne demandait pas mieux; louve qui défend ses petits. Elle rôdait autour
il aurait fallu que Mazarin fùl un ~aint pour du roi, prête à mordre, son visage brun el
sauvage illuminé par la passion. Les contemporains disent qu'elle était transfigurée par
l'expression touchante et terrible de toute sa
personne.
Cependant des négociations étai en l engagées pour marier Louis XIV avec une princesse de Savoie. Celle alliance souriait au
cardinal parce que la reine de France se serai l
trouvée cousine de sa nièce Olympe. li laissa
cependant à Alaric toutes ses chances et
l'emmena à Lyon, où derait avoir lieu l'entrevue. La cour se mit en chemin le 26 octobre 1658. Marie a raconté dans l'Apologie
ses émotions en parlant pour la grande bataille : « Il vint une tempête qui troubla pour
quelque temps la douceur de ces jours, mais
elle passa bientùt. On parla de marier le roi
avec la princesse Marguerite de Savoie; ... el
cela obligea la cour de faire le voyage de
Lyon. Celle nourelle était capable de donner
Clichê Giraudon.
Loris x11·, JEü~E.
bien du trouble el de la peine il un cœur. Je
Dessin de LE BRUN. (Musée du Lom-re.)
le laisse it penser à ceux qui ont aimé, quel
tourment ce doit être, la crai nte de perdre Cl'
qu'on aime exlrèmement, surtout quand
ne pas être tenté, el il n'était pas un saint. l'amour est fondé sur un si grand sujrl
D'autre part, il n'était pas un songe-creux, d'aimer; quand, dis-je, la gloire autorise les
capable de renoncer aux avantages solides mourements du cœur, el que la raison est la
pour l'amour d'une vainc gloire. Il avait le première à le faire ai mer. l&gt;
Elle lutta vaillamment. Elle fit la roule de
pournir et l'argent ; il entendait les gard&lt;'r,
cl l'élérnlion de sa nièce au trùnc de France Par is à Lyon presq ue entièrement à cheral,
ne l'aurait point du loul consolé de leur côlc à côte arec le roi, qui lui parlait « le
perle. C'est ullr idée qu'il faut arnir sans plus galamment du monde 6 ». Le soir, à la
cesse présente à l'esprit pour se démêler dans couchée, nourcau tète-à-tète. lis causaient
le jeu compliqué joué p:ir le cardinal durant quatre à cinq heures de sui te,· avec l'abonla crise. M. de l:lricnnc I a indiqué la situaLion dance intarissable des amoureux. lis jouaienl
arec une j ustesse p:irfaite lorsqu'il a dil dans ensemble, dansaient ensemble, mangeaient
ses Mémoil·es : « Quoi que m'ait pu dire ensemble, pensaient ensemble. C'était plus
celle Éminence, si le ma riage de Sa Majesté que &lt;le l'obsession; c'était de la possession,
eùt pu se faire al'ec sa nièce el que son Émi- c'était l'un des exemples les plus curieux que
nence l' cùl lrouré ses sûretés, il est certain nous oITrc l'histoire de l'anéantissement d'une
qu'elle ne s'y serait pas opposée. ll Y trou- personnalité da ns une autre, sans le secours
ver ses sûretés : tout était là. Ambitieux el des moyens scienLifiques employés de nos
sans scrupulPs, mais sagace : tel était l'oncle. jours. Il ne restai t plus, à ce qu'il semblait,
C'était à la nièce à ne pas l'effaroucher. Par une seule chance au roi de se résoudre par
malheur pour son rêve, Marie Mancini était lui-même, une seule possibilité de faire une
incapable de prudence. Elle était trop fan- réflexion qu i ne lui fùt pas suggérée, d'ayoir
tasque cl trop emportée pour èlrc astucieuse. un sentiment qui ne lui fùt pas commandé.
On arriva à Lyon dans ces dispositions. La
On a ,·u que la passion du roi pour Mlle Mancini avait éclaté pendant un séjour de la cour reine mère était triste. Le mariage de Sarnie
à Fontainebleau . La reine mère en prit om- lui déplaisait - elle souhaitait l'infante d'Esbrage et « la l'énérablc qualité de nièce• l&gt; ne pagne - el elle redou lait les entreprises de
put l'empêcher d'exprimer ses sentiments &lt;t celle fille l&gt; si l'alfaire manquaît. Mazarin
arnc assez de liberté pour que l'oncle n'en était paisible, car il avait de quoi rompre le
ignoràt. Le cardinal perdait 11rise sur elle dès mariage de Saroie si l'cnric lui en prenait. Il
qu'il s'agissait du roi . Les souvenirs inou- a mit trouYé à Màcou l'enrnyé d'Espagne,.
bliables étaient oubliés, et Mazarin trournit Pimente) , chargé d'offrir l'infante à Louis XIY,
en face de lui une grande princesse, aussi cl il l'avait caché, se réscrrnnl de le produire
hautaine, aussi orgueilleuse de sa race et de au bon moment. La comédie fut si adroite2. /,' /;;:rorciste de La /leine.
jJ!medc Lafayclic, Jlistofrede Madame 1/enrielle.
4. Loménie, comte de Brienne, Mémoires sw·

les rtq11cs de l o11is .\ ï/1 et de Louis .'i/1'.
5. Mémoires de Mme de Jlotteville.
G. niémoit·es de .!Ille de ,llonlpensier.

�, - 111ST0'/{1.ll
mcnL préparée et si· parfailemenl jouée, que
les contemporains y furenl trompés el crurent
1t l'apparition providentielle de PimenLel à
Lyon, pendant l'entrevue avec la princesse de
Sa voie. M. Cbantclauze a découwrt que la
Providence, en celle occasion, avait une robe
rouge et un forL accent italien. Les preuves
en sont aux arcuircs du Ministère des affaires
étrangères. On peul supposer sans trop de
hardiesse que füzarin avait eu les yeux
ourcrls, durant le voyage, sur les progrès
éclatants de sa nièce Marie, et que ceux-ci ne
furent pas sans innuence sur le coup de
tbéàlrc de l'envoyé espagnol. Quant à vouloir
préciser les réflexions de I' Éminence, entre
Màcon et Lyon, on y perdrait sa peine.
On sait seulement qu'il garda son secrel
cl que son carrosse fut le premier au-derant
de la cour de Savoie. La reine suivail avec
son fils. Marie Mancini fut laissée au logis, oü
elle se rongea, bien éloignée p3urlant de
dcYiner cc qui se passait sm· la roule d·tLalie.
Les deux cours s'élaicnL jointes cl la princesse Marguerite de Savo:c était apparue à la
nôtre dans l'éclaLd'une laideur sans ressources
qui blessa Lous les )'eux, - excepté ceux du
roi. Louis X!V s'éprit au premier coup d·œil.
li avaiL rccouHé sa libcrlé dès que le regard
impérieux de Mlle Mancini avaiL cessé de
1. ,llémofres de ,lfme de Molleville.
2. Ibid.

peser sur lui. Qu'o:1 l'explique comme on
voud ra, c'étaiL une fascination, qui s'érnoouiL
avec la charmeusr. L'amant éperdu disparut
soudain; il resta un honnèLe jeune homme à
qui l'on présente une fiancée et qui n'est pas
difficile, parce qu'il a très emie de se marier.
Le roi monla dans le même carrosse que la
princesse et lui par1a conûdemment de ses
mousquetaires cl de ses gendarmes. Elle lui
rép:mdit sur le même ton. lis araient l'air de
s'èLre vus Loule leur vie, el Marie était oubliée.
La duchesse de Savoie contemplait cc tableau
avec ravissement, la cour de France demeurait ébahie et la reine mère consternée.
La soirée de celle curieuse journée fut
agitée. La reine mère, hantée par la laideur
de la princesse, railla son fils, pria, raisonna,
pleura et reçut pour réponse &lt;&lt; qu'il la voulaiL I l&gt; et « qu'enfin il était le maitre l&gt;. Elle
recourut au cardinal qui lui répliqua très
froidement« qu'il ne se mèlait point de cela ....
que cc n'était pas là ses affaires ». Elle demanda au Ciel de lui ê_tre secourable et fit
prier dans les cou rcn Ls de Lyon pour la
rupture du mariage. Elle oubliait, dans son
trot1blc, qu'elle avait sous la ma;n un auxiliaire plus puissant que les moines et nonnrltcs
de Lout un royaume, cl 1u'il suffisait de
déchainer Marie Mancini pour précipiter la
;;. Mémoires de ,!/Ile de Montpen.iier.
4. Apologie.

pauvre petite princesse Marguerite dans le
néant. Si la reine n'y songea.il point, Marie y
songeait pour clic. L'exécution ne fuL pas
longue.
Elle avait gucllé le retour des carrosses cl
s'était jcLéc sur la grande Mademoiselle pour
savoir ce qui s'étaiL p1ssé. Résignée et plainLivc, elle éLait pcr&lt;lue. Elle fut assez hardie
pour être jalouse~ et, le soir même, le roi
eut sa sc3ne. « N'ètes-Yous p1s h:mtcux, lui
dit-elle d'abord, que l'on vous veuille donner
une si laide femme 3 ? l&gt; Puis cc fut un
orage de reproches, de moqueries sur sa
« bossue &gt;&gt;, de mille p1roles v:olenlcs, éloquentes, impudentes et brûlantes, qui laissèrent le roi toul étourdi. Le lendemain,
il parul avoir oublié la présence de la princesse. Marie Mancini « repriL son poste ordinaire l&gt;, et tous deux régalèrcn L la cour de
Savoie du spectacle de leur bruyante passion.
Mazarin termina ces scènes indécentes en
produisant son envoyé espagnol cl en rompant avec la Savoie. Voici en quels termes
Marie raconte sa victoire : c1 Comme mon
mal était violent, il eut le destin des choses
violentes : il ne dura pas longtemps, et cc
m1riagc du roi se rompiL avec la mèmc
prompLiLude qu'il avait été entamé.... Leurs
Altesses s'en rcLournèrcnL en Savoie, cl mon
àme reprit en mème Lemps sa première tranquilliW. l&gt;
ARVÈDE BARINE.

(A

Champcenetz
J"ai été pendant dix ans excédé d'entendre
les gens du monde me parler de l'épigramme,
de la chanson, de l'épitre, des Ycrs que Cbampccnclz arait faits, du mot charmant qu'il
avaiL diL, du sarcasme sanglant qu'il s'était
permis, de la plaisanterie dont il élaiLl'aulcur,
elc., clc.
\'iranl inlimcmcnl avec lui , je savais à n'en
pas douter qu'il ne faisait presque rien, cl cc
presque l'iCn arnit toujours besoin d'èLre corrigé, pour une bonne raison, c'csl qu'il ne
s:.waiL pas un mot de latin, médiocrement le
français et ridiculcmenl l'orthographe. Les
gens de lettres parlaient à leur tour de son
espril ; ils disaient qu'il était plein de tmit,
et que sa cause1'ie était fort remarquable. On
lui faisaiL honneur d'une infini Lé de bons mols
que d'aulrns avaient déjà dits. Jamais une
telle audace à prendre le bien d'autrui dans
cc genre, une telle pcrséYérancc à colporter -

l'espriL des autres, Loul cela servi d'un Légaiement qui le servait à miracle. Le chevalier de Boufflers a sur la conscience un coup
d'épée que le Yicomlc de Roncherolles donna
à Champccnelz pour la chanson des Jeunes
Gens que BoufOers avait faite; et f ai ,·u
Champcenclz dans son lit, tromant très
simple d'avo:r un coup d'épée, bien à lui,
pour des Ycrs qui n'étaienl pas de lui. De
même que 1a chanson des Dettes du marquis
de Lourois, où Champccnclz n'eut d'autre
part que de substituer le mol LouYois à celui
de Gramont :
Oc Gramo11t (l,01wois) sui,·anl les leçons,
Je fais des chansons cl des dettes.

De mème que l'épigramme contre Mme de
Sainte-Armande. Elle esl de 11iYarol, crui avait
fini par la lui céder, parce que l'autre la lui
avait prise, el croyait très s~rieusement, dans
les derniers temps, l'avoir faite. Il a soulenu
un jour à Florian, cet homme de bien, ce
digne liLtérateur, qu'il arnit fait je ne sais
laquelle de ses romances. Nous nous promenions le soir au Palais-Royal, par une
belle soirée d'automne. L'auteur d'Estelle fut

suilwe. )

de Lrès mauvaise composition CL défendiL son
bien très sévèrement. &lt;1 Eh bien! diL Champccnelz, n'en parlons plus; j'au ... j'au ... rais
dù la faire, car elle ne vaul pas grand'chosc
et je l'aime beaucoup. &gt;&gt; Le fait est qu'avec
une figure qui prètail au rôle quïl avait
adoplé, il avait quelques saillies, et de temps
en temps du bonheur. Il hasardait Loul, rclcnaiL tout, prenait Loul; il était doué d'une
gaieté intarissable, e.t je me sers de cc mol
doué, qui n'esl pas ici dans sa place, parce
qu'il rend mon idée : celle gaieté était son
espriL. Elle ne l'a pas abandonné devant fouquier-Tinvillc; elle a résisté 1t son Lribunal cl
l1 ses jugements. Sa 1n:.1licc était infatig:ible cl
unircrselle, quoique homme d'honneur et
incapable d'une noirceur sérieuse et réfléchie.
Il n'était jamais si plaisant que quand il s'aLLaqua:t à sa famille ou à lui-mème; car, pour
dire un bon mot, il se serait couvert de ridicule arnc délices : cl ce n'est pas men·cillc
qu'on ail beaucoup ri d'un homme pendant
sa vie, qui, avant d'en sortir, monté sur le
char où Robespierre entassait ses victimes,
cria au bourreau : « ~lène-moi bien, je le
donnerai pour boire. &gt;&gt;
COMTE DE

TILLY.

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XX (suite.)

,\rr:ré à Paris, Augereau fut nommé cap:taine el envoyé dans la Vendée, oü il sauva,
par ses conseils et son courage, l'armée d:i
l'incapable général Ronsin, cc qui lui valut le
grade de chef de bataillon. Dégoùté de comballre contre des Français, Augereau demanda
à aller aux Pyrénées cl fut cnYoyé au camp
de Toulouse, commandé par mon père, qui,
très satisfait de sa manière de servir, le fit
nommer adjudant général (co'onel d'étal-major) et le combla de m:irques d'affoction, cc
qu'Augcreau n'oubliajamais. Derenu général ,
il se distingua dans les guerres d'Espagne,
puis en Italie, principalcmcnl à Castiglione.
La veille de celte b:itaillc, l'armée française, cernée de toutes parts, se lrom·aiL dans
la po3it:on la plus critique, lorsque le rrénéral en chef Bona.par-te conrnqua un cons;il dr
guerre, le seul qu'il ait jamais consulté. Tous
les généraux, même ~fasséna, opinèrent pour
la retraite, lorsque A11gereau , expliquant ce
qu'il fallaiL fair.l poar sortir d'embarras, termina en disant : &lt;( Dussiez-vous tous partir
je reste, et, arec ma dirision, j 'altar1uc l'en~
nemi au point du jour. )) Bonaparte, frappé
des raiso:1s qui venaient d'ètre produites par
Augereau, lui dit : « Eh bien! je resterai
avec toi! &gt;l D~s lors, il ne fut plus question
de retraite, cl le lendem:iin, une éclatante
viclo:rc, due en grande partie à la valeur et
aux belles manœunes d'Augercau, raflermiL
pour loagtcmps la posi tion des armées françaises en Italie. Aussi, lorsque quelques
jaloux se pcrmcllaicnt de gloser contre Augereau en présence de !'Empereur, il répondait:
&lt;1 ~•oublions pas qu'il nous a sau,,és à Castiglione. l&gt; EL lorsqu'il créa une nouvelle noblesse, il nomma Augereau duc de Castiglionr.
Le général Hoche venait de mourir ; Angerem le remplaça à l'arrriée du Rhin, el fut
chargé, après l'établissemenl du consulat, de
la direction de l'armée gallo-batave, composée
de troupes françaises cl hollandaises, avec lesquelles il fit en Francon:e la belle campagne de
1800, et gagna la bataille de Burg-Eberach.
Après la paix, il acheta la terre et le chàLeau de La Houssaye. Je dirai, à ·propos de
cette acquisition, qu'on a forl exagéré la fortune de certains généraux de l'armée d'llalie.
Augereau, après aYoir louché pendant vinrrt
ans les appointements de général en chef iu
de maréchal, avoir joui pendant sept ans

d'un:: dotatio:1 de deux cent mille francs cl
dJ Lrailcmcnl de vingt-cinq mille francs sur
la Légion d'honneur, n'a laissé à sa mort que
quarante-huit mille francs d~ rente. Jamais
hom me ne fut plus généreux, plus désinlércssé, plus oùligeanl. Je pourrais en citer
plusieurs exemples; je me borne-rai à deux.
. Le général Eonapartc, après son élévafon
au consulat, forma une garde nombreuse,
dont il mil l'infantcr;e sous le commandement
du général Lannes. Celui-ci, militaire des
plus distingués, mais nullement au fait de
l'administration, au lieu de se conformer au
Lad établi pour l'achat des draps, toiles et
autres objets, ne trouvait jamais rien d'assez
beau, de sorte que les emp'.oyés de l'habil!emenl et de l'équipement de la garde, enchantés
de pouYo:r traiter de gré à gré avec les fom·nisseurs, afin d'en obtenir des po·s-dc-vin,
croyant du rcsle leurs déprédations courcrtcs
par le nom du général Lannes, ami :du premier Coasul, établircnl les uniformes aYCC un

AUGEREAU.

PortrJit gravé p.:ir L EVACIIEZ.

tel luxe, que lorscru'il fallut régler les comptes,
ils· dépas~aienl de tro;s cent mille francs. la
somme accordée par les règlements ministériels. Le prem:cr Coasul, qui a,·ail résolu
de rétablir l'ordre dans les finances, et de
forcer les chefs de corps à ne pas outrepasser
les crédits alloués, voulul faire un exemple,
cl Lien qu ïl cûLde l'affeclion pour le général

Lannes, et fùL convaincu que pas un centime
n'étaiL entré dans sa poche, il le déclara responsable du déficit de trois cent mille francs,
ne lui laissant que huit jours pour verser
celte somme dans les caisses di! la garde,
sous peine d'ètre traduit dcvanl un conseil d..:
guerre! Cette sévère décision produisit un
excellent cfTcL, en meltanl un terme au gaspillage qui s'était introduit dans la comptabilité des corps; mais le général Lannes,
quoic1ue récemment marié à la fille du sénateur Guéhéneuc, était dans l'impossibilité de
payer, lorsque Augereau, informé de la
fàcheusc position de son ami, court chez son
notaire, prend trois cenl mille francs, el
charge son secrétaire de les verser au nom
du général Lannes dans les caisses de la
garde! Le premier Consul, informé de celle
action, en sut un gréinfini au général Augereau, et pour meure Lannes en étal de
s'acquitter envers celui-ci, il lui donna l'ambassade de Lisbonne qui était fort lucrative.
\'oici un autre exemple de la générosité
d'Augcrcau. li était peu lié avec le général
llcrnadotlc. Celui-ci venait d'acheter la terre
de Lagrange, qu'il complait payer aYcc la
dot de sa femme, mais ces fonds ne lui ayant
pas été exactement remis, el ses créanciers le
pressant, il pù Augereau de lui prêter deux
cent mille francs pour cinq ans. Augereau y
ayant consenti, Mme BernadoLLc s·avisa de
lui demander quel serait l'intérêt qu'il prendrait. C( Madame, répondit Augereau, je
c1 conçois que les banquiers, les· agents
&lt;1 d'affaires retirent un produit des fonds
&lt;( qu'ils prètcnt; mais lorsqu'un maréchal
&lt;( est assez heureux pour obliger un cama(&lt; rade, il ne doiLen reccrnir d'autre intérèt
« que le plaisir de lui rendre service. &gt;&gt;
Voilà cependant l'homme qu'on a représenté comme dur cl avide! .le me bornerai,
pour le moment, à ne rien citer de plus de la
vie d'Augereau; le surplus de sa biographie
se déroulera avec ma narration, qu~ signalera
ses fautes, comme clic a fait et fera connailre
ses belles qualités.
CHAPITRE XXI
De Bayonne à Brest. - 1804. - Conspintion · de
Pichegru, Moreau cl Caclouclal. - Mort du duc
d'Enghicn. - Bonaparte empc,·cur.

fürnnons à Bayonne, où je venais de
rejoindre l'étal-majo1· d'Augereau. L'hiver

�H1STO'l{1Jf. - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
est fort doux en celle contrée, ce qui permettait de faire manœuvrcr les troupes du camp
el de simuler de petites guerres, afin de
nous préparer à aller comballre les Portugais. Mais la cour de Lisbonne ayant obtempéré à tout cc que voulait le gouvernement
rrançais, nous dùmcs renoncer à passer les
Pyrénées, cl le général Augereau reçut l'ordre de se rendre à Brest, pour y prendre le
commandement du 7° corps de l'armée des
cotes, qui derait opérer une descente en
Irlande.
La première femme du général Augereau,
la Grecque, étant alors à Pau, celui-ci voulut
aller lui faire ses adieux, et prit avec lui
trois aides de camp, au nombre desquels je
me trouvais.
,\ celle époque, les généraux en chef
av.iicnl chacun un escadron de guides, dont
un détachement escortait constamment leur
voiture, tant qu'ils se trouvaient sm· le territoire occupé p:ir les troupes placées sous
leurs ordres. Bayonne n'ayant pas encore de
guides, on y suppléa en plaçant un peloton
de cavalerie à chacun des relais situés entre
Bayonne et Pau. C'était le rrgiment que j~
l"Cnais de quille!·, le 25° de chasseurs, qm
faisait cc service, de sorte que de la voilure
dans laquelle je me prrlassais avec le général en chef, je voyais mes anciens camarades
trotter à la portière. Je n'en conçus aucun
orgueil, mais j'arouc qu'en entrant à Puyoo,
où vous m'avez vu deux ans auparavant
arriver à pied, crotté et conduit par la gendarmerie, j'eus la faiblesse de me rengorger
et de me faire reconnaitre par le bon maire
Bordenave, que je présentai au général en
chef, auquel j'avais raconté cc qui m'était
arriré en i 80 l dans celle commune; cl
comme la brirrade de gendarmerie de Peyrehorade s'était jointe à l'escorte jusqu'à Puyoo,
je reconnus les deux gendarmes qu( m'avaient
arrèté. Le Yicux maire eut la malice de leur
apprendre que l'officier qu'ils voyaient ?ans
le bel équipage du général en chef était cc
mème l'0l'ao-cu r qu'ils a1•aicnt pris pour un
clàerleur: l~icn que ses papiers fussent en
règle, cl le bonhomme était même tout fier
du jugement qu'il al'ail rendu dans celle
a0aire.
.\ !lrès ,·incrt-qualrc
heures de séjour il Pan,
0
' ' 1
nou · 1·c lo11rnàmcs a' Bayonnc, d' ou' 1e gencra
c.:11 chef fil partir Mai111·icllc et moi pour Brest,
afin &lt;l'y préparer son établissement: :Not'. ~
primes des places dans la malle-poste Jusqu a
Bordeaux: mais là, nous fùmes obligés; faute
de roiturcs puliliques, d'enfourcher des bidets
&lt;le poste, cc qui, de toutes les manières de
yoyagcr, est certainement la plus . rude. _11
plcurnil, les routes étaient affreuses, les nu1~s
d'une obscurité profonde, et cependant 11
fallait se lancer au oalop, malgré ces obsla0
cles car notre mission
était pressée. Bien que
je n:aie jamais été très bon écuyer, !'ha]:itudc
que j'avais du cheval, et une annc_c reccmment passée au manège de Ycrs~1llcs, me
donnaient assez d'assurance el de force pour
cnlcrcr les aO'reuscs rosses sur lesquelles
nous étions forcés de monter. Je me tirai

donc assez bien &lt;le.: mon apprentissage du métier de courrier, dans lequel vous verrez que
les circonstances me forcèrent plus tard à
me perfectionner. li n'en fut pas de même
&lt;le Mainvicllc ; aussi mimes-nous deux jours
cl deux nuits pour nous rend1·e à Xanles, où
il arriva brisé, rompu, et dans l'impossibilité
de continuer le yoyage à franc étrier. Cependant, comme nous ne poµrions .pas exposer
le général en chef à se trouver sans logement
~ son arrivée à Brest, il fut ro1ircnu que je
me rendrais dans celle ville cl que )laimiellc
me rejoindrait en voilure.
Dès mon arrivée, je louai l'hôtel du · banquier PasL1uicr, frère de celui qui fut chancelier cl président de la Chambre des Pairs.
Plusieurs de mes camarades, et Mainvicllc
lui-mème, vinrent me joindre quelques jours
après, et m'aidèrent à ordonner tout cc qui
était nécessaire à l'établissement du général
rn chef, qui le trouva convenable pour le
grand étal de maison qu'il arnit le projet d'y
tenir.
1804. - Nous commençàmes à Brest l'année 1804.
Le 7c corps se composait de deux divisions
d'infanterie et d'une brigade de cavalerie; ces
troupes n'étant pas campées, mais seulement
cantonnées dans lès communes voisines, Lous
les généraux et leurs étals-majors lograient à
Brest, dont la rade et le port contenaient un
grand nombre de vaisseaux de tout rang.
L'amiral et les chefs principaux de la flotte
étaient aussi en ville, et les autres officiers y
rnnaient journellement, de sorte que Brest
oO'rait un spectacle des plus animés. L'amiral
Trugucl ·cl le général en chef Augc1·cau donnèrent plusieurs fètes brillantes, car de tout
temps les Français préludèrent ainsi à la
guerre.
])ans le courant de février, le général Augereau partit pour Paris, où le premier
Consul l'a,·ait mandé afin de conférer avec lui
sur le projet de descente en Irlande. Je fus du
voyage.
A notre arrivée à Paris, nous trouvâmes
l'horizon politique très chargé. Les Bourbons,
qui avaient espéré que Bonaparte, en prenant
les rènes du gournrnemcnl, travaillerait pour
eux, el se préparait à jouer le rôle de ~fonck,
Yopnl qu'il ne songeait nul.lemcnt à leur
rendre la couronne, résolurent de le renverser. Ils ourdircn t à cet effet une conspi ration ayant pour chefs trois hommes célèbres,
mais it des titres bien différents : le général
Pichegru, le général Moreau et Georges Cadoudal.
Pichegrn avait été professeur de mal?ématiques de Bonaparte au collège de Bnennc,
qu'il avait quitté pour prendre du senice. La
Révolution le trouva sergent d'artillerie. Ses
talents et son comage l'élevèrent rapidement
au rrrade de général en chef. Cc fut lui qui
fit
conquèle de la Hollande au milieu de
l'hirnr ; mais l'ambition le perdit. li se laissa
séduii·e par les agents du prince de Condé, el
cnlrelint une correspondance avec ce prince,
qui lui promettait de grands avantages et le
Litre de connétable, s'il employait l'inllucnce

la

qu'il arnit sur les troupes au rétaliliss&lt;'mcnt
de Louis XVlll sur le t1·onc de ses pères. Le
hasard, cc grand arbitre des destinées humaines, voulut qu'it la suite d'un combat 011
les troupes françaises commandées par Moreau avaient ballu la division du général autrichien Kinglin, le fourgon de celui-ci, contenant les lcllrcs adressées par Pichegru au
prince de Condé, fùt pris el amené à Moreau.
Il était l'ami de PicbPgru, auquel il devait en
partie son aYauccment, et dissimula la capture
qu'il arnil failc tant que Pichegru eut du po111·oir ; mais cc général, devenu rcprésenLan l
du peuple au conseil des Anciens, ayant continué d'agir en fareur des Bourbons, fut
arrêté ainsi que plusieurs de ses collègues.
Alors Moreau s'empressa d'adresser au Uirectoirc les pièces qui démontraient la culpabilitr
de Pichegru, ce qui amena la déportation de
celui-ci dans les déserts de la Guyane, il
Sinnamary. li parvint, par son courage, à s'évader, gagna les États-Unis, puis L\nglclcrre, el n'ayant, dès lors, plus de ménagements à 0rrarder, il se mit oul'ertement' à la
solde de Louis XVIII el résolut de vemr en
France renverser le gouvernement consulaire.
Cependant, comme il ne pouvait se dissimuler
que, destitué, proscrit, absent dc:France depuis plus de six ans, il ne pourait plus arnir
sur l'armée autant d'influence que le général
1lorcau, le Yainqucur de Hohenlinden, el par
cela mèmc fort aimé des troupes dont il était
inspecteur oénéral, il consentit, par dérnucmcnl pour° les Bourbons, à faire taire les
motifs d'inimitié qu'il avait contre ~Ioreau, cl
à s'unir à lui pour le triomphe de la cause à
laquelle il s'était dévoué.
Moreau, né en 13rclagne, faisait son cours
de droit à Rennes lorsque la réroluLion de
1780 éclata; les éludianls. celte jeunesse
turbulente, l'aYaicnt pris pour chef, et lorsqu'ils formèrent un bataillon de volonlai_re~,
ils nommèrent Moreau commandant. Celm-c1,
débutant dans la carrière des armes par un
emploi d'officier supérieur, se montra brave,
capable, et fut promptement élevé au généralat et au commandement en chef des armées. li gagna plusieurs batailles et fit devant
le prince Charles une retraite j uslcmenl c~lèbrc. Mais, bon militaire, \loreau manquait
de coumge civil. :Nous l'arons 1·u rcfusm· de
se mellre à la tète du gouvernement, pendant
que Bonaparte était en ~gyplc; cl bien qu'il
cùl aidé celui-ci au 18 brumaire, il devint
jaloux de sa puissance, dès qu'il le vit premier Consul ; enfin, il chercha tous les moyens
de le supplanter, cc à quoi le poussait aussi,
dit-on, la jalousie de sa femme et de sa bellemère contre Joséphine.
D'après cette disposition d'esprit de Moreau,
il ne dcYait pas èlre difficile de l'amener à
s'entendre arec Pichegru pour le renrerse~
ment du gourcrnement.
.
Un Breton nommé Lajolais, agent de Louis
X\lll cl ami de Moreau, devint l'intermédiaire entre celui-ci el Pichegru; il allait conLin11ellemcnl de Londres à Paris; mais comme
il s',:perçul bientôt que, tout en conscnla~l
au rcnYcrsement de Bonaparte, Moreau ava1l

-------------------------- .Mi.MOrJfES DU GÉNE~A'L 'BA~ON DE .MA~'B01
le projet de garder le pouvoir pour lui-même,
cl nullement de le remettre aux Bourbons, on
espérait qu'une cnlrnvuc du général a,·cc Pichegru le ramènerait à de meilleurs scnlimenls. Celui-ci, débarqué par un vaisseau
anglais sur les côtes de France, près du Tréport, se rendit à Paris, où Georges Cadoudal
l'avait précédé, ainsi que M. de Ririère, les
deux Polignac cl autres royalistes.
Georges Cadoudal était le plus jeune des
nombreux fils d'un meunier du l\lorbiban;

la roule de Saint-Cloud arec un détachement
de trente à quarante chouans à cheval. bien
armés et portant l'uniforme de la garde consulaire. Ce projet avait d'autant plus de chances
de réussir, que l'escorte de Bonaparte n'était
ordinairement alors que de quatre caYaliers.
Une entrevue fut ménagée entre Picbrgru
et Moreau. Elle eut lieu la nuit, auprès de
l'église de la lladclcinc, alors en construction.
Moreau co:isentail au renversement cl mèmc
à la mort du premier Consul, mais refusait

--~

:waienl rn " orcau. Toutes les barrières furent
fermées pendant plusieurs jours, el une loi
terrible fut portée contre ceux qui recéleraient
les conspirateurs. Dès ce moment, il leur
dcrint fort difficile de trouver un asile, el
bientôt Pichegru, M. de RiYiè1·e et les Polignac
tombèrent entre les mains de la police. Celle
arrestation commença à ramener l'esprit public sur la réalité de la conspiration, cl la
capture de Georges achel'a de dissiper les
doutes qui au raient pu subsister encore à cc

&lt;.:liché ~eurdeia frères.

B OULOGNE, J8o.j. -

mais comme un usage fort bizarre, établi clans
une partie de la basse Bretagne, donnait Lous
les biens au dernier-né de chaque famille,
Georges, dont le père était. aisé, arnit reçu
une certaine éducation. C'était un homme
court, aux épaules larges, au cœur de ti gre,
et que son comage audacieux avait appelé au
commandement supérieur de toutes les hand C's
des chouans de la Bretagne.
li virnit à Londres depuis la pacification de
la Vendée, mais son zèle fanatique pour la
maison de Bourbon ne lui permettant de goû ter
aucun repos, tant que le premier Consul
serait lt la tète du gouvernement français, il
forma le dessein de le tuer, non par assassinat
caché, mais en plein jour, en l'attaquant sur

Tableall de

MAURI CE ÛRA!&lt;GE,

de concourir au rétablissement des Bourbons. sujet. Georges ayant déclaré dans ses intcrroLa police particulière de Bonaparte lui ayant ::(atoires qu'il était 1·cnu pour tuer le premier
signalé de sourdes menées dans Paris, il or- Consul, et que la conspiration devait èlre
donna l'arrestation dequelques anciens chouans appuyée par un prince de la Camille rnyalc, la
qui s'y trouraicnl, cl l'un d'eux fil des rél"é- police fut conduite à rechercher en quels lieux
lations importantes, qui compromirent grare- se trouvaient Lous les princes de la maison de
ment le général ~[oreau, dont l'arrestation fut Bourbon . Elle apprit que le duc d'Enghirn,
résolue au conseil des ministres.
petil-fils du grand Condé, habitait depuis peu
Je me somicns que celle arrestation fit le de Lemps à Ellcnbeim, petite ville située li
plus maul'ais effet dans le public, parce que quelques lieues du Rhin, dans le pays de Bade.
Georges et Pichegru n'étant pas encore arrêtés, Il n'a jamais éLé prouré que le duc d'Enghien
P.Crsonne ne les croyait en France; aussi disait- fût un des· chefs de la conspiration, mais il'
on que Bonaparte avait inventé la conspiration est certain qu'il aYait commis plusieurs fois
pour prendre Mo1·eau. Le gouvernement arail l'imprudence de se rendre sur Je territoire
donc le plus grand intérêt à prouver que Pi- français. Quoi qu'il en soit, le premier Consul
chegru cl Georges étaient à Paris, et qu'ils fil passer secrètement le Rhin , pendant I:i

�H1STO'Jt1A
nui!, à un délachemeut de troupes, commandé
par le général Ordener, qui se rendit à l!:llcnht•:m, d'où il cnba le duc d'Eng-bicn. On le
dirigea sur-le-champ sur \ïnccn11c , où il fut
jugé, condamné à mort et fusillé avant que le
public cùt appris rnn arrestation. Celle exécution rut généralement blùméc. On conccnait
que si le prince eùt élé pris s1:r le territoire
français, on lui cùt appliqUt: la loi qui dans
cc cas portait la peine de mort: mais aller
l'cnlerer au delà des frontières, en pays étranger, cela p1rut une riolation inqualifiable du
droit des gens.
Il sembla rependant que le premier Consul
n·arn:t pas l'intention de faire exécuter ft,
prince el np roulait qu'effrayer le parti royaliste qui con pirait sa mort: mais le général
Sav;iry, chef de la gendarmerie, s'étant rrndu
à \'in~cnncs, s'empara du prince après l'arrèl
prononcé, cl, par un cxcè de zèle, il le fit
fusiller, din, dit-il, d'é,iter au premil'r Consul
la prinr d'ordonner la mort du duc d'Engltit•n,
ou le danger de lais r r la rie à un ennemi
aussi dangrrrux. Savary a drpuis nié cc propos, mais il l'aurait crpcndant tenu. à rr qur
m'ont assuré dt'S témoins auriculaire . Il 1ùst
pas moins certain que Ilonaparlr blùma l'empressement de Sarary ; mais le fait étant
accompli, il dut en accepter les conséquences.
Le général Pichegru, honteux de s'être
associé à des assassins, rl ne rnulanl pas
montrer en public le rainqucur de la Hollande
mis en jugemrnt arec de chouans criminels,
se pendit aYcc sa crarnlc dans la prison. On
prétendit qu'il arail élr étranglé par des mameluks de la garde, mais le fait est controuré.
D'ailleurs, Bonaparte n'ayail pas besoin de cc
crime, rl il avait plus d'intérèt il montrer Pichegru arili derant un tribunal que de le faire
turr en secrcl.
Georges Cadoudal, condamné 11 mort ain i
que plusil•urs de ses complices, lut exécuté.
Les Irèrcs Polignac et )1. de lfüièrc, compris
dan · b mèmc sentence, , in•11l leur pei11e
commuée en celle de la détention perpétuelle.
Enfermés à \'inccnncs, ils obtinrent au bout
de quclr1uc Lemps l'autorisation d'habiter sur
parole une mai on de santé ; mais, en 1814,
à l'approch:i des alliés, ils s'éradèrcnt cl
allèrent rrjoindrc le comte d'.\ rto:s en FranchcComté; puis, en 18 15, ils forent les plus
acharnés à pourSllivrc les bonapartistes.
Quant au général Moreau, il fut condamné
à deux ans de détcnt:on. J;c premier Consul
le gracia, à condition qu'il se rendrait aux
États-Unis. li y récul dans l'obscurité jusqu'en
1815, o~ il ,·inl en Europe se ranger parmi
les ennemis de son pay , el mourir en combatlanl les Françai , confirmant par sa conduite toutes les accusations portées contre lui,
à l'époque de la conjuration de Pichegru.
La nation française, fatiguée des réroluLions, et royanl combien Bonaparte élail né:
cessairc au maintien du bon ordre, oublia cc
qu'il y aYail eu d'odieux dans l'alfaire du d.uc
d'En&lt;rhicn,
cl élera llonaparlc su r le parois,
0
en Ic proclamanl cmpr reur le 2:.; mai 1804.
lJresquc toulcs les cours recounurcnl le nou1·cau souverain &lt;le la France . .\ celle occasion,

JJf É.MOl'R,ES DU GÉNÉR_.llL B.llR_ON DE .M..llR_BOT - - ~
dix-huit gcncraux, pris parmi les plus marquants, furcnl élcrés à la dignité de maréchaux de l'tmpirc, sa,·oir, pour l'armée
aclire : Berthier, Augereau, )!asséna, Lannes,
0:ll'out, Mural, Moncey, Jourdan, Bernadotte,
Xrr, Ilessit•rcs, ~Iortier, Soult cl Brune: cl
po~r le Sénat, Kellermann, Lcfcbrre, Pérignon et Sérn ri1'r.

« C't demain rous irez occuprr dans mes

terres l'emploi de garde-chasse, qui n'a rien
« d'incompatil,le avec le port de votre déco" ration. 1&gt;
L'Empercur, iolormé de cc trait de bon
goût, el désirant depuis longtemps connaitre
M. de NarbonnP, dont il avait entendu vanter
le br., sPns el l'c~pri1, le fit venir, et fut si
,atisfait &lt;le lui, que par la suite il le prit pour
aide de camp. M. de Narbonne est le père de
Mme la comlessc de fiambutrau. Après avoir
dislriLué les croix à Paris, !'Empereur se
rendit dans le mèmc but au camp de Bonlogne, où l'armée ful réunie sur un emplacement demi-circulaire, en face de !'Océan.
La cérémonie fut imposante. L'Empereur y
parut pour la première fois sur un trônt·,
l'nl'ironné de ses maréchaux. L'enthousiasme
fut indescriptiLlr .... La flotte anglaise, qui
~prrccrnit la rérémouic, envoya 'luelques
11a,·ircs légers p•mr essayer dtl la troubler
par une Jorle canonnadr, mais nos batteries
des cotes leur ripostail'nl virnmenl. La fètc
terminée, !'Empereur, retournant à Boulogne
suivi de Lons les maré~baux et d'un rorlègc
imrncn~t•, s'arrêta derrir.rc ces Latleries, et,
~ppd:111t le général Marmont, qui avait seni
dans l'arlillcric : cc \'oyons, lui dit-il, si
« nous nous sou,,enons de notre ancien méPJCIIEC:.RU.
&lt;&lt; Lier, cl lequd de nous deux enverra une
Porlrilit ;rave p3r LEVACIIEZ.
cc bombe sur cc brick anglais qui s'est tellecc menl rapproché pour nous narguer .... »
L'Empercur, écarla1,t alors le caporal d'artillerie cl.icf de pièœ, pointe le mortier: on met
CHAPITRE XXII
le feu, cl la homLc, frôlant les roilt'S du britk
va Lomhcr dans la mrr. Le général Marmont
180:î. - tnslilulion de 1~ Li:gion ,l'honneur.
pointe à son tour, approche aussi du bnt, mais
Camp J e 8oulng:1r. - Je sui; fa:I lieulenanl. n'allcint pas non plus le brick, q11i, l'Oj'~nt
Mission. - )lori de mon frilre Félix. - La Hussie
la li:11tcrie remplie de généraux, redoublait la
cl l'.\ulri~:,e 110m d.SC!arcnl la guerre.
viracité de son feu. « Allons, reprends Ion
Après le jugement de Murc:iu, nous rclour- « posle, Il dit 'apoléon au caporal. Celui-ri
nàmcs à llresl, d'où nous ren'nmcs bicn?ôt à ajuste à son tour, et foil lombcr la bombe au
Pari , le maréchal derant assister, le f!•juillcl, Leau milieu du brick , qui, percé &lt;l'outre en
à la distribution des décorations de la Légion oulr,· r~r cc gro5 projectile, se remµlit d'eau
d'honneur, o:·drc que !'Empereur arait nou- à l'inslanl, rt conlc majcslnruscme11t en
l'C!lcmcnl inslitué p·mr récompenser tous les présPnce de Loule l'armée française. Celle-ci,
gen res de mérite. Je dois à cc sujet rappeler c11cl1antéc d..: rel )lt'u rcu t présage, fit éclater
une anecdote qui fit grand Lruit il celle les ,ivals les plus bruyants, tandis que la llotlc
époque. Pom fJire parlil'ipcr aux décorations anglaise s'éloignait à lonte voiles. L'P:mpcrcur
tous les mililaircs qui s'étaient distingurs félicita le caporal d'arlillerit', et attacha la
dans les armées de la fitlpul&gt;liqur, l'Empe- décoration à son babil.
Je pa1·1icipai aussi aux gràces distribuées
reJr se fit ren Ire compte des hauts fai ts de
ceux qui arail'nl reçu dl!s armrs dï.1unneur, cc jour-là. J'étais sous-lieutenant depuis cinq
el il désigna un grand nomltrtl d'enlre eux ans cl Jcmi. et j'avais fa:t plusieurs campour la Légion d'lio111,eur, bien que plu~it&gt;urs pagnes. L'Empcreur, sur J;1 dcmanJe &lt;l11
de ceux-ci fussent reulrés da11s la rie ei,ilc. maréchal Augereau, me nomm:i lieulena11t;
M. de Narbonne, émigré rentré, ri,ait alurs mais je crus un moment qu'il allait me repaisiblement à Paris, rue Je Miromesnil, fuser ce grade, car, se souvenant qu'un Jiarbot
dans la maison voisine J e cd!e &lt;ru'hab:tail arait figuré comme aide de camp de Bernama mère. Or, le jour de la dislriLutiun des dotte dans la conspiration de ficnnrs, il fronça
croix, M. de Narbonne, appr,,na11L que son le sourcil, lorsque le maréchal lui parla pour
valet de pied, ancien solJat &lt;l'Égypte, renait moi, et me dit en me regardaJJl fixement:
d'être décoré, le fait l'Cnir, au moment &lt;le se cc E~t-ce rous qui? ... - Non, Sire! ce n'esl
metlre à table, et lui dit : c1 li n'est pas pas moi qui .. . ! lui répliquai-je virement. « convenable qu'un cheralicr de la Légion Oh! tu es le bon, toi ... celui de Gènes cl de
cc d'honneur donne des a,sitlltes; il l'est
Marengo, je te fais lieutenant. ... » L' EJ?pereur m'accorda aussi une place à l'Ecole
c1 encore moins qu'il quille sa décoration
militaire dtl Fonla:11t.f,leau, pour mon jeune
11 pour faire son service; asseyez-vous donc
frère Félix, et à dater de cc jour, il ne rr.e
1c auprès de moi, nous allons diner ensemble,
11

confoudit plus avec mon frère ainé, qui lui père, au maréchal qui m'a,·ait accueilli avec
souvent témoin des prouesses de celte femme
lut toujours très anlipatbiquc, bien qu'il tant de bienveillance; je n'hésitai pas cl
intrépide, étant devenu premier Consul, lui
n'cùl rien fait pour mériter sa haine.
déclarai que je partirais dans une heure. accorda une pension et la plaça auprès de
Les troupc5 du 7° corps n'étant p~s réunies Seulement, ce qui m'inquiétai!, c'était la
sa femme; mais la cour conrcnail peu à
dans des camps, la présence du maréchal crainte de ne pouvoir faire derechef trois
Mlle Sans-gêne; clic se sépara donc de
Augereau était fort peu utile à Brest; aussi ccnl ringt lieues à franc étrier, tant celle
Mme Bo111parte, qui, d'un commun accord,
obtint-il l'autorisation de passer le reste de manière de voyager est fatigante. Je pris cela céda à Mme Augereau, dont elle devint
l'été et de l'automne dans sa belle terre de la pendant l'habitude de m'arrêter deux heures
secrétaire et lectrice. La seconde dame placée
Houssaye, près Tournan, en Ilric. Je crois sur ,·ingt-quatre, et me jetais alors sur la
auprès de la maréchale était la vem·e du
même que !'Empereur préférait le savoir là paille dans l'écurie d'une maison de poste.
sculpteur .\.dam, qui, malgré ses quatrequ'au fond de la Bretagne, à la tête d'une
li faisait une chaleur affreuse; cependant vingts ans, était le boute-en-train du chàtcau.
nombreuse armée. Au surplus, les apprécia- j'allai à Bresletcn revins sans accident , ayant
La grosse joie et les mystifications élaicnt à
tions de .Napoléon, au sujet du peu de dé- ainsi fait dans le même mois six cent qual'ordre du jour à cette époque, el surtout à
1·ouPment du maréchal .\ugercau, n'étaient rante lieues à franc étrier! .. . Mais j'eus au
la Houssaye, dont le maitre n'était heureux
nullement fondées, cl pro, cnaiP.nt des menées moins la satisfaction d'apprendre au maréchal
que lorsqu'il voyait la gaieté animer ses
souterraines d'un général S....
que les généraux se borneraient à témoigner hotes et les jeunes gens de son état-major.
C'était un général de brigade employé au leur mépris à S....
Le maréchal rentra à Paris au moi de
7c corps. li avait beaucoup de moyens et une
Le général S .. , décons; déré, déserta en novembre. L'époque du couronnement de
ambition démesurér, mais il étai t -tellement Angleterre, s'y m1ria, bien qu'il fù t déjà !'Empereur approchai t, cl déjà le Pape, venu
décrié sous le rapport de la probité qu'aucun marié, fut condamné aux galères pour bigamie, pour le sacre, était aux Tuileries. Une foule
des officiers g&lt;5néraux ne frayait avec lui. Cc cl, après s'être él'adé el avoir erré vingt ans de magis trats et de députations des di,·crs
général, pi11ué de se voir ainsi repoussé par en Europe, il finit dans la misère.
dépa1·Lemcnts avaient été conYoqués dans la
ses camarade~, rt l'Oulant 'en rengcr, fit
.\. mon second retour de Brest, le bon capitale, 011 e Lroul'aient aus~i Lous les
parvenir à !'Empereur une Jeure où il dé- maréchal .\u gercau redoubla de mar,1ues colonels de l'armée, arec un détachement de
nonçait Lous les généraux du 7° corps, ainsi d'affection pour moi, et, pour m'en donner leurs régiments, auxquels !'Empereur disque le mar~chal, comme conspirant contre une nouvelle preuve, en me mettant en rap- tribua au Champ de Mars ces aigles devenues
l'Empire! Je dois à ~apoléon la justice de port direct arec !'Empereur, il me désigna au si célèbres! ... Paris, resplendis aat, étalait un
dire qu'il n'employa aucun moyen secret mois de septembre pour aller à Fontainebleau luxe jusqu'alors inconnu. La cour du nourcl
pour s'assurer de la rfrité, se bornant à faire chercher cl conduire au chàteau de la Hous- empereur de,,inL la plus brillante du monde ;
passer au maréchal .\.ugercau la lcllre de S.... saye ~apoléon, qui rint y passer vingt-quatre ce n'était partout que fêtes, bals el joyeuses
Le maréchal croyait être certain qu'il ne se heures, en compagnie de plusieur maréchaux. réunions.
passait rien de gram dans son armée; cepen- Cc fut en s'y promenantavec ces derniers que
Le couronnement eut lieu le 2 décembre.
dant, comme il savait que plusieurs généraux !'Empereur, les entretenant de ses projets et J'accompagnai le maréchal à celle cérémonie
el colonels lC'naieot des propos inconsidérés, de la manière donl il rnulait soutenir sa que je m'abstiendrai de décrire, car le récit
il résolut de faire cesser cet état de choses; dignité ainsi que la leur, fit présent à chacun en a élé fait dans plusieurs ounages. Quelques
mais craignant de compromettre des officiers d'eux de la somme nécessaire pour acquérir jours après, les maréchaux offrirent un bal à
auxquels il voulait larer la tèle, il préféra un hôtel à Paris. Le maréchal .\ ugereau acheta !'Empereur et à !'Impératrice. Vous sal'ez
leur faire porter ses paroles par un aide de celui de Rochechouart, situé rue de Grcnellc- qu'ils étaient dix-huit. Le maréchal Duroc, bien
camp, C't il voulut bien m'accorder sa con- Saint-Germain, el qui sert à présent au mi- qu'il ne fùt que préfet du palais, se jo:gnit à
fiance pour celte importante mission.
nistère de l'instruction publique. Cel bote! eux, cc qui portail à dix-neuf le nombre des
Je partis de la Houssaye au mois d'aoùt, est superbe; cependant le maréchal préférait payants, dont chacun l'ersa 25 000 francs
par une chaleur affreuse, fis à franc élricr le séjour de la lloussayP, où il tenait un fort pour les frais de la fèlc, qui coùla par conles cent soixante lieues qui séparen t ce chà- grand état de maison; car, ou Lrc ses aides de séquent 475 000 francs. Ce bal eut lieu dans
teau de la ville de llresl, et autant pour r1.,'- camp, qui y ,waient chacun un appartement, la grande salle de !'Opéra : on ne rit jamais
vcnir. Je n'étais resté que vingt-quatre heures le nombre des inrilés étai t toujours considé- rien d'aussi magnifique. Le général du génie
dans celle ville; aussi arrivai-je exténué de rable. On y jouissait d'une liberté complète, Samson en étai t l'orJonnaleur; les aides de
fatigue, car de Lous les métiers du monde, cl le maréchal lai~sail tout faire, pourvu que camp des maréchaux en furent les commisje ne crois pas qu'il en soit un plus pénible le bruit n'approchàt pas de l'aile du chàtcau saires chargés &lt;l'en faire les honneurs cl de
que de courir la poste à cheval.
occupé par Mme la maréchale.
distribuer les billets. Tout Paris voulait en
J'avais trouvé l'étal des choses beaucoup
Celle excellente femme, toujours malade, al'oir; aussi les aides de camp furent-ils asplus gra,·e que le maréchal ne l'arait pensé; riYait très retirée el parJissait rarement à saillis de lcllrcs et de demandes; je n'eus
il régnait en clfel une grande fcrmentalion table on au salon ; mais lorsqu'elle y venait, jamais au tant d'amis! Tout se passa dans
dans l'armé&lt;!. Les paroles doutj 'étais porteur loin de contraindre notre gaieté, elle se com- l'ordre le plus parfait, el !'Empereur parut
ayant calmé les esprits des généraux, presque plaisait à l'encourager. Elle a vail auprès satisfait.
Lous dévoués au maréchal, je retournai à la d'elle deux dames de compagnie fort extra1805. - Nous terminâmes au milieu des
lloussaye.
ordinaires. La première portail constamment fêtes l'année -1804, el commençâmes l'année
Je commençais à me remellre de la terrible des habits d'homme et était connue sous le J805, qui derail ètre fertile en si grands
fatigue que je venais d'éprouver, lorsque le nom de Sans-gêne. Elle était fille d'un des événements.
maréchal me dit un malin que les généraux chefs qui, en f 795, défendirent Lyon contre
Pour faire participer son armée à' l'allémulent chasser S... comme espion. Le ma- la Convention. EHc s'échappa aYCC son pè:-r: gresse générale, le maréchal Augereau jugea
réchal ajoute qu'il fdut absolument qu'il ils se déguisèrent Lous deux en soltlats, et co111'cnable de se rendre à Brest, malgré les
e~voie l'u n dtJ ses aides de camp, .il qu'il allèrent se réfugier dans les rangs du 9° ré- rigueurs de l'hiver, donnant des bals magnil'Jent me demander si je me sens en étal de giment de dragons, 011 ils prirent des sur- fiques el traitant successivement les officiers
recommencer celle course à fmnc éll'ier, qu'il noms de guerre et firent campagne. Mlle Sans- et même bon nombre de soldats. Dès les .
ne ~ •en donne pas l'ordre, s'en rapportant à gènc, qui joignait à la tournure et à la figure premiers jour5 du printemps, il revint à la
~01 pour décider si je le puis .... J'avoue que d'un homme un courage des plus mùles, Houssaye, en attendant le moment de la dess'il se fùt agi d'une récompense, même d'un reçut plusiem blessures, dont une à Casti- cente en Angleterre.
grade, j'aurais refusé la mission; mais il glione, 011 son régiment faisait partie de la
Celle expédition, qu'on traitait de cbiméétait question d'être utile il l'ami de mon division Augereau. Le général Uonapartc, riquC', fut cependant sur le point d'aboutir .
..., 2.11 ..-

�~ - 1f1STO'J{1.JI

--------------=---------------------------~

Une escadre anglaise de quinzc raisseaux
environ croisant sans cesse dans la Manche,
il devenait impossible de passer l'armée française en Angleterre sur des bateaux el péniches, qui eussent élé coulés par le moindre
choc de vaisseaux de haut bord ; mais l'Etnpereur pouvait disposer de soixante vaisseaux
de ligne, tant français qu'élrangers, dispersés
dans les porls de Brest, Lorient, Rochefort ,
le Ferrol et Cadix. Il s'agissait de les réunir
à l'improviste dans la Manche, d'y écraser
par des forces immenses la faible escadre
qu'y avaient les Anglais, et de se rendre ainsi
~aitres du passage, ne fùt-ce que pour trois
JOUI'S.

Pour obtenir ce résultat, !"Empereur prescrivit à l'amiral Villeneuve, commandant en
chef de toutes ces forces, de faire sortir
simultanément des ports de France et d'Espagne Lous les vaisseaux disponibles, cl de
se diriger, non sur Boulogne, mais sur la
Marlini,1ue, où il était certain qnc le, fl ollcs
anglaises le suivraient. Pendant qu'elles courraient aux .Anlillcs, Villcncuye devait quiller
ces îles ayant l'arril"ée des Anglais cl, rcrnnant par le nord de l'l~cosse, rentrer dans la
Manche par le haut de cc canal avec soixante
,·aisseaux, qui hallanl facilement les quinze
que les Anglais entretenaient devant Iloulogne,
eussent rendu Napoléon maitre du passage.
Les Anglais, en arrivant à la Martinique, cl
n'y trouvanl pas la flollc de Villencurn, eussent
tùtonné arnnt de commencer leurs mouvements, et perdu ainsi un Lemps précieux.
Une partie de cc beau projet fut exécutée.
Villenem·e sortit, non pas avec soixante, mais
arec trente el quelques navires. li gagna la
Martinique. Les .\nglais déroulés coururent
aux .\ntillcs, dont Villcncu1·c ,•enail de partir ;
mais l'amiral français, au lieu de revenir
par l'~cossc, se dirigea vers Cadix, afin d'y
prendre la llolle espagnole, comme si trente
naviœs ne suffisaient pas pour l"aiDere ou
éloigner les quinze vaisseaux des Anglai !. ..
Cc n'est pas encore tout.... ArriYé à Cadix,
Villeneuve perdit beaucoup de temps à faire
réparer ses navires; pendant ce temps, les
noues ennemies regagnèrent aussi l'Europe
et s'établirent en croisière dcl"ant Cadix;
cnlîn l'équinoxe vint rendre dinicilc la sortie
de cc port, oii Villeneuve se trouva bloqué.
Ainsi avorta l'habile combinaison de !'Empereur. Comprenant que les Anglais ne s'y laisseraient plus prendre, il renonça à ses projets d'imasion dans la Grandc-Ilrctagne, ou
les remit indéfiniment, pour reporter ses
regards vers le continent.
Mais avant de raconter les principaux él"énements de celle longue guerre el la part
que j'y pris, je dois vous faire connaître
un affreux malheur donl notre famille fut
frappée.
Mon frère Félix, entré à !'École militaire
de Fontainebleau, était un peu myope; aussi
avait-il hésité à prendre la carrière militaire;
néanmoins, une fois décidé, il trnvailla avec
une telle ardeur qu'il devint biemol sergentmajor, poste difficile à exercer dans une écolr.
Les élèves, fort espiègles, a,·aient pris rhaLi-

Lude d'enfouir sous les terres du remblai des
redoutes qu'ils construisaient, les outils qu'on
leur remeLtait pour leurs travaux. Le général
Bellavène, directeur de l'Lcole, homme très
sévère, ordonna que les outils fussent donnés
en compte aux sergents-majors, qui en del"iendraien t ainsi responsables.
Un jour qu'on était au travail, mon frère,
voyant un élève enterrer une pioche, lui fit
une observation à laquelle celui-ci répondit
fort grossièrement, ajoutant que dans quelques jours ils sortiraient de !'École, el qu'alors,
devenu l'égal de son ancien sergent-major, il
lui demanderait raison de sa réprimande. Mon
frère, indigné, dédara qu'il n'était pas nécessaire d'attendre si longtemps, cl, faute d'épées,
ils prirent des compas fixés au bout de bàlons. Jacqncminot, depuis lieutenant général,
fut le témoin de Félix. La mauvaise vue de
celui-ci lui donnait un désa,•antagc marqué;
il blessa cependant son ad,·crsaire, mais il
reçut un coup qui lui traversa le bras droit.
Ses camarades le pansèren Len secret. Malhcurcuscmcnt, les sous-officiers sont tenus de
porter l'arme dans la main droite, et la fatalité rnulul que l'Empcrcur, étant venu à Fontainebleau, fit manœmrer pendant plusieurs
heures sous un soleil brûlant. Mon malheureux frère, obligé de courü- sans cesse, en
ayant le bras droit constamment tendu sous
le poids d'un lourd fusil, fut accablé par la
chaleur, et sa blessure se rou1Tit!. .. Il aurait
dù se rclirer en prétextant quelque indisposition ; mais il était dorant !'Empereur, q11i
devait, à la fin de la séance, d:stribucr les
brcl"cts de sou -lieutenants, si ardemment
désirés !... 1"élix fil donc des efforts surhumains pour résister it la douleur ; mais enfin
ses forces s'épuisèrent, il tomba , on l'emporta mourant! ...
Le général Bellal"ène écrivit duremcnl à
ma mère : &lt;( Si vous rnulez voir votre fils,
accourez promptement, car il n'a plus que
quelques heures à ri He !. .. »· Ma mère en
l'ut plongée dans un désrspoir si affreux
qu'elle ne put aller à Fontainebleau, oü je
me rendis en poste sur-le-champ. A mon
arriréc, j'appris que mon frère n'existait
plus!. .. Le maréchal Augereau fut parfait
pour nous dans cette circonstance douloureuse, et !'Empereur envoya le maréchal du
palais Duroc faire un compliment de condoléance à ma mère.
Mais bientôt, un nouveau chagrin vint
assiéger son cœur ; j'allais èlrc forcé de m'éloigner d'cllr , car la guerre rnnail d'éclater
sur le continent ; rnici à quel sujet.
Au moment oü !'Empereur avait le plus
besoin d'ètre en paix arnc les puissances continentales, afin de pouvoir exécuter son projet
de descente en ~ngleterre, il réu.nit par un
simple décret l'Etat de Gènes à la France.
Cela servit merveilleusement les Anglais, qui
prolitèren l de cette décision pour elTraycr Lous
les peuples du continenl , auxquels ils représentèrent Napoléon comme aspirant à envahir
l'Europe entière. La Hussie et l'Autriche
nous déclarèrent la guerre, cl la Prusse, plus
circonspecte, s'y prépara sans se prononcer

Mi.M01~ES DU G'ÉN'É~.111. B.Jl~ON D'E .iJf.Jl~BOT - - ~

encore. L'l~mpereur avait prévu sans doute
ces hostilités, et le désir de les voir éclater
l'avait peut-ètre porté à s'emparer de l'État
de Gènes, car désespérant de voir Yilleneuvc
se rendre maitre pour quelques jours de la
Manche, par la réunion de toutes les flottes
de France et d'Espagne, il voulait qu'une
guerre continentale le déli1Tàt du ridicule
que son projet de descente, annoncé depuis
trois ans et jamais exécuté, aurait fini par
jeter sur ses armes, en montrant son impuissance ris-à-ris de l'Angleterre. La nournllc
coalition le Lira donc fort à propos d'une position fàcheusc.
Un séjour de trois ans dans les camps aYail
produit un excellent effet sur nos troupes :
jamais la France n'avait eu une armée aussi
instruite, aussi bien composée, au si aYide de
combals cl de gloire, et jamais général ne
réunit autant de puissance, autant de force
matérielles et morales, cl ne fut aus i habile
à les utiliser. Napoléon accepta donc la guerre
al"ec joie, tant il avait la certitude de rnincrc
ses ennemis et de faire servir leurs défauts 11
son affermissement sur le trône, car il connaissait l'cnthous.iasmc que la gloire a de tout
Lemps produit sur l'esprit chevaleresque des
Français.
CHAPITRE XX III
L'armée se dirige vers le Rhin. - Débul des hoslit ilés. - )1 ission auprès de Masséna. - Trafalgar.
- Jellachieh met bas les armes à Bregenz. - lluse
du colonel des housards de Illankenstein. - Son
1·ègimcnt nous échappe.

La grande armée que l'Empcm1r allait
mcllrc en mo111'emcnt contre l'Autriche tournait alors en q uclq uc sorte le dos à cet empire ainsi qu'à l'Europe, puisque les deux
çamps français, répartis sur les rivages de la
mer du ~ord , de la Manche el de !'Océan, faisaiènl face à l'Angleterre. En effet, la droite
du 1er corps, commandée par Bernadotte,
occupait le llanovrc; le 2•, aux ordres de
Marmont, se trouvait en Hollande; le 5•, sous
Davout, était à Bruges; les 4•, 5• el 6•, que
commandaient Soult, Lannes cl Ney, campaient
à Boulogne ou dnns les environs, enfin le 7c,
aux ordres d'Augcrcau , se trouvait il Urest tl
fonnai t l'extrême gauche.
Pour rompre ce long cordon de troupes el
en former une masse considérable destinée
à marcher sur l'Autriche, il fallait opérer un
immense changement de front en arrière.
Chaciue corps d'armée exécuta donc un demilour pour faire face à l'Allemagne, sur laquelle il se dirigea par le chemin le moins
long. L'aile droite devint ainsi la gauche, el
la gauche la droite.
On conçoit que pour se porler du llanoHc
ou de la Hollande sur le Danube, le 'I er et le
2• corps avaient beaucoup moins de trajet à
parcourir que ceux qui venaient de Iloulogne,
el que ceux-ci se troul'aient moins éloignés
que le corps d'Augercau, qui pour se rendre
de Brest aux frontières de Suisse, dans le
Haut-Rhin , devait traverser la France clans
toute sa largeur ; le trajet était de trois cents

Cliché \ïzzavona.
L'ENLÈVDlENT DU DLC o'E:-.GlllEN. -

Tableau de A .

LALA UZE.

Le 15 mars 1804, par ordi·e perso1111el de B011aparte, Lo11is-A11toi11e-He11ri de Bo11rbo11, dttc d'E11ghie11, est enlevé du château d'Ette11heim, sur te lerhtoire du grand-duché
de Bade. Il arrive te 2o mars au soir à Vincen11es, est juge attssitôt par ,me commission militaire, et f1'silli!, à 4 hertres du malin, dans les f ossés dit fort

�1f1ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
lieues. Les troupes furent deux mois en
roule. Elles voyageaient sur plusieurs colonnes.
Le maréchal Augereau, parli le dernier de
Brest, les deYança, et s'arrèlanl d'abord à
nennes, puis successiremenl à Alençon, Melun, Troyes cl Langres, il impccta les divers
régiments dont sa présence ranimait encore
l'ardeur. Le temps était upcrbe. Je passai
ces deux mois, courant sans cesse en calèche
de 11osle, pour aller d'une colonne à l'autre
transmettre aux généraux les ordre du
maréchal. Je pus m'arrêter deux fois à
Paris pour Yo:r ma mère. Nos équ ipages
al':1ienl pri les deranls; j'arnis un a~~ez
médiocre domcslique, mais !rois cxcl'llents
chrrnux.
[lcndanl que la grande armée se dirigeait
,·ers le Rhin el le Danube, les troupes françaises canlonnées dans la haulc Italie, sous le
romman&lt;lcmrnl de Masséna, se réunissaient
dans le ~lilanais, afin d'at1ar1ucr les .\u1rid1iens dan~ le pa) s ,·énilien.
Pour lransmellrc des ordrrs à )la~séna,
J"Empereur élail oLligé de foire pas er ses
aides de camp par la Suisse, restée neutre.
Or, il al'l'iva que pendant le séjour du maréchal .\u g-creau à Langres, un offit'ier d'ordonnance, porteur des dépêches dr ~apoléon, fut
renrersédc sa Yoilure el se cas a la cla,iculr.
Il se fil transporter chrz le maréchal .\ugereau, auquel il déclara qu'il élail dans l'impossibilité de remplir sa mission. Le maréchal, scnlanl combien il impo1'Lail que les
dépèches de l'Empcrcur arrira sent promptement en Italie, me chargea de les y porter,
en passant par Huningue, ot1 je dcYais lransmcllrc srs ordre pour l'établi~scmenl d"trn
pont ur le nhin. Celle mission me fit grand
plaisir, car j'allais ainsi faire un beau royage,
al'CC la ccrlilude de rrjoindrc le 7c corps a,·anl
qu'il fùl aux pri~es arec les Au trichiens. Je
gagnai rapidement Huningue cl B:üe, je me
rendis de là à Berne, à Happerschwyl, ot1 je
lais ai ma Yoiturc; puis je trarcrsai à chcral,
cl non sans danger. ](, monl Splügen , alors
prt'~q11c impral:cablt'. .l'rnlrai en Italie par

Chiawnna el joignis le maréchal Masséna auprès de Yéronc.
Mai~ je ne fi~ que toucher bal'l'e, car Masséna étail aussi impatient de me voir rcparlir
aYec sa réponse à !'Empereur, que je l'étais
moi-même de rejoindre le maréchal Augereau,
afin d'assister aux combats que son corps
d'armée allait liHer. Cependant, ma course
ne fut pas aussi 1·apidc, au rrlour. rtu'ellc
l'avait été en alla11l, parce qu'une neige fort
épaisse, tombée depuis peu, couvrait non seulement les montagnes, mais aussi les vallées
de la Suisse : il gelait très forl, les chcYaux
lomhaienl à c-haquc pas, cl cc ne ful qu'en
donnanl 600 francs que je trou,ai deux guide
1;ui roulnsscnl lra1wser le Splügeu a\'Cc moi.
Nous mimes plus de douze heures à faire cc
trajet, en marchant à p:ed dan la neige jusqu'aux genoux! Les guides furent même sur
le point de renoncer à aller en al'anl, assurant
qu'il J al'ail danger imminenl. )lai j"étais
jeune, hardi, el comprenant l'importance des
dépèchcs que !'Empereur allendait.
Je déclarai clone it mes deux guides que,
s'ils reculaient, je continuerai ma roule sans
eux. Chaque profession a son poinl d'honneur;
celui des guides consiste principalement à ne
jamais abandonner le royagcur qui s'esl confié
à eux. Les miens marchèrent donc, cl après
des effort vraiment extraordinaires, nous
arriràmcs à la grande auberge située au bas
du Splügen, au moment ot1 la nuit commenp il. Nous eus-ions infaill:blcmcnl péri i rllc
nou eùl surpris dans la montagne, car le sentier, à peine tracé, élail bordé de précipices
que la neige nous eÎll r mpèchés dcdistingur r.
J'étais harassé !... mais aprt•s 111 'èlre reposé,
cl a,·oir repri mes forces, je reparlis au point
du jour et gagnai Rappcrst h11)I, où jr rrlrourni une rnilmc cl des roules carro. aLb.
Le plus pénible du Yoyagc élail fait; aussi,
malgré la lll'ige cl un froid lrt• rif. je parvins
à fl:\le, cl puis à Huningue, Ot1 le 7° corps se
lroura réuni le 19 oclohre. Dl•s Ir lcnclemain,
il commença il passer 11• Hlrin sur un ponl &lt;le

bateaux jeté à cel clfel: car, bien qu'à une
petite demi-lieue de là il y rùt un ponl dr
pierre clans la ville de Dàlc, l'Emprreur aYail
ordonné au maréchal Augereau de respecter
la neutralité de la Suisse, neutralité que neul
ans plus lard les Suissrs riolfrcnl eux-mêmes,
en liYranl, ün 18H, rc pont aux ennemis de
la France.
Mc roilà donc faisanl la gurrre dercchel.
Nous étions en 180:î, année qui Yil s'ouYrir
pour moi une longue série de combats, dont
la durée fut de dix ans consécutifs, puisqu'elle
ne se termina que dix ans après, à Waterloo.
Quelques nombreuses qu'aicnl élé le guerres
dl' l'Empire, presque tous les militaires français ont joui d'une ou de plus;c11r3 anr.écs de
repos, soil parce qu'ils lcnaicnl garnison en
France, oil parce qu ïls se lrournienl en
Italie ou en Allemagne, lorsque nous n'arions
la ~uerre qu'en Espagne; mais, ainsi qucl'ous
all('Z le \·oir, il n'en fnl pas dr même pour
moi , qui, con tammenl enrnyé du nord au
midi cl du midi au nord, partout 011 l'on sr
ballait, ne pa sai pas une seule de cc dix
années san aller au feu, el !-.'los arro~er de
mon sang quelque contrée de l'Europe.
Je n'ai pas de raison de faire ici le r&lt;-ril
dL:laillé de la campagne de J80,3, donl j(' mr
hornerai 11 rappeler le faits principaux.
Les Russ9s, qui marchaient au secours de
l'.\utriche, élaienl encore fort loin, lorsqur le
feld-maréchal ~lack, à la tète de qualrl'-lingt
mille hommes, s'étant imprudemment arancé
en Barière, y l'ul battu par ~apolfon, clonl les
sa,·anles manœurre le contrai~nirenl :1 e
réfugier dans la place d'ulm, cl à mcllr&lt;' bas
!(,s armes arec la plus grande partie dr son
armér, dont det;x corps seulement écbappi·rrnl
au désastre. L'un, sou les ordres du prin('C
fl'l'dinan&lt;l , parrinl à gagner la Bohème: l'autre, commandé par le Yicux feld-maréC'hal
,lcllacbich, se jeta clans le Yorarlherg, ,·rrs l(•
la r clcConslance, 011 il s'appuyail à la neulralilé
suisse cl gardail les défilés de la forèl ;\oirc.
C'est à cc dernièrrs troupes que !c m:ll'l1chal
Augereau allail ètrc opposé.

(A sui11re. )

Le duc de Bourgogne
Après la mort du marquis de La Haie, Lué
à Minden, )1. le duc de Bourgogne, fils ainé
du Dauphin, àgé alors de douze ans cl se
mourant d'un mal inconnu, monlra beaucoup
de chagrin de celle mort. )1. de La llaic avait
été son gentilhomme &lt;le la manche cl celui
qu'il aimait le plus.
Celle place de 9e1itilhomme de la manclie
auprès du fils ainé de l'héritier présomptif'

n'était donnét' qu ·à des jeunes gens de la cour
disLingués par leur naissance el par leur
bonne répulation. Elle ful su pprimée après la
morl du duc de Ilourgogne; du moins on en
changea le titre; les menins de monseigneur
le Uauphin, depuis Louis X\' l, étaient la
mème chose.
M. le duc de Courgognc ajoula : C'est lui

qui est cause de mon mal, nuLis je lui avais
promis de n'en point pal'ler. Cc jeune prince,
questionné, raconta que, étant seul un jour
arec M. de La Haie, cc dernier arail \'Oulu le
placer sur un grand chernl de carton, cl
l'al'ail laissé tomber très lonrdemen t ; et
comme mon oncle ne vil aucun danger à une

GÉNÉRAL DE

~1ARBOT.

chute sans blessure, sans fracture, el dans
laquelle la tète n'avait point porté, il aYail
supplié le prince de n'en point parler. C'était
depuis cc temps que le prince souffrait el
dépérissail sans que les médecins connussent
la cause de son mal. li avait un abcès dans le
corps. Cc jeune princ&lt;: mourut. Il annonçait
un grand caractère, beaucoup d'esprit &lt;'l de
sensibilité. S'il eùl Yécu, Je malheureux
Louis XYI n'aurait poinl été roi, cc qui seul
cùl donné naturellement une autre direction
aux él'énemcnls.
Ainsi un joujou d'enfant, un eheral de carton, changea le destin de la France cl rC'lui
de l'Europe entière !...
MADAME DE

Ci EN u s.

LES FEMMES DU SECOND EMPIRE
♦

Une Pompadour impériale
Par Frédéric LOLIÉE.

La Comtesse de Castiglione.

n'avait, non plus que d'autres, le pririlège
cl 'égayer la vue, quand les arbres sont
+
dépouillés de l_eur parure el que la neige
couvre
les chemms. On arrirnil directement à
II
la porte du vestibule. Un domestique vêtu de
n Vous ai-je rappelé, m'écrivail celui qui a no!r ?uvrail _e~, al'ce quelque mystère, introle mieux connu dans tous ses détails la vie de dmsa1l les 11s1teurs au premier étarrc, où se
Mme de Castiglione, qu'un agent de police de tenait, de préférence, la comtesse ~cule ou
service près de l'empereur était ,·cnu trouwr ayanl son enfant qui jouait auprès d'elle, un
quelqu'un que je saii; pour assassiner le enfant de cinq années, son fils, doux cl beau
grand chef, cl que cet individu était en rap- comme une fille, arec des chereux hlonds
port avec la comtesse? Vous ai-je renl'oyé bouclés autour du front, ses bras cl ses épaules
l'écho lointain de ces paroles dans une conrer- nus, de grands yeux limpides el étonnés.
sation à deux :
Mme de Casliglione apparaissait froide
&lt;&lt; - Si je l'amis fait assassiner, qu'au- silencieuse, el n'échangeait que le néccssair~
riez-vous dil '!
des paroles. a porte était fermée à presque
c1 - f\icn... :'\on, je ne m'étonne de rien. Lous ses compatriotes de Turin. Elle ne l'oufüis cc n'cûl pas été par vengeance d'amour, \'rail qu'à de rares élran3ers, à des Français.
ni par intérèt. C'était donc une raison poli- La première impression éprouvée en sa prétique ... Laquelle?
sence ne pournil èlre r1ue d'admiration, mais
cc Oui, d'où venait la rupture entre Elle et
Lui'/ Déccplion? Fatigue? Ou quoi?
« li rrslc beaucoup à approfondir dans les
ténèbres de celle grande e.xislcnce si agitée.
Et, d'ailleurs, sait-on jamais la vérité de cc
que dit une femme, et une femme politique
surtout?
« Général EsrAXcm:1.
,, 20 mars 1904. 1&gt;
L~ comtesse de Casliglione avait pris le
parti momentané da se relirer à Turin, pour
s~ consacrer, disait-elle, à la première éducalton de son fils , auquel elle donnait, ~ans
bc_aucoup de tendresse apparenlc, mais a1·cc
som, des leçons d'anglais, de français, d'allemand, lan;;-ucs qu'elle parlait a,·ec autant de
facilité que l'idiome maternel.
Elle arail établi sa résidence, une villa
isolée, au-dessus de la ville, ayant drl'anl
elle et sous ses pieds un magnifique panorama, avec la longue chaine des Alpes à
l'horizon.
·
C'est là qu'en l'hirer de ·1860 était venu
s'~nnoncer chez elle, sur la présentation du
prmce_ de la 'l:our-d'.\urcrgne, un diplomate
français, llenr1 d'Idcrillc, qui a laissé un très
attachant récit de sa l'isile à la belle recluse.
_li ,fallai~ gravir !a cote assez r-oide, qui menait_ a la l'11la Gloria. Une grille de bois indiquait en arrivant l'entrée de celle demeure
mo_dest~ el u~1 pe_u triste. On y accédait par les
all_ees d un Jardm, d'aspect riant en la belle
saison, quand la nalure est en fè:e, mais qui

Cllcbt Braun.
(A\'OUR,

une admiration dénuée de chaleur et sans
élan. Son air de Yisagc était plus imposant
qu'aimable. On y voyait celle expression hautaine, que prennent souyenl les femmes

auxqucl.:es on a trop chanté l'hymne d'adoration plastique.
Le jeune diplomate al'ail sati ·fait son
regard à considérer la pureté, l'harmonie
parfaite de formes d'une créJlurc surprenante. Puis il était redescendu, le cœur Iranquille el le cerreau calme, dans la plaine,
arec son ami el collègue le bJron de Cbollcl,
qui l'avait accompagné. Une se.::ondc visilc,
puis une troisième se succédèrent. Son senlimenl ne s'était guère modifié. Il se rappelait
alors les jugements peu favorables qu'il al'ail
entendu porter, bien des fois, autour de lui,
sur celle femme singulière.
cc Elle est trop belle, disaicnl les mondaines, cl, fort heureusement, elle n'est que
belle. 1&gt; Elle e l profondément é••oïste. avaient
ajouté quelques-uns de ceux qui l'entouraient·
au milieu de ses plus éclalants triomphe~
parisiens, clic est capricieuse, incapable
d'éprouver une affection, et, al'CC ses miraculeux avantages, incapable aussi d'inspirer
un amour l'rai, une passion sérieuse. li s'en
fallait de peu qu'on ne lui dt!niàt toute rnlrur
d'esprit. IYiderille avait cnlendu ces généreuses appréciations. li étail retourné cin11 à
six fois à la rilla Gloria, sans arnir pu e
fonder une opinion personnelle el certaine.
11 arnit peine à croire, cepcndanl, r1uc sous
l'enreloppc de la dée c ne brillàt aucunement l'étincelle dirinc. L'exil rnlontaire
auquel paraissait s'èlrc condamnée celle clonl
l'app:irition à Paris cl à Londres arail eu
l'importance d'un événement, sa Yie retirée,
son élqigncmcnt systématique, les habitudes
mystérieuses dont elle commençait à pratir1ucr l'expérience intermitte11le, bien longtl'mps avanl. l'heure où elle s'y plonrrerail à
jamais, l'indiflërcnce absolue de ccll~ jeune
tète à l'é3ard des circonstances du dehors susceptibles de rompre et d'animer la monotonie
de ses jours : tout cela excitait étran,,.cmcnt sa
curiosité. Sans doute, elle &lt;lerait ~ecéler en
elle des ressources d'àme l'l d'intelliaence
ignorées du commun. Et, pour s'en eonrn~cre
il continua de monter la colline.
'
Il commençait à perdre l'espoir de pénélrcr
l'énigme, lorsque, après arnir arrèté le dessein de n'y plus songer, il se lrouva, certain
jour, sur le chemin de la Gloria. Le hasard
voulut qu'il se ,·il seul avec elle, sans témoin,
el cc fut une rérélation. Les lèl'rcs do Mme de
Castiglione s'étaient décidées à énoncer d'autres paroles que des mots de politesse el des

�_

1f1STO'J{1.Jl

formulrs de banalité. La conYersation prit 11n tont le mérite de celle créature séduisante,
lour intéressant. Ors pensérs originales jail- allaient presque jusqu'11 d:rc qn"clle était, au
lirent, déromranl une nalurP élevée, qu'il ne moral, insipide et insignifiante. En réalité, les
soupçonnait point, une largeur d'esprit, qu'il délicatesses de l'art lui étaient sensibles. Elle
justifia d'tme singulière perspicacité en matière
arait à peine, jusque-là, pressentie.
Qui donc la lui avait figurée à la fois si de politique; et si elle avait eu plus de resriche et si dénuée, en un mot si incomplète? sources à sa portée, plus de moyens à faire agir,
Il n'arail eu qu'à l'écouler pour reconnaître elle n'aurait pas laissé de doute sur les incliqu'elle avait sur beaucoup de femmes une nations de son caractère fort ambitieux.
Ce qui paraissait clair, indubitable, c'est la
supériorité de raison el de caractère, ne le
cédant en rien à la supériorité que chacune situation exceptionnelle dont elle s'était
était obligée de lui céder au physique. Cette emparée.
On n'avait pas oublié, dans cc monde d'inmélancolie qu'elle ressentait, ce dédain dont
trigue
el de coquetterie toujours sous les
elle ne se défcndai t pas assez à l'égard du
reste de l'humanité, lui venait de la déception armes, l'impression fulgurante qu'elle avait
produite, à son apparition. Quand elle y fit sa
trop prompte de ses songes ambitieux :
rentrée, ce fut avec un air de conquête aussi
&lt;! A peine ai-je traversé la vie, disait-elle,
sûr
de soi que par le passé.
el mon rote est déjà fini. »
Elle réreilla les critiques, au camp féminin.
Il s'en retourna, pensif et ré0échissant à
tout cc qu'il avait entendu. Le charme s'était On discutait à force les signes de son goùt,
produit. Les entrm•ues suivirent, plus prolon- qui n'était pas, en elfel, d'une distinction
gées. Elle se rendait confiante. Elle devenait irréprochable, et les audaces de sa coquellcrie,
expansive, presque; et il demeurait sous qui souffrait un alliage moins avantageux. de
l'impression d'une causerie pleine de nou- négligence méridionale el de singularité indiveauté. D'Idcvillc apprit bientôt une partie de viduelle. De ces coups d'épingle elle ne s'emsa vie; cl il s'aperçut qu'elle était sincèrement barrassait guère, mais en appelait du jugeheureuse d'avoir proche d'elle un confident ment des femmes au témoignage llatleur des
capable de la comprendre. Elle cl lui firent hommes. Sa personnelle op:nion n"élail~cllc
ensemble des promenades en barque; elle pàs fixée, du reste, et ·de façon à n'en i'cceroir
égrenait ses sournnirs au fil de l'eau et se aucune atteinte?
J'en trouve encore des rnarc1ues sur un
confiai l ·a vcc naï velé. Il ne put se défendre de
fixer sur le pap:cr la suite de ses impressions lirrc annoté de sa main et tout 0ll\'crl sous
el d'en donne1· lecture 11 celle qui les lui avait mes yeux. Je le vois clairement à ces rectifiinspirées. Alors, avec une ·sorte de can~cur cations cra)'Onnécs par elle, à ces répliques
orgueilleuse, elle avait ajou té ces lignes so1ùignécs comme de brèves réponses aux
appréciations dont elle était l'objet.
étranges à sa narration :
c1 Il y avait sur cc beau visage, prononce
« li Pad1·c etcrno non sapcva cosa si facern
quel giorno chc l'ha mcssa al mondo; ha l'auteur du livre, lectrice et compagne de
impasta ta lanto c tanlo, c quando l'ba avuto l'impératrice, une expression de hauleur, de
fatta, ha perso la tesla vcdcndo la sua mara- dureté... &gt;&gt;
Aussitôt d'effacer ces qualifications désoblivigliosaopera; e l'::. lasciata li, in un cinlo, senza
mclterla a posto . In lanlo, l'hanno chiamalo geantes et de mettre en leur place les mots :
da un altrà parte, e quando e lornâlo l'a fierté, douceur.
Et quand Mme Carelle ajoute: « Le charme
trovato fuori di posto. l&gt;
n'exisla-it
pas... » Erre111'! assure-t-clle,
« Le Père éternel ne savait quelle chose il
créait, le jour Oll il l'a mise au monde; il la sans plus de commentaires.
De vrai, les dames d'honneur et les habipétrit tant cl tant que, lorsqu'il l'eut laite, il
pcrdi( la tète en voyant son merveilleux tuées du palais partageaient les réserves de
ouvrage; il la laissa dans un coin, sans la met- leur someraine à l'endroit "de la comtesse et
tre à sa place. Puis, sur ces entrefaites, il fut lui en donnaient avis par des abstentions ou
appelé ailleurs, et lorsqu'il revint il ne la des froideurs, ou des omissions d'égards,
dont clic n'était pas la dernière à s'apercetrouva plus. l)
voir. Sur la première page annotée de son
Ceux qui n'étaient pas dans le secret des exemplaire des Souvenirs de la Cour, j'en
risées de Mme de Castiglione et qui ne sa raient saisis une indication furtive :
c1 Les demoiselles d'honneur, chargées de
rien du commerce de lettres qu'elle entretenait arec les diplomates étrangers, en met- faire le thé, écrit-elle en marge, ne m'en ont
tant à profil sa connaissance remarquable des pas offert, mais je me le fis servir par la prinprincipales langues de l'Europe, ceux qui cesse de la )loskowa. »
Si les dames de l'entourage impérial ne la
n'avaient aucun soupçon de son vrai rùle et
des desseins sur lesquels elle gardait une dis- comblaient pas d'effusions cordiales, elle
crétion absolue, ne jugeaient d'elle et de son n'était pas à leur égard plus prodigue de
esprit que sur les apparences. On n'avait compliments. D'occasion, pourtant, elle saqu'une appréciation superficielle de son i11tel- vait voir les agréments des autres femmes cl
ligence et de ses facultés. Sa conversation leur rendait justice avec d'autant moins d'héétait vil'e, légère, indulgente aux.Jiberlés de la sitation qu'elle n'aurait fait à aucune d'elles
galanterie; on s'y plaisait sans y chercher l'honneur de la considérer comme une rivale.
autre chose que ce plaisir. De certaines gens, Les louanges ne coùlaienl pas à sa supériorité.
qui restreignaient à ses perfections physiques Elle notait d'une approbation satisfaite, en

connaisseuse, IP détail r nl rcrn cl'nn hr~n
n'gard, d'une bourbe séduisantr, d'une joliP
rondeur d'épaule, d'une taille souple, d'une
ondoyante démarche. Elle avait la vision
prompte d'un trait gracieux du visage on
d'une valeur plastique et d'abord en consignait le souvenir dans un coin de sa mémoire,
ou parmi ses papiers, comme d'un point
acquis.
Ainsi, spectatrice de _l"accidenl de chasse
qui désarçonna dans les fourrés de Compiègne la fille du général Bertrand, Mme Hortense Tha~·er , el, plus tard, en retrouvant le
récit dans un chapitre des Souvenfrs de la
comtesse Stéphanie, elle a le bon cœur
d'ajouter au bord de la page une note significative en son laconisme : « Bras cassé...
belle jambe. )) N'est-il pas admirable, le derI)ier détail ainsi relevé comme chose de prix
par c1 la divinité )&gt; dont, tant de fois, des
artistes pleins de zèle comme elle était pleine
de complaisance, motùèrenl les bras, les
mains, la jambe!
De façon générale, clic ne se gènait pas de
dire qu'elle estimait faiblement la société, la
conversation, le caracti.·rc des femmes . Elle
ne les aimait, je crois, que dans son propre
-miroir. En la compagnie choisie des homnws
elle se senl:iit mille fois m:eux it · cause1·
•séricosemcnt 0 11 frivolement. D"amour elle
s'enlrctenait sans prudrric, ne Mtcstait pas
les 'pro·pos lestes, cl volontiers en louchai t le
sujet, aux instants de llirt ou, par occasion,
dans certaines lettres. Elle passait pour ètre
froide, comme le sont, d'ordinaire, les beautés
parfaites destinées à ra,·ir les l'eux. plutôt qn 'i1
partager les émotions des em. 1&lt;:llr n'estimai!
point, au reste, qu'il convint d'y attacher
tant d'importance. Sans doute, elle faisait sa
p:irt à ce mariage des efnu ws, à ce momenta1_1é de. l'électrisation amoureuse, qui n'est
pas une des pires choses de la vie. Encore
n'était-cc que passagère surprise, disait-elle.
A l'un de ses correspondants, dont les sournnirs insi,slaient sur !'autrefois, die ripostait,
dans une lettre si virn d'exprrssion qur je rn·
puis la citer tout entière :
• &lt;! Eh bien! il y a eu ceci, il y a eu cela
entre vous el moi .... Ce sont choses anciennes,
qui furent parce qu'elles araient leur raison
ô'ètre. Rencontre, accident. A quoi bon,
ensuite, remuer des cendres où le feu m·
couve plus? l&gt;
Les grands sentiments ne faisaient que
glisser _en son âme, hormis les ambitions, des
âmbitions à l'ide, qui la hantaient. S'entremettre d'alîaircs, correspondre sur la politique, au loin, donner un sens aux oracles dr l:i
diplomatie, entretenir, ne fùt-ce qu'en imagination, des projets extraordinaires, jouer un
rôle, même secret el mystérieux, dans la partie
internationale: combien plaisait davantage à sa
nature remuante une telle occupation d'esprit !
Elle s'y efforçait, se multipliait en visites,
échangeait des rapports, distribuait des nouvelles à la finance et continuait à brasser de
larges desseins.
Jusque dans r1uelle mesure Mme de Casti-

"---------------------

UNE Po.MP.llDOUR. 1.MP'ÉR,1.llLE ~

glio~e put-elle inllucncer Napoléon III, en qu'il ~ordait sa moustache d'un mouvement tin. Comme la voilure quiltait !"hôtel de la
mallère de politique étrangère? On ne saurait de doigts plus nerveux qu"à l'ordinaire. Au comtesse, il se vit assaillir par trois hommes
en fournir que des explications sommairPs et premier enlr'acte, il disparut, délaissant l'im- en armes. Le cocher enleva \'igoureusement
relalires. On est plus sûrement informé de pératrice aux yeux de la salle entière. Chacun ks chevaux, qui bondirent, rem•ersèrcnt un
l'empire qu'elle exerça sur son cœur et sur savait, le lend~main, qu'il avait été prendre des assaillants, rl purent cntrai'ner l'em•
ses ~en~. qui se dispersaient assez volontiers. des nom·ellcs d1rcctrs de la manière dont se pereur sans accident jusqu'aux. Tuileries.
Sur la fin de sa vie, elle protestait, par 1111 comportait la santé de la belle Florentine.
C_etle liaison, de quelque mystère que Nasc;upule d'âge bien légitime, qnc l'impéraL'empereur lui rendit d'autres visites à poleon feignit de l'entourer, n'était pas i"notrice, en se montrant jalouse d'elle, n'en avait Paris, des \'isites du soir en son logis retiré rée de la galcr:'e des courtisans. l)ifiëre~tes
point de juste motif. Sa très lidèlc "'0uver- de la rue de la Pompe, qui, arec sa double personnes, biPn placées pour l'Oir, foirrnaienl
nantc Luisa Corsi conta d'autn•s dé~ails à i~suc, son cs?1licr ~érobé, ses airs de mys- de n'ounir point les yeux et réroquaicnt la
l'oreille d'un journaliste connu, qui s'em- tere,. semblait amcnagé tout exprès pour chose en do:1le, par exemple, la comtesse
pressa de les répét&lt;?r en public. El du jour, favoriser les tendres entrevues.
Potocka, qui trè3 fort admirait le grmd cmou plutôt de la nuit, qui signala sa chute
Dnuccm?nt 0:l frappait ou son:iait. Un gui- pcreu r cl fort peu Napoléon Ill :

Cliché Giraudon.

lJ:-,E FÊTE AUX TVJLERIES. -

ou, son lrio:npbc, ~[me de Castiulionc
clic0
meme en mar4uait la date, sur le brouillon
de son testament, que nous a1·ons en main rt
Oll nous ,·oyons, de 1105 veux, écrite et soulignée d'une manière très· app.arente, la lirrne
0
OJ elle exigeait, ponr sa derniêre loilellc : La
chemise de nuit de Compiègne, batiste el
tlenlelle, 18;,, 7.
Les phasrs préliminaires de l'arcnture
~·étaient trabirs par des signes assez ostensibles.
Elle se tromait, depuis plus de del)x
se~aine~,. au chàteau de Compiègne. Un soir
qu on ara1t inscrit, au pro~rammc du théàtrc,
une représentation drs artistes de la ComédicFra11çaise, elle s'était fait excuser se disant
souffrante. On remarqua que da~s sa lo(l'e
l' empereur semblait distrait, ' préoccupé, 0 et'
1. -

HISTORIA. -

Fasc. 6.

Aq11arelle d'HE'1Rl RIR0'1. (Palais du Sénat.)

chet pratiqué dans b porte d'entrée ùurrait
arec précautio:i ... Qui ,·cnait là?.... Le cher
~cigncur. Un rais de lumière indiquait b
direction du boudoir. La causerie durait une
heure ou deux. Et le cérémonial de retour se
pratiquait à l'instar du cérémonial d"arrirée
Le chef de l'État ne se répandait pas en con:
lidenccs (quoiqu'il ne fût pas très discret en
matière de galanterie) sur le but de ces sorties extra-officielles. Bien q u'ÎI fù t to,ujou rs
accompagné, à distance, d'un agent secret,
chargé de reillcr sur sa personne, il s'exposa
ù de dangereuses péripéties et faillit, pour la
deuxième fois, èlre assassiné à la suite d'un
1:endcz-rons_ chez ~lmc de Castiglione. Il s'y
eta1l reudu 111cogmlo, dans son petit coupé,
sans domestique, conduit par son cocher de
confütncc, cl en sortait à trois heures du ma-

« Les médisants, écriva:1-clle .i la comtesse Sophi~ _Wodzicka, prétrndent que
Mme d_e Castiglione a eu besoin des eaux de
Plo1~ b1ères 1 ; moi, j'en doute, car il me
sem.,lc que le séducteur n'est p:is séduisant. )J
~ans do~tc~ mai~_ la couronne est un joyau
qui _cmbelht smguherement celui qui le porte.
Q~o1 qu'elle en_ dit, l'opinion générale était
faite sur ce pomt. A un bal costumé, chez la
d~chess~. de 13,a.ss~no, passaient des masques
tr_cs varies : _c cta1ent, p:irmi le~ hommes, des
G1llcs, des pierrots, des seigneurs d'antan et
des pho_L~graphcs du jour, ayan t eu, ceux-ci,
la fanta1s1c de porter aux épaules des images
de beaucoup de dames rasscmLlécs là. L'emp~reur' en domino, s'était attardé pour considcrer ces photographies. Il en arracha deux
l. Où se rendait l"Empcrcur.

'

�msTOR}.ll

----------------_.;..------------::,-------'----..

en disant de l'une, à l'effigie de la belle Italienne, avec une pointe d'humeur : &lt;&lt; Que
vient-elle fair&lt;' ici? » Et quelqu'un aurait
répondu : « Sire, puisque vous possédez
l'original, pourquoi voulez-vous la copie? l&gt;
tI,orsqu'elle s'installa rue de Castiglione, il
v fut aussi, de loin en loin. Dans cet entresol,
qu'occupent aujourd'hui les ateliers d"un couturier, on nous montrait le mécanisme de la
porle, montée sur pivot, cl qui, tournant sur
elle-même, dérobait la vue du personnage
entrant ou sortant. On a rapporté par erreur
que Napoléon fit des. apparitions, place Vendôme. Un document priYé nous apprend que
la comtesse y était Yenue trop tard pour cela,
!"empereur n'étant plus du monde quand elley transporta ses pénates.
&lt;&lt; C'est le 25 décembre 1876, témoigne
dans une leltre du 24août ·1900 M. H. D... , propriétaire de l'immeuLle, que Mme de Castiglione est entrée place Veudômc : elle avail
demandé de prendre possession de son appartement à minuit, po1.1r y venir comme le
11etit Jésus. 1&gt;
Les altaches de Mme de Castiglione avec
Napoléon étaient notoires. De ses amitiés et
relations diverses, il est assez difficile de parler avec toute la précision quïl y faudrait.
Sur les pages de son histoire intime, dïndiscrets anecdotiers griffonnèrent bien des arentures contestables. Caprices d'un soir, appels
mystérieux et sans rappris, curiosi tés de

femme très adulée et désirant, à son tour,
choisir .. . que sais-je? L'imagination est volontiers prêt&lt;'use sur le cas des galantes faiblesses. li l' eut des. accords notifiés, toutefois, dont la galerie était instruite.
Lord Hertford, l'un des plus grands seigneurs d'Angleterre, marquis, chevalier de
la Jarretière, riche fabuleusement et peu prodigue à l'ordinaire de senices ni d'argent,
avait passé dans sa vie. sans s'y :irrèter, renouvelant au réel la fable antique du
maitre des dieux se transl"ormanl en pluie
d'or pour charmer Danaé.
Il n'avait d'ailleurs, le noble lorJ, que la
gràce de ses millions. Mme de Castiglione ne
conservait aucun doute là-dessus ; je le vois
à la manière dont elle formulait, un jour, de
certaines notes intimes sur le personnage el
prenait plaisir à souligner de préférence les
détails les moins flatteurs du portrait, par
exemple, au physique, ce détail :
&lt;&lt; li a l'air sombre, presque sinistre: il
roule des Jeux furibonds, comme un tiran de
mélodi:ame. ll
Et cet autre, au moral : ·
t, Il a courtisé les femmes, mais cc n'est
pas une prem e d'amour. n
Aucune marque approbative à l"endroit où
il est dit :
&lt;&lt; Sa politesse esl exquise avec les formes
du grand seigneur. ,,
Mais, par une réminiscence légère cl non
(A

La duchesse du Maine

----Madame dn Maine n·est pas plus grande
qu "tin enfant de dix ans, et elle n'est pas
bien faite. Pour paraître bien, il faut qu'elle
tienne la bouche fermée; car qu and elle
r ouvre, rlle l'oune grandement et laisse
roir de vilaines dents mal rangées. Elle n'est
pas très grosse, porte beaucoup de fard, a de
beaux yeux, un teint 1,lanc, et des cheveux
blonds. Avec la bonté, elle pourrait passer;
mais sa méchanceté est insupportable. Elle a
beaucoup d'esprit et d'instruction, et sait
parler &lt;le Loutes ~orles de choses; cela attire
rhez elle les savants et les beaux esprits\
Elle flalle avec adresse les mécontents, et dit
du mal de mon flls lie Régent]; voilà tout
son secret pour se faire un parti. Son mari
l"aime ' beaucoup; elle se pique à son Lour
d'aimer beaucoup son époux ; mais je ne
YOudrais pas jurer sur cet amou r. Cc qu'il l'
de sûr, c'est qu'elle gouverne le duc du
Maine entièrement.
L'amant tenant de madame clu Maine,
c'est le cardinal de Polignac; elle a en oulrc
encore le premier président, et des jeunes

trop déplaisante, le crayon est très appuyé sur
celte allusion :
&lt;&lt; li étail fidèle à la devise de son ordre de
la. ,Jarretière : llonni soit qui mal y pense. n
Était-il plus senlimental l'homme d'affaires
et de plaisir qu'elle connut en 186'1, sous de
meilleurs aspects'! Dernns-nous révéler cc
détail ignoré qu"alors die fit une fugue passagère en Italie pou r s'installer à Turin avrc
Laffille1 Mais puisque nous l'aYOns dit, passons.
Des personnages encore sont en belle place
sur la liste de ses plus vives sympathies.
Avant el après la clmte de J"Empire, le duc
d'Aumale garda chez elle le ton et les procédés d'une familiarité tendre. Nous avons . pu
compter, au cbàleau de Baromesnil, bien des
reliq1.1iœ d'écriture, de dédicaces et de fleurs
commémoralives dédiées à la mémoire du
noble écrivain.
L'attachement &lt;le la comtesse au régime
napoléonien ne l'cmpèchait pas d'entretenir
des rapports de grande affection avec les
princes de la maison d'Orléans. J11squ'à la
fin, le duc de Chartres rcsla !"un de sPs
fidèles. Aussi le baron Alphonse de.Rothschild.
Enfin on pourrait avancer, sans El)'ltourir le
reproche d'une extrème indiscrétion , qu'un des
plus zélés serviteurs de la cause monarchiste,
M. Estancelin, eut de sa part des tçm9ignages
d"une amitié constante, et qui dura quarantecinq ans.
FRÉDÉRIC

s1âvre.)

gens. On accuse le cardinal d'avoir traraillé
à la rél'utalion des lellrcs de Filtz-Moritz,
quoiqu'il ait eu celle année [1718] un long
éclaircissement avec mon fils, cl qu'il lui ait
juré de ne rien entreprendre contre lui , malgré son amitié pour madame ~u Maine.
L'hiver dernier, le corole d'Albert, élant
ici, fit sa cour à madame du Maine : le cardinal de Polignac en devint jaloux, el les, suivit en masque au bal. A la me du tèle-à-tètc
de la dudwssc et du corole, il ne put y tenir,
et éclata : on apprit alors qu'il y arnit un
cardinal au bal masqué, ce qui a fait beaucoup rire.
Lors de son arrestation, madame du )laine
a manqué d'étoulfcr de colère; elle ne s'est
remise &lt;JUe peu à peu. On dit qu"elle est
maintenant calme cl qu'elle joue aux cartes
toute la journée. Quand le jeu est fini , la
colère la reprend ; elle lombe alors sur le
mari, les enfants et les domestiques, qui ne
savent à quel saint se vouer. Elle est d'une
violence Lerrible; on prétend qu'elle a somenl
ballu son mari.
Tant qu'elle réside à Dijon, elle joue le
rôle de Roland le Furieux : tantôt on ne la
traite pas avec les égards dus à son rang;
tantôt elle se plaint ,d"autre chose; elle ne
rnnl pas comprendre qu'elle est prisonnière,
et qu'elle a mérité encore pis. Elle s'était

LOLIÉE.

imaginé que lorsqu'elle serait arrirée à Chalon-sur-Saône, (llle jouirait de plus de liberté,
(ll n'aurait pour prison que la ville; mais dès
qu'elle a su &lt;1u'elle serait enfermée dans la
citadelle, comme à Dijon, elle n'a plus 1·oul11
parlir. Loin de se repentir de sa trahison,
elle croit aYOir fait quelque chose de beau.
Quelque triste que je sois, mon fils m'a
fait rire aux éclats, en racontant ce qu'on a
trouré dans les lettres de madame du Mainr,
saisies chez le cardinal de Polignac. Uans une
de ses lettres, celle personne bonnète cl yerlueuse écrit : &lt;1 Nous allons demain à la
campagne : j'arrangerai les appartement~ de
façon que votre chambre soit près de la
mienne. Tàchez de faire aussi bien que la
dernière fois, et nous nous rn donnerons à
cœur joie. ll
Madame la princesse sait bien que sa fille
a eu une inLrigue avec le cardinal, et clic a
fait son possible pour l'en détourner. A cel
effet, elle lui fait sarnir sous main que le
cardinal lui est infidèle, et qu'il lui préfère une
certaine Montauban. Mais cela ne sert à rien.
Le duc du Maine est informé de tout ; il a
écrit à sa sœur : &lt;&lt; Ce n'est pas en prison
qu'on devrait me mettre, mais en jaquette,
pour m'ètre ainsi laissé in!mer par le bout dn
nez. » li ne Yeul plus reYoir sa femme de sa
VIC.

DUCHESSE D'ORLÈA};S
( PRINCESSE PALATINE) .

AMOUREUSES
~

Sophie Monnier
Par Jean RICHEPIN • de l'Acad.e1111e
. j rançaise.
.
,O

P?u de lcmpg avant les fèlcs du sacre de naissancr
t"l , monslrneuse. A trois ans , ,·1 a 1a &lt;1 matamore ebouriffé qui vn1/ r11•n/p1• /0111
Louis .XYL M. de SainL-Jfauris, gomcrneur pc I c rero1e, cl son l'isage en reste ra l'arré &lt;&lt; le monde avant d"avoir dou;:,p an.~. »
du_ chal?au de .Joux, reçut au nombre de ses comn~e par un passage de foudre. Son enfan~e
Comment '·y prendre avec un tel écolier?
p~1sonnwrs Gabriel-Honoré Riquelli, rom le de est
IJJZarre.
· 11·
· Précocr &lt;'n tot1l , pu·s
1 sammenl ~n~ telle exuhér·ance n'esl-ellr pas à craindrc1
,11rabea11.
~Hf' igC'nl. _1ra1·aillr ur à sa manière, curieux , l ,llls, que peul-on espérer d'un orrrucil qui
C'i'•Lail~ un jeune homme de vinrrt-six
ans~'
a_ntasque, il ne ressemble à personne cl sol r~ accepte aucune réprimandr? Oeu~ caract,
reno'.'°mc pour sa mauraise tête, son esprit P;re ne sait ~uc penser de Celle na lu,:c. T; 1~- teres de fer sr heurtent là' rt le père, ne
hromllon, ~es galanteries, ses aventures de lol
'
"?niant pas céder, se déeide à rmployer la
J le· marquis ne voit dans· ·son r·1
l s qu une
Lou tes sortes, et qui araiL déjà tâlé de la pri- C1m1ll~ mboleuse el crol/ee qui ne s
r1gur11r. ~n met le drôle en pension sous le
s.on _au f~rt de Ré et au chùlcau d'if. On !lechenillera jamais, et lantôl il écril ceci ~ nom de Pierre Buffière, le mar4uis crai,,nant
1enferma1l sur l'ordre de son père
1■iïiiiiïiiiiiiiiiiiiiiiiiii~;;;;;;;;;;;;;;;~:::===------- d~s sottises c1ui déshonorent son ~10m.
Ir marquis de Mirabeau.
'
~,erre Buffière ne change poinl. TouSingulière famille, d"ailleurs, dont
Jours la mème violence de naturr le
lt'S me'.nlirc~. laissaient de père en fils
même ~xcès de_vitalité. Certes, il 'apune ~epulalron tapag.cusr. Depuis le
prend. il travaille : il sait le !!Tee
Ir
0
1~lm,
. l' anglais, l'allemand,
.
'
xm" siècle, qu'ils s'étaient établis en
l'italien,
P1:ovcnce, venant d1Lalic, ils fournis1~spagnol, les matb{matiques, lrs
saie~l à l'hist~ire ou à la légende un
s~1enccs _naturelles, Je dessin, la muor1gmal
au moins par brrénération .
s.1que_; il monte à chernl cl fait dt'
'
CeSl ~n d'eux , Jean, premier consul
l ~scr1me comme pas un ; e'cst /1 la
~l' Marseille, qui répond, au xn" siècle,
fois un sa~anl et un crentilhommc.
a un érèq ue :
oui , mais le caractère? Ah! Je caraclèr~
- Jr suis marchand de police
reste le mê1~c, infernal. Et ce n'est
co,m_mc monsieur csL marchand d'eau
pas sans raison qu e le bailli appelle
bcnite.
son nereu le comle de /a Boui·msque.
Honoré Ill, renommé pour sa. saMdlon:-le au régime militaire, nous
gesse, avait v~ulu ~ba~ser à cou ps de
verrons bien ! A peine arri,·é au réo-icanne _les robins d une assemblée nomcnt du '!1arquis de Lambert, Bu mtre
ble. Sr les sages étaient aussi fous,
pe~d au Jeu quarante louis. li a dixsongez à cc qu e pou,·aient êlre les
h_u,L ans. Le marquis, avare, rst fua~Lres. L"aïeul de GaLriel, Jean-A nrie~x' et parle déjà de prison. Mais
lome, fut Lellemcnt tailladé de blesBuffi~re ~·~ pas ~~i. Sol_dat en Lemps
sures, Cfll Ïl semblait fait de pièces el
de paa , 101la qm I ennmc ! li prend la
de morceaux, ayant une sorte de carmaitressr de son co!onel, et file avec
can ~·argent pour soutenir sa Lêlc. En
sa conquète. On le rattrape. li résiste .
c~l elal, il troure moyen de se faire
P?ur un peu il se ballrait awc le ma~
auner. C'est lui &lt;1ui, présenté à la
rechal de camp lui-ml\mc. Celte fois
C?'.'~ p~r \'cndorne, comme le roi le
· le marquis n'hésite plus, et lluflièr;
fehc1ta1l ~e s~s blessures, répondait :
commence l'apprenlissage de la prison
- Om, Srrc, si, quillant les draau forl de lïle de Ré.
praux , j"éL~is -~·cnu à la cour payer
Mais cc ~ou a _tant dP qualités qu·o~
quelque calin, J aurais eu plus d 'arnnne peul _I lll lemr 1011,;temps rigueur.
ccment el moins de hlessures.
~n 1~ rr lachr donc. 1111 reste, cria doil
lie ce Jean-Antoine, surnommé Jr
1a~'01r u1~ peu morigéné. Ah bien!
brave Provenral, étaient_ nés deux
oui. .\ pernr libre, il a nn duel. Mai ~
aulr~s originaux, le marqtiis \'iclor
le;duel Pst l'ile oublié. Car rnici notre
m~n~aque d'économie politique et
hcros en Corsr, où il se hat a\'CC l'enCliché Giraudon.
~ai)li qu( disait que la mauvai;e tête
nemi P?ur le coup. Quoi, ce "hrouilcla,t le_srgne de légilimilé de la maiT IIERESE
' • . R1CHARIJ t&gt;E RUFFEY' •\IARQu1s~~ l •E.. .n'1O~:srIER.
.''l ARIElon, _ce Joueur·, cc libertin, il est Lon
, ~
•
son de Mirabe:iu. L'un était le père 1 o, tra,t grnl'e par DELIGNON, d'ap,·ès 8,oRE I.. (CaNnet des F,stampes.) o_ffic1cr1 Non pas bon; mais excellent.
et .l'aut re l'oneJe &lt;lu Jeune
·
prisonnier
comme en loul extraordinaire.
'
qui en~rait au château de Joux.
. Et nr croyez pas quïl s'amendc pour
, Celu1~ci élait bien un vrai ~firabeau, cl il . (I C'est '.111 cmur haut sous la jaquette d'un qela. ~a guerre n'empèche pas l'amour.Au ..
resumart lo~Le _la ~amille dès sa jeunesse.
&lt;1 bar:1 brn. Cela a un étrange ins Linct d.or- co~LraJre. _Sa gro~se Lèteboursoufl ée et coti tu rée
'Q~elle _h,slorre ri a déjà, pour un hommè « gue1l, nolilc pourtant. l&gt;
a. ~e ne sais qu01 qui plait a.ux femmes. Cette
de vrngl-sn ans !
En résumé, il ne lrouve rien de mieux
la1_deur est belle. Ce n'est pas la tête du prc11 l'Îent au monde arec une Lête énorme
pour le traduire au ph1sique el au moral' 111'.er venu, cette caboche-là! Et il. y aura ccret drux mola·.
, C' est presque une' que celle phrase : « C'est un e1~1btyo,t d; ta.mcment sur cc l'i,agc p_lus de baiser; que
' nes t·01.mecs.

1;

0

�r --

1f1STOR..1.Jl

S OP1ffE

s'anéantiront dans sa puissante passion pour
tic trous &lt;le petite 1·érolc. Comme dit son non. Il a déjà tant aimé de femmes qu'il
opbic.
n'est
jamais
bien
sûr
d'aimer
encore.
Mais
il
oncle :
Tel csl l'homme qui arrire en 1776 comme
a
si
peu
aimé
celles
qu'il
a
eues,
qu'il
a
tou&lt;( Le 1·omanesque pa1'{11me ce vaurien dn
prisonnier
au château de Joux.
jours une place vide dans le cœur. Le résul« haut en bas. ,,
Si
&lt;lan3creu~
qu'il fùt œpendanl, c'était
Vaurien, si l'on l'eut, toujours est-il qu'il tat de cette mission est consigné ainsi dans
après
tout
un
g('ntilhomme,
cl ~I. de Sainlfaut compter avec lui. Le marquis se rend à une lettre du marquis au bailli :
Mauris le traita comme tel. Au moment des
«
L'incruslé
museau
&lt;le
mon
fils,
al'CC
l'él'idenre. li Ya essayer de reconquérir son
fètes du sacre, le gou,·crncu r du chàteau de
gredin de fils. Il y a trop de tentations mau- • toutes ses grâces tant naturelles qu'acquises, .Joux pensa qu'il étai t bienséant d'inviter son
1·aises dan~ le métier militaire. Fai ons du " a trouYé à se faire accepter , désirer , cl
prisonnier à manifester son enthousiasme
remuant officier un agriculteur. Yous croyez &lt;&lt; enfin rechercher en mariage. &gt;&gt;
pour le nouyeau roi. C'était &lt;l'ailleurs unr
Et
le
29
juin
177'1,
le
comte
de
la
13ourpeut-ètre &lt;1ue Buffière ,·a refuser. Mais alors
excellente recrue pour la pamrc cl peu nomr:isquc
est
marié.
l'Ous ne connaissez pas notre hommr. Toute
füriagc manqué d'avance! Émilie c Lune breuse noblesse des environs, qui se réunischose où il y a à apprendre l'intéresse. Il se
sait dans la petite l'illc de Pontarlier. Une
met à l'agriculture, aux terres, à l'économie petite fille, ce que le marquis appelle un joli
seule
maison tenait là quelque rang, cl c'c l
caraclèl-e. Qu·:i de commun cc joli caractrrc
rurale.
chez rcs grns, amis du goul'erneur, que fut
aYcc
le
rrjrton
des
~lirabeau?
Pourra-t-il
(( Je suis étonné cl effrayé, dit ~on père, de
~·accou tumer des turbulences de ce gaspil- d'abord présenté Mirabeau . M. de Sainl(c la quantité de besogne qu'il peul faire. »
Mauris ne se doutait guère qu'il fournis ait
leur ?
Et l'oilà le marquis content.
ainsi
il Mirabeau l'occasion d'ètre aimé cl à
Un fils leur nait. C'est un bien; mai~
(C Continue, ajoute le bailli , continue à
son amante de dcYcnir immortelle.
n'est-ce
pas
au~si
une
chaine?
Puis,
l'argent
« prendre en gré li. le comte de la BourCelle mai on étai t celle de Claude-François,
« rasque, que tu app1•llcs arec raison 1"Wlis leur manque. Les parents d'Émilie, irrités, marquis de Monnier, ancien premier président
ne donnent rien. L'économiste, dc,·enu grand&lt;&lt; indigestaque moles; ainsi tu le déshousarpèrc, économise. Le ménage n'a pas le sou. &lt;le la Chambre des comptes de Dole. Cc srp&lt;&lt; dcras. »
tuagénaire, al'arc el déYol, avait épousé une
Enfin lt• marquis croit son fils digne de Dettes sur dettes. Toul le monde est furieux jeune fille de dix-huit ans, )tarie-Thérèse
contre
cet
accapareur
de
femmes.
Lui,
s'en
lui, cl le mène à la cour. Quelle figure l'a-t-il
Richard de Ruffey, fille d'un président à la
y faire? Pourquoi le marquis, lui qui n'a moque. füi le père ne rit point. Il intrigue Chambre &lt;les comptes de Bourgogne. \'oilà
jamais \'Oulu s'enversailler, cmersaillc-t-il contre son fils. Lrs catastrophes pleurent sur
les drux jeunes époux, qu'on interdit d'abord celle qui allait être la fameuse ophic.
son fils?
Certes, jamais deux èlres ne se trou1·èrcnt
cl
qu'on exile ensuite, par ordre royal, à
« C'est, dit-il, qu'il est_bùti d'une autre araussi
naturellement dispo és à s'aimer.
Manosque. Cependant le pendard est tèlu, cl
&lt;&lt; gilc que moi; que tant que je l'ai ,·u à gauche,
Mirabeau,
nous l'al'ons dit, bien qu'il fùl
les obstaclrs qu ·on lui oppose l'auraient sans
&lt;t je l'ai caché: sitôt que je le trourc à droite,
dan
toute
la
rigueur d'une robuste jeunes e,
doute attaché à ÉmiEe. Mais patatras ! Voici
&lt;&lt; il a son droit ; qu'au reste, comme depuis
commençait
à
se sentir las des passions
«cinq cents ans on a toujour souffert de lli- qu'Émilie aussi fait obstacle. llegrettant peul- rapides, des arcntu rcs galantes. li éproul'ail
èlre
son
mariage
de
folie,
clic
reçoit
des
lellrrs
&lt;&lt; ra beau qui n'ont jamai été faits comme les
cc besoin que tout homme un peu bien doué
« autres, on ouffrira encore celui-ci, qui, je le d'un ancien soupiran t. Le mari lrourc ces éprou1e, au moins une fois dan sa l'ic,
lettres, s'emporte, rugit ; et il a beau pardon&lt;&lt; promets, ne descendra pas le nom. »
d'aimer {lbrnlumenl cl de se donner corps cl
Uécidémcnt, le père est bien rercnu sur le ner ensuite, tout charme est rompu. ~lariagc
àmc à une affection profonde. Puis les malfini!
Mirabeau
s'ennuie
de
souffrir
pour
une
compte de son fils. Les débuts de celui-ri il
heurs, l'étude, la prison, l'avaient singula cour répondent à celle bonnr opinion. Le femme qui n·en Yaul pas la peine, el la plante lièrement mùri. Il était maintenant capable
bailli demandant à son père des noU1·ellcs de là pour tàchcr de recommencer autre cho r. de g0tilcr cc charme puissant de l'amour
l)u coup, le ,·oirn seul contre tous. Gare la
celle présentation, le marquis lui répond :
complet., qui ju 11u'alors lui arai l échappé au
« li étonne ceux-là mèmc qui y ont rôti le prcmillre prise qu'il donnera. On en profitera. milieu des i,,rcsses facile . li était prêt pou r
li
a
quitté
son
lieu
d'exil,
il
est
en
contraven&lt;&lt; balai. Ils le trourcnl, tous, fou comme un
tion. Mais sans doute il saura se cacher. c une grande pas ion.
&lt;&lt; jeune braque. )lme de Durfort dit qu'il dt'Quant à la marquise, clic était. prèle à
cacher!
An lieu de cela, il arrire à Gras e,
« monterait la dignité de toutes les cours
n'importe
quel amour, clic qui n'en arait
« née cl à naitre. Mais ils /1·om•enl qu'il a entend un baron de \ïllencure de )lohans qui encore jamais senti aucun. Enfant cl fillcllc,
insulte sa sœur, prornquc l'in oient, le bà&lt;&lt; plus 1l'csp1·il qu'eu.r tous. ce qui n'est pas
lonnc pour l'obliger 11 se battre, et ne réussit clic al'ait l'écu dans l'ennui, entre un père
&lt;c habile de sa p(lr/. »
qu'à
se faire mèllrc en pri on sur la plainte rigide, étroit, sec, et. une mère mesquineHélas ! le marquis ne devait pas ètrc longment dél'Olc. Ces deux ricillards n'a raient
temps dans cet étal satisfait, au sujet de son de cc htehe.
jamais
eu qu'une idée,. qui les peint : marier
Ah! ah l il est donc pris, le barbouilleur,
fils. Laissé seul à la cour, le jeune braque ~leur fille à un rieillard. Une première l'ois,
le
maul'ais
sujet,
le
larron
de
femmes,
l'rpoufait des siennes : il prend les maitresses de
clic avait été fiancée à M. de Buffon, le natuceux-ci, les femme de ceux-là; il s'arroge le rantail de la cour! Eh bien! profitons-en,
raliste, qui arail, il est vrai , beaucoup &lt;le
droit du franc-parler ; il gène. Et le père pense le marquis. Supplique au roi, demande
gloire,
mais qui avait encore plus d'années.
de chùtimcnl, lettre de cachet! Enfin tout le
irrité retombe dans sa mauvai c opinion.
M
onsieur
et mada111c &lt;le lluflcy ne s'étaient
monde est sati~fait : le comte Gabriel-Honoré
,1 C'est, dit-il, tm barbouilleur, un gaspas tenus pour battus. Un I ieilbrd perdu,
lliquclli
de
Mirabeau
est,
sur
l'ordre
de
son
« pilleur, lïnrlecence et la garr11la11ce ltabildix de rclrourés. lis fixèrent leur choix sur
(( fées. qui rebuteraient trente mentors. » père, solidement interné au château d' if, le
le marquis de Monnier, el se rallrapèrenl du
Il manquait une bonne folie à tous ces 25 décembre 1774.
Là, il se repose de tant d'aventures. li temps dépensé au près &lt;lu premier fiancé, m
excès de jeunesse. Le drôle ne la manqua pas.
prenant le second un peu plus l'ieux encore.
Enrnyé en mission par son père, il trourc oublie sa femme, son fils, son père, tous les
Quelle rie pour la jeune marquise! Cet
liens
qui
l'entraYcnt,
cl
se
met
à
trarailler.
chez le marquis de Marignan sa fille unique,
homme 1·icux, sermonnant à propos de toul,
Il
sent
qu'il
c
L
temps
de
s'armer
contre
ses
Émilie de Lornt, âgée de dix-huit ans, et une
avare jusqu'au ridicule, se mêlant du médes plus riches héritières du royaume. Toute ennemis, el il prépare la seconde période de
nage, aurait été désagréable comme père. A
une cour assiège la jeune fille. Ces gens-là sa rie, celle qui portera les fruits promis par
plus forte rai on, l'était-il comme mari. Le
sont beaux , sages, jouissant &lt;l'une bonne toutes ces Oeurs bizarres el prodigieuses,
soir, la seule distraction de la paurrc petite
celle
où
le
rnlcan
qui
bouillonne
dans
sa
tète
renommée. Ne serait-il pas amusant de leur
était la lecture à haute voix pour récréer
éclatera
soudainement
el
fera
du
l,rouillon
le
souffler cc parti1 Quelle bonne farce! Gabri el
Monsieur, ou bien une silencieuse parlic dt:
a Yingt-trois ans. Aimc-t-il Émilie? Oui el grand tribun, celle où les amours passagères
"" 16o ...

.MONN1E'R_

- --.

w_bisl arrc '.llll'ltp~c• holJcreau du vo1s11wgc.
On sait quelle est la l'Olonlé &lt;le celle tète d
0
Uam~u_r, ncanl ! ~on 11u'el1c n'excilàt pa des ~cr. ~ongez s'il aimait, puisque sa l'Olont1 beau le rnlontairc à plier, Mirabeau l'or"ucilleux à demander pardon !
conrot~tses a~lour d'elle, dans la société du 1ut
JI rerint à sa pr1·son , Pour re,.c. l'arncuc.
•
liais il est trop lard main tenant cl tous
nrnquis ! liais quelles '! Des en,·ies de rieil- ntr pres de Sophie.
ces
sacrifices sont inu tilc~.
'
lards, c~r tout le monde était ,·ieux dans
Eh! à_ quoi _bon lutter contre soi-mème '!
Le
marquis
de
Jlonnicr,
qui
arnit
redemandé
celle maison. ~/. de S.1int-Jlauris était le plus Pourquoi se rpfuscr au honhcur'l Q li 1· 1·
d f . I'
. ue c o 1c sa _femme cl qui aYaiL promis &lt;le la bien
galant, l',l Mi:abca_u dira de lui plus tard :
c mr, a_mour, quand il s'offre! Les l'Oilà Irai.ter, abuse de la situation pour faire le
« Il n avait gucrc r1uc quarante-cinq ans ~one rcums. Osera-L-il cnpn '? Oui' cl quand
maitre cl pour persécuter.
&lt;&lt; &lt;le plus que moi. »
,I o~e,. O)ez sùr_que celu1-là sait parler. La
D'autre part, la femme de Mirabeau ne
Ains_i se passait le temps pour la jeune ~~1q_u1sc fut SICnne; cl maintenant elle
marqm~~ : lct_trcs édifiantes de sa mère, n. ~ta_,t plus la marquise de Monnier, clin l'CUL pas entendre parler de récc,ncilialion,
cours d econom1e domestique au point de rue n cta1L plus non plus Marie-Thérèse de Ruffey. non plus que le marquis économiste, qui
semble prendre à tilchc de pousser son His
des, ?outs de chandelle, exercices de dél'Otion elle était "ophic.
' à bout, en lui refusant tout secours ponr
pu_cr1le, comersalions ennuyeuses, lectures du
Mais le mari septuagénaire! mais les "alants
me~e genre; pour tout horizon, le mort du cacochym~s !.mais les de Ruffey! Tou~ celle r~ntrer dans la bonne voie. Sur l'ordre de ce
~h~st ; ,pour toute consolation, Je papotage gent proYtnciale, mesquine, dé,·ote ! .\ h ! le pc_rc harb~re, Mirabeau est traqué d'asile en
as_ilc. A DiJon , où il est allé relrou rcr Sophie
sem(c d un ~alant cacochyme.
beau sabbat 9uc cela fai t! Il y aura du bruit ~1~11 ~ le ~clou.r de celle-ci à Pontarlier, il a
Lacher Mirabeau dans cc milieu, c'était fata- dan Pontarhcr.
cl? signale cl n a éc~appéquc par une prompte
lement pousser les deux jeunes o-ens
dans les
0
. Yoilà M. de Saint-Mauris qui refuse Loule fmtc. Mme de fiulley, la mèt·c Je Sophie, est
bras l'un de l'autre.
liberté au ~risonnicr. Doublez les gardes! Plus
La_ ~arquisc de ~lonnicr était belle, douce de_ conccss10ns ! Assez de prison pour rire! La en cela a~s i c,ruclle que le père de ~lira beau;
cl 5ptrttuellc. Son visage porlc bien ces trois pr1_son pour de bon. Et l'OUS, madame la mar- rll? ne i:01 l qu un remède à tout, c'e l l'arrescaractères. L'œil e~l grand, trè ourcrl, très &lt;1u1sc, oyez les sermons du rici1lard oulra"é cl ta,lton immédiate du séducteur. Elle le
denonce.
_fr~nc cl très bon. Peut-ètrc mème donnerait- les reproche~, cl les insul tes, et lisez les leU.res
Que faire? ~ •y aYait-il pas de quoi jeter le
il a ~a ph_ysionomic une ex pression presque de madame l'ex-présidente à la Chambre des
manche
après la cognée? C'est ce que fait le
bonasse, s1 le nez et la bouche IIC rachetaient comptes de Bourgogne. Ah! rous aricz le
~~lhcu~cux
poursui ri. Espérant par celle der~ lie trop gran~c douceur, l'un par sa courbe cœur ~t: ~ous ennuyer en compagnie de ce
nier~ dl:march_c désarmer ses implacables CJ1a la roxelane, 1autre par e coins lr"èremcn t
n'.ar~~1s s1 con:·cnablr ! Ah! le whist ne l'Ous
retroussés. Il y a dans tout cc bas d~ la face rccrca1t ~as suffi am ment! Ah! les fadeurs de ncm1s, d se lrl're de lui-mèmc au magistrat
une orle d'ironie, de malice, qui heurcu- )I; _de Samt-~Jauris ne satisfaisaient pas ,·os qu~ Jlmc de nuffey arait chargé de son arrc~~cmcnt ne Ya pas jusqu'à la méchanceté. dcs1rs amo~reux ! Eh bien! plus de whist, plus ta!Jon, au comte de Change,•.
!lcureuscmenl, ce comte· de Changey n'est
Somm_c Ioule, c·e ~ bien une beauté gauloise, de ~alanter1e,_ plus de société! On vous fera
poml
~n t~écbanL homme. Les malheurs de
fr~nça1sc, ~rcc ce JC ne sais quoi mutin cl la VIC_ dure. \ ous serez grilk~. Bartholo l'Ous
son
pr1son111er,
ses aventures, son éloquence,
ra1!lcur 4m rend nos· femmes si piquantrs. su~re1llc. Vous rentrerez dans le devoir, de
son
amour'
le
touchent.
Il le di suadc de se
qu une telle femme soit capable d'un amour re ou dcfo~cc. 9uanlà rotrc coquin d'amanl,
l'IOlent cl profond, c'est cc qui éionnc birn ,l cc_ 1,11au~a1s SUJet sans vergogne, au Yaurien soumellrc aussi bénérolement à ses persécu&lt;les gens_, mais c'est aus i cc qui fait le marie q~1 trompe sa femme pour l'Ous et teurs_, qui _ne lui en sauront aucun gré.
Il_ lm consctlle la résistance. Et, chose mercharme srngulier de cet amour.
pour ~ui Yous trompez ,·otre cher époux, veilleuse, tandis que le marquis de )firabcau
II n'est pas besoin de dépeindre JliraLeau. quant a ~et al'enluricr, il n'est pas au bc,ut
Sa figure est dc1·enuc un type. Tout le monde &lt;lc_scs pemcs: 0~ a écrit à monsieur son père, et )fmc d? nuncy se liguaicnlconlrc le pau\'l'C
amant, c c.~l un étranger qui le au,·c. Le
connait cc facies laro-c
o • hou m, a· la
, bo UC hC qm _est outre d une telle conduite, cl il sera
comte de Changey prend hardiment sur lui
amère, aux yeux biznrremcnt tirés l'ers le
pu111 ~o?1me le mérite un double adultère.
de
rel~cbc~ son prisonnier, et l'Oilà encore
tempes, posé sur une encolure de taureau
Qui fit longue pgure, quelques jours après'/ une fuis M1raLeau en Suisse.
cnca~ré d'une crinière monstrncusc, rt sil~ Ce fut le_ marquis de Monnier' et cc fut aussi
Plu~ les obstacles s'accumulent, plus b
Io,_mc ~e. coutures, grèlé de trous, balafré de M. de ~amt-Mauris, quand ils apprirent que,
deu
x Jeunrs gens s'aiment, c'est le résultat
ra1rs lmdes sur un fond rouge. Est-cc un maigre s~ri~ons, Jeures cl l'errous, les dcm
naturel
du mal qu'on leur fait. Mais aussi
t~uOc ,de faU1:c '? Est-cc un masque grotesque? a1_~ants. ela1cnt, l'une chez ses parents à
plus
c~l
amour grandit, plus Mirabeau en ~
C.e~l I un cl I autre, et c'est aussi la tète d'un UtJOn, 1au tre en Suis c.
peur. ~on ~.as peur ~our lui! JI a prouvé pour
gc01c. Foudro)é, incrusté, mais sublime!
llélas ! cc répit n'était que momentané. Jli- sa part qu il ne craignait ni les hasards ni
Du p~em!crcoup, Gabriel et ophic s'aiment. rahcau le comprit. Certes il adorait Soph'
Sophie tgnora1t l'amour, cl, malrrré les Mais_fall~it-il s'exposer à tant de chagrins, a:~~ lcs_m~lhcu_rs, cl qu'il étai t prèt à tout soulfi·ir.
rctcr_me~n~tur~l!es à sa jeune pudeur' "clics·y ~crsccut1011s, aux procès scandaleux, aux cbù- fü1s il craint pour Sophie. L'enlc1·cr une fois
serait ltnee a1semen_l. Mais Mirabeau , ex pert t1m_cnts pcut-ètre? Qui sait si, en cédant dès pou~ Lou tes; cl fi Ier à )'étranger avec e:llc,
e~ I_a c_hosc, comprit que cette fois il ne matn tenant, on ne pourrait pas apaiser la serait p_eut-elre le moyen d'ètrc heureux. liais
s_ a_g1ssa1t pas pour lui d'un caprice, d'une colère de lo~t cc monde furieux '? Il l'essaya. ne serai l-cc pas aussi jeter définitivement la
panne
.
!raison_a"!usa~tc. Il sentit que· c'était l'amour.
, enfant dans l'al'enture dans la \'JC
Su~ ses tnslanccs la marquise consent à b.
r1
scc,
c~
1
exposer
aux
lnrrihlcs
représaillc•s
'\ q~t? Et qui nous donne le droit de parler rcre111r chez on mari à Pontarlier. Il est
a1~s1. Sa .~onduitc. )Icttez notre homme au- rntrn~t'. que tout sera oublié par celui-ci. J)c d~ la 101 que son mari ne manquer.lit pas
prt&gt;s &lt;le n importe quelle autre femme, prèle sr? cote, Mirabeau Lente de rentrer dans la d uwoqucr contre elle?
Pour, fu')ir la tentation d'en arrirer Fi, , ,JI111,l...
~ _se donner, que frra- L-il? li la prrndra. Et voie commune cl de sortir de l'arenlurc. Il 1
lcall s ex~ e volontairement loin de celle qu ïl
ici, la marquise l'aimant, que fait-il ? Il se retournera__al'~C sa fomme cl reprendra du
s~u~·c. Il se saurr, par peur de lui-mèmr.. JI sc,rvicc. m1ltta1rc. 11 fera tout cc qui sera ador~, cl tl met cent lieues entre ses désirs cl
de~~ rc cette lemme, il l'adore déjà. Eh Lien! neccssa1re pour sati~fairc tout le monde el Sopluc. JI se cache r n Pro,·cncc, dans le pays
qu il lom_bc. à ses_ pieds! Elle n'allend que pour ramener la paix partout. JI est prèl à memc de son père, tandis IJUC celui-ci le fait
c?!a. ~lais ri crarnl l'amour, le nai el il toutes les oumissions, pourrn que Sophie chercher pour le punir. PréYenu à temps de
la cachelle de son fils, le père pense qu 'c~1fi11
s, cradc
·
' en
.
,dc sa prison
pour se réfugier
soit he_ureusc ~t ~u'on étouffe l'affaire qui le m?ment, est propice pour se débarrasser du
Suisse. Contre srs ennemis, son père? ~on. ~ourra1t ~ernmr fachcuse pour elle. Quelle
Contre celle qu'il reut et qu'il n'ose pas force a1·a~l cet amour, qui pouYait ainsi v~ur1cn., La, en Prorence, il ne sera pas dilftc1le de, I attraper
. · Huit limiers de pCl 1·tce son t
prendre.
pousser lltrabcau l'audacieux à craindre, Mira- cnvoyes de Pans pour se mcllrc à ses trousse.~.
t

'

l

�SOP111E

, - 111STOR1A-- - -- - - -- - - - - - - - -----------~
Car le marquis a inLrigué _contr? son _llls cl _a
obtenu cela. On ne srnra1 L 1110111s fa1rc Hatment pour un pi•re injuste qui persécute uu
Jils malheu reux!
Une fois pris, il est entendu qu'on coffr~ra
le rrueux dans une citadelle sùre cette fois,
da1~ une prison dont on ne s'échappe poin t, au
mont Saint-~lichel. Certes, la prison est bonne ;
&lt;'Crtes les limiers mis en chasse sont bons
aussi ; mais le gibier, dont on vend ainsi la
peau avant de l'avoir pris, on a compté sans
son habilr té à dépister la chassr. Pen~ant
cinq mois, comme s'il s'amusait à cc Jeu,
)[irabeau se cache et change de cachettl',
ainsi flu'un voleur, va, vient,
laisse partout de ses traces, et
les embrouille partout, passe
et repasse entre les mains · ~c
la police, el ton t cela sans _sortir
de Provence. Le marqms est
dans un état de rage incnncevable.
« Cet homme, je te le dis,
mon frère, raYagcra le monde
avec ses ·détes tables talents. n
Bientùt, il comprend que celle
chasse est ridicule, et que Mirabeau, aimé des paysans qui le
protègent et qt~i dérouten~ la
police, aura raison de lut et
mettra les rieurs de son cùlé.
Alors il se range à un parti
plus machiavélique, qui est d~
le laisser tranquille, et de lui
foire parl'cnir les lettres de Sophie. C'est une sorte de prol'~ca tion au coup de tète. Qu 11
l'asse la dernière sottise, pense
Je père, et qu·on le prenne cusui te· le chàti ment n'en sera
que p'lus mérité, par conséquent
plus dur.
Les lettres de Sophie sonl en
cflet des excita tions à la fui te.
Pau1·1·e Sopbie! f\ecloitr'5e avec
son vieil avare, plus méchant
que jamais, elle ne dema~de
qu·uuc chose: rompr: sa c!1,u1~c
et rctrou,·cr son Galmcl. f, t I u1,
ne demi t-il pas ètrc poussé à tout
risquer , l[Uand il recevait d'~llc
des lcllrcs comme celle-ci :
&lt;l Tiens, mis-tu , si tu ne m'écris pas, si je
11 ne reçois pas Les Ici trcs, je ne réponds pl us
Il de rien. Je lis tous les soirs L
es serments.
11 .\b ! mon ami, je les répl'lcaprès Loi. Oui ,
c1 je jure d'être à loi, de 11·èlrc tpi'à Lo'. ; _qu_e
(( rien u'altérera notre amour ; Je le I ai dit
« mille fois, j e ne survivrai ni à toi ni à ton
11 amour .. . Je sais qu'ils ne m'ont pas fait
11 tout le m,Ll quï ls voulaient me faire, mais
&lt;l bien to ul celui qu'ils ont pu. li en est_qui
&lt;l n'est pas en leur pouvoir ; ils ne -~ ·oteronl
11 pas L?n c'.2nr... i\'e. rec~v::a1-;e 1~0-~c
11 , jamms le signal clu cl~parl. In me d1sa1s
&lt;&lt; que nous 11c mam!u141
:J011s pas dans notre
11 retraite, 4ue lu te lcra1s maitre de langues,
11 de musique, de peinture; tu ~en~e_s san;
11 &lt;loul.e cncorl' de 111è111e. Qu.c ne lera1-Je pas .

11 Que je !ramille chrz moi ou en bou tique,
11 rrouvemanle d'enfants, oui, tout ce que lu
11 ~oudras, pourvu que nous soyons cnse~ bl~;
11 il n·cst rien que je ne fasse pour me reumr
11 à toi . Aucun parli ne m'effrayerait, et Je le
&lt;&lt; suis horribleme; t de mon état actuel. Je ne
« puis plus le supporter. Il fa ut q~c cela
11 finisse. .le te le répète : Gabn el ou
11 111our fr ! l&gt;
A de telles protestations d'amour, qui donc
cùt pu longtemps résister? Mirabeau, malgré
toute sa volonté, n'eut pas le courage de le
faire plus longtemps. Avec autant de résolution qu 'il en avai t mis jusqu'alors à fuir

~1HUBE.I U DA:-15 SON CAHl;&gt;;ET DE TRAVAIL .

TaNeau ano11r,11e. (M usée C.irnanlet.)

Sophie, il rcricul 1·crs die po~r l'e_nlevl·r . ~l
est dtcidé à tout. Le 23 aoûl, 11 arr1rc hardiment à Verrières, près de Pontarlier , et fait
pl'érnni r Sophie. La nuit suiraulc, sans pins
attendre, Sopbie s'habille en homme, escalade
le mu r de son jardin, et le 2/4., les deux
amants sont enfi n réunis.
l)es Verrières suisses, où ils soul, ih essaient
encore de conjurer les malheurs qu'ils prévoient. Mirabeau demande à èlre .i ugé cor&lt;wL
populo. se faisant fo~'l de prouver, q_uc Sophie
est innocente. Sophie de son colc tremble
pour son Gabriel, et_ veut prendre Ioule la
fau te pour elle. Mais rel assaut ~e noble
dérouement laisse froids leurs ennemis.
Alors, se jetant dans les bras l'un •d~ l'au,lre,
Gabriel I'!. Sophie comprennent qu ils n 011l

plus à comp ter que su r eux-mèmcs et , à ~c
laucrr hardiment dan l'al'enturc. Et le
17 septembre, ils quittent la Suisse et filent
sui· la llollandc, où )tirabeau espère trouver
des 111:iycns de vil'l'e. Leur dcl'ise est maintenant : 1'oul est perdu, fors l'amour!
Le i octobre seulement ils sonl à Amsterdam, Olt nous les retrouvons logés assez misérablemen t chez un tailleur, Lequcsnc.
ki commence une Yic 11 la fois dure cl
doue&lt;·, pleine d'ennuis CLpleine de délices, rt
qui restera dans le cœur de tous les deux
comme l'époque la plus heureuse el la plus
calme de leur existence.
Mirabeau a changé de nom et
s'appelle dorénavant le comte de
Saint-Mathieu. Sous ce pscudon1me, il travaille sans rclàchc,
pour que Sophie ne manq~1e &lt;l_e
rien . li donne des leçons, 11 fa1L
des traductions. Deux libraires,
fiey et Changuyon, J'cxploilent
indignement et l'accablent de
besogne à vil prix. Mais qu'importe! Pourrn qu'il gagne ~e
quoi vivre, poun·u_que Sopl~1e
soil contente, Galmcl est satisfait. Et malgré loul, malgré le
passé cruel, malgré le présent
incertain, malgré l'aYcnir gros
d'orarres, ils ~ont heureux.
Ne~l' mois dt! joie intime, de
rnlupté partagée, d'enivrement,
se passèrent ainsi, et les deux
amants ne demandaient f(U'à
continuer, quand le coup de
fo udre, qui les menaça.il depms
Ion,,temps, l'int les frapper.
Pendant ces neuf mois, lrs
ennemis ne s'étaient pas endormis, comme pouvaient le croire
nos amou reux. Le marquis de
Monnier et le comte de SaiutMauris surtout s'étaient l'il'cmcnt occupl:S de leur ,·engeance.
Le coup de tète de la fuite était
entre leurs mains une arme lcrrihle contre les deux fugitifs.
lis s'en serl'in·nt habilement,
intri"uèrenl,
cl le 10 mai 1777,
0
obti11re11l du baillia/!c de Ponta rlier un j ugemenl terrible.
Par ce j ugement, Jlirabeau est déclaré coupable dl' rapt l'l de séduction, et, c~mmc
tel, condamné à arnir la tèle tranchcc, ce
q ui sera exécuté en el'figie sur un t.al,le_au ,
pl us à cinq Jil,res d'amende c11rnrs 1~ r~1_et
quaran te mille li vres de dommages-!ntcrets
e111•ers le mârquis de Monnier. Par le mème
j ugement, Sophie est déclarée d~chue de
tous ses droits, contrats et dornames, cOJ~damnéc à di x louis d'amcnde l'm·ers le rOJ,
cl devra ètrc rasée et 0étrir , pour ètre enfermée sa vie durant dans la maison dc refu ge
de Besançon.
Un homme au rait dù protester contre cet
arrèt odieux. : c'est le père de Mi rabeau. Il eu
fu t au contra in: réjoui, et se mit immé~iatement eu c.1mpag1ll' pour empêcher sou fils de

.MONNlE'l(

...

s'y soustraire. Il envoya à ses trousses le roué entières de discussion sur tel ou tel sujet plii- bonheur dans la paix. Hélas ! si vous pensez
de police Brugnières, renommé pour son losophiquc. On sent que le grand homme avail qu'il va en ètrc ainsi, c'est que mus connaissez
adresse. Cette fois, malheureusement, la besoin de savoir que Sophie pensait comme lui. peu le cœur humain. D'abord, tout passe,
police l'ut à la hauteur de sa renommée, et le Aussi explique-t-il, avec raisonnement, arec surtout les sentiments extrèmement Yifs. Puis,
14 mai I 777, le comte de Saint-~faùlÏeu, éloquence, cc qu 'il croit devoir faire passer en n'est-il pas dans la logique des choses que le
l'endu par la Hollande, était arrêté. Arec lui , elle d'idées et d'opinions. Il y a là des mr.r- bC'nheur énerve ceux que le malheur a souteon prenait Sophie. Quel beau coup de filet rnillcs de discussion, de style, d'art oratoire. nus? Tant qu'on l'a persécuté, traqué, empripour la police ! Quel déchirement pour le La religion, la morale, la politique trouvent sonné, cet amour a lutté courageusement, el
ménage amoureux! Sophie rcut s'empoisonner , leur place dans celle effusion d'un prisonnier celle lutte seule suffisait à l'entretenir. li
llirabeau l'en empêche.
dont l'esprit est libre. Opprimé comme il l'est, augmentait sa force contre ses obstacles .
&lt;l li fau t vine, dit-il, il faut nous défendre.
n'ayant jamais senti de la famille que l'auto- Aujourd'hui qu'il est vainqueur, il devient
&lt;&lt; La mort n'est point une bonne parade. &gt;l
rité paternelle injuste, il a horreur de tout ce sans charmes. Ensuite, il faut bien l'avouer,
Les rnilà enfermés. Mirabeau esl au donjo:1 qui est ' tyrannie, tyrannie divine et tyrannie au moment du grand plaidorer de Mirabeau.
de Vincennes, prison sùrc. Quant à Sophie, sa humaine : Dieu, le prètre, le poul'Oir absolu. cet amour n'était déjà plus qu 'un splendide
propre mère, Mme de fiuO'ey, voulait la faire Et déjà vi bre dans celle correspondance le for- souvenir. Les dernières lettres de sa corresmettre à Sainte-Pélagie, arec les filles. M. Le- midable tonnerre qui ébranlera l'édifice abso- pondance témoignent d'un singulier rcfroinoir, lieutenant de police, n'osa le faire, et la 1uliste de la vieille société. De temps en temps, dissrment. ll convient d'en faire retomber la
mit simplement dans une sorte de maison dis- toute cette révolte éclate dans un sarcasme faute sur qui l'a faite. Or, la coupable, c'est
ciplinaire si~uée rue de Charonne. De là, elle violent. dans une ironie amère; et on se incontestablement Sophie. Dès le commcnccallait bientôt passer à Gien au couvent de représente bien Mirabeau en colère, furieux mcntdes lettres, il est facile de voir que Sophie
Sainte-Claire. Us entraient en prison, sans d'ètre calomnié, las de n'ètre pas compris, aime moins qudlirabeau. Ses letlres sont plus
~arnir quand ils en sortiraient.
disant celle phrase qu ïl écrit dans une de sèches, plus courtes, et l'amant n'hési te pas /1
Trois longues cl sombres années, de I iïi ii ses lcllrcs : « Juste ciel! quand serai-je donc s'en plaindre plus d'une fois. La naissance de
1i 80, devaient se passer dans la séparation cl &lt;1 assez hèle pour qu'on veuille hien me croire lem· fille semble donner un noul'cl aiguillou /1
la capLirité. C'est d'alors que date la fameuse 11 bonnète? &gt;J
leur amour. liais la mort de la paul're pclile
correspondance connue sous le nom de Lellres
Il faut penser que cc ruomenL vinLpour le n·a pas peu contribué à faire mourir l'amour
it Sophie. ~1. Lenoir, le lieutenant &lt;le policr marquis de Mirabeau ; car il se lassa à la lin aussi. Si cc lien arnil subsisté, et si la bienlui-même, se fi t le complice des deux amants de sa cruauté, el consentit à faire relàchcr aimée ~ophic al'ait su aimer, comme Mimalheureux, en leur permettant d'écrire et de son fils le 17 décembre 1780. Yoici à ce pro- rabea u. nul doule qu 'après leur délivrancc ils
rcceroir leurs lettres.
pos cc qu'il écrit au bailli :
se luss(!nt rattachés à leur amour. )lais sans
Tout le mondccon11a1't celle correspondante,
le .le dis à Honoré, en lui tendant la main,
doute que Sophie n'avai t pas le cœur assez
dernnuc aussi célèbre, cl à plus juste litre, 11 que j'avais pardonné à l'ennemi, que je la haut polir comprendre un lei homme. Miraque celle d'Héloïse et d'Abélard. Analyser une c&lt; tendais à l'ami, et que j'espérais pouroir un beau l'al'enturier, Mirabeau le prisonnier pour
tl'lle œull'c et impo~siblc. On ne peul résumer 11 jour en bénir le fils . .\u moyen de quoi le folie, )lirabeau le j eune et l'igourcux gentill'II qu elques lignes ce.qui est la vie de tous les « roilà dans la maison. Je l'ai lrom é grossi homme, al'ait aisément séduit celle lemme
_jours, l'expansion du cœur, l'expression des &lt;&lt; beaucoup, surtout des épaules, du col et de inoccupée, à peine sortie de l'adolescence,
souvenirs d'un prisonnie1·. Que de choses, 11 la tète. Il a de no tre fo rme, construction cl dégoùtée de son mari , Yicux, dé,·ot cl ararc.
d'ailleurs, dans ces lettres ! Quelle variété! &lt;&lt; allure, sauf son rif-argcnt ; ses chcrcux ~lais la mèmc petite fille, quoique transf}uellc fëcoudi Lé! Le fond est toujours sem- &lt;1 sont fort beaux ; son front s'est ouvert, ses figurée par la passion, ne suL pas s'élcyer it la
hlable, puisque c'es t l'amour. Mais cc snjcl « •yeux aussi ; beaucoup moins d'a pprèt hanlcur de Mirabeau grand homme
lui-mème, si monotone, comme il est traité de 11 &lt;1u'autrefois dans l'accent, mais il en reste ;
La preuYc en est simple. li semble naturel
mille façons dil'erses ! Tantcit c'est l'amour 11 d'air naturel d'ailleurs, et beaucoup moins &lt;JU 'on aime davantage un homme, à mesure
presque idéal, platonique, philosophique, tel li rouge : à cela près, tel (jllC lu l'as 1·u. 1,
quïl dcvicul plus grand. Le contraire eut lieu
qu'il esl dépeint par Housseau dans la i\'ouvelle
Tel, certainement, car, malgré les instances pour Sophie. Elle assista aux premiers triomlleloïse ; mais ici combien plus éloquent! de son père et de son oncle, Mirabeau ne rcut phes du grand tribun, à cette campagne élccTantoL c'es t l'amour enfantin, puéril, comme entendre parler de rien, avant d'arnir délin-é loralc r n Prornncc, où Mirabeau, quittant les
lorsqu 'il appelle Sophie sa bonne mimi, sa Sophie, qui es t toujours à Gien. C'est pour- rangs de 1~ noblesse, se mit résolument du coté
loulou adorée, sa fanlan. Tantôt enfin c'est quoi, le 8 févi'-ier 1782. nous le rel1·ou1·ons à du Tiers-Etal. .\. l'enthousiasme qu'il soulel'amour sensuel, arec toutes ses ardeurs, d'au- Pontarlier, Olt il est r cnu se constituer Jlri- rait snr son p:i.ssagc, il élail déjà facile de
tant plus terribles qu'l'lles sont comprimées, sonnier , pour purger sa contumace N celle préroir qu'il allait remuer la nation après
arec toutes les crudi tés de la sensation, toutes de son amante.
aYoir remué une p1·01·incc. En tout cas, il était
les audaces du désir, toules les voluptés du
Nous avons déj à vu le grand orateur se singulièrement plus grand qu'à l'époqueoü il
rèvc. C'est à pcine si on oserait citer aujour- réréler dans la correspondance. Ici, il éclate courait les a1·cntures et n'employait son esprit
d'hui , dans notre Lemps de pruderie hypo- brusquement. Enfermé pendant six mois, il qu'à fuir les persécutions de son père. li était
crite, les brùlantes expressions qu 'arrache i, prépare et écrit dans son cachot ses fameux mainlenant le grand orateur . .Eh bien ! Sophie.
Mirabeau la soif inapaisée de ses sens. Puis, i, Mémoires Apologétiques. Le jour du j ugement n'y fit pas attention. Insensible à la gloire,
coté de ces passages de llammc, combien de Yenu , ~lirabcau le Grand esl né. Au lieu de se comme elle l'était à la reconnaissance, elll'
choses douces ! Il fau t l'entendre, quand il délendrc, il accuse. Sa roix de tonnerre terri- oublia son Gabriel aussi complètement que
parle médecine à Sophie, à Sophie enceinte, fie srs ennemis. Son éloquence entraine les s'il n'eût pas existé. Hetirée à Gien, sous le
4ui csLmalade, qui souffre. Quelle attentio11 juges. La salle enthousiaste croule sous les nom de Mme de )lallcrov, délivrée du marr1uis
il a pou r elle ! Il semLle par moment qu'il esl applaudissements. La France et l'Europe déro- de Monnier et des de Ïluffev, elle aurait dù
au chevet du lit, qu 'il la soigne, qu'il fai L le renl les Mémoires. Il s·agil bien des Monnier, au moins, puisqu'elle n'afmail plus assez
garde-malade auprès de celle chère santé. Et des Saint-~fauris, des Buflr r ! Personne ne Mirabeau pour èlrc sa maitresse, respecter c~
le petiL enfan t qui va naitre, que de prévoyance pense à eux. Toutes leurs intrigues aYortenl nom en n'aimant plus personne. Ainsi parlent
pour lui! Et quand il est né, quelle joie d'être aux pieds du colosse dé1•oilé. La cause est ceux. qui ignorent que l'amom· est une fatapère !
gagnée. fürabcau absous rend la liberté à lité, un jeu du hasard, et qu'il ne faut attendre
Au milieu de ces choses purement intimes, Sophie.
de lui rien de logique ni de juste. .\liez donc
comme pour faire un instant trêve à l'amour,
lis pouvaient donc maintenant se réunir, raisonner sur les choses de l'amour, après
on lrouyc aussi dans ses lellrcs des pages èt1·e tout entiers à leur amour, et goùtcr le des exemples tels que celui de Sophie!
... 263 '"'

�111STO'J{1Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Î
Sa mort est élrange, après la rie que nous
renons de mir. Cette femme, que Mirabeau
taxait sourent de froideur, celle femme qui
cependant semblait arnir épuisé aYec lui toutes
les forces de son cœur, cet Le femme qui ne
Yirait plus pour lui, allait mourir pour un
autre.
Quel autre? Quel est ce nouveau Ycnu qui

peul dans un cœur remplacer Mirabeau? Quel
est le géant &lt;ligne de succéder à ce colosse'/
Oh! peu de chose. C'est un gentilhomme doux
cl bien élc,é, ce que les liLtéraleurs du Lemps
appellent une nalure sensible. Cela s'appelle
M. d:: Polcrat, un nom aussi inconnu que celui
de Mirabeau est retentissant. Cc M. de Polerat
aimait Mme de Malleroy; Mme de Malleroy

aimait M. de Poterat; el ils albicnl se marier,
quand le fiancé mourut. Mme de Malleroy
désespérée scjeta sur le cadane aYec l'expression de la plus 1·iolcnlc douleur. La nuit suiYante, elle s'asphyxia (8 septembre 1789).
Soyez donc Mirabeau, aimez une femme,
rendez-la immortelle, pour qu'elle meure sur
le cadarre d'un autre! ... PauHC Sophie!
j EAN

dp

HISTORIA

RICHEPIN,

de l'.4ca.1cmie fra11çaise.

LES

LE MYSTÈRE

de la naissance et de la mort de Cyrano

1

'

Pendant deux siècles cl plus on l'avait cru
du Midi : on ne s'appelle pas Cyrano, cl par
aggraYation cle Bergerac, sans èLrc peu ou
prou du pays de Gascogne.
&lt;&lt; Tous les biographes, écriYait naguhe un
compatriote de La Doëtie et de Montaigne 1,
considèrent Cyrano comme un auteur gascon;
il est à leurs yeux la Yéritable expression du
génie mérid:onal. li est, en clfet, dans la
viracité dt1 caractère de cet écrirain, tel que
nous l'ont fait connaitre les contemporains,
dans sa belle humeur, dans sa burlesque
audace, dans sa fougue d'imagination, quelque chose qui semble dénoter une origine
méridionale. Depuis près de deux siècles,
nous jouissons donc en sécurité de la possession de celte vieille gloire de Cyrano de Bergerac : c'était comme une des figures les plus
populaires de nolrc galerie de grands hommes
périgo1:rdins; malgré la trisLesse et les regrets
que nous épromons aujourd'hui à nous en
séparer, il faut bien enfin nous rendre à la
rérité hislor:que : Cyrano n'appartient plus
au Périgord ! 1&gt;
Le signataire de ces lignes était un écri,·ain
raillant cl probe, car il fallait du courage cl
aussi de la probité, pour oser s'attaquer à
une légende à la conscrration de laquelle
l'amour-propre de Loule une région était
intéressé.
En Périgord, celle légende était si solidement établie que nul, aranl 1874, ne s'était
avisé d'y porter alleintc. Dans leur Histoire
des origines du lhiâlre, les frères Parfaicl,
dont l'autorité est de Lous reconnue, ayant
déclaré que C)Tano cle Bergerac était le bien
nommé, qui eût osé s'inscrire en faux contre
un paréil témoignage?
Une prcmièrcp1·otestation s'élcra pourtant,
en 1851, mais si timide qu'elle passa i~apcrçuc. &lt;! Le Périgord,' écrirnit à cette date
un abbé périgourdin, s'approprie Cyrano,
parce qu'on le croit né à llergernc-sur-Dordognc. Mais nous derons arnuer que nous

n·arnns trou ré dans celle ville aucun souren'r traditionnel en notre fa,·cur. ,i
Désormais, le champ était ouYert aux
conjectures, mais on préféra laisser se morfondre le bon abbé, qui dcrait longtemps
rester seul de son avis.

Cn moment on crut cnlreroir la ,·érité, mais
on ne quiUait pas encore le domaine de l'hypothèse. « On fait naitre Cyrano de Dergerac
en l'année 1620, s'écriait a\"Cc une renc
Ioule méridionale M. de Larmandie. C'est
possil.Jlc. Oui, il a pu naitre accidentellement
en J'annt.'e précitée; mais d'où était-il, d'où
renait-il, quelle était sa famille? Jusqu'ic-i
personne ne l'a su. li reste toutefois une
vague tradition sur son compte, qui a donné
lieu à ces conjectures : il a été éleré, suirnnt
les uns, en cette ville, par un pasteur, cl suirant d'autres, à la campagne, chez un curé;
mais quels étaient ses parents? En ,·ériLé,
dans la contrée, ils n'y sont guère plus
connus que les parc'.lls du prophète Mahomet.
&lt;! Oh! me répliquera-t-on à l'instant, que
proure ceci? Depuis 1620... il. y a déjà deux
cent quarante-cinq ans. Mais, dirai-je à mon
• tour, croyez-Yous qu'on ne puisse relrouYcr
la trace de nos familles marquantes depuis
cette époque? ... pas une, pas une seulr,
cntendr~-rnus, que l'on ne relrou\"C, dont il
n'y ait quelque trace. EL s'il était de condition
obscure ou modeste, pourrait-on dire que sa
famille n'cùt reçu aucune illustration de ses
scnices, de sa carrière militaire, ou1Tagcs,
réputation littéraire, comme aussi de son
incontestable brarnurc, de ses nombreuses et
heureuses rencontres l'épée à la main, de
celle épée qu'il maniait encore mieux que la
plume? Non, tout ceci est inadmissible, cl il
faut en conclure que cc n'était pas un enfant
du pays, mais seulement qu'il a dù y séjourner
durant son enfance cl y receroir les premiers
éléments de son éducation. &gt;l
On ne saurait raisonner plus juste; el,
comme le dit un autre docte écrirnin, si l'au1. H«lletùt de la Société historique et ai·c!téo- teur du Voyage clans la lune éLail né en
logiq11e du Périgord, t. 1, pp. 220 el suiv. (a,.t. ,le Périgord, la Yilie de Dergcrac en aurait
M,

ll tlARRIC ).

conservé le souvenir; sa Jamille y aurait
laissé quelques traces; on l'y trouverait
établie; elle aurait contracté des alliances
dans la prorincc, et son nom y serait resté.
Or, rien de tout cela n'existe.
La solution de l'énigme, on la possède
aujourd'hui sans conteste possible : Cyrano
est bel et bien Parisien; el, qui plus esl,
son qualificatif &lt;! de Bergerac 1&gt; s'explique
tout autrement que la tradition, (qui se trourait, il faut bien le dire, d'accord aYec la
naisemblancc,) nous l'enseigne communément.

li a fallu fJUC C~-rano fùL mis à la scène
pour faire renaitre un débat qu'on considérait
tomme épuise\ faulc do munitions, nous
entendons faute de documents.
Dans l'l.1irnr de l'année 1875, l'arisé directeur des Matinées li tléraires, M. Ballande,
arai t songé à monter l'Agl'ippine de Cyrano
de Bergerac au théàtre de la Gaité, et, pour
donner plus d'éclat à cette solennité dramatique, il avait prié un amoureux fervent du
théâtre et de Paris, Auguste Vitu, de faire
une conférence sur l'auteur de la pièce en
représentation, sur sa Yic cl ses œuu cs.
Vitu n'eut pas de peine à prouver que
C)"l'ano n'arait jamais eu aucune attache arec
le Périgord, el qu'il fallait le restituer à sa
patrie d'origine, à Paris, son Yéritablc berceau.
Et à l'appui, furent produites difiërcntes
pièces, notamment des copies d'actes de l'étal
civil, releYés avec une inlassable patience par
un archiviste de la municipalité parisienne,
ancien Lïstoriographc de la marine, l'auteur
bien connu &lt;lu Diclionnai1'e critique de biographie el d'histoire, le très renseigné
.Il. Jal.
Jal arait eu, le premier, la curiosité de
chercher la trace des ascendants de C,-rano,
dit de Bergerac, ainsi que la date cl Ïc lieu
de naissance de ce dernier. Après de laborieuses recherches qu'il serait sans gran:l
inlérèt de faire connaitre ici par le menu, il
avait établi que notre héros était né à Paris,
d'un père parisien, issu lui-mème d'un natif

MADAME LOUISE DE FRANCE
FILLE DE LOUIS X V
Tableau de NATTIER. - (Musée de Versailles.)

�, _________________
LE

MYSTÈ'f?..E DE Lli NA1SSANCE ET DE Lli .MO'J?..T DE CY'/?.,ANO - --.

de Paris. Celte filiation , exclusireruent p:irisienne, était établie par une série d'actes
authentiques, consignés &lt;lans les rl'gistres de
di rerses paroisses et dont les originaux ont
disparu lors des incendies de 187 J. Jal avait
eu soin d"en prendre minutieusement copie,
ara nt que le feu les ait à jama:s délru ils.
Nous nous contenterons de reproduire la
pièce principale, la seule qui importe clans
celle discussion : l'acte de haptème de Cyrano
de Ilcrgerac, ou plus exactement de Savinien
Cyrano, né, selon la plupart des Liographc~,
en 1020, au château de Bergerac.
Le sixième mars mil six cens dixneuf, comparaissent S•vinien, fils d'Abel
de Cyrano, Escuiicr, sieur de Maul'iêre8,
et de d;moisell e Espérance Bellenger ;
le parrain , noble homme Antoine Fanny,
conseiller du Rny, audilcur en sa chambre
des comptes, de celle p•roisse; la mar1·ai11c, damoiselle Marie f édcau, femme
de noble homme li• Louis Perrot, ·conseiller et sccrrta;re du Roy, maison cl
couronne de France, de la paroisse SaintGerm. l'Anxcr.

Cc fils du sieur de Mauvières,
à qui !"on n'a1•aitpas donné le noru
d'Antoine, qui était celui de son
parrain, parce qu'il arait un frère
de cc nom né en 1G1G, mais 11uc
l"on arait nommé Sarinien, en mémoire de son grand -père, n"était
autre que le futur au teur du Pédant j oue· et de la Moi_·t d'Ag1·ip-

pine.

•

·

Le père de Cyrano , noLlc
homme Abel de Cyrano, était !"ainé
de Savinien I•r, écuyer, sieur de
MaU1•ières; il s'était marié à Paris,
paroisse Saint-Gervais, le 5 septembre iG12, arnc la demoiselle
Bellenger ou Béranger.
De ce commerce nar1uirent,
outre Cyrano, six autres enfants,
tous nes et baptises à Paris,
comme notre héros. L'acte que
nous rcnons de citer établit q uc
Cyrano de Bergerac est né le
(i mars '1610 (et non en 1620),
dans un quartier de Paris, et non
à cent lieues de la capitale.
Cc quartier, c'est, scion Loule
apparence, le quartier Saint-Jac'I ucs, du moins si l'on s'en réfère à cc passage d' une de ses lettres amoureuses, intitulée Regrets d'un· .éloignement.
&lt;( Si ,·ous souhaitez, écrit-il à son correspondant, me demander quelque chose,
adressez ms lettres au cimetière SaintJacques. l&gt; Cela ne laisserait-il pas supposer,
ainsi que judicieusement le remarque _u~
annotateur des œu1Tes de Cyrano, que celui-c1
dorait loger soit près du palais du LuxcmLourg, soit dans le voisinage de l'hôtel de
Condé : car c'était au cimetière Saint-Jacques
1. L'adjonction au nom patronymique du nom_de
la l'illc ou du lieu natal étail, en elld, très usitée
alors dans les familles de petite noblesse, sul'loill en
Languedoc et en Périgord ; cc nom . d'eml)runt,
comme le fait ·remarquer l'un dts dcr111crs_éditc~rs
de Cyrano, suppléait au nom de fief ou de sc,gncunc,

qu'on enterrait les personnes de cc quartier.
C'était, du reste, au palais du Luxembourg Cyrano, fils aîné de messire Sarinien de
qu"habitait Gaston d'Orléans, et Cyrano, qui Cyrano, &lt;( conseiller et secrétaire du roi, maison et couronne de France J) , auditeur des
avait reçu de cc prince quelques farcurs,
comptes,
etc., possédait en Bretagne, dans le
tenait à ne pas en èlrc trop éloigné.
département d'Ille-et-Vilaine, commune de
(( Jusqu'ici, dit-il dans une autre de ses
füzière, le ilrf ou, pour mieux dire, la seilcllrcs, j'avois cru eslre à Paris, demeurant
gneurie de Mauvièrcf . De celle seigneurie
au Marais du Temple. &gt;&gt; II arait donc demeuré
également au Marais ; mais alors la renommée dépendait h. terre de Bergerac : d'où l'épithète que I"on connait.
lui était rcnue, vers 1654, époque à laquelle
Mais la rersion était trop simpliste pour
il semble avoir signé pour la première fois :
être accueillie; c'est alors qu'une autre hypo&lt;( De Cyrano Bérgrrae », bien qu'il sùt mieux
thèse s'est offerte à la discussion.
JI existe en Berry, dans l'Indre,
un rillage qui s'appelle Mauvières,
et sur le territoire de ce rillagc,
un domaine de Bergerac ; c'est là,
et non en Bretagne, qu'il conriendrait de placer les fiefs de la
maison de Cyrano. C'est donc en
Berry, et non en Bretagne, que
Cyrano serait allé chercher son
surnom 1 •
Mais un troisième, se prétendant mieux informé, place dans
la seigneurie de Chen eusc, près
de Paris, un fief dit de Bergerac,
et qui s'appelait anciennement
Sous-Forêts. Ce serait, suivant cc
critique des cr;tiqucs, à Bergerac,
près de Paris, et non plus en
Berry, ni en Bretagne, qu'il faudrait puiser l'origine authentique
de ce surnom.
Les opinions sont, on le roll,
très partagées, et ce qui ne paraitra pas moins singulier, c'est que
chacun pourrait bien aroir raison.
Ainsi que l'a formellement ·étaLli M. Dujarric-Descombes, qui
a étudié le problème awc une
remarquable sagacité, la famille
Cyrano a bien possédé un domaine
de Bergerac, en Bretagne; mais
elle en a possédé un aulrc à llergerac, en Berry; roire même un
troisième à Bergerac, près de Chen euse, par conséquent près de
Paris.
Qurl Bergerac a rait la prfféCliché Giraudoc.
CYRANO DE BERGERAC.
rence de Cyrano,jc n'oserais guère
Gra1•11re de DESROCHERS, (Cat-i11et des Estampes.)
en décider, plus que M. Descolllbcs
lui-même; à moins de conclurr,
en fin d'analyse, que si, comme
que tout autre à quoi s'en tenir sut· ce
tout
le
prourn,
Cyrano était Parisien, il tenait,
qualificatif.
comme tout enfant de Paris, à ne pas trop
Quelle raison arait-il donc pour faire choix
s'éloigner de son pays natal. Mais l'auleuJ" du
de cc pseudonyme? C'ast cc qui reste à
Voyage dans la lune était d'humeur si fandéterminer.
tasque, que cette raison pourrait bien ne pas
être encore la bonne.
Et d'abord, le nom de Cyrano est d'origine
bretonne, tout comme la phzsionomic du
Les circonstances de la mort de Cyrano de
poète, telle que nous la rendent les portraits flcrgcrac sont, comme sa naissance, entourées
gravés.
d'obscurité; nous ne désespérons pas de la
Le père du P.Oète, « noble homme &gt;&gt; Abel roir quelque jour se dissiper à la lumière de

qu'on 11·a1•ail pas à don_ner à un enfan t, el il ünis~ait wuvcn t par dcYe111r rnséparable du nom de
famille, s'il nt! le remplaçait pas tout à fait.. . Mais
ce nom de Bergerac êta,t bien un nom de fief cl non
u n surnom, puisqu'un autre Cyrano que Savinien l'a
porté ~_ous celle forme : Pieri·e de Cyrano, sieur

. .., :65 ...

de Bergerac (acte de mariage du "2 mars 1699). ~ous
savons, d'autre part, qu 'à celle date, la l'ille de Bergerac en Péri~ord n'était pas une seigneurie et n'appartenail pas a Piene de Cyrano. (Dui.nn,o.)
Donc, la ville de Bergerac, en Dordogne, est ici hors
de cause.

�r-

111STORJ.ll _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _

recherches nouYelles; de même qu'on est
arrivé à fixer le nom el la véritable origine
de nolre héros, on finira bien par rclrouYcr
sa sépulture.
Les biographes de C)'l'ano allribuenl le plus
communément aux suites d'un accident la fin
du burlesque auteur des Voyages fanlastiques.
Vers 1655, Cyrano avait faire Laire ses derniers scrupules el était enlré &lt;( au senice »
d'un grand seigneur, le duc d'Arpajon, qui le
logea dans son hôtel du Marais, voisin du
courcnl de la Merci.
Les plus grands écrivains acceplaicn l alors
d'èlre les clients de certaines personnalités
illustres, de leur rimer quelque dédicace en
tèle de leurs œuvres complètes, dont les frais
d'impression se payaient par la répulalion du
protecteur. C~•rano, dont la fierté s'accommodait dil11cilemcnl d'une semblable sujétion,
céda cependant aux désirs de ses amis, en derenanl un des gentilshommes du duc d'Arpajon.
Cyrano paya, avec la monnaie des poètes,
l'hospilalilé que lui accorda son protecteur ;
mais il sut garder, même dans l'éloge. la
mesure el la dignité dont il se montrait à bon
droit si fier.
C'esl sur ces entrefaites que surrinl à
!"hôtel d'Arpajon un éYénemenl qui aurait eu
sur la destinée du poète une innuence capitale.
Le 5 janricr 1655, éclatait, à l'hôtel d'Arpajon, un terrible incendie. Le gazetier Lorel,
le chroniqueur du temps, ne manqua pas de
consigner le fail dans ses éphémérides versifiées. Il écrirait à Mlle de Longueville :
I.e feu, ce ler,·iule élëmcnt
Qui fail de tout son élé ment,
Avec assez de l'iolencc,
Par la sotize ou néi:Iigcnce
D'un domcst ir1uc yrrogne ou fou ,
Il p1·it â 1'11ôtcl d'Arpajou,
Le dcl'llicr de l'autre semaine,
Cc qui mil bien du monde en peine,
Car de cc logis enllàmli
Tout le &lt;1uarlicr fui alarmé.
Trois ou c1ualre ,le ces bons pères
Dè\'ôts, chal'Îtables. sincères,
llcligieux de la )[crcy 1.
Et plusieurs capucins aussy,
,\ vcc des ardeurs sans pareilles
Firent en cc lieu mer veilles,
Sans préserver le dit hùtcl,
Comme si c'eû t été l'autel,
IJ,·ef, tant rie ,·oizins y coul'Urent,
~t si soudain le secou rurent
Que le faite du bâtiment
Fut endommagé scnlemenl. ..

Où peul se trouver Cyrano en cet inslanl
crilit1ue? Tout naturellement au milieu des
llammes, tentant, au péril de sa l'Îe, de
saurer l'existence de ses hôtes. El tandis
1. Les Pères de la Merci claicnt établis au coin de
la rue du Dragon cl de la rue '&lt;lu Chaume, et les
capucins résidaient entre la rue du Perche, la rue d'Orlt\ans et la rue dqs Quatl'C-Fils, qui elle-même déuouchait dans la rue du Chaume. C'est donc au cœur du
)larais qu'il fau t, scion Vitu, placer l'hôtel d'Arpajon.
2. c Dans sa maladie, écrit L,; enET, il (Cyra!lo) se
plaignit d'en (du duc d'Arpajon) avoir été abandonné.
.l'ai cru ne pas devoir décider si ce fut par un clfcl
du malheur général de tous les peti ts, cl commun ,,

qu'il se prodigue en efforls surhumains, une
pièèe de bois se détache et tombe, malheureux hasard, sur le chef de notre audacieux,
qu'elle endommage assez sérieusement: dans
le cours de celle même année succombait
Cyrano dit de Bergerac.
Quelle fin héroïque pour un arenturicr et
quelle belle place à lui réserrnr dans le martyrologe des letlres !
Le~ choses se sont-elles ainsi passées?
Examinons les faits. Voici la· première hypothèse émise, elle est d'Augusle Vitu : &lt;! La
destruction de la Ioiture (de l'hôtel d'Arpajon), écrit le.commentateur de Cyrano. explique la chute de la pièce de bois et la blessure
de Ci-rano. Le 5 janvier 1655 était un
dimanche, le dernier de l'autre semaine rn
rapporte au dimanche précédent, 27 décembre 1654, et Cyrano mourut des suites dans
le cours de 16:53. Ma conjecl ure s'accorde
exactement avec l'ordre des dates l&gt;.
Notre critique commet ici une légère
erreur, facile à rectifier. CFano aurait, si
nous nous en rapportons aux dires très véridiques de Lebret, passé qualor.:.e rnois chez
messire des Bois-Clairs et cinq jou 1·s chez
son cousin, Pierre de CFano, ce qui reporterait la date de sa mor t aux premiers jours
de mars 1656 : il aurail donc sur,·écu plus
d'un an à sa blessure. Le sire des l3oisClairs, dont il est ici question, n'est autre
que Tanneguy des Bois-Clairs, que Lebret,
son ami el celui de Cnano, nomme &lt;! le bon
démon qui a secouru ëyrano dans la disgràce
&lt;Ju'une dangereuse blessure, suil'ie d'une
violente fi èvre, luï cause ... l&gt; Or, celle disgràce, n'est-ce pas, selon Loule vraisemblance,
celle qu'infligea au poèle le duc d'Arpajon?
Cirano, cro~·ant remplir à l'égard dù son
protecteur un devoir de reconnaissance, avait
dédié au duc, en 1654, ms OEuvrcs diverse.~.
Peu après, une seconde dédicace, plus enthousiaste que la précédente, placée en tète de la
Alo1·t d'Agrippine, témoignait de la l!ralitude
de plus en plus empressée de l'auleur comique.
La 11Jort d'Agrippine eut du succès, mais un
succès de scandale, et le Irès timoré duc d',\rpajon, blessé de YOir son nom scrl'ir comme
de passe-porlii celleœul'fe impie et libertine,
signifia son congé au thuriféraire 1 •
L'incendie de l'hôtel d'Arpajon est-il po~térieur, el le duc aurait-il ainsi brulalemenl
renvoyé le poète, incomplètemenl guéri des
suites d'une blessure grave contractée à son
service'/ C'esl un poinl à élucider.
Lous les grands, qui ne se souvic1111en~. drs sc1·ric~s
qu'on leur rend que dans le temps c1u ils les rc~01l'ent. » Ces lignes ne feraien t-elles pas supposer ~uc
le duc faisa it prcu,•c d'ingratitude à l'égard de celui
c1ui avait pcut-ètrc sauvé la l'ie tt uu de ses proches,
dans l'incendie auquel il a été fait plus haJt allusion'?
5. Cyrano de Be,.gerac, par Hnux, Jl· 1J,
4. l.ebret, c1ui rapporte ces faits, avait p1·is du serrice dans le même régiment &lt;1ue CiTano. et avait
quitté l'armèe en même temps que son am,.

,J;

D'autre part, ne pouvait-il s'agir d'une de
ces plaies rouvertes, dont les complications,
après une latence plus ou moins prolongée,
amènent un dénouement fatal?
On ne saurait oublier que Cyrano était un
bretteur, qui avail eu force ducls, el, dans
maints combats mémorables, :wait exposé bravement sa vie. Celui qu'on avait.surnommé &lt;I le
démon de la bravoure l&gt; n'avait pas usurpl;
ce titre glorieux. N'avait-il pas eu, en 1659,
- le corps Ira versé_ de part en parl d'un e
balle de mousquet 3 ? Les trois maréchaux de
Chaulnes, de .Cbàtillon et de la Meilleraye
avaienl mis le siège devant Arras. C'est là
qu'à peine rétabli de sa blessure, Cyrano avait
rejoint 'l'armée. Une semaine ne s'était pas
écoulée qtùl recevait encore un coup d'épée à
la gorge. &lt;1 Les incommodités qu'il souffrit
pendant les deux sièges, celles que lui lai~~èrenl ces dl.'UX grandes plaies, les fréquents
combats que lui attirait la réputation de son
courage el de son adresse ... le firent renoncer
eniièremenl au métier de la guerre~ l&gt; . C'est
à celle époque qu'il composait la plupart de
ses œuvres et cc n'est qu'en 1655 qu'il
acceptait un logement dans l'hôtel d'Arpajon.
L'hypothèse émise par un érudit, par trop
imaginatif, d'une tentative criminelle contre
Cyrano de Bergerac, n'esl pas un instant soutenable. Paul Lacroix, alias le Bibliophile
Jacob, dont l'esprit inventif se plaisail à ces
sorles de conles, fabriqués de toutes pièces,
accuse &lt;! la mystérieuse confrérie de l'index »
d'avoir fait disparaitre l'auleu1· du Voyag1
dans la lu11e, pour anéantir plus commodément ses œuvres; de mème qu'elle aurait
urùlé ou lacéré le manuscrit de Polyeucle el
de Bajazet, le manuscrit des Sermons de
Bom:daloue, des Sen1wns de Massillon puisqu'on ne les a point ret1·01wes ! EL le fantaisiste compilaleur s'appuie sur cette phrase,
s:ins signification précise : &lt;! un rnleur pilla
le coffre du Bergerac pendant sa maladie ».
Mais si les Jésui tes redoutaient Cyrano, au
point de l'éliminer, combien daYantage
auraienI-ils eu de raisons de se débarrasser
du )lulière, &lt;le La l.lruière, d~ Pascal, pour
ne citer que les Lrois grands noms qui dominent· l'histoire litlérairc du dix-septième
siècle? Or, ni La .Bruyère, ni Molière, ni
Pasc;alne sont morts, qtie nous sachions, vieLimes de machinations occultes.
El puisqu'il faut quand mème conclure,
nous 8erions plutùt porté à penser que
Cyrano a fort bien pu mourir des suites
de ses blessure,, plus spécialement de la der. nière, d'autant qu'un traumatisme crânien
esl Loujours sérieux.
Qu'il y ail eu fraclul'e du crànc, l'absence
dù documents ne nous permet pas d'arriŒr i1
une précision absolue; mais une forte commotion cérébrale peut produire des désordres
d'une gravité telle, que la morl s'ensuive i1
une échéance plus ou moins retardée.
DOCTEUR

CAl3:\&gt;!ÈS.

L E MARÉCIUL DE SA,Ù:, -

Tableau de MEISSONI ER,

Louis XV et Madame de Pompadour
PAR

PIERRE DE NOLHAC

CIL\PITIŒ \'

Les voyages, les maisons, la famille

(suite. )
Partout à Bellevue, la main-d'œuvre la
plus chère a produit les œuvres les plus parfailes. li n'esl pas un boulon de porte, pas
une espagnolctle qui ne soil un bijou de ciselure. Du haut en bas de ce logis, les grands
décorateurs de Versailles et des maisons
rosales, Verberckt et fiousseau, ont sculpté
dans le uois ·1cs aLLribuls musicaux, amoureux
ou champèlrcs, el ont l'ait autour des corni-

ches folùtrcr de peti ts amours. Brunetti a
pei11t de scènes mythologiques l'escalier qui
mène à la men eilleuse galerie, dont la marquise a inventé elle-mème le dessin d'ensemble; de légères guirlandes y encadren t
une suite de pan neaux de Bouche~. La distribution des dessus de porte, réglée par l'oncle
Tournehem, a donné i, Oudry la salle à manger, il Pierre la salle de musique, à Carle Van
Loo, enfin, le salon d'assemblée, 0 11 ses compositions éroquent sous forme d'allégories
ingénieuses !'Architecture, la Peinture, la
Sculpture cl la Musique. \'an Loo semble
ètre, plus qne ses çonfrères, le peintre &lt;le

Bellevue; on I ui a réserré les Loi les qui ornent l'appartement du Tioi, et un, peu plus
lard; M. de Marigny fait placer dans la chambre a coucher de sa sœur trois de ces intérieurs
tu1:cs, 011 l'arlisle a donné 11 ses odalisques
cl a ses sultanes les grâces dela mailresse du
logis.
La sculpture n'est point oubliée. Dalls
l'antichambre se dressent de srelles fürures
d'A.da~ el de Falconet; dans les jardins~ des
chefs-d œu vre de Pigalle, une statue de
Louis XV, que détruira la Révolution et un
gr?upe, l'A mow· et l'Amilie, honoran[ en un
meme marbre les deux di riuités du lieu.

�111ST0~1.ll------------------------J
i1 six pans cl à montants ciselés, pour le restibule et l'escalier du Roi; les fcnr &lt;le bronze
doré cl ciselé, dont un représ&lt;•ntanl Apollon
c-l la Sibslle, pour la chambre de Ma&lt;l~mc, cl
un autre fi~m·anl l'.\.mour cl Psychc, pour
celle de Sa ~fa ·, esté· une rrrandc commode de
. garnie
'
"de bronze doré &lt;l' or
laque à pao-odes,
moulu, les ti1·oirs doublés de satin bordé d'or;
une table 11 écrire plaquée en bois de rose
avec les fleurs cl les ornements dorés d'or
moulu, el les cornets en argent; une table de
nuit
en bois de rose à fleurs ; enfin, pour
L'amour dominait-il encore Louis X\'.,
quand Bellevue fut inauguré? 11 en gardait orner les principales pièces, les deux cabinets
du moins toutes les apparences, pendan~ celte du Roi, la chambre et le cabinet de Madame
journée où madame de Pompadour 1~1 pré- et le salon d'assemblée, un grand nombre de
senta le chàteau qui dernit plus tard lm re1•e- paires de bras en fleurs de Vincennes à double
nir. Elle avait tout préparé pour l'éblouir. Le ou triple branche. Ces fleurs sortent de 1~
mobilier le plus exquis et de la forme la plus manufacture de porcelaine établie par le llo1
noul'elle, et les plus rares curiosit~s ~e la pour plaire à la marquise et destinée à riraChine étaiènl l'cnus parer &lt;le, lambris dignes Jiscr avec les fameuses manuractures de Saxe.
de les accueillir. Mais il amit fallu penser aux .C'est à llellernc qu'on a, pour la première
installations les plus diverses, en Yue des , fois, l'occasion d'en juger un ensemble, et ce
n'est pas une des moindres anxiétés de n~aréceptions et des. séjours.
. .,
On devine, par les livraisons mult1phces du dame de Pompadour que l'heureuse réussite
marchand Lazare Ouyaux, faites au cours d'une des premières créations d'art auxquelles
du mois de novembre l 750; que la grande elle se soit attachée.
Il n'y a pas de récit de l'inauguration de
préoccupation de la marquise, à ce moment'
est de rcccl'oi r et &lt;le placer chez elle les meu- Bellevue, qui devait ètre pour elle le triomphe
bles qu'elle a commandé~ . Y~ici d'abord, pnblic de son goût et de son génie féminins.
pour les cliambres de la s111Le, dix commodes Elle v avait lraraillé arec une sorte de fièvre,
•
risitant tout, pensant à tout, s'é.----:-:::-'.::-::-=-:::-..:=;:-::;::;;;;.:;;~~;;;;;;.:~~~~~~
puisanlaudétail, etcela pouréprourer, le jour , enu , plus d'un mécompte. La malrnillt1ncc qu'elle ~ rn!t
sentie pendant ses lral'aux,. 1lfr1tail plus qu'elle n'en voula1l conrenir. Quelqu'un lui étant renu
dire que qnanlilé de badauds se
réunirairnl dans la plaine de Grenelle pour l'Oir son illumination,
elle la conlrl manda bien vite, n'acceplant pas de s'exposer aux brocards des Parisiens. La beauté des
intérieurs fut ad mirée; mais les
cheminées n'étaient pas réglfrs el
rumaient partout ; on dut mème
transporter le souper royal au (( 1'.audis », pctile maison au bas du ~ardin, qui n·avait pas l'incomén1cnt
d'ètre neul'c.
Après ces dirfkiles journées, la
marquise en sentit la faligue ?l f~l
malade. M. Poisson, qui rcnsc1gna1t
son fil s, )1. de Yandièrc~, alors c1~
yoyage en Italie, sur tout c? , (J~ 1
Ycnait à sa connaissance, lm ecnrait de Versailles, le 29 novembre:
&lt;( Cc fut mercredi dernier, 25 de cc
mois, pour ]a première fois, qu'on
fut occuper Belleruc. l a Cour Y
resta jusqu'au 27; elle y r~Lournc
mardi 1er décembre JUS(!Uau 4.
L A CHAPELLE DU CHATEAU DE VERSAILLES.
Votre sœur ~ut hier une prodigieuse
Gra1•11re de RIGAt D.
J·e n'en suis • point
lnioraine
0
'
,
étonné, car elle s'excède à meubler et a pr~d'un modèle uniforme, bàtics en chène etylaparcr tout ce qu'il faut à ~ell_crne. » Un
quées en bois satiné, avec. les ferrnre~, pied,,
méchant ch·oniqneur parle ams1 du second
houlons et entrées &lt;'11 cu11-re doré; six tables
séjour : cc Le Rni est de plus en plus _méconde nuit el dix tables à écrire, plaquées el
tent de Bellevue, où il fait grand froid cl de
garnies de mème; puis les lanlerncs de glaces

Bienlùt , !'Amitié seulement ayant subsi,Lé,
c'est encore Pirralle qui élèrera la nourc-llc
image, au mili~u du bosque_t préféré; il_ en
fera un des meilleurs porlra1ls de la clialclainc de llellcrne, et le fioi la rrconn_aitr~,
debout sur le piédestal où jadis elle Jouait
aYCC l'Amour, et maintenant s'avançant toute
seule d'un mouvement gracieux et tendre,
rcYèt~e d'une robe flollanle et la main posée
sur son cœur.

la fumée ; il s·y est mortellement ennu}é i,
ce dernier voyage; l'on assu:·e qu'il n'y retournera pas. l&gt; Ces déta~ls semblent conf'.~~
més par un mot de ~I. Poisson : _&lt;c On ~ dep
fait deux roi ages à Bellerne, qui est bien la
plus beile chose de la nature, mais pas e~, ce
Lemps-ci, où l'on a de~ vent~ de !a pre~merc
main. ,&gt; Ces fàcheux souvemrs d1spara1ssent
vite. Bellevue devient un des séjours les pins
recherchés d() la Cour. Les imités du Roi sont
réo-ulièrement appelés à cc noureau petit châte;u · ils se montrent 0nchantés d'en porter
'
l'uniforme,
d'un éclatant Yelours pourpre a'
larrre broderie d'or, dont la marquise a fait
fab~iquer l'étoffe à Lyon pour la leur donner
elle-même, leur laissant seulement la dépense
des ·broderies.
L'hirer qui suit est rempli de 1·01ages it
Ilellerne, Olt vont bientôt commencer les
specta1·lcs. Madame de Pompadour écrit à
son frère, le::; janvier : &lt;1 Je rais toujours &lt;le
temps en temps à Bellerne, .011 j'~i _l'bonn:'ur
de recevoir le Roi. C'est la plus Jolie habllat:on dn monde, et arec la plus grande simplicité. )) Et le mèm~ jour, . à mada~~l~
Lutzelbourg : cc Vous Jugez bien que J a1 elc
enchantée de reccl'oir le Roi à Bellcrne. Sa
Majeslé y a fait trois voyage,; il ~!oit _Y. ~lier
le 25 de cc mois. C'est un endroit deltcieux
pour la vue. La maison, quoique pas bien
rrrande est commo·le et charmante, sans nulle
0
'
•
1
espèce de magnificence. Nous y Jouons que ques comédies. » C'est en cflet à la nou;·~lle
maison que se trourc transporté le. theat~e
des Petits Appartements, et, pendant les trois
ans que dure encore cette ag~éab)c institu- '
tion, ce n'est plus chez le. 1101 quelle fonctionne, mais chez la marquise.
Une raison d'économie, on plutôt de prudence a motivé ce changement: les dépenses
étant 'moins ostensibles, les médisances en
seront sans doute moins aisées. Au reste,
madame de Pompadour est peut-èlrc de bonne
foi, quand clic pense qu'à Bell~vue on résistera aux entrainements coûteux : &lt;I Les
~pectacles de Versailles ~•ont pas 1·?commc?c~,
écri t-clic à la mème amie. Le Roi reut d1m1nuer sa dépense dans Ioules les parlies;
quoique celle-là soit peu ..c~nsidérablc, ~e
public croyant qu'elle l'est, J a1 ;·oulu en menarrer l'opinion et montrer I exemple. Je
"
,
souhaite
que les autres pensent de meme.
l&gt;
Elle parle à son fri-~c du. théàtrc de -~eUeYu~
comme &lt;I d'un bmnbonon de thcatrc qui
est charmant ,1. Cependant cette pclitc salle:
décorée à la chinoise, ne sert pas seulement a
la comédie; la scène est préparée po~r que
l'opéra y paraisse, aYec ses transformatwns cl
ses apothéoses.
,
Dès le premier spectacle, un ballet allegoriquc l'Amour architecte, a montré, dans
11 n cbano-emcnt à vue, une montagne s'enlr'ou" bl'uit du tonnerre, pour 1aissel'
,
1Tant au
suro-u• de ses flancs le nomeau chàleau, au
milieu de danses de jardiniers et de jardinières. Ces surprises de machinistes intéressent Loujours le Roi. Encore quelque
tr.mps, et les profusions rccomm~nceron~,
comme jadis à Versailles. La mal'qmse oubhe
1

?~

1

'--------------------------- Loms XV ET .MADAME DE Po.MPADou~ - - ,
bien vile ses bonnes dispositions, pour se
croire en droit d'amuser ses invités de la
façon qui lui convient. D'ailleul's, clic ne
paraitra pas longtemps sur les planches. Son
dernier succ~s sera le rùle de Colin dans
le Devin du village, qu'elle chantera en mars
1755. L'autcul' receua d'elle cinquante louis
en témoignage de satisfaction, et un éloquent
billet lui prouvera que Jean-Jaéqucs Rousseau,
musicien, a accrpté cc présent arec fierté et
reconnaissance.
La Cour sera conviée, dans celle demeure
choisie, à des fètes charmantes, à des concerts, à des illuminations, à des l'epas de mariage, jusqu'au moment oü la marquise se lassera de Bellevue, comme elle l'a fait de MontreLou t et de La Cel le. Ell6 ,·end sa maison de
prédilection à I.011is \V, en 1757, moyennant
une somme de trois cent vingt-cinq mille li1Tcs,
pour payer ses dctlcs. Après la mort de la
marquise, le fioi donne IlcllcY11c à ses filles,
et Mesdames, qui bientôt en l'alfolcnt, y
viennent avec leur frère, le O.wphin, qui misine aYcc elles de Meudon . Elles se meltcnt à
y changer tout, font rcnom clcr les peintures,
remplacent Boucher et Yan Loo par Lagrenéc,
füstout et Hubert Robert ; et c'est M. de Mal'igny, resté en fonctions comme dil'ecleur des
Ilàtimcnls du (loi, qui préside à res remaniements de la maison de sa ~œur.
Elle n'avait pas paru moins attachée à cc
chàleau de Crécy, dont elle al'ait transformé
entièrement bùtimcnt, jardins, parc, et oü
elle avait &lt;c travaillé à force de millions. »
Elle yjoignit le chàteau d'Aulnay, et multiplia
de Lous cotés promenades et perspectives. C'est
là qu'elle recevait Je Roi avec le plus de
pompe, dans un grand appartement réscrl'é à cc
glorieux usage, et pour des voyages qui
duraient jusqu'à quinze jours : cc Vous seriez
bien surpris, écrivait le père Poisson à son
fils, de voil' aujourd'hui comme moi les magnificences de cc lieu, l'effet prodigieux et
admirable que produisent les canaux, la
grande pièce d'eau qui est en face du chàtcau
dans le bas, les progrès des plants et d'une
infinité d'allées qu'on a plantées partout, cl
surtout celle qui Ya de là Patte-d'Oie jusqu'au
faubourg de Dreux , Olt l'on a fait un nouveau
chemin. Par un bel et bon arrèL, votre sœur
s'est fait adjuger la proprir.té de tous ces
arbl'cs . On avait meublé, pour l'arrivée du
Roi, Aulnay, qui est totalement découvert
aujoul'd'hui, cc qui fait de la terrasse le plus
beau coup d'œil qui se pttissc voir. Comme le
voyage n'a point eu lieu, on le démeuble
actuellement pour le remeubler au mois de
septembre. »
La marquise allait pourtant se fatiguer de
loulcs ces Leaulés, qui ral'issaient d'orgueil
l'ancic-u commis des frères Pàris. Peut-être
aussi en trouvai t-elle l'entretien trop dispendieux, surtout lorsqu'elle voulut al'oir la terre
de Ménars, la dernière en date de ses acquisitions. Le merrcilleux domaine de Crécy
constitué par ses soins et le ch,Heau, où
régnait,· dans le cabinet d'assemblée, le plus
noble ·buste de Louis XV par Lemoyne, furent

l'endus à un prince du sang, le duc de PcnthièYrc. C'est lui qui continua à cnlrelcnir
l'hôpital que la marquise avait fondé pour les
malades et les pauvres de la contrée, et pour
l'établissement duquel elle s'était défait d'une
pal'lic de ses diamants.
Ni l'une ni l'autre des deu.~ habitations que
bàlit madame de Pompadour, et où son goùt
se développa librement, ne nous a été conservée. Ni BelleYuc, ni Crécy n'ont survécu à la
fiéYolution. Non seulement leurs oul'ragcs
d'art, leur moJilicr ont été dispersés ou détruits, lenl's boiseries saccagées et perdues,
mais rien ou presque rien ne reste des h~ timenls mèmes; et l'on rnït s'ell'acel' le soul'cnir des maisons qui furent les plus exquises
de l'époque el comptèrent, pendant bien des
années, parmi les séjo:irs préférés &lt;lu roi
Louis XV.
La postérité eût été peut-être moins sél'èrc
pour les prodi;;alités de ~Imc de Pompadour,
si la nation possédait encore les mcn cilles
d'art qu'elle inspira. Leur beauté eût plaidé
en sa faveul', et ces dépenses, qu'on traite
volontiers de dilapida lions, nous apparailraicnl
moins excessives. Bien loin de se croire coupable-, madame de Pompadour se faisait honneul' de ce qu'on lui a reproché si duremen t.
Elle al'ait conservé, de sa pl'emière éducation,
le besoin d'une comptabilité régulière, et ses
biens étaient confiés à son intendant Collin,
ancien procureur au Châtelet, dont clic avait
apprécié, pendan t son procès de séparalion,
les lumières et la probité. Aidée pal' lui, elle
tenait ses liucs comme une bourgeoise opulente, mais rangée, qui Yeu t cor.maitre exactcmen l le détail de la maison dont clic a la
charge. On l'eût bien étonnée en lui disant
qu'un réquisitoire serait dressé contre clic un
jour, sur quelques débr;s de comptes trouvés
dans ses papiers; elle n'y aurait ru, au contraire, que sa justification.
Dépensant pour l'honneu r el le plaisir du
Roi , ou pour des œuvrc, qui lu i semblaient
utiles, m:idérant sou ven t ses fantaisies propres,
,·irant parfois au jour le jour et sans foire
&lt;l'épargnes, elle se croyait peut-ètrc pour cela
désintéressée: (( Je suis beaucoup moins riche
que je n'éL·üs à Paris, écril'ail-ellc en 17-53.
Cc que j'ai m'a élé donné sans que je J'aie
demandé; les dépenses faitrs pour mes maisons m'ont beaucoup fàchée; {a e'te l'amusement du maître, il n'y a l'Îen à dite. Mais
si j'al'ais désiré des richesses, toutes les
dépenses faites m'auraient pl'oduit 1111 revenu
considérable. Je n'ai jamais rien désiré, et je
délie la fortune de me rendre malheureuse;
la sensibilité de mon üme peut seule en Ycnir
à bout. J"ai au moins celle consolation de
penser que le public fait cette re'flexion el
me rend justice. » Le public, à l'l'ai dire,
jugeait déjà la marq uise tout autrement
qu'elle n'affecte de le supposer.
Il est. établi du moins que, malgré la
somptuosité de ses ch,îteaux, elle ne fut
jamais à son aise. Le Roi se montrait peu
généreux dans l'ordinaire de la vie; s'il ne
regardait pas à ourrir largement le Trésor

par une simple signalul'e, il hésitait à prendre
une petite somme sur sa cassclle, aussi bien
qu'à tirer un louis de sa bourse. Les dons
d'argent faits par lui à madame de Pompadour
furent assez rares; elle ne reçut d' &lt;c étrennes»
que les prcmiè&gt;rcs années, et comme sa pension, qui fut généralement de quatre mille
livres par mois, descendit à trois mille pendant les années de guerre, il lui fallut chercher ùans le jeu, dans la Yenlc de ses bijoux
ou de ses maisons, et drns certaines opérations financières, le moyen d'équilibrer ses
rcccllcs et les dépenses considérables auxquelles l'obligeait son rang. Cc furent plus
ta rd de sél'ieuscs inquiétudes dans sa l'ic, que
laissent cntrel'oir les dossiers de ses affaires;
elle n'aurait su les prévoi r, en ces brillants
moments de sa jeunesse, c1ui coïncidairnt
aYec les dernières belles années du règne et
pouvaient donner cncol'c satisfaction 11 tous
ses désirs de luxe cl de fètes.
Au milieu des honneurs qui l'accablent et
la raYisscnt, madame de Pompadour n'a pas
oublié ses origines. Elle reste, au contraire,
en étroite union a,·cc son passé, n'en rejetant •
rien, ne rougissant d'aucun des liens qui l'y
rattachent. Très fière du pouYoir qu'elle doit
à ses &lt;:harmes et à son esprit, très altcntire
à l'imposer à tous, elle ne joint pas à ces
petites vanités une morgue ridicule. Elle ne
se fait point illusion sur les titres de son
marquisat, cl, tout rn acceptant exactement
les obligations de la caste 011 elle a été introdui te, en essayant aussi de prouYer aux mall'eillants qu'elle est digne de cet honneur, elle
conscrl'e, au milieu des fla llcrics dont chacun
la grise, un sentiment d'elle-mèmc assez sùr.
li y parait i1 mainle reprise dans .les conseils donnés à son jeune frère et, par exemple,
en cette lettre, qui date de f 7;i0 : cc Quant
aux courtisans, je suis obligée de Y0us
éclairer su r eux ; rnus ne les jugez pas tels
qu'ils sont. Si Yolrc naissance ,•ous permcllait
d'aller sur leurs brisées pour les charges où
ils aspirent, soyez bien sûr que sourdement
ils tâcheraient de vous nuire; mais ce cas
n'étant pas, rnus êlcs pom: eux. un objet
indifférent. Ne croyez pas encore que les gens
en si g-randc familiarité osent jamais parlc-r
de,·ant leur maitre d'autres choses 11uc de très
indifférentes, à plus fol'lc raison, de rien qui
nit rapport à moi. Voilà la vérité exacte. J'ai
bien vu et bien réfléchi depuis que je suis ici;
j'y ai du moins gagné la connaissance des
humains, et je 1·0:1s assure qu'ils sonl les
mèmes à Paris, dans une Yille de province,
qu'ils sont à la Cour. La ditférence'dcs objets
rend les choses plus ou moins intéressantes,
et fait parai'trc les vices dans un plus grand
jour. ll
AYec de lcls sentiments pour la noblesse de
la Cour, madame de Pompadour doit naturellement demeurer allacbée au fond de son
cœur à la classe d:mt elle sort et qu'elle
représente si brillamment. Personne ne juge
mieux qu'elle l'importance de plus en plus
grande que prend alors la richesse, aux
dépens de la naissance, dans la so:::iéLé fran-

�111ST0'/{1.ll - - - - - - - - - - - - - . . . : . - - - - - - - - - - ~
çaise. L~ honrgcoisie, qui la pm,sède, s'est grand rapport. Barbier trouve extraordinaire
éle"ée peu à peu, par son intelligence cl son qu'on lui donne /t rpmplir d,·s fonctions cc qui
labeur, /1 la premièrr place de la nation. rn• sen rnt qn'à IP rnetlrP pins au jour 11 . La
Uévout'.•r au ~rrvire du Roi , elle lui fournit /1 ,·rrilé r l que M. d'Étiolcrs. qui m• s'appC'lll'
elle seule tout un personnel dont J'autorit1; plus, à l'Afmmwclt royal, que M. Le Nor:-·accroit a,cr les hesoins du moment. EllP man!. 1 st resté en relations étroites a1'('('
liC'nl toutes les chargC's de magislralnre rt l'oncle Tourncl1e111. qu'il est queslion de ses
d'admini. lration; rn mèmc tcmp,, lui ~ont tournées en provi nt'e dans les lellres du pi•rc
dérnlues LoulC's b puissanres qnr l'argent Poisson, cl que la marquise, l'ayant supprimé
C'Onfère. Il C'\isle, en effet, rn France, nn de son cxistrnce, se croit rn règle :n rc lui
monde très divers de financiers, inlfressés gràce aux a1·antages dont il est comblé. Il C'S l
dans ll's f'crmC's et les sous-fermes, gens de peu douteux crpcndant qu'il n'ai t continu&lt;:
C'omploirs et d'entreprises, entre lrs mains de longtemps à regretter l'épouse infidèlr ; el il
qui passe la fortune .publique, el qui s011- était si bien l'ait pour le ménage el la conLiennl'nt le crédit du royanmC'. Cr sont eux stance, qu'on le verra plus tard, aussitôt dcdésormais 11ui possMcnt les plus beaux 1rnu \'l'Uf, reprondrc, par un honnètr madomaines, font u;Hir les superbes ,·h:Heaux, riage, sa 1·ie de famille \'ingt ans inlC'rrompue.
fii ~f. d'Éliolr n'est plus rien pour maatcapar&lt;'nl lt•s i:(randes terrrs qui tombent rn
, ente cl les lilrrs sci~euriaux qu'il rsl p&lt;'rmis dame de Pompadour. C't pas mème une gèni•
dans ses sou,·enirs, tou t re qui a entouré sa
d'acqufrir.
Les mariai:(eS ont \'ile fait de mè!(•r à l'an- jeunessC', cl particulièrement ce qui touche
riennc cellc aristocratie nouvelle. S'il esl aux siens, lui demeure cher et profilr de son
encore as ez rare que b filles de quali11: ,:(é,·ation. Les courtisans, à qurlc1ues époques
{&gt;pousenl dC' simples enrichis, on voit conli- d1• sa vie, lui rrprochent de la hauteur; ks
nuellemcnl les héritiers nobles, même des gens de sa parenté la trourenl Loujour~ ~impl1
plus haut lilrés, redorer leur blason dans la et serviable. li n'est si pelil cousin qui n'obroture bien pourrne de rentes. Madame de tienne d'elle l'appui nécessai re pour être
Pompadour aime cxtrèmemcnt à s'occuper placé, pour faire vivre el pour établir ses ende ces unions et y intéresse le Boi. !.&lt;:lie fants. On lrourn trace de sa libéralité dans le
obtient mème assez souvent, pour les faci- texte de son testament, comme dans la liste
liter, des dons pécuniaires sur la rassC'lte, des pensions qu'elle sert el dont un grand
lorsqu'on a su llaller son amour-propre &lt;'Il nom bre témoignent d'une âme charitable'.
s'adrC'ssant it elle. Ellr aide it allénuer. tant F,llc disposerait assez aisément pour ses propar désir instinctif d'obliger que par goùl li•~lts de toutes les foreurs de l'État ; mais ce
raisonné pour les mélanges de caslC's, cc que n'L•st point de façon prodigue ni arbitraire
les Y"icillcs traditions nohiliaircs ont de trop ,,u·elle agit, el une certaine pensée de ju Lice
rigoureu, . .\insi, sans froisser la noblesse, el de prndcncc, non moins que le souci de
elle sr fait la rt'présentantc Pl la prolcclrirc l'opinion publique, l'empt,'che d'abuser de son
crédit. Dès que les sollieileurs se montrent
du Tiers-État.
La jeunr bourgeoise , en fawur de qui indiscrets, clic ll S arrête, fussent-ils ceux qni
Louis X\' a rrlevé un marquisat t:tcinl, Sl'rl !ni tiennent de plus près.
d1• trait d'union entre deux mondes Lien &lt;liffél'n esprit éqnilalilc cl ferme se rérèle en
rrnl ; mais cr sont le détails de sa \'ie ordi- ses lettres à son père. Lr bonhomme est disnaire qui prouvent le mirux une fid1\lité à des posé à l'importuner pour lui-même ou pour
originrs qu'un moins sage esprit eût sans ses amis. Elle le lui fait sentir, à propos d'un
doute reniées. On connaitrait mal madame de cousin Poisson de Malvoisin, qu'elle a déj;1
Pompadour, si l'on oubliait qu'elle a res- fort a,•ancé dans les carabiniers : « Je suis
pecté cl rultin: en rllc, immédialemt'nl aprrs Lrrs fùchéc, mon cher père, que rnus désisa passion ponr Ir Roi, le ,cntirncnl de la riez \ïnccnne, pour li. de ~lalvoisin. Comfamillr.
ment peut-il vous l'Cnir dans l'esprit de vouloir placer un homme de ,ingl-cinq ans
Le mari, à vrai dire, ne compte plus. De- (quelque sage qu'il soit), qui n'a scni qur
puis que madame d1• Pompadour a rté séparée six ans'/ F,n 1éri té, il derrail füe conlrnt de
de hiens par l'arrêt du Châtelet de Pari r l son élal. li est tant de gens qui n'obtiennent
'111'rllc a pris seule la garde de sa fille, M. dï~- le mèmc qu'après vingt ans de scnice, el lui
Liolcs s'c l lrou,·é effacé de sa \'iC comme il en avait trois. Ce qu'il y a de sùr, c'est que je
l'eût été par un di,·orce. Elle sait qu'il n't•st ne puis demander une chose aussi injuste. ,,
point à plaindre, consolé sans doute /1 ln
l'n autre jour, elle répond, au ujet du
longue d'un chagrin qui fut véritable. Il jouit fermier général Bouret, qui a rendu des serde reYenus considérables qui lui permellent vices à son père cl dont celui-ci est entiché :
de mener la grande vie des financiers du cc Permettez-moi de vous dire que M. Bouret
temps, à l'botel de Conti, rue NeuYc-Saint- a grand tort, s'il ne Lrourc pas sa famille
AugusLin, où il demeure. li est, depuis plu- assez récompensée des services qu'il a rendus.
sieurs années, en possession de la ferme li me semble qu'il l'est au moins an tant qu'il
générale dont la sollicitation a préparé ses doit être, et rrue je me trouverais fort heudisgràccs conjugales ; il a eu celle de M. .de. reuse, si mes parents étaient aussi bien plaTournehem, au moment où celui-ci a été ap- cé .... Yous êtes trompé, si l'on mus dit c1ue
prlé à la direclion des Bâtiments. li va encore le ministre n'attend qu'une parole de moi
obtenir une place de fermier des Postes d'un pour accorder les dix-huit denier~ que vous
1

1

1

dt•mandez pour ~I Bnurel. Il me parait trrA
Mcidé /1 ne les lui pas donner, el rnus saYC7.
mieux qu'un aulrr, puisqul' 1011, 1·onnais.Pz
111011 caractèrr . que je Ill' fais jnnui~ viol1•ncr
aux gens que j'airnP. 11
Elle nr met pa~ moin, dr fcrmelr it ~e &lt;lélcndrc contre les cMmarches en faveur de son
lrère. Lr père rê11) de faire frigrr en 11 Surintendance dl's fütirncnls l&gt; la Direction gém:rnle, dont ln sun·ïvaoce est assurée' il M. dt'
Vnndil•r1•s; ses lrllres sont pleines dr ccl11•
chimi-rC'. dont il cherche à trouLlrr l'amhition
beaucoup plus paisible du jrune hommr . La
marqui~ c~l ohlii:(ée dt' le rappeler à la raison : ,c Pour être hcurr ux , répond-clic, il 1w
fant jamais désirer des cbo~rs impo,sihles :
je suis sùrr qu'il n'y aura jamais de surinLendanl, ni de Finances, ni de fi;itimcnt~:
ain~i, n'y sonf(eons pas. Cela ne m'empêclw
pas d'ètrr très certaine de faire 1111 trè~ bon
maria&lt;rr pour mon frère. n C'rsl du m,imc ton
qu'rllr dit plus tard, parlant des gens in~atiables arec le, quels le publie la confond :
c, .le serais l,ien fàchéc d'avoir crl inl:ime rarartère, rl 1111c mon frèrr 1'!•111. n
La marquise arnil fait beaucoup pour ri'
ft'ère, en lui obtenant la charge des Bàtiments. l)c celte faveur considérable cl qui
semblait criante, eth• entendait qne le jeune
homme se monlràl digne cl désirait le mettre
en ,:tal de bien senir le fioi, ,,uand J'hcurr
rn serait renne. Elle jugea Lon dr l'éloigner
pendant qurltJUC temps de la Cour, où il ne
pouvait être qu'une gc'ne; cl voulant, d'nn
mtlmc coup, le préparer aux fonctions qui devaient bienlol lui rcl'enir, clic eut l'idée dr
cr long voyage d'Italie, 011 )1. de \'andièrc~
allait former son golil el acquérir des connaissances utiles pour dévrlopper lrs arts dans
le ro\'aume.
EIÏc-mème choisit, pour l'arcompngner,
deux hommes de talent cl de bon conseil,
Cochin le fils, son dessinaleur préfrré, r l l'architecte Soufllot, ancirn pensionnaire du Roi
11 Rome; elle y joignit l'abbé Le fllanc, à qni
Cochin accordait malicieusemrnl « plus de
connaissances dans les a rls que n·en ont communément les gens de lettres ». C'élaienl
d'aimables ('ompagnons, fort propres à é1eiller l'e prit d'un jeune h &gt;mme d'ailleur hicn
doué, capables aussi dr le iruider sarnmmcnl
dans le pays classique des art , de lui fairt'
apprécier les galeries l'l les antiquités. Cc
vopge, accompli à loisir par des gens qui
voyaient arec réllcxion, de1·ait scr1•ir, par la
suite, les transforma lions du goùl français ;
mais son premier résultat fui de fournir au
jeune directeur les Litres cl la compétence qni
lui manquaient.
li n'avait pas vingt-quatre ans, cruand sa
sœur le décida it réaliser celle eolreprisr qui
pouvait assurer sa fortune : c&lt; De ce voyage,
lui écrivait son père, dépendent Loule , otre
réputation et volrll !,icn-èlrc. 1&gt; La marquise
lui arail fixé des règles de conduite, cl rappelait ces instructions importantes dès sa première lrttre, reçue à Lion le 28 décembre
i i i 9 : « \'ous avez bien fai t, frérot, de ne

�r-

1f1STO'J{1.Jl

pas me dire adieu; car, malgré J' utilité de ce
rnyage pour vous el le désir IJUe j'en amis
depuis longtemps pour ,otre bien, j'aurais
eu de la peine à vous quiller .... Ce que Je
mus recommande par-dessus tout, c'est la
plus ~rande politrsse, une discrétion égale, cl
de Yous bien meltre dans la tète, qu'étant faiL
pour le monde cl pour la société, il faul être
aimal,le an'c Loul le monde, car, si l'on se
bornait aux gens que l'on estime, on srraiL
drtcslé de presque tout le grnrc humain. Ne
pl'rdrz pas de me les comcrsalions que nous
arnns l'UCS ensemble; cl ne croyez pas qur,
parer que je suis jeune, jr ne puisse donnrr
de bons aYis. J'ai tant rn de chosrs, drpuis
quatre ans el demi que je suis ici, que j'en
ais plus qu'une femme de quarante ans. »
Les lettres du père venaient appuyer lrs
avis de crue précoce expérience fémininr.
M. Poisson amil pu Yoir la marquise, rrvenanl de Choisy, quelques jours après la éparation, cl il écrirnil à son flls : &lt;1 Nous par1:imcs beaucoup de vous, el je fus enchanté
dr sa tendresse pour le frérot cl de Loul cc
qu'dle mus arnil diL arnnl rnlre départ. Elle
esl jeune, mais elle pense so\idemenl, rl je
ne suis pas en peinr sur l'usage que ,ous
fr rez de sa comersalion .... &gt;&gt; Dans une autre
lcllre du père, avec les recommandations de
rnpgc, que multiplie un homme qui a visité
beaucoup de pays, les mèmes conseils reparaissent cl se précisent : « \'ous a,ez fait
J'a&lt;lmiralion de Lyon par vos manière polies.
Je vous exhorte à les redoubler, s'il est po siblc; c'est la vraie façon de s'attirer tous les
cœurs, cl c'est là justement cc que loul hon11l1lc homme doit aml,itionncr. Ceci est à
voire pouYoir; ,·ous arrz en vous tout pour y
panenir, en corrigeant un peu rotrc dur.
Souvenez-,ous sculcmrnl de ce que mire
sœur ,·ous a dit sur cela, cl je ne serai plus
inquiet. »
M. de Vandières el sa compagnie, partis
de Paris en décembre t7'19, n'v clcl'aicnl rr1·rnir qu'en juillcL 17;;1. I.e fr~·rc de la marquise ,oyageail en gr~nd seigneur, aux frais
du Hoi, ayant ordre de tenir partout table
ouYcrte, accueilli par les mini Ires de Louis XV
auprès des cours italiennes, reçu en audience
pril'éc par les princes souverains. Il goûtait
les plaisirs de chaque l'ille, mais se liait aussi
al'eC le hommrs distingués cl sal'ants, profltail de leurs conl'ersatio!ls, emorall à sa
sœur des obscnations înlérrssanles et le
dessin de~ cho rs curiruscs qu'il remarquait.
Comme les lellrcs, en dehors des courriers
royaux, couraient le risque d'ètrc ourertes,
la ·marquise insistait sur cc point : &lt;I C'est de
vous IJien garder de rien mander &lt;ruî pùt
déplaire aux cours où l'Ous fll8re~_._ allendu
qu'il est très vraisemblable que l'on y sera
curieux de sa,·oîr la façon de penser el cc
que mande à a sœur cl aux autres le frère
de madame de Pompadour. »
La discrétion aYcrtie du jeune homme nr
laissait place à aucune faute de cc genre; il
n'y al'ail qu'une l'Oix en Italie sur sa bonne
grâce, sa modestie cl son esprit. Le marquis
de la ChéLardic, 11 Turin. le duc de Nivernois,

1..ou1s

à l\ome, le marquis &lt;le lïlôpilal, i1 Naples,
mandaient à la marquise, à tour de rôle, des
élo3es qu'elle mettait sous lrs yeux du fioi.
« M. de Nircrnois esl lr~s contml de vous,
écrÎl'ait-clle, des politesses que l'OUS lui al'ez
faîtes, des bonnes cli~po~itions où l'Ous êtes,
de l'Olre cnric de plain•, rie. Continuez, mus
nr sauril'Z mil't1x l'air&lt;', cl prenez ses al'is; il
a hcaucoup d'rsprit, cl vous conseillera bien,
par l'amitié qu'il a pour moi. » Cc n'étaient
point eulcmenl conseils ou nouYellcs d7 cour,
que la. marquise' adressait à &lt;1 son cher bonhomme ,, ; les courriers lui porlaient sourenl
quellJuC présent d't'1lt•, cl on ne le laissait
manquer. nîi d'habits brodés, ni d&lt;• dl'111elles,
pour se faire honneur auprès &lt;le~ hdlrs cl des
princes.
Tout cc que poul'ail'llt écrire cl1· fornral,lt•
les nombreux Français établis en Italie servail les inll:rèls de la famille. Le père Poisson
s'y 1:1ail dt:colllwt des ·ami~ partout : )1. de
la Chétardie i•tail pour lui 11 une l'Î~illc connaissance d'Allemagne », l'ambas adeur du
!loi i1 Ycnisc se trournil &lt;&lt; son ancien ami,
)1. de ·Ch:nigny », cl, à f\ome, Vandières
cle,·ail faire ses compliments &lt;1 i1 .son chrr
ami, ~I. &lt;le Trov », directeur de l'àcadémit•.
Émencillé dt• ·~ucc~s de son fils: il se chargeait de ks pul,licr clans Pari . plus bruyamment que ne faisait la sœur à Ycrsaillcs. &lt;t li
revient beaucoup de hicn de toi; écril'ait-îl,
tant i1 la \ïllc c1u 'i1 la Cour; juge eombicn
cela m'afnige. » Une autre fois, il le félicitaiL
de son séjour à ap)cs : « Nous~dinùmrs chci
M. de Tournehem al'ec M: du \'C'rncl'; nous
élions unr vingtaine à table• .Je leur ·fis parl
à tous de rotrc lcllrc sur la, hellc cha se que
Sa Majesté,. icilicnnc vous a donm:c sur les
lacs .. .. Tout Je monde chante l'OS louanges en
cc pa~-s-ci, même reux &lt;1ui ne nous aiment
pas. » Ainsi l'orgueil du père se gontlail d&lt;'S
mérites éclatants et divers d'une double progéniLurr.
Cr fut. pendant l'absence de so:1 héritier
&lt;pie li. Poisson modifia so:i genre d'existence
cl entra définiti, cmcnt, dans les grandeurs. Il
n'était enrorr, an moment Ju départ, qu·un
p/lrc de farorilc. à la situation mal clt'liniL'.
nn condamm1 réhabilité par ordre, 1•l qur son
récent anoblis~emenl n'arnit l'ail ni plu~ riche,
11i plus considéré. li. de \'andièrcs devait
relrourcr son père grand seigneur, brillamment étal,li dans ses terres, et derrnu l'égal,
par les titres el le train &lt;ln rie, dt•s hommes
dont on l'arnil rn si longtem p le serviteur.
Celle mélamorpho. e e lune de celles qui font
le mieux apercernir la mécanique de l'ancienne société françaî e el l'acti,·ité personnelle de madame de Pompadour.
Nul ne sut jamais comment le roi de
France, au commencement de l'année 1750,
se trou ,·a al'oir contracté une delle de deux
cent mille füres, cnl'ers François Poisson, au
moment même où celui-ci l'Oulaît acheter une
terre dont le prix repré entait précisément la
mèmc somme. Le jugement définitif de réhabilitation, rendu le 22 auil I H7 , reconnaissait que l'ancien munitionnaire al'ait fait
jadis certaines avances sur les fournitures de

blés, clonl il n'arail point été rrmhoursé. Les
commissaires cm1uètcurs, à 1Tai dire, n'a~·anl
pu remellre la m:iin sur la procédure de condamnation, qui remontait à vingt ans cl avait
fàcheusoJmcnl disparu, araient clù demander
au &lt;I suppliant » de f'uurnir lui-même de nourelles p:ècc '. Celui-ci consentit par pure complaisance, prit la peine de rétablir toutes ses
écritures, cl il apparul aussitôt que le Trésor,
bien loin de l'a rnir pour d{,bitcur, lui !:lait
rrdernblc de vingt-trois mil11• ~rpl ccnl quaranle-trois lirres trois sols, lmîLdeniers.
Fort l,icn conseillé par ses amis, Poisson se
garda d'en rien réclamer sur l'hcurr, cl st•
contenta d'abord de l'indemnité de cent mille
füres, que le roi lui donna pour le dédommager de ses longs ennuis. Trois ans plu~
lard, la delle royale était portée au drcuplc,
comme par enchantement, la marquise s'étant mêlée de reroir les comptes ; et l'on
s'explique aisément cet arrangement bonnète. Depuis qu'il a reçu des armoiries,
M. Poisson a pris Il dél ic.'ltesse des gens de
qualilé; son amour-propre souffriraîl d'obtenir un don gratuit, dans les circonstances ot1
il se lrourc, tandis qu'il l'acceplr arec aisance
sous la forme d'une restitution.
Madame de Pompadour, qui a men(: Loule
celle affaire arec M. de Machault. l'icnl de
clécounir pour son père le grand domaine
qui doit soutenir sa noblesse de fraiche date.
C'est la terre de Marigny, dans la Orie, possédée en cc momcnl par la communauté
parisienne de aint-Côme, qui en a hérité du
chirm gicn La Pcyronie cl qui se décidera
,·olonticrs i1 la mcllre en ,·ente. Le l\oi l'achètera pour )1 . Poi son cl celui-ci donnera honorablemcnl sa quiuance des cieux cent millr
li1res. Les dircrses parties étant d'accord, la
terre de Marigny est adjugée aux galeries des
Tuilrrîcs, le 29 ja111icr 1750, pour deux rcnl
l'ingt mille lil'res, délivrées à Poisson par
ordonnance du Iloi ; cl le contrat, drcssè en
l'orme cxcrptionncllc, par des commissairr
spéciaux, est rc,·ètu des signatures du Roi, du
chancelier, du conlrolcnr général cl des six
intendants des fimnccs.
Une seconde ordonnance au porleur, de
quarante-huit mille lines, rendue fort à propo , a p~rmis 11 M. Poisson dl! remboursrr
lt•s droits seigneuriaux dus au duc de Gesnrs,
de qui relèrc le fiel' de Marigny. M. de GesHeS
l'a aus~itot « ensaisiné et infêodé », rl a mèmc
donné 1111 grand gala pour la pn•station de
foi cl homm:igc de cc nou,·cau \'assai. En
règle aYec les usages féodaux, celui-ci ne
néglige aucune des form:ilités qui doircnt
assurer à lui-mème cl à sa descendance les
prirîlèges allachés à son acqui~ition. Sa correspondance rérèlc naïremenl, non seulement
son étal &lt;l'esprit, mais cdui de toute la caste
à laquelle il appartient cl dont la faYCt1r de sa
fille marque le triomphe :
11 Enfin mes letlrcs-palcntcs au sujet de
Marigny, qui m'ont donné tant de mouremcnt,
sont enregistrées au Parlement, t'l je l'iens
d'cmoyer loul à l'heure M. Perrier pour les
faire entériner à la Chambre des : Comptes cl
Cour des Aides. Je croyais que , c'était une

xr ET MAD.A

'U'r
✓roL,

DE

p OJK'PADOUT(

so.uise : mais le scrau el les enregistrements geoisic. Le soir' le feu d'artifice fut tiré dans
~-ont plus coù_lé que mes Jeures de noblesse. 1~ parc, et tous les habitants mirent des lam- pren!ez Ir nom de Marigny; car, pour moi,
1
~ 1mporle, cer1 nous
. met dans Loule la plus pions s~r leur~ f~nêtrcs. » Lajournéc se pa sa Je ~ appelle François Poisson. »
)
d
é
gr~n c s, rel ' rt Je défie le Roi, toutes les rn feslrns, la ntu t en danses et 1
C eSt pour ~ fils bien-aimé qu'il bàtit,
·
,
e nouveau plante et arrondit le domaine. Toul d'abord
p111ssances
du
monde
réunies
de
poul'oir
no
.
.
'
•
us seigneu
r' narrant
f
• cette récept1·0,1 , c'Cr1't a, ses un m~•r ; 11clot le parc ; puis les tours féodales
d.,",goter c1-aprcs ~e llar)?ny ! ll Un autre jour,
en ants ·: « Gr:ice à Dieu ' mon entre'e, queJe
.
( c~t son rhartr1er qu il va faire classer : redouta1s lant, a été faite. J·r ser . , .
sont Jetc~s bas, et les matériaux servent à
,
ais a present reconstruire un noul'ca,i cha'teau
&lt;1 J attends un scribe pour ran. 1.e mai,1rt'
g1'r ét mcllre en ordre lous mrs
établit un chenil, réunit une
litres de Marigny, qui sont immeute, peuple sa terre de perm~?ses. Comme je ne ,·eux pas
drrau,, car il est maintenant
c!u 11 .! manque la moindre pecc grand chasseur » : il Je dit
tite p1ece et qu'il puisse s'y troule répète, lient à cc qu'on
ver apparence d'équivoque, j'ai
sa~(ie, c_rs droits et les goûts
o~Jlenu à la Chancellerir, aprrs
qu ils dcl'elnppent appartenant
l11en dPs mom·emrnts, lcllrrsà sa nouyelJc situation. Il veut
patentrs registrées rn Parlefaire de &lt;1 son cher Marion
y&gt;&gt;
0
ment, Cour des Aides el Chamun heau pais de chasse. Son
fils ne peul· manquer d'y attahr_e. des. Comptes. Quoiqu •011
m_ ail fait gralls partoul' il ne
rher du prix, lui qui a l'honlars5r pas &lt;fut' d(• m'en coûter
neur de chassrr arnc le Roi.
une centaine de pistoles, parce
li lui raconte par le menu,
que le sceau est cher, el mille
dans ses lellrcs, tout cc qu'il
aulrrs petits brimborions. Malc_nlreprend cl jusqu'aux attengré tout cela, je clonnrrais plnhous de son ami, M. l'intendant
Trudaine, qui dispense 11 ses
tà~ mille pistoles que de n'avoir pas obtrnu res lcllres. n
rnssaux » d'aller à la cor\'ée
hors de ses terres et les laisse
Le_ t_on, le style, la pensée,
travailler uniquement aux chetout 1r1 rsl vulgaire et en désaccord singulier avec les senmins de leur seigneur.
. Madame de Pompadour s'intimrnt~ dr ~adame de Pompateresse tendrrment à celle indour: ~ ranço1s Poisson n'a point
1«• ~csrntércsscmcnt de sa fillr
~t~llation qui fait la dernière
Joie de son pèrr. A-t-il besoin
t•t ignore les élégantrs façons
d'a,·is compérents? Elle lui e~a,·eclrsqurllrs cllr a laissé venir
pédic les architedcs ou lrs rnsa forlu?r; l'homme d'argent,
lrcprcneurs des Bàliment~ &lt;lu
le commis des P,iris;perrc dans
Roi· llé~ite-t-il à recon lruirr •)
lou_tcs ses effusions paternelles:
Eli!' lui fait attribuer une par~
~ais il a tant de bonhomie el
dans la ferme des Postes, qui
s1 ~u ?&lt;' morgue qu'on est
a~igm~nle son revenu d'unr
porte à I en excuser. Plus inclulnngta11w de mille lincs. 1,1,
fW?le '1\•e personne, la marquise
1111
dét,'lil
même l'or!'upe, rar cil('
'
• d un rrgard allendri et
,·~ul_ marquer de son goût J'b:iamusé, l'épanouis ement du
b1t:il!on seii:tncuriale &lt;le sa forè,·e du rieux traitant.
mille : &lt;&lt; \'otre sœur, 1\crit
~ fris du lissrrand bourM. Poisson, vient de m'eng111gnon arri,·c aujourd'hui au
l'oycr, sur le dos d'un cro('hc('O~bl(• cl!• ses désirs ; il ci;t
tcur, la plus jolie table du
se~~n~ur féodal cl grand promonde pour écrire. Elle ,rut
pru.'!a.tre terrien. Commr il a
aussi o:1·e_nvoycr, malgré moi,
pa)C la taille de ses paysans,
~on lap1ss1cr pour prendre les
il rsl lriomphalemcnl rrçu à
m~sun•s de mes appartements,
~larigny, et aucun des honq~ clic veut meubler. (1 faudra
neurs d'usage ne lui est marbien .souffrir ce que l'on ne peut
chandé. Il est complimenté par
cmpecher l ,, Les attentions de
M
J.
Clicb~ Oiraudoo
~c curé et IPs paroissiens, mené
• ADAME :IFA.'ITE. FILLE DE Loms XV. - Tat/eau d•• n'I·• I,ABILLE-GlllARD. .
la hile pour le père sont contia son banc à l'église avec un
(,\fusée de 1"ersail/es.)
~uelles
. el s'appliquent aux peTe Deum. Un récit trouvé dans
tites
circonstances
aussi bien
srs papiers raconte compÏai.
_qu'aux
grandes
:
«
lf. de la
~ammcn
t
que
I
fil!
1
1·11 •
&lt; es I es et garçons ha- fàché qu'elle n'e~t pas eu lieu; il m'en coûte ~cl:ruèrc, écrit encore Poisson à Vandières,
u e~ en bergers et bcr«ères
précédés
'de
la
bcaucou~, mai~ c'est une fois payé. ,i
l'J~nt de me faire tenir par ses courriers une
marPcha
· a, chcval,0 conduisaient
'
. ussee
b/. de•
~a se1gneur1e achetée, il faut un titre : caisse dans laquelle il y a l'ail un habit vert com11
, arh1~ny en chantant ; les habitants rangés &lt;l /fous quel nom roulez-rnus, écrit madame
plet, bordé el boutonnières d'or, qui est la
en•· léaie
,., · • t des' charges
ée sous les armes, ,a1saren
de Pompadour, que l'Otre terre soit érin-éc en pl~s belle cho e du monde, que l'Olrc sœur
M r s A ..
t«\ren . :rives au château, ils présen- marquisat? ll Le nom sera celui de Ja° terre ma enrnyé. Cette chère sœur ne sait que doncorbe\i3u seigneur le ,·in de ville dans des elle-même; mais le marquisat fait rl'Culer le ner et obliger tout le monde. &gt;&gt; Ce n'est q ,
se . t es ornées de fleurs, garnies de mas- père P~iss~n.; il ~e l'accepte que pour son fil , même cri. tout 1e long de celle correspondau un
pa.ms.
com
li A leur Lêle. était M. Ie ba1·11i,· qm. 1e et le lm fait savoir en une phrase pleine de paternelle : &lt;1 Ta chère sœur est adora ble~~1
p menta, ensuite le capitaine de bour- bon sens : c, M. de Gesvres veut que vous
ne faut que laisser agir son cœur. •&gt;
'

1;

1. -

HISTORIA -

Fasc. 6.

18

�r--

111STOR_1.Jl ._ _ _ __ : _ _ ~ - - - - : - - - - - - - - - -

~I. Poi~rnn a fail t:Jt'H'r i, Marigny une_rha-

prlle avec un dùmr_; il r &lt;l6poscra le,chapc~ct
béni par le Saint-Pcre, que M. de hn~•~•e~
lui rapporte de Rome, cl ce]~ fera pla1s'.r ~
son curé, &lt;&lt; , 1ui est fol de lui l&gt; • ll o~m de
cuvelles de marbre, que lui onl dounees ~es
Bâtiments du Roi, la pièce principll.c du log'.s,
la salle à manger, où il reçoiL déjà des ~ablees
d'amis, aimant comme lui le ratafia et 1exce,1lcot bourgogne qui garnit ses caves. On n y
voit pas seulement les hobere~ux du pays a,ec
leurs épouses, ou les bandes Joyeuses de cousins el petits-cousins, invités à passer quelques jours au château du riche parent. De~
hommes plus considérab!es s'y r?n?onlrent ·
M. de Tournehem, qui fait agrandir ~gaiement
&lt;c son cher ÉLioles l), vient volonl1crs comparrr ses hàlisscs à celles de l'ami Poisson ;
l'L Pàris-Duvrrncy, donl la terre csl dans les
environs, nr déd;ignc pas de lui donner une
journ,:c par an. Ces gens im_portanls ~aven t
qu'ils lonl plaisir à la marqmsr ~n, frcqucntanl son pèrr; rl l'on se figure a'.se1~cnl cc~
beaux vieillards, aux pcrnu1ucs so1gnees, aux
gilets brodés dr ncurs, assis à Marigny sou~
un bosquet à la française cl btl\'anl le cafl,
dans de fines tasses de Vincennes, Lou_l en
rA1usanl de l'adorable jeune femme qui lrs
Lient unis cl leur inspire à tous le mèmc cullc.
M. Poisson csl lui-même devenu, à Versailles, une manière de personnage, que Loul
l'entourage de sa fille connaît el supporte. On
nauc une de ses manies en lui donnanl des
nouvelles de ce qui se passe à 1~ Cour, el
M. de Tournehem n'y manque po111t, qu~nd
il l'informe, suivant son usage, de 1~ s~n~e de
la marquise : &lt;c ~Iadamc votre fi~le, ~•c_r,t-11 de
Compiè,,nc le 27 juin 1751, arriva '?1 avanlbier ma~in sur les huil heures cl dem~c... f:11c
sr mil dans son lit, où rlle resta Jt1squ a~
;nomenl de se mcllrc dans son bain. Lr Roi
nrriva, je ne pus la rnir; mais j~ sus_ qu'rl~r
1:tait bien remise de sa fatiguc. lli_er, JCla vis
un pcli l momcn t, lorsc1u 'elle parl1 Lpo~• r aller
i1 la maison de bois; clic se _portail a_ mc'.·vrillc.... Le roi csl ici fort gai cl para1L tres
conlent. La Cour n'csl pas encore forL, nomhrcusc, quo:qu'clle ail été. augmcnlPe p~r
l'arrivée de la Reine, qui amva sur les hntl
hcurrs hier. Les ministres arriveront succcssivcmrnl : M. de Puisieux l'était hier ; le
Garde des sceaux a dù anivcr le soir. Je vous
quille pour aller au lernr j si j'apprcn~,
r1uclque chose, je ne fermerai pas ma lcll1 c
sans vous en faire part. .. Madame votre fille
se porte mieux que je ne l'ai me se porter. l~
De son château de la Bric, le bonhomme s.•
bien rensei(J'né se çomplail à transmettre a
,rs ami, r~ qu'on lni raronlr. li rcrif. par

exemple, i, l'alJh,: Lr m?_nc: &lt;l'un Lon _d,:ga~,:
de grand seigneur : &lt;c J ,rai, mon cher ablJt:,
faire le carnaYal à la Cour' oü toul le monde
jouil d'une parfaite santé; j'enlcn~s ce m?nd_e
tJUC vous et moi connaisso~s cl 11.111 nous .mleressc .... Le roi a fait imprimer a ses dept'llS
les œuvres de notre ami Crél.iillon. Ell1's sont
en deux tomes. Vous jugez Lien qu'ils no~~ rn
a fait part à loc1s. cl qu'rllcs sont Lien reltces;

_ _ _ _J

r·sL mil'ux· i, sa plarr i, une 1al1lt• jul'iale_J,,
sous-fcrm:crs, qu'il ne le s,•rait au ~oupcr
royal des Pelits-Appartemcnls, où d'ailleurs
il n'a jamais paru. Cc n'csl pas u_n rustaud
foncièrcmenl grossier ; c'est plutol ~n glo~
ricux, ébloui des singuliers honneurs cchus _a
sa fille. S'il a le ,·erbe haul cl le mol sale,
suivant les usages d'alors, on_Iui prêt: à ,torl
des insolences de laquais IITe,. q~1 ?ont
aucune naisemblance. Pas une fois il n_ a eu
à forcer une porte qui lui demeure LouJours
ouverte; jamais il ne se prive d'cn_Lr?r chez
madame de Pompadour, et sa va'.11Le ~-aler~
ncllc peul l'admirer, Loutcs 1rs '.ois, qu_ il lm
I 'l au Lhéâtre des Cabinets, ou l acces csl
P
ai '
· ·
Ldes.
pourtant
si difficile. Il est ord111a1r~mcn
o ·acres de Compiè,,ne et de Fonla1ncbleàu '
v l leo trouve même ?a Crcey,
, 1111·1
· ·L~· pa1• la maron
. ,
quise rn même Lemps que le Roi. II est
pa1a. blc de M• de Tournehem; son
. . monde
. rsl
.
crlui de ln finance rt de l'admamlra~t0n; t 1
,, C'SL estimé, parce qu'il sait les a_ITa1res rl
;u'il a bien servi les inLérêts public:. Dans
les autrrs cercles, qui l'ignorcn~, on le pl~usc,
on le chansonne' on le calommc; _les m_emes
rrens qui le salueraient forl bas, s'il tenait son
~ôlc de père sous un gran~ nom, ~onl ~rs
dégoî1Lés à son approche. Mats Fran?o'.s Po'.sson n'en a cure el jouil de sa dcsl111er ::nrr
une sérénité d'lîmc incomparable-.

rns~-

F:x-li!Ti.&lt; Jessi11e el g r.11·è tJr Cocnrn aux .1n11es
.t.! /J :\1 \RQt: ISE ns P o ~J PA DOrR,
(r11 N11el .tes F:s/.1111{'es.)

le bon Yicux père Sophocle à sujeL d'?trc content. Vous savez, sans doute, que I abbé de
B~rnis csl comte de SainL-Jean de Lyon, et
ue l'abbé de Fleury, frère de l'évèquc de
lhartres, a éLé. faiL archcrêquc d_c 'fours; le
duc de Chaulnes, qui a tenu les Etats de Br~tagnc, cordon bleu, ainsi qt'.c le marqms
d'Jlautcfort, ambassadeur de V1cnnc. Il n l' ~
r1u'un homme que je pleure et rcgrclle, ~1u1
nous manc1ue, c'est le maréchal de Saxe-, qt~ on
conduit actucllemcnl à Str:sbour? p_our y etrc
inhumé; dans loules les nlles ou il ~: a du
canon, on en tire cinquante cou~s, (JIil malheureusement ne Je rérnillcnl poml. l&gt;
Ces dcrnièr.1s lignes sonL d'un bon Fr~nçais q11i saiL le prix dr la gloire_; la marqmse
rllc-même ne plcun' p:i.s rn m_c1lll'ur_s tern~cs
le vainqueur de Fontenoy; mais le pcrc Poisson parait Lrop se figurer q_ue _le dcfnnt pnuvail èlrc l'ami de toute la famille.
li n'étaiL pas ~ans intérèl de mcl!rr en
lumière un p:)rlrail réridiqnr dn pt•rr .d:
madame de Pompadour. Il esl Lrop m:lc'
i1 sa vie, occupe trop sourcnl ' s1 p~nsec,
1)our qu'on le puisse oublie~·- 1_el q~1 on le
connait par ses amis et par hu-mem~, 1 apparait un fort bonne homme, sans d1st111ct1011
de manières, mais sans hypocrisi~, p_as plus
moral qu'on ne l'est autour de llll , dcpo~rvu
d'éducation première, non de ftness: m d_c
!,elle Jw~rur. Gro, lmveur cl bon n1·anl, il

!

La fille que madarnc de Pomp_a1~ur a eue
de son mariage, Alexandrine d ~L10l~s, csl
aussi une des grandes affections de sa vie. Elle
~st tendre mère aulanl qu'enfant dé;ouéc cl
allcnfür, cl celle tendresse prend ':°eme des
formes passionnées el jalouses qui pcurcnl
surprendrr. Alexandrine csl &lt;&lt; belle co1:1m1'
un ancre » cl d'une rare précoci~é d'cspr1L: ,\
cinq a~s cl demi, la mère la rct1r~ des ma111s
d'une femme qui a fait sa prc~1èrc éducation et la prend avec elle à Vcrsa_1llcs. Elle la
loge plusieurs mois dans ses _pcl1ls enlres~ls
cl la monLre volontiers au Roi cl à ses amis.
On devine déjà qn 'clic la veut :ormer' co~nmc
elle le fut clic-même, pour lmll~r. cl ench!n:
l . elle lromc le moyen de la faire para_1tre
s:~.' son Lhé.Hrc : cc La petite Alcxan~r111e,
écrit M. Poisson, habillée en Sam!' grise, a
fa it un rôle sur le Lhé.\Lre des Peltls Appartements. Elle était à manger' el clic demeure
arec sa maman dcpnis dix jours. &gt;&gt; A cc ~o1 madame de Pompadour emmenc
~~fa,nt dans tous les voyages. Quand _elle n~
cul s'occuper d'elle, c'esl le grand-p:r~ qui
P
el 'ses. lellrcs revelenl\
en prcnd la ch~.. r,,~
o" •
quelques détails sur 1existence de celle
enfanl, élcréc comme une. fille_ de gran_d~
maison et st'lremenl appelée a en Jouer le rolc
par un mariage.
PIERRE DE

(A s11frre.)

NOLHAC.

La mort du duc de Bert.Y
Dans son livre : La duchtue de Berry el la cour dt
1..ouj, XV117, un historien trè1 estimé, Jmbcrt de SaintAmand, a retracé de manière saisissante Jc.s phases dt J'at-

... Cependanl, le Dimanche-Gras, J:ï fé- soldats, au lieu de leur présenter les armes,
vrier 1820, Paris était tout rntirr à la joie et comme chez nous, tournent le dos; et ils ont
tt.ntat qui émut si profondément nos pères, !ans acc&lt;.paux mascarades .... Oubliant les querelles des bien raison, car personne ne peut approcher
tion de parti, en février 1810.
partis, toutes les classes de la société s'amu- sans qu'il le voient 1•enir. J'ai encore fait une
1fidoria ut certain d'intéresser tous ses lecteurs, en
saient. La veille, il y avait eu, chez le comte remarque: quand le princeest entré à !'Opéra,
reproduisant pour eux Ju passages cssc.nticls du dramaGrelTulhc, un grand bal auquel le duc cl la vers huit heures, les domestiques ont crié au
tique récit d'lmbert dt Saint-Amand, qui constitue un&lt;
impressionnante. page d'histoire.
duchesse de Berry araient assisté. On y fil aux cocher, et de manière à c~ que j'ai parfaitedames une distribution de petits couteaux, ment entendu : « Revenez à onze heures
par allusion à une pièce de théàtrc, les Pe- « moins un quart. &gt;&gt; C'était une imprudence,
Louvel.
tites Danaïdes, dans laquelle l'acteur comique et j'en ai tiré parli. &gt;&gt;
Potier amusait alors tout Pai-is. Ces couteaux,
Le duc et la duchesse de Berry venaienl
Pendant que le duc de Berry, se tenant à n'était-ce pas un présage?
d'entrer dans la salle. Louvel, peut-être encore
l'écart des inLrigucs cl des agitations poliDans la journée, les Parisiens avaient joui
tiques, vivait en paix à l'l~lysée arnc sa gra- d'un de leurs spectacles favor;s, la prome- indécis, errait entre !'Opéra el le Palais-Ropl,
cieuse femme, et se conciliait par son altitude nade du bœuf gras. Après avoir vu passer le en attendant le moment où le duc sortirait du
réservée les suffrages des amis cl mèmc des cortège, Louvel rentra chez lui pour prendre théàtrc.
ennemis de la Restauration, un homme au- un second poii:(nard, et alla diner dans un
quel il n'avait jamais fait le moindre mal, un restaurant où il était abonné. Le soir, il y
Le meurtre.
homme qui ne lui arait jamais parlé, qui ne arait deux grands bals aristocratiques, l'un
le connaissaiL ni de près ni de loin, le pour- chez le maréchal Suchet, duc d'Albuféra, rue
Il est huit heures du soir. Le duc et la
suivait d'une haine féroce, implacable. Cet du Faubourg-Saint-Honoré; l'autre, un bal
individu absolument obscur s'apprêtait à se costumé, chez Mme de la Briche, rue de la duchesse de Berry viennent d'entrer dans la
faire tout à coup l'horrible célébrité du Ville-!' Évêque. On croyait que le duc et la salle de l'Opéra et sont l'objectif de toutes les
lorgnettes. Le public est très nombreux. Les
crime.
duchesse de Berry n'assisteraient pas à ces loges sont pleines de femmes cournrtcs de
... En 1820, Louvel était employé, comme bals, mais se rendraient à !'Opéra, où il y
sellier, dans les écuries du roi, cl habitait, à avait une représentation extraordinaire, qui diamants. Tout a un air de fèle. C'esl une
ce titre, la place âu Carrousel. Depuis long- s'annonçait comme derant être fort brillante. représentation plus brillante et plus élégante
que les autres. La joie des specLaleurs se
trmps, sa monomanie le possédait. ... Après
On donnait les Noces de Gamache, le Ros- peinL sur leur visage. J,c duc et la duchesse
de longues hésitnlions sur le choix de la ,·ic- signol et le Carnaval de Venise. Celle derLime, il s'était décidé à frapper le duc de nière pièce était un ballet, dont la musique d'Orléans, qui sont dans une loge arec leur
llerry, comme le membre le plus jeune et le avait pour auteurs Persuis et Lesueur. Les famille, échangent des signes d'amilié avec
plus énergic1ue de la famille royale. Mais écou- principanx rôles étaient interprétés par Albert le duc el la duchesse de Berry. Le R_ossignol
tons ses confidences. « J'ai suiYi, dit-il, qun- et par la Bigottini. On parlait aussi beaucoup et les Noces de Gamache ont du succès . Le
trc années de suite le duc de Berry aux spec- pour ce soir-là des débuts d'un danseur, nommé spectacle se terminera par le balleL le Cartarles 011 je présumais qu'il de,·ail aller, aux Élie, qui devait remplacer Méranle dans le 11a1Jal de reni.~e, qui doit ètre la principale
chasses, aux promenades publiques, dans les rôlcdePolichinelle, et qui, vouJantlesurpasser, attraction de la so:réc.
Pcndanl cc temps, que lait J,omel? JI se
églises. J'ai lroul'é plusieurs fois de bonnes avait, disaiL-on, étudié chez Séraphin, en
occasions; mais le courage me manquait tou- observant les mouvements artificiels de ses promène dans les environs du lhéàtre, se
demandant encore à lui-même s'il frappern
jours ; en 18·17, en 1818 el '1819, j'étais petits pantins de bois.
ou s'il épargnera l'objet de sa haine.« A huit
trop faible, cl je renonçai plus d'une fois à
La salle de !'Opéra était alors si tuée rue de heures, dira+il plus tard, j'étais deranL
mon projet. ~fais bientôt j'élais dominé par Richelieu, en Jacc de la Bibliothèque royale.
un sentiment plus fort que moi. Je me rap- Inaugu1ée le 7 aoùt 1794, elle s'élevait sur !'Opéra, et j'aurais Lué le prince quand il
pelle surtout mes pensées, un jour que je me le terrain où nous voyons actuellemen l le entra, mais le courage me manqua dans ccl
promenais au bois de Boulogne, en allcndant square Lou rois. On y comptait cinq rangs de instant. J'entendis le rendei-vous donné pour
le prince. J'arais des frémissemcnls de rage loges, y compris les baignoires. Le nombre onze heures moins un quarL; mais cependant
en songeant aux Jlourbons; je les voyais reve- de places y était d'environ seize cent cinquante, je me retirai, bien réso!t1 à aller me counnnl avec l'étranger, cl j'en avais horreur; et, sans présenter à l'extérieur un grand cher. Dans le Palais-Royal, mes peJJSées me
puis mes pensées prenaient un aulre cours; aspect, elle était à l'intérieur un chcl-d'œuvre revinrent plus fortes que jamais. Je songeai
qu'à la fin du mo:s je devais retourner à Yerje me croyais injuste cm;crs eux, et je me d'élégance.
saillcs, el qu'alors mon projet serait ajourn11
reprochais mes desseins; mais aussitôt ma
li y avait, pour les membres de la famille
colère revenait. Pendant plus d'une heure, je royale, une entrée spéciale, située sur un des pour longtemps. Je me m1s à rénéèbir et je
restai dans ces alternative , et je n'étais pas côtés de l'édifice, juste en face de la rue Ra- me dis : « - Si j'ai raison, pourquoi le couencore fixé quand le prince vint à passer, et meau. C'est là que Louvel attendait l'arriYée rage me manquc-t-il? Si j'ai tort, pourqnoi
ce jour-là il fuL sauré. Le 13 férricr, non de sa victime. (( Les grands ont torl, a-t-il dit ces idées ne me quittent-elles pas? 1&gt; Je me
plus, je n'ai point été sans irrésoluLion, quoi- plus larJ, surtout quand ils ont CJUelque décidai alors pour le soir même. Il n'était
que deux. ou trois jours aupara,·ant j'eusse péché sur la conscience, de prendre aussi peu guère que neuf heures, cl, en attendant
été, pour me fortifier, mir au Père-Lachaise de précautions qu'ils le font. Les princes d'Al- l'heure indiquér, je me promenais du Palaisles tombeaux de Lannes, de Masséna et dC's lemagne sônt, à cet égard, plus prudents que Royal à !'Opéra, sans que ma résolution faiblit,
si cc n'est de loin en loin, et toujours pour
au Lrcs gurrriers. »
les nôtres. Quand ils montent en voiture, les peu d'instants. l&gt;

.

�111ST0~1.1l - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
ne sait pas cc qui l'ient dr st• pas~er. Le balde pied : tt Lai~sez-moi. dit-elle, laissez-moi ,
let fait men·cille. Du salon où le prince agoCependant la représentation l'Ontinur . Le
je vous ordonne de mP laisser. » Descendue
nise, en entend le bruit de la musique, et
duc el la duchesse de Berry profitent d'un
de voiture, elle reçoit dans ses bras son mari,
par un large carreau qui donne de ce salon
entr'acle pour aller faire une visite dans la
au moment mème où il vient de rem('tlre
ur la loge, on peut même \'Oir les dames qui
loge &lt;lu duc el de la duchesse d'Orléans. Le
dans la main &lt;le )f. de Mesnard le couteau
dansent sur le théâtre. Contraste vraiment
duc de Berry, qui aime beaucoup les enfants,
rouge de sang, et où il s'écrie : tl Je suis
shakespearien entre l'agonie el le plaisir.
cares~e ceux de son cousin. li s'occupe surmort, un 'prèlre; venez, ma femmf', que je
Deux médecins, mt. Lacroix el Caseneu\'e,
tout du duc de Chartres, son fa\'ori, el on le
meure dans vos bras. i&gt; La princrssc se jette sont venus tout de suite. On a pratiqué des
voit passer cl repasser sa main dans la blonde
à ses genoux. On le fait asseoir sur une ban- saignées au bras cl tenté d'élargir la plaie
cheYelurc du petit prince. Le public, satisfait
quelle dans le passage où se tient la garde,
pour donner passage au sang épanché. Un
du bon accord qui règne entre les deux
on l'adosse contre la muraille, et on entr'ouvrc
autre médecin, le docteur Blancheton, est là.
branches de la famille des Bourbons, applauses habits pour chercher la blessure. Le sang « La blessure est-clic mortelle? lui dit la
dit à plusieurs reprises. En retournant à sa
coule al'cc une telle abondance que la prin- duchesse de Berry. J'ai du courage, j'en ai
loge, la duchesse de Berry est heurtée assez
cesse fait de \'ains efforts pour l'étancher.
beaucoup; je saurai tout supporter, je ,ous
violemment par la porte d' une autre loge.
Sa robe el celle de Mme de Béthisy en sont demande la vérité. i&gt; Le docteur n'ose pas se
Elle s'est couchée très tard la veille, et son
mari lui propose de se retirer . li la reconduira toutes couvertes.
Cependant l'assassin fui t, toujours pour- prononcer.
Le prince demande sa fi lle cl l'évêque
jusqu 'i1 sa voiture, cl remontera ensuite dans
suivi par le comte de Choiseul, lecomteCler- d' Amvclée. M. de Clermont court aux 'J'uila salle pour assister à la fin du balle!. La
mont-Lodè,·e, le factionnaire, nommé Desbiès, leries·chercher le prélat. Une autre personne
princt•sse accepte celle offre el descend, au
un valet de pied el quelques autres personnes. se rend à l'Éll·sée pour prévenir Mme de Gonbras &lt;le son mari, l'escalier du théàtre. li est
Que ferait LouYel, s'il n'étai t pas arrêté? Luitaut, la gou"ernanle de Mademoiselle. )1. de
onze heures moins quelques minutes.
même nous l'apprendra plus tard. «Sile soir Mesnard se charge d'avertir Monsieur, ainsi
Louvel est devant la porte. Plact1 près &lt;l'un
où j'ai frappé le prince, dira-t-il. j'avais pu
que le duc et la duche5se d' Angoulème.
cabriolet qui suit la voiture du prince, et se
réussir à m'échapper, je serais retourné me
. . . . .. . . . . . . . . .
tenant à la tète du cheval, il parait ètre un
coucher à mon logement habituel aux ~curies
A l'Élysée, on vient de ré,·eiller brnsquedomestique, et n'attire l'attention de perdu roi, où certes personne ne m'aurait soupment la \'icomtessc de Gontaul, gouvernante
sonne. Le carrosse du duc stalionne devant
çonné, et j'aurais continué mon projet sur
de Mademoiselle, qui doit être conduite près
l'entrée dite des princes, en face de la ru e
quelque autre membre de la famille. Peutde son père expirant. Le vestibule est déjà
Rameau. Les gardes so11s le vestibulr, et, au
être me serais-je arrêté après ~Ionsieur ; car,
rempli de masques, de peuple, de dames en
dehors, le factionnaire qui tourne le dos à la
pour le roi, je ne pense pas qu'il ait porté les
rue de Richelieu, présentent les armes. Voici le
robes de bal, qui crient, qui pleurent.
armes contre la France. Et, aujourd'hui, la
... Mme de Gon taul monte en voiture al'CC la
duc cl la duchesse sous l'am-ent du portique.
seule chose que je regrette, c'est d'a\'oir été
petite princesse au milieu d'une foule imLe comte de Choiseul, aide de camp du prince,
mense, consternée, éclairée par de lugubres
est à la droite du faclionnairc, au coin de la si Lol pris. ll
Lou\'el est pris. Au moment où il court à
flambeaux; pas un mot, un silence presque
porte d'entrée. Le comte &lt;le Mesnard, premier
toutes jambes dans la rue de Richelieu, vers
religieux, l'expression du chagrin sur lous
écuyer de la duchesse, donne la main gauche
le boulevard, les ill uminations de la rue le
les visages. Elle arri ve al'CC la paune enfant
à elle d'abord, puis à sa damr pour accommontrent, renversant dans sa fuite un garçon
pagner la comtesse de lléthisy, afin de les
dans la chambre de dotdeur.
limonadier, le sieur Paulmier, qui passe près
Le duc de Berry n'est plus dans le petit
aider à monter en rniture. Le &lt;lue leur préde l'arcade Colbert, et porte à l'Opéra un plasalon situé près de sa loge. On l'a transporté
sente la main droite. L'un des gens relève le
teau sur lequel se trouvent des bavaroises.
dans une salle de l'administration de l'Opéra :
marchepied.
Ce garçon court après l'homme qui vient de
il y est étendu sur un lit où, par une étrang1•
Encore sous l'aurenl du portique, le prince
jeter par terre son plateau. Louvel est arrèté.
coïncidence, il avait passé la première nuit de
lait signe de la main à sa femme, et lui dit :
On le conduit au corps de garde de l'Opéra.
« Adieu, Caroline; nous nous reverrons bien- M. de Clermont lui adresse le premier la parole. son séjour en France, au début de la Restauration. Ce lit appartient à M. Grandsire,
tôt. l&gt; Toul à coup, au moment où il va reno Monstre, lui dit-il, qui a pu le porter à
secrétaire de !'Opéra, 11ui , habitant Chertrer dans la salle, un homme se précipite,
commettre un pareil aLtentat? ,i Le meurtrier
bourg en avril 181A, l'avait prèlé pour couet, le saisissant d'une main par l'épaule
dit : &lt;&lt; Ce sont les plus cruels ennemis de la
cher le duc de Berry, lors du débarquement
gauche, lui porte de l'autre un coup de poiFrance. l&gt; On s'imagine qu'il ,·a faire dl'S
du prince dans ec porl. Monsieur, père du
gnard sous le sein droit. Le comte de Choiaveux, nommer des complices. Point du tout.
mourant, le duc d'Angoulème, son frère, el
seul, croyant que cet homme a inrnlonLa phrase oo Lou\'cl n·est ni une expression
tairement heurté le prince en courant, le
la duchesse d'Angoulême, sa bcllc-sœur, sc
de repentir, ni une allusion à des complices.
repousse el l~i di L: (( Prencz d~nc garde à cc
tiennent debout auprès de lui . Au moment
que vous faites ! i&gt; Le meurtrier prend la Ce n'est qu'une injure adressée par le meur- où Madame de Gontaul entre al'ec la petite
fuite, laissant le poignard dans la plaie. &lt;1 Je trier à la famille de sa victime. On le fouille, princesse, la duchesse de Berry prend sa fille
suis assassiné! i&gt; s'écrie le prince. Et comme on trouve sur lui la gaine du couteau qu'il a et la présente à l'infortuné prince. Il fait un
ceux qui l'entourent l'interrogent, il s'écrie, laissée dans la plaie du prince, et une espèce effort pour l'embrasser. &lt;t Pauvre enfant!
une seconde fois, d'une voix forte : « Je suis de poinçon d'une forme différente.
s'écrie-t-il, puisses-tu être moins malheuPendant ce temps, on est parl'enu à faire
un homme morl, je tiens le poignard ! » Puis
reuse que ton père ! &gt;&gt; li tend ses bras el
il arrache le couteau de sa blessure el le monter le duc de Berry jusqu'au petit salon cherche à la bénir.
remet entre les mai ns du comte de Mesnard. situé derrière sa loge. On le place sur un
Cependant l'on ne désespère pas encore comLa princesse, dont la voilure n'est pas encore canapé ; sa tète repose sur l'épaule de sa plètement de sau ver le prince. Les meilleurs
partie, a entendu le cri de douleur de son femme. Le duc et la duchesse d'Orléans, chirurgiens de Paris, entre autres MM. Oupuyépoux, et, pendant que l'on conrl après ainsi que Mademoiselle d'Orléans, qu'on vient tr&lt;ln et Dubois, ont été appelés. On a pratiqué
l'assassin, elle se précipite à la portière, qu'un d'avertir dans leur loge, accourent dans ce des scarifications profondes, on a débandé la
valet de pied entr'ouvre. Mme de Béthisy veut petit salon. C'est là que le comte de Clermont plaie; l'application de nombreuses sangsues
la retenir. Le duc de Berry, rassemblant annonce que l'assassin est arrèté. et Est-ce un et de plusieurs ventouses a fait sortir des
loutes ses forces, s'écrie : &lt;t Ma femme, je étranger ? i&gt; dit le prince. Comme on lui flots de sang ; et, comme la poitrine opprest'en prie, ne descends pas. » Mais, elle, répond que non : &lt;&lt; Il est bien cruel, s'écrie- sée a paru se dégager un peu, il y a eu un
s'avançant par-dessus le marchepied et repous- t-il, de mourir de la main d'un Français. l&gt; moment d'espérance. A chaque personne qui
Cependant le spectacle continue. Le public
sant des deux mains Mme de Béthisy el le valel

�111ST0'/{1A
sort du laboratoire ensanglanté, l'on demande des noUl'elles. On entend le général
Alexandre de Girardin raconter qu'ayant été
laissé pour mort sur le champ de bataille, il
n'en est pas moins revenu de ses blessures.
Mais le prince ne se fait aucune illusion :
« Vos soins, dont je vous remercie, dit-il aux
chirurgiens, ne sauraient prolonger mon
existence; ma blessure est mortelle. &gt;:
La duchesse de Berry ne quille pas un instant son époux. M. Dupuytren, a,·ant de
commencer les opérations chirurgicales, a
engagé Uonsicur à faire éloigner la princesse.
« Mon père, s'est-elle écriée, ne me forcez
pas à vous désobéir. &gt;&gt; Puis, s'adressant au
chirurgien : « Je ne vous interromprai
point, monsieur, agissez. &gt;&gt; Agenouillée sur
le bord du lit, elle lient, pendant l'opération, la main gauche du prince qu'elle arrose
de larmes. Quand, sentant le fer dans la
plaie, il s'est écrié : « Laissez-moi, puisque
je dois mourir. - Mon ami, a-t-elle dit,
soufTrcz pour l'amour de moi, &gt;&gt; el le mourant n'a pas proféré une seule plainte. « Mon
amie, dit-il. ne rous laissez pas accabler par
la douleur, ménagez-vous, pour l'enfant que
rous portez dans votre sein. &gt;&gt; A plusieurs
reprises, il a demandé à voir son assassin.
&lt;c Qu'ai-je fait à cet homme, s'écrie •t-il,
pcnt-ètrc l'ai-je ofTcnsé sans le vouloir? Non, lui répond son père, vous ne l'avez
jamais rn, et il n'a contre 1·ous aucune haine
personnelle. - C'est donc un insensé. &gt;&gt; EL
désormais son idée fixe est de sauver la vie
de son assassin. &lt;c Le roi n'arrive pas, dit-il
sans cesse, je n'aurai pas le temps de
demander la gràcc de l'homme. 1i
Le premier mol du duc de llcl'l'y a été pour
dema11der, 11011 un médecin, mais un prèlre....
Le prêtre arrirc enfin, c'est Mgr de Latil,
évèc1uc de Ch:lrtrcs, premier aumônier de
Monsieur. &lt;c Le duc de Berry, a raconté
Mme de Contaut, éprouvait de longue date
un éloignement pour ce prélat, qu'il ne pouvait même, disait-il, s'expliquer ; mais, dès
qu'il l'aperçoit, il dit à M. de ClermonlLodèl'c c1ui l'a amené : « C'est bien! Dieu me
donne une épreuve dont je lui rends gràcc.
C'est à l'abbé de Latil que je ferai de pénibles
arCll'x, el de lui je reccrrai espérance et consJlation. &gt;&gt; Le mourant a un long entretien
avec le prètrc, puis, calme et résigné, demande pardon à Dieu de ses fautes, aux personnes qui l'entourent des scandales qu'il a
pu leur donner. Quelques moments après, le
curé de Saint-Roch apporte les saintes huiles.
Le prince reçoit les derniers sacrements avec
la piété la plus vi1•e. c&lt; Ah! s'écrie la duchesse, je savais bien que celte belle âme
était née pour le ciel, cl (Ju'ellc y retournerait. &gt;&gt;

Le prince avait eu, pendant son émigration
en Angleterre, d'une jeune anglaise, jolie et
distinguée, miss Aimée 13rown, deux filles
qu'il chérissait. Il veut les embrasser avant
de mour:r. li p::irlc bas à sa femme qui
répond tout h::iut : « Qtt'elles viennent! Je
veux vous prou ver c1uc je ne les abandonnerai

LOUIS ll'Œ11\1RlE 1LI01JYJEL.
[l'J,M,,/JM.rû./1...u 6

f";""-"' "'""'tan.t

;t'l'Maj'-'

•

Cliché Giraudon.

Li/hographie J'l l E:-IRIQCEL-DUPO:-&lt;T.
(Ca/-i11et des Estampes.)

pas 1&gt;. Elle donne ord1·c à ~f. de ClermontLodève d'aller chercher les deux jeunes filles.
Elles arrivent rers la fin de la nuit. Les
pauvres petites sont toutes tremblantes. Leur
père leur pirle en anglais; elles lui baisent
la main; puis, se tournant du cùté de la
duchesse de Berry, se mettent à genoux. La
princesse les rclèl'c, el, les menant dcrant
Mademoiselle : cc Embrassez votre sœur, »
leur dit-clic. Puis, se penchant vers son
mari, elle répète à plusieurs reprises :
&lt;c Charles, Charles, j'ai trois enfants à présent. &gt;&gt; Et elle tiendra parole; elle sera une
seconde mère pour les jeunes filles, dont
l'une épousera le comte de Faucigny, prince
de Lucingc, et l'autre le colonel haron de
Charette, père du général de ce nom.
Le duc de 13erry n'a plus qu'une préoccupation : obtenir du roi la grâce de Lou,·el.
Les heures passent, et le roi ne vient point.
Ce retard fait plus de mal au mourant que
l'agonie elle-même. A chaque bruit de la rue,
il croit que c'est Louis XVIII qui arrirc.
« J'entends l'c3cortc, l&gt; dit-il. Mais non, le
roi est encore aux Tuileries. li a reçu it

minuit un premier avis ; mais on lui a caché
d'abord la gravité de l'étal de son neveu. On
lui a envoyé un second bulletin. li voulait
partir, on l'a retenu par crainte d'une conspiration qui pourrait éclater sous ses pas .
Enfh, toutes les précautions étant prises pour
surveiller le p:trcours des Tuileries à l'Opéra,
il quille le château, cl se rend auprès du
mourant. li est cinq heures du malin. « Mon
père! mon père! s'écrie le prince, le roi
n'arrire point! Ne pourcz-rous point vous cng~gcr, en son nom, à faire gràce de la vie à
l'homme? &gt;&gt; Au moment oit il vient de prnnonccr celle phrase, il tressaille. Il entend de
loin des pas de chevaux. &lt;c Enfin, dit-il, voilit
le roi! Oh! qu'il vienne Yilc ! Je me meurs. I&gt;
Louis :H lll entre. &lt;c Gdcc! s'écrie le mourant, au milieu du râle de l'agonie, gr,tell
pour l'homme qui m'a frappé. &gt;&gt; Et il répète,
d'une rnix sourde cl funèbre : « Grâce au
moins pour la vie de l'homme! &gt;&gt;
Le rJi embrasse son neveu cl répo:1d :
&lt;c Nous en reparlerons; calmez-vous, rous
n'ètcs pas aussi malade que mus croyez. &gt;&gt;
Puis , il s'assied près du lit. li aperçoit alors
les deux filles Je miss Brown. La duchesse de
Berry lui dit un mol tout bas; puis lui présentant les deux jeunes filles : &lt;r J'ai promis,
ajoulc-t-ellr, d'adopter ces enfants, cl j e
demande au roi, au nom de celui que nous
chérissons, de daigner leur accorder ses
bontés. &gt;&gt; Louis XVIU rénéchit un instant,
cl, se souvenant d'autres règnes : « Je donnerai, dit-il, le nom de comtesse de Vierzon
à l'une, et de comtesse d'lssoudun à l'autre. l&gt;
On ne sa.il si le mourant peul enlcndre encore
celle parole, qui serait pour lui une consolation. L'agonie fait de terribles progrès; il
peul encore une fois articuler : &lt;c Gr,tcc,
grâce pour l'homme. &gt;&gt; C'est là son dernier
mol. Il est six heures trente-cinq minutes du
matin. Le duc de 13erry n'existe plus.
On veut éloigner la duchesse pour la soustraire à l'horreur d'un pareil spectacle. Mais
elle s'échappe des mains de ceux qui reulenl
la retenir, se jette sur le corps inanimé de
son époux ; puis, se précipitant aux pieds du
roi : &lt;C Sire, s'écric-t-cllc, j'ai une gdcc à
demander à Voire Majesté. Elle ne me la
refusera pas: c'est la permission de retourner
en Sicile. Je ·ne puis pl us vi1·re ici après la
mort de mon mari. 1&gt; Louis XVIII cherche à
la calmer. On la porte évan~uic dans sa vo:lurc, el on la-reconduit 11 l'Elysée. Les courtisans reulcnl aussi faire partir le Roi. &lt;c fo
ne crains pas, dit-il, le spectacle de la mort;
. j'ai un dernier devoir à rendre à mon neveu . &gt;&gt;
El, appuyé sur le bras de Dupuytren, il s'approche du lit , ferme les yeux et la bouche du
prince, lui baise la main, et se relire, retou rnant au ch,\leau des Tuileries. La nuit fatale
csl terminée ....

Ii\lBERT DE SAII\T-AMAND.

La

•

Vle amoureuse
de François Barbazanges

XXVI
U11 son de cloche, lent cl fèlé, fit emoler
quelques oiseaux crépusculaires. Ues feuilles,
détachées par la ,·ibration aérienne, frôlèrent
le chapeau de François.
li attendait, p:tisible, examinant la grille
rouillée, le mur croulant sous sa corniche de
lierre, le fossé rempli d'eau fétide qui défc11dail le parc des loups cl des braconniers. Un
l'ieil h omme chenu, muet comme un tc1·mc,
vint ouvrir la grille, hocha la tète quand François déclina ses noms cl qualités, et précéda
le visiteur dans une arcnue très ombreuse.
Enfin, le bois, s'écartant, découvrit un grand
jardin à l'italienne, et le chàtcau construit
en 1591 par le grand-père du présent marquis.
Cc M. Antoine de Combarcilb, revenant
d'Italie, la mémoire Loule pleine des gràccs
norcntines, avait 'Làcbé d'en ress usciter l'apparence sous le ciel ingrat du Limousin. La
rigueur du climat cl la routine des maitres
maçons bridèrent un peu sa fantaisie, cl il lui
fallut adopter le style français, avec la façade
de briques à coins de pierre, les quatre tourelles d'angle, le grand toit, les hautes cheminées, les fenètrcs à croisillons. Mais sur le
coté du midi, qui était fort abrupt, il disposa
une sorte de largé balcon ou terrasse, cl dans
les jardins il prodigua les parterres, les charmilles, les boulingrins, les labyrinthes de
rcrdurc, les arbustes taillés en formes saugrenues, imitant des vases, des boules, des
pyramides, des pions d'échecs.
Ces merveilles, apparues tout à coup, surprirent_ François Barbazanges. Il songea que
le palais de la Belle au Bois dormant rcssemblai t sans doute à ce délicieux petit château
couleur de rose morte, dont le lo:l miroitait
comme une nacre humide et grise cl dont les
fenêtres étaient tout en Jeu. Le soleil rouge,
au bas de l'arenue, embrasait les charmilles,
les statues pompeuses, les eaux plates cl brillantes, les parterres carrés ou ronds, lisrrés
~c l~uis. Plu_s haut, sur un éperon de roc,
1 ancien donJon de Combareilh dressait sa
masse écornée. Une large lnnc transparente
s'arrondissait it l'orient. Des profils de montagne d'un bleu nocturne, striés de neige,
compo~aient l'arriè1·e-fond de ce tableau qui
semblait une création de l'art plutôt qnc de
la 11alurc.
I.e silencieux jardinier lit entrer M. llarba-

zangcs dans un rcstilmle dallé de blanc et de
noir, cl le pria d'attendre quclqncs minutes.
François ne pouvait ôter ses yeux de dessus
les jardins fanés 011 fl ottait l'odeur de l'automne. Associa.n t à ces beaux lieux l'imarrc
de sa chère inconnue, il se persuadait que la
nymphe de la Clidanc y cle"ai t fairc son séjour. li !'allait rcroir tout à l'heure! Cette
pensée l'émut de frayeur et d'amour à un tel
point Cfue la sueur mouilla ses tempes. Son
cœur dilaté l'étouffa. li cul des velléit{-s de
fuir .... Mais Mjà le vieux seniteur revenait.
.Après aroir monté l'escalier et suivi des couloirs nus et sonores, François se lrom·a dans
une salle boisée de chêne, mal éclairée par
un grand feu.
- Soyez le bienrr nu, monsieur, dit u11c
rnix dolente.
Au coin de la cl1erninéc, quellJUC chose
remua. Le jeune homme entendit le crissement du taffetas, cl reconnut une ombre de
ricillc dame, enfouie dans un laulcuil à oreillettes. A cc moment, un autre personnage,
rèlu d'un pourpoint noir cl portant le col de

guipure i, la mode de l'ancienne cour, sorti t
des ténèbres. Madame de Combarcilh nomma
)1. le comte de Lnzarcbc.
Et, tendant sa main pùle à François 11ui la
sentit toute glacée sous ses lènes, la cloua:rièrc lui dit :
- J'ai bien connu monsieur le conseiller
Ibrbazangcs cl son épouse, et suis charmée
d_c rccc\'oir leur fils sous mon toit. ~:i1, rnonswur, scycz-rous, chauffez-vous cl contez-nous
des choses de Tulle... ou même de Paris.
Monsieur Baluzc vous en a mandé des nournlles? Vous ètes présentement chez les Hurons.
.\.s~is entre ces deux fantômes, qui I'inlcrrogea1cnl de leurs roix cassées, cl semblaient
inconsistants comme les ténèbres dont ils sortaient à demi, François crut 'fUC son rère
fantastique s'allait continuer en cauchemar.
li eut froid jusque clans les os .... Pourtant il
sut parler de ses parents, des Baluze, de son
pays et de son l'oyage avec beaucoup de politesse cl d'esprit.
li y cul un silcntc. Lln chien, couché su r

Ces men·eilles, app.zn :es /out

j

coup, s11rtrire111 Fr,rnçois

.. . . • .
.
,, . . . . .
. JJ.z,:1·,:..z11gcs. li so11gea que le t al,1is .te la Velle au B ois .torm.1111 Ji.:s~emll~zl s.1!1s _.1011.c .1 , e .tc!l1ncux fdzl clh1/t!.1u, .tout le/vil miroU.:zil comme une 1t.1t:re /mmi.te I Q 1• · •

el ,10111 le~ j e11clres cla1e11I 1011/ en j eu. (l'age

2 ~, 1.)

e -~ ,,e

�111ST0'/{1.Jl

----------------------------------------~

le parquel, gémit. Madame de Combareilh
a·gila une sonnelle, et deux laquais entrèreul,
portant des flambeaux. Aussitôt les rectangles
des fenèlres bleuirenl, l'ardeur du foyer s'amortit. Les bougies de cire éclairèrenl de
sombres boiseries, un plafond à caissons et à
solives, rehaussé d'or, des bahuts incrustés,
des tapisseries indistinctes, des armures çà et
là chatoyantes, des sièges à dossier droit,
couverts de cuir 'gaufré, el, dans leurs fauleuils, les deux vénérables personnes, leurs
faces blêmes el ridées, leur antique accoutrement. M. de Luzarche portait ses chev('ux
blancs, très longs, la moustache et la royale.
Son col était d'un blanc lumineux et chaud,
a "ec des dentelles presq ue rousses sur le
velours noir du pourpoint. La marquise, en
robe de veuve, avec une petite coiffe poiutue,
sur un tour de fausses boucles, rappelait les
portraits de la Régente. François obserrn
qu'elle avait les mains très belles, les yeux
encore vifs, une majesté forl précieuse.
Dans ce mème inslanl, le regard de la
marquise cl le regard du comte, s'étant füés
sur François, se rencontrèrent, toul émerveillés. Madame de Combareilh, malgré son
âge, subissait l'invincible charme du jeune
homme. Elle pria François de s'approcher,
et, d'une rnix singulièrement douce, l'interrogea sur ses études, ses desseins, ses inclinations.
- En \'érilé, fit-elle, un sourire jeune
cfneuranl sa bouche flétrie, monsieur et madame Barbazanges doivent se réjouir d'arnir
un fils si aimable rt qui ne manquera point
de leur faire honneur.
Quelque penser triste lui vint, qui éleignil
son sourire el la rdit toute vieille en un moment.
Sans doule songeait-elle à son propre rejeton, ce marquis débile et falot qui étail,
dit-elle, aux armées.
- Monsieur Barbazanges, vous souperez et
logerez à Combarcilb et vous y demeurerez
tant qu'il ,·ous plaira, si loulefois la compagnie de deux vieillards ne vous est pas trop
importune.
François s'inclina.
- El Hyacinthe? ... dil le comte, un peu
inquiet.
- Hyacinthe a couru les bois toul le jour,
avec Ferréole et Fortunade : elle doit êLre
fatiguée et soupera dans son appartemeoL.
Au nom d'llyacinthe, l'épagneul tendit sa
tête brune, secoua ses oreilles frisées, el
gronda de tendresse. Une voix si claire qu'elle
parut dissiper les dernières ombres dans la
salle, commanda :
- Paix, Carlo !. .. paix! ...
- Ma fille! s'écria la douairière. Vous
étiez là .... Vous écouliez....
- Je suis entrée, il y a un moment, ma
bonne mère, el n'ai point osé rompre vos discours .... Mais quelle faute ai-je commise pour
que ,,ous m'obligiez à souper , ce soir, en
mou appartement?
- Je songeais à votre repos, à votre santé,
plus qu 'à notre plaisir, ma chère tille, repartit
la vieille dame, cachant mal son embarras.

Eh quoi? vous êtes sortie dans ce costume
qui vous donne l'air de ma mère-grand! ...
Quelle folie?... Et que penserait-on? ...
- cc On ,&gt; ?.. . Et quel cc on )&gt;, s'il vous
plait, ma mère, s'offusquerait de ma rnc? ...
Les bonnes faiseuses ne viennent pas à Combareilb, et nos garde-robes, vous le savez,
sont loutcs pleines de beaux et solides ajustements, héritage de nos aïeulrs .... Cela me
divertit de porter des ato).lrs cenlenaires, el
je crois changer d'àme en changeant d'habit.
- Vraiment, ma fille! Je m'étonne que
vous ne songiez pas à changer de sexe cl à
courir le monde sous l'habit d'un caYalil'r,
comme feu madame de Chevreuse.... Mais
Yaioemenl je vous veux gourmander, puisque,
malgré moi, je ,·ous aime. Pourtant rous êtes
fort ridicul e, en ce traveslissemr11l : il ne
vous manque que la poudre de Cb~1ire et le
vertugadin ... . El monsiem Barbazanges, de
Tulle, que voici, vous donnera pour le moins
cent années.
François étaft debout, le chapeau à la main,
incapable de dire une parole. Elle étail dernn l
lui, Hyacinthe de Con1bareilh, la nyn,phe de
la Clidane ! Les lueurs des flambeaux jouaient
sur a robe surannée, en brocarl ramagé &lt;l'or
et glacé d'argent. Sa main noncha'an!c caressait la Lète de l'épagneul. Françoi~ reconnaissail les yeux gris, les sourcils déliés, la
bouche voluplueuse, et le leint d'une transparence nacrée, et l'impondérable chevelure si
brillante, si légère qu'un soufil e l'eùl dénouée
el dispersée en rn)·ons. Il la regardait et ne
s'étonnait poinl 1111·e11e f11.l là . Oepnis vingt
ans, il 1'altenda:1. Depuis l'éternilé celle àme
était promise à son àme. Il senlail le destin
s'accomplir.
El llyacinthe de C·,mbareilh, elle aussi, regardait François, comme une dormeuse éveillée qui 1·oil le jour réel blanchir le clairobsc!lr du songe. Les yeux ne se quillaien t
pins. Et, tout charmés de se contempler ainsi
l'un l'autre, ils oubliaient de se parler.
Celle froideur ne déplut pas à madame de
Combareilh. Elle fil seule, avec M. de Luzart hc, les frais de la conversalion, jusqu'à ce
que, les porlcs éta nt ouvertes, les valets
apportèrenl une table Louteservie. L'échanson
el l'écuyer tranchant firenl leur devoir. Ce ful
un long et solennel repas, avec quantité de
hors-d'œuvre, ragoùts et gibiers , des Yins
d'Allassac, un peu trop verts; des vins de
)luscat et de Malvoisie, un 1leu trop doux. Au
demeurant, une chère plus abondante que
délicate. Les flambeaux posés sur la nappe
::i.vivaicnt les facelles des cristaux el l'argenl
des plats, el l'étain des bols à potage, d'un
gris moelleux et satiné, ciselés en feuille d 'artichaut, avec le plateau semblable. La lueur
s'irradiait à quelques pieds autour de la table,
et toute la grande salle obscure, par delà,
était plus grande .. .. Lrs armures seules luisaient. Sm· les tapisseries décolorées, on distinguait un rameau lordu, un pan de manleau
rouge, le bras musculeux d'un héros .... Le
feu n'étail plus qu'un tas de braise. Aux
angles extrêmes, la nuit réfugiée s'assoupissait, cependant que le clair de lune, craintif

encore el souriant, tàchail à se glisser par la
fenêtre.
Hyacinthe regardait Franço:s ; François regardait Hyacinlhe. Ils parlaient peu et sans
rien dire qui ne IÏ1l indifférent. Mais la présence du jeune homme donnait à M. dr Luzarcbr, à madame de Combareilh, une · sorte
d'émotion rétrospective, comme si ces vieilll's
personnes avaient revu en lui l'image mèmc
de l'Amour. De minute eo minute, ces deux
spectres, secouant la cendre de l'âge, reprenaient le mouvement et la couleur. Et, quand
on servit un faisan roli a1·ec son plumage,
plus éclatant et varié qu'un émail limousin,
madame de Combareilh se prit à conter des
histoires de sa jeunesse.
Elle arnil eu vingl ans lorsque fleurissaient
l'éblouissa nle Longuc,,ille, el la lendre La
Fayette, el l'aimable Sl'vigné, en ce matin de
la Régence où la politique ll la gm rre prenaient des façons de roman. Cousine de la
cc moderne s~pho ,&gt; , elle avai l fréquenté les
hotels du Marais, el reçu, en sa chambre
rouge, drs bourgeoises et des femmrs de qualilé, des jansénistes el drs b'.ondins, des
hommes de robe et des mousquetaires, des
savanls de l'Acadt:mic et dt's rimailleurs
crottés. Elle avait chanté les ma1.arinades
pendant que le canon de la llastil!c tonnait
sur les trouprs du l\oi. Elle a1·ail soupé chez
madame Scarron a,·cc des pamphlétaires el
des comédicnnrs, l'l la demoiselle de Lenclos.
Par-dessus toutes choses elle airait aimé
pèlc-mèle les lectures pieusrs cl les &lt;1 énigmes » d 11 .ilercure Galant , les bals et les
mascarades, les petits ,·rrs, les friandises, et
l'enlretien des honnèles gens.
~fariéc sur le tard, el très rerlueuse épousr ,
les folies et la ruine de M. de Combareilh
l'avaien t exilée en Limousin, mais son âme
n'avait point crssé dl1ahitrr les ruelles du
Marais et les arcades de la Place !loyale. !&lt;:lie
voyait le Roi Loujours jeune, et Versailles
inachevé. Elle se représentait une cour de
gentilsholllmes en rhingraves, justaucorps et
grands canons. Le nom de 1c Madame )&gt; évoquail à ses yeux la jeune princesse d'Angleterre, et elle ne pouvait croire que son exam ie, la cc belle Indienne ,&gt; , l'ùl devenue
marquise de Maintenon. Tète romanrsque cl
légère, vieille cnfanl nourrie de songes plus
creux que des meringues, éprise du faux héroïsme et du sentiment artiliciel, elle n'avait
éprouvé ni la passion ni la douleur véritables.
Ses chagrins même d'épouse et de mère n'a
vaient pu changer son hu meur, - car clic
était de ces âmes qui , ne mûrissant point de
fruit, gardent el sèchent doucement leur première fleur, telle uoe rose aux fouillds d'un
lil're.
Toute sa vie, elle avait honoré l'Amour, non pas l'Éros aux ailes d'éperrier, antique
fléau des dieux et des hommes, - mais l'Amour policé à la française, vêlu comme un
danseur, bavard comme un pctit-mailre, et
plus occupé de parler que d'agir, l'Amour
chaste et pédant qui porte des plumes d'oie
en guise de flèches et n'a jamais tué personne.
Ce dieu a ,•ait récompensé son zèle, en Iui don

.' - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - nant M. de Luzarche pour compagnon d'exil.
Depuis quarante ans, le comte faisait profession de servir madame de Combarrilh. li
l'avait aimée à Paris quand elle élait fille ; il
l'avait sui,·ie en Limousin ; ,·cuve et toute
vieille qu'elle était, il l'aimait encore. Sans

LI

Y1E A.MO?ffl.ETISE DE 'F'l(ANÇ01S BA'l(B.JIZ.JINGES ~

sui vent insensiblement dans l'oubli les chefsd 'œuvre de monsieur d'Urfé .... On ne peut
lire que les recueils d'anecdotes, des pamphlets, et l'infâme Gazelle de Hollande.
- Ceci, madame, me consolerait de vieillir, s'il était besoin de consoler un homme
assez fortuné pour \'ieillir auprès
de l'Ous ! dit M. de Lm arche, avec
une galan terie si rendre et si touchaole qu'elle donna presque de
fo jalousie à François.
Assis un peu en arrière d'llyaeinthe, il apercevait de lrois quarts
le charmant visage inrliné, le cou
pâle et ou, l'or aérien &lt;le la chel'elure, le corsage brodé et ramagé.
- Je ne sais, dit-il, et, s 'adressant à madame de Combareilh, il
parlait pour la seule Hyacinthe, je
ne sais ce que· sont lEs gens de
Paris et ceux de la Cour, et s'ils
valent moins que leurs pères. Simple bourgeois de 'full", les vastes
pensées me sont interdites par mon
peu de naissance &lt;'l mon peu de
forlune
.... Mais j'ai le cœur d'un
1
genl ilhomme, el je me flatte de
pouvoir aimer une dame, et mourir
pour ses beaux yeux, tout aussi
bien qu'un duc el pair.
Cette fierté juvénile ra vit la marquise:
- Monsieur, dit-elle, si la vertu
de madame Barbazanges n'était
connue de Lout le Limousin, je
croirais que ,·ous êtes du plus noble
sang, et que le my~tère de votre
origine sera révélé quelque jour.
Que ne raconte-t-on point de Cyrus
el de Romule, ces bergers qui
se trou vrrcnt fils de rois?
François se trouva dans une salle /Joist!e de cltê11e, mat èclain!e par
- .le serais hien désolé de n'ètre
tm grand feu. • - Soyez te biem•e1111, 111011sie1n-, • dit une voix
dolente. Le jeune homme reco111111t 1111e ombl·e de vieille dame, point le fils de mes parents, réenfouie dans un fauteuil à o,•eilletles. (Page 279.)
pondit François en souriant, car
j'ai pour eux une exlrême tenjamais déclarer sa flamme autrement que par dresse. Je dois à ma bonne mère de posséJer
des soupirs, il a\'ait parcouru les villages de une àme bien l'aile, el de comprendre Cl'S
Soumission, Petits soins, Assiduités, Em- beaux sentiments que monsieur d'Urfé el mapressement, Obéissance, cl, ne pouvant dé- demoiselle de Scudéry expliquen t, lout au
passer Tendre-sur-Estime, il avai t Jixé sa long, dans leurs ouvrages.
- Eh quoi! monsieur, vous avez lu Llsdemeure au délicieux séjour qu'on nomme :
Constante amitie. Le .mariage d'Hyacinthe el lree? Vous avez lu la Clélie et l'Ibrahim ?
- Oui , madame .... Ces grands héros ont
du jeune marquis avait encore rapproché les
amwts vénérables que la Scudéry, quasi cen- enchanté mon enfance et instruit ma jeunesse.
tenaire , comparait à ces personnages du lis m'ont enseigné les délicate~ses de l'honCyrus, Aglatidas et Amcstris, parfaits mo- neur et du véritable amour. Et je les ai si fudèles de l'amoureux transi el de la &lt;c prudo- rieusement aimés qu'ils m'ont dégoûté de
toute passion commune el de Lous faciles plaicoquel le,,.
- .... Tel élait le train du monde eu ces sirs. Je passe, tantôl pour un insensible, lanannées bienheureuses, di~ait la marquise, tôt pour un extravagant.
Cette déclaration surpril grandement le
après souper, enfouie dans son fauteuil, et la
pantoufle sur la barre des chenets. On me dil comte et la marquise. Madame Hyacinthe se
c1uc tout est changé : les jeunes femmes sont tourna vers François, afin de se bien assurer
hardies, les jeunes gens li bertins, et les per- qu'il n'allait point, tout à l'heure, commettre
sonnes d'àge mûr affectent une dévotion roide quelque &lt;C cx.travagance ,&gt; épouvantable, et cruelle. Nulle part on ne comprend plus comme de partir le soir même, et de ne recette bonnète galanterie, ces diverlissewents venir j-amais. « Voyons! semblait-elle dire,
délicats dont nous fimes, naguère, notre voyons un peu cet insensible, ce lecleur
gloire. Les ouvrages de mon illustre cousine forcené de romans, que la Clélie et l'Jbra-

him ont &lt;c détourné de toute passion commune .... &gt;J
Elle admirait qu'on pùt avoir une âme
inhumaine a\'eC un je ne sais quoi de si doux,
de si tendre, de si passionné dans le regard
et dans la voix. Mais, pour rien au monde,
elle n'eùl osé parler à ce jeune homme ....
Car le récit &lt;le Fougeyras contenait une
part de vérité, sinon la vérité entière. M. de
Combareilh, chétif cl lw1atique, et doutant
peut-èlre de lui-mème, avail respecté Hyacinlhe de Mirdkur. Et cette petite marquise,
la plus ignorante des /illes, et la plus innocente, ne soupçonnait point que l'élrange
conduite de son époux fùt une offense à sa
beauté. On peut croire qu'elle s'était trouvée
bien aise d'ètre délivrée de ce fàrheux. Venve
sans avoir connu l'hymen, et veuve d'un mari
vivant, elle se livrait sans contrainle au plaisir de la chasse et des chevauchées. La passion qu'elle a,•Jil inspirée à ~1. de La RocheDragon ne l'effrayait point : elle nommait le
terrible sire un croq uemitaine, et se moquait
des sorts et des sorciers.
Personne oe s'était hasardé à lui parler de
galanterie, devant sa belle-mère, son tuteur,
ou devanl ses caméristes, Ferréole el Fortunade, deux cavalières hardies qui l'aimaient
fort el ne la quittaient poinl. Jamais, avant
la venue &lt;le François, elle n'avait ouï Lant de
disrours sur le Tendre.... Elle l&lt;'s bu,·ail, ces
discours, comme une ambroisie merveilleuse,
et, Lou le _confuse de sa simplicité, craignant
de paraitre une solle petite fille à des personnes qui parlaient si bien, elle ouvrait ses
yeux el ses orei Iles.
- Extravagan t? Poul'(1uoi? dit madame
de Combareilh.
Alors François raconta qu'il arnit vu en
songe une belle dame, parée de toutes les
grâces, vertus et perfections, et telle qu'il en
existe dans les livres, mais non point sur 1:i
terre. li fil le portrail de celte aimable personne, lui donnant tous les traits d'IlyacinLbe
de Comban·ilh. li l'aimai t, l'attendait, il était
stn· de la rencontrer .... Oui, cc serait par un
couchant &lt;l'automne ... dans un paysage de
montagnes, au bord d'un clair bassin .... li
l'apercevrait, de loin, et il la reconnaitrait
sans la connaitre .. .. Puis, le hasard, ou plutol l'iné,·itable destin, le conduirait au logis
même de sa maitresse inconnue. El ce serail
le bonheur suprême ou le suprème malheur ....
Hyacinthe comprenail ,·aguernenl l'intention de François, ne sachant pas qu'il l'avait
vue au bain, el croyant que ~f. Barbazanges
récitait quelque description de l'Astrée ou de
la Clelù'. Pourtant une joie obscure l'envahissait, comme le pressentiment d'une vie
nouvelle.... Ses yeux éLaient curieux el mélantoliques. Sa bouche entr'ouverte lui donnai! l'air d'un enfant.
El François qui s'enhardissait, qui, pour
la première fois de sa vie, voulait plain•,
dis:iit encore cc commenl le grand Dieu forma
les âmes cl les loucha avec des pierres d'aimant »; comment il y a des àmes larmnnesses, et d'autres qui aiment sans èlre

�"--------------------- LI

111S TO'l{1.Jl
Une pourpre de pudeur cnvahiL le· jt'unc
11i111ées,_cl d'aulres trop impaticnlcs qui s'a- salles du Lou1Tc peintes de héros cl de dieux,
visage.
Hyacinthe, d'un gcslc naïf', remoule
les
plafonds
dorés,
les
p:irq
ucl5
de
marquelmscnt clics-mêmes, et cherchcnl l'amour
dans les amou rs. Puis, après l'amante idéale, terie luisanlc, les millû Jeux des lustres cl sa. collcrctlc dt• guipure.
lis s'en ,·011l, ces rois de ma , ic,
il dépeignit le parfait amanl, qui suit les pré- dos girandoles, les vi.ngL-quatrc l'iolons du
Ces yeux, ces beaux yeux ....
Hoi, cl la Bé0cntc sur l'estrade, cl la reine
ct·ples de Céladon :
- Il faut aimer à l'excès, écriL monsieur
Dans les prunelles d'llyacinLhl', Loul i1
d'Urfé, n'avoir poinl d'autre passion que son
l'heure claires cl vides, l'ombre infinie de
amour, défendre sa bergère, Lrouvcr tout parl'amour descend .
l'ail en clic; ne faire qu'une àmc arec elle,
Cruelle tlépa1'lic !
)la ll1curcux jour !
l'aimer toujours.
Que ne suis-je sa11s r ie
li dissertait sur chacun de ces poinls
Ou sans amoul'l ...
pour l'inslruclion d'llyacinthc el le ravi~- .
Les yeux tendres se noienl de mélanscrncnt de ses vieux amis. M. de Lucolie. Demain, à la poinlc de l'aube,
zarchc et madame de Combarcill1 se
pendant que les dames de Combarcilh
&lt;TO)aicnt rcrenus au temps de leur
reposeront sous les courtines, M. de
jcunc3se, alors que la philosophie et
Luzarchc conduira François llarbamême la casuistique de ramour étaicnl
zangcs à la grille du château. He~·icnrenlrcticn le plus ordinaire des honnêdra-t-il? L'inOuence do la « pierre
tes gens. La marq uise surloul, qui se
d'aimant )&gt; 1i'csL-cllc qu'une fable?...
prélassait dans le faux comme dans son
Mais,
languissante cl passionnée, comme
élément naturel, a rait oublié sa peLiLcbru.
défaillant de désir, la \'Oix amoureuse
IJ'aillcurs, elle samit llyacinthc très sage,.
murmure :
très naï,·c, cl d'une crasse ignorance en
rnalièrc de sentiment : - on devine que
Yen clouto11s point, quoi qu'il aJ, ic1111c ...
la bonne dame se Lrompail ou plulùl relarLa hclle Oranthc scrn mienne.
C'est chose qui ne peul faillir.
dail de quelques heures.
I.e temps adoucira les choses,
Lecomle rcmiLdu bo:sau feu. Une flamme
El Lous deux, nous aurons des rosrs
fou rchue glissa sous la grosse bùche cl
Plus que nous n'en saurons cueillit· ....
monta, s'eftilanl, dans une pétarade d' élinllyacinLhe, qui n'a poinl lu ces \'ers
rcllcs. Son imago mobile et double dansa sur
de
Malherbe, composés pour Henri IV
les pommes des cboncls. La plaque de f'Jnd
ct
CbarloLte
de Montmorency, ne s'apcrapparut , Loule noire et grasse de suie ançoiL pas que le chanleur LrahiLle poèlc,
l'icnnc, portant l'écusson de France entre
cl modifie légèrement la strophe. Elle
deux branches de lauriers, et la da Lo : 1600.
n'en
rclicnl qu'une promesse dï.nconnu
Les fi 0rrurcs des rieillards, éclairées de bas en
bonheur
...
haut, 0rrrimaçaient, mais l'adorablellyacinthc,
- Ab! monsieur ! s'écrie le comte
assise sur un escabeau, los mains croisées, la
dll Luza.rcbc, quelle douce peine et
pointe du soulier en Lo ile d' Ol' relevant la
11ucl douloureux plaisir l'OUS m'a.l'l'Z
lourde robe, éblouit François. li cassa net le fil
faiL!
Venez, que je l'OUS embrasse.
de ses hypothèses et de ses comparaison_s....
L es /11e11rs des Jl:rnIte.111x jouaie11I sui· la r ol"e su ra11Et
madame
de Combarcilh :
li eut celle cuisante honte de brcdomller,
m!e en /Jrocarl 1·,111,a!le d'or el glacé d'aI·ge11I. L,J
- Vous reviendrez, monsieur Barbapuis de rester coi ; - et la crainle du ridicule
main 11011chal311/e càressail la léle de l'épagneul.
(Page 28o.)
zangcs?
lui fil souhaiter la morl. Mais, cc Lroublc
- Hélas ! madame ... si rnus ne me rcl'oycz
passé, il s'apcrt·ul qu'il pouvaiL ètre ridicule
point
avant un an écoulé, c'est qu'il sera
irnpunémcnl. Depuis un grand quart d'heur~, llenricltc, cl le cal'dinal Mazarin dans un
adl'enu
de moi cc que dit la chanson de monlhacinthe ne l'écoutait plus : elle le rC'garda1l l'aulcuil, cl Mademoiselle parée de rubans
sieur de Bcllegal'dc :
ju"sque dans l'àmc.
cramoisi, blanc cl noir; cl les duchesses sur
Le comte et la marquise rc11oncèrenL à leurs tabourets, cl toute la. Cour brillanlc cl
Mc, veux, vous m'ùlrs supcrllus,
Cené beauté qui m'est ral'ic
('onnailrc la fin du discours de Frant~ois, et, fort grosse. Le Roi adolescent mène Olympe
Fnl seule cl ma rnc cl ma vio :
la conl'crsation éLant 1·cnuc sur la poésie, le Mancini, cl le duc d'Anjou la princesse d'.\n,le ne ,·is plus. je ne rois plus.
jeune homme al'oua qu'il Louchail du lu th. glctcrrc .... Debout, un peu à l'écart, dans
Qui me croit alscnl, il a lori.
.\ussitol M. de Luzarcho le pria de choisir 1111 l'ébrasement d'une croisée. le jeune M. de
Je ne le suis point, je suis mort.
des instruments accrochés à la muraille, Luzarche el mademoiselle .\.nnctlc de Champ- Non, non, poinL de malll'ais présage !
(! pour réjouir un pclil de Y
ieillcs oreilles qui l'ers de Scudéry commcnccnl en badiuanl ~ llc
s'écria
la vieille dame. Hyacinthe, ma fille,
n'cntcndaiPnL plus d'autre musique que celle jolie comédie d'amour qui durera près d un
sonnez YOlre cha!J)brière cl qu'elle aille nous
des girouctlcs, des corbeau x cl des ehiens
demi-siècle.
préparer du .vin chaud arec des rpices. Hien
courants )&gt; .
François chan le.... Et voilà que M. do Lu- n'est mcilll'ur pour l'eslom:i.c, premier que
François satisfit au désir du comlc. li priL zarcbe s'incline cl baise la main de madame
un luth, l'arco:·da, l'essaya, cl commença de de Combareilb. 011 voit pleurer ces amants d'aller au )il. J'entends que nous portions la
santé de monsieur Barbazangos qni nous a si
ehanler :
septuagénaires. Fran0ois clnntc, Lourné l'ers arrréablcment dirertis par sa bonne gràcr et
0
'
Belle ,1ui tiens ma , il!
Hyacinthe; cl pavanes, rondes, sérénades, ses
Lalenls .... Semblable fetc est r~rr , r n
Captive dans' les ycu&gt;.,
brunelles, stances de Malherbe el de Racan, notre exil de Combareilh.
Qui m'as l'âme ravie,
airs de Bo~sscl el de Lulli, sur Lous les
.D'u1,1 souris gracieux... ,
rythmes, sur tous les modes, en clé de fa,
XXYU
Alors .. .. Oh! comme, à celle antique chan- d'ut etde sol, célèbrent les beauLés d'Hyacin the.
son, - qui fit pleurer d'amour Margot la
_\ qucllrs roses ne fait honte
J\ près les&lt;&lt; santés », les complimenls, le~
Chabrellc, - comme il fait beau voir le
ne son Leinl la rire fra1d1c m·'!
baise-mains,
llyaciuthc et Fran_çois, L\me
comte cl h marc1uise dodeliner de la tète, et
Quelle neige a taul Je Llauchcur,
déchirée,
se
dirent
adieu, - pour longtemps,
Que sa gorge ne la surmonte'?
sourire, cl soupirC'r !... Ils se l'appellcnl les

/4

Y1E AMOU1(EUSE DE F1(ANÇ01S BA1(BAZANGES - - ~

pour toujours pcuL-èlrc. La pauvre jeune l'Cau plaisir d'aimer l'opprcssaienl délicieu- le mèmc pa!'fmn . François en fuL enivré. li
femme, au seuil de la salle, Lourna bien des semcr:t.
lcndi Lles bras, il appela :
fois la lêle, cl relinl bien des soupirs. Et Fran« Mon Oieu ! pensait-il , qu'ai-je l'ail pcn- Ilyacinthc !
çois, pendant que M. de Luzarcbe le menait danl viilgl ans!... C'est d'aujourd'hui que
Un papillon noclurnl', le grand sphim
à la chambre d'honneur, essayait d'adoucir je commence à l'ivre. )&gt;
Atropos, l'effleura de ses ailes pelucheuses.
sa peine en songeant qu'il allait dormir pour
Aride de respirer, il ourrit une fcnèLrc et Une éLoilc tomba du ciel sut· les monts.
une nuit mus le même toit quo sa chère mai-- se hasarda sur la Lcrrassc. La fraicheur noc- François l'il le papillon, et sourit du morld
tresse.
Lurno calma sa fièrre cl baigna comme une présage. li l'il l'étoile, et songea que c'était,
La chambre des hôLes, où le roi Henri avait eau vive ses yeux meurtris.
pcuL-èLrc, l'.\mc bienheureuse de la Chabretlc
couché en 160â, étaiL orientée au midi, el ses
La lune, solitaire au zénilh, merl'cillcusc- qui entrait en paradis. Toutes ses angoisses
deux fenêtres ounaicnt presque de plain-pied mcnl rondo rl pu1,c, Lei un grand disque dl' s'apaisèrcnl. li connu l que son heure ét:iil
sur la terrasse. Un grand feu brùlait d.llls la vermeil usé, où l'or s'efface sur l'argcnl , blan- proche cl que son destin allail s'accomplir ....
t hcrninéc à colonnes. L'odeur des lieux trop chissaiL les balustres de pierre. L'irradiation
Le f'cu s 'assoupil ; la chandelle agonise au
longtemps clos cl inhabités, oi.lour de carc cl de l'astre, ribranl à l'infini , cmplissail le ciel ras du flambeau. Sous les courtines de brocad'église, émanait du parquet à losanges, des immense. C'était une cendre de lumière qni Lcllc, .cl le baldaquin carré, François rèrc ....
boi,;eries brunes, des solives pcinlcs en rouge s'étoiguaiL peu à peu à l'hori zon cl se conl'onLes souvenirs do la dern ière journée, cl,
sombre sur le fond Lieu dl'S cnlrcrous. le lit daiL arec la ccudrc dll la Lcrrc. Tout le par associations mystérieuses, toules b
carré, à quenouilles, avail qualrc courtines en paysage, pareil à ceux des astres morts, étail réminiscences du passé composent les élibrocatelle de Venise, d'un cramoisi fané, sous de ce même gris, pâle et vcrdùlrc, qui n'esl mcnls de son rèvc. JI reroit la maison de ses
un bandeau plat plus brodé qu'une chasuble. pas une couleur, mais un l'anlomo de couleur, parcnls, la place de la Bride, le collège .... li
Des rideaux pareils lombaicnt à plis droits cl comme le silence risible. Pas une étoile l'OiL sa mère qui pleure, cl le bon chanoine
devanl les fenêtres. On devinait la forme dans la hau Leur du ciel. A peine, sur la crèlc la consolant. Il voiL Pierre llroussol, assis ii
d'un b:ihul, un grand coffre, des chaises à des montagnes, surgissaicnl les planètes cl la Lable de famille, entre M. cl madame Bardossier baul. Une Lapisscrio, ornée d'un car- les conslellations de minui t, le Poisson Aus- Gazangrs qui le nomment leur cher fils .. .. li
touche aux armes de France, représentait Lral, l'Éridan, cl l'éblouissant Jupiter, cl Sa- se voit lui-même, coud1é sur une dalle au
Diane cl Endymion.
Lurnc, dans les vapeurs de l'oucsl, près de Puy-Saint-Clair.... Une Stl·le de marb re
- C'est un cadeau du roi Henri à mon- l'Aiglc.
s'élè,·c Loul près de lui , porlanl celle inscripsieur Antoine de Combarcilh, expliqua le
François obserra la planèle livide cl plom- tion énigmaliquc :
comte.
bée, qui scintille à pcinC', cl montre un
Le berger, nu comme un dieu, dtJrmait, risagc chagrin. Le sourcnir lui rcrinL de
Cl- GIT I.E FILS u't:s ASIIIOI.O:i t:t,; ,
étendu sur une peau de Lètc. Un lévrier blanc l'horoscope, cl il songea que Yénns l'arorablc
Il, \'ÉCL'T l'IXGT ASS 1
allongeait son museau d'anguille, flairant la se lcl'ail, cc soir-là, non pas au ciel, mais
houleltc el la llùte abandonnées. Diane, pom- dans son cœnr. Il se rappela les folles menaces
S .ll:IJ.\ Qt:E 1,.\ LUS!,; ET E,\ Hl' .\llll'.: .
peusement vêLuc, le sein découvert, coiffée du de La Roche-Dragon, les confidences de Foucroissant, contemP.laiL le beau pâtre.
geyras, les conseils de Pierre. La pensée de
EL François, tout mort qu'il est, ne peul
- Que Yoilà un sot berger ! s'écria Fran- la mort ne l'e/fraya poinl. Elle llcurissail en s'empêcher de rire.... Mais une belle dame
çois. Pour moi, si une déesse me venait mir lui, parmi ses pensées amoureuses, Lclle une éblouissante s·approchll de lui. Elle se penrhc,
pendanl mon sommeil, je devinerais sa pré- rose pourpre cl presque no;rc, parmi dl's pour le baiser. C'est Margot la Chabrcllc del'esence et m'él'cill,·rais à propos.
roses rcrmcil'cs. EL Ioules ces roses avaient nuc une seule cl même person ne arec ll ya- Eh! lit le corole, Endymion élaiL
enchanté par la déesse .. .
- La force de l'amour rompl tous les
cncbanlements.
- Cela n'est point sûr ... EL qui nous di!,
monsieur, que ce berger ne feignait point de
dormir'! Diane éLait si chaslc qu'elle voulait
aimer pour son propre compte, sans èlre
aperçue, - ayant éprouré sans doute l'indiscrétion de quelque pasteur .... Si cet Endymion
tanl chéri se fù t éve:Ilé un peu lrnp Iôt,
&lt;[uelque flèche tirée bien droiL l'cûl envoyé
dormir au bord du SLyx, dans les asphodèles. ... Après cela je conviens que cc pâtre
étaiL un sot, et l'amoureuse Lune bien
lunatique.... Je rnus souhailc une belle
nuit, cl de beaux rêl'es, monsieur Barbazanges.
François, demeuré seul, épronra la plus
affreuse tristesrn.
« Hélas! il me faudra parlir demain, saus
la revoir, et je n'ai pu lui adres,er une seule
parole .... Que pensàles-rnus de moi, adorable
Hyacinthe? ... Comprîtes-vous bien tout l'excb
de ma passion?... Ah! je crains d'avoir paru
le plus niais, le plus froid, le plus méprisable dès hommes ! »
Il pleura, toul naïvement, el s'étonna que
les larmes d'amour fussent si douces dans Les co11rli11es .te brocatelle, les ri.tcw.1: .le la rroiséc sont e11/r'o111·erls. 1.,·11 l 'J)'u11 de /1111e gfüse, coupJnl l'om/'re
el tr,1ce sur le parquet â lo~1111ges 1111 étroit chem in d'argent. El, l'enue 011 ne sait com111e11I, 011 ne sait .t'où, f'.1 ,:
leur àmcrLumc. La peine 11ourelle, le nouce chemin de miracle, llyac111/he .te Combare,lh, e11 ..-obe Na11che, se lien/ .iel•oul auprès ,itt li/. (Page 2rl4.)
0

... 283 ...

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1f1STOR..1.Jl

LI

------'-----------------------------------~

cinlhe de Combareilb .. .. Soudain, une cloche
sonne .... un coup ... . deux coups .... François
n'est plus au Puy-Saint-Clair .... Où est-il
donc, et quelle est celle merveille? .. .
.... La sonorité de l'horloge se prolonge,
s'affaiblissant, à travers le mur de la
chambre. Les courtines de brocatelle, les
rideaux de la croisée sont entr'ouverts. Un
reyon de lune glisse, coupant l'ombre, et
trace sur le parquet à losanges un étroit
chemin d'argent. Et, venue on ne sait comment, on ne sait d'où, par ce chemin de miracle, Hyacinthe de Combareilh, en robe
blanehe, se Lient debout auprès du lit.
F'rançois rère : il sait qu'il rève .. .. Il fut
Actéon, au soleil couchant; il est En~ymion
au clair de la lune. cl cela lui semble tout
naturel. Lucide, dans l'état visionnaire et
demi-somnambulicrue, il raisonne parfaitement
bien. Il sait que son cerveau, tout brouillé
d'amour et de mythologie, engendre des illusions el des phantasmes qui sont les projections mômes de sa pensée, lrs rcnets de son
désir. La première fois qu'il vit Hyacinthe,
ne fut-ce pas dans un songe prophétique,
formé des souvenirs de ses lectures? Le doux
songe continue.... Puisse-t-il durer toujours !
,\.lors, se soulevant sur l'oreiller, François
prend la main d'Hyacinthe.
- Je vous attendais, madame, que vous
soyez femme, fille ou déesse. Ne craignez de
moi aucun outrage, car je vous aime, et je
suis prèt à mourir pour YOUS.
Une roix basse, étouffée de terreur, balbutie:
- Monsieur ... de gràce ... laissez-moi!. ..
Je mus croyais endormi ... . Je ne sais quelle
puissance m'a contrainte à renir ici, pour
vous reYoir sans être. vue de vous .... Monsieur, oubliez cette folie... oubliez cet aveu qui
offense horriblement la pudeur de mon sexe et
de mon âge .... Je me fie à votre honneur.
Souffrez que je disparaisse, et que j 'aille
cacher, dans mon appartement, mon désespoir et ma honte.
- Votre honte, belle Hyacinthe'! ... Considérez, je Yous prie, ce panneau sur la muraille, qui représente les amours de Oiane et
du berger Endymion .... Admirez la force de
l'amour qui fit descendre la lune sur la terre.
Cette mèmc force me conduit vers Yous, à travers des temps el des lieux très divers, el malgré bien des obstacles; et vous-même, simple
femme, ne pouviez lui résister. Ab! madame,
sachez que je Yous ai aperçue, aujourd'hui, sous les châtaigniers de la Clidane, et que
mes yeux rous ont possédée, et que Yous êtes
mienne, déjà, plus qu'à demi .... Et, ce soir,
par le truchement de la musique, je vous ai
fait connaitre ma passion .... Non, non, ne
pleurez pas, ne détournez pas votre visage!. ..
Consentez que je sois votre serviteur fidèle,
si vous me refusez le nom d'amant.
li parle encore, et si tendrement, que. la
lremblan te HIacintbe Sil rassure. Et dès
qu'elle a souri, François cesse de parler.
Leurs mains se rencontrent; les voilà face à
lace, plus proches, tout proches .... La lune
amie, qui décline, les regarde à travers les

carreaux, et multiplie autour d'eux sa fantasmagorie la plus belle, poudroiement d'azur,
vapeurs d'argent, l'atmosphère irréelle du
songe. Et François dit :
- Maitresse de mon cœur, je ne sais rien
de vous, et vous rien de moi. que des rapports
incertains; et de toute la soirée je n'ai pu
vous adresser, une seule fois, la parole. Et
cependant vous semble-t-il pas que nous nous
connaissons depuis toujours?.. . Que me
diriez-vous, et que vous dirais-je, que nous
n'ayons deviné déjà?... Vous m'aimez, Hyacinthe, et je vous aime. L'infini du sentiment
tient en ces mots.
- II est Hai, François. Je vous aime.
- 0 Hyacinthe !
- Je vous aime. Je viens à vous, pure de
~ur el de corps. Je suis à vous. Je vous
arme.
- 0 ma déesse, ô ma fée, ô mon amante!
0 ma chimère vivante entre mes bras!
- Je vous aime, François. A mon insu,
je vous attendais. Mon âme était la Belle au
Bois dormant, prisonnière du sommeil, dans
un château magique. Et le Prince Charmant
est Yenu. Toutes les portes se sont ouvertes
devant lui .... Et j'ai dit, sans faire plus de
façons que l'infante : C( Est-ce vous, mon
Prince? ... Vous venez bien tard. »
- Non, il n'est pas trop tard, aimable
Hyacinthe. Nous n'avons l'un cl l'autre que
vingt ans.
Mais vous partez demain.
- Hélas!
- Vous reviendrez?
- Je voudrais revenir.
- Dites : &lt;! Je reviendrai, sur l'honneur! »
- Sur l'honneur, je reviendrai, si je ris.
- Craignez-vous donc? ... 0 mon cher
François!... Quelqu'un vous menace?... Serait-il vrai '/... Cette sotte légende que les
paysans de Combareilb.... Ah! si, vraiment,
mon amour est un péril pour ceux qui m'aiment, partez, François .... Oubliez la triste
Hyacintbr .... Ne revenez plus!
- Non, non, ma bien-aimée, je n'ai point
d'ennemi. Je ne crains rien, ni personne. Je
ne redoute que l'aube blanche et le cri détesté
du coq .... Ah! puisse le soleil se noyer dans
la mer, el les incantations des sorciers arrêter le mouvement des mondes ! Et toi, Lune,
belle Lune, cesse de nous épier par la fenêtre.
Ne sois point jalouse, ma première et céleste
amie, li y a bien, dans nos montagnes, quelque petit pâtre limousin, quelque joueur de
musette, qui t'aime, à force de t'avoir regardée pendant les claires nuits d'août. II
dort; il rève de ton sourire d'argent, de tes
yeux bleus, de ta face inaccessiLle. Que ce
soit un nouvel Endymion !. . . Descends vers
lui, douce Lune, et prolonge cl'lte nuit heureuse où je possède mes amours.
Ainsi parle François, d'une manière si galante, si précieuse, si jolie, que la Lune croit
ouïr Céladon lui-même. Curieuse pourtant,
comme une femme, elle s'éloigne à regret.
Le chemin vaporeux s'efface .... Dirai-je le
grand plaisir des amants?... Leurs lèvres ne
se quittent plus. lis tremblent, et soupirent,

et se pâment, et si fort s'étreignent, que l'air
ne pas~e plus entre eux. Alors François comprend que l'amour à la façon des Scudéry
n'est que fadaise et faribole, et que les jeunes
bouches ont meilleure grâce à s'entre-baiser
qu'à discourir. Et, puisque la Lune indiscrète
s'attarde au coin d'un carreau, il étend le
bras et tire doucement, tout doucement, la
courtine.

XXVIJI
La trame usée de la brocatelle laissait transparaitre une clarté grise, froide, qui pâlissait
l'ombre entre les quenouilles du lit. François
s'éveilla .
Sa mémoire demeurait encore engourdie.
li ounit les ridraux. Le petit jour changeait
la forme et la couleur des choses.
&lt;( Où suis-je? &gt;&gt; pensa François.
Ses }'eux rencontrèrent la tapisserie des
Amours de Diane. Ce fut comme un choc
intérieur dans son cerveau. li jeta un cri :
- Hyacinthe!
Rien .... Personne .... Il sauta hors de la
couche, prit en bàte ses vêtements el commença d'examiner la chamhre jusqu'en ses
coins et recoins. Les fenêtres étaient closes,
la porte fermée en dedans par le verrou.
Peut-ètre, - comme c'était la coutume aux
temps troublés des guerres religieuses, peut-ètre le prudent architecte de Combareilh
avait-il ménagé quelque secret passage; peutêtre un ressort, caché dans la boiserie, pouvait-il démasquer une cachette, escalier dérobé, couloir souterrain? ... Le jeune homme
pres~a du doigt les reliefs des sculptures,
frappa les panneaux de cbène et les losanges
du parquet: ... La chambre du roi Henri ne
livra point son mystère.
François, tout éperdu et quasi fou, revint
s'asseoir au bord du lit. li considéra les coussins froissés et crut respirrr un vague parfum
de verveine .... Mais il craignait une illusion
de ses sens .... Eh quoi I l'apparition d'Hyacinthe, le tendre dialogue, l'heur~ de voluptr,
n'était-ce vraiment qu'un songe?
Cette pensée glaça François dans l'âme. li
resta sans mouvement, prêt à défaillir, en se
rappelant que lui-même, au premier moment,
avait cru rèver. On lui avait enseigné, au collège, comment les songes se forment, dans
notre esprit , avec des lambeaux d'images
réelles, bizarrement associées, et que la raison ne contrôle point. ... li retrouvait, dans la
réalité, tous les éléments de son rêve. La vue
de Diane et d'Endymion, représentés en tapisserie, avait suggéré toute la scène nocturne
où madame Hyacinthe tenait le rôle de Diane,
- comme elle l'avait tenu , au naturel , sous
les châtaigniers de la Clidane....
« Il faut que l'amour m'ait rendu somnambule, - se dit le pauvre garçon, - ou
que les vapeurs du vin épicé me soient fàcbeusement montées à la cervelle .... Mes
maitres me gourmandaient souvent sur cette
liberté excessive que je laissais à mon imagination - maitresse d'erreur et de folie de vagabonder aux confins du réel el du

rêve .... En vérité, je suis fou, à celle heure,
ou j'ai été fou, rette nuit. ... A quel pmi me
ranger? ... Que dois-je croire? ... Ab! belle
Hyacinthe, n'étiez-vous qu'un fantôme et mon
bonheur qu'une hallucination? ... Non, non,
cela ne se peut.. .. Le souvenir d'un rêve est
quelque chose de confus et d'incertain : il se
présenre par fragments mal liés, et, plus on
le veut fixer, plus il échappr .... J'enchaîne,
au contraire, les moindres incident~, je retrouve les moindres détails de l'amoureuse
nuitée .... .le vous revois, ô ma chère maitresse, je vous presse sur mon sein.... Ah!
je suis le plus fortuné des mortels ou le plus
misérable ! »
François demeura longrcmps dans ces alternatives de doute et de certi rude, d'espoir et
de désespoir. JI appela vainement la cruelle
Hyacinthe. Un valet, grattant à la porte, l'avertit enfin que ~I. de Luzarcbe l'attendait.
Sa toilette achevée, François quitta la chambre, - non sans avoir baisé mille fois les
coussins du lit, - et joignit le bon gentilhomme dans la grande salle du cbàteau. Deux
écuelles d'étain, fort bien ciselées, étaient
servies, toutes pleines du meilleur bouillon.
M. de Luzarcbe embrassa François, el l'invita
à « faire chabrol &gt;&gt; en mèlan t du vieux vin au
bouillon, selon la mode gasconne, ce qui ragaillardit !"estomac, ranime les esprits vitaux,
et constitue un préventif remède contre l'humidité fâcheuse et la fraicheur du matin. Le
jeune homme, ainsi réconforté, demanda des
nouvelles des dames .... L'une et l'autre n'étaient point sorties encore de leurs appartements. li fallut pa·rtir. M. de Luzarche conduisit François BarLazanges jusqu"à la grille
du chàteau, où Pierre Broussol attendait depuis un quart d'heure.
L'herbe était mouillée. Un brouillard couleur de perle, comblant la vallée, s'évaporait
en gouttelettes. Le chàleau, les jardins, les
masses des châtaigniers, apparaissaient comme
une peinture confuse, gris sur gris. Les deux
amis s'enfoncèrent dans le chemin creux qui
menait au village de Combareilb.
Pierre faisait cent questions et François répondait à peine. Soudain il s'arrêta, passa la
main sur l'épaule de son compagnon, cl, le
considérant d'un air étrange, il d,t:
- Pierre, au nom du ciel, que penses-tu
de moi? ... Ai-je Lien toute ma raison?.. .
M'as-tu jamais vu halluciné, somnambule et
visionnaire ?
Broussol, alarmé par ce diseours et craignant peut-être qu'un sorcier n"eût chatme
François, le rassura de son mieux. Alors, cédant à l'irrésistible besoîn d'être éclairé et
consolé, François raconta toute son aventure.
Ce faisant, il ne crut manquer à la discrétion, ni offenser madame Hyacinthe, car il
savait son ami fort secret. Pierre, étonné de
l'angoisse atroce où il voyait François, feignit
la plus ferme confiance :
- C'est maintenant que tu es fou, mon
cher François!. .. Pourquoi doutrr de la réa1'.té de ton L,onheur, lorsque tes souvenirs
t en apportent les plus précis, les plus sûrs

Y1E .JIMOU]f_EUS"E DE

'f1f_A1YÇ01S:BA1f_BAZ.JIJYGES

Un châtaignier, fendit par la foudre, surplombait le chemh. DJ.IIS celte espèce de niche, /out humide et moisie
quelque chose bou,ge.1 .... Le c .:1110 11 d'un mousquet dépass".z ~ fissu,·e de t'écorce .... Le coup parti/.... Quelques
feuilles lombère11/ .... U11 petit 1111age de fumée s'évapora Ie11teme11t dans le rroi,illard .... (Page 285.)

témoignages? ... C'est la pudeur, ou la crainte
d'être surprise, qui contraignirent madame
Hyacinthe à se retirer, dès la pointe de
l'aube .... Elle voulut t'épargner le déchirement de l'adieu. Ce que tu nommes ~a
cruauté n'est qu'un excès de délicatesse.
- Ah! Pierre, s'écria François, puissestu dire vrai!. .. Mais mon cœur s'accorde avec
ta raison .... Je ne doute plus. ... 0 Hyacinthe! ma chère Hyacinthe, oui, je mus aimai,
oui je fus aimé de vous! Et maintenant, que
l'horoscope s'accomplisse! J'attends sans peur
le coup qui doit me frapper ; je consens à
mourir. J'ai vécu ma vie ....
Ses yeux, brillants de larmes, se tournaient
vers Combareilb. Il semblait en délire. Pierre,
effrayé, l'entraîna.
- Viens, viens vite !... J'ai entendu cra-

quer les branches, el J!eau Mgoutter des
feuilles .... Quelqu'un nous écoute ....
- ;';on !. . . Laisse-moi regarder encore
l'extrème tourelle du chàteau, dont la pointe
sort du brouillard, et s'irise au soleil levant. ... Laisse-moi regarder les beaux lieux
oil j'ai trouvé l'amour, où j'ai laissé mon àme.
- Viens!. .. Viens vite!. ..
Un chàtaignier, fendu par la fo'udre, surplombai t le chemin. Ses racines, saill.inLl'S et
crispées, relenairnt au bord du talus la masse
creuse, Ott les chasseurs de loups se pouvaient mettre à l'all'ùt pendant les nuits d'hiver .... Dans cette espèce de niche, tout humide et moisie, quelque chose bougea ....
Le canon d'un mousquet dépassa la fissure
de l'écorce.... Le coup partit. ... Quelques
feuilles tombèrent. ... Un petit nuage de fu-

�1f1STO']t1.JI

--------~- ---- --------- ---------------~

rnée s'évapora lentement dans lt' brouillard.
Frnnt'nis, frappé au cœur, gisait , la face
touroéc ,·ers Comharrilh. li n'avait pas ce~sé
&lt;le sourirr.
XXI\

Comn1c il l'avait juré, François re,·int à
Cornhareilh. Il y rcrint, porté pat· les bras de
Pierre et de Fougcyras. escorté par les valets
et les gens du village, dans un grand brui t
de pleurs et de lamentations.
M. de J,uzarchr, ayant constaté que l'art
dt'S médecins était inutile, fit transporter le
corps dans la chambre du roi Henri. La vieille
marquise n'eut pas la force de soutenir ce
sprctaclc. Mais, avec une énergir singulière,
m:i.damc llyacinlhc voulut absolument revoir
François. Elle le revit en effet, couché sur le
lit, entre lrs courtines de brocatelle. Son habit de velours violet était souillé de sable el
de sang. Il avait la tète inclinée à gauche, les
1eux fermés, la bouche souriante, et des
feuilles rousses mêlées à ses chc,·eux. Son
visage étai t mystérieux cl paisible, nullement
altéré rt crpcndanl un peu diflë rcnl de ce
qu'il avait paru la m ille: hcau d'une beauté
plus parfaite enrore, cl plus touchant r, cl
rom me achevée dans la morl .
Pierrr. hrbélé par le désespoir. vi t madame llprintbr s'approcher de François. Elle
(lll11stralions dt

le considéra longuement, puis. arec une tendresse el un respect infinis, elle lui baisa le
front, les yeux et la bonchc. Penchée sur lui,
les bras étendus, elle ne se relcYail point.
Broussol l'appela ....
Elle ne répondil poinl. Et il ronnul qu'elle
1ltait pùmfr.
L'ayant rr misr aux mains de ses femmes,
Picrr~ médita sur c-elle ac tion étrange d'Hyacinthe, cl le soupçon lui vinl que .François
n'avait pas rèvé. 11 sentit sa douleur. non pas
diminuée, mais adoucie par celle certitude,
qu'il garda secrète jusqu'à la fin de ses jour3.
Le lendemain, le cort ège funèbre partit pour
Tulle, ramenant le corps de François qui fu t
enseveli au Puy-Saint-Clair .
Qui dira le· chagrin des Barhazanges? lis
pensèrent mourir de douleur, cl mirent Loule
leur consolation en leur fils adoptif. Leur
deuil fut un deuil pour la ville entière el pour
Loule la province de Limousin. Le présidial
de Tu 1le réclama la punition du meurtrier.
Ses plaintes allèrent jusqu'au fioi. qui s'en
émut. On fit une enquète. Des paysans témoignèrent aroir vu le rneije Chassa,·an t rôder la nuit au tour de Combarcilh, armé d'un
mousquet à rouet. Le lieutenant de police cl
les gendarmes se rendirent alors au manoir
de La Roche-Dragon. Ils y troul'èrent Chas. a,·anl et son maitre qui furent saisis, ju~és
pour de n::nnl11·r11x crimes et lmHés sur la

place des Oules, le 9 janvier 1694. Mais le
populaire persiste à croire que des mannccp1ins seulement furent ]i1Tés au feu, les mécréants s'étant sauvés par magic. Et les bergers des hauts plateaux racontent que, dans
lrs nnits de Toussaint. on entend l':lmc damnée de La f\orhe-Oragon mener la ,1 rhassr
volante. l&gt;
Dans celle mèmc année 1604, on déclara
la mort du marquis de Combareilh. Et, l'année suirantc, la douairière et M. de Luzarchc
étant défunts, la triste Hyacinthe se rendit
rrligieuse d oitrée chez les Ursulines. Depuis
la mort de François, elle n'avait jamais souri.
Ainsi fut accompli l'horoscope. Quelqurs
personnes y verront l't·ffet du hasard, ex pliquant l'aventure de François par des causes
toutes naturelles. Elles plaindront l'infortuné
qui mouru t à vingt ans, lorsqu'il pouvait
attendre fortune, honneurs, riche mariage, et
un siège de conseiller. li pasa cbèrcmm t un
court plaisir qui fut peut-èt1·e une pure ill usion, l'ombre d'une ombre.. .. Mais, quoi
qu'on pense sur cc point, si l'on regarde le
train du monde, el le peu qu'est la forlune.
et le néant qu'est la gloire, et Ir mensonge
qu'est l'amour, ne faut-il pas envier re }'ranrois Ilarhazanges qni, dans unr nui t ~a ns
lcndr main , vér11L son rr\'C amoureux ou rr,·a
sa rir amo11rC'nsc?
MARCELLE

CONRAD.)

TINAYRE.

FIN

r%Cadame Ba))arl
Un récent Yol11mc de M. Joseph du Ilourgct lrs nobles pages publiées par M. le comte
A. de Mun, dans la « Ilerne hebdomadaire)),
sur les Del'nières hew'es du drapeau blanc,
ont ramené l'attention 11 la mort de M. le
comte de Chambord et anx circonstances qui
l'ont rnlou réc .
Je ne sais pas si aucun chroniqueu r a jamai fait allusion à une brochure médicale,
parue en 1881, - c'est-à-dire deux ans arnnl
le décès de M. le comte de Chambord. Celle
pfaq nctLc est la reprod uction lextucllr des
notes très détaillées, écri tes an jour le jour,
en 1820, par le docteur Dencux , acconchcm
de la du chesse de Berry. La naissance du
prince qni devait être Henri V csl contée fa
avec une mi nutie singulière et particulièrement rrvélatricc des pitoyables intrigues, des
mesquines rirali tés et des imraiscmblahlcs

complications que le moindre incident fait
surgir autour de reux qu'on appelle, bien improprement, les gmnrls de la terre. Le braYC
docteur Dcncux , qui n'aYail pas l'habitude
des cours, encore qu'il s'appliqu:H de tout son
cœur à s'en assimiler le langage et lrs belles
manières, éprouYa là bien des étonnements,
cl sorlil des Tuileries manifestement stupéfait
de cc qu'il y avait vu.
Au nombre des multiples obligations qui
lui incombaient, comptait l'exa men préalable
des candidates nourrices. Dès &lt;JU'avait été
officiellement annoncée la prochaine naissance
d'un enfant de France, les pétitions affluèrent
de tous les points du royaume : Dcneux eut lt
enregistrer pour sa part les demandes de plus
de cinq cents jeunes mères sollicitant l'honneur d'allaiter le futur rejeton de la branche
ainée des Bourbons. Chacun des membres cl~

la famille royale, chacun des fonctionnaires
de la cour, chacun des nombreux médecins
composant le se1·vice prônait une ou plusieurs
candidates . Il y en avait de tou tes les classes
de la société cl de tou3 les départements de
France. li fallut procéder a une rcvision minutieuse. De toutes, celle qui d'un unanime
a,,is scmbia réunir le plus de quali tés, éta it
la femme d'un notaire d'Armentières, clans le
Nord. Elle avait ringt-cinq anst un charmant
visa"e,
une taille superbe, un teint
éclatant,
0
••
et comme bien on pense, une po1tr1ne opulente ·, clic était .distin0cruéc , instruite , de
bonnes manières, cL pour comble de pe_rfc~tion, clic s'appelait Mme Bayarl, cc qui rcjouissait M. le co111Lc d'Artois, cl devai t sonner a~réablemenl
à Loule oreille française.
0
Le passé de celle agréable dame était ~ussi
un Litre à considérer. J\l'ant son marwgc,

,

_____________________________________.M

n'étant encore que lllle de Willl', clic arnil
prndanl les Cent-Jours servi d'émissaire à la
cour de Louis XVIII, réfugié en Belgique. A
la barbe des policiers cLdes espioAs de l'usurpateur, elle passait de nuit la frontière, allait
chercher à Gand le courrier des princes et
l'introduisait à Lille, où était établi le bureau
secret de la correspondance royale.
Le notaire Bayart n'avait pas montré à la
même époque un dévouement moindre : ju·gcanl que Louis XVIII pomait avoir besoin
d'argent, il réalisa toute sa fortune, emprunta, s'engagea , réunit une somme de
500 000 francs cl Yint l'offrir au sourerain
exilé. Lors de la seconde restauration des
Bourbons, cc beau trait fut ébruité; Mlle de
Witte, de son côté, était quasiment célèbre;
de bons royalistes résolurent d'unir ces cieux
licli•lcs de la monarchie; on les présenta l'un
i1 l'autre, un mariage s'ensui vit et c'est aingi
que Mlle de Witte était devenue )lmc Ilayart.
On continuait néanmoins à l'appeler la Jeanne
d'Arc dn No1'd, ce qu i était tout de même
1111 singulier surnom pour une nourrice.
Elle n'était pas encore mère quand clic fui ,
rn j uin 1820, désignée au docteur Deneux ;
'on la logea aussitôt au château de Bagatelle
où, le 10 juiUet, elle mit au monde un beau
&lt;'L fort garçon auquel fut donné le nom de
JIPnry ; les couches de la ducbcssc de Brrry
Il&lt;' dcrant pas avoir lieu a,·an l deux mois c l
demi, la Factùlé se trouvait en mesure cl 'obserl'er comment Mme Bap rl s'acquittai t de
ses nourcaux devoirs. A la satisfaction générale et après mùr examen, elle fut, le 28 août,
officiellement nomm'ée première nourrice de
l'enfant royal qu'on attendait ; par précaution
on lui adjoigni t six. collègues cl une suppléante qui furent aYC'C C'llr installées aux Tuilerirs, clans l'cxpeclatirc de l'entrée en fonctions.
Le petit prince tant espéré pomait apporter en naissant un appétit de Gargantua :
il était assuré, a,·cc ses huit i1ourricrs, de se
rassasie,· à discrr l:on.
li Îl t r nÎln son cnlr1:c sur la scène &lt;lu
mondt', le 2!) septembre, et le jour même,
tandis que Paris se montrait fou de joie, au
bruit des salrcs, des fa nfares, et des acclamations, tandis que, maladroitcmcnl, Louis XVIII ,
prrnant le nourcau-né sur ses genoux, lui
frottait d'ail les lèrrcs et lui faisai t boire une
cuillerée de vin de Jurançon, par rappel de cc
r1ui s'était fait lors de la naissance de llcnri I\',
~lme Bayarl fut amenée de l'appartement qui
lui al'ail été concédé et installée près du bercr:rn.
.
Pendant sept jours tout fu t à merveille ; la
11r1'mièrc nourricr snfÎlsait srulr anx r11rnlre

.JIV.ll.M'E B AY.111(1 - - ~

repas de Mons&lt;'ig11cur, cl arec un ll'I excédent,
qu'il lui en restait largement de quoi nourrir
son propre enfant, dont on dressa le hcrcelu
à coté de celui du jeune prince. Le soir du
6 octobre, vers dix heures, an moment de se
meure au lit, elle but un bol de potage; puis
elle se coucha. Presque aussitôt clic C's t prise
de maux de cœur, de douleurs d'entrailles &lt;'l
de romisscments. Elle s'inquiète et réclame
un médecin ; mais Ya-t-on rérniller les feuticrs, les huissiers, les gardes, la Faculté
pour un simple malaise? On larde jusqu'au
m1tin, et à sept heures seulement, M. Ilaron,
médecin en exercice, voit la malade. li diaguoslique une indigestion qu'une infusion de
camomille dissipera. Mme Bayart exige la
présence du docteur Deneux; il accourt ; elle
lui expose que la veille, elle a troul'é à cc
potage, d'où vient le ma1, un goût Lrè-s amer.
Deneux s'iuformc; il ,,eut cxâmincr les matières rendues; par malheur, on s'est empressé de les faire disparaitre. Pourquoi c-cllc
hàtc? li remarque clans la cbambre deux personnes ,1 dont la Îlgurc dénote le plus grand
trouble à chaque question qu'il adresse, soit
à son confrè-re, soit /1 la malade; clics paraissent éprouver les plus vives inquiétudes
clr ses inYcstigations, et nr rrssenl, a,w un
air de crain lr, de Îlxcr les Jeux sur IL'S siens,
pour découvrir cc qui se passe en lui l&gt; . Pourtant, comme il n'est lit qu'rn con.milan/, il
rassure Mme 13ayart et la conÎlc aux soins de
son confrère Baron.
La journée fut mauraisc; les Yomisscments
1;cparaissaicnt chaque fois que la nourrice
absorbait la tisane de camomille; elle éprourait une sensation de rl1alcur il l'estomac; la
langue était rouge, la fü•1Tc assez forte. Les
trois mc:dccins qui l'assistaient ne saraicnt
que décider. Mme Jhyart pouvait-elle, dans
ces conditions, donner le sein au jeune prince?
ncsponsabilité grave qu'ils se rcpassa:cnl l'un
à l'autre. Tout le chàteau était en émoi ; le
roi, les princes s'inquiétèrent. Le bruit courai t que la première nourrice n'a mit plus une
goutte de ]ail, cc qui i tail faux . Quant à
l'honnètc Dencm , il (foirail lit une intrigue
de cour dont le but était l'éloignement déÎlnilil' _de la Jeanne d'Arc d11 Nord, jalousée
déjà et objet de mille calomnies. (Naissa nce
du dur dl' Bordea11.1:, par le doclem· Dene11.t, accJuche111· de la duchesse de Re1·1·,11,
manuscri t inédit, publié par M. le docteur
A. Matlei, 1881.)
Il est très étonnant que, dans cc désarroi,
on ne Îll point appel à l'une des sept nomriccs
supplémenlair~s, choisies avec tant de soins
cl de précautions. Mme Bayart se vil sur-lcclnrnp remplacér par unr femme inconnue it

lous les médecins de la cour rt qui se lroul'a
là ,1 à point nommé ». Nul ne saYail d'où clic
Ycoait, qucl était son àgc, combien elle atait
nourri d'enfants, quelles étaient les qualitég
de son lait .... Néanmoins on l'accepta, préférant ,1 laisser aller les choses plutot que d'avoir
11 lutter cl dr courir le risque d'être di ~gracié l&gt;. Sc munir quatre mois à l'arnncc, examiner cinci cents nourr:ccs, en arrètcr huit
cl accepter définiti,·cmr nl celle que procure
le hasard, c'est là une s1rnbolique image de
b:en des opérations goul'ernementales.
Mme Bayarl ful rcnroyée à Armentières
avec son enfant, et l'incon nue prit sa place.
Elle était d'une assez belle taille, mais d'une
constitution molle el lymphatique; clic arait
dépassé l'àgc d'une bonne nourrice; sa Îlgure
était sans expression; &lt;1 son teint, érrit DenC'ux, annonçait une maladie organique clrs
roics digcslives; son lait dernit être abondant
cl peu nourrissant; quant à ses facultés physiques et morales, elles étaient engourdies
sous une grande quantité de graisse de mauvaise nature ». Vilain portrait ; en revanche
cette dame, qui s'appelait Mme Colly, éta iL
trop nulle &lt;I pour donner des craintes et
porler ombrage à aucune des personnes du
service 1&gt;. C'éLait bien re qu'on avait souhaih:.
Deux ans plus lard, Ilcncux conn ut la satisfaction de pratiquer l'autopsie de ccllP pr u
engageante nourrice si imprudemment acceptée en dépit de ses bons aris. Les médecins
seuls ont de ces re1·ancbcs. Il cul le plaisir de
constater qu'elle était morte d'une péritonite
déterminée par un sqnin·he, ou plulôl par
un kyste sàeux d'un volllme aussi considé1·able que celui d'un gm.~ melon.
Tout ignorant qu'on soit dt&gt;s maux drsigné5
par ces époul'antablcs termes, on peut imaginer - témérairement, peut-être - que si
le docteur Deneux virait encore de nos jours,
- il s'en faut de braucoup, car il est mort
en 1846, - il songrrait à cc squii-1'he 0 11
kysle sél'eux, en lisant les documents qu'on
publir aujour&lt;l'hui sur les phases de la maladie à laqul'lle succomba ~f. le comte de
Chambord. Les docteurs Draschc, ~!cycr, el
après eux le docteur \"nlpia n, diagnostiquèrent une l umew' cancéreuse à l'e~lomar ,
dont à la palpation ils rcconnais.sairnt sous la
peau l'énorme prolnbéranrc. Celle lumcm•, .il
csl vrai, se Lroul'a être à l'autopsie sommain'
1111 amas de ganglions lymphatiques; les savants seuls pcurent dforéler d'o/1 provenait
celle obs truction, mais il est bien probable
que Drneux, qui ne s'était jamais consolé dn
renvoi de la saine Mme Bap rl , affirmerait
que M. le comte de Chambord rst mort de sa
nourrire.

�111ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

LES MAÎTRES DE L'ESTAMPE AU

xvm• SIÈCLE.

-

L A TOILETTE,

gravure de N tCOLAS PONCE, d'après BAU DOUIN. (Ca~net des Estampes.)

Clicb~ Braun

LA REINE ALEXANDRA
T ableau de la

J\lARQU JSE CÉCI LE oE

VENT vVORTI 1.

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                  <elementText elementTextId="564121">
                    <text>111ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

LES MAÎTRES DE L'ESTAMPE AU

xvm• SIÈCLE.

-

L A TOILETTE,

gravure de N tCOLAS PONCE, d'après BAU DOUIN. (Ca~net des Estampes.)

Clicb~ Braun

LA REINE ALEXANDRA
T ableau de la

J\lARQU JSE CÉCI LE oE

VENT vVORTI 1.

�LTBRAIRIE iLLUSTRÉE. -

JULES

TALLANDIER,

ÉDITEUR. -

75, rue Dareau, PARIS ·(XIVe arrt).

Sommaire du

7' fascicule (' .,,,., ,,,,.,

l!

PROFILS DE SOUVERAINES

La Reine Alexandra

~)

J.-H.

Ammy • • . . . .
PJF.R~F; DE NOLHA&lt; . . .
FRÉDÉRIC MASSO'I. • . .

de t'Aca.tèmie française.

Profils de Souveraines: La Reine Alexandra 289
Louis XV et Madame de Pompadour . . . . 293
Fils du duc de Reichstadt. . . . . . . . . 302

GÉNÉHAL DE MARBOT .
FRÉDÉRIC LOLIÉE . .

Princesses et Grandes Dames
Marie
Mancini. . . . . . . . . . . . . . .
. . 3o5
Deux douairières . . . . . . . . . . . . . . . 310
Belles du vieux temps : Les diamants de
Mademoiselle Mars. . . . . . . . . . . . . 311

ARVÈDE BARJ:-.'E. , · ·
MARQUIS D'ARGENSON ·
VJ COMTE DE R ElSET ·

PAUL DE SAINT-\iiCTOR
AXDRÉ LICIITE:'&lt;BERGER .
CIIEVAI.IER DE Q u r:-.cy

IlARON, BLOT, BouCIIEH, nnuN ELLIÈRE, CIIASSE_LAT, CHA RLES C OMTE,
Î.ONRAD, FRAGO;,iARD. GuEilNU, [(RAFFT, ÛLJVIEH, PEHONA RD, HoQUE l'LAN,
T11 ÉVE~l N, ÎOCQ UÉ, VAN DER MEULEN, VETTEI&lt;.

;f,_efv'-()

LA REINE ALEXANDRA
TABLEAU DE LA MARQUISF. Cl':CILE DE WENTWORTII.

o'

d'une valeur au_ moins
égale au pnx
de l'Abonnement~

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- - - - - - Magazine littéraire hi-mensuel - - - - -

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Dames, toutes les figures qm _apparl!ennent a I histoire son! des su1e~s cnncu.&lt;, ,m."1
ressants et captivants au possible. Les rersonnages ont vécu dan, de~_ m1l1cu;1 11 ais,
ils ont aimè, ils ont souffert. Ce sont leurs souvenirs mt111_1es, leurs mémo11 es h1 ,t ,r, -1:1e~
que nous revèle HISTORIA ; il nous les _montre en plc111e vie et en nle111 mouvcmci,t,
obeissant aux appéti.ts et a11x passions qui ont 1ad1s 9etern1111é leurs actes. .
Chaque fascicule rcprojuit les œuvres des irrands maitres de la peinture et de I esta1npr.
tin:e.; de nos musées nationaux et de nos b1bl;otheques publique,.

Pour paraitre prochainement

!

HISTORIA a la bonne fortune de pouvoir offrir gracieuselllent à ses abon'.1cs

une gravure extrêmement rare, in trouvable dans k comi:nerce, reprod uisant
un cllel~d'œuvre d'un des plus grands maîtres du xv111• s1ecle ;

Madame Récamier

WATTEAU

P4R

LJ&amp;111barquement pour Cythère

t:Toseph TUR(èU.R.N

_..,

Prononcer le nom de \Vatteau ce n'est pas seulement évoquer le souvenir d'un de
nos plus grands peintres. C'est ;ussi rarpeler l'un des maitres_ les plus_ch_7;oyant~el~!
plus éléo-ants e t les plus gracieux du &gt;.vrn• siècle français, le siècle de 1;le.,ance,
µràce et"de l'amour..\lais, parmi les œuvres de \~atteau, 11en est une, 1,~111 /'arqueme~ 1t
pour ruç de Cylhèl'e it laquelle il s'est attaque a deux repnses pour s) réaliser
entier. Et, de l'avis ~nanime des plus fins critiques d'art, c·e:t la que Watteau a cr 1e

:i

Chef-d'œuvre de ses Chefs•d œuvre

maro-cs, notre raYure mesure o•,55 de lrnuteur sur o·,72 de lar_g c~r. .El_lc consu;ue un

mer~cilleux ta~c:iu. d'une ralcur indis~utable, et peut être placee md1stmctemen. dans
n'importe que.Je pièce de l'appartement.

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postaldes 21 fascicules
Sùll'ilnt le heu de res1dence.
2 O fr. plus J'alTranchissemcnt

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Etrai'lg~r,et•Colonies.. -...

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aussi justement consacrée a dltermine HISTOIUA a en établir une d1t10n spec,a 1e
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Cette édition ~st la reproduction de la compos111?n defi~~1ive de \\1atteau qui ar~d
tien! il la Galerie Im périale d'Allemagne, et laite a après I epreuve u111quc que poss e
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Le couché de la mariée, d'après BEAupo1N
1 p, loillet doux. d'après LAVEREIN CE.
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SOMMA IRE C:u NUMÉRO du 10 Mars 19,10
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BULLETIN D'ABONNEMENT
A remplir, détacher et envoyer alTranchi à l'éditeur d'HISTORI.\
JULES TALLANDIER, 75, rue Oareau, _PARIS, XIV°
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R ayer les ch1[!,·es ~nuMes.

! A.fin d'évite1·des erreurs,prière d'écrire très tisibleme11l toutes les 111d1calio11s._
'-:

Par J.-H. AUBRY

329
336

EN CAMAIEU :

Il ENRI

"LISEZ-MOI"

321
32 ~
325

PLANCHE HORS TEXTE

n'APRÈ!&gt; Lf:S TABLEÂux, DESSr~s ET ESTA}IPES DE :

1

315

Sous le voile.

ILLUSTRATIONS

11-Prime Gratuite

Mémoires. . . . . . . . . .
Les Femmes du second Empire : Une
Pompadour impériale
. .
Sophie Monnier et Mirabeau . . . . . - . .
Henri Ill . . . . . . . . . . . . • . . . .
Monsieur de Migurac ou le Marquis philosophe . . . . . .
. . . . . . . . . . •
L'Abbaye de la Joye •
. . . . . . . . .

Ajouter 0 fr. 50 pour l'envoi de la prime.

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d~ Cl-"'==---==--~=====,..,,,,,,.,,.~===-~~ )
/~~,;,

SPHINX BLANC '!

Roman par GUY CHANTEPLEURE
PAUL BOURGET, de l'Académi~ Jrançaise. Romance.-COMTE o'~AU~SON~If'Kc~'.
de l'Académie franç,,1se. L e·ud,ante russe. - MARÇE!-- PKÊVOST_, &amp;rnée _
démie française. Les pratiqu~s. - CATULLE ll!EN DES. ~n, bonne JO . • _
ANDRÉ RI VOi RE. Ennui. --;- llE:&lt;RY BORD~AUX. La cr~ts•sfr:?r ch~::'â'.~~- _
GUSTAVE G~:FFROY. Apres l'hiver. - Guv DE ~IAU I, •
•'t ve _
AUGUSTE DORCHAIN. Crainte. fugitive. - ÇnARLSS F~L~\ \J'i{i',h..Lc
11
)EAN AICARD de l'Académie lrança1se. Le billet. - ANDREM
COJ-lDAY
Secret de Gertrude. - Luc1tN PATÉ. Rose de mars.--;: ICHEL_
JEAN
Les femmes de Bussières. - MIGUEL ZAMA~OIS. Le diner en ~,l1~~;-man•.
RICHEPIN, de l'Académiefran1aise, et HENRI CAIN.La Belle au bo 5
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P.rix : 60 Centimes

J. T ALLANDJ ER, 75,

rue Dareau,

=====

prince Christian a Lien recommandé à sa fille
d"ètrc exacte pour une fois. Aussi se prêlct-cl'c gentiment à tout ce qu'on lui demande.
Au fur et à mesure que progresse sa toilette,
ses yeu x d'un bleu scandinave profond pétillent de plaisir : elle voit peu à peu sa beauté
se parer d'une l'éritable majeslé. Les demoiselles d'honneur rangées de deux côtés ne perdent pas un geste des habilleuses et chuchotent leur admiration.
Cependant le reste du palais est grouillant
d'activité et la roule de Londres à Windsor
est pleine d'équipages merveilleux qui amènent à la cérémonie ceux des im·ités qui n'ont
pas voulu prendre le chemin de fer et sont
p:irtis de leur résidence de grand matin après
une nuit blanche passée en préparalifs de
toilette.
La chapelle Saint-George's a pris son aspect
des grands jours. Les dalles ont été recou-

Le matin du 10 mars 1803, dès l'aurore,
Alexandra, qui a p:issé une nuit assez agitée,
e,t réveillée au bruit du canon. Dans toute
l'Angleterre, dans tout l'Empire Britannique,
des salres annoncent aux populations l'événement qui se prépare. Toutes les cloches de la
ville de Windsor, qui dort si~encicuse au pied
du chMcau royal, se meltent aussitôt en
branle et, pendant une demi-heure, carillonnent joyeusement. Le ciel est gris, d'une
teinte uniforme et lristc.
Dien tôt la plus grande animation rè6ne dans
tout le chàteau et la nombreuse livrée au serl'ice de la cour et des hôtes de la reine circule
h,llil'ement dans les corridors.
Alexandra est à peine levée qu'un essaim
de dames d'honneur, suivies de femmes de
chambre chargées d'étoffes blanches qu'elles
portent avec d'infinie~ précautions, pénètre
dan&lt; ses appartements. Le boudoir attenant à
IJ. chJmbre à coucher a été prJparé dès la
veille, on y a apporté trois psychés pour permd trc à la princesse de suil're le progrès de
sa lo:lette.
fiientôt la princesse Louise fait son entrée;
elle embrasse tendrement sa fille, s'informe
de la façon dont elle a passé la nuit, lui
recommande de bien déjeuner et de garder
son calme, puis elle va elle-même procéder
à s1 toilette. Alurs Alexandra se livre à ses
bourreaux r1ui pendant quatre heures l'habillent, la poudrent, la parfument, la coilfont
cl la chaussent, la gantent, la parent, la
couro:inent. Plusieurs f.Jis la princesse denunde qu'on la laisse rtlspirer un instant,
clic est devenue pàle : on lui fait respirer des
sc~s, on ourrc sa fenêtre donnant sur le parc,
puis on la-reprend. li lui est recommandé de
ne plus s'asseoir et, pcnd:int deux mortelles
heures, elJe3 reste debou t, guindée, serrée,
s:ins faire un geste devant soo•rniroir.
Le grand chambellan de Lt Cour arrire
enfin la pré1·enir qu'il est temps de descendre
au boudoir rose qui lui a été improvisé à côté
de la chapelle Saint-George's.
C'est là qu 'on lui passera la rubc de mariée,
LA RE!:-/E ALEXANDR.\ A DIX- c\'EUF A:-.s.
qu'on lui mettra le voile, qu 't,n la parera de
ses bijoux. La pri ncessc y descend recolll·erle
d'un manteau lJl:inc. Lorsqu'elle fait son rt&gt;1·Les de lapis somptueux et l'autel est char é
entrée, ses huit dcmo:sclles d'honneur sout de Loule une vaisselle sacrée en or massif. 6A
déjà là qui l'attendent. Il est onze heures un chaque pilier se tient debout,_ immobile, un
1p1arl; il n'y a plus qu~ trois quarts d'heure, garde du corps en costume d'Edouard, la halpas de temps à perdre par conséquent, cl le le~arde à la main.
. - Il!STORIA. - Fa~c. 7.

Peu à peu, fa nef et les tribunes se remplissent. Des pages et des écuyers en costume
de gala introduisent chaque invité et le conduisent à la place qui lui a été réservée. L'arril'ée
de chaque personnage de marque fait sensation et un murmure discret circule dans l'assistance. C'est Léopold Jer, roi des Belges, qui
parait radieux; le prince Christian de Danemark qui conduit la princesse Louise et les
princes et princesses de Danemark à leur
place à gauche de l'autel et redescend la nef
dans la direction du boudoir où se tient
Alexandra; le prince-héritier de Prusse et sa
lemme, la princesse Victoria d'Angleterre,
rniris de leur fils Guillaume, le futur empereur Guillaume II, qui jette partout des yeux
étonnés. On le place pour qu'il soit sage
pendant la cérémonie entre ses deux petits
oncles, les ducs de Connaught et d'Albany,
frères du prince de Galles, vêtus du costume
national écossais, qui ont reçu mission dt!
leur grand beau-frère Frédéric de le rappeler
à l'ordre s'il se mon Ire turbulent; le prince
Louis de Hesse et sa femme, la princesse
Alice, deuxième fille de la reine Victoria
qu'accompagnent ses sœurs Hélène, Louise et
lJéatrice portant des bouquets rouges et blancs
aux couleurs de Danemark; la princesse Mary
de Cambridge dont la Leau té fait sensation.
Enfin, dans son grand maJJteau de velours
pourpre de Chevalier de la Jarretière, le prince
&lt;le Galles s'avance seul, l'air digne et recueilli
jusqu'à l'aulcl. Après s'èlre incliné devant
l'autel, il saine la grande loge de gauche oü
se lient seule, l'air tri~te, la reine en costume
sombre, coiffée dé son Lonnct de Yeuve et le
grand cordon bleu de la Janetière en sautoir.
Aussitôt, la cérémouie commence. Les trompc:tes sonnent, les cloches parlent à Loule
rnléc et le grand orgue entonne la Alatche
nuptiale de Mendelssohn. Toute l'assistance
est debout. L'église est comble et il res:e la
moitié des invités à la porte. La mode si
encombrante des crinolines n'a pas p~rmis
d ·enlasser plus de qualre rangs de spectateurs
&lt;le chaque côlé, dcva11t les slalles surmoulées
d'écussons déployés des Chevaliers de la .larrelièrc. Quelques hommes illustres ont pu
trouver place : ce sont Dickens, Thackeray,
Stanley, Kingly et le poète lauréat Tennyson.
Toul le monde a les yeux fixés sur la po1·1e
par où fa princesse doit faire son cùlréc. Elle
s'ouvre enfin. Alors paraît au bras de son,
père, pâle d'émotion, les yeux modest~ment
baissés, la belle Alexandra. Elle s'avance à
19

•

�1l1ST0~1A-----------------------

•

•

•

très petits pas vers l'nutel. Elle porte la
magnifique robe de satin rehaussée de dentelles de Bruxelles olfertc par le roi des Belges. Elle est coiffée, suivant la coutume allemanJé, de la couronne d"orangcr cl de rpj-rle
mise en honneur en Angleterre par la reine
Victoria sur le désir du prince consort, el son
voile de dentelles d'Jloniton est retenu par
une pelile tiare de diamants de style grec et
figurant les trois plumes des princes de
Galles, offerte par son époux . Elle a au con
les colliers de Eerles et de diamants avec la
croix de Dagmar qui lui ont été présentés par
le roi Frédéric VU et la Corporation de la
Cité de Londres. Au bras gaucbr, elle porte
le bracelet garni de diamants et d'opales &lt;1ue
lui a donné la reiue Victoria, el deux aulrl'S
offerts par les dames de Leeds et de Manchester. Ses boucles d'oreilles en diamants
sont encore un cadeau du prince de Galles.
Son bouquet, composé de fleurs d'oranger,
de roses, d'orchidées rares, de Jys de la Vallée
et de msrtes cueillis au fameux 1,uisson
d'Osbomc, est retenu dans un porte-bouquet
en cristal de roche taillé, serti de diamants,
d'émeraudes et de corail et orné d'une chaine
d'or garnie de prrles, cadeau d'un prince
indien, le Maharajah Dhuleep Sing.
Sa longue traine est tenue par huit demoiselles dï1onneur 1 toutes ,·êtues de Lulle el
coiffées de couronnes de myrtes et de roses.
L'archevêque &lt;le Cantorbéry, assisté de
l'évêque de Londres et des chapelains de la
Cour, procède aussi lot à la cérémonie. Après
les queslions d'usage, il demande à la princesse si elle consent à prendre le pr;nce pour
époux; elle répond d'une voix imperccptil,lt-.
Le prince, auquel l'archevêque dt•mande ~'il
co:isent à prendre la princesse AbanJra de
D:memark pour épouse, répond au contraire
a1·c,: décision. Lorsque vient le moment
d'échanger les anneaux, le prince passe au
doigl &lt;le la princesse u11c :,lliancc en or massif sertie de six pierres prfricust's, &lt;lont k s
six initiales forment le nom de Ilertic, diminutif d'Allierl, dont sa famille se sert &lt;lans
l'intimité, à savoir: Déry!, Émeraude, fiuliis,
Turquoise, JacynthtJ et Émeraude. L'alliance
&lt;1ue passe Alexandra au doigt du prince est
un simple anneau d'or dans ll'quel csl gravé
le nom Alexandra.
On procède ensuite à la signature de l'acte
qui a lieu à gauche de l'autd. Après la
signature des mariés, le livre est monté. à la
loge de la reine qui le signe à son tour, et
lorsqu'il est remis à sa place, les personnages
de race royale présents à la cérémonie sonL
invités à inscrire leurs noms au-dessous de
celui de la reine.
Après la bénédiction nuptiale, le prince cl
la princesse, qui se disposent à quitter l'église,
saluent la rciuc. A. cc moment, l'orgue eu tonné
l'h1mne composé par le prince consort à
l'occasion du mariage de la crown-princessé
de Prusse, sa fille ainée Victoria. Cette atlcn.tion met le comble à l'émotion de la reine
qui éclate en sanglots.
Le cortège se rc!)d alors au boudoir improvisé, occupé par Alexandra avant la céré-

•

..

monic, et les jeunes époux reçoivent les félicitations de l'assistance qui défile devant eux;
après quoi ils se rC'ndenl au lunch qui réunit les
deux familles, les hôtes de la reine cl la cour,
à Saint-George's Hall.
Au dessert, après un toast porté par la
reine, debout, au bonheur des deux époux, le
prince et la princesse montent dans leurs
appartements 'respectifs, où ils revêtent leurs
habits de voyage, et parlent aussitôt par chemin de fer pour le château familial d'Osborne,
où ils vont passrr une courte lune de miel de
neuf jours. Le 20, ils doivent être de relour
à Lond rC's pour présider à Saint-James' s Palace,
le p·rmier drawin3 rJom dan, lequel toute
l'aristocrat:e doit èlre présentée à la prince~se.
Ils qui ttcnl le cbàteau de Windsor au
milieu des souhaits de Lous, el, tout le long
·a e la route, sont l'ol,jet d'ovations enthousiastes du peuple. A la nuit tomLée, à la portière de leur wagon, ils ne cessent d'entendre
les cloches so:111èr ni de vi)ir le ciel s'éclairer
des feux d~ joie allumés en leur honneur.

Portrait d' Alexandra.
Grandc, élancée, la taille bien prise, la
poitrine un peu plate, le buste bien proportionné, les bras longs, les allaches fi i:ies, les
f·xtrémilés normales, telle est la silhouellc de
la princesse.
A l'époque de son mariage, elle était blonde,
mais;-depuis lors;- ses cheveux-ont foncé, en
passant rap· demenl par Loule la gamme des
nuances qui séparent le ton chaud de !"épi
mûr du brun accenlu~.
Le front est carré, haut, trop haut, mais
la hauteur en est habilement corrigée par une
coilfure très seyante, inrnriable, en proportion
harmonieuse avec r en~emble du buste ; les
yeux sont grands, superbes, bien fendus, d'un
hleu foncé profond ; ils onl une cxprcs~ion de
douceur indéfinissable ; le nez, un peu fort à
la naissance, est incliné de droite à gauchr,
la bouche arquée, les lèvres épaisses, un tantinet sensuelles, le menton haut et rond,
légèrement prormin3nt; les oreilles bien ourlées mais déparées par des lobes disgraciPux
dont la magnificence des diamants qu'ils supportent n'arrive pas à dissimuler les défectuosités.
Si on la regarde de face, on remarque que
le côté droit de son visage est sérieux et le
côté gauche souriant. L'œil droit est distrait,
indifférent, quelque peu voilé par la paupière;
le gauche · est au contraire intelligemment
allentif et grand ouvert. Le regard emprunll!
à celle disparité .des.. yeux quelque chose de
vague_et d'étrap.ge.
L'ensemble du visage rst franc, agréable
et sympathique, el la mobilité dé l'expression
le rend intéressant. Le profil est mnins séduisant que la face.
Lorsqu'elle parle, le visage s·anime tout
enlier, quelque indifférent que soit son sujet.
Lorsqu'elle écoute, elle a l'œil ri,·é sur son
interlocuteur el scande chacune de ses phrases

en dodelinant presque imperceptiblement de
la tète, mourement 'lu'elle accentue si elle
parle à son tour, el d'autant plus qu'elle
désire donner plus de poids à ce qu'elle dit.
Elle accompagne sa diction de gestes nombreux.
Elle a un . timbre de voix sympathique cl
chaud, une voix profonde et claire, un petit
accent étranger dont elle n'a jamais pu se
défaire et 'lui donne du piquant à son verbe.
Cet accent ressemble à l'accent allemand
adouci; raccenl du prince, qui faisait grima~rr les puritains de la Chambre des Lords
à la }Pelure du premier .discours du Trône,
lors de son avè·nerrient, est plus dur que celui
de sa femme. Son allemand est un peu plus
pur que son anglais ; il n·y a que le danois
que parle très purement la princesse; quant
au prince, il parle toutes les langues, même
~a langue maternelle, avec ui1 accent étranger.
Ce que la princrssP a vraiment de mieux et
cc qui lui gagne tous les cœurs, c'est son
smirirc qui 1·st nbsolument séduisant. Sc s
meilleures pho:ographies, ses portraits les
plus fidèles signés &lt;les plus grands noms,
n'arrivent pas à rendre le charme qui s,:
digagc de sa personne lorsqu'elle sourit. li
faut dire 11 la décharge des artistes dC1ant
lesquels elle a posé qu'elle se fait tout autre
en devenant modèle el que, mèmc cba11l
l'objectif du photographe, elle se rai&lt;lit cl
devient sérieuse in(or.scicmment.
Elle a le caractère extraordinai remcnt jcunr,
!"humeur gaie. Elle thcn:he volontiers le co:é
drô!e dès hommes cl des chosrs, el s'en a11111sc.
u·unc intelJigencc nioycnnc, clic n"aflkhe
p::is la moindre prél rntion à l'espr:t et 1:e
recherche pu la so~iété de ceux qui pasfc11t
p:&gt;ur en avoi r beaucoup. Elle a l'imaginat,on
,·i,·e, mais ne s'attar&lt;lc pas dans la spfru'atioa : elle est f,-m:nc d\wtiun arnnl tout. Elle
aime assrz le ch:u1l-(e•11cnl et ne redoute r: l'n
tant que la m:motunie en tout. 1::lle est incap:il,lc d'un effort soutenu , et tout cc q11'1111
d"t·llc rst d'écouter un orateur,
0
.
lJeul cxirre~
fùt-il l"éloqucac • personnifit'e, une d~m1-hcurc
au plus. En cela, clic ressemble au pr:ncc.
Tous deux souffrirent tant d"un sermon qui
dura trO:S quarts d'heure à Sandringbam, que
jamais plus l"él'ê:1ue qui se permit de le prononcer ne fut invité. Dans une visite d'un
quart d'heure, elle trouvera moyen d'effleu~~r
cent sujets différents el de changer cent lois
d'attitudes. L'immobilité est pour elle le plus
grand supplice qu'on puisse lui infliger. Aussi
a-t-elle dù faire un effort prodigieux chaque
fois que, sur l'ordre de la reine, elle a dù
poser, pour son portrait, dernnt un peintre
ou un sculpteur.
. .
Au début de son mariJgc, elle donna ainsi
des séances au pcinll'c Frith et au sculpteur
Cibson 11 qui la reine Victor:a avait commandé
le portrait de sa bru pour le chàteaud'Osborn~.
Au bout d0 la troisième ~éance, le tral'ail
n'avançait pas, el le prince, qui ne la f[Uiltail
pas à celte époque et !"accompagnait, _pa~
conséquent, chez les artistes, commençait a
donner des signes d'impatience. A la quatrième séance chez Frith, quelle ne fut pas la

, ___

__________________

_....:_

sur~risc du prince en voyant que tout était à
rcfatre et que l'artiste n·arait gardé que les
c~ntours: «. Que s'est-il donc passé, demandat-1!, nn accident? - Nullement, répondit le
pemtre, mais Son Altesse est si mobile son
e~pr~ssion change si souvent, que je c~ains
d avoir à renoncer à saisir sa ressemblance. »
Le prince fit la moue. « Qu'y a-t-il? interro_gea la pri_nc~sse. - II y a que vous posez
lrcs mal, llll dit en souriant le prince, et que
vous mctt.c_z de_ grands artistes au supplice.
- Allons_, Je vais tàchcr d'ètrc sage, finissaitclic par dire, cl clic se calait dans son fauteuil
a l'l'C des coussins et faisail des efforts inouïs

il )e.mit dans ~111 tablea u dont les principaux
mentes sont l arrangement et le coloris des
étoiles.
Quant à Gibson, dont l'humeur était moins
accom~odante, il_ se retint à quatre pour ne
pas laisser la prmcesse dans son atelier, et
ne put rien faire de cc qu'il aurait \'Oulu.
Alexandra paraissait ne pas s'en soucier outre
mesure. Chaque fois que le prince faisait
obserl'cr à sa femme qu'elle rendait la tàche
très difllcilc à l'artiste, elle se contentait cc
répondre : c, fous ètcs des méchants, des
cruels, ,, cl elle farsait mine de bouder. Plus
lard, clic p:isa dcl'ant notre pauvre Bcnja-

LJt R..,E1NE ALEX.ltND~Jt

mêm? de lui prendre son temps. Elle me
p_arla1t ~vec tant de courtoisie et de simplicité,
si g~nl1mcn~ c~ ~ans ~n ~rançais si parfait,
que Je me d1sa1s a mo1-meme : « Nos reines
cr de Fr~nce d'au~rcfois devaient parler ainsi. »
Elle était lranqmllc, et m'a accordé toutes les
sé~nces ~écessaires avec beaucoup de bonne
grace: Mis~ Charlotte Knollys, dame d"unc
rare mtcll1gencc, causait un peu arec mon
~ odèlc et ~,·ec le peintre, et le Lemps passait
vile, _trop vile, lan~is que le chien japonais de
la prmccsse ronflait sur le coussin d'un fauteuil. l)
Le charme &lt;[Lli se dégage de sa p&lt;'rsonnc,

i\LIRIAGE DC PRl,C ,\,
,É
• E • LBERT· DCCARIJ DE GALLES ET DE L~ PIU:&gt;.CLSSE AL!i'XANDRA DE DAXE.IIARK, DANS LA CHAPELLE SAtXT-(i . 1
AU CHATEAU DE WINDSOR, LE ~ S l 863.
.
EO {GES,

P.0 ~1r èlre ~aime; mais s0:1 l'Îsa 6e prenait aussi lot ~n air de tristesse el d'ennui. Frith se
p_ressait _alo'.·.s de saisir un .trait, une expresSt0n, ~ais s il la quittait un ·instant des yeux,
lo,rsqu 1_1 la ~egardait à nouveau, trait et
expr_esswn_avarn_nl changé. Aussi prit-il le seul
paru possible, il travailla d'après une très
bo_nne photographie et ne demanda plus à la
prmcesse que des séances de quelques minutes,
JUSte le Lemps de prendre la nuance des chel'eux ou à peu près, car les chel'eux changeaient comme 1~ reste, la nuance des yeux,
la couleur du tcmt. Il arait, en recevant ·la
comma nd e de la reine, rèvé de créer· une
œu vre, 11 fit une simple copie; il comptait
mettre tout son art dans un portrait vivant,

min Constant qui s·est éteint à la veille d'aller la croquer dans l'abbaye de Westminster, sur son trône, la couronne au front. Il
parait qu 'clic s'est montrée beaucoup plus
c,alme. C'est, du moins, l'artiste qui nous
1 appr~nd. 11 éerirait, à l'époque où il fit son
porlr,ut : et Passa blement rrrande élancée
'
'
e'Ie3ante,
aucun:i princesse n'ao eu, depuis
son'
berceau, autant de cb:trme que la princesse
Alexandra. Elle a gardS la jeunes,e et la noblesse des traits. Ses yeux so:it d'un bleu pur ·
et profond, son regard est presque timide et
clic a sur le visage une expression de bontl'
généreuse. Elle venait toujours en retard à
ses séances, et à la façon dont elle s'en excusait, j'éprouvais le besoin de m'excuser moi-

tout le monde le subit, les femmes aussi Lien
que les hommes. C'est cc qui faisait dire à la
princesse Yictoria devenue impératrice allemande : « J'ai connu beaucoup de femmes
cri plais~ient à tous les hommes sans except10n, _mais aucune qui ait, comme Alexandra,
gagne, l~s bonnes grâces de son propre sexe,
sans eve1Ucr ou exciter la jalousie. »
Il est de fait que, lorsqu'elle arrira à la
cour de Windsor, où la réputation de sa
beauté l'avait précédée, c'est arec un senti..:
~e_nt d'cnYic et de dépit a~scz général qu'elle
ctail allcndue. A premiùre YUC cc sentiment
se c~an_gea en une sincère et sympathiq11c
adm1rat1on cl la reine put la surnommer la
«Fée l&gt; _sans r1ue personne en eùt de l'ombrage .

�_ _ _ _......,.._ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ,#

111STO'J{1.ll

1

11

li rnfnt qu'on annnncc que la princessc·de d'elle; mais du jour où y entra la princesse
Cel âsccndanl qu'elle a exercé dès le prcde Danemark, les craintes de la reine et de la
Galles est qnel'luc part pour que toute l'arismic1· moment sur la cour de Windsor ne fit
nation furent dissipées ; on s'aperçut en efîcl
tocratie cl la h:lllLC h1urgeoisie y accourent;
qu'augmenter avec le Lemps, gràce à son tact
bientôt que, tout en étant moins auslère que
qu'elle s'intéresse à une rouvre, pour que les
exquis, qualité que possède aussi au plus haul
la cqur de Windsor, la cour de Marlborough
c 1pitaux y affluent el viennent la féconder:
degré son époux. Elle sail admirablcmenl
était digne de respect, el l'aristocratie, à part
qu'elle veuille créer une institulion, ponr
saisir les nuances des caractères, les degrés
les puritains qui n stèrent, comme la reine,
qu'immédiatemcnl on la proclame nécesd'intelligence, les tours d'espr;l, l'idéal de
enterrés dans leurs terres, se fit un devoir
saire et que toutes les dames s'y intéressent .
ceux auxque!s elle a affaire, et sait , par son
d'y paraître et un honneur d'y être reçue.
Ainsi Alexandra s'est emparée du cœur de
plus ou moins d'al.,andon, cl par sa modestie,
, Alex;rndra n'est pas discutée. Aussi toute
ses futurs sujets cl s'est mise à la tête de
lJUi est sincère, tourner les esprits en sa faveur.
la nalion a-t-el!e applaudi, lorsque, pour son
toute la société. Dès lors, ses exemples sont
Elle a aussi une très grande dignité, dont
premier acte, Edouard VII conféra à sa reincsuivis, elle est en loul l'arbitre du: Lon goût,
elle ne se départit jamais à quelque ùegré
consorte l'ordre de la Ja.rretière.
de la mode; l'esthétique anglaise se règle sur
qu'on ait pénétré dans son amitié; mais celle
Contrairement à ce qu'on parait croire
l'esthétique d~ la princesse ; on tombe ~ ème
dignité est Loul à fait exempte d'orgueil et de
généralemcnl, la .larrctière a été plus d' une
dans l'cxagéralion en imitant jusqu'à ses
hauteur, de sorte que, chose rare dans une
fois conférée à des fem!)les. Il existe en elfct
petites imperfections, et rien de ce qui la
cour où la porte est toujours tant soit peu
de nombreux tombeaux de dames nobles sur
ouverte aux inlrigues, on ne lui connail pas touche ne passe inaperçu.
lesquels sont représentées agenouillées, assises
Pendant la maladie du prince de Galles,
ou couchées, des dames ayant la Jarretière
d'ennemie.
c'est Alexandra c1u'on plaint le plus; c'est
avec elle qu'on compatit; à la convalescence, autour du bras.
On ne possède pas les premières listes de
c'est avec elle qu'on se réjouit et c'est elle
l'ordre
qui a été créé en 1547. Les plus anPopularité d' Alexandra.
qu'on remercie d'aYOir sauvé la vie à l'hériciennes remontent au règne de Richard Il,
tier de la couronne.
c'est-à-dire de trente à cinquante ans après
De même qu'Alexaodra eut vile fait de
Plus tard, lorsqu'elle perd son fils el qu'on
faire la conquête de la cour de Windsor, de apprend avec quel héroïsme sa mère l'a dis- l'inst.ilution de l'ordre. La dernière femme
mèmc elle jouit, presque dès son arrivée en puté à la mort, c'csl encore à clic que ,·ont é1ui y ait été affiliée est Marguerite de Ilcau,\.ngletcrrc, de la plus grande popularité. les consolations de la nation, c'est ·avec elle fort, comtesse de Richmond , mère de
Toul le monde fut heureux du mariage du qu'on pleure, bien que la douleur du prince Henri Vll. Henri Vil[ se refusa à adrucllre
plus longtemps les dames au rang des chcraprince de Galles ; la reine se proposa de se
soit aussi vive que la sienne.
liers. Il avait élé question, sous Charles 1°",
ol'rvir aussitôt dll sa bru pour la représenter
Les épreul'es se succèdent r m uitc pour la
Jans toutes les cérémonies officielles et faire princesse. Dans l'automne 1898, la reine de revenir sur celle éviction, mais la réroluoublier sa retraite que la· société el le com- Louise tombe malade, tandis qu'Alexandra tion, qui bouleversa tout, fil oublier cc proU1erce Mploraient ; l'aristocratie vit en clic soignait son époux à bord de: J' Osborne, à jet. Depuis lors, on n'a plus fait de tentative
(elle qui allait la rajeunir cl lui rendre un Cowes : le prince avait fait une chute dans pour la réintégration des fommes dans
peu de son ancienne gaieté; le peuple fut l'escalier du baron Ferdinand de Rolhschild. l'ordre. royal. Au contraire, depuis l'avèneheureux de voir la jeunesse prendre place Elle se rend en Loule hàle à Copenhague et ment de la maison de Hano\'rc, des règleautour du trône et considéra Alexandra reste au chevet de sa mère pendant seize ments héraldiques sévères, encore en Yigueur
de nos jours, interdisent aux cbeYaliers de
0omme la représentante de la sourcraine.
heures consécutives. Tous les soins qui lui
Aussi, lorsqu'au début de son mariage on sonl prodigués ne peuvent arracher la reine la Jarretière d'entourer leurs armoiries du
annonça qu'elle tienùrait un drawinrr-room à à la mort qui la prend le 29 septembre. La collier ou du ruban de l'ordre, lorscrue leur
Saint-James's Palace aussitôt après° sa lune mort de sa mère causa à Alexandra un très écusson est accolé à l'écusson de leur épouse,
de miel, les demandes d'admission que reçut vif chagrin. Elle assiste à ses funérailles dans tandis que ces insignes pouvaient y figurer
le lord chambellan furent-elles innombrable$. la cathéùrale de Roskilde, l'aLbaye de ,Yesl- autrefois de plt'in droit, et non par pure toléJamais on n'avait présenlé tant de débutantes. minslcr du Danemark , et, à son retour, elle rance, ainsi que l'attestent les écussons encore
l~n Angleterre, les débuts d' une jeune fille de peul, aux consolations qui lui parviennent de suspendus dans la chapelle de Saint-George's
la société dans le monde consistent dans une tous côtés, mesurer l'étendue de sa popularité. à Windsor. En sa qualité de reine, Alexandra
a reçu sans investi ture l'ordre de la Jarreprésc11Latiou à la sou1'eraine .
Un an après_, la reine Victoria lombc maOn dut éliminer beaucoup de jeunes filles lade à son tour et succomlie le 22 jan- tière, que la reine Vicloria ne lui aurait
qui, cependant, avaient atteiut l'àge d'ètre vier 1901, faisant d'Alcxandra une reine. Son jamais accordé.
Il existe en Angleterre trois orùrcs spéciaprésentées et qui avaient des titres à ce qui al'ènement est salué avec le plus grand reslùment des tinés à honorer les femmes :
esl considéré comme le suprème honneur.
pect. .
l'ordre de Vicloria and Alberl , creé en 18ô5
Alexandra apprit toutes les déceptions qui
Si Alexandra rst dernnue si populaire,
suivirent sa première réception, et décida d'en c·l·Sl par la dignité a\'CC laquelle elle a su pJr la reine Victoria, cl destiné aux James
tenir une seconde à une date plus rappro- s'acquitter d' une fonction à laquelle élaient appartenant aux maisons régnantes ou il
l'aristocratie du Ro1aume-Uni ; l'ordre impéch~e, et celle altention lui ,valut des sy111pa- attachés tant de devoirs.
rial de la couronne des Inde,,' créé également
th1es plus grandes encore. Quant aux élues,
Les dernières princesses de Galles 11'avaient
par Victoria en t878 et destiné aux dames de
elles. se répandirent en éloaes
sur
sa
oràcc
0
0
'
pas ü é des modèles de vertu et depuis longsa distinction, sa dignité simple, el quelques- ll'mps les pclites cours. d'Angleterre étaient la famille rople, à l'aristocra lie indienne et
aux femmes d('s gourcrncurs des Indes;
unes dirent sa majesté.
tk s lieux tt scandales. Celle de Frederick de
A partir de cc moment, il n'y cul plus eu Galles, fils de George li, à Lei1:estcr House, enfi n l'ordre de la Croix-Rouge, troisième
An~lelcrre et mème dans tout Je fioyaume- celle de George de Galles, qui devint ensuite institution de Victoria, destiné à honorer
Uru de grandes réunions, de grandes fètcs, prince régrnt, à Carlton Ilonse, défrayaient tou tes les dames de nationali té liritannique
de solennités, d'inaugurations de monuments, . depuis lon$Lcmps la chronique scandaleuse. qui se sonl particulièrement dis!inguées .
Du jour de l'avènement d'Edouard \'Il,
d'institutions de bienfaisance, de créations Si Albert-Edouard aYail eu une autre femme
d'écoles, ni d'académies, d'expositions quine qu'Alexandra, tout port~ à croire que Marlbo- Alexandra est derenue grande-maitresse de
sollicitassent son patronage, et celles aux- rough Ilonse aurait il son tour fait parler ces trois ordres.
quelles elle l'accorda réussirent seules.
J.-11. AUBRY.

ClicM Giraudon

L A TOIL ETTE DE VÊlfüS.
••

T a/:le.i11 de Bouc11ER. N11see du Louvie.)

Louis XV el Madame de Pompadour
PAR

PIER.RE DE NOLHAC

CHAPITRE V.
Les voyages, les maisons, la famille
(suile).
.Al~xandrine d'Étioles n'avait pas tout à
f~1t six ans? quand elle fu t mise à l'Asso·mpt,on, le meilleur couvent de Paris pour les
filles de noblesse et leùiches héritières • et
cb~cun Y sut apprécier le lustre nouv~au
quelle apportait à celte maison. M. Poisson
~a:onte au jeune oncle Vandières ce grand
evrnement de famille. li écrit du château de
Crécy, le 11 juin 1750 : &lt;( M. de Tuurnehem
me rend compte de l'arrivée et de l'entrr1•
~e ma ~hère Alexandrine au couvent d~
I As~ompt1on;. Je croyais qu'elle se désespérerait ~orsqu.'l faudrait y aller, et c'était la
~oussamt Cfl:1• lui avai t inspiré ces beaux sentnn_ents. Mais, comme depuis trois ou quatre
m~is sa ~1èr_e l'avait retirée auprès d'elle, et
qn elle lavait logée dans ses petits entresols,

tout en haut, et que c'était madame du
!lau~scl qui en avait soin, on lui avai t
mspi_ré, à la chère petite enfant, combien clic
aurait de plaisir d \~Lre au couvent avec
d'au tres demoiselles de son âge, et surtou l
avec_la peti te princesse de Soubise. ~:lie ne
:esp1rait plus, que le moment d'y aller, tan t
il est vrai qu on persuade tout aux enfants
1r_uand ~n ~•y prend de la bonne façon. Celle~
c1 m_e d1sa1t avant d'y aller : &lt;( Mon papa, je
(( vais appr~ndre à écri_re bien vite, afin que
(( vous receviez tous les Jours de mes lettres . »
et, en effet, j'espère qu'avant deux mois eile
m'écrira elle-même, surtout si on lui donne
'.nadem~iselle de Saint-Lubin, qui a montré
a la petite Parseval, que j'ai indiquée. Mais,
~~e tout est cabale dans les couvents, les
begu111e~ voudraient en donner une autre à
ma fille, à qui tout le monde YOudrait montrer à apprendre à lire et écrire. .. lJ
Les lettres du grand-père sont pleines de
ses deux filles, &lt;( ses deux Alexandrines »,
..,, 293 ....

com1~1e il les appr lle, cl la petite (&lt; fanfan ll
para it tellement l'emporter sur la grande, que
madame de Pompadour l'en taquine tendrem~n l : &lt;( Je l'ois bien que la petite Alcxandrme
Reinelle
de votre cœur ., ce1a
, a chassé
.
.
n est pas JUSle, et il faut que je l'aime bien
for~ pour lui pardonner. JJ Au reste, cette
petite-fille adorée aura ses autels chez le
g-:~nd-père, qui l'annonce ainsi à M. de Vand1eres_: &lt;( M. Portail me fait faire un cadre
ma~m.fiq ue pour votre por trait, que je porterai a ~larigny; il sera placé à la droite,
Alexandrme au_centre et la mère à rrauche. lJ
M. de Vandières n'ignore rien de ce q •
.
1
Ul
r~garde s~n a1mab e nièce : &lt;( Je suis arr ivé
h1er ~~1 _sou· dimanche de Crécy ici, mon cher
fils; J a1 été re~la descendre à !'Assomption.
De_11nc pou~·quo1: c'est que ma chère Alexandrine l'habite. depuis
dix jours ., lu J·urres
b'!Cil
., ' ,
0
que ce m_atm J ai cté déjeuner avec elle. &gt;J
Quc!ques Jours ap:è_s, ar rivent les impressions
de l enfant : (( Vo1c1 une lettre de ma chère

�..
•
111STO']t1.Jl

"

Alexandrine, qui réellement est une enfant le corole de Luc et qui avait trois ans de plus
unique, et qui Yous dit, d'un grand sang- qu'Alcxandrine. C'était ce fils dont la naisfroid, qu'elle a beau aimer belle-maman, sance avait coûté la vie à madame de Yintiqu'elle est encore plus aise au coul'entqu'arec mille et qui ressemblait singulièrement à
elle, par l'emie qu'elle a d'apprendre pour Louis XV par la fi gure, les gestes el les mase rendre digne après des bontés de belle- nières. cc N'est-ce pas, disait la marquise à
maman, ê1u'elle ne quillera plus quand une ses amis, que ces deux enfants so:it faits l'un
fois elle aura appris Lout cc qu'elle doiL sarnir pour l'autre? l&gt; Elle mêlait b cc projet, qui
et bien fait ses exercices.... Adieu, mon n'allait pas sans l'espoir d'une grande charge
cher Vandières, je t'embrasse comme Alexan- et d'un l,revet de duc, un sentiment p:issionné
que le fioi ne se souciait guère de p:irladrine. »
Quand le Roi se rend à la ~luette, son chà- ger.
Il sut l'en décourager un jour que, par un
Lcau le plus rapproché de Paris, la mère fait
sortir Alexandrine et la garde arec elle, ainsi hasard préparé, les drux enfants lui furent
que l'apprend un mol de M. Poisson : cc Je montrés ensemble drns la figuerie de Bcllefus hier dimanche à Yer;;aillcs; j'en revins le n~e. Ils y mangeaient des figues et une br:ochc
soir. J'y ai laissë l'Otrc sœur en bonne santé. apportée par le suisse. Madame de Pompadour
Je descendis en rerenant, comme Lien rous tout d'abord s'écria : cc Cc serait un Leau
pensez, à L\ssompLion, pour y voir mon couple! » Le Roi, n'ayant rien répondu, s'apetit bijou ; mais je me gardai bien de lui musait arnc Alexandrine sans l'aire aLLention
dire que je parlais demain. C'est une enfant au garçon. La marquise dit, après un moincompréhensible : elle lit el écrit mieux que ment, en remarquant chez le jeune Vintimille
moi ; sa mère a éLé b:en . étonnée de lui roir des altitudes toutes semblables à celles du
lire, il . y a deux jours, à la ~luette, votre • Roi : cc Ah! Sir{!, voyez, on croit voir son
père 1 - Je ne 'sarais· pas, répondit le Roi,
lettre de chasse. ll
~ladame de Pompadour ne peut se passer que vous connaissiez le comte du Luc si parlongtemps de celle petüe merl'eille et, à ticulièrement. - Vous dcrricz !"embrasser,
Loule occasion, un carrosse rient la prendre ajouLa-t-elle, car il est for~ joli. - . Je con~au courent: cc La Cour, écrit M. Poisson en mencerai donc par la demoiselle, »dit le Roi,
juin 1751, va aujourd'hui lundi à Choisy, et il embrassa l'une el l'autre froidement et
jeudi à la Uuelle cl vendredi à Compiègne. Je d'un air contraint. Madame de Pompadour
viens d'annoncer à mon cher petit fanfan que, parlait de celle scène, le soir, les larmes aux
ce snir, à six heures, un des carrosses de yeux.
Elle dut se livrer 11 d'autres imaginations,
)[. de Tournehem la mènera à Choisy, où clic
reslera jusqu'à mercredi; c'est une gr,mdc se réduire à des ambitions moindres. M. de
joie pou1· elle. l&gt; Une autre fois, la marquise Richelieu se rnntait d 'al'oir été sollicité par
la conduit à !'Opéra, dans la loge du duc de elle, au sujet de son fils unique, le duc de
Chartres , et Lous les regards des spectateurs Fronsac, el d'avoir répondu, afin de couper
sont pour la mère el la fille. fi aurait fallu court aux négociations, cc qu'il était trrs senun bien précoce bon sens, pour que la jeune sible à son choix, mais que son fils avait l'honpensionnaire de !'Assomption ne fùt pas cni- neur d'appartenir aux princes de la maison
wéc par cette vie exceptionnelle, qui la met- de Lorraine par sa mère, el qu'il était obligé
tait au-dessus de ses compagne,; on devine de leur demander leur agrément l&gt; . fine alles adulations du coment, les jalousies étouf- liance non moins brillante apportait à madame
fées par les ambitions naissanles, les intriguC's de Pompadour une compensation aux imperébauchées autour de celle qu'on 1ùppelait tinences polies du maréchal : le duc de
jamais que par son nom de baptème, comme Clm1lnes, qui était forl de ses amis, lui promellait son fils. Alexandrine dm•ait épouser
d était d'usage pour les princesses.
le duc de Pccquigny, dès qu'elle aurait ses
La réritable grande dame, que, m:tlgré douze ans.
Les mariages célébrés par avance étai_ent
t:ml, elle ne pourait êlrc tout à fait, parce
fréquents
dans l'ancienne nobles_se frança1~r,
que la naissance el le mariage lui manquaient,
madame de Pompadour l'Oulai t que sa fille el personne ne s'étonnait de voir une petite
le fùt. Ce rèrn maternel, qui cùl achenS sa mariée rentrer au couvent le soir de ses noce, .
propre destinée, n'est pas fait pour surprendre, li était entendu qu'Alexandrine attendrail, à
et rien ne paraissait plus aisé q~e de le réali- l'Assomplion, l'ùge convenable à la consomser pleinement. Alexandrine d'Etioles é~aiL en mation du mariage el le moment où son
droit de prétendre aux plus hauts partis. La jeune mari serait pot~rvu d'u_ne des belles
merc n'avait guère que l'embar1·as de choisir, charcrcs sur lesq uelles 11 poul'a1 Lcompter. Oe
parmi tant de grandes familles qui l"al'aient tout; façon, et mème si la charge Lardait un
acceptée dans leur intimité el à qui clic arait peu, madcmoisrllc d'ÉLioles ~liait_ dcYCnir
rendu maint service de place ou d'argent. duchesse, el fortifier encore la s1Luat ion de sa
Dès qu'elle eut obtenu les honneurs de du- · mère à la Cour. Par l'entrée de sa fille dans
chesse, toutes les espérances lui furent per- la maison de Chaulnes et de Luynes, une des
mises. Il semble qu'elle ait souhaite d'abord plus considérables du royaume, l_a marquise
nne seule alliance, moins aranlageuse au point se voyait, enfin étayée de ces alliances el de
d.1 vue de la fortune que fascinante par le celle parité du sang, qui sonl, dans les °;1~narchies telles que la France d'alors, le rencbarme étrancre
qui l'y attirait. Elle songeait
0
•
.
au cc petit Yintimillc &gt;l , qu'on nommait aussi table soutien des personnes.

Louis
Alexandrine t,vait dix ans, quand madame
de Pompadour crut pomoir joui1· de cette
sécurité maternelle. L'enfant cessait d'embellir et la mère ne s'en attristai t point : C! Je
trouve, écrirait-elle, qu'elle enlaidit beaucoup;
pom·vu qu'elle ne soit pas choquante, je serai
satisfaite, car je suis Lrès élo:gnéc de lui désirer une figure transcendante. Cela ne serl
r1u'à vous faire des ennemis de Lout le sexe
fém:nin, cc qui , arec les amis &lt;lesdites
femmes, fait lrs deux tiPrs du monde. » Mais
les c,pérancrs si près d"ètre réalisées s"érnnouissaienl dans une catastrophe. Après une
très courte maladie, qui n'arnil pas paru
sérieuse, Alexandrine était prise de convulsions et mourait brusquemrnt, le ·l 5 juin 1754.
I.cs médecins du fioi, arrirés Lrop lard à l'Ass:implion, faisaient l'Ôuverture du corps ainsi
que pour une princesse, mais surtout parce
que le m1l n'était pas bien dc%1i et r1u'on
a,·ait, comme toujours, parlé de poison. On
portail l'enfant eu grande ~olennité an snmplueux ca,·cau de l'église des Capucins de la
place \'endomc&gt;, dans la partie de la &lt;haprllc
des Cr.:qui, que le duc de la Trérnoïllc a,·aiL
cédée à madame de Pompadour et 011 reposait
d,;jà madame Poisson.
Tous ces honneurs demeuraient indifférents
à la mère, qui, rcceYant la nJmcllc à Bellevue en un moment critique, tombaiL malade
assez gravement pour inquiéter un instant
son entourage. Le Roi multipliait ses ,•isiles
auprès de son inconsolable amie. On préparait
précisément une fète à Ilellcrne, à l'occasion
de trois de ces ruariages de famitle que la
1mrquisc se plaisait à conclure cl pour lesquels le Roi signait au "Contrat aYec elle. Le
duc de Luynes raconte le désarroi jeté dans
Lous ces projets : « li devait y avoir. mercredi 19, à Bellcrne, trois mariages : celui
des d~ux filles de M. de lhschi, dont l'ainée a
treize ans et riui épouse M. de Lujac; la
cadette en a douze et épouse M. d',\ l'aray; le
troisii•mc mar:agc est cC'lui de mademoisdle
de Quitry, qui épouse M. d'Amblimonl. Les
deux filles de M. de [laschi deraicnl èlrc mises
dans le couvent imml;diatcmenl au sortir de
la noce. &gt;l Madcmo:sC'llc de Chaumonl-Quilry
n'avait qu'une petite parenté arec madame de
Pompadour, par sa mère qui tenait aux L~
Normanl ; mais les demoiselles de Bascb1
ét1ienl ses propre, nièces, el c'est à clic que
revenai t le rôle maternel dans la cérémonie.
Le mariàge des deux enfants était renvo)·é de
dix jours el célébré à la pnroissc de Versailles,
madame d'Eslradcs remplaçant madame de
Pompadour. Toute la noce, au sorl ir de l'église,
allait à Bellcnie; la marquise dcrait faire violence à sa douleur, donner à diner, embrasser
ces petites mariées de courent, pareilles_ à
celle qu'elle avait rèl"é de parer de ses mains
cl de fèler en son cbùLeau.
Ce deuil, qui l'atteignait si profondément
dans sa tendresse et dans son orgueil, permit
aux courtisans de mesurer sa force dame et
son désir de complaire au maître. Six semaines après la mort d'Alexandrine, la Cour
étant à Compiègne, M. de Croy s'informa en
arrirnnl du jour où cc il y aYait LoileLLe » el

s'y rend:l : « Les ambassadeurs y vinrent,
raconle-t-il. J'y ris pour la première fois la
marrruise drpuis la perle de sa fille, coup
affreux, dont je h croyais écrasée. Mais,
comme trop de douleur aurait fait trop de
tort à sa figure et peut-être à sa place, je ne
la troul'ai ni 1·hangéc ni aballu&lt;', et, par un
clrs miracles de cour qui sont fréquents de
rPlLC sarte, je ne la trourai ni plus mal. ni
:1ffl'clan1 l'nir plu, sérieux. Cependant cll~
avait ,:1(\ rudcm nt frapp&lt;\e, et cllr riait rraisemhlal,l,·m•·nl. a11,si m1\J11•11remc i11t,:rienrcm•111L qu'elle p1rai ,sait heureu~c extfrirurnmenl. 1) I.e soir, la m:tr 1uise a hPauconp de
mond,i à sa table; elle}' défend avec sa vivacité ordinaire le projrt de celle hrlle pl:u-c
J,ouis XV, qui ~c fait à rentrée de Paris,
devant le jar,lin· d,•s Tuileries. c&gt;L où sera placé
le l,ronœ é1111esl re d~ l3nu chardon. Après le
soup:)r, on annnnce le Rni; il fait a~scoir tout
1,: m'lnde en cercle. raus,i gaiement arec les
dame, cl badine /t demi-voix a,·cc madame dr
Pomp:idour. PL•rsn11nc, it la voir seulement,
11C' ponrrait se donler du désastre récrnt l(Ui
a déchir,: son rœ11r de mi·re.
Un rncnnd d,•uil, snn'enu prc.srp1c en même
temps, arnit frappé la marqni,c déjà si all&lt;';ntc. flix jours aprè3 la petite Alexandrinr,
,·tait mort le grand-p,'-rc, mabde dès longLcmp, d'une hydropisie dcrenuc dangereme
depnis fo mois de mar,. D'après rc rrnc non;;
sarnns de l"exlraord:naire tendresse de François Poisson pour la gracieme enfant, on pent
supposer que ce coi,p inopii:ié avait b.ilé la lin
du vici'lard.
0

Il ne resta à madame de Pompadour, de sa
parcnl(· intime, qne le frère sur lc,1uel clic
repo1'la la meilleure part de Lous ces sentimcnls d'affection et de protection dont elle
a1·ait rté prodigue pour les siens. Quelques
mois après la mort du seigneur de Marigny,
l'érection de b terre en marrruisat fol réalisée, p:ir lellrcs-patentes données à Fontainebleau, le 14 septembre 1754, et M. de Yandières, dcl'Cnu marquis dl' M:ir·;:my, monta
dans les ca1 rosses du Roi. !I (L.:it déjà depuis
plusieurs années en posses,ion de sa charge,
M. de Tournehem, dont il a,·ait b $utvivance,
étant mort le 19 décembre 1751. ·
C'était un gJrçon Lien portant, aux Lrails
régul:er,, qui a,•ait engraissé de trop bonne
lreurr, cc qui lui donnait des al1~res ·gauches
rl un air lou ..d. On pouvait le cro:re épa·s
&lt;l'esprit c,immc de corps; mais ceux qui
l'approchaient le jugeaient· minix. Intelligent
aulant qu'appliqué, il ne parai~sait point in~
fatué de sa place cl cherchait plutôt à s'y f~ire
accepter. Le Roi l"eslimair, arait confiance en
ses lumières, sachant qu'il étndiait a1·ec conscience les affairrs de son service. On avait
profil à causer arec lui, et nul ne son~eait à
le moquer, mabré qu'il eûl consené be~ucoup
de C('S façnns hourgeoises, que sa sœur avait
dépou illées entièrement. Il s'était h it. à la
.Cour cl chez le, al'I istes, des amis sincères;
il complait amsi quelques ennemis que lui
attiraient des accès de brusquerie assez étranges. S:i gêne na tu relie était augmentée par le

xr ET .MAD.JI.ME DE Po.MPJJ.DOU~ - - ~

sou,·enir des origines f:l.cheuses de sa brillante
carrièrr. Il en plaisantait quelquefois luimè,nc entre ami,, après boire, Ct&gt; qui ne laissait pas que d'embarrasser les convives, mais
il eùt soulît!rt crucllemenl de se l'entendre
rappeler et il semhlait perpétuellement en
ga rde contre le mépris.
Quelques trait, de sa vie s'expliquen t par
celle blessure secrète. Il désofait la marquise
par sa persistance dans le célibnt. Elle avail à
lni proposer d'rxcc'.lenls partis et les aliiances
les plus lhllcuscs, car une famille qui eût
accueilli le jcunc1 marquis n'aurait pas eu à
regretter sa complaisance. Plusieurs tentatives échouèrent par l'obstination de ce cc petit
frère », docile 11 tous les conseils, s1uf à ceux
qui di•po~aicnl de son cœur. Lorsrp1'il fut
11ucstion de la fille de la princesse dcChinrny,
11ée Ilcauvau-Craon, les choses semLl,'-rent
s'arranger; la jeune lille était même sortie du
courent, quand tout fut rompu. Tant que sa
sœur vécut, Marigny ne voulut plus entendre
parler de mariage. Admis dans les Cabinets
du Rni , recherché des pins grands seigneurs
pour les avis r1uïl pou1·ait donner et les servîces qu'il aimait à rendre, il préférai t des
sociétés moins re1crées, oit il se trouvait à
raisc. Il tenait un état de maison superbe à
l'hôtel de la Surintendance; ma's il se rapprochait, par ses goûts, du monde où avait
Yécu son père, et, de toutes les faiblesrns de
l'homme dti cour, la l'anité était celle qni le
tourmentait le moins.
Élevé par la seule faveur à une importante
place, qu'avaient eue, sous le nom de surintendants, le3 plu; grands ministres de
Louis XlV et qu'un duc d'Antin n'avait pas
dédaigné de solliciter, le jeune directeur cl
ordonnateur général des Bàtimcnts du Roi sut
se faire pardonner sa fortur1r. li se montra
mïeux instruit des choses de son département que phisicurs de ses prédécesseurs,
Comme il avait bien profité de son s~jour en
ILalie, mûri son jugement et acquis de, connaissance,, il put recueillir, sans parailr~
lrop inférieur à sa làche, la succession de
M. de Tournr.liem.
L'oncle de m1dame dti Pompadour ne
tenait pas de plu;; noble origine les honneurs
qui avaient couronné sa c.1rrièrc de financier.
Elle avait récompensé en lui l'indulgent ami
de sa jeunesse, le parent complaisant qui lui
arait donné un mari nécc;sairc et avait su
l'en débarrasser au bon moment. Le choix
qu'elle fit fa:rc au Roi pou l'ait être détestable;
il tomba par h:rnheur sur un homme qui
aimait les arts sincèremPnl cl ne se contentait
pas de jouer au Mécène. àf. de Tournehem
était mort regretté de fou,, et pJriicnlièrcment du monde difficile qu'il avait gnurcrné.
Il avait, en peu d'années, rendu de sér:eux
services; on l'avait rn réformer les abus qui
régnaient dans les commandes royale;;, introduire l'usage des concours et des jngemenls
publics, rendre annuelle l'exposition du Salon
du Louyre et faire choisir pnr les artistes euxmèmcs les œu vres dignes d'y figurer. li al"ait
créé !'École des Élèl"&lt;'S protégés, destinée à
préparer les pensionnaires qu'envoyait le Roi

à l'Académie de France à, Rome. C'était lui
encore qui avait décidé de dresser l'inventaire
de toutes les œuvres d'art conservées dans les
châteaux royaux et ordonné, dès l'année 17.'&gt;0,
l'expo5ilinn publiqne et gratuite, au Luxembonr,z, des principaux tableaux cl dessins
apr~rlc:innt au Roi.
Tou le, ces idées, que nous croynns volontiers p'.us modernes, ont pris naissance dans
l'entourage de la marquise rt ont été applif[Uécs sou, ses yeux. U. de Marigny, soutenu
p:ir elle cl guidé par l'ami Cochin, n'eut qu'à
cn1tinucr les entreprises de ~f. de Tournehem.
On sait combien prospéra l'art français sous
Jes denx hommes investis par Louis XV de la
directinn de srs Ilàtimcnls. Mieux inspirée cl
plus compétente que lorsqu'elle choisissait
des commandants d'armée, madame de Pompadour peut être excusée d'avoir élevé son
oncle et son frère à celle haute fonction, et
d'en a,•oir roulu faire comme une charge de
famille.

CHAPITRE VI
L'amitié.
L'abhé de Bernis écrivait de Versailles, le

20 ja1111icr 1757, dans une lettre intime au
comte de St.ainville, qui sera le duc de Choiseul : cc Notre amie ne peut plus scandaliser
que les sots et les fripons. Il est de notoriété
publique que l'amitié depuis cinq ans a pris
la place de la galanterie. C'est une naie cagotrric de remonter dans le passé, pour noircir
l'innocence de la liaison actuelle. Elle esl
fondée sur la néccs,ité d'ourrir son âme à
une ;,.mie sùre et éprouvée, et qui, dans la
division du ministère, c,t le seul point de
rèunion. l&gt; Il ne faut pas perdre de vue cc
mot glissé dans la correspondance de deux
liommes célèbres, qui furent sans doute,
parmi les amis de la marquise, ceux 4:ui la
· connurent le mieux. Il éclaire d'une lumière
nécessaire toute la fin de la liaison royale.
La date qu'indique Bernis se rérifiè exactement par la chronique de la Cour. C'&lt;•st au
début de 1752, c'est-à-dire six ans après l'entrée de madame de Pompadour à Versailles,
qu'un sentiment plus calme, déjà préparé par
une longue négligence, prend sans retour,
chez Loui, XV, la place de la passion. Toutefois, ce n'est que beaucoup plus tard qu'on
s'aperçoit du changement essentiel survenu
dans sa vie, et dont les premiers symptômes
r2monlent au moins à 1750, l'année mème
de la brillante inauguration du cbàteau de
Bellcrne.
·
Longtemps les apparences laissent supposer
le même élat des choses. Quand Bernis parle
de cc notoriété publique l&gt;, il croit les gens
mieux informés et de mçiins bonne foi qu'ils
ne sont. Quelques personnes des intérieurs
savent à quoi s'en tenir sur cc l'innocence l&gt;
des rda Lions du Roi et de la marquise, mais
l'opinion prérenue est lente à se détromper.
Ilernis le reconnaît lui-mème, dans ses Mémoires, sous la date de 1755 : C! La liaison
do madame de Pompadotll' arec le fini était

�,

111STOR}Jt
pure C'L sans dangt'r pour run ni pour l'au Ire ; à son ennui , mais aussi parer quï l pomail
il ne rcslail plus que le scandale à éviter. » lui parler de St'S moindres affaires, parce
Les partis qui tiraient profit du scandale rrfu- qu'elle connaissait à fond r cntouragc, sa,ail
sèrent d'aàmcltre celle métamorphose ou en le tout de chacun et se montrait toujours
nièrent la sincérité ; leur calomnie perpr lu:t d'esprit juste et de bon conseil. Le Roi n'était
la réputation de la marquise ; leur jugement plus capable de ,c passer d'elle cl prenait son
affermit le jugcm,..nt général. Toul s'y prèta : avis, parfois en badinant sur toutes choses .
a puissance incontestable qu'elle conserrait Au reste, elle sacrifiait ses conrenances el
dans sa situation ér1uil'OC[UC, ses dépenses son repos aux sentiments cl aux plaisirs du
exagérées en dl'S moments difficiles, la mal- maitre. Elle fùt allée jusqu'à la dévotion, si
1•cillancc du public irrité. Cependant, la sépa- les idées de celui-ci avair nt tourné de cc côté :
ration s'était produite, et, si les contempo- « Son s~·slèmr, que j'avais cntrc\'U drpuis
rains purent ignorer lïnslant
exact, certains faits connus nous
le font entrevoir.

plus que ctr l'amitié entre le Roi el t'llr.
Aussi se fait-elle faire pour Ilellcl'ue une
statue riue j'ai vue, où elle est rt'préscntéc
en déesse de l'Amitié. ,, J.e marbre chaste
de PigaUc remplace, sur son piédeslal. une
image plus passionnée, cl ron songe à · (a
visite familière que Ya faire la reine Mar;e
aux jardins de Dcllcvue cl à sa conrcrsalicn
avec un jardinier de la marquise: «Comml•nt
se nomme ce bosquet? dit-cl!&lt;,. - Madame,
répond le bonhomme, on l'appelait auparavant le bo,quet de l'Amour, cl c'est à présent
le bosquet de !'Amitié. i&gt; La
Reine, qui sait comment passent
les senlimenls des hommes,
ne peut s'cmpèchcr de sourire.

Les motifs d'ordre intime,
Cr rôle noul'ea u, dont maqui amenèrl'nt le détachement
dame dr Pompadour entend
du Roi, sont de ceux où le
bien faire l'aloir toutes les précœur peul ne point participer.
rogatires, Ya èt rc joué par die
La fal'orile ne ressemblait plus,
dans un nourrau décor. Elle
it trente ans, à la brûlante
quille l'appartement qu'elle ocjeune femme qui arail, de sa
cupait au second étage de
seule grâcr, éclipsé les plus
Versailles, nid brillant de ses
belles; quPl4ucs saisons du teramours, 011 le fioi met à sa
rible surmenage de la Co1,1r
place le duc cl la duchesse
étaient rcnuei, à bout de charcl'Alen ; elle descrnd au rez-dcmes fragiles cl d'une force,
chausséc, hauité seulement par
toute nerl'cuse, que le repos
des princes de sang royal, H
des champs ne renouvelait plus.
c'est précisément une partie de
Elle s'épuisail à celle conquête
l'appartement des Toulouse et
de chaque instant du maitre
des PenLhiène qui lui est done,jgeanl cl infatigable; les voyanée.
ges continuels, les veill~cs, les
Par une étrange rcnconLrc,
soupers, les remèdes excitants,
il se trouve qu'une mûtrcsse
t't surtout ces accidents secrets
délaissée de Louis XIV fut logée
cl volontaires dont parlent à mien ce mème lieu. Peul-être
Yoix les an tichambres, anùent
Louis XV connaissait-il trop bien
détruit sa santé, vieilli son
rhistoire de son arrière-grandcorps, et flétri aranl l"heure
père pour ignorer en quelle
ses trai ls délicats. Quclq uefois
occasion cel h:mneurful accordé
encore, les jours où la toux el
à madame de Montespan ; c"était
la fièvre la laissaient en paix, et
au moment même où le Grand
lorsque l'imprudente saignée
Roi, ayant cl,angé de condui1c
rafraichissait son teint, elle pouel épousé madame de Maintevait faire illusion à ses amis,
non, marquait définitivement sa
mais non au seul homme
séparation d'a\'CC l'autre marqu'elle eût \'Oulu tromper.
quise, depuis longtemps néQuelque humiliée qu'elle fùt,
Cllcbt Giraudon.
gligée. Plus inform ée ou moins
il lui fallait se résoudre et feinL E MARQUIS DE l\!A RIGNY1 DIRECTEUR GÉNÉR AL DES BATlllENTS DU ROI.
aveuglée, madame de Pomdre la bonne grâce. Louis XV
Tablea11 de T oCQUÊ. (ltf11sée de Versailles.)
padour se fùt instruite de son
n'aimait plus, el le vif allachcsort, en cette installation triommenl, qui avait tant étonné,
phale, et eût hésité à la comppouvait s'éranouir sans retour,
comme on l'avait vu au moins une fois, al'CC plusieurs années, remarquait li. de Croy, ter comme un nourcau succès. Le Roi, rémadame de Mailly. Pour des raisons que la était de gagner l'esprit du Roi et, suil'anl à la solu déjà , sans doute, à renoncn un jour
maitresse soupçonnait trop bien, le Roi passait lellrc madame de Maintenon, de finir par être 'Ou l'autre à sa liaison amoureuse, choisissait
ainsi le dédom magemcnl magnifique que
des mois entiers sans lui témoigner ses em- dévote aycc lui. »
pressements. C'était une situation bien douLa marquise affectait de Yoir arec confiance l'amour disparu laisserait l1 l'amour-proteuse cl dont madame de Pompadour n'aurait se modifier son existence auprès du Roi. Elle ·pre.
Le bruit que fit à la Cour cc 1:hangemcnt
pu conjurer les périls, si _elle ne s'y fû t dès annonçait à ses amis, al'anl même que rien
longtemps préparée.
fùt certain, un arrangement, dont elle pré- indique l'imporlance qu'on y attacha. Ce fut
Par goût de son aimable nature, par une tendait goû ter vivement les charmes. c·étail le grand él'éncmenl du muis de j anvier 1750;
prévision instinctive, elle se faisait peu à peu une façon de ménager ses vanités incorrigibles el le duc de Lu1nes note arnc soin dans son
l'amie du Roi. Compagne de Lous ses instan ts, de jolie femme, tout en dissimulant les bles- journal ce qui était dit au 1our de lui :
« Madame de Pompadour ra loger où
mêlée à toutes ses habitudes, l'aimant vérita- sures de son cœur toujours épris. Dès l'hiver
blement pour lui-même, elle lui était dewnuc de 1751, ~r. d'Argenson note plusieurs pro- lo"ent actuellement monsieur el madame de
nécessaire, non seulement parce qu'elle ~cnlc po~ rrui lui sont apportés de Versailles : &lt;1 La P~1lhih re .. .. On va fa ire c!cs petits cabinets
avial le secret de le distraire el de l'arraehr r marquise jure ses grands dieux quï l n'y a où le Hoi ira souper, voilà le projet jusqu'à

__________________________

LOUTS

XY

ET .MADAME DE PDMP.JIDOU~ - - ~

présent: on 11 ·en dit pas la raison, mais il n·est ,atisfn&lt;"tion au Roi el à sa belle nirec. liais suis éranouic dans l'antichambre de Madame
pas difficile d'l'n juger. Madame dP. Pompa- l'argent commençait à manquer, rnème dans la Dauphine. Heureusement on m'a pouSS(:c
dour connait le Roi : clic sait qu'il a de la ~on scrricc, et les entrepreneurs impayés, d:rrièrc un rideau, cl je n'ai eu de témoins
religion, el que k s réllrxions qu' il fait , les endettés, lrarnillaicnt diflicilr ment. Pendan t 11uc madame de Yillars et madame d"Estrades .
Sl'rmons qu'il rntend, prnrcnl lui c!onner tou t le Yoyage de Fontainebleau , la marquise ~ladame la Dauphine rn porte à ral'ir. M. le
des remords et des inr1uiétudcs; qu'il l"aimc s'inquiétait des retard~, harcelait son onclr, duc de Bourgogne aussi. Je l'ai YU hier; il a
à la ,·érilé de bonne foi, mais que tout cède dépèchail lf. de Gontaul pour visiter les lra- les yeux de son grand-père, ce n'est pas
il des rén,xions sériPuscs, d'autant pl us quïl Yaux r t lui rendre compte du détail : Tourne- maladroit à lui. 1&gt; La marquise part aussit&lt;tt
!J a plu~ cl'/iabitwle que de tempérament, l'l hem obtenait enfin que 11 l'impossible l&gt; fùt pour Crécy, al'ec le lloi, marier les filles dans
qu", s'il lui arrirail de trolll·er dans sa f,11nillc 1,til, cl tout élail prèl le jour où revenai t le ses villages, pour fèter la joyeuse naissance
une compagnie '(Ili s'oC'curà t a\'C1: douœn
lloi. C'élàit un émcr1•eillemcnt : la marquise du petit prince.
et gaieté &lt;le rc qui I ourr:ut l'amuser, peut- entrait, presque r n reine, dans cet ~pparteIl u'y a rien, &lt;lans cc3 elfusions, qui ne soit
être que, n'ay~nt pas une p~ssion riolcnte à mcn t noul'ca11, oi1 s·cnt.1ssaienl des meubles parfaitement ,·aturel. C'est sur un ton srmYaincre, il ferait céder son goût présent à son cxr1uis, les soieries de Lyon et les tapisseries lJ!nlilc qu'en de pareilles circonstances s'émeut
dernir. Elle a remarqué le goût du fioi pour de 13r:rn rnis, où Vcrucrckt al'ait sculfé ses tout &lt;·c qui approc·hc le Hoi ; il plus forte raiMesdames; le séjour de Madame Tnfantc dans pl us riches p:111neaux., 011 ~larl in décorait de s:m doit-on le renco:ilrcr chez une femme
l'appartement de madame la comtessP. de ses l'ernis, pour les audiences particulières, 11ui n'est pas loin de se ron•idérrr comme de
Toulouse a làit connaitre encore darnnlage cc cauinel de laque rouge qui dcrail ent~ndre la famille. Dans les petits rnyagcs, clic est
au Roi la facilité de faire usage de cet appar- tant de secrets d"État et YOir résoudre, en al!enti vc main Lcnant à mcllre toujours aupri's
tement, par un petit escalier dérobé qui avait de grares rcndcz-rous, les plus grandes du 11oi quelqu·unc dc MesdJmcs. Il ne tienété l'ail du temps de madame de Montespan ; affaires du royaumr.
drait qu'à la llcine d"y prendre part; mais clic
c'est par cet escalier que le fioi descendait
Pst del'cnue très casanière et a perdu le go ùt
soul'ent chez Madame Infante, avec laquelle
Désormais, les rrlations de m1dame de de ces déplacements, d'où, pendant un Lemps,
il arait de fréquenles com·ersations. Comme Pompadour a1·cc la Famille rop!e deviennent e'.lc a beaucoup soulfort d'ètre excl ue. Elle y
il est vraisemblable que Madame Sophie cl de plus en plus ais&lt;-es et cordialrs. Birn loin parai'! cependan t, quclqncfJis, cl c'est unt•
Uadamc Louise ne seront pas longtemps sans de se réserl'er le noi, de le « chambrer ,, , occasion pour elle de ,,oir ses enfants daranrevenir de Fon tenaul t, cl qut• cela fera une comme elle faisait autr, fois, elle le réunit llgc, al'ec une li Lerlé crue les us~ges de Ycraugmentation de logements, il étai t aisé de Yo1onticrs à ses enfants; elle tra,·aillc ainsi à sailles ne comportent pas.
prévoir que le Roi, qui a pris l'habitude de se côncilicr leur inllur ncc prochaine et du)[. de Croy notrra ces changements et di1-.1
faire re, enir, depuis cnriron quatre mois, rable. La sincériLé de so1n amour pour le lloi plus d'une fois comuien la rie est dcl'enuc
~fcsdamcs sans paniers chez lui après souper, lui permet, d'ailleurs, de partager ses a!fo:- plus facile pou r tous. A Choisy, par exemple,
et les jours de chasse dans ses Cabinet faire tion,. Elle' narre arec émotion, daus une il remarquera l'altitude du Dauph:n : &lt;! Au
une espèce de retour de chasse, pourrait lellre d'octobre 1750, le retour des Pctiles lieu de traiter durement, comme à l'ordibien loger füdamc· ·[lfenrielle] el ~ladamc Mesdames, de Fontcn ault : &lt;! ~fesdames So- naire, madame de Pompadour, il l'accueillit
Adélaïde dans cet appartement, cl s'accou- phie el Louise sont arril'ées hier ici [à Fon- très gracieusement, ce l'oyagc-là .... Le lendetumer à y descendre et même à y rnuper . . taineuleau]. Le Hoi a é1é au-del'ant d'c!l..s main, Mesdames toutes cinq, et hui t de leurs
Yoilà précisément ce qu'elle a voulu éri ler. ll al'ec JI. le Dauphin et lladamc Yicloirc; j'ai dames, :ir, i,·èrcnl pour diner à Chois), el y
Seule Madame llcnrielle s'était mise au eu l'honn&lt;iur de le sui,-re. En Yérilé, rien coucbhrnt. La marqu ise y ayan t ainsi alliré
lra,ers du désir de b favorite. Elle voulait n'est plus touchant qne ces cntre1 ues. La drpuis deux ans la Famille royale cl les
l'appa1·tcmenl pour elle : &lt;1 Que la marquise, tendresse du noi pour ses enfants est incroF.- gagnant par bea ucoup d'attentions et de resdisait-elle, soit logée en haut ou en bas, le blc et ils y répondenl de tout leu r cœur. pects, arait tâché de gagner leur confiance cl
lloi mon père n'y ira pas moins·; il laut Madame Sophie est presq ue aussi grande que était bien avec eux. Lous, cl même fort bien
autant qu'il monte pour redescendre ciue de moi, tri·s bonne, grasse, une belle gorge. arec la Rei ne, de sorte qu'il ne manquait
descendre pour remonter ; au lieu que moi, bien fai le, la peau belle, les yeux aussi, res- rien à sa gloire cl à son crédi t dans son
Dame de France, je ne puis log&lt;'r en haut, semblant au fioi de profi l comme deux eseècc. Elle étai l là, à Choisy, à cinq lieues
dans les Cabinets. » Si l'on en croit les mal- gou ucs d'eau ; en face, pas à beaucoup près d'Eliolcs, où clic avait été longtemps à ne
1·cillants, la Heine a pris parti « pour la autant, parce q11"cllc a la bouche désagréable; pas del'oir espérer de jouer un tel rôle. i&gt;
marquise et contre Mesdames ... , éta nt fort en tout, f''csl une belle princesse. Madame
Un peu plus tard, un l'oyagc à la Muette,
jalouse du crédi t de ses enfants ». lladamc Louise csl grande comme rien, point formée, où le souper fut des. plus brillants, aYec toutes
de Pompadour, qui a peul-être été inquiè c, les traits plutùl mal que-bien, avec cela une les dames de Mesdames .à la table du Roi, sera
écrit bientôt à une amie, a\'ec l'accent d'trn p!iysioaomie fi ne qu i pla1't l,eaucoup plus que le sujet d'un piq uant tableau : &lt;! M. le Dautriomphe contenu : &lt;! Le Roi m'a donné le si elle était belle. ~ous avons tous été pré- phin y était ; Mesdames y l'inrcnl, et je Yis
logement de monsieur et madame de Pcn- sentés aujourd'hui. »
très bien tou te la Famille royale tout ce jourthièuc. lis passent dans celui de madame la
Les él'éncmcnls de la Famille royale, les là. Elle l'enait à tous les VOJages, depuis que
com~esse de Toulouse, qui -~n garde une pelile grossesses, les naissances, les maladies, tou- la marquise les y avai t mis, el le soir, comme
partie pour venir mir le Roi les soirs. Ils chent la marquise comme s'il s'agissait des clic sortit de table pour une migraine, je les
sonl tous très contents cl moi aussi ; c'est par siens : « ous allons vendrf'di à Compiègne vis Lous, l'un après l'autre, venir lui demanconséquent une chose agréable. Je ne pour- pour six semaines, écrit-elle en juin 175 1; der al'ec empressement de ses riouvclles.
rai y èlrc qu'après Fontainebleau, parce qu'il nous laissons là Madame la Dauphine en Aussi les faisait-elle bien traiter par le Roi,
faut raccommoder. ,&gt;
très bonne santé et un enfant très remuant, el se conduisait-elle de manière que toute la
Les OUl'rages d'accommodement, sur les Dieu veuille qu'il arrive à bien cl garçon. Je Famille royale, sans en excepter la Reine, en
plans de Gabriel, durèrent Loule l'année \'O us assure, cl l'Ous le croirez sans peine, que paraissait fort contente. 1&gt; Les courtisans trouI 7.'&gt;0 cl, malgré l'activité que déployèrent les je sèche de ne voir que des filles. Celle que Yaicnt à ces arrangements &lt;! une aisance in fiOà1iments du Roi, comme une partie de leurs nous arnns se porte bien à présent, mais nie ,&gt; ; madame de Pompadour rn Lirait une
n~c~uisiers et de leurs sculp teurs étaient pré- clic nous -aurait fait mourir, si c'eût été un sécurité pl us grande, et se croyait pardonnée
c1sement à cc moment prêtés pour Ilelierne, on garçon. ll Lor que riait ce duc de Bourgogne de ces enfants à qui elle se Oallait de ramener
ne put terminer que l'année suivante . Le l'ieux tan t désiré, écoulons encore ce récit : « fous leur père.
Tournehem, dont cc fut une des dernières pouvez jugez de ma joie par mon attachement
Lrcnp11ior.s, r.c mén~geail rien p:rn:· don:-:cr pour le Roi . .l'en ai été si saisie, que je me
L'année 1751 vit le~ changements décisifs

�111STO'RJ.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - . J
qui transformèrent le fond même de la vie~/i Madame de Pompadour, qui tirait toute sa
royale: Quelque. tranq~ill_ité q,u'elle ~ITcc?:it. ~1oral_e ?es ~onversa.~ion, d_cs pbilo~ophes,
gràce a sa parfaite mJ1lmc d ellc-n:eme, la , Jugeait _rntolerab!c I mlrans1grancc de ces
marquisc n'acceptapassans degrandesinquié- gens &lt;l'Eglise; elle ne com pre:1ait pas qn 'o:1
tudes les avanlages et les risques de l'amitié Yit dans sa présence un obstacle au salut cl u
pure. L'amour ·et l'ambition, si singulière- roi et un médiocre exemple pour les mœ11:·s
ment mèf{,s d,ms son àme, s'y livrèrent des de la nation. Le sermon classique du P. Grilfot
combats ignorés, car clic d'ut songer bien des sur le thème de l'adullc'•rc lui semblait
fois que sa situation, consolidée seulement l'inconvenante sortie d'11n religieux échauflë;
en apparence, aurait tout à craindre des riva- et la doctrine de la sainteté du mariage ne
lités probab!cs que les p:i.ssions du Iloi pou- représcnlait à ses yeux qu'une de ces mômevaient lui ménager. Mais les él'énements déci- ries de fanatiques, dont on s'était toujours
dèrcnt de sa destinée, et Louis XY subit alors moqué autour d'elle. Elle ne professait
une crise religieuse qui ne fut pas étrangère aucune boslililé contre les Jésuites, qu'elle
à sa détermination.
croyait respectueux cm·crs le floi, alors
Il y eut, cette annéc-111, le jubilé, temps 011 qu'elle s'irritait de l'opposition parlemcnlcs fidèles puisent plus largcwent au trésor taire, presque entièrement janséniste. Elle
des gràces spirituelles, en échange de la con- avait eu, ainsi que son père, des relations
trition, de la pénitence et de l'usage des sa- cordiales avec le P. de la Tour, l'ami de Volcrcmcnts; c'est alors que les grands pécheurs, taire. Ne fût-ce que pour plaire à la Ilcinr,
les chrétiens qui ont attristé leurs frères par qui aimait beaucoup les Pères, clic leur avait
le mauvais exemple public, sont appelés spé- fait faire des avances, dès ses premières
cialemcnt à la réparation. Le Roi voudrait-il années de séjou·r à Versailles; Bernis, qui en
être du nombre des réconciliés, cl gagnerait- témoigne, se porte garant qu'elles furent touil son jubilé? Cc fut une sérieuse question jours repoussées. La marquise cherchait à
qui préoccupa les esprits.
présent, sans y réussir, le moyen d'apaiser
Les choses de la religion avaient conserl'é ces hommes intraitables, qui semblaient tenir
à la Cour leur importance; les ministres de en leurs mains la conscience royale.
l'Église s'opposaient constamment à la corrupLe Roi était assailli de Lous côtés. S'il ne
tion des mœurs et dénonçaient la conlradic- Lena.il plus à ce qui d'abord l'avait attaché à
lion qui s'établissait trop souvent entre le la marquise, elle lui restait assez a:iréable po11r
secret des âmes el les pratiques extérieures qu'il fit difficulté à se séparer d'elle. C'est
toujours observées. Le P. GriO'et, jésuite, prê- éridemmcnt de cette époque que datent les
cha à la Cour, pendant le carème qui précéda premières consultations qu'il demanda en
l'ouverture du jubilé, et retroma, pour Lon- Sorbonne et jusqu"à Rome, et dont il parla,
ner contre les vices à la mode, les accents peu de temps après, à M. de Br rnis. Celui-ci,
du P. Clourdaloue. On remarquait l'assiduité revenu de son ambassade à Venise, inspirait
du fioi à ses sermons, qui al'aicnt lieu deux confiance à Louis XV par la discrétion de son
fois par semaine : pour n'en point manquer, caractère et son attachement de gentilhomme;
il avait chan;é les jours de chasse; il ne décou- nous savons par lui ce que fut l'action des
cbait mème plus de Versailles, et ne se per- confesseurs: « Ses confesseursjésuiles, dit-il,
mettait que de rares diners-soupers à la qu'on accuse de morale relâchée, n·admetMuellc ou à Bellevue.
laient aucun tempérament; ils ne croyaient
Les lunes pieusrs, qui étaient nombreuses pas que le scandale put être réparé autrement
dans la Famille royale, se réjou issaient que par l'éloignement de la marquise. Si
d'avance, et les Jésuites, déjà fiers de cette quelques-uns de lcnrs ennemis lisaient ceci,
conrersion illuslr-c préparée par l'éloquence ils ne manquerai,mt pas d'rxpliquer ce rigod'un des leurs, faisaient dire des messe~ quo- rismc par la certitude que ces Pères avaient
tidienncs dans leurs trois maisons de Paris, d'èLrc protégés par M. le Dauphin•, protection
pour achever l'œul're. L'opinion sur ce point plus sùre et plus honorable pour eux que
était avec eux, .ainsi que d'Argenson en con- celle d'une favorite. Quoi qu'il en soit, il est
vient : « Certes la dévotion du Roi rendrait certain que, s'ils avaient été plus relâchés,
la Cour plus triste, mais cela profi terait beau- ilspouvaientavec adresseconserver M. le Daucoup au bien public, car les dévots sont éco- pbin et se ménager la marquise. » Celle-cr
nomes, et l'économie pounait seule aujour- Yit bientôt qu'il n'y avait rien à obtenir d'eux.
d'bui sauver le royaume. »
Ce qui pouvait lui arriver de plus heureux,
La marr1uisc se trouvait. dans une inccrli- si le Roi voulait gagner son jubilé, était qu'il
tudc cruelle. Elle annonçait qu'elle gagnerai! consentît à l'tlloi~ner pour un Lemps, sauf à
~on jub:Ié, s'il le fallait, en mème Lemps que reprendre avec elle, plus tard , des rapports
le Roi, et que rien ne s'y opposait, puisqu'il d'amitié clairement établis aux yeux du pun'existait plus entre eux que de l'amitié. La blic; mais cela même étai t fort gram, car,
question cependant n'était pas aussi simple. avec le cnractère du Roi, qui partait, courait
Leur liaison, quoiq ue transformée ou prêle à le risque de n'être jamais rappelé.
l'èlrc, n'en laissait pas moins subsister, aux
On suit, sur le visage de madame de Pomyeux chrétiens, tout le scandale. Si le Roi se padour, les prog1·ès de l'anxiété qui la ronge;
décidait à retourner i1 la régularité chrétienne, elle est malade, dit-on, de la (( fiè\Te de
un confesseur peu accommodant pouvait cxi- jubilé 1&gt; . Le ministre Machault étud iP. avec
gcr que la complice de l'adultère fùt renvoyée elle des subterfug~s, pour empêcher le Roi de
publiquement, ainsi 1111'elle avait été prlsc.
participer aux exercices. Elle l'ùudrail arran-

i'~

gcr un l'Oyage en Provence, qui conviendrait
fort à son dessein. L'envoyé du roi de Prusse
raconte ses expédients, pour divc•rtir son
m:i.ilrc : (! Elle lromerJ. le moyen que la
publication du jubilé ne se fasse point par
tout le royaume en même tt·mps, mais seulement par diocèses, afin que, lorsqu'il se fera
à Paris et à Versailles, le roi de France soit
à Compiègne, où il n'aura point encore élé
publié, et que, lor;qu',1 le sera dans cc dernier cndroil, le roi de France se trouve èlre
de retour à Versailles, où le jubilé aura déjà
été fait. ))
On croirait, à ces récits, que la fal'orilc
ignore à la fois les règlements ccclésiasliques
et les dispositions du Roi. Bernis est ici un
témoin important : &lt;c Le fioi, écrira-t-il, a
de la religion; il n'a jamais voulu suivre,
pour sa conduite chrétienne, que les avis les
plus sévères : il a mieux aimé s'abstenir des
sacrements que de les profaner. C'est une
justice que j'ai été à portée, plus que personne, de lui rendre. Son goùt pour les
fommes l'a em porté sur ;on amour pour la
religion ; mais il n'a jamais étoulfé le respect
dont il est pénétré pour elle. » L'bypocri, ic
religieuse est un jeu de (( philosophes l&gt;, non
de croyants. Voltaire est homme à faire ses
Pâques; son élève d"Étioles est disposéd à se
livrer à la dévotion, par intérêt, et déjà ses
jolies mains tiennent correctement, aux grands
offices, son livre dl1eur,•s décoré par Boucher.
Toutefois, comme l'intclLigencc seule n·y suffit
pas, elle ne saurait comprendre les troublrs
de conscience du Roi. Même avili par les
passions, l'honneur et la loyau té religieuse
l'eussent gardé de se prêter aux équiroques
arrangements de la marqui~e.
Louis XV est, d'aillr11rs, plus préoccupé du
scandale qu'il donne que du danger que court
son âme, car il se cro:t certain de son salut.
Il fit un jour l'aveu à M. de Choiseul d'une
étrange tradition mal comprise, inculquée à
son enfance : il rn figurait que les mérites de
Saint-Louis s'étendaient sm Lous ses deseend:mts, et que nul des rois de la race ne poumit
être damné, pourvu qu'il ne se permit ni injustice envers ses sujets, ni dureté envers les
pcti tes gens.
Tandis que les perplexités du jubilé durent
encore, sunient un événement &lt;JUi ne doit
pas laisser le floi indilTércnt. Madame de
Mailly, qui l'a tant et si longtemps aimt&gt;,
meurt à Paris, dans la retraite péniten te où
elle vivait depuis sa disgrâce. F.llc est restée
pauvre et a payé toutes ses dt!Ltes sur ses
épargnes, sans jamais rien demander à celui
dont elle n'a voulu que le cœur. Pour achever de s'humilier, elle a désiré être enterrée
avec la croix de bois des indigents. Tout le
monde est frappé du contraste oO'ert par la
maitresse du jour, brillante, dépensière, enivrée de vanité et d'adulations ; on suppose
(fUe la fin de madame de Mailly inspirera au
Roi des réflexions salutaires. Il semble qu'il
soit ému, en effet, mais surtout du souvenir
des années lointaines, et plus encore de cc que
l'àge de la défuntc était le sien et que la mort
atteint aussi les rois.

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r

111ST0'/{1.ll

-------------,-,---------------------~

conséquences politiques, nous dcl'ons la p~us
curieuse des co nfidences. !Jan, une note secrète, écrite pour Je Pape, 011 la m1rquise
justifiera plus t:ird sa conduite el cherchera
à :illribucr aux Jésuites la rrsponsabili1é de,
derniers dfrè•glcmcnts de Louis XV, c-llc traitera cll('-mêmc le délical sujet de ses rapports
avec le I\oi, fücra les dates el indiquera les
nuances. On y remarque l'insistance de celle
grande coquette à pré:encJ,.c que c'est elle qni
;i pris l'initiati,·e de la séparation ; m 11mcauprès du Sain t-Père, à qui cc détail impJrte
peu, clic veut s:i.ureg:ird('r sa ranilé :
c! Au commencement de 1752, déterminé·,
par des motifs dont il esL inutile de rc11drc
c.. mple, à ne conserver pour le Roi que des
sentiments de la 1'econrra:ssance el de
l'allachemenl le plus p 111· , je le déclarai à
Sa Majesté, en b rnpplianl de faire consultrr
les docteurs de Sorbonne, cl d'écrire à so·1
confesseur pour qu'il en consultât d'autres,
afiu dè trou , cr le, moyens de me bis~cr
auprès de s;i p.•rsonm', puisqu'il le d,:sirail,
sans être cxp'.lS&lt;l' :iu soupçon d'une faiblesse
que j e n'avais plus. Le Roi, connaissant mon
caractère, sentit qu'il n'y avait pas cle
i·e:om· à espére1· de ma part cl se prèl:i à
cc '[UC je désirais. li fit consul ter des do::Lcurs, cl (c rivit au P. Pérusscau, leqncl lui
dl'manrla une sépamlion totale. l.c roi lui
répondi t quïl n'était nuHcmenL dans le ca~
d'v consentir ; que ce n'étail pas pour lm
q~'il désirait un arrangement qui ne laiss:H
pas de soupçon au public, mais pour m:i
propre sali~faclion ; que j'étais nécessaire au
bonheur de sa vie, au bien de ses affaires;
que j'éLais la seule qui osât lui dire la Yérité
si utile aux rois, etc. Le bon Père espéra en cc
mom('nt qu'il rn rendrait maître de l'espril
du Roi el répéta toujours la même chose. Les
dor·Leurs firent des rr ponses sur lesquelles il
aurai L é:é possible de s ·arr;in~l'r, si lc·s
Jés uites y ava ient comenti . .. *
li faul rn: r d:ins cc récit ft\minin l'habi!c
développement d'une thèse partiale, où la
couleur Jes faits ani:icns se trouve nalurclh·mcnl changée. Mad:imc de Pompadour éL:i:t
pcul-êlre de bonne foi en lrs racontant de
celle m:rnière. Elle. gardait de l'épreuve trarersée une sourde terreur, ùonl elle redou tait
toujours le retour. Pou r b seconde fois clic
s'était heurtée à une puissance mal connue
d'elle, l'Église, cl dans un moment plus difficile qu'aux premiers jours de sa passion.
Les mois qui suivent le jubilé, où les impressions du lloi ont été si vires el si près de
la conversion, les renouvellent plus fortcmenl.
Deux ci rconstances poignantes pour un cœur
de père lui semblent un aver lisseme nt du Ciel.
Le 10 février 1752, sa fille préférée, Uadame
Henrielle, la plus intéressante après Madame
Infante, celle avec qui il causait le plus :olonLiers, meurt à Versailles en quelqurs JOurs,
-enlevée par une fièvre putride; les images de
deuil, dont son espr:itmorosc aime à se repaitre, passent une fois de plus devant ses 1em ;
el ce chagrin est à peine éloigné que le Dauphin, alleinl de la peti te Yérolc, do nne à _son
A cc ressentiment, qui aura un jour des tour de gra,·es inquiétudes. Deux semaines

Madame de Pompadour écrit à une amie :
« La mort de madame de Mailly a fait de la
peine au Roi ; j'en suis _Ochée aussi ; je ai
toujours plainle, elle éla1t malheureuse. Elle
fait le petit V_inlimillc son l?gaL~irc. l&gt; L'i'.1LérêLde la marquise est de distraire le _R?1 de
celte peine, comme de S('S,scrnpulcs rcl1g1~ux.
Elle mulLipüc les di,sipations et les afîa1rcs,
les comédies à Bellevue, les projets de ,maria rrcs à la Cour . On ·va passer six jours it
Crlcy, où les tables de jeu sont dressées, du
malin au soir cl oJ l'on perd beaucoup d arrrcnt. U y a des « voyages ll à Marly, à Choi$y,
~ Compiègne, à Trianon, o~ ~econstr~isenl des
serres immenses cl un déhc1enx pavillon pour
aller diner. cc Ne nous en plaignons pas, noie
1111 observateur ironique; louons-les, ces
vo~·ages, au contraire. Rien de si uti le à 1~
san:é du Roi que cc~ déplacc·menls, ~ans quoi
la bile et l'humeur le rendraie11L nialadr;
madame de Pompadour est le prcrnic!:.,médl'cin du noi cl y veille, mais maurnis médecin
de la bourse. »
F,llc ne veille pas seulement aux plaisirs
du Roi· elle commence à se mèler aux préoccupaLio1ns plus hautes de, son méLie_r ?e. _mo~
narque. C'est le Lemps ou clic se fa1~ 1111L1er ~
la poliü,1ue génér~lc du royaume ; ?est ams1
celui où elle étudie avec le plus d ardcu r 1:i
transformation el les embellissements dl: Pari~ cl ccL établissement défi ni tif de l'Ecole
miiitai re, dont l'org:inisalion, longur mcnl
prl'paréc par elle entre le_ Roi cl Pâris-Duvcrncy, doit être une drs gloires c!u rl-ga~.
La déroranle :icti vité de la marquise sert
son plus cher dJsir. Les _jm'.r~ danger üux
s'achèrent, el le Lt•mps du Jubile pa~sc. LC's
stations ont été exLrêmrmcnl suivies dans b
Capitale; on n'a jam:iis ad~iré un concours
au,si édifianl de carrosses a Nnlre-D~mc, rl
un aussi gr:ind n~mbrc ~e da mes .~e 1~ Cour
en dél'oLion. Barbier cro:t que &lt;! l mtfocur »
n'est pas toujours sincèr? : &lt;! Il scmhlcrait
qu'il y aurait une a~ec~a~wn de Lous le~ w•ns
de qu:ili1é dans ce Jubile, par : apport a 1~
circonslance où $C Lrourc le maitre. 1&gt; Q1101
qu'il en soit , le I\oi n'y, a pris ~11c1:nc pa,r1_;
les dél'ots son LCO!l sterne,. La clol II rc esLcclebr6e rn'.cnnellcmcnt à Notre-Dame, par I'arcÎ1crêque de Paris, Cl,r:stophc de Be:iumonl,
le 29 décembre. Madame de Pompadour est
enfi n hors de souci. C'est le cœur tranquille
qu'elle o[ rc au Roi une g~ande fêle à Bellevue, en l'honneur de la m11ssance de son premier pet:1-fils, fo duc de Bourgogne. Le merveilleux feu d'artifice qu'elle fail tirer sur sa
terrasse, et qu'on roit de Paris. semble insulter à la misère générale, à la cherté du pai n,
à la di fficulté de ,·ivre. Peu lui importe que
le Roi allanl à Paris arec la ncinc pour
rendre' gràces à Nolre-~ame, ?e soit poi~t
:icclamé par ses sujets. Ce caprice des Pan~iens, qu'elle croit tout passager, compte
pour peu de chose au près du péril qu'elle a
couru. De ses grandes &lt;-raintes, il lui rrsle
surtout une rancune, destinée à grandir,
conlre les Jésuites.

!

"'' 3oo

IM-

s'écoulent an milieu des larmes et des prières
anx ieuses de la famille; enfin , le prince, tcndrement soigné par Marie-Josèphe, échappe
à une morl aLtenduC', qui déjà availjeté dans
le royaume l'émotion d'un désastre public.
Jamais on n·a rn le Roi si agité, la mine
si gombre, la parole si rarr. Mais, après de
tcllC's crises, il semble que rhez lui le besoin
de s'étourdir l'cmporlc. Au reslc, le choix de
conduite qu'il a foil , dans le Lemps décisif des
conversions, doit donner ses fruits naturels.
Les Lhéulogicns onL beau jrn à constater ici
lessuitescommuncs de l'cndurcissemenl volontaire el du refu s d'o béissance à la Gràce. Les
!'ails que déroilc à cc moment la chronique
secrète de Versailles leur donnent raison.
Dates et coïncidences permet.lent seult-s d'c&gt;.p!orcr les mys tères de cette âme, que ne
rérèlent en rien les dehors majestueux ou
charmants. La , érilé est que le Roi esLsaisi
plu; violemment qu'il ne l'a encore élé par
la vie sensuelle, et qu'en peu de temps il
roule à la véritable déb:iuclir, à l'abime d'u:,
l'on ne remonte g1:èrr .
La liaison du Roi avec la marquise donnait i1 sa conduite une certai ne retenue; mais
la satiété, qui a rendu fat;i)e le détachement,
lui a inspi1 é depuis longtemps d'autres rcthr rches. La corruplion de l'entourage et le
dêvouemcnt inlérrssé des subalternes l'y onl
s, l'l'i. Il y a maintenant , au Châtea u même, à
cùté de l'appartement de Lebel, un logemen t
de deux pièCl's, où le premier valet de chambre
amène de temps en temps, pour son maitre,
de petites beautés de Paris. Le nom qu'on
donne à cel endroit fait entendre cc qui s'y
pa~se; c'es·l le C
! trébuchet ll . Celks qui plaisent rnnl gardées qu elque temps, dans une
maison de Ycrsaillcs, puis renvoyres awc
une dol et m~riées en province, pour faire
so uche d'honnêtes gens. Toul ce S('rviec est
discret, ignoble cl déccnl.
L~ pal'i l lon écarté, où le Roi se ren~ sans
être r econnu, est si tué dans le quartier du
P:irc-au~- Crrfs . li rs t, à rrai dire, fort petit
et ne peul abrilr r qu'une ou pt'ul-êtrc deux
pensionnaires; si la Yerlu doit ~·en indigner,
il n'y a pourtant rien là qui mil monstrueux,_
ni même hors des habitudes de l'époque, saul
que le Hoi, c1ui ne r egarde pas à ses signatures, y dépcme quelquefois plus qu'un financier. ~lais tout ce qui touche aux pe rsonnes
royales offre rapidement prétex te à la légende :
ces basses joies de libertin seront, pour l'imagination populaire, des folies luxur(euses _; la
petite maison à un étage, i ù l_c R?1 se gl!ssc
fur tivement par une porte de p rdm , deviendra l'afîreux théâtre d'orgies dignes de Tibère,
et la Révolu tion, dans ses pamphlets, brodant sur des récits varues el des témoignages
" la lis te des « l'IC.
douteux, grossira à l'infini
times 1&gt; et le budget de l'infamie.
La Franr.e est en droit de se plaindre qu'on
gaspille sans gloire le temps, les forces, la
lucidité d'esprit de son Roi. ~~ais cel_te n~uvelle existence ne menace en rien la Hl uation
de b marquise. Le Roi a pris un genre de
rie rplÎ l'encanaille; elle le s:i'l, en souflre et

________________________ Loms XV

s'en accommode. Elle a choisi seulement ,
auprès du maitre, l'aLLitude la plus avisée,
celle de ne point ignorer. Pour scabreux qu'il
nous semble, son rôle reste fort loin de l'inf'àme interrention qu'on lui a prètée. On a
parlé de complaisances viles, où achevait de
se souiller le dernier orgueil de la femme;
c'est même là le grief sans merci que lui font
certaines gens, disposés par ailleurs à tout
pardonner. li faut donc dire une fois que les
traditions au thentiques, les seules qui comptent, ne permellent pas de l'acca bler.
L'unique fail qui soit établi, el que raconte
madame du lbussct, n'est point contre la
marquise. Alors que, depuis longtemps, les
amants d':iulrcfois ne sont plus que des amis,
elle esL venue en aide, sur la demande du
Roi, à une jeune mère qui avail besoin de
soins ch:iritables et réclamait un e gardemalade discr0Lc cl dévouée. 'l'ont s'est traité
devant la fem me de chambre choisie pour
celle mission. cc Comment lrouYez-vous mon
rôle? lui demrnd~ sa matlrcsse. - D'une
femme supérieure, répond l'autrtl, cl d'une
excellente amie. lJ Y eut-il d'autres circonstances où le Boi fit appel à celle amitié si rare?
Hien ne le contredit; rien non plus ne l'indique, saufle besoin que semble avoir toujours
eu Louis XV d'une oreille docile el d'un écho
complaisant. Cet homme si secret ne pourait
se passer de se raconter à une femme; il
aYaiL la manie cc de débonder sa mémo: re et
son cœur l&gt; ; il lui fallait cc des roseaux
comme à Midas, pour .aller dire ce qu'il ne
pou l'ail taire l&gt;; el ce que la bonne comtesse
de Toulouse reccrait de lui dans son jeune
temps, il l'apportait maintenant, après ses
quarante ans sonnés, à celle qui ne prétendait plu, qu'à sa confiance.
La meilleure ressource qui restera à madame
de Pompadour, contre les manœuHes qui
cherchent à la supplanter, sera encore cette
habitude du Hoi. Sa nourelle amie, madame
de Mirepoix, lui disait : « C'est mire escalier
fJUC le Roi aime; il est habitué à le monter
cl à le descendre. Mais, s'il trouvait une
autre femme à qui il parlerait de sa &lt;:ha~se et
de ses afîaires, cel;i lui serail égal au bout de
trois jours. 1&gt; Les pensionna:rcs qui passeront
au Parc-aux-Cerfs ne l'inquiètent po: nt :
(&lt; C'e,t à son cœur que j'en Y
eux ! s'foricL-elle. Toutes ces petites filles qui n'ont point
d'éducation ne me l'enlèveront pas. Je ne
~e~ais pas aussi tranquille, si je rnyais quelque
JOiie femme de la Cour ou de la Yille tenter
sa conquête. J&gt;
Un instant, mademoiselle M11rphy lui
d,mna du souci ; l'intrigue se prolongeait,
devenait publique, el il était certain que le
goùt du Roi pour celle ingénue dépas,ail la
coutume. Au mois de mai 1755, M. de Croy
notait assez naïrement, en les mettant à peu
près_ au même ran g, deux grandes no urelles
de Jour. La première annonç~it « la catastrophe du Parlement, qui éLail enfin p:irrcnu
à se faire exiler p~ r tout le roiaume lJ, pour
son refus d'obéissance; l'aulre se rapportai t
aux amours clandestines du Roi : &lt;( La jolie fille

'ET .MADAME D'E

que l'on prétendait que le peintre Boucher
(11ui avait so ul'enL de beaux m:iJèles) avail,
d:t-on, procurée au Boi, prenait, à ce que
l'on croyait, du crédit aux dépens de celui
de la marquise, qui s'en apercevait et en avait
été incommodée. .. On la disait en danger.
l'eut-être lout cela était-il bien peu certain,
le vrai de pareilles nourelles n'étant pas aisé
à savoir. l&gt;
La foliitrc Murphy n'était point fait e pour
remplacer la marquise; ses origines, son éducation, son caractère s'y opposaient. Mais des
heures plus périlleuses ne Larderont pas
à Yenir. Les cercles de la Cour qui ont toujours eu l'cspJir de donner une favorite au
Roi se remettent à intriguer. Il leur semble
plus facile de relll'erser l'amie qu'autrefois la
maitresse. Madame d'Estrades, que l'ambition
;i piquée, qui veut être à son tour femme
importante et avoir ses créatures, a lié partie aYec le comte d'Argenson et prête secrètement à la haine du ministre les armes
recueillies dans une longue intimité. On
cherche à ébranler b confiance du Roi, en
même temps qu'on réveille ses sens blasés.
D'autres grandes dames vont apparaitre en
rivales redoutables, et c'est contre elles que
devra luller madame de Pompadour, pendanl
toute la fin de son existence. Pour maintenir
sa situation cl son autorité, el aussi pour
garder une affection qui est la raison même
de sa vie, clic se défendra, en femme
passionnée, sans pitié cl sans scrupule.
Afin de livrer ces dernières batailles et
d'être mieux assurée d'y triompher, il fout
qu'elle soit l'égale des plus puissantes; aussi
n'est-cc pas seulement par orgueil, el soif de
vanité qu'augmentent l'âge, qu'elle a ·voulu
el réclamé les honneurs de duchesse. L'année
même où les liens sensuels ont été pour
jamais détachés, celle satisfaction suprème
lui sera accordée.
La Cour est allée à Fontainebleau se rrposcr
des émotions causées par la maladie du Dauphin et recevoir Madame Infante, qui revient
en Franc! voir son père, à l'occasion du
deuil de ,a sœur. àfadamc de Pompadour a
pris de ,.es inquiétudes et de ces agitations la
part qn'on derinc, sans perdre un instant de
me son grand projet. Le moment csL rnnu
dt• fdire consacrer par le Roi sa fonction noul'elle. C'est l'amitié mule qu'elle inrnque,
pour garder dans son entou rage le plare
q u'elle y oœupe. Afin de rehausser le prestige de ce rôle, elle obtient la faveur qu'il ne
saurait refuser à la plus chère et à la plus
indispensable des amies.
Le secrétaire d'État, comte de Saint-Florentin, apporte chez _elle le bre,·et, en brève
el noble forme, qui comble ses Yœux :
c! Aujourd'hui, 12 octobre J 752, le Roi
étant à Fontainebleau, voulant donner des
marques de considération particul:ère et de
J'estime que Sa Majesté fait de la personne de
la dame màrquise de Pompadour, en lui accordant un r:111g qui la dislingue des autre.,
dames de la Cour, Sa )lajeslé ,·eut qu'elle
jouisse pendant sa vie des mêmes honneurs,

Po.MP.JIDO~

rangs et préséances, cl autres avantages
dont les duchesses jouissent, m'ayant Sa
Majesté commandé d'en expédier le présent
brcret, qu'elle a pour témoignage de sa
volonté signé de sa main el fait contresigner
par moi , conseiller secrétaire d'État et de ses
co:nmandements et finances, commandeur
de ses ordres. »
En celle cour, que rien des caprices du
Roi ne surprenait plus, il y eut cependant
quelques malaises. De Yieillcs gens, qui n'étaient pas du secret de madame de Pompadour, s'étonnèrent de la hardiesse heureuse
d'une femme dont le mari vivait à Paris,
fermier général, et qui n'avait été d'abord
qu'u'ne favorite d'aventure. Le mardi 17, le
bruit se répandit à Fontainebleau que la
'nom elle duchesse prendrait son tabourel à
six heures. cc Ce tabourcl, écril le duc de
Luynes, a été pris à six heures et un quart.
Madame la princesse de Conti menait ; mesdames d' Es trades cl de Choiseul suivaient. 1&gt;
Le cérémonial a été le même que pour la
présentation à la Cour ; madame de Pompadour est allée d'abord chez le Roi , puis
chez la Reine, le Dauphin, la Dauphine cl
chez Mesdames. Le duc de Luynes n'insiste
pas; &lt;( cc tabouret 1J, ces cc honneurs du
Louvre l) , aLtrislcnl son âme et déconcertenl
son esprit de tradition. On prétend que le
Dauphin, de furl méchante humeur ce jourlà, a répondu aux rél'érences par une grimace.
Au reste, la chronique n'a recueilli aucun
détail.
La fille du commis Poisson vienldc s'élever
d'un degré encore. Les notaires désormais la
nomment dans leurs :icles : cc Très haute et
Lrès puissante Dame, duchesse marquise de
Pompadour l&gt; . Duchesse à breret, elle a droit
aux mêmes distinctions que les femmés des
ducs et pairs; elle jouit de prérogatives que
ne possèdent point toujours celles des grands
officiers de la Couronne. Elle csL assise au
grand courert du Hoi, cl chez la Heine, chez
le Dauphin, chez les filles de France, à la
toilette, aux audiences, cercles el diners. Cc
pliant, qui lui est apporté partout, devient i; n
fau teuil chez les princesses du sang, qui lui
doirent en oulre de la reconduire. Elle couv1 e
de la housse d't:e1rlatc l'impériale de ses carross('s, admis à pénélrrr dans la cour du
Lourre et dans toutes ks cours intérieures
des maisons royales. C'est que le cc tabouret ll
n'est pas une vainc gloriole de Versailles,
mais la consécration la plus rare dont le roi
de France puisse honorer les services d'une
sujette et les mérites d'une grande dame.
Ainsi s'acheminait vers sa carrière politique
celle rrui al'ait su briller dans les situations
les plus di verses, tirer parti des plus difficiles
et de se préparer :iux plus grandes. Pendant
douze ans encore, elle allait se maintenir à la
Cour, se rendre nécessaire à tous, conserver, ·
à force de volonté, la première place. On
peut se demander si celle fortune exlraordinaire, qui mit en ses mains le gourernement
de la France, apporta une pleine compensai ion à certains désench:intemenls secrets de

�1f1ST0'/{1A

Fns

------'--------------------J

la marquise. Certes, l'amitié du Roi ne lui
manquera jamais, celle du moins que peut
donner cette âme égoïste et singulière; les
larmes dont il accompagnera son cercueil,
mor1lreront qu'il l'a sentie jusqu'à la fin le
plus sùr el le plus fidèle des compagnons

de sa vie. Mais les joies de !"amour partagé,
la santé, la jeunesse avaient été courtes pour
madame de Pompadour, et rien, au plus vif
de ses triomphes, ne valut sans doute, à ses
yeux, les enivrements de l'année de Fontenoy.
Les fëmmes pourraient nous dire si les

plus hautes vanités satisfaites consolent de
n'ètre plus aimées, alors qu'elles aiment
encore. C'est un problème que les contemporains de la marquise 11'onl pas songé à
résoudre, el qui sans dou:e n'importe pas
à l'histoire.

FIN

PIERRE DE

NOLHAC.

et&gt;

Fils du duc de Reichstadt
Par Prédérlc MASSON, de l'Académie française.

De la Jt:gcndc du duc de Hcichstadt, telle
qu'elle est {&gt;crile, telle r1u'elle demeurera
populaire, rien à retenir pour l'hisloirc. A
dater clnjom· où, après Mme de Montesquiou,
après Mme Soufllol, Mme ~larchancl, la dernière Française qui re Ui.t près de lui, l'ut
chassée de \ïcnne, J"on ne sa it rien de !"enfant qui a1·ai1 été le roi de Home.
l}u 15 norernbre 18 15 au 22 juillet 1832,
il n'a étG permis qu'à un Français de l'approcher, ç'a été à ;\farmont. El quelles sont
les paroles que ~farmonl met en sa bouche?
&lt;&lt; li l'a des hommes d'honneur cl des hommes ;lcconsc:cncc; 1·ous, maréchal, rous fùtcs
cl tout à la fois un homme de consci1'ncc el
un homme d'hon neur! l&gt; Ct•r,es, on n'a rail
guère appris d'histoire au fils de Napoléon
pour qu'ainsi, en l'audace de son ignorancc,
il sïnscridL en fo11x contre l"arrèl prononcé
dans la proclamation du golfe Jouan , l"arrèl
IJIIC la postérité a pleinement ratifié, car clic
tonnait les mohilcs habituels du duc de Hagurc, cc que Louis XVIII a payé les voyages
à Gand. Charles X la prétendue défense des
Tuileries, el l'Jutrichc la capiltùation d'Essonncs.
Si ces mols· ont été prononcés, quels sentiments araicnL donc inspirés à leur élèrc, à
l'égard de son père, ses précepteurs autrichiens? Si le duc de Reichstadt a pu dire au
traître aYéré el patent, à l'homme qui a livré
la France el !'Empereur, au maréchal qui a
vendu son corps d'armée argent comptant, à
l'homme que Napoléon a flétri au fer rouge :
&lt;( V.ous fùtcs toujours et tout à la fois un
homme de conscience et un homme d'honneur l&gt;, il a fallu que les individus qui ont
été chargés de l'instruire, eusseni élevé entre
la réalité et lui la muraille la plus épaisse et
la pins sourde, de façon que tout bruit du
dcbo:·s a été étouOë, Loule rision claire obscurcie, toute notion juste supprimée. A eux
seuls, ces mols infirment toutes les légendes :
ils ne peuvent aroir été dictés que par deux
motifs : une ignorance, qui a permis à Marmont de présenter impunément le faux pour
le vrai - et, en ce cas, quel a été le 1·olc des

maitres? - ou une tran~forrnation de l'histoire ayant pour but de faire condamner le
père par le fils - et &lt;J uelle confiance alors
prendre en tes mè1pc~ précepteurs racontant
les tendres es du duc de Reichstadt pour Napoléon? li est clair que chaque nation a une
façon diff:O re:lte d'cnrisager l'histoire, selon le
rolc qu'elle y a joué, cl quê,· aux Autrichiens,
la capitulation d' Essonnes a pu paraitre une
victoire - la cavalerie de Saint-Georges y
avant fait des charges brillantes; mais de là
1t. présenter comme L~·pc d"honncur l'homme
dont on parn encore la défection à raison de
50.000 fra;1cs par année, peul-èlrc y a-t-il
une clillërcncc. Le mieux qu'on puisse espérer, c·est que le duc de R,guse a menti une
fois de plus, mais alors c'est récuser le seul
Lémoin français &lt;1ui ail approché le duc de
Reichstadt, dcpn :s noremlire J815.

La dernière Jiù, en réalité, qu·on ail de
lui une vision réelle, sincère, bonnète, c'est
au départ de Mme Soufflot. Mme Soufnot a
été sa berceuse aux Tuileries; elle l'a suivi à
Vienne où elle a mené sa fille Fanny. A mesure que les autres Françaises étaient écartées,
ses fonctions sont dcrenucs plus intimes ,
l'ont approchée daranlage du prince. Fanny
a été son unique compagne, sa petite amie.
Il s'est attaché à clic de toutes les forces, de
toute la tendresse de son petit cœur. Elle part
maintenant; l'ordre en a été donné. Et, au
inomcnl où clic va monter en voilure, il lui
apporte tout cc qu'il a, tout cc qu'il possèdr,
tous ses trésors : son pelil fusil, son poignard, sa giberne, son hochet de corail et
d'or, ses jouets, Lous ses jouets que, de ses
bras menus, il Lire jusqu'à elle; tout ce qu'il
.aime, tout cc dont il s'amusa jadis arec elle ;
qu'elle prenne tout! qu·ene emporte tout!
car désormais il ne rcul plus, il ne pourra
plus jamais jouer el r ire. El c'est de celle vie
d'enfant le su prèmc rayon qui s"éteint dans
un flot de larmes, dans un hoquet de sanglots.
A pré ent, dans ces palais de Vienne et de

Schœnbrünn - le Temple aussi n'arnil-il
pas été un palais? - il n'y a plus qu'un
enfant prisonnier, qu'on a clépoltillé de sa
patrie, qu'on dépouille de son nom, à qui on
interdit sa langue natale, un cnfanl sans p~rl',
un bàtard politique - « le fils, dit l'Empl'rcnr aposlol'quc cn ses patentes de 1818, de
notre bien-aimée (Hic Marie-Louise, archiduchesse d".\.utrichc, duchesse de Parme,
Plaisance et Guastalla n - un enfant sans
mère, car celle archiduchesse a vendu son fils
pour l'espèce de tronc qu'on lui a donné et
pour la liberté de ses amou rs avec le bienaimé Neipperg. 11 existe : on ne le tuera pas,
cela ne serait pas correct. ~lais on va dresser
comme il faut, cl scion les traditions de la
Cbanccllcric, celte sorte de saul'agcon poussé
dans la Maison de Lorraine, cet importun
témoin qui atteste la dégradante mésalliance
de 18 lO. On ridera cc petit ccneau des idt;&lt;'S
françaises; Oil Yidera cc petit cœur des souvenirs paternels; on videra cette petite mémoire de la langue de la patrie; on subst ituera les idées autrichiennes, !"amour du
grand-père François, la langue d'Allemagne
et d'Italie. On fabriquera, selon les règles,
un demi-prince allemand, une Altesse sérénissime, prenant rang après les princes, les
archiducs cl les médiatisés : les titres coùtcnt
peu; on en lromwa de presque semblables
pour le b,Hard adultérin de Marie-Louise et
du comte de Neipperg, quand on le fera, lui
aussi, Altesse sérénissime cl prince de Monl'.!nuo1·0.
Entre le Temple et Schœnbrünn, entre
l'éducateur de Louis XVII et les éducateurs
de Napoléon li, où est la différence et quel
est le pire d'être le petit Capet ou le duc de
Reichstadt'? Des deux cousins germains, n·cslce pas le petit Capel le phts heureux, puisqu'il est mort plus vite? Cer tes, Son Exccl~
lcnce Je comte de Dietricbstein, gournrncur
de l'un, est m:cux rètu el a de meilleures
façons que le cordonnier Simon, gouverneur
de l'autre. L'illustre origine, les grands cordons, les plaques brillante~, les fonctions de
conscillrr intime, d'intendant de la chapelle,

de directeur des théàtres, de préfet de la
Bibliothèque impériale, cela parc et décore;
mais qu'on regarde le portrait, qu'on roie la
physionomie, la hauteur, la morgue, la sé1érité continuelle, le mur de glace élL•vé par cc
goul'crneur-gcolicr el qu'on dise si lï ·olcment
physique où l'on condamnclc
fils de Louis XYI est moins criminel que l'isolcmcnl moral et
le redressement aulricbicn oü
l'on condamne le fils de Napo11:on?

du poison r1u'cst mort le duc de Reichstadt,
c'est du sang apporté dans la Maison d'.\.utrichc par les Bourbons de Naples. Il est mort
comme csl morte sa grand'ml-re, la mère de
sa mère, !"impératrice Maric-Thért'•sc de Naples. Sur les dix-sept enfants de son arrière-

DU DUC DE 'I{E1CHST.JIDT - - .,.

devant l'histoire la tare héréditaire de la race
de ses maitres, cette lare persistante à travers
les générations qui, de nos Lemps, fournira
au drame de Schœnbrünn un pendant plus
mystérieux encore. Toul son système poliliquc
repose sur l'hérédité monarchique, mais il
semble ignorer - rl ignore
peut-être - qu'il est, à coté
de l'hérédité dil'inc, une hérédité physique, une hérédité
morbide, qu'on n'a bdique point
celle-là, cl qu'attestent, dans
leur dcsccnclancc, ccux-làmèmc
qui s'en cro:cnl indemnes. Nul
besoin du poison pour tuer le
1 duc de Jlcicbstadl.; il suffisait
de sa mère.

La rie, les peosœs, les aspirations, les rêres de celui-ci, on
ne saurait trop le répéter, c'est
l'inconnu. 'fous les témoignages
autrichiens sont suspects, tous
les recoupagcs qu'on essaye des
Mellcrnicb a un an lrc bu l,
faits allégués en prouvent la
&lt;''es
t de bien prourcr que, Nafausseté. On a deux sources aupoléon II mort, l'Empire est
trichiennes, ni plus ni moins :
mort, arec la race dirccle du
le livre où Montbel, l'ancien
Grand empereur. Quand il étale
ministre de Charles X, a reces misfrab!es restes sur la
cueilli pou1· argent comptant cc
table d'autopsie, cc n'est point
qu'ont bien voulu lui dire lt&gt;s
le duc de Reichstadt - qu 'imprécepteurs, et la brochure de
porte lui? -c'est ;\'apoléon &lt;J uc
~f. de Prokcseh-Oslcn, plus susdéchire le scalpel. Il n'était pas
pecte encore. Au vrai, pour se
mort entier puisque sa race
fier à l'un ou l'autre, il faut
subsistait. Si bien close que fùt
beaucoup de bonne rolonté.
la prison dorée, il pou rait s'éLes anecdotes sur Fanny Esschapper &lt;ruclquc jour, courir
ler, qui elle-mèmc a d·éclaré
t'n France, renoul'clcr contre
n'avoir jamais 1·u le prince, sont
les oligarchies d'Europe la lullc
aussi Haies que celles sur la
épique - cette fois ,'ictorieusc.
comtesse Camcrata, qui, si clic
c·esl de Napoléon qu'on disa lcnlé de l'Oir son cousin, a
perse les lambeaux: c'est ~aété, par lui, dénoncée à ses garpoléon qu'on en lcrmc e11su ili•
diens. On rn:t le berceau, celle
dans le cercueil qu'on porte aux
nef d'acajou, don de la l'ille de
Capucins cl dont la rlcf est préParis, que Prudhon dessina cl
cieusement déposée au Trésor
que l'Autriche conserrc comme
impérial. C'est fini; le liHe est
un trophée; on rnil la tombe,
fermé; nul ne le rouvrira.
une pierre à inscriptions, aux
N'est-cc pas aussi un tro:Capucins de Yiennc, mais entre
sièmc objet que s'esl proposé la
le point de départ cl le point
Chancellerie? On y sait l'hisd'arril'ée, r;cn ! Seulement, sur
toire. En toute destinée mystéceux-ci, point de doute; la mort
rieuse, comme a été celle du
a été constatée arec autant de
duc de Reichstadt, il se trou rc
solennité que la naissance. L'atoujours quelque aventurier qui
Cliche
Giraudon.
gonie a été officielle ; l'autopsie
cssa)'C
de se substi tuer pour la
NAPOLÉ0:-1-FRANÇOIS-CHARLES-JOSEPH, Duc DE REICHSTADT, EN 1819.
a été publique. On a appelé six
continuer
et l'accomplir. Poir.t
Table1111 de KRAFFT. (.Musée de Versailles.)
médecins pour certifier le prod'empire qui y échappe. En
cès-verbal. Il fallai t d'abord·.
France, n'y a-t-il pas eu, tout
promer qu'on ne s'était point
à l'heure, celle affl ucnce de
débarrassé par un crime de ce paurre être. grand'mère ~laric-Caroline, princesse de Lor- faux dauphins? S~ns doute, ceux-là se sont
L'accusation n'était-elle pas publique? Bar- raine, reine des Deux-Siciles, dix sont morts contentés d'exploiter la crédulité de leurs
thélemy, dans son poème : le Fils d2 l'llomme, en bas :\ge. La grande-duchesse de Toscane dupes; ils n'ont jamais cédé à la tentation de
n'arait-il pas é1·oqué « le cancer poliliquc l&gt; csl morte de la tuberculose à ringt-ncuf ans; 1ircr l"épée et cl'émouroir des guerres ci ri les.
- Cl !"allusion anx o Deux cancers )l, la brola princesse dt•s .\ sturics it l'ingt-dcux, cl ne Mais était-cc faule de moyens? Quiconque
chure si répandue sur Napoléon cl la m~rl de sc1·a-cc pas la tuberculose qui emportera, à tentera d'écrire leurs biographies lrourcra les
la. princesse Charlolle, n'aYaiL-clle pas été seize el à dix-sept ans, les cieux fils• du duc journaux qu'ils onl publiés, des brochures,
S:llSIC Cl répétée?
d'.\umalc, peti t-fils dn prince de Salerne, des livres far milliers . En prol'incc, poin t
Donc, clcl'ant l'Europe, on étale ces pou- doublement par· lem· père cl leur mère des- d'imprimerie d"oü il n'en soit sorti. Des sec~ons, l'un entièrement rongé, l'autre « où, cendants de Marie-Caroline, cousins du duc de tes, mi-religieuses, m:-politiques, subsistent
a 1.a partie supérieure est un gros tubercule Hcichstadl?
encore après cent ans où c~est là le fond de la
pres de passer en ~uppuration &gt;&gt; . Ce n'est pas
Peu importe à Mcllernicb d'attester ainsi doctrine. Les rél'élations conlim.:cnl, et ce qui

"' 3o3 ""

�- - -111STO'J{1!l

-------------------------------------&amp;
la saignét• dl' i110n cœur il la froideur par
la•tuellc Yolr~ ,\ltcssc semble arnir reçu la
découverte de ma posthume existence. n Point
de réponse encore: c·e~l alors qu ïl a pris le
parti d'en appeler à l'E11rop2 cl de dressrr en
face d'elle une in,criplion fignrfr, dans
fa.quelle il affirme s\: droits cl syntht:tisc son
histoire.
..._

conrruèlé de la Sicile et de Naples par Garibaldi ; il y ·a autant de souterrains el de trappes
que dans les · 1llyslè1'es d' Udolphe, cl une
abondance· d'éréncmcnls qui laisse, à nai
dire, en quelque incertitude. Une certaine
lhchel, Olle du juif Roboam, que le comte
de Palmyre a connue 1t Mexico et qui l'a
méprisé, vient se faire tuer i1 ;'\aplcs c1·une
épou1·antable façon par un nommé Constantino, doué «d'une Yoix rude cl rrndue rauque
par la fréquentation de la m~r, souvent honlcusc n. A la lin, après avoir accompli la
rérnlution de Xaplcs cl dédaigné le trône des
J)wx-Sicilcs, le comte de Palmvrc s·habillr en
moine cl s:i relire dans une moi;lagnc, creusfr
par César Borgia, communiquant arec les
catacombes cl débouchant par des soulcrrains
sur la plac:i d'Espagne. Peut-èlrc y a-t-il lit
r1uclquc.réminiscencedc la Rome soutermine
de Charles Didier, mais le reste appartient
sans conteste i1 l\f. J.-13.-X. Bardon.

.\ux pui,s,,nccs signatai,·és ,bs prnto,olcs de 1811- 181 :,,
Les présrnte cl les dèdic.

L'homme est plus inallendn. L1• 0 janvier 1880, était expédiée de )[ilan ( Sta~ione
centmle), sous pli recommandé, un~ « note
rirculairc à Leurs Majestés lmpér;a!cs cl
Hoyalcs ou leurs succédés, le roi d'llalic pour
b jadis gou1•crncmenl de Sardaigne, l'cmp:ircur d'Autriche, l'cmpl'rcur d'Allemagne
pour 1c ci-dcrnnl gourcrncment de Prnsse,
l'empereur de Ioules les Russies, la reine de
la Grande-Bretagne, le 1·oi d'Espagne, le roi
de Porl11gal, le roi de la Belgique, le roi
d'llollandc cl des Pays-Bas cl Son K.;ccllcnc'.'
Le roman, imprimé à Clermont-Ferrand le pn:sident de la République franç1isc pour
en '1870, en deux petits volumes, est de le golll'crncmcnt jadis de ~- M. Louis :X.YI!!
M. J.-B.-X. Bardon, ancien professeur, officier de Franc.i ». « Leurs très illustres Exccllcncrs
dr la garde nationale durant la guerre, qui a premiers ministres n rcceYaicnl en mèmc
publié, vers ces Lemps, dircrses brochures Lcmp, une com.!llw1icalion analogue. Point le
politirJIICS et, en 1884, un b'p-isode de l'insur- Pape, qui amil une Nota rl' invoca::;ione Spl:_
rection des J(abyles en Algùie. Sans doute cialc. L'auteur de l'cmoi arnil soin, dt•s 1a
v:t-il encore, car il n'aurait que soixante cl cournrlure, d'anno1lécr le caractèr~ SL'crcl de
onze ans. Palmyi·e, fil; du duc de Reichstadt, sa missiYc « imp;;m~c seulement pour épar(( s'adresse à ces jeunes générations qui, dans gncr une longue ééÎ·ilurc », mais &lt;( faite aussi
quelques années, comme:1ccronl à vouloir sous la réserrc de loul droit lillérairc ».
cspfrcr dans l'arcn.ir n cl a pour objet de
Cc qu'il expédiait ralaitd'aillcurs l'allention .
leur incuk1ucr &lt;( cc principe incontestable
C'était l'annonce it Leurs ~fajcstés que« lclll'
«JIIC, pour aspirer it diriger les masses, il très clérnué serrilcur, dans l'étal civil, Louis
faut, surtout cl avant tout, le Lalc:ll et l:i Tisserant, élail, dcranl Dieu cl sa foi, le fib
vertu 1&gt;. Sculcill\'nl, l'histoire en ellc-mèm~ du duc de Reichstadt &gt;&gt;, cl quïl s'en (:la:l
est plus compliquée. Napoléon-Jean-Léopold,. , apPrçu en 1877. li avait, cE•3 187\J, fait part
comte de Palmyre, _n'apprend le ~rcrct de ·sa de sa décoU1·crte au journal le Gaulois, it
naissance qu'après de terribles ép1·cuYcs; il M. Paul dé Cassagnac cl à lïmpératricè Euparcourt le monde cil :p~lérinages, cl cnsuitr, gé:ùc, mais il n'avait p:is reçu de réponse.
à l'aide de personnage;;_çlraQgcs, il se propose Pourtant, il avait pris ses précautions, recomdc cbassrr l'Jutrichc dç lJtalic, cr en libérer m:rndé ses lellrcs, mis· celle de Tlmpéràtrice
les peuples cl de constituer ·une conlëdération sous double enveloppe. Ce silence l'ayant
dont le Pape ~erail le cbef nominal el lui- étonné, il arait éc1·it pour s'en plaindre au
mèmc le dictateur. Cela change des notions prince Napoléon Bonap:irlc cl,• Mo:llforl cl il
qu'on croyait amir sur ks origines de la gurrn' n·arail plt s'rmpècher de lui dire: « Je serai
de 1859, sur la politique de Carnur, sur k1 tout à fait sincère en arouant it Yolrc .\.!Lesse

Il y a cléjit ici. des parlics obscures, mais
lors11uc l'on ar:irc aux Memoi·ie dont la plupart des p:1ge_s, rnns doute par discrétion,
sont rcsLécs blanches ou portent simplcmrnt
un litre: Dopo 75.anni- Prcèmio - Come
in menwl'andum mi vene inspirato. - Afemorie, Jmpress{o1ii, Appunli el Ri/1essi, on
ne comprend_pins. du tout. Il scmlilc que le
prcmirr indice d~ son illustre naissance c, 1
mm à Gius«'ppe _'l'&lt;•~'. do par 1111 Cl'rlain f&gt;l'tlrino valet de c!iambrc du comte Toflclli. Il
lui a 6Lé rérélé..què le dur- d~ Hc:cbst.adt avait
rté l'amant d'une ~lmc \\'oyi1a, qui n'a p11
rire qu·une lcmml.! appelée Ccscrani, que
Giuseppe a connue dans so:1 enfance. ~lais i1
cela se mèlrnl une l'i1andièrc d1• l'arml:,,
franraisr, Mazzi ni, une comtesse Samoyloff.
Masséna, r1ui a déposé un billet de plusieur,
millions aux mains des Rolsthild (sic), le
testament dti duc de H&lt;'ichstadl el. le testament de Xapol0on I•r. O'ail11•urs, sïl rrdanw
le trésor des Tuill'rics, le patrimoine priré dt·
!'Empereur el les domaines assignés l' 1
Bohème au roi .de Rome par l'empereur
d'.l.ulrichc, GiusPppe Tcaldo ne prend pas Ji.
110:11 de Bonaparte ; il s'appelle seulemt•1,t
don Carlo, parce q1ùtinsi se nommait le p:·:·1·
do Napo!éon.
Pcut-ètre ses explications sont-clics rrslé,•3
incomph'.-te ; en tout cas, cllt's soi1t confuses.
li e;i est ainsi de bien dt•s choses en histoi n·.
)lais il ne srmblc pas 11uc, malgré la déft:·
rence qnïl avait Lémoignée aux )Iajcstés Impériales el Hoyales el à Leurs fü:ccllenc~s le.;
premiers ministres, la récla1~ation cl~ •1:eald?
ou Tisserant ait eu le momdre succrs, a
moins qu'elle ne lui ail l'alu un asile r n _ee
chùlrau de )lombcllo qui fut jadis le quartwr
rrénéral du rrénéral Hona1Jarlc en ses cami:-,
o
.
d
pagnes d'ltalit' - i1 prés(!11t la ma;son t•s
fous pour le fülanais.

~t-Folljc( de.risée pôur là plupart ·est article
elc foi pour qurlqucs-uns - cl d'tmc foi
ardente, agissaolc, par qui des millions onl
été dépensés.
Q·u•on suppose, avant 1848, un homm&lt;',
si1ffisaminrnl intelligent t'l instruit, s'appropriant, dans un bu Lpins noble, les procédés
des faux Louis XVII, groupant autour de lui
lc.'s convictions sincères drs grognards, prenant la direction des sociétés secrètes, renversant à Paris IP Lrùne de Louis-Philippe, apparaissant aux frontières pour tenter la suprèmr
revanche des peuples contre les rois, - 11ui
sait? ,\sec un pcn de génie, beaucoup d'audace
cl la chance, il est de ces arnnlurcs qui réussissent.
Mais Mcllcrnich avaiL bienpris ses précautions
cl il ne semble pas qu'une seule Lcnlalil'c dr
cc genre se so:I produite. S'il y cul, cnfcrrnrs
dans les maisons de fous, un certain nombre
de pauvres hères qui se lcna:cnl pour les fils
de rEmpcrcur, cc fut là leur succès cl ils nt•
rencontrèrent point clc partisans. ~ième les
romanciers d'histoire, que tentent les hypothèses, n'essayèrent pas, comme arail fait
)L Geoffroy dans son Napole'on apocl'yphe,
d'imaginer quelle cùt pu èLrc l'hi~Loirc de
Napoléon II, - s'il ne f1H pa~ mort. Cc fut
sur le /ils qu'cùt pu arnir le duc de He:chstadl
que portèrCJM. quelques rèvcs; encore faut-il
arnucr qu'ils sont hrcfs cl en petit nombre,
car, recherche faite, on ne trouve, jusqu'à
meilleure fortune, qu'un roman et un homme.

~101, DO~ C.\ll LO
Dans rélal cil'il , Louis Tissrranl. fils de. Pierre
plus communrmcnl co111111 sous Ir uom de· Giusrppr
Tealdo fils de )lichcl
&lt;'l mieux encore comme le Do11 Carlo us11ori11n~
fils nrérè
et heritier leslamenlairc
de
Joscph-Fra11çois-Cl1arlcs
Duc de Reichstadt, né roi de Romr
fils•de Napulèon l"
et ,le )foric-Luuise archiduchesse d'Autriche
Co:isigne ces pages it l'histoire
cl

FttÉOÉIUC i\lr\SSON,

de l'Aca.Jémie française.

PRINCESSES ET GRANDES DAMES
~

Marie Mancini
Par ARVÈDE BARJ NE

Les mois qui sui,·ircnt fonl pl'tlscr au ù110
d'amour de Hodriguc et Chimène. S11rc d'ètrc
ai1:nét', ~laric ~fancini s'apaisa. Cc fut une
rxplosion d'amour jeune et poétique. Les
jnurs ne furent plus assez longs pour se dire
qu'ils s'aimaient; ils se le redirent au clair
dr lune. Lorsque Marie dc1·ail enfin rl'ntrrr,
IP roi se faisait son cocher pour respirer du
moins le même air. JI imaginait pour lui
plaire des to'ics romanesques. Il roulait que
~a rir fùL une tèlc pcrpéluclle et ordonnait
aux courtisans d'offrir chaque jour un plaisir
noureau à sa dirinité. Les courlisans sïngéniairnl à l'envi; on nïnritait que des
couples jeun('s et amoureux, et les lètes
arhcrnienl de hmrncr dans celle atmosphère.
« (1 fondrait , écrit Made, un volume cntirr
pour raconter toutes les arcnturcs de ces
fêtes galantes. Je me contenterai d'en rapporlrr une en passant, qui fera mir comh\•n
le roi était galant cl comme il sarait prendre
l«'s O('('asions de le témoigner. C'était, si je
m'en ~ou riens bien, an Ilois-le-Vicomlc, clans
unr allée d'arbres, o~, comme je marchais
a,•cc assez de ri tcssc, Sa Majesté me rnulut
donner la main, el ayant heurté la mienne,
mèm.c assez légèrement, contre le pommeau
dr son épée, d'abord , d'une colère Loule charmante, il la Lira du fourreau, cl la jeta, je
ne l'eux pas dire comment, car il n'y a pas
de parob qni le puissent exprimer ! n Que
de 1mlcc! que de tendresse juvénile cl i-ire!
Il n'y a rien de plus joli que cc geste de dépit.
L'enchantement dura toul l'hiver (1658i 65~). Mazarin assistait à cette grande partie
avec complaisance. Sa nièce ne lui a rait pas
donné de sujet de défiance. li comptait la
gouverner toujours et cmpècher par elle
que le roi ne lui échappât. Le jeune prince
se lassait visiblement d'ètre en tutelle. li
al'ait eu l'aud;icc de tenter d'accorder des
grà~. Le cardinal avait réprimé durement ces
essais de ré1•oltes, mais il lui en était resté
une inquiétude secrète. En mellant Marie sur
le trone, il se rendait lui même inéLranlablc.
A?ne d_'Autrich_e serait indignée, mais Anne
_d Autriche était le passé, et Mazarin éta:L
mgral. Il savait d'ailleurs la faire céder.
JI eut une conversation avec sa nièce. Marie lui exposa &lt;1 Olt elle en était &gt;&gt; avec le roi
rt qu'il ne lui serait pas impossiblr de dercni;.
1. .llémnires de Mme de Jfottri•il/e.

1. -

!iJSTORIA. -

Fasc. ~-

reine, pourvu qu'il y voalùt contribuer. lliJC
rnulut pas se refuser à lui-mèmr une si bellt•
a1•cnlure, et en parla un jour i1 la reine, en
se moquant de la folie de sa nièce, mais d'111:c
manière ambiguë et cmharrasséc, qui lui fit
cntrevo:r a,scz clairement ce qu'il arait dans
Lhl\c pour l'amener à lui répondre ces prop1•ès 4larolcs : &lt;( Je nr crois pas, monsirur le
Carail\3.l, &lt;JUC le Jloi soit capahlc de celle
hlchct-é; mais, s'il était possible qu'il en cùt
la pensée, je vous avertis que Loule la France
se réroltcrait contre vous cl contre lui, que
m1i-mèmc je me mcllrais à la tète des révoltés
cl que j ·y engagerais mon fils'. »
Mazarin demeura outré à ce discours, qu'il
ne pardonna jamais cl dont il se rnngca par
ces piqûres qui sentaient le mari. Il ploya
l't:cbinc cl allcndit, mais sa nièce perdit tout
par son impatience. On aurait retenu la
foudre dans le nuage, plutôt que d'cmpècbrr
Marie Mancini d'éclater. Elle alla son train,
sans s'inquiéter d'ètre seule. Tant pis pour
son oncle s'il l'abandonnait; elle en serait
quille pour le renverser. Sitôt pensé, sil()I it
l'œuvre. Elle entamJ ce chapitre aycc le roi
cl mena l'assaut arnc sa furie accoutumée.
Elle se moquait du cardinal du matin au soir,
cl le roi y prenait goût. Bicnlol Mazarin put
douter si le jour du couronnement de sa
nièce ne serait pas aussi le jour de sa disgràce. Cc doute illumina son âme cl lui réréla
le désin lércssement. On se rappelle le mot de
Ill'ienne à propos de cc mariage : &lt;( Si SJn
Éminence y eût lrouré ses st'1rclés .... 1&gt; Les
« sûretés » n'y étaient pas, el l'imprudente
l\laric l'arail laissé voir. li lui en coùla le
tronc de France. Mazarin fit volte-face et
voulut en avoir l'honneur. Il devint intraitable
sur le b:en de l'Etat cl la gloire du roi. li fit
« le hé1·os par le mépris d'une couronne 2 ,i,
se dévoua au mariage espagnol et respira
l'encens dù à la vertu. Marie se détendit en
désespérée. C'est le moment de sa vie où
cil(' lut \Taimenl intéressante.
V
Elle n'arail à compter que sur elle-mèmc,
car sa famille tremblait à la seule pensée de
la chute du cardinal, el elle n'avait d'autres
armes que so~ esprit el ce trouble singulier
qui émanait de sa personne. Elle était devenue
moins laide; elle avai t les lèvrrs très rouges,
2.

1l[é111nires de f.horny.

.., 3o5 ...

les dents lrès blanches, les cheveux très noir~,
le LrinL moins brun. Cc n'était pas encore
nne beauté, loin dr lii. Le nrz était ~ros; la
bouche cl les yeux relevés l'ers lrs coins
éLait&gt;nl d'un dessin.bizarre, vresquc ridicnlr;
les joues s'cmpâtaienl rl l'air ùerenait bonrgrois. Qu'impo,:lail sa laicll'Ul'? On ne mil
pas cc qu'elle anraiL faiL de plus avec une
jolie figure. Son pouroir, que bien d'autres
1:prou.vèrcnl après Louis XIV, résidait dans
l'allrail l'Oluplueux qui ùtail aux ho1nmcs
rolonlé et raison cl les lui li1Tait en csclarni:r1'
et en p.Hurc. llcureuscmcnt pour eux. &lt;•lie
était aussi capricieuse qu 'allirantc; Cl' démon
n\•ut jamais de sui te dans les idées.
()n ne peut pas l'accuser c1·arnir usé dïnlriguc et de, pcrlldic. [lie alla droit dcrnnt
clic, bousculant cl Lrisanl les obstaclrs.
Anne d'.\utriebe la comballait : Mlle \la ncini
la traila insolemmt•nl. Elle suivait 11• roi
jusqut• dans la cbam!Jrc de la r~ine, en lui
racontan t tout bas le mal cruel q11 'on arait
di t tic sa mère. Sous son inOucnre, le plu,
respectueux des fils dc1·int impertinent.. Un
jour qu'il refusait d·obéir, la reine le menaça
de se relirrr au Yal-dc-Grùce. « li lui di t
qu'elle y pouvait aller. ~I. le Cardinal lrs
raccommoda'. »
Elle brara son oncle de façon à lui cn!c1,ir
ses dernières ùésitations, s'il lui en restai!,
et travailla à rendre l'infante d'F:spagnc
odieuse au roi. Quiconque osait dirn du biC'n
de celle princesse ent:ourail l'inimitié de la
redoutable llalicnnc, cl l'on rit chas~cr du
Louvre une Espagnole qui n'avait point commis d'autre crime.
Elle lia le roi assez solidement pour r1u'il
ne pût lui échapper, même en cas d'absence;
il ne fallait pas que l'aYcnturc de Lyon se
renournlùt. Le i::eu de raison qui restait encore au jeune prince fut noyé dans un torrent de passion. Serments hrûlants, emportements farouches, arnux charmants, il connut
tout, fut ahrcuvé de tout et demeura hors dl'
lui. li ne s'appartenait plus; il appartenait
aux yeux noirs qui plongeaient dans les siens
de son lcl'er à son c01ichcr, à taule, à la promenade, au jeu, à la danse, dans tous les
coins el recoins du Lou ne; à ces yeux de
namme qu'accompagnaient les murmures ou
les cris d'une l'oix tragique et tendre.
On a dit qu'ils ne s·aima:ent pas, malgré
tout, parce qu'ils étaienté;:;alernent incnpahb
:'i. ,lfé111nire.ç de Mlle de A/011lpP11..Ïcr.
20

�-

1f1ST0'1{1.Jl

d'aimer; qu'il al'ait le cœur sec et égoïste,
qu'elle avait le cœur ardent, mais placé dans
la têle ; que chacun d'eux trompait l'autre et
se trompait lui-mèmc.
Il est bien délicat &lt;l'affirmer que cet amour
forcrné fut pure comédie chrz )faric füncini ,
pur affolement chez Louis XIV. li y a tant
Jr manières d'aimer sans que le cœur s't•n
mêle : al'ec la raison, arec l'instinct; par
intérêt, par vanité, par dero:r, par haLitu&lt;le;
Je toute son âme et de tout son corps; et
rncore cent autres qu'il se1·ait ll·op long de
nommer. Les sentiments qui découlent de ces
sC1urccs infilrir urcs se 1·essrntcnl dr lr nr

étaient toujours en l'étal ot1 nous les a,·ons
montrées. )faric Mancini cl le roi se juraient
fidélité cent bis le jour. Anne d'Autriche
s'avisa la premièrr c1u ·une situation aussi
rx traordinairc ne p:&gt;urait durer. cl qu'aranl
dt' demander l'infante, il !allait se débarrasser
de Mlle Mancini. Le seul cardinal Jni pourail
rendre cr scrricc . m:i.is clic ignorait s'il l'OUdrait la contenter en ceci. li . 'était acc:&gt;utumé
:1b malmener; il la hrusquail. se morruait
tl'elle, la tenant dr lrt'S court pour l'argcnl
Pl parlait d'cllr au roi fort h\;èrcmenl. La
reine al'ouail à ses familières cc qu'il dcYenail
dC' si manr:lirn humeur r l si arnre, qu'rlle

serait cnrnyéc au chàtcau de Brouage, proche
la l\ochcllC'.
On se représente le coup de foud re. LI'
ch:igrin &lt;lu roi lut d'abord assez doux. Il
pleurait cl ccprndanl froutait sa mère. ~fois
quand il rit )larir, ses sombres transports,
ses sanglots, sa peine amère ; quand il r nLcndit ses rcpro:.:hes, SC'S plaintes déchirantes,
il cul un accès de désespoir. · Il conrul chC'z
la reine cl chez le cardinal, leur déclara qu'il
lui était im pJssihlr &lt;&lt; &lt;le la roir souffl'ir pour
l'amour de lui 1 l&gt;, qu'il roulait l'épouser,
qu'il les priait rt suppliait. li se mi C à genoux drYanl c:ix rl montra une douleur si

"-------------------------------------seulement à s'apercevoir que Racine, loin
d'ètrc « le doux Racine &gt;&gt;, est Yigoureux jusqu'à la brutalité. On ne voit pourtant pas cc
qu'une maitresse abandonnée peut dire de
plus, à l'homme qui la quille, que cc que
Bérénice dit à Titus. Elle le dit en vers cl
dans un langage magnifique; mais les sentiments qu'elle exprime soht aussi Yiolenls r1ue
ceux, par exemple, de la Sapho de Daudet.
Il faut relire dans Racinr ces scènes passionnées et puissantes, depuis l'instant où Bérénice s'élance arec furie de son appartement :
li e bien, il est rlonc nai que Tilus m'ahamlonnr !
Il faut nous s,;p.1rc1· ! cl c'est lui qui l'or&lt;lonnc !

La suite du dialogue est admirable de
rérité. Jamais on n'a mieux obscrré la succession des sentiments chez la femme délaissée,
cl cela d!'l'ail être, car jamais traduction
poétique ne fut plus fidèle; tout ce que les
contemporains nous rapportent des adieux de
Louis \IV et de Marie füncini en fait foi.
Bérénice commence par reprocher à Titus
sa déloiauté. Pourquoi l'aroir rncouragéc,
puisqu'il ne comptait pas l'épouser, an lieu
de lui dire tout dr suite :
:'ie donne poin l un cœ:11· qu'on ne peul rcrcrnir !

L'allcndrissement succède aux reproches,
rt, dès qu 'ellC' le l'Oit troublé, amolli , clic
s'c-fforcc d'en profiter :
Ah, Sc•ignrlll' ! s'if rst nai, pourquoi nous séparrr!

li rcfusr de se laisser. reprendre. Elle Il'
menace d'aller SC tuer, sort rn effet, et ne
tarde guère i1 rel'cnir en rnyant que Tilns la
laissr l'aire. C'est le tour des injures :
... Pourquoi rous mont1·c1· i, m:i n ,r?
Po111·quoi ,·rnir rncore aigri,· mon dl'srspoir1
:'i'1\les-rn11s pas c·ontrnl? Je nr "r"' plus ,·ous rn,r.

Elle passe d&lt;' l'cmporlrmrn t ù l'ironie
miprisant(' :
~tcis-vou::: plcincnwnl eon lf'11l d,, ,·otrc "loi1•1"'1?
.\l'rz•mus hirn pl'Omis 11'onhlirr ma mi•~1oirr'!
L Ot:JS

X[ V A F O'.\TAl:SEOLEAU. -

origine et sont de 1p1ali1é inférieure. lls n'en
sont pas moins réels rt nous derons les bénir,
car ils serrent à masquer le Yiùc de braucoup
de cœurs. Nous croyons aimer, cl cc n'est
qu'une forme de notre égoïsme, qu'une
routine, qu'une impulsion grossière. La
nature bienfaisante a rnulu celle duperie, de
peur qu'on pût s'aperccYoir ù vingt ans qu'on
est incapable d'aimer. C'cùt été trop triste en
·yérité. Louis XIV et Marie Mancini se durent
d'ayoir cru toute une année qu'ils aimaient à
en mourir. Nul n'a le dro:t de mépriser le
sentiment, quel qu'il soit, qui donne une
illusion aussi précieuse.
Les négociations arec Madrid s'étaient poursuirics tout l'hirnr et le printemps (16;:î9):
Mazarin se préparait à parlÏI' pour Saint-Jeandc-Luz, afin de s'aboucher arnc le ministre
Pspagnol, don Luis de Haro, et les choses
1. Mèmoi&gt;-rs dr JI/me de 1lfollevil/e.
2. Jbid.
:;, ibid .

TJtle.w de \ '.\N DER ,\l Et:LEN. (.lf11Sée ,te ]'ersai//cs.)

ne sarail pas comment it l'arenir on pourrait
Yinc arec lui' &gt;&gt; . Elle étai t ébranlée dans ses
illusions sur cc beau favori aux mains parfumées, aux. moustaches coqucllcmcnl rclcrées au fer . L'idée qu'il sentait bassement, en
parrcnu, n'avait pas pénétré dans son esprit ;
mais clic n'en étaiLplus bien éloignée.
Grand fut do:1c son raYisscmcnt, extrèmes
son admiration cl sa reconnaissance, lorsqu'au

premier mol qu'ellll hasarda sur la nécessité

l'raic que sa mère en I ul tout émue. Mazarin
demeura forme cl répondit « qu'il rtail le
maitre de sa nièce et qu'il la p:&gt;ignarderail
plutc\L&lt;Luc de s'élcrnr par une si grande trahison~ l&gt; . Le roi rcùoubla ses larmes, ses
serments de n'épouser qu 'clic ; toutefois il
laissa fairr . Quant à Marie, sa douleur l'ut
farouche.
Elle n'entend ni pleurs, ni consei l, ni ,·ai,on.
Elle implore â grands cris le f'cr cl le poison.

de séparer les deux amants, elle troura
l'Émincnce aussi pressée qu'elle de chasser
Alaric. Mazarin fil son personnage dans la
perfection. La reine ne soupçonna rien. Les
écailles s'épaissirent encore sur ses yeux,
elle se rrprocha d'avoir douté &lt;lu cardinal et
répara sa faute p:ir mille louanges publiques
et en lui laissant toû t l'honneur de l'exil de
sa nièce. lis co111·inrent que Marie )lancini

Tell.} Hacine i::ious rrprésenlc Bérénice
ch1sséc de nome par Titus, telle apparut aux
yeux du Lou\Te, puis de la France, l'impétueuse Mlncini chassée de Paris. On sait que
la pièce de Racine passe pour aroir été h
traduction poétique du drame amoureux qui
se dénoua à Brouage ~. On sait aussi que la
Lragédic de Bél'énice est traitée communément d'élégiaque, parce qu'on commence

4. On ll'Ourern dans l'excellent lrarail il e )1. Félix
Hémon : Thédlrc de l'ierre de Corneille (4 roi in-18)
o,,Jag,·al'c 1887, Ir d.\tail des origines de ln /ib'é11ice

de llacinc el de la pièce ril'alc cle Corneille: Titus et
/Nrénice. ainsi que de la parl qu'il com·icnl de fairr
am al111sions l1istoriques dons chaque tragédie.

... 3o6 ...

. Bérénice éclate de nouYcau en reproches,
fond rn larmes rl &lt;&lt; se laisse tomber sm· un
siège l&gt; . La Sapho de Daudet se roule sur
le sol. Pure question d'éducation. Chez toutes
deu~, c'est _la_ crise de nerfs finale, à laquelle
Marie Mancm1, comme on Yl'rra tout à l'heure,
nr manriua point non plus.
On nous a montré bien soul'cnt depuis
Racine', à la scène et dans les romans, un
homme rompant arec sa maitresse. On ne
n~us a pas montré de maitresse plus passionnec et plus tenace que Bérénice. Nous rcl'icndrons en son lieu sur le rel'ircmcnt du cinquième acte et le d ésistcment de Bérénice.
L'épisode qui a inspiré le dénouement de
11:icinc s'est passé à Brouage, au mois de scplcmhre ('J659), et nous sommes au Louvrr
99 JUlll.
· · 'f
· Mancini en est encore aux'
1c .,.,
u ar1e
fureurs.
El~es furent cxcessi1•,s, comme tout cc qui
so~·ta1t &lt;le ?~ Yolcan. Le roi hors de lui pleurai t et rr1ait arec elle, redoublait ses serments cl, en mèmc temps, parmi ses gémis,\ - l.e~trc. de )lazarin, 20 juin 1659.
-· .1/emo,res de ,lime de ,1/o//eville.

sements, la conduisait l'ers son carrosse de
rnyage. Le mot célèbre qu'elle lui adressa alors
est le seul que Racine ait affaibli. Sa Bérénice di t à Titus :
\'ous êles empereur, seigneur, cl l'OUS plcul'Cz !

~!me de MollcYille et Mme de La Fayette
font dire à Marie Mancini : « Vous pleurez,
cl l'Ous êtes le maitre ! l&gt; cc qui est déjà plus
énergique. Mais la réalité fu t plus Yive encore.
Marie rapporte dans ses .Mémoires qu'elle dit
au roi : « Sire, vous ètcs roi et YOus m'aimez,
&lt;'l pourtant ,•ôus souffrez riue je parte.. .. &gt;&gt;
Sur quoy, m'ayant répo,ndu par un silence,
je lui déebiray une manchellc en le qui ltanl,
lui disant : &lt;&lt; Ha, je suis abandonnée. l&gt; Voilà
la Yraic Marie Mancini. Quand clic. voit que
c'pn est fait cl que le roi ne la relient pas,
elle sau te sur lui et arrache ses dentelles d'un
geste rageur, avec ce cri de dép il : « Ha, je
suis abandonnée! l&gt; Ellr rappelle Sapho plus
qur Bérénice.

YI
Cet orageux départ eut des suites non
moins orageuses. Le roi s'enfuit comme un
fou i1 Chantilly, où sa doulrur s'exaspéra au
lit•u de s'apaiser. l i :tYait pu prendre sur lui
do laisser partir )file Mancini : dimisit invilu.s invitam; il ne pourait prendre sur lui
de se passer d'elle. De son coté, Marie faisait
pitié. Elle arait des crisl's aiguës, des abatt('mcnls, ellr arai t la fièrrc, elle n'en pouvait
plus. Quand le cardinal la rejoignit sur la
route de Brouage, rn chemin lui-même pour
Saint-Jean- de-Luz, il écrivit à la 1·cinc : « Elle
csl al lligéc plus que je ne saurais dire 1 ,1 .
Ellc-mèmc, hicn des années aprrs, ne peul
trournr d'expression assez forte pour peindre
crttc immense douleu r. &lt;&lt; Jamais rien en ma
rir, di t-elle, n'a tant touché mon .lme. Tons
les tourments qu 'on pomrait souffrir me p:1raissaicnt doux cl légers auprès cl'nnc si
cruelle absence, qui allait faire évanouir de
si tendres cl cl(• si hautes i&lt;lérs . .Ir dr mandai~
la mort i1 tous moments, comme l'uniqnr
remède à mes maux . tnfin, l'état où je me
tromais alors était lei, qnc ni cr que je dis,
ni tout cc que je po11rr.1i~r, ne le saurairnl
pas exprimer. &gt;&gt;
Au milieu de srs déch irements, i\Iaric essaya de la plus naï l'C des ruses, une \Taie ruse
de pensionnai re. _Elle feignit d'avoir pris son
parti. Son oncle tomba dans le piège et annonça cette bonne nourclle à la reine : « Elle
me témoigne _d'ètrc entièrement résignée à
mes volontés et qu'elle n'en aura jamais
d'autres. » Une condui te si belle méritait
récompense. La récompense fut l'apparition
d'un mousquetaire ùu roi. &lt;&lt; [Il] m'apporta,
raconte Marie, cinq lellrcs de sa part, toutes
fort grandes et forL tendres. ll Le cardinal
poussa la complaisance jusqu'à permettre au
mousquetaire dc'rQmporler la réponse, el une
correspondance réglée s'établi t, que nous ne
possédons malheureusemen t pas, mais dont
:;_ Terme co:ll'cnu pour la re111e. Le roi rtail le

confident.

.M.ll~1E .M.llNC1N1

--~

le ton se devine aux effets. Le 29 juin, le roi
écrivait à sa mère, de Chantilly, une lettre
respectueuse et soumise où l'on ;·oyai t « qu'il
estimait la résistance qu'elle lui a\'ail faite, et
qu'il en aYait connu le prix 2 ll . Quinze jours
plus lard, le c:irdinal, près d'arriYcr it SainlJean-dc-Luz, recevait de telles nom·ellcs sur
les relations entre le fils et la mère, qu'il
écrivait à celle-ci : « Je crains de perdre
l'r?prit, car je ne mange ni ne dors, et je
sms accablé de pçinc et d'inquiétude (de
Cadillac, le 16 juillet 1659). l&gt; Il adressait an
roi par le même courrier une longue Jeure
où la situation se rélléchit comme dans un
miroir :
« J'ai rn cc que la confi.dente:; m'écrit
toucùant votre chagri n et la manièrr donl
rous en usez avec clic....
« Les lettres de Paris, de Flandres et d'autres endroits disent que l'Ous n'ètcs plus
e:&gt;nnaissahle depuis mon départ, et non pas à
_ca~sc de. moi, mais de quelque chose qui
ru appartient,
que vous ètes dans &lt;les encra.
0
gcments qm vous cmpèdieront de donner la
paix à toute la chrétienté ....
« On dit (et cela est confirmé par des lellrcs
&lt;le la cour à des personnes qui sont à ma
sui le) ... que rous êtes toujours enfermé i1
écrire à la personne que vous aimrz, cl que
Yo_u~ pçrde~ plus de temps à cela que rnus ne
fa1s1cz à llll parler quand clic était it la cour.
&lt;&lt; ... On dit qne rous ètl's brouillé arcc la
reine, ~t ceux qui en écrivent en termes plus
doux disent que l'Ous évitez, autant qur ,·ous
pou1·cz, de la l'Oir. »
li lui reprochait d'encouragrr sa niècr à la
ré\'ol_tc en. lui promcllant dr l'épouser, lui
r~prcscnta1L les dan~crs pour Ir royaume
J une rupture arcc I Esp.'.lgne, b crucrre au
?ehors, une _troisième Frondtl au dedans ; et
11 le menaçait de se rclirrr en llalie avec sa
nièce, si le roi ne renonçait à une passion
dont l'Europe cntièrr se morruait. Il rcnournla prières et menaces dans unr série de
lctlrcs éloquente~, c~ demeura atlerré en apprrnanl riuc Louis XIV se préparait à rel'Oir
Marie,, tandis ~!u'on l'a ttcnd~iL aux Pyrénées
pour cpouscr I rnfante. Mazarm eut beau faire
et licau &lt;lirr, l'cnlrernc eut lieu à Saint-Jeanù'Angély, le 10 aoùt, par la faiblesse d'Annr
d'Autriche. Les transports furent brùlanls des
deux parts, cl les adieux arrosés de larmes
assez douces, car les amants se quillaient
également résolus à s'épouser.
lis s'élaicnt donné le mot pour amadouer
le cardinal par de Lrlles paroles sur la. tendresse que lui portait sa nièce. Marie adre;sa
lcllre sur leLLre à son oncle, mais un Mazarin
ne se lai~sc_p~s _berner deux fois par une petite
fille . Il ecrJVJt a ~rme de Vcncl, o-ourcrnan tc
de ~llles Ma~cini : « Je ne sais qu~lfc démangeaison a prise ma nièce de m'écrire si sou\'~nt com~ c clic 1~ fait. Je 1·ous prie de lui
dire que JC n? pretends_pas &lt;1u'ellc prenne
plus cette peme; que JC sais fort Lien cc
~~'elle a ~ans ~c c~ur et dans l'esprit, et
l etat qu~ JC dois faire de l'ami li~ riu'eHe a
pour moi. J&gt;
Au roi , il. répondit :

�.MA'R,TE .M.A.NC1N1 _ _,_

ms TO'R..1.11

.

1

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ .,#

• &lt;( Je commencerai par vous dire sur le
point de votre lellre du 25e (aoùt 1650), qui
rcgarJe les hons sentiments que la personne
a pour moi et Ioules les autres choses qu'il
vous à plu &lt;le me mander à son avantage :
&lt;( Que je ne suis pas surpris de la manière
dünl vous m'en parlez, puisque c'est la passion que vous arcz pour eUe qui vous cmpèche.. . de connaitre cc qui en est; et je
vous réponds que, sans celle passion, vous
tomberiez d'accort! avec moi que celle pcrso.nnc n'a nulle amitié pour moi, qu'elle a au
contraire braucoup d'aversion parce C(Ue je ne
flalle pas ses folies; qu'elle a une arnhition
démesurée, un esprit de trJrcrs el emporté,
un mépris poùr tout le mon&lt;lr, nullè retenue
en sa condu:tc et prèle à f.tirc toutes sorles
d'extravagances; qu'elle est plus folle qu'elle
n'a jam:iis été depuis qu'elle a eu l'honneur
de vous voir à SJint-J.:an-d'Angély cl que, au
lieu de recevoir vos Jeures &lt;leux fois la semaine, C'llc le, reçoit à présent Lous les jours;
vous vtJrrcz enfin comme m)i qu'elle a mille
défauts cl p:i.s une quali té qui la rende digne
de l'honneur de vplre hiem·cillancc. n
li continuait sur cc ton pend~nl dix-huit
p:i.ges cl revemit à sa menace de se retirer en
Italie. La réponse du roi lui fut remise lé
1cr septembre. Elle était courte. Le roi lui
é::rivait « qu'il fit tout cc qu'il voudrait et
que, s'il ahan&lt;lonnait les affaires, bien d'autres
s'en chargeraient vo!onLicr; n. A la lecture
&lt;le cc billet, Mazarin dut reconnaitre que sa
folle de nièce, à qui il trournit « l'esprit lo11L
de travers n, était un adversaire digne de lui.
F,lle avait fait des prodiges dans son maussalc exil de Brouage. Elle n'arnit pas perJu
un jour. Scion la coutume de la famille, clic
avait d'ahord mandé un astrologue afin de
savo:r à quoi s'en tenir sur ses cliances de
couronne. Cet aslrolo,;ue était un Arabe. li
lui tir.l Lous les horoscopes qu'elle YOnlut cl
se garda de les donner fàchcux . Il y joignit des leçons cl la perfectionna dans l'astrolo,;ie, afin qu'elle pût lire elle-même sa glo:rc
dans l0s astres. L'Arabe l'affermit dans sa foi
à sa destiné0, cl l'on sait r1ue la foi remue les
montagne, .
Elle était sans argcnl, étroitement gard~e,
environnée d'espions. Elle persuada aux espions qu'elle allait être reine et se les dévoua
corps et âme. Elle cul aussitôt abondance
d'argent. L'argent lui procura des hommes
propros aux coups de m1in, cl entre autres
son frère, qui avait été enfermé par leur
oncle pour ca.use de dél.iaucl.tc, et qu'elle fit
évader. S:m étoile l'emportai t et Mazarin se
voyait au bord de l'abime, car il savait que
Marie ne lui pardonnerait jamais Brouage;
« depuis son éloignemenl, elle témoignait le
haïr encore davantage I ll . Le découragcl_Ill!nl
gagnait le cardinal. Il luttait encore, mais
plus faiblement, et, sans Anne d'Autriche, il
se serait peut-être ahandonné. Les lellrcs de
la reine étaient sa consolation el son soutien.
Elles respiraient l'affection et le déYOuement.
La reine l'avait trouvé si grand, son beau
Mazarin, d'avoir renoncé nu roi pour sa nirce,

1. Mémoires de Mme de ,1/ollet•tïle.

qu'elle était plus que jamais à lui. D'autre drcs choses . Au contraire, je n'ai nulle peine
part, le danger avait réveillé fort à propos à me soumettre à vos sentiments et de déclarer
l'amour du cardinal, en sorte que c'était dans que vous avez raison en tout. ll
Soudain tout changea de face, par un
leur correspondance un duo de tendresse.
coup
de théâtre éclatant, singulier el pourLes autres nièces, la cour, le pays, l'Eutant
naturel.
Les Bérénice de nacine et de
rope, suirnicnl avec une curiosité impaticnlc
Corneille
renoncent
à Titus, au cinquième
et des sentiments di l'ers cc duel d'un ministre
tout-puissant avec une enfant. Les ~lazarincs acte, par pur héroïsme; elles se sacrifient au
tremblaient. Ces hardies p:u·renucs n'avaient bien public. La poésie a orné l'histoire, ce
pas oublié le temps oü le peuple de Paris, les qui n'est pas la mème chose que de la dénavoyant débarquer au Louvre, les Lrailail de : turer. Marie Mancini al'ait appris à Brouage
que les clauses du mariage espagnol étaient
&lt;( petilcs harengères ll. Dans lcur3 palais el
enlourres d'une cour plus brillante que celle arrêtées. Ignorant que son oncle làchail pied
du Louvre, elles rnngeaicnt que la chulc de et faisait mine de céder au roi, elle se crut
leur oncle scrait le coup de baguette qui perdue au moment où elle allait peul-être
change les palais en cbaumièrl)s, ·tes richrs l'emporter. La ficrlé blessée fit naitre la pencostumes en baillons, el clics prenaient grand'- sée d'une rupture volontaire; la colère l'aida
peur. Elles se vùyaicnL déjà retombées dans à s'y arrèter. Mobile co:nmc elle l'était, ri Ir
la misère, raconlc l'abbé de Choi~y. Que le sentit vivement le soulagement de changer
vainqueur du cardinal fût l'une d'entre elles, d'idées, avec une opin:àlreté si contraire à
cela ne les rassurait point, et avec raison. sa nature. Le tout ensemble produisit une
Entre Mazarincs, il ne fallait pas-trop complt·r résolution qui devait paraitre généreuse, lui
attirer drs louanges el des compensalio:is, &lt;'t
sur les sentiments de famill1•.
La cour était partagée entre l'horreur d'une qu'elle croyait de plus inévitable. Elle écrivit
telle mésalliance cl l'espoir d'ètrc délivrée du à Mazarin qu'elle renonçait au roi. Son parti
cardinal. Il est curièux que Mazarin, qui une fois pris, la passion dél'oranlr, qui ~e,rait
n'était pas méchant, ait laissé de plus mau- être unique dans les annales de l'amour,
vais sou1·cnirs parmi la noblesse française qnc cessa brusquement de la dél'orer. On aurait
fiichdicu , qui fut si dur pour elle: .Je n\•n tort d'en induire que Marie Mancini n'aimai t
veux d'autre témoignage que celui de Sainl- pas le roi. Elle avait s~ulcmcnl, aimi qu'il a
Simon, qu'on ne soupçonnera point de trahir .é té dit, le cœur dans la tète.
Elle al'ait trop d'esprit pour ne pas comsa casle. « Le car&lt;linal de füchelicu, disent
prendre
que le dénouement semhlcrait
ses Mémoires', ahallil peu à peu celle puisbrusque
el
g.Herait la pièce aux yeux du
sance et celte autorité des grands tjUi l,alançait cl qui obscurcissait celle du roi, el peu à monde. Elle a NI soin de l'arranger dans
peu les réduisit à leur juste mesure d'ho:1- l'Apologie, où elle se représente repoussant
ncur, de distinction, de considération el d'une aœc indignation la demande en mariage du
aulorilé qui leur étaient dus, mais qui ne connétable Colonna, apportée à Ilrouage peu
pouvaient plus soutenir à remuer, ni par!t-r :iprès le grand sacriûcc. Elle omet d'ajouter
haut au roi, qui n'en al'ait plus rien à craindrr. nu'clle profita du messager ·pour indiquer à
Ce fut la suite d'une longue conduite sage- son oncle un autre prétendant, dont J'image
ment cl sans intcrruplion dirigée wrs cc souriait Mjà à son imagination désœul'réc.
La surprenante nou1·elle se répar.dit a1:t' C
Lut .... l&gt;
Dans la mèmc page, Saint-Simon \'Ollé la ütesse de l'éclair cl produisit. des mou1&lt;-Mazarin à l'exécrat:0:1 des siècles pour « les ments très dil'crs dans les cœurs. ~lazarin,
fourhcs, les bassesses, les pointes, les terreurs étourdi de joie, n'en croyait pas ses yeux el
cl les sproposilo 3 de son gou\'ernement, éga- se découvrait une passion pour cette nièce c1u'il
lement avare, crainlif et lyrannique l&gt;, cl qui traitait, la l'eille, de folle dangereuse. Son
produisit la Fronde d'ahorJ, puis J'aLaisse- cœur débordait d'amour et d'admiration;
mcnt com plet de l'aristocratie française, dé- compliments, protestations el pclils soins
pouillée de toutes les places, distinctions et pieu l'aient. Il en délia les cordons de sa
dignités, au profit des roturiers, à ce point bom•3c; c'est tout dire et donner en deus
c, que le plus grand seigneur ne peul être bun mols la mesure de la peur qu'il arnil eue.
à personne, cl qu'en mille façons différentes &lt;( Je mande au sieur de Téron, écrivait-il à
il dépend &lt;lu plus vil roturier n. füchelieu Mme de Venel, de donner tout l'argent que
coupait les têtes. Mazarin déconsidérait en rous direz, mon intention étant qu'elle (Marie)
sourdine. On a pardonné au premier et pas ne manque d'aucune chose qui pourra rcgar•
der son divcrlissemenl. Je vous prie d'ordon•
au scconJ.
Le pays était divisé de sentiment comme la ner que l'on fasse une bonne table, et qu'on
cour. L'Europe riait, sauf l'Espagne, qui avait la renforce. ll Il promet à sa chère Marie de
offert l'infante et sentait tout l'outrage d'un la marier. li veut qu'elle soit heureuse cl 1·a
&lt;( songer sérieusement ll à assurer son bon•
refus.
heur.
En attendant, qu'elle s'amuse, qu'c!!o
Les choses en étaient là, cl le cardinal,
chasse,
pêche, fasse de bons diners (le cardl•
baissant le ton, Yenait d'écrire humblement
nal
était
gourmand ; la France lui doit plll-'
au roi : &lt;( J'ai une telle vénération et un si
profond respect pour rntrc personne et pour sieurs ragoûts nomeaux) et qu'elle lise Sétout cc qui vient de mus, que je ne puis seu- nèque. (( Et, puisqu'elle se plait à la moi:3lc,
lement arnir la pensée de disputer les moin- il faut que Yous lui disiez de ma part qu elle
:l. \'olume XI , p. 2H. (Édition llachrllc, 1874. )

... 3o1 ,.,.

5. Sollisc, chose dite hors de propos.

doit lire des fürcs qui en ont h:en parlé,
particulièrement 8énèquc, dans lequel elle
trourera de quoi se consoler r l se confirmer
arec joie dans la résolution qu'elle a prise . l&gt;
,\ nnc d'Autriche brnéficie du bonheur de sou
ministre. Philémon et 13aucis scnlcnt leur
l'icux sang se récbaulfor dans leurs mines cl
se rcnrnicnt les déclarations. «Je vous arnuc,
écrit Mazarin à la reine, tJIIC', Lien soul'cnt,
,it• perds patience quand je me rois conlraint
de demeurer ici sans l'Olrc amour (Saint-

barras où son départ le jellcrait. (( li se las~ait
Lien d'ètre en tutelle, mais il ne se senta:l
pas assez fort pour marcher sans conducteur.
li n'avait presque aucune connaissanc:; du
gourerncmcnl. La paix n"était poinl encore
signée; cl le mépris éclatant quïl cùl fail de
l'infante en épousant une simple demoiselle
le rejetait induLitablemenl dans la guerre. li
aYai t ou'i dire (cl cela était nai) LJUC ses rcrenus étaient mangés di! ux ou trois ans par
arance'. ll Toutes ces raiso:1, firent qu'i l

illAZARI:&lt; . -

Jca11-Jc-Luz, 14 scplcmLre 1û5!}) n. Plus
ler~dr? c11core est le passage sur sa goulle,
t.p11 I empêche de rejoindre la reine. (( Je
cache lant que je puis à ma !jQUllc la pensée
11uc l'OUS auriez de 1·e11ir ici, •si elle dur ail
encore longlcmps, car, si elle en avait co11n~is~a~1,ce, ?lie serait assez glorieuse pour
s op:n~atrer a ne me quiller pas, afin de se
pom·o1r l'anlcr d'un bonheur qu'aucune autre
goullc n'aurait eu jamais. ll Trissolin n'aurait
pas mieux dit, cl Je mariraudagc sur &lt;( la
g?ullc » v~ut le S?1mel sur la fièvre gui
lieu l la pnncesse Uranie.
L_e r~i f'u l_ telle_mcnt piqué qu ·on pùl renoncer a l_w, qu_'1l dennL aussitôt épris de l'infante.
Il avait d ailleurs fait ses réflexions sur les
menaces de retraite du cardinal et sur l'em1. Mémoires de Choisy.

messages. Lcs rendez-vous étaient conlinuels,
dans les _églises cl dans les promenades. Le
tout aYait un air d'intrigue assez déplaisanl,
mais .Marie n'était pas en état de garder des
mesures. Elle aimait à en pcrùre la raison.
li lui fallait son Lorrain. Elle jura cent fois
&lt;I qu'elle l'épouserait ou qu'elle se ferait
religiPusc ! 1&gt;. Elle n'en aYait pas tant dit
pour Louis XI\', qui s'en sou,·int à l'occasion.
Le prince Charles était entièrement fasciné.

Tal'lea11 .te VcnER. (.l.'11sèe du L11xemto11rg. )

épousa lïnf'antc avec la plus grande joie du La Lètc lui aYait toul'llé, comme au ror, au
· co11lacl de la fille du Midi.
monde, le 6 jui11 1660.
La cour rerinl au plus fort de cc grand feu,
ramenant la reine .Marie-Thérèse. Le roi avait
accompli c11 c-bemin la seule action senL'espoir d'èlre reine arail élevé un Lemps timentale que l'on conna:ssc de lui. li avait
füric Mancini au-dessus d'elle-mèmc el laissé sa jeune fcm me à Saintes pour (( nllcr
donné à ses sentiments, comme à ses dis- e_n poste visiter 13rouagc cl la Hochclle 3 11,
coms, une cn 0urc qu'il élait aisé de prendre lreux sacrés, lieux témoins de l'amour el des
pour de la grandeur. Cc n'était qu'une fausse souffrances de son amie. C'était poétique cl
grandeur, qui 11c sunécul pas à son rèrc de Louchant si Marie, comme il n'en doutait
royauté. L'héroïne de roman s'éranouit ; il point, usait ses yeux dans lès larmes; cc
ne resta qu'une aventurière. Le cardinal lui n'é1ait que ridicule s'il la trouvait consolée.
eut à peine em:oyé la permission de revenir à Dès Fontainebleau, il sut à quoi s'en tenir.
Paris, qu'elle entama avec le prince Charles li était remplacé. Lui! Peu d'hommes
de Lorraine un second roman plus fougueux admcllenl qu'on les remplacé. Louis XIV ne
que le premier. Un abbé italien portait les l'admit jamais, non par fatuité, mais par foi
2. lllémcirea du marqttis de Beauvau.

..., 3o&lt;J "'

j,

.llé111oi1·es de Jllle de Jlontpensie,·.

�111STOR._1.Jl

----------------------------------------.#

monarchique. ~cul sur le tronc, seul dans
les cœurs; l'un lui paraissait aulanL que
l'autre de droit divin. Marie Mancini infidèle
fut perdue dans son esprit. Il n'admcllaiL
pas que l'on exposât le roi de France aux
mésarenlurcs des amants vulgaires, cl il aYaiL
raison; il savait son métier de roi.
Marie Mancini a eu grand soin de supprimer dans l'Apologie sa passion pour le
prince de Lorraine. Ses amours aYcc
Louis XIV lui donnnient dans le monde el
devant la postérité un luslt·c qui mérilaiL
bien qu'on mentit un p(lu pQÜr-le conscrvër.
Aussi garda-l-ellc Lant qu'elle put une attitude d'Ariane abandonnée; lcs~Afémoires de
sa sœur Hortense I nous dépeignent sa douleur lorsqu'elle retrouva le roi marié. Qui
sait si, le dépit aidant, clic ne fut pas sincèrement jalouse du roi lout en adorant le Lorrain? Cc serait lrès féminin. Quoi qu'il en
soit, voici dans quels termes elle raconte sa
première cntrernc a,·cc le roi marié :
« La cour arriva à Fontainebleau, oü le
cardir1al nous fit venir faire la révérence à la
nourelle reine. Je préris d'abord combien cet
honneur m'allait coùter, cl il est vrai que cc
ne fu l pas sans peine que je me disposai à le rcœrnir, m'attendant à voir rourrir une blessure
par la présence du roi, t1ui n'était pas encore
bien formée, cl à laquelle il aurait snrrs doute
mieux valu appliquer le remède de l'absence.
Cependant, _comme je ne m"f tais pas imaginé
qüc Je roi me pùt recernir avec l'indifférence
qu'il me reçut, j'avoue que j 'en demeurai si
fort troublée, que je n'ai de, ma rie rien senti
de si cruel que cc que je sou.ffris de cc changemcn L, et qu'à chaque momcnl je voulais
m'en retourner à Paris. »
Le roi poussa la cruauté j usqu'à lui faire
l'éloge de la jeune reine. C'en étaiL trop pour
une créature emportée. Elle éclata en
reproches. cc • •• Les impatients désirs que
j'en avais ... ni'obligèrcnt enfin de chercher
deux ou trois fuis l'occasion de m'expliquer
1. Mémofres J e la cfaclu:sse de Ma~arù1. l U:urrcs
tic ::i:iint-1\èal. )
2. MémoireN de Montglal.

avec Sl Majesté, qui reçut si mal mes plaintes,
que je résolus, dès cc moment-là, de ne rne
plaindre plus, el de n'aroir pas la moindre
pitié de mon cœur, sïl se lroublail après
tant d'insensibilité. ,,
Tout allait mal pour clic. Son oncle aYail
oublié ses promesses. Le roi marié, clic arail
cessé d'être la chère niece, encensée cl
choyée. Mazarin ne s'étail souvenu d'elle qnc
pour recommander à sa gou,·ernanle de la
mieux garder à l'avenir, cl pour refuser
cruellement sa main au prince de Lorraine.
Celûi-ci-porla son cœur ailleurs, de façon que
la pauvre Marie eut la tâche ingrate d'être
jalouse de deux infidèles à la fois. Elle y suffisai 1, mais ce n'était pas un office réjouissant.
Tout allait mal, au surplus, pour quiconque
dépendait de Mazarin. La gloire du lrailé des
Pyrénées cl la sécurité qui en était le fruit
l'araicnl enivré. li arait rel\isé pour ~sa nièce
llortensc la main de.,Charles. Il, ,deux mois
avant que celui-ci de,•int roi d'Angleterre, cl
il faisait de vains efforts pour raccommoder
l'affaire. La goullc cl la gravelle l'aigrissaient
en l'accablant, el son avarice en redoublait;
il rogna· à"Ià jeune reine presque toutes ses
étrennes, ne lui laissant que 10 000 livres
sur 12 000 écus, et il s'occupa chez lui à
peser ses pistoles, afin de ne donner que tes légères. Il ne contraignait plus son humeur grossière cl LrailaiL.\nnc d'Autriche« comme si elle
eùt été une chlmbrièrc ! ,, . La mort le lroul"a
lorgnanl son or et pestanC contre chacun. li
la Yil approcher avec.un courage qu'on n'aurait p~inl allendu de lui, distribua ses biens
et conclul les mariages de deux nièces, llortcnsc et Marie.· Hortense épousait le duc de
La Meilleraye, qui prenait le nom de )(azarin.
Marie étail donnée au connétable Colonna.
Elle, qui aimait toujours l'ingrat prince de
Lorraine, eut C( un désespoir si violent, qu'elle
ne put s'empêcher de reprocher au roi la faiLlesse qu'il avait témoignée pour elle en celte
occasion, el au cardinal l'outrage qu'il lui fai::; . .llé111oirc; de /Jeauuau.
~- Apologie.
:i. Ibid.

sait de faire un sacrifice de son cœur cl &lt;le
sa personne :; &gt;&gt; . Si le roi, ainsi que l'ont
pensé quelques contemporains, sentail à cc
moment un léger réreil de l'ancienne Lendresse, il fu t guéri pour toujours par des
reproches aussi humiliants pour lui. C'en
élail trop que de lui rédamer le Lorrain. Il
fut de glace aux plaintes de la rnlagc.
Mazarin expira le 9 mars 1661. Sa famille
s'écria en choour : C( Pure è crepalo ! (Enlin
il est crevé! ) l&gt; Cc fut Loule l'émotion qu'elle
éproura à la morl de l'homme f[Ui l'avait
- lirëc- dïi néanl ff'inisc sur· le ) inâcle. Le
peuple pensa comme la famille, el al"CC plus
de raison.
Peu après la mort du cardinal , le roi fit
faire le mariage de Mlle Mancini aYec le
connétable Colonna, demeuré en ltalie, el
cm·oya l'épousée rejoindre son mari. cc !!:Ile
cul la douleur, rapporte Mme de La Faycllc,
de se voir chassée de France par le roi .. ..
Elle soulinl sa douleur aYCC beauco up de
constance, et même arec assez de fierté ;
mais au premier lieu où clic coucha en sortant de Paris, elle se trouva si peinée de ses
. douleurs et de l'extrême violence t!ll 'clic
s'était faite, qu'cll~ pensa y demeurer. · ,,
~ll( ne mourut point cl gagna Milan, où le
connétable Colonna , beau cavalier el forl bonnète homme, bul il son tour le phillrc de
cette magicienne cl s·en assolta. Elle lui
témoigna une grande arcrsion, fut quinteuse
et maussade : il la fi l vi\'rC dans une féerie,
reine de cent fêtes données pour lui plain:;
il fut « propre, galanl I l&gt;, il eul C( des soins
cl des complaisances qui ne se pem·ent exprimer :; )&gt;; il supporta avec patience relmts rt
&lt;lédains et fut récompensé; il remplat·a urr
beau malin le prince de Lorraine dans le
cœur de sa femme, avec la soudaiuelé cl la
fougue qui étaient de règle chez elle.
« lis furent très heureux et eurent beaucoup d'enfants. &gt;&gt;
Ainsi finissenl les vrais conles de fét·s
el ainsi voudrions-nous finir celle hisloirc ;
mais, parce qu'elle est vraie, elle finit toul
au lrcmenl.

(A suivre.)

Deux douairières
Feu la comtesse d'Alluye logeait au Palaisf\oyal. Elle était pauvre, n'ayant jamais eu de
conduite. Mme de Fontaine-Martel vil encore
aujourd'hui [_1755]: elle est de la cour du
Palais-Tloyal, elle a une maison sur le jardiq;
mais elle est riche et avare, quoiqu'elle ne
laisse pas de dépenser en ,·icluailles. Chez la
d'Alluyc on déjeunait beaucoup de boudin,
saucisses, pàtés de godi l'eau, vi n muscat,
marrons. Chez la Fontaine-Martel , on dine
peu, on ne déJeunc jamais, mais on soupe
tous les soirs; les soupers se piquent d'être

mauvais, cl force drogues comme chez la
d'Allure. Elles ont été· forl vieilles toutes les
deux. "i.,a Fonlaine-fürlel a plus -d'amis, cl la
d'Alluyc était plus aimée; elle éla il si bonne
femme, qu'on ne cessait de dire qu'on l'aimait.
La Fontaine-fürtel a des sorties qu'elle
fait quelquefois qui dégoùlcnt d'elle quoiqu'on
s'en moque. Les malins, la bonne compagnie
allail à midi déj euner chez la d'Alluye ; j'appelle la bonne compagnie, car c'était des gens
gais, des gens qui avaient des affaires, des
amants, des ménages, et cela dernit divertir
la bonne femme, qui y prenait part ; au lieu
que la Fonlaine-~lartel rassemble des beaux
esprits, à quoi elle n'entend rien, quoiqu'elle
ait composé un conte de ma Alère l'oye. Elle
se pique de ne pas rcceroir chez elle des
""' 3 10

1M

ArtVÈOE 13,\Rl:'\ E.

femmes cl des amants tJui aient des alfaircs:
mais je crois qu'on y fai t pis, selon Dieu, car
les affaires s'y commencent. Toutes deux ont
toujours entretenu quelque homme nécessiteux jusque dans la plus grande décrépitude ;
la d'Alluye entretenait un pauu e Mérinville,
rieux mousquetaire; elle lui four nissait de la
soupe et lui pap it le fiacre pour arriver, de
peur que ses souliers ne crollasscnt le s?fa,
mais il s'en retournait à pied. La Fonla1ncMarlcl en cnlrctenail grand nombre avec une
semblable économie, et aussi bien raisonnée;
maisdepuis quelques années elle a la consci~ncc
de ne plus prétendre qu'on la serve plern~ment, et elle se contente de procurer du plaisir à sor:: imagination. Dieu les bénira toutes
deux !
~lARQUIS o'ARGE:\'S0~.

"""

Les diamants de Ma demoiselle Mars

Esl-ce un chapitre de légende dorée, un conte
pour éblouir et pour charmer, que le récil de
ces étranges aventures qui semblent tenir du
mcrreillcux ? On pourrait le croire. El pourtant ce n'est que l'authentique histoire d'une
femme née dans la classe la plus humble et
la plus mo:lcslc, mais d'une bcaulé incomparable a,·cc du lalenl à foison ! EL son auréole csl toujours brillante après plus d'un
siècle écoulé.
C'est sur le versant de la colline de Montmartre rruc s'élevait, sous la Restauration, l'hôtel habi té par Mlle Mars,
au coin de la rue de la Tour-desDamcs et de la rue Larochcfoucauld.
Au milieu des vieux arbres, derniers
,·estigcs du parc de l'abbaye, on
royait encore l'antique moulin démantelé des Dames, donl la nourcllc ,·oie
arail pris le nom. C'étail là que, so~r's
la Ligue, Henri I\' arait braqué jadis
ses canons sur Paris. Cc quarlier tout
neuf, lracé à lrarers des jardins qui
dorrnaicnt presque l'illusion de la
campagne, arait séduit entre tous la
grande artiste, heureuse de venir se
reposer, au milieu de la fraicheur et
de la Yerdurc, de ses succès de cha&lt;1uc soir.
Mlle Mars était alors à !"apogée de
son laient, cl chacune de ses créations
étail pour clic un nourcau triomphe.
Une telle femme ne rnulail pas el ne
pou rait pls vieillir ; ses admirables
qualités
deraient éblouir des 0rrénéra.
llons succcssires. Toujours jeune,
malgré ses r1uaranle-huit ans, il scmLlaiLrru'clle cùt été uniquement mise
au monde pour séduire el charmer.
Elle continuait
à jouer les i1111énucs
•
0
arec une s1 meneilleusc sùrclé d'exécution, un laient de composition si remarquable, qu'elle paraissait créer de
loutes pièces chacun des pcrsonnarres
0
· croquer
·
qu 'eIIc rou1ail
el en ·faire un
être réel dans lequel die s'incarnai l
lout entière.
. Ses premiers déruêlés arec la poliLrquc, au délrnl de la Hestauralion
étaient oubliés depuis longtemps.
ses sympathies araient appartenu autrefoi s
au, Gourer~cmenl impérial, nul n'ignorait
qu un sent1mc111 lout personnel et un lien
plus_ in~imc élairut rcnus s'ajouter il sJn
adm1rat10n pour Napoléon ; Louis XVIII luimème ne lui arait donc pas tmm rigueur
et, derant son bon mot, il s "était lrouré dé-

n'avail rn allier tarrt de talcrrl cl de finesse
à lanl de simplicité cl de gràcc naturelle; on
ne se lassai t point de vanter les séductions de
sa personne et le charme de son esprit ; aussi
avnit-ellc rn s'ouvrir devant die les porles des
salons les plus inaccessib1cs. Les fêles brillanles cl les redoutes masquées qu"ellc arail

Un él"énentcnl imprévu allail bientôt la lui
faire prendre en dégoùt et abandonner d'une
façon irrérncablc pour s'inslallcr rue LaYoisier, dans un nouveau domicile.
Le 19 octobre 1827, Mlle )Jars, qui
n'était pas de service au théàtre, étail
allée diner chez son amie, Mme Armand, femme d'un sociétaire des
Français, pour occuper cette soirée
de loisir. Onze heures allaient sonner, et elle songeait déjà à se retirer, lorsque l'acteur Armand rentra
en Loule hàle, accompagné d'un scr,·iteur de la maison de la rue de la
Tour-des-Darnes, accouru au Lhéàtrc
à la recherche de sa maîtresse. Tous
deux arrirnicnt porteurs d'une désolante nouYcllc : Mlle fürs venait d'être
rnlée pendanl son- absence, et 5es
diamân ls, d'une valeur considérabk,
araicnt disparu. En un ins.Lant, -J'acLricc fu t chez elle, mais clic n'arriYa
que pour se comaincrc cllc-mèmc de
la réalité de son malheur. La police
l'arail déjà précédée dans l'hotcl cl,
sous la conduite de sa femme de
chambre Constance, procédail aux premières conslalalions. Chose étrangr,
h porte élaiL demeurée close et le
concierge affirmait que personne durant la soirée n'en avait franchi le ·
seuil ; le personnel de rhôtel étai t
peu nombreux cl aucun des serviteurs
ne semblait donner de prise à la moindre accusation. Quant à Constance,
die arait dans la maison un poste de
corr fiance cl, en cc moment mème, son
émotion et ·on chagrin témoignaient
de la parl qu'elle prenait au fàcbenx
accidcnl don t sa maitresse renait d"èlre
rictimc.
Cc n'était pas la première aventure
œpcndanl à laquelle s"étai l lrol11·éc mêlée celle
singulière personne. Malgré sa condi tion modeste, c'étail une héroïne de roman qui a,·ail ·
joué le premier rôle darrs une affaire étrange
cl compli(1uéc, dont I rnis ans aupararanl
~ "était occupé tout Paris.
En ·I82 1~, Constance Richard élail dcmoi-

Sounu?. - l\ogcr de .Beauvoir : Souvenirs de
,lladcmoiscllc lllars. - Lircux: Mademoiselle .!fars.
- E. li. : ,llademoisclle Jllars, NCs aventures. sa

l'Îe et sa mort. - Galerie des arli.~les dramatiq1tcN,
Jl/ademoisclle .llars, par. Eug. Brilfoul. - Sarrul cl
Sa111 l-Elmc : /Jiograplnc des lto11w1rs du jour. -

,.Jrun : .liémoires d'tm bou1·geois de Paris. - Comtesse Dash : .llémoires des autres. La Restauration.
Charles X. - Mémoires cl"unc f emme Je ,1ualité,

sarmé : C( Il n\ a rien de commu n err lrc
les gardes du ëorps et Mars! » araiL- clle
déclaré malic:cuscmcnt un jour à la sui lc
d'une manifestation hostile proYoquéc par
l'ardeur de ses conrictions bonapartistes ! Le
roi avait ri et, comme il l'avai t déjà fait pour
Talma, il arail accordé à la grande ar tiste
50.000 francs de pension. que soi1 successeur,
Charles X, n'arnil eu garde de lui suppriml'r.
Mlle ~!ars était donc, en 1827 , err pleine
gloire cl en pleine réputation. Jamais on

;\L1UEMOISELLE JiA RS.

1)',1pr,s t., lilhogr:iphie .te CuASSELAT.

Si

..,,, 311 ,....

clonnl'l'S à plusieurs reprises étaienl rc,lées
célèbres, tarrl elles s'étaient disti nguées par
un goùt rare el exqui~, cl chacun se pressait
à l'envi dans sa luxueuse cl cor1ucltc résidence.

�H1STO'J(1A
~clic de comptoir dans t111 café de la rue
~ainl-lJ011oré, lorsque ~ur la dénoncialion de
so11 maitre el!c fut arrêtée cl mise cil prison.
Elle était accusée d'aroir ,·olé de l'ar~cnlcrie
cl fait disparaitre une forte somme d'argent.
Pour cc fait, la jeune fille fut appelée dcranl
le j_my cl cc fut clle-mèmc qui se chargea de
plaider sa cause.
A,·ec des supplications cl des sanglots, clic
lémoigna de son innocence cl jura qu'elle
était la riclimc d'une atroce vengeance : so:1
seul crime était d'aroir résisté à son patron
qui arait essayé de la séduire. C'est pour se
_rengcr de ses refus qu'il avait porté ronlre
clic son ahominablc accusation cl elle n·arait
d'autre tort en tout cela que d'être restée
Ycrtueusc. Ses larmes el ses s~rmcnts araienl
ému ,le prime abord le tribunal cl l'auditoire;
~es dix-sepl ans, sa gentillesse cl sa jolie
ligure acheYèrent de les conmincre de son
innocence. D'ailleurs, en personne adroite,
Constance arail corsé sa défense par un récit
suggestif qui entourait de mystères les premières années. de sa jcwicsse cil lui donn:111l
Ji,s allures·&lt;l·un roman captiranl:
« Je suis née, disait-elle, dans lo canton
de Vaud, d'une paurrc f'amillt• d'ouniers, cl
,ï1:tai~ l'ainée de sept eal'alllS en bas :'tge.
)lalgré leur cou_ragc el leurs cfü1rts, mes parents ara:enl grand.peine à surfirc it la sulJs:slancc d'une si nomhrcu5c l'a mille, ct,ï arais
beau faire de 111011 mil'U X pour soulager ma
n:èrc en me chargeant de sa besogne dans
nulrc paurre logis, b:ea soure11L b misi•re
était grande cl nous 11ous truurions t·n bulle
it des pri,·atiuns de toutes rnrlcs.
1c ün jour que dans notre cha1u11ièrc j'étais
urrnpéc i, (jllCl11uc 5oi11 , du ménage, je ris
un s:ip_erbc carro.;sc s·arrèlcr it notre parle l'i
u111· l,dle dam~ t·n descendre pour s·ara11ccr
ju~qu'i, 111ui. Eblouie par la magnificence de
son équipage, intimidée par· l'élt:gancc de sa
loilcllc, je me st:'ntis encouragée cC'pcnda11L
par un air de boulé répanJu sur son risagc el
je répondis de mon mieux aux questions
c1u'ellc se mil à me poser ; cc l'ut donc arec
une joie folle el une stupéfaction profonde
que je J'entendis, au bout de quelques instant5, déclarer it 111cs parents, présents à fonlrcticn, qu'elle était charmée de ma physionomie cl de mon intelligence, cl que, sïls
roulaient me laisser dercnir sa compagne,
clic allait u1'crnmc11er sur-le-champ pour
voyager avec clic cl so chargerait désormais
complètement de 111011 arenir. En rnèmc
temps elle leur mettait dans la ma:n une
bourse remplie &lt;l'or, puis, profilant de leur
étonnement, sans même allendrc leur réponse,
clic me fit monter arec cl!c dans la ro:Lure
dont les chcnux partirent au galop.
&lt;C La dame mystérieuse n'arail pas &lt;lit son
nom, mais je m'aperçus qu'elle en changeait
dans toutes les villes d'Italie ou de France oü
clic passait. J'étais bien traitée, r:chcmenl
rèlue cl je 11 ·avais qu'à me louer de ma nouYcllc condition. Ma m~ilrcssc semblait fort
riche, son train était considérable el elle dépensait sans compter. Cependant nou~ voyagions presque constamment et, depuis deux

a1111éu:;, il avait été l,ic11 rare qnc 11ullc part
notre séjour eût été de longue durée. ,\ ous
étions à Lyon depuis quelc1ucs semaines
lorsque se produisirent les troubles auxquels
se lroura mêlé le général Caoud; ma protectrice, à laquelle on donnait le titre de comlcssc, sembla craindre d'être compromise,
cl, sur-le-champ, nous quillàmcs :ta rillc
pour nous rendre i1 Paris. Nous arrirâmcs
sur le soir et dcscendimes dans un hotcl
oi.t des appartements nous avaient été préparés.
&lt;c Dès le lendemain, la comtesse me fit monter en voilure al'eC elle et m'emmena à ma
grande joie pour faire une promenade dans
la capitale que je ne connaissais pas encore.
Allirés par la ritrine d'un bijoutier de la rue
Richelieu, nous étions entrées dans sa boutique oi1 nous examinions quelques parures.
lorsr1uc la parle s'ouvri t linant passage à un
homme à l'allure militaire, vêtu avec éléga nce, quj semblait en proie à l'agitation la
plus vire. La comtesse a,·ait tressailli en le
,·oyant entrer, clic se Ici'.\ rircmenl cl, tandis que je restais dans la bouliqne, clic sortit
an•c lui sur le troLLoi1· pour lui parler loin
&lt;les oreilles indiscrètes. Qnoi,1uc s'entretenant
il roix basse, ils causaient arec la plus ,·ire
animation, el luul à coup je les Yis arec
élunncmcnl remonter Lous deux dans la voiture, lp1i s'éloigna au grand trot.
l! Je supposai que leur absence ne serait pas
do longue durée ctj'allendis patiemment pendant près de deux hrurcs, mais mon i1111uiétndc allait croissant it mesure ljUC le lt'mps
s'écoulait cl je ne pus répondre rjllC par des
pleurs lorsqu'on me demanda l'adresse cl le
nom de ma compagne.
te La ril le m'était inconnue, jo l'arais LraYcrséc lx rC'illc dans l'ohseurité cl je n'arais ni
rn ni retenu le nom de la rue cl de l'bôlel où
nous r tions descendues.
cc C'est en min qu'on multiplia les rcchcrd1cs, ma bienfaitricearaitdisparu sans laisser
de traces et demeura inlrou,·able.
&lt;c Ému de compassion en me rnyanl sans
ressources, le joaillier chez lequel je me trouvais avait consenti à me conserver chez lui
quel11ues jours, mais, rnyant que les lellrcs
qu'on écrirait à ma famillo d.:mcuraic11L sans
réponse, il se lassa bientôt de me garder à
sa charge cl m'engagea à chercher quelque
emploi. Un limonadier de la rue Saint-llonoré
m'avait offert d'entrer à son service; je fus
heureuse d'accepter duns sa maison une place
de caissière. J'aYais crn trouver un asile respectable, mais je dcrina i trop vite, hélas !
de quel prix il YOulaiL me faire payer son
hospilalité.
&lt;c Je résistai à ses entreprises cl c'est pour
se renger de mes refus que cc misérahlc a
imaginé la dénonciation infàmc qui m·amèr.c
aujourd'hui devant le tribunal. )&gt;
Cc curieux récit avait passionné le jury
aussi bien que l'auditoi re; les réticences de
Constance touchant le nom de la mystérieuse
comtesse laissairnt le champ libre à toutes
les suppositions, cl quelques mols qui lui
élaicnt échappés _faisaien\ supposer que la
"" 3 12 ...

royageuse irn.:onnuc 11 •était autre 11ue la duchesse de Saint-Leu.
Les conspirations étaient à la mode, on en
royait et on en découvrait partout. li n'en
fallait pas tant pour rnir dans tous ces mystères la reine Hortense à la tète d'un complot,
dont les troubles de Lyon n'étaient que le
prélude. Venue ensuite à Paris pour mettre
à exéculion ses dangereux projets, clic arniL
dù s'éloigner C'll toute lütc à la nouvelle
d'une dénonciation.
L'héro'inc de celle singulière histoire était
trop intérC'ssantc pour ne pas aroir attendri
ses juges ; avant mèmc i1uc le jury entrât en
délihéralion, sa cause, aux Ieux de tous, était
déjà gagnée d'une façon défi nitire et, lorsqu'on prononça l'acquillement, des acclamations répétées s'élcYèrcnl dans Loule la salh•.
~lais cc n'était pas assez pour l'enthousiasme
populaire; sans v1us larder, OJ} organisa UIIC
collecte dans l'assistance cl faccusél·, triomphante, emportait al'CC clic ltne somme fort
ronde lorsqu'elle 11uiL1.a le Palais de Justice.
Munie de r,ellc petite dot, Constance ne l'ut
point en peine pom Lrournr un mari cl
quelques mois plus tard clic épousait un certain ~lulon r1ui portail le prénom cuphoniljUC
el pou banal de cc Scipion l'.\fricain ». Les
débuts du maria 0e ne furent pas hcurcu:- ;
Mulon, qui était gra rnur sur métaux, ne faisait guère d'affaires, cl bicnlùl tous deux,
ahandonnanl le burin , entrèrent comme
domc, tiques chez la rcurc d'un notaire. Mai~,
là encore, ils ne /irC'nL que pa'iser : M11lu:1
dcrinL Yalct de chambre dans un hôtel garni
et Constance entra au sen·icc de Mlle Mars.
'J'cllc était l'histoire de celle énigm~liquc
suubrclle que nul n'a l'ail l'idée, pas plus que
sa mailrcssc, de soupçonner d'è1rc ponr &lt;111cl'luc chose dans la disparition &lt;les diamants.
))~s le lendemain , ccpC'n1anl, les d10~es
changent de l'ace : on apprcn1 que, l::t nuit
111èmc du vol, ~lnlon ;J ljllillé Paris précipiLanunrnl pour se rendre à t:cn~vc : la police
se met C'JI campngt1c èl bienlùt le coupable
csl surpris vendant un lingot d'or chez un
orfèvre de la Yillc. Le doute n'est plus
possible, Mulon a volé les diamants cl cc
sont les montures brisées dont il essaie de
se défaire.
L'extradition esl obtenue, Constance csl
arrètéc comme complice cl Lous deux passent
en Cour d'assises u ü la scène du vol est facilement rcconslituéc. L'aimable couple arnit
tout préparé de longue main el depuis
quelques jour~ guettait l'occasion farnrablc.
Mulon avait bien, comme mari de la fommc
de chambre, ses entrées dans la maison,
mais il était connu de tout le personnel, cl,
pour réussir, il fallait s'introduire dans
l'hôtel sans ètrc vu de personne. C'est dans
œ bul que, chaq uc snir, Constance, ~c ~a
lcnètrc de la rhambre de sa maîtresse, s1tm·c
au premier étage, faisait un geste négatif à
à son mari posté dans la rue pour allendrc
lïnslanl propice.
Un soir enfin voYanl le moment l'cnu,
clic l'appelle d'~n signe de tète el Mulon,
s'aidant d'un tuyau de descente, escalade le

HISTORIA

Cliché Braun

Fasc. 7

LA REINE ALEXANDRA
Tableau de la

MARQL'ISE CÉCILE DE

VENTWORTI I.

�L'ES DlA..MA.NTS D'E

..

.MA.D'E.M01S'E'LL'E .MA.R_S

rùiLaienl pas perdus; on les rctrouva dans sa
rrz-d~-&lt;.:hanssée, mcl le pied sur une a,périlé détails q11°aYait rérélés le prol'ès ; son lnxe el
son élégance ét~icnl J"ohjrl de mille commen- chambre mèmc, cachés dans la garniture &lt;l'un
rL CnJambe la fenêtre.
fauteuil, oi1 son ancien domestique Garein les
Les roisins, &lt;p1i chaque soi r onl renian1ué taires; et mainte ft•mmc du monde citaiL al"{'c ·
avait adroitement enfouis en atLcndanL l'occaenl'ie
k
s
deux
ccnls
Loilellcs
dont
le
pr0cèsC:l'S ~rom~nades nocturnes, croicnl it qucl&lt;1ue
sion de les faire disparaitre. Mlle Mars &lt;·n
man&lt;'ge d amoureux cl se ga rdcnl de déran- 1"Crhal avait constaté la présence dans sa
ger les coupables. Llne l'o:s dans la place, ,;ardc-robc ! Enfin 011 rantaiL son cspriL cl on avait assez; juslemrnt elfrayéc, die rnulnt
mettre sês bijoux à l"abri d"une façon défini)lulon em pliL ses puches d'arrrenl cl de bi- citait ses bons mols. Cc fut au cours de cc
tive et s'en fut à la Uanquc de Fr:mcc dépos(I'
procès,
011
clic
a,·aiL
l"té
appelée
i1
témoigner,
joux rL s"éloignc par le 111èm~ clwmi11 sans
son
trésor.
qn'cllc
dnl
répondre
au
président
qui
lui
al'oir donné !"éveil à personne.
La mode était aux petits l'ers, J"érénl'menl
llcvanLle jury, ~lulon se monlra galanl cl demandait son .'tgr. Chacun connait la maroulut assumer sur sa tète Loule la respo11- nière spirituelle dont clic s\-n tira, et com- lui rnlul cç galant madrigal :
F,n c·,nfianl et cliamanls Cl bijoux
sa biliLé. Son argument était forL habile, car, mrnt clic sn~ san, mentir accorder sa co4ucl.\ux solides carcaux de la llauquc de Frnucr,
1• Ct•pcndant 1"11ùtcl de la
teric
a,·cc
la
1·éril1
tout en déchargranl sa femme , il niaiL en
fous 1i"are, pas caché le plus précieux de tous :
même temps pour son compte Loule espèce rue &lt;le la Tour-des-JJam,·s lui rappelait de
Voire ta'cnt, d'1111e ralrur nnmcnse !
An~c Lou~ ro~ volt-ur:-, pour cuu1,cr courl c11fi11,
de préméfüaLion : « J'étais jaloux, déclara+ trop prni lilcs sourcnirs; ~Ille Mars le 4niua
El pùur qu'&lt;111 trésor rien ne ma1111ur,
il simplemenL, je soupronnais Constance de cl ronlu t cha11,;cr de qnarLicr ; mais clic
Il fout, chai·manlc ~lars, aiusi que n,lrc lcri11,
n'était
pas
au
liout
de
ses
peines,
cl
ses
diame tromper avec un miel de chambre de la
Aller vous lo;;er à la Ban•p1c !
ma:son, et j'errais soul'cnl aux a1c11Lou rs. Un mants, une fuis encore, dcl'aicnt allumer la
Elle avait toujours été fort peureuse, et
soir, 11\ tenant plus, je rnulus surprendre ronroitise de ses gens.
depuis de longues années ces malheureux
Onze
ans
plus
tar&lt;l,
clic
rentrait
un
jour
b coup:iLlcs cl mïntroduisis au premil'r
diamants a,·a:cnl L"té la source de tracas perétage; étalés à ma rue dans les tiroirs d"un c11cz die rcrs cinr1 heures de l'après-midi,
pétuels et d'inq11ié1 11Jrs sans nombre. l.ors
meulile cnlr ·011rerl, les liijoux furent pour lorsqu"clle lrou,·a Loule sa ma:son en émoi :
tic
la l'cnuc des alliL"scn 1814, die a,ait eu,
moi une Lcnlalion trop forte, je succombai et on lui arait de nouYcau, cl celle fuis en plei n
comme
tout le mon&lt;le, il loger des soldais
m'emparai de tout œ qni me lomba mus la jour, rolé Lous ses diamants, r111i rnlaicnl plus
ét rangers, cl avait reçu
nnin. J'étais redescenrbrz clic en pariage u11
du par la fenètre aranl
tbtf cosaque cl rn11
mème que ma femme
dnmc~liquc. )bis, malait eu le temps de ~oupgré ll'U rs cllurls pour
~·:mncr ma prés~ncc. ,&gt;
se montrer aim.11,lt·~,
)lais le jury, cette
t•llt! n'avait p11 ~c faire
f,ù, 11c se laissa pas
it la longue b:1rlic et
ronra:nne ; le mari c~
à la. ph) sionomic fab l'emme, déclar és·
rourhe de H'S liôles, qui
roup:11.ilc,, forent conlui in~piraicnl une ir;dam 11,is à dix ans de
&lt;lit·i Lle terreur, d dans
lraraux forcés al'CC exlrsqutls clic persi,l:1il
position. Le premier su11 Yoir des 1"0li-11rs de
hi L sa peine, mais la
~rand chemin. llai1léc
scronde, toujours adroiperpétue li cm en l par
te, troura moyen de s'y
!"idée c1u'on nllail la
souslra:rc. La line moudépouiller, c'est alors
che, sans cesse aux
qu'elle a l'ail eu l'idée
agucls, profila du lrot:hizarre de foire confecble produit i1 Saint-Lationner qnarantc boites
zare par les él'énements
de fcr-blanc pareilles
de Juillet, pendant la
à celles des herborisa11él'olution de 1830; elle
teur~, qn'tlle al'ait remréussit à s'érndcr, el
plies &lt;le &amp;t•s diamants el
Cliché Giraudon.
personne jamais ne pul
de tout l'or monnayé
« °'.\E LE RÉVULLEZ PAS, SEIG:'IEl;R DUC !JE ,)lENDOCE., •. •
rdroul'cr sa trace. Muqu'elle ami! pu se proM
.1DE~IOISELLE
.\I.\RS
(Dona Sol), FmMl:'I (Herna11i) et j O.I""" (1)011 Ru)" (;ome; de Si/1°&lt;1) ,l-111s ta scé11c
1011 fut enfermé au uatllflT. Puis les boites
Ji11.1 /e ,l'!fen1.111i. - LflhogrJphie ,t'IIENRI 8.1Ro, (C.1ti11el des Eslampes.l
gnc de Toulon, cl l'on
a,·aicut été suspendues
raconte que son an:!npar des !ils de fer dans
Lurc était dcYCnue pour
.
réduit
le
plus intime de son apla
fosse
dn
lui un titre: de gloire
&lt;&lt; l\cgardcz-moi, tic 200 000 lirrrs, somme consi&lt;léral,lc pour
parlement.
l'époque.
Mlle
Mars
adorai
t
les
bijoux,
mais
disait-il al"cc; fierté aux ,·isilcurs, c'est iiloi
On raconlc que le nom de fürs lui renait de •
l'auteur &lt;lu ,·ol des diama11ls de Mlle Mars! )l die avaiL le respect de son arLqui, pour clic, sa mère, Marie Sah·ctal, qui était très belle cl
passait aranl tout. Il y al'ail , le soir mème,
au Françai~, une première rrprésenlalion à s'était aulrcl"ois faiL cnlc,·cr it Carcassonne,
ot1 elle habitait arc:; ses parents, par l'aclcurilien qu'on cù L rctrou n\, racbées dans les hq uclle tout Paris dcmiL se rL'ndre ; elle ne auicur Jacques Boulet plus connu sous le
voulut
pas
qu'on
fit
relàche
cl
s'oppos:i
à
cc
houes du roleur, au momcnl où on l'arrêta,
nom de ~lomel, qui lui aYaitjttré de l'épouser.
une grande partie des pierreries, la perle n'en que rien fùl changé au programme. Elle
Pour pouvoir entrer au thràlre, dont clic ·
al'ait p:1s moins été considéraulc pour leur joua Louisi de Lignerolles al'cCun naturel si éLait passio11néc, en mème Lemps que pour
propriétaire; aussi n'élaiL-il - personne qui parfait, une si grande aisance et une si com- dérouter sa famille, elle prit un pseudonyme,
n'eût compati au malheur de Mlle Mars, cl plète liberté d'esprit que celle soirée fo l pour cl celui qu"ellc choisit fuL le nom du mois
clic un dè ses beaux triomphes; le succès de
lont Paris était l'en u s'inscrire chez clic.
incertain et changeant qui semblait l'image
li semlJlait que cet événement ci1l encore la pièce fnt considérable, cl la salle loul en- même de son humeur fantasque.
ajouté à sa popularité ; on admiraiL sa rési- tière croula sous les applaudissements. Les
Mais comme les giboulées de printemps
gnation et on se racontait les mille petits fameux diamants, du reste, celle fois encore,

�•

111S TORJ.ll ----------------------------------------~
Il'' l,ourra,qucs de celle llalurc emportée passaient l'ile cl il ne semble point qudlll1• fürs
ail eu jamais à en souffrir. La petite llippo1}le, qui del'ail de\'Cl1ir la plus grande des
lragéJicnncs, était Ycnuc au monde le !) jan1icr 177!), cl le bruit du canon a,ail salué sa
naissance en mèmc Lemps que les cloches de
Notre-Dame sonnaient à Loule rolée en signe
d'allégresse. Elle était née en effet à la date
mèmc où )laric-.\ nloincllc donnait le jour à
un Dauphin, œ qui lui avait valu une rente
de J00 francs. Sa royauté dc,·ail ètre moins
éphémère que celle du Prince dont on célébrait la nai ance, cl pendant près de cim1uanlc
ans elle allait régner sur Paris par l'irrési tiblc aurait de son talent. Madame )!ars a
mère ne devait jamais s'appeler ~lme de Mon1cl. Malgré ses promesses, son Yolagc compagnon, nommé lecteur du roi Guillaume lll,
partit pour la uède, dont il ne dcrait jamais
rc1cnir, el la mère cl l'enfant restèrent à peu
près sans ressources. li fallait vil'rc pourtant
cl la paurrc délaissée s'engagea dans la troupe
organisée par Mlle Monlansicr pour courir la
pro, iucc cl aller de Yi lie en ville donner des
représentations trop souvent peu fmclueuses.
La petite fille sui,ait sa mère dans ses ,oyagcs
cl, maintenant qu'elle al'ait grandi, Oil l'utili~ail tant bien que mal pour les rùlcs d'enfants
ou d'Amours. Le rôle de la petite Louison, du
Malade imaginaire, fut l'une de ses premières créations. Hien n'annonçait alors ses
éclatants suCCl'S futurs dan · celle carrière 011
elle ne devait remporter que des ,·icloircs; son
physique était ingrat cl sa ,oix faible cl lrcmblolanlc. Lorsqu'en 1ifl,j, la troupe rev;nl 11
Paris s'installer dans celle salle de la rue
Feydeau, qui dc1ail dcl'enir plu~ lard le
lhé,ilrc de la Comédie, nul n'aurait pu s'imaginer alors que celle petite fille de dix-sept
ans, aux allure gauches cl à la l'Oix étranglée, dcmit dcrcnir l'une des gloires de la
scène française. Les encouragements de Dugazon, qui semblai Lavoir dcl'iné celle 10cation
cachée, finirent par triompher de sa timidité
excessil'c. Chrz clic, le Laient cl la beauté se
rél'élèrcnl à la fois; ce fut un épanouissement
subit, etdès les premières années du Consulat,
les leçons de )Ille Contat l'inrcnl donner le
dernier el complet déreloppcmcnl à son talent
meneilleux . .Aprt's a,oir triomphé dans les
classiques, clic interpréta les rùles de l'école
romantique, qui YCnait de naitre cl brillait
dt~l d'tm si Yif éclat, car la souplesse de son
talent ne l'aYaiL pas enfermée dans un genre
spécial : clic aborJaiL à la fois les rùlcs dïng1;nuc, d'amoureuse cl de grande t·o&lt;1uctlc,

stt'r, oit cll!• al'ail n:ulli tous h·, luxes l'l
toutes les t:léganet•s. C'est là qu'elle mournl
Cil 1847.
Elle :11ail soixante-six an~. Elle 'était
, oùlét• dans les dernière~ années cl marchait
mainl(•nanl a,ec peille, cachant !11al ses dwvcux blancs, qu'elle a,ait teints si longtemps,
sous un tour de bandeaux noirs; mais, quoiC(U 'elle fût atteinte, disait-on, d'une maladie
de foie, rien ne faisait présager (JUCsa fin pùl
èlrc proche.
l'n jour que son amie )!me Dabadie, une
ancienne cantatrice d'opéra, devenue déYotc,
la pressait. de songer à son salut et lui ,anlait
son confesseur qu'elle disait admirable : « J'y
penserai, j'y penserai, lui répondit-clic, mais
mille affaires me rcslcnl à terminer. J'ai
encore à \'ersaillcs un procès avec ]C{1uel il
faut que j'en finis e; ~u8sitùl après, lu m'amèneras ton abbé. »
Huit jours plus tard, une maladie ~ubile la
terrassait tout à coup. C'était, dit-on, l'abus
des cosméliqucs violents dont elle a,ait usé
longtemps pour colorer sa chc1·clurt', qui
a,aicnl allcint le cer,eau el déterminé une
congestion. Sc sentant gra,cment atteinte,
clic 11 'cul garde d'ouhlier les recommandations de on amie : « Ton ,·icairc ! Lon I icaire ! 11 lui écrivit-clic en Loule Mte. Le
l'Onfcsscur accourut, c'était l'abbé Ga liard,
,·icaire à la ~ladclcine, cl il ne pul se défendre
&lt;l'ètrc ému du charme cl de la séduction &lt;le
sa belle pénitente. D'ailleurs, malgré les écarts
inévitables de celte e~i Lencc accidentée, jamais aucune de ses lia:sons n'al'ait causé de
scandale cl elle amit fait assez de Lien pour
faire oublier les erreurs de sa l'ic p:i,séc.
füme dan les dernières année~, 011 d'imprudentes spéculations à la Bourse avaient rnlamé
sa fortune, clic avait continué à répandre
autour d'elle d'abondantes aumùnc•.
Pendant plusieurs jours l'ahl,é rc,·inl près
d'elle cl il sentait croitre à chaque fois son
estime pour celle nature privilégiée qui, tout
en pal'ant sa part aux faible sos humaine~,
arail gardé lant de droiture, de loyauté cl de.
délicatesse. « Où sont l'OS belles couronne~,
mademoiseUc? » lui disait J'al,bé venu pour
l'exhorter une dernière fois : &lt;&lt; Yous m'en
préparez une l,ien plus belle, lui répondilcllc, el celle-là clic durera toujours. »
Cc furcnt presque ·es dernières parole~:
elle s'éteignit doucement, calme et résignée,
confiante en lJ. miséricorde de Dieu, san,
En (JUitlanl la Coméd:c, clic se relira Jans regrcb pour la l'ie qui n'a,·ail été pour clic
a maison de \'cr~aillcs cl , cmtil seulement qu'un continuel sourire et qu'une perpétuelle
passer l'lii\'cr dans son bùtcl de la rue La, oi- , icloirc.

gràcc à celle bèaulL: admirablt•. si lente il ~•épanouir, m:iis qu'elle clcrnit conscncr en re1anchc jusqu'aux portes de la ,icilksse. Elle
t:lai L restée l'éternelle ingénuc ; cl à , oir la
nobles c de sa démarche, la fraicheur de son
sourire et la vil'acilé de son regard, il semblait, lorsqu'elle paraissait en scène, que le
tcmp· l'eût oubliée d'une façon définilil'C cl
que celle jeunesse inaltérable dùl la parer
jusqu'à son dernier jour.
•\ la Yi Ile, pourt.111l, l'illusion lombail ; ses
yeux admirables éclairaient toujo:irs son
visage, mais son teint brouillé, ses lrail,
accu é·, sa taille épaissie montraient une
femme Yicillie se défendant mal contre les
outrages de l':lgc. Ce n'était pas seulement au
Lhéàtrc, malhcurèU$CmenL, qu'clic ,oulait
continuer à jouer les rôles d'amoureuse; son
cœur était resté jeune cl sa liaison prolongée
a,cc un jouvenceau, modèle de toutes les élégances, faisait sourire depuis longtemps. Rien
n'avait pu la détacher de lui, ni ~es infidélités, ni ses brusqueries, ni son indifférence!
li fallut l'humili;ition de son amour-propre
froissé pour a,oir raison de celle passion
lârdil'c.
C'était au cours &lt;l'un l'Opgc, cl le jeune
élt:ganl, l'Îclimc d'un accident de chcrnl ou
de ,·oilurc, sans importance, venait d'ètrc
r.1mené, légèrement blessé, à une auberge oü
il était inconnu aussi bien que sa compagne.
Un médecin est appelé en Loule hùlc, cl
Mlle Mars, les yeux baignés de pleurs, l'interroge en témoignant la plu · ,·i,·c inquiétudl!.
« Calmcz-1ous, madame, lui répond le
médecin, après a,oir examiné le malade, il
n'y a rien de graYe dans l'étal de M. rnlrc
fils. »On dit qu:l celle cruelle méprise réu~ il
enfin à lui ouHir les yeux cl à la détacher
Jéfinit:1cmcnt d'une pas ion que son âge ne
pou,ail plus rendre excusable. L'amour n'était plus son fait, ni à la Yillc, ni au théàlrc,
cl on commcn~·ail à railler l'éternité de sa
jeunesse. En i81 I, clic se retira définitircmcnl. Le 7 al'ril, clic parut sur la cène pour
la dernière fois, clic jouait Célimènc du .llisanthrope cl .\raminthc des Fausses Confidences.
Elle fut couronnée sur le théàlrc mèmc,
par un public enthousiaste qui ne se las ·ail
de la rappeler cl de l'applaudir.

\ ' 1co.1ll't:: oi;

Rt::ISET.

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XXIII (suite.)
.\prè,
a1oir lra,l'rsé le Hhi11 it llu11i1t"U&lt;'
~
t)

'

1c ,,. corp, se lrou,a da11, le pa~, de llade,

dont le soul'erain, ain i que &lt;'C lui de Bal'ièrc
el de \\ urlemhrrg-, venait de ronlracler Ulll'
alliallrc a,cc Xapoléon : aussi f'ùmes-11ous
1·cç1~s en a1~is par la populatio11 de Brisgau.
Le fdJ-nwrechal ,Jellachich n'ayail pas osé st•
llll'surcr a,c~ Il•~ Fran{·ais dan un pa1, oi1
le, eommu111cal101l · sont si facile~. mais il
11011, allcnJail au dcl11 de Fribour", it l'entrée
dt• la forèl Xoire, dont il complait 11ous faire
aeh~•lc~· le pass.1ge par beaucoup de sang. li
t•~p.e1:ai_1:-1_1rloul 110w, arrèlt•r au l'a[ d'E11/'er,
th•frle ctrorl, fort long, cl domi11é &lt;le tous 1·lil&lt;•s
par &lt;ll', rocher, it pic, faciles i1 défendre. )lai,
ll's lroupt•s du _ï •· corps, qui 1enaicnl d'apfH'!•n&lt;lre lt·s hril~a11_1, ,ueeès remportés par
leurs camarades '.t l lm rl en Ba, ihe, jalou 'Cs
de monln•r aussi leur hra10llrC, s'élanrèrcnt
a1~c ardeur dans la fonlt Xoin•, qu't•llcs frandurl'nl t'll lroi, jnttrs, malgré IL•s oh, tacle~
du lcrraill, la n:si,lallcc cle l't•nm•mi cl la
diflicullt: de se procurer des ,i,rcs dans cd
affreux désert. Enfin. l'armée déboucha dans
u11_ pa1s fortilc et camp:t autour de Do11auesd11ngl'll, ùlle fort agréablL•, où se lr9u1c le
magnifique chàlcau de l'antique maiso11 des
princts &lt;le Furslcnhcrg.
~c maréchal .\ugcreau t'l ses aides Je camp
logcrenl au chàlca11 . dans la cour dm1ucl se
lroul'e la ~ourcc &lt;lu Danube; Cl' gra11d llcme
montre sa puissance cil nais a11l, ear à sa
,orli&lt;• cil' terre il porte dt~à bateau. L&lt;•s allcl_agc, de l'artillerie cl ll0s équipages a,aicnl
~p~ouré ~c très grau&lt;les fatigues dans le· Jéhle rol'arllcux l'l monlut•ux de la forèl ~oirc,
qu~ le 1crglas m1dail t'll~orc plus difficiles.
~I fallut donc do1111er aux chc,aux plu icurs
Jour~ d~ rcpo ·, pendant lcsqucl le ca1alicrs
au lr1ch1cns , enaicn L de Lemps à autre t.Hcr
110s arnnl-posles, placés it deux lieues en aranl
&lt;le la 1illc; mais tou t se bornait it un Liraillc111e~1l 11ui nous amusait, nous cxerrail i1 la
pclrl~ guerre, cl 11ous apprc11ail i1 connaitre
les drn:r uniformt•s ennemis. Je vis là pou r
la première foi - les uhlans du prince Charles,
les dragons de Roscnberrt et les housards de
Blan_kcnslcin. Xos chc,;ux &lt;l'attelarrc
a,anl
0
repris leur vigueur, l'armée conlinua sa ri'.iar~he, cl pl'ndanl plu~ieurs semaines nous eùmes
es, comb_a!s conlrnucls qui nous rendirent
maitres d tngen cl de Slockach.

Quoit1nc sourenl lrt's t•,post; d.tns ces di, ers
cngagemcllls, je n't•prou1ai qu'un ,cul acc.:il!c•~t, mais il pournit être fort gra1t' . La terre
etarl cou,erlc de neige, surtout auprès de
Sloekaeh. L'ennemi Jélcndait celle position
a,ce acharnement. Le maréchal m'ordonna
d'~llt•t_' ~'l'('Otmailrc un point sur lequel il roularl Jirrger une colo11ne; je pars au galop, le
sol me parais ant très uni, part·c que le Ycnl,
Pn poussant la ncigl', a,ait eomblé tous le:,
f'o l:S. Mais tout 11 rnup mon t hc,al cl moi
c11!011~ons ~ans un grand ral':11, aiant de la
11r1gc JU ,,u au cou.... Je Làchais de me tirer
dl' celle c~pècc de gouffre, lors11uc llcnx hou~ard~ cnucmis parurent au sommet cl déchargi·rc11t leurs mousquclolls sur moi. llcureuSL'mcnl, la neige dans la&lt;1ucllc je me déballais
ainsi 1111c mon cbc,·al a~anl cmpèché les t·:ivalicr, autrichien~ de bic11 aju Ler, je ne rt•rus
aueun 1ml ; mais ils allaient réitérer· leur f'l'U ,
lor-11uc l'approche d'un pclololl de chas,eur,,
que lt• maréchal Augereau cn,o,ail il mon
secour~, le contraignit à ~\:ioigne·r promplt.'111enl. .h cc un peu d'aide, je sorti~ du ra, in ;
mais on cul bc:111coup dt• peine 11 en relirl'r
mon chcrnl, 11ui l'epcndanl n'était pas blessé
110n plus, 1·c qui permit il mes camarades de
rire de l'étrange figure que j'al'ai~ à la suite
de mon bain de lleigc.
.\près aYoir conquis loul. le Yorarfüerg,
nous nous enrparùmcs de Bregenz, cl acculùmc~ le corp~ autrichien de Jellachich au lac
de Con~lancc cl au 'J\ rol. L'ennemi se couuit
de la forlcre·sc de ·Feldkirch cl du eélL·brc
défilé de cc nom, derrière le quels il pou rail
nous rési~Lcr a,cc arnntagc: nous nous allclldion, à lil'rrr un combat lrl'S meurtrier pour
cnlcrcr celle forte position, lorsqut•, à notre
grand étonnement, les .\utrirhien · dcmandL~
rcnl i1 capituler, cc que le maréchal Augereau
s'empressa d'accepter.
l'cndanl J'cnlrcnre li uc les dcu:.. maréchaux
cure11L à celle octasio11. les officier, au trichicns, humiliés des re,·crs c1uc leurs armes
venaient d'essu1er, c donnèrent le malin
plaisir de 11ous annonecr une très l',\chl'usc
no111clle, tenue cachée jusqu'it cc jour, mais
que les Bmscs t'l les .\ulrichiens a1aic11L
apprise par la l'Oic de l'.\ nglctcrrc. La llollc
franco-espagnole a1ail été battue par lord
Xcbon, le 20 octobre, non loin de Cadi~, au
cap Trafalgar. .\'olrc malcnconlreux amiral
Yillcncuvc, que les ordres précis de Napoléon
n'a,aicnl pu déterminer à sortir de l'inaction,

lors11uc l'apparition subite Je Loules les !lollcs
de la Franec &lt;'l de l'Espagiic dans la )fanclre
pouvait a surcr le passage c11 Angleterre dt•
nombreu L'S troupe· réon:t•s il Boulo!(ne, \ïllcncul'c, en apprenant &lt;JIil' par ordre de :'\apolé_on il allait ètrl' renrplac·é par l'amiral
Hosily, passa tout à coup d'un cxd•, de cirl'onspcclion à une lrl•:, gra11dc audace. li sortit
de Cadi,, li,ra une bataille qui, d rt-ellc
~our_né à notre al'alllage, t•ût été il peu prè~
mulrlc, puisque l'armée françai l', au lieu de
se lrou,cr à Boulogne pour profiler de ec
suceè, cl passer Cil \nglelcrre, était it plu~
de deux t·cnts lictH'S des eôlcs, faisant la
guerr1• au &lt;·entre de l'Allemagne..\prè~ 1111
l'ombat &lt;les plus acharnés, b flollcs d'Espagne cl de Fran!'C furent battues par œllc
d'.\nglctcrrc, dont l'amiral, le célèbre Xelson,
l''.1L tué, cmpo_rlanl dan;. la tombe la réputation dl• prcma·r homme de mer Jl' l'époque.
Ile notre ctilé, nous pcrdimcs le l'Onlre-amiral
)la~on, officier d'un très grand mérite. l'n de
110s I aisseau:.. sauta; dix-,cpt, tant françai,
q_u't•,-pagr~ols_,_ furent pri,. l'nc lempèle horrrhlc, qur "cl&lt;·1·a l'Crs la fin de la bataille,
dura Loule la nuit cl b jour;, suiranls. Elle
l'u t sur !c point de !'aire périr b ,·ainqucnr:,
l'l les ,arncm,: aussi, le:-. Anglais, ne s·()(·t·upanl plus que de lcu1· propre alul, furent-ils
obligés d'abandonner presque Lou~ le- ,ai~seaux qu'ils nous avaient pris et rini, pour la
pl~1parl, furent conduit,- i1 Cadi:.. par le déf)l'Js d~ leurs hra~·es cl malhL•Url'UX équipagt•~; d autre;. pfr,rcnl en ·c brisant ~Ill' les
rocher~.
Cc fut à _œlle lerriulc ualaillc lfUC mon
c_xcdlcnl ami France d'Jloudctol, aujourd'hui
hculcn,aol gé~éral, aide de camp du Hoi,
reçut a l? cmssc_ une forte blessure &lt;Jui l'a
r,cnd_u bo1t_eu~. !) llou_dctol sortait 11 peine de
1enfance: 11 clarl asprraot de marine cl allaché à l'étal-major du conlrc-amiràl Marron
ami de mon père. Après la mort de cc b~a,~
amiral, le misscau l'Algài1·a8 qu'il montait
fut pris à la suite d'un sanglant combat, el
les Anglais placèrent 11son bord une "ardc
de
0
soixante hommes. )lais lorsque la tempèlc
eut séparé l'.1/yésiras des ruisseaux ennemis
ccu~ des officiers cl marins français qui arnien~
,un·rcu au combat déclarèrent au:.. of'licicrs
cl au détachement anglais qu'ils eussent à se
rendre à leur tour ou à te préparer it recommencer la lutte au milieu des horreurs de la
nuit cl de la lempèlc. Les Anglais, n'étant

�,

•
111STOR..1A
pas disposés it st• ballre, consentirent 11 capituler, sous condition de ne p:is ôlre retenus
prisonniers de guerre, cl les Français, hicn
11ue menacés de l'aire naufrage, rrplacèrent
al'CC des tran~ports de joie leur pal'illon sur
les déhri d'un m.it. .\près a,oir été , ingt fois
sur le point d'ètrc engloufü, tant le n:nire
était en mau,a:s étal cl la mrr l'uriensc, ib
c•urcnt enfin le honlwur d'entrer dans la rade
de Cadix. Le ,ais eau qni portait \ïllencurc
:nant été pris, cet amiral infortuné l'ut conduit ('Il .\nglctcrrc, oü il resta pt•ndant trois
ans prisonnier de gnl'rrt' ..\ pnl 1:Lé échan~é,
il prit la déterm:nalion dt• se rendre à Paris;

el parlaient de se rérnltcr contre ,on autorité.
L!' plus ardent des opposants était le général
prince de Bohan, officier français an serl'icc
de L\utrichr, homme fort bral'C et trb cap:iblc. Le maréchal .\ugcrcau, craignant que
.lcllachich, entrainé par les conseils que lui
donnait )1. de fioh:111, ne paninl à C:-chappcr
1, l'armée l'rançaist' en se jetant dans le T) roi,
0:1 il nous rùt été presqur impossible de le
s:iine, s'empressa d'accorder an maréchal
ennemi toutes les conditions quïl demandait.
L'I capitulation po~tait donc que le, troupes
antrichicnnes dt"posera:cnl k•s armes, li, rcraicnl lenrs drapeaux, t:lendard,, canons et

t;o»B.\T o'ELClll:'&lt;l,E~ ( 15 Ot.:Tt;URE

111a:~.

arrèlé i1 l\c1111cs, il se Ill sauter la cer-

l'clle.
Au monu•nt où le l'cld-marédnl Jellacliich
était obligt: de capituler dcrnnl le 7e corps tic
l'armée française, celle n:solulion du chef
c11nemi nous étonnait d'autant plus qm•, l1icn
que hallu par nous, il lui restait encore la
rc source de se relir1•r dans le 'f)Tol, placé
drrrièrc lui, cl dont les habitants sont depuis
des siècles très allachés it la maison d'Autriche. La grande quantité de neige dont le
1\rol était couYcrt rendait sans dontc cc pa) S
/un accès difficile ; mais les difficultés rp1 ïl
prt:scntait eus ·1•nl t:lé Lien plus grandes pour
nou·, ennemis de l'Autriche, que pour les
troupes de Jellacbich ~c retirant dans une
prorince autrichienne. Cependant, si cc ~icux
cl méthodique feld-maréchal ne pourn1l se
résoud re à faire la guerre en hiYer dans de
hautes montagnes, il n'en était pas de mème
des officiers placés sous ses ordres, car beaucoup d'entre eux blàmaient sa pu illanimilé

cllo5). -

le rigueurs de la sai~on; pms, par une
march:! audacieuse, passant au milieu des
crnlonncmenls des troupes du maréchal ~ry,
,,ui occupaient les ,illcs du T)rol. il ,int
tomber cnlre \'éronc et Venise sur les clcrrirrcs de l'armée française d'ltalit', pendant
que celle-ci, aux ordre~ de )!asséna, sui,ail
en queue le princt• Charles, qui se relirait sur
lt• Frioul. l,'arri,·ée dn prince de fiohan dans
k pays ,·énitien, alors que Masst:na en C:-Lait
Mjit loin. pourail aroir ll's 1·01Béqucnccs l!'s
plus gra,cs: heureusement. une armée française vcm:1t de ~aptes, sous les ordres du
général Saint-Cyr, hallil cc prince et le 1·011-

GrJ1•11re ,le 1'1mO:&lt;.\RO, ,/'Jfrès llOQvEl'LA:-.. (,\/11sèe ,fr 1·ers:Jilles.)

chernm, mai ne ~crai1:nt pas conduilcs c11
France et pourraient se retirer en 13ohènw,
après arnir juré de ne pas scnir contre la
France pcndanl un an. En annonçant celle
.capitulation dans un de ses bu_llctins . de ln
grande armée, l'Empcrcur témoigna d ab~r&lt;l
un peu de méconlcntcmcnl de cc qu o'.1
n·a,ait pas exigé que h•s troupes autr1chicnncs fussent envoyées prisonnières eu
France; mais il revint sur celle pensée, lorsqu'il cul acquis la certitude &lt;1uc le maréchal
.\u,.crcau 11'arnil aucun moyen de le y contra~1drc, parce qu'elles al'aicnt la faci lité de
s'échapper. En effet, dan, la nuil ,1ui précéda
le jour où les ennemis dcraicnl d~poscr 1~·
arme , une rérollc éclata dans plusieurs l.ll'l"adcs autrichiennes contre le feld-maréchal
Jl'llachich. Le prince de fiohan, refusant d'adhérer à la capitulation, partit arec sa diris:on d'infanterie, à laquelle se joignirent quelques ré!!imenls des autres dil'isions, et se
jeta dan; les montagnes qu'il lrarcrsa malgré
.... 316 ..,.

trai;.mil à ~c rendre pri~on11il'r de gut•rrc·.
mais tlu moins il ru• céda q11 'à la force et tut
en droit de dire qm•, si le feld-maréchal Jdlachich était ,·cnu aœc toute · ses troupes, le·,
.\utrichicns seraient pcul-ètrc parrnrns i,
l'aincrc SJint-Cyr cl à ~·ouvrir un passage.
Lorsqu'une Lroup~ capitule, il c,t d'usa~c
11nc le rai1u1ucur cn,·oic auprès de chaque
dil·ision un ol'ficicr d'état-major pour r11
prendre en quclqu.1 sorte po~scssion et la
conduire, au jour cl à l'heure indiqué~, ,u~
le lieu où clic doit déposer les armes. Ceh11
de mes camarades r1ui fut cnl'oyé auprès du
prince de Rohan fut laissé par celui-ci ~an,
le camp qu'il ,1uittail, parce que cc pr1m·1·,
opt:r:inl a relrailr en arrière de la place forte
de Feldkir&lt;'b, cl dans une direction oppost:c
au camp des ~·rançais, n'al'ait pas à rcdoult:r
d'ètrc arrèlé par eux dans sa marche; ma~s
il n'en était pas de même de la caYalc~1c
autrichienne. Elle birnuaquait dans une petite
plaine en al'anl de Feldkirch, en face el à pru

_________________________

de distance de nos al'ant-p:isles. J'avais été
chargé par le maréchal .\ugereau de me rendre
aupr~~ de la cara'erie autrichienne pour la
ronduire au lieu du rendez-vous conYcnu;
cl'lle brigadr, compo,éc de trois forts régiment~, n'avait point de général-major; clic
&lt;-tait commandée par le colonel des housards
de nlankenstein, l'icux Hongrois dl's plus
hravcs et des plus madrés, donl je rcgrclle
dt• n'al'oir pu retenir le nom, car je l'estime
hcaucoup, bien qu'il m'ait fait suhir une
mystillcation f'orl dés:igréalJlc.
.\ mon arl'iYée dans son r,amp, le colonel
m'avait offert pour la nuil l'ho pilalilé dans
sa baraque, et nous étions convenus de nous
nwurc en ronte au point du jour, afin de nous
rendre au lieu indiqué sur les grè,·cs du lac
de Constance, entre les villes de Bregenz t•l
de Lindau. Nous a"ions toul au plu trois
lirurs à parcourir. Je fu lr~s étonné lorsque,
wrs minuit, j'entendis les ofliciers monlcr à
chernl .... .Je m·t:Jance hors de la baraque, cl
roi, qu'on forme les escadrons et qu'on se
prépare it partir. Les colonels des uhlans du
prince Charles et de dragons de Rosenberf(,
placés sous lt•s ord rcs du colonel des housards.
m:iis auxquels l'clui-ci n 'aYait pas fait part de
~es projets, vinrent lui demander le motif de
cc départ précipité; j'en fis autant. .\!or$, Il'
, it•ux colond nous répond, a,·cc une froide
hypoeri ie, que le feld-maréchal Jellachich,
&lt;'raignant que quelques quolibets lancés aux
soldats autrichiens par les français (dont il
l'audrait longer le camp, si l'on se rendait
par la roule directe à la plagr dt• Lindau)
n'amenassent dl's querelles C'nlre IC's troupes
des &lt;lem: nations, Jcllachich, d'accord av1•c h•
man:cbal .\ugercau, avait ordonné aux tro11p1•s
aul~ichicnnes de faire un long circuit sur la
clrorlc, afin de tourner le camp français et la
, il!c de flregrnz, pour ne p:is rencontrer nos
sJldats. li ajouta que le trajet étant beaucoup
plus long et les chemins difficiles, les chefs
des deux armées arnicnl avancé le départ de
11uclqucs heures, et qu'il s'étonnait que je
n'en eusse pas été prérenu; mais que proba1,lemenl la lcllrC' qu'on m'arnil adressée it cc
,njcl arait été retenue aux avant-postes par
s~it? d'un malentendu; il poussa mèmc la
d:ssrmulalion jusqu 'i1 ord:inncr à un officier
d'all1•r réclamer celle dépèchc sur Loule la
lignr.
Les motifs allégués plr le l'Oloncl des lllankcnslein parurent si naù1rels à ses deux camarades, qu'ils ne firent aucune oh5crl'ation. Je
~1·en élerai pas non plus, b:cn ,1uc, par instinct,
.1c troul'asse louL cela un peu louche; mais,
seul au milieu de trois mille cavaliers ennemis, que pouvais-je faire? Il \'alail mieux
montrer de la confiance que d'a,·oir l'air dr
doutrr
de la bonne foi de la briaade
autri.
0
('h1cnne. Comme j'ignorais, du reste, la fuite
de ,_la dirision du prince de Rohan, j'arouc
qu 11 ne me vint pas dans l'esprit que le chef
de la cavalerie cherchait à la soustraire à la
rapitulation. Je marchai donc avec lui à la
tt\t? de la colonne. Le commandant autrichien,
'l'.H co~naissait parfaitement le pays, avait si
hrrn prr, ses dispositions pour . 'éloii:nrr des

Mi.MOfflëS DU GÉN'É1(Al. 1J.ll1(0N D'E MA1(BOT _ . , .

postes français, dont l'emplacement était, du
rrslc, indiqué par des feux, qnr nous ne passàmrs à pro-.imité d'aucun d'eux. Mais ce i1
quoi le ,icux colonel ne s'attendait pas, ou
cc qu ïl ne pul é,·itcr, ce fut la rencontre de
patrouilles volantes, que la cavalerie fait ordinairement la nuit dans la campagne à une
certaine distance d'un camp; rar tout à coup
un: Qui 1·i1•e'! se lait entendre, et nous nous
lrourons en présence d·une forte colonne de
ravalcrie française, que le elair de lune permet
de distinguer parfaitC'mcnt. .\lors le l'ieux
colonel hongrois, sans laisser paraitre le
moindre trouble, me dit: &lt;1 Ceci vous regarde,
monsieur l'aide de camp; l'Cuillez l'enir a\'CC
moi pour donner des explications au chef de
cc régimrnt français. 1&gt;
Nous nous portons en avant, je donne le
mol d'ordre, et me trou\'C en présence du
7• de l'111sscurs à cheval, qui, reconnaissant
Pn moi un aide de camp du maréchal .\ugcreau, cl sachant d'ailleurs qu'on allcndait les
troupes autrichiennes pour la remise de leurs
armes, ne fil aucune diffü:ullé pour laisser
passer la brigade que je conduisais. Le commandant français, dont la troupe arail lt•
sabre en main, cul mtlme l'allenlion de le
l'aire rcmellrc au fourre:iu, en témoignage du
bon accord qui de, ait régnt'r entre les &lt;leu,
colonnes qui se cotoyèrcnl paisiblement en
continuant leur route. J'al'ais bien queslionn,:
l'officier supérieur de nos chasseur~, relaliremcnt au changement d'heure de la remise
des armes que deraienl opérer les ,\ utrichicns; mais il n't•n était pas informé, Cl'
qui n'éycilla aucun soupçon dans mon esprit,
sachant qu'un ordre de cc genre n'était point
du nombre de ceux 11ue l'état-major communi11ul' d'a\'ancc aux régiments. Je continuai
donc à marcher arec la colonne étrangère
pendant tout le reste de la nuit, trouvant
rrpendant que le Mtour qu'on nous faisait
faire était bien long, et que les chemin~ étaiei1l
fort maul'ais. Enfin, à l'aube du jour, t,,
, icux colonel, apcrCC\'anl un terrain uni, me
dit d'un ton goguenard que, bien qu'il soit
dans l'obligation de remellrc sous peu les
chernux des trois régim!!nls entre les mains
des Français, il veut an moins les leur livrer
en bon étal, cl avoir soin de ces pauncs
animaux jusqu'au dernier moment: qu'en
consé,1uence, il va ordonner de faire donner
l'al'oine.
La brigade s'arrête, se forme, met pied à
!erre, et lorsque les c·bevaux sonl allachés, le
ro!onel des Blankcnstein, resté sent à cheval,
réunit en cercle autour de lui les officiers et
t'avalicrs des trois régiments, et là. d'un Lon
d'inspiré qui rendait cc l'icux guerrier Yraiment superbe, il leur annonce que la division
du prince de fiohan, préférant l'honneur it
une honteuse sécurité, a refusé de souscrire i,
la hontense capitulation par laquelle le feldmarécl:ial Jcllachich a promis de livrer aux
Français les drapeaux cl ics armes des troupes
autrichiennes, et que la division de nohan
s'est jetée dans le T} roi, où il conduirait, lui
aussi, la brigade de cal'alerie, s'il ne craignait
dr nr pournir troul'cr dans re, ,lpres mon-

lagnes de quoi nourrir un aussi grand nomhre
dl' chcYa11x. Mais puisque YOilà la plaine,
ayant, par une ruse donl il se félicite, gagné
si, lieues d'arnm·r ,ur les lNupcs franç:ii,rs,
il propose à Lou~ ccut d'entre eux qui ont h•
cœur naimcnl autrichien, de le suiHe 11 lrarnrs l'Allem:igne Jusqu'en ~lora,ie, oü il ,a
rejoindre les troupes de leur auguste rmpt'rcur François 11.
Les housards de Illankcnslcin répJndirl'nl
à celle allocution de lrur colonel par 1111
bruyant hurrah d'appr:ibation: mais les dragons de fiosC'nberg cl les uhlans du prince•
Charles gardaient un morne silence! ... Quant
11 moi, bien que je ne susse pas encore assez
hirn l'allemand pour saisir parfaitement Il'
discours du colonel, les paroles que j'a,ais
comprises, ainsi que le Lon d1• l'orateur rt la
po ilion dans laquelle il se trou rail, m'arnienl
fait deviner de quoi il s'agissait, rl j'al'o111•
que je restai fort penaud d'aroir, quoiqu&lt;' i,
mon insu, seni d'instrumrnl 11 rc diable d1•
llongrois. Cl'pchdant, un tumulte aO'rru,
s'élt•ra dans l'immense ccrele qui m'c111iro11nail, el je fus à même d'apprécier lïncom·{-nirnt qui résulte de J'amalgame hétérogènl'
dt•s dil'Crs peuples dont se compose la monart'hie rt par conséquent l'armée aulrichicnrw.
Tous les h:H1sards s'.lnl Hongrois; b Illankenslein approU1aicnl donc cc 11uc propMait
un chef de leur nation; mais les dragons
étaient Allemands el les uhlans Polonais; 11Jlongrois n'arait par cela mêmr aucune inlluencc morale sur ces deux régimrnl~. qui,
dans cc moment difficile, n'écoulèrcnl qui'
leurs propres officiers; ceu'(-ri Ml'lari•rcnt
((UC, se considérant commê engagés par la
l'apitulation que le maréchal Jellachich al'ail
signée, ils nC' vonlaicnl pas, par lrur dt:parl,
aggral'er la position de cr feld-maréchal l'l dl'
ceux dr leurs camarades r111i se lrouvaienl
Mjit au pournir des Français. Ces dernier,
seraient 1'n effet en droit de les rnrnyer prisonnier rn France si une partir de~ trouprs
anlrichirnncs violait le traité com·cnu. A 1•pla.
le colonel de housards rrpowlit qur, lor~que
h• général en chef d'une armfr, pPrdant la
tète, manque à ses devoirs cl linc srs troupes
11 l'ennemi, les subalternes ne doil'rnl pins
prendre con cil que de leur courag1' et dl'
leur allachcmcnl au pays. Alors k colonel.
hrandissanlson sabre d'une main et ~aisissant
de l'autre l'étendard de son n:gimcnt, s'érril':
" .\Hez, dragons, allez remellrc aux Françai~
&lt;1 vos étendards avilis el les armes que noire
&lt;, Empereur nous al'ait donnée; pour J,, dé« fendre. Quant à nous, bral'c's housards,
" nous allons rejoindre notre auguslr Soml'&lt;1 rain, auquel nous pourrons encore montr..-r
&lt;c a,ec honnrur notre drapeau sans tache el
1&lt; nos sahres de soldats intrépides! » Puis.
s'approchant de moi, et lançant un coup d'œil
de mépris aux uhlans cl dragons, il ajoute :
&lt;1 Je suis certain que si cc jl'une Français sr
" trouvait dans notre position, et forcé d'imiter
« votre conduite ou la mienne, il prendrait le
« parti le plus courageux, car les Français
11 aiment la gloire aulaol que leur pays et s'y
c1 connai~senl en honneur! ... 1&gt; Cria dit, le

�r--

'-------------------------

111S TORJ.Jl

vieux chef hongrois pique des deux, et, cnlcYant son régiment au galop, il ~c lance rapidement dans l'espare, 011 ils disparaissent
hirnlôl !. ..
[I y avait du vrai dans chacun des deux
raisonnements que je Ycnais d'entendre, mais
célui du colonel de housards me paraissait le
plus juste, parce qu'il était le plus conforme
aux intérèls de son pays; j'approuvais donc
intérieurement sa conduite, mais je ne pourrais raisonnablcm0nl conseiller aux dragons
cl aux uhlans de l'imiter; r'cùl été sortir de
mon rôle el manquer à mes devoirs. Je gardai
donc une slr:ctc neutralité dans celte discussion, el, dès que les housards furent par:is,
je proposai aux deux colonels des autres rég:mcnts de me suinc, et nous nous mîmes en
roule pour Lindau. Nous y trouvâmes sur la
plage du lac les maréchaux Jellachich cl
Augereau, ainsi que l'armée française, et les
deux régiments d'infanterie autrichienne qui
n'arnient pas suivi le prince de 11ohan. En
apprenant par moi que les housards de Blankenstein, refusant de reconnaître la capitulation, se dirigeaient vers la Morarie, les deux
m:iréchaux entrèrent clans une grande colère.
Celle d'Augereau était principalement mo:iréc
p:u la crainte qne ces housards ne jetassent
une grande pcrlurbaLion sur les derrières dJ
l'armée française, car la roule qu'ils allaient
suirrc tra,·ersait les contrées dans lesquelles
!'Empereur, en marchant sur Vienne, arnit
laissé de nombreux dépôts de blessés, de parcs
d'artillerie, etc., elc. Mais le colonel ne cr~
pas devoir signaler sa présence par un coup
tic main, tant il arail hâle de s'éloigner du
pays où rayonnaient les armées françaisrs:
aussi, évitant Lous nos postes et suirnnt constamment des chemins dr traverse, se cachant
le jour dans les bois, puis marchant rapid rment Loule la nuit, il parvint à gagner sans
rncombrc les frontières de la Moravie, el s'y
réunit au corps d·armée autrichien qui l'occupait.
Quant aux troupes restées arec le fcldmarrchal follachich, après avoir déposé leurs
armes, étendards cl drapeaux, et nous aroir
remis leurs chevaux, elles dcrinrent prisonnières sur pal'Ole p:mr un an, el se dirigl\rcnl dans un morne silence rers l'intérieur
d~ l'.\llcmagnc, polll' gagner tristement la
Bohème. Je me rappelais, en les voyant partir, la n:.ible allocution du vieux colonel hongrois, cl crus Yoir sur bien des figures de
uhlans cl de dragons que beaucoup regrettaient de n'avoir p!l.S sui ri cc ricux guerrier,
et gémissaient en comparant la position glorieuse des 13lankenstcin à leur propre humiliation.
Parmi les trophées que le corps de Jcllachich fut contraint de nous li rrcr, se trouvaient dix-sept drapeaux. et deux étendards,
que le maréchal Augereau s'empressa, scion
l'usage, d'cnroyer à !'Empereur par deux
aides de camp. Il désigna pour remplir celle
mission le chef d'escadron Massy et moi. Nous
partimes le soir même dans une bonne calèche, faisant marcher derant nous un fourgon
de poste. qui contenait les drapeaux gardés

par un sous-offic:er. Nous nous dirigelmcs
sur Vienne par Kcmptcn, l3raunau, Munich,
Linz et Saint-Pœltcn. Qaclqucs lieues avant
d'arrirer dans celle dernifre rillc, nuus admir,îmes, en longeant les rires du Danube, la
superbe abbaye de Molk, l'une des plus riches
du monde. Cc fut en cc !:ru que, quatre ans
plus tard, je courus un bien grand danger,
et méritai les éloges de l'r◄:mpercur, pou1·
aroir accompli sous ses yeux le fait d'armes
le plus éclatant de ma carrière militaire, ainsi
qnc vous le rcrrez, lorsque nous serons au
récit de la campagne de 1809. Mais n·antir;p:ms p:i.s snr les érénemcnts.
CHAPITR.E XXIV
)larchc sur \ïcnn~. - ComhaL de Dirnstcin. - L~s
maréchaux Lannes CL } fnr•L rnli•vrnt lrs ponts ,lu
IJanuh~ sans coup férir.

Yous avez rn qu ·au mois de srplcmbrc 180:S,
les sept corps composant la grande armée
française étaient en marche pour se rrndrc
des cùle' de l'Océ1n sur les rires du DanubC'.
lis occupaient déjà le pays de Iladc cl le
\\'urlembcrg, lorsque le i" octobre l'empereur Xapoléon sr transporta de sa personne
au delà du nhin, qu'il pasrn à Strasbourg.
l'ne p:irlic de la nombreuse armée que la
Russie cnroyail au secours de L\ulricb.c arrirnnt en cc moment en Morarie, le cabinet de
Vienne aurait àù, par prudence, aLtcnclre que
ce puissant renfort cùl rejoint les troupes
autrichiennes; mais emporté par une ardeur
qui ne lui était pas habitùelle, et qui lui fut
inspirée par le feld-maréchal Mack, il avait
lancé celui-ci à la tète de qualrc.:vingl mille
hommes contre la Bavirrc, dont L\ulrichc
conroiLail la possession depuis plusieurs siècles, cl que la politi1111e de la Franec a constamment défendue con Ire les invasions. L'l::lcctcur de Barièrc, contraint d'abandonner
ses Étals, se r0lira avec sa famille et ses
troupes à Wurtz bourg, d'où il implora l'assistance de Napoléon. Cc dernier lui accorda son
allianée, ainsi qu'aux souverains de Bade rl
de Wurtemberg.
L'armée autrichienne, sous le rcld-maréchal Mack, occupait déjà Ulm, lorsque Napoléon, passant le D:inube à Donauwcrth, s·cmpara d'.\ugsbourg cl de Munich.
L'armée française, ainsi placée sur les derrières de Mack, coupait les communications
entre les Autrichiens rt les P.usscs, dont on
samit que les premières colonnes étaient
Mjà à Vienne el s'arançaicnt à marches fo,rcées . Le feld-maréchal Mack, reconnaissant
alors, mais trop tard, la faute qu'il aYait commise en se la.issant enfermer par les troupes
rrançaiscs dans un cercle dont la place d'Ulm
·était le centre, essaya d'en sortir ; mais, successivement battu dans les combats de WerLingen, de Günzbourg, et surtout à celui
d'Elchingcn, où le maréchal Ney se comrit de
gloire, Mack, de plus en plus resserré, fut
contraint de se renfermer dans Ulm arec
son armée, moins les corps de l'archiduc
Ferdinand cl de Jcllachich qui p:i.rvinrenl à
,'échapper, le premier vers la l3ohème, l'autre
"" 318 '"

rcrs le lac de Constance. Ulm fut investi par
!'Empereur. Celle place, bien qu'elle ne fùt
pas alors très fortifiée, pourail néanmoins
résister longtemps, gràcc à sa posit:on, ainsi
qu'à sa très nombreuse garnison, et donner
ainsi aux Russes le temps d'arri\'C'r à son
secours. Mais le feld-maréchal Mack, passant
de la jactance la plus exaltée au découragement le plus complet, mit bas les armes
dcranl Napoléon, qui avait, en Lrois semaines,
dispersé, pris ou détruit 80,000 Autrichiens,
et délivré la IlaYière, dans laquelle il ramena
l'Élecleur. Nous wrrons, en 1815, celui-ci
reconnaitre un tel bienfait par la plus odicme
trahison.
Maitre de la l3aYièrc, débarrassé de l'armée
de Mack, rEmpercur accéléra sa marche sur
Vienne, en longeant la rirn droite du Danube.
li s'empare de Passau, puis de Linz, Ott il
apprend que 50,000 flusses, commandés par
le général KoutousolT, renforcés par 40,000
Autrichiens, que le général Kienmaycr est
parrcnu à réunir, ont passé le Danube à
Yi, nnc et ont pris position à Molk et à SaintPœllcn. Il esl informé en même temps que
l'armée aulrich:ennc, commandée par le
célèbre archiduc Charles, ayant été baLLuc
par Masséna dans le pays Yénitien, se relire
par le Frioul dans la direction de Yicnnc;
enfin que l'archiduc .Jean occupe le 'f)'l'ol
a1•ec plusieurs diriS:Ons. Ces deux princrs
menaçaient donc la droite de l'armée française
pendant qu'elle avail les Russes devant ellr.
Pour se prémunir contre une allaque de
llanc, !'Empereur, qui avait Mjà le corps du
maréchal Augereau Ycrs Ilregenz, cnYoic
celui du maréchal Ney cnrabir Innspruck cl
ltJ1'yrol, et porte le corps de Marmonlà Léobco.
afin d'arrêter le prince Charles, venant d'Italie.
Napoléon, ayant par ces sages précautions
assuré son Oancdroil, ,·oulutaYantd'avancer di'
front sur les flusscs, c'.ont l'al'ant-garde renait
de se heurter contre la sienne à Amslcllen,
près de Ste}-cr, prémunir son flanc gauche
contre toute attaque des troupes autrichiennes
réfugiées en Bohême, sous les ordres de l'archid uc Frrdinand. A cet c·ilcL, l'Emperem
donna au maréchal Mortier les dirisions d'infanterie Dupont cl Gazan, et lui prescrivit dl'
traverser le Danube sur les pools de Passau
cl de Linz, puis de descendre le llcuvc par la
rirn gagchc, tandis que le gros de l'armée
continuerait sa marche sur la riYe droik.
Cependant, pour ne pas laisser le marécba1
Mortier trop isolé, Napoléon imagina de
réunir sur le Danube un grand nombre de
bateaux, pris dans les aflluenls de ce 0euw,
el d'en former une flottille qui, conduite par
les marins de la garde, devait descendre en
se tenant comtamment à la hauteur du corps
de Mortier, afin de lier le, troupes des deux
rives.
Vous allez me trourer b:en audacieux
d'oser critiquer une des opérations du grand
capitaine; cependant je ne puis m'cmpèchcr
de dire que l'envoi du corps de. Mortier sur
la rive gauche n'était pas suffisamment molil'è
cl fut une fau Le qui pouvait aYOir les plus
fàcheux résultats. En effet, le Danube, le

plus grand des fleuves de l'Europe, est, à
partir de Passau, d'une telle largeur en hiYCr,
11u'à l'œil nu on n'aperçoit pas un homme
d'une rire i.\ !"autre: il csl en outre très profond cl fort rapide. Le llanubc, auquel s'appuyait la gauche de l'armée française, offrait
donc une garantie de par l'ai le sécurité. li
suffisait de couper les ponts i1 mesure qu ·on
s'arnnçail Ycrs Yienne, pour mellrc à l'abri
tic Ioule allaquc le flanc gauche de la grande
~rmi\L' marchant snr la rire droite, d'autant

REDDIT10:- n'Uu, (20

Mack, ayanl appris la capitulation de celle
armée devant Ulm, ne se trouva plus assez
l'ort pour résister seul à Napoléon, cl ne youlant pas non plus compromettre ses 1roupes
pour saul'cr la rille de Vienne, il résolut de
mettre l'obstacle du Danube entre lui el le
rninqueur : il passa le fleure sur le ponl de
Krrms, qu'il fil brûler derrière lui.
A peine arriré sur la ril'e gauehc arec
toute son armée, le maréchal russe rencontre
les éclaireurs de la dil'ision Gazan, qui rn

ocronnE 1!lo5).

plus r1ue celle allaque n'aurait pu être faite
que par l'archiduc Ferdinand, venant de
Bohème. Mais celui-ci, fort heureux d'avoir
échappé aux Français deva~L Ulm, aYec fort
peu de tr_oupcs, presque toutes de cavalerie,
ne poma1t avoir ni l'envie ni les movens de
Yenir les allaquer en franchissant un ~bstaclc
td que_ le Danube, dans lequel il aurait
c~uru l'lsque de se faire jeter, tandis qu'en
.dctachant deux de ses dil'isions isolées au delà
~e cet (mmense OeuYe, Napoléon les exposa à
~tr? p_r1~es ou exterminées. Cc malheur, qu'il
cta1L facile de préroir, fut sur le point de se
réaliser.
Le feld-maréchal noutousolT, qui attendait
are~. résolution les Français dans la rorte
pos1t10n_ de . ~aint-Pœlten, parce qu'il les
supposait sums rn queue par rarméc de

.iJfi.M01'1fES DU GÉNÉ~AL BA~ON D'E .iJfA~BOT - - - .

-

entre des rocher., escarpés, occupés par les
Russes, et les gouffres du Danube, les soldais
français, entassés sur une étroite chaussée ne
furent pas démoralisés un seul moment. Le
bral'c maréchal Mortier leur donna l'exemple
c1·un noble courage; car quelqu'un lui ayant
proposé de profiter d'une barque pour passer
sur la rirn droite, ot1 il se tromcrait au
milieu de la gllandc armée, et érilerait par là
tic donner aux nusses la gloire de prendre un
maréchal, Mortier répondit qu'il mourrait

Gml'llre ,te RR~:&lt;ELLll::nc, .t'atrès le 1,1/-/e,111 .te T11i:nx1x. (,l/ust'e .te J crs.rilks.)

dirigeait de Dirnstcin sur Krcms, ayant en
tête le maréchal Mortier. Koutousoff, en
apprenant l'existence d'un corps français
isolé sur la rire gauche, résolut de l'écraser,
et pour y parrenir, il le fait allaqucr de front
sur l'étroite chaussée qui longe le Danube,
tandis qu'en s'emparant des hauteurs escarpées qui dominent ce fleure, ses troupes
légères \'ODL occuper Dirnstein et couper
ainsi la retraite de la division Gazan. Celle
division était alors dans une position d'autant
plus critique, que la plus grande partie de la
nouille élan~ restée en arrière, on n'arnit que
deux petites barques, cc qui ne permettait
pas d'aller chercher du renfort sur la ri\'C
droite. Allaqués en têle, en queue, et sur un
de leurs llancs, par des enneniîs six fois plus
nombreux, se lrournnl en outre enfermés

aYcc ses sold1ls, ou passerait aver eux sur le
rcnlœ des Russes! .. .
Un combat s:rnglanL s'engage à la baïonnellc : cinq mille Français résistent à trente
mille Russes!. .. La nuit rinl ajouter ses horreurs à celles du combat. La di rision· Gazan
massée
a&lt;rnc;.
.
. en colonne, pal'l·int il J'CO'
0 0
Dirnstem, au moment où la division Dupont,
restée en arrière en face de Mo'k et attirée
par le bruit cl u canon, accomait à son
secours. Enfin, le champ de bataille resta·
aux Français.
Dans cc combat corps à corps, où la baïonnelle fut presque seule emplo1ée, nos soldats
plus agiles et plus adroits que les colosse~
russes, avaient un immense avanta«e
sur eux·
O
a~ss1. 1~ perle des ennemis fut-elle de quatre'
mille cmq cents hommes, el la nôtre de trois

�111ST0'/{1.ll

----------------------------------------~

d",\ucrspcrg. Celui-ci arrire enfin ; il est sur
mille hommes sctilcment. Mais si nos dil'i- le tablit&gt;r du grand pont, afin de le brùlcr
le poiut d'ordonner le feu, Lien que les gresions n'eussent pas été composées de soldats lorsque les ~'rançais paraitraient. lis araicnt naJiers françai~ enlourent &lt;lrjà les Lalleri&lt;·s
aguerris, le corps de Mortier aurait probable- en outre établi sur la rive gauche, à l'cxtrécl les bataillons autrichitns ; mais les drux
ment été détruit. L'Empcreur le comprit si mité du pont de Spitz, une forte batterie
maréchaux l'assurent qu'il y a un traité, dont
bien, qu'il se b:Ha de le rappeler sur la ri re d'artillerie, ainsi qu'une division de six mille
la principale condition csl que lès Français
droite, et cc qui me prouve qu'il arait reconnu hommes, aux ordres du prince d'Auer5perg, occuperont les ponts. Le malheureux général,
la faute qu'il avait commisecnjetant cc corps brave militaire , mais homme de peu de craign:llll de se compromellre en Ycrsant du
isolé au delà du fleure, c'est que Lit&gt;n qu'il moyens. Or, il faut sarnir que quelques jours
sang inutilement, perd la tète au point de
récompensât largement les bvaves régjments arant l'entrée des Français dans VicnnE', s'éloigner en emmenant toutes les troupes
qui s'étaient battus à Dirnstcin, le&amp; bulletins l'Empereur ara;t reçu le général autrichien qu'on lui a1•ait données pour défendre! les
firent à peine mention de cette sanglante comte de Giulay, rnnu en parlementaire pour
!. ..
affaire, et l'on parut vouloir cacher les résu!- lui faire des ourcrtures de paix qui n'avaient ponts
Sans la f.wte du général d'Aucrspcrg, le
Lats de celle opération d'oulre-Oanubc, parce pas eu &lt;le résultats. Mais à peine l'arant- passage du DJnube cùt cerlainement été eXl;qu'on ne pouvait en expliquer militairement le garde fut-elle maitresse de Vienne el Napo- cuté arec bcauco:ip de difficultés. Il pouYait
motif. De plus, ce qui me confirme dans l'opi- léo:1 éta!Jli au chùteau royal de Schœnbrïinn, mème se faire qu'il devint impraticable, et
nio!l que je prends la liberté d'émettre, c·cst qu'on vit revenir le général de Giulay, qui dans ce cas !'Empereur Xapoléon, r.e pou,·ant
que, dans la CJmpagne de 1809, !'Empereur, p1ssa plu5 d'une heure en tète à tète avec plus poursuirre les arméès rus~es cl autrise trolll':rnl sur le même Lerrain, n'emoya l'Empcrcur.
chiennes en M(l ravie, cùtmanqué sa campagne.
aucun corps au delà du fl eu,·e, el conserl'anl
Dès lors, le bruit qu'un armistice renait Il en cnl a!ors la conviction, qui fut confirmfr
au contraire toute son armée réunie, il des- d'ètrc conclu courut tant parmi ks régiments lrùis ans apri s, lorsqu'en 180!), les Aulr:cendit a,·ec elle jusqu'à Vienne. Mais revenons français entrant à Y:cnne, que parmi les cbicns alaill Lrù!é les ponts dtJ llanubc, nuus
à la mission dont le comnnndant Massy cl troupe, autricb;enncs qui sortaient de la ville
fùmes con:r.iints, pc,ur asrnrcr le passage de
moi Nions chargés.
pour se porter au ddà du Danube.
cc flcul'e, Je Jil'rer les deux batailles u·l~sslin~
Lorsque nous arri\'âmc, à \ïcnnc, NapoMural et Lannes. aux']urh n :mpcreur et de Wagram qui r.ous coùtèrcnt plus de
!éon et le gros de so!l armée avaient déjà avait ordonné de lâcher de s'emparer du pas- trente mille homme~, tandis qu'en 1805 IL'S
quitté celle ville, dont ils s'étaient emparés sage du Danube, marchèrent wrs les porils, m:ir.Sdiaux Lannes et Murat enlcvèrt•nt ks
srn, coup férir. Le passa;;e du D:rnube, qu'il p!acèrrnl les grenadiers d'Oudinot derrièrl.! ponts sans avoir un seul Llcisé !.. . Mais le
1'.1llait franchir, avant de poursuivre les les plantations touffues, puis s·arancèrcnt, stratagème dont ils s 'étaiE:nl scnis était-il
Autrichiens et les fiusses qui se retiraient en accomp~gnés seulement de quelques officiers admissible1 fo ne le pense pas . Je sais qu!'
Moravie, n'avait pas même été disputé, grkc parlant allemand. Les petits postes ennt•m:s dans les guerres d'l~tal à É1al on élargit sa
11 un~ ruse, peut-ètrc blàmll,lc, qu'emp'.ol·è- tirent sur eux. en se repliant. Le, deux maré- conscience, sons prétexte que tout ce qui
rcnl le, mlréc!iaux Lannes cl Murat. Cet chaux fontcrierauxAutrichiensquï/y am·111:~assure la l'ictoirc peut êt re employé afin de
épisode, qui influa si grandement sur le rt5s nl- lice, el,contiouantà marcher,ils trarcrscnlsans diminuer les perte, d'hommes, tout en donlat de celle célèhre campagne, mérite d·'èlr:.,r·:; ~!Jstaclcs tous les petits ponts, et, arrirés au mnl de grands avantages à son pays. Cepenraconté.
· , ;grand, ils rcnomellcnt leur assertion au cornd.int, malgré ces graves considérations, je ne
La l'ille de Vienne est située sur la ri,-é mrndant de Sp:tz, qui n'ose faire tir~r sur pense pas que l'on dvive apprournr le rnol·cn
tlroile du Danuhe, OeuYC immense, dont un deux maréchaux presque seuls cl affirmant employé pour s'emparer dn pont de Spit.t.:
laible bras passe dans celle cité, le grand bras qne les ho,tilités rnnt suspendues. Ccpcn- quant à moi, je ne voudrais pas le fo ire 1'0
se trouvant à plus d'une demi-lieue au delà. dant, av:int de les laisser passer, il veut aller
pareille circonstance.
Le Danube forme sur cc dt!rn:er point une lui-mème · prendre • les ordres du général
Pour conclusion de cet épirndt"!, je dirai que
grande quantité d'iles, r~unies par une Ion- d'Aucrspcrg; mais pendant.qu'il se rend près la crédulité du général Auersperg fnt tr1\s
gue série de ponts en Lois, terminée par celui de lui, en laissant le poste à un sergent , sévèrement punie. Un consc:l de guerre Il'
qui, jeté sùr le grand bras, s'appuie sur la Lannes et Murat persuadent ~1 celui-ci que, le condamna i1 la dégradation, à rtre trainé sur
rive gauche au lieu nommé Spitz. La roule traité portant que le pont leur sera-!il-ré, il la claie dans les rues de Vienne, et enfin mis
de M,ravie passe sur cette longue série de faut qu'il aille avec ses soldats rejoindre son à mort par la main d11 bourreau!. .. Le même
pont;. Lorsque les Autrichiens défendent un officier sur la rive gauche. Le pam-rc sergent jugement fut porté con1re le feld-maréchal
passage dii rivière, ils ont la très mauvaise hésite .... On le pousse tout doucement r n Ma.ck , en punition de la co:1d uitc qu'il arnil
habitude d'en conserver. lœ p_onts jusqu'au . continuant à lui parler. et par une marche tenue à Ulm. Mais ils obtinrent l'un et l'autre
diirnier moment, afin de se ménager la faculté lente. mai, continue, on arri1·e l1 l'extrémité gràce de la l'ic, cl leur pei ne fu t commuée
de faire des retour., offiinsifs co:1trc l'ennemi, du grand pont.
en celle de la prison perpétuelle. Ils la subiqni presque jamais ne leur en donne le temps,
Un of1lcicr autrichien veut alors allumer rent pend.ml dix ans el furent enfin élargis.
cl leur enlève de l'ive fc1rce les ponts qu'ils his matières incendiaires; on lui arrache des Mais, pr;vés de leur grade, chassés des rangs
ont nrgligé de brûler. c·est cc qu'avaient fait mains la lance à feu rn lui disant. qu'il se de la noblesse, reniés par leur famille, ils
les Français d..tm la campagne d'Italie, en perdra s'il commet un tel crime!. . . Ci&gt;pen- moururrnt tous deux peu de temps _après
1796, aux rn~morables atfaircs de Lodi cl &lt;lant la co!onne d&lt;Js grenadiers d'Oudinot
leur mise en liberté.
d'Arco!e. Cependant, ces exemples n'a1•aient parait el s'engage sur le pont. .. . Les canonLe stratagème des maréchaux Lannes et
pu corriger les Autrichiens, car, après arn·r n:r r, aut richiens YOnl faire feu.... Les maréMural ayant assuré le passage du OanuL!',
abandùnné Vienne, qui n'était pas susccptilile chaux français courent ,•èrs le commandant
l'empereur Napo'.éon aYai1 dirigé son armée à
de défense, ils se retirèrent de raulrc côté du de cette artillerie auquel ils rcnouvdlenl l'asla poursui te des Autrichiens el des Russes.
Danube, sans détruire un seul des ponts su rance d'un armist:ccconclu; pu:s, s'a&lt;seyant
Ici commence la seconde phasc_de la ramjetés sur ce vaste cours d'eau, et se bornè- sur les pièces, ils engagent les artilleurs à
pagne.
rent à disposer des matières incendiaires sur faire prél'enir de leur présence le général
GÉNÉR.IL DE

(A suivre )

MARl30T

ŒS FEMMES DU SECOND EMPIRE
cg,,

Une Pompadour impériale
Par Frédéric LOUÉE.

C'était, il y a de lonrrues années au chàtcau
, .
0
'
,1e 'I w1ckenham-Ilouse, dans le York sbire
chez !e ~uc d'Au~na_le. Un visiteur du pri n~
travmlla1t en sa b1bhothèquc. De haute taille
il semblait dans la force de l' àge . .\ vec un~
ardeur d'étude que réOétait l'animation de
son visage, il compulsait les gestes historiques du passé. Des pièces d'arch:vcs d'un
grand prix s'étalaient sous ses yeux; l'une
d'elles le tenait profondément absorbé. li
avait dernnl lui le texte original de la lettre
par laquelle_ Richelieu annonçait à Louis XIII
la raison d'Etat qui àrail commandé suirnnt
lui, le supplice de Cinq-~Iars cl de 'son ami
de Thou. Tandis que sur cette page d'histoire,
gravée d'une main froide cl cruelle, se conce~trait l?u,te la force de sa réilexion, quelqu u~, p~nct~anl ?ans la bibliothèque, l'int
l~ preve1~1r qu une~eune femme, en compagnie
d un pellt enfant, 1attendait au salon en l'absence du duc. Oéçu, pres4ue irrité d'une
visite qui l'arrachait à sa lecture, il descendit. En entrant, sa vue se porta directement
sur_ le spectacle d'une très jolie personne,
ass1s_e au-d_es_sous d'un magistral portrait d-u
cardmal-mm1stre. li la considéra et elle jeta
les yeux su'. lui. Son regard avait conservé
une exprc~swn de dureté, qui la frappa. En
reranche, 11 avait eu la ,·ision prompte du
charme féminin se dégageant d'ellt!, dt! tout
son ~t_re. Elle n'avait pas été non plus sans
apprec1er la prestance de l'homme et le caractère d'én()rgic empreint dans sa personne.
Cependant, la première rencontre des yeux,
avant le premier échange dès paroles, ne fut
pas le choc magnétique, d'où jaillit l'ëtincellt!
de l'amour. lis ne dt!vaient plus rester indifférents ~·un à l'autre, mais ce fut l'amitié qui
en sortit, une amitié ga rçonnière, hbre et
complète, sans réserve et pour toujour5.

L'heure en fut marquée sur le rco-i,tre de
sa vie, en 1830. Une quarantaine d'années
plus tard, clin en solenni~ait l'aunircrsaire :
his Noces de Perle, disait-ellJ, et. dans une
lettre datée du 25 nol'ernbre 1895, lais~ait
percer quelque amertume sur ce 11ui aurait
pu ètre et n'arnit pas été.
« Lorsque tant de preuves se sont accumulées de la fidélité amicale la plus dérnuéc la
plus inquiète, on doute, on accuse, on so~pçonne ! L'amour-estime ne défendrait doue
pas des aveuglements du cœur? Sa force ne
serait-elle aussi que faiblesse? »
Estaucclin avait connu Mme de Castirrlione
Q
,
au moment de sa plus belle gloire corporelle.
Cepe~dant cette grande beauté n'avait pas eu
~e prise sur sa. Yolonté. li s'était juré que les
lemmes, dena1enl ètrc une joie de son ètrc,
mat~ y_u clics n'aura:cnt jamais d'action dans
sa v1~. L~s goûts entiers, dominateurs, qu'il
ne lui ara1t pas été difficile de discerner sous
cet épiderme délicat, s'étaient heurtés à cc
quïl y avait en lui d'indépendant, d'absolu.
Une ïns'tinctire défiance l'avait présené d'une
passion·où il eùt craint de trom·cr une sel'l'itude. Elle y cùt incliné. Il s'en dJfendit. Et,
it &lt;:ause de cela, moitié par dépit, moitié par
enJouement, elle lui écrirait : &lt;! Ah! je le
vois! la femme qui doit vous mener vous
n'est pas encore nét!. » Longtemps pl~s tard:
en cette période cxtrème où l'ùge autorise les
confidences entières, parce qu·elles sont désint~ressées, alors qu'elle n'était plus ni jeune
111 belle, et qu'elle jetait sur son passé un
rcgar_d mélancolique, c'était pour exprimer, à
la suite de qu_elques vers italiens assez faibles,
dout nous donnons la traduction, celle plainte
el ce regret :
• &lt;1 Le passé? Non, je ne t'en peindrai pas la
tr~sle r~sso~renance; Le futur? Non; mais j'en
la1ssera1 fuir le credule espoir. Le présent?
Seul, nous le vivons, mais il s'échappe et
tumbe dans le néant, comme l'éclair qui sillo:1ne la nue, et disparait aussitôt. Donc la vie
no~s est : Un souv&lt;'nir, uuc espéranc&lt;', un
po111t!

1. Eslancelin, q!,i _fut député à "ingl-&lt;tualre ans, fit
conrevo,r, lm a_uss,, a son heure, ,te larges desseins et
de fermes cspmrs.
JI était entré résolument dans la n e la tète haute
le cœur_ enflé ~e joie, avec la confian~e d'un amou~
r~u~ qui ne voit que succès, plaisirs, belles ambitions
real1sables dans les promesses du lendemain. Des débnts
eré_coces s~n)blèrent d'a~ord gager l'aYeuir. Les lcmps
claien!_a~1les. Ils olfi:a1cnt_ un champ d'action aux
facuh~, d'une_ ~alure energ1que e l militante. Les circonsla~ces J)Ohllques, avec les remous des émeutes cl
des r evolullons, a\'Cc leurs brusques changements

d'hommes, farnris"ient singulièrement les habiles.
Les chance~, que cr ux-ci roulournai, nt, il prèfé, a les
al(aqucr de_ Iront. JI a11nonç1_ l?ul de _su\tc un parti
pris _d opuuons _cl une _l~nac_,te de pr111c1pes, qui ne
d_cvaicnt plus• 111 phcr m varier. Cependant, lrs héritiers de ,ta _h'ad1hon monarchique, auxquels s'était
attaché defin1111•ement s~n zèle, n'avaient plus dans
l_e urs voiles les souffles farorables, qu'y pousse ta
lorlune.
L'occasion fit di!faut à sa volonté. Main ,·aittanle, 111tetl1~ence remar9uable, rnveau plein d'idées
et de sou"e,urs, 11 se rcs1gna, fidèi1: jusqu'au bout it

La Comtesse de Castiglione

111

I. -

HHTORIA, -

Fasc. ï ·

...., 321 .....

&lt;I -~'~ilà pourquoi je n:ai pas pri~ rhom.me:
que J a1 cru entrevoir à Dieppe, uri soir de
mes dix-huit ans. Parce 4ue je n'ai pas trouvé
en_ loi _tout ce qu'il fallait, ni tout cc qu'il
~1- aurait fallu pour ètre vrai ment, et pour
fa11·e devenir celui que j'aurais aimé non
pas d'une de ces amourettes de carton 'et dl'
p~ssagc, mais cxclusi1·e1_11cnt, fièrement, publiquement. Il me fallait à moi une liai5on
entière, profonde, sérieuse, stable el continuabic après nous par notre race ascendante, sans·
masque de fer, ni honte, ni crainte, ni scrupule. Pas d'amour à demi ni à coté. Enfin une
liaison acceptée par l'opinion, reçue da;1s le
mo1~de, admise à la Cour, tolérée par les
fa~1lle~, co?sacrée par le temps, et pour être
ums d esprit comme de corps, pour lutter
cœur à cœur, les yeux vers le u1ème unique
Lut, au serl'icc volontaire de telle gloire ou
dt! tel dévouement. Et nous aurions pu faire
quelque chose, étant quelqu·un I à deux,
lemme el homme. Yoilà ce que u·ayant eu
n'ai Youlu d'autre. »
Et l'on disait, dans le monde, M~e de
Castiglione froide, indifférente, sans ùmc,
occupée de sa seule et unique satisfaction
d'amour-propre! La tirade est chaude et vibre
bien. Le caractère, le tempérament y éclatent
avec celle fougue dans l'idée, dans le sentiment de la fidéli té, comme aucune femme sur
la terre ne l'éproul'e - dit-on - aussi fortement c1ue l'italienne pour le mari ou l'amant
qu'elle s'est librement choisi. La plainte
mème sur les heures évanouies ou perdues
est d'une expression touchante. Il est nai
que Mme de Castiglione avait attendu lono-lemps pour la tirer de son sein. Et nous
pouvo?.s nous emfêt;her de remarque,· que,
?ans_l intervalle d_ une déception de jeunesse
a de: re_grets _tardifs, son existence n'était pas
restec v,de, 111 son cœur inoccupé.
Quoi qu'on pùt dire du nombre et de la
di,·crsité des sentiments, - platoniques ou
non, -de )J~ e de Castiglione, il n'apparaissait
pas qu'on lut en Lint grief, à la Cour. Elle

ic

&lt;!es conY_iclions d'un aul1·c itgl', à s enfermer daus
1a~cornph,semcut du dcroir sans gloire. - Sans
,·a111e glo,rc, disons-nous; car, il ne f'aut pas oublier
que ce lut c~t ho1'.1mc ~'énergi~ qui, pendant la guerre
de 1870, mit aux or,li ~s du gcncral Chanzy, au !\!ans,
un corps d? quarante mille combattants, lerés, èqui,res
par ses svms el sui· sa bourse, cl qu'il accomplit a
. son h~nncur une haule mission patriotique dont I avait
charge le Gouvernement de la Défense nationale
lorsque, le 29 septem~re, il conduisit vers Paris 1;
colonae d~ lroupes q~•· pendant te siège, s'approcha
le plus prcs des murailles.
21

�•

•

111ST0'1{1.ll
s'était imposée à l'entourage du maitre
comme à lui-mème. L'impératrice l'avait admise à ses lundis, un peu à contrc-cœur. En
revanche, elle était fort bien reçue chez la
princesse Mathilde, qui l'invitait à se~ diners,
à ses soirées, recommandait à son peintre
Giraud de tirer un chef-d'œuue du portrait
qu'il arnit commencé d'elle, r.n 1857, et lui
témoignait une faveur dont les marques n'allaient pas, à cette époque-là, sans une secrète
intention de faire pièce à l'impératrice 1 • Car,
dans le même moment, la souveraine ne cachait pas sa froideur à !'Altesse impériale,
que, depuis assez longtemps, elle n'arnit pas
i1witée aux diners de la cour. Mme de Castiglione n'en étail"que mieux traitée, rue de
Courcelles.
On l'agréait en maints lieux al'ec ce qu'elle
arait d'attirant et d'étrange. D'abord, on
s'était étonné, choqué, irrité presque de ses
hardiesses et de ses singularités. Puis elles
passèrent à l'état d'accoutumance. On accrpta
tout d'elle.
Elle allait quelquefois un peu loin en paroles. Elle n'envoyait pati dire ses vérités à
l'étiquette. li ltù arrivait d'outrepasser les
bornes et de friser Iï mpertinence.
\'ers 1861, le prince .Jérôme donnaiL une
réception au Palais-Royal, en l'honneur de
l'impératrice qu'il fêtait en public el n'aimait
guère en particulier. Eugénie s·y était rendue
en robe de tulle bleu, coiffée d'une guirlande de
violettes de Parme. Jérôme-Napoléon lui avait
fait fa ire le tour des salons, en lui donnant
non pas le bras mais la main et en la précédant avec une gràce un peu surannée, mais
l{Ui parut très chevaleresque.
Après minuit, l'empereur el l'impératrice
se retirèrent, lorsque, montant virement l'escalirr qu'ils descendaient, la comtesse de Castiglione se trouva devant eux.
C( Yous arrivez bien tard, madame la
comtesse, lui dit galamment Napoléon.
cc C'est vous, Sire, qui partez bien tôt ,&gt;&gt;
d pliqua-t-clle, el elle entra dans le bal la tète
haute.

, , - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ' - - - - - - - - - UNE Po.MPADOU"R. 1.MP'É'R,VIL'E
pagcusc de ses toilettes, le contentement qu'elle
affichait d'elle-même et de la suprême éléganre
de ses formes statuaires, les fugues inattendues de sa conduite, prête à tout pour ébouriffer la galerie, si j'ose dire, séduisaient et
blessaient tour à tour. Tantôt, dans le plein

COl!TE

Pendant qu'elle crori_uait des gâteaux, du bout
~es dents, il lui glissait à l'oreille des ane&lt;r
dotes du jour, par exemple une ingénuité de
l'impératrice, dont on avait eu malin plaisir,
ces jours passés. Elle visitait !'Exposition.
S'étant arrêtée devant une statue de la P1uleul',
elle reprochait à ce marbre l'étroitesse des.
épaules et de toute la figure. Nicuwerkerke
objectait, pour la défense de l'artiste, qu'une
figure de jeune fille devait avoir les formes
moins déreloppées qu'une figure de femme,
et que ce peu de développement convenait
même à l'expression du sentiment pudique.
Aussitôt, avec celle vi,·acilé qui lui était familière, et sans prendre la précaution de réOéchir sur le double sens de ses paroles :
&lt;( On peut être très pudique, répond-elle à
l'étourdie, sans ètre aussi étroite; je n'en vois
pas la nécessité. »
Personne n'avait ri; mais on avait eu beaucoup de peine à garder son sérieux après cet te
sortie. Et Mme de Castiglione, qui n'a pas ici
les mêmes raisons de se contraindre, s·en
donne à cœur-joie.
Tout en causant, ils ne laissèrent point
passer l'heure. Il en l'ut comme l'aYai Lsouhaité
Mme de Castiglione. A minuit sonnant, elle
parcourait avec Nieuwerkerke l'immense toiture, gravissait les pentes des frontons; el,
sous la pleine clarté lunaire, le personnel du
musée, encore éveillé, et les erran ts de la rue
auraient pu, en levant la tète, l'aperceYoir
là-haut, accompagnée de cc M. le surintendant
des beaux-arts de Sa Jlajeslé ».

W ALEWSKI.

Son éd ucation de jeunesse a,·ait ~té laissée
furt libre, pour ne point dire qu'elle fùt très
négligée. Aucun frein n'en réglait les mou,·ements capricieux. La marquise Oldoïni, sa
mère, se trouvant Lrop occupée, sans doute,
d'elle-même el des soins· de son indolente
beauté, ne s'enquérait que faiblement des
moyens de tempérer, d'assagir ou de brider
l'humeur et les nerfs de la brillante Niccbia.
Gàtée par les uns et par l,•s autres, l'usage de
la vie n'y changea rien. Elle prit doucement
l'habitude de ne parler et de n'agir qu'à sa
tète, de ne consulter, sur ce qui lui plaisait,
l\,pin'on de personne et de n'entendre qu'à sa
fantaisie &lt;lu soin de conduire les démarches
de son esprit ou de son cœur. N'avait-elle pas
cau~e gagnée? Ne lui passait-on pas tou lés
ses biiarreries, au moins les hommes? Elle
a1·ait le talisman pour cela.
Son indépendance d'allures, l'excentricité ta-

de la fète, elle se dérobait aux curiosités dont
elle se sentait poursuivie; tantôt, après une
courte absence, où les uns cl les autres s'étaient
demandé : cc Qu'a-t-l'lle pu devenir? &gt;&gt; elle
réapparaissait plus llcurie et plus di 1manlée
que jamais, plus prol'Ocante et plus fascinatrice, plus conquérnnte et plus enviée.
Elle le disputait, en réputation d'excentricité, - avec moins d'esprit de conduit?, - à
h princesse de Metternieh. C',:tait à qui, dans
le monde babillard des nouvellistes, se répandrait, sur son rompte, en des anecdotes rien
moins qtw véridiques, et l'on y ajoutait,
comme bien on pense, en les colportant
On rapportait qu'un soir il lui avait plu
de fair!! tendre de noir, funèbrement, chambre
et salon et d'y recm·oir ses amis en loiletlc
toute de blancheur et de transparence, afin de
produire, sur eux, ] ,i maximum de l'impression de beauté.
Un jour qu'elle prenait le LM, en tète à
tète, chez Nieuwerkerke, elle lui annonçait
son intention précise de venir, le lendemain,
à minuit, sur le toit du Louvre, à dessein
d'entendre sonner toutes les cloches de Paris.
C'était à la veille de Noël. Elle le voulait. Et
cela ful. Mais la chose est à raconter.
Elle éla:t arrivée d'avance. On avait commencé par deviser des uns et des autres.
~ ieuwerkcrke ne détestait pas l'historiette.

Il n'en allait, chez elle, que par sursauts
et voltes imprévues, comme dans l'histoire
des tableaux vil'anls.
A celte imagination fantasque el chercheuse
de l'effet à produire, la mode nouvelle des
tableaux en question suggérait les meilleurs
prétex Les de faire briller son initiatire el
d'exposer de la façon la plus ingénieuse le$
avantages d'une plasticité sans défaut. Elle y
faisait florès. Chaque fois on attendait beaucoup d'elle et des libertés auxquelles l'entrainerait son caprice. Ce fut pourtant, un soir,
une déception. Aux premiers jours de l'année 1867, la baronne de Meyendorfl' avait
offert, dans son hôtel de la rue Barbet-de-Jour,
une représentation de celle sorte, pour le
succès de laquelle avaient été requises les plus
charmantes mondaines. Elles avaient passé
tour à tour, symbolisant des impre5sions
l'Îsuelles fort agréables.
On n'espérait plus qu'en i\Ime de Castiglione pour l'apothéose de la féerie. Sans
doute, elle aurait trouvé une imitation plus
extraordinaire encore que d'habit ude, une
mise en scène, une apparition mefl'eilleuse.
Elle se révèle enfin. 011 se frol te les yeux. On
en doute un moment. Est-ce bien elle, dans
- ce décor austère, une grolle, el dans cet asile
d'ermite, une religieuse, une capucine? C'était
elle-mème. Une idée malicieuse de sa part,
su pposaiL-on. Les plis de celle robe de bure
devaient dissimuler une prochaine et éclatante

1. « Lol'squl! la pl'incesse Mathilde faisait le toul'
&lt;les salons à un gl'and IJal, au ~1ini,(/Jl'C de la Jta,·inc),

donna,.'t le_ brns au grand-duc, la Castiglione prenait
le pis ,mmed,atcment après clic. Le m1111strc. llmc lla-

mclin cl le service d'bonneul' de la pl'incesse ne rcnaient qu'après. » (Viel-Castel. Mé111., l. Ill. )

transformation. li n'en fut rien. Les spectateurs attendaient. lis durent se ré,i,..rner à
n'en pas connaitre da\'antage ce soir-là. Bea ucoup d'entre eux se retirèrent fàchés cl d,;_
pilés. Non tous, cependant. Une lettre du
7 janvi,•r, signée d'un acàdémirien fort galant,
quoique philosophe, E&lt;lme Caro, el qu'a,·ait
enthousiasmé, au dernier point, la vue d'une
photographie de b scène 1 , atteste que ce
co~Lnme de pénitente n'a,·ait pas rencontré
que des rcgn rd s désappointés. li écri1aiL à un
familier de la Cour, sous une forme mignarde
et madrigalcsquc, où perçait l'intrnLion d'être
lu par d'autres yeux que ceux de son correspondant :
&lt;( Vous s~riez aimable de me faire savoir si
je dois envoyer mes remerciements pour la
belle photographie, que \'OU,s avez bien \'Oulu
vous charger de me remettre. Qu'elle est
l'adresse de cc mystérieux ni&lt;l, que YODS nous
décririez l'autre jour si bien, et qui me rappelait ces rers de Lamartine :
1

Semez, semez cle narcisse cl cl~ rose
Le lit oû la beaulo ,.cpose.
t( Je sais bien que la belle religieuse demeure à Pass y, mais j'ai oublié tout à fait le
reste de l'adresse où doivent aller les remcrcimenls de mes regards émus.

(( CATIO. ;)

midi. Un spcctade inallendu le combla de
surprise. Dans une chambre pleine de Oeurs,
ellr-mème toute parée, toute rrsplendissantc
de bijoux, avec drs diamants dans les cheveux, la ca pricieuse comtesse était étendue
sur un lit cou vert de dentelles et de fourrures,
éblouissante dans la pàlcur de la fièHe; el,
nonchalamment, elle lui lendit son bras nu
pour qu'il comptùt les battements accélérés
de son pouls. Certainement clic n'a\'ait pas la
moindre enric de charmer, de séduire ce
médecin, un homme d'àge et qui ne caressait
la moindre idée de conquête en se rendant
chez elle; mais celle apparition de malade
intéressante avait bien fait dans le programme
de )hnc de Castiglione; et elle en avait longuement disposé les détails, soulfranlc comme
elle l'était, pour u'en 1·ien manquer.
Puisque nous sommes sur le chapitre des
&lt;( foucades )&gt; de la comtesse, relalcrons-nou$,
it présent, l'histoire &lt;le l'autodafé dont elle
se serait rendue coupable à l'égard d'un tableau de Paul füudry, un chef~d'œu\'l'e ayant
rcssé de Iui plaire.
Elle arnit prié cc grand artiste, dont le
pinceau délicat créa des figures de Vénus à
rendre jalouses les déesses de \'éronèsc, de la
peindre sur un canapé dans la pose et l'ab~ence de costume de la . duchesse espagnole
de Goya. Il y consentit avec d'autant plus

--

une inquiétude, une rclléité jalouse lui étaient
venus ; l'art n'avait-il pas surpassé le réel?
C'était une ri vale, et une rivale supérieure
que cette merrnille de cl1air peinte. Elle décida de ne plus la voir. Dan~ u 11 dernier accrs
de jalou~ie, elle taillada la précieuse toile à
coups de ciseaux et en jeta les lamlicaux dans
le feu. On l'a raconté, du moins.
Ce trait de chronique nous paraitrait même
un peu suspect. Car )[me de Castiglione conserra toujours amoureusement. autour d'elle,
et j usquc dans les dernières annrcs de sa vie,
les images de sa personne, peintes. dessinées
ou sculptées, qui lui rappclaie:it un passé de
triomphe.
On l'a pu voir : )[me de Castiglione se
mon tra toujours fort éprise de la mise en
scène, soit qu'elle ris,H à produire des effets
surprenants, en des occasions de luxe el d'apparat, soit qu'elle voulût étonner ses intimes
en des circonstances, joyeuses ou tristes, de
sa Yie personnelle. Qu'elle fÏll absente ou
présente, on s'occupait beaucoup d'elle, en
effet. A propos de ses mo:ndres déplacements,
couraient force su ppositions el commrntaires.
Des noU\·ellcs de la sorte Yoyageaient, de par
le monde:
cc La belle comtesse s'est envolée. Que ses
rivales se réjouissent.
« lime de Castiglione e$t de retour, depuis
six semaines. li est étonnant qu'elle n'ait pas
encore fait parler d'elle.
cc Il faut s'attendre il des complications
prochaines dans le boudoir des ambitieuses.
Mme de Castiglione rient de se réinstaller à
Paris. »

Le prc$lige de sa sourcraincLé physique la
poussait à bien &lt;les folies. Cnc foule de traits
seraient à dire, qui provenaient de celle orgueilleuse exaltation ·c1e soi-même. Toujours
attentive à porter en monLre une perfection
aussi accomplie, elle aurait \'Oulu garder des
apparences de déesse jusque pour le diagnostic
de son médecin. Micu·, que personne, le
docteur Arnal le put savoir t _
Dans un moment où Pile se trouvait au
Havre, elle s'était sentie ou s'était imaginée
sérieusement malade. Aussitôt elle arait écrit
à cc médecin, qui jouissait de la confiance de
l'empereur et de l'impératrice, et don t l'amabilité coutumière se prêtait aux exigences
qu'elle lui imposait; elle l'avait pressé d'accourir. Le docteur Arnal possé&lt;laiL une excellente situation, à la Cour et à la ville; sa
clientèle était nombreuse. Néanmoins, il n'a1·ait pas hésité, cl, au contraire, si bien pris
ses dispositions qu'il arrivait au Havre à neuf
heu res, et se présentait de suite à l'bùtcl où
lo3cait la comtesse. li ne doutaiL pas une minute qu'elle ne dùt se montrer la femme du
monde la plus satisfaite d'une telle diligence.
)fais il se trompait sur ce point. On le pria
de repasser. Ce qu'il fil. Nournau caprice,
nouvelle attente. La comtesse n'a1·ait pa., encore décidé arec elle-même que ce fùt le moment d'être risible. D'heure en heme on le
remitlantcLsi mal qu'en dépit de sa paLiem:e
n:itrc médecin déclara qu'il serait obligé de
repartir sans voir sa cliente.
Enfin, on l'introd uisit chez Mme de Cast iglione. C'était vers deux heures de l'aprrs-

d'cmpl'esscment qne jam~is pareil modèle ne
s'était ofîerL it l'inspirer. Il en tira une œuvrc
lumineuse, que baignait un reOet d'idéal.
,\fmc de CastigLone, heureuse, prc,que flattée,
en eut, au premier jour, une imp1:cssion de
joie rire. Puis; à la comp1raison, un doute,

Voilà bien des bizarreries. Cependant, clic
régnait sans autre peine que de se laisser l'Oir
et admirer. La comttSSC de Castiglione en
toilelle, et en toilette lral'estie surtout, ce fut
une date dans l'histoire de la vie mondaine à
Paris. On en eut le témoignage public, en
1867, arec le portrait d'Exposition qu'on fil
d'elle. Le tableau provoqua, au Salon de celte
année-là, une curiosité, un bruit, un mourement extraordinaires. On s'y donnait rcndezvous. C'était la toile fameuse, la rareté du
moment. Des groupes stationnaient en face,
à peine rompus, disséminés, qui se reformaient plus compacts, sous l'afll uence extrème
des visiteurs. Dans la foule, courait un frémissement de surprise cl d'admiration.
D'autres grands arlistrs s'offraient 11 son
adoptio n, avec tout leur talent et un égal empressement. Elle les rencontrait chez le duc
de )lornv, où elle aimait surtout à se rendre,
pour la 'li berté dont on y jouissait. Les Cahanel, les Gérôme, - et combien dont le
nom nous échappe! - l'cntnuraient, curieux
d'elle. &lt;( \'ouh-1·ou, l'Oir mon bras? » disaitelle complaisamment. Et elle releYail la manche de dentelles qui en voila't les purs contours. Ou c'étai t le pied qu'il fallait décou\Tir
en rele1·ant le bord de la jupe, parce qu'il

1. Longtemps après, en 190J. je retrouvai un
exemplail'c de celle, photographie, qui parlait a\'eC
lant d'éloquence aux « regards {mu~ » du philosopl1e; rllc. n\l\'ait pas trop souffert des anuèes et

dormail, paisible . dans un liroi,·, arnc d'autres reli11ucs
castiglionicnues, ap;iwlcnant au chllclain de Baromcrn,I.
2 Cel rxccllcnl docteur ,\l'llal a"ait aussi ses origi-

nalilès, notammrnt une manière dr se coilîcr, qui
11°appa1·lenail qu'à lui . li porlail ses che1·rux ramenés
en avaul clans un pelil nœud plal, qui les faisait tenir
SUI' le froi:l.

CmlTESSE \VA LEWSI(&gt;.

�1l1STO'J{1.Jl
était de toute perfection aussi'. On appréciait. Les heures passaient ensoleillées. Elle
était vraiment alors &lt;&lt; sous le rayon &gt;&gt; .
Ce fut, pour Mme de Castiglione, une période sans pareille. Elle avait traversé l'Angleterre, l'Espagne, l'lt.Jlie. Aucune capitale
n'arait offert à ses Ieux de si merveilleux
galas el des bals si étourdissants. :Elle y baignait dans l'enivrement de sa beauté royale.
Puis elle s'en lassa comme de tout le reste.
Les éclipses, les réapparitions de la séduisante amie de CaYour, les fantaisies osées de
sa mise, ses hérésies déclarées contre l'eslhéLique du jour et l'orthodoxie de la mode, ali1. Les moulages de la main cl de la jambe &lt;le
Mme de Casliglwne. qu'un hasard d'héritage a fait
échoir à M. llario 'fribone, de Grn~s, sont restés des
témoignages irrécusables &lt;le cotte harmonieuse pureté
des formes.

mentaient en détail des conversations plus
curieuses que sympathiques. Elle était née
trop belle. Le don presque surhumain qu'elle
avait reçu de la nature, sans une faute, sans
une omission, el qui eût fait que la Grèce
païenne, reconnaissant en elle une sœur de
Cypris, aurait élevé des autels à sa perfection,
lui avait amené, dans la société qu'elle tra,·ersa, moins de triomphes que d'amertumes.
En outre, l'humiliation pour les autres de la
sentir si complète arait transformé en une
sorte d'éloignement jalom: les premiers et
irrésistibles mouvements de l'admiration.

« J'ai été déplacée toujours el partout, disait-elle et écrivait-elle. Je ne suis à mon aise
et bien moi qu'auprès de ceux qui me sont
supérieurs, ou alors au milieu de gens sim-

pies, naïfs, et qui m'aiment. Quand j'ai vécu
dans le monde, on m'a trouvée altière el hautaine avec mes égaux, avec ceux, du moins,
que les lois de la société me contraignaient à
traiter comme tels .... J'ai fait des efforts sincères pour assouplir ma fierté; je n'ai pu réussir ; car, malgré moi, la société de la plupart
des hommes et des femmes, qu'on répute distingués cl intelligents , m'inspirait une lassitude,
un dé6oùt qui ressemblait trop au mépris.»
N'ayant pu ètre ce qu'elle espérait derenir
et voulait ètre, elle en arriva à se laisser
gagner par un immense désabusement, dont
les causes échappaient aux yeux du commun
el donnaient à croire qu'elle n'arait que de la
superbe dans l'àme sans aucune élération
dans la pensée.

(A suii1re.)

FRÉDÉRIC

LOLIÉE.

Sophie Monnier et Mirabeau
llirabeaû expliquant lui-même par quel
ensemble de circonstances, par quelle inrincible poussée de sentiments passionnés, il a
été amené à se précipiter dans la prodigieuse

aventure d'amour dont le récit a été publié
par Hislo1·ia, c'est là le digne complément de
l'étude où JEAN Ric1t&amp;P1N a mis tant de verve,
d'éloquence el de vibrante jeunesse. Aussi

sommes-nous heureux d'offrir à nos Lecteurs,
sous sa forme autographe, ce plaidoyer sentimental extrait d'une lettre écrite par le
génial tribun.
Cliché. Braun, Clément et c••.

BAt. no:-.NÊ A LA COUR D'IIENRt

111,

A L'OCCASION DU MARIAGE D'ANNE, DUC DE jOYE{;SE, AVEC MARGUERITE DE LORRAINE, EN 1581.

Tableau a11011yme du XVI• siècle. (Musée dtt Louvre.)

Henri III
PAR

PA UL

• Q11a11t à l'hisloil'e de Sophie! écoulez-moi; je vo11s jure dev:int Dieu que Sophie seroit périe par le P?ison si je 11'e11sse_ volé à sa ~oix; elle éloit dec_i.tée à ne p~s subir la
priva/ion de sa lite,-té, pas même 1110111enlanée; c'est la femme la pl11s douce, la plus sens,111~,. la pltl~ ':'111:ible_. la plus aimante qu, f11t 1ama,s; mais t.a P!w, nnpétueuSe
avec l'extérieur /e plus /ranquille. i\1011 Jort 1el l'amottr peut-il n'avoir pas un tel tort lorsqu 11 est s, Jeune, si énergzque, si persec11lé) 111011 tort est de lavoir affichee p3 r
11os mutuelles imprndences; tout le ,·esle, comme je l'ai dit, a été invi11cibtement encll•f11é. Je le savois alors comme je le sais aujourd'hui, qu~ c'était la plus grande ,des
folies que de l'enlever. Mais devoi.&lt;-je me tais,e,- croire ingrat ott pusillanime? Q11e diS•je? devois-je lui laisser avaler la coupe fatale,comme Je 11e pouvo,s douter qiulte
le feroit? Voilà dans q11el point de vue il faut me juger, ô 111011 amie; et voi,s verrez qu'alors c'esl moi et 1w11 pas elte que j'ai sacrifié. Il n'étoil pl11s question de délicatesse; il é/oit ques/io11 ou de /a. vie Ott de la mort. Pouvais-je balance,· ? - M1RABEAC. •

DE

SAI NT-VICTOR.

Dans la longue succession des Césars, Henri III intronisa en France la bigoterie
grands ou abjects, glorieux ou infàmes, mais baroque et les vices excentriques de la décatous marqués au type romain, ceints du lau- dence italienne. Rien de français en lui, pas
rier, drapés dans la toge, apparait, tout à un trait gaulois, aucune physionomie natiocoup, un adolescent au visage fardé et aux sour- nale. Sa mère l'avait fait tout florentin, avec
cils peints, le front surmont&lt;l .d'une tiare, f[Ui je ne sais quoi d'asiatique. Son portrait, au
s'habille en prètre ou en femme, prend le titre Palais Ducal, dans la fresque de Vicentino.
d 'Impératrice, épouse publiquement des soldats qui le représcnle entrant à Venise, à son
el des gladiateurs, se fait trainer dans un char retour de Pologne, trace déjà tout un caracattelé de courtisanes nues, adore une pierre tère. La tète usée et rusée a l'expression
solaire, el célèbre en plein Capi Ioie les noces ambiguë d'un masque ; l'œil est oblique, le
de la Lune avec ce fétiche. C'est Héliogabale, sourcil arqué; un faux sourire pince ses
l'enfant de chœur de !'Astarté phénicienne, lèvres minces. Étroitement serré dans son
juché par des prétoriens ivres sur le trône de pourpoint noir, coiffé de son bonnet retroussé,
Trajan et de Marc-Aurèle. - Henri III , inter- il a l'air, entre le doge et le patriarche, de
calé dans la lignée des rois de France, y parait !'Arlequin vé1füien inaugurant solennellement
tout aussi étrange. Comme le César syrien le carnaval de la République.
transporta dans Rome le luxe fou, le fétichisme
Ce fut, en effcl, un carnal'al qu'il inaugura
érotique e.t les mœurs obscènes de l'Orient, dans son nouveau royaume. li était parti

valcureu x et , iril encore ; il revint efféminé
et puéril, l'esprit ramolli et le cœur gâté.
Imaginez un jeune moine italien devenu, par
quelque al'cnturc &lt;l'outre-mer, sultan ou
calife ; voilà son image. li mêlait la luxure
au mysticisme; il assaisonnait les ,·oluptés de
macérntions. Sa religion était celle d'un gnostique ou d'un Templier; elle exhalait une
odeur d'encens corrompu. Nul doute qu'il y
ait mèlé un grain de magie et de sacrilège.
L'é~·otisme accouplé à la dévotion engendre
toujours des monstruosités. On disait qu'il
avait fait peindre ses Mignons cl ses maitresses,
habillés en Saints el en Vierges, dans un livre
d'Heurcs, et qu'il emportait à l'église ce bréviaire impur. Après son départ de Paris, les
Ligueurs trouvèrent dans son appartement du
donjon de Vincennes tout un mobilier de
sorcier : grimoirrs cabalistiques, verges de

�111STO'J{1.Jl

•

_____________________________________________ ..

coudrier, miroirs à npparitions, fioles suspectes.
peau corroyée d'enfant coul'erle de signes
démoniaques. La plus scandaleuse trouraille
fut celle d'un crucifix d'm·, accosté de deux
impudiques staluclles de Satyres, qui semblait
avoir décoré l'autel de la )!esse :\o:rc du
sabbat.

torsade de pt'rles, mâchant des pâtes confitrs
el jouant aYCc un é\'entail de taffetas il dentelles.
D'Anhigné, dans ses Tragiques, J'exécute en celte infàmc rffigir. Un dirait qu'il
prend le couteau sacré qui écorcha le Satire,
pour dissét1ue1· la toilette do l'hermaphrodite.
.................. .

~

Si hirn qn'au jour des Rois. cc doubt•nx animal,
Sans ccrl'dle en son fro11t. parut tel en son hal.
De cordons emperlés sa chr1·clurc plei11c.
Soubz un bonnet sans bords faict i1 l'i1alicnnc.
Faisuit ,leu, arcs vollli,s; son menlon pincclè.
Son visage de blanc cl de rouge empàt,\
Son chef tout cmpoudré nous firent voir l'idée.
En la place d'un roy, d'une femme fardée.
Pensez quel beau spectacle &lt;'l comme il fit bon ,·oir
Ce prince avec un busc, un corps de salin noir
Coupé i1 \'espagnole. où des dèchiqueturcs
ortoient des pas,cmenls el des blanches tirures.
El afin que l'hahil s'entresuivisl de rang,
li monlroit des manchons gaufr~s cle satin blanc,
D'autres manches encor qui s'estendoicnt l'cnducs:
Et puis jusques a11x pieds d'autres manches perdues.
Pour nouveau parement. il porta tout le jour
C&lt;'t habil monstrueux, pareil à son amour,
Si. qu'au p1·emicr aborcl, chacun esloit en peine
S'il ro~·oit un roy l'cmme ou bien un howme reine.

Sa vie fut une double orgie sacrée el profane. Qu 'il s'affuble de la cagoule el se fouetLe
de la discipline des pénitents gris, ou qu'à la
façon de ~éron il coure les rues de Paris en
insultant les femmes et assommant IL's passants, la farce est la mème : c'est celle d'un
libertin blasé qui se jette violemment d'un
extrème à l'autre, pour ra river ses sens éteints
et son cerreau appaurri. Les Mémoires du
temps enregistrent sur la môme page ces
excès dil'ers. D'un paragraphe à l'autre, le
roi se montre en habit de ma que el reparait
cnYeloppé d'un froc. C( Le jom· de quarrsme
cc prenant, - dit Lestoile, - le roi cl )fonce sieur all~rent de compagnie, suivjs de leurs
&lt;( mignons el favoris, par les rues de Paris, à
(( cheval el en ma~que, desguizésen marchans,
cc prestres, avocats et en toute autre sorte d'es« tal, courans à bride arnllée, renversans les
&lt;( uns, ballans les autres à coups de bastons
cc cl de perches, singulièrement ceux qu'ils
(( rcncontroienl masqués comme eux ; pour ce
&lt;( que le roi l'Ouloit seul aYoir, ce jour, pri(( \ilège d'aller par les rues en masque. ,&gt; Le
rideau tombe et se rclhe; admirez le changement à vue. - C( Le dimanche 5 a\'l'il, le roy
cc fut à la procession le premier, portant le
C( cierge allumé à la main quand il fut à
« l'offrande, ot1 il donna ,·ingt écus, assista à
&lt;( la messe en grande dé\'OLion, durant laq uelle
« il marmonna tousjours son grand chapelet
cc de testes de morts, que, depuis quelque
&lt;( temps, il portoit à sa ceinture, ouist la préC( dication tout du long, cl fist en apparence
&lt;( tous actes d'un grand el dérnl catholique. »
- Cc chapelet de tètes de mo1·ts était sa discipline de Tartufe. Un jour, il lui échappa de
dire en le secouant d'un geste comique :
(( Voilà le fouet de mes ligueurs. i&gt;
La mascarade était le fond et la forme de
ce curieux personnage. Il déguisait à la fois
son corps et son âme, son sexe el sa pensée.
Il faussait son sourire, il fardait son \'isagc,
il parjurait sa parole, il parodia:t son rang.
Toutes les duplicités cl toutes les astuces de
la politique florentine s'étaient incarnées cl
fixées en lui. n·année en année, sa nature
s'efféminait, son ca1·actère tombait en enfance.
Il jouait au bilboquet, il découpait des miniatures, pleurant comme un enfant, quand ses
ciseaux avaient cmeuré l'image. Son hermaphrodismecroissants'accusail par les métamoi:phoses d'un costume qui changeait lentement de
sexe. Il arbora d'abo1·d les pendants d'oreille,
puis il prit les chausses bouffantes qui rappelaient le vertugadin. Un jour enfin il apparut
devant la cour stupéfaite, vèlu d'un pourpoint
échancré sm· la poitrine nue, le cou pris dans
une fraise brodée, les cheveux enroulés d'une

~

Alors les Mignons apparurent. Le cc roi
femme » s'entoura d'une escouade &lt;le jeunes
icoglans. L'instinct de sa faiblesse lui faisait
rechercher la force. Il choisit ses fa\'oris parmi
les plus hardis duellistes el les plus fiers spadassins. Ses GanJmèdes étaient taillés en
Achilles. 1n cercle d'épées flamboyantes
cnl'ironna celle royauté tombée en quenouille.
Mais le maitre, imposant à ces vaillants son
honteux co~tumc, leur faisait porter une
liHée d'eunuques. - (( Ces beaux mignons,
(C dit Lestoilc, portaient leurs cheYeux
« longuets, frisés et refrisés par àrtificcs,
&lt;( remon tans par-dessus leurs petits bonnets
cc de velours, et leurs fraises de chemises de
&lt;&lt; toile d·atour empesées et longues de demi« pied, de façon qu'à YOir leurs testes dessus
&lt;( leur fraise, il scmbloit que cc fust le chef
(( de Saint-Jean sur un plat. » Lestoile revient
à chaque page sur ces parures scandaleuses.
On devine à son insistance la révolte de l'esprit gaulois indigné de ces folies orientales.
- « Le dimanche ~9 octobre, le rov arriva à
(( OlinYille en poste, avec la troupe de ses
« jeunes mignons fraisés et frisés, avecq les
&lt;( crcstes lel'écs, les rallcprnadcs en leurs
&lt;( testes, un mantien lardé al'ccq l'ostenta&lt;( Lion de même: pignés, diaprés el puh·é(( risés de pouldrcs riolelles, de senteurs
« odoriférantes, qui aromatisoient les rues,
« places et maisons oü ils fréquentoient. 1&gt;
Cet état-major ambigu lui coùtait autant
qu'un sérail. Les Mignons p:Ilaienl la France,
gaspillaient le trésor, pressuraient les villes,
confisquaient les rentes. Le roi dépensa onze
millions aux noces de Joyeuse. La relation
qui en reste éblouit encore. C'est 1e luxe
sinistre, à force d'ètre excessif, d'une orgie
romain,'. Un banquet de dix-sept jours, toute
la cour babillée de drap d'or et de toile d'argent. des profusions de perles, des pluies de

bijoux, des mascarades cl des cavalcades, des
tournois cl des joules nautiques ... On ne sait
si on lit Suétone ou Lestoile.

Ce fut lui encore qui introduisit à la cour
de France cette étiquette bJZantine qui réglementa la servilité. Il prit le premier le litre
de )lajcsté, auquel un long usage nous a
habitués, mais qui indigna les esprits libres
du temps. comme s'il s'était déguisé en dieu.
Ronsard, lui-même, protesta par un fier
sonnet contre ce Litre féminin, qui semblait
revètir lrs rois français de la robe des empereurs de Byzance:
?ic l'êlonnc, Binet, si maintenant tu l'ois
i'iolre France, qui ful autrefois couronnér
De mille lauriers l'Crts. ores abannonnéc,
i'ic ser\'Îl' 11uc de fable aux peuples et aux rois.

............... . .....
On ne parle en la cour que de Sa )laj~slé.
l&gt;lle \'a, Elle l'ient, Eli~ est, Elle a .:Lé :
i'i'est-ce l'aire tomber le royaume en (1uenouille?

Jusqu'alors, les rois vivaient en France avec
leurs courtisans dans une sorte de familiarité
féodale : Henri Ill lui substitua un cérémonial idolàtre. Les Reglemens (aicts pa1· le noy.

lesquels il est t1·ès résohl de garder, et veut
désormais estre o/iservez de chacun poul'
son regard, publiés en 1585, inaugurent les
rites de la bigoterie monarchique. Les honneurs à rendre à la senielle cl à la chemise,
au botùllon cl au vin royal, r sont minutieusement détaillés. On y voit le Prince s'enfermer dans des balustrades, écarter de lui
ses gentilshommes et ses serviteurs, les tenir
à distance, leur tracer l'orbite qu'ils doivent
décrire, de près ou de loin, autour de sa personne déifiée. En de certaines occasions, ils
doivent &lt;( reculer contre la muraille 1&gt; . Tel
des articles de ce manuel de scrritudc a une
portée historique; celui-ci entre autres :
&lt;&lt; Lorsque Sa Majesté sortira pour aller à la
messe ou ailleurs, en public, elle veut et
entend cstre accompagnée de tous les princrs,
cardinaux, seigneurs el gentilshommes, jusqu'à ce qu'Elie se mette à table, s'ils n'on
excuse ltlgitime. ,&gt; 'fexte fatal qui Ya domestiquer la Noblesse française et paralyser toutes
ses forces vives, en la d ouan t, pour deux
siècles, sur des banquettes d'antichambre.
~

li est impossible, d'ai lleurs, de voir sans
pitié ce prince énené, fait pour croupir au
fond d'un harem, ou pour présider les fètes
d'une petite cour d'Italie au xrn• sièclf',
dépaysé dans celte f1pr&lt;J et violente époque.
Autour de lui ce n'étaient qu'em!Jù.cbes,
complots, trahisons. li était pris entre les
deux feux des guerres religieuses : d'un coté,
la féodalité protestante ralliée autour du roi
de Navarre; de l'autre, la noire populace de
la Ligue, lancée et soudoyée par les Guise~ :
plus loin, Philippe ![, du fond de l'Escurial.
meuant en branle ce réseau d'intrigues; à côté
de lui, le duc d'Anjou. un frère haineux jusqu'au fratricide; derrière. sa mère Catherine,

�1f1STO'Jt1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -- J
des États,' qui avaient supprimé tons les nouvc..1ux impôts, «je le sais, peccavi, j 'ai offensé
&lt;&lt; Dieu, je m'amenderai, je réduirai ma mai'' ~on au petit pied. S'il y amil deux chapons,
&lt;&lt; il n'y en aur,t plus qu'un. Mais comment
,, voulez-vous que je revienne aux tailles de
&lt;&lt; l'ancien Lemps? comment voulez-vous que
&lt;&lt; je rire? » Quand les États, non contents de
lui refuser l'aumône, lui dispulèrcnt jusqu'au
droit de vendre ses domaines : &lt;&lt; Voilà , dit« il, une énorme cruauté; ils ne me reulenl
&lt;! aider du leur, ni me laisser aider du mien. »
El il se mil à pleurer. Le peuple de Paris
hafouait ses processions monastiques. Sès
propres pages les contrefaisa· enl, &lt;c a:ans mis
&lt;! leurs mouchoirs dernnt leurs \'isages avec
&lt;c des trous à l'endroit des veux. l&gt; Le roi fut
obligé d"en faire fouetter qu~Lre-ringts dans la
c:mr du Lou,·re. Une autre fois, des écoliers
parcoururent la foire de Saint-Germain, accoutrés d'énormes fraises de papier, en dérision
de celles qu'il portait, cl crièrent presque à
ses oreilles : « A la fraize on connois t le
veau! ll
Les moines eux-mèmes se moquaient de
leu r confrère couronné. 1ls prenaient Yis-à-vis
de lui l'insolence de ces derviches musulmans
qui arrètent par la bride le cheval du sultan
sortant de la mosquée, el lui crachent l'injure à la face. - ,, J'ai été adverli de bon
,, lieu, - s'écriait en chaire le moine Poncet.
« - qu'hier au soir, qui csloit le rendrc&lt;li
cc de leur procession, la broihe tournoil pour
,1 ces bons pén:tenls, cl qu'après avoir mangé
,c le gras chapon, ils curent pour leur colla'' lion de nuit le petit tendron qu'on leur
,1 tenoit tout prcsl. Ah! malheureux hypo&lt;C cri tes! vou, vous moqués de Dieu sous le
1, masque, el portez pour contenance un
,c f,met à vostre ceinture? Cc n'est pas là,
(( de par n ;eu, où il \'OUS le faudroil por!C'r,
&lt;c c'est sur vostre do et sur ,·os espaules, et
tl vous en cstrillrr bien. li n'y a pas un de
&lt;&lt; rous qui ne l'ait birn gaigné. ll Le roi se
rengea en bon prince : il exila le moine dans
une abbaye de Melun, &lt;&lt; sans lui faire autre
cc mal q;c la peur qu'en y allant on le jellast
&lt;t en la rivière. ll Ce Poncet, d'ai lleurs, n'était
pas faci_le à déconcerter. Le duc d'ltpernon,
étant allé le roir avant son départ, et lui
reprochant de faire rire les gens pendant ses
sermons, en reçut cc fier coup de langue qui
le cloua sur la place : « Monsieur, je reux
Jamais, il faut le dire, roi fainéant ne fut ,, bien que vous sçachiez que je ne presche
si rudement secoué et par des mains plus (&lt; que la parole de D:eu, et cru 'il ne Yient
brutales. li se défcndaiL avec des gémisse- ,c point de gens à mon sermon pour rire, s'ils
ments de femme ou des ruses d'esclaves. &lt;! Je &lt;( ne sont mcscbants el atbéistes : et aussi
&lt;&lt; le sais, messieurs, » disait-il aux députés 1&lt; n'en ay-je jamais tant fait rire en ma vie

celle vieille filandière &lt;le lacs clde pièges, fatale
el antique déjà comme une Parque, qui, secrèlemenl el d10s sa cachette, brouillait el
débrouillait des fils mys térieux. Isolé au milieu de ces factions el de ces complots,
Henri Ill n'avait pour se défendre que les
armes de la perfidie; mais il était trop faible
pour les manier puissamment. Il avait beau
trahir de tous les côtés, son machiavélisme
indécis ne réussissait qu'à le faire haïr. Le
mépris creusait autour de lui un gouffre c1ui
s'élargissait tous les jours. - Une satire
du temps appelle sa cour l' Jle de, lfermaph rodiles. C'était l'image exacte de celte
camarilla licencieuse, cernée par les haines et
par les passions. Il y continuait pourtant son
train de momeries el d'orgies, de fantaisies
et d'enl'anlillagcs. Sa cour chantait rl bouffonnait à tra,·ers les catastrophes de l'époque,
comme la galère de Cléopàlre au milieu des
carnages d'Aclium. - Le voilà &lt;c qui s'en \'3
« en coche avec la reine par lrs rues et
&lt;c maisons de Paris, prendre les petits cbiens
cc damercts qui à lui cl à elle viennent à plai&lt;c sir ; va semblablement par tous les monal&lt; stères de femmes faire- pareille r1urstc de
&lt;&lt; petits chiens, au grand regrrl des dame, aux&lt;&lt; quelles les chiens apparlenoient. » Sa &lt;&lt; chc'' naillc », comme on l'appelait, ne.comptait
pas moins de deux mille chiens de Loule rac&lt;':
il allait communier el toucher les écrouelles,
en portant un épagneul sur le bras. - Plus
loin, on le voil revenir de Normandie a,·ec
l'attirail d'une sultane en voyage. &lt;&lt; Le 11 juil&lt;&lt; let, le roy arriva à Paris, revenant du pays
&lt;&lt; de Normandie, d'où il rapporta grandes
,, quantités de guenons, perroquets et petits
,, chiens achetés à -Dieppe. » Il eut de tout
Lemps cet amour dc·s bètcs rares, r1ui c~l une
manie des efféminés. il ~- a loujours un singe
qui gambade sur les marche~ des trônes
orientaux. Cbaque sérail a pour pendant
une ménagerie. Aussi Henri Ill arait-il la
sienne; mais, une nuit, il rêva que des hèles
fauves le dévoraient. La peur le prit, el, le
lendemain, il fit tuer à cou p d'arquebuses les
lions el les ours qu'il nourrissait dans ses
cages du Louvre. - Ainsi auraient fait ces
schahs de Perse qui araient un astrologue
pour premier ministre.

&lt;&lt; comme vous en avés fait pleurer. )l A un
aulre prècheur qui censurait ses algarades du
Caresmes-prenant, le roi fit don de quatre
cents écus &lt;&lt; pour acheter, lui dit-il, du sucre
&lt;&lt; et du miel pour aider à passe1· vostre
,, caresmc, el adoucir ms trop aspres el
« aigres paroles. ll - Querelles de moines.
Conle~a di frati! comme disait Léon X des
premières disputes de Luther.
De la parole on passa bientôt à l'épée. Le
duel elle meurtre lui décimèrent ses Mignons.
(luélus et Maugiron périrent les premiers
dans une furieuse rencontre avec les gentilshommes de la maison de Guise. Deux mois
après, Sainl-Mesgrin était assailli et tué par
vi ngt hommes masqués, au sortir du Louvre.
Le roi se déshonora à force de les pleurer ; il
leur fit des funérailles d'une pompe infamante.
C'est ainsi que, dans l'antiquité, les prètres
émasculés de Cybèle menaient le &lt;l&lt;·uil du
jeune Atys, au bruit des cymbales. L'église
Saint-Paul, où il les fit ensevelir côte à côte,
en resta tarée comme un temple de Sodome :
on ne l'appela plus que le &lt;1 Sérail des Mignons )) .

Toul est Las et burlesque dans celle méprisable histoire. Plus tard, quand, après aroir
chassé Henri fil de Paris, la Ligue. effrayée
de sa victoire, rssaya de rentrer en gràce,
elle lui envoya à Chartres une ambassade
dérisoire. Un capucin, déguisé en Christ, lrai'nanl sur ses épaules une croix de carton,
suant du sang de poulet sous une couronne
d'ipines artificielles, entra dans la ri lle. l}es
soldats habillés comme ceux des ,lf!Jslèl-es
marchaient à ses côtés et faisaient semblant
de le fustiger. Deux petits moines, travestis
en Saintes Femmes, pleuraient el se pâmaient
derrière le cor lège. La troupe nasi liarde
criait grâce el merci ,, en mémoire de la
Passion de Jésus ». - L'enfant se fâchait; on
le faisait jouer, pour l'apaiser, à la petite
chapelle.
Mème&lt;Juand il tue, llenri Ill est plus rilencore
que terrible. C'est dans un traquenard qu'il
allire le duc de Guise, c'est par &lt;les sbires
qu'il le fait tuer. I: h:stoire le prend entre
les deux battants de la porte qu'il entreb,lille.
lorsque le Balafré esl tombé, pareil au chacal
qui sorl de son trou à l'odeur du sang, el
flaire de loin la proie que viennent d'abattre
les tigres. Il y reste pris, serré, emboité :
c'est dans celle altitude que la postérité le
regarde. Cette porte cnlr'ou,•ertc est son
pilori.
P.u-L DE

SAl~T-VICTOR.

ANDRé LICHTENBERGER
c::t=-

Monsieur de Migurac
ou le Marquis philosophe

Naissance de Louis-Lycurgue,
vicomte d' Aubetorte
et futur marquis de Migurac.
)[. de )ligmac vit le jonr pour la première
fois le mercredi 28 juillet de l'an mil srpt
cent quarante et un, en le l:bàteau de Mio-urae, sis dans la province de Guyenne, pro~he
du village de mème nom, à quelques lieues
&lt;le la ville de P&lt;:rigueux.
Ce fut la veille au soir, après avoir diné
comme de coutume en face de son époux,
dans la chambre à manger haut plafonnée et
sérèrement meublée à la mode de Louis Xlll,
4uc, vers les onze heures, au moment de se
mettre au lit, la marquise de Migurac, née
Olympe-Marie-Euµénie- de Gransalat, éproma
les pri&gt;mières douleurs qui lui annoncèrt'n t la
prochaine renue de son enfant. Bien qu'elle
n:eût pas l'expérience de la cbosi&gt;, malgré
dix ans de mariage, elle ne s'y trompa point
cl manda au sitôt mademoiselle A;.daé P1'rronneau, sagt&gt;-femme réputée de Péri gueux,
qui, depuis une quinzaine, attendait fort
patiemme11t dans l'aile gauche du chàleau
que l'heure sonnât de faire montre de ~es
talents. ~lademoiselle Perronneau qui, sinon
'celui de sa bouche, n'arail nul souci pins précieux que celui de son liL, arrira se froll ant
les yPux, et le ,·isage mal satisfait. Elle dut
s'assurer que la marquise ne l'a rait pas dérangée en rain et que, selon Loule pré,ision
humaine, plusieurs heures ne s'écouleraient
pas sans que• le nom de Migu rac eùt un héritier. Serait-il mâle ou femelle? Il n'y arait
pas d'hésitation dans l'àme de la marquise:
et d'un doute possible elle eùl souri, encore
qu'elle ne lùl point forl à s9n aise. Quand le
marquis effaré se présenta; la perruque de
tra,·ers cl les bas en Lire-bouchon sm les
mollets, elle lui tendi t son front d'un ai r de
nolilesse el lui dit :
- Monsieur, demain je rous olTrirai sans
faute un marquis de Migu rac.
Puis elle le pria de se rdircr, eslimant
qu'un homme n'était point à sa place en tel
événement.
Le marquis Henri obéit dans un grand
trouble. Les péripéties direrscs de son existence l'avaient toujours assailli à l'improvi&amp;te ;
et tout ce qu'il l' avait eu d'important dans
sa vie, depuis sa naissance jusqu'à son ma0

ri age, s'était acco mpli sans qu'il y eùt pris
&lt;l'initiative. Aussi, quoique sa tendresse
s'émût des souffrances probables de madame
Olympr, il ne mit point en doule que sa
requète fùt légitime, et, s'étant allé renfermer dans son appartement, il passa la nuit
à se promener de long rn large, tantôt prètant l'oreille au moindre bruit, et tantôt
absorbé dans ses méditations.
La perspcctirn que, cnnlre Loule espérance,
un enfant allait naitre de lui après dix ans
d'union stérile, lui semblait prodigieuse. Tandis que madame de ~ligurac a mit accuC'illi sa
grossesse a,·cc une satisfaction Œral'e et calme
" .
'
c:omme un événemen t dont il n'y arnit pas
lieu de s'étonner el qu i était la consé4uence
nalttrelle de sa longue pa tience, de ses prières
el de ses ofl'randes à sainte fia&lt;legondc, le
marquis étai t demeuré long Lemps incrédule·
puis, quand son scepticisme arait dù s'incli~
ner derant la sagesse instruilc de mademoiselle Perronneau, il n'avait pu se défaire d"un
soupçon tenace qu'un accidl'nt mcllrail à
néant son espérant'e. Maintenant encore, il

appréhendait quelque catastrophe, attendait
d"un instant à l'autre un message funeste....
Mais il n'y avait dans le cb,ltcau que le
silence.
Se ra~pela nt ~e sang-froid de la marquise,
M. de M1gurac s efforça de dominer ses nerfs
et il osa fixer sa pensée sur cet enfant qui
allait naitre.
Au fond de son âme, il désirait une fille.
Il n'avait point celé à la marquise ce mm,
sul'prenant chez un gentilhomme qui n'aYait
pas encore d'héritier de son nom, cl la noble
dame n'al'ait pu lui dissimuler un étonnement où se mèlait quelque blàme. Au vrai,
de son inclination il eût malaisément donné
une raison précise. Peut-èlre, nt l'amoindrissement de la fortune des Migurac, conséque~~ des folies dr monsieur son père,
tena1t-1l pour préféral,le que son nom s'éteignit arec lui- mème, plu1ôt que de décliner
lentement par le fait d'une postérité mal
argentée; peut-èlre en une fille espérait-il
auprès de lui quelque chose de doux et de
càlin que jusque-là il n'avait point qmnu.

Il app,;eJ,e,iJ,ail quel_que catastrophe, attenJait ,f1m 11sta11t à l',mtre 1111 message funeste. Mais il n'y avait dans

le chateau que te silence.... Dans ta lllllt mttelle, 1111 cri at,·oce déchira tes airs péuètri If t If" . ·
,
moelles. (Page 320.)
'
' · · • e · igmac J11sq11 a11x

�, , _ 111STORJ.JI

•

Peut-èlre encore, par une bizarrerie de son
esprit, s'effarait-il de quelle manière il formerait l'àme d'un homme : ce scrupule singulier eùt assez bien convenu aux théories
étranges qui lui étaient chères el que d'ailleurs il répugnait à développer, aimant mieux
se taire que de scandaliser son prochain.
Bref, il cùl préféré une fille. Mais madame
de Migurac lui avait promis un fils avec autorité. Quelque déraisonnable qu'il pùl être de
s'attacher à drs pressentiments en pareille
matière, il savait la marquise si exacte dans
ses propos et si ponctuelle dans ses devoirs
qu'il en était frappé et tendait malgré lui à la
croire. Et il pensait avec un petit regret à
tous les jolis prénoms qu'il ne donnerait pas
à sa fille el qu'il aurait murmurés avec tant
de délices : Hypatie, Eucharis, Arsinoé, Irène.
Dans la nuit muette, un cri atroce déchira
les airs, pénétra M. de )Jigurac jusqu'aux
moelles, l'arracha du fau leu il où il sommeillait. Déjà il Lirait le loquet pour se précipiter
vers la chambre de la marquise, lui portPr
secours dans l'agonie où il la devinait. ... Mais
sa timidité d'agir et le sentiment de son impuissance l'arrêtèrent. li craignit un spectacle affreux ou d'ètre indiscret. li referma la
porte cl une dure angoisse étreignit son
cœur, le tordit d"une douleur physique.
Il étouffait. En quelques pas il alleignit la
fenêtre et l'ouHil. Un peu de fraicheur récréa
sa poitrine. Il contempla la splendeur du ciel
étoilé et regretta d'être athée. Car il aurait
eu grand bernin de priPr el de se reposer en
une bonté pui~sante. Il se perçut très faible
el seul, el de nou,·cau s'alfaissa dans son
fauteuil, s'efforçant de S•! soumettre au jeu
des loi naturelles, incapable d"ordonnrr ses
pensées avrc suite, frémissant aux moir.dr.rumeurs de la campagne assoupie, souhaitant passionnément d'apprendre, fùt-ce une
catastrophe : l'l pourtant il avait si peur de
saYoir qu'il n'osait mander un domestique
pour l'envoyer aux nouvelles.
Tout à coup un grattement à sa porte le fit
tressaillir. Avec honte, il s'aperçut qu'il faisait jour et qu'il dormait. li commanda
d'entrer d'une rnix sans timLre. A trarnrs
une sorte de brume, il distingua le bonnet
blanc et le fichu de li non de mademoiselle
Séraphine, camérière, el il fut convaincu
qu'elle annonçait un malheur. A sa slu peur,
elle prononça de sa wix ordinaire que madame la marquise priait monsieur son époux
de vouloir la joindre en sa cLambre à dormir.
Lorsque M. de )ligurac pénétra dans
l'appartement de sa fen1me, le prt-mier objet
quïl·avisa fut une manière de sul,stance rougeâtre, torebée de blanc, aux formes confuses
et de momeme11ts mal réglés, qui geignait
entre les liras de mademlliselle Perronneau,
laquelle l'envisageait d'un sourire sati,fait.
Et, en même temp , la voix de la marquise
arrivait à ses ort'illt•s, affaiblie sans doute,
mais néanmoins forme et distincte :
- Monsieur, disait-elle, j'espère qu'il vous
plaira de faire bon accueil au fils que je vous
avais promis.
M. de )ligurac considéra la marquise. Elle

_________________J

était fort pàle et ses souffrances se. lisaient
sur ses traits creusés. Mais, couchée dans le
grand lit proprement nappé de toile fine cl
d'une courlrpointe en soie de Lyon, elle gardait n11lgré sa langueur l'air de noblesse qui
lui était hahitucl. Hors d'état de parler, ~I. de
Migurac prit la main blanche qui pendait et
la baisa avec une fcneur inaccoutumée.
Mais mademoiselle Perronneau, la mine
importante et les bras levés, s'approcha et lui
tendit l'enfant. Il conlrmpla avec embarras la
petite masse rougeaude el plissée, les petits
yeux troubles sans regard, les doigts minuscules tortillés à l'aventure, cl, sans trouver
de paroles, il s'inclina vers le petit front bosselé. Et puis, songeant que celte chose était
son fils et qu'elle deviendrait un homme, il
sentit ses paupières s'humecter et sur ses
joues plusieurs larmes coulèrent qu'il ne
pouvait pas retenir, cependant que madame
de Migu rac l'envisageait avec un sourire
orgueilleux cl quelque condescendance.
Lom1uc )1. Je Migurac cul re~saisi ses
esprits, mademoiselle Perronneau, experte
dans le prolocolt! des naissances, opina qu'il
était séant qu'on fit du nouveau-né un chrétien, et, le baplème étant ajourné aux relevailles de la marquise, M. B1guelinier, le
vieux curé de fügurac, rnlra de son pas chancelant, marmonna deux lignes de latin entre
ses gencives nuPs el ondo~a l'enfant d'un
signe de croix saccadé au moyen de ses longs
bras maigres qui Lremblaienl.
Cette sainte cérémonie achevéP, le jeune
catholique fut remis ès mains de la brune
Maguelonne, fille accorte du bourg, aux
hanches larges et à l'ample poitrine, que l'œil
perspicace de mademoiselle Perronneau avait
entre plusieurs postulantes distinguée pour la
charge enviée de nourrice; cl bientôt le marquis vit les joues de son ms se gonfler en
mesure afin de goûter sa première nourriture.
L'héritier du marqui~al de Migurac fut
inscrit au registre paroissial sous les prénoms
antérieurement convenus de Louis-Lycurgue.
La marquise avait exigé que son fils eùt le
même patron que les trois plus illustres entre
les rois de France : celui qui a,•.1il mérité le
nom de Saint, celui &lt;fUi avait été le RoiSoleil, et enfin Louis le llien-.'limé, monarque
régnant. Le nom de Lycurgue avait été choisi
par )1. Je Jligurac r1ui avait à cœur que l't'nfa11L 'appi,l.\L comme le plus sage des législateurs, le philosophe qui avai I rérélé aux hommes
les principes de la nature cl de l'égalité.
A ces prénoms fut adjoint, selon la prière
expresse de madame de Migurac, le titre de
vicomte d'Aubetorle, atlac:hé à une sorte de
métairie passable dont le Loil s'adornait d'une
tourelle.
Le soir, il y eut une large distribution de
vines parmi les rustres accourus pour offrir
leurs vœux à leur dame, el un feu d'artifice,
payé cent vingt lines el dix sols au meilleur
artificier de Périgueux, fut tiré pJr le; soins
de maitre Pierre-Antoine Lestrade, qui cumulait au chàteau les fonctions de grand écuyer
el d'intendanl.
Tels furent les é,·énemenls notaLks qui
.., 33o ...

ace &gt;mpagnèrenl la naissance de Louis-Lycurgue. Ajoutons que mademoiselle Perronneau
l'estimait roLuste cl bien constitué; au mode
dont il braillait, elle augura avantageusement
de ses poumons; son poids, qui était de cinquante-deux marcs, el l'ampleur de ses pieds
et de ses mains lui firent prophétiser qu'il
serait de bonne taille.
Celte demoiseJlc, qui ne dédaignait pas les
indications de raslrologie, obserra de plus
que l'enfant, étant né sous le signe du Lion,
aurait une âme généreuse cl pourrait aspirer
à de hautes destinées. )lais elle recommanda
de joindre à la médaille bénite riu'on lui
passa au cou un petit rubis percé d'un trou.
car celle pierre a la vertu de préserver celui
qui la porte des mauvaises influences de la
constellation : or celle-ci, comme chacun sait,
favori~c naturellement la mobilité de caractère, !"ardeur démesurée des passions et le
penchant à multiplier soi-même les traverses
ordinaires de la vie.
Sans méconnaitre le caractère peu catholique de telles croyances, la marquise en fut
émue el n'estima pas qu'il fùt prudent de les
dédaigner. Un exprès courut à franc étrier
querir chez un joaillier de Périgueux une
pierre de belle eau qui fut placée au cou de
l'enfant. Ce ne fut que vers la vingt-deuxième
anaée de son âge que Louis-Lycurgue, ayant
été réduit à la vendre dans des circonstances
que nous dirons, fut averti qu'dle était
fausse, le m:irchaad ayant trompé la bonne
foi de ses parents. D'où les gens superstilicux
ne manqueront pas de conclure qu'il était à
bon droit voué à une carrière tumultueuse,
puisque l'action pernicieuse des astres n'avait
pas été conjurée.

li
Premières années de Louis-Lycurgue.
Scion des conjectures plausibles, la première enfance de Louis-Lycurgue ne fut point
féconde en prodiges. n va sans dire qu'en faisant cette affirmation nous négligeons les
bavardages de )laguclonnc, qui, ainsi qu ïl
convient à une nourrice, réputait son Lulu le
plus mervrilleux poupon du monde el ne
tarissait point en éloges quaut à son esprit et
ses gràces physiques. Sur cc thème, contre
la coutume, elle n'avait point pour ri,·ale la
propre mère de Louis-Lycurgue : car madame
Olympe entretenait un cwur à tel point émondé
et j udicieusemenl réglé que l'illu~ion malt'r·
nellc même n'y croissait point en herbes
folles. Mais, par une exception assez rare
pour être notée, c"était le marquis de Migurac
lui-mème qui semblait plus disposé à mir
dans monsieur son fils un objet extraordinaire.
Il s'attardait d1:longues heures à le contempler
avt!c une attention émerrnillée, el, quand par
hasard ils se trouvaient seuls, il lui arrirait
de prendre l'enfant entre ses bras el de _lu!
tenir un mystérieux langage dont cel~1~c1
sans doute av..iit le secret puisqu'il sour1a1t.
Les moindres malaises du jeune vicomte
atfoctaicnl incroyablement son père : le mar·

..MONSl'EU'l?_ D'E ..MlGU'l?_AC ~

quis souffrait aw:c lui dans ses coliques: l'un qud di1·crlissement lui serait agrtialJle, au et d'autres fort opposées s'appliquent à tous
avait la poitrine oppressée quand l'autre matin. En général il était enclin à désirer ce le, nomcau-nés, el qur, une telle méthode
toussait; cl ce ne fut que par un effort méri- qui n'était point à sa portée, et son désir, admise, il n'est nnl homme dont le caractère,
toire de volonté qu'il put se rendre à Dordcaux sitot contenté, s'évanouissait. .\yanl longtemps quel qu'il oil. ne pui~sc paraitre tracé dès son
où l'appelait une affaire urgente dans le convoité un ruban de cou qui parait le sein C'nîancc, s!.'lon le faits qu'il plai't d"y relever.
moment où Louis-Lycurgue eut la coqueluche. de mademoiselle Séraphine, il en reçut l'homXous nous bornerons donc à déelarer qm•,
Celle tendresse particulière, encore que )1. de mage quand il fut défra11·hi; mais, après cinq
)ligurac la dissimulàt par une sorte de pudeur, minutes de possession, il le rt'jcta dédaigneuéclatai l aux yeux de Lous, et volontiers répé- sement et même le souilla de la façon la plus
tait-on au château qu ·en son père l'enfant offensante. De tou LPs les passions de son eu fance.
a1·ait ré, ilablement une mère, et, en sa mèrr, l'on peul mème dire qu'une seuil! ne s'éteison père.
gnit point, à savoir son admiration pour les
Quoi qu'il en soit, Louis-Lycurgue fit sa rayons du soleil : car jamais on ne put les lui
croissance aisément et comme ciui vettt vivrr. mellre en main, malgré ses efforts pour saiBiche de cœur et de corsage, )laguelonne, dix- sir de ses petits doigts les poussières étincehuit mois ùurant, ne Iui ménagea pas les tré- lantes qu'il royail y danser. Il n'eùt donc pas
sors de son sein et de son affection. Ainsi été téméraire de conjedurcr dès ses jeunes
passa-t-il sans encombre cette période chan- an, qu'il poursuivrait dans la vie le rève el la
cru e de son existence terrestre et sans qu'il chimère cl que Loule réalité atteinte lui semfaillit requfrir les soins de maitre Petin qui blerait méprisable.
dans le village cumulait les emplois de chiOn peul remarquer que Louis-Lycurgue
rurgien, de médecin, de barbier et d"écrivain 11 'étai L pas plus constant pour les personnes
public. Louis-Lycurgue léta avec énergie et qut! pour les choses. De tout le domestique
voracité, n'eut point de fièrres malignes ni de du ch àLeau empressé à le servir, 011! n'avai L
conrnlsions, perça sa première dent à six deux jours de suite le même accueil ; ~faguemois et n'attendit point d'avoir rérolu son lonne ellc-mème connaissait des heures de
année pour errer sur srs propres jambes disgrâce, el sourcnt madame Olympe n'était
d'un pas mal assuré, mais téméraire, par les pas épargnée par ses imprt:ca tio11s aux instants
antichaml,res et J,,s allées. Ces marques de où elle a,•Jil coutume de visiter son apparlc- Au lieu .fac,·mnplir s.1 lâche, le je11ne ge11li/ho111111e
a1•.1il fJsse 10111 s011 loisir .i se t.11/re .,,.,.c ks te/ils
précocité engendrèrent, cocnme de juste, une mrnt. A tout peser, dans l'humanité, il n'était
m.1n,111ls .111 1•ill.1ge; sur quoi l".1/:-/-t! fe s.:,isil d'une
Yanité manifeste chez Maguelonne, qui en guère qu'un ,·isiteur dont presque toujours il
,·é!fle el 1•011/111 t11i e11 do1111er s11r les ,toigts ...
allribuail le mérite à sou lait plus volontiers subit l'approche avec joi1:. C"était un sujet
!Page 3.13.J
tiu'au sang des Migwac.
d'étonnement pour ceux qui avaient éprou vé
Le moral du jeune vicomte scdéreloppa, ainsi son humeur capricieuse de le ,·oir demeurer
qu'il arrive, moins promptement que saper- parfois une demi-heure à gazouiller en face parmi les nombreux témoignages qui nous
sonne physique. Cependant, de bonne heure, du marquis son père, qui le considérait, ont été transmis sur la première jeunesse de
il manifesta des instincts que lt! psychologue pensif, sans dire mot.
Louis-Lycurgue, nous avons cru de,oir rene saurait négliger. Les hurlements furieux
Parmi les autres Irai Ls précoces de son tenir ceux qui nous ont semblé correspondre
dont il déclarait son impalirnce de pre11dre le raractère on notera une vigueur incontestable en quelque mesure a1·ec l'homme qu'il devint
sein se doiveut interpréter 110n sc11 lcmC'nl de volontr. Aussi rapidement cessait-il d'ap- ultérieurement, réscrranl comme en dehors
comme témoignage de la riolence de son précier une chose obtenue, aussi fortement la de notre sujet la grave question des rapports
appétit, mais comme un signe de l'i11Lrnsilé voulait-il tant qu'il la roulait. De cette énergie philosophiques qui unissent l'enfance à l'àge
de ses passions : il est notable, en rficr, que je donnerai une preuve curieuse : à l'àge de adulte. Et nous n'insisterons pas da,·antagc
si le retard se prolongeait au delà de certaines q;iinze mois, il se piqua jusqu'au sang arnc sur celle histoire puérile dont les péripéties
limites, lorsque, enfin, Maguelonne apitoyéP un~ épingle et ne dit mol, sachant que l'épin- n'ont guère rarié depuis qu'il y a des nourlui présentait l'objet désiré, au lieu de s'y gle lui serait enlevée; et Magul'lonne ne rissons qui apprennent à viHe. Qu'il nous
jeter goulûment comme la plupart des nour- connut sa blessure qu'au sang qui souillait sa suffise d'indiquer, en forme de conclusion.
rissons, il la repoussait et la griffait avec rag", robe, et elle dut employer la violence pour qu'à l'àge de cinq ans Louis-Lycurgue était
démontrant ainsi que sa colère n'était point lui ravir !"objet traitre et adoré qu'il serrait un enfant bien venu et de bonne apparence.
seulement de faim exaspérée, mais d'orgueil dans rnn petit poing fermé qui saign.1it.
De madame sa mère, il tenait le visage réguoutragé.
De mèmc il est visible qu'il eut de bonne lier, le teint mal et chaud, les chernux bruns.
Oans sa conduite avec ses jouets, on discer- heure l'amour des choses brillantes et un cer- une bouche rermcille dont les lène~ étaient
nait sans pei ne peu de constance et quelque tain sens de la beau lé. Qul'ique déconcertante un tantinet renflées: et de son pfre il a rail la
cqosc d'un caractère é6alement lunatique et que fùt son humeur, ses fai-curs se portaient finesse des traits, les rnux très bleus cl un
impérieux. Au premier a11niYèrsairn de sa de préférence aux ,·i,ag,,s avenants, aux étoll'es sou1·ire d'une douceur tendre qui laissait brilnaissance, le chevalier de Condra~ lui olTrit soyeuses, aux ohjets de métal; plus d'un ler les dents menues, blanches cl bien planune superbe poupée d'Allemagne, amenée à des sourires où peut-être madame Olympe tées. Droit el fort pour son àge, solidement
grand frais et vraie manièrt' de chcf-d'o.-une. crut discerner le premier indice d'une alfec- campé sur ses petites jambes, il était plaisant
li la salua dès l'abord par des gloussements tioa filiale alla vers le médJillon de diamant à roir; un air de santé et de franchise éclaid'enthousiasme, n'eut de cesse qu'il n'en eût dont volontiers cllt! parait son corsage. rai t son regard qui jaillissait hardiment, paufourré l~s deux. pieds dans sa bouche, et Quand on le promenait dans son petit cha- pières levées, et rehaus ait la façon alerte
exigea, pour s'endormir, qu'elle partagt•,H sa riot, il se renversait en arrière avec persis- dont il bondissait dans le parc, en vain pourbercelonnette. Mais, deux jours après, Ma- tance, et il semblait que ce fùt moins par suivi par )laguelonne grondcu c, fière cl
guelonne, hypocrite, la lui ayant olTerle, alors fatigue que pour être on face du cid bleu e soufnée.
qu'il allcndait d'elle ua autre office, il la qu'il contemplait rèveur en bavant.
C'est aranl qu ïl cùl parfait ses six ans
rejeta au loin de toute la force de ses petits
Un multiplierait à plaisir le nombre de ces que la marquise eut arnc son époux un enbras el dès lors s'épandit en hurlements à détails. Il ne nous parait point utile d'en tretien important au sujet de l'éducation de
chaque fois qu'il pul l'enlreroir.
poursuivre la collection, car peut-èlre nous leur fils.
Malaisément pouvait-on préjuger, la veille, serait-il ohjecté que des remarques analogues
Jusque-là, selon !"usage, cette matière .nait

�JJf ONS1EU1( DE M1GU1(AC - -

111ST0'/{1.Jl
été confiée aux seuls soins de Maguelonne et
de ses pareilles au château. Encore que la
marquise Olympe ne sût maintes fois que
faire de son temps, elle avait été trop noble-

C'était pt;,isir ,te le i•oir, à tei11e h:rnt comme son ftw
rel, prendre son él:lll, se fe11.tre e11 deux, se ,·ama.,ser, parer du ,·evers pour att.1-quer de 11om·e.1.1t en
rondissant à l'ilalie11ne. (Page 33+)

ment éle1•ée pour ignorer qu'une Jemme de
qualité déroge à soigner un enfant en bas
àge. Elle se contentait donc d'embrasser son
fils matin el soir, de le rencontrer trois fois
par jour en passant dans un corridor ou dans
une allée, et de le faire fouetter del'ant elle
aux grandes occasions, consacrant ses journées à rendre Yisite, dans l'antique carrosse
de Migurac, aux châteaux du voisinage, ou
réfugiée dans ses appartements, travaillant au
métier, brodant au tambour, et se faisant lire
des traités de pifüé ou de généalogie.
Quant au marquis, concen.).ré dans le souci
de faire valoir ses domaines et de réparer, au
moyen de négociations laborieuses, le délabrement où son père avait laissé son bien, et
au surplus rnlontiers absorbé dans ses lectures philosophiques et ses songeries, il ne
trouvait point, malgré ses principes, le temps
de veiller sur son fils, et sa timidité le retenait de montrer à la marquise combien il
souhaitait qu'elle s'en occupât.
Ainsi Louis-Lycurgue al'ait crù sous la
seule férule de_ Maguelonne, assistée, parfois,
de mademoiselle Séraphine, et c'étaient elles
qui avaient formé son intelligence naissante.
Ses connaissances scicn tifiq ues étaient restreintes. Il savait imparfaitement ses lettres,
avait appris son Pater et deux ou trois chants

liturgiques, el possédait parfaitement, sans
qu'on le lui eùt enseigné, le langage des manants et des fragments de refrains poissards.
Il avait. de plus, la tète meublée d'une infinité d'histoires de fées, de sorciers et de génies, cl les enchel'ètrait singulièrement à ln
réalité, au hasard d'une imagination qui promettait d'ètrc riche. Les nuages, le~ arbres,
les sources s'animaient autour de lui. Un
monde de chimères l'emironnait, el tour à
tour le charmait, l'exaltail, lui inspirait des
jeux, des ardeurs, des effrois inattendus.
Il s'y réfugiait d'autant plus volontiers
:1ue son caractère se dérobait davantage à l'ascendant de Maguelonne et de la camériste : continuellement il leur échappait, el,
en dépit des ordres el des menaces,
s'enfuyait dans le parc 011 on le relronvait lC's vêtements en lambeaux, la tète au soleil et les pieds
dans quelque mare.
Mais, au jour que nous voulons
dire, il ad vint que, ayan t avisé
deux poules grasses enfermées
dans une cage en vue de la collation du lendemain, il s'en t1pprot ba sournoisement, tira la porte
de leur prison et leur rendit la
clef des champs : et comme mademoiselle Séraphine, indignée,
l'en reprenait vertement et mème
levail la main contre lui, il se jeta
sur elle et la mord il gravemcnl au
bras. Sur quoi, mademoiselle Séraphine alla
se plaindre 11 la marquise Olympe qui, fronçant se~ beaux sourcils, ordonna qu'on amenùt devanl elle le coupable. Il apparut, les
souliers crottés el défaits, un bas tombanl
sur les talons, la culolte trouée, une manche
de !'babil arrachée et les che,·eux dépeignés.
La marquise le toisa sérèrement et lui remontra sa faute: il répondit briè,·ement, d'un
Lon à la lois hardi et défiant. Le front chargé de
nuages, elle le congédia'. après une demi-heure
d'exhortations, en lui d1sanl aYec sécheresse :
- Mon fils, rous n'ètcs pas un gentilhomme, et, si vous persé,·érez, il y a lort à
douter que vous en deYeniez un.
L'enfant se retira, bouche close, et sans
que sa mère eùt prèté attention à sa pàleur.
)lais, peu de secondes après, des cris perçants traversaient le chàtcau. Quelle que fût
son impassibilité. la marquise elle-même quittait son fauteuil et se précipitail vers le vestibule où un spectacle inattendu l'arrèta :
entre les bras de Maguelonne éperdue, le
jeune vicomte gisait à terre, la poitrine ensanglantée; une de ses petites mains étreignait encore un canif donl il venait de se
frapper, tandi~ qu'alfolée mademoiselle Séraphine courait de-ci et de-là, cherchant, elle
ne Farail où, de quoi étancher Ir. sang qui
ruisselait. A l'aspeel de sa mère, le jeune
Louis-Lycurgue balbutia :
- Madame, j'ai cru qu'il valait mieux
pour vous n'avoir point de fils qu'un qui ne
fùt point gentilhomme. Veuillez m'excuser de
n'avoir pas réussi,

Il disait: &lt;&lt; Z'ai pensé JJ, el ne savait point
encore prononcer les ,•.
Madame Olympe ne répondit rien. mais
ses beaux yeux se l'oilèrenl d'une buée et elle
prit l'enfant sur ses genoux, très doucement,
tandis que mademoiselle Séraphine, les doigts
tremblants, préparait une bande de drap fin
et que Maguelonne y versait, outre ses larmes,
quelques gouttes de baume de Syrie, propre à
cicatriser les blessures.
'fcl fut l'accident à la suite duquel le soir
mème, après souper, avant que M. de Migurac
e1'tt oul'ert quelqu'une de ses brochures. la
marquise le pria de lui donner un instant
d'entretien, et, tout d'une haleine, lui conta
l'indiscipline de Louis-Lycurgue, ses violences,
ses propos décousus touchant les génies et les
fées, qu'il ne faisait point la révérence et
ignorait l'art de baiser la main , qu'il avait
l'ait éYader deux poules el attenté lui-mème à
ses jour,. Pendant ce récit, M. de lligurac
semblail la proie d'un vif émoi et pùlissait et
rougissait tour à tour.
La marquise conclut en ces termes:
- Si votre sentiment s'accorde :t\"CC le
mien, cet enfant n'a point une nature Yicieuse, mais son humeur est fougueuse, in1empérante et mérite d'ètre contenue. J'estime donc quïl y a urgence, de crainte qu'il
ne grandisse pour des errements plus fùc:heux,
à régler le plan de son éducation.
Le marquis ayant approm·é, la com crsation se poursuil"it. Bientôt les résultais en
del'inrent sensibles, el ils furent que. mademoiselle Séraphine demeurant confinée dans
ses fonctions de caméristr, et Maguelonne
promue à la lingerie, Louis-Lyi;nrgue pas~a
des mains des femmes dans celles des hommes.
A sa personne fut altaché le jeune Gilles. garçon de bonne mine et de probité, qui. depuis
deux ans, aidait au service de table: rt
Pierre-Antoine, qui jadis arn il fait c;1mpagne
sous le maréchal de Villars el cp1i. depuis
vingt-cinq ans, avait le sojn des cheranx el
de la carrosserie à Migurac, reçut en pins la
tàche de le perfectionner dans l'équi lation el
le métier des armes. Troisièrnrmcnt. il fut décrété qu'en remplacement de l'abbé Baguclinier, qui, à cause de son grand àge. avait
exprimé le vœu de se retirer dans un petit
bien de Languedoc, l'office d'aumônier serait
confié à un ecclésiastiq ue qui serait proprr,
en mème temps, à enseigner au jeune vicomte les belles-lettres el tout ce dont il convient qu'un gentilhomme soit inslruil. Sur la
recommandation de monsieur de Condom, à
qui le marquis ~•ouvrit de son dessein, cette
charge fut confiée à M. Joineau, qui précisément alors sortait du séminai re. riche eo
science, mais peu pourru d'espèces sonnantes,
d'ailleurs amène, grassou illet et de bonne
compagme.
De plus, désireux de ne rien épargner afin
de parfaire l'éducation de son fils, le mar&lt;1uis
mit une chaleur inaccoutumée à démontrer à
son épouse qu'une telle lt'tche ne devait point
ètre abandonnée exclusiYement à des mains
mercenaires, fussent-elles mème ecclésiastiques. Im·oquant les opinions de plusieurs

écrivains anciens et corroborant ses dires de
citations extraites de !'Écriture Sainte, il
réussit à convaincre la marquise qui, à l'égal
des convenances de son rang, :espectait les
préceptes de la religion et son devoir d'obéissance conjugale. Cédant à l'insistance de son
époux, elle accepta donc de consacrer quotidiennement une demi-heure de son loisir à
polir son fils dans l'art des bonnes manières.
Et, d'autre part, le marquis, questionné sur
le rôle qu'il se réservait à lui-même, lui répondit qu'il essayerait avec l'aide de la nature de former la raison et le cœur de l'enfant, à quoi sans doute nul n'aurait songé.
La marquise ne comprit point, et, par suile,
ne fit pas d'objeclion.
C'est ainsi qu'à partir de sa sixième année
Louis-Lycurgue fut comblé des leçons et des
soins les plus variés. Tandis que Gilles el
Pierre-Antoine se partageaient ce qui touchait
le développement de son corps, le soin de
l'éduquer en lettres et religion revenait à
M. Joineau, licencié ès arts et en théologie,
la marquise elle-même lui inculquait les préceptes qui conviennent à un gentilhomme, et
M. de Migurac, plus ambitieux, s'efforçait
par surcroit de faire de lui véritablement un
homme.
De quelle façon cette éducation ainsi départie fut effectivement distribuée, il n'est
point hors de propos de donner ici un sommaire aperçu, remettant à plus tard d'en
exposer les résultats, .

qu'autant le caractère de l'abbé était doux,
conciliant et facile à contenter, autant celui
de son pupille se montrait difficile et impatient, souffrait peu la contrainte et se rebellait à toute application soutenue. Or, aussi
bien que sa propre inclination, le souci de
son intérèl temporel engagea l'abbé Joineau
à ne point s'obstiner à faire un grand clerc
de Louis-Lycurgue. C'c,t ce que lui-même
nous laisse fort bien entendre dans un passage de ses mémoires.
Ayant un jour indiqué au vicomte, pour
qu'il l'apprit par cœur, un beau fragm,mt de
l'oraison P,-o Archia poela, propre à lui
former le goùt et le sens de la belle la.tinité,

l[(

De l'éducation qui fut donnée
à Louis-Lycurgue.
Les cahiers de l'abbé Joine~u qui, autant
que les écrits de M. de fügurac, forment le
fond de cette histoire authentique, contiennent comme il est concevable lorce renseignemen ts relatifs aux études juvéniles de
Louis-Lycurgue el surtout aux rapports qu'il
entretint avec son menin. Frais émoulu du
séminaire et désireux de complaire à son
protecleur monsieur de Condom, ainsi qu'à
son seigneur le marquis de )Iigurac, l'abbé
eftt volontiers fait de son élève le récipient
de toute sci,mce, et nous le voyons inscrire
au programme de ses cours no n seulf'ment la
religion et les bclle,-lettres latines, principe
ordinaire de toute éducation, mais encore le
grec, les langue, étrangèies, l'histoire ancienne et moderne, les mathématiques, la
physit1ue, l'alchimie, l'astronomie, la oéographie, l'anatomie et même la phil~sophic.
~ardons-nous de croire néanmoins qu'en
la Jeune tète de Louis-Lycurgue une telle
montagne de conn:iissance, se soit accumulée.
Modeste d'ailleurs et vériditflle, l'abbé .loineau
ne parait pas avoir été entièrement exempt
de toute faiblesse humaine, et il est douteux
si au séminaire de Cond()m le savoir qu'il
am:issa fut tant encyclopéJique. Mais l'eùt-il
été, il appert qu'il aurait eu peine à en faire
profiter son élève. Il est m1nife,tc en effet

En gé11eral, le ge11tilhomme et son fils 11e Jemeuraient pas enfermes da11s les appartements, mais, pre11a11l te,ws
chapeaux, ils fra11chissaie11t les grilles et gag11aie11t la campagne. Selo11 te hasard de te111· prome11aJe el t.J. fan•
taisie de leurs di.cours, le m:1rq1tis s'efforçait d'ouv rir l'âme de l'e11/a11t ,·ers le~ clartés don/ il désirait qu'elle
s'emplit. (Page 335.)
◄

"" 332

1M

il dut se convaincre le le11dcmain qu'au lieu
d'accomplir sa tàche le jeune gentilhomme
avait passé tout rnn loisir à se battre avec les
petits manants du village; sur quoi, cette
faute ne lui étant que trop coutumière, l'abbé
se saisit d'une règle el voulut lui en donner
sur les doigts. Mais Louis-Lycurgue, fort leste
et délibéré, empoigna le morceau de bois, le
brisa en deux, lui en jeta les morceâux à la
figure et, avant qu'il fùt revenu de sa surprise, avait gagné la porte et en avait tourné
la clef derrière lui. Le premier mouvement
de l'abbé fut d'appeler au secours et de porter
pl~inte à la marquise, qui, respectueuse de
l'Eglise et de l'autorité, eùt dureœent châtié

333 ...

�111STOR._1.l!

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le mutin. Il n'en fit rien cependant, pour Pierre ou lout seul, il chevauchait à perdre
haleine par les landes et les coteaux, à la
plusieurs raisons qu'il nous expose.
poursuite d'un lièvre, d'un chevreuil ou d'un
&lt;1 Premièrement, d:t-il, il me parut messéant d'attirer une punit ion rigoureuse sur renard, ou tout uonnement à l'aventure, pour
un jeune gentilhomme plein de cœur, cou- la joie de franchir les haies et les ririères, de
pable de légèreté plus que de malice, et qui, sentir le vent lui couper la figure, de perccrétif et irritable, eùt été susceptible de ron- Yoir le tressaillement de la bète généreuse el
server de ce traitement trop d'amertume; docile. Et parfois, dans son ardeur, il poussait
deuxièmement, je conçus que madame la des cris, des imprécations ou des éclats de
mar'luise, mise au fait de cc démèlé, ne man- rire qui étonnaient les manants ran gés en
r1uer,tit point de me taxer de faiblesse et vou- hâte sur son passage.
Tous les exercices du corps lui furent rapidrait peut-ètre me ;emplacer auprès de son
fils par un autre professeur, et j'estimai dement familier,. Quelques baignades dans
possible cjue celui-ci fùt animé de moins l'étang, sis derrière le chàleau, lui suffirent
bonnes intcnlion$, tandis que je me verrais pour qu'il sùt nager comme un dauphin, en
moi-mème contraint de rechercher quelque tenant son épée et son pistolet au-dessus de
fonclion peu conforme à mes talents. Ainsi, sa tète, ou se déshabiller en nageant. A la
ayant réfléchi, au lieu de nier au laquais, je course, au saut, à la lutte, il ne tarda pas à
m'approchai de la fenêtre afin de respirer• égaler ses maitres, non seulement le rieux
l'air embaumé de la campagne et d'attend re Pierre-Antoine que l'àge alourdissait, mais
quïl plùt au jeune espiègle de me délilTer. » Gilles lui-même, encore que celui-ci le dépasCes réflexions, que nous avon, rapportées sàt par la taille el par la force. Entre les arts
encore qu'elles ne datent point des premiers du corps toutefois, dès l'abord, les jeux de
mois que l'abbé vécut au chàteau, mais d'une l'épée et de la dague le captivèrent da van Lage,
époque un peu postérieure, jettent ur.e et c'était plaisir de le voir, à peine haut
lumière exacte sur les relations de M. Joineau comme son fleuret, prendre on élan, se
et de son élère. Considérant qu'il n'importait fendre en deux, se ramasser, parer &lt;lu rerers
point qu'un marquis eùt la science d'un bé- pour allaquer de nouveau en bondissant à
nédirtin, l'abbé ne mit pas de cruauté à l'italienne.
Ainsi de1·int-il en peu d'années vigoureux
réprimer l'humeur turbulente de son élèl'e.
A certain, jours où quelque démon agitait et agile. En mème Lemps, sous le gouvernetrop visiblement l'esprit de Louis-Lycurgue, ment de madame Olympe, il s'appliquait à se
c"était M. Joineau lui-même qui l'engageait à plier aux usages des salons el de cours. Tous
prendre un peu de repos, à feuilleter des les après-midi, la sieste finie, Louis-Lycurgue
gravures ou à se récréer d'une promenade avait le privilège de renir baiser la main de
dans le parc. Cependant, consciencieux el se sa mère, et eelle-ci l'instruisait des façons
rappelant qu'il était gagé pour faire œuvre ainsi que des idées qui conviennent à un
scientifique, il se répétait à lui-mème les gentilhomme. Ass ise dans son haut siège,
stances d'lforace, ciselait un distique ou mé- toute droite, les mains croisées sur son ventre
ditait quelque homélie à la manière de Mon- derenu un peu fort, une légère moustache
commençant d'ombrer sa lèvre supérieure,
sieur de Meaux.
Quelquefois, par le moyen de sa mansué- belle encore el d'une figure qui commandait
tude persuasive, il obtenait de l'enfant plu- le respect, elle parlait d'une voix sonore,
sieurs heures, Yoire deux jours ou une se- décrivant à Louis-Lycurgue les merveilles de
maine d'application ; el il se réjouissait de le la cour et ses usages, et parfois, oublieuse
voir heureusement doué dtJ mémoire et de &lt;le son jeune âgt•, se plaisait à retracer pour
vivacité d'esprit. !lais, au moment où il le clle-mème plus que pour lui tout cc r1u'elle
pen,ail con,1uis à l'étude!, l"humeur du petit avait observé, entrevu ou e~péré.
De bonne souche, mais peu dorée, madame
vicomte changeait, il n'était plu, capable de
s'ab;orber que dans le vol des mouches ou le Olympe, soigneusement nourrie selon les plus
ulides lradi lions, avai Lété lieureuse d'épouser
babil des tourlerC'lles. Alors M. Join!'au se
rappelait que l'excès d'effort cérébral atrophie M. Henri de Migurac, dont la famille égalait
la nature physique des enfanls et il s'absolvail la sienne en noblesse et la passait en fortune.
de ne pas in,ister darantage, admirant les Étant de son naturel inaccessible à la passion,
belles joues roses de Louis-Lycurgue, la gaieté elle lui avait voué toute l'estime qu'une
de son rire et la souplesse de ses jarrets. «Au épouse chrétienne doit à son époux et jamais
moin,, se disait-il, je n'aurai point attristé ni en acte, ni en parolè, elle n'avait manqué
sa jeunesse, et ce maitre n'a pas démérité à son serment &lt;le fidélité. En vain, néanqui s'est abstenu de fairè du mal à son moins, eùt-elle essayé de se dissimuler que
cette union ne lui avait point apporté Ioules
élèl'C. ))
Les leçons de maitre! Pierre-Antoine, se- lès joies qu'elle en allendait : de celte désilcondé par le jeunè Gilles, trouvaient au lusion, le caprice du destin et le caractère
rebours en Louis-Lycurgue un disciple infl!ti- mème de son époux étaicul cause. C'est en
gable et enthousiaste. UntJ joie pétillait dans effd peu a,irès son maria~e, à l'instant oü
ses prunelles. une imp1tience avide secouait le jeune coupfo venait d'ètre présenté à la
ses mem bres quand, au sortir de se. confé- cour et commençaiL&lt;le fréquenter tout ce que
rence; avec l'abué, il commandait à un valet Versailles el Paris rc11fermaient de mieux né,
de harnachtr son cheval el bondis;;ail en selle. que la ruorl subite du vieux marquis JeanC'était avec iwesse que, escorté du vieux l'hilipµc avait bouleversé lnir Yic en l'l'nùanl

manifeste la dilapidation qu'il aYait faite du
bim des Migurac. En cc désastre, deux partis
s'olfraient, dont l'un était de demeurer à
Paris et d'y vivre à crédit en mrnant un train
convenable jusqu'à ce que la faveur du roi
ou d'un ministre rétablit leurs affaires; à
vrai dire, la marquise n'en conccl'ait point
&lt;l'autre, et sa surprise fut vive le jour où sou
époux lui déclara qu'avant de vivre noblement
il s'agissait de vivre honnêtement, et qu'il ne
leur restait qu'à se retirer dans leurs terres.
Il lui parut que c'était une espèce d'abdication et elle ne put se retenir de hasarder
plusieurs objections, qui lui firént aussitôt
mesurer que son esprit et celui du marquis
n'étaient point du même moule. Elle se tut et
obéit. De retour à Migurac, elle se comporta en
épouse irréprochable et en dame accomplie;
et rien, sinon parfois un peu d'ironie dans
son ~ourire ou d' iiprcté dans son accent, ne
trahit r~merlume de son désappointement.
Non, èlle n'avait point eu la carrière à laquelle
elle était destinée ; plus que les circonstantes,
le coupable était cet homme dont le· id~es ne
répondaient pas à celles d'un seigneur, dont
les défauts n'étaient pas ceux de sa classt',
dont les vertus étaient bourgeoises et mesquines : et si son devoir et sa piété le lui
eussent permis, elle eût conçu quelque mépris
pour ce gentilhomme sans dettes et sans maitresses.
C'était avec de tc'.s sentiments, qu'elle
n'énonçait point, mais dont à coup sûr la
clairvoyance infaillible de l'enfance devinait
obscurément quelque chose, que madame
Olympe affermissait son fils dans les pratiques
qui conviennent à la meilleure société. Elle
ne se bornait pas seulement à former sapersonne corporelle aux révérences de cour, aux
gentils usages des salons, aux baise-mains,
aux diverses sorles de danses et d'ariettes;
elle s'efforçait également de lui inculquer les
maximes du monde, de déraciner en lui les
inclinations vulgairt's el les petitesses plébéiennes. Et l'enfant, bien que peu de familiarité se mèlàt au respect que lui inspirait
madame sa mè1e, l' écol).tail avec dévotion. Il
était naturellement gracieux, souple et bien
fait, el ce fut un jeu pour lui de se rompre à
toutes les mignardises de la mode ; si la marquise eût été sujette aux faiblesses de son
sexe, elle eùt pleuré d'attendrissement à le
voir, au son aigrelet du vieux clavecin, arrondir le coude el la jambe en face de mademoiselle Sér.iphine qui, tenant sa jupe à deux
doigts, s'inclinait selon les rites de la révérence. Il se portait arnc la même ferveur à
ses enseignements spirituels, comme s'ils
eussent flatté un instinct intime de son ètre.
Il fùt resté des heures à entendre sa mère lui
conter les généalogies augustes, les galanteries du [\oi-Soleil, la bonne grâce de Monsieur
le Régent , les splendeurs de madame de Pù
et de la duchc~se de Bourbon, le grand passepied de 1753, les ballets de !'Opéra, les perfections des coméJiens italiens, les premières
intrigues du Bien-Aimé, les vertus respectatables, mais surannées, ùe la reine polonaise... ,
Il buvait les parolès de la marquise, la vo-

lupté mouillait ses lèvres, une flamme illuminait son œil, si bien qu'à le contempler un
secret orgueil gonflait le sein de madame de
Jligurac pensant que de sou fils elle ser,ait
mère deux fois : et de son corps et de son
àme.
C'était d'habitude à l'issue de ces entretiens
que Louis-Lycurgue allait joindre son père
dans le grand cabinet de travail où il vivait
des heures douces. Lorsque entrait le jeune
garçon, le gentilhomme levait la tète et se
rejetait en arrière, découvrant ses traits un
peu creusés, prématurément vieillis, se~ joues
pâlies malgré l'air de la campagne, ses Jeux
au regard limpide, le sourire parfaitement
bon de sa bouche entr'ourerle. Et, quelque
épris que fùt Louis-Lycurgue des préceptes
maternels, un seul regard de son père remuait
son àme plus profondément que toutes les
paroles de la marquise. Celle-ci parlait comme
une Yoix qui sortait de lui-mème, celle de son
père semblait venir de l'au-delà, d'une sagesse
supérieure. L'émoi de l'enfant se rellétait sur
son visage mobile, et c'était quelquefois pour
la marquise le sujet d'un étonnement jaloux
dont elle se confessait à l'abbé Joineau, que
l'ascendant exercé par le marquis, rèveur,
maladroit de son corps el médiocre causeur,
sur la jeunesse turbulente de Louis-Lycurgue.
En général, le gentilhomme et son fils ne
demeuraient pas enfermés dons les appartements, mais, prenant leurs chapeaux, ils
franchissaient les grilles et gagnaient la campagne. C'était en marchant que, discrètement,
selon le hasard de· leur promenade et la fantaisie de leurs discours, le marquis s'efforçait
d'ouvrir l'âme de l'enfant vers les clartés dont
il désirait qu'elle s'emplit. Du temps où il
avait fréquenté la ville et la cour il avait
gardé une tristesse indignée de l'état corrompu
des sociétés modernes. Au contact de la nature, devant la beauté calme de la vie champètre, il avait conçu nettement que c'est la
civilisation qui a égaré la raison de l'homme
et, par un enchainement d'erreurs, causé le
malheur de l'humanité. Corroborant son
expérience par la· lecture de quelques écril'ains
(Ill11st,·;;z!io11s Je

réputés et d'un grand nombre de pamphlets
anonymes 4dités à l'étranger, M. de Migurac
a,·ait mesuré avec douleur combien les hommes
s'étaient écartés de l'égalité primitive; et,
souhaitant que son fils échappàt aux ténèbres
de la superstition, il recherchait toutes les
occasions de l'éclairer et d'éloigner de lui les
préjugé~. Observant les blés jaunis, lt•s maïs
verts, les vignes tortueuses, la vigul'ur des
bœufs roux, l'éclat azuré du ciel et des eaux
murmurantes, il l'accoutumait à bénir l'œu\'fe
de la nature et les bienfaits qu'elle prodigue
à l'humanité. Lui faisant remarquer les sombres tanières des paysans, leurs m('mbres
déjetés el en haillons, il lui montrait combien
peu la sagesse humaine avait su remédier aux
injustices du sort, semblant au contraire plus
préoccupée de les aggraver et de les multiplier. Par l'abondance de ses aumônes, il enseignait à son fils la générosité; par leur
discrétioq et leur politesse, il lui remettait en
mémoire l'égalité naturelle des hommes et
comment les différences qu'il y a entre eux
tiennent moins à leur mérite qu'au hasard de
la naissance auquel ils n'ont nulle part. Et
l'enfant, qui venait de s'enflammer aux leçons
de madame Olympe, s'enOammait darantage
à celles de son père. il ne se lassait pas de
l'interroger sur l'histoire des siècles morts et
sur lrs transformations des sociétés. Sa curiosité allait aussi souvent 1·ers l'avenir que vers
le passé : avidement il questionnait le marquis
comment on pourrait remédier aux maux de
la civilisation. Encore que celui-ci n'eûl point
d'optimisme areugle, qu'il connùt l'indifférence du destin et la faiblesse malfaisante de
l'homme, il répugnait à prirer l'enfant de son
espoir, et lui-même ne se résignait point au
malheur éternel de l'humanité.
C'est alors que tous deux échafaudaient des
plans de sociétés idéales où l'humanité régénérée vivrait unie et fraternelle. Autant que
jadis les fées et les génies, ces imaginations
surexcitaient l'esprit enthousiaste de l'enfant
et elles le poursuivaient jusque dans ses rêves,
derrière les rideaux de perse de son petit lit.
Telle fut l'éducation de Louis-Lycurgue,

Co,rn.o.)

A l'abbaye de la Joye
Aux très curicux .llfémoir~s du Chev:,Uer de Quincy,
préparés, annotés et publiés par M. Lion Lcccstrc.
pour la bell~ collection qu'édite la Société de !'Histoire
de. France, nous empruntons l,cxtrait suivant, tout
particuJiè:rcmcnt ale.rtc et savoureux.

Il y a une abbai-e près de Semours, nommée Notre-Dame-de-la-Jorn qui est fort
renommée par rapport à 1' hi~Loirc de M. de
Ségur, qui s"étai t passée il y avait quelques
années [en 1687] : il était alors mousquetaire. Aussi nous était-il défendu d"en appro0

""' 33.':i ....

DE ..M1GW{A.C

-

où ni les maitres ni les matières ne firent
défaut : et, sans doute, de ce qu'on lui apprit,
il y aurait eu de quoi garnir le cœur el le cerveau de plusieurs gen tilshommes.
Mais comment tant de leçons s'amalgamèrent ou se combattirent dans l'àme de
Louis-Lycurgue, c'est ce qu'il peut ètre malaisé de concevoir.
Pour prPndre en effet un exemple, au sortir
d'un serm_on où l'abbé, au mol"Pn de textes
tirés de !'Ecriture sainte, lui arait prescrit le
pardon des offtrnses, madame Olympe lui
démontrait comment, plutôt que de subir une
insulte, un honnête homme est bien fondé à
la prévenir, et le vieux Pierre-Antoine lui
révélait une botte secrète infaillible pour jeter
à bas le fàcheux; aprt•s rp10i, M. de Migurac
se mettait en devoir de lui exposer tout ce
qu'a de relatif le préjugé de l'honneur et de
ridicule l'opinion qui exige de le satisfaire.
Il n'y aurait donc rien eu d'étrange à ce que
quelque désarroi résultàt en ce jeune esprit,
du fait même de ces précepteurs; ajoutons
que Louis-Lycurgue recélait en lui-mème des
germes vivaces que 1'1111 ne saurait négliger.
c·est une question obscure jusqu'à quel point
l'éducation modifie le fonds naturel de sentiments que nous apportons en naissant. JI
est certain, en reYanche, que cc fonds est
fort Yariable, soit par suite de dispositions
physiques, soit selon une mystérieuse Yolonté
de la Providence. En sorte que pas plus que
des graines semblables jetées en terrains
dirers ne produiront mêmes fleurs, pas plus
les mèmes enseignements ne susciteront
pareilles 1·erlus d,1ns des âmes di!férentes.
Celle de Louis-Lycurgue ne parait point avoir
été fort souple à modeler.
C'est de quoi feront foi, sans doute, quelques
anecdotes qu'il nous semble à propos de
relever parmi celles 'lue M. Joineau a consignées relativement aux mœurs de son pupille
et où, peut-ètre, l'observateur retrouvera
quelque chose de cette humeur ardmte, généreuse, subite et difHcile à dompter, dont
le sein de Maguelonne subit les premiers
effets.

(A suivre. )

cher sous peine de prison. L'année suivante,
·l'abbesse, qui était parente du comte de Canillac, un de nos commandants, fut plus
traitable.
Pour en rerenir à ~f. de Ségur, tout le
monde sait qu'il était d'une très ancienne
maison de Gascogrw, mais gentilhomme qui
n'avait que la cape &lt;'t J"épée. JI deYint amoureux de l'abbesse de cette abbavc. li était
orné d'une très aimable fi gure, grand, bien
fait, beaucoup d'esprit, jeune, et apparemment entreprenant. Outre ces r1ualités, il
avait une belle voix qu'il accompagnait du
luth, dont il louchait à enlerer les cœurs.
Il n'est donc pas étonnant qu'une jeune
religieuse se soi l laissé surprend rc à tan l de
charme$.

.MONS1'EU'R,

AxonË LICHTE. BERGER.

Ainsi enchantés l'un de l'autre, ils passaient
les jours entiers dans le parloir, la grille
entre deux. Quel obstacle pour deux amants
qui s'aiment à l'adoration! L'amour est
ingénieux. L'abbesse trouva le moyen de faire
entrer son cavalier dans l'abbaye et de le faire
pénétrer dans son appartement. ff n'y a que
le premier pas qui coùtc. ~I. de Ségur, après
arnir soupé avec ses camarades, s'échappait
toutes l es nuits pour aller coucher arnc sa
belle mai'tressc. Au bout de quelques mois
de ce corn merce, l"abbesse ne s'aperçut que
trop des suites des visites fréquentes du jeune
mousquetaire. Quelle triste situation pour
une abbesse qui, jusqu'alors, amit été
l'exemple de sa communauté, et quelles précautions ne derait-elle pas prendre afin que

�- - 1f1STOR.1.Jl
personne ne s'aperçûl de son état, elle qui
étail obligée de recevoir les visites de ses religieuses el des personnes du dehors qui avaient
à lui parler! La chose réussit parfaitement
jusqu'au moment fatal des neuf mois. Elle en
avertit son amant, qui étail alors à Paris, rt
qui pril sur-le-champ la posle pour se rendre
auprès d'elle. Elle tinl conseil avec lui des
mesures qu'il étail nécessaire de prendre. Le
résullal ful qu'il fallail écrire à son frère qui
avail une charge considéralile auprès du Rui
(la cour étail à Fontainebleau), pour le prier
de lui envoyer un carrosse afin qu'elle pùl
renvoyer à Paris une de ses amies qui étail
venue passer quelque Lemps dans son alibayc.
Son frère, qui l'aimail tendrement, lui
envoya un carrosse à six chevaux. La jeune
religieuse, accompagnée de son amant, y
monta dans le dessein d'aller à Paris el de
faire ses couches dans la grande ville. Mais,
malheureusement, entre Nemours el Fontainebleau, soil que le terme fùl arrivé, soit
que l'ébranlement de la rnilure fùl trop fort,
il pril à la jeune aLbesse des doul~urs ~i
vives el si fréquentes, qu'elle accoucha da11s
le carro~se. Ainsi, au lieu d'aller à Paris
selon •on projcl, elle l'ut obligée d'aller dans

-------------------------------~
la pr1' mière hôtellerie 11u'elle lrouva en arrirnn t à Fontainelilcau.
Quelle triste aventure pour le jeune carnlier ! Dans quel embarras ne se trouvait-il
pas? li demande au plus vite une chambre;
il prend le liras de sa chère maitresse, qui
était sur le poinl d'expirer de la fatigue et des
douleurs d,rns lesquelles elle étail plongée. Le
cavalier ne perd pas un moment à la faire
mettre dans un lit. Antre surcroit de malheur,
malheur qui lui coùla, pour le rc~te de ses
jours, sa liberté : un laquais de son frère,
passant del'ant celle hôtellerie, aperçoit le
carrosse de son maitre: il s'en approche, et
il l'Oil le dedans de cc carrosse tout rempli
de sang. li s'imagine dans le mo1Uent que
quelque personne y amit été assassinée; il
demande à l'hôtesse de lui expliquer celle
âventure, qui lui dil bonncmenl, cil riant de
toutes ses forces, qu'une jeune religieuse,
accompagnée d'un jeune mousquetaire, venait
d'an•;ver après ètrc accouchée dans cc carrosse
cil chemin. Le laquais, sans perdre de temps,
Ya rendre cette histoire à son mailre, qui, ne
sachant point l'inlérèt qu'il devait y prendre,
el pcr;uadé que sa sœur lui arnit demandé
son carrosse pour cnl'oyer une de es rcli-

gieuses faire ses couches à Paris, court au
plus vile raconter cc fait au Roi. IJans le
moment, le bruit de celle aventu re se rPpand
à la cour et dans Loule la l'ille de Fontainebleau. On n'y parle que du beau mousquetaire cl de l'accident de la jeune religieuse.
liais dans quel chagrin son frère ne fut-il pas
plongé, lorsqu'il apprit que l'histoire qu'il
avait contée au Roi regardait sa famille? Il
ful quelque temps sans paraitre à la cour,
honteux du funeste accident arriî'é à sa sœur,
qui, après èlrc relevée de ses couches, fut
reléguée pour le resle de ses jours dans un
couvenl à Lagny-en-Brie.
Quelle différence de destinée des dr ux
amants! L'une est déshonorée el sacrifiée
pour le reste de sa vie, el cc malheur fut le
bonheur el la fortune de l'autre. Toul le
monde, et sur tout les femmes, tanl à la cour
qu'à la ville, voulut l'oir le beau mousquetaire, et il donna si forl dans la l'Ue d'une
jeune femme, ,·euve d'un maitre des comptes,
qui avail trenle mille livres de rente, qu'elle
l'épousa et lui achel1 dans la suite une compagnie de gendarmerie.
CIIE\',\LIER DE

QCl~CY.

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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        <name>Arvéde Barine</name>
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        <name>Frédéric Loliée</name>
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        <name>J.H. Aubry</name>
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        <name>Pierre de Nolhac</name>
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        <name>Viconte de Reiset</name>
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                    <text>- - 1f1STOR.1.Jl
personne ne s'aperçûl de son état, elle qui
étail obligée de recevoir les visites de ses religieuses el des personnes du dehors qui avaient
à lui parler! La chose réussit parfaitement
jusqu'au moment fatal des neuf mois. Elle en
avertit son amant, qui étail alors à Paris, rt
qui pril sur-le-champ la posle pour se rendre
auprès d'elle. Elle tinl conseil avec lui des
mesures qu'il étail nécessaire de prendre. Le
résullal ful qu'il fallail écrire à son frère qui
avail une charge considéralile auprès du Rui
(la cour étail à Fontainebleau), pour le prier
de lui envoyer un carrosse afin qu'elle pùl
renvoyer à Paris une de ses amies qui étail
venue passer quelque Lemps dans son alibayc.
Son frère, qui l'aimail tendrement, lui
envoya un carrosse à six chevaux. La jeune
religieuse, accompagnée de son amant, y
monta dans le dessein d'aller à Paris el de
faire ses couches dans la grande ville. Mais,
malheureusement, entre Nemours el Fontainebleau, soil que le terme fùl arrivé, soit
que l'ébranlement de la rnilure fùl trop fort,
il pril à la jeune aLbesse des doul~urs ~i
vives el si fréquentes, qu'elle accoucha da11s
le carro~se. Ainsi, au lieu d'aller à Paris
selon •on projcl, elle l'ut obligée d'aller dans

-------------------------------~
la pr1' mière hôtellerie 11u'elle lrouva en arrirnn t à Fontainelilcau.
Quelle triste aventure pour le jeune carnlier ! Dans quel embarras ne se trouvait-il
pas? li demande au plus vite une chambre;
il prend le liras de sa chère maitresse, qui
était sur le poinl d'expirer de la fatigue et des
douleurs d,rns lesquelles elle étail plongée. Le
cavalier ne perd pas un moment à la faire
mettre dans un lit. Antre surcroit de malheur,
malheur qui lui coùla, pour le rc~te de ses
jours, sa liberté : un laquais de son frère,
passant del'ant celle hôtellerie, aperçoit le
carrosse de son maitre: il s'en approche, et
il l'Oil le dedans de cc carrosse tout rempli
de sang. li s'imagine dans le mo1Uent que
quelque personne y amit été assassinée; il
demande à l'hôtesse de lui expliquer celle
âventure, qui lui dil bonncmenl, cil riant de
toutes ses forces, qu'une jeune religieuse,
accompagnée d'un jeune mousquetaire, venait
d'an•;ver après ètrc accouchée dans cc carrosse
cil chemin. Le laquais, sans perdre de temps,
Ya rendre cette histoire à son mailre, qui, ne
sachant point l'inlérèt qu'il devait y prendre,
el pcr;uadé que sa sœur lui arnit demandé
son carrosse pour cnl'oyer une de es rcli-

gieuses faire ses couches à Paris, court au
plus vile raconter cc fait au Roi. IJans le
moment, le bruit de celle aventu re se rPpand
à la cour et dans Loule la l'ille de Fontainebleau. On n'y parle que du beau mousquetaire cl de l'accident de la jeune religieuse.
liais dans quel chagrin son frère ne fut-il pas
plongé, lorsqu'il apprit que l'histoire qu'il
avait contée au Roi regardait sa famille? Il
ful quelque temps sans paraitre à la cour,
honteux du funeste accident arriî'é à sa sœur,
qui, après èlrc relevée de ses couches, fut
reléguée pour le resle de ses jours dans un
couvenl à Lagny-en-Brie.
Quelle différence de destinée des dr ux
amants! L'une est déshonorée el sacrifiée
pour le reste de sa vie, el cc malheur fut le
bonheur el la fortune de l'autre. Toul le
monde, et sur tout les femmes, tanl à la cour
qu'à la ville, voulut l'oir le beau mousquetaire, et il donna si forl dans la l'Ue d'une
jeune femme, ,·euve d'un maitre des comptes,
qui avail trenle mille livres de rente, qu'elle
l'épousa et lui achel1 dans la suite une compagnie de gendarmerie.
CIIE\',\LIER DE

QCl~CY.

�J UL ES

TALCANDIER,

ge fascicul e &lt;20

Sommaire du

A :-iATO LE F RAXCE • . . •

Les Femmes de la Révolut ion : Cherlotte
Corday . . . . . . . .
337
Mémoires . . . . . .
3-13
Madame de Warens .
352
Anecdotes. . . . . . .
358
Princesses et Grandes Dames : Marie
Mancini. . . . .
. . . . . . . . . . 359
Tableau de Paris : Le Pont Neuf au XVIII•
siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 363

l\!ICHELET . . . . . .
GÉNÉl!AL DE ;\I ARDCT .
J f ENRY B ORDEAUX·
C IIA~!FORT . . .
A RVÈDE: BARINE .
l\lERCIER . . . .

75, rue Dareau,

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de l'A cademie fra11çaise.
T ALLEMANT DES R ÉAUX
F RÉDÉm è L ou 1\E .
D UCLOS . . . . . . . .
COMTESSE D' AR li.\ 11. LÉ .
S AINT-S IMON . . . . .
ANDRÉ LICllTENDERGER .

· B EIN , BERTIIAU LT, BLANC HARD. A BRAHAM B OSSE, BOULARD, J.-r.-c. CLÈRE
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HISTORIA a la bonne fortune de pouvoir offrir gracieusement à ses abonnés
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1

~

;

':

LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION
364

Le baron Denon . . . . . .

HISTORIA

le " ~lSE~ -MOI "
h1stor1que

; ;•• siècle

I/&amp;mbarquement pour Cythère

Prononcer le nom de \\"atteau, ce n'est pas seulement é1·oquer le souvenir d'un de
nm; plus g-rands peintres. C'est aussi rarpeler l'un des maitres les plus chatoyants. les
! plus élégants et les plus gracieux du x v111• siècle français, le siècle de l'élégance, de la
1 µràœ et de l'amour. ,\lais, parmi les œuncs de \Vatteau, il en est une, l'E111/&gt;arq11eme11t
ton,· l'ile de Cyl hère, •à laquelle il s'est attaqué à deux reprises pour s'y réaliser tout
entier. Et, de l'avis unanime des plus fins critiques d'art, c'est là que Watteau a créé le

Une

3-1

372
376
377

Paraissant
le 5 et le 20

FRÈRE d 'EMPEREUR

So,uve raines et Grandes Dames

lB OUG OB moroy

maaame Bécamier

Morny. Le Monde, Les Femmes
par Frédéric LOU ÉE

Joseph T URQUAN

par

1

partout

Chef-d'œ uvre de ses Che fs-d 'œ u v r e

1

li n'en ·existe pas, malheureusement pour le public, de copies gravées facilement
,1c_cessibles. En dehors de quelques épreuves des grandes collections publiques et privées, on en chèrcherait Yainement dans le commerce. Cette rareté même d'une œuvre
aussi justement consacrée a déterminé HISTORIA à en établir une édition spéciale
particulièrement réservée à ses abo,inés.
Cette édition est la reproduction de la :omposition définitive de Watteau qui arpar- 1
tient il la Galerie Impériale d'Allemagne, et laite d'après l'épreuYe unique que possède I
la Bibliothèque nationale.
Jmprimée en taille-douce, sur très beau papier, genre \Vhatman, avec grandes 11
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SOMMAIRE du NUMÉRO 110 (25 Mars 19 10)
HEKRt LAVEDAN, de l'Académie française. Leur carême. - ANDRE THEURJET.
Le Secret de Gertrude. - M1c11EL PIH)VINS. Le terre-neuve. - ERNEST
D'HERVILLY Fin de carême. - Guv CHANT EPLEURE. Sp_hinx blanc. RosEMO:&lt;DE ROSTA'I D: Les coucous. - FRANÇOIS COPPÉE, L'odeur. du
buis. -GYP. Réunion du comité. - MME ALPHONSE UAU DET. Le Chariot.
- IIENRY 13ORDE,\UX. La croisée des chemins. - FRANÇOIS •DE NION.
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La Belle au bois dormant.
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J. TALLA NDJ ER,

Charlotte Corda))

367

- - - - - - Magazine littéraire bi-mensuel - - - -Favorites et Courtisanes, Aventuriers ou gr:rnds Capitaines, Souveraines ou grandes
Dames, toutes les figures qui appartiennent à l"histo1re sont des sujets curieux, inté•
ressants et captivants au possible. Les personnages ont vécu dans den milieux vrais,
ils ont aimè, ils ont souffert. Ce sont leurs souvenirs intimes, leurs mémoires historiques
que nous re1·è e HISTORIA ; il nous les montre en pleine vie et en r,lein mouvement,
obéissant aux appétits et a11x rass1ons qui ont jadis déterminé leurs actes.
. Chaque fascicule reproduit les œun es des grands maitres de la peinture et de restampe,
tirées de nos musées nationaux et de nos bibliothèques publiques.

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366

Brizardière . . . . . . . . .
Les Femmes du second Empire
Pompadour impériale
Une reine d'Espagne .
Madame Élisabeth . .
Frère de favorite . . .
Monsieur de Migurac .

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M a rs 1910.)

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ILLUSTRATl ONS

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1

75, rue O areau, P A RJS (XJV")

Le, d!manche 7 juillet 1795, on avait ballu d'un seul sera la vie de Lous. Telle fut toute son ex trême douceur . Rien qui soit moins en
la genera_l~ el réuni sur l'immense tapis rert sa pe~sée. Pou~ sa vie, à elle-mème, qu'elle rapport avec le sanglant souvenir que rap d~ la prame d~ Caen les volontaires qui par- donnait, elle n y songea point.
pelle .son nom. C'est la figure d'une jeune
laient P?ur Pans, pom· la guerre de Alarat.
Pensée étroite, autant que haute. Elle vit demoiselle normande, fi gure viero-e s'il en
li en .nnl t'.·enle. Les belles dames qui se tout en un homme ; dans le fil d'ùne vie, elle fut, l'éclat doux du pommier en Jl; ur . Elle
lr~uva1ent la a\'eC les députés étaient sur- crut couper celui de nos mauvaises destinées
p~rait .beaucoup pins jeune que son âge de
prises et .mal édifiées de ce peti t nombre. nettement, simplement, comme elle coupait' vmgt-cmq ans. On croit entendre sa voix un
Une demmselle, entre autres, paraissait pro- fille laborieuse, celui de son fuseau.
' peu enfantine, lrs, mots mêmes qu'elle écrivit
fondément triste : c'était mademoiselle MarieQu'on ne croie pas voir en mademoiselle a son père, _da.ns 1orthographe qui représente
Charlolle Corday d'Armont, jeune et belle Corday. une virago farouche qui ne comptait la prononc~at10n traînante de Normandie :
personne, républicaine, de famille noble et pour rien le sang. Tout au contraire ce fut « Pardonnais-moi, mon papa .... &gt;&gt;
~au1Te, qui vivait à Caen avec sa tante. Pé- pour l'épargner qu'elle se déçida à fr;pper ce
. Dans ce tragiq~e portrait, elle parait infitJO?, qui ~'av~it vue quelquefois, supposa coup. Elle crut saurer tout un monde en mment s.ensée, ra1sonnable, sérieuse, comme
qu elle avait la sans doute quelque amant exterminant l'exterminateur. Elle arait un sont les lemmes de son pays. Prend-elle Iérrèo
dont le départ l'allr islait. II J'en
rement son sort ? point du tout il
plaisanta lourdement, disant :
n'y a rien là du faux héroïs~e.
&lt;&lt; Vous auriez bien du charrrin
li faut songer qu'elle était à une
n'est-il pas vrai, s'ils ne parl~ien~
d~m,i-heure de la terrible épreuve.
pas? »
N a-t-elle pas un peu de l'enfant
, Le Girondin blasé après tant d 'éboudeur. ? Je le croirais '· en reaar0
v.enemenls ne devinait pas le sendant b ien, l'on surprend sur sa
liment neuf et vierge, la flamme
lèvre u~ léger mouvement, à peine
ardente qui possédait ce jeune
u.ne petite moue. Quoi ! si peu d'ircœur. li ne savait pas que ses disn lat10n contre la mort!... contre
cours et ceux de ses amis qui
l'ennemi barbare qui l'a trancher
dans la bouche d'hommes ' finis'
cette charmante vie, tant d'amours
n'étaient que des discours, dan~
et de romans possibles. On est renl,e ~ ur de mademoiselle Corday
versé, de la voir si douce • Je cœur
etaient la des tinée, la "ie, la morl.
~chappe, les yeux s 'obscu~cissent:
Sur ce.ttc prairi~ de Caen, qui peul
il fa ut regarder ailleurs.
'
r~cevo1r .cent mille hommes et qui
Le peint re a créé pour les homn en avait que trente, elle avait vu
mes un désespoir, un regret éterune chose que personne ne voyait :
nel. Nul qui puisse la voir sans
la Patrie abandonnée.
di~e en ~on cœur: « O~ ! que je
Les hommes faisant si peu, elle
sois né s1 tard ! .. . Oh I combien je
en Lra en cette pensée qu'il fallai I la
l'aurais aimée ! &gt;&gt;
main d'une femme.
Elle a les che\'eux cendrés du
Mademoiselle Corday se trouvait
plus doux reflet: bonnet blanc et
ètre d'une bien grande noblesse·
robe .blanche. Est-ce un signe de
' proche parente des héroïnes'
1a Lres
so~ mn.o~ence et comme justifide Corneille, de Chimène de Paucat10n vJSJhle ? je ne sais. II y a
line et de la sœur d'Ilot'.ace: Elle
dans ses i eux du dou le et de la
était l'arrière-petite-nièce de Ï'autristes~e. Triste de son sor t, je ne
teur de Cinna. Le sublime en elle
le crois pas; mais de son• acte
était la na turc.
peu t-être. ... Le plus ferme qui
Dans sa dernière lettre de mor t
frap~e u~ tel coup, quelle que soit
Cliché Braun, Clément et C
elle fait assez entendre tout ce qui
~a fm, voit souvent, au dem ier moC HARLOTTE CORDAY.
fut dans son esprit: elle dit d'un
ment, s'élever d'étranges doutes.
Tableau de J EAX·J ACQUES H AUER. (/tfusée de Versailles.)
mot, qu'elle répète sans cesse:
. En regardant bien dans ses yeux
&lt;&lt; La paix, la paix . »
lnstes et doux, on sent encore
Sublime et raisonneuse, comme
un~ chose, qui peul-être explique
son oncle, à la normande, elle fit ce raison- cœur de femme, rendre et doux. L'acte Iou le sa dest111ée: Elle avait toujours éte
nement : La Loi est la Paix même. Qni a tué qu'elle s'imposa fut un acte de pitié.
seule.
la Loi au 2 juin? Marat surtout. Le meurtrier
Oui, c'est là l'uniq ue chose qu'on trouve
~ans l'unique portrait qui reste d'elle, et
de la Loi tué, la Paix rn refleuri r. La mort qu on a fait au moment de sa mort, on sent peu rassurante en elle. Dans cet être char1
•.

1. -

H ISTORIA.

-Fasc. 8.

22

�111ST0'1{1.Jl

-----------------------J

manl cl bon, il y cul celle sinistre puissance,
le de·mon de la solilurle.
D'abord, cllti n'eut pas de mèrf'. La sienne
mourut de bonne heure; elle ne connut point
les caresses maternelles ; elle n·eut point dans
ses premières an nées ce doux !ail de femme
que rien ne supplée.
Elle n'eut pas de père, à vrai dire. Le sien,
pauvre noble de campagne, tête utopique el
romanesque, qui écrivait contre les abus dont
la noblesse vivait, s'occupait beaucoup de ses
livres, peu de ses enfants.
On peul dire même qu'elle n'eut pas de
frère. Uu moins, les deux qu'elle avait étaient,
en 92, si parfaitement éloignés des opinions
de leur sœur, qu'ils allèrent rejoindre l'armée
de Condé.
Admise à treize ans au couvent de !'Abbaye-aux-Dames de Caen, oit l'on recernit les
filles de la pauvre noblesse, n'y fut-elle pas
seule encore? On peul le croire, quand on
sait combien, dans ces asiles religieux qui
sembleraient devoir être les sanctuaires de
l'égalité chrétienne, les riches méprisent les
pauues. Nul lieu, plus que l'Abbaye-auxDames, ne semble propre à conserver les traditions de l'orgueil. Fondée par Mathilde, la
femme de Guillaume le Conquérant, elle domine la , ille, el, dans l'effort de ses voùtes
romanes, haussées el surexhaussées, elle
porte encore écrile l'imolence féodJle.
L'àme de la jeune Charlolle chercha son
premier asile dans la dévotion, dans les douces
amitiés du cloitre. Elle aima surtout deux
demoiselles, nobles et pauvres comme elle.
Elle entrevit aussi le monde. Une société fort
mondaine des jeunes gens de la noblesse était
admise au parloir du couvent et dans les
salons de l'abbesse. Leur futilité dut contribuer à fortifier le cœur viril de la jeune fille
dans l'éloignemcnl du monde et le goût de la
soli tude.
Ses vrais amis étaient ses livres. La philosophie du siècle envahissait les couvents. Lectures fortuites et peu choisies. Raynal pèlemèlc avec Rousseau. C( Sa tète, dit un journaliste, était une furie de lectures de toutes
sortes. l&gt;
Elle était de celles qui pcurnnl traverser
impunément les livres et les opinions sans
que leur pureté en soit altérée. @ e garda,
dans la science du bien et du mal, un don
singulier de virginilé morale el comme d'enfance. Cela apparaissait surtout dans les into11alions d'une rnix presque enfantine, d'un
timbre argentin, où l'on sentait parfaitement
que la personne était entière, que rien cn~ore
n'avait fléchi. On pouvait oul.Jlier peul-tllrc
les traits de mademoiselle Corday, mais sa
voix jam:lis. Une personne qui l'entendit une
fois à Caen, dans une occasion sans importance, dix ans après avait encore dans r oreille
celle voix uniqtte, et l'eùt pu noter.
·
Celte prolongation d'enfance fut une singu-

larité de Je~nnc d'.\rc, qui resta une petite
fille et ne fut jamais une fcmmP.
Ce qui plus qu'aucune chose rendait mademoiselle Corday lrès frappante, impossible
à oublier, c·esl que cette voix enfantine était
unie à nne beau lé sérieuse, virile par l'expression, quoique délicate par les traits. Cc conLrasle arniL l'effet double et de séduire el
d'imposer. On regardait, on approchait; mais,
dans celle fleur du temps, quelque chose intimidait qui n·étail nullement du Lemps, mais
de l'immortalité. Elle y allait rl la vonlail.
Elle Yirnit drjà entre l~s héros dans l'tlysée
de Plutarque, parmi ceux qui donnèrent leur
vie pour vivre éternellement.
Les Girondins n'eurent sur elle aucune influence. La plupart, nous l'arnns vu, avaient
cessé d'èlre eux-mèmes. Elle vit deux fois
Barbaroux' , comme député de Provence,
pour arnir de lui une lellrc el solliciter
l'affaire d'une de ses amies de l'ami lie proYcnçale.
Elle avait ,·u aussi Fauchet, l'évêque du
Calvados; elle l'aimait peu, l'estimait peu,
comme prêtre, el comme prêtre immoral. li
est inutile de dire que mademoiselle Corday
n'était en rapport arec aucun prêtre, el ne se
confessait jamais.
A la suppression des couvents, trouvant son
père remarié, elle s'était réfugiée à Caen chez
une vieille Lanté, madame Brelcl'ille. Et c'est
là qu'elle prit sa résolution.
La prit-elle sans hésitation? non ; elle fut
retenue un moment par la pensée de sa Lan le,
de cette bonne vieille dame qu i la recucillail,
et qu'en ré,')mpense elle allait cruellement
compromellre.... Sa tante, un jour, surprit
dans ses yeux une larme : C( Je pleure, ditelle, sur la France, sur mes parents et sur
Yous .... Tanl que )larat vit, qui est sùr de
vine? )J
Elle distribua ses livres, sauf un volume
de Plutarque, qu'elle emporla aYec elle. Elle
rencontra dans la . cour l'enfant d'un ouvrier
qui logeait dans la mai~on; clic lui donna son
carton de dessin, l'embrassa, d laissa tomber
une larme encore sur sa joue.... Deux larmes!
assl'z pour la nature.
Charlotte Corday ne crut pou\'Oir quiller la
l'ic sans d'abord aller saluer son père encore
une fois. Elle le vit à Argentan, reçut sa bénédi ction. l)e là elle alla à Paris dans une rniLure pulilique, en compagnie de quelques
~fonlagnards, grands admirateurs de ~laral,
qni commencèrent tout d'abord par ètre amoureux d'elle el lui demander sa main. Elle faisait semblant de dormir, souriait, el jouait
avec un enfanL.
Elle arri va à Paris le jeudi 11, rcrs midi,
et alla descendre dans la rue des \ïcux-Auguslins. n° ·I7, à l'hôtel de la Providence. Elle
se coucha à cinq heures du soir, el, fatiguée,
dormit jusqu'au lendemain du sommeil de la
jeunesse el d'une conscience paisible. Son

1. Les historiens romanesques ne tiennent jamais
quille leur héroïne, sans essayer de prouver qu'elle a
dù être amoureuse. Celle-ci , probablement, disent-ils,
l'aura été de 1larbarnux. D'autres, sur un mot d'une
Yieille scr vanlc, ont imaginé un certain Frnnquelin,
jeune homme ~ensible et bien tourné, qui aurait eu
l'insigne honneur d'i'.lre aimé de madcmoi,ellc Cor-

,lay cl de lui coùter des larmes. C'est peu con11ailt·c
l:i 11alurc loumaine. De tels actes ,upposc11L l'•ustérc
virginité du cœur. Si la prêtrcs;c de Tauride savait
enlo11ccr le couteau, c'rsL que uul amour humain
n'avait amolli son cœur. - Le plus absurde de tous,
c'est Wi111pfcn, qui la foit d'abord rovali le ! amoureuse du 1·o!·alis1e Belzuncc I La hain~ de \\Ïmpfcn

.., 338

~

sacrifice était fait, son acte accompli en pensée; elle n'avait ni trouble ni doule.
Elle.était si fixe dans son projet, qu'elle ne
senlail pas le besoin de précipiter l'exécution.
Ellti s'occupa lranqui llement de remplir préalablement un devoir d'amitié, c1ui avait été le
prétexte de son voyage à Paris. Elle avait
obtenu à Caen une lettre de Barbaroux pour
son collègue Duperret, voulant, disait-elle,
par son entremise, retirer du ministère de
l'intérieur des pièces utiles à son amie, mademoiselle Forbin, émigrée.
.
Le matin elle ne trouva pas Duperrel, qui
élail à la Conl'enlion. Elle rentra chez elle, el
passa le jour à lire tranquillement les Vies
de Plutarque, la bible des forts . Le soir elle
retourna chez le dépulé, le trou va avec sa
famille, ses filles inquièles. li lui promit
obligeamment de la conduire le lendemain.
Elle s'émut en voyant cette famille qu'elle
allait compromcllre, et dit à Duperrel d'une
voix presque suppliante : et Croyez-moi, parlez
pour Caen; fuyez avant demain soir. l&gt; La
nuit mème, et peul-èlre pcndanl que Charlotte parlait, Duperrel était déjà proscrit ou
du moins bien près de l'èlrc. li ne lui tinl
pas moins parole, la mena le lendemain malin
chez le ministre, qui ne recevait poinl, et lui
fit enfin comprendre que, suspects tous deux,
ils ne pouvaient guère senir la demoiselle
émigrée.
Elle ne rentra chez elle que pour éconduire
Dupe1·ret, qui l'accompagnait, sortit sur-lechamp, et se fit indiquer le Palais-Hoyal.
Dans cc jardin plein de soleil, égayé d'une
foule riante, et parmi les jeux des enfants,
elle chercha, trouva un coutelier, et acheta
quarante sous un couteau, frais émoulu, à
manche d'ébène qu'elle cacha sous son fichu.
La voilà en possession de son arme; comment s'en servira+ elle? Elle eût voulu donner
une grande solennilé à l'exéculion du jugement qu'elle avail porté sur Marat. Sa première idée, celle qu'elle conçut à Caen, qu'elle
couva, qu'elle apporta à Paris, eùt été d'une
mise en scène saisissante el dramaliquc. !&lt;:lie
voulait le frapper au Champ de Mars, pardevant le peuple, par-devant le ciel, à la solennité du 14 juillet, puoir, au jour anniversaire de la défaite de la royauté, ce. roi de
l'anarchie. Elle eût accompli à la lettre, en
uaie nièce ·de Corneille, les fameux vers de
Cinna:
Demain , au Capitole, il fait uu sacnfice ....
Qu'il eu soiL la victime, el faisons en ces lieux
Justice au monde enlier, à la l'ace dès dieux.

La fèle étant ajournée, elle adoptait une
autre idée, celle de punir Marat au lieu même
de son crime, au lieu où, brisant la représentation nationale, il avait dicté lti vole de la
Convention, dé!;igné ceux-ci pour la vie, ceuxlà pour la mort. Elle l'aurait frappé au sommet de la Montagne. Mais Marat était malade;
il n'allait plus à l'Assemblée.
pour les Girondin•, qui repoussè,·cnl ses propositio~s
d'appeler l'A.nglais, semble lui faire perdre J'cser1t.
Il va jusqu'à supposer que le pauvre homme Pét10n,
à moitié mort, qui n'avait plu, qu'une idée, ses
enfants, Youlait. .. (devinez! ... ) brule1· t:ae11, pour
impu ter ensuite cc crime à la llont~gnc ! Toul le reste
csl etc cette force.

CllA'R,LOTTE CO'R,DAï ~

Il fallait donc aller chez lui, le chercher à avail voué sa fortune, immolé son repos. »
La pièce iltail pcli Le, obscure. M~rat au ha in
~on ~oyer' y pénétrer à travers la surveillance
On trouva dans les papiers de àfarat une recouver~ d'un_ dr~p sale et d'une plam he su;
inquiète, d_c ceux qui l'entouraient; il fallait, pr,~~~ss.e d_e mariage à Catherine Évrard.
chose pernble, entrer en rapport avec lui le DrJa il I amt épousée devant le soleil, devant !~quelle ',I écrivait, ne laissait passer que la
tete, les epaules et le bras droit. Ses chereux
tro_mp~r._C'es_t 1~ seule chose qui lui ait cofilé, la nature.
g_ras,
entourés d'un mouchoir ou d'une serqui lut ait laisse un scrupule el un remords
Celle créature infortunée et vieillie avanl nelte, sa peau jaune et ses membres grêles,
Le premier billet
'·
sa grande bouche baqu'elle écrivit à Maral
tr~cienne, ne rapperesta sans réponse.
latent pas beaucoup
Elle en écrivit alors un
que cet ètre fùt un
second, où se marque
homme. Du reste, la
une sorte d'impatienj~unc fille, on pe•1l
ce, le progrès de la
bien le croire, n'y repassion.
garda pas. Elle avait
Elle va jusqu'à dire
promis des nouvelles
&lt;( qu'elle lui ré,·élera
de
la Normandie; il
des secrets; qu'elle est
les demanda, les noms
persécutée, qu'elle est
surlou t des députés
malheureuse ... , » ne
réfugiés
à Caen ; elle
craignant point d'abules
nomma,
et il écriser de la pitié pour
Yait à mesure. Puis,
tromper celui qu'elle
ayant fini: C( C'est bon !
condamnait à mort
dans huit jours ils
comme impitoyable,
iront à la guillotine. »
cornmeenncmi de l'huCharlotte, ayant dans
manité. Elle n'eut pas
ces mols trouvé ' un
besoin, du reste, de
surcroi't de force, ~ne
commettre celle faute•
r_aison
pour frapper,
elle ne remit point
Lira de son sein le coubilleL.
Lea?, e~ le plongea tou l
Le soir du 15 juilenller
Jusqu'au manlet, à sept heures, elle
che
au
cœur de Marat.
sortit de chez elle, prit .
LA )IORT DE MARAT.
Le coup tombant ainsi
~e ,·oilure publique
A llcicnne estampe , J!.-ao•ée par BERTHAULT, d'après le dessin de S\\'EBACH-DESPO'.'ITAI"es.
d'en haut, et frappé
a la place des Victoia,,cc
une assurance
res, el, traversant le
,
extraordinaire
passa
pont Neuf,_ descendit à la porte de Marat, rue l'âge se consumait d'inquiétude. Elle sentait
pres _de la clavicule, traversa lout le ~oumon'
des Cordehers, n° 20.
la mort autour de Marat, elle veillait aux ouvrtl le lronc des carotides et tout un fi!'uv;
Marat demeurait à J'étage le plus sombre portes, elle arrêtait au seuil tout visacre sus- de sang.
0
de celte sombre maison, au premier éta"e
pect.
0
&lt;( A moi! ma chère amiti t » C'esl tout ce
comm0 d~ pour 1e mouvement du Journaliste
.
'
, , Celui de r_nadernoiselle Corday était loin de qu'il put dire; et il expira. ·
et d~ tribun populaire, dont la maison est l _elre; sa, mis~ décen le de demoiselle de propublique autant que la rue, pour l'affluence v10ce preven~1t _pour ~lie. Dans ce temps où
La femme entre, le commissionnaire.... Ils
des porteurs, afficheurs, le rn-et-vienl des tou le chose eta1 l extreme, où la tenue des
tr~uvent Cbarlolle, debout el comme pét 'fi ,
é~~euv~s, un monde d'allants el venants. femmes étai_t o~ négligée ou cynique, la jeune
,
ri iee,
.... L'homme lui lance
Pres de Ia fienetre
L_ mlérieur, l'ameublement présentaient un fille semblatt bten de bonne vieille roehe norco~p de chaise à la tète, barre la porte po~~
bizarre contraste, fidèle ima"e des disso- mande, n'abusant point de sa bt-aulé, contequelle_ ne sorte. Mais elle ne bouO'eait pas
nance~_qui caractérisaient Marat°et sa deslinée. nant par un ruban vert sa chevelure superbe Aux rm, les voisins accourent, le oquarlier:
Les p1eces .fort obscures qui élaient sur la so?s le bonnet connu des femmes du Calvados, Lous les passants On appelle le h.
.
r irurg1en
cour! garrnes de vieux meubles, de tables coiffure modeste, moins triomphale que celle qui• ne tr~uve plus· qu'un mort. Crpendant
1~
sales
· 1es Journaux,
·
l''d , où, l'on_ P1·1a1t
donnaient des da·mes de Caux. Contre l'usacre
du temps
0
irarde nationale avait empèché qu'on ne m't
·
~ne_e? ~n triste _logement d'ou~rier. Si vous ma1gre' une cbaleu r de Juillet,
son sein était' Ch~rlolte tout en pièces; on lui tenait les deu1x
P . elriez plus Jorn, rnus lrouviez a1·ec sur- sévèreme~l re~ouYert d'un fichu de soie qui marns. Elle ne soncreait gue're a' •
•
0
s en servir
prise un petit salon sur la rue, meublé en se renouait solidement derrière la taille. Elle (mmob'tle, elle rrgardait
d'un œil terne et f 'd.
· d
roi .
damas bleu el blanc, couleurs délicates et avait une robe blanche, nul autre luxe que Un
perruq111er u q~arlier qui avait pris le
galantes, avec de beaux rideaux de soie el des celui qui recommande la femme, les dentelles couleau, le brandissait en criant Elle ,
't
·
u y prevases de porcelaine, ordinairement œarnis de du bonnet flollanles autour de ses joues. Du
~:1 pas garde.. La seule chose qui srmblait
~eurs. C'était ,·isiblemenl le logis d'une re~le, aucune pàleur, des joues I oses, une
_to~ner, et_qui (elle le disait ellt•-mème) la
emmc, d'une femme bonne allentive el voix assurée. nul signe d'émotion.
fwa1t
souffrir, c'étaient les cris de Cath .
tendre.' qui,· soigneuse,
·
Eli 1 . d
.
erme
parait 'pour l'homme
El_!~ franch_il d'un pas ferme la première Marat
. , . e u1 onna1l la première et pénible
v??é. a ce mortel travail le lieu du repos. barr!ere, ne~ arrèlant pas à la consigne de la i,~e (( _~u·~p~ès tout Marat était homme. »
~ etait là le mystère de la vie de Marat, qui portière, qm la rappelait en vain. Elle subit , ~ a~a1t I au· de se dirt~ : (( Quoi don •I ï
1
ut plus tard dévoilé par sa sœur · il n'était l'inspe~tion pe? bienveillante de Catherine, qui, eta1t aimé! u
c.
pas chez lui, il n'avait pas de chez' lui en ce au brmt, avait entr'ouvert la porte el voulait
Le commissaire de police arriva bienlôl .
(~nde. (( Marat ne faisait point ses frais l'empècher d'entrer. Ce débat fut entendu de sept heures trois quarts p. uis les ad · · t' a
.
,
muus raeSt sa. s_œur Albertine qui parle) : une Marat, et les sons de celle voix vibrante ar- tc,urs de polwe Louvel r t Marino, enfin les
e~~e di~me, touchée de sa siluation, lors- gentine, arrivèrent à lui. Il n'avait nulle hor- depulés Maure, Chabot, Drouet et Legendre
qu I fuyait de cave en cave, avait pris reur des femmes et, quoi4ue au bain, il or- accourus de la Convention pour voir le monsli'e'
et caché chez elle l'Ami du peuple' lui donna impérieusement qu'on la fit enlrer.
lis furf:'nt bien étonnés df' trouver entre le;

1;

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�, . - 111ST0'1{1.Jl

- -- - -- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J

répliques qu'on lit dans les dialogues serrés
(qui allriste et qu i fait mal) une parfaite transoldats qui tenaient ~es mains, une belle jeune quillité d'âme. Dans celte lettre qui ne pou- de Corneille.
&lt;c Qui Yous inspira tant de haine? Je
demoiselle, fort calme, qui répondait à tout ,·ail manquer d'être lue, répandue dans Paris
n'avais
pas
besoin
de
la
haine
des
autres,
avec fermeté et simplicité, sans timidité, sans le lendemain, et qui, malgré sa forme famiemphase; elle a,·ouait mèrne qu'elle eût lière, a la portée d'un manil'cstc, elle fait j'avais assez de la mienne. ll
&lt;c Cet acte a dù vous être suggéré? - O[\
échappé si elle l'eitt pu. Telles sont les con- croire que les volontaires de Caen étaient artradictions de la nature. Dans une adresse aux dents et nombreux. Elle ignorait enrorc la exécute mal ce qu'on n'a pas conçu soiFrançais qu'elle avaitécrite d'anncc, etqu't•lle
mème. &gt;&gt;
déroule de Vernon.
cc Que haïssiez-1•ous en lui ?- Ses crimes. ll
avait sur elle, elle disait qu'elle voulait périr,
Ce qui semblerait indiquer qu'elle était
&lt;c Qu'entendez-vous par là? - Les ravages
pour que sa tète, portée dans Paris, servit de moins calme qu"elle n·atrectait de l'être, c'est
de la France. ll
·
signe de ralliement aux amis des lois.
que par quatre fois elle revient sur ce qui
cc Qu'espériez-1•ous en le Luant? - Rendre
Autre contradiction. Elle dit et écrivit motive et excuse son acte : la Paix, le désir
qu'elle rspérait mourir inconnue. Et cepen- de la Paix. La lettre est datée : Du second la paix à mon pays. ll
&lt;C Crovez-vous donc avoir tué tous les
dant on troul'a sur elle son extrait de baptême jour de la préparation de la Paix. Et elle dit
et son passeport, qui dernicnl la l'aire recon- vers le milieu : &lt;c Puisse l a Paix s'établir Marat? __:_ Celui-là mort, les autres auront
peur, pt•ut-ètre. &gt;l
naitre.
aussitol que je le désire!. .. Je _jouis de la
&lt;c Depuis quand aviez-vous formé cc desLes autres objets qu'on lui trouva faisaient Paix depuis deux jours. Le bonheur de mon
connaitre parfaitement toute sa tranquillité pays l'ail le mien. » Elle écrivit à son père sein ? - Depuis le 31 mai, où l'on arrêta ici
d'esprit ; c'étaient ceux qu'emporte une femme pour lui demander pardon d'arnir disposé de les représentants du pt-uplc. &gt;J
Le président après une déposilion é1ui la
soigneuse, qui a des habitudes d'ordre. Outre
sa Yie, elle lui ci ta ce vers :
charge :
sa clef cl sa montre, son argent, elle avait un
cc Que répondez-vous à cela?- füen, sinon
I.e CJ'imc fail la honte cl non pas l'échafaud.
dé et du ftl, pour rrparcr dans la prison le
que
.ï ai réussi. l&gt;
désordre assez probable qu'une arrestation
Elle a,·ail écrit aussi 11 un jeune députr,
Sa Yéracité ne se démentit qu'en un point.
violente pouvait faire dans ses habits.
ne,·eu de l'abbesse de Caen. Ooulcet de PonLe trajet n'était pas long jusqu'à l'Abba)"e, técoulant, un Girondin prudent qui, dit Char- Elle soutint qu'à la revue de Caen, il y avait
deux minutes à peine. Mais il était dangereux. lotte Corday, sirgcait sur la )lontagne. Elle le trente mille hommes. Elle vou lait faire peur
La rue était pleine d'amis de füral, des Cor- prenait pour défenseu r. J)oulcel ne couchait à Paris.
Plu icurs répon es montrèrent que ce
deliers furieux, qui plruraienl, hurlaient pas chez lui , cl la le lire ne Il' trou Yu pas.
cœur si résolu n'était pourtant nullement
qu'on leur livrùl l'assassin. Charlotte avait
Si j'en crois une note précieuse, transprérn, accepté d'avance tous les genres de mise par la famille du peintre qui la peignit étranger à la nature. Elle ne put entendre
mort, excepté d'être déchirée. Elle faibli t, dit- en prison, elle avait fait faire un bonnet jusqu'au bout la déposition que la femme de
on, un instant, crut se trotn·er mal. On attei- ex près pour son jugement. C'est ce qui Marat faisait à travers les sanglots; elle se
bàta de dire : &lt;1 Oui, c'est moi qui l'ai tué. &gt;l
gnit l'Abba}e,
explique pourquoi elle dépensa trente-six
Elle cul aussi un mouvement quand on lui
Interrogée de nouveau, dans la nuit, par les
francs dans sa captivité si courte.
montra
le couteau. Elle détourna la vue, et,
membres du Comité de sùrcté générale et par
Quel serait le système de l'accusation? Le
d'autres députés, elle montra, non-seulement autorités de Paris: dans une prodamation, l'éloignant de la main, elle dit d'une voix
de la fermeté, mais de l'enjouement. Le- attribuaient le crime aux fedéralistes, et en entrecoupée : cc Oui, je le reconnais, je le
gendre, tout gonflé de son importance, el se même temps disaient: &lt;c Que celle fu rie 6tait reconnais .... »
Fouquier-Tinville fil ob erver qu'elle avait
croyant tout naïvement digne du martyre, lui sortie de la maison du ci-devant comte Dorfrappé
d'en haut, pour ne pas manquer son
dit : « ;\'était-cc pas Yous qui étiez Yenue hier set. &gt;l Fouquier-Timille écri\·ait au Comité
chez moi en ltabit de religieuse?- Le citoyen de sùrelé : cc Q,,'il 11ennit d'être informé coup; autrement elle aurait pu rencontrer
se trompe, dit-elle avec un sourire. Je n'es- qu'elle était l'amie de Bclzunce, qu'elle avait une cote et ne pas tuer; cl il ajouta: &lt;( Appatimai pas que sa vie ou sa mort importàl au ,·oulu venger Belzunce el son parent Biron, remment, vous l'Ous étiez d'avance bien
exercée?.. . - Oh! le monstre! s'écria-t-elle.
sal ut de la République. »
récemment dénoncé par Marat, que BarbaChabot tenait toujours sa montre cl ne s'en roux l'avait poussée, » Plc. Roman absorbe, li me prend pour un assassin! Jl
Ce mol, dit Chauveau-Lagarde, fut comme
dessaisissait pas .... cc J'avais cru, dit-elle, que dont il n'osa pas mème parler dans son réquiun
coup de foud re. Les débats furent clos.
les capucins faisaient yœu de paUl'rett;. 1&gt;
sitoire.
Ils
avaient
duré en tout une demi-heure.
Le grand chagrin de Chabot et de ceux qui
Le public ne s'y trompait pas. Toul le
Le
président
Montané aurait l'oulu la saul'interrogèrent, c'était de ne trouver rien, ni monde comprit qu'elle était seule, qu'elle
sur clic, ni dans ses réponses, qui pùl faire n'avait eu de conseils que celui de son cou- ver. li changea la question qu'il devait poser
croire qu'elle élail envoyée par les Girondins rage, de son dévouement, de son fanatisme. aux jurés, se contentant de demander : L'ade Caen. Dans l'interrogatoire de nuit, cet Les prisonniers de !'Abbaye, de la Concier- t-elle fait arec préméditation?» et supprimant
impudent Chabot soulinl qu'elle avait encore gerie, le peuple même des rues ( auf les cris la seconde moitié de la formule : &lt;C avec desun papier caché dans son sein, el, profilant du premier moment), tons la regardaient sei1J criminel et contre-rérnlutionnaire? » Cc
lâchement de ce qu'elle avait les mains gar- dans le silènce d'une respectueuse admiration. qui lui ,,alul 1t lui-même son arrestation
rottées, il mettait la main sur el1e; il eùl u Quand elle apparut dans l'auditoire, dit son quelques jours après.
Le président pour la sauver, les jurés pour
trouYé sans nul doute ce qui n'y était pas, le défenseur officieux, Chaul'eau-Lagarde, tous,
l'humilier,
auraient voulu que le défenseur la
manifeste de la Gironde. Tou te liée qu'elle juges, jurés el spectateurs, ils avaient l'air
était, elle le repoussa vi,·emenl ; elle se jeta de la 7Jrendre pour un juge qui les aurait présenlùl comme folle. Il la regarda el lut
en arrière avec tant de violence, que ses cor- appeles au tribunal s11pl'ênte ... On a pu dans ses yeux ; il la serl'il comme elle youlul
dons en rompirent, t-l qu'on put voir un mo- peindre ses traits, dit-il encore, reproduire l'être, établissant la longue préméditation,
ment cc chaste cl héroïque sein. Tous furenL ses paroles; mais nul art n'eùl peint sa et que pour toute défense clic ne voulait pas
attendris . On la délia pour qu'elle pùl se ra- grande âme, respirant tout entière dans èlrc défendue. Jeune el mis au- dessus de luijuster. On lui permit aussi de rabattre ses sa physionomie ... l'e[et moral des débats est même par ce grand courage, il hasarda cette
manches et de meure des gants sous ses de ces choses qu'on sent, mais qu'il est im- parole (qui touchait de si près l'échafaud): Ce
calme et cette abnégation, sublimes sous un
chaines.
possible d'exprimer. »
.. .. »
Transférée, le 16 au matin, de !'Abbaye à
li rectifie ensuite ses réponses, habilement rapport
Après la condamnation, elle se fit conduire
la Conciergerie, elle y écrivit le soir une lon- défigurées, mutilées, pàlics dans le Moniteur.
gue lettre à Barbaroux, lettre é1·idcmment Il n'.y en a pas qui ne soit frappée au coin des au jeune avocat, et lui dit, avec beaucoup de
calculée pour montrer par son enjouement

�-

111STO'l{1.ll

- - - - - -- - -- -- - - - -- -- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J

gràce, qu'elle le remerciait de cette défense
délicate cl généreuse, qu'elle voulait lui donner une preure de son estime. « Ces me5sieurs viennent de m'apprendre que mes biens
sont confisqués; je dois quelque chose à la
prison, je rous charge d'ac&lt;ptilter ma delle. »
11edescendue de la salle par le ~ombre
escalier tournant dans les cachots qui sont
dessous, elle sourit à ses compagnons de pri5on, qui la r&lt;'gardaienl pas cr, el s'excusa
près du concierge Richard et sa femme, avec
qui elle arail promis de déjeuner. Elle reçut
la visite d'un prèlre qui lui offrait son ministère, et l'éconduisit poliment : c1 11emerciez
pour moi, dit-elle, les personnes qui vous ont
envoyé. »
Elle avait remarqué pendant l'audience
qu'un peintre essapit de saisir ses traits, el
la regardait aH'C un vif intérêt. Elle s'était
tournée ,·ers lui. Elle le fit appeler après le
jugement, et lui donna les derniers moments
qui lui restaient arnnl l'exécution. Le peintre,
M. Ilaucr, était commandant en second du
bataillon des Cordeliers. Il dut à ce titre
peut-être la faveur qu'on lui fit de le laisser près d'elle sans autre témoin qu'un gendarme. Elle causa fort tranquillement avec
lui de choses indi{Jërenles, el aussi de l'événement du jour, de la paix morale qu'elle
sentait en elle-même. Elle pria M. llauer de
copier le portrait en petit, cl de l'envoyer à sa
famille.
Au bout d'une heure et demie, on frappa
doucement à une petite porte qui était derrière elle. On ouvrit, le bourreau entra.
Charlolle, se retournant, vit les ciseaux el la
chemise rouge quïl portait. Elle ne put se
défendre d'une légère émotion, et dit involontairement : « (.)uoi ! déjà ! 1&gt; Elle se remit
aussitôt, el, s'adressant à M. Uaucr : « Monsieur, dit-elle, je ne sais comment vous
remercier du soin que vous avez pris; je
n'ai que ceci à rous offrir, gardez-le en mémoire de moi . » En mème temps elle prit
les ciseaux, coupa une belle boucle de ses
longs cheveux blond cendré, qui s'échappaient de son bonnet, et la remit à M. llauer .
Les gendarmes et le bourreau étaient très
émus.
Au moment où elle monta sur la charrelle,
où la foule animée de deux fanatismes contraires de fureur ou d'admiration, vit sortir
de la basse arcade de la Conciergerie la belle
el splendide victime dans son manteau rouge,
la nature sembla s'associer à la pas ion humaine, un violent orage éclata sur Paris. li
dura peu, il sembla fuir devant elle, quand elle
apparut au pont Neuf el qu'elle avançait lentement par la rue Saint-Honoré. Le soleil rel'i nt
haut cl fort ; il n'était pas sept heures du soir
(19 juillet). Les reflets de l'étoffe rouge relc,·aienl d'une manière étrange el Loule fantastique l'effet de son teint, de ses yeux.
On assure que Robespierre, Danton, Ca-

mille Desmoulins se plaCl\rent sur son passap;e
el la regardèrent. Paisible image, mais d'autant plus terrible, de la Némésis révolutionnaire, elle troublait les cœurs, les laissait
pleins d'étonnement.
Les obserrnteurs sérieux qui la suivirent
jusqu·aux derniers moments, gens de Jeures,
médecins, furent frappés d'une chose rare ;
les condamnés les plus fermes se soutenaient
par l'animation, soit par des cbanls patriotiques, soit par un appel redoutable qu'ils
lançaient à leurs ennemis. Elle montra un
calme parfait parmi les cris de la foule, une
séréni té grave cl simple; elle arriva à la place
dans une majesté sing11lière, et comme transfigurée dans l'auréole du couchant.
Un médecin qui ne la perdait pa~ de vue
1lit qu'elle lui sembla un moment pàle, quand
elle aperçut le couteau. )lai ses couleurs revinrent, elle monta d'un pas ferme. La jeune
fille reparut en elle au moment oi1 le bourreau lui arrachait son fichu , sa pudeur en
souffrit, elle abrégea, aranç.1nt d'elle-même
au-devant de la mort.
.\u moment où la Lêlc tomba, un charpentier maraListc qui servait d'aide au bourreau
l'empoigna brutalement, et, la montrant au
peuple, eut la férocité indigne de la souffleter.
lln frisson d'horreur, un murmure parcourut
la place. On crut voir la tète rougir. Simple
elTel d'optique peul-être : la foule lroublée à
ce moment arnil dans les yeux les rouges
rayons du soleil qui perçait les arbres des
Champs Élysées.
La commune de Paris et le tribunal donnèrent satisfaction au sentiment public en
mettant l'homme en prison.
Parmi les cris des maratistes, infiniment
peu nombreux, l'impression générale avait
été violente d'admiration el de douleur. On
peut en juger par l'audace qu'eut la Chronique de Pal'is, dans celle grande servitude
de la presse, d'imprimer un éloge, presque
sans restriction, de Charlotte Corday.
Beaucoup d'hommes restèrent frappés au
cœur et n'en sont jamais revenus. On a rn
l'émotion du président, son effort pour la
sauver, l'émotion de l'avocat, jeune homme
timide qui, celle fois, fut au-dessus de luimème. Celle du peintre ne fut pas moins
grande. JI exposa cette année un portrait de
Marat, peut-être pour s'excuser d'avoir peint
Charlolle Corday. Mais son nom ne parait
plus dans aucune exposition. li ~cmblc n'avoir
plus peint depuis celte œuvre fata le.
L'effet de celle mort fut terrible : ce fu t
de faire aimer la mort.
Son exemple, celle calme intrépidité d'une
fille charman te, eul un effet d'attraction.
Plus d'un qui l'avait enlrenie mit une volupté
sombre à la suivre, à la chercher dans les
mond!'s inconnus. Un jeune Allemand, Adam
Lux, envo1•é à Paris pour demander la réunion de Mayence à la France, im prima une

brochure où il dem:1 nde à mourir pour rejoindre Charlotte Corday. Cet infortuné, venu
ici le cœur plein d'enthousiasme, cropnl
contempler fac~ à face dans la Révolution
française le pur idéal de la régénération
humaine, ne pouvait supporter l'obscurcissement précoce de cet idéal; il ne con,prenail
pas les trop cruelles éprem•rs qu ·entraine un
tel enfantement. Dans ses pensées mélancoliques, quand la liberté lui emblait perdue,
il la \'Oit, c'est Charlotte Corday. li la voit au
tribunal, Louchanle, admirable d'intrépidité;
il la \'Oil majestueuse el reine sur l'échafaud ....
Elle lui apparut deux fois .. .. Assez ! il a bu
la mort.
« Je croyais bien à son courage, dit-il,
mais que devins-je quand je vis toute sa douceur parmi les hurlements barbares, ce regard pénétrant, ces vives et humides étincelles jaillissant de ces beaux yeux, où parlait
une âme tendre autant qu'intrépide!. .. 0
souvenir immortel ! émotions douces cl amères
que je n'avais jamais connues !. .. Elles soutiennent en moi l'amour de celle Patrie pour
1.tquelle elle voulut mourir, et dont par adoption, moi aussi je suis le fils. Qu'ils m'honorent maintenant de leur guillotine, elle n'est
plus qu'un autel ! l&gt;
Ame pure el sainte, cœur mystique, il
adore Charlotte Corday, et il n'adore point le
meurtre. « On a droit sans doute, dit-il, de
tuer l'usurpateur et le tyran, mais lei n'était
point Marat. »
Remarquable douceur d'àme. Elle contraste fortement avec la violence d'un grand
peuple qui devint amoureux de l'assassinat.
Je parle du peuple girondin et même des
royalistes. Leur fureur avait besoin d'un saint
et d'une légende. Charlolle était un bien autre
souvenir, d'une tout autre poésie, que celui
de Louis XVI, vulgaire martyr, qui n'eut
d'intéressant que son malheur.
Une religion se fonde dans le sang de Cbarlolle Cord ay : la religion du poignard.
André Chénier écrit un hymne à la divinité
nouvelle.
0 vertu ! le poignard, seul espoir de la terre,
Est ton arme sacrée!

Cel hymne, incessamment refait en tout
âge et dans tout pays, reparait au boul de
l'l&lt;:urope, dans l' llymne au poignard, de
PouS1:hkine.
Le vieux patron des meurtres héroïques,
Brutus, pàle sou\'enir d'une lointaine antiquité, se trouve transformé désormais dans
une divinité nou\'elle plus puissa11le et plus
séduisante. Le jeune homme qui rêve un
grand coup, qu' il s'appelle Alibaud ou Sand,
de qui rêve-t-il maintenant'/ Qui voit-il dans
ses rèves? Est-ce le fantôme des Brutus? Non,
la ravissante Charlotte, telle qu'elle fut dans
la splendeur sinistre du manteau rouge, dans
l'auréole sanglante du soleil de juillet, dans la
pourpre du soir.
i\llCHEL8T.

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XXV

q_u'elle soit for~ifiéc et dominée par la C'élèbrc foyer d'infection aussitôt que nous le pùme~
c, tadelle de Spielberg.
~l gagn~mes Znaïm où, quatre ans plus tard
hollahrünn
. - Je rr mets à l'Empcreur 1rs &lt;1rapcau,
·
armées russes et une partie des d ;b .·
p1t·•~à Bregenz . - Dangers d'un mensonge de com- desLes
J~
de,·a1s ètre blessé. Enfin nous joirrnîme;
t
. .
e 11s
r?upes aulr1c1i,enncs s'étant réunies e11 ! Empereur à Briinn, le 22 novemb;e, dix
p aisance.
lforav1c
. , l'Empereur, pour leur donner un Jours arant la bataille d'.\ uster litz.
Le
maréchal
russe
Koutousoff
de
e
dermer
co~p, se rendit à Brünn, capitale de
d' . .
nrrms
L~ lc,ndemain de noire arrivée, nous nous
se i~1gea1l par llollabriinn sur Brünn en celle .P:01•111cc. Mon camarade ~Iassy el moi
acq~1llamcs
de notre mission et fimes la
~fora~1e, afin de s·l réunir il la seconde a~méc le Slll_nmes dans celte direction. mais nous
remis~
des
drapeaux,
avec le cérémonial
qur I empe_reur .\lrxandrc conduisait en per- avancions
'
.
. lentemenl et a, ec beaucoup
de prescrit par !'Empereur pour les solennités
sonne;
mais,, en a1&gt;1&gt;rochant
d'l lollab
..
f
'
, runn,
1·1 ~ei~e, d abord parce que les chevaux de poste
ut crmslerne en apprenant que les corps de ela1en_l ~ur les dents, puis à cause de la grande cl_e ce genre, car il ne néglig&lt;'ai t aucune occas10n d? rehau~ser a~ x yeux des troupes tout
llural ~t de Lanm•s étaient déjà maitres de quantile de Lroui&gt;e de canons d
.
d b
'
, e caissons
ce
_qui pourn1l exciter leur amour pour la
ct'lle_nlle, ce qui lui coupait lout moyen de ,e agagcs dont les routes étaient encombrées '
gloire.
Voici quel fut ce cérémonial.
r~lra1tc. Pour se tirer de cc mauvais pas l
Nous fùmes obligés de nous arrèlt•r vinrrt~ . Une demi-~curc avant la parade, qui avait
n eux maréchal ru~s~. emplo}ant à son tou~
quatre heures à Hollabrünn, afin d'allendre
ruse, cmoi:a le gPneral prince Bagration en 'fU~ le pa sage fùt rétabli dans ses rues dé- lie~ tous les JOurs à onze heures devant la
:.a1~on servant de palais it !'Empereur, le
parlcmr
·1 aSSU1.fl lru,tes par l'incendie el remplies de I h
•
.nta,re vers
. Mural , auc1ucl 1
d
p anc es, ocneral Duroc, grand maréchal, cm·oya à
t~u un 111d.e d~ cam1; de l'Empl'reur vr nail de
e poutr?s, de débris de meubles encore notre logement une compagnie de grenadiers
conclure
N a ,Vienne un armistice avec I''empe- c~ fiammcs. Cette malheureuse ville avait été d~ la garde, avec musique et tambours. Les
~'.•ur .a.po_1eon, el &lt;lu 'indubitablement la paix ~~ complètement brùlée que nous n'y trous; ensu11ra1t
sous !leu. . Le prince Ba 1,ra
r t·1011 , a~ es pas une seule maison pour nous abri- dtx-~e~l drapeaux el les deux élendarJs furent
.
rem,s a autant de sous-officiers. Le commanl t:ul un homme fort aimable·
·
1
t
, , 1 su s1· b';en ter ....
d?nt Massy el moi, guidés par un officier
natter ~lural, que celui-ci, trompé ason lo ur
Pendant
'
. d' le séjour que nous fumes
con- d ordonnance
de
.•
, d
, !'Empereur , nous pla, ç,1mes
1:ar ]~ $énéral russe, s'empressa d'accepter lrarnts
y faire, un spectacle horrible, épou- en lele u cortege, qui se mit en marche au
1 arnust1cc, malgré les obscn ations du marévan_Labl?, consterna nos :imes. Les blessés
chal Lannes, qui rotùait comballre; mais mais prmcipalement ceux des Russes s"t . ' son d~s tam~ours el de la musique. La ville
,~ • ,
• , e a1ent de Brunn était remplie de troupes françaises
~lural ayant le commandement supérieur
r? ugie~ P,:ndant_le combat dans les habita- don_t les soldats, en nous voyant passer, céli
· orce fut au maréchal Lannes d'obéir.
' l'.ons ou I m_œnd1c les avait bienlot atteints.
h La suspension d'armes dura trente-six 1ous_ ce ~1u1 pouvait encore marcher s'était braient par de nombreux ri mis la victoire de
leurs. camarades du 7• corps • 1,ous 1es postes
cures, el pendant que ~fural respirait l'encens cnfm
. à I approche de cc nou veau danrrcr • rendirent les honneurs militaires, cl à notre
que. ce Rus.e madré lui prodirruail
l'armée m:us les estropiés, ainsi "UC les homme o '
0
'
,
s 0ara- entrée dan~ la cour du lieu où logeait l'Emd!'
· un détour
, Koutou oIf, .r·a1sanl
cl • dérobant 1rement
éte' brùles
' v1,s
· r sous
, l rappés ' avaient
'
~ereur, les corps réunis pour la parade bat~a marc~c dernèrc un rideau de mo11licules
es dccombrcs !... Beaucoup a,,aient ch h , t,ren t, aux champs, présentèrent les armes et
à
f
·
1
•·
.
crc
e
e?happa1l au danger el allait prendre au delà
•mr r·111cend1e en
. rampant stir la terre, pousse~enl ~,·ec enthousiasme les cris répétés
· • qut. 1lll
• . OmTil' mais
1d llollabrünn ' une rJVI·tC pos1l10n
1
e
eu
les
avait
poursuiris dans Ies rues, de : Vive t Empe1·ew· !
, l'
.
a roule_de Moravie et assurait sa retraite ainsi ou o~ roy~•l, des milliers de ces malheureux
_L'aide de camp de service vint nous rece&lt;~ue sa J?nction a,•cc la seconde armée russe à demi cakmes et do11t plusieurs respiraient
voir
et nous pr~senla à Napoléon, auprès
~an_lonncc entre Znaïm cl Brünn. i\'apoléo~ encore !. .. Les cadavres des hommes et des
duquel nous fumes introduits' toujours
~-t-~1l alo~s au palais de Schœnbrünn, près de cher?ux _tu?s pendant le corn bat avaient été
. icnne; il entra dans une 0rrrande co.lfre en a~ss1 grilles, de sort~ que lïnfortunée cité accompagnés des sous-officiers qui portaient
les dr_apeaux aut~ichiens. L'Empereur examina
•1pprenan
·
. l c1ue '~I ura l, se 1a1ssant
abuser par d Ilollabrunn répandait à plusieurs lieues .
fes d1rers trophees, et après a,•oir fait retirer
1c prrn~e !lagration, s'était permis d'accepter
la ronde une épouranlable odeur de h _a
es sous-officiers, il nous questiouna beau·
·
c air
un• arm1st1cc san
' s son ordre, cl IU1. prescri vit gr,·11ce,
qu, soulevait le cœur ··r ·· Il es l des ~~up, tant sur les di~er~ com bats que le mac1att~qucr sur-le-champ Koulousoll'.
contrées _et_de~ ville~ qui, par leur situation, 1 echal Au ge: eau ava,t livrés, que sur tout ce
llai~ la situation des Russes était bie11 sont desl1nees
t .11e, qu~ nous avions vu el appris pendant le Jona
.. a servir de champ de 1,aa,
cle;
hanoee a.
• 1eur a,·antage; aussi reçurent-ils
O a runn est de ce nombre, p:irce qu'elle
el llllb
tr~Jet q~c no?s venions de faire dans les con~
f'
rança,s très vigoureusement. Le combat oll're une excellente position militaire. auss·
trees
•
.
.
'
1,
• qui
. avaient été le Lhéàlrc de la guerre
~~ des plus ~charnés; la l'ille d'llollabrünn, a peme .~ra1L-e!le réparé les malheurs que lui p ms,
'1 nous ordonna
•.
. . d'attendre sns
, ord res el.
P s~ et. reprise plusieurs fois par les deux causa I rnccndie de 1805• que J·e 1a re\'IS
.
cl e hsu11 rc 1c quartier impérial · Le grand mapartis, mcendiée par les obus, remplie de quatre ans après, brùlée de noui'eau el . '
' , J Oll- : éc al Ouroc fi t prendre les drapeaux, dont
dmortsF el de. mou ranls, resta enfin au pouvoir c.hée. de radavres
et de mourants à dPmi·
.
. ro' t',s, il nous
. .I1nous
, .. donna reçu scion l'usa,,.e.
o , prns
rança1s. Les Russes se retirèrent sur a111s1que Je le rapporterai dans mon récit
P!e'
m~
_
q
ue
des
chevaux
seraient
mis
à notre
runn ; nos trou pes les y poursuivirent et de la campagne de 1809.
d1spos1l1
_on,
et
nous
im·ita
pour
le
lem
s de
occupèrent celte ville sans combat, bien
Le commandant Massy el moi quittàmes ce notre séJour à la table qu'il présidait. p

1:

F°

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�111ST0'1{1A

JJfÉ.M011fES DU GÉN'É~.JIL 'BA~ON D'E ;Jf.Jl~'BOT -

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _j

La grande armée française était alors massée autour el en avant de Brünn. L'avantgarde des Austro-Russes occupait Austerlitz;
le gros de leur armée était placé autour de la
ville d'Olmütz, où s'étaient réunis l'empereur
Alexandre et l'empereur d'Autriche. Une bataille paraissait inévitable, mais on comprenait si bien de part et d'autre que ses résultats auraient une influence immense sur les
destinées de l'Europe, que chacun hésitait à
entreprendre quelque chose de décisif. Aussi,

dait les colonels responsables du maml1en
d·un grand nombre d'hommes dans les rangs
de leur régiment, et comme c'est précisément
ce qu ïl y a de plus difficile à obtenir en campagne, c'était là-dessus que !'Empereur. était
le plus trompé. Les chefs de corps craignaient
tant de lui déplaire, qu'ils s'exposaient à cc
qu'on leur donnât à combatlre un nombre
d'ennemis disproportionné à la force de leurs
troupes, plutol que d'arnuer que les maladies, la fatigue el la nécessité de se procurer

fit appeler le ~énéral Morland, colonel des
chasseurs à cheval de la garde, et lui dit d'un
ton sévère : &lt;&lt; Votre régiment est porté sur
cc mes notes comme ayant mille deux cents
« combattants, et, bien que vous n'ayez pas
« encore été engagé avec l'ennemi, Yous n'avez
cc pas là plus de huit cents cavaliers : que
« sont devenus les autres? ... »
Le général Morland, excellent et très brave
officier de guerre, mais n'ayant pas la
réplique facile, resta presque interdit, el

~

~

. ...-,,r-J

'l....i.-r,

~

NAPOLÉON REÇOIT LES CLEFS DE LA VJLLE DE V!EN:-IE ( 13 NO\'E~IBRE 18o5) . -

Napoléon, ordinairement si prompt dans ses
mouvements, resta-t-il onze jours à Brünn,
avant d'attaquer sérieusement. Il est vrai que
chaque journée de retard augmentait ses
forces, par l'arrivée successive d'un très
grand nombre de soldats qui, restés en
arrière, pour cause d'indisposition ou de
fatirrue, se bâtaient, dès qu'ils retrouvaient
leu; vigueur, de rejoindre l'armée, tant j)s
étaient désireux d'assister à la grande bataille
que l'on prévoyait. Ceci me rappelle que je
fis à cette occasion un mensonge de complaisance, qui aurait pu ruiner ma carrière
militaire ; voici le fait.
L'Empereur traitait habituellement les officiers avec bonté, mais il était un point sur
lequel il était peut-être trop sévère, car il rcn-

'&lt;'"

Gravure de 8EIN, d'après le tableau de GIRODET. (Musëe de Versailles.

des vivres avaient forcé beaucoup de soldats
à rester en arrière. Aussi Napoléon, malgré
sa puissance, n'a-t-il jamais su exactement
le nombre de combaltants dont il pouvait
disposer un jour de bataille.
Or; il advint que, pendant notre séjour à
Brünn, !'Empereur, dans une des courses
incessantes qu ïl faisait pour visiter les positions et les divers corps d'armée, aperçut les
chasseurs à cheval de sa garde en marche
pour changer de canlO'nnement. Il affectionnait particulièreme~t re régiment, dont ses
cruides d'Italie et d'Egypte formaient le noyau.
L'Empereur, dont le coup d'œil exercé appréciait très exactement la force des colonnes,
trouvant celle-ci très diminuée, sortit de sa
poche un petit carnet, et l'ayant parcouru, il

répondit dans son langage lranco-alsacien
qu'il ne manquait qu'un très petit nombre
d'hommes. L'Empereur soutint qu'il y en
avait près de quatre c~nts de moin~, et pour
en al'Oir le cœur net, 11 voulut les faire compter à l'instant. Mais comme il savait que Morland était fort aimé de son état-major, et qu'il
crairrnait
les complaisances, il crut être plus
0
sûr de son fait en prenant un officier qui
n'appartenait ni à sa maison, ni à sa garde,
et m'apercevant, il m'ordonna de comp~er le_s
chasseurs et de venir rendre com pte a lu'lr
même de leur nombre. Cela dit, !'Empereur
s'éloicrne au rralop. Je commençai mon opérao
o
.
I
tion, qui était d'autant plus facile que es
cavaliers marchaient au pas sur quatre de
front.

Le pauvre général Morland, qui sal'ait combien l'é\'aluation de Napoléon appro&lt;:hait de
l'exactitude, était dans une grande agitation,
car il prévoyait que mon rapport allait allirer
sur lui une très sévère réprimande. Il me connaissait à peine, et n'osait me proposer de me
compromettre pour lui épargner un désagrément. Il restait donc là silencieusement auprès
de moi, lorsque, heureusement pour lui, son
capitaine adjudant-major vint le rejoindre.
Cet officier, nommé Fournier, avait débuté
dans la carrière militaire comme sous-aide
chirurgien; puis, del'enu chirurgien-major et
se sentant plus de vocation pour le sabre que
pour la lancette, il avait demandé et obtenu
de prendre rang parmi les officiers combattants, et Morland, avec lequel il avait servi
jadis, l'a1·ait fait entrer dans la garde.
J'avais beaucoup connu le capitaine Fournier, lorsqu'il était encore chirurgien-major.
Je lui avais même gardé de très grandes obligations, car non seulement il arnit pansé mon
père au moment où il venait d'être blessé,
mais il l'avait suivi à Gênes, où, tant que
mon père exista, il vint plusieurs fois par
jour pour lui prodiguer ses soins; si les médecins chargés de combattre le typhus eussent
été aussi assidus et aussi zélés que Fournier,
mon père n'aurait peut-être pas succombé. Je
m'étais dit cela bien souvent; aussi fis-je
l'accueil le plus amical à Fournier, que je
n'avais d'abord P.as reconnu sous la pelisse de
capitaine de chasseurs. Le général Morland,
témoin du plaisir que nous avions à nous
revoir, conçut l'espoir de profiter de notre
amitié réciproque pour m'amener à ne pas
dire à !'Empereur combien il y avait de chasseurs hors des rangs. li tire donc son adjudantmajor à part, confère un moment avec lui;
puis le capitaine vient me supplier, au nom
de notre ancienne am itié, d'éviter au général
Morland un fort grand désagrément, en cachant à !'Empereur l'affaiblissement de l'effectif du régiment. Je refusai positivement et
continuai à compter. L'estimation de !'Empereur était fort exacte, car il n·y avait que
huit cents et quelques chasseurs présents : il
en manquait donc quatre cents.
Je partais pour aller faire mon rapport,
lorsque le général Morland et le capitaine
Fournier renouvelèrent leurs instances auprès
de moi, en me faisant observer que la plus
grande partie des hommes absents, étant restés en arrière pour différentes causes, rejoindraient sous peu, et que, comme il était probable que l'Em pereur ne livrerait pas bataille
avant d'aroir fait venir les divisions Friant et
Gudin, qui se trouvaient encore aux portes de
Vienne, à trente-six lieues de nous, cela prendrait plusieurs jours, pendant lesquels les chasseurs de la garde restés en arrière rejoindraient
l'étendard. Ils ajoutèrent quel' Empereur était
d'ailleurs trop occupé pour vérifier le 1·apport
que j'allais lui faire. Je ne me dissimulai pas
qu'on me demandait de t1·ompe1· /'Empereur, ce qui était très mal ; mais je sentais
aussi que je devais beaucoup de reconnaissance à M. Fournier pour les soins vraiment
affectueux qu'il avait donnés à mon père mou-

rant. Je me laissai donc entrainer et promis
de dissimuler une grande partie de la vérité.
A peine fus-je seul, que je compris l'énormité de ma faute; mais il était trop tard ....
L'essentiel était de m'en tirer le moins mal
possible. Pour cela, je me gardai bien de
reparaitre devant !'Empereur tant qu'il fut à
cheval, car j'avais à craindre qu'il ne se portât au bivouac de chasseurs, dont la faiblesse
numérique, le frappant derechef, démentirait
mon rapport, ce qui m'aurait très gravement
compromis. Je rusai donc, et ne revins au
quartier impérial qu'à la nuit close, et lorsque
Napoléon, ayant mis pied à terre, était rentré
dans ses appartements. Introduit auprès de
lui pour lui rendre compte de ma mission, je
le trouvai étendu tout de son long sur une
immense carte posée sur le plancher. Dès
qu'il m'aperçut, il s'écria : « Eh bien! Mar« bot, combien y a-t-il de chasseurs à cheval
« présents dans ma garde? Leur nombre est« il de douze cents, comme le prétend Mor« land? - Non, Sire, je n'en ai compté que
« onze cent vingt, c'est-à-dire quatre-vingts
« de moins! - J'étais bien sûr qu'il en man« quait beaucoup! ... » Le ton dont !'Empereur prononça ces dernières paroles prouva
qu'il s'attendait à un déficit beaucoup plus
considérable; et en effet, s'il n'eùt manqué
que quatre-vingts hommes sur un régiment
de douze cents qui venait de faire cinq cents
lieues en hiver, en couchant presque toutes
les nuits au bivouac, c'eùt été fort peu;
aussi lorsqu'en allant diner, !'Empereur traversa la pièce où se réunissaient les chefs de
la garde, il se borna à dire à Morland : « Vous
« voyez bien ! li vous manque quatre-vingts
«chasseurs; c'est près d'un escadron! ... Avec
« quatre-vingts de ces braves, on arrêterait
cc un régiment russe! Il faut tenir la main à
« ce que les hommes ne restent _pas en
« arrière. 1&gt; Puis, passant au chef des grenadiers à pied, dont l'effectif des soldats présents était aussi beaucoup diminué, Napoléon
lui fit une forte réprimande. Morland, s'estimant très heureux d'en ètre quitte pour
quel~ues observations, s'approcha de moi, dès
que !'Empereur fut à table, vint me remercier vil'ement, et m'apprendre qu'une trentaine de chasseurs venaient de rejoindre,- et
qu'un courrier arrivant de Vienne en avait
rencontré plus de cent entre Znaïm et Brünn
et beaucoup d'autres en deçà d'Hollabrünn,
ce qui donnait la certitude qu'avant quarantehuit heures le régiment aurait récupéré la
plus grande partie de ses perles. Je le désirais autant que lui, car je comprenais la difficulté de la position dans laquelle mon trop de
reconnaissance pour Fournier m'avait placé.
Je ne pus dormir de la nuit, tant je redoutais
le juste courroux de !'Empereur, à la confiance
duquel j'avais gra,•emrnt manqué.
Ma perplexité fut encore plus grande le lendemain, lorsque Napoléon, visitant les troupes
selon son habitude, se dirigea vers le bivouac
de chasseurs de la garde, car une simple
question adressée par lui à un officier pouvait
tout dévoiler. Je me considérais donc comme
perdu, lorsque j'entendis la musique des

troupes russes campées sur les hauteurs de
Pratzen, à une demi-lieue de nos postes.
Poussant alors mon cheval vers la tète du
nombreux état-major al'ec lequel j'accompagnais !'Empereur, je m'approchai le plus
près possible de celui-ci el dis à haute voix :
C! Il se fait sans doute quelque mouvement
C( dans Je camp des ennemis, car voilà leur
« musique qui joue des marches ... n L'Empcreur qui entendit mes observations quitta
brusquement le sentier qui conduisait au
bivouac de sa garde, el se dirigea vers Pratzen,
pour examiner ce qui se passait dans l'avantgarde ennemie. Il resta longtemps en observation, et la nuit approchant, il rentra à
Brünn sans aller voir ses chasseurs. Je fus
ainsi plusieurs jours dans des transes mortelles, bien que j'apprisse l'arrivée successive de nombreux détachements. Enfin,
l'approche de la bataille et les grandes occupations de !'Empereur éloignèrent de son
esprit la pensée de faire la ,·érification que
j'avais tant redoutée; mais la leçon fut bonne
pour moi. Aussi, lorsque, deYenu colonel,
j'étais questionné par !'Empereur sur Je
nombre des combattants présents dans les
escadrons de mon régiment, je déclarais toujours l'exacte vérité.
CHAPITR.E XXVI
L'ambassadeur de Prusse et Napoléon. - Austerlitz.
- Je sauve un sous-officier russe sous les yeux de
['Empereur dans l'étang de Satschan.

Si Napoléon était souvent trompé, il usait
souvent de ruse pour faire réussü· ses projets, ainsi que le prouve la comédie diplomatico-militaire que je vais raconter, et dans
laquelle je jouai mon rôle. Pour bien comprendre ceci, qui vous donnera la clef des
intrigues, causes, l'année suivante, de la
guerre entre Napoléon et le roi de Prusse, il
faut nous reporter à deux mois en arrière, au
moment où les troupes françaises, parties des
rives de !'Océan, se dirigeaient- à marches
forcées sur le Danube. Pour se rendre du
Hanovre sur le haut Danube, le premier corps
d'armée, commandé par Bernadotte, n'avait
pas de chemin plus court que de passer par
Anspach. Ce petit pays appartenait à la Prusse;
mais comme il était assez éloigné de son terri- ·
toire, dont plusieurs principautés de troisième
ordre le SPparaient, on l'avait toujours considéré dans les anciennes guerres comme un
territoire neuti·e, sur lequel chaque parti
pouvait passer, en payant ce qu'il prenait el
en s'abstenant de toule hostilité.·
Les choses étant établies sur ce pied, les
armées autrichiennes el françaises avaient
très souvent traversé le margraviat d'Anspach,
du temps du Directoire, sans en prévenir la
Prusse et sans que celle-ci le trouvât mauvais. Napoléon, profitant de cet usage, ordonna
donc au maréchal Bernadotte de passer par
Anspach. Celui-ci obéit; mais en apprenant
la marche de ce corps français, la reine de
Prusse et sa cour, qui détestaient Napoléon,
s'écrièrent que le territoire prussien ,•enait
d 'ètre violé, et profitèrent de cela pour exas-

�~------------------------ .MiJKOrI{ES DU GÉNÉ'l(.AI. 11.A'l(ON De .M.A'l(BOT _ , .

..-- 111STO'R1.Jl.
pérer la nalion et demander hautement la
guerre. Le roi de Prusse el son ministre,
M. d'llaugwitz, résistèrent seuls à l'entrainement général : c'était au mois d'octobre
1805, au moment où les hostilités allaiPnt
éclater entre la France Pt l'Autriche, et que
les armées russes venaient renforcer celle-ci.
La reine de Prusse et le jeune prince Louis,
neveu du Roi, pour déterminer celui-ci à faire
cause commune avPc la Russie el l'Autriche,
firent inviter l'empereur Alexandre à se rendre
à Berlin, dans l'espoir que sa présence déciderait Frédéric-Guilllaume.
Alrxanilrc se rendit en etfet dans la capitale
de la Prusse, le 25 octoLre. Il y fut reçu avec
enthousiasme par la Reine, le prince Louis et
les partisans de la guerre contre la France.
Le roi de Prusse lui-mème, circonvenu de
tous côtés, se laissa entrainer en mettant
toutefois pour condition (d'après les conseils du vieux prince de Brunswick el du
comte d' llaugwitz) que son armée n'entrerait
pas en campagne avant qu'on eût vu la tournure que prendrait la guerre sur le Danube,
entre les Austro-Russes et Napoléon. Celle
adhésion incomplète ne satisfit pas l'empereur Alexandre, ni la reine de Prusse; mais
ils ne purent pour le moment en obtenir de
plus explicite. Une scène de mélodrame fut
jouée à Potsdam, où le roi de Prusse et l'empereur de Russie, descendus à la lueur des
(lambeaux sous les voùtes sépulcrales du
palais, se jurèrent en présence de la Cour une
amitié éternelle, sur la tombe du grand Frédéric. Ce qui n'empècha pas Alexandre
d'accepter dix-huit mois après, et d'englober
dans l'empire russe, une des provinces prussiennes que Napoléon lui donna par le traité
de Tilsilt, et cela en présence de son malheureux ami Frédéric-Guillaume. L'empereur de
Russie se rendit ensuite en Moravie pour se
remettre à la tète de ses armées, car Napoléon
avançait à grands pas vers la capitale de
l'Autriche, dont il s'empara bientôt.
En apprenant l'hésitation du roi de Prusse
et le traité de Potsdam, Napoléon, désireux
d'en finir avec les Russes, avant que les Prussiens se déclarassent, se porta à la renconLre
des premiers jusqu'à Brünn, oü nous sommes
actnellcment.
On a dit depui~ longtemps, avec raison,
que les ambassaJcurs sont tics espions privilégiés. Le roi de Prusse, qui apprenait chaque
jour les nouvelles victoires de Napoléon, voulant savoir à quoi s'en tenir sur la position respective des parties belligérantes, trouva convenable d'envoyer M. d' Haugwitz, son ministre, au quartier général français, afin qu ïl
pût juger les choses par lui-mème .. Or,
comme il fallait un prétexte pour cela, 11 le
chargea de porter la réponse à une lettre que
Napoléon lui avait adressée pour se plaindre
du traité conclu à Potsdam entre la Prusse et
la Russie. ~I. d'Haugw:tz arriva à Brünn
q~elque~ jours avant la bataille d'Austerlitz, et au rait bien voulu pouvoir y rester
jusqu'au résultat de la g_rande bataille qui ~c
préparait, afi n de conseiller à son someram
de ne pas bouger, si nous étions vainqneurs,

et de nous attaquer, dans le cas où nous
serions bal tus.
Sans être militaires, YOUS pouvez juger sur
la carte quel mal une armée prussienne, parlant de Breslau en Silésie, pouvait faire en se
portant par la Bohème sur nos derrières,
vers Ratisbonne. Comme !'Empereur savait
que M. d'llaugwitz expédiait tous les soirs un
courrier à Berlin, il rnulut que ce fùt par lui
qu'on apprit en Prusse la défaite et la prise
du corps d'armée du feld-marécbal Jellachich,
qui ne devait pas y ètre encore connue, tant
les événements se précipitaient à celte époque !
Voici comment l'Empereur s'y prit pour y
arriver.
Le maréchal du palais Duroc, après nous
avoir prévenus de cc que nous avions à faire,
fit replacer en secret dans le logement que
Massy et moi occupions, tous les drapeaux
autrichiens que nous avions apportés de Bregenz ; puis, quelques heures après, lorsque
l' Empereur causait dans son cabinet avec
M. d'lfaugwitz, nous renouvelàmes la cérémonie de la remise des drapeaux, absolument
de la mème manière qu'elle avait été faite la
première fois. L'Empereur, en entendant la
musique dans la cour de son palais, feignit
l'étonnement, s'avança vers les croisées suivi
de !"ambassadeur, et voyant les trophées portés par les sous-officiers, il appela l'aide de
camp de service, auquel il demanda de quoi
il s'agissait. L'aide de camp aya nt répondu que
c'étaient deux aides de camp du maréchal Augereau, venant apporter à !'Empereur les drapeaux du corps autrichien de Jcllachich, pris
à Bregenz, on nous fit entrer, et là, sans
sourciller, et comme s'il ne nous a,·ait pas
encore vus, Napoléon reçut la lettre du maréchal Augereau qu'on avait recachetée, et la
lut, bien qu'il en connùt le contenu depuis
quatre jours. Puis il nous · questionna, en
nous faisant entrer dans les plus grands
détails. Duroc nous avait prévenus qu'il fallait
parler haut, parce que l'ambassadeur pru s~ien avait l'oreille un peu dure. Cela arrivait
fort mal à propos pour mon camarade Massy,
chef de la mission, car une ex tinction de voix
lui permettait à peine de parler. Ce fut donc
moi qui répondis à !'Empereur, et, entrant
dans sa pensée, je peignis des couleurs les
plus vires la défaite des Autrichiens, leur
aballemenl, et l'enthousiasme des troupes
françaises. Puis, présentant les trophées les
uns après les autres, je nommai Lous les
régiments ennemis auxquels ils avaient appartenu. J'appuyai principalement sur deux, parce
c(ue leur captur.e devait prod uire un plus grand
effel sur l'ambassadeur prussien.
&lt;&lt; Voici, dis-je, le drapeau du régiment
« d'i nfanterie de S. M. l'empereur d'Autriche,
« et voilà l'étendard des uhlans de l'arcbiduc
« Charles, son frère. l&gt; - Les yeux de Napoléon étincelaient et semblaient me dire :
&lt;1 Très bien, jeune homme ! l&gt; Enfin, il
nous congédia, et en sortant, nous l'enlend1mes dire à l'ambassadeur: «Vous le voyez,
c1 monsieur le comte, mes armées triompbcnt
« sur tous les points ... l'armée autrichienne
« est anéantie, et bientôt il en sera de même

de celle des Russes. l&gt; ~l. d'llaugwitz paraissait atterré, et Duroc nous dit lorsque
nous fùmes hors de l'appartement : c1 Ce
diplomate va écrire ce soir à Berlin pour
informer son gouYernemcnt de la destruction
du corps de Jellachich ; cela calmera un peu
les esprits porté, à nous faire la guerre, et
donnera au roi de Prusse de nouvelles raisons
pour temporiser; or, c'est ce que !'Empereur
souhaite ardemment. 1&gt;
La comédie jouée, !'Empereur, pour se
débarrasser d'un témoin dangereux qui pouvait rendre compte de, positions de son
armée, insinua à M. l'ambassadeur qu'il
serait peu sûr pour lui de rester entre deux
armées prèles à en venir aux mains, et l'engagea à se rendre à Vienne, au près de M. de
Talleyrand, son ministre des affaires étrangères, ce que M. d'Haugwilz fit dès le
soir même. Le lendemain, !'Empereur ne
nous dit pas un mot relatif à la scène jouée la
veille ; mais voulant sans doute témoigner sa
saLisfaction sur la manière dont nous avions
compris sa pensée, il demanda atrectueusement au commandant ,Jassy des nouvelles de
son rhume et me pinça l'oreille, ce qui, de sa
part, était une carcssP.
Cependant, le dénouement du grand drame
approchait, et des deux côtés. on se préparait
à combattre vaillamment. Presque tous les
auteurs militaires surchargent tellement leur
narration de détails, qu'ils jettent la confusion
dans l'esprit du lecteur, si bien que dans la
plupart des ouvrages publiés sur les guerres
de l'Empire, je n'ai absolument rien compris
à l'historique de plusieurs batailles auxquelles
j'ai as~isté, et dont toutes les phases me sont
cependant bien connues. Je pense que pour
conserver la clarté dans le récit d'une action
de guerre, il faut se borner à indiquer la
position respective des deux armées avant
l'engagement, et ne raconter que les faits
principaux et décisifs du combat. C'est ce que
je vais Làcher de faire pour vous donner une
idée de la bataille dite d'Austerlitz, bien
qu'elle ait eu lieu en avant du village de cc
nom ; mais comme la veille de l'affaire les
empereurs d'Autriche et de Russie avaient
couché au château d'Austerlitz, dont Napoléon
les chassa, il voulut accroitre son triomphe en
en donnant le nom à la bataille qui se livra
le lendemain.
Vous Yerrez sur la carte que le ruisseau de
Goldbach, qui prend sa source au delà de la
roule d'Olmütz, va se jeter dans l'étang de
Menilz. Ce ru isseau, qui coule au fond d'un
vallon dont les abotds sont assez raides,
séparait les deux armées. La droite des
Auslro-Russcs s'appuyait à un bois escarpé,
situé en arrière de la maison de poste de Posoritz, au delà de la route d'Olmülz. Leur
centre occupait Pratzen et le vaste plateau de
ce nom. Enfin, leur gauche était près des
étangs de Satschan et des marais qui l'avoisinent. L'empereur Napoléon appu)'ait sa
gauche à un mamelon d'un accès fort difficile, que nos soldats d'Egypte nommèrent le
Santon, parce qu'il était surmonté d'une peti~e
chapelle dont le toit avait la forme d'un m1&lt;1

narel. Le centre français était auprès de
la mare de Kobelnitz ; enfin la droite se
_ trouvait à Telnilz. Mais !'Empereur avait
placé fort peu de monde sur ce point, afin
d'attirer les Russes sur le terrain marécageux
oü il arnit préparé leur défaite, en faisant
cacher à Gross-Raigern, sur la route de
Vienne, le corps du maréchal Davout.
Le 1er décembre, veille de la bataille,
Napoléon, a~·ant quitté Brünn dès le matin,
emplo)'a Loule la journée à examiner les positions, cl fit établir le soir ~on quartier général
en arrière du centre de l'armée française, sur
un point d'où l'œil embrassait les bivouacs
des deux partis, ainsi que le Lerrain qui devait

dans l'instant, comme par enchantement, on
vit sur une li gne immense tous nos feux de
birnuac illuminés par des milliers de torches
portées par les soldats qui, dans leur enthousiasme, saluaient Napoléon de vivats d'autant
plus animés que la journée du lcndPmain était
l'anni,·crsaire du couronnement de l'Empereur, coïncidence qui leur paraissait d'un bon
augure. Les ennemis durent èlrc bien étonnés
lorsque, du haut du coteau voisin, ils aperçurent au milieu de la nuit soixante mille
torches allumées et entendirent les cris mille
fois répétés de : Yire !'Empereur! s'un issant
au son des nombreuses musiques des régiments français. Toul était joie, lumière et

B ATAILLE D'AUSTERLITZ (2 DÉCEMBRE 18o5). -

leur servir de champ de bataille le lendemain.
Il n'existait d'autre bâtiment en ce lieu qu'une
mauvaise grange : on y plaça les tables et les
cartes de !'Empereur, qu i s'établit de sa personne auprès d'un immense feu, au milieu de
son nombreux état-major et de sa garde.
Heureusement, il n'y avait point de neige, et
quoiqu'il lit très froid , je me couchai sur la
terre et m'endormis profondément ; mais
nous fûmes bientôt obligés de remouler a
c?~val pour accompagner !'Empereur dans la
v1s1!e q?'il allait faire à ses troupes. Il n'y
avait pornt de lune, et l'obscurité de la nuit ·
était ~ugmentée par un épais brouillard qui
rendait la marche fort difficile. Les chasseurs
d:escorte auprès de !'Empereur imaginèrent
d allumer des torches formées de bois de
sapin et de paille, ce qui fut d'une très
grande utilité. Les troupes, ,·oyant venir à
elles un groupe de cavaliers ainsi éclairé, reconnurent aisément l'état-major impérial, et

Gravure de

B LANCUARD,

vouloir accepter la bataille, ils résolurent,
pour rendre le succès plus complet, de nous
attaquer, vns le Santon, il. notre gauche,
ainsi que sur notre centre, devant Puntowitz,
afin que notre défaite fût complète, lorsque,
obligés de reculer sur ces deux points, nous
trouverions derrière nous la route de Brünn
à Vienne occupée par les Russes. Mais à notre
gauche, le maréchal Lannes non seulement
rrpoussa toutes les attaques des ennemis
contre le Santon, mais il les rejeta de l'autre
côté de la route d'Olmütz jusqu'à Blasiowitz,
où le Lerrain, devenant plus uni, permit à la
cavalerie de ~Iural d'ex~cutcr plusieurs charges
brillantes, dont le résultat fut immense, car

d'après le tableau du BARON GÉRARD, (Musée de i·ersail!es.)

mouvement dans nos bivouacs, tandis que du
coté des Austro-Russes, tout était sombre et
silencieux.
Le lendemain 2 décembre, le canon se fit
entendre au point du jour. Nous avons vu que
l'Empcreur a,;ait montré peu de troupes à sa
droite; c'était un piège qu'il tendait aux
ennemis, afin qu'ils eussent la possibilité de
prendre facilement Telnitz, d'y passer le
ruisseau de Goldbach et d'aller ensuite à
Gross-Raigern s'emparer d~ la roule de
Brünn à Vienne, afin de nous couper ainsi
tout moyen de retraite. Les Austro-Russes
donnèrent en plein dans le panneau, car,
dégarnissant le rcsle•de leur ligne, ils entassèrent maladroitement des forces considérables dans le bas-fond de Telnitz, ainsi que
dans les défilés marécageux qui avoisinent
les étangs de Satschan et de i\lenitz. Mais
comme ils se figurai~nt, on ne sait trop pourquoi, que Napoléon pensait à se retirer sans

les Russes furent menés tambour ballant
jusqu'au village d'Austerlitz.
Pendant que notre gauche remportait cet
éclatant succès, le centre, formé par les
troupes des maréchaux Soult et 13ernadolle,
placé par !'Empereur au fond du ravin de
Goldbach, où il était caché par un épais
brouillard, s'élançait vers le coteau sur lequel
est situé le village de Pratzen. Ce fut à ce
moment que parut dans tout son éclat ce
brillant soleil d'Austerlitz, dont Napoléon se
plaisait tant à rappeler le souvenir. Le maréchal Soult enlève non seulement le village de
Pratzen, mais encore l'immense plateau de ce
nom qui était le point culminant de toute la
contrée, et par conséquent la clef du champ
de bataille. Là s'engagea, sous les yeux de
l'Empereur, un combat des plus vifs , dans
lequel les Russes furent battus. Mais un
bataillon du 4• de ligne, dont le prince
Joseph, frère de Napoléon, était colonel, se

�111STOR._1Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _....:...,__ _ _ _
laissant emporter trop loin à la poursuite des
ennemis, fut chargé et enfoncé par les che1·aliers-gardes; et les cuirassiers du grand-duc
Constantin, frère d'Alexandre, qui lui enlevèrent son aigle!... De nombreuses lignes de
cavalerie russe s'avancèrent rapidement pour
appuyer le succès momentané des chevaliersgardes; mais Napoléon ayant lancé contre eux
les mameluks, les chasseurs à cheval et les
grenadiers à cheval de sa garde, conduits par
le maréchal Bessières et par le général Rapp,
il y eut une mèlée des plus sanglantes. Les
escadrons russes furent enfoncés et rejetés au
delà du l'i liage d'Austerlitz, avec une per le
immense.
Nos cal'aliers enlevèrent beaucoup d'étendards et de prisonniers, parmi lesquels se
trouvait le prince Repnin , commandant des
chevaliers-gardes. Ce régiment, composé de
la plus brillante jeunesse de la noblesse
russe, perdit beaucoup de moude, parce que
les fanfaronnades que les chevaliers-gardes
avaient faites contre les Français, étant connues de nos soldats, ceux-ci, surtout les grenadiers à cheval, s'acbarnèrent contre eux et
criaient en leur passant leurs énormes sabres
en traYcrs du corps :
« Faisons pleurer les dames de Saint-Pétersbourg ! »
Le peintre Gérard, dans son tableau de la
bataille &lt;l'Auslerlitz, a pris pour sujet le moment où le gén~ral Rapp, sortant du combat,
blessé, tout couvert du sang des ennemis et
du sien, présen Le à !'Empereur les drapeaux
qui viennent d'être enlevés, ainsi que le
prince Repnin, fait prisonnier. J'étais présent
à celle scène imposante, que ce peintre à
reproduite al'ec une exactitude remarquable.
Toutes les têtes sont des portraits, même
celle de ce brave chasseur à cheval qui, sans
se plaindre, bien qu'ayant le corps traversé
d'une balle, eut le courage de venir jusqu'à
l'Empereur el tomba raide mort en lui présentant l'étendard qu'il venait de prendre 1. ..
Napoléon, voulant honorer la mémoire de ce
chasseur, prescrivit au peintre de le placer
dans sa composition. On remarque aussi dans
ce tableau un ma meluk, qui, por tant d'une
main un drapeau ennemi, tient de J'aulre la
bride de sou cheval mourant. Cet homme,
nommé Mustapha, connu dans la garde pour
son courage et sa férocité, s'était mis pendant
la charge à la poursuite du grand-d uc CousLantin, qui ne se débarrassa de lui qu'en lui
tirant un coup de pistolet, dont le cheval du
mameluk fut grièvement blessé. Mus tapha,
désolé de n'avoi r qu'un étendard à offrir
à !'Empereur, dit dans son jargon, en le lui
présentant : &lt;( Ah! si moi joindre prince
Constan tin, moi couper la tète el moi porter
à !'Empereur!. .. &gt;&gt; Napoléon, indigné, lui
répondi t : « Veux-tu bien te taire, vilain sauvage ! JJ
Mais terminons le récit de la bataille. Pendant que les maréchaux Lannes, Soult,
Mural, el la garde impériale, ballaient le
centre et la droite des Austro-fiusses el les
rejetaient au delà du village d'Austerlitz, la
gauche des ennemis, donnant dans le piège.

~

que Napoléon leur avait tendu, en paraissant à quatorze mille. Nous leur avions fait dixgarder les environs des étangs, se jeta sur le huit mille prisonniers, enleYé cent cinquante
village de Telnitz, s'en empara, et passant le canons, ainsi qu'une grande quantité d'étenGoldbach, se préparait à occuper la route de dards et de drapeaux.
Après avoir ordonné de poursuivre l 'eunemi
Yienne.
Mais l'ennemi aYait mal auguré du génie dans toutes les directions, !'Empereur se
de Napoléon en le supposant capable de com- rendit à son nou veau quartier général , établi
mellre une faute aussi grande que celle de à la maison de poste de Posoritz, sur la route
laisser sans défense une route qui assurait d'Olmiitz. Il était radieux, cela se conçoit.
sa retraite en cas de malheur, car notre bien qu'il exprimât plusieurs 'fois le regret
droite était gardée par les dil·isions du maré- que la seule aigle que nous ayons perdue
chal Davout, cachées en arrière, dans le bourg appartin t au 4• de ligne, dont le prince
de Gross-Raigern. De ce point, le maréchal Joseph son frère était colonel, et qu'elle
Danml fondit sur les Austro-Russes, dès eùl été prise· par le régiment du grand-duc
qu'il vit leurs masses embarrassées dans les Constantin, frère de l'empereur de Russie.
défilés entre les étangs de Telnitz, Menitz et cela était, en effet, assez pic1uant, el rendait
la perte plus sensible; mais Napoléon reçut
le ruisseau.
L'Empereur, que nous avons laissé sur le bientôt une gra nde consolation. Le prince
plateau de Pratzcn, débarrassé de la droite et .lean de Lichtenstein vint, de la par t de l'emdu r.enlre ennemis qui fuyaiPnt derrière pereur d'Autriche, lui demander une entreAuslerli tz, !'Empereur, &lt;lPscendanL alors des vue, et Napoléon, comprenant que cela devai t
hauteurs de Pratzen avec les corps de Soult amener la paix el le délivrer de la crainte de
et toute sa garde, infanterie, cavalerie el voir les Prussiens marcher sur ses derrières
artillt&gt;rie, se précipite vers Telnitz, où il avant qu'il füL délivré de ses ennemis actuels,
prend à dos les colonnes ennemies, que le y consentit.
De tous les corps de la garde impériale
maréchal Davout allaque de front. Dès ce
moment, les nombreuses et lourdes masses française, le régiment des chasseurs à cheval
auslro-russes, entassées sur les chaussées était celui qui avait éprouvé le plus de pertes
étroites qui règnent le long du ruisseau de dans la grande charge exécutée sur le plateau
Goldbach, se trouvant prises entre deux feux, de Pratzen contre les gardes russes. Mon
Lombè, ent dans une confusion inexprimable; pauvre ami le capitaine Fournier avait été
les rangs se confondirent, et chacun chercha tué, ainsi que le général Morlan&lt;l. L' Empeson salut dans la fuite. Les uns se précipitent reur, toujours attentif à ce qui pouvai t exciter
pèle-mêle dans les marais qui avoisinent les l'émulation parmi les trou pes, décida que le
étangs, mais nos fantassins les y suivent ; corps du général ~forland sera1t placé dans un
d'autres espèrent échapper par le chemin qui monument qu'il se proposait de faire ériger
sépare les deux étangs : notre cavalerie les au centre de l'esplanade des Imalides, à
charge et en fait une affreuse boucherie; Paris.
Les médecins n'ayant sur le champ de baenfin, le plus grand nombre des ennemis,
principalement les Russes, cherchent un pas- taille ni le temps, ni les ingrédients nécessage sur la glace des étangs. Elle était fort saires pour embaumer le corps du général,
épaisse, et déjà cinq ou six mille hommes, l'enfermèrent dans un tonneau de rhum, qui
conserva nt un peu d'ordre, étaient parvenus fut transporté à Paris; mais les événements
au milieu du lac Satschan, lorsque Napoléon, qui se succédèrent ayant retardé la construcfaisant appeler l'artillerie de sa garde, tion du monument destiné au général Morordonne de tirer à boulets sur la glace. Celle- land, le tonneau dans lequel on l'avait placé
ci se brisa sur une infinité de points, el un se trouvait encore dans l'une des salles de
énorme craquement se fit entendre!. .. L'eau, l'école de médecine lorsque Napoléon perdit
pénétrant par les crevasses, surmonta bien- l'Empire en f 8H. Peu de temps après, le
tôt les glaçons, et nous vimes des milliers d.e tonneau s'étant brisé par vétusté, on fut très
Russes, ainsi que leurs nombreux chevaux, étonné de voir que le rhum avait fait pousser
canons et chariots, s'enfoncer lentement da ns les moustaches du général d'une façon si
le gouffre! .. . Spectacle horriblement majes- extraordinaire qu'elles tombaient plus bas
tueux que je n'oublierai jamais !... En un que la ceinture.
Le corps était parfaitement conserré, mais
instant la surface de l'étang fu t cournrte de
tout ce qui pouvait et savait nager ; hommes la famille fut obligée d'int~nter un procès
et chevaux se débattaient au milieu des gla- pour en obtenir la restitution d'un savant qui
en avait fait un objet de curiosité.
çons et des eaux. Quelques-uns, en très
Aimez donc la gloire, et allez rnus faire tuet
petit nombre, parvinrent à se sauver à l'aide
de perches el de cordes que nos soldats leur • pour qu'un olibrius de na turaliste vous place
tendaient du ri vage; mais la plus grande ensuite dans sa bibliothèque, entre une corne
de rhinocéros el un crocodile empaillé !. ..
partie fut noyée !...
A la bataille d'Austerlitz, je ne reçus auLe nombre des combattants dont !'Empereur disposait à celle bataille était de soixante- cune blessure, bien que je fusse souvent très
huit mille hommes; celui des Austro-Russcs exposé, notamment lors de la mèlée de la
s'élevait à quatre-vingt-douze mille hommes. cavalerie de la garde russe sur le plateau de
Notre perle en tués ou blessés fut d'envi- Pratzen. L'Empereur m'avait. envoyé porter
ron huit mille hommes; les ennemis avouèrent des ordres au général Rapp, que je parvins
que la leur, en tués, blessés ou noyés, allait très diŒcilemcnL à joindre au milieu de cet
,., 348 ""

.MÈ.M01'1fES DU GÈNÈ'J(AL BA'J(ON DE .MA'J(B01 - - -..

épouvantable pêle-mèle de gens qui s'entr'égorgeaient. Mon cheval heurta contre celui
d'un chevalier-garde, et nos sabres allaient se
croiser, lorsque nous fûmes séparés par les
combattants; j'en fus quitte pour une forte
contusion. Mais le lendemain, je courus un
danger bien plus grand, el d'un genre tout
différent de ceux qu'on rencontre ordinairement sur le champ de bataille; voici à quelle
occasion.
Le 5, au malin, !'Empereur monta à cheval
et parcourut les diverses posiLions témoins des
combats de la Yeillc. ArriYé sur les bords de
l'étang de Satscban, Napoléon, ayant mis pied
à terre, causait avec plusieurs maréchaux autour d'un fou de birouac, lorsqu'il aperçut,
Oottant à cent pas de la di gue, un assez fort
glaçon isolé, sur lequel était étendu un pauvre
sous-officier russe décoré, qui ne pouvait
s'aider, parce qu'il avait la cuisse traversée
d'une balle.... Le sang de ce malheureux avait
coloré le glaçon qui le supportait : c'était
horrible ! Cet homme, voyant un très nombreux état-major entouré de gardes, pensa
que Napoléon devait èlre là ; il se soulcl'a donc comme il put, el s'écria que les
guerriers de Lous les pays devenant frères
après le combat, il demandait la vie au puissant empereur des Français. L'interprète de
~apoléon lui ayant traduit celle prière, celuici en fut Louché, et ordonna au général Bertrand, son aide de camp, de faire tout ce
qu'il pourrait pour sauver ce malheureux.
Aussitôt plusieurs hommes de l'escorte et
rnème deux officiers d'étal-major, apercevant
sur le rirage deux gros troncs d'arbres, les
poussèrent dans l'étang, et puis, se plaçant
tout babillés à califourchon dessus, ils espéraient, en remuant les jambes d'un commun
accord, faire avancer ces pièces de bois. Mais
à peine furent-elles à une toise de la krge,
qu'elles roulèrent sur elles-mêmes, ce qui
jeta dans l'eau les hommes qui les chevauchaient.
En un instant leurs vêlements furent imbibés d'eau, et comme il gelait très fort,
le drap des manches et des pantalons des
nageurs devint raide, et leurs membres, pris
comme dans des étuis, ne pouvaient se mouvoir ; aussi plusieurs faillirent-ils se noyer, et
ils ne parvinrent à remonter qu'à grand'peine, à l'aide des cordes qu'on leur lança.
Je m'avisai alors de dire que les nageurs
auraient dù se mettre tout nus, d'abord pour
conserver la liberté de leurs mourcments, el
en second lieu afin de n'être pas exposés
à passer la nuit dans des vèlements mouillés.
Le général Ilertrand, ayant entendu cela, le
répéta à !'Empereur, qui déclara que j'avais
raison, et que les autres avaient fait preu,·e
de zèle sans discernement. Je ne veux pas me
faire meilleur que je ne suis; j'avouerai donc
que, venant d'assister à une bataille où j'al'ais
vu des milliers de morts et de mourants, ma
sensibilité s'en étant émoussée, je ne me
tro:.ivais plus assez de philanthropie pour risquer ·de gagner une fluxion de poitrine, en
allant disputer aux glaçons la vie d'un ennemi
dont je me bornais à déplorer le triste sort ;

mais la réponse de !'Empereur me piquant
au jeu, il me parut qu'il serait ridicule à moi
d'avoir donné un al'is que je n'oserais mettre
à exécution. Je saute donc à bas de mon
cheval, me mets tout nu, et me lance dans
l'étang.... J'avais lleaucoup couru dans la
journée et avais eu chaud ; le froid me saisit
donc fortement.... Mais jeune, vigoureux,
très bon nageur et encouragé par la présence
de l'Empereur, je me dirigeai vers le sousofficier russe, lorsque mon exemple, el probablement les éloges que l'Empereur me
donnait, déterminèrent un lieutenant d'artillerie, nommé Roumcslain, à m'imiter.
Pendant qu'il se déshabillait, j'avançais
toujours, mais j'éprourais beaucoup plus de
difûcultés que je ne l'avais pré,·u, car, par
suite de la catastrophe qui s'était produite la
Yeille sur l'étang, l'ancienne et forte glace
arait presque entièrement disparu, mais il
s'en était formé une nouvelle de l'épaisseur
de quelques lignes, dont les aspérités fort
pointues m'égratignaient la peau des bras, de
la poitrine et du cou, d'une façon très désagréable. L'officier d'artillerie, qui m'avait rejoint au milieu du trajet, ne s'en était point
aperçu, parce qu'il avait profi té de l'espèce
de sentier que j'avais tracé dans la nourelle
glace. Il eut la loyauté de me le faire observer en demandant à passer à son tour le premier, ce que j'acceptai, car j'étais déchiré
cruellement. i\ous alteignimcs enfin l'ancien
et énorme glaçon sur lequel gisait le malheureux sous-officier russe, et nous crûmes aroir
accom pli la plus pénible partie de notre entreprise. Nous étions dans une bien grande
erreur ; car, dès qu'en poussant le glaçon
nous le fi'mes avancer, la couche de nouvelle
glace qui couvrait la superficie de l'eau, étant
brisée par son contact, s'amoncelai t devant le
gros glaçon, de sorte qu'il se forma bientôt
une masse qui non seulement résistait à
nos efforts, mais brisait les parois du gros
glaçon dont le volume diminuait à chaque
instant et nous faisait craindre de voir engloutir le malheureux que nous Youlions sauver. Les bords de ce gros glaçon étaient &lt;l'ailleurs fort tranchants, cc qui nous forçait à
choisir les parties sur lesquelles nous appuyions
nos mains et nos poitrines en le poussant;
nous étions exténués ! Enfi n, pour comble de
malheur, en approchant du ril'agc, la glace
se fendi t sur plusieurs points, el la partie
sm laquelle était le Russe ne présentait plus
qu'une table de quelques pieds de large, incapable de soutenir ce pauvre diable qui
allait couler, lorsque mon camarade el moi,
sentant enfi n que nous avions pied sur le fond
de l'étang, passàmes nos épaules sous la table
de glace el la porlàmcs au rirnge, d'où on
nous lança des cordes que nous allachâmes
autour du Russe, el on le hi~~a enfin sur la
bcr"C. Nous sortimes aussi de l'eau par le
0
•
'
.
mème moyen, car nous pouv10ns a peme nous
soutenir, tant nous étions harassés, déchirés,
meurtris, ensanglantés .... Mon bon camarade
Massy, qui m·avait suivi des yeux avec la
plus grande anxiété pend?~ Ltoute la trarersée,
avait eu la pensée de Jaire placer devant le
,., 3-19 ""

feu &lt;lu hirnuac la comerlure de son cheral.
dont il m'enveloppa dès que je fus sur le rivage.
Après m'ètre bien essuyé, je m'habillai
et voulus m'étendre devant le feu ; mais le
docteur Larrey s'y opposa et m'ordonna de
marcher, ce que je ne pouvais faire qu'avec
l'aide de deux chasseurs. L'Empereur vint
féliciter le lieutenant d'artillerie el moi, sur
le courage arec lequel nous al'ions entrepris
el exécuté le sauvetage du blessé russe, et,
appelant son mameluk Roustan, dont le cheval portait toujours des provisions de bouche,
il nous fil verser d'cxcellenl rhum, el nous
demanda en riant comment nous avions troul'é
le bain ....
Quant au sous-officier russe, !'Empereur,
après l'avoir fait panser par le docteur Larrey, lui fit donner plusieurs pièces d'or. On
le li t manger, on le couvrit de vêlements secs,
et, après l'avoi r cnrnloppé de cou1·erturcs
bien chaudes, on le déposa dans une des
maisons de Telnitz qui servait d'ambulance;
puis, le lendemain , il fut transporté à l'hôpital de Brünn. Cc paurre garçon bénissait
!'Empereur, ainsi que M. Roumeslain et moi,
dont il voulait baiser la main. Il était Lithuanien, c'est-à-dire né dans une prori nce de
l'ancienne Pologne réunie à la Russie; aussi,
dès qu'il fut rétabli, il déclara qu'il ne roulai t plus servir que l'empereur Napoléon. Il
se joignit donc à nos blessés lorsqu'ils rentrèrent en France, et fut incorporé dans la
légion polonaise; enfin il devin t sous-offi cier
aux lanciers de la garde, cl chaque fois que
je le rencontrais, il me témoignait sa reconnaissance dans un jargon fort expressif.
Le bain glacial que j'avais pr is, cl les efforts
véritablement surhumains que j'avais dû faire
pour sauver cc malheureux, auraient pu me
coùter cher, si j'eusse été moins jeune et
moins vigoureux ; car M. Rou mes tain, qui ne
possédait pas le dernier de ces arnntagcs au
même degré, fut pris le soir mèmc d'une
fluxion de poitri ne des plus violentes : on fut
obligé de le transporter à l'hôpital de Brünn,
où il passa plusieurs mois en tre la vie et la
mort. Il ne se rétablit mème jamais complèlemenl, cl son étal souffreteux lui fit quitter
le service quelques années après. Quant à
moi, bien q ne très affaibli, je me fis hisser à
cheral drs que !'Empereur s'éloigna de l'étang pour gagner le cbàteau d'Austerlitz, où
son quartier général Ycnail d'ètre établi. Napoléon n'allait jamais qu'au galop ; brisé
comme je l'étais, cette allure ne me comcnaiL
guère; je suivis cependant, parce que, la nui t
approchant, je craignais de m'éloigner du
champ de bataille, el d'ailleurs, en allant au
pas, le froid m'cùt saisi.
Lorsque j 'arrirai dans la cour du chùteau
d'Austerli tz, il fallut plusieurs hommes pour
m'aider à mellrc pied à terre. Un frisson général s'empara de tout mon corps, mes dents
claq11aicnl, j'étais fort malade. Le colonel
Dahlmann, major des chasseurs à cheval de
là garde, qui rnnai t d'ètre nommé général en
remplacement de Morland , sans doute reconnaissant du scnice que j'avais rendu à celui-

�111S TO'R..1.Jl - - - - - - - - - - ~ - - - - - - - ; - - - ~
ci me conduisit dans une des granges du
château où il s'était établi arec ses officiers.
Là, après m'avoir fait pren~1:e _du thé bien
chaud son cbirurcrien
me fr1ct1onna tout le
0
corps 'arec de l'huile tiède; on ~ ' emma1·11_ota
dans plusieurs cuu Yertures et I on me ?lissa
dans un énorme tas de foin, en ne me laissant
que la figure dehors. Une douce chaleu: pénétra peu à peu mes membres engourdis_; JC
dormis fort bien, et gràce à ces bons soins'.
ainsi qu'à mes yingt-Lrois ans, je me retrouva,

L'empereur de Russie, qui avait cru marcher
à une victoire certaine, s'éloigna navré de
douleur, en autorisant son allir. François Il à
traiter aYec Napoléon. Le soir même de la
bataille, l'empereur d'Autriche,_ pour sat~ver
son malheureux pavs d"une rume completc,
avait fait demande; une cntrcrne à l'empereur des Français, et d'après l'assentiment de
Napoléon , il s'était arrêté ~u Yillage ~e
Nasiedlowitz. L'entrevue eut heu le 4, pres
du moulin de Poleni•, entre les lignes des

E~T;EVUE DE NAPOLÉO~ ET DE L'EllPEREUR FRA~ÇOIS

Il ,

Napoléon n'abusa pas de la positi~n dan_s
laquelle se trouvait l,'empereu_r d'Autnch; ; 11
fut affectueux cl d une politesse extreme,
autant que nous pùmcs en juger de la distance
à laquelle se tenaient rcsp~ct~eusement les
deux états-majors. Un armistice fut conclu
entre les deux souverains, qui convinrent
d'emoyer de part et d'autre ~es pléni~o'.entiaires à Brünn, afin d'y négocier un traite de
paix entre la France el l'Autr_icbe. Les e~pereurs s'embrassèrent de nouveau en se sepa-

APRES LA BATAILLE D'AUSTERLITZ. -

Gravure de DELANNOY,

d'après le tableau du B AROX GROS. (Musée de Versailles.)

avant-postes autrichiens et lrançais. J'assistai
à celle conférence mémorable.
Napoléon, parti de fort grand matin du
cbàteau d'Austerlitz, accompagné de son nombreux état-major, se trou va le premier a~
CHAPITRE XXVII
rendez-vous, mil pied à ten e et se prome?a1t
Entrevue des empereur,. - l\elour au corps.. -:- autour d'un bivouac lorsque, voyant a_rn ver
1806. - Darmstadt el Francfort. - Bous procedes l'empereur d'Autriche, il alla à lui ~t l'e~d'Augcreau.
brassa cordialement.... Spectacle bien fait
pour
inspirer des réfl exions pbilosophiq~e_s !
La défaite épromée par les Russ~s avait
Un
empereur
d'Allemagne v~nant s _huuuh~r
jeté leur armée dans une telle confu~10n que
tout ce qui avait échappé au dés~~tre d Auster- et solliciter la paix auprès d un petit gentillitz se hâta de gagu~r la Galicie, afin de se homme corse, naguère sous-lieutenant d'artilsoustraire au vainqueur. La déroute fut com- lerie, que ses talents, des circo'.1stances ~euplète; les Français firent un très grand _nombre reuses el le courage des arme~ françaises
de prisonniers et trouvèrent les chemrns cou- avaient élevé au faite du pouvo1r et rendu
verts de canons et de bagages abandonnrs. l'arbitre des destinées de l'Europe !

le lendemain matin frais el dispos, et je pus
monter à cheval pour assister à un spectacle
d\m bien haut intérèt.

"" 350 ...

ranl : celui d'Allemagne retourna à Nasiedlowilz, et Napoléon revint couc?er au chàteau
d'Austerlitz. Il y passa deux Jours, pendant
lesquels il nous donna, au comman~anl Massy
el à moi, notre audience de conge, en nous
charo-eant
de raconter au maréchal Augereau
0
ce que nous avions vu. L'Empereur nous
remit en mème temps des dépèches P?ur la
cour de Bavière, qui était rentrée à Mu111ch, ~t
nous prévint 4ue le maréchal Augereau_ a~a1.t
quitté Bregenz et que nous le trouver10n~ a
Ulm. Nous regagnàmes Vienne, el nous ?on~
tinuàmes notre voyage en marchan t nmt e
la neirrc
qui tombait à Oocons.
0
J.our ' malo-ré
0
' ·1 sur les
Je n'entrerai ici dans aucun dela1
changements politiques qui furent le ré~ultal
de la bataille d'Austerlitz el de la pai:x de

"------------------------ .MÉ.M01"R.ES DU GÉNE"R_.Jll. 1J.Jl"R.ON DE .M.Jt"R.1JOJ

--,

Presbourg. L'Empereur s'était rendu à Vienne, intentions du gournrnemenl français, et offris encore libre, et que son commerce rendait
puis à ~Iunicb, oh il de rait assister au mariage de retourner à Heidelberg chercher auprès du immensément riche, était depuis longtemps
de son beau-fils, Eugène de Beauharnais, al'ec maréchal Augereau les assurances que désirait le foyer de toutes les intrigues ourdies contre
la fille du roi de Uarièrc. Il parait que les la princesse, ce qui fut accepté par elle.
la France, et le point de départ de toutes lrs
dépêches que nous étions chargés de remettre
Je partis et revins la lendemain, arec une fausses nouvelles qui circulaient en Allcma~ne
à cette cour avaient trait à cc mariage, car lettre du maréchal, conçue en termes si biencontre nous. Aussi, le lendemain de la bataille
nous y fûmes on ne peut mieux reçus. Nous veillants que Mme la landgrave, après avoir d.'Austerlitz, el lorsque le bruit se répandit
ne restâmes néanmoins que quelques heures dit : « Je me confie à l'honneur d'un maré- qu'il y arnit eu un engagement dont on ne
à Munich, cL gagnàmcs la ville d' Ulm, où chal français, 11 se rendit sur-le-champ à
saYait pas le résultat, les habi tants dt Francnous trom·àmes le 7• corps et le maréchal Giessen, où était le landgrave, qu'elle ramena fort assurair nl que les Busses étaient l'ainAugereau. ~ous y passâmes une quinzaine de à Darmstadt, et tous les deux accueillirent
queurs ; plusieurs journaux poussè&gt;rent mème
jours.
parfaitement le maréchal Augereau lorsqu'il la haine jusqu'à dire que les désastres de
Pour rapprocher insensiblement le 7• corps vint établir son quartier général en cette ville. notre armée a vaicnt été si grands que pas un
de la liesse électorale, intime alliée de la
Le maréchal leur sut si grand gré de la seul Français n'en avait échappé!. .. L'EmpePrusse, Napoléon lui donna l'ordre de se confiance qu'ils al'aient eue en lui que, quel- rcur, auq uel on rendait compte de tout, disrendre de Ulm à Heidelberg, où nous arri- ques mois après, lorsque l'Emprreur, rema- simula jusqu'au moment où, prérnyant la
vâmes vers la fin de décembre et commen- niant tous les petits Étals de l'Europe, en possibilité d'une rupture arec la Prusse, il
çâmes l'année 1806. Après un court séjour réduisit le nombre à trente-deux, dont il rapprocha insensiblement ses armées des
dans celle ville, le 7e corps se rendit à Darm- forma la Confédération du Rhin, non seule- frontières de ce royaume. Youlant alors punir
stadt, capitale du landgral'e de Hesse-Darm- ment Augereau parvint à faire conserver le l'impertinence des Francfortois, il ordonna au
stadt, prince fort attaché au roi de Prusse, landgrare de Darmstadt, mais il lui obtint le maréchal Augereau de quitter à l'impro,'iste
tant par les liens du sang que par ceux de la Litre de grand-duc cl ût tellement agrandir Darmstadt et d'aller s'établir arec tout son
politique. Bien que ce monarque, en accep- ses faats que la population en fut portée de C01'}JS d'année dans Francfort et sur son
tant le Uanorre, eû t conclu un traité d'al- cinq cent mille àmes à peine à plus d'un mil- territoire.
liance avec Napoléon, il l'avait fait a1·ec répu- lion d'habitants. TJc nou,·eau grand-duc joignit
L'ordre de !'Empereur portait que la rille
gnance et redoutait l'approche de l'armée quelques mois après ses troupes aux nôtres devait, le jour de l'entrée de nos troupes,
française.
contre la Russie, en demandant qu'elles ser- donner comme bienl'enue un louis d'or à
Le maréchal Augereau, avant de faire vissent dans le corps du maréchal Augereau. chaque soldat, deux aux caporaux, trois aux
entrer ses troupes dans le pays &lt;le Darmstadt, Ce prince dut ainsi sa conserration et son sergents, dix aux sous-lieutenants et ainsi de
crut devoir en prévenir le landgrave par une élération au courage de sa femme.
~uite!. .. Les habi tants deraient, en outre,
lettre qu'il me chargea de lui por ter. Le
Quoique je fusse encore bien jeune à cette loger, nourrir la Ll'Oupe et payer pour frais
trajet n'étai t que de quinze lieues; je le fis époque, je pensai que Napoléon commettait de table, savoir : au maréchal six cents francs
en une nuit; mais en arri va nt à Darmstadt, une grande faute, en réduisant le nombre des par jour, aux généraux de division quatre
j'appris que le lan~grave, auquel on al'ait petites principautés de l'Allemagne. En effet, cents, aux généraux de brigade deux cents,
insinué que les Français voulaient s'emparer dans les anciennes guerres contre la France, aux colonels cent ; le Sénat était tenu d'ende sa personne, venait de quitter cette rési- les huit cents princes des corps germaniques voyer tous les mois un million de francs au
dence pour se retirer dans une autre partie ne pouvaient agir ensemble; il y en avait qui Trésor impérial à Paris.
de ses Étals, d'où il pourrait facilement se ne fournissaient qu'une compagnie, d'autres
Les autorités de Francfort, rpouvantées
réfugier en Prusse. Ce départ me contraria qu'un peloton, plusieurs un demi-soldat ; de d'une contribution aussi exorbitante, coubeaucoup ; cependant, ayant appris que Mme la sorte que la réunion de ces divers contingents rurent chez l'envoyé de France; mais celui-ci,
landgrave était encore au palais, je demandai composait une armée totalement dépourvue auquel Napoléon a,·ait donné des instructions,
à lui ètre présenté.
d'ensemble et se débandant au premier revers. leur répondit : &lt;( Vous pré:endiez que pas un
Cette princesse, dont la personne avait Mais lorsque Napoléon eut réduit à trente- seul Français n 'avait échappé au fer des
beaucoup de ressemblance avec les portraits deux le nombre des principautés, il y eut un Russes; l'empereur Napoléon a donc voulu
de l'impératrice Catherine de Russie, arnit, commencement de centralisation dans les vous mettre à même de compter ceux dont
comme elle, un caractère mâle, une très forces de l'Allemagne. Les soUl'erains con- se compose un seul corps de la grande argrande capacité, et toutes les qualités néces- servés et agrandis formèrent une petite armée mée : il y en a six autres d'égale force, el
saires pour diriger un vaste empire. Aussi bien constituée. C'était le but que !'Empereur la garde viendra ensuite .. .. 11 Cette réponse,
gouvJ rnait-elle le prince son époux, ainsi que se proposait, dans l'espoir d'utiliser ainsi à rapportée aux habi tants, les plongea dans la
ses Etats; c'était, sous tous les rapports, ce son profil Ioules les ressources mili taires de consternation, car, quelque immenses qu'aient
qu'on peut appeler une maitresse femme. En ce pays, ce qui eut lieu, en c/fot, tant que été leurs richesses, ils eussent été ruinés si
royant dan~ mes mains la lettre adressée au nous eûmes des succès ; mais, au premier cet étal de choses eût duré quelque temps.
landgrave par le maréchal Augereau, elle la revers, les trente-deux souverains, s'étant Mais le maréchal Augereau ayant fait appel à
prit sans plus de façons, comme si c'eût été entendus, se réunirent contre la France, et la clémence de l'Empereur en fal·eur des
pour elle-mème. Elle me dit ensuite, al'ec la leur coalition avec la Hussie renversa l'empe- Francfortois, il reçut l'autoris:ilion de faire
plus grande franchise, que c'était d'après ses reur Napoléon, qui fut ainsi puni pour n'avoir ce qu'il voudrait, de sorte qu'il prit sur lui
conseils que le landgrare son époux s'était pas suivi l'ancienne politique des rois de de ne garder dan&amp;la ville que son état-major
éloigné à l'approche des Français, mais qu'elle France.
el un seul bataillon: les autres troupès fui·cnt
se chargeait de le faire revenir, si le maréNous passàmes une partie de l'hiver à réparties dans les principautés voisines. Dès
chal lui donnai t l'assurance qu'il n'avait Darmstadt en fètes, bals el galas. Les troupes ce moment, la joie reparut, et les habitants,
aucun ordre d'attenter à la liberté de ce du rrrand-duc étaient commandées par un pour témoigner leur reconnaissance au maréprince. Je compris que l'arrestation et la mort resp~ctable général de Stoch. Il al'ait un fils chal Augereau , lui donnèrent un grand
du_ duc d' Enghien effrayaient tous les pt·inccs, de mon âo-e, lieutenant des gardes, charmant nombre de fètes. J'étais logé chez un riche
qm pensaient que Napoléon pouvait avoir à se jeune ho~me avec lequel je me liai intime- négociant nommé M. Chamot. Je passai près
plai1~dre d'eux ou de leurs alliances. Je pro- ment et dont je reparlerai. Nous n'étions qu'à de huit mois chez lui, pendant lesquels il fut,
testai autant que je le pus de la pureté des dix lieues de ~'rancfort-sur-Mein ; cette ,ille, ainsi que sa famille, plein d'attentions pour moi .
(A sufrre. )

... 351 ...

GÉNÉRAL DE

MARBOT.

�.MAD.JVJfE DE 'WA~ENS - - - .
HENRY BORDEAUX
~

Madame de Warens
Dans nos sous-préfectures les plus lointaines, il est de patients érudits qui coulent des
jours heureux . Leur unique ambition est de
faire partie de quelque sociélé locale qui
enregistrera pieusement leurs rapports lus en
séances publiques, que ces rapports traitent
des anciennes mercuriales, du cada.stre ou
des beaux-arts. Une monographie de village
borne leurs songes. Le contact d'un passé
aboli leur procure l'oubli du temps présent
et de la politique. Seul, le zèle scientifique de
q uclquc collègue trop actif trouble leur paix
spirituelle. Ce sont les chimistes de l'histoire : par eux, cette histoire re1•èt une réalité
plus précise; ils ne la déguisent point sous les
idées générales; parfois mème ils l'expliquent
sans la bien comprendre. Un Augustin Thierry,
un Taine, leur seront redevables d'une phrase,
d'une ligne, d'un document, car \'historien
doit recueillir ces miettes avec soin.
Tout récemment, la Société Oorirnontane
d'.\nnecy - dont l'emblème, donné par saint
François de Sales, est un oranger chargé de
fleurs et de fruits, - fut agitée par lé souvenir de la première amie de Jean-Jacques
Rousseau. Une dame de qualité, de peu de
raisonnement aussi peut-être, prétendait avoir
retrouvé l'habitation occupée par Mme &lt;le
Warens durant son séjour en cette ville.
Allait-on donner aux Charmettes de Chambéry une maison rivale, et offrir aux admirateurs de Jean-Jacques une occasion nouvelle
de pèlerinage et d'excitation lilléraire? La
petite académie ne l'a point estimé, et nous
verrons comment elle démon tre la_ démolition
de \'appartement historique.
Depuis quelques années, la Sarnie et la
Suisse romande nous ont fourni de nombreux
documents sur cette figure singulière de
Mme dti Warens. lJ'excellents érudits, li. Mugnier, conseiller à la cour d'appel de
Chambéry, M. Sérand, archiviste adjoint· de
la Haute-Savoie, JI. Mœtzger, pour la Savoie;
MM . Eugène Bitter, Auguste Glar&lt;lon, Albert
de Montel, pour la Suisse, - ont peu à peu
soulevé tous les voiles sur la conversion, les
mœurs, les entreprises, les changements
d'habitation de celle dame active et sensuelle
qui, pour avoir appris le plaisir à un indiscret
goujat de génie, se voit livrée à une publicité
BwuocnAP1t1E. - Confessions, de J.-J. Housseau .
- Mm e d• Warens et Jea11-Jacqttes Rousseau, par
F. ~lugnier (Calmann-Lévy, 1891). - ?iouveUes
/,ellres de Mme de Ware11s, par le même (Champion, 1900). - AlbPrL füetzger. la Co11ve1·sio11 rie
Jll,ne de Warens (Chuil, 1X86) ; les Pensées de
Mme de Warens (Lyon, chez Georg, 1888) ; les Der11ières Années de ftfme da Warens (id., 1891). Auguste Glardon, le Piétisme à Vevey au X VJJI• siècle (Cltrélie11 évangélique de /,ausanne, n• du

dont son humeur facile, si elle reYivait, s'accommoderait bien vite, après, toutefois, quelque étonnement. Je noterai dans leurs ouvrages et dans la correspondance de Mme de
Warens les traits propres à nous expliquer le
caractère de celle-ci, et les dëtails qui se rapportent à sa première rencontre avec JeanJacques et aux lieux.qui en furent les témoins.

La conversion de Mme de Warens
On · sait que Louise-Françoise-Eléonore de
La Tour de Chailly épousa à quatorze ans le
haron de Warens (1715). Elle résidait avec
lui à Vevey, sur les bords du lac Léman.
Déjà elle y faisait preuve de cette activité et
de cet esprit d'entreprise que nous aurons
fréquemment occasion de relever dans sa vie.
Tandis que son mari exerçait quelque charge
municipale, elle fondai t une fabrique de bas
de soie (où elle compromit d'ailleurs sa fortune) ; en outre, elle était fort mondaine et
aimait à recevoir. Voici un fragment d'une
leure qu'elle écrivait vers 1720 à son ancien
tuteur, M. Magny, leq uel lui arait représenté
avec une rigueur tou te protestante les dangers
de sa conduite: la jeune femme lui répond
non sans une certaine suffisance et estime de
_soi-mème, mais aussi dans ce jargon sacré
.qu'on a appelé le patois de Chanaa,i et qui
est destiné 11 mieux conl'aincre de sa vertu le
.vieillard récalcitrant. Nous verrons sans cesse
Mme de ,·varens approprier son style au destinataire de ses lettres et associer la religion,
le monde et l'industrie en un mélange hétéroclite:
&lt;&lt; Je nai jamaissouhaité de briller ni de me
donner des airs du bien qu'il a plu i1 Dieu de
me dispenser: je sai au contraire que le moyen
de luy etre ·agréable est ·duser avec modestie
des faveurs quil nous accorde, je sai encore
qu'il ne nous donne pas ce bien absolument
pour nous et que nou:, nous devons faire un
plaisir d'assister ceux qui peul'ent aYoir besoin
de notre secours en leurs faisant part des
grasse que nous tenons de sa bonté.
&lt;&lt; Mais ap~ès cela je crois qu'il nous est
permis den user avec modération et reconnais20 janvier 1893). - Albert de Montet, Mme de Wa1·ens et le Pays de Vattd (Lausanne. 1l:!98) ; D11cume11ts inédi:ts s11,. .Mme de Warens (Revue hi.,torique vaudoise, n" de novembre 1898 à mai 1899). Eugène Rittcr, l11 J,'a,,,ille et la Jeunesse de JeanJacques flousseatt (Lausanne, 1891) ; Mme de Wai·ens ·et le Piétisme rnmand (id. ). - J.-F. Gonthie,·
Promenade (tistorique à ll·avers les ,·ws d"Aw1ei:1;
(Annecy, 1891:!). J. Sérand, Cllabitation de
11Jme de 1Va1·e11s à Annecy (Annecy, 1900).

sance et de] gouter ~mème bien des dousseurs qu'une situation aisee fournit d'ordinaire.
« II se peut qne ma jeunesse sert à m'éblouir et a me faire voir les chose dans un
faujour, je vous assure cependant que je me
sens très peu atachce à ce que je possède: je
fai les chose avec une indiference qui me surprend quelque fois. C'est une grasse toute
particulière 4ue jay a rendre à Dieu, puisque
suiYanl le cours ordinaire de la vie nous n'avon8, s'il faut ainsi dire, que quel&lt;jue moments à jouir des objets qui nous atachent et
·qui nous Oatenl. Je mestimerai bien heureuse,
si je puis être toujours la mème à cet égard ,
afin que quand il faudra la qui ter, je puisse
m'y résoudre sans paine et rompre facilement
]P.s liens qui pement encore matacber tandis
que j'habite cele terre que je ne regarde que
comme un passage trcs epincux, qui me conduira, s'il plait au Saigneur, a un état plus
heureux et plus permanent et qui me fera
gouter les véritables deliccs queje chercheroit
inutilement ici pui.:quïl est impossible de les
)" trouver ... »
Cette lettre est écrite avec beaucoup d'art.
Par des paroles de maul'ais prédicant, elle
natte le zèle pieux de M. Magny : oui, c'est
entendu, celle terre n'est qu'un passage qui
doit nous acheminer ,•ers le séjour éternel,
nous &lt;lernns vivre détachés des biens qui ne
nous ont été donnés que pour mieux contribuer à notre salut par une pril'ation volontaire; mais enfin d'honnètes distractions sont
bien permises, ces honnêtes distractions que
l'on prend dans une société innocente de parents et d'amis, en profitant d'une aisance
qui vient de Oieu. La jeune hypocrite sait
comment on endort les craintes des clergymans
trop collets montés. Jean-Jacques, qui n'a
rien épargné, - il faut lui rendre celle justice, - pour épaissir la boue qu'il a jetée sur
sa bienfaitrice, Jean-Jacques nous rapporte
qu·'elle était fort instruite, ayant beaucoup
appris de ses amants el principalement d,'un
M. de Tavel. Nous n'avons que ce témoignage
sur la conduite privée de Mme de Warens
avant sa venue en Savoie, et nous ne savons
rien de plus de sa liaison avec M. de Tavel'·
li est à croire que les remontrances de M. Magny visaient autre chose que des réceptions
de parents; du rpoins la dame encline à la
1. Dans les Docu,ne11ts inédits publiés par M: d_c
Montel figure une lettre du colonel de Tavel qui fa1L
à cet amant présumé de Mme de Warens le plus grand
honneur. Elle esl datée de Berne, 1746, eL charge
llug-onin, nrveu de la dame, de lui faire parvenir
déhcatemen t une certaine somme pour la secourH"
dans sa misère.. - Jean-Jacques le présente comme
le premier séducteur de Mme de Warens.

rnlupté. n'avait-elle pas encore recou1·s aux.
dornes t1ques.
U1~e phras~ de la lettre citée est à remarqu~r. &lt;&lt; Je fais les choses avec une indifférence
qm me surprend quelquefois. » Ce trait d
caraèlère
-, e
, l' qu'elle
. . indique correspond en1rnrcmenl a o~m1on _de Rousseau qui nous montr~ ~on amie sercmc el acti1•e jusque dans la
m1sere. Elle. ne goûtait
pas de J·oies cxt rem
, es,
,
~ t ~~~p~r lait a11egrement le malheur. Sa sens1bilite eta1t courte. Elle contentait ses sens sans yattacher
l'importance ,1ue les femmes
prètcnt d'habitude à ces sortes de rapports, et ceci exp1i1Juc peut-être les choix vulgaires de ses amants : elle
prenait cc qu'elle avait sous
la ma_in, et tout l'office, y
co?1pr1s Jean-Jacques, ohte11a1t ses faveurs. Mais son activi té était celle d'un homme
d'~ffaircs: nous la vcrronsjusqu au terme de ses jours occupée de projets nouveaux, el
pl?Lôt encore s'agitant par bcsom de mouvement qu'ambitieusc de la fortune. Elle oardait néanmoins, dans l'industrie comme dans l'amour, la
mème sérénité.
aime de Warens avait vinotsept ans lorsqu'elle quitta
linitivement le pays de Vaud
la religion protestante et so~
mari. Soit que ses affaires
fussent embarrassées soit
11u'elle fùt effectiveme~t touchée de la grâce, elle traversa
le lac,_ se rendit à Amphion
puis à E,,ian où toute la cou,'.
de &amp;woie séjournait, et se
~ta aux pieds de Mgr de Ross1l)on de Bernex, él'êque et
prmce de Genève, en sollicitant son appui. Le roi la fit
conduire sous escorte à Annecy, au couvent de la Visi- .
talion, à cause de la fureur
d~s parents suisses qui parla1e~t d,'en!èrnment, ce qui lui
avait fait dire au saint évêque:

pension. qui vint auo-mentcr
celle de qurnze
.
o
cents Iivres accordée par le roi.
• Mme de Warens
. n'avait plus que ces penswns pour
subsister.
Un décret du gourerneb
.
~ ent erno1s prononçait la confiscation des
,,-biens de
·t tous. ceux. qui abandonnaient la 1e. 1·10101~ re ormee. 0 n a retrouré une lettre .fo t
cuneuse de M. de Warens au· sujet de la fui~c
de sa femme. Cette lettre est écrite d'A "I tene,
. en I 7~9.
,
ô ... , a un parent·, elle repon
· no
d ca,

don de la ~elle fugi~iv?. Il cite cc propos de
Mme de" arens _qm repondait, à Amphion, à
t~\ISl\rvante ral'!e des petits ~oins conjugaux
e · · de Warens: &lt;&lt; Madame, disait celle-ci
\'O
. US. avez un bo11 . mar1.' - s·1 vous le" croyez'
a1n~1: pre~ez-le, il sera IJientôt sans femme. l&gt;
Ncanmoms, - c'est toujours lui qui racd·~ntc, ?ans . ~elle fameuse lettre qui a les
d un volume, - 1·1 alla 1u1. renc1rc
•imens10ns
. ,
v1s1te a Annecy. Son but était de lui faire con-

BiÏÎ~-=--~~~=-~~===-~-=:--=~===~-:-----.

sentir une donation de tous
se~ biens; il comptait par Ja
suite escamoter le décret bernois. Experte aux aventures
~umaines, elle le reçut touJOurs au lif. Elle logeait alors
au couvent de la Visitation
Elle ne fit aucune difficulté
pour la &lt;lona Lion. Mais elle
aussi avait une arrière-pensée.
,i_Elle s'y prit d'une façon,_
dit le mari, _ qu'elle me
porta à avoir quelque condes~endance pour elle. l&gt; Il partit
a une heure du matin _ ce
qui valut à la jeune co'nl'ertie
n_ne réprimande de Ja supén eure, - non sans avoir signé un billet par lequel il
s'engageait, s'il rentrait en
possession des biens de
Mme de Warens, à lui assurer
une rente annuelle de trois
cents livres.
Pins tard il se fit restituer
ce Lil~el. Un décret spécial Je
substitua aux droits de l'État
dans la propriété des biens
dern femme. Mais de rente il
n'en servit point. li raisonnait
ainsi : cc n'est pas la donation
de ma femme qui m'a rendu
propriétaire de ses biens, mais
le décret. Jt;n véritç, c'était un
homme pratique. Les biens
v~aient, selon lui, trente
mille livres, et naturellement
à en croire Mme de Warens'
ils valaient beaucoup plus. '
Ces petites scènes conjugales, qui ont pour cadre le
couvent de la Visitation nous
- Vos conquêtes, Afonseiinspireraient moins d'anti911eur, ~ont bien bruyantes!
pathie
pour Mme de Warens
~ La cerémonie de l'abjmaque
pour
son mari.C'est à qui
lion
célébrée, le 8 septemPRE~llÈRE ENTREVUE DE j E.\:-l·jACQUES
ET DE i\l.ADA~IE DE vV.\RE:\S.
, .·
.
·
des
deux
pipera
l'autre. Cette
bre
· 1·1se de ·
, . 1/'&gt;6
, - , dans
. l' cg
Gravure de L . RUET, d"après le dessin ,le MAm1cE LELOIR,
femme, dcmœurs faciles mais
::iamt-l•
rançois-de-Sales
.
,é
, qui
régulières, gagne à être coma et restaurée.
,
parée
aux hommes qui l'apMgr de Bernex ét 't
.
traits que c,· 1
L'ai un sarnt. Parmi les une requète présentée au sénat de Savoie par procberent. Cependant elle oublie volontiers les
e son JOO'raph
. ,
l
O
Mme de Warens ~ui essayait de compenser cmb.arras dans lesquels elle avait laissé son
noinc Boudet fi
•
• e mgenu, e cha·11 rnspua
. . u , gurecelui-c1:
-Jcunep
.
re'Lre, par le moyen des immeubles de son mari sis ~ar1 avec les industries qu'elJe avait fondées
belle et de ne )~s~'.on violente à une dame fort en Savoie la perle de ses biens de Suisse. Le a Vevey.
chez lui etqlua i~e' ]elle le poursuivit jusque mari raconte que la dame prépara son dépar t:
Que devint M. de Warens? Après arnir
e samt .arepoussa, mais
. le com- elle em~orla,__ dit-il, tout ce ·qui s'emporte,
Lat ne d,
cherché fortune en Angleterre, il s'établit à
ura pas moms d l . h
lesquelles il arvi
e . rois eures après argenterie, b1Joux, etc. Il eut la sottise de Lausanne, o~- les dignités locales le vinrent
mème
Lp nt à la faire rentrer en clic- l'a~com~agner j usqu'à Amphion ; quand il relrou_ver. C_est un digne pays oil les mésa. - a conrer · d
lui fit !ITand h
swn c Mme de Warens revmt, 11 trou va ses placards déser ts, et ce "~~lures conJ ugales ne sont point tournées en
o.
onncur. li y mu lut joindre une spectacle paraît le to·ucher aûtant que l'ahan- ridicule. Il fut conseiller de la ville, maison-

dé-

fu:

I. -

1-liSTORIA. -

Fasc. 8.

�1f1STO'l{1.Jl

- - - -- - -- - - ~ J

neur, haut forestier. Dans les archives de, ~a
famille, on a retrouvé celle méchante roes1~
galante qu'il ad~essait en septembre 1136 a
Mme la juge Seigneux:
Non, je ne serai plus constan~ dans m_es ~mours,
Et je fais vœu de badmcr louiou, ~Plulù~ que de langui,· dans ~n crue_! empire," ,?
\'aul-il pas mieux de _Jour e,~ JOUI' cha11oe1 .
En liberté ,, présent JC respire,
El je mourrai plntùl que de me rengagor.
.

Cette théorie du changement n'~st-elle pornt
piquante dans la bouche du mari de Mme de
\\"arcns?
Mme de Warens fut-elle sincère d~ns sa
corwersion? La question est conlr~Ye~sce. Je
connais des savants disti~gués q~1 t1~nnent
mème pour sa vertu, ~·.est1me~t d11Tamee _par
Jean-Jacques et par \\ mlzenr1ed ',et. soutiennent que, sous la surveillance etr01t_e de la
). e a' cause de ses attaches vaudoises, et
po ic
·11
, h
habilantd'ailleurs de petites YI es ~u c ~cun
se surreille et oh tout se sait, ell~ n au'.·ait pu
commettre les noires actions qu o~ llll P'.'etc
sans se voir supprimer et la pcn_s,on qu_ elle
·t~uchait du roi, et celle qu'elle_ receva'.t d_c
deux évêques. Mais cette che~·ale~1e e~l ex~ssive: précisément la dame n av~it poml_ d intrigues mondaines et ne cherchait pas lom ses
amants.
.
1
Elle devait pratiquer la dévotion comme ,e
plaisir et le commerce : avec cairn~ et sé_renité. Elle ne fut jamais une catechumenc
enthousiaste, mais peut-être fut-elle de b~~ne
foi dans la pratique exlérieu_re d'~n~. re!1?10~
4u'clle transgressait volontiers a 1mterieur
de sa maison.
d
On dit que la mème a_nnéc que Mm• e
W&lt;1rcns quittait le pays de\ aud, Claude A~cl,
son zélé serl'ileur futur, sa bonne à tout faire,
déserlail lui aussi la Suisse pour se rendre en
Sarnie où il la deYait retrouver plus tard.

Jl

Les Charmettes et Annecy
On ira Lonjours aux Charmettes, l&gt; écri~
\'ai: Michelet. li est peu de pèler_i~ages aussi
romanesques; il en est peu d aussi emouY~1ts.
Cette etilc maison champêtre, bâtie_ à anc
p ou' l'on accède par un chemm
f creux
,
de coteau,
tout enfoui dans la verdure, dont les enetres
et le jardinet dominent la pont~ des campacrncs, la plaine arrondie qu'un etrque de monra«nes enferme, et le doux Chambéry' --::- pour
o
. • une iemm
r
e un pcn mure et
avoir
abnlc
·s
belle
encore
et surtout. .generrrassc, mai
orcusc, co11l1·nue d'allircr .les
. v1S1tcurs
,
·
• elle rrardail une Lrad1l1on d hosp11:ommc s1
o
. . L li t ell ,
talilé. Elle est un lieu de vo1uple Ill e ec u e
el sentimentale. Elle attire, cil~ cha.rme, elle
relient. Ceux qui l'ont vue ne 1oublient pa~.
Sans doute, elle est placée dans un site
délicat où l'on goûte un suaY~ repos. San~
doute, elle est un joli exem plm~, et tou,t _a
. tact des habitations de plaisanc~ qu mf.ai. t 111
'
,.
ac1eux, el
mail
le xvme
siècle, - un _seJoUr
~ l'&lt;
dans le voisinage d'une ville. Mars cc n csl

point cela qu'on y vient chercher. Là se forma
la sensibilité d'un adolescent, là Jean-Jacq~es
découvrit la nature el l'amour, ~t par surcr01l,
hélas! toutes les chimères so~1ales avec lesquelles il continue de nous agiter. De _ce coteau qui l'hiver' s'endort sous la neige et,
l'été sen'ible se fondre dans le ciel vaporeux,
devaient descendre sur la plaine, et de là sur
le monde, un amour nouveau de la nature,
mais aussi une pensée nouvelle, ~t, la plu:
puissante en sophistications ~t sortileges qui
se soit répandue depuis _de~ s1~cles. Ca~ JeanJacques vit toujours : il msp1re tel ,om~n,
telle pièce de théâtre, q~i exalte, la pass10~
romanlique, sa création; il est present, qu01ue épaissi el banalisé, dan,s telle ~arangue_,
dans tel traité, dans tel article de Journal _ou
l' n édifie la société future sur la bo~té nat.JVe
d~ l'homme, sur l'éducation de l'Etat, s~_r
l'égalité, en oubliant d'ail!eu~s la p_art qu ,1
fait à Dieu. Terrible et sedmsa?t, il CSl ~~
cœur de la bataille moderne. Mais par~e qu il
eut du génie, ses ennemis eux-mèmes viennent
lui rendre hommage aux. Charmelles. ,Sur
les derniers rerristres, à côté des no':11s d An·
p oun11_on, Je relève
dré Thcuricl, 0 d'Emile
ceux de Maurice Barrès, d:Edouard llod,
d'André Hallays, qui, je le de;rne, n~ peuv~nl
se tenir de l'aimer el de le detester a la fois.
Il est présent aux Charmelles. _N'en doutez
pas. Deux poètes y sont allés, qm l'ont rn e!1
chair et en os. L'un- d'eux lui a même parle.
Le premier en date est Francis Jammes. li a
écrit sur Jean-Jacques Rousseau et ilJm• .de

Warens aUx Clla rmelles et il Chambery
.
.

d'exquises pacres descriptives. Quand il grant
le coteau, un~ cloche tinte el tremble -~ans

la fraicheur bleue, el sa voix a!igel19ue
berce, sous l'onde de l'_a~~ll', son ~rne et•apo1·ée. li franchit le semi, il enlre,_11_se m~t
à la fenêtre, «.. . De la fenêtre ou Je sut
maintenant, j'aperçois là-bas, au sommet e
la ··1 rrne le petit sentier tombant sur Cha01' •'• o C'est
' là que Jean-Jacques aIla,·t ou
rr ellcr
1)llly.
.
''I · e
l'at{rorc, c'est au delà de ce chemm qu 1 s_ s
promenèrent, tout un jour 1e fête, de c_o~lme

en colline el de bois en bots, q11elque/01s au
soleil el souvent à l'ombre, nou_s _reposant
de temps en temps .. • l&gt; Et le . vo1c1 encore :
,,. que ' par un matm
pur,
((.. . Je 1e\O
'
r sur cc
sen lier. li marche vers la ville, un n·~e so~s
le bras, à pas comptés, la tête ba~sc. Sa m~ditalion l'exalte. Parfois, de son index lern,
· , et ses lèvres remuent.
1·1 mon lre D1·eu
,
b .A sa
droite, le Nivolet et le mont du Desert l'IS~nt
l' azur. Dc',aia' , à' contempler la .hauteurh noire
de ces montagnes, l'âme du Jeune . o?1~~
s'élèrn et s'assombrit comme elles, vo1l ~ s
pieds le vain tumulte des hommcs,_conf1onle
les fumées tourmentées ·de leurs_ t01ls avec ~a
rrrandeur p1am•de des nuarres
c . qm ' sur les c1~es, lentement se trainent.•• ll •
, ,
Ainsi il continue d'habiter ces lieux ou 1o,n
. sa pre'sence · M· Francis Jammes 1•a
respire
l'U, de ses yeux vu, cc qui s'app~lle rn, tanl?l
il la fenêtre et Lan lot sm: le_sentier' le m_a_t,~1
. el me'me à mmmt arnc un
cl 1c SOll',
. all11a1l
1·
de sorcier. Mais la comtesse de N?a11les u1 ~
parlé. Elle aussi a suivi le chemrn creux ou

l'herbe pousse afin de compléter l'impression
.
de vei· dure. E'Ile apportait à Jean-Jacques'
ainsi qu'une corbeille de fleurs et ,d~ fru1~~•
l 'éclat de sa J·eunesse et de son geme bou_1 ~
lonnant. Dans une belle audace, elie l'a traite
arec une désirwolture tout amoureus~ ~ors~
~u'ellc le trouva dans le jardin. C'est ict, lu,
dit-elle,
C'est ici, près de cc m_uscat,
Dans Ja douce monotome_, .
Que vous grelottiez_ d~ g~me,
o héros Jàch~ et dchcal. J

Lâche el délicat : Pàris, qu! fut ~imé} 0
trois déesses et d'Hélène cl qui _fit_ r~pan i e
tant de sang au rivage troyen_. el~1_t-il au~r~
chose? Le courage et l'énergie v1~ile ont-1~~
donc moins d'attraits ici, sur ce com de ter1e
savo1s1en, d'une douceur Lrop ?enveloppante,
que celle voluptueuse ~aiblesse .
Je mil penche à votre fenêtre,
Le soir descend sur Chttmb~r~."
c·est là que vous avez s~ur,
A votre maitresse champctrc.

Précieuse harmonie de quelques syllabes
toutes simples qui tombent, une à une ,
comme des pétales de ll~ur' et dont le chtrme
est pourtant si aigu qu'il perce ~e ~œur ·: .. '"
A rès avoir écrit que l'o~ ir~•l touJOUI_~
.Pchai·mettes Michelet aJOUta,t : (( Mais
aux
'
• f t la plus
c'est à Annecy que l'impres~10n u ..
vive. ll Il entendait par là que 1~ S~JOUr d~
Jean-Jacques à Annecy lui paraissait bien ~IL~imporlant dans la formation de celle sens1b1lité que le séjour à Chambéry•
Il avait raison, Annecy, c'est Ro~ssea_u enfant (seize ans), fuyant Genève_ et !_atelier d?
rrravure oh son maitre le battait, s ouvrant a
"1
• lib ·e a' la nature et ~l celle Lendresse
a VIC
l ,
•
in énue cl passionnée tout en:e~blc _qm est
le g rivilège de l'adolescence; la. il voit _pour
la :remière fois Mm• de Warens: Je~ne, pieuse
et grassouillette, se rendant à I églrs~ co~me
la Marrruerile de Faust ; fü encore il vit ou
croit Yivre, sur la roule de_ Thônes, en c~m. de 'l""s
de Graffenned et Gallay,
parrme
,,
· celle
· 1
id)°ile exquise dont il ne re_lr?uvera pma1s a
fraîcheur et que peul-être il !llYenla ..
Chambéry, c'est le jeune homme c1u1 acceplc
de partager 1es faveurs de Mm• de Warens
.
avec Claude Anet, le domestiqu_e, et qm, au
retour de son yoyagc à Montpellier, l'.ou;~ s~
lace prise par le perruquier bernois . m ~ .. d le fameux chevalier des Courtilles'
~~:1~u 'gardien rie Chillon. Mm• de Warens
a\'ail peut-èlre trouvé ce mo)"cn nouveau de
s'assurer de bons seHiteurs. Rousseau _n?us
,
' elle n'vJ cherchait point
du plaisir·,
as~u1equ
,
•
•
a
D•oh vient que pourtant c est lOUJOUI s "
Chambéf)' que les âdmiratàurs de Jean-Jacq_ucs
l'Ont chercher son s('uvenir '! Ut'. du mo111s '.
1l s sont sûrs de le rencontrer. Bien_ que e~
- subi• que1que peu l'mlluence.
Charmettes aient
d Lemps habile à transforme~' ceux qm
~L .
t s'y exalter le peurenl foire avec
- a11-,
dcs1ren
. •Lé On a même retrouvé le 1m 1 pa~~e
t
h
L en 1c1 •
N • , . p ·opncl. ~tmc de Warens el M- ou e~ • .1 . .
c_~ ,c et la trace des démêlés jud1cia1rcs
t.me,
d
ff ux proqu'elle cul a,•ec M. llenau ' un a re , blir
Enfin on a pu cla
curcur du ·oisina"e
c ·
'

.MA.DA.ME DE W°A.'J(,ENS ---r.

très exactement les divers locaux qu'elle ha- Warens, à ,\nnecy : le premier, très court,
bita successivement à Chambéry : dans un du 21 au 24 mars 1728, avant son départ Lion de Saulhier-Thyrion, avant-deruier procul-de-sac où l'on arrive par le numéro -15 pour Turin, et le second de près de deux ans priétaire, acte qui ferai t mention après -1784
de la rue des Portiques, - au Reclus, nu- (1729-1751). Elle habitait une vieille maison de tout le n° 2580.
Cela prouve simplement que l'acte contient
méro 15, - el faubourg Nézin, numéro 62. composée d'antichambre, appartement et cuiLà elle décéda le 29 j uillet 1762, à l'âge de sine; devant la maison, ou plutôt devant une une mention enonée. Ces erreurs, portant
soixante-trois ans, misérable el abandonnée, petite cour, coulait le canal du Thiou, et sur sur tout ou partie d'un numéro du cadastre,
après y avoir vécu huit années dans la dé- l'autre rive 011 l'on parvenait par un petit sont d'ailleurs assez fréq uentes. li est indistresse : c'est une pauvre bicoque, basse et pont en planches s'étendaient le jardin cl au- cutable que l'évêché actuel occupe une partie
fort triste, el qui n'a guère changé. Comme delà la campagne. Elle logea Jean-Jacques du n° 2580, de l'ancien cadastre. On sait
elle y devait regretter sa maison du coteau! dans la chambre de parade qui donnait sm maintenant que M. de Boègc avait deux maisons inscrites au n° 2580, une grande qu'il
Mais on n'a jamais pu retrouver sa dernière la campagne.
habitait, et une pclile qu'il louait. Celle-ci, la
demeure dans le cimetière de la paroisse de
Cette maison où s'installa Mme de Warens plus rapprochée de la cathédrale, a été celle
Saint-Pierre-de-Lemenc .. .
peu de ·temps après son abjuration existe-t-ellc
Peut-on retrouver aussi sùrement à Annecy encore aujourd'hui? Nous sommes en pré- habitée par Mme de Warens; elle a été démol'habitation où Mme de Warens reçut pour la sence ?e trois Yersions. Une dame Carrey a lie en 1784. Les descriptions de Rousseau 110
sauraient s'applic1ue1· à la grande. En J 793,
première fois Jean-Jacques?
prétendu dernièrement l'avoir retrouvée in- le club des jacobins d'Annecy (séance du
Jean-Jacques vint à Annecy pour la pre- tacte, et le prou ver par des dQcuments authenmière fois le dimanche des Rameaux, 21 mars ti ques; elle a même déposé un mémoire à ce 1ar janvier) décida de planter un arbre de la
1728. Il avait seize ans. Lui-même nous ren- sujet à la Société florimontane d'Annecy. Les Liberté devant l'emplacement qu'occupait la
seigne sur son physique: « Sans être ce IJU'on Alpes, journal savoisien (numéro du 19 oc- maison habitée par Jean-Jacques, et l'on apappelle un beau garçon, j'étais bien pris dans tobre 1899), assurent que Mme Carrey n'a pela rue Rousseau la rue actuelle de J'Évèma petite taille; j'avais un joli pied, la jambe rien retromé du tout, et que sa décourcrtc ché. Or, à cette époque, on parlait déjà de
fine, l'air dégagé, la physionomie animée, la est dès longtemps connue des gens d'Annecy : l'emplacement, el l'on admettait la démolition.
A l'appui de cette opinion, M. Sérand, dan~
bouche mignonne avec de vilaines dents, les &lt;( Tout l'immeuble, même l'allée qui commuune
courte brochure ( L'Habitation de Mme de
sourcils et les cheveux noirs, les yeux petits nique de la maison de llfmc de Warens à l'éet mème enfoncés, mais qui lançaient avec vêché, sans passer par la rue, existe encore Warens à Annecy), apporte un argument
force le feu dont mon sang était embrasé. IJ comme au Lemps de Jean-Jacques. Il y a péremptoire qui est tiré d'un plan de l'ancien
Or, il existe à Annecy, chez M. Ie docteur quelque dix ans, des membres de la Société coment des Cordeliers dont le four ëtait conCaillies, un portrait de Rousseau adolescent llorimontane voulurent visiter l'appartement tigu à la cour de Mme de Warens. Ce plan,
qui correspond assez bien à cette description ; de petite maman : ils le retrouvèrent tel dressé en tre les années 1755 et 1784, antéla toile serait authentique et aurait appartenu qu'il est décrit dans les Confessions. Le por- rieur par conséquent à la construction de
à un avocat Favre, de l'une des plus anciennes tail seul a été restauré; les sculptures en l'évêché, donne le relevé des constructions,
maisons d'Annecy: _on y voit le jeune homme pierre qui le décoraient autrefois ont été trans- cours et jardins situés entre la cathédrale cl
coiffé d'une sorte de béret rejeté en arrière, portées chez M. Sauthier, à Veyrier. Si l'on la maison Nouvellet (main tenant n° 12 de la
et découvrant un large front a\'ec de beaux tient cachée l'existence de ce séjour de Rous- rue), c'est-à-dire tout le couvent des Cordechernux châtains et bouclés, de petits yeux seau au temps de sa jeunesse, c'est que les liers, le four incendié en 1729, plus toute la
enfoncés et une bouche fine et sensuelle; mais propriétaires ne veulent point être importunés partie Est du n° 2580 occupée aujourd'hui
il porte un peu plus de seize ans, à cause de par les visiteurs qui ne manqueraient pas par une aile de l"évêché. « Or, sur celle porla joue rasée et de la ride profonde qui part d'accourir en foule. lJ Ce dernier argument tion de parcelle existait précisément une petite maison à deux étages, contiguë au four,
du nez vers la bouche.
n'est peu t-être pas très scientifique. Enfin un ayft.nt cour, caves voûtées et écurie, et donPour Mme de Warens, nous avons aussi une troisième parti, recruté parmi les membres
peinture de Jean-Jacques. Elle lui apparut les plus érudits de la Société ilorimontane, se nant, d'un coté, sur la rue Saint-François, et
fort avenante dans le petit passage qui menait range à l'avis de Jules Philippe, ancien député de l'autre, sur un jardin qui la séparait du
de chez elle à la cathédrale : « Je vois un et écrivain local, qui assure que la maison canal du petit Thion ou canal de Notre-Dame
visage pétri de gràces, de doux yeux bleus de Jean-Jacques a été démolie en 1784 lors (le ruisseau de Jean-Jacques). C'est HaiscmLlablement la petite maison que louait la
pleins de douceur, un teint éblouissant, le de la construction de I'évèché actuel.
famille de Boège, comme l'atteste ce passage
contour d'une gorge enchanteresse. &gt;&gt; QuelCette dernière opinion s'appuie sur des
ques années plus tard, M. de Cronzié, voisin preuves décisives. Tout d'abord il est éYidcnt du Journalier : « Le 22 aoùt 1621. Reçue
de campagne de Mme de Warens aux Char- que Mme Carrey n'a rien découvert. On a pu vingt-ung flor. de M. Boniface 13raisaz, locamettes, la décrivait ainsi dans une lettre ré- déterminer fort exactement a,•ant elle l'em- taire de la petite maison, pour le second
cemment relrouvëe: &lt;( Sa taille était moyenne, placement de la maison où logea Mme de Wa- terme du louage d'ycelle. &gt;&gt; La maison de la
mais point âvantagcusc, eu égard qu'elle avait rens. C'était un immeuble appartenant à il!onnaie, composée de deux étages seulement
beaucoup et beaucoup d'embonpoint, ce qui M. de Boège-Contlans, inscrit à l'ancien ca- et qui a été considérablement agrandie depuis,
lui avait un peu arrondi les épaules et rendu dastre de -1730 sous le n° 2580. Au livre de devait être tout juste suffisante, à celte époque
sa gorge d'al_bàtre aussi trop volumineuse ; géométrie, sa superficie est de 57 tables; la 011 l'on se logeait largement, pour la famille
mais elle faisait aisément oublier ses défauts table est une mesure du Piémont qui vaut de Boège. Cette dernière était composée de
par une physionomie de franchise et de gaieté 58 mètres carrés. Il était situé dans l'an- cinq personnes auxquelles il faut ~jouter le~
mLéressante. 1&gt; Ces deux portraits ressemblent cienne rue Saint-François, aujourd 'hui rue de gens de service, el, si M. de Boège était, il est
en, ellet aux deux tableaux authentiques re- !'fijvêché, elon l'appelait maison de lailfonnaie, vrai, très souvent dans ses terres de Sillingy,
presentant Mme de Warens. Tous deux sont parce qu'il avait servi de dépôt après la frappr cela n'cmpèche pas 11u'il figure comme présent sur la visite de quartie1·s d'Annecy de
de Largillière : l'un est à .Boston, l'autre au aux comtes de Genevois.
1727 et qu.'il parait peu probable qu'étant
musée de Lausanne. Celui de Boston nous
La maison de la Monnaie fut-clic respectée, noble et riche, il ait loué une partie de 1.1
~ ontre une jolie femme de trente ans, appé- lors de la construction de l'évêché, en ·1784,
maison qu'il habitait. &gt;J
Lrssante comme une petite caille, avec une construction qui occupe précisément une parSi maintenant l'on se reporte aux textes des
l?o~che mignonne et des joues rondes. Elle tie du n° 2580 '! Ne fut-elle démolie que parConfessions
qui décrivent l'habitation de
eta1t sans doute plus âoée et moins fraiche tiellement, et la partie subsistante est-elle
Mme
de
Warens,
on acquiert la certitude que
lorsqu'elle posa pour la ~oile de Lausanne.
celle habitée par Jean-Jacques? Mme Carrey
Rousseau fi t deux séjours chez Mme de le prétend et s'appuie sm· un acte d'acquisi- celle-ci habitait clfectiYement la petite maison. Cela résulte plus clairement encore du
..., 355 I"

�..MADA.ME DE 'JYA~ENS - - ~

, , _ 111STô'f{1Jl
1720' le même Jean-Jac(1ues nous la mon~re
fort occupée de médecine et de p~armac1c.
« Je passais mon Lemps le plus agreabler:nent
du monde, - écrit-il dans les Co~fe~swns,
- occupé des choses q~i m? p~a~sa1ent le
moins. C'étaient des proJets a rcd1gcr, de~
mémoires à mettre au neL, des recettes a
transcrire ; c'étaient des he~·bes à trier, des
drogues à piler' des alambics à gomcrner.
Tout à traYers tout cela yenaient des foules
de passants, de mendiants, de
Yisiles de toute espèce. li fallait entretenir tout 11 la fois
un soldat, un apothicaire, un
chanoine, une belle dame, un
frère lai. Je pestais, je grommelais, je jurais, je donn~is
au diable toute celle maud1lc
cohue. Pour elle, 11ui prenait
touten gaieté, mes fureurs.la
faisaient rire aux larmes, et
ce qui la' faisait rire encore
plus était de· me voir ?'autant plus furieux que Je ne
pouvais moi-même m'empêcher de rire... . 1&gt;
Nous la voyons, dans les
documents qu'on a découl'Crts
sur sa vie, sans cesse occupée et toujours de choses nouYelles. F:llc a touché à la médecine, elle Louche à la politique: témoin son l"oyage, à
Paris, en 1750, aYec M. d'Aubonne, pour exposer au ~rdinal de Fleury un prOJCl
contre Genèrn. Mais surtout
elle touche aux affaires. Là
est son domaine : elle y sera
p"resque constamment maldp
heureuse, sans que la mauvaise fortune ait jamais en le
111
pouvoir de l'arrêter. En Savoie, elle plaide contre le
Correspondance
procureur Renaud, son voisin
de Mme de Warens.
des Charmettes ; en Suisse,
elle dispute avec acharnement
La correspondance de Mme
une petite terre dite le Basde Warens, ou du moins un
sel,- à ses divers parents cnlrc
important doss!er de ~tle co~lesquels elle sème la zizanie
respondance Ytent d elre deen faisant croire à chacun
posé au musée Ienisch à Vevey,
d'eux que, pour prjx de son
par son propriétaire, M. Euaide, il aura son béritagc :
"ènc CouHeu de Dekcrsberg,
elle visite les autorités pour obn
. "' ..
qui !'aYail commumquc a
tenir la mainlevée en sa faveur
E:;TRETIE:-1 DE j EA:,;-j,1CQUES ET DE MADA.\IE DE W ARE:O.S.
M. Albert de Montel pour ses
de la con11scation de celle
Gravzire de L. R UET, d'après le dessin de l\lAURICE L ELOIR,
études sur la première. amie
terre, et finit par triompher il
de Jean-Jacque~. En Savoie,
Berne où, le Odécembre 17 li5,
dix-neuf lettres de la rnèmc
le Conseil souvcrain déclare
main• onl été rclrou ,·écs réque
la
mort
civile
résultant de la conYersion
cemment pai· )1. Mugnicr (Nouvelb Lellres micr séjour à Annecy, I\ous~ea~ d!nc chez de Mme de Warens au catholicisme n'ayant
elle avec un sieur Sabran qm fa1sa1t toutes
(le Mme de Warens) .
sortes
de métiers faute d'en savoir aucun, et pas été suivie d'une ordonnance r:orme~le ~e
Toute cette correspondance n'offre qh'un
confiscaliori, il ne peut ètre quest10~ d a_llr1intérêt médiocre à la lecture, mais fixe en qui avait proposé à Mme de ~Varens d'établir bucr ses biens à autrui 1 • qn a pem~ ~ la
traits définitifs la fi gure que doit faire Mme de une manufacture dans la nlle; la nouvelle suivre dans toutes ses tenlat1rns de creations
comertic, qui déjà songeait à_ brasser le~
Warens dans l'histoire.
.
industrielles ou commerciales . Tanlot clic
Elle a beaucoup écrit, mais lo~J~urs da_ns affaires, expédia même ce ' CO~rt1~r ma:r?n ,a fonde des fabrir1 ues de chocolat à Chambéry'
un but précis, jamais po~1r pla1s1r de lais: Turin pour obtenir un~ autor1satwn mm1stc1 · V.-1'. Jlugnier. Nom•elles l,cllres de Mme de
scr courir sa plume. Ams1 ses lett1:es,, qm riellc; les pieuses pcns10n~ _de la dame ne suf- 11"are11s.
fisaient
point
à
son
amb1
tJOn.
Plus
lard,
en
sont nombreuses, sont toutes consacrcc&amp; a ses

certificat délivré par nousseau au su,iet ,?u
miracle qui se serait produit, au cours de 1111cendic qui détruisit, en 1720, le four des C~rdelièrs voisin de l'appartement de son ami~.
Ce ccrtitlcat ficrure dans la Vie de Afgi• Rossillon de /Jerne.;, du p. Boudet;_ i~ a l'avai~~age
d'avoir été écrit à une date vo1sme du seJOUT
de kan-Jacques à Annecy, et d'èt~·e. plus
précis dans sa descriytion que le rec1t ~es
Confessions compose b_c~ucoup plus ta1 d.
Néanmoins on tpcut n s1tcr
avec intérèl la partie subsistante du n° 2580 ." Elle appar1,icnl aujourd'hui à une œ~vre
de charité. C'est une maison
en retrait dont le perron neuf
est orné de colonnadcf. L'appartement au rez-de-chaussée
conviendrait à la légende.
Deux salons consécutifs ouvrent leurs fcnètres sur le
canal du Thiou aux eaux ,·erdàtres et sombres qui tentent
de reOétcr quelques feuillages
crracieux. Un petit pont de for
o
d .
jeté sur les eaux con ml aux
rustiques de l'hôtel d'Angleterre. Car la vue de la campagne aimée de Housseau n:est
plus iiu'un ancien souvemr :
la rue lloplc a pris la place
des vercrers d'autrefois·, et l'on
n'aperç~it point la plaine des
Fins et l'aimable coteau de
)leithet. Quant au petit passage qui menait à la caù1édrale, on en rctrou ve aisément la trace.

affaires, procès, tractations i!1duslrielles et
commerciales, etc. Des premiers temps de
son mariage, où la Yie conjugale lui avait
lais~é assez de loi~ir pour fonder à VeveI une
fabrique de bas de soie, jusqu'au so!r de sa
vie oü, confinée dans la paune maison du
faubourg Nézin, elle agitait encore ~e vastes
projets, Mme de Warens se mesura aprement
et résolument arec la fortune. Un incessant
besoin d'aclivilé la tourmentait. A son pre-

:e

.., 356 ""

puis de sa,·on; tantot clic ins·tallc unë manu- )f. )fagny, clic emploie toujours le palois de Warens discutant les contrats a1·ec une- Iéna~
facture de poterie de fer. Les mines, d'un Clwnaan, et parle Yolontiers de la Yanité des cité et une minutie d'hommes d'affaires, mais
produit plus hasardeux, l'attirent. En 17 46, choses de la terre·: &lt;&lt; ... Le Seigneur me fasse aussi cette politesse de femme du monde dont
elle profite d'un ,:oyage riu'elle fait en Suisse la grâèe, - dit-elle dans une autre lettre, elle se para jusqu'à la fin; on l'y voit mème
pour constituer une société ayant pour objet dê tourner mes croix et à sa plus grande gloire 1isitant les fabriques de Saint-Michel et sel'exploitation de mines situées « en Chamou- cl à mon salut el rrue, ne m'attachant plus aux couant fa torpeur de ses associés. Mais c'est
nix n qu'elle arait affermées du chapitre de la rhoses de la terre, je mellc mon bu t aux smlo nt, décidément, la complaisance de son
Collégiale de Sallanches en Faucigny. On com- choses permanentes de la l":c éterncll1' . n Elle nc,·cu Hugonin qu'elle exploite. Elle se fa it
mença, en effet, à extraire du minerai, puis approprie son style au destinataire. .
en1·0Jer par lui tantô t du ,·in blanc des
les associés suisses suspendirent les travaux :
Tou le une série de lettres, adressées au coteaux de YcYcy pour le baron tic Blonay qui
ils étaient seuls à fourni r le
le prélL•re au rin tir Saroit',
fonds social ; Mme de Warens
tantôt des fromages de Monne se contentait pas de n'avoir
treux ou des biscuits de Yepoint versé sa part, elle amit
Yey. Enfin, réduite à la misère
encore réussi à se faire repar l'échec de ses entreprises,
mettre par l'un de ses emelle lui détaille ses embarras
ployés une somme d'argent
el lui demande assistance.
destinée à paJer les ouvriers.
Il fallait que la tante fùt
Et tandis que les choses vont
habile, ou que le neYeu fùt
si mal en Faucigny, sans se
déroué, ou que les liem de
décourager (où trouve-l-elle
famille fussent demeurés bien
l'argent ?), elle achète les misolides, pour que Mme de'
nes et les hauls-fourrieaux du
Warens, après tant d'années
marquis Granéri de La lloche
passées sans revoir Jlugonin,
dans la haute Maurienne.
eùt encore le pou mi r de l'api~I. Uugnier a publié son acte
toyer et d'obtenir de lui qu' il
d'acquisition : c'est un sieur
aidàt sa Yieillc parente rloi~[illeret, notaire à Annecr,
gnée et constamment malheuqui traite pour le marqui;.
reuse; non point par le fait de
Là, encore, Mme de Warens
la destinée, mais par le mo~·en
rrcolta des embarras au lieu
de ses entreprises.
des profits abondants qu'elle
Telle est celle corresponcherchait. El pourtant, dans
dance intéressée ou occupée
ses nombreuses · entreprises,
d'affaires, mais toujours calme
loul n'était pas chimérique 1 •
et · courtoise, presque touF'c uilletons rapidement sa
chante à la fin quand on songr
corr('sponclance. Voici une
à l'âge de la dame, aux rchrcs
ll'llrl' 011 &lt;'lie prie son· ancien
constants clr ses entreprises,
tuteur de lui étahlir une géà la soli lnclr r i à la mist\rl' mc111:alogic al"antageusc, afin que
naçm1ll'.
IP roi de Sardaigne, llatlt; de
tant etc nohlessc, fit à la condp
vertie Hill' pension conl"enablc
(1726) : - &lt;1 ... Aujourd'hui
IV
je me trou rc dans le cas de
dire que je suis noble pour
Caractère
satisfaire à Sa Majesté, qui
de Mme de Warens.
souhaite d'en être instruite.
Faites-moi_la gràcc, mon cher
Mme de Warens ('St nn comlfonsieur, s'il ,•ous est possiposé cl"hon1mc d'a ffaires et
ble, d'aroir un petit abrég1;
de femme du monde. flc la
de ma descendance et de le
femme du monde, clic a cctlç
faire d'une manière aussi
neur d"éducation ·qui, malgré
a1·.rntagcuse qu'il Yous sera
ses fr1iq11enlation~ dr plus r1)
possible. .Je sais bien que
plus n1lgaires, et la misère dr
mes ancêtres ne se sont RETOUR DE JEAX-JACQUES AUX CHARMETTES, ou MADAME DE WARE:-iS LE REÇOIT.. ses ckrni(•rcs années, lui con\.
EN PRÉSENCE DE W1:-TZENRIED.
guère embarrassés de ces sorser vera j usqu'à lç1 fln un air
Gravure de A. BonARD, d'apt·ès le dessin de M,uRtCE L s Lorn.
tes de choses que je regarde
de poli Lesse el de cou rtoimoi-même comme des folies.
sie. Housseau nous la monCe n'est pas la Yanité qui me le fait. de- capitaine Hugonin, son ncreu, a trait au procès _trc recevant_ les petits e~)es grands avec une
mander, mais la nécessité d'avoir du pain. de la terre du Basset ou 11 ses JlI;ojcts de grâ,cc qui lui omrai l ,, tous les cœurs, El
C~mmc je suis à présent dans un pays où cela société industrielle. Elles sont habiles et pré- nous verrons l'élégance de ses procédés envers
fait une grosse différence, faites, j-e l'OUs prie, cises. Une lellrc anonyme datée de Genrvc ses anciéns amants, Wintzcnried cl .Jeantous ,•o"s efforts pour me procurer cet avan- mettait en garde le neveu : « C'est une yéri- Jacques'. De l'hoü;me a"affaires elle a l'incestage, etc. t. &gt;&gt; Quand elle écrit au rigide table comédienne bien méprisable ~ tous sante activité, le sentiment très précis el même
égards .. :. &gt;&gt; Une autre série, adressée an exagéré d-e ses ~1:Ôi.ls, l'agitation cl'e~prit, le
1. Elle avait aussi entrepris avec une demoiselle de
Dell_egard,e des Marcl1es l'exploilalion des mines de notaire Milleret, chargé d'affaires du marquis goûtde la chicane. Elle connaissait les hommes,
homllc d llaraches en Faucirny.
qu'elle avait approchés de très prt•s : &lt;&lt; Elle
2. Pour plus de clarté l'o~tlwgraphe de crllc lrtlre Granfri, concerne les tractations au sujet des
est rt'CIifo~c
mi nes de la Maurienne : on }' roil ~rme de av:d- disent les Confessions- l'rxpfricncc
1

J

�msTO'R.,1A

-----------------------------------------~

du monde cl l'esprit de réOcxion qu i fait tirer affaires. Elle ignora toujours le remords, et
ces péchés de la chair lui parurent sans doute
parti de cette expérience. &gt;&gt;
si
véniels que sa religion s'en accommodait.
C'est surtout dans son attitude Yis-à-Yis de
Pour
ne point causer de scandale (dont la
l'amour qu'on peut juger une femme. Quelle
fut l'attitude de Mme de Warens? Vraiment crainte lui devait venir du pays de Vaud), elle
fort dépourvue de délicatesse. Elle ne comT 11e. s'em.barrâssait point de choisir des amants
prit jamais ni la pudeur ni la passion. ·Par là; huppés; elle- se conteritail d&lt;J ses serviteurs
elle nous apparait un peu singulière parmi les qu'elle employait successivement en s'elfoi·prrsonnes de son sexe. ~fariéc trop jeune à un çant de maintenir la paix eritrc eux. «~ne des
1ipoux qui ne nous apparait point comme prcuv('s de l'excellence du caractère de cette
spiritnrl et s1idnisant, mais plutôt honnête, aimahle femme, dit Rousseau, est que tous
prati1JU(' rt sans (;nrrgic, C'llc ·se dêcot1nit ceux qui l'aimaient s'aim:iicnt entre eux. &gt;&gt; Et
lii1·11tôt supérieure /1 lui , et. non sans raison. Jean-Jacques supportait Claude Anet, et,
Sr lai$Sa-t-ellr corrompre par ~I. de Ta\'el, durant un temps, le perruquier bernois
comme le raconte Rousseau qui veut absolu- Winlzenried. Mme de Warens prit elle-même
ment qu'elle eût un cœur chaste et "un tem- la peine de le prévenir de l'intimité de ses
pérament de glace, de sorte que M. de Tavel rapport, avec ce dernier, afin d'rcarler toute
dut la srduire non par les sens, mais par des équivoque.
Ainsi encore elle faisait comme beaucoup
sophismes qui lui présentaient les choses de
d'hommes
très occupés qui font deux parts
la rnluplé comme des actes indifférents et
de
leur
vie.
Qu'elle ait toujours cru que
sans importance? Une lcltre de cc premier
amant présumr, datée de 1746, et destinée à &lt;&lt; rien n'atlacbait tant un homme à une
secourir anonymement la vieille dame dans la femme que la possession », el qu'elle se soit
détresse, ne cadre pas avec le portrait qui est servi de cc moyen pour exercer son empire
tracé de lui dans les. Confessions, et qui le sur de nombreux sujets, cela est possible,
présente comme un homme sec et habile, mais elle ne le fit que pour l'utilité de ses
comme un professionnel du plaisir. Mme de sens ou de ses projets. Elle prodiguait ses
Warens est femme à s'être formée toute seule; faveurs, mais ne les vendait pas. C'esl encore
nous ne vo)'ons pas, au cours de sa vie, qu'elle Jean-Jacques qui nous le dit, et nous l'en
ait subi jamais l'inOuencc de ses amants : pouvons croire. Car elle gardait dans le plaiaucnn n'a réussi à la détourner de ses projets sir cette sorte particulière d'honneur que l'on
de fortune, ou à changer ses idées sur la reli- découvre chez certains viveurs et débauchés.
gion ou l'amour. Originairc_d'un pays où les Elle estimait que le plaisir éprouvé en comfrmmrs reç,0ivent d'habitude une forte el mun oblige il se traiter désormais mutuellesfrieusc éducation , d'une très bonne santé ment avec politesse. Ses procédés envers ses
phisiquc et d'un esprit équilibré, d'un carac- anciens amants ne sont pas dépourvus d'un
trrc gai et enjoue\ sympathique et de oœur tact d'homme du monde. Wintzenried, le
large, clic n'était point portée à la passion. fameux chevalier des Courtilles, - chevalier
Mais clic l'était au plaisir, quoi qu'en dise d'industrie, - la Ill particulièrement soufRousseau. Elle ne confondit pas sa pensée ou frir (du moins autan t qu'elle pouvait souffrir
son cœuravec ses sens. En quoi ellcfitoommc de ces choses légères), parce qu'elle le connut
bea\1coup d"hommes. Elle ne souffrit jamais sur le tard, et déjà touc:hée par l'âge qui fane
de l'amour; on peul même dire qu'elle toute beauté : il lui donna des rivales avilisl'ignora. Mais elle connut, el beaucoup, la santes, el en 1754, comme il avait résolu
volupté qu'elle pratiqua fort tard. ~ ufè- d'épouser une demoiselle Bergons)' do Tarenmrnt, cc ne fut jamais pour ellequ 'une n~ccs- taise, il imagina de faire demander sa main
~it1: facilr 1t sàli~fairc cl · indigne de retenir par Mme de Warens dont le rang social poul'attrntion. Son esprit étail ai llrurs, aux vait impressionner les parents: Elle fit la

-demande, et écrivit au perruquier promu
cheralier : « Je suis persuadée de tout le
mérite de l'aimable demoiselle dont vous me
parlez; je m'en serais doutée en voyant
M. son père qui, par son esprit et sa politesse, donne il connaitre la bonne éducation
qu'il est en état de donner à sa famille. Par
.conséqut:nt vous ne pouvez que gagner beaucoup •à la différence que vous rencontrerez
,puisque c'est 1·otre intertlion de vous établir ... &gt;&gt; L'ironie de celte lettre fut sa seule
vengeance. Et lorsq1ie Rousseau la revit rn
1754, vieillie el avilie (cc sont ses propres expressions), tonte misérable qu'elle était., elle
trouva encore dans son avilissement cc geste
de mettre au doigt de Thérèse, la compagne
de son ancien amant, une petite bague, son
dernier bijou, suprême reste de son opulence.
Mais sa vraie vie ne fut pas amoureuse. Ge
fut une vie d'affaires. Avec les pensions
qu'elle recevait (1.500 li,•res du roi; 150,
legs de Mgr de Bernex), plus les 200 livres
qu' elle obtint par suite d'un arra_ngement
avec ses parents du pa)'s de Vaud, elle aurait
pu vivre dans l'aisance et dans la tranquillité.
C'est précisément ce dont elle ne veut pas.
Elle repousse la médiocrité dorée. Pour obtenir la r,ichesse, elle préfère risquer la misère. Et la richesse même l'attire moins qu'un
désir incessant d'activité. Écus patagons cl
Jouis myrlitons - monnaie d'argent et monnaie d'or - ont moins de séduction pour
elle c1uc la création d'une industrie, que la
direction d'ûne société minière.
Mme de Warens nous apparaît donc comme
un type de femme émancipée. Elle n'eut dans
son caractère ni lés scrupules, ni la pudeur
habituels à son sexe. Elle vécut à la façon
d'un homme d'affaires au tempérament
jovial et exigeant. Sans passions autres que
celle de ses entreprises industrielles, elle fut
active cl sereine, - sereine jusque dans la
misère, ce qui est assez rare, - el mit seulemen t dans ses mœurs masculines un pelJ.
ile politesse et de grâce. En· somme, J'amir
de Jean-.lacqucs ressemble fort, non anx
femmes, mais aux hommes de son temps.
HE:-&lt;RY

cordon bleu, le mettait à terre, et lui disait :
&lt;&lt; Mets-Loi à genoux là-dessus, vieille ducaille. l&gt;

Anecdotes
~ Le duc de la Vallière, rnyanl à l'Opéra
la petite Lacour sans diamants, s'approche
d'elle, cl lui demande comment cela se fait.
,, C'est, lui dit-elle, que les diamants sont la
croix de Saint-Louis de notre état. Sur ce
mot, il devint amoureux fou d'elle. li a vécu
avec elle longtemps. Elle le subjuguait par
les mêmes moyens qui réus.sirent à madame
l)uharry près de. Louis XV. Elle lui ôtait son

»

~ On demandait à M. de Lauzun ce qu.'il
répondrait à sa femme (qu'il n'avait pas l'Ue
depuis dix ans), si elle lui écrivait : &lt;1 Je viens
de découvrir que je suis grosse. &gt;&gt; li réfléchit,
et répondit : « Je lui écrirais ·: Je suis charmé
d'apprendre que le ciel ait enfin béni notre
union ; soignez votre 5anté, j'irai vous faire
ma cour ce soir. l&gt;
~ Madame Ilrisard, célèbre par ses galan-

teries, étant à Plombières, plusieurs femmes
de la cour ne voulaient poihl la l'oir. J,a du-

"' JSB ,..

BORDEAUX.

chesse de Gisors était du nombre; el, comme
elle était très dévote, les amis de madam1'
Brisard comprirent que, si madame de Gisors
la recevait, les autres n'en feraient aucune
difficulté. lis entreprirent cette négociation et
réussirent. Comme madame Brisard était
aimable, elle plut bientôt à la dévote, et elles
en Yinrcnt à l'intimité. Un jour, madame de
Gisors lui fil entendre que, tout en concevant
très bien qu'on eût une faiblessé, elle ne comprenait pas qu'une fomme vint à multiplier 11
un certain point le nombre de ses amants.
« Hélas! lui dit madame )3risard, c'est qu'i1
chaque fois j'aÎ cru que celui-là serait le dermcr. ll
CHAMFORT.

PRINCESSES ET GRANDES DAMES
~

Marie Mancini
Par ARVÈDE BARJ NE

\'Il (sztile).

dence pins fo rte de se venger. Une fois sm·
la pente, rlle roula. Suivant l'expression brutale de Saint-Simon, elle « courut le bon
bord ». _La puissance de séduction qui était
en elle cclata dans toute son éneraie. Il n'y
eut d'autres bornes à ses conquêtes°que celles
qu'il lui plut d'y mettre. Aucun homme ne
lui résistait.
Il y eut d'abord un cardinal Flavio Chi(Ti
lai~, olivùt~e, la face ronde ave~ de gros ye~~
rpu semblaient au moment de tomber· mais
neveu d"un pape, gai et de mauvaises ~œurs.
Il n'y eut sorte de sottises que la connétable
ne lui fit faire. Un jour qu'il était attendu
pour présider une congrégation, elle fut l'en-

Lrs premièrrs années furent tout il fait
comme dans les contes. Il Yenail des enfants
beaucoup d'enfants, el l'amoureux conné~
table ne demandait que la continuation de
s_o~ bonheur. Il n'y aYait pas de limites à sa
fa1~lesse pour sa femme, pas de fantaisies
qu 11 ne lui passât. Après ses premières
couches, Mme Colonna eut la visite du sacré
collè?c. Elle jugea convenable de recevoir les
card_maux d~ns un li t représentant une conque
marme et ou elle fi gurait Vénus. « C'était
raconl~-t-ellc, une espèce de coquille qui
se~blatl flotter au milieu d'une mer, si bien
pre~en_tée qu'on eût dit qu'il n'y
avait rien de plus véritable, et dont
les ondes lui servaient de soubassements. Elle était soutenue par la
croupe de quatre chevaux marins,
montés par autant de sirènes, les
uns el les autres bien taillés el
d'une matière si propre et si brillante de l'or, qu'il n'y avait pas des
ye~x qui n'y fussent trompés et
qu'. ne les_crnssent de ce précieux
i_ne_lal. Dix ou douze Cupidous
etaienl )es amoureuses agrafes qui
sou tena1ent les rideaux d'un brocart d'or lrès riche, qu'ils laissaient
p~ndre n~gligemment, pour ne
l:'.i_sser voir que cc qui méri tait
d etrc m de cet écla Lan L apparei1,
servant plutôt d"ornemenl que de
voile. 1&gt;
Au sortir de ses ondes de carton
~énus se replongea dans les plai~
s~rs des mortels. Jeux, bals, festms, banquets, carrousels, mascarades, l'Oyages à Venise et à Milan
cavalcades et parties sur l'eau:
concerts et comédies, se succédèrc~t el s'enchainèrent au point
qu 0 ~ se demande comment il est
P?sSibl~ de t~nt s'amuser sans périr
d ennm. Pms vint la catastrophe.
Ay~nt pensé mourir à sa ci nL E CHEVALIER DE L ORR AINE
q_u1è_me grossesse, la connétable
T.1blea11 anonyme. (Musée de Versailles.)
sigmfia à son mari sa volonté de
ne plus avoir d'enfants. Il l'aimait
tant qu'il se soumit . après quoi
c,omme il fallait ;. y attendre ' il donna lever da ns son carrosse, « habillé seulement
~ ex~mple d~1 désord re. Sa femm: eut lïmpu- à moitié l&gt; , l'emmena hors de la ville et Je
cncc de cr1rr, de faire la jalouse, et l'impu- garda jusqu'au soir. Un autre jom, elle le

surp~·it au lit. s'empara de ses rètements, se
?égmsa en cardinal et 1•oulu t donnrr audience
a sa place. Un autre J·our encore ils allèrent
' et pendant
a, une chasse qui dura quinze jours
laq"elle on campa dans les bois.
Il y eut ensuite l'infâme cbm•alier de Lorraine: exilé malgré les pleurs honteux dr
Mons ieur, frère de Louis XIV. Dans la Rome
licencieuse où le cardinal Chigi pomait sans
scandale présider des congrégations, on refusa
dr recevoir le chevalier. JI s'insinua chez la
connétable en lui offrant au nom de Monsieur
« un équipage de chasse de la valeur de mille
pistoles, garni d'un nombre infini de rubans
des plus beaux et des plus riches de Paris ».
L'ancienne &lt;1 petite harengère »
de Rome ne résista point à la Yanité de montrer à sa ville natale
tant de rubans donnés par un prince, et le chevalier de Lorraine ne
bougea plus ·de chez clic. Le connétable se fùcha. La Providence
lui avait joué le mauvais tour
l.ui destinant une Mazarine pou;
lcm'.~e,_ de le faire naitre jaloux.
li s eta1t aveuglé sur le cardinal
Chigi. Il vit clair pour le chm·alier
et s'emporta; &lt;1 mais, continue
l'Apologie, j e lui répondis comme
il faut &gt;&gt; . Le connétable cnrnrn un
moine exhorter la coupable." Elle
prit le moine par les épaules et Ir
mit à la porte. Le cardinal Chi(Ti
qui avait des droits it défend;e•
vint l'exhorter à son tour. Ils s~
quittèrent brouillés. Rome jasait,
el l'époux offensé, à la fois amoureux, infidèle el jaloux, n'osailqu
quereller et payer des espions.
Chacun a remarqué combien la
nature est adroite à cacher les défauts d'un visage sous l'éclat de la
jeunesse. On a rnoi~s remarqué
son adresse à cacher les défauts
d'une âme sous le feu et la 0aràce
de celle même jeunesse. Une âme
de vingt ans est presque toujours
aimable. Les laideurs morales se
dévoilent avec les années, et le
monde inattentit s'étonne alors
qu'on puisse tant changer. Le naturel n'a pourtant point varié; il n'a fait que se
mo~trer. Les gens. de la :o~r de France qui
a vaien l connu Marie Manc1111 au temps de ses

�111STO'R..1.JI

----------------------------------------~

amours arec Louis XIV n'avaient pas discerné
ses instincts d'aventurière; sa jeunesse leur
arait donné le change par des airs d'enjouement el de virncité. Moins de dix ans se sont
écoulés, et la brillante farorite a révélé le
fond de sa nature; les histoires qui nous
restent à raconter ont une saveur qui évoque
l'idée d'une écuyère de cirque. Nous les abrégerons.
Ylll
l'n l'ragmenl I de la main de la connétahle
montrera dans quel monde nous sommes
descendus : « Cependant le chevalier ne manquait pas un jour de me venir voir, el, quand
le temps le permettait, nous ne manquions
pas d'aller à la promenade. Nous avions
cho:si pour cela la rive do Tibre, sous la porte
du Popolo, où mème j'avais fait faire une
petite m~ison de bois pour me baigner' ....
Ce ne fut pas par amour, comme mes ennemis
onl débité, mai_s par galanterie que le cbevalier, me voyant dans l'eau jusqu'au col, me
pria de lui permettre qu'il fit faire mon por1rail en celle posture, n'ayant jamais vu un
(·orps si bien proportionné, qui aurait inspiré
de l'amour à Zénocralcs, avec une si bcllr
ligure. » Le connétable prétendit, dans sa
jalousie, que les choses ne se passaient pas
aux bain avec une décence parfaite; mais
c'était une grande injustice el médisance,
ainsi que madame sa femme va nous l'expliquer : &lt;1 Mc3 gens savent fort bien que je ne
sortais pas de la petite maison, pour me baigner, que je n'eusse une chemise de gaze que
j'avais fait fairr !JXprçs, qui allait jusques aux
talons. » L'ombrageux ·connétable donna encore tant d'autres preures d'une jalousie
indigne de son rang, qu'enfin clic résolut de
fuir un époux aussi incommode.
Sa sœur Hortense avait déjà fui le sien. li
esl vrai que le duc de Mazarin était une c pèc&lt;'
de fou, avec qui il était impossible de virrr.
La duchesse s'était réfugiée à Rome et, comme
elle avait l'expérience de ces sortes d'expéditions, ayanl traversé la France, déguisée en
homme, la connétable la pria de l'accompagner jusqu'en France. Elles sortirent de Rome
le 29 rµai 1672, ayant des habits d'homme
som leurs jupes el feignant de 'aller promener.
Leur carrosse les mena pr_oche Civita-Vecchia, en un lieu du rivage où une felouque
était commandée pour les recernir. Elles
avaient renvoyé leur carrosse, dépouillé leurs
1·êtements de femmes et marchaient sous un
soleil ardent. La barque n'.arrivanl point, elles
se cachèrent dans un petit bois cl faillirent y
périr de faim, de fatigue et de frayeur. Il y
avait vingt-quatre heures ,qu'elles n'avaient
mangé et elles croyaient toujours voir arriver
les sbires du connétable. Dans cette détresse,
elles entendirent le galop d'un cheval el se
1. Les JUmoire,deM. L. P. Jl. .il[. (Mme la princesse
fürie Mancini) Colo1111e, G. Connétable d11 royaume
de Saple$. A Cologne, 1676. Ce volume se compose
d'une relation conlidenlielle, écrite par la connétable
p:iur un ami intime, et de récits de lantai~ic ajoutés
p3r l'édilcnr. l\ous en riions des fragments que ·

crurent perdues. Hortense Lira hral'ement ses règle d'être reconnaissant envers les fcmmrs
pistolets, &lt;1 résolue de tuer le premier qui se qui l'avaient aimé, et son premier mouvement
présenterait »; mais sa sœur faisait pamre avait été de prendre la connétable sous sa
contenance pour uoe personne aussi entrepre- protection. D'autre part, il voulait qu'on eût
nante. c1 Si on m'eût alors omer l les veines, de la tenue. L'austérité même ne lui déplairacontc+cllc, on ne m'aurait pas trouvé une sait pas; elle rehaussait sa victoire. Marie
goullc de sang. Les cheveux me dressèrent, Mancini ne lui avait naimcnl pas fait honneur
et je me lai~sai tomber presque évanouie dans le monde. Louis XIV était l'homme de
entre les bras de ma sœur qui, accoutumée France le moins capable de goûter une a\'enaux malheurs, était plus courageuse que ture pittoresque, et cellc:Jà l'était vraiment
moi•. » llorlense, en effet, en avait vu hirn trop. A cela se joignait l'amertume d'avoir eu
d'autres: elle avait même soutenu un siège, de.s successeurs, quand la cour était encore
dans un couvent, contre le duc de Mazarin et pleine de gens qui lui avaient vu les yeux
soixante cavaliers, qui s'en étaient retournés gros el rouges lorsque Mazarin refusait de lui
bredouille. Elle dut être humiliée d'avoir une donner sa nièce en mariage. Le tout ensemble
sœur qui, avrc toutes ses prétentions à l'hé- fut cause qu'il répondit fort sèchement à une
lettre où la connétable sollicitait la permisroïsme, n'était qu'une femmelette.
Un valet qui errait à la recherche de la sion d'habiter Paris. Il l'engageait, au rebours,
felouque amena une autre barque, et l'on à se mettre dans un cou rcnt, « pour arrêter
partit. Patron et équipage se trouvèrent être la médisance qui donnait de méchantes interautant de fo,bans, résolus à exploiter une prétations à sa sortie &lt;le Rome l&gt;.
La connétable Lira do cette lettre la conclusituation qu'ils démêlèrent sans peine, et les
sion
qu'il était urgent de 1•oir le roi, cl partit.
neuf jours que dura la navigation lurent aussi
La
poste
avait défense de lui donner de., chcféconds en émotions qu'on pouvait le souhaiter.
\'aux.
Un
gentilhomme dépêché par Louis XI V
A peine au large, il fallut sortir ses pistoles,
sous peine de passer par-dessus bord ou d'être la poursuivait. Elle se procura &lt;les chevaux,
abandonnées dans une ile déserte. Le même quitta les grandes roules, el la voilà courant
soir on découvrit un corsaire turc. La barque !:&gt;. poste, pour ainsi dire à travers champs,
se cacha derrière des rochers et fut sauvée versant, se cachant, rusant, parvenant enfin
par la nuit. Il est permis de se demander si jusqu'à Fontainebleau, où le gentilhomme
les fugitives regrellèrent sincèrement de man- l'atteignit. li se nommait M. de l.,a Gibertii&gt;rc,
quer une aventure aussi intéressante que le cl s'il était homme d'esprit, il a dù se diverharem d'un Turc. Leurs rponx les auraient tir pendant leur entrevue.
Il lâcha de lui persuader de retourner chez
rachetées, el elles auraient eu des sou,·enirs
de plus pour leur vieillesse. Le lendemain, il son mari, (!joutant que le roi regrl'llail de
y eut une tempête. En arrirnnt sur la côte de lui avoir accordé sa protection et ne lui lai~Provence, on refusa de les laisser débarquer sail d'autre allernalive que d'entrer dans un
parce qu'il y avait la peste à Civita-Vecchia. couvent à Grenoble.
&lt;I Voici, dit-elle, cc que je lui répondis :
Elles achetèrent de faux papiers et entrèrent
que
je n'étais point sortie de ma maison pour
à Marseille. Elles y dormaient depuis une
y
retourner
si tôt; que des prétextes imagiheurr dans un cabaret, lorsque surgit à leurs
naires
ne
m'avaient
pas poussée à ce que
l'eux le terrible capitaine Manechini, bravo à
la paye du connétable. Le duc de )lazarin j'avais fait, mais de bonnes cl solides raisons,
avait mis de son coté le non moins terrible lesquelles je ne pouvais ni ne voulais révéll'I'
capitaine Polastron aux trousses de sa femme . à personne qu'au roi seul, el que j'espérais
f:lles s'échappèrent et les \'Oilà errantes, fuyant de son discernement et de sa justice, quand
les sbires, s'arrêtant pour s'amuser à cœur une fois je lui aurais parlé (qui était tout ce
joie dès qu'elles avaient un peu de répit, que je désirais), qu'il serait détrompé de la
obligées cependant de demander l'aumône 1t méchante impression qu'on lui avait donnée
Mme de Grignan qui leur enl'oya jusqu'à des de m1 conduite; ... que, pour cc que qui
chemises. Parmi leurs tours et détours, Hor- regardait de m'en retourner à Grenoble,
tense, serrée de près par le capiLaine Polastron, j'étais trop fatiguée; ... cl que, de plus, j'atrepassa la frontière. Marie continua à se rap- tendais réponse de Sa Majesté, sur laquelle jr
procher de Paris. Elle voulait à tout prix . me réglerais après. l&gt; En prononçant ces derrevoir le roi, se jeter à ses pieds, et qui sait'! niers mots, elle prit une guitare el se mit à
ajouter peut-être un second tome à son roman en jouer au nez de l'envoyé de Louis XIV.
M. &lt;le la Giberlière voulut apparemment la
royal.
prêcher,
car elle eut le temps de lui jouer
Il y eut grand bruit à la cour de France
&lt;1
quelques
airs &gt;&gt; avant qu'il s'en allàt,
quand on sut que Marie Mancini était apparue en Provence, habillée en homme et man- découragé.
La scène est adorable. Mme la connétable,
quant de chemises. Lorsqu'on apprit sa marlogée
au grenier d'un cabaret borgne de Fonche sur Paris, personne ne douta de son
tainebleau,
fagotée dans les nippes fripées
dessein, et il y eut un vif mouvement de
curiosité dans le public. Le roi s'était fait une données par Mme de Grignan et ayant sa
Y. Chantelauze croit authentiques. Ils sont infiniment
plus colorés que l'Apologi,, destinée au public et
arrangée en conséquence.
2. Dans l' Apologie, elle décrit la petite maison,
mais sans dire mol de ce qui s'y passa. Cc détail
marque la différence entre les deu,x rcrils. L'A11ologie

.., 360 ,,_

fut composée pour détruire le mauvais effet causé
par la publicallon des Mémoires.
.
5. Les Jlfémoires de M. /,, P. M. Jlf., etc. l.a fuite
des deux ht'roincs est raconti•e de la même manière
dans l'Apnloyie cl dttns les Jllhnnires de laduches$e
de Mazar111 .

HISTORIA

Cliché Braùn , Clément et

CHARLOTTE CORDAY
Tableau de

PAU

B.\ UDRY. (.\\usée de Nantes.)

C''

�,

____________________________________
MA~Œ MANC1N1

guitare pour tout équipage! C'est la cigale,
quand la bise fut venue.
Le roi lui envoya un second messager, le
duc de Créqui, qui ne put s'empêcher d'êlre
louché en trouvant sur un grabat cetle grandeur déchue. JI lui renourela la défense du
roi de se présenter devant lui et de renir à
Paris. Elle sentit qu'il fallait gagner du temps,
demanda à entrer dans un couvent près de
~lelun et l'obtinl; mais elle ne put prendre
snr elle de cesser ses instances pour parler au
roi cl ses plaintes du (( peu de courtoisie

E)ITR ÉE DE

Loms XIV

commence par moi à être inexorable. l&gt; ( Let&lt;( ~Ime Colonna a été trouvée sur le fil.Jin ,
tre _à Colbert, f er octobre f672.) Ce serait
dans un bateau avec des paysannes ; elle s'en
tou&lt;;hant,- sans le cardinal aux yeux ronds el
va je ne sais où dans le fond de l'Allemagne. ,,
le chevalier de Lorraine. Louis XIV, trop
Le 27 janvier 1680, Mme de Villars, femme
bien informé pour être touché, lui rcnrop
de l'ambassadeur de France à Madrid, écrit
M. de La Gibcrtièrc, qui la cond1,1isit bon gré qu'ils ont vu entrer une femme roiléc, qui
mal gré dans un couvent près de fieims. Elle leur a fait signe d'un air de mystère de rena laissé roir dans ses Jfémoii-es l'étendue de
voyer leurs gens cl de s'approcher d'elle :
sa déception : « .Je fus trompée dans mes ,, M. de Villars s'écria: &lt;( C'est Mme la connédesseins ; le roi, de qui j'espérais tout, me
&lt;( table Colonna! l&gt; Sur cela, je me mis it lui
traita fort froidement, sans que j'en ,sache
faire quelques compliments. Comme cc n'est
encore la raison. l&gt; II est possible qu'elle n'ait
pas son style, elle vint au fait. » Le (( fait_» ,

ET DE LA RF.I:'-IE M ARIE-T HÉRÈSE A

qu'elle recevait de Sa Majesté ». Louis XlY
finit par avoir peur d'un éclat, et crue celle
enragée ne pénétràl chez lui malgré ses gardes. JI lui fi L commander par Colbert de .se
retirer dans un . autre couvent, à soixante
lieues de Paris. Elle ne pouvait pas croire
que ce fùt fini entre eux .. Elle écrivit à Colbert : c, Je n'aurais jamais cru ce que je vois;
je n'en dirai pas davantage, parce que je ne
me possèd~ pas si bien que vous : il vaut
mieux finir. Dites seulement au roi que
je lui demande de lui parler une fois a,·ant
de m'en aller, qui sera la deroière fois de ma
vie, puisrrue j,1 ne reYicndrai plus à Paris. ·
Octroyez celle grâce, je vous conjure, Monseigneur, et après je lui promets que je m'en
irai encore plus loin s'il Je souhaite (ce 25
septembre 1672) ». Colbert ne répondit pas.
JI fallut comprendre. Elle eut alors ce cri de
désespoir : (( II n'est possible que le roi ...

Dor,11

(AOl'T

1667).-Gral'11re de G.1tTE, ,t'ap,·ès le tableau .te \ ' a\N DER _.\lEt' I. EN. (.V11sée_de Versailles.

jamais compris la raison de la froideur du
roi. L'aLsC'nce de se:ns moral obscurcit sur
certains poinls l'esprit le plus vif.

IX
Nous voit , aux derniers . échelons de la
déchéance. L'existence de la connétaJJ!e achève
de perdre le peu de digni té qui lui restait. Sa
cervelle est de plus en plus à l'envers, une
inquiétude maladive l'empêche de rester en
place; elle passe son tçmps à s'échapper de
tous les couvents où Louis XIV et le connétable la font enfermer. On la rCQCOntrc sur
toutes les grandes roules de l'Europe, en
France, en. Italie, en Allemagne, aux PaysBas, en Espagne. Nous voyons dans les correspondances du temps qu'on se signalait les
uns aux autres son passage. Mme de Sévigné
écrit à sa fille , le 24 novembre· 16 75
"" 361 ...

c'est qu"clle vennit encore de s'évader et
qu'elle réclamait la protection de la France
contre son rpoux.
Elle était toujours possédée de l'idée fi xc
qu'il lui suffirait d'un rega rd pour bouleverser Louis XIV cl le jeter à ses pieds, v::iincu
et repentant. Aussi ne se lassa-t-ellc pas
d'essayer de rentrer en France. Louis XIY
finit par envoyer aux frontières l'ordre de
lui fermer !es passagrs.
Les couvents d' une bonne moilié de I"Europe la considéraient comme un fléau de
!"Eglise, car il n'y en avait pas un.qui ne f1H
exposé à la recevoir, s'il ne l'avait déjà fa.il.
Il est d'usage de pla;ndre les femmes el filles
que la tyrannie d:un père 911 d'un époux resserrait jadis derrière les grilles d'un cloître.
Sans leur refùsùr _une juste compassion, je
voudrais qu'on en rés~rvât pour les religieuses obligées · de, les recevoir et de les

�,
r - - mST0'/{171
garder. Leurs pensionnaires par lorcc se ven- taine. La vilaine moricaude aux bras comme
geaient sur elles. li faut lire dans les Mé- des fils n'était plus ni maigre ni noire. Sa
moires de la duchesse de Mazarin comment taille était belle, son teint clair et net, ses
elle mit sens dessus dessous un monastère, yeux vifs avaient pris une expression touavec l'aide d'une aimable marquise enfermée chante, ses cheveux et ses dents étaient restés
de même par son jaloux. Elles avaient orga- admirables. Elle avait un petit air agité qui
nisé de grandes chasses dans les dortoirs des lui seyait. Le connétable, toujours &lt;l beau à
l&gt;onnes sœurs, qu'elles parcouraient à toute faire peindre 1 ,&gt; , en était fou, mais l'astrovitesse derrière une troupe de chiens, en logie était entre eux. Marie avait de nouveau
niant : « Tayaut! tayaut! » Elles mettaient fait tirer son horoscope, et &lt;! on lui dit que,
3
de l'encre dans les bénitiers et de l'eau dans si elle avait encore un enfant, elle'mourrait l&gt; .
Rlle
ne
voulait
donc
point
de
mari.
'Cepenles lits. Hortense proteste, il est vrai, qu'on a
dant elle avait un amant, l'homme le plus
&lt;! inventé ou exagéré », mais elle ajoute :
« On nous gardait à vue; on choisissait pour laid de Madrid.
Un beau matin, elle s'abattit en vraie
cet usage les plus âgées des religieuses,
linotte
sur la maison du connétable. Elle
comme les plus difficiles a suborner; mais ne
venait
encore
de s'enfuir d'un couvent et voufaisant autre chose que de nous promener
tout le jour, nous les eûmes bientôt mises lait essayer d'un autre régime, Le connétable
toutes sur les dents, jusque-là que deux ou la reçut à merveille, mais il prétendit fermer
trois se démirent le pied pour avoir voulu la porte de la cage sur l'oiseau. Elle se mit à
jeter les hauts cris, à dire que son mari voucourir après nous. l&gt;
La vie n'était pas plus douce dans les cou- lait se venger &lt;! à l'italienne » et l'empoisonvents qui avaient l'honneur d'abriter Mme la ner. Le roi, la reine, les ministres, le grand
connétable. Tantôt elle démolissait le mur et inquisiteur, s'en mêlèrent; elle occupait à
passait par le trou. Tantôt elle gagnait les elle seule tous les personnages de l'Espagne.
tourières et faisait des parties de nuit qui ne Défendue par les uns, censurée par les autres,
contribuaient point au bon renom du couvent. elle fut enlevée une nuit, sur la demande de
« Quelquefois, raconte )lme d'Aulnoy à son mari, par des gens armés qui y mirent
propos d'un séjour à Madrid, le soir, eUe fort peu d'égards, la traînèrent par les ches'échappait avec quelqu'une de ses femmes, veux et l'emportèrent demi-nue. On la jeta
et elle s'a\lail promener, le plus souvent à dans un cachot où elle se trouva trop heupied, en mantille blanche, au Prado, où elle reuse de recevoir une proposition qui acheavait d'assez plaisantes aventures, parce que vait de rendre sa vie semblable à une mascales femmes qui vont là sont pour la plupart des rade. Le connétable offrait de se faire chevaaventurières, et les femmes les plus distin- lier de Malte, à condition que sa femme se
guées de la cour se font un sensï_ble plaisir fit religieuse. On peut croire qu'elle ne se fit
quand elles peuvent y aller et qu on ne les guère prier, ayant une grande expérience de
connait pas 1 • » Elle en fit tant, et de toutes la fragilité des clôtures de couvents, et
les façons, qu'il fallut des ordres formels du Madrid eut l'édification de la voir en nonnette.
nonce, appuyés de menaces d'excommunica- &lt;( La connétable Colonna arriva samedi de
tion, pour décider les cou vents à la recevoir. fort bonne heure, écrit l\lme de Villars. Elle
Dans une maison de Madrid, les nonnes au entra dans le couvent ; les religieuses la
désespoir résolurrnt de se rendre en proces- reçurent à la porte avec des cierges et toutes
sion au palais pour supplier le roi d'Espagne les cérémonies ordinaires en pareille occasion.
de les délivrer de la connétable. Le roi se De là on la mena au chœur, où elle prit
faisait une fêle de les voir arriver en chan- l'habit (de novice) avec un air fort modeste....
tant : « Libem nos, Domine, de la Condes- L'habit est joli et assez galant, le coment
t(tbile. » Elles se ravisèrent et ne parurent commode. » (Févrirr -168 1.)
Pauvre couvent ! ll aurait eu le diable en
point.
Les visites au parloir étaient un des grands personne pour pénitente que le désordre
embarras des religieuses. Il venait force ga- n'aurait pas été pire. l( Elle portait des jupes
lants cavaliers, et la sainteté du lieu ne mo- de brocart or et argent sous sa robe de laine,
dérait que médiocrement leurs empresse- et aussitôt qu'elle n'était plus devant les
ments. L'un des plus assidus à visiter religieuses, elle jetait son voile et se coiffait
~[me Colonna était son mari , son étrange à l'espagnole, avec des rubans &lt;le toule8
mari, chaque année plus amoureux, plus couleurs. li arrivait quelquefois que l'on soninfidèle et plus jaloux. « li allait tous les nait une observance à laquelle il fallait qu'elle
jours, dit l\lme d'Aulnoy, l'entretenir à son allàt. ... elle reprenait son froc et son voile
parloir ; el je lui ai vu faire des galanteries par-dessus ses rubans et ses cheveux épars ;
pour elle, telles qu'un amant aurait pu en cela faisait un effet assez plaisant i_ » Froquée
faire pour sa maitresse. )&gt; La passion qu'elle et défroquée vingt fois le jour, il n'y avait
lui avait inspirée était assez forte pôur lui vraiment pas moyen de faire prendre sa Yocafaire tout pardonner; il ne demandait qu'une tion au sérieux par qui que ce fût. Le connétable lassé, et qui n'avait nullement enYie
chose : la ravoir.
Afin que tout fùt singulier chez Mme Co- d'être chevalier de Malte, se . décida enfin à
lonna, elle était devenue jolie vers la quaran- abandonner sa femme. Il s'en retourna à
1.
2.
~4.

Mémofres de la cow· d'Espagne.
Lettres de Mme de Villai·s.
Mémofres de la cour d'Espagne.
ACé111ofre., rie la cour d'E.~pagne.

5. La fille de la duchesse de Modène a,•ait èpouse
Jacques Il.
6. Les fils de la duchesse de ~lercœur furent les
drm \'cnrl,imr.

.,. 362 ,..

Rom·e et n'eut qu'un tort : · cc fut de la
laisser dans l'indigence, logée dans un grenier, sans feu, manquant de tout. A dater
de cet instant, la figure de la connétable
s'enfonce dans la nuit. De temps à autre, un
léger rayon de lumière tombe sur elle ; on
l'entrevoit, elle a déjà disparu. En 1684, elle
est reconnue en France. En 1688; l'envoyé de
France, Saint-l~n emond, signale sa présence
à füdrid, &lt;! dans un petit couvent dont elle
sort quand elle le veut. ,, . L'année suivante,
elle devient veuve. Amoureux par delà le
tombeau, &lt;! le connétable demanda p_ardon à
sa femme par son testament; ... et, de peur
que les apparences ne laissassent à ses enfants
quelque ressentiment contre leur mère, il
s'accusa lui-même, et ne leur inspira pour
elle que le respect, la reconnaissance cl
l'estime ,&gt;. Le brave homme de mari! Elle
le récompensa en revenant en Italie, où elle
eut sous les yeux de ses enfants une conduite
des plus galantes ; elle approchait de la cinquantaine. Une dernière lueur tombe sur
elle en 1705. « Celle connétable, dit SaintSimon, s'avisa cette année de venir d'Italie'
débarquer en Provence; elle y fut plusieurs
mois, sans permission d'approcher plus près;
enfin elle l'obtint, ... à condition qu'elle ne
mellrait pas le pied à Paris, beaucoup moins
à la cour. Elle vint à Passy. Hors sa famille,
elle ne connaissait plus personne; ... l'ennui
lui prit d'être si mal accueillie, et d'elle-même
.s'en retourna assez promptement. )&gt;
Dans sa famille même, que de naufrages!
Quel retour foudroyant au néant! Morte la
princesse de Conti, la sainte. Morte la
duchesse de Modène, laissant un fils débile de
corps et d'esprit, déjà expirant. Morte la
belle ' Hortense, duchesse de Mazarin ; son
mari était allé chercher son cadavre en Angleterre, et le promenait à sa suite dans ses
voyages . Olympe, comtesse de Soissons, compromise dans le procès des empoisonneuses,
était sortie d'une fête, au mois de janvier
1680, pour se jeter dam un carrosse et ne
s'arrêter que derrière la frontière de France,
qu'elle ne repassa jamais. Marie-Anne, duchesse de Bouillon, impliquée dans le mèmc
procès, avait été exilée, rappelée, et enfin
bannie pour toujours de la cour. Le seul
frère qui cùt surrécu, le duc de Nevers,
tournait ai:&gt;rréablement les petits vers; il ne
fallait rien lui demander de plus. Si l'on
regarde un peu plus avant dans l'histoire, le
sang Mazarin, mêlé à tant de races illustres,
ne leur porta point bonheur. La maison d'Este,
les Stuarts 5 , les Vendôme 6, les Conti, les
Bouillon, les Soissons, s'éteignirent les uns
après les autres.
Et les trésors de Mazarin, ses millions, ses
tableaux de maitres, ses statues antiques? Le
duc de Mazarin, son héritier, mutila les
statues antiques à grmds coups de marteau,
barbouilla les tableaux de maîtres et dépensa
)es millions à plaidC'r devant tous les parlements du royaume ; si bien, dit spirituellement M. Amédée Renée, que &lt;! cc fut la
Fronde qui hérita finalement du cardinal Maz1rin l&gt;.

_________ _________________
_:_

La connétable vit ces choses, trouva que ce
u'était plus amusant eu France, et s'en rc~
tourna faire un plongeon définitif dans l'oubli.
On ne sait pas qu·aùd elle est morte, ni où. On
croit que cc fut vers 1715, en Espagne ou en

lt~lic. Elle s'était adon~ée de plus en plus aux
sciences occultes, ce qm devait aller parfaitement bien à son Yisage de sorcière. On se la
représente vieille, dépeignée selon son habitude, fripée, ridée, cassée. De l'éclat d'autre-

.M.ll~1ê .M.llNC1N1

-

foi_s il ne lui ~este que la flamme de ses yeux
noirs. Elle !1re les car tes et l'avenir reste
sombre. Elle se-replonge alors dans le passé.
Elle va prend~e sa g?~ta_re, en joue et songe.
Elle songe qu elle a fa1lli être reine de France .
ARVÈDE BARINE.

.,

TABLEAU DE PARJS
cf:&gt;

Le Pont Neuf au XVI/Je siècle
Le pont Neuf est dans la ville cc que le
cœur est dans le corps humain : le centre du
mouvement et de la circulation. Le flux et le
reflux des habitants et des étrangers frappent
tellement ce passage, que, pour rencontrer
les personnes qu'on cherche, il suffi t de s'y
promener une heure chaque jour.
Les mouchards se plantent là ; et, quand,
au bout de. quelques jours, ils ne voient pas
leur homme, ils affirment positivement qu'il
est hors de Paris. Le coup d'œil est plus beau
de dessus le pont royal; mais est plus étonnant de dessus le pont Neuf. Là, les Parisiens
et les étrangers. admirent la statue équestre
de Henri IV, et tous s'accordent à le prendre
pourle modèle de la bonté et de la popularité.
Un pauvre poursuivait un homme le long
des trottoirs; c'était un jour de fête. &lt;( Au
nom de saint Pierre, disait le mendiant, au
nom de saint Joseph, au nom de la sainte
Vierge Marie, au nom de son divin Fils, au
nom de Dieu. l&gt; Arrivé devant la statue de
Henri IV : « Au nom de Henri IV, ,&gt; dit-il.
Le poursuivi s'arrête : « Au nom de fün ri [V ?
Tiens! ,i Et il lui donna un louis d'or.
Un de ces hommes qui vendent des médailles de plàtre en portait deux, l'une devant,
l'aulre derrière : c'était le médaillon de
Henri IV et de Louis XIV. « Combien le prenùer ? - Six francs, dit le vendeur. - Et
I autre, le vendez-vous de même'/ - Je ne
!es sépare point, monsieur : sans le premier,
Je ne vendrais jamais le second. »
_On croit dans les provinces qu'on ne saurait traverser le pont Neuf, la nui t, sans courir risque d'être jeté à la rivière. On parle
des attentats de Cartouche, comme si ce
voleur subsistait encore. C'est le passage le
plus sûr qui soit à Paris.
Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, se
plaisait à voler des manteaux sur le pont
Neuf, et la mémoire s'en est conservée.
Au bas du pont Neuf sont les recruteurs,
raccoleurs, qu'on appelle vendeurs de chair
humain~. Ils font des hommes pour les colonels, qm les revendent au roi. Autrefois, ils
avaient des fours où ils battaient violentaient
les jeunes gens qu'ils avaient sur~ris de force
ou par adresse, afin de leur arracher un engagement. On a supprimé enfin cet abus

monstrueux; mais on leur permet d'user de
ruse et de superch erie pour enrôler la canaille.
Ils se servent d'étranges moyens : ils ont
des filles de corps de garde, au moyen desquelles ils séduisent les jeunes gens qui ont
quelque penchant au libertinage; ensuite ils
o~t des cabarets où ils enivrent ceux qui
aiment le vin; puis ils promènent, les veilles
du mardi gras et de la Saint-Martin, de longues perc~es surchargées de dindons, de poul~ts, deca1lles, de levrauts, afin d'exciter l'appétit de ceux qui ont échappé à celui de la luxure.
Les pauvres dupes, qui sont à considérer
la ?am~ritaine et son carillon, qui n'ont jamais fait un bon repas dans toute leur vie,
s_ont ~ntés d'en . faire un, et troquent leur
hherte pour un Jour heureux. On fait résonner à leurs . oreilles un sac d'écus et l'on
crie : c1 Qui en veut? qui en veut? / C'est de
cette ~anière qu'on vient à bout de compléter
une armée de héros qu i feront la gloire de
!"État el du monarque. Ces héros coûtent, au
~as du pont Neuf, trente livres pièce; quand
ils sont beaux hommes, on leur donne quelque
chose de plus. Les fils d'artisans croient affliger beaucoup leurs pères et mères en s'engageant ; les parents les dégagent quelquefois,
et rachètent cent écus l'homme qui n'en a
coûté que dix : cet argent tourne au profit du
colonel et des officiers recruteurs.
Ces recruteurs se promènent la tète haute
l'épée sur la hanche, appelant tout haut le~
jeunes gens qui passent, leur frappant sur
l'épaule, les prenant sous le bras, les invitant
à venir avec eux, d'une voix qu'ils tâchent de
rendre mignarde. Le jeune homme se défend,
les yeux baissés, la rou_geur sur le front, et
av~c une espèce de crainte et de pudeur; ce
qm commande l'attention, la première fois
qu'on est témoin de ce jeu singulier.
Ces recl'Uteurs ont leurs boutiques dans
les environs avec un drapeau armorié, qui
flotte et qui sert d'enseigne. Là, ceux qui
sont de bonne volonté viennent donner leur
signature. Un de ces recruteurs avait mis ·
sur son enseigne ce vers de Voltaire, sans en
sentir la force ni la conséquence :
Le premier qui fu t roi fut un solrlat heureux.

J'ai vu ce vers bien imprimé pendant six
.., 363 .,..

semaines; puis le vers a disparu sans qu aucun des enrolés soqs cette devise l'eût peutêtre compris.
~utrefois le ~ros '.('bornas, le coryphée des
operateurs, tenait ses séances sur le pont Neuf.
&lt;! •li ét_ait reconnaissable de loin par sa
&lt;! taille gigantesque et l'ampleur de ses ha&lt;! bits. Monté sur un char d'acier, sa tête
&lt;! élevée_et coiffée d'un panache éclatant,
« figurai t avec la tête royale de Henri IV· sa
« voix mâle se faisait entendre aux d~ux
&lt;! extrémités du pont, aux deux bords de la
« Seine. La confiance publique l'environnait,
l&lt; et la r~ge de dents semblait venir expirer
« à ~es pieds. La foule empressée de ses ad« ~'.rateurs, comme u~ torrent qui toujours
&lt;! s ecoule et reste t0UJOurs égal, ne pouvait
&lt;l se lasser de le contempler; des mains sans
&lt;! cesse élevées imploraient ses remèdes et
« l'on voyait fuir le long des trottoirs' les
« médecins consternés et jaloux de ses suc&lt;( cès. Enfin, pour achever le dernier trai t de
&lt;1 l'éloge de ce grand homme, il est mort
&lt;l sans avoir reconnu la Faculté. »
. Un Anglai~'. dit-on, fit la gageure, il y a
cmq ans, qu 11 se promènerait le lon110 du
pont_ 'Neu f pendant deux heures, offrant au
public des écus neufs de six livres, à l'inotquatre sous pièce, et qu'il n'épuiserait pas de
cette manière un sac de douze cents francs
q~ 'il tiendrait so?s son bras. Il se promena
criant à haute voix : « Qui veut des écus de
six francs tout neufs, à vingt-quatre sous? Je
les donne à ce prix. » Plusieurs passants touchèrent, palpèrent les écus, et, continuant
leur chemin, levèrent les épaules en disant :
« Ils sont faux, ils sont faux. » Les autres
souriant comme supérieurs à la ruse1 ne s~
donnaient pas la peine de s'arrêter ni de rcga~der. E_nfin une femme du peuple en prit
trois en riant, les examina longtemps, et dit
a?_x spectat_eurs : « Allons, je risque trois
p1eces de vmgt-quatre sous par CtJriosité. ,i
L'homme au sac n'en vendit pas d;vantao,
&lt;&gt;c
pendant une promenade de deux heur es · il
gag_na a~ple~en~ la -~ageure contre celui ~ui
avait mo10s bien etud1e que lui, ou 'moins bien
connu l'espri t du peuple.
'
,\ lERCIER .

�,

ANATOLE FRANCE, de l'Academie f rançaise
~

Le baron Denon·
la marquise, il se fit envoyer it Saint-Pétllrsli ~- avaiL à Paris, sous le r~gn~ de lui in~piraienl que du dégoÎlt. li était né trop
bourg, puis à Stockholm , comme allaché
tôt
pour
goûter,
en
dilettante,
comme
ChaLouis X\ïll, un homme heureux. C étml un
d'ambassade
; enfin, à Naples, où il resta, je
vieillard. Il habitai!, sur le quai Voltaire, la teaubriand, les- chefs-d'œuvre de la pénicrois, sept ans. Là il se partagea entre la
tence.
Son
profane
reliquaire
conténait
un
maison qui porle aujourd'hui le numéro 9 el
diplomatie, les arls et la belle société. On
dont le rez-de-chaussée est acluellcmcnl peu de la cendre d ·lléloïse, recueillie dans le
peut se le figurer, jeune, d'après un portrait
tombeau
du
Paraclet
;
une
parcelle
de
ce
occ~pé par le &lt;locte Honoré Champion et sa
à l'eau-forte où il s'est représenté un crayon
beau
corps
d'Inès
de
Castro,
qu'un
royal
docte librairie. La tranquille façade de celle
à la main, sous une architecture à la Pirademeure, percée de hautes fenêtre~ lég_è~e: amant fil exhumer pour le parer du diadème; nèse. Son chapeau de feutre aux bords souquelqués
brins
de
la
moustache
grise
de
ment cintrées, rappelle, dans· sa s1mphmte
ples, sa large collerette, son manteau véniarislocralique~ le temps de Gabriel e,t, de Henri IV, des os de Molière el de la Fontaine, tien, son air souriant et rêveur lui donnent
une
dent
de
Voltaire,
une
mèche
de
cheveux
Louis. C'est là qu'après la chute de l Eml'air de sortir d'une fête de Watteau. Les
pire, ·Dominique-Vivant Denon, an~ien g~n- de l'héroïque Desaix, une goutte1 du sang de
cheveux
boulfanls, l'œil vif et noir, le nez
tilhomme de la chambre d.u roi, ancien Napoléon, recueiIJie à Longwood •
un peu retroussé, carré du bout, les narines
EL
sans
chicaner
sur
l'aulhenticité
de
ers
allaché d'ambassade, ancien directeur géfriandes, la bouche en arc et creusée au x
néral des beaux-arts, membre de l'lnstitul, restes, il faut convenir que c'était bien 111 les
coins,
les joues rondes , il respire une gaie lé
baron de -l'Empire, officier de la Légion reliques chères à un homme qui avait beauaimable et fine, aYcc je ne sais quoi d'allentif
coup
aimé
en
ce
monde
la
beauté
des
femmes,
d"honneur, s'était retiré avec ses collections
et de contenu. Il gravait alors de nombreuses
et srs souvenirs. Il avait rangé dans des assez compati aux souffrances du cœur, goî1Lé
planches dans la manière de Rembrandt cl
en
délicat
la
poésie
alliée
au
bon
seus,
armoires, faites par l'ébéniste Boule pour
même
il _fut reçu de l'Académie de peinture
Louis XIV, les marbres el les bronzes anti- estimé le courage; honoré la philosophie el
sur
l'envoi
.d'une Adoration de berge1·s,
ques, les vases peints, les émau~, ~es mé- respecté la force. Devant cc reliquaire, Denon
qu'on dit médiocre. A ses grandes planches
pouvait,
du
fond
de
sa
vieillesse
souriante,
dailles recueillies pendant un dem1-s1ècle de
d'après le Guerchin ou Potler on préfère
vie errante et curieuse ; et il vivait souri·ant revoir toute sa vie et se féliciter de l'emploi
aujourd'hui les compositions de style famili er
riche,
divers,
heureux,
qu'il
avait
su
donner
au milieu de ces nobles richesses. Aux murs
où il montra son esprit d'observation aY&lt;'C
de ces salons étaiertt suspendus quelques à tous ses jours. Petit gentilhomme de forte
une pointe de fine malice. En ce genre, le
sève
bourguignonne,
né
sur
celle
terre
légère
ta~leaux choisis, un beau paysage de RuysDéjeune,· de Ferney est son chef-d'œune :
du
vin
où
les
cœurs
sont
naturellement
dael, le portrait de ~lolière par Sébastien
courtisan de Louis XV, il s'honora en se l'aijo}eux,
il
aY
ai
L
sept
ans,
quand
une
bohéBourdon, un Giotto, un fra Bartolomeo, des
sant le courtisan de Voltaire. li se présenta à
Guerchin, fort estimés alors. L'honnête mienne qu'il rencontra sur un chemin lui Ferney et, comme on hésitait à le rcceYoir, il
homme c1ui les conservait a1•ait beauc?up ~c dit sa bonne arenture: c1 Tu seras aimé des fit dire au philosophe qu'étant gentilhomme
de "OÙt c l peu de préférences. li savait JOUtr femmes; Lu iras à la cour; une belle étoile ordinaire il avait le droit de le voir ; c'était
de ~out ce qui donne quelque jouissance. A luira sur toi. l&gt; Celle destinée s'accomplit de
traiter Voltaire en roi. Il rapporta de cette
côté de ses Yases grecs et de ses marbres point en point. Denon alla tout jeune chervisite
la planche dont nous parlons, oit \"olanliqµes, il gardait des porcelaines de Cltine cher fortune à Paris. JI fréquentait les coulai re apparaît si vivant cl si étrange sous sa
lisses
dé
la
Comédie-Française
et
toutes
les
et des bronzes du , Japon. Il ne dédaignait
coiffe de nuit, Yicux squelette agile, aux yeux
mème pas l'art des temps barbares. li mon- actrices· raffolaient de lui. Elles voulu rent
de feu, en robe de chambre et en culotte. Et
jouer
une
comédie
qu'il
avait
faite
pour
elles
trait volontiers une figure de bronze, de style
Denon retourne sous le bran ciel de l'Italie
caroli_ngien, dont les yeux. de pierre et les el qui n'en valait pas mieux'· Cepend~nl il
où il goùlc en délicat la grâce des femmes el
mains d'or faisaient crier d'horreur les dames se tenait sans cesse sur le passage du rot.
la splendeur des arts. ta Révolution éclate.
Que
voulez-vous?
lui
demanda
un
jour
à qui Canol'a a~ait enseigné ,t,oul~s _le~ suali ne s·émr ut guère el dessine sous les or:111vités de la plas tique. Denon s etud1a1t a clas- Louis X\".
gers.
_:_ Vous voir, sire.
.
ser ces monuments de l'art dans un ordre
Tout à coup il apprend que son nom est
Le roi lui ·accorda l'enlréc- des jardins. Sa
philosophiq1,1e et il se prop_osait ,d'en publie_r
sur la liste des émigrés, que ses biens sont
1Lail faite'. Il dèvint Lient&lt;lt le maitre
fortune
t
la description ; car, sage Jusqu au bout, 11
mis sous séquestre. Il n'hésite pas. Cc votrompait J'ârre en formant de n6uveaux des- à crraver dé madame de Pompadour qui s'amuluptueux n'a jamais craint le danger : il
0
s~L
à
tailler
des
pierres
fines
.
Car
il
faut
seins. 11 était trop un homme c!u xvm siècle
rentre en France hardiment. Et il n'a pas
pour ne poin Lfai~e dans ses riches collections dire qu'il dessinait lui-même et gravait très
tort de se fier en· son adroite audace.
la part du sentiment. Possédânt un beau joliment: Louis XV aimait l'esprit, parc~
A peine est-il à Paris qu'il a mis David
qu'il
en
avait.
Denon
le
charma
en
lui
reliquaire du xv• siècle'. dé~oui!lé sa~s ~oute
dans ses intérêts et gagné les membres du
faisaùt
des
contes
.
li
le
nomma
gentilhomme
pendant la Terreur, 11 1 aYatl en:1cb1 d_e
Comité de salut public. On. lui rend ses
reliques nouvelles dont aucune n~, p~oren~!t de la chambre. li lui disait à tout événe- biens; on lui commande des dessins de cosdu corp, d'un bienheureux. Il n eta1t_pm~l ment :
Lui:nes. Il est aimr, protégé, favorisé, comme
- · Contez-nous cela, Denon.
mystique le moins du monde et Jamais
aux jours de là marquise.
Et
comme
Sbéhéraazde,
Denon
contait
homme ne fut moins fait que lui pour comEt lé voilà traversant la Terreur, sans
prendre l'ascétisme chréliên. Les moines ne toujours, mais ses· contes étaient d'uri ton bruit, observant tout, ne disant rien, tranplus ,,if que. ceux de la st1ltaue. Et l"on enr.i1. La ,·elique de 11/ola:e du cabi11et 4u bar~n
Viva11t ]Je11011, par M. Ulnc füchard-Desa1x. PJr1s, !1;cait de voir que, plaisant aux femmes, il quille, curieux. li passe de longues heures au
Vignères, ·1880, pp. 11 el 12.
tilaisait aussi aux hommes. Après la mort de tribunal révolutionnaire, crayonnant dans le
2. /,e bon pt1'e, comédie, Paris, 1769. in-12.
"' 364""

_____________________________________

fond de son chapeau, d' un trait mordant, les une balle dans la poitri ne, referme son por- s1L10ns dont il avait d glé lui-mèmè Loule
l'ordonnance. Le sti le en est monotone cl
accusés, les condamnés. Aujourd'hui Danton, tefeuille et regagne la barque.
tendu. Les figures manquent de vie et de
Le
soir,
il
montra
son
dessin
à
l'état-major.
calme dans sa vulgarité robuste. Demain
Yéri té : mais c'est un petit incoménient,
Fouquier larmoyant et Carrier étonné. Quel- Le général Desaix lui di t :
- Votre ligne d'horizon n'est pas droite. puisqu'on ne les distingue pas à la hauteur
ques-uns de ses dessins, gracieusement prètés
- Ah! répond Denon, c'est la faute de où elles sont placées et qu'on n'en peul rnir
par M. Auguste Dide, figuraient à l'exposition
les détails que dans la gram re en taille
cet
Arabe. Il a tiré trop tôt.
de la Révolution organisée· par M. Etienne
A deux ans de là il était nommé par Bona- douce d"Amùroise Tardieu 1 •
Cham·ay dans le pavillon de Flore. Quand on
En 1815, fünon résista vainement aux
les a vus une fois, on ne peut les OLtblier, parte directeur gcnéral des musées. On ne
tant ils ont de vérité et d'expression, tant ils peut refuser à cet habile homme le sens de réclamations des alliés qui mirent la main
sur le Louvre enrichi des dépouilsont frappan ts. Denon regardait,
les de l'Europe. Ce musée Naattendai t. Le 9 thermidor lui fil
poléon, trophée_ de la victoire,
perdre des protecteurs qu'il ne re
fut impérieusement réclamé : il
grella point. La bohémienne lui
fallut tout rendre, ou presque
avait prédit l'amitié des femmes
tout. Denon ne pomait rien obteel les farnurs de la cour. Et il
nir et il le savait : car il n'était
avait été aimé, il ara1t été favopoint homme à nourrir de· folles
risé. La bohémienne lui avait anillusions . Mais il s'honora en tenoncé enfin une étoile éclatante.
nant tête aux réclamants armés.
Cette dernière promesse &lt;levait
Quand
l'étranger emballait déjà
s'accomplir aussi. L'étoile se levait
statues el tableaux, M. Denon nésur l'heureux déclin de cette Yie
gociait encore. Ami des ar ts, bon
for tunée. En 1797, il rencontre,
patr iote, fonctionnaire exact, il fut
da ns un bal, chez M. deTalleyrand,
parfait. li ne sauva rien, mais il
un jeu:1e général qui demande un
se montra honnête homme, ce qu i
rerre de lirnonadè. Denon lui lend
est bien quelque rhose. Il fut ferme
le verre qu'il tient à la main. Le
aYec politesse et gagna la sympa~énéral _remercie ; la conversation
thie des négociateurs alliés.
s'engage, Denon parle avecsa grâce
Et quelles sympathies pouvaient
ordinaire et gagne en un quart
se refuser à ce galant homme? Il
d'heure l'amilié ·de Bonaparte.
ne déplaisait pas au roi, el il ne
li plut tout de suite à Joséphine
tenait qu'à lui d'acbcYcr dans la
cl devint de ·ses familiers. L'année
fa veur de Louis XVIII une exissuil'anle, comme il était dans le
tence qui avait eu I a fa,·cur de
tabinel de toilette de la créole, se
tant de maitres dirnrs. Mais il
chauffant à la cheminée, car l'hil'er
aYaiL
un tact exquis, le sentiment
durait encore :
de la mesure, l'instinct de ne ja· - Voulez-vous, lui di t-on, faire
mais forcer la destinée. li garJa
partie de l' expédi Lion d'Égypte?
son poste au Louvre tout le tern ps
Les savants de la commission
CltchèBraun, Clement etC".
qu'il y eut une œuvre d'a rt à disétaient déjà en route. La noue
puter anx puissances. Puis quand
devait mellre à la voile dans quclla dernière toile , le dernier marT,1blea11 .te PRuo'nos. (.llusée du L ouvre.)
c1ues jours.
bre fut emballé, il remit sa démisSerai-je maitre de mon
sion au roi 1 .
Lemps et libre de mes mouvements?
A partir de novembre 181f), il se repose cl
l'à-propos et l'art de se plier aux circonsOn le lui promi t.
son
unique affaire est de rieillir doucement.
tances.
Il
avait
quitté
sans
regret
le
talon
- J'irai.
li était âgé de plus de cinquante ans. Dans rouge pour les bottes à éperon. Courtisan Toujours aimable, toujours aimé, causeur
Loule la campagne, il montra une intrépidité d'un empereur à cheval, il m ivil de bon cœur plein de jeunesse, il reçoit Ioules les céJc..:..
charmante. Le portefeuille en bandoulière, son nouveau maître dans ses campagnes, en brités de la France et du monde dans son
la lorgnetic an cùlé, les crayons à la main, Autriche, en Espagne, en Pologne. Autrefois illustre retraite du quai Voltaire.
L'àge a blanchi la soie légère de ses cheau galop de son cheval, il devançait les pre- il cx plir1uai t des médailles à Louis XV dans
mières colonnes pour avoir le temps de des- les boudoirs de Ycrsailles. Maintenant, il des- rnux et creusé son sourire dans ses joues. Il
siner en allendanl que la troupe le rejoignit. sinait au milieu des batailles sous les yeux de est le septuagénaire charmant que Prud'hon
Sous le feu de l'ennemi, il prenait des cro- César et charmait les vétérans de la Grande a peint dans le beau portrait consefl'é au
quis avec la même tranquillité que s'il eût été Armée par son mépris élégant du danger. Louvre. Le haron sait bien que sa vie est une
paisiblement assis à sa table, da ns son cabi- A Eylau, l'empereur vint lui-même le tirer espèce de chef-d'œuvre. li · n'ouLlie ni ne
regrette rien ; son burin, parfois un peu
net. Un jour que la flottille de l'expédition du plateau balayé par la mitraille.
li n'avait presque point quillé l'empereur libre, rappelle dans des planches secrètes les
remontait le Nil, il aperçut des ruines et dit :
c1 Il faut que j'en fasse un dessi_n . » Il obligea pendant la campagne de 1805 ; à Schœn- plaisirs de sa jeu ncsse.' Ses causeries aimases compagnons à le débarquer, courut dans brünn il eut l'idée de la colonne triomphale bles font revivre tour à tour la cour de
la plaine, s'établit sur le sable et se mit à qui s'éleva bientôt sur la place Vendôme. li Louis XV el le Comité de salut public.
Aujourd'hui c'est lady Morgan, la belle
dessiner. Comme il achrrnit son ouvrage; une en dirigea l'exécution et sur veilla soigneusement
l'esquisse
de
celle
longue
spirale
de
patriote
irlandaise, qu i lui rend visite, traîballe passe en sifflant sur son papier. li
relève la tête, et voit un Arabe qui venait de bas-reliefs qui tourne autou r du fùt de nant avec elle sir Charles, son mari, grave et
le manque1· el rechargeait rnn arme. Il saisit bronze. C'est à un peintre, et à un peintre silencieux.
M. Denon montre à la jeune enthousiaste
son fusil déposé à terre, envoie· à l'Arabe obscur, Bcrgerct, qu'il demanda ces compo-:
les trésors de son cabinet. Elle admire pêle2.
Le
Louvre
ett
1815,
par
Henry
de
Chenevières,
l. Llt colonue de la Grande Année, gmvée 71ar
mêle les vases étrusques, les bronzes italiens
Revue Bleue, '1889, n" 3 el 4.
'l'ardieu, s. et., in-f•, avertissement.

�____________________________________ ,.

_;__

111STO'l(1.ll

et les tableaux flamands; les propos du vieillard qui vit tant de choses l'enchantent.
Tout à coup elle découvre dans une vitrine
un petit pied de momie, un pied de femme.
- Qu'est-ce cela?
Et le vieillard lui apprend qu'il a trouvé ce
petit pied dans la nécropole tant de fois violée
de la Thèbes au1 Cent Portes.
- C'était sans doute, dit-il, le pied d'une
princesse, d'un ètre charmant, dont la chaussure n'avait jamais altéré les formes et dont
les formes étaient parfaites. Quand je le trouvai, il me sembla obtenir une faveur et faire un
amoureux larcin dans la lignée des Pharaons 1 •
Et il s'anime à l'odeur &lt;le la femme. li
admire avec tendresse la courbure élégante du
cou-de-pied, la beauté des ongles teints de
henné, comme en sont teints encore les pieds
des modernes Egyptiennes. Et suivant le fil
de ses somcnirs, il raconte l'histoire d'une
indigène qu'il a connue à Roselle.
c, Sa maison était en face de la mienne,
dit-il, et comme les rues de Rosette sont
étroites, nous eùmes bien vile fait connais- ·
sance. Mariée à un i·oumi, elle savait un peu
d'italien. Elle était douce et jolie. Elle aimait
son mari, mais il n'était pas assezaimable pour
qu'elle ne pùt aimer que lui. Il la maltraitait
dans sa jalousie. J'étais le confident de ses
chagrins : je la plaignais. La peste se déclara
dans la ville. Ma voisine était si communicative qu'elle devait la prendre et la donner.
Elle la prit en effet de son dernier amant et
la donna fidèlement à son mari. lis moururent tous trois. Je la regrettai ; sa singulière
bonté, la naïveté de ses désordres, la vivacité
de ses regrets m'avaient intéressé t . 11
Mais lady Morgan, qui va d'une vitrine à
l'autre, prcmenant parmi les débris des
temps sa tête vive et brune, poussè un cri.
Elle a vu, pendu au mur, le masque en
pltttre de Robespierre.
1. Voyage daus lit basse et Ili haute f:gyple,
pendant les campag11es du général /Jonaparle, par
\"11•anl l)enou, an X, in-12. l. Il , pp. 2H , 245.
2. Denon, Loc. cit .. t. 1, pp. l 1ll, lô0. - On me
pardonnera, pour la femme du roumi comme pour le

saui les dates qu'elle embrouille ensuite,
selon la coutume de tous ceux qui écrivent
des Mémoires.
Avant de prendre congé, elle veut témoigner à M. Denon Loule son admiration. Elle
lui demande par quel secret il a acquis tant
de connaissances.
- Vous devez, lui dit-elle, aYoir beaucoup étudié dans votre j cunesse?
Et M. Denon lui répond :
- Tout au contraire, milad y, jè n'ai rien
étudié, parce que cela m'eùt ennuyé. Mais j'ai
beaucoup observé, parce que cela m'amusait.
Cc qui fait que ma vie a été remplie et que
j 'ai beaucoup joui•.
Ainsi le baron Denon fut heureux pendant
plus de soixante-dix ans. A travers les catastrophes qui bouleversèrent la France et l'Europe
et précipitèrent la fin d'un monde, il goûta
finement tous les plaisirs des sens et de l'esprit. Il fu t un habile homme. Il demanda à
la vie tout cc qu'ellepeutdonner, sans jamais
lui demander l'impossible. Son sensualisme
fut relevé par le goùt des belles formes, par
le sentiment de l'art et par la quiétude philosophique; il comprit que la mollesse est l'ennemie des vraies voluptés et des plaisirs
dignes de l'homme. Il fut braœ et goùta le
danger comme le sel du plaisir. li savai t
qu'un bonnète homme doit payer à la destinée tout ce qu'il lui achète. li était bienveillant. Il lui manqua sans doute ce je ne sais
quoi d'obstiné, d'extrême, cet amour de l'impossible, ce zèle du cœur, cet enthousiasme
qui fait les héros el les génies. Il lui manqua
l'au-delà. li lui manqua d'avoir jamais dit:
« Quand même! 11 Enfin, il manqua à cet
homme heureux l'inquiétude et la souffrance.
En descendant l'escalier du quai Voltaire,
la jeune Irlandaise, qui avait beaucoup
sacrifié à la patrie et à la liberté, murmura
ces paroles :
&lt;( Les habitudes de sa vie ne lui permirent
pied de momie. d'avoir mis dans la bouche de Denon,
de
prendre les armes pour aucune cause. ·1&gt;
ce qu'en réalilê j'ai trouvé dans sa relation.
3. L 1i France, par l,ady Morgan ; traduil de l'anElle avait touché le défau t de celle exisglais, pa1· A. 1. Il. O. Paris, ·18'17, 1. Il , pp. :\07 et
tence heureuse.
!.UiV.

- Le monstre! s 'écrie-t-elle.
Le bon baron n'a pas de ces haines aveugles. Pour lui, Robespierre fut un maitre
qu'il a conquis comme les deux autres,
Louis X\' et Napoléon. Il conte à la belle
indignée commenl il s'esl rencontré une nuit
avec le dicta lem. Il était chargé de dessiner
des costumes. On lui manda de se présenter,
pour cet effet, devant le comité qui s'assemblait aux Tuilet·ies à deux heures du matin .
« Je me rendis au palais à l'heure dite.
Une garde armée veillait dans les anlichamhres à peine éclairées. Un huissier me reçut,
puis s'éloigna, me laissant seul dans une salle
que la lueur d'une seule lampe laissait aux
trois quarts dans l'ombre. Je reconnus l'appartement de Marie-Antoinette, où Yingt ans
auparavant, j'avais servi comme gentilhomme
ordinaire de Louis XV. Pendant que je bu vais
ainsi dans la coupe amère du souvenir, une
porte s'ouHit doucement, et un homme
s'avança vers le milieu du salon. Mais apercernnt un élranger, il recula brusquement :
c'était Robespierre. A la faible lueur de la
lampe je vis qu'il mettait la main dans son
sein, comme pour y chercher une arme
cachée. N'osant lui parler, je me retirai dans
l'antichambre où il me suivit des yeux. J'entendis qu'il agitait violemment une sonnelle
placée sur la table.
« Ayant appris de l'huissier accouru à
cet appel qui j 'étais et pourquoi je venais, il
me fit faire des excuses el me reçut sans
tarder. Pendant tout l'entretien, il garda dans
ses manières et dans ses paroles un air de
grande politesse el de cérémonie, comme s'il
eùt voulu ne pas se montrer en arrière de
courtoisie avec un ancien gentilhomme de la
chambre. li était vèlu en petit-maitre; son
gilet de mousseline était bordé de soie rose. 11
Lad y Morgan boit les paroles du vieillard ;
elle retient tout, pour tout écrire fidèlement,

A NATOLE

FRANCE,

de /'Acadé111iefra11çaise.

Brizardière
Brizardière était un sergent royal de Nantes
forl employé cl qui dépensait extraordinairement pour un homme comme lui. Vous allez
mir d'oi1 cela venait. Cet homme, déjà âgé,
se mèlait de dire la bonne aYenlure aux
femmes, et d'une façon inouïe, car•il leur
disait, quand il trouvait quelque difficulté à
rc qu'elles souhaitaient : c, Vous ne sauriez
&lt;1 obtenir cela· que par un moyen que je vous
c, enseignerai ; peut-être le trouYcrez-vous
1&lt; fàchcux, mais il est infaillible. ll La curiosiLé les prenait, el, par la confiance !qu'elles

avaient, elles s'y résolvaient. Voici ce que
c'était : il les faisait mettre toutes nues, et
avec des verges il les fouettait jusqu'au sang,
puis se faisait fouetter par elles tout de même,
afin de mêler leur sang ensemble pour en
faire je ne sais quel charme.... li fut découvert à Rennes par un huissier du Parlement,
qui le vit par un huis, fouetter deux fort
belles filles qu'il avait. Il rendit sa plain le;
on fit jeter des monitoires . Plusieurs demoiselles, suivantes et femmes de chambre vinrent à révélation ; mais quand on voulut
savoir qui étaient les fouettées, elle ne le
voulaient point dire. Le Parlement s'assembla,
cl là, ayant rn qu'il J avait des présidentes et
des conseillères en assez bon nombre, on se
scnîl des deux filles de l'huissier et de la
femme d'un menuisier, et sur cela on l'envoia
.,,, 366

L'\'

aux galères. Il pensa être pendu. La présidente de Magnan, fort belle femme, était des
fouettées ; outre ce que les autres avaient
soufferl, celle-ci se faisait donner quinze coups
par semaine, pour avoir une succession pour
laquelle il fallait que trois personnes mourussent. Elle n'est pas riche. La présidente de
Brie eut quarante-huit coups et en donua it
.Brizardière cinquante-deux ; une madame de
Kerollin se fit fo uetter pour trouver un bon
tiercelet (elle faisait la fausse monnaie),
c'est-à-dire un bon alliage. Mais le plus plaisant, ce fut mademoiselle de Taloet ; comme
il la fouettait rudement (c'était pour avoir
un mari qui eùl beauco up de bien), clic
criait : &lt;I Hé, monsieur de La Brizardièrc,
doucement, j'aime mieux qu'il soit moins
riche. lJ
TALLEMANT DES RÉAUX .

LES FEMMES DU SECOND EMPIRE
cf:&gt;

Une Pompadour impériale
Par Frédéric LOLIÉE.

La comtesse de Castiglione.

lY

ressources? La démocratie csl un terrain
ingrat aux entreprises dont le succès se fonde,
en grande partie, sur les arguments victorieux
de la grâce cl de la beauté. Elle rèl'a d'une
restauration monarchique où se rél'cillerait
l'éclat d'une cour, où elle au rait sa place en
éridence, où scintillerait encore son étoile.
Ce fu t l'espérance qu'elle caressa, pendant
plusieurs années, à la faveur de ses relations
amicales plus étroitement nouées arec IC's
princes de la famille d'Orléans. Elle s'en exprimait dans ses billets hâtifs, ses lellrcs 011
ses comcrsations de chaque jour aYCC l'un des
fidèles du parti orléaniste, son ami, son confident. Mais on n'agissait pas où l'on agissait
mal du côté de Dieppe, au château d'Eu.
Ses dernières illusions politiques furent de
courte durée.
« C'est Eux cl Eu quïl nous faut accuser.
Le seul mot Yéridique est de rous, et c'est
mon senliment. 11
De là des regrets, des amertumes, pl'esquc
des colères dont elle trahissait l'expression à
travers sa correspondance intime. Alors, elle
envrloppail dans un même reproche d'inconsistance et d'ingratitude les princes de toutes
nuances, ceux qu'elle avait connus naguère
el ceux qu'elle avai t appris à connaitre ensuite.
&lt;l En mème temps que je me suis heurt,.\c
aux princ~., dans les passions de ma vie, j 'ai
regardé dans leur enlo~rage et rencontré auprès de chacun d'eux les Leurs (je dis leurs
vrais el sincères amis), avec lesquels j'étais,
sinon toujours d'accord, du moins toujours
en communion d'esprit SUI' les chapitres Effort
cl Pitié. Et je dois reconnaître que ce furent
des hommes de cœur et de mérite, qu'ils
n'étaient ni les courtisans des princes, ni les
suiveurs empressés du courant. Ils 11 'étaient
obéissants ni désobéissants plus que moimème. EL comme nous ne voulions pas nous
soumettre, nous avons préféré nous démettre.
Alors, adieu, veau , Yache, cochon, couYéc.
Les princes ont fait la culbute par la faute
des au tres , mieux écoulés. Et les peuples
sont allés à la débandade, comme l'a la France
actuelle.... ll

Le~ plus éclatants soleils ont leur crépuscule. Au x derniers jours de l'Empire, la
fal'cu r de Mme de Castiglione avait baissé,
comme aussi bien le prestige du trône, la
confiance enYironnante et la santé de l'empereur. Les luttes d 'inlluenccs féminines avaient
lassé le caprice de César.
L'Empire tombé, la cour évanouie, Mme de
Cas~iglione ·re_garda au tou r d'elle, et se sentit
terriblement isolée.
L'orage avait dispersé celte foule brillan te
c~ bigarrée, dof!L elle arait le spectacle quotidien. Ceux et celles qui passaient tout à
l'heure avec elle, sous les lustres constellés
avaient disparu dans la nuit.
'
Uo voile morose s'était étendu sur la société. Dans le monde inélérrant el affairé
0
'
brusquement sm venu, il n'y avait plus d&lt;'
place pour une Castiglione. Elle avait pu, naguè~·e, tout à l'aise intriguer, politiquer, s'in?éu_icr, user d'adresse féminine et de surprisC'
and,rectc, faire ondoyer d'un ministère à l'auIre la _traîne de sa j upe, en des milieux déji,
conrp11s par la faveur du nmitre. Elle n'étai t
pl us qu'une étrangère pour les nourcaux arri1a11ts qu'avait poussés en haut un 1·iolcnt tour
&lt;le roue de la fortune.
De hautes ami tiés lui restaient. Non plus
que les princes de la maison d'Orléans, Thiers
n'al'ait oublié Mm&lt;l de Castiglione. On recevait
place
Saint-Georges, non sans érrards
l'an.
0
'
cwnne fal'ori te des Tuileries. IJcs traces de ces
dispositions si·mpathiqucs se rctroul'craicnt
dans la correspondance générale du grand
h_omme. Encore n'était-cc rien de plus que de
simples rNours de courtoisie mondaine.
Son ambition d'agir par les autres et sur
lL•s aulrl's, directement ou indircclcrncnt, ne
~arait plu~ oü se prendre, où s'attacher. On
lïgnorail daus le personnel nouveau des gouvernants. M. Pinard, à Florence, et le Prési~rnl de la fiépublique, à Versailles, en 187·1,
avaient pu rendre, orcasionnellemenl , térnoiLe monde regarde les gens en place ou en
l-(llagc de celle finesse d&lt;' perceplion, dr cet
fortune de bas en haut. Quelle que fùt la
L'spril
de
diplomatie,
de
celle
intelli
rrence
"ll, 1
0
0
nera e des choses, dont elle al'ail donué des grandeur apparente des personnages, elle
n,arqucs secrètes et sûres, sous le rérrimc regardait ce monde de haut en bas, et le ju, 'dcnl. Mais com ment en rcnou,·elero les geai t sans complaisance. c, La Yie est une
p1·ccc

addition de mécomptes, &gt;&gt; disait un philcsopbc. Il dut lui en échoir beaucoup dans la
fréquentation des privilégiés de la naissance cl
du rang; car elle retourne à de pareilles
réflexions, dans une lettre adressée longtemps après les événements au même ami de
toute sa vie :
c, Au milieu du foin peurent se glisser &lt;les
perles, &gt;l m'al'ez-vous dit sur l'escalier en .
partant. Broyez les balles de foin, cherchez cl
vous Lromerez la fameuse Nicchia... . Celle
perle, c'est mon cœur, cc cœur, c'est la
perle... Une larme de pitié, comme vous appelez venant de moi non pas l'excuse ni l'approbation ni l'oubli, une larme pour le malheureux
né prince, qui traine ses jours dans l'exil,
hélas! Double circonstance atténuante, attendu
que les princes restent toujours des princes.
Or, je n'ai pas trouvé de mol plus expressif
dans ma longue carrière : éprem·es de tète cl
de cœur, expérience d'enseignes roples ou
impériales. Les marches du trône, qu'on les
gravisse ou les descende, semblent circonscrire tout sentiment d'amour, de devoir, de
reconnaissance, d'amitié, d'intimité, de mémoire, parfois de courage, d'honnêteté, de
vérité, toujours de franchise, de droiture cl
de loputé. Jamais de générosité, point de
confiance. 'I'els sont les princes de tous pays
el de LouLes· races. n

Des pensées moins amères 11s1la1cnl le
chevet de son lit, au temps où lJrillail l'astre
de son éclatante fa reur. Sa peine secrète, on
la devine : elle n'avait fait que trarerscr
l' his toire d'un pas furtif; son rêl'e aurait été
d ·y séjqurner.
L'àge était venu, et plus tôt qu'elle ne s·i•
attendait, stigmatisant d'une marque impitoyable la déchéance de ce qui a,·ait été sa
force someraine, sa gloire, son triomphe.
Elle avait espéré, comme Ninon, opposer aux
ravages du temps une résistance douce et
imincible. Il n'en arnit pas été, selon ses vœux,
de garder inaltérable son opulente chevelure,
ses dents de perle, l'ovale parfait de son
l'isage.... Le déclin fut rapide cl sensible.
Cel.Le Jéchéance s'était accusée, chez clic, de
façon peu miséricordieuse. Elle eut il S&lt;'
plaindre plus que beaucoup d'autres du ehang~mcnt des saisons. J'ai sous les yeux un ccrLam nombre de photographies relatives à la
période extrême de sa l'ie, cl qu'elle avait

�111STO'J{1A
UNE POMPADOU7t. 1MP'ÉT(Vl1.E

dispersées d'une main aussi parcimonieuse
que possible; el, les considérant, je ne puis
que soupirer : hélas! C'est alors qu'elle prit la
résolution d'ensevelir dans une réclusion
volontaire ses déceptions de coquelle impénitente. !&lt;;Ile s'y enferma jalousement, obstinément. Elle n'avait pu supporter l'idée que
tous les jours la diminueraient, la déformeraient davantage, elle, la triomphatrice d'hier,
el qu'elle serait impuissante contre la ruine
de cet idéal en clic réalisé, et que des yeux
d'hommes cl des yeux de femmes tiendraient
fixé sur elle, d"heurc en heure, leur regard
ironique ou cruel, témoin de sa lente destruction. Ccllr.s qui veulent être oubliées, par le
regret _de ce qu'elles furent, ou par Msillu·sion ou par dédain, le sont très vite. Un ressouvenir de la victorieuse, un mot, un trait,
une allusion à· propos d'elle, circulaient, de
temps à autre, dans les journaux ou les conversations. Paris, par intcrrnlles, se raiJPClait son nom, sa personne. Puis, l'ombre et
Je silence s'épaissirent.
Pourtant, nous devons le remarquer, celle
retraite n'avait été ni aussi immédiate, ni
aussi ·com.pl~tc qu'on le croit généralement.
Elle avait encore de la jeunesse après les
événements de 1871. Sa beauté n'avait pas
disparu d'un souffle. L'éclat de ses formes
statuaires ne s'était pas évanoui tout d'un
coup, cl son humeur ne s'était pas altérée au
point où elle en arriva aYec le temps. Parmi
des brouillons de_lettres, griffonnées de son
écriture indéchiffrable, je retrouve des invitations faites à des absents, sur un ton presque
joyeux, comme ccllé-ci :
&lt;1

Sept heures du matin.

« Nous vous allendions jusqu'à deux heures
du mati~ pour souper, sauter et autre. A
propos, s'il vous plait de toucher les dernjers
diamants de la Couronne en effigie, par éxception l'album entier de leurs photographies,
avec un dossier très curieux des domaines de
Napoléon III, me sera confié pour quelques
heures . A mercredi. ,,
Ou, encore, cet appel, qui ne manque pas
d'une certaine allégresse, dans son laconisme : 1c Tout chemin mène à Paris, ditesvous. Me voici. Venez. Sur ce, je tourne la
bl'Oche de mon agneau. »
Ses visites se rendaient rares. Elle n'allait
plus dans le monde. Mais elle en efOeurail,
comme d'ùne atteinte furtive, les tentations
dernières. J'en puis rapporter un souvenir
bien personnel.
C'était une quinzaine d'années après l'effondrement de l'Empire, Mme Valewska, devenue,
par son second mariage, la comtesse d'Alcssandro, donnait une soirée dans son appartement de la rue Washington. On vint la prévenir qu'une personne très emmitouflée, et ne
'I . Saiu t-Amand fu l de ceu:.:-là. Je retrouve une cun euse lettre de l'his(oricn diplomate, entre les feuillets d'un volume, qui avail appartenu à Mme de Castiglione :
« Madame la Coinlesse,
« La photographie est ressemblante, c'est-à-dire
arlmirable.
• L'arbre de Versailles, plein de poésie. La légende

voulant pas dire son nom, demandait à lui qui s'obstincut à violer l'incognito de sa
parler. Assez intriguée, elle sort du salon, retraite, et prétendent la complimenter en
porte ses pas jusqu'à l'antichambre et ne dépit d'elle.
reconnaît pas d'abord !"étrangère.
Elle n'acceptait plus de recernir personne,
c1 C'est moi, Niccbia, lui dit-clic. Je hormis quelques derniers fidèles. 1 On ne
t'apporte des fleurs, les fleurs annuelles. devait ni sonner, ni frapper, mais s'annoncer
N'est-ce pas ta fète, aujourd'hui? &gt;)
du dehors, sifOer d'une certaine façon, user
Et, en même temps, Mme de Castiglione de signes convenus, qui faisaient qu'aussitôt
dégage, d'une enveloppe de soie noire, un s'ouvrait la porte obstinément close. Seul
bouquet-de roses superbes, fraîchement épa- venait à sa guise, sans avertir et autant de
nouies. Les remerciements sont accompagnés fois que lui en chantait la fantaisie, le généd'effusions tendres. On s'embrasse.
ral Estancclin. Et le mécanisme intérieur de
11 · - Mais, demande la maitresse du logis,
la fermeture jouait sourdement. li se glissait
voudrais-tu fuir si vile, et rnns te laisser 11 l'intérieur. La conversation interrompue de
voir? On aurait grande joie de l'autre côté, si la veille ou de l'avant-veille reprenait son
j'annonçais ton apparition.
cours. Et cè fut ainsi, pendant une très lon&lt;! Non, le temps de ces folies est passé. gue suite de jours et de mois. A Ba.romesnil,
Je ne suis plus·que l'ombre de la Castiglione. · Eslancelin me montrait une curieuse photo«· - Et, moi, je ne veux pas le croire! graphie de la silencieuse demeure. La comnetire seulement cette double ou triple voi- tesse se dissimule derrière la persienne rnilette el je t'en dirai mieux mon opinion. &gt;)
entr'ouverte; elle parait aroir entendu le
La comtesse Walewska parvient à l'entrai- signal ; et, au bas de l'image, on lit, tracée
ner dans la pièce :voisine. Une vision de de sa main, celle dédicace : A mon vieil ami
coquetterie a passé devant les yeux de Mme de Estancelin, en souvenir de vingt-cinq anCastiglione. Se retrouvera-t-ellc vraiment au nées de siffleme.n t.
miroir? Elle s'est débarrassée de son lourd
Il ne rencontra jamais personne, me disaitmanteau- Une toilette apparait, qui, pour il, à part un soir où, sans entente préalable,
n'ètrc point de là mode la plus récente, ne il se trouva à diner avec Cornély et deux ou trois
lui messied pas, au contraire, depuis qu'elle autres. Peul-être faisait-elle sortir discrètea rejeté les· voiles importuns· qui cachaient ses ment telle "isiteusc ou tel visiteur d'exception,
yeux -et son visage. Elle chiffonne, ici, là, ou de plus habitués, comme de certains réfuouvre et déco_nvre; elle élargit l'échancrure giés italiens que, par hasard, elle accueillait
du corsage, ajuste le tout à l'aide de quelques même assez imprudemment. Mais, avec ceuxci, du moins, clic se sourenail des beau·x temps
épingles.... C'est encore elle!
c1 Mai&amp;.. tu es belle, très belle, comme de Cavour el de Victor-Emmanuel, quand clic
était, à Paris, Icûr émissaire de beauté et
autrefois, comme toujours !
qu'avec tant de chaleur·sur les lèvres, de fas« - Le crois-tu?
« - Sans doute, mais ne tarde pas davan- cination dans les yeux, elle plaidait, auprès
de Napoléon Ill, l'affranchissement de
tage. ,&gt;
L'absence de Mme Walewska a provoqué l'Italie .... Étrange- terminaison d'une arendans son salon, parmi ses hôtes, un Yif émoi ture de rayonncmcnt et de conq uète !
de·curiosité. Le nom a cir.culé déjà, on ne
sait comment, de celle qui la retient, et qui
li y eut, dans celle phase inconnue de son
va venir. On n'a pas la patience de l'allcndrc. existence, des épisodes singuliers et romaLes hommes s'éehapp1!nt, à la nilée, de la nesques répondant bien au caractèr~ de la
pièce de réception, pour l'cntre1·oir· plus vite. femme capricieuse, qui aimait si fort, autour
On la salue. On la fëlicite. L'aurait-on recon- d'elle cl dans ses actes, le grandisseinent du
quise? ... ~~lie fut, Loule la ·soirée, d'une hu- mystère. Ce serait un chapitre de couleur et
de Lon tout à fait appropriés à_ la manière
meur charmante.
Le lendemain, malheureusement, elle avait d'un Ponson du Terrail ou d'un Emile Richerepris ses · dispositions d'àme chagrines, qui bourg que les circonstances'donl fut entourée,
allèrent en s'aggrarnnt, jusqu'à devenir il y a vingt-sept ou vingt-huit ans, la remise
à l'un de ses envoyés des précieux. bijoux,
aiguës et maladives.
Sa correspondance d'alors, dont je possède qu'elle avait enfouis en lieu sûr, pendant la
quelques fragments, est d'une intense mélan- guerre franco~allemandc. La cassette fut
colie. Des pleurs sur un fils disparu; des 1ransportée dans une lointaine campagne
doléances sur ses désillusions; des détails d'Italie, au fond d'un village de la Calabre,
pénibles; des défiances subites ou, au con- de dramatique mémoire. On ·u•avail pas
traire, des effusions brusques d'amitié ; des échangé de papier couvert du timbre des
ré0exions attristées sur le néant des gran- gens de loi ·ni d'aucune estampille adminisdeurs du monde -; et des plaintes surtout, des trative. Nulle formalité financière ni bureauplaintes réitérées à l'encontre des importuns, cratique n'avait été passée avec l'homme
très juste : JJltts je vois les !tommes, plus j'aime les
chiens.
« Vous avez raison. li faudrait à une beauté idéale,
à un être exceptionnel comme la comtesse de Castiglione, non poml des hommes, non point même des
anges el point même des archanges, mais des dominalions cl des trônes. Bien entendu, je parle des
dominalions et des troncs du ciel. Ceux de la terre
sont si peu de chose!

« ~c lisez pas les Femmes de Versail_les. Cc !'.·est
ni original, ni puissant. C'étai~ ma p1·cm1ère 1nan1crc,
je ne veux pas que vous me Jugiez par ce hne. Je
rous en offre un autre, qui esl mnins faible, et 9u1
vous fera penser au prince impérial et à YOl1'e f,ls.
&lt;( N'oubficz pas la d~lc du 9 janvier.
« A ms pieds,
« SAIXT-A~•~D.

rimple el droit qu'on avait char«é de veiller
sur le trésor. Mais une carte ava~ été coupée
en deux, dont une moitié lui avait été laissée
et dont l'autre devait se raccorder avec cellelà, sur la présentation qui lui en serait faite
p~r _un inconnu. Et les choses s'accomplirent
arnst, fidèlement. Elle en avait remis les soins
à, un homme de confiance, un avocat. Il arnit
fait le voyage. Lorsqu'il s'était vu au trrme
de sa course _accidentée, on lui avait indiqué,
non sa~s pet~e,. la demeure de celui qu'il
cherchait. Il eta1t arrivé dans une masure
é_tran~e d'aspect, chez des gens encore plus
srngulters. Avec fJUelle attention on l'écouta!
Dl' . 1ruels y~ux scrutateurs et inquiets on
fomlla son visage! Il avait présenté la parcelle complémentaire. On rassembla les deux
cartons. Ils s'adaptaient exactement. On se
décida ,à lui livrer _les diamants et les perles,
o~s?ur.ement caches d_ans la muraille. Il y
a,ait la le fameux collier de perles noires et
blanches, à six rangs, comme nulle impératrice n'en porta de plus beau,
de plus ,fastueux.

l'idée d'un nid coquet, harmonieux et doux.
Cc fut dans un entresol de la place Vcndô;11e qu'ell~ décida de cacher à tous les yeux,
meme aux siens, le deuil d'une beauté morte.
Les miroirs el les glaces furent proscrits. Les
volets durent être tenus fermés de jour et de
nt!il. On _interdit à_la lumière du ciel d'y pénetrer, smon tout JUslc pour traverser d'une
clarté de soupirail l'ombre où sta«nait sa
Yie. Les pièces tendues de sombre r:'taicnt à
peine éclairées, le soir, par le gaz en veilleuse.
Un système étrange de verrous et de clôture
intérieure fut combiné, qui , joint au défaut
de sonnette, au dehors, en rendait l'acrès
infranchissable.
Comme en ses plus beaux jours et avec
cette persistance de souvenir qui lui faisait
conserver dans leur état d'autrefois les choses
qu'elle avait aimées, les appartements où elle
avait vécu, elle aYait arrêté que sa voiture
demeurerait it sa dispJsition, toujours sur le

vi,sag~ couvert d'une épaisse voilette, et,
d habitude, suivie de ses chiens minuscules
gras et laids. Des passan ls, quelquefois, en~
L~e,•oy~ient une femme d'apparences un peu
smguheres, portant une robe à petits volants, de mode ancienne, et qui s'arrêtait à
considérer, avec une insistance rêveuse, les
fenêtres d'un appartement inhabité. C'était la
comtesse de Castiglione revoyant, sans se
décider à en franchir le seuil, la demeure, à
présent close, où s'étaient écoulées ses heures
radieuses.
Srs dernières années se traînèrent dans
l'isolement et Ja dé/lance. Elle s'était détachée
de sa parenté même, au point qu'elle ne la
connaissait plus. Son testament, dont le
brouillon olographe nous était communiqué
en 1904, à Baromesnil, ne l'exprime que
trop nettement. Après avoir nommé les sept
exécuteurs testamentaires, qu'elle avait choisis pour le règlement de ses volontés suprêmes,
exclusives de toute autre intervention, elle
avait ajouté en marge, en grosses lettres, el d•un crayon rouge :

« Pas d'héritias.... Sans
Mme de Castiglione avait
aucune
famille, ni en Fmnce
gardé plusieurs appartements
ni en Italie, quoiqu'il y en ait
dans Paris, dont elle payait la
de mêmes noms tout r't fait
location et qu'elle n'habitait
eli'ange1's, soit 0/doïni, Rapoint 1 • li m'a été donné de
pallina, Lamporecchi, de Casvisiter l'un de ceux-là, rue de
tiglione, Caspigliole, Asinal'i,
Castiglione.
Verasis .... ,,
Il était resté fermé, durant
Elle reniait volontairemi:nL,
de longues années, comme un
systématiquement,
des alliances
reliquaire où dorment des frao-'
0
qui
existaient
en
réalité,
comd
ments âme. (Juand on ouvrit
me nous en avons eu la preuve
ce local sombre et poussiéreux,
en relisant la lettre de faire
où s'installèrent les ateliers de
part du décès de son mari,, le
confection d'un couturier, on y
comte
de Castiglione 1 • Mais n ·atrouva, sur un gros coussin
rn!t~elle pas résolu de se supbleu cerclé d'un câble d'or, orné
primer toute entière dans la vie
de glands aux quatre coins, un
et dans l'au delà de la vie, pour
raYissant moulage d'un petit
sa famille comme pour
bras d'enfant, en mémoire du
monde?
fils qu'elle a~ail perdu et qui
. So~_rèvc obstiné était qu'on
s'était appelé George~. Le logis,
1
oubliat absolument, définitien soi-mème,- n'offrait rien de
rcmcnl.
Elle arait donné les
très merreilleux, quant â la
instructions les plus rigoureudécoration intérieure. Cc qui
ses pour _qu'il n'y eÎll, à ses
m'ayait frappé-·surtout, c'était
obsèques,
ni cortège, ni /leurs,
la médiocrité des étoffes de
ni
lettres,
ni
articles, ni bio!!"ratenture, également gros bleu,
tapissant la chambre, et dont la lllAISOX DE l,A PLICE V ENDÔME , NUMÉRO 2:&gt; bis, AU CO IX DE LA Rl""r, DE. LA PAIX,. phies, ni d'échos dans les fc~1ilOU MAD.ûlE DE CASTIGLJOXE OCCl'PAIT L'EXT RESOL.
les publiques, en un mot aucun
teinte avait été choisie, évidemsigne
révélateur de son érament, pouP absorber et rénouissement
dans la nuit étcrduire la lumière. Au plafond,
.
nellc.
Elle
n'était
qu'une disles plis froncés se rejoignaient en une rosace, point d'être attelée el de sortir, et elle gardait,
avec un bouillonné au centre. La salle i1 pour cela, un cocher, une . calèche, une parue depuis une trentaine d'années · elle rnLendait rester ce néant, après la mo;·t.
n_ianger était tendue pareillement, mais en remise, qu'elle n'utilisait point. Aux heures
&lt;! Défense absolue, &amp;rirait-elle, il tous mr~
,·ieux rose. L'ensemble était obscur· les de nuit, elle se glissait hors .de cette maison
•~
'
•
•
l
exécuteurs
testamentaires, ainsi qu'à toutes
p1cces, ctrmtes el basses, ne donnaient guère de la place Vendôme, habillée de sombre, le
personnes désignées, de faire paraitre rcn-

Ir

_I. ~uc Cambon, 1·ue de Castiglione, aux Batiguollcs;
aiec_ sou ~p)lartemcnt de la place Vcndùme, le toul
reprcsentail une location annuelle de 18,000 francs. ·
. 2._ E_~ 1867. ~ous_a,·ons retrouvé, dans nos papiers;
Cette p1ece JUSltficatn·tl d_cs ,illinnccs de_ la_ famille de
. astiglwne, et nous la c1lerons par cur1os1lé :
.
1

• Mme la .comtesse Vcrasis de Castiglione. -

lo
r.omtc _Georges Verasis de Castiglione. - ~I. le chcva•er Çlemcnl Cas11glione. - lllme la comtesse Clément
1. -

IIJSTORI A -

Fasc. 8.

)1.

Castiglione. née Lilla. - ~I. lé marquis Oldoïni. ministre
d'Italie en Uarière. -lllme la marquise Oldoïni. - l\l. le
génér~l Cigala. - Mine la comtesse Cigala. - lime la
roml~sse Massimino. -: JL le che,·alier Jean Lampo1·cccl11. 7 lll. le chevalier Alexandre Lamporecchi. )1. le général La llocca. - Mme la comtesse La Rocca.
)1. le marquis cl )hne la marquise Spinola. - )lme la comtesse .veul'e de.La Villa.- )I. le che,•al!cr \lén~y 'Cig-ala. - t\J. le du~ et ~[me la duchesse de
_\alombros~. - ~r. _le mar']UIS Emmanuel ct'Azcglio,

minis((e d"ltalie en Anglclerrc Ai•nard Cavour,

)1.

1~ marquis

d « Ont l'honn~_ur ~e rous faire pa,·I de la perle
. oulour_euse 9\1 its n cnncnl de faire en fa perrnnne
de M. François _Ier!s,s, comte de Castiglione. chef du
cab111ct c~ premier ecuycr de Sa lllajes(é le roi d'ltal"1
leur_ ma,·,_, père, frè,·:•· bcau-frèr&lt;i, gendre, neve~1 ~t
~u~rn, deccdê an chalrau roral dr ·stuppinio-i JlJ' ·•s
funn , le 30 mai 1867. »
•
"' · '

�•
111STO'l{1.ll - - - - - - - - - - - - - - -- - -- - - - - •
seigncments de quoi que cc soit à qui que cc
soit, ni legs, ni sou,·enirs, ni écrits, ni distribution d'autographes, ni portraits. »
Cette continuelle peur des moindres symptômes de bruit, d'indiscrétion, de publicité
autour d'elle et après elle, sous n'importe
quelle forme, lui était une sorte d'obsession
anxieuse cl morbide.
Rien n'en est plus significatif que la lettre
suirantc, la dernière qu'elle ait crayonnée
d'une main affaiblie' :
&lt;( Au plus mal, sans résurrection possible.
Nous ne nous reverrons plus sur terre. J'en
ai pré1·enu le colonel (le duc de Chartres), lui
disant mon désir de le mir, lui. Il n'osera
pas!
cc Pensez à mes instructions pour qu'elles
soient suivies à la lettre. Ce que je veux, c'est
un enterrement solitaire. Pas de fleurs, pas
d'église, personne. Entcnde:t bien tout cela.
Je vous conseille mèmc de n'avertir quiconque,
à Paris, qu'après ... le retour . .
« Veillez à ne rien publier sur moi. Une
polém?que surgissant, à celle heure-ci, forait
troUYer mourar(te celle qui vous en supplie.
Après ma mort, si vous en avez le temps,
force vous sera de remanier rntre article.
Non, non, pas ainsi.
« Pour la centième fois (c'est une dernière volonté), je vous supplie de renvoyer
tous les portraits, absolument tous, - les
huit épreuves que depuis un an je réclame.
« Je donne à Cléry le mème avis qu'à vous
de samer images, collections, livres, qu'on
ferait saisir, et d'oü résulteraient des procès
malheureux.
« Adieu. Une prière ... , une larme, de
Dieppe.

&lt;( Triste cl cruelle fin, - personne ne
sachant que faire. Le sccré!aire de M• Cléry
est venu et a dû faire apposer les scellés, cet
après-midi; mais j'ignore ce qui a été décidé,
M• Cléry étant à Venise et lui seul ayant les
instructions ....
&lt;(

E. S.

&gt;&gt;

La sépulture fut tenue secrète. On n'éleva
point à sa mémoire de fastueux cénotaphe.
Mais une simple pierre de granit marqua la
place de sa tombe, tombe aujourd'hui bien
délaissée. Je la visitai; elle était comme perdue.
dans la partie encore boisée du Père-Lachaise.
Je la trouvai sans ornements, sans fleurs. Une
simple el pauvre couronne de houx en parait
la nudité froide.
tlle avait beaucoup étonné le monde de
son vivant. Après que le cercle de ses jours
fut achc-vé, elle provoqua encore de my~térieuscs interrogations. Peu de ·temps avant
l'issue fatale, on avait déposé, de sa part,
chez Alphonse de Rothschild, un coffret sur
lequel était fixée celle inscription :
0

DÉFE:l'SE D 0UYRIR E:I' CAS DE llORT

Et, le matin de ses obsèques, on découvrit
deu:x plis non moins énigmatiques, qu'on se
contenta d'im-entorier. Le président du tribunal civil ouvrit en personne la cassette. On
y trouva des papiers intimes, dont il ordonna
l'incinération, et des documents susceptibles
d'intéresser la succession, qui furent remis
au notaire.
L'espoir de ceux qui s'attendaient à découvrir du rare fut trompé une fois de plus. La
police italienne se chargea de dissiper le reste
de leurs illusions. Elle est terrible sur le
chapitre &lt;les révélations posthumes, celte
(( CASTIGLIONE. ))
police; elle voudrait tout lacérer, tout déElle ne s'était pas trompée sur le court truire des moindres paperasses frisant l'indélai que lui ménageait la maladie. Le 28 no- discrélion, à l"égard des gens investis d'une
vembre 1899, elle s'éteignait dans une part de l'autorité royale, tout cc qui serait
chambre du restaurant Voisin, où elle avait susceptible d'affaiblir la considération dévolue
émigré p:ir crainte de soupçon, et le dernier au pouvqir. Plus récemment en éclata la
témoin de ses jours attristés adressait aussitôt preuve, pour les papiers de Crispi, sur lesquels on posa les scellés, et que dut én~rgices lignes à M. Louis Estancelin :
quemenl défendre la fille de l'homme d'Etat.
La dispersion des miettes documentaires
« Cher monsieur,
appartenant
à la mémoire de Mme de Casti(&lt; La pauvre comtesse est morte, cette nuit,
glione
fut
une
perle regrellable, .sensible au
des suites d'une apoplexie cérébrale qui l'a
cœur
des
archi,~stes
et des biographes, pourfrappée, dimanche, à deux heures, et qui a
été aggravée d'une paralysie du côté gauche. , chasseurs de pièces inconnues. li y aurait eu
de quoi vraiment les affriander. Que ne purent&lt;( Elle se porlaitbien, les jours précédents;
mais elle avait eu de fortes contrariétés avec ils Oairer d'une narine experte el de leurs
sa montagne, cc qui n'a pas peu contribué à mains palper ces liasses confuses, et y cheraccélérer son mal. On devait lui vendre tout cher leur bien! Mme de Castiglione, quoiqu'elle
ou partie de sa montagne (ses propriétes de écrivit fort mal (je dis la chose au matériel),
la Spezzia), et je ne sais point si cela n'a pas avait échangé des lettres certaines avec les
plus hauts pers&lt;mnages de l'Europe entière.
eu lieu samedi.
Pie IX, Victor-Emmanuel, Napoléon, Cavour,
cc Elle s'est éteinte très doucement, cette
Thiers
,,les princes d'Orléans, l'avaient gratinuit, à trois heures trent~ minutes. Elle
m'avait encore reconnu à onze héures, el je fiée de .leurs au Lographes. Des diplomates
crois que, Yers trois heures, son regard s'est étaient sortis, en son honneur, de la réserrn
posé la dernière fois, lassé, sur ceux pré- obligatoire à leurs fonctions. Elle détenait,
en l'une de ses cassettes, des notes réYélalriccs,
sents.
•
1. A ill. Estancclin, novembre ·1899.
~- J'en Yis de tels, recueillis par ill. Georges Monorgucil, el M. Hanotaux me monlrail, un matin, sur

une enveloppe jaune. un mol, paraissant, à tous les
pointst.lcvue,de larnainll'un d,,mPsliquc. - Or, celuici, aprè, avoir rendu complc de diverses commissions,

presque des papiers d'État .... Mais ce fut le
pillage organisé de la correspondance castiglionicnne. Des émissaires aux yeux aigus,
aux doigts agiles, chiffonnaient, détruisaient,
brùlaient loul, sous le regard consterné de
journalistes accourus en bâte, qui voyaient
partir en fumre leurs espérances de butin.
C'est à l'intervention inquiète des autorités
de la Péninsule que fait allusion clairement
cc passage d'une lcllre, émanant d'un des
exécuteurs testamentaires de la comtesse, et
qu'on aYait adressée à l'ami fidèle, en
Normandie :

« ... 1900.
&lt;( Je rentre, aujourd'hui mème, de Sicile.
Absent de Paris depuis trois semaines, je ne
sais ce qui a pu paraitre dans les journaux;
mais, deux jours a,·ant mon départ, j'avais
vu l'aYoué de la comtesse. li me dit, alors,
qu'en appel le gouvernement italien arail
obtenu le droit de liquider les affaires de
Mme de Castiglione et qu'immédialcmenl
rambassadearait levé les scellés et commencé
très rapidement le dépouillement des papiers.
li s'est Lromé une quantité de choses écrites
de sa main, mais incompréhensibles. Ces
papiers ont été jetés au feu, ainsi qu'un
grand nombre de lellrcs, dont l'origine était
inconnue.
u Deux jours après le jugement, les héritiers de la comtesse se sont présentés pour
recueillir ce qui reste de la succession. Peu
de chose, parait-il. Je ne connais pas la per·sonnc dont vous me parlez dans votre lellrc,
M. Tribonc . .Je n'en ai même jamais entendu
parler pat· la comtesse. Du reste, clic prétendait toujours n'al'oir pas d'héritiers ; mais
ses asserLions étaient souvent inexactes.
« Tout cc qu'elle arnil accumulé dans
l'appartement oit clic est morte, chez Voisin,
a été dépouillé; mais rien de bien important
ne fut trouvé.
(( Agréez, elc ....
&lt;( S**' &gt;&gt;

Des chercheurs obstinés remuèrent les
cendres. On continua d'interroger, autour
d'elle, jusqu'aux moindres parcelles des souvenirs qu'elle aYail pu laisser. On n'en pul
rien raeporter, qui eùt le caractère confidentiel. Des carnets de comptes, .barbouillés de
commun arnc la gouvernante Luisa Corsi, des
pièces de procédure, des bribes de correspondance sans grande signification, d'étranges
chiffons 2 , que griffonna la main lourde de
gens su bal ternes, et réYélant crue la reine de
beauté, la dil'inc comtesse 1 dans son triste
déclin, n'avait pas dédaigné léi~nLretiens ou
les consolations, si ce n'est pas trop dire, de
cette espèce de gens ... c·était peu de chose,
ou plutôt cc n'était rien. De ses inlimilés
illuslres, pour unique tra~c : une enveloppe
sans lettre, où se reconnaissait l'empreinte
impériale. Il avait fallu se contenter de ces
minces vestiges. Les l'irluoses de la chronique
duren·l se rabattre sur les glanures du reporsur un Lon uo peu familier, termine sou poulet pa1· un
~ bien le bonjour a Madame la comtesse », qui semble
singulier, précédant la simple signature C11ARLES.

U1œ Po.MPADOU'l( T.MPi'l(r.J11.E - -...

tage et_ s'e~ t.~nir, faute de meilleurs éléments
de copie, a l inventaire de la vente q . . .
d
' l
b
' Ut SUll'lt
e pres es o sèques, avec les lots d'importance
,.
. et les autres , dirnrs., tels 1e 1ameux
coIl 1er de perles de 422,000 francs un . ,
1.èveme~L de l'empereur des Français su!i:
cconom1es de sa cassette particulière - le
Câ'rnet de bal signé par le roi Victor-Emmanuel, cl drs parcelles d'héritaO'e
o , Joyaux,
cl en t~ Iles, porcelaines, dispersées au feu des
encheres.
de tous les pap·
J ·L'anéantissement
·
, 1ers qm.
m_ av~ie~t appa rtenu, le silence de parti
pr1~ ou s c_nfermcnt les rares confidents de
ses 1mprcssrons
· .
,
' aux• années mauva1ses,
tout
cr1a na pas arrêté ni diminué la curiosité

qui s'attache, exceptionnelle, à la personne
de Mme de Castiglione.
C~rio_sité _bien légitime, et que notre longue
et ,s1 _mmutteuse étude ne fera, sans doute,
qu, .av1Yer
mêmes . Car,
bl par ses divulrrations
o
rerrt~ cmcnt, avec sa puissance fascinatrice
son role de mystère, ses ambitions plus grande~
que ses _moyens, ses dons incomparables de
corps, smon d'âme, ses étranO'etés de Loule
~ort~, poussées jusqu·à l'extrême limite de
ses Jours, la comtesse de Castirrlione aura été
non pas &lt;( une ligure surhum~ine Il comm;
ten~cra de l'établir quel11ue dévot' extasié,
m~1s, _sans. ?on teste, l'une de ces physionon11es
et rares que , dans l'e•p
d' srnguheres
·
~ ace
une vie, on ne rencontre pas deux fois.

ll /aut ~ chaque période déterminée du
passe son image de séduction et sa léœende
Ent~c _les femmes de son temps, M~e d;
Cast_1ghone fut celte légende et cette séduction.
St peu qu'on ait tenté de jouer un rôle
tran_cher s,m: la _foule, on n'échappe poin~
a la_ 101 de l lustmre; on est prisonnier de
ses Jugements; on appartient, bon gré mal
gré, au besoin qu'ont les hommes de savoir
les choses en détail cl de juger sur des faits.
(i'ob,curité d'outre-tombe, it laquelle arail
aprcment
aspiré Mme de CastiO'lione
Il&lt;'
.
0
'
po'.t\'a1t pas lui servir de linceul, parce
qu clic eut son moment d'éclat cl de bruit
el
qu'elle appartient au cortèO'e
de so~
,
0
cpoquc.

?c

FRÉDÉRIC

LOLIÉE.

Une reine d'Espagne·
La reine d'Espagne, Italienne de naissance (première frmmc de chambre) venait leur elle pou · ·t ' 1··
, ~ai ' a m~u du roi, s'entretenir aYcc
et, de cœur, -~aïssait les Espagnols autant donner de3 manteaux de lit, et ils faisaient
rcux qu el!c voul.irt faire introduire secrètequ ~Ile e_n ét~1l haïe, et les témoignages qui leurs prièr~s;. après _quoi Grimaldo, à qui les ment. Cc J0Ur était celui ou' 1 . d
.
.
.
e rot onnait
en cclata1ent JOumellcmcnt entretenaient celle autres secretaires d'Etat remet laient les affaires au d~
encc publique.
haine réciproque. La reine ne se contraiO'naiL
de leurs départements, rntrait, et en faisait
0
, S1 la rc! ne profilait de celle audience pour
~ê'.11e pas de l'avouer ; el le peuple dc son le rapport. Grimaldo congédié, le roi prenait
s _ent1:ctemr aYec quelqu'un, il fallait ue cc
co_te, lors9~e le roi Philippe V et la reine pas- sa robe de ch,amb_rc, passait dans une gardc~ut ~1en secrètement, car le roi était to~jours
saient, criarl librement, de la rue cl des bou- r~?e pour s halnllcr: el la reine, dans la
:tnqmct d~ ce qn 'on pouvait dire de particulier
ti~ucs : Vi va el fü y la Savoyana ! (la feue piec_c _où . était sa toilette. Le roi, l,ienlôl
' celle ~rm~sse : au point que lorsqu'elle se
re1~e, adorée des Esp:i.gnols el dont la mé- habille, faisait entrer son confesseur et apre\s
co~;es.sa1t~ si_ la c_onfession se prolongeait lus
'h
'
'
~01rc est encore en vénération). L:i. reine un ~uar_t d eure de confession ou d'entretien
~lu ,1 1 or?ma1rc, tl entrait dans la cbambrf et
re?nantc affectait en vain de mépriser ces P,art1cul1e'.·• allait lrourer la reine. Les infonts 1 appelait la reine.
'
cris du peuple : elle en était au désespoir. s Y rendarenl. Quelques officiers principaux,
. Ils communiaient ensemble Lous les huit
Malheureusement, le peuple et elle ne lullaient les. dames et lt&gt;s caméristes de service for.Jo_urs e~ les dames de la reine lui auraient
pas à force égale. Elle avait la toute-puissance maic?t toute l'assemblée. La conrersalion
dcplu 'SI cll:s n:en avaient pas usé ainsi.
par u~ m?yen as~ez naturel: le tempérament roulait sur la chasse, la dérotion ou autre
~e ~?u) d1vert1ssement du roi était la chasse
du roi lm rendait une femme nécessaire et chos~ de . pareille importance. La toil&lt;"tte
q~11 n eta1t pas moins triste que le reste de ~~
s_a dé,·otion ne lui permettait aucune infidé- dura'.t env1ro~ trois quarts cl.heure. Le roi et
ne. Des paysans formaient une enceinte po~r
lité. La reine était laide, quoiqu'elle eùt l"air la rcmc passaient ensuite dans une chambre
u;e hal~ue, et faisaient passerrerfs sangliers
a~sez ~~hie; et le roi étaiL toujours dans des où. s~ donn~ient les aydiences particulières aux c _e1Teml~, renards, etc., devant]~ roi et 1~
d1spos1l10ns qui la lui faisaient trouver belle
mm1stres
etrangers
et aux seiO'neurs
de la reme, qu,'. enfermés dans une feuillée, tiraient
•
•
0
et la traiter comme telle. Elle y joicrnait tout~ cour qui en avaient demandé.
sur les animaux.
la coquelleric possible pour son° mari le
Quand on· introduisait quelqu'un, la reine
Quelque crédit que la reine eût su l'
.
· Il
•
.
r espr1 l
louait publiquement et en face pom· sa bea;té · atîectait de rn retirer dans l'embrasure d'une d
. u roi, e e é!a1t obligée de l'étudier à cha ue
~t 9uoiqu'il eût élé assez beau étant jeune, il f~'.1être; mais celui qui anil à parler au roi i?stant, de faire nai'tre ou de saisir les o!acta1t alors dans un Lei étal de délabrement n ignorant pas que ce prince rendrait le tout
s10ns _de ployer dans des moments, et quel~ur la figure, que si les princes n'étaient pas à la reine, qu'elle serait choquée du secret quefois de se servir des aYantaaes que 1 . d
't l
o
Ul Oil·
m_vulnérables conlre les louanges les plus q~•o~ aurait roulu lui faire et préYienùraiL Je
na_1 ~ t: m_Pérament du roi. Les refus de la
d~goûtantes, il aur.iit pu prendre celles de la roi dc_farorable'.°ent, ne manquait pas de la rcme irr1ta1ent son mari l'enfla
.
de
,
mmaient
reme pour une dérision.
supplier de s approcher, ou parlait a~scz (J1~s en plus, quelquefois
produisaient. des
Le roi et la reine étant d'une jalousie réci- haut pour en être entendu, si elle persistait ~ccnes v10lentes, et finissaient pa " .
b
·
·
1
.
,
~roque sur tout ce que l'on pouYait dire it dans sa fausse discrétion. La reine savait donc o temr a a reme ce qu'elle voula1·1 rL 1a1re
.
1u~ ou à l'autre, ne se quittaient ni jour ni exactement tout cc qu'on disait au roi et 1
d dé ·
• a v10e1_1ce es sirs du roi faisait la force d 1
nurt. Tous les jours, à leur réveil, l'assafeta avail de plus chaque semaine une heure' où reme,
c a

DUCLOS.

�••
.M.llDA.ME
COMTESSE D'ARMAILLÉ
~

,

Xadame Elisabeth
D •unc importante. e.t très remarquable. i tudt biographiqu•, con,acr&lt;• par Madame la Comttsse d' Armaillé
2 .Madame 'Élisabeth, nous détachons I• charmant chapitn qu' on va lir&lt;. La bdl&lt;-sœur de Marit-An'.ointtl&lt;'.
au ltndtmain de la ruptur&lt; du projtt de marsag• qu,
,ùt fait d'elle la ft mme de joseph Il, em;&gt;&lt;-~•ur d"AII~~

magne, nous y ut montric. dans son •~ petit Tr~anon
de. Montreuil, qu'elle allait ltre., bie.ntot, contrainte. de

quitter pour les Tuilerits, puis pour le Templt.

Une heureuse période s'ouvre pour Madame Élisabeth, depuis 1785 jusqu'~u déb~l
de la Révolution. Certaine de passer desorma1s
sa vie au sein des affections de son enfance,
elle s'attacha davanta0 e à sa p:ilrie, jouissant
des succès de la Franie, desa prospérité croissa1ite, el partageant les illusions de celle époque
où l'éblouissement était général. l)ans ses lettres, on la voit s'intéresser vivement aux événements de la guerre
d'Amérique el aux vicoires de ~os
armrcs. Les ,•isitcs des souverams
de Rus, ic cl de Suède excitent sa
curiosité. Accepter les innovations,
les espérances du présent, sans regret du passé cl sans effroi de
l'arnnir, rtail alors le partage de
la jeunesse intelligente et de haute
condition. Pour la classe moyenne
de la société, les éréoemenls marchaient vers un point obscur, rnrs
une crise dont les vieillards signalaient le danger ; mais, aux yeux
de la nobbsc, l'accord entre le
peuple et le pouvoir seml,lail complet, et l:i. cour, trop confiante da~s
la solidité de l'édifice monarch1ciue, ne s'inquiétait pas &lt;les ruines
qui déjà s'entassaient autour~e I_a
colonne principale, et le laissait
sans défense.
Un de ces désastres, précurseur
&lt;le bien d'autres, rendit Madame
ltlisabeth propriétaire de Montreuil,
jolie maison de c~mpagne à pe!1 &lt;le
distance de Versailles. En 178.), le
prince de Guéménée ruiné ~t~il contraint de se drclarcr en faillite. La
somme s'cllernil à plus de trentcrinq millions, cl les gens a~tcinls
se Li:ouvaient être des domcst1ques,
drs concierges, de petits commerçants, qui a\'aic nl confié leurs
éparrrncs au prince, généralement _
aimé~ ainsi que toute sa famille. D~s i1~Lendants peu scrupuleux avaient conlr1~ue au
désastre el en profitaienl. La prmcesse
de Guéménée, gou\'ernante des Enfant~ ?e
France se vit obli«ée de donner sa dem1s~ion et' de Yendrc ;es biens, Montreuil était

son habitation de plaisance à Versailles

C'esl voire Trianon. Le roi, qui se fait un
plaisir de vous l'o~~ir, me laisse ,~lui de
&lt;I vous le dire. l&gt; La JOte de Madame 1!:lisabeth
fut extrême. Et, en effet, n'était-cc pas une
félicité cn,·iablc que d'échapper dans la rnêmr
année à unr couronne, d'obtenir un beau
jardin, et de rendre service à une amie malheureuse!
Le chez soi de Madame Élisabeth était un
pelil domaine situé à_l'entrée, de V~rsaillcs,
par l'avenue de Paris .. Il s étendait de la
ruelle du Bon-Conseil à la ruelle Saint-Jules.
Le parc, de . neuf ar~e~ts, était. bordé d'un
com·erl de tilleuls tailles en \"Oule formanl
nne sortr de terrasse, &lt;le laquelle on Yoyail
p::isscr les voilures de toute _sorte, ame,nant el
ramenant de la v1Jlr royale a la capitale celte foule de courtisan~ el
de solliciteurs que ne rrhutairnt
ni les nrigcs dr l'hiYCr ni la chaleur
de l'ét{,. Cette allée était le seul
côté français du jardin de Montreuil ; le reste était dessiné 11 la
mode an«laise.
Au milieu d'unr
0
' dc
pelouse semrc d'arbre, 1• soles'.
massifs de plantes et de corhe1lles
de fleurs, s'élevait la maison, dont
l'ornement principal était un péristyle d'honneur soutenu par des
colonnes de marbre. A gauche,
était une ferme, un potager et des
communs peu considérables. Du
salon, on pouvait entendre chanter
les coqs, beugler les vaches, se
croire en pleine campagne, dans un
manoir de province. Au defa du
parc s'étendait le village de Montreuil, composé de maisonnettes
éparses entourées de jardins, de
petites cultures. Une roule descendait parmi ces masures el cc~
champs il l'église de Saint-Symphorien, laide construction en style
de temple grec, surmonl L1e. d'une
sorte de pigeonnier carré, 011 sonnait une cloche fèlé&lt;· &lt;JUi nr Larda
pas ~ devenir la fi)leulc de Madame
t~lisabeth.
En prenant possession de Montreuil , la princesse s'offrit une autre
jouissance. Auprès de la ferme
s'élevait, donnant sur une rue
étroite appelée rue Champ-la-Garde, un_c prtilc maison de dépendances 011 poura1l demeurer une famille pendant l'été. Madame
l~lisabeth la donna à la baronne de Mackau.
Une porte de cette mais?n s·o~1vr~it s_ur 1~
jardin de la princesse, qm eut ams1 la liberle
&lt;(

(&lt;

a

Les Gr,ices en rianL dessinèrent llonlreuil, »

écrivait Delille dans son poème des Jardins.
Peul-ètre ne serait-il resté d'autre trace de
celle demeure que ces lignes éphémères, si le
roi ne l'anit achetée pour rendre service à la
grande dame ruinée. La reine le sut, et, avec
sa bonté accoutumée, elle lui proposa secrètement &lt;le l'offrir à Madame Élisabeth. Elle
voulut lui en faire le surprise. )larie-Antoinelle, avec tout son charme, apparait dans cc
récit : &lt;1 Allons à Montreuil, dit un matin de
mai 1784 la reine à sa belle-sœur. l&gt; Celle-ci
accepte en soupirant, croyant la maison de
son ancienne gouvernante encore à vendre.

.MAD.DIE ELIS.\ OETII.

Table.111 de M~!F. \'IGF.E-LE BR~:,/. {.\fusée de l 'ersai/les.)

On arrive : les portes sont ouvertes, les ~alons
disposés pour la réception ; le jardin, l'orangerie sont remplis de fleurs et, d'ar~ustes;
les "ardiens paraissent empresses el Joyeux.
&lt;1 l\1a sœur, dit la reine en souriant à la prinu cesse, reccrnz-rnoi : mus êtes chez vous.

de l"enir voir son institutrice sans sortir de
son domaine.
Ce ne fut pas son seul voisinage amical :
Mme de Mackau recevait souvent sous son toit
ses filles et leurs familles. Enfin, l'ancien médecin &lt;les Enfants de France, Le Monnier, acquit
tout auprès un pavillon et un jardin dontllfmedc
,\htrsan avait voulu se défaire à la suite de la
ruine de ses parents. Le Monnier, fatigué par
ses travaux, s'établit avec sa femme dans celte
retraite, qu'il se plut à embellir, et à laquelle
le voisinage de la sœur du roi donnait un
nouvel attrail. Madame Élisabeth rendai t sourcnt visite i1 cc vieillard, dont elle esti mait
la science et respectait la vertu. Un échange
de petits services, de distractions même,
s'établit promptement entre les voisins. Le
~fonnicr associait l\fadame Élisabeth à srs
recherches de botanique dans son jardin, à
SPS expériences de physique dans son cabinet.
Dès que la robe blanche de sa jeune roisinc
apparaissait à I'c11lréc dc l"alléc qui menait au
perron de sa maison, le vicill.ard abandonnait
ses liHcs cl ses plumes, pour promener la
princesse dans les sentiers de son petit parc,
dans les carrés de son jardin, ayant toujours
.' à lui montrerquelq ueplanlcnouvelle,quelque
lleur étran-gère. S'il pleurait, il lui ouvrait sa
bibliothèque, ses herbiers, ses cartons de
dessins, ses collections d'insectes. Un page de
Madame Élisabeth, Adalbert de Cbamissot,
l'accompagnait souvent chez Le Monnier, et
profita si bien des leçons du savant, qu'il
devint lui-mên1e assez bon botaniste pour
tirer parti de celle science en .\llcmagne, Oll
il se fixa pendant l'émigration' .
Le roi avait décidé que sa sœur ne passcl'pit la nuit à Mont1·euil que lorsqu'elle an rai t
afteinl sa vingt-cinquième année. Pendant
plusieurs ;innées, elle obéit ainsi à celle exigence. Docile à l'étiquette de la cour, elle
entendait chaque malin la messe dans la chapelle de Versailles, et montait ensuite à che,·:i.l ou en voiture pour aller chez elle. Quel&lt;(Ucfois, elle s'y rendait à pied. &lt;I Notre YÎe à
11 Montreuil, raconte Mme de Bombelles,
11 était uniforme, pareille à celle que la fa« mille la plus unie passe dans un chàtcau
n il cent lieues de Paris. Heures de travail,
« de promenade, de lecture, vie isolée ou en
« commun, tout y était réglé avec méthode.
« L"heure du diner réunissait autour de la
« même table la princesse et ses darnes. Elle
« avait ainsi fixé ses habitudes. Vers le soir,
&lt;1 avant l'heure de retourner à la cour, on
« se réunissait dans le salon, et conformément
&lt;1 à l"usage de quelques famillrs, nous fai&lt;1 sio11s en commun la prière du soir. l&gt; Puis
on se remettait en roule vers cc palais, dont
on était à la fois si loin et si près, el l'on
rentrait, non sans regret sans doute, mais le
cœur rafr,ùchi par l'impression d'une journée
remplie par le travail el l'amitié, et sanctifiée
p,tr la prière.
La mème rectitude se retrouve dans la
1. Le comte Adalbert de Chamissol écrivit aussi
eu Allemagne le roman appelé Pie,·,·e Schlemyl, qui
obtint un grancl succès.
2. Ferrand. - Bcauchcsne. - Guénard.
;;_ l.ctlrc à la ma,·quisc de càusans, 3septcmbre 1784.

ÉL1SA'BET1t

consigne destinée à maintenir la domcslicilé &lt;( depuis huit jours que j 'y suis; j'écris des
du chàtcau dans J"ordrc le plus sévfrc, et dans « lettres innombrables; cela ne mrplaitguèrc,
un règlement signé de la main de la princesse, cr mais lorsqu'on 11assc autant d'heu res dans
et qui fermail à toute personne étra.ogrre 11 la journée sans voir autre chose que son
l'accès du jardin, qu'elle fùt absente ou pré- « chien, on n'est pas fâché d'a,·oir cc genre
sente. Le malheu1· 011 la pauncté étaient les &lt;1 &lt;l'occupation. Sans cela, j'en aurais beauseuls titres d'entrée : une sonnette, établie i1 &lt;&lt; coup d'autres; par exemple, le dessin. li ~
une petite porte des communs et correspon- 11 a trois jours que je cric après M. Van Bladant avec une sorte de parloir, répondait aux 11 rcmhcrghe\ et qu'il ne l"ient pas. Je ,·ais
visiteurs nécessiteux. Ceux-là ne manquaient « commencer un petit dessin pour les dames
pas; aussi la possession de Montreuil aug- &lt;I de Saint-Cyr. l&gt;
mcnla-t-clle beaucoup les dépenses de Jtadame
~fais la principale occupation de la châteÉlisabeth, dont les comptes se trouvèrent no- laine, on le voi l dans ses lettres, est, aprè~ !r
tablement chargés à l'article consacré aux dessin et la lecture, la Yisite aux pauvres des
paurrcs. En les feuilletant, il est facile de en rirons. Aux uns elle a porté des vètements.
reconnaitre une silualion souvcn l embarrassée, aux autre~ des autorisations de ,·enir chercher
cl qui devait même imposer cer taines priva- du lait et des œufs à sa basse-cour, &lt;les létions, si la caisse royale ne ,·enait en aide. gume$ à la petite porte du potager. Un soir,
&lt;I )fais, racontent des· témoins, comme il 1;tait
clic prend la plume, toute ral"ic de sajouJ'Jléc !
« pénible à Madame &lt;le recourir à la généro- Elle arait marié une protégée. &lt;1 Mon cœur,
« sité du Roi, clic avait il s'ingéniPr pour « écrit-elle, est encore tout plein &lt;l11 bonheur
&lt;&lt; satisfaire aux continuelles demai1drs des
&lt;1 de celle pauvre enfant qui pleure de joie:;_ 1&gt;
&lt;&lt; \'Oisins pauvres, &lt;les malades et des infirLe lendemain est moins riant : clic a passr
&lt;( mes. Elle économisait sur ses parures, afin
une heure an chevet de celle pau\l'c mère
&lt;( de pou,·oir suivre les dispositions &lt;le son
Bendoulet, qui s'eïeinl loul doucemenl cl
« cœur. li lui en coûLai l darantage &lt;1uand elle qu'elle chetche à consolet. ln autre jour,
&lt;( devait, pour la mèmc raison, se refuser des
elle se lamente sur la mort d'un ourrier sul,i&lt;&lt; arbres rares pour son parc, des ornements,
lcmcnl frappé &lt;l'un mal inconnu en trarailla11I
« des ohjets d'art pour les sa.Ions de son petit au jardin : &lt;&lt; JI a reçu le sain t ,·ialique &lt;les
« palais. Un marchand vint lui offrir un matin &lt;1 mains du curé de ~fonlreuil. Elle a prit;
&lt;I une garniture de cheminée qui lui plaisait,
« avec la famille désolée; puis, en rentrant,
« mais dont il demandait quatre cents liHcs. « clic s'est tracassée de l'idée qu'il avait été
c1 - Je ne le puis, répondit-elle, car avec celle
H mal soigné, el en cause a\'CC Le )Connir r,
&lt;1 somme je puis monter quatre peti ts méet qui parait n'y rien comprendrcG. &gt;l Comme
&lt;&lt; nages'. &gt;&gt;
les secours de Loule espèce font défaut il la
L'intérieur de Mo11lreuil resta doll(· rclati- petite paroisse. clic forme des projets utilrs;
,·cnwnl fort simple, en comparaison de cclni rllc "Oudrait installer une maison oü les vieildes autres résidences particulifrcs de cl'ltc lards et lrs enfants lrouvcrnienl un asile, de
époque. Quclc111cs piècC's drmcurèrenl sans la nourriture el des soins. En attendant, nne
meubles cl fermées, Madame Élisabeth se ré- chambre où Le Monnier donne des consultaserrnnl celle dépen~e pour ' d'autres Lemps. tions est disposée par ses ordres au chàlcau.
Dans le parc, on ne Yoyait ni temples, ni ro- Elle apprend à panser, à préparer les médicbr rs artificiels. L'inl'cntairc des plantes qui cmnents. L'arrangement de ms livres entre
ornaient la serre el l'orangerie est peu consi- aussi pour beaucoup dans l'emploi des madérable. Les frais d'entretien même devaient tinées. « ~la bibliothèque est presque finil'.
ètre limités, car, il l'époque de la confiscation C&lt; écrit-elle à )fmc de Raigccourl, les lablcllcs
de la propriété, les rapportCllrs se plaignaient ,, se placent ; tu n'imagines pas quel joli cfiet
d'un étal de délabrcmrn l qui remontait à un &lt;C font les livres. ll Ce qui manque à ~font rcuil ,
temps déjà éloigné. Jladame Élisabeth ne c'est une chapelle; aussi Madame Éli~abctli
donna jamais de fête à 1lontreuil ; aucune a-t-elle souvent à se rendre à l'église du vilcuriosité ne s'nllachait it cette modeste rési- lage, qui est glaciale en hiver et humide au
dence, et la calomnie, si ardenle à rettc épo- printrmps. L'accès en est peu facile pour les
que, respecta le seuil d1• celle porte, il l'aspecL carrosses, et le meilleur moven es t d'aller à
monastir1ue, dont les piliers charg1:s &lt;l'iris pied par les ruelles, dans une· crotte indigne.
rappelaient J"cntcéc de ces Yicux logis &lt;le nos Puis les sermons son t intcrminablrs, le chant
pères 011 s'écoulait, ignorée du public, mais &lt;les offices laisse beaucoup à désirer. &lt;1 J'ai
non pas du bonheur, la ,·ie de famille des (( l'air d'une vraie campagnarde, Jcrit-elle un
7
siècles passés.
_
&lt;&lt; lundi &lt;le P,\ques • C'est que je suis à :lion.Celle de füda111c Elisabeth, à )lonlreuil, « treuil depuis midi. J'ai été il vèprcs à la
serait cachée à ses biographes, sans quclr1ues « paroisse. Elles sont aussi longues que l'anpassages de ses lettres qui en éclairent agréa- « née dernière, et Lon cher vicaire chan te
blement les petits incident~, les nai\ ctés, les &lt;I l'O f!'itii d'une manière aussi agréable.
tristesses cl les sourires.
« Des Essarts a pensé éclater, et moi de
« Le bonheur que je goùle ici esl tranquille, &lt;( même 8 • ll
&lt;I écrit-elle en 1781;;; je m'occupe beaucoup
Les visites étaicnl rares à Montreuil cl le
4. Van Blaremberghe, maître de dessin de la princesse el des fils du comte d"Artois. Sa femme était
une des premières femmes de chambre de llaclamc Elisabeth.
;;. 1,cllre à la ma,·quisc dP Bombcllcs. 1786.

ü. l.ellre à Mme de Raigccourl.
7. A )!me de ll.aigccourt. F. de Conches, page
96.
8. La marquise des Essa r(s, l'une des &lt;lames de
)tadame Elisabeth.

�_____________________________________ __
..;_

H1STO'Jt1.Jl

chàtcau ne s'ouvrait guère qu'aux membres
de la famille roiale. Madame tlisabeth aurait
pu cependant recevoir quelques-uns des souverains CJ ui passèrenl à Versai lies à celle
t:poquc, le comte cl la comlesrn du Xord, le
roi de Suède, les princes d'Allemagne parents
de la reine. Elle ne parait pas a roir recherché
rct honneur. En revanche, elle I' allirait sourcnl ses ne\Cux cl les enfants de ses amies.
+:Ile jouissait de leur faire respirer à lion treuil
les premières bouffées d"air printanier, s'amusait de la fierté enfantine de la pelitc Madame,
cl des rudes naïvetés de )lmc Poitrine, la
nourrice du O:iuphin. &lt;! Celle-là, écrirait
« )lmc de J3ombelles, csl une franche paI1&lt; sanuc, ft•mmc d'un jardinier de Sceaux.
&lt;&lt; Elle a le to11 d"un grcnadiPr. Elle jure al'ec
« une grande f'.icilité. Elle ~(• moque de la
« poudre, clic met son bonnet de six cents
« francs sur ses chc,·cux com111e une simple
&lt;&lt; eornclle 1• ,,
.loycuse eommèrc que celle Mme Poitrine,
donl les ~cbos de Monlrcuil, comme &lt;·eux de
\"crsaillcs, répétèrcnl le refrain fa,-ori :

•

Qu:tlcz vos hahils roses
El ,·os satins brochés!

•

En cll'cl, on les quillail, cl à lfontreuil,
comme à Trianon, la percale et la baliste remplaçaient le damas d~s Iodes cl le ,·clours de
L1on. Les noms rnèmcs se simplillaienl, quelques locuti:ms du l'illage se mèlaienL au beau
langage du d,x-huitième siècle. 1 Montreuil,
mille pclits nomsd'amilié s'échangenl. ~imcdc
Uombclles s'appelle Bombe; son lils, cc Jlenri
&lt;! toujours pendu à son sein, ,&gt; se nomme
Bonbon; sa petite sœur rs l Bonbonnellc ;
Mme de Raigccourt n'est que Mme Ha~c; la
comtesse de 'l'ral'ancl, sœur de M. de Bomhcllcs, Mmr Tral'ancttc; la l'i\'C et spirituelle
comtesse des Moustiers s'appelle le Démon;
Mme de Clermont-Tonnerre consen·:i son joli
nom : elle reste Delphine. Il est Hai que,
moins cbampèlre que ses compagnes, elle
Lremlilc deYanl &lt;! un insecte, ,&gt; cl pâlit au
bruit du tonnerre. « Elle a peur d'un petit
&lt;1 orage qui dure depuis un quart d'heure ... ,&gt;
icrit ~ladame Élisabeth, qui, au contraire,
aime à re6arJer « tomber la pluie d'été el à
&lt;! voir scintifü•r !"éclair de la f'cnèlrc Loule
« ou l'crtc. ,,
Mesdames, tantes du roi, étaient du nombre
des visiteuses de Montreuil ; mais, à leur arrivée, il y avait lieu de prendre un ton de circonstance, de se rappeler qu'elles tenaient
beaucoup à l'étiquette, cl surtout qu'elles
détestaient les animaux. Or, les animaux à
Monlreuil étaient les courtisans favoris. Il y
avait les poules préférées, les chèvres du Tbibet, la génisse Muselle qui &lt;! donnait de si
bon !ail, » l'àne Panurge, dont le gardien
était grassement rétribué, le gros mùtin
mème de la basse-cour, qui présenlail sans
façon &lt;! à J'anglaise l&gt; sa pal Le croltée à sa
maitresse. La seule vue du piqueur de MeEdamrs rerm iyait les uns à l'étable, l'autre à
la niche: Un jour l'embarras fui grand : M. de
·t. Lellre de )lmc de Dombellcs it ll. ,le Brymbetlcf,
(llea.uchesoe.)

Bombclles avait envoyé de Lisbonne « un
singe adorable, » qui croquait des gimbhittcs
à ral'ir. « Mc voilà au dé,espoir, ,, écrit )ladamc Élisabeth à Mme de Ilombelles : « ma
&lt;! tante Yicloirc a une peur affreuse des
&lt;! singes. Elle scrai.l fùcbée que j'en eusse un.
« ~falgré toutes ses grâces cl la main dont il
« me l'icnl, il faut s·en détacher. » li. le
prince de Guéménée, qui se lr011l'ait 111, saul'a
la situation en emportant le (singe dans son
cabriolet.
Ainsi passail celle douce l'ic, mélange
aimable d'occupations sérieuses, de plaisirs
&lt;l'enfant cl de pratiques pieuse, et charitables.
Trop modeste et trop uniforme pour èlre racontée plu~ longuement, trop l.rcurcusc dans
son inr,o~enlc puériELé pour appeler dal'antage l'altcnlio11, elle a néamoins trouvé son
écho dans les soun•:1irs du dernier siècle et
sa pl(lcc dans la mémuirc Je 110, aïeux. Une
romance, de, enue p:lpulaire, s'est allacbée
au nom de Monl~cllll, en rappelant un bienfait de Madame Elisal,e1 h.
A la suite d'un cruel liil'Cr cl &lt;l'un élé pluvieux, les habitants de Montreuil étaient tombés dans une profonde détresse. Ces villageois, dont les ressources consistaient dans la
culture cbs lt\;umcs et des fra' ses, rcccraienl
aussi sous leur toit bc:lllcoup d'enfants de la
bourgeoisie de Paris, dont la nourriture, assez
bien payée, leur assurait une petite aisance.
)lais il arriva que les légumes, dévorés par
les l'ers des bannetons, m:inquèrent totalement; la misère entra dans les chaumières,
beaucoup de nourrissons succombèrent; ceux
que soutenaient la laiterie de Montreuil résistèrent seuls aux clfots de celle cruelle saison.
~Iadame Élisabeth tint conrnil arec ses voisins
pour al'iser aux moyens de remédier au désastre. Elle commença par assurer une récompense aux gens qui s'engageaient à détruire
les hannetons, cause première de la perle des
récoltes; puis, frappée des scrriccs que sa
laiterie avait rendus aux familles indigentes,
clic se dédda à donner à l'expluitalio11 de sa
ferme des bases plus étendues. Les exemples
ne lui mmqua:ent pas à celle époque, où
tant de grands seigneurs se plaisaient à fal'oriser ragricullurc cl à perfectionner l'éleragc
des bestiaux dnns lcvrs terres. Uouée d'un
esprit positif, Madame Élisabeth se rendit
facilement compte des ressources que lui olfriraienl des laiteries bien dirigées dans le voisinage de Ycrsailles cl de Paris. Les pauvres
en profileraient les premiers, et elle trou,·erail en même Lemps, dans la surreillance de
cette administration, de quoi salisfairll son
goût pour des occu palions plus acli res cl plus
sérieuses que celles de la ,·ic de la rour.
C"était alors en Suisse que se trouvaient les
meilleures vaches. Madame Élisabeth en fit
l'cnir un troupeau, cl l'Oulut al'o:r, pour les
garder cl en prendre soin, un vacher de leur
pays, sur la fidélité duquel eUc: pûl se reposer,
étant aYare d'un lait qui appartenait &lt;! aux
cul'ants pauvres du pays'» . ~)me de Dicsbach,
2. Bcauchesn~,.

.

:'i. Ferrand. Eloge de füdamo Elisabeth, notes

communiquées par Mme de Bombellcs.

.,/)

femme d'un officier suisse, indiqua, comme
pournnl remplir les mes de la princesse, un
paysan des enl'irons de Bulle, près de Fribourg, nommé Jacques Bosson. Madame
Élisabeth le fit Yenir a\'CC ses parents, cl, en
lui confiant sa laiterie, lui rép{ota dans quel
uul elle l'avail appelé à Montreuil. « Yous
« vous rappellerez, me disait Madame, &gt;l racoolail Jacques, « que cc lait apparlicnl aux
« petits enfants : moi-même, je ne me per« mellrai d'y goùter que lorsque la distribue! lion en aura été faite à L
ous. l&gt; Et le bon
Suisse ajoutait naÏl'cment : « Oh! l'excellente
« dame, non! la Suisse ne connail rien d'aussi
« parfail 3• n
Cepcnd:ml le paul'rc berger soupirait en
recevant ces orJres, cl semblait rèrr ur et
triste, en rangeant ses é::uellcs, en ramenant
son troupeau i1 la fin de la journée, en le sortant au lcrcr d11 soleil. Sa mélancolie fol
remarquée. « Qu'est-cc qui lui prend? disait
« la naÏlc cl bonne princesse à ses roisines :
« ses parents soat avec lui, ses vaches sont
1&lt; superbes, que peut-il donc lui manquer? 1&gt;
cl elle ajoulail, sachant que ~!me de Matkau
connaissait Mme de Dicsbach : &lt;! Tàchcz, mon
« cœur, de sa1·oir cc qu'il regrette; espérons
« que ce ne sont pas ses mon Lagnes ! Nous ne
« pourrions les lui donner. 1&gt;
La réponse ne tarda p:is longlcmps .•\rri\'ant une après-midi chez )In10 de Mackau,
Madame Élisabeth trouve ses amies autour de
la harpe. ~Imc de Tral'anet prélude et chante:
Paune Jacques, quand j'étais pri•s de Loi,
Je oc sentais pas ma misi•rc;
Mais, li présent que tu , is loin de moi,
Je manque de loul sur la terre.
Quand tu venais partager mes trav8 ux,
Je trouvais ma tâche lég~re;
T'en sou\'ient-il ? Tous les jours étaient beaux!
Qui me rcudra cc temps prospère!
Quand le rnlcil brille rnr nos guèrels
Je ne puis souffrir la lumière!
Et quand je sui3 à l'ombre des forêts,
J'accuse la nature entière 1

•

La musicienne se tul. Le secret de Jacques
était dél'oilé. L'Amour al'ait pénétr6 dans
Montreuil ! Mais toujours ingénieux dans ses
ruses, il arnit l'rappé comme un paul'l'C à la
porte la plus humble, et comme un p~uvrc
aussi il del'ail ètre accueilli arec bonté. Emue
de la douleur de Jacques, Madame Élisabeth
s'écria : « Ainsi, j'ai fait deux malheureux
« sans le sa l'Oir ! Dites-moi vile le nom de
« celle qui pleure là-bas, et qu'elle 1icnne
« bientôt ici : elle sera Madame Jacques cl
« )Ion treuil aura une laitière! ,,
Les cxplicatious abondèrenl. La future laitière était la cousine de Jacques, une ronde cl
jolie paysanne Jes bords de la Sarine. B:cnlot
elle arriva à Paris. Conduite immédial~mcnl
à \'crsailles, elle fut présentée à celle qu'elle
rccrarJait &lt;léJà comme sa protectrice. La noce
eu~ lieu à la forme. Les fiancés reçurent la
l,énédiclion nuptiale dans l'église Sainl-Symphorien de Monlreu:l, ayant pour t~lmuins
deux anciens serviteurs de Madame E11sabc1h
et le maitre d'hôtel de Mme de Raigcconrl.

�, - 111STO'J{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
Installé dans un pa,illon attenant à la laiterie,
l'heureux couple ne forma plus d'autre rè,e
que celui &lt;le vieillir au ~cnice de sa maitresse.

Tel eùt été son sort sans les événemcnts de
la Ré,olution. Le flot qui remersa Louis .H l ,
renvoya les pauvres bergers à leurs mon-

tagne~, oi1 des voyageurs les rencontrèrent,
bien des années après, toujours fidèle, au
souvenir &lt;le leur bienfaitrice.

ANDR~ LICHTENBERGER
~

Monsieur de Migurac

Co,m:ssE u'.\JüL\lLLE.

ou le Marquis philosophe
,1Q'Jifi.

Frère de Javorite
)ladame de ~aintenon, dans ce prodige
incroyable d'éléYalion oü sa bassesse était si
miraculeusement panenue, ne laissait pas
d'a10ir ses peines; son frère n'était pas une
des moindres par ses incartades continuelles.
On le nommait le comte d'Aubigné: il n'avait
jamais été que capitaine d'infanterie, et parlai l toujours de se , ieilles guerres comme un
homme qui méritait tout, et à qui on faisait
le plus grand lorl du monde de ne l'avoir pas
fait maréchal de France il y a longtemps;
d'autres fois, il di~ait assez plaisamment qu'il
avait pris son bàton en argent. Il faisait à
madame de Maintenon des sorties épouvantables de ce qu'elle ne le faisait pas duc et
pair, el sur tout cc qui lui passa il par la tète,
el ne se lroumil arnir rieu que le goU\ernements de Belfort, puis d'Aigues-)lorle , après
de Cognac qu'il gardaavec celui de Berri pour
lequel il rendit Aigues-~lortes, et d'être chevalic•r de l'ordre. Il courait les petites filles
am Tuilerie~ et p,11·Loul, rn entretenait toujours quelques-unes, cl vivait le plus ordinairement a,ec elles et leurs familles cl des
compagnies de leur portée où il mettait beaucoup d'argent.
C'était un panier percé, fou 11 enfermer, mai,
plaisantavccdel'esprilctdessaillies el des reparties auxquelles on ne pou vail s'allcndre.
Avec cela bon homme el bonnète homme, poli,
cl sans rien de cc 11ue la Yanilé de la situaLion
&lt;le sa sœur cùl dù mèlcr &lt;l'impertinent: mais
d'ailleurs il l'était à merveille , cl c'étai t un
plaisir qu'on arnil souvent avec lui de l'entendre sur les temps de Scarron cl &lt;le l'hùtel
d'Alhrel, quelquefois sur des temps antérieurs, cl surtout ne se pas contraindre sur
les aYcnlurcs et les galanteries de sa sœur,
en faire le parallèle avec sa dévotion el sa
situation pré~entcs, et s'émerveiller d'une si
prodigieuse fortune. Avec le divertissement,
il y arnil beaucoup d'embarrassant 1t écouler
tous ces propos qu'on n'arrèlait pas où on

mulait, el qu ïl ne taisait pas entre deux ou
trois amis, mais à table devant tout le monde,
sur un banc des Tuileries, et fort librement
encore d~ns la galerie de Yersaillcs, oü il ne
se contraignait pas non plus qu'ailleurs de
prendre un Lon goguenard, cl de dire très
ordinairement &lt;t le beau-frère &gt;&gt;, lorsqu'il
voulait parler du roi. J'ai entendu tout cela
plusieurs fois, surtout chez mon père, où il
venait plus sou,·cnl qu'il ne désirait, et diner
aussi, cl je riais sou,·enl sous cape de l'embarras extrême de mon père cl de ma mère,
qui fort soul'enl ne saYaieal où se mettre.
Un homme de celle humeur, si peu capable
de se refuser rien, cl avec un esprit el une
plaisanterie à asséner mieu}. les chose~, qu'il
ne craignait pour soi ni le ridicule ni les
suites sérieu es, était un grand fardeau pour
madame de )lainlenon.
Dans un autre genre clic n'étail pas mieux
en bclle-sœur. C'était la fille d'un nommé
Picère, petit médecin, &lt;1ui s'était fait procureur du roi de la ville de Paris, qu'Aubigné
avait épousée en 1678, que sa sœur était
auprès des enfants de madame de Montespan ,
qui crul lui faire une fortune par ce mariage.
C'était une créature obscure, plus, s'il se
pomail, que sa naissance, modeste, vertueuse,
el qui, avec cc mari, amil grand be~oin de
l'êlrl'; soue à merveille, de mine tout 11 fait
basse, d'aucune sorte de mise. cl qui embarrassait également madame de )laintenon à
l'avoir avec clic cl 11 ne l'avoir pas. Jamais
clic ne pul en rien (aire, cl elle ~c réduisit à
ne la voir qu'en particulier. Uc gens du
monde, ccll&lt;: femme n'en vopil point, cl
dem1•urait dans la crasse de quelques commères de son quartier. C'étaient des plaintes
trop fondées cl fréquentes à madame de
)lainlcnon sur son mari, à qui celle reine,
partout ailleurs si absolue, ne pomail jamais
faire entendre raison, cl &lt;tui la malmenait
très sou,cnl clle-mèmc.

IV

Enfin, à bout sur un frère si exlra,aganl,
elle fit tant par Saint-Sulpice que, comme
c'était un homme tout de sauts cl de bonds
el qui avait toujours besoin d'argent, on lui
persuada de quiller ses débauches, ses indécences et ses démêlés domestiques, de ,ivre
à son aise, sa dépense entière pay{,e Lous les
mois, el sa poche de plus garnie, cl pour cela
de c retirer dans une communauté c1u'un
M. Doyen avait établie sous \p clocher de
aint- ulpice pour des gentilshommes, ou
soi-disant, ,,ui vivaient là en commun dans
une espèce de retraite el d'exercices de piété,
sous la direction de quelques prètrcs de Sainlulpice. Madame d'Aubigné, pour aYoir la
paix, el plus encore parce que madame de
Maintenon le rnulul, se relira dans une communauté, cl disait tout bas à ses commères
que cela était bien dur, cl qu'elle s'en erail
fort bien passée. ~[. d'Aubigné nr lais ·a ignor.:r à per onnc que sa sœur se mo11uait de lui
de lui faire accroire qu'il était &lt;lérot, qu'on
\"assiégeait de prêtres et qu'on le ferait mourir chez ce M. Doyen. Il n'y tint pas longtemps
sans retourner aux filles, aux Tuileries, el
partout où il put; mais on le rallrapa, el on
lui donna pour gardien un des plus plat-.
prètrcs de Saint-Sulpice, qui le suivait partout comme son ombre, el qui le désolait.
Quelqu'un de meilleur aloi n'cùt pas pris un
si sol emploi. Mais ce Madol n'arnil rien de
meilleur à fai re, et n'avait pas l'esprit de
s'occuper ni mème de s'ennuyer. li rembour~ait force sollises, mais il était pa~é pour cela
et gagnait très bien son salaire par une assiduité dont il n'y avait peut-êlrr (lue lui qui
pùl être capable.
M. d'Aubigné n'avait qu'une Hile unique
dont madame de )Iainlenon amit toujours
pris soin, qui ne quittait jamais son appartement partout, el qu'elle élevait sous ses yeux
comme sa propre fille.
SAlNT-SL\lOX.

" .,

~~-~. .r.,

ètn• s_on sl'nlimcnl st• tromera-l-il justifü: par au moins par moitié, afi n qu'elle t•n fr'II ~uula suite. llùton~-nons d'affirmer qui• telle lagée d'autant t'l C[U(' lui-même, souffrant de
Anecdotes relatives à l'enfance de dèfi~nce n'allait point au ca:·aclèrc du jcum' son corps, cî1l l'.îme moins ukérét'.
Louis-Lycurgue.
gcntilhomm1: : de la purct{, d(• son àmc,
li ad,int ,·cr~ le mèmc Lemps qu'au &lt;·ours
quelques lra1Ls rapportés par l'abhé uffiscnl d'une promenade dans le parc les enfants
.\.insi que l'a forl sagement observé un pour faire foi.
1:urenl surpris par une mche échappée &lt;1ui
auteur, c'est principalement dans la manière
C'r l dans sa dixii•me année qu ';in débarqué fonça sur eux corne., basse ; déjà ils fuyaient
donl il se dilerlil qu'apparait le caractère de soncarrossr il futa, crti par dame Gcr'lrudc•, à toutes jambes, en tète Louis-Lyc~rguc,
original de l'homme . .\. plus forte raison cela goun•rnante de mademoiselle Aline de P&lt;•r- comme le plus agi!(', quand, rcrrardanl der('St-il vrai de l't•nfant, cl nous rendrons thuiscau, r1ue celle-ri était rrral'enwnl atteinte rière lui, il ,·il ces cornes pointée~ sur madt'grâce. à l'aubé Joincau qui a 0rrardé reO'islre
d'uuc alfPclion de la gorge: ~ialgré ses larmes, moisclle Aline, que sou jeune àg(i et la ter0
des Jeux de son pupille cl de la façon dont le mal élanl contagieux, il ne put titre admis reur paralysaient. li fit demi-tour, et poussant
il les entendait.
auprès d'elle. li s'en retournait donc rrrs la de grand cris pour arrèter la brute, s'élança
M. Joineau aurait tenu pour agréable cl roiture, l'àmc naut:c, quand soudain il se à sa rencontre, tandis que les autres cherconforme à la raison que, dépensant l'cxubt'- repré,cnta sa l,'tchelé d'abandonner dans la chaient un abri.
rancc de sa force nai santc aux exercices où ~oulcur_ s~ compagne de jeu cl aussi que,
Les gens de l'étable arnrlis accoururent,
Picrrc'-Antoine rl Gilles étaient S('S maitres, 1 ayant rncrléc à demeurer a,cc lui, huit jours le pensant mis en pièces, mais il le trou,i·Louis-Lycurgue s'accoutumât par ailleurs à plus tôt, immobile dans l'eau du fossé ponr rcnl assis fort paisiblement sous lt• 1·cnlrr dt'
goùtcr les distractions pai ibles qui . ont en allrapcr de grt•nouilles, il élait pt•ul-ètre la la bètt', qu'il trayait dan on chapeau penusage entre gens de bonne compagnie, tcllrs cause de son malheur. De la résolution subi lt' dant qu'elle lui léchait le ,isage.
que tric-trac, loto, jen de dames ou d'échecs, que ces réflexions lui suggrrèrenl, dame GerA la suite de l'abbr Joineau nous rapprllC'voire tapisserie ou parlilage. li dut à son trude fut constt•rnéc quand, rentrant dans la rons également l'alfairc qu'il eut a,cr un
rrgrel s'aperce,·oir que ces innocentes prati- chamhrc &lt;l'o1r elle était sortie peu d'instants gàtc-sauce de Pcrthuiseau, lequel il avisa It-s
ques, fort propres à son agrément personnel, aupara,anl, rlle y troum le petit ,icomlt', yeux rouge et d'arancc ~e rrollant le dcrrièn·,
allaient il l'encontre des dispositions évidentes entré on 11c sa1ait comme11 l, baignant de st•s pour c·c que, ayant éll; urpris à crach1•r dans
de son élhc. Xon que le jeune ,icomlc eùt la pleurs la main moite de son amie, el l'adju- la marmite, il arnil, du maitre cuisinier,
tète dure; bien loin dt• là, son c•spril était rant de lui donner son mal, sinon tout enlier, reçu promesse d'une 1erlc correction. Ému
d'une promptitude singulière et il lui fallait
peu d'instants pour s'approprier les finc~scs
d'un j1•u, l'ùt-il compliqué lei qur celui d&lt;'S
t~·hecs. )lais c'était la pcrsé,éranct' qui lui
faisait défaut : passé l'aurait de la nouveauté,
tout c·c remuement de dés, de jetons cl
de carte., lui semblait d'une puérilité fastidieuse, cl l'abbé dul renonct•r à le rt'lcnir
pour partenaire, ayant plusieurs fois reçu par
la figure les dés, les marques cl les cornets,
li se consola en liant partie arec madcmoisclll'
Sfraphine, qui aimait le clergé t•l donl Ir
('0rsage t:tail plaisant à l'œil: rt son conlcnll•mcnl s'accrut de considén•r qu'au moins
son pnpillr ne donnerait pas dans le travers
du jeu : en quoi il fut, hc1as ! médiocre prophète.
En somme, aux morceaux de papier, de
('arton t•l de bois, l'humeur turbulente de
Louis-L1e1t
rO'U
des
•
0 C préférait la C'Omparrnie
0
t•nt'anls dt• ~on àge. Par malheur. la noblesse
st • fai,ait rare dans celle région du Périgord,
1·l le thàtrau de Pcrthuiscau, le plus proche
dl' )Iigurac, était sis à quatre bonnes lieues.
Loui -Lycurgue y eût été plus assid u ~i la
ha~onne de Perthuiseau l'y a,ail encouragé. soudai11 _L_ouls-L.,-,·,'.,·K•!e fil.'."' bond et_ s'el.Jnça vers le petit Pierrllle qui .1'1111 f!JS tra'11allt cheminait J
1,
lla_is celle dame, crainti1C el timide, n'était
tre vo,sin. 1)11 plus loin qu tl ;Jécou,•rrl son Jmne Seil[ne11r, le r11stre trit la fuite ce"'lld 1
.ms '
1, ; .1,,·c,,,-gue l'af'pelail .... (Page 3; .)
' ,.. an que, sur ses t,1to11s,
011 5
9
pmnt sans appréhender sa présence, et peut-

�r-

1f1STORJJl

de ses lamentations, Louis-Lycurgue lui ordonna de dépouiller ses habits et de s'aller
réfugier derrière un fagot. Les ayant revêtus
el cachant son visage, il tendit son cul au
cuisinier, qui l'arrangea fort mal à coups de
pieds et de bâton. Mais le faquin cul la mauvaise pensée d'ajouter un soufflet comme
conclusion : sur quoi, le jeune vicomte, qui
n'avait fait le sacrifice que de ses fesses el
nJn de ses joues, se retourna comme un
furieux et lui sauta 11 la gorge d'un tel élan
que le pauvre hère s'en alla rouler à terre el
y resta stupide d'effroi en le reconnaissant.
Louis-Lycurgue le releva et lui donna fort
noblement sa main à bai cr; puis, s'étant
mis en quête du marmiton pour lui rendre
ses hardes, il le Lroura qui arnit déniché un
nid de mésanges el s'amusait à plumer les
oiselets. Cette cruauté rérnlta le petit vicomte :
il tomba sur le manant à coups de poings, ·
de si bon cœur que l'autre ne tira pas grand
profit d'avoir été épargné par le cuisini~r,
lequel d'ailleurs sut le rallraper. LomsLycurguc ramassa le nid où les bestioles ensanrrlanlécs piaulaient piteusement, el, ayant
réfléchi que dans l'état où clics étaic11L il ne
leur restait qu'à mourir de faim ou de leurs
blessures, il prit une grosse pierre cl, fermant les yeux d'horreur, acheva de les écraser.
M. de Pcrthuiseau, qui survint à cet instant,
le Lança sé,èrement sur ~a barbarie dont il
«arda le renom, parce qu'il ne ,·oulut point
o
.
se
justifier par une dénonciation. - Cons1déranl les résultats de la magnanimité de
son élèrc, l'abbé conclut mélancoliquement
que celle a,·enture peut apparaître comme le
symbole de sa rie où fréquemment le désir
du mieux engendra le pire.
Quoi qu'il en soit, de telles actions n'eussent légitimé en rien l'inquiétude de madame de Perthuiseau. .\.u si dernns-nous,
pour l'expliquer, faire aveu que l'i)me impétueuse de Louis-Lycurgue l'entrainait parfois vers des aventures desqueUes il n'était
pas seul à pàlir. C'est ain i que les nobles
dames réunies au château, déambulant un
après-midi le long de l'allée ombreuse qui
descendait à l'étang pour y offrir des biscuits
aux. cygnes, furent for t étonnées d'entendre
derrière les buissons des gémissements lamentables ; cl YOici qu'à travers les feuillages
elles découvrirent, l'haLit retroussé el le !)ras
nu, Louis-Lycurgue, Charles de Perthuiseau
cl Xavier de .Boisredon qui, chacun pour son
compte, s'enfonçaient à l'envi un canif dans
les chairs. Mademoiselle Aline, les yeux brillants et une rose à b main, s'apprêtait it
l'offrir à celui qui avait eu l'idée de la joute
cl qui allait en être le vainqueur : car tandis
qu'à la première égratignure Charles de Perthuiseau hésitait el que les yeux de Xavier s'étaient remplis de larmes, Louis-Lycurgue, les
dents serrées, aYait déjà enfoncé un bon pouce
de lame dans son bras maigre. Sérèreme'JL
tancé par l'abbé Joineau, il lui répondit arec
simplicité que, lui ayant proposé comme un
spectacle admirable l'action d'un jeune Spartiate qui s'était laissé manger le ventre par
un renard, il aurait mauvaise gràce à re-

'------------------------'----------prendre un gentilhomme français pour une
misérable égratignure.
Pareillement, la promptitude de Louis-Lycurgue le scr,-it mal le jour où, ayant ouï un
fort beau sermon que Monsieur de Périgueux
était venu prêcher en l'église du village sur
la charité, une illustre compagnie se trouvait
réunie pour faire collation sur le perron du
chàtcau et vit déboucher sous les quinconces
une bande de garnements en chemise, bras
et jambes nus, en qui fut reconnue avec stupeur la progéniture de la meilleure noblesse
de la province. Comme ils pleurnichaient et
se taisaient aux clameurs d'indignation rrui
les a·cueillaicnt, Louis-Lycurgue s'arança et,
la voix assurée, regardant Monseigneur en
face, il déclara qu'ayant rencontré une bande
de bohémiens dont les enfants déguenillés
rrrclollaient à la bise, il arnil invité ses amis
à0 leur faire abandon de leurs ,·ètemcnls : 1·1s
y gagneraient la sainteté el les joies du paradis, puisqu'en échange d'un demi-manteau
le cavalier Martin a,·ait reç:u la canonisation.
Avec satisfaction, il ajoutait que la pudeur
avait été respectée, puisqu'ils a raient gardé
leurs chemises. Madame Olympe, qui s'apprêtait à foudroyer son fil s, lui pardonna sur
l'instance de ~Jonsicur de Périgueux, qui dit
en souriant que son éloquence était la plus
coupable. ~fais, au cours de la collation, on
remarqua l'absence du jeune Edme de Chastillac; Louis-Lycurgue en révéla le motif sans
embarras : parce qu'il a,·ait prétendu conserver sa culolle, il al'ait été enchainé en
punition de son a,·arice au tronc d'un marronnier, d'où effcclirement on le détacha mimort de froid.
De tels exploits valurent à Louis-Lycurgue
la méfiance de plusieurs châtelaines. Elle
s'accrut à la sui le d'une aventure qui est la
dernière que je mentionnerai en cet ordre :
je veux dire son duel avec le baron de Mardieu, d'ailleurs plus âgé que lui de trois ans.
Celui-ci, ayant voulu par plaisanterie lui ravir
u:'le demi-pèche gàtée dont l'avait honoré mademoiselle Aline de Perthuiseau, Louis-Lycurgue le traita d'effronté el de maraud et le
défia; Lous deux ayant tiré leurs petites épées
commençaient à s'en larder fort proprement
quand par fortune deux laquais surrinrent
qui les arrêtèrent à bras-le-corps et les remirent ès mains de leurs précepteurs épouvantés.
De cc jour, Louis-Lycurgue ne fut plus
~uèrc prié dans les chàteaux du voisinage.
Madame Olympe en éprourn quelque rancœur,
mais la dissimula : elle estimait au surplus
qu'un sang aussi noble que celui de LouisLycurgue devait de toute nécessité se porter à
des actions capables d'étonner des âmes plus
bourgeoises.
M. de Migurac eut un méconlenlemenl
plus profond de son tempérament peu équilibré; pourtant, ne pouvant méconnaitre
l'honorable origine de la plupart de ses fautes, il en chérissait l'enfant daYanlage et voulait espérer que l'àge en le calmant le formerait à plus de sagesse.
Privé des compagnons de son rang, il fallut

bien que Louis-Lycurgue en trouvàt d'autres
et qu'il liât partie arec les petits manants du
viUage. Madame Olympe, pour parer à l'inconvénient d'une si piètre société, eût aimé
qu'on choisit deux ou trois des plus avenants,
qu'on les décrassât, qu'ils revètissenl_ une
livrée et qu'attachés à la personne du Jeune
maitre ils fussent à ses ordres pour s'amuser
respectueusement avec lui quand il daignerait
y condescendre. Mais M. de Migurac fit à ce
projet une opposition irréductible. li déclar_a
que Louis-Lycurgue s'ennuierait seul ou qu'!l
se gou rmerail avec ses camarades el serait
gourmé d'eux sur le pied d'une égalité absolue. Ce qui fut dit fut fait, madame Olympe
s'interdisant, quelles que fussent ses propr~s
préférences, d'aller contre les Yolontés exprimées de son mari . Les petits rustres ne
furent pas longs à oublier les recommandations de déférence qu'ils avaient reçues de
leurs mères, et aux bourrades du jeune vicomte leurs poings plébéiens répondirent avec
un entrain merveilleux, tant et si bien que
Louis-Lycurgue rentra plus d'u_ne fois J'œil
poché ou la figure en sang. EL d abord, ayant
été rudement secoué par Claude Peyrade, le
fils du charron, il eul l'idée de s'en plaindre
à son père : sur quoi le marquis lui demanda
s'il n'entendait point qu'à l'arenir on liàl les
mains de ses compagnons, afin qu'il pût les
battre à son aise, comme il convient à un
homme. A celle ironie, Louis-Lycurgue rougit,
se tut et n'insista pas; mais, peu après, ayant
rencontré Claude Peyrade, il le provoqua el,
d'un maitre coup de poing, l'étendit dans la
poussière.
Au reste, il appert combien rapidement,
quelle que fùt la liberté de leurs ébats, LouisLycurgue prit sur les enfants de son llge un
ascendant incontestable. Peut-être en cela
obéissaient-ils à d'anciennes traditions de
senilité; peut-èlre s'inclinaient-ils inconsciemment devant une nature d'élite née pour
commander. Toujours est-il qu'à Louis-LJcurgue reYenait sans contredit le choix des
divertissements et leur direction. Au x heures
paisibles, c'était lui qui laisail passer dans
leurs jeux les préceptes de son père ou ceux
de l'abbé, les conviant à construire des cités
de branches mortes dans les bois, à détourner
les ruisseaux, à édifier des ponts, et les ahurissant par des discours emphatiques où cliquetaient des mots abstraits et sonores. Il
était leur guide dans les grandes battues aux
pommes de pins, aux cèpes et aux mùres
sauvages. Mais surtout il marchait à leur tète
dans les expéditions guerrières qui les mettaient aux prises arec les gars de Saint-llargut, commune voisine, ennemis inrétérés des
villa«eois de Migurac. Sous l'inlluence du
périlel de la colère, son âme al_ors s'cxalta!t
à un point incroyable : il donnait et rece1·a1t
des coups comme Achille comballant Hector,
ou comme Roland à fioncevaux; el c'était
avec une espèce de tyrannie qu'il exigeait une
soumission aveugle de ses compagnons. Dans
ces instants, sa douceur et l'équité naturelle
qui étaient en lui semblaient abolis_, et. _à
l'étonnement de l'abbé, à la grande rnqu1e-

JKONS1EUR, DE JKJGUR,AC

tude de M. de Migurac, une âme indomptable
et furieuse l'agitait.
c·csl ainsi qu'un soir le marquis, rerenant
au chùteau sur son bidet, entendit des cris
inhumains; il s'approcha et aperçut LouisLycu rgue debout et le sourcil froncé : deminu, vautré à ses pieds cl léchant la poussière
de ses souliers, un petit manant sanglotait ;
deux autres venaient de le foueller cruellement ; le reste de la bande se Len ait en cercle
sans mol dire. Interpellé par son père, LouisLycurgue lera vers lui un risage où ne se
lisait 111111c honte, mais un orgueil implacable;
cl il déclara que, Pierrille lui a,anl refu,é
obéissance dernnt l'ennemi et s'étant moqué
de lui parce qu'il apprenait le latin, il l'avait
fait cùàtier à la fois de son impudence et de
~a &lt;léloyaulé. M. de ~Iigurac ordonna à son
fils dt! le suiYrc, et, tandis qu'il cheminait à
son coté, il lui remontra d'une voix grare
comment, outrepassant les bornes du jeu, il
arnil par l'atrocité de ce châtiment porté atteinte à la dignité d'homme qui était en son
camarade cl aux del'Oirs évidents de la fraternité. Louis-Lycurgue l'écoutait sans mol dire
el le marquis déplorait en lui-mèmc l'âme l e 111.&gt;rquls 1111ff11wra: • - Voici l'te111•re .... ,lia sœ,11· la poussière.... La 11alllre Je1•le11t /J 11.Jlure .... , Puis il
1·es/a immobile el souJ.-zl11 sa 111ai11 qui repos&lt;1it sur les cheveux de so11 fils glissa el s'affaissa fesa111111e11t.
obstinée de l'enfant. ... Soudain celui-ci fit un
{Page 381.)
bond. M. ùe Migurac le,·a la tète cl le ,·it
s'élancer ,·ers le petit Pierrillc qui d'un pas
trainant cltcminail dans le pré YOisin. Du plus te que le lendemain, saisi de rJmorJs, il la
questions sur les sociétés, les rrourerncmcnts
loin qu'il découvrit son jeune seigneur, le força d'engloutir une pleine bassine de confiet l'ensemble des usages du ~onde le rérérustre prit la fuite, cependant que, sur ses ture; et lui-même, allerré du maul'ais succès
laienl aride de la 1·érité. Les magnificences de
talons, Louis-Lycurgue l'appelait d'une voix de sa bonne volonté, pensa crever, en ayant
la nature l'enirraient. La gloire du soleil
11ui, à son pè~c, sembla grosse de fureur. a,·alé le double en matière de pénitence. Mais
ler~nt arrachait des larmes à ses yeux. J.a
Craigoanl que, outré de sa remontrance, il pour réparer sa sollise, il jeûna pendant plumaJesté des forèts aux cimes séculaires le
ne s'abandonnàl à quelque violence regret- sieurs jours; il arail ouï, en effet, que malgré troublait plus que celle des é«lises, et aux
0
table, le marquis éperonna sa bêle, mais elle leur égalité naturelle tous les hommes ne
. d"eté, son regard enfantin se noyait rêsoirs
était malhabile à franchir les haies, el cc ne mangent pas à leur faim, et jugea l'occasion
veusement aux infinis du ciel étoilé ....
fut qu'après plusieurs détours qu'il rejoignit propice de s'innigcr en une fois toute la peine
Mais, vers sa douzième année, sa jeune
les fugi tifs. Or, voici que Louis-Lycurgue 11ui lui avait été injustement épargnée.
âme et peut-être tout le sens de sa Yie furent
était agenouiUé dans une mare aux pieds de
Cependant, quelque peu réglés que fussent violemment boulercrsés par un événement
Pierrille el embrassait ses genoux malpropres, trop sourenl les actes de l'enfant, le marquis
impréru : je reux dire la mort du marqui,
tandis que l'enfant, le visage ab ruti, regar- discernai t chaque jour plus sûrement la no- Henri.
dait un bàton que son jeune maitre renait de l1lesse de son àme, et sa tendresse redoublait
lui placer dans la main. Et Louis-LycurguP, de vigilance. Patiemment, dans leurs entreV
à la vue de son père, lui cria d'un ton de dé- tiens quotidiens, sans contredire par des
tresse :
affirmations tranchantes les enseignements
Du décès du marquis Henri.
- Jlonsieur, j'ai cru que je n'arriverais qu'il pouvait recevoir d'ailleurs, sans imposer
point à joindre ce misérable pour lui deman- il sa jeune intelligence les opinions que luide ~ligurac, depuis des années, partaùer pardon! )lais reuillez l'engager à en user même s'était faites des· choses, le marquis geait ses JOurs entre l'éducation de son fils et
de moi à son gré pour racheter le tort que je s'efforçait , par son exemple, par ses ré- le soin de ses propres alfaires. Pour ce qui
lui ai fait : car, depuis que je l'ai prié de me liexions, par toute la conduite de sa , ie, de est de l'éducation de son fils, nous avons YU
cracher au visage el de me rouer de coups, il lui faire découl'rir qu'en soi-mème il possédait le rcile qu'il y joua. 11 n'avait pas été moins
ne fait que pleurer el demander gràce; et ses un guide plus sùr que toutes les maximes des soigneux de la gestion de ses biens . .\. sou
chausses sentent furieusement mauvais.
hommes quand il saurait le consulter : à sa- retour ~ _Migu~ac, après la mort du marquis
Le marquis respira, sourit el invita son fils roir, la raison. Érciller sa raison, la rendre Jean-Pb1lrppc, 11 ne lroul'a guère de la di «nité
à se relever. Méditant en son àmc sur cet apte à recevoir directement de la nature ses scigncuri~I~ d'autres tr?ce~. s~bsistantes° que
incident après bien d'autres, il craignit que leçons admirables, à en tirer une science les armomes, le banc a l eal1se-et la prière
l'enfant n'eût à souffrir lui-même, et autour moins chimérique que celle des lirres : tel nominale du curé. Le châ~eau tombait en
de lui ne répandit de la souffrance, autant à était son but. Et quelquefo:s il se croyait ruine, les champs restaient stériles des
cause de ce qu'il avait de meilleur que par proche de l'atteindre, remarquant qu'à me- créanciers avaient obtenu des sentenc~s sur
cc qu'il a,·ail de pire. Car rachetant ses erreurs sure qu'il grandissait, Louis-Lycurgue sem- to~t 1~ domaine. N~n seulement, à force d'apavec la même fougue qu'il les commettait, le blait céder moins aveuglément à sa fougue et phcat10n, M. de M1gurac parvint à restaurer
bien qu'il se proposait d'accomplir était par- devenait c.1pable par instants de modérer Ses le chàteau, à remellrc les terres en wleur et
fois pire que le mal qu'il souhaitait expier. passions. li se prenait à rclléchir et parfois à à désintéresser les usuriers, mais il ne dédai"na
Aya11t raillé au point de la faire pleurer la raisonner al'ec une certaine vigueur. Des pa- point, conformément aux maximes des J'copetite Marichelle, fille d'un fermier, qui fai- roles qui lui rcbappaienl allestaient le travail n?_mistes ?1od~rnes, de ~aire valoir le peu
sait la grimace à son pain noir, il la rendit Je son esprit et bien souvent faif.aient tres- d ecus qui lm demeurarnnt dans diverses
malade d'indigestion pendant trois jours pour saillir l'abbé Joincau et madame Olympe. Ses entreprises de commerce et de navigation où

~!-

�-

1f1STO'R._1.Jl

------------------------------------~

il s'intéressa, n'estimant point la gueuserie
plus noble qu'un travail fructueux. Au moyen
de tels négoces fort habilement conduits, il
réussit donc à rétablir ses affaires à la satisfaction de madame Olympe, qui sut fort bien
accroitre son train de maison, encore qu'elle
affectât d'ignorer par quelle voie son mari
l'a,-ail tirée de pauvreté.
Mais la récréation du marquis, peu adonné
au chernl, à la chasse ou aux plaisirs de la
société, était, au terme de ses Journées, d'ounir les livres qui ne cessaient de lui être
envoyés de Hollande ou d'Angleterre; il les
lisait, les relisait, les surchargeait de notes,
heureux d'y voir développées les idées qui
depuis longtemps étaient familières à son
esprit el dont peu d'écrivains de l'autre siècle
lui eussent offert le modèle. Au sortir de ces
passe-Lemps, avant qu'il fût l'heure du souper,
sa coulmne était de demander à la nature de
lui confirmer les 1,érités entrevues par les
hommes qui l'ont étudiée le plus sagement.
Ces promenades, où seul Louis-Lycurgue l'accompagnait dans la paix du soir el où il poursuivait ses méditations, lui donnaient le commei1tâiresolennel de ses leclurès. L'indifférence
Ù la naiuré :iu-bien· el au màl lui enseignait
la vanité des 1·eligions; la libéralité avec
laquelle elle offre à Lous ses richesses le fortifiait à.111épri cr les· distinctions· des hommes:
(e rythme· formidable des astres lui fais~il
grotesques les compétitions de leur orgueil ;
la majesté des choses lui rendait plus risible
l)mpuissp.ncr des atomes humains el leur
~érénité lui impo ail l'indulgence que le sage
doil à loules les formes passagères de l'être :
semblable il la nature par la tolér:rncc, il la
surpassé par la conscience qu'il a de son destjn .. ct sa .,·olonté courageuse &lt;lclui ètrc égal.
En un crépuscule d'automne, ~I. ddligurac,
gui, depui deux ou trois jour , avait l'appétit
mauvais cl la tête Jmilanlc, prolongea fort
Lard· sa promenade .à J'émng de )fardigcau. Il
rentra, grclollanl de fihre, 11.~ll.nl été saisi
d'un brouillard qui dormait sur le eaux et
répandait u11c humidité glaciale.
.\pr~ une nuit fort rnau,·aise, il se trouva,
au malin, le corps brisé, la bouche sèche et
une mau\'aisc toux dans la poitrine. Il arniL
étudié des traités de médecine comme de
mainte au tre science, cl n'eut point de peine
à reconnaitre que son mal était une affection
pulmonaire, capable, rn son étal de langueur,
de mettre sa vie en danger. li refusa les
remèdes du médecin barbier du bourg, qui
remontaient au Lemps de Molière, prescrivit
lui-même sa médication et s'occupa de rédirrcr, dans son lit, quelques écritures. Cependant, au bout de peu de temps, il fut visible
que son état s·aggraYaiL : il maigrissait, ses
pommettes se faisaient plus rouges et sa Lou~
pins fréquente. Alors . mada,i_nc ? lyr_npc !m .
représenta avec énergie qu ri n élarl po111l
homme d'art cl que son devoir l'obligeait à en
mander un. Il résista d'abord à son éloquenct'
impérieuse. füis comme elle revenait à plus.ie11rs reprises à l'assaut, il se srntiL il hou l
de forces, et, fermant les yeux, dit qu'elle
suivit son bon plaisir : aussi bien ses af-

foires étaient en ordre el il pouvait mourir.
De fait, le médecin, quand il l'eut visité,
imposa quatre purgations et trois saignées il
ce corps émacié. Regardant la bassine où

A Ja11ser 1111 menuet ou .i taiser la 111::ri11 J'1111e a.111,e,
Lo11ts-L1·curgue appor/::ril une ais::rnce j11venile, modeste et stire d'elle-mè111e. (Page 382.)

tombaient les dernières goulles roses. M. de
~Iigurac cul une moue et dit :
- Cet homme cùl tiré de l'or des pierres,
pour avoir trom'é tant dt• sang dans mes
veines! Mais maintenant !luïl s'est acquitté
de son office, il peul passer la main au fabricant de cercueils.
Le médecin reçut ses honoraires, Ill' dissimula point qu'on l'avait appelé trop tard cl
s'en retourna chez lui.
Mai ~I. de fügurac déclinait comme une
lampe où l'huile fait défaut. Alors, madame
Oli·mpc, contenant sa douleur, se dressa
de\'ant lui et dit :
- Monsieur, j 'espère qu'apri•s avoi r compromis par votre négligence le salut de ,otre
corps, vous ne mettrez point votre àmc en
péril en différant de recc1'oir les ·aints sacrements de la main de M. Joineau.
Très maigre. la tête blême sur les coussins,
les paupières baissées, M. de Migurac respirait difficilemenL et déjà semblait à moitié
morL. Pourlanl il rouvrit les ycu\ el, cnrisageant madame Olympe robuste et pressante
a\'CC une cxpres ion ingulière de détresse,
d'ironie el ùe pitié, il dil :
Madame, pourquoi celte simagrée.
puisque aussi bien je ne crois pas en llicu?
Mais madame Olympe répondit par un grand
flux de paroles el de sanglots, se jeta à genoux, lui secoua le poignet cl le pria de céder
pour l'amour d'ellr.
M. de Migurac serrait les dents comme
poar retenir son àme prèle à s'échapper.
Enfin, à bout de forces, il murmura :
- Puisque, madame, YOLrc religiou ne
mu~ commande pas de m'épargner, qu'il en
soit fait à vo tre volonté. Mais auparavant
veuillez m'envoyer mon fils.
.,, 38o ....

Peu de minutes après, Louis-Lycurgue se
précipitait bruyamment dans la chambre ave_c
toute la vivacité de son àge. Sans doute, ri
savait son père malade et ne l'avait point rn
d'une semaine; mais l'idée de la mort ne
pouvait s'a ppesantir sur son esprit jtl\énile:
d'ailleurs, puisqu'on le mandait, ce mauvais
rhume était fini .... Apercevant la figure
exsangue du marquis, il demeura atterré
et, tout d'un coup, trembla de tous ses
membres.
- )Ion fils, lui dit le mourant, asseyezvous et veuillez ne pas m'interrompre. Je ne
vous ai point mandé auprès de moi dans mon
état de maladie, moins par crainte de la contagion pour mus, que parce que j'estime
admirable l'exemple des hèles qui se réfugient dans leurs trous pour l souffrir el
n'attristent point leurs semblables du spectacle déplaisant de leurs maux. Mais aujourd'hui l'heure de ma 'mort est proche cl mon
égoïsme J'emporte el me suggère impérieusement le besoin de ,·ous rc\'oir; n'ayant point
eu le temps de vous apprendre à vivre, peulêtre vous enseignerai-je au moins à mourir ....
Il s'arrêta une seconde pour souffl er. La
sueur ruisselait sur ses joues maigres. Accroupi au pied du lit, Louis-Lycurgue Làchail
en vain à réprimer les sanglots qui l'étouffaient. Le marquis reprit :
- J'ai consenti à recevoir loul à l'heure
les sacrements afin de ne point al'lliger votre
mère. Car, lorsque je les aurai reçus, elll' aura
la joie de se dire &lt;1ue je ne serai point torturé
éternellement, au milieu des flammes de
soufre, par d'affreux diablotins, mais seulement quelques milliers d'années, cc qui lui
sera une appréciable consolation. Je ne veux
point toutefois que celte cérémonie mus abuse.
,\ cause de votre âge et de mon dessein de
laisser la nature graver clic-même ses sublimes
leçons dans votre esprit, je ne vons ai point
enlrelenu encore des hautes matières philosophiques cl religieuses. Peut-être cependant
avez-vous pu soupçonner que mes croyances
ne sont pas les mèmcs que celles de votre
mère CL de M. l'abbé Joincau. Leur foi leur a
été d'un secours efficace en mainte occasion,
les ayant préservés de l'angoisse du duulc.
8tant donnée l'incertitude de tout raisonnement humain, je me garderai donc de mus
affirmer que nécessairement il n'existe poiut
de Dieu à la fois un cl trois, capable de nous
damner tous dès notre naissance, de torturer
phy iquemcnt son fils el moralement la Vierge,
mère de celui-ci, pour qu'après nous arnir
fait Lous souffrir cruellement en cc monde, il
puisse épargner quelques élus dans l'autrr.
Mais ma raison m'a détourné d'accepter celle
opinion. Mème, pour louL dire, en regardant
l'état lamentable de l'humanité cl de l'univers
en général, il ne m'a point paru qu'une telle
ordonnance fùt l'œunc d'une sagesse di\'inl',
et j'ai cru plus exact de l'allribuer au jeu
imariable de lois nécessaires. ~éanmoins
j'ajouterai que si, contre mon allenle, je me
trouvais au terme de celle vie en présence
d'un Dieu qui me demandàt des comptes, je
n'éprouverais pas de peine à les lui reudrc,

.MONS~ DE .M1GU7f.AC

n'ayant, je l'espère, fait que peu de mal pour ètrc rapportés ici. Si son fils les eùt suiris, il
Puis il resta immobile et soudain sa main
un homme; au surplus, comme il m'a créé, eùt été P,l_us ,:erlueu~ qu',un saint. A quelque qui reposait sur les cheveux de son fils glissa
autant que vaut notre faculté de raisonner, il degré qu 11 ait pu sen ecarler, ils ne furent et s'affaissa pesamment.
ne saurait m'en rnuloir de ne pas ètre autre point perdus , mais demeurèrent gra\'és dans
Quand madame Olympe ferma les paupières
c1u 'il ne m'a fait. Si je vous ai tenu ce dis- son àme: et, _semblables à des graines modes- du mort, elle fit remarquer à l'abbé la sérécours, mon fils, cc n'est point pour influer leml'nl enfoures sous la terre, ils s'épanouirent nité qui était empreinte sur ses traits, el
sur votre croyance, que vous délibérerez à it certaines saisons en floraisons surprenantes. l'ahbé exprima la con\'icLion que le marquis
loisir avec vous-même, mais sculemenl pour Sans doulr, à ces dernières heures de son était passé dans la paix du Seigneur. Mais
que ,·ous ne vous abusiez point sur la \'aleur père, Louis-Lycurgue dut le meilleur de lui- Louis-Lycurgue se rappela qu'il pensait s'end'une cérémonie qui serait capable d'opprimer mèmc.
gloutir au néant, cl une détresse affreuse
gra\'ement votre jeune imagination. Elle ne
. La liü de ~f. de ~[igurac fut aisée et pai- emplit son jeune cœur.
m'est pas agréable, manquant jusqu'il un s1hlc. A son füs, demeuré seul auprès de lui,
Les obsèques de M. de Migurac furent célécertain point de logique el de franchise. Mais il louait entre toutes autres les joies saines et brées en grande pompe. Toute la noblesse de
il n'y a nulle proportion entre la satisfaction s~ples de la nature ~Jui ne déçoivent pas, la région s'y pressa. On loua le courage avec
~ue j'aurai? à m'y dérober el le chagrin que n exaltent pas les esprits vers drs ambitions lequel madame Olympe se comporta dans
Je donnerais à votre mère, qui a été une démesurées, mais au contraire adoucissent celte triste circonstance. Tout le monde fut
l:pouse irréprochable et s'impose à tout votre l'ardeur du tempérament. Le soleil couchant louché de la bonne grâce de Louis-Lycurrrue
respect. Aussi me prèterai-je à quelques dardait dans la chambre un dernier ra\'on qui, très mince dans ses l'êtements noirs
gestes et paroles qui auront pour effet de dont s'illuminait la courtine du lit. Et ·les
m~nait le deuil et ne pleurait point. Le~
calmer ses angoisses cl me gagneront, je yeux du mourant s'emplissaient de lumière prières achevées, le cercueil fut déposé dans
l'espère, le droit de mourir sans bruit.
avec volupté. Par la fenêtre cntr'ouverle, un le caveau de famille et d'une voix respecAy~nt ainsi parlé, M. de Migurac cul une air adouci pénétrait, chargé du sua1·e parfum tueuse le maitre des cérémonies lui dit :
pùmor~on, et son fils, pensant qu'il allait automnal. Les paroles du marquis s'en\'o- Veuillez mus rele\'er, monsieur le marrcndrr l'àme, appela au secours à grands laient ténues et légères comme les fruilles quis de Migurac.
cris. Mais il reprit connaissanC'C' et, \'Oyant des arbrrs dépouillés. L'enfant tr nait les rcux
Alors il éclata en sanglots désespérés, el on
l'émoi peint sur la figure de madame Olympe, fixés sur son p~rc. Tout à cou p il 1it. son fut obligé de l'arracher de force du lieu
il lui témoigna qu'il était prèt à se munir des , isagc ch:,nger. Une expression indiciblr v funèbre oü il se cramponnait.
sacrrmenls selon la promesse qu'il lui avait pa,sa.
•
Après que, derrière les carrosses les
faite. M. Joincau fut donc admis à se pré- Mon père, qu'a"cz-rnus?
grilles eurcn L gémi pour se referm;r. II
senter dans son appareil sacerdotal et à remLr m~rquis sourit :
fallut bien que la vie reprit au château.
plir son office. Le marquis de Migurac se
- .\ppelez rotre mère.
Madame Olympe en rolJl' dr ,·emc assuma
confessa a1·ec humilité, s'accu a de ses péchés
La marquise et l'abbé Joineau entrt'.·rent. sans mollesse l'autorité sou,·craine ; cl ~I. Joià haute voix, reçut l'absolution el communia Le marquis leur sourit de nom·eau et clicrna neau se consacra derechef arec un zèle noul'orl dércmment. M. Joineau a consigné dans des cils en signe d'a:lieu. Tous deux s•a0rre- reau it l'éducation de son élè1'e.
ses mémoires que peu de catholiques curent nouillèrenl au bord du lit, la tête inclinée
une fin aussi chrrticnnc que cet athée.
rn oraisons. Louis-Lycurgue ne cessait pa~
\1
Contre toute allenlc, le marquis Henri sur- de concentrer en son père Loule l'énerrric de
l'écul encore deux jours, comme si l'ùme son âme el de son regard. Le marquis ~ rrssa
Des années qui suivirent la mort
forte qui était dans cette chair périssable y de la main ses chc\'enx bruns. Ses yeux condu marquis Henri.
rctenai l la vie enchainée. A cause de sa fai- templaient le rais de soleil a\'ec un air étrange
blesse il ne tolérait auprès de !ni qu'un risi- de souffrance, de paix pourtant. ... Puis ses
La m~rt de monsieur son père n'eut point
teur el, entre des silences où l'on se demansur Loms-Lycurgue l'effet qu'appréhendaient
dait s'il n'était point passé, il s'exprimait avec
la marquise et l'abbé Joineau. Connaissant
douceur cl clairroyancc. JI comia plusieurs
l'attac~em~nt ex~lus!f qu'il nourriss:iit JlOUr le
personnes de son domestique, leur distribua
marquis, ils cra1gna1ent qu'une telle secousse
de menus présents et leur recommanda de
ne fùt nuisible à l'àme el à la santé de l'engarder leur fidélité à son fils; à l'abbé il olfril
fa~t el redoutaient en particulier que sa piété
une belle tabatière ornée de petits diamants
lilrale ne le poussât à puiser de funestes docPn le priant d'user de 1lersé,érancc cl de
trines dans les livres qu'aflectionnait le dépatience avrc son élè1•e. Il remercia madame
funt. Aussi le premier soin de la marquise
Ol~mpc de la , aillance a me laq uellc elle avait
fut _de les ca~h7r dans un vieux coffre après
accepté une existence pro\'inciale et lui donna
avoir balance s1 elle ne les brûlerait point.
de nombreux détail relatifs i1 la gestion dr
llfais, après quelques jours d'abattement
st•s biens. Mais cc ful surto:rl arec son fils
la jeunesse robuste et valeureuse de Louis~
'(UC ses entretiens se prolongèrent el curent
Lycurgur triompha ; mèmc il recouvra son
un caractère plus intime. Il l'adjura de se
entrain_a\'ec une rapi~ilé qui ne fut pas sans
d1:ficr de la riolencr de ses passions. Qu 'enscand~1ser 1~ .marq~1s~. Ca_r elle. professait
vrrs les autres il ne cédùL jamais à forfaire i,
que s1 le chrcl1en dorl s appliquer a dominer
l'humanité, ni à l'honneur rtYec lui-mème.
sa douleur et se soumellre sans ré1•olte aux
Qu'il écoulàt avec rrspecl les précrptes des
volontés de la Providence, il est séant, en
hommes sagrs; mais qu'il s,• fi:\.L surtout i, la
revanche, par un maintien austère, un visarrc
,oix intérieurl' de la raison. Que plus tard, si Il 11'était aucune femme, v:ic/rere, so11Frette 011 fermiere, pâle el la noirceur de l'habit, de rendre ;u
qui, à son premier sourire, ne fut à sa d1!11otio11 el
~on ùme était inquiète, il complét:it son éd u-.
mort _sans m~rchander tout l'honneur qui lui
f't11Jue à ses l2vres. (Pasre 383.)
cation par les volumes que son père a"ait
est dn : aussi de deux ans ne la vit-on mettre
annotés de sa main. Qu 'il fùt tolérant et plein
du rouge ou un ruban de couleur, ou rire aux
de mansuétude. Qu'il domptât sa fierté. Qu'il lèrrrs s'agitèrent faiblement el il murmurn, si é~lat_s. Et parce que. Louis-Lycurgue ne motr'nt son prochain pour son égal. Qu'il cùL le bas que seul Louis-Lycurgue l'entendit :
dera1t pas _les ex plos10ns de sa gaieté, elle ne
culte du bien ..\1. de fügurac ajouta encore
- Voici l'œu,Te.. .. ~fa sœur la poussière.... fut pas lom de le tenir pour dénaturé. En
un grand nombre de conseils trop longs pour La nature deYient la nature ....
quoi elle se trompait, car le souvenir de son

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, - 111STO'RJA
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s'enflèrent. Mais madame Olympe ne protesta
père était pour lui ineffaçable: mais sa jeu- blement sa matinée à fumer plusieurs pipes point. De telles dépenses étaient conformes
nesse ardente s'effrayait de la souffrance, sur les bancs rustiques, à échanger des pro- au rang du jeune homme et propres à rehaus-comme l'enfant de la nuit. Et le soin jaloux pos amènes avec les filles de la maison ou ser le nom de Migurac. li n'était pas mauavec lequel il évitait de toucher la plaie tou- quelque jardinier, à faire un tour de prome- vais que les rustres avec qui naguère il
jours saignante, la fougue même avec nade vers la basse-cour ou le potager, con- échangeait des coups de poing apprissent que
laquelle il semblait rechercher le plajsir, templant d'un œil bienveillant les manèges le vicomte d'Aubetorte était devenu le mareussent été, à qui eût discerné le ressort de des volailles qui bientôt paraitraient sur la quis de Migurac et que le bruit se_ répandît
son âme, le critère assuré de sa piété filiale. table et la croissance des rruits ,::l des légumes dans les châteaux de sa bonne mine et de
La marquise et l'abbé s'appliquèrent donc qui délecteraient son palais. Parfois, saisi de son équipage. .Et si parfois elle avait été
de leur mieux à remplacer auprès de Louis- scrupule au diner, il s'appliquait à donner un tentée de resserrer les cordons de sa bourse,
Lycurgue l'éducateur qu'il venait de perdre. tour d'érudition à ses propos et rafraichis- comment aurait-elle pu résister à la grâce
Au fond d'elle-mème, madame Olympe ne sait la mémoire de son élève par une citation souveraine du gentil marquis, frisé au petit
faisait pas de doute qu'ils n'y parvinssent. Elle des Géoi·giques ou de Senèquc. Puis, satis- fer, adonisé et parfumé, assis tout seul, dans
a1·ait toujours auguré plus de mal que de fait de lui-même, il retournait à son oisirnté, son justaucorps de Yelours prune brodé d'or,
bien de l'iniluencc du père sur son fils, dont sa santé s'accommodait à tel point cru'il an fond du large carosse de famille, cl qui.
appréhendant qu'il ne le détourni1t de la foi était obligé de prier mademoiselle Séraphine al'ant de franchir la grille d'honneur, ne
et des sentiments qui conviennent à un gentil- de faire élargir toutes ses soutanes. Et son manquait point de se retourner et de lui souhomme. Il ne lui fallut guère de mois toute- plaisir était, mollement effondré dans quelque rire en soulevant son pelit chapeau à trois
fois pour mesurer son erreur et s'apercevoir fauteuil moelleux, de faire de sa main potelée cornes et lui envoyant un Laiser dn bout de
que, le secours du feu marquis leur faisant un signe d'adieu indulgent à son élève em- ses doigts fins Ott retombaient les dentelles.
défaut, ni elle, ni M. Joineau ne suffisaient à porté au galop d'un bon poney tarbais,
refréner l'adolescent et à le faire plier sous entouré de la meute hurlante de ses chiens,
vn
et de suivre, d'un œil attendri, sa course
leur autorité.
li est visible, en effet, que de bonne heure, gracieuse et rapide.
Qui traite des amours juvéniles
En somme, Louis-Lycurgue, à peine hors
Louis-Lycurgue, encore qu'il fùt trop bien né
de M. de Migurac.
pour manquer à sa mère, commença de tolé- de l'enfance, faisait honneur aux leçons de
rer malaisément les conseils qu'elle voulut plusieurs de ses maitres. A dompter un courc·est ici qu'il nous faut traiter d'une maconlinucr de lui prodiguer. Son intelligence sier rélir, ou forcer un cerf, comme à danser tière à laquelle ne saurait se dérober le bioéveillée les dédaigna.il et l'orgueil du màlc se un menuet ou à baiser la main d'une dame, graphe du marquis de Migurac, quelque
rebellait à toute contrainte venant d'une il apportait une aisance juvénile, modeste et scrupule qu'il puisse en éprouver. Doué d'une
femme; rebutée par ses froideurs ou ses em- sûre d'elle-même; et madame Olympe, se âme sensible, d'une imagination chaleureuse
portements, madame Olympe de mois en rappelant une certaine gaucherie dont n'avait et d'un tempérament plein de feu, Louismois dut relàcbcr davantage son empire. Le pu se dépouiller le marquis Henri, se sentait Lycurgue ne put se borner indéfiniment aux
déplaisir qu'eJlc en conçut ne fut pas exempt gonflée d'orgueil à voir ce qu'elle avait fait plaisirs innocents de l'enrance et de la pred'une joie secrète : car la hàte même du de son fils.
Elle n'était pas seule d"ailleurs à recon- mière jeunesse, et il nous faut avouer qu'il
jeune homme à s'émanciper lui témoignait
maniresta avec une précocité singulière qu'il
naître sa bonne mine. A mesure que Louisqu'il avait su tirer fruit de ses leçons.
avait un cœur et des sens. Mais nous serons
Le lecteur ne s'étonnera point que la tàche Lycurgue approchait de l'àgc · d'homme, il bref sur ce chapitre, et pour deux raisons.
de M. Joine;m se fùt p1rticulièrement allégée. devenait moins avide de fréquentations rusEn premier lieu, il nous répugnerait de
Au lendemain de la mort du marquis, tiques; mais attiré davan'tage vers le beau rechercher par des voies douteuses le succès
c'était Louis-Lycurgue lui-mème qui était re- monde, il ne se fit pas prier pour accompa- de cet ouvrage. li nous a toujours paru que
venu le joindre dans la salle d'étude et pen- gner sa mère dans plusieurs ,·isites c1u'elle les auteurs qui sollicitaient le public au
dant plusieurs semaines il s'y était rendu rrndil aux chf1teaux du Yoisinage. Du premier moyen de peintures libidineuses ne différaient
aYec un zèle inaccoutumé. li n'a mit, hélas! coup, il c1faça les sou1·cnirs fàchéux qu'aYait qu'à leur détriment des exploiteurs de maipoint tardé à s'en départir. Dicntôt les réso- laissés sa turbulence d'enfant. Ayant soif de sons déshonnêtes : car, ~i ces derniers prolutions prises dans une heure de détresse plaire, il n"épargna rien pour y parvenir et, stituent pour en tirer profit des filles légères
étaient érnnouies et l'humeur folâtre du jeune à dix lieues à la ronde , demoiselles et douai- qui généralement ont à la débauche une prohomme l'entrainait Yers des passe-temps rières ne tardèrent pas à raffoler de lui : non pension naturelle, ces écrirains prostituent
moins sédentaires. En Yain, timidement, seulement parce qu'il apparaissait gracieux, leur pensée elle-même, qui sans doute était
l'abbé l'exhortait à plus d'assiduité. Peu à gentil et d'aimable entretien, mais à cause ·prédestinée à une fonction plus morale;
peu les matinées se firent rares où Louis- d'un je ne sais quel charme personnel qui ainsi sont-ils plus coupables, d'autant que le
Lycurgue consentait pendant quelques mi- donnait à sa prime jeunesse un ragoût plus génie humain est plus estimable que le corps
nutes à prêter une oreille distraite à la bio- piquant de hardiesse, de vice et d'imprévu.
d'une gourgandine.
graphie des pères de l'Eglise ou aux combi- A chaque fois qu'à lraYers le carreau de son
Ce motif suffirait à rendre légitime notre
naisons du mètre anapeste. Ennemi de la lorgnon elle avisait le petit marquis, la scrupule. Mais il nous est également recomcontrainte et de la lutte, l'abbé ne s'obstina vieille duchesse de Drantillet, qui avait connu mandé par l'exemple de M. l'abbé Joineau.
point et adopta une règle de conduite pru- le régent de fort près, souriait .d'un air A l'encontre de la plupart de ~es contemdente el sage, conforme à la fois aux devoirs attendri et connaisseur el passait sa langue porains et en particulier, hélas! d'un grand
de sa charge et aux volontés manifestes de sur ses lèvres en chevrotant c1u'à coup sûr nombre d'ecclésiasliques qui dérogèrent graveson jeune maître et élève, Sitôt sa messe dite, cet enfant avait quelque chose de Philippe ment aux bienséances de leur habit, M. l'abbé
afin de satisfaire sa conscience, il yenait d'Orléans.
Ainsi choyé de tous cotés, il ne se passa Joineau se montre fort discret sur le chapitre
s'asseoir dans le parloir et, pendant un bout
des amours de son pupille. Il nous plairait de
de temps, s'adonnait à la lecture de quelques guère de temps que Louis ne del'int un des croire qu·un haut souci de moralité lui imposa
pages substantielles. Ensuite, constatant que caYaliers les plus réputés de la province. li cette réserve. D"autres motifs cependant
son pupille ne se présentait point, mais répa- n'avait pas quinze ans qu'il était prié à toutes 5emblent al'oir été plus efficaces à le déterrait dans un sommeil prolongé les fatigues de les fè1es, chasses, cadeaux et aulres parties miner. Le premier est que, considérant que
la ,•eille, ou au contraire était parti dès l'aube du rnisinagP. Tout cela n'allait pas sans un M. de Migurac en se divertissant de son corps
pour chasser la palombe, il prenait son cha- certain luxe d'habit et d'écurie'; il y eut plus ne faisait que faire œuvre de gentilhomme,
peau et gagnait le parc. Là, il écoulait agréa- d'un cheval creYé et les notes du tameur

.

.
"-------------------------- M ONS1EU~ DE M1GU~Jt.C
il se fùt trouvé mal Yenu à l'en blâmer· son
ministère lui interdisant par ailleur; de
l'appro~1ver, il préféra se taire : en quoi il
fut moins louable que s'il l'al'ait tancé, mais
dal'antage que s'il avait prêté à ses débordements une complicité autorisée par le relâchement des mœurs.
En, sec?nd _lieu, il faut reconnaître que
M. 1 abbe Jorneau paraît n'avoir accordé
&lt;1u'une curiosité médiocre aux relations des
sexes, qui sont le fond commun de tant de
mémoires et de romans. Épris, selon son
propre aveu, de la table et du dormir il a
fa}t_ p~ofession, à plusieurs reprises,' d'un
desmteres~cment remarquable en matière
amoureuse. Son génie calme, confortable et
do~1x, que l'on a comparé à celui du chapon
qm fut son mets préfëré, le rendait étranger
aux ~hoses de la passion, et il dédaigna dans
la pemture_d'autrui ce qui ne le préoccup:iit
point en lm-même.
Sans approfondir dal'antaac
le chapitre de
0
l'abbé, no~s nous bornerons à dire que, malgré sa discrétion, il appert que LouisL1curgue, dès sa quinzième année, fut plu lot
au delà qu'en deçà de l'inconduite qui sied à
un homme de qualité : je n'en veux pour
preuve que le mécontentement de madame sa
mère qui, encore qu'elle eût été satisfaite de
le roir suivre une voie différente de celle de
s~n _pèr~, ne tarda pas à trouver qu'il s'y
ba1~1t dune allure trop précipilée, ayant été
obligée de congédier l'une après l'autre toutes
~lies de ses· chambrières qui étaient d'un
visage passable, pour les remplacer par d~s
duègnes barbues à faire peur à un reitre et
de la laideur desquelles l'aLbé lui-même
déclare a\'Oir élé offusqué. C'est un fait not~ble q~e le nom de mademoiselle Séraphine
disparait en cc temps des mémoires de M. Joi~1eau'. et_il n'est pas inconcevable que, n'apnl
Jama~ rien refusé à Louis-Lycurgue depuis
sa naissance, elle eùt vers cette épocrue offensé
madame Olympe en lui accordant trop.
Quoi qu'il
en
soit, dans le l'illarre,
les
.
•
0
rustres qm avaient femme ou fille s'accoutumèrent bientôt de pousser le verrou au. passage du petit marquis. Non qu'il fùt capable
de contraindre une femme, fùt-ellc de la
plus basse extraction· mais il n'en était
aucune, vachère, soub;elle ou fermière qui
à son premier sourire, ne fùt à sa dévotion c~
pendue à ses lèvres; cc que je ne dis pas seulement en matière de métaphore. En ses
ga_lanteries, il eut maille à partir plus d'une
fois avec quelques vilains qui ignoraient ce
que la jalousie d'trn mari a de mesquin et de
grossier. U:n soir, Louis-Lycurgue fut rapporté au château, le crâne fendu d'un tabouret en bois r1ue lui avait brisé sur la tète un
bûcheron qui l'avait surpris fort échauffé
auprès de son épouse. 11 s'en remit, contre
l'attente de deux médecins. Ce fut d'ailleurs
fort beurrux pour le salut du manant, qu'on
allait pendre, quand Louis-Lycurgue, l'ayant
appris, sauta de son lit, la tête encore bandée,
et courut à cheral d'une traite jusqu'à Périgueux, pour corrompre le juge, ce qui fut
aisé.

~

Pas plus que !es fermières, les duchesses 11·echappaie11t à la rouerie de Lo11is-Lye11rgue, el l:i fougue éclata11le de
sa jeunesse enlevait les demières 1·ésislances. Ses premiers triomphes amotffeux f11re11I presque a11ssilôt suii,is
de ses premiers duels. (Page 383.)

Mais le lecteur se ·tromperait s'il croyait
que Louis-Lycurgue ne trouvait chaussure à
son pied que dans la roture. Tout au contraire demeure-t-on ébaubi, vu son jeune âge,
combien d'intrigues il sut nouer et avec
quelle gaillardise il les mena à bien dans les
· maisons les plus considérables. Pas p1us que
les fermières, les duchesses n'échappaient à
sa rouerie, et avant qu'il eût confié son menton au barbier, il aurait pu tenir registre de
ses victoires. La naïrnté de son regard et son
aspect enfantin charmaient au premier abord
et prévenaient la-défiance. La joliesse de ses
façons et ce quelque chose d'empressé qu'anrt
...., 383""'

sa galanterie amollissait les cœurs. Et la
fougue éclatante de sa jeunesse enlevait les
dernières résistances.
·
En con~équcncc, celui que l'on nommait
d'abord « le petit marquis » avec une nuance
de moquerie ne tarda guère d'être appel~ avec
quelque respect &lt;&lt; le galant marquis ». Tandis
que son nom et son visage p·rovoquaienl parmi
les femmes un murmure de curiosité bienveillante, non seulement quelques maris brutaux, mais la foule des Jcunes seigneurs
sentaient leurs mines s'allonger à son apparition. Ses premiérs triomphes amoureux furent
presque aussitot suil'is de ses premiers duels,

�-

111ST01{1Jt

si nous négligeons &lt;'clui qu'il eut awc ~!. dr le, blandices de la chair un de ces desseins
Mardicu à l'àge de onze ans; et certes il allait mystérieux par lesquels la Providence se plait
aux rendez-vous de l'épée avec la même ar- à déjouer les vues humaines. Je serais enclin
deur qu'à ceux de la Yolupté. Lorsque ses idées, à croire qu'ayant décrété que ses deux maplus tard, furent fort changées sur ces matières riages légitimes demeureraient stériles, elle
et qu'il affectait de blàmer ses folies d'autre- ne voulut pas néanmoins qu'un sang si généfois, il ne fallait pas néanmoins le presser bien reux fùl tari dans le royaume. Ainsi permitfort pour qu'il reconnùt aYcc un soupir que, elle qu'il se propageàl par des ,oies illicites
parmi les souvenirs précieux qui ne cessaient avec une fécondité admirable. Au momenl
pas dr lui faire ballre le cœur, était celui de que je quittai Migurac, , ers l'an 1780, pour
ces jeunes combats où, homme contre homme, aller joindre mon maitre à Paris, il m'arritaceà faœ, il s'agissait de jouerrt de défendre rnit chaque jour de m'arrêter ave&lt;' attensa vie. Ajoulom, que son humanité n'était pas drissement devant quelque jeune rustrr ou
moins prisée que son courage. Lorsqu'il eul quelque fermière avenante, où j1• retrouvais,
le malheur de blesser grièvement M. de Nérac, trait pour Irait, l'image de ~!. de lligura&lt;' tel
dont il a,ait fort entrepris la femme, il qu'il était à son départ du pays, et de cc spectacle j'éprouvais un émoi où la douceur el
~ ·abstint de poursuivre ses avantages tant que
l'affiiction
se mèlaient rtraogement. »
li' mari fut au lit, n'exauça les Yœux de la
li
est
permis
de se demander, au spectacle
dame que quand celui-ci fut rétabli el lui fit
dire qu", s'il était mort, il eùl épargné l'hon- de celle vie dont l'abbé lui-même n'a pu nous
dissimuler le désordre, si Louis-Lycurgue
neur de ses mânes.
Arrêtant ici celte brève esquisse de~ exploits n'avait pas entièrement oublié les préceptes
amour!'uX de Louis-L~·curgue. nous nous bor- que lui avait légués monsieur son pi·re. ~ou~
nerons à reproduire la ré0rxion édifiante par n'hésitons pas 11 dire, en dépit des vraisemlaquelle M. Joineau a cru dcrnir clore cc cha- blances, quïl n'en perdit jamais le somenir,
pitre. A~anl brièvement narré quelques-une, mèml' au plus fort de ses juYéniles débordede S&lt;'S fredaines, il conclut ainsi : &lt;&lt; Malgré ments. )1. Joincau a nott! lui-mème que
c·c que de telles pratiques ont dt• contraire 11 madame 011mpe, en deu~ ou trois circonla chasteté chrétienne, peut-être faut-il rnir stances où elle tenait parliculièrrmenl à ramedans celle propension du jeunr marquis Yrrs nt'r ,on fils 11 sa ,olonl!I, inYoqua le nom du

marquis : alor~ une pâleur soudaine décolorait les joues du jeune homme, qui s'inclinait
docilemcnl. Mais un obscur sentiment de mal.tise ou de jalousie retenaient madame Olympe
d'évoquer rnlontiers la mémoire de son époux,
el le regard perçant que lui jetait son fils,
quand par hasard efü• le faisait, n'était point
pour l'y en('ourager.
Quelque peu conforme aux doctrines de
son père que fùl donc la carrière de LouisLycurfrüe, il est hors de doute qu'elles ne
furent jamais entièrement abolies en son âme,
et c'est à Ms retours de pensée vers elles que
se doivent attribuer nombre de bizarreries
qui déconcerti•renl ses proches ..le wux dire
en particulier t'ertaines cri~cs d'humeur ou
de larmes oi1 il s'abîmait parfois à la suite de
plusieurs S!'maines accordées au plaisir cl où
on l'entendait se rouler 11 terre 1•n gémissant.
_\ près de telles socoussrs, il restait quelques
jours abauu el comme désespéré, el son ,alet
remarquait que sa seule distraction était
d'ouvrir les livres fayoris du feu marquis et
de s·y plonger avidement. )lais la réclusion
répugnait trop violemment 11 l'exubérance cl ,
son tempérament : au bout de quatre ,iours
ou d'une semaine, il rl'tournail à ses plaisir~
a,·er un redoublement de folie, jusqu'/1 c1•
que quelque lubie nouYellr dnl allcst1•r les
t'Ombats qui sr linaienl dans son àme.

(,.\ s11frre.)

ANDRÉ

LlCl!TE\'BER(iEH.

(lllustrations cû CONRAD-)

L1,

VIE DE PARIS AU

xvn•

SIÈCLE. -

LA

GALERIE

ou p

\ LAIS. -

Dessi11e el gr3vé f'3r

AllRAIIAM BOSSE,

( Cabinet des Iisl3111f'tS,)

•

•

75, RUE DAREAU, 7.5
PARIS

x1v•

arrond' .)

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1910, Año 1, No 8, Marzo 20</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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Mardicu à l'àge de onze ans; et certes il allait mystérieux par lesquels la Providence se plait
aux rendez-vous de l'épée avec la même ar- à déjouer les vues humaines. Je serais enclin
deur qu'à ceux de la Yolupté. Lorsque ses idées, à croire qu'ayant décrété que ses deux maplus tard, furent fort changées sur ces matières riages légitimes demeureraient stériles, elle
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parmi les souvenirs précieux qui ne cessaient avec une fécondité admirable. Au momenl
pas dr lui faire ballre le cœur, était celui de que je quittai Migurac, , ers l'an 1780, pour
ces jeunes combats où, homme contre homme, aller joindre mon maitre à Paris, il m'arritaceà faœ, il s'agissait de jouerrt de défendre rnit chaque jour de m'arrêter ave&lt;' attensa vie. Ajoulom, que son humanité n'était pas drissement devant quelque jeune rustrr ou
moins prisée que son courage. Lorsqu'il eul quelque fermière avenante, où j1• retrouvais,
le malheur de blesser grièvement M. de Nérac, trait pour Irait, l'image de ~!. de lligura&lt;' tel
dont il a,ait fort entrepris la femme, il qu'il était à son départ du pays, et de cc spectacle j'éprouvais un émoi où la douceur el
~ ·abstint de poursuivre ses avantages tant que
l'affiiction
se mèlaient rtraogement. »
li' mari fut au lit, n'exauça les Yœux de la
li
est
permis
de se demander, au spectacle
dame que quand celui-ci fut rétabli el lui fit
dire qu", s'il était mort, il eùl épargné l'hon- de celle vie dont l'abbé lui-même n'a pu nous
dissimuler le désordre, si Louis-Lycurgue
neur de ses mânes.
Arrêtant ici celte brève esquisse de~ exploits n'avait pas entièrement oublié les préceptes
amour!'uX de Louis-L~·curgue. nous nous bor- que lui avait légués monsieur son pi·re. ~ou~
nerons à reproduire la ré0rxion édifiante par n'hésitons pas 11 dire, en dépit des vraisemlaquelle M. Joineau a cru dcrnir clore cc cha- blances, quïl n'en perdit jamais le somenir,
pitre. A~anl brièvement narré quelques-une, mèml' au plus fort de ses juYéniles débordede S&lt;'S fredaines, il conclut ainsi : &lt;&lt; Malgré ments. )1. Joincau a nott! lui-mème que
c·c que de telles pratiques ont dt• contraire 11 madame 011mpe, en deu~ ou trois circonla chasteté chrétienne, peut-être faut-il rnir stances où elle tenait parliculièrrmenl à ramedans celle propension du jeunr marquis Yrrs nt'r ,on fils 11 sa ,olonl!I, inYoqua le nom du

marquis : alor~ une pâleur soudaine décolorait les joues du jeune homme, qui s'inclinait
docilemcnl. Mais un obscur sentiment de mal.tise ou de jalousie retenaient madame Olympe
d'évoquer rnlontiers la mémoire de son époux,
el le regard perçant que lui jetait son fils,
quand par hasard efü• le faisait, n'était point
pour l'y en('ourager.
Quelque peu conforme aux doctrines de
son père que fùl donc la carrière de LouisLycurfrüe, il est hors de doute qu'elles ne
furent jamais entièrement abolies en son âme,
et c'est à Ms retours de pensée vers elles que
se doivent attribuer nombre de bizarreries
qui déconcerti•renl ses proches ..le wux dire
en particulier t'ertaines cri~cs d'humeur ou
de larmes oi1 il s'abîmait parfois à la suite de
plusieurs S!'maines accordées au plaisir cl où
on l'entendait se rouler 11 terre 1•n gémissant.
_\ près de telles socoussrs, il restait quelques
jours abauu el comme désespéré, el son ,alet
remarquait que sa seule distraction était
d'ouvrir les livres fayoris du feu marquis et
de s·y plonger avidement. )lais la réclusion
répugnait trop violemment 11 l'exubérance cl ,
son tempérament : au bout de quatre ,iours
ou d'une semaine, il rl'tournail à ses plaisir~
a,·er un redoublement de folie, jusqu'/1 c1•
que quelque lubie nouYellr dnl allcst1•r les
t'Ombats qui sr linaienl dans son àme.

(,.\ s11frre.)

ANDRÉ

LlCl!TE\'BER(iEH.

(lllustrations cû CONRAD-)

L1,

VIE DE PARIS AU

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SIÈCLE. -

LA

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JULES

TALLANDIER,

ge fascicule

Sommaire du

t
(5

A11ril

1910. )

1

~--------~
Madame Récamier . . . . .
&lt;)
Promesse royale . .. .. .
Prère d'empereur: Le duc de Morny et la
société du Second Empire . . . . . . . . 10
15
Le • cabinet noir • . . . . . . .
16
Monsieur du Barry . . . . . .
21
En marge des mémoires de Louis Racine

JosEPII T rRQl' A'I .
SA lNT-SWON . .
F RÉDÉRIC L ùl.lÊ~: .
N,1 POLÉON . . ,

G.

LE:-IOTRF. . •
f ULF.S LF.~I AIT RE . . . .

FHÈOÊRIC ;\IASSO'I . . .

de l'A cadémie / 1"cwpi;;e.
PAt;L DF. SAl 'IT· \'1&lt;;TOR.
Gb,ÉRAL Dl': ;\[ARHOT, .
Y ICTOR HUGO . . . . .

A'IORI\ LICIITEXDF.RGEll.

· de l'Aca.iémfr /1-.111çaisc.

Malmaison pendant le Consulat .
Diane de Poitiers .
31
Mémoires . . . . .
38
Louis-Philippe . . .
Monsieur de Migurac ou te Marquis philosophe . . . . . . . . . . .
39

PLANCHE HORS TEXTE

ILLUSTRATIONS
n'APRÈ!:. U:S TARLF.Al'X, DE~SIXS ET F.STA\IPES 01~ :

13011. 1.v, 130 ULA N(;1m. É ~IILE BoUTl ():,iY. GEOIH,ES CAI N, IIE:-.111 f: 11 All'l'IE H,
.J . -F.-C. CLÈRE, CoEs,,,11 1,F. 1.A Fo;;:;E, CoNnAn, OAv,o. D Ecn .. uz E, FLA:\ DHl 'I,
F111 LL EY, , . n

MADAME Rl~CAMIER
TABLEAU nu BARON Gi:RARD (IIOTF.I. DF.

L At;:\ A Y, L AVF.1u:rncE, ll o 1uc E V 1rnNET , ETC.

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CHAPITRE PREMIER.

1

SOMMAIRE du NUMÉRO du 10 Avril 1910

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L a cr ois ' e des chemins. - ARMAND S IL\'ESTRE. Pr int ..mps . - PAUL
.\!ARGUERITTE. Amoureux de la Reine. - J. :&gt;IA RNI. Strapontin. Eo)tOND RO , TA~ D. de l'Académie française Dessou s~s a gra nde omhre~[Ë'
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nos plus grands peint res. C'est aussi rappder l'un des maitres les plus chatoyants, les
plus élégants et les plus gracieux Ùll , vrn· siècle français, le siècle de l'élegance, de la
g râce et de l'amour. ~lais, parmi les œuvr cs de \Vatteau, il en est une, l'Eml&gt;:1rquemet1/
pour l'île de Cytlthe, û laquelle il s'est attaqué à deux reprises pour s'y réaliser tout
entier. Et, de l'avis unanime des plus fins critiques d'art, c'est là que Watteau a créé le

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ils ont aimé, ils ont souffert. Cc sont leurs souvenirs i111imes, leurs mémoires historiques
que nous revèle HISTORIA ; il nous les montre en pleine vie et en plein mouveme nt,
obéissant aux appétits et aux passions 2ui ont jadis déterminé leurs actes.
Chaque fascicule reproJuit les œuvres es grands maîtres de la peinture et de l'estampe,
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Le b fioréal de l'an I de la Liber té (24 aHil
1795), un peuple de forcenés, hommes de
Septembre, suant le crime et le sang sous
leurs carmagnoles sordides el leurs bonnets
rouges graisseux; femmes aux visages el aux
corsages luisants de crasse, aux manches retroussées, aux jupes déguenillées, débouche
sur le boulevard. Celle tourbe de patauds cl
de pataudes en ru t grouille, puant le vin cl
l'eau-de-vie à pleine gueule; elle se presse
derrière un homme dont le front est couronné
de feuilles de chêne et qui est porté dans un
l I . - I-IISTORIA, -

Fasc. 9·

1'.iuleuil sm· les épaules de quatre hommes.
Ce sont les « tricoteuses » et les dévots de la
« sainte guillotine l&gt; qui font un triomphe à
leur dieu Marat et sèment autour de lui une
pluie de fleurs. Le cortège se rne le long des
boulevards dans un infernal rayonnement de
révolte et de débauche toute chaude, sentant
atrocement la mort. Le troupeau cannibalesque hurle, chante, se démène avec une
rage avinée, sauvage, hideuse, derrière le dieu
du jour, dieu qui ne rappelle en aucune façon
Apollon. Voyez le : aussi hideux que ses crapuleux séïdes, il gesticule, il braille sur son
fauteuil : il jouit de son triomphe en allcn-

dant que le couteau de celle que Lamar tine,
qui voyait des anges dans toutes les femmes,
a appelée /'Ange de l'assassinat, fasse bientùL
porter an Panthéon l'homme qu'on se Lornc
aujourd'hui à porter en triomphe el à porter
aux nues; en allendant aussi que ce même
peuple, qui brise ses idoles aussi vile qu'un
enfant brise ses joujoux, Yiennc' arracher au
reposoir du Carrousel le buste de son dieu
athée pour le pendre à la lanterne du coin de
la rue Galande, le briser à coups de pierres
el en jeter le.s morceaux aux ordures.
Tandis que les hurlements de la foule
s'étendent sur la ville comme le roulement

�r--

Jff AD.A.ME 'R.,_ÉC..ll.JH1E'R_

1f1STO'l{1.ll

de l'amitié. "'Gourmand et libertin comme
d'un Lonnerre lointain ; Landis que les Pari- posaient le respect aux plus téméraires. Lous les désœuvrés, il se chargeait de mille
Malheuréusemenl, aYec sa taille un peu
siens, épouvantés par celle haine rugissante
petits soins domestiques el faisait les commisel celle atmospère de fureur, se tiennent épaisse, les mains ne répondent pas à la sions de la maison pow· payer son écot; il le
enfermés chez eux, une jeune fille, oh! bien beauté du l'isagc : les doigts sont gros, les payait aussi en verbiage et en esprit quand il
jeune, quinze ans, pas davantage, vêtue de ?ngles plats el carrés du bout; - voyez-les : en avait. Dans ces ménages du xnn• siècle,
blanc, comme une mariée, mais très simple- elle vient de retirer son gant pour signer un souvent brouill~s par suite des fredaines de
ment, sans luxe, monlail avec son père et sa papier;- de plus, les pieds sont trop grands, l'un ou de l'autre époux, il régnait une sorte
mère les degrés de l'Hôlel cle Ville. Et, de ils manquent de cambrure el aussi de finesse, d'hostilité latente, de guerre sourde.... C'était
fait, cette jeune fille venait à la municipalité de distinction : c'est bien le pied de sa main. le terrain de prédilection du parasite. C'est
pour se marier. Son fiancé, les témoins, sui- Mais qu'importe, puisqu'elle le croit joli et alors qu'il se rendait vraiment utile, indisvaient par derrière. Point d'amis. Quand les que son sourire fait croire ce qu'elle veul? pensable même:• en jouant le .,rô,le"'d\Éfattemps ne sont pas sûrs, quand on risque de Tout, en ce monde, et même la beauté, est-ce tampon entre les deu~ puissances h~stiles : il
trouver un danger, tout au moins un ennui à autre chose qu'illusion?
La jeune mariée est la fille unic1uc de amortiss ait le choc des anim'osités et des ranla place d'un plaisir, les amis font toujours
ancien notaire
à Lyon, ancien · cîmes conjugales, et sa' présence suffisait il
grève. Mais peut-êlre aussi n'en a-t-on pas M.. Bernard,
~
.
~
recernut
des
finances
à
Paris;
·-et son heureux mettre une sourdiné.. à des récriminations
invité. Cc mariage n'a nullement un air de
qui, sâns lui, se fussent fait jour avec t1·op
fêle. On se parle tout bas, les )'eux, sont in- époux est M. Récamier, banquier 11 Paris.
Née à Lyon, le 4 décembr_e f 777, Jeanne- d'éclat. Il sauvait aussi la situation devant les
c1uiets, fureteurs, et l'on semble se demander
domestiques. Sans lui, le tète-à-tête dan·s la
si un r\lariage, l'enchainement d'un homme à Françoisc-Aifélaïde Ilcrnai·d était fille d'un salle à manger eût été intenable. Cet amiune femme, ne sera pas regardé◄cn cc jour notaire de cette ville. &lt;( D' un esprit peu tampon était le confident intime et un peu le
comme un crime contre la liberté. C'en est étendu, a écrit la nièce de Mme Récamier, directeur de l'une, sou.ent &lt;les deux parties
un pourtant, et aussi contre l'ég11.lité; que M. Bernard était d'une figure extrêmement adverses. Son intérêt élait de faire régner une
d'abuser, comme le fait la mariée, de la belle. 1&gt; La figure de sa femme ne l'élait pas sorte de demi-entente dans le ménage, qu'il
liberté d'être belle, de se distinguer de la moins. Mme Bernard était une blonde sémil- avait soin de tenir toujours sur le qui-vive,
masse d'une façon si éclatante. Debout devant lante, remuante, coquette, et dont la dia- afin de rendre à êhacun sa présence et ses
le magistrat qui, le bonnet rouge en tête et lilerie, qui ne péchait pas par des excès de bons offices nécessaires. Le parasite n'était
l'écharpe municipale au ventre, lit les deYoirs naïveté, s'épanouissait à ravir sous l'œil donc nullement, on le voit, une cinquième
des époux, la jeune fille écoute. Elle est grave, paterne de son mari. Car, dans ce ménage roue à un carrosse; c'était même une pièce
mais on devine que la gravité n'est pas son comme dans la plupart des autres, c'était indispensable à la bonne entente de ces méaltitude ordinaire : le visage a trop l'habitude Mme Bernard qui était l'homme de la mai- nages d'ancien régime.
du sourire pour que celte gravité puisse son : le notaire n'avait que le droit de s'inMais ce personnage, décoré du Litre d'ami
tromper un instant. Voyez-la sous son bonnet cliner devant les désirs de son épouse, d'en de la famille, avait 'comme les autres, plus
blanc : que de grâce, que de jeunesse, crue prendre acte et de les enregistrer, d'applaudir que les autres peul-être, ses faiblesses, ses
de beau té Haie l On pow·rait trouYer une à tout ce qu'elle disait et de dire amen à tout Vices, ses passions. li était souvent plus que
taille plus élégante, mieux prise, car la cc qu'elle voulait.
Dans les temps de loisirs cl d'inertie qui l'ami de Madame. Le ménage alors n'en allait
sienne, en vérité, est un peu carrée, aplatie,
que mieux. L'ami devenait un peu le maitre
et manque de celle distinction souple et élan- précédèrent la Révolution, il y avait CD de céans, et Monsieur, heureux d'ayoir la paix
cée que doit avoir toute jeune fille bien venue. France un grand nombre de désœuvrés, ca- chez lui , ne regardait pas trop au moyen qui
Mais ce visage! Quels yeux enchanteurs sous dets de famille sans fortune, éternels cher- la lui donnait : il était déchargé du soin
leur teinte orangée, quoique la vie n'y hrùle cheurs d'emplois, jeunes gens qui ne savaient d'amuser Madame, de la dorloter, de la dispas avec intensité, qu'ils n'accusent nulle à quel ràtelier manger el que la nécessité traire, de la promener ; cela lui suffisait. On
passion et qu'ils ne soient rieurs que modé- forçait un peu à vivre aux crocs de qui vou- n'attachait alors aux faiblesses morales, phyrément; quelle bouche fine cl vermeille, bien lait bien les accueillir. Toute maison riche, siques plutùl, car de morale il n'était point
qu'elle n'ail pas l'air faite pour le baiser ; ou seulement aisée, avail un ou plusieurs question, qu'une importance fort médiocre.
quelles jolies pelites dents, bien transparentes, parasites qui y trouvaient &lt;! bon souper, bon Délivré du joug de la femme, le mari subismais qui doivent être incapables de mordre; gite » et souvent « le res le ». Le parasi Le sait sans rien dire le joug de l'ami .
quelle peau fraiche sur Lou t ! Elle est, dirait attitré de ces maisons élait généralement un
M. Bernard, bon et faible, subissait celui
Diderot, comme « une jatte de lait sur la- abbé. Sans être abbé, le personnage de 'l'ar- de M. Simonard. Vieil ami d'enfance, celui-ci
quelle on a jeté des feuilles de rose » ; c'est tufle, dans Molière, est de la confrérie. Lisez s'était mis sur un tel pied dans sa maison,
le teint de la duchesse de Longueville, ce le Neveu cle Rameau, de Diderot: vous aurez qu'il y était plus maitre que lui. Lorsque
teint si rare qu'on ne peut comparer à rien une idée de ce qu'était au juste ce métier de M. et Mme Bernard quittèrent Lyon en 1784,
parce qu'il est supérieur à tout. Sous la col- parasite. Comme dans toutes les professions, M. Simonard n'eut garde de ne pas suivre des
lection de toutes ces perfections, rehaussées il se trouvait parfois d'honnêtes gens dans gens si hospitaliers. Mme Bernard, qui était
par _un nez spirituel, animé, vivant, qui est celle-là, si l'on peut appeler honnêtes gens une fine mouche et dont la blonde beauté ne
une perfection de plus, le visage vous a un des êtres qui mettent toute dignité dans leur nuisait nullement à une entente frès pratique
air enfantin un peu étonné, comme celui des poche et vendent leur indépendance pour le des affaires el des hommes, avait, on ne sait
petites femmes de Greuze : c'est à croire que gite et le couvert. George Sand, dans l'Ilis- comnient, connu M. de Calonne. Et, à cètte
le peintre de l'Acco1·dée cle village d de la toite de sa vie, nous a retracé le portrait époque, un « noble 1&gt;, un grand seigneur, un
Jeune fille à la cruche cassée l'a vue cc d'un de ces parasites, brave homme du reste, premier ministre ne frayait guère avec une
jour-là, en sortant des bouges ignobles où il qui vivait chez Mme Dupin, veuve du fer- bourgeoise, avec la femme d'un nolaire de
allait fouetter son imagination pour· trouver mier général Francueil, l'ancien amant de province. On ne sait quels mérites inattendus
ses inspirations d'innocence. Les cheveux, Mme d'Épinay. Chez Mme d'Épinay elle-même, M. de Calonne découvrit tout à coup chez
légèrement frisoltanls, sont cbùtains et cou- . sous le nom d'amis, il y en avait toujours Mme Bernard et celle-ci chez son mari : mais
ronnent à ravir une physionomie séduisante quelques-uns, mâles ou femelles, en activité. le ministre s'avisa qu'il ne fallait pas laisser
au possible. Mais est-ce son petit air de malice Cette déplaisante Mme d'Etle, qui s'immisçait moisir en province les hautes facultés du
ou son sourire de bonté qui plait à ce point? dans toutes ses alla.ires pour mieux faire les tabellion. Pour arnir plus près de lui cet
On ne sait, et l'on serait tenté de faire com- siennes, était un joli échantillon de l'espèce; homme que, 'du reste, il ne connaissait pas,
pliment de sa beauté à la belle, si ·une dignité J.-J. Rousseau en était un autre, mais d'un il le nonima receveur des Jfoances à P:iris.
et mr port de tète déjà &lt;( grande dame l) n' im- genre différent. Le parasite vivait aux dépens

L

Rien ne justifiait celle nomination ni des
~pacit~s hors ligne, ni des senices 'au pays,
Ill un_ t~tre quelconque ; mais, comme le roi,
les mrmstres Sa\'aient très bien dire : tel est
notre bon plaisir.
. Tan?is que l~ute la maisonnée parlait pour
ü caprtale, Juhcllc, qui n'avait encore que
fsept ans,
b fut
, envo,·ée
, J chez une tante, :a \''I11e~·anc c. C est la qu'elle commença l'apprenl1~s.age de son futur métier - car c'en fut un
veritablc - de femme adorée. Elle inspira en
~ffet à un p~tit camarade à peu près de son
a.~e une passron aussi platonique que devaient
I etre plus tard celJes de « ses innombrables

si éthérés, ces amours ignorés et méconnus!
!ls s?nt les seuls vrais. Kotzebue n'oublia
J~ma1s qu'à sept ~ns il élait tombé amoureux
d une fil!ctt_e qui plus lard devint sa lante.
Charles Nodr~r passa tou le son enfance à être
amoureux :_ il nous a laissé le récil de ses
touchante~ 1dyll_~s, souffle printanier qui parf_uma sa ,1c entierc et qui nous donne en le·
Ir_sa nt' un~ emolron
· · dont nous voudrions
' sou-~
m e et qm cependant fait tomber de nos yeux
u~e larme de r~gret pour cc beau temps qui
11 eSt plus et qm ne peut plus revenir.
Julretl~ p~rlagea, et il faut la louer de
l'avoir drt, I afdeur du jeune Humblot. Elle

---.

Mme _fiécamier éprouvait une jouissance rétrosfectr ve à raconter sa beauté et ses succès
d ~nfancc, - pour une coquette, il n'est
pomt de succès négligeable, - et clic n'avait
eu garde de ne pa_s inscrire le nom &lt;lu jeune
Hum~lot su~· I_a liste qui, peu à peu, devait
devenu· le rltctwnnaÙ'e de ses adorateurs.
Cc ~•est probablement pas pour couper
court a celte petite idylle, toute charmante
dans son innocence, que, à la façon de ces
grandes dames qu'on enfermait au couYent
lorsque les ~clats de leurs amours dépassaient
la note admise par les convenances du monde
ou celles du mari, Juliette fut mise au cou-

Cliché Braun, Clément et C'•.
LE TRIOMPHE DE ]\,J ' lRAT· _

a~~rateurs. l&gt; Ces amours d'enlance sont plus
ser1eux
qu'on ne Ie croit généralement •
' nf
l e'héant , quand 1·1 a du cœur, sent avec une·
ve mence, avec une intensité qu'on ne lui
soupçonne pas, qu
. ,on ouhl'1e quand on est
devenu
·
, .
oo-raod • Ces passrons,
car c'en sont de
ver1tables
. .
. ' don ,1en t autant de Jourssances
J·e
veux
dire
de
fI
· ·
sou rances, que les amours ' de
Jeunesse
ou d'.'"
• 'f
• qui. donc se sou
11 ais
•
a.,e mur•
vient' s1· ce n,est pour en sourire de ces~mours don_t il pleura jadis? Qui 'donc ne
aulssed dédaigneusement les épaules si on lui
par e e ces sent'iments d' un cœur précoce"
Il s sont cepc11 dan l si· purs, S1. désmtéressés
.
·

'

T ab/eau de

BOI LLY. (Musée

de Lille. )

en parla. s~uvent el ne l'oublia jamais. Son
c~ur avait-Il été vraiment touché? C'est possi~~e :, dan~ l'enfance, tou t sentiment est pur,
desmteresse,. naturel et vrai. Cc n'est que
plus tard, bren plus tard, que le cœur se
blase par: l'exercice même de ses facultés et
pour a,·011· essuyé le feu - la glace surtout
- des autr~s cœurs auxquels il s'est frôlé.
Cet!e pa_ss10n enfantine avait-elle seulement
tou~he Juh~tte dans sa fibre vaniteuse et lui
ava1l-elle_simplement inspiré cette pensée :
(&lt; ~Ion Dieu ! comme je suis belle pour ' t.
. , d ,.,
,
e 1e
aim~e cp ·1 &gt;&gt; C'est po~sible aussi. Toujours
est-11 que, dans ses JOtrrs crépusculaires,

ve_nl de la Déserte, à Lyon. C'était pou r
faire son éducation.
9~mm_e -~eaucoup _de jeunes filles, la petite
pa1ait al'on assez aimé son couvent. Une de
ses tantes y était religieuse, et ses soins n'ont
peut~être pas été étrangers à cette affection .
Au_ss1 pleur~-t-elle beaucoup quand il fallut le
qu1~lcr. Mais ses parents la rappelaient à
Pans. Elle s'y rendit, accompaanée
de sa
0
Lan~.
.. Dès lors elle dem~ur~ auprès de son père,
~a mère, et le~r am, S1monard. On s'occupa
d~ son educatron : elle prit des leçons de
prano, de harpe, de cbant, et, grâce à ses

�111STO'J{1Jl - -

---------------------.#

rl on l'aimait parmi les banquier~ de 1'a1·i:;.
assez son êrudition ('l prenait trop, dans le (~rand. fort. possl'sscur d'une belle chcrclure
het11·euse~ &lt;lisposilions, de1inl bil'nlùt d'une salon, le Lon doctoral du profes;;cur en d1ail'C:
jolie foret' d'amalem. Plus tard, quand clic Camille .Jordan , enthousiaste, sincère drns blonde cl de deux grands ieus hleus. il l:lait
donna le Lon dans le monde parisi1•n, les ses convictions, provincial dans sa mise cl n.: qu'on appelait alors un joli homme. li
l'cmmcs l'Oulurcnt toutes, à son exemple, ses f.1çons, cc l(Ui cmpè,hail de paraitrr :111,; pulail bien, le sarnit cl s'écoulait parkr. Sun
jouer du piano. C'était très hicn de s·~ con- yeux &lt;ln rnlgairc sa distinction cl rn:1 origi- f;rand plaisir. en prenant celui-Hi. él,Jil &lt;le
damner, si rcla les amusait; m:lis le mal- nalité d'esprit .... c·l'sl sans doute ces homm:.!s citer à l'occasion quelques \'ers de \'irgilc 0 11
heur, c't•:,l &lt;1u'cllcs co.1&lt;lamnèrcnl aussi leurs &lt;le lettres ,p1i amenèrent ~[. &lt;le la llarpc chez ll'lloracc, rengaines dassiqucs éehappécs au
filles au piano forer. Et c'est ainsi que )1 me Hé- )1 me Bernard : t•t cc nornu d'homm~s rcmar- naufrage ordinaire de (•es choses dans la rie :
carnier del'inl , sans s'en &lt;loutcr, la cause bien qaablc~, q11i sr gross:l dt' q:iclqucs recrues ces éparcs étaient demeurées accrochées 11 sa
innoccnll' &lt;lu mart1Te d'une foule de nnlhru- d.: la politiqu&lt;'. entre autres de 13arèrc, Jonna 1m11110:re comme des algues 11 un rocher, cl
refüe,. Cou1m1· I:; 111o&lt;ll· ,0:11:iil qu'aucune à so:1 salon un caclcel d'urbanité, un charme il les scl'l'ait. toujours les mêmes, 11 ses
jeune liile m· lùl n:putée l,icn élcl'ée si clic q11c les discussions politiques ne p:irl'inrrnt auditeurs ébahis. Cela lui :1rnil ,·alu dans son
n\:tait pas capable de jouer, même s:rns la J);)S à entamer rl qui le faisaient citer parmi milieu. oi1 le latin n'était pas un article de
moindre disposition musicale, les sonates cl les plus agréables de Paris ous la monari:bic consommation courante. une réputation d',:_
morceaux en l'oguc. la plupart &lt;les parents, ex pirante. Mme Bernard, toujours jeune, ru&lt;lit. Jlon l'iranl a,·ec cela, Lon garçon aussi,
plus moutonnier, que réCTécl1is, i11nigèrcnl 11 toujours l'il'e, aimable cl qucl,1ue peu co- content de lui. content des autres, on lui
lt'ur · pauHcS filles, - el cc, jusrp1'à la fin qucllc, savait 11 merveille attirer, retenir cl reconnaissait deux rares qualités : i:cllc
du seeon&lt;l Empire, - le supplice de huit grouper autour d'elle un mon&lt;lc aux senti- d'ètrc toujours gai , celle d'ètre toujours scrheures de piano p:ir jour. lis ne s'a, isail'nl ments soul'cnl opposés, cl cela dans nn Lemps ,·iable cl génfrcux , non seulement pour ses
pas qu'il y arnit quclquP cho,e de mil'UX 11 oi1 lrs passions étaient ('XlraordinairemcnL amis, cc r1ui rclèl'c plus sou1·(·nl de l.1 ,·anilé
foire que d'imiter serrilerncnl ceux que de~ surcxciltles. La petite .Jnlicllc, malgré son ou &lt;le l'égoïsme que du cœur, mais aussi
tlisp:i~iüons parlieulit•res poussa:enl 1i se per- jeune ~1ge, était admise au salon, comme pour ses parents. li fut une Prol'idence pour
fcctiouncr dans la musir1uc; ils ne songeaient (;crmainc Necker, sa future amie, l'a,·ait été « une armée de nc1·eux •&gt; qu'il prit chl'Z lui.
point 11uc s'ils a l'aient consacré chaque jour dans le salon de ses parents. Les leçons du c1u ïl employa dans Sl'S hurcaux cl lança
quelques heures dt• te temps perdu pour la monde concouraient à compléter son é&lt;luca- ensuite d1ns ks affaires.
)1. Hécamier était, on le voit, 1111 onc!c
musique à faire appren&lt;lrc à leurs filles un tion, 11 form~r précocement son esprit , cl
comme
on en , oil peu. un oncle de cocagne :
peu de lillfraturc, de géographie, &lt;l'histoire:', rite en sut tirer plus tard, à \'ùgc auquel les
il
n'allait
pas tar&lt;ll'l' 11 dcl'cnir aussi un mari
de tenue de maison, de couture, de cuisi11r, antres femmes ont 11peu près tout à apprendre,
de cocagne, un mari ( 0 111 mc on n·en rni l pa~.
de ci,ismc, comme on dit :rnjour&lt;lïrni, rn:rc
un parti mcrl'cillcux.
La jeune Juliclle, depuis quelques année~.
rnèmc de morale, ces hcurl'S eussent été i nlillel'enu homme de finances après avoir étl\ était habituée 11 lrourcr )1. Hécamic1· rhcz ses
nimenl micu,; cmploy•:es. Mais essayez donc en sa qualité de notaire, homme d'argent,
de lui des ca&lt;lcaux. des
&lt;le parler raison i1 des parents cl d'aller contre ~I. llr rnard avait cherché 1, s'entourer de parents. Elle rcccrnil
1
ho:1hon•.
«
~es
p
11, bcllrs pon pfr~ n....
la mode, contre les préjugéS' et les idées toutes li:n•1ui,rs. Leurs intt:rèts, alor5 comme mai:1\11 ,:;i, lor;cp:c ~I. d )l111c ll.-1·narJ lui &lt;lir1·11t
l'aile~! ll:lns no:rc pays routinier. les thoses ll·ll:1111, toud1aie11L &lt;l1• tr ès près aux chosl'S d:·
qu'clic l:LaiL demandée en mariage pa1· l'.tilt•, plus i111porta11les 11e sn:1t-c!il'S p:is t:l'llcs l.1 poliliquc. Tro:1l'a11l dl'&gt; homme, po\itiqul's
mablc banquier, n'en l'ut-die pas autrenw11I
do:11 Il' monde s·o,·capc le 1111:11, cl qnïl dans I,! salon ùe )1. 11.irnard, ces banquiers
surprise.
all'cc:e &lt;le traiter Il' plus légè:·cn1enl '!
ne se L.iisaienl pas prier pot: r y l'cnir ri.
A quinze ou seize an3. mè111c quau 1 elle a
.\Ianl une jol:t• fortu1H',
M•. cl "me
:1près a,·oir ,·u ~lme lb:·nard , pour y 1'el'enir. l':1 licauroup de 111 m Il', u:ic jc•:1111! lillc Ill'
.
...., UcrA
liai',
ran•, a,·:i1rnl sen Sl'l'l'I\, li l'n des plus assidus &lt;le l I maison. gr,'icc à sa
1
d ('I0se
lieu de la gaspill1•1· sollcnwnl, au lie1~ &lt;le qualité d~ Lyo:mais cl 1, des relations anté- p~ul guL·rc faire de dillën.'lll'C3 entre ll•s ho111111r~, n~n sc11lc111r nl po11r lem, rp1ali1ti~. lt•nr
l"économisl'l' plus sollc111cnl encore, ils en rieures. était )(. l\é1·amicr. Fils d'un mardépensaient judicic11Sl'lllClll k s n·,cnus. lis rhan&lt;l de t hapt•:in,; M Lion, )1. .1a~1 p1cs- i·1Lclligcncc cl l1•ur e~pril, ma:s au,si puur
leur ,alcu1.. l'~-,friNll'C '. ('li·· est m~111e aSSl'Z
sarnil'lll qm• l'on n'est pa~ riche po:1r soi, l\Jsc l\tlcamil'r ;naiL 1:0111mc11cé par èlrc h.:
111:1i~ pom 1,·s a11lrrs: il:; sa,·ail'nl 1pH' · ]a c·ommis-\'Oyagenr de la maison de son pi:rc. porlt'.·c i, trouvt'r &lt;le• l'esprit i1 un sol, i11rapalile qu'ellt• e,I encore dl' dis(·l•1·11er l'or tlu
tkpl'IISC est 11:1 &lt;lcrnir sol'ial pour Jt,s rirhcs, .\clil', inlclligcnl, beau parleur. il arnit réussi
romme l"éco:10111i1• est 1111 dl•,oir social pôùr dans sa profession cl a1ai l su se créer des pla11ué. le &lt;liamanl du stra,s. l'ou1· ,·c 11ui l'~l
de l'ùgc, clic n'est pas pl11s cx pcrtr. J)'ailceux &lt;[Ui ne le sont pa,, alin de conquérir relations dans quelque, maiso:1s de hanquc de
lèurs. i1 cet le époqn•'. la dillùcncc apparl'11le
aisance cl indépendance, cl ne p:is tomber Paris . .\yanl pris pied dam l'une &lt;l'clles, il
l'lllrc un hommi lllÙr cl un jeune n'est 1us
plus tard il la charge de la société. Ap~ès la n'al'ail pas tardé 11 sai~ir dans son ensemble
grande : Lous ont le visage rasé, les cbel'CIIX
juuis~ancc de faire le bien, que M. cl cl dans toute la complication de ses détails, le
poudrés ou portent perruque. Les accessoires
Mme Bernard s'accordaicnl largement, quoi- mécanisme de la circulation de l'argent, de la
de
l'homme, son cadre, la coupe plus ou
que cc soil celle qu'on songe le moins 11 se fortune el du crédit publics. Doué d'assez de
moins
élégante de ses vêtements, la beauté
donner cl dont on abuse le moins, évidem- volonté el de caractère pour ne pas gaspiller,
de ses chel'aux, le luxe de son étal de maison
ment parce que c'est la jouissance des gens malgré ses goùls de dêpensc très prononcés,
la touchent davantage. Aussi Juliclle cnl'ide cœur cl que ceux-ci ne courent pas les les bénéfices qu'il faisait; assez raisonnable
sagea-t-elle sans aYersion un projet qu'on
rues, les parents de Juliette aimaient à rece- même pour les mettre de côté, il al'ail, un
aurait peut-être mieux l'ail d'érarlcr sans lui
voir. Cela, c'est la jouissance des gens d'es- beau jour, fondé lui-mèmc une banque.
en parler, tant la différence d'àge entre elle el
prit. Mme Bernard, qui en avait, réunissait Gn\ce à son acLil'iLé, la maison Hécamier
)1. Hécamier était tranchée. Elle al'ait quinze
autour d'elle un cercle d'hommes choisis au al'ail prospéré. L' intelligence des alîaires chez
ans cl celui-ci quarante-deux ! Mais c'étaiL
milieu desquels son temps se passait comme le jeune banquier se doublait d'un goùl fort
encore la mode de ces mariages disproporun rêve.
accentué pour le monde, - goùl indispen- tionnés. Un homme apportait à sa femme un
Les Lyonnais, gens fort exclusifs, se sou- sable, dans toutes les positions, à celui qui
rang dans le monde ou une fortune, el,
tiennent beaucoup entre eux : aussi la maison· veut arriver ; - mais un goùl non moins
pourvu que celle-ci gardàt r1uelques dehors
de M. Bernard s'ouvrait-elle de préférence à accentué pour le demi-monde el le c1uart-deconYenables et discrets dans les liaiso11s qui
ses compatriotes. Au commencement de la monde, à vrai dire, lui nuisait un peu. li a mil
se greffaient à peu près forcément sur ces
Rél'olution, il y en avait à Paris de fort dis- de l'entregent, sa tenue était correcte, comme
unions contre tout bon sens, il s'estimait
tingués; tous \'Cnaicnl à l'hôtel de la rue des il faut , distinguée même : tout cela l'avait
content. Sc conformant à cet usage du beau
Saints-Pères, numéro 15, où il s'était logé : rapidement mis en éviden('e. On \'appréciait
entre autres Lemonley, qui ne cachait pas
0

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" - - - --

111S TORJ.Jl

moindre grade d'officier, il fallait que M. de
monde, M. el Mme Bernard n'étaient donc quand on n'a pas les mêmes raisons qu'elle Calonne eût à Mme Bernard des obligations
pas si coupables qu'ils nous le paraissent pour se tenir sur cette discrète réserve, cher- • toutes particulières. Ces obligations, il s'en
aujourd'hui, en présentant pour mari à leur cher à pénétrer les mystères d'une aussi sin- acquittait, comme l'usage en est trop demeuré
fille; tempésliva vira, comme dit Horace, gulièreunion. Lesécrivainsont jusqu'ici glissé de le faire, en donnant un emploi public, qui
jam mat1œa vil'o, comme dit Virgile, fraiche le plus qu'ils ont pu sur ce point. Comme on ne devrait jamais être que la récompense de
rose qui Ya s'ouvrir, à un homme quelque sait, par Mme Lenormanl elle-même, que véritables services au pa1's ou le couronnepeu défraîchi. Il y avait aussi à celte union, « )1. Récamier avait malheureusement des ment de carrière d'un homme distingué. Il
comme on le verra tout il l'heure, des cir- mœurs légères », on peut se demander quel n'est donc pas téméraire de croire que Mme Berconstances tout à fait exceplionnelles, d'un scrupule l'empêcha d'user de ses droits nard ait été coquette, plus même que cocôlé comme de l'autre, 'qui compliquent sin- d'époux, alors que sa femme était d'une quette : l'effacement total de son mari dans
gulièrement le jugement qu'on en peut porter. jeunesse et d'une beauté si invinciblement sa maison en serait déjà un indice ; on sail,
Le mariage se fit, on l'a vu, au commen- attirantes. Sans violer ce foyer domestique en outre, comme l'a écrit Mme Lenormanl,
cernent du règne de la Terreur, le jour du par d'indiscrètes et malsaines curiosités, le qu · ,, elle attachait le plus haut prix aux avantriomphe de Marat.
biographe peut entrer dans de certains détails tages extérieurs )&gt;. Y aurait-elle attaché un si
.\u retour de l'Hôtel de \'ille, il y eut une de coulisse que n'aborde pas l'historien. Aussi &lt;! haut prix l&gt; pour être seule à les admirer?
pelite réception intime chez les parents de la est-il permis de donner de ce singulier état C'est peu probable. Pour les faire admirer à
jeune mariée. Le péril des temps avait obligé de choses la double explication que voici :
son marr? C'est encore moins probable : Je
de restreindre les invitations à quelques amis
D'abord, il est assez connu que la jeune pauvre homme, qui ne joua dans la vie de sa
lyonnais, et, si fête il y eut, elle fut fort femme avait un défaut de conformation phy- femme qu'un rôle• insignifiant et effacé, ne
disérète. Après quoi, l'heureux époux emmena siquc qui la rendait impropre à la maternité, comptait pas chez lui. Non pas à cause de
che~ lui , rue du Mail, n° 12, la belle Juliellc et par conséquent au mariage. Je ne prétends &lt;1 son esprit peu étendu l&gt;, comme dit sa nièce :
à 1(ui il donnait auparavant des poupées, el pas traiter ici la question dans son étendue; les femmes apprécient assez cette sorte de
dont il venait de faire la sienne.
tout en ne l'éludant pas, je ne puis que • qualité, qui assure leur domination ; mais par
Mme Lenormanl, nièce de Mme Récamier, l'effleurer. La science d'ailleurs s'estoccupée, &lt;&lt; son caractère doux et faible )J . Et, ce caqni consacra plus tard quelques rnlumes i1 dans ces derniers temps, du« cas de Mme Ré- ractère, les femmes ne le pardonnent jamais :
l'hisloire, à la gloire plutôt de son illustre carnier ». Comme ce n'est pas mon affaire de elles veulent qu'on leur fasse sentir la bride,
tante, n'a pas dit si la sanction religieuse fuL le discuter, je me bornerai à renvoyer le parfois même une certaine dureté de main el
donnée 11 son mariage. li est infiniment pro- lecteur curieux de ces choses techniques, sur l'éperon. Il en est de même qui aiment la
t hable qu'on _s'en p~ssa. O~ttre qu'il'.eùt été
lesquelles d'ailleurs on ne peut faire que des cravache. Ce n'est qu'à ce prix qu'elles considangereux de deman_&lt;l_er une bénéd!.c~on reli- conjectures, à l'étude de ce &lt;! cas )) fait pac dèrent, qu'elles respectent et aiment un mari.
2
gieuse qui n'eût pu ètre secrète et que le un spécialistc •
M. Bernard &lt;( doux et faible 11, ne pouvait
caractère peu aud~cieux de M. Récamier ne
Ensuite, le bruit courait, du vivant mème donc être aimé, surtout d'une femme indé1 devait pas désirer plus_ que cela, le banquier
de Mme n écamier, qu'elle avait épousé son pendante et coquette qui avait fait de lui un
a\'ait ses raisons, des raisons très_ particu- père naturel. Ce.bruit était même assèz géné- mari du genre victime, genre qui se subdilières, pour pouvoir aisément s'en passer, ralement répandu. Mme Cavaignac, mère du vise en plusieurs sous-genres dont chacun
• tout catho!ique qu'il fût.
général Godefroid Cavaignac, le relate dans offre tant de variétés intéressantes pour l'obJe tiuèhe ici à un point délicat : je ne ses remarquables Mérnoiress. Ce fait cxpli- servateur, mais · où le sujet qui se croit heu; l'éluderai pas. querait, outre les simples rapports amicaux reux est leplus souvent dignedepilié. Légère
'
M. Récamier - car il y eut véritalilement qui existèrent entre les deux époux, l'insis- et aimant le plaisir comme les grandes dames
nn M. Récamier, comme il y eut ûn M. Gèôf- tance de Mme Lenormantà dire que ~L Réca- sur lesquelles ses &lt;( recherches de toilelle i&gt;
t'rin - ne revëndiqua jamais les droits tiüè le mier &lt;! n'eut jamais que des rapports paler- montrent qu'elle s'efforçait de se modeler;
mariage lui avait donnés sur sà f~mme, el il nels avec sa- femmè », qu'il ne (( la traita fort à l'aise dans ses principes, qui étaient
ne semble pas que se~l(rci les ait revendiqués jamais·quëcomme une fille. » Et il la tuto)·aiL, ceux de son temps; n'étant pas retenue par
davantage. (( Cc lien, a écrit Mmë Lenor- cc gui serait aussi un indice.
une passion insurmontable pour son mari, on
mant, ne fut jamais qu'apparent; ~fme RécaEvide!llillent, en supposant que Mme Le- ne voit pas dès lors ce qui aurait pu empêcher
mier ne reçut de· sôn mari que son nom. Ceci normant ait connu la vérité (si telle est la Mme Bernard de se refuser un caprice, el un
· peut étonnêr, mais jé ne suis pas chargée ,•érité), ce n'éta~t pas à elle à proclamer tout amour de contrebande d'avoir été la cause de
· d'e~pliquerle fait; je me~bor.Ze à l'attester, haut un fait qui eût porté un irréparable dom- la venue au monde de la petite Julielle. M. Récoll\me auraient pu l'attester l?us ceux qui, mage à la réputation el à la vertu de la mère camier avait connu, sans aucun doute, les
ayant connu M. et Mme Récamier, pénétrèrent de sa tante et un non moins irréparable dom- Bernard à Lyôn. Mme Lenormant est cependan~ leur intimité. M. Récamier n'eut jamais mage à l'amour-propre posthume de M. Ber- dant muelle sur ce point. Elle se borne à dire
que· des rapports paternels avec sa femme; il nard. Elle a d'ailleurs laissé entrevoir, que, &lt;! lorsqu'il demanda la main de Juliette
ne traita jamais la jeune et innocente enfant peut-être pour montrer qu'elle savait tout et Bernard dont il voyait depuis deux ou trois ans
qui portail son nom que~comme une fille ~ ne voulait rien dire, que Mme Bernard avait se développer la merveilleuse beauté, il avait
dont la beauté charmait ses yeux et dont la .. été assez coquelle; elle a reconnu que c'est lui-même quarante-deux ans )l. M. Récamier
célébrité flattait sa vanité. » Et Mme Lenor- · Ume Bernard qui obtint de M. de Calonne la était donc un vieil ami de la maison, et il ne
mant dit ailleurs : &lt;( Les affections, qui sont nomination de son mari, alors notaire à Lyon, fit, à Paris, que continuer les relations entala véritable félicité el la vraie dignité de la comme receveur des finances à Paris. Et pour mées à Lyon. Si M. Bernard, gràce au savoirfemme, lui manquaient : elle n'était ni épouse qu'un ministre gentilhomme, infatué de sa faire de sa femme, avait échangé sa modeste
ni mère, cl son cœur désert, avide de Len- noblesse comme l'était M. de Calonne, ait étude de notaire en province contre un emploi
dresse et de dévouement, cherchait un ali- nommé d'emblée à un si bel emploi dans les grassement rétribué de receveur des finances
ment à ce besoin d'aimer dans les hommages finances un tabellion de province qui n'appar- à Paris, M. Récamier, grâce à son propre
d'une admiration passionnée dont le langage tenait en aucune façon à l'Administration, et savoir-faire, n'était plus l'humble commisplaisait à ses oreilles 1 • »
cela au moment où le maréchal de Ségur, voyageur en chapeaux de jadis et se trouvait
Si Mme Lenormant n'est pas chargée d'ex- ministre de la guerre, ordonnait la justification à la tête d'une importante maison de banque.
pliquer le fait, comme elle dit, on peut, de quatre quartiers de noblesse pour le Ces roturiers ne dérogeaient donc ni d'un
que peu décente à tout âge, de se mettre toujours en
1. Souvenfrs et Co1ns11011danèe de J\l'"• Récaniier.
côté ni de l'autre en continuant à se voir dans
blanc, comme enseigne de Yirginité, son mari, qu'on
2. Voir D' C•n•~i&lt;s, Cabinet secret de l'hislofre,
disait être son ptirc, n'ayant jamais vécu al'CC elle .... ,,
leur nouvelle fortune. )fais on comprend que
21! srric.
:i. « ~[algr,; j,a manie, aussi r idirule à soixanh' ans

(llfémoires d'une /nco111111e , p. H 5.)

- --

P?r, égard po~r M. et ~fme Bernard, par interet pour Juhelle, l'histoire de leurs relations
plus. qli'amicales ait été tenue secrète. M. füC
carnier, ,_en épousant celle qu'il savait être sa
fille,
. qu 11 comblait de cadeaux,. a, qm• I•i donnait « ses plus belles poupées )&gt; justement
parce ~u'~Jle n'était pas pour lui 'une simple
~!le d ami: connaissait, par Mme Bernard,
) impcrfe~t10n physique de la petite. Celle
unperf?ctrnn, qui faisait qu'elle n'était pas
&lt;! mariable )&gt;, est évidemment la raison qui
le dé.termina à ~•~pouser, et c'est l'explication
du ~ole de mari m pa1'tibus que prit M. Récanner dans cette union hors de tou les les lois
~o~mun~s . .ce banquier n'est plus dès lors si
ego1ste m s1 extraordinaire qu'il pourrait le
sembler au premier abord. Quant à ses flammes
amou'.euses que la quarantaine bien sonnée et
une vrn passablement dissipée n'avaient pas
?ncore ~éussi à éteindre, eh bien! ... n'y avait~! P?s d au~res femmes à Paris? Il continuerait
a faire le &lt;1 Jeune homme», Je papillon, comme
a~anl son ma~iage, voilà tout. Ce n'était assurcment P.~s d ~ne haute moralité, mais c'était
une mamere d avoir sa fille dans sa maison
Il la :e~arderait, aux yeux du monde, comm~
u,ne Jolie .poupée.qui lui ferait honneur' et
s assurerait en meme temps une charmante
compagne pour égayer de sa jeunesse el de sa
b~aulé les mélancolies et les tristesses des annees .crépusculaires. La situation, dans les
P~~miers le~p~, _se~ait bien parfois un peu
~ehca.te: ~ais il eta1rhomme d'esprit, il s'en
t1re~ait lOUJOUrs. La belle Juliette ne pourrait
avoir ~ue d~ la re~onnaissance pour un mari
dont l affeclrnn était aussi parfaitement désintéres~ée, et elle lui pardonnerait aisément les
°:1ysteres de celle conduite, en· faveur de la
vie opulente ~u'il lui donnerait dans sa maisan.
M. Ilécanuer offrait en effet à sa jeune çq.ropa~ne toutes les compensations du luxe e't de
la fortune. Elles furent d'abord très discrètes
~s compensations, car on était en plein~
I erreu~ et t?ut luxe eût été dangereux. La
scul?_d1str~cL1?n que se permellait le nouveau
marie était daller voir guillotiner les o-ens.
~n compren~ qu'il n'y ait point mené saj°eunc
femme. Il s excusa plus tard sur le choix de
cc passe-Lemps en disant à sa nièce que «c'était
pour se familiariser avec Je sort qui vraisem1'.lablement l'~ttendait, el qu'il s'y préparait en
,oya~t moum l&gt;. Il est de fait que bien des
fermiers généraux, comme M. de Laborde
COmme Lavo1s1er,
. . etc.' que bien des banquiers '
corn~~ les deux frères Tassin, etc. , monlèren~
sur I echafaud, et M. Récamier pouvait redouter que sa f~rtune ne le signalât aux pourvo~eurs du tribunal révolutionnaire. Mais
éta1.t-ce. bien pour apprendre à mourir qu'il
allait voir mourir? Point n'est besoin de leçons
pour cela : le moment venu, chacun s'en tire
- plus ou moins bien, c'est vrai, car en cela
:~rtout, ?,omme le dit M. Henri Lavedan, il y
J a .~a.mer~, - mais s'en tire tout de même.
e n a1_ Jamais ouï dire qu'un seul même un
lianquier, .nait
' · pomL
· acquitté
·
' lettre de
cette
cbhanrrc
le
JO
d
l',
h
,
".
ur e ec eance. La profession de
~~qmer ne comporte pas beaucoup d'hérmsme ·. au ss1· n,est-ce poml
. de ce que M. Ré-

----

.M.JID.JIJJŒ 'J{'É C.JI.Ml'E~

-

-~

c?~ier a pu faire à la rencontre qu'on doit tyon, et la banque Récamier était une des plus
s elonner : l'homme, en général, est si lâche
fortes de la capitale.
surl~ut q~and il s'agit de sauver ses écus!
Mme Récamier en était une des plus belles
Aus~1 es~-1! ~ermis de se demander si ~f. Ré- femmes. JI y avait bien quelque concurrence
c:im1er n allait ~as à cel odieux spectacle pour par ex:mple : la citoyenne Tallien, ci-devan~
s.afficher pa:m1 le~ admirateurs de la guillo- marquise de Fontenay, bientôt Mme Cabarrus
tme, po_ur faire ~ro1re qu'il partageait les idées et pl~s tard princesse de Chimay, alors dan;
d_es .maitres 1u Jour, éviter ainsi les dénon- le plem développement de sa tapageuse et inc1allon~ et [~1re oublier ses richesses. Car il solente bea~!é de brune espagnole, triomphait
e~ arait d~Ja beaucoup, el Mme Lenormanl ne avec plus d eclat que le charme discret de la
)aisse pas ig?orer qu' « au sortir de la Terreur' Loule jeune Juliette; la citoyenne Haincruerlot
il fut en pleme possession de sa grande exis- q.ui courtisait les hommes de lettres ~t étai~
tence financière i&gt; •
citée pour son esprit parce qu'elle savait qu'on
Il est. donc .très probable que c'étaient là ne vous en Rrête que lorsqu'on flatte ceux qui
les_mobiles qm conduisaient le pacifique ban- en ont,; la citoyenne Hamelin, faisant admirer
qmer à ces scèues sanguinaires. Le brave des graces un peu mulàtresses, qu'on avait la
h.omme qui, comme Panurge, ·ne craignait bonté de ~uahfier de créoles; la citoyenne
nen, « f?rs.les dangers )&gt;, aurait pu, tout Beauharnais, une vraie créole celle-là qui
comme lm, dire aussi : «Je suis un peu couard cherchait, sans le trouver encore, un en[reted.e ma nature.» Prornquée par la peur, J'ava- ne~r de bonne volonté pour remplacer Barras
r1_ce et .la lâcheté, qu'il ne faudrait pas être . qui ne voulait plu~ ~·eue; la citoyenne Radet,
bien difficile pour . mettre au nombre des dont les robes fa1sarnnt tout le mérite et les
vertus les plus recommandables chez un chapeaux toute la beauté... quelques autres
homme, cette .conduite, en effet, ne mérite encore dont ?n parlait pour leurs perfections
pas grande estime. De plus, la présence du P!us .ou , ~om~ imaginaires, mais pas une
t,re~bleur aux guillotinades, même s'il n'y n_a~all 1eblomssante carnation et la grâce
e(ait. allé que pour sa propre instruction, d1stmguée de la jeune citoyenne Récamier.
n était-elle pas une approbation tacite de ces
Cependant, en celte fin d'année 1794 l'anho;~eu~s.? Mais, ce qui me passe un peu, c'est n_ée de !hermidor, et durant l'année f 795 qui
qu il n ait pas eu la pudeur de cacher mieux nt expirer les pouvoirs de la Convention
que e&lt;:la ce coi? ho~teux de sa conduite passée, )fme Récamier ne parut guère que dans quel~
condmt~ dont 11 n'est que trop facile de saisir ques. salons de banquiers el dans les bals
les mobiles.
.
pubhcs qu? la ~101e alors était de fréquenter.
Cep~~da11t 11 ~}0_~~7vint oü, pour s'empêcher On la voyait prmc1palemenl en voiture décou~c per1~, la soc1e~e ne ~rut pas devoir emoyer verte, sur les promenades, attirant par sa
~uccess1vemenl, Jusqu au dernier, chacun de c?arm~nte et douce physionomie, d'un aspect
ses membres à l'échafaud . Le 9 thermidor
s1 agreablement reposant, les rerrards d'une
en c?angeant les tyrans de la France, chancre; foui: déshabit~ée depuis longte~ps de tout
~us~i l~s dispositions du banquier. Ap~ès gracieux el pacifique spectacle.
l c~ecut1011 de ~obespierre, Lebas, Couthon,
Le gouv~rne°:1ent ~u Directoire donna qnelSamt-Just, l:hanr10t, et de soixante-six autres que essor a la ne sociale. Avec les rraranties
co~pagnons d~ mort que les Thermidoriens, d? la Constitution de l'an III, on se ~rut plus
q~1 ne les valarnnt pas, envofèrent au sup- sur .du lendemain; et, comme l'on ne craiplice, la &lt;1 coupeuse de têtes i&gt; fatirruée se gnait plus d'être guillotiné pour avoir un beau
repos~ enfi~. Le spectacle du sang fit ~elâche. cheval ou une belle robe, les lieux de plaisir
La. vie sociale reprit au milieu de tant de se peuplèrent.
rumes .°:1orales el matérielles. Les affaires el
Le spectacle qu'offrait la capitale était bien
les pla1s1rs occupèrent de nouveau tout Paris. étrange. Paris était alors dans la rue et dan
fictourn~nl ~ sa maison de banque et se re- les lieux publics. Le plaisir était la seule rèoJ!
mettant a \'IY~e après avoi~· eu si longtemps d.e l?ut, el les f?~mes, comme de juste, p~épeur de mourir, M. Récamier vit ses affaires s1daient ~ux pla1s1rs. N'est-ce pas dire qu'elles
p~ospércr de plus en plus. Tout était à recon- goU\'erna,ent tout? Cela ne chan rreait guère
st1t~er,' le crédit surtout. L'agiotage était d~s au~r~s temps, mais leur influ~nce, cette
effrene. Avec son flair de ces choses-là, et fois, eta,t ouvertement affichée. C'était la
celte largeur d'idées qui, dans les affaires
revanche de la femme sur la rruillotine par
s'appelle hahiletf\, M. Récamier réussissait
conséquent de la vie s?r Ja ;ort, d~s joies
merveille. Les fournitures militaires étaient sur les tourments, dela liberté sur la prison ....
de plus po?r les banquiers une mine inépui- Un monde _nouveau, formé de pièces et de
sable de benéfices. Grâce à une véritable sao-a- 1~orceaux.d1s.rarates, affirmait sa volonté de
cit~ de spéculateur, à un esprit de cornbinai~on v1v~e.' de J01m:, et se montrait inassouvi de
:t a des moyens auxquels il ne faudrait peul- pla1s1rs. Il lm fallait les mille lumières des
etre pas regarder de trop près (on ne fait pas salles de fête~, le bruit des grelots, le rouleh~nnête~ent une si rapide fortune), M. Réca- ment des v01tures, les enivrements des ormier, qm savait user de puissantes influences
ches~res et ~u bal, les vertiges de la valse, les
obtenait des fournitures avantaoeuses et rem~ ango~sses fievreu~e~ du jeu pour remplacer les
plissait se~ coffre~ à la pelle.b Très peu de an.go1sses des v1s1tes domiciliaires et de la
temps apres le tr10mphe des Thermidoriens
prison, les fièvres de la guerre et de l'é ._
.
A . '
m1
la fortune couronnait déjà des efforts qu; gra tmn. uss1 s amusait-on à outrance et
n'eût probablement pas couronnés lf. de Mon- comme à la tàche.

à

�.MAD.li.ME 'J{ÉC.llJH1ER,_ ~

~ - 'Jl1STO']t1.Jl
plaise à Mme Lenormanl, à qui sa. tanlè ne
Mme Récamier était une des femmes les quelques écus dan~ :a poc~e pour en franchi_r s'est pas vantée d'avoir eu des r~lat1o~s avec
le tourniquet? Voila le c1toy~n B~rras 1m,
plus en vue de ce monde 9ui ,s•a~usa(~- _Déj à
le monde du Luxembourg dcpms r1u elle ne
depuis quïl est membre du D_1recl01re execuun peu reine de la Chaussee d Antrn, l elegant
frayait plus qu'avec des pri~~es, des ducs, _des
lil de la République française, donne des
repaire des banquiers de Pari_s, Tourton,_Pcrministres et des hommes celebres, Mme Recafètes dansantes. Vite, il faut aller chez Barras.
regaux, Hainguerlot, Ségum,... la _3eunc
mier allait am~ fètes du vicomte de Barras.
femme allait bientôt l'ètre parloul. Apres que Ot1 donc la jeune lemme lrouverai"t-ell~ un On n'en a déclaré qu'une, pl~s tard, ~a_rc_c
les désœmrés mondains avaient contemplé son public plus chois•, plus élégant, plus digne
qu'il était impossih!e, en ,·er1te,
de dissimuler entièrement ce
portrait, par Ducreux, au Salon
compromettant bagage. Encore
de J796, ils allaient la contempler clle-mèmr, en pcrsonue,
n'a-t-on avoué celle-là qu'en s·abritant modestement sous le
au x cours du Lycée, où La
manteau de la charité : on s'est
Harpe, ami de son mari rt de
sacrifiée, on a risqué sa répu ·
sa mère, n'avait pas de pins
assidue élère. L'illustre profestalion pour solliciter du Yolupseur lui avait mèmc, à ~a lrès
tueux Directeur la grâce d'un
vire satisfaction, gardéunc place
prètrc émigré, rentré sans, .a~tout à côté de sa chaire : elle
torisation. Oh! comme c clait
faisait face au public, el c'est
bien imaginé pour plaire aux
peul-èlre pom l' y mir que lrs
amis roplisles : sacrifice de
cours de La Harpe étaient si
ses répugnances les plu~ re~sui vis. La leçon finie, on coupcctables, danger de se faire sirait croiser la jeune femme aux
gnaler connue ennemie du gouChamps-Élysfes, 011 Mlle Lange,
Yernemenl, éloignement pour
Mme Tallien, el r1uelques autres
son mari de toute aO'airc frucbeautés à la mode &lt;( brillent
tueuse, tout cela pourquoi ?
dans la foule comme de douces
Pour faire mettre en liberté un
clartés I n ; on la revoyait au
malheureux prèlre qu'elle ne
concert Feydeau, où se faisait
connaissait pas. N'était-cc point
la meilleure musique de Paris;
là Je dérnuement dans tonte sa
aux spectacles, aux fètes en
sublimité, avec le sacrifice de
plein air de Waux-Hall, de Mousmi, de tous ses intérêts matéseaux , de Tivoli ; aux bals de
riels el moraux, pour ne rel'hotel Thélusson, dt! l'hôtel
cueillir ensuite que les épines
d'Alicrre, de l'hôte!Biron ... . Et
de la calomnie? Mais les mémopour~ant, en cc Lemps de déprarialistes sont si bavards qu'il
vation générale des mœurs et
11c fallait pas, qu'on ne poudu goùl, alors que les convoiYait pas se 1rourcr en contradictises el les égoïsmes s'affichent
tion avec ce que ces indiscrets
plus qu'ils ne se cachent sous le
étaient capables d'avoir rn et
brillant Yernis du luxe el de la
d"arn:r écrit pour l'arnnir. El
richesse; en ce temps de danse
puis, &lt;1 les gazelles du Lemps»,
it outrance où chacun peine
comme l'arnue arec un C('l'comme un forçat pour se dontain plaisir celle fois Mme Lcner un peu de plaisir cl où,
normanl, rendirenl compte de
MAU.\\IE R ÉCAMI ER D.l:SSANT LE PAS DU SCII AI. L- - Tablea11 de J.-F.C. CLÈRE.
comme l'écrirait Fontanes à
relie fèle el pu hl ièrenl un
.Jonberl , &lt;( ceux qui n'ont pas
quatrain qni n'_était . pas p~l'des montagnes de papier ou de
ci. ément du bon faiseur, mais qm ne laisl'or en rouleau, qui ne sont pas représentant~, d'apprécier et d'envier comme cll_cs le méri- sait pas que ~'être n_al,teur, puisque c'était u'.1
marchands ou voleurs de grand chemin ne tent toutes ses perfeclions, son teml -~c narre compliment improvise ,P?u~ elle au soupc1.
peuvent plus vivre! », Mme Récamier va aussi cl de rose, la grâce de ses mameres, le En avouant un bal, on ev1 ta1l de se lrouver en
simplement mise que les émigrées rentrées charme de sa conversation, la souplesse, le conlradiction avec les gazelles el les mémoles plus besogneuses, quand elle ne s'avise moelleux le velouté de sa danse'?... Et son rialistes • en déclarant qu'on n'y élait allé que
pas, pour le déshabillé, de faire concurrence mari de '1a mener chez Barras. Quoi qu'en pour obéir à son mari, ~n se _donnait 1~11 petit
à Mme Hamelin, la grande prètresse des&lt;( sans dise Benjamin Constant, qui •~•e~t q1'.e le air de sacrifice cl de rés1gnallon, de v1~lm~c,
chemise ». Dans les bals, elle danse plus el porte-paroles de ses scrupules d1stmgucs cl presque de martyr~ : t!ne auréole va ~1 b1e1;
mieux que personne. Dans la rue_, on la re- tardi fs, Mme Récamier alla chez cc Lauzun ;1 une jeune el JOhe tete comme ~a sien~e.
connait de loin, &lt;( belle comme le J0tir, alfcc- du Directoire.
&lt;( Crmodocée dans le ci~que ll , aurait pe1:se. et
N'y alla-t-elle qu'une f~is, qu'une paul"l'C
tant de paraître partout coiffée. d'un pc~i,t G~bu
dit plus tard Chateaubriand. Enfin, la 0 race
de linon, toujours placé de la mememam_ere », et unique fois, comme le d1 l Mme Lenori_nan~, d'un émi crré, prêtre par dessus le m_arché,
et partout sa beauté, sa bonne grâce, _lm val~nl qui défend énergiquement sa tant~ d avoir que cette ~ainle allait solliciter, achevait, aux
un triomphe. Comme une souver~me, d un. (! fait partie de la société du Directoire »? _Et yeux des royalistes, de mettre le sceau à la
aimable signe de tête, elle remercie la foule n'y alla-t-elle que parce_ qull. ,&lt;( M: Récamier sublimité de son dévouement.
de son admiration et lui distribue généreuse- trouvait utile à ses relations d affaires que sa
Mme Lcnormant reconnaît donc que sa
jeune femme acceptât celte fois_ l?nvi~a~ion
ment les sourires reconnaissants.
tante alla chez Barras, mais une fois seuleLes.bals publics sont les plus _fréquentés ; qui lui avait été adressé~ }l, et, se hale ~ aJOU- ment et elle a bien soin de placer celle pauvre
tout le monde y va, même la meilleure com- ler sa très effarouchée mece, parce qu &lt;( elle petit; fois tout à la fin du Directoire, au prind'un
pagnie. Mais il n'y a aucun mérite à y aller : avait à solliciter de Barras l"élargissement
N' en d'e- temps de 1799, avant le coup d'épaule de
prisonnier
?
ll - Oh I que non pas 1
.
des bals payants !. .. Fi ! Qui donc n'a pas
1. Le Miroir, Gcrmi n~l, an VI.

2. G. Pm.11És, Du nouveau sur Joubert, p. 8 .

3. MME DE Cn,sTENAY, Mémoires•

Bonaparte qui renYcrsa l'échafaudage gouvernemental. C'est une manière de faire Yoir que
celle condescendance pour le vicomte de Barras était tout accidentelle et n'avait pu se
renournler.
Tout cela est bien habile el bien calc11lé.
Malheureusement, et j'ai regret de le dirr,
des témoins ont parlé : on sait que Mme fü.:_
carnier allait au Luxembourg dès la première
année du Directoire. Arsène Houssaye, qni
~ardait Loule son indulgrncc pour Mme Tallirn, a dit qee Mme Récanù r (( fut une des
néo-grecques qui se détachèrent moitié nues,
mais tontes rètues de leur pudeur, des ruines
du Pompéïa ensanglantée l&gt; . Et il ajoute : (( Je
sais de bonne source que Mme Récamier
hanla les salons du Directoire et qu'elle ne
dédaigna pas, tout empanachée qu'elle f1H
dans sa rerlu, de danser le cotillon arec
Mme Tallien .... » Où donc Mme Récamier se
f1H-elle donnée en spectacle, si ce n'ci'it été
d:ins les salons à la mode? ... Je sais bien
qu'à Longchamp, dans une calèche décourcrlc, Mme Récamier, rêlue dans le rro11l
. presque en peplum, aœc des "sand' ,\.~pas1e,
d:ilrs qui montraient son pied sur une peau
de ligre, les cheveux retombant en bondes
sur un cou neigeux que mordait doucement
le pàlc soleil de mars, le bras demi-nu mais
rnchai'né par les camées, ~c laissait aimer an
passage par tous les incroyables cl tous les
• muscadins, comme une idole des temps
anciens. Mais cc n·est ·ni à Longchamp ni à
Saint-Roch, je suppose, qu·elle fut renommée
comme la plus belle danseuse du Directoire.
D"ailleurs, je vais prendre au mol son historien 1 : &lt;( Elle aima la danse aYec passion pendant quelques années et, à son drbut dans le
monde, elle se faisait un point d'honneur
d'arri,·er au bal la première cl de le quiller
la dernièrn t ».
Si l'on reproclie à Arsrne Houssaye de
n"èlrc qu'un lémoin de seconde main, hicn
qu'il dise : &lt;( je sais de bonne source ll , rnici
cc qn'a écrit un témoin occulaire dont on ne
1. Mme Lenormanl, da11s ses Souve11frs el Correspo11da11cc de Mme Hécamier, l. 1, p.1X.
2. Ansi:NE llou~SAl'E, l'iol1'e-Da111e de Thcmt;dor
p. '&gt;5â-45ü.
'

peut suspcclcr la bonne foi : (1 Je n'ai point
~ublié un a_ulre genre ~.c surpris~ que j'~vais
cprourée des la pi-enu ere annee du Dœecloire. Un jour, je me lrounis au bas de l'escalier r1ui conduisait aux apparlemcnls occupés par le citoyen Barras, lorsque je l'is trois
dames se présenter el en franchir les marches
arec légèrelé. Leur beaulé, l'élégance de leur
mise qui, suivant la mode d'alors, voil:;1il leurs
charmes sans les dissimuler, me figuraient les
tr~is grùces de la mythologie ; je croyais ll's
ro:r encore alors qu'elles araient disparu. Je
sus après que c'étaient ~[mes Tallien, Bonaparte el Récamier, cl qu'elles venaient habiluellem.en l orner les salons du directeur: nourcau genre de surprise pour moi , qui le prenais
alors pour un répu blirain des pins .austères•. 1&gt;
Voilà, j'espère, qui détruit la légende qne
Youlul accréditer Mme Lcnormant sur l'absence de sa lanle aux fèt es de Barras. Et
c'est probablement là qu'elle fit la connaissance de la belle Mme Tallien, maitresse du
directeur, qu'elle recevait à son tom· che;
elle' . Cc grand bénisseur de Sainte-Beure, qui
rous canonise si aimablement les gens, dit
lui-même el sans vouloir préciser que, jeune,
(( le monde qu 'elle (Mme Réramicr) traYersa
el où clic vécut r tail hien mèlé rt bir n ardent
cl elle ne se ménagea pas à le lenlcr l&gt; . Et il
ajou!c : (( Ponr ètrc n ai, j"ai besoin de hai,,cr 1111 peu le Lon, dè descendre un moment
de celte hauteur idéale de Laure el de Béalrix où l'on s'est accoulumé à la placer ". l&gt;
Mais elle sentit bienlo t, plus qu·on ne le lui
fil sentir, qu'il fallait changer de Ion. Cc fu l
au commencement du Consula t : lorsque Bonaparte épum le salon de sa femme, elle
épura aussi le sien, d'une façon fort discri\tc,
et plus lard raya d'un trai t de plume cc
passé un peu compromcllant. Ses amis
l'oublièrent comme elle, mais l'historien ne
doit-il pas s'en som enir?
13arras, dans se, 1llémofres, ne cite pas
~lmc Récamier. Il n'avait pas, pour la mentionner, les mèmes raisons que pour parler
:;. BEs~.rnn, Souvenirs d"u11 11011agé11afre, p. 146.
4. Aue. fünornR, Sü1we11ii·s 71erso1111els et silho!tel(es conternporai11es, p. 309.
.
J . S,1xn- Jlr. ul'r., Callsenrs du /1111d1, 1. 1, p. 126.

(A

prit un air gai1lard et assuré et lui répondit
que pour lui il n'était pas de mèmc, el qu'il
n'était pas conlenl de Sa Majesté. &lt;( Et pourquoi donc, Puysieux? lui dit le roi. - Pourquoi, sfre? parce qu'étant le plus honnête
homme de voire royaume, vous ne laissez pas
Puysieux, arrivant de Suisse par congé, pourtant de me manquer de parole depuis
après le retour de Fontainebleau, fut fort plus de cinquante ans. - Comment, Puysieux,
bien traité du roi dans l'audience qu'il en reprit le roi, et comment cela? - Comment
eut. Comme il avait beaucoup d'esprit et de cela, sire? dit Puysieux, vous avez bonne
connaissance du roi, il s'avisa tou t à coup de mémoire et vous ne l'aurez pas oublié. Voire
tirer hardiment sur le temps, et comme le Majesté ne se souvient-elle pas qu'ayant l'honroi lui témoignait de l'amitié et de la satis- neur de jouer avec vous à colin-maillard chez
faction de sa gestion en Suisse, il lui demanda ma grand'mère, vous me miles votre cordon
s'il était bien vrai qu'il fût _content de lui, si bleu sur le dos pour vous mieux cacher au
ce n'était point discours, et s'il pouvait y colin-maillard, el que lorsque après le jeu, je
compter. Sur ce que le roi l'en assura, il vous le rendis, ,·ous me promîtes de m'en

Promesse royale

de Mme de Beauharnais, de Mme Tallien, ou
de Mme de Sl::ël. ~fois comme il mourut en
182!), il ne pouvait préroir que celle femme
de banquier, dont il ne mcnlionn&lt;&gt;pas plus la
présence chez lui que celle drs fcmmrs drs
antres banq uiers qui venaicn l rp1émander
auprès de lui des fournilurcs mili1a:rrs,
anrait renié plus lard ses rclalions arec le
Yerrès du Directoire quand, · dc,•enue l'amie
des Mon tmorency, de Chateaubria nd, dt'S
Noailles cl de tout cc qui arnil tilres ou réléhri ré, rllc Liendrail à 1110 111rt'r palle blanelw
aux royalistes qui formaien t sa petite cour.
Cependant Mme Récamier faisait l'admiration de Lous par la gràcc &lt;JU 'elle arail à dansrr.
C'est sans doute dans les salons du Luxr mb,rnrg qu'elle exécutai t celle fameuse danse
du schall que ~fme de S1ai\l a immorlalisée
dans son roman dt' Corinne cl que àlmc de
Krüdener prèle i1 son héroïne dans son
roman de Valerie. Mme de Krüdener, qui ,e
met clle-mèmc en scène sous 1t, s traits cl,,
Yaléric, arail pcut-êlrc pris Mmr Récamier
pour modèle. Les momemenls de celle-ci,
dans une danse qui était moins un pas rég'é
et mesuré qu ·une gracieuse pantomime tradu isant en pas el en gestes l'enivrante comprélwnsion de la musique, paraissaient d·aulant
plus soupirs el moelleux que, ne portant pa,
de rorrnt, malgré sa taille qui eùt gagné /1
être plus arrondie, la danseuse avait rruelquc
chose des molles ondulations du srrpent. Elit'
n'rn arait heureusement que cela : il r., I
juste de reconnaître qu'ellr laissa à la déplaisante ~[me Hamelin, qui aYait aussi quelque
cbose du serpent dans toute sa personne, la
détestable idrc d'en avoir aussi le venin. La
pauvre Julielle devait. plus lard, en savoir
quelque chose, car celle mauYaise langue 11&lt;'
la ménagea pas . Mais Mme Hamelin, al'ec
sa grâce lascirc de mulàtresse de Saint-Dcmingue, n'arril'ait pas à égaler, dans sa dansr
mimée et gesticulée, celle réserrc alliée il
quelq ue chose de discrètement l'oluplucux
qu'a,·ail au dernier point Mme Récamier, et
qui faisait dire au chevalier de Boufncrs, fort
expert en ces choses-là : &lt;( On n ·a jamais
mieux dansé arec ses bras. lJ

suivre.)

JOSEPU

TURQUA:\'.

donner un quand mus serirz le maitre; il y
a pourlant longtemps que vous l'ètes, cl bien
assurément, et toutefois ce cordon bleu est
encore à venir. l&gt;
Le roi s'en souvint parfaitement, sè mi t
à rire et lui dit qu'il avait raison, qu'il
lui voulait tenir parole et qu'il tiendrait un
chapitre exprès avant le premier jour de
l'an pour le recevoir ce jour-là. En effet, le
jour même il en indiqua un pour le chapitre
et dit que c'était pour Puysieux. Ce fait n'est
pas important, mais il est plaisant. Il est tout
à fait singulier avec un prince aussi sérieux
et aussi imposant que Louis XIV; et cc sont
de ces peti tes anecdotes de cour qui ont leur .
curiosité.
SATNT-Si i\10:\f

�"-----------------------------------FRÈRE D'EMPEREUR
~

Le Duc de Morny el la société du Second Empire
Par FRÉDÉRIC LOLJÉE

Pour cc.ux qui savent lire entre
)c.s lignes, Je. vé.ritablt e.mptrtur

des Français n'était pas Napolion Il 1, mais le duc de M orny.
W1LLJAM GAAtlAM.

Morny, le monde et les femmes.
Dès avant l'année 1851, Morny avait pu
frôler toute la société en montre de la politique du théâtre, de la littérature, et au~si le
mo~de de la finance, sans l'aide duquel ~) est
fort malaisé de jouir d'aucun de ces biens.
S'il recherchait de préférence, comme son
élément naturel, les milieux de haute élégance,
il ne se refusait point à lier c~mmerce en d_es
maisons opulentes et bourgeoises: Des mot!fs
sans désintéressement le poussaient à faire
acte de présence chez des financiers, dont il
avait à soianer pratiquement les rapports, pour
les meill~ures fins de ses spéculations. Le
juste sens, qui l'~vertiss~it _du ton ,à prendre
en tous lieux, lm conseillait de n affecter 1~
aucune morgue déplacée, mais d'y mettre a
l'aise sa gentilhommerie par de la rondeur et
de la simplicité.
Il n'était pas le même homm~partout: ~ans
les salons oi1 plaisaient son cs~r1t et sa d1st1~ction on lui reprochait, parfois, une certarne
fier~é dont la cause ne s'expliquait pas. Il se
souvenait trop, en ces moments-là, de la rei~e
Hortense. Avec les gens de Bourse, les traitants modernes, les manieurs d'ar~ent, !l
jugeait inutiles les grandes faç~ns; il. ~.sait
avec eux d'une sorte de bonhom1e fam1l 1crc,
qui les lui rendait avantageusement sympathiques.
.
A leur table, dis-je, il se montrait bon
prince. Néanmoins, il lui arrivait d'éprouver,
au contact de certaines médiocrités de personnes ou de procédés, une gène, un malaise ,
qûi blessait ses intime~ délicatesse_s; e,t: alors,
le "rand sei"nem· qu 11 se flattait d etre se
" reconnaitre
"
·
dont I'l en
faisait
à la marnère
signifiait le rappel autour de soi.
-.
Un jour, il dinait en nombreuse compavme
chez un banquier , de la tribu de Jacob, dont
la grosse fortune n'avait pas~nnobli lesfor~ es
autant qu'il t tit été souhaitable. Le service

était larrre,
bien cond ui l et ne péchait que par
0
un seul détail; encore fallait-il qu'on ~n eût
reçu l'averfüsement pour s'en apercel'Olr. ~e
maitre de la maison avait coutume de se fa1~e
servir à part d'un « Léoville n d'une annee
exceptionnelle. C'était l'art du valet _de chambre particulier du per,sonna~e. de tirer d~ sa
cachette, à point nomme, la prec1eu~e boute11le,
d'en verser adroitement à son maitre ou à un
intime désigné, puis d'escamoter le flacon el
de le remplacer non moins lestement. par
d'autres vins à l'usao-e de tous les convives.
Morny s'était laissé ~onter cela. Désireux ?c
rappeler so~ hôte ~ux. devoirs de la pa~fa1 le
courtoisie il surve1l1a1t la manœuvre , et,
comme domestique s'approchait, a?nt en
mains deux bouteilles, et demandait avec
empressement ce qu'on voudrait bien a~ceple::
Branne-Mouton ou Ermitage? Morny repond1t,
en désirrnant du doigt que les gens du monde
savent ~ ettre dans leur œil, l'endroit où se
dissimulait la fameuse marque : « Je préfère
du Léoville. » li avait dit cela d'un ton assez
haut pour être entendu de l'a?1phitryon: Le
maître d'hôtel troublé regardait son ma1lre.
Le secret était éventé ' on n'avait d'autre
ressource que de faire bonne ~onle~anc~.
« Servez à monsieur le comte le vm ~~ _il_prefère. l&gt; Le vaiet obéit, va rechercher l el1~ll'. en
son coin, et, arec une sage lenteur, le d1st11le
rrou tte à goutte dans le verre qui lui est tendu•
Alors, Morny, que le maître _d~ logis observe
attentivement, curieux de sa!Slr du regard_ la
flatteuse impression qui ne manquera yomt
de le chatouiller aux papilles les plus délicates
du goût, Morny, plein d'indifférence, verse le
contenu du petit verre dans un plus grand,
l'étend d'eau commune largement, et rep~e~d
la conversation interrompue avec son vo1srn.
Quelle leçon, ce beau ges te dédaigneux du
gentilhomme au parŒnu 1 !

1. )lorny n'eut pas toujours le dèmier mol dans ses
colloques occasionnels av~c les gens '.le fi nance._Un
matin, quelque raison ,d argent 0~1 1urgence cl ~ne
information à prendre I avait amcne en personn~ a l_a
banque d'un aes l\othsëhilcl. I.e haut baron I aYa11

1:

De l'aisance il en avait en toute compagnie.
Il ne respirait à son g!'é que dans l'air épuré
du grand monde (épuré, dis-j,e, 9u~n~ aux
manières et à l'esprit), quitte a le dela1sser,
de temps en temps, pour tenter d'agréables
reçu assez cavaliilremenl : « Monsieur, lui_ di1-il, sans
plus de formes, veuillez prendre un_e c!1a1se.
.;
_ Savez-vous qui je suis? rcpart1l l homme d ~l~t
té èremcnt olTusquè. Vous parlez au corn!~ de Moi ni•
g_ Monsieur le comte de Morny, répliqua M. de

diversio_.ns par les détours des coulisses et du
demi-monde.
Il exerçait en toute sor.iété une sorte de
fascination personnelle à laquelle il ét~it ~rès
difficile de résister' quand il le voulait bien.
Une noble douairière se plaignait à son fils de
ce qu'il blessait son oreille à lui vanter à tout
propos la bonne grâce du comte de Morny.
et Je ne verrai jamais cet homme! l) prono~çait-elle d'un ton résolu. Elle ne put emp~cher cependant, qu'il n'y eùt rencontre acc1den~lle, dans une maison où to~s }eux
avaient l'habitude d'aller. Morny, qm n 1g~orait point la prévention dont. il était !'obJ~I,
s'employa de tout son poul'otr à la faire disparaître. et vraisemblablement, son succès •
fut complet: car Ja conversation avait. duré
presque la soirée entièr_e. ,L~ lendem~rn, le
premier soin du fils avait ete de quesllonner
sa mère : « Que pensait-elle du comt_e d~
Morny? Lui gardait-elle une antip~~hie si
tenace?» Et celle-ci de répondre, m011le figue,
moitié raisin : et Je l'ai invité à dîner l » .
En quelque maison qu'il all~~• sa pré_d1lcc:
lion était acquise (autant qu 1\ po~va~L. lui
donner contentement) lt la fraction fem1~rn~.
C'était un repos, un charme à S?Il ~srr1L d ~
côtoyer les caprices d'une cau~erie legere~ o11
ses qualités d'éducation avaient bea~ Jeu.
L'enlevait-on à ce plaisir' il se défendait mal
d'un mouvement d'humeur et d'un peu de
maussaderie jusqu'au moment d'y ~etourner.
Dans les premiers jours de l'Empire, on_ le
voyait assez rréquemment chez _le banq?1e:LaffiLte, dont les belles-sœurs ava1e~t ~a reputalion d'ètre aussi spirituelles que JOl~es. Une
après-souper, qu'il était de conversalion ~vec
l'une d'elles, on vint le prier de passer_ a la
table de jeu. JI n'en ~vait a~cune e~v1e et
s'excusa. Mais on tenait fort a sa presen~,
dans la pièce d'à-côté, pour animer le tapis
vert.
et Allons, venez faire un coup de lansquenet, Madame vous le permet !
_ Yous le voulez absolument? Ce sera
bientôt fait l l&gt;
"
Et d'un pas rapide, comme pressé d etre
revenu déjà, il se rend où l'appellent, non le
jeu, mais les joueurs.
n othschild en y mettant, celle. fois, beaucoup! cl~
cérémonie, ayez donc la bon le de prendre ceux
chaises. »
.
~ 0 I'
téc pinL'anecdote est-elle ,·crid1qu~ •. n . a con di
sieurs fois. Exacte ou non, elle cla1t plaisante il re ire.

LE

Duc

DE .MO'Jt.N1 - - ~

&lt;t Yotre jeu? lui demande-t-on.
- La rouge el la noire. C'est expéditi1.
- Votre enjeu?
- Dix mille francs. »
Les partenaires se regardent. On ne s'attendait point à si forte réplique. Personne ne
tient. Laffitte s'aperçoit de l'hésitation, s'approche et croit de son devoir de répondre. En6n
plusieurs personnes s'inscrivent. La somme
est faite. i\fainleliant la parole est à la chance.
Les cartes volent. ~forny s'arrête à la rouge.
On tourne la noire. Qu'importe I C'est donc
fini. Il veut se lever. On l'invite à la reYanche.
et Revanche, soit. Dix mille francs à la
noire. n
On tourne la rouge.
La seconde épreuve ne lui avait pas été
meilleure que la première. Il laissait vingt
mille francs sur le lapis.
&lt;t Ah! très bien, dit-il, en réglant de sa
signature et quillant la place; je vais donc
pouroir, à présent, causer tranquiUement. l&gt;
Par accoutumance et par inclination, répéterons-nous, il se complaisait dans la compagnie salonnière des femmes , aimant leur
ramage etleurs mines, goûtant les badinages
dont les gens d'esprit semblent vouloir récompenser leurs déploiements de grâce et de
coquetterie, et réagissant par sa manière d'être
contre la tendance, qui commençait à s'introduire, timidement encore, mais qui devait
aller en s'accéntuanl de plus en plus, à faire
deux sociétés en une· seule, les sociétés séparées des hommes et des femmes, ceux-là
s'envolant aussitôt que le permettent les simples convenances pour se rejoindre aux salles
oi1 l'onjoue, où l'on fume, celles-ci demeurant
11 peu près seules 1&lt; comme des captives de
harem 1&gt;, jasant, musiquant, s'écoutant sans
un vrai plaisir ou s'entre-regardant, se critiquant des yeux sans parler.
JI ne s'y alanguissait point outre mesure.
Quand il avait assez madrigalisé du côté des
fèmmes, il savait se reprendre du côté des
hommes, sérieusement. On l'y jugeait intéressant et fin, quand il daignait quitter son visage
d'idole ennuyée, terminer ses phrases, achever ses mots cl donner la preuve qu'il était
capable d'avoir du brillant, autrement que
par échappées et par boutades. Il excellait
dans la façon de parler entre deux fenêtres,
en celte manière intime et dégagée d'apprêt où
se peuvent échanger tant dechoses spirituelles
et profitables, sans qu'on ait eu l'air d'y sunger en les disant. li avait encore une adresse
particulière à découvrir chez ses interlocuteurs,
llatteusement, des qualités dont ceux-ci, pour
ne les avoir pas assez mises à l'épreuve, sans
doute, n'avaient pas toujours le soupçon euxmèmes ; habilement, il les faisait valoir en sa
présence, les relevait à leurs propres yeux,
puis les laissait sous cette impression agréable
qu'il s'était plu à leur procurer en passant.

L;n peu de hauteur, qui n'était, cependant,
point la morgue d'un homme solennel el
autoritaire tel que Baroche, mais qui se nuançait d'un peu de froideur et de dédain, apparaissait dans son attitude, au milieu des gens
de cour ; en revanche, il se montrait simple

On se trouvait en petit cercle chez la duchesse de Bassano, dans l'appartement qu'elle
occupait aux Tuileries. Auprès d'elle Mme de
Sancy-Parabère, Mérimée, llforny, Charnacé
échangeaient des propos en l'air. La conversation, après bien des chassés-croisés, s'était
arrêtée sur un incident de bal advenu, la veille,
chez la princesse de Metternich.
Les redoutes, que donnait l'ambafsadricc
d'Autriche-Hongrie en son hôtel de la rue de
Varenne étaient fo1-t recherchées et d'autant
plus appréciées qu'on n'y pénétrait point sans
invitation personnelle. Mme de Mellernich se
montrait rigoureuse à l'extrême sur ce point.
Elle n'accueillait pas toutes les demandes et
ses instructions là-dessus étaient formelles :
on devait se faire connaître en arrivant. Les
hommes y étaient reçus à visage découvert ;
les femmes s'y présentaient en domino, mais
le capuchon devait se relever, à l'entrée du
premier salon, 011 se tenait la princesse'. Par
aventure, en l'une de ces soirées dansantes et
costumées s'était glissé quelqu'un qu'on n'y
attendait point, un personnage de taille éleréc,
aux formes correctes, ni gènanl ni gêné et
qui portait ce nom de roman : le marquis
de Saffray. Était-il bien marquis? Je n'en jurerais point. Moins douteuse était la situation
modeste qu'il occupait dans les bureaux de
l'Intérieur. C'était un original, un maniaque,
dont l'une des bizarreries était la suivante.
Assidu compulsenr du journal qu'avait fondé
Henri de Pène, sous le titre de Ga-:;elle des
Étrange1·s, et qui était un peu le Gaulois
d'alors, parce qu'on y voyait annoncer les réceptions du Paris mundain, il était parvenu à
se convaincre que le seul fait d'ètre abonné à
ladite Gazette l'autorisait à se rendre dans
toutes les maisons recevant.
Celle folle lubie l'avait donc condui t, lui
M. de Saffray, chez la princesse de Mellernich.
Il venait à peine de passer le seuil du premier salon. Mme de ~fetternich, qui l'avait
dévisagé de son regard prompt et connaisseur,
appela un des allachés de l'amhassade :
« Quel est donc ce monsieur, qui se tient
debout, là-bas, contre le palmier, à droite?
Allez, je vous prie, lui demander son nom et
s'il a reçu une invitation. &gt;&gt;
L'attaché l'aborde et révérencieusement demande :

1. Un exemple, rapporlé d'Angleterre, par la
duchesse de Dino, cl qm n'est point pour embellir la
lég-eude de cc héros clu dandysme. • Il y a une histoire fort l'ilainc, - écril'ail-elle le 20 fenier 1834,
- qui circule sur M. Je comte Alfred d"Orsay. La
voici : sir Willoughhy Collon envoie deux lellres, le
même _jour, de llrighton, à M. le comte d'Orsay et à
lady Fitzroy-Somcrsel ; il sr !rompe d'adresse, et Yoilà

~J. d'Orsay qui, en ouvrant celle qui lui arrive, au
lieu de rccounailrc sa méprise, à la première ligne,
qui commence par « Uear Lady Filzroy o, lit jusqu'au
lioul y lrourn tous les commérages de Brigfiton,
eulr~ autres des plaisanteries sur lady Tullemorc et un
de ses amoureux, cl, je ne sais encore à quel propos,
un mot piquant snr M. d'Orsay lui-mèmc. Que fa it
crlui-ci? Il 1'3 an l'lnb &lt;'I, dcrnnl 10111 le mondr, lit

celte lettre, la mcl ensuite sous l'adresse de lord
Tullcmore auquel il l'envoie. li a failli en résulter
plusieurs duels. Lady Tullemore csl très malade, Je
coupable parti subitement pour Paris. On est inter,·enu, on a assoupi beauconpdc choses pour l'honneur des
dames, mais tout l'odieux est resté sur M. d'Orsay. »
2. Cf'. l es Femmes du Second Empire, la princesse de )fellcrnich .

L'une de ses particularités de causeur était
le contentement qu'il prenait à déconcerter les
formes habituelles de la conversation, traitant lrs questions graves it l'étourdie ou parlant des choses légères arec gravité. On ne
goùtait pas toujours, chez Morny, cet air
excédé dont il faisait un des caractères de sa
distinction. On lui reprochait plutôt l'espèce
d'affectation qu'il mellait à ne parler que du
bon ton el la tendance qu'il avait, en l'intime,
;1 donner sans cesse des leçons de langage ou
de tenue. Manie étrange de sa part, qui le faisait ressemLler - selon le mot d'un de ses
secrétaires rnlants, Gustave Claudio - à ceux
qui, ne sachant rien, le matin, mais ayant
appris quelque chose dans la journée, s'empressent à l'étaler, le soir. En cela paraissait-il
inrérieur, comme homme du monde, au
comte d'Orsay, qu'il surpassait à tant d'autres
égards, ne fût-ce que sous le rapport de la
discrétion envers les femmes 1• Aussi bien
savait-il se débarrasser, entre amis, de celle
réserve qui glace les dehors des personnages
publics. S'il allait masqué de velours, par le
monde, il lui tardait d'en sortir comme d'un
Lhéùtre 011 tout est déguisement, dissimulation, mensonge, pour se retrouver Ir visage
c l l'esprit libres. Il avait ses moments d'abandon, de gaieté, 011 il était la séduction même.

L E DUC nE MORNY.

..,

11 ""

aYec les simples; il fut bon pour ceux qui le
servaient cl bienreillanl envers les modestes
rl les inconnus. Trait assez rare pour qu'il
soit relevé, à son honneur. Nous en donnerons,
pour prcmc, une double anecdote, don t les
détails ingénus nous reposeront des subtilités
d'un portrait à la plume. La l'oici, telle que
nous l'arnns recueillie de la bouche du marquis de Charnacé, auditeur el témoin.

�" - - - -- - - - - - - - - - - - - - - -- - - LE Duc DE .Mo"R,.NY - - ~
r-

111STO'J{1A - - - - - - - - - - - - - - - --

&lt;&lt; Pourrai-je savoir à qui j'ai l'honnéur da
parler?
- Au marquis de Saffray, monsieur.
- Vous avez reçu, sans doute, une inYitation de l'ambassade?
- Non, pas précisément, mais comme j'ai
lu dans la Ga;elfe des Etrange1·s ....
- Cela ne suffit pa~, 111onsieur. &gt;&gt;
El il allcnd que son interlocuteur ait compris le parti qui lui reste à prendre.
&lt;&lt; Eh bien ! monsicUJ' ! n
li insiste et réitrre son invitation... à sortir.
« Eh bien ! monsieur! ,,
Le geste était assez clair de sens. Le pauvre
marquis de Sall'ray sè réveilla de son illusion
dans la rue.
Mme de füssano, qui, sans avoir l'esprit
très brillant, possédait autant de bonté que
de distinction véritable, avait trouvé celle exécution un peu bien sommaire et dure.
« Ne le pensez-vous pas comme moi ? d.:ma11da-t-elle à ses hôtes.
- Oh! moi, répond Morny, pour rien au
moude je n'aurais voulu contrister mon ami.
- Votre ami? »
On s'étonne. On se récrie. Df's interrogations parlent.
&lt;&lt; A la vérité, nous n'avons, cet excellent
ami et moi, que des rapports silencieux. Mais
il m'est utile, précieux à sa manière. Et voilà
pourquoi je l'appelle mon ami. Vous le sarez,
ma fomme ne s'occupe guère de mes députés.
)[ais il est là, lui, ne m:tnquant aucune dP
mes réceptions, guidant mes invité, parltJmentaircs et leur faisant les honneurs de ma galrrie
sans en avoir jamais été prié.
« Comme il faut passer par la salle des tableaux pour entrer dans les salons, il se titn t
aux abords, attentif et pré,·enant. Des membres du Corps Législatif se trourent-ils arrèlés
en face d'une toile d'importance, il est à côté
d'm1x Mjà , prèt à leur enseigner les origine~,
la valeur, ltl prix cl jusqu'à la düle d'acqui~ilion du chef-d'œuvrc ..le me souviens qu'une
fuis, curieux dtl mïnslruirc, moi aussi, je
m'approchai. Il tenait M. de Chevigné, un élu
de Maine-et-Loire. Il exposait des faits, précisait dtJs chi ITres.
« Vous èles sûr? demandai-je.
- Absolument, monsieur le Duc, c'est 1111
tableau que je suis depuis trente ans. »
« ~Ion ami ne me parlait jamais. l'n mi r,
pourtant, il m'aborde :
- Monsieur le Duc, j'ai nne rr.quête à vous
présenter.
- C'est fait. De quoi s'agit-il?
- Ma mère.... ~fais peut-ètre, M. le Duc
n'a-t-il pas Iules poésie, de ma mère'/
- C'est un plaisir qui m'a été refuséjusqu'it
cc jom.
- Voilà.... Ma mère donne une soirée dan_s
son appartement de la rue de Clichy, mardi
prochain , et elle dira dtl ses vers, au piano.
- Au piano?
- Au piano, monsieur le Duc. Nous ferezvous l'insigne honneur d'ètre des nôtres?
1. C'était celte duchesse de Persigny que ses amis

avaient surnommêc lady Persinglon, pour l'engouement
'lu'elle affichait, en toute occasion, en fa1•cur des chosrs
cl des costu_mes cl"011trr-)fond1r, r i cela 1lr p11is qn'rllc•

-----~

- Mais, comment donc! Certainement. »
c&lt; Je dinai, le jour en question, chez l'amlJassadeur d'Angleterre, en tenue d'apparat et
le grand cordon à traYers la poitrine. Par quel
hasard, au dessert et dans celle atmospb~rc
diplomatique, me souvins-je de la singulièrl!
invitation qui m'ayait été faite'? Je l'al'ais
acceptée el ne voulus pas manquer i1 ma promesse.
« Le dlncr fini, je monltl dans ma l'Oilure
cl donne l'ordre qu'on me conduise à la maison désignée. Les marches gravies, je sonnai.
Il n'y avait pas foule à la porte. En enlrant,
cinq à six personnes m'apparurent paisibkmenl assises dans le salon. Le not n'est pas
arril'é, pensai-je. Toul de suite, j'al'ais distingué, il son altitude, la Muse de ce temple
domestique : une l'ieille dame très pâle et très
amaigrie, Yrtue de noir, coiffée d'un turhan .
.l"étais intéressé Mjà par le lurban; j'en avais
vu de pareils, en mon enfance, chez des amies
de )lme de Souza.
« Madame, rntrc fils m'a pari~ de vos poésies. J'arais à répondre à d'autres imitations.
Mais je suis venu pour ces poésies. J'attends
impatiemment le plaisi r de vous entendre. ll
« Elle se dirigea vers le piano, une épinellc
pas grande du lout et bien ancienne. Ses mains
gantées de mitaines blanches glissaient sur
les louches l'l en Liraient des sons grfüs. Elle
amil commencé à réciter des l'ers, qui ne me
parurent pas ma,m,is, !"11 l',:rité, arnc leur
accomp:ignrmcnt r:i sourclinC'. C"dail unr
primeur à mon o~cill,• ..le l'en félicitai. Ccpend.1111, l\:xccllcnltl perrnnne s'étanl levée
pour recevoir une nourcllc arriranle, j'en profitai pour m'csquiYer C'l j'allai finir la ~oiréc
chci la duchesse de Pcr~igny. J&gt;
lei, n"élaienl en défaut ni le nombre ni la
qualité des inrilés. Sous le rnisst•llemcnl des
lumières, t:'.:1ait un tn\s différent spccladc ùc
blancheurs d'iplllle~. de clarlé, So j"Cu sr~. de
pierreries scintillanlcs, de plumes cl d'aigrettes piquées dans les cheYrlures. EL sur
les habits des hommes éLincclaicnt les croix à
profusion. On en cùt romplé seiztl sur la poitrine du seul Ilacciocl1i, ressemblant de loin,
disait quelqu'un, à une vignette de missel du
xv• siècle. On avait peine à cirrult&gt;r, cc soir-lh,
dans les appartements de h fille unique de
Mme de la Mosk01va - une personne jolie à
mir dans sa blondeur, mais de nature et de
caractère un peu bien fantasques et dont
l'écervellemcnt faisait contraste de bizarrerie
arnc la gravité plutôt morose du duc son
époux 1 •
En sa double qualité de personnage offit:icl
et d'homme du monde, Morny se devait à hien
des maisons parisiennes, à commencer par le
Chàteau, comme on appelait les Tuileries. Il
ne pouvait se dispenser d'assister à aucune
des réceptions de la Cour. On eùt trop remarqué son absence aux. galas ministériels.
Enfin les salons les plus cotés ne permettaient
point qu'il les oubliàt.

11 fut l'un des i1wités de marque du bal
fameux de la duchesse d'Alhc, comme il l'aYait
élé du grand soir des Walcwski , au Ministère
des Affai rrs étrangè1'ès. Le dernier surril'ant
des jeunes et brillants caralicrs qni mrnfrr nl
alors, chez Mme Walewska, l adorahle quadrille de~ pierrots cl picrrcllC's, nous èn retraçait encore, en 1909, l'image ·re;téc fraiche
et pimpante en sa mémoire. Lui-mèmc, le
baron Charles de führ, y conduisait la princesse Lobanof, née Paskcwitcb, à laquelle on
le sal'ait attaché par des liens de roses, c'rstà-dire par ]"attrait d'une affection sérieuse l'l
tendre. Puis, Alfrrd dr Grole, un joli garçon
qu'on disait al'oir été du dernirr bien a,w la
grande-duchesse Marie, et qui arnit cngag(: la
maitresse de maison; le comte Hol"os, ambassadeur cl'Aulrichc-llongrif', arec Mlle de 11ivas
de Saal"L'dra; rl le prince 1;corgcs de Croy !
aYcc Mme de Grétry, une blonde gracicusC',
que courtisa l'empereur. complétaient l'aimable groupe. Costnmés de satin blanc aYrc·
des pompons rou ges, tout poudrés et portant
le petit chapeau pointu blanc arec des rubans
rouges flottants, ayant mème aux picas des
bottines blanche,, les cal'aliers formaient Il'
vis-à-vis impeccahlc des danseuses . crllcs-&lt;·i
lontrs légères en leurs jupes de gazr ornées
de réseaux d'or. Le corps clr jupe était r n$oir
dr couleur rougr cl hlancbc, avec des nœuds
de ruban or. L'rntrain riait des plus ,ifs d&lt;'
part et .d'autre. On :wait exécuté la danse an
tempo di galopa. L"rmprrcur r l la reine d&lt;•
llollanclc avaient été si ravis du spt'dacl&lt;'•
qnïls demandèrent ·qu'on · recommcnç,H le
quadrille. Mais, cette fois, la sensible prinrC'ssc Lobanof, que pressait trop la cadence,
s'était érnnouic, de sorte que le baron de Rchr
dut la soutenir sur son bras, pendant unr•
partie de la soirée.
lis étaient là tous et toutes, ceux et rrlles
qui donnaient le ton à la Cour el au mou,·cment parisien . C"est à ce bal du Minist/&gt;re drs
AIfaires étrangères que la comtesse 1'ascht:r
de la Pagerie avait fait son entrée sons les
luslres, en chaise 11 porteurs et suivie d'un
cortège. L'empereur, qni était arrivé en 1111
domino noir s'étail diverli à re, èlir ensuite
un domino mauve, pour intriguer sous IC's
drux. espèces. L'impératrice elle-mèmc, apparue d'abord en une toilelle noirr lamée d'or,
ayec des étincellements de diamants el d&lt;\
rubis dans ses chercux poudrés, était passé1'
dans la chambre de Mme Walewska afin dé
se lrarestir C'l de se dérober aux regards trop
prompls i1 la reconnaitre. On disait merveilleuse - et c'était le senliment parliCLLlier dM. de Morny - la comlesse de 13rigod&lt;•; on
appréciait infiniment aussi la jrunc ~lélanie de
Pourtalès, un vrai Greuze, et plus d'une encore de celles que nous avons portraiturées
dans une précédente galerie, telle la comtegsc
de Castiglione, l'unique, lïncomparablc.
Morny n'allait guère qu'~ titre officiel chez
le prince Napoléon, arnc lequel ses rapports,
déjà des plus froids rnrs 1852, furent long-

s'ëtail vue la femme d'un amliassadeur à Londres. Après la
mort du duc, elle devait se remarier moins brillammenL
al"cr un homme plus jeune qu elle, nommé Lrmoine.
2. Attaché it l"amhassa,lc clr. l\omr; drpnis, il i•puusa

)llle de Ourforl, fille du marquis d~ cc 110 111.
S. Déjà le ~uaclrille perdait de sa vive allure d"au(refois: on s habil11ail à le ,mrchrr plulM ,111'i1 I,•
tlans~r, $&lt;•Ion l"anciennr ri charnrnnll' faron.

"" 12

1M

1

'

temps ~ se réchaulfor, quoiqu"il sùl lui
rcconr~a1lrc des qualités d'intcllio-cncc rares
l'i yu'1 l dùt, Cil 1859, à la rcillc de la 0o-ucrrc
cl1ta~ic, le rc~onun~nder à l'empereur pour
la rcgcncc. Ses l'JSÎtes se faisaient moins
~ar?s c~ez la princesse Mathilde, assuré qu'il
ela1t d y trnurcr des amis personnels - les
hommes _d_c lettres de la Païra. On le rnyait,
charinc /o;s, aux retloulcs de la princesse de

Ht'.PÉTITION ou

~e _place en place. Les cours el les jardins
ela1cnt courerts de pal'illons. Du sein des
parterres s'cllaa~ient des jets d'eau, jaillissan( sous les lumières. Uans ce cadre féerique
allaient les députés en uniformr frac bleu
1irodtl, d'or et d ,argent, boutons à' l'aigle, gilet blanc, pantalon de casimir blanc à souspicds, et n'allcndaat que le moment oü
après avoir rendu leur homma~cs aux sou~

JOUEL'R DE FLUTJ!,° , cmtEDŒ. . o'ÉMJLE Aue IER,
:

qutl donna, d.ns ses appariements, Son
~xcel~ence présidentielle et législati,e, il
1cx_lrcmc fin _du ?~rn_aral de . 18~9 . Morny
a1a1t eu le sorn d md1qucr, d arnnce à ses
invités qu'ils eussent à conscner Je 'ton de
l'époque Louis XV, afin de prévenir les écarts
d'imagination et les excentricités de trarcstissemcnts auxquelles n"échappent point les
bals mèmc les plus aristocratiques. Toutes

.
.
.
.
,
ClichéGiraudon.
DAl'iS LA MAIS0:-1 RO)tAl~E DU P1u:-c E );APOLEON . AUX C IIA)ll'S-ELYSÊES.

'l aNeatt ,te llovLANGER- (Musée .te Versailles.)

Got

Théophile

~larie Fa,·art

Émile Augier

Gautier

)letteruich. Et des sympathies particulières
le ramenaient fidèlement chez le duc et la
cl uchesse do-Bassano.

Lui-même, comme il conl'enait à sa situation, à son rang, faisait souvent di'ner et
danser.
On fut plusieurs rurnées à se sourenir des
magnificences déployées, le 20 mars 1855; à
l'occasion d'une fète de nuit offerle par le
Président du Corps Législalif - et payée par
la nation, qui eut i1 solder les frais des
contre-danses officielles, Morny ayant enlevé
le vote du bal.
l;n trône arait été dressé dans la salle des
Pas-Perdus. On ne rnyait partout que glaces
et tentures. Des statues modelées par Cruchot et fondues en fer intéressaient le regard,

verains, ils s'évertueraient aux jeux de
Terpsichore. Combien séd uisante apparaissail
la nouvelle impératrice, en sa robe de crèpe
rose à ,•olants de points d'Angleterre, avec
tles trainants de narcisses, et sous son chapeau de fleurs ruisselant d'émeraudes. Et
n~n loin d'elle, comme semblait exquise la
toilette de celle autre princesse, toute nuageuse et mousseuse! Sur une jupe de taffetas blanc semée de petites abeilles, Jloconnaicnt onze volants de tulle de soie o-arnis
d'une rnche de marabout cl retenus : ur le
cùté droit par un bouquet de trainasses de
clochettes blanches. Car, c'était alors Je
triomphe des robes à la neige.
Une après-minuit d'hiver, en 1856, on
était sorti émerl'eillé de l'éclatante réception
dont Morny fit les frais pour les beaux yeux 1
de la reine d'Espagne Marie-Christine. On
n'admira pas moins la soirée très Réo-ence
0
'
"'1

r3

w-

.\ladclcinc

Brohan

Geffroy

les chcrelurcs étaient doue poudrées à blanc.
Et comme les agitations de la danse lançaic,'.t par les airs de vagues nuages &lt;&lt; à la
~a~echalc », qui finissaient par retomber
lcgercmcnt sur le sol, le maitre de la maison
avait pu dire, par une fine allusion à un mot
du jour, que, si l'on ne dansait pas sur un
rnlcan, on dansail assurément sur de la
poudre.
Ce, furent, d'~u~res fois, d1ez Alorny, des
~éu_mons ~lus mt1mes, où son amusement
cla1l de faire chanter un air de Lulli à IIoussaye, une _romance du temps : l'Amour nou~
mène, a Emile Augier; où l'on s'entretenait
tout à l'aise d'art, de femmes et de théàtre.
, . A d_es dates esp~cées, revenaient les réceptions a falbalas ou les hommes de conr en
1. Elle avait! eu cff~t, le regard !rés doux. ré 011 _
dant a~n. sounrc gracieux et fin,mais il ne· fallal as
la eons1dcrer « plus bas que la lèlc ». le corps étfnt
presque monstrueux d'énormité.
·

�_

LE Duc

1f1STO'J{1Jl

!lors de chez lui, il afTcctionnait spécialement les salons diplomatiques et celte haute
société russe, si remuante sous le Second
Empire, a,·anl ou après son mariage avec
une descendante des Troubetzkoï.

La colonie slave, accrue par des alliances
et des unions récentes, se donnait, en effet,
l,caucoup de champ dans le Paris' d'alors.
Tout un essaim de jolies Polonaises très en
vue, très recherchée~ 2 et dont quelques-unes
devinrent Françaisl'S par leur mariage, en
s"appelant marquise de l\'oailles:l, princesse
de Beauvau, comtesse Marie de Bonneval', y
contribuaient de toute de leur animation.
Elles avaient apporté, de leur patrie, ce
charme attirant, cet esprit fin, cc mélange
de dignité et de gràce voluptueuse, qui sont
d'instinct chez les Polonaises, el le mouvement qu'elles excellent à répandre dans la
société". Moins viYes et moins enveloppantes,
plus diverses' en leurs qualités de nature et
de conversation, les beautés russes rivalisaient avec elles de succès dans l'art de plaire,
par les différents moyens qu"elles tenaient de
leur caractère ou de leur éducation.
Leur centre de réunion habituPI, de 1856
à J859, était le salon de l'ambassadeur Kissclcf, un grand seigneur d'aspect plutôt imposant, courtois autant que distingué, aimable el
spirituel autant que digne. Comme l'y engageaient ses allributions officielles, il travaillait à maintenir entre son Gouvernement et
celui de la France les liens d'une harmonie
durable; mais il avai l été moins heureux
en son domestique. Car il vivait séparé de
sa femme, née comtesse Potocka, fille de la
belle Phanariote, ayant elle-même conservé
des restes de beauté, aimant la conversation,
mais davantage les cartes et jouant gros jeu.
Elle recevait, le soir, en son appartement
des Champs-Élysées ; on y jouait toute la
nuit.
En son lieu et place, à l'ambassade russe,
faisait les honneurs la princesse Radziwill,
née princesse Ouroussow et sœur de la ravissante femme du chancelier Gortscbakow. Elle
aussi al'ait desserré les liens matrimoniaux et
Yivait séparée, sans enfants, de son mari.
Très élégante et de grand air, on la disait
capricieuse et hautaine. Elle se sou\'Cnait, à
Paris, du bien que lui voulut, à Saint-Pétersbourg, l'empereur ~icolas I•r, quand ses
vœux s'étaient tournés vers elle. Cette princesse Radziwill, qui protégea ~forny et goûtait sa comcrsalion, lui avait donné, quand
il partit pour Saint-Pétersbourg, des lettres
de présentation, dont il Lira de précieux
avantages.
Aux réceptions de leur ambassadeur, les
attachés avaient de quoi s'intéresser; les regards féminins leur faisaient fète de partout.

C'étaient : le brillant Albedinsky, depuis
gouverneur général des provinces Baltiques
et qui contracta mariage avec une princes,e
Dolgorouki, &lt;c la grande amie adorée »
d'Alexandre Il 6 ; et le délicieux Alfred de
t:rote, qui fit tourner bien des têtes à Paris,
avant de retourner sur les -bords de la NéYa,
au Palais d"llivcr, où il devint grand-maitre
de la Cour. En ces parages diplomatico-mondains, se montrait d'habitude un comte
Tolstoï, de petite taille, pas très bon, spirituel
et laid, en somme peu goûté; le jeune prince
Repnine; Jean Pascbkiéwitcb, qui épousa,
mais ne garda pas, l'exquise Mlle Souchanow, remariée (après divorce) à lord Hamilton; et plusieurs autres cavaliers d'élite,
comme le cc beau ténébreux » Pierre Troubetzkoï. C'est à ce dernier que la princesse
Lise Belosselsky7, l'amie de Thiers, de
Rouher, de la Guéronnière, de lord Palmerston, de Gorstcbakow, de maintes célébrités
politiques de Paris, de Londres et de SaintPélersbourg, octroya sa main et sa précieuse
personne. Petite, blonde, plutôt autrement
que belle, avec ses !raits aplatis, cep1mdant
bien faite, élégante et se donnant des airs de
marquise louis XV, très bien douée, fort
instruite, a1ant beaucoup d'esprit, le sachant
et tenant à ce qu'on n'en doutât point, parfois mordante en ses reparties, galante, fine,
maniérée, en deux mots piquante et singulière, elle s'était créé une physionomie, un
rôle, que l"aidait à soutenir un insatiable
amour-propre C'est celte princesse Lise
Troubetzkoï, qu'on supposaitinforméetoujours
du dernier secret des chancelleries; elle
n'allait point en l'isite qu'elle ne fùt prêtP,
chaque fois, à tirer de sa ceinture ou de son
manchon une missiVl:l des plus importantes,
qu·ene ,•enait de recevoir justement de lord
Granville ou du prince Gortschakow. Elle
était comme l"Égérie des ambassades, ou pa~sait pour telle; on la prenait au sérieux.
Telle, la turbulente princesse de Lieven, dont
le salon aîait été qualifié par Thiers l'ObHervatoil·e de l' Eui·ope.
A ses cotés faisait bruit la spirituelle princesse Léonide Menschikow, née princesse
Gagarine, très éclairée, presque san~le,_ et,
néanmoins, naturelle et bonne; aussi I.Hen,
amusante en ses dehors, aimant à rire avec
une sorte de franchise garçonni~re, grande,
blonde, pas très jolie, ne s'illusionnant point
à cet égard, el en ayant pris bravement son
parti ; intempérante en ses propos, mais discrète en ses amitiés; galante tout franche-

1. L'w1e d'elles, qui commençait à n'ètre plus si
jeune el tendait a devenir prude, disail, au sortir
d'une de ces fêles, chez Morny ou chez le duc de
Bassano, à une amie :
, Sarez-'"ous qu'il 11'esl pas prudent pour nous d'y
aller en domino, sans crinoline?
- Pourc1uoi donc?
- Les hommes s'approchent de trop près.
- Ah! est-ce qu'ils vous pince~l !
.
- Non, mais ils vous commumquenl leurs impressions. •
,
2. Comment ne pas nommer enl~e ce)les-là I exquise Muse blonde, )lme de Kalerg,s, nee comtesse
de i'lcsselrode el devenue. eu secondes noces, :Ume de
Muchanow. Polonaise par sa mère, musicienne accomplie admirée de Lizsl, de Wagner, de Rubinstein,
ado;èc du général de Ca~aignac, intelligente,_ vi_ve cl
honnc, elle clait l'allracilon mrmc. On en dm1l au-

tant des gracieuses comtesses Branilzka, Potocka el de
bien d'antres.
5. D'aborri, Laure Sweikowska. Sa sœur était la
non moins jolie Lise, comtesse Pzesdjctzka. Toutes
deux, les filles du général amèric:iin Lac\1mam) el
d"une mère issue de noblesse polonaise, se disputaient
le prix . de la grâ_ce ; m~is, comr_ne, pour_ en départa&lt;rer 1'1ofluencc r1valc, 1 une hab1ta1l Paris cl la seto~1de ~icc.
4. Mme de Bonneval fera plus lardil'emeul ses débuts dans le monde. Elle apparaîtra, au dernier bal
costumé du duc de Morny, en Marie-Antoinelle et,
jeune mai·iée de dix-huit ans, s'y emp:rera loul aussitôl
de, r&lt;.'gards.
5. Signalons à parl la comtesse A!frcd Polc_&gt;eka,
belle, spirituelle, altiére; la princesse Czarlomka;
toute d mlelligence el de bonlc, si visitée, si recherchée dans sa rcsiclence célêhre de l'hùtel Lamhert,

cl la bellissime princc5-'!e. Sanguszka, 11ée p1:inces~e
Lubomirska, éclatante, d1slmgué el fière. Sa lille llelimc, parér. de tous les don~ de la nalur~, Ires musicienne, très admirée, désirée, ~eman,tce! n~ cou_scntil jamais, pour une secrète raison de lam,lle, a
;e marier el refusa même le duc de Nemours.
6. La nombreuse famille des Dolgorouki, très serrée, trcs unie, n~ manquant aucune oc~asion c\e s·c11tr'aidcr. de se faire mutuellement du bien, moissonna
beaucoup d'honneurs. de dignités et des privil_ègc~ de
Loule sorte; l'inlluence morale de Mme Aldeh111sk1 ne
fut pas sans action pour l'avancement cl la fortune de
sa famille.
7. Fille de la princesse Hélène Kotsch(!uhey, sœur
du prince Bel_ossel_sky, cl d~ madame Mane Dournoœ
qui, par la s1Lual1011 e! 1 immense f?r~un~ de son
mari, a joué un grnnd rolc dans la sœ,clc pelcrshour,
gcoise.

habits rouges, ponccau,bleus, rerts &lt;( avaient
des allures d'officiers, les militaires de dandys, les dames de biches 1&gt; ; de ces bals masqués, dont les lurbulenlcs imaginations purent ètre comparées à une descente de
\'alentino se prolilant dans un décor de
Winterhalter.
On y jouissait d'un certain laisser-aller
facile, indulgent. La tenue du maitre de la
maison était irréprochable, sans qu'il imposàt à ses hôtes un Lon cérémonieux et
• gourmé. Aussi, par arcnlure, n'était-il pas
de faç·ons hardies qu'on n'y osât. Les propos
à mi-voix s'y rendaient audacieux. Les
hommes serraient de près les jolies invitées
sous le masque ou sans masque 1 • Des cava_liers entreprenants, comme pouvait l'être un
colonel de Galliffet, jetaient de l'émoi dans
les rangs des danseuses. Mais le plaisir n'en
était pas moindre, au contraire.
Dans la bagarre de certaines réceptions où
frayaient, arec les habitués de la vie mondaine, des fonctionnaires, des députés et
leurs femmes, se produisaient forcément des
surprises. Un soir, Morny se tenait à la porte
du premier salon, prêt à recevoir. Il était en
frac, culollcs courtes et bas de soie. Une
nouvelle arrivée de son département, la
femme d'un ingénieur, prenant le puissant
personnage pour un huissier chargé d'annoncer les invités, se nomme à lui et montre
bien par son attitude qu'elle attend qu'il répète : Madame une Telle. &lt;( Le duc de
Morny, » répond-il, et il s'efface pour laisser passer la provinciale, rouge et confuse.
Quelques fausses notes, des incorrections
accidentelles, des bigarrures inévitables n'empèchaient point les réceptions du comte, plus
tard duc de Morny, d'ètre des moins foulées
et des plus éléga1~ment composées de Paris.
li rcce1ait à merrcillc; sa maison était admirable de tenue; et mt! mieux que lui, a dit
l'un de ses convi,cs, ne samit assortir les
imités, de façon qu'ils fussent heureux de se
trourer enseml,le, lorsque sa situation ne lui
imposait point des exigences contraires à son
bon vouloir.

... 14 ...

DE

M o~NY

--~

,
ment, mais honnête et s11re, sans intrigue ni
méchanceté, et que les saillies de sa conversation, les éclats d'une gaieté un peu fiévreuse, n'empêchaient point de rester grande
dame, en ses actes et ses procédés 1 • Immensément riche, très hospitalière, très liée avec
les princes de la famille impériale, elle gàta
beaucoup Morny, l'invitant 1oujours à SaintPétersbourg et 1t Baden.
Aimée de tous et de toutes, parce qu'elle
était exquise de charme et de bonté, passait
dans le même monde la princesse Léonille
Wittgenstein, née princesse Bariatinsky. La
louange de ses mérites ne quittait point les
lèvres de ceux qui parlaient d'elle. S'étant
convertie au catholicisme, le séjour en Russie
lui avait été rendu difficile; elle habitait,
avec son mari et ses enfants, Paris, l'hiver,
et, en été, le chàteau de Sayn, p1 ès de
Coblentz. Ce fut, au bel âge de sa vie, une
céleste apparition, allx cheveux cendrés, aux
yeux bleus. Elle adorait la_France, malgré
qu'elle dùt se faire plus tard l'amie de Guillaume {cr et de l'impératrice Augusta d'Allemagne'.
A la pléiade russe eût manqué l'une de ses
étoiles sans la présence de la princesse Obolinski, dont la beauté s'épanouissait confiante
en soi et n'exigeant que peu de la personne
intellectuelle. L'empereur Guillaume fut 1t
ses pieds. Son mari avait le renom d'un irréprochable cavalier, quoiqu'elle le tînt dans un
effacement relatif. Tels la princesse et le
prince Menscbikow, celle-là toujours en vedette, celui-ci adonné aux ~ports et qu'on ne
voyait pas.
Dans ce rayonnement ne passaient point

inaperçues des parentes de Mme de Morny, nées
comme elle princesses Troubeh koï cl ayant
hérité des dons brillants de celle branche de
l'aristocratie russe : la comtesse Woronzow,
si connue par son esprit, ses talents, sa fortune illimitée; la comtesse de nibeaupierre,
sa sœur, ravissante par les traits du caractère
autant que par les attraits du visage;
Mme d'Oustinow, une charmeuse, disait-on,
et dont les grâces jetèrent des feux, avant
qu'elle se remariât avec un superbe Espagnol.
Blanco d'Encala; la comtesse Apro:xina,
moins éclatante, mais agrémenlée des dons
de la fine et élégante causerie, et très
experte en fait de science mondaine. C'étaient encore la fille très douée de la princesse Julie Gagarine, née de Martinow, et les
deux filles du maréchal Paschkiewitch : la
princesse Lobanow, fleurie de mille séductions, et la princesse Wolkonsky, douée d'intelligence plus que d'altraits, au reste distinguée de manières comme sa sœur. On
n'en disait pas autant de la femme de leur
cousin Korsakoff, la fille de l'intendant de ce
. dernier, un nommé Morgassow. Mme de
Korsakoff fit tapage dans la chronique extramondaine du Second Empire. Grande, admirablement formée, d'une carnation éblouissante, avec une somptueuse chevelure et des
yeux pleins de flamme, elle eùt été parfaite,
si le type kalmouk eùt été sur ses traits moins
prononcé. En ses allures, elle ne visait que
faiblement à la distinctic,n, au tact, à la retenue, contente assez si, de quelque façon
que ce fùt, elle s'imposait à tous les regards.
Bien différente se monlrail une Mme Narischkine, née baronne Knorring, lettré!', ins-

1. La ,·ie de la princesse llcnschikow s'ècoula. plus lard,
à lladc cl à l'étersbourg. L'un de ses compulrioles
l'a romparéc à une Mme du Deffaol russe, « dou~e
,le la , 1e qui manqua il il la marquise cl incapahle de
s'a,;ujcltir il la dom111ation d'un président Il ènault. •

2. L'un de ses fils épousa la fille du duc de IJlacas. Aux environs de 1901, ses :imis auraient c11core
pu la l'Oir nonagénai,·c, vil'anl ses sou,·cnirs dans la
Suis~c f'ran{'3i$C, à Laufannc.
5. Le baron Cha.ries de Beh1·-Pohpc11.

truite, ayant été fort jolie, avec des pieds-et
des mains d'enfant, et qui donna la preuve,
plus lard, qu'elle goùtait beaucoup les cbo~es
et les gens de théâtre; car, après avoir mis
du sien aux essais d'un homme d'État vaude,illiste, notre Morny, elle épousera l'un des
maîtres de la scène française, Alexandre
Dumas fils.
Une autre agréable personne portait aussi
le nom de Nariscbkine, relie-ci née Ouschanow, et mère de la jolie princesse Obolinsky,
remariée à ~!. de Reutern. Brune de cheveux, rose de visage, elle était souriante et
gaie, comme sa sœur également fixée à
P.iris, Mme de Martinow, et c1ui transmit ses
qualités d':ime et de visage aux filles qui naquirent d'elle : la marquise Paulucci et la
princesse Galitzine.
Mais pouvons-nous reconnaître au visage
tout ceux et toutes celles qui composaient
alors l'aimable tribu moscoYite s'agitant dans
les rayons du soleil parisien? Ce fut une
douce époque, nous disait, avec un soupir de
regret un grand seigneur russes, qui tint ,a
partie dans le concert. On aima là et beaucoup la belle vie, les belles toilettes, les élégances et les élégants.
Dans celle société originale et brillante,
désinvolte en ses façons, indépendante de
goùts et d'opinions aulant qu'il fut pos~ible,
instruite, enjouée, spirituelle, pleine de contrastes et de séductions, Morn y cultiva des
amitiés chères. Il s'y montra très épris, en
particulier, de Mlle ~atscbokine. li ne se la~sa
point d'y rechercher les plus aimables impres~ions de l'esprit et du sentiment. D'autre
part, il y noua des iutrigues dont le mystère
ne m ta pas toujours voilé, et qui complèrent au nombre des épisodes heureux à
demi ou davantage de sa carrière donjuanesque.

(11 suivre.)

Le

«

cabinet noir

»

A Sainte-Hélène, 1, géniral Gourgaud transcrivait,
chaqut. soir, Je.s propos que l'&lt;mp&lt;rcur avait tt.nus devant
lui, au cours dt la journée, sur Jcs sujets lu plus divers.

Lu notu dt Gourgaud ont éti publiées par MM. de
Grouchy &lt;t Antoine Guillois. On y trouve cc jugement
dt Napoléon )" sur la police et Je • cabin&lt;I noir • :

La police de Paris fait plus de peur que de
mal. li y a chez elle beaucoup de charlatauisme. li csl lri·s difficile de sarnir ce qu'un
homme fait chaque jour. La poste donne
d'excellents renseignements, mais je ne sais
si _le bien est compensé par le mal. Les Français sont si singuliers qu'ils écril'ent souvent
~es c_hoses qu'ils ne pensent pas et ainsi on est
mdmt en erreur ; lor.squ'on riole le secret des
lettres, cela donne de fausses prévenlions. La
Valet_te convenait parfaitement à cette place
de directeur des postes]. J'avais aussi Laforèt,

qui était l'homme de JJ. &lt;le Tallcyrand. Un 11c
peut lire toutes les Jeures, mais on décachetait celles des personnes que j 'indiquais el
surtout celles des ministres qui m'entouraient.
Fouché, 'J'alleyrand n'écrivaient pas, mais
leurs amis, leurs gens écril'aient et, par une
lettre, on l'oyait cc r1ue Talleyrand ou Fouché
pensait. M. Malouet rédigeait Lou tes les discussions qu'il arnit avec Fouché el, par là, on
connaissait les paroles de ce dernier. Les
ministres ou envoyés diplomatiques étrangers,
sachant que c'était à moi qu'étaient renrnyés
les paquets, écrivaient souvent des lettres,
pensant que je les lirais; ils disaient ce qu'ils
voulaient que je susse sur Je compte de )[. de
Talle~Tand .... Si je m'étais méfié de l'impératrice ou du prince Eugène, La Valette n'eût
pas été bon pour les surveiller, il ne me
parlait pas d'eux, leur était tout acquis.
Mme de Bouillé était une de mes femmes
de police, elle me faisait chaque jour des
rapports. Elle est à présent chez la duchesse
de Berry, cl je suis sûr qu'elle informe le roi

FRÉDÉRIC

LOLIEE.

&lt;le tout ce qui s·y &lt;lit et s·y passe. Ue pareilles
gens sont bien méprisables.
Cette lecture des lettres à la poste exige un
bureau particulier : les gens qui y sont employés sont inconnus les uns des autre ; il y
a un graveur qui y est attaché et il a sous la
main toutes sortes de cachets Lou t prêts. Les
lettres chiffrées, dans quelque langue qu'elles
soient, sont déchiffrées, toutes les langues
traduites; il n'y a pas de chiffre introuvable,
avec quarante pages de dépêches cbifl'rées.
Cela me coûtait six cent mille francs !
C'est Louis XIV qui a imaginé ce système.
Louis XV s'en servail pour connaitre les amourettes de ses sujets. Je ne saurais dire au juste
quels services cela m'a rendus, mais j'estime
que cela nous aidait beaucoup; aussi, un jour
oü je reprochais à Fouché que sa police ne
savait rien, il put me répondre : c&lt; Ah! si
Votre Majesté me donnait le paquet de la
poste, je saurais tout! •&gt;

~ ---\POLE0?\'.

�"------------------------------------

liché Girautlon.
MADAME DU BAKR Y, -

Tableau de ÜECRF.UZE. (ft/11see ,te V ersailles.)

Monsieur du Barr)}
PAR

G. LENOTR_E

l'nc scènesinrrulière
se J·oua, ,·ers
le milieu
0
•
du mois de juillet 1768, à Levignac, bour"adc distante de cinq lieues de 'l'oulouse, et
~ue la vaste forêt de Bouconne isolait, à celle
époque, pres&lt;jue complètement.
.
Il y avait là une assez grande maison appelée le Château, qu'habitait dame Catherine
de Lacazc-Sarta, veuve depuis près d'un quart
de siècle de &lt;&lt; noble homme » Antoine
du Barr1 1 • Elle avait eu de lui six enfants,
dont trois seulement vivaient avec elle :
Guillaume qui, après avoir seni, s'éta~t retiré
à Levignac; il avait alors trente-SIX ans ;
Françoise, qu'on appelait Chon, et Marthe

qu'on appelait Bit~chi, deux fill~s déjà mùr~s,
que la maigreur d~ l~ur ?~t avait condamne~s
au célibat. Chon eta1t d ailleurs bossue, spirituelle et « mauvaise langue i&gt; ; - Bitschi,
paraît-il, ne manquait pas d'agréi:nents. U1:e
autre fille de la cbtttelainc de Levignac avait
épousé .Je maire, - on disaï,t : _le _p1·emie1·
consul, - du ùllage et n hab1ta1t pas le
manoir familial. Élie, le plus jeune fils, était
au service; quant à Jean-Baptiste, l'ainé de
tous, après s'èlre marié it une fi~le noble de
la contrée, Mlle Ursule-Catherine Dalmas
de Vernon11rèsc \ il s'était fatigué, un beau
jour, de l~ monotonie de la vie de province

cl se sentant né pour un sort moins mesquin,
il 'avait quitté femme et enfant et courait le
monde en quête d'aventures lucratives.
A BaO'nères-de-Lucbon, il avait débuté dans
la o-randc vie avec un succès qui l'enhardit;
0
• '
sous le nom de comte de Cères, emprunte a
un vieux donjon de sa famille, il essaya de
l'espionnage politique, se chargea de miss(m~s
louches à Londres, en Allemagne, en Russie•;
puis s'allarda à des entreprises de vivres pour
la Marine, pour la Guerre et pour l'ile de
Corse, où il ne réussit point. Comprenant que
là n'était pas sa rnie, il se fixa à Paris, ~1en
résolu à ne plus s'occuper que de la d1plo-

J. Auloiuc du llal'l')', e11scig11c au l'ègimcnl ~c

Le mat'iage avait ~u lieu le 8 déccmbl'c l 748. Il
eu ~-êtail né, le 12 septembre 1749_, _un fils, JcauBaptisle du Bal'ry (dit Adolphe\, qut epousa Mlle de
Tournon el qui fut tué en dtml en Angletel'r e, le
10 novembre 1778.

Le !pommeau de suu épée, ramas,é SUI' le lit•u du
combat, sert de cachet à la municipalité de Bath, a n·
qu'assure Ch. Vatel.
.
,
5. Le Tribunal révolul!omtaire de Tnulouse, par
.\lcx. Duboul.

0

l'tle-dc-~·rance en ·J 702, lieulcuanl eu octobre 170.i,
capitaine_ le 12 octpbre 1707 ~Ehevalier de Sainl-L?u!s,
S'est l'Cltrè du SCl'HCe en 11.il. (Archives du illwislè1·e de la Guerre. )

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"" 16 ...

M ONS1EU'R_

DU BAJt,'R,Y -

matie d'alcôve, où il excellait. C'était un type abstenu de répondre avant d'avoir obtenu
Certes, depuis d'Artagnan et depuis Cyrano,
de Gascon effronté, bruyan t, tenace, vicieux à l'assentiment de la nouvelle favorite. Et voilà
de romanesque mémoire, bien des Gascons
miracle : on l'appelait le Roué. L'hiver à pourquoi Jean du Barry, courant au danger,
ont pris la route de Paris, assoillës de fortune
Paris, l'été à Spa, suil'ant, parmi la valetaille, a pris la poste pour 'l'oulouse : il faut qu'avant
et quêtant aventures; mais jamais, sans
la Cour à Fontainebleau, à Choisy, à Com- un mois la fille Bécu soit bien officiellement
piègne, vivant d'intrigues, grand inventeur de transformée en une authenticflle comtesse doute, il n'y eut voyage comparable à l'exode
jolies filles qu'il chaperonnait non sans profit, du Barry; sinon l'immense profit que la famille des du Barry se bàtant vers leurs destinées
nouvelles.
il passait « pour le plus mauvais sujet qu'il y peut tirer de la situation est à jamais comQuelque indolent et passif que les faits nous
eût en France &gt;&gt; . Déjà, vers 1760, il al'ait promis. Guillaume, resté, grâce au ciel, célile
montrent,
Guillaume doitrèver à la femme
produit, en petite loge, au théâtre de Com- bataire, est le sauveur désigné; son nom
inconnue
à
laquelle
le sort va le lier et dont
piègne, la fille d'un porteur d'eau de Stras- griffonné au bas d'un contrat et sur un registre
il
cherche
à
évoquer
l'image, si désirable et
bourg, nommée Dorothée, dont la beauté avait de paroisse. on n'exige de lui rien de plus, et
séduisante
qu'un
roi
blasé
en a perdu la tête....
1
éveillé l'attention de Louis XV ·; dans le cas une pluie d'or récompensera ce dévouement
Chon
et
Bistcbi
songent
aussi;
et rien n'étonne
011 elle l'eùt fixé, le Roué demandait, pour
tout platonique.
davantage que ces deux filles, résignées jusprix de sa découverte, le poste de ministre
Ainsi parla Jean du Barry, cl son discours
de France à Cologne! Mais Mme de Pompa- fit sensation. A ces esprits plats que les ba- qu'alors à végéter, vertueuses et sans histoire,
dour, alors en farcur, veillait, et Dorothée vardages de Levignac suffisaient jusqu'alors à dans le triste manoir de leurs pères, acceptant
aveuglément un rôle dans cette comédie
fut écartée.
passionner, cette vaste machination donnait le
Or, depuis plus de dix ans, Jean du Barry vertige : le roi, la Cour de Versailles, l'intru- cynique, et réclamant un emploi dont la désin'avait pas donné aux siens signe d'existence, sion dans les dessous des galanteries royales, gnation seule eùt été pour elles, la veille
et on l'avait quelque peu oublié à Levignac, la faveur, l'argent... il y avait là de quoi griser encore, outrageante. Le Roué, lui, n'a qu'une
quand on l'y vit surgir un beau jour, Yenu de des têtes moins chaudes et tenter des appétits idée : arri ver, arriver Yitc : il presse les posParis à toutes brides, très affairé, ému, fié- moins voraces. On peut croire qu'il y eut, tillons, double les pourboires, crève les chevreux. Sans s'attarder aux épanchements de pourtant, des objections : - ces Bécu, voyons ! vaux, dans la crainte d'un retard qui peut
famille, il réunit en conseil sa mère, son frère - Et Jean de dévider toute leur lignée : la tout compromettre. Il fallait deux semaines,
Guillaume et ses deux sœurs, et leur exposa mère ayant eu, encore fille, deux enfants' ; alors, pour aller de Paris à Toulouse et pour
en revenir, et il tremble qu'en ces quinze
le motif de son voyage.
obligée, par suile, de quitter son village de
L'étrange roman 'lu'il avait it conter ! Si Vaucouleurs, là-bas, à l'autre bout de la jours, privée de sa tutelle, la coquine, étrange que tout autre eût hésité à s'embar- France, pour venir cacher sa faute à Paris, c'était son mot, - n'ait commis quelque
irréparable sottise.
quer en un tel récit. Dédaigneux, sans doute, où elle avait trouré un épouseur, nommé
C'est dans l'appartement de son frère,
de l'art des préparations, car il fallait faire Ranson, infime commis aux fermes; les
vite, iJ dut, tout de n}ême, éprouver quelque oncles, Charles, Baptiste et Nicolas Bécu, tous rue Neuve-des-Petits-Champs, que Guillaume
gène en entamant devant son prorincial audi- gens de livrée; la !ante àfarie-Anne, une bou- rencontra pour la première fois sa fiancée,
toire, la scabreuse histoire de cette Jeanne langère; la tante Marguerite, aubergiste; une dont la radieuse beauté dut l'émomoir, sans
Bécu, fille naturelle d'une serran lc et d'un autre encore, restée fille, qui avait eu son doute, car il semble que, dès cette première
moine dérnyé', dont il avait fait rencontre en heure de succès et qu'on nommait la « Belle heure, il lui voua une sorte de haine rageuse
un tripot, avec laquelle il avait vécu pendant Hélène D. Cela refroidissait un peu; la noble et dépitée, rancune d'un homme conscient de
plusieurs mois, et que, griice à ses relations dame de Levignac s'elfaroucbait de toute celle sa bassesse. Les présentations, au reste, furent
avec M. Lebel, le pourrnyl)ur des plaisirs roture; mais Jeanne était quasi-reine ; le roi écourtées et peut-être un pen froides : malgré
secrets de Sa Majesté, il était parvenu à intro- en était tant épris: elle promettait d'ètre si l'art que possédait Jean de jongler avec les
niser dans le harem royal, en l'affublant, pour généreuse que les scrupules mollissaient. Et difficultés, la situation resta délicate; mais
la décrasser, du tilre et du nom de sa propre puis, avec sa désinvolture communicative, on alla au plus pressé, et, tout de suite,
Maitre Garnier-Descbênes donna lecture du
femme, la comtesse du Barn.
le Roué s'engageait à falsifier les actes en les contrat. On était au 25 juillet; huit jours
Ces révélations étaient, p~ur Levignac, de bourrant de titres ronflants et de particules,
stupéliantes nouveau tés; dans ce milieu, for- si bien qu'on parviendrait it les rendre pré- seulement s'étaient passés depuis le consencément austère et pauvre, cet écho des has- sentables et que, sur le papier du moins, tement donné par la mère à Toulouse, sous
1?nds parisiens détonait, singulièrement, et l'honneur serait sauf. Ceci trancha la question. la date du f 5. C'est dire qu'on avait brùlé le
pavé et que le « temps des fiançailles n fut
l on se représente la vieille mère en bonnet,
Dès le lendemain, on louait une carriole et réduit au minimum de durée. Un setù article
muette de surprise, le frère attentif, les sœurs un bidet, et toute la famille partait pour Toubouche bée, tandis que l'aigrefin leur dévoilr, louse. Chez M• Sans, le notaire, la mère, qui importait, d'aiJleurs, et le notaire en donna
lecture : « La future épouse sera chargée de
en chiquenaudant son jabot, les mystères de consentait à ce que ses enfanis se déshonotoute; les dépenses du ménage : nourriture,
la petile maison du Parc-aux-Cerfs et flétrit, rassent, à condition que cela ne lui coùterait
loyers, gages de domestiques, linge de table,
en termes indignés, l'intrigue qui avait failli rien, signa une procuration autorisant Guilentretien d'équipages, nourriture des chevaux,
ruiner sa géniale spéculation : une certaine laume du Barry à « contracter mariage avec
éducation
des enfants à naitre du mariage .... »
Mme de G... , - et il citait ici un grand nom telle personne qu'il jugera it propos, sous la
D'enfants, il n'en pouvait y avoir, et pour
de France, - dont le succès de Jeanne Bécu réserve expresse que ladite dame entend ne
cause, Guillaume du Barry devant rester perdétruisait les espérances personnelles, n'avait- rien donner à son fils à l'occasion dudit
pétuellement le futut époux de la dame. Le
e:llc point, en effet, 0airé la supercherie et mariage• ». L'acte passé, on s'embrassa en
contrat signé, elle lui tira sa révérence et
commis la vilenie d'écrire à M. de Riquel- scsoubailanl bon succès, et, vite, Jean duBarry
repri t le chemin de Versailles; ils _se revirent
Bonrepos, président du Parlement de Toulouse, poussa son frère dans la berline et reprit avec
à la cérémonie religieuse, indispensable alors
afin de se documenter sur · l'état-civil de la lui la poste pour Paris. A tout hasard, il
à la validité du mariage; elle eut lieu à Saintprétendue comtesse du Barry3. M. de Hiquet- emmenait Chon et Bitschi qui pouvaient être
Laurent, le f er septembre, à cinq heures du
Bonrepos, en courtisan qui sent le vent, s'était utiles.
matin. Au sor tir de l'église, Jeanne Bécu pou1. blémoù-es de lime du llausset, femm: de chambre
de Mme de Pompadour.
2. On peul assurel' c1ue Je pi:re de lime du Barry
l'ut le moine Jean-Jacques Gomard, puisque les h?riltcrs de ce Gomard onteux-mêmes attesté le fait devant
la Cour de Pari~, en réclamant, à ce tilre, la fortune
de la courtisane. (\'oir la Gazette des Tribunaux du
3 !'évricr183U.) Jean-Jacques Gonrn,·cl , né en 1715, est

mol'l à l'hospice de Bicèlre, ,igé de qualrc-vingL-neuf'
ans, en nircise an XII. Voir, sur ces poiuts longuemellt disculés par les historiens de !!me du Barry.
la Gazètle des T,·ibunattx du 5 décembre 1828 et
le liecueil gé11éral de Sirey, 18;12, p. 25.
5. La Société Toulousaù1e11 lafi11 du XVIII• siècle,
par Paul DE CAsren,s.
4. Jeanne, née le 19 aoùt 1713; c·csl la fameuse

courtisane; et Claude, né le 14 février 1747. C'est
le registre de la pal'oisse de Vaucouleurs qui révèle
l'cxislence de cc frérc de lln,ie du Bal'ry, qui mourut
sans ,toute en bas àgc, car on ne lrom•c nulle trace
de lui à une époque postérieure.
5. Voir le texte de celle procuration dans les Curiosités sm· le règne de l ouù XI II, louis X l V et
Louis X V, par A. L,: Ho1.

Il. - lirsroRIA. - Fasc. 9.
2

�111ST01{1.JI
vail officiellement se dire l'épouse de « haut
el puissant seigneur messire Guillaume, comte
du Barry » cl se donner en celle qualité des
armoiries, ce à quoi elle ne manqua pas : elle
imagina un écu parlant composé d'un geai

accolé d&lt;' deux i·oses en 71ointe surmontées
tle la lettre G mise là pour rappeler le nom
du moine Gomard, son père naturel. Celui-ci,
voyant que sa fille « tournait bien », s'était
tout à coup somenu d'elle cl avait signé au
mariagr, s'intitulant « prèlre aumônier du
roi », titre auquel il n'avait aucun droil.
Détail plus piquant, il )' figure comme porteur
de la procuration du sieur Ranson, l'époux
authentique d'Anne Bécu, mère de la nouvelle
comtesse, leq uel, probablement, comprenait
les choses el n'était pas jaloux du passé de sa
femme.
Le Houé, d'ailleurs, a,ail tenu sa promesse : tout était faux dans ccl acte, noms,
prénoms, titres, âges el qualités des époux cl
des témoins, el les procès auxquels cette fantaisiste rédaction donnèrent lieu se prolongèrenl jusqu 'cn 1833'.
On a dil que le comte Guillaume, aussitôt
après la cérémonie nuptiale, reçut, avec un
brevet de pension de cinq mille livres, l'ordre
de retou rncr à Toulouse, de s'y terrer et de
ne point faire parler de lui. Cette tradition
n'est pas exacte : le platonique mari de la du
ll:lrr)' était, disait-il lui-mème, - tm homme
tont rond ; il ne parail pas, cependant, qu'il
eùl hâle de regagner sa province el d'affronter
l'accueil de ses compatriotes. li s'installa à
Paris, fil choix d'un bel appartement dans un
hôtel de la rue de Bourgogne, monta sa maison cl, toul de suite, il cul l'étonnement de
voir al11ucr chez lui un nombre inallcndu de
parents ignorés cl d'amis de fraiche date :
chaque jour Yopit éclore quelque cousin il la
mode de Bretagne. .. ou de Gascogne. Flatté
de faire montre de son opulence, Guillaume
n'exigeait pas les généalogies el hébergeait
tout ce monde; cela lui formait une sorte de
cour parmi laquelle il se pavanait.
En race des fenêtres de son hôtel, logeait,
dans une modeste chambre, une pauvre ouvrière, Mme Diol, &lt;tu'un veuvage prématuré
avait réduite il la misère. Mme Diol s'avisa
qu'elle pourrait bien ètre, elle aussi, la parente
éloignée de cc , oi in si hospitalier ; elle se
pré enta, un matin, chez le comte du Barry,
s'excusant grandement de n'avoir point paru
plus tôl, mellant sa discrétion au compte de
sa déplorable fierté de caractère. Elle s'était
fait accompagner de sa jeune sœur, Mlle Madeleine Lemoine, ravissante ûllc de dix-neuf
ans. « C'était, écrivait une l'cmmc qui l'a
connue à celle épo11uc t, une brune piquante;
ses grands yeux, fondus en amandes, étaient
surmontés de deux arcs d'ébène qui semblaient dessinés au pinceau, une jolie bouche,
des dents d'une blancheur éblouissante, et,
dans sa tournure, dans sa démarche, duns son
regard, quelque chose de noble qui imposait. ... » Pas au poinl cependant d'intimider
le comte du Barry qui, ravi de se décoi.LVrir
1. Ga.elle de&amp; 1'ribwurn.r, 4 juillcl, j-11 -'li notil
18:ï3.

une si jolie cousine, offrit immédiatement à jour, débarquer à Toulouse des maçons,
Mlle Lemoinc de partager son luxe. Il avail si amenés de Paris en poste, qui se mirent ausbien l'esprit de famille et se montra parent si sitôt à l'œun e. La bâtisse achevée déplut au
empressé qu'un an après, le 2 no,embre 176!), propriétaire : les ou\'riers la jetèrent bas et
Madeleine le rendait père d'un fils. li expédia en recommencèrent une autre. Cet étranrre
à Toulouse la mère cl l'enfant, et vinl les y immeuble existe encore et fait parlic aujou~rejoindre quelques mois plus lard. Chon cl d'hui du cou,·ent des Bénédictines; quelques
Bitschi restèrent à Versailles, afin de sur- guirlandes de fleurs symboliques, sculptées
veiller Mme du Barry, de l'entretenir dans au fronton des hautes fenêtres, des cornes
des sentiments de reconnaissance effective à d'abondance, non moins symboliques, sont
l'égard de la noble famille à laquelle elle les seuls vestiges de la décoration d'autredevait sa couronne comtale, cl de lui soutirer fois.
Jamais délire de bourgeois prélenlieu'&lt;
le plus d'argent possible.
A Toulouse, l'accueil fut glacial. M. du n'égala ce rêYe de parvenu « disposant des
Blrry ne songea pas à s'en formaliser, comp- finances d'un royaume ». Arthur Young, qui
tant sur les circonstances, et le hasard le visita l'hùtcl des du Barry, en 1788, ne lui
reconnait qu'un mérite : celui de montrer
senil à souhail.
jusqu'où
la folie peut conduire.« Dans l'espace
Au commencement de 1771 , l'eicessivc
cherté du pain ayant occasionné une sorte d'un acre de Lerrain, il y a dt'S collines de
d'émeute au marché au blé, une femme de la terre, des montagnes de carton, des rochers
halle frappa au visage le capitoul J. Esparbès, de toile, des abbés, des vaches et des berqui cherchait à calmer l'effcn•cscence popu- gères, des moutons de plomb, des singes cl
laire. La coupable, emprisonnée à l'hôtel de des paysans, des ânes et des au tels en pierre,
ville, allait être pendue, quand le comte Guil- de belles dames et des forgerons, des perrolaume, saisissant cc moyen de conquérir la quets el des amants en bois, des moulins cl
popularité, monte en voiture, ordonne à ses des chaumières, des boutiques el des vilgens de fendre la foule entassée demnt le lages .... » Un ours en terre cuite garda il le
Capitole, en force les portes et parvient, par pied d'un monticule qu'un meunier et son
ses sollicitations, appuyées de la menace de âne semblaient gravir pour se rendre au
« son crédit », à calmer le courroux des ma- moulin minuscule qui en décorait le sommet.
gistrats el à leur arracher l'ordre de mettre Dans le pré, deux tigres veillaient, et la végéen liberté la malheureuse déjà condamnée•. tation des tropiques était représentée par de
Du Barry regagna sa maison au bruit des grands palmiers peints sur bois. L'hôtel proapplaudissements cl des virnls; mais, si cette prement dil renfermait une galerie en marbre
a,enture lui valut, pour un temps, l'estime rouge c l contenait un amoncellement de tade la populace, elle lui ferma à Loul jamais bleaux, de statues, de glaces, d'objets d'art
les portes de l'aristocratie toulousaine; ce de toute nature, ainsi qu'un mobilier aussi
dont il se souciait peu, &lt;l'ailleurs. li vivait, somptueux qu'cxccntrique. Quand on sontrès retiré, avec Madeleine Lemoinc et les nait à la porte de celte effarante demeure,
deux enfants qu'il avait d'elle, soil dans sa un abbé de circ sortait d'une chapelle gomaison de la rue du Sénéchal, où il s'oc- thique cl, au moyen d'un ingénieux mécacupait de conchyliologie, soit dans le manoir nisme, s'avançait pour ouvrir la porte aux
familial de Levignac, devenu vacanl par la visiteurs.
Jean du Barry donnait là de superbes fètcs,
morl de sa mère, et qu'il s'occupait à resauxquelles
ne manquaient, la plupart du
taurer.
La pluie d'or, pronostiquée par Jean, tom- temps, que les invité . Les femmes surtout
bait, en effet, à flots, sur Loule la famille. s'abstenaient d'y paraitre, le maitre de la
En i 772, Guillaume se retrouvait à Paris, maison affectant « un ton si singulier, des
plaidant en séparation contre la comtesse sa manières si libres, qu'on ne savait comment
l'cmmc, opération de chantage assez habile, la lui répondre; sans cesse il citait son ami le
maitresse du roi arant tout intérêt à éviter le duc de Richelieu » cl vantait ses prouesses
scandale d'un débal judiciaire. On se traita amoureuses : c'élail son héro , son type, son
d'in fâme de part et d'autre; il y cul des modèle; il imitait du galant maréchal le lanmenaces échangées ; mais la comtesse paya, gage négligé et quasi patoisant, et, quand il
cl M. du Barry rentra à Toulouse, posscss~ur lui échappait de parler du roi, il le Lrailail de
de soixante mille livres de rente. Jean, qui fréi-ot, familièrement.
Guillaume a\'ai t des goûts plus simples : il
élail, à n'en pas douter, l'insligatcur de celle
nouvelle combinaison, ne s'étai l pas oublié; partageait son Lemps entre la \'illc cl son
pour prix de ses bons offices, il s'était fait domaine de Reyncry, confortable maison de
oclro}'er le corn lé de l'i sic-Jourdain, donl le campagne, entourée de beaux ombrages, où
revenu annuel dépassait ccnl mille livres, qu'il il passait l'été, faisant ménage avec Madeleine
se mit immédiatement à dissiper en extrava- Lemoine, offrant à ses voisins des divertissements champêtres el s'occupant de l'éducagances.
Sur la partie de la place Saint- ernin qui tion de ses deux fils, un peu étonnés peut-être
portait alors le nom de place Saint-Raymond, de voir, trônant en place d'honneur, dans le
il résolut d'élever un palais « dans le dernier salon de leur mère, un buste de jolie femme,
goùt de la capitale », el l'on vil, un beau copieusement décolleté, portant au front le
croissant de Diane, cl qui n'é1ait autre que
'1. Voir S011ve11irs d'wte actrice, Louise Fusil.
J'image de la comtesse du Barry, la· vraie,
3. Biographie Toulousaine.

�msro-1{1.ll

________________________________________

.,,,

entendait au loin un roulement de tambours
prolongé.... Un peu plus tard, Adam Moulis
reparut, très satisfait, et il conta les détails;
en somme, Jean du Barry avait montré du
courage. Quand on était venu le prendre, on
l'avait trouvé distribuant de menus souvenirs
à ses compagnons de captivité : à M. de Chinian il remit &lt;( un llacon d'esprit volatil &gt;&gt;; à
M. de Luppé, des boutons en diamants; à
M. Pouvillon, une boîte d'écaille à cercle
d'or 4 .... Puis, comme il aperçut le bourreau ,'
- c'était un jeune et robuste gars, nommé
Varene, - il ricana : 11 Celui-ci sera bien
attrapé lorsqu'il va me prendre par les cheveux, car mon toupet lui restera dans la
main 5 • »
On partit : le Roué était très pâle et si
courbé qu'il paraissait avoir cent ans: au pied
· de la machine, il eut un moment de faiblesse
et pleura ; il se remit pourtant et se hissa sur
la plate-forme. Un grand silence régnait : on
le vit saluer la populace et, comme Varene le
poussait vers la planche, il jeta ces mols
&lt;! Adieu mes amis; adieu, mes chers concitoyens !. .. &gt;&gt;
Le corps sanglé bascula, le couteau descendit el, dans l'éclaboussement horrible qui
tenait la foule muette et stupide, on aperçut
quelque chose d'épouvantable ; un homme,
couché sous la charpente, recueillait dans
ses mains le sang chaud qui ruisselait des
planches et le portait à sa bouche 6 ....

la Visitation, rue du Périgord; son frère vint
r,cl\e que ses fonctions à la Cour retenaient à
l'y rejoindre quinze jours plus tard ; MadeVersailles 1 •
leine Lemoine, déclarée suspecte, fut incarUn coup imprévu vint troubler ces calmes
cérée à l'ancien couvent des chanoinesses de
existences; le roi mourut. On apprit simulta- Saint-Sernin ; le 10 octobre, c'était le tour de
nément en Languedoc la nouvelle de sa mala- Chon et de Bitschi, C! filles d'un naturel immodie et celle de sa mort. Ce fut chez les du Barry ral, dit le registre d'écrou, et regrettant fort
un affolement, quelque chose comme la dé- l'ancien régime &gt;l. Ainsi les conventionnels en
bandade d'une volée de moineaux pillards. Le mission dans la Haute-Garonne pouvaient
comte Guillaume boucla son porte-manteau et
écrire au Comité de Salut public, sous la
disparut, la tradition assure qu'il quitta la
date du 14 octobre : « La famille du Barry est
ville sous les huées et les sifilets; Bitschi, au dans nos mains; nous avons pensé qu'une
contraire, accourut de Louveciennes se cacher
simple arrestation ne suffisait pas pour des
à Toulouse; Jean, qui se trouvait à Versailles,
dilapidateurs aussi scandaleux de la fortune
prit la poste pour Genève, tandis que Chon,
s'obstinant à son rôle de matrone, suivit sa publique. &gt;&gt;
belle-sœur à l'abbaye de Pont-aux-Dames, où
Jean du Barry, qui aimait ses aises et tenait
une lettre de cachet reléguait la favorite déà passer confortablement ses derniers jours,
chue. « Les tonneliers sont aux abois, disait
s'était fait suivre à la prison d'un mobilier
le marquis de Bièvre, tous les bai-ils fuient. 1&gt;
complet, lit de plumes, fauteuils moelleux,
Mais la tourmente dura peu : le débon\'aisselle plate, toilette d'argent massif; Guilnaire Louis XVI était sans rancune : deux ans
laume, plus indifférent, se contenta du régime
ne s'étaient pas écoulés que la helle comtesse,
des détenus; même il livra ses dernières
sortie du couvent, avait donné au feu roi un
économies, 700 francs, à son frère, afin que
successeur dans ses bonnes grâces; son mari,
celui-ci pût, jusqu'au bout, se donner le plaitoujours philosophe, était rentré à Reyner y;
sir de la bonne chère 5 • Le Roué, malgré tout,
Chon, installée avec Bitschi à Toulouse, avait
était soucieux; sa santé déclinait ; l'inaction
loué, pour sa ~œur et pour clic, un hôtçl rue
de la Pomme', et, de l'étranger, le Roué lui était fatale :
C! Se lever, se coucher, disait- il, voilà qui
adressait aux ministres des suppliques si
est bien monotone pour un homme accoutumé
touchantes qu'il obtint, lui aussi, de rentrer
dans sa « folie » de la place Saint-Raymond. à la grande intrigue . 1&gt;
Il s'avouait découragé et «las de la lutte&gt;&gt; ;
La vie reprit pour tous tranquille et plantude son immense fortune il ne lui restait plus
reuse, sans événements, sans à-coups. Jean
que 2 000 livres de rentes et le chiffre de ses
du Barry, pourtant, le plus remuant de la
deLtes s'élevait à 450 000 francs. Sa belle
famille, ne crut pas sonnée l'heure de la
demeure était séquestrée, ses collections conretraite. Comme il avait perdu sa femme, il
fisquées, le mobilier mis en vente.. ..
se mil en quètc d'une compagne, el la voulut,
Le 14 janvier 1794, le tribunal révolutioncette fois, noble, très jeune et très jolie.
naire de Toulouse tenait sa première audience
Mlle de Rabaudy-Mooloussin, qu'il élut, réuet, dès le lendemain, deux gardes du prétoire
nissait ces qualités; il l'épousa et, bien cerse présentaienl à la Visitation pour y quérir
tain, désormais, de ne pas ètrc obligé de
le Roué et le transférer à la Conciergerie.
partager avec un Liers les bénéfices, au cas
Sybarite jusqu'au bout, il y fit traîner tous
où sa nouvelle union serait aussi lucrative
ses meubles et s'installa dans sa nouvelle
que l'avaient été ses relations avec Jeanne
prison, comme sïl eùt dû y séjourner pendant
Bécu, il vint produire sa jeune femme à Paris.
plusieurs mois. 11 ne s'illusionnait pas, cepenMais il dut rabattre de ses prétentions; l'hondant. C! Un peu plus tôt, un peu plus tard,
nète Louis XVI était inaccessible à certain
disai t-il, qu'importe ! lis vont me délivrer de
genre de tentation, et c'est le beau Calonne
infirmités. &gt;&gt;
qui semble avoir profi lé de la nouvelle trou- mesGuillaume,
resté à la Visitation, attendait
vaille de Jean du Barry. Celui-ci avait perdu,
dans l'angoisse le résultat du jugement. Le
d'ailleurs, son savoir-faire d'autrefois. Un
guichetier, Adam Moulis, courait d'une prison
monde nouveau avait surgi où il se sentait
à l'autre, colportant les nouvelles. Le 17 jandépaysé, et ses séjours à Paris, qu'habitait sa
vier, à neuf heures et demie du matin, il
femme, se faisaient plus rares.
revint tout content et annonça : &lt;! Il est con-

Au commencement de la 'l'erreur, toute la
famille du Barry se trouvait réunie à Toulouse
et, dès les premiers troubles, on put facilement prévoir que la liquidation approchait.
Le 4 septembre 1795, on arrêta le ci-devant
comte Guillaume, au moment où il montait
en voiture pour se rendre aux .eaux de
Bagnères; on l'écroua à la maison d'arrêt de
1. lllémofres de l'Académie des Sciences, Jnscriptio11s et Belles-Lettres de Toulouse, l. 1.
'2. La Société toulousaine à la fi11 duX.f IJJ•sièclc.
:5. La Société toulousaine à la fi11 du XV J11• siècle.
4. Mémoires de l'Académie des Scie11ces, ln-

damné; c'est pour aujourd'hui ! l&gt;
La ville était en rumeur; sans être inédit, le
spectacle du fonctionnement de la guillotine
était encore une nonveauté pour les Toulousains; et puis on était curieux de voir comment le Roué C! prendrait la chose ». La foule
se portait en masse vers la place de la Liberté,
où l'échafaud était dressé en face du Capitole.
Vers trois heures, Guillaume qui, du fond de
son cachot, guettait tous les br uits de la rue,
scriptio11s et Belles-Lettres de Toulouse, t. X.
5. Jllémoi1·es de Jllallet du Pan. - llliscellanees,
l. Il, p. 496.
6. Le 1'ribw1al révolutio11naire de Toulouse, par
Au:&gt;-:. Ouoom..
"" 20 w-

Avec Jean du Barry finit l'histoire de la
famille ; son cynisme grandiose contrastait si
étrangement avec l'indolence et la passivité de
Guillaume que, l'autre mort, celui-ci, ne
comptant pas, fut oublié.
Le temps passa; les cachots se vidèrent. On
relaxa, la première, Madeleine Lemoine; Chon
et Bistchi virent, un peu plus tard, s'ouvrir
les portes de leur prison ; mais elles étaient
sans asile; leur hùtel de la rue de la Pomme
servait de logement aux commissaires des
guerres ; la maison et le parc de la place
Saint-Raymond étaient occupés par l'administration des charrois militaires. Quand M. du
Barry fut lui-même rendu à la liberté, il put,
faisant son inventaire, constater que lui et les
siens avaient perdu, en dix-huit mois, environ
deux cent mille livres de rentes. En revanche,
il était veuf : l'échafaud parisien l'avait
débarrassé de la belle comtesse dont il était
resté, pendant vingt-cinq ans, le mari honoraire.
Son premier soin fut « d'assurer son nom
à la femme qu'unissaient à lui les liens respectables de la reconnaissance etde l'estime 1&gt;,
et, le 7 thermidor an III, il épousa Madeleine
Lernoine. De ses deux fils, l'un, Victor, avait
été tué à l'armée des Pyrénées; l'autre.. . •
Mais l'histoire ne doit-elle pas s'arrêter où
commencent les revélations inutiles?
On regagna Levignac ; là aussi la tempê~
avait soufflé; tout - même les lits - était
vendu. M. du Barry parvint à recueillir quelques bribes de son opulence; ses dernières

,

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

année~ !ur~nt paisibles : soit apathie, soit
co~miseratwn, ses compatriot~ semblaient
avoir oublié le passé ; il mourut le 28 novembre 1811.

. Ses _sœ~rs lui survécurent : la Chon et la
füstcln d autrefois, les confidentes de Jeann
Bécu, les familières des petits cabinets d~
Versailles, s'étaient transformées en deux

.MONS1E-im_

DU BA1t,'~Y - - ~

vieilles austères, rel'êches, très dignes, auxquelles leurs rares intimes ne pouvaient
reprocher qu'une sévérité un peu hautaine et
une pruderie trop susceptible.
G. LENOTRE.

JULES LEMAITRE, de l'Académie f rançaise
~

En marge des mémoires de Louis Racine
~f. Ra~ine, ce jour-là, était d'humeur assez
melancohque en arrivan t à Saint-Cyr parce
q~e _M. D~spréaux, subitement enr humé,
n_ava1t pu l y ~ccompagner pour la répétition
d Esthe1:, Ce n est pas que M. Raèine trouvât
ce travail ennuyeux ; mais rien ne lui donn ·t
auta~t de plaisir et de sécurité que la co~pagme de M. Despréaux.
L~ r~pétition, qui était une des dernières,
,. tre meme,
•
dsé fa1sa1t
, en costumes et sur le thea
ress~ au second étage du grand escalier des
Demoiselles, ?ans le vestibule des dortoirs,
lesquels servaient de coulisses et de loo-es.
~es co~tumes étaient magni6qu~s; ils
avaient
" t . couté
d plus de quatorze mille 1·ivres,.
c er aient es r ~bes à la persane, ornées de
pe l?s et ~e diamants, qui avaient naguère
~crvi au ro~ dans ses ballets. Et comme les
Jeune~ actr1~s mettaient ces habits pour la
pr_em1ère fois, l'émoi était grand dans le dortou- des bleues .
Bien qu'. il n'y eût pour tout auditoire que
Ml)l-e ~e Brmon, quelques-unes des maîtresses
et ~a Jeune Mme de Caylus, nièce de Mme d;
~la1~:~non, M. Racine préfëra se tenir derrière
e t .eatre afin de surveiller les entrées et les
sort1~s des actrices et de leur faire plus com~odement ses observations. Dès qu'elles le
ment paraître, vingt demoiselles en robes
p~rsanes, éblouissantes de pierreries, l'entou~.rent avec des cris de joie, se disputèrent
_onneur _de le débarrasser de son manteau,
lm appor:erent ?n fauteuil, s'informèrent de
M. Despr?aux, s apitoyèrent sur son rhume et
eurent
.
..
•r Rvite. chaoge, 1es sombres d1spos1lloos
de 11. acme.
La ~épétition commença. Tout alla d'abord
fort bien ·' et ~I· Racme
· Jugea
•
lui-même son.
ouvraO'0 e plus harmomeux
•
et plus touchant
encore qu'l1 0 ' avait
· pensé. Mais tout à coup la
1angu~ fourcha si malh.eureusement à ~me de
l~ Mad1sonfort, qui jouait le rôle d'Elise qu'au
I1eu e dire :
'
El le Persan supei·l)C est aux pieds
.
d'une J uive.

elle dit :
El le serpent super 1ic est atLx pieds d'une Juive!

Vous jugez de l'effet. La reine Esther sur

la _scène, l~s jeunes israélites et Mardochée
~m ~ttenda1ent_ derrière le rideau du fond,
eclaterent de rire; et M. Racine entendit les
gloussements de Mme de Brinon et des maitresses. ~nfin le silence se rétablit, et l'on
put tcrmmer le premier acte tant bien que
mal.
~L Racine était furieux. Lorsque Mlle de la
l\la1so?fort ren_tra _dans la coulisse : « Ah ! mademoiselle, lm cria-t-il, vous mettez la pièce
par terre_! &gt;&gt; Sur quoi la jeune fille se mit à
pl~ure~ s1 abondamment que ses larmes rou~a1?nt_Jusque sur les broderies de son &lt;! corps »
a l or1_en~ale, M. Racine ne put soutenir cette
vue ; il tira son mouchoir et en tamponna les
yeux de Mlle de la l\Iaisonfort (car il était plein
de bonhomie) en disant : &lt;! Allons! mon enfant, allon_s ! » ~lais comme elle ne pouvai t se
consoler, il fimt par pleurer avec elle . et
parce qu'elle éta!t j?lic, il l'embrassa ,pateroelleme~t, pms il remi t dans sa poche
le mouchoir tout trempé de larmes innocentes.
?r' pendant que Mlle de la i\faisonfort rentrait dans sa cellule pour réparer' avec un peu
de_ rouge et de poudre, les traces de son chag;m, Mlle de Glapion, qui faisait Mardochée
s approcha de M. Racine. Elle avai t eu soin d;
retirer sa lo?gue barbe d'étoupe et d'effacer
ses fausses rides _; et sa figure apparaissait rose
sous
le •œ•
sac de toile. grossière dont 1•fard
,
1
, •
och ee
eta1t c01ue. M. Racme la trouva plaisante dans
cet accoutrement. Il lui fit compliment sur la
façon
dont" elle avait J·oué. « Alors, mous·1eur,
.
s1 vou.~ etes. content de moi, dit-elle, me
sera-t-1 permis de vous demander une grâce?
Et elle lui expliqua qu'elle aimait, avec !'av~:
de_ s_es parents'. un jeune gentilhomme d'un
mer1te accompli, malheureusement trop mal
~c~ommo_dé, pou: pouv~ir acheter une compaome, mais a qm le roi daignerait sûrement
~n donn_er une, si M. . Racine voulait bien
I~tervemr en sa faveur. &lt;! Car le roi, monsieur, ne saurait rien refuser à un homme
tel 1ue vous . l&gt; Il protesta qu'elle ]ui attribuait un crédit qu'il n'avait point. Là-dessus
les lar~es la gagnèrent. Cette vue fit mal à
M. _Racme, qui sortit de nouveau son mouchoir et en essuya les yeux de la jeune fille.
... 2[ ,.,.

&lt;!_ Eh bien donc, j'attendrai, dit-il, une occasion favorable pour parler au roi. » Et Mlle
de Glapion, consolée, remit sa barbe, et fit au
poète une grande révérence comique.
_A 1:8 moment, Mlle de Veilhenne, qui remph,ssait le rôle d'Esther, passa rapidement
P: es de ~f. Racine, lui glissa dans la main un
billet, et disparut sans rien dire.
Mlle de_ Veilhenne était de celles qui, quelques mois auparavant, avaient joué dans
Androma1ue et qui, selon Mme de l\Iaintcnon, y avaient trop bien joué.
, ~f. ~a~ine, fort surpris, ouvrit le billet, qui
eta1t ams1 conçu :
&lt;! ~~onsieur' qu'allez-vous penser de moi?
Vous Jugerez sans doute que je manque à la
pudeur du sexe, et cependant, le ciel, qui lit
dans mon cœur, connait combien mes sentiments so_n~ purs. Mais, monsieur' j'ai lu toutes
vos t~aged1es, e: je_me dis que celui qui a si
parfaitement depemt la passion même
bl
l' . .
'
coupa e, et a s1bien comprise qu'il parait l'ab~oudre, ne saurait la '.epousser lorsqu'elle est
mnoC?nte. Dans la solitude et la tristesse où je
lan~u~s, pauvre et sans espoir d'établissement,
fro1ssee pa~ la sécheresse des âmes au milieu
desquelles il ~ e faut vivre, j'ai fait de vous
le die~ auque! Je rapporte toutes mes pensées.
Mon reve serait que
vous eussiez pitié de mo·1,
.
qu~ vous me traitassiez un peu comme votre
fille et que vous m'appelassiez quelquefois
aupr_ès de vous, afin que je vous ser visse de
le_ctr1ce ou de secrétaire. Ainsi, vivant à \'OS
pieds, vestale du génie, je serais la plus heureuse d~s amantes .... &gt;&gt; Cela continuait ainsi
sur_trois pages, et cela était signé : &lt;( Votre
petlle Hermione. »
i\f. Racine sour it_ et haussa les épaules.
L?rsque Mlle de Ve1lhenne, très inquiète et
n osant pas le. regarder' passa devant lui pour
e?tr~r en scene : &lt;( Ma paune enfant, lui
dit il, cela est insensé ! Ou peut-être avezvous eu dessein de vous moquer de moi? »
Et ~lie de pleurer' et lui de tirer son mouch_o1r. Elle ét~it belle; dans son émotion, son
sem soulevait les broderies dont il était
&lt;(
Ah! 0crémissai t-el le , J·'a1· ete
, ·
trecouvert.
Il r
•
o ~- Au morns, monsieur, ne me perdez
pas . » Elle ne cessait de pleurer' il ne ces-

�r

111S T0'1{1.Jl -----------------------------------J

d'ailleurs ma faute.... D'avoir si bien joué Her- Alors, moi aussi, dit Nanette, c'est Carmione l'an dernier, cela ne lui a pas été bon ....
sait de lui essuyer les yeux ; et comme on
mélite que je veux ètre. - Voilà, mes filles, Pauvre petite, elle est peut-ètre sincère dans
s'impatientait sur la scène, il se vit contraint
qui est entendu. Nous en reparlerons quand sa déraison! ... Elle a de beaux yeux.. .. Plus
de l'embrasser pour en finir. Puis il mit la
vous aurez l'âge. Mais il se fait tard, et je grands que ceux de Caylus, mais moins vifs .. ..
lettre dans sa poche et son mouchoir parcrois que c'est l'heure du repos. »
Cette petite Caylus, encore une qui s'est jouée
dessus.
Après que les serviteurs furent entrés dans
de moi! . .. Elle est mariée, celle-là à seize
Pendant que l'on commençait le deuxième
la salle pour la prière en commun et que ans, quelle pitié !... et à cause de cela elle a
acte, Mme de Ca1·lus, qui s'était coulée dertoute la famille fut à genoux, M. Racine récita plus d'expérience et de finesse que les autres ....
rière le théàtre, vint à M. Racine et lui dit :
à haute voix les paroles accoutumées :
Mais comment ai-je pu lui promettre ce pro« Quoi! monsieur, c'est ainsi que vous faites
« Mettons-nous en la présence de Dieu et logue, que je n'aurai jamais le Lemps de
pleurer les femmes? Me ferez-vous pleurer
adorons-le .... Remercions Dieu des grâces fairc? ..1. Oh ! je sais bien. D'abord je m'imaaussi'? - Je n'en ai, dit-il, nulle envie, mais
qu'il nous a faites .. .. Demandons à Dieu la ginais qu'elle me raillait pour m'avoir vu 8i
j'ai assurément celle de vous èlrc agréable. »
grâce de connaître nos péchés. Source éter- empêché avec cette Veilhenne.... Et puis ....
Alors, prenant avantage de ce qu'elle l'avait
nelle de lumière, Esprit Saint, dissipez les elle a une voix .. . c'est singulier ... tou t à fait
vu dans une posture qui prètait à sourire :
« Vous m'accorderez donc aujourd'hui, dit- ténèbres qui me cachent la laideur et la la voix de cette pauvre Champmeslé.... Et il
malice du péché. Faites-m'en concevoir une y en a une autre.. . la petite Marsilly, je
elle, ce que je n'ai pu encore obtenir de vous.
si grande horreur, ô mon Dieu, que je 1~ crois .. . oui , celle qui joue le rôle de Zarès ...
- Et quoi donc'? - Un rôle. - Eh !
haïsse, s'il ~e peul, autant que vous le haïssez qui a tout à fait les mouvements de cou d,•
madame, il n'y en a plus, vous le savez, et je
wus-mème, et que je ne craigne rien tant cette pauvre Du Parc, dont Dieu ait l'àme!. ..
ne me consolerai jamais que vous soyez venue
Hélas l je le vois bien, le pire n'est pas d'être
trop tard. - Soit. Mais que diriez-vous d'un que de le commettre à l'avenir ! »
Arrivé à cet endroit, il se tut, comme d'ha- moqué par quelques petites filles et de me
prologue que vous écririez pour moi'? &gt;&gt;
trouver débiteur d'une compagnie d'irifanterie
Mme de Caylus, alors âgée de seize ans, avait bitude, pour l'examen de conscience.
La petite Marie était agenouillée près de et d'un prologue en vers .. .. Non, non, le
le teint le plus frais, le visage le plus spirilui, très recueillie, et qui semblait rechercher
tuel et la voix la plus touchante. Elle rnulait
plus triste, c'est qu'elles me paraissent trop
ses péchés avec grande application. li la
persuader M. Racine et elle le persuada. « Eh
regarda et se souvint avec attendrissement de aimables .. . c'est qu'elles me touchent trop.. .
bien, dit-il, vous serez la Piété, quoique vous
ce qu'elle venait de lui dire. Des larmes lui c'est que, malgré leur innocence, malgré mes
sembliez plutôt faite pour représenter l'amour
montèrent aux yeux, el il eut besoin de se bonnes résolutions, je re~pirc, à ces répréprofane. Mais donnez-moi quelques jours. &gt;)
moucher . li prit son mouchoir, le trou va sentations d'une comédie si pieuse, un air
La répétition s'acheva sans autre incident.
encore tout mouillé. Cette humidité, et la que je reconnais trop... l'air empoisonné
On remarqua seulement que M. fülcine était
lettre déraisonnable de Mlle de Veilhenne, d'autrefois ... l'ivresse du théàlre... et peutabstrait et rèveur. Quand il eut soupé sobreèlre le commencement d'une autre ivresse.. .
qu'il sentit au fond de sa poche, lui rappement dans le petit réfectoire des étrangers, il
qui est au fond la mème... . Pourquoi ai-je
lèrent avec netteté les principaux incidents
demanda son carro~se, et au lieu d'aller couembrassé ces petites?... Les aurais-je emcher à son appartement de Versailles, il fn t de sa journée.
« Hélas! songea-t-il, je me crois sage, et brassées si elle n'avaient pas été jolies el si ....
à Paris el rentra assez tard dans sa maison de
Quelle honte, Seigneur! quelle honte ! Ah!
prudent, et revenu de toutes les vanités. Et
oui, je suis bien faible encore, et bien peu
la rue des Marais.
Il trouva sa femme et ses trois aînés, Jean- pourtant, de quelles faiblesses je suis capable mortifié. ... Et dire que cela ne serait pas
encore, et dans quels embarras je me suis
Baptiste, Marie cl Nanelle, assis autour de la
mis aujourd'hui !.. . Cette petite Maisonforl, arrivé si M. Despréaux avait été là ! .. . »
table de famille. A la lueur de deux chan« Eh bien, mon ami, qu'attendez-vous ? 1&gt;
qu'aura-t-elle pensé de mon geste? Elle l'aura
delles de cire, Mme Racine cousait, Jeandit
Mme Racine, qui j ugeait que les minutes
jugé ridicule, ou se sera figuré qu'elle n'a
Baptiste lisait les fables de La Fontaine, et
habituelles
de l'examen de conscience étaient
qu'à verser trois larmes pour a\'oir raison du
Marie et Nanclle apprenaient pour le lendedepuis
longtemps
dépassées. «Ah! pardon ! »
pauvre homme que je suis .... Cela, parce
main leur leçon de catéchisme.
dit
M.
Racine,
comme
réveillé en sursaut ; et
« Nous ne vous attendions plus, dit Mme qu'elle a quinze ans ... et un minois .. .. Et d' un accent plus ému que de coutume, il
cette Glapion, avec son amoureux pour qui
Racine; mais nous sommes d'autant plus
continua la prière:« Me voici, Seigneur, tout
j'ai promis de demander une compagnie au
contents de vous voir. » Quand il les eut tous
roi !... Qu'est-ce que cela me fait, son amou- couve1·t de confusion et pénétré de douleur à
embrassés et qu'il se fut informé de leur
reux? D'abord, une fille sage n'a pas d'amou- la vue de mes fautes ... 11 , etc.
santé el des menus événements de la journée :
La prière finie, M. Racine retint son petit
reux .... liais j'ai promis ... Ai-je réellement
« Papa, dit Marie, qui avait neuf ans, j'ai
laquais,
s'assit à son bureau, et écrivit rapipromis'?... Oui , j'ai promis, parce qu'elle
une grande nouvelle à vous annoncer : c'est
dement
ces
lignes :
était toute rose sous ce gros capuchon .. .. Et
que je veux être religieuse. - Moi aussi, dit
(( J'espère que voire rhume est guéri. Je
elle le savait bien .. ... Que faire, mon Dieu ?
Nanelte, qui avait sept ans. - Et pourquoi,
M'adresser à Mme de Maintenon? ... Mais non, vous prendrai demain, en passant, dans mon
mes filles '! - Parce que, dit Marie, les plaicar il lui déplairait que cette petite m'ait pris carrosse et vous emmènerai à Saint-Cyr, mort
sirs de ce monde n'ont plus pour moi aucun
pour confident.. .. M'adresser au roi lui- ou vif. Il le faut, car sans vous je ne fais que
appât. - Pour moi non plus, dit Nanette. même?... Ah ! quel ennui! .. . Et cette Veil- des sottises. Je suis entièrement à vous. »
Oh ! di t M. Racine, que avez raison, mes
Il cacheta, et remit le billet au petit
henne ! .. . Quelle effronterie! .. . J'aurais dû
enfants ! - Moi, di t Nanettc, je veux ètre
garçon
:
lui parler plus fermement .... Mais je sens
Mère à Port-Royal-des-Champs. - Et moi,
- Demain malin , de bonne heure, pour
que c'est moi qui aurai honte devant elle la
Carmélite, dit Marie. - Et pourquoi'? première fois que je la rencontrerai... . C'est M. Despréaux.
Parce que c'est l'ordre le plus sévère de tous.
J ULES LEMAITRE,
de !"Académie française.

FR.ÉDÉR.JC MASSON, de l'A cadémie française
dJc:&gt;

Malmaison pendant le Cotisulat
~'il eSl un lieu qui symbolise à souhait la et ~e P?rils en Italie, aspirent à s'épanouir en n:iais q?i rapporte, avec ses trois cent quatrcpériode consulaire, c'est Malmaison. Là, Bo- plcrn air, dans un beau site calme, à se don- vrngt-d1x-sep,t arp,ents, du bel argent liquide,
napart_e oublie p,endant quelques heures, cha- ne_r _du mouvement, à jouer enfin ; car, en pour peu qu on s occupe de ses vendanges .
qu~ decade, qu il est le premier magistrat de la I_u'., il ~e~t_e des côtés d'enfant qui n'ont point
Est-~e c~la qui, a tenté Joséphine? Fi I Cela
nation, et que, sur ses seules épaules, repose ele satisfaits et qui veulent leur revanche
vo~dra1t dire qu elle saura jamais compter.
tout le.fardeau de cette France, qui demande
Ce ~•est point de lui-même qu'il a choisi Mais, au t_emps jadis, au temps de sa courte
des lois durables ' des institutions perma- ~falma1son pour son séjour. Au retour d'Egypte
lune de miel avec son premier mari le vicomte
nente_s, une sécurité qui rassure, permette de il a trouvé la maison achetée par Joséihiue' de _Beauha~_nais, _el!e est venue en' une petite
travailler h~nnète~ent et de penser aux des- laq?elle d'ailleur_s n'a e? garde de la payer: maison qu il avait a Croissy, là-bas sur le coc~ndants ; il oublie que' chaque nui t, des mais, ~ou~ de, smte, le !ICu lui a plu et il s'en teau, de l'autre côté de la Seine, et, de là, elle
~ tes de Norn:iandie et de Bretagne, se hâtent est entiche. C est à trois lieues de Paris, sur a ~u, com~e en un rève, cette Malmaison qui
a pa_s assourdis des partisans gagés pour l'as- la r_oute royale, à proximité du village de lm . sembl~1t, à cil~ toujours désargentée,
sass~ner, tant on comprend ailleurs que, de Rueil, une de ces grandes maisons, à qui l'on avoir des airs de palais. A sa sortie de prison
sa vie seule, dépendent le sort de la Révolu- peut donn~r le nom de château, si communes après la Tc~reur' ~lie est revenue à ce Croiss;
l~on assa~ie et la grandeur de la nation victo- au x~·1_11• s1èc!e, composées d'un grand corps o_u elle avrul place son fils Eugène en apprenr1,eus~; il ou?lie_ que l'Europe frémit . de de bat1ment et de deux pavillons à toits poin- llssage chez, un menuisier' le père Rochard ;
n arn1r pu satisfaire ses rancunes et qu'une tus. Sur le rez-de-chaussée, deux étao-es mais ?lie Ya loue_ un~ sorte de baraque que, 1t des
nouvelle coalition se prépare, une guerre le s~cond coupé _par les toits et n'a~a~l que Jours, emplissaient de bruits et de fanfares
nouvelle où il faudra qu'il risque encore, dem1-?auleur. Rien de princier, ni même de .Barras et ses familiers. On avait force victuailles
c~mme à Marengo, tout l'enjeu déjà gaané. g_rand1o~e : une bon_ne habitation de bourgeois et des plus fines, et les vins abondaient m/
.d
.
'
IS
Ailleurs, àux Tuileries, il besoane
sans° re- rIChe, aimant ses aises, se tenant à proximité 1a c1eva11 t vicomtesse manquait de verres et
0
lâche, sans trêve
d'assiettes, si bien
sans fatigue à ce'
:;;::-7--:--------.....- - - - - qu'elle allait en emqu 'il semble, allant
prunter chez les voiuniquement de son
sins. Les voisins
cabinet de travail à
c e ta1 eo t M. Pasla salle de son Conquier, qui plus tard
seil d'État, s'insut tirer si bon instruisant de toutes
térêt de ces prêts
les matières e!, à
qu'il s'en fit faire
mesure, avec ce bon
baron et préfet de
sens et cette droipolice, et M. Cbanoture de pensée qui
rier, propriétaire du
pas un instant ne
château, l ' intime
le laissenl s'éoarer
ami de Mme Camdist!nguant c~ qui
pan, de Mme de Verest Juste, ce qui est
gennes et de ses
pratique, ce qui est
fill es , qui fur en t
utile.
l'une Mme de RéAux Tuileries, on
musat et l'autre
dirait un viei11ard
Mme de Nansouty.
tant il sait de ch;
En vérité, que ne
ses et tant il fait pagagna point Joséraître d'expérience.
phine d'avoir habité
A Malmaison il a
Croissy ! Elle y ganaiment ses trente
LE CHATEAU
DE M ALMAISON, FAÇADE SUR LE PARC • - D'apre·s 1111 docr1111e11/ a11cie11.
.
gna Mme de l\émuans, ses trente ans
sat.
(Cliché de J\I. Ossart, photographe a Rueil.)
qui veulent du
Mais aussi, elle y
bruit, du plaisir et
gagna Malmaison _
de la o'
o-aîté, qm,
· après sa jeunesse âpre et de Paris pour ses affaires, ses amitiés et ses car, après la campagne d'Italie, Bonaparte voudouloureuse, la vie claustrée dans les écoles plaisirs. Autour, un beau parc du bois des lut une campagne et Joséphine se hâta d 1
.
' qui 'n'est condmre
· a' son reve,
• mais
• lui, qui savait corn
e er~yales, la vie gènée et pauvre dans les o-ar- vignes,
des champs, un faire-valoir
msons, la_ vie misérable en Corse, à Tou- ·pas seulement pour.amuser et pour permettre ter, marchanda : il ne voulut point en d P
lon, à Paris, la vie obsédée et brûlée de fièvre à la dame du château de jouer à la fermière, 500 000 francs, et, tournant ses visée:n~7I~
1

I

•

'

�111STO'J{1.Jl

- -- - - - - - -----;------ - - - - - - - - - - - - - -- -- - - - - - - - - - J

Cela fait, et sans plus tarder, sans s'inquié- l'autre et l'on court. Qui est atteint par un
leurs, se prit d'envie pour le château de Ris.
ter des 210000 francs qu'elle aurait à payer, adversaire ayant barre - c'est-à-dire parti de
Il ne conclut pourtant pas et partit pour l'Éson camp après qu'on a quitté le sien - est
gypte, laissant i1 son frère ses pouvoirs et son elle s'installa et eut des jours et des soirs fort prisonnier , jusqu'au moment 011 l'un de ses
argent. Joséphine ne s'en occupa pas moins agréables, passant au mieux son temps, sans compagnons le déli vre en le touchant. Quand'acheter, et, après avoir bien regardé et plus s'occuper du général Bonaparte que de tité de belles règles pour former les troupes,
tourné, après avoir consulté Chanorier, clic ses dettes. Elle avait au reste bien raison ; disposer les prisonniers, forcer le camp , qui
vint 1, ses fins avec le propriétaire, M. Le Coul- car, aussitôt après la scène du retour, la est pénétrer en vainqueur chez l'ennemi ; un
Lcux du Molet qui, en 1771, avait acheté Mal- grande et terrible scène qui mit si fort en jeu qui n'est point tout de force, mais où il y
maison à Mmed'Aguesseau, laquelle, en 1764, émoi l'hôtel de la rue de la Victoire, Bona- a de l'adresse, de la combinaison et de la disl'avait eue des Barentin, qui par succession la parte, qui ne sut jamais résister à des larmes, cipline, où le chef doit connaitre la valeur de
tenaient des Perrot, gens de robe qu'on y pardonna tout, les dettes et le reste, et dési- chacun de ses soldats pour le lancer 11 protrouve installés dès 1556. M. Le Coulteux avait reux de voir l'emplette qu'avait faite sa femme, pos, 011 chacun des combattants doit avoir
bonne tête, savait au mieux défendre ses inté- alla tout de sui te à Malmaison. Et il en fut si assez le sentiment de sa responsabilité pour
rêts, ayant été fermier général des eaux de satisfait qu'il en fit désormais son habitation ne pas s'exposer pour le plaisir, oü il faut du
Paris, et surtout s'entendait à jouer d'une de prédilection, même après que le 18 Bru- dévouement, de la générosité, de l'entrain,
femme telle que Joséphine, cai· il était fort maire l'eut installé en maitre, d'abord au quelque chose d'autre que de la brutalité, et
homme du monde, très habitué à recevoir Luxembourg, puis aux Tuileries.
A Malmaison, en effet, il était libre : il qui développe en l'enfant toutes les qualités
grande compagnie, depuis les bouffons gens
qui font le brave homme et le bon soldat.
de lettres, tels que l'abbé Delille, jusqu'aux pouvait à son gré aller et venir sans craindre
On jouait à ce jeu, non pas seulement à
héros à la façon du duc de Crillon ou aux les importuns. Il avait, au-devant de son ca- Malmaison, mais en tous les châteaux autour
grands seigneurs exoliques comme le comte- binet, un jardin où il faisait les cent pas, el, de Paris ; plus tard on y joua chez les maréduc Olivarès. M. Le Coulteux ne manqua point s'il préférait travailler en plein air, il faisait chaux d'Empire, à Grignon, chez Bessières, à
de faire valoir les cent vingt pièces de vin qu'il dresser une lente sur le petit pont qui mettait Maisons, chez Lannes, à Vandœuvre, chez
faisait sur son cru aux bonnes récoltes et qu'il directement son appartement en communica- Oudinot, à Savigny, chez Davout; on y joua
vendait cinquante francs chaque, et puis les tion avec le parc. Et la vie qu'on menait là, chez Hortense, à Saint-Leu, chez .Joseph, à
douze vaches, et les cent cinquante moutons c'était, pour les invités, une vie de château, Morfontaine (si bien que, en y jouant, Girardin
qu'il engraissait en ses prairies, et puis les une vie qui gardait tout le caractère aimable se démit l'épaule) chez, Lucien, au Plessis el
regrets et les larmes de Mme du Molet qui ne d'intimité bourgeoise, avec une nuance de chez Eugène, à Milan, et chacun y trouvait son
pouvait se consoler de quitter cette terre que respect vis-à-vis des maîtres de maison, mais plaisir, les femmes aussi, les femmes surtout,
chacun de ses adorateurs de jadis avait chantée de ce respect familier que pouvaient témoi- car elles aimaient courir et faire courir.
à propos d'elle, et puis les glaces qui étaient gner ses compagnons d'armes à celui qui
Donc, dans l'après-diner du décadi, puis
d'importance, et puis les jolis meubles cou- n'était encore qu'un magistrat rtlpublicain ; du dimanche, le jour que le Consul venait
verts de mousseline dans le boudoir ovale, et une vie d'où était exclu encore le guin- passer à Malmaison avec sa famille et ses intiles meubles en toile de Jouy dans la chambre dage des cours, où l'étiquette n'apparaissait mes, le plus souvent on organisait une partie
à coucher , et les meubles en quinze-seize vert point, où la jeunesse, l'entrain du Constù fai- et la voici en train. Sous les grands arbres,
dans le grand salon, sans parler du salon saient presque oublier son génie, el, sous les pour les personnes graves et pour celles qui
turc, avec les fauteuils en nankin, les rideaux grands arbres, en face de la Seine tortueuse ont à se ménager, on a, du château qu'ont
en gaze brochée, des panneaux de glace éta- et lente, claire et à l'eau si fine, mettait restauré au dernier goût du jour les architecmée au-dessus des portes, et, pour tableaux, comme une égalité champêtre entre ces êtres tes Percier et Fontaine, porté quelques-uns de
qui, le lendemain, au retour 11 Paris, sauraient
huit beaux panneaux de papier arabesque !
ces meubles dessinés tout exprès et qui sur la
En vérité, cela n'était-il pas galant et ne sans peine retrouver leurs distances.
verdure mettent une exquise note d'art, car
Proverbes joués entre deux paravents, avec
valait-il pas les 290 000 francs qu'il demanjamais
comme alors les artisans n'ont été sedait, rien que pour la terre, avec, en plus, le des châles d'Égypte pour costumer les person- condés par les artistes. Sur la table, au pied
prix des meubles à dire d'expert ? Sans Cha- nages, promenades en voiture aux environs, de laquelle s'enroule dansante une théorie de
norier, Joséphine eût cédé tout de suite; peu histoires de fantômes contées par chacun tour figurines qui, à la grâce prudhonienne joilui importait le prix, puisqu'elle n'avait pas à tour, lectures à haute voix des poésies fa- gnent quelque chose de la naïveté antique,
le premier sol pour payer. Mais Chanorier meuses et des tragédies célèbres, visites dans une fontaine à thé est posée, et autour, pour
disputa comme pour lui-même et on finit par les chambres et bonnes farces aux nouveaux com erser en liberté, on se groupe près de
s'entendre. Quel fut le prix réel, on ne sait arrivés, tout le tran tran de la vie rieuse, un Joséphine.
trop. Celui qu'on inscrivit au contrat de vente, peu galante, parfois garçonnière qu'on menait
Mme Bonaparle, par son élégance et sa soupour restreindre d'autant la perception des il y a cinquante ans encore à la campagne, plesse natives, que beaucoup d'art accompadroits, fut 225 000 francs, plus 57 516 francs c'était la vie à Malmaison. Et là aussi, cette gne et fait valoir, donne le ton à cette soriélé
pour le mobilier. Cela ne fit que 9111 francs habitude si frappante, si particulière, si faite qui ne saurait rencontrer un modèle plus
pour étonner certains des contemporains,
68 centimes pour le fisc.
accompli. Nulle ne s'entend comme elle aux
Il fallait payer ce fisc qui n'attend point, l'habitude des jeux de vigueur, des •jeux ~ toilettes, aux coiffures et aux fards, et c'est
pai·er ces meubles, donner au moins un courir, vieux jeux de vieille France, peu faits, d'elle celle mode de. blancs soyeux et laiteux
acompte. Neuf mille francs, cela se trouve; semble-t-il à présent, pour occuper agréable- qui entourent les formes comme d'un nuage
même trente-sept mille. Selon le bel usage ment les après-diners.
léger, les cèlent assez pour qu'on soit conComme encore à présent quelques collédes dames d'alors qui n'aimaient point dire
traint de les deviner, point tant qu'elles les
aux indiscrets d'où venait leur argent, José- giens - de ceux qui ne sont point des athlètes engoncent et les cachent. D'elle, ces robes,
phine déclara qu'elle avait celui-ci de la vente - on jouait aux ban·es : mais sait-on ce retenues au-dessous des seins, qui laissent
de ses diamants , mais , quand il fallut arriver que c'est que les barres? C'est un beau jeu entière la liberté des mouvements et des ges1t l'acompte que réclamait M. du Molet pour tout franc et net, qui vient des ancêtres et oit tes, cet affranchissement du corps que n'écéder la place, la bourse était vide el ce fut 1t excellaient, au Champ-de-Mars, nos anciens treint nul corset, que ne grossit nul jupon,
l'homme qui régissait Malmaison pour le du collège du Plessis en cote bleue contre les dont la ligne se suit, de la poitrine largement
compte de M. du Molet, à un certain citoyen Grassins et Harcourt en cote rouge. Les joueurs découverte jusqu'aux pieds habillés de satin.
Lhuilier, que Mme Bonaparte emprunta se partagent en deux troupes qui, chacune, D'elle encore cette sorte d'écran sur qui se
15 000 francs. Lhuilier en eut la promesse a son camp marqué par une large barre tra- détachent les épaules, qui les fait ressortir et
cée sur le sol. On se provoque d'un camp à
qu'on le garderait dans la maison.

HI STORIA

Cliché Braün, Clémen t et

MADAME RÉCA MIER
Tableau du

B ARON

GÉRARD. {Hôtel de Ville de Paris. )

C'•

�, ____________________________
les cambre, en encadre la chute harmonieuse,
prépare et accompagne la tête mince, coiffée
serrée en bandelettes étroites, qui surgit plus
rare, plus vivante, plus animée, touchée
qu'eUe est de fards brillants. Joséphine, en
ces six années écoulées depuis son mariage, a
sans doute déjà perdu de celle allure cavalière qui seyait aux femmes du Directoire;
elle a renoncé à ces façons où Teresia Cabarrus se plaisait d'autant mieux qu'elle y était
inimitable, et qu'elle y étalait sans voiles, en
une impudeur superbe et tranquille, la nudité d'un corps modelé à dessein pour être
adoré : mais elle a pris une grâce plus sévère, une dignité plus retenue, elle a compris
l'art des enveloppements diaphanes, la joliesse des plis mous trahissant les formes
sans les découvrir, et donnant à la démarche
une grâce de rêve. Ainsi, malgré ses trenteneuf ans sonnés, formule-t-elle encore, non
par son visage, mais par tout son être, la distinction, la coquetterie, la rareté de la femme
civilisée, et elle s'élève ainsi d'un degré, car,
six années auparavant, ce qu'elle éveillait c'était surtout le désir.
Près d'elle, toute rose, toute fraiche, c1 un
paquet de roses trempé dans du lait ,, ,
Mme Murat, en tout l'éclat d'une beauté faite
surtout de jeunesse. Les lraits sont beaux,
rappelant par des points le type traditionnel
des Bonaparte, mais le corps est un peu court
et les épaules larges et remontées. Un air de
naïrnté et d'enfance en ce visage, mais, à regarder les l'eux profonds, où passent des rêves, une ambition forcenée et qui ne choisit
pas les moyens, On a dit : la tête de Machiavel sur les épaules d'une jolie femme. Voici
deux ans que, à Plailly, Caroline a épousé
Mural. Cela s'est fait le 50 ni\'ôse an VIII,
deux mois après Brumaire. )Jurat a été général en chef de !'Armée d'observation du Midi,
il a eu l'I talie à commander pour en rapporter une fortune, mais cela ne suffit point
à sa femme. Elle a de beaux enfants, un fils
et une fille, - par là elle l'emporte sur Joséphine, dont la stérilité fait le désespoir en
éveillant perpétuellement ses craintes ; mais qu'importecela à Mme Murat lorsqu'elle
se voit primée par une autre femme, une
femme qui n'est pas même de son sang?
Pourtant elle sait dissimuler et ne laisse rien
paraitre. Nulle, vis-à-vis de Joséphine, n'a
plus de chatteries et plus d'amabilités. En ce
moment, elle rêve à quelque bonne trahison
et combine en son cerveau, sous ses roses
fraiches comme son teint, un piège merveilleux d'où sa belle~sœur ne se tirera
point.
Voici justement, causant avec Mme ~foret,
Mme Duchatel, la charmante jeune femme du
conseiller d'État, directeur général de !'Enregistrement. M. Duchatel est fort instruit à
?&gt;up sîtr en sa partie d'administration, mais
11 est peu récréatif d'ordinaire; il a trented~ux ;ms de plus que Mlle Papin à laquelle il
vient de s'unir et qui n'a pas encore ses vingt
ans. Elle est c~armante, elle est blonde, elle
a. d7grands yeux bleus, un air singulier de
d1stmction, un peu de maigreur peut-être,

.iJfA'LMJHSON PENDANT 'LE CONSU'LA.T - --..

mais c'est jeunesse, et d'ailleurs n'est-ce anecdote, même un détail de mœurs ; rien.
Murat au contraire, que voici en bel uniforme
pas une fausse maigre? Qui sait?
Point à compter sur Mme Maret ; certes, de général en chef, a dans son geste, sa paelle a charmant visage et belle tournure ; elle role, sa pose, ses costumes, tout le claqueest une des femmes les plus rcmarquahles ment de fouet du postillon qu'il a été. Sa cerqui soient dans l'entourage - ne peut-on velle court le galop comme les bidets de poste
déjà dire la Cour consulaire? - mais elle vit qu'il menait grand train. Il n'est point homme
en parfaite intelligence avec son mari el son à s'arrêter, à réfléchir et à combiner : il laisse
ambition est tournée toute à sa fortune. Avec cela à madame sa femme, qui mieux qu'aule gros traitement que reçoit le secrétaire tre s'y entend. Pour lui, il est tout à la joie
d'Etat, elle s'entend à tenir maison et à s'ha- d'ètre beau-frère du Consul, général en chef
biller singulièrement bien.On dira sous l'Em- d'une armée, et riche à présent assez pour
pire qu'elle dépense des 50.000 francs par an acheter, à Paris, l'hôtel Thélusson et, en Poipour sa toilette; qu'on en prenne la moitié et tou, la terre de la Motte-Saint-Héraye. JI
l'on tombera juste. Elle est bonne mère, crosse les commis aux barrières qui veulent
comme elle est épouse fidèle ; elle aura qua- faire la visite de sa voiture, et la seule chose
tre enfants qu'elle nourrira elle-même, et nul qui le contrarie, c'est que le Premier Consul
des contemporains, un peu instruit des choses, ne lui permette point de rien changer à la
n'ei'1t éle,·é sur elle - quant au Consul - le tenue réglementaire des officiers généraux.
Cela lui semble plat et peu distingué; mai s
moindre soupçon.
Un honnête homme cause avec celte hon- il prendra sa revanche.
Près de Murat, Soult, encore un du Midi,
nête femme : c'est Bessières. Entre les compagnons d'armes du Consul, il n'en est guère un voisin, un gars du Tarn; encore u11 jeune
qui aient, avec celte tenue, un égal dévoue- homme, peut-on dire, car il est né en 17 69,
ment et une discrétion pareille. Depuis que, Murat en i 767, Bessières en i 768 - le plus
dans la première campagne d'Italie, il a orga- vieux a trente-quatre ans. Soult, fils de paynisé la compagnie des Guides, il n'a pas plus sans,. soldat à seize ans, a été général de briqu'eux quitté la personne de son général, gade à vingt-cinq . li n'a point de génie,
sauf quand, aux heures décisives, Bona parle mais, comme le lui dira Napoléon sur le
le lançait sur l'ennemi avec le peloton d'es- champ de bataille d'Austerlitz, &lt;! il est le
corte. Ainsi à Rovercdo, où avec six de ses premier manœuvrier de l'Europe ll. Madré
cavaliers pour toute troupe, il enlè,·e aux Au- comme un paysan qu'il est, brave, cela va
trichiens deux canons en tuant les artilleurs sans dire, il est capable de conduire une arsur leurs pièces; à la Favorite, it Rivoli, it mée - ce qui est rare - el n'ignore rien
Aboukir, à Marengo, partout il est pareil à de son métier, mais il a des dessous d'âme
lui-même, calme, un peu froid, ne déran- qu'il montrera, les Bourbons revenus, el le
geant rien de l'élégance de sa coiffure soigneu- farouche jacobin qu'il a été saura, comme
sement poudrée, paraissant, avec sa tète pas un, suivre, cierge en main, les procestoute blanche, bien plus vieux que son fige sions expiatoires. L'ambition qu'il a, en ce
(car il n'a qu'un an de plus que le Consul), moment, ne le mène point, heureusement,
tout à fait l'homme qu'il faut pour mener au aux églises, mais aux camps, oü, du matin
feu cette cavalerie de la Garde toute compo- au soir, il éduque ses soldats, les fail marsée de vieux soldats et qui n'a besoin pour cher, virer et tourner, en telle façon que, de
frapper au point décisif que d'un ges te de cc camp de Boulogne oh il commande, sorson chef. JI lui manquerait, pour enlever des tira une armée &lt;! propre, comme il dit luiconscrits, pour déchaîner le grand ouragan même, à la conquête du monde ,, .
Encore dans ce groupe des personnes
des charges héroïques, la fougue emballée,
les attitudes théâtrales, le risque-tout d'un sages et qui ne jouent point, voici Mme LeMurat ; mais son intrépidité méthodique, son gendre de Luçay, dame de compagnie de
air superbe, cette tranquillité dans l'extrême Mme Bonaparte et femme d'un préfet du
péril sont pour plaire à ses cavaliers comme Palais. Pourquoi, arec la grosse fortune qu'a
est pour entraîner les autres l'ardeur de ce- M. de Luçay - car il était fermier général,
lui-là. Tous deux pourtant sont du même et fils, neveu, gendre de fermiers généraux,
pays, du même département, l'un de Rayssac, il est propriétaire de l'immense et superbe
l'autre de la Bastide, mais ils ont des façons terre de Valençay, vingt mille hectares, et sa
si différentes que, à coup sùr, on ne dirait femme, !nie Papillon d'Autcroche, la nièce
point qu'ils sont compatriotes . Est-ce de leur de Papillon de la Ferté, lui a porté une forpremier métier qu'elles leurs sont restées? tune égale à la sienne, - pourquoi, riche
Ces allures pondérées de Bessières lui vien- comme il est, d'ailleurs assez capable, semnent-elles du temps, où, garçon perruquier, ble-t-il, car il n'a point mal .réussi en deux
il frisait les perruques de ses pratiques el préfectures, a-t-il sollicité une place de.dopoudrait à blanc les belles clames et les ma- mesticité? C'est qu'il faut aux fermiers gégistrats? On dit les perruquiers bavards, in- néraux monter cet échelon de devenir gens
discrets et cancaniers, celui-ci pourtant ne de Cour, si petite que soit la Cour, et il s'est
l'est guère. Nul n'est plus retenu en sa parole, empressé; puis comme Madame est peu promoins jaseur en ses Jeures : de toute sa cor- digue, les 1000 francs qu'elle touche chaque
respondance avec sa femme, correspondance mois et les 2085 francs 55 centimes qu'a
qui se trouve conservée, il n'est pas une M. de Luçay font au bout de l'an
phrase où l'on trouve un renseignement, une 57 000 francs qui ne sont pas à dédai-

�.M.Jtl.MJUSON 'PENDANT L'E CONSULJtT --.,..

111ST0'/{1A ·- - - - - - - - et se souvenant de ses ancêtres. Lacépède est néral Bonaparte; elle devint la plus élégan~c
gner. Sauf cela, bonne femme, f~rt polie,
en effet un nom de terre qui lui vient par personne qui fù t à ~aris, mais e~e,n'ouhha
fort attentive pour le Consul, mais perpéalliance des de Las. Mais son nom patrony- point assez quelle distance les e~enements
tuellement en retard, ce qui lui vaut des alavaient mise entre elle et son ancien camamique est la Ville-sur-lllon, et s~ mais~1&gt;
rade
de l'impasse ConLi. li y eu_t des jours
garades.
Qui l'on s'étonne de voir dans cc groupe, connue depuis le x1c siècle en Lorrau~c, alhcc où &lt;&lt; elle le traita comme un pellt garçon »,
c'est Isabey. Sans doute, il est e~ pénitence aux princes de Bourgogne, de Lorram~ et de c'est Napoléon qui le dit, et ne fit-elle pas
Bade, répandue par l'Europe en diverses
et s'est réfugié près de Josép~~ne, sa ~a_.
branches,
marche de pair avec les plus pis encore?
tronne. Quelque niche encore qu 1l aura f~1te
Aux joueurs à présent : vo1c1 Eugène en
ou quelque étourderie qu'il aura ~on:m1sc. nobles.
son merveilleux costume de colonel des chasElle voudrait bien èlre d'aussi bonne race,
Est-ce par un coq-à-l'âne intempesl.lf, Jeu de
seurs à cheval de la Garde, l'aigrette blanche
mots ou calembour, qu'il a fait froncer le Mme Junot qui se tient près de Lacépède au colback, qui s'élance pour délivrer sa
sœur Hor te nse
sourcil au Consul, ou bien est-cc aujourd'hui comme pour lui prendre un peu de ses mapoursuivie par le
que, jouant à sauteConsul; mais Uor
mouton dans le parc
tense n'a pas besoin
avec les aides de
d'aide : nulle ne
camp et franchisl'égale pour la légèsant à la course les
reté et la vitesse,
épaules, il a saulé
elle saura échapper
aussi bien par-desà son beau-père qui
sus un petit homme
vainement tend les
qui se promenait
bras pour la saisir
seul par les allées'!
et, d'une allure folCe petit homm•',
le, soit qu'elle force
c'était Bonaparte. li
le camp, soit qu'elle
n'a rien dit, mais
parte en ligne sous
ses yeux ont parlé,
les grands marronet Isabey est tout
niers, elle passera
penaud. Nul poursaine et sauve, sans
tant comme lui pour
une goutte de sueur
mettre en train les
à ses ch eveux
rires fous, les belles
blonds, sans un hacourses, les charalètement à sa gorge
des, les comédies,
de nymphe.
tout cc qui est le
Bien plutôt peutdivertissement de la
être,
Bonapar te ,
vie de château ; et
CHATEAU DE M ALMAISON. D'après 1111 doc11111e11/ ancien.
LE TEMPLE DE L 't\ ~!OUR DANS LE PARe Du
•
s ' e m p ê t r a n t les
puis, comme il sa~t,
(Cliché de M. Ossart, photographe à Rueil.)
pieds dans quelque
d'un crayon adroi t,
racine,
s'en ira med'une touche grasurer le aazon - cela lui arrive; - cd~
cieuse de pinceau,
. ,
nièrcs, mais elle a beau faire, si sa mère est
enlever en quelques minutes le port;a1t une
lui arrive~a encore, car, en 1811 , il jouait
Comnène, son père est Permon. Elle a be_au
femme, en lui prêtant tout ~ agremcnt
encore aux barres avec Marie-Louise dans le
exalter l'un et l'autre, elle ne peut pornt
qu'elle pourrait av?i~ et ~n lm enlevant
trouver des ancêtres qui comptent en sa parc réservé de Saint-Cloud. Pour bo~ jou~ur,
toutes les défecluos1tes qu elle a ; comme,
il ne l'est pas. Qu'Eugène le fasse pr1sonmcr,
sur un coin de table, il lave drôlement ces ligne paternelle et se rejette de plus en plus il rompt son ban et ne s'inquiète guère d_e
sur les empereurs de Byzance d'où descend
caricatures aimables oit il met en scène
cette fictive prison. Pour prendre barre, 11
madame sa mère. Une peste, Mme Junot,
toutes les personnes de la société; comme
ne s'en soucie, et souvent, quand il ne peut
mais qui a bien de l'esprit, autant de hauil s'entend aux Loilellcs, aux costumes,
toucher de la main son adversaire, il lui
même aux pompes et aux cortèges; comme teur 1 et s'entend mieux que femme au lance son chapeau et, s'il l'attrape, prétend
monde à dépenser le bel argent que Junot lui
il est l'homme indispensable, pour mettre
que le coup est bon. Des règles il n'a souci,
apporte
un peu de partout. Le Co~sul lui
dans la vie de Malmaison, avec un goùt d'art, .
cherchant seulement ici le mouvement et
pardonne beaucoup, tout peut-o~ dire, car
un peu de fantaisie d'artiste!
, ,
l'activité, aimant à voir sous les grands
Artiste le voisin d'Isabey , M. de Lacepede entre sa famille èt les Permon 1l y a une arbres courir les femmes en robe blanche et
l'est aussi, mais il est mieux : il Lient 1~ pre- amitié ancienne, et Mme Permon a rendu ja- celle-ci surtout qu'il tient pour son enfant,
dis, à Mme Bonaparle la mère, des serv!ces
mière place parmi les ho~ me~ de scie~ce,
que grossira sans doute en ses mémoires cette Hortense.
tout en demeurant le passionne de m~s1que
Mme Ney est de la partie : qui en serait,
Mme la duchesse d'Abrantès, mais que Na'il était au temps où il composait son
sinon elle la plus intime amie d'Hortense,
poléon n'oubliera jamais. C'est Mm~ Perm_on
'
?
;;éra d'Omphale et publiait sa Poetiqite_ de
qui , à Montpellier, a donné les dermers sorns sa camarade de la pension Campan•
la Musique. Son œuvre comm~ natu_ralist?
à Charles Bonaparte; c'est dans le salon de Mme Campan a eu là, pour sa famille
est immense, supérieure, a dit Cu_v1er,, a
Mme Perm'.&gt;n que, avant et après Vendé- comme pour elle-même, une idée singucelli de Buffon, et, en même temp~, il mene
lièrement heureuse en s'établissant institumiaire, Napoléon a fait ses débuts._ Dr~le. de
de front la politique et les distracl.lon~ m~nsalon à dire vrai, qui se transportait d hotel trice à Montan-ne-de-Bon-Air, ci-devant Saint.
Il
a
été
tour
à
tour
colonel
titulaire
dames.
,
d l'
meublé en hôtel meublé, où les joueurs qui Germain-eu-Laye, et en appelant près d'_ellc
d'un régiment allemand, pré:1den! e , asen étaient les habitués mettaient sous le pour faire nombre et simuler les pens10nsemblée des Électeurs de Paris' deputé a , la
!lambeau et où, sans cette ressource, la dame naires qui n'arrivaient pas, ses nièces, _les
Législative, président de' cet~e asse!11blee, de la m; ison, quoique née Comnène, n 'eût demoiselles Auguié. Les voici toutes casees,
membre et président de 1 Institut, senateur
guère eu de quoi mange~. _Mlle Permon fit u~ et celle-ci ne l'est point mal. Si le Rou~eaud
et président du Sénat, .tout_ en demeura~t un beau rêYe en épousant l aide de camp du ge- a ses jours de tempête, il a apporté déJà pas
grand seigneur ayant mfiniment de politesse

?

Le Premier Consul ne serait point satisfait
mal d'argent et de la gloire à revendre, et il façons du Directoire, ouvre ses salons surn'est qu'à ses débuts. Un peu brusque et un tout aux hommes qui tous lui font la cour, de sa journée, s'il ne voyait autour de lui des
peu fruste, et se sentant de ses origines, car et fréquente chez des financiers et des finan- enfants : en voici qui sont les deux filles de
ce n'est point à cercler des tonneaux qu'on cières, ce qui pour Bonaparte est l'horreur son frère Joseph, et l'excellente Julie n'a
apprend les belles manières, mais si bon, si des horreurs. Il n'a point tort : à les frôler, garde de les quitter. D'autres dans la famille
tendre, si reconnaissant à sa femme d'être on ne gagne point de leur or et on leur donne sont d'abord femmes ; celle-ci est d'abord
une dame, qu'elle le mène oi1 elle veut. de sa bonne renommée. Regnaud, qui est un mère, c'est sa vocation et nulle ne s'y entend
Grande dame, non, Mme Ney, mais sa mère cynique et qui de ce dernier chef a peu de comme elle. De ~es filles, Charlotte et Zéétait femme de chambre chez la Reine, et à chose à perdre, èspère tirer profit de ces naïde, elle fera des personnes distinguées à
Ney cela parait très grand. Et puis elle n'est sociétés, et d'ailleurs la belle Laure le con- tous égards, ayant l'esprit ouvert à tout ce
pas pour rien nièce de Mme Campan , la- sulte peu sur les gens qu'elle agrée. Mais, qui est beau et rare et le cœur trempé pour
quelle excelle aux leçons de tenue, grâces et parce qu'elle est liée avec des femmes qui la bonne et la mauvaise fortune. En ce momaintien et a prodigué à ses élèves des ta- font des affaires comme Mme Hamelin et ment, qu'elles rient, courent et soient gaies,
lents d'agrément. Pauvre Mme Ney! Elle eut Mme llainguerlot, cela ne veut point dire ces enfants, sous le regard adouci de leur
son bout de rôle dans le drame sanglant de qu'elle suive en tout leurs pratiques. On le oncle, le grand homme; qu'elles aillent sur
l'avenue de l'Observatoire, car c'était bien verra plus tard ; mais il faudra les jours de la pelouse cueillir des fleurettes et emmêler
pour elJe que Ney, après avoir à Fontaine- malheur pour que Napoléon lui rende p'eine la par tie de harres. Assez de douleurs et de
bleau abandonné son bienfaiteur, après justice : « Pauvre femme, dira-t-il à Sainte- tristesses les attendent !
Qui le malheur n'attendait-il pas ici ! De
l'avoir contraint à abdiquer, s'était empressé llélènP-, moi qui l'ai si maltraitée! »
Encore deux fidèle-s, les Savary. li est vrai ces hommes qui causent en amoureux ou
aux Bourbons. Mme Ney était persuadée
qu'on allait lui faire une place toute à parl. que Savary, aide de camp de Desaix, était jouent en enfants, ceux-ci tomberont en solOn la reçut comme la petite de la femme de fort embarrassé de lui-même après la mort dats au champ d'honneur, ceux-là, par une
chambre qui, par mégarde, s'égare au salon de son général, lorsque le Premier Consul l'a pire destinée, comme des criminels, mais
les jours de visites. Pas de camouflet qui lui recueilli dans son état-major ; il est vrai que face aux bourreaux, tels que des gladiateurs
fût épargné et, Lous les soirs alors, en reve- Mlle de Faudoas-Barbazan, vaguement parente vaincus ; et ne sera-t-elle point plus désasnant des 'fuill'ries, une crise de désespoir. de Mme de Beauharnais, a été élevée, mariée treuse encore que la mort même, la lente
Ah! qu'elle eût mieux fait de demeurer par elle; il est vrai que, depuis qu'il s'est agonie de Sainte-Hélène, sous l'œil d'Hudsonfidèle, que cela eût été plus simple, et attaché à la fortune de Bonaparte, Savary n'a Lowe?
Et ce château même, quelle sera sa forquelles effroyables douleurs elle se fût épar- point à se plaindre de son sort, mais cela
oblige-t-il à être fidèle? Il est mieux : il e~t Lune? Dans douze ans, une dernière partie de
gnées !
Ne va point droit qui veut : celui-ci pour- dévoué : et ~ans réplique, se compromettan t barres s'engagera sur celte pelouse. Les
tant, Calfarelli, qui attend son tour de com·ir en s'il faut pour ei érnter les ordres de son mêmes acteurs ou des acteurs part ils : Josécausant avec Mme Ney; il a su, lui, cinquième maître et capable de sacrifier à son devoir jus- phine, impératrice et reine, regardant les
du nom, ne point obliquer aux bassesses qu'à son intérêt propre. Cela est rare. Pour joueurs, Mme Ney, d'autres compagnes
viles et aux trahis1ms qu'on soupçonne vé- l'instant, il e~t fort amoureux de sa femme d'Hortense, Hortense elle-même. Mais ·qui
nales. Napoléon a reporté sur lui quelque et cela n'est point pour étonner à Malmaison, courra après elle et &amp;'efforcera de la prendre,
chose de l'amitié tendte qu'il témoignait à car toutes ces femmes, épousées sans dot, ce ne sera plus Bonapar te premier consul ou
son frère la Jambe de Bois, le héros stoïcien par coup de passion, sont jeunes, charmantes, Napolron empereur et roi, ce sera Sa Majesté
le Czar Alexandre I•r, empereur de toutes les
qui mourut d'une seconde amputation devant élégantes, adorables et adorées.
Adorée Caroline, adorée Mme Ney, adorée Russies, le Czar entré d'hier dans Paris en
Saint-Jean d'Acre. Au 18 Brumaire, il l'a
nommé adjudant général, chef d'état-major Mme Junot, adorée aussi Mme Bessières, qui vainc1ueur, escorté des Rois de toute l'Europe
de la Garde, puis l'a pris pour aide de camp. vient à peine de se marier et qui, pieuse, coalisér.. Et le lendemain de cette parlie de
C'est un brave homme que, à toute heure, il sage, parfaitement belle, est entre les barres, Joséphine, qu i y aura pris froid,
trouvera fidèle, auquel il confiera les deux femmes dont le Premier Consul aime le mourra. Et celte maison, après avoir vu enministères de la Guerre et de la Marine du mieux la société. Elle fréquente de préfé- core d'autres agonies et d'autres départs, arriRoyaume d'Italie et qui s'en acquittera bien, rence avec Moncey qui, quoiqu'il n'ait pas vera jusqu'à nous, à peine un siècle écoulé,
aussi bien que de ses commandements en encore cinquante ans, est de beaucoup le si branlante, si effondrée que des miséreux
Espagne ou à Metz, car il est .de bonne doyen de cette jeunesse, car ici les plus âgés mêmes ne voudraient s'y loger. Sans la génésont de 66 et les autres de la même année ro~ité d'un passant, la M~lmaison serait à
race.
Pour le dévouement, Mme Regnaud de que le Consul : 69. Mais Moncey est bâti pour présent à terre, mais grâce à ce coup de forSaint-Jean-d'Angély ne le cède à personne, et vivre cent ans. li s'en faudra de peu qu'il ne tune, elle attend à présent, restaurée el
pourtant le premier Consul l'aime peu. C'est les atteigne. Sérieux de nature, s'il ne remise à neuf, le musée du Consulat et dJ
que, belle à miracle, et, dit-on, fort heu- s'amuse point à ces jeux, au moins fait-il l'Empire que les dons des particuliers ne
mam1ueront pas d'y constituer.
reuse d'être admirée, elle garde un peu des semblant.
F R ÉDÉRIC MASSON,
de l'Académie française.

�,,____________________________________
Diane de France, cl son amourette pour une
petite Écossaise qu'un complot de cour jeta
dans ses bras. Diane de Poitiers, de son coté,
arait la froideur de sa patronne païenne, sinon
sa l'irginité. On ne trouverait pas un caprice
dans cette vie active, dont tous les actes vonL
droit au but, comme des flèches sùrcmcnt
lancées. Ses rares amours, si elle en eut
avant Henri li, furent toutes politiques : instruments de règne et non de plaisir. Leur
liaison était si décente qu'on la crut longtemps
platonique. - « Le Dauphin n'est guère
« adonné aux femmes, l&gt; - écrit Marino
Cavalli, un de ces Envoyés vénitiens, les meilleurs espions de l'hlstoire, - &lt;( la sienne lui
,c suffit. Pour la conversation, il s'en tient 11
(&lt; celle de Madame la Sénéchalc de Norman« die, ùgéP de quarante-huit ans. li a pour
« clic une Lendresse véritable, mais on pense
« qu'il n'y a rien de lascif, cl que, dans celte
« affection, c'est comme entre mère et fils.
,c On affirme que celte dame a entrepris
« d'endoctriner, de corriger, de conseiller
(( M. le Dauphin, et de le pousser à toutes
« les actions dignes de lui. ll
Ma1·ino Cavalli touche à peu près juste. Le
prestige de Diane fut dans la fascination romanesque et chevaleresque qu'elle exerçait sur Henri. Elle
l'éblouissait de tournois, l'étourdissait de rêves, lui souffiait les faits
d'armes et les entreprises, le nourrissait en amour d'abstractions cl
de quintessences espagnoles, et se
posait vis-à-vis de lui comme une
« Dame de pensée 1&gt; plutot que
d'alcôve. L'ostentation du deuil
sempiternel qu'elle portail de son
vieux mari, le sénéchal de Brézé,
avait tout d'abord élevé haut sa
conquête. Venir à bout de la vertu
de Diane, c'était presque séduire
la reine Artémise. A qui lui aurait
demandé son secret, elle aurait pu
répondre comme la Galigaï à ses
juges : « L'influence d'une âme
,c forte sur une âme faible, d'une
,c femme d'esprit sur un bac&lt; loiwd. » Mais ce balourd avait l'imagination d'un paladin de la Table
Ronde : Henri II, sous sa longue
nùnc somnolente el terne, cachait
11ne tune fantastique. Les visions
de la chevalerie troublaicn t sa cervelle : !'Amadis était son liuc de
chernt. Il y al'ait du Don Quichotte dans cc roi de triste figure;
Diane de Poitiers fut sa Dulcinée;
une Dulcinée décevante, aussi chimérique que celle du Toboso, idéalisée par les arts, incessamment
r aje11nie par les cadres mythologiqucs 011 elle se posait. Toutes ces
Dia,ies vaguement ressemblantes
qui surgissaient aux yeux du roi, comme des
appari lions olympiennes au tournant de chaque
allée du parc, dans chaque salle de Chambord
cl de Fontainebleau, lui dil'inisaicnt sa maitresse. Elle apparaissait cl reparaissait de

Diane ac roiliers
Par PAUL DE SAINT-VICTOI~

Diane de Poitiers est une des enchante- « agréable, et vous suplye me tenir prouresses de l'histoire. Son nom seul évoque et « messe, car je ne puys vyvre sans vous, et
rassemble, comme la fanfare d'un cor ma- « sy saviez le peu de passetens que j 'ay isy,
« vous auryés pityé de moy.. . - Cependant
eoique, tout un chœur de déesses éparses dans
.
les peintures et les bas-reliefs de la Renais- « je vous suplyc arnir souvenance de. celuy
sance. Ce sont les deux Dianes de Jean Goujon : &lt;&lt; quy n'a jamais connu que ung Dyeu et une
l'une appuyée sur son grand cerf qui semble « amye, cl vous assurer que n'aurez poynt
un prince enchanté; l'autre contemplant amou- « de honte de m'aroyr donné le nom de scrreusement le noble anjmal qui, aYec la har- « viLrur, lequel je vous suplyc de me condiesse du cygne de Léda, approche sa bouche « scrl'er pour jamès. ll Une fois mème, ce
de ses lilvres, comme pour reprendre sa forme roi si peu lcllré rime pour elle des stances 011
humaine par la Yertu d'un baiser. C'est la la veine d'une passion naie perce sous la
Nymphe de Benvenuto, couchée parmi _l~s ,·ersification rocailleuse :
chlens et les fauves. Ce sont encore les Dll'lPlus ferme foy ne fut oncque jurée
nités chasseresses du Primatice et de son
A noul'eau prince, ô ma seule princesse,
école qui lancent la flèche, ajustent l'épieu,
Que mon amour, qui ,·ous sera sans crsse
C:ontre le temps cl la morl asscurée.
allongent leurs corps ondoyants au bord des
De fosse creuse ou de tour birn murrr
fontaines, ou marchent nues dans la camN'n point besoing de ma foy la fol'lresse
pagne, au milieu d'une troupe de nymphes
Dont je ,·ous fy dame. roinc cl mail1·rssc,
qu'elles dépassent du front. L'imagination
Pour ,·r qn'cllr est rl\1trrnrllr rlnrr-r.
. . . . . . . .. ' ..
confond dans un mème lJPC ces sveltes
Ïté1;1s mon Drcu, cornbycn j'ai rcgrèté
images; elle leur donne à toutes le nom de la
Le te:nps que ·j'ai perdu en ma jeunesse!
maîtresse triomphante qui les inspira. L'hisCornbl'en de foi·s je me suys souélé
toire a beau crier que cette jeune déesse était
,\,•ovr· Dyane pour ma seule maylresse,
)lais· je crégnoys qu'elle, quy esl rtée,st',
une vieille femme, que Diane de Poitiers
;se se l'Otilut abcsscr jusque-li,
avait près d'un demi-siècle à l'aurore mèmr
De fal're cas rie moi qui sa11s cela
de son règne; on n'y croit pas, on n'en veut
N'aro;•s ptaysir, joie, ni conlcn~emant,
rien croire. On préfère, aux dates rigoureuses,
Jusques à l'hcui·c que se delybcra.
le chiffre amoureux qui marie l'i[ royal ü
Que j'obéisse à son commandcmanl.
deux croissants enlacés. La postérité a pour
Diane les yeux éblouis d'Henri JI.
Maitresse en titre, Diane de Poitiers tenait,
Renaud dans les jardins d'Armide, Roger entre Henri li et Catherine de Médicis, la
charmé par Alcine, Merlin captivé par la fée place d'une troisième personne de la Royauté.
Viviane dans le buisson de la forêt des Ar- Le blason de son adultère officiel décorait les
dennes, donneraient une faible idée de l'en- murs des châteaux, les dômes des palais, les
sorcellement de ce roi crédule par une magi- arcs de triomphe des Entrées royales; le roi
cienne qui avait l'àge des sorcières. Il l'aima le portait jusque sur ses habits de gala Loutoute sa vie uniquement et absolument. La jours semés de crois~~~t~. Au co~ronnement
faveur de Diane n'eut pas un instant d'éclipse. même de Catherine, 11mttale de Diane, accouPas un nuage ne passa sur son Croissant plée à celle de Henri, s'étalait sur tous les
symbolique qui devint l'astre du règne. On a décors de la fête. Quand le roi visita Lyon,
quelques lettres de Henri II à sa farnritc : avec la reine, à son retour d'Italie, la ville
elles respirent une servitude passionnée : lui donna un ballet représentant la. &lt;! Ch.asse
jamais le sigisbéisme italien n'a parlé plus de Diane, ll qui n'était que l'apothéose éclabumble langage : &lt;! Madame, je vous suplye tante de la favorite. &lt;! Mme de Valentinois, &lt;! de me mander de vostrc santé... afin q11r, « dit Brantôme, - que le roy servoit, au
!( selon cela, je me goul'erne. Car si vous . « nom de laquelle celle chasse se faisoit, en
(( contynuyés à vous trouver mal, je ne von!- !! fut très-contente, et depuis en aima fort
(! droys faillyr vous aller trouver pour vous &lt;t toute sa vie la ville de Lyon. lJ Au tournoi
!! faire servyce, selon que j'y SUJ'S tenu, et où Henri II tomba sous le coup de lance de
« aussy q u'yl ne me seroyt possyble de vivre Montgommery, - Diane avait _alors soixante
&lt;! sy bnguemcnt sans vous voir .... Estant ans, - il portail encore ses couleurs.
« elloigné de cele de quy dépent Louet mo_n
A quoi tint cette passion si étrange et si
!! bycn, il csL malésé que je puysse av01r absorbante que Nicolas Pasquier l'attribue au
&lt;1 joyc .... - Madame ma mye, je vous mercyc charme d'une bague enchantée~ Diane était
« très humblement de la peyne que vous avez belle sans doute, et d'une beauté taillée dans
« prise de me mander de vos nouvelles, quy le marbre : mais stir le marbre même soixante
!&lt; est la chose de ce monde que j'ay la plus années marquent leurs entailles. D'un côté

Brantôme s'écrie : « J'ai veu madame la
« duchesse de Valentinois, en l'aage de
« soixante-dix ans, aussi belle de face,· aussi
« fraische et aussi aimable, comme en l'aagc
« de trente ans. 1&gt; D'une autre part, dès
1558, des épigrammes latines lui reprochent,
a\'ec une rudesse cynique, « ses rides, sa
peau 0asque, ses fausses dents et ses che"cux
gris. n La vérité doit être entre l'adulation et
l'injure. Il est certain que Diane lutta héroïquement contre l'àge. Elle n'avait pas srulcmcnt l'orgueil de la Déesse dont elle portait le
nom redoutable, elle en eul aussi l'activité
Yirilc, les habitudes matinales, la passion pour
la chasse, le goùt des eaux glacées Olt elle se
plongeait au fort de l'hiver. Un tel régime la
maintint longtemps : ces froides ablutions
surtout, d'après les chroniqueurs, furent sa
\'l'aie fontaine de Jouvence. L'ambassadeur
vénitien, Lorenzo Contarini, qui la vit en
'1 552, avec les yeux clain•oyants d'tm indifférent, fait d'elle un portrait aussi éloil(né du
dén igrement que de l'enthousiasme : « La
« personne, - rut-il, - que, sans nul
&lt;1 doute, le roi aime le mieux, c'est Mme de
« Valentinois. C'est une femme de cinquante&lt;( deux ans, autrefois l'épouse du grand séné,c cbal de Normandie el petite-fille de M. de
(C Saint-Vallier, laquelle restée vcm·c, jeune
« et belle, fut aimée el goûtée du roi François
« cl d'autres encore, selon le dire de Lous :
« puis elle vint aux mains de cc roi, lorsqu'il
« n'était que dauphin . Il l'a beaucoup aimée,
&lt;1 il l'aime, et elle est sa maîtresse, Lou le
(&lt; vieille qu'elle est, cosi vecchia come è . Tl
« est vrai de dire que bien qu'elle n'ait
« jamais employé de fards, et peut-être en
,c vertu des soins minutieux qu'elle prend,
« elle est loin de paraitre aussi âgée qu'elle
,c l'est en effet. 1&gt; - Les rares effigies authentiques qui restent de Diane s'accordent avec
ce portrait impartial. Ce sont celles d'une
matrone robuste, sculptée à grands traits, au
front hautain, à l'œil dur, au nez impérieux.
La gorge est ample, l'épaule plantureuse; la
bouche serrée cl rentrantr semble faite, non
pom le baiser, mais pour le secret. Nullr
mollesse, aucune volupté; l'air d'une Junon
romaine avec les formes massirns d'une patricienne de Venise.
Ce n'est pas non plus à l'attrait des sens
qu'on peut attribuer son empire. Henri Il
n'avait rien du tempérament pantagru1iliquc
de son père. Chaste plutôt, d'un sang lent el
lourd, caractère engomdi dans un corps agile.
Le Faune avait engendré un amant transi. On
note à peine, dans Loule sa vie, deux esclandres
une passade italienne d'où résulta

fresque en fresque cl de groupe rn groupe,
comme par une enfilade de miroirs magiques.
Le reflet transformait la femme; la blancheur
des marbres se mêlait à cclfo de la chair;
l'immortelle jeunesse des divinités rajeunissait la matrone. Transfiguration perpétuelle!
Où finissait la duchesse? oi1 commençaient
les déesses? Discrimen obsc1wum. Le Croissant, imoqué dans les incantations païennrs,
achevait l'o:mre fatidique. Les voùLcs des
palais royaux. jonchées &lt;le demi-lunes, célébraient l'apothéose de Diane, comme le ciel
étoilé chante la gloire de Dieu, dans les
psaumes.
En cc genre de sorcellerie, le chàtcau
d'Anet fut le chef-d'œuvre de la favorite : on
l'eût dit bàti sur le plan d'un magicien de
!'Arioste. Villa exquise, peuplée de statuettes,
décorée d'élégants portiques, réjouie par
l'abondance et pa1· le chant des eaux vives;
arec des viricrs qui inYitaicnf à la pêche, des
chenils résonnants de l'aboi des meules, des
volières Olt piétinaient les faucons; et, comme
dans le palais d'été d'un sultan d'Orient, des
cages pour les guépards dressés à la chasse.
Toul alentour, par delà le jardin semé de

DIANE DE P OITIER S.

Taélea11 de

FLANDRIN,

(/ltttsee de Versailles.)

bosquets, des plaines cl des forêts giboyeuses
entourées d'une molle ceinture de collines.
C'était le cercle de l'enchanteresse. Le roi v
coulait des jours fëeriques, sous l'influence d~
la fée du lieu. Au milieu de ses guerres

1..

... 29 ...

DUNE DE P01T1ER._S

--

...

d'Italie cl d' A.llcmagnc, on le voit aspirer aux
fontaines d',\.net comme le cerf de Dm·id aux
sources .
On cherche la reine dans toute celle histoire : elle parait à peine, éclipsée qu'elle est
par la déesse au Croissant. C'est une Cenerentola couronnée. Longtemps stérile, craignant le dil·orce, disgraciée du roi que rebutaient ses gros yeux à 0eur de tète et sa
bouffissure maladi,·e, Catherine de Médicis
s'était anéantie derant sa rivale. Ne pouvant
la renverser, clic se jetait dans ses bras. Diane
la protégeait et la consolait, et de temps à
autre, avec une altière pitié, impérieuse comme
la Vénus de l'Iliade jetant Pâris sur la couche
d'Hélène, elle poussait le roi dans le lit nuptial. Contarini le dit ncllement clans une
dépêche au sénat de Venise : - « La reine
« fréquente continuellement la duchesse, qui,
« de son côté, lui rend les meilleurs offices
« clans l'esprit du roi : et soul'cnt, c'est elle
« qui l'exhorte à aller dormir arec la reine. »
Selon le rituel chevaleresque, dans la sphère
su])]imée où Henri el Diane avaient placé
leurs amours, ce n'était pas là une infidéli té
de l'amant. Qu'importait l'épouse matérielle à
la maitresse de l'ùme, la génitrice
dynastique à l'inspiratrice de la
royauté? Rachel n'avait- elle pas
omwt à sa servante .Bilba la tente
de Jacob? Comme la fille de Laban, Diane de Poitiers, envoyant le
roi dans la chambre de Catherine,
poll\'ait dire : « Voici· ma servante.
« Yiens vers elle; elle aura des en&lt;&lt; fants; je les élèverai sur mes gc&lt;&lt; noux, el je serai glorifiée par
,c clic. 1&gt;
Une seconde fois, le verset biblique fut accompli à la lettre. Catherine eut des enfants, Diane les éleva
sur ses genoux, et clic en fut glorifiée. L'imitation de la Déesse dont
elle portail le nom est visible dans
tous ses actes : ici, encore, elle fut
fidèle à son type. La mythologie
attribuait à la sœur d'Apollon la
délivrance des femmes en travail et
le patronage des enfants. Diane
revendiqua, auprès de la reine, cette
fonction propice. Elle l'assistait
dans ses couches, elle la soignait
dans ses relevailles, elle présidaitau choix des nourrices, et s'occupait, par menus détails, de la santé
des princes nouveau-nés. Ses lettres
sont remplies de ce tracas de nourrices et de nourrissons. Ce ne sont
que rilgles d'aménagement intérieur, changements de· résidence
ordonnés au moindre soupçon d'épidémie ou de mauvais air, holà
mis sur les q uerclles des valets
et des gouvcmanles, médecins avertis, médicamcnls expédiés. - Un jour elle
envoie de la poudre de licorne pour la rougeole d'une princesse : remède fabuleux qui
sied, venant d'une fée chasseresse.
Cet empiètement de maternité autorisé du

�- - 111STO'l{1.ll -----------------------------------------~
roi, subi par Catherine, mettait le comble à
sa puissance. Les enfants seuls auraient pu
éloigner d'elle son amant en le ramenant vers
la reine. Diane se les adj ugeant de haute
main, accaparant les soins de leurs berceaux,
ne laissant à la reine que la fonclion de les
meure au monde, l'annulait encore plus
qu'avant. La mère passive, destituée de l'éducation, s'effaçait derrière la seconde mère
vigi lantc, active, efficace, g~nic tutélaire de la
dynastie. - Deux. tableaux du temps célèbrent insolemment celle usurpalion maternelle. L'un montre Diane assise, nue, dans
son bain, au miEcu des enfants de France
allaités ou jou1nl dans la chambre. L'autre la
représente nue encore, scion son privilège de
déesse, entourée des dames de la cour en
costume de fète, cl recevant solcnncllcmcnl
un prince nomcau-né qu'une femme agenouillée lui présente. La reine, très reconnaissable,
s'éloigne à pas lents sur le second plan.
Elle a enfanté, sa tâche csl remplie. C'est
Loujom·s l'histoire de la Bible : - &lt;( Bilha
&lt;( conçut et enfanta un fils à Jacob. - fla« chel dit : Dieu m'a jugée, il a exaucé
&lt;( ma voix., el m'a donné un fils. - Ililha,
(1 scrrantc de Rachel, conçut encore une
&lt;( seconde fois, et enfanta un second fils à
&lt;I Jacob. - Rachel dit : J'ai lutté contre ma
1( sœur dans des luttes divines, et je l'ai
&lt;( Yaincuc. l&gt;

11 taul passer aux affaires sérieuses. ~carlez
cet appareil olympien, soufflez sur le Croissant, dissipez les fantasmagories mythologiques qui la voilent cl la transfigurent, rous
Lromez une femme, non pas d'État, mais
d'affaires, exploitant et pressurant sa faveur.
La chasseresse s'entendait aux. pièges et aux.
curées. Sa seule passion fut l'avidité : une
avidité immense, insatiable, fJ.Ue ne rassasia
pas la France dépecée et dévorée pendant quatorze ans. Que sont les concussions de la
Pompadour, les dilapidalions de la ])u Barry,
auprès de celles de Diane de Poitiers? Dt:s
larcins cl des grappillages. ])iane aspirait, et
absorbait tout, les confiscations, les bénéfices,
les procès, les ventes de gràces cl de charges,
Anet, Chenonceaux, le duché de Valcnlinois,
des provinces. Un moment, clic se fil adjuger
&lt;( toutes les terres vacantes au royau me l&gt; :
cc n'était rien moins qu'un quart de la !&lt;rance.
On la voit, dans une de ses lcllres, brocanter
avec son cousin, M. de Charlus, des captifs
espagnols pris en mer par le baron de La
Garde, cl dont le roi lui avait fait don. Il
s'agit de les vend re le plus cher possi ble :
&lt;( Vous regarderez qui en baillera le plus des
&lt;1 capitaines des gallèrcs ou bien des Génois,
&lt;( et les destinerez à ceux-là. » Les capitaines

de galères en offrent vi ngt-cinq écus pièce :
- &lt;( Mais, - dit Diane, - cc n'est raison&lt;( 01ble, car le tout ne rcviendroi t qu'à envici ron douze mille écus. » - Cependant le
Turc, allié du roi, pourrait réclamer sa pari
de capture : (1 Je rous prie donc regarder
&lt;1 pour le mycul x, cl y user de diligence, car
(( on m'a dicl que le Grand Seigneur cnvoyc
&lt;( w1g homme par dcça, pour en fafrc quel&lt;( qucs remontrances au roy, cl je voud roys
&lt;( bien que cela fusL vuidé avant que il fust
« arrivé. l&gt;
Spectablc étrange cl presque incroyable!
La Diane de Jean Goujon tenant le comptoir
d' un bazar d'esclaves!
Les supplices faisaient partie des , rc\'Cnus
de Ja favorite. Elle battait monnaie à la place
de Grève. Pour les protestants, ce fut la
fërocc Diane de Tauride. Elle les dépouillait
en les égorgeant sur son coffre Laillé en autel.
« La Yachc à Colas, J&gt; comme on appelait
alors la Réforme, fut sa vache à lait el lt sang.
- Une scène tragique, que rhistoire nous a
conservée, est celle de cet ou\'l'ier call'inistc
qu'elle manda dans sa chambre pour le faire
abju rer devant Hcill'i Il. L'homme, nullement
effrayé, pal'la haut cl soutint sa foi, cl lorsque
Diane voulut intcrl'cnir dans la conlrm·ersc, il
éclata comme aurait fait Élie apostrophant
.Jézabel : - « Madame, contentez-vous d'aroir
« infecté la France, cl ne mèlcz rotrc. ordure
&lt;1 parmi chose si sacrée qu'est la vérité de
&lt;( Dieu. » Le roi, furieux, roulut aller lt: mir
brùlcr vif; mais il recula, transpercé d'effroi,
devant le regard fixe que le martyr allacha
sur lui, du milieu des flammes.
Ainsi, parmi ses phast:!s brillantes et diri11es,
Diane, comme sa patronne, avait une phase
infernale. Les feux qui l'entourent, dans les
fresques de }&lt;ontainchlcau, oü clic fi gure sous
l'image dïlécalc, proviennent du reflet des
bûchers ardents.
Ses curieuses lcllrcs, récemment publiées,
mettent à nu sa dureté d\,mc et sa volonlé
implacable. Elles sont courtes, serrées, précises, tendues au fait, dénuées d'agrément.
Aucune larme, aurn nc effusion n'attendrissent
ces missires arides. Pas une fleur dans leurs
broussailles de chicane. li en csl qut: pourrait
signer un vieux grcf'iicr de J3asochc. Çà cl fa ,
au bas des pages, dt:s protestations de bit:nrnillancc ou de modestie feinte qui rcsscmLlenl à de faux sourires. îlien de plus sec cl
de plus glacial. Cela semble écrit, de la
pointe d' une fl èche, sur du sable ou sur de la
neige.
Des attitudes majestueuses, un imposant
décorum mas11 uaicnl cellt: vie de fraude cl
d'exploitation. L'orgueil de Diane ne fl échit
jamais; clic vécut sur un piédestal. Après la

mort du roi, elle sorlit en reine du théâtre o:.i
elle avait régné si longtemps. Henri ll respirait encore lorsque Catherine de Médicis l'envoya sommer de rendre les joyaux de la Couronne qui remplissaient ses écrins. C( Elle
&lt;( demanda soudain à M. !'harangueur :
(( Comment! le roi est-il mort? - Non,
&lt;( madame, répondit l'autre, mais il ne peut
(( guieres Larder. - Tanl qu'il luy restera un
&lt;( doigt de vie doncqucs, dit-clic, je Ycus que
&lt;( mes cnncmys sachent que je ne les crains
&lt;1 point, et que je ne leur obcyrai tant qu'il
(c sera l'i,·ant. Je suis encore invincible de
&lt;( cou rage. Mais lorsqu'il sera mort, je ne
&lt;1 Yeus plun irrc après lui ; et toutes les amer« tum~s qu'on me sçauroil donner ne me
&lt;( seront r1uc douceurs auprès de ma perte.
c1 Et par ainsy, mon roy vif ou mort, je ne
11 crains pas mes cnncmys. 11 Le roi
mort, elle garda cnrcrs et contre tous cette
fière coatcnancc, ne rendit rien, sauf Chenonceaux, dont Catherine se contenta pour
rançon, el se retira lentement, Lranc1uillcment, lourde des dépouilles de la France.
Elle Yécul sept ans encore dans son chàteau
d'Anct, bicntùt réconciliée avec le nouveau
règne; toujours belle, s'il faut en croire
Brantôme qui chante un hymne à son crépuscule. Son testament hérissé de clauses, de
restrictions, de réscrrcs, équiraut à une
autopsie morale. Le cérémonial de sa sépulture, les messes, les prières, les aumônes
mortuaires, les h:ibits de deuil payés à ses
gens, les cierges cl les chapelets fournis aux
bons pauvres, qui dcl'l'ont se répéter l'un à
l'autre : &lt;( Priez Oyeu pour Diane de Poylicrs, J&gt; y ont réglés arnc une précision poin1illcusc : C( Que je sois bien servie en l'csglisc,
C( je me contcnteray des pompes de cc monde. l&gt;
Son caractère positif' s'empreint encore sur cc
&lt;•ontral de la dernière heurt:!. ])ianc mourante
fa it les affaires de son âme, aussi âprement
r1u 'clic fit celles de sa vie terrestre.
Malgré tout, l'art l'emportera sur l'histoire,
les marbres préraudront sur les Lex.Les, les
tablea ux recouvriront la réalité. Diane restera,
pour la postérité, la déesse protectrice de la
Rcna'.ssance. Elle apparaitra toujours dans sa
nudité dil'inc, appuyée sur un arc d'argent,
au scu:I d'un chàlcau de la 'fourainc, entre
Frant:ois l•", ciui la rt:garde arec son large rire
de satyre, et Henri li, qui la couve de son
rague regard d'Actéon .... Le cor sonne, des
,tatues élancées surgissent entre les éclaircies
des charmilles; les eaux jaillissent cl se recourbent en gerbes; un cerf royal sort des
fu taies ombreuses cl vient mollement s'étendre
it Sl!S pieds. Un Enchanteu r arrive qui fixe à
jamais le grou pc idéal, cl l'apothéose illusoire
dcricnl une consécration élt:rncllc.
PAUL DE

Cliché )(eurdcin frères.
MURAT

A lËNA

-

Tableau d'HENRI CHARTIEP ,

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XXVIII
~füsious aupl'ès di: f'Empere111· et du roi ùc Prusse. Situation de la Prusse.

SAINT-VICTOR.

l

Pendant que nous étions à Francfort un
accident fort douloureux survenu à un officier
du 7• corps me valut une double mission,
dont la première partie fut très pénible, et la
seconde fort ag-réablc et même brillante.
A la suite d'une fièvre cérébrale, le lieutenant N... , du 7• chasseurs, tomba complètemeut en enfance; le maréchal Augereau m~
?barg~a d? conduire cc pauvre jeune homme
a ParJs d abord, auprès de Murat, qui s'y

était toujours ;intéressé, et ensuite dans le
Quercy, si celui-ci m'en priait. Comme je
n'avais pas vu ma mère depuis mon départ
pour la campagne d'Austerlitz, et la savais
non loin de Saint-Céré, au château de Bras,
que mon père arait acheté quelque temps
avant sa mort, je reçus avec plaisir une mission qui, tout en me meltant à même de
rendre service au maréchal Murat, me permcllait d'aller passer quelques jours auprès
de ma mère. Le maréchal me prèla une bonne
calèche, et je pris la route de Paris. Mais
la chaleur cl l'insomnie exaltèrent tellement
mon pauvre camarade que, passant de l'idiotisme à la fureur, il fai llit me tuer d'un coup

de clef de voilure. Je ne fis jamais un voyarrc
plus désagréable. Enfin, j'arrivai à Paris ~t
co~dui~is !e lieutenant N... auprès de Murat,
qm rés1da1t pendant la belle saison au cMteau
de Neuilly. Le maréchal me pria d'achel'er la
tâche que j'avais commencée ét de con~uire _N ... dans le Quercy. J'y consentis, dans
l esp01r de revoir ma mère, tout en faisant
o?servcr que je ne pouvais partir que dans
v1~gt-qualre heures, le maréchal Augereau
m ay_~nt ~ba r?~ de dépèchcs pom· l'Empcreur,
que~ ail~, :cJ0111drc à Rambouillet, où je me
rund1s offic1cllcmcnl le jour mèmc.
J'ig?,~re_ ce que contenaient les dépèches
dont J etais porteur, mais elles rendirent

�H1STORJA
!'Empereur fort soucieux. Il manda M. de
Talleyrand et partit avec lui pour Paris, où il
m'ordonna de le suivre et de me présenter
chez le maréchal Duroc le soir. J'obéis.
J'attendais depuis longtemps dans un des
salons des Tuileries, lorsque le maréchal Duroc, sortant du cabinet de !'Empereur dont il
laissa la porte enLr'ouverte, ordonna de vive
voix à un officier d'ordonnance de se préparer
à partir en poste pour une longue mission.
Mais Napoléon s'écria : « Duroc, c'est inutile,
puisque nous avons ici Marbot qui va rejoindre
Augereau; il poussera jusqu'à Berlin, dont
Francfort esl à moitié chemin. 1&gt; En conséquence, le maréchal Duroc me prescrivit de
me préparer à me rendre .à Berlin avec les
dépèchcs de !'Empereur. Cela me contraria
parce qu'il fallait renoncer à aller embrasser
ma mère; mais force fut de me résigner. Je
courus donc à Neuilly préYcnir Mural. Quant
à moi, croyant ma nouvelle mission très
pressée, je retournai aux Tuileries; mais le
maréchal Duroc me donna jusqu'au lendemain
malin. J'y fus au lm·cr de l'aurore, on me
remit au soir; puis le soir au lendemain, et
ainsi de suite pendant plus de huit jours.
Cependant je prenais patience, parce q11c
chaque fois que je me présentais, le maréchal
Duroc ne me tenait qu'un instant, ce qui me
permettait de courir dans Paris. Duroc m'avait remis une somme assez forte, destinée it
renouveler mes uniformes loul à neuf, afin
de paraitre sur un bon pied deYant le roi de
Prusse, entre les mains duquel je devais
remettre moi-même une lettre de !'Empereur. Vous voyez que Napoléon ne négligeait
aucun détail, lorsqu'il s'agissait de relever le
militaire français aux yeux des étrangers.
Je partis enfin, après avoir reçu les dépêches et les inslructions de !'Empereur, qui me
recommanda surtout de bien examiner les
troupes prussiennes, leur tenue, leurs armes,
leurs chevaux, etc... M. de Talleyrand me
remit un paquet pour M. Laforest, ambassadeur de France à Berlin, chez lequel je devais
descendre. Arrivé à Mayence, qui se trouvait
alors faire partie du territoire français, j'appris que le maréchal Augereau était à Wiesbaden. Je m'y rendis et le surpris fort en lui
disant que j'allais à Berlin par ordre de !'Empereur. Il m'en félicita et m'ordonna de
continuer ma route. Je marchai nuil et jour
par un Lemps superbe du mois de juillet, cl
arrivai à Berlin un peu fatigué. A celte époque,
les routes de Prusse 11' étant pas encore ferrées, on roulait presque toujours au pas srn·
un sable mouvant où les voitures, enfonçant
profondément, soulevaient des nuages de
poussière insupportables.
M. Laforest me reçut à merveille. Je logeai
à l'ambassade et fus présenté au Roi et à la
Reine, ainsi qu'aux princes el aux princesses.
En recevant la lettre de !'Empereur, le roi de
Prusse parut for t ému. C'était un grand el
bel homme, dont la figure exprimait la bon lé;
mais il manquait de cette animation qui
dénote un caractère ferme. La Reine était
vraiment très belle; une seule chose la déparaiL: elle portait toujours une grosse cravate,

'-------------'------------afin, disait-on, de cacher un goitre assez prononcé qui, à force d'être tourmenté par les
médecins, s'était ouvert et répandait une matière purulente, surtout lorsque cette princesse dansait, ce qui était son divertissement
de prédilection. Du reste, sa personne était
remplie de grâce, et sa physionomie spirituelle et majestueuse exprimait une volonté
ferme. Je fus reçu très gracieusement, et
comme la réponse que je devais rapporter à
!'Empereur se fil attendre plus d'un mois,
tant il parait qu'elle était difficile à faire, la
Heine voulut bien m'inviter aux fètes el bals
qu'elle donna pendan t mon séjour.
De Lous les membres de la famille royale,
celui qui me traita al'ec le plus de bonté, du
moins en apparence, fut le prince Louis,
neveu du Roi. On m'avait prévenu qu'il exécrait les Français et surtout leur empereur ;
mais comme il aimait passionnément l'étal
militaire, il me questionnai t sans cesse sur le
siège de Gênes, les batailles de Marengo el
d'Austerlitz, ainsi que sur l'organisa Lion de
notre armée. Le prince Louis de Prusse était
un homme superbe, et sous le rapport de l'esprit, des moyens el du caractère, c'était de
Lou~ les membres de la famille royale le
s~ul qui eùL quelque ressemblance avec le
grand Frédéric. Je fis connaissance avec plusieurs personnes de la Cour, et surtout avec
des officiers que je sui rais tous les joms à la
parade el aux manœmres. Je passais donc
mon temps fort agréablement à Berlin, où
notre ambassadeur me comblait de prévenances; mais je finis par m'apercevoir qu'il
voulait me faire jouer dans une affaire délicate
un rôle qui ne pouvait me convenir, et je
devins très réservé .
Mais examinons la position de la Prusse
vis-à-vis de Napoléon. Les d~pêches que j'apportais )' aYaicnl trait, ainsi que je l'ai su
plus tard.
En acceptant de Napoléon le don de l'électoral du Hanovre, patrimoine de la famille
régnante d'Angleterre, le cabinet de Berlin
s'était aliéné non seulement le parti antifrançais; mais aussi presque toute la nation prussienne. L'amour-propre allemand se trouvait
en effet blessé des succès remportés par les
Français sur les .\utrichiens, el la Prusse
craignait aussi de Yoir son commerce ruiné
par suite de la guerre que le cabinet de Londres venait de lui déclarer. La Reine et le
prince Louis cherchaient à profiler de celle
effervescence des esprits pour amener le Roi
à faire la guerre à la France, en se joignant à
la Russie, qui, bien qu'abandonnée par l'Autriche, espérait encore prendre sa revanche
de sa défaite d'Austerlitz. L'empereur Alexandre était encore entretenu dans ses projets
contre la France par un Polonais, son aide de
camp fayori, le prince Czartoryski.
Cependant le parti antifrançais qui s'augmentait tous les jours n'avait encore pu
déterminer le roi de Prusse à rompre avec
Napoléon ; mais se sentant appuyé par la
Russie, ce parti redoubla d'efforts, et profita
habilement des fautes que commit Napoléon
en plaçant son frère Louis sur le trône de
.... 32 ...

Hollande, et en se nommant lui-mème protecteur de la Confedération du JU1in, acte
qu'on pt·ésenta au roi de Prusse comme un
acheminement au rétablissement de l'empire
de Charlemagne. Napoléon voulait, disait-on,
en finir, pour faire descendre tous les souverains d'Allemagne au rang de ses vassaux!. ..
Ces assertions, fort exagérées, avaient néar.moins produit un grand changement dans
l'esprit du Roi, dont la conduite avec la
France devint dès lors tellement équivoque,
qu'elle détermina Napoléon à lui écrire de sa
main, et sans suivre la marche habituelle de
la diplomatie, pour lui demander : &lt;1 Êtesvous ,pour ou contre moi?... » 'f cl était le
sens de la lettre que j'avais remise au lfoi.
Son conseil , voulant gagner du temps pour
compléter les armements, fit retarder la
1·éponse, et ce fut la cause c1ui me retint si
longtemps à Berlin.
Enfin, au mois d'aoùL, une explosion générale eut lieu contre la France, el l'on Yil la
Reine, le prince Louis, la noblesse, l'armé!',
la population entière, demander la guerre à
grands cris. Le Roi se laissa entrainer ; mais
comme, bien que décidé à rompre la paix, il
conscrrail encore un fai ble espoir d'él'iter les
hostilités, il parail quedans sa réponse à 1'8mpcreur il s'engageait à désarmer, si celui-ci
ramenait en France toutes les troupes qu'il
avait en Allemagne, ce que Napoléon ne
Youhiit faire que lorsque la Prusse aurait
désarmé, de sorte que l'on tournait dans un
cercle vicieux d'où l'on ne pouvait sortir que
par la guerre.
Avant mon départ de Berlin, je fus témoin
du délire auquel la haine de Napoléon porta
la nation prussienne, ordinairement si calme.
Les officiers que je connaissais n'osaient plus
me parler ni me saluer ; plusieurs Français
furent insultés par la populace; enfin les gendarmes de la garde noble poussèrent la
jactance jusqu'à venir aiguiser les lames de
leurs sabres sur les degrés en pierre de l'hôtel de l'ambassadeur français!... Je repris en
toute hâte la roule de Paris, emportant avec
moi de nombreux renseignements sur cc qui
se passait en Prusse. J~n passant ~ Fra~cfor~,
je trouvai le maréchal Augereau fort tn ste; 11
venait d'apprendre la mort de sa femme,
bonne et excellente personne qu'il regretta
beaucoup, et dont la perle fut sentie par
tout l'état-major, car elle avait été excellente
pour nous.
Arrivé à Paris, je remis à !'Empereur la
réponse autographe du roi de Prusse. -~pr~s
l'aroir lue, il me questionna sur ce que J avais
rn à Berlin. Lorsque que je lui dis que les
rrendarmcs de la garde étaient venus aiguiser
leurs sabres sur l'escalier de l'ambassade de
France, il porta vivement la main sur la_poignée de son épée et s'écria avec indigna~10n ,=
&lt;1 Les insolents fanfarons apprendront b1entot
que nos armes sont en bon étal!. .. ». , .
Ma mission étant dès lors Lcrmlllee, JC
rctom nai auprès du maréchal Augereau et
passai tout le mois de septembre à Francfort,
où nous nous préparâmes à la guerr~ en
continuant à nous amuser le plus possible,

ca_r nous pensions que rien n'étant plus incertam que la Yie des militaires, ils doil'ent s'empresser d'en jouir.

un très grand nombre d'hommes, qui, deve- domestique de guerre, François Woirland
nus soldats malgré eux, étaient· tenus de ~er- ancien soldat de la légion noire, vrai sacri~
vir jusqu'à ce que l'àge les mit hors d'état de pant et grand maraudeur : mais ce sont là
porter les armes ; alors on leur délirrait un les meilleurs serviteurs en campagne; car
CHAPITR.E XXIX
brc\'Cl de mendiants, car la Prusse n'était avec eux on ne manque jamais de rien. J'avais
pas assez riche pour leur donner les Invalides trois excellents cheraux, de bonnes armes, un
J'.:1al ,(e l'armée prussienne. - 1(31•d1c su,· \\'url,- ou la pension de retraite. Pendant la durée de
peu d'~rgenL; je_ me portais très bien, ,je
hou'.·g. - Combat de Saal feld et rnorl du princo&gt;
leur senicc, ces soldats étaient enc.1drés enlrr. marchais donc gaiement au-devant des éréll!'l.ou,s ~c Prnssc. - Augereau Pl son _anriru compade n·ais Prussil'ns, dont le nomhrc de,·ait être mcnls futurs! ...
l(flOfl d armes. netolll' it Iéna. - Episnrle.
au moin~ de -moitié de l'effectif de chaque
Nous nous dirigeùmes sur ,\ scbalfenl1ournCependant les diflërcnls corps de la m·and1• compagme, afin de prérenir les réroltcs.
d
'oit
nous gagnâmes " 'urtzbourg. Nous y
,
h .
o
armce se rapproc awn l des ril'es du )lein.
P?ur mai_nlcnir une armée composée de trouvâmes !'Empereur, c1ui fit défiler le~
!,'Empereur venait d'arriver à \\'urtzbournparties aussi hétérogènes, il falla it une dis- troupes du 7° corps, dont l'enthomiasmc
ct sa garde passait le Rhin. Les Prns~iens,
cipline d~ fer ; aussi la plus légère faute ctail- était fort grand. Napoléon, qui possédait des
leur coté, s'étant mis en marche et Lrarersant elle purne par la bastonnade. De très nom- ~otes sur Lous les régiments, cl qui savait en
la Saxe, avaient contraint !'Électeur à joindre breux mus-officiers, Lous Prussiens, portaient t'.rcr très habilement parti pour flatter
ses troupes aux leurs ; celle alliance forcée, cl constamment une canne, dont ils se scnaicnt 1amour-propre de chacun d'eux, di t en ,·ovant
pa!· conséquent p eu sùre, était la seule que le très souven_t, et, selon l'expression admise, on le 14° de ligne : « Vous ètcs de tous les c~r ps
roi de Prusse eul en Allemagne. Il attendait, comptait 1mc canne pour sept hommes. La ,, de mes armées celui où il y a le plu~ de
il est vrai, les nusscs ; mais leur armée était en- désertion du soldat étranger était irrémissi- &lt;1 rhev'.·ons; aussi vos trois bataillons compcore en P?logne, d?1Tièrc Je Xiérnen. à plus blement punie de mort. \'ous fi r1urcz-ro11s &lt;&lt; Lent-:ls à mes yeux pour six !... » Les solde cent cmquante lieues des contrées où les r_~lfreuse position de ces él ranicrs, qui, dats enthousiasmés répondirent: 11 Nous Yous
destinées de la Prusse allaient èLrc décidées. s etanl engagés dans un moment d'i1Tcsse, ou le promerons dcl'ant l'ennemi! 1&gt; .\u 7° léger,
. On a peine à concevoir l'impéritie qui pré- ayant été cnlerés de force, se royaienl, loi11 presque tout composé d'hommes du bas Lansida pendant sept ans aux décisions des cabi- de leur pairie el sous un ciel glacial, condam- guedoc et des Pyrénées, !'Empereur di t :
nets des ennemis de la France. Nous avions nés à être soldats prussiens, c'cst-it-dire &lt;1 Voilà les meilleurs marcheurs de l'armée·
• •
•
l
rn, en '1805, les Autrichiens nous attaquer e~claves, pendant Loule leur ,·ie!... Et quelle « on n' en vo1tiama1
s un seul en arrière, sursur le ])anubc et se faire ballre isolément it 1·1_e ! A pemc nourris, couchés sur la paille, « tout quand il faut joindre l'ennemi ! 1&gt; Puis
Ulm, au lieu d'attendre que les Russes les 11 ayant que des haLits très légers, point de il ajouta en rian t. « Mais, pour rous rendre
eussent rejoints, et que la Prusse se l'ùl ca poics, même dans les hi rers les plus froid s, &lt;1 justice entière, je dois vous dire que Y0us
dé~larée contre Napoléon. Yoici, à présent, cl ne touc?ant qu'une solde insuffisante pour &lt;r ètcs les plus criatds et les plus maraudeurs
(J~ en 1806, ~es mèmes Prussiens qui, l'année
leurs !)esom~. Aussi n'attendaient-ils pas pour &lt;I de l'armée! - C'est \'l'ai, c'est vrai! 1&gt;
d arant, aurarnnl pu empêcher la défaite des mendier r1u on leur en donnât l'autorisation répondirent les soldats, dont cbacun araiL u11
Austro-Busses en se joignant à eux, non seu- c?, l~s renroyanL du scn•icc, car, lorsqu'ils canard, une pou.le ou une oie sur son sac,
lement nous dé~larent la guerre, lorsqur nous n ela1?nt pas sous les Jeux de leurs chefs, ils ~b~s ~uïl fallait tolérer, car, comme je vous
sommes en paix arec le cabinet de Vienne
L_e~1daient la main, et il m'est arril'é plusieurs 1 a, dit, les armées de Napoléon, une fois
mais, imitant sa fau te, nous allaqucnt san~ fois, tant à Potsdam qu'à Ilcrlin, de roir les qu 'clics étaient en campagn~, ne recevaient
aLLcndre les Russes !... Enfin, trois ans aprè~, gr_enadiers à la porte mèmc du noi me sup- d? distri butions que fort rarem1·nt, chacun
Ill 1800, les Autrichiens renournlèrent seuls
plier de leur faire l'aumùnc !...
Y1rant sur le pays comme iI pom·ail. Celle
la guerre contro Napoléon, au moment oi1
Les
officiers
prussiens
étaient
r1énéralemenl
méthode présentai t sans doute clc 0n-raYcs
.
.
e
celu::-ci était en paix al'cc la Prusse cl la 1nstrmts cl scrrnicn l fort bien ; mais la moitié rncom·en:enls, ma,s elle ara,t un avantan-c
Il uss1c ! Cc désaccord assura la ricLoirc lt la d'entre eux, nés hors du ropumc, étaient de immense, celui de nous pcrrnr tlrc de pouss;,.
France. Malheurcusemcnl, il n'en fut pas de pauHcs gentilshommes de presque toutes les I011Jours en ayant, sans ètrc embarrassés d!'
mèf'.1~ en 1815, où nous fi'imcs écra~és par la cont~écs de l'Europe qui, n'ayant pris du conrois et de magasins, cl ceci nous donnait
coalition de nos cnnrm:s.
service que pour aroi r de quoi ,·inc, ma n- une lrès grande supériorité sur les ennemis.
Le roi de Prusse cul d'autan t plus tort en nuaient de patriotisme et n'étaient nullement dont tous les mouvements étaient subordonm:,
1_80?, ,de se déclarer contre Napoléon a:·ant èlhoués il fa Prusse; aussi l'ahandonnèrent- ii la cuisson ou à l'arriréc du pain, ainsi qu 'i1
1arr1Yec .des ~usscs,, que srs troupes, bien ils presque tous, lorsqu'elle fu t dans J'ad rcr- la marche des troupeaux de bœufs, etc. , etc.
11ue fort mstru1 tcs, n étaient pas en élat de se
silé_. Enfi n, l'aranccment n'ayant lieu r1uc p~r
De \\'urtzbourg, le 7° corps se diri gea l'Cl'.,
1~1csurcr al'CC les nôtres, tant leur com posi- a1l&lt;'t cnneté, la très grande mnjori té des of'fl - Cobourg, où le maréchal fut logé au palais
t'.on cl leur organisa Lion étaient mauvaises . ,·icrs prussiens, l'ieux, c:i.s~és, se I roa raic11L du prince, dont Loule la famille s'était éloil~n cflet, _il celle époque, les capita:nes prus- hors d'état de supporter les fatigues de b gnée à notre approche, excepté le célèbre
siens étaient propriétaires de leur compagDic guerre. C'était une armée ai11si composée et feld-maréchal autric!:ticn prince de Cobourg.
ou escadron : hommes, chcraux armes
commandée qu'on _allai t opposer aux vain- Cc ,·icux guerrier, qui arait si longtemps
11.11i,·11.cmcnls, tout leur appartenait.
' C'était'
queurs d'Italie, d'Egyp:c, de l'Allemar1ne
et combattu contre les h ançais, dont il appré0
une espèce de ferme qu'ils louaient au "OU- d'Aus!crijtz! ... Il y a rait folie! mais lc cabi- ciait le caractère, cnl assez de confiance en
rnrnc~ncnt, moyennant un prix conYcnu~ On net de Derli11, abusé par les l'ictoires que le cnx pour les allcndre. Cette confiance ne fu L
conç9_1t que toutes les pertes étant à leur grand Frédéric arait obtenues arec des troupes pas trompée, car le maréchal Augereau lui
compte, les cap:Laines avaient un rrrand inlé- mercenaires, espérait qu'il en serait encore de cnyoya une garde d'honneur, lui rendit al'ec
·t.
,
0
rc a menager leur compagnie, tant dans les même; il oubliait que les Lemps étaient b:en empressement la Yisile qu'il en avait reçue,
marches que sur les champs de halaille, cl changés ~...
cl prescrivit d'al'oir les plus gi·ands é"'ards
.
0
comme le nombre d'l.10mmcs qu'ils étaient
Le 6 ocl~bre, le maréchal Augereau el le pour 1m.
tenus d'a"?ir_ était_ fixé, et qu'il n'existait pas 7° corps qu1LtèrcnL Francfort, pour se dirin-cr,
Nous n'étions plus éloignés des Prussiens,
O
de conscr,pllon, ils enrôlaient à prix d'ar- ainsi que toute la grande armée, rers les dont le Roi se trouvait à Erfur t. La Reine
g~nt, d'abord les Prussiens qui se présen- frontières de Saxe, déj à occupées par les l'accompagnait et parcourait à cheval les
taient, ensuite Lous les ragabonds de l'Europe Pl'ussiens. L'automne était superbe ; il gelait rangs de l'armée dont elle cherchait à exciter
que leurs cnrùleurs embauchaient dans les un peu pendant la nuit, mais le j our nous l'ardeur par sa présence. Napoléon, trouvant
Etats Yoisms.
· · Mais cela ne suffisant pas les a,·ions un soleil Lrillanl. Mon petit équipa"e
que ce rôle n'appartenait pas à une princesse,
recruteurs prussiens enleraien t de 1,ive force était bien organisé ; -j'arais pris un L~n lança ro:ilrc elle dans ses bulletin~ des obscrV

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Il. - li rsr oR,,. -

Fasc 9

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�.Mi.M01R_ES DU GÉNÉR_.JIL B.JIR_ON DE .M.JIR_BOT - - ,

rations forL blessantes. Les avanl-gardes
française et prussienne se rencontrèrent enfin
le 9 octobre à Schleitz; il y eut sous les yeux
de !'Empereur un petit combat, où les ennemis furent battus : c'était pour eux un début
de mauvais augure.
Le même jour, le prince Louis se Lrouvait,
:wrc un corps de dix mille hommes, posté 11
Saalfeld . Cette ville est située sm· les ri l'es dt'
la Saale, au milieu d'une plaine à laquelle on
arrire en tr:l\'ersanL des montagnes forL
abruptes. Les corps des maréchaux Lannes cl
Augereau s'avançant sur Saalf,·ld par ces
montagnes, le prince Louis, puisqu'il Youlail
attendre les Français, aurait dù se placer
dans celte contrée difficile et remplie de
défilés étroits, où peu de troupes peuvent en
arrèler de fort nombreuses; mais il négligea
cet avantage, probablement par suite de la
persuasion où il étHit que les troupes prussiennes valaient infiniment mieux que les troupes
françaises. Il poussa mrmcle mépris de toute
précaution jusqu'à placer une partie de ses
forces en aranl d'un ruisseau marécageux, cc
qui rendait leur relraile fort difficile en cas
de revers. Le rieux général Muller, Suisse au
~ervice de la Prusse, que le Roi aYait placé
auprès de son ne,·cu pour modérer sa fougue,
ayant fait à celui-ci quelques observations à
ce sujet, le prince Louis les reçut fort mal,
en ajoutant rrue pour battre les Français il
n'était pas besoin de prendre tant de précautions, et qu'il suffisait de tomber dessus dès
qu'ils paraitraient.
Ils parurent le 10 au malin, le corps du
maréchal Lannes ei1 · première ligne, celui
d'.\ugereau en seconde; mais ce dernier n'arrira pas à temps pour prendre part au combat. Sa présence était d'ailleurs inutile, les
troupes du maréchal Lannes se trouvant plus
r1ue suffisantes.
En attendant que son corps d'armée fùt
sorti du défilé, le maréchal Augereau, suiri
de son état-major, se plaça sur un mamelon
d'o11 nous dominions parfaitement la plaine
t•t pouvions suirrc de l'œil toutrs les péripéties du combat.
Le prince Louis aurait encore pu faire
retraite sur le corps prussien qui occupait
Iéna; mais ayant été le premier instigateur
de la guerre, il lui parut inconvenant de se
retirer sans comuattre. (1 fut bien cruellement puni de sa témérité. Le maréchal
Lannes, profilant habilement des hauteurs
au bas desquelles le prince Louis avait si
imprudemment déployé ses troupes, les
fit d'ab~rd mitrailler par son artillerie, et
dès qu'il les eùt ébranlées, il lança plusieurs
masses d'infanterie qui, descendant rapidement des hauteurs, fondirent comme un torrent impétueux sur les bataillons prussiens et
les enfoncèrent en un instant!. .. Le prince
Louis, éperdu, et reconnaissant probablement
sa faute, espéra la réparer en se mettant à la
tète de sa cavalerie, al'eC laquf'lle il attaqua
impétueusement les 9• et 10• de housards. li
obtint d'abord quelque succès; mais nos housards, ayant fait avec furie une nouvelle charge,
rejetèrent la caralcric prussienne dans les

marais, tandis que leur infanterie fuyait en
désordre devant la nôtre&gt;,
Au milieu de la mèlée, le prince Louis
s'élant trouvé aux prises avPc un snus-offirit&gt;r
du 10• dl' housards. nomm,~ Guindet. qni le
sommait de se rendre, répondit par un coup
du tranchant de son épée qui coupa la figure
du Français; alors celui-ci, passant son
sabre au travers du corps du prince, l'étendil
raide mort!
Après le combat et la déroule complète de
l'ennemi, le corps du prince ayant été
reconnu. le maréchal Lannes le 61 honorablement porter au chàlean de s~alfPld, où il fut
remis à la famille princit'&gt;re de cc nom, alliée
à la maison royale dt&gt; Prussr. et cht&gt;z laquelle
le prince Louis avait passé la jonrnre et la
soirée précédentes à se réjouir de la prochaine
arrivée des Français, et mème, dit-on, à donner un bal aux dames du lieu. A présent on
le leur rapportait vaincu et mort!. .. Je vis le
lendemain le corps du prince étendu sur une
taùle de marbre; on avait fait disparaitre
toutes traces de sang; il était nu jusqu'à la
cein1ure, ayant encore sa culot!.(&gt; de pPau et
ses boites, el parais~ait dormir. Il était vraiment bran!Je ne pus m'l'mpil.cherdc fairrde
tristes réllt·xions sur l'instabilité des choses
humaines, en voyant cc qui restait de ce jeune
homme, né sur les marches d'un trône, et
naguère encore si aimé, si entouré et si puissant! ... La noul'elle de la mort du prince
Louis jeta la consternation dans l'armée
ennemie, ainsi que dans toute la Prusse, dont
il était adoré.
Le 7° corps passa la journée du 11 à
Saalfeld. Nous allâmes le 12 à Neustadt et le
.15 à K,hla, où nous rencontrâmes quelques
débris des troupes prussiennes battues devant
Saalfeld. Le maréchal Augereau les ayant fait
attaquer, ellPs opposèrent très pru de résistanre et mirent bas les armes. Parmi les prisonniers se trouvait le régiment du prince
Henri, dans lequel Augereau al'ait été jadis
soldat, et comme, à moins d'ètre d'une haute
naissance, il était fort difficile de devenir
officier supérieur en Prusse, et que les
sergents ne parvenaient jamais au grade de
sous-lieutenant, cette compagnie avait encore
le même capitaine et le même sergentmajor !... Remis. par la bizarrerie du destin,
en présence de son ancien soldat devenu
maréchal et illustré par de hauts faits
d'armes, le capitaine prussien, qui reconnut
parfaitement Augereau, se conduisit en homme
d'esprit, et parla constamment au maréchal
comme s'il ne l'avait jamais vu. Celui-ci
l'invita à diner, le fit asseoir auprès de lui, rl
sachant que les bagages de cet officier avaient
été pris, il lui prêta tout l'argent dont il avait
besoin, et lui donna des lettrPS de recommandation pour la France. Quelles réflexions dut
faire cc capitain~! Mais aucune expression ne
pourrait peindre le saisissement du vieux
sergent-major prussien, en voyant son ancien
soldat couvert de décorations, entouré d'un
nombreux état-major et commandant un
corps d'armée! Tout cela lui . paraissait un
rère ! Le maréchal fut plus cxpansi f arec cet

homme qu'il ne l'avait élé avec le capitaine;
appelanl le s,•rl,!ent par son nom, il lui trndit
la main et lui fit donnrr vin!!t-cinq lonis
pour lui et &lt;lem pnur i·hacun dPs soldHts qui
se trom•aient dans la cnmpal,!nir. à l'rporp1e
où il en fa isait partiP, et qni y étaient encore.
Nous troul'âmes cela de fort bon goût.
Le maréchal comptait coucher à Kahla, qui
n'est qu'à trois lieues d'(éna. lorsque, à la
tombile de la nuit, le 7e corps reçut l'ordre de
se rendre sur-lc-rhamp dans cette dPrnière
villP, où !'Empereur Vl:'nait d'rntrer sans coup
férir à la tAte de sa garde el des troupes du
marrchal Lannrs.
Les Prus~irns avaient abandonné Iéna en
silencr, mais qut&gt;lques chand,•llcs oul,lir..-s
par eux dans les écuriPs y avaient prol.Jablement mis le feu, et l'incendie, se propageant,
dévorait une parlic de celle mal heureuse cité,
lorsque le corps du maréchal Augt&gt;rrau y en Ira
vers minuit. C'était un triste spPctacle que de
voir les habitants, )ps femmes et IPs vieillards
à dPmi nus, emportant leurs enf11nt..s et cherchant à se soustraire par la l'uite au Otlau
&lt;le.&lt;tructeur, tandis que nos soldats, retenus
dans les rangs par le devo,r et le rnisi11age de
l'ennemi, restaient impassil.Jles, l'arme au
Lras, comme des gens qui comple11t l'incendie pour p1,u de chose, rn comparaison des
dangers auxquels ils vont être exposés sous
peu.
Le quartier de la ville par lequel les Français arrivaient n'était point incendié, les
troupes pouvaient circuler lac1lemcnt, et pendant qu'elles se ma~saient snr les pl:H'CS cl
les grandes rues, le mar.:chal s'établit arec
son état-major dans un hôlel d'assez Lelle
apparence. J'y rentrais en rercnant de porter
un ordre. lorsqul:' des cris perçanls se firent
entendre dans une mai,on voisine dont une
porte était om•erte. J'y monte à la hâte, el
guidé par les cris, je pénètre dans un bel
appartement, où j'aperçois deux charmantes
filles de dix-huit à vingt ans, en chemise, se
débattant contre les entreprises de quatre ou
cinq soldats de · He,se-Darmstadl, faisant
partie des régiments que le landgrave avait
joints aux troupes françaises du 7° corps.
Bien que ces hommes, pris de vin, n'entendissent pas un mot de français, et moi fort
peu d'allemand, ma présence, mes menaClis
leur en imposèrent, et l'hal,itude d'ètrc
bâtonnés par leurs officiers leur fit mèmc
recevoir sans mot dire les coups de pied et les
horions que, dans mon indig11ation, je leur
distribuai largement, en les jetant au bas de
l'escalier; en quoi je fus peut-être imprudent,
car, au milieu de la nuit, et dans une ville où
régnait un affreux tumulte, seul, en · face de
ces hommes, je m'exposais à me faire tuer
par eux; mais ils s'enfuirent, et je pl:içai
dans une salle basse un peloton de l'escorte
du maréchal.
Remonté dans l'appariement où les deux
jeunes demoiselles s'étaient vêtues à la hâle,
je reçus l'ex pression de leur chaleureuse
reconnaissance. Elles étaient filles d'un professeur de l'Unirersité, qui, s'étant porté avec
sa femme et ses domestiques au secours de

�-

l'une de leurs sœurs récemment accouchée,
dans le quartier incendié, les avaient laissées
seules, quand les soldats hessois se présentèrent. L'une de ces jeunes filles me
dit avec exaltation : « Vous marchez an
cc combat au moment oi1 yous venez de nous
« sauver l'honneur; Dieu Yous en récompen« sera, soyez certain qu'il ne vous arrivera
« rien de fàcheux ! ... l&gt; Le père cl la mère,
qui rentraient au mèmc instant, en rapportant la nouYcllc accouchée et son cnfanr,
Curent d'abord fort surpris de me trouver là:
mais dès qu'ils connurent le motif de ma
présence, ils me comLlèrent aussi de bénédidions. Je m'arrachai aux remerciements de
celle famille reconnaissante, pour me rendre
auprès Ju maréchal Augereau qui se reposait
tbns ndtcl raisin en attrndant les ordres de
l' Em perem.
CHAPITR.E XXX
ti•113. -

MiN01'JfES DU G'ÉN'É~.JIL B.Jl~ON D'E .MA~BOT - - ~

111ST0~1.ll------------------------

I.e cure d'téna. - .\ucr,t::cdt. - Co11duilc
de Bernadotte - Eutri:c à Berlin.

La l'illc d'léna est dominée par une hauteur, nom méc le Landgral'enLerg, au bas de
laqnclle couic la Saale; les abords du côté
d1éna sont très escarpés, et il n'existait alors
qu'une seule route, celle de Weimar, par
Miiblthal, défilé long et difficile, dont le
débouché, couvert par un petit bois, était
gardé par les troupes saxonnes alliées des
Prussiens. Une partie de l'armée prussienne
était en ligne, en arrière, à une portée de
canon. L'Empereur, n'ayant que cc seul passage pour arriver sur les ennemis, s'attendait
à épromcr de grandes pertes en l'attaquant
de VÎYC force, car il ne paraissait pas possiLlc
de le tourner. Mais l'heureuse étoile de Napoléon, qui le guidait encore, lui fournit un
moyen inespéré, dont je ne sache pas qu'aucun
historien ail parlé, mais dont j'atteste l'exactitude.
Nous arnns vu que Je roi de Prusse avait
contraint l'électeur de Saxe à joindre sès
troupes aux siennes. Le peuple saxon se
rnpit à regret engagé dans une guerre qui
ne pouvait lui procurer aucun avantage futur
et qui, pour le présent, portail la désolation
dans son pays, théùlre des hoslilités. Les
Prussiens étaient donc délestés en Saxe, cl
Iéna, Yille saxonne, partageait cc sentiment
de réprobation. Exalté par J'incendie qui la
dél'Orait en cc moment, un prêtre de cette
,·ille, qui considérait les Prussiens comme les
ennemis de son roi el de rn patrie, crut pou\'Oir donner à Napoléon le moyen de les
chasser de son pays, en lui indiquant un petit
sentier par lequel des fantassins pom,aient
gravir la rampe escarpée du LandgrafenLerg.
Il y conduisit donc un peloton de mitigeurs et
des oflicicrs de l'état-major. Les Prussiens,
croyant ce passage impraticaLle, avaient
négligé de le garder. Mais Napoléon en jugea
dilléremment,et, sur le rapport que lui en
firen~ les oific;crs, il y monta lui-même,
accompagné du maréchal Lannes, et dirigé
par le curé saxon. L'Empereur apnt reconnu
tiu'il existait, entre le haut du sentier et la

plaine qu'occupait l'ennemi, un petit plateau
rocailleux, résolut d'en faire le point de
réunion d'une partie de ses troupes, qui
déboucheraient de là comme d_'une citadelle
pour attaquer les Prussiens.
L'entreprise eût été d'une difficulté insurmontable pour tout autre que pour Napoléon,
commandant à des Français; mais lui, faisant
prendre sur-le-champ quatre mille outils de
pionniers dans les caissons du génie et de
l'artillerir, ordonna que tous les bataillons
travailleraient à tour de rôle, pendant une
heure, à élargir et adoucir Je sentier, et
lorsque chacun d'eux aurait fi nl sa tàche, il
irait se former en silence sur le Landgrafcnbcrg, pendant qu'un autre le remplacerait.
Les travaux étaient éclairés par des torches
dont la lueur se confondait aux yeux de
l'ennemi avec celle de J'incendie d'léna. Les
nuits étant fort longues à celle époque de
l"année, nous eûmes le temps de rendre celle
rampe accessible non seulement aux colonnes
d'inlantcric, mais encore aux caissons et à
l'arlillerie, de sorte que, avant le jour, les
corps des maréchaux Lannes, Soult, et la
première fo·ision d'Augereau, ainsi que la
garde à pied, se trouvèrent massés sur le
Landgrafenberg. Jamais l'expression massée
ne fut plus exacte, car la poitrine des
hommes de chaque régiment touchait presque
Je dos des soldats placés devant eux. Mais les
troupes étaient si bien disciplinées que,
malgré l'obscurité el l'entassement de plus
de quarante mille hommes sur cet étroit plateau, il n'y eut pas le moindre désordre, cl
Lien que les ennemis qui occupaient Cospoda
cl Closevitz ne fussent qu·à une demi-portée
de canon, ils ne s'aperçurent de rien!
Le 14 octobre au matin, un épais brouillard couvrait la campagne, ce qui favorisa
nos momements. La deuxième division d'Augercau, faisant une fausse attaque, s'arança
d'Iéna par Je Mülthal sur la roule de Weimar.
Comme c'était Je seul point par lequel
J'cnnPmi crût qu'il nous fùt possible de sortir
d'Iéna, il y avait établi des forces considérables; mais, pendant qu'il se préparait à
défendre vigoureusement cc défilé, l'empereur Napoléon, faisant déboucher du Landgrafenbcrg les troupes qu'il y avait agglom~récs pendant la nuit, les rangea en bataille
dans la plaine. Les premiers coups de canon
et une brise légère ayant dissipé le brouillard,
auquel succéda le plus brillant soleil, les
Prussiens furent vraiment stupéfaits en
Yoyant les Jib'lles de l'armée· française
déployées en face d'eux et s'avançant pour les
combattre! .. . lis ne pouvaient comprendre
comment nous étions arrivés sur le plateau,
lorsqu'ils nous croyaient au food de la vallée
d'léna, sans avoir d'autre moyen de venir à
eux que la route de Weimar, qu'ils gardaient
si bien. En un instant la bataille s'engage, et
. les premières lignes des Prussiens et des
Saxons, commandées par le prince de Hohenlohe, se trouvent forcées de reculer. Lt•urs
résen es aYançaient, mais, de notre côté, nous
reçûmes un puissant renfort. Le corps du
maréchal Ney et la cavalerie de Murat,
1

..., 36 ,.,.

retardés dans les défilés, débouchèrent dans
la plaine et prirent part à l'action. Cependanl,
un corps d'armée prussien, commandé par le
général Ruche!, arrêta un moment nos
colonnes ; mais, chargé par la caYalerie française, il fut presque entièrement détruit, cl le
général Ruche) tué.
La 1rc division du maréchal Augereau, en
débouchant du Landgrafenbcrg dans la plainr,
se réunit à la 2°, arriYant par le Mühlthal , cl
le corps d'arm ée longeant la route d'léna à
Weimar s'empara d'abord de Cospoda, et
puis du bois d'lsert:cdt, tandis que le maréchal LannPs prenait Vierschn-lleilingen et le
maréchal Soult Ilcrmstmdt.
L'infanterie prussienne, dont .ï ai déjà fai t
connaître la mauvaise composition, se ballil
fort mal, et la cavalerie ne fit guère mieux.
On la vit à plusieurs reprises s'aYancer il
grand cris sur nos bataillons: mais, intimidt:e
par leur altitude calme, elle n'osa jamais
charger à fond; arri\'ée à cinquante pas de
notre ligne, elle faisait honteusement demitour au milieu d'une grêle de balles et drs
huées de nos soldats.
Les Saxons combattaient a\'ee courage : ils
résistèrent longtemps au corps du maréchal
Augerrau, et cc ne fut qu'après la retraite
des troupes prussiennes que, s'étant formés
en deux grands carrés, ils commencèrent
leur retraite, tout en continuant à tirer. Le
maréchal Augereau, ad mirant le courage des
Saxons, et voulant ménager le sang de ces
braves gens, venait d'enYoyer un parlemrnLaire pour les engaf(er à se rendre, puisqu'ils
n'avairnt plus d'espoir d'èlrc secourus,
lorsque le prince Murat, arrivant aYec sa
cavalerie, lança les cuirassiers et les dragons,
qui, chargeant à oulrance sur les carrt'.•s
saxons, les enfoncèrent et les contraignirent
à mettre bas les armes; mais, le lendemain,
l'Emprreur les rendit à la liberté, et les
remil à leur souYerain, avec lequel il ne tarJa
pas à faire la paix.
Tous les corps prussiens qui avaient combattu devant Iéna se retiraient dans une
déroute complète sur la route de Weimar,
am portes de laquelle les fuyards, leur artillc·ric et leurs bagages étaient arcurriulé3,
lorsque apparurent tout à coup les escadrons
de la cavalerie fr:inçaise !.. . A leur aspect, la
terreur se répand dans la cohue prussienne,
tout fuit dans le plus grand désordre, laissan t
en notre pouvoir un grand nombre de prisonniers, dé drapeaux, de canons et de bagages .
La ville de Weimar, surnommée la nouYelle Athènes, était habitée it celle époque
par un grand nombre de savants, d'artistes cl
de littérateurs distingués, qui s'y réunissaient
de toutes les parties de l'Allemagne, sous le
patronage du duc régnant, protecteur éclairé
des sciences et des arts. Le bruit du canon,
le passage des fuyards, l'entrée des vainqueurs
émurent viremen t cette paisible et studieusll
population. Mais les maréchaux Lannes el
Soult maintinrent le plus grand ordre, et,
sauf la fourniture des vivres nécessaires à la
troupe, la ville n'eut à souffrir d'aucun
excès. Le prince de Weimar servait d'ans

l'armé~ prussi~nne; son palais, dans lequel se
troura1l la prmcesse son épouse, fut néanmoins respecté, et aucun des maréchaux ne
,·oui ut y loger.
Le quartier du maréchal Auaereau fut
établi aux portes de la \'ille, dans la maison
du chef des jardins du prince. Tous les
emploiés de cet établissement ayant pris la

Prusse ne se Lrouraienl réunies devant Iéna.
~hacune d'elle?, sé~arée en deux parties,
!ma deux batailles différentes. En effet, pendant que !'Empereur, débouchant d'léna à la
tète des corps d'Augercau, de Lannes, de
Soult, de Ney, de sa garde et de la carnleric
~e ~~urat, battait, ainsi que je l'iens de
1expliquer, les corps prussiens du prince de

BATAILLE D'IÉNA, GAGNÉE PAR L'EMPEREUR NAPOLÉON LE 14 OCTOBRE 18o6. -

lui le, l'étal-major, ne trouvant rien à manaer
0
fut réduit à souper avec des ananas et de~
prunes de serre chaude! C'était par trop léacr
P?Ur des gens qui, n'ayant rien pris dep~is
nn_g~-quatre heures, avaient passé la nuit
prcccdentc sur pied, et taule la journée
a combattre! ... Mais nous étions vainqueurs,
el _ce ~ot magique fait supporter toutes les
pma lions !...
L'Empereur retourna coucher à Iéna où il
ap~_rit un ~uccès non moins grand qu: celui
qu 11 venait de remporter lui-même. La
bataille d'léna eut cela d'extraordinaire
!f_u'e!lc fut double, si je puis m'exprimer
amSi, car ni l'armée française, ni celle Je

l' Empereur et ne les crùt pas si près de lui 11
Auerstœdt, ce guerrier viailant s'empara la
. du défilé de Kiisen oet de ses rampes
nmt
escarpées, que le roi de Prusse et ses maréchaux avaient négligé de faire occuper, imitant en cela la faute qu'avait commise devant
Iéna le prince de Ilohenlohe, en ne fa isant pas
garder le Landgrafenberg.

Gral'l/l'e de PRILLEY, d'après le tableau cf!IORACE VER~ET. (M11st!e de Vet'Sail/cs.)

Hohenlohe el du général Iluchel, le roi de
Prusse, à la tête de son armée principale,
commandée par le célèbre prince de Brunswick, les maréchaux Mollendorlf et Kalkreuth,
se rendant de \Yeimar à Naumbourg, aYail
couché au Yillage d'Auerstœdt, non loin des
corps français de Bernadotte et de Dal'Out, qui
se trournient dans les villages de Naumbourg
et alentour. Pour aller rejoindre !'Empereur
du côté d'Apolda, dans les plaines au delà
d'Iéna, Bernadotte et Davout devaient passer la
Saale en avant de Naumbourg et traverser le
défilé étroit et montueux de Kiisen.
Bien que Davout pensât que le roi de
Prusse et le gros de son armée étaient dcrnnt

Les troupes de Bernadolle et de Davout
ré?nies ne s'élevaient qu'~ quarante-quatre
mille hommes, tandis que le roi de Prusse en
aYait quatre-Yingt mille à Auerstœdt.
Dès le point du jour du 14, les deux marC-c~iaux f~ançais_ connurent quelles forces supérteurcs ils allaient combattre; tout leur faisait
donc un devoir d'agir avec ensemble. Davout,
en comprenant la nécessité, déclara qu'il se
placerait Yolonliers sous les ordres de Rernadotte; mais celui-ci, comptant pour rien les
lauriers partagés, cl ne sachant pas se sacrifier aux intérêts de son pays, rnulut agir
seu!, et sous, prétexte que !'Empereur lui
aYa!l ordonne de se trouYcr le 1::; it Dorn-

�111ST0~1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
bourg, il voulut s'y randre le 14, bien que
Napoléon lui écrivit dans la nuit que si par
hasard il était encore à Naumbourg, il deYait
y rester et soutenir Davout. Bernadotte, ne
trouvant pas cette mission assez belle, laissa
au maréchal Dal'out le soin de se défendre
comme il le pourrait; puis, longeant la Saale,
il se rmdit à Dornbourg, et bien qu'il n'y
trouvât pas un seul ennemi, cl que du haut
des positions qu'il occupait il vît le terrible
combat soutenu à deux lieues de là par l'intrépide Davout, Bernadotte ordonna à ses divisions d'établir leurs bivouacs et de faire tranquillement la soupe!. .. En vain lrs généraux
qui l'entouraient lui reprochèrent-ils son
inaction coupable, il ne Youlut pas bouger!. ..
De sorte que le général Davout, n'ayant :\vcc
lui que les vingt-cinq mille hommes dont
se composaient les divisions Friant, Morand et
Gudin, résista avec ces braves à près de
quatre-vingt mille Prussiens, animés par la
présente de leur roi! ...
Les Français, en sortant du défilé de
Kôsen, s'étaient formés près du village de
Hassenhausen ; ce fut vraiment sur ce point
que la bataille eut lieu, car !'Empereur était
dans l'erreur lorsqu'il croyait avoir devant lui

à Iéna le Roi et le gros de l'armée prussienne.
Le combat que soutinrent les troupes de
Davout fut un des plus terribles de nos
annales, car ses divisions. après avoir rictoril'usement résisté à toutes les attaques des
fantassins ennemis, se formèrent en carrés,
repoussèrent les charges nombreuses de la
cavalerie et, non contentes de cela, marchèrent en a,·ant avec une telle résolution,
que les Prussiens reculèrent sur tous les
points, laissant le terrain comert de cadavres
et de blessés. Le prince de Brunswick et le
général de Schmettau furent tués, le maréchal
M_ollendortr grièvement blessé et fait prisonruer.
Le roi de Prusse et ses troupes exécutèrent d'abord leur retraite en assez bon
ordre sur Weimar, espérant s'y rallier derrière le corps du prince de Hohenlohe et du
général Ruchel qu'ils supposaient Yainqueurs,
tandis que ceux-ci, vaincus par Napoléon,
allaient de leur côté chercher un appui
auprès des troupes que dirigeait le Roi. Ces
deux énormes masses de soldats vaincus et
démoralisés s'étant rencontrées sur la route
d'Erfurt, il suffit de l'apparition de quelcrues
régiments français pour les jeter dans la plus
(A

Louis~ Philippe
1844.

Le roi Louis-Philippe me disait l'autre
jour:
- Je n'ai jamais élé amoureux cru'nnc
fois dans ma vie. - Et de 4ui, sire? - De
MaJame de Genlis. - Bah! mais elle était
votre précepteur.
Le roi se 111it à rire et rrprit :
- Comme vous ditl'S. Et un rude précepteur, jt&gt; vous jure. Elle nous avait élevés
avec r..:rocité, ma sœur et moi. Levés à six
heures du malin, hiv"r comme été, nourris
dfl lait, de viandes rôties et de pain ; jamais
u11e friandise, jamais une sucn•rie : force travail, pas de vlaisir. C'est elle 4ui m'a habitué
it coucher sur des vlanches. Elle m'a fait
appre11dre une foule de choses manudlt·S; je
sais, gràre à ell,., un peu faire tous les métil'fs,
Y. cowpris le métier de frater. Je saig11e mon
homme comme Figaro. Je suis me11uisicr,
pal&amp;enier, maçon, forgeron. Elle était systémati4ue et sévère. Tout petit j'en avais peur ;
j'étais un garçon faible. part:'sseux et poli ron;
j'avais peur des souris! elle fit de moi un
ho111111e assez hardi et 4ui a du cœur. En
gra11dissa11t, je m'aperçus qu'elle était fort
jol,e. Je ne savais pas ce y_ue j'avais près
d'elle. J'étais amoureux, ruais je ne m'en
doutais pas. Elle, 4ui s'y connaissait, comprit
et tlcrina tout de sui1c. Elle me traila l'ort

grande confusion. La déroute lut complète! ...
Ainsi fut punie la jactance des officiers prussiens.
Les résultats de cette victoire furent incalculables et nous rendirent maitres de presque
toute la Prusse.
L'~mpereur témoigna sa haute satisfaction
au maréchal Davout, ainsi qu'aux divisions
Morand, Friant et Gudin, par un ordre du
jour qui fut lu à toutes les compagnies cl
même dans toutes les ambulances des blessés.
L'année suivante, Napoléon nomma DaYoul
duc d'Auerstœdt, bien qu'il se fùt moins
battu dans ce village que dans celui de Hassenhausen; mais le roi de Prusse avait eu son
quartier général à Auerstœdt, et les ennemis
en avaient donné le nom à la bataille que les
Français nomment Iéna. L'armée s'attendait
à voir Bernadotte sévèrement puni, mais il en
fut quitte pour une verte réprimande, !'Empereur craignant d'aflliger son frère Joseph,
dont Bernadotte avait épousé la belle-sœm·,
Mlle Clary. Nous verrons plus tard comment
l'attitude de Bernadotte, au jour de la bataille
d'Auerstrcdt, lui servit en quelque sorte de
premier échelon pour monter au trône de
Suède.

suivre.)

mal. C'était le temps où elle couchait arec
Mirabeau. Elle me disait à chaque instant :
- Mais, monsieur de Chartres, grand dadais
que vous êtes, qu'avez-vous donc à vous
fourrer toujours dans mes jupons! - Elle
aYait trente-six ans, j'en avais dix-sept.
Le roi, qui vit 4ue cela m'iutéressait,
continua :
- On a beaucoup parlé de Mme de Genlis,
on l'a peu connue. On lui a attribué des
enfants qu'elle n'avait point faits, Paméla,
Casimir. Voici : elle aimait ce qui était beau
et joli, elle avait le goùt des gracieux vis:1ges
autour d'dle. Paméla était une orpheline
qu'elle recueillit à cause de sa beauté; Casimir était le fils de sou porlier. Elle trouvait
cet enfant charmant; le père battait le fils :
- Donnez-le-moi, dit-elle un jour. - Le
portier consent.t, et cela lui fit Casimir. En
peu dt· temps, Casimir devint le maitre de la
maison. Elle était vieille, alors. Paméla est de
sa jeunesse, de notre temps à nous. Mme de
Genlis adorait Paméla. Quand il fallut émigrer, Mme de Genlis partit pour Londres avec
ma sœur, et une somme de cent louis. Elle
emmena Paméla à Londres. Ces dames étaieut
misérables et vivaient chichement en hôtel
garai. C'était l'hiver. Vraiment, monsieur
Hugo, on ne dinait pas tous les jours. Les
bons morceaux étaient pour Paméla. Ma paune sœur soupirait, et était le souffre-douleurs, la Cendrillon. C'est comme je vous le
dis. Ma sœur et Pam.,la, pour éco11omiser les
malhl'ureux cent louis, couchaient dans la
mème chambre. li y al'ait deux lits, mais
ril"n qu'une couYerture de laine. ~la sœur

GÉNÉRAL DE

MARBOT.

l'eut d'abord; mais un soir Mme de Genlis
lui dit : « Vous êtes robuste et de bonne
santé; Paméla a bien froid, j'ai mis la couverture à son lit. 1&gt; Ma sœur fut outrée, mais
n'osa s'insurger; elle se conll'nta de grelotter
toutes les nuits. Du reste, ma sœur et moi
nous aimions Mme de Genlis.
Mme de Genlis mourut trois mois ap1·ès la
révolution de Juillet. Elle eut juste le Lemps
de voir son élève roi. Louis-Philippe était
uaiment bien un peu son ouvrage; elle amit
fait cette éducation comme un homme et non
comme une femme. Elle n'avait absolument
pas voulu compléter son œuvre parla suprèmc
éducation de l'amour. Chose bizarre dans celle
femme si peu scrupuleus", qu'elle ait ébauché
le cœur et qu'elle ait d1:daigné de l'achever!
Quand elle vit le duc d'Orlfans roi, elle se
borna à dire : - J'en suis bien aise. - Ses
dernières années furent pauvres et presque
misérables. Il est vrai qu'elle n'avait aucun
ordre et semait l'argent sur les pavés. Le roi
la venait voir souvent; il la visita ju~qu'aux
derniers jours de sa vie. Sa sœur, Madame
Adélaïdt', et lui n_e cessèrent de témoigner à
Mme de Genlis toute sorte de respect et de
déférence.
Mme de Genlis se plaignait seulement un
peu de ce qu'elle appelait la ladrerie du roi.
Elle disait : - li était prince, j'en ai fait un
homme; il était lourd, j'en ai fait un homme
habile; il était ennuyeux, j'en ai fait uuhowme
amusant; il rtait poltron, j'en ai fait un
homme brave; il é1a1t lat.Ire, je n'ai pu en
faire un homme géuereux. Liberal, taut 4u'on
Yondra; géuén:ux, non .

ANDRÉ LlCHTENBERGER

+

Monsieur de Migurac
ou le Marquis philosophe
VII
Qui traite des amours juvéniles
de M. de Migurac (suite').
Un matin, selon sa coutume, M. Joineau
entrait dans la salle d'é1ude, au saut du lit,
vers la demie de neur heures. Il ne fut pas
peu surpris d'y trouver attablé le jeune homme,
qui lui dit d'un ton froid :
- Monsieur l'abbé, permettez-moi de rnus
rappeler que mon père vous a remis la char,.,e
Je mon éducation. J'attends impatiemmc~t
vos bons offices qui me font &lt;&gt;rand défaut.
L'abbé fut pris de court. A~ravers le feuillage des arbres les rais de soleil dansaient· la
fraîcheur du matin était divine et les oise;ux
gazouillaient en joie. M. Joineau n'y tint pas
et, hochant le menton, il s'excu~a sur ce que
la,. requète
de Louis-Lycuro-ue
avait' hélas!
,
0
d 11npren1, pour remettre au lendemain leur
conférence.
Mais, très résolument, le jeune homme le
devança vers la porte, tourna la clef dans la
serrure, l'enfouit dans sa poche· et dit à l'abbé
qui le contemplait bouche bée, les reux ronds :
- J'attends Yot re bonne volonté, monsieur.
Yotre modestie seule a pu vous faire prétexter
votre embanas de parler sans préparation.
Car, assurément, s'il en était ainsi, ma mère
serait obligée de remettre mon instruction en
d'autres mains.
Et, deux semaines durant, en les jours les
plus fleuris du plus riant mois de mai, l'abbé
~ut s'exténu_er ~ satisfaire la curiosité pointi_lleuse et d1ffic1le de son élève. Mais, le quinzième malin, il l'attendit vainement. De trois
nuits, Louis:Lycurguc ne parut point au chàteau, conquis par les charmes d'une comédienne, de passage en la ville de Péri o-ueux.
, 1ement, à n'en pas douter, 0le souC.•est ega
verur soudainement réveillé des exhortations
paternelles qui, au milieu des folles débau-

HUGO.

donnés de sa nature; et de cette pein turc de
son adolescence nous ne voulons retenir en
dernier lieu qu'une obsenation : à savoir
quïl ne démentit jamais la générosité de son
caractère et fut toujours incapable d'obéir à
un sentiment commun ou de commettre une
action basse.
Non qu'il ait été exempt d'erreurs; mais cc
fut souvent par des moti rs dio-nes de toute
estime qu'il s'engagea dans des aventures
blàmécs de la morale ou de la religion, même
de toutes deux, car il leur arriYe d'être d'accord; et, sitôt qu'il avait mesuré sa faute, il
s'en repentait et s'en châtiait avec une violence qui, comme nous l'avons dit, en engendrait trop souvent une nouvelle.
Cependant les années s'écoulaient en de tels
passe-temps; M. de Migurac grandissait en
beauté et en force. Au cadeau que madame
Olympe offrit pour célébrer ses dix-huit ans
accomplis, il apparut sans conteste comme le
premier gentilhomme de la province et l'on
s'accorda à fonder sur lui les espérances les
plus brillantes.
C'est au lendemain de ce gala qu'il eut avec

· R_ésuMÉ. - Louis-Lycurgut, vicomt• d' Aubttortt,
tst "'.' m ' 741 au château dt Migurac. Son père lui a
~aissc don~c~ comme précepteur J'abbi Joincau, mais
imbu des 1dcc.s nouvelles, s'c.st consacré. luj-même à sa
culture. morale; tt l'enfant, qui J'adore., a reçu d gard~ra l' &lt;m prtintc des généreuses doctrines du doux
revtur. M alheureusement, une maladie. subite emporte
M . dt Migurac. Louis-Lycurgue héritt, à douze ans,
de sa fortune et de son titre. de marquis. L'exubérance.

dt cet adolescent nt trouve pas dans l'indolent&lt; tutelle
d~ la m~rqu!se Olympe et de '1'abbé, la dirtction qui
lu,_ ~•rait necessaire. Bientôt, les belles châtelaints du
v?151" 1 Jt, tout comme les soubrdtts d les paysannes,

ctftnt • S&lt;s attaques, d les prtmicrs tTiomphes du jeun•
\°ICTOR

ch~s, l'arrachait inopinément aux bras où il
était enlacé, l'excitait à renoncer aux succès
quy avait convoités entre tous, le déterminait par exemple à rompre brusquement avec
madame_ de Beaulie~ au moment où, après
deux mois de cour assidue, elle allait couronner
ses feux. De telles réminiscences encore l'entraînaient, dans les conversations de reliO'ion
ou d~ pol!ti9uc, vers d~s opinions héréti~ucs
que 1on eta1t plus habitué à rencontrer sous
la plume des grimauds que sur les lèvres d'un
gentilhomme.
De ~Juelle façon, dans ces temps d'exubérante Jeunesse, le galant marquis fit l'accord
des principes philosophiques de son père cl
de sa conduite propre, c'est ce que nous n'entreprendrons point d'examiner par le menu.
Plus soment qu'à la logique, l'àme d'un
?o~me_fait, elle-mème, obéit à des impulsions
111stmct1ves, et tel qui sait où est son intérêt et
son honneur agira contre tous deux, fùt-il docteur en philosophie. Ne nous étonnons donc point
qu'encore enfant par le nombre des années
Louis-Lycurgue se soit abandonné avec quel~
l(Ue immodération aux mouvements désor-

ga ant sont aussitôt suivis de ses premiers duels.

Peut-être le cœttr Je la marquise eût _saig11è de ~oie et Je ,touleur si elle avait aperçu Lottis-Lycttrgue a e.
110111lte et sa11glota11t s011s la fe11elre encore eclairèe derl'ière laquelle elle pte,,,·ait e/le-meme.
• 1, p age 43.) g

,.. 39""

�- - 111ST0~1.JI

--- -------------------------------------.#

sa mère un pourparler auquel il sera convenable de consacrer un chapitre particulier.

Ylll
D'un entretien que la marquise
Olympe eut avec son fils et de l'événement qui s'ensuivit.
Au matin donc du lendemain de ses dixhuit ans, Louis-Lycurgue se réveilla fort lard
dans le haut lit à baldaquin qui avait été
celui de plusieurs aïeux. et il fut longtemps
11 omrir ses 1em: oit flouaient encore les
images de la ·rètc, les souvenirs émouvants
de gorges aimables et d'épaules appétissantes.
Cependant, d'une voix endormie, il fallut bien
héler son Yalet, et puis s'habiller en bàillanl
et en étirant ses membres. L'eau froide et la
vue du soleil le récréèrent; il achevait d'avaler
de grand appétit son chocolat, lorsqu 'un doigt
léger heurta sa porte. Une chambrière se fil
mir el, sommée de jusli fier sa présence, el!Q
arcrtit Louis-Lycurgue que sa mère l'attendait au parloir afin qu'il eût aYcc elle un
1'.ntreticn sérieux. A celle ouïe, le jeune
homme bâilla de plus belle cl regretta de ne
pomoir se recoucher. Les entretiens sérieux
n'étaient point son fait, moins encore en celle
matinée de soleil et de lendemain de festin.
~éanmoins il connaissait trop son deroir pom
ne point se rendre au commandement de
madame Olympe cl, après avoir balancé quelques instants, il prit le parti de la satisfaire
sans barguigner pour être libre plus tôt d'enfourcher son genet d'Espagne et de galoper
une couple d'heures sous bois.
Le premier coup d'œil qu'il jeta dès son
entrée au parloir suffit pour lui suggérer de
fàchcux pressentiments, quant à la durée el à
la gravité de l'audience. Madame Olympe
Yèlue de noir était assise toute droite dans
son grand fauteuil de l'aul1·c siècle, devant
une table assez yastc et entièrement chargée
de registres, de cartons et de paperasses de
toute sorte. Un fauteuil était libre en face
d'elle. A son côté, l'aLbé Joincau gisait affaissé,
l'air résigné, cl les mains croisées sur son
Yentrc.
lléprimanl un mourcmenl instinctif qui le
poussait i1 s'enfuir en claquant la porte derrière lui, Louis-Lycurgue baisa la main de sa
mère, fit un signe de tète amical à l'abbé et
puis, d'un ton joyeux, plaisanta l'aspect solennel de celle réunion. Mais madame Olympe,
dédaignant de 1·elever ses paroles, l'invita &lt;!'tin
geste impérieux à prendre place et lui dit :
- Mon fils, dès que Yous arcz approché
l'àgc d'homme, je Yous ai engagé 11 maintes
rcpri ses à examiner . r état de YOlre fortune.
Vous nùrez toujours éconduite, alléguant
Yotrc inexpérience et la confiance que Yous
aviez en moi.
Arec un ge~le arenant, Louis-Lycurgue.
déclara que celle-ci subsistait intacte et il
essaya de sc lerer Alais la marquise poursuirni t avec autorité:
- Maintenant que \'Otrc dix-huitième
année est réroluc, je manquerais il mon office

de mère en rnus laissant ignorer la condition
de votre bien. Yeuillez donc prêter une oreille
attentive à la lecture que M. Joineau Ya vous
faire sur ce sujet,
D'une ,·oix monotone, l'abbé donna lecture
des registres où étaient consignés l'énumération des terres, leur teneur, les rcYenus payés
par les fermiers, le chiffre de l'argent déposé
à Bordeaux, l'origine et la somme de toutes
les recettes. Louis-Lycurgue l'écouta en étouffant ses bâillements, grattant la manche de
son habit et regardant alternafüement ses
deux pantou0cs de satin cerise. Silr\t que
l'abbé se lut , il protesta que tout était parfait
cl rp1ïl approuYait infiniment une telle gestion.
- Fort bien, dit la ma.rquise. Ycuillet
maintenant, monsieur l'abbé, prendre le registre des dépeos!'s.
.
Avec accablement et louchant vers le feuillage verdoyant des chênes, Louis-Lycurgue
ouït le détail des frais de cuisine, de vêletemcnl cl d'écurie, les gages des valets, cochers, garçons d'écurie, etc....
- Qu'en pensez-vous ? dit la mère.
- Ce doit être un ramier, dit le jeune
homme, guignant un oiseau qui sautillait
sur une branche.
Mais il s'excusa précipitamment de sa
distraction el déclara que tout cela lui semblait
fort exact bien qu'un peu mesquin.
- Votre contentement m'est agréable ,
mon fils, reprit la marquise. Veuillez néanmoins remarquer que le chiffre de vos débours excède sensiblement celui de vos rcYenus.
Louis-Lycurgue approuva : n'est-ce pas
ainsi qu'en usenllaplupartde~gentilshommes?
- .\ssurément, dit la marquise. Aussi,
lorsque, malgré mes représentations sur ms
dépenses, vous oc Yoûlutes pas modérer votre
luxe de chevaux et d'habit,, je ne m'obstinai
point contre votre rnlonté. Mais maintenant,
que comptez-vous faire?
Le jeune marquis se gratta l'oreille : ch
bien , il renoncerait au carrosse anglais qu'il
songeait à faire venir et à la meute de bassets
que M. de Jalaruc lui offrait à si bon compte.
De la sorte il n'augmenterait guère ses dépenses, se 1/ornanl à faire l'essai d'un fauconnier. !\l'ec une pointe d' impatience, madame Olympe remontra qu'en n'augmentant
point ses dépenses il ne les diminuerait point
non plus, et qu'ainsi sa position n'en serait
point améliorée. Louis-Lycurgue fronr-a les
sourcils, méditant. Mais soudain son ,,isage
s'éclaira :
- Les usuriers, madame, ne sont point
faits pour les chiens. Moyennant un intérêt
léonin, ils nous avanceront fort bien une
somme qui nous mettra l'esprit tranquille
pour un lustre ou deux.
Madame Olympe haussa ses épaules majestueuses.
- De quelle source vous imaginez-vous
que, six années durant, j'aie pu retirer de quoi
subrenir à vos dépenses? Sachez que votre
domaine c~t hypothéqué aux deux tiers de
sa valeur et qu'il n'est prèteur, de .Bordeaux
ou de Périgueux, qui vous avançùt cent écus.

A celle nourclle, Louis-Lycurgue jugea nécessaire d'imposer à son visage un air de
gravité. Mais, se rassérénant, il fit claquer
ses doigts.
- Que ne vivons-nous à crédit? Est-il
séant de payer comptant comme des bourgeois? Au prix d'un billet que je leur signerai,
nos fournisseurs seront bien aises d'ajourner
à deux· ou trois ans le paiement de leurs
denrées, profitant de cet intervalle pour en □er
raisoonablcmrnt leurs mémoires.
- Mon fils, dit la marquise, sachez qu'en
surplus des hypothèques ms dettes exigibles
sont de quarante mille écus, et qu'à l'heure
actuelle les roturiers que Yous honorâtes de
rntrc confiance, loin de songer à vous faire
crédit, sollicitent des sentences contre rnus
el s'apprêtent 11 vous poursuivre.
Le marquis toisa madame sa mère avec
stupeur. Il n'eut point la pensée de l'interroger pourquoi elle ne l'arnit pas averti. Mais
le soleil lui parut moins brillant, et plus noire
la robe de. madame Olympe. Inondé de tristesse, il soupira :
- Dans cc cas, madame, je ne Yois point
d'autre ressource que de nous soumettre aux
rigueurs du sort et de nous réduire à la plus
stricte parcimonie.
- Et quoi! monsieur mon fils, dit la marquise d'un air moqueur, est-ce là votre vaillance? Devant le péril ne savez-vous que
courber l'échine? Et laisserez-vous décliner
en vos mains l'éclat de votre maison que
Yolre père avait rétabli?
Au nom de son père, une rougeur couvrit le
front du jeune homme, cl il s'écria courroucé:
- Montrez-moi quelque adversaire à pourfendre el vous me verrez à l'éprcure ! ~fais
en des conjonctures si incroyables, mon esprit
se perd ... à moins que le scn·icc du roi ....
- lriez-Yous, sans équipage, et sans crédit, humilier votre naissance sous les ordres
de cuistres et de robins?
Le jeune homme sentait. sa gorge se serrer
cl ses yeux. devenir humides. En vain il les
fixait sur l'abbé, espérant un secours qui ne
Yenait point. Alors, prenant sa tête à deux
mains, sans se soucier de sa frisure, il s'écria,
d'une voix que le désespoir entrecoupait :
- Pour Dieu, madame, je dois rnus
arnuer que mon imagination est à bont; et je
ne Yois nulle solution, si ce n'est de chercher
dans la mort la tranquillilé que la vie ne peul
me donner .... Mais, songeant à vous .. ..
La marquise se réjouit en elle-même,
ayant amené son fils oü elle souhaitait. Elle
coula un regard satisfait vers l'abbé, et répliqua d'un ton adouci :
- 11 ne s'agit ni de mort, ni de tuerie ;
je dirai même : bien au contraire !.. . Votre
salut est entre YOS doigts. Vous n'avez qu'à
l'OUS baisser pour le ramasser.
- Et c'est'! ... balbutia le marquis.
- C'est de vous marier, dit madame
Olympe.
- Ab! fit le jeune homme.
Il demeura rêl'eur, n'ayant point envisagé
une aventure si prodigieuse. Mais il reprit,
après quelque réOexion :

M OJVS1'EU~ D'E M1GURJtC
- Mada1:n~, je , ne vous célerai pas que
celte propos1t10n m étonne. Mon jeune âge me
permettait d'espérer que vous ne me demanderiez point .de si .tol un tel sacrifice, el je
vo?s avou~ra1 que Je .me s.ens perplexe si je
sms apte a nouer auJourd hui un lien dont
\L Joineau vous dira le poids, J'appréhende
que l'ardeur de _mes passions ne me rende peu
capable de co1.1server. à ce lle qui porterait
mon nom la foi que JC lui denais.
- Mon fils, dit la marquise, de tels scrupules l'Ous honor~nt, c~ je serais marrie que
vous ne les cussu~z pomt. Mais laissez-moi
vous rappeler, tout d'abord, que les grands
ont accoutumé de derancer le commun en
matière d'union conjugale, afin que même
une ~01:t. prématurée ne prirc point leur
nom d her1t1er. En second lieu, la défiance
que v~us avez .de vous-même ne doit pas être
pouss~e au poml que ,·ous me marquez. Je
~onna1s ass:z la noblesse de votre cœur pour
elre assurec que, dans la minute oit vous
er~gagercz votre foi à la future marquise de
M1gurac, vous aurez le désir sincère de garder
ro,tre. serment. Que si, ensuite, votre volonté .
ll?chrt, et que la chair soit la plus forte, il
n Y aura là qu'un accident, fàcheux. sans
do~lc, mais hélas ! trop ordinaire dans la
mmlleure société, et qui ne saurait. effleurer
votre honneur, pour,·u que \'OUs en ayez
repentance et recc,·iez l'absolution de votre
faute. N'est-cc point ainsi, l'abbé? _ ajoutaclic, en interpellant. le gros pomme.
àf. Join~au eut un signe de tête douteux,
c~. une qumte de toux opportune l'empècha
cl cnoncer plus clairclilent son opinion. Madame de Migurac se contenta de cet assenlim~nt et _se . reto~rna wrs le jeune homme.
(llll se ta1sa1t tOUJOUl'S,
- Au r~ste, mon fils, je ne rcux en rien
,·ous ~onlr~mdre i et si \'~us _voyez quelque
autre issue .a vos embarras, Je n'rnsisterai point
~our ~-ous imp~scr !m acte, dont, cependan t.
,ous ,ous ex.agerez a coup sùr les difficultés,
, Lei)'marqms, de~eurail muet. Sans que sa
repuonance fut. ra~ncuc'. sa pensée, toujours
prompte, examma1t déjà, parmi les demoiselles de la .région, laquelle étail la plus pro~rc à deremr une marquise. Soudain, clic se Arri&gt;-ee Jeva11t son af'l\11·/eme11/ 111:idame Jsa/-elle p011 /
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de lumière qui glissait
l1xa arnc .complaisance sur la blanche Aline
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désordre de ses vêtements, 1111e femme s'enjuy'ail en
ra • 111 0ôtle, comm1; Pèlrifiee. Repara11t e11 hâle le
de Pcrl~mseau, qui al'ait été son amie d'en,
,ue11ee11e reco1111aissait madame de Solet/e. (Page-14.)
~anc~. Dun ~eu! coup son chagrin s'enrnla, et
il ~cclara ~arement que, tout pesé, il se ren- repris hall'inc, son fils lui dit, d'u n ton où se
d,e lcrrc~r ~chappa i1 l'abbé qui pn:cisémenl
dait· aux, raisons
de sa mère, et qu··11
.
hl
.
1 m semmarquait un peu d'ironie et de curiosité:
s assoup1ssa1t.
~: 9u Aime de Perthuiseau ....
.-:- Dès lors, madame, à quelle porte frappe- Vous ne prétendez pas, madam&lt;', Jaire
·. ais madame Olyrnpe l'interrompit. Madc- rai-Je?.. . Car, pour rejeter ainsi tant de brus,
c1~tl'cr la fi lle d'un maltôticr dans le lit d'un
mo1sellc
de
J&gt;e
'th
·
.
·
, ,
, . ·J mseau, pour h1C'n élerée Je soupçonne que mus en avez drjà choisi unC'. 11igurac?
1u c.11e ctall sans doute, n'aurait qu'une dot
Madame de ~ligurac se recueillit, baissa les
La marq uise jouait négligcmmcul aYec les
de c_mquantc mille écus, suffisante à peine )·eux, les releYa et, les fixant au-dessus de la
dentelles
de sa robe. Elle laissa son fil&amp;exhapour_ pay~r les dettes exigibles. Comment tête de Louis-Lycurgue sur le rinceau d'un
1
:
r.son
cot~rroux,
et puis, à paroles douces el
cns~11e .degagcr les terres hypothéquées el miroir, elle dit avec fermeté :
~aimes,
}u~
concéda
qu'à coup sùr les mésalmaLmt~nir un train de maison honnête?
- Maitre Moriceau, recernur des rrabellcs liances. cta1~nt regrettables : qu'il remarquât
oms-Lvcurrr
•·
·
J
ouc n ms,sta pas. La marquise
à Bordeaux, qui entretint des relalio~1s fort toutefois qu en dehors de plusieurs unions de
passant
.
. . . en revue toutes les vierges
nobles ·dtt, suivi:'s avec le marquis votre père, possède
ce, genre, qu':11~ cita,. les monarques eux'01smage fit 1 · ·
la sévérité~. a cr1t1qne de leur personne avec ~n b1~n que les plus modestes n'éraluent pas memes n en etaienl pomt exempts, un roi de
le dé
b un sergent recruteur du Roi et a moms de deux millions d'écus. Il a une France ayant introduit dans sa couche la fille
'
tud nom
d' rement. de Ieur h'ien aYec 1,exactifille qu'il désire marier ....
d'un ar?e~lic,r de ~lorencc. Mais la question
e un tabclhon Tant .. 1
clic eut : · ,
·
qua a fin, quand
. Le jeune homme bondit sur son siège, si ~e rédmsait a ceci : valait-il mieux qu·unc
~puise toutes les gentilhommières et vroJcmment que le bois en gémi t et qu'un cri
1llustrc maison s'éteignit larnent{lblcmenl ou

,:!

�r

111STO'R,.1.JI - - - - - - - - - - - - J

Mio-urac dut rendre hommage au jugement
qu'au contraire, i·ajeunie par l'infusion d'm~ cette jeune fille, vous ayant distingué lors de cc deomadame sa mère et reconnaitre qu'elle ne
sang plébéien, ell~ reprjt ~n éclat nouv_eau qm divertissement que vous dansâtes chez ma_dai:ne l'avait abusé ni sur les apports, ni sur !~.perassuràt sa pérenmté? Endemment, s1 _le ;eu de Bligny, s'est férueà unpointextraordmairc sonne de sa femme. Dans la joie que lm. caumarquis vivait encore, il eût r~gardc u!1 de votre visage et de votre tournure. Elle a sait cette union si brillante, maitre Moriceau
autre œil ce projet, lui qui affectait de ~ep~~- dix-sept ans.
Louis-Lycurgue se taisait. A travers les fit laraement les choses, et, non content de
ser toute sorte de privilège cl prétendait fj~ il
liquid;r toutes les dette_s ~e son gc~dre, -:
existait entre Lous les hommes une é~ahté vitres on vopit la verdure opul_cnle du parc: cl sur la prière de celm-m' de mamèrc fo1 L
naturelle! Sans approuver de telles maximes, l'aile gauche du château, le ciel bleu et le ro;·ale et sans marchander, - il ajouta de son
fallait-il de prime abord écarter un n_œ~d d_e soleil en fète. Il lui parut très dur de renoncer plein gré à la dot de sa fille une casse_lle de
c Lte espèce, si profila?le, et mê~c, 1U~1sta1t à tant de biens. Observant de nouveau le por- vinat mille écus pour la mettre en menagc.
la marquise, si néccssall'C? Elle s ex_c~s~~t, en trait de mademoiselle Moriceau, il ne pu~
Ainsi que l'avait annoncé madame Olympe,
cITcl, de son étourderie, ayant ouhhe d mfor- méconnaitre qu'il eût convoilé ses faveurs .~1 le mariage de Louis-Lycurgue donna sur-lcrncr son fils qu'une sentence du par!e~cnl de elle cùt été la femme d'un autre, c_t qu il champ au marquisat un lustre l?ut nouveau .
Bordeaux autorisait le marchand'ordrnrure des serait sans doute absurde d'en faire fi parce Non seulement le jeune gen l1lhommc pul
chevaux du marquis à mettre en ven_le so~~ qu'elle Jui apportait, outre son ~mour, une faire l'essai de son fauconnier' acheter la
trois mois le château et les écuries JU~qu a belle fortune.... El la conclusion de ses meute de M. de Jalaruc el faire venir de
concurrence du chiffre de sa créance, s1 son réflexions fort confuses et cnlremèlées, fut Paris un carrosse anglais du derni~r genr:,
celle-ci : ~ Eh bien, donc, je la verrai.
billet demeurait impayé.
C'est deux mois après que sur le coup de mais la splendeur de Lou t son l'.~111 de v~e
En vain, Louis-Lycurgue se débattait, pr~s'accrut singulièrement. Aux mob1hers. anticathédrale de Bordeaux'
0
lestait, essa1•ait de regimbe~·. ~n souven~r midi ' en l' én-lisc
ques, usés et dénués de conf~rl, vmrent
l
.
•
d
habilement évoqué de son pere il ~e pouvait M. l'archevêque de Bordeaux m-!ueme onna s'adjoindre les œuvres plus recenles ?es
demeurer insensible : en effet, parmi ses scru- la bénédiction nuptiale à Louis-Lycurgue, maitres du nouveau goût. Des tentures claires
pules, plusieurs eussent été déd~ignés par.le marquis de Migurac, vicomte d'Aubetor_le et égayèrent les murs. Des gu~ridons ~e ~~- B~ulle
feu marquis. Pourtant il gar~a1t ,un ~ec1et seigneur d'autres lieux, et à, madem?1sellc . et des commodes de verms Marlm ?talerenl
malaise c1u'il ne put se temr_ d expnmer, [sabelle Moriceau, fille de maitre ~!orteeau , leurs cuivres et leurs ventres rebondis. Cc ne
demandant à madame sa mère s1 elle ne trou- recc,·eur des gabelles. Une foule considérable, furent plus dans les salo_ns restaurés que
vait pas quelque bassesse à trafiquer d'une que rehaussait la meilleure n~blcsse du pays, trumeaux, glaces, amours Joufflus, esta~pcs
chose aussi précieuse que la noblesse du sang. s'écrasa dans la nef pour offrir ses vœux aux et bibelots de prix. L'antique ar~entcr1e d?
Madame de Migurac l'e1wisagea avec un
famille s'enrichit de pièces merve11leu_ses_ ou
étonnement sincère :
,.
.
des guirlandes et des rocailles se combm~1enl
- Où prenez-vous, mon fils, qu il y ait
savamment. Des chevaux de sang hemure1~l
trafic? Tout commerce suppose un écha?ge
clans les écuries ; le domestique fut double:
de valeurs égales. Or' sachez que maitre
d'éclatantes livrées ponceau el des ch~pea~x
Moi·iceau, quelque épris qu'il soit de ses. écus,
oa\onnés aux couleurs de Migurac se s1gnalcne songe pas à les mettre en bala11ce avec ]~
b renl à l'attention respectueuse de la rotu_
rc et
marquisat de Migurac, ~l que, dans le_ ca~ ou
à la jalousie de la noble~se mal ?r~e~Lec. •:
votre volonté vous ferait son gendre, il n auDepuis trois heures del apr~s-drne.eJu.squ '1
rail pas assci de tout son o_r ~t de tout so'n
une heure avancée de la nml, ce fut a_ t'.asang pour se rcconnaîl_re: ams1 que sa fille,
vers les allées du chàleau un roulement 111111rolre éternellement oblige.
terrompu de carrosses, cbarrianl toutes les
Louis-Lycurgue soupira profondément el
nobles clames el tous les nobles seigneurs de
interrogea d'une voi_x hésitante :
la contrée quise pressaient aux invitation~ du
_ Vites-vous la Jeune fille?
.
jeune couple: diners, parties de chasses, ~etes
)ladame de Migurac tira de son ~e111 ~111
champèlres, bals de toute sorte où parfois les
médaillon encadré de brillants et le lui tendit.
chandelles ne s'éteignaient qu'au lever. du
Malgré ses préventions, il ~o~tcmpla ~ans
soleil. Les écus de maitre Moriceau ~ansatenl
ennui un visa«c bien lait et de.1obe express10n.
royalement ; mais le bonhomme n y trouTandis que sin œil s'adoucissait, madame de
vait rien à redire, sachant que la source
Migurac ajoutait nonchalamment :_
, ,
n'en était point tarie, et ~•~sti~~nt ren~- Mademoiselle Isabelle Mor1r.eau a etc
boursé, et au delà, par la J01e d et~·e assis
côte à côte avec les plus nobles gcnt1lshomparfaitement élevée au couvent ?~s ~amcs
Nobles du Cœur-de-Marie. Vous a1-:ic dit que
mes du pays, lui qui était arrivé _à Bordeaux
sans le sou et vêtu d'un mauvais ~roguct,
sa dot était de trois cent mille é~~s de~ que''.
de plus, désireux de mar~uer sa JOIC u~e s1. Decha,· li J11 ,·emo,·.ts de ses fautes par le sacrifice ~e et dont le père n'avait rn tels fe~trns que
illustre alliance, M. Mon C(;au p_romeltait -~e
.
son !,,u1e11ceel l'exil volontaire oidl se conda11111a•:• debout derrière la chaise d'un conme.
M. de Migm·ac go1îlaU avec aUeg(esse ~ur la_ro;;,~
payer vos dettes liquides et de degagcr ent1eQuant à la nomelle marquise, ~I. ~e Miles moindres 11ouvea11tes qm s offraient a
rrurac aurait eu mauvaise grf1cc à nier I cxcclj
rement vos terres ?
.
(Page 45.)
Louis-Lycurgue exa1~:üna succes~1vc~1en t
lcnce de sa nature et le scrupule avec lc11ue
l'abbé, sa mère, la mimature, et pms l abbé
elle remplissait ses devoirs d'épouse .. No11
jeunes époux dont les badauds a~mirèrent a seulement mademoiselle Isabelle M?r1cea~1
une clcuxième fois :
- Monsieur Joincau, dit-il, qu'en _pensez- l'envi la grâce, la piété cl la mag111ficence.
était rose et blanche, fraiche et agreablc a
rcaarder dans la fleur de ses dix-sepl ans.
vous?
.
f[Uoe
rendaient plus suave la douceu_r m~:
1'abb~ remua éncr«iqucmcnl le cou et I on
IX
att:;dit de lui quelqu~ chose de con~id~rable.
deste de son regard et le bonheur qm rel~ ,
·
nt elt
mais un rhume o~iniâtrc le tr~vrulla1t, e~.
Comment M. de Migurac se comporta sait dans ses beaux yeux; mais, aya_ rc
derech ef, la toux lm coupa la pa10le. La ~a1élevée fort proprement dans la meilleu
en l'état de mariage.
. le toisa, d'un ren-ard
sc:vère et rev111l à
maison de Bordeaux, elle avait nalure~eroent
c1u1se
o
'I d
acquis les façons qui conviennent a une
son fils :
Au lendemain de ses épousailles, 11 • c
Un dé_tail qui vous surprendra est que

?

MoNsrEu~

DE

M1Gu~Ac _

grande dame, et, sans contredit, avait bien c·est ce qu ïl est difficile de dislingue1· sous la Afin que, lorsqu'il regagnait son logis après
plus haute mine que la plupart des châte- plume discrète de M. Joincau, qui, après quelque partie galante, il ne fùt pas contristé
laines d'alentour, nourries comme leurs YO- avoir mis en vers latins les joies innocentes par l'aspect d'un Yisage morose,· il contracta
lailles dans un coin de province, par les soins de leurs amours, embourbe dans une prose l'habitude de s'étourdir à boire et de ne
de quelque duègne famélique. Sans doute, obscure les motifs de leur désunion. Diverses prendre le chemin du château que lorsqu'il
car il ne faut point exagérer, ses mains n'é- conjectures semblent plausibles. Peut-être la était incapable de reconnaître figure humaine.
taient pas de là dernière petitesse; un peu de marquise Olympe, craignant que sa bru n'as- ~lai, au matin, quand, à son lever, il allail
rougeur ou d'embarras trahissait parfois son sumât trop d'empire sur l'esprit de son fils, baiser la main de la marquise, il lui tromait
origine; et son esprit, pour culfüé qu'il fùl, ne s'appliqua-t-elle pas suffisamment à aplanir la mine si défaite et les yeux si plombés que
n'atteignait point celui d'une Scudéry, d'une les menus froissements inévitables de la vie sa conscience en était ulcérée et qu'il n'avait
Sévigné ou d'une Dacier. Mais, la perfection conjugale. Peut-être maître Moriceau s'effraya- d'autre désir que de s'enfuir au plus tôt,
n'étant point de cc monde, il fallait bien t-il à la longue du galop effréné de ses pis- pour échapper à des impressions pénibles.
r1u'elle tint par quelque côté à la nature toles, ayant appris que le marquis en avait
C'est ainsi, nous explique l'abbé Joincau,
humaine; au moins suppléait-elle largement perdu cinq cents en une seule nuit au pha- que la sensibilité de Louis-Lycurgue, qui
à ce qui pouvait lui manquer par le respect raon, el peut-être fit-il quelques observations aurait dù le rapprocher de madame lsabclle,
et l'amour sans borne dont elle environnait ou pria-t-il sa fille de s'en charger. Peut-être l'en éloignait davantage . Insuffisante pour le
son époux.
M. de Migu rac conçut-il quelque dépit juvé- faire changer de conduite, elle était aiguë il
Car, si madame Olympe a mil ajouté quelque nile de ne point voir aussitot couronner ses cc degré néanmoins cru'elle l'empêchait de
chose à la vérité en disant que mademoiselle espérances de paternité. Peul-être une_ jeune goûter avec sérénité les plaisirs 011 il s'était
Moriceau avait distingué son fils antérieu- femme amoureuse et peu pliée aux usages du abandonné. Ses compagnons d'orgie le plairement, elle n'avait fait, dans tous les cas, grand monde laissa-t-clle paraitre des exi- santaient de son humeur assombrie, qu ïl
qu'anticiper sur la réalité des faits : il avait gences qui réveillèrent chez un mari ombra- n'arrivait à di•siper qu'à force de vider les
suffi de la première rencontre pour que la geux des velléités d'indépenda11ce. Quoi qu'il pots, et les donzelles qu'il honorait de ses
jeune personne tombât amoureuse du plaisant en soit - et peut-être y eut-il un peu de faveurs le redoutaient presque autant à
marquis el que nulle destinée ne lui apparût tout cela - il appert qu'avant une année ré- cause de ses violences qu'elles le recherplus souhaitable que de devenir sa femme. ,olue de mariage M. de Migurac avait épuisé chaient à cause de sa libéralité. Au plus fort
Non qu'auparavant, en plusieurs occasions, la rnlonté de fidélité et la vocation conju- de quelque bacchanale, quand les éclats de
elle n'eût déjà suivi de l'œil nombre de gen- gale qui étaient en lui, qu'il commença de rire des filles dépoitraillées scandaient les
tilshommes. Mais elle les envisageait ainsi s'ennuyer et ue put résister à se distraire.
propos obscènes, le bruit des cornets cl le
que font les déguenillés qui guignent l'étalage
Il usa d'abord d'une discrétion infinie, se cliquetis des bouteilles, il lui arrivait de se
d'un rolisseur el savent fort bien que ces faisant un louable scrupule de causer quelque lever en jurant, brisant les assiettes et les
frian1ises ne sont point pour leur bouche. peine à sa jeune épouse, dont son change- verres, remcrsant les tables, bousculant les
Du moment où elle avait su que ce petit sei- ment de disposition ne pouvait lui faire nier gouges, menaçant de son épée quiconque eùt
gneur, si friand et si joli, pouvait lui éi.:hoir, le grand mérite. Norr seulement il ne cessa rnulu l'arrêter. D'un bond, il s'élançait sur le
clic s'était senti une furieuse démangeaison d'observer dans le château et le village la dos de son cheval sellé en hàle, enfonçait
d'y goûter. Cc qui n'était pe.ul-êlre d'abord plus édifiante retenue, mais il prit soin l'éperon dans Ir, ventre de la hèle, se précic1ue convoitise de roturière où la vanité avait que ses maîtresses et les lieux de plaisirs pitait à toute bride vers Migurac; et peut-être
sa grande part, étai l devenu, sitôt après le qu'il fréquentait fussent suffisamment éloi- le cœur de la marquise eùt saigné de joie cl
mariage consommé, un amour forl passionné. gnés pour qu'elle n'en fût point offusquée. de douleur si deux ou trois fois elle l'avait
M. de Migurac, en galant homme, n'avait pas N'hésitant pas à faire quatre ou cinq lieues aperçu agenouillé et sanglotant sous la fenêtre
cru qu ïl sulfi't, pour s'acquitter de son devoir après souper pour retrouver joyeuse compa- encore éclairée, derrière laquelle elle pleurait
d'époux, d'accorder i1 mademoiselle Moriceau gnie en quelque taverne hospitalière, il lui elle-même, et où une pudeur délicate cl
son nom et l'honneur de son lit. Il en avait arrivait souvent de galoper à tombeau ouvert funeste le retenait de frapper.
usé cm·crs elle, en toute occasion, arec la deux heures de suite pour être de retour
courtoisie et la délicatesse qui lui étaient chez lui la même nui t avant le lever de maX
particulières et qui, dès le premier jour, dame de Migurac. Ou si, par hasard, entraîné
l'avaient fait maitre du cœur de la jeune dans quelque ribote, il demeurait deux ou De la sublime résolution que prit
femme. Flatté d'ailleurs de l'adoration qui trois jours sans rentrer, il ne faillait pas au
M. de Migurac pour expier ses
éclatait dans tous ses gestes et paroles, il lui retour de lui offrir quelque présent fort
fautes.
arail laissé voir qu'il la trouvait de son goût propre de parfumerie ou de dentelles.
et préférable aux autres femmes. Ces farnurs
Il ne lui parut pas que madame Isabelle
Il serait tém~raire de conjecturer de quelle
araient jeté la nouvelle marquise dans une lui sùl un gré suffisant de ce sarnir-vivre. manière se fùt, avec le temps, accommodé le
telle folie d'allégresse qu'il n'était rien qu'elle Sans doute, elle ne s\\baissa pas à des différend du marquis de Migurac et de son
ne fit pour complaire à son mari, el que, s'il reproches odieux et bourgeois; mais elle épouse. Sans qu'il se départit jamais dans ses
cùt demandé la lune, elle eût été querir une devint pour monsieur son époux d'une humeur discours et dans ses attitudes du respect qu'il
échelle pour la décrocher.
inéaale, tantôt l'accueillant d'un air froid et devait à celle qui portait si noblement son
li n'est donc rien d'étonnant si, pendant ref~sant ses présents, tantôt le fixant d'un nom, Louis-Lycm·gue, laissant de côté toute
six mois et plus, M. de Migurac se montra un regard morne et les yeux noyés de larmes, contrainte, se jeta dans un tel dévergondage
époux irréprochable, attentif et amoureux, tantôt le fatiguant par des élans d'une ten- que non seulement madame sa mère, mais ·
fol't satisfait au logis, lent à en sortit' et dresse inopportune et comme désespérée. l'abbé Joincau lui-même, malgré sa réserve,
ponctuel i1 y rentrer, n'ayant· noué la plus Elle en fit tant que M. de Migurac, dont lui en firent remontrance. A ce dernier, i 1
légère intrigue ni dans les chaumières ni l'âme était fort délii.:ate, en vint à se contris- donna l'avis de songer à ses messes; mais,
dans les chàtcaux; digne d'être proposé en ter d'avance de leurs revoirs, ne pouvant madame Olympe ayant insisté, il entra dans
modèle à tout venant.
contempler froidement un trouble d~nt il une colère épouvantable, sacraill comme un
Ce n'est qu'à partir de ce moment assez était l'auteur; d'autre part, comme Il dut païen, fracassant les bibelots de Saxe et de
tardif que sa manière de vivre commença de s'apercevoir qu'elle n'ap~récia!t pas à leur Venise, hurlant que le tout était son œuvre
s'altérer.
valeur ses ménagements, 11 arriva peu à peu cl qu'elle n'avait qu'à s'en prendre à elle des
Quelle fut la source première des nuages qu'il s'en départit par u~e pente naturel~e.ct événements, avec une telle Yéhémcnce qu'elle
qui assombrirent le ciel des jeunes époux, apporta moins de contrarnte dans son pla1S1r. en demeura bouche close et pantoise pendant

�111ST01{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - profusion de laquais, déposèrent dans la cour longeait, il dit d'un ton à la fois comtois et
d'honneur, somptueusement éclairée de chan- encourageant ainsi qu'on parle à un enfant :
- Veuillez me permellre, madame, de
delles, la fleur des gentilhommes et des
vous
offrir la main et croire .. .
nobles dame~. Drapés de velours, de satins
Mais
elle ne l'écoulait pas. D'un geste
brochés el de dentelles, éclatants de tout ce
inrnlontaire
clic montra le vaste lit blanc
qu'ils possédaient de dorures et de pierreries,
les Yisileurs gravissaient l'escalier tendu de orné de guirlandes où, sous le dais de damas
damas rouge etjoncbé de guirlandes de fleurs bleu, des amours se jouaient qu'ils avaient
entre une double haie de laquais culottés de admirés au tendre lendemain de leurs noces,
peau blanche, le torse serré dans leur frac et elle dit, très bas, d'une voix brisée, avec
ponceau galonné d'or. lis étaient reçus aYec l'accent d'une détresse inexprimable :
- Oh! Louis ... Louis ... Si ce n'esl l'honforce compliments par le marquis, la taille
neur,
l'humanité .. .
bien prise dans un habit de drap poùrpre
Et
puis
les forces lui manquèrent et elle
brodé d'or, avec une veste de satin gris, traglissa
à
terre
inanimée.
vaillé d'un demi-chenillé en pourpre et bordé
Le marquis se précipita vers elle, la rcle,·a
de quatre doigts d'une broderie d'or, et par
la marqui5e, dont la beauté amenuisée se dans ses bras et la déposa dans une bergère.
parait d'une robe de satin blanc surchargée li se passa la main sur le front d'un geste
de branchages d'or, bouquets de roses et accablé et remarqua ses joues amaigries cl
fleurettes, le corsage largement échancré fai- ses lèvres pincées. Et soudain il murmura :
- Je suis un misérable!
sant valoir les épaules, les grandes manCourant à la porte, il s'écria :
cbeltes de dentelle d'Argentan s'ouvrant au
Holà! quelqu'un! l\ladame la marquise
coude. Après une collation mirifique où des
est
~ouffrante.
pillés de Périgueux et de Strasbourg, pouEt il s'échappa comme un fou dans le corlardes de Rennes, bécassins de Dombes, coqs
ridor
....
vierges de Caux furent les pièces les plus
Au
su de l'indisposition de la marquise,
remarquées, ainsi qu'une tarte colossale à la
les
·
invités
demandèrent leurs Yoitures. On
frangipane, les sonorités d'un orchestre délicatement composé de hautbois, de violons et chercha inutilement le marquis pour lui faire
M. .te Migur.Jc empoig11;1, le pelit rnquet ,f1111e main
de clarecin, imitèrent les danseurs, et le adieu. Madame sa mère l'excusa, alléguant
,·obus le, .et le le11211t solidement par la peau d11 cou,
al/errit a peu de dis/a 11ce.... Pèlrifièe de s11rprise, la
marquis de Migurac ounit le bal par un me- qu'à cause de l'amour excepLionnel qu'il avait
je1111e femme le dJ&gt;•isagea.i/ comme s'il elÎl èlè q11el,11e
nuet oh il donnait la main à madame de pour sa femme, il était sans doute auprès
tri/on. (Page 4ï•l
Solette, faisant vis-à-vis à la marquise dont d'elle. Après le vacarme du départ, les cri~
le cavalier était le duc de Révigny. Très pùle, des cochers, piaffements des chevaux impatients et sonnailles des équipages, les grilles
ment du réconfort, cl où le nalurel bénin el ·madame de Migurac ne cc,sait pas de sourire, se refermèrent, les chandelles s'éteignirent et
affectueux de M. Joineau s'eOorçait de lui bien que son instinct de femme, la renom- le silence se fit dans le château.
Yenir en ai&lt;le. Peut-être, à la longue, se fllt- mée publique et l'air d'insolence de sa rivale
Cependant, l'âme bouleversée, Louis-Lyrlle résignéeà cequ'endurenttantde femmes, lui apprissent assez quelle était la reine de la curgue se pro·mcnait à pas précipités dans le
ou, faisant choix d'un amant, eùt-elle rendu fète ...
Ensuite les danses devinrent générales et parc, errait au hasard par les allées recticoup pour coup; ou pcut-ètre, par un retom
lignes ou à trarnrs les fou rrés, déchirant son
subit, son mari fftt rerenu à elle dans un une gaieté de bonne compagnie emplit les habit aux ronces, s'arrêtant puis marchant
repenLir définiLif; mais celte alternative de- salles étincelantes où les glaces renvoyaient à encore, levant les bras au ciel, saisissant sa
meure douteuse pu suite d'un éYénement l'infini J'image des couples. D'un œil anxieux tête à deux mains, laissant tout à coup sa
inopiné qui survint deux ou trois ans après et timide, madame Isabelle, malgré elle, poitrine éclater en sanglots affreux. Brusqueles épousailles et fuL l'occasion de change- cherchait le marquis, mais dans la foule ment, d'un seul coup, c'était comme si, aux
tourbillonnante et chamarrée, elle cessait
ments consid~rables.
·
paroles de sa femme, à ces mols qui évoli plut un jour à M. de Migurac d'offrir ;1 de pouvoir le suivre. De tout ce tumulte de quaient si cruellement les dernières recomtoute la gentilbommerie du pays un gala fète, elle sentit peu à peu une tristesse plus mandaLions du marquis Henri, un voile venait
digne de son renom. S'il pensait seulement amère l'envahir, et soudain, sous J'inlluence de se dissiper qui jadis lui avait fermé les
obéir au goût de réjouissance qtù était de son chagrin el de la chaleur, elle craignit yeux; et voici maintenant qu'il se toisait luien lui, ou ùl entreprenait, mû par un de se pâmer et Youlut avcindre en son ridi- même et qu'il jugeait qu'il était déshonoré :
remords, d'affranchir pour un moment la cule un flacon de gouttes d'Hoffmann. La pf)ur bien des actions coupables, pour avoir
jeune marquise de ses pensées douloureuses, camériste l'avait oublié. Elle se rappela l'avoir violé les avis de son père et ses propres serla chose n'importe guère; probablement son posé sur une console en sa chambre,· et, ments, pour avoir blasphémé et transgressé
dessein secret n'était, à tout prendre, que de plutôt que d'appeler une femme, se glissa les lois divines et humaines, mais surtout
paraître en tout son lustre aux yeux de ma- sans bruit hors des salons et monta l'esca- pour ceci qu'ayant engagé sa foi à une jeune
dame de Solette, blonde piquante aux yeux lier , comptant aussi pour se récréer sur la personne aimable et innocente, il s'était borné
Yifs et au sourire promelleur, qu'il serrait de fraîcheur et la soli tudc.
à jouir de sa fortune, l'avait réduite aux
Arrivée devant son appartement, elle poussa
fort près depuis plusieurs semaines et complarmes et à la honte, et venait de lui inOigcr
tait réduire au suprême aveu. Toujours est-il la porte, étonnée d'un rayon de lumière qui la pire insulté dans le lieu même où elle
que, pendant huit jours, les tapissiers de glissait sous le ballant. Au spectacle qui la devait lui être plus sacrée.
Bordeaux s'empressèrent à parer clans le frappa, elle demeura immobile, comme pétriAssis sur une botte de foin, tête nue et les
dernier goût les vastes salles du château, fiée. I\éparant en bâte le désordre de ses cheveux épars, insoucieux de la rosée qui
tandis que des escouades de jardiniers répan- vêtements, une femme s'enfuyait, en la- tombait, le marquis s'absorba longtemps
daient du sable dans les allées et qu'aux cui- quelle elle reconnaissait madame de Solettc, dans sa douleur. Quand il se releva, après
sines s'entassaient les friandises et les vic- tandis que, le visage encore écbaullë et l'œil plusieurs heures de réflexion, son parti était
libertin, mais pourtant ,·iolemment troublé,
pris. Coupable d'un tel outrage, il ne pouvait
tuailles.
Au jour dit, tous les carrosses du pays, son mari la regardait et tâchait à se donner reparaître aux yeux de la marquise, ni, sous
repeints pour la ci1·constancc cl garnis d'unt! une contenance. Comme le silence se pro-

une couple d'heures. Quanl à la jeune marquise, elle éLait pitoyable d'a~pect : plus
maigre et plus pâle chaque mois et de plus
en plus tournée vers la dévotion et la bienfaisance, matière où elle cherchait désespéré-

.MONSŒU~ DE .M1Glffl.Jf.C -

p~ine _d'infamie, accepter plus longtemps ses
b1enfa1ts.
Il r~nlra donc dans son appartement, quilla
ses vetements de fête pour un costume de
voyage en gros drap brun, mit dans un sac
r1~elque linge de rechange, un nécessaire de
to1l_ett~! une bourse à demi pleine, deux ou
lro1s btJOUx qui venaient de son père, un pis1_ol~t,_ et puis se plaça dcYant son écritoire et
t•cr11·1t d nnc main ferme :
&lt;&lt; Madame,

« L'horreur qui emplit mon sein à examiner mes torts envers vous est telle que les
mots me manquent pour l'exprimer. Tout
mon sang n~ serait pas digne de racheter les
larmes que
Je vous
ai arrachées. 11 n'est n.1
•
.
cxcus~ m repentir pour un tel crime. Noble
et s~1~te fe~me, puisque la Providence a
dessille _tardivement mes paupières, je veux
accomplir le seul acte capable de soula«cr
~ot~e douleur en délivrant vos yeux d'un o~et
~?fam~. ~ l'heure où vous lirez cet adieu,
.J aurai qmtlé le chàteau pour jamais, emportant dans mon cœur le souvenir de vos Yertu~ aussi durable que la honte de les avoir
n:1e.connues .. Ilourreau de votre sensibilité, si
s1 J~ ne pm~ réparer mes forfaits, je m'inl~rdts au moms d'_en solliciter le pardon. Dila~1dateur de ~·os biens, si je suis incapable de
'. ous le~ restituer, au moins puis-je renoncer
ac~ qui en demeure. Tout ce que je possède,
c~c1 e~t ma volonté expresse, vous appartient.
c est a vous_, marquise de Migurac, que j~
co~fie le sorn et l'honneur · de mon nom.
11russe _la fortune vous présenter un amant
plus d,gnc de ~·ous !. .. puisse l'épée d'un
~oulan enleY~r bientôt le dernier reste de vie
a ce cœur qui n'a pas su s'élever à la hauteur du vôtre, mais où demeure gravo votre
nom comme celui de la vertu et de la beauté!
&lt;t Votre serviteur indigne,
&lt;I Lou1s-LvcuaGuE. »

Puis,, pi&lt;1uant &lt;les deux, il s'éloigna au trot
de sa betc sur la route de Poitiers Apre'.
r_ieue, 1.es plis· de son front s'étaient· effacés,
~ une
il
ecouta1 t les sabots de son
' che,•al sonner en
cadence sur la route sa taille s'éta· t .
d ,
l''
'
1 ICrcssee,
. d'et, amc rassérénée , il fredon na1·1 le
rcfram une chanson «riroisc.
C'éL,it ma~amc de Solcttc qui, pointant la
g_orgc cl la le\Te prometteuse, la chantait en
spaccompagnant clic-même sut· 1c c1arccm.
.
&gt;rusquement,
la
pensée
lui
yi·nt
que
,
.
moyennant
'f
. un detour
. • I il pourrait lui donner ad·ICU.
i, ais ~uss1tot e souvenir de ses iniquités lui
fit reJcte_r une _telle idée aYec horreur, comme
peu conl?rm~ a son dcrnir de pénitence.
. li .atteignait le haut d'une co'te Q'u s.,eparp1 11aient quelques maisons du hameau de Castelmoron, à deux li.eues de Mi"urac. En se
re_lournant, il reconnut encore dans le loinl?m Ja m~ssc confuse du château paternel qui
enfonçait dans les arbres. Il la salua d'un
oeste large de la main et, donnant du talon
au ven trc de la bêle, la lança dans la descente.
. El, _satisf~il d'ayoir triomphé de la tentallon, il avait l',îme en liesse de ce que la
vertu ne fût point abolie dans son cœur.

!

XI
Comment M. de Migurac entra
au service du roi.
. Les trois semaines que M. de Migurac che, a~_ch~ de_ s?n châtc~u à Paris furent, ainsi
qu LI ai~a1t a le redire plus tard, parmi les
plus plaisantes de sa vie. Déchargé du remords de ses fautes par le sacrifice de son
opulence et l'exil volontaire oi1 il se condam-

nait, affranchi de souci, il goùtail avec allégr~sse sur la route les moindres nouveauté•
qm s'o~raient à lui. Car, encore que la
de M. 1gurac eût été déjà chargée d'événe~cnts, il ne faut pas oublier qu'il était fort
Jcun_c, ayant à _peine accompli sa Yingtièmc
annec, et q_uc, Jusquc~là, il n'était point sorti
de sa pronncc. Aussi apportait-il à toutes
~h~ses des sens naïfs et enthousiastes. Si ,·if
e,La,t le cl~armc de ses impressions qu'il 111•
s ,aperceYait pas combien durs &lt;:Laient les li t~
d auberge, piètre la chère, et peu ragoù Lan IC's
les Jllles ~c chambre dont il ne dédaignait
p~s les œillades. Et, sou1•cnt, taillant telle
pièce de bœuf durci, ou tenant en .ses bras
r1uelquc_ gotbon aux mains rouges, à la taille
carrée, il éprouvait une sorte de rnlupté à
songer qu'~insi il expiait ses fautes : et il
re~emanda,t du bœuf et donnait encore un
lia1ser à la fille afin d'accroitre sa pénitence.
se _reprochant de ne la point trou ver plus
amerc.
Nous ~e nous attarderons point aux avenlur~s qu tl rencont~a sur_ son cbc~in et qui,
11,.d a,u~res yeux qu aux siens, offriraient peu
d mt_ere,t. Assez d'auteurs de mémoires ont
conte 1exode _ve~s Paris de jeunes gentil. bo~mes provmciaux, et nous désirons de
prcférence n_ous arrêter aux troits originaux
d~ ~[. de Migurac, à ce qui le fit lui-même
d/stmct du commun de l'espèce humaine.
~o~s ,n?us bornerons donc à dire qu'après
a,·01r et~ tour à _tour trempé de pluie, transi
par la bise et rôti de soleil, après avoir couché
~ans deux douzaines d'auberges ou de oranges
eprouvé la rapacité d'autant d'aub~r"istes'
m_âché la chair semblable de bêles m~igr~~
n~es dans toutes les provinces qui se succeden t de Bordeaux à Paris, failli être dé-

à!

, Ayant relu c~llelettre, le marquis la trouva
d un style sublime et se sentit soulagé. II la
cacheta aux armes de Migurac, sortit de sa
chambr~, t,raver~a le corridor à pas de loup,
descend1 t 1 escalier, fit sans bruit tourner le
l~urd portail sur ses gonds et gagna l'écurie.
L~, entre ses cbeYaux, il choisit un solide
b1~el tarbais de robe alezane, le sella lui~eme, fixa son sac sur la selle et puis, enfourchant la bête, fila dans la o-rande allée.
AYant de franchir la grille, il s'arrêta et
embra~sad'un regard le dôme vert des arbres
symétriques, les tours jumelles du château
les massifs fleuris, les bâtiments lointain~
d~- la ferme. Le tout s'illuminait des prcnue:es clartés de l'aube, et Jes étoiles s'éteifaic~t da.ns_ la mollesse azurée des cieux. A
a _br'.se na1s~anle, les feuilles d'automne
oscillaient, égr_enanl leurs perles liquides.
tes ~hants des 01selets s'éveillaient aux nids ....
o~is-Lycurgue essuya une larme, enro,·a un
baiser et dit :
J
- Nature, dont je n'ai pas su comprendre
1·eco11vra ses sens, M. de /tligurac se fût pe11t-ëtre c,· d
.
1es, .leçons, f ais
· JOm
· · r dc la paix celle que je Lorsqu'il
ses regards a11to11r de lui, il n'eût constaté qu'il était da1IS 1111u r::'s
quelque paradis cyt/zeree11 , si, promenaul
1
11 ai pas su aimer.
a ti milieu d'11ne chambre d'1111 goflt parfait. (Page .)
res blanc, décoré de co11rli11es de soie rose,
47

Yi;

�1f1STO'R._1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
troussé par des Lrigands, donl deux rcstèrcnl
sut· le carreau; après avoir déclaré sa tlamme
à dix-huit servantes d'auberge, avoir ~é agréé
de quatorze el sollicilé de neuf autres, don~
l'une était sexagénaire et une autre quast
r.ul-de-jallc, M. de Migurac, le teint bru_ni,
l'habit défraîchi, mais gardant haute mmc
sur son bidet alezan, arriva à Paris par une
fin d'aprt•s-midi du mois de norembre, oi1
tl'nn ciel de plomb ruisselait une pluie fine sur
un sol boueux, semé de flaques noires. Selon
le conseil que lui arnit donné une fille légère
d'Orléans, il s'enquit de la .rue Trousse-Vache,
et, l'ayant rejointe il Ira vers un dédale de
ruelles fétides, frappa à la porte d'un hôtel
borgne, dit du Lapin fleu1'i , ou, moyennant
un petit écu par jour, on lui assura un réduit
orné d'une lucarn e avec une paillasse et un
manger approprié.
Oésireux de s'instruire, M. de Migurac
consacra les premiers temps de son séjour à
parcourir les curiosités de la ville. Encore
qu'il mît son amour-propre à ne point paraître
surpris, il estima que la capitale était infiniment au-dessus de l'idée qu'il s'en était faite.
Dans des ordres divers, la cathédrale NotreDamc, le palais du Louvre, la promenade des
Boule\·ards, la Morgue oi1 sont les noyés, le
Châtelet, le bon goût des équipages, la-splendeur des hôtels privés, l'éclat des costumes,
la beauté des femmes, l'immensité de la ville
et son activité le frappèrent d'admiration. Et,
malgré sa volonté de ne point sentir sa province, il s'arrêtait étonné de la nouveauté du
spectacle, ou adressait d'un accent gascon un
mot de galanterie aux femmes qu'il distinrtuait, à la grande joie des badauds et au mé~onlentement des maris, que d'ailleurs il dédai.,nail pareillement, metlant en déroute les
un; et les autres d'un seul regard de son œil
bleu.
Cependant, au boul de trois semaines, )1. de
Migurac remarqua que sa bourse était fort
plale, hien qu'il eût déjà fait argent de l'un des
bijoux qu'il tenait de son père; et il se représenta avec vivacité qu'il ne pourrail continuer
à riHe de la sorte. Alors, faisant un retour
sur le passé, il se rappela lout à coup qu'il
n'a1·ait pas quillé ses pénates pour aller Yisiler
la capitale, mais afin de sollir.iter un emploi
dans l'armée du Roi, cc qu'il arait entièrement perdu de vue depuis qu'il avait dépassé
Castelmoron, à deux lieues de Migurac. Aussi
ordonna-t-il incontinent au garçon de bien
étriller son cheval, et de soigneusement brosser
ses habits; et le lendemain, de bonne heure,
malgré une bise de décembre fort aigre, il pril
le chemin de Versailles afin de se présenter
devant le monarque et de lui exposer son
désir.
Il ne fut pas peu émencillé de toulc l'animation qui était sm· la route, du Ya-ct-vicnl
des piétons et des chevaux, des voilures de
pqste et de parliculiers, des« pots de chambre 1&gt;
el des « carabas ll , qui emportaient la foule
bigarrée des courlisans, des quémandeurs et
des curieux. La magnificence solennelle de
Versailles, la profusion et l'immensité des
palais, la largeur des a\-cnues, le Mploiemenl

inouï des soldats de tout unilorme, l'incroyable
enchevètrcmenl des cabriolets, des carrosses,
des cavaliers et des chaises à porteurs, le
plongea dans la slupéfaction; il jugea mesquin
rl pitoyable tout le luxe qu'il avait connu.
Mais, bien résolu de ne pas négliger le bul
de sa risitc, il s'avança vers la grille du ch,\tcau royal et s'apprêtait à la franchir délibérémcnl lorsqu'un suisse d'une taille colossale
cl dont l'habit rrluisait d'or lui barra le passacre
en lui demandant son intention et s'il
0
s'imaginait qu'on entrai Lau palais comme dans
un moulin. Encore que la colère lui montàl
aux joues, )1. de Migurac lui répondit pol!ment qu'il désirait voir le Roi. Sur quo,,
l'homme qui ricanait en examinan t son nez
rouge de froid, son habit poudreux et son
cheval dont, à Hai dire, la mine n'était phis
fort bonne, lui répliqua d'un ton rogue qu'il
eût à rédiger un placet à Sa Majr.sté, et, s'il
\'Oulait avoir quelque chance d'obtenir une
audience, qu'il le fit aposlillcr, car on en
jetait tous les jours au panier quatre ou cinq
cents de cette espèce. La morgue du rustaud
était telle que M. de Migurac en pensa étouffer
de colère, el si le sentiment ne lui était pas
venu qu'il continuait d'expier ses fautes,
peut-être se fût-il porté à quelque acte de
violence; mais il se con lenta de soupirer profondément el de toiser l'homme de telle façon
que l'autre en recula et porta la main à l'épée
qui hii battait aux mollet~.
M. de Migurac se plaisait à redire plus tard
que é'esl de cc jour qu'il mesura combien le
pouvoir absolu d'un seul est néfaste et q111~ls
vices doivent corrompre Lout régime politique
où le roi vit à l'écart de ses sujets, sous la
garde de privilégiés que leur forluoe enivre cl
qui éloignent de lui l'affoction de son peuple
en mème temps qu'ils l'empêchcnl de connaitre
ses besoins. A cela il sied d'ajouter que c'est
en cc jour également que de la splendeur de
la rovauté il reçut l'impression la plus profondè. Ayanl mis son cheval 11 reposer, il
aperçut une porle du château où se pressait
une foule de gens. Il s'enquit, et apprit que
Lous ceux-là se promettaient d'assister au
diner du Roi. Insoucieux des colères qu'il
soulevait, il joua des coudes, broya les pieds,
se fi t place, et fut assez heureux pour se
glisser au premier rang. C'est ainsi que, face
à face, il put contempler Louis le Bien-.\imé.
Il était assis seul à une table, dont la profusion d'argenterie dépassait tout cc que M. de
Mirurac
avait jamais imaginé. Son• habit n'était
0
•
pas d'une richesse étonnante, mais son visage,
aux lrails réguliers et beaux, étail celui d'un
roi. Des gentilshommes, l'épée au côté, lui
présenlèrenl une vingtaine de plats dont il
goûla. Quand il se le\·a, ayant terminé, il promena un regard calme sur la foule silencieuse. Bien que la guerre dite de Sept Ans
fùt féconde en désastres et suscitàt de nombreux mécontentements. un murmure d'adoration salua sa sortie. M. de Migurac sentit
les larmes lui poindre aux yeux, et comprit
que ce serait peu de sacrifier sa vie pour un
tel prince qui venait de si bien diner : il est
remarquable combien plus Lard il s'éloigna

de ccl enthousiasme. aranl, dans sa ùrochurl'
intitulée la Folie d'lléliog(l,bale démas7uée,
comparé Louis XV aux despotes les plus
hideux, et .chargé sa mémoire de toutes le~
malédictions.
.
Toutefois, sou exaltation calmée, M. de
Miaurac revint de Versailles fort décourage:.
Bi~n qul' l'antiquité de sa noblesse lni c1H
donné droit dt• monter dans les carrosse',
royaux cl qnc jadis le marquis, son père_, e~t
noué des rrlations i, la cour, sa fiertr lu, dPfcndait de soll.icitcr une protection dam:
l'équipage pileux où il se trouvail et sur h
lieux où jadis sa famille avait eu quelque
crédit. Ainsi se borna-L-il à rédiger lui-même
son placet et à l'envoyer sans nutle apostille.
Mais, l'encre n'en ayanl pas élé séchée, selon
l'étiquette, à la poudre de bois, il fut jeté au
panier dès le premier coup d'œil, sans èt~c _lu,
cl les prédictions du suisse furent réahsees.
~e voyant rien venir, il ne se découragl'a
point, 1~ais rédigea des rcquèles à,. di \ C~s
personnages que, selon les notions qu il avait
de la cour et cle l'armée, il estimait capables
de le secourir : tels que Monseigneur le Dauphin, la reine Marie, mesdemoiselles fi ll~s ?u
Roi, la marquise de Pompadour, le secrela1re
d'État de la guerre, le duc de Richelieu, le
maréchal de Contades, le prince de Soubise,
el plusieurs généraux dont il avait lu les noms
dans les rrazettes. Un mois durant, il s'émero
.
.
'
veilla chaque malin de ne pomt recevoir rL'ponse, bien qu'à chaque nouvel échec il rcstrcirtnit
St'S prétentions, ayant d'abord dr mandé
0
•
un rérriment , puis une compagrne, et se
bornan°t enfin à une simple commission de
cornette ou d'i&gt;nscigne.
Cependant, à mesure qu'elle se prolongeait,
celte attente lui devenait plus fàchwse. li
avait Yendu successivement, pour en faire
argent, tous ses bijo~x, y compris_ le fau_x
rubis qu'il avait au cou, el son b1del lmmèmc qui le fil Yivre trois semaines. Mais,
bien qu'il réglàt sa dépense avec la ~lus
stricte économie, se nourrissant aux pires
gargotes, claquant des dents au fond ?c son
réduit sans feu cl sans chandelle, subissant,
l'estomac mal rrarn i et le corps mal prolrgé,
toutes les ri~u~urs, nou velles pour lui, d'un
hiver septentrional, le moment vint où, a?nt
fait l'état de ses biens, il ne trouva plus qu un
pelit écu au fond de sa bourse, sans qu'il l"~t
moyen de lui donner compagnon. Alors 11
C'nlama une méditation fort sérieuse, dont la
conclusion fut que, s'il ne voulait point
s'abaisser à des expédients fâcheux, tels que
de s'enrôler auprès de quelque sergent recruLeur, ou d'accepter mi métier indigne de sa
naissance il ne lui restait à choisir que de
dPux par~is, l'un : ou bien de rct?urncr it
Micrurac auprès de madame son épouse, ou
bi;n de se retirer hors de la vie qui lui était
peu hospitalière.
Dans l'obscurité sinistre de sa mansarde,
où pénétrait le vent aigre du nord et où il
essayait inutilement de se réchauffer en soufllant dans ses doicrts et en s'entortillant de la
0
'
'
couverture de son cheval, il ne put s empe·
cher de se fi gurer l'existence confortable cl

.iJfONSTEU'R_ DE .iJfTGU'R_.JtC

abondante qui arait été la sienne, cl quel
tendre pardon, à coup sûr, l'attendait, s'il
revenait au logis. Et quoique, à cette pensée,
il se souvint avec plus de force de son indignité, son cœur en était ému et peut-être
cùL-il cédé à ses conseils si, tout 11 coup, il
n'cùt raisonné qu'il lui serait de toute impossibilité de s'en retonrncr à pied et sans ressource~ ou de vivre jusqu'à cc qu'un ~ecours
d'argent lui parvinl. Celle réflexion lui fil
,·onccvoir ncltcmcnl qu'il rtai t préférable qu ïl
mourt'it.
Ayant arrèté sa décision, il s'interrogea
s'il n'écrirait point une lettre de congé à la
jeune marquise pour lui adresser ses ultimes
messages ; mais, comme la faim lui travaillail
les boyaux, il jugea que son dernier écu
serait mieux employé à la satisfaire, plutôt
qu'à hâter une nomelle pénible qui toujours
arril'erait assez tôt. Il descendit donc à la
taverne, se fit servir une ample portion de
potage et de viande bouillie, soupa de bon
appétit, et regagna sa chambre, où il dormi t
paisiblement après avoir chargé son pistolet.
A son réveil, il se rappela qu'il devait accomplir en ce jour un acte considérable : le
pistolet posé sur la table attira sa vue el il se
souvint qu'il allait mourir. Mais, ayant ouvert
la fenêtre pour respirer l'air du malin avant de
passer en celui du purgatoire, il fut touché de
la beauté du soleil et de la chaleur singulière
pour la saison, et il résolut de faire encore un
tour de promenade. li enfila donc plusieurs
ruelles qui menaient vers la Seine, et soudain,
l'aspect printanier de cette journée lui suggéra de s'aHer noyer. Celle idée le charma. Oc
crainte d'être repêché par un indiscret, et
parce que l'eau ne lui semblait point nette au
Petit-Pont, il continua son chemin, fit un
détour par la rue Saint-Honoré et la place
Royale, franchit la barrière de !'Étoile cl ensuite redescendit à travers des jardins jusc1u'aux villages de Passy, puis d'Auteuil. Il
côtoya quelques minutes le fleuve limpide,
remarqua un endroit où la berge s'élevait de
11uelques pieds et pensa qu'il y serait fort
bien pour se précipiter. Il envoya une pensée
dernière à son épouse et à sa mère; à l'abbé
Joineau et à toutes les donzelles qui avaient
embelli sa carrière, et s'écria d'un accent
pathétique, songeant à la fin édifiante du
marquis Henri :
- 0 nature, ri&gt;çois mon corps et l'adieu
suprème de ton enfant!
Mais parce que l'athéisme n'était pas chez
lui un dogme établi, il récita un P ale!' et un
Ave, reconnut entièrement ses péchés, en eut
une sincère contrition et puis, faisant le signe
de la croix, s'élança dans la rivière.
Ainsi qu'il arrive, sitôt que l'eau bourdonna à ses oreilles, qu'il sentit à la fois la
res~iration lui manquer et ses pieds toucher
le, ht du fleuve, il donna un coup de talon, se
clcmena comme un beau diable, revint à la
surface et respira l'air avec délices. Mais,
aussitôt se rappelant sa décision, il s'apprêtait

à se laisser couler de noureau quand une
clameur frappa son oreille. Il leva les yeux et
aperçut une jeune femme assez bien faite,
portant coqueluchon de dentelle et taùlier
blanc qui agitait en l'air deux bras passabb
et s'écriait de toutes ses forces :
- Mon Dieu, sauvez-le! sauvez-le!
Ses gestes désignaient quelque chose de
noir qui barbotait dans l'eau. M. de Migurac
se représenta, encore qu'il cùt dessein de
mourir, qu'il manquerail à la courtoisie en
ne cherchan l point remède au chagrin de
cette jeune personne : en quelques brassées,
bien que son épée lïncommodàt fort, il eut
atteint un petit roquet, de l'espèce appelée
carlin, qui se débattait et geignait lamentablement. Il l'empoigna d'une main robuste,
et le tenant solidement par la peau du cou,
atterrit à peu de distance .... Pétrifiée de·surpri$e, la jeune femme le dévisageait comme
s'il eût été quelque trilon. Il s'avança, assez
gêné par ses habits mouillés :
- Madame, dit-il, voici volrc chien . Veuillez en prendre plus de soin .
Puis il la salua, tourna les talons et se mit
en dcrnir de regagner la rivière.
Mais une voix perçante l'arrêta :
- Au nom du ciel, monsieur, quelle esl
rnlrc intention?
Et il sentit se poser sur son bras la main
de la jeune femme, qui lui parut une soubrette de bonne maison et qui le considérait
d'un air d'intérêt. Il lui répondit civilement
que son intention était de se noyer, qu'il
avait grand froid et poinl de temps à perdre;
et, malgré ses protestations, il allait se débarrasser de son étreinte quand, tout à coup,
par l'effet du soleil ou de l'eau qu'il avait
bue, ou parce qu'il était à jeun depuis la
veille, la tète lui tourna et il tomba tout de
son long, le nez par terre, sans connaissance.
Lorsqu'il recouvra ses sens, M. de Migurac
aperçut devant lui des nuages roses et blancs
épars dans un ciel d'azur; des nymphes peu
vètues s'y accoudaient nonchalamment, et des
amours jouffius, à cheval sur des papillons,
décochaient des flèches vers leurs seins appétissants. Peut-être se fùt-il cru dans quelque
paradis cythéréen, si, promenant ses regards
autour de lui, il n'eùt constaté qu'il était
dans un !il très blanc, décoré de courtines de
soie rose, au milieu d'une chambre d'un goût
parfait, et qu'à son chevet il y avait d'un côté
un homme fort laid, dans lequel il n'eut pas
de peine à deviner un médecin, et de l'autre
la jeune personne qu'il avait vue au bord de
l'eau et qui, penchée vers l'homme d'art, lui
parlait bas avec un air d'inquiétude. Sa main
gisait sur l'oreiller fort près de la bouche de
~I. de Migurac. Il inclina légèrement la Lêlc
et y posa les lèvres. Elle bondit en l'air aYec
un cri aigu, tandis que le médecin laissait
choir ses lunettes.
- Ah! monsieur, fit-elle en joignant les
mains, que je suis aise que mus ne soyez
point mort!

Ull11sfl·alio11s de CoxR.r,.

(A snii•re.)

"'" 47 ""

--...

El elle ajouta :
- Venez voir notre noyé, madame!
M. de Migurac vit entrer une jeune beauté
qu'il reconnut pour la maîtresse de l'autre et
dont l'aspect lui causa un tel émoi qu'il pensa
retomber en pâmoison. Elle était revètue d'un
simple pet-en-!' air; sa robe de gaze largemcn L
ouverte laissait parai'tre une gorge admirablr:
un visage pétri par les amours s'inclinait \'1•rs
le petit chien que )f. de )figurac al'aiL repêché
et qui témoignait sa reconnaissance en aboyan L
de toutes ses forces. Elle cessa une seconde
de le baiser pour dire avec un sourire adorable :
- Monsieur, de quelle manière vous remercierai-je d'avoir sauvé cc bijou d'une mort
affreuse?
- Madame, dit le marquis, puisque je
n'oserais solliciter la place de cette bête, je
YOus prierai de vouloir me donner à diner.
Peu d'heures après, restauré, abreu\'l\
séché, habillé de frais, M. de Migurac contait
ses aventures à son hôtesse, qui s'était nommée à lui comme mademoiselle Chloris, danseuse à !'Opéra. Or la fortune voulut que
mademoiselle Chloris eût pour ami AL de
Montreuil, lequel avait accepté de lever un
régiment pour remplacer l'un de ceux qui
s'étaient fait prendre à Fillinghausen. M. de
Montreuil, galant et sexagénaire, n'avait rien
à refuser à cette aimable enfant. Elle ltti
recommanda avec chaleur M. de Migurac,
dont, par un heureux hasard, il avait jadis
fréquenté le père. En sorte que hui t jours
après s'èlre voulu noyer, notre héros réunit
dans sa poche une commission d'enseigne de
Sa Majesté au régiment de Royal-Champagne
et un présent de cinq cents écus que ~f. de
Montreuil voulut lui faire en souvenir du marquis Henri. De plus, sa main droite s'ornait
d'un fort beau brillant que lui avait offert
mademoiselle Chloris, et sa main gauche
d'une bague ornée de perles qui lui venait de
mademoiselle Mirette, sa suivante. Que ces
joyaux fussent simplement le prix du chien
sauvé, c'est ce que nos lecteurs ne croiraient
pas. Avouons donc que la reconnaissance réciproque de M. de Migurac et de ces charmantes personnes noua entre eux des liens
plus tendres. Quelques grincheux l'en blâmeraient : il importe de relever, à son excuse,
outre son devoir de galant homme, cette particularité qu'une succession aussi inouïe d'événements inattendus ne lui parut pas pouvoir
s'expliquer autrement que par une intervenLion providentielle contre laquelle il eût été
coupable de s'obstiner. Invité plus tard à
énumérer quelles raisons il avait de croire à .
la bonté toute-puissante de la Divinité, il ne
manquait pas de répondre qu'il n'en savait
point de plus convaincante que la manière
inopinée dont, ayant voulu mettre fin à ses
jours, il était entré au service du Roi pour
avoir saUYé le carlin de mademoiselle Chloris ;
ce qu'il racontait avec un grand luxe de
détails cl non sans complaisance.
A:-&lt;on1~ LICHTENBERGER.

�" .ISfZ-MOI."
r

111STOR,.1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

•
L ES MAlTRES DE L'ESTA)IPE AU XVIII' SIECLE. -

L E RILLET DOi,;~ gravi/l'e de N. hf: L1~N~Y, d'après LAYEREINCE'

HIS

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1910, Año 1, No 9, Abril 5</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>���'LisEz-Moi" u,sroR

MADEMOISELLE DE CLERMONT AUX EAUX DE CHANTILLY
Tableau de "':\ATTIER. (:\luséc ConJé, Chan Lilly. l

�L1e~AIR.IB .ILLUSTRÉE. -

JULES

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TALLANDIBR, én1T~. -

27e fascicule ,~ 1.111v1er 19rr •.

Sommaire du

r

BELLES DU VJEUX TEMPS
et=&gt;

Belles du vieux temps : ~hdemoiselle d ..
Clermont . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Q7
P .11'1, G tl LO • , • • • Amou rs d'autrefois : Un ménage roy t . . . 10 1
Ill. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . IUti
'l'ALI.E I El'l'TDE Rfa'J.'::. Loui
: Les demoiselles de Fernig. 10:e llLE CÈRE, . • • Femmes-Soldats
11 0
OMTE O uvA R0rF.
. Le prince d e Ligne. . . . . . . . . . . . . .
lndi crétions del Histoi re . - Les artifkes de""
D oc rEUR
.\BA •j;;~ ••
la toi lette : La poudre à poudrer . . . . . .- 11 t
ICO.IITE OE llruS&amp;T- •

Rl 1'.11 • • • • ,

••

(.l~.. ÈR.\L DE M.IRBn r.
8A(' IT.1.C.MO. T , . . .
1t 1.F. ll uc11~. . . .
'.\L1DA\lf: !IF:
\VI e•.
f.R:-IE~r 0 ,\UD T, • •

ILLUSTR.ATIO S

TIR EE EN C.UIIAll!U :

AUIIBRT P. B E:-.n:xur,. BOUCHER . CLER 10:'ff- iALLER.A..'&gt;[)E. Co~RAII. II E!Œ I OE
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, E TO A.-F. LA D1111, I..OREXfZ, MA UR l:'I , i\lEr SOSIER,
Lrc-Ourn,R t &amp;ttso~, 'TRO0RA ·r CARL Vr.1t:-.E T H oRACE VER.'IET-

'' LISEZ=MOI ''

partout

.\1.\II E.\I

ELLE DE
TARLP.\

-

AU TÉLEPHONE...

Pîèct tn deux actes, par Chartes FOLEY et André de LORDE
II F.J&lt;R I l~A \'UU, N. de l Academie rran,;abc. ortie. de b l . LAL'l&gt;E .\, ET. Note
sur l"am,.ur
E1•'!0lo'll HUST,\ . U. de l'Acadtmie françai c. Ballade de la Nouvelle année . - .\l.,RcE:1. PR . \' ST. de l'.\ ·:1dem1 e rr~nça, e. bonchette. l1 1&lt;NRY 1:31, Ql"!,. onnet mélancolique.
l'ArL Cl V1c1on M.\R(,l'E RITTE.
Le ac de bonbon 11. - Auc;~STE UOR '.11. \1~- l..'habitud de carc es. - ~lt .111.1..
·on.1&gt;,\\'. L' âge .te l'amour. - .\11,cA1 E DON ',\Y , de t"A(adcmie frnnçai e.
Le Jour de l'An . , Ill'
Il N f!J.PLE RE. Ame · fém inines IIARL&amp;
f·OLF.\'. La fève. - PA 1. AHENB. La maison aux chat . - GU\' DE :\IA ·
PA "1\ ' l . C..arÇ-un, un bock! ... - Pu L B {'[(GE1', d~ l'Acndfmt.: lrançal e.
Feroro.e malade. - H e,RY BORDE.\l"X. La robe de Jajnc. - F°RA:-&lt;ÇO IS DE :'1:10:- .
1 L'amour et l'amitié. - Tnloooat:: ••~ B.\ ' \' ILLE. Camées : La JocooJe ; La
Vfou~ de lltilo. - Eo)IO:&lt;D ll,\K L"CO lt r. Hiver.
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d,7hnute lignée cl une prince e de ann- royal.
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, 1 le cadre a r,· te, ni le é banrre de er,·ermldlle aux Jèvr
ntr'ouverte , on nez a1·t'C es pala1 rempli de chcl -d'œuue es
ru ut.!, ni mêm Ir ' rendez-1·ous cliez la fai- lé·•cremcnt retrous.é, .es yeux ndmir, Littière n u1anqnrnl à celle id ile cntimcntale qui éclairent on Yi age ébloui-saol d frai- jardin peuplés de latue , el e caoaUJ:, e
résenoir eL e eaux jailli sanie qui pour
et loucb nte ! Et, pour compl~lcr I res emheur, Ue jeune dée .e d eaux el de
emprunter
le lan••age de Bo uet, ne o taiblance avec c aim ble r,..:Cits do H111t ~i cle fontaine~ .emb!e l'érncalion m ~me d la jeu.ent
JJÎ jour ni nuil.
qui plai ai ni tant à no ptir ·, c'est dan un n s e et de la tmlce, de l'êlé,.ance el de la
dramnlique accidl-'llt que le btiro lroU\·e la ,olupté ! Ja~ai ~allier n'a mieux rendu qu,
~orl ·ou les yeux de on amante éploréè et
ur celle toile le charme particulier de- celle
La divinité de ce lieu enchanté c' 1 la
rnc n.olable.
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Brillant. J.éger,. frivole, empres é près de
poudre lé ....re qui roil .e chev ux châtain , duc de Bourbon, pr mier miui~lre d Louî .
lt Ue dont il savail comme
Je Uien-A.i.mé : Marie- nne de
pcr onne d 1.armer le riBourbon, plu connue da-n ,
gueur , le duc &lt;le felun avait
l'hi loir • us le nom de ~Ille
été lon,,.temp inconstanl et ,•ode Clermont.
Ian-c; l'amour le Iran forma
cl le libertin d'antreioi d 'ée à Pari , le 16 octol1re
1697, dans ce Ld hôtPl de
v~ol uhilement fidèle le jour
ou one de Bourbon lui enl
C~ndé, donl nou. pou,·on addonné son cœur. Le portrait
mirer encore lo upi·rùe or&lt;l11 la prince · ooru;ervé à
donnance au coin de la rue de
C.hanlilly dan la grand raieBal'.ylone, la j une prince. 0
rie du chàteau uîfit à e. pliava1l pour père Loui Ill de
11aer celle fidélité qui étonna
Bourbon, pour mère Mlle de
la ville et la cour ei à faire en
Nantes, ?Ile lég itimée de
mème Lemp comprendre sa
France, 1 ue de Loufa \IV el
mélamorpho,e.
de .llme d Monte. pan. Il ,em'e L un tableau de •n-ande
bl • que l'altière nrnr,1ui C', irui
?-Ïm n ion qu.i repr ente une
ut pendant 1ant d'anné . enJeune femme en co tome mych:iiner lecœurvolagè dn arand
thologique dan~ tout l'~clat de
Iloi, eûL lran mis à. e ù~ riinla jeun~-e et de fa beauté. A
danl l'ardeur pa • ionnéc de
demi couchée ur un lcrlre
sa n?Lur: ~n mèm Lemp • que
razonné, tlle se repo_ dan~ un
la r1vacue de ,es entiml'nt ,
mol ,abandon, l.i bra droit :ipDeux de se fill "Ont re L~es
pnse • nr une urne d'où 'écéli•bres : l"u11e, Mlle de Chachappe une au abo11da111e,
rolais, par l'étran rreté el l'éclat
t:uclte J.c&lt;y,
Laadi que sa main gauclie _e
~e
e· Cantai.ic ' , l'autre par
.MADEWOISELLE DE CLEIUIO.ST A YLVIE,
tend ver une coupe que Jui
1av~ulure amoureu e qui allait
Ti1l"le11u .te Luc LrîTct :.'llau,oN. (.liaison Jt S,-lrie, C/rmlillr.)
présente une naiadc. A peine
arnir un dénouem nt i Lrarè1ue d'une tunique qui J'bag}quc èl qu~ devai t remplir sa
,·1e toul nhère.
h~. n la dé habillant, elle nou ' apparait son joli ,isage emble sortir comme d'un
dmnemenl hdlc, dan · la vapeur d'un rualin
La
première,
avide de plai ir, ennemie de
de prinlemp , drapée dan 110 mauti au 1.,) •u.\- ~uage; on sourire ·&lt;!claire, sa ph) ionom.ie toute contrainte, 'a.baudonna aux caprices de
anime,
ye1U dtiviennent plu Lmpide et
tre dont le pli~ flottant nou dérobt:0t à plu
es .en el de on e, prit; la ~econdc, de naprofond .
ture lrop tendre pour r i ter aux l'Ulraioc~• • l dan le cadre même où 'e t écoulée
OCIICES, L monlt&gt;) : lli lo1re dtJ la }Uge11rë,
ment. . de on cœur, Ul du moin rc. ter ftd1He
t. Il . - Jnu1·11al t!l m~11101rf# dd l1"tl11e" .lfamî
' J ~nes.e que le peintre a voulu placer soo
~
celui qu'elle avait choi i et n'ou~lia jamais
ayocat 1u Pa ~l~m~11l de Pari,, ,ur 14 r~11enre et 1~
~dui a.11,l modèle. C rand boi. d\rn ,·erl
?~j!llll 1e Louli X\ ( 111 ~-11:m publi .. par M. de Lesl
amant
pale_qu on aperçoit l'horizon, œ ont les ronne. au'luel elle a,·ail acrilit une coueure. _1an·, F1hll1. l11DOT, 1 i3. i 1·01. in- • . - .Ua,le1,w1ulle rle Cü-r111011/ uuu~cUe bhlori,1ue 1•ar îutai
du and parc; cc ·omplueux hàtiYm&lt;' ,le. Gc"li,. Pari , 'I ~ 1t.\ • 1 1:i.
'
mt&gt;nl, c'e 1 1 pa,illon d, la fontaine Jiné- . M~e ~c G~nJi dan un romao ouhUé au1011rJ b111, nou a couté ·elle 1011 ·hante hi ,_
1V. - llœtoRU, - !'asc. :;.

SIGK~TUIU!

60 pour l'envoi de&amp; gravurt5.1. 0 fr. 25 pour le stylographe et pour
les llwres O Ir. 26 (P-ari&amp;) et u lr. 86 (Dêparteme ots).

SlfR.P'R.lME ME/(VElLLF:USE

7

�1flST0~1.ll - - ~ ~_ _____.,__ ___...;;__ _
coi en l'accomnmdant 1111 lqu peu à 1
mod • de on lemp .
Pour l'mploJcr le mol 1.k ,'oJier, r:p:lt:

11.\1 .AU D&amp;

11,\.iTII.LY, -

:\\ 1

o:,;

amener à un m ria::? cl 11lite-li li de lant d • Uoi •• re":•rlus bcll•~ 11rincr. c de l'Enropi•.

Dl :,;yt. li-. :

par • ~iult lk•mc, dl• . o roman_c
h· h~
•
p;1renle, la mar,1u1 · J.- Pu1.im d11onn,•ur cl cnnliJc•nli'
·
uvmt. , ~ndnnl, tll. nou · a
t
t,l:romc un ~ :Ju' onl 1•ortr11i1
11ui . ml,lc 1tJ\l •, ,i !'ou • \•n r::trpe1r1e nm
111,{uu,irl J,, l'i•t!OffUI! : ii \Ill • dt! Cl,·rmonl
r,•çut J • l.1 11.1lurc l'l Je la fortune
l,j •11 • -:t IOU • le Jun 1111 'i:111 • n·i :
' 11 c ruY, le, une ·· :
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lm, dtllit;.,t, Ulll' •
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et i rar~ ch ,
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C•lni 11u· ·Il• :illail pr,:fér~r u princ •, I•
plu illu Ire l'i m~m,· à l"L,:rilll r pn1"1mpli[
du tronc d'un rrrauù tU):lUIUC ~l.lÎl l1! duc J •
)f !lun.
En 17~:!. Lo11i ,J Jdun, dt•u,it·mr. Ju
nom, princ d'tpiuu1. duc de Jo1 eu~c. pa.ir
et ronnétaule h iréJilair' Ù • rr fi('(', ..:1 il l~é
de 1fo,.L-IJUil an·. C"t:111it un ::r •utilbomm·i Je
••t ndc n:ii~ ,in , fnir d I pran
d1•

bruit d
lanterj • a1 it r mpli la ,ille
l la cour: l'eol lèm nt •. u
~ir dl' . d U1.
~œur tnnargn lui l\l'ait Jonné lt'.' renom d'un
h mme à boooc lori un ; m · con 1uèll' 1
plu brill:anlc u:ait él~ i:efü
Ile de Charolai , qui u il . Oich our
nl pour lui
une pas-'ion 1,rûlanle et l' arai
au pr mier
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à la mode. Cependant, la
li Î.on a
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l~llu pour p r~onnr.
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. 11 ·e. 1 point illu inunl: •

•

T •li• êuiL Ill!! J 1-rmonl lorsqu'cll,· d~huta à r.ba111ill an commrncemcnL du prinlemp J , 1i Iï ux_ 1eu.t ébloui d. 1~ r
11 lui nl'ail urn 1.k p raitrl' pour rcumr 1011.
le ·ulTra"t·~ el pon
l
.
l:i plu lurdi11 à la c
a
c1
la dao~ •, l:i plu étin
d
c
plu i&lt;Jui nll! J,1ns
1,
clic :i,ail 1rioru1lh,t fll'ndanl quatre nn
\" r aill,• on a tari . à Fonlainelill~
li mbouiJl ,1, la prcm ière par l:i
re
1. lieauté. \foi~ on l'.11!Ur t1.llail
r,
t ujoor. l:i
-,)1 • ·t la pl
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u'allail plu
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Parmi tn
Ot.1[1Îr:111U qui.
p lut·U. rm nl, l,ri
Lrillante œnquèlc, il
un ét il un
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·harmrr el ln capliç,er
peur toujo
l' · ·ion en !-c dé\",_

ur.

0

n. n:.w OF. Ct1A'.\'Tll,t.,. -

.\1A1 , . DE · n.\'TE ; LA F\1.1 L STLTit.

oulili , qui. depuis un nu J.ljà, était ,euf
d'Mmandc de Lo Tour.
oc
I' rai nt rendu cél'·Lr · et 1

,ur le, qu:iliLti~ de ou b.é.ro en no lllonlr4J1l le duc de ldun .e faisant 1foli&gt;nce 1wur
c,1chcr : )flic de Cl ·rm nl b n:ilnr d •

MADEJH01S'E1.l.'E DE CLEJ{i'KO 't

permi. pourlanl Ù' ·ur,ll)un (' • ' J &lt;lC::licak~ e
qui l'emp
r 'pondre aux a1·an1· ... d la
j •une pri
UlÎ: 11u'il ,il ul-~lrc J:111.
c~llc rr er
ulê • un mon•u de e l'n1tach1·r d:na
l pour loujo~r.·.
r~,r r
inl don Juan cr:llc foi 11ui
commrnço l'a11a,p1
G · pr 11d
l,i n .oin, tout ln
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d, n · un a\ nir prorhain, lui
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Ll:aL!ement id r a.u SUC(i-,- d, .
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~I nl: rèild M·ou , pni 1. c.b:mu,i~r' h léc
J'uue j •u111!1aitih • dé1011Jt,à_ Ill de Cl,•rmonl
a . il rvi u pt'•, d'al,ri :i leur mou ·.

e11tim1:11I. '
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a1nil Jil a1·cc impli• leur pr •mie
1J 'I.·
çou · , cl . ldun, . J1111le ir ·•·
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r~poudu: u Ju. qu·a11 luml,e,w .1
p ur
·\•nga"cr m r:: lui 1fu •
11111 ,
·Ile nait rnulo r,:péler c
meul
t lui r.-ni lire ce 1, m,
'un él •rm:1
am11nr, lai œ n'était 1
rt! pour
Ill• J • Cl •rmr,ot, •lit! ,.
1• · •
le lfou qui ruai. ,ait à
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av, il cboi. i cl pour l ·11ue
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de sou l'rèr • ell a~ it r,·
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cil · 1 jeun, prin

... 'l'J ..

, Je ,w. aJor r n crim , .an r ·, .r, •.
et :
mords Cl'h1i 11uej'oi chui i, J1:1·larcL-dl
l1111 épcrJu d • ·urp
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el je :111rni hr:ner Je~ pr,:ju 0 l
c,dit
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dé moi-mème ! D Et comm
rol1·. le,
ne 1nma11l roirc à tnnt
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d t.,,u,uu ·
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1011 l
je roi,, :ijouh·+ •11 en

ouri nt, 11u je a pui · r J uler I • !,lame J
per· one. J
C'est en 1:ain qu
rulté •1ui loi J
lllt! d · 'l,,rninnl
tout it l'culhou. ia~

Jclun l~r le
dirh• nt in,orm
l,lt• •
• tou l ,, e
duc,
l:i rcc·ounai,:-anre d
·
loi e · enl l'onrniurro.
·tnp,
1 ·
• ion
, • 11 •lip1r
a
oj •I
, 1 1. d.1.1u
r
ieul
éd
1,•ur, ·rm •u
Oo r c1111lc 1111'311 mom •nt uù, aprè· nroir
r1uill danJ . ti111.:ml'ul _on a11p:m ·m ·111 : 11
mili •o dt&gt; b nuit. clic tran:r.a.it l:i cour du
cb ,Leau de l.b n1ill 31.'('0mpa;;në • d'um• rnote ◄10 '011 u·aiL mi.i. d n" 1 ecr ,, clle ~
cntit tout coup 1 •tenue bru. quement par
a roh , Mmm ~i q11 l11u'un dcrriere lie e,i

�111ST0'/{1A
wolé d' rrêlér

Un cri d'1!pouvante.

f 1llil . 'ét bap
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(rémk nt t!l décoo\•rit la ca
h1i. - . .
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de Ch nlill \ la I ùt-fill~
dti r
la plu. l,dlt' prince . e de

b ore. après la bén1:dit"linn nu ti le
uu,t!nut po111 avai( nt r1·gagné lt&gt; cbl1l1•11~
qu aul pl'll oupço11uer l' .\~Dl'mi:nt
lrrit'u •1uj wna,l de · ccomplir.
juur d1• bu11heur de,.ut tre . an l •oderna111.
ne ~cm iu plu lard, C an Lill p,l ·n
moml'ml'nl ur 1'11rril·ée du roi Loui • \',
qui virnt \'Ï]!ÏIC'r st:. hou cou. iu de Bo11d.1on
d.u1 lt:nr incomparable domain •. Le r~jouis-

orp,.

a

e

rlim
n., dit He
j r
ue uou urV!'iJle el
urd.c me lruhir . .Alh•z rejoindre
mon frèr , c oir je vou dirai pourquui. 11
)
• t-mamle pas dm:rn
il
a
r:ow
a
• au
i
t1n'il
1
·
1pr\
1
u
er dan · une
in lnnr la I le •I r•·"•rde
. ~Ille Je 'h·rmont, 11ui le
pu i il Ji. parait dan l'all~e
·
i {e po.r on n m.... l n ·ri
per,;anl
û, 111 la prin1· s •• pttle t-l
Lremltl:mte, 8flprenJ de la houc·be mème Ju
pÎl{UCIJr 11ui n,·courl à IOUl lirid ' ra.trreu è
\l!rlltl : 11 momr nt ruèm où I_ duc ,c
r 1ourn~it n.'.r- cil pou
· adr •-~er un
d,,ruier adieu, un errf a
hui~, en fr n.
. uliilc111enl I' llt
·a MIH't~é l
en lui nfouçan
l,oi · dan Ja
fut la 1~ mtm, de Il de lerroonl
qui Iran. por1:i au ch Ml.li h duc ruoribù11J.
UAfaillantc el lacée de ai I cmcut cl de

douJ ·ur, elle
1111'Plll' 1011lail
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l.v duc d ~1.-lun ne de\· ·
ur ·il're à
::.-e 11Jfreu1- , LI~ ur •~; Jan
mêm il
r •udi1 le dcrui r ~oupir. 0
r1u'n . nt
d mourir il ,·ul k1 tor,~
11u"
li~t' d'une m" in d,•faillanle pour ad
un d"'rni.. r aJi u cdll! qui r~,· il I nt
el d lui fnire r in I Ire I billt't conh
• n 1•rmmt, oi1 elle nîl écril : a Pour
tOUJOII~ Il ,

a J' dépo e en Ire n maiu", J1 :ii1-il. ce
ur je po i'd.1i dl! plu ther; :lliicu. n'ouhliC.L
point ceJui qui \DU$ ai rue • JU" qu':iu tom-

b,,nu .
flan un \"r11vn e mélancolique.lïufnrlun~e
prinr ·e arda \tcr11rll1•m ·
foi 11 rdui
auqu •l t•II · 'ér il d11n11 '•·
arlao,•. lie
éloil d relit' qui n • .:r11·,
•r f.ju'une
• ule r,,i,, l'l ci·llt- enla~ll'OJ
éque Il • il
Po
i, hri•é ~on 1·i.eur silo al i-1 .i lt-nJr •.
si ~Jt: "olu('lutux cl frivul .. , .a
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II li1
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I

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n'ri

• Ml
oman l

me

. ul!l

l'allée o
iom J
l 1-nei,re dè lil'u Je pèlcriuage à Luu
amants,

Vico

TE DE

REJ ET

AMOURS

D'AUTREFOIS
~

Un ménage royal
Par PA L GAULOT

lin raronlf• que 1. d . :iint-Germ:iin, mi•
nisln· d · la unrr, .e lmnHnl, un d~ prr-mi,·r jnnr d.. j:1111-j r
• au dln •r Ju roi,
•
r 'ln jeta il d
IP de p:iin • n
t'pnm D
prin e Jil eu rinnt
au ruin
: &lt;1 nue ferier.011 ·, LrJ ·e mili1alrc, ~i on li·
rait t•omme c; la ur on ? .'ire, j', n !ou rai J, pièce. 1
toile sailli&gt;', heoreu:c ~ plu•
i1·U r. ri,1 r
' p foit
ri 11 r in
ni et
m ~m\ li- roi'.
l. • mol, a
iI d'ailleurs,
du omt1•
lnt-Gcrmaiu
1'lail r ·ndu p • 1ut1nL •ncore
par 1 ·
'rin do mé11:1"
Luation onnue
I menl Je
LOl.:LS • '\' 1

s 1;;n,

I', nl

mildi:ll dr

prin

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nL on pourt. nt •lie
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priu ipalc
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lln compr1·ud 11ue lti roi !!nOlàt moin la
pl •
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JUI: la r in 011
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1 ·e laih:t aller
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Fùchcr? Il d1m1i1, du re_li. füc b, liilu~
, llu ions t1: o · nie ; boa nomhre dr.
pl l~ m:tlin
::ie~, el qur.lriurFnis l'un
•·~ l'autrr., cir
,·ni, qui a,· · •nl dt1 p:irve•
mr
cou
anre. on a èuerneo an
lr1ine l'l I c
ci ïl a,ail fait alhr J'un
,ic1ll;1rd d
le-m
pour lui r.onfier la dirt'Clio11 du m
, ,n icnl d L
cl13iné 1 ,
ch
ier~, el oici.
cotre :iutr
. qui montrent
bi n ,î\èc (t
n p:irl ÎL alor. du nouau roi. L
ch nt,1it ur l'air :
I"/,, r'qu r·~ 1 q,i'tf11tl,,• 1111 ho, .
lbur ·~ r ienl triomphJnl,
\'
• ')U" • 1 qu· d'êtr mp11i
te roi lui dil fil l'rml,ra,, aat :
0

• Q•
li ra,
f,4., m
\"J' c:·,,

L

1.

·mhle,

re.

r ~ rréS&lt;'nl,
tt impui ni. :a

rond n' · t pa plu re. peçlueus :

! . AntcdMt, trrH..-" d .\ 1"111· ittt,, par r .J.11.- • (. ot'lô •klCTJ, l. f, p. 1 2

ur r ir ; ,l1111tf/r d ftJgr dt 'llfÎIIU an .

im1111i--anl,
roi l'a rrrulu plu pui
l.o mini tr rr ,nnlL&lt;llnl
Oil : • Pour vous, irc.-,
(l,1e j~ dl~ir
D', n f■ire nullnl l •
•Urt'f'H l·l1Îl

1.

Ce pl. i. an ter, nllaitnl trop loin : si le
f il ur le-1u I on daubait :ir enlr:iin 11 it
Yra.i, la au ét.1it autre que .lie qu'on lui
nllribuail. D'11ii pouvait d(lnc )or proYetlir
l'exl,rnordinairc froideur d'un prince j une el
roba. le pour une épou. e j une et joH ? La
f ute en
L a· u_rément à l'édnca•iun 11uïl
reçut l..- p rii de Loui· X\'I était U11 bomme
d'un mie.Ili •enc · d • plu · boru , ndonné
au prali11u mtlti ·ulen. e, d'une dt=rntion
étfoilt , t IJUÎ \ait cru r ifl.! ffl •r1cille ·n
confiant on il " in I aux . oin du duc de la
ei,.neur, ot L rnnilew, étai!
par, nu
r.ctle itu tioo emiiie p r une
m n U\'I'\'.' qui n rêt · it d'ailleurs qo pnrce
qu'cll l!t il diri~ée cor1lre un plus . ot que
lui. li ::n~il agné an d ,·111 ·l:- de chambre
du prince. • enill'ur lui fai it pa r
cbaqu Jour I • Litre du für, qu on maitre
'" miil de li . us~11dt, 11 il
le pro .urait,
le dr.,·•·rail, Pn r ·l •n.iil œ 4u'i] nait être
dan" la 1Uredion moral , poli1i1111e el r •ligie11se de l'aagu·te per,onna•"· Il berchniL
3H • atl
f ire lomher Jn :.on er ÛOD
ur I m Li ru traitée dans ce Jhr•, el fa.i ail
crnire
,·a Le •l sa.in érudition. Le prin
le re rJ Licnll1t comm le plu, c:tp:ùill•
1• »
d' !l ·t1r on
~, in!!Ulier pr • 'l'l ur dirigea -Î l,ien J'étfor.ahon de on éJ' 1·c que ci:)uj-ci épri d
ul
I rcices ph-: iques, n'aima ~ue la
cba.
u l • lra ,u mnnueJ , el le r ultal
fui on · rruricr de talcol, quand il aurait
fallu un rri
de mérire. Ce ne rut pa
loul, c:ar, prince ou · ·rrurier, un homme
peut faire un l1'l ri : 1 jeune D upbio n'était
pa c.1p lil • di: I' 1re.
rour qu'un !'Ï m uvai.c éducation elll
produit un tel r 11lta1, il fallait :i urém ni
que la nalal'e du priu 1•qui s'I' lrouva ~oumi
flil inclio ( • d'elle-mêwe
l'efüei nem nl
d?on ~- ·, e·t'&gt;l ici qu. l'on r Ul ,oir oom~•en fol r lal pour la li né d roi de
1 rance ce préju. é qui I lùrçoü Lou: A 11~,
~h1m·h. r des r•mme _p~rmi les prin. es
·tran r "· Qu r' l31L-il de ang fran ai

m~

~ JUmoir • rcJ'rt, du romtr d ',tfl1mrillf!.
.., 1111

►

dan le veine de. prlits-fil de (,ooi X ',
alor· q111•, J,·pu·· ll•nri I\', ûL, d'un Françai·e relui-là, lou le llour n nvoi •ut il pou :
d llruicnaes, d11 E p:i"'nul :. de .lulrichieno ou des l1 olonai e 'f Leur raell al"ail
petit à pelil perdu se qualité· nali ;
,·L. eur, la • D :ro il.é, la lmnourc nai1 nl
di~p:iru de bez ce princ . dont qu l,1uesnn. , mroe le omle de ,.,,·ence el le comt
d' rtoi , oc den1i Dl m me p · montrer du
courage. Au ;i Loui X\ 1, l'l'j l n d'une
branche ur laqui-11 on a\·ait re ë tanl de
nm aux étranger, l il luin d I si,eml,lt•r à
Ilenri I\'; il n'avait h 'rilé d'aucun de 11011lit · dl! 1• pr •déce.. eu r , •l l'on n , •, ur iL
di œrner duquel d'rnlrr. e( ' ~.1llr p,.:uH!lre
d Loni XUI. il tenait I' Ile pror·n ion c ec .ive li la ·ha~telé, donl on lui fil un m rile,
f1 ule de pouvoir lui n lromer un autre. Car
c o·e t i1ue par une ort d~ Il ll,·rie 11u'oo
ql.l lifie d v rlu •11 la couduil1• d'un prince
qui sut ré.i. l r urloul u pa~ ion. qu'il
n'avait p:J.J,.
1

Loui. X. \'enail d • perdre ·on fiL l,oui. ,
en t 7ti{l. •in petit-fil , I • due de Be.rn,
dernnu üauphin, avait 11ua1orze an . D. ~-l'r. pérance d'a ur r la u 1• ion ro,ale on
~on
le mari r et Choi. •ul oblin( d
.lnrie-Tbérè.e, impér.ilriœ d'.\11 ·m· ne el
reine de Hon rie. . fille :irie-.\n oinl!I
pour le futur roi dt1 France.
Le mariage fut célèbré le {O mai 1770 à
Versaill .
Le oir, ao oup•r, le nou,d :poux qui
ne .emLlnil point rmu, man.,ra d'un ~.llld
app 1Lil comme
n ordioairr. Le rol
Loui_ • V le r 'W~rqua t ne put 'empêcher
de dire son pellL-61 , av c un , urire :
- l'e YOUS char 1: p trop I' tomac
pour celle nuit.
lai lé Dauphin répondit LranquiUemcnt :
- Pourquoi donc'? Je dor toujour mieu
quand j'ai bien soupé.
Et de fail, Le r p terminé, l'él ve du
dac de la \'augoyon prit
jeune épo
par la main, la condui il ju.qu 'à la porte de
ch:imbre, el là, le plu . imfilern nt du
monde, il lui oob.ail une bonn nujt et
'en fol coucher.
'
~e matin, ~ p~în
d Guéménée. qui
~vau alurs la d1recllon da palai • cnlra d'
z
boone heure d n. l'appartement d f rie-

�- - fflSTO"J{T.Jl
Aatoinellc. PoioL de Dauphin : la Daapbim.! Dauphin, t. ~'il a affaire, je revjem chn
'tait ~ule
moi : je fü. j'écri Oil jll travaille, rnr jt fais
- [)iPu me pardonne! $'écria-t-cllt', il une n' le- pour le roi, qui n':l\anre cruèré;
'c L le,: J'amsi han matin que de coutume. mai j' 11~rc. qu'arcc la grci ·e ù • Dieu el!e
- Qne 1·oultM1&gt;us dire? fit .fari -.latoiera finie dan, r1uc1qu(' aan 1 . .\. trol ·
nelle. On m'a L~auroup \':mlé la polil~sa benre, je \'ais encore cbt'z tn"' tanle.:', où le
françaLe, mai je croi \'raiml!fll que j'ai .
épow.é Je plu poli de fa lllllion.
- Comment. il c·t leni! rL1p,b. la prince e, 'lllÎ ne comprenait pa .
!Xun, non, 'ocrfa alor · la IJJuphinr. !l
n'a pu e lever, ici du moim. car il n'y 11:1
cou rhé. Il m·a Jai.: ·ée à la p rtc de ma cli.amLre, ~,n chapeau à la rua.in, el m'a quitlée
Lieu rite, comme ïl c1il c!té embarras.,: Je
nu p r onne.
Elle ne le revit qu'au. dJjeuner.
- J'e. père que vou · nl"ez Lien dormi?
dit-il.
- Trrs 1ien I car je n'a,•ai . pel'.&gt;cOOne
pour m'en empêcher, répli,r-1J•l-elle 1 •
Ce qui pouvrut explitj'1er la conduite du
Dau~hin, (''esl ,p1'1t ce moment sa Ît!mmo et
lui élaicnt euoorc trè! jeune· : i I n'arniL pas
eiic aru, elfo o'en avait pa. quioze; rnai.,
1 cbo es Ju maria•re mi e ô. part, la jeune
épou ée e1if pu oubailcr t!U&lt;' soo mari, s'il
ue e condu.i. ail pa · encore en homme, ne c
condni -i'l pa comme un enfant. Et &lt;11iel
enf:111tl • 011jo11rs occup~ à manger, eL lrop
·ouvent avec uo Lel exci•s qu'il e Jonnail de
indil'I' lions. 11 prend soin de le nolcr lui- roi ,·ienl à celle heurc-1 ; à r1ualrc heur~s
même dao on Jour11a/t. Le :iJ mai, quinze vii&gt;nt l'ahLé chez moi; 11. cio&lt;1 heurt , (ou
ioor · apr on maria 0 ,•, il écrit : a J'ai eu les jour·, le maitre d.i clarccin ou à chnnter
nne inJige Lion. • Cela lui arrfre fréqucm- ju rr.u'à si1 heure . A . ix licnre et demie,
m(•nt; l.'lrie-:\ntoi11elle eu informe parfoi sa je. ,•ais prc. 1p1e toujours 1·hc-.: me tante ,
mère · il Mon mari a eu une inJ.ig Lion. •1uarul je ne ,ais point promener; il faut
mais cela ne l'a p~ •mpt.lché d'aller à la
a1·oir &lt;1ue mou mari n pre,fjrie toujours
lfo.s e (!I juillet 17i0p . » D'ailleur·, sauf ce
an!l· moi che;: me tante . A epl heures
minu cules incident , 11n'on ne rapporterait on joue ju •1u'à nPuf heur ; m3i , ,prnnd il
pa si b inléres t!s eux-mêmes n'ayaicnt. pas fait beau. je m'eo ,·ai · promener, et a'ors il
pri:. .oio da les mcutionncr, I'ciislence n'r a poiol Je jeu chei moi, mai· chez mes
~·Ù'.oufoil f11rL monotone pour Ja jeune D.iu• t.1nle . •\ J)e11f heur
nou · soupon , et,
pLine, Voici le récit de l'emploi de.la journér, 11uaml le roi n're,t point, me làntc· ,·iennrnt
tel ')ll·•lle l'a lrac 1 pour sn mère: « Je me .ouper cbe1.: nou. i mai , quand I roi l' eH 1
lè e à dix heures, ou à n of l1eurc., ou ù non :ùlon après ouper chez dies, nous
neuf beures et demie, et. m'ayanl haliil- altendon le roi, 11ui ,ieol orJinaircmcnt à
liie. Je dis me. prièr du malin: cnsuÎI&lt;', dix henres. lroi. 11uarls i mai - moi, en ulleoje déjeune, et. de là, je \1Ü ·ùez me tanle.s', dant, je me place ur on grand canapé et
où je tronrn ordinairement le roi. Ccln dure dol" jusqu'à l'arri1ée du roi: mai . quand il
juStlu'à dix heures et demie; emuite à on,e n'y t pa·, nou allons nou couclicr à onze
heures je ,·ai ' me coiOer. A mi&lt;li, on appelle heures. \'oil!,, toul1: noir..: JOumJc 0• 11
13 cbamLre, "l là loul le monde peul entrer,
Cependant la petite princtS. t'. Lien qu'elle
ce 'lui n' "l poinl des commuoes ea . Je s'1mdormiL ain -i sur un c:rnapé en allC!lldanl
mels mon rouge •t 1:i,·e cne mains devant le roi el &lt;1n'ell ne ,·oul1'tl pa parler dt•
tout le monde, en uite fos homme· ~orteal el 11 OOl'p· de baleine n comm,, une fcnuJW, la
1 dames re Lent, et je m'hal&gt;ille de,·anl el~. petite prjncesse avait une autre idée de sa
.\ midi t la mes e, i le roi est î1 \'er aille ,
i1u:ltion l}Ue on Lon !!TOS mari, cl elle comj~ ,ai. avec lui el mon mari et mes tante · à men~'.3.il à trou,cr quelque peu é~e la
la messe; "il n'y e. t 11a , je ,·ai seule avoo froideur avec laquelle il . omblail la con idé~l. le l.laupbio, IDaÏ toujours à la mème rer. Elle n'é.tail poinl naïve, ol on a,ail pris
btnre. Apm la m .c, nous dinons à nous • oin de ne la pas laim·r ignoranle. es reil.eux dc,·aoL IOtll le monde; ruai· cela asl fiai commandation dt' s mère, r1ui, comme
à une hcnre et demie, ca.r nou man eon fort tous le SOU\"erains, mya.iL urtout la oécc 1·itc tou le &lt;leu lJe là je vai ch('z M. le
ité d'a ·orer une po JériLé, lui restaient
1. 1/imohe ,·elatif• à la famillf' t-0111.1/c de

Frum;l', t. 1, I'· 6 --1:!J.

:!. L"arigî,ul se lrum·e am rd.ù,·es national~.
,'i. Carru1,011d,111c,. ~en-èlt" nltrt ,llur1r- TJi,.rttt
ri Ir nim/r ,J~ Jfucy-.Jrg,mll'IJU , nrtt.: lt Ül/rfJJ ilt:

f"r

,1/arie-Tl,h'fu ~l de Jlarit:-.A11tui11"1/e. 1,1ulilié.
M. le chevalier A. d'An&amp;"tn el Il. A. GLrrnut, l. !.p. i.
..f. Me.'llames, llllc, ,le Loui§ \Y.

5. L'abbé de \'e.rmuad, FnnoJJ auquel avait flJ
eoulièc l'édocalion ile arie-Antoin~ll . •
.,.

dan~ fa Lête, el elle n'entendait point n'y pa •
oLéir. ,·ec .a fine.s.sc fémi11i11e, ellr :nait
compris ,111e le prcmil.'r oLsln :le wnait du
duc de la. V1rnnuyo11: nu. ~i s'était-elle efforrée
de lui nuir · d:m l\•:;1 ril du Dauphin. file
n-e lai$ ail é IJappcr aurune occa i1m. Efl
raconte elle-même it ·a mère un incident oi1
le pamre d11c nr:di;rura nuère à ~011 avanla"c:
(! J'é13.i .eulc nn!é mou mari, lor que M. de
Ja \ an..-11 ·on ap11rocl.i • d'un pa · précipité 11
la porto pour écouter. Cn 1nlt'L tll! cham1re,
1111i e l ot ou Ir~ honnête homme, oun-c
la porte, et M Je due \· LTonrc planté
rom me un piquet ·am, pou, oir n·cuh•r. Alor~
je G rem:1r411rr à mon mari J'jncom·énicnt
tio 'il a de lai.:- er éronll r aux porleJ , el il
l'a trè l,ien pri ~. 11
c·e~t prubablrmcnl à la , nile d'une awnlure de c..- rnre 11u'dle nhorda la 11u1;slion
r1ui lui ll•n~it au f ur. L'e:.pfü•:1tion fut
a Ir&amp;. é1llr"iljue», d'aprèslecomh!dc M,•rcyAr"PDlt'au, quicnin. rmi1.111 itùtMarîc-Thce. 1 il ajoute, d'apr~ les confidcn1•l' de
la llauphine. 1p1e « Je ré)ultat a ét l 1111e li. le
Haapl1in a dit 1t ma.dame l"ardiiducLes,e
qu'il n'ignorail rien de Cil qui concerne J\:la.L
do marill"P, que dès le commencc•mrnt il
:' 1tnil rormé 111-dc•• a un plan dnnl il n'arnil
pns \'pulu ·Ltcarter, que ruainlcnaat Je ll'rme
é1nit ,miré, et qu·~ Compil'·.gne il vim1il aree
madame la Dauphin dans Loule l'étendue de
l'ih_timj11: que comporte leur union ».
Etrange résolution chez tm jeune Liomme,
plus él.nlogo relarJ; mais le Dauphin se JlalLail appar ,mmenl en :umonçanl un cbanrwerncnl. Le rayage à Compii'•goe eut lieu t
aucun changement uc e proJui,it. Le prù1ce
teoait à e · habitude., cl il en donna une
nou\"cllc preuve. JI l' eol une granJt.1 d1asse,
il fa courut am.i iolemme111 que de coutume. Le soir, il rentra ,1\'('c on formwahl
appétit; rnaia comme, IIUCJ.•fUC. jour 3U)llraranl, il 'étuit donné 1me indi e·tion en
mangea.nt lrop dn pillisscrir,, fa JJau pbiue.,
au onper, eut oin da faire cnlcn•r k plats
de cell' espè~ qul se trour, ieot sur la table,
cl de d~fcn&lt;lrc 110·011 en scnit ju 1ju'a nou,·el ordr . Il parall que lti prince sourit
quand il s'ap&amp;rçut de la précaulion pri c, el
que mème iJ la con. iJé1·a comme une marque d'al1enlion 1 •
llai- au fond œla Je touchait peu et ne
modifiait l'fl rien sa conduite. C't·~t en rnin
que la Dauphine l'exhorlnil à ne pa rentrer
$Î t:ird de 1a cba se: il oc s:i,'ait pas ré Lier
à celle p.'1 _ion-là, et, mal«re ·e prome seB,
il e faisait somcal lon,.lemp auendrc.
tn jour, tlle 'impalil!nla ùe Toir ainsi se
exhortations méconnue , et elle lui en adre. a
de. reproche éner11ique . Elle lui re~r~ enla
11 lous les inconréoic.nL do h vie sauva
qu ïl menait. Elle lui fit ''Oit que personne
de sa ,-uite u1: pouvait r 1 ·ister à ce genre de
,·ie, J'aula.nl moin que .on air et ses mnnièrc" rude ne onnaient aucun dédommn-

r.,

0

0

6. Corl'upo11da11ct sccrèfr,
î,. Ibid., l . J, p. 1-ï.
. lbid.. p. 25-26.
9, lbid., t. 1, p. j&lt;_!. ·:;,_

1.

1. I'· 19-2(1

102 ..,_

•

..

�1flST0~1.ll

--------------------------------------~

em 'nt à ceux gui lui étn.ienl attaché , et
qu\•n uh:int celle méthode il finirait pn dJLruirc sa _3nlé I par • • fair&lt;? Jétr Ier•. "
LP Dauphin r :(lOndait par 'lll •lqnri. phra. • qu'on ·~n~r1uail ~ lrourer 11im:ill -, el
rcrommcnçail lri m,1mti e1i lencc rrui amenait
ll!li mëml':- incident., c'l la patine) ari •-. nloin •ttc était obll · de r, onler à a mère
luujnur lr. mêm •&lt; cho ( : « fon cher mari
a pri · ru (d ~in• 11ujourdl10i, nyan •u un.indi P lion, îl · a deux nuit. Il a l1C:1ocoup
rnmi, et n mon1:ml lt, m;itin rn z lui il ·e,l
Lrou~é forl mal Jeux foi . »
faric-TL lrC:&gt;&lt;: • en rrcernnl ees étran"'c· 011wlle. d\m endrc que pour l'honneur du caractèr françai li prn~ait lout
aulro a~ urém 'ni , ne pou,ait 'empèchcr
de t&amp;moign r a . urpri e : " Je ne comprends
rien à s:i conduite ,·is-à-,i de sa fomme,
· ·ri · it-eUc le 1:; mar · 1771
Ier J- rgeolt'au; e t-ce peut-étre h • uile de" mnm-nL
-princip · qu'on lm a im piré dan . on éduca.Lion. ~
Le -0 juin, eUe re-.·en:iil • ur cc ujel : a Plu
la froideur du fürnphin e L xlraordinairt•,
plu· wu fille a I&gt; oin de tenir une eoudu.itc
hi •n wc,urée. L coll· ils &lt;1uc 1·ou con1inur1. :1 lui donner ~nnt eiœlhml. , el rou n ~
aurit•z le: lui lrup ri!p :Ler. Au re:.I •, îao
wî •Len• '. t dn rolinwnt qu . i un jeun
lllla rt d1• la l1!!11re de b ():mphine ne pent
édiaulfor le Dauphin, loul remède erail im[fira :c. qu'il \·a uL don mieu y renoncer et
11t1t•mlre du lemp le cb:in emcol d'une conduit ~i élr:rngu '· D
Cummc ùirn on peme. le r&lt;ii 1. ui XY
él, 1l enror plu ~tonné, el, étant douné · e
mœur. tonlt' dilf',1r ntr , il
dem:1nd11it
comm nl un grru1J-pi'rc comme lui \ail un
p til-lil · corumc le Dauphin. Il le demandait
égah·mmt crlui-1·1, 1 lui Faisait d . T&lt;'proch sur :i rroi1kur incoo e\'nLle, el l'on
ju,ze de 4.:C 'JUÏI n po111nit pêfl er lor~que I •
prinrp lui rrpondail qu'il Lronv:iit «.a rl!mm
charm:mle, qu'il l'aimail, mais qu'il lui fallait en •c)re quelque temps pour ~aincre .a
ûmidilé • 11.
L comle de Provence c lroo\'anl dans hi
m me ·ituaüoo que on fri-r 11iné, l roi en
était réJ.uil o·e.-pérer dt! po-térilé que du
·omle d'!rloi ·. C'élail à la 'l'érihhme tri te
per ·pecri ·c pour u11 ourerain dont I amour
innombrable , b défaut d'autre mérites, ra~
nient
du' moin · rendu le père de phdeur
dc, ·es llJct
.
l)u re le, 1&lt;' dem fr,'&gt;re ét 1ent au :-i mal
éh.:Yé l'un qu l'aulrr, et ils en rl1innaienl
~ouyent de prem·e ou les ·etn: nièmes de
1. jeune archîduch !! e. Un jour, ce fut dans
ÙI ch:3.m.Lr mèmc du comte de Pron•nce. e
prinœ arnit ·ur sa ·heminéc une pi cc de
por daine !rt'$ arli t•menl lra\'aillée; le D uphin aHÏ l la manie de la toucher toule les
l'oL~ qu'il l:i \'O ait, el comme apparemment
_ . manière Lm. &lt;pie el a "auch rie n'in •
piraienl pa !!1'3.0de conlianco il ~on frèr .
1 Con·upmulm1u 1ei-~le, p. ili,

~- Jbid .. p. l71.

:i.

L• 1 l.rc m

,t c1n ati.

t,cl il 11 ramille 1mpërialr.

inLimilé trop étroite a\ec ce pri11ce ~ui loi
celui-ci m:irqirnît nmrrtemenl s crainte
pour a polie.be. 11 .irriva qu'une Foi • aumo- 11 parai1 être d"un aractèr ·faux 11 . ellP ajoute·
m nl m ·me oû fürie-Antoineue plai. antait a Comme il e.l mieu d Ugu que le D uson 1, 311-rr1 re ur .on iaquirlude à re 1mjet, pbin rl autant Oatleur que l'antre t ru lr ,
le Dauphiu L1Lsa lomhcr la pi cc en que lion. 1a comparaison 11uc ma fille pomaitfaire enlre
qui .c hri.a en cent morceaux. Le comte de le deux frère ne ~crniL pcuL-èlr pa à
Provence. mporté par la colî-re,
pr' ·ipitc \'llllla!re de . on épou
alors sur le Da11phin, rl rnilà les d u rrè.r .
L péril était chimPrique; ~forer put faciqui e o,llellcnt l . e !Jatlent à coup de l •mi!nt ra .. rrrer l'impératrice en lui enrnyanl
poinf! La Dauphin', l
emha1'ra ée, ~e
ur ce prince ùe ren.cil!llemcnl qui comdécide enfin l mettre le holà, et elle ne par- pll'lcnt le lri-1c tal,leou ue pré ntail ~lor
vient à séparer l • c.omhaLtanlS rru'apr~~ aroir l:i :imillc ,nie :
reçu une égrali aure à I main~.
, La . an16 d L le comte Je Prorence esl
l'ne utre toi", Ile jouait au piquet ,nee toujour forl chancda11tc. Ce Jeune prince c l
n Leau-frère. Le Darrphin, qui était présent, d'une fniLIC!&gt;.C qui n'admet pat; J'u~age d
teoail un baguellc; l'idée lui ril1t &lt;l'en don•:iprriœs qui seraient propres à fm'liher son
n r des conp ur le bra du comte tle Pro- tt:inpéram nl. Le mtld ·cin onL pri · la. r6vence; celui-ci, impati nt~. prin on frl&gt;re d
. olution de luj fermer un c3utère qu'on a,·ail
cr~.er un badina e qui n'était poinl de .on dil former dan on enfonce. Il en e.i r' ult ~
oùl, mai l'autre n'en \'Oulut rien taire. Le que M. le éom te de ro,•encc comme11ce à
comte de PrO\enre se lèl"e saute .ur l ha- r ·enlir d1: incorumodil: Qc ·asio1mre p:ir
elle et ,;eut l'nrrach r d ruai a· du Dau- le humeur •1ui r&lt;'Ilucnt dan le :111 • Il lui
phin. L pugilat o.llail recommencer· lari ·l 1·enn Ùl'. d, rlr au main et 11 a p rdu
~\ntoiuertc fut n 1re 0Lh ée ,l'1nter"c11ir et .e ehe,·eu1 • 1.
d'enlewr la bagur•lll.'. eau e de œll.e sriine
D'aillcur • lout
bornait, entre le beaugroh: que t péuibJt'.
fr re el I helle- œur. à de ha,ardnges, à
Ceci r pa ait au uJQi. d'ao1)L J
li ) de 1111ecdote ur lt&gt;s p r onne di! la famille
avait plu~ de Jeu1 an que Je marin"c ,nait TO} le, ur le "CD di! l:t cour; Marie-.\ntoiélé céléLrê. Marîe-Antoindte, tp1i ::tv:iil bien n Ue, pr ~'l'rnuc par ,,Ici\· dl· d,1,-ir de a
pr·· de dit~sepl an aJor que on mari en mi•re 1 témnigna moio d'empr emenl, cona,nit dix-huit, commeuçail à ·1re profond·
oailr• cc m nui hi lorieltc., el le r1Jmle dt?
ment hlr. le dans on orgueil de [emruc cl Pron·nc alla portt•r aillcur· c médi noces.
dan :.a di,.nilé d'épou_c de la po Ilion ridicul r1ue lui fai ail ~on mari de nom, car le
m:ilb1·11r ile ro ménar&gt;e ro~:il élait d'ètrc trop
i.a "r:rnd" dirOrullé politi1111e Je la ituation
rn , uc pour qu'on ignorât 1 . erre!. de l'.1.l- pour I Dauphin el la Dauphine ve1111it de b
célve. e r•Ls &lt;1ui se ré~umaienL luujuar par Jlré cnce li l:t cour de la comre·se du Barry.
le mot rii:n.
La r.norit&lt;&gt;, qui •• il u le nv i de faire
Un vieux diplom:ilc comme forcl-Argc n- tli."r:icier Choiseul, tenait d':iulanl plu au.
Leau étai! un l~moin trop perspicace pour que
" r,1' ·l &amp;Ul. bouneur~ que le débuts de
cet état d·:hne de la Jeune archiduche e luî
,on e~i ·t •o emhlaienl d voir le lui inter-.
écbapp:ll, et, bien que celle-ci fr·-à-vi de lui dir daran1age. foi. Loui X , follement
·• ·ffurçùt de cacher.
,ntimenl. à l'érmrd du :imnureux Je a nou,;dle IIlllÎtr s c, Jonl 1
Dauphin ou les formules oliJigêes, el v:mt;il beauré cl J gr.lcc J.ll!llifia.icnl d" illilul'b I' no on cararlère bonnète, douceur a com- Lhou.sia.m do rop.t amanl n'entendait point
plaisance ll, et .e lùl sur le rf!.te il ,·oyait qu'on impromàl on choix et qu'on fit gri e
l,icn • que ·on e prit était peiné par d'aulr
mioe à ccll • qu'il rait élevée jusqu'à lui.
réllexion , Sllr t..squdlc elle ne pouvait 'ex\!arie--Tb.ér e, qui _;1,ait combien il faut
pliquer 7 u. larie-Tbér e en reccvaol l' _ a,·ec la morale de, arcommnd,:ments quand
confid n ~e ·enta.il prise d'inquiétud pour on ,it d o une cour, a,·ail rt!commar1dé à Fil
,1 fille : dans de tell · coudilion serait-il
Dilo de ne rie11 faire qui ptll déplaire an roi
po. iule que la jeune femme arritàt jamai~, manière 1léwurnl!c d l'en!!atT r à se conduire
inon à aimer, du moins à ei;timcr un pareil vis-li-vi' de madame du Bar11 _an impolim. ri? 1. comme l'on di. ail lo comte de ProIr~ ni mal eillan e.
,·enœ intelli!!Cllt, pirilurl mème, comme on
Ja1° œ conbèils n'élaieol p toujour
le repr ::;entait lr1 a idu aupr~ de hl'llc- suhi ·, t le Dauphin, à qui l'ou ne pomaiL
reur. ch chant à l'intt!r ~er à l'amu.er p:ir guère conte ter le droit de 1,1:\mcr le faible •
de:s hi lori lies, des pJai anlerie· el le rêcil s amourcu~es de son aieul, témoignait prn
des scandales de la cour, eUe craignit qu'il de défér nce pour la tamrile. Par malheur,
ne prit sur eJle one influence marquée. Elle ce rclléilé. d'au têrité pudique Yariaient
n eul d':mtant ,,lus peur qu·etœ n'i noraiL :nec les di ·p ·itioru du mom nt, el le Daup3 que I q qualités morale de ce prince o'é- phin eL b Dauphine agi saie.nt en l'es~o
taicut point à la hauteur de e qualité in- comme ù s cnfnnls, engérant la ri !mmr ou
terh:cluelle , et qu'il ne ·erait arri!lé par l'amabilil • sm J'lliOJL Mere) rapporle un
aucun scrupule. Elle 'en OllTTÎt à son fidèle e1roiplB cnrieut de celle \'er ·atilite. D'apr
.amba::~adeur. Ri~doutant pour sa fiJle un
5
con. il~, Jlarie- otoinelle entra ea ar c

ra-

0

n~.

...

i. û.ir-reapm,dmvr rrrl'lt!. t. l, p. t3fl- lliï.

!"l. Ibid., p. ii,..
li. JM,I • l'· :'il"i.

_,.,

Il

,..

i. lbûl. p. :ï.1,.
• lbirl,, p. 30 •.
Il , Ibid., r• ;153,

'------------------------------------ UN .MÉNAGE
force .on m:iri 11 à lrailer la favorite d'une
façon qui nr dr:ph)L poinl aa roi, el qui fü
resser les plainte.&lt; el le Lrnca suri · d nl la
r. mille ro ale :1ail , ns cc.. c tourmentée•. Ce.
lnngage fil t •llemenl imprc . ion à M. fo Dau1bia ,1u'au jour d,i l'au ( 177:i , la r orite
'élanl pré-c11lée ch •z lui, il la lraila forl
Lien el lui ndres.a la parole, au r:rand étoum•m nt de toul le mnnd.c lai,, p:rr mi contra le auquel je 1w Ù1!f'JÎ' pa m'aLtc-ndre. il
nrri\'a que la coml se du Barn fut Lrè mal
rf•\'UC chez 111:idame 1. lJauphioe 1 1.
Toul était iocohfomce, on le ·oil, chuz le
mari cl chez l · femme. Eo d'autr circon,tanccs, c't, l lt.: IIJuphin qui se monlr fort
gro:si r . l'n jour même il ':iyÎsa de dir .
alor •1uïl él il cru tion de la pré.cnLalion
d'uo parent de m:idame du llarry. que 'il le
rc·nc.onlrait. îl lui donnerail d la boite dans
1 G"ure.
li· p. reiL; incidents ac ontribnaienl pa
p ·u à mécont nlcr la fa\'orile, qni 8C ,·~n •eail
s mnuièrc. el sur t, point que l"on .ai.t cil
n,'lllt beau jeu. Elle ne tarL~ ait pa en plai. :inlerie nr la prétendue impui:.sana de
·elui qu'elle appel.ail I un gro
rçon mal
élevé!l. Qu. nl /1 l· Dauphine, dl• parlaiL
rl'cfi avec un Inn ge .an . i lihr &lt;ru'inconvenant:
- Pr nez trarde que tte rou e ne e
r . e trou.- r dan ,ru~fque oin', di 11-ellc
à Loujs XV, cl cl'lui-ci. oubli:ml toute dignité
dc- roi et d·afoul, é outail cr propo , .ai, le
relc1er, inc.1pable d'au urt llort, n\'t1dii.
héhl.•t ~. On jug ce que de telle. pnrol rapporl 1e , cou1rucntéc, par rcutour· ge, tl ·ui 'nl
prodnirti de froi,,em oh et emer de •rme
de discorde dans l:i ramille rople.
Tout 'uni. ail donc pour rendre plus
difficile de JOUr eu jour la situation de l'arcbtduche s:e jetée œulc au milieu de la ronr d,,
fran e. cour ho tile et dan ereu · , où ·llc
n'a ail d'aulr appui· qu .\1 ·rt)' el le eo11eil de a mère. Eocure rrs ron c-il donDl;
par lelll'e n prud ui icot-ils p • Loujour·
l'ellet. que l'nmonr vi!!il:inl de l'imp •1•01rice
Il ail t'~p•~ro. ~aric-.\utomdlc,' pirnfo el \7\C,
in oucianle et dJ,iriu. c de 'e di~tr;iire, ne
comprcuait pa ln née . itê d'une conduite
plu· poliliqut, plu habile. La jeu.n e aime
peu Il' con. 1·iJ, d ,·il'ill, rd . u, $1 lrom'ait11 mille IUO)'P.11' tic biai cr, d'arran er le
cho, e. à ' l r. çon, el fin l •mcnt J' D Cl1 raire
qu'à on idée, tout n 1Jmoigna11t pour
mère •l e Si"e:i 11rL la plu profonde défé-

milà no jeune

ens extédi! , en 'imaginant

Al'èlrc grond :~, cl, cvmtne il _uppo col
pr ;qu • Loujour , tort Je \'OÎ que ma nlJe
_t dan le mthnl' ra ; je n'en lai serai pas

moio dr lui donucr de lernp en tcmp Jes
a crfü~cmcuts tanl que ,ou le croir t .:Ire
de 1p1clque utilité, et j lui érrirai mt'm par
c courrier dans le en de .irlitl qne ,·ou
m":11•ez m:m1uér. u y entremèlnal qu ·lt1ue
11.1 , ir, qu 1,1ue peu que j'aime J'ailleur ce
t 1, • mai., j~ l'Ou réJltlle, tant 11ue m, fille
m· qniltera pa celle légèrl'td el celle moll s e
1111, j lui connai
c donn r dl•s !Tort
pour exécuter no conseil , je ne compte
gu ro _ur e.~ soccès. Je ,·ous communique :sa
dernihe letlrl', qui mn Fonmirn une nomell'
prem· du peu ùc!ranchi e dont dl· s'e~plique
eawr moi. ur ce point. j' vou- avoue, JC n
s1fr p:i tr:m11uille i je la troU\·e trop 011\"enl
en dé( ul, et elle ne .ail s'en tirvr qu• lrop
fini•m nt, c•l donner d _ 1ouro11rè mèm au
dépen de ln véiilé, el continue, nonoh.lant
!'eS promes.! ~. . :iveuz d'aYoir manqu, de
1 rcl'Onnailre, à suiu e m1outé · •. 11
Le babilP.té d ,rarie- nLQin lie, dan _
corre~pnndanrc, i!taic.nl forl rxplicablr ; la
jrune prince-. , irritfo au Ioud du cœur du
la ituation fau
où cil• ~e trour:iil, SC
lais~ail allr•r am: \"Î1·:ititil rle on .l::m rl d1ercb.aiL .iu dehor des con o'3lion .. Elle cùl pu
loul a\'ouer à ~a mère, ,.. faut• n'élnnt pa
bien nm· . \l,1i · l',mpéralrice :mut iu piré ;
i;e· 1!a11ls une alîl'clion r ,pt&gt;l·tnen. e qui
n'était pas • empt, de rai.nt . \larie-Autoinell en Tai~:ut l:i conlldcnce à ~I •rc

0

rea .
L'impératrice o' ~t:ùt p:i du
J
lte
apparente oumi ioo, el elle ·en afarmail.
fal!rré Lou le . oins ue ,·ou employ z
apc autant de ûlc que de disternl'ment pour
diri er le d :ma rcbe d ma fille ;cri raileile idforcy lc 1" lérrier lïï3, je ne remarque
que trop combien il luicoùle d 'faire quelque
effort 11our ·e prêter à YO a..-i el aux 1niens.
Dan: ce ircle ou n'aime que le ton h1din el
Oa1te11r, cl d~ 1ue d ns le meilleur · u• ,
on fait quelryuc remontrance un pe.u sérieu
l . r.f&gt;m,1 11,l1111cr 1rcrlk, l. l, p. ID!.
~. Lr, {11 Ica de /,ou1i ,\ r. t. li. l'· iOI .

- J'aime l'impér.ilriœ, mais je la cr:iin
quoi~ue d foin; même en écrh·ant, j •ne soi
jamais à moo ai_ fr -à-,·is d'elle'·
Ce que ~larie-Tbér ·e prenait (!(lm une
aL:-cnce de franchi oe prorennit que do désir
bi n naturel d'é,·iter des remonlraoces, et en
:i. CQrrt1pm11la11cr .•urt"fr. 1. 1.

. //,id .. ~' - \M.

r• lO .•

~O'YJtL

.

--

fait, les 6acs.es de la Dauphin eu ent
mcnéfor• ·ultat oubaité, 1M cyn'eûlpa.,
ur lous 1 points, fait connaitre I' :icfc
vJ.riLé à l'impérarrice. Ce q11'il y &lt;:ut de plus
curieux, c· • L que llaric-Anroinclle n, ,!
doula jamài à quelle ource . a mère pui5ait
ren. iao ment , el qu'eUe s'im:i"ina 1011jour· que c'étail par le el'pion que les ·ouveraia, élrao"ers, notamm nt le roi de Pru~,e
.Frédéric, entretenaient ~ la cour de France,
qu e moindres actions él:iient dimlguies.
[n grand chagrin lui ful hicoldl donné par
la nou,·ell • du mada 11e du c.-omte d'Arloi .
n amour-propre en éproll\·a one cruelle
Llessurc, car elle "enta.il men, - el comment
ne l'aurait-elle p:t. cnti, on le di ail ourerlernent partoul, - qu'on ne OO"E'ail à marier
i ,·ite Je jeune prince que p:irce que d lui
eul maintenant la famille ro ale pouvait
e pér,•r unr po térité.
fürie-Anloinenc ne upportail cen.e pen ~
qu':m-c peine: uclle ·en a.Lion produirail /\
la cour et dan I paLlic l'armunce que 1.
comll'-sc d"Artoi serait enceinle alor r1u'on
u·en pourrait pa dire autant de la Dauphine?
Elle -'efforça de dégeler son ~pou en 1ui
montrant ·et êvénemenl comme prub:ible.
Celle idée donna, en e[el, matière à r 'fi{,chir
au l}auphin .
- Mai m'aimc;z-vou bi1m? demanda+îl
à Marie-Antoinette.
ui, répondit-elle, et ·ou ne pouY&lt;'Z
pa en driuler; je vou aime inc •remcnl, l
je vous ' ûmc encore damnl:ige.
Elle crut une ré oluLion ,·irile de a part.
Il p.1r11t louché; uo in. tant .eul •mcnl. car il
repril on c.1!m habituel el e cont •nla de
lui dire qu'au r tour il YLr.aiU ••, il e remettrait 11 ré••ime, cl qn ïl « pérail 11uc toal
irrnl bien 1).
Ce fut l tout le r~ ultat de c. réUex.inns.
Enlre temps, 11 co11tinua1t iuoo le r'•!!im"
par l11qud il ~ p&lt;!r:iil rai ocre .sa 1imidité. celui
du moin c1ui con,·enait à s:i nalnre, et qui lui
\'alail .es continuelle indi,,eslfon . En dehor
de 1:i, Cil n'étail plus •ulcmenlla cba ·,e q_ui
aù ·orbail son lemp. , moi le tr,naux manu 1s
les plu
ro ier , a comme marortncrie.
menuiserie, et autr s de ce "eorc ». " li
travaillait lui-même a\'eC le ou ricr ii remuer
d malériaux, d' poulr , de pa,·['1-, cl e
lirnrnlde liL·ure· rntière à c ~nil,I ezcrcire, il en Tevenail quclt1ue/'oi. plus foûgué
que nele • rail un manœune olJligéà remplir
cc 1ramil. ll
« J'ai ,·a, écrit Mere~ , madame laD:rnphinc
e1c irnment impalienléc cl cboariaéc de
celle conduire; je p11 n juger pa.r la ,ivacilé
des plainte. qu'elle m'en fil, el par le coméquence qn'cile en liraü ·ur le effet qu'un
lra111il si outré penl produire .ur le phy~i4u15
du prince son époux. J'ai t~i:bé de calmer
madame l'archiduch se à cet érrartJS ... . o
Celle Ioi., c'eu esl trop : le IC'mp· nr
le,1ui:l on complait, l1)in d'arranac.r les cbo c.,
1 'angra\'e plutôt. L'impératrice conuneul'f' ~
perdre touL poir.
Par la situation d' ma fille \'Î -à-Yi du
:;, /Md,, (, Il . p. 10.

�..-- 1f1STOR..1A
Uauphin, je ,·ois arnc rl'gret le relard de
l'accompli _emenl d mes TŒUJ".... Je n•
compte plus d11 louL (l"' d 1c!'mbre t 71:'i). 11
« La !roid ur ùu Dauphin, jeune époux de
"tinnt an , vi -/Hi d'une jolie femm , m'c l
inconccrahle. Malgré Loutes les as rrlions de
la faculté, me soupç,on augmentent or la
conslitulion rorporr:lle de cc prince, rl je ne

compte pre que plu que ur l'entremise de
l"empereur qui, à on arrivée à ·ver-aille '
trouvera peut- ~Ire le moyen d'en agcr cet
indolent mnri à 'acquitter mieux de son
devoir (5 janvier i 77 4) '. »
El œpcndanl le Lemps approcbnit où la
ituation politi(JUe du Dauphin all:iit chan"'er.
1. r.o,-rnpo111lo11rl' UCl'èlt, l. Il. P·

;n Ill

RR.

C lui qui ne ;wait pa èlre un mari allait
de,enir un roi, cl la loi d"héré&lt;lilé, par une
cruelle uonil', allait mellre un sceplrc dans
ces main habiles à manier le marteau et la
truelle. Que ·erait ce roi? On pouvait le
deviner. Que serait ce rè!!Tle? On pouvait tout
craindre, car jamai la France n'u·ait eu plus
besoin d'un homme.
PAUL

GAlï. T .

(A suivre.)

Louis
Le feu Roi ne manquait pa d"e priL; mai
on esprit tournait du côte de la médisance·
il avail de b dif6cullé à parler, et, étnnt timide, cela faisait qu'il a~ .ail encore moin
par lui-même. Il était bien fait, dansait as ez
Lien en ballet, mai il oc fo.i ait jamai que
des pcr. onrrage rid icu Il . Il étai I bien à chc-.
val, cùL enduré la faligue en un lie oin el
mettait bieo une armée en bataille.
ll était un peu cruel, comme ont la plupart des sournois el de en tJUÎ n'ont guère
de cœur, car le bon ~ire n'était pa vaillant,
11uoiqu'il ,01111\t pa r pour tel. A.u sirge de
tontauban, il ,·il san pi Li ( plu ·ieur huguenots, de ceux que Beautor! a,•nit YOulu jeter
dans la ville, la plupart a,·ec de gr:mdtJs LI ·
\ll'e , dans les fo·sés du cbàteau où il él1tit
logé. Ces fo ,é étaient sec.,; on les mit là
comme en lieu sùr, el il ne daigna jamais
leur faire donner de l'eau. Les mouches mangeaienl ces pa.U\'res gen . Il s'e I diverti longLe.mp à eonlrelaire le grimaces des mourant Le comte de La RoclieguJon étant à
l'e lr~milé, le Roi lui envoya un gentilhomme
pour savoir comment il se portail : « Dile
fl :io Roi, dit le comte, que, dans peu, il en
,c aura le divertis ement. \'ous n'arnz guère
11 à. allendre, je commencerai hienlùl me
(1 grimaces. Je lui ai aidé bien de
fois à con« lrefaire le anlre 1 j'aurai mon tour à
c1 celle heure. l&gt;
Ouand 1. le Grand (Cinq- far ) Cui condamné, il dil: 1c Je voudrai bien voir la gria mace tJu"il füil à cette heure ur cet écha4 faud. ij
Eo je ne sais qnel voya e, le floi aUa à un
bal d n une petite nlle; une fille, nommée
Catin Gau, à la fin du bal, monta ur un iè0 e
pour prendre, non un bout de homrie, mai
un bouL de chandelle de ui[ dan un chandelier de Loi .
Uoi dil q11·eue 1il cela de .'i
17

XIII

I►

bonne gràce t1a'il en de.,·inl amoureux. En
JI pciguail un peu. Enfin, rom me dit . 011
partanl, il lui 1l donner dix mille écus pour épit.apbe :
U Ml ce11l Tertu.s de valet.
~a \'Crin.
El I'~ une .-crlu ile mntlre.
Le soin qu'on a,ail eu d'amIDJer le Hoi à la
cl10 e enil fort à le rendre auva"e. liai
Son dernier méûer rut de faire de cl1âs i
cela ne l'occupa pas si fort qu'il n'&lt;'lll tout le a,·e ~I. de 'oyer • On lui a lrvuvé pourtant
loisir de s'ennu5·er. Il prenait qnclqudois une ver111 de roi, i ln di imulalion en 1
quelqu'un el lui dirnil : c&lt; Metlons-nous 11 une. La \'eillc qu'on a-rrl1La Mll. de Vendcimr,
celle fenêlrc, puis cnnuyons-nou ; » el il il leur fit mille cares e ; cl le lendemain,
e mellait à r~ver. On ne saurait quaj comp- éomme il di ail à ~- de Liancourt : rc u ter ton les beaux métier qu'il apprit, oulre « icz-vou. jamai cru cela 1 - Nun, Sire,
tou ccu qui concernent la chasse; car il a- « dit M. de Liancourt, car ,ous avez trop
,·ail faire des canom de cuir, de focet de
« bien joué vo1re personnage. » Il lémoigna
filel • de arqueba e.~ do la monnaie, el que celle rupon e ne lui avait pa.s élé lrop
M. d' ngoulème lui disait plaisamment : :igréaùle; œpend:ml, il emhlait qu'il \'OulaiL
« ire, vous portez voire ~liolilion avec ous. » qu'on le lou.\L d'avoir i Lien di imule.
Il élail bon con6lurier bon jardioirr i il fil
Il lit une foi unecbo eque on !rère n'eth
\'enir des poi verls, qu'il en1oya vendre au pas faite. Pics · -Besançon lui allait rendre
marcLé. On dit que Montauron le acheta de certain oomples; el comme c'est un
hien eller, car c'étaient le premiers ,·enui:;. homme assez appliqué à ce qu' il roit, il étale
fontauron acheta au i, pour Caire ~a cour, ses regi Ires sur la table du cabinet du Roi,
tout le vin de Ruel du cardinal de fücltelieu
après aroir mi , ao y pen er, son chapeau
qui était ravi de dire : « J'ai vendu mon vin
ur Fa tète. Le noi ne lui dit rien. Qua.ad il
a cent liue le muids. 11
eut fait, il cherche on chapeau p:trtout ; Le
Le Roi se mil à apprendre à larder. Oo fioi lui dit : « 11 l a longtemps qu'il est or
,·oyait venir l'écurer Georges avec de belhi · ,·otre lète. n
lardoire cl de ,,.rand longes de ,•eau. El une
Il n'était pa humain. En Pic:inlie il it
fois, je M sai qui vint dire que a .llajeslé des arnin_es toutes fauchée , quoiqu'elll
ln.r1lail. Voyez e-0mme cela 'accorde bien, fo enl encore loolcs verlr , el plu ieurs
Mujeslé cl fardel'f
p;iy :m a mblés autour de ce dégâl mai·
J'ai peur d'oublier quelqu'un de s mé- 11ui au lieu de se plaindre de s' cbevaulia . Tl rasait Lien· el an jour il ooupo. la ll• ~ers &lt;plÎ ve1,aienl de faire ce 11!1 cxploil, c
barbe à tou ses ofùticrs, et ne leur lais a pro terna.ienl devant lui et le béni: aient :
qu'un pelil toupet au meulon.
« Je sui bien r.lcbri, leur dit-il, du dommage
li compo ail en mu iqoe, et ne 'y eonnai
« qu'on vous a Iaii 111. - Cela n'est rien,
ait pa m.al.
o ire, lui dirent-il , tout e l .à ,•ou· ; pourrn
Il miL un riir à ce rondeau ur la morl du « que vou vous portiez bien, c'est assez. cardinal :
u Voilà un bon peuple, ,i dit-il à ceux qui
l'aecompagnaienl.
Mais il ne leur fil rien
n8 pnssé, il O11li6 bag111:?C. etr.
donner, ni ne oogca à 1 faire soulager des
Miron, mailr" des comptes, l'avait Fail.
!.ailles.
TALLEMANT DES REAUX .

FEMMES-SOLDATS

Les demoiselles de Fernig
Par ÉMILE CÈRE

lt • toute:- b fommes-,ol&lt;lat de la flr10luLion, le œur · ùe Fernig sont certainement
le plu connues. Leur nom c:l de suite prononeé •]llnnd il s' a;ii t ùc fournir un exempl
d't!oer"ie d de p3Lriotisme féminin . Aran!
Jerumapc , o:ï clk: :ie d' lini.;ui:rc11l parliculi~emcul, Je fo11ile11r a\'a.ÎL Mjh pari ', et à
plu ieur rt·pri. ·, de ces de.Ill charmant
j unci- Hiles. Le 1 juill •t l 7lL, une correspondance ùe Lillc flu'il in..~rait, di. ail: « Oaa
la derni&amp;c att.aqu du camp de laulde p:uun détachcmenl de llollandai , on n rn deux
femmes. !(' demoLelles Fcmig, courir à l'ennemi, el à la tète des volonlair l!I de troupe
de Ligne, comLaure ,n- •c eu , 1' encourager
et faire •Ile -mèm le coup d main. LP patrioLisme de ce ÙClll Mroille a produit un
enthonsia.me que de p.atriolc seuls prurcnl
imaŒincr. 11
D~s 1• rapport que les corn rnissaires à
l"arméc du ord envoyaient le 1 a,.i-ùl l 7H2
, l' semhlée légi l tive, , e trouve le pl: age
uhanl, qui, lor qu'il ful lu par le prêsident,
fut couvert d'applaudis ·emenls : « Nou ne
pouvon passer ou ilt:ncc l •· demoiselle
Félicité et Théophil ·ernig, 11ui e ont distinguées. dans pln~ieurs aeliooi; milil.3.ire · et
qui joi•menl au courage le plus aimable.

\'Crin de I ur e'te lJ douceur ctla modestie.
l. • même commi saircs : C:irra. ilien·,
Prieur écri,ent le 2 ortohre de la mèa"ie
:innée : « 'ous tcrminon Célle lettre en vou parlanl d deux jolies héroïne qui onl ici :
les cito "t&gt;nnes Femin. Ces d ux j une" entant. ,
aw;j modeste qu couragea es, . onl •.m
ce. e aux avanL-garde cl dan le poste. le
plus périllemt. ,\u milieu &lt;le l"armée, composée de jeunes citoyen , ell l onL respectée
et honorée . c·l.'-l loujour le t riompbe de 1a
\'ertu. Le .\.u lrichiens onL eu la basse vengeance de ra er la. mai on de ce jeune, rnfanLs, itui:e à llurtagne i il ne four r te plu
rien qu leur coul"a"e · el! ne rnnt point
inquiètes de leur sorL, eJlé sa,·eut que la
nation françai e ~tau _j géoéreus • qu.e l,ra1·e,
et nou réclamerons ,·oLre ju~tiœ à notre rcLour. 11 igné : 1 •·itoJ en , commi ·. aire de
la onl"ention nationale : Carra, il1ery. Prieur.
Lamarline, hi lorirn, a écrit l'b~toire de.
d •moi l'ile· d Ferni 0 , !JUl se lai er rmporler 1r.ir l'imagination &lt;lll poèLe, san llltlnqucr
à la tricll' érilé 1 ; on 1·écit l)U C voici c L
:1h olumt'nl eucl :
« Oumonriez, le malin de la bataille Je

Jemmape.~. parcotlrail le front de c lignes
uivi df' son étal-major p:irl iculier. [\an 1111
~onpe à che1·al de quatre officiers de difftrenls àges, on remar411ail deux figures féminine . Leur mode lie, leur rougeur cl leur
«r,1ce contra laienl, ou· l'h,tLil d"officier
d'ordono:rnce, a,·e les figure· màlc des
gnerrier qui les entorrraiimt. C'tlairnl le
c.,pit..-ûne d •. guide de Humouriez, M. Je
Fcrnig, habiLaol de la Flandre frauçai e; on
fil , liculcnant dan:s le régiment d'Au'l:erroi ,
et es d~ux. filles, que leur Lemlrn~5C pour
leur père e~ leur paidon pour ln patrie
a\·aieot :.macLée à l'abri de leur se. e et de
leur àg et jetées dons les camp . L'amour
ûlial ne leur a,•ait pas laissé d'aulre a~ile.
Elles élaienl née au ,·illaac de .Mortarne,
ur l'exlrème frontière de la Frauce, touch11n1
à la Belgique. Yoici comment leur vocation
leur fut révélée :
Dan
pr~mier
départe men fronti re ·o levai al d'euxmème: pour couvrir le pa . LaFraneen'était
qu·un c81Dp donl ils se lOn_idéraienl comme
le avan1-po le la.dépcndammenl des bataillon qu'ili envoyaient à Dumouriez, des compagnies de \Olontà.ires, formées d'homme·
marié . de ,·ieillard el d"adolesccnts, sans

�..,

ru

Cep ndmt D~urnon"ille, ui command:iil
le camp de aint-Amnnd, à peu de di ·lance
de r ~lr~me frmHi~rc, n!anl ·ntendu parler
de l'h ·roi ,ne des l'Olont:ùr · de lorhgne,
monta à chiwal à la tête tl'on fort detnchemenL d' caralcrie et int 1,ala.yPl" le par~ de
ce fourra eur de Cl irfoyt. Eu approi;hanl
de .1ortngoe, au poiaL du j ur, il rentolllra
la colonn de \1. d Fernin-. Cell lronpe rcnLrail an villa e apr' nua nuit de folinae cl
de combat, où le coup de feu o·a\'ateul pa.s
ce si! de rell'DIÎr ur loul la lirrneet où .Je
ernîrr av:IÎ! rlé défüré lai-m~me par es
611 · d main · d'un roupe dl.' hu ·a.rJ 11ui
l'enlrai111il pri onnii&gt;r. L~ colonne. h, ra· '
1 ramrnanL pln,ieur-1 1.11' sés cl cio I prirnnn.iers, cbautnil la .lfar ·cillai e, au oo d'au
eul 1nmbo11r dé ·hir · di: ballei;. •urnonîille
nrrêla ,1. do erniu, le remercia au nom de
la France, eL pour -honorer le co11r;1ge 'l le
p.ilrio1i me dll se p ·~ans, ,·oulut 1' ' pa ·cr
en renie :t\'CC ton le honneur· de b :,l'llcrr .
le jour Ctimmençait à peine à poindre. C ·
bra~e eo 'ali•'nèrt-nl ou · 1 arbr , fier
d'être Lraîlé en solJ 1. p r le g~n~ral rr Il--'
çai . his de r.endo de 1:heval e.l pa an( devant le rtonl du celle pclile lro,ipe, Beurnoncrut a,peroe,,oir•1ue deu de plu. jeun~
volontairt! • i-. hé dt:rrière lt' rnn .Fu ·aient
es regard;; cl p:issaii&gt;nl fnrlivcimeot d'un
«roupe à I' ulre pour &lt;i,·il •r J"ètr uborJ1:
par lui .. e compr,manl rien à f'eltc timidité
dans d • homme crni portaient le fu il, il
pria L de Fcrnja dt.1 fair :ipprorhttr re
l&gt;l'&lt;1\'c nfan ' . L~ rau.,- 'ou1'riteul el laisèrent à rlticouverl I deiu jeu Ol!S fill :
m:ii" leur. h lut d'bomm••, leur vi arr "
voilûs par ]a fumée tle la poudre de . coup, de
f.:u Liré. puml· nl le coml.,at. leur Jè,r ·
noirrie, par le rarlna'"he qu'ell , 3\'nienl
dét:bir e avec I denls lt•s rendai,ml méconnai(. Me aux •eux n1ême Je lt&gt;ur propre
pè . lJ. de Ferai" fui . urpri de ne pa.
connailre. ces dc111. r:-0mb:il1:ml de n pefüc
armée.
a Qui ètes-vou 1 ~ leur demantln-l•il d'un
ton 1kèrc.
ce· mols, un chucholement
our1I, accompagné de onrirc unir r.eL.
courut dan le ran,,,. Th ~phile et FJlidlt1.
voyant leur ecrcl d !couvert, lomlhcnl .
genoux. rougiri&gt;nl, pleurèrcul. sanglot' rent,
e dénoncèrent el implnrèr ut, en enlouranL
de leur hr:i le jambes dt! lt&gt;ur p~rc, lti
pardon de leur picurn upcrr:heric. f. d
eroi•T emhrassa :::e fille· en pleuronL luimème. n le pré.~enr:i à BenrnonvilJe. qui
décrivit celle cène dans a Mpêcbe à La
Convt:n tioo.
La onl"l?ntion l!Îla les nom de
deux
jeun fille à la France et leur en\'O ·a de
ch \'3Ut el d armes d'bono ur u nom dti
la p3Lrie .. ·uu I rctromon. à Jemmapes,
combaUanl, triomphant, ,auvanl ICJ bl é
après. Ir~ a.,oir vaincu • Le Î3 ~e n'a p3 inrnnlu dJn Clorinde plu!; d'béroïsmt', pins de
mervcill.:iu et plus d'amour que lu HJpobli•1ue n'en Gt admirer dan ce tr:11 li. emenl fi.lia], hn le ~. p?oit et dan l d liuée de ce deux héroïne de la liberté .
0

,·m,

.... 1o8 ...

Dumouriez, h l' i:&lt;po TUC de . on prcmirr communde.menl eo Flandr1'. Ir .i"nnla à l'adrniratiuo de
old·,t du c:imr de )f nid . A
no· premier re\'t•r , leur mai~on, d: 1i,i '
à b Pn:;!Pance d•· , ulrirhiem,. Cul inc,•nJi · .
. de t·rnig u'arail plu d' utre p:itrie 11ue
l'armée. Oumoari • cmmi•na le père, (I! lil
et I d!!ux llll a,·c1· lui d:in. la camparrnc
ile I' rgonne. ri donna au père et au fil des
rades dan l'état-major. L jeun filles,
louiour entre leur père l leur frcre, portaient l'bahit, I• , rmP el fai~nirnl 1 · fouction d"offidl'rs d'ordonmmet•. Elit· vnicnl
cowl&gt;allu à hlm ·, t&gt;II,· ~rùhit&gt;Ot dt&gt; com~
Lotlre J\lmm:ip . l.':iin,~. ,llicit.S dt• ernii, uiY:iil à ,·h •val lt! duc de h;irlr..s.
c1u'ell oe ~ 11lail pa •[UÎlll'r fk•Jtd.1111 la l,ata1II . la econJe, Th •nphll,•, . rr~par:iil à
porter :au ,·i, u1 j!Pnéral F,•rr:md 1, ordre~
du &gt;u ~rai PU cht&gt;f toi à 111or• b,·r a,,-c lui il
l'a ,aul des red11u1.. de l'nilc l!,u11·h•·· l ►n­
m11un1•z monlrail ce d1-u~ rh:irm:11111',: h~roines à
oldnt ,·ommc nn m11Ji•lc de
patrioti me et comm • u•• 1111u11r1· d • la \'ir~
toire. vur hcamé I'! leur J,•1111,,,. P r:ipprlaie.ol r.,p_ a11p:mlions m rw·1ll11u- . d1•. J!PlltC
prolt\clcur dt•:- pP11pl1• • à 1 1~11• d •S Artlll 1Cc ,
le Jour des l1aln1II . La lilwrt~, comme lo
reli •ion, éta1l di 011e d"aroir ::111 i . es miraclt'S. »
Ain i p:irle Lttm rlin,,: lo ,·itatinn c l un
peu lo11g111• 1 mai ceu~ qui 01' l.i cun11:1i•N1ient
pas enr.ore 'il y Pn a - n noie la reprocheront pa . QuanL à ceux 11ui 8HÎPnL
coo crvé le . ou,·i:uir de 1· 111n:ainili11ur mor·ceao, il ne er,mt pa~ moins . ti,f. i1 - a ·anl
eu l'occa ion J'rnlcodre nne f,.j di• pins rrt
admirable lnngn,.,e. [,'hi t11rie11 &lt;lt' Giro111lin,
ajoute que ~ le· deux in1r,:pi1lcs l1èroincs
Ferni furent en1r,1in11Ps :m crime dan
lIDfl dtl urLinn qui r ·.i:.rml,lail rour l'ile, à la
lidûlil: Il. Eli ' acr~1rur~"111lrent Il tdli·l [h1muuri t dan :i. fotLP et cc n'i&gt;. t p:i. 11· m11indr d~ péril. qu'elles ait'nlrouru. LR. ba!aillon rraaç4i de~inanl ,,ue I UI' ,:11éral I •
:ib:indonuait, qu'il pa. it h l' •norm1. le mirent rn jonc fi mcnar'rent de tirrr ïl continu.ait ·a coari;e. IJumouriez ~uh; de n pelile
corle, dao la 11uelle él ient le demoi ·Ile
d,.. fl}rnig. pril le galop. Lr cri de colère,
fo injures, le balle. ounaienl à es orPille:.
Dcut bu_ ard soul tuiis à ~ Cl)I · . Dumnuri z t d~monté; on chcl'a[ rcv:ent seul
dan le camp frnoçni où on le rr ·oil en
triomphe. Théophile d,· erni" e, t é•• lem en L
démontée. :i srcur, ~licité, desrrnd de son
cbenl et le donne au éor1a1. On ante un
peût canal el de l'autre côté :on lrOu\'e d'aulr montures. La Fuite au gal p recommence
el toujour ou une grêle de balles; cioq
homrn - onl tués. ou I papier' de Dumouriez sont perdu . Eofin m-ùœ nui deu.s:
jeune. filles qui oonnai.s nl ln mute, on
arrhe à l'Es1•aul. lJumouricz était saoré.
Aprè: une cnlremc avec le ,!n&amp;al autrichit'n
)lack, il rr ,gne con camp de Mnulde; il
e..c:père encore entrainer se troupes. maiE se
effort sont inulil . Il doil reprendre, t
celte foi Pour toujour , Je chemin de l'eril.

];Es DE.MOJS'EllES DE FE'R.NlG -----

cumplon p rlir. 11us~itôt le np~l, qne La moitié de fa r.1m1lle; el, now remlaot II l'\1rls pour J
termine!' ce ljUÏ puurr-JÎI re!\lu
foire, ntoo
il n'id pa• en mou pomu r. _11100 cl1 t•~ cou i_n. frère premli-:i p&lt;N ,,.,,ioo tle l"etn11l11i ,11ic I '. mi11 • ,ou Li•11111igner, cuunue JI' le! tll!strt·r-11•,
ni,trr lui d Linr•. Lo~11e nou, auruui. 111·1, un
•u1111.Jien je uis 1•ru;ihlc i1 l'em11re,;~mcul quo
gite.
papa. Loui, .. 1 A.im 11' "i_endronl o~. rernu, mellt.!I à m'uhli;l •r. '1ab paur m1ru1 1·uu,
JOiud1·e.
, ou de ·11n oou~ croire n.-.,u_ 1I d
rch1irnr, je nî \'UUS f;tir 1111 tableau l"ll11Îllc et
morl
·
;
alor
nolrc po ilion sera vue dans nn.
cu111:i · ,le notre :.ilui1tion adu,•IIP. Jug~z par là d •
Hai jour. ... IJui•I u1owenl pour woi 11ue c: •lui
1111111 t'nlièn• confi:mcc,
r n llullamle, il1·1m1, ,leai :m. , nou~ y ,on1u1cs ouje. r ,errai no· u111i~! 1h! n&lt;' ,011,, li.lui . ur:,;
pl'Oh\"r · p3r nu gouvern nwul el autori i: p;n• 1m • 1llu,i,Ja encl1;1t1l re,.e. '. Qu vo · pre ·1tg1• ,
nolr llépuhlii11.t". Î.l'S lt'tlUl1le~ nr~cuu~ dan, ~i loo.,ku11-s lrllllll' u1 . , hoi.-ent enfin un d1.:i.mp
ltht à la ri•alitr !
nolr p:11r1e à l'ël'o,pte Je 110lra arr11 1:e 1la~1 cc
fo a11i hien 1111e le lion ft':lnç."li • nou Ioienl
pJ~ ·•ci, fur,ml citlM du tijnur que nou, l funes.

adressée à on cou in, Théophile de Fernig'
fait allu.sïon à • démard1c :

c.irrière mililaire e l lerminée. On croit
ouvenl ,1u'1I fut plus diplnmale el pl~ p1~litici,•n ,1ue ::..oldal; on fai~ 1orl à sa m.4•mo1re
Jéj:: si cla. r.:éè par le fait de ~a trab1!'on. Il
a,ait pour éta de a ice:
.1

msTo'f{,1.Jl
autr loi que lt! sa.lut public, uns autre orgaois:ition irue le patrîoli me, s:m :mires chef·
que les plu' brave~, ·orlai ot de· péÛle.ï
,·ill ·~. d 1.·i!l,1,.e.. dt"i. forme. , urpr('naient
le déta hi&gt;menls ennrmis, repou aient l'inî'asion dt• arnuL-gard cl comballni •nt conLre
1 uhlan (~,, r~ Je Clairfa t. • r mm
mèml! nccomp:i.trnaient 1 ur' mnri dan ces
up&lt;!dil ions r:ipides; des filles leur;; p • ;
lou 1, Ô."es et tou I sexe vouloicnt pa ·er
leur tribul d'l'ntholl iasme l de sanrr à la
patrii&gt; c t 1i la liherlé. L plu pieu P et le
pin. dé,•ou~e . de œ h&amp;oincs. furent ces
deu j,·uoes filles, célèbr depu.i dan 1
f, ~~ d no- premier comb ts; l'un. 'app laiL Tbéophilt•, l'autre Félicité.
\I. de Ferriig. ancien orlici r retiré dan
le ,·illa"P de ,\lorlaiTnP, élait p~re d'une nnmhreu c famille. ei fih er111.icnl, l'un à l'o.rtné • dt• Pyrén~,-s, l'autre à l'armée du nbin.
'e qu.alre fille., à qt1i la mort avajl Pnle"é
leur m~r , ,1iYnientaupr~. d lui. U 11 d'cnlre
ell é1aienL en ure eufaot.s, le deux ain • toucl,aicut à ptiine à l'adolc,cenœ . Leur père,
qui romma.nd:iit la garde national de Muri.a ne. avait animé de on :irdeur militair,
le. pay~ans de on canton. Il avait rait on
camv de tonl le pa ... 11 iwierri- :til I habitant. p r de e, · rmouches cootioul!ll ~ contre
1 hu~.ards noemi r1ui Franchi aieul ouv,:nl 1. li!!Tle d 1, rronti re rour venir in u.1lcr, pilli:r, incendier là contr •,. Il se passail
peu dt! 11ui~ p ·ndanL 1, IJU ·Il• il ne difr•eait
en per~onne ce· p trou.ille~ rhiqu · l œ
e1péditio11 . . Jill tremltl:iit.!nl pour
jour . Les d!.!Ul aîuéc~, Théophile et Félicité,
plu. émues encor• de· dan,.er que uraiL
leur p r qu • de dnnner_ dé la pairie, se
confièreul ruulm:lhmacnl leu~ inquiétudes el
entirenl oailre à fa f i dan- leur cœur la
même pan"· . EII r ~olnrenl de ·'armer
am:. i, de :.e mêler à rio 11 de J. de Fer11i~
dan le rang d cultirati:ur· donl il avaiL Liit
des oldals, de combatlre :wec em, de ,·eillcr
"nrloUL ur Leur p\rc, t de e jcLer entre [A
mort cl lui. 'il Yeoail , être menacé de Lrop
près por l cal"aliers ennemi .
Elle cou · renl leur ré.-mluûon d, n leur
âme cl ne la rt!1•élèr •nl qu'à quelque habitants du villn"e, dont la complicité leur était
n ~ire pour les d.érober am: re!!ard de
Jeur {l\'te. Elles rerêtirenl de.~ b bit d"hommcs
que leurs M.•r s auieol 1. issés à la mai on
en p:irtllllt pour l'armée; eJlc . 'arm renl de
Jeurs
it de cba se et. ui\'ROt plu. ieurs
nuit ln petite colonne nidée par JI. de
feroig, cil firent lè coup ùe feu ar c le
maraudeur- autrichien , s'aguerrirent à la
marche au combat, à la mort, et 'lectrisèrent pnr leur e emplc l - brave pa)· nn du
hameau.
Leur
l fol lon,.temp. el fid:-.Jemenl
c Fernig. en rénlranl le mntiu.
da
re e
racontant table lt
a,·
pér
les xploil de la nuit
à
, ne
:onn:iil pa que e.
pr
nai
omliattu au premier
nn
t1railleur t qu lquefois pré~rY~
a propre ,ie.

____________________

(i cmnpa"'n s ~n . 11 •ma!!tle,
2 campagnes fill f.orse;
1 mpa:,in • en Pulogne i
_;2 bll! ur · · la !!li rre.

L d •moi elle. de F'erui le .,;niviren.1 jusqu'à Tournai; il n'a\'ail pas d'arœ~•nl; clJe
coti· rr.nt a,·ec k quelqnru of!iC1Crs q111 la-

:e

Ll:5 DE.llOlSELLES DE Fl:RNIC.. -

raient ac.compagm:, lui foummnl le mnJen
de nue. en alkndant qu'il fùl pen iona • de
l'é1.rangcr, pui le quilû:reul cl reprirent
leur,, b, liits el le occupa.lion de leur . e:rn.
Elle- r~ idèr nl ucccs 1vemenl avec leur famille à Amsterd:im, Bréda, Brll'Iclles, lfarlem., LrechL et ddeU,ourg.
n 'i.i1di!?na,
en Franœ, de leur conduite;
0
.
11 11't!1aienL lai sé entrainer par Dumouriez
et le re!!l'elta.ient
déjt mais llt!S .étaient déo
clarée « émiart! ll et ne poU\'luent ongcr
à rentrer. u cCon1·er11ion re,inl ur 13 décision qu'elle a,ait pri Je fair rebâtir, O.lll
Irais de la ruition, leur mai on incendiée.
Ell!!S ne purent venir à Pari qu'en i ï9i
pour olliciter !~tir gràce. Dans une Jeure
datée 1L\mst rdam le 2:-1 frimaire an Yl et

Tablt.JU de .\.·F . LE

D111l .

·~ é11011 tr~ lilir • d • r airer Jan no · fo1crA
alol'i&gt;, mai:, nous ne le TOuhlmes point ~u1 c1,101liLion~ ,,1r où il nous fallait p~s~r. ~o. à1ne~ 1·cipublk.1m ne lraoj rnl point gwc la fJil1l11~•ll,
..'ou préfêr-lmes alle11dre u1· nou son aclton
bienrlli aulc. Ce jour t(I hicDlol 111111~ tuir.. ; bifD•
l(•l rendu au .e10 de la Fr,tncc, nons •· jouirons
d'une lil •rté que uos " cnlices et no soullrance
nous onl m~l'Îll!4!. Alors, mon clicr cousin, 1100
rons v~l'il~ ble1neol lieur,rni.
Je cro1 on.-. a1·oir dit Jans ma dermrre que
noire aff.nr~ doil se dtlt·iJ11r apr~, Le c:o,wr •·, ile
lla-L1dl. 1\11w afon, l:t parole du Directoire 11u'il
pl'ononcer:a ur noire sort :1 relie ~poque. J ,·ou
n tuamlc.rai le réi.ullal Ji:, que nous 1•11 Ct\lll
in:.Lruits.
lon no~ cnl.:ul · aclueb, nous ne
1. CQrre,p1md1111çc fotdilc J,, ~lie ~&lt; _fmti!!,
public.o pu II0111tro llo,m,nr., J ► an , f1nnm-lt1(t~1.

I 75.

,., tur, .,,,.

oon œil. L' dé ou ment lfUt' 11111 . a•ùll
prouY: pour la c:iu e · crée dt.' la liberhi o'e 1

d'on

pas equ.i,·oqul': l'l ceu.1 11ui nou ont

11.1.

au mi •

liru J roml,ats, :.._,renl que des cœon r i,uLli•
cain · ne cl1ange111 jamnb •
Bt!la~ ! l'illusion s•~,·nnouil à inoitiJ. Mlle
de Fernig ,·inl Pari., mais elle n r ;u- il
pa dans ses démarches. Elle écrit, le U Lh.ermidor ao YI:
les projels d'ëtaLli menl futur &amp;oil! eue.ore
une foi ren1cr. é ·. I.e Directoire, inùi\·iduellemcnl pol'lé pour nm , n'ose prendre uu u~l
puhhc 11ui noœ. fa e renlrer dan no· 1.11-011n,;1é •
~ous a1ons trop m. r&lt;[llé d.,ns les :mn,lc de J.1
1\évolut1on pour qu'il œe oivre soo de,·oir. La
pohtittu est ~eule écoutée dan. r moment et
1ous ..avei qllC dans tous l gomerocme.nl~. la
ju 1ice c. l:lil de\;int elle.

�111S T 0'1{1.ll
Le Dire Loire oOril au1 béroïn :s un ronce~~ion importante rlsns le. colonie ; clic
refu ercnL : 11 ~ou" avon. préféré. dil Tbfopbile, retourner en lloll:rnd&lt;&gt; el r attendre la
p3i générale, tlpoque que le Direrloire m Là
1 ju,lice qu'il nou rendra. , Mai leur·
failile re .ource étaient épui 1 • elle·
entreprireul un petit romm1:tce J 1.JiruL loteri , continuant à être proté" 'ic par le
ouverncroenL français l I our ruem Dl
hollandai-. n ne I confondait plu- (1 n c
la la e prrfide de émi.,.ré~. D'aillcur nou
ne ommes pa 'Dt celle fatale li-te. Nou ne
omme que compromi dan une faction
(la faction Dumouriez) dont on ,ail bien que
nou n':nou pa parta,,.é le pri11cipc . ,
Enfin, en 1 02, toute la fomille de Fernig
peul rentrer en France. Tbéophîlr, accompa"nte de on p·re el &lt;le .a plu j une œur,
\'ODl b:\Litcr Pari , 11 celle capitale de
icei-,
criL-elle, el que je hais du fond de l'ame. J'y
\ÏHai au:si retirée que i j'étai à Ver!!lle·.
Ion caractère répunne aux grandes (füsipalioo el, pour ma con olation. ma œur
imée "
loger dan, la rue de èvres, à
l'cxlr'•mité de la ,-me. »
Oa \'oil, par · ttuelque e1trail , que
'l'h 1ophil d • Fernig n'étaiL nullrmeol une
Yirago apnl gardé de 1 , ie des camp
un lan"a"e .oldatesque. « JJe ét11it, dit
Lamartine, mu icienne el poi!le comme Vittoria Colonna. Elle a lai é d poé ies empreinte. d'un mâle héroïsme, d'une . en·ibililé
féminine •t di••m• d'accompa!?ller son 110m
à l'immortalité. • ·1te mourut :m- aYoir lité
marié\', eu 1 'l , à Orunlle où eUe e trourail pr~ de . a œur Félicité.
Celle-ci, l'autre aid • &lt;le camp de Dumouri i, anit, racoute l' lltsto1re de, Giro11tl111 ,
• fait, ur le champ de hutai1l , la conquête de
on futur mari :
« Han une de renconlr 0 s enlre l'a~anl•rarde franç:u c el l'arrièr -garde autrichienne, un de jeune· amazones ferni 11 ,
0

· Fi:Jirit l, qni portail 1 : ordr de Dumouri z
à l.i tèle des t olonne~. l llt rnîr.ée por on
;,rd t!r, e troma ('Dîelopp{e anc une poi"née de bu .. ards l'rar:i;ai. par un dHad1ement de uhlan con rui . Dé,.anéc ar c peine
d(', ~lire qui l'cmeloppairol, elle tournait
bride OWl' un °roupe d bu .ard Jl(lUr
ri joindre la olonnc. 11uand , l'e aper~oit un
Jeune officier Je ,olontairC'~ Lel 0 e de . on
parti, rt·m-er:;é de cheml d'un coup de teu
cl se défen&lt;l:ml :nec ,on ~al,re rontre le.
uhlan qui chl•rcb:ii nl à l'acbe,a. llien qnc
CCL officier lui fl1l inconnu, à ft-t a. cl frlic,té '{lanr au .ccour du bb!P, lue, de
deux coup. de pi~tolcL, deux dr uhlan~, met
le autre en fuite, de.c nd de cb •,•al, rel',e
le mouranl, le con6c à t hu:,ard , le fait
partir J'accompagnl', le rH&lt;1mroand ellrmème à l'ambulance, cl re,icnl rejoindre son
f-néral. Ce jeune oflicirr belge . '.ipp l:iil Yo.ndt!rwalen. Lai. l:, apr~ · le déparl de J'arm{
françaiH•, d:10 le· hopila.ux de Uru,ellt., il
onblia .e Lile:; ur~ · : m:ii il n pomailjamai
oul,li ·r la ensuelle apparition qu'il axait
eue sur le champ de carn:ill'e: cc ,i~o e de
tcmme ous lt!s habit d'un compagno11
d'arme , e précipitant dan la mêlée pour
!':mach r à la morl rt peocbé • en uilc, il
l'ambulance, ur son lit angfont, oh édail
s:m •~ a .on sourmir; quand Dumonrirz
eul fui à l'étranrrer el 11ue l'armée eut perdu
la trace dC' deux femmes guerrit'.•re qu'il
:nait enlrainée dan e inforlun cl dan
son exil, Vandrrwalen quitta le .cr\'ice militaire et ,·ornnca, en lkm;icrn , à la r chcrch
dr ~ lihé~alrire. If parcourut longtemp &lt;'n
,ain le principale· vifüs du \ord, ans pou•
1•oir obtenir aucun rcnsei nem nl ur la

r1

1. Ili foire 9t'11éraft du r111i9rl, . par l'ornrrou,
l1ari5, l'l,m, Ill i.
~. fnc foi,, dou~ 1111 ruml,nt. ,•Il • l\'aÎI 11fü•nè ,1
l}umollriN un ~111 Ali mamt l'i lui di•ail: • Mon li ·.•
1wral. toilà 1111 pri(l(1111llcr. , l.t•llc rois de 1w1i1 • lillc
lil 1re~,-aillir 1'.\lt.·n nn I qui 110 ~o ,"011&gt;11lu point d •

l 'a!Tairc.

famille de F~rni". Il la JécouHil enfin, réfunire au fond do Danemark. a rcconnai .ance •e rhan"1'a en amnur Jl')Ur la jeune
fille qui a,ail r pri le baLit .• li'. /!rfttL•~. la
mode ûe de .on ~cxc. li l'épou.a el la ramena
dan .. a palrit!! 11
Ik~ d.ux aorre ,œur d~ fi:rnin, qu kur
à11c aYait empêch 1e d'êlrc .oldal comme
leur den ainée., l'une e marie à un fabricant de Lijoux. l'aulre tlpome le nL:néral
Gnillrmiuol.
Le pt•re Jes dcu héroïn s monrnt d'apoplexie en 1 l(L Leur frire, de,·cnu gén(,r, l
el comte de l'Empire, mourul •n I fi au
cours d'un ,·oyanc qu'il avai l cntr •pri. eu
:'grpte a l'âge de oitanle-quatorze an .
Ces dt'UX femm&lt;':- oldal é1aien1-dlr
jolie '? Eli _ étaienL charma.nit . Les l'rançai e émirrré1 ool r marq11~ u la figure
mode le, Ir mnin. pelll • hl:m1:hc., déliClll
de la charmante Tb 1ophilc el unl admiré 411e jamai on n'ait pu dire mi mol de
Jtlfa\'oraLle sur leur· mœur · 1 • »
La j!alerie de I ooiété d'agricull ur' de
\' ,tlencicnne po -~de . on porlrai l: à olé c t
placée une e~qui '"C qui repré ent • a le c.1pitaine de Fcrni • rcCQnnai~ ont • deux filles
cnrlil • • à n'Îr dan la eompa!!Die dti ln
"'nrdc nalionale 'luÏI commandait ». llan le
talill'au d' \ry rhelîl'r, rl'pr ent:mL la bataille de Jcmruape' (mu ée &lt;le \er_aillesl, on
,·oit Thkphihi de Fernig d.111 · on co.!ume
militaire. Il ne faut pa · oul,lirr, ('n l'!îel,
qu'elle .e tom rit de .. foire à celle ba1.c,illt-.
Chor ..eant le, grcnad1rrs l1on~roi • a l'CC un
ùêlllchement d • ch:i, ·rnr' à chrval, lit rrn,er a de &lt;lcux C"UP de pibLolcL d •ux . oldal. nn mis et lit de .,a main pri onni r le
cher de bataillon q11'elle conduhit d 1..::irmé
au gênfral Ferrand'. Le courJge do œll,•
jeune fille de . izc ans, rPprocbanl ou.
fu ·ard- leur làche co11d11ilr, fuL pour beaucoup dan la ,ictoire, il aida à arrêter la clérool , un moment mcnacanle.
EmLE 'ÈRE.

li • , wu!'Ol~rl. p,.•ut-i'trr,
.\1cc le lill

tl'l,nN

L e prince de Ligne

f. lill d'I•ra•l ét ienl dcu · juivl' fort
l,ellc que le prince de Ligne vopit a. sidûmenl, mai qu'il q11it1a_ brusquement 1111 jour
en leur ndrt&gt; :ml le billcL sui1·ant : « fou.;;
.\ l:i mort de l'empereur Joseph e termina ~,ei. ~I' Jarne , que j'ai loujour. 1té l'un
la carrière pnlitic1uc tlu priocc de Ligne: de- de vo admirai ur le! plu cmprl'· é ; ,·ou
puis. il ne fut plu· employé, ruai. il gard:1 n'a,·ez ni e11fanl5 ni chien~. ce qui m'a donné
tout de uile un gr rule iJée de ,·01re mérite;
avec ~n. ha.ulc position .ociale
lilre· el .e
di$lilé~. A \ï nne, loul le monde, peupl · •l mais me jambe tt'frucnl à rimpcr \'O
grand., J, aluait .:me plai ir. Derrière .ou c caliers. , dieu, ,ou' êlc décidément l •
c;irro. était monlé un Ture &lt;1u le prince dt:rnièrcs que j'aie atlorêc~ au (toi ièmc. D
On a rel'utilli du prince de Li,me une foule
Potemkin lui a\·ait donné à l'a aat d'l,.maël,
el qui par celte rai~on porlail le nom de la de mot~, dont un ••raud nombre ne lui apparYüle. Lorsque le Turc mourul, le mar11uis de Lienn nt pa., cl on a ouLliJ le plu pi,cuant ,
qui 11'é1nienl connu que d · intimes.
Donnay lni fü l'iSpilaphe 'UÎl'3.llte :
Lor que, dan la. n1volution de Pay. -Bas.
l\cpo e en p~1s, 1,,m lmaël.
le
in.urgé lui eorn ·èrenL une députation
lu ras rlcurè l"r ton m1itre;

pour lui 1Tri1· fo romtnanJ,·nienl &lt;le ('t' quïl ·
appelaient l'armœ 111tion:1le , le prince tle
Ligne le remercia :ll'e • efiu ion, et en le
cong-é&lt;liant dil au député' : cc \'euillrz,
lcs~i ur , Iran ·mellre à vo commettanls
,ru je -ui incapable de me ré"oller en
hiver. »
L'Empercur f'raoroi~ f.ù.ail creu.cr an
canal, mai l'eau manquait; on répanJit le
bruiL c1u·un homme · · était noy,r.
- « Flalteur ! )1 'éai,1 le prinre d • Li.,.ne.
Lor~q11e le duc Albert d•
-1'e chien,
après avoir perdu la Latairle de Jemrnape
cl fait une maladie ttra\'e, re,·inl li VirnnP, il
d•manda au princ d' Li·me comment il 1
trouvai 11 (1 ~I I fui • li n ci .. n Il r ' rèpJ irrua
celui-ci, je YOUS trou l'e l'air pa sahlemenl
défait. t
COMTE

O iV.\ROFF.

Doc:tel.ll' CABANÈS

...,.

Les artifices de la toilette
.7i.mon Barbe ( t ,•ol . in- 12). e trouî.C IJ la
Les Romain auachaienl un pri:t extrême à
manière de parfum r la poud~e de C~yp~
l'éclat et it la netteté de la che,elare, c~ la
commil 11 ontpellier • Celle qu oo faLnqu~tl
c!"
ouiller par de la cendre ou. de la pous .1 re i, ~ontpelli r pa .ail, eu elTcl pour la merln conte qnc de reli.,ieu c , rcmplaçao~, était, pour eux le grand 1 •ne d ' deuil el leurc.
.
ornme la manife talion du plu profonJ dtun jour, ur leur tète , le cendre de~. p ·Au 1,"' el au
siècle, cc parfum était
opposer qu'ù n'auraient
nilence par de l· poudre blanche cl · ~ta.~l scspoir. 11 est
à fa mode .
pa.
emplo~·é
la
11oudre
dan uo bul de co- lr • ous
1
wonlrécs de la orle en puLlic , turent am 1,
llenri IY, la mode de la poudre 'lai 1
qut&gt;lterie 1 •
•
et comme : leur in u le. initiatrice d'un
J,ljà
i
répandue 11uc les femm de bas e
\'ou Yoilà, ,an Joui , peu ren c1nné sur
condiLion n'osant montrer leurs che" u dan
mode nou\clle '·
l'bi Loir, de la poudre à poudrer chez l_c
D'autre , toolraricur· de ll1 endt~, nou
l ur élal ~aturel, , le saupoudraient de )l ul'Oudraien~ persuader qu'originaire d'Italie, ancien cl ct•la faute de dorument préci . dre de boi pourri, 'l"'on trouve parm le
la poudre fut apportée en Franœ par un_e lleureu: mcnl nous ommcs mieux informés vieux ba timent . li
Lroupe de comJdien , el qu'au ne 'en erv:11l pour J •poques plu: rappro bée de la notre.
On cite encore d . filles de village 11ui, depa chez nons avant l'a1rncmeot d'Henri IV.
vançant leur iècle,
poudrai nt de farine,
A I&lt;' eotendrt&gt;, 110 a'ieux n'auraient connu
mai an entrain r la ville à leur e1cmple.
A la Cour de France, 13 poudre l'ail on
ni l' xi. lence ni l'u ngc de la poudre à pouC'e L sou le mècnc r gne qu'on a comapparition
ou le r~!!lle de barlcs VIII'; au
drer.
mencé 11 r~pandre ur les ch veu une poudre
P:1 plus le· Pères de l'Égli ~ l!Ue le r~- moin alon -nous lieu de le upro.er, rar cc parfumée qu'on appel:lit 9ri,~crie.
.
man ·icr-, qui onl parlé, ceu -c, a -e~ admi- roi avait déj:i un p~rîumeur eu Litre. . .
La poudre, en ce temp -là, n'é1;11t . ra.
u tcmp de ·rançoi \·•, on connaua1l la
ration, de la parure, ceux-là avec col •re, de
mise à ec sur le cheveux : on la fa1 31 l
la coriucllrrie de ft•mme., n'auraient fail poudr J • , iolelle et ln poudre de Chypr~, el tC!Dir au moJen d'un mélange· on imagine
pour le ~oins de l~ toi) lie, on ? 'èrrnrl &lt;le comLien de la,,ages il tallait pour rcmellr~ au
mention de la poudre.
a.100 mu.cal cl d un poudre dite d' fieu/'
Enfin. aprème argumenl, on n'en "' rrail
de
/'et•e, 11ui a,;ail !J réputnlion de raf1aichir net c têle3 empoi é .
point tra ·e dan le , ieux portrait , hie~ que
c!"
le peintre d'alor· r pr · enta eot IOllJOUr le teint.
Henri Ill fol proooulcm nl le pr1~mier à .e
le fomm • Lo:llcs qu'cll étaient roilfë,. 1 •
l.oui X(Il ne porta.il pa · &lt;li! poudr •, m:ilou Hir l.: · che1·eu. de poudre de üolctte
Outre que Cl' dernier argum ut n' •,l pa
gré
ou peut-èlrc à cause de chmruJ Lianes
· Cl le mi.,.r.ond'imiter au itût
p,:remploire, lei a· ·ertiun l]Ui prc:rèdcul oul 111 u,'lltéc
1·
0
•
4
11'il rnl de l,nnne heure.
l •ur maim•. • l'n Ynll'I, :ipnl en .es m3in
coulreJitc p:tr J'hi ·loir 1 •
_
l'Jpo4ue dl! Richelieu. le· gentil hom~cs
11 eH au moins uo Père de n.: ..li • qui a une boi ·Le plt?ine de poudre . emLlable ~ elle a,·aienl de portion de perruqu , ou corn. ,
fu.lminé contre la poudr . T •rtullien 'csl de C' 1iprc, aYec une "r sse houppe ~e . O)' , 1p1i c li :lient dan le clte_v ux ~our prolaquelle il plonge:til dan' celle bo1 'te en
élevé a,·ec '"ebém nœ conlre Jt,,. chreti one
duire J ,, d1ules plu fourme , et il fut un
.au poudrait la têle Jo patient 1 • Il
i1ui ne craigoaienl pas de se char_ cr de per}e
l.a powfre tle Clry111·e ét~l un y1rfum_ l'orL moment ùÙ on ~ mit à poudrrr ces bu
el de liijou de se mettre du notr pour faire
l'Ue\"U' avec d la fine fleur de farine; mai
paraitre 1 · l'C'Ul plu grand , d' ·e poudrer rechrrcbé. Elle se compo ail, ui1-anl l\t, hr- 1 pourpoinls el le m,mleaux 'en trouvèles cliet•eu.c tle sn{ran, afin dé r - mlikr let, de racine dïri , de civelle cl de mus • renL i mal; il plut tant de Lr l\rds contre
La recette exacte de cette poudre nou. e L,
au 611 des G:iul et de la ,ermanie.
au
urplu·. donnét! par le par(11meur F,·a,1- le meu11iers el le enfm·ine', que ln mode
C'e t un faiL bien connu 11ue l dame ro&lt;'0is, qui enseigne toutes les .wm~ière · de. ne tint pa . Plu lard on devait. e ~ontrerplu
maine5 se poudraieol I cheveux. On cite,
préc.1uliooncu, : quand on e remit à poudrer
l' ppui, les reproches que leur adrc sait Caton tirer cle odeurs de /le1m el a faire toute· Il' perruques, pour que l'~hi~ n'en fùl pa
dfl e rendre la Lèle rutilante « à l'aide d'un sorte· de Par{ums.
ali, on p&lt; u.dra également I habit.
Dans ce curieu traité, publié en 169::i par
mélanrre puhérulent. »
La poudre à poud rer.

"e

11

...,.

1

c·

1.
L I d1roni,J1teur L'E toile qui • rapporli le
rail dans son curie~ j?ur!1al. Un y • r■ it M!~,· ol
allusion, mai:, ~n JIIDILS citer le lexie que •01c1 :
• I.e mcrucdi Il de ce moi
li.écembrc t~Oj),
Cvmrnolct pr ha le religieu es que le gentil lio!DDI s proumcuoi ul par d 0111 h:s br tuu le
jnuN à l'ar~. Como&gt;P i 11 ,érilé ~n ne •o. ail aut~e
cho. a Paru cl partout que ~nhl,bommcs cl rehgierucs 1CCOOplé•, qui e r,,_ icnL. l'1m11~ . cl se
li, h&lt;lil!llt le mor,-nu, portant leJ dtl rcl1gtcll§C.S,
sou:i Le ,·oile qui ulemenl Ica rfülinguoit, n•i ha•
l1ils d f•~ n clo ctJutlÏJaones, cdanl far,lée , mus-

qué et ponldrh·•• au. i vilaine et dêbordc
n
parolr wmme en tout le r • l •. •
'!,t'1:L11.tt:TD C
R · ,l'.a1ueriraâ1111 cw·i.-ur,t.11.
:;_ B •ai 11ir I.e
L. li. l'aris, 111:!-i.
i. 1,11· 1orien Jiisi-phe npporte que lor&lt;T111e le mi
Lomon rlail eu grande Ct'r · mome, iJ était 1UXOml'&amp;gné de •(Ulln cCJII. jeunes g Il de ramil_l _s ooli_lc.'
ilont les cheveu,:, semc- de pouJni 1hr, clrncelllelll
au olcil.

,,,,.J~,.

j_ Toilrlle d',mc Romm'11r a11 /t'mp, d'A11g11 le,
par le D• C. J ,~,~.
6. La pondre de ri:i êl11l J~ji rer:ommand~, ,dè lé
1,.. •ièd,•, par liu, li. Chauhac cl le laie rsl cite var
Porta, vers I ■ lin du H i'de, cumme d'ou 11 ~c
couranl. (Cf. fferut tlr~ Dctu-.1Io11drs, 15 mar 100•• )
li l!!ll A pré uult'r que le
uvera.iu f11.isaient usage
ile la pnuJrc dùs cette •poqut&gt;, car_ ~n lroll\,~ ,lans
l'lnt-e,lloirr ,le Chal'IN f, au ltv• ;1cele:

, \pc lioislc. d'or a ra,;ou de poiré pour me lr
110uldrc, au-de •us est ung pclil 1,. ?U Iruitelet.
a l'ne boi1le de cri lai ::aroyc d ugcol, dorcc d
grentléc, i 11'1lJS pin de lrD}S ly?fi~ cl lroys oiscaul,,
d,· u I • cou,erclc. • J11rr11tn1r~ de Uiarie.i 1,
13 O: c:i ,lans cl'lw ,le lhrguerili&gt; d'A.1.1lrid1c:
c rnc l,oîl ,l'ar ut 10111&lt;. blandw, gowlcr11nuée
a,.-l. 5a com rl eu llll1uelle, •C IDCI la p&lt;J~t,lre CO!·
aille qu Maclamr. preu,I i I J ru• de . , d111ue _,.uc)
l
upp;,l, • l111·Y11t. tl~ .'1111r911entr ,d ,l11tn(hr,
l5'H.
Dltll lel&gt; 1lo:u1 ca. 1•redtès, on peul ,c dcm~nder
..., 111 ,..

◄

110 ►

'il ne ,• 1:it pa3 plutol d'wae poudrt r · ·onforlaulc
que d poudre i pouilrer.
.
1. Drsrriptirm dt' r/,lc de• {Jumop~l'ix/1I , . .
. li. Huard a rele,·è, dan I J11te11ta1rc du pn'!c,:
rlr_ Cm1dr 1158 ) : , une pl'tite lioi•lc aie rrrr~, pleine
,I • pvulJr•• de Chippre. - /le111. qualre pchl. "'
,111 Ierre •n lroi, dcsquel il )' a de la puulrlrc ,le
thippre. èlc. •
. .
t))
llan I fove11lt&lt;Îrr de Catherine d Jléd,cr&amp; 1 •
li~rcnl : • deu pèlih: rtse' d • ,·rrre peint, de llonlpcllier, • \tPls il y • de la ~uldtc.,
• .
ll f:tUl croi~ qu'au XVII' ,!ilècle ecttc poudre, wt!
i uut~c, 1n1l CC-- de plaire; car, dan une toméd1e
J: Upnc·ur1, l'Eté du rnq11rll1'A 1,1600, nnu: voyons
un abbé giilant t'hn i: p,rce qu'il ~ur 1111 de c,•
1,arf11111 (t:f. J)idi11niwire de f.~me11hle11m,1, par

11. Ibn u, t. l,

r•

OJ.

,

•

,

1

,\nJ:"éliquc s'adre , en ces t_ermc , ~ 1aboo P&lt;1u;,rc
- c Elui,..nu-,ou tle m,11, mOllil ur, \'OUS an•z
11 ~ odeur,. · El le fi lil alibê de r \pomlre : - • Co
n'csl que rJ • la p&lt;1u1ln· de Ch31,re, ma,lame- •

�111ST0]{1.lf - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Il e t plu ieurs fois question de la poudre
dans I.e ~fémoires du 1"1.\!!lle de Louis XIII.
Toutcfoi la mode ne priL quel1rue consHance
que sou lti règne d'.A.nne d'. uLriche. Parmi
ceux qui la lancèrenl oo cile . nrtoul le marqui. de Jauzey, un des nombreux amis de 1 inon.
Le journal de DubuissonAubernay aou · le montre-, se
pré entant au Pabi -Roial,
le 26 décembre 16,Ul, a peign t, potulré el ,·êln ~ l'avan-

tage. u
ne Lampe, san date, qui
parait e rapporter aux environ de 16~0, d'après le co Lume des personn:ige , esl
comme l'illustralion d'une
mode donL on .se moquai!, mai
qui a,,:iiL cours tout de même:
nu milieu d'une foule de peuple qui les raille, dP.ux courLians, a i el en elopp • de
pei noir , ~ont « accommodé
à la farine &amp;, l'un par Jodelel
(qui jouait le rôle de notre
Pierrol moderne), l'autre par
un meunier 1 •
Louis XI ne favorisa guère
cet en ouement : tout ce qui
lui rappelait qu'il prenait de
l'âge lui était odieux et le frima. artificiel ressemblait trop
à l'image de la ,,ieilless pour
qu'il comenlit à 'en parer.
A peine l'n supporta-t-il uo
léger nuage, ur la fin de a
vie.
« Le plu grand des mon:irquc qui aientjamai élé .sude
trône, li ons..:nous dans an livre
contemporain du Grand noi,
s'est plu à voir ou1•ent le
ieur Martial (un parlumeur
connu de ce temp ) composer
dao on cabinet le odeur qu'il portait sur
a acrée personne. ~
A celte même époque la maréchale d'Aumool e diverli ait à faire elle-même o poudre à poudrer ! d'où le nom de poudl't à la
maréchale, qui lui L resté.
Uo œil de poudre blonde relevait parfoi
le perruques des jeunes courtisans el, comme
le dil carron,
llainl poudru 4lllÎ n'a I

d'argctll

se donnait de airs de cour el de conquètc,
L L"!!stampe porte poUI' litre :
l:,11f11rin.1,.

Pins b . sur
di:1.4.t:henl ·

llllC

u:I.Jlderole, c

Ce

Copi/aine der

lroi,, quatrain·

,0~&amp;1.tT

Je ,-Qlls rt!ndni si blanc que tou le.s Pourtisan~,
Voy al ur ,·otre 1:h,·I' l:llll rfo (arÎ.lli: épunc,

Au li!!U de l'Gll&gt; IIOllllll r la lleur de courtisans,
Vous prenJro1Jt comme moi pour nlel de J. luce.
UI llll.c;,&lt;!Dl

\'oos en ■unlz, muguet, el Je la plu suhtilc.
l.cs enfouis, mu voyaul, riront comme ,les fou~.

se

onr la poudre était. portée surtout par les pe- des personnes de condition; œ n"était ~ncnl'l:
liLs-maiLre à hon11e fortune.
qu'un usage accidentel et de caprice. C'es1
La. [ureur de dé•ruiser la couleur de s seulement sou le règne u.ivanl qu'il devinl
cherelll introduisit par degré cet 1uae, et général.
, ers la fin du rème de Loui XJ \", le duc ~c
n On y avait longtemp· l'l!pogné comme à
l"émétiquc di_t le sexagénai1·e
Arnaud dans se
oui•enfrs:
on ayail repous é r.rlle invention frivole avec autant d'opiuiâlrelé que si c'eùl été une
déeou,·erle utile.» Et ilajoule:
11 Quoique Loni XIV ne l',aiL
pa adoptée dan · a vieille. e,
j' gagerais que l'adoption de
Ct!ltc mode qui blanchi saiL
tonte I lèt, fut 1avofrée
par plu d'un ci-dcvanl jeune
homme'. » Cela es Lpos ·ihle (Il
cependanl le uccè n'en Iut
a uré que mus la Rég,ence,
par l'exemple Ju jeune 1.&lt;'ron. :i qui donnait alor le Lon ;,
La chronique rapporte l{Ue
le duc de Fronsac, le f ulur
maréchal Je nicbeli~u, tout
jeune encore, et déjà le point
de mire dt! Loule le beautés
de la cour, parut à l'Opéra
clan · un co Lume de pin l'il'ganl , el le" chc,·eu, entièrement poudr' • Ccla uriil pour
remellre la poudre à. la mode.
n Lrailé de civilité da xvme
:iècle' pre cril de ne jamais
(1 orlir du logis qn'aprèsa,·oir
peigné el arrange proprement
e chereux. OuJ' peul mettre
de la pommade et de la poudre
en Ire· pttite quantité. »
Le 21 eplembre LHO, un
arrèL du Parlement de Paridéi1mdil aux amidonniers de
fabriquer de l'amidon, tant
LA TOILE.T'IE D'r:N CLERC DE PROCUREUR.
était grande Ja di elle de céD'.JfY~S l'eslamft .te ARLE. \"i,JUŒT.
réales.
Comme fa po11cfre â J)Otlcfrer e faisait avec de 'amillourgogne, l'au Lère élère de Fénelon e don, elle oe mlait a,·anL l'augmentation du
mettait de la poudre.
prix du blé el de la farine, que 5 sous la
li ne; elle augment.a alors j u qu'à
sous ;
lme de 1\•igné, décrivant I de visu, nou
fail a i Ler à l'amu anL pectacle de la toi- mai aussitôt que l'arrê-L qui faisait déf11nsc
lette de la du be se de Bourbon. li lie se de fabriquer de l'amidon eut été publié, en
rrise et se poudre elle-même, écrit-elle à sn deux jour:1 de lc.mp la poudre monta à ~4
fille, elle man"c en même temps ; les mesmes sous la füre.
doirrl, tiennent allernalilement la houppe &lt;!t
Cc fut pre que une révolution dan le
le pain au pot; elle mange sa poudre el grai· e monde des marqui es et de petits-maitres.
~e cheveux; le loul en cm.Lie fait un fort bon
déjeuner el une ch rmanle coëffure .... »
Jusqu'alors la poudre élail re tée l'apanage
Le femme n'a\'ai.ent pas - le croiraiton 1 - adopté la mode de e poudrer avec
El je mi; OS•llf.:; que, par loul.u la ville,
aulanl d'entJ10usia me que les hommes.
Chacun nous !tisse.ra pour eollfir après \'Qu-:;.
La première Lêle poudrée qui apparait don
n.A1TTtl 1&gt;, 5 n;ncs
l'hl ·toire e t celle de Mlle Cécile de Llsori ,
Que 111 ser11s bluté, be.au mira.de d'~mour !
Polll' mhellir ta hur., il faul lant de f1111ne
en 1704.
Qn"■vec juste rnt!IOD l'on doîl crnurdre qtL'un jonr
Ce ·ne fut que beaucoup plus lard que la
_ Î J fèle dan Paris ne cau..e la fmninc.
mode s'en répand.il. Lady Monlague, vi.sitanl
2. Lt!ttrea, L. 11. p. 375.
3 Caiuerit1 ,1'1111 curieur, par F t.lllLLllr na Co~- la France \'ers la fin du xvmc siècle, écrit de
uu:s, l. Il.
4. Règlu dt la Me111f.011u el 1/e ltt civiliU cl1ri- rem.me dµ gr~d monde, que &lt;t leurs çhe.veu.x rc semblenl à. dt! la laine blanche, cl
/ ie1111t:, (Ill' n~ LA .ALU..
0

...,

Les
a1·el\ lenr vi a·,e couJcur de feu, elllJ!; n'ont
pas mème figur• lmruainc , ou les prendrait
pour de~ mouton ééan:L: . »
L'nrmœ fut a ervie à l, mode de la poudr", lnuL comme le:. femme du monde: nos
oI6cicr' cl même no ,aidai portaient la
per rnqu poudrée.
lln poudrail l s ·he\'eux de oldat (1 a la
colle ou à l'eau. 11 L'annlao-e de cc ml'thoJ~ . dLenl les aul ur d'in lructîon conecrnau I le· 1roopc , e. l a qu'un régimenl,
faisant Je. e erci e pt'miLles par un Len1p:
chaud, 1 moins tlélaLré d:1n!- .::i fri. urè que
'il élttit pou&lt;lr 1 tout uniment'· »
Le:. dra~ons devaient a,oir da11S leur bci;ace un ~ac
poudre. une houppe et dl's
peign , an compter l fer à fri er.
Le mini lre d1~ la guerre MonleynarJ eut
Leau défendre I' usag • de la cofü•, comme
t.langcreux pour la. aulé et à incompatible
nec l"allenlion que le ~olùat doit a\'OÎr de e
peigner ». il ne réu it p:u plu que le mar11n.i de Boutller en portanl
clreveu
courts, et le comte de aint-Germain, en dérrût..rnt la uppre ion &lt;le la perruque poudrée,
fair• di paraitrl' la manie du pou-

dra,.,e.

-n,

'ou Loni
le bonlil1uc , où le plus
grand nom.bru allaient e faire poudr , r semblaient à l'intérieur des moulin
et
comme le indu Lnels qui distribuaient i
génfoiusemenl la farine l, leur pralique en
pren:i.ient leur bonne part pour eu -mêmes,
ils ju ti1ièrent le nom de merlans qw leur
fut doonP par le peuple. lJan l'ei:ercice de
leur fonction, ils re~ emblaient elfectiremenl
à de merlan- qu'on va mettre à 1.a pœle•.
Des Yilles, Ja poudre pas a dans les vilbne. ,_ ln poète s'en plaint amèrement dans
une t!rrlogue qui fol mentionntie honorablement par L\cadémif' française :
lie II jou un éta~•. on pl~ es hc,·eu ,
l11r lu ciel d,· linl'l i de. m,•illeur5 11 " ;
l 11~ pous.,ière 11lil.e affailil 1 ,•isag-s:
Cumme de oos hr ins I va11ité
rit!
La f1r111c vou pou•I re cl le. son vou,. nourrit.

A la veille de la Révolution, on faisnit une
consommation prodi 11 ieu e de po~drc et de
farine pour la toiJelle. A\'ee la poudre cmploiée dans un jour, on eûl, dit un écrivain
de !\:poque cc nourri dix. mille iofortunü,, »
Il n'eût pa ~lé bien porté, pour une jeuJle
fille, de paraiLre dan le monde san poudr,•.
A. cet effet, elle mettait le ~OU' un bonneL de
lall'et1.s blanc, qui pro té eait el conservait la
poudre des cheveux. Quand celle-&lt;:i êta.il tombée, le coilleur rccommençail l'naammodage;
la 1Uette tenait ur son visage un g.rand cornet de carlon pour n' tre pas aveuolée, et
l'opérateur. Frion. llagé Lars neur 011 l,cgro , saupoudrait la tête d'un nuage blanc
dont il t11ail bieotùL tout couverl lui-même.
u Que Je femmes, écrit 'éba tien I r-

besoin~. »

n.
. ervait, en i;é.néral, de &lt;1 farine de
froment bien s.i sée » mais on ophi ti11uait
Mj la poudre a1·ec de l'amidon, de la craie
ou du sulrale de chaux.
,1 'ur la fin du bi~clc pa.s"é, - c'est du
n11' si~cle dont entend parler )lercier, - il
n' avait qne les comédiens qui s'en serraient
110ur parailre sur le théalre. Il avaienl soin
de se peigner et de c dépoudrer 11uand le
pectade était ôni. Actuelhlmenl Ioule le
tête ont poudri!e ; on pommade déjà celle
des che,·au ; leur loil lie e ·l aussi longue
&lt;1ue œlle d'une peûle-maître se; l je ne
~erais pas étonné d' l s voir hientùl poudré :
on propo~e bien de- prix, on fait de lielle.
décom-erl , mais on ne 'est p:i encor occupé de moien de faire de la poudre pollr
l s chevelU an y employer de farine. 11

.....
Peu a.ant la RJ,·olution, les hommes porLnient leur che,·enx tressés, houcl · , mis eo
queue ou nall 1 i1 la f&gt;an11rge, el orchargés
de poudre et de pommade.
C'était, du reste, 11 qui .e poudrera.il le
plu : le moindre clerc de proCllreur, le dom tique , le cuisiniers, les marmitons étag aient leur· h ude. , dre.:,saienl en pyramide
leur toupet poudré, œ qui fai ail dire i1 un
:mteur du temps. approuvant pleinement la
nouvelle mode : « r:usa.gc de la poudre dan
la cbm·elur t.i ni aulant la bic-nséancc qu'à

17

,,,wr

L \, /,a ri~ mil,lttirr
l"1111cm, rt'rJiml', p~r
A. llinu.11, 1. ,. p. ttl~ el ~V-~- le J&gt;ur{rmwur (rn111:qù1, (Am Ier 1am, s. ,l.,
m~s ~aru ,ellt l

tl.J

.

,,. '. La.::"' rio_-afe da11• COf!Cltm,, F, ri.nrt, par
\ . lhnr.ur, - êd1l1on, 11, 31-R (111\enlure J un mn-

dum,I).
.., J IJ w-

CÏ"r. l'inimilalile peintre di mœus parijennes, coru.ommenl à colorer J'édifice de
lenr~ chewo,, .\ brill:lnter leur Leinl, a donner .à leur, mains lout l'éclat de la. blanch"nr,
con ommcnt, dis-je, à. orner leur corps um.1
mati \re propre 11 le· nourrir, c•e,t une de
ces erreur- do Ja1e &lt;1u·on né peul guère détruire, parce que le luxe lui-même, hélas,
est de,enu i puLsanl ,1uïl e t presque un

~- 1:0l1sl'rn1/1m,- ,Je

t•n, i1r

I\'. - l:ltllTOka. - F:toc. ,-.

ri

J,1 "'!/''1J11,,-

1111

Roirr.

A t&gt;Ol'llR:E llE TOII.F:TIE.

n;

IVOIRE

lH'm• 1œu:).
la co.m.modit~, el il a élé reaardé comme de
Mb11.u1rt • hisloriq"e' et poiiliq11r, , !)llr '""''"·
5. Cab~11et det Jodt,, .Pj,Lemhre 1'19:l.
Il. Plusururs ,;ecllom fie proposent de fnire une Jlt'IÎlioo o. la Con• 11Liou oaliooal.i, uot3mm.c11l ~Ile de I•
~ nlagoe, Len laril il obwnir ,.l'elle:
Jl•Qut lespli1imende I'aris o,. JJUÏ "4!111 plus raire
de piteau oil il empb,ienL he111,~•u11 tlo heurre ~l
.l"u•urs tanl qui' ,lurerA l:i n:ret';

Jl'1?,T1F1 ES DE LJl T011ETTE ----.

p1•e1111itre 111:ct' .. itf chez ton

les peupl polie.: . i&gt;
En li!)-:'!, peu ou poinl de poudre, tel e l
le mot d'ordre. a La will'ure la plu Fraiche
el Je meilleur goùl, imenl.ée par de · femme
d':ibord el qui vient d'être adoptée par nos
joli · homme , e l formée par de boucles
111a1·r011 ,iife • toutes érrale ; poiul tic poudr,,
sur le che\'C'll l ". »
'était un symptrjme.
:Bientôt UJ1 c.ri de r~prohation 'el.ève crmtrt'
la poudre. N'c l-il pas ab.or1le, odieux m~me,
qu 'u1w partie de l'alimenlalion du peuple
aille se p rdrc sur l:i lèle des hommes et de
femmes, sans profil pour la beauté et au préjudice d~ la propreté?
Le district de aint-Eu tache renonce en
ma. e à ce olhique usage. Bris ot, le publici te populaire, non seuJemenl cci; e de o
faire poudrer, mais cucore abat ses che~·eox.
pour res eml)lcr aux ancienne Lêtés ronde
de la f\6rolution d'Angleterre.
De jeW1e gen d'opinion avancée commencent à · parer de leur chevelure. ~an r
rien inellre pour en modifier la couleur·
d'autres e conlentenl de la pn111lr111·e à (rima&gt;', quj ne dépo e ur la Lête qu'une couche de Liane transparente.
Les parti~an de l'ancien ré.,.ime tiennent
pour la perruque à calo an poudrée; c'esl
leur si 0 ne distinctif.
Cependant il en e t 11ui, an;; avoir das
opinion alâcbcles, la portent en souvenir de
la tradition : Lcls le gardes nationaux, lout
fier de r emblcr aux soldats Je l'ancienne
armée.
Parmi les révolutionnaires &lt;ln marque, il
n'r a u&lt;'ire que f\obe.spierre qui ne craint
pas de e montrer à ses coUègues fraichement poudré, en cravate blanche, frac et eulou.e de la dernière coupe.
Qui e douterait qu'après la ·bute du dictateur il y eut encore nombre de coa ommalenrs de poudr~? n rapporl de police de
l 711i G l des plu. concluant à cel 'uard.
A dater de ce moment, la poudré dispar.iit
1t peu près complètemeol.
On la -oit reparaitre un moment pendanl
l'expédiLion d'Égypte, au cour de laquelle
le Yéléran se mirent à reporter la queue
et les cadcnelle , comme sou le rèroe de
o
Lom. . "f, l'egèrement poudrées.
~onaparte pendant la campaime &lt;l'Italie,
av:nt eu la qneue l les cadenette accommodée d'un œil de poudre, mnis il en avait
fait bientôt le sacrifice et s'était fait gloire,
seul de tous les généraux, d'avpir le cr.îae
tondu.
Ce trait de physionomie, qui Je di Linguait
cot~e ton' A compagnons d'armes, marquait on désir de n'être plus qu'un soldat à
la retraite, oucielll désormais de con.."tlcrer
es loisirs à l'étude des science .
2 Lt'S parf~meuNa ~mploif'ql hi!1114'nu11 Il~ pommei
de lem! pour fa!rc de la poudre i poudrer, il seroil lrès
• propo · de f1ure ce . er ce com1neroo · il eroit hou
1Jut le Comitu de salut rruliliquc (rie s'~ccupe ile rc,
obJets, _el Lie pr 1verur le! d ,irs de tous les citoyens
■ Cl! SUJeL !I Cil 'tl. •rueiati011 Je
jtlor ,fo la. dé,
cade 1•AA-.!11.111c. • llatrB" , l'11ri1 fll 1j{l.{ ,d 17!!5

~o.

Plun,

ètlÎ!i!U1·).

•

�fflST0~1.Jl

--------=-------------------

JI c t possible au si que l'idée d'une res.emhlance avec Titus ail éveillé dan l'âme
de Bonaparte de pre~senlimenls flatteur
pour son ambition. Ponr tp1j connaîl son
e. prit upcr. litieu.x 1, l'h)POLh e n'a rien
d'im•raLem1,lahle.

+
A l'heure acluellc, après des ·clip e· pa arrères la poudre a repris Lou! on empire.
Les lati Lici('n ont renoncé à énl □&lt;'r la
quaalilé qui 'en coa.omme : c'e l par quintau , c'esl par totme qu'il faudrait compter.
Dien qu'on appelle communément la poudre
à poudrer, 11ourfre dr. riz, c'e L encore le riz
qui entre pour ln plu · îailile part, quand elle
rn conLienl, dan · a campo itjon.
Ce poudre. ont gén raie.ment pour ha e
de fécul exll'llite du froment, des p-0mme
111' lerr , de différentes amandes, mêlées en
pl'oportion plus ou moins graa_de a \lt'C du
Laie en poudre ou stéalltè (pierre de sa on)
de la ma1,mé ie (. ilica le de magnésie) de 1a
craie de Briançon, de l'o,yde de bi muth, de
1'011d de zin('., etc. 1 •
On ub tilue auvent la pondre d'amidon
il la fécule de riz : la fleur d'amidon a, en
effet, un brillant plu prononcé et plus vi[
que la poudre de riz. Elle donne à di tance
certain re~cts azurés, fort agréables à l'œil
que ne produit pas la poudre de riz; enlin
cite adhère mieux à la peau.
On ajoute parfois du ous-nilrate de hi muth et de l'oiyde de zinr. à l'amidon· ces
deux o.neol métalliqu pré enlenl l'avantage
1.
arré

cr.
~11;1:

dnn noire Cabinet ur,·tl, fo chapitre conupt'rMif /0111 dt .Yllpnlt'o11.

d'être Ir~. blwcs, opaque et n. tTingenl.s.
n parfume le mélange avec de la poudre
d'irL, qui a une senteur lr~ fino et très
délicate, rappelant celle de la -rioleue. mais
nllénnée.
L hi. math a le gra.Ye incon'iénient de
communiquer à la peau une teinte noire,
pour peu qu'il , ail dans l"almo~phère ambiante d émana.lions ~ulfnreu,e.. C'e t
pourquoi on doit e 0 -ardcr d'aller prendre
un bain sulfureux. le visane com·crt d'une
poudre donl on ignor ln composition.

+
il rail souhaitable que chacun préparal
lui-même sn pondre· on évi1er:1it au moins
de la sorte qu'dle i-oit adult~rée el le ca
esl loin d'être rare.
Comhicn de poudres qui contiennent de la
céru.e. la4uelle donne beaucoup de hrillmt,
mai. po e au salurni me; de l'alhûtre, ingrédient inoffen if pcul~tre, mai beaucoup
plu · p ant que la farine de riz 011 d'amidon,
ce qw onstilue une tromperie Ill' la qualité
et la quantité tout à la foi l
a ,hoir un teint d'alliâlre o n'e t pa ' ,
comme on le mit, une expression pure.ment
métaphorique.
L'alMtre a le défaot d'être imperméable,
Landi que la poudre d'amidon ou de riz e t
une sub tance éminemment poreuse et, par
suite, absorbe l'humidité de la peaa.
Une poudre à ba e végétale est, au dire de
notre conCrhe tonin, fort expert en la maLi~re, précieuse pour prot.éger Ja peau contre
les températures extrêmes et conlre le varia'.!. 1'11 •i:, llialoi,-,. dt, parf11mi.

lion bru que. da thermomètre, tr ut.il•
pour calmer le 11\,n-èr irritation et refoul •r
le efOor scence du tégument eileme; indispen able dan le arnnde réunions nocturn '
(soirées, bàls, t.b 'àtre ) , où le ~a e, la
gorge et le épaule de invités sonl plongés
chas une atmosphère ardente el viciée éminemment .oui ible au teint.
n ne devrait cmploy r mêm I poudre
d'iris qu'en minimes proportion$, cnr ellr r 1
lrè irritante pour la peau.
Les poudres de tiuée, au ,,i agi· ne doiveot
pa , tl'a.illeurs, i1re trop parfum~e) , inon,
ell eau ent de maux de tête et d . accidents nermu, surlont quand elle onl nddîtionnPt?S d'une de ces e enœ artificielle
qui, rtvec I progrès de la chimi , tendent à
se sub 1itoc1· de jour en jour aux produit
tir · de fleurs naturelles.
Â ·ez soin, Je dames, d'étendre ln poudre
de riz sur le visa"e a,•ec une patte de lihr •
pr.;parée el emmanchée à cet elîeL
On recommandait autrefoi de e enir
de la patte d'une ha.e (femelle du lièue) et
plus pécialemenl de la patte de de,·:mt; c'est
une tradition qui remonte loin, pui que Pline
a urait déjà que la chair de lihre embellil
lllS femmes.
•'e croyait-on pa , du re te, au temp jadi ,
que •i une Iemroe ab or bail, à certains jours,
neuf... crotte de lièvres, sa gorge con erverait loujonr la même fermeté 7
Le remède ,·ous emble quelque peu r~punant, et pourtant quel rnaJ'Lyrè ne con entiraieol à ubir beaucoup de coqnell d oolr
conoaissance, pour paraître ou pour rester
b li !. ..
DocTEUR

Un rendez-1Jous
La mai. oa de 31. de La Reyni 're conlinue
d'être l'auberge la plu di tin uée de aen.
de qualité.
31.le cbe\'alier de .... avait dé,iré d'y ètre
reçu i il engage quelquP.S femm de
amie.
à demander au maître de la maison la p rmü ion de lui ~l.re présenté. elui-ci commènœ par refuser fort èchemenl, c'est on
usage· on in iste, il 'ou tine. « Non. ze ne
veu pas, 1 zevalicr de .... fait des épi!!l'amm t des zan on ; z'en fai bien aussi,
mais elle ne ont pa pi11uant.e,s. Ze ne \'CUI

pas ....

~

Le lendemain il reçoit un billet de li. d
1' ... ,,,w lui demande un reudez-vous d'un

manière asse;: imple à Ta ,·érité, mai trop
pressante pour ne pas l'intri!!Uer beaucoup.
« urait-on eu l'iodi.crétion de lui rapp rter
ce que z'ai dit hier? » [l se con.olte tl\'ec es
ami . L"a!Taire esl délicate; on décide qu 'il
s.t impo sible de refu er le reodez-,,ou ;
mais, pour ras urer noire amphitryon, on
lui promet de ne pa l"abandonner dao nne
circonstance j emL3rra" ante. L'heure est
donnée, el ~I. de la Reynière a rrrand oio Clil
se faire- entourer de e meilleur amis. Il t
dan' J'atlcnlc la plu pénible, lorSC[UÏl voit
•ntrer dan ,a cour une chai e de po te a,ec
beaucoup de bru.il el de f raca ; c'e,L le chevalier qui en orl qui arrive dans le salon.
tout poudreux, en trac n-ris le beveux défait • un grand chapeau à la main, one énorme
brelle au cùté; cet pect n'était pa propre à
ra urer. fi 'approch d .~. de L..&lt;t lleyoi~re,
devenu plas pàle que la mort : « fou ieur,
f'al'àis demandé à ,·ou parler en particulier;

CABA Ë

je ne m'atleodai pa à trouver ici ce ru ieu rs; voulez-vous bien que nous pas ion
dan votre cabinet?... » L cruel moment!
on c.ède, et c'e t l'excè même du trouble
qui fait faire œ dernier effort de coura~e.
Entré dans le caLiuel les porte bien fermées, li. le chevalier de ... . tire ... a.n grand
papier de sa poche, et lm dit: 11 foosieur,
c'est le mémoire d'un homme pour qui je
m'intére se infiniment; il oUidte un emploi
au bure.au de postes; on ,orl dépend de
rous .. .. » l\a,·i d'en êrre quille à i bon
marché, Al. de La lleynière l'ti. sure que,
quelque faible que soit on crédit. il n
né ligera rien po1.II' faire réussir l' ailhl.re :
6 le · ze,':lux ont mi_, ze cour m'en occuper. »
.Aio i finit elle aclioD i chaude. e1 la
m illeure chanson n'e1il pa couru plu
promptement el la vilJe el la cour que cette
eruclk facéti .
URI \L\I.

L'Exode des Girondins
I\'
Je mè rele,·ai: à peine, r1u · J'autr s id6e
foi aient bouillonner mon .an ; je les écou.
taï ,•l!ntretenanl ensemhfo i;ur lrs mo1en.
Ile re an-ner leur grotte: e mn tête Lramillail
uu projet d Loule autre e~pèce. foi, me cacher ncorl' d vanl des étre au i vil ?
riompber d'eu ou mourir, plu de milieu!
Cependant nou 3che\:ion - le qn3rt de lieue
11u'il J amit à faire pour re"'a mu- la grande
roule. \rrh·é l~ je leur dis :
- Me amis, comment fcrez..,·ous pour re''a. Der ,otre ~ri te retraite ~vant I jour ? J
SUIS désespére de vou
la.1 er dan celte
peine, mai je n',, pu· rien, et qu,mt à moi
mon parti esl pri . Je 1·ous l'ai dit cent foi :
j • pen e qu'il y a de extrémité au delà desquelles on ne doit pa trainer la Yie. Cent foi
i •YO~ ai pré,enu que quand j'en crai à
ce poml. de dét.re e e:xlr~me où je croi. qu'un
brave homme p •ut finir, au lieu de me lirer
un coup de pi tolet. je me m lirai ur la
~ou~e d~ Pa~i .. lil.lc il parier contre un que
JC n arrrœrm pas, Je le ai ; mni mon de\'Oir e tdele tenter. Ce n' L qu';iio i qu'il
m'e l permi. de me don_ner la mo:rl · ma famille, de. am· de ,ingl ans, ont encore ur
~oi cet e~pire. Yous avez surtout quelle
lemme m attend! Il fonl rp.ie m ami sat·?e.nl 11u'a.bandonné du monde entier, j leur
ai don~é c _t.émoigu3,,e d'estime d oe pa
dés perer d eu\ el de lenlcr un dernier
effort pour m'aller reposer dan leur hra .
li :rnt_9ue _ma L()doi ka \'oie Lien •1u'en lomliant, J a,•a1 encore le , isa , tourné \e elle•
~1.u : i, au ton traire., à lr:i.rcr mille ha ard~:
J ~rrive,. G~-.ade~, dis à te t1che ami que
de orma1 JI! sm on ù.reté, parce qu 11 r te
•·ncore ur la terre quelque amj fidèle et
Llévooés.
U m retiennent. il me con. eillcnt il
me prient· je ne les l-:Coule .eule.menl ~ris.
A l.a b.11e, je me dépouille de tout ce qui
pourrail me t;êner dan ma lon!?1.le route.
Des Las, des mouchoir~. un bahit re Lent
~1r le c~e~in j j
rde nrn. r1.-dingote nallon3le: JC. Jett~ sur me c~e tu: une p tile
perruque pcoh1le, arec . om nardé e11 r'
sen--e, •I qui me dé.,ui e a·sei bien. Je pre ,e
Guad~t ~l, all~ sur mon cœur, j"ouvr&gt; mon
por le~e, .et Je parlaire &lt;1uelque a innats
avec c hn-&lt;:1, plu, ~:iu re qu~ moi; fembra e ~ncore une ,fo• me ~mtS. et je par·.
Jama1 Je ue m él:ns enll une résolution
plu forte, un courage plu e alté. A quel'fUCS _pa. cependant je ni'arrèle, je tourne la
t le. J Jl'llc un regard inquir-t . ur l gen

de hieo 'Ille je quitte. Eu au.si s'élaicnl r lourn :_ , eux au i me rcn-ardnient, et landi
qu je tremLJais pour ctu, il tr mhlaie.nl
pour moi. J11 les vois prèts lt 'rlancer pour
•~e retrnir encore; je leur Fais un dernier
.1gne de ]o main, je r prend mou chemin.
je m'éloigne; je plonfre • ur celle immense
route de Paris un r11gnrd d'espérance. mêlée
de quelque étonn •men 1.
. Je par ; vous aJJez jouir d'nn .pectacle
digne de quelque attention; 'Vous allc:r: contempler un homme, un homme u.l aux
pri
avec la Iorrune, el d vant un mond
d'eDnemi . Non, je me trompe, je n'étais pas
eul, fa haine des Lyran , le mépris des
e claves, le rnépri de la morl marchaient
awr moi ....
Mont-Pont, cbef-licu de di Lricl à. deux
lieue de là, était un pa sa,n-e dang~reu.x; la
prudence conseillait de le franchir avaot le
iour. Cepend:mt mes membres, toujour engourdi , refusaient d'aller \'ite. Bientôt l'l!l'ercice repo~ta dan toute les parties du corp
cc feu qm naguère n'enflammait que ma tête
el mon œur. Mon ann- réchauffé circula
ans oil. tacle: la transpiration e rétablit·
j'allai vite, j'allai longtemp , je ne senlai;
plu me fali!!Ue . Ile t probable qu'en nou
repou ant avec tant de barbarie, celle femme
vena.it de m'épari,ier une maladie. Le soleil
, e le,·ait, quand je ,is Mont-Pont. • e~ ha.hi.
tants, pour s"as urer que rien ne sortirait de
la ironde an, avoir clé bien examfo~
a,•aienl plar · une enlinefü• à l 'enlrée de 1~
\·il!c, d.e ce ~Lé-1:i. Je voyai bien le factiouna,re; 11 était appu,·é contre le mur, ou une
pè· d'auvent; ctlà, tout à.fait 1mruohile il
av~il l'air de me regarder ,·enir cl de al"e;a.
m10er allenLiYêmenl. Pour ne pa me rendre
u p Cl, je diminuai la ,•ite e de ma cour ·c
je m'a,;ançai avec précaution, tenant tou~
pr~l ~on rnéc~ant ~a. ~porl, que je comptai
lui pr •.en~er_d nn air detaché, e pérnnt qu'apr · arntr J •I; un coup d'œil, il me dirait:
PasJ;e ! II ne mediL pas un mol, car il dormait;
le houl de. o~ fu, il reposa.il ~Ur on estomac.
la cro e etan par terre et barrait mon chemin; je pa ai par-de ·u . Pour ne pas trou•
~Ier l'h_eur~u ommeil de cc jeune honmw,
1 ~utmu.a1 de marcher à pc-Lit pa , à ha •
bruit. ,\u boat de la rue, je repris Ill.a marche: alor il ·'évciDa, il dr,mandli :
- Qlli vive 1
, Il ~e cria de~n fo_i • Il l'aurait crié dii c1ue
1 enne ne Dl aurait pas pri de retourner
pour lui répondre.

Je vo!!l_.fr l'nous_er beaucoup p1't u~_ 1 ,·n • maŒ
·

.,. 114""

.,. 115 ...

à demi-lieue je enti , au em•irons d, la cltc-\'ille du pied gauche, une vive douleur qni
me aisit comme un coup de fooùre. Je
comptai que ce oe erait rien, je la l·oulu
urmonter; elle devint plu ,içe, et
lixa,
ùesceudant ju que ou la plonte du pi d.
'était apparemment le r te du dépi1I de la
lran piration arrêlée, une hum •ur inJlammatoire qui se jetait ur la poitrine, au moment
0!1 je perdi connni a.ace ~ la porte d cette
fomme, et que m detniers ITorl ,·enaient
de déterminer à _e porler aux l.'\.tré.milé .
Quoi qu'il en .oit, je ne fi pa ~ans peine
une autre demi-li ue. Ce fut d, u 11ne auberge de village que j'obtin une chambre,
un rand feu el un déjeuner dinatoire dont
j nvais grand besoin.
.l'y trouvai mème une écritoire et une
bonne plume qui ne m'étaient pa moin
nécessaire . Mon pas eport élnit de Henne .
Dans la Gironde, un ami de nolro rur' un
érrivain non moin officieux qu'Labile, y a,·aü
fait, d~ la mê~e main el pourLant de quat~e écritures d11Térentes quatre vi a dive.rs :
1 un du bureau des clas es de la marine d
Lorient, l'autre de ['un dê ses municipaux, le
troi iè.me de la marine de Uordtl.lux-, le dernier, du nouveau maire de cetlP ,ille. Tous
cerû.liaienl qu'ils avaient vu pœ se-r le citoyen
~arc_her (c'était mon nouveau nom), et que
J é1a1s un .bra...-o ~an -culotlè. Fort ien l Mais.
d;puis Bordea~x, il m fallait au.s i c1uelc1uc.
,., as. ,Je savat le nom du président du comité ~r U:''eil_lanee de l,ihou:rne; je me hasar~a• de ~ y aJouler de ma main, beaucoup
mom habile à e déguiser; j'y r~u si néanmoins p ablemenl, et je fis bien; à dix
!(eue de là, f étais arrèlé ans œlle précautwn.
Vous aurez que ce pa eporl, ainsi h:mlé
de ignatures, pouvait aller dan les vill.ioo
mai que pour le ,illes il ne ,•alail l'ien.
y ~oq~ail e?core a ez de boi;e pour que
!e c1to.dm, ~ en f~ sent pas Loujour dupe ,
11 m.angwut le visa du di tricl et son cachet; el pui tool ce qui avait pru;sé à Bordeaux était Ir' uspe.cl dans les ebeI ·-lieiu
de district et de département · cl ur mon
1
~a a,.e il y en avait peut-être de ce chef~~
lieux; et dan chacun quelques commi ~airr
du poaroir exécutif, Lou- émi sair d,·~ Jacobin de Pari . à. qui ma fi 0 ure était hien
. .
"
onnue, o_u, ~ui pis.est, de Monta!mard qui
me conoa1 ~aient mieux! Je devai donc m'arr:inger ~e manière à .ne jamais pa er les
v1Ue qu au I ver du oleil ou à l'entrée de
1~ nuit; il ~allait ne couc:hnr que dans le
v11la es. Ceci même a"-:iit lïncom·rnient de

Il

11

�L'EXODE DES GlJ{ONDTNS - -...

HlSTO'J{lJt - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~ - - - - me rendre quelquefoi suspect mai ce phi]
était moindre que celui auquel je m'e:xpoerais i je m'arrêtais, mème dans un hour".
Cette après-dlo!!e je dei-ai donc faite trois
Heue pour lraYetser Mu sjdan à la brune rl
m'allt•r J:Îkr une lieue plu Join. Je partis à
troi beur , , un p u reposé, Lien éché, mnis
non moins lra'irullé de mon rhumati~m~.
Bientôt les douleur deYinrenl si vive , qu'à
chaque pa · mon corp · e pliait à moitié et oc
e relc,ait point sans un ••rand effort. La
ja.mlie maJadc enJlait, dem1ail brlilanle, et
prenait uu poids accablant. Pour urcroil de
peiue je me 1r:iinai_ ur un chemin lllnlôt
coupé par de profond monceaux de houe,
tantôt rt:cou,·crl de caillou1 pointu , sur leiquel je ne m',nenturai que comme ur de
charbon. ardent . Le lra"ail de ceUe marche
était si pélliLle qu'nu bout de cinq minute · je
rue trOUYai iuond6 de sueur, cl qu'alor ·
fore était de m'arrèkr au moin autant de
lerup , cl de re ter pen if, ioquiet, ~ooffr:int,
une jambe en l'air, l'autre bien Ja· e, et le
corp 3ppulé sur an 1Jàlon. L:i nuit commcnç;iit, l d'ailleur mes force étai nl ,-raiment
épui ées, quand ju ine trouvai dans uu village à demi-lieue :m-de sou · de Mu sidan. Je
v-i un bouchon où je m'orrrlai.
Les bonnes gen. qru l'habitaicnL:
- Ab ! monsieur ! vous parais ez. bien
maladel
li euminèrcnl ma jambe, il me prépar reul avec zèle le bain 1l'e11u li~de que je
dé!tirai . Ils coururent chercher la fleur de
sureau que je demandai, il vonlurenl que je
.oupa se 1.laos une ~lile chaml,re séparée.
parc qtl11 · préparai•nt à oupl!r pour uue
l,ande de réyolulionnaire tr~ furieux, très

compa!!nie. Enlin l'hlite e découcha pour me
donner on lil. Il erait meilleur, et d'ailleurs je serais eul dan ' UDe chambre. J'etais
j las, j'a\•ais tant ooll'ert, j'avais pa~sé deux
nnit.s i fârheu ~es, ma jambe parai.~ait exiger
i imp~ri1::u emrnL fo plu long repo po. ible, me bote :naienl tant d'attention et de
si bonne ligure , el je rnu ai MF• dit que
je crois aus: figure au · ; quclquefoi jl
romple un peu ~ur les belle , el toujours
beaucoup _ur le. bonnes. nfin, ces brave.
ren prenaient lanl de soin d'écarter de moi
toul sujet dïnquiéludP, cl loul re!!aJ'd cnrieu I Je cru. ne pomoir micu faire que de
me repo~er rhez eu jusqu ·au urlcndemain.
Leor sorns 11 0 se démentirent pas un&lt;' minute; . urloul ils ne m'alarmèrent point de
celle foui,.. de que. lions dont le auhergi les
vous ;iual,1,,nt loujour . cukmenl il . me
di aient quclqu fois :
- Vou ,e.nez de Bordeau'i sûrement,
monsieur'?
Et :ms attendre ma réponse, ~an en demander da'iantage, sans rien njouler. il
lcw1icnl nu ciel le l·cux. et le. main d'un air
très ignific.:itif.
ne loi pourtant fa femme, en regardant
m \'èlcmenl., (tue mes dernières cour· ·s
u·:waienl pa embellis, me dü :
- Ah! mon ieur, \'OU avez beau faire :
on voit bieu qu \'OUS êtes fait pour porter
de · habit.s plu propre que ceux-là!
Le eomplim nl ne me fit pa autrement
plai ir; cc m'était un avertis emenl que je
ne me doanais pa encore Lieu toute l'en~ohm:i d'un 'ale jacobin, cl je me promi de ue
rien négli..,er pour l'-:illrapcr. ~ ne fut donc
11u'h la fln du ccond jour que je pri congé
1

plaisir secret du trop bon mard1é qu ïls me
firent!
le m'achemine ,,,ur Mus iJan, f} entre à
la lirune; un corp de ~rde e t au milieu de
la rue principale ur la droite, je me gli, e à
gauche, pendant 11ue des rouliers pa nL
arec leurs charrette~, entre deux. Me voilà,
san - accident hors de la nlle. Mais le moyeu
d' ml! tramer plu loin! J'ai vainement ~oign11 ruon rhumatisme, le mal a ernpi ré; le
peu d'exercice que je ,icns de prendre a beaucoup nu"menlé l'enflure, elle monte 11 mipmbo; les douleur sont extrêmes. Qo!'l!e
fatalité I Moi qui naguère encore marchais ~i
Lien, me roîlà prh·é de me jQ.mbes, au morncnl où je comptni princ.ipalemenl ur eUes
pour mon alut. ~ je ne fai que de.ut lieues
pnr jour, quelle c pérance pui -je consen·er1
li· se trouvent quinluplés, 1 périls de mon
entrepri c déjà si audacieuse. )l'arrêt.er dans
plu ' de oix.aule auberges I rester deux grand ·
mois en roule! comment n'èlre pas décou,·err? Au ruoin ïl m'eùt ét I donné de presser encore un • foi Lodoiska sur mon cœur !
mais il e t Lrop "rai qu'enfin le cruel Je 1in
nou 'pare!. ..
Je vous as ure quo j'eus Lo oin d'llll n-ai
courarre pendant le mortelle deux heure
'lue je rois à faire lroi petits 4.110 rt.s do lieue.
Enfin, parvenu au prcmi.er village. j'y rbeillai de pa1sans,, les priant de m'en eigner
l'auber"e. L'un d'eux me conduisit à uni!
m;ii on de mauvaise apparence i an ri' le trop
semblable à on maitre, qui vinl en !tfOmmelnnt m'eu ouvrir la porte. Il me toi ·a d'un
air déliant, puis, dans on pa.loi , que j'eu ·
le bonheur de comprendre, il dit à mon
guide:
Ù I' ,:t -lu. lrOU\" • 7
- Ma foi, sur le ·hemin, répondit celui-ci.
A quoi le brutal répliqua :
- llon, bon! on le reloUJ'ncra.
Hl.ais entré. L'homme avait dtSjà repri ~a
pipe, la fumait sans ricu dire, me crachait
presque sur les pieds, •était campé tout au
beau milieu du fou qu'il ma cachait, el ~emhloil arnir complètement ou.lJlié &lt;tu'il I avait
]à quelqu'un. a petite femme, au contraire,
,·enait de prendre :i.vec moi le ton le plu cnressanl. Mai il y avait dans ses di cour je
ne ais quoi de contraint, d:m
regards
quelque chose de fau.x, el sur toute _a mine
hypocrite ttn air de malice méchante qui ne
me !lCrmil pas d'ètre un inst:lol a dupe. Je
ne pouvais guère èlre plu· mal lmnhé, mais
je ne pou,•ai · pa non plu êll mieux averti;
or-le-champ j'arrangeai mon vi age, me
,.e tes, mes parol~ elon le per onnan-e que
ïotai appelé i malheureusement à repr1;,
!.iCOLer.

Toul eu brùlanl mon omeleLlc, la haY:irdc
:.empiternelle m'assa s.inail de s" que ûons,
qu'elle enlremêlaiL de réfiexion iosidieu.e .
n u,:,h..:. Il l, uilHcr !Jt\oumc
' .ll!l,T- C\t1LIOX. - CO .\IIBRE nu IIEFT ~ F. ET PUIT. [If GrM:-111., ;s .
Comme elle 1~ pl;iiguait, te Lou sei ueur ,
ces pauvres prètres, tou ces braves marchands
qu'on guillotinait par douzainli · l Cela.
ha\'ard·, el qu'un malade éLait bien aise d'être Je me L,iles ! Qu'avec peine je les quittai. les
ne
prit
pas. Elle se rebatlil ur Corday dont
rxcellenle
gens
i
el
qu'cu
!&gt;Oldanl
le
pclit
lranquiUe. ,Il' ne sais 'il devinaient qnc
elle
fil
l'élone, ur ~forat, donl elle dit pi
oompte
de
ma
Mpemr,
je
ressenti
ua
dt!j' uvais quelques raisons de ne pa aimc-r cette
....., 110 .,._

1p1c pt!11dre. ,1 tntrai dan u11e "ro.sc fureur,
fo le -produi ·i. d'un air i1:iilifüil. A la ma- lègue. ' or œlui-là un second fut ,•nté. et .;ur
el ne la mt!flai·ai pa~ moin quti de la nuillo- nière dont il le lu.l, je reconnu prc que ans- le _s~cond un troisième, que plu ieurs autr
. 1
e
tm~, e tout en nai sti le de prrn lluchr 11c : ·itôL 11n'il ne .a,·ail pn lire.. l,i il demanda
um_renl encore. le toul aernmpagné du clienfmJe me rendi· un .locoltiu, l1iden de res- Je cachet; il ) a,·ait un timbre queje lui mon- quet, des verres et du fracas de éclat de
semblance. Elle ne , 'étonna point;
rire que me ,illa coi poussaient
elle ne ,1• rendit point; elle conà pl ine gorge.
t}u_ua son \ilain rôle avec une per~o~r eux prodigue, a,·:irc pour
hd1 con tante, cl JC demeurai dao·
mot, Je rempli sai à tous moments
le mien avec onû ,ipo111antahle rnleur verres, et ne vidais le mien
tn:pidité.
tjue le moin pos ible. Peu li peu
Pourlanl fallut-il 'aller cnucher.
néanmoin ,jem'élaii llch:wll'é moiPar pr1:Cautinn je me mi - nu lit
n~ême, j'en avais uno poinle, el
a\c~ mon pant:,lon. 011 je lenai,
u en ,·alai IJUC mieu:x. Jes récit ,
lnoJour~ mes deux hons pistolllts
toujour plu di,-ertis a.11ts les f a.id · poche. Ma chère espingolt&gt;. Je
aicnt pfimerde joie. lis o:ibliaienl
13 braquai sou. mon cbevet. \11
le pas. pùtl, qu'au Te te j'amis
r •ste, quelque formidahle crue rùt
grand oin de leur rappeler ans
celle arme, t'[oi, de a large crncesse. La femme, qui 11e Lm-ail
hou~bu~c. commed' nn 1·,111011 ch:i:rgé
pa~, grillait de J'impatienco de le
à muraille, romis ail qrml re balles
,·01r reparaître; il reparai sait en
et quinze cheTI"Otines /J la fois el
effet, niais pour di paraître au, silai. s.aiL ensuite échapper une pui~
tôt. Le Jei•oir, le re:pecl po11r fe.i
s:inte baio~nette, ce n-~lait pas ur
mayixlrnts du peuple me le m ldie que Je comptais le plus. ,c
L.1ie.nt à chaque iuslanl à la main·
qui me donna.il surtout l'audace
mais le vertus de Jo.rnt à pu~
d1• rr"artlrr aYet calme les renai blier, les "rande proucs~cs rie l:i
san pcrils d1 chaque jour, et de
llonlague à peindre, tant de récits
lr:l\·ener, tète le,ée, ln fonle enin_t.éres aots ou gais IJUC j'a,ais à
n~mic, c'ét.a.ient. plu ieurs pilulr.
f?1re;. ne me perm Uaient pa de
d uu exceUent oprnm, don précieux
1 ouvrir; an que j') fi ela moinde mon lWÏr'ers,•I du Fini lère. Je
dre allention, il .retomhaît dao
1 tenai enw~loppée3 d'un mormon portefeuille. fo ne tardrus pas
ceau de nt, cachées ur ma peau
à l'en retirer, mai pour l'y loi scr
même, d'nillctir- ~i Lien el dan
r~lombcr en?Ore. DaDS l'e pace
un endroiL si ecrel, qu'à moins de
&lt;l une heur , 1I fil lren te fois lo
me mellrc nu de la lèle aux. pieù. ,
myage; trente foi il l'eutrevirent
el de me palper le plus inMcemils ne le -virent pas une foi . A;
ment du monde, il érail impo sirc. te il n'en était plu besoin. Plu
ble de rien trouver. Au ca d'une
~e )~'lrl.o.i , plu je criai , plus je
aUaq11e impré,·ue, de &lt;prelrpie
~~~rai , plus je guillotinais, plu
bru que urpri e, qui ne m'eût
.1 in ulta1s à la morale à ln J. ustice
perm_i. ni de me foire jour, ni de
' moin ils'
, l 'h
. Olll1èlclé paLliqul',
lcrmrncr mon sort 11,ec me pi toa,,uent en ·ie de ]ire mes papiers;
lets, une res ourœ dernière, IIllli
r Uchè JI , Owlllcr 1.i t-oume..
nul doute désormai que je no
a~surée. me r lait encore. Du
' AINT-tMJLlà N. - LE CLOCIIEII (Xlr Sil:.CLE) F.T A.'iC!L'ISE FIJXTAIXL.
fu se un des hons patriote de la
fond de l'a.ll'reux cachot où ils ne
France.
manqueraient pa.s de me jeter d'aL'hôte e en enra eait, elle alla
~urd' au _moyen de won invi. iblc aa.rootitJUC Irai, ajoutant qu'on ne cachetait pas d'un1·
ch~rcbcr un municipal pour renfort. Je le Jl
J écbap~i~ à leur e~ecrnble écbtifaud. Je me autre 1;11anière dans mon paJ ·; cl du. même
compla1srus. dans Celle p~sée que , JU.qu
•
·~u temps Je commenÇJi, ur celte e pècc de c.a- h01r~ et rfrc_, rire el boire, mais pour li: passeport 11 ne lm fut permis, comme aux nutres de
d
~on . ernier oupir, délit nt leur fureur je ~het, une longue et belle histoire, sou,·eut
l'?percevoi~ que_ de loin. Pou.riant la mijau'rée
1auratS trompée.
'
t~lerrompue p~r le r~ades du petit vin n en voul:"~ poml dé~ordrc; ne fût-œ que
a%1'clct donl Je venai de Jaire apporte.r pou.r Le deb1t de soli nn, elle irait chercher
~e leTidemain je Cu un peu surpris d'n. pmle. pour 11uc le ciLoyeu maire me fit l'honvoir p(IS é toute une bonne et lonrrue nuit n~ur d~ boire_ un coup avec moi. J'avais trè· toute _sa municipalité, pièce à pièce! · e m·adans le m~e lieu. C'étail à plu.~ de neuf bic? fait, et Je m'aperçus, dans le cours du m~na1t-elle pa encore deux recrues, m:iis j
heures que _l ~cîlessc me réveillait, pour me r~t de mon_ hi Loire, que Je episodes l'ai- pois amment robu tes, qu'eux seuls auraient
demander -1 Je ne partrus pa • Je l'assurai sa1en t mer,·e1lleusemeent ,·aloir le fond. La vtdé _la cave. On eût fini par m'y enterrer. Dès
que Je les ~perçu.s, je me leni pom· pa~er ma
11~e, ';Ile lr~U\'1ml forl bien chez elle, j'y dinemécha~le hôtesse s'en aperçut au i: le maire d~_Peuse, L hounète femme, qui pourtant s'é•
rais i. il n~ llot pas à elle que ce ne fùt mon trou l'ait mes pa11ier trop bous; ce n'était Pal!
ta1t. œntentée de. regarder hoire, ,·oyait doudernier diner.
son comple.
ble, el~e ~mpta~t quelques pintes de plu ;
• Comme jel~fi.uissa.i~, elle sorLil,me disanl,
- Je vai , dit-elle, chercher Je cilo en moi qtu n .avais rien à craindre, je l'envoyai à
d un ton patelin, que Je la pal•crais à on re- procureur- yndic · e'e I celui-là rJUÎ d:chilfre
tous le d1abJe5', et lui offris pour Je Yo~·age
tuur · ~u'el!e allait rentrer dans l'in. tant. Tl l11ut couramment dan les écriture .
mon pa ·e, dont je ne cessais de parler el
' ~ rai LjU elle ne Larda pa ·, mai elle aweIl entra 111-c!i&lt;ju aussilùl, ÎUL reçu comme
na~t un gro; pa ·san, encore plus cmbarras-t: u_n holD;'D-e dont je conoaissai l'éclatant mê- avec leqnel j'as urai aux nouwaux ,;au
q~·oo_iraiL jusqu'au fond de l'enfer. Celle
rtn enorgueilli de a magistrature.
rHe, prit un lroi:-ii!me \'erre, el d'abord en- ass?'lton ne fut contre.dite par aucun des
t le citoyen notre maire, me djt- len~it l'un de mes dernier coule , tfUO !c
anc1~ns'. ~c maire, qui_ ne_ l'a,·ait pa lu, quoielle, il 11ent \'OÙ' ,·olre passe.
maire me pria de recommencer pour on col- que Je lm en eusse laisse le pouvoir, jurait
1

1

-. c·~

�,

ms T 0'1{1.J!
qu'il 11· y avait l'ien à y 1·ep,-e11dl'e, mai il
1 jurail moin" fort c1ue es deux ac l le ,
au:rqut!L je n'avfr pa permi. de le lire. Ce
rut au milieu de 1 ur compliments que je
-pa1ai, av c la dépen. e déjà faite, un aulre
pinte riue je fi apporter: et dè que j'en eus
01ité à la anlé de_ deux der ni r auxiliaire ,
je pri con é, ao regret de la compa..,.nie,
fàcbée de perdre un i bon comparrnon; urtout au gr, nd re •t de la mécb nte femme.
iutérienremenl dése p 1rée d'i:tre enfm réduite
à ne plu e~pérer celle foi lc&gt; • cent franc
de •ratification dont on réconlpe.n ail tou
1, délateur...
Le lendemain, rien de nonvean; ce ne tut
• quel jour d'apr~·que je ,is Péri!!Ueux, danCMU pa ·!-age atll ell\iron duquel rami de
Valady 'était fait arr 'ter. Heureusement la
route de Limo"e tourn la \illc, par un fau1.,our" oil personne ne m'inq11i 11.a; mai il
était nuit pleine lor que, excédé de fatigue,
j 'arrfrai dan un hameau, di,tant d'un li ue,
app le les 'ra1·ernes · l'auher•ri Le 'allait coucher. A peine je Jui demandai un lit, qu'il
me demanda mon pa eporl. D qu'il eut
reconnu ciu'il n'était point vi é du chef-lieu,
il se récria :
- Je YOi bien, disait-il, qu'il est de Libourne, suni quoi je t•ou;; {era.i a1•1·ètf!'I• tout
ù /'heu l'e; mai vou · pas ei Périgueu .an
,ou présenlc&gt;r aux autorité ! D•· demain,
pardieu, on vou ' fera reconduire!
Le mo)·en de ne
frémir; je n'ignorai.
pa que deux ou troi ~Ioutagnard étaient
dans r►érin-ueu1, où d'a.illeur tou les corps
admini lratil a,•aienl été, dan le style d'lléherl, l'rgénérés, je fi néanmoins boune contenaaœ annonçant que je ne Toyai à ce
retour d'autre incoménienl qui! celui d'aJlonger ma route, à moi paune diaùle déjl1 i
malade; je croyai d':illleu inutile el même
impo· iLlc de rairP. vi er me papier partout
où j, pa. ais; àquod'hote répondit, toujours
trop la oniqneml'!1l :
- Ah pardieu, ,ous} serez r'conduil!
Enfin une c pèce de ,·oil'urier, qui avait l'air
de la rranchi e, de la douceur et de la Lonhomie, prit parti pour moi contre J'auher•i te, auquel il remontra, d'un ton amical
.mais ftrme, qu'en ~[d ce paune homme
n'était pa t nu de e faire vi r dans toute
le Yille : 4u'ù y aurait de la cruauté à le
faire rl'tourn~r ,ur ~ pa- dan l'état où il e
trom:ut: qu'à force de chicauer l voyageur
on les dégoùtait; et que c'était ain i qu'on
acliè-rerait de ruiner les aubergÜite , le commerce, la France et les voiturier . A ce discour:s, notre hôte un peu calmé ne répéta
plu a terrible phrase; mai , IJllOique je
pusse es a~er, il ne diL pa non pJa un eul
mol 11ui rùt propre à me ra.~urer; je troU\ai
m tme que tout!!
manière étaient de mau\lÙ' augure. Il ne me donnait pour ou_per
qu'un morceau de pain noir eL de la piquette:
mon bra,e partner pril encore pitié de ma
peiue: il m'olfril t me força d'accepter le
dernier morceau d'une l'Olaille •1u'tl dé1·orait quand J' étai entré. Pui on causn.
Je ne 'ai comment on parla de dh-ore-0;

ras

mon bonhomme alor e mil en colère, prol tant ctu'on ne le réduirait jamai 1i e éparer de sa femme et de ,e enfün . Je vi ·
qu'il le adorait; et quelques mots .uffirent
pour m'apprendre que cet homme, mal élevé,
mai bie.n né eulement aidé de e ,impie
lumière:-. el de sa probité naturelle, détestait
le excè du jour; je n'appri· pa sans quel,
que joie qu'il allait à Limo e , a,·ec nnu
p lite charrette hargée de marchandi e : et
je me promi bien de me lev r d'a cz honni!
heure pour raire route ayec lui, pourYU t[Ue
l'auli · te n'eùl pa en ore le .ecr l de ein
de me faire r prendre le chemin de Périgueux.
'a femme, comme j'allai daus un rrrenie.r
Yer le ~raba.t qu'elle m'indiquait, me déclara
qu ïl fallait payer ·ur l'heure mon méchant
repa, el moo plu méchant lit. Qu'un pbilooplu: mêm e l qudqueloi faible et bi..:arre !
Cette circon Lan e, qui d'ai1leur me prourail
,1u 'enfm j jouai ;1 merveille le an -(.'Illotte,
et 11ue le repré entant du peuple étaÎL bien
c.1 h {, c ue circon tance ni'nJli cta beaucoup
plu vivement que J'approcbl' de· plu grands
p~ril . J'avai en vérité le larm aux yeu
lorsque je tendis à cette Iemme le piètre as. iguat de qu.inz ou sur lequel elleme rendit
·.mcore 11n mo,mero,i de cinq; el d qu'elle
s fut éloj n · :
- Que de peine ,m'écri:ii-je, 11ue de peine~~
outrrir, ,,ue d'hwniliations à dé,·orer ! Iléla~
tt pour finir pcut-èLre ur on écbafaud !
Jugl'z pourtant de l'impruù 11ce que Je
"enais de commellre et de l':lngois e qni la
sui'l'il, lor que pre que aus.itôt le bruit causé
par quel&lt;1ue~ mouvement.s partis d'une autre
manière de lit 11ue je n'a\lnis pa aperçu à
l'autre e, trémité de mon taudi • me fil comprendre qu'nn pauvre hère était là, 110.i, 'il
ne 'était pa troun! profondément endormi,
dl:\'ail m'a,oir ntendu, dè !or ,c'en fulfait
de ma nuit· J'inquiPtude amena l'insomnie:
àJapoinle da jour e11lement,la fièvre m'ayant
lai é, je LOmhai dan un a oupis emenl
Lrop long. Quand je rou-vri les yeu il ·
avait une bonne heure que le charretier lutélaire était parti ; el mon opium. qui, 'élant
détacM dans les mom-emenl de ma veille
était apparemment perdu! Dan quelleanxiété
me jeta la recherche de ce ecour plu lJIIC
jamai indis~n abl'; qu~I to1,1rmenl jn.,111'11
ce que je l'eus ·e retrou,·é. Peu t-èlre aucun
d cruels accident de ce tri Le ,·oyage ne
m'a,ait fait aut:inl ouflii.r !
Jedesœndai. pour me Lrainer dehor quand,
du euil de la porte, l'aubergiste déjà à cheval me crja:
- Bon voiase ! Je ,·ais à Périgucm.
n in tant apr , réfléchissant sur l'élran"e
oin qu.'il a1ait pri de me dire oi1 il allait, à
moi qui ne le lui demandai pa , je m'inquiétaj d aYOir ,'iJ a,-ait biéll pri cette roule,
cl, r !!3.Tdant de LOU~ cotés. je ne l'is rien ·ur
celle de Périrrueux. mais au contraire un cavalier qui galopait du côté de hfriers. '.s
lors je ui en proie aux plus ,inis alarme :
sans doute il prend l't1Yance pour me dénon..:er el m raire arrêter dan le premier bourn;
pourtant je me met en chemin, bi~n résolu
... 118 ....

d'interroger le' pas~ nts. Le premier à lfUi
je demande si le ca,·alier qui e t en a,•anl n'a
pa u.o ch val noir, un maoleau ri à peu
près cinquante an , cinq pied ·i ponces, les
cb~veux brun·, me répond : Oui. iulant m'en
dit le e nd. Le troi ièm , c'était mon charrelier de la veille: iJ a,·ail été l nteruenl,
parce qu'il y a,·ait toujour à monter. J'affoc , un air riant et je lui di · :
- Bonjour .•·otre au r!!:i te t donc en
arant?
li me répond simplement que non.
Préoccupé de me crainte • je n'ajoute
rien, je pa, e, ol demi-quart de lieu plu~
loin j que lionne un quatrième voyaireur.
- C'e~t bien l'homme que vou me dé)l 'Î nez, dit-il; mai- ,-ou ne pou"cz manl{Uer de le rattraper : il vient de s'ar~ter au
ha de là. mont:wn . dan le !?TO villa c que
von- pon\lez apercevoir d'ici.
Ce mot - ne me permellent plu de douter
du malheur qu'un traitre me prépar . Pour
r:\iter, 'il u t po ·.ible, je fer-ai bien, quoi
qu'il m'en coûte et quelqrn• ru soit le risque,
de r ,,,enir ur- me pns, de retourner à P'rigucu et de m'y faire , 1. er. Sans doute il
vaul encore miclll. aller de moi-meme me
pré enter dan œlle redoutable l'ille, oi1 du
moins ma démarche, en apparence Tolontaire, in pircra quelque confiance, que d'~
êlre r~conduit dès c' .oir- par les Jacobin· dt•
œ boura, où un JéaonéÎateur m'attend.
Quelle alternative néanmoin ! Que I clwi
e L cruel! el quelle noir méchancet • m')
rJdui1! Enfin je m décide et me rnilà, hieu
Lri le, reprenant le chemin de la Yille. Je
retrouve le cbarrl.!tier qui me demandl! si
j'ai perdu quelque cho e'?
- Héla , oui I mes fatigue · el montemp : je
rdourne à Péri!!Uem.. la.i- vou. qui m'aviez
in piré tanl de confiance, vou aa i, pnur~uoi me tromp r m inlenant, pourquoi vous
réunir à cet homm qui me trahit1
ui'! me dit-il.
- L'auber i L • C'e l lui qui ,ient d
pa. er ur ce cb1ival noir, avec un manteau
gri . . li vow, a prié de ne m'en rien dire~ il
e t al!é me dénoncer à Pali' oux.
- Pa un mol de vrai! 'écrie mon cbarretitir; je l'ai bien ,·u, ce ·oyageur; ce n•e~l
pa J'auber · Le; 'il n éLail capahl •, je ne
retournerai jarnai lo"er chez lui.
CL de ce ton que le men nrre n'imite pas,
de cet air en ible que le méchant n'aura
jamai', il ajoute :
- Tenez, mon pauvre a.mi, vous ml! fa.iles
compasi-ion: dan· l'étal où vou êles, ave
11ne jambe enJlée ju qu'au n-enou, ous retourner iez à Périgueux? Croyez-moi, montel
·ur ma charrette, faite -You un trou daoi,
m · marcbaadi es; renez diner à Palis oux;
je ,·ou promets que dan ma comp rrni ,
per onne ne rnus_ )' dira mot. .\près tout, je
m'en tien. à mon premier dire : vou n'avez
pa l'air d'un voleur.
Quel heureux. chanacmenl dan ma . itualion ! Celle charrette me ecoue à Caire trembler! el dan chaque cabot je doj me cramponner fortement i je ne vcu.î pas êL1·e pré-

________________________________

L'ExonE DES Grl(oNDms _

"

cipité du haut en ha ! \lai· ma jambe ~e va. r-equéri, comme il di ent; il ont telle- snr la charrette, la jambe env loppée dn • arrepose. Les . ueur· :ibond:mles, les fatigue~ ment chargé la pamrre bête IJU'il en e t rau de mon nuide, l'air fati.,ué, oufîrant.
cruelJ • , le doulcuh ai uë · me soul ép r- de1enu maladt! et 11,ort; je l'avni · pal·: ,·in l mai pourta.nl ll!!r el déterminê. Qui, dan.
2née .... Et pui:, j le bon charretier me beaux Joui . El ce dirorce I c'e l an i pour rel équipa"' et ou ce n1ainlien, eût .ouprequérir ma femme qu'il ont in,·eul~ ça: çonne l'un de ces pro crit Ir-op Î3IUeu,,
continue -a prolt lion!... li faut encor
·· t-œ qu'on peul m'ôter nta femme, Yo on '! pour ui\'i dan toute la Franc 7 Je re , emm'a~ urcr .... li faut roir.
'\ou wuttm ensemble; le repa. fol lrop 'acrebleu! que j'ai Lien fait de ,•ous avoir blai tout à fait à un pau\'Te volontaire, tout
court. Plu· je lu1 parh1i , plu il mïn pirail défendu! Et ,·ous viendrez av c moi, dà ! à l'heure orli de bôpüanx el s'en retourde confianre; t plus il . ':i: urai1 de on côté Je ais onuu ur toute cette route. Avec nant au pa · avec un C-Ongé d me tr .
moi on ne vou dira rien. creLlcu ! je le
Cett.e re ernblance et ma pr • ence d'es'Ille je 11·11rai /Ut l'llu· d'u11 t·olcu,·.
Cet t:lrange compliment, auquel il bornait Yoyai Lien, qa vou n'aviez pa l'air d'on 11ril me tirèrE:nl, à la fin de la lroi ième journée, d'un très mauvais pa .
~ • éloge.,, ne pou\'ait que me frapper beauvoleur.
Pour qu'il en fût plus ùr. je pa}ai l011l le
coup.
C'était à Aix, petite ,·ille 11 dcu.\ lieue · de
fricot, el le priaul de -e char"er dorfoa1·anl Limoge .
J . l'avai · d'abord c pliqué dan · ce en
Ion conducteur m'arait dit qu'on n')
•1ue le Lon charretier, tout plein de son étal, J • ma dépen ·e, je le rorçai der ce,,oir un a .i,a.it le bonheut" de Ill! connaitre que c ttc 'ignat d inqu..,nie livre , qu'il ne mit poinL montait point la garde: ain i je ne m'étai
e pt•ce d'ennemis: apparemment ~on e prit dans ~on port feuille an rue parler de on p:i mi ou la toile; tout d'un coup, nu dénaïf el irnple n' •11 imaginait aucune aulr : ..:heYau, de a femme, de ·oo Dieu, et ~ans tour d'une rue, non tombon dan un po te
touL nouvellement établi. Pour celle l'ui , il
ruai: l,icntôl j'appri tjue l'hùle de· Ta1wn
:noir répété quaLre ou cinq foi que je n'élai
ne m'ar;1it craint ni comme :iri~tocr te, ni pa · un ,·oleur.
faisait beau, il fai it jour, le ractionn:ur u •
comme giron dis te: il ne c mêlait que de e,
li eut pour moi l'allention &lt;le ne poiul dormail pa et, qui 1,i e t, ,·in t de es callair • , et tout bonnement il m'avait prL oller couclier à Thi"ier . Ce fut dè: le rand marade , a .i :iu debor-s à côté de lui, me
pour un ,•oleur. De là vi:nail que a Iemnw Il! tin que nou pa :,;1m · ce cheJ'.-lieu d di - regardaient curicu ement.
m'avait fait paier d'a1•ance: et pendanl qu' lrict: ét.endu dan la charrette H couché à
- Cito-yen, Ion J)a eport ! me dit la ellj m • roucbai:, mon charretier avait, par plat ~entre .ou la toile qui cou irait 1 , 11i.ar- Linelle.
in li net, ùh uade l'auhPr!!Î le qui. an~ cela, chandi e , j' :tai imi~iLle. Dan· Ioule· les
. loi, sans hHter, je lui cric, eu oulevanl
m' ùt peut-être fait arr~ter-. le· marcu ~ a11ber&lt;Te , mon condu leur élail connu. L
ma jamh avec eUort :
douloureu e., par de mau,ai hcmin cl que tion curieu_e n ·adrc aient qu'à lui;
- Allends, petit lt... (c'était un enfant de
de- lcmp. aJir ux, m'araienL d!Sjà i fort il me donnait pour un j une Libournai- d • eize an ), ..-a-t'en à ma place, t raire mellre
chnntré! D'ailleurs j'élai, arrhé dans œtle
' ami , el ne manquait pru d'affirm •r que ;t terre par le bri•rand de la \'ci1dée; pui •
auLer"e à une beure indue; quoi quïl w j'étai bien en rcglc. Dam I villa"es ùa.n · en re,enanl, pa e b:irdimenl partout, ta
soit, mon bra,e homme n e
jambe à moitié ca ée le er\lira
rep11nlait pa. de m'11voir diftndu.
Je pa cport.
il rt:pétait ~an ce -e f(UC je n'a,ai,
, cc. mot , la an -culottcrie,
pa l'air d'un ,oleur.
charmée, partit d'un éclat tiné- C'est ou contraire, lui di ral; tou , en b11lla11t des ru:iins,
•écriaient :
je. je ui. leur ennemi.
'ou entdmi&gt;. en plic.'ltiou;
- fücn, bien, t:lmarad&amp;!
je rontinuai :
lais le pauvre pelit oldat, tou
- Le vol u , ce ont le mahonteux, prit aus i le parti de rire.
rali tes, ce nl les gen qui guiluant à mon guide, pressé d'allotinent 1 n rrociants, pour 'emler plu loin, il rPmuait lerrihJeparer de leur~ march:uHfü et qui
meot ~on rouet. 'é1ailla prtmière
d 'Lrui ent le commerce p r celle
fok que j le Yoyai Lattre (' rbeloi du maximum é••alernent ruirnUJ; c'était aus i la plu ~ande
ucu e, inexé ulaLJe, el qui n'e l
prl'u,·e d'allacbemenL qu'il pùl me
l(U 'une p •rmi ion donné.e à Lous Jes
donner.
Lrigand. d piller ton 1 wa in .
Cc ftJl dans la même oiré tJUe
- Dra1·0 ! 'écria-t-il, en m'apnou arrivàm à Limorre ; mon
pli11uant , ur la poitrine un rude
conducteur sa\ait que je ne poucoup du plat de a main.
vai y de.cendre à l'auhcr •e, il
J' repris :
me r1 çul cb1•z lui. Je n• demeu- Eh bien, moi, je snis du
rai pa an quelque péril; a maicommerce de fiord ·aux; je m ui
son était ouv rte à lout \'enant;
pronone·~ ontre le ml ur ; je lt! ·
j'occupai , dans uoe chambr du
ai tout haut apvclê par leur nom,
fond un bon lil, d'où je ne ortais
j'ai décidé nombre de me camaguère que pour tremper ma jambe
rades à leur faire ln guerre; je fa
dans le ea11 plein d'eau ti de
four ai laite Jonguc el mortelle;
qu'on m'apportait dix foi par
enliu, il· ont le plu Tort , il
jour; deux Journées 'écoulèrtnl
,·eulcnl ma lète, et je me saul'e.
ain i, au milieu des oio qu la
- .\. ta santé ! 'écria-L-il en
ftmme • donnait pour rétablir
pou sanl. on Terr ur 1• mien.
ma santé, el d recherches que
11 Il' bu,·ail pa , il arn]ail, j]
fai ail le mari pour trouver 4ucl~.\!, ·t•E.1.IIUO'\, - f'uRTf DE LA CADh.NE (CûTf, LXIUUEl..'R).
lrl!pi nait d'aise.
que bon ya,·ço,1 qui me conduLil
- De.,. c quin. ! d s coquin·!
plu loin; el qu'alor· je remer~e dil:il: un la_ dL• drûl qui n·ont jamai
le pclits bourg , je ne prenai pa l'inutile ciai la Providence, qui ne emblait m'a,·oir
rien f3.1t et !JIU mangent le Lien d celui peine de me cacher sous la loilc; je pa ai
lié les jambes qu'aiin de me forœr à lomher
qui lrarniJle! )Ion L au cl1ewu, ne l'ont-il
~ ,i age décournrt, ~euleruent à demi coucbê
dan les bra de cet C.'1:cellcnl protecteur!
.,. Ill},._

�_

msTO']t1A - - - - - - - - - - - - - -· - - -- - - - - -

Nou · étions à la fin de la lroi ièm • journée, l'heure étaiL pa · à làqnelle mon conducteur ordinairemén l rcnfrait; .a femme
vint tout à coup, d'un ton my térieu , me
conter que , on m ri l'naiL chargée de me
conduire ur l'heure à l'auber e du faubourg, 011 j'allai trouver de voüurier qui
m'emmèneraient à rleans.
- Non, non! vou von trompez, lui
di je; ce n'e l point à l'heure qu'il l que
de voilurier partent; ee n'est point à l'auberge du faubourg que je doi aller. u
debor de cc faubourg je trouverai un corp:
d • garde c1u'il me faul é,iter. lion brave ami
m'en a pré enu · c·e L lui, lui seul qui me
·eut guider dan ce pa acre difficile; il m'en
a donné a parole, j') compte, el je uis bien
ùr qu'il ne m'abandonne pas.
.\lor: lie e mil à pleurer, m'avoua qu'elle
prenait peur, et me conjura de ne point 11rlliger on mari par le réât de la pelife l'llSe
qn'elle a\·aiL inventée pour me rléloger pendant OJl .ab ence.
Pcûte ru e, . oil. pau ~•re r mme I mai si je
von avai cru, Je faisai naur raire dans le port.
ll renlrtt pre·que au iLùt, -On mari. es
)CUX étaient étincelant.s; jamais on maintien ne m'a\'ait paru i a11imé; il oulait parler et ne pou,·ait pa . Enfin, il campa es
d~u poiug- ur me épaule et a rude barl,e
dans mon ,·isage; poi , m'éera anl la main
qu'il croyait seulement errer :
acrebleu ! 'ticria-L-il, c' e Llini i ,·ous
parlez demain; un hou oari;on unu · roule
jusqu'à Pari ; il esl prévenu que ,ou ète
marchandise de conll"cbande, que toul le
IOJJ" de la roule il (aul souffler. acreblt:u ! que je suis content.
Le bra\'e bommel qu'il l'aurait été davantage, 'il eût u tout ce que j'étai ! \rai le
lui confier c"était en mème lemp le dire à
sa femme, a,,ec laquelle il ne ~avait pa garder un ecret. El jugez, dan a mortel!
Jr:i ·eur, quelles nou,·elles pelileii rwie elle
1lt peut-ètre inventées! A urément la tète
lui eùl tourné, el dès Je lendemain, sans
doule, a,•ant que j' eu e fait dix lieues, son
mari, moi, le bou gal'j·011, nous étions tous
perdus. Je me i , à regret, forcé de cacher
quelque chose à ce digne ami.
ll me réveilla avanl deux heures do malin; c'est qu'il Caltait a ·oir le lemp de ider
chacun a bouteille, d'entamer l'aodouillc et
de mettre ·ur le loul quelques bonnes goulle.1
de café. Le mo ·en de rue refuser à cc très
matinal r pa ! il 111'y conriail de i bon
· •ur ! il av·ait Lanl de plaHr ~ trinquer a,·cc
moi I PourtaDL J'ap rce1•a· sa joie mllée de
c1uclquc lrLles e. Ce ne pou ait être seulement le chagrin de me quiller, puisqu'à cc
pr' il ét.rul mon libérateur. Enfin je us que
t-a femme, loujour plus effrayée, n'avait pu

jam:ii · e décider à r Ler cette uuiL dan ·a
maison.
- a me l'ait bien de. la peine, disait-il
car au ilot que je vous aurai conduit à votre
occasion, moi aus i je partirai. Je ,ai à Périgueu" ; c'e l un vo ane de plusieurs jour·;
on est alor Lien ai c de causer avec sa femme.
Je le croi il l'adorait comme au premier
jour de e noces.
- Eh hien, pour uivil-il, c'c l p:irtie rami e; je relroul'erai ma femm , el je n ':mrais pa reLrou\'J l'occasion de aover un
honnllle homme.
ou qui me li ez, je ne sais si vou ête
ému autant que je le fu : je l'écoulais. j'admirai . n ilence el mes yeux se mouillaient
de larme~.
Quand nou eùmes bi n 1 u, hien mangé,
uou parlimcs; mais il faUut auparavant
ouffrir tiu'il farcit me poche de pain, de
,·îande ·, de frui ls, de châtaign ; il m·offrit
encore une paire de gant de. laine el un bonnet de coton, que j'acceptai de grand cœur et
que je con ene.
ux premier rayon. du crépuscule nou
fime un as ez long détour, au rooyen duquel
le corp de garde. el tous le po les e1térieur
fur nl 1,·ité.. A demi-lieue ur la grande
roule, nous entràm dan un bouchon où le
nouveau guide m'attendait. prè qu'il m'eut
remi dans e main et répété cent foi es
recommandation , mon brave ami me erra,
m'embrasa, pleur:i même. loi au si, je pleurai ; mais qu'elle ont douces le larmes de
la recoonai ·ance !. .. En.fin nous nou dime
ndieu ....
Mon nouveau conducieur était ce que
m'avail dit l'ancien : un bon t1-arçon, da.a le
en q1iïl avail da courage el me montrait
le meilleur di posiûon . Mai un premier
coup d'œil jeté ur sa voilure, fort diiTérente
de œlle demon charretier, me lit comprendre
que j'y erai dans une situation ouvent Lr
périlleuse et pre que toujours très délicate.
U'abord elle était lourde, celte voilure, et très
pesamment chargl-e; nou· n'irions donc qu'à
petit journées. Ensuite, j'avai~ cpt compamons de voyage, et. quel compagnon ! Tous
ept d'humeur lrè discordante, ne 'entendaîent que sur un point : Lou ept, il
'honor:lieat d'être Jacobins, et n'étaient pa
médiocrement jacobinisés.
Tel étaient les voyageurs appelés, d':iùord
p:ll" le eul inlt!rêt de faire quelque cho e
d'agréahle au oonducleur, oppelés, di -je à
garder mon ecret dans tout le cour dn
rnyan-e, Lmême à payer pour moi de leur
per onnes en maintes occa ion . A l'cnLrée
d'une ,·ille, 11 chaque corp de garde, à chaque
po le, à tout endroit où !'oa demanderait de
pa eport., il [audrail que je me lin-se couché tout de mon long dan$ la voilure, une

moitié de mon corp come1·te de babil , des
manteau. , del- corp mêmés de Lou ce·
fran llootarr11ards, et l'autre moilié oach ·
ou le jupon de leurs femmr waratistes.
C'était ain. i qu'on prétendait me pas er p:irtoul · on n'avait pas d'autre moyen!
i vous prenez- llJI instaut ma pince, \'Ou concencz tout les dif6cullés de ma po ilion. Premi~rcment, il y a ml des circonstance· e:xtrèmement péri1J u es où je dcvai
pourtant prendre, a1·ec mes camarade , l'air
d'un homme qui ne redoute rien. Par exemple. dè que le pa eporl a1•aicnt été vu
quelque part, on m'r croyait hor d'affaire;
l'aube.rac où l'on 'arrêtait pour diner, pour
coucher surtout, éta.il ordinairement la meilleure du lieu, par conséquent la plus fréquentée des voya"eurs. ,'ét.1il la que j" avais à
craindre la rencontre d'un d putê d'un commis.aire, de ces coureur en chaise de poste,
dont la plupart, mployé· par le nouvernement, me connai aient. C'était là néanmoin
que je deYai conserver un Iront tout à fait
tranquille, que i j'eus e lais é trtl.llSpircr
quelqu -un . de m mille inquit!tudes, on
c fùt dit à l'oreille : ~ Cet homme est donc
Lrè.s CQnnu! ' rail-ce un émin-r61 eraiL-cc
un personna,..e de quelque ÎII1porlance'! 11 et
bientôt on ne e f'ût pas rrêné de le dire tout
haut. Je ne devai donc jamais prendre d'a11Lre précautions ni témoigner d·n.utr craintes
que celle qui convenaient à un obscur déserteur; per onne oe me croyait autre cho e.
. lalheur à moi i mes compagnons avaient pu
deviner qui j'éta.ÎJ;; les un eu • enL pàli d' r{roi, le autr' eu ·cnt voulu m'arracher l~s
yeux; je ne ai pas même i le conducteur,
malgré l'appât de Ja récompense que j Jui
avais promise, malgré les recommandation
de mon bon ami, qui était aussi le sien, malaré sa haine pour le - t)Tan du jour, je ne
~ais pas 'il eill o é tenir ferme.
Il me fallait en se ond lieu, an milieu de
peliles facliDn qui di,,i aient la carro éu,
constamment éYi:Ler de prendre parti ; je ne
devais en méeool.enter ni en épou er aucune,
mai au contraire les ména .,er toutes et doucement me !aire jour entre elles. Que dis-je!
if fallait, par 11n art plu profond que cclu_i
de la coquette la plu exercée, m'attacher 1t
m'attirer tou le oins, à me ga er toutes
les ùienveilla.nces, à me conquérir tous le
cœurs. Ce n'ét::tit pas seulement Uù ennemi
que j'avai à craindre: il uffisaiL d'un iodîffcrenl pour me perdre. Ion .nlut exigeait
11ue, dao celle coterie compo éc de tant
d'originaux discordant , il o' ' eût personne
11ui ne ·accordt\t à raffoler de moi.
Pardon de lou ce détails; mai c'e t
r1u'aus i jama1s homme ne se trouva dans
une itualion embl. ble, et mainlenanL le
ri:cit des faits va suivre avec rapidité.
(A sui1vre.)

HI TORIA

LOU\.ET.

MADEMOI ELLE DE CLERMO T AUX EA
Tableau de :-l.\TTIER. \ lu. ée ConJé, banlill,· .)

DE CHA TILL

�PETIT l•OSTE VE 1,11A.'\D't.ARD1i). -

T.il'li:.JII j~ ~I ts ~ONlf.JI. (Co llt&lt;'IIU/t Clra11.:h.1rJ, illu.,u ,lu Lourre.t

Mémoire!

du général baron de Marbot
CHAPIT~E XXXVll (mite).
C pendant, le temp ,'éeou1ail an, apporter aucUD changement à notr po ition; ar,
hico qu l'Empereur eût prescrit trois Foi
au mar •chai oull d'aller promplement a"ec
une nartie de l'année d' ndalousi reuforc~r
l, éna, ult, imitant en cela l'allitudc dt1
maréchal iclor 11 sou ê0 nrd. lors•Jll'co I 0!I
il ·'a · ail d'aller le joindre à Oporto, 'était
arrêté n chemin ,·er la lin de jamier. pour
faire 1 .ièg • de Badajoz, dont nou entendions Lr·· distinclem ni le canon. ~I éna
rt: •relt.ail \Ï\' m nt que
n eoUègue perdit
un trmp préciell.1 à faire un iège au lien de
marcher ver lui, quand le défaut d~ vin
allait bicnlot nous contraindre à abandonner

le Portugal!. .. L'Empereur même apr' 1a
pri e de Badajoz blâma la dé obéi ance du
maréchal ,ouJt en dbant : a ri m'a rendu
ruaîlr d'une \ille et m'a tait perdre u.n
rovaume! ~
·c.e 5 février, Fo) rejoignil l'armée, à laquelle il condni it un r nfort de deux mille
homme lai sé à Ciudad-flodrigo. Ce g "n&amp;al
rerena.it de Pari ~ il a ait lonatemp conféré
avec l'Emper ur :ur la fàcbea.e po ilion de
lroup ' de fa éna, cl portail la. uou,·elle
annonce que le maréchal ' ult ,,icmlrail
bientôt
joindre à nou . lai toul le mois
de féuier '!.!tant écoulé . an •tn'il pariit le
uénéral comte d'Erloo, que par une faute
ine, plicahle l'Empereur n'avait pa mis ou
le ordre de Mas ·éna, déclara que es troupe
"" 121 •

ne pou. ·anL ,·i.ne plus lonatemp !i Le ·ria, il
alla.il retrograder sur l'E pa&lt;&gt;ne. Le maréchal
1 ey et 1 général Reynier a ant sai i celle
ocoasion pour c1po er de nouveau la IJl.i ère
de leurs orp d'armée dans 11.n pay omplètement ruiné, force fut au générali ·ime
de se résirrner enfin, aprè plusieurs moid'une ré istaoce opiniâtre à battre en retraite ers la Crontière, où il espérait trouver
le moyens de nourrir son armée, san abandonner entière.ment le Portu,,.al, qu il complait em1aliir dè l'arrivée des renforts promi .
La relraile commença 1 6 mar . Le aénflral Eblé avail à rand re;,.ret employé 1 '
jour précédent ' à détruire I barques contruites av c tanL de peine à Punbet ; mai ,
dans l'espoir qu'une parlie ~e ces immen es

�1t1ST0~1Jt
prcpara
urrail llD jour être utile à une
arro e
ise, il 111 enle
ecri\Lernenl
toute
rrur , en p
de donz
orn ·ie
rtilleri • el d-re
n proc wrbal qui doit être au mini Lère d
" erre,
1 inJi,
·
ù
uv
ieu
dt!pôl,
en
ra
ment
in innu
n
è !
1.. p
r
çai:f! furcn
lrnru si
éc
r, ant d'orme.
pendant la nuit du :, au U ma qu
in11lai. dont l ~ po. l a 'étaient .-é
d~
nôtre deunt Santar m que p:1r la
ri,·ièrr de Hio-fülor, n'cur nl conn:1.·
d,
notrl.' momem nl que le ),·ud main malin,
lor
· tro · ,, :nér I n , nier étaien
ÙJ
q li
1. Lord \, dlinnton
dau · lïnct•rlit
,oir . i notre mouv( owuL ·n il pour bul d'aller pa
l • ra e ~,
Punll'!e, QU bien de nous r
,cr 1El;parrne, perdit douze heure· en
ilnliun ·, el
l'armée [rau ·
vait a.'llé une marche ·ur
l ·
lo
ïl prit enlin la ré olut1on d,
1
;
1
mollement d d fort
l
1111
,
néral Jun
· '
imprudemmenl
er de~ant
ar
• r
Dt
le Jan. 1
1,1
e
rupccha p de
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11d
du
corp· peu
de 1 · c~
e.
L'arm
dir· a e
lonn dh
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Pomb
a
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· formait
ti'
rp
d :rendit ,..:iillamo pil'd à
. Quaul à • I , :na,
•
~ lorpeur, il 31'ail, du ;; au
!l mar· .
ltoi jours
I' con mi
plèleme
Irait', un
péralion
J 1 "Ile
U i éla
,
•
btLude, d'uue •m.i ,té qui nous ;tonnait lous.
1; rmée fra.11 •ài • cooti
'te
d"une moni~r régulière el
loinuail de Pombal, lor:;qu
de
fut ,..i,emcnl auar1uée p
mi . Le maréchal 'e l
leur Lar r cmnplèteme
l'
:-en 1' no équipai' donl
fort
1•ntc, il Ill mrtlre le feu à la
· torieu~ annfai. ~e :eonl n.:Cri; c
acl ·
qu'il c1uar · l d auaulé, comme S1 lu premier d vo
n én rai n'ét ·
lut
d
I ar
.. Or, omLru
oos
~
un é
lonn défilé q
nn mi.
t.l
•n I
r, le meilleur mown de le
arnlter ét.ail dïncen · la ville. è"était uue
e tremilé
e,
quelJ sont réduile
1'n 11nrcil
ati
es plu rivili ée , l
le ~\n bi
êm
nt om·enl agi de la
orle.
11 eut, l • t :! ruar ·, un comb t assei if
1•11 amnl dt1 lledinh:1, où le m '
·
aianl Lrou,•é une po ilion u ep
bonne d ·r n. e, crut d ·oir . '31'
Wellinnton, prenanl a, •c raison
pour une pro,..ocation. 1t a.ancer
· érahl . Un · actio11 très ehaudt\
: le mar •chal
epoo · le· eu
relira en uit
leml.llll, mai ,
avoir tm deux ou
cents bomp:ii:~

J:fÉM01'1f,ES Dtl GiJVÉJl(.ill BAl(OJV DE MAJ(ll01

1 r, d combat. L'eunemi en p rùiL plu ile
m·
· i ayant lon lerup. foud
tandis qu'il n'amil que
d
en ballerie. C
m
l inutile pour l
co
·n eflel, pu i~q u
•
ordrn de .e retir r, pourquoi \\ellioglon, qui
• ,a.i fort bien 11ue la n&gt;traite d françai
étant proooucée, le corp· de e1 .e rerocllr ·
marche apr nn halte de qu lqu '
b
lai 'a-t-il emporter à l'attaquer
p
ul plaisir d • le conlraindr à p rlir
t1
lu lol1 ... 'é1a· pr• 1 •ol a cette
a
d•plorai 11uc 1• faux umour-prop •
générallI ·ù fa1l Vt!rir t nt de
b
n. os • ucun ré ullal pour , ucun
ù
arLL·.
'arm~e fram;aLe priL po ilion
e
el • rd :-;o. Le U1omcnl critique de
retr:iilc était arrÏ\ '· Ma .én. ,
n • uulan
11uitter le Porl11!rnl n,ait rélu Je p
r, t
d'allt&gt;r c.,ntonne
l'rtilc
1&gt;3) s • itué entre
I
n d'
tl ndre le ord
, pa~
!'Empereur· m
ent a mit
coupé le pont
bre
"'0,
· par J,
tail
,l' "énéral'
r n ·
ut, reuou
r Ponte d
I' Aha, torrent d
i
ti r éu 1rnl prit donc, le
et dc,ail ller 1
Cor1·0; .u~anmoi
r1u'on pû
naîlr
motif, 1· •éuérali. im ail
à Fu
ul,erta, et c croy:inL
par
ivi«ion qu'il nait
réch
cy de plac r à rda
il u·a, il auprè de lui llu·un
nadier et 2~, dragon . ~lai·
réte.xle qu'il all:iit ê
· upéri
a
do
ce.
p
a
dq
i"l·
q
u ie
ur
du ruome
1, c
i e
..
_ime cl tout on
!-major à être ente,.;,
par I cnndll1.
En c.fiet, d, n l:i per,oasion qu'il était :!a•
ranti par plu,ieur di,·i ion Irançai - s, Ia~éna, Lrou,·aul le ile J · fuente-Cubfrla fort
"ré3Lle et le t mp Ufl'lrb •, o.rnit orJonn ·
de • rl'Îr le diner n pl1:1io air. • ou étion
Jon fort lr n11ui1Jem nt à t.ahle . ou. de.
arbre à l'entrée du , illa •e, lor que, lout à
r-0up, on aperçut un piqu l de : 1) hou-ard,
aogl.ti · à moins ù œnt pa de nous! t !grenadiers de la g-ardc prirent au, itùt 1~
arm • et enlourèreul a éna, pendanl que
tous e aide· de camp l les dra on , moula.Dl prowplcmeol à cbe,,11, ·a, nœrent ,·er
1 nnemi ..
UI-ci a)3Ill pris la fuite an uruler
amorce, nou peru àm 1Jue c'él:ii ni
d s bommes égare· chèrchant à l'CJOindrc
l'arm :e annl:ti:e; mai: nou a
ume_ bienLot un ré1rimenl entier, cl ,i
le coteau1
voi ios cou,,erl de nomhreu
troupe an.. t2

..

i?lai ·e. q_u1 cernaient prc que enlièremenl
FmmJe-Culierla!
Le dan"èr imminent dan lequel se trouv:iit J cruartier nën rai pr renait d'unt!
erreur de 'e), qui, croyant J
'rai' ·
informé par • 1 llre, ,· il
à
. ' di,; ·io
·
" · u
de
Crd:1 o.
e
nL
.
découvert.
e
ienl appro.-b •. en
du ,
de 1 'na : au ~i
eà
quel élonnemenl fut 1 nùrt b
emcnl, l3 nuit approchant,
·a u.11 épais brouillard, cl les ,\o •lai .
ne p01mrnl
que le ~nérali. im••
t
· · Ir
i coupé de .on armé,
qu
é p:.ir notr, ~ta lit
·' laquelle
i
nl
·er1;
ile
r
mmi 11ui paru
•
rla,
au moment n
I
mpl le · :eurilê, e
1.
ît'C
r :_ olutiou, il et ail Mas~n:i n\cc lou.t c1
qui él, il a, lu
1, dè, que 1
opprire.nl le dao
'a\l it cour
il' 1' firent . o
n !
1
ri n 'api r pr
que
én
françai - n'écha
leur
a
arrachant I pa
,
d'autant plu a
ut•
aré
e
portaient p~. de
rh · !
di1 heure· du .oir, le Traod quarlil1 r
"· éral quilla Fort Lranquillement Fueuterta, m
· e vo· in e de plu.it•ur ré·nls en
dont 110
trou ail pJa
e ém
tra1·erséc pa
emin qu ·
ui\•i
ur l'en élo
l mar-5er
n lral.l èm
ln)é hi n
l pa
neuù con
Fr.1nçai1-,
1 mrue leur ét.iit ra
11,-..
e, sacb:ml qu mon f
arltüt lr'
u· l'o. · , lui dormo des inslruclions, rl
b
·aoçant Ju.11u 'au ba. d la colli
•t
ant d:m l'ornhr,•, crit1 au cher
d
1
1ue le du · de W Uin on lni •nrnpal I
d appuJ r Yer
droite, cl
d'al
er un poiot l)D'il indi~uail, mai
cp1i
\'llil hor d • 1 dir ·li 11 uhie par
nou
olonel ennemi, n · J&gt;Ou,·ant di'lin~uer au milieu J la nuil el dan· l brouillard l'uniforme de mon frère, le prit pour u11
aide de camp :m.. lai ; il oWil doue ar-lc•champ, ':)oign , l nou pa :i'1111 le'L •m ol, heurelll. d'avoir échappé? oe nou,ean
don cr. la. sém et son ét L-maj
· · ,ircnt a1·:inl Il' jour
lrou~
Pendant ce Ion
pfuibll"
nn
· 'tait ivemcnl
ccupé de
quc.J,. lime \ ..• était constn
e.
on cb.eTill 'abatlit plu.ien
e
quarûer5 de roche &lt;Ju'on ne
,_
,·oir .' é3.U cd l'ob:cu · ·: celle femme courageu:.e
rel ,·ail,
rJ ue cruellemcol
meurlric: mai· enfin
,·hutr del'inrcnt i
nomLrcu
qu'il lui rut irupo. _iLle de repr~·ndre on
1, oi dP m3rch r ·, pied 1•1
l'un fut ol,li
la r ire porter par dé !!r nadier . Qu
il-elle Je enu i on nou
e1iL allaqu' .
us î le "émlral' simc, toul

d'un vigoureu coup de rov r t et I traucbant de ma lame Cr:ipp:ml ur 1 d nt d
cet homme el pa ·saol •nt re es màl·boir :,,
au moment où il cri il pour 'aoinier, lui
fendit la bouche el l JOU ju qu'au
oreille.!. .. Le "i ux hou arc.l •~loi"n:J prom11Lemenl ' ma ,,ve ali faction,
c'était le
plus bra\'C el le plus eotrcprcnaut des deu .
Quand le jeune .e ,it ul en face J, moi, il
hé. il.a un moment, parc que, 1 tM de no ·
chenu.x :e touchant, il omprenail qu · Dl
tourner le do pour eolr r dan le boi . 'ét. il
', po er à être frappé. n · d :termina pourLao L en , o 'nn t plu · u r ol Li CDJ'l, 1rançai
venir à mon .ecour ; mai il n'é ·it, p l:i
bl ~ure qu'il r ·doutait. car, pou . · par l3
col'-re, je le pour .uhi quelqu pa I lui
lion•• i un coup d point da1 l'épaule 1111i
Je Ill ourir encor• plu ,ile ...
J' •ndanl ce combat. qui dura moin tle
lemp · qu ïl n'en faul pour le ra nta, no
éclaireu.r~ 'ét.ienl rapidement élancé· pour
,·euir m déga er, t&gt;I, de l'aulr ôl'. 1
cira. ~cnr an lai· apnl marché ur lé inl
où ,·cnait de lomlmr leur offi ier, ce. deux
roup ennem· tiraill'·rcnl 1• nn coolr ·
autre , et je ru ur I• point de me Lrou'r c.tpo a01. b:ille de d u partis. \l ai_
mon fr'-rc cl Lignnill , qui, du baul de 1:,
po~ition occup par rarmé', m'av:i.it:nt ap r\'U
au pri e. a,·cc l'officier el le i.leox hou ard~
an lais .'étaient cmprrs.é. de reuir me
joindre; j' o grand bc. oin de leur ide car
je prrdais une ·i grand quantité de ·an par
m bl ure au dlé, (Jlle JC m, · ntni.g dLL
faillir, l il m' i'tl été impo ·iLI de r • L r à
du:wal, ïl ne ru'eu nt , oui nu.
l):\~ que j' n. rt&gt;j11inl l rand d, t-major,
la.. éna me prrnanl la m in, me dit. oc· t
• Lieu, ··e l trt,p bien m m,•, car un oflid •r
« npérieur ne doit pas ù1110 ·er en fai_anl
a 1• t·oup de :n!Jr aux a, ant-po~lc ·. 11 Il
avnil rai.son! M, i. quand je lui eu. fait onnaitr • le· motif c1ui m'a,11i nt entr:iiné, la,iu, ne me blàma plus aut nt, cl le maréchal 'e , plus bouill:1111, rappelant r~poque
où iJ était hou ard, . 'écria : • a foi, à J,
« place de lnrbot, j'aurai· a"Î comm,
« lui!... Tou le "énérau el 111e
r d \'lntcnl me donner d mar11u
rèt, pendant que le bon docteur Dri · t me
pansait.
La ble . ure de ma Joue n':i,·ail aucune grü,·ité; ellP fut c:ica.Lri · au Loul d'un mo· • ,,
l'on n oit à p ine la trace le long du favori
au be; mo.b le ·oup J pointe il •1b.re qui
a,·, il pén :1r· dans mon 11:in droit ét 't dangcreu , urtoul au milieu d'une lonnuc r
lr:iitc, qui me forçait royao- r à cb ,111, ~ans
pouroir jouir Ju r po dont un blessé ·
\\'u.LJro;Gro . .
hc~oin.
lir.H ur~ Jt .\. l:4llro. (C3N11(1 Jt~ Efl.J ft. ,
Tel fut, m chers nfanl , le r: ·ultat de
mou omù:il. u, i l'on ,-eut, de mon é1uimon shako, ru ib rn cl ma peli
rurenl JIÙ de liraada ù • ono. Vou :1,·ei co11(enil
crit,
1moinli qu je r
hk
le hako 11ue je portai: al r,, el 1 uoru•
coup·: mai e
le p
br ·u · ntaill · &lt;loot le _al r' an ..fai l'onl
1.
.anis, .old I à
u~ta
d~cor: prou,cnl 11ue le den hollS3rd ne
on
e pla.s d'un pou · ta pointe me ména renl pas! J'a,·ai~ .iu i rapport:
de ,o
e dan le llanc droit! Je ripo. lai ma giberne, d.onl la banderole avait reçu trois

• ,·eux faire un peu Lata.me aYec ,·ou ! Je
ne ru· pa de,oir répondre à œue fanfaronnade t tournai brid t~r no arant-po~tes,
placé à cinq cent pa en arrière .... L' \nglai · ru· uhit en m'accabliint d'injure !...
Je I méprisai d'abord, ma· :ilor l'oîllci r
ennemi • 'écria : · Je rei:c,nnai bien à ,otre
11 uniforme qae ,ous !!les all ch , un maCH PlT~E XX VIII
t&lt; r chal de France, el je Cer.i meure dan
J
• i i111ml1
• - \1Tair1 ,le l o,
« le journau.t de L ndre que ma pr _en
,
'ou~e
els .i.. :il «:na. uifi polll' m ttre en fuite un lric/1 ·, un
1 J ututi
!·
a pollr1&gt;n d'aid • d cawp de . las,éna ou d
nd main
•
aprt• · 0: p ! »
.ra,oue ma faute· j'eus le lorl hien !rra, l'
.-.
pou, é 01
\"
entr•·p
1lrc l&gt;OII.
de remil le !rro· d ne pouroir upportcr froidement celle imd,
u
an u
o ilion n perti111:11lc prowcalion. el mdtanl le ::ihre à
a,
lir
J Co
Jonu 'r · 1 rnnin, je m'élançai a,·cc fur ur conlr • mon
l'arli
et
ét1uip
r trn- ad~ersaire· mai·, sur I point Je le joindre,
v r ·l:'r
éf'
cé CU
Ollr". j'rnknds un "r;111d rrulement dan 1• boi ,
Lorù Wdlin.,1011, apcr
fran- d'où 'orteul l'in, t nl m~me &lt;lelll hou arrl ·
an •I, i qui, ·arançant au alop, m coupent
in i rr ,t,• , Il
forlt!
la r Lr:iil •!.. . J' rais donn: J· n un clÎl}ul annmu;ait
rn nt
, l r:,11u
, \'OU!anl Jonncr de~ apen ! Je oompri · qu'nn d '•fen.. d plu
·ner riqul ponv:iit eul m' \it r la boat
in truclion. ;,
na
fil ·on,o&lt;I uer auprc de lui. ·'
r1:n&lt;lire111 d'ètr roil pri ·onnier, par ma faute, à ln ,11e
proruptcm •nt. L ma
1 .e fai- de toute I', rmé françai. e. ·pect:ilr1œ de ce
combat disproporûoun; ! ... Je me pr 1cipitai
nt all ndre. le !!élit!
:crh-i
donc ~ur l' oHicicr an loi ... nou · nou, joicomm ml ut (1 1 l el 1
Ïn\it
i;non ... il m porte à la li ur un oup d •
~l'nir au pin lùt. Cet
11ui p.i
tranchant de on :pt!e; je lui pion
mon
:ail Ir~ Facile :1 r·mplir, faillit ei.:~ntlan
001 le
.
..
.al,re dan la or e... on san rej il lit abondammer1t ur moi, et le mi ·&amp;raùle, tombant
L'a
c
étail rau •ée n plusieur
IÎ"II .
·
furm,. d'ampbi- d · rb ~:il, ,a roukr Jan la pou i r qu'il
lh ',ilr
II
l'
e do
011
mordail av c r e ! C p nd:inl le d •u hour
q
deux
col- _ard~ me frappai ut de Loule part , princi- somm
prali
i •11 palt.:lllfilll ur lètc. Eu quelque c ·onde~.

eu nou conjurant de n p : abandonner
lm _- ... , nou &lt;lit-il • plu.~icur tl!pri.:es :
a Oueil"' f ute j'ai comLULc en emmenant
UII r mmc à la '!UC!U. ! ·u Drcr, uou . or1im1- de la ituation aiùqu dan. 1 uelle
• C\ IIOU: a,ail jeté .

i

n

i
1

e quel
uque
ob,
chemin
u
Il ~
momcn t où fl l ,t •L moi par, pour e écu
·
le tiraill~ur
. rrbanl ù.
:i;
11Ôlrt: c
:_
plu, c r
er
m n cam
• nous
l'ekt prit le chemin de
celui de droite, •n ~1nl
e dairi'1re ou
trountieo nos
1

le

I maré · 1 1 ·c, venait
pui. main d'un quart d'heure,
je
mou Jernir de
rir
coolre.
· '
·r de I indr
j' enteodi
u a,·
hall . i
o
...
: •,, é
n
IC
qui
c
• Bien que j1•
le
Ney orlé par un Jort
d :t,acJiemeul. jll ne lais m p:u; d'ètro inquiet
ur n cowpk, c:ir je aignai~ que 1 · ,\niai ne r
ent
orque je '
t:nfin :iu
d
nr la rh·
Pel · ·
el ton
e
tnin J
r' · qu

•

or

ce

ait.nt

•tour
de lui, •tnand un
licier
• à pi d annlais
. ·1l\aoce au lrol d
peût che, l el m
crie : 1 .\.llend 'Z, moll:iieur ,.., r~nçai I je

j'al
j ·uue

---.

�1f1STD'J(1Jl

_________________________________________

coufl: d,· tr, och, ni i mai elle a él ·. i: .. ré4.·.
J' i dit tpr'an momC'nl ou j'étai emoyé
l:i recherche du maréchal 1 rv, l'armée Crauçaise, rénni • llJ' 1 f'O~Îlion cjui domin liritnda de .ono . . • llcndail ~ êtr alla,111b&gt;.
Ce co liat n'eut pa. lièn. Wl'l!innton, intimidé an douli par ses perk · d · j ,ur. Im:céden , rr la la war L de · troup , c
11ue \O_anl. Mn ·s tna rr~olut d &gt; pro 1ler de la
nuit, riui :ipprochait, punr raire lm\ •rser (ltl .
Ît•nm· 1a liU ·I le Jou .. d{-liP de lirnnd:i
ile .ono. la itualion ful alors l1im pénîhl .
J'avni. mar'hé 1,,:, den j011r. cl la nuit prétid nt , el à pré ent, l?ri1nmenl hie • •• et
affaibli p, r la pr!rlu d'une raude t]Uanlif: de
. ng, il me f Uail pa ~ ,·ncort la nuit il
b al, par de· rh min aUr u , •1u·e11comlir ienl 1· hariol. d,:. 'c1uipa 11 1• , ceux de
l'arlillPri1 cl d,· ni,inbrc . colonn • de
1ro11pc. , contre le,11udl j~ me b url i. :1
rha11uP. in. 1ant, l'nh,curit éro_nL de plu~
profond . Enfin, pour coml.tlc de malheur,
11ous (1\m assailfu p.1r un ora 0 • :1ITr u • La
pluie trarnr~a m,· ,·ètemenl5, j fu hi nlol
trami de froid cl
louais ur mon che al
dont je n'osai· J euJre l'our me r 'chaulfi r,
car c n'aurais pa eu la force d' ,remonlcr.
.\joutez c la 1 ,ive?. doul ur que me c.1u~ il ma bl
u au nane, 1 -vou aur z une
faible iM de ao1rois.c auxqu Ile je fus
·oumi pendant c:elle cruelle nuit.
I.e 1:i nu malin, l'armée franÇlli c parvinl
ur 1 bord de la e ra, en face de Foz Je
Arunce. Celle petite ,·ille est i;ituic ur une
colline 11ui ilominc la th·i~re ain i que la
plaine Je la rive :1Ucb par laquelle nou
arri1ioo ... Je lr, \ r i I pont, l ün · m'ëtablir momentanhnt:nt Jan uu • mai on, où je
compt.,i · enfiu prendre •1nelque repo. ; mai
j'en ru crnp ~ché par 11ne scùne afl'r u c qui
se 11. ~ a on~ rnc · y u . lléj' le corp de
He nier cl de Junot étaient dans fqz de
runre celui de :c\ · lrom-ail tnrore sur
l'aulr· rive: mai 1; 'néralL iw, inlorm:
que l'enn mi nou ~uivail de pr• , ne ,oulut
pa rxpo r :;on :irrii!r
rde
comhaltT
:mllll )· Ceu J.,rrî r' . ·Ile. Il pr cri, il Jonc
a~ marérbil .:-;e de faire pa ·er la rhière à
toult· . &lt;!' lroupt' , qui, :iprè :t\'oir coupé le
pool el pl c, d forl . :irdc en fart- d'un
u 1 1111i l'a ·oi. ine, pourraient pai iWemcnl e
repo •r d:ifü •Ile lionne po ilion. Le m ft'chal , ·c,. atLrilm, nl aux f. tigue. d Jeu
derui -., • journ c la lenteur de t•unemi:, le
•rol il encore furl loin, ~t il crul q11'il rait
pu, illauime d' odonnl.'r compl~lt:nwnl l:i.
ri\'e gaucl1v. En toaséquence, il laissa deux
divi ic,11. dïnfonU~Ti ., l. Lri ade de caH1l ri
L: molle, quelqu : pit•œs Je l'allOll, el ne Ut
pa oup r le pool. ·· ttc nouvell désobéisune faillit aou, coùlt•r hien cher. En effet,
pe.ntl, ni que J, -.-.éoa ·' 'loign:iil pour 11.llvr
ut\1•iller a Jlonle-lluràtllia le rétablL.cm •nt
ù\111 autre pont qui dc,nit n ·urer le leoJtmain ~e, lroU{l\: l'impnrwnl va- :\ 178 th• la
rhir d' \ h. , cl •JUC I • mar :ch l è). rempli
de confiance, venait Je· perm llr • au ·•J11ér;1(
L.1molle de traver, r le gué de l:i ejr pour
aller pr\llldr
fourrages ~ur la rive droite, .

;

lord i.·ernn ton p:irail u. l'impro\i,le el ll,qne imm dia lem nt Ir.. dirL ion . j imprndemmcnl la.is t1c sur la rive auche de la
Cc ra! ... L · ma.r1.i;bal :e~, e plaçanL alor.
cour, eu. ment à I lt~le du 39", repou. se i,
b bn1onn tt.e une bar c de 1lrogon anglais.
.fais le brave colonel L:lmour, du ,.!I , étant
1ornli: mor1. fr.ippt: J 'un coup d· feu, on
rt!gimenl, dont il 1:!1:1it fort e limé, 'émeut
perd on aplomb,
jclle ~ur le à el l'entraine .. . En c · mom nl. uoe l.i uerie a :ml
p:ir m;garde envov1: un lioulet dan
li • dir~ction, no · oldal · e crol·ant tourné , el
. . isi d'une 11.:rr ur p:rnique, court'lll n lnmulle ,ers le pont!. .. Le général Lamollc,
qui d' 13 i e oppos ·e perçoit c •lie relr ite
1i •, ordonnée, reut çonduire . e · ,a lier, au
ecour~ de fanla in:; moi· , :m Jipu dr re-pa ('r le ué d.Hficile par lt•r1uel il ~Lait ,cuu.
il pr ·nJ le ch .min le pl court el 1:.ncomLr
a,·ec a brigade le ponl étroit de 1. C r:i,
pendant que la ma. d fn~:ird~ • pré. otail en os contraire I Il rf uha de ce p lem le que pcr~oc ne pouva.al p er, hon
nomhre de fauta in:;, arrimnt à la uilt• de
leur mnrad et voyant I ponl cmbarr . sé,
. c diri ent H'rs l • l?Ué et ~' pré ·ipitenl !.. .
La urand majorit · parl'in ii I franchir,
mai:. plusi 'Uts,
lrllmpanl, lom rent 1lan
de t:l\ité. où il
no reol 1
P nùan1 cett c:'.o dëplorable, le m3r • hal
, 'c ·, qui con umait n elTorl pour réparer
a foute, parvienL enfin réunir un bataillon
du 2i•, fait Lattre la char e et péuètre ju.s11u':un: dili.ion ,rennet el 'er .·, qui 'Llieol
re ·téc lcrme Îl leur po t • et cowb Uirent
,·aill mmcnt. Le aî:m.lcbal :\c)·, • m llanl
leur li1le, r prend l'ulTrnsin,, el rcpou · · 1•·
ennemi jusqu da,is leur c..UDp princi 1.
Le
nglai , étonné p:ir celle '"i' oureu
au que, :iin.i 11ue p:ir 1 · rri de c ·u de no
oldnt, qui e d~Lau.aienl tl u I · eaux de la
~ra. crurent que toute l arm~ franr;n.Le
'1Hançah contre em; il sonl à leur tour
frappés de terreur, ~lteut leur :irw • l i &lt;cnt leur noon · cl s'ahandonncnl nn • fuite
pr~ ipitt'. !... Le Lroup d "dlér:m J\e}nier el Junot, plam ur la ri,e droite, rurent
alo , iru;i qur moi. t woin d'un . tacle
hi a rare la &lt;'tre, celui de plœ ietm diviioni1 de parti différents e for,rnt mutncll meut da~ le plu rand dl; orw !... Enfin
la pnuiq11e é1D11l lm &lt;e de p 1 •l d'turtrc,
Annlais cl J'ran\•ais revirmml peu li peu ur
le terrain abandonné, pour rama r lrurs
ru il ; mai on était i bonteu de 11.t:u
eût: , que l,ien 1ru 1 . old:1
nnerui · fu~enl INh pr , il ne fut pas Liré un seul roup
de fu.il, ni : lllll" ( aucune pro\"O alion; chacun re n!?TI
ilencieusemenl son poste ....
Wellin"ton même o'o,a. 'oppo er. la retrait
do mlll'échal 1'e ·, qui fü rcpa_ er la rhièr
•L couper li: pont. Hans c biurre t!n ll('mcnl, 1 \n lab •ur nl ".? 0 bomm bor.
dt! et&gt;mhat et nou l'D tuèrent un,• cin11uaut...iine; m i no1L e11mt' 1Oil no~~ , el, mallieur •usemenl, Ill :i!I perdit ·on :ii l • rtut•
J, · meilleur pion ·eur ne purent alor: rt.'lrou\'er; elle le rut l'éttl uha.111 p,1;r l ,~ pa1-

porluaai:, 1 r rtuc le,:, t rl cl1, ltllr:
eur1mt mi, '. .ec une uli d~ la rîTii-re.
I.e maréchal ·e~, furieux de l'échec qu'il
, nait d'éprou llr, 'eu priL au én' al 1..amoll el lui r&gt;tira sa brinade. Lamolle était
r p ·ndanl un li n et br,1\'e officier, a1111uel
!"Empereur r ndil ju Lice plu lard.. uanl
, ·c. , il était i Jé.,ireu de prendr · une r •
v ncbe de ,;1 mé ,enlur~ que, d..,n l'e poir
d'au q11er "Pllinnton lor qu'il \'OUJrait son
tour pas, •r la eyr:i., il resta immol,ile un
p rtie d • 1 jour11:, du rn ur 1· Lord. de
elle ri,.,i . l la • rn fut obli ~ de lui
cxpMier r1uatre ou cinq aide de c. mp pour
le forcc&gt;r 11 le\'et on hh·ouuc Pl :1 ~ain,· le
mou,cm uL de relrailc. l.'arm1: • rr II il
l'Ab• le li, :,ur le pool reconstruit~ 1'11 lt!,1ur lb,, et conlioun ptnd;tnl cinri jour ~:i
r traite ur Cclorico :rn i!tre i111p1iélêe.
La \' 11,1 1111 uou. ,en.ioru. d
rc urir
culr le MonJ go et la cL:iinc J'l-.m 11. C-"-l
lrj: pralk bl , de plu, ferûle . el l'arm~ .
vi!cut dan l'abondance; au, i en nuw r trou v nt aCeloriro, où, à uolre cnlr · • en PorlugaJ. 1 hw a1a.it eu la mnlenconlriw. '
idée de quiller ell•• l Ile ,,ill :e, pour •
jeter dan· le monta o •s dt! ï u et de llnaco, J'a.rmte li- blâm -l-ell • Je ,.. ,me.au, car
c lle faute anil coùté la vie pluj ur millier.; d'hommes el fait manc1u r notre umpagnc. Au i l maréchal, n pou,an1 . e ré i"ner r olrer •o E.! pa"n , rê~olut-il d e
m inl nir en Jlorlug11l à tout pru.! ... Son
projel éLail Je r '-"3!:llt!l' le Ta"e p;ar uarda cl
Alfa lat s, ,le prcndr po. ilion à Corin el Plac~ncia. ùc ré1.aLlir le pont d' 1 antara, d .'~
joindr au troupe. fr nçai
commandé
par 1 m:iréchal nit dr,·aol Bad jo~. de: pr1uélret lous enscmblu d ru, l'Al,•utejo, et Je
ma.rch r eu uitc or LH,onn . la. 1011 pérait forcer ain i Wellington à rélm..!r der
promptem nt [lOUr clierrhe.r à déf ·ndre cdte
capil3le, ql.Ù, L qu
rc'-•1r· par I' lenhdo,
n'aurait eu que fort peu de mo; n~ de r{ i
L:ince, • l' Ile n' tt.a.il pa · forlitii.:U sur la ri,•c
n ucbe du Tane.
Pour rcndr · 1 mar h d
l'lu.
facile, le maréchal P.n O!:t •n ~~ p:iguc tou:
1 hies, :,el m1bde.i.Je refu~d·l• ·uhre,
et, ruai ré 111
u[rancc., j prërér i ·cst1:r
nu milieu de l'arru :c, nupr . de mon (r, re el
de me cam:mid ". l'rmlant la mar•·h • d.c
de.ni jours faite à Cclorico. a éna a~tnl
communiqu: ou plnn fi ·es lieutenant , 1
mar&amp;b l . c,, ui ùr,ll i do d · ir d r fOII·
Her on indépendance, ·'oppu à l'enlr risc
d'un nom Uc cnmpa n ·I ùéclara 11u'1l
al.lait ram 1 •r · • trou
•n E pa••nc, par·
qu't•Ue· u Lrounli•nl plu. eu Portugal d·
quoi fair . du p:i.in. 'ètail ,raii m is l'armt.le
:ivail d'imm n lroupea11% et élait b ituide uis .i moL
,h·re .an pain, chaque
.oldnl r('( e1:ull plusit:ur lirres J,, vi:rnrl cl
Ju 1in n 11nantilé.
l.a uomelic Il :_ ol '.i ~ • n,e de , \. encor ·
plu J itiht què le. rl'l.® nie!-&gt;, e -cita l'indi~nalion de lo~ én . li ) r :[IOndit I ar 011
or l'll du jour 11ui ùl~il au wa '.-cbal • y le
commandcme11t du G' corp . et cte d • 1i11

�1nSTO'ft1A

---~..a----,__.;._______________

~Ul'Ur, ju te et indi pen able. ~fai trop tarJir; il aurait r lla. le faire l1 Ill première
rébellion de . e . Celui--d refu • d'aliorJ d
'€loi n... , en dLanl que l'EmpPr •ur lui :1~301
donn : le command m ni du ti corp ·, il ne
le quilte.rnil t(UC par son ordre 1 . fai I ém"._
rali. iine a anl reitt:ré on injC;nrlion, le mar,:cbal . ·c~ partit pour lméida et rentra en
E pagne, d'oi1 il se rendit aupr\ de l'Empt·•
reur à Pari!\. t 6· cor11 fui nli,; au fu ·
rai Loi ·on. que . on ran" d' nci •m1 1• appelnil nc,: commnnd1!Jr1 ·ni.•
I.e remoi du m:in:cb 1 :'\e1 prOlliû.il ur
l'arm,1. une · •n ·aliou d', utanl plu prornode
1Jn'on en connai nil le principal motif, cl
1111'il avait ,. primé l vœu génL:ral d Lroup ·• n insi ·tanl pour rentrer !!Il E pa~ne.
l.,c 2\, l'al'méc, comruençaot le mou\e.menl 11ui ,levait la ramener ur le 'fage, occupa IHmonl • el ,narda. C ue d rni're vill
esl J. pl1t élr,· •. d la Péninsule. li f; · ail
un rroid de plus piquant , qui fit mourir
pin. i,?nr homme •t rendit mii Lle ur au
c11li- infiniment doulour ·11~.
· tna rc ·ut à
Guartla plu. ieur dép 1 be du major g~nél"c1l,
prt&gt;~11u' loul • a)ant deut moi. de date! Cel
démontre dan tJuelle err ur était •'apoléon
n pensant •1ue de Par· il pom-a.it dirio-el' le
mouvement d'une armtl fai ant la uerre de
Portunal! ... Ce dép1~cbc par~inrenl au é-néro.li ime d'une manière inusitée ju.qu'alor.
dan. l'armée rran · i e. Le princ Berthier le
av it l'onfiées à [. de Cano11ville, on aide d
cnmp; ma· ce jeun orlici r, un de hca11.1·
dé I' rmée wyant la difficulté de joindr •
l'armée de Ma éna,
contenta de dépoi,er
-c.5 dép•kh · à Ci11dad-flodri 17o,
L reprit 1
che io de Pari , d'où l'on cherchait préci. é•
ment à l'éloi '.ner à la .uite d'une brupnlc
équip1:e. oici l'anecdote, dont le tait principal
rem nte à l'èpo ue où 1• néo 'ral llonapartc
comma.odail n hef l'armée d'Italie.
Plu ieur d mes d a fomiUe ~l nt venue.
le joindre à "ilan l'une d'elle. L:pou.a nn d
·e générau le- plu. dévoué , el comme,
• lon la mode d11 lem p., elle mon lait ~ cite\. l. "ynn l uue p li te pclis~ la hou · rde
par..J u. s ,·êtemerH lëminin ·, Bonaparte
lui en a,,ail donné une remnrr1unblemenl
h Il par a fourrur et urtout parc• que
1 lt00ton ét i 'nt en diamant. Quel•Jue. année. apr' • lle dam , de,enuc
,eu l'e, ·• ;tait remariée à un prince élr:tn!!er,
lor~qu'au printemps de 1 11 I' mpen1r,
pa~. ont 1111 Cnrrou el la rerne de la "aroe,
ap n·oit au milieu de l'étal-major du prince
Berlhi r l'aide de camp Canou,·ITle portnnl
tièr •menl la pt!li · ·c donnée par lui j d' à a
parent ! L fourrure •l le diamant. coo·tataiènl l'identité! •ap léon le reconnut t
· n montra fort eourroucé, la. d W' fut, diton, ·é,·èrem nt rtprimandéc, el i"iwprudenl
piuine rcçul une heure pr l'ordre de
porter des dépè(hes à Ja séna, auquel il était
prescrit de tenir cet officier indélinimrml
aupr' de lui. Canou.Yill 'en douta, el je
-vieru de dir • comment il profila dn h ard
qui l'empêcha de pén 'trer en Porlu2tl · mai
à peine était-il de retour l, Pari • 11u'on le
0

ré ,pédia pour ln. Pénin ule, oi1 il arrif tout
honteux. de, a déconvenue! Ln conver·atfon de
ce moderne La02un oou a.rum,a, en no1J,
mettant au cou.rant d. ce !JUi 'ét.ait rn$ é
dans les alon de Pari·· depui ue oou en
11ioo ab enl ' cl noue rime L aucoup de la
r cherche de a toilette, qui contra tait
ndement an~c le dé!ahremenl de no uniforme
u. is par une nno: de campagne, de . i; , ,
Je marc-h el J.e comhar ! Canou\'ille, d'ahord
fort êtonnf d, la prompt tr,m ilion qui, d •s
cliar111ant · houdoir pari.i m, l':n·ait jclé au
mili n d'un Livou , parmi I rocher ,Ju
Porlu.,al. . • r: ·igna ' cc changentml. C'était
un homme d' prit cl d cour:, c; iJ e ltL
bravement tuer l'ann · ·uirante la bataille
de la • losko,\a.

pay. ciroon\·oL in ~l ienl plac sou l'autorité tlu mari!cbril nes~1ère , aurtuel l'Emp r •111 aV'llit confié le commandement d'une
nouvelle armée dite du Yor,l, enti ir •ment
compo·ée d troupes de la jeune !!llrde. Il
n r~ ulta un confli d pom·oirs enlr le.~
Jeu maréchaux. I ,i1\re&lt; Ymilant con. ner
tou. le appro,·i. ionaem nts pour , es troup •.,
el . hi érro :oulenant ave' rai ·on que l'arm~
r1u'il ramenait de l'orLmral, ot, elle ,·enait
d' !prouv r tant dt• prir. lions, avait au moin
aul int de droit à la di lri1ution de ,hrcs.
L' .111pereur, ordinrurem nt i prévor·1nt.
n'a,·JiL donné aucun ordr pour le
"il
l'armée de \l,Ména ,er:iit forcre Je rrn1rrr
en E p:i n .
Il ré,,.nait donc une aode inr.ertitude . ur
cette fronû re, princip11lemenl pour la défen,e
CHAPITRE XX
d iudad-Rodrirro et d' - lm1Hda. Ces dem
îorter es l'un e pa nole. l'autre porlullo•traile 1h\fi11i1h •. - r.onful!IOD tl'nrtlr . - llct11ur
ai e, ont! •li ment voi ioe que l'une d' Il
011'«·11 il 5Hr Atméid1. - ,rau,~i,c 11loor.6 t.lf' 11,,,.
Je\· nnil inutil . L'F:mpereur 3\'llil donc orît·w~.
donné de r tirer la arni on ain i que l'artil1~ dép ·h de !'Empereur qu
. de Ca- lerie de celle dernîère place, t d' n d ·molir
nou1 ill a,ait lai ée · Ciudad-Rodri o, lor- 1 rempar , déjà i fortement 'branl par
d on premier ,o. ll"e, étant parvenu à l'eq&gt;lo ion qui, l'année précédente, nous en
. la. 'on pend Ol qu'il était à Guarda, en d'
llYail rendus maitres. Mais au moment oi1 le
po ilion de arder les ri\·P, du Ta ·npérieur. ":oéral Brenier, gomerneur, allnit opérer la
le énérali ime, au lien d'exécuter on mou- de lrucûon d'.\lméida, iJ avait r çu contr ._
"emenl ur-Ie--cbamp, p rdit plusieurs jonr, ordr do mini lre de la guerre, de rte IJUe
à répondre à œ lettre d tées de deux moi . ~la .énn, arrivant de Portugal ur r.e entr Ce relard oou fut nui ible. Le ennemi en fait n'osa prendr au une décUon. CepenproOtàrent pou.r réunir leur· troupes et ·in- dant, comme .e&lt; l upc. ne poufaienl ubrent nou attaquer dan Guarda même. ous
i ter dan I environs rocailleux el térile
les repou lime et il en fut ain i dans plu~ d'Alméida, il fot contraint de los éloigner et
sieur combat partiels que M:i ·na soutint, d'abandonner celle plac
· propr r
pour tlendre d • ofOei•r eoYo · · par lu, v r
. onrces, qm consi laient en une tr faible
.!.leanlara. Leur rapporl ayant con talé l'irn- garni on, ayant seulement pour 11in«t-cü1q
po sihilité de nou.rrir l'arm 1e d ns une con- jours de ,irre . i ron eût eu d ordr
tré sa.n re ource , la volonté de fa 'na positif· d l'Eruper ur, l pré 11ce de l'armée
dut 1lé bir enfin dc1ant une accumulation de Pôrlu,,al eût permi de détruire n une
d'ob. la les qu'a gra,·aicnt encore la r 1pu- . . emaine les fortifications d'Alméida, que le
mance d
~nérmn el le dénuement de
.\n,,.lais ·empr èrent d'eDYironncr d r1ue
trou~. li fut dune r · olu qu'on reotr rait l'.irrn • e fu l éloi"n
et il fallu L entreen E pagne. ~lai au li de le fair promp• prendre le mois :,,ihant une 'an !ante pétement, le générali • ime. retardail s: . orti
dition pour aurnr cette place, ce a qnni l'on
du Portu,.al, et lord Wellin ton, .aie i_ ~ant ne put mèm · pa p 1'·coir.
l'occasion que lui offrit on Fau moure.mcnt
L'ordre qui plaçait le comte d·Erlon •l le
du aénéral Rciuier, J'allaqua li ... abu al. 1,r,.
corp. on le comm:indement du én :ra$UC
Iur1ml IJalancê ; néanmoiil. nou. er)me. 1L s,me Yennit euCin d'arriver : c'était trois
en ore deux à lroL· eenls homme bor de moi. Lr p Lard!... Le maréchal Ja éna,
comh L Jans è t en a emeat "lorieu , mni. :tpr' arnir mi .on armé en cantonn m nt
ioutilt•.
colt Ciudad-nodri o, Zamora t alair..anquc.
L•3rmée rranç.ii. e pa . a la fronti' re le le11- alla le 9 avril établir ·on quarlier général
dem:1in, 1•·• o,·ril, el campa ur I terr&gt;
daru; celle dernière \'Îlle. Pendnnl que nou
d'l~sparne. Elle pré·rntail encore un cOi ctif nou • rendion., ~ . pa
:ou I yeux du
d plus d' quaranl mille homme • et :na.il g'ni-ra.11· une un fa.il peu honorable pour
envo é · iudad-Rodri o ~t alamanque plu- l'année annlni . îr Water , Cûlonel attaché
ieur t•.onvoL de malade· el bl . • , 'éle,aol à l'état-major de \ ellington. 3.\'llÎt été fait
~ pin. de dix mille. ou 'tion
nlr
n pri-onnier par no troupe. ,el comme il donna
Porlm.ral .:i,·ec oÎ:lante mille comballan .
parole de ne point ë,·ader, ,fil, éna presan' compter la divi ·ioo du 9 corp: qui I inl crivit de lui 1. i. ~er e arme , on cbe,-al, cl
noru rejoindre .• 'olr perte a\'ail donc 1.:.té de le Io"er !ou~ les _oil'h dan· une mai on
pe.nd:111l celle lonme mpa!!lle d'emiron di
particulière. C·t ofricier vos ae;iil donc lihremil! hommes tué , pri ou morts de maladie! meol à Ja aile de no colonn , lor,,qu'en
L' rmée prit po itioa utour d' lméida, de p nl da.n le boi de atilla, où elles faiCfodad-Rodri o et de Zamora. fa séna se saient une balte, il i ·t le moment où
trou,·a alor. dans une situation de plu~ ch cuo e repo ail, et mettant . on excellente
pénihl ; nr l"e deux: pl.ac . forte el 1 • monture au galop, il di. parut! Troi :ours
... ,~6 ...

,

_______________________

Mi.iK01'1(ES DU G'ÉN'IfR,.AL 'BA~ON DE .MA~BOT - - ,

:ipr' , il r&lt;'Jmgmt WellinntoH, &lt;JllÎ parnl pour le retenir : Li ~nh-ille, homme Ir:--. calme,
Ir u,· r le tour fort -plai. ant !..• Ce Ill 'me mai tr ferme, resta inébranlable. Il fixa
\\'cllinglon r :pondit â ta. 'na, qui t-e pl. i- Jonc le jour de on. départ. Le commandanl
Pelet étant en mi~.ion, Je rcmpli.$3Î le
•nait d ce 'lue l,· m1liric11s porlU' ai" ma
sarraicul Ir. prhonnier · rrançai • ci :11·aienl fonctions de premi r aid de camp, et en
11:i!!U r fait uLir l m~me . rt à un de no. celte l[ualit.é je r 1uni. lou le offici r. de
,;olond d'ét. t-maJor : , Qu
trouvant l'rtat-major d \lu-éna, et leur propo ai de
donn r nne marque d'e.,time et de regret à
1 dan l'ohli~ation J'emplo1erlou le mo ru.
notre nncien el bon camarade, en l'accompa(1 pour reppu,. •r une cruerre dïnH1. ion, il
"ll nl à rhc1·al à une li u dL' la ,;11 . Celle
11 poufail répondre de· c ce, au quel. ,r.
propo ilion fut acceptée; mai.. afin qu ·
11 port ient 1•. pa snn· ! u
l,n repos, joint nu bon in que j reçu: Pro·per ,1a éna ne par1H pa lilàmcr .on
11
:ilarnan11u . m ri:tahlit ,,romptem nt · p' re, nou eûmei oin Je I désiµ-oer pour
mai: 1 li nhem que j'en épro111ai fut Lrouhli: re ter au .a1on de cr\Îce. pendant r1ue nou '
ondu.ision Ligni,·ill • auquel nous tîme
p r un fàch u1 incident. qui me lit nn peine
1•,;trèm~. Ion e\ccllenl ami Limiville nou~ l'adieu le plu~ cordial, car il ét.ail aim~ dt•
ndant
11uill:i à la oitc d'une trè grav J" ·eus.ion tou ·. ,fo:.én .." :mut de cet acl ,
trè honorable, Pt m'accu d' n avoir été le
•1u'il ut a,·ec fo 1na. Yoir:i à quel uj l.
\ln 1n. anit nfié à Li!!Dhil le. diJfi. promot ur; il reprit d lor . rancune 11
dl fonction de r nd écuyer. que celui-ci mon é!•ard. bicu que ma mduitc dan celle
mp.,.,.n m· •1)l rendu sa cr1nflaocc t?l on
n·accompli: ait, du r . te, qui! ,·olonlair ment
,·t par obli"eance. Amateur de cb.. ,·aux, Ligni- inlér 1.
pend nt la rni,on d'. Imada, œrn,: •
ville, 11ui avait urveill · 11 du maréchal
pendant la camp ne d'. llt!magn , eut I plu~ par le. .\.n~lai et pr' de manquer de ,i.\T ·,
grande p ine à le nourrir eu E pagne el en allait ètr réduite à r,apitul r, el l'Empcreur,
Porlll", l Il ·y ~- iaoa cepemlant. On avait a6n d', rr:icber au 1n"I is ce triomphe,
r connu que. pour tran:,porlt!r la cui ·ine et
enait d'orùonn rà . la. sé.na de ramener toutes
lrou~ u.r lméid.a el d'en faire sauter
le La e · d11 rand •1uartier "énér:tl, il
fallait u moin tr ale mul t , et Li!!UÎ\·ille, 1 rtlmp:ir ·. lais ccll!! opéralion, quïl eill
, vant nolri: entrt1 en
mpagne, .u avait été i facile d" xécuter qu lqu
emaine
I ropo I l'aclJlli illon; m. i lia ·éna, oe vou- avant, lor IJUC l'arm,le, 3 ·a sorli.e de PC1rt11gal,
lant pas faire per onnellemeol eett dépense,
e lroU\· it r.1uni aulour de la place el en
ar
l'intendlllll de l' rmée de 1 loi pro- t.ena.iL le nnl i · éloinnél , était de1·enu trè
curer ia.s éna con .. er a conJammen
déli te, pré·enL qu'il, LI uaienl lmJida
bêtes d somme, 11u'il avoit encore à notre tnec de fore con idéra hie i il f llah livrer
arrivée
alam. nque. L F, pagoul ont la hat.ailli!. A celle diffieult 1 ·en joi!!Tlail uue
bonne babiludç d ra. r l do de mulet, autre non moin gr11ve : r rm • de \h sêna,
afin d'empêch r que
le poil mouillé par
l ·ueur, pelotonnant oœ. le hll,
lile se ces animtio .
.et te o ration ne
p ut eLr faite que
p:i r des hommes spéi 111 &lt;'l co1\te
ez
h,•r. 'fo. -éna propo!!a donca mon ami
LÎ!!oÎ\ ille d'ordonner
: l'air dé de : lnmanque Je payer
eelte d~ en.se ·ur l ~
fondli d la ..-ille :
mai Lignhill ll)aDl
refu. de :,e pr lt r à
une ro ure qu'il
con~idllr il omm e
une exaction, il ·eo.uhil uuc .cm , à
la uit de l quelle.
mon aml déclara au•
GRE. ADlfR 1 E LA GARDF. UIPtRJ.AI.
maréchal tJUe pui,..
qu ïl r •conn · it i
peu b conde:; · ndancc 11u'il av il ue de r~pa.rtic dans la pro\'inc d Salam nque, ne
r~mplir les fonction. de grand écu ·er. non fi,·ait pa- dan' l'abood:mce; mai enfin,
· •uleruenl il J rtnooçait, mai" qu'il lui don- cb. qu • otonn ment nourri il tant hi n
nait
démb iou el Uail r ~oindr. le 1~
11u m l
peùte araisnn, tandis que, pour
de drarron :iuquel il appart ·nait.
e port r sur Je An..-lai · il fallait réunir no
31:i . éua l!lllplo~ \'ainemenl tous I moyen
troupe , p unoir J lor à leur Le oins, et

nnu. n'~n inm ni maga. in. ni mnie11 d,1
Iran p rl urJiao ,
Le mor · al
·:ière , "om·erneur de l:1
pro,·ince, dÎl!posait de tout l re onrœs.
qu'il r; erv~il pour !t: réf?iment Ùc la garde.
li ava.il une nombr1•u ·e lalerie, ain. i qu'une
formid ble artillerie, tandis qu fü. ·én:i,
dont l'infanterie JtaiL encore r doutnlile, manquait d d1evau. , ceu · Je on nrmée • ,.
trouv nt en !?ral1dc parti bor d'étal de faire
un Lon &lt;"rvice. Le g;nérali.- ime a,·ail donc
invité R•s ·irr à lui en prt1ler, et L11ul.è.s le.
leltre· d celui-ci 't.ai nl rcmplie-d · prote ln•
lions le plus ras ·uranie ; mais comm · ell ;;
r taient .an elTet, et qu'no O.\'ait Alml1ida
nux aLoi:, , la M:na. ne se contenlant plus
d'1'·erire à on collè,,.ue, dont le '1U:1rtier gémira! étniL Vallad11lid, r 'Olut de lui dépè·ber un iiide de camp qni p\il lui expliquer
la •ra,·ilé de la po ilion el le pr r d' nmy r de ccours en cavalerie, "in· . munition., etc. etc.
rat ur moi que le 0 r!nérali im jeta 1 )'elll pour remplir œu
m.iss.ion. Fortement ble ·ê le l mar:, je oe
pou1ai~ "U~re clrc en bonne santé le l!I aHil
p ,ur courir la p le à Crane élrî r et m' xpo el' aux llaqnes d
; illn · dont 1
roules t!taient couvertes. llan toute antJ•
irom. tance, j'en urais rail l'oh enation au
maréch 1; mai c-0mme il m boudai! et ue
j avail, pare. e' • de zèle, dcm ndé à reprendre
mon senice, ne m'attendant pa à a,·oir
quelque jours npr one au i rude con-éc,
j ne w1ulus rien dewir à la commi ·ration
de I én:i. Je parti donc, malgré le intance d me camarad el d mon Irèro,
qui 'olTrail ro11r me remplace.r.
Pour remplir fa
mi :ion qni m'ét.-.il
c.onllée, je du , en
. orlant dr , ahiman11ue, prendre le •:a111~ ur des ch ,·au
tle po ·te. Ma hie. ure
nu rôté ~ rouvrit et
me usad Ir' ,ive:
J uleur~; je par,111.
c pendant à alfodolid. 1, • mar · bal
11 i/&gt;re • pour nchever d me prouver
qu'il n'avail eo en
ueuoe rancune conIre moi, au ujet de
la discu ion rurvcnuc enL le man:l·hal Lanne. el lui ur
1 champ de ba1aill •
tl' '.- lion. di CU ion
où je fus ~i innoc 'mmcnt impliqué, Il!
maréchal Jlessi r ·,
dis-je me reçut parfaitement, et 0l1l mp•franl aux demande que
Y~ .~na 01'availcbar éd~!uir'it'rer.ilprorml d en orer plu 1eurs re!!'lments et lroi!. h tLene d'artillerie Jé..ère pour renforcer l'armé1.~
de rortu 1, .iîn. i qu de virre en ahondanœ.

�, - 111ST07{1A
J'h·ai. nn tel empr · •ment d • rnpporlr•r
honn
11,,11 ellt• à ~la ·én;1, qt1':ipr~· ·
quelqu, heures de repo je r ·pri Ir. chemin
d · :al:i.maoque. Je crus un moment que
î'allais lrt' !laqué; ruai la me de Jlamme.
c1ui 1rmonl:lient I fon
d c1n-aliPrs de
notre e. c11rh:', les guérillero , dool œlle arru •
•Lait la tcrr ur. 'enfuir nt à loul j rob .•
t J • rrh·ai n •11 o br • aoprè du t:1:n&amp;:1IL. ime. la. Jn~, hi n rynr. trè. ,atÎl ail du
rtlsull:it d • mll wis ion. iw w·aJ
a nucu111•
p :roi, liwnvl'illtlnlt• ur I z~le donl j'av i
lail preu\·e. li fout :n-ou r que Ir.. i;rnod .
ronlrari 'té dunl il ét it entouré contribua.ienl
inliuimenl à ai rir son C.ll'3CI re d~jll \indicatif. li n éprouva une oou elle, qui mil 1
comble à .a perpl · ité.
L mmre qu nou rai ion dan · la. Péniuul • 111101 dirigée de Pari., il n ré ultail d
anomnli ,;r iment 1ncomprêh n il,le ; aio. i.
au mom nl 11ù lt- maJor g11aernl p rhait à
1 . 1:na au nom d • n:mper ur de r · unir
Ioule le. troupes de on armée pour \'Oler
au . L'COu.t d' \lroéido., il ordonnait au comle
d'Erlon, cbe[ du !1~ curp., fai. anl parhe d
celle même arm~ , d e r ndre 11r-le-champ
rn Andalousi
ur
joindre le maréchal
'oult. Le romt.c J'Erl n, a.in i pla ~ entr
deu de t.in:iti o contr ir , l comprenant
que
troupe raient mi •u1 dn.o le boJl ·
contré de I' ndalousie que dnns 1 - aride
provin
do Portu , l, prép:irail partir
pour · \'ille , mai romme son éloi..-uemenl,
en prÎl'Dnt \la éo de IL ra hcllc divi ion
dïnfanh rie, l'aurait mi dans lïmpo 'bilil'
tle • ·ourir Alwéida. aiu · 11u l' ·m rcur
l'a, il pr ril, 1 m récbnl 'op
au dt'-p;m
Ju coml 1l'Erlon. CPlui-ri in i 1 , cl nou
,im . ,e r nou~cler I déplorabl
lion Jonl uuu · a,1011. dfj élé 1Jm in.
rbh •r prtlcédent an ujt:&gt;I du \ corpi . Enfin

·ur 1 · in l.301' . de \la s,:na, le 01111e d'Erl1111 all.é•TrCN' ful "I" uil lor 1ue, le~ nu malin,
r.onsenlil à r ,1er ju,-qu'apr'• le dt'hlrwn~ ils nr nt pnaitre une f:tilil~ c:olonn, J
d'.\hnêidn. Cc ùlli ·it.aliun d'im én :rali . troupe. Ju
·
ière. , qu'ils 11 •
im en~er on infi:rieur tOn. lit uai ·n l un pour 1'11\anl· d
rd.
r1!nforl, ·
a
·1
\ilritabh: cnntre" ru, el n. pon\-ai1•nt •1u'alll:_
r r b di. ri11line mi lit. ir1•.
lon••l mp, :illc
J
"
pendant, les renfort prowi p r le rua- de c \'alrri h
d'ar1ilréc.b, l B, i'-r n'él.inl pas nœre arrh· a lerie el trente bon, :ittela
'·
n'anw. lam:ini1u le '21, \la. ,i!n. , ne comptant nail ni inunilion de ~uerre. ni prori ion J,,
pin. qn sur : propre r • sour c: pour lio11rh •L. C'ét,,il une -l:rilitble dé •ption!
forctr Almcfida, ~· re.11di1 /1 Cmd d-rto&lt;lrigo,
r.'L! s •na rr la tupél' it, n1 ·
r mil liieul t
où , n Drm~e fut concentrée l 10. foi nur l'll col'•re en :tp rce~ ni 1
,-, qw ·011nourrir :i&gt;Jle ac umnfolion d • fom:., il fallut dui,ait lui-mènt 1111 ,i rnihl • ;t•
! I.~
1
entamer l'approvi ioonem ot de f\odrigo el prtl enœ de
• en
bl1•t,romprom Ur• ai11 i le ~orl rutur de celle . anll' pour ~
P
1, 1•n
plar import ni&lt;'.
rentra.nt en
t, i
,·r i,
1 u n'étioo~ qu'à tro· lit:u • de .\n••lai .
dan les pr
e
nd •
Il nlouraienl 1 ,i!Jr• d'.\Jméid11, a,· 1 - meut ll'rrilo
ai
ét. it
'-1 u •lie nou 11e (Hlu,·ion communiqo r, t néanm · i • dnnle de lui, uni11uent •111
au.
d
{,
mar·
11011 Î!!Tlorion 1•ur fore·- mai. on .arail
llU
Wellin lon ~•é il tran port~ d1.&gt;rri~re chat
e
il
celui[lad11JOZ an,,c un ar&lt;J. déracbem nl d • plu- ci, ce n'était
u
il ,int
i ur dhi i•m , ('l las tlna. e ptlraol u'il 1'11 per· nnl! oon1rôlcr en l!Uelque .orle la
ne pourr.1il ~Ire de retour a~aul huit ou Ji1. conJnite de
ue.
Ir. compril.
jour~, rouhil prnfil r il ,on nbsenc el d
·t uou diL
t n1
1 irr : :
re.11~ d'une partie d rarm' nu mie, pour « il aurait
U
ic
O\'O)" r
ùf)&lt;!r r 1 raritaill m nt d'Alméida. lai \ d- a qudc)li milli
'ho
r , ain i
lin••lon, informé du mou,· 1me111 de Fraoçai. • « 11ue dt·- mu
. e
\'r
ri Ji•
r vint promptem nl . ur
pa el
tr.:&gt;uv
r . l r au rentre de .
n !:', plut1îl
de\llflt oou le t ··• mai C fui un •rond mal11ue d'eumfo r el de riti,1uer ce 1111 je
heur; car il e L probable qur ir ,·pencer. n ais faire 1... 11
char"; par inlérim du commandement de
llt•
Fut on reçu tr'-s fr11idc•111e111
l'armée an IJ.i t:, ce tiui ét it au-d u de œ 'lui ne l'empêclia 11a~ th• .uivrc con t.'UDc forces, n· urail pa o é prendre , ur lui l,1 menl
·s 113 pe11daol e.elle courte camr . pon. ::ibililt• d'em!11ACr une hataille a,· r un p nne I J • donner on a, i • t:11rmèc ~c
odvers:iire tel que \I · 11111, l celui-ci aurnil mil en mou ·enw
r,.'•
• • du
pu an peine milaiJfor Almêida.
2 mai, cl le 5. 1 s
m
nt.
Le · ltla fr; n i , liien 11i'ils ne r ·u · dJroule u
rie
c~.
.-cnl d pui · plu. mir- jour qu'un demini du m:1
in ration d m311,·ai pain el un ,1uarl d ,·i:mde,
,. •nr ..
~i 1uc Je la
dem:md.ii1•11l o,•,rnmoin~ I · comli-1, el leur mt-,intt.'lli"t'Ot'I! 1111
cntr 1·~ autre,.

,ra

(A .suivre.)

li court un bLloir11 ur 1. ll.irlur, po ·t •
provençal, auteur de Fati ~u ln/idl'/ife"·. el
plu · propn, • •e qu'il p:ir il, à mani r l:i
plumr. que I' :pé •, \)anl eu une qucrell Ül'rnir • dan uuc mai ou a· •c li. le warqub
d \ïllctl\•, 1 di cr tion il û1; 11énéré •n
inj1ms, au poinl que le d roier a déli • l"aulr1•
au 1:ombat, el lui a clit 11u'il irail le rhercher
1 1•ndemuin malin à . cpl ueurc~. elui-i-i.
Mllré chez lui èl li ·r. Ul. r n ions a ir ~
d • la nu.il •l dl' l:i litud , o· pu terur a
~ • crain
·l à toute· le uorreur 11u'il
emi~,,,, il pour lule11~•01.1in.ll •Id•· ndu
·h ~ un nommé ollil-'r, méd • in. homme
d' . prit etfar.élt o,,iJ~IIh'Ur:rnLdan l:i mi'ou~

m:ii-011, rue [\ichclicu, cl ·(ni . r~po · e.
f't'rple1i1 i et dem ndü - • · co1 ·cil .... a ·•c 1ce que &lt;·~11 '! Jp ton,, tirerai tle cc l113u\·ai
pa . l ail, s ul!!m HL loul l'.è quu je , ou
J1rai. li •nrnin m.:iliu, 1111auJ 1. de \'ille.lle
monlt'ra. clil!l \'OU , don net orJr1: à ,olr ·
la,1u:ii Je dir• que ,·on le ch~1 inoi, de
111 • !'amen r. f&gt; ndanl œ temp , ca ·b z-,on:&lt;
ous ,·01r • lil. • tLbe eul r 1pli u r . '•
rai~nez ri n, ,•nrore un roup, et lak cz-,ou
conduirl'.
Le lt•nd main, 011 introduit f. dr \'iUdlv.
chez ' '- :ollirr. sou préli· le d' ' \ellir
Ji •rel, •r ,1. B:irlb .... ~ Il o·). c I point;
m · ljUP. lui wul mon. ienr le man1ui · •
li cunlc 1•· raison d • SA ,·isill: .... te \ nu.
o :m~z doDt' pa , mon Ït·ur le marc1ui~,
11uc M. lbrtl, l fou. C' ,t oi qui le
rraili&gt;, cl ~ou. allez co n ·oir la prco\ .... •
• mêdccin :tfait f:iil tenir prèls des cr ·bet.eur:s. Ou monte· on ne lrom·e pcr"'!nne

Gtl ÉRAL DE

1\

RBOT.

d:in le lit; ou cll'rtu Jan tout l'app.1rtemcnl. Enfin, \1 ·,111ier, C'()nlffi p hb:trd,
r&lt;· ni· sou I,~ lit; i I J •c.ou, • on m. I de .... 1t Qud a.cie Je d :m nœ plu. d !cid '! /}
On l'en lir • plu inorl 1111.c ,ir · le. croC'h ·leur •e meU nl à •e,, trou -.c et fo lit 1i:; nt
Jïruporl.ancP, par ordre de l'F·cul:ip . lrllw.
étonné di: • •110 Ul)'- Lilicaliou, n a.il 'il doiL
crier 011
Laire. L:i douleur l',•tnporle, il
ra.i1 dt' uurlemenl alfreu . On npp rlc en·ml J " .•tu1 d'c 11 . Junl on arro 1t!
plaie. ûu pauvre tli11Lle. l'ui, 011 l' , ni , no
lt• reconche; cl ou advct"aire émer,(&gt;il11I •
froue l · )CUJ:, a Jlt'Îm~ i1 croire œ &lt;Juil Ioil,
m. · n J)!!llt pa. di· com nir qn le poète ne
oil vrnirn&lt;•ot rou : il 'en \"a en pl i na.nt h·
sort Je ce malh ur,•ut. Da re k, , I. ll.irLbe
n ruuvé le reru' de \'Ïol nt, ·urloul ,1 la pa.rt
ù'un nmi, èl ne prcuùr· ,,r i •·mbla11enll'nl
plu· . : ullif.'r pour le •uérir de es ac• de
folie.

Le mystere de Nuremberg
Par J LES HOCHE

lll

J', 1 d t~mp · apr '.. c , 1,t!nr'tl1 ·ni • 1
IJOur"lll ln' J1• . 'uremher, pulilia un nnuwl
nri i
·on
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r , i ·nl J' Ire ruufi
·
• pr
r ·l111rg,: d rl'Fni
ph,
l't mnrah•. En
, el afin de prér •ni r t
l! ui pou.rrnicol cnlra"er 1 · p
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l 1 • · . 1. • p11IJ\i1•
• ·t
nt
,.
r u,, di:po.
l0111 t'eltkutio .
, n ca d
l ,-0111, • urée par 1 r ic d I polkc
municipal,•. •
1. • pr{ pl •ur 1·11 que~t·
· I,• proîes-ur llaurul.'r 'I' ·
·
une noti
forl urieu~ • :
npn .i nll• bililé runl
ccoulnrufs
, u impr, .,i
1, impm·
~ioonal · · :
r. ,,.mltl,
p
·
c nùru11
•. rait un
11
d'h~p111r
1
l
nu~ JC1ors •
\11
o~ ,·nr ,,. qu
Daunu·r lt'nla ~ur lui, llau~rr ,e moulro. cri
dTcl. •
11ilil: mr1cu 1• c . 1raonliair,
u pi an, d'une roix :1 laul •
lilc~siit·
n ouïe; Ioule
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, Il .sr I n il aulr •rui · ur 1 pp1
pit-.J~ •n Ji-d;ins. titait toujour· ur le f11i
d • J ,r,lr • l'i:quilih e, et mi (111"'-ail pa fair·
11\ moindre .aut. n. tomher ~ :1ujourd'lmi . 11
f:1ço11 de ,e lmir d marcher n diffère plu
guèr · clt, · ·lie d ;mir · en . .
• Lïon,,~lion d'un,· 1iaode 11uekonq11e
prmoc1ue rb z lui de. arcid nt Purill':: 1
u · de plante lui eau cnl 11 •all•mcnl de~
xcilalion. dih r:-e~ · tout e qui uuc veur
doue,• lui rJpll ne • lt· é11ice el J, $pirilucu. Jl:1.1.-rmin nl de ri iun t d caul'bemar.
• To

co~ ~ont d'une acuité el J'1111e

,

in ·

•
con id :r l,l . il l
. qui, même de prè. ,

isl

Fr
i

r

·

ionnernienl à pein

un or one ordi-

n .

lw,uillon i nt-elle ~ tom•
h
. oupc :1 l'eau, .on palais 1:11 e.,t
in1média1emc-nt 8\t!rti .
u \ c1 nl pas, e ycu1 di lingu,·nl elllrl'
ellt' Il' li i1, d, pclites m1)re, d h:ù · .
',· or , n,· ,ml, (I' 11tr1• parl, •i hahilnl'
ux t,,ui•lir • 1u'i\ ,oil Lr'· Lien dam unl'
oh. r:urilé •1ui cmpê ·h •r il un œil ordin:iirtl
Je Ji ·tin 11 •r ju,11n'?1 L filrmt! et l. couleur
ù ·~ ohj t •
La plu~ romplè · ol,~curit I ne l'cwpèche
pa. ae Jbtin ucr lè hrun Ionc,l du rou ,
r,,n 1, .,r. rt Inoc du noir, .le .... J':ijout r. i mêlO · qu'il 1oil mieu Jan. la péuomur •
qu':,u r:inù jour, la lrop :inde Jurnièr ·
aprnl pour lit•! Je l'éLlonir d JI! l'a\C 1 1er.
lai &lt;·e 11u'il a de plu · r man1uol1le
d::in i,on rail. Cl' S ni ·~ yj,ion I qu'il raul
po ilÏl'lilllt' nl cl:u,.cr dan · le d m3Înc du rna"" :1i~Ul!· cmimal cl d lïllumini me. »
Le profo!:'~11 llauwer 11e ·ro. ail p •ut-èlre
pa dir _ i ,rai, cr I u de t~mp aprt• , en
·!Tet. le pro~· -~·ur 1l1•rm11nn décom rail en
11:iu. r un 11je1 m:i~cuitico-h léri11uc. - Jiri 11 -uou · :iujomJlmi, - dt pr mier ord •.
l,e_ ir1:uûè1 ·~ con,1 Lalion dn pruf,. , ur
lerm:rnn rt•latiw~ lïwpre. . ionn Lilil{ma;;o ;lique Ùt' G p.ird llau,er rui:ritcut d' ètre
rapp&lt;&gt;rt ·
•
1 li m,• . eulail loUJour , dit-il, riuand je
p~nétrai, Jans _-;i chamlire · n, 11u'il l'enll'nd1L. Certain· hjel l'allirai 'Ill, tl'a11lr, au
·ontr ir I r •pou. sai •111. • pdle 111agt1i•
IÎtJrie nord e l'rçail . ur lui une ouraction
plu~ forte 'lue l'or.
~·,1 m·arrhail de prendre en m. in un
aimant el ù'en dir'.., ·r le pôle (nord} ro11ln
lui, il port il. rnaiu au cr u de l'e.lolllilc,
.l'ai i,~il l'étolfo 1l~ a re. le 1 1 li il dons
0,

-

,~ j

..

1 • en. m1 j'étni. plnL't!. Il (•ompar3Îl m1
we ll'mp I' lfr•l l't! : nû a lïrupul ·ion

LU

J'un courant d'air.

011 ·

I', cl.i n du 11t1lc

,11J,

il r ,cntail un couram onlnurc, mai de
moindre ellet .
l.a découverlc Ju prore.. ..eur llcr1uann
in,pir :m profe~. l'Ur llaumrr l'idre d'unc~
pre111ièri· 1 périenr d ru n %,al ion il dis1 nec.

jour 11uP Uau cr élait
op I à u: •r
plu:i urs per oooc • il ·e gli . :i derrièr,·
lui s:m &lt;•Ieillt'r s n au ,otion, rl Ul le
te
de lui pa:,er la main le long du do., à un .
cc-rl:iinc di taoe • 11 • ilôt elui-&lt;:i . " relourna, comme ~aisi d fra,cur, et dem:mda.
. 011 prof ~rur ce 'fll'il .lui Fai ail, pour11uui il lui car ~ · il le do • el il n • 1uulut
po rroirt&lt; 1111 llaumcr n l'an,it même pa~
toucù{-.
Aulre~ an Oil' du m me 1•or , :Ofüi•
,né . dnn · la notice de Uaum('r :
11 jour qu 1• pror~ eur el . on l'h V!.' faisai&lt;'nl une protn 11:idt&gt; ~n comp !;l)Îe du prl}l'c~. rur Wurru·, Uauowr pria llau,1•r ÙI?
prt&gt;ndrt· l •· d,-,anL, l'a,erli anl qu'il rcrait.
dan. !-a Ji •fliuu, un "~ I(' d 1 111ai11 d •
ho.ut t'CI lith, Cl Il· priant Je noll'r 1 ,en: .•
lion tiu 'il épronwr. it.
1 l ·Îtlc Uaum1•r CD t-il ra il le :? . le t'II
qn • lion (1• ~cul: 1 ·. rapi~ern1•11L) •1u 'on rcmarlJua I,• long du corp. du jewlP burnm 1111
Tri sou Ir:,,, acccnlué. 11 e retourn:i en m ml'
lemp -, di . anL c1uc le ge te :n-, il dîJ élrc r,,i L
lïn tant.
Daumcr a,ail, pMalt-il. ur 011 ëlère, une
in!lucnc · plus con. id 'r:ihl(• 11u'llerm.11111, c.ir
un jour •1uc ruu. d ·u:i: t icnl cnl ré. Jnn la
rlinmhre de 11.mwr, :i 1111e c foi-d le.., cù l
~ ·ma.rqu~ ' , occupé 1p1' il Jtail à u11c be O"lh!
de rtonna"' quel onque (r enr Je lrarnil le. pa, ·ionnnil b u ·oup r.L I r ndail p:tr
lui-mème rffr. clairti au pa. .. · 1m11.mélirp1, )
11 rmann e,.au cle l'inlluen cr en cl nJ nl
lïnd 1 "l!r. lui.
Hau .cr, •111i four tournait le do • ne boug1•a pa .• n'a anl ri n l't! ~1:nù. • · d que
IJanmt•r ·ut uL. lilu~ on doi!!t celui J'Uerru:ion, llau. ·r Ir ..,~ i!Jil et
d1ercb •r fa C311:'e de 1
d'éprouver.
llau . t't ·ubha.iL égal1•men1, ~ dt• degrés
div •r-;, l'action d, pt ·rr pr ·i u,e: . Wll
l'i! ~orl d11 moin dm nnmbr u.ei l· périenœ,lenl ·~. ur lui par flaumcr. Nous aJlo en
ré ·unwr 11ud11u s-uoe •
Le pro!e ~eur a" rn.1,lail pare emple pluT ur ohJ 'ls en métal, tels 11 u 'un baga en
or, un campa en ·ier. un
ri -plum, ' Il
Il

3VE'C

0

9

�IDSTO]t1.ll
ar-zent. el le rP.C-Ou1-raiL d"une feuille &lt;le
paJJÎer.
llau.er :,lor appr11cbai1, promemil es
doi t · ur le papier et dhtioguail cbacua de.
m~taux d'aprrs le ù~gn1 d'intcn.iLé plu uu
moins grar1&lt;l arnc l ·11uel ils ani"aient ur
lui.
"
Pour le rne!Lre à l'épreuve, on lui prél'Ola un jour une m11nn:11e é1ran"1:ire en or,
nrni &lt;fui seru.Llail douteuse. Il amrma immédintemcnt que la pi1·cc était Lien en or,
tl'aprèl. la ·eu ation qu't,lle lui eau ait.
uc uulrc loi , on ouvrait en sa présence
un tiroir où e trourait un par1uel renfermant pin ieurs pierres prrcieu.es. A J){'Îne
était-il oUH!rL que Hauser d,angea de C-Oolenance, déclarant t[llC le tiroir devail certaim1meut renrl:l'mer fjUdc1ue dto C qui l'altirail.
Li1--des~u . comme on lui prit eutait un
diam ni cnl'l•loppé dé papil'r, en lui demandant d'indi,1u11r la nalure ùe l'objet qui H'
trou1·ait dans le papier, il répondit que cet
objc1 exerçoil 5ur lui un action emblablo à
celle du diamant J'une de se propres
Lagurs.
Ici J;jà, fai.on Ill remarqurr eu pa saut,
l'impressionnabilité ma!méli4uc commence à
s'écarter du domaine du maanéti me proprement dit, pour gli er dan- le pirili me, les
pbénomènl! desecoode rne et autres prouesses
occallcs, qui (inironl par conduire le jeune
lli\u er ur un terrain où, en dépil de lmialile elforl de e professeur el Larnur:ns.
notre ceptici me pari ieo ne nou permettra
plus de le uivre.
r 'oublion pa Lontèfoi que e·e l aux hi •
loriographes seul du jeune homme qu'il faul
'en prcnrlrc&gt;, Ioules les foi que on histoire
tourne au faotaslique, au chimérique, à l'invrai emlJlablt:, - el cela arrive fréquemment dan, l'espace des quatre années qui
. éparent l'époque de son apparition à ' üremberg Je celle de a morl. Mention non•
encore quelque fait concerna.nt lt&gt; aptitudes magnétique d'llaa~er :
La table de la salle à manrrer de Daumer
était recou,·erle d'une toile cirée. o jour, le
professeur a,·isa une feuille de papier étendue par lla.ard sur cetltl taLle, el, en présence de plu ieurs lémoin.s. pria Il.iu er qui
venait d'entrer dans I pièce de -s'as urer,
par le toucher, i la fouille de papic.r ne ret.:ouirait poinl tJuelqur olijet en méUJI.
Hauser pa sa un doigL ur Ja ft:uille, et
d(. ignanl uo eodroil déterminé, tlit qu'il
~entait cJudque cbo~e là.
- Celle foi , lu l'es trompé, s'écria 0Jurnrr.
Mai aprè une recher.:be allenLi,e on dérouvril à l'endroit désigné une ain-uille dont
llauser avail perçu la présence à lraver IC'
papier et la tuile cirée.
(On -voit que le doirrt d'Ilao er ne le cédait
en rien à la fameuse l,a,.,.ueue de madame
Cailhava. )
C' t géuéralcment par l'intermédiaire
d'un doigt unique riue Daumer oruuellail
on élève à l'action de métaux el des pierres,

Le
pêcialt'm".nl dt&gt; l'index uc la m:i.in druile,
car la main " url1•! Plait trop eni;ible à ces
sorte d'impre'jon , - à tl'i point 11ue Ga pnrd évitait en toute circon. lance de placer
a main gauche dnn une main étrnwr~re, la

PORTRAIT OE GASPARD l!.ic;SER, EN 1819.

en~alioa r ·ullant d'un pareil contact lui
eau ant une réelle oulfrance.
Dan la série des mélaUI da és d'aprèl'inlen ilé de leur action sur Hauser, l'or
figure en tète. Viennent en uile l'argent,
l'acier, l'itain, le zine, le µlonib.
Lor,qu'il moatait à cheval, il entait une
orle de traction s'exerœr ur lui par tou
les pùints de on corps qui éLaicnl en eon1acl avec le garni Lu res de fer dé la elle, les
étrfors, etc... . llème le éperon agi sa-îenl
sur lui et lui foi aient le même cdiet que si
sr pied· élai1mt tirés en arrière par 1~
talons.
n jour qu'il ét3it as is au piano, un
hommeentra, porleard'un sac d'argent quïl
déposa un instant nr une table 1100 loin de
lui. llau er se tourna vers l'arrivant, li!
traits boulever,è- le Iront perlant de sueur,
pui· e retira dans une pièce voi ine, attendant que l'homme rùl reparli a ·ec son ne.
Quand il mancreail avec une cuill~r en arrrenl, sa main tremblait au point qu'il avait
1011tes les peines du mo!lde à porœr la cuilli!r il .es lèvre.. 11.si son profes eur dut-il
nmoncer à Te taire rnan!!el' .ainsi et lui procurer une cuiUer cm boi· .
GependanL celte action de l'or et de l'argent n'était rien en comparaison d • celle du
platine, du mncnre, du .ouire, de l'aimant.
Ce dernier cependant n'avait d'action eflicace qne lor.que es deu.i. pliles éLaient dirigé· Yer lui.
Il r s enlail à lroi · pa- de di tance l'allraclion a·un minet&gt; anneau de platine.
L'ellt-t du mercure itail pa!'licaliilremenl
proùigieur. La mface po lérieure d"un petit
miroir qu'on lui pr' enlaiLà neuf pa · de di ·... 1Jo ...

La11ce, produis.ail une impre.• iou . ur lui.
Le .aufre avait ég J,.ment u-ne acli n a sez
intense, et produisaiL un fri· on rios prononr · que l'or.
Le diamant a~.aiL ù deat pa • el &amp;on
effet. e foi ail cnlir loul le 1011&lt;&gt; du Lras.
Lorsque Uauser placé. :1 relte di. tance lai. ail
on doi!rt pendant plu ieur minute orienté
dan la direction du diam,mt, le cour:int ner\'eu~ se portail du Lra ver~ h: crPux de l' tomac, où il ne tardait p:1 · à re enûr uoc
pres ·ion douloureuse.
Le verre égal •ment :iJ!'Î. s_ait . ur 1 bra.
Loul entier, rnndi que l'aclion de métaux
en génhnl ne e Iran mellait {JUC ju ·qu'au
coude.
Chaque fnis qu~ llau.er huvait dans un
verre, il ~prou,·ail immédiatement aulour de
la !.,ouche une en alion de frigidité douloureuse qui d~ccndait le Ion" du menton ·don
Irai · li"ne' parL,nl l'unti du milieu de la
lèvre inférieurr, le deux au Ire · d &gt; chaque
cùin d commis ures. rl se rtuni saat audessou du meulon au moment de pénltrer
dans le pharyn~. Lorsque, par la uile, cellc
sen :ilion c a d'être douloureuse, le c.ourant fri!!ide per:-i,la néaomoin ,ur lei; lroi.s
ligne•• li faut ajouter que l'action d"un verre
plein d'eau étaiL moins interuc tp1e ct!lle d'uu
verre ,·ide.
lême. remar1rue pour le ri td el le
pierr prec:1 use .
L ja.s71e agi sait comme l'étain; l'améthyste comme le fer-blanc, le corJil comme
le plomb, le lapfa laiuli comme le ,·erre
impie. (C'e t J'apr' les comparai ou que
llau ·cr avait l'habitude de faire lui-mêmè,
que on profe . eur a pu dl'esser ce tableau).
l'renait-il un crayon, il éprouvait aus1,itôl
une trat:tion dan · la maio, dont l'effet croisa.il lorsqu'il le taillait.
Quelque antre ob ervation forent faite
quand on impre siounabililé allait Mjà diminuant.
Ainsi le !!Tanit agi .ait comme le zinc, le
coke, comme le plomb; un coc1uillage, comme
l'étain; l'alun, plus for~ que le plomb, tilc ....
Au commenc.-menl de noYembre, l'arg nL
cessa d'agir sur lui el l'acl.ioo du vern! diminua considérablemenl. ,elle du mercure, all
contraire, ltaiL rncore i pui sanle, que lor.squïl posait l'index ur la .urfaœ postérieure
d'un miroir m 'me recollî'f!L'l de Lois, uo
lris un le secouait de pied:; il la tL:te.
A la fio de décembre, l'or cc sa d'anir, et
le ,erre n'eul plu &lt;l'aclion qm: .ur b main
gauche.
En mars 1 2û, !"action du platfoe 'l'tei"Dit égalcmenl, el qut-lque muis plus lard,
Cf'lle du mf'rcare des m.1ruir lu.i-même ne e
faisait pJu, que îaihlemeol ent1r.
n juin llau e-r dewnait définitivemenl
in ensilile, même aui contact!' humains, à
I' cxtl'ptiun d celui t.le on profes ·eur.
Pr.ons à prc enlaux ~ongrH-L am. vi ion
de Ilau 'er, qui ne sonL pa la parlie la moim;
inlére same des phénomèn 11ui .1cœmpa"llèrcnl (toujour ao dire de se· bi5lorio0ral'he I on retour 1i la vie ci.ili ét&gt;.

eu de f çon à permettre ùe fair • Jr, tour de
la place.
llaus la galerie des taule:1111, œrlains portraits dtJ chevaliers lui rappelai nL encore une
tatue arm-'e d'une épêe, et 11ui ·c tenait au
hnul de l'escalier.
L'épée iltait orni&lt;e d'nne lèle de lion, el
IJauser, à ce ou venir, était pri · d'une émotion 1•iolentc. d1 anl qu'il lui .eu1blait tout à
coup a\!oir eu jadi une mai-on pareille, el
qu'il ne .avait 11,ùrn pm:er.
Plus tard, il doumùt encore, sur l'améoascment Îllléricur du dt~tcau, le· détail · ~uiranls :
La fonLainc re emLlail à œlle du palnis
de Siirembrr;;.
Lt-, porle~ qui donnaient acc~s dans l'intérieur du chàl( au pouvaient êlre au nombre
de ,1uatr ou de cinq, toutes en 11lein cintre.
lln "'rand e. calier •. pacie1n. conJui ait ù.
1111 étage upérieur 11ui répélnil à peu près
le di positions des pièci: d'en ba .

LV

.\11 J~Lut, (lar,ùt-il. Uauser uc ~e rendait
même pà compte de ln differcm;e qu'il pnn\ait l' moir enlre lt~ f. ils imnginaire d'un
rère. et b f.iit$ rccl · d la "ie acti~e.
G'e~l ainsi qu'il rèv une nuit qne la
remm11 du 1imrrgme ·trc, pour laqm•lltJ il
prof~:ait une lrô rande e.,tirne, a~prochail
de ·011 lit el lui J1:ruandail d • nou\elle de
a sanlti. Il lui répondit qu'il ,onllrait toujour ~ucoup de la IPle, sur quoi fa femme
du bourgw • Lr • lui as uraiL 411e ou 1m1l
allai! . e pa · er, el se rel.irait apru · lui a\!oir
tcudu la main.
Cinq 01i11utcs ttprl&gt;s, uu travail illl shfrii:u.x
se faisait dan,, son corp~. et :a tète e trou\llil dt!~a~ée.
Le lènden1ain, comme il rendilil compte à
on prCJfl!: ·eur de Ct.:lle cure étonnante, celui-ci e -~a)tl en vain de lui f. ire comprendre
qu'il avait été le juu l d'uu rthe. Ain~i il
p~r.isla a dérlart:r &lt;r1'il :t\'3it
r~u 1 ,i~ite de la fomm11 du
buorgrn&amp; Lre, e.t diL mime à
l-elle dernière, lor. qu'll c
Lroma en pri~cn d'l•lle, qn'il
ne manquerait pn de lui rendre a polite se le plus ttll posiblc.
Ct.-cÎ se pa ~ail .au moi Je
juillet 1 2 .
Le 1 i .eptemhre de la
même ann~e. 11.m: ·r l son
prore.,eur e rendaient au
_chlo d . ilrerulit&gt;r", pour
~Ï:iitcr une cxpo ilion d, peiotur • .
A l'entrée d11 hàliuwnl un
portail
dr · ait, dont l'a~
ped produisit oudain une 1éritalil co1nmolion ,1r llau-rr.
Celui-ci déclara à on profe seur qu'il n'avaltjam3i vu
de portti M:mblahle à 1'iir m1.lerg, mai. •1uec1:lle-t:i T't!!. ew.1,foiL à · m 'prl'ndre aux irorL' d'un cl.iât.eau (une yra,ule
111ai.1·011 seloo .on upr ssion),
qu'il arniL ,·isité e.n onge dans
la nniL du :ïO :m .51 aoiil.
.\rrh • ilal) l'esc;1li •r, il prê1.emliL ~ lemeo.t avoir gravi
ua
liel' ·emlilol,le. Dan la
aile, il 'arrèla, an. con i&lt;lér,,;r 1•· 1.nl,l1:au. , et porul
rélléchir profundément. Les
pli - de sun \'Ï:,a.:re :uienl agité de lres.•aiUemcnts con, ulrn • rumme en prol'Oquai ut
d1e2 lui le "ranJes émotions.
LA COUR O.E L'nûTEL DE VILU:: bE N'CREM.!l.ERG.. - /Hsshl .fe
li sou enait ul,itement,
i1isaiL-il plu tard, d'une "rande
place ornée d'une fooLaine au ctnlre et ·ur
Tonle· ces pièces renferauicol en général
1~ ~ur10~1r Je laquelle 'uuHttÎenL les prin- douze chaisCl&gt;, troi~ commodes el deux table·
cipale; p1oce" de la mai~n. Oua,od on ou- l'une au mur, l'antre au milieu de la aU/
Hail une porte, on ,oyall de ~~on en enü- L mur étaieoL ornê~ de grandes ,.laces à
lad ; et tou~ e:. ~alons con.rmunic1u3.\rnt ealre cadre d'or, el la ro ace du pla rond° lai •sail
1

Jll"YST'n'JfE D'E J\JUifEJffB~G

--,

Jèc:icendrt? un lu Lr • au centre de la ~lie.
L'ameublement :i1lpi'lrlcnait t, un si le à
part; ain i I commrnles a,\·ait•nt des ro desho ~es don l'art frani;ai., ,t cba,llle tiroir
était orué de deu~ tête. de lion · eo wi e de
poignée. Le~ m1w étaient en outre couvert
de tnLlcc1ux, de portraits, t·lc.
Il y ,Wail aus:-i une salle f péciale rrpréenlant la illliolM11ue et une at1trc salle
renfermant l'ar!!enterie rangée ur des ra1on.s

,•itré ·.
llau er e re,·oyait l'Oucbé d,1111. u" lit placé
dan. la pièce principale, quaud une f.,mmc:
enlraîl, toilTée d'un chapeau jaune orné de
plnme blanches.
Derrière elle ·a,·ançaiL un homme ,•ètu
d'buhiLs noirs, 11 n uhilpca11 IJieorne en tète,
une rptle au tolé, et une t1cb:1rpe bleue en
.auLoir 11ui ·11. prnJait une croit ur sa poitrine.
La femme . 'approcha du lit el e tînl immolrile, t:mdi 1p1e l'homme 'arrêtait égalt•menl à 11uell{Ue di tance derrièr elle.
llao er dcmand. àla femme
ce qu'elle ,oulait, mais elle ne
réponilit pas; il rènouvel:t a
question sao pins de uœès.
11 remarqua alur 11u'elle avait
l'air de lui pré.!eoler un mouchoir Liane qu'elle lenail à la
main. Là.-des u" L'homme el
la lemme C reLir'·rent aw
arnir prononc \ un rarole.
Rêre, vision, ou res ou,·enir d'un pa ·s~ é"anoui, celle
étrange narration Ûl plus tard
une profonde impre~ ion ur
les m:igi trals chargés des diver e enquèlesjudiciaires dont
Hau.er rut le préle:tl(', t doit
t~lre con idérée comme le poiut
de déparl de toulf:s les version qui onL conrn ur la b:aule
illlissance du se'q11estri.
Âu reste, il n'esL pns sans
intérêt de la rapprocher d'une
autre vi:ioa qu'il eul le 2 avril
l 29, el qu'il a racontée luimême en ces termes :
, Un homme m'apparut, le
corps dropé dan une toile
blanche, le m:iins el I s pied
nus. 11 étail d'une beauté surhumainl'.
« .Alor il me tendit arec m
main un objet r1ui re ·emhlait
Il une uirlande. El il me diL
de le prendrP.
« El comme je voulai le
prendre, il me répondit que
ù~o • qnatorzc ·our- je mourTROOBA-.'&lt;T.
ra1S.
a Alors je lui répondis qne
je ne LPnai pas à mourir si lot, u'ëtanl qae
depui Ir~ peu Je lemp· ·ur la terre. )lai
il me répo11Jit : cela 11 'e11 l!0111 'Jlle 111ie11.x,
et je re[u ai de prendre la gu.irlande.
« Alors l'homme olla. à reculons ,·er la.

�'HIST0~1J!

- - ----- -------------------·-------- ~

taùlc. y d '•1t0ï1 la · uirlonJ' el d1~parnt.
« Oè qu·il I' ut dépo. ée ur 1, taM , je
me le,11i, 1, m':ipprnchanl je m'np rru que
la uirlanJ prenait un éclal re. plendi. 11nl.
l rs je 1. pri., cl m'en retourn:ti n•r.
le lit, là mesure qu j'nppro&lt;'bai · du lit, la
•uirland, r pl ·ndi .oil de plu Lellt',
u Alors je di:, : je vcu mourir, L la uir1 ode di. paru!.
u Alur ja rnulus me rcm1•llre nu lit, t'l je
me rén,ill3i.
Cell · foi , on le mit, 1 r ve de au. r
rr - mLlr bien plus à nnl' vi.ioo d' • 1 tique
qu'à c • li nit e de. urnnir. oonfu que lt&gt;.
c.ellule: m, ,t 'rieus"s du ccrl"e:m non rnvoi nt pr1rfoi- du fond d'un pa~ \ d' · lon"lem11s ouLlié.
lais nou. n· o a,on p.. fini li\' •c le,
expérience ha 1c. sur la •n,ihilité !ler\'l'IJ e
da : :,l'w. tr . Ce tlrm minemmt·nl ratai dau ·
l'e p cc 311 il foire J lui une de première ·
cl de 1,tu, céli-1,rc \icLiwr de 1h •ora .
liomreop 1hiqae. que le profo ur 11.1lmeman11 était , lor. :1 et-li t:puqno en tr:iin de
tél'andrc par le monde.
r~nd:mt d(•U ou Lr11is 11n , alors 1U ~me
qu llauser .'.l\';,ÎI ~ :.é ètr1: le rcn ionm,iM
de llaumer, le m:ilheur tTI Iul pcr ·ét.ul ~ par
1 eJ péri "nœ Liomo·opatlii1111l' d ce d1 rni r, a i. l~ du doelrur Prcu, ou oulrc di ·cipl r.,ncnt de llahni•m.inn .
.. exp!.'rienœ , comm n
n d~cml,re
1 t' sou forme de lrailt!Ill nl t•ur:itîf d'une
m.,ladie J • peau conlr· cl par IJau,,L'r à
celle ép0tp1e, i&gt;l' renou,·e]èr('nt il chaquf' mnlai. • dont • Jll:ii!!IlaÎI lcj ·1111r homme, wê111e
11 propo d1i l'a llt•nlal du 17 ocwhrc t
•
d toujour - ,-.1•1011 Uauml•r - 11,·ec pleiu
stm·b. de tt1Uc ort qu'cllt• po1n•aienl •l
d1:ui •Jtl ~tr • 011. 1d 1ré • mme l· l'lu é ·lalanl cou é •r,1Lion d la nou,clle thé rie m~dic.ih•. \'uid oomru1•0L on prut·édail;
Un fla ·on, contcuanl un do e inlinil t~j~
mal• Ju 1•rineipc 'JUÎ de\ail iigir. or llau$1 r,
était mis en contact 11,e.: 1110 Je
duigt,,
el I' Oet e d ;.-Lara il prc. qa :m. IIÔL 'j l'.
c-0nlarl n .um · il p , on Jébouchait 11$ lltlcon &lt;·l 011 le. lui foi ail . en tir de 1n' sou de
loin èlon la ,·iolem:e du r mède.
Jamai il n·,•ul lJe in d'arnir reoours à
l'io" stion de c1• m :JicamcnL. ['Ulion ou
1ilule • r•onr héuélici •r de I u.r · ve.rlu CL
~ropriétê . TouJour l'odeur et ou,· •nt le
·ont, cl .. ,mls sufti. nient. C'e.t . nu. ccllt•
forme t.JU'on lui admioi lr:i tour à tour a,·ec
suc \ : l'al'ouiL, le chlorure tle caltium, l'ar•
nica, ri1• :eacuanha, la (·pia, la ooi 1·omi111i.e,
la ci•ruë, I'· r:, nie, ln coloquinte, etc .. ·t .,
tou~ m~dicaoll'nt • do~é, . •Ion l:i fornrnl •
H;ihnemanu t-1 dont le effl'l ur llau~r
fournirenl à l•aumer la .mnaière dt pr' d'un
,·olurne d't1h:;t.'1·1·;iûu11~.
1 lllldi 11ue l'infortuné IJ n. •r nlJi . ail
· tl de potique iniliaûon au1 my lèr de
rhomœopalhie, la ju Lie• cha.r ée d'é.l 1cider
le m!J tim• in rné en sa p1•rsn1111e J1iètin:1it
s:ur pla : la cour d'arpe.l d'. n.hadJ r-puisait
aupr'&gt; dn lriliunol de 'ür n.iberg el tles autoril _ d1· b ·illc d que tionoaires inulalt: ,

.r

0

el un mon lrucm: do .. irr 'enla .. ail, formé
dtl ' inlcrroi.;aloir dilTu , contradictoire el
intcrminahle de tous ceux ui av ienlaP'flrocbé llaa ·er Îl un Litre quelconqur, dol' irr
monumental qui n dcrnil qu'épai~ ir dan
la ,uite J,, ti!oèhres où l'on palanl?eait.
En même trmp • lïut ~ ê-L unh r~el u·a\':JÎL excil I ll1i:,loir • du . 11r1u lré omm n•
~1il a . 't-1111i,t•r r ute d', liment. , &gt;l il n fallni ri n moin. q11 l'altenlal du 17 o 'lobre
pour donnl.'r un 1111U\ ·l cl \ i our ·u e or â
la curio~ilé put.li 1ue.

y
G:i--rard Jlau cr 3vail à celle rp 11uc quinze
moi t'n\Îron de ~jour
·urt&gt;mhet", i,l e
tro11vnil d pui plnts d un an imx main, d
on préceplenr, l • proft!S t&gt;ur lli!Umer. Il
omm n ·ail à ·c primer focilt&gt;mt•nt, a\ail
ltoun•• naine el ~·., imilait an fi ine I haLi1ud ci,•,U éc. dti . on •nloura •c.
a fi rnrc, ceprndanl, ne p ra1il uofr olTerL
rien tic p:irticulièr ou•nl yemnr'lualile, i ce
n' • L l'e prei;siun dï1111w n e •t de lionlé
uahc ~pan1lu dan l'l'n. ml,1 dr
tr:iiL,
el 11u1 1 rrndaiL monirt• lemeul ·~mpalhique
g IOU ('f'U qui l'nLurdaienl. c·c. l du 1111 iu.
le ju •cu1 •ol q-ue 11nrtl' . ur lui . un ,.rnnd 1i,
le c·riminali le f1 •11 ri ail1.
· ph}, iunomic m · cortr' 1iondait
n
hi,·n :un: horo. ropr que • U!Flérieu origine n1·:iil . urér' a ,es hi,tnriogr:iphe ,
ju 11u'/1 -snr1 air vieillot l'L prrcoce qui rinhlait en l'lli!l le fruiL &lt;l'un· lonuu · ·l:iu:lralion.
trait a. i-,•t ré11 \llic~ rr,.1,iraieul
l'mtelli&lt;-,enœ et I' aer •!Îe. li avn.il l l,~rc;
.en u ·Ue., 1 nei hil'n Fait. Llr"e au,: aile•, ,
trè. lin il la racm&lt;· , I · fronl t.léf!ané, léi;t•rt~
ruent )){lrul,é, un front Je mu iri •n alhi1uand
1p1i lui donnait un fom air de Ri: •Lho, ·n
ji:unt•.
n joli "'3r~'Oll Cil . ommc et '1 ui por lait
:L. z cràn ment sou l°.crasanlc 'lt;hril , i
cr:111 tu ni même qu'il a fallu &lt;'erl ' loulr
on i11dul,î1aLlc inuue 11 ·e d'une 11art toule
la purelé d ,, OJ ur · de Ilarnroi e;;. de l'autrC', et :rns~i la . urri:ill.,nr continuel! do11l
il élait l'ohjet, po11r l't•mpècber de faire le
plus terril,le. r:nage · parmi I • e\t&gt; fail,le de
Nür mber•• t d·An l,;ll'b, s dt?ux ré~id •nce .
Il pou\·ait arnir di -huit a.n · c.miron quand
il fol victime de la tenla.tiw d'a~sa;.sinal dont
non ail w duom•r ici un r · il délaill '.
L 17 ur.tolm·, d 11 Ir nvir, 1n d miJi
PL demi, Ga p:ml llau er Fut lrouié LluLLi
dan un coin dll la c:i1· de la mai.on l)aumer, ' dt&gt;mi d ;eulollt!. Il avail le fronl couYerl dl! ·anrr, et pruf'rait Je!&gt;. e damaLJOn
·an .uit : a llummc - bn-Llu - r conter
au pro[r · cnr - dam lr5 11 •u d':iisaoct homme noir - comme ramonrur - pa
trou · • ma cham1re - réfu ié d u
Ye.
u dom• tique et une boun de la m:iison
le lrarupur1èr-i1I . ur on lit où il :'éî nooil.
Un lui lil flair r de l"3conil et il r vint il lui
prt 11ue aus ·itot a\·e · de couru::; lternali\"e
d d llir pend nt lc:cql1elle il rccmnmençail
eiclall.làli n: dét.-ou 1 ou il était 11ue,.-

Lion d"nn homme noir qui asail tenh1de l'a ~a ~iner pend ani qn ïl était ur I lieu d 'ai:mce.
Le docte-ur Pr u, appelé en tout hâl fil
on prrmier pan m nt ù 111 len•e gflli$t ( ! )
La lil •~ nr était une orle de coopur ltarranl l fr nt boriwnt~ •ment. or une longueur d 1&gt;r~ d'un pouc .
[lan un a ., _ de fi ne cbat1de, Han.~r
arr:iclta on banifo,,.e l même jour, cc qui
relardu cofüidPraolement a guéri~on au dire
du docteur Pr n lui-même à qui la ble sure
a,·aiL tout d suite ru ~an ~a\il . [fou~ r
n effet rnil pr' . d'un moi · ;1 .e rélalilir.
C p nd,nt le parqu t . e lran~porla. ur h
li u ( ··e l ici I • mot rtopre), c qui 11'e111
d'autre elli t que J'amen · la con t t, Liou
11 Lr;ic:; tle .ail" l.i . é par llan .er dau,
le rli,·er odruit oil il a\'aÏI clœrc.hé à . l'
r{:ÎU ier.
La ,·i lim n'en oblint p:i.. moin. • : dater
de ce jour, un g:ir&lt;l personnellù de d •u.
.er n1 de ,ill ayanl pour co~i m de I' ccompa&lt;&gt;ner en !ou li •uJC san jam i le quill d'n11 pa.. (Cette l!· rd ni' fol réduite à
un, ul humme 1p1'au moi, d rn r 1831.)
1. _7 oclulirl', la cour d'app1·l d',\nsb,1d1
imita le p rqnet ùe i\urembcr~ , 011Hir une
ereqn \te .,,:ut!ral embr. ~~:ml Ioule l'hi:tuire
de G:i-.pard llauser, t&gt;l le lrndrmain llau · r
l11i-mèm1• comparaill ·ail Jcnrnl 1, commi sion judiciair ·. Il a~ il ol r· r ·COOVT la
plein• Po . ion dl' 1 oie . 1•. facnllé . el
fi 1, d.m I s IHDll' · lr · plus dai . •1 le: plu.
préci · une lon;?Ue d-rosition r la1onl lt·.
princîpao'I. fail dt? . , ,•i , • compri. l'atlcntal du 17 .
\ oici commcut il a 1:, po.é ce drrnicr éïênemclll:
Ge malin-1 je m't:lai 1 ,é comme J 'hahitud~ à . epl h nr~. prè. a,·oir fait rua
toil•lle L mou lil je me r ·ndi. auprès de la
mère de ~J. Ill prof• ~ur Uaumcr. pour
preudre le ·afé au lail.
&lt;• llenlr l dan 111a chamLre, j m'ocCl1pai
à lir la méditation l1i!il1qull du jour ju ·qu'au
mom •ul 011 la 5amr de M. lo profe .eur Daum r, mad mo· die Calhi. \Înl me demander
~i je d~,-irai l'accompaan ·r au marché
comme jP l'açais fail pl i u foi:, dfjà.
Comme il f Ln1l be:iu emp . j' acœpaai on
oJJr, el, ur l . 11 ur heu · rnoin. on qunrl,
uou. nou r ndim e.n em.lile au marché
:iu1 ltl .. um .
11 Là, made.moi elle Jlaumer ·arreta à
t·amrr a .ez looguem •ul av w1 • m:iralchèr
dl.' t&lt;a connais.auc . L'irupalicnce me ga"na,
mêl à je ne,: i. quel .euliwent ·ouJ in de
crniote iut ;r1eurc, . i Lien q1 e jti pri:ii mademoi •lie l).iuml'r d foire dili"l'IIL'8 our rCJJlrc

en quiLLaot la maison, rcnPreu, qm m'a~ il pri · de
l dix lteurll· ch z lui où
lrun 11 cr qui désirait me
~oce, je pri, . impl ment le
tt,
·bez moi un
ùlc d' ril..b•
mélique,
orli imm 1d1.:1.temcnl pour
mll rl!nùr chl'Z le docteur Pr u.

roa
me c
m·
vo

Ü
u lui-d n'él H pa. N'nlré 1•nr.orr, m:ii'
il arri\a qu l11ucs winult: après; I' étrall"l'f,
~u t·o11lr11in:, ni: parut pa . Je l'allendi. ju
1111' di heure · un 11u ri, pui · r1•!!:i!!Jlai mou
ilomicilt&gt;, m. . utaul • uuitcIDt'IIL indi pu,é
p· r Ullt! d,· I' b orption d11 1p1nrt c•wirvn
J'un 1111!dica111 nt que m' ail dunn Il! duc•
l ·ur.
a C lui-ci,
qui J a~ai Fait part Ju ru:tlai,e qu,· J' :prou ai·. ,n· 1ail d'ttil1 ur · r ·
ro111m;1ndé d ne pa. me r ntlrl' ce j1mr-la à
ma leçon d. rithmt11i11u ',,ur JC dt&gt;,ai · pttndr •
d · 0111. h ut1:~ à midi, et de {1.ardcr la cbn111•
l,rc. Jtl ~ui,i .on con.cil. J'él:ii o cu1•ê 11
1 h. ngn· de 1 1 1111-111 lur:,qn'on nmm :1 IJ
p•1tlc de la Ill i,ou. Cdl -l'i ruL ou,,·rle par
1U:idam • Uaumcr cl jl.l pu m·ru;,urrr 1111('.
·'élait ln honne dt• l'éla~e .DJJl!rit·ur lfllÎ r 111Lrail d • cours comUle J'bal.iitud • à œll •
h •ure. et qui, ('omm • 11'11.ihitutlc 11-~i. lai~it lr11lili! pt,1rt ntr'ou,·erl,i au lirn Je la
r~rmer •orupl"•l Ill Ill.
, me di:po , i: loul jusl
comnwn t•r
un tra\ il 11uelt-011qu lor. r1u'n11Lt1 ht•ur1•
moin Ull 4uarl bOllll '.r 'Il • cl ('U mi:me ll'IIII'~
tm 1, •~oin l'rt·"· nt me for dt: me n·ndrc
aux lieu . J1•, n i. d'y nlrer lors,pw j'1•n•
Li•udi. uliilt·mcnl un bruit d n le i: ·llil!r
ilué ·n li~. us, ·I il me raruL 1p1e la porte
de ce 1lt•rnit•r wnaiL J'èlr UU\' rie. Je cru
,1 lenwul nl ·ndrl'.! 1 ·on de la ·luche de lo
port d'entrée, mai un ·ou qui u'indit1unil
1111 q111~ quelqu'un rtll .onnr et qui parais~;til plutôt 1•rurnnir cl'uu frôlemt•nl acridenLJ
1JP. la ·locht: dl m1\m •
1h rine, m\1criai-j , pour attir r l'attrnli n de quelqu'un ur ce fail, wudriei,011 pa omrir l:i porte, je croi qu·on a
onn •
u · i: 1. lionn , qui • trou vaiL d1a:111
rlarrc~ plu~ haut, ne &lt;lut pas m'entendre. c.1r
t-lle ne rtipondil pa •• Cr Jaarole éL:iicut
I' ·ine iirononr: r1uc j'tnlendi un p • l~ •er
t'O ha dan I corridor, el, alaut collé un
roil h 1101 leu le de la cloi. 011, j'aperçu un
1111mm •1ui se ~li il J:in~ l't&gt;~t•~lit&gt;r; je re~
111ar&lt;1u.1i mè01e la /è/1• 1111ire (. i1·) de cet
hommti.
« Je pens:ii qne c'é1ail 1,· ramoneur, cl
r t i :ui
ur L ·
Ju cabinet afin de
11'èlr · p rt!ma.rqué. ,\11 moment oi1 j'all i ·
111 • 1•v r. j reçu· un coup .. ur l rrool qui
m fil tomh r i-n :l\'Rnt, la Lèle l:i première.
Et comme j.i me r ·1 ,. i pour rl,r j • ,·is
Lrb- di,1inclrment un homme colle c nlre la
lrll1?'3Îlfo d • Ill . ~lier, 'Il ra,•1•, l'l qui. de là,
m' wit ;,:, :né ec coup . .'a laille éloil eutre
.._.lie J 1. le oour m Ire E:l cell de li. le
profr~ eur Daum r, el il :J'Vllil la t 'te enti rcment rccou\"erle d'w1 voile d soie noire.
" li portail un pard . ·u: neu(, dl' pantalons d • coul,mr fnnc ·e, d• l10t1ine · fine t
d1: ' :m1 jaune·. Au moment où je tombai ,
j'entendis 1li.linctl'ment l'homme prot 1rer
0

·, mob:

- li faudra liien que ln ml'nrc_ nvanl de
11uiltcr • ür •mh rn.
1. lri le jc1m1· llau- P,1 ,l'un profond,•nr eJlr
dinarr ; ' r•'1114f1UC u,1hropolog1•111", Il'\' jo*.

or•11

u El, Lien que oo mol. ne fu .ènl prononcé 11u'à voi ha . e. je r onnu néanm in.
h \'Oi de l'homme 11ui m':l\•3Îl conduit it·i
an Ir •foi el donl cëlail J'ai Il ur I ton hal1ilu 1. ...

JlfYSTE'l(E DE 'N111{EKB'ET&lt;,G

- -"°"

11u l'auu•ur de c.et auentaL ·t pr&amp;i-~menl
le mêm homme donl j'ai été ~i iun~temp
1 prLunnier t qui m'a amené ~ 1 ï1re011, ri,r. »
Qui&gt;~tion posée ['llr la rimu11 i.~~ion 1/'euqw:te. - Puuwt-\oU d :erirè el dt"s~mer :u.1
t, oin l"imlrum •nl doni il · L
ni p ur
,ou frapper'/
IL - ll pouvait mesurer
pou1:e tl"
longueur en iroo. èompris
manche 11
lioi .. 1. • fer w·a paru aroir prè. d'un pautc
de lar •t:. el je n me "unvien. p:i, J a,oir
jamai \U an in Lruruenl pareil.
Là-de.. u~, .11:Ju r sai 'lune lame et de . ina une ' Orle de coupt·t l de bon, hLr, '!!leu anl d'ailleur de ue pau oir mieux réu"ir, car ~r J!.'UX lui fai~oi1mt mal.
Q. - fou. :1v .: dit, parait-il. que ou,
rrcunnailriez facilcmeul l 1na.-urtrier 11 l't!:i.a111~0 de a ru in'!
R. - Lorsquefai foil mon rnlrre \'éritaLI
d:10 fa ,·:i te humanité, j'ai ~hf.'rcb~ à dislinmwr le. gen · 1 un dt. autre ~ l'aide de
œrtaine · parlirularil • orart~ri. tiqu . . ro
JOUr, ilr c ••m~lc, en pré euce &lt;le M. le
bourgm '. I lliudl'r, j'ai rt&gt;t.,,nnu une dame
Bi. au coUier de 1·urail qu 'i:11 Jmrle d'baLiludc n co,1. 1. le hour m . lrl!, louldoi~,
me déwurua d c• ·} 1 me, el m ll1'prit a
r,·connailre la per une eUe-mêm ,au m'app • autir ur le niiu d 11, 11 · di• . a mi~e.
«1 J'ai , ui,&lt;i .on com il d&lt;'pui., t•l j'ai foil
l'uli r\'alion •11iv:1ate: à .:avoir qu'uo main
humaine a r s~ mLle jamai · e1atlc-mcnl h
un aulrr main. tr onele., le phalan"t- ,
la lar "'Ur de la paume foomi nl touJour.s
11uclque rt-Dlllntue . péciolc d'une nature pin
con tante t plu ernc.,ce pour l'idcntiiicalion
d'un èlre qu o'en Fournit le n. e luimi!me. soumi à Loule lts illléralions pouv nl ré:;uhrr du emp , de la .ID31adie, el
d'une foule d'aalr cauSP .
n J'ai ,·u loule · rl · d'élran rs, de Uonrie, de ~'ran e, du Danemark, je ne les reconnaitrai pa probahleruenl l'e arnru di:
leur trait , mai e les reconnailrai sùremenl à relui de leurs mains· je ne pui en
douter .ije m'en rapporte à la for·· deme
impr" sions l'n c!nt1ral el à la pui nce de
ma mémoire 1•
Q. ou awz dit que lt ooup ,ou nvai
étendu par terre· le lueurtrit•r avait donc
lieu de CToire que l · uL néfa te qu'il poor5Uhait ét:iil al teint. Dan ces circon. lance.,
il n 'esl pas pn ihl Je croire 'lu 'il ait :ijoo lé
la phr, e que vou lui prètez : n li faudra
bieo que lu meures a,·a:ul de quitter , ' ür •mb~rg. •
R. - L'bumme a di'1 compr adrc qu·ilu
lim et place où il se tenail il n'avaiL pu.
bu Le d'espnce, me porl r un coup m rl 1. •·t
c'esl pour œla que, n'osant prendr le temp
de me porter 011 ccond coup, il aura prononcé l paroi qn j'ai entendu
L qu,
m'onl permi. Je reconnailre n \·oi.x.
'inlerro,.atoirc de Ga. pa.rd Hauser ne ful
pas pou .é plu luin, el l'in:truction fut
lri•iur• ,1u1 ron •li&lt;,nn · 1, pro:fcc1urc ,, pofüc Je
0

SA,11.1::.L. llAIL 'EllANS.

D""f'r,S lis /lthf)grarhk

r

;fp \lo\llJtllf.

J,i m'él11u; é,·auoui.

~

uand JC r pri · co1111ni ~:mec, je enli
r1ue mon ri.a11e lt:uL inondé J'un liquide
·haud, el porLanl m · dl'ut muiu au front,
..-li e t Ï"nircnl de ~am!. ai~i d frareur,
je vouln courir cbez ma.J.,m • Uaumer, ·mais
j'élai~ i l,oul î!'r I que je me trouni toul à
coup, .. n :avoir omm 111, dc,am l'armoirP
au holi1L, loul prt• de l'entri! de ma provr11 chnmhre. Là. une noavrllc défuillam•c
me prit •l j 1n'a11puyai dtl la main à l'arrnoir~ rour n pa tomlmr; - de 111 le lm.cc
de an qu· na pu r I ver ur le hoi d • ce
m uLle.
« Revenu à moi, rami i complNPmenl
pt'rdu la tête, qu je di:J-cendi nrnd1ioalemeul l'escalier au lieu de 1,, monter. et me
cachai dan. la i:a.ve, Comment j'ai 11u lrou,e.r la force d'accomplir ce trajet et de onlewr le I quel de la can•, œla e t rc 1é une
éni me pour moi.
•pendant le ol de la rave él.ail 111ouillé;
1 l'roid Ill l'humidité me rendirent mes esprit. , je me lai_ ' ai t.omb r
I rr , pen. anl
en moi-même: « Te voil bien dêfiniliYrn1e11L
abandonuè; personne n · te lroUI' ra tci •l lu
y 111ourra ', 11 pt!r~pecti~c qui remplil me
uI de larrn · . Midi ~onna1l à ce moment.
Toul à C up, je ru pri de ,·omisllemcnu;,
l, rour I lrobi' me foi~. je perdi conuais, ance.
• u:ind je rouHis I s 3eux,j't!lai étendu
. ur mon hl, dan ma cbambre.... Voilà le
rocil esarl Je ~ 11ui m'.,rrh·a le 17 uctoLre,
el j'ajoute que je uis furwemrnt convaitlru
r n,I. lm j ·r ••Urau 1•r [111' d,• ,'altrit.o,•r l11o11ucur ,l'nrntt I'°"' • 1~ base. ,l11 ! lèmu •nll,mpomé-

Pari.,,.

�_

111STOR..1.ll

close peu de temp après san. aYoir abouti à
aucun ré ultal. La cour d\1ppel d'An!ibach
adres. a au minb.tère de la ju:.li ·e une demande à l'efü!I d''tre autori t!e à publier un
t!Jit offir.iel mslilu,mt une récompen ç de
1UO ducats affectée à la Mcouverle de !"auteur de l'aUenrat du 17 octobre « en rahon,
dit le r:ipport de la cour, de la ~écu.rjté compromi e, et de l'intér 1 t universel quïnspire
le orl de llau!&lt;{&gt;r, mèmc hor de Davière. ))
En ~uite de quoi, parai sait le j,r nol1!.lllbre 1 2\l un rescrit igoit Ju roi T.oui ter et
conçu dan cc Lerme :
11 "ou décrétons que, m l'article
7
litre TT du codt! pénal, el le paragraphe addiLionrwl Ju 2l a, ril i t , une récompeus.e de
;100 Ilorin est promi e par rescril officiel 1i
i-clui qui pourra fournir ur ln ten111Lhc de
meurlrn commi~e ur l.i per~onne de Ga ·pard
llanser, de ' ürc.mlierg, des indices ou révélation de nature 11 amener la décou,·erte el
permellre le r.hàtimPnl dn coupable .... D.tu
l'avenir Lous lt's moyen. devront èlrc rui en
œll\'re pour Ult:lll'c le nommé G. llau ·rr à
l'abri de toute teatati\'e analo!TI.le. n
I.e 6 no,·cmhre i 29, nouvcl avis orlkiel
in.éré dan Lou· les journ:mx de Ila, ière,
maL émanant celle foi~ de la co11r d'appd tl
. igné dn président de Fe11Prhach.
a Le _Q mai t ~ • l:1 ville de Nürcmherg
rceacilJai1 un jeune homme ioconnu qui, par
la bizarrerie. de on allitud\l et de se façon
d'a~ir, atlira . ur lui l'attl'lllion de la ju lice
locale.
~ ll fut établi qu'il n'y avait ni imbé.:illitô
ni im110 turc ehl'.t cet inconnu - qui s'appela.il Ga.pard llauser et parais ait àrr{ de
seize il dix-huit an· - mai que le mal heu~
-reu êlail dénué de Ioule culture intellectuelle, et pouvait 1tre comparé à un enfant
abandonné i1ui n'aurait jamni eu aucun\l notiou du moudt?.

« on dtal l'h} ique el moral, ain i que
le récits qu'on pul lui arracher pe1it à pelil
or quelque -un s des particularit · de son
pwé. donn~rcat à peru:er phi ta.rd qn'il
avait éLé Yictime, dè · l'à.»e le plu tendre.,
d'une équc tralion illérralc, entourée des
circon tances les plos odieuse, , el abandonné en. uile, an défen e, à la merci du
monde:
« n événement qui e rrodu-isit le 17 octobre &lt;le celte année, t qui parail être étroiLrment lié a1fc les atl nlat.s antérieurement
rommis sur sa per ·onne, vint corroborer
c.elte bypothè c a~se;: ,,rai~rmblal,lc.
ir Ce jour-là. 1aspard Hau er fut all:iqué
à l'improri te, dan sa dl'll'enre à 'Cirrmherg, pa.r un homme au vi~age voil11, 11ui 1~
Lie. ·a grii·,·ement li fa lèlc. Tandis qu'il
lomhaît à 1a ren\erse .an 'onnais.a.nce, le
meurlrier prenait la forte, el, mnl.,.ré le·
recherches les plu a idues de la justice, s ·
trace. n'ont pu être r •rrou\ée dcpui .
« \"u la µm·it I de œ él' ·•n ment , a
foje lé impériale, cédant au sollic1talion
de la cou.r d'appel, n ia lit.né, p;ir re1,crit
officiel ~i~né de a mnin, une récornpcnse de
500 Ilorin de~tinée à celui qui pourrai L fournir Îl la ju Lice dt!s indication de nature :1
faire rctrourer el punir l'aultur de l'allenlat
commi · ltl I i octobre • ur ln p r .onnc de
Ga~pard llaus'r. ou porlon ce fait officiell!!meuL li la cou.nai sanct' du public., etc .... »
La puLlication de cel a ·i ful suil'i de
quelques dénonciatÏQn généralement anonymes qui ache\"èrent d'rg-arer la JUslÎcc. Le
do sier officiel de l'affaire de Ga pard Hau er
·e compli ua da .récit minutieux t&gt;l détail!;
de ruille enquêtes partielles (Lou les raruoncurt1 d\l 'üremberg for al soumis au1 ion tigaLion de la polioe à eau c de leur vètemcnts noirs), en suile de quoi huit à neuf
\'olnmes de proc· -wrbatn judîci:iire$ vinrenl

• 'ajouter à la prorédure du grand my.~Lère
bm,aroi.~. parmi lesquels nous trouvon cc
récit ~sscz singulier placé dans la ho11che de
flauser 1ui-m 3me :
« ix ernaines en iron a,•anl l'aUentat.
deux étranrrers me rendirent ,·i ·ih:. L'un
d'eux aYail uae phy.iooomie remarqualüemenl mtll·hante, a orubrie par une barLe el
une moustaclle noires. Cdui-ci m'ayant demandé ce que j' l:ii en train d·écrire, jr loi
répondis que c'était l'hi.;toire de ma . é11u lralion dan~ la rage (, ic) et la façon doul
l'J1omme m'a,·ail am né i1 ,'üremhcra. Làdessu_s l'un d'eux prit mon manuscrit et ttl
l111 emiron deu parrcs, taodi q11e celui à la
harbe noire me po. ait toute orle de que lion , me df!maodanl, entre aulre. chose • .i
je me promenai om-ent. Jt! répondi que
non, puisque mes pieds me fai~riient m:il. Il
me demanda encore si je uivai. des cour~,
el q11e j'apprenais, cl je lui di tout. Ensuite il pril mon manuscril et le lui dqmi.
la première ligne ju qn'?i I drrnière. Pui
il e re1ir~renl, cl je le" rccondui i , ~elon
mon haliitudc, jusqu'à la po.rte d'entrée de
la 111:,bon.
- Mais corn me nou, arrivîon · au b,, de
l'escalie.r en question, il· me queslionnèrenl
au .ujcl de la pelilc porte qui ·oun-ail là.
J · leur di 11ue c'était la porte du cdlicr, el
je l'oavrî, pour leur permellre d'y jeter uu
coup d'œil. Pui , quand je h•ur eu lnul
mon Iré, je les qu 'L1onnai ruon tour, leur
d,maodantd"oil il· veuaie.nL li me rfpo11direnl qu'il,; \'enaienl de fort lo,n d'ici, d'un
endroit que je ne p!iuvais ronnailr~ 1p1and
mème il m'en diraient h: nom. EL ils 'en
aUi!1'{'D L Ià-des u . »
En lia de; celle ddpo ilion écrite de la
proprt! main de Ga pard llau·l:'r e lrouvenL
ces ligne :
• Écril le lu juin dans la mai ·ou de monieur le président de Fcuerli:1cb. - 1 :'il. »
(A suivre.)

,erluem:: madame dè Montespan, par sa
oai 'ance el 1m a eb.arge, doil y être: elle
1
peul
~ivre au.si cbréli•·nnemenl qu'ail Les suites d unjubilé
ltur . 1&gt; )1. l'«hêque de lean fut de cd
avi . li .re-tail cependant une Jiflkolté :
" Madamll de ~JonLe·pan, ajout.oil-on, paraiA l'époque do jubilé, le roi el madame de tra-t-eUe devant le Bai an prépara lion? Il
Mtlotespan, pre .é · par lm1r conscience, se faudrait qu'ils se ,·i senl 11.\' aot que de e renéparlrcnL de bonne Ioi. ou du moin ils le contrer eu pubtic, pour t!vit-er les inconvécturent. lladame de lonte~pan vint à Pari , uie.nl de la urpri. è. » ur oe principe, il
fisÎla le églises, jet\na, p.ria, et plem-a ses rul con du que le Roi viendrait ~ madaw
péché-; lt&gt;c lloi, de son ccil~, fil Lont cc qu'un de !tonte pan ; mai pour ne pas donner à la
médisance le moind.rtl ujeL de mordre, ou
hon chrélico doiL faire.
Le jubilé fini, g:t&lt;rné ou non ga'!llé, il ful convint que le dame rPspcetahle el les plu
question de sa\Oir si madame de Montespan graves de la cour eraient présentes à celle
reviendrail à la cour. « Pourquoi non? di- ealreme, el que le Roi ne ,-errait madame
de Moal('~pau qu'en leur compa uie.
s:lienl ses paunts el ~e~ ami même les plu

j OLES [1(1 lll·..

Le noi 1ial donc cbt-2 madame ,le ~fonte. pan, comme il a\ait été i.lécidti : ruais in cnsiblemenl il 1, tira dans une frnêtre; ils e
parlèrent ha a l'Z longtemp , pleur rent el
c direnL ce qu'on a. accoutumé de dire en
pareil cas; ils firent en ·u1te un, profonde
révtfrence à ces véné.rahle· mnlrorui , pa Sllrenl dans nne nulre chambre; cl il en advint
madame la duchesse d'Orléans el cru.uite
)[. le comte de Toulou e.
Je ne pllis me refui,er de dire ici une
pensée qui me Yl.l!nt dao l'esprit.
[l me semble qu'on voit enœre dans le
caractère, dans la ph sionoro.ie, et dan loure
la per. onue de madame la ducbe. e d' rléan , des traces de ce comliat de l' mour el
du jubilé.
M11DA.31E »E

.n Lr .

ERNEST

DA U DET

Mademoiselle de Circé
La FiéYolulit1n fran•·ai r et le prcwiPr Fmpire nous ont 1.:&lt;&gt;11é t. nl ,l' ilpisodru draruali1111r que ni le romnn ni ]'hi toire. bien qur
de1mi · ')Uatrc- in• 1, an ils lioi\ ut h l'i''
.source , n· ni pu Ill, épni er. I.onglrmp
encorr, ce' lemp · épique~ d'où llati&gt; lé
mondl' mudern • in pirl'ront le ;cril';lin el
p:i sionneront les l1•cteur . lu. on fouille.ra
no dépôt~ documentaires, plui; on .e convainm1 11uc leurs ni,ements, bien &lt;1u'r ploré
drj:i, n'ont pas livré Loule )purs rich •:,: e .
Pour ma p· rt, aprè,i n a\·oir liré les lé111i,uld'11ne œmrc historique C(ln·id,tr:ilile, f ni ru
la lionne Iorluur J'y lromer l'idée première
du récit •1n'on 1a lire.
Le sujet ne lest pa prJscnl~ 1J moi toul
d'une pièce. \ pcinr indiqués duns de ri.lrl' ·
not
ommair('s, le, Jétai6 en élaienl incor11pleB et où t.'llr.. pr• lf'll a\oir reton ·titurs
ù mon mi 'UJ. foret' m'a été d,, 1.-. l'OJD(lléter
en appelom 11 mon aide, i1 défaut dt: prcuw ·
po. iün1 , d, pr uve h}polhéti,p1e , de up-l'osiLions fondée. sur les circon ·1a11res dans
le 1uelles 'étai1•nl pro&lt;lui~- ,1 •· fait imilair , !!Dr le enr.aeti\re Je per:-onn.ige , ~ur
1,,. mœur~ du lemp où ils ont 1•i ·n. el de
faire, eomme on wl, une cote mal tnill~ • 01'1
la uai. erublanre n'a pas moins Je part 11ue la
réalité.
Jr deYni~ cet aH•u ceux de meq lecLcur
qui r-Jirnt tenté- de on idérer les P~"l!S qui
uÎI .Ill onime one relation rigoureu cmc11t
h1 1oricp1r. )lais je me doi à moi-même de
proteslcr par av, nec contre l'opinion J, · 11
11m n'i ,·oudrnienL voir qu'un roman. lsalielle
de Circé a 1 '1:11. Oan des circon tance
·rnournntes. elle a n.imé un homme qui m'e l
apparu à trawr~ des note de police tel que
je le dépein . Elle l'a envoyé à la mort: elle-mêmè 1..--sl morte de son amour.
Qu'import que le 110m sou lequel je lo.
d '_igoe u'niL p:1- Jté 1~ ienl Qu'fo1porle
qu'e11 l'econ 'Lituanl les péripéties du drame
11m1uel elle fui mêlée. j'en aie reculé d.,
11uclque année! l:i date el dépla ·é le Lhé;l\re l
Ce sont Jà choses ùe com·enanœ el d'appréciation, qui n'alfaibli ~enl en rien la réalité
de l'a lioo principale. EUe:; nJ Jais ent I •
droil d'artirmer, iuon qu'elle 'e l accomplie
en lou point · tel 11ue je la racunte, mais
qu'efü a dù 'accomplir ainsi. et qu't:n con.éqn 1r.e, la ,-er_ion que j'en donne l au
1

plu. haut degré, dan sa partie inventée,
comme dan sa partie bi ·toric1111J, une œune
de ,·érité.
Je p ·ux d'aulant mieux l'affirmer que . i
1011 l . foil 11uc je retrace ne se ~ont pa ·
rroduil ••n r11ison d~ celle arlion cl liés
à clic . il St! :;onl produit. 1-r, · la mème
époque dans Je r-011dition analogue . Les
ellbrt ile ei p~r,; dt&gt; 1:migrtls e prolonn1•anl
ja qu't&gt;n I o:-i l'l " LraduisanL l'Il t.eutntivc
de cnit~pi.ration contre l'empire oai . an!: le
inquiétud&lt;' · de~ Fraaçai~ non eni·orc di sip1.le et .e m:rnirestant plu· ,·ive , d:ins l'ari
. urloul. durant la c.-tmpa!!llc que termina la
liat:111le d'.\u lt'rlitz; la riguPur el l'arLilr;iire
d ln ju-ti1·&lt; imptlrialo. le Msorrlrc ocial el
matrri I qui :,urri\·ait li 1 R~volnlion, li'
ténéhreu.e · inrrirrue: de l;i P&lt;1l11:e, Ill$ a,·cnturr~ r~tr:iordinaires rp1i r. di&lt;rnnlèrrnl alor~
dan l'ordre public el dans l'ordre privé. le
dé~arroi de con~ciences debililif par le
malheur de lenlf' , l'in.ooci:mlc éner11ie d&lt;1.
c.araclt!re lrempé. nux épreuve de la Terr1•ur
donl l acteur el 1 . !émoins re taieat n-

coru oombreu.t, c'c. t Lien là de l'histoire,
de l'hi. loira inconte table el 1100 conte tée.
Voilà de quel enE-einlJle de fails vrai je me
ni~ in~pir; pou.r écrire ce récit. S'il e t exceptionnellement violent L 1ragi1Jt1P, c'c l 'Lu'il
1'étaienl au i, tou le document· et tow
le. historien. en fonl foi.

li
.\u moi de novembre l 0\ :apoléun
chassant devant lui les armée de la coalition
rtait arri1·é à cbrenLruun. aui:: portes de
Virnne, ou,•erte à s,, t&gt;nlreprisi•" par la
valeur de . solilals. Oan. ce ,•illage. se
lronvo le palai d'été d,t la rnaisou impériale
d'.Aut.rirhc. C'e. l là. rru 'aprè avoir im•e li du
gouvememc11l de la c.1pit.alr eonquisl', ClarJ..e.
un de se~ lieut1::nanls, il a rail étal1li ~011 1111arLier génfral. « li traraillc r!an Ull ca1'inel
décoré de la :l:1L11edi: faric-Thérèse 11, disait
le :llo,1ite111· 0/liciel, en rl'ncfanl co111rte de
celle c.1mp:1g1h! victorien 'e. Ce cabinet était
en rll'et celui d la grande impératrice. Pi:ul-

�)JfADEJK01S'Ell'E Dë C~CÉ -

_ _ H1ST0"/{1.JI
Ire e.,1-œ
I' vait clioi~î
pa

1ue ·apol on
r.il,le
1111Ln· pi' · .
ur
ir. ) r~1eYoir
ill
ilit:iir
-.ils, \ donn r
s.!~ nudicnrc
1 , 1llait daru, la m;timte du
1:, nowmhre, 1·0~1îéranl a ·t&gt;e M&gt;ll ·c 1taire
d tta l . l:1r ·I, le CuLur du· d11 B:uano, 11ui ne
1· quit 1. il j, m,11~. et ,on mini
!foire.
élr-.tn;.;' r , Talle}'ri.lnJ, mand
bourg,
où, dur;ml un .emaiuc, il tn.
t •ndr •
ordre,.
T:illi&gt;n ud
n ',i · l u '"·
\foret ' h. i · · il
ml; T Il
d méipri. il .arel. \J
ant Lo
dl·U , le
premi1-r par le i:réJil doul il jo
l dfjà •n
Europe el pa
· c:Uplornali11m'.• l
~l'conJ p:ir I
ue lui L:m · il
l'Ernp rcur,
111 en .a pr
1·ur ri, lit·
um111cl1,m
r1
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,\ le
- :1, atlt-ntif,, et ema1,pl
r ire hon ,i a , on
erait
lt: ù leur anim ile
récipr04111 .
L., .iL011li11n i1 I' umen dt~ la1pwllc !'Empereur procéùail n,·ec 1.:u1 él ·
• :111!
e i~ il
L'so •
pron
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prudenr,,
n La
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m:IÎl!IIL p
\ïeno"• i · ec
tuai nl 1
•p~rn1 ,nt
11tli n if.
h Îl :IU
o
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l'Autrirhe.
. leur eo,oy:iiL dt!.
uh.id · -n
olte, ,lan. un coml!al
méniora
tri · ' r, fal:,::tr le
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c11rv . pr l'a"oir ju. 1ifi •• l'Emper •ur ré\itlait li all,•yrand commPnl il eu comprenait
I' eiéru tion.
.\11 ôdJOr . dans 1., mur d'lmnnc11r oit
arrî, icnt d 'i nn à loul i1Hanl des C!ilafclltl:o, da.ru 1. •alon 1Ji,s nid•~ d camp où e
ll'naienL le. " 1n ·rau •t le.,
•ri,tairès, dan,
1 anticb, mhr qu rem11li. :ul la livré••·
tout était mom·em,•nt. tu mu lie, ail •t1L r ·,i!rO
uu impaLi~ot : . ~J .. i.; · li hrul:1111e
:1•!Ît: lion -.cll:lit
pirt.:r a11 srnil du abio«'l
imp;lrial.
\' •r dix b1•ares uo hrnil d'arml' f'L de
eht!,·au d,111 l:t cour du pat.1i. aononça l'.irri\
d'un pcr 11nunlT11 impnrl:ml. C'iltt1il
Clarkt&gt;. 1 "nuvrrneur de Viennl'. Il desr1·11daiL ù rh ,,·al, \'Cnanl. aiu i qu'il 11· r i :11l
·
rendre compte d I' ·10.t d la
011 cnmmond 111 ·11l •1 pr ·ndr
n ~ouierai11. l. 1·()(1. i•m qui
prolP eail re dernier rontrc lrs importun"
n',:1ait pa pour lui. En l'apercevant, uo aide
de ·~rup r1ui e tenait d n· 1 aJou d'alleute
,mira rh •d'Empcr ur, el Lou l au il6t ClarJ.,,,
du111 îl loi vail ppri I pr •,•n , fut inlroùuil.
« Quoi Je nou, .111 dan \'il•nne, Clarkll'I
mandJ 'apoli:\ou, n ··a .in :tut lu m~in
lél1Jup 11 la rencontre du g~n 'nl.
- !lien de nou\'eau, .'iro. llael11ue mi1111lt.- me urfiront pour npprendrl! Votre
füj •. té c • r1ui e t dt: nature l'iotér · r. 1
L'cntr tien
pour. ui~it i1 ,oi ba ·,e, n
pr: roc d • Tall rand cl de lar 1, qui

r

hn. ,,·nr de :,tl !-'.U'Je, lf\l e difj il aniL
dopt · •. - donoail moin rpw lt· :mir•.,
tnnl il ruLliiil m,iùe. le roté l'l'ut, l'iJi'1•
de 1.i pu~· uce OU\'craiol' l.'borume tep ·ndanl 11 • , ') m prit pa • i 1111",mtérieurernent il t'H \'li • ·npolPon, ,oil 11u·11 l d ·in 1.
,.-e. t à lni 11u'il marcha ans hériter eu u,:,,~•eanl de répondre li Jarel (jUÏl l'ioterro eail.
u ire, s'tkria-t-il, le enncm· · d \"olrll
Maje l~ 'agit nt t coo pir nl.
- flui êlr ,ou 1 int rro 0 a froidement
!'Empereur.
n bon fr, nçai , &lt;1uoit1u · i!Jninré. Je
me nomw
•nri •r, natif d DiJoo. : u l
111 natl·hi •, f ai
r i dnn 1' gard ~ fr.wçai. . .\pr
renne,;, je me ui en~3"1!
d ru l'nrm le de Cund1l, lkpui sort liccnriemcnl, j'.a.i , •eu omme j'ai pu. En d rnier

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·,oir
qui dur;ul dr.pu'
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r olijet cc,- p ubl
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L'Empi:reur l'
pro.• ·
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atr •i:11 d •raut
it dti\iné la furt traité e
.
t, p; rllli
,
di,cu si
ncU , pr
,
t médittte.s el diifiuiti,em •nt arrè011 '· prit,
• ait tour un pro111
pa
ÎllCl.lS' l'J['O il
indi11 uail
ltal , 1raçail 1 ·
1 à JH?ll
te pro rammc pren.lit

- Lint! rho. Po 'JUÎ o·. p. , trait à ruoo
,i1· •. :ire. cl qur, cepe111Wll, je ni! nrai
taire à \ otr UajP l~. liien riue ce .:oit peulëtrl' .an. imporl.ancc ....
uoi dooc7
- 1 out à l'b ur • rn orrh·anl 11u fi 1. is.
j'ai !té aùurM par un h1 1mmr 11ui prétend
a \'OÎr une conluJenc • à r:ur à ol re fojt' 1:.
li conn il, l, l'(•n ruin&gt;, h,., d :131! d'un romplol qui 'ourdit nlr die. Le - •olin 11"
I' mpèchant de p.t Pr, il •'c t adn·,,1r ;1 moi,
PO m upplianl d le conduire~ l'E111pcr ur.
fo l'.ii aulorii&gt;é à me . uine. LI attend de
l' ulr ,·olé de et&gt;Llc porl .
- \ uye1. c • 11ue 'e t, ~lorl'l. ordonna
'apoléon. F:iit •:- !mirer "l brJwm • et Îlll •rro;.tez-le. o
li auiratt 1':ill •yr, 11d •l Ck1rke pr ·~ de l:1
chemin: el · u il n,
•ut, lanJi. que
~I r l 'empr _ · il d'uliêir. ~·ur un i;::11c de
, , d ·rnier, parut un irufüi,lu dl· pdile taille,
jL•uoc enror , malnré
clt • · u1 i. on11 Ill
t 1• ride. qui ~illonnaienl . 011 ri &amp;!:!l' fortement colnrP.. Il éwil \' 3lu d'um luni&lt;1uc 1·11
tlrap ,·crl ~ bran&lt;l hour,. , chau. ,i· Je hotte
montant il mi-pmh1! et err:ml coolri&gt; •
mollets ,·i •ourt'U I tLr :mil· J'unè l'llloll
µri·• Il hrna1l !i la rn. in une ,:a ~u He pblt&gt;,
d.11 m me étoffe el J~ mt'Hll! couleur que fo
t u11i11oe.
n all1luJ,,, ~a démarche, ft'.·dal
de ·- ~· 1u :i~ oml,ri p· r uu xpr ,:-iou de
tri te e l'i dïm1ui'-lud , nhc!laicnl feu •r,,tic.
l' udaci&gt;. uu rnr · fore d';imr.
\. uo arrîvée dan· 1 hiuet impériul, il
.alua, eu jetant un rrgarù rapiJ!.'el t·h rdieu.ur l• 11er.0011ag1•. 11ui ·y lrouvairnl. Il
portai •nt tou, d ltrtll nb uniformes, parmi
lc.,qud · Cl'lut Ùl' l'Ewpcreur, - ln tenue de.

,•a

Fl~i;rltr ~llll/.J lt c.1tl11rl lmflrl:d, t,corlt

f.Jr'

su

Je11:i: fJdùns. (l'a.gc 1.3;-.1

li u. j li Litai· llamhour •
- i::~t-ce là 1111 ,·ou • ,. z connu l' Ul qui
wn:.pin nt'/ Qui ,out-il 'l
1)
r11i-ali
•d
mi" d )lon~ieur.
-

· 1uai •nt di rt!lelll •nl écart··. li dura p u.
Qu od il . termina, l'Empert•ur re, inl à pas
knl! ,er:. le grou~ 11ue formaiml le mütistr •
·t le ~t·cré1a1r' d'Et.i t.
1 is Clar t&gt;, au li&lt;'u du • rl!Lirer. pnrni sa.il all udre.
a ,hez-,·011.- oulrL· choi- • me Jirc, gt1n •
rai? reprit J'Eruper ur.

roU\:1!2-\0U.

le. nommer'!

c·

- J peux nommer l 'Ur ckr.
·t le
m rqiw de ïrct! 1l a re,;u du prince l'orJr·
J, péu 5trPr l'n Frilntt&gt;. d' prèch r la gn rre
civil el d'y pr1Jv04ucr J •
ul \'l'luenL H
est porteur d,•: 11911\'0Îr' de 'Ion ieur, à I' ide
J 1l'1cl il a JtlJi, rl!cruli! une poignée d"émigr: , tous ~iuh·nt:-, 1011 ré:iolu l linrum .
ile coup J • main. Le cliàl u de l.:i ·t!, itué

·ur

ronti~re 11i:,e, prt , 11
é rnmme lÎPll de 1 ur
,paï
r,~
ou
lerri
011
,i,
1JUÎ lt
CUTI

-

\'OU

d

!l'u

'il1

,

l'ont rlit•r,
nJ,•,-vou.,
f,.~ Jh·cr,
•ir.
·ur l~m-

1lice.
- Po1m1u11i 1 lrahi · ·ei•,·uu. '!
- Pour m , , . I.e marqui ,1, f-in·;
ru'. f il 1. pl
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mots S;JPIS

dntrlwte, Toul .&lt;011 r11tr,dn d;21I lamtc.
ur..1.lt I llll' StS lart.r .... (hi:-e 13•.)

$1&lt;Îk

Talle ·rand Ill' hroncha pa ~ou, r Il inlèr •
pcllaûou à lm1u 11 · il ·au nd it.. L'Emper ur, tout · 1 ( i. qu'il , ~a.il à • plai11J.r,,
d la nohl •. e, e f. 1 ail un m~lin plai,ir d
lui rnppcler 11uïl eu était, flu'il complait
d . pa rcnl •,
mhi l de I prroJr : témoin de . ,.dt'f .
1 J pen. e. ~ ir , rJpondit-il m~c l rai mu
qui nll l'aharn.looiuil jauu1.is, riu'a anl d\ c. plt'r comme l'expr ion de la 'éri1é 1
diioonci Lion, ,1ni TI nn ni d' Ire faile .. \'oLrè \laj Lé, ~lit! doil ordonner une enqu le,
s' urer que l~ dénoo ·iat •ur n'a pa · alom-

�1ll5T01{1.JI
nié le~ p ·r onn

_ _.....:..._

_:__ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __,;:;....:;............._ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ,1

Jonl il reconnaiL 1ouluir

é

l't:JJ!!er,

- .le m'en a.surnai, oy z-en ~ùr; u1le
,en JTiète er:1 foile. Mai~ je parierai· 1p1'elle
conflrmero ce 11ue nou venons d"apprendre.
C 1 1•ur r ·s ·emhle ·i bi1m, à ces en. -là!. ..
L' · utiou du du d'Eughien ne b:o.r a donc
urn .... lls rculenl d' ulr . Jl'\:OOS, ' •• Ils
a.uront, el non moin. terrihl • ! •
li ~·exaltait en parlant. n proie i, l'um• de
c · 1·olèr • , féinl · ou r Ile . dont le rel oti. :int. klaL
nt in~itparable di&gt; ér,i. od,.
1•· plu · timou ,. anl• de . on hi Ioire eneore
&lt;1u'il n'ait jamais cessé d'en èlr le maitre.
Î&lt;.1ll1•n:md. san. . lai· r découccrler,
tint 111 ·,, 't&gt;tle foi · encor , à l'ora"è.
«C• . ra sa,.c,. e etju Li e, Sire Quiconi111
~e rend coupahle l'mers \'otr . laje l ~ dait
'Lre puni. J 111 • permet eulement J'okerl'Or 1111 le!&lt; p r unne-. !i 11ui
olre l:ijC! 1:
conlier11 l'in lrucLinn de celle affairi; dl!vront
y apporter beaucoup de circ.on~pection. Je ne
&lt;: nn;it ' p:i~ 1a marquise tlouairièr• d
ireé
au nom Jr la 111clle ont élé a c·ordJws 1 . fov urs 1111c ~I. .foret ,,i nt d rapp1•ler. Mai,, œ
que je . ai d'elle m donne à pt.fü r qu'elle
n'a pris nu une pnrl au a ·I · r •pr chét- à
on pclil-lil, à .uppruer qu'il .oieut ,·rni·;
prohalil •nwnl Plie le. Î!!TIOrc.
Ce~ p. rolc dite d'une v-0ix Jont l'.il'c nl
empr inl de dé ~.renr.e tempérnit la formel~,
il atlendiL
i J , ne ..-ou rdi n · pa • réplit1ua ·, ·hrmcol I' . mp~r 11r. Yon me pr6~enter I cc
. oir '" ~rojd de I oui i1 la Pru , • dont nou
avoo parlé. D
Le m111i lr• 'inl'liua et .orlil en trainant
~a jaml,c i.nfirm •• ui~i d Clark• c1u •. d'un
g Le, ',apoléon venait nu .. i de con&lt;rédier.
llaiatcn3.11l, fo somcrain était cul ;nec
larel.
1
·ey1•M·ou el écril'cz, » lui ordom1:11-il.
Il lui tlicltl c • &lt;1ui sui l :
c f}uarlil'r

,,~oi-rnl ,le : ·lun1l,ru1111,

rn n•m•m.hru 1 Oà.
1 . un icnr le twnislre de la police
"nl~r le, j ui avPrli 11ue )l!l; émi!!ré · recommencent à 'a!!'il ·r ·l îomenlenl de DOU\'i&gt;a.ux
• mplots. L'homme que je \·on. o,,-oie ou.
1, one corl , en mêro I mp, 11ue celle letIr , on, répéter 1 • dJtaik •[li ïl m'a donn t
au SUJet d'un :illental qui e pr 'par ;on1 re
la sùrcté de 1'8tnt et contre ma pe.r: one.
Vou jugerez Ju d "l'é de confürnce que mérilenl e. anirmalion . i, comm je oi ·
parlé 11. 1 croire, ell
ont fondée~, vous
en,·errez au chiih·au d Circé, snr la rronlière
~oi e, pr' dti Pontarlier. un ronctionnaire
J • votr • ruimini lra1ion à I' ITel de tirer au
clair c llt' affaire. ]l r im ti de pou\'(/it
ufû,anl · pour eon tiLuer, san retard el ur
k lieu , une our martiale à laquelle il d&amp;r rera •1uicon1ue lui p:mùtra cuupabl ou
complice Je· acte. d ·uoncé . J'enttmd 4uc
prompte l'l exemplaire ju Lice oit faite. \'ous
me renJr •1; comple Je I' :téculion d m
ordre .

~ nr ce. lion. i nr lt mini sir de I police
gtin :raie, je prie llil'u qaïl vou ail en ~:i
inte Pt di,,ne "arde. ij
Qoelljues in t:111Ls plw t:JJ'd, celle lettre
mise au net par àraret lui-mèm , ~u son l':lr et.ère co11HJ1:nti l. ·t i né• p r Napoléo11.
1t&lt;1Îl l! p di ·e à 1oucht'•, L'orticier de enù rmerie n •JUÎ Il M'a.il élé conli e était, Pn
même l mp., ·bar~é d co.nduir à Pari 1.:
dJnonciat ur fleurier.

l\
On ne peul rcn:irJer ;101 archin• d première , nn~es Je re si~ ·le, do _ier ' d émii;rés el do ·ien- de pohrc. an· y retrom·er
le. vesti~ • d~ drame c!mo,mm 1 • li y en a
d mémornble , Mrr le. 11uel l&lt;lul a 'lJ dit :

l'exécution du dltc in:nahi n, ln ,·nnspiralion
de Gl.'Orgl' , la mort de Pirh •iru, 1 pr •tendu
uiciJe de l'.\.o foi· "rl bl, le . upplice d'..\rmanJ Je Ch:1tea11Lria11d, l'ai ~a, inal du corole
ù'Acht t combien d'autre •pi. des tr:wi•111e ! Il y en a d'ob cor , d'oubli: , d'i&lt;rnor,1s, quo r ;"/lie ou rappelle, lout à coup, un
rnpporl si"CTCI, 1111e noie mrir innl1, uoe lHme
m~ Lérieu e, unl! nllu ion plu. ou moin êninmaliqnc ou mèm , tout . impl rnenl, une
menti n, colt• d'un nr 111 inconnu in cril or
1 rl'gUrt!l d'i1crou d . forll'rf''SC' l'i de·
pri nn . l.nr·riu'à la rhute de ;";, polfun, 'n
1 14, 1 ca1·bot · rcnJireoL à la lumière lt.1
dêlenus poli1i11ue qu'il· J:!ardnicnl, le noruhr
de rc m:irtns d'un dPspnti m c a pilr~ fut
1111 • uji:L de lupéfaction. Des gt•n~ rel'arurent
que d!'pui, lon11-Lt&gt;mp. on cropil murt ·. En1•n~ par la pulic , il :waienl ·i, illi à capti"iLit, Il. foiqit:nl de traitement. qu'il vaienl
. ubis de 1 1 t:ilileaui q11t&gt; la po li!rité refutraiL de le tenir pour véridique , i ce
dires, a priucipe u. p cl d"e agéralion,
n"a,·aient 'LJ peu à peu coufirmé pnr 1
a1•eu:1,. m"'m•! d,•s personna,..,· cbarg~, d'e t.!culer Jl'~ ordres de • a poléun, cl qui, t opo1son lomùé. c nt lîorœ , rn ile!! mémoire
plus 011 main . incèr ~ de e ju tilier de lui
nl'Oir olM:i. Ce re,·élation rétrospectives ont
jeté ur I police lDll' 1riale un jour . ini Lre,
1p1e n·nd plu ini 'Ir 1•11core la lecture de
documen cont mporn111 .
Quand on p:irle de a la pr,lice o de ce
temp·, on se ·erl d·une e1pres ion impropr .
l , 1 polires » qaïl faudrait dire. ll y
en a ail plujeurs en eflH : celle du mini Ire
Fou hé, Ue du préfet Dubois, œUe du coneiller d'Etat RéiÛ. cell de l'agent
mare~. oeil du ~fjnéral Ouro,:, 1·htr,.é de veiller
ur l'Emr reur; celle Ju général Monœy,
chef uprtlme de la rr nd r.merie. , r1i par
dl"' hommes prêl. à roule' les Lesogn~. par
de.~ e pious re.-rutés dan loules ll!S clas es
ocial , ce~ polie
d :te laient, ~e jalouaient, e urveillai •nt, .e déni&lt;rrruent. lai
Ue arri ·~îenl dan le même pri.L de ~errilité cn1· ·r le maitre, ell opéraient dan· le
même but, 1:1n1ôt contre les rmigré , tantôt
contre le pr~trc., tantol ~mire 1~ jacoLin~.
C'ei,t nr 1~ d de leu victiwe qu·ell
rapprochaient el fei.gnaienl ile
réconcilier.

c·e

Part et la France, r1l'ada11t plu d ,inat
ont été la proie du cette or ani lion
puis ·note qu'am1l tlbanl'hée 111 1'crr1:ur, dont
le .Dirt luire am tJiura lè mé ·aoismti. 1ur
l'Empir, régulari. a en la cotuplotant el 411i
l'appeUc li&gt; pr 'dt!, de just1r.e e.xpédrli\'e,
lm ·ée ·ur la Mlation, u il•., 1t Yeni e, à l'é1 10que 1,rill:rnt 1:l ombre de dog et du oneil de IJix.
Il n' :1ail pa nél· air pour ,10 les a eu• ru.•enl Irapp: qu'il~ eu~ Pnl été r •counu, rnnp:rlile . S'iL t! 1plai~ai ol au m itre,
ela ufli.ail. Pour les cond:unncr, on or ani ail de. Lrjbooau1 d'e Cl'ption, d . cour.
martial . Au lie, oin, on ,e pa: ait d ju~emenl. Empri 011n,•r, déporl••r. pro crirc, Fu.iller ont alor. cbo· eouriinle.;;. On ru illail
encore en 1 00, an omhre d1· lé olilé. Qun
~i ù'a,· rllure 11• jug command•1 pour la
cir&lt;;0n rance ·,11i~aienl d Lr-OU\'•'r in110t·enl
l • infortuné tr duit d vanl eux. il éL'licnt
dé•avou~ el queli1u•foi· d tituh. 'arrèt
qu'il· arnient rendu était annulè, et le proce , 9\t&gt;C, celle toi~ son dènoucmcnt lra '
d'a,·ance, recommençait pour l.1 forme d vanl d llltl·ristral improvi é , plu com plai..,ants quo le premier . ud,é, tant qu'il
r Ln it la tète de 1 . poli·.- ":nitrul , fut l'inLJ'umcnl de ce• forfait . C'! 11'i;lait pourtant
pa un mau,· i homme. Le. h.i lorieu •1ai
c .ool occupé;, de lui le rcpré·entent ;irer.
rai on comme plu nlnntier r connai. anl
11ue ,,indicatif. 'oit q1ùn rfl\.t il iuclim\t par
lémpt:ramenl ou par haLilcM ,·er la modé•
utiou. toute lt• foi que son ambition n'élnil pa en j n; oil que. pr '1oy3nt déjà la
chute de S polèoa, i! 1•oulùl ~e cn~cr dti.
Litres à la r•connais ance de st: ucce .eur~,
on cit de ca- oi1 il tenta d'atténuer la rigueur de ordr · qu'il avail rrçn .. lai
ca. onl l'ex◄•epùon. En fair, il prè la main
à Ja plupart &lt;les iniqui11!, de ce Lcmp".
Ou rc. te, ni on vt.a"e ni s:i iiersonnc ne
trahi · aient li! m· ion. confiée à on 1èl
el le re!poo bilité • qu'il a umait a rai.on m~me de se fonclion~. Bieu rn .a pli)ionomi •, pa plu qu· 'fl
mœur~. n'étail
pour effrn!•er ou repou t't. Quo111ue •nn pa . é
de terrori te implacable el farouche rot trempé d an.,. ionocenl. il le portail an. faible. se et le pr ent pln. allé!!l'eme.nt t&gt;ncore,
r.omme s'il n'eiH pa · t•u con ci(•nce de crim qu'il u· iL a.ct'Omp.li • aulrl·Fois el du caracl~re mépri,.alile des acte qu'il accompli sait mninl naot.
D'on abord fa ile, lril'ial, mais
son · :-epLici.nue, on inditférence
c1ui n'était pas lui éclataient dao
propo , dao c:a tenue négli 1.fo, dan uue
'Ortt:1 de d; in1·01Lure qui umLlnit r ulter
d'une; me san lrouhle et an remord,. Don
t.ipou t!t bon p'•re. dépourvu d'orgu il el de
morgue, aimn111 le mond.e, 'y g\i sant peu it
peu. I Nerut nl e :pions, y reuilant dv services \ faisant d · ami , il était, ·au moin,
en npp;ir uce, en dépiL du 1.:Uie J'intrigue
4ui im,pirail LOUie ~::. dtimarche , un mini~tre comme un autre, ordonnant une arrestation qui devait ètre uirie dti mol't, :m:c au:111 ,

....

______________________ M

JtDE.M01S'ELr:E DE C11~C:E -

~

d:1it l'un tl'eux . l'bùtPI où il éla.it dc~cenàu
tant Je érénité ~UP .'il e fùL ag1 d'une C'tmlre l"Empirr. Quand il lai··. il à l'Emp - en trowr'anl B: le. Celle leUr1', il l'av il déreur I plakir de •e~ :ittri~111er 1~ dt!~Uf ~le,
imµI · n1 ''-tir' admini 1r:11i..-e.
. ,.
truite aprt$ }';noir lue. Or, c'e L_ à ~lilau que
Pt'r,onfk: n'a pou.~ plu l in 1111e hu 110- c n' Lpa 11 lllUJ0llf'- 11 I •· 11rnoral; c 1 n: idail nlors le préleudanl Loui. :X\ Ill.
ron.ci •ncP, 1':ili ·rnl'P. Je tout •l'rnpule l de qu'il ·ait an intérêt 11uekom1ue à e donner indi,·idu , Fouché comrnençaiL il le croire.
tout ,ens mor 1. lais pt'r onn • au~. i Tlt'. l'a l'air de h arnir iQnor
1
Cepeml.:ml, quand il w;ut la I ttre qn, n'étaient aulre quel marqui: deCir 1 et
é alé da11. l'.ll"t de dé\·tlopf'l'r I re'~oum·
complin
,
ou
tonl
au
moio
une
partie
d la
, apoléon lui • ,oil :cril1• ~t: thœnLr~nn, a
d I police I d'en u er pour la ~_ûrcl:
bande.
l'État 1•11 un ruum•·nl ois cellr Hir lé poin·:111 1 date ùu l:i non:mLr •, 1\ fut contrallll tl
c· t l Iendrmaio du jon.r où lui a~ail ~I ~
'a"ou r (Ju'il n avait rien J fo11 qu'elle
1re me1111cée ou con,promi . If, ne lai:~3il
remi
e la leLlre de n..:n1pr.reor qu , Feul d'.i.pa de courir 11uelCfUl' ri. que. duranl rau- ri: ·,Ha.il. li en onclut d'abord que I' mpl-'rt-11r 1 matin dans .son cabinet il ·'ocl·u11ail de
. 't!lail lni ,;k romper par !l'S dénonciation de
tnmn ti I
La rupture d · rel:ihon
celle aO'aire; si 'ri iblement ah orLe qu
com1u •l'(iialc· avec l'.\ngletcrrc a1·ait èn ~p- fi urier. L police iropérrnle compt.ail · l'bui sÎcr Je enice à .a porte, l'ayant ,mtr'primant le
xporlalion ·, jeté le :11Ta1re· Hambonr!! des a11ent lrè: -ou pie·, lr1.1 • r
OUl'ert à den:t r prise pour lui annoncer de.
dan" un dé. arroi qu'a •p.r:ivait t•ncore la r - tor:-, aï• nt fait leurs prem· ·. Elle a,·:ii! ?n ,·i ileor munis ùe lettres d'audience, n'osa
retl de rar ni. 1ue ;11Tre11s1: mi.rrr. r'gnaiL char é d':rrfairc~. Rourrieune, dont l'actmté le di traire de . on Ira ·ail. 'èrs onze hcmes,
un pt·u parloul l'D Irance, el à Pari plu. r · li,ail de. prodi&lt;rc.. Les un el I_ au Lr~
eulement, l'aOlueuce d sollkiteu ' qui
qu•a1llt·ur . L Ir or p11Llic ·1ail à ec:. 1 ·'tHaient eréé rl,, iotdl1 nu~ p:irm1 1 " émi- rempli!,saienl le .alon le détermina à prégré
li
dau
r
tte
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•.
1.
1
~Ha!~nt
à
de.i
lmtl~ •I o déficit. l,P.:- l,nnqurroule r. ·uc,;entcr an mini.Ire ln lon ..ue li te d •. nom~
œda1n1t. u·~ indu tri ' élai,•nt par,11 t •• parol◄&gt;;; imprudente.. a de! mdb •lion ,oucril ·ou leur dicté•. au fur el à m or
Ilien 1101• le rr uverm·menl . ·rtrur :àl d per- lu&lt;!.: ou non Lrinl 11'11til indicaliuo · la
qu'ils
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trahi:011,
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royaler r •1m:•Jc à ln délre,;~l~ fü13ni:i r ré~ullnnl
a n 11\'oyez tout le monde dil l·oucbé bru liste.
leur
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livré
ln.nt
de
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qu'il
ile l' ltat d, "Ucrre où il'ail l'Europe. 11 •
fût quemenl; je ne rc!'enai pa . » El ~omme
tendait à 'accroître Je j1 Dl' en j11nr. , c li • · ml,lait inadmi~ ible rp1'un complot
l'huhh•r ollail ortir, il le rt•tiul en oJoulanl
ca11. d1 m,·. ·011I 'nlnn ·ul l'l d"inqui~1uile, la lraml1 leur 1n. u.
un ordrn à elui qu'il veuail de lui douoer:
Tel
l'ut
d'abord
l
·
enlimeot
de
luuch
.
l ·\· • • a111i1·ip, 1n 1fo 111 dn~,1.· d,• 1 Oli t&gt;l ù'un~
d Uernettrz c ci à l. Tnh-:iu. o
.lai~,
apr',
afoir
proa!dé
lui-m'm
à
l'i11lerparlie J1• c Ili tle 1 'll7 t'II ajnntail une allln•.
« f.l!ci )t :rail une fcuill de papi1.•t qn'il
ro", toirt: d1 I· lPuricr. cotblaté la \r i mle· raruillc do11l Ji,.,; l'orant. l'laient appel,:
venait
Je plier en quatre, prè · y aw,ir tracé
, ou 1,,, drape.;111 i 1·0 o1it!ul nec ,10goi H' "\:i- Ll;n1. el 1:i préci ion J ~e · dire-, acqni · 1
ces
d~ux
li"llC! · : 11 Ch •rcbl:'r parmi le: do •
pol1.\m 1:ll'ndrc :-an ce ~ • fo lerr:ùn J . un pr u,·r. de on M intéres "ffiPnl, il ce:. il de
ier
·
d
•
émi
ré celui Je la famille de Cir é
meLlre
eu
doute
.
honn
îoi.
L'
même
jour,
.icliou militairl'. ·on ••oill immodéré pour la
et
me
l'apporter.
»
dan.
1,
corr
•~ponJancc
d
ui,se
qui
lui
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luire appar:ii: ail d ;j cnmmc u.o • :;.ourœ Je
Le Franç(lis qni, durant la 1'é\·olution,
communi11uilc, diwr!l détails lui parurent ,
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imp.lri, lt·~ e1po,erait la Fr.Ill •. C rtain, qui, 11:tn~ 1 lieo1 puLli ·. :naienL alft!ctJ le nom . Pui., quand il y ovail eu lieu d'apJ'cnlr • t•u, profitant de l'éloignement tle d'être ·1ran"cr les un aux autres et ,,u·on pliquer le. lerrihles loi édict.éc contre eut,
l'EruJ)e eur, c11111mcnç.1imt à dir~ tout haut arnt •urpri en uit Ctlo.anl ensemlile fami- le municipalité l le département. lll'aienl
de lil:rn 11llen- ét • imité ù fournir de indic.11iofü à l'aide
1
,ptr. ch. cnn , • di ;1it tout 1 ,. L émi- lièr menl. 'oe leUr• da
ré entré.. e h· ·ardaicol ~ aunon · .r la lin
ùu r :,,ime. fa11r • nm1 qui souhnitairnt ·,
·b11te, le,- plu - ard &gt;nt ne wanqunÎt•nt p~
d'oli er\l'l' 11u" là 1·irtnire de allié l'lllraiuerait t\:croulcmenl du lrôo im~rial, el dt!
p ir. cell ,irt oirl:, riu 'ilt. appd~i nl d
leur rniu
ncrilè e,, eonvainru qu'eille
aurait r nr t'IÎt!L dt! rouvrir la r ne Ut
1ourhun .. Cba11ue jour, on parlail de eon pir.11ion. On ·n prophi!1i.ail la r~us·it .
IL ne f:ilbil rien moin que l'éner ·e
FoucM, Mm lia.Lil •l •• s-on nng--froid, pour
ont nir les pa .ion. qu'enfanlaienl th z le
un la peur, eha le~ utn J . spér nce
coupa hl "• pour k- !'Ill h r de d :,, mk •r
e11 un de c
t·-0up: di! mnin an quel. ll'
'eu( 1 bt rmiJor. le Oix.-hu il Fruclidor. le
Uo.-huil Drum3ire ,wnienl depui douze an·
11ecoutum h• rauçai .• et pour étau~ r dans
l'œu! 1~ cumplol qn'oo -pouvait d'autant
plu redouter qui, le élémeul en él~i!nl ù
Vt'llU plu nomLreux l'L plu appart!l'llt: le.
rai. us prop à J lt!••il imer.
li · cquillail de celle tûche ave un rare
bonb ur. dh·er~ repris , l'E.mpenur lui
a il •pr · 1 l maladres s de
poliœ.
1 i 11; repro · n'élail pa. méril :. 'oudié,
lrè inl •lli erumenl 'Yi par 1' espi .a, qu'il
11 ,.. 1.:1il ,-as nües :ilrt r&lt;&gt;ur qut ie, .icr:Mtü ]11$Stnt /r.Jffts &lt;111'/1$ tUUi?nl elt reconnu~ cf)uf:st-~, S'Iis :.1tentretc.nait de loul part., vait en main 1 ·
ff;ilsaft',it .iu III ritre, cel.J suffiu"·--· Em('rt.10,s~r. kforltr, troyerlre, /u~illa '1'0"1 alors ch/J)t t0urg11tt.
011 J11si1L.JI tK(Ot't ( 18&lt;,r;, SHS ombre(/( IJgJlllt. il'~e 1:!8.1
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t;r- ·e à rt&gt;ll1 pro! rtinn, rilh i~r 1ah:rn, qui ro,:,11.'~, mort l!rl 17 \ dan~ lt Ü
cumpl il d' illeur d' ,. 1. ltr1ll3n1: -er1i , l';u e 11i1 il · 't•nt rl'lir 1. Ion d,•
p,m.r o rien dvvoir 1a ln f.1.vcnr. devint rupi- «(IIÏltarll la I·
n 17!H.
J..,mml O ICÎt•r. En 1 ·oo. il l:lail capiwin~. Il
mom ot dt&gt; on lmi rr ti11n, •lie , i
.e,ulil:til don a ,uri: du mPme :in-uir qu
1 mari an ch. leau d Cirr.é. ' OUlm
r u _ de :-e. · m rad ~ 1J11'il 11, il vus ap~lt1s
3che , , rro · ffil'lll dr l'ontarlier.
dt11ui au t.!rad · upérit-ur,. ai , .far n •ri,
•Il d :part, 1
'"- Je .ire ~ ont ri:
un lialle enm•mif'. arr,'la 10111 court :a rur• 1~ · ou pruli
lo n.1li1111. l.1• i ·ur
ri\re. li 1•111 1• p11i~n..-l Jroil liri ;_ Le ,uin
Ch
1, inltnrl:1111 du m r,111i,. joui ·~anL
•1'1'il r ~ni !!Uérin•nl a hie ~ur •, mai~ lui 11'1
rrpulalion de ri i. mt el tl'honndir nt l'u ·.1 •e du m ml,r1. alll'ml d'un . nè
cm. lilné gard1r11 ,tu ~t: 111 ,,t r
manière lrop imparfaiti&gt; pour qu'il lui filt cl
r r l'D ci•H,. 1111.ililè a
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ttuillait l'armée, inlirme pour Ioule -, ,·it&gt;, :i
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di imul r ·on intirruilé en contra ·1 ni l'h.1hi- drconq;im e a rlP attrilmt:tt :IU . bon ;;ou,elude de .
que eulu,h •m ni J • nir 1111' · i ·nl ·
clan · le pa ·, 1!S dhrr
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ill,. Pt•r~onM n'a mulu
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l'pri c:-, lc:1 rapporb de · a,,,,nt'atlminblralin
la rondation d,•
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n:mpire wn it de tfonnn UII impo1 Lan
• . y léin, tir1m•1Til'nt à l'Ll(-arl Je
plu t,"and ncor • f1ue dan: le • ~-Il.
11 ri n11 ~ ro ali~h:, .
nouveaux 1'mploi a\'aienl :té n~. el ni
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ovt&gt;&lt;: nn 1&gt;4,.r et ~a mrre. enLout coup, durant lie m lim · d no, ml1r ,
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j,!rÎ e et tri~te comm on ~me d,:Cour:v•é&lt;-,011
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1&lt;\'oic:tail ,. m1 lui apporter le bill l mina I rid latio11n:iir1•, t'.untla
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c t peel Jéfa111ralile
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fait
1;ihau 1.1L ït. 11 h bituclle pâleur s' ·•1.ait pour c,,rrobor"r cetl · apprêt·,
dit
• •ulm'.-e, d ·, l:iit li trouble •JU d• h:1.1011.il cPptmdaul 11ue, depui· pin. ir
jI a
1•n lui celle ir11itatio11 dont I' maLilité r:mi- cJUill ~ lempllr· ircmenl { llu
uné
mait."
pilra11 .., - ~br:uM ••. Fou ·hr -' '.t,1i1
uluri. Li Ddu r~r. Il a t{ té l
U 311
replonn · dan, 1 lectur Ju Jo. i •r. Il en muî. J'anil d ·ruier: la L 11Jr ·,
plu
1

.;m

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________________________

.MADc.MOTSEl.Œ DE Cmc.t -

~me,

lal'li. l an
llC'
nll a perdu 'C. trac('~.•
'fohaa :wail lu d'un• h.al inc cc. note.
pli Li ~ • nuand il 'arri~ta. louchi· dit :
(1 Eh luut'!
- Il~ a enrnre qut•l11ut' linm~. monsieur
l · minLlrt•. mai J'un utrc 'criture.
- '0111.inu ·,. alo • •

r '&gt;compen • de voir· 'll•I ·I dt&gt; rnlre hali1le11.
- Oue \'otr Esc llrnce m perml!lle d
lui e priml r ma !!Talitu&lt;le ....
- \'ou m l'e l'rim rl'I: 11 \'olr • r lonr,

Il r,·pri1 :
J, Cir,-1: a a111,u
tlalê Ju ·eph•whr• 1 O:ï, :1dre, l' à rcmper or, •n on 111in1 1•! , u nom de son pdirtil,, une r •,p1d à l'rlf..-1 d'uht1•11ir pnur Il•
t:l pour lui l,•ur rilJi- liuu J • 13 lî,I 1it-: émil!l'C ,
M· je té, aprh ~•etr, lait rcnilr,i
wmpr • d«•. reo- i n m •nl r11 l,; d-J . n~.
a orJ11n111\ 1"ll1• raJialion.
u ·nnmm ·,,
oul, ar
, ut11ri~,: j r •nlr ·r 1·11
fr:uu·,·.
(( C,•ue m ~11r • Je ,-l~menœ enlr, io à
1 ur prolil la re.,tituliou J~ 1 llh Li,•n. 11,,11
, ·n,lns. l'rr~enîr h• pr •rd du lloul,~ d lt!
·ommh,· ir • u,:11 :rai J · pt•li~,
• dt'•p&lt;1rll'mt&gt;11I, r, \l•rrir u. i 1111•·
d1
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l'Emp..•reur ,
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Jo, ~ier; pui, e
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lt• hrl'l0&lt;111c.s de ~a
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lltJ la d1•oon1:i. lion J'un 111di iJu •1ui
·11·,111ar ~Ire
le rnmpli ·• J,: t·,:u qu'il
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11 mnn po111uir; ·
·. lut rrort•I . J • rnu ,·onlie
.1:1udi1•tlo·. làdit.·L de ,ou,
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\OU• r~cu~.L Je n1t1i J ·
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1 ,11uell1•- ,,u ,1111~ l!uidl
n qu ,·ou
m.'l lrou,I! là-L'. d,·
li' ou de.
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lnÏ,
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p:irliro' · • ·maadn
1 hau 1111i 'rou1.iit r pt: ·lt1t·U
,·c.
- \'mu, rrt , . r,;J11l: upri·. J . ulorÎlc
d · I' rr uJi •Clli ·ut Ju l1u111arli ·r ·omme
[mnmi aire •&lt;lnr•rnl Je J&gt;l•lic.: n •r1 i · •
elllruurJinair •• J, 1"·gu . par I miui~tr,• pour
in truhc · ·Lie alTair,· d nillcr l'CJé nlion
dr , ordre, de l' '111pc:r ur•• ifüi que \·nu •
(kiU\'d. 1un. en runr:1iutre. je ne ,ou mard1 Il • pa ,rui mfinn e. 'd1l'2 d • ,ou 1·n
montrt-r di"11 ·. ~-n po h: iwporlanl · a !Ji
11 l.:t nrnrqui~t•dou îri:•r,

pl:i. , hé. il nl à · r •tirer comm

ra~ to11L d11.

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1wnrc1 demanda Fouché d'un
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- Que Yotre 'lci.•llenœ me pardonne, répliqo, Tah·1rn. foi, •·n m · nranl l'ét,odu
d • pou\Olr. donL elle ,·ient J • nie r v~tir, j •
n'ai pu me d :f,·nJre de pcn r tp1 'il ,~t qu ·Iqu'un qu mêcnnt •ntera r lfo11,i 11n.1 •e de
c nfian · accordé à un j •une homm et 1111i
n doul • e ~ayera d' •olravcr we déruardi .
ui Jonc''
- ,1, lè 001nmi~ aire 11oéral 1fo puliee du
léparh·menl du llouh , à 11u1 d \'.til r '\ •nir
m\lur llcmi&gt;nl la m1 · . 10n pour l:iqucllc \'olré
E cdl ·nl nw Ji! i•me.
LP caraclère domifl[llcur de Fom·h 1 apparut dan. le mmJY menl par lt•1pll'I 11 ~rot, ·ta
run1re l'(-renlualilé qu • . ruLl3il r ·doul(•r
'I'ahau.
~ Je connaj: 1 ron tionnaire donl ,ou.
parlt'I, fit-il. Il J&gt;O • ~d um• trnp rand,• eipt!ri ne• Jr . , ùnuir (lflllt . n r , ·011Lrl'tarn&gt;r me. wlont • l'll interreuanl J,1n une
an aire laqu •Ile j d 1!'ir • 110 ïl r11. l1• :,rang r, d n l'iulérèl m ·me d l'aulorill qn"il
e. rcc. Vou. \·ez bi n rail ('P ndant d, me
comrumûquer ,u. cr;iinle . J'en tiendrai
comple t!n r Jil-!• :rnl 1, irutruclion que je
,ou d •. tine. 9
L':iudi nr, 1 rril fin sur re mot.:;.
lli1 ier Tai1J11 ,,rtil du c.il1111 •I de Fouch 1,
l'im •inalion eu r u. 1 joit.' au i'I ' lit. t.:ummi -~ir •·éuéral ù • poli·
Lrcnlc an . c\ilail
plu qu'il n't"n fallait pour 11.l faire 11as. •r d
1.ilv.J11, un Jt 11•1t /1 ,,n r, •r-.rn.l, "'.ii,r~
ni ,.,,('
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conlide111 e à ~r:;unnc. u.and 1I reulril d,111 ·
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- Oh! j • r ·u. irai! . 'êèrfa ah u 1•11 , • 1:1 pi' qu'il oœup.iit a c Lroi.· Jt ~ coll"-1,,;iul pour pr nJre le d ,. i •r prn lui 1'Il· 11111• , il ,•i;1.aiL corupo. 1 nn 1•i. a/{e imp :r111tr· l1l1• •• ucun J' u ne J ri.na de 11u llt• émudoil ~ouché. oni. je r,;u ' Ïrni. •
t,.1111
rd
rimait la11tJ'iineruîe ld • lioru il élail anit . Pour e:o1pli4uer l'ah,en ·~
lulio
C
ini~lr' !radui~it r r UII . l.aqw•lle mi. sion l'ohli t•ail, il lais~a cro1r •
ire l
n
ment ,111 'il tlprou\ail à 11u'il lenail «l'obhmir u.n con"é d,• 11udt.1ue,er, 1
ieu
jenne chien sur jnurs. IIL:jà, ,on mnhilion r:111.iméc lui dicta il
pi~te -ùrl',
1 pru1l Oct!, le l u _ail au meo:on""• à la
h! il n't1Lait pa bt, oin dcl'c1dlcr, ·dui- ruse, pr11,·01111ait lt• rév 1) dé qualiliki d11ou1rue
J polie, u'il d 'l'ait il la natur de _, four1 1 r. ll.1il plutôt le r.. t1mir.
t lie ardeur e.~L de 10Lre à!.(i:.
lion , non •1uc I' oooisiou lui eût été olforlo•
1 ,M ·
prude
anl. d l m llr n pra1i1pie mai· J · rce 11ue 1
vir,
Il
illl l lticlur• quotidi m1 • d • rapports ·ccrd, 11u'il
ét; il ch, r Lt Je r~ om •r 1 • a,·ail J l1•elupptie· .
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lll
ppt!t
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li ~n:.:..- J'aiiord , ·'entretenir :mie Fleuon
er de ordr, · ri r. If,, son rrhée à. l'ari , rel lwmm arnt
pour1pul 1
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·ul1e · ·
éLé t'Ontlu.il à \ïn1 nue • oû il de • il r 1er à
\OU :oil C
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111111r q
la di po~ition de Foa,·hé ju~11uï1 ce qu'on •t
f Îl droil
li
i 1nu
hil com in uda: 1· ,éracitédé · aile.ml.ion ..
hcsoin tle
r armé.:
lthj11t, d, n~ Cl.:llc prj,011, d'nn ln1iltml'llL dtJ
Lieu wtcndn 11u ,orn ne corre,;pomln.z fa ca.r, il 11' r11 étuit sorti que pour :; remln·.
1iu',wœ moi 'l 11ue
d · · z compte a~omp3"U: d'unn"cnl, .'1 I' pp I du mioi ·tr •.
qu' m i d.. re qu
aur 'I. f it. ta .lpr
\ ir uhi un pMnu•r inl rmroloir ,
ré ponsaLilit I comr
è, ne l'onblit•z
OIi l',mtit ramen slaru. la fort Îl', 5e. c· 1 la
p •1
que 1 ahau all:i lt! trou,· ·r. l'ne lornmi: con[)' un " 1 • Fouch • COllHédiait on ubur- ' rsalÎ&lt;lll • ·Dgt''t!a enlr •ux. Quand •lie
dunmt bi celui-ri d m ur il immul,ile ~ur
· ch a, li.: délê oê d • Fou1.:hé en ,·, il nu◄

1 1 .,_

�MON SŒUJ{

1f1STO'J{111
;ml r1uc le drnvnciall:ur el put arrèt~r e
pbns. llentrè chez lui, dan le ruod 1sle appartement qu'il occupait a1IX cmiron Ju l.o &lt;•mbour •, il rl)n~cra toute J;i oiré • à c ·Ile
élude. Elit! eut pour ellet de! lui d :montrer
rru':m chûteau de Circé :eulemcul, là el uon
aifüur , il lrour11ra1t la clef da Ill)Stcre qu'il
1.ltnait édaircir.
Le doss.ier rtmi· entre ·c main l':i,,·ait
/J1/Ju/rallans J~

nus. il IallaiL arriver à l'impro,•isle au chaleau:
d • Circé, procéder à l'arrc• taûon de Lou œu
qui fbaLitaienl el, ce coup de !ilet une foi
opéré, profiter de lco.r effarement pour discerner dan le là les innocent de coupabl
C'éLait un t.lcbti périlleu e pour llO jeun
homme dépourrn d'expérience profe,1-,ionnelle. ~1:li elle n'elfray:ul pa Tahau. li e
sentait de taille à se ru ur~r a"ec elle.

édifié ur Ill la, t J · 1füer pmonn.in-e dénoncé . OuïJ cu :ent con piré, il n'en était
p11 surpris. lai il ne ufli • it pa · 1p1'il en
ftit convainro. U fallait réuntr d preu,e. de
leur culpaLilité, plu ~clatantc que telles
•1ui ré. ultaicnt des dires in!éres ~ de Fleurier. Ce preme. ne pouvaient ré ulter 11uc de
pièces écrite ou d'a,·eux. Pour nrprend1e.
le une~. pour atrach1.r les autre. aux pr1h·e(A

CONRAD.)

s1mre.)

ER:-iEST

D.\UDET.

LUDOVIC HALÉVY

+

Monsieur Thiers
J'ai garùé lrè net le ouvenir Je la éance
du Corps lé•rislatiI. où M. Thiers fit a rentrée au l1alais-Bourbon. C'élait le 6 no,·embre l8G5, le jour de l'ou,·erl11re de Jase. ·ion.
\1. de &amp;forny pré idait la ChambrP. M. Thiers
ail. ~e placer à aucbc, dan le ban up~
rieur., ,1U-de . ou de M. Jule , imon, à côté
d • U. Lanjuinais. Tou l regard éta.ient
braqu
ur Jui, et au, i . ur f. Berryer,
l'autre grand 1'Ctitrunl de ce jour-là. J. Tbier
élait Ires ~ai, Lrès remuant, Lrès alerte. li
retrou,ait là un certain nomLre d'anciens
coili! nes de la Con Liluante et de la U •islalÏ\·e; on l'entourait a,·ec force salutation el
poi née. de main . J'étai a1or ecrétaire
r 'dact ur du Corps légi laûf. lnstaUé à une
petile lablP. au-de: sous de ln tribune, entre
m amis faurel-Ouperré el natole Cla\·eau,
j'écrivai ll!S compte rendu dl! ln Chambre,
J'a1•ais près de moi, assis sur un peût tabouret, le doyen de huissier- de la Chambre, la
chaine d'argent an cou et l'i:pée au côlé. Je
fai ai· lr volontiers la eau eue avec lui. Il
avait ,•u bien de cbo ·e , et, ce jour-là, il me

dit :
- Regardez ~I. Thier • A-1-il l'air content!
On dirait un poi son fJ11i re11tre dan l'eau.
J'étais d1:jà buLsie.r la Chambre, quand il a
été nomwé député, après l 50. U m'a reconnu tout à l'heure, il m'a dit : « Tién ,
rous êtes encore ici l • Ça ava.il l'air de
l'étonner. Pourquoi n'l' erais-je pa , pui 11u'il y ~t'!
li. de Morny, dan on di cour d'ouverture, Gl, a1·ec beaucoup de bonne grke •t de
courloi-i , a\lu. ion à la rentrée polili&lt;111e de
nnde notabilité parlementaire·, déclara
,1uïl .e réjo1m ait de retromer d'nnci n
collègue el qu'il ne doulait pa de la lo ·auté
de lPnrs inll'ntion , elc., etc.
~I. de Mor111·, Je lendemain, olla :un Tuileries 1:oir rEdipru-eur. Celui--ci lui fil compliment Je on di oour •
- Cep1•11d,t11l. ajoula-t-il il
a une
pbras•un pru ,irn sur l'élection de ll. Thier..
Vou· a,·ez dil : Pour 111a po,·t je me .·uia

l'e}o1ti. • lLeti.ucoup: réjoui; c'est beaucoup.
f. de Morny répondit qu'il ·agis ait de
collè •ucs a,•ec lesqaels -il avait eu mitrefoid'cxccllentes relations, etc., elc.
- Allons, allons répliqua !'Empereur
lre" gaiement, il faut 11ue j'en prenne mon
parti, je sui.~ entouré d'ennemi . Vous êtes
orlitani te. décidément vous êw orléaoi te.
L 1'hicrs et l. de orny éta ic.mt, en effol,
ltè lié 11vant le couµ d'État i mai ces bon
rnppor furent bru quement interrompu , le
2 Déœmhre. M. Thiers ful un de premîPrs
députés arr1Hé pnr Les ordres de li. de Morn .
Au i, depui celte époque, la brouille a,·aitelle élti complète: on ne e alunit même pas.
~[ais., quand M. Thiers ful élu député et dut
r11otrer dao celle Chambre présidée par
M. de lnroy, un raccommodement parut nécei; aire de part et d'autr .
Le vendredi 7 novembre 1 05 - le lendemain de l'ouverture de la e ion - l. Thiers
vint, par hasard, à une heure el demie, voir
l ' tableaux de la "ruerie de L de ~lorny.
Cinq minutes aprè., le président du Corps lé~slaLif passa p:i.r là éaalemenl pm· ha arr/.
On
rencontra devanl le fameu:x portrait
de flembrandt, on se donna des poignée de
main., il y ul un p til boui de conver ation,
Rembrandt en fit le Irai , el tout fut dit.
~[. Thiers 1·t&gt;parla., pour la première fois,
le f~ novembre l G3. li outinl contre
l'élection d'un candidat officiel, f. oubel,
la prok talion de .on ami ~- Baze, le farouche qa teur.
La curiosité était très grande; le désappointement ne fuL pa moin grand. 1. Thiers
fil tout sirnpl lll('l]t un peût discour d'affaire Ir· , obre et lrè, bref. 11 ne parla pas
pin d'une dizaine ile nu.nul• . li commençait
à peînr, el déjà il avait fini; on nu rail dit
qu'il avait ,·oulu cVil.Jer a rnix, reprt"ndr
le diapa oo de la salle.
lais i ce premit!f' discour eut peu d'eff&gt;l
et de reteotî,Aemeol, M. Thier , œ jour-là,
e rattrapa par 1m mot charmant. L'Empereur ,·enail d'ètre repri de celle rage de
.... 1..p ,..

con rès, qui le tourmenta toute a vie. Dan.
le di cours d'ouverture de ln e sion, il avait
parlé de la néce ité d'un congr appelé à
m llre lin au malai,e de l'Europe, l comme,
apr la.· ce, on parlait de Cè projet, d:ins
b. .aile d Conféren
- .l'ai vu ,1uel11m:ft1i des con uliatlon de
médecjns, dit 1. Thicr . ruai de cou ultalion de malade , jomai~ !
L.i. véritable rentrt!e parlementaire de
)1. Thiers èut Heu, le i 1 janvier I t.i4, don
la di eu ion ùe l'adresse. Je ,·oi encore
monter à fa tribu.ne ce p tit honhomme i
ou ·enL cra ·onné par mon ami Cham. De ce
petit corp , j' ntend orlir une pelil~ voix
grêle el pointue, la plu sèche el la plus
Jésa. réabl de. voi1 i ur la figure d'un certain nombre de déput' lp1i n'a~aienl jamai,
entendu M. Thiers, on li.ail cla.iremenl celle
pen ée : « uoi, c'est cela, M. Thiers , ce
n'e l que cela! mn.L M. f\oub&lt;-r n'en fera
qu'une bouchée. i&gt; Ueux ou lroi: membre
de la droite crièrent: Plu,\ haut! Plu.$ ha.ut!
oyez Lranquille.• répondit M. Thiers,
voù" m'entendrez toul à l'beo.re.
EL le taiL esl que toul d'un coup, on l'entendit, la petite ,·oit. Elle prit de l'accent,
du corp , de l'autorité. n rrrand silence ·e
fil, llil silence lei f[UC je n'en ai jamais entendu, car le iJence 'entend trè bien. Je
dirai même que la \·uleur el la pui. sance d'un
oratelll' pe11\'eDL se mesurer au silence 11u'il
impo à une a s mblée.
Ce même vieil hui 'cr, dont jP. parlai
1out à l'heure, était granù admirateur de
1. hi rs. Les hui . ie.rs sont char!Iés, à la
ChomLre, d'assurer le jJeace. D-.s qu'un
murmur~ 'élève, menaçanl de ouvrir la
oi.t de l'orateur, les deu hui$si &gt;.rs, as is à
droite el à au~he de la tri Lune, jellenl lruis
ou quatre: ,'ilen,:e! ,'ifr-nccl Or. un jour.
Cd ,·ieil hui ier di ait, en voy, nl M. Tbier
mouler à la lrÎl.lllne :
- Ah l c' l M. Tbier. · il n'y a plus rien
à fai.re pour non.. On ne bronche pil · quanJ
JI. tbiers t à la triLune. Le mnucbes

11'1,-rmt

pa

,·oler pendant le di:cou.rs de

t. 1 hîer ..
li fut me.neilleux,
jour-là, lL Thiers,
el, i, pnrlir d • ce jour, ju,qn', la chu1e d
l'Empire, la petite ,·ou C-OUÛUUJ de ~e birt!
entewlr •. dt? plu. en plus haute, cl de plus
en plu éloquente.
Pciu el parole~ perdues ; l"EmpereuJ' . •·
hom:bait le, or •illcs ef courait 11u. ahùm• ·,
mal::rré l dure:. !eÇon du I ique el d'
'ndowa.
En I ü7, il · eut, arnnt l'ouv •rture di, la
-~.-,ion. une réunion préparatoire des dL:rnté
de l'opposition. M. 1'bier: pria ~nt. Fa,·re,
Picard. elc., de s'a.s. ocicr à i:a dt·mandc J'iolerpellation ur le affaire,; d'.AJI ·magne. J1 e
hèurta à un refüs l11gori11ue.
Ce m , ieur. parlaHeaienL l'opinion de
\I. Tlairl'b , ur le rcdouLaLl · dan er ·, au
poinl de vue rran,;ais, de la politicrue du
,1. de lfü.marrk; mais il étaient obligé de
s'incliner r 111?ct11eu rwent de,11-nt le principn d oaliunalilt: ï il dc,·aienl e r ~ i •ner
à l"unité allemande.
Je dinni:;, le oit mèm , 31·ec Ern L Picard. Il non raconta l]III' ~[. Thier~. lr~
irrilé d lt'ur ré:!Ltam:e, l ·ur a,·ail adr · t! Ill
frcours crue ,oici :
- You. êlr de homme de Lafont, von
èle d· · homme· ri'esprit, wais, vou - rne
permellr,•z de ,·ous le dire, tva n'êtes pa
de· homme d'Btal. \1. ui2ot étail un homme
,.l'Élul .... li u pt·rùu la monarchie d • JuHlrt. .. mai~ c'était un homme d'ÊLat.... 1. de
Ili marck csl un homm1i d'É1aL ... ·, procédés eu .\llcma11ne ~ont abominalil~, mai,
peu import , 'e l un borume d'État. ... Le
cardinal nlonelli maintient à Rome un d~teslabl gou,·ernlllllenl. il rot•ne la pnpauté
aux abime$, mai. c'e t uu homme d'Él.al.
\"oilà, j vou le r 1pè1e, de.s uomme d'État.
El moi j ui wt homn1e dl=:t:il J'ai pu faire
des faute dans ma vie, qui u'en rail pa !
mai je le fai:.ai. en homme d'Élal, taodi.
11ue ou autres, me chers collègues, ~ou
n'èle el ne rez jamai des homme d'État.
Ju 11u'r1u moi de mai 1870, [. Th1er
n'eut pa · une minute d lassitude et de &lt;léfaillanœ, moi il l' ~cotit pri. d dti.ooura"emeul ap · le pltlliiscile. C'e l à ·elle épo11ue l(Ue j'ai eu l'll.oIUmur d'a ~i ter uu jour à
une conver.a1ion de '1. Thier ·. J'emploie à
de ein l'elle e:rpre1do11 assfater; on prerlail
gén •ralemc:ut peu de part à un entrelÎt'U
11,· •e 1. 'l'b1er,. Le conrnr~, ûon Haient n-énéralemenl Je· monologu . 1.1 u'avail, d'ailleu.r,, aucune emie de les interrompre, ces
monolo::,i ; il~ élaienl délicitmx.
M. 1'bier-, ce juur-1.lt, parlait de a la ~ilude. li ·calait ~e. effur irratiles, impuissanls. li
dJclarail profvudémcnl dégoùté
J la polilique. Tout d"un coup. un tr\· ancien ·ou venir lui revint en m 'moire. et fo
~til réciL qu'il nou lit me parut i curieut
que, le soir même, J' pri en noie Ires exaotcmcnl les parole de M. Thiers.
~ Ab! aou cfuait-il, comme il avait raion, ,t. de :~. en 1 3.l. J'ét.ai min~tre
pour la premii!re foi . J'arriYe je w 'installe,

Je trou.ve ){1, parmi le, empfo)i- imp :rieur.,
un ,·ieu chef de di, i ion, et! ,1. r""9&lt;, homme
de beaucoup d mérite el de h aucoup d'e pril. r mpu au affair~., excelk!•~ eollab~
rat ur. mai· rerenu de L&lt;mfe aml11hon, e111edi, ni lé;:ii·r ment a be O(?De, pui. allant_ à
l'Opéra lisant ! •, roman libres du nm~ 1ccl,•, el courant l s petite. tilles. C'élail la
rrrande affaire &lt;le , a î"ie. U eut tout de uite
son franc parfor a,cc moi, et se mil
me
f:urt&gt; de la morale. tt Je ,·ou admire, me diait-il, d'a ·oir I courage el la foli • de 1·ous
mêler de alfair1;.:. tic volre pa et de vou
écbaulfer pour toute œs ltnlivernes : pro"f' , 1,jen 1mLlic, grandt!ur de la France
etc .• ele, r\· perdez donc pa rntre temps.
,ou qui ête jeune, vous qui avez de l'tr prit
el d11 laient. Occupez-vous d'histoire, d littérature, de Lhé;\Lre, mai pa de politiqul'.
Ce pa] ci c~l nhominaùle. Il n'y a rien, ri n,
rien à foire pour lui. T~uez, moi. j'él.lli petit
emplo1é de · mp~ililé b la maison Ju Roi
an1n1 17 O. \'oiei 1, Révolution. Je ru Iain
1 lemenl gagner p:u le· idée· t'L le' pa •. ion·
du Lemp . Je w: d · ce. mi érable qui ont
cooru ur la roule de Yarenne' et qui onl
ram né Loui
VI à Pari . Pui., en uit ,
comme on di.ail partout : u li o·y aura de
vraie République que quand on aura conpé
la t te au floi, u j'ai dit a,e tout Je monde :
11 [I faut l'OU pt·r la Lèle au Ooi. ; EL on l
lui a coupée. Oui. j'ai été témoiu de ce choe · el je l s ai appro1m!e , el en:auüe j'ai \U
la France se fü-rer à un rroujal d'armée 4 ui
l':i menée à faballoir. Voilà comment on n
.remplacé celle Til'ille maison de France!
Croyez-moi, mon ieur Thiers, n faite pas
de politique . o 1. '!'hier ~ garda bil!D de
suiqe ce cou eil.
li était rail pour la poli.uque el fait pour
la Lrilaune. J l'ai ou1·eal entendu; il n'y eut
jama.i de plus grand arli:,le en parole. ll
aw,it toute. le5 11ualilé maitre se. de l'orateur : l'ordre, la clarté, la ,·ie, le ruouvt!llleol.
(~a omlmi d'empba.l! ni de déclamBÛou.
Etnil-cc un d~cour ? Était-ce une eau erie?
JI! ne ai· trop, mais JC tsai bien que c'était
admirable. Quel na.Lu rel! Quelle i,Împlicilé !
Quelle ouple e ! Quelle focilitt!! Et 11ue d'eff ts obtenus $30: jamai · avoir l'air de cherher un effi•ll [I parais-ail impo·sible qu'un
homme parlant i bien pût tromper.
C'étnil le comLle dti la . implicité, mai en
mlime lemps le comble de l'art, ans qu'il y
parùl, el pr.;ci•ément parce qu'il n'i parai ail pa::. Le talent de M. Thier a, d'ailleur ,
été ù 'fini rul!neilleusemenl par 1. Thiers
lai-m \me, dnnr une lettre qu'il écrinil à
'ainte-&amp;ui,·e :
« Il a e111re ce m ieurs le écri,1ain
à effet t moi, '·riîail M. Thier, un m.ilenlêodu irréparable. Je oe croi Ô(IJl les arls
4u'à ce 11ui esl simple, el je Ûén que tout
ellel cherché e ua lîel manqué. Je regarde
à \'hi toir dru Hu r turc , €:l J'y 1101 que les
chercheur d'etl'et onL en la 1lurée, non pa
d'une génération, mai d"une mode; et vraiment, ce n' l pas la peine de iie tourmenter
pour une t Ile immortalilé. C'est une im1

""' q3 ,...

T lfTEJ( s

•

men. e impertinence de prétendre occuper • i
lon1rterops le. autre de .oi. c'est-à-dire de
rnn ti k li n'y a que le cho. e· humaine
cipo ée dans leur ,·érilé, c'est-à-dire a,·t•c
leur grandeur, leur rariélé, leur iHépui aLle
l'écondilé, tiui aient le droit de relt&gt;nir le Ject,•ur el qui le retierml'nt n Ilet. .J'ai ,·écu
dans le. as emlMes el j'ai étii fr:ippé d'unecho.e : t:'e L (JUl', dè 11u'un oruleur fai~ai 1
c, qu'on appelle une 11l11·ase, l'auditoire souriajl a,·ec un inexprimahle dédain el c11 ait
d'écouler. Ne pa.s se propo er la forme impie, c'est n'en t0rupri;udre ni la beauté rJi la
rrraodeur. n
EL li, granJ a1·antage de la forme impie~
c'e L que lor.4u'on parle ou que loniu'on.
écrit, an parle et ou écrit pour tout le monde.
Ou l'a dit : Il y a q11elr111' ,rn qui O plus

,l'e.prit que J'oltah·e, l'·esl tout le monde.
Eh Lien! il ne faut ni l..t.iïr ni mé11riscr cc
4ue:qu·uu~là.
Un jour, Je m'en uuvien , je reçus u.ne
im·ilalion à une petile soirée liuéraire. L'initaûon e LermioaiL par ce post- cripturu :
011 mant1era ,lit bourgeoi . Je .llÎ:, restéchez moi. Cell or rie ue me lt'Ulail pas.
11 ne faut pa écrin: · •ufomenl pnur les
raffinés, le· bla~~ • et les délicats. li fauL
écrire p ur c.e mon ieur tJui pas ·e, là, sur le
trottoir, le ne1. dani: ou journal et . on parapluie sous le IJrn.• li faut écrire pour celle
gro se damo e sourot1e, que je vois, de mes
l'c:nêlres, monter péuiLlemeul dans l'omni.bu
de I' déon. U faut courageu ·erucot écrire
pou.r le. bourgeois, quand ce ne .erail 11ue
pour t.lcber de le dégro ir, lie lc débourgeoiser. Et, i je l'o ai , je dirai· 4u'il lauL
écrire même pour les i inL · ·ile·.
n ~oir en 186\.ll au GJm1,a e, nn :icte
venait de finir et ou rappela1L li grands cri!
cette admirable Desclée. Ellti reparut. 1'emp1'Le d'applaudii;semeaL. Le rideau b:û~·é, on
entoure De.sciée, on la fél ici le.
Quel accès ! Qa.el t:lfcl !
- :'fou, dit-elle.
- Commfnl cela'!
- ll y a là, au pl'emier rani; de l'orche 1re, deux imL 'cile qui n'ont pa lrronthé
depui le commencement de la soirée et qui
tout à l'heure n'ont pa · applaudi.
- i ce sont des iml,édl~ , que YOU importe?
- Ah ! mai c'est qu'il faut faire de l'effet
ur les imbédle . Que deüendra.iL-on san
ccla1 li y en a tant!
EL Desclée, raYie, orlait de -Cène, à l'acte
·uimnl, en ballanl d '· maint •t en 'écriant=
- M deux imbécile ont ri! Me dcu-x
imbéciles out applaudi!
bose singu!Lilrc cc mol dit par mademoiselle De.clée m':waiL élé dit, quelque ann :es
auparaYant, p:ir lJUj'/ par li. Thier:;. nJour .•.
ou plutôt une nuit. .. il étaiL deu1 ou trois
heures du mntiu .... M. Thiers, as i entre
deux lamp , devant la grande lahh: Tèrle de
la .alte des Conr~ren
du Corp Je.. blaliI,
corrigeait le épreu\'e d'un admiraLle di cour quïl a,·ait prononcé dan la juürnée ,ur
le affaires du lexique. li cor.rigcait Leau-

�1l1ST0'/{1.Jl

- - - - - - - -- - ---=--- -- - - - - - - - --

toup. . Thier ·, il corriueail Lrop, il a,·ail )11
f:'lcbeu. baLitu.dc de récrire . · di~cuur · el
de remplac r par de "rande et longui.'
phta.s les peli · phr:i e , bt!llrtée l inoorrecle qui avaient ét I ais.i au vol, toul
&lt;"haudc · cl tout ,·ibranh•~, par 11.' s Léno1,rr.iphe . Cela n'est 1uis /'r&lt;111 rai , di. nit
M. 'fhi rs... soit, mni c'étaiL vivant.... El,
apr , que Thi •rs a mil re\u el n•ruanié s
ipr,:ure• . c'élail bi •n moin ,·hant, 1 ce
n'Jt:iit
toujour plu · (rnnrai .... ' tait
mème 11ueJ11ut-foi. c-ncorn 111oi11. f1-m1rui·.
Ile nuit-là, je m'al'f•r0t·Lai r1:~pcctueu mt&lt;lll d . Tlu •r .... Xoo · arion
antl'p •ur d lui.. .. li était d'unu e lrvm vivadt'
el r "'imhnit la moindre oh r atinn. Je me
pcrwi~ de lui foire olm•rwr que, dans la
re,;i~rnn d' ,:pr&lt;•u,;t•s, il Il it ë&lt;:riL d u
phrn
qui, l'une à la uite de l':iutre, en
-des terml! prei-,1ue id tique:.. di aienl e~ncll:mt:nl la mè.m • cho~ :
- J le . ai birn, rrpondi1 f. '!'hier de
.. petile 'l"Oi aigre! lie, je le ~ai hi •n, et
1-·e t exprèi, 111ende1.-rnu , c'e l près ....
L pr mi~re ri-, c'e I pour le: , n int Ili" •nt.s, pour oonx qui sai i ul tout de
,mile .. ,. ,bis il faut p:irl r loul 1 monde,
il fout c faire comprendre de tout le monde ....

rru

la onde loi , c'e t pour les imbécil ·,
qui _out Jamajarit ',end horde la Chambre.
l comme je m'en allais, pit.eu_emenl,
aprè mon éclJ , f ntt:nJi li. Thfors quj
mkhonnait entre e, lèHe
Et mtime en dedan .
l'n de mes amis dinait, il a quinze jours
mai i '7 l], ch1&gt;z f. hiers. à Ver. aille ...
Et ,·oil ljlle moa :uni, pre le diner, e
t rouvanl dan un coin du aIon avec deux
ou troi personn , eut l'impmden de dire,
à ,aix ho. r, Ir~ ha
- lion ~entimenl e t que. depui un moi~,
on aurail pu entrer à aris par ~urpri •
1. Thier était à yingt p:i · d \, à l'autre
Loul du :ilon, mais il :i l'oreille Jinc surtout
1p1and on parle de îortifrcatious de Pari.. Il
li ndit . ur mon m:ilhenreu nnù :i,· un t~rilable emporte-ment :
- Ah! vou \tes, mon cher mon.ieur, de
01 qui croient qu'on peul entrer dan Pari
par urpri e. C'e l une erreur, .ach z-le
Lien .... Par urprisel Voilà qui e t bieotôl
dit I Prenez l commandement de l'armée, el
entrez dan aris par urpri e !... p3? urpri.se! Je ui peul-être compéte11t dao la

qu lion. Le forlificatiou,;, de Pari onl un
ouvra imm me, un ou,·rage de premier
ordre ...• EII s onl arr ' té le Pru iens p·ndJnt cinq woi . Elle k auraient arrètûs
pendant cinq an , pendant cim1uaate an • .i
Paris n'a,-ait pa m nqué d \'lrre . EL la
Commune. ne maoquu pas de vivr ; e-11 .c
r,11 iLaill toul à oa ai,e, à tr:i r le lione·
pru.s:,ieunes. Croyezpmoi, ee n't• t p:is une pet.ile affaire 1111e d'a,oir raison d fortifkaLi n de ari.. 'est 1me enl.rt'11ri~e 0l01~all'
lli "'anl ~que; ou rre pPnl en Tenir à bout •1ne
p:ir un nrandc opération d'ememhle, par
un immen e ellort militai r •, \11o"uCmt'11l, a\ainm •11l comhiné.... \11 ! le fortification Je
Parj !... Je 1 · rnnnai moi, mien JUe pt·ronne, 1· forLificaliou · de Paris !
1. Tliiur là-de ~u ·en alfa. ,\Ion ami
avait reçu cell , emonce, l:i t~le b· · l', doc1 lement. re pec!ueu rment. dai , lti I nd1·m:1in1 il .e Yt!.ll"Ca.il en me dLanl :
- Oui, 1. Thier ,cul entrer dan Pari.,
el il y entrera, mai il lui déplairail de voir
forùlication. tomber trnp nle t trop facilement. Il faut qu'il lillil bien démontré que
1. Thier seul était capabl • ù.e preud re Ct'tlo
ille ren.daeimprenahlepar . Thi r . ,\mour•
propre d'auteur!
0

,

Lrnov1 c 1[ \ Lf:\ •.

E.

18o7. -

LE JOUR D&amp; L'k . -

Ef/amµ :I~ DuocoURT.

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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fàcbeu e habitude de récrire ses di cours et
de remplacer par de grandes el longu
phrases les petites phrases, heurtées et incorrectes, qui avaient été saisies au vol, tout s
,chaudes et toutes ,·ibran1~ , par les sténol(rapbe . Cela n'e l Jlas français, di ait
M. Thier .. . oil, mais c'était vivant.... Et,
après que Thier a,ait re\U el rt'manié es
~preuves, c'élait bien moins vivant, et cc
n'était pas toujour plus français .... C' ;lait
même &lt;1nel4uefoi t·ucure moins {mnçais.
Celte nuit-là, je m'approchai re pectueusement de M. Thiers .... i'\ous avions grand'peur de lui .... li était d'une exlrêmc vivacité
et regimbait à la moindre ob er,•alion. Je me
permi de lui faire ob cm:r que, dans la
reYision des 1lpreuve , il avait écrit deux
phrase qui, l'une à la uite de l'autre, en
Jes termes pre ljUe identique , di aient exact1:menl la même cho e :
- Je le sai bien, répondit M. Thiers de
.a petite voix aigrelelle, je le ~ais bien, el
c'est exprè., entendez-vous, c'est exprès ....
La première foi c'e t pour lts gens intelligents, poar ceux qui saisissent tout de
~mite .... Mais il faut parler à Loul le monde,
il faut se faire comprendre de tout Je monde ....

Et la seconde fois, c'e t pour les imbécile ,
qui sont la majorité, en dehor de la Chambre.
Et comme je m'en allai , piteu~ement,
apr' mon échec, j'entendi M. Thier qui
mdchonoail entre ses lèvre
Et mème en dedans.
Un de mes amis dinait, il a quinze jours
fmai 1 7 l], chez M. Thiers, à Versailles ....
Et '10ilà IJUe mon ami, après le dîner, se
lrouvant dans un coin du salon avec deux
ou troi personnes, eut l'imprudence de dire,
à voix ba sf', très basse :
- Mon ·entimentest que, depui un moi ,
on aurait pu entrer à Paris par ~urprise.
M. Thiers était à vingt pa de là, à l'autre
bout du alon, mais il a l'oreiUe fine, surtout
4uand on parle des fortifications de Pari . li
bondit ur mon malheureux ami a,•ec un véritable emportement :
- Ah! vous êtes, mon cher monsieur, de
ceux. qui croient qu'on peut entrer dans Paris
par surprise. C'est une erreur, sache~le
Lien .... Par surprise! Voilà qui est bientôt
dit I Prenez le commandement de l'armée, et
entrez dans Paris par surprise !.. . par urprisel Je suis peut-être compéte11t dans la

question. Les furtifica.Liorn de Pari sont un
ouvrage immen e, un ouvrage de premier
ordre .... Elles ool arrêté 1c Prussiens pendant cinq moi . Elles ]es auraient arrêlés
pendant cinq an , pendant cinquante an , i
Paris n'avait pas manqué de vines. Et la
Commune ne manque pas de vivres; elle se
mitaille tout à on ai.e, à traver les ligo ·
prus~ienne . Croyez-moi, ce n't· t pas une petite all'aire que d'avoir rai ·on de forlifü·ation de Pari . C'esl une enlrt&gt;prise &lt;:910. alf',
gigante. que· ou ne peut en Yenir à boul que
par une grande opération d'en.cmble, par
un immense effort militaire, longuemi:nl, a,,amment comùiné .... Ah! le fortifications Je
Pari !. .. Je les &lt;·onnais, moi, mieux que ptronne, les forLifica1ion dê Paris!
f. Thiers là-de u s'en alla. Mon ami
avait reçu celle semonce, la tête ha se, doc1lement. respectueu ement. Mais, li:: lend,·main, il se vengeait en me disant :
- Oui, M. Thiers veut entrer dans Pari ,
el il y entrera, mais il lui déplairait de voir
es fortifications tomber trop vite et trop facilement. Jl faut qu'il oit bien démontré que
M. Tbier seul était capable de prendre cttte
ville rendue imprenable par 1. Thiers. Amourpropre d'auteur!
Lrnov1c H.\LÈYY.

EN 18o7. -

LE JOUR

DE

L'AN. -

Estampe de DEBOCOORT.

CLAUDE DE SlMlA E, ENFANT.

�LIBitAIR.IB ItLusTitÉB. -

J ULES

TALLANDIBR, ÉDITBUl&lt;. - ..1_5, rue Dareau,

Soinmaire du

:20 J a11vier 19 1r• .

totu. . . . Les soldats de l'ancienne France: L'armée
du R.oi-Soleil . . . . . . . . . . . . . ..
PAUi.. G.-u :t.oT. . . . . A~OU!'S d'autrefois : Un ménage royal
GtNtRAL DE M.\.RBOr. . .Memoires . . . . . . . . . . . . . .
V1cToR lluGo. . . . . Madame de .Montléar. . . . . . . .
T. G. . . . . . . . . Cœurs de rois . . . . . . . . . . . .
J\soii DE Cuoi r . . . Henri JV . . . . . . . . • • • • • • •
jEA.'&lt; RI IIEPTN. . . . Grandes amoureuses : La Périoe .

s\lJ\'T- 1\10.

P110L DE

D• :\&gt;fa x

•-1&lt;.i

Ji:u: · liOCllE . .

156

162
163

.w

1·
16

6$

L'abbé de Vatteville . . . . . .
Un petit Gaulois de Lutèce .
Le mystère de uremberg . .
Louis XIV et Mazarin . . . . .
L'Exode des Girondins . . ..
Mademoiselle de Circé . . . .
Le colonel prussien Collignon

. .

14

l:ltt.LAJW

P. LIE L\ PORlt.

Lo

VET . . . . .

ERNE T U .\.UIJJ:.I.

P.

DE PARDTEI-L,\'i . .

. . . . . . . .

1-

.
.
.
.
. . . . . . . .

de L'Acalém1ef1·a11ç::1ise.

ILLUSTRATIONS

PLANCHE HORS TEXTE

D'APRÈS LES TABLEAUX, DESSINS IIT ESTA MPES DE :
TIRÊE SN CAMA ÏEO :

Ar.AUX BERTA "LT CALLET . CARPACCIO, CnoFFARD, CONRAD Co DER, DESFO ÉS,
D1E:s A.-J. Duc1.o , DUPLES r-BERTEA -;, J.-M. FONTJ.1 E LI E:i1&lt;rcu Go1.Tz1c ,
GUD IN,

J.-lf. K ER. OT ,

C L A DE DE

CHARLES LAN l. 1,;, MAU RI CE L ELOl R, L LA.'i:TA, P AOI..O
JEUNE, ARC:EOT P RUDHOmtE, ANTOJXE R OBERT, ll IIIF11RE.
WEB CH·DE FO:iTAIJ\'F. , L E T1Tl&amp;N,
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LORE"~1· 1lOREAU LE
KF.I..TO. ,

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le IO et le 25

SOMMAIRE du NUMÉRO 130 du 25 janvier 19 1 l

--

LE P R INCE D'AUREC
Comédie en trois actes, par Henri LAVEDAN, de 1' Académie fraaiaise.
Lll"•N ne T I N' E,\ l'. La belle Mrs Kennedy, de Baltimore . - Guy U,\);TEPLE l'RE. ~m es féminines .
Co,,1T~S E .\l.,THTP.U DE :.\OAILLE.. Emotio n.
CATa1.1.e ,\Ili;. DÈS. Touffe de myosoti s. - ANA1C)I P. FM~ 'E, de l'Académie
françai ·ç.
jarà ln d' Epicure. - AtPIIONsF. DAUIJET . U7:1- mé nage de cba nt eu:r ·.
.
Ri: Rl\'01 RE. Plus tard. - HE'-R• BOllDEAVX. La robe de laine .
- T11l°':ONIIL. G.\ TIER. Bai s er ro se, boise r bl eu. - Re:;-É MAI ZEll Y. En
Provence. - J. l.\R NI. Sortie de fav eur. - Jr.,N RI Cll EP IN, de l'Ac:id~mie
aise, Une fa ntùi ie. - lll•R,.f:L l'H l~\'O T . d~ l'Acnd~mic
hon cb ette. - ,\hCilEL PR ) \ T \"'. L'é prouvette. - . \ tHF.RT .\I ER.\ T. F igurine .

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A remplir, détacher et envoyer affranchi à l'éditeur d'HISTORIA
JULES TALLANDlER, 75, rue Dareau, PARIS, :uv-.
Veuillez m.'abonncr pour un an à partir Nom _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

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année (2 0 Novembre 191 l), bénéficieront de cette
Surprime. Aussitôt réception de leur mandat d' abonnement nous leur adresserons un Bon de photographie
qu'ils pourront utiliser pendant toute l'année 1911 en· se
faisant photographier à la Maison SŒTAERT.
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lfadame de Pompadour

,mure Je

L'armée du Roi-Soleil

Ces

L'embarquement pour Cythère.

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LES SO LDATS DE L'ANC IENNE FRANCE

G. SŒTAERT

~

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PRI E DF: L ÉRIDA ( 13 OCTOilRf.• 170 • )
'
• · -

deux poses photographiques différentes (mais de la même personne)
dans les ateliers d ·une des plus
grandes maisons de Paris, spécialiste
du portrait :

~"~::~:OI" HISTORIA Ma:::~~:tré
WATTEAU~

(ill u. cle d"Ah).

Paraissant

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL

fran

TAHLEAU o"ArL~ULPBY

li\lL\ XC

SU'R_PR._1.ME MER._YElLLEUSE

Parmi les riche e d'art, trop peu connu~,_que garde précieusement en son musée
la vieille et noble viJle d'Aix-en-Provence il
~L ~ne toile, peinte ,·ers f 715 par le mai~re
a_• 01 Aroulpby, qui appelle el retient l"atten-

feU.J. d'artillerie, croire que l'arfi te 'est
~mplu, en exécution d'une commande royale,
a représenter d le ha. àge un Dauphin
da~ l':ipp:U:eil ?'1errier que, par préde tinaL1on devait lm réserver l'avenir. Ce n'est
lion .
po_urtant
~as de l'héritier présomptif d'un
On_ y voit, en pied, un petit personnage
roi
_qu;
l
~uvre d'Arnulpby nou a conde di à onze an dont l'ajustement imserve
l
effigie,
mai simplement du cadet
préni e5 L mi-p_arti de robe el d'épée, la robe
d:~E'
mai
on
de
Provence, Claude- ecret de
a_mple pli soyeux étant celle d'un joli
•~iane,
~
I
·_
de
Jo
eph de La Cépède, marmbrn que ses gouvernante- n'ont pas encore abanJu~né .an retour aux oin plus &lt;tlll- de H1:uane-lès-Ai1. el de Marguerite de
~udes _du preceplt'ur; la cuira se, étoilée de \ ~lhelle-Me1ra_rgues de Rian . EL Claude, bien
r C~OII d l'ordre, étam ceUe d'un haut lorn de deverur, par la uite, Je roudre de
0 ficie_r; .• l'ilpée dti commandement qu'il guerre _dont le pinceau d'un bon peintre avait
compla15:1mment et prématurément présagé
~rand1t herement au bou l de son petit lira
les e~plo1t , n"eù_t lai é d'autre trace qu'une
ta~DI t ~ne d un héro , d'un gagneur de bitmenLJ_oo de oo titre el de on nom dao le
e..
On po urra,t.
· en face de ce tableau. dont le re~ut-Il ' de «éaé.alo!!ie, nobiliaires, si l'eiqui e
10nd
tuwultueru s't•claire et s'enfume de ~o,le _du mu ée d'Ah, aprè deu sièc!Ps
ccoules, ne le !ai ait re,ivrc ous no ·e11.1.

:x

I\". - H1

TORI A. _

Fasc. 28 _

En ,d~pit_ du peu de place qu'il occupe
dans_l ~t lo1re de son lemp , le fils de Joseph
d~ im1ane-~ Cépède, inon par es haut
~a•t~, du .mo~ par son portrait, olTre un
~nterêt b~stor1que spécial. La belliqueuse
11~age qu on ·nou a gardée de lui montre
bien, en effet, quel était le principal souci
des parents, quant à l'éducation de leur
enfant mâles, dans la nobles e de l'ancienne
France. On ne voyait en eux que de futur
oldats, et, _dès leurs premiers an , c'était
v~:s _le ervice du roi qu'on les dirigeait,
~ eta1t_ ~ur ~e ~ 'lier des armes qu 'on le
mstrui_-ait, _c éta1L à devenir des chef qu'on
le~ prepara1t. Aus i, lorsqu'on leur faisait,
a,~nt l ân-e,. pa_rler en si n-raod apparat la
~•ra _e et l epee, on ne songeait nullement à
n_ y voir, com~e aujourd'hui pour le petit
ctt_oyen français, fil de bourgeois ou de travailleur ' pendant les journées de caroanl,
10

�111S T O'J{1.Jl

L'AR_.MÉ'E DU '/{01-SOL'ElL

qu'un travestissement et qu'un jPu. On
de\'ançait tout bonnement une réalité très

grand'mère d'aujourd'hui, serait près assurément de paraitre monstrueux: - l'impa-

Cliché Glraudon.
UNE REVUE DE MOUSQUETAIRES. -

Tab/.ea.11 J'AsTOlNE ROBERT. {!tf11sée tte Versailles.)

prochaine, qui, chez le fils de noblesse, verrait avant la fin de l'adolescence son plein
accompHssement.
A l'appui de cette explication qu'il est permis de donner pour commentaire au singulier portrait de Claude de Simiane, rien ne
serait plus aisé que de mulliplier les exemples, mais un seul suffira, tant il est concluant,
!!l'àce aux considérations et réflexions qu'il
sut inspirer à une femme en qui l'on saluera
toujours un de nos grands écrivains français.
11 s'agit du marquis de Grignan, petit-fils
de la marquise de Sévigné, jeune gentilhomme-soldat dont un savant critique, M. Ernest Bertin, a étudié el résumé naguère la vie,
d'après la belle étude, puissamment savoureuse et copieusement documentée, du maitre
historien Frédéric Masson.
Lorsque, encore tout enfant, le fils du
gouverneur de Provence semble être et devoir
re ter d'un naturel timide, disposition fâcheuse
dont s'inquiète sa mère, en raison des projets
d'avenir qu'elle forme pour lui, la bonue
marquise écrit bien ,·ile à cette dernière, pour
la tranquilliser là-dessus: cc Ils sont des filles
&lt;&lt; tant qu'ils sont en robe. En croissant, au
« lieu de craindre les loups-garous, ils crai« gnent le blâme el de ne pas être estimés
&lt;t autant que les autres, et c'est assez pour
&lt;&lt; les rendre hraves et pour les faire tuer
(t mille fois : ne vous impalientez dong
l( pas .... J)
« L'impatience, dit M. Ernest Bertin, en
reprenant et expHquant le mot de madame
de Sévigné, - uu mot qui, se retrouvant,
appliqué au même cas, fût-ce même sous la
forme ironique, au bout de la plume d'une

tience, voilà le trait oaraetéristi,rue de l'affection maternelle dans ce temps et dans
cetle classe. Le souci de l'avenir gâte ou détruit la joie du présent. Il faut mûrir ses fils

Sévigné finit elle-mèmn par se laisser rragner
aux pensées arnbitieu es de sa fille; elle
parle, sans sourire, de la figure considérable
du marquis; elle le voit déjà gouverneur de
Provence, à tout le moins colonel, et il a
six an . Elle rencontre, en allant à Vich1, un
l,ambin du mèrne âge un fils d'officier, façonné aux màles exercices, délibéré, adroit,
ous i vigoureux qu'agile à manier le mousquet et la pique, et die le cite avec admir.,tion pour ainuillonner son dauphin de Provence .... &gt;&gt;
Quelyues années s'écoulent. 16 8 arrive.
Au début de l'automne, Mon eigneur, fils du
roi, quille Versailles pour aller commander
en chef l'armée qui doit assiéger Philippsbourg. Toute la jeune nobles e s'élance sur
ses pas, impatienle de se signaler sous les
yeux de son futur souverain. Le pelit marquis de Grignan, dont la sPizième année est
révolue depuis peu, avait, trois ans plus tôt,
été admis d'emblée à faire ses débuts à Versailles, en dansant dans un bal de cour. Il va
maintenant faire sur le Rhi~ ses premières
armes. et Void un autre genre de précocité
qui ne prête pas à rire, et qui a son prix
dans tous les Lemps et sous tous les régimes.
C'est encore la même grâce, mais intrépide,
mais héroïque, sous le feu du canon, ou bien
c'e t la passion, la soif du péril et des élan
d'indomptable audace ... A. Philippsbourg, il
faut que le maréchal de Duras, sur un ordre
formel de Louvois, défende aux Yolontaires
de donner à tous les assauts, les attache à
un régiment spécial, leur assigne leur tour

Jolre marquis, attaché au o-lorieux régiment
de Champa!!Ile, y fait bonne et martiale figure; il ptor-te allègrement les fa ~cine , rit
aux boulet qui passent, enrerristre les incident du ièrre avec le sang-froid ù'un vieil
officier.... Tout marche ;1 ouhai t pour le
mou quclaire, et néanmoins madame de Grignan, il faut le dire à sa louange, en 'prouve
moin de ravissement que d'angoisse . -

bombe sur l'épée et la hanche du mou~quetaire. L'beureu-e contu,ion, qui a si bien
choi i sa place, dan~ de bonne chairs, el
·e t arrêtée à point! ... » Nous retr0t1vons,
peu après, le marquis, capitaine de chevaulégers ùans le régiment de son oncle. « li
mène une fringante compa&lt;snie qui a été
levée et équipée par maJame de Grignan
en personne. Il enlre en campagne dans

BATAILLE DE YILLAVJCIOSA (10 OÉCEllBRE J"IO)
1

PRISE DE SEPT VAISSEAUX ANGLAIS, HOLLANDAIS ET CATALA."1S PAR J\,l. DE L'AIGLE (2 MARS

Gravure de Stir.'t.TON, J.'après le tableau de

. en toute hâte pour la cour ou pour le champ
de bataille, et les ~• envoyer grossir le renom
et les honneurs de leur maison. Madame de
.... q 6 ...

Gi;oJN.

1711).

(,}fusée de Versailles.)

de se faire tuer. Vauban, si avare de l'humble sang des soldats, ne peut empècher ct.-s
généreux étourdis de prodiguer le leur ....

C'est le moment, ajoute M. Erne!tl BP.rtin, où
madame de Sévigné rtdouble de confiance
d'entrain, d'humeur guerrière, exalte Ja for~
lune el les exploits du marquis, pour jeter
~~elque baume sur la plaie qui saigne. Elle
lait bravement campagne avec son petit-fils
pour ~e protéger, le célébrer, pour le ramener tr10mpl1ant et entier. «J'ai Philipp bourg
à prendre, &gt;&gt; répond-elle aux invitations qui
pourraient la détourner de cette rude be 0 •
~ne. Elle prend Philipp bourg, et après Phihp.p bourg, il lui faut prendre encore Manhe1m, et à Manheim elle reçoiL un édat de

•

-

.

G, avure Je

P1wouom1E,

-

forcer un cbà[eau, - et enlerer onze ou
c&lt; douze cents hommes! Hepré entez-vous un
11 peu cel enfant devenu un homme, un
t&lt; homme de guerre, un brûleur de maisons l 1&gt;
cc Un lei foudre de guerre ne pouvait rester
longtemps capitaine.... Le chevalier de Grignan, , on oncle, lui offrit en cadeau son propre régiment. Mais qudque chose encore
1c

,t"af'rês le tableau -l'Auux. (.!fusée de l ·ersail/es.)

le corps du mar4uis de Boufllers. De sa
k~r~ de Bretagne, madame de Sévigné suit et
decr1t Jes événements qui s'accompli sent Sllr
les hmds de la ~loselle, et di tribue la oloire
arec une charmante partialité. Dan le"brillant assaut donné au chàleau de Kocheirn
elle ne distingue à travers la fumée du corn:
bat q.u'un seul ~éros, le sien : elle se plait à
le pnndre hou1llant, furieux, et même un
peu féroce, d'autant plus féroce qu'il est plus
imberbe, et elle onne en son honneur une
triomphante fanfare:
&lt;&lt; Ce marmot I entrer l'épée à la main, el

m~nqua!t au nouveau colonel, quelque chose
qm ne s emprunte pas, l'expérience, l'autorité
el le tact nécessaires pour mener un rérriment
de douze compagnies et s'imposer aux ~ieilles
moustaches. Il est plus facile de bâter les
grades que la raison; l'enfant reparaissait
da_ns le col?oe_l,, av~it Je~ caprice qui blessa1e_nt la d1gnue d autrui, compromettaient
la, sienne et l'exposaient à d'amers déboires. A
defaut de maturité, le marquis paya de bravuure et ce ne fut pas sa faute s'il n'eut point
de part aux actions brillantes de Fleurus H
de Staffarde. Des marches et des contre-mar-

�H1STO'J{1.Jl
ches, sans gloire, sinon sans fatigue, tel fut
le lot de son régiment. Avec la meillenre volonté do monde, madame de Sé,,igné n'y peul
trouver matière à louange .... füis son admiration se ranime à l'occasion du irgedeNice,
où le jeune colonel, affamé d'honneur, est
-accouru en wlontaire. Elle trace de ses travaux et de son altitude un portrait où la
-martiale élégance du gentilhomme esl comme
encadrée dans la beauté de la nature méridionale .... Ce n'est plus le brûleur de maions de Kocbeim, c'est l'orticier correct de
YersailJes, portant fascines à petits pas (ain i
le veut le bel air) sous la mitraille de la place,
c&lt; el quelles fascines! toute~ d'orangers, de
&lt;1 lauriers .roses, de grenadiers; ils ne crai« gnent que d'être trop parfumés. 1)
La mort de la marquise de Sévigné, qui
survint, comme on sa:it, au mois d'avril 1696,
fit perdre au brillant colonel, en même temps
crue la plus adorable des grand'mères, le plus
brillant et le plus vibrant historiographe que
jamais il eùt pu rêver. Aussi, depuis ce m()ment-là, on ,·ague brouillard rccouvre-t-il
la courte vie du marquis de Grignan. « Son
histoire lient en quelques Lignes : une promotion de brigadier, une mission d'étiquetle
à la cour de Lorraine, une vaillante attitude
à la bataille d'Hochsledl, puis la maladie, la
petite vérole, qui le prend et le tue à Thionville, au seuil des grandeurs rêvées par lt·s
siens. Tant d'application, de soins, de démarche , d'efforts généreux et hâtifs, et pour
unique récompeuse une mort obscure à
l'écart des champs de bataille, une lombe
ignorée, un nom éteint l Son épitaphe, du
moifü, nous reste, écrite par Saint-Simon,
un juge dont la louange vaut double:
c1 C'était un galant homme, et qui promettait fort. o
Telle fut, brièvement résumée, la vie d'un
de ces jeunes gentilshommes destinés dès le
berceau à devenir des soldats, et qui recevaient, avant même la fin de leur adoles. cence, ainsi qu'un dernier jouet do1l.t ils savaient d'ailleurs apprécier le prix, leu.rs pre.miers galons d'officier. Et, de même qu'elle
montre avec un relief particulier, grâce aux
lettres de l'immortelle marquise, comment
les aïeules et les mères prenaient en ce
temps-là leur parti des risques courus à la
guerre par leurs fils et leu.rs petits-fils, cette
biographie sommaire du dernier des Grignan
pourrait, dans ses grandes lignes, servir de
prototype à celle de nombre d'autres héritiers
d'un beau nom.

TI y eut Jà, pC'ndant toute la durée d'un
très long règne, uoe floraison incomparable
de jolie Lravoure, de ouriante inlrépitlité,
d'béroï~me sans pose ni apprêt. La jeune
noblesse de France prodigua, sous le grand
roi, avec le meilleur de son sang, les plus
brillants faits d'armes. De ses exploits fut
faite en partie l'auréole dont ~e nimlia l'orgueille'ux sou,·erain. Aussi, lor que arriva le
déclin dn Iloi-Soleil, dont l'éclat aveuglant
avai.L si longtemps éLloui le monde, Lous ces
noLles porteurs d'épée, quOÎ'fue toujours
aussi résolus en Iaee du pilril et vaillants en
face de la mort, s'effacèrent dans le demijour crépusculaire où s'estompait maintenant
celui devant qui l'Europe allait se déshabituer
de trembler.
Le années funestes avaient succédé aux
années glorieuses. On avait C'DCOre des troupes
ad.mirai.iles, aussi patientes que courageuses,
résistant aux plus dures fatigues comme aux
plus cruelles prirntions, et réunissant des
hommes qui, comme à Malplaquet, pour
courir plus vite à l'ennemi, s'aJJégeaient en
le jetant du pain qu'on yenait de leur distribuer et dont ils manquaient depuis la veille.
On avait, pour les commander, des officit&gt;rs
tels que le marquis de Grignan et ses pareils.
El si, malheureusement, pour mener ces soldats et ces ofûciers, on avait des chefs comme
les Chamillard et les Villeroi, on en avait
aus i comme les Villar;; et les Vendôme.
Mais, depuis la défaite d'Hochsledt surtout,
en août 1704, où tout un corps d'armée
français - vingt-sept bataillons de vieille infanterie, douze escadrons de dragons: de dix
à onze mille hommes - avait capitulé, le
prestÎ!:e de la France s'était de plus en plus
affaibli. Le malheur s'acharnait sur le vieux
roi et son royaume. « Tout révélait la profonde décadence des choses et des personnes
dans ce gouvernement 4ui avait été l'exemple
et l'effroi de tous les autres. Le présent était
s,inislre; l'avenir, tel que la pensée n'osait
plus en sonder les abimes : on n'entrevoyait
pas seulement l'abai~sement, mais la ruine
de la France l 1 »
De toutes parts, les échecs succédaient aux
échecs, les défaites aux défaites. Mais, pendant que Louis XIV, vieilli et déprimé, pouvait dire lri~tement à l'incapable Villeroi, le
vaincu de Ramillies : « Mon ieur le maréchal, on n'est plus heureux à notre âge, »
l'armée, où bouillonnait toujours un sang
jeune et ardent, ne connaissait ni le découra1. Deori Martin, tome XIV, page 506.

gement, ni la résignation . .Faisant face aux
diverses coalitions formées contre la France,
elle continuaithravement, sur tous les points,
à combattre - pour l'honneur. Et la fortune
devait enfin répond-re à tant d'efforts par des
sourires qui, pour un temps, allaient sinon
faire oublier Lanl de désastres successifs, du
moins en atténuer le souvenir.
C'est en Espagne, où le I oi de Fran"e, par
la force des armes, tentait de consen-er le
trône à Philippe V, son petit-fil~, que les
alliés devaient, à leur tour, essuyer de nouveaux revers.
De ce côté la marine française se montra
la digne auxiliaire de notre armée de terre.
Dès i 707, - alors que le duc d'Orléans et
Berwick s'emparaient de Valence, puis de
Lérida, cette fameuse place, réputée imprenable, contre laquelle le grand Condé luimême avait échoué soixante ans plus tôt, Forbin et Dugua1-Trouin capturaient ou coulaient des convois anglais portant en Espagne
troupes et munitions. Et celle guerre maritime se poursuivait presque continument pendant toute la durée de la campagne dans la
péninsule, jusq u•au déùu t de frl1 , où M. de
l'Aig]e prenait brillamment, après un combat
de quelques heures, sept vais~eaux anglais,
hollandais et catalans, qu'il conduisait ensuite partie à Malte et partie à Toulon.
Entre temps, le roi de France envoyait au
secours du roi d'Espagne le duc de Vendàme, dont le nom, à lui seul, &lt;C valait upe
armée ». Vendôme, qui possédait au suprême
degré l'art de fanatiser les troupes qu'on lui
donnait à diriger, jouissait d'uu prestige tel,
qu'une foule de volontaires, dont un grand
nombre appartenaient à la noblesse, le suiYirent en Espagne, et infusèrent à l'a.rinée
franco-uspagnole comme un sang nouveau.
Aussi vil-on à Villaviciosa, où Philippe V
commandait à côté de Vendôme, une des
plus vigoureuses et des plus frappantes manifestations des qualités spéciales qu'une éducation avant tout militaire, un cc enlraÎDt'ment » app.roprié, ainsi qu'on dirait aujourd'hui, donnait aux gentilshommes de ce
temps-là.
EL la bravoure de ces'jeunes officiers, menant si crânement leurs hommes au Ieu, ne
con tri boa pas peu à cette brillante victoire,
- l'un des suprêmes rayons dont s'éclairèrent les dernières années d'un vieux roi, qui,
à sa mort, laissa la France plongée dans u
si terrible misère, en un désarroi si profond,
après l'avoir comblée de 1ant de gloire.
PAUL DE

.\lORA.

L&amp;

REl:.E A. NONÇANT A M~IE DE BELLFGARl&gt;P., DES JUGES ET LA LtnERTÉ DE SON MARI, EN MAI

17~7. •

Gravure tie A .-J. DuvLoS, j'aprés le faste/ .:te LEsFOssü.

AMOURS

D'AUTREFOIS
♦

Un

ménage royal
Par PAUL GAULOT

[1

pareilles d'autre désaYantage que de n'avoir
point un mari à tromper ou à désespérer,
Louis XV meurt le iO mai 1774.
comme le Montespan, les Châteauroux et les
Le premier acte de son successeur est une Pompadour?
insulte à la mémoire du roi défunt : il
Le seul reproche politique qu'on pût
cc envoie la c-réature au couvent 1 » ; en
adresser à madame du Barry ··tait d'avoir
d'autres termes, on expédie à madame du poussé au renvoi de Choiseul. Si Louis XVI
Barry une lettre de eachet. La mesure était considérait la disl-!ràce de ce ministre comme
pour le moins inutile, car la favorite, privée une faute, le meilleur moyen, pour réparer
de son protecteur, se serait retirée d'elle- cette iuj ustice, était non d'exiler la maitresse
même dans quelqu'une de ses propriétés. A royale, mais de rappeler Choiseul. Il n'en fit
quoi bon attirer davantage encore l'attention rien cependant, et ce n'est pas fauted'enavoir
sur une liaison que la mort venait de rompre, été sollicité. On verra plus tard ce que raconte
el surtout traiter aussi durement une femme à ce sujet llarie-Anloinette; qu'on sache seulégère, mais bonne, el qui n'eut sur ses lement que, par les soins de la reine, une
1. Lettre de Marie-AnloineHe à :Uarie-Tbérêse entrevue eut lieu entre le nouveau roi et
14 mai 1774).
l'ancien ministre, lequel entendit, sans trop

d'étonnement, ces étranges paroles sortir avec
peine de la bouche royale :
- Monsieur de Choiseul, vous avez bien
engraissé .... Vous a,·ez perdu vos cheYeux,
YOus devenez chauve.
Ce fot là tout ce qu'il put trouver à dire.
L'impression que produisait le pauvre
prince élevé ainsi à la toute-puissance était
?éné_rale, el_ceux-là seuls conservaient quelque
1llu~1~n qm ne le connaissaient point et se
flattaient que le successeur de Louis XV
vaudrait mieux que &amp;on prédécesseur. Lacho e
s~mb!~t facile, car o~ ne pensait guère qu ïl
f~l aise de t,rouver pue. On ne trouva point
pire, en eflet, mais on trouva autrement
mauvais. Louis XV ne manquait pas d'inlelligenre, mais de caractère et de moralité.

�, ___________________________

111S TORJ.ll
Louis Xîl a, ait moins d'intelligence, pas écrit : assurémeuL, elle n'avait pas lieu ù'en "ucces. ion en ligne directe, tous s'imaginaieul
davantage de caractère : par contre, il avait èlre c1 on ne ;:aurait plu coatente u. La for- découvrir dans les moindres SJ'mptàmes la
de la moralité à rcrendre, i l'on peul appeler mule banale de sou mari lui causa quelque réalisation de ces espérances. Marie-Antoinette
de œ nom une apaÙlie extraordinaire, qui dr.crption, el elle ne s'en eacha pa . Elle rapporte un mince incident urrnnu à ce
ést un défaut ans i bien chez un roi que reprit la plume, priaot sa mère d'excu er le sujet : cc En revenant de Compiègne, j'ai eu
chez un homme.
1·oi à cau,e de sa &lt;&lt; timidité et embarras une petite indisposition fort dé agréable en
Mèrcy-Aruenteau sentait lti danger, et ne naturel. " Et elle ajouta : « Yous vo ·ez, ma ,,01age : la grande chaleur et le mouvement
"oyait de ren.ècle à cet éLaL de choses que chère mamaa, par la fin de on comphmenl, de la voiture où j'étais montée en sortant de
dan l'action polilic1ue de la reine. Il regrettait que, quoiqu'il ail beaucoup de tendre e pour la table m'ont porté au cœur, ce qui m'a fai t
qu'elle cùt toujours été ,1 un peu
beaucoup vomir, te qui m'a
trop éloignée de aifa ires séfait grand honneur dan le purieuses n, el, elon lui, il fallait
blic; mais, malheureu ement,
&lt;&lt; que, pour la sûreté de son
ma chère maman voit bien que
IJonheur, elle commen~·ùt à
j 'étais loin de grosse se•. &gt;&gt;
'emparer de l'autorité 4ue le
En d'autres circonstances,
roi n'exercera jamais que d'une
elle Y mettait moins de bonne
façon préca ir ', et, rn la tourhum~ur, et il arriva un jour
nure des gens qui composent
que, pressée par une de ses
cette cour, ru l'e pri Lqui le
femmes de ne plus monter à
anime et qui les guide, il crait
cheval, elle s'écria dans un
du dernier danger eL pouT l'État
moment d'impatience trop exet pour le sy tème général
plicahle :
que qui que ce . oit s'emparàt
- Au nom de Dieu! laisdu roi, et qu'il fùt conduit par
sez-moi en paix, et sachez que
un autre que par la reine 1 &gt;l.
je ne compromets aucun hériAin ile malheur de sa destitier4?
née \'OUlait que ses ami~, ses
Bientôt la joie d'autrui vint
con eillers la poussassent eux .
ajouler à ses propres tristesses .
mèmes dans la \'Oie funeste oit
Le comte d'Artois, de trois ans
la malheureuse princesse dt:!vaÜ
plus jeune que Louis XVI, el
rencontrer lant d'obstacles et
marié trois ans plus tard,
soulever tant de colères ... .
n'avait point imité la réserve
Mais les Lemps terrililes
de ses frères : la nouvelle que
éLaienL encore éloignés , er, pour
la comtesse d'Artois était en1.: momeut, elle éprouvait l'éceiute se répandit à la cour
Llouissement que lui donnait
avec une rapidité prodigieuse,
ce beau titre de (1 reine de
et, dès le deuxième mois, les
France &gt;&gt;. Son orgueil s'en
uns s'en réjouissaient, tandis
i·éjouissait, et, naïvement, elle
que d'autres s'en attristaiènt.
ne pouvait s'empècher, écrivaitCe fut une cruelle piqûre d'aelle, &lt;&lt; d'admirer l'arrangement
mour-propre pour la reine.
de la Providence, qui l'avait
Elle 'elforça d'atlénuer son
choisie pour le plus beau royaucb.agrin en écrivant la cho e à
IDIJ de l'Europe. Jl
ca mère: (( J'avoue ... que je
EUe était heureuse de monsuis fàchée qu'elle devienne
trer sa joie à sa mère. Dans celte
mère avant moi, mais je ne
heure d'expan,ion, elle voulut
m'en crois pas moins obligée à
y associer sun mal'i, et elle Iui ·
avoir pour elle plus d'auention
demanda d'écrire 4ueh1ues mols
que personne. » Mais Mercy
auss i. Afin de lui rendre la
LOUIS xvr.
pouvait être plus franc: « Debesogne plu facile, elle lui dicta
puis les apparences très probaGra,•ure de NARGEOT, cf Jf&gt;rès le tableau de CALLET . (.lfusée de 1·c,-sailles. )
deu'( phl'ases qu'il écrivit doLles de la grossesse de macilement : c1 .fe uis fort ai e
dame la comtesse d'Artois, il
de Lrouver une occasion, ma ch?1rc maman, moi, il ne me gâte pa par ses fadeurs!. &gt;&gt; est arrivé ce que j'avais toujours prévu et
de vous prournr ma tendres e et mon atlaCependant il y avait un progri!s dans la craint : c'est que la reine, frappée de cette
chement. Je désirerai bien avoir de vos conduite conjugale : depuis quelque temps circonstance el réiléchissan t sur les siennes
conseils dans ces moment~-ci, qui sont si em- déjà, il avait ce sé de se reLÎrt'r le soir dan
propres, y trouve avec rai on un sujet très
barra~ anis .... &gt;&gt;
se appartements el ne souhaitait plus le grave de peine, el je rnis avec un extrême
Il était. lancé; e1le espéra qu'il allait conti- bonsoir à sa femme, comme il avait fait le chagrin que Sa Majesté en est intérieurement
nuer, mais elle eùl voulu qu'il le fit de lui- jour de se noces et pendant si longlemp de- affectée d'une façon Lrès douloureuse 5 . »
mème. Le roi continua en elîet : &lt;C Je serai
puis, mais il dormait simplement plus près;
Bien qu'elle cherche à conserver son embien enchanté de pouvoir vous contenter et c'était le seul changement survenu, car il pire sur elle-mème, la vérité finit par lui
de vou marquer par là tout mon attachement n'empêchait point la reine de dormir.
échapper, et alors les imprudences commene~ la reconn~issance que j'ai que vou avez
La nouvelle u t'D avait pas moia été ébruitée, cent. L'exaspération qu'elle éprouve d'être
bien voulu m accorder votre .Olle, dont je suis et tous alors, partageant ce désir universel, associée à ce mari ridicule lui fait oublier ses
on ne saurait plus content. »
qu'il e t d'usage de manifester sous les monar- résolutions anciennes; elle ne se relient plu ,
Marie-Antoinette Yint lire ce qu'il avait chie , de voir un héritier assurer rordre de
0

1

J. Correspv,ulaure secrète, 1. lI. 11. l;:ii.

•

2. ibid., L 11, 11. H0-141.

- r5o ...

3. Ibid .. L li, p. 230.
'•· Mémofres de 111adame Campan .
b. Corresp. sea., 1. li, p. 268 et 214.

el c'est sur uu Lon de plaisante raillerie trop heureu e encore i, eu se perdanl, elle
qu'elle parle de lui maintenant. fü c'était conserve les vertus dues à son rang! »
L"empereur Joseph li, son frère, fut aussi
encore à Mt-rcy ou à a mère, il n ·y aurait
attristé
tiue Marie-Thérèse. et. dans le preque demi-mal; mais elle prend pou.r confident
mier
in
tant de la surprise el du mécontenun ancien diplomate, qui fut l'homme de
confiance de l'impératrice en diverses circon- lemenl, il adressa à sa sœur une lettre
s.Lances, le comte de Rosenberg. Elle lui écrit. contenant le reproche, les plus durs, el où,
le 17 avril l 7ï5 : (&lt; Le plaisir que j'ai eu à arec uue Yéritahle perspical'ité, il lui énuméeau eravec vou , monsieur, doit bien mu ré- rait es fautes, celle que plu tard on devait
pondre de celui que m'a fait votre lettre. Je transformer en crimes. Faisant allu~ion à la
ne serai jamais infjuiète des conte" qui iront nominal ion de M. de Sartines au ministère de
à Yienne taot qu'on ,,ou en parlera; vous la marine, au remoi du duc d'Aiguillon, à
connaissez Pari et Versaille , vous avez vu l'affaire as ez louc-he du duc de Guines, et à
et jugé. 'i j'avai besoin d'apologie, je me la charge de surintendante donnée it la princonfier11is bien à l'0us. De bonne foi j'en cesse de Lamballe, il disait : « De quoi vous
avouerai plu que vous n'en dites : par mèlez-,·ous, ma chère sœnr. de déplacer des
e:xemple, mes goùts ne sont pas les mèmes ministres, d'en faire envoyer un autre snr es
que ceu'&lt; du roi, qui u'a que ceux de la chasse terres, de faire donner tel département à
celui-ci ou à C'elui-là, de faire gagner un proel des ouvrages mécaniques. YousconTiendrez
que j'aurai~ ass·cz mauvaisfl 11,râce auprès cès à l'un, de créer une nouvelle charge disd'une forge; je n'y ,erais pas Vulcain, et le pendieu e à votre cour, enfin de parler
rôle de Vénus pourrait lui déplaire beaucoup d'affair~s, de vous servir même de termes
plu que me goûts qu'il ne désapprouve très peu convenables à volre situation?
pas. \) Cette lellre nous fait connaitre une
« Peut-on éi.;rire quelque chose de plus imMarie-Antoinette qu'on n oupçonnerail pas prudent, de plus irraisonnahlP, de plu~ incond'après .a correspondance hahitu.elle. Elle venant que ce que vous marquez au comte de
n'a pas lieu d'aillt&gt;urs de beaucoup étonner, Rosenberg touchant la manière avec la'luelle
la p.rincesse ayant de tout temp monlré une vous arr·angt&lt;âtes une conversation à l\eims
tendance à la malignité et une grande apti- avec le dur. de Choi eul '! Si jamais une lettre
tude à ai ir les ridicules des gens. On devine comme celle-là s'rgarail, si jamais, comme je
les bruits auxquels le comte de rio enberg n'en doute presque point, il Yous échappe des
avait faiL alla.ion dans sa Jeure. La .réponse propos et pbra es pareilJe vis-à-vis de vos
est très uelle et marque la très petite place irn imes confidents, je ne puis qu'entrevoir le
que tenait &lt;( Vul(·ain &gt;) dans l'e prit de sa malheur de votre vie, et j'avoue que, par
femme. Un pas~age d'une lettre, adres ée le l'attachement que je vous ai voué, cela me
15 juilld, au mème de tinataire, accentue fait une peine infinie 1 •..• »
enrore les chose .
Ces crainles prophétif]ues ne parvinrent pas
rt s'agiL de l'entrevue préparée à son in. ti- à Marie-1ntoinette. L'impératrice jugea trop
gation entre le roi et Choiseul, entrevue dont vifs les reproches de Joseph II _à sa sœur, et
on sait le piteux résultat.
t&lt; Vous aurez peut-ètre appris l'audience
que j'ai donnée au duc de Choiseul à Reims.
On en a tant parlé que je ne répondrai pas
que le vieux Maurepas n'ait eu peur d'aller se
reposer chez lui. Vous croirez ai émenL que
je ae l'ai point vu &amp;ails en parler au roi, mais •
mus ne devinerez pa l'adi·esse que j'ai mi e
pour ne pas avoir l'air de demander permision. Je lui ai dit que ,j'avais cnvie de ,·oir
M. de Choiseul el que je a'étais embarrassée
que du jour. J'ai 't bitn fait que le pauvre
homme m'a arrangé lui-mèmc l'heure la plus
commode où je pouvais le voir. Je crois que
j'ai assez usé du droit de femme dans ce moweut 1. ))
Le comte de Rosenberg ne se crut pa tenu
à un secret qu'on ne lui demandait pas, et il
montra les lettres. Elles étaient d'un st;ile à
ne point pas er inaperçues, et elles de1•inrent
promptement le sujet des conversation . Le
BARON DE BESE~VAL.
bruit en parvint jusqu"à l'impératrire, qui
demanda à voir l'ori"inal. Avec quelle stupeur elle lut les confidences de sa fille!&lt;&lt; J'en elle obtint qu'une lettre de formes plus douces
sui· pénétrée jusqu'au fond du cœur, écrit- seraiL substituée à celle-là. Peut-ètre aussi se
elle à Mercy. Quel S!Jle, quelle façon de pen- ~ouvenait-elle qu'elle avait partarré l'avis de
ser! Cela ne ron firme que trop mes in4uié- Mercy, conseillant à la reine de prendre autotudes; elle court à grands pas à sa ruù1e, rité sur son époux, et de s'.occuper des affaires
1. Correspon.lance tecrèle, L. Il, p. 561 et 562.

2. ibid.,

L.

Il. p. 36:5.
... 151 ...

UN

JKÉNAG'E ~OYAL ~

de l'État, ce dont le roi ne leur semblait
guère capable.
~lercy apprit avec peine l'incident causé parces lellres; il essaya tout d'abord d'atténuer
le mécontentement qu'on en avait ressenti à
Vienne.
(C Je vois avec un grand chagrin combien
celte lettre de la reine au comte de Rosenberg
a causé de peine à Votre Majesté; cependant
je la supplie de daigner me permettre d'observer que le sens et la tournure de celle .
lettre ne partent absolument que du point de
la petite vanité de vouloir paraitre en position
de gouverner le roi, et que dans le fond la
reine n'a pas eu l'intention de donner aux
termes dont elle se sert, nommément à celui
de cc bonhomme n, l'acception de plaisanterie
d011t ce terme pourrait paraître susceptible.
Votre Majesté apercevra celle vérité si elle
daigne jeter un coup d'œil sur l"article de
mon très humble rapport du 17 juillet, où il
s'agit de la façon où le roi indiqua lui-même
le moment de l'audience à donner au duc de
Choiseul. Lorsque la reine me confia cette
circonstance, elle m'en parla comme d'une
chose arrivée de hasard el à laquelle elle
n'avait point mis de détour ni de projet. Ce
n'est donc qu'après coup que Sa Majesté a
imaginé, en écrivant au comte de Rosenberg,
de donner une tournure de plaisanterie à une
chose qui était arrivée tout naturèllement. J'ai
toujours insisté sur ce que, à l'extérieur, la
reine manquait quelquefois à de petites démonstrations d'égards et d'attention envers le
roi : mais, cruant à l'essentiel, il est certain
qu'elle estime son auguste époux, qu'elle est
mème jalouse de sa gloire, et qu'il n'y a que
de petits mouvements de vivacité et de légèreté
qui puissent quelquefois masquer en elle
celle façon de penser el de sen tir• .... &gt;&gt;
C'étaient là les efforts d'un vieux courtisan,
désirt!ux de plaire à tout le monde; malheureusement, l'impératrice ne pouvait accepter
tous les beaux raisonnements du diplomate,
non plus que la pelite entorse qu'il donnait à
la ,·érité. c&lt; Ce n'est pas l'épithète de cc bon &gt;&gt;,
mais de c&lt; pauvre homme )), dont elle a régalé son époux. )l Toutefois, comprenant
qu'une trop grande sévérité produirait mauvais e[et, el sentant le besoin de ménager ~a
fille au moment où celle-ci vient d'apprendre,
- avec quelle jalousie, avec quelle amertume,
on le devine, - que la comtesse d'Artois est
accouchée d'un fils, Marie-Tbérèse se borne
à quelques maternelles remontrances, gardant
pour Mercy la confidence de ses chagrins et
de ses craintes.
ll semble que chaque jour les augmentât;
en effet, la reine en était arrivée à une sorte
d'exaspération contre son mari, et, comme si
elle eût.redouté qu'on atlribuàt à elle, et non
point à lui, cette absence d.héritier qui faisait
gloser tout Versailles et tout Paris, elle ne se
retenait plus et confiait les secrets de l'alcôve
à ceux qui, pour une raison quelconque, lui
paraissaient mériter de telles confidences.
C'est ainsi qu'elle donna sur la constitution
5. ibid. , 1. li, p. 570.

�SACRE DE

Louts XVI,

ROI DE FRANCE: ET DE NAVARRE, A

REws.

LE 11 JUIN

17~5-

Dtssi!1é d'atres irature el gravé par J,-1\l.

MoRua LE JEUNB,

desSinale:ur el graveur du cabinet du roi.

�1f1STORJJI - - - - - - -----------------------------------pb)'sique du roi certains dJtails trop préci
au baron de BeseOYal.
Ce personnage, Sui ~e d'origine, avait servi
avec distinction dans la guerre de ept an ,
et s'était par là acqui une bonne situation à
la cour. « li avait une belle taille, une firure
agréable, de l'esprit, de 'l'audace : que faut-il
de plus pour réussir? Au si avait-il eu beaucoup de succès auprès des femmes .... Il parvint bientôt à ~e faire admettre dans la ociélé
intime de la reine; mêlant alors la flatlerie à
des maximes pernicieu es qu'il débitait avec
une as urance faite pour en impo er à une
princes e sans expérience, il ac•1uit or elle
un ascendant foneste, et que je regarde même,
ainsi que plusieurs per-onne à portée d'en
juger, comme une d~s principales causes de
sa perte. En effet, la reine, avec un 1rès bon
cœur, avait un malheurrux penchant pour la
moquerie. ll applaudi t à ce défaut que l'on
pourrait presque appeler vice dans un tel
rang 1.... »
On juge de ce que devenaient les confidenl'es
faites par la reine à un tel homme, qui se
fiaLLait cc de lui fa.ire jouer le rôle et de lui
donner la con istanr.e la plus convenable à sa
gloire el à assurer son bonheur' 1&gt; . ll n'eut
rien de plus pressé que de les divulguer : il
était si heureux d'exciter la jalousie en se
vantant des bontés qu'on lui témoignait!
Le bruit en Yintjusqu'aux oreilles deMarieThérèse; ce lui fut un chagrin de plus : &lt;( La
confidence qu'elle a faite au Laron de Besenval sur ce qui est personnel au roi est une
nouvelle preuve de son peu de réflexion, »
écrit-elle à Mercy le 5 octobre 1775.
Le fait est qu'il étaiL sin~lier, pour ne pas
dire plus, que Marie-Antoinette parlàl à qui
que ce fùt, sauf à sa mère el à Mercy, d'une
légère opération qu'il était alors question de
faire au roi, opération plu utile d'ailleurs
pour l'aider à vaincre son excessive timidité
que pour lui en facililer les mol'ens physiques.
L'excuse qu'elle peut invoquer, c'est qu'au
milieu des curieux malreillants qui l'environnaient, les secrets les plus intimes cessaient
promptement. par l'indiscrétion de la domesticité, d'ètre des secrets. Puis ne doit-on pas
pardonner beaucoup à une ft&gt;rnme placée
comme elle dans une situation si anormale?
Elle n'avait pas un caractère assez fortement
trempé pour dévorer son chagrin en silence
el s'armer en public d'impassibilité. Quelle
patience, d'ailleurs, il lui eùl fallu! Les années
passaient; à l'époque où nous sommes parvenus, il y avait plus de cinq ans qu'elle était
mariée, et elle était toujours obligée de répéter à sa mère ses aveux mélancoliques sur
l'inditlërence du roi à son égard. li y avait
certes là de quoi dépiler une femme même
moins jeune, moins jolie el moins aimable
que la reine.
(&lt; Le roi parait redoubler d'amitié et de
confiance pour moi, écrit-elle le 12 novembre 1775, et je n'ai rien à désirer de ce
côté-là. Pour l'olijet important qui inquiète la
tendresse de ma cbère maman, je suis bien
1. Souvenirs el Porlraiü, par 11. le duc
2. Mémoù-es du. ba1·011 de lJe8enval.

DE

Uvis.

fùchée de ne pouvoir rien lui apprendre de
nouveau; la nonchalance n'est ùremenl pas
dti mon côté. Je sen plus que jamais combien cet arLiclc esl intéressant pour mon sorl;

Duc

DE CH01sEt.;L ,

G•avure de

J ,-',[. F'ONTAINF.

d'après un taNeau ;tu /lf11sèe de Versailles.

mais ma chère maman doit juger que ma
situation est embarras~ante et que je n'ai
f?Uère d'autres moyens que la patience et la
douceur 3 • )&gt;
Parfois, comme si elle eût voulu racheter
auprès de sa mère le tort de certaines confidences imprudentes ou inntiles, elle se montrait plus résirrnée à on .ort,et cherchait à
dire de Loui Hl le plu de bien qu'elle
pouvait. La chose n'était pas facile en ellemême; elle ne le devenait un peu que par
comparaison. Quand elle reportait son allention sur ses beaux-frères, qu 'el!e,voyai.t l'un,
le comte de Provence, (( gros comme un tonneau, bien paresseux et bien gras 1J , et sous
le rapport de la virilité plus nul encore que
on mari, el l'autre, le comte d'Artois, sot et
\'anileux incapable d'un acte de courage ou
d'une action raisonnable, elle en arrivait à
trouver sa part moins mau,·aise : « Je sui
convaincue que, si j'.n-ais à choisir un mari
entre les trois, je préférerais encore celui que
le ciel m'a donné. Son caractère est vrai, et,
quoiqu'il est gauche, il a toutes les a Ltentions
el complaisances possibles pour moi 4 • ))
Le vague el relatif sentiment de préférence
que Marit!-Antoinelle croyait 011 disait éprouver
pour son mari ne suffi ail point à sa nature
alfectucuse. Instinctivement, elle chercha autour d'elle qui pourrait en combler le vide, et
tout d'abord se raballit sur l'amitié. Sa bonté
la guida mal en l'occurrence, et ses choix ne
furent pas heureux.
Elle commença par distinguer une femme,
un peu plus âgée qu'elle, dont la beauté et les
malheur avaient atL.iré l'attention de tous.
5. Cm·respo11da11ce secrëte, 1. Il, p. ;;94,
4. ibid., t. li, p. 40/4 .

füdemoiselle de avoie-Carignan. veuve à dixneuf ans du prince de Lamballr, avait eu
pour ce mari déhanché une a[..,ction vive. et
elle avait éprouvé à sa mort, suite d'excè de
toutes sortes, une douleur profonde. Elle
avait songé un instant à s'ensevelir dans la
retraite. a situation de famille l'avait ramen,:e à la cour, et il avait éLé même qu estion
prndant quelque temps de lui faire épouser
Loni XY, ennuyé et désœuvré, veuf à la foi
de. a femme et de l'a maitres e, la marquise
de Pompadour. Les con olations que prodi,,.ua
au vieux roi madame du Barr~ firent tomber
ce projet.
Marie-AnLoinetle, O,rnphine, ·entil un p;oùt
très vif pour cette jeune Î&lt;!mme, et, lorsqu'elle
devint reine, elle n'eut d'autre désir que de
placer son amie dans une haute position près
d'elle. Par malheur, la princesse de LamLalle
était aussi peu iutellig:enle c1ue dévouée, el
elle ne larda pas à las er l'afJeclion de sa protrctrice.
Déçue de ce côté, celle-ci reporta toutes les
ardeurs de son cœur aimant ur une l"ernme
séduisante, habile au suprèrne degré, d'une
in. atiable cupidité, et qui devait, au rebours
de la princesse de Lamballe, montrer plus
d'intelligence que de dévouement, en se mettant à l'ahri par la fuite dès que viendraient
les mau 1rais jours.
La comtesse Jules de Polignac, dont le
vil'af(e d'une pureté angélique dissimulait
admirablement une âme aux: pires instincts.
1·oroprit au. sitôt le parti qu'elle pouvait tirer
d'une amitié si haute pour ~orlir de la position précaire, misérable mème, dans laquelle
elle se trouvait. Mettant à profit l'extrême faveur dont elle jouit promptement auprès de
la reine aveuglée, elle amena avec elle toute
s~ famille, y compris le comte de Vaudreuil,
qui, publiquement, était son amant. Ilicntôl
elle forma, avec la princes e de Guéménée,
une joueuse suspecte, le baron de Be emal,
un intrigant sans moralité, et quelques autres
personnages dignes de ceux-ci, une coterie
de tinée à se protéger mutuellement et à mettre
en coupes réglées la bienveillance et la généra ité de la reine. Ils ne réus irent que trop
bien : il n'est pas d'honneurs 11ue la Polignac
ne réclamàt pour elle et pour les siens, pas
de cadeaux qu'elle ne ollicit àt, an"menlanl
ses prétentions à mesure qu'augmentaient les
l,ienfails. Elle sut, au bout de peu d'année ,
faire altriliuer à sa famille près de cinq cent
mille livres de revenus annuels; ous un vain
préteite, elle obtint pour Vaudreuil une pension de trenle mille livres, et, quand sa fille
fut en âge d'êLre mariée, elle reçut pour elle
une dot de huit œnt mille livres.
Mercy était candalisé, et ne s'en cachait
point : « Toutes les familles les plus méritantes se récrit'nt ,conlre le tort qu'elles
éprouvent par une telle dispensai ion de grâces,
et, si l'on en voit encore ajouter une qui
serait sans exemple, œs clameurs el le dégoùl
seront portés an dernier point 5 • n
li était, en elfot, que·stiou de donner à

a.

UN
madame de Polignac un domaine du roi de
cent mille livre de rente, le comté de Bitche.
Toutefoi. . l'imprudente reine ne se bornait
pa à ce amitié· féminine., rt bientôt elle
di.lini!Ua un g-rand seigneur, flcnri de Franquelot, dur de Coigny, preruicr écuyer du
roi. li acquit auprè d'elle un crédit tel
i1u'il sufllsait qu'il ollicitàt quelque grâce
pour qu'elle fùt accordée immédiatement. U
était bien de sa personne: il n'en fallut pas
davantage pour faire naitre de bruits qui,
une foi . emés dans le puLlic, prirent tant de
consistance que la répu la lion de la reine en fu l
irrémédiablement atteinte 1 •
Ce n'e.l pa tout: la politique tente l'épouse
délais ée, et on in°érence dans des matitlres
-i gra,,e n'étant guidée ni par le. conseils
d'homme autorisés, ni par une expérience
réritaLle, porte le fruits le plus déte table .
Son hostilité valut 11 Malesherbe. et à Turgot
leur disgràce, et même, « sans les repré entalion les plu fortes et les plus instantes 1&gt;,
qui firent fléchir sa volonté, c'est à la Bastille
qu'elle eût voulu que le contrôleur général hit
conduit. El ce qu'il y a de plus tri Le dans cet
incident, c'est qu'on l'yYoit manquer de franchise : elle écrit à Marie-Thérè e &lt;I qu'elle
n'e t pas fâchée de ces départs, mais qu'elle
ne s'en est pas mèlée )&gt;, ce que, pour rester
fidèle à la vérité, Mercy est obligé de démentir.
En dehors de la politique, qui ne pouvait
point donner de bien grandes jouissance à
une femme comme Marie-Anloinelle, la grande
dislrac1ion de Lou les moments que lais aient
libre · l'étiquette et les devoirs de représentation était le jeu, non point le jeu pris comme
amusement, mais le jeu pousséjusq11'àl'ahus.
Et, comme il arrive toujours eu pareille circonstance, cette passion s'augmentait d'autant
plus q11'on s'y laissait davantage aller. Mercy
disait, en parlant de la reine : « on jen e~l
devenu l'ort cher; elle ne joue plus au jeu d&lt;-l
commerce, dont la perte esl néce sairement
bornée. Le lansquenet est devenu son jeu
ordinaire, et parfois le pharaon, lorsque on
jeu n'est pas entièrement public. Les dames
et le courtisans ont effrayés et affiicré des
perle auxquelles ils s'expo ent pour !aire
leur cour à la reine. [I est de même vrai que
le gro" jeu déplait au roi, el qu'on se cache
de lui autanl qu'il est possible. 1&gt;
·I . .lft&gt;moirea dit cnmte de Tilly.
i . Con·espo11do11,·e seai:lr, l. Il. p. 40i el a2t

.MÉJ\J.JWE ~OYAl. - -...

plus enracrés; mais, portant en cela la mesquinerie et le manque de dignité qu'il avait
en toutes choses, il &lt;( tourmentait toot Ir
monde el formait une espèce de quête dans
Versailles pour ra~sembler cinll à six cent
louis dont on formait une banque, et contre
laquelle on joua il tr~s gros jeu:; )) . Il n'était
même pas beau joueur, « se désolant quand
il perdait, et se livrant à des joies pilopbles
quand il gagnait ».
Quant à la reine, elle ne ju~tilîait guère
l'adage qui veut que les faveurs de la fortune
compensenl les déplaisirs de l'amour : elle
perdait constamment, et, comme sa cassette
particulière n'était point inépuisable, elle
devait des sommes con idérables. Mercy l'aida
à en faire le calcul au mois de janvier l 777 :
le total fut de lfUatre cent quatre~vingt- epl
mille deux cent soixante el douze livres.
Les dettes contractées par la rerne n'étaient
peut-ètre pas le plus. grand inconvénient de
ce jeu effréné; les séances s'en perpétuaient
sc,uvent fort avant dans la nuit, et le roi
vivait de plus en plus séparé de son épouse.
Cette situation fit naitre dans l'esprit de quelques courtisans l'idée de reprendre pour l1mr
compte le rôle joué ous les règnes précédents
par quelques grands seigneurs dépourvus de
prPjugés. Pourquoi ne donnerait-on pas une
maitresse au roi? Si la chose réu si~sait,
quelle infiuence ce $erail pour eux! Et ils
al'aienl même quelques bonnes raisons de
croire qu'en plaisant ainsi au roi ils ne
déplairaient point à la reine.
ll y avait alors à la Comédie-Française une
jeune artiste de dix-sept ans, mademoiselle
Contai, laquelle possédait « la taille la plu
svelte, la plus élégante, une physionomie
étincelante de vivacité et d'enjouement; qu'on
se figure enfin une femme qui, aussi spirituelle que jolie, est aussi jolie qu'il est possible de l'ètre ». Avec cela « un talent au
niveau de sa beauté : profondeur et finesse,
gaielé et sen, ibililé, donnant l'accent le plus
juste à tous les sentiments qu'elle exprimait
al'ec 1a Yoix la plus mélodieuse 'i&gt;.
Ce fnt sur cette sédui ante comédienne que
quelques personnes bien intentionnées jetèrent
les yeux; daw leur pensée, elles la destinèrent
à déniai er le roi.
Mais la tentative échoua dès le début : on
:i. Ibid .. t. lll, p. :;.J,
voudrait pouvoir n'en faire honneur qu'à. la
4. Les S01we11irs el les Regrets du L•ieil amaütll'
tlramotiquP.
vertu du. pri ncê.

Mai sur ce point comme .ur tant d'autre ,
le roi ne .avait témoigner qu'un déplaisir platonique, et sa bona serie, imprudente et maladroite en l'espèce, ne trouvait rien ponr
enrayer le mal. ans énergie, ans autorité, il
se laissait en quelque sorte bafouer par les
joueurs acharnés qui ne t~naient aucun compte
de ses remontrances. Mercy rapporte un incident bien caractéristique à cet égard : c&lt; li
prit envie à. la reine de jouer au pharaon; elle
demanda au roi qu'il permit que l'on fit venir
des banquier -joueurs de Paris. Le monarque
observa qu'après les défenses portées contre
le jeux de hasard, mème chez les princes clu
.ang, il était de mauvai~ exemple de les
admettre à la cour; mais le roi, avec sa douceur ordinaire, ajouta que cela ne tirerait pas
à conséquence, pourm que l'on ne jouàt
qu'nne seule soirée. Le banquiers arrivèrent
le :iO octobre ( 1776) et taillèrent toute la nuit
et la maliuée du :'ll chez la princesse de L~mballe, oit la reine re ta jusqu'à cinq heures
du matin, après quoi Sa Majesté fit encore
tailler le soir et bien avant dans la matinée
du j rr novembre, jour de la Tou saint. La
reine jona elle-même jusqu'à troi heures du
matin. Le grand mal de cela était qu'une
pareille veillée tombait dans la matinée d'une
l'ète solennelle, et il en est résulté des propos
dan le public. La reine se tira de là par une
plai anterie, en disant au roi qu'il avait permis une séance de jeu sans en déterminer la
durée, qu'ain i on arnil été en droit de la
prolonger pendant trente- ix heures. Le roi
e mil à rire et répondit gaiement : &lt;&lt; Allez,
vous ne valez rien, Lous tant que vous
êtes!! »
La ituaüon qui était ainsi faite à ce mari
débonnaire n'était _pourtant rien moins que
plai ante. A Paris, en elJet, la fureur du jeu,
un moment contenue par les ordonnances de
police, s'autorisait d'un aussi haut exemple
pour reprendre de plus belle, el le pauvre roi
édictait de nouvelles défenses très sévères,
qu'il 11°o ail même pa a,·ou.er à la reine, el
que l'on critiquait d'autant plus qu'au palais
de Ver ailles régnait une plu grande tolérance.
Le comte d'Artois, qui partageait sut· cc
point les goùt de sa belle-sœur, était un des

(A

Ibid. , 1. JH, p. 382.

.,. t5.'i...,.

suivre.)

PAUL

Gr\.ULOT.

�,

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITJ{E XL

placés autour de la chapelle. Enfin, pour
comble Je malheur, le désordre iut jeté parmi
Bataille de Fuentes d'Oi'ioro. - Fatale méprise. nos troupes par un déplorable événement que
Beau mouvement de Masséna. - Insuccés dù it
l'on
aurait dù prévoir.
l'abstention de Bessières.
Il y avait. dans la division Fcrey, un baLorsque nous rencontrâmes l'armée anglo- laillon de la légion hanovrienne au service de
porlugaise à l'extrême frontière de l'Espagne la France. L'habit d'uniforme de ce corp
et du Portugal, elle était postée en avant de était rouge comme celui des Anglais, mais il
la forleresse d'Alméida, dont elle faisait le portail des capotes grises comme toute
bloclls; les troupes occupaient un très vaste l'armée française; au si le commandant des
plateau, ilué enlre le ruisseau de Turones et Hanovriens, qui avait eu plusieurs hommes
celui qui coule dans le profond raviu nommé tués par nos gens au camp de Busaco, avait-il
Dos Casas. Lord Wellington avait sa gauche demandé, avant d'entrer à Oùoro, l'autorisaauprès du fort détruit de la Conception, le tion de faire garder les capotes à sa troupe,
centre vers le village d'Alameda, et sa droite, au lieu de les rouler sur les sacs, ainsi que
placée à Fuentès d'Oiioro, se prolongeait vers cela venait d'être prescrit. Mais le général
le marais de Na,·e de Ave!, d'où sort le cours Loison lui .répondit qu'il devait se conformer
d'eau que les uns nomment Dos Casas et les à l'ordre donné pour tout le corps d'armée. li
autres Oi1oro; ce ruisseau couvrait son front. en résulta une méprise bien cruelle; car le
Les Français arrivèrent sur cette ligne en 66• régiment français, ayant été envoyé au
trois colonnes, par la route de Ciudad-Rodrigo. .outien des Hanovriens qui combattaient en
Les 6• el 9e corps, réunis sous les ordres du première ligne, les prit au milieu de la fumée
général Loison, formaient l'aile gauche placée pour un bataillon anglais et Lira sur eux,
en face de Fuentès d'Oiioro. Le Se corps, sous pendant que nolre artillerie, induire aussi en
.Junot, et la cavalerie de Montbrun, étaient au erreur par les habits rouges, les couvrait de
centre, au bas du monticule de la .Briba. Le mitraille.
général Re)'nier, avec le 2ecorps, prit position
Je dois à ces braves Uanovriens la ju tice de
à la droite, observant Alameda et la Concep- dire.que, bien que placés ainsienlredeux feux,
tion.
ils les supporlèrent longtemps sans reculer
Plusieurs bataillons d'élite, les lanciers d'un seul pas; mais enfin, ayant un grand
de la garde et quelque!' batteries composaient nombre de blessés et 100 hommes. tués, le
la réserve, aux ordres du général Lepic, bataillon se trouva dans l'obligation de se
célèbre par sa valeur et la brillante conduite retirer en longeant un des côtés du village.
qu'il avait tenue à la bataille d'Eylau.
Les soldats d'un régiment français qui y
A peine nos troupes étaient-elles à leurs entraient en ce moment, voyant des habits
postes respeclifs, que le général Loison, sans rouges sur leur flanc, se crurent tournés par
allendre les ordres de Masséna pour un mou- une colonne anglaise, et il en résulta quelque
vement simultané, foncüt sur Je village désordre, dont les ennemis profitèrent habiled'Oiio.ro, occupé par les Éco,sais et la dh·ision ment pour reprendre Fuentès d'Oùoro, ce qui
d'élite de l'armée des alliés. L'attaque fut si ne serait pas arri\'é si les généraux. eussent
brusque et si vive que Jes ennemi , bien que garni les fenêtres de fantassins, ainsi que
retranchés dans des maisons en pierres sèches l'avait prescrit Masséna. La nuit vint mettre
très solides, furent obligés d'abandonner lem· un terme à ce premier engagement, dans
poste; mais ils se retirèrent dans une vieille lequel nous eûmes 600 hommes mis hors de
chapelle située au sommet des énormes combat.
rochers qui dominent Oùoro, et il devint
Les perles des ennemis furent à peu près
impossible de les déloger de celle importante les mêmes, et portèrent principalement sur
posilion. ~lasséna prescrivit donc de s'en tenir leurs meilleures troupes, les Écossais. Le
pour le moment à l'occupation du village, et colonel Williams fut Lué.
de garnir toutes les maisons de troupes; mais .
Je n'ai jamais compris comment Welcet ordre fut mal exécuté, car la divisionFerey, lington avait pu se résoudre à attendre les
qui en était chargée, se laissant emporter par Français dans une position aussi défarnrable
l'ardeur d'un premier succès, alla se former que celle dans laquelle l'inhabile général
tout entière en dehors d'Onoro et s'exposa Spencer avait placé les troupes avant son
ainsi au canon et à la fusillade des Anglais arrivée. En effet, les alliés avaient à dos non

- 156 -

culement la forteresse d'Alméida qui ,leur
barrait le seul bon passage de retraitl', mai
encore la Coa, ril'ière très encaissée, dont les
accès sont in6niment di[liciles, ce qui pouvait
amener la perle de l'arm~e anglo-porturaise,
si les événements l'eu~sent contrainte à se
retirer. li est vrai que la gorge escarpée el très
profonde du Do Casas protégeait le front des
Anglais, depuis les ruines du fort de la Conception jusqu'à Nave de Avel; mais, au delà
de ce point, les berges de ce grand ravin
s'affaissent, füparaissent même et font place
à un marais très facile à traverser. Wellington
aurait pu néanmoins s'en servir pour courrir
la pointe de son extrême droite, en le faisant
défendre par un bon régiment appuyé par du
canon; mais le généralissime ennemi, oubliant
le tort qu'il avait eu à Busaco en ~e reposant
sur le partisan Trent du soin d'empêcher les
Français de tourner son armée par le défilé de
Bofalva, .retomba dans la même faute; il se
borna à confier la garde du marais de Nave
de Avel aux bandes du partisan don Julian,
incapables de résister à des troupes de ligne.
Masséna, informé de cette néglig-ence par
une patrouille de la cavalerie de Montbrun,
ordonna de tout préparer pour que ses divisions
pussent franchir le marais le lendemain au
point du jour, afin de prendre l'aile droi.tedes
ennemis à rever . On fit dol)c confectionner
pendant la nuit bon nombre de fascines, et en
même temps le ge corps et une parlie du 9•,
marchant en silence, se dirigèrent ,·ers 'ave
de Avel. La division Ferey resta devant Oiioro,
que l'ennemi occupait toujours.
Le 5 mai, au point du jour, une compagnie
de voltigeurs se glissa parmi 11::s saules et les
roseaux, franchit sans bruit le marais, et, se
passant des fascines de main en main, combla
les mauvais pas, do"nt le nombre élaiL infininimenl moins considérable qu'on ne l'avait
présumé.
Don JuLian et ses guérillas, se croyant à
l'abri de toute attaque derrière le marais, se
gardaient si mal que nos gens les trouvèrent
endormis et en tuèrent une trentaine · tout le
resle de la bande, au lieu de tirer vivement,
ne fût-ce quepouravertir lesAnglais,se sauva
à Loutes jambes jllsqu'à Freneda, au delà du
1'urones, et don Julian, quoique fort brave,
ne put retenir ses soldats indisciplinés. os
troupes, profitant de la négligence de Wellington, s'empressèrent de traverser le marais,
et déjà nous avions de l'autre côté quatre divisions d'infanterie, Loule la cavalerie de

________________________

Montbrun, plusieurs batteries, et nous étions
maîtres de 'ave de Ave!, sans que les Anglais
e fussent aperçus de notre mom-ement, un
des plus beaux que Ma séna ait jamai
conçus.... C'était le dernier éclair d'uue
lampe qui s'éteint. ...
Par le fait de notre passage au lraYers
des marais , l'aile droite de ennemis était
complètement débordée, et la situation de
Wellington devenait eHrêmemenl difficile,
car non eolement il devait opérer un immen~e
changement de front pour s'opposer à celle

-,

sur Pozzo Velho la première brio-ade d'infan- les seules qui fussent encore arrivées à se
terie qui lui Lomba sous la main. ·otre cava- ranger devant nous!. ..
Cependant, par ordre de Masséna, le général
lerie, dirigée par llonL~run, culbuta el sabra
celle arnnt-gard e l... Le général ~Iaucuae. Montbrun, cachant son artillerie derrière
suivant alor ce mo•l\'ement en avant, se pré- quelques escadrons de housards, s'avance de
cipita dans les bois de Pozo Velho, d'où il nouveau et, démasquant tout à coup ses
chassa les Écossais, auxquels il prit deux cent bouches à feu, foudroie la division llouston,
cinquante hommes et en tua une centaine. et, lorsqu'elle est ébranlée, il la fait charger
Toul faisait donc présager aux Français une par les brigades Wathier et Fouroier, qui
victoire éclatante, lorsque, par suite d'une sabrèrent presque entièrement le 5i 0 régiment
discussion élevée enLre les généran.x Loison et anglais et mirent dans la plu complète
llontbrun, celui-ci ~u pendit la marche de la déroule le surplus de la division Houston. Les

C A\IPAGN"E D' ESPAGNE : CœlUAT DE CASTALLA. -

de nos divisions qui occupaient déjà ave de
Ave] el Pozo Velho, ainsi que le bois situé
enlre ce village et Fuenlès d'Oiïoro, mais le
général anglais était forcé de laisser une pa.rLie
de es troupes devant Fuenlès d'Oùoro et Alameda pour contenir les corps du comle d'Erlon
et du général Reynier, qui se préparaient à
passer le Dos Casas, afin d'allaquer les ennemis
pendant leur mouvement. Lord Wellington
avait i Lien cru l'extrémitéde son aile droite
à l'abri de Loule atkinte par le marais de Na,·e
de Ave), qu'il n'avait lai sé sur ce point que
quelques cavaliers éclaireurs. Mais en VO}ant
celle aile tournée, il s'empressa de diriger

,Mi:..M0 11(ES DU GÉNÉR,.llL BAR.ON DE ;Jf .Jl'Jt_BOT -

Gn1 v1111~ Je DrEN, ,i 'af'rès le lal'lea11 d4 C nARLES LAN GL OIS. (Musée de Versa illes.)

réserve de cavalerie, sous prétexte que les
batteries de la garde qu'on lui avait promises
n'étaient pas encore arrhées! En effet, le
maréchal Bessières les avait retenues sans en
prévenir Masséna, qui, averti trop tard de
celle difficulté, envoya sur-le-champ plusieurs
pièces à Montbrun; mais le temps d'arrêt de
celui-ci nous fut doublement funeste: d'abord
parce que l'infanterie de Loison, ne se voyant
plus secondée par la cavalerie de )Iontbrun,
hésita à s'engager dans la plaine; et en second
lieu, cette halte fatale permit à Wellington
d'appeler tonie sa cavalerie au secours des
divisions anglaises de Ilouslon et de Crawfurd,

fuyards ga~ècent Villa-Formosa, la rive
gauche du Turones, et ne durent leur salut
qu'au régiment des chasseurs britanniques
qui, posté derrièreunelongue et forte muraille,
arrêta l'élan de nos cavaliers par des feux aussi
nourris que bien dirigés.
Wellington n'avait plus sur cette partie du
champ de bataille que la division Crawfurd et
celle de cavalerie, le surplus de son armée,
pris à revers, n'ayant pas encore terminé
l'immense changement de front qui deva.it
l'amener en ligne devant les Français. Comme
le terrain sur lequel on combattait en ce
moment était, avant nolre passage du marais,

�,
1f1S T0'/{1.Jl
le lieu le moin expo é à no· coup , le "en
attaché à l'intendance de l armée anglai e,
le ble .és, le dame tique le bagaJ?e., les
chevaux de main, le soldats éloignés de leur
ré iments .• étaient acmlomér ·s, el cette \'aste
plain était couverte jusqu'au Turone d'une
mulli1ude en désordre, au milieu de laquelle
le Lroi carrés que venait de former l 'in footerie de Crawfnrd ne parai aient que comme
des points! ... Et nous avion là à portée de
canon, et prèt à fondre ur le nnemi , le
corps du général Loi.on, celui de Junot, cinq
mille homme. de cavalerie, dont mille de la
garde, et de pln riuatre batteries de camparoe ! ... IPjil Je " corp a,·ail dépassé le
boi· dP. Pozo Velho; le \:l• atlaquait vivement
le village de Fucntès d 'Oîioro par la ri,•e
droite du Do Ca as, el le général Reynier
avait ordre de déboucher par Alameda, afin
de prendre les An lais par derrière; il n'
avait doue plu qu'à marcher en avant. ...
us i l'hi torien Napier, qui a i tait à celte
bataille, convient-il que dan lout le cours de
la guerre il n'y a point eu de moment au. i
dangereux pour le armre hrilannique ! ...
~lais l'aveurrle fortune en décida aulrementl. ..
Le rrénéral Loison, au Jieu d'aller par la rive
oauche el le Loi prendre à rever le village
de Fuentè d'Oiioro, allaqué de front par le
général Drouet d'Erlon, perdit beaucoup de
Lemp. et fit de faux mouvements qui permirent à Wellin,..,.lon de renforcer ce poste
important devenu la clef de la po ilion. De son
ôté, le général Re)'oier n'exécuta pa les
ordre· de iasséna, car sous préteito qu'il
avaiL des force trop con idéra bles devant lui,
il no dépa sa pas .\.lameda el ne prit presque
aucune part à l'action.
lal«ré tous ces contretemps, nou pou\'i.ons
encore garrner la bataille, lant no avanlages
étaient grands I En effet, la cavalerie de
~Iontbrun, ayant battu celle des ennemis, ne
tarda pas à ,e trouver en présence de l'infanterie de Crawfurd. Elle chargea et enfonça
deux carré , dont un f utlitléralemcnLbacbé! ...
Le oldat du second jetèrent leur armes et
'enfuirent dans la plaine. Le colonel llill rend
on épée à l'adjudant-major Dulimbern, du
15ede cha seurs, et nou faisons quinzecents
prisonnier . Le troisième carré anglai Lient
toujours ferme; Montbrun le fait attaquer
par les brigade Fournier et \\'athier, qui
pénétraient déjà par l'une de îaœs, lor que
ces deux t't'énéraux ayant eu leurs chevaux
Lué ou eux et les colonel étant Lou
ble és dao la mêlée, personne ne se troun
là pour diriger 1•s ré 0 imenls vainqueurs.
,1onLurun accourut, mai le carré ennemi
s'était remi en ordre; il dut, pour l'attaquer,

reformer no escadrons.
Pendant qu'il 'en occupe, \tas éna, voulant a.chever la victoire, envoie un aide de
camp porter au général Lepic, qui se trouvait
en réserve avec la caYalerie de la garde, l'ordre de charger lais le brave Lepic, mordant de dé,espoir la lame de son !:al.ire, répond a,·ec douleur que le maréchal Be· ières,
son che[ direct, lui a formellement défendu
d'engager le ll'oupe~ de la 0 arde sans son

nrdrc! ... Dix aide de camp parlent alor,
dans tout le direclions à la recherche de
Bes ièr ; mai celui-ci, qui depui plusieurs
jour marchaü con Lam ment au prè de Ma éna, a,·ail di paru, non par manque de valeur, car il était fort brare, mai par calcul
ou jalousie contre on ramarade. li ne voulut
pa enrayer un eul de homme confié à
son commandement pour a urer un uccidont Loule la "loire rejaillirait ur fa éaa,
~an . f&gt;0!Ier aux intérêt upérieur de la
France! ... Enfin, au bout d'un quart d'heure,
on trouva 1o maréchal Drssièrr loin du champ
de liataille, errant au delà du marai , où il
examinait de quelle manière étaient fait le
fascines employée le malin pour é!ablir le
pas age 1... JI arcourl d'un air empressé,
mais le momenL décisif, manqué par sa faute,
ne e retrouve plu . car le ..\n°lai • 'étant
remis du dé ordre dan lequel la cavalerie de
Montbrun le avait jelé • venaient de faire
approcher une artillerie formidable qui couvrait nos escadrons de mitraille, pendant que
les leur délivraient le quinze cent prisonniers que nous avions faits. Enfin, lord ,Wellington, aprè avoir terminé son chanj!"emenl
de front, avail rétabli son armée ur le plateau, ]a droite au Turones, la gauche appuyée à Faentès d Onoro.
A la vue de celte nouvelle ligne rnlidement
constituée, Ma séna su pendiL la marche de
es troupes el fit commencer une forte canonnade, qui eau a de grands ravages dans
le rang- épais de ennemis, qu'l\lle charge
générale de toute notre cavalerie pouvruL enfoncer.
Masséna espérait donc que Be sières consentirait enfin à faire participer le régiments de Ja 'garde à ce coup de collier, qui
nous eût infailliblement donné la victoire;
mai Bessières s'y reîu a, en disant qu ïl
était re~ponsable enver !'Empereur des
perte que pourraient éprouver les troupes
de a garde! ... Comme si toute l'armée ne
servait -pas !'Empereur, pour qui l'~ entiel
était de Eavoir le Anglais battus et cha sé
de la Péninsule!. .. Tous les militaires, et
principalement ceux de la garde, furent indignés de la détermination de Bessières, et
se demandaient ce que ce maréchal étail venu
faire devant Alméida, puisque, pour sauver
cette place, il ne voulait pas que se troupes
pri sent part au combat. Ce contretemps si
inattendu changeait tout à coup la face de
affaires, car à cbaque in tant le An°lais recevaient de nombreux renforts, et 11ne de
leurs plu fortes divi::.îons, anivant du blocu
d'Alméida, ,·enait de pa er le Turone pour
se former dans la plaine!. .. La po ilion r~ pective de deux armée .e !ramant ain i
chan«ée, les combinaisons faite la veille par
Mas éna deraienL l'être de même. Il ré olut
- donc de porter ses principales forces sur
Alaméda, de s'y réunir au corp de Reynier.
pour tomber tau ensemble sur la droite et
les derrières des ennemi . C'était la contrepartie du mouvement opéré la nuit précédente par Nave de A,·el.
){ai un nouvel oh tacle imprérn arrêta

tout à coup l'elfet de ce di:-po ition . Le
général Eblé, chef de l'artillerie, accourt préYenir quïl n'y a plus au parc d'artillerie que
quatre cartouche par homme, ce qui, aYec
celle lais ée dan le giberne , donnait à
peu près une vin.,.laine de cartouches par îa:11la in.
r, c'était in-urfi ant pour recommenr.er le combat aYec un ennemi qui oppoerail une résislance dé I' pérée ! ... ~la éna
ordonne donc d'envo er à l'instant même tau
les fourcron à Ciudad-Rodrigo pour prendre
des muni Lion de guerre· mai l'intendant
déclare qu'il en a disposé pour aller chercher
dans la mème ville le pain qui doit être di lribué le lendemain aux troupes! Il fallait
cependant des cartouches. Ma éna, n'a ·anl
plu aucun moyen de Lran port, invite le maréchal Bes ières à lui prèter pour quelque
heure les caisson de la garde; mai celui-ci
répond froidement que es alLelage , déjà
îatieués dans celte journée, seront p· rdu
s'il font une marche de nuit par de mauvais
chemins, et qu'il ne les prêtera que le lendemain!... fa éna 'emporte, el 'écrie qu'on
lui enlève une seconde l'ois Ja victoire, qui
vaut bien le prix de quelques chevaux; mais
Bessières rcf u e encore, et une cène des plus
violenles a lieu entre les deux maréchaux 1
Le 6, au point du jour, ]es caissons de
Bessières partaient pour llodrigo ; mais leur
marche fut si lente que les cartouches n·arrivèrent que dans l'aprè -midi, et WelJington a,•ait employé ces vin°t-qualre heures !t
retrancher a nourelle position, surtout la
par1ie haute du village de Fuentès d'Oi1oro,
qu'on ne pouvait enlever désormais sans répandre des torrents de sang français! L'occasion de la victoire fut donc perdue pour nous
ans retour!. ..

CHAPITRE XLI
Dèvoue.menl de trois soldats. - Deslruclion d·Atméida et é,·a ion tic la garni on. - L'armée" se cal\•
tonne à Ciudad-Rodrigo. - Marmont rempl3ce
Ma éna. - fautes de ce dernier.

Masséna comprenant qu'il ne pouvait plus
ètre que tioo. de livrer bataille, ni de ravitailler Alméida, dut e borner à tàcher de
sauver la garni on de cette place, après en
avoir détruit le fortifications. lai pour arri'"er à ce but, il fallait pouvoir prévenir le
gouverneur de la ville, qu'entouraient de
nombreu es Lroupes anglaise,, et les communication étaient, sinon impos ibles, du
moins fort difficiles. Trois braves, dont les
nom doivent ètre conserr · dans nos annales, e présentèrent volontairement pour
remplir la périlleu e mi ion de Lraver ·er le
camp ennemis el de porter au général Brénier des in tmctions sur ce qu'il dernit fair~
en ortanl de la place.
Ces troi intrépides militaires étaient :
Pierre Zanihoni, caporal au 7Ge: Jean-Xoël
Lami, cantinier de la division Ferey, et André
TilJet, cba seur au Ge léger. Comme il·
avaient tou as Lté l'année précédente au
sièn-e d'Alméida fait par le Français, ils
cannai saient parfaitement le contrée rni-

___________________

MtM011{ES DU G"ÉN"É'R/tl BA~ON DE JJfA1fBOT - ~

e guidant sur la lune et sur le cour de
incs el devaient prendre des chemin dilfé- mai - ce îut tout le contraire dan le villa:ze, rui eaux. Déjà il n· était plu qu'à une peren1 •. On remit à chacun d'cui: une petite où le ennemis amieot combattu à l'abri de. tite distan e de la divi ion française du génémai ons et de murs de jardin . On releYa
lettre en chiffre, pour 1 gounirneur, et il
ral Ileu&lt;lel t, envoyée au-devant de lui par
beaucoup de bJes.és des d~u~ parts. At~ no!°partirent le 6 au uir, nla nuit clo e.
lia .éna lor.que, a)aot renconlré une bribre
des
nôtre
étail
le
cap1tatn
cpteml,
aide
Zaniboni. dé••ui é en marchaml espagnol
n-ade porlu aise, il Loml.,a ur ell , la dis(il parl:iit fort bien la langue d~ pap), _'i1!- de camp du prince Berthier, qui aw1it, comme ~er a el continua rapidement sa retraite. Mais
:;.inua dan· le lii\'Ouacs an!!laJs sou. pre- Canouville, reçu l'ordre de quiller Pari pour le .,énéral Pack, a\'erti par la fusillade, ac,enir auprè. de Ma séna. Le malheur de ce
1cxle de ,. ndre du tabac el d'acheter le hacourut de l(alpartida, uivit 110s colonnes en
bit. de bummes tué·. Lami, ,·ètu en paysan jeune homme fut eo~ore plu ~-rand, car un tiraillant, el bientôt la earalerie anglai e du
boulet
lui
bri,
a
une
Jambe
qu
11
fallut
amportugai., joua 1t peu prè~ le m~me rùle sur
o-énéral Cotto, attaquant vivement l'arrièreun autre point de la lig-nc annlai~e, cl ce pe- puter ur le champ de bataille! 11 up~orl_a iarde de la garnison, lui fit éprourcr ciueltit commerce étant en usage dans toutes lL'S celle terrible opération avec courage. el il Y1t que perte . Enfin, no aeo. , apercevant le
encore.
armée~. le~ deux Françai · ;uaienl d'une lirrn
[n rovant rarmée rrançaise re ter immo- pont de Barba del Puerco par lequel s'a,·an;1 l'autre an· éveiller aucun oup~·on, cl
çail la divi-ion TieudeleL Ytnant à leur ren:ipprochaienl déjà de portes ~'.\lméida, ~or.- bile dev;nt lui pendant plu ieur jour , Wel- coot re, e crurent sauvés et manifestèrent
qu • des circon, tances re tée inconnue· hrenl lionton, dont les alve faite par le canon leur joie; mai. il était écril &lt;1ue le ,ol portud'Alméida ,·enaienl .ans doute d'aLtirPr l'aldécounir Jeur ru,,e. Fouillés cl trahi par le
«ais de,•ait ètre encore arro é de sang franlctlrei; accu.atrices, ces deux malheureux fu- teolion, comprit que Ma,séna aYait l'intençai !
tion
de
favori
er
l'éra
ion
de
la
garni2on
de
rent fu.ilP comme e pion , J'aprè· le. loi·
La dernière de no colonnes a·,ait à lracette
place.
(1
renforça
donc
la
di"ision
de la «ucrre, qui rangent d,1ns c&lt;·lle catéver
er un défilé abouti ant à une carrière
gorie ef puni enl de mort tant militaire qu'., l'bargée du b1ocu et donna au général Ca.mpituée
entre des rocher en pointe d'aiguille.
pour remplir une mi ·:ion, quille ,on uu1- hell, qui la commandait, de ordre· telle- Les ennemi accouraient de tous côtés, el
ment bien comuinés que 'il eu ent été
forme.
quelque peloton de notre arrière-,,.arde r1!Quant à. Till •t, mieux impiré el urLouL ponct_ucllement exécuté., le énéral Brénier
rent ooupés &lt;le la colonne par la cavalerie
plus hauil que es di!UX _infortunés_ cama- el ses troupe n'auraient pu édlapper aux aot't'lai e. 1 celle vue, les oldats f raoçai
• 1
rade • il parlit pour Almé1da Pn umîormc. ennemi. ....
Ce fut le 10, à minuit, qu'une e-xplo- gravissant avec légèreté les "ersanl escarpés
armé de ou .al,re, et prenanl d'abord pour
îon
ourde el prolongée appriL à l'arméè de la gorge, évitèrent la cavalerie anglai e,
chemin le Lit profondément encai il du rui ruai ce fut pour tomber dan un autre daneau de Do Ca.a . où il aYail de l' au ju.- françai e qu'enfin A.lméida n'existait plu , du
ger : l'infanterie portugaise les suivit s~r les
qu'à la ceinture, il ·'avança leulemenl de ro- moins comme place forte. Le général Bréhauteur", dirigeant . ur eux une fusillade
cher en rocher, e blottis ant derrière :rn oier, pour donner le chan"e aux An°lo-Porvive et meurtrière! Enân, lorsque nos vollimoindre Lruil, jusqu'auprès des ruines du
creur , près d'ètre secourus par la division
fort de la Conception, ou, quillanl le Do
lleudelet, espéraient toucher au port, la
Casa , dont les haute berges J'a\·aieut . i
terre manquant tout à coup sous leur pa
bien caché, même ur le~ points qui touen enrt}outit une parûe dan un précipice
chaient au camp ennemi, il rampa ur
béant, au pied d'un immen e rocher. La tète
genoux au milieu des mois~ons déj1\ hautes
de la colonne portugai e qui pour uivait viel parvint enfin à l'avancée d'Alméida, où il
vement nos gen éprouva le même sort, et
fut reçu le 7, au poinl do jour, par le po te:
roula pêle-mêle avec eux dans ]e gouffre. La
de la garnison françai e !... La lettre tran,division Heudelt:l, qui accourut, étant parmi$e au général Brénier par cel intrépide
venue à repousser les troupes anglo-porluoldat contenaiL l'ordre de faire auler les
gai
es bien au dela du point où venait d'a,oir
rempart et de e retirer au ,ilôt ur Barba
lieu
celle cala trophe, on fouilla le fond du
del Paerco, 01J les troupes dn général lle~·précipice,
qui pré entai L un pectacle aiîreux !
nier iraient au-Je1·anl de lui. Plu ieur alve
Là gi aient trois cent oldals français ou
d'artillerie du plu gw cahure, tirées à des
portugais, morts ou horriblement mutilé !
heures indiquées, devaient annoncer à MasCependant
une oixanLaine de Françai et
éna qu'un d,. .e. émi· aire èLa.it arrivé.
trente
Portugai
urvécureoL à celle horrible
Le canon d',\lméida ayant fait entendre ces
chute.
. alves, Ma séna fit le préparatif nécessaire
Tel fut le dernier incident de la pénipour opérer sa retraite sur Ciudad-Rodrigo.
ble
et malbeureu·e campa 0 ne que les Frandè qu'il aurait acqui' la cerlilude de la desçai
venaient de faire en Portugal, où ils ne
truction des remparts d'Alméida. Le. opérarentrèrent µlu. !
tion de ce 1renre exi.,ent beaucoup de temp.,
L'armée de lias éaa, abanùonnanl le champ
car il faut miner le remparts, char-"cr le
de
bataille de Fuentès d'Oiioro, se replia ver
fouroeaux, détruire le munition , l'artilforie,
Ciudad-flodrirro,
où elle prit es cantonneuri er le affùts, etc., etc.
ments.
ll fallut donc altendré que le Lru.il du caLe .\nrrlai ne la ui I irent pas. 'ous
)\~RÉ.CHAI. )1oCTOX, COMTE: DC LOBAU.
non nou avertit que Brénier éi;-acuait la
ùme
plu Lard que "'elliogton,
exa. péré
plac-e; le deux armé · re tèrent donc en pré- r ,r.1r1ff" Je RomtRRE, J':ifn!s 1111 t:icl/le,111 lu ,\frt~,•e
v
contre
le
..,énéral
Campbell,
qu'il
accu ait
ence toutes 1e journées des 7, 8, 9 el 1()
d'avoir
voulu
lai
ser
évader
la
o-arni
on
d'.\lsan rien entreprendre l'une contre l'autre.
méida, faute d'avoir exécuté ses ordres, avait
Pendant ce temp , le Anrrlai demand~rcnl
traduit ce général devant un con e-il de
une su. pension d'arme pour enterrer les
"Uerre,
et que Campbell 'était brûlé la certurrai
,
les
avaiL
harcel
·
dans
les
journée·
mort . Ctt hommane rendu à de ùrav " "Uervelle
de
désespoir.
précédentes
du
côté
oppo
é
1t
celui
par
lequel
rier devrait loujour· êlre pratiqué chez les
.i peine l'armée [raoçai e fut-elle rendue
la garni on d Yait etlectner .a ortie, qui eut
nation· civili·ée . Le noml.ire des cadavre
anglais Lrouvè dao La plaine fut infinimtnl lieu san malencontre. n en fut d'abord de dan ses quarùer. de rafraichis ement, que
plu con.idé.a.ble que celw de Françai. ; même de la retraite que Brénier diri 0 eait, en Ma_ éna on,,.ea à la réor"ani er dans l'e pair
.... 1.)(,) ....

... 1.58 -

�JJf"ÉMOTR,ES

1f1S T O'f(1.Jl
de faire une nouvelle campagne; mais on
travail était à peine commencé, lorsque nou
vimes arriver de Pari le maréchal Marmont.
Ce maréchal, qui apportait sa nominaiion de
générali ime, se pré-enta d'abord comme le
successeur du maré bal Ney au commandement du 6e corp ; pui , quelques jours aprè ,
lorsqu'il ut suffisamment cannai, aoce de
l'étal dus choses, il produi il ses lettres de
service et remit à Ma séna l'ordre impérial
qui le rappelait à Pari !
Mas~éna fut atterré par c lle disgrâce imprévue el par la manière dont elle lui était
annoncée, ce qui présageait que l'Empereur
n'approm·ait pa la façon dont il avaü dirigé
les opérations; mai contraint de céder le
command ment à Marmont. il fil es adieux à
l'armée el se rendit d'abord à • alamanque,
après avoir eu une très vive explication avec
Je général Foy, qu'il accu ait d'avoir fait
cause commune avec Ney pour le des ervir
auprè de !'Empereur.
En apprenant la vigueur avec laquelle le
général Urénier avait dirigé la retraite de la
garni.on d"Alméidn, !'Empereur le nomma
général de divLion. Il récompensa aussi le
dévouement et le courage de l'intrépide Tillet,
en lui douoant la croix de la Légion d'honneur et une pen ion de 600 rranc . Cette
seconde faveur fut plus tard l'objet d'une discussion à la ChamLre de député . Tillet,
devenu sergent, avait obtenu, sou la Re Lauration, une pen ion de retraite, quand on
propo a de la lui retrancher par application
de la loi ur le cumul. Le rrénéral Fo~' plaida
éloquemment la eau e de l'héroïque oldat,
qui con erva e deu pen ion .
Ma éna fit un trè court éjour à alamanque et e dirirrea sur Paris, où, dès son
arrivée, il e présenta chez !'Empereur, qui,
prétextant des alfaires importante ·, refusa
pendant un mois de le recevoir!. .. La di grâce était complète! ... Il est vrai que !asséna
avait commi de bien grande faute et mal
répondu à la confiance de !'Empereur, principalement dans sa marche ur Lisbonne; mais
il faut convenir au i que le gouvernement
eut le torl bien grave d'abandonner son armée
dans un pays aus i dénué de re sources que
Je Portu al, et de ne pas a surer e communication par des troupe échelonnées enlr~
on armée et la frontière d'E pagne. Quoi
qu'il en soit, Masséna se releva dan l'esprit
de ses troupes p&lt;'ndant l'e pédition entreprise
pour ecourir Alméida; non eulemenl il .fit
de très beaux mouvements stratégiques, mais
il e montra fort actif, ne s'inquiétant plus
de tme . . . . qu'il lai a sur les derrières de
l'armée, et donnant tous e soins aux opérations de la guerre. Cependant, je me p rmettrai de sümaler plu iears faute commi e par
(asséna pendant on expédilion contre A.1méida.
La première fol de l'enlreprendreavec des
moyens de trao port io uffi ants pour les
vivre el pour les munition de guerre. On a
dit qu'il manquait de chevaux de trait : c'est
vrai, mais il exHait dans la contrée une
grande quantité de mulets qu'il aurait d11

mettre en réquisition pour quelque jours,
ainsi que cela se pratiqu en pareil ca .
~econdement, la fatale mépri e occa ionnée
par le habit rouges de llanovrien ayant
déjà eu 1ieu à Bu aco, Ma. éna aurait d11
faire prendre le capotes !!l'i es à ce bataillon,
avant de le lancer dao Oiioro pour combattre
les Anglai , dont l'habit rou 0 e était pareil 11.
celui des Uanovrien . Par celte préYoyance, le
0 énérali sime eùl con ervé lout le ,·iUage, dont
nou perdùnes la partie élevée, qu'il nou fut
impossible de reprendre.
Troi ièmement, Ma. séna étant maître d'une
grande partie de la plaine el du cour du Dos
Casa , moins le point où ce ruis eau traverse
Fuentè d'Oi'loro, il eut tort, selon moi, de
perdre un temp· précieux et beaucoup
d'homme , en cherchant à repou er entièrement le nglai de ce village fortement retranché par eux. Je pen e qu'il eùl mieux
valu, imitant la conduite de Marlborough à
Malplaquet, dépasser Oiïoro, en laissant hor
de la portée de on feu llile brirrade en oh ervalion, afin de maintenir la arni on qui, se
croyant prèle à être cernée, eût éré obligée
d'abandonner le poo:te pour rejoindre Wellington; inon, elle 'eipo. ail à mettre bas le
armes après 1a défaite de l'armée anglaise.
L'essentiel était donc pour nous de battre le
gros de troupe ennemies qui était en rase
campagne. Mais le Fraoçai ont malheureusement pour principe de ne lais er. un jour
de bataille, aucun poste retranché derrière
eux. Cette habitude nou a élé souvent bien
fatale, surtout à Fuentès d'Oiioro et à Waterloo,
où nous nous ob tinfüne à attaquer le fermes
de la Raie- ainte el de flou 0 omool, au lieu
de les masquer par une divi ion el de marcher
sur les lignes anglaises déjà fortexnenL ébranlées. ou aurion eu le lemp de les détruire
avant l'arrivée de Prussien , ce qui uou
aurait assuré la victoire; après quoi, les défen eur des fermes auraient mi bas le
armes en e voyant abandonné , ain i que
cela eut lieu pour no troupes à Malplaquet.
La quatrième faute que l"on peul reprocher
à Masséna lur de la bataille de Fuenlè
d'Oûoro fut de ne 'ètre pa assuré avant
l'action qu'il exi tait dan ses cai on un
nombre utfisant de carlouclies, et, dan le
ca contraire, il devait en faire prendre dan
l'arsenal de Ciudad-Rodrigo, qui n'était qu'à
trois petites lieue du point où nous allions
combattre. Ce manque de précautions fut une
des principales causes de notre in uccès.
Cinquièmement, i Ma séna eût eu eorore la
fermeté dont il a\·aiL donné tant de preuves à
Rivoli, à Gène et à Zurich il aurait envoyé
arrêter le général Reynier lorsque celui-ci
refusa d'obéir à l'ordrt! qui lui prescrivait de
déboucher d'Alaméda pour prendre le ennemis à revers, le commandement du 28 corps
fût alor pa~ é au hra\re général HeudeJet, qui
eùt promptement pous~é les Anglais. Mais
~fasséna n'osa prendre sur lui cet acte de
vigueur; le vainqueur de ouwarolf, n'ayant
plus d'énergie, se voyait Lravé impunément,
et le sang des soldat coulait sans qu ïl en
résultàt ni bénéfice ni gloire.

CHAPITRE XLII
Ca~cs prtncipales cle n , re,·crs dan. lt P,111in ulc. Dèsunion des muéchn1u. - ruihl c ,c de Joseph.
- De crtion de! ullié . - Ju lrs e du lir de• An•
glais. - Ju,,.,mcnt sur la rnll'Hr rl' 1wc1il·c t.fe
&amp;pognols cl des Porlu.,.:ü-. - Retour en France

Il n·entre pas dans le plan que j me uis
tracé, en écrivant ces )Iémoires, de relatn les
pba. e dil'er~e de la iroerre faite pour l'indépendance de la Plin.insalc; mai· avant de
quiller ce pays, je croi- de, oir indiquer le
causes principale · de revers que Je Françai
y éprouvèrent, bien qu'à aucune époque ni en
aucun lieu no troupes n'aient fait prem·e de
plus de 2ùle, de patience el ·urrout de r11leur.
Vou devez vou rappeler qu'en 1 0 l'abdication du roi Charle l V et l'arre talion de
on fils Ferdinand VII. que l'Emp rear délrôna pour placer la couronne d'E•pa"ne sur
la tête de on rrère Joseph, a anl i11Ji«né la
nation espagnole, elle prit lt' arm pour
reconquérir sa liberté, et quoique le in. urgés
aient étê battus dans les rues &lt;le Madrid,
l'impéritie du 0 énéral Dupont leur dunna la
victoire à Ba len, où il prirPnt entièrement
l'un de no corps d'armée. Ce succè inespéré
non seulement accrut le courarre d ,. Espagnols, mai enllamma au :i celui de leur
voi in le Portugai , dont la Reine, de crainte
d'être arrêtée par le Français, s'était 1&gt;mbarquée avec sa famille paar le Bré·il. ~ sujeb,
aidés par une armée ancrlai e, se ré\ollèrent
alors contre les troupes de l apoléon, rt fil"ent
prisonnier le énéral Junol et toute on
armée. Dè ce moment, la Pénin ule enlière
élanl révollée conlre l'li:mpereur, il comprît
que sa pré ence élait néœ..~ aire pour comprimer les révoltés, el pn anl les Pyrénées à
la tèle de plus de iO0.U00 vieux ~oldal , couverts de_ laurier d'Au tcrlitz, d'léna et de
Friedland, il fond il ur I' E pagne, "arrna pluieur bataillt' el ramena triomphalement le
roi Joseph à ~ladrid. Aprè· ce éclatants succès, apoléon, se mettant à la pour uite d'une
armée an laise qui avait o.é s'aventurer
ju. qu·au centre de ce royaume, la r foula sur
le port de l.i. Corogoe, où Je maréchal uult
acheva ~a victoire, en forçanL les A.nulai à
'embarqurr à la bâLe aYec perle de plu~ieurs
millier d'hommes, au nomLre de quel e
trouvait leur géuéral, sir John loore.
Il esl hors de doute que i J'Empereur eût
pu continuer adiriger lui-mème les opéralioos,
la Pénin. ule aurait promptement succombé
ou e coups; mai le cabinet de Loodre
lui avait habilement su cité un nouvel et
puLsant ennemi : l'Autriche venait de déclarer la guerre à Napoléon, qui fut contraint
de courir en Allemagne, en lai aot à. ses
lieutenants la difficile tâche de comprimer
l'insurrection. Il aurait:nt pu néanmoin
alteindre ce bat, l'll arri anl awc ensemble
et bon accord; mai le mai 1re une fois parti,
et le faible roi Jo epb n' aJant ni l cannai aoces militaire- ni la fermeté néce·saires
pour le remplacer, il n'y eut plu de centre
de commandement. L'anarchie 1a plus corn-

piète régna parmi les maréchaux et chef de
d.iver corps de l'arm 'e françai e. Chacun, se
considérant comme .indépendant, e bornait
à dëfendre la prorince occupée par es propres troupes, el ne voulait prèler cco1:1r , ni
en homme ni en ub islances, à ceu de es
camarade qui gouvernaient Jes contrées \·oiine .
En vain le major gém\ral el !'Empereur
lui-même adre aient-iL les ordre les plus
péremptoire pour prescrire au commandant upérieurs de s'entr'aider clon les cir•
con~1.anœ , l'éloirrnemcnl le rendait indi ciplinés i aucun n'obéissait, et chacun prétendait
avoir besoin des re ources dont il pouvait
disposer. Ainsi, le général aint-Cyr fut ur
le point d'être écrasé en Catalogne an que
le maréchal Suchet, gouverneur de rO)'anmes
d'Ara on el de Valence, con entîL à lui envoyer un eul bataillon! Vou a.,·ez vu le
maréchal oult abandonné seul dan Oporto,
ans que le maréchal Victor exécutât l'ordr
qu'il avait reçu d'aller le rejoindre. oull, 11
son tour, refu,a plus tard de venir au ccour
de Ma séna, lorsque celui-ci éta it aux porte
de Li bonne, où il l 'altendit vainement pen•
danl six mois!... Enfin, lia éna ne pul
obtenir que Bessiores l'aidàl à battre le Anglai Jevant Alméida 1
Je pourrai citer une foule &lt;l'exemple
d'égoï me et de désobéissance qui perdirent
l'arm~e française dans la Pénin ule; mais il
faut avouer au i que le tort principal appartint au gouvernement. En effet, on comprend
qu'en 1809 !'Empereur, se voyanl attaqué en
Allemagne par l'Autriche, se soit éloigné de
l'Espagne pour courir au-devant du danger le
plus pressant; mais on ne peut 'expliquer
comment après la victoire de Wagram, la
paix conclue dans le ord, el on mariage
fait, apoléon n'ait pa enti combien il importait à se intérêts de retourner dans la
Pénin ule, afin d'y terminer la guerre en
cba ant, les Anglais 1. .. fais ce qui étonne le
pin , c'est que ce grand génie ait cru à la
p:&gt;. ibilité de diriger, de Paris, les mouvement des diverses armées qui occupaient à
cinq cents lieues de lui l'Espagne et le Porturral, couverts d'an nombre immense d'inurgés, arrêtant le officiers porteur de
dépêches et condamnant ainsi souvent le
chef d'armée français à rester an nouvelles
el .ans ordres pendant plusieur mois!
Était-il po ible que la guerre ain i dirigée
produisit de bons résultats? ... Pui que !'Empereur ne pouvait ou ne voulait venir luimême, il aurait dù im tir l'un de es meilleur maréchaux du commandement supérieur
de toutes ses armées dans la Pénin ule, el
punir Lrès évèremenl ceux qui ne lui obéiraient pas 1... apoléon avait bien donné le
titre de son lieutenant au roi Jo epb; mai
celui-ci, homme d'un caractère fort doux
piriluel, instruit, mai tolalemenl étranger
l'art militaire, était deyenu le jouet des maréchau,:, qui n'exécutaient pas es ordres et
considéraient même a présence à l'armée
comme un embarras. H e l certain que
l'exce ive bonté de ce roi lui fiL commettre

à

IV. -

HISTORIA. -

Fas.:. 28.

DU G"ÉN'ÉR.JU.. BJU(ON DE

hfon des faute , dont la plus crra\C ful de e
mettre en oppo ilion arec la volonté de l"Empereur relativement à la conduite qu'il fallait
tenir vi -à-n des militai r e pa0 nol- que
les troupes françai es prenaient sur le champs
de bataille. 'apoléon ordonnait de les envo)·er

GÊl'-1!.RAL LEPIC.

D'après ta lllhograp/iîe de

L~ANTA,

en France comme prisonniers de guerre, afin
de diminner le nombre de nos ennemi dan
la Pénin ule, tandis que Joseph, auquel il
répugnait de combattre contre des hommes
qu'il appelail e ujets, se fai ail contre nous
le déien eur des E pagnols. Ceux-ci, ahu ant
de a crédulité, s'empressaienl, dès qu'ils
étaient pris, de crier : « Vive notre bon roi
Jo eph 1 » et demandaient à prendre da rvice parmi e troupes. Joseph, malgré le
observations des maréchaux et généraux français, avait une telle eoofianœ dans la loyauté
castillane, qu'il créa une garde et une armée
nombreu e, uniquement eomposée.s de pri:;onniers fait par nou ! ... Ce oldal , bien
payé , bien nourris el bien équipés, étaient
fidèles à Jo cph tant que les affaires pro pé.raienl; mais, au premier rever , ils désertaient
par millier , el, allant rejoindre leurs compa.trioles insurgé , ils e servaient contre nou
de armes que le Roi leur avait donnée ; cela
n'empêchait pa' Joseph de croire de nouveau
à la sincérité de leurs protestations, lorsque,
faits prisonniers derechef, ils demandaient
encore à s'enrôler dans les régiment jo éphin . Plus de -1.50 000 hommes pa sèrent
ain i d'un parti dan l'autre, et comme Jo epb
les fai ait promptement ha.biller quand ils lui
revenaient en guenilles, le E pagnols l'avaient
surnommé le gmnd capitaine d'habillement.
Les troupes française étaient très mécontent.es de ce stème, sorte de tonneau des Danaïdes, qui éternilt3.it la guerre, en rendant aux
ennemis le soldats que nous leur avions pri ,
el &lt;lont il e ervaicnl c-0n lammenl contre

.MJU(BOT

--~

nous! L'Emperenr exprima ouvent le méco1!Lentemenl que lui causait cet abus; il ne put
pan-enir à le détruire! De on côté, 'apoléon
contribuait au i beaucoup au re rutem nl
perpétuel des ennemi qu'il combattait en
Espagne et en Portun-al, car, ne voulant pa
trop affaiblir l'armée française d'outre-Rhio,
il a-vait sommé les alliés de ]ni fournir une
partie de con lingent Lipulé dan les traités,
el dirioé ce troupes w•r la Péninsule, afin
d'éparrrner le ang françai . Le motif était
san doute fort louable; mais les circonstance
rendaient l'application d ce y tèmenon eulementimpraticable,mais nui ible à noire eau e.
En effet, ~i l'emploi de étrangers peul êlrc
utile dao- une campagne régulière de courre
dorée il n'en e t pa de même lorsqu'il
s'agit de comballre plusieurs année d
ennemis tel que les Espagnol el les Portugai , qui, you harcelant an cc se, nepeu\'ent
êlre join Ls nulle part. Or, pour upporter le
faûgues ince ante de ce genre de guerre, il
faul être limulé par un déjr de nincre
el une ardeur qu'on n trouve jamai chez
de troupes auxiliaire ; aussi, non ,eulement
celle que l'Empereur obtenait de es alliés
servirent-elle fort mal dans no rang , mais
one foule de leurs soldats, séduits par la
haute paye que les ennemis accordaient à
ceux qui ,•enaient prendre dn enice cbl'.'1.
eux, désertaient journellement. Ain i les (Lalicn , uisse , axon , Bavaroi , We tpbalien, ,
Ile soi , "\\ urteoobergeoi , etc , formèrent-ils
bientôt de nombreux régiment chez no;
ennemis; cl les Polonais, ces Polonais qui
depui · ont fait onner si haut leur dé,·ouement
à la France, pas èrent en si rrrand nombre
dan les rang de l'armée anrrlai e, toujours
bien payée el nourrie, que Wellington en
forma une forte lécion, qui .e battait san
façon contre les Françai .
La défection des soldats étranger dont
l'Empereru inondait la Péninsule, ajoutée à
celle de pri onniers espagnols i imprudemment réarm · par Joseph, nous de1•inl infiniment préjudiciable.
lai , à mon avis, la eau e principale de no
rernrs, bien qu'elle n'ait été indiquée par
aucun des militaire qui ont écrit ur les
guerres d'E pa 0 ne el de Portugal, fat l'immen e supériorité de Ja juste se du tir de
l'infanterie anglaise, upériorité qui provient
du très fréquent exercice à la cible, et beaucoup au si de sa formation sur deux rang . Je
sais qu'un grand nombre d'oftlcier françai
nient la vérilé de celle dernière eau e; mai
l'expérience n'en a pas moin démontré que
les oldats pres és entre le premier et Je troisième ranrr tirent presque lou en l'air et que
le troisième ne peut aju Ler l'ennemi, dont
les deux premiers lui dérobent la vue. On prétend que deux rano-s ne présentent pas a ez
de résistance contre la cavalerie; mais l'infanterie anglai e, doublan L ses rang en un clin
d'œil, se trouve sur quatre homme de profondeur pour recevoir la charge, et jamai ·
no escadron n'ont pu la surprendre sur deux
rangs, disposition qu'elle reprend lesLement
dè r1u 'il fau l tirer!
TI

�_

1f1STOR..lll

OtLoi qu'il en soit., j'ai la co1mclwn que
Napol 'on aurait fini par triompher cl par
élablir on frère rnr le trône d'E. paanc, s'il
se rùt horn' à terminer celle guerre avanL
d'aller en Ru ie. La Péninsule ne recevail en
effet d'appui que de L\.ngletcrre, et cell ci,
malgré le rée nts ucœ de ses armée était
i accablée par les envois in.cessant d'hommes
el d'arll'enl qu'engloutissait la Pénin ulc, que
la Chambre des communes élail su1· 1 point
de refu cr le subside nécc saires pour une
nou,-elle campagne, lor_qu'à nolre retour de
Portugal, une rumeu-r sourde ayanl fait prc...~
sentir le des cin formé par Napoléon d'aller
allaquer la Russie chez elle, le Parlement
anglais autorisa la continuation de la guerre
en Espagne. Elle ne fut pas heureuse pour
nou ; car la mé intelligence que ,j'ai signalée
continua à régner entre les chefs de no ·
3rm :c . Le maréchal Marmont se fit battre
par Wellinglon à la bataille des Arapiles, et le
roi Joseph perdit celle de Vitoria, où nous
éprouvâmes de tels revers que, ver la fin de
1815, nos armées durent repasser les Pyrénées et abandonner totalement l'Espagne qui
lenr avait coûté tant de sang l
J'e ti.me que dans les six années crui se onl
é('oulées depuis le commencement de 1 08
ju qu'à la fin del 15, le Français ont perdu
dans la péninsule Ibérique -00.000 homme
tué", ou mort dans les hùpilaux, auxquels il
faut ajouler les 60.000 perdus par nos alli6s
de di,·er es nations.
Les Anglais et les Portugais éprourèt·dlt
aussi des pertes considérables, mais celles des
Espagnols dépa sèrent toules le autre , à
cause de l'obstination qu'ils mirenl à outenir
le siège de plusieurs villes, dont les populations périrent presque enlièrcment. La
vigueur de ces défenses célèbre , particulièrement celle de Saragosse, a jeté un tel éclat
sur les Espagnols qu'on attribue généralement
/, leur courage la délivrance de la Péninsule;
mais c'est une erreur. Ils y ont cerlainemen L
beaucoup contribué; cependant, san l'appui

des tr011pes anglaises les E. pagnols n'auraient nirs de la campagne que nous venions de
jamais pu rl!si ter aux. troupes françai~c · faire. Ce notes me oui aujourd'hui trè '
devant lesquelles ils n'o. aient tenir en ligne. utiles pour écrire celle par lie de mes Mémoires.
Le ministre de la guerre, prenant en consiMais ils onl Ull méril immen c, c'e•t que
bien que battus, il ne se décou-rall'ent jamais. dération la blessure que j'avais re .ue à M.iranda
Ils fuient, ,·ont e réunir au loin et reviennent de Corvo, m'envoya enfin un congé pour me
quelques jours après, avec une nouvelle con- rendre en France. Quelques autres officier
1iance, qw, toujours déçue, ne peut èlre de l'état-major de Masséna ayant aussi reçu
détruite!... o oldats comp:iraient les Espa- l'autorisation de quiller la Péninsule, nou
gnols à des bandes de pigeons, qui s'ahattent nous joignîmes à un détachement de cinq
sur un champ el s'envolent au moindre bruit, cent grenadiers &lt;JU 'on venait de choisir dan
pour revenir l'instant d'aprè . Qu:rnl aux Por- toute l'.armée pour aller à Paris renforcer la
tugai·, on ne leur a pa r ndu justice pour la garde impériale. Avec une escorte pareille, on
part qu'ils ont prise aux guerres de la Pénin- pouvait braver toutes les guérillas d'Espagneule. Moins cruels, beaucoup plus di cipliné· aussi le général Junot et la dnchesse sa
que le Espagnol et d'un courage plus calme, femme résolurent-ils d'en profiter.
ils formaient dans l'armée de Wellington pluou voyagions à cheval à petites journées
sieurs brigades el division qui, dirigées par et par un temps charmant. Pendant le trajet
de officiers anglais, ne ie cédaient en rien de Salamanque à Ba1•onne, .Junot ne manqua
aux troupe. britanniques; mais, moins van- pas de faire quelques excentricités qui m'intards que les Espagnols, ils ont peu parlé quiétèrent pour l'avenir. Nous arrivâmes
d'eux et de leurs exploit , et la renommée le
enfin à la frontière, où je ne pus m'empêcher
a moin c{&gt;léhrés.
de sourire, en pensant au îàch.eux. pronosti
Mais revenon pour un moment au mois de que j'avais tiré de ma rencontre avec l'âne
juin 1 l l, époque 1t laquelle Ma éna quitta noir sur le pont de la Bidassoa, à ma derle commandement. La guerre que les Fran- nière entrée en E pagne!... La campagne de
çais faisaient dans la Péninsule élait si désa- Portugal arnil failü me devenir fatale, mais
gréable et si pénible que chacun aspirait à enfin j'étais en France!. .. J'allais revoir ma
renlrer en France. L'Empereur, qui ne lïgno- mère, ain i qu'une aulre personne qui m'était
rait pa el voulait maintenir son armée au déjà bien chère!. .. J'oubliai donc les maux
complet, arnit décidé qu'aucun officier ne passés et m'empressai de me rendre à Paris,
s'éloignerait d'E pagne sans autorisation; cl où j'arrivai vers la mi-juillet 1811, après une
l'ordre de rappel adressé à Mass~na lui enjoi- absence de quinze mois bien péniblement
gnit de n'emmener que deux aides de camp remplis ! Contrairement à mon attente, lP .
et de lai::-ser tous les autres à la disposition maréchal me rcçul on ne peut mieux, el je
us qu'il avait parlé de moi en terme · très
de ~on succes eur, le maréchal Marmont.
Celui-ci, ayant son état-major au complet, et bjenveillants à !'Empereur. Aussi, la première
ne connaissant aucun de nous, n'aYa.it pas fois que je me présentai aux. Tuileries, l'Emplus envie de nous garder que nous ne dési- pereur voulul bien m'exprimer sa saûsfaction,
rion rester auprè de lui. TI ne nous assi- me parler avec intérêt de mon combat de
gna donc aucune fonction, et nous pas àmes Miranda de Corvo, ainsi &lt;rue de mes nouvelles
assez tristement une vingtaine de jours à blessures, et me demander à quel nombre
Salamanque. Ils me parurent cependant moins elle s'élevaient. c1 A huit, Sire, 1&gt; lui réponlongs qu'à mes camarades, parce que je les dis-je. « Eh bien, œla vous fait huit bons
employai à consirrn~r sur le papier mes souve- rpiartiers de noblesse! » reparlil !'Empereur.
(A sui~re.)

Madame de Mont léar
·1844.

.

lf me de Montléar est une fort grande da.me.
Elle est petite-fille du feu roi de Saxe et mère
&lt;lu roi actuel de ardai 0 ne, l'anci n prince de
Carignan. Je ne ai plu ce qu'elle e· t il la
vice-reine d'[talie, ~lme Eurrène de Beauharnai •.
Elle a épou é un petit gentilhomme du
Béarn. M. de lontléar, qu'on a fait prince,

et elle s'appelle la princes e de Montléar. Du
reste, elle ne va pa à la cour de Sardaigne,
car elle n' aurait pa de rang, ou du moins
elle cule aurait un raug, on mari !non, encore moins c enfants. Elle reste à Paris.
C'est une femme étrange comme la po ilion qu'elle a. Elle réalise d'une façon frappante l'idée qu'on ~e fait de ces ancienne
électrices qui figurent dans les Mémoires.
J'imarrine que ~!me la Mar,.,.rave de Bareith
dHait être quelque cho c d'approchant.
La princes e de Montléar est une rrrande
femme fort laide avec de beaux eux
d·homme, une coiffure frisée qui lui cache
le front, parlant beaucoup, vite et haut,

GÉNÉRAL DE

l\lARBOT.

fière, bizarre, rude, familière, pa méchante,
spirituelle, négligée, mal faite en tout, des
bonnet ridicules, des jupes qui lui viennent
à mi-jambe, et avec tout cela le plus grand
air du monde.
Le roi on fils lui a fait don de son portrait, petite miniature entourée de perles
dont la ingularilé est d'être couverte d'une
rrlace faite d'un gro. diamant aminci ju qu'à
l'épai seur du verre. Celle glace de diamant
fait un étrange effet. La princes c de Monlléar
porte la cho c en bracelet. Elle en fait arandement montre el en tire vanité. Du re te.
elle paraît tenir beaucoup plu" à la glace qu'au
portrait.
VICTOR

..,. 102 ►

HUGO.

•
rots
Cœurs de

M. P •tit-Cuenol, commi saire-pri eur; il vil
passer aux enchère treize plaques de cuivre
qui, d'oprès les in criptions quis'· trouvaienl
gravée , prornnaienl des urne où jadis
avaient été con crvés les cœurs de quelques
princes el prince ses de la famille royale. If n
amateur, pour le compte du duc d'Orléans,
acheta douze de ces in eriptions : Schunck
poima la treizième cl s't~n rendit acquéreur
pour U Cranes, C'élait ceHe mentionnant le
Mpiil du cœur de Loui XIY.
Très sati fait de se trouver en posse sion
de ce p-récieux bibelot, Schunck en voulut
reconstituer l'histoire, et c'est ain i que, ou
tliaire des &lt;'lier- le prétexle d'acheter un tableau , il se fil préenter au peintre Sainl-fürlin , dont Petitcheto·.~ el c111'ie11.r.
Il e l certain qu'on Badel avait été l'ami.
Saint-~fartin, d'abord, u a de réticences;
y con-erre un coffret de métal tiui, enfin, Limul I par chunck, il raconta que, à
s'il fauL en croire l'époque de la Révolution, lors de la destrucUR~E DU CŒUR DE
non seulement la tion de monument funéraire qui peuplaient
FRANÇOIS J••, A L ABHAYE
lr ad Ilion, mais
les ca-veauxde Saint-Deui el du Val-de-Grâce,
DE SAINT-DEN! .
ans i nne in . crip- Petit-fladel, en qualité d'architecte, ayait été
1Clkht Ncurdcin ,
tion très explicite, chargé de urveiller l'opération. Notons ici
contiendrait le que chunck, en rapportanl le récit de Sainlcœurdu grand roi. Mais M. l'abbé Dnperron, Martin, ne fait mention, comme on le voit,
procédant à une enquète, n'a trouvé là qu'une que de l'abbaye du Val-de-Grâce et de la La iboîte rondo rece1ant quelque fragments qui
parai sent être desimples débri d'os emwt.s.
La que Lion posée par l'Jntermerliaire a
en pour premier rèsultat de faire ju lice
d'une légende d'après laquelle le royal viscère
aurait élé mangé, - oui, mangé - par un
certain docteur Bukland, doyen de Westminster. Quelque piuore que que soit celle verion, il faut décidément y renoncer; mais
j'en vais pré enter une autre qui ne lui cède
en rien, sinon en macabre, du moins en inatlendu. Celle-ci m'e t ré\·élée par une lias e de
trè authentiques dossiers: j'ai tout lieu dela
croire inédite. Elle mérile, en tout cas, examen, el bien qu'elle soit d'une déplorable
invraisemblance, il me paraît difficile de la
mettre en doute. ans plus de préambule,
voici l'anecdote. Je n'ai, pour la conter, qu'à
résumer deux pièces conservées parmi le
papiers provenant de l'administration de la
maison de Loui XVlll et qu'on trouve aux

L'armoire 011 ·ont "ardé· le ci ur tle
plu ieur rois de France et rru'on voit dans
la crypte de Saint-Deni , ou, pour mieux dire,
qu'on ne voit pas, car elle occupe le fond de
cet ob cur cl lugubre caveau où sont
déposé· le cercueils des Bourbon , renfermet-elle, comme on
l'a dit, le cœur dt&gt;
Louis XIV"! Telle
e Lia question qu'a
posée l' lntel'mi-

0

Saint-Antoine; ils étaient contenus en deux
man olées se faisant vis-à-vis, de cbaclue côté
du sanctuaire, et que supportaient de anges,
de grandeur (( qaasi-naturc », en argenl doré.
L'un de ces monuments était de Coustou;
l'autre avait été modelé par Sarra in. chunck
derait donc, pour t\tre erncl, citer, en même
Lemps &lt;1ue lü Val-de- ,ràce cl Sainl-Denis,
l'église des Jé uites, puisque la plaque cru'il
po, édait ,·enait de là. Peut-être se liait-il aux
ouvenir incomplets de ainl-)fartin. Peutêtre aussi rapportait-il simplement le indications sommaires du catalogue de la vente
Petit-Badel. Quoi qu'il en soit, la suite de
l'bistoirc établira qu'il n'y a là, de sa part,
qu'une omi sion résnllant d'ignorance ou
d'oubli.
Petit-Rade!, chargé de surveiJler le « démcublement » de églises, convia donc à y
as ·i Ler le dit aint-Martin et un autre pcintro
de es amis, fürlin Drolling. Tous deux l'accompagnèrent, désireux de e procurer, si
possible, de la momie dout ils a\·aienl be oin.
La momie est, comme chacun sait, une couleur brune séchant lrès lentement, cL qui se
compose d'aromates provenant des corps
embaumés. Au dix-huitième siècle, on disait

ArchiYe ~alionales sou la cote 03629.
On honnête bourgeois de Paris, PhilippeHenry chunck, habitant 26, rue d'Artoi ,
chaussée d'Anlin, avisa, dan les premiers
jours de février 1819, une affiche annonçant
la vente du mobilier el des collection· de
M. Pelit-Radel, ancien architecte, décédé
rue Castex, le 7 novembre de l'année précédente. chunch. était curieux de bibelot · il
se rendit à la vente, faite par le oins' de

L'ABBAYE DE , AI:-iT 0EXI ·

li que de ainL-Deni ; or, le cœurde Louis Xl\' ,
ain i que celui de Louis Xlll, arnienl été
dépo és à l'égli e des Grands Jé uitrs, rue

LA

CRYPTE .

mummze; à &lt;:e lle époque, celle matière était
d'autant plus recherchée par k artistes
ryn •elle fournissait, assurait-on, d s rrlaci:

�("" -

-

msTO'J{l.ll

111crveill'ux. Cdle11ue \Cndai1:11t alor~ le. dro:,:u, te du L '\a.Dl pro,t•nait d cadaue que
le~ juif'· d' rient con_ervaicnt it l'aide d'aromate~ ré~ioru:t el de bitume dt•J udtie; mai on
la pa)ail cbt rel on 'en procuraitdillicilcmenl.
L'ocea.ion était donc lrntantc el le deux

.\DB.\ YE DE

.\IST·DE. IS : LE TOlffif. \U DE

Lours XIV.

vaiL ' tromper, puisqu'il gardait pour oi la
pl:ique indicatrice cell 'e ur l'urne. ainllartio pa a cc qu'on lui demandait; il acheta
éaalemenl le cœur de Loui · XIII et parliL
ain i pourvu. La cène, c'esL évident, eut
pour théàtre l'énli_e des Jé uite , et 'e l bien
pour cela que, vingt-cinq ans plu tard,
int- farlin prudemment, lais a dan le
1•a1rue la dé ignation du lieu où elle 'était
pa. ·ée, de crainte qu'on loi reprochât celle
profanation; en r ,·anch • il parla du Val-deGr-.lce, d'où il n' vail rien mporlé. C' t là
que Urollinrr fit a provi ion; comme il peignait ordinairem nl de int 'rieur dan la
manièr • flamande et qu'il se péciali ait dao
le claii·-nb:,'m·, il lui fallait beaucoup de
momie : il acheta onze cœur ; à eo juger
par le épitaphe qui e relrou\'èrent en i 10
à la ,ente Petil-Iladel el que le duc d'Orléan
fil acheter c'étaient ceux d' nne d' ulriche,
de ~larie-Thérè e, du duc cl de la doches e de
Bour oane, de Mme Henriette - l'héroïne
de Bo uet - ceu. du Ré 7 ent, de la Palatine, du Ga ton d'( rléan., de la du bes c de
Jontpen ier, etc. Drollincr les emporta à on
atelier et le mil en tubes .... Le tout pa· a
ur sa palelle, car chunck, pour uivant on
enquête, acquit la certitude quo Martin Drolling, mort d'ailleur depuis t 17, avait employé la totalité de la momi recueillie p1r
lui aux caveaux. du Yal-de-Gràce.
aiot-~lartin avait eu plu· de crupult' .
Apr • a\'oir lon!rtemp hé·it , il e dé id,1
pourtant et entama le cœur de Louis • I\';
celui de Loui XIII re la intact; même le
peintre ne déroula pa la bandclello qui l'enserrait, à laquelle était u pendue une petite
médaille. Afalheureu ement, quand chunc.k
se p, enta chez lui, aint-~artio ne avait
plu où il avait fourré cette relique royal ; il
étail certain de ne l'avoir ni jetée, ni donnée,
ni vendue; elle devait e lrouv r dan quelque
0

,Clichi • 'eur~in ,

peintre a i tèrent à l'ouverture des urne
où repo_aient 1 cœur princier·. Petit-lladel,
en aH. ant un, le propo a à 'ainl-Yarlin,
di ant : a Tien , prend ceJui-là, c'e l le plu
gro ; c·e t celui de Loui XI . » Il ne pou-

coin de son atelier. et il pro mil que dè qu'il
aurait le temps, il ln rhcrcltuait dans dr:
ffJui/11 · !

En attendant, il fallait a urer la con::- rvation de la parcelle ul&gt;si tante du cœur de
Loui Xl . 'aint-.lartin con entait bien à
'en défaire, mai « à condition qu'on lui
rembourserait ce qu'il avail payé à Pelilfladel ». chunck e chargea de né 11ocier
l'alTair aYec l'intendant de la mai on du roi.
Lui-m 1 me offrit à Loui , \'(li la plaque grante qu'il posséd it ·
int-M rtin, de on
côté, r litua le reliquat du cœur du grand
roi et reçul en édnn 'le une tabatière d'or,
promettant d'apporter Lou e oin à retrouver le cœur de Loui XllL n an plu
Lard, se entant sur le poinl de mourir, il fil
appeler ch unck et le lui remit en ...tfèl, encore entouré de .a banddette el muni de a
petite méd ille. cbunck porta le tout à l'intendant de la mai on du roi, en même temp·
qu'une relation de on enquête que ignèrenl
le duc d'Aumont et le ,icomte d'A.,oult, pr~mier écuyer de Mme I duches e d'Angoulême, atle Lanl Lou· le deux qu'il avaient
connu chunck bien avaot la Hévolution, qu'il
était in1:apable d'unpo Lure el trop bon roya]j te pour qu'on o·àt mettre en doute a
parole ur de i re pectable; objets.
Voilà comment il se p)urrail bien que la
parcelle aujourd'hui coo,ervée à aiot-l.leoi ·
el 11ui, d'aprè· ~I. l'abbé Duperron, ne re embleen ri'!n à un cœur, Fùl tout implemenl le fra •ment échappé aux pinceau de
'ainl-Martin. Quant aux. autre· c ur , ceux
de fürie-Tbér~ ·e, de la doche e de ilourgo Tne, du Rl•Tenl, d~ füdarue Henrielle quel 11.Jt d'éloquence pour Bo"uet! -quant
à ceux-là, il- ne ont pa p!rdu:; tout à fait;
m1i , dame! il faut en chercher la trace dans
l'Intérieur de cuhne, tableau de Drolling,
qui est au Loune.

l'f.n:

O.\'i

UN l'ALAI ' A VESI E, AU XVI"

IÈCLl.. -

,-;rJ)•ttr~ .fllF..~RICC. GOLTZl~S.

(Cabinet dtS Est.imtes.)

GRANDES AMOUREUSES

+

La Périne
Par J E

~ICHEPI , de t'Ac:.idémie fr.inçai ·c

T. ,.

Henri IV
~

llenri l\' était le plus grand roi el le
m illcur homme du monde. 'n jour )L du
füinc I vint _e plaindre à lui de l'insolence
de JI. de Bala!!'ll ·', qui a1ail fait appel •r en
duel le duc J' iauillon ·on fiL II Balanny
e t Lien heureux, di :iit li. du Maine, qu je
n'aie point ét I chez moi; je l'aurais fait
pendre à la grille. 1&gt; Le roi ne fit que e rel. r.tiarl •. de Lorrain . duc de 3h;enn~, lieuh•nanl
gén ·•rai de l'Llal el s-ouronnc de France pour la Ltg11c
aprè le duc do., Gui. son rr~rc.
2. Je~n dt• Baia 1y. Mimi ,I,• \Jontlnc, llllri-,·hal
11, f'raucc &lt;'Il I Mit

tourner ver ceux qui étaient dan la chambre,
et leur dit: « Le bonhomme e nt encore
de la Ligue. li

Ti ch, lui dit-il en l'embra ant, j'ai tort à
votr • étrard, et je \'OU fai tou le réparation.
- Ab! ire, lui répondit le vieu colonel,
vo bonté me vont coûter la vie,
o ùonoa
la ha taille el il ful Lué.

~ Ce grand prince était prompt, mai
bientôt la rai on I • foi ail revenir. Le colonel
Ti ch, qui commandait le ui ses dan on ~ Cc grand roi avail e faibles c. comme
armée, lui vint demander le m:&gt;nlrc 3 de· un autre homme. JI était amour •ux de la
ui_ e la veille de la Lataill • de Dreux, Le ducbe- e de Beaufort 4 et roulait ab olumcnt
roi, qui n'avait p:i d'argent, e mit dan une l'épou er. Il nomma ~anc • on amba adeur
furieu e colère. 1 traita C-1rt mal, el • 'm- à Rome pour faire C.'l cr on mariage a\'CC
porla à de parole fort injurieu c . Le len- la reine llar"uerite, ou prétexte de a maudemain, en ran(feant
troupe en bataille, ni e conduite; mai
ncy ne voulut point
il e souvint de ce qu ïl avait fail, et quand il
e charger de la commi ion. « ir , lui ditfut devant le bataillon ui
: 1 Colonel il arnc une rranchi e de vieux Gauloi , courtisane pour courtisane, encore vaut-il mieu.x
;;, lfo11il'e1, Ide, On appdait ,11011frt la rcrne où
la wlile : t.li lribuail au soldats,
que rnu "ardiez ce!Je que \'OUS ayez; au
'•· Gabrielle d'E lrécs.
moin. e t-elle de bonne maù on. »
ADÉ DE

.,.

IÛ-! ,..

'J 101 Y.

Le lorieux le grand, I • divin .Arétin,
celui 11ui de,ail ètre l• roi de l'Italie lill''rnire, el l'emperrur de la satire l'n Europe,
o·eut pa dl' nom en nais aol. li 'appdait
impll'menl Picrr , Pi tro, fil de n'importe
qui, •nrant de courfüane, , nu au jour :1
l'hôpital d'.\rezzo en I i02. dl mère Tita
fai ait métier de modèle et de pro~litufr, et
l' \rélin fut le bâtard d' Loulle lllondl!.
:on rnrance fut Ct·lle de fil de "Ul'Ul''
celle qui .e pa ·.c . ou le table du c.iharet,
ur le de cente de lit d mau,ai' l1eu:r,
dan le rai eau, dan l':ipprenti a"e de
vice précoce rl du ,agaLonda"c mal~ain,
celle d'où l'on ort rnurien, filou, outentur.
A ln iLe an • il file ÎI. Pérouse pour cherchcr forlunr, el r:u. il à y vi1re, comml' apprenti rdieur, "ràce à la Liemcillance de·
b Ile fille . Mai cela n lui .uflit point; car
ce n't· t pa. là un &lt;&gt;r•din \'Uh:airc. \'opnl
que l'a, •ntar e:-l la loi de l'Italie, que tout
e~t ouvert aux audacieux. et .e _ nlant tailJ:
our l'audace et l'arenture, il piaule là un

Leau jour le belle fille de l'érou e; el .an
le do· et il a des gràce naturelle en e met•
ou ni maille, avec un seule chcmi e u,- l,· . lanl à plat rentre. Le Lout e l d'entrer dan
derrière, rouchanL à la belle étoilr, mcn- une maison où on pui •·e exercer ces talents,
dianl, \·olant, ,·hant de raccroc, le ,·oilà en
rne foi valet d Léon X, quoi&lt;1ue perdu
route pour Home. Le tcmp d'être nlcl cl de dan la foule des Lai eurs de parquet, rn ez
e _au ver de cht•z on maîtr en emportant comme il sait e faire valoir. Eu moin de
un• la_ c de ,·crmcil, et il e l gro Jean rien, ràce à Juil' de Médici habilement
comme de"ant. Il rclour11e rn pro1ince, pui. 0aué, l'Arélin e t orti de l'ornière. Il a derentre en rvice, chez un &lt;·udin:il, pui re- habit à lui, de maître e à lui, el deYienl
devient porl '-be.arc, puis e îa1t c.1pucin, quelqu'un,
pur jelle I rroc aux ortie , pui finakmenl
.\lais décidément il a trop de concurmit&gt;nt à Rome, où 11 rnil hicn qu'il faut re·- rence Rome. Tùton la proYinr ! Bon11e
trr pour faire fortune. Toul cela en moin de idée en effet. Iilan Bulo 17ne el Pi.e le rencinq an , C'était un joli début d'aventurier. voient riche et presque pui ant. C'e l le
Etre parasite, ,oilà l'art qu'il faut ap- c-0mmencemenl d'un bon établi ement de
prendre pour réu •• ir alor:. Pietro n'a pa
para ile.
be.oin de l'apprendre. La 0allerie, la basE t-ce as ez·? Oui pour un autre. Non pour
.e e, la eomplai.ancc doul use, la pro titu- !'Arétin. li allend enœre le coup dëclaL qui
tion focile, il a toute cc belles qualité3 dan
doit le mellrc au-de u de Lou ,es ri1,au:..
le :30". Qu'un .utre ·c\'.ténue ;1 les aet1ué- Que faire? Il revient à Rome. Léon · e l
rir, el arrive par de nombreux eflbrts à plier mort et a été remplac: par dricn nr, Ull
comenablemenl l'échine! Lui n'a que faire Flamand ri 11ide. Mauvai-e affaire. Bah! lè.l
de 'efforcer. Ou premi r coup il ait courber trop bon papes durent peu. Quinze jour de
.,. 10.'i"'

�________________________________________
1f1STO']tl.Jl
~évérité, el Adrien \'Il est mort. Clément ''ll
lui succède, un lédicis cc]u i-là. A la bonne
heure; c'e t le champ ouYert aux courtisan .
L'1rétin accroche une pen ion par-ci, de·
cadeaux par-là . • 'importe! il n'est pas salisrail enrore.
ur ces cnlrt·failes, en 15~4, Jules Romain dessine eizc compo itions obsci!ne . On
le condamne, il prend la fuite. L'occajon
depuis i longtemp gueltée par l'Arélin, la
voilù enfin trourée. A la me de ces oh cénités, le ais de Tita a senti qu'il aYait du génie. Que fai ail-il ,ju.qu"alor , à user
emelle dan le antichambre comme Lou
le autre '! Pourquoi n'était-il qu'un para ile
!'Ont me Lout le monde, à Lrenlc et un aus?
Ah! maladroit cl avi é gredin! Happelle-Loi
donc t.lc qui tu c né, cl commente ce qu'a
fait La mère. Écris cc que tu as dans les
veine , de luxure l'urieu e el de raffinements
ingénieux. El l'.iréli.n joint aux eize compoitions de Jules fiomain eize .onn l explic:ati(s c1ui ,ont re Lé le modèles du genre.
a réputation était faite du coup. ~laintcnnnl
l'Arélin était un nom. Peu importait qu'il
fùL cba é de lloroc. lla1ai Lun refurre a uré
partout où on aimait la dJhauchc, c't t-h-dire
dan l'llalie tout enli. 'rc.
·
&lt;1 Vi,,e le Grand-Diable! i&gt; Tel c:.L le cri
que pou saient le troupes d Jean de Médici
en célébrant leur capitaine· Lei e l au si celui
que pou sa l'krélin, appelé à la cour de ce
eigneur. Quelle cour, el qu I e.igncur. ·n
camp et un chef de bandit . C'était bien un
rand diable en elfot, que cc tbef des Ba11tles
noi1·es, joueur, ivrogne, débauché halai lieur, grand capitaine au demeurant et adoré
de se oldat , car eux aussi étaient comme
lui, ivrogne , débauché el
joueur~. Le camp amit plutôt
l'air d'èlre au pillagêq_ue d'être
crardé. La ripaille y régoaiL.
Ici on assommait un bœuf qui
beuglait en s'aliai saut. là de
moutons entiers rôtis aient.
On buvait à même les tonneaux défoncés. l&gt;es filles écrasaient leurs chair blanches
ur l'acier des armures. De
tambours crvaienl de table·
;1 jouer. On criait, on riait, on
e di pulail. Des ,oix enrouées
hurlaient des chansons à boire,
et le baiser vineux claquaient
fortement sur les µeaux. Dans
un coin, on pa ait par le
armes des paysan qui ne
voulaient pa se lais er rançonner. Sur tout cela planait
une odeur forte où e mèlaient
la cui ine, la sueur, le cuir de
buffleteries, le Yin, le sang. Quel
paradi pour un aventurier!
Au si !'Arétin fut-il ,ile le
meilleur ami du Grand-Diable. C'e t lui qui
a ai,onnait d'esprit et d'obscéni Lés les festins
pantaarnéliques du soudard, cl qui lui tenait
le mieux tête dan le orgies. ki, il n'était
plus be oin de délicates louanges, de onnels

quintessencié,, &lt;l 'cxq uises courti,ane ric,,
comme il en fallait :'i Home pour charmer une
société de rafanés litléraires. ki la gro c
rraîté était la bonne, le el n'avait rien d'attique, la farce épai se était la bieol'enue, l'esprit était comme ln cuisine, el emblait divin
pou nu qu'il fût crou tillant, aignant, épicé,
arro é de vin l'umem qui ebaulfait l'estomac
et pou sait au larcre rire.
Cependant on oc pouvait rire loujour . li
fallait e Ùallre au · i. Pour le Grand-Diable
et pour ses ribaud , ce n'était que chan cr
de fêle. liai pour l' rétin, poltron comme
un être intelligent ttui tient it _a peau, c'était
le re,er de la médaille. u i quan:l ,·int le
moment où la bataille fut le de sert allcudu
de chaque repa Pierre jugea-L-il prndenl
d'aller faire un tour 11 llome.
Mal lui en priL. .\u si, que diantre avait-il
besoin de courtiser la cuisinière de monseigneur Ghiberti? Car voilil où il cherchait es
amours. Malheur u ement il n'était pa le
cul, et, qui plu c,t, un gcn1ilbomme ne
ÙQdaignail pas de lui faire concurrence.
C'était un Bolonai Achille de.lia Volta. Pour
l'éloigner, l'Arélin euL recours à son arme
ordinaire, la calomnie, el lança contre lui et
la sédui ante maritorne un sonnet plein dïnjures. Le cordon bleu e fàchc, le gentilhomme encore plus, et un beau oir, notre
amoureux transi et médisant reçoit de on
rival cinq coups de poignard qui lui !rouent
la poitrine et lui taillad ent les main . A
rrrand peine peut-il se sam•er, estropié et
aignant.
Décidément il valait encore mieux retourner auprès du Grand-Diable. Mais;ohéla ! le
Grand-Diable allait régi r son compte. Quel-

_,,

chenapans l'adoraient, cl perdaient en
lui un nai père.
Que faire maintenanl '/ Plu de protecteur!
Borne (ermée l L'ltalie en fou gràce à la
guerre t Pui , l'habitude perdue de faire le.
pied plat dan un alon. Au camp du GrandDiable, !'Arétin avait pris le CTO"Ût de la "ie
large, san crêne, des orgies facile , des dépenses san calcul. Faudrait-il donc rentrer
dan quelque cour de petil eiaoeur, et refaire le valet'! Faudrait-il recommencer les
petit sonnets à éloges fin , le petite épilr it délicate" allu ions? Faudrait-il e remettre
au c.rn·an Je telle ,·ie . an lendemain, où le
plu b au laient de parasite est à la merci
d'u.n m3Îlrc, où votre sort dépend de on
ourire, de , on humeur, de sa honoe ou
de sa mauvai e di 0 estion '? ~on! non'. l'Arétin ne voudrait pa s'abai rnr jusque-là. Car
pour lui, voilà le Yéritable ahais ment :
c'est de deveni r moindre. Mieux vaut 'enfoncer dans l'ianominie, mai grandi.r eu
riche ,e et en influence. Allon I l°J\.rétin,
l'homme ingénieul, l'aventurier sans scrupule et .an préjuaé, que va -lu faire? Yoici
l'embranchement de ta ,·ie. Tu vas re ter un
t'Ourti an ordinaire, ou devenir un grand
homme. Pou1· devenir cela, il faut trouver
du nouveau. Le trom·era -lu ?
L'Arétin le trouva, el c'est là qu'est proprnment on génie.
Il inventa la presse.
Certes, avant lui, on avait l'art de battre
monnaie a,·ec l'éloge ou la satire. C'est un
art au i vieux que celui de □ alteur, c'est-i1dire au si vieux que le monde. Mais on llaltait celui-ci ou celui-là, on s'allachail à quelqu'un. On était le panégyri Le d'un maitre,
el on attaquait abrité ous
sa protection. Puis, on ne faisait pas le métier en grand.
L'originalité de l'Arélin, a
force, fut de fonder en quelque
sorte une entreprise d'éloge
et de blàmc. li se mil à tenir
Lontique de calomnie. e retrancher da.n un fort inacce sible aux vengeance~, et met Ire
de lit lout le monde i1 contributiun, telle fut son idée. Poltron corume il l'était, il sut
en mèn:e temp se préserver
des danger que pouvait offrir
le métier. Fanfaron, mordant,
cruel a,,ec ceux dool il n'ara.il
rien à craindre, il trou,·a
moyen de faire croire qu'il
était prêt à dire Loule vérité,
el qu'il ne reculerait devanl
rien. Ain i il pouvail Jaire
Clkh~ GirauJon.
acheter son silence. Quant à
se" éloges, a réputation de
1 N PALA[S SUR 1.E GR.\:SO ' ANAL .~ \ ' ENISE·
satirique de,·aiL leur donner
un prix siogulierque n'avaient
que ·temps après, en l:i26, il recevait un pas ceux des flalleurs de profession. Joignez
eoup de fauconneau dans la jambe, ubissail :'1 cela .on audace d'a,cnturier, son cynisme
l'amputation ans e plaindre cl mourait d 'S d'é rh•ain, ses di positions ntiturelles à faire
suites de l'opération. li laissait e bandes le charlatan, et vous aurez le secret de la
noire désolée , et l'A.rélin au J6sespoir. Tous terrible pui ance qu'il inaugura el qui c~t
cc

,

_______________________________

ci elées, Labl aux, bronzes, tenture . Un
devenue la maitresse du monde. Ll [ul le jusqu'au maitri:. Beaucoup ont app ·lé , mais
homme du peuple crui frotte se aro ier»
,,éritable créateur du chantage en grand, qui peu eronl élu , dan celle troupe de quémanvt!lemeot à Loul cc lu e, pou ~c elTronLémcnt
L resté le plu olide fondement de l'in- deu r l)Ui ,ientas aillir le pui saulpropri6Laire
du pal.ai . Toul le monde peul entrer le tout le monde pour arri l"er le premi r. Il
0u nce en matière de pre:; e.
porte dan une corbeille un poi on d 1mesu\'coi e e t la seule ville libre en llalie. Là, demander: mai pour le voir, pour lui parler,
rémenL aro. · et le secrétaire
tranquillement, à couver t ou.s
du maitre, un !!rand fland.rin
l'égide de la Républit1uc neutout de noir ,·rlu Lorenzo
tre, pourvu 11u'il n'ait pas
Ycniero, lui fait faire plaœ.
maille à partir avec elle, il
Les autre ont beau bai er la
pourra travailler 11 a gui e
main cl n·rais.'er la patte du
dans sa nom·eUc manière. Le
jeune drolc, in oleoL rommc
27 mar- 1527 il
fait on
un chirn de riche, il îai L pa enlrêe el pail' a bienvenue
~er le pre111icr cc porl 'Ur de
en plalitude par une épilre au
pois on · car il ait que le
doge. Maintenan L il est as ur:
maill'C avanl toul e t un fin
contre l'extérieur, cl il ,a e
gourmand
.
mettre à l'œuue.
Ce mattre, qui se lai c ,oir
'froi an· aprè , e11 1550, il
~i difficiletll ni en per onnc,
esL le maitre de la littérature
on p ut adJllirer on portrait à
italienne, le ,éritabl' roi de
loUr. Ue-treproduit partout
1'1Li1lie et même de l'Europe.
'Il marbr , en bronze, ur la
Il écrit en protecteur au Ta~se,
1
oile, ur dl· médaille . couil corr pond a rct le potenronné d' laurier, , coiffé de
tat , il Lient tête au pap , il
rayon:. Le Titien lui-m 1me l'a
e L redoul;, tout-puis anl, et
pris pour modèle. Oui voil:1
1.'c t lc di,·in ArJLin.
bien
le portrtiil du !!rand
\'oulcz-You a,oir comnirnt
hom Ult'. nassa. icz \'O yeux
,·il l'ancien appreuti relieur,
de ·a me diYine. La tète,
l'aneien valet, le capudn déénorme 1iar del'rièrc, éLrniLe
fro4ué, le ouleneur mi épar deYant, porle impudemrable, l'amant des ·uisioièrcs
mcn L la face bestiale qu i
le fil de la prostituée·~ C'est
s'a,ance. Le front est dégarni,
à n' pas croire.
ridé, plissé, bosrné 1 urplomur I Canale Grande 'élèrc
banl. Le sourcil épais forme
un palai comparable aux plus
carcrne l'n dessous et dan.
beaux de Yeni.e, un palais
celle caverne e cache l'œil,
tout de marbre, ave des copetit el fauve. Le nez, écra é
lonne , des ogi,,e , de talue ,
à l:l. racinl', ,e dilate large,1ui parait, dè l'enlrée, fa
m •nt aux narines. Les lèrrcs
demeure d'un prince.
lippue el entr'ouverles, déL'intérieur L plu sompcou, renl de dents qui ont
lu ux encore. Ce n'e t pas eul'air de croC-. C'e l une fi.,urc
lcmcnl le palais d'un prince,
L'.\R1':m1.
sen udlc, hrnlalc, ru ·ée, et
c·e t le mnga in d'un ricbis/'remi~•· Jt• ses fOI INltl' f'ei11t&lt; f.ir LE TITIEX ·
la gramk harh qui la t •rime commerçant, encombré
mi n lui donue l'aspect, non
(Gravure Je CORNEILLE \ J1.N O1.1.EN LE JH~E./
de produits de l'Europt· et
d'un apôtre il c·oup . ÛJ•, mais
de l'A ie. On marl'hc de luxe
en luxe, de plendeur en ' plt-ndL•t11•i,. pour obtenir quelqu, cho. 1· du grand homme, bien plutùt ù'un b uc lu urieux.
'aluez ! c'e t le divin Arétin.
L'escalier qui mène à la première salle est il faut venir l main pleine . Donnant , donRiche, heureux, adu1é à 'Oil tour,jouis ant
monumental. L murs ont peints à rresque. nant. Et l'on voil là se pres er de. gen av
IJos Lapis de myrne su ienl les pieds de' des cadeaux arri,·és de Lon_ les coin du de toutes le · voluptés, ourmand, débauché,
ainsi vi\'3it-il à Vcni e, honoré de tou el
visiteur dont on ue demande mèmc pas l
monde connu. De amha adeur ont mèl'
nom. Ham l'antichambre où on arrive sont aux: arli les, le un tenant de sacs d'écus el a ·aot le Titien pour ami intime. Gràce à son
uspendu d~s tableaLL~ du Giorrrionc et du le autres de taLlcau...:, d ~talues, des &lt;rra- commerce de calomnie el de pané rique ·,
Ti lien, donné par c grand maitre·.
il avait fait du monde enlier on tributaire.
rnre , des bijoux. Des prètre cachent 011
Et cc n·c t pa · U, une farcur d'un in ·tant.
Quelle este Lie salle qui uit, où ii; femme · leur robe quelque pré enl payé avec l'aracnl
tra.aillcnt, causent, chiffonnent d ,, ruban:-, de fidèle , et coudoient des ·ourtisanes qui Non, l'œuvre e L trop bien organisée pour èlre
jouent de la !IUÎ.tarc et mangent de fruit
r .gard ill d'un œil d'crnie les helles .\rétines. passagère. Celle fortune, celte pui ·sancc,
dao de as iette d or? C'e L la alle de · Les Allemand , lourds el 1ètus de cuir, le
!'Arétin en jouira tout sa vie, et il vi1Ta
Atélinc•. et les Arélint'. sont le no,au d'un
nalaj raides dan leur a coutrcment de loncrtemps, trtlS longtemp·, dans l'opulence et
~frail. fai nul n'o e Loucher à cc Jfcmmes, ltrocarl, les Arméniens an long bonnel de 1• honneurs, plu admiré qu'un sao-e, plus
Lien qu'elles rirent ou l'œil de la foule qui fourrure, alteudenl patiemment qu'on les glorifié qu'un grand honune.
monte toujour le grand e calier. Et pourtant introdui. e, el se demandent a\'CC anxiété si
llire es amours, cc erait entreprendre
clic n'ont pour "ardien que Je nom de leur leurs dons cront les hienveous. Car autour une litauie san fin. Avan! mt\me d'arriver à
amant et sei!meur. Loin de le mépriser, car d'eux, ur les mur , sur le tables, charg,•anl la forlunc, il avait déjà épuisé toute la li te
œ soul d courtisane , chacun 1 adult&gt;, 1 meubles, il c:ontcmplenL de Lou · côtés
de_ liai ·oos voluplueu es depui celles qui
leur parle avec re pect el tùche d'obtenir 1·nr mille men-cille dont le palai:. regorge et &lt;[UÎ nai enL dan · le 1·uisscau, ju qu'à celle &lt;JUi
protection.
'épanouis enl dans l'alcôre d'un pa.Lai . li
onl été données au maitre, étoffes précieu ·e ,
Car il en faut ne fùl-ce que pour arriver manteaux. brodé , loques d'honneur, épées avait eu des doche se étant valet, et de
0

1

"" 107 ...
◄

lbù ..,_

�111S TOI{ 1.Jl
servantes étanl le commen al de du . 11
avait beau être un para ile, un bouffon, il
avait beau \tre laid sa venc, on esprit, ·on
cyni me, . a réputation obscène, on audace,
lui avaienL ,·:ilu pla d onqaètc· qu'il n'eût
pu n compter. Le temp qu'il avait
pa é avec le Grand-Diable avait été
une atllfnal, perpétuelle, pendant
lar1ueUe le femme se succéd:iient
an qu'il pùt seulement se rappeler
leur noms. C'était pire encore depui
qu'il était à Venise. Outre Je , Arétines, qui formaient n quelque orle
·on méaarre, il an:1il haque jour des
occa ions nouvelle d' ~Ire aim ', oit
JJOur lui, oit pour a rrnommée,
soit pour on or. Plu · d'une grande
dame ne dJdaionait pa de payrr en
nature une parrc de lui. Ile maris
menacé,; de .a plurn e rachetaient
en lui enrn,·ant leur femme. Le courtis:mt le • plu . belle Yenaienl loi
demander I ur célébrité. El cerlrs,
la liste de Oon Joan pouYait e comJ&gt;ar r à ceUe de ce faune liberLin.
De tout ce peuple de maitresse il
en e L une cependant qui ne peut
ètre ouliliée · il en e t une qui rendit
malheureux ce débauché toujours
heureux; il en est une qui fut
adorée par lui et qui ne 1 aima pa ;
oui, il exi. Le une femme, une enfant
Lien plutôt, que !'Arétin fut réduit à
aimer an espoir, el qu'il aima, lui
l'Arélin, platoniquement.
L'Arétin était dan tout l'épanoui cment de a grandeur, el il avait
quarante-cinq an , quand i! rencontra
ccl amour. La jeune fille se nommait
Perina Ri cia et avait quinze ans à
peine. On venait de la marier, quoique
paurre, à un homme riche appelé Polo. Elle
élail belle, mai d'une beauté étrange et Lien
rare à Veni e. Dan ce pays, célèbre par e
courtisanes planlurcu e dont le Titien a
con ervé le type opulent el ma11nifique, la
Périne fai ail l'effet d'une étranrrère, pre que
d'une apparilion. Grande el sYelle, elle n'avait
rien de., forme sculpturales si admirée
alor . Mai , en re\'anche, elle sédui ait sin ulièrement par une élégance maladive, par une
délicate se prc que an 11élique, par un air de
Yicr•'e tri te. Elle avait cet allraiL exqui el
pénétrant de la mélancolie, celte profondeur
de Leaulé morbide, qui est le charme de
poitrinaire . Par un contra.Le qu'on peul
·ouvent con taler dans Je amours, la nature
chaude et Loule &lt;&gt;n uelle de !'Arétin fut
, uLjuguée par celle pàleur. Il sentit là
quelque chose de niluYeau, d'inconnu. Lui qui
emblail avoir vu et savouré la femme ous
Loul e forme , il trouvait un mystère dans
celle frêle enfant, dont il avait oif, et qu'il
n'o ail pas même efllcurer du re..,ard de peur
de la fatiguer tant elle était faible. Celte faible e faisait précisément sa force.
ttre aimé de la Périne devint son vœu le
plu ardent, on eul ,·œu même, à lui qui se
croyait incapable d'P.n former encore. Et ce

vœu suprême, il ne put venir à boat de
l'accomplir. Grâce à on influence et à son or,
il put hi '.l aplanir tous le ob tacles; mai là
s'arrêta son pouvoir. Par de l'ar enl ou d
menace., on ne ait, il parvint à éloigner le

exige une éparation. Il viendra la voir, ce L
bien assez.
Et l'hiver commence, l'hi,·cr terrible aux
poitrinaires. La maladie entre dan · la période
pre que repou sanle, celle qui défigure, 11ui
d"un corps fait un pectre, qui amène
rnr de lèvres aimée des crachats répu!!Da ols. I 'importe I il bai e ces
lènes. Il ne voit pas l'horreur du mal,
ou il ne la voit fJU pour chérir
davanLa..,e la malade. li passerait s
jours el ses nuit à la soigner i elle
voulait. .Mai clic c,;t cruelle, elle ne
,·eut pa , elle le renvoi · chez lui.
El quand il a oif de la voir, ce
o·esl pa seulement cdle défen e qui
l'arrête. Souvent la mer e l mauvai e,
l'ora ce t menaçant, l pa un Larrarol ne veut le conduire, quelque
prix qu'il y mette. Eh birn I il ira
seul, il bra\'era tout, il a besoin d'aller pa.ser quelques in tants auprè '
ll'elle, il a be oin de la soigner, de
la consoler. El lui, l'homme riche
l'épicurien, le jouisseur, le poltron, il
'expo e aux intempéries et aux
danrrers plutôt que de rester sans
nouvelle de la bien-aimée. li oublie
tout en la voyant.
« ouvent, raconte-l-il, par le plus
« .cruel décembre, le plu affreux
« jan"ier, le plu tri Le Ié,·rîer quel 'on
« ait subis, je ne pouvais trouver de
,, barque di ponible. Alor , ous la
Cli&lt;ht! Oiraudoo,
(( plaie qui m'inondait, ous la neige
PAGES ET VALETS ATTENDAXT LEURS MAITRES
c, r1ui me glaça.il, sous le vent qui me
A LA PORTE D'UN PALA!~.
,, mordait, je me mellais en route,
De/ail 1fun tableau du fnnlre -,it!ntli1m CARP~ccro.
" et j'arrivai près du lit de la Périna,
(A cadtmie des Beaux-Arls, l'e,iise.)
« eul et dé e péré; el les gouttes
,, d'eau froide, et le flocon de
mari. Il obtint de la mère et de l'oncle &lt;le &lt;( neige, et les morsures de la hi e me
Périne tout ce qu'il voulut. La jeune femme « emblaienl encens, parfum et nuages de
,·int ho.biter chez lui. ,rai, ce fut tout. Elle ne « neurs. ))
l'aimait pas.
Tant de soins devaient avoir leur récomli n'en priL point d'ombra"'e, lui, habitué pens ', et le rétablis ement de la Périne en
au~ triomphes le plus rapide . (l e dit que fut le fruit. Après treize moi de cruelles
cela tenait à la maladie, aux soufl'rances de sa
ou[rances, elle se reprit à l'ivre. Quelle joie
chère maitre e, et qu'il entrerait dans ce au cœur d'Arélin, cl comme il se remit à
cœur fermé en prodiguant à l'enfant ses l'entourer de luxe, à la combler de faveurs,
soin les plus tendre .
pour hâler a convalescence! Ah I maintenant
Elle était au plu mal, en effet, la pauvre du moins Ile ne pourrait 'empêcher de
Périne. La phti ie minait ce frêle corp . On l'aimer. C'est lui qui l'avait arrachée à la
suit pa à pa ce douloureux_ progrè. dan les mort. C'est à lui qu'elle devait de voir encore
lellres de l'Arélin. On y lit combien il ou1frc la lumière du oleil. Et œtte foL, le pauvre
d \'Oir ou[rir la Périoe, combien il esl bon amant toujours rebuté espérait bien qu'ell e
pour elle, combien il l'adore. Rien ne lui lai erait toucher par une si vive tendresse.
emLlè a.us i beau qu'elle. Il n'a jamais rien Uélas t espoir trompé. Certes la Périne était
connu d'~u i accompli.C'est un angemalade. pénétrée de reconnai ance, et témoignait à
Pour lui faire oublier son mal, il n'est rien son bienfaiteur toutes le grâces qu'elle pouqu'il ne fa e. Toul ce qu'elle désire, il le lui vait. Elle lui disait avec un sourire qui le
donne. Le belle robe , le bijoux l'or, ont fai ait pâmer :
le hochets de celle enfant capricieuse. Qu'elle
ous ètes mon père et ma mère.
prenne tout, qu'eJle ca se tout si elle veut,
Mais de ce sentiment à l'amour il y avait
pourvu qu'elle solll'Îe el qu'elle semble un peu encore un abîme; et œt abime, quelque
. oula..,ée.
eJfort que fil l' Arétin pour arriver à le
Mais le mal augmente loujour . ur l'avis comliler, la Périne semblait de moins en
des médecins, il la conduit à la campagne. moin décidée à le franchir.
Va-+il donc se éparer d'elle? Il ne veut pa .
Le a iduités du pauvre homme eurent
lais elle, que tant de prévenance fatiguent, même un résultat auquel il était bin de
"" 168 .....

HISTORlA

CLAUDE DE SIMIANE, ENFANT.
Tableau d' R, 1ULPHY. (:;\lu ée d'Aix. )

�~---------------------------------------

Ut

'PÉ1{1N'E - - ,

s'attendre. Un beau matin, il apprit que la une làchcté. On se rappelle seulement une idées vaporeuses cl douœmenl mélancoliques,
Périne s'était enfuie, et le lendemain il chose, c'est qu'on les aime, et du coup on les l'ai;onie de la fin est horrible et répugnante.
Il faut un amour hicn trempé pour résistc1
savait qu'elle n'était pas partie seule. Sans aime davantage.
doute elle était lasse de la situation où il la
Et la Périne est de nouveau installée chez à ce spectacle. Celui de l'Arétin, qui avait
mettait par ses protestations d'amour, et elle l'Arétin. Pauvre entant! Comme elle est ma- déjà résisté à tant de choses, résista encore
y avait coupé court par un coup bien cruel, lade! Voilà trois ans qu'elle était partie! à celle-l'i .
(( C'est une passion folle, écrit-il, mais je
en se faisant enlever par un jeune homme Qu'a-t-elle fait pendant ces trois ans? Elle a
qu'elle aimait.
aimé un autre homme. Mais ne craignez rien : « ne puis m'empêcher d'aimer celle jeune
Oo juge quelle fot la colère de l'Arélin, et le grossier et obscène compagnon du Grand- « femme qui m'a si cruefüment traité, qui
comment il prit un tel acte, avec sa nature Diable a trop de délicatesse de cœur pour &lt;1 n'a pas vingt ans, qui a perdu la voix, le
violente. Autant il avait aimé l'ingrate, autant parler de tels souvenirs à celle femme qui c&lt; pouls,l'odorat, qui ne conserve quele scnil la détestait, ou du moins croyait la détes- souffre. li u'a pas un rrprochc pour elle, pas &lt;c liment de son martyre, cl qui, morte et
ter. Il s'emporte en invectives contre elle, une parole amère. Comme un père dévoué, &lt;( vil'ante à la fois, est gisante dans son lit
dans ses Jeures, et la maudit mille fois, et comme un amant fi&lt;l1:lè, il la veille, il la (&lt; comme un cadavre dans le sépulcre. l&gt;
E:te mourut dans ses bras, et il la pleura
nonobstant ne peut s'en détacher, quoiqu'il soigne, il lui adoucit les derniers moments.
prétende ne l'aimer rius.
Car ce sont bien ses derniers moments celle de toutes ses larmes. Pendant de longues
« Oui, écrit-il, la voilà dissipée, celle illu- füis. Le peu de vie qui restait dans celle journées, de longs mois, cet homme si gai,
&lt;l sion qui, pend~nt cinq a1,nées, m'a conlampe fragile, ce peu do vie que \'Arétin avait si plein de verve, si cynique, fut triste,
« lrainl à l'adorer! Est-il possible que je l'aie rallumé jadis pendant lreize mois de soins, morne, silencieux, respectueux de son sou« aimée, et qu'elle n'ait pas cessé d'accroître ce peu de vie vient de s'user à la flamme de venir. Les plaisirs, aussi bien 11ue les affaires,
« sa haine quand augmentait ma bienveil- l'amour pendant trois ans. Si elle rn plus 10 laissaient froid. li pensa mourir de don&lt;l lance? Je royais bien qu'elle était !romm~I, si elle est plus bas qu'elle 11'a jamais lcur.
Un an après, il écrit ceci :
« pense; mais je savais 11u'en essayant &lt;l'étouî- été, c'est à son ingratitude, à rn lr:ihison, à
&lt;t La mort n'a pu me l'arracher du cœur.
&lt;l fer mon penchant, je ne réussirais pas
elle-même enfin 11u'elle le doit. Mais l'amant
« mieux que ceux dont les mains impru- trahi, le bienfaiteur méconnu ne ,·eul pas « Je me crois fou. Je 1;émis sans cesse. Je
(( denles essaient de courber les branches savoir cela. Elle a bernin d'ètrc so· gnée, l1 sais qu'elle était ingrate el que je devrais
(( des jeunes arbre~, toujours prèles à se voilà tout ce qu'il sait, el il la soigne. Et il (( l'auhorrer. Je me reproche ma faiLlcsse.
(( ~fais je ne peux me persuader qu'elle est
&lt;( redresser ver, leur cime. Peul-on aimer
l'aime de plus en plus.
(( ou désaimcr comme on veut? Aujourd'hui
Quelle mort hideuse, que celle des poitri- &lt;( morte. Je la cherche toujours. 11
c mème je le sens, mon àme, privée de la naires! Si quelque chose semble fait pour inA la longue, cet abattement se dissipa.
(1 chose aimée, est comme une terr-1 livrée
spirer le dégoût de la femme aimée, n'est-ce Entrainé par le tourbillon de sa vie, voué
&lt;1 à la licence et à la cruauté des ennemis,
pas ce cortège des maladies de poitrine, cet par état aux agitations perpétuelles, pris dans
l'engrenage de l'argent à gagner, des
(( toute couverte de ruines, et où ne
relation; à entretenir, des comman(&lt; vivent plus que les larmes. 11
des à satisfaire, des plaisirs à parLe coup était rude, et quelque fatager, il fallait bien qu'il se reploncile que lui fussent les remèdes, grâce
geât dans la lutte et dans l'orgie. Son
àson opulence, aux plaisirs, aux Arétempérament d'ailleurs n'était pas
lines, à ses amis, l'amant trompé ne
fait pour une prostration éternelle.
put se guérir. Jamais il n'a'Vail aimé
Au contraire, il se fentait poussé,
aiusi; jamais non plus il n'avait autant
pour oublier, à se jeter plus que
souJTert. Du seul amour sérieux et
jamais à corps perdu dans les jouisprofond qu'il eût dans sa vie, il n'avait
sances, et il s'y rejeta. Mais en dépit
goûté aucune des joies, aucune des
de tout, malgré le succès croissant
satisfactions, et il lmvait à longs traits
de ses pamphlets, malgré ses cométoutes les amertumes.
dies, malgré ses livres, malgré sa
li était dit qu'il souffrirait plus
encore, qu'il passerait p1r toutes les
renommée de plus en plus grandissante, au milieu des voluptés ou des
torlures réservées aux amants malpérils, parmi le bruit d'une maison
heureux, et qu'il riderait le calice
jusqu'à la lie. Après la fuite de la
sans cesse pleine et encombrée, dans
Périne, sachant qu'elle s'était donnée
l'opulence, dans la satisfaction, dans
à un autre, s'étant refusée à lui, après
les débauches, toujours il fut pourtant de cruelle ingratitude, il ne semsuivi par le îantorne de la Périne.
blait pas possiLle qu'elle pût le faire
Rien ne put eJTacer dans son cœur
souffrir encore. Malgré la force de son
le nom de cette enfant malade qui
amour, il devait la délester, la méloi avait fait connaitre les douleurs de
priser même, et sans doute, avec l'aide
l'amour trompé, el aussi, à son insu,
do temps, il était en garde contre une
les splendeurs d'une passion vraie. De
nouvelle rechute. Que la Périne osât
Lous lef souvenirs brnreux ou mal-

revenir, et il la chasserait, à tout le
moins il refuserait de la voir. Eh bien!
non. Elle revint, et il la reçut, el il fut
trop heureux de la revoir.
Les malades ont un moyen si sûr
.de se faire pardonner : _ils n'ont qu'à être
plus malades. La pitié vous prend en face de
leur figure amaigrie. En les royanl souffrir, on
oublie qu'ils vous 1,nt fait souffrir, eux aussi.
Le plus petit désir de vengeance semblerait

heureux, vulgaîres ou bizarres, de ~a
vie qui en fourmillait, celui-là fut le
] EAN DE )[É DICIS, DIT C JEAN DES B.-1.NUES N OIRES ».
plus doux à la fois el le plus cruel,
TaNtall d11 TtTIE~, gravé par PAOLO L ORENZ!.
et en tout cas le plus tenace.
On sait à quelle infamie arrirn cc
amaigrissement qui alterne avec la tuméfac- maître de la littérature ordurilire, ce profestion, ces poumons crachés pu lambeaux. seur de calomnie. Par ses pamphlets odieux
infects, ces SJmptômes de mort qui envahis- et par ses dialogues immoraux, il fut tout
sent l'être encore vivant? Si fa lente agonie ensemble la honte et la gloire de l'Italie. li
des phtisiques a pu donner aux poètes des récut jusqu'à soixante-cinq ans dans cette

�111ST0~1.Jl

--------------------------·-------------~

"loir • el dans cetl • hunl , courli.é Jt• print · ·, clto)é dt roi., craiuL d tout le moodc,
el faillit dntoir cardinal. Rien ne Je rorri ca
jamais, et il .1· mlih:i au ·onlraire 'èlre faiL
plu· immonde à me ure qu'il ,idlfü,ail. L s
Arétin . finir •ol par êlre uo hmm, ·l pir
ocore. L •· fr tio. du troinfrc .e chan,.,èrrnL
n bacchanale . L · vi illard fut . urnommé le
a Roi de la D hau he .
La lérrC'nJe raconte qu'un jour, comme on
0

lui raiontail une ordure im·cnté par une de
« Jp ne sai i Je anué • "Uériront jamai.
·c ,o:u r., courthar;,• à Arcuo, il fut pri. 11 le mal :ilfreur que m'a lai. é dan le cU'u r
1l'un r u rir • cl en mourut. C\·.t une fin cc l'aff ction que je portai à la Périne, j ·
digne d lui à coup ùr.
« croi · qui· je ui mort du jour où clic e t
Eh Lil'n l m~mc au Jéclin dt• 1.: ·lie ,ic im- " murie, ou plutôt je croi~ que ell p te
pure, même dan tout l'éclatd e déLauch s 11 d'amour ne me quillt&gt;ra pn mème quand
1ni1e,, l'Arét in ,&lt;' .our nait toujour, d • la
je mout rai. Le mal c t au fond d me
P1rin , et voil'i ce qu'il écri1·i1, quelque - a entraiUe , et mille .iècl ne J'en arracheannée a,anl t-a mort au profo. eur de phi- « raient pas, llocl •ur c 'lèbr n philo. opbir,
lo opLie llarbaro :
&lt;t i vou pou,iez m'enseirrner l'oubli! »
JEAN RICHEPI .
de l'Aca.fémie françalu.

L'abbé de Vatteville
n cad ' l de VatLeviUe e flL cbartrcu.x de
bonne heure, el après sa profe sioa fut ordonné prêtre. Il avait Lcaucoup d'e. pril,
mai un e prit lfüre, impélueu , qui 'impatienta bientôt du jourr qu'il a,·ail pri . Incapable de d m urer plu longt1mp soumi à
de . i gènante oh ·mmces, il oanra à ·' n
affranchir. Il trouva moic-n d'a\'Oir de habit
écolier , de l'argent, d pi toi t , cl un
cheval à p u de a· lance. Toul cela peul-être
n'uait pu e pratiquer an donner quelque
oupçon. on prieur en ut, et, avec un
pa e-partout, ,·n ouvrir a cellule el le trouve
en bahiL -écuJi r ur une échelle, qui allait
~auler le mur . \'oilà le prieur à crier :
l'autre, sans s'émouvoir, Je Lue d'un coup de
pi tolet el e aure. A deux ou lroi journée
de là, il 'arrête pour dù1er à un méchant
cabaret cul dan 1. campag11 , parce qu'il
:1•ilail lanl qu'il pouvait de 'arrêler dan des
lieux b:ibiLé , met pied à terre, demande c •
qu'il I a au logi . L'hôte lui répond : « L:n
•igol et uo chapon. - Bon, répond mon défroqué, mettez-le· à la broche. » L'hôlc lui
veut r•montr r c1ue c·e t trop d deux pour
lui .eut, el qu'il n'a que ceJa pour loul chez
lui. Le moine e fàche, cl lui dit qu'en payant
c'e Lbien le moin · d :l\oir ce qu'on reul, el
qu'il a a ez bon appétit pour tout man t1er.
L'bùte n'o.e répliquer et emLrocbc. Comme
ce rôti 'en allait cuit, arrive un autre homme
à cbenl, ul au i, pour diner dan ce cabaret. Il en d mande, il Lrourc qu'il n'y a
quoi que ce oit que ce qu'il voit prêt à irrc
lité de la broche. Il demande combien il
·onl 1 -d u , et e Lrou,·c bien étonné que
ce oil pour un eul homme. li propo e, en
p, yant, d'en manrrer a part et est encore
plu urpri de la répon e de l'hôte, qui l'a ure qu'il en doute à l'air de c lui qui a commandé le diner. Là-de su le rnrarreur monte,
parle civilement à Valleville, ~l le prie de
0

lrou\'er bon 11ue, puL11u 'il u' a rien dao 1 ru t Li •n; cl, plein •ment a ~uré, il 'en revint
lo1ri 11uc cc 11u'il a rel •nu, il pui .e, en en 1'rancbl'-Cumlé Jans sa !amillc, cl c plaipayant, diner arrc lui. Vatlcl'ill n'y veut sait ;1 mor ucr l ·hartre11x.
pa con entir; di pute, ell '1chauffc; br f,
1) érénement i ing11liers I fir nt conle moine n u c comme arec on pri or, et naitre à la première 1-onquête Je la Franche-tue on homm d'un coup de pi Lolel. Il de-- Comté. On le jurrca homme de main el d'incend aprè tranquillement, et, au mili1.11 de lrrnue : il en lia direclcmrnl arC'c la reine
l'dl'roi de l'bôt et de J'hiit Uerie, .e fait er- m\re, puh, avec le mini.Ire~, qui ' n .&lt; r,·ir le irrol el le chapon, les mange l'un el
virml utilement à la .rronde conqnète de la
l'autre ju.qu'aux o., paye, remonll' à chcrnl même pro1incr. li y .crvit forl utifoment,
cl tire pays.
mai ce ne fut pas pour rien. JI a1aiL stipulé
,e a hant que•de,·enir, il • · n va •n Tur- l'arch 1ècl1é de Be an on· el rn elle! aprè
quie, t, pour 1' faire court, , e foit circon- la • cond conquête il y fut nommé. Le pape
cirr, prend le turban el 'enga"e dan la mi- ne put se ré oudre à lui donn r de , l111lle :
lice. on reniement J"avance, on c prit et a il e récria au mcurtr ll l'apo tasie, à la
rnleur le di. tingucnt, il del'ien t ba ha cl circonci ion. Le roi entra dan le~ raison dn
l'homme de confiance en )foré , oi1 1 Tur
pape, el il capitula arec l'abbé de Valleville,
fai aien l la !!lierre aux \' éni tien . JI Jeu r prit qui e contenta de J'abba ·e de Baume, la
de place , et e condui il si bien av c le
den ièmc de Franche-Comté, d'une autre
Turc , qu'il e crut en élal de tirer parti de boone en Picardie, et de diver autre avan,a ituation, dan laquell il ne poul'ait .c larr . Il 1·écut depui dan on nbbnyc de
trouver à on ni c.11 eut de moyen de faire Baume, partie dan .e terre~, quclquefoi 11
parler au gouvernement d ' la république, et Bc·ançon, rarement à Pari l'i • la cour, où
de faire on march: a\' lui. Il promit Yer- il étail loujour' reçu a1cc di tinclion.
bal 1menl d • livrer plusi ur place ' et force
Il avait partout beauc·oup d'équiparrc,
ecr L de Tur , mo ·ennanl qu'on lui rap- grande chrrc, une belle m ute, grand laLI •
porlàt, en Loule les meilleure. formr , l'ahl bonne compagnie. li ne .e conlrairrnait
~olution du pape de tou ll's méfaits de :,a point ur le· dcmoLeUe ,el ,•ivait non .eulcvie, de se meurtn•s, de on npo. lasic, . li- ment en grand eirrneur el fort craint el rc r Lé entière contre le cltnrlrcu , el d n
pecté, mai à l'ancienne mode, lJranoisant
pou,oir t:lrc rcmi dan aucun autre ordre, fort .e. terre. , cell de · • abbaye , et quelr • litu: plénièrement au . iè ·le avec le droit.
qul'foi
roi. in , urtout chez lui tr'. al;de c ux qui n'en ont jnmai orti , et plei- :-olu. I.e intendant· pliaient le épaule , et
n ment à l'exercice de on ordre de pr ltri. ,
par ordre e. pr de la cour, tant qu'il récut,
el pouYoir de po Jder tou bénéfice qucl- Je lai aient faire el n'osai ut le choquer en
con•1ue . Le \'énitien
trouvèrent trop rien ni ·ur les impo ilion qu'il réglait à
bien leur cornple pour 'y épar!!Iler et le peu pr comme bon lui ·erublail dan toute
pape crut l'intérêt de n ~gli c ~i rrrand à favo- se dépendance , ni ur
enlrepri e as. ez
riser le chr :Lien. coolr le Turcs qu'il acouvent ,iolenle . Avec cc mœur el ce
corda d • bonne ràce toute le demande du maintien qui e fai ail craindre el re ,peeter,
hacha. Quand il rut bien a ur; que toute
il e plai ait à aller q uelqu foi voir le charlé· expédition en étaient arrivée· au 1rouver- treux, pour e audir d'avoir quillé leur
oem nt en la meilleure forme, il prit i bien !roc. Il jouait fort Lien à l'hombre, cl
ae. me ure , qu'il exécuta parfaitement loul gnait i ouvent codille, que le nom d'abh:
ce à quoi il 'était engarré emers le Véni- CodilJe lui en r ta. Il ,écul de la orle, et
tien . Au •.ill apr, , il .e jeu dan leur ar- toujour dans la même licence el dan la
mée, pui ur un de leur vai seaux qui le même con idération, ju qu'à pr\ de qualreporta en Italie. li Cul à Rome, le pape le re- vingt-dix an .
Al "T- 1.\10 •

Un pet.il Gaulois de Lutèce
Par le Doèll:ur MAX BILLARD

.\u lemp &lt;le Gauloi P.~ri. n'éLail_q~·.uoe
hourt1ad' r nferm 'e dan I il de la Cite . o~
la nommait Lutetia, Lutèce (de Loutouh i1,
habitation au milieu de. eaux). Cep•ndant,
ui1a11t ccrtnio~ anti11uaires, le nom d • la
;.apiLale de Pari ien ,i ndrail d'un l~mpl ·
qui cr, il plu tard de forle~_e. ·e el o_u I on
adorail la dées e Leu ·olhoe, . ln ~ ?Jp~c
marine, une de plu haute el vic1lle dmnrte
océanienne .
.
Toujour· c t-il qu le a le e p~ce ma1~lcnanl cou1·ert de palai , de marrnifique prdin de pla ·e publique·, de monument
. upe~be , était alor,- o~upé p1r de · hu:l en boi de· mara, fanrrcux el une
~ombre fo;èl. w pul prévoir alor
i1ue cell bourgade, avec. e l~'.L de
ch.aume de,·iendrail, qunu:e .ic le
plu ta;d, la métropole d'un e~pir dont llome ~ me ne ~tirntl
elre qu'un ch f-h •u de prcfectur ?
},'hi Loire nou apprend, en
loul ca , que la parti de la rirn
gauche était occupé par d~ a~li an et urtout de poLter .
En J 7..,7,à l'endruil où s'élère
l'éJ1lke aux forme sé,èrcs el
•randio e du Panthéon, qui rappelle le temple de l'anli~uilé
romaine, il fut décou,·erl plu ieur
pui • sans re,·ètemcut, creusés dan
l'unique but d' · trouver de te~r ~
propres à la rabricaLioo de. pot~r•e · ,Qu~lque -un de ces puit a,a1ent JU cp1 à l'1ngLcinq pied· de profondeur• n trou"~ de
âtr . de four con truil pour la cu1 on
de potcri s, de f ragmcnlS de v c • de pot
entier et imparfait .
.
Ou laure nou dit tiu'on ~- emplo ·art.« d_cu_
orle de terre : l'une, d'un blnnc ri • clall
recouverte d'un ,·ernis noir el fort égal, et
l'autre. rou"e, dont le icroi avait un éclat
briUant ».
.
Le mu ée Carnavalet, ce chd-d'œnnc &lt;l ~rthilC'elure de la Rcnai ance, dont le gal~r,
content de façon i ai i ante la chr~nrque
rél'olutionoaire, e l rempli de ouvenrr de
la plu lointaine origine de 1~ ville : de po~,
de Yas de fiole de hou le1lle tou falm11u •, par'
antique artisan , qui ~i a!ent
érralemenl le chanvre el l • lin et fabr1qua1enl
m~me l'orfèvrerie; et, parmi
' témoin
mat.érieb du pa ·é, le plu intére.' ut!', sans
1. • On peul aninn, r •1ue la t"•.l••ric ~nloi,' .. poleriP il l'ac rab11len,,• 1 â p,11,• i::ross1è~c&gt;. !l'une c111 "OIi
1 i, nt encor' i ,li ircr, i·tail f, l,nq11,·c ru Gaule.
t,ieu a, anl l'arri, é • M, llomain,. · .\ • 'I• HlA\U. l.&lt;1
l 11Jtcr1earn11t l'/ii. toirc. llulleti11 de la
1t'lt- • l.e11
Ami, du ' cie11«s et frt, de lloc/1eclwuai·t ». 11107 •

.,. liO

1\1&gt;

cool, te, ont le objeL pro\'enanl de· cimetière pai •n de 'aint-Uarccl • cl du fauL urg
ainl-Jacque·.
L tombe se compo aient, pour la plu pari,
d impie· fos es reu. :c en terre, dans
le quell ,
lrouçai •nl, a, . 1' ~quelellc du
morl, d • monnaie pour le tribut Je la ~arrru:
à Caron, le ri iJc t•L 3\'nrc nauto11111er qu 1

;\1A QUE

o'c:,; PETll

\ULOI

(,\lrtsee Carnaulcl,
S.Jlle. tto-1ue 1;a//o,romatne.)

jadispa· ·1 le ombre_ ic:tril .tà remarquer
que peu à p u le Part , o a,·a1enl adopté le
mœur:--, le lob, la religion cl la lan"U' de
leur- ,·ainqueur. •.
. .
Dan le épulture d'enf?nls on a ~ecueilh
Je coUier , de d: , de J0uel curieux des jouets d'enfants vieux Je .eize cent a!1s
_ entre aulrc une fi urine en terre cmle
blanche représcnlo.nl une nourrice l nanL on
nourri on (la tête de la femme manque) i ?n
petit canard llollant, au i en terre mie
blanche, po é ur une nacelle lui perm liant

de ,orru r .ur I' 'au, et percé de petit trou
aux extrémité pour ' attacher un fil, el
pre IJUe Loujour un bib ron.
,.
,
Ce biberon , a\'ee aii es t Letm , d un
conl nanccd' miron cent ~ingL-cinq nrammc ,
•n , rr tr-. iri. é par l'o. rdation, dat~nl ~
111• d "' iè le , d'aprè · le tile de m crrpLion~ cl le monnaies de aaularrc.
Lor que l'admini !ration municipale JiL
•on truire, en l ' 73, le lari:hé duPort-lloyal,
au coin de la rue ~icole et du boulernrd dont
le nom rappelle une aLba1e riche en om·cnirs, on déèounit, en foi ·ant le fondation de ce marché, de nombr u e·
épullure romaine '· pui , cinq a_n
aprè , lL Landau relrourn la u1tc
de ce cimctit·re dan a propri :1é
itué, rue Xicole, ouverte à Lra,·er. C( jardin · de Carmélite.,
où MademoisclJe de La altière,
accoutumée à tant ' de Joire, de
mofü·.. , de plai ir , ~ • dépouillant de on lilr de duche se pour
pr ndre c lui de ... œur de la ~Jiéricorde, fit un con,crs1on
au i célèbre que a tendre
n ,oit au mu~éc C..,rnavalct.
dau la . eplième lra,,éc, pron:nant du cimetière romain de la
rue I ïcol ', un petit arcophage
,fenfant de 0,90de Ion ueur, ur
o,;,3 dl' lart1eur, creu é dan un bloc
"ro ièrement é&lt;1uarri, aJanl comme
co~nrr le une gro. ière pierre plate.
ou,enir plu intérc·,ant encore que h•
bil, ron c. t le ma que d'un pelil GauJoi de
Lut ère, - un contemporain de Julien l ',\ po ta.t,
_ pou,anl avoir huit à di. moi , lrou\ 1 dan
cc arcopharr du 1'' iècle. Le lrait ~nt
con cné avec toulc les apparence- d la \lC,
malrrr · lanl de tcmp éroul '.
La tèl de ce petit mort c trou,ail en parlie
cou'" te par une couche de mortier a ei
épaL.e. Lor du . cellemcnt du COU\'~rclc, ce
mortier 'élanl r 'panda sur le n a«e de
l'enfant c.n arnil pri l"empreinte rt, par ~a
nature même, a pu tra,·er·er cize ~ièck et
nou con ener aiwi intacte l'image de ce
petit aulo1 de Lu~ècc, ~ort il y .a ~lu de
~ ize cent an , qu une ~•mplc opcral!on d
moula"e, faite ·ur place, a pu reproduire
exaclcm •nt. 'n ruuu lromé anprè de
l'entant, po 1dail une e pèce de tube de1·anl
remplir le fonctions Ju ein.
On peul du r :te roir, au musée arna\'a.lct,
1. l.a pnnl'iji3IC og~lun1fral111n. ,li· ,,~p11ltu.r, '. · _,.
Jrnnuil , LL l'1UI,&gt;lacm1cnl d,• 1_cnclo,; ,le } ~~u, u
wuveol t1 Carméhti- cle ln rue d Euf~r. 11u1 elcnJail cle ourd. )Juct ju•'}u'à la llaterrull!,

�111STO"Jtl.ll _ _

----------------------------------=---,#

un lrè, inl 're · anl e cmplaire de c moufoi:-c'
dao· le compartiment iHféricur de 1a vitrine
centrale de la deuxième aU • de l'époque
rrallo-romaioc, auprc d'un :mir• moula!!e
non moin curieux, celui de. débri du crànc
de I' nfant, que recouvrait le masque d rnorlicr. Ce déLri .ont con-ené· au ~ru l!Um •

°'"

1. ,
eu ,lo11nmh
j1l'l:,·{,1le11k.

la r,·prutlud1on

it la 1111:;c

Ilien de plu· curicn que c lie envelo;&gt;pe
de plàtrc qui reproduit ce que le temp t le
ourd travail du ver du -épulcr auraient
délruit, ce que I ciment humide a ardé, la
chair, nou dirion pre que la rie.
Le momi~ ég ptienne -ont noir ,
hidru e , défl&lt;&gt;urée ·; cil• n'ont plu rien d ·
2. fo1r le 1;,,,,1,. ,Ji, mu. ü Cama miel. Jl.lr '"'·. t:L-

l.1Ln I flonun. l1ari,, l!IO;;.

commun arec 0011-. ·ou avon là au contraire, aprè cizc iè.-cl :cou]· , un portrait
viv110L d'un petit conlempor11in du C· ar
proclamé empereu r par e oldat dan c
palai de Th •rme dont il r t rncore aujourd'hui deu rn te Yoùtc- cncadr~c de fleur. ,
de rcrdure et de débri de vieux àrre , réuni. l.'1 pour peupler cette demeure qu'on pourrait, h ju le Litre, appeler le palai de ruioct-.
ÜOCHLR

'.\I AX BILL \RD.

Le mystère de Nuremberg
Par JULES HOCHE

YI
u moi · de janvier 1'30, le bour1rmcsl re
de .'ürcmbern- r connut, de concert avec le
tuteur de Gaspard llau~er de baron de Tuch r) tJUC l'état maladif du profe eur Daumer ne permettait plu à ce dernier de 'occuper de on jeune élrrc. En con ~quenc •
IJau r fut au lori é 11 accept r l'oJl're én 1rcu e du con ciller füh rach, qui meuait à . a
di. po ilion la table l le lo eruent.
lai ce chan •m nt de domicile, de milieu
urlout, ne parait pa avoir été du "OÙL du
jeune Hau er, 'il C ut en croire le iocid nl
f,icbeux qui 'datèrent peu aprè on entrée
dan la mai on Diberach et détermino\renL
_on départ au moi de mai de ,la même
année.
Le 2 avril t 30, nou appr nd un de -C
hi toriographe , Ga pard llau cr rentra plu
tard que d'habitude. Comme on le que lionnait à c ujet, il répondit qu'il ,· nait de
chez Je profe eur llaümler, el montra même
du pain d'épice que le pr îe cur, disait-il,
lui avait donné.
Le lendemain, le con ciller füberach intcrrorrca Rai1mler à ce ujet, en pré.eoce de
Uau-cr lui-même, cl le profe cur affirma
qu'il n'a1•ail point vu le jeune homme la
veille. Là-de . us Uau.er entra dao une ,•iolcnte colèrt', mai an rien avouer d'ailleurs
relati,·emenl à on e capadc, dont on ne ut
le lin mot que plu tard 1• Et comme le con, eiller Biberach le prenait à part pour l'admone:;ter év'•rement, llau er frappa, de e
deu poio1r fermés, la table placée entre
eu , et 'é ·ria d'un Ion furieul'. : cr Je ne
mu plu î"ivr • ici !
1. Il parait 'JU • llnu.er :11ait uiri cc jour-lit unt•
Jan,(•u Je cord , .orle 1f'E mer. Ida l.iararoi .!ont

Pour le punir de a conduite, le con-eilkr
lemme nt arraché de , a place H Je coup
lui intrrdit de quiller sa chambre ju qu'à partit.
nouYcl ordr , et lui défendit c·n même tcmp
On retrou\'a à l'endroit dé~inné de la mud'aller diner ce .oir-là chez le hourgmc Ire
raille deu lrace de feu et dao la direction
Dinder, omme il en avait !"habitude Lou Ir
oppo. :c le trou où 'était lon-éc la hall,
dimanche .
mai nucunc eD!JUêtc n' Cut ouverte à ce ullau cr était ,cul dan ~a chambr depui
jet, el l'étranrre ac ident d~ 11:tu rr e l re té
quelque, minute à pcin , lor·qu'une déto- d 'linitir ment enveloppé de my Lère.
nation relt'nlit dan la pièœ.
deu arEn ) réllé hi ~anL bien, on erait prc. que
dien accouru ur-le-champ le lrouvi'renl
lenlé de ré, oudre le probl me 11 bau. éritm
ét ndu .an counai ance, av c une ble. ure
(c "rmani,me vient loutnaturellement ,ou
Ugèr au-de. u de l'oreill droite.
ma plume) n con idéraot en réalité lem . n de "ardit'u~ pré\'int au itôl la directéril'u Il w,u comme 110 fou hy lériquc, ou
tion de polie que (;a 'pard Uau r Ycnait de
au moin comme un 01:rropalbc dont le d :_
se nicider en e tirant un coup de pistolet,
ran emcut céré~ral e traduit de lcmp en
à Lout portant, - a erlion bien ratuite, ou
lemp par la monomanie du uicide. Celle
pour le moins co11-idérablement e'&lt;:agérée.
olution d'ailleur· expliquerait tout au i
Quand le dir cleu r de police Rod r arriva·
ai ·ém nl h: prétl'lldu allenlat du l 7 octobre
ur Il'· lieux, le docteur Prcu t le chiru rgien
1 29 que celui du I i d :ccmbre 1 35, l~&lt;Jucl
challer • 'occupaie11t déjà à pan er la ble - de,·ail lui coùter la , ie.
ure reconnue tout à fait in. innifiante.
Mai. nou aurion mau,·a;se ràcc à tran!lamer a,·ait-il réellement attenté à .c
cL r d'autorité un ID)~t··re que n·onl pu prrjour , et 'était-il manqué? Jlan tou le
ccr le propres contemporain, de Jltu cr.
ca. , lui-mêm ne fit jamai aucun aveu dan
ceux même qui l'ont approché le plu prè
cc .en .. Rer nu à lui, il donna de a bic po _:ililc; au, i c, t-ce une opinion toute plaure re&gt;.plication uh·ante, a cz plau. ible.
ton111uc que nou formulon ici, 11ou conliHe étaient raorré ur un raîon tr\
tentant, quant au r le, de mettre en œurre
éleré fixé contre la muraille el im~édiale1 documenl authentique où le my ·tère
ruenl au-de ,u duquel étaient accroché
bai•arois est re lé en rcli.
drux pi. tolet chargtL, pour • a sûreté perI.es dimcn ion de ce r !Cil ne ooa permt:t.onnclle.
tent pas malhcureu emcnt d'in i ter .ur 1
Or pour atteindre un de ces fore , il
aî"ait placé une chai e contre le mur. li était nombreux aralar que l'opinion puLliquc.
à peine ll'Oole ~ur celte chaLe qu'il perdit loujour à la recherche d origine du jeune
I' :quilibre. La chaLe ha cula et tomba, Lan- ~?mme, fai ait ubir à la mème Ppoquc à
1infortuné llau,er, .e, prétendue filiation
di que lui, pour se retenir, .ai i ail au
ro alèS, impériale-, ' atwch hon«roise. ,
hasard un de pi. tolet accrochés à la mu- polooai es, 11utrichicnr1e , clc ....
raille; mai le clou céda, le pi tolet fut vioJu le à c momcnt-1.i, un pcr3onoa1re entre
1:i junhe maigre a,·ait e1crcé :ur lu, une allr~ction en cène qui "éprend pour Ga pard llau cr
r1ne Daumer rul pourrait c,pliquer.
d'un• affection que r, p 'rieocc de plu ieur
0

.... 171 ...

1;E MYSTÈ'JfE DE 'NUR.EMBE'R.G - - ~
année· de,·ait seul• ébranler, el dont l rr:né- lieux p:tr dcu. a1renls de polin• qui le nrrosité allait permellre de donner ~n~ tour- rcillcnl comme un pri.onnicr.
Il se plaignit 1;galemcnl que se· rapport
nure plus érieu. et plu. ~ctirn ~ma! infructucu e quand mlmc ) au mve twallon dont arec on père nourricier le barùn de 1 uchcr
dc,enaient de plu &lt;n plu tendu~, t &lt;1u
le jeune homme onlinuait d" 'Lrc l'ohjet.
Lord tanhope rencontra pour la pr 111ièrc di, rs . autre circon tance du même rrcnre
fois Hau r chez le bourgme· tre de ·ürem- le portaient à considérer :omme pénible ~l
berg 1 2 · mai l -1 et tout ~e- uilr 'i?t '•- inopportun un plu Ion~ .éJOUr dan. la ma,on de ce dernier.
r a à lui au point que le ~ JUID de 1~ ~em_e
année, c·e l-à-dir quatr jour· apr~ , 11111 Illlau cr, bien entendu, oblinl gain de eau
tuait par a te dùmcnt léœali é uue prirne d~ Par acte dùm nt 1'•gali é, lord tanhopc ~e
;-;oo florin à attribuer à celui ou à ceux qu_, , ub tilua à la ,ille de 1 uremb r pour le·
aid rai nt d'une fa on effica('C el directe tl frai d'entretien l d'éducation de Ga pard
d • ounir le auteur du crime commi · contre !Jau er, dont le -.ort fut a . uré mème en ca
la pcr.,,onne cl le· d tinée de G, pard llau- de décc du bienfaiteur. li fut arrêté n
_er. Ce dt&gt;rnier derail, en :lllendanl, toucucr même temp que Je bourn-mc Ire Uiodcr rcucillerail la tutelle de main du l1aron de
le intérêt· de cette . ommc, laqu lie lui
erail attribuée tout nlière .i le m ··tèrc Tucht'r el que ,a~pard quiller~it 1' uremn'a1•ait r.. ~·u au une &gt;lotion dJ1H le troi~ berrr pour être n,·oyé en pen ,on cht'z le
année qui 'écouleraient dater du jour de profc ·~ ur Geor"e 11 ycr, à .\n. bach. .
h donati1111.
En même tt'mp llau r obllnl, en r 1. on
de ce chann ment de r •, idcncc, comme o', n'était pa tout. Le_:; du mème moi
une ordonnance du roi Louis de Barièr d 'la- rateur péciaux, deux notabilit I d'An hach,
ch:iit en mi ion extraordinai re le lieulen:111t le li utenanl de gendarmerie Jl1kel l le préde l'ndarmcri l11kt'I à l'effet de faire avec ,jdcnt Feuerbach, ce dernier pour veiller
llawer le va •anc de Il nrrrie, et la exclu -ï- exclu i\'ement au bi n-être pby ique et moral
,·cmcnt aux. !rai du omle • tanbope. Le but du jeune abandonné.
on tran Cert à An hach accompli, lord
de cette e pédiLion - une Yéri~aLle lour~ée
d'exploration à tra,·er. l' .\ utr1c~c-llonrrr1~, • tanhope repartit oula1ré, ~our l'An_gle~erre,
a,·e • mi·. ion de recher ber le pt le po. 1- d'où il rnvo a pendant plu 1eur moi , a on
fil d'adoption, de longue~ 1 tir !ou h~nle.,
hle de la nou,· Il oricine austro-honrrroi
de llau:er ( a deroïre incarnation) - dc,ait alli•clucu r~, auxquelle JJau ·er emLlc n avoir
re ter ecrclju.qu'à on retour.
pa · été aus i ~ n ible qu'on.. eOf ai~é à le
Le 4 juiUcl, le lieutenant Hikel alla cb~r- croire. Dh:u ait pourtant qu 11 n a\':ut plu à
e plaindre de rien, le malheureu . aba?cher Ga ·pard llau er ch z on nou_\·eau _pcrc
donné et que le implc r pect humam eut
nourricier le baron de Tucber, qui ,cna1t d
dù le porter à épargner au comte la cruelle
uccédcr à Diberach, cl le baron lui-mêm
e mit en roule a\'ec eux.
Di.ans-le en pa ant, c tte curi u ·e e pédition e L peul-être bien pour quelqu cho
dan l'in piration humori tique à 1.aq~el(e
ob il l'auleur an•,lai - ar all quand li ·crtvait on joli roman : « Japhet in mn·cli of
hi.- father, " - u Japhet li la rechl'rche de
son père. »
_
,
Inutile d'ajout r que on i.. u • fol n •gativ à Lou le point de me, i ce n'e l
qu'elle fournil au lieutenant llikel l'occa ion
de livrer à la publicité de enqnèle ullérieures quelque' impres ion de rnyarre mi&gt;diocre .
l~a·pard llau er, 1 ci-devant magnat
au lro-honrrroi , rc,·int donc à ·uremLerg
r1•prendrc le jou" de a rrrandcur inconnue,
m:ii ce jou" parait dè · lor· lui de"enir de
plu en plu dirficile à upporter.
Au i quand le comte taohop' propo c (le
2 t no\'embre) de prendre à ou compte lous
le frai de lutclle du jeune homme et de le
confier à la tutelle du bourgme Ire Bind r,
llau ·er, oîficiellem ut con ulté à. ce ujet
1 IJF.RÈSE, REll 'F. llE BA VIÈRE.
:l\'OUC a,·ec de lorren de larme qu'il c l
D'atris untlilho rafhre u C.Jtintl Jts Eslamf&gt;e:.
tout di posé à aimer le comte tanbope
comme un père, d'autant qu'il ouffre cruellt'ment à l'idée d'être d pui i lon temp à désillusion qui l'allendait au bout de tant de
la I bar e de 1:i '";ne de l 'üremb rg. Il lui généreux · crifice .
p'- e. d·am •ur , de ne pou mir faire un pa·
Celle d 'rillu~ion, ur laquelle nou ne
au dehors san e dire que sa vie e'.!_ peul- nou élendron. pas aulremcnl pui 11u'elle e t
être en d:1Drrer, et de e voir corté rn Lou
en omme étran Pre à notre hi. Loire, emhl

a\'oir trou\'é s premièr~ racinr dan. la
di'•claration découra••cantc d' ll ikel 11ui, d •
retour d'une .econdc expédition en llonrrrit',
ne di • imula pa au comte qu • la pr 'tendue
orioin au tro-hongroi~c de llau er ne lui
parai •. ail plu qu'une lég~nde. _ans c?nsi •
tance (notez que Hau r lu1-meme a,a1t accrédit; celle légende à l'aide de oi-di~ant
re ou venir de 1110/ · hongrai et de c/10 e.
honrrroi e ) el que l'allitudc mèmc d 11:iu cr
dans cet! qne lion lui emblaît de plu. c.n
plu u.p cte. « /,e jeune hom111e, écma1l
llikel en rrançaü,, e11 ·ait plu lo,1ç1 que ·eu,·
qui e'ri-ii•tml des lil•res . 111· _lui, nwi: tl ne
veut parle1•. Toute la que lt011 r t '?· »
EL elfcctire1.0 nt Jlau r en .a,·a1t plu:
lonrr · il ne poumil mtlme en èlre autr ment,
car ,;on ,eulemcnt il a,·ait .ur le bout de
doi111 a propre hi loirt' - naie ou Cau :e
- telle qu'il l'avait i ouvent racontée à e
prolecleur mai il ·~_tait _a -!milé , an·
doute au i lout ce que 111uag1uat1on de
hi torio rapb ordinaire , Oaum~_r _en lêl~
avait brod; autour du m · tèrc qu il 111cnrna1t
t qui formait déjà. alor· une. bio raphie mooumen1ale, jouis ant du r •hef de la cho .
imprimée et rrndue puhlique.

vu
1 'ou . utons à présent deux annre
durant I quelle l'bi Loire d_c Jlau ~r o'o~r
rien de particulièrement milan~, ~ cc ne. l
l'in_istance de e proll'Cleur a c1r onveoir
le eomle tanhope dont le ·ceptici me de
plu en plus marq.u 1, en dépit_ de ·a lcndr~ e
per i tante pour l abando1111e, ne_ leur a pa
échappé. Tou le moyens ont m1 e~ œu.r~
par eux pour amener le lord angla1 à 1~1
a urer une pen ion viagère, et le comte 601t
pa.r s' •xécuter comme il a1·~il au re te toujour u lïnt nlion de J, faire.
· ur ce entrer: ite · (i:nai 1 73) le président
Feuerbacb, un des plu zélé d 1~ o eur. de
llau er vint à mourir, et pour la. première
foi · peul-ètre ( 'il faut ('O croire de . témoin
diones de Coi ) le jeune homme térno1 na uni'
douleur Haimenl ind•re.
Pour Je di traire on le fit voyager n
" ui .e.
li en revint à peu prè con olé, pour a i ter à 1 ·ür rober r à la grande fête national
du i O août 1' :5:i.
L'étoile de llau r était alors arrivée au
zénilh de .a cour. c el brillait d'un éclat
incomparable. De tèt · couronné demandèr nt l1 le ,oir ce qui était le summum de
honneur qui pomaient attendre une carrière eml,laLle à la i one.
La prin e de Lie nih: (comte c Augu la
de llarrach, depui 1 2i épou c morganatique du roi Frédérîc-Guill~u~e ur de
Pru se), était alors de pa a eu uremh, r .
Elle e fit pré crter le jeune _llau er et . entretint familièremenl avec lut.
D mèmt• le roi Loui l•r de Jla,ièr et la
reine Tbér~ , arri\'és :t •'ürt:mber.-. pour 1~
fête , youlurcnl avoir une nt~01-ue a\"ec lm.
La pré entation eut lieu au paY1llon de la 1. r-

�1flSTOJ{1Jl

L'E

--------------------------------------~

mes ,.• dans la .allt' de. ima:.:c:-. llau cr I ndil uracieu cmcnl J la reine 'fhérè'-C cl ;\
füth.ild · un pa~ a"e d'Uriilllt, cl tandi 11u1'
le roi 'était éloi:.:ué un in tant, il pria la
rein de u Youloir bien foir • porter 11 la connaL ancc publique tftt'il ne fcrail rail aucun
mal :1 celui lJllÎ l'aYait . équc tré :rntrcfoi
celle me,urc lui parai ant, dLait-il, le cul
moyen d'as ur r a Yi ontrc l • attentat ;1
venir. 1,
.\. ln même :pu,1ue au · i ·e place l'bi Loire a cz inallcndue d'une liai. on qne noua
Ga. pnrd Hau cr avec une femm' mariée dt•
trente-quatre :in·, parente de madame la
hour.,me. tre de i'iiirembcrg, el avec laquelle
on le fit trè .ouvenl .e promener hra de u lira des.ou dans le rue de 'ürcmher0.
La dame 'appelait Caroline l\anne'\\"urf,
et elle avait pour mari le comptable de la
mai on de banc1ue Wcrlbeimer de Vienne.
Cetll' liai on re ta-t-elle innoc nie alor
mt\me que. le exe avail fini par 'éveiller
chez llau er? :ous ne avon rien de préci ·
à cc ·ujel. L'hi Loire rapporte implemenl
que madame Kannewurf fil cadeau i\ Ga pard
llau er de a tabatière, un joyau en papiercarton noir (papier mâché. di enl le document allemand ) orné d'un couvercle d
verre lai sant Iran paraitre un bouquet de
Oeur en l,roderie .
Mal un témoignage plu important dt•
celle liaison, c'r t la lettre que Ga. pard llaurr écrivit 11 a Oulân :c du t~ au i6 • plembre el dont une copie Jérrali.ée e l encore
actuellement con.ervée dan les archives de
la cour d'appel d'An baeh.
\'oici le lext littéral de celle épître qui
jelte un jour urieux ,rr l'~tal p ychologiqu de nolr héro .
n ~l.t trè chère cl inouhliahle amie,
Je vous ac ompagne en e prit ju qu'à
Xïir mherg. )laintenant adieu, ma lrè chi::re,
me voilà maintenant fore·, aus i en e prit,
de me séparer d votre bon cœur, car je ui
obli,. I d'aller avec le Lour,.,nestre au natban
afin d meure no affaires au net. .\h ! quelle
douleur n'éprouve pa mou cœur aujourd'hui de avoir loin de moi un cœur au si
hon, air i !&gt;incèrc• 11ue l'e t le vôtre .• an
pou\'Oir l'accompagner à natLbonne, (où
nou avons été dt1jà une foi ) alin de m'a urer d'une façon certaine que ce bon cœur
arrivera aio et heureux avec on second
petit creur I à llati bonne. Pourtant une conolation rend mon cœur un peu plus lé 0 er,
c·est le doux e. poir que mu me donnerez de
vos chères nouvelle. el que TOU m'apprendrez i .ou êtes arrivt1e aine el heureuse à
füli ùonnc.
(Bien allemanJe, n'est-ce pa , cette salade
de cœurs?)
» Oem:iin m1lin à ix heur , i c'e t la
volonlé du Trè Oaut, je 'fl_lilterai "üremùerg, cl quand je serai arrivé à Ansbach,
mon premier oin .era de vow enw er la
1&gt;

[ •.\Jiu ion à 1'1•11fant deJ!m1• Kannc11urf.
'.!. 1:a,pnrtl llnu•cr s'nmu•ail ~lors i, foire oies ou-

petite boit &lt;·onfcr·Lionn 1c p:ir moi-mt1me 1 , I •
livre a,ec le purtrail et l •s objet de la f~te
populaire de Niircmbcr,.,.
» )lai Dieu! que ui -je forcé d'entendre
au Rathau ! On m'a dit que j'aurai à comparaitre encore une fois le 14, à onze heure .
Juoez de ma po~ition, l pen cz 'il m'e l
a!!réable de re. ter deu jour de plu à •'ii remberg an vou .
11
amedi, l'Cr onze heure ·, je uis allt:
au natbau pour mellre ordre à la cbo e: à
midi tout était terminé : je rentrai chez moi
faire mes paquets ju c1u'au moment rlu d 'jeuner. Apr~ le déjeuner, je commandai une
hai.e de po. te, et parti ain.i à troi· heure
pour arriver à An bach ver ept heure~.
1&gt; Dimanche, Je la, j'ai faiL mes vi ile
d'arrivée dan la matin6e, et l';iprè -midi j'ai
été in,•ité chez M. le commis aire général.
» Mais j' 1tai tr~s contra.rit: de n'aYoir pu
apprêter vos objet de façon à le mettre encore à la po le le même jour. 11
Ansbach, lundi le Hi
•&lt;

plembrc.

Bonjour, ma lrè- chère amie,

» li c t ix h ure et demie du malin, je
vais aller chercher le lil're, afin de pouvoir
mu· l'envol·er par la po te celle aprè -midi.
» 0 joie! qu'est-ce qne je trouve en rcnlraol à la mai.on avec le livre? votre chère
lettre. Elle m'e. l une nouvelle preuve de
votre con. tante amitié. car je voi par là que
wu. pcn.ez, même dan l'éloi«nement, à
votre ami Bau er. nec ,·cz-cn mes remerciements les plus cordialernenl incères, cl
croyez Lien que je sai e limer le prix d'une
amie au i belle que vous.
J&gt;
i Dieu m'a corde la vie ('l la ,anté, je
vou le prom-erai per.onnellemenl à Vienne
le printemps proehain. Je roi au i par
votre lellre que vous arrz ramené ros ami
en bonne santé à llalisbonne, e dont je me
rl'joui fort.
» ,oyez persuadée qu'il m'a emùlé bien
plus dur d'avoir à retenir mes larmes pour
ne pa · vou rendre nolre .éparation plu
cruelle.
» \'otre ami envoie à on cher p Lit Fritz
nombre de bai er , et .ouhaite de le voir
bientôt complètement rétabli. li faut que je
cc·~e d'écrire, car le cours m'attend dao
une demi-heure. Pour finir rntre ami envoie
encvre ~péeialcment pour ,·ou lroi a baiser .
Et maintepant, lais ez-moi seulement vous
a ·surl'.'r encore que je ne ces erai jamais de
rc Ler votre véritable cl pins cher ...
ami Dau er. D
c [,a peinture cl l'aul re porlrail. rnu le·
recc,·rez quelque juurs plus lard, je n'ai plus le
temps aujourd'liu1 tic le cmpaquclercon1ena.~•emcnl.
U1i bonjour à Pépi!

Au ver_o de la feuille c l écrit : &lt;t Je ,·ou
prie, chère amie, de lir• celte Jeure pour
vous seule. »
Il e là rcmar 1uer que le lirre dont llaude carlonn,1-(e ,lan
"randc atlresst:'.
n-3"t'S

le 11ucls il tl11ployail u11c

s r pari :1 plu ·ieu r · rl!pri.e. dans sa lctt rr
n'est autre chose que la fameu brochure
publ' ·e par Feuerbach sur le my l~r de Nuremb r••. (Dép(lsition de madame Konnewurf
à la cour d'
1, le Hl fé,'l'icr 1 :ii-. ) Ilauer était don , ctlte époque déjà au courant
de ce qu'on avai
·t t publi \ _ur son
compte, el ne négli 0 ·l aucune o ca ion
d'entretenir sa propre cél ùrité.

YIII
L'hi toire i commentée de Ga pard lia
er marche à pré ent à grands pa ver un
dénouemenl tragique. L'homme à la barbe
el à la mou tache noires va reparaitre el portera crlle foi à Tiau ·er un coup infiniment
plu fane le que celui du 17 octobre 1 29.
De tous temp les opinions ont été tr .
parta«ées au sujet de la morl du malht&gt;ureux,
le un ,·oulant y mir une impie réédition
de l'allental du i 7 octobre, con idéré d1lj:1
comme une sorte de comédie mi e n œuvre
par liau er tout eu! dan le but de donner
un nouvel appoinl it la curio ité publique, les
au Ire 'allachanl aveuglément à la version
recueillie de la bouche même de llau.er ur
on lit de mort et suivant laquelle il aurait
ét; victime d'un guet-apen analogue à celui
où périt Kléber, poignardé par un inconnu
qui lui avait fait lire une lettre pour distraire on attention.
En étudiant de prè. el minutieusement
l'hi toire de dernier jour de Uauser, nou
serions plnlùt tentés de rejeter l'une et l'autre
de ces versions, et de nou prononcer définitivement pour la monomanie du uicide, qui,
à celle époque précisément, fait apparaître
chez lui ses ymplômes le plu caractéri tiques.
Dans lou les cas nous ne aurion adopter
le vues tout à faiL dénuées de en commun
d'aprè !~quelle certain critique allemand
moderne e aie de démontrer que Hau r
avait implem 11t voulu réveiller autour de
lui le courant des sympalhies romanesques,
et ouvrir de nouveaux dél1ouché à es appétit d'ambitieu , de pare eux, d'impo L ur
el de propre à rien.
Certes, on peul soupçonner llau cr d'arnir
mi le particularité romane que de on
enfance au service de sa folie, et d'a,·oir atliré
sur lui l'attention de son iècle par des artifire plu ou moins légitime , toul en entrclenanl la crédulité de on entourage par
toutes sorte de ru es el de upercberies dont
il était souvent l'auteur incon cicnt (comme
il arrirn quotidiennement à certain hy tériqu dans nos hôpitam.), mais il c t purement ab urde d'imaginer qu'un homme ain
de corp et d'esprit (ç'a toujour été la conlictioo de notre critique allemand) va e
percer le cœur d'un coup de poignard a,·ec
l'idée qu'il fai Là es connai aoce une impl .
farce ans con équence aucune pour luimême.
u re lr, no lecteurs cronl juges eux;;. llnns l'or,ginnl ce chiffre tient le milieu 11'un
cœur des inè il ('Clle place pnr lhuser.

mêm · de• la qu . lion; il nous nfl:ra d'expos •r dan l'ordre cl la lumit'·re ·onvcnahl,·~
le, cène finalt• du ro111a11 Lau.éri u, tdlc
qu'on a pu le recuo Lituer d'apr' le ourcc·
authentique · el 1, d{•po ilion de· témoin .
Dè· le premier jour du mois de décemLre, Ga, pard llau er commençait t1 perdre
l'appétit, i bien que madame )lcyer lui n
fil l'ob enalion, disant :
- liai vou ne manocz plu rien du
tout!
A quoi llau r répondit :
- C'e t vrai, je n'ai plu le moindre appétit depui quelque t mp ; 11 peine at-Je
commencé à manrrer que je sui repu ... el
pourtant, ajoutait-il, il ne me manque rien.
En même tcmp· les di traction , le abence d'esprit de l:lau.er devenaient de plu
en plus fréquentes. ( oton en pa anl que
ce .onl là précisément les premier:- )IDPlôme par le-quel c manife le l'a 0 gravaLion de monomanies en «énéral, et en particulier de celle du uicid . )
on profo eur raconte à ce ujet : « Rien
q_uc je fu e habitué dt•puis qucl11ue lemp
aux façon indillërenle l di traites de llau.er, je de,ai néanmoin · ~tre frappé dans la
suite de l'apa1bie totale que je con latai chez
lui le 15 décembre ait oir, à la lt•çon d'arithméti11uc. Jamai je ne l'avais vu ain i .• 'on
e11lem nl il interprétait loul de lraver le.
donnée les plu impl , mais même dan
de impie addilioo et 011straction , il enta sait faute ur faute, _i bien que je du
lui dire à la fin : « i vou continuez 1, montrer aw; i ptu de érieux el d'aplitud au
lra,·ail, nou allons être fore: de u. pendre
la leçon. fü•,•fillez-,·tJu. donc, c'e l un peu
trop rort à la fin! 1)
Dan ce dernière semaines, lia.user avait,

JHYSTÈ'R,E D'E NUJ(EMBER,G - - ~

d'autr • pari, · nlracl ~ d'étran"e. h, bitudt'
d'i$olemcnt. Comme tou~ l •s ecncaux fail,b
rongé par mw idé , Jhe, il II arri,ail à n:ch rcber ardcm111enl 1, calml' la olitud '·
voire l'ub,c nrité. ilôl qu'il était libre, il c

LO UIS

l .

ROI

o~; B,\\ 1i,;RE.

D'iJfrès 1111e lllllogr.-ipllie J11 c '.1N11e1 Jts Est.-im('es.

barri!'adait dan a chambre, el fermait hermétiquement le per ienne' , bien que le ·
jour fussent ombres en général, comme
loujour à la fin de l'automne.
Il r; ulte encore de l'enquèle judiciaire,
que llawer détrui it à ce momenl plusieur
lettre el papier &lt;1u'il con ervait depuis a s z
lonotemps, tou indice parfaitement d'ac-

orù a,·c l'h poth' e d'un , ufride lon°uem ·11t prémédité.

Le .amcdi, l '1- décembre, Ga pal'd !lamer
e pré. ntail à huit heure~ un quart du matin chez le pa leur Fubrmann, pour prendre
comme d'habitude a leçon de religion. A
neuf heure un qu:i.rt la leçon était terminée,
et comme le pa leur priait son élè,·e de lui
aider à parfaire c1uelques ouvrage de cartonnarre ntrepri aux heure de loi ir celuici promit de revenir à une heure de l'aprè midi.
Il reYinl effoctivemenl, mai sans son
manlean, en dépit du froid as.ez ,it qu'il
îai ail alor (une pluie fine mèlée de neige
tombait depui le matin).
A deux heure el demie, le pa:.teu r dut
e r ndre au templ pour le be oins de on
mini tère, et Jlau er déclara au itôl rtu'il
avait de on cillé une ,i ite pre ée à faire à
mademoi elle Lilia de tic:haner, pour laquelle,
di ait-il, il était en train d confCl'lionner un
aliat-jou r.
11 Je reviendrai demain, dit-il au pa.teur,
et j, laLse mrs affaire · chrz yous.... i&gt;
Fuhrmann el on él ,e ·ortirenl en e111ble
bras d :,u bra de .. ou , et de, i ·anl gaiement. .\u moment de e é_parer, Hauser ecoua trè cordialpmenl la main de ·on pa teur, cl rien dan on altitude ne dêcelail à
cc moment qu'il fûl troublé par l'approch
de quoi que ce f ûl.
Pourtant, a ,·i ite à mademoi ·elle d Stichan r était un simpl prétexte, car au lieu
de e rendre chez elle, il ~e diri«ea tout droit
ver le jardin ro ·al oi1, aYait-il dit l'a,·antveille à madame Hikel, il avait rendez-vou~
avec le jardinier eo chef qui devail lui faire
vi iler le puit arlé ien. Que 'y pa sa-t-il '?
{ci commence le mystère.

JrLE 11

(A suivre.)

Louis X1V et Mazarin
Quoique le cardinal [Mazarin] eùl ,.,rand
o~n qu'on ne dit rien au roi [Loui XlYJ qui
IU1 pill nuire auprès d • lui, je ne lai sai
pa , le plus adroitemenl que je pouvai , d'entrel nir on e. prit dans le di po ilions oi.t jl!
le vo,ais à l'é,.,ard de 'oo Éminence · cl
J
"
'
rruoique je ne fusse plu bien aYcc lui, il me
oull'rait néanmoins, ne crai"nant pa que je
~ui pu e faire tort, parc que le roi étai l forl
JeWltl; cl par celle même rai ou il ne prenait
aucun oin de contenkr ~a Maje té en quoi
que ce fût, et le lai ait manquer non eulcwent de chose qu.i regardaient on diverti. sement, mai encore des néce aire .

La coutume c l que l'on donne au roi Lou
le~ an douze paires de draps et deux robes
de chambre, une d'été el l'autre d'biYer :
néanmoin je lui ai vu .enir ix paire de
drap troi ao, entier , et une robe de
chambre de ,elours vert, doublée de p tilari , ervir hiver el été pendant le même
temp , en orle que la dernière ann ·e elle ne
lui venait qu'i, la moitié de jambe ; el pour
le drap , il étaient i u és que je l'ai trouvé
plu ieur foi le jambe pas é au traver ,
à cru ur le malela : et tout le autres
cbo e allaient de la même sorte, peodanl
que I parti ans étaient dan la plu rrrande
opulence et dan une aliondance étonnante.
Un jour, le roi voulant s'aller baigner à
Connan , je donnai le ordre accoutumé
pour cela. n fit venir un carro . e pour nous
conduire avec le hardes de la chambre el de
la garde-robe; el, comme j'y vol!lu monter,

IIE.

je m'aperçu que tout le cuir de portière
qui couvraient le jambl' étail emporté, el
tout le reste du carros e tellement u é 'IU 'il
eut bien de la peine t1 faire le vopge: .fe
montai chez le roi, qui étudiait dan on
cabinet; je lui dis l'état de ses carrosse , et
que l'on e moquerait de nous si on nou J
-Yo ·ail aller : il le voulut mir el en rou it de
colère. Le soir, il se plaignail à la reine, à
._on Éminence et à t. de lai on , alor urinLendant des finances, en orle qu'il eut cini[
carros es neuI .
Je ne finirai point si je voulais rapporter
toute le me quinerie qui e pratiquaient
dao:- le cho e qui regardaient son ervice;
car l s esprits de ceux qui de,·aient avoir oin
de '-a ~lajesté étaient si occupé à leur plaiir ou à leur affaire , qu'il se trouvai nt
importunés lor qu'on le averti,sait de leur
devoir.
P.

DE LA

p RTE.

�L'EXODE DES GTl{ONDTNS

REPRISE DE TùULON PAR LES TROUPES FRANÇAISES, LE 18 DÉCEMBRE

1793. - Gravure de BERTHAULT, d'après

SWEBACK-DESFONTAINES.

L'Exode des Girondins
V

.,

Pendant les deux premiers jours, tout alla
bien; personne ne s'inquiéta de nous. Au milieu du troisième, la mésaventure d'Aix se
renouvela. C'était à Bois-Belmont, je crois :
un misérable petit hameau, composé de cinq
à six chaumières. Le moyen de soupçonner
qu'une sentinelle était là. li avait gelé, il
faisait très froid; pour me réchauffer, j'avais
mis pied à terre, je marchais avec le cavalier.
Tout à coup un factionnaire nous apparall;
je vais à lui :
- Que fais-tu là, camarade? il me paraît
que lu ne brûles pas?
Lui se met à rire.
- Si tu veux que j'aie plus chaud, me
répondit-il, tu n'as qu'à m'apporter un verre
de vin.
- De tout mon cœur ! je le vais chercher.
Je ne le lui portai pas, je le lui envoyai. Cependant il regardait les passeports des autres;
il oublia le mien.

- Pourquoi donc une sentinelle dans ce
hameau? disais-je au maître du poste, qui
tenait un bouchon qu'il appelait auberge.
Il nous apprit que la Vendée, qui grossissait beaucoup et s'avançait de c.e côté, forçait
à cette surveillance.
Sur une route de trente lieues nous trouverions des corps de garde dans tous les endroits où nous passerions.
A ces mots, notre voiturier fronça le sourcil.
Après Limoges, il avait cru ne devoir être
visité qu'une fois à Châteauroux; puis d'Orléans à Paris, :très mauvais passage, quatre
ou cinq fois. Sa contrebande devenait bien
plus difficile à sou(fl,er 1C'est dans cette occasion que j'eus lieu de reconnaître qu'avec un
grand courage cet homme avait plus d'adresse
et de pénétration qu'on ne devait l'allendre
dans son état.
- Vous -vous conduisez très bien avec ces
gens-là, me dit-il tout bas, en me montrant
la carrossée; continuez, ne craignez pas que
je vous manque. Fussiez-vous le diable,

ajouta-t-il, en me serrant la main, je vous
passerai!
Je répondis :
- Fort bien l mais puisque les obstacles
sont doublés, je doublerai la récompense.
- A la bonne heure! répliqua-t-il : vous
êtes un homme juste, et cela me fait plaisir.
Cependant ne vous gênez pas ; on se retrouve
dans le monde, et alors comme alors.
Le soir du lendemain, nous fûmes arrêtés
à l'entrée d'Argeoton; mais on ne fouilla
point la voilure, on se contenta de regarder
les papiers que chacun produisit. .Moi, pour
n'en pas produire, j'étais, comme je l'ai annoncé, tapi sous un las de hardes et de jupes.
Je ne m'en dépêtrai que pour descendre à
l'auberge. Tous les esprits y étaient occupés
de l'événement de l'après-dinée. Sans se faire
presser on nous le conta. Deux volontaires
avaient été rencontrés hier, aux environs de
Dufay, vers minuit, dans la traverse, et
n'ayant pour tout passeport qu'une permission qui n'avait pas paru fort en règle. Au-

jourd'hui douze gardes nationaux les amenaient à Ârtienton, pour qu'on les examinât
de plus près. A quelques portées de fusil de
la ville, un des deux suspects aYait prétexté
un besoin. On lui amit permis de s'écarter.
Arrird sur les bords de la riYière, il en avai l
d'un coup d'œil sondé la profondeur; il avait
jeté un couteau à son camarade, en lui
criant :
- Tàche de t'en servir!
Et il s'était précipité.
On s'était vainement efforcé de le secourir;
d_epuis deux heures on le cherchait sous l'eau.
Son compagnon venait d'être jeté dans les
prisons de la ville.
Ce récit me fit frémir. Je savais que Guadet et Salles nourrissaient depuis longtemps
le téméraire projet de traverser toute la
France, avec une permission qu'ils se seraient
fabriquée, comme étant des soldats qui allaient
rejoindre l'armée du Nord. Parvenus aux frontières, ils auraient traversé les Pals-Bas, pour
aller chercher, à Amsterdam, quelque vaisseau qui les eût portés en Amérique. Tremblant pour mes amis, je demandai le signalement de ces volontaires; on me les dépeignit
tels à peu près que je les connaissais.
Hélas! était-il bien vrai que ce fùt Salles
qui, non loin de moi, gémit dans les cachots,
et que mon cher Guadet eût trouvé son tombeau dans les eaux de la Creuse; je n'ai pu,
depuis ce temps-là, rien apprendre de ce qui
les touche 1 •
Tourmenté de celle inquiétude nourelle, il
me fallait cependant affecter quelque joie.
L'heure du souper était venue. Acharnés sur
le premier plat, les convives ne s'apercevaient
pas que je ne pouvais manger; mais le cavalier se fut bien vite aperçu que je ne pouvais
boire. Entre lui et moi le choc des verres avait
dt&gt;jà commencé. Jugez de ce que je souffrais.
Cl y eut péril à Châteauroux dans la journée suivante. C'était uo chef-lieu de département : les passeports furent longtemps
c~amim1s. Puis un des Jacobins de garde se
hissa, je ne dois pas dire à la portière, je dois
dire à l'ouverture de notre voiture. li voulait
s'assurer s'il n'y avait en effet que six voyageurs, cmignanl toujours que quelque Gi1·ondir, n'e'chappdt. (C'était ainsi qu'en cc moment il le disait lui-même.)
lleureusement nos précautions avaient été
prises. Habits, manteaux, jupons, paille, cartons, paquets, hommes, femmes, enfants,
tout me cachait, me couvrait, m'étouffait; je
ne bougeais pas, je ne soufflais point; mais
mon cœur ballait fort. Enfin l'inquisiteur
nou~ abandonna d'un air assez mécontent; et
il devait l'être, car malgré toute sa surveillance, il laissait échapper un fier Girondin.
Il était écrit que ce serait dans celle ülle
de Châteauroux que commenceraient pour
moi des épreuves d'une autre espèce. Dans la
Gironde nous avions su l'événement du 10 brumaire, je veux dire l'assassinat juridique de
nos vingt et un malheureux amis, la plupart
fondateurs de la répuLlique. D'autres res-

laient, qui pouvaient échapper; du moins
nous voulions l'espérer Pncore. Ce soir, à Châteauroux, un homme qui venait de Paris vint
se mellre à notre table. On lui demanda des
nouvelles.
- Madame Roland vient d'être guillotinée, nous dit-il.
Quel coup pour moi 1 j'y résistai le moins
mal que je pus. Les Parisiens avaient donc
souffert aussi qu'elle tombât sur l'échafaud,
celte femme courageuse qui, seule, aux premiers jours de septembre, osait encore prendre leur défense, el, dans ses écrits immortels, tonner contre les assassins. Au moin~,
on avait recueilli ses dernières paroks. Après
avoir entendu .son arrêt, elle a,·ail dit aux
brigands du tribunal révoluiionnaire : « Vous
me jugez digne de partager le sort des grands
hommes que vous avez assassinés. Je tâcherai
de porter à l'éC'bafaud le courage qu'ils y ont
montré. » Comme on la trainait sur un indigne tombereau, la foule, émue de pitié, ou
saisie d'admiration, mais glacée de terreur,
la foule se taisait; seulement, de loin en loin,
quelques scélérats apostés criaient : « A la
guillotine 1 1&gt; Elle, avec sa douceur mêlée de
fierté, leur répondait : &lt;( J'y v·ais, tout à
l'heure j'y serai; mais ceux qui m'y envoient
ne tarderont pas à m'r suivre.' J'y vais innocente, et ils y viendront criminels; el vous,
qui applaudissez aujourd'hui, vous applaudirez alors! » On lui avait donné pour compagnon d'infortune, ou plutôt de gloire, un
citoyen Lamarche, homme faible. Auprès de
cette femme, qui souriait aux approches de
la mort, il était dans l'accablement. Elle le
soutenait, elle le consolait; et jusqu'au pied
de l'échafaud, par un dernier égard, digne
de celle grande àme : « Allez le premier, lui
dit-elle, que je vous épargne au moins la
douleur de ,·oir couler mon ~ang. &gt;J
Elle n'était plus, cependant, cette femme,
dont le moindre mérite avait été de réunir en
sa personne toutes les grâces, tous les cba rmes, toutes les vertus de son sexe; celle
femme dont les rares talents et les mâles \"erIus auraient honoré les plus grands hommes,
elle n'était plus I Ma Lodoïska venait de perdre l'amie de son choix, son intime et digne
amie. Elle n'avait, un moment, embelli sa
patrie et travaillé à l'affranchir, que pour
attester encore, par un grand exemple, l'ingratitude ou l'aveuglement des hommes 1. ..
Elle n'était plus! ... et lorsque j'en recevais
l'affreuse nouvelle, je devais garder un front
calme. Que dis-je? il aurait fallu que je partageasse la cruelle joie de mes compagnons
égarés! Je pe me sentis pas ce courage atroœ.
A son nom révéré, ma bouche murmura
quelques mots d'éloge et de plainte. C'était
assez de retenir mes larmes. Quel tourment,
grands dieux!
Plus nous nous rapprochions de Paris, plus
nous rencontrions de gens qui en arri1,aienl.
fü position en devenait plus périlleuse; elle
en devenait surtout plus cruelle. Des visites
à essuyer deux ou trois fois par jour, le dan-

ger toujours plus pressant d'être reconnu
tout œla n'était que mon moindre mal. Les
nouvelles, les nouvelles qu'on nous débitait,
portaient le désespoir dans mon cœur.
Deux jours après; à Vierzon, c'éiait de
Cussy que j'apprenais la fin; on l'avait immolé dans la Gironde. Le lendemain, à Salbris, c'était de Manuel et de Kersaint : on les
avait assassinés à Paris. Deux jours après,
non loin de la Ferté-Lovendal. c'était Roland.
A la nournlle du trépas de sa femme, il n'a,·ait pu supporter plus longtemps le fardeau
de la vie. Pour ne pas compromettre l'ami
(Jlli lui donnait asile, il avait été se frapper
sur la grande route de Rouen. On avait trouvé
sur lui, parmi d'autres écrits, celte ligne :
&lt;t Passants, respectez les restes d'un homme
\'ertueux. ! &gt;&gt;
La fin tragique de Lidon mérite aussi quelquPs détails à part. Il s'éclrnppait de la Gironde,
et arrivait vers Brive, lieu de sa naissance.
Bientôt, ne pouvant plus marcher, il écrit i1
un ami de lui envoyer un cheval. Ce misérable était deYenu maratiste, et certes il se
montra digne de ne jamais cesser de l'ètre.
Le monstre! il porte au comité de surYeillance de sa commune, dont il était chef, la
lettre d.u trop confiant Lidon; et au lieu d'un
cheval, il lui envoie deux brigades de gendarmerie. Lidon se défendit jusqu'à la dernière extrémité : après avoir tué trois malheureux, il se tua.
Tt'ls étaient les récits journaliers qu'il me
fallait ent, ndre, sans changer de visage. Quiconque n'éprouva point un pareil supplice,
ne saurait en amir une juste idée. 0 Lodoïska !
sans le souvenir de ton amour, qui donc aurait pu m'empêcher de terminer mes peines? ...

1. Je ne le sais que trop maintenant. Cc n'est pas
sous les eam de la Creuse qu'ils ont péri; mais dans

Bor_dca~x même, dan, cette ville q~e leur courage
avait def~nduc, que leurs talents av:ucnt illustrée! 0

cité malheureuse! quand meltr3s-tu leurs statues o,·,
lu a~ ,·u lcm-s échafauds?

I\'. -

IIISTORI.I. -

Fa.c. :?8.

.... t77 ...,..

Je l'enais d'entrer dans le département où
tout un peuple, libre de son choix, m'avait
élu; j'avais, avec quelque courage, peul-être,
rempli les devoirs difficiles qu'il m'avait unposés; cPpcndant j'arrivais· au milieu de lui,
fugi1ir, dégoisé, proscrit, trop hrnreux s'il
me laissait passer. Orléans, son chef-lieu, renfermait depuis longtemps mes plus iµiplacables ennemis. C'étaient plusieurs brigands
vendus à la faction de l'étranger, longtemps
sans pain et sans ressource, maintenant investis du pouvoir, couverts de richesses, el
toujours chargés de mépris, de haines et de
crimes. lis me connaissaient bien, car ils
avaiefrt entendu, quelques jours avant le
51 mai, ma dernière opinion dans une assemblée qui avait encore une ombre de liberté. Ils m'avaient vu, dans la tribune nationale, tonner contre eux et leurs forfaits.
Si l'on d'èux pouvait m'entrevoir, j'étais
reconnu; si j'étais reconnu, je ne vivais pas
vingt-quatre heures.
Les portes de la ville étaient fermées, par
mesure de sûreté générale. A la suite des
visites domiciliaires faites dans la nuit précédente, on avait donné quarante nouveaux
compagnons de malheur aux cinq cents infortunés déjà mis en réserrn pour l'échafaud.

12

�_

1llST01(1.Jl

C'éraîrnt encnrrdrs cc LouYetins 11, jugés dignes
de ,,lu, pronrpl Lrépa . . Ain~i. dan~ ce pa~sage
diffi,·ile 'l'''i! ml' fallaiL îra, clrir, nrou nom
s1·ul r.ila11 la muri à quiror11111., élaiL soupçouutl de lui garder l(Ueltjue alladu:rut:nl.
Après qne nous Pùmrs essu)é l'rxamen
ord111aire, au da111a\er duq11d je m'a,·, 011lumais, on nous pt•rnrit d"e11trer dans Odt1an ..
Je Lrftlai:- d't·n ,urrir; mais le mallreureux
voiturier ava,L d1·s p;1quels à M1·harg1·r rl des
paqt1t•I. à pM1dre. Nuus restàmes impu11éme11l 1p1alre h.. ur, s dans cer le villt?, 011 je ne
potn•ai~, sa11 thuérilé, re~lcr dix mi11u1es.
Enfin 111111s parlon~; uous all11ns fraucliir
la grill,: du p1111I : 011 nous y arrèLtt.
- No:.. pa~sepor1 out é1é vus, dit mon cavalit'r.
- li n'ei-t pas question de cela, rilpond
l'offi,·i,·r de garde; yue tuul le monde de ceud... l
- Pourquoi donc? s'écrie la marchande.
- Que tout le ruonde descende! rt•pète-Lil d"un Ion plus imp..:rieux.
Il fout ol,..:ir. te~ h,1111mes commencent.
- Cela ne suflit pas, crie l'uflirier, les
femmes au~,i doivi ut Je~ce11Jre: œrlains
hornrn.,, prenne11L Lil'O Jes haLi1s de Ît'mmes.
- Jll vou, rép1111Js 'l'•e lt&gt;Urs pasi.,-porls
onl été 1•us pa rluul el soul Lien eu règle,
disaiL le voillrri,·r.
Mais le 1·ht'r homme avaiL d..:jà la l'OÏX toute
changée. Que j ... le plai~n:ii, ! 11utl je m~ reprod,ais de l'avoir emLar4.ué dans celle
affai rt&gt; !
L'orG,·ier venait de répliquer :
- ()ui vous parle de passeporl s? Je ne
demande pa~ les passt'porls; ce snut les
fiyu1·es qu'il f&lt;iul voir : nous savons ce que
vous ne savez. pas.
KL pour la troisième fois, mais d'an Lon
très llll'llllçanl :
- (Jue loul le monde de~cende! qu'il ne
reste pei-sonne là: lwul ! ajon la-t-il. a prè~ un
mo1111·11l de rc Ot·~ion; j'y nmarJnai, je vous
eu pr1hien;:, L••~ Ît'nrme.,, doue! les fc·mmes!
Pour celle fuis, je crus rues travaux LienLôt
finis.
Appar,•mmenl j'avais été reronnu quelq1ll' p;1r1; 011 nr·al'ail Jtl11011cé;j'é1ais alhmdu
sans d,,ure. A c;iu,c dt! l11us Ct'S brave.~ g.1•11s
du moin~, ne Îerai!--Je pa!l Lil'n Je par:1ilr1:?
CPllt' id,•e ne li 1 ,,ue pas, er Jans 111a tèle; car
à qnoi le11rt•ùr.,l ~...rvi 11ue j.. me Jécouvris~e?
P,111r n'avoir pu me co11J11ir" JU~qu'à Pdris,
aurairnl-ils été moins eoupal,les au,i: yeux de
me per ·éruleurs? L'a,,eutureuse eu1r1•prise
était trop a~arwée: pour rux-ruèwcs je devais
patie111111e11t m all1•11Jre la lia.
Ln.-; fo1111ne$ 11ui venait'nt de dP-"cendre,
emporla11l 1,·ur:.. jupes i-e1:011rablPs, lais,ait'nt
Ullt: L,11111e m11i1ié Je mou rorps altsolu111t'nl
dé,·uuŒrle. Sa11s l1rui1. mais pr11111p1 ... n1cul,
j'éte111l1s ~ur lltt'l- Ja11,L"s Pl s.ur mon e...;Joruac
u11 peu d... paille, l'l le gra11J manteau que
ruo11 i;a\·alier av,11L lai,:-.é la. Eu,uite Je rawenai de muu mieux, sur iua pui1riue el ~ur
ma tête, lt:s hardes el les cartons sous lesquels on les avait d'abord ensevelis

Cela fait, Je tirai dour.ement de mon sein
1'Pspi11i11le rp1P j'y lt•nais Lonjnur~. je l'armai,
je la mi da11s ma liout·be. Je Junne nn s11upir
à ma p~ rrie t,111jo11 rs ~i chr.rP, à ma fenr me
adnré,· une larmP, u•,e pensée f'rtMre à la
Provi,IP11ce rPm1111fra1ric... Pt j'alleudis l'insta111, l'î11..;l:111l s11prè111P . Oh! •JUt' i-on appruclre
était lenre! oh! qu'.1lors un momenL parait
long!
On demi-quart d'heure, un demi-siècle pénibl ... rnenl se 1rai11a, pendant lequel ce crud
visileur examiua crupuleusemeut Loules les
ftg-urPs; puis eulin:
- N'y a-1-il plus personne dans la voilure'?
s'é,·ria•t-il.
Du n,ème Lemps il y sauta. Je l'entendis,
jP le s,·nlis e11lrrr! L"c~trémiLé J'un de ses
pi, ds ve11ait dt' s' Appuy,•r conl re ma cuisse.
Ses 111ai11s 1111J;1it'nl le~ gros Lallols enta,sés
drrrit:re le sirgl'l Ju f,,11d; il du11na plusil'urs
coup, rnr les lia11t:s au pred J":-cl'1ds j'é1ais
gi-aul pèlt!-mèle avec un tas de pdits paq1w1~.
Dieu tutélaire, ses pieds ne surent point
me se111ir, ses mains ne purent me toul'h...r,
ses yeux, qui me cht'rchaienl, se prome11èrPnt
sur nroi sa11s d11ule, et 11e me vir1•ul puirrl !
se fùt tarit suil peu ha,ssé, s'il I ùl de
bas en haut jeté seuleme11L uu coup J'œil,
s'il eùl déra111,;é 'lu"lqut'S Lrins de paille, ou
soul,·vé le coin de ce manteau, daus l'in:-tant
mème c'en éwit fait,je &lt;lécbarµ-eais mou arme,
je ttuitLais mon pa}S el Loduï,ka, je lombais
dans les abîmes de l'éleruilé.

s·,1

-- Parbleu, nous l'avons éch;ippé belle!
me dit le vuilurier, tout pâle e11c11re el tout
défait, quoi4ue nous fus ions dt:hurs ,depuis
plus d'un 1p1arl d'heure.
Le cavalier, dont la voi:x tremblait aussi,
me demanda pourquoi, pui. que ce n'était pas
les passeporls 11u'o11 voulait tlxami11er, je ne
m'étais pas fait voir. Je lui rrp 111dis 411'un
bruit vague avait bien frappé IDl'S orcillt'S,
mais qu'a}anlla tètHn veloppée el surchargée
de paquets, je n'avais pas eutendu ce qui se
disait.
Oa sent que ce mensonge était néce8saire. Il eût paru fort singulier que j'eui-se
scierumPul refusé de me 111unlrer. Je ne pouvais avoir l'air de croire que ruon ~ig11aleu1ent,
à moi siml'le &lt;l~serku r, eùt élé e11Vo)é, el que
ce fùl à la rech..mbe d'un pauvre 1liaule •1u·on
mil celle importance. Ou se sou,·ient qu'il me
fallait par-dessus tout éviter de me rendre
su~pecL à la c1rrossée.
Je [us bien près de l'abandonnn à Toury.
Je b,1lançai loaglemp · si je ne me jellerais pas
sur la droite, pour aller, par Pithivit&gt;rs,
gagner ernuurs, où Lodubka pouvail s'èlre
relirée, 011 je croyais trouver encore nomure
d"amis. Mou Lon génie 111·.,11 détourna. J'ai su,
depui~, 'Iue, dt: mes i11fortu11és amis, une
partie élail en arr~lation, cl l'autre en fuite.
L"affreux marali~me avait fini par conquerir,
à sa manièl'e, q11inze à vrngL mauvai, sujets
de celte petite ville, où j'a\ais vu longlt'mps
régner le meillt:ur espriL. Là, comrne ailleurs,
celle bande dominait par la terreur. Comme
1

j'avais fait jadis quelque séjour dans œ joli
endroit, plusieurs de ses nouveaux trrans
connaissait&gt;nl très l,if'n ma figure : si j'y
avais parn, j'étais arrêlé.
_ De combien peu je manquai l'èlre à
Erampt's! D'abord la 1·isite y fut chaude,
moins terrible 4ue cdle d'Orléa11s, mais a~sez
seru.blable à celle de Chàleauroux, el plus
sévÎ&gt;re.
Comme à Châteauroux., un trop curieux
Jacobin se hissa sur le marchPpied et mit
la tète dans noire voiture! Ce fut dans celle
altitude qu'il lut les passeports, après quoi,
promenant ses regards el comptant sur ses
doigt , il s'assura longuement s'il y a1•ail
autant de passes que de voyag.. urs . Encore,
aprùs lecakul deu1 ou trois fuis recommPncé,
demandait-il &amp;'il u'y a,ait pe1's01111e aulrc'l
011 n'avait garde de lui dire qu'un mince
indiviJ u. qui aurai L beaucoup donné pour
être plu.-. mince enl'ore, était presque élouffé
sous les in~ividus qu'il nomJJrait, que deux
femmes pilaient ses jambes l'l ses cuisses,
qu'une petitdille écra$ait sa poitrine, el qu"un
, ac de solda t pesail ~ur sa lèle. Oa ne le lui
di~ail pas, mais il aurait pu s'en apercevoir,
car plu~1eurs fois, pour retrouver son équilibre, il posa la main sur le sac.
Nous pasloàmes cepe11dant, mais nous trouvâmes dans la ville un moul'ement considéraLle. Sa. rue princivale était obslruée de soldais; les 1aruLours battaient aux champs :
un cavalier, qui v... nait de recel'oir les hommages de la municipalité, passait dans les
rangs, et l, s troupes lui porlaient les armes.
Pour comble de dr~gràt:e, on venait de faire
signe à aolre voirurier d'arrèler jusqu'à ce
que la cérémonit: fùL fiuie; el 1a f tmme du
cavalier, curieuse à l'e.icès, s'oLstinait à tenir
nos rideaux ouverts. Je me rem·oignais de mon
mieux, pour échapper aux regar&lt;ls de celle
multitude, au miliPu de laque-Ile il suffisait
d'un seul homme ponr me perdre.
Cependant le voilurier Yenait lie s'informer
pourL(UOl tout ce Lruit1 c·e,ail qu'après quelque ~éjour dans ce cbef-litlu de dis1rict, un
cowruissaire de la Moutagne le quallail, pour
se m1dre dans Arpajon, ce soir, et demain à
Paris. La commune u'a,ail pas voulu le IaisSt'r JJartir sans lui Jonner les mar4ues de son
allai:heme11l. Ou espérait Lien le ga,der
e11core 4uel,1ues heures, pat·ce qu'apparemmenl il ue refu,erait pas de vider 4ud4 ues
der11ières uoulerlles avec les Jacobius de la
ville. Etre JacoLin c'était. .. , un e:xterminateur, et l'un des vtus làches, des plus cruels,
des plus forcenés qu'il y eût sur J'LorriLle
Montagne, par conséquent l'un de me mor•
tels eunerni ....
Tous deux, après six mois, nous nou
retrouvions dans une niême cité, sur la
mêw.ll place, pour aiusi dire, encore en face
l'uu Je l'autre. Quel corurasle Ct'peudanl !
Moi, pour avoir \'Oulu sacrilier quel4.ues talents
peul-èlre, tous mes goùLs si sm1ph!s, toutes
mes occupations chéries, 4ue dis-jt&gt;? Lous mes
attacbemeuts les plus saints : mes parents,
mes amis, mon amaule aussi, ma Lodoïska ;
oui, pour a,•oir tout voulu sacrifier au bonheur

�. _________________________________
,

'HIST0~1A
de homme", je me trouvai. foy~nl -~~ _les que j'1•nt ndrai monter a\"~C rr~';-3"'.' ou _prélhTéc de la mL ère, réJuil à I h11nul1allon lcltl' d'on L1• oio pr . a111 Je m eJ01gnera1 de
de. d1•rnier t•11,édi,.11t.. meua •p d' la mort la compa!!ni1•, je me li1·n_Jrai qnelqu~
de crimim·l-. El lui, vil, i;.!flor.int. corrompu, minuit•. à l"érarl. l'&lt;'lle f\"ai.1on shLtle a,a1t
làclll'mt'11L amlti1ieux nm1me !ou: Ct-ux d • ~a J.. ~rands dangn., die én•illt•rail le ?upnié11ri~.1 hie rac11011, il •e rn~:iit ('n\ iro1111é çnn .• je 1· .r111:,i,; mai au. ion pouvait nt'
d'honneur , dr rt&gt;~p I"!., de 1011lP lt•. app:i- pa \11 ap,·n•p,•oir. E11lin.', q?el a~lrt&gt; moy1•n1
Celle fui 11core cc n l'larl qu une fau . c
reuœ de l'amour de H' 1·omrudtat1t:,,I Peuple
alerte. ·11 duml'~lique, que le rcpr~:cul:ml
in en,é! mJlh1•ur1•ux peuplt'!
El . i ce Lrirrand, pou ~ · par le "· oie de la fai~il courir e11 a,ant, avait été pri. pour lui.
t i · i le 1·ourrier pa .. ail déjà, le maitre n_l!
maln:illanre, tùl approt~é culeml'nl, ~c~x
pa plu prè de cc c~ariol ou1•erl, d oo JP tard .. rait doue pa:? .\u moins on le. croyait
pouYai e11lr•nclre le bruit de~~ mar~·hc: &lt;piellc fermcn1cnt dan l'auLer••e. A chaque m. tant,
J°cutenJ:ii~ :
proie pour lui! quPl dou prc t'nl a ra,re au
- Le rnilà ! le rni111 !
roi. du dt·hor el au. roi. de la lloutarrne !
Yous jul!l'Z da11 quellP tran,e j'achevai,
Ce Iul eu rellc occa.ion 1111" j.. ret:onnu
que OH)ll t·ondUl'leur av~il :irdé de ra1•t·t1l u~e on plu1ô1 Je 11'orh1•,•ai pa· le diner, do11L lou
d' rléan~ uue im1,re. 1011 rnrte, et 411r, li le. m,•t.,. pr11I- ~Lre trè~ J.on , me parur nt
ne s'en l'r•,,ait ~or, du moi11. il ~oupc,:mmait dr, lurs d 111- 11,!Jli-•• ,\ mon •ITao1I oularr ·ment.
,•iolt'mnwnt·1111e ji- d1•,·~i · è1r1· un pt'r~111111;i •e 011, wit fiu pt,urlanl. Qud4uc heur ·s aprè ,
de 4ul"l,1ue importance. Quaud 1out eut oo,:. cn1 rà ml' dau Arp:ijon.
L'auh.. rori-le, quoique ordinairemenl il
défilé :
- \'oilà un LerriLle remuc-mén:in-c, di1-il log âL notre conducteur, ri:fu. de nou receen fiunt t' reuard· , ur moi d'un air tr \
voir.
..
'ou avion •I : prér nu par d ux d1l1j nificaLif: i nou:- pou ion pin loin?
J'all~ctai d , l'ind1lli:M1ce, à eau c d • m
irenre. ; d'ailleurs le repré entant du pruple et
toul son corlege di:vaieut \enir coucher L
compa11non ;j1• r'ponJi· nontb.olammenl:
- Il e. 1 ccr tai11 qu'il)' a 1, Lien du mo.nd ';
oupcr.
.
- Pa po .ibl que je poas e plu _loin,
1oul rcla ruan •e dan I• :iuL r•e auJourd"hui · nou, 111: lromerion peul-être puinl à me dit tout bn mon ,·oilurie.r d'un air lml
diner 'dan, la ,·ô1re.
il est nuit· d'ici à Lo11n-jurncau il y a Lroi.
- C'e Lc •la! :.'écria-l-il, ,•ous av z raison. lieues, el l'o II de mt· cbevaux l bic é · j'
Du rnPme I mps. mal •ré Il• murmure de rai voir Ir anlre~ aulierge .
Tout ~lait.'nt pldnt' .
la Ît'OlffiC du .olJat, qui n'aurail pa élr
- Je vai. ius1 ter ici, me dit-il; il faut
fàd1ét! de ~I' produirt&gt; dau celle cohue, le coup
biPn qu'on me loge, on y ~ L obligé; mais
de f11uct d11 d,·parL fut d 1111 •
•
1011
allà111t' dt!u l1t&gt;uc plu loin, à c t' l ou qui m • dounez de la l~L!aturt.
Il rue lix.a lwaucuup el pour u1,1t :
Étréch~, ptlil 11U.i"e, uù né.inmoiu dix _,uya- Ce mon. ieur dépulé vous connait peutgeu~ viurcul e m, lire à noire laLI: d l101e.
Ceux-ci ,enait•ul de Tour , ceux-là d Orléam. êlre?
.
. .
.
- Peut-èlre bien : du mom JC u1 ùr
plu,i1:mr' de Tuuluu •, uu ca1101111i~r p~ris_ien,
d ,. P)ré111•e Ori 111:,ll's, où 11 a,a,l lai ~' un qu'il m'a ouvent p é en rerne dan mon
hra,. Tu11
rendaient à Pari . A me ure bataillon.
ui, oui, reprit-il en secouant la IIH ,
que nuu opprod1io11 de celle _,illt&gt;, le rt·~conl re de Cètle e p \ct.J der na1enl plu.s fre- j'cnlend · liien. .
.
li rtlllé, bit uo m 1:ml, pu, :
11ueul, L plu 11omL1 eu e . E t-il l,ien • ûr
- Ît'nez, ou- fait aujourd'hui bien de
que plu it•~r · ne n~'ai~11l pa.. r~coanu? ~~­
menl n'ai-Jepa. t1tedcuouœ? \ou ne la,e~ cbo c que \'OU n'avez jaurai:- faitl'.,)c croi
pa roulu, l1ruv1Jc11ce impéuétraLle· à quo, Eh Lieu, . i v0u alliez pa~.er la nu1L ur la
doue me ré ·er1 cz-vou~ '?
pJille, dan récurie?
.
_.
_ Bien trou'"é !. .. Cependanl n l aurai l-11
Comiue j'a,ai co1uml'nl'é d'a,sez bon appt'.pa de l"alf,c1a1i110L. Qu'en p n!-eraiL la carLÜ, 011 ~e mil à cril"r dan, la rue:
- \',1e le repré,;eulanl du peuple! \·i,·e .... ! ro é '?... '011. llt·z eull'meul à l"aulicrgi le.
'ou élion ' dau- une rhamLrt: haute, p.irce olJtt,nt'z ,1u·,t ooui- ll'ardt•, et lai l'Z-moi faire.
(l fallut u~n qu'il con entil à nou. arder,
que le r1 z-de-tbau ~ée e trou.,ail vtl'i_n. li
:1.1ail 1~ Loule la au culouer1e du \'tlla"e; mai ce ne fut pa. n' nou a,·oir pr 1,·enu
cinquante à oix.aole Juroo qui, le ,·erre en que ùr ment nou erioo t!\'rillé avanl
main attendaient au pa ~age leur repré en- minuit, el qu'alur il faudrait l'éder no 1,ts;
pour le souper, nou l'allion faire ince .amtant.
ment, à taLli: d'btite, a,·ec Lou les ropg ur .
Habile à ai ir l'occasion des séduction
C'étaienl encore dt!S Orléanai el dl Toules vlu ,ile , et:lui-ci ne man11u~rail p de
pa11·r, en pa ant, qut!lque, ceutames de bou- ran ealll. mai reufurcé d' nge'"in .• de Poitevm el de troi l'ari it:n . C'etail bt:aucoup
tc1llt! •l de 'arrèlcr quelque kmp pour en
pr •ud~e a part. l'cut-ètre ~u~. i, ~o~mc Lrup de ruoude.
Je pri au ~ilôt rand ~al .de têie; mal r~
liucl411e--un d~ icu , pou e ~ un •~-_tmcl
d'c.,pio,ma re l'lll:ure plu· qu_e _d un d:~,r de le mau1·ais r1·pa de m1d1, Je me coute.mat
populari1é, peut-èlre rnuùra1l-LI pa_rélllre un d'une rôlie Lie11IÔL apprèlét'. pui j'allai choiir dan le coml,le~ uu taudi ·, et parrui tous
womc:nl à La taLI de Vo)a"cur . ~o ce ca ,
moo plan étaiL foit. Je prêtai l'orc:ille. Dè
le plu mau,ai lits le plu mau"ai~, bien ùr

récompeu er aulant que je le roudrai. !
Je lui donnai Ir cent franc d'a~. irrnal
11ui me re laient, et que j'a,·ai promi ; j'y
ajoutai une montre d'or qui valait . ii. foi
autant.
- Et au revoir encore. m'é..:riai-jc,
jamai la cbo e e. l po. !&lt;iLlc !
- C'e I pour vou que je le roudrais en
,érilé, me répondit-il· quant à moi, cela ne
, rait pa , l même rnu oc m ·auriez rien
lai.,·,, que je . erai toujours lrt' ('ontenl !
Il me errait la mai a, il allait m'embra ~cr. D'un -il,!n , je lui fi comprendre que
,;'était une imprudence que ,ie ne permellai ·
pa. ; je m' :Joirrnai.
~on loin de là, élaiL un ,·aLarel. oi1 je me
réfugie, landi que le cav:i!Jcr ,·a me clwrcher
un fiacr •; il l'amène bi1•ntùt, je m'y jeue.
~le rnilà .eut, rn plein jour, b dcu. beur
de l'apr~.-diuée, le ix déc mlire, Ira ver.. anl
d't:n ex1rén1ilé à l'autr cell11 l"ille in raie,
0(1 farai. tanl d parti an failile t't tant de
·ru •1 cnnPmi .
liai je pui e. pérer d'y retroU1· r ma Lodoi ka. ''y fùL-elle point, je aurai du moin
en quel lieux elle vil quel dernier hasard
me re tenl à courir pour l'aller rf'joindre ..Je
,·ais lrou,·er es ami· l le mi •n,, no ami
1·1r , dévou~ , no ami. de ~in"l nn . li me
c1·oi nl à jamai perdu, ,an doute; il vont
pleurer d pla.i ir en me ren1yanl.. .. Pourriuoi
donc mou cœor ne peul-il ·'t,u1rir à la joie?
Qu l e t cc douloureux pre entimenl qui
m'accable•~
1011

qu'à .on arrirl'c, le repré enlanl du peuple el
son cortèo-e décou, bcraient tout le monde
avant de me découcher.
- Fali"Ut', malad ·qucf 'tai , di:.ai -jr. à_ la
.j,ervanle, (airue mi1•u me reposn lan.t ~1en
que mal ur c,• rrrabat, que d'èlre uLh"e de
me le,er dan d •u heures el de pa er le
re l de la nuit ur pied.
La ~cn·ante lrouv:iil que j'avai raison: l
mon in'-luiet ,·oilnrier, 11ui me vopil faire,
me errait la main el di ·ail :
- Quand on 1ra1aille a\'ec un homme
d re ourcc romme ,ous, la besogne fait
plai ir.
Excédé de a&lt;&gt;ilalion de celle journée, jt&gt;
fi , à part moi l mon lral"er. in qu..J11u~
bon r.,i onnenwnu . ur le pPine de la 1·1e
el I douceur de la mort; clll' ne pou ,•aient
mi' fuir: j1 ,·enai de m'a , urcr qu~ l'?pi~11~1
el l'e~pin!!ole étai11111 eo l,on étal. Am 1 re 1goé, je m'endurmi · profond 1menl._
.
A mon ré,·cil, je ne m'iuformat pa ~ le
rt'prbcntaot du peuple t't on corlè••e •tarent
venu . Il ne foi. ail pa jour quand uou parlime · mon ennemi ne 011geait point . an·
doule à se lever.
Long1umeau, perdu de brigandage, nou:
fit . uLir un P.\aru n plu. menaçant que celur
d'Étampc . . , 'ranmoius l"énincmen_l en ful
, emLlaLle. 'foujours m me mahe,Uance et
mème maladrc c d'un tôlé; même audace
tl mPme Lonheur de l'aulr . 10Lre diner à la
Croix-de-llt"rn m'oll'riLencoredeju. lt' uj1•t·
d'inquiétude. 'ou rtion un grand no~Lr,
à taLle. Je ne sai plu. à propo de quoi un
de. con11,·e , 411i m'avait bcaut'oup r g~rdé,
je le ro ai du mui11 .' dil el répé_la plu~1enr
foi · à l'aub •rrri te, d un ton 4u1 me parut
affect 1 :
• '&gt; •
_ ~[e prenez-,ou. pour un romancier. Je
oe Cai pa ' de roman. , moi.
Étail-t un appel à J&lt;'ntthlas qu'il prétendait foire?
Quoi tJU'il en oit, il chud10L_a q~clque
mol à l'oreille d"un ami, qu,, l m~tanl
d"aprè , . mil 11 fredonner le r.. frain d_'une
do me rom ,n,-e tri·~ connu : Est-rc cramle,
Pst-cl' i11tliffereuce '1 jl' 11n111frais bien le de1

1•111er.

Toul ceci n'était-il donc qu'un jeu du
ha ard?
Au rc te, i ce deux homme· n 'in-noraicnt
point qui j'étai , je ne devai pa m'en ala~mer beaucoup . Cc n'eùl pa él: par d ' plais nkric qu'un ennemi m'eût fait comprendre
qu'il me recon~ai.s_aït. Ain _i, ra . u~é par
me réOcx.ion , JC m a\'eolura.J ur Pari:. .
La vi 'Île aux barrière· nou épouYaola1t;
nou prime conlr elle nombre de précaution·
tr inutile - : on nous lai sa pa ser an oou ·
dire un mot. Hue d'l'.:nfer, je remerciai mille
foi me compagnon de voyage, ~l .ou, I~·
murs de Chartreux, lieu peu frequenle, JC
mi , pied à lt:rre.
- llrave homme, di -je à mon conducteur ,ou avez couru de ha ard , mai entrr
Die; et nous, je vou jure q~e ,·~u avez_ fait
une bonne action .• uc n me Hl pcrm1. dc

'L 'EXODE DES G I'l(ON D1N S - - ,

~Ion plus grand dan;œr m'attendait à l'endroit mème où j'allai cher ·her un a ile. Mon
intim ami n'y demeurait plu . ~fui 11ui ne
nùn don lai pa ,, je reni·oie mon fiacre au
coin de la rue voi ine, el vai frappt&gt;r à la
porte &lt;JUe je connai. i,i bil'n ; un 11fonl de
:-cpl à huit ans me I" oune ; je reconoai le
fil d'un d1:pu1é, qui l'amenait ouvcnl à l'a semblée. ,le m'écrie :
- Qu'e l- .e la? n·c.l-cc pa ici le logement du ciln eo Brémont'? (Qu'on me p rmelle de d,:gui er aio i le oom de l'ami que
je dcmaudais.)
L'enfant répond :
~011.
-- Qui don· l demeure? lui di. -je.
- C"e.t mon papa, le voilà qui ,·ieot.
Eu eifol, quelqu·un vcnail de la pi~cc vuiine.
,le n"1m demande pa da\antarre; je me précipite ur l'e caJier, dan la cour, au milieu
de la rue.
ependanl une ervanle allail rentrer dan
la mai ·on; je lui demande oii loge actuellement le citoyen Brémont; lie me lïndique.
le voilà réduit à m'y rend 'à pied à \"Î.age
découvert; heuri-u~ement il n'y a pas loin, el
j1· n'y vai pa , j' · cour .
Je uis dan la maLon el à la porte de
l'app r((-m.. nt ind,qu 1 . La pr mière ,·oi , la
"Cule qui me frappe. c l Ile de Lotloï ka;
ïentri:, je me prilcipite: eJle pou e un cri,
.e j •tte à mes genoux qu'elle emLra se, se
relhe me pre e ur son cœur, pleure el

lomLe dan m bra . Je ne crain ric·n : ce c lui 11ui l'a 1•u na1Lre, c' l notre ami de
ont le larm , c'est Je di'Jirc de la joie; tou les lemp qui r•fu e d le recueillir,
c'c l celt joi, qui 111':i~ile, qui me rrmplit qui crainl de t'cnlrcvo1r, qui non envuic ur
comme elle q111 confond déjà no nnpir, et la pla1·e de la füfruluùou ! fü , emLle lrs
no , an°lut . . 0 [fo-u, "oilà de to11 ' rue maux fore !
I' nlier dédommag mPot! rnilà de Lou. me
t&gt; p ut-i1 que je oi révrillé? n'e l-ce pa,
Ira vaux la di 0 ne récompen c !
un aflr.,ux , ongtl qui me lourm nle · jr 1:icuc
La maitre
dn !11 i , 1 neveux, la nièce à reru.,illir m1&lt; e. prit, , Ioule mi&gt;. facullé .
onl accouru . Tou. il. 'écrient, lou il
Je ne pui en cro1r le premier trmoil,!D3~1:l
m'embra enl, tou il pleurent comme nou~. de me oreille et de me. ·eux: di. foi, je
Celle .r ne, i douce à mon cœur, . e pro- l:ile el rrn-:irde aulour de moi. Enfin, il e l
longe; cuGn nou, nous aperce,·on qu'il me trop certain que je n"ai pa le Lonbeur de
faut du lin 11e, de habit , du rcpo. ; que de
ré,er; c't' t Lien ma rl"mlllc qui e:,L 1.), l
be oin de tonte pcce me pre.. e11t. On me
erl 1ioemenL elle a dit 1.. cru"II" &lt;ho~ :,,
onduil à la ch:rmLr la plu n·culce de l'ap- que je vien. d'enlendre, car je l:i roi d1 Jwul,
pariement · c·c l œlle de Lo,loù,ka; ell el
imntoLile de douleur, le rt&gt;~ard Jiw. trop
moi nou y en Iron .. Peronne ne nou )'. uil; aflerlée pour ver. rr une larme, t.'l fai. aut
c·e l apparl'mm1•nl une alknlinn dt&gt;licatc de eflort alin d,• r&lt;'leair
11émi · l'Olcal A m
l"amitié 4ui nuu ' lh·re à l'amour · ô mon
urpri e indiciLlt! ·ucréda pmque 011.,-ilôl
èpou, c, mon épou.e adorre I qui pt&gt;indr::i me
une inJi.mation \ive, qui Lrùlail d'éclater.
lran~port et lc: 1·harme de l car• e.? c'e l )la Lod11Ha le r1Jmar,1uaiL l.,it&gt;n.
aux amant qui eront ra,ori. é pour brûler
- J' n'ai plu Pn ce momrnt d'l'i:pérance
de IOU ' 1 s feux du ,érilaLlc amour, que j'en
11ue
dan lon courage, me di ail-elle de ~a
lè ue le oin.
roix i tendre· au mom. quelque con.olation
'rpl'ndant lant de marche.!!, tant Je ralime re le. Tu n'e plu dan. la G.ronde, ah. o~
ll'U , de ha. ard ·. el mdme cl'llc douce joie, lumeul abanchmné, tout à fait r11I. Tu 11'éce ,,ir bonheur qui lru.r uccèdcnl, ont épuL:
prou\·era pa le tourment de li11ir loin d
un corp trop fait.le contre tant d'agitation .
moi; je n'aurai p;i. ctlui de le unin·c; c·e t
ln lit, mai 1p1el lit I celui de mon épnus Ya en •·mLle que nou allon. mourir.
me r Ce\'Oir. c·e t là 11u't·nfin j ,·ai. avec
• doux ac ni •. se roura~Pu e parole·
dt11ire r.. poser ·ett tète arra1 héc à lanl de
c:ilmaient mP agilalion dt1snrdonnée .
p ·ril . lia fommc un in. laot m'a quilté, pour
&lt;I ~:h oui, pensais-je déjli, 11uel1p1
êlre:
me fair~ apport,•r plu \"Île le· cbo le · plu
privil~ié e i Lent encore, fidèfo , généreux,
néw ·aire ; elle renlr • un moment apr\ , magna ni me . »
d'un air a ci tri ·te.
Déjà je nourr~ ai plu tranq11illemenl
- Nou ommes pre·que eul dao la
l'indigna1ion que m'ill'pirail la làLhcté de
mai:,on, me diL-ell ; le jeune "CO , ont homml".
.orti. , la ni~ce au~.i · ell a pri on manl let
Pour e pénélrer de toute la barbariP quïl
devant moi, et ne m'a point dit adieu. ~au
y avait 1.l.m ccl ordre de ~orlir .nu demiJoute, elle n'e t allée &lt;tu'à deux p11.; elle va
hem·e, il raut a,·oir qu'après la r&lt;'trailc hatrevenir; mai ne pouvait-elle pa différer un
tuc, l ·urtout quand di heure: ont ,onné,
momeut'!
11ul ne e monlre dan le rues de Pari.-.
Et moi, ans déiiance, je répète arec ma
qu'au silot on ne l,!fa~ e enlrer dan un corp:
femme:
de garde pour cp,'il y produi.e sa carte tir
an doute elle va rel-'enir.
~'Ûrcté, ·ur Jaqu lie. lrou11eol, awc on nom
'on, non ! nou nou Lrom pions Lou dcu x;
cl le nom dt: la i;ection, a d1•meure cl
die ne re,·iendrait pa , celle jf'une per ·onne
on ignalement. fon ancienne carte, arec
.i i111 'res.ante, qui m'était i cbère, 411i avait
mon n,,m, ne pou,~ait me .C'r\'ir;j.? n'en arai
n-ra11di ous me. yeu-x, pour la4uclle ma
pa d'aulre qui pût m'allcr, oo le .a,·ail Lien.
lemme a mit pri J'auacbementlc plu tendre,
Me ren,·o,er ai1l'i, c'élaiL donc, romme le
el qu'en Jes leo1p plu pro,-pt!re uou parl10n d'ad,1plcr. La làcbé peur commençait à disait ma Îl!mme, me pou r . ur l'écbafoud.
- !Ion ami, 11ucl parti prendre actudlc"lacer, autour de nou , toutes I àme . Elle
menl? pour ni"ail Lod11ï~ka.
11ou abandonnait déjà celle que oou · avions
Je lui di· d'un ton cru.me et déterminé :
\"Oulu faire notre li lie; elle ne re,iendrail
- Tlépond -lui de ma parl qu'il méritepas!. .. Ma femme ne l'a rerne qu'une foi :
rait qu'à lïn tant même je me tra1'na . e au
je ne l'ai jamais revue, moi! et quoi 11u 'il
euil de a porte, pour m'y brûler la cerYelle.
arri,·e, je ue doi' jamai la rernir !
Quïl . c ra. sure pourtant; il aura le bonheur
d'apprendre que j'ai fui, an le comproIl était dix beure et demie, ie dormais
meure. Mai je crois avoir, au prix du péril
profondément.
que f ai courus pour ,enir me rejetn dan
- 0 mon ami! ra cmlile Ioules lei force ,
.c l,ra , aci1ui~ 11:l droit d' ·xi er 1p1eJque
me dit ma femme, lu n'en eu jamai uo i
lwure · de répit, el de pr.. nJn•, a,ant de tergrand Le oin; je IJ1111ooce, dt: tou les malminer mon lr1 te ort, le lcmp. de me r conheur , le plu,; cruel peul't!lre el le muin
naiL1·e. Déclare-lui dime po iltvement qu'aualleudu. Ilrémout, qui rient de rentrer, te
rune pui san,·e ne 01';1rraclll'ra, vi,ant, de
donne une demi-heu1·e pou,· sortir de cite;
chez lui, à l'heur qu'il c~t, de mème que
lui; je ne chao 11e pa es paroles. C'est le
rien ne pourra m'cmpb.·bpr d'en ortir, avec
compagnoo de l'enfance de ton père, c'est
le précaution convenabl , demain à epl
0

0

�111STO'RJJI
heurrs du soir. Que si la -iirnr lui tourne enlÎPrPm1•nl la fêle, q11 'il M,·011rhr; rpwl1p1e
ami Je trf'nle ;ms pourra le. r&lt;'rernirponr une
nuiL : il Il f'~t pa, proscrit. fi va S:111S doule
insistrr, cri,•r, llli-'nacer. Aj11n1e alors que
pour1a111 il lui re~le un moyen, m:iis un moyen
u11i11ue, Je me mir sortir d'ici, a\'ant le
temps t111e je fixe; et ri11'après la leçon 11u'il
me Junne. j' alle11d · encore une anlr1· lt•çon :
c'est que tout à l'heure il m'aille d,:noncl'r;
c'est 4ue lui-m,:me, au lieu de m'envoyer à
mes assassins, il me les amène.
0

])u moins il n'ip:nnrail pas que je savais
gard,•r me,; résolu1io11s : en lps a11prcn.1111 de
la b,1111·he Je ma f.,mme, il pàlil; il s11rliL
sur IÏll'ure, 11 Ili-' rt&gt;11tra que le surlcnJ,·main.
Ct•ppn,l.111t Lo,loï~ka ne rPvenaiL pas seule
vers mon lil. )laJame Br1:mor1l a1·cou,·ai1 me
cousoler, elle accu,ait J'i11hum.1uilé de son
mari. La nfo·ssité de m"al,anJnnnn, pour
lui 111,{,ir, l..1 d.:se~pé1·ai1. tju'allais-je dev1:nir?
elle me couvrait de ses larmes.
Je m'éL011nais de voir 1p1e Lodoï~ka dPmeuràl l11ut à fait insrnsiule aux pr111estalions
d'allac!Jcmt&gt;nl qui m'étaient prtldiguées. Oès
que 11011s rù/Iles St'uls, ma malheureust' épouse
dul m'folaircir cet autre mys tère de douleur.
Des i11Jiœs' lrup ~ûrs la forçaient à penser
que c'était la cito)enne Brémont, dont nous
counai:,.sion~ d'ailleur, l'empire sur l'esprit de
son mari, plus aC(•es$ible enrore à ses conseils, q11a11d il avait peur, que c'était elle qui
avaiL &lt;l~lcrrniné cet bumme failile, en tout, à
montrer du moins quel4ue force pour me
mettre dehors. Pourtant ce n'était'nl 1.1ue de
fortes présomption~; depuis nous en avons
eu la pri·uve. Quel aLomi~ahle as~emhlagc
de IJarltarie, de fausseté, de lâches trahisons!
- 0 liuaJet, m'écriai-je, mon pauvre
Guadet, tu Le plaignais de les amis! si Lu
voyais h~s miens!
Au milieu de tant d'horreurs, cependant,
l'hymen d11nhait à l'amour une uuit. Oui,
l'hymen. Eh! t..jUel plus saint contrat que
celui que nous avions écrit et juré de\'ant nos
malheur1:ux amis ! dt'vanl quelle autorité
civile aurai -je pu, malheureux proscrit, me
présrnter el faire recounaitre mon épouse
légi1ime. 0,111s quel Lemps die avait uui ses
de~tinét's aux mienne~! Au .cin de notre
cruelle paL ie IIOUs ne pouvious plus a1oir
d'autres aulrls 4ue les échafauds.
Uelas ! serail-elJe du moins suivie de plu-

mur qui séparait les deux logements était s
mince, qu'il n'y avaü point de mouvemPnt
qu'on ne pùl mutuellement entendre. Une
amie de ma femme me reçut alors, mais elle
prit peur dès le second jour. Ma femme se
vil obligée de me venir chercher, quoique la
cache r1u'elle me préparait dans son nou"eau
logement ne fùt pas achevée.
Les jolies mains de ma Lodoïska, ses délicates mains, n'avaient jamais, comme vous
le pensez bien, manié le rabot, ni les clous,
ni le plâtre; pourtant, en cinq jours encore,
elle acheva seule, sans mon secours, car mon
myopisme me rendait ab~olument inhabile à
crt apprentissage; elle aùbe"a un ouvrage en
menuiserie ma~onnée, d'un plan si parfaitement conçu el si artistement imaginé, qu'un
tel coup d'essai eùt passé pour le cht!f-d'umvre d'un maitre.
A moins 4u'on ne sût qu'il y avait quelqu'un dans cette uoite, qui p~raissait un
mur, et un mur où l'on n'apercevait pas une
fente1 à moins qu'on ne le sùt, je défiais
le plus haliile de me lrou\'&lt;:&gt;r là.
Désormais nous étions parfaitement assurés
contre ces visites générales dont les sections
s'avisaient de temps en temps, chacune dans
son arrondissement. Celles-là se faisaient de
jour, elles n'avaient point pour objet telle
personne en parlicu lier; elles se bornaient à
queh1ues coups d'œil d'inquisition dans chaque logement.
Ma cacb.e était, en ce cas, un rempart certain ; j'y volais, au premier coup de sifilet du
portier.
·
Si l'on venait à frapper chez nous, sans
que le sifOet nous eùL avertis, ma femme,
lente et lourde dans sa marche, n'ouvrait jamai la première de nos trois portes,
qu'après m'avoir donné le temps d'aller,
au fond de la quatrième pièce, me laisser doucement tomber dans mon asile, où
j'entrais fort vite, et beaucoup plus commodément que je n'en pou\'ais sortir; elle avait
calculé 4uc, pour cette dernière opération,
j'aurais toujours assez de temp .
Si c'était quelque importun, m~s dans
notre adversité nous n't'n avions guère, quelAvant sept heures du soir le lendPmai11, que l,avarJ, on en rencontre en tout temps,
ce brave jeuue homme qui m'avait déjà rt:- - un.e voisiue, par exemple, et souvent la
cueitli t1ud11ue temps a\'a11t mon déparl pour portière qui, soiL désœuvrement, soit curio•
Caen, vint me preuJre encore; il ne put me sité, restait là 4udl1uefois deux ht.:ures, garder que trois jours. Des maratistes de- alors je m'arrangeais pour une espèce d'étameuraient actuellement sur son carré; le blissement.

sieurs nuits scmblahles, cette nuit si fortuné!:' 1Ne nous. touchait-il poinl, le jour, le jo□ r
fat;;] où nos doux liens, à f)eine f.. rmé:;, serai t'nl rompus, de la seule manière qui pût
les rompre?
- É1·0111e. me disait mon amante, il nous
rei;te du moins une consolation qu· on ne prut
nous ravir, relle de mourir en.t'mule. \'oici
mon plan : dès demain, je cherche dans ce
quartier perdu un logPment; je le prends
sous mon nom de fille. et je t'y reçois . Je sais
qu'on ira liienlôt s'informant quelle est CPtle
nou,·ellt! venue; je sais riu'on ne peul larder
à me décourrir, el &lt;p1'alors, à snpposer même
qu'on ne me sonpçonoàl point de le donner
a~ile, il kur sulfüa de retronrer en moi Lon
amie, Lon am:intc, la compa~ne de tes travaux, pour qu'au sitôt mou supplice soit préparé. Il, ne n1'y lraincronl pourtaut pas; avec
toi, eummc loi, je saurai me déroL,,r à leur
é.chafoud. 11emar&lt;Jue œpenda11t qu'aiosi nous
allons ga~ner linit jours, quime jours. peulêl re un mois. 0 mon ami! combwn, daus ce
court espace de temps, pourrons-nous vivre
davantage que lei qui ne tombe que de vieillesse. Cumme Saint-Preux, tu me puurrali
dire : Nous n'aurons pas quillé la \lie, sans
avoir connu le bon beur.
Je la serrais dans mes bras, sur mon
cœur; je la couvrais de baisers; mes Jeux
versaient des pleurs délicieux.
- Si pourlaut, lni dis-je, il n'était pas
impossil,Je qu'un jour, sans moi, la vie le
fùt moins à charge, 411'avec le temps ....
- Pour11uoi cet outragu? interrompit-elle.
Par où l'ai-je mérité?
Elle m'échappa, joignit les mains, leva le
yeux au ciel :
1on, je jure que sans toi la Yie m'est
un tourment, un insupportal,le tourment.
Seule, je périrais bienlôt, je périrais désespérée. Ah! permets, permets que nous mourions enseml,Je.
Je n'ai pu me résoudre à passer ces détails.
On les trouvera. Jongs, peuL-èLre; qu'on me
le parduune : ces moments furent à la fois
les plus doux el les plus cruels de ma vie.

(A suivre.)

..., 182 ,,.,.

LOUVET.

ERNEST DAUDET
+

Mademoiselle de Circé
VI
Je ne crois pas qu'il existe en France une
conlrre plus pillore~CJllf~ que celle ou est située
la petite ville de Pontarlier. Les voyall'PUrs
attiré~ en c:-s lil'UX se rappellt&gt;ront peu~-Plre
des sites d_aspecl ~!us grandio e, les Al~s
ave~ l:urs c1meq allter1·s el leurs ,:?laciPr~, Jps
Pyrenees avec leurs g-or~es profondes. Mais
nulle part ils ne ressenriront au même derrré
que dans le coin de Francbe-r.omlé où les
né~essilés de cette hisroire m'ol,ligent à conduire le lect~ur, l'admiralion qu'é\·eille en
nous la profu~1on des beautés de nature cette
sen atio11 d'apaisement infini et d'inallért1Lle
sfrénité que la grâce d'un paysaae où rè"ne
0
la solitude procure à noire âme. b
Cela est vr~i surtout du pays qu'on traversP!, au so~f•r dti P~ntarlier, pour gagner la
front1ere sm ~e. Qu on aille la Iran1;hir à
Verrières, au défilé d'Entreportes, aux llôpit~ux-Jougne, ou sur quel11ue autre point, ce
n est de toutes parts que 101·hps et forrenls
bois de sapins grimpan t aux flancs dt'S rolli~
nes, vastes prairit&gt;s - des (( combes 1), pour
employer l'exprei::sion locale - au fond de quelles s'élève parfois une Ît'rme à tuiles rouges, et que paissent des vaches, dans le bruit
argentin et mélancolique des sonnelles qu'elles
portent au cou.
Au fur el à mPsure qu'on avance, le paysage se 1ran~formc au gré des accidents de la
route. Tantôt, il ouvrn devant vos pas un
défilé tortueux, ass11rubri par les murailll'
humides que forment à droite età ~aul'he dt's
rochers crevassés, d'où coule ,11:outrt à goutte
une eau venue de sources cachét' ; tanlôl, il
vous oblige à loa~er, sur un s1mtier sillonné
d'ornières, un torrent qui promène ses onde
écumeuses au fond d'un hl rocailleux· tantôt
enfin, il vous drcouvre hrusquem~nt u11
horizo~ m_agique qui appelle le régardjusqu 'à
d_es lo.wtarns dont les extrémités se perdent,
s'._ le ciel est cl~ir, dans une poussière d'or et,
sil est obscurci par des nuages ou par l'approche de la nuit, sous un voile de brumtl
grise. Dti tous côtés, la couleur foncée des
sapins répand sur les cbosPs son reOet verdàtre, el, dans la mélancolie de son uniformité, contribue à vous donner l'illusion d'un
bout de monde, où les hommes ne viennent
pas, illusion accrue encore par la rareté des
ctnlres populeux et par la distance qui, dans
ce pays, les s.épare les uns des aulres.
Pour éprou\'er ces impressions, il faut le

par~ourir ?nrant la hPlle saison, alors qne le
soll•1l éda1re de se.~ feux les fnrrls, l1•s cnmhPs, lrs monts, IPs e:rnx. L'hiver V&lt;'ntJ, le
mervPillenx écrin s',·n~evdil sous la nf'irrr et
?'est 1i pPine s'il laissP devinn S&lt;'S ril'he;i;Ps
Jnsqu'nu jom 011 le printemps commence à
en ranimer l'éclat.
C'&lt;'sl dans ce cadre, sur un platran mamelonné, du hanl du1p1el on apPrçoit distin::temcnt les con,truclions massh·rs du Fort de
Joux, placres en senlinelle ur la frontière,
au-d,•ssns de Pontarlin, qn'existail enrore
en ·I 820, IOUl·bant au hameau des F.tra,·hes
le chàteau de Cirr.é. Mis en vente à ceu~
épo11ue par des h,:ritiers rollatrrau,c il drvint
la proie de la han.:le noire. Elle le dhruisit,
morcela les ferres, les venJit par lots à des
pny~ans qui eurent bientôt îait d'en cuuv~ir de sapinirres le vaste empla1:emenL. Il
n l'n rrsle plus !race aujo11rd hui. Ce n'est
&lt;f?'après de longues rt&gt;chL•r1·hrs que, lors d'un
r~e~t voyage !D Franche-Comté, j'ai pu,
gmde par un v1Pux garde dès furêls retiré
depuis sa mise à la relraite, dans Je Yillaore d;
la Cluse, Mc·ou vrir l'endroit où se dress;il le
châtea u, théâtre des événements que je raconte.

Mon vénéral,le iznidr SP. rappelait C'nrore la
physionnmir archi1Prf11ralP d,, l'a11tiq11r niaison dt&gt;s Cir,·é. r,·rasé~ drjt l11rsq11ïl la vit
P.~nr la prrmi1\_re rois,. sous le poicl~ de quatre
swcles, son Lml PU p1µ-non, f11r111é dl' tuiles
plalPs, ro11µ-rs à l'uridn,•, m~is noircirs pru
a . peu par le tt&gt;mps. sa foça,le f'n pi, rr, s de
faille, ron~r&lt;'s par l'hnniidiré. sr d1tr1111lnnt
avec ses croisél's élroites à pr1i1s c·nrreirnx
d1·vant un parterre que clmqne tl té 1ro111·ait
tout ncuri et au delà duq111·I s'élr11Jaic11l les
bois immt&gt;nsrs d'où les Circé tiraicut leurs
opulents revenm.
Il se rapp1•lait aussi la chapPJle en ruine,
avec ses a1J1cls en huis scu lplt•, srs innomlir?b_les slatnPs pou,siPrcusrs rt f'lus 011 moins
br1spe;:, \'end11es depui:- aux dirnws éorlises
da voisin11ge. C'l'St izrà1•p ;nu suun•11irs Je ce
b~ave homme qu'il rn'.t Pfé po,-,iule &lt;l1• rei·onsutu~r _rar la pr.u~ée la dt-lllPllrl' que la dénon1·taL1on de Fleurirr Vf'nail de lil'r1 ·r à la
police imp1:ri.le, Pt d'1·n don111•r à mes lt·cteurs une idée '(lie 1·h.icnn d'eux, J'aill, ·ur
a~1ra _la lilJPrlé de modifi,·r au gré de son ima~
grnaL1on, sans que l'intérèt dt: ce récit en soit
amoindri.

L'hh•er venu, le merveilleux écrin .s·e11sevelit s011s
la n,iJ!e, ,t c'est a Peine s'il lai.si,e deviner us
richesses jusq11'.iu jour oü le prinlem('s co,nm~rce à en ranimer l' · l l ,
ma,mewnné, qu'existait encore en 1820 le château de Circé. (Page ~~~ · C eSI J.~ns ce cad.re, sur

... 18.1 ...

1111

platea11

�~----------------------------- ..MADE.MOTSEI.L'E DE C11{CÉ

111S T0-1{1.Jl
On a vu par les nolt'S extrailcs du dossier
de la famille de Circé, 11 qui:lles cruelles
épreuves la llé1•olution l'avait soumise : le
vieux mar,1uis, dé igné aux. terroristes par
ses anrieus cl glorieux services, obligé de
s'enfuir avec sa femme el son petit-fùs, Robert de Circé; le père el la mère de celui-ci
cnroyés li l'échafaud, laissant derrière eux,
auandonnée aux hasards de la vie de Paris, si
féconde alors en périls de toutes sortes, leur
fille l :ibelle, encore enfant; celle orpheline
arrachée par miracle au plus misérable sort
et ramenée par un ami de ~es parents en cc
château de Circé où elle était née et que li!
dévouement d'un serviteur de sa maison, celui
que le fioles de police signalaient sous le
nom de ·chasserai, disputait intrépidement
aux agents ré1olu1ionnaires.
On ne comptera jamais le nombre des
drames privés qui se passèrent à celte éporp.1c,
on n'en connaitra jamais Loule l'horreur. li
faut remonter à la révûcatîon del'édil de l an les
ou aux tragiques épisodes de la Jacquerie
pour retrouver une égale accumulation de
catas trophes d'un caractère aussi somure.
L'histoire n'a pu le~ énumérer toutes ni nou
en transmettre tous les détails. Mai~, par
ceux qu'elle nou a légués, nous pouvons mt!·urer l'étendue de ces calamités privées q11i
vinrent a&amp;graver les calamités publiques.
Dans le district de Pontarlier, la Terreur
avait eu, à ses déuuls, le caractère d'une persécution religieuse cl non d'une pePsécution
politique. Elle s'en prenait au.x pr.ètres bien
plus qu'aux nobles. Ce fut à partir de 1792
que le club de Pontarlier étant deYenu !o.utpui sant, on enveloppa dans les mêmes meures les uns èL les _a,ulres. Ne se sentant plus
protégés par- le sou,·enir de leurs bienfaits,
menacés d'arrestation, le marquis et la marquise de Circé se décidèrent alors à émigrer,
poussés à ce parti, non eulcmcnt par la nécessité de se mettre à l'auri des violences,
mais encore par les pressantes ~ollicilalions
d'un certain abbé Maucombe, qu'on va voir
reparaitre dans la suite de cc l'écil. li vivait
auprès -d'eux. comme précepteur de leur pelittll-. Son active jeunesse, l'ardeur de es convictions, surexcitée par les coups portés au
clergé, n'avaient eu aucune peine à dominer
l'esprit d'un vieiUard et d'une femme. A force
de leur parler du péril qu'ils couraient en
restant en France, il les décida à partir avec
l'enfant, el les suivit dans leur fuite.
Cbasseral, constitué gardien du château el
de.s biens de Circé dont il suneillail depui
longtemps l'exploitation, ne songea plus qu'à
les conserver à ses maîtres. Jouant dans cc
lmt une comédie à laquelle c trompèrent les
plus enragés Jacobins du pays, il se jel:i dans
le parti terroriste, uniquement appliqué à
gagner leur confiance. !Jan les clubs, &lt;lans
les manifestation publiques, on le vit au
premier rang des orateurs qui annonçaient au
monde l'aurore de temps nouveaux et en ,,antaient les réformes. Mai , s'il parlait dans un
-ens, il agissait dans un autre. Beaucoup de
malheurtmx, dejà marqués pour la mort, lui
dnrent la vie. En même temp , il employait

son in llttence à défendre les Liens de Circé contre la cupidité des puii;sants du jour. Il n'avait
pu empêcher que ces biens fus ·ent équeslré, .
Mai il fut assez influent ou as ez habile d'aùor&lt;l pour se faire nommer gardien du séquestre, ensuite pour éloigner les acquéreurs allirés par la perspective d'une bonne opération.
Deux fois, il y eut tentative de vente aux enchères, et deux fois, elle échoua. Peut-ètre eùl1·lle réu~si un' troisième foi . Mais, après 'fhermidor, les érénements, en se précipitant,
écartèrent le danger. Sous le Directoire, les
propriété de la fa.mille de Circé étaient toujour - jntactcs. Elles le restèrent jusqu'au
jour où ~apoléon, devenu empereur, les restitua à leurs propriétaires.
Quant à Chassera}, il n'avait eu aucune
peine, lors&lt;iue commença la réaction, à faire
peau neuve, et, fort des erviccs rendus par
lui. pendant la Terreur, aux citoyens uspects
et poursuivis, à prom-cr qu'en s'affublant d'un
masque de Jacobin, il n'avait eu en vue que
de porter secours aux victime . Du reste, dans
l'intervalle, un fait d'ordre tout intime était
venu lui cré~r d'autres devoirs qu'il avait
remplis avec un égal dévouement.

VII
Durant l'hiver de i 794, alors que, sans
nouvelles de ses maîlres émigrés, il apprenait le supplice de leur !ils et de leur bru
exécutés par ordre du tribunal rèvolulionnaire, il avait vu arriver sous la conduile
d'un habitanl de Pontarlier qui rentrait d'un
VGJage à Pms, une -fillette de srpl ans Loule
chétire el toute pâle. C'étaitlabelle de Circé, la
sœur cadelle de Robert de Circé. Au moment
&lt;l'être condamnés, son père et sa mère avaient
eu la pensée de la confier à Chasserai el le
bonheur de trouyer une personne sûre qui
s'était chargée de la lui conduire.
Chasserai demeuré veuf à trente ans, peu
de temps avant la Ré\'olution, vivait, depuis
le départ de ses maitre -, dans une dépendance du château a\'ec un ménage de paysans,
qui l'aidait en son travail de surveillance et
d'entretien. Il y rerut l'orpheline comme un
dépôt non moins sacré que celui des richesses
confiées à sa proLité. Dans l'obscurité redoutaLle donl la Terreur enveloppait alors la
France, nul ne pomait préciser la durée de
ce régime odieux. Tout portait à croire qu'il
ne finirait pas de sitôt. La tâche qui s'impo·ail maintenant à Chas eral ne semblait donc
pas dernit- être la tàcbe d'un jour. ll l'emisagea dès le premier moment comme si désormais rllc devait remplir a vie. 11 avait
souhaiU passionnément d'avoir des enfant~.
Mais, par suile de Ill mort prématurée de
. a femme, cc souhait ne s'était pas réalisé.
];abelle en Sl'mbolisa pour lui la réalisation,
sous une forme assurément imprévue, mais
qui offrait au si charme et douceur.
Il aima la petite dès qu'il la vit. Elle
devint son rayon de soleil, la joie de son existcnt:e de préoccupations, de tristesses el d'an"oisses. li se découvrit des trésors de ollici~de quasi maternelle pour cette enfance en

fleur à laquelle il fallait faire oublier, dan
une atmosphère de tendresse et de sérénit•\
ses malheurs précoces. Us a,,aient ébranlé 1a
santé d'Isabelle. Réparer ce dommage, rendre
la confiance et la sécurité à cet le âme qui,
battue par la lempêle, se repliait déjà sur ellcmême, préparer l'héritière des Circé aux
dm·oirs de la vie en sti-mulanl son intelligence
el en rendant à son corps Ja santé, tel est le
programme qu'il se proposa. Dans ce prorrrammet l'édLtcation intellectuelle tenait peu
de place. Cbasseral n'était pas un savant.
Peul-être l'élève eût-elle en à souffrir de l'ignorance relative du professeur, si, mise en goùt
par le peu qu'il lui avait appri , elle ne se f1H
avisée de s'instruire elle-même dans la bibliothèque du château ouvcrleà ses curiosités. Cc
que contenait celle bibliothèque, Chas cral
ne s'en était jamais enquis, n'ayant ni le goût
des livres, ni le temps de les ouvrir. Il n'en
prit pas da1·antage souci, lorsque Isabelle
parut se passionner pour la lecture el n'avoir
pas de plaisir plus grand que celui de feuilleter les innomLrabks rnlumes conservés au
château, d'en admirer les gravures et d'en
parcourir au ha arJ les pages. EUe put doue
lire tout cc qui lui tombait sous la main, el
quoique sans ordre, sans méthode, souvent
même sans comprendre, elle lut tout. Trois
ans après son arrivée, elle en savait beaucoup
plus long que la plupart des enfants de son
ùge, à peine protégée contre le danger de
tant de libres lecture par son innocence
naturelle, ses honnêtes instincts et par le
leçons de morale qu'à toute heure el en toute
circonstance Chasserai opposait aux ardeurs
de sa jeune imagination.
Ces leçons, il en puisait les éléments en loimême, dans son cœur si généreux, dans .sa
conscience si droite, dans sa raison si sù.re. JI
rappelait à l'enfant l'histoire de sa famille,
célébrait les vertus de ses aïeux, pleurait avec
elle les morts, l'accoutumait à prier pour les
absents. Il l'entretenait de Dieu, de la religion, des cultes proscrits, des pieuses coutumes que la Terreur avait interrompues el
auxquelles il était défendu d'être fidèle sous
peine de mort. Par malheur, ces ages
enseignements, dont la rigueur des lois révolutionnaires entraYait sans cesse la pratique,
étaient dépourvus de sanction. Us ne ponv:iienl constituer un frein suffisant pour contenir dans les règles d'une discipline salutaire
celte orpheline déjà démoralisée par l'excès
de ses infortunes et qu'elles ne disposaient
que trop à douter d'une justice divine qui
l'avait jusqu'à ce jour si peu protégée, à n'y
plus compter et à ne pas la craindre. 'ayanl
jamais connu ni subi le joug des conventions
sociales momentanément suspendues, et bien
qu'elle ne fût encore qu'une enfant, elle
n'écoutait qu'avec impatience ce que lui en
di ait l'honnête Chasserai. Elle n'en voulait
accepter que ce qui flallait ses Mréditaires
préjugés de race et l'orgueil qu'elle tirait de
on nom, malgré les maux que ce nom a\'ait
allirés sur sa tète.
La vie qu'elle menait maintenant, au grand
air des montagnes el des bois, celte vie soli-

,

laire! presque sauvage, la métamorphosait
physiquement, faisait peu à peu de la fillette
frêle et timide qu'elle Jtait nao-uère une créa0
ture audacieuse et robu, te, dont un rare
mé_pris de tout danger inspirait les actes.
~tais elle n'était pas pour assouplir ni dérider
son cœur, ce cœur raidi et glacé, figé en
quelque sorte dans les affreux souvenir du
pas é. Trop d'implacables ressentiments v
grondaient, trop de haine pour les persé:
cute~rs et les bourreaux, un trop ardent
espoir de vengeance qu'exprimait, à certaines
heures, la dureté du regard farouche et hautain.
Chasseral s'inquiétait sou rent d'un étal
d'âme aus i exceptionnellement violent. li
~ss~ya:il d'y remédier par la persuasion, car
il n eût osé employer d'autres mo)'ens envers
la fille de ses maîlres. Vains étaient ses
etrorts. For_te de la déférence que tout naturellement 11 lui témoignait, elle s'entêtait
dans ses idées, s'y retranchait comme en une
fortere se, n'atténuant les effets de son iné~ranla~le volonté_ d'indépendance que par
1 affechon reconnamante qu'elle témoignait au
lirave homme devenu, par suite des événements, son unique protecteur.
Lorsque, après l'élévation de Bonaparte au
Consulat, parut s'ouvrir une ère réparatrice,
Chasserai conçut l'espoir de réformer le
caractère d'Isabelle. Elle venait d'atteindre sa
c1uinzjème année. Il appela à son aide Je curé
des Etraches, paroisse rnisine du château
rentré depuis peu dans son égfüe Iongtemp~
ferml!e. Sous l'influence de la ferveur religieu~e dans laquelle la jeta sa première commu?10n:. et p~ut-êlre aussi parce qu'elle touchait à l age ou dans toute jeune fille la femme
s'éveille, elle devint plus docile aux bons conseils, plus accessiule à d'heureuses transformations. Les aspérités de sa nature 'émoussèrent.
Elle cessa de considérer la vie comme un
théâtre où le triomphe du mal est assuré.
Elle prit co~fiance dans l'avenir. Elle apporta
dans ses actions plus de raisonnement et de
logiq~e. En ~n mot, les belJes qualités qu'elle
gardait en soi commencèrent à fleurir sur un
terrain retourné de fond en comble. Elle n'en
cons~rv~ fa,s moins son esprit d'indépendance,
sa temerite, ses allures garçonnières, cette
ph~sionomie d,e ~eune adolescent qu'accentuaient son dedam des parures, sa passion
pour les exercices virils, l'habitude de monter
à cheval sous un costume d'homme, sa disposition aùx aventures. Il ne pouvait en être
autrement, puisque, privée de tout contact
avec le monde, elle continuait à viYre dan la
solitude, au milieu de gens incapables de lui
apprendre ce qu'elle ignorait. Mais ces inconvénients d'une éducation sans contrôle trouYèrent un .contre-poids dans sa 0(l'énérosité
natu~eUe mieux exercée, dans son goût pour
les livres mieux dirigé, et surtout dans son
instinctif amour de tout ce qui était beau,
hon et droit.
Cha,.sseral fut alors rassuré. Sous une
l'orme encore un peu rude, la vi!!ueur morale
d~ Mlle de Circé se manifestait l'égal de sa
ngueur corporelle. A seize ans, c'était uno
superbe fille, grande el mince, coulée dans le

à

--~

Une c/Jaise Je poste, 1•e1111e e11 droite lig 11e du /011J de la Russk, s'arrêta, au village des l16pitaux-Joug11e
devant u11e cabane occupee par 1111 poste des douanes , .:ommis à la garJe de la frontière. (Page 186.)
'

moule d'une structure parfaite. Sous ses cbe~
veux châtains, tirant sur le roux, qu'elle
portait un peu embroussaillés, le visage offrait
les pures lignes d'une statue grecque. L'expression en était aristocratique el fière. Les
yeux larges, profonds et très noirs, révélaient,
en leur éclat sombre, la franchise et l'énergie,
une hérédité d'aspirations hautaines poussées
dans le sang. Toutes les impressions de
l'àme s'y reflétaient avec une spontanéité qui
faisait de celle âme un lirre toujours ouvert.

VIII
On était alors en 1805. De toutes parts, en
France, renais;;aient l'ordre et la sécurité.
""' r85 ..,.

Cbasseral, depui dix ans, n'avait eu que de
rares el indirectes nouvelles de ses mailres
11 en attendail de plus précises avec une
impatience fiévreuse. Ignorant en quel lieu il
résidaient, il n'avait pu leur apprendre que

leur petite-fille était ,·ivanle et digne d'eux.
Enfin, arriva une première lettre. Elle
Yenait d'Ode.:,sa d'où l'avait écrite et expédiée,
à l'adresse de (;basseral, la marqui e de Circé.
La noble douairière ne savait si l'ancien régi, seur de ses domaines était encore de ce
monde, ni si le cl1àteau de Circé était toujours
debout. Elle éc::-ivait donc au hasard, racontait à mots discrets les douloureux épisode
de son émigration, son séjour en Allemagne,
la morl de son mari, son départ pour la

�HlSTOJ(l.JI
l\us ie et enfin on récent pu age en Crimée,
ollicit~e de lui. ou vent au s ce pétition ·
ba 0 a es, la marqui e entraina lsabeJle dan "
o~. gràce à la prolcctioe1 du duc de Richdieu,
'égaraient dan les bureaux de la police; on
la
caliane. Elle avait Mte de la voir à la lugouverneur de cette province, elle a vair pu ·'in - le y Duliliait. Les iulért&gt;, é , e vo1·ait&gt;nl alor
taller auprès de on pctil-61 , nommé, comme contrainrs de les renouveler, quelc1uefois mière. D'un regard, elle enl'e)oppa celle été.beaucoup de enlil homme Crançais, olfi ·ier m~me à plu ieur repri es, ou de recourir à gante il!Jouette de jeune fille, ce 60 visage,
dans l'armée ru se. Elle parlait au ·ide l'aLW de inOuences a ·ez puis anle pour IPs tirer c~ beau cheveu où la failile lueur de lroi
chan~dle fichée dans des bouteilles mettait
Jaucombe IJUi n'avail ce sé de partager on dt! rarton où ell
'accumulaient. C'p t ain i
des rellcts cuirré , celle taille velte, le
e. il, a cwié à e douleurs el à e mi èrt' .
que la mm1ui~e de Circé :illend,L peudant
pures ligne de ce corp aux forme parfaite. ,
EUe rappelait le lra!!Ïque trépas de _on fil
deu1 an . a radiation de la li te des éroi ré ,
el toute boule ver. ée par le émol100 de cell
et de a bru, et, tout angoi sée, demandait à
alors qu'elle espérait de jour en jour en receCha eral ce qu'était devenue I abelle.
heure i douce, après la11uelle elle avait tant
,oir la nou,elle.
de foi oupiré: • Ah! chère mi!.!Tlonne, murC'est celle-ci cp1i répondit à cette lettre,
Enfin, peu de temp après la prorJamation mura-t-elle, je reconnais mon aao. Vou.
narrant à on tour le événement amquel
de !"Empire, un entilhomme dont la famille
elle avait été mèlée, et par uite de quelle
êre bien une Circé. » Comme l'ahlié entrait,
élait alliée à la ienne, el que le nouveau
circon lance elle re ·tait , aine el sauve, aprè
uivi de Cha sPral, elle lui dit: a Xe trou,·ezr 10 ime amit rait cbamb.. llan de !'Empereur'
vous pa~ l'ai.il, l, qu'elle re- emble à on
de• .i tt&gt;rriltlt' tourmt&gt;nlt&gt;'. Elle traçait de
o a plaider aupr de ce dt'rnier la c·au e de !!rand-père'?
l'héroïque dérnuement Je Cha . eral un ral,lrau
a parenle. Le , urcrs couronna a témérité.
où e 1r11u1ai nt énumérés tou les liienfaits
- t:'est 1·rai, madame la marqui e. ~fadeEn ,epli•mbre 1 05, la mar11ui e de Circé et
moi,elle ne aur11il di, imuler on illu Lre
que la rodi on de Circé devait à ce lo, al rron pelit-fil furent aulori:,é. à re111rer en
viteur : « Il vou a con ené votre pelitt&gt;-fille
origine. a re emblance al'ec feu on aïeul
France et à rt&lt;pre11dre po. . :,Ïoo de ll'ur
e Lsai,i ante.
et Lou vo LiPn , écrivait I abelle à a grand"bien re,tés ou éc1uc tre. L 'al,Lé ltaucombe
mere. li attend pour vou le ~ndre que YOUs
- Oui, ai,i - ante, répéta la marqui e.
était compri dans ~Lle me ure de clémence.
veniez le lui réclamer. à muin que vous ne
Paun·e petite Ûllur pou ~ée ur dP tombe ,
je n·e~phai pas \'OU retrou,·er i belle ni i
lui ordonniez de me conduire aupr de vou .
IX
lJécid,...z ce t{ uïl duit faire, Madame ma
robu le! Merci, mon brave homme, oonlirand'mère. Mai , quoi que vou décidiez,
nua-t-elle en 'adre . ant celle foi à Cha ela fin du moi ' d'octobre de celle année ral, merci pour me l'avoir con crvée et pour
on°ez qu'il y a ici une orpheline privée
i
05
à la tombée du jour, une cbai,e de me la rendre ainsi.
dt•pui donze ans de care e maternelle , qui
po
te,
charl,!ée de bag:ige , venue en droite
brûle du d~ ir de ,·ou revoir et de vou pro- J'ai fait cc que j'ai pu, madame la
ligne du fond de la Ru ie, 'arrêlaiL, apr
marqui e.
diguer les ienne . »
un vo1age de vingt jours, au villa~e de llôl'iCelle 1.-ttre partie, 1 ahelle et Cha eral en
- Je ai tout ce que je le doi ·, et par
taux-Jougne,
à l'entrée de France, non loin quel traits ta as mérité m reconnai..ance.
espér~renr une nouvelle el prochaine. Mai le
de Pont.arlit!r, devanL uue cabane moirié
corn rnunication é1aient diHic1les. On e l,a1tajt
- Que parlez-vou de reconnai .ance !
pierres, mui1ié planl·hes, occupée par un
encore aux rro11tib'e .. Leur alien te dura lroi
'écria Cha cral. J' 'lai · déjà pa é par l'afTecpo te des douane , commi à la arde dt! la
moi . La répon e qui leur paniol alors lt&gt;ur
tion de mademoi elle. Que je r te aupr'.
fronlière. Alor comme aujourd'hui, celle
cau~a une amère déception. Aux trrmes de
d'elle, aupr de vous, je ne demande pa
urveillance 'exerçaiL rirroureu,ernenl. L'au- autre cbo - .
10· contre 1• émia ré·, la marquise n pouvait
dace de contrel,3ndier , favori,-ée en ce
son11er 11 rentrer en france an une auturi a- Il e t bi •n entendu que nou ne nou.
lemp. par le lon° dé arroi des er\'ic admition. Pour l'obtenir il fallait du temp , de
quilleron plu. , répondit la marqui e. Par
ni lrall~, la r ndail plu partfrulièremenl
protection , des circon tance favoralile . néce saire.
exemple, r.on1inua-L-clle, en ouriant, je conD'autre part, elle ne croyait pa prudent de
Late que Lu ne lui a pa eo, eiané l'art de
Isalielle de Cirœ et Cha eral, l'enu au'babiller. Quelle Lenue, grand Dieu! »
lais er I belle venir la retrouver. Co vo1a 0 e
de,·ant de celle voilure, en ,irent d cendre
en pal étranger olTrait trop de péril pour
Il e l certain que la toileLte de Mlle de
d'abord un petit homme, dont le visage rubiune jeune fille, en nu · ie urtout, où nul ne
Circé lai ait un peu à désirer. on cor :irre
cond, ou d che eux noir , crépu • le teint
pénétrait et ne circulait an le con. entemenl
en drap verl, taillé par une couluri'•re de
Oeuri, le reoJ'ard pénétrant el ru é rél'élait&gt;nl
du T:ar. La marqui e exhortait donc a petilePontarlier, 'échancrait ur Je bau• de la
une maturité ri.,oureu e, bien qu'il fùL un
lille à la patience el lui promettait de multipoitrine quïl lai il à nu et permt•LtaiL de
peu lourd d'allures ur ses jambe trop
plier e démarche afin d'oLtenirl'aatori.ation
voir un col de toile étalé tout de travers ur
courte pour on gro corps larg et bedonde rentrer. Elle e Limait que ce erail l'affaire
nant lr étroitement erré dan une douil- une cral'ale en mou cline Llanche, à l'extréde ix moi • Elle ~e trompait. Ce devait être
mité de laq,1 Ile pendaicnL des denldl
ler te puce, doublée de fourrure; pui , une
l'aff,ire de plu,ieur années.
froi:- ét&gt; el déchirée . La jupe, donl la couvit&gt;ille dame, miuce et lonruc, à l'air hauPeul-être aur.iit-on quelque pPine à le
leur claire Lranchail trop cr1imcul ur celle
tain, enveloppée au i d'un manteau fourré
comprendre, i l'on en j1weait d'aprè le.s
du corsage, était au i froi ée que le denà pélerine et coi/T~e d'une capeline en oie
facilités a suréti aujourd'hui aux rapport
telle . Le extrémité lacérét- par l'usure
nuire, qui lai ail voir denx épais bandeaux
ioternationau . lai il n'v :rrail aJor ni chedécouvraient de botte montante· en gro
de cheveux blan. encadrant un vi age
min de for, ni Lél~tTJ"aph;. Lenle éraient IP
cuir jaune, qui n donnaienl qu'une idée
allongé, dont le ride ne par1·enaient pa. à
1·ommunicalion ·. Entra\·é à toute heure par
bien fau e du pied modelé qu'elle enferdi imuler des trace.! d'ancienne beauté.
1 intempérie dt! ai on , par la rigueur
maient. Eofin, un feutre noir à larn aile ,
Cette vieille dame élail la marqui ·e douai,le urveillance eiercée ur 1 • fronti rc .
ur lequd treml.Jlait un bou,1uet de plumes
rière de 'ircé; le pclÎL homme était l'abbé
par l'état de auerre où vivait l'lforope, par le
de corbeau dont les tige al'a1ent lai · é au\
Maucombe. « 'êtes-,ous pas ma graod'm re, branches des arbr · la plupart de leurs
mesures arbitraires de la poliœ qui arrêrait
madame? » demanda d'une voix émue I abarbes, donnait à la charmau1 figure qu'il
au pa age toute le•tre su pecle et ouvent la
belle. EL san atlendre la r lpon e, elle ajoura:
confi,quail, le ervice de po. tes n'anit
abriL il une e1pr ion faroucp el .am·a e,
a Permeuez à votre pcli te-fi lie de vous ouhaiaucune garantie. D'autre part, le 11ouverne- ter la bienvenue el dti vou embra ser.
où se révélaieoL de habitude de vie irrégu1
lière, menée au gré des plus soudains camenl con ulaire, a ·ailli par le demandes des
_Ce n~ _rut p~odant q_uelt1ues minutes que price , an di cipline et au grand air.
émigrés, les oumettait à de mioutieu e
cris dti J01e, l,aisers, presentatîon , toute le
enquêtes qu'il fai ait trainer en longueur
• C'est mon costume de cheval, dit timideefTusioos d'une rencontre ardemment attenlor ·que, hésitant devanL la cruauté d'un refu •
ment I abelle d~contenancée par l'ob ervaLioo
due. Pui·, taodi que les douanier , ur les de grand'mère.
11 ne e d cidait pas à accorder l'autorisalion
indication d'un dome tique, inspectaient 1
- Il faudra en commander un autre .
... 186 ...

M A.D'E.Mo1scu1;
Celui-ci ne convient pas à une lille de grande maîtres », répliqua l'abbé qui s'exaltait faciruai.on. lai mus êle dnnc venue à cheval,
lement.
ma mi 11 nonne? A celle bt&gt;ure et par ces cheCt'He foi , la marqui e le prit de plus haut.
mins déserts! (.!uelle imprudt&gt;nœ !
&lt;t Je connai vo idér , l'alilw, et j'ai eu
- Cha. Pral m'accompa..-nait. Et pui , j'ai le rrsrel de con. taler qu'en dépit de mei
l'habitude d"aller -eule.
elfort , vous le avez inculquée à votre
- Une haltitude à lariuPJle \'OU derrez élève.
renoncer, comme à ce co tume, ma chère
le idée sont celles de tout bon ertinfant, comme tout ce qui ne ied pa à \·i teur du roi. Renoncer à comLallre pour no·
,·otre condition. » En di ant ces mot. dont la prinoo, pa. er dan le · ran de ·élérats
douceur de l'accent tempérait la évérité, la qui
ont déclarés conrre eu , c'e t une démarquise crut voir ur la figure de Cha eral
erlion el ·i M. le marquis m'avait écouté ....
une expres ion de trbte e el comme le
- Joo pelcl-fil me doit olwi _anœ, interregrer d'avoir mérité une critique qui 'adre - rompit avec dignité Mme de Circé. Que ce
ail à lui tout autant qu'à t~abelle.
soit à on corp défendant qu'il ait obéi, peu
a Cc n'e ·t pa un reproche, Cha . cral, imporle, puh1u'il a ohéi. Je n'ai rien de plu
ùmpres a-t-elle d'ajouter. Je rempli mon à lui demander, i ce n'esl de ·rvir ·a patrie
devoir en préparant ma pPLiLe-fille à réformer . ou ce Napoléon, en 11ui ~olre int Père
e· allure et e oùlr, en !'averti, ant lui-même a alué l'élu de Dieu el que la
qu'ell • dena ~e façonner aux couru mes de la France acclame, comme il 1\ ûl ervie sou
·ociélé dans laquelle elle e Lappelée à vivre. le Uourlion . 11
)1.ii il n'en ré.,ulte pa 4ue toi, Lu n'aies
L'abbé, entrainé par on oùt pa iouné
remrm le Lien. Telle qu'elle e L, 1 abelle le pour la contrO\er e, allait répondre.
fait bonneur.
Ce fut li:al.Jclle qui l'en empècba.
- Uui, oui, appu}a l'abbé. ;n diamam
a \'ou êt en train de manquer de respect
non encor dé ro::. i n'en e-t pa moin un à ma graod 'mère, mon~ieur, » dit-elle a,ec
diamant. li uffit d'un bon ouvrier pour lui douceur.
donner tout on éclat. C'est cho e à laqueJl
Quoique d 'concerté par celle oh cr,alioo
lme la mar11ui e 'entend à merveille. »
En lançant celle belle phra e, l'alilié Maucomb e ren "orrreait comme un p on qw
fait la roue. 1 belle, é ayée par le compliment, le rt&gt;"ardaiL en errant ei lèl'r pour
élou/Ter le rire ironique qu'elle y enlaiL
monter. Pl.li , pr ·sée de secoutir la ène où
la jetail un eDLretil!n dool ell était l'objet,
Ile inlerrogca la marqui~e.
« fioberL n 'e t-il pas arec ,·ou , rrrand' m'&gt;re? demandn-t-elle.
- J'ai lai é votre frère à llamboorrr, où
il était venu me aluer nu pa sa e.
ù il était ,·enu '! 1 e \'Ous accompagnait-il donc pa· durant volre route?
- Quand j'ai quitté la nu ie, il en était
parti depui · quelques emaioe pour faire un
vo ·aœ en Anrrleterrc et ullli er am i un con é
c1u 'il a"aiL ouleno. Il ne connai, ail pa encore la déci ion de l'Empereur à notre égard.
Je la lui ai appri e quand oou . nou omme
rn~ .. ·aturellement, elle a modifié se projet . Contraint d'al.Jandonner l'.irméc ru e, il
a enrnJé ,a démi~ ion à 'aint-l'éter bour, el
écrit à on protecteur le duc de l.lic.helieu. li
viendra ou p•u pa -er qudqu jours auprl'
de nou pour renouer connai, ance avrc .a
:-œur, avant d'aller à Pari e mettre am.
ordre du mini tre de la guerre 1111i doiL le
placer dao un rérriment.
- Le mar'Juis de Circé dans l'armée de
l'u urpaLcur, » ob erva l'abbé d'une \"OÎX
ironique.
l:11 Jtulrt n oir .i l.:zrges ailts .1onnatl a y charm.Jnù
En entendant ces mots, la marqui~e bru figure iu'il abri/;iit une e.,fressfo11 faro11cM tl sauvage._ .. 1Page 186 . )
quemenl 'était retournée.
a e
vez-vous pa , l'abbé, que celle
condition a été tîpulée formellement par l'abbé protesta cependant du ge te et de la
1 'apoléou? Fallait-il, pour ne la pas uLir.
parole.
renoncer à revoir ma mai on, mon pay ?
a )Jadame la marqui e _ait bien que mon
- C'eùt été p ut-êLre plu di ne que re pecl égale mon dévouement, balbutîa-t-il.
d'implorer les bienfaits de l'ennemi de nos
- Oui, je sais cela, l'abbé· mais je sai

DE

CmŒ - -...

aus i que ,·on ête insupportable lorsque,
comme aujourd'hui, vou \'OU improvi. ez
l'avor.al de pri,1res el pPrdez le ouvenir dr
sacrifice que j'ai faits à leur eau e. Pour
eux, j'ai vécu dans l'i,xil, . ODtfl'rl la mi i•re,
travaillé comme une ervanle. Je lt&gt;ur a1
donné le sanrr le plu pur de mn mai on, mon
mari, mon fils, ma bru .... Ma delle est payée
oiiante-dix ans, j'ai droil au repo . Je
demande qu'on me lai se mourir en paix. »
El comme l'abbé lenlail encore de placer
une parole, qui, celle foi , eùl été peut-êLre
une e1cu e, elle l'en empêcha :
« fiompons sur ce ojet. »
li e le tint pour dit et ce
de discuter.
Ce débat, dan leq,wl l abelle n'était intervenue que pour en auénut·r la ravité, l'avait
troulilée. noyalh,re d'in 1i11ct el Je se111 iments,
pror~ ant u11e bainl' ardl!nle pour le. homme
et les doctrine e11fantét- par ci-tu- llévolutlon
qu'l'lle rendait respon aLle des infortunes de
a tàmille, elle rom liait de on haut en découvrant cht-z a grand'mère des opinion si di1Téren1e de ienne , de celle qu'elle lui cro ·ail.
.leotalemenL, t'lle donnait rai on à l'aLbé, et,
quoique n'ayant o é soutenir la même th e
'Jue lui, elle ne ongeait plus à le railler,
lli:po ée plutôt à l'admirer pour la fermeté
avec laquelle il venait de déft.i1dre de idée
qu'l'lle parla eait. Elle panint cependant à
di imuler son émotion à .a grand'mère
comme à lui. Cba eral, qui avait ce qu'elle
pen ait sur ce cho e,, fut cul à la de1ioer.
D'un ib'lle, il l'encourag-ea à per évérer dan ·
·on impa ibili1é. L'incident n'eut d'autre
suit que l'embarra momentané qui ré ulte
d'une querelle urvenue à l'impro\·i te entre
0 en
accoutumés, en vue d'allclnuer leur,
dis entiments à n'en parler jamais, l'i qui
ont oublié qu'il e doivl!nt le ilence ur Ir
·ujet qui les dhi , ou tout au moin d s
conces ion récipro,1ue .
Tandi que 'échangeaient ce propo , le~
douanier avaient accompli leur Lâche, ,•érifié
le conrenu de malle , dre é la li te de~
objet soumi.., aux droit de douane et donn:
quiuance du montant de cc droits, payé
entre leurs main . Le domestique de la
mar4ui.' vint la préveuir qu'elle poU\ait
rcmonLH en voilure, ce qu'elle fit en cumpagnie d'I abelle el de l'al.JLé, ouLlieu c déjl.
d'un dtlLat dont la joie qui gonflait son cœur
au moment de revoir un paJ di ipait 1
~ouvenir. Cha_ l'ral, enthantl de ce dénouement saula ur on cheval. Tenant en main
celui de a jeune maitres e, il prit le dennt .
n ,·oulait arriver le premier au chàteau où
devait être fêté le retour de lme de Cir :.

Tant que le domaine était re té sou
séque tre Ch eral, bien qu'à tirre de gardien il en fùt devenu le maitre de fait, n'avait
eu garde d'en continuer l'e1ploi1atioo. Uniquement préoccupé d'empècher les bâtiment
et le mur d'enceinte de e d~tériorer, il 'en
était tenu aux réparations indi pensables.
Quanl aux terres, il le avait lai ée tefle

�IDSTO~l.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _--,-_ _ _ _ _ _ __
qu'elle se trouvaient au momenl du décrel sière et fa pluie, avec, dan le angles, des
de Gonfiscation. Les sapinière étaient re rées toiles d'araignée ; sPs pelouses dévastées, ses achevées, étaient as ·ez avancées pour qu'en
.aw èlre coupées, les prairies ans être fau- prairies où l'bPrbe en pourris ant élait devenue rentrant chez elle, elle ne fût pas trnp cruelchée~ ni pâturées, de telle sorte que la pro- fumier, St' avenues emahie par les ronces, lemenl frappile drs ch~nrrrments survenu en
priété e couvrant peu à peu de brou sailles, se sapinièr_e sou lesquelle la broussaille son absence. C'était déjà, de la part de Chaseral, un témoignage de sollicitude et de
de bois mort, d'herbes géantes, avait revêtu obstruant le sentiers arrêtait la circulaLion.
dévouement.
Mai ce n'était pa aQsez. 11 avait
arec le temps une phy iooomie de désordre Autour des commun silencieux, se manifesencore voulu que Mme de Circé fùt reçue
cl d'abandon, accenluée par une ab ence
tait encore un peu de vie. Un carré de
pre que complèle d"habitants, qui en rendail lérrumes, d s fleurs en pJate-bande, des avec honneur au seuil de sa demeure, etc'esl
afin de jeter un dernier coup d'œil sur les
silencieu ·e el morne 1a oliLude. La maintenir arbre f ruiticr , une vache laiLière dan
apprèls
de celle réception, organi ée par lui,
en cet étal, c'était, pen ait Chasserai, le l'élable, deux chevaux à l'écurie, une douzaine
que
maintenant
el tandis que la noble dame
meilleur moyen de décourager les acquéreur. de poule dans la ba e-cour, rérélaient que
.
e
dirigeait
vers
le château, il la devançait,
Dan l'intérieur du château, il avait usé de le hauitanls du domaine 'étaie11t appliqués
pou
sanl
on
cheral,
pre sé de juger par luiprocédés analogues. es maitre partis, il tant bien que mal à en tirer la presriue totalil{,
même
si
es
ordre
araicnl
été inlelligemment
s'était empres é, avec l'aide d'homme ûr~, ùe lenrs moyensd'cxi IC'nce afindefaire durer
exécutés.
ùe foire di paraitre toul ce qui aurait pu plus longtemps leur mince pécule. Et de fait,
Les choses 'accomplirent ain i qu'il les
tenter la cupidité des bandes noire qui c depuis treize ans, sauf la riande et le pain,
avait
ordonnées. A l'entrée du parc, la mar•
formaient de Ioules part pour ache ter à ,il achetés au 1-illage, ils n'a raient pas eu d'aulres
quise
pa!lsa sous un arc de triomphe, formé
pri:. la dépouille des émirrrés. Les vieilles re nurces.
de
fleur
el de feuilla~es, tout autour duquel
tapi erie qui courraient les murailles, les
Mais .i, pendant ce Lemps Chas eral ne &lt;les pay ans, portaut des torche pous èrenl,
porlrails de famille, la massÎ\•e ar g-enlcricl
'était pa départi de sa prudence, il y renonça
étalée sur les dre soir , les meuble précieux, aus~itùL qu'il eul été averti du prochain retour en la Yoyant, des acclamaliuu . Elle en
retrou,a un second dan le parc, un troisième
les sièges couverts d'étoffes brochées, Lou
de la marqui e. La première nou11 elle lui en enfin rnr le perron qui accédait à la porte
ces objets, soigneusement emuallés, avaient fut donnée par un memlire du énat impérial,
été, le un cachés dan les caves, les autres originaire de Pontarlier, un ancien conven- prinripale, et toul autour de celui-lù, le curé
enterré en divers endroils du parc, enfouis tionnel, avec lequ~l il entretenait d'amicales des .ÉLrache , le m.1ire, le conseil municipal,
au fond d'un puil de ;éché, cl lout cela en relations et qui, sur sa demande, 'était des gendarmes, de douaniers, la plupart des
si peu de Lemps que lori:que, la confi~calion cnlremi' en faveur de la famille de Circé. habitants du village. Elle dut éuouter de
prononcée, les agent de la municipalité de , an attendre que la marqui e lui apprit elle- pompeuse barangnes où, comme au temps
Pontarlier 'étaient présentés au châleau pour même C'llte nouvelle, il rn bâta de mellre le jadis, la populatfon, par l'organe de son pa prendre po se sion des richesses qu'on y domaine e:1 état de recevoir ses maitres. Il leur et des membres de la muniripalih\
aluait en elle sa protectrice et manifestait la
di ait accumulées, ils n'avaient trouvé que recruta des ouvriers qu'on vit, sous sa direcjoie
qu'elle éprouvait à la reroir saine cl
des salle vides, dénudées, dans lesquelles tion, travailler pari out à la fois. Le domaine,
saure,
malgré tant d'épreuves.
quelques pauvres meubles semblaient porter rapidement mélamorpho é, recouvra sa belle
Après
avoir, d'une voix bri ée, remercié
le deuil de Lout ce qu'on avait enlevé. Et mine avec es gra ses prairie fauchées. netcomme les agents exprimaient leur déception toyées, ensemencées à nouveau el peuplées de ces braves gens, elle pénétra dans sa maison.
Mai là, ou· ce~ voûtes séculaire , auri inouet leur étonnement, Chasserai, affectant une
hlié de a ,•ie heureuse de jeune femme,
mine irrilée et déconfite, de répoudre que
derant
ce murs dont la clarté des bougies et
« ce coquin de marquis l'ayant éloigné sous
des
lampes
éclairait la nudité non encore
un prétexte, durant quelques jours, avail
voilée, tant de souvenirs .e dre .èrent devant
profité de son ab ence pour Iran porter son
elle, et i douloureux, si poirrnanl , qu'elle
Iré or de l'autre côlé de la frontière ».
perdit connai sance. Par Louheur, ce u'était
Jusqu'au 18 brumaire, les chose reslèren l
qu'une
faiulesse pa agère. Bientôt ses yeux
en cet état. Les hommes qui se succédaient au
se rouHirent, elle e redressa, et debout, la
pouvoir n'inspiraient pas confiarn·e à Cha tète haute, en grande dame et en femme
serai. Il croyait à un retour de la Terreur. li
énergique
qu'elle était, elle emhrassa d'un
n'avait visité es cachette qu'à l'époque où
regard
assuré
ces lieux béni qu'elle avaitcru
I abeUe était arrivée, et seulement pour y
ne jamais rel'oir et où elle allait vivre désorprendre de quoi décorer la cbamure où il
mais en pleurant ses chers morts el en
l'in talla dans les commun du clJâteau. Il
demandant
aux être adorés qui leur sunin'eut foi dans un avenir réparateur que
vaiPnt,
son
petit-fils et sa petite-fille, un peu
lor,que le général Bonaparte de,·int premier
de
bo11heur
pour se derniers jours.
Consul. Alor~, il reûra des lieux où il les
Jusqu'à une heure avancée de la oirée, elle
avait cachées le richesses de la famille de
COD erva sa fermeté maintenant recouvrée.
Circé, mais sans o er le remetlre en place,
Durant le diner, auquel é1aient invités le curé
redoutant d'être contr.ùnt de les faire de
et
les notables de la commune, elle eut pour
nouveau disparaitre, si Je Trésor public, dont
ses comive le mêmes grâce!l et les mêmes
les caisse étaient vides, s'avisait d'ordonner
prévenances qu'autrdois. Ceux d'entre eux
la vente des biens d'émigrés qu'il po sédail
qui
l'avaient connue en ces jours lointains, la
encore.
retr01:vaient
toujours bienveillante, toujour
Pour la même raison, il ne loucha ni aux Ses maitres parlls. Chasserai s't!t:lil empresse ,ù Jaire
enjouée
et
fine
d'esprit. C'était à ne pas croire
prairies ni aux boi . Le château, devenu pour
disparailre to,tt ce qut aurait pu tenter la cupiJi/e
que depuis tanl d'années elle mangeait le
des tan.tes noires. (Page 188 .)
les habitants de la commune des Étracbcs,
pain amer de l'exil. Elle-mème semblait
sur la4uelle il était situé, une retraite my tél'avoir
oublié, lran,.figurée subitement par
rieuse, où nul ne tentait de pénétrer, con erva vaches, ses bois débarrassés des véoétaLion
l'air
réparateur
du foyer familial.
ses apparences de chàleau de la Belle au bois parasites qui entravaient la croissance des
Elle avait 1'oulu que Cha sera! prît place it
dormant, ses murailles sillonnées de Lrace
arbres, ses bàliments relevés, les mur du
d'humidité, ses petites vitres couvertes d'une chà.Leau recrépi , Au jour fixé pour l'arrivée table et à sa droite, inaLlenti1•e à la mine
couche de boue qu'y avaient formée la pou . de la marqui c, ces réparation , quoique non scandalisée de l'abbé dont les inrorri!ribles
préjugés s'effarouchaient de cet homma~e. A
l)

M A.D'E..MOTS'ELL'E
tout instant, elle e penchait vers un fidèle
serviteur. E le lui dé i11nait sa petite-Olle
aRsise en face d'elle et murmurait :
&lt;C Elle est adoraltle, cette enfant, et le era
plus encore quand elle aura appris les manières du moude, quand elle saura 'habiller
urtout, oui, aduraule, » répétait-elle toute
viuranLe d'émotion, cumme en un rércil de
maternité.
Le urave Cha.serai Luvait ccl élo11e sans
admeLLre d'ailleur~ que le contact du monde
el des parure de meilleur goùl du. enL avoir
pour effet de rendre )Ille de Circé plus belle
de corps el plus parfaite de cœur.
,1 Attendez de la connailre pour vous prononcer, madame la marquise, ll répondait-il.
EL dans le bruil des Yoix el des rires qui
de tous côté montaient eu fusée , il rat·onLait à la marqui e, pour elle eule, en quel
lamenlable état il avait r1·çu lsauelle, à son
retour de Paris, el de 11uelles angoi ses, depuis ce jour, avait rempli sa vie la re pon abiliLé qui pc ait sur lui, mais aus i de quelles
joie . Les accident de a croi ·ance, es
maladies d'Pnfant, le travers de on caractère, lt-s effort entrepri pour le corriger,
le développement de ses forces intellectuelles
el physi4ue , le trait par où se ma11Üestaienl sa nobles e d'àme, la hauteur de ses
sentiments, a droiture, il rappelait tout cela
tt l'aïeule avide dt! l'entendre, dont les yeux
s'empli, aient de !arroi' , au cours de celle
marche en arrière qui ré1·élait combien était
digne d'elle l'hérilière de son sang el de son
nom. Cha~seral ne ce~sa de parler. elle-m~me
ne ce a d'écouler qu'au moment où le repas
prit fin.
Alor , en .e le1•anl, l'aimable femme, pour
honorer Ct-lui à qui elle devait de retrouver
sa petile-fille vivante el telle qu'elle la voyait
et la devinai!, po a sur le ura de Cbas. eral
a fine main blanche, el, Youlant lui rendrP
un Lémoicroagc érlalant, elle impo a d'un
gc le le silence anlour d'elle el dit :
&lt;&lt; Ce n'est pas
eul~ment P.n me conserranL, au péril de sa vie, mes hiens el 1, s riche ses cnfl'rmées dans ce cb:Ueau que Chasserai a mérilé l'éternelle reconnai · aoce de la
maison de Circé; c'est encore et surtout en
me con ervanl ce Lrt!Sor-là, le plus prédeux
de tous. » Et du doigt, elle désignait isabelle, en ajoulant : « Quiconque l'ouulierait
serait ,tir de me déplaire.
- Et à moi encore plus qu'à vous, grand'mère, l&gt; 'é&lt;;ria \Ille de Circé, en sautant au
cou de Chasserai.
Telle fu Lla récompense accordée à l'héroïque
dévouement de ce dernier. C'était peu; mais,
en ce temp -là, cc peu étail jugé urfi anL.

XI
La marqui e de Circé con acra le journée
qui suivirent son retour à reprendre po session de sa demeure et de es biens. Elle eut
aYec Cha eral de longues conférence!. Tout
étail à réorganiser dans le domaine, à réintaller dans le château. li fallait dre er un
invenlaire du mobilier, des bijoux, de l'ar-

genlerie, orùonner des coupe dan les bois,
contracter des baux avec le fermier , rendre
au~ appartement lt'ur ancit:'nne physionomie,
remellre en place Je Lapis.cries, les tentures,
les portraits de famille. Du matin au oir, ces

DE CrR,C'É - - ~

aprè avoir été le précepteur de Rol1erL de
Circé, était resté son ami, plus que son ami,
on confident. lsabdle le sa,ait, grâce aux
Jeures que, depui deux an , lui écriYait son
frère. Ausj, lursqu 'elle araiL voulu connaître
pour quels motifs fü,hert n'était pas rentré
en France, en mème Lemp que a grand'mère, c'e t à l'aubé qu'elle 'était adres ée.
li avait feint d'auord d'être empèché de
répondre. li donnait à entendre qu'il n'ayait
pas le droit de trahir les secret d'aulrui, que
la divulgation de celui qu'on lui demandait
de révéler aLLireraü des mam. sans nombre
sur la tète de Robert. Mai ce réponses él'aive ne pouvaient apaiser la curiosil~ d'une
fille voloutaire, entêtée en ses idées. Plus il
s'ousLinaiL dans se réticences, plus lts question d'Isabelle e faisaient pressa111Ps et impérieuses, si bien qu'un jour, . ou le Oot de·
dema11de qui se succédaient, il fut coritraint
de s'expli4uer. Aprè avoir e:xigé de Mlle dt!
Circé le erment de ne répéll'r à personne ce
qu'elle allait apprendre, il lui avoua que Robert con~pirail contre 1 Empereur.
1&lt; J'en étai
ùre, s'écria-t-elle, électrisi'.e
par celte confidence. Quelques phrases de sa
dernière lellre m'a,·aienL éclairée. \fais le roi
le lui a-l-il permi '!
- Le roi n'en est plus .'t permet lre ~ e
f.'hasseral u h.ila de me/1,-e l es domaines en elal Je
serviteurs
d'agir, ni à le leur défendre, rérecevoi,- ~es ma, rres . Il recruta Jes !'m•,-iers qu'o11
pondit tri tement l'abbé. Exilé au fo11d de la
vil. sous sa dlrec/1011, tr.ivailter pa,·to11/ r l;i fois
\Page rlltl.)
fius ie, abandonné par l'Europe, mal informé
de ce qui se pa se en France, il ne peut alsoins indi pensable~ absorbaient )1 me de Circé. tendre sa couronne que de l'iniriathc des plu
Ce n'c t guère qu ·aux heures de ri&gt;pas ou à intr&amp;pides d'entre eux. Votre frère a été reçu
la nuit venue qu'elle reYoyail sa pelitc-fille et à ~li tau. Sa füjesté n'a voulu ni l'encourager
pou1-ait s'entr,•teoir avec elle. Elle se pro· ni le décourager. Elle l'a lai~sé libre sous . n
mettait d'ailleurs dl:l se dédommager dès que seule responsabilité .... Tou le foi , comme térrait terminée sa tâche.
moi~nagè de a confiance, elle lui a donné
Tandis que, désireu e d'en finir, elle s'y de leltres patentes qui l'accréditent auprès
donuait fout entière. habelle pa ,ait son des chefs ro ·alisles. »
Lemps avec l'abbé ~laucombe. Au premier
)file de Circé fut mise ainsi au courant Je
moment, elle avait conçu pour lui plus de l'entreprise tentée par son l'rère. Sans tenir
défiance que d'atlrait. )lai , en peu de compte de transformations ~urvenues dfpuis
temps, ses préventions étaient tombée . i la chute du Directoire, ni de la puis. ante
les lraver de l'aLué apparaissaient d'abord organi. ation de la police impériale, cc jeun&lt;'
en lni, on découvrait nte en le f ré,fuenlant imprudent avait rêvé de provoquer sur le
qu'il po. édait les plus rares qualités de territoire français une prise d'armes, quell'e. pril et du cœur. a bontJ naturelle atté- que cho c d'anal/\gue à ce qui s'était passé
nuait le caraclère intransigeant de es idées. autrdois en Vendée, des soulèrements dont
Lor~qu'il parlait d~ · malheurs de la famille l'au ence de !'Empereur retenu alors en Allero-yale, de amertumes de l'exil, de crime
magne, aux pri es arec la coalition, semblait
de la Rél'OluLion, ses parol~s respiraient la devoir assurer la réussite. Jls éclateraient
violence, trahis aient d'implacaulcs re senti- parlout à la fois, favorisés par la crise finanments. Mai , s'il abordait d'autres sujets, sa cière, la détre,se publique, le mécontentemodération apparai·sail. Bien qu'il eùl sans ment général et surtout par les appréhcn ion
ce e à la bouche des menaces et des récri- qu'e,cilait dan Loule le clas e sociales la
minations contre le nom·eau régime, il em- guerre commencée. Le marquis de Circé deblait n'ètre ardent qu'en ~on langarre.
vait pénétrer en France avec ses complice ,
Isabelle se lia vite avec lui. Elle e plai ail par la ui se, du côté de Pontarlier. Il avait
à lui faire raconter li&gt;s plu émom·ants t:lpi- choisi celte po5itioo non seulement parce
sode de on émigration. Elle l'admirait pour qu'il la connaissait, mais encore parce que
sa Gdélité à la (au c du roi. Celle fidélité, il c'était la seule sur laquelle il n '1 eût pas, ;'t
la gardait inébranlable, encore quïl ne fût celle heure, de mouvement de troupe . Elle
pas san danger de la confesser. Isabelle présentait encore l'arantage d'ètre proche du
n'eût-elle eu que ce motif pour considérer château de Circé. Enfouie dans les bois,
l'alibé comme un homme &amp;.limable entre l'antique demeure offrait aux conjuré un
tous, qu'elle s'en fûl contentée. Mais elle en lieu de rendez-vous commode et ~ûr. Il leur
arait encore un autre. L'abl&gt;é Maucombe, serait ai é de 'y cachPr, d'y carher le armes
.... 1~ ...

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1flST0'/{1Jl ----------------------------------------'""
et les munitions qu'il étaient obligés d'introduire en contrebande.
Ces plans laborieu ement échafaudé alaient enlrt&gt;r dans la période d't&gt;iécution,
quand une circ11n ·tance imprévue était venue,
à l'improviste, les déconcerler. flohert de
Circé avait appris tout à coup que a mère et
lui-même étaient rayé de la li te de émigré
et remi en po ses ion de leurs biens. Cette
nouvelle, qu'en d'autres temps. il eût accueillie avec joie, constituait maintenant une
1éritable cala trophe. Elle l'obligeait à tout
recommencer. La marqui, c ignorait les projet de son pl'tit-flls. Il ne fallait pa songer
it les lui révél1•r. Par nature, elle rilpugnait
aux m01ens ,iolents ; elle en avait toujours
M. approuré l'emploi; à plus forte raison,
l'eût-clic M approu\'é au moment où sa famille béuéliciail de la clémenre de !'Empereur. a pré. ence au chàtl'au de Circé re1,dait
donc impo s;ble la réunion d...s conspirateurs
en cet e11droil. Hoberl s'était hâté d'en avertir
ceux d'entre eux qui se trouvaient encore à
sa portée. Quant aux autres, il e. pérail le
rencontrer sur la frontière avant qu'il • l'eu enl franchie, se concerter avec eux el modifier les instructions qu'il lt:'ur avait dunoées.
Instruite de ces graves desseins par le
confidences de l'aubé Maucombe, habelle,
dè ce m11ment, se con idéra comme destinée
à y participer, entraînée à agir elle aul-si non
eulemeol par la per pecti1•e des danger
qu'allait courir ce frère qu'elle adorait, bien

qu'elle le connùt à peine, et par l'ardent
Msir de les parlager, mais encore par un impérieux besoin de se dévouer à la eau. e du
roi. enir Cl'tle cau,e, lravailll'r à la chute
de l'u, urpaltmr, à la rPslauration du roi lilgitime, n'était-ce pa .e prrparer à vengPr es
parents , à a ~urer le châ1imenl de leurs
bourreaux, cc b0urrt•aux amni I iés et ab. ou ,
à qui l'Empire nai. ant avait fait une si large
part dan .es faveur ? Elle vécut alor· vibrante
et fié1reuse, dans J'attente de l'événement
qu'elle espérait et redoutait, excitée par le
langage de l'abbé qui se réjoui sait d'a,oir
trouvé à qui e conlîer.
C'était à tout in tant entre eux de my térieux colloques où il agitaient le diver~es
é1·eo1uali1é de la partie qu'avait o é en,wrer
Robert el c,,mmeutaii&gt;nt pas ionnémenl les
bruit du d~hor. , qu., 1...ur appor1aiPnt les
papi"r publics. La défaite de Traralgar, dont
la nouvelle était arrivée au ch:i.teau peu de
jours aprè la marqui e de Circé, les avait
comlilé de joie. Ils ignoraient enrore la prhe
de Vienne. Il e llallaient de l'e! poir que
apoléoo, écra é par les armées alliée. , ne
pourrait rentrer dans sa capitale, el qu'alors
le peuple françai , enfin délil'ré d'un deipotisme odiPux, rappellerait on roi. Ils apprirent bientôt la marche victorieuse de Napoléon
en Aulriche. Mais leurs espéranCPs ne furPnt
pa ébranlé . Cdle suite de faits d'armes
glorieux el victorieux ne leur apparai sait que
comme un accident de guerre sao impor-

flllustralions de CONRAD.)

tance et an lendemain. Que pouvait !'Empereur contre le empereur el l.. s roi coalLils?
De ce quP peo aient et se di aient ~a petitefille et l'abbé, la mar'luise ne e doutait
guère. Convai,,ru,; qu't•llt' le désapprouverait,
il, évitairnt d'y faire allusion en ~a pré.,ence.
'étonnail-t!lle de l'ab eoce prolooi:ée de on
petit-fils et d'ètrr. san nouvelle de lui, ils
s'en étonoaier.L avec elJe. Prononçait-elJe avec
reconnai ance le nom de 'apoléon, il a sociaient aux hommages qu'elle lui rendait.
Il a[ectaientau i, quand elle étaiL là, de ne
parler jamais des Bourbon . A tout instant et
sous toutes le forme , ils 'appliqnaienl à la
tromper. Elle était d'aillrur si loin de la
vérité qu'elle n'aurait pu la oupçonner, de
ttlle ~orle qu'elle continuait à vivre hi&gt;ureu e
et confiante, dans J'i&lt;rnorance de péril qui
grandis:,.aient autour d'elle.
vec Cha eral, la jPune fille el le vieux
prètre se montraient moins cirron~pect . Il
c,lt été trop difficile d'égarer a clai,royance.
Ils prévoyaienl aussi que le jour vit'odrait 011
on concour leur serait néces aire. lis e
lai saieot aller devant lui à des allusions discrètes, mai significative . Ils croyaient le
préparer ain i à de aveux ultérieur plus
compli&gt;ts. Mai déjà il en avait aussi long
qu'eux-mêmes. Ce qu'ils lui cachaient. il
l'avait deviné. 'il ne le leur déclarait pas,
c'e t qu'il voulaill'onc;errer Il' droit d'affirmer
à la marqui ·e qu'il n'avait jamai connu les
projets de l\obert.
(A

Le colonel
Sa Majesté prussienne se trouvait, au dire
de hi torien , en a ,.z ràcheu e po Lure ver
la fin de l'année 1757. Le 22 novembre,
chweidnil:t avait ouvert es porte aux Autrichil'n ; le corp du duc de Bevern a,•ait
été anéanti, en quelque sorte, sous les murs
Je Breslau, puis, pour comble d&lt;! malheur.
celle forteres. e avait dù capituler. Oe la sorte,
rrédéric-le-Grand - qui allait, d'ailleur ,
rétablir ses alfaires, grâce à uoe brillante
victoire (Leuthen) - avait tout au plu une
quarantaine de mille homml's à mettre en
ligne contre ses nombreux adversaires.
L'argent ne lui faisait pas défaut, car,
aussitôt maitre d'une région, il lui impo·ait
une contribution de guerre, sans préjudice
des coupes qu'il pratiquait dans les bois, des
équestres dont il frappait certains biens

suivre.)

ER"ŒST

•

prussien Collignon

•

(

L E COLONEL 'P~USS1E'N COLUG'NO'N

centaine de francs en moyenne; quant aux
Colli!mon était pa sé maitre en l'art de e
frais dP tran. port, varialtles suivant la di - •rrimer, el se honorable arol le po. sédaient
tanCt', il dép:i ,aient généralement de beau- vrai t&gt;mLlablement ce talent au même degré
coup la pré1·1:d,·nl.... omme.
que lui.
Par q11ellc savante combinaison, gràcc à
Bientôt on les vil opérer sur une vaste
qnel (01ubi, ce colonrl vi1rait-il et surtout écb..-lle dan tous les coin el recoin de
ferait-il vil're le nombreux auxiliaire dont l'Allemag-ne. parfoi au heau milieu dt&gt; lila coopéra lion lui serait infüpeosulilc ?
!!De ennemies, où la pré ence de racoleurs
Frédéric, tel que nou le connai . on au - parlant français ne pouvait, d'ailleurs, étonjourd'hui, n'était Haiment pa- homme it ner per onne.
s'embarra ser de que lions aus.i banales. Au
Que ce fût en ouahl', en Franconie, dan
surplu · , en admettant qu'il eOt appris le: le pay rhénans on dans le nord de l'Alleagis~t'ments de Collit1non, lui auraient-il· in- magne, ces me sieur employaient des pro·pirédc scrupules, à lui qui ne del'ail pa lar- cédé uniforme et 'adre ,aient invarialtl ,_
der à inonder I' Allema 0rne de , a fou .se monnaie'? ment à la même catégorie de gen , c'e, l-à·n fait est pa1e11L: le colo11el avait 0LL1•nu
dire à de jt&gt;unp· él udianl ~, de petits eml'lo) é.. ,
toute · le a11101 isatiou d1•mandéc el le
des courtaud ' de boutique. de ôl de famille
pale11r des différentes pro\'Îlll'e::. dti la mo- dé œmré, el autre badauds imbécile, qu'il
narchie pru ·ienne avaient été avi~és d'avnir reoronlrai eol .ur leur chemin.
à sold,·r, an~ autre formalité, les mandats
L'entrée en matière avec leurs victimes
que lui ou ses lieutenant~ ltmr pré:1cnteraieut n'avait rien qui pùl emharra, er Collignon et
au litre des prime d'en agemenl et de
es ru é mand:ilairc. . Cërail, en règle généfrais de transport.
rale, un appèl à la vanité de ce jeunes niais,
une érie plus ou moin longue de variations
ur l'air du Oenard et du Corbeau, puis l'olJre
Un mois 'était à peine écoulé depuis l'en- directe, brutale, d'un grade dan l'armée
Lrerne de Culliguon avec le roi - on était pru .. ienne.
aux premier jour · de l'année 1758 - que
- Voulez-vous une place de lieutenant ou
les recru · al'Ou,ienl déjà daus 1~ dépôt, de capitaine? dan l'infanl1 rit&gt;, dan les cuitout particu lièrt"menl à Ma 6debourg.
la rassiers, dans les hu sard ? \'uus n'a,·ez qu'à
place de - lameo1able et rares convois de dire un mol rt, séance tenante, je vou la
cinq ou six homme licelés, bàillonnés, ame- donoerai. a Maje té me permet de conférer
né par de voiture de rJqui ilion el sur- ces grades et la preuYe, tenez .... (En disant
veillés étroitement par Ji:s ous-oflh-ier ar- ces mol , il exbiliait une liasse de brevets en
més jusqu'aux dents, on voyait arriver main- blanc.) Je n'ai qu'à y in crire voire nom .
tenant, sans corte aucune, des Landes de Muni de celle lellre de service, vous vous
gaillards heureux de vivre, chaulant, riant et rendrez à Magdebourg, où vous serez remanimé uuifurmément d'un vif désir d'èlre boursé de vo frais de route el mis en posemployés au plus tôt. Loin d'être empruntés
ession de votre Pmploi.
comme le sonL habitucllemeot les soldats noPre que toujour, les malheureux s'y lai. viœs, ce jeunes gens e présentaient arec
aient prendre. Comme il leur fallait de l'arun aplomb uperbc chez le' secrél..Jires des gent pour leur voyage, ils n'hé itaient pas à
colonel· el remettaient d1acuo, d'un air \'Dler leur père, leur patron ou l'admimi.lratriomphant, un papier de rormal impo aot, tion qui les employait, n'ayant plus d'autre
artistement calligraphié, revètu de parales .ouci que de joindre au plu \'Île la gloritiuse
extraordiuaires; eu aile, dame eo. uite .... armée prussienne el de revètir l'uniforme de
Mais n'anlicipou pa .
. es officier . Les pauvres inconscieuls ne larCe Cullignon - 11u'il ft'it de l\'ancy ou de daient pas à dtkùauter. L'hi Loire nous apMetz - eo1111ai sait admiraLll'menl la na1ure prend, en eJTet, que, dès leur arrivée à laghumaine. li 'était reudu un compte exact dehour", on le incorporait en qualité de
de la bèti,e de ses coulemporaiu ·, el avait
impie ::.-olJat . « Tuule rési lance élail inudécou~erl un moJeO étuunawmeut simple de tile; ou les rouait de coup de balun, ju 11u'à
l'exploiler au plus graud profit de si:s inté- ce qu'il · se déclarasseut contents de leur
rêts propres, , au nuire à ceux du roi qui le sort. »
patrouuail.
Une fois autorisé par Frédéric~le-Grand, il
avait mis en campa"ue un aomhre incalcuCollignon avait un e prit fertile en re laLle d'agents, Cra11,;ai pour la plupart ources. Lor que, J'a\·en1ure, il traversait une
avouou -11:l à notre hunle - el dont le plus réi,rion peu éluignée de lignes pru iennes, il
ootaLles ét.aieut ll's ieurs de la BaJie. Fon- joi,,nait aux vulonlaires des espèces énuméLarne, Merlrn et Ei.taguolle.
rées plu haut tout ce qu'il rencontrait sur

•

DA DET

communaux ou particulier , et de· ferma"e
de lui fournir des recrue 1'11 nombre au i
qu'il prélevait par avance, notamment en grand qu'il le désirerait. Détail caracl 'risaxe.
tique, mais qui ne pouvait manquer d'inléEn revaochP, il ne trouvait plus d'hommes, re er au plu haut point un .ouveraio aus i
car la nouvelle de ses revers, propagée ra- économe, Colli&lt;rnoo ne dt'mandait pas d'appidement, avait fait tarir les principales poiotemenls. li 'en~ageait, moyennant la
ources qui aliment.-iient le recrutement de conce· ion du titre purement honorifi4ue de
on armée.
colonel pru ien et le paiement de la prime
La iluation était vraiment inquiétante. habituelle et des frai de route, à lui proAu si le plu sceptique de monarques, un curer des hommes « sains de corp et animés
certain jour de dé,·embre i 757, accueillit-il de bnns entimenls militaire D.
as,ez favorablement le ouverlures d'un avenPas d'appoi111emenls !
turier fraoçai , répondant au nom de ColLa raison était convaincante, bien que le
lignon.
roi - pourtant si méfiant - eût dù s'expliCet individu, sur l'étal civil duquel tous quer difficilement le mobiles auxquels cet
renseignemeots font diifaut, mais qui, d'après homme obéi ait.
certains indices, devail être ori!!inaire de la
Soit dit en passant, les arrhes (Hand9eld)
région compri e entre ancy et )felz, offrait donnée à chaque recrue 'élevaient à une

_____________________________

son chemin, plus particulièrement des ber&lt;rers. Des centaines de ce pauvres diobles.
surpris au milit&gt;u de la nuit, couchil dans
ll'urs rouloues. Iurenl enle,·é- ain. i. Par meure de précaution, leur~ ra"isseur clonaient
ou ficelaient le coul'Prcles de re \'éhicules.
l'n de ces berger , uo gaillard d'une force
prodigieu e, qui al'ait déjà mi à mal pluieur auxiliaires de Collignon, ne put échapper à . a de tinée. Lui au i fut victime de
sa vanité.
n jour, à l'auberge, en présence de yens
qu'il ne connaissait aurunement, il eut l'imprudence de vanter la pui ance de ses mu des el d'ex11cu1er quelques prom· . es. L'un
de· étrangers - on a rt&gt;connu Collignon,
n'est-ce pas? - lui proposa aus. ilùl un pari,
t. .qut'I, cela va sans dire, fut accepté an
plus de réilexion.
L'épreuve consistait en ceci : le ber&lt;rer deYail étendre les l,ra horizontalement , de
façon que l'on pût faire passer a houlelle
dans les manches de son habit, après quoi,
pour tenir la gageure, il fallait qu'en ramenant les bras devant on corps, il brisàt le
manche de celle houlette. Mieux eùl rnlu
pour lui s'engager ?i prendre la lune avec les
dents. Au.sitôt le bâton injnué dan les manche. , le gaillard ,se vit réduit à l'impuissance
la plu absolue. Deux racoleurs l'empoignant
par les bra. l'emmenèrent an qu'il pill
même e. quis er une lentitive de résistance.
La légt•nde ajoute qu 'en s'en allant avec son
escorte, « ce crucifié ambulant avait l'air
conîu' et très bète 1&gt; . Cela parait tout à fait
vrai emblable.
Par ces moyens, par d'autres eocore dont
la connaissance n'e l pas venue ju 4u'à nous,
« Collignon procura au roi, pendant la guerre
de t&gt;pl ao , 60 000 homme ». (Archenholz,
Gttene ile Sept ans, p. 155. )

•

II aurait été intéresi:ant d'apprendre comment et où ce fameux colonel tt&gt;rmina on
aventureuse carrii&gt;re, mais l'hh,Loire est
muette à ce sujet. En re"anche, elle nou eneigne que plusieurs de es collHhoraleurs,
notamment les capitaines Fon1aine el Merlin,
ain~i que le lieutenaut Estagnolle, finirent
mal.
Impliqués, à la fin de f76I, dan la mutinerie de · élra11ge1·s prw, iens (un régiment
d'infa11ll'rie, en majeure partie compo.é de
Fraoçai ), il îureul coudamués à mort et
pendus ... e~ eîügie, à Leiplig. Trop malins
pour e lais. er preudre, il , avaient ma sacré
leur colonel, un Pru ien, el emmenant leurs
canon • avaient gagné AILenbour", pui, la
Franconie, où il avaient pris, elon toute
apparence, du er1ice chez les alliés.
P.

DE

PARDIELLAN.

�, - - fflSTOR_lA

LA

VIE U' AUTREFOI . -

CHA.

T E OR DE COlol PLAC-TES.

-

Tahltau de MAORICEt,l.ELDIR.

Clicht Giraudon.

LA DUCHESSE D'ORLÉANS AUX EAUX DE SPA.
FÈTE DE LA SAUVEi 'IÈRE.
Tableau de l' Êcole anglaise. fin du xvm· iècle. (;\!usée Condé, Chantilly.

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>, - - fflSTOR_lA

LA

VIE U' AUTREFOI . -

CHA.

T E OR DE COlol PLAC-TES.

-

Tahltau de MAORICEt,l.ELDIR.

Clicht Giraudon.

LA DUCHESSE D'ORLÉANS AUX EAUX DE SPA.
FÈTE DE LA SAUVEi 'IÈRE.
Tableau de l' Êcole anglaise. fin du xvm· iècle. (;\!usée Condé, Chantilly.

�Lis~AJIUE ILLUSTitÉB. -

JULES

TALLANDIBR,

&amp;&gt;ITBUlt.

75, rue Dareau, Puis (XIV• arr').

29e fascicul

Sommaire du

(5 Févner 1911 )

DAMES D'AUTREFOIS
Jli=;:-mv ROUJO:'. .

Loc;vcr . . . .

+

Dames d'autrefois: Madame de Genlis .

.te l"l11stll111.
CO.IITE DE EGt:R

.1

Deux généraux russes . .
L'!:xo~e des Girondins . .
Memotres . . . . . . . . .
Le prince de Conti . .
. . . . . .
Le Lieutenant-Civil Dreux d'Aubray .

. ..

CiE'.'IÊR.11. DE ,\L\ksor ..
DE: CAYLUS • . . •
C'II.GA!LL\'DETA Rll'IES

"1"' 0

Paris au XVIII• siècle . . . . . . . . . .
Le mystère de Nuremberg . . . . . .
La Courtisane de la Grande-Armée . .
Amours d'autrefois : n ménage royal
Mademoiselle de Circé . . . . .
Au bal des ifs . . . . . . . . .

;\IERCll:.I! • . . •
LES

Uocm: . .

l DA 'àl:-.T-ELMI:..
p AUI. AULOT . .
ER'.'IE T DAUOE 1 .
tm• !JI, R AU ' l:.T

ILLUSTRATIONS

.
.
.
.

Madame de Genlis
Par HE RY R.OUJON, de l'Institut

PLANCHE HORS TEXTE

D'APRÈS LES TABLEAUX, DESSINS ET ESTAllPES Dl!. :

BERTHA LT,

BLANCHARD,

,\BJlAIIAll

CHAPERON, LÉON Cor.x1ET,

Bo r-,

ONR.tD,

PHILI PPE DE CHA)IP.\GNE.
DIIPLE ,i-BERTE.\UX, J\\!EDÉE

TIRÊI! EH CAMAÎ.EU :

E GbE
FA RF,

BARON GRO
JI ERSE;,;T, 1'\AGl•ELE!NE lJ OflTIIE:II EL~, LE CLERC, LEG.!US ;\\,1S ' ON,
;\I.E:-.'JAUD, ,\loR EAO I.E JEU:SE. NANTEUIL. RAFFET, Louis DE · ,1l'&gt;T-.\ 1...1m,, .. - \'.
CHELLIIOR.'i
\\'EllACll·ÛESFO TAINE • AN CllUPPE;,l _\ \ •• YIGÉE- L F- BRi.;:s._ _ _ _

LA DUCHE

E D'ORLÊA -,- A X EAUX IJE
D

PA : FÈTE

LA 'A \'ENIÈRt::

Tabh!nU ùe J'École anglaise, Jin du

X\'111'

sièdc (.\l u ec Conde. (ïiantill) /

Copyright by TallandJer 1910.

Bn vente
partout

'' LISEZ=MOI ''

Paraissant
le IO et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMÉRO 131 du 10 février I o 11
GYP. Joies conjugale : Heure tranquilles. -

II E. RY BURDEA X. l.n rob e de
IIENRI l)E REG~IER. Veneri bcnevolenti - P1f:knt LOTI. Je l'Académie française. Passage de Carmencito. - Jc1 E_" RE:\"AHD. L'horloge . -

lain e . -

: "LLY-PRl 0 11 O.\l.\rn. L"habitude. - IA RCl!L PHEVO T, de l',\cndemie frnncaise. Chonchette. NDRÊ LE.\10\'l\E . En Poitou .-GU Y DE 111 \ PAS AX I'.
i.e parapluie. - Ê~1 1Ln PO \"li.LON. Heures de campagne . - :\lA l'RIC.:E
BAil RE', de l'A~adt!mic franç:ii c. llan l'lsola B elin. - .\I HRICE 1) '\X,\ Y, Je
l'Académie françai c
n mariage. - II E;,;m 'ECO.' D. La mort du vieux chat.• l ' î Cll,\ NTEPLE RE. Ame fé minines. - H ENRI ~L\ZEL. Parade \\'attenu .-Rlc 11ARD O'MO'.'il{OY. Le vide-poches. J EAN ,\I CARD, de l'Acadcmie frnnçai~c. Cruauté déç ue . - II ENRI 1.,\ \ 'EL&gt;,\~, de l'A~ajcmie rrançai ~- Le prince
d' Aurec.

Bn vente partout : Libraires, Marchands de Journau.r , Kiosques, Gares .
P11bt : 60 Centirnea

=====

). TALLANDIER, 75, rue DaTeau, PARIS (XIV")

Le"LIS~MOI"
historique

HISTORIA

Mag~zineillustré
hi-mensuel

pa.rai1111ant le ô et le 20 de chaque mois

HISTORIA
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gracieusement aux abonnés de sa deuxième année
(ter Décembre 1910 - fin Novembre 1911), une surprime
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pour eux et pour les leurs un souvenir artistique. C 'est
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Mariée.
n stylographe (corps ébonite).
La physique en famille.
Magnifique ouvrage: Madame de Pompadour (préface de Marcelle Tinayre).
, - - - - - - - CONDITIONS d.' ABONNEMENT - - - - - ~
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JULES TALLANDIER, 75, rue Dareau, PARIS, J:rv' .
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a HISTORIA Jusqua la fin de sa deuxième
année (20 Novembre 1911), bénéficieront de cette
Surprime. Aussitôt réception de leur mandat d'abonnement nous leur adresserons un Bon de photographie
qu'ils pourront utiliser pendant toute l'année 1911 en se
faisant photographier à la Maison SŒTAERT.

Rut _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
à lllSTOIUA (User-Moi htstori4ue).

A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

Je choisis comme pnme _ _ _ _ _ Dipartnnen/ _ __ _ _ _ _ __
Ci-joiat _ _ pour l'en vol de cette prime Bureau &lt;1' Posk _ _ _ __

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Afin d'éviter des erreurs, priêre d'écrire trés lisiblement toutes les indications.

Ajouter O fr.

La Jeune. e du ,·oi Loui -Philippe a
trouvé c1) M. Anatole Gruyer un nouvel hi torien dont la méthode est • ùre et charmante.
Le recrretlé con rvateur du mu.l1e Condé a
publié toutes le peinture el toute les miniature de Cbantill · relatives au roi-citoyen
el à sa famille. C'est une orle d'album p cbolo11ique, accompagné de commentaire à
la fois crupult!UX et all endri . L'analy.e de
ce tr,. ·or icono!!raph1quc
e igerait une longue étude.
A11 demeurant. 1. Gru ·er
a lai é bien peu d cho e
à dire, après loul ce qu'il
dit exceUemmenl. Il connaissait intimement tout Je
per onncl princier dont il
'e t fait l'annali te affectueux. li avait toutefoi .es
prédil ction., qu'il e plaiait à avouer; il préférait
ne point insi ter ur les
'véril' . on croyon bien
qu'il réservait le meilleur
de sa sympalhi à l'un des
meilleure et de plus douces femmes qui aie.nt pratiqué la vertu dan la grandeur. Loui -Philippe eut
pour mcre une exqui e
créature de ouffrance cl de
bonté.
Qu'il e t douloureux, ce
portrait de Chantilly, non
montrant la duch se d'Orléans, en i 7 6, dans a
!!l'âœ dolente el rési!mée!
La baronne d"Oberkircb,
bon juge des cho·e du
cœur, dit dan ~e Mémoi,·es : « ladame la duchesse
portait partout une mélancolie dont rien ne pouvait
la guérir. Elle ouriaitquelquefoi et !:'Ile ne riait jamai . Elle cherchait à e di Lraireet n'y rén .i8 aitpa . »
Cette araode dame était ce
qu'onappelleau village &lt;rnne
maumariée )). ~on mari, 1
futur E11alité, an être tout àfait nnméchanl
bomme, commellail. par veulerie, toutes les
gro se rl pelit • infamie . Femme ans
époux. mère , an enfaots la fille du bon

60 pour l'envoi des__gravures, 0 fr . 25 pour le stylographe et pour
les livres O Ir. 26 (Paris) et O lr. 86 (Départements).

Slf1{P'R_1.ME MER._VElLLEUSE

IV. -

HlSTOIW -

ra c. ·ig.

duc de Penthièvre ful la mari re du maria 11e · a mélancoliqueef6gie la miniature où triomd'Etat. « Elle apparaît, dit )1. Gruyer, dans phe la fringan(c Mme d • Genli . Ah! la vérice portrait du musée ondé, comme l'ange dique ima"'e d~ rouée! ous un giganlc.que
de la douleur el de la ré ignalion. a tête, chapeau, qui semble d'aujourd'hui, la papresque de face, et comme accablée de tris- tronne des ioLriganle non montre wn
tes·e, e penche douloureusement ur l'épaule effronté mu eau de oubrette arri,,ée. La
gauche. Le beaux yeux, grand ouvert , ne doches e d'Orléans dut e Jais er tout prenemblenl plus avoir de vie que pour pleurer; dre par ce petit mon lre charmant et charet la bouche, en parfait accord avec le ·eux, meur. Pa e encore pour le mari, qui n'élait
pas de ceux &lt;lonl la perte
estirréparable. lais la ~ournoise institutrice sul se
sub tiluer à la mère. ainteBeuve, qui n'a pas o é dire
de Mme de Genli loul ce
qu'il en pen.aiL, s'est amué à vanter on génie pédagogique. Elle pos.édait, at-il dil, « l'ouliluniv r l ».
ll y avait qm•lque Cau ses
clef dans cet outillage; la
gouvernante des enfaol
d"Orléans crocheta leur
cœur . i le jeunes prin~s
n'avaient pas été fil· ùe bonne mère, la ru ée cabotine
Je vertu eût fait d'eux d"accompli imulaleur . Elle
les dominait, Loui -Philippe, drj4 grand, \·énérait
candidement la maitre. e
de on pèrt! : « .l'ai diné
hier à Bellecha · e, écrivaitil dan on Journal ·anvier, 1791). Le soir, aprè
le ouper, je ui rentré
ébez mon amie : j' , suis
resté jusqu'à minuit et
quelque minutes· j'ai été
le premier 11ui ait eu le bonheur de lui ouhailt'r la
bonne année. On ne peut
pas me rendre plu btJureu . En vérité je ne ais
pas ce que je de,iendrai
4uand je ne erai plu
avec elle. »
)lADAME DE GE. LI •
li devint quand même ua
/YQprés un lab~au du !,fuste de l'usailles.
brillant colonel de draaons.
Il de,·int au ·ijacobin, maL
exprime le même enlimenl dooloureu1, la gré sa mère, pour plaire à la plu. pré\'oyante
même la situde de vivre. »
des in lilutriœs. Elle lui a,•ait en eigné le
Une voleu e d'amour 'était in Lallée an ton pleurard l dadai de a 'pêdaoo!!ie niaifoyer de la paune duchesse. Rapprochoo de
ement menteuse. Voici ;un document (tout

�111STO'R,.1.ll

' ----------'--------------------------

à fait inédit) que nou exlrayon d'un do,sier
d'archh·e , qui va êlre publié prochainement.
Le j une duc de Chartres e l à la veille de . e

écarte jamai . . Je ne vous cacherai pa non
plu que je n'ai pa pu réussir à me con erver pur an combats, . an ouITrances: ma
ault: même en est quel4uefoi altérée, mai
n'imporle ! je oull'rirai paliemmenl Loule le
pein que Dieu m'en\'erra ju qu'à ce qu'il
me oit permi d'être heureux lé 0 itimement,
el quelque grande· que oient le tentation
qui m"entourent, maman peul être ûre que
j'en triompherai, car j'aimerai'&lt; mieux mourir que de manqUt•r de mœur et à c• que je
doi. à la reli 0 ion. ,Je 1·ous ai ouvert mon
cœur el je ne vous ai rien cacM. J'espère
que ma chère m:iman gardera toul ceci ponr
elle. Cependaut, i mon grand-père avait
queli1uc. doult·s nr la pureté de fil'. mœur ·,
je ·erai · trop ràché qu'il 1 con ervàt, pour
ne pa prier maman de vouloir bien le. disip •r. Je vou demande pardon dé lou •·c
détail ; jt: n·~ ui entré que parce que j'ai
cru que vou eriez bien ai$e de les connaitre. ,,
F&gt; t-ce à dire que 0011 · refu ion. notre
approbation aux. enlimenls parfaitement
louai iles qui 11nt 1· primés dau · celle lettre? Nou no la l'Îtons que pour montrer à
11ucl lour. d'adre c pf:daoo,rique 'entE&gt;ndait
celle bonnr pièc(, de Mme de Genli. . Cne
c·aricature :.e permit de la reprérnnter armée
d'une férule et d'un l,àton de ucre d'orge.
Ces deux engin manié tour à tour lui permirent de réali.er ce produit ine 1léré: une
ùme de prince jacobin dan le corp d'un
colonel immaculé l

li . E l-ce une rai. on, parce qu'ellP a (( roulé 1&gt;
.on . ièrle, pour que la po liSrité demeure sa
dupe? Ah! par exemple, elle a triomphalement joué . e contemporain , PPtion compri , et ce qui de1·ail être plu diflk~le,. "apoléon par-de,su le marché. L'empereur, qui
n'aimait pa. les pédantes, accorda a confiance à cellr-là. On dit, ile. Lnai, ,,ue c'était
une confianc, de fonds ecr t · el que Napoléon l'apprrcia surtout pour ses qualité· rle
fine mouche. La prêlre e de la pédagogie
aurait joué un rôle dan la troupe policière;
l'emploi lui convenait à ravir.
Quant nus bo11nes àmP , elle en voudront
toujours à ~(me de Geoli du lon1r ruart1rc
qu'elle inOi:;c&gt;a 1t l'exquise et douce duche.. e
d'Orlcans. Feuilleton encore le charmant recueil d'imao-c , i éloquemment commenté
par M. Anatole Gru ·cr : la Je1111e.-..~c tlu 1·0
Loni -Philippe. Voici la r •produttion d'un
tahlPau du musée Cnndé, la Fêle de La ,'au1•1:niel'e. Il n'e_ l ri&lt;'u de plus complètement
genli dan · 1 fa te de la cnli cric·. L'œuvre déliordi&gt; de seolimentalité Loui:- cizc. i
Jean-Jac4ues avait as.ez ,·écu pour connaître
celle peinture, il eùl exigé d'Émile el de o-

.\'IT01NE-PIIILIPPE u'ORLÉ.\NS,

DUC DE MONTPEN IER (1~;:'-tllo'.'),

Eeo·m FIL

DE Lou, -Puu.tl'PE·JOSF:PII o'01tÜ.\S!'.
Gravure de MA Olil,
d'après le I.JNeau a".b1t.1,te F,WJ&gt;E.

ren&lt;lre 11 l'armée. Et voici commenl Mmr de
Genli · élail arriv~e à faire parler un dragon
de dix-huit ans :
« JI! n'ai pa pu répondre hi r _ur-lechamp à la lettre de ma ·hère maman dont
j'ai éLé vi,emenl touché. Je parlai~ dao ce
moment pour le Raincy a,ec mon p\re .... Cc
dont je M ·irai parler à ma chère maman ne
conc rne que moi, et je pui , par con. é4uenl,
le confier à la poste. Ce qui fai ait que j'éprouvais de l'embarra à en parler, c'e:,l 11ue
c'e l une de ce cbo e ur le.quelle" on ne
peul pa- 'e pliquer nellement et clairement,
mai puisc1ue maman m'a permi de tout lui
dire, Je vai · le faire. D pui · lon°Lemp je
dé irai vou entretenir de mes mœur::-. Je
.ouhaitais vivement que ,ou connai · iez entirremeol ma conduite. Elles ont, j'o e le
dire, au si pure' .ou tou le rapport 4u'il
est po~sible qu'elles le soient· elle oal intacte . Ma chère maman a peut-ètre cru que
j'avais employé dt! moyen malheureu ·ement
trop répandu · ; elle peut ètre sûre que rien
n·e ·L plu faux. 11 w'a d'ailleur · in piré
trop de prmcipe- de religion, il ont trop
bieu gravé dao· mon cœur rour que je m'en

lin aimahle rom.pondant m'a reproché
d'avoir parlé de )lme de Gcnli an e.pril
de charité. &lt;( Ce n'était pa., dit-il, la pr&lt;'mière Yeoue. » ~on ccrte . J" accorder:ii
même bien volontier qu'au point de me
lilléraire nou négli,.eoas inju tement celle
damP. Elle ubit le ·orl ordinaire de pol ·rtraphru, le quel dL•mlPOdent à la po térité
trop de ses loi irs. li n'e t rien de plu dan0ereux que d"arnir écrit cent \'Olume . ~•empêche qu'en cherchant ùien, l'on trouverait
dan le fatra. de Jme de Genli , plu. d'une
page dign d'ètre relue. Certain· de ~e
Conte· de la veillee ne mam1ucnt point
d'émotion ; .e: Mlmoires ont une orâce
nimeu.e. (C c·t'~t loujour · liien, )) di~ail
ainte-Beure. Mais il ajoutait : « Cc n't' t
jamai mieu1. » Coucédon. que ce n'était
jamais mal. Ceci dit, je rl· le quaud mèmc
en désaccord avec mon corre pondaut. J~ l'ai
contri lé en traitant Mme de lienlis de a cabotine ». Je retire le mot 11ui n'esl pa dans
la lan°oe du temp •. lJi oo « comédienne »
tout .implemeol.
'"1I y eut au monde une créature de faux
i:emblaul, une à.Inc f,trdée, ce fut téphanieFélicité. Toul e.t mco~oo..,.e chez celte ensorceleuse. De qui donc Barbe · d'Aurevilly écrivit-il un jour: a Qu'on ne me parle jamais
de celle coquioette ! » Celle exclarualion vou
vient aux l~vre toute le foi que rentre en
scène le per onnage maquill: de Mme de Gen-

,e-

-

194

-

Lo 1s-CuARI.E

o'OnLt tN ,

COMTE DE 8E.U:JOLAJS ( 1 ~'i()-lllo8), TR0I IÎ:.llE fil,.

DE Lorns-PmLIPPE-jOSEl'U o'01ntAN .
&lt;.rravure .ie ~h. o,i,
d'aprés le laN(.lU à',\Mü,ü FirRE.

MA.DA.ME DE GENL1S -

pompe dom •~tique. 1,a dnche ~e d'Orléans, 0 ie, Paméla, la divine Paméla qui li avait 0 ani~atrice de celle cérémonie de famille e t,
loujour lan!!ui:sant,·. était allée au eaux de courir comme Atalante ll. L'eflel produit, les or l'oublion point, la mailres.e en fonction
pa. La source de la ,'au"enière, doot la r - enfant de la duche e abandonnèrent la pose du papa. Ouvrons un 1'olume de notre ami
Lenotre; nou y trou.on ,iae letnommée quasi-miraculeuse re1re de la duchel se d'Orléans qui
moolail à Pline, lui rendit la
va commenter lamentablement
.anlé. ~lme de Geuli · excellail
la cérémonie de la auwnière:
dan le tal,leaux \·ivants. Toute
(( )Ion cher ami, écrit-elle à .on
fillelle, elle a,·ail .1 jolimenl fimari, vou a,ez déjà fait bf,, ugun: l"Amour qu'on n'a1ait pu .e
ré ·oudre à I ui enlPwr e, poi:coup pour mon bonheur C'n m':'lccordanl me enfant un certain
tique oripl'a11x; elle a,·ait connomLre de foi par semaine ....
tinué 1t porter, dan la vie &lt;1uoLidit'noe, ·on arr, ~on carquois
.le ne ,eux plu revenir sur le
t'l une paire d'aile· couleur bleu
pas é, ain i que je YOU l'ai déjà
d'awr. Elle cnlt'1ait 't-ulemenl
dit. L•s tort que je reproche i1
·e,, aileron le dimanche, pour
)lme de Genlis exi teal et ne peualler ,i la mr~sc. Aux proce:,.sion:,,
venl être délruil , ni par 011
!'Ero païen . l' mélamorplw,.iit
Journal, ni par toul ce 'lu'elll'
enannelot dt• mi.~el. llepui lors,
pourra Yous dire : c'e·t moi 'JIIÏ
!~phanie-Félicité l'écul perpéai vu el entendu tout ce q11i
tuellcmi,nt ('D ce doul,le co tume
111'a drplu. ,,
de ma c.arade.
E111r'uu1ro1is l'llCOrP certain
,\ la au wuièr&lt;', elle or anisa
dossil'r 1k document · inédi L.
tout un petit carnaval larmo·rnnl.
, 'ou y lison une lt•llre, non
or . on ordre, on éleYa, ,;r un
datée, où la mèrr, sevrée de t •nlerlrc de gazon, un autel à la
dre e filiale, exhale moins disRcconnai,.an(·e. en marbre blanc.
crètement sa plainte. Fut-elle
LP. quatre e11fanL. d'OrlPan , .c
em·oyéc, celle lettre? 'ous l'i&lt;rnoélèle,. lraraillèrenl, 1w11dant troi
ron . En tout ca , elle fut des.tiemaine., à l'édification dl' ce
née on ne sait auquel de ces quamonuruent. Au jour dit, Loulrs
tre enfant qui, autour de l'a 11le· jolie pnsonue: :;en ihle de
tel de ln J{ecormais,anre, faipa furt&gt;Ol priée de :,e rPndre à
aienl i élécramment les ge te:
la fontaine, a "èlue de blanc,
de l'amour filial ·
arec Je plumes hlanrhe·, des
u li n'i a pa· de r 1pon e i1
hou,1uel , dl' écharpe de fleur.
faire à voire lcllre, mon enfant.
de bruyère et Je ruban · violcl l&gt;.
Au si ai-Je lai,sé partir ,·otrecourLOCI E·:'IL\RIE·ADÉLAÏl&gt;E DE BOCRBOS, DCCJIESSE D'ÜRLÈAd.
Taodi que la muSÎtJUe du \'au ricr .an lui en donner une. Que
D'après le IJ.t!l,:,.u Je Mme \ '1Gü:- LE BRtN.
Hall rempli ait le' l,oi d'harvous dirai-jP. d'ailleur ? Que je
monie, la duche . e d'Orléan
uis malbeurl•u~e, \'OU le saparut. lendremenl soutenue par
1ez; que je ui très ,ourfraotc,
~!me de Genlis. e: quatre enfant , Char- et vinrent se ré1ugier dan, le sein malernel. l'Ou ne l'ignorez pa": roaî You· '"ou y
tre , ~lontpen ier, Beaujolai · , Adélaïde, ~lme de Gcnli e rappelait a,,ec allendrL e- ête montré bien indifférents, c.ir mes enétaient groupé autour de l'autel, .elon touh:s ment, trente-huit an aprè , cet ~pi·ode de fants sont le euL qui n'ont pa .eulemenl
e, lois de la compo ·ilion. Le roi Loui -Phi- ,on roman 'COlaire. C'éLaiL le lemp où, plu
envoyé prendre de me noul'elle . Le perlippe, coiffë en catozan, a\'t•t· un soupçon de que eptua~énaire, elle po ail pour la ve;.tale
onne que je connai .ai le moin ru ont
poudre, culolle chamois, h:il,it Lieu et bas du pol-au-fl'u; le· ,i~iteur qui Vl'naient lui doon~ celle marque d'iatfrèl. Celle dillërence
blanc , était armé d'un st let et semblail rendn· hommage la lrouYaicot épluchant de
m'a été au cœur. Je vou ai mandé à tou ·
gra,er lui-mème &lt;'elle in ·cription : « Lt•
poireaux et r.cumant le l.iouilloo . Elle enle"ait qne j' étai~ dan un étal affreux. P:t. un de
eaux de la ... mvt•nièrt! t1\·anl 1étahli la an1{•
on tablier de cui:.ine, et la mu~ apparai. - vou ne m'a témoi 0né la moindre ~en. il,ilité
de ~fme la ducbes~e d'Orltlans, e enfants ~ail oudain :ou la ménaghe. Après tant ~ cet écrard. Tom; t·os sentiments, toutes 1·0.~
out voulu embellir le emiron~ de celle fon- d'aooJe el tant de fortune di\"enc , elle pe11 ees avaient w, autre objet que 111ni.
taine. lis onl eu1-mêmes tracé le route ·, plt!urnicbail ncore au . ou,·enir d • la fèle de Ah I mes enfants, que j'ai Le.oio de me flatenl •vé les pi rn•s, planté le lieur· et les ar- la ~nu1l'nière. El elle écri,ail : « Toul ce qui ter que le heoreu x germe r1ue \"OU ariez
bust~·, el il· out d,:friché ce boi · aYt•c plus ét.iil là fondait en larme . Ce qui prouve que annoncés dan · Yotrc première cafance ne ont
d'ardeur et d'a,siduité que les ouvrin riui le. émotion. les plu. vive ont ouvcnt pro- qu'éloutfés el qu'un jour l'amour et le devoir
tra,aillèrenl ou· leur ordreli. &gt;&gt; Telle e·t &lt;luite~ par le 1.:ho. le plu· impie . »
vou. porteront a rendr • à la meilleure des mère ·
l'é,,lo!!lle qu'a reproduite le peintre du mu é
\'oil11 re qn'on 1oil dan " le tableau, d'ail- ce qu"elle aurait droit d·aue11dre de ,·ou ! 1&gt;
Coud,•. Auprè de dî ciple princier de la leur délicieux, de Chanlill . Ce qui ne e
Ce pelit èlre , enveloppé de men on~I',
perle des in,titutric&lt;' ·, on ,oit encore ll•s îOÎl pa , c· • t le d sou cruel. affreux. , ai.: adoraient leur paul're maman lointaine. Jla.is
jeun amie de ~Jmc de Genli , IJcnrielle de 0nanl, de celte impudente comédie. Et le autour de ce quatre rœur. pri onoier veilercey, et ce d1ef-d'œuvre ,h·anl de pédago- mot de cabotinage s'écrit de lui-même. L'or- lait implacablement la Cabotine.
0

HENRY

de

phie qu'il vin eat la baigner de leur pleurs.
Mme de Genli a longuement raconté dans
e .l/émofres comment elle organisa cette

ROUJON,
l7tutil■ t.

�,

,

Deux generaux russes

Je ,i à l\i'&gt;fT1 heam·oup de généraux que
j'a1 ais peu t'onnus à P{,tcr:,hourg, parre qu'ils
étaient habituellement tmployé~ ou rl:,iJaicnt
dans leur~ terres, loin de la cour. Deux .urtout me fr.ippèrmt, l'un par la ,iol1•ncc• de
son caractèr,,, l'autre par des hiLarrerie., el
par une originalité 11u 'il alfrctail, et dont il se
plai,ail à ma ·quer de~ talents cl un Sltnie
qui offu,11uaicn1 s1•s rh·aux.
Le pl'l'OJicr, le :.:éntlral l\ame11,ki, était un
homme 1·if, dur, pétulant el emporté. l"n
Français, tout cllra1é de sa colère et redoutant l'ellel de se oi'enacc , ,int cherclwr un
asile dan, ma maison; il me dit que, a étant
« entré au ~c·riice du général lfomensl.i, tant
« 11u'il a,ait été a,ec lui à P{Ler,IJOurg il
« n'arnit eu qu'à se louer de la maoii·re dont
• il se \O)ilit traité; mab 'lue bientôt, le
a génc:ral l'aJant emmené dans une de ses
a terre~, la scène changea totalement. Loin
• de la capitale, le Ru~.e moderne di,parait,
• le Mo,covite e montre tout entier; il traite
« .es gens comme des escla,es, Je~ gronde
« )'ans œ~~e. ne leur pa)c point de gag~.
e cl les aœ.1blc de coups pour la moindre
a faute, ou même ourenl ~ans ~ujet •·
Excédr d'un joug i.i L)rannique, le l&lt;'raoçai~
. e sau,a el ,int à KioO, où le:, émis.aires du
général le poursuil'aienl. L'un d'eux, plus
humain, le fit a,·ertir que son maitre avail
juré, ,il pou,·ait le reprendre, de lui faire
suLir un t'l1:\timent exemplaire.
Indigné de celle conduite, j'allai lrou1er
. QU pers,':tuleur pour le prél'enir que je ne
souffrirais pas 11u'un Français rot ainsi oµprimé. La )'cène fut vive; Kamen,1..i me dit
« qu'il lrou\ait fort étrangti que je me mêa las~c de se, affaires domestique:,, et 11ue je
« pri~-e la dércn e d'un mauvais ,ujet, qu'il
• ,aurait bil·n chàlitr maigri moi.
• - Eh bien! g,foéral, lui db-je, j'ai
« deux IÎlr,•s pour ·protégrr 1otrc ,ictime :
« je suis ministre et Fran\·a1s. S1 vous ne me
a pro111cttez pa~ formellem, ni de ce:,,er
« toute poursuite contre un homme libre par
o Je, loi~ de mon pays, et que rien ne rou~
« autori,e à traiter en cscla,e, comnll' mia ni~tre je ,·ais sur-le-champ chei l'impéraG tricc pour rue plaindre de ,otre conJuite,
u el ensuite, comme militaire franç,,is, je
11 vou JemaoJ~rai raison di:, in~ultes faite~
o à l'un d1• mes compalrioks, insultes 11ue
o dè~ œ rnom,·nl je regarderai comm,, pero ~onnclle,, pui~~ue je l'ai pri · sou, ma prou tel:liun. D
1. Au court d'un vo)a;:e i lla1cr,; l'empire n1sse,
en t;sl , où le COUII~ de Skur füi-.,11 .,utsc de la ,u.ile

,le Cathtrinc

li.

llnr :iflair• parti,·uli,'-r, n aur.iit point ellraié
le général, mais la crainh' du courroux de
l'impératri&lt;:1 lï1111mid,1; il me fit la promP se que j'exigeai,, el 0011, oou, éparamrs.
lonblt mp, aprè,, le o,,,m1.. ir .'rai rue
donna d'inconvennntcs preuves de son s01neoir rt d,• son res~rntimenl. Dans la première
guerre d1·s Fran\ ais contre 1, · Ru,se,. guerre
que termina glorieusement la part de Tilsilt,
mon fil , le ,.;ioéril Philipp,• d,, St\;ur, aprt:s
une chnr~e hrillanle, apnl poursuivi avec
trop d'ardt'Ur 1'1·nnemi qui !-c rl'lirait, fut
entouré, ble,!-t: el pris; on l'amc·na de\ant Je
général Kamenski.
Celui-ci, après lui noir d,·maudé on nom,
voulut qu'il lui donn,H quelques notions ~ur
la po~ition et le force~ dl larml'e franç;ii11e.
D'apr~ . on refus il li&gt; traita nec l 1 rigueur
la plus indécente; malgré ses bles~ures, il
voulut li&gt; contraindre à faire dlns la nci;e,
où l'on s'enfonçail jusqu':iux genoux, prè.,
de vingt lieues à pwd, sans lui donna le loi. ir d'être ,oigoi! ni p:in-.é. lhis ses propre~
officiers, mdignés de cette dureté, donnèrenl
à mon fils un kibitki, el peu de jours aprt!.lil arriva au quartier du général Apraxin, 11ui
le dédommagea, par son urbanité, par sa
courtoi,ie, dt mau,·ai, tr:iitemcnts que lui
avait fait tlprouvcr le vindiCJ1 tif Mosco,ite.
On m'a conté dt•pui que cc mèrue Kamenski, dont l'à~e nt• calmait point b ,iolt•nce~, en péril ,ietime, et qu'un de ses
pa1,~ns, dans un acci: dl dé,•·~poir, lui fendit la tête d'un coup de hache.
Le général St&gt;uwaroff' Hait bien autrement
digne d'exciter la curio,ité; p.u son bouiUant
courage, par son habileté, par la confiance
11u'il io,pirail aux ,oldab, il avait trou\'é !,·
moyen, dans une monarchie absolue, où tout
se donnait à la fa1·cur, de s nancer rapidement. quoiqu'il fùt ,ans fortune, ,:10s appoi,
et né au sein d'une famille qui n'était pas en
crédit.
li avait t•mporlé chaque grade à la pointe
de l'épée; toute les fois &lt;Ju'il ) avait qaelque ·
périls à courir, quel11ue orJr1• dirticile à exécuter, quelque~ succès audacieux à tenter,
le nom de , ouw.,roff était le premi•r 11ui nol
à la pensée de ses chds.
Mais comme, dès le:. premiers jour de a
clorieuse ~rrii're, il s'était ,u l'objd de la
jalousie active de plusit•urs court isans et
rarnris qui aur ,1, ·nl t:lt a. sez pui"1nts pour
s'oppo,er à son nvanct•ment, il forma l'é1range
dcs,ein de counir son mérite tran:.ecndanl
dt~ formes liilarres de h folie.
Rien n'était plus lumineux que ses plans,

+
.... 196 ..

plu profond que ses conception~, plus rapide
que son action: mais, dans la ,ie ordinaire el
en public, sa contenance, ses gestes. ses
par'lles portaient une telJe empr••inll• d'ori~inal1té, l'i mème on pt•ut dirr d't&gt;xtravagance,
qu, 1,·~ amb1L1eux ces. aient de le craindre, le
re;.:ardaicnt comm,• un inslrum1·nt utile pour
agir, pour frapper, mais incapahle de lt•ur
nuire et de 1, ur di$puler la JOuiss:,nœ de$
honneurs, du crédit el du pouvoir.
Je rn, . ourhfü ']Ue, lui a1ant demandé une
fois s'il était nai 11u'à l'armée il nt&gt; dormait
presque Jamai:;, domptaut la nature, mème
san, ol,:e. ,ilé, couchant louJour, sur la
paille, et ne quittant jamai~ ni ~es hottes ni
s,· arm,·s. • Oui, me dit-il,je bai~ la paresse,
« et, dans fil crainte de m'endormir, j'ai tou« jour~ dans ma tente un coq très e\aCL à
• me rt:\,:iller fréc1u, mm, nt; lom1ue par&lt;• fois je veux céder à la mollesse et me re8 po er commod~ment, j'ôte un de me~
c éperons. •
Lorsqu'il fut nommé maréchal de l'empire,
il ,·oulut faire lui-m1~me sa réœption en prt!S&lt;.'Dce de ses soldats, de la manière la plus
h1zarre. A)anl fait placer dans une église, de:,
deux côtés de la nef et en colonne., autant de
chaises qu'il existait d'officiers généraux plus
aoriens que lw, il entre en wste dans le
temple, franchit en aautant chaque chaise,
comme les écoliers lorsqu'ils sautent l'un
pa,r-dcs. us l'aulrc, et, aprè&gt; a1oir ainsi lestement rappelé comment il avait dépassé tous
. •·s maux, il se re,êt du grand uniforme de
maréchal, se couvre des nombreuses décorai.Jons qu'on lui avait prodiguées, et invite
ensuite gravement ll'S prètr,·s à terminer
celle cérémonie par un Te Deum.
Le premierJour qu ·il rencontr:i \J Alexandre
de Lametb, dont le défaut ne rut jamais
d'aYoir un caractère trop 11,rtible, lt11r entretien me parut ,~-el ori,.inal pour ètre ici
rapporté.
• He quel pa)s êtc -rous? lui dit hru~que« meut le général. - Français. - Quel état?
c - \hlitairc. - Quel grade? - Colonel. a \'otre nom? - Alexandre de Lameth. « C'est bon. ,,
lJ. de hmeth, un p,·u pi,1ué de ce hrC'f
iuterrogaloire, l'interpellant à son tour et le
regardant fixement, lui dit: « De &lt;Juel pal~
Ci ètes-vou ?- Rus~P appar,·mm,·nt.
(.!u,-1
« état? - Militaire. - Quel grade?
Ge'.·« néral.- Qu,lnom? - Sùu\\'aroff. -C'e,t
a boa. » \lors Lous deux se prirent à rire,
et depuis furent trè~ bien ensemble.
COMTE

ue SEGUH ..

1111

1111lllt1

Ill

•

1

SoUPERS f'RATER:-IELS DA~S LE' ~f:cTIO'iS V&amp; PARI•, 11, 1,,

r3 li.li

liQ~. -

r,, IJl'UYt .Je

BF.RTUAOLT, ,:t'JpYb SwfDACu-Duroi1T.UN[~.

L'Exode des Girondins
\'I

J'a,ais, dan- mon retranchement as~ez
larg1•, un siègP pour m'asseoir, un paillasson
sou, mes pied . un petit briquet pbo,pburi11uc dont j'allumais une lJOugie, les journaux du jour, et, par un contraste a~sez
frappant. les l,'é.or9i11ues de \Ïr!!ile, les Jardi11s de Delille. les ltlyl/es de Gèsner; j'a,ais
encore de l'encre, du papier, de plumes, el
i1 tout ha,ard qucl,1ues prori~ions. Une c:-pèce
d,• soupape mu rendait l'air, quand j'en sentais le besoin. Comliien de lwr$ /(l loi, pour
avoir ma cache, eussent pris l'engagement
de n'en jamais ,ortir; je n'en sortais que
•1uand ma femme accourait me doonPr ellemême le signal convenu; el nou~ nous emLrassions alor:. comme après une lon3ue air
).ence.

~ous avions des Yo1sms à coté de nous
cl de.,~ous. Les plancher:., le.-, murs étaient
minces; pour les assourdir, nous avions couverl reux-ci d'une tapisserie épaisse; ceux-là
cl'un fort tapi·; el, afin que je pus_e rue
mou,oir, me promener, courir mème sans
ètre entendu, Lodoï~ka. toujours inYentire et
toujours adroite, m'u·ait fait de lions chaussons de grosse laine, avec une forte . emellc
de crin; c'étaient là me souliers. \Jille autres
préc-,utions su baltcrnes avaient été prises, el
n'étaient jamai D~"ligées.
liais celle etœllentc cache et toutes ces
précautions tutélairt!S ne pouvaienl rien contre une 1isite de l'orJre du comité de sûreté
générale ou de la muniripalité. Celles-ci ~e
faisaient, à domicile donné, contre telles personnes suspectl·S qu'on ioulait arrêter. ,\ supposer que rien ne pût jamais indiquer aux
.. 197

...

bourreaux qù'en dépit de toutes leurs fureurs
une proie ardemment con,oilée é!.'lit là, qui
1frait rncore, toujour~ parai ~3il-il œrlain •1uc
ma femme dc1·ait être bientôl reconnue et
~rait plu~ tôt cnrore su.pectie. Tôt ou tarJ le
municipal Iléhert, ou le conventionnel Amar,
lou~ deux ses ennemi~ per~onnC'b cl ~es rnnemis jurés, lui enrerraient leur a~ru~in~.
Heureusement ceux-ci, comme tous les hrigand,, craignaient la lumi~re, et ne fai~aient
jamais leurs expéditions que dans les ténèbres. Quand on riendrail frapprr dwz nous,
au milieu de la nuit, 11u'nions-nous ré.,,ofu
de faire 1 Nous jeter tous deux dans mon
retranchrment, c'eût ét, notrt perte. Quel1fl1e
hien que mus puissiez vou~ trotner caché~.
\·ous ne l'êtes réellement plus dans un ptlit
logement ou des in11ui~iteur~ arrirent, Lien
i:ùrs que vous vous y tenez 11uel,1ue pari. Un

�1f1STOR._1A -------------------------------,------------J

•

simple feu de paille mouillée vous enfume
dans votre asile, et la nalure, qui machinalement résiste a l'asphyxie, VOUS livre a la
guillotine. Le bruil de vos convulsions vous
Lrahil, vous tombez vivanl aux mains de Yos
bourreaux.
- :Non, non, m'avait Jit Lodoi'ska, roa
digne compagne. Si l'on frappe au milieu de
la nuit, nous nous garderons bien d'aller
ouvrir. Nous nous garderons bien surtout de
dispu ter un inslanl a la morl. Qu'ils enfoncenl la premiere porte! il en reste encore
deux, pleines, épaisses, garnies chacune de
sa serrure et de ses verroux. 'fes pistolels el
l'espingole sonl sous l'oreiller, non pour les
assassins. Pourquoi lremper nos mains daos
un sang aussi vil! descendons sans tache au
lumbeau. Du moins nous aurons tout le temps
de nous frapper; et surtoul, je t'en conjure,
ne commence pas. Laisse-moi, d'une seconde,
seulemenl d'une seconde, mourir avant mon
époux.
Que de fois nous nous endormimes, a peu
pres surs que presque aussitot nous allioos
rounir nos yeux, pour les refermer a jamais !
Que de fois, lorsqu'un locataire retardé venait, apres minuit, frapper a grands coups
de marleau, réveillés en sursaut par le bruit,
puis entendant la porte cochere crier sur ses
gonds, que de fois il nous arriva de nous
embrasser et de saisir nos armes!
Mais quelle joie_, lorsque le soleil revenu
nous apportáit la douce certilude qu'un jour
nous reslait encore; que nous avions, de bon
compte, au moins seize heures a passer ensemble! Que de temps gagné pour l'amour !
Elle se levai t, roa Lodo'iska; elle se levai l
toujours plus charmante. Toujours aussi plus
altentive a ma surelé, plus occupée de mes
besoins; ses soins pour moi recommencaient
avec l'aurore. Une fille, sure et íidele, bélas
plus íidele que tous nos amis! venait l'aider
au petit tracas du ménage, en moins d'une
heure achevé. La boone servante allait nous
acheter quelques provisions; ma femme aussi
devait en chercber, car daos ces temps de
disetle, une seule personne ne pouvait obtenir, ml!me a prix d'assignats, double portian.
Elle sortait done, mon amante! hélas oui,
nous nous quittions pour quelques instants,
pour des siecles ! elle sortait, laissant enfermé, sous la double garde de ses trois clefs
et de mon retranchement, son précieux dépcit, qu'elle tremblait encore de ne pas retrouver. Et moi, que j'étais inquiet, jusqu'a
ce qu'elle ful rentrée ! En fin, la voila de retour, et c'est pour la journée.
Qu'il sera délicieux ce repas qu'elle apprete
de ses mains charmantes I au moins, c'est
moi qui mets le couvert ! c'est moi qui dois
servir a table, quoique je le fasse bien maladroitement, car je n'y vois goutte. Mais j'ai
mes raisons pour m'y obstiner; de peur qu'il
ne m'en reste poinl assez, elle me donnera
toul, si je la laisse faire, et si quelquefois je
ne me fache.
Apres diner, c'est elle qui me fait tout
haut la lecture, puis elle est a son piano;
ensuite une partie d'échecs; et parmi tout

cela de doux entretiens a voi1 bien basse.
Enfin, D0US soupons encore tete-a-tete, car
peu de gens sont curieu1 de troubler nolre
périlleuse retraite; et nous nous couchons,
souhaitant avec ardeur que des barbares ne
viennent pas nous ravir la superbe journée
du lendi&gt;main.
Non, rien n'eut troublé la douceur de ces
journées trop courtes, rien, si j'avais pu gagner sur moi de répondre a I'attention de
roa fcmme, qui tachait toujours de me faire
oul.ilier les journaux; mais le moyen de n'y
pas cbercber continuellement des nouvelles
de mes malheureux amis! Que de fois j'en
trouvaí de funesles ! Tour a tour ils étaient
malheureusementdécou1·erts, impitoyablement
assassinés.
C'étaienl : Lebrun, ex-ministre des all'aires
étrangeres, surpris daos un grenier, sous des
babi Is d'ouvrier, a peine interrogé, sur-lechamp conduit a la morl;
Bougon, administrateur du Calvados, qui,
a l'époque de la défection de son département, s 'était réfngié daos Fougeres, ou les
tyrans furent le trouver. Avant de le frapper,
fideles a leur méthode de calomnier ceux
qu'ils égorgeaient, ils publierent qu 'ils l'avaient pris au milieu des rebeLles de la Vendée. C'est le m~me que Charlotte Corday a
immortalisé, en parlan! de lui daos sa lettre
a Barbaroux;
Claviere, ministre des contributions, plus
heureux que les deux autres, avait pu, avant
de paraitre devant les assassins au tribunal
révolutionnaire, se donner la mort; sa vertueuse femme l'avait suivi. Un poison subtil,
obtenu, dit-on, de l'amilié de C... , venail de
la réunir a son époux.
Ils avaienl de dignes compagnes, qu'ils
rendaien t heureuses, et dont ils étaient adorés, presque tous ces républicains. Et teUe
est la réponse victorieuse que les amis de
leur mémoire feront a ces vils lihellistes qui,
non contents de les calomnier daos leur vie
publique, out osé les atlaquer daos leur vie
privée.
I\abaut (Saint-Étienne), bien caché dans
Paris, mais vendu, dit-on, par !'infame cupidité d'une filie de confiance qui le servait
depuis longtemps. La femme de Rabaut fit
comme celle de Claviere, mais eUe lomba
plus tragiquement. Elle alla s'asseoir sur le
bord d'un puits, de maniere que le coup de
pistolet qu 'elle se tira la précipitat daos le
fond. Elle mourut ainsi de deux morts lt la
fois:
Bois-Guyon, généreuse victime qu'ils immolerent avec Girey-Dupré. Avec que! courage il finit, ce digne Girey ! Les tigres du
tribunal entendaient lui faire de son attacheínent pour Brissot un chef d'accusation.
- N'avez-vous pas été son ami 1 lui demandait-on.
11 répondit :
- Oui, je l'aimais; oui, je le respecte et
je !'admire. Il a vécu comme Aristide, il est
mort comme Sidney : je n'aspire qu'a partager son sorl.
En allant au supplice, il chantait gaiement

son hymne de mort qu'il avait composé.
Comme il passait au coin de la rue SaintFlorentin, il vit, aux Ienetres du logemenl de
Robespierre, la maitresse de celui-ci, ses
sreurs et quelques-uns de ses féroces complices.
- A has les tyrans et les dictateurs I leur
cria-t-il.
Et il leur répéla ce souhait prophétique,
jusqu'a ce qu'il les eut perdus de vue.
ll mourut enfln comme il avail vécu, plein
de courage et de civisme. Son dernier vreu
fut pour la république;
Custine, le fils du général, assassiné comme
son pere pour avoir trop bien servi cette république, maintenant anéanlie. C'était un
jcune bomme de la plus grande espérance,
celui dont Mirabeau fait l'éloge daos sa correspondance secrete sur la Prusse. ll mourut
en souriant, comme devait mourir un bomme
loué par Mirabeau;
Mazuyer, coupable d'avoir, par une amere
plaisanterie, un momentdéconcerté la scélérate
hypocrisie du maire Pache. Oui, Mazuyer a
perdu la tete pour un bon mol;
Enfin, Valady, que j'avais laissé daos la
Gironde, et qui fut apparernment bienlot
abandonné du parent sur Jeque! il comptait.
J'ai lu que l'infortuné avait passé, quelqucs
semaines apres moi, a Périgueux, qu 'il a1·ail
élé arreté dans les environs ou i'avais couru
le meme risque, ramené dans cette ville 011
l'on voulail aussi me ramener, qu'il y avait
été examiné, questionné, dépouillé de son
déguisement, enfln conduit au Roux-Fazillac,
et de la a l'écbafaud. Tlélas I quoique le moios
intéressant des sept, a ce que je crois, il aura
couté bien des regrets a cet ange du ciel qui,
daos la Gironde, désolée de nous voir quitter
sa maison, disait: «Si l'µn d'entre vous péril,
je ne me consolerai pas. »
C'était une amie, celle-la : mais les miens,
ces amis de Paris sur lesquels j'avais tant
complé, les miens, au milieu des chagrins que
me causaient tant de perles si grandes, quelles
consolations me prodiguaient-ils? de quels
secours aidaient-ils ma Lodo'iska?
La citoyenne Brémont du moins nous rendait quelques visites, et il est consolant pour
moi d'a,•oir a déclarer que son mari, par
réllexion rendu alui-méme, a son creur naturellement généreux et bon, s'exposa bientot
davantage pour nous maintenir dehors avec
quelque surelé, qu 'il ne l'efit fait en nous
gardant chez lui. Quant au compagnon de mon
enfance, il ne me vint voir que quinze jours
aprcs mon arrivéel ll ne vint, dans l'espace
de deux mois, que trois íois !
U nous restait d'autres amis, répulés
intimes, auxquels j'aurais cru faire injure de
leur cacher que je fusse daos Paris, et qui
sentaient bien qu'en un temps ou tout était
matiere a soupcons, on suspecterait bientot
une demoiselle, a peu pres inconnue, nouvPllement emmenagée, tombée tout d'un coup on
ne savait trop d'ou, laquelle se réclamant
d'une assez nombreuse famille, n'allait pourtantjamais manger debors, et ne recevait non
plus jama is personne. Une voisine, le portier,

'---------------------------=--------lous les curieux et tous les espions se
diraient : « Serait-ce une a,·enturiere? une
émigrée? ou seulement une personne suspecte
aYec laquelle on ne veut point avoir d'intelligcnces? » C'en était assez pour qu'elle ful
incessamment notéc au comité rérnlutionnairc
de sa section, et lot ou tard arre1ée. lls le
sentaient bien; ils n'.,n tinrentcompte. Aucun
ne parut chcz nous ! pas une fois, pas meme
une seule íois l De sorte 11u'il esl vrai de dire
qu'a la dél:ition pres, ils firent ab~olument
lout ce qu 'il fallait pour nous perdre.
Au reste, s'ils se privaient du plaisir de
nous voir, ils ne s'épargnaient pas celui de
s'entrelenir de nous. Notre position devenait
l'objet pcrpéturl de lcurs entretiens et de
leurs alarmes. Moi, j'étais bien malht'ureux,
el je ne l'avais pas mérité, on en comenait.
Mais on me plaignait t..m l has de n 'avoir pas
assez de courage pour lerminer mes peines:
de n'ctre pas asst'z !'ami de mes amis pour
les débarrasser, en mourant unr fois, de la
crainte ou ils élaient toujours de me voir
mourir. Ma fcmme. on la lrouvait fort extraordinaire. Soit, je l'accorde. ~fais on ajoutail:
fort égo'iste, égoiste i1 l'exces. Et cela, non pas
précisément parce qu'elle exposait sa l'ie pour
sauver la mienne, mais parce qu'en s'obstinant ainsi a me vouloir sau,·er contre toute
appamice, elle finirait par compromettre tous
mes amis et tous ses amis. Bon Oieu ! quels
amis! comme ils m'ont appris a me défier
de ce nom !
Jleureusement il existail un homme qui,
daos le cours de mes prospérités littéraires et
politiques, n'avait jamais all'ecté de se parer
du litre de mon ami, mais qui en réclama
tous les droits, des qu'il me vit dans le
malheur. Dix ans auparavant, le connaissant
a peine, je ne lui avais rendo qu'un service
léger en soi, qui tirait seulemcnt quelque
mérite de !'a propos. Des qu'il fut de retour a
Paris, et qu'il m'y sut rentré, il accourut. II
vint tous les jours. Vainement nous le conjurions de ne pas paraitre si souvent chez nous.
Tantot sous un prétexte et tantot sous un
aulre, aujourd'hui parce qu'il passait dans le
quartier, demain pour nous renJre comple de
quelque nouvelle propre a nous tranquilliser,
une autre fois pour nous apporter quelques
proYisions dont il s'apercevait bien que nous
étions dénués, il venait, il revenait ; son
esprit ne rerait qu 'aux moJens de me sortir
de mon cruel état, et s'il se trouvait quelr¡ue
occasion ou il pul me servir, il se croirait le
plus heureux du monde.
Ma Lodo'iska, depuis qu'il ne lui élail plus
permis de porler ses regards vers l'Amérique,
ne voyait d'asile pour moi que dans le Jura.
A force d'y penser, elle découvrit que, saos
parler de sa bonne volonlé bien reconnue,
F.... semblait al'OÍr en lui, par un rare concours de circonstances et les ba~ards les plus
singuliers, tous les moJens de me faire arriver a celle terre promise, des moyens dont je
ne donne point de détails, de peur de le compromettre; mais tels qu'il semblait que la
Providence nous efit conservé tout expres,
tout expres ramené cet ami.

... 1()8 ...

Ma femme médita, mf1rit son projet. Des
que F.. .. revint, c'est-a-dire des le lendemain, elle lui en fit l'ouverture. ll la saisit
avidement. Des lors plus de repos pour lui.
Comme son esprit, son corps [ul daos un
continuel lravail I Point de démarl'hes qui lui
coutassent, point de peines qu'il ne pril
gaiement, poiot d'obstaele qui piH l'arrcler,
point de danger qui l'étonnat. Que! zele ! quel
dévouement ! qne de grandeur d':i.me! mon
creur en gardera l'éternel souvenir.
En moins de quinze jours les difficultés
disparurent devant son invincib!e activité. Le
6 février 1794, deux mois, jour pour jour,
apres roa renlrée dans Paris, tout se trouva
prel: déguisement, passeport, voiture.
Nous parlions le lendemain a l'aurore. Je
dis nous parlions, car il m'accompagnail
jusqu'a la monlagne; il l'Oulait m'y voir établi
ou périr avec moi.
Le courage de LodoJSka ne s'étail point
démenti daos le cours des préparatiís; mais
les ob~tacles étant surmontés, l'heure de notre
séparation et celle de mes périls s'approcbant,
la tendresse de !'amante s'était alarmée. Plusieurs fois daos la journée elle m'avail dit :
- Si pourtant je ne devais plus te rel'oir !
si, voulant te sauver, je causais ta perle!
tiens, je tremble. Tiens, ne pars pas, ne me
quitte pas, reste; hélas ! nous avions résolu
de mourir ensemble!
Le soir, elle venait de m'enfermer: elle me
laissait un iostant seul; elle élait allée me
chercber quelques derniers renseignements
indispensables. Je profitai de ce moment pour
luí écrire:
A.

MA. FEIUIE.

Do ma cache a Paris, ce 6 février 1794-,
sept hcurcs du soir.
e&lt; C'est done demain, ma bicn-aimée, que
je pars pour la cabane 1• Par que! chemin la
destinée nous aura-t-elle conduits a cet objet
de tous nos vreux? ll fallait done qu 'auparavanl, bienfaiteur el victime de mes compatriotes, lacbemeot abandonné par tous mes
faux amis, je me trouvasse seul au fond de
l'abime ou m'avaient précipilé les scélérats
qui oppriment mon pays. Mais non. non; je
n'étais pas seul. Quelque cbose me restait de
plus consolateur, de plus secourable, de plus
fort que mon courage, que mon amour et
meme que mon inoocence, tu me restais, ma
bien-aimée ... et chaque jour, au péril de ta
vie, tu m'as défendu, tu m'as sauvé .... Que!
étrange bonheur ! cbaque jour, chaque nuit,
environné de nos dangers imminents, nos
armes toujours pretes sous notre cbevet, un
pied pour ainsi dire dans la lombe, mais
!'ame exempte de tout reproche, mais le creur
plein de nosamours,nousavons constamment.
au sein de cettcimperturbabletraoquillité qui
n'appartient qu'a l'homme de courage et de
bien (car toi. ma bien-aiméc, roa digne
épouse, toi la plus aimable des femmes, tu es

1. .C'élait aiusi que no_us désiguioos la relrailc ou,
&lt;lepu1s di\ ans, oous bri1hons de noas dérober au tour-

billon du n,ornlc, pour uous livrer saos partagc a
l'amour. Et ccllc rclrait~, ou m'a,suiail auJourd'hui
que je l'aurai. rlans le Jura.

... 199 ...

..

L'ExoDE DES GrR,ONDTNS - -..

en meme lemps homme de courage et de
bien) nous avons goüté de ravissants plaisirs,
que peu de mortels connaitront. Nous avons,
par notre bonheur, bravé, puni nos tyrans.
Nous avons, toujours préparés a la mort,
épuisé la coupe de la vie. Nous aurions, dans
notre ivresse, épuisé l'amour meme, s'il
n'était pas vrai qu 'une passion comme la
nolre, a l'épreu,,e du lemps et des supplices,
est inépuisable. Nous avons, graces t'en soient
rendues, idole de mon creur, toi peul-elre
encore autant quema fomme idolatrée, liberté,
nous avons, dans !'asile secrel, dans le profond
mystere ou les oppresseurs nous tenaient
ensevelis, nous avons trouvé le moyen de
rester libres 1
)lais cet état ne pouvait durer. Des mille
précautions qui nous sauvaient, une seule
oubliée pouvait nous perdre .... La Providence,
oh! oui, la Providence vinta mon secours. Oma
bien-aiméc ! c'est encore toi .. . c'étail toi, c'était
l'ascendanl dr. ton étoile, c'était ton impérieux
génie qui, du fond de cette Gironde, 011
m'environnaient tanl d'cmbuches morlelles,
m'appelaient et m'appelaient saos cesse. Eh
bien! le visagedécouvert, le fronl levé, le bras
toujours armé, !'esprit toujours vers toi, au
milieu de leurs comités, de leurs commissions,
de leurs satellites, a lravers celte foule d'assassins, j'ai passé ! Saos loi, je périssais !abas; saos toi, j'allais périr ici. C'esl toi, c'est
ta patience qui ne s'altere point quand il s'agit
de ton amaut; c'est ton courage que ríen
n'étonne quand il íaut résister a l'oppression;
c'est ta douce éloquence qui me suscite des
libérateurs ....
... Espere, crois-moi; ne crains rien : me
voila sauvé. Je le suis; le ciel le doit, peutetre aux sacrifices que j'ai faits pour le
bonheur des hommes, mais surtout a ta
généreuse constance, a loo malheureux
amour, a ton dévouement magnanime. Ma
bien-aimée, je le le dis : longtemps j'ai
travaillé pour fonder la cabane ; je vais
mainlenant la choisir. Dans six semaines je
t'y posséderai. Nous la gouterons enfin, celle
vie casaniere que j'ai toujours ardemment
désirée; je les savourerai ces délices de la
retraite ou je serai tout entier a toi, ces
charmes de la solitude que j'ai si longtemps
sacriíiés a ma patrie ingrate. Mon amie,
enlends la priere que je te fais a genoux;
veille sur toi. Je laisse derriere moi la plus
chere moitié de moi-méme, tu le sais. Veille
sur toi. Laisse tes all'aires, si leurs soins
doivent te couter quelque imprudence. Soyoos
plus pauvres encore, et soyons plus promptement réunis. Songe a l'inquiétude mortelle ou
je vais languir .... Te voila de relour. Que
j'aurais de cboses a te dire encore !. .. A.dieu,
je t'adore, conserre-toi; je pars le premier,
je t'attends. »
Le 7 février, des six heures du matin, je
repris ma course aventureuse. A l'eilrémité
de la rue de Charenton, je laissai ma femme
daos le nacre ou elle avait voulu m'accon..¡;agner. Je la laissai. J'étais a plaindre, elle
l'était davantage : Celui qui 1·este est le plus

�111STORJA
malhem·eux. La prudence exigeait que la
séparalion se üt a quelque distancc en de~
de la barriere; il tallait y passer seul el a
pied, pour etre moins examiné.
De la porliere de devant, Lodoiska me
suimil d'un reil plein d'inquiétude ; elle
lremblail que je n'allasse échouer au premier
écueil. Elle vit trop bien que la sentinelle
m'arretait; mais elle vil aussi que, d'un air
assuré, je produisais une carie qui n'était
pas la mienne, el que d'un air amical je
passais.
Qu'en ce moment je senlis vivemenl ta
joie, roa Lodoíska ! mais que je souffrais des
promptes alarmes qui allaient succéder. Bien
des passages plus dangercux me restaienl a
franchir, et les regards ne pounient plus
m'y accompagner. Que je soulfrais pour loi !
L'absence, d'ailleurs, la'cruelle absence commencait. Ah! du moins' ne néglige rien pour
l'abréger ! A ton tour, dans six semaines, tu
me l'as promis ! daos six semaines au plus
tard, viens te présenter a cette porte; metstoi sur celle route ou je te devanee. llate-toi,
sors de celte ville ou si longtemps nous avons
cru lrouver notre tombeau. Viens avant la fin
de mars m~ joindre dans celte coutrée qu'on
nous a dit etre sure, tranquille, ho~pilaliere.... llélas 1
Dans le bourg de Charenton je trouvai mon
brave ami qui m'attendait. Ensemble nous
entrames a Villeneuve-Saint-Georges.
Par une beureuse précaution, j'avais décidé ma temme a trouver bon que, partant
un jour plus tót, et devancant la voiture ou roa
place était retenue de París a Dóle, je fisse
dix licues a pied, pour l'aller altendre a MeJun. C'était un sur moyen de diminuer les
dangcrs de roa sortie de París, et d'etre
beaucoup moins inquiété dans ses redouLables environs. Nous lui dumes notre salut a
Villeneuve-Saiot-Georges.
Un commissaire du pouvoir exécutif se tenail la, pour examiner a leur passage toutes
les voitures publiques, tous les voyageurs a
voitures. On me dit son nom que j 'ai oublié;
tout ce qui m'en reste, c'est que c'était un
Jacobin qui tres probablement m'aurait reconnu; mais on ne nous fil point, a nous,
braves piétons, l'injurieux honneur d'une visite commissariale. On nous conduisit seulement a l'officier de garde, qui n'examina que
tres légcrement nos papiers, et sans difficulté
laissa passer deux soldats. Deux soldats, car
F... en avail le costume ordinaire. Moi je
portais, avec UD large pantalon de laine noire,
la courle veste pareille, un gilet tricolore,
une perruque jacobite a poils courts, plats et
noirs, tout récemment faite expres, et qui
m'allait si bien, qu'on eut juré que c'étaienl
mes cheveux; enfin le bonnet rouge, I'énorme
sabre et deux terribles moustacbes que
j 'avais laissées croitre pendanl ma réclusion.
Si, daos cet équipage, je représentais encore
quelque chose, ce n'était assurément pas un
muscadin; lout cela était alors le grand habit
des grands paltiotes, et s'appelait une carmagnole complete.
J'avais pu enlreprendre et j'acbevai tres

bien cette marche de dix lieues, parce que
deux mois de répit et de soins coafenables
avaient cbassé mon rhumatisme.
Le lendemain, tous les voyageurs de la
voiture publique que je venais de joindre
a.. ... , furent conduits a la municipalité. Un
membre du comité de surveillance visait les
passeports. Je lui donnai le mien, il le lut
attentivement, me regarda beaucoup, et, sans
me le rendre, demanda ceux de mes compagnons de voyage. 11 les examinait tour a tour,
les leur rendait et retenait loujours le mien;
il le gardait a part dans la main gauche, qui
se retirait chaque fois que j'avancais la
mienne pour le reprendre.
- Un moment, me disait-il toujours.
Je commencais a n'ctre pas fort a mon
aise. Tous mes camarades de route étaient
déja renvoyés, je restais seul avec le surveillant.
- Tu vas rejoindre l'armée? me demandat-il.
- Eh non! tu as pourtant assez lu ! je
vais pour affaires de commerce 1
11 y rejeta les yeux.
- Ah! pour affaires de commerce!
- Oui.
- Don ne done! m'écriai-je.
J'avancais la main. U fit encore le meme
mouvement en arriere.
- Tu es bien pressé! dit-il.
- Et toi tu ne l'es guere ! ne vois-tu pas
que tu as expédié tous les voyageurs, et que
la voiture va partir saos moi?
- Mais, n'as-tu ríen a me dire?
- Non, répliquai-je brusquement, daos le
style du jour et de mon accoutremenl.
11 répondit :
- Eh bien, j'ai quelc¡ue chose a te dire,
moi.
- Sacrebleu ! dis tout de suite!
- J'ai a te dire, poursuivit-il, en prenant
une de mes mains, qu'il serra, et en remettant mon passeport daos l'autre, j'ai a te dire
que je souhaite de tout mon creur que tu finisses ton voyage sans accident. Adieu.
Je répétai adieu, n'en demandai pas davantage, et je cours encore.
Était-ce a mon seul hahit que je devais
cette politesse? M'avait-il pris pour quelqu'un
de sa connaissance? ou plutót, quoir¡ue je ne
le connusse pas, ne me ronnaissait-il pas tres
bien? Voila ce que le lecteur se demandera,
ce que je me suis demandé cent fois a moimeme, et ce que je n'ai jamais pu décider.
Je ne pourrais fidelement rapporter toutes
les hizarres aventures de ce voyage, saos risquer de compromettre le généreux compagnon de mes périls. Je vais done tout a coup
sauter a... ; et de ce qui nous arriva dans ce
dernier endroit, je dirai seulement que la voiture y restait, mais que nous ne limes point
la faute de nous y arreter, meme deux minutes. Je savais qu'il y séjournait un représentant montagnard; aous évitames habilement le corps de garde, qui nous etit peut-etre
conduits a la muaicipalité? celle-ci au comité
de surveillance, et l'un des inquisiteurs, au
représentant.
.,_ 200

►

De la a.... , six lieues que nous ,imes apicd,
par un affreu1 temps. Pour comble de disgraces, l'abondanle pluie qui nous lravcrsait
dans la plaine nous promettait une neige
plus abondante daos les montagnes.
C'cst en sortant de .......... qu'on commence a gravir le Jura. On nous dil que la
route porta1t, dans les passages les moins
chargés, trois pieds de neige. Des cinq heures
du matin, nous DOUS y enfoncames.
Avanl la fin d'une journée pénible, 'j'emhrassai le généreux F... ...... Cbarmé d'avoir
acbevé son ouvrage, il allait reporter une
heureuse nouvelle a roa femme impatiente.
Ah! qu'il jouisse a París d'un bonheur constant ! qu 'au milieu des forfaits qui regnent
daos ma patrie, ses verlus y demeurent •méconnues, pour n'y elre pas chatiées. 11 est du
moins une récompense qui ne saurait lui
manquer : cctte joie intérieure, ce délicieux
sentiment qui suit les belles actions courageusement faites, vivra daos son creur. La
reconnaissance ne mourra pas daos le mien.
Adieu, mon ami.
Je fis quelques pas, j'entrai dans roa retraite. S'il daigne UD moment arreter ses
regards sur moi, Dieu meme doit jouir de
l'une de ses reuvres. Ce ne peut füre un spectacle indifférent pour sa justice, que cclui
d'un bomme libre, d'un homme de bien,
enfin arracbé au glaive des dictateurs et des
brigands. Mais sa protection n'~mbrassera-telle que moi? Voudra-t-il laisser un peuple
immense sous le joug des oppresseurs les
plus détestables? ou, pour le cbatiment d'une
mullitude enlrainée, soulTrira-L-il que ces tyrans soienl remplacés par d'autres tyrans? A
peine débarrassé de mes plus imminents périls, je tonrnais ainsi sur mon pays des regards d'inquiétude; ainsi je formais, pour son
alirancbissemenl, d'inutiles vreux.
De l'impénétrable asile, de la caverne profonde ou je m'étai~ jeté sur les a.pres montagnes qui de ce colé limitent la France, je
voyais et je touchais pour ainsi dire I' anti que
Uelvétie. Au premier bruit, a la moindre
alarme, je pouvais me précipiter sur le territoire neutre, puis, ayaot vu passer l'ennemi,
remonter a ma retraite, et rentrer en meme
temps daos ma patrie.
Toul ce que j'ai souffert, tout ce dont j 'ai
joui daos ces retraites, vous ne pouvez le concevoir. Au moins, j'y nourrissais mon indépendance. Tous les boas sentiments de mon
creur, ses mouvements les plus louables, il
m'élait permis de les épancber. Je le pouvais
au milieu de ce bois solitaire ou je restais des
journées entieres, ou je ne restais pas assez.
C'est la que, tantot rcnversé sous de noirs
sapins, pensant a ma famille ajamais quittée,
je soupire; et tantót me rappelant toute roa
patrie, la gloire qui lui était prom.ise et l'opprobre dont ils la souillent, la prospérité dont
elle allait jouir et les décombres qui la couvrent, sa liberté d'un jour, et son esclavage
éternel, je pleure.
C'est encore la qu'appelant l'amour a mon
aide, l'amour et I' espérance, son inséparable
compagne, je grave sur l'écorce tendre du

�1t1STO"J{1A
faya1·d le chiffre de mon amanlt' qui, dC'main, 11ir la prerniere, au moins Lodoi,ka ne mourpeut-etre, me sera rendue.
rait pas seule. ensemble nous irions au suplirias, elle n 'arrivait pas ! plus de six H'- plice, je finirais d 'une maniere moins triste
maines sºétaienl écoul•5es; Je n'a,ais cu de ses pour elle el plus digne de moi.
nouvrlles qu'unt' fois. L'espérance comm&lt;'nCinq semaincs sºétaient écoulées dans les
&lt;;ail 11 quilter mon cu•ur. J'avais done perdu Lourments de cette ficvre ou moa corps
l"unique bien par lec1ucl, allaché &lt;ksormais a épuisé perdait le re. te de ses forces, mais ou
la vie, j'aurais pu la chérir cncore. Je l'avais mon ime s'exercait de plus en plus aux résoperdue ! Eh comment ! pour m 'avoir sauvé, lutions magnanime.~.
elle gémissail dans les prisons, &lt;'lle périssait
Un jour, celui-la doit faire époque dans ma
sur l'écbafaud. Quel homme assez malhPu- rie, c'était rcrs midi, le ~ 1 ruai : un homme
reusemenL sensible se repré,entera mes agi- comme moi victime de la tyrannie, un ami
talions, me.~ angoisses, lous m1·s désirs de que je m'étais fait dans ces solitudes, m'l!nvengcance el dl! morL. Avec l'aurore j'allais traina, sous je ne sais plus quel prétexle,
me jeter dans ces bois, naguere sculemenl daus une route ou je n'arnis jamais été, une
mélancoliques, maintenant tristes, sombres, lrarerse de ..... it..... ,
pleins d"horreur. Sur ces roches ou dernic- \'ous vous laissez abattre par le cbaremenl je me bornais a fuir les hommrs, grin, me dit-il; eh pourquoi? \'0tre malhcur
aujourd'hui je ,enais chrrrhrr les images n'est pas eertain : je parierais meme que
du chao,, de, ahimes, de la d&lt;'slruction. Que ,ous reverrez votre épouse tres 'incessamde fois j"ai, d'un n•il d'envie, mesuré ct's menl. ...
deux cents pieds d'élél"ation, d'ou je pourais,
- Jamais, ciloyen, toul me le dit : jame précipilanl, rouler de pierres en pierrcs, mais.
el déja mille fois brisé, m'engoulTrer dans
11 s'était arrelé; il attachait a quelques
ces eaux rapicles, Lempélueuscs, l,lanchics cents pas son rcgard allentif.
dºécume, el d'ailleurs lrop pcu profondes
Cºest un char-a-hancs, rt&gt;prit-il, je n·y
pour empecber que de Lout mon poids, cen- di,tin¡rue qu 'une ciloyenne avec le conductupJl: par la chute, je n'ache\'a&lt;se de me mel- teur. Tenez, c·est peut-elre votre fcmme !
Lre en pieces sur les tranchanls du roe vif qui
- Ah citoycn ! par pitié, gardcz-rous de
formaiL leur lit.. .. ~lais de quelle ulililé serait me présenter de pareilles images.
celte fin? :\ussitol mon esprit s'élevail a d'auJI poursui,•il :
lres pensées. 11 n'y en eul poinl de si folles,
- Ma foil je n'y vois qu'une femme en
de si forcenét.'s qu'elles fus,ent, que je n'em- hahits de \'0yage, et elle a des malles.
brassasse d'abord avec passion. Je voulais,
Je m'écriai :
'-0US un nou\'eau déguisemenl, renlrer a
- Ami, ne vous jouez pas de mon désesParis, pénétrer jusqu'au cabinet de ílobespoir; je vous avertis qu 'il 1 aur?il de quoi me
pierre, et, le pistolet sur la gorge, le forcer a rendre fou.
me signer l'ordre qui rendrait a ma Lodo'iska
11 indiquait de la main le point de la route
sa liberté. Puis, contraint de m'avouer les
oi.t il apcrcevait la voyageuse; je repoussais
in,incibles diíficultés de l'exécution, je me
sa main, je louroais la tete, je fermais les
bornais a examiner lequel des oppresseurs de yeux.
.
mon pays je devais aller immoler sur la
Cependaot le conducteur faisait claqucr
tombe de mon épouse. Enfin, roa tete s'étant
son fouet. La légere voilure renait a nous de
un peu reposée, je m'arretai au dessein que toute la vitesse des che1aux. BientoL une voix
voici:
- quelle voix, grand Dieu I celle de ~
Je manderais au dictateur que l'un des esprits célestes que peint Jlilton, ne laisse
proscrits du :51 mai, celui qu'il déteslait le
point a l'oreille charmée d'impre.~sion plus
plus sans doute, respirail sur la fronti~re de ravissante,
une \'OÍI dit:
France, hors de ses recherrhes, hors de ses
- Arrelez!
atteintes. Pourtant je lui proposerais la tele
Son doux accenl m·a íail lressaillir. Je
de cet enncmi, a cette condition seule que
role, je me précipite sur le char. C'est Loma íemme scrait amenée saine et saure dans
dotbka qui s'élance; c'est elle que j'enlcve
mes roches. Au moment ou elle y poserait le
dans mes bras. Quel fardcau ! quel momt&gt;nl !
picd, jr descendrais dans la plaine, moi, je
Mon bonheur n'a duré que trois jours. 11 a
me remettrais sous la hache des lictcurs.
fallu se ré~oudre encore a l'absence, a c;es
On sentira lout ce que ce projcl arnil de
tourments, a ses périls: ma femme a du le
hasardeux . .\fa derniere espéranre était que
\'Ouloir, j'ai dü le soul.Trir. Elle est partie ;
ma fomme, qui portait dans son sein I'unielle est rentrée.... Quoi ! dans Paris I daos
que íruit de nos aruour ·, consentirait il ,·ine
cette ,ille ennem1e? ... Elle y est rentrée,
pour éle\'er le fils de son amant, el peut-etrc
oui. Je ne saurais dire en ce moment, comun ,·engeur a la patrie. Que si le trailrc Romenl ni pourquoi l'in1incible nécessité I'orhespierre prcnaiL ses mesures de sorle qu'en
., donne; au reste, tant de surelés garantissenL
altirant la seconde victime, il pul aussi retele succcs ! Je suis tranquille. Depuis douze

•

jours elle esta París; elle r est arrivée i:ans
accidenl, ~ans inquiétude; /en ai la nouvelle.
C'est aprcs-demain qu'elle en sorl. ... Je l'attends dans nt&gt;uf jours; dans ncuf jours nous
nous réunirons, nous nous réunirons pour
essa~er de nous ou\'rir, a tra\'ers de nouveau~
áangers, le chcmin de quelqut&gt; contrée plus
heureuse: mais quoi qu 'il arril'e, pour ne
nous plus séparer.
Un lecleur attentif a pu s'aperce\'Oir qu'il
y arait daos ces Mémoires une !acune importante; je n 'ai pas fait le récit des obstaeles que ma femme a surmontés pour retourner du Finistere a París, el venir de París
au Jura; je ne l'ai pas fait, je m'en suis bien
gardé. C'est elle qui l'écrira; elle l'écrira de
ce style enchanteur qui dictail les 'lettres
qu 'elle m'adressa pendanl les di1 premieres
annécs de notre amour alors malheureux.
Pui,,e toute sa corrcspondance et la mienne,
prérieux dépot laissé en France aux mains
dºun ami fidele, se conser\'er el 11uclque jour
elre publié ! C'e~l la qne se rencontrerail
majustificalion complete; fier de mon amante,
j'ai l'orgueil de croire aussi 11ue le monument
ou l'on verrail nos ,,me~, ne paraitrait pas
indigne de ses auleurs. Au reste il m'importe
as~ez peu qu 'apres avoir parcouru le recueil,
un lecteur superficie] se demande si l'homme
qui gagna le crcur d'une fcmme douée de
tanl d'espril, d'une sensibilité si ex11uise,
d'un si grand courage et d'une foule de rares
talenls, n'en a\'ail pas lui-meme un peu plus
qne bien d'autres. Mais ce que j'aime a
pcnser, c'esl qne l'amant lendre et le philosophe sensible n'acb1heraieut pas cette atlendrissanle leclure sans s'etre dit plus d'une
íois: Puisqu'il mérita d'étre aimé d'elle, il
fut vertueux.
Pourquoi ma femme a fait ce dernier
voyage a Paris, comment elle a su sortir
encore de cette ,iJle redoutable, et venir
une seconde fois dans mes roches, c'est ce
que ma femme aussi dira, mais dans un
autre temps. Ni moi non plus je ne saurais
rendre compte aujourd'hui des hasardeux
projets que nous formons, des lointaines
espéranccs qui nous reslenl. Oieu protecteur, ne retire pas le bras qui nous appuie,
guidc-nous, marche devant les amis des
peuples; pcut-etre ceux-ci ne sonl pas ingrats. Si, pourtanl, de ces lrois proscrits que
je rais confier encore aux é1·énl'menls, un
doit sucromber daos I'aventureuse enlrcprise, ah! Je t'en conjure, que ce soit moi !
Donne a Lodo'iska la force de me sunivre, et
sauYe notre eníanl.
O Dit•u ! si lu ,·oulais :irnnl tout sau\'er mon
pa~s!

Fmi dans nos cat•emes, le ~2 juillet l 791,
quelt¡ues jours ai·a11t la chute de Robe.\pien·e.
LOUYET.

•
_,. 20 2..,.

..

Mémoires

du général baron de Marbot
TROISIEME PARTIE

CHAPITRE PREMIER
,100 m1r11¡¡,•. -

.\d1eux ñ )Ja,,ena.

\Ion frcre et les aulres aides de camp de
Masséna ne tardi•rent pas a quiller l'Espagne
el vinrenl nous rt•joindre 11 Paris, ou je restai
tout l'été et l'automne suivanl. J'allais cbaque
mois passer 11uelques jours au chateau de
Bonneuil, chez ll. et ,Jme De.~bricres. Pendant mon absence, celle exccllente famille
avait eu les meilleurs procédés pour ma mere.
~Ion retour accrut l'aflection que j'aYais depuis longtemps pour lcur filie, et bientot il
me íut pcrrnis d'aspirer il sa main. Le mariage ful con\'enu, et j'eus meme un moment
l' tsµoir d'obtenir le grade de colonel avanl la
célébration de cel acle important.
11 étail d'étii¡uette que l'Empereur signal
au ronlral de mariage de lous les colonels de
se, armées, mais il n'accordail que fort raremenl eette íaveur aux officiers des grades inférieurs; encore fallait-il qu'ils fissenl connailre
au mini,tre de la guerre les motiis qui les
portaienl a solliciler celle distinction. Je
fondai ma demande sur ce que l'Empereur,
quand je le ,·is, la veille de la bataille de Marengo, m'avait dit, en me parlant de mon
pcre, réccmment mort a la suite de blessures
rerues au siege de Genes : « Si tu te com1( portes bien et marches sur ses traces, ce
« ,era moi qui te senirai de pere !... 11 J'ajoulerai que, depuis ce jour, j'avais recu huit
bles ures et aiais la conscience d'arnir toujours rempli mon devoir.
Le ministre Clarke, homme fort rude et qui
repoussait prcsque toujours les demandes de
ce c:enre, cominl que la mienne méritait
dºctre pri~e en considéralion el me promil de
la pré,enter a Sa Majesté. 11 tint parole, car,
p&lt;·u de jours aprcs, je re~us l'ordre de me
rendre auprcs de l'Empcreur, au cb.itcau de
Compicgne, et d'y amener le notaire, porteur
du contrat de mariage : c'étail le bon ~l. )lailand, avec Ic,1uel je partís en poste .•\. notre
arri,·ée, l'Empereur était il la &lt;"hasse acourre,
non qu'il aimal bcaucoup cel exercice, mais
il pen~il a~·cc raison c¡u'il de,·ail imiter les
anciens rois de France. La ~ignalure fut done
rt'?mise au lendemain. Le notaire, qu ºon attendail aParís, était dé,oléde ce rctard; mais
qu·l faire? ... Le jour sui1·ant, nousfümcs introduils auprcsdel'Empcreur, que nous trou,amcs dans les appartemenls 011, vingt ans plus

tard, j'ai si souYenl fait le senice d'aide de
Ce n'est pas a vous, mes chers eníants,
camp auprcs dt&gt;s princes de la maison d'Or- que je íerai l'éloge de l'excellente femme que
léans. ~Ion contrat ful si¡:né dans le ,alon ou j'épou,ai : je ne peux mieux la louer qu'en
le ful depuis celui du roi des llel¡:rs avec la lui appliquanl la rnaxime de !'un de nos plus
princesse Louise, fille ainée dl! Louis-Pbi- célebres philosophes: « La meilleure de Loutes
lippe, roi des Fran~ais.
les fernmes esl celle donton parle le moins 1 »
Dans ces courtes enlrernes, Napoléon étail
J'étais beurcux au sein de ma famiUe, el
hahituellemcnt lri&gt;s afTahle. 11 adre~sa qurl- j'attendais chaque jour mon brevet de coqul's questions au notaire, rnc demanda si lonel, lorsque, peu de temps apres mon mama prétendue était jolie, quelle était i-a riage, je fus informé par le ministre de la
dot, l'lc., etc., et rue dit en me congédiant : guerrc que je venais d'etre placé comme
« Qu'il \'OUlait aussi que j'eusse une bonne chef 1l"esca1fro11s dans le -! •• régimenl de
« position, el que, sous peu, il récompense- chasseurs a cheval, alors en garnison au fond
« rail mes bons ser vices .... 11 Pour le coup, de l'Allemagne !. ...le fus allerré de ce coup,
je me crus colonel ! Cet espoirs'accrul encore car il me paraissail bien pénible d'aller enlorsque, en sorlant du cabinet impérial, je core servir comme simple chef d'esradrons,
fus accosté par le général llouton, comle de grade dans Jeque! j'a,·ais reru lrois blessures
Lob:m, dont je recus l'assurance confiden- et fait les campagncs de Wagram el de Portielle que l'Empereur a,ait inscril mon nom tugal. Je ne pou,ais comprendre le motií de
sur la lisie des officiers supérieurs auxquels celle disgrace, aprcs ce qui m'a\'ait été dit
il voulait donner des régimcnls. Cette asser- par l'Empereur el le comte de Lobau. Celui-ci
lion me ful d'autanl plus agréable que le me doona bientot le mol nr l'én;~me.
comte de Lobau, aide de camp de Napoléon,
~lasséna, ainsi que je l'ai déja dit, avail, a
son entrée en Portugal, quatorze aides de
camp, donl six oíficiers supérieurs. Deux
d'entre eux, ml. Pelet el Casabianca, furent
faits colonels pendant la campagne; ils étaient
plus anciens que moi et avaient bien rempli
leur de,·oir. Leur avancement semblait, du
reste, assurer le mien, puisque je devenais le
premier chef d'escadrons de l'état-major.
Celui qui avait le cinquicme rang était M. Barain, oíficier d'artillerie, que j'ayais lrom-é
capitaine aide de camp de Masséna a mon
entrée daos son état-major. ~l. Barain, ayant
pcrdu une main a Wagram, avait été nommé
chef d'escadrons : c'était justice. Mais I'Empcreur, en lui donnant ce nouveau grade,
l'a,ait désigné pour le service des arsenau1,
qu'on peut tres bien faire avec un bras de
moins. ~fasséna s'allendait égalcment il voir
~l. llarain s'éloigner de tui; néanmoins, celui-ci
insista pour l'accompagner en Portugal, bien
qu'il íüt dans l'impos,ibilité de remplir aucune mission daos un pays aussi difficile.
Per~onne ne pensaíl done qu'on lui donnerait
de l'avancemcnl.
ALEXAsDRE l .., Elll'l. REt:R DE Ht:SSIE.
Or, il se trouvait que Barain était neveu
lY~trts lt .itssh, dt Lo~IS 11 • SAIST·.\ u1m,.
de M. Franeois de Nantes, directeurdes Droits
réunis, qui ,·enail d'assurer de nombreuses
étail chargé, sous la direction du ministre places a des membres de la famille de Masde la guerre, du lra\'ail relalif a l'avance- séna. M. l raneois de Nantes demanda, en
ment militaire. Je revins done a Paris, le rélour, la fa1eur d'une proposition au grade
creur rempli de joie et d'espérance f. .. Je me
de colonel pour son neveu Barain. Le marémariai le 11 norembre suiYant.
cbal, forcé de cboisir enlrl! Barain et moi,
... 203 ...

�ll1STORJA

.MÉ.MOTJ{ES DU GÉNE~.JU. BA.'l?_ON DE .íJfA.7fBOT

opla pour mon camarade. J'ai su, par lecomte
de Lobau, que l'Empereur a\·ait ht!silé a signer, mais •1u ·¡1 céda enfin au1 iaslances de
l'inlegrc d1rccteur de~ Droits réunis, venu
pour appuJer la seule demande de faveur
qu'il etH encore faite pour sa Iamille. Ainsi
mon camarade íut nommé coloncl.
Je me ~uis peut-clre trop appesanti sur
celle malheureu~e affaire, mais, pour juger
de mon désappoinlement, il Iaut se reporter
a cette époque et ~e rappelcr que l'imporlance dt&gt;s cbeís de corps élait lelle, daos les
armées impériales, qu'on a vu plusieurs colonels rcfuser le grade de général et demander
comme Iaveur spécialE: la permission de rester
a la tete de leur régiment. Masséna m'adressa
la lellrc suivantc, seulc récompease de lrois
campagnes faites et de trois blessures recues
aupres de lui :

Son aieul paternel, tanneur estimé, eut lrois
du Var. Ses connaissances lhéori&lt;¡ues el prafils : Jules, pere du maréchal, Augustin el
liques des exerciccs militaires le flrent nom\farcel. [ es deux premiers allerent s' établir mer capitaine adjudant-major, el peu de
a Nice, oü ils installerent une fabritJUP. de temps apres major. La guerre éclata bienlot;
savon. fürcel pril du senice en France daos
le courage et l'activité de Masséna l'éleverent
le régiment de fio)al-Italien. Jules )lasséoa
rapidement aux grades de colonel el de géoéral
étant mort en .laissant tres pcu de forlune el de brigade. 11 eul le commandement du camp
cinq eníants, lrois d'enlre eux, au nombre dit des .1/i//e (ourches, dont íaisail partie la
desquels se lrou\'ait le jeuue André, fureol
compagnie du i• d'artiUerie commandée par
recueillis par leur onde Augustin, qui, se
le capilaine Napoléon Booaparle, sous les orbornant a leur enseign(•r a Jire et a écrire, les dres duque! il de\ail servir plus tard en
employait a faire du savon.
llalie. \fasséna, tbargé de conduire une coAndré, donl le c.'.lractere ardenl et avenlu- lonne au sicge de Toulon, s'y distiogua en
reu1 oc pouvait se plier a la ,ie monotooe et s'emparant des forls Lartigues el Sainte-Calaborieuse d'une fabrique, abandonoa, des
therine, ce qui lui valut le grade de général
1'age de treize ans, la maison de son oncle el
de di"ision. La ville prise, il ramena ses
alla s'embarquer clandestinement comme troupes a l'armée d'Italie, oü il se fil remarmousse sur un vaisseau marchand, en comquer daos tous les engagemenls qui eurent
pagnie d'uo de ses cousins nommé Bavastro, lieu entre le lilloral de la Méditerranée et le
« Pnris, 24 novembre 1811.
qui delint, pcndanl les guerres de l'Empire, Piémont, pays 1¡u'il connaissail si bien. In« Je rous cnvoie, mon chcr Marhot, l'ordre le plus célebre cori;aire de la Méditerranée. telligent, d'une acthité dévoranle et d'un
Quant a Aodré, apres avoir navigué deu1 ans courage a toute épreuve, ~fasséna, apres plu&lt;&lt; de service que je reeois pour vous. J'avais
« demandé de l'avancemenl pour vous, ainsi el Iail meme un \'Oyage en Amérique, les fa- sieurs années de succes, avait déja rendu son
« que vous le savez, et j"ai le double regret tigues et les mauvais traitements qu'il eut a nom célebre, lorsqu'une faute grave faillit
e de voir que YOus ne l'avez pas obtenu el subir dans la marine l'en dégoíllerent, et le briser lotalemenl sa carriere.
« de Yous perdre. ros seniccs sont bien ap- 18 aotit f 775, il s'enrola comme simple fanOn était au début de la campagne de 1790;
&lt;t préciés par moi, el ils doiveot etre, pour tassin dans le régiment de Royal-ltalien sous le général Donaparte Yenait de prendre le
« \Ous, iodépendanls des récompeoses au1- les auspices de son oncle Marce!, qui était commandement en chef de l'armée, ce qui
« quelles ils vous donnaient droit de pré- devenu sergent-major et obtint bientol l'é~ placait sous ses ordres Masséna, sous lequel
« teodre. lis vous acquerront toujours l'es- paulette. Ce Marce! Masséna, que j'ai connu il avait jadis servi. Masséna, qui menait alors
« time de ceux sous les ordres desquels vous en 1800 commaodanl de la place d'Antibes, l'avanl-garde, ayant battu aupres de Cairo un
« vous lrouverez. Croyez, mon cher Marbot, étail un homme grave el capable, forl estimé corps autricbien, appril que les chefs eunede son colonel, lf. Chauvel d'Arlon, qui, mis avaicnt abandooné daos l'auberge d'un
u a celle que vous m·avez inspirée, ainsi
&lt;t qu 'a mes regrels el au sincere altacbement voulanl bien étendre sa prolection sur André, village voisin les apprets d'un joyeux souper;
a que je vous ai voué.
lui fil apprendre passablement l'orlbographe
il forma done avec quelques officiers le proet
la langue írancaise, el, malgré quelques
(1 JfASSÉ:U. l)
jet de profiter de cette aubaine et laissa sa
incarlades, il l'éleva en quelques aooées au
Je ne pensais pas revoir Masséna, quand grade d'adjudant sous-oflicier. 11 lui avait di\ision campée sur le sommet d'une monMme la marécbale m'écrivit que, dé~irant meme íait espérer une sous-lieutenance de tagne assez élevée.
Cependant, les Autrichiens, remis de leur
connaitre ma femme, elle nous invitait l'un maréchaussée, lorsque,. lassé d'attendre,
et l'aulre a dioer. Je n'avais jamais eu qu'a André prit congé a l'txpiratioo de son enga- terrear, revinrent a la cbarge el fondirent au
point du jour sur le camp francais. 'os solme louer de la marécbal'!, surtout a .A.atibes, gement.
dals,
surpris, se déíendirent néaomoins avec
sa patrie, ou je la rencontrai au retour du
Rentré daos la vie civile, saos aucune forsiege de Génes. J'acceptai done, Masséna vint lune, ,\adré rejoignit son cousin Bavastro, courage; mais leur général n'étanl pas la
it moi, m'exprima de nouveau ses regrets, el et profltanl du voisinage des frontieres de pour les diriger, ils furenl acculés a l'extréme proposa de demander ma nomination au France, de Piémont, de l'~tat de Genes et de mité du plateau sur le&lt;¡uel ils avaienl passé
grade d'oflicier de la Légion d'hooneur. Je la mer, ils firent sur une grande écbelle le la ouit, et la division, allaquée par des ennerépondis que, puisqu'il n'avait pu ríen faire commerce inlerlope, c'est-a-dire la contre- mis infioiment supérieurs en nombre, allait
pour moi pendant que j'étais daos son état- bande, tant sur les cotes qu'a travers les certainemeot subir une grande déíaite, lorsc¡ue
major, blessé sous ses yeux, je ne \ onlais montagnes du littoral, dont Masséna apprit Masséna, apres s'etre fait jour a coups de
pas lui créer de nouveaux embarras, et que ainsi a connaitre parfaitement tous les pas- sabre parmi les lirailleurs autrichiens, accourt
je n'attendais d'avancement que de moi-meme; sages. Cette circonslance lui del'int plus lard par un senlier depuis longtemps connu de
puis je me perdis daos la foule des invi tés.... d'une tres grande utilité, lorsqu'il eut a com- lui el apparalt devant ses troupes, qui, dans
Ce fut ma derniere renconlre avec ce maré- mander des troupes daos ces conlrées. En- leur iodignation, le recoivenl avec des huées
chal, bien que je continuasse a visiter sa íemme durci par le rude métier de contrebandier, bien méritées !. . . Le général, sans trop
s'émouroir, reprend le commandement et mct
et son fils, tous deux excellents pour moi.
obligé d'épier sans cesse les démarches des
Je crois devoir vous donner ici quelques douaniers saos laisser pénétrer les siennes, rn division en marche pour rejoindre l'armée.
détails sur la vie de Masséna, dont la biogra- Massfoa acquit, a son insu, l'iotelligence de On s'apereoit alors qu'un bataillon, posté la
phie, ainsi que celle de la plupart des hommes la guerre, ainsi que la rigilance et l'activilé veille sur un mameloo isolé, ne peut en descélebres, a élé écrite d'une faeon fort inexacte. saos lesquelles oo ne peut etre un bon offi- cendre par un chemin praticable sans faire
un tres long détour qui l'exposerait a déliler
cier. Ayaot ainsi amassé quelques capitaux,
sous le fcu de l'ennemi !. .. .\Jasséoa, gra\isCHAPTl~E 11
il épousa une Francaise, Mlle Lamarre, filie
sant la mootée rapide l.'Ur ses geooux et sur
d'un
cbirurgien d'Antibes, et se fixa daos
Biographic de Ma.,sfoa. - E1islence nenlureuse et
ses maios, se dirige seul vers ce bataillon, le
celle ville, oü il faisait un petit commerce joint, barangue les hommcs el les assure
campaKne ,l"llalie. - Zurich. - Genes. - 1805. d'huile d'oüve et de fruits secs de Provence,
Abu, des liccoccs. - Seo d~rnii!re, campagnes. qu'il les sortira dece mauvais pas s'ils veulenl
"afio.
lorsque survint la ré\·olution de 1789.
l'imiter. Faisant alors remettrelcs ba1onnettes
Dominé par son gotit pour les armes, ~fasAndré Masséna naquit le 6 mai i 758 a la
dans le fourrcau, il s'asseoil sur la neige a
Turbie, bourgade du petit Élat de Monaco. séna quilla sa femme et son magasin pour l'cxtrémité de la pente, et, se poussant ens'eoróler dans le 1e, bataillon des volonlaires
suite en avant avec les mains, il glisse jus.. 204 -

c¡u 'au has de la vallée .... Tous nos soldab, accusail déja de s'etrt' procuré braucoup d'arriant aux éclats, fon! de meme, el, t·n un «rnt durant les campagnes foites les années dan, venait d'elre ballue a Storkacb par le
clin d'a:il, le ltalaillon eotier ,p trouva réuni précédenles en ltalre, l'armée se plaignit prince Charles, et celle que nous a,·ion~ en
hors de la por11:edl's .\utrichiens slupéíaits !. .. d'etre en proie a la misrre, saos lelements el Italie, vaincue a XO\·i par les Russcs aux ordres
Ct'lle maniere de dt·set•ndre, c¡ui rcssemlile presqui: sans pain, landis •111e les adminislra- du célebre Souvarow, avait perdu son sénéral en chef Joubert, mort sur le cbamp de
beaucoup ;1 ce que les pa)sa11s et lt-s guides
hataille. Les Autrichiens, prets a passer le
de Sui,s, appt•llenl la 1'ama,~.~e. n'arnil Ct'rRbin, mcnacaient l'_\lsace el la Lorraine;
tainl'ment jamai, été prati&lt;¡uéc par un corps
l'llalie
était au pouvoir des fiusses que Soudt• lroupc, de ligue. Le fail, lout exlraordivarow cooduisait en Suisse en francbissant le
uairc qu'il paraissc, n'en e.sl pas moins exact,
Sainl-Gothard. La France, sur le point d'etre
cm non &lt;culr·menl il m'a été ccrtifié par h•s
en\'abie en meme temp, par ses fronlieres
!.:énéraux Hogu1•1 pere, Souli·s, ,\llwrl l'I
du Rbin el des Alpes, n'arait plus d'espoir
autres oflicit:r~ fai ant alors par tic de la di liqu 'en Alasséna. Elle ne ful point trompt~
siou )fa,séna, mab, me lrou\·ant neur an,
daos son aliente.
plus lard au chah·au de la llotMaye, lorsque
En vain, le Direcloire, impatient, et Berle marét-lial Augereau ) re~ul l'Erupercur et
nadotte,
son turbulent ministre de la guerre,
tous lt-s maréchaux, je les cnlt•ndis plai,antcr
expédient courri¡•r sur courrier pour pres,1asséna sur le nouveau IDOJCn de rl'lraite
crire a Ma~séna dP. livrer bataille : cclui-ci,
donl il :t\ail usé en celle circonslance.
comprenant que la déíaite de son armée
11 parail que le jour ou .\fasséna ,·é1ait
serait
une calamité irréparablc pour son pays,
l.'Crvi dP ce bizarre cxpédil'DI, ,ou\·ent cmne se laisse point ébranler par les mcnaces
plo1é par lui lor~•1u'il l;lail co11lr1•liandit•r, fil
réit1:rées de destilution, et, imilant la sage
g,:néral Bonaparle, nouvellt•menl placé a la
prudencc de Fabius t'l de Catinat, il ne veul
tete de l'armé1•, comprcnant c¡uc, arri\é trc,
frappcr qu 'a coup sur et décisif, en profljl'une au rommaodement en ebl'f', il dcvait
lant de l'instaot ou les circon,tances lui donpar rrla 111c111c s1• montrer s1;nlre rnwrs Ir~
neronl une supériorité momentani•e sur les
olticiers 1p1i mani¡uaienl a lc•ur drvoir, orennemis. Ce momcnl arri\·a enfin. L'inhal,ilc
donna ,le traduire ~la,séna devanl un con,eil
grnéral Korsakow, ancien favori de Cathede gnl'rrc. sous l'iru·ulpation d'a\oir aha11rine 11, s'étanl imprudcmment avanctl \ers
do,111e" ~011 poste, ce qui 1•ntrainait la pPine
Zurich, a la Irte de 50.000 Russes et Bavadt• mor! ou !out au moins sa dc-tilulion! ...
.;\l.\t&lt;É(II \L :'ll 1s,i:,A, l&gt;CC l&gt;E RIVOLI,
rois, pour y allendre son général en chef SouMais au moment ou ce général allait t~lre
l'RISr[ u'E•SLl:-!G.
varow, qui venait d'ltalie avec 55.000h,,mmt•s,
arreté. rommenca la rélcbre haJaille de )lond"apres lt /:,t,~au du BAROll GROS.
Masséna, s'élancant comme un lion sur Kortenottc, dans lar¡uelle les dilisions \lasséna Gravure de LEGRIS.
(.Vusée .k lºtrs.J/llts.)
sakow, a\·ant l'arrivée de Som·arow, le suret Augereau firent d1•11t mille prisonnicr~,
prirent 1¡11alre draprau1, enlcverent ('inq teurs, préle\ant de nombreu1 millions sur prend dans son camp de Zurich, bat, dispiPcrs de canon el mirenl l'armée aulri- les ÉLats du Pape, \·ivaient daos le luxe et perse ses troupes el les rejelre jusqu 'au Rhin,
cbiennc· dan, une déroute complete! ... Apres l'abondance. L'armée se révolta et envoya une aprcs lcur aloir fait épromer des perles
ces immenses résultats, auxquel, ~fass1;na députation de cent oíficiers demander oompte immcnscs! Puis, se retournanl \ers Sou\aª'"ait si qrandement conlribué, il ne pouvait a Masséna de J'emploi de cet argent. Soit que row, que l'béroique résistaoce du général
plus elre qucstion de le lraduire &lt;leva nt des le géuéral ne pul en justifier, soit qu 'il se Molitor avail arreté pendant lrois jours aux
ju¡?1•s. Sa íaute fut done oubliée, &lt;'l il pul pour- relusat ale faire par e~pril de discipline, Mas- défilés du Saint-Gothard, Masséna défail le
maréchal russe comme il a\·ait vaincu son
sui1re 'ª glorieuse rarricre.
séna ne consentit pas a se di~culper, et les
On le \ it ,e distinguer a Lodi, ~filan, Yé- troupes ayant persisté dans leur demande, il lieutenant Kor~akow.
Les résultats de ces diler~ eng-agements
ro11e. Ar1·ole, eufin parlout oü il comba11i1, ~e ,~it forcé de quiltcr Home et d'abandonmais principal&lt;'rnent a la bataille de Rirnli. ner le comm:mdemenl de l'armée. Des son furent :50.000 l'nnemis lués ou prisonnicrs,
t•l sr•s surcc'•s lui flrent donnr•r par le général retour en France, il publia un mémoire justi- quinzc drapcaux et soiunle bouchl's a feu
Bonaparle lt• gloricux surnom d'en(ant clufri licatif, qui íut mal atcueilli par le puhüc, enlevés, l'indép&lt;'ndaoce de la . uisse affermie
de la rfrlo1re !.. . Les prtlliminaires di! la ainsi que par la plupart de ses camarades el la France délivrée d'une invasion imminente !
Ce fut le moment ou la gloire de Maspaix a~anl élt; signés a Uoben, Masséna, qui au\quel~ il l'adressa; mais il fut surtont
a,·ait pr1, u11t• si !..'l'aodt• part ii nos vieloires, peiné de ce que le général Bonaparte partil séna ful la plu~ helle el la plus pure; aussi'
re~ul la mi,sion d'en porter le lraité au gou- pour l"Ég~pte saos répondrc a la lettre qu'il le Corps législatif proclama-t-il trois fois que
son armée et lui avaienl hit•n mí-rilé de la
wrnement. Paris l'accul'illit an~· les marques fui avait écrite a Ct• ~UJel.
palrie !. ..
de la ~lus , i\e admiration, el partout le
Ccpendanl, une nouYelle coalilion, oi1 enCependant, les peupll's t;lran!l"er, se pri•Jll'upl,· ,e pressait sur son passag,•, chacun lraient la Rus,ie, l'Autricbe et l'AngletPrre,
1011lant rnntcmpler les lraits de ce fameux ayant bientot déelaré la guerre a la France, parai,mt a de noU\·elles alfaques contre la
!?Ut·rrier..\lai, bientol cl'l éclataot triompbc le, ho,tilités recommencerent. En de teUes France, donl ll• g-ouvernement el la nalioa,
di: ~la~,1:na ful obscur&lt;'i par son amour exa- t·irconslances, Mas,éna, quoiqu 'il se fut mal diYisés par les factions, ~ 'accusairnt réciproc¡uement des dt:~ordres de l'intérieur, ain,i
;.!éré d1• 1';1r;,·nt, qui fut loujours ,on défaut
disculpé des accu~ations portées c-0ntre lui,
dominan!.
que &lt;les revers des armée~ du Rhio et d'ltalit.
ne pou\·ait rc;.tt'r daos l'oul,li: aussi le DirecLe !.!én1:ral Ouphot, ambassadl'ur de Francr loire, roulant u tili,er ses talents militaires, Le Directoire avili cbancelail sous le mépris
¡, fioow. a\·ait été assas~iné daos cette Yille. s'empre~,a-t-il de lui confier le commande- puhlic, et chacun avouait •1ue cet élal de
[ne partil' de l'armée d'ltalie, sou, le com- ment de l'armée franrai~e chargée de dé- c·hoses ne pomait durer, lorsque le général
mandl'nwnt de 8ertbicr, ful chargée d'allcr Cendre la Sui,,e. lla,séna y obtint d'abord de Bona parte, récemment arri"é d'Ég~ple, accomen tiri:r lCO!.!t'ance; mais ce général, bientul grand, avan1agi&gt;s; mais ayanl allaqué avec plit, au i 8 1,rumairc de l'an VIII, le coup
rappelé par l!onaparlc qui vou)ail l'emmencr
d"État prévu depuis deux ans et se plac;i a fa
trop de prfripitation le dangereu1 défilé de
en É;r~ ple, cJda la place a Mas~éna daos le Feldkircb, dan, le \'orarlberg, il fut repoussé lele d'un nouve.,u gourernemenl avt&gt;c le litre
commandemtnl de l'armée de Home. Peu de a\·ec perll' par le-, Autrichiens. Acelle époque, de premier Con,ul. Masséna, homme nul en
kmp, apres l'arrivéc de ce général, qu'on notre armée du Hbin, commandr.&lt;¡• par Jour- politique, ne prit aucune part i, Ct'lle rérnlution, et bien que peu dé\"Oué au nou1el
... 205 ...

�111STORJ.ll

________.;._________________________________~

ordre de choses, il accepta par palriotisme le
comman&lt;lement des débris &lt;le l'armée d'ltalie
que la morl du général en chef Championnel
avait momentanémenl placée sous les ordres
de mon pere, le plus aacien des généraux
dirisionaaires.
L'iocurie &lt;lu Directoire avail élé si grande
qu'a son arrivée a Nice Masséna lrouva l'armée daos la plus profonde misere. Des corps
enliers renlraient avcc leurs armes en France
pour deman&lt;ler du pain el &lt;les ve temen Is!. ..
J'ai déja fait connailre les elforts teutés par
le géoéral en chef pour remcllre les troupes
sur un bon pied, malgré la péourie qui
régnait alors daos la ri,·iere de Genes, ou il
s\:lait jeté :t1ec l'aile droile de son armée
lorsque les forces supérieures des Aulrichiens
l'curcnt séparé du centre el de la gauche. Je
ne re,iens done pas sur ce que vous coonaissez drja, el me bornerai a dire que Masséna se counil d'une gloire immorlelle par
son courage ph}sique et moral, son aclivilé,
sa pré10yance et son intelligence de la guerrc.
11 garantil de nou1·eau la France &lt;l'un1• im-asion, ca donnanl au prcmier Consul, par la
Lénacilé &lt;le la défense, le lcmps de réunir a
Uijon l'armée de réserre, a la tele de laquelle Bonaparle traversa les Alpes et vial
hatlre les .\utrichiens &lt;lans les plaincs de fürcngo.
,\pre~ celle victoire, le premier Consul,
rclournant rn Franct', crul ne pouvoir confier
le comman&lt;l1•menl de l'armée a un homme
plns illuslre que Masséna; mais au hout de
quclques moi~, &lt;les griefs semblahles a ceux
dont s'était plainle jadis l'artnée de Ilome se
produisirt'nl cootrc lui. Les réclamations
s'élevcreal &lt;le toulcs parts: des impols nouVl'aux s'ajoulcrenl aux anciens, des réquisiLioas nombreuses furenl frappées sous divers prétextes, el cependant lrs troupes
a'étaieot pas paJét•9 ! Le prl'rnier Consul,
instruit de C&lt;'t élal de choses, retira brusqucmcnt et saos cxplicalioo le commandernent
de l'armér a Jlasséna, qui, rl'nlré daos la
vie pri vée, manifesla son méconlentemenl
en refusant de ,·oter le consulat a l'ie. 11
s'abslinl aussi de paraitre a la nou,elle
Cour; mai~ le premi!'r Consul ne lui en don na
pas moins une arme d'honneur, sur la1111elle
étaient insrriles les virloircs rPmporlé&lt;'s par
lui el celles auxquelks il al'ait conlribué.
Quaad Bonaparte ~aisil la couronne impériale et récompPnsa les généraux qui al'ail'rll
rendu le plm, de senit'es it la patrie, il comprit Mas,éna &lt;lans la premiere li~le des maréchaux et le nomma grand cordon de la Légion d'bonneur t'l chef de la qualoriieme
cohorte de cct ordrt· 11u'il ,·enait de créer.
Ces hautes dignités el l...s émolumcnts énormes
qui y furcnl allachés ayant détruit l'opposition faite par Masséna depuis qu'on lui avait retiré le commandement de l'armée d'ltalie,
il vota pour l'Empire, se readit aux Tuilrries
et assisla aux cérémoaies du sacre et du couronnement.
Une troisi~me coalition arnnt menacé la
Fraoce en 1805, l'Empereur·confiaa ,tasséna
le soin de défendre al'ec 40.000 liommPs la

haute ti1tic conlrc les allaques de l'archiduc
Charles d'Autricbe qui en al'ait 80.000. Cette
t:1che offrait de grandes dil'licultés; cepeodant, non seulement )lasséna pré~t•r,a la
Lombardie, mais altaquant les ennemis, il
les poussa au dela du Tagliamcnlo et pénétra
jusque dan~ la Carniole, oú, for~anl le prince
Charles it s'arrelrr tous les jour~ pour lui
faire face, il retarda trllcmenl sa marche que
le gém•ralissimc aurril'hicn ne pul arriver a
Lemps pour sauYer Yieanc, ni pour M' joindre
11 l'armé1· russe que l'Empcrt•ur haltit a
Au~terlitz. i\'éanmoins, celui-ci ne parut pas
apprécier hcaucoup les Sl'r,ices rendus par
Masséna daos t·clle campa~ne; il lui reprochai t de n'avoir pas agi avec sa ,igueur habiluelle, ce qui n'empecba pas qu'aprcs le lraité
de Presbour~, il l.: cbargea d'aller conquérir
le ropume &lt;le .\aplt-s, sur le lrone dm1uel
il voulait placer lt&gt; prince JosC'ph, son frere.
En un mois, les Fraacais occuperent lout le
pays, excepré la place forte de Gaele, dont
llasséna ~·empara cepcndant apres un sicgc
soutenu arce YiguPur. liais pendanl qu'on
dirigeait les auar¡ues contre celle l'illc, il
éproul'a un hipn , if chagrin dont il ne se consola jamais. Lne sommc énorme que Masséna
prt;lendail lui appartenir ful confisquée par
n:mpereur ! Ce fait curicux méritc d'elre
ral'onté.
Napoléon, pcrsuadé 11uc le meilleur moyen
de conlraindre les Anglais a demandcr la
paix était de ruincr leur commerce, en s'opposanl a l'introduclion de leurs marcbandises sur le continenl, les faisail saisir el
hruler dans tous les pays soumis ason autorité, c'esl-a-dirc dans plus de la moilié de
l'Europe.
Mais l'amour de l'or est bien puissant
et le commerce bien subtil !. .. On aYait done
imaginé une maniere de faire la contrehande a coup sú1·. Pour cela, des négociants
anglais avec lesquels oa étail d'arcord envoyaient un ou plusicurs navircs remplis de
marchandises se faire prendre par un de nos
corsaires, qui les coaduisait dans un des
nomhreux porls occupés par nos troupes,
1lepuis la Poméranie sné&lt;loisc jusqu'au boul
&lt;lu royaume de 1~aples. Ce pr¿micr acle
accompli , il restail it débarquer les colrs et a
les inlroduire, ea évitanl la confiscation;
mais oa y al'ait paré d'avan!'e. L'immcnse
élcndue de roles des pays conquis m• perml'llanl pas de les faire cxactrmcnl surl'&lt;'iller
par des douaniers, Cl' senicc était fait par
des soldats placés sous les ordrcs de généranx cbar~és du commaadcment du roHume
ou de la province occup¡:s par nos lroui&gt;es. Il
sufllsait don,: d'une aulorisalion doanée par
!'un d'eu\ pour fairP passer les ballots de
marchandises; puis les négociants lraitaicnt
avec le protecteur. On appelait cela une
licence.
L'origine de ce noul'eau genre de commcrce remoalait a 1806. époque a lac¡uelle
Bernadotte orcupait lfambourg et une partie
du Danemark. Ce maréchal gagna de la sorte
des sommes considérables, el lorsqu'il rnulait donner une marque de rntisfaction a

quelqu'un, il lui acordait une licence, qu
celui-ci l'l·ndait a dl's aégociants. Cet u,age
s'étca&lt;lil peu a pcu sur lout le lilloral de
l'.\llemagne, de l'Espagae, el principalcmenl
de l'ltalie. 11 pénélra memc ju~qu'a la cour
&lt;le l'Empereur, dont les dames l'l les chambellans St' faisaicnt donner dl's lice11ces par les
ministre~. On :.'en C.'lchail vis-i1-vis de .\apoléon, mais il le sarnit ou s'cn &lt;loutait. Cependant, pour ne pas rompre trop hrusqucmenl
les habitudes des Pª}" coni¡uis, il lol(.rail cet
auus hors de l'ancirnne FranC(', pourrn que
l'exéculion s 'en fil avec myslere; mais chose
étonnaalc !'hez ce grand bommc, &lt;les 1p1 'il
appreaail que r¡uelqu'un avait pou~~é trop
loin les gains illicites pro&lt;lnirs par les
lil'enl'e.~, il lui faisait 1'entlre gol'ge! Ainsi,
l'Empereur aiant &lt;;té informé que Je conunissaire ordorrnatcur llichau:t, chef de l'a&lt;lminislralion de l'armée de fü•rnadottc, a,ait
perdu en une seulc soirée 300.000 francs
daos une mabon de jeu de Paris, il lui lit
écrire par un aide &lt;le camp qm• la caisse drs
lnralides a~aot besoin d'argenl. il lui ordonnail d'y 1erser 500.000 francs, ce que füchaux s'empressa de faire, tanl il avail gagné
sur les lic!'nces !...
\'ous penscz hien que lla,st•na n'arnit pas
été le dernier a Yendre des licences. o·accord
avec le général Solignac, son chd d'ét.1lmajor, il en iaonda lous lrs porls du róyaume
de Na ples. L'Empereur, informé que Masséna
aYaiL déposé la somme de ll'ois millio11s cbez
un baaquier de Livourne, qui avail recu l'D
mcme lemps 600.000 francs du général Solignac, fil écrire au maréchal pour l'engager
a lui p1'eter un mi Ilion et demanda 200.000 fr.
au chef d'étal-major. C'étail juste lr licrs d.:
ce que cbacun d'eux avait gagné sur b
licences. Vous "oyez que l'l!:mpereur ne les
écorchait pas trop. füis a la vuc• de ce
mandat d'une nouvelle forme, ~lassérra, rugissant comme si oa lui arracbait le~ enlraillcs, répond a Napoléon que, étaat le plus
pauvre des máréchaux, chargé d'une nombreuse famille el criulé de dettes, il n·i:rPtle
,ivemenl dl' ne poul'Oir rien luí emo~~r! ...
Le géaéral Solignac íait une réponse analogue, el lous deux se féliciraienl d'ayoir
ainsi trompé l'Empereur, lorsque, pendanl le
sicge de Gai•le, on voit arrivcr ca courrier le
fils du banquirr de Li,·ourne, annoac,,nt que
l'inspecteur du lrésor fran~ais, escorié du
commissaire de police et de plusieurs gendarmes, s'étanl présenté chez son pere, ,:est
fait remellre le livre de caisse sur Jeque! il a
doané quittance des lrois millions six Ct'Dl
mille francs Yersés par le marécbal el le général Soligaac, en ajoutant que cetle somme,
apparte,wnt i1 tarn,ée, étail un dépot confié
a ces deux personnages el donl l'Empercur
ordoanait la remise sur-le-champ, soit en
espcces, soit en effets de commerce né~ociables, anoulaat les recus donnPs a Masslna et
a Soligaac ! Proces-verbal avait été donaé de
cette saisie, a laquelle le banquier, qui, du
reste, ne perdait rien, n'al'ait pu s'opposer.
11 est difficile de se faire une idée de la
fureur de Masséoa en apprenanl que ~a for-

.M.\RIE· LOl ISF. ET

tune veaait de lui etre ravie. 11 en lomba
maladP, mais n 'osa adresser aucoae réclamation a l'Empereur, qui, se lrouvant alors en
Pologne, y lit venir Masséna. Apres la paix

XA POLEO:-..

-

T.JNeau de lllE."&lt;JAto. (Musee de Vtrs,11/les.)

de Tilsitt, le litre de duc dP Ilimli et une
dotation de 500,000 francs de rente fureat
la rérompensc de ses services, mais ne le
coasolerent pas de ce qui avait été pris a

.... 20ó "'
.., 207 ,...

Livourne, car, malgré sa circonspection habituelle, on l'entendait parfois s'écrier: « Le
cruel, pendaat je me ballais pour ses intérels, il a eu le courage de me prendre les

�,,____________________________

111STO'RJJI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - , - - - - petites économies que j'avais placées a Livourne 1 ! ,&gt;
L'invasion de l'Espagne ayant allumé de
nouveau la ¡nierre avec l'Autriche, l'Empereur, menacé par ces armements considérables, revint en toute bate de la Péninsule
pour se rendre en Allemagne, ou il s'était
fait devancer par Masséna. Je vous ai déja
fait connaitre la part glorieuse que ce maréchal prit a la campagne de 1809; aussi, pour
récompenser sa bonne conduite et sa fermelé aux combats d'Essling et de Wagram,
l'Empereur le nomma prince d'Essling, en
lui accordant une nouvelle dota tion de
500,000 francs de rente qu'il cumulait aver.
celle de 500,000 du duché de Rivoli et
200,000 francs d'appointemenls comme maréchal et chef d'armée. Le nouveau prince
n'en dépensa pas un sou de plus.
Les campagnes de 181 Oet i 811, en E¡:pagne et en Portugal, furent les dernieres de
Masséna. Je viens de les raconter : elles ne
furent pas heureuses. Son moral était affaibli; aussi ces deux campagnes, au lieu d'ajouter a sa gloire, amoindrirent-elles sa réputation de grand général, et l'enfant chéri de la
vicloil'e éprouva des revers la ou il aurait pu
et du vaincre.
Masséna était maigre et sec; d'une taille
au-dessous de la moyenne. Sa figure italienne
était remplie d'expression. Les mauvais cotés
de son caractere étaient la dissimula tion, la
rancune, la dureté et l'avarice. I1 avait beaucoup d'esprit naturel; mais sa jeunesse aventureuse et la position infime de sa famille ne
l'ayant pas mis en élat d'étudier, il manquait
totalement de ce qu'on appelle l'inslruction.
La nature l'avait créé général; son courage
et sa ténacité firent le reste. Daos le~ heaux
jours de sa carriere militaire, il avait le coup
d'reil juste, la décision prompte, et ne se
laissait jamais abattre par les revers. En
vieillissant, il poussa la circonspection jusqu 'a
la timidité, tant il redoutait de compromettre
la gloire jadis acquise. II détestait la lecture; aussi n'avait-il aucune notion de ce
qu'on a écrit sur la guerre; il la faisait d'inspiration, et Napoléon l'a bien jugé, lorsqu'en
parlant de lui dans ses Mémoires, il dit que
Masséna arrivait sur le cbamp de bataille sans
savoir ce qu 'il ferait : les circonstances le
décidaient.
C'est a tort qu'on a voulu repré¡:eoter Masséna comme étranger a la flatte1·ie, disant
franchement et un peu brusquement meme
la vérité a l'Empereur. Sous sa rude écorce,
Masséoa était un rusé courtisan. En Yoici un
exemple remarq11able.
L'Empereur, accompagné de plusieurs maréchaux, parmi lesquels se trouvait Ma~séna,
ehassait a tir dans la foret de Fontaiuebleau,
et Napoléon ajuste un faisan ; le toup, mal
dirigé, porte sur Mas~éoa, auqut'i un graio
de plomb crel'e l'0&gt;il gauche. L'Empereur,
ayant seul tiré au moment de l'accident, en
était incoutestablement l'auleur iuvolontaire;
1. le général Lamarque raconte dans ses Mémoires
commcnl il cul la désagréal,le mission d'annoncer á
l\Iasséna la conliscation de ses millioos. La sci!oe se
pa•se la nuil, au i&gt;alais Aclon. - (Sote de l'éd. )

cependant Masséna, comprenant que, son reil
étaot perdu, il n'avait aucun intéret a ~ignaler le maladroit qui venait de le blesser, tandis que J'Empereur lui saurait gré de détourner J'attention de sa personne, accusa le
maréchal Berthier d'imprudence, bien que
celui-ci n'eut pas encore fait feu ! Napoléon,
ainsi qce tous les assistants, comprit parfailement la di serete intention du courLisan, et
Masséna fat comblé d'attentions par le maitre 1
Bien que tres avare, le vainqueur de Zurich aurait donné la moitié de sa fortune
pour etre né dans l'ancienne France, plutot
que sur la rive gauche du Var. Rien ne lui
déplaisait autant que la termioaison italienne
de son nom dont il transformait l'a en e
muet daos sa signature, et lors4u'il parlait a
son fils ainé, il l'appelait toujours Masséne.
Cependant le publie n'adopla pas ce changement, et le nom de Masséna prévalut, en dépit de celui qui l'avait illustré.
La campagne de Portugal avait tellement
affaibH le moral et le physique de Masséna,
qu'il fut contraint d'aller cbercher le repos
et la santé sous le doux climat de Nice. 11 y
passa toute l'année 1812; mais Napoléon, a
son retour de la malhl'ureuse expédition de
Russie, s'étant trouvé daos la nécessité d'utiliser tout ce que l'Europe avait de ressources,
pensa que le nom de Masséna pourrait encore
rendre quelques services, surtout en Provence, et il contera au marécbal l'emploi de
gouverneur de la 8• division militaire.
Lorsqu'en 18!4 les ennemis envahirent la
France, Masséoa, qui, du reste, avait peu de
troupes a sa disposition, ne fit rien pour
arreter leurs progres, et le 15 avril il se soumit au duc d'Angouleme, qui le nomma commandeur de Saint-Louis, mais ne le créa
point pair de France, sous prétexte que, né
a l'étranger, il ne s'était pas fait naturaliser !... Comme si les victoires de Rivoli, de
Zurich, la défeose de Genes et une série
d'actions glorieuses pour la France n'avaient
pas autant de valeur que des lettres de
grande naturalisation données souvent a prix
d'argeul a des intrigants étrangers !... L'injure faite a Masséna daos cette circonstance
produisit un fort mauvais ellet sur !'esprit
des populations et de l'armée. Cette mesure
facbeuse ful une des causes qui contribuerent
le plus a irriter la nalion contre le gouvernement de Louis XVIII et a amener le retour
de l' Empcreur.
Celui-ci débarqua pres de Cannes le
1er mars 1815 et se mit sur-le-champ en
marche vers Paris, a la tete d'un millier de
grenadiers de sa gard&lt;!. L'imprévu et la rapidité de celle invasion surprirenl Masséna et
le jeterent dans une grande perplexité. Il
essaya néanmoins de résis1er au torrent, en
réunissant quelques régiments de ligue P,L en
mettant en aclivité it's gardes natiouales de
fürseille et des eovirons; mais ayant appris
que le duc d'Angouleme avait élé forcé de
capituler a la Palud et de quitter le royaume,
Masséna dépecha son fils a Louis X\'11[ pour
le prévenir qu ·¡1 ne devail plus compler sur
lui, et, se ralliant au gouvPraPment impérial,
... 2o8 ...

il fit, le 10 avril, arborer le drapean tricolore daos toule l'étenrlue de sa division et
eníermer le préfet du Var qui voulait encore
résister. PJr celte conduite, Mas,éna ne satislit aucun parti et s'aliéna les royalistes ainsi
que les bonapartistes; aussi I'Empereur s'empressa-t-il de le rappeler a Paris, ou il le
recut assez froidement.
Napoléon ayant, peu de lemps apres, commis la íaute énorme d'abdiquer une seconde
fois par suite de la perle de la ba1aille de
Waterloo, la Chambre des représentants,
qu'il avait eu le tort de réunir en partant
pour l'armée, s'empara du pouvoir et nomma
un gouvernemenl provisoire, dont le premier
acle ful d'investir Masséna du commandement de la garde nationale de Paris, bien
que les infirmités du marérhal le missent
hors d'état de l'exercer en personne; mais
on voulait un nom capable d'animer !'esprit
de la population et de la porter a seconder
l'armée dans la défense de la capitale. Les
intrigues de Foucbé, duc d'Otrante, ayant
semé la discorde parmi les membres du gouvernement provisoire, les projets de résistance furent soumis a un conseil militaire,
dans lequel Masséna émit !'avis que Paris ne
pouvail 1·ésiste1· !... En coost5quence, un
armistice fut conclu avec les généraux ennemis, et l'armée francaise se retira derriere la
Loire, 011 elle fut licenciée.
Lorsque les alliés furent maitres de la
France, Louis XVIII, pour punir Masséoa
d'avoir abandonné sa cause apres le 20 mars,
le fit comprcndre au nombre des juges du
maréchal Ney, espérant que, aveuglé par la
haine, il n'hésiterait pas a condamner son
infortuné collegue et entacherait ainsi le glorieux nom de Masséna; mais celui-ci se récusa, en alléguant les dissentiments qui
avaient existé, en Portugal, entre le maréchal Ney et lui. Puis, voyant ce mo1en rejeté, il se joignit a ceux des juges qui voterent pour le renvoi de Ney devanl la Chambre des pairs. lis espéraient le sauver ainsi,
mais ils auraient mieux fait d'avoir le courage politique de lejuger el de l'acquitter ....
lis ne l'oserent !. .. Ce fut une grande faute.
Le maréchal Ney, condamné par la pairie,
ayant été fusillé, son sang, au lieu de calmer
la fureur de la faction royaliste, la rendit
implacable. Bientót elle poursuivit' Masséna
lui-meme.
Les Marseillais, pour lesquels il a1·ait oaguere employé son crédit afin d'obtenir la
franchise de leur port, le déooncerent a la
Cbambre des Mputés pour cause de péculat ! ... Cetle accusalion était mal fondée, car
Masséna n·avait commis aucune exaclion en
ProYencc; aussi la majorité de la Chambre
introuvable, bien que renommée pour sa
haine contre les hommes célebres de l'Empire, repoussa aw:c mépris la pétition des
babitants de Marseille. Ce fut a cette séance
que le député Manuel, de,·eou si célebre,
commenca a se faire remarquer par la cbaleureuse défense qu'il prononca en fa1·eur de
Masséua. Cclui-ci, ayant aiosi échappé a la
réaction qui, a cette époque, ioonJait la

•

Francc, abandonna la scene du monde, sur
laquelle il avait joué un role si brilla ni, l'l
Yécut désormais dans la retraile, en son
chatl'au di' Rueil, ancienne bahitation du
cardinal de Richelieu. 1tasséna termina ainsi,
dans la disgrike el la solitude, sa glorieuse
carriere. II mourat le 4 avril i8 l 7, a l':\ge
de cinquanle-ncuf ans.
A son déces, le gomerneme11t ne lui ªIant
pas encore cmoyé le nouveau baton de comma11demenl qu 'il est d'usage de placer sur le
cercueil dcR maréchaux, le général Tleilll',
gendre de Mas~éna, fit réclamer cet insigne
auprcs du gfoéral Clark&lt;-, duc de Feltre,
mini,tre de la guerre; mai, celui-ci, devenu
légitimiste des plus forcenés, n'ayant pas
répondu a cclle juste demande, le géoéral
Tleille, par un arle de courage fort rare 11
cetle éprn~ue, fit savoir a la tour que, si le
liiilon de maréchal n'était ¡ias l'llYOJé au moment des obsequcs de son beau-pere, il placerait ostensiLlement sur le rercueil celui
que l'Empereur avait donné jadis a Masséna;
alors le gouvernement se décida a faire remellrc ct•t insigne.
J'ai sigoal~ quelqucs taches dans la ,ie de
ce guerrier télcbre, mais elles sont couvertes
par sa gloire éclatante et les services signalés
qu'il rendit a la France; aussi la mémoire de
Masséna paniendra ala postérité comme celle
d'un des plus grands capitaines de celle époque, si fertile en illu~lratious militaires.

CHAPITRE 111

J1f'É.M01'R,ES DU G'É'N'É'J?,_.AL 11A.'J{D'N DE .MJH{BOT - --.

ni' pouvc,ir presque plus mooter a cheval;
« mais, continua l'Empereur, c'esl un excel« lent ofíicier, qui a vaillammenl fait les
« premieres campagnes avec moi; je l'aime
11 et l'estime heaucoup, et comme il m'a supe, plié de lui permettre d'essayer de faire une
&lt;1 noul'elle campagne, je ne veux pas lui rec1 tirer son rrgimenl. Cependant, j'appreuds
« que ce beau corps péril lite entre ses
c1 mains; je ,ous enrnie done comme coadju« teur de La Nougaredt'. Vous travaillerez
« pow· t•ous, car si la santé du colonel actm·l
&lt;1 se ré1aLlit, je le ferai général; dans le cas
ll contraire, Je le mellrai daos la gendar« merie, et, de quelque manii&gt;re qu'il quille
c1 son régiment, c'est vous qui en serrz colo11 nel. Je vous répete done que vous allez
ll travailler pour vous .... &gt;&gt;
Cel1e proruesse me rendit l'cspérance, et je
me préparais a gagner ma noul'elle destina1ion, lorsque le minis1rc de la guerre prolongea mon congé jusqn'a la fin de mars.
Bien queje n'eus&amp;epas demandé cellefayeur,
die me fut tres agrrable.
Le 25• régiment de chasseurs se trouvait
alors dans la Poméraoie suédoise. J'avais done
une dislance énorme a parcourir, et comme
je voulais arri\'er avant l'expiration de mon
congé, je quittai Paris le 15 mars, en me
séparant a grand regret de ma chere femme.
J'avais acheté une bonne caleche, dans
laquelle, sur la recommandation du maré,bal
Mortier, je cédai une place a son neveu,
M. Durbach, lieutenant au régiment daos

1812. - L'Empereur m'adjoinl au colonel du 23• de
chas.,eurs a chcval. - Je rcjoins mon régiment il
Stralsund. - Sui&gt;erl,e élal de ce corps. - lnlrigurs
du comte de Czernichelf.

.le commencai l'anoée 1812 a Paris, aupres de ma jeune femme et de nos paren1s.
Mais le bonheur dont je jouissais était troublé var la pensée de mon prochain départ.
Je devais allcr rejoindre le 1er régiment de
chasseurs a cheval, dans lequel j'avais été
placé comme simple chef d'escadrons. Les
regrets que j'éprouvais de n'avoir pas obtenu
le grade de tolonel, que je croyais avoir mérité, furent un peu atténués lorsque, ayaot
été aux Tuileries pour les salutations du jour
de l'an, l'Empereur me fit ordonner, par son
aide de camp, de me rendre dans son salon
particulier. J'y trouvai le général Mouton,
comte de Lobau, qui, dans cette affaire, fut,
comme tnujours, tres hienveillaot pour moi.
Napoléon parut et me dit d'un ton fort alfable qu'il avait eu le projet de me donner un
régiment; que des considérations particulieres
l'ayant porté a nommer mon camarade Baraio colooel, ce qui, avec Pelet et Casabianca,
faisait trois colonels pris parmi les aides de
camp de llasséoa, il ne croyait pas devoir en
accorder quatre a son seul état-major, mais
qu'il ne me perdrait pas de vue. L't&lt;..mpereur
ajouta que, ne pouvant me nommer sur-lecbamp titulaire d'un régiment, il allait me
cbarger d'en commander un, le 25• de chasseurs a cheval, dont le colonel, M. de La
Nougarede, était devenu goutteux au point de
I\' . -

HISTORIA, -

FASC. 2&lt;).

MARÉC::HAL M.AISON.

Gravure de LFCLERc, d':,pres k latkau de Ltm,
CoGSIET. (Mustie de 1' ersatlks.)

lequel j'allais servir. Mon ancien domestique,
Woirland, m'ayant demandé a rester en
Espagne, ou il comptait faire fortune comme
cantinier, je l'avais remplacé, a mon départ
de Salamanque, par un Polonais oommé
... 209 ...

Lorentz Schilkowski. Cet bomme, ancien
uhlan autrichien, ne manquait pas d'inlelligence, mais, comme tous les Polonais, il était
ivrogne et, con1rairement au caractere des
soldats de celle nalion, poltron comme un
liene. Mais Loren1z, oulre sa laogue natale,
parlait un peu le francais, parfai1ement
l'allemand et le russe, et, sous ces derniers
rapports, il me fut tres précieux pour
V0)agn et faire la guerre daos le Nord.
J'approcbais des provinces rhéoanes, lorsque, en sortant pendant la nuit du relais de
Kaiserslautern, le postillon précipila ma
caleche dans une fondriere 011 elle fut hrisée.
Persoone ne fut blessé; néanmoins, M. Durbach et moi nous dimes simultanément :
« Voila un bien mauvais présage pour des
« militaires qui ~eront bieolot en face de
« l'ennemi l. .. ¡¡ Cepeodant, apres avoir passé
une joumée a faire réparer la voiture, oous
pumes nous rcmellre en roule; mais la chute
avait tellement maltraité les ressorts et les
roues qu ',Is casscrent six fois pendant notrc
rnyage, ce qui nous retarda beaucoup et nous
ÍOr(.!a souvent a faire plusieurs lieues a pied
daos la neige. Nous parvinmes enfin sur les
bords de lamer Ilaltique, ou le 25• de chasseurs
tenait garnison a Stralsund et Greifswald.
Je trouvai daos le colonel de La Nougarede
un excellent homme, instruit, capable, mais
que la gou1le avait tellement vieilli al'ant
l'age, qu 'il pouvait a peine se tenir cheval
et voyageait constamment en voiture, triste
maniere d'aller pour le chef d'un régiment
de cavalerie légere ! 11 me re(:llt on ne pcut
mieux, et apres m'avoir expliqué sa position
el fait connaitre les raisons qui, daos l'intéret
de son avenir, le retenaient au régiment, il
me communiqua une lettre par laquelle le
comte de Lobau l'informait des motifs qui
avaient porté l'Empereur a me mettre aupres
de lui. M. de La Nougarede, loin d'en etre
blessé, y vosait au contraire un redoublemenl
des bon tés de l'Empereur et l'espoir prochain
d'etre nommé général, ou chef de légion de
gendarmerie. 11 comp1ait, avec mon aide, faire
au moins une parlie de la campagne et obtenir
ce qu'il désirait a la premiere revue de l'Empereur. Aussi, pour me faire participer a
l'autori1é du commandement plus que ne le
comportait mou grade de premier chef
d'escadrons, il réunit tous les officiers, devant
lesquels il me délégua provisoiremcnt tous ses
pouvoirs, jusqu'a ce qu'il fut completement
rétabli, prescrivaot a chacun de m'obéir saos
qu'il fut besoin d'en référer a lui, que ses
infirmités mettaieot si souvent hors d'état de
suivre le régimeot d'assez pres pour le commander en personne. Un ordre du jour fut
rédigé en ce sens et, sauf le grade, je me
trouvai par le fait chef de corps a dater de
ce jour, et le régiment prit bientot l'habitude
de me considérer comme son chef réel.
Depuis l'époque dont je parle, j'ai commandé plusieurs régiments de cavalerie soit
comme colonel, soit comme officier général.
J'ai été longtemps inspecteur de cette arme,
et je déclare que si j'ai vu des corps aussi
bien composés que le 25• de chasseurs, je

a

q

• •

�111STO'J{1.Jl

________________________________________..

n'en ai jamais rencontré qui le surpassassent. venait d'envahir les États, nous a,·ions vu
d'etre rejoint par un courrier, il prit les mies
Ce_ n'est pas que ce régimenl offrit quelques arriver 11 Vienne le colonel comle de CzerniSUJCls hors ligne et d'un mérite transcendanl cheO', dont la mission ostensible élait d'entre- les moins fréquentées el panint a la frontiere
tels que j'en ai connu un petil nombre daos tenir de bons rapports entre Napoléon el du Rbin en é,•itant Mayence et Cologne, ou le
plusieurs autres corps; mais s'il n'y avail Alexandre, mais dont le but $Ccret élait Lélégraphe avait déja transmis l'ordre de
dans le 23• aucun homme d'une capacité d'informer son souverain de nos succes et de s'emparer de sa personne. Quant au pauvre
n-aiment remar&lt;1uable, il ne s'en trou\'aÍt nos revers, afio que celui-ci piit resserrer ou employé, il ful saisi au moment meme ou il
aucun qui ne fut a la hauteur des fonctions rompre son alliance al'ec la Fraoce selon les comptait la somme de 500 000 francs en
billets de banque, qu'il avail recus pour prix
qu'il devait rcmplir. leí pas de sommités, ci rconsta nces.
de
sa lrahison ! Forcé par l'évidence de conmais aussi pas de parties íaibles; tout le
Le favori d'Alexandre ful on ne peut venir de son crime, il a,·oua qu'un autre
monde marchail du meme pied, lant pour la mieux reru par l\'apoléon, dont il ne quilla
"alcur que pour le :.:ele. Les officiers, remplis pas la personne daos les remes et les courses commis dela guerre avait aussi vendu diversPs
d'intelli,:tcnce el suífisamment instruits, qui précéderent la bataille d'Essling; mais pieces au colonel russe. Oo arreta le second
avaient tous une 1&gt;1cellenle conduite el vivaient lorsque cette sanglanle affaire par ul indécise coupable, et •ous deux furentjugés, condamnés
en nais {,·eres d'arrnes. 11 en étail de mcme el qu'une grele de boulcts vint lomber au et fusillés ! lis moururent en maudissant
des sous-ofllcicrs, et les cavaliers suivant ce milieu de l'étal-m1jor impérial, )l. de Czer- M. de Czernicheff, qu'ils accusaient d'etre
venu les chercher jusque daos leurs mansardes
bon exemple, l'accord le plus parfait régnait nicheff lourna bride promptcment, puis,
afin
de les séduire par la vue d'un monceau
parmi eux. C'étaient presque tous de vieux repassanl les ponts du Danube. il alla se
d'or,
qu'il augmentait sans cesse lorsqu'1l les
soldats d"Austerlitz, Iéna, Friedland, Wagram; meltre a l'abri du péril daos le palais de
voyait
hésiter. L'Empereur fit publier daos
aussi la plupart d'entre cux a,aient le triple, Schambrünn, el, le surlendcmain de la
ou au moins le double chet•ron ; ceux qui bataille, il repril le chemin de Pétersbourg, lous les journaux francais un article des plus
n'en naicnt qu'un étaient en tres petit pour aller saos doute raconter l'insucces de ,·irulent - contrc lf. de Czernicheff, en y ajounombre. L'c~pece d'hommes était superbe; notreentreprise! ... Napoléon trouva le procédé tant des obserl'alions qui, bien qu'indirectes,
elle provcnait de la l\'ormandie, l'Alsare, la ÍOrl inconvenant, el il sortil de sa bouche des durent blesser vivement l'empereur de Russie,
Lorraine et la Franche-Comté, provinces lazzi piquanls sur la bravoure du colonel car elles rappelaienl que les assassins de
connues pour leur esprit militaire et leur russe. Néanmoins, apres la paix conclue avec Paul l", ~on pere, n'avaient pas été punis par
Alexandre.
amour pour les chevaux . La taille et la force l'Autriche, ll. de Czernicbeíl' vint tres fréApres une telle sortie, il ne fut plus posde ces chasseurs ayanl élé remarquées par le quemmenl a Paris, ou il passa une partie des
sible
de mettre la guerre en question, et, bien
général Bourcicr, chargé de la remonte géné- années i8 IO el 181 l. Beau, galanl, aimable,
rale, il avait donné au 25e de chasseurs des fort dissimu.lé et d'une politesse des plus qu'elle ne ftit pas encore déclarée, on s'v
chevaux plus grands et plus corsés que ccux recherchées, son litre d'aide de camp de prilpara de part el d'autre ouvcrtemenr. L;
affectés a !'arme; aussi appelait-on ce régi- l'empereur de Hussie fo fil bienvenir, non conduite de M. de Czernicheff, bien que
ment les carabinier1, de la cavalerie légere. seulement a la cour, mais aussi daos les blarnée hautement par tout le monde, trourn
Un séjour de plubieurs années daos la fertile salons de la haute société, ou jamais il ne néanmoins, surtout parmi les diplomates,
Allemagne avaitmis les hommes el les chevaux parlait de poli tique; il paraissait absorbé par des approbateurs secrets qui fondaienl leur
dans un paríait état, et le régimenl, quand les soins qu'il donnail aux dames, pres opinion sur le íameux adage: ce Salus ¡,all'i;e
j 'en pris le commandemenl, présentail un desquelles il passait pour avoir beaucoup de prima !ex », et ils rappelaienl a ce sujet une
effectif de plus de mille combattants bien succes. Mais vers la fin de 181t, époque ou anecdote peu connue, que je liens du maréchal
disciplinés, toujours calmes et silencieux, des bruits de guerre se renouvelerenl, la Lannes, el qui prouverail que, tout en punissant avec raison les Francais qui vendaieut
surtout de,·ant l'ennemi.
police de Paris ayant été informée que, tout les secrets de leur patrie aux ennemis,
Je n'étais pas encore monté. Je me rendís ea feignaot de ne s'occuper qui! de ses plaidone de Stralsund daos l'ile de Rugen, qui sirs, M. le colonel russe se livrait a des Napoléon faisait corrompre cht-t les étrangers
nourrit d'excellents chevaux. J'en achetai menées suspecles sous le rapport politique, les employés qui pouvaient lui fournir des
plusieurs; j'en fis venir d'autres de Rostock elle le fil surveiller avec soin, et acquit renseignemcnts utiles, surtoul pour la guerre.
Le maréchal Lannes me raconta done a
el me íormai ainsi une écurie de sepl bonnes bientot la cerlitude qu'il avail de fréquentes
Vienne,
en i809, qu'au momenl ou les
betes, ce qui n'étai t pas trop, car la guerre entrevues avcc ll. X... , employé au ministere
hostilités
allaient éclater entre la France et
avec la Russie paraissait imminente. Déja, de la guerre, spécialemenl chargé de dresser
l'Autriche,
dont l'archiduc Charle¡ de,·ait
pendant l'été de i 811, je l'avais pressenti en les élats de siluation présentés tous les
commander
les armées, ce prince fut averti
voyant le grand nombre d'anciens soldats que dix jours a l'Empereur sur le personnel el le
par
un
avis
anonyme qu'un général-major
l'Empereur lirait des régiments de la Péninsule matériel de loutes les forces de ses armées.
qu'il
estimait
heaucoup et dont il venait de
pour renforcer sa ,·ieille garde. Le séjour que Xon seulemenl ll. de Czeroicheff avait été
faire son sous-chef d'état-major, s'était vendu
je venais de íaire a Paris avait donné plus de reconnu se promenanl aprcs miouit daos les
a J'ambassadeur de F'rance, le général
force a mes prévisions. Ce furent d'abord de parties les plus sombres des Champs-Élysées
Andréossi, avec lequel il avait pendant la
ltSgers bruits de ruplure qui s'évanouissaient avec l'employé francais, mais on l'avait vu
promptement au milieu des fetes et des souvent se glisser sous des "elements vulgaires nuil de fréquenls rendez-vous daos une
plaisirs qu'amena l'hiver, mais ils se repro- daos le logement de X... et y passer plusieurs maison solitaire du vaste íaubourg de
Léopoldstadt, dont on indiquait le numéro.
dui~aient toujours avec plus d'inlensité; ils heures.
Le prince Charles avait une telle estime pour
prirenl enfin une grande coosistance qui
L'intimité d'un personnage aussi haul le général-major, que, considéranl comme
devinl une quasi-certitude, a la suite d'un placé avec un pauvre hcre de ~mmis des
énlnemeol grave que je dois relaler, car il bureaux de la guerre étant une preU\·e indu- une iníame calomnie l'accusation porléc
eut un tres grand retentissemcnt en Europe. b"ilable que le premier avail soudoyé l'autre contre fui par un inconnu qui n'osail se
L'empereur Alexandre avait eu pour com- pour qu 'il lui livral les secrets de rEtat, nommer, il ne prit aucune mesure pour
pagnon d'eníance un jeune seigneur russe, l'Empereur, indigné de l'abus que le colonel s'assurer de la vérité. Déja l'ambassadeur de
nommé Czernicheff, qu 'il aimait beaucoup el russe avait fait de sa position pour agir con- France avait demandé ses passeporls el devait
donl, a son avenement au tróne, il avait fait trairement au droitdes gens, ordonna d'arreter quiller \'ienne daos quarante-huit heures,
son aide de camp. Déja en 1809, lorsque M. de Czernichelf; mais celui-ci, prévenu, lorsqu 'un second avis anonyme informa
Alexandre, alors allié de Napoléon, simulait dit-on, par une femme, sortil a I'instant l'archiduc que son sous-chef d'état-major,
plutót qu'il ne faisait réellement la guerre a meme de Paris, gagna un relais voisin, el aprcs avoir travail!P. seul daos son cabinet ou
l'Autriche, dont l'empereur des Fran~s quiltant la route de poste directe, de peur se trouvaient les états de situation de l'armée,
devait avoir la nuit suivante un dernier

.MÉMOT~ES DU G'ÉN'É~AL BA~ON DE .MA~BOT - - ~

entretien avec legénrralAndréossi. L'archiduc,
voulant éloigner de ~on e,,priL des sou!l{'ons
qu'il crai¡mail de conserver malgré lui contre
un oíficier qui lui étail -cher, résolut de
constater lui-meme son innocence. En conséquence, il prit un habit de ville des plus
simples, et, accompagné sculemenl par son
premier aide de camp, il se promena apres
minuit dans la partie la plus sombre de la
ruelle ou élait la maison indiquée. Apres
quel!¡ues momenls d'attente, le princeCbarles
et son aidc de camp apercurcnl un homme
que, malgré son déguisemeot, ils reconnurent
a,·ec douleur etre le sous-chef d'état-major
autrichien, auquel un signa) fit ouvrir la
porte. Pcu d'instants apri·s, le général
Andréossi íut introduil de la meme facon.
L'entreticn dura plusieurs heures, pendanl
bquelles l'archiduc indigné, ne pouvant plus
douter de la trahison de son sou~-cheí d'étalmajor, resta patiemment devant la maison, et
lori;qne enfin la porte se rouvril ponr donner
passage au général Andréossi et au génrralmajor autrichicn qui sortaient ensemble, ils
se troU\·erenl face a íace avec le prince
Charles, qui dit tout haut : « Bonsoir,
monsieur l'ambassadeur de FranrP ! 1&gt; Et

dédaignant d'adrrsser des reproches au souschef d'état-major, il se borna a diriger sur
fui la lumiere d'une lanlrrne sourde l. .. llais
l'aide de camp, moins circonspect, írappa sur
l'épaule de ce misérable en disant : « Yoila
cel infame traitre de général ttn tel que l'on
dégradera demain ! . . . »
L'ambassadcur Andréossi s'esquiva sans
mol dire. Quanl au sous-cbrí d'élat-major
autrichien, se vopnt pris en Oagrant délil et
connaissanl d'avance le sort qui l'altrndait, il
rentra chez fui el se flt sauter la cenelle d'un
coup de pistolet.
Cettc scene tragique, soigneusement cacbéc par le ¡rouvcrnement autrirhien, eut
peu de retentissement; on annonc;a que le
sous-chef d'étal-major était mort d'une allaque d"apoplexie foudroyante: il par:ill que
l'ambassadeur de France fui avait r1&gt;mis deux
millions.
Quant a !'affaire du colonel Czernicheff,
elle présrnta une bizarrerie remarquable :
c'csl qu·au momenl ou Napoléon se plaignait
des moyens emploJés par cet aide de camp de
l'empereur Alexa~dre pour se procurcr les
états de situation de nos armées, le général
Lauriston, amba~sadeur a Saint-Pétersbourg,

achetail non seulemenl les renseigncments
les plus positifs sur le placemenl et les forces
de l'armée russe, mai.s encore les cuivres
¡rravés qui avaient servi a l'impression de
l'immense carie dP l'empire moscovite !...
fülgré les diíficultés t:normes que présentait
le lransport de cette lourde masse de métal,
la trahison ful si Lien ménagée et si largement
payéc, que ces cuin-es, dérohés dans les
archives du ¡rouvernemenl russe, íurent
tran~portés de Saint-Pélersbonrg en France
sans que leur disparition ful découvcrte par
la police ni par fps douanes mosco,ite~ ! Des
qur les cuivres furenl arrh·és a Paris, le
ministere de la guerre, apres a,·oir substitué
les caracteres francais aux caracteres ru,ses
qui indiquen! les noms des lieu'{ et des
Oeuves, lit imprimcr cette belle carie, donl
l'Empcrcur ordonna d'envoyer un exemplaire
a tous les généraux el chefs de régimenl de
cavalerie légere. A ce Litre, j'en recus un que
je parvins, non saos peine, a sauver peodant
la relraite, car il forme un gros rouleau. La
carte contenait toute la Russie, mcme la
Sibérie el le Kamtchatka, ce qui fil beaucoup
rire ceux qui la rec;urenl : bien peu la rapporterent, je possede la mienne.

IA sui11re.)

faisait par des plaisaatcries, qui réussissaienl
presque toujours a,·ec madame de )laintenon
quand elles étaienl faites avec esprit. Lassé
pourtanl des discours qu 'on tenait, el craignanl enfin qu'1ls ne re,inssent au Roi, il fil
scmblant d'etre amou rt&gt;ux d'une autre femmc.
~f. le prince de Conli, jusqu'a la passion Ce prétcxtc réussit assez pour alarmer la íaqu'il eut pour madamP. la Ouchesset, n'avait mille de celte ícmmc; el comme c'étaicnt des
pas paru capable d'cn avoir de bien sé- ~ens bien a la cour, ilSYinrcnl prier madame
rieuscs. 11 a,·ail eu plusieurs affaires ga- de llaintenon d'empecher le comte de llailly
lantes, el avail fait voir plus de coquetter1e de continuer les -airs qu'il se donnait a
que d'amour; mais il en eut un violenl pour l'égard de leur filie: cºétail tout ce que voumadame la Duc11esse. Pl•ut-etre que le rap- lait le cornte de '1ailly, et il ne manqua pas
port d"agrérnents qu'on lrouvait en eux, et la de dire a madame de lfaintenon que, si elle
craiote des personnes inléressées, ont con- le grondail sur cetle fcmme, il íallait au
Lribué a faire naitre cette passioo : i1 e~t cer- moins qu'clle íut en repos sur l'autre. Quoi
tain du moins que les sou~ns de M. le qu'il en soil, et le prétexte et la réalité priPrince, les précautions de madame la Prin- renl fin.
cesse, et l'inquiétude de M. le Ouc l'ont préll. le prince de Conti ouvrit les yeux sur
venue. ll y avail longtemps que madame la les charmes de madame la Duchesse, a force
Duchesse étail mariée, et que sa beauté íai- de s'entendre dire de ne la pas regarder: il
sait du bruit daos le monde, saos que 11. le l'aima passionnémenl, el si, de son coté, elle
prince de Conli par1il y faire attenlion. Quel- a aimé quelque chose, c'csl assurémenl lui,
ques pcrsonnes meme s'I étaienl attachécs 11uoi qu'il soil arrivé depuis.
particulierement; mais aucuoe ne lui a plu,
On prétend, et ce n'est pas, je croi~, saos
si on excepte le comte de Mailli, donl je n~ raison, que ce prince, qui o·avait été jusquerépondrai pas, quoique je n'aie rien rn, en li1 sensible qu·a la gloire ou a son plaisir, le
passanl ma ,·ie avec elle, qui ptit autoriser ful assez aux charmes de madame la Dules bruits qui ont couru. Je l'ai bien rn chesse pour fui sacrifier une couronne.
amoureux; j'en ai parlé en badinant, el maOn sait qu'il fut appelé par un parti en
dame la Ducbesse me répondait sur le meme Pologne, el on prétend qu'il aurail été unaniton. lfadame de ~aintenon en a sou\'cnl mement déclaré roi s'il l'avait bien voulu, et
¡ arlé, et en ma pré. ence, a ll. de Mailly: si son amour pour madame la Duchesse
mais il se tirail des réprimandcs qu 'elle fui 1ú"ait pas ralenli son ambition. Je cl'ois
t. lllle de ~antes (filie de Louis XIV et de 'lme di! pourtanl que beaucoup d'autres choses ont
ltonte,pao\, dcvenue duches..&lt;c de Bourbon par ~n contribué au mauvais succes de son rnyage
mariage a,·ec le petit-fils du grand Condé.
en Pologne; mais, comme on croyait ici, dans

Le prince de Conti

~

.., 210 ....., 211 "'

GÉNÉRAL DE

M.ARBOT.

le temps qu'il partil, l'aflaire certaine, el
qu'il était persuadé de ne jamais revenir en
France, les adieu'.t lureot aussi lendres et
aussi tristes entre madame la Ducltesse et lui
((U 'on peut se l'imagincr.
lis arnienl un confident contre Jeque( la
jalousie el la véhémencc de M. le Duc ne
pournienl rien: ce confident étail M. le Dauphin, el j&lt;&gt; crois qu 'ils n'en onl jama is cu
d'autre.
Cette affaire a été menée avec une sa¡:ressP
et une conduite si admirables, qu'ils n'ont
jamais pu donner aucune prise sur eux; si
bien que madame la Princesse fut réduite a
comenir a,ec madame sa belle-fill1&gt;, qu'elles
n'avaient d'aulrt.&gt;5 raisons de soupc;onner celle
galantcrie, que parce que ~l. le prince de
Con1i el elle paraissaient íails l'un pour
l'autre.
M. le prince de Conti ne gouta pas loogtemps le dédommagement qu'il trouvait daos
sa passion au déíaul d'une couronne. Son
tempérament faible le fit, presque aussilót
apres son retour, tomber daos une maladie
de langueur, qui termina enfin sa vie troisou
quatre ans apres [le 22 février 1709}, infiniment regrelté de toute la France, de Monseigneur, et de sa maitresse.
Elle eut besoin de la force qu 'elle a naturellement sur elle-meme pour cacher a M. le
Duc sa douleur.
Elle y réussit d'autant plus, je crois, qu'il
était si soulagé de n'avoir plus un tel rival ni
un tel concurrent, qu'il ne se soucia d'examiner ni le passé, ni le íond du creur.
.\lADAME DE

CAYLUS.

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Le lieulenanl-ci'vil Dreux d'Aubray
Par CH. OAILLY DE TAURINES

Un magistrat bon vivant. *

présenlanl du Tiers Üat aux Étals Gént\raux
d~ i i&gt;93, y ava_it, avec une courageuse énerg1e, soulenu pu1ssammentla cause d'lleori IV.
Le pere du Lieulenant Civil avait acquis
une charge de Trésorier de France a Soissons
et épousé la filie d"un gentilbomme du Poilou 6, Louise Dreu1, dont il n'eut qu'un enfant, c'est notre magistral. Celui-ci, né en
1600,, avec le nou\'eau siccle, et orphelin de
~on pere fort peu de tcmps apres sa naissance, Cut éle,é sous la tutclle de M. de
Compans, trésorier de France a Amiens avec
lequel sa I?ere se remaria en 1605; par l'acte
di: tut~le ' alors dressé, on voit que le nom
de fam1lle di: la mere Cut ajouté a celui de
I'enfant qui s'appela loujours depuis : An-

d'babitude la table, servie de mels raíílnés
at!lo.ur de ,laqu~Ile, réchautfé par les vins
. Ce n'était pas le premier venu que AL le
gene_reux,
esprit s'allume, péiille et circule'
Lieutenant Civil
Dreux
d·Aubray
·
sa
char"e
.
,
0,
au~s1 M. d Aubray. montrait-il pour la bonne
une des ~lus importantes de la magistrature,
chere un gout qui se lisait jusque sur sa
comporta1t non seulement des allributions
levre ~lorée et eharoue; gotit d'apparence
judiciaires, mais encore toute la police de fa
ass~z i~n~cente mais qui, dans sa jeunesse,
Ville e_t faubourgs de Paris; c'est sur luí que
ava1t fa11li lui allirer la plus désagréable des
reposa1ent le maintien de l'ordre et l'exécum_ésaventure_s. De passage a Rome, il s'était
tio? de toules les mesures ~rdonnées par le
la1s_sé alle~ a fréc¡u~nter fort assidfiment la
Ro1 en vue de la sureté &lt;Je I'Etat.
ma1son d un cert.am Cardinal qui &lt;1 lenait
L'homme
qui, depuis pres de vin"l
.
e ans,
bonne table », mais dont la réputatiou était
cxerca1t ~ette cbarge n'était pas non plus de
par conlrc íort mau,aise et qu'on accusait
ceux. qui peuvenl passer inapercus : son
ouverte~ent ,de ne s'entourer que de jeunes
exaclltude a ses devoirs était absolue et sa
débauches d une trop facile complaisance.
fid~lité au ~oi inébranlable. Magistrat integre,
!leureusement pour lui, pré,enu a lemps le
ma1s en meme temps fonctionnaire entiere- taine Dreux &lt;i'Aubray.
Jeune vo?geur put échapper a un si dé~Io~ent sou~is, jamais on ne l'a\'ait vu partiJovial, spirituel, bon vivan!, ~I. le Lieulerable peri); quelqu'un lui ª) ant remontré
c1per en r1en ace téméraire esprit d'inque cette maison ou il dinait si soudépendance qui, 11n moment, :wait
vent ne passait pas daos Rome ponr
paru souffler d'une faeon si f:\cbeuse sur
une_ for~ bonne école, que s'il contitous les corps judiciaires du royaume;
nu~1t d y aller, les autres Francais,
pendant la Frondeilétaitopiniatremenl
VO)anl ce commerce, pourraient, a
demeuré attaché au Roí, a la Reineleur retour, dire sur son compte· dt-s
mere et a Mazarin. Le jour 011 la macbose~ dont la ~·raisemblance donnerait
lenconlreuse arreslation du Cllnseiller
de. íacheuses impressions de sa conBroussel fit gronder la révolte dans
du1te ell'empecheraieot peul-etre d'enParis, c'est luí qui, a travers mille
trer dans ¡~ charges, il sut profüer de
dang~rs, ac~urut au Palais-Royal pour
ce sage a,•1s et quilla llome en tres
averllr la Reme el son ministre de !'exgrande bate 1
treme gravité des événements 1 • l'anLorsqu'il recul de M. Le Tellier l'ornée suivante, il fut le premier ~ rapdre de licencier les éleves de Portpeler de ses vreux le Roi dans Paris t ·
Royal, le Lieutenant Civil n'en éLail
pendant la seconde guerre de la Frond;
~as ases débuls contre les Jansénistes;
enfin, beaucoup plus sérieuse celle-Ia
l_année précédente, c'est une perquisiil prit le part1, pour suivre la cour'
llon chez MM. les Solitaires qu'il avait
d'abandonner les murs de la ville r;_
eue a opérer' et pour vi siter successibelle• ; il n'eut en un mot, pendant
vement la maison des Granges, Porltous ~es troub\es, qu'une seule préocfl?yal_ des Cbamps et Les Trous, il avait
cupat1on et qu un seul souci, ce fut de
du fa1re loufe uneexpédition a~sez lon« gagner le peuple pour le Roi », ainsi
gue et assez pénible a son age. u était
q~e le constate un écrit du temps qui
al?rs daos sa soixante et unieme anlui reproche meme d'avoir alors enlierement négligé pour cela Loules ses
n~ et. son peocban t a la honne cbcre
fonctions de poi ice '.
lm_ ava1_l va~u un fort aimable embonpomt; tl
fallut, ce jour-la, marcher
P~r sa famille, M. d'Aubray apparpas mal a .trai-ers cbamps, dans un
len~1~ a la plus honoral,fe bourgeoi,ie
par1s1enne; depuis pres d·un siecle
pays fort ~cc,de~lé et comme, « couvert
LE LIELTE:-.1:-,¡T CIVIL 0REUX D'AUBRAY.
de :i..llue J_usqu au visage », ¡¡ palauson nom avait marqué daos I'hisloir;
Gravu1·e de NANTEUIL. (Cai'i11el .tes Estamfts .)
gea1t pémblement daos « de tres fade la Yille : Claude d'Aul,ray, son
cheux chemins », un des Solitaires,
grand-pere, avait élé élu en i 564 trni.
dans un endroit íort escarpé, le voyant
sieme coosul des marchands, Landis r¡u'un
nant Civil é1ait le plus souriant des magis- s1 gros el « en danger de rouler en b
aulre Claude d'Aubray, son grand-oncleS, re. ehar1ta
. blement tendu la main as
&gt;&gt; '
lrals; les bommes d'esprit ne Mlestcnt pas 1u1. avrut
•.
* Extnit Ju volume : P¡,r~ el filie Philippe de
2. Voir Corrrspondance de Mazarin lome III p 397

!

!m

..

Cha111pag11e et S&lt;Pur Ca_th,n11e de ~lllll(e-Su,a1111e
a Port-Royal: par Lh. Ga,lly de Tauri11c.,;. (l.,brairic
llachelle el t.;1•.)
l. 1/elz. J/émoires. Retz ruille un pcu l'etfro· d
ll. &lt;l'Aubray &lt;'". celle _ci,consl~n~e : • Je n'ai ja~,i~
,u a la C~~ed,e llahenn~, d1HI, de pcur si nai~emcnt el r1d1culcmrnl rcpresentée.... 1

lellre ,lu 14 anil 1649.
'
' ·
'
3: Journal ~e 0ubuisson-Aulwnay. publié par la
So~•~le de l'lhstoire de Poris. lome 11. p. 253
8 JUIIJet 1652.
'
4. llélangc Cl~i,.ambault, vol. CCXL, tih; dans: Corrcs11ondanceadmm1strativernus Louis ll\', t.11, p. XLIV.
á. Ou plus cxactemenl son cousin au 8• dc11rc.
..., 2 12 ...,

,,

Voir llibl. :Sal. Dom'ers Bleus. ,·ol 212 D b
13 U · e·
t 1 1· ·
·
. v • au
. e,, e e ce u,-c, qu ·¡¡ est qucstion da
·
ns a
6. B!bl. ~al. Douier.r Bleu.t, vol. 242.
7. llibl Nat. :lis. Clairambault rol 553
81
8. A!71elot de la lloussa ye. .1u:uoir'u hist~",.· ·
3 vol. in-12. Ams/erdam, 1737 1 lll
60 ques.
.
el (' el
' . • p. .
!) M•
· .mo,ru e 'º efroy llerma11/. Cités par
~- • -

Sallre _Memppée.

r,l

LE LJEUTEN.JtNT Clr11.. DR_EUX D' .JlUZH{.JtY

Plus aimable et plus prévenanl encore celles-la, il y en a huit autres qui, des le ca- maison et de son diner, lorsqu'une otTre ohlis'était montré M. d'Andilly; entre ce magis- reme dernier, ont été recues daos la commu- geanle de la mere Agnes - c'était bien la
tral et ces gens que, par ordre du Roi, il ve- nauté pour y prendre l'bal,it de novice; je ne digne sreur de ~l. d'Andilly - vint le tirer
nait quelque peu molester, s'élail fait un
vérilable assaut de mutuelles polilesses et la
visite domiciliaire, commencée administralivement et policicrement, s'était lerminée en
une ,·érilable visite d'amis.
« Monsieur, avait dit, en vrai gentilhomme,
)l. d'And1lly au Lieulenant Civil lor,que, le
soir venu, celui-ci s'appretait a se retirer avec
ses gens pour aller coucher a Cbevreuse;
llonsieur, soit en qual11é de ,1. d'Aubray,
soit encelle du Lieutenant Civil, vous demeurerez ici, s'il vous plait; vous nous afíligeriez étran~ement d'aller loger ailleurs. »
lncapable de résister a une iovitation si
courloise, non pin~ qu'a la perspeclive d'un
bon souper au lieu d'un souper d·auberge,
)f. d'Aubray accepta.
Le repas fut fort gai; Lieutenant Ci,il,
Procur~ur du Roí et commissaire.~, ils se
lrouverent sept a table dans la chambre de
M. d'Andilly, tandis que les archers mangeaient avec les gens.
« Ne seriez-vous pas bien étonné, disait,
loul en faisanl honneur au repa~, M. d' Aubray a son bote, ne scriez-vous pas bien
étonné si Oieu me donnait lout a coup le
mouvement de demeurer ici avec vous 1 1 »
C'est ª"ecdes d,spositions personnelles tout
Vui! DE L'ARBAYE DE P ORT-ROYAI. DES CIIAMPS.
aussi conciliantrs que l'année suivante, le saD'.ipres,.. grJVUrt ,ie ~l.,CDELEISE IIORTIIEMELS. (Catlntt dts Estampes.)
medi 23 anil 1661, le Lieutenanl Civil se
présenta a Port-Royal de Paris pour y exévous dis poinl le nom de celles-la puisqu'elles de peine el rassurer son appétit. Quelques
cuter les ordres du Hoi.
Depuis qu·au parloir avait élé prononcé le sonl déJII censées religieus&lt;'s.
inslants plus tard, conforlablemenl ioslallé
« Quant aux pensionnaires, vous savez, daos la chambre du portier devant de délimol de a Persécution » el qu'avait été posée
la queslion du grand voile pour le martyrr, Monsieur, l"ohligation 011 nous sommes, selon cieux reuís frais accompagnés d'une bonne
une sorle de terreur lourde, d'anxieuse al- nolre regle, d"élever les enfants daos le ser- miche de pain cuil daos la maison, ~I. le
iente, régnait sur toute la commuoauté. Lor~- ,ice de Dieu, et nous ....
Lieutenant Civil faisait largement honneur a
- Oh! je n'enlre pas la-dedans, répondit ce repas rustique rendu succulent par la
que ~l. le Lieutenant Civil se préseula, ce fut
un grand sujet d'étonnemcnl. Avec sa f.i.rure le magistral; vous savez, ~ladame, bien par- course et le grand air •.
réjouie, ronde et pl~ine, son reil ,if aiguisé ler et bien écrire, écri\'eZ au Roí, rcprésenleiCe méme jour, la mere Angillique, sreur
d'un regard malin, plissé d·uo sourire, sa lui vos raisons, il les écoulera, c·est un bon de la mere Agncs, venant de Port-Royal-desnarine ouvertc, sa joue nbondie, sa Corte pere. ))
Champs, croisa en chemin un ecclésiastique,
machoire, ~l. d'.\uliray ne rcprésenlait nulEt comme, landis qu'aidé de ses greffiers, ami de la maison, qui, avec des !armes
lemenl un bummc prel a conduire au mart)Te ~l. d'Aubray s'occupait a dresser le proces- d'émotion, lui conla la visite des magistrals,
des ,iergeHhr~tirnnes: ce bourreau-la n'avait verbal de sa visite, la mere Agnes lui disait l'ordre de disperser les pensionnaires, el toules
pas l'air mél:hant du loul !
eocore, d'uae voix désolée :
les poignaules émotioos de la matinée.
« Qu'ayons-nous done íail, lloosieur, pour
Loin de parlager sa lrisles~e, la mere Anelre trai tées de la $orle?
gélique se mil aussilot a rPmert'ier üieu et
- lié quoi I ltadame, répliqua+il en sou- continua ~a roule en récitant le Te Deum. A
Visite de police. - Le bel appétit et ria11l avec finesse, ne voulcz-vous point elre son arrivée a la maison de Paris, tout était
l'heureuse chance de M. le Lieute- affiigéc? Tous les grands saints l"ont été 1 • " daos la conslernation et la douleur.
nant Civil.
A -ce moment il lira sa montre. Midi !
« Eh quoi ! s'écria-l-elle d'un ton de rel'heure du diner ! Une faim de loup commen- proche, vous vous étonnez I Et qu'est-ce done,
A,ant fait demander a l'abbcsse - c'é1ai1 cait a tirailler l'eslomac exigeanl de M. le s'il vous plait, que lout ceci devant Dieu?
alor~ la mere Agnes Arnauld - de Youloir Lieutcnant Civil, et, facbeuse perspective, son Des _mouches qui volenl et qui font un peu de
bien le ,·enir lrouver au parluir, le Lieule- hótel se lrouvait situé rue du Boulov 3 , au brml. En a~ez-vous peur? D1eu ne voit-il pas
nant Ch-il d'Auhray lui fil parl de sa mission carrefour de la Croix-des-Pdits-Champi,jn~te tout ce qm se passe et qne pournns-nous
et la pria de luí donner les noms de loutes en face de celte croix, a l'extrémité de la craindre si nous avons la Coi 5 ? »
les pen,ionnaires, tanl de la mai,on de Paris ville, précisément la plus éloigoée du fauTandis que, loules réconfortées par cette
que de celle des Champs.
hourg Saint-Jacques.
énergie, les religieuses essayaieot de sé, her
« Nous arons ici vingt et une pensionnaiAvec désespoir, le pauvre magistral consi- leurs larmes, &amp;l. d'Aubray, restauré et conres, répondit ta mere Agnes; mais oulre dérait la dist.aor.e qui le séparail et de sa lent, reotrail tranquillemeot en son hotel.
.11. G11~11'r : L11 de1trurlio11 de, pelitu E&lt;:ole,, artJcle paru J1.ns la l\erne iutemalionale de rEnscignement.
l. /bid.
2. 1/ialoire du persict,lio111 des Rtliyie11ae1 de

Porl-Royal tcrite pnr tllu-nllmu. 1 vol. in-i•
Yi,le-rranche, t 7a:;, p. 3.
'
. 3. Sur r_e,npl~cr!lwul de rimm~uiJle Jans lequel
s ouvre au¡ourd hm Ir! ¡iassagc Vt!ro-llodat. Vuir le
Pla,1 de Gombou,t, lli51. - to~ tres inlt'!ressante

reprOlluclton de ce plan a été faite récemmeol par
l'éditeur TarriJc.
4. lbil.

á. /bid .. p. i .

�1f1ST0'/{1.ll
LE
C'était la véritablement un homme heureux, tout lui réussissait el la fortune partiale semblail n'avoir en sa faveur que des

mier rang _par ses richesses et dont les plus
nobles ma1sons recherchaien t alors l'alliance,
voila celui qu'un bonheur merveilleux et

de sa lerre de Sains, pres de Mondidier.
Mais le nom de Sains n'ayant pas saos
doute assez belle apparence pour devenir celui d'un marquis, le Roi, par une prévenancc
aimable, avait bien voulu que ce litre ful
reporté sur l'une des terres dépendant de
cette seigneurie, au nom plus sonare et plus
vibran!~, et, de ce jour, bonheur inoui: et
chance exceptionnelle, M. d'Aul.Jray, ce pcre
déja si coml.Jlé de tant de faveurs de la fortune, pul encare appeler sa fille : la mm·qttise de B1·invillie1·s.

L'écharpe : « Par respect pour les
ordres du roi. » •

L'ABBAYE DE PORT-ROYAL DES CHAMPS: LE RÉFECTOIRE.

D'apres la gravure de M.AGDELEfNE HORTREMELS. (Cat&gt;inel des Estampes.)

sourires. Magistral, mari, pere, un bonheur
exceptionnel s'était épanoui pour lui. La
belle charge qu'il occupait, n'avait-il pas pu,
des l'année i 645, l'acquérir pour la failile
somme de 500 000 livres, alors que des concurrents qui furent écartés en otfraient jusqu'a 700000 1 ? Son mariage, qui l'avait fait
entrer daos une famille de bonne noblesse,
fort nombreuse, tres unie el tres considérée,
les Olier, n'était-il point un nouveau pas daos
cetle ascension continue et douce vers les
grandeurs? La belle lerre d'Offémont, pres
de Compiegne, avec le litre de comte qui y
était altaché, n'était-elle pas venue, d'ellememe pour ainsi dire, se donner a lui alors
que, contisquée sur le malheureux Mootmorency, dont la tete lomba, comme on sail,
sous la hache lranchante et implacable dt:
Ri1:helieu, ti a\·ait eu, lui d'Aubray, la chanf"e
- il le considérait du moins aiosi - Je
pouvoir l'acquérir presque pour rien?
lleureux pere, n'avait-il pas favorableme11L
établi taus ~es enfants : ses deux fils, magislrats comme lui et comme lui aussi magisLrats du plus hrillant avenir; sa tille ainée,
Marie-Madeleine, d'une délicate beauté, mariée, en 1651 , plus richemenl, plus bautement que Jamais il n'eut osé l'espérer?
Un homme élégant, spiriluel, hrave, cambié d~ ~iens et d'houneurs, mestre de camp
du Reg1ment de Normandie, descendant de
celle opult:Dte famille Gobelin élevée au pre1. Journal ~'Olivicr dºOrmesson, I, p. 37.

2. Au;ourJ hui rue Charles V. L'l,Mel existe eorore _au ••• 12. Yoy. Geo1·ges Gafo, Prome11adcs dons
Pana.

presque insolent avait donné pour gendre a
l'heureux M. d'Aubray.
Que! événement mondaio fut alors daos
París ce mariage I Avec quel admiratif étonnement on s'entretint des richesses du jeune
époux : et les six cent mille livres de dot, et
le bel hotel de la rue Neuve-Sainl-Paul', et
les terres de Sains, Morainviliers, ele ... , et le
magnifique mobilier, et la suite de ces splendides lapisseries de la fabrique des Comans
et La Planche, représentant, en huit grandes
pieces, toule l'histoire de Psyché 3 !
Beau sujet de nouvelles a la main pour les
gazetiers qui s'étaient empressés de conter
l'événement en belle prose, ou meme, comme
l'un d'eux, l'illustre Loret, en beaux vers :
Le fils de mo11sicur Gobclin
Épousa dimanche au malin
liue agréablc dcmoiscllc
Qur. l'on m'a dit clre assez belle,
Et d'uo esprit doux el ci.-il,
Fillc du Lieutcnant Civil.
Oo croil qu'ils feront bon ménagc.
Mais je n'en sais pas davanlage.

Ci:: n'est pas Lout encare : le bonheur, les
riches,ses, les bonoeurs semblaient pleuvoir
d'eux-memes sur le Lieutenant Civil et tous
les siens : par une spéciale faveur, le Roi, a
l'oC\:asion de son union avec !'Infante d'Espagne, avait, par leltres patentes datées de
Saint-Jean-dr-Luz, accordé au gendre du
Lieulenant Civil l'érec.;tion en marquisat
3. Voir J.-J. Guiffrey. Les Gobelina, teinturiers
e11 écarlale, notice publiée daos les mémoires de la
Sociélé de l'lli,toire de Paris, 1004.
4. Arch. Nat. Registre du ParlemenLX"8661 p. 517.
.... 214 ...

Afalgré le réconfort momenlané apporté a
la coi:i_munauté par la mere Angélique, c'est
au m1heu des lamentalions que s'accomplissaient, a Port-Royal de Paris, les rigoureux
ordres du Roi. Parmi les éleves, beaucoup
ayant leur famille en province, l'exode se
prolongea durant huit longues journées.
Les départs se succédaient lamentables
douloureux, presque tragiques; parmi le~
éleves, parmi leurs maitresses, parmi les
personnes parentes ou amies qui venaient
les prendre, ce n'étaicnt que pleurs, cris de
douleur, évanouissements.
La chambre d'asscmblée des enfants présentait l'aspect d'un cachot rempli de personnes dont on va faire l'appel pour le supplice.
« C'est un si pitoyable et douloureu1 spcrtacle, disait alors aux autres religieuses Ja
maitresse chargée des pensionnaires, que je
ne puis enlrer daos celle chambre qu'apres
avoir été plus d'un quart d'heure devant la
porte pour me résoudre a l'ouvrir. Sitot que
j'y suis, ces enfants se viennent jeter dix ou
donze sur moi en pleurant et en me conjurant d'avoir pilié d'elles : &lt;t Ma sceur, me
&lt;e discnt quelques-unes, vous le savez, je me
« perdrai si je relourne daos le monde! »
D'autres refusent de manger et passenl la
nnit saos sommeil. Certes cette séparation ne
m'est pas moins douloureuse qu'aux enfants,
je souhaite pourtant de toule mon ame
qu 'elle s'achere au plus lót; toutes ces !armes me pt:rcent le cceur. o
Au moment de passer la porte du couvent,
il y eut plusieurs de ces petites que leurs
parents durent tirer par la main pour les torcer a sortir, et les personnes qui, de la rue,
assistaient a ce lamentable spectacle, ne pouvaient s'empecher de s'écrier : « C'est véritablement l'image du Martyre des Inoocents 5. »
Des le lendemain de la visite du Lieutenaut
Civil, on s'était haté de donner l'babit a quatre novices el de faire prendre le voile a quatre postulantes.
Des contretemps facheux et de mauvaise
augure allrislerent ces eérémonies : daos la
« ... A ces_ causes, :". avons _élevé ladite seigocurie
de Sams en ltlre. qualtle, d1gmté et préémi11ence de
marquisal, sous le uum de nrnrquisal de llrinvilliers... ,.
:&gt;. /Júloire des Penécution,, p. 6.

L1EUTEN.JtNT C1nL D~EUX D'.JluB~JtY

premiere, au moment ou la porte donnant trevenir a ses ordres; de sorle que, non seu- y obéissant. ... Nous savons le Roi si juste et
dans le chceur des religieuses aurait du s'ou- lement pour le service du Roi, mais aussi si équitable qu'il écoutera, nous en sommes
uir deranl les nouvelles sceurs, la clef, par pour votre considération parliculiere, il sem- sures, nos tres humbles supplications. Notre
une étraogc fatalité, se lrouva rnalenconlreu- lile qu'il esl bien a propos que vous redou- état ne nous permettant pas de nous aller
sement égarée; apres une longue aliente de bliez vos soins dans l'exécu tion des choses jeter a ses pieds, il aura certainement la
plus d'un quart d'heure, il fallut faire tra- que Sa Majeslé vous ordonne présenlemeot bon té de recevoir la letlre que nous aurons
l'honneur de lui écrire 4 • »
verser a ces rcligieuses la cour extérieure, sur oo sujet 3 • »
A
peine
le
Lieulcnant
Civil
avait-il
rccu
- Je rendrai compte, Madame, de vos
toule pleine de carrosses, pour les conduire
par la jusqu'au chceur par un long détour. cette lettre que, lout ému et presque trem- déclarations, répondit M. d'Aubray avec un
Quant aux novice5, en traversant le préau blanl, il était aPort-Royal. La, apres avoir Ju peu plus de brusquerie celte fois; quant a
par une pluie bailante, la corbeille contenant a l'abbesse les ordres recus, il lui remit en moi, je n'ai poinl a m'y arreter et, coníorméles voiles bénis dont allait les revetir l'ah- mains la leltre de cachet que le Roi lui adres- ment aux ordres recus, je ne dais que vou
enjoindre a nouveau d'oter l'habit aux filies a
liesse se renvcrsa si malheureusement que sait a elle-meme.
A cette communication, la mere Agnes de- qui vous l'avez donné et de rendre dans trois
ces \'oíles furent tout mouillés et sal is; 011
dul en hale les remplacer par d'autres, mais meura consteroée, mais absolumenl ferme jours ces filies a leurs parents, faute de ce
ceux-ci n'anienl point recu la bénédiction de pourtant dans ce qu'elle considérail comme faire dans le dil temps, vous y seriez conl'ofticiant.
un impérieux devoir.
trainte, Madame, par toutes voies dues,
Les personnes qui purent avoir connais&lt;&lt; Toujours, répondit-elle au
magistral, nonobstanl opposilion ou appellation quelsance de ces accidents répélés et significatifs nous serons disposées a rendre les memes conques. »
hochaient tristement la tete en disant: « Ceci soumissions aux ordres du Roi loutes les fois
Toute vibrante d'éloquence, la lettre que,
est un averLissemenl du Ciel, il arrivera cer- que nous croirons le pouvoir faire saos de sa meilleure plume, la mere Agnes écrivit
tainement quelque chose i1 ces religieuses et blesser notre conscience. Mais l'ordre qu'on au Roi, expliquait, en termes clairs, a Sa
a ces novices 1• »
nous donne maintenant de renvoyer les filies Majesté, que seuls des esprits malveillanls
Des le commencement de mai, a l'appari- postulantes et novices et de n'en plus rece- l'avaient saos doute abusée. « ... Nous avons
tion des premiers beaux jeurs, la cour avait voir a !'avenir est si exlraordinaire et '.nous sujet de croire, Sire, disait-elle, qu'on a conquitté le Louvre pour se renfondu l'élat des postulantes
dre a Fonlainebleau. C'est la
avec celui des pensionnaires,
que, suivaot l'haliitude récemquoique ce soient deux choses
mcnt imposée par lui, le Roi
exlrememenl ditTérentes.... »
tenaitchaquematin son Conseil.
Puis, venant a l'ordre d'oter
A la nou\•elle qui lui parvint
l'habit : &lt;&lt; Si cet ordre ne nous
de ces h:Hives prises de voile et
venait pas d'un Roi tres chrévetures, Louis XIV fronca le
tieo, nous n'aurions qu'a soufsourcil de facon inquiétante ; il
frir en patience qu'on nous ar11 'aimait pas beaucoupces essais
rachat d'entre les bras celles
furtifs de l'abbesse pour tourner
que nous ne pourrions renses ordres, el, dans le Conseil
voyer nous-memes .... &amp;fais, vidu lundi 2 mai, il commanda
van! sous le regne d'un prin1:e
a Le Tellier d'envoyer au Lieusi religieux et dont nous somtenant Civil les instruclioos némes tres assurées que l'intencessaires pour « obliger laLion n'est que de maintenir les
dile abbesse d'óter l'habil aux
lois el la discipline de l'Église,
filies auxquelles elle l'avait
nous nous croyons, Sire, un peu
1
donné », el Sa Majesté se
excusables si nous avons quelmontra si peu satisfaite de la
que peine a nous résoudre d'arconduite tenue jusqu'alors enracher de cette maison lanl de
vers les religieuses de Portfilles que Dieu y avait unies a
Royal par ce lrop bénévole malui et a nous par tou¡¡ les liens
gistral que M. Le Tellier crut
de la Chari té 5 • • • • &gt;&gt;
dt:voir écrire a M. d'Aubrai
Tres satisfaite des termes de
une lettre personnelle et consa lettre, si pleine a la fois de
fidentielle pour l'avertir du
tant de respect et de fermelé,
grand danger auquel trap de
la mereAgnes en attendait l'effet
politesse et de ménagemenls
avec émotion. Des nouvelles
pourraient l'expo~er : ce ... Sa
tout a fait favorables lui en arMajesté, lui mandait-il, a telriverent bienlól : une dame dt:
lement a cceur l'exécu tion de
la cour qui, a Fontainebleau,
ces mesures, que je ne saurais
s'élait trouvée un matin au lever
assez particulierement vous le
de la Reine-mere, avait entendu
faire connaitre. llais je ne dois
ANGiLIQUE ARN.\ULD 1 DERNIERE ABBESSE TJTULAIRE DE PORT-ROY.\L,
le Roi dire en enlrant dans la
point, Monsieur, vous dissimuGravurt de VAN SCHUPPEN, d'ap,·es le tableciu de Philippe de Champagne.
chambre: ce Je viens de rt!celer que l'on a voulu insinuer
voir la plus belle lettre du
daos I'esprit de Sa Majesté que
monde; elle est de l'abbesse de
l'indulgence et la douceur que l'abbesse et parait tellement attaché, non a la puissance Port-Royal qui me mande qu'elle ne pent, en
la prieure onl pu lrouver en vous les ont séculiere, mais a la puissance spirituelle, que conscience, dévoiler ses novices, mais que,
peut-etre portées a oser enlreprendre de con- nous croirions notre conscience intéressée en ponr ce qui est du reste, elle m'obéira avec
respecl. »
1. Hist. des Perséc11lio11s, p. 5 el 7.
2. ~e~oriaux du Conseilde 1661., eubliés par ll. Jean
de Botshslc. Col•• de la Soc.. de I Htstoire de Fraoce.

3. Arcbi ves ele la Guerre, vol. 168, r 336. l\eproduil par ll. Jean de Boislisle. - Mémoriaux du
Co11seil, p. 2U.
... 215 ....

4. llist. des Penéculions, p. 9.

5. Hist. des Perséculions.

•

�fflSTO~l.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _- - c - - - - - - - - - - - - - - - L'espérance et la joie renai,saicnl presque
dans le malheureux monastere; on ne né¡iligeait ríen toutefois pour obtenir la protection
di,foe : daos le préau du cloitre, on fil, pieds
nus, une neuvaine de processions, en portant
les saintes reliques el chautant des psaumes
propres a la nécessité présente.
A la premii\rc de ces processions, la tres
vénérable mere Angélique, alors Agée de
soixante-neuf ans, marchail en tete, pit"ds nus
comme lt's aulres et portant la croix; son
l'isage était si pale, son corps ~¡ chancelant en
dépit de la ,·igueur de l'ame. que, tout en
chanlant, les autres sreurs, la voix tremblante,
ne pouvaient en la voyant ainsi reteuir lcurs
(armes.
En entrant dans le chreur, la vieille religieuse sentit soudain ses forces la lrahir
et, comme un général au champ d'honneur,
la croix en a,ant, la mere Angéliqul', droite
et toujours ficr!', lomba sur fos dalles de
marhre. On la transporta en bate daos une
cellule, et ce fut la le cornmenc!'m!'nt de la
douloureuse maladie dont elle ne devait plus
se relever.
Dans le ronseil tenu a Fontainebleau le
7 mai, le Roi manifesta les vrais sentiments
que lui avaient inspirés la Iettre de la mere
Agnes; les dislinctions suhtiles l'irritaient,
les louangcs ne le touchaicnt point, il voulait
tout simplemenl etre obéi et pui~que la résistance des religieuses semblail s'abriter derriere l'autorité ecclésiastiquP, eh bien I que
l'on fil agir contre elle, s'il le fallait, l'autorité ecJésiastique el que, de la part du Rui,
il ful ordonné au doyen du chapitre de NutreDame qui, en l'absence de l'arcbeveque Gondi,
toujours «:n exil, représentait le pouvoir
épiscopal « d'etre présent lorsqu'on fera

ouvrir les portes du monastere pour en tirer
les no vices• ».
Le do)en de lXolre-Dame auquel fut com-

sail en ríen au marlyre. 11 aimait ses aises,
la honnc cherc, les pelits plats sucrés, et les
armoires de sa maison, succulente, bibliothc,1ues, étaient remplies de toules sortes de
confltures de divers fruits '·
En apprenant la simple mission que lui
assi¡;nait le f\oi, assister a la ruplure des
portes d'un couvent, M. de Contes Cut anéanti;
un terrible coml,at intérieur commenca a se
livrer en son ame entre sa terreur et sa conscience.
Le vendredi 1.3 mai, M. le Lieutenant Civil,
accompagué celle fois du Chevalier du Guet
et de ses archers, se présenta pour la troisieme fois a Port-Royal et réitéra les ordres
du Roi.
« Puisque, répondit la mere Agnes, le
lloi, malgrl nos priere~. pt•niste dans la
meme volo 1té, nous obéirons et renverrons
nos noviccs; &lt;¡uant a leur oler l'habit el le
voile, en tonscience, je ne le puis !
- ~Jadame, réplit(ua le Chevalicr du Guet,
prenanl a sou tour la parole, si dans vingtqnalre bcures ces fllles ne sont pas dPhors,
j'ai ordre de rompre les portes pour les
prendre. D
Au milicu des !armes de leurs compagnes,
les nouvelles religieus!'s et noviccs &lt;¡uitterent
la communauté, mais la rucre AgnPs se refu,a
toujours /t les dévetir du voile et de l'habit,
et, « par respecl pour les ordrcs du Roi »,
ou se contenta de leu r couvrir la tete d'une
écharpe.
Le doyer, du chapilre de Notre-Oame n'assista pas a cel Clode : sa cun,cience l'al'ait
emporté sur sa Lerreur el, tremblanl de lous
se~ membres au milieu de ,es armoires de
sucreries et de duuceurs, véritable héros,
ll. de Contes al'ait osé ne point obéir au f\oi '.

A"ITOl'iE AR:-IAULO.

IJ'atrts un la/:lea11 arant app:Jrttn11 .i l'atfart
ilt Port-Rorat.

muniquée cette commission était l(. de Con tes,
un bon chaRoine, honnele hom111e et homme
vertueux, mais d'une verlu douce, tcmpéréc,
saos rudesse, d'une vertu qui ne le préd1spo1. Vi•morí111~ du r.on-;cil. l'Ít,1s plus haul.
2 Lcllre d,• 'l. ,t,, l'un1rh3lcau, cilcc dans 1/i,t. de,
Per,,é&lt;'ulion,, p. i!l, note.

CA suivre.)

f~ r

1

• P arís au XV!lle #e.ele / -:
lb.
,,.,

L'exécuteur de la ha ute j ustice - le hourreau - a pour gagc di.c-huil mille livres
paran. 11 n'en tuuchait que seize m11le il y a
six ans. JI avait le droit de porlcr ses mains
1mmondes sur les denrécs publiques, pour en
prendre une purtion. On J'a dédocnmagé en
argcut.
ll u'y a eu qu'un bomme décapité a Paris
depui~ 4uarante ans cnviron. Aussi Ji: bourreau cst-il ineipérimenté daus cette fonction.
La derniere classe du peuple counait parfaitemeut sa figure; c't!sl le grand acttmr
lr.igi4ue pour la populacc gros~iere qui court
en fuule it ces affreux spcctacfos, par le seutiwenl de cette ineiplicaule curio:.ité, qui

entrainc jusqu'a la foule poli .. , quand le
crime ou le crimine) sont distingués.
Lt'S femmt's se sont porlL:es en foule au
supplicc de 0Jmiens; elles onl été les dernicréS a détourner h urs r,·gards de cette horriule scene.
Le petit peuple s'entretient fré,1uemm,·nl
de l'eléculeur, dit qu'il a tahle ouv,·rle pour
les pauues cbernlit'rs de Stint-Louis, et va
cherchn chtz lui de la grais~e de ¡,cndu; car
il vend le, cadaHes aux chirur¡;iens, ou les
garde pour lui, a son choix : le criminPI ne
peut pas se vendri: de sou 1il'ant, ainsi qu'il
fail a Londres.
flien ne distin;.tuc cet homme di' autres
citoyens, méme lorsciu'il exerce ses épourantal,les fonctions, ce qui est trt'.·s nial vu. 11
e,t frisé, poudré, galo,mé, en has de ~oie
hlancs, en escarpias, pour monter au fatal
poleau : ce qui me parail révoltant, pui,r1u 'il
devrait porler, en ces moments terribles,

I1 ISTORIA

Cu. G.\ILLY DE TAlJRI ES.

I't'mpreintc d'une lui de mort. Ne saura-t-on
jamais parler a J'ima~ination? et puisqu'il
s'a¡;it d'efl'rayer la multitud,•, ne co,m.1ilral-on jamais l'empire dtlli formes éloquentes?
L'e,térteur de cet homme de,·rait l'aunonccr.
11 esl, saos contredit, le deruier citoyeu di:
la vi lle, el lui seul esl fr 1ppé par bOll emploi
d'un opprol,rc inhérent. 11 a des valet, qui
exercenl pour cent écus le métier qu'il fait
pour six mi lle. EL il trouve des valeb !
11 marie ses filies, quand il en a, a des
bourreaux de pro,ince. Entre eux ils s'appellrnt (a l'instar des é,e'lue~) jfonsieur de
Pa,.is, .l1011,;ieur de Char/res, .',Jonsieu,· d'Orlean~. cte.
Et C/1111·lot et Berger fournissPnl aux enlrelil'ns du peuple une maticrc inépuisable.
Tels savetiers ~ave11t l'histuire des pendus et
des IJourreaux, aiusi qu'un homrue de bonne
~ociété sail l'histoire des rois de I'Europe el
de leurs ministres.
;\lERCIER.

LA DUCHESSE D'ORLÉANS AUX EAUX DE SPA.
FETE D8 LA SAUVE~IERE.
Tableau Je l' École anglaise, fin du wm sied e. p!usée Conde, Cbantilly. )

.,. ::?IÓ,...

�Le myslere de Nuremberg
Par JULES HOCHB

Vlll (suite).
Vers trois heures, la veuve Scholler, accompagnée de sa filie Lisette, descendait la
promenade qui mene a la porte du ch&amp;teau.
A une distance de quarante pas em·iron,
Liselte apercut Hauser, saos manteau, vetu
d'une redingote brune, qui rlescendait la Promenade dans le meme seos. Arrivé au bout
il prit a droite, suggérant a Lisette la pensée
qu'il se rendait chez M. de Sticbaner.
Hauser était seul, et la promeuade, déserte. (Les deux femmes oot déposé ce fait
sous serment.)
La femme du cordonnier Weigel qui remontait dans le me.me lemps la rue Thérese,
vit Hauser entrer tout seui dans le jardin
royal. De memela blanchisseuse Weiss.
La demi-heure qui s'écou la entre trois
hcures et trois heures et demie n'a donné
licu a aucun témoignage précis. 11 est avéré
seulement qu'a trois heures et demie le cuisinier Briohtelshauser el le propriétairc Conrad
Slurm apercurent Uauser courant a trarers
la cour du chateau . Le second témoin, qui ne
le reconnut pas tres bien, remarqua d'abord
qu'il anit du sang au poignet droil, et
comme il se relournait pour le suiue des
yeux, il lui parut que la main gauche aussi
était ensanglantée.
Vers la meme beure, le professPur &amp;feyer
et sa femme rentraient de promenade. lis
étaient a peine chez eux depuis quelques minutes, quand la sonnelle de la porle d'enlrée
_íut violemment agitée.
&amp;fadame &amp;lel·er alla ouvrir, et Ha user se
précipila daos la cour, le visage boule,·ersé,
ne répondaot que par gestes aux questions
alarmées de la femme du professeur.
Celle-ci courut prévenir son mari, suivie
par Hauser lui-meme. Ce dernier ne ful ras
plutot en présence de son profe\seur qu'il
éleva les bras, daos une attilude éperdue, et
de la main droite désigoa a plusi~urs repri~es
son coté gauche.
Puis, saos avoir prononcé une parole, il se
cramponna a lui et l'entraioa vers le jardín.
lis a1·aient fait cinq ceots pas environ, Hauser, du geste, indiquant toujours un endroit
plus éloigné, quand Meyer, par crainle é1·idemment, forca son éleve a rebrousser chcmin. Alors seulement llauser articula quelques mots entrecoupés, inintelligibles :
- Alié daos jardin royal... homme.. .
arec couteau ... donné bourse... poigoardé.. .
couru tant que j'ai pu ... bourse encore par
terre la-has.
A ce moment-la, &amp;leyer donna toute la me-

sure de sa cuistrer1e de pion allemand. Au
lieu de s'élanccr sur les traces du meurtrier
présumé. ou d'appeler a l'aide, ou de prodiguer uo premier soulagement au blessé dont
les forces s'épuisaient visiblement, il commenca par le mori~éner, lui reprochant d'etre
allé au jardin royal saos permission, ajoulant
méme qu',l venait de faire la une équipée
absurde et donl, selon toute apparence, il ne
se tirerait pas aussi aisément que de celle du
17 octobre 1829.
Ge trait de caractere nous parait, a distance, un des documents les plus riljouissanls
que nous aient transmis les chrooiques allemandes relatives au m1stere de Nüremberg.
Gaspard IJauser ne répondit pas, il n'en
al'ait plus la force, il se contenta de lever les
yeux au ciel et de murmurer : « Dieu... savoir. »
La-dessus, ~feyer éprouva le besoin de se
singolariser une seconde fois eo posant au
blessé a demi é1•aooui une question urgente :
- L"homme étail-il grand?
- Moyen, répondit Hauser, et il s'affaissa,
iocapable d'aller plus loin.
Meier, qui semblail teoir décidément a ce
que cette scene n'eut d'autre témoin immédiat que lui, s'ingénia a le faire revenir a lui
et le traina tant hien que mal vers sa demeure ou deux dOUJestiques furent chargés
de le monler chez lui. Taodis que ces derniers le transporlaienl sur uo canapé et lui
prodiguaient les premiers soins, Meyer se décidait enfin a aller prévenir la police.
llauser ct•pendant ne tarda pas a recouvrer
l'usage de la parole et donnait aux deux domestiques l'explication suivante de ce qui
était arri1•é :
&lt;&lt; Un bomme a~sez grand l'avait accosté
pres du palais de la cour d"appel et lui nait
demandé : &lt;&lt; Etes-vous Uauser? Vous promenez-vous quelquefois dans le jardín royal? »
et il avait répoodu : oui. Un jardinier élait
ven u a luí aussi et luí a vait proposé d'enlrer
daos le jardín pour visiter les lravaux de réparatioo du puits artésien. C'est celle derniere proposition qui l'avait décidé a se rendre au jardin.
&lt;&lt; Mais comme il n'avait lromé personne au
puits artésien, il s'était dirigé vers le monument commémoratif d'Utz (le poete) ; la se
tenait un bomme aux favoris et a la moustache noirs qui lui tendait une bourse et tout
a coup, pendaot qu'il ouvrait la bourse pour
voir - le poignardait. »
ll n'est pas iQutile de faire remarquer ici
que certains détails de cette version sont eo
contradiction avec les témoignages qui pré... 217 ...

cedent, "oire avec la version plus élendue
que Hauser formulait le lendemain devant la
commission d'enquete.
~leyer, comme nous l'avons dit, était sorti
pour prévenir la police et demander qu'on
envoyat d'urgeoce uo agent sur le théalre du
crime. En roule, il renconlra le docteur Heidenreich auquel il cria saos s'arreter de se
rendre imméJiatemeot aupres de Gaspard
Hauser. Ce dernier obéit a cette injonction
et se rencontra au chevet du blessé avec le
docleur llorlacher, médecin du tribunal local,
et le docleur Albert, médecin de la justice
royale.
L'examen médica! constata l'exislence au
!ein gauche, daos la région des premiers espaces iotercostaux, d'une blessure d'une loogueur de trois guaris de pouce, semblant
résuller d'un coup porté de haut en has et
d'arriere en avant avec un instrument pointu
et a double tranchaot. (Bien plus tard, un
ouvrier occupé a ralisser les plates-bandes
du jardín ro~al trouva dans l'herbe un couleau a manche d'ébe11e dont la de,cription
nous parait corre~pondre a l'iostrumenl visé
dans les ligues ci-dessus.)
Apres !'examen de la Llessure, l'avis des
médecins ful qu'aucun organe essentiel n'avait du etre atteint, et que pour l 'iostant la
vie du Llessé n'était point en danger. (Erreur
grossiere, uniq,1eme11t ba~ée sur ce fait que
Ilauser avait pu fournir deux courses assez
lougues a partir d u momPnl ou il avait été
frappé jusqu'au mnmPnt ou \leyer le rameoait cbez lui, - erreur que la m•irt de llauser, qui succomba a diverses lé~ioos organiques, devait anéantir moios de quatre
jours apres.)
A l'autopsie, on trou va que le ventricule
du creur, la pointe du cccur, le poumon el
l'e~lomac éla1ent plus ou moins gravement
endommagés.

IX
Pendant que Ilauser se débattait entre les
mains des médecins qui l'accaLlaieot de queslioos oiseuses. bien plus empressés a sonder
le nouwau myslere de sa bles~ure que la
blessure elle-meme, l'agPnt de police Hermano se rendait, sur l'ordre de ses chefs, au
jardin royal, avec mis~ioo de chercber la
bourse doot parlait HdUser, et d'explorer
simultanément lous les enviroos, pour le
cas ou il s'y trouverail un homme a favoris et a moustache noirs et purleur d'un
rnanteau.
L'homme désign~ par Hauser était, pa

�111STO'J{1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _l _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ J
r~it-il, aussi coiffé d'uo C)liodre, et ces deux
d'ou je 1·iens. Pour évitcr
cclte peine a llauscr,
p1eces essenlielles de son costume, le manje yais vous le dire moi-mcmc d'ou
leau -~e couleur bleu foncé avec pelerine el
je viens, - le cylrodre, onl joué un grand role daos le
Je vicns de de - - _
proces d'Ansbach, le dernier proces qui rédes fronticrcs bavaroises - Au Flcuvc - sume loute l'histoire bausérieone.
Je veux mfüne vous dire cnt0re
Orce genre de manteau et de chapeau était
le nom : ll. L. O. »
alors de grande mode en Allemarrne (on
peut en voir des spécimens en gravu~e daos
Le lecleur pourra se faire une idée exacte
la Ga:.elle 1t11ú•er~elle des modes, de l'hiver de la facon dont _le billet étail ecril, en pré1~55-l,854-, Leipzig, 13aumgartncr, éditeur). seotant cette feu11Je de\'anl un miroir ou en
Rien d anormal des lors daos la déclaration la relouroant el en la lisaot a conlre-jour
de Hauser, et rien d'étonnanl non plus a ce par lransparence.
que la sentindle lleinrich Frosch, de 11arde
Apres la Mcouverte de la bourse, il deYe?ans le voisinage du Palais, ait vu pas:er ce nait plus que jamais importanl d'obtenir de
JOUr-la, ~ l'hcure iodiquée par llauser, qua- lla~ser l_ui:me~e un récit détaillé de ce qui
tre ou crnq messieurs tous velus de man- éta1t arr1ve au Jardio royal, et c'est daos ce
teaux bleus et coiffés de cylindres.
but qu'une commissioo d'coquete se transLes recherthes de l'agent de police ne res- porta au chevet du Llessé, le meme soir,
l~rent pas tout a fait ii~f'ruclueuses. Au pied pour procéder a un premier interrog:tloire.
d un arbre, a trente-cmq pas environ du
monument d'Utz, il lrouva cilectivemeot une
X
bourse en soie violeue a doublure blanche.
A l'endroit ou il ramassa celte bourse la
Pl'emier interrogatoii-e.
neige faisail tapis et lui permit de remarq~er
Trrs
courl,
ce premier iolerrorratoire. La
u?e ,double trace de pas, paraissant appartecornmission
judiciaire
ne pul to~l d'abord
rur a une seule el meme personne el se dirigeant ver~ la ville; mais il n'en vit poinl, Lirer de llauser que quelques paroles entreaf6rma-t-il, conduisant du puits artésien au coupées melées d'iodications excessiYemeot
monument d'Utz. (Dépositioo qui vient en- vagues.
&lt;e fardio royal, pres d'Utz, bomme grand,
core a l'encontre des points essentiels de la
déclaralion de llauser.)
~avor1s el moustache ooirs, plus vieux que
La bourse Cut ouverte par la direction de Jeune, porteur d'un mantea u.... »
~l comme oo le priait de s'expliquer plus
p~lice et on y trouva un billet plié en quatre
triangles, complication géométrique a pro- cla1remeot :
&lt;e Peux pas dire au juste; je me suis sauvé
pos ~e laquelle la femme du professeur ~feyer
a fa1t, sous sermeot, la déclaralion sui- aussitilt apres avoir recu le coup, - on trouvante :
vera une bourse a l'eodroit en question. »
D. - Vous avez déclaré yue cela s'est
« Quand la bourse fut apportée et ouverte
passé au jardin royal. A qudle heure?
devant nous, et C[U ·on en eut Liré le billet
R. - Apres trois heures.
j'ai. élé effmyée, ~Jrce que j'ai remarqué
D. - Qu'est-ce qui vous a done inspiré
auss1tilt que ce pap1er était plié absolumeot
de la meme facoo dont Hauser avait cou- l'idPe d'aller au jardin royal?
n. - Quelqu'un m'y avait donoé reodez~ume_ d_e plier ses lellres .... J'ai communiqué
1mmed1atement cette observation a moo mari vous.
D. - Que! étail l'endroit assigné a ce renqui ,en ~t. resté égalerneot frappé. »
• e_ esl eVIdemmeot la une forte présomplioo dez-vous?
R. - Au has de l'escalier qui mene au
a aJouter a celles qui oous permeltenl de
coosidérer tous ces détails comme autant palais de la cour d'appel.
d'accessoires préparés a l'annre par le mo- 1 D. - Quelle heuri: vous avait-oo fixée?
oomaoe llauser pour eocadrer dirrnemeot Ja ., R·. - Entre trois et quatre heures; mais
scene finale par laquelle il avait° décidé de J ava1s rencontré l'bomme a neur heures du
courooner le romao de sa vie.
rnatio au momeot ou ji: me reodais a la cour
Aulre indice non moins important : Hau- d'appel (Hauser faisait alors des écrilures au
ser était gaucher, el l'écrilure du billet est grelfe).
D. - En quels termes vous avait-il donoé
une écriture déguisée, tracée de la main
gauche, a rebours, c'est-a-dire de droile a ce rendez-vous?
R. - Alleodez un peu, je souffre... a la
gauche comme l'écriture arabe. Le billet est
d'~i_lleurs ,écrit ~u c:ay~n, et ~leyer, parait-il, poitrine ....
a~a1t eu _I occas100 Jadis de surprendre plu- · Celle ~la in Le. du blessé fil suspendre J'inlerrogato!re qm ne pul etre repris ce jour-la,
:.ieurs fm s son éleve a s' exercer au crayon
a une écriture arebours.
'
' parce qu un commencement de délire semVoici du ~este, en écrilure redressée, le blait s'etre lout a coup déclaré chez ílauser
c~oteou du b1llet, aYec la dispositioo aulhen- celui-ci ne reconnaissaot pas le pasteu;
t1que de ses lignes arraogécs comme une Fuhrmanu.
strophe de vers :
1

11

• Hauscr ponna vous contcr
avcc beaucoup de précision
quels sonl mes debors, el

Deuxieme inte1·rogatofre.

Le leodemain, a oeuf bPures du matio
les médecins ayaot déclaré l'étal du blessé
"''

2 18 ...

assez salisíaisant, et celui-ci jouissant de
toutes ses facultés, la commission judiciaire
procéda a un nouvel interrorratoire doot oous
doooons ci-dessous les point~ esseoliels :
D. - Pouvez-vous nous décrire l'bomme
qui rnus a,ait donné rendez-vous au jardín
ropl?
11. - 11 éLait de Laille moyenne d'aae
•
'
o
mur, et porlail une mouslache bloode. 11
était vetu d'une sorte de blouse, comme un
ouvrier. 11 avait une casquette aussi.
D. - A quelle heure l'avez-vous rencontré le matin?
n.. - A neuf heures moios un quart. 11
~ne
&lt;e Je dois vous saluer de la part du
J~rdm1er en chef du palais, et vous dire que
s1 vous voulez vous rtndre vers trois heures
au jardio, on vous mootrera les Lravaux du
puits artés!en. &gt;&gt; EL j'ai répoodu que j'irais.
La-dessus 11 esl parti sans rieo ajouter.
D. - Qut-l chemio prites-,·ous ro quittant le pasteur Fuhrmaon?
_R. - (llauser indique le chemin et poursu19 : Arrivé a_u jardio, je me dirigeai Loul
dro1t l'e~s le p~1ts artésieo et o'y trouvai personoe; Je conlmuai rna route jusqu'au monument d'Ulz. A l'e11droit ou sont les deux
bornes, pres d'un huissoo fourré, cet homme
me teo~it une bourse, et au momenl ou je
la preoa1s, me porta un coup au coté.
D. - Qu'eotendez-vous par cel homme?
11. - L'homme qui m'a dooné la bourse.
lJ. - De que! inslrument se servit-il pour
vous donoer le coup?
R. - 11 m'a serublé que c'était un lona0
stylel.
D. - Pouvez-vous nous faire la descripLion de cet homme?
, R. - ~l semb!ait un peu plus grand que
I aulre et il porta1l des favoris et une moustache ooirs.
D. - Satailleetsonage?
R. - Sa ~aille ét~il plus grande que la
~oyenoe; et d pouva1t avoir de cioquanle a
crnquante-quatre aos.
D. - Vous a-L-il parlé?
R, - ll m'a dit : « Je vous fais cadeau
d~ celle bourse'. &gt;&gt; et au momeot ou je 1·oula1s la prendre 11 m'a porté le coup.
D. - Comment était-il 1 etu?
H. - II avait un maoteau muni d'une
grande pelerine qui lui retombait sur les
manches, et un chapeau ooir de forme cylindrique.
O. - Que fites-vous apres avoir re~u le
coup?
IL - Je courus de toules mes forct!s vers
la maisoo, et saos me retourner de sorle
que j' ignore ce qu'a fait l'homn,e ~u suite el
daos quelle direclioo il est parti.
Quelques queslions peu importantes furenl
posées eocore par la commi~sioo, puis l'inlerrogatoire prit fin, Hauser s'étant de oouveau plaint d'uge faiblesse.

?'~ :

1

Troisieme et dernier inten·ogatoire.

i)ans ','?ntourage . immédiat de Gaspard
Hauser, l etrange at11tude de ce dernier les
contradictions relevées daos ses propre.' dé-

LE
claratioos commeo~aieot a soulever des perplexités difficiles a cornbaltre, mais persoooe
ne s'apercevait ou ne voulait s'apercevoir
qu'on était peut-etre tout simplemeol en préseooe d'uo monomane qui, atleiot du délire
de la perséculion, venait d'atteoter a ses
jours pour la seconde ou la troisierne fois.
Les sceptiques du geore de lfe1er élaieol
tout juste asscz clairvoyaots pour voir daos
la mystérieuse affaire du jardio royal « une
équipée doot les suites seraient saos doute
plus fuoestes a Hauser que ne l'avail été celle
du 17 octobre ».
Aussi, le l 7 décembre, a ooze heures du
matin, la commissioo judiciaire, saos s'apercevoir qu'elle étail en préseoce d'un moribood, adjura llauser de dire toute la t•érilé
et procéda a un oouvel mterrogatoire :
D. - Vous avez dit que l'homme qui
vous avait fixé le reodez-Yous au jardio rolal
avait été rencontré par vous samedi passé, a
neuf heures moins un quart. Ne l'aviez-l'ous
ja.mais \11 auparavant?
R. - Non, j'ai pensé que c'était un ou1Tier employé au jardin. 11 serait peut-etre
bon de demander au jardioier en cheí s'il n'a
pas vu un ouvrier semblable avec une moustacbe ooirc épaisse.
D. - Vous avez dit hier que la mousLacbe de cet homme était bloode.
H. - C'est une erreur du proces-verbal,
j'ai dit tres clairemeot qu'il avait une moustache bruoe, tira11t sur le ooir. N'oubliez pas
de rectifier cela; c'est une erreur qui m'a
échappé au momeot de la lecture (la déposilioo de la veille avail été lue a Hauser, puis
approuvée et signée par luí), saos quoi je
vous en eusse fait la remarque immédiatement.
D. - Avez-vous rencontré quelqu'un en
allaol au jardin ou en fuyaot, apres que l'assassio vous eut blessé?
R. - :Xoo, du moios je o'ai remarqué
personne. Quand meme j'aurais rencontré du
monde, une fois le coup recu, la terreur
m'eut empeché de recoonaitre qui que ce
ful. Je o'ignore pas que bien des gens préteodeot m'avoir rencontré hors du jardín,
mais je o'ai vu personoe.
. D. - Vous avez dit qu'en arrivaot au jardrn vous \'0us eles reodu d'abord au puits
artésien, mais que o'y ayant trouvé persoooe,
vous l'0US eles immédiatemeot dirigé ver$ le
roonumeot dTtz. Qu'est-ce qui vous déterminait a un changemeol d'itioéraire aussi
complet, apres avoir accepté un rendez-vous
au pui ls artésien?
R. - C'étail ma promenade habituelle.
IJ, - Aviez-vous parlé a quelqu'uo de ce
rendez-vous?
R. - Je u'eo ai parlé a qui que ce soit
au monde. Peu de temps auparavant on m'avait donoé un rendez-vous semblable: c'était
le jour du premier bal cbez M. le commissaire général, mais le temps m'avail paru
trop malll'ais ce jour-la. J'en ai parlé alors a
madame Ilikel qui pourra vous le dire si elle
¡,'en souvieot eocore. (Ceci était uai, comme
nous l'avons vu au chapitre précédeot.)

D. - Qui est-ce qui vous avait clonné
rendez-vous cette fois-la?
R. - Le meme homme qui m'a fait l'iovitatioo samedi. C'est précisément pour cela
que j'étais persuadé que c'était un ouvrier du
jardinier et que je n'eo ai plus parlé a personne.
D. - Quand el ou vous fil-il cetle premiare invitalioo?
R. - A huit heures et demie ou un peu
plus tard, a la meme place que le samedi.
D. - Et avec quels termes vous abordat-il?
n. - Avec les memes termes que samedi; et il formula son invitation absolument de la meme faeon.
D. - Vous avez parlé d'uoe bourse que
vous aurait offerte l'homme qui vous a poignardé; pouvez-vous décrire cette bourse?
R. - Oui, certes, une bourse vide a ce
qu'il m'a paru au toucher, car il me préseota
tout juste le colé ou se tireot les cordoos.
Mais je ne sais trop comment elle étail faite,
car je l'ai laissé tomber aussilol que je me
sentis blessé. J'ai dit a M. ~1eyer qu'oo envoyat quelqu'un sur les lieux pour la chercher.
D. - La reconoaitriez-vous si oo vous la
montrait?
R. - Non, c'est lout juste si je crois me
rappeler que les cordons en étaieot bleus.
(On mootre a Hauser la bourse trouvée au
jardín par le policier lleulein.)
D. - Que diles-vous de celle bourse?
R. - D'apres les cordoos, je serais disposé a croire que c'est elle. L'autre pourtanl
m'avait paru plus grande, - mais le temps
était sombre et froid.

JHYSTE'JfE DE Nwt'EMB'E'J{G - -~

mano, el je l'ai laissé a la maison, de peur
de le salir avec la colle. Je le ménage en géoéral parce qu'il e~t beau.
D. - Comment awz-,·ous pu, apres ce qui
s'étail passé a;\üremberg, commenl avez-vous
pu vous risquer a accepler un rendez-vous
d'uo inconou daos un eodroit aussi désert?
R. - Je pensais qu'on n'atteolerail plus
a ma vie, puisque mainteoaot j'ai un second
pere en quelque sorle.
Comme on le ,·oit, en somme, ce deroier
interrogatoire qui oous parait (comme les
deux aulres d'ailleurs) ressasser &lt;les questioos oiseuses, ne devaitjeter aucune lumierc
nouvelle sur le rnyslérieux évéoement. Hauser allait mourir et emporter avec lui le secrel inexpugnable de son origine et de ses
destioées.

XI

Déjl1, dans l'apres-midi du f6 décembre,
une teiote étrange avait eovahi le visage du
blessé qui respirait difficilement et se plaigoait d'une assez vive douleur daos le coté
gauche. llauser avait néaomoins gardé sa
boooe humeur. U causa assez looguemeot
avec Fuhrmaon, affirma qu'il se seotail mieux
et parut heureux d'entendre dire a son pasteur qu 'il repreodrait les travaux de cartoonage sitot qu'il serait rétabli.
Mais le lendernaio mardi (seloo une déposition excessil'ement importante de la gardernalade Caroline Lorenz) le blessé commenca
a délirer des l'approche du soir. Entre aulre~
phrases mystériemes qui reveoaient souveot
11 ses levres, la femme Lorenz aífirme sous
sermenl avoir entendu celui-ci dire : ce 011
ne peut pas Jire ce qui est écrit au crayoo. &gt;&gt;
(On se rappelle que le billel conlenu daos la
bourse bleue était écrit au crayon.)
De rneme il aurait dit ce soir-la ala femme
Ritzioger : &lt;e J'ai eocore beaucoup de choses
a écrire aujourd'hui, rnais tout au crason. »
(Déposition faite sous sermeot.)
Le meme soir, a six heur es, son état empirai t encore, car le docteur llorlacher dre~sail le bulletin suivaot : &lt;C Peau du visagc
íroide, lrails creusés, exlrérnités froides couvertes de sueur froide, respiralioo tres
courte, pouls nul, tous les symplomes d'uoe
mort procbaine. 1&gt; C'est pourtant ce mouraot
que la commissioo d'enquete lourmeotait
encore quelques heures auparavaot avec son
questionnaire naif et tout a fait ioefficace.
Le fils du concierge de la maisoo ~leyer,
a1ant appris que l'état du blessé devenait
grave, monta dans la chambre de Hauser ou
il lrouva la garde-malade seule a son chevet.
ll s'approcba de lui pour relever un peu
l'oreiller sous sa tete, mais a ce momenl, le
CiASPA.RO HA¡;SER.
blessé se dressa avec effort sur son séaot,
D'aprés la gravure.ú C.-V, SCHELLHORll,
éi:arta le jeune homme, et les yeux grands
ouverts, fixés daos le vide, les bras étendus
D. - C'esl pourtant par ce mauvais temps s ecr1a : « Oh! moo Dieu, etre forcé de déque vous eles sorti vous promeoer daos le camper (abkralzen 1) aiosi, daos la honte et
jardin saos maoteau. Pourquoi cela?
le méprisl »
R. - J'étais sorti pour aller faire un ou1. o ... So abkratzen müssen in schimpf und
vrage de carloooage chez M. le pasl!m-r Fuhr- schandc .... •
...,, 219 ...

�1f1STO'Jt1.ll

-----:---;-------=----___:_--------~

Vers sepl heures un commcnccment d'as- chantes gens m'onl délourné du droit cbephyx!e se .d~dara, el le docleur lleydenrcicb mi_n, m~is ... re,·enu sur le droit chemin. J'y 1O heures, des suites de la blessure que lui
fut ~m~d~atement appelé. Tandis que ce su1s marnlenan1 ... 11 ne me reste que quel- fil le 14 décembre un assassin re~lé inconnu.
Victime infortunée d'une monslrueuse inhudermer a1dc du fils du concierge soulevait le ques heures probablement a pa~ser daos ce
manité,
il a la clef maintenant des éni"mes
busle du l,lessé, llauscr murmura a Ieurs monde.... Mcrci encore une fois .... 011 est
allachées
a son triste séjour parmi ;ous.
or?i~les : « ~romettcz-moi que ,ous voulez votre rpouse?
Dan~
les_
splendeurs
d'un prinlemps éternel,
~ ~1der, » s 1maginanl peul-elre, dans son
- Dans l'autre cbamLre.
le D1eu Juste luí rendra sans doute toul ce
delire, qu'on cherchail plutol a ha.ter sa fin
- Eiprimez-lui .. . a elle aussi ... ma re- dont il fut sevré, les joies ravies a son enqu'a luí sauver la vie.
con_naissance pour toul ce qu 'elle a fait pour fance, la force enlerrée de sa jcunesse tous
Quelques personnes amies furent alors ad- mo1 .
les bienfails abolís d'une vie qui ne ;'était
mises au chcvet du moribond. Hauser ne les
Le lieulenanl Hikcl s'approchail mainle- o~verte aux nolions de l'humanilé que depuis
reconnaissail que par intenalles.
nant du lit :
cmq ans.
A~ p~steur Fubrmann qui, apres I'avoir
- Me reconnais-lu, llauser?
Paix a ses cendres!
salue allectueus1·ment et s'etre enquis de son
- Eh! oui, mon~ieur le lieulenanl.
élal, lui demandait s'il voulail prier, il réXürembl-rg. le 18 décembre 11133.
- l'fas-lu ríen a me dire pour M. Je
pondit:
comte? (Stanhope.)
Bi~orn, premier Lourgmeslre.
- Je ne peu1 pas prier, - je suis si fati-. Pour Al. le_ comte ... beaucoup de regué!. .. mes pensées m'écbappent conlinuel- merc1ements auss1 ............ .
\'oila done l'assassioal de Hauser rendu
lemenl.
. . . Luí aussi duil rester sur le droit che- officit•l, imprimé en loules lettres, jeté en
La-dessus le pasteur fil une priere a ,·oi1 min ... pour que les erreurs ... donl il n'esl paturc a Loutes les imaginations d'Allemagne
ha~te, écoutée par Bauser qui répéla « Amen » pas non plus !out a fait exempl. .. ne l'en- et d'Europe. i\ous allons l'Oir maintenant
pu1s_ ~•cndormil. Mais il se réveilla presque trainenl pas .... 1
comment ce premier noyau va enaendrer la
auss1tol pour demander a boire. Alors Fuhr... . 11 fait beau~oup _de bien ... par Se$ gé- légende toutlue a lr~vers les frondai~ons de
mann revinl a la charge :
néros1tés .... 11 m a fa1t beaucoup de bien ... la11uelle nous avoos cu lant de peine a suivre
- Eh bien! mon cber llauscr, comment amoi aussi cela luí sera compté ... dans l'au- les étapes réelles de la courte carriere fourvous sen tez-vous? Votre conscience ~t-elle tre monde... ou il faudrail désespérer du nie par le mystérieu1 météore de Nürembien tranquille? Ríen ne vous oppres~e-l-il ciel. (üne pau~e.)
berg.
dont vous éprouviez le b~oin de vous souEn moios de huit jours, les fleurs de rhé- lmpossible ... arracher .•. damnalion .. .
lager?
lorique du b_ourgmei.tre allemand vonl pousmonstre ... plus fort que moi ..... ..
- Pourquoi ma conscience ne serait-elle
......... Quand vous vor1·z que... quelqu'un ... ser de formidables racines d'ou jaillironl a
pas lranquille? répondil Hauser. J'ai de- s ecarte du bon cbemrn ... saisissez-le... im- leur tour les floraisons les plus inallendues .
mand~ pardon a loules les personnes que je médiatement par ... les cheveux... pour le
conna1S. Le bon Dieu ne m'abandonnera lirer en arriere ... a lemps ....
cerles pas.
... Combat d1fficile ... d'o11 Loul le monde
ÉPILOGUE
- Non certes, il ne vous abandoonera ne peut sortir victorieu1.
pas; !I_ se réjouira au contraire de l'e;.prit de
(Longue pause. La l"OÍI de Hauser s'éteint
La premiere de toutes les mystifications
conlr111on que vous maniíestez. Mais je dois de plus en plus, entrecoupée de 'rales .... On
dont
le mystere de ~üremherg allail elre
vous faire remarquer, en ce moment solco- ne le comprend plus que diíficilemenl.)
!'origine pril naissance sur la tombe meme
oel, que Dieu nc,us recommande aussi de
- ... Fatigué ... tres Ídtigué... tous mes de l'infortuné Gaspard llauser.
pardonnrr a nos semblables les offeoses qu 'ils mi&gt;mbres devienoent. .. lrop lourds.
~lui-~! avai,t été enterré en grande pompe
oous onl faites. ~·avez-l'Ous rien a pardooFurhmann : - Pcre tout-puissant ta vo- a_u c11net,_er~ d .\nsbacb, en présefll•.e de plune~ a personne? i\'y a-l-il personne contre lonté soit faite ....
s1eurs mtlhers de curieux qui, aprcs avoir
qui vous a)ez gardé un ressenlimenl au
Hauser : - Et non ... la mienne.
écoulé religieusement le sermoo du pasteur
C&lt;Cur?
Fuhrma11n : - Qui a prié en ces termes? fu~hm_ann, pricrenl, 1·bantcrent et pleurer('llt
- Pourquoi done en aurais-je gardé conlla11ser : - Le Sauveur?
a I enn autuur de la fosse entr'ouverte. Cela
lre quel,¡u 'un puisque ... persoone ... ne m'a
Fuhrmann : - Quand?
se passait le 20 décembre.
rien ... fait.
llauser: - Al"anl de mourir....
Le 21, la commissi11n judiciaire char"ée de
Vers neuf beures, ce fut le tour du prol.)uel,¡ues minutes plus lard on n'enlendait diriger l'enquele ordonnée a nouvea~ sur
fesseur ~foyer, ,¡ui L,mail décidémenl aobtcnir plus que ces mots 1¡ue IP. moribond semblait
l'a~lenlal du. 14 apprenait avec stupeur
~u 1:°º~rant quelques aveux au sujet de son prononrer en reve :
qu une lenlat11·e aiant pour but d'exhumer
equipee.
- Fatigué... horriblement fatigué ... me llau,er rnnait d'étre faite daos la nuit rneme:
- Mon cber Hauser, n'awz!vous ríen a reste ... encore ... grand l'Opge ... a faire.
la femme du fossolrnr Weiss l'avait affirmé
me dire? \'olons, regardez-moi bien franA dix hi-ures moins un quart llauser ne
cbemenl en face .... Yous sal"ez que je ne reconnaissait plus personne et ne répondail cbez son boucher daos la malinée. De meme
le ~ardien
nuil Muller avait déclaré qu'il
vous veux que du bien.
plus a aucu1~e question. Sur le coup de dix ava1l ,·u tro1s personnes escalader les murs
- Oh! beaucoup ... j'aurais beaucoup de hcures, le VJsage lourné vers la muraille el
c~oses a vous d,re ... mais je ne pe111 pas comme endormi en apparence, il expira dou- du cimetiere, lesquelles s'étaicnt enfuies a
d,re.... Bcaucoup de rcconnaissance (luí teo- 1:l'menl, e~ rendí~ l_'ame en un long et pro- son approche.
Ces íaits furent non seulement démenti~
daot la main) pour vos ... e1cellentes leeons ... food soup1r de res1gnation, peut-elre de reorp1·i1·ll_emenl
!e lendemain par le fossoyeur
el conseils. Je nr. puis... dire ... combien je grel.
\Vorrlern, ma1s la police lit suneiller le
vous suis ... redevable.
L~ pl_upart des jnurnau1 allemands qui
Visiblem ..nt, le mourant s'épuisail de plus para1ssa11·nl le lendemain conlenaient l'eotre- cimetiere peudant plusieurs nuits el s'assura
ai~,¡ que la tcntative d'exbumation apparteen plus. 11 reprit apres une courte pause :
Jilet suivant :
na1t au domame de la fable.
- Il y a beaucoup ... de gens ... qui se
Les journau1 cept&gt;ndanl ne larissaienl plu
Nolice nécrologique.
l~issent _Piulo~--:, ~ller ... au mal~.. qu'au
sur les particularilés fantasliques de la mort
b1e?. Mm auss,, J a1 été entrainé par le mal;
Kaspar Hauser,' mon 1her pupille, n'est
ma1s ..; revenu sur le ?roit cbemin. 11 y a plus. 11 esl morl a Ansbacb bier soir a de Hauser.
Une fPuille théatrale, entre autres, publia
de mechan tes gens qUt ... vous conduisent
..
1.
llauser
semble
n•a;,oir
pa
pardonner
au
comle
le
lendemain de sa morl une lonn-ue lettre
sur la roule du 111al; moi aussi ... de méd ,·tre sur la fin Jcvenu sceplique i son endroit.
signée d'un certaio docteur llarlmaon el

""'

d:

"" 220 ""

t

•

L'E MYSTE'T{'E D'E NUJ{EMB'E'T{G

011 ce dt·rnit&gt;r commuuiquait au public d'élranges conlidences ucucillie, de la bouche
du morihond lui-meme.
L'enqucle démontra malbeurrusement que
le soi-disanl Ilarlmann n 'étail autre que le
dramalurge Adolpbe llauerle, dt\ \'icnne, qui,
pour iotéresser s,·s h·cleurs, al'ail rru devoir
résumer dans w murceau de haute litlérature les no111l1rt&gt;u1 canards que le m1stcre
faisait journellement éclore daos la presse.
Le comte StauhopP, d~ lon¡;temps rerenu
,le ses illu~ions sur Gaspard Uauser, était
alors en .\ngleterre. Convoqué par les soins
du minislcre de la justice, il dut ,e rendre
plusieurs fois a Municb alin de dépo~er sur
ses relations a,·ec llau~1·r, et comme ses
témoignage, n'étaient pas toul il íait conformes au m~ the ra,·ori du naif populaire, ll·s
parlisans du martyr llauser finircnl par rrpandre le Lruit absurde que le comte s'étail
défail lui-mcme de son fils adoplií pour mcltre fin aux dépc·nses occasionnécs par son
entretirn.
Cela n'empe, ha pas que lord Stanbope,
s'inspirant d1i l'opinion de la minorilé inlelligente qui préférail s'ab~Lenir de se prononcer sur la mort de llau~er, fit ériger sur sa
tombe une slele porlant cette inscription :

me

JACET
G-ASPARLS 11.\CSER
.il\lGIIA.
SUI TEIIPORIS
IG:'iOT\ :\A1 IVIT.\S
OC:ClLH IIORS 1 •

MllCt:CXXXI 11.

u.'s hour¡;eois d'.\nsbacl,, parmi lesquels
la légende hausérienne comptail le plus de
parlit,ans, tromi·rent lout ensemble le monument et l'épilaphe insuífis:mts.
Aussi érigercnt-ils, plus tard, au jardín
royal, un monument íunéraire dédié a la
mémoire de la victim~ de l'allenlat du U décembre.
Ce monument (qui existe encore, a la
place ou llau~er aurait été assa,siné) est de
st1le gothique, en gres.
11 porte l'inscription suivante :
lllC
OCCULTl'S
OCCll 10
OCC1'lS hf

XIY.DEC.
\lOCCC\XXIII
Sur ce.., entrefaites, la justice, qui conti-

nuait fort activemenl a rechercber J'assas~in
introuv.11,le, ne tardail pas a se trouver en
présence d'uoe foule d'iunocents, ,·ictimes de
déooncialions anooymes ou que des coincideoc~ fortuihis signalaient au zi:le exagéré
de la poli,·e. Ce 11ui devail arrirnr en France
aprcs J'atlentat de Fiesthi, ce qui se passe
toules les fois qu'un crime m}·stérieu1 passionne vivement les esprit,, se passa alors m
Allernagne. La justice perdit la tete; on fit
perquisilioos sur perquisilioos, arrestations
sur arrt·~talions, pour n'ahoulir, comme de
justt•, ;1 aucun rbullal.
Au dire des journaux du temps, les soupcons s'égarerent succcssil'ement sur un commercaot de Bohcme, sur un acleur de Wurzbourg, sur un soldat de Stullgard, sur un
lithographe d'Asherg, etc ....
Le Figaro, lui-meme, prolita de l'occasion
pour lancer son petit canard, se coott-ntanl,
luí, de dévoiler le secret de la naissance de
llauser :
a On ,ient cnlln de découvrir en Allt&gt;magoe la haute naissance de l'infortuné Gaspard llauser. 11 est fils naturel recc,11,m du
c;arét-itch Co1uta11tin, mort du cboléra en
1831. Un paqut•l cacbeté, déposé chez le notaire Weslhausen a llamberg, a révélé ce secret si loogtem¡,s el si bien gardé. On ne i:ait
a quoi attribuer l'assassinal dont i1 vient
d'elre victime. j
(Numéro du :;o janl"ier 1854.)
Ce qui ne contribua pas peu a élargir le
rercle des faus5es pi~tes 011 s'égarait J'enquete, c'est une pro..lamation du roi Louis
de Ba,iere, datée du 5 janvier 1834, promellant une prime de dit mille gulden (une
vingtaine de mi lle francs, ) a celui qui fournfrait a la justire un re11sei911emenl de
nalure a /aire dérou1•rir el punir fas~assi11 ou 1111 des a~sa.~si11s de llauser.
L'appal d1·s fa mille gulden piqua non
seulement le zele des dénonciateurs, mais
aussi celui des déchiffreurs de rébus r¡ui continuaient ?t décounir pour le compte de íeu
llamer des peres illustres, el qui afficbaient,
eux aussi (leurs lellrl's en font foi), des prélentions a la réc·ompe11se rople.
Une des hyputhi!,.cs les plus curieuses qui
~e donnerent carriere en ce temps, est celle
que nous lrouvons exposée daos une lellre
d'un nommé Louis Dikme1er, adressée au
comtc Stanbope. Selon J'auleur de celle lcltre, Ga,pard Hauser serait l'enfanl qu'on
1. ki ft'po,r. Ga•par,I llau,er, r,:ni~mc dr "&lt;&gt;n
ll•m¡&gt;&lt;. morl J'une morl inrnnnur. commr. sa nai~
sanee.

- -....

donna pour le .fils de Napoléon !••, celui qui
íut haptisé roi de Rome et qui de\'::Üt hérit, r
du lrone de France. Voici commenl l'autcur
de la lellre explir¡ue la possibilill~ du cas.
On sait, dit-il, qne le Yreu de :Xapolron
élail que le premier-né de Marie-Loui,e í1it
un enfaot mule el qu'il ful proclamé roi de
Home et héritier du trone. Or il se pourrait
que l'impératricc tul mis au monde un eníant du sexe féminin, auquel elle aurait fait
rnbstiluer dans ce cas un eníant male. Mai,
l'abdication de l'emptreur, la séparation des
deux épout, le dl1part de l'impératrice pour
Parme ou Schonhrunn, 011 elle allait füer sa
ré!;idence, lous les événements enfin qui rendaient la subslitution désormais inutile l'l
allaient, au conlraire, a l'encontrc des pn~
férences intimes de l'lmpératrirc, impos1•r
au duché de Parme un prince de race írancaise, pouvnient aYoir poussé e&lt;•lle-ci a modifiPr !'ncore une fois ses plan,, a éloignl•r
d'clle l'enfnnt qu'elle avail fait reconnaitre
pour son fils rl qui avait trois . aos a peine
(l\ige que dcvait avoir llauser a celle époque) el a lui subslituer un prince de sang
italien, celui qui devait mourir plus tard 11
Scbonbrunn.
Cet exemple, choi5i entre ·cent, doit suffirc
a donner au ll•rteur une idée des ll1gende,;
que cbaquc jour faisait pousscr autour du
m1stcrc eníoui dans la tom be d'Ambach.
légendcs tenaces que les ouvrages drs critiques modernes allemands les plus consciencieux (car il y a aujourd'hui en Allemagne
toute une école de critiques anti-hausériens)
sonl a peine parvenus a dérariner.
Aussi la seule morale de l'hisloire de llauser est-elle peut-etre contenue dan- l'opinion
indulgente du profcsseur Daumer.
A quarante ans de di,tance, le célebrr
Daumer, le meme que nous a\'oos vu droguer llauser avec une feneur exlra-humaine,
prend une pose d'aruspice el, jetant un coup
d'o.'il rélrospeclif sur les deroiers momenb
de llauser, tran,met a la postérité ce jugemeot supreme, nébuleuse lleur de rhétorique
dt:posée ~ur la lombe d".\nsbacb :
« U mourut avec un mensonge, mais te
ful le mensonge d'un ange! »
Eh bien soit! Mais quand on songe que la
vie d'un bomme, dut-il dépasser ,a cenlicme
anoée, ne suffirail pas ¡,our lire les seules
erreurs imprimées t¡u'a erigendrées en Europe ce lle singuliere faeon de trépasser,
on resle confondu devant le,; proporlions
effraiantes que peut prendre le mensonge
d'un ange égaré parmi le troupcau des simples morlels.
jULES

HOCIIE.

•

�__ _____________________

,,

La courtisane de la Grande Armée

On vlcnt de rii&lt;Ltcr, en les 1llógcant de tout vcrbl1gc et en en el1gu1n1 tout inutilc Í•ITls, Ju .Mimoir,i
j1dis si f1mcux de lt bcllc ldt Sllint-Elmc, a qui ses
rcJation1 avcc nombre de chds miJitajrc:s, sous Ja R&lt;volutiond sous l'Empirc, entre. autru le. ,té.nér-.J More.a-u
et le marich,l Ncy, ont nlu le surnom justifii de CouaTIIANI! oe LA G1tANor. A ■Mi■•
11 • scmbli intirunnt de npprochtr ici, en cxtr1its,
les pasngu de ce volume ou 11 tris scduisante 1vcntuT1trc.

racontc, de fa~on alerte u ve:rvc.111&lt; Ju cnttcvuu

qu'cllu cut, adilférentsmomentsde 11 vic, •~•e N1poléon.

A Milan.

Beaucoup de personnes de ma connaissancc
se rendaient a Milan pour les fetes du 2ü mai.
J'avais toujours été en correspondance avec le
comte
italien fort
.
• Strozzi, grand sei!!lleur
o
mstru1t. Un de mes parents faisait parlie de
la députation qui avait été envoyée pour oll'rir
la couronn~ d'[talie au vainqueur de ~!arengo.
Je fus vo1r ce parent. II me facilita mon
vorage. II me donna une lettre qui, daos la
smte, me valut la faveur de la princesse Él isa,
grande-ducbesse de Toscane.

naissais d~ja. J'en re9us l'accueil le plus aimable _et 11 me demanda si je voulais de sa
protecllon pres de l'Empereur ....
Je lui répondis que je rnulais aller a Milan
pour le couronnement.
- Tres hicn, s 'écria-t-i l. Mais je veux
absolument vous présen1er a Xapoléon.
- Non, non, lui dis-je. J'ai toujours eu
~e~r de ,·otre nouvelle Majes té.... Je ne
1a1mc que dans ses bulletins de vicloirc.
Duroc ne manquail pas d'une cerlaine amahilité. Nous dimes cent folies. 11 me demanda
si j 'a vais beaucoup de connaissances aMilan ...
puis il s'offrit a me recommander aquelqu'un
qui étail fort in Ouen t.
Les gens au pouvoir ,e lrompent généraleI?enl sur les puissants elJets de leur protecllon.
Elle ne vaut jamais la recommandation
tres simple d'un nom honorable.
J'en fis a }filan la peu llatteuse expérience.
On m'y re9ut avcc politcsse, meme avcc
une politesse empresséc, mais défiante cependant.

;'l;°APOLÉOS C BEZ LA VIEILLE.

ú '.:,pris unt lilhogr.zph~ Ju C.itlntt d~s Estamfts.

Daos le lemps, j'eus l'occasion de voir le
grand marécbal du palais Duroc, que je con-

Vivant a,ec les arlistes, j'assistais a toutes
leurs fctes et ils m'eogagerent facilement a
... 222 ,..

parailre daos le prologue d'une picce de circonstance ou, sous le costume de la Reno~mée, je débitai une soi"t.antaine de mauva1s vers italiens en déposant une couronne
de laurier sur le husle de Napoléon.
En rentrant chez moi, mon étonnement ne
fut pas médiocre de lrouver un mot d'un des
pl?s intim_es, confidents de l'Empercur qui
m eag~geait a ~e rendre au palais impérial.
., Quo1que lOUJOUrs élrangrre a J'amhition,
J avoue que ce soir-la le soin de ma toilette
ne fut point saos calcul.
Arrivée au palais, je trourni un confident
de l'Empe~~ur qu\ apres quelques compliments, m_rntrodu1S1l daos un cabinel ou je
me trouva1 en présence de Napoléon.
II n'y cut d'ahord ni salut, ni compliments. ~n_fin Napoléon se leva, puis, ,·enant
vcrs moi, 11 me dit :
- Savez-vous que vous avez l'air ici d'etre
plus jcune qu'au théalre? ...
- J'cn suis heureusc, répondis-je.
- Vous é1iez tres liée avcc Jloreau ?...
- Tres lire ....
- El il a fait pour vous bien des folies.
Je ne répondis rien.
L'Empereur se rapprocha de moi C'l nous
causames avcc plus d'abandon encore il se
faisait aimable.... Toutefois, il arnit pius de
hrusquerie que de tendresse ....
11. ne fallait qu'un peu de tact pour s'apercevo1r (JUP. les femmes ne pouvaient guere
e~ercer d'empire su~ lui, qu'il était capable
d un moment de fa1blcsse, mais nullemeat
de ce~ a_uachements aveugles qui peuvcnt
devemr s1 funesles. 11 n'y eut jamais a craiadre avec lui que les trésors publics fusseot
sacrifiés a apaiser les vapeurs et a désarmer
la colere d'une favorile.
Il n'ignorait rien de ma singuliere existcnce et me demanda si j'étais atlacbée au
théatre de &amp;filan el si je comptais y rester.
Je lui répondis que mon projet était, aussitot apres_ les fetes, de voyager dans le Tyrol.
Il me Jeta un regard dont rien ne pourrail
exprimer la pénélration, en ajoutant :
- Vous eles done Allemande?
- Non, Sire, je suis née Iralieone, el j'ai
le creur francais.
_Il me ~egar?a de_ nouvea_u, resta quelques
mmutes 10déc1s, pu1s me d1t avec amabilité :
- Je m'occuperai de vous ....
Puis il disparut.
Je fus reconduite par mon introducleur el
je rentrai chez moi.
J'étais fiere et humiliée tout a la fois.
Deux jours se passcrtnl et je n'entendis
plus parler de rien.

...:..,_

LA

Les bles~ures de la ,anilt1 commen9ait'nl a
se joindre aux tourmenls de l'cnnui, quand
je rec;us la ,i~ile du grand marécbal du
pal~i,.
11 m'étonna l,raucoup plus par la magnificenre du don qu'il me lit que par l'annonce
d'une secunde audience de l'Empere11r. Je
,·oulus refm,er le pré,enl. Duroc me donna
de si l,onncs rai~ons ~ur la néccs~ité d'acccpter
que je m'y résign:1i par dévouement, en lui

retira. t;n !!l'and quarl d'beure se passa sans
que l'Emp:reur parul se souvenir qu~ j'étais
la. Tout a coup, se tournant sans qu1Uer sa
plume, il me dit :
·
Vous rnus ennuyez?
- C'esl impossible, Sire, répondis-je.
- Commenl, impossible?
- Ne suis-je pas témoin des lravaux d'un
grand bomme?... N'y a-t-il pas la quelque
intéret pour l'amour-proprc?

\VATER LOO : LA FER),IE DE HouGOHONT. -

demandanl s'1\ fallail que j' en remerciasse
l'Emp&lt;&gt;reur.
- CerlE's, me dit-il; saos cela, il \'OUS en
demanderait drs nouvelles avec humear, avec
inquiétude meme, el, dans tous les cas, il
prcndrait rntre rcfus pour une ruse ou pour
une offense. L'Empereur n'esl pas un homme
comme les autres, il mérile bien de n'etre
pas traité de mcme.
Je me rendis done le soir au palais. ~Jeme
introduction, mais attente beaucoup plus
longue.
Le grand marécbal me conduisit dans une
piece assez spacieuse qui ressemblait bien
plus a un bu rea u de ministre qu 'a un boutioi r de somerain.
L'Empereur étail occupéa signer un énorme
paquet de lellres; il ne fit que jeler un rcgard de mon coté quand j'entrai.
Le maréchal me fil signe de m'asseoir et se

CoUl{TTSAN'E DE

G~ANDE Jl~MÉE

Je songeai peu a l'étiquetlc et il n'en fut
que plus aimable.
Notre causerie intime se prolongea jusqu'a
2 beures du matin.
- \'ous ne dormez done pas? lui dis-je.
- Le moins possible .... Ce qu'on prend
au sommeil est autanl d'ajouté a la véritable
existence, me répondit-il.
Lorsque l'on parle d'un bomme aussi extraordinaire que l'Empereur, les plus miau-

T.zi'lt.JII á'Euci;Nt: C11.i.rEROS.

La-dessus, je me levai .... L'Empereur en
fil autanl et il s'approcha de moi avec beaucoup plus de tendresse que la premiere
fois.
Soudain, il regarda du coté de son hureau,
traversa la piece, sonna, el, d'une porte opposée a celle par laqudle j'étais enlrée, je ,•is
un mameluck ayant derriere lui plusieurs
hommes qui resll'renl en debors.
Je fus si étourdie de cetle apparilion que
je n'enlendis rien; les yeux du mamuluck se
fixrrenl sur moi; il rtmil un paquet a J'Empereur qui se rapprocha de son bureau, puis
il sorlit et referma la porte.
Dans mon im¡uiétude, je me mis a marcber a travers la piece el je fis comme si je
n'aperce,·ais pas J'Empereur venant doucement derriere moi; ses yeux exprimaient
bien plus l'énergie italienne que la dignité
impériale.
.... 221 ...

u

tieux souvenirs ont je ne sais quel puissanl
intéret. ...
On a fait ~rand bruit de la brusquerie de
Napoléon .... C'esl une critique de la haine.
L'Empcreur n'étail pas un gcntilbomme,
mais sa galanterie, par cela meme qu'elle
étail plus brusque, m devcnait plus flatleuse; elle plaisait parce qu'elle étail sienne.
Il ne disait poinl a une ÍC'mme qu'elle était
belle, mais il savail détailler ses avantages
avec le tact d'un artiste.
- CroyeM·ous, m'arnua-t-il fort plaisamment, qu'en vous voyant au théalrej'ai soup90nné un peu de contrebande daos volre
beaúté ....
On a débité encore que sa peau avait la
teinte el le désagrément de celle des hommes
de couleur .... Ceux qui l'ont rn de pres
comme moi pourront affirmer le contraire.
Napoléon me parul mieux Empereur que

�1 f 1 S T 0 ~ 1 . l l - - - - - - - - - - - - - - -'- ' - - - - - - - - - -

"

Consul; sa physionomie avail gagné de la noblesse el n'avait point pcrdu de sa simplicitt:.
Son rc~ard élail d'une incroyable pt:nélration,
et les belles lignes de son proíil r~ ppelaient
ce caractere césarien, si,;ne de la grandeur,
sor1e de prédestinalion de l'Empire.
Ses mains, aun1uellcs on a fait une céléhrilé, ne démcntaienl point en efTct leur
haute répulation .... J'1•n rcmarquai l'étonnanle hlanclll'ur el il m'cn remercia presque
a\·ec le sourire d'une jolie íemme. Tanl il y
a loujours daos les plus grands &lt;·aracten•s
une place en réserve pour quelque puérile
\'anité!
Je puis avouPr ici un changemcnt daos mes
opinions, que lanl d'autres éprou \'crcnl comme
moi a celle époque.
A dater de cclle entrerne, :\apoléon ne
s'offril plus a ma pensée que comme le plus
~rand homme de son temps.

Aux Tuileries.

Je n'a"ais pas vu Napoléon depuis le fameux vopge de Milan. La curiosité m'en
prit. •
L'Empereur "enait de confier a la fidélité
de la garde nationale parisicnne, subilement
ressuscitée, la filie des Césars el l't•spoir de
sa dynastie, Marie-Lnuise et le íloi de ílome.
La nste cnceinte du Carrousel ,·enail de
relentir de ces acclamatio11s brupntes donl
París ne manque jama is.
Je grJvis I'escalü•r 4ui est daos le coin
reculé de la cour des Tuileries. Ma mine était
si connue de la Gardeimpérialec¡u'il ne m'arrivait jamais d'etre repoussée par lt's militaires daos mes curiosilés. J'arrivai donr,
sans exciter la moindre attention, jusqu'a la
premi~re anlichambre.
La, je m'assis sur une banq uelle et j'allendis. J'étais sure que l'Empereur allait passer.... Je savais aussi qu'a llla ,ue, il s'a"ancerait, comme cela luí arrivail a la t·ue de
toule personne étr.ingere.
S1Jel'eusseha1 autant queje l'admirai:s, rien
n'eut élé plus facile que de le poignarder.
J'étais assi~e derricre le grand vilrage qui
longe le palier d'ou I'on apercevait une espcce
de corridor Cort ol.iscur qui conduisait derriere les appartemcnts du pavillon de Flore.
J'avais écrit sur mon memento les propos
que j'avais recueillis dans la cour du Carrousel et je tenais ce billet déplolé daos ma
main. L'Empereur parut.
- Que voulcz-vous? me dit-il. ... Que
f.iites-vous ici?
~
- Sire, répondis-je ... j'ai assisté a la
reme et j'ai écrit ce que j'ai entendu dire... .
.L'Empereur regarJait moa billet.
J'ai une si détestable écriture que je craignais bien qu'il ne. put déchifl'rer mon griffonnage.
Je tendis la main pour reprendre la note.
L'Empereur souril de son fin et délicieux
sourire, mit sa ma10 sur la mienne, puis
pril le billel et le lut....

- Tres hien, dit-il.. ..
Puis il sourit cncore et disparul.

Le placet.

Aprcs le retour de I'ile d'Elbe une a¡?italion intense régnait dans Paris. Comme tout
était a la guerre, la capitale ressemblait
pour ainsi dire /¡ un ,aste camp.
L'Empereur allait tres ,ou1ent, le matin,
visiler les fortillcations de ~lontmarlre, toujour, accompagné de Rntrand et de Jlonlholon.
On pouvait alors l'approcher assez íacilement.
Oans le conflit de hainc~, d'enthou,iasmes
et d'opinion~ divcrses qui 1·emuaienl :ilor~ la
population,j':idmira1s celle sécurilé, ccueconfiance de l'Empen•ur, úxposant sans crainle
au premier coup de poignard. J'étais curieusc
de le surprendrc dans une de ces promenadcs
téméraires. Je le guett,1i un jouÍ' et le vis
:trriH•r avec trois ou 1¡uatre ofticiers a cbernl.
Avec sa redingote et son petit chapeau, l'air
tranquille. l'reil attentif, ~:ipoléon parrourait, a six heures du matin, le faubourg
Saint-Denis.
Oeux molifs ajoutaienl 1i mon désir de le
mir : je ,oulais saisir l'oct·asion de luí présenter une supplique tcndant a me f'aire
allacher déllnitiveme11t h la maison de quclqu'une des priucesses de sa famille Je tenais
mon papier prel, et des que je I'apt!r~us, je
descendis de cbeval pour l'ahorder.
fles qu'on l'approchait, l'Empereur tendait
toujours la main pour prendre ce qu'on Iui
présentait, mouvement qui n'est peul--elre
pas autorisé par I'étiquette, mais qui, pourtanl, va bien aux souverains.
Napoléon tenait déjil mon placet el je toucbais presque sa bolle ....
- Ah!. .. c'est rnus, me dit-il. ...
11 prit le placel, le mit dans sa poche et
me dit :
- :'lous verrons cela ....
Et a pres un sourire, il s'éloigna.
Je le Yis monter le Caubourg Saint-D.-nis;
Je le suivis de loin. On ne faisail entendre
aucun cri, mais le peuple sortait des boutiques et l'attendait, rhapeau has. On se parlail nec un peu d'espoir et de tristesse.
- Ah! disait-on, le voila revcnu, mais
va-t-il rester?
L'Empcreur monta les hauteurs et parcourut les lravaux; il causait assez longuemenl et en connaisscur uec les chefs. Je
crus remarquer qu'il n'était point satisfai1.
Quoiqu'il fut encortl de honne beure, il y
avail la beaucoup de monde. Des cris partaient de tous cotés :
- \'il'e I'Empereur !
- \'he Xapoléon !
On avail foi en luí; on comptait sur cet
homme qui a,ait terrifié I'Europe et l'on
élait persuadé qu'il pou,ait encore faire de
grandes choses.
La campagnc all:iit s'ounir.

Le départ de l'EmpcM1r éta1l immirn·nt.
Tous les généraux avaienl pris la posle pour
les frontieres et j'a\'ais eu bien dt&gt;s adieux
sur le creur.
Ney s'était dirigé sur Charleroi. Quelqu'tm
m'obtint un pas~eporl et je quillai París
daos la nuil. \ey al'ait, parail-il, r1-joint
l'armée, le matin.
J'arrivai hientol sur le thé:itrr de ses nou,caux exploits. ~i Ney eut été in,truit de ma
présenct•. il m'aurait, saos nul doute, signilié
J'ordre de rctourner a Paris; aussi me tenai,jc hors de ,ue.
Je ne le re, is 4u'i1 Ligny ou il avait pris
position, &lt;'l p('u ª"ªºt la bataille du 1G juin.

Waterloo.

Depuis dcux jours on se haltail; les troupps
étaienl harcclées, mais n'étaienl poinl abatlues.
L'entbousiasme circulait encore daos les
ran~s.
,Je racontai le soir au marécbal les joyeux
propo, des soldat.s qui t3cbaienl de garantir
leurs armes contre la pluie qui tombait a
torrenls. \lalgré que l'on Cut enjuin, le temps
était déplorahle.
Cette der11iere journée fut peut--etre la plus
hrillante des innombrables et immort.-Ues
journées du prince de la Moskowa.
NeI ful cbargé du centre, sur la grande
roule.
Peu aprcs l'allaque, l'enncmi fut délogé et
notre ca1alerie de ré~ene occupa ses positions.
A cet instanl, j'apercus une íemme vetue
comme moi en homme. Elle a, ail tres imprudemment mis pied a !erre; je l'aidai a se
remellre en selle.
Elle me rapporta qu'elle arril'ait du cbaleau de Hougomont que le général Rcille
avail enle,·é au commcuccment de la journée.
- Blücher n'a pas lrenle mille bommes,
me dit-etle; si Grouchy auaque, les Francais
gagnent la balaille.
Cette fcmme me déplaisait, je ne sais pourquoi. J'eus m~me envie d'essayer contre elle
ma rnleur en comba! singulier, mais pour ne
pas céder acette tentalion, je sautai aussitót
a cbe,al el me dirigeai du coté ou se trouvail
I'Empereur.
J'étais pres de ~apoléon quand il apprit
que le maré,·bal a,a1t bi,o,1aqué, pendanl
qu'il le croyait en pleine attaque rnr Waues
pour en chasser les troupes de Blücher.
On avait détaché des éclaireurs en obscrvation du coté de Sainl-Lamberl; de la, on
attendait du reníort, rt c'était l'avant-garde
d'un corps de ;i0 000 Prussiens qui arril'ait !
ll ét.1it alors deux beures.
Sur la ligne, il n'y uail d'engagés que les
lirailleurs. En ce moment, vers la gauche, un
officier de l'Empereur pas,a; il portait l'ordre
au marécbal Ney de commem·er le fea el de
prendre la ferme de la llaie-Sainte et le ,·illage de la llaie.

~ - - - - - - - - - - - - - - - - - L.A.

Ce n'titait 'pas la consternation de la terJamais ordre ne fut plus promptemcnl ni Saure-qui-peul, et lor~que, par une l~ntati"e
reur,
mais une sorle d'bébétement, de &amp;tuplus completcment exécuté. La dil'ision an- désespérée, il ordonna a ses grcnad1ers de
péfaclion.
passer un ra,·in qu'tls comblerent de leurs
glaise ful lilléralement _foud~o~ée_. .
La montre a la marn, Je sums pendan!
trois heures cette scrne de carnage dont
notre raYalerie vint acbel'er 1,·s résultats. 11
v a,ait fuite de lous ces dél.iris anglais ,-ers
Ía route de Oruxcllcs.
La vicloire parul décidé~ el rll~ l'ét~~t par
l'impélueuse alluque de i'\e). )l:11s ,olla que
Oulo" ( par le retard inrnlontaire el fatal du
marérbal Grouch,) opere uu fune~IP relour
.nec ses ;;o.000 I;ommes de troupes fraicbes.
Nous élions perdus.
.
:\ey, voyant la ,·ictoire luí érhapper, :-e Jeta,
l'épée a la main, au milieu d'un _carré d~ la
\'ieille Garde dont les cadaH~ s enlassa1enl
aulour de luí.
- La France esl perdue ! dit-il, il faut
mourir id.
1.e peu de bravcs c¡ui r••~tni('nl deb~ut.
4ui, tous, depuis si lon~lcmps, le regarda1enl
commc le plus bra\'e, l'entraincrent avec les
dél.iris de la colonne.
(.)u'on se représentc une femme t'garée sur
un ch:unp de bataille, en proie a t~ules les
¡\.\POLi.o:-; .\ ,YArERLOO, DA',S LE CARRÍ: f'OR)IÍ: PAR l..\ GARDE.
fatigues du corps, a toutcs le, ango1sses dn
creur el l'on ne s'étonnera pas que dans
D';iprts /,1 lllhograthlt d&lt;' ltAnF.T
celle 'peinture d'un etfrop lile désastre, je ne
sois pas lidele aux. rigoureux calculs des
L'ttran"er était aux portes de París.
ca&lt;laucs, la pbysionomi1• de l'Empereur élait
mouvemenlg militaires.
Je me promenais, pcnsive, au~ Champs}la lcte se perd au ~OUl'Cnir de ces ter- effra,ante de $ang-froid.
,\~tour tt devant luí, lombaienl les plus Élrées qui, en dépit de leur nom h~perboril1les péripéties de carua:;c. Je suis 11 che\'al,
hra1·es
· son front ne sourcillail pas; il mesu- lique, ressemblaienl plus au Tarlare ~u•? l_a
le llot m'emporte el je m•~gare daos la mel~.
rait
I'
ai,ime
el semhlait de son regard d'aigle demeure des bienbeureux. Celle nU1l eta1t
J'arrirni a Furnes le 17 ... tout y exalla1t
le nom si soul'eul prononcé par la vicloire. , chcrcher encore une issue; il attendail les étran"e et terrible; le ciel, qui a\'ait été nébuleu0x toute la journée, paraissait s'i~lumi.
:\cy y resta, aprcs a,uir remporté un bril_Iant troupes de Grouch1 !
nrr, a l'horizon, de lueurs fantas11ques,
Qu'on
juge
de
l'épouva~table
ce~L1tude
avantage sur les .\nglais, malgré les renlo~ls
semblahles
a celles des ª!.\rores boréales.
qu'au
licu
d'un
renfort,
lu1_
~usa
I
aspect
qui arri,aient d1• tous &lt;'.Olés aux ennemts.
· Je me mis en 'route pour la Malmaison ou
~·esl \e) qui arracha le Jrapeau du GU• r~gi- des Prus~iens en\'eloppant pu1s mondanl nos
étail l'Empereur. A onze heures, j'étais a
lignes Mja éclaircies.
.
.
.
rnent.
G'est
alors
que
les
oífic1cr5
qui
enloura1ent
cbeval. et cing minutes apres je touchais /i la
Toul /¡ conp, on eul encore une joie : le
harricre de l'Etoile.
l'Empereur
l'entraincrent.
général Pa\11I vena1t, par un miracle de braCela ne s'appelle fuir daos aucun pays du
Je m'aperrus, en arriv~nt au pont . de
voure, de· cha~ser le.~ Pru,~iens triples en
Neuilly, que le passage éta1t encore poss~bl~
nombre. Je m'adrl'ssai a un sous-oílicier de monde.
el que le cbeu,in n'était pas coupé,. ams1
la ca,al1·rie \lichaud.
qu'on
le disait partout. On commenca1t ce- Les ordres arriv1•nt, me diL-il; il y a
pendant a barricader ce pont en y roulant,
uu t•ngagenwnt ,·ers la llaie-Sainte.
.
A la Malmaison.
sur Loute son étendue, de lourdes voilures
Tout a coup, j'enlendis de no1_1veaux cris
qu'on enlevait de dessus leurs roues el qu'on
de ,1ctoire. D~nouetles venait de chasser les
renl'ersait con(usément les unes sur les
La
seconde
aLdication
fut
enfin
arrachée
a
J&gt;rus,icns du )lont Saint-Jean. A sept heures,
autres.
~apoléon.
b fran\:ais avaient triompbé trois fois, et
J'arrivai enfin au sommet du mont qui
Ce (urent les ducs d'Otraote, Decres et de
c1•pendanl le mot de défaile circulail d&lt;-ja.
domine Nanterre, puis a la MJlmaison.
.\ huil heures, la Garde étail tombée en Vicence qui la porlerenl.
Quelqu'un de la foule dit en les \'oyant
Je pénétrai dans le _chiit~au a ~me~ une
s'iw,11or1ali,anl.
fuule
observatrice et s1lenc1euse. J enlra1 saos
passer:
Ct:u\ ,1ui ont dit c¡ue ~apoléon avail fui le
- \'oici le bourreau, le confosseur el le di(ficullé ª"ec d'autres gens daos le cabinet
champ de halaille, apres y etre resté ~pecl~de' l'Empereur ou chacun pénétrait a son
leur a l'abri du péril, ceux-la ne l'ont Jama1s geolier.
• . .
... Je revis Ney ce jour-la.. .. 11 eta1t triste, aise. Je ne dirai rien du peu de mols que
vu i1 b zuerre; il y étail exposé aux boulets.
j'échange;ii avec le maitre déch? ~e l'~uMoi qutne préte;ds pas a l'immortalilé, je abaltu.
rope. lis furent quelcooques, ma1s Je rev1_ns
~ous
causa.mes
longtemps,
puis
nous
nous
1111: tenais autaot que possible aJ'abri a\'anl la
accablét, remplie d'uoe insurmontable tr1sLagarre et j'ai olisrné de pres, avec une séparames.
.
Paris était agité, et olfra1t un aspect t.esse.
e~cdlente longue-vue, le visage de l'EmpeLa france courait ,·ers d'autres deslinée~.
reur un quart d'heure avant le terrible élrange.
lo,\ S.\I:-.;T EU\E.

IV. -

... 224 ...

•

CoUR,T1S.JtN'E D'E I..A. G~ANDc A~.Mtc ~

HISTORIA, -

Fase. ·29.

... 225 ...

15

�UN .MÉNAGE ~OYAZ. - - - .

les plus déplacées, se poursuivant

Lou1s XVI

....

.

IJISTRIBUANT DES SECOURS ACI PAUVRIS (111\'ER DE

1·88)
.

· -

Gr.:wure Je

BLAN&lt;;JJARD,

d atrts le laéleau .fllr.R~E:-.T. (Musü Je Versailles.)

l .

1.

..

AMOURS D'AUTREFOJS

....

Un
o

ménage royal
Par PAUL GAULOT

le romle de Merey, au Petit J,uxemhourg. d'un grand succcs : toulefois, il jugeait de son
Joseph II étail un prince intelligent, spiriCependant le temps approchail ou le sin- luel meme. Comme Marie-Théri:se, il suivait devoir d'apporler a ces époux mal assortis
gulier ménage royal allait en.fin se lransfor- avec allention ce qui se passait a la cour de l'appui de son expérience.
Désireux de juger les choses a,·ec impartiamer, grace a I'intervenlion du frcre de Marie- France. 11 correspondait souvenl avec sa smur
Antoinette. Sept années s'étaient écoulées el ne se genait pas pour lui adresser des con~ lité, il voulut d'abord observer avant de se
prononcer. Ce qu 'il vit a Versailles ne fut
depuis le mariage : il serail di!flcile de citer
se~ to~jours sa_ges ~l des remontrances par- guere de nature a lui donner des impressions
un autre exemple J'une pareille aliente.
fo1s séveres. Ma1s 01 les uns ni les autres ne favorables. A. l'un des premiers diners auxL'empereur Joseph ll arriva a Paris le
parais~ai~nl ~voir. produi!. l'eO'et espéré. De
28 avril f777, et, comme il voyageait inco- plus, il s expliquait mal I mcroyahle conduite quels ~I se trouv_a, il assista a un speclacle
gnito, - un incognito des moins slricls, sous du roi de France. 11 résolut done de venir peu fait pour lw donner une honne idée de
le nom de comte de Falckenstein, - il ne v?ir par lui-me~e qu~ls r~mcdes étaient pos- l'é~ucation qu'avaient re~ue les princes de la
voulut accepter aucun apparlement dans le s1bles a une pareille s1tuation. Plein de finPsse ma1son royale. En eO'et, le roi, le comte de
palais de Versailles el prit logemenl chez el dépourvu d'illusions, il n'osait se flaller Prol'ence et le comle d'Arlois, sans se soucier
de sa présence, se livrerent aux gamineries

a travers

les salons, sautanl sur les meubles, déran•
geanl toul le monde. L'empereur ne dit mol,
et affecta meme de n'arnir pas l'air de s'aperrevoir d'un te! manque de lact et de dignité.
ll obsena sa sreur et son cntourage : il ne
íut séduit ni par l'une ni par l'autre des
amies favoritC's. La betisc de la princesse de
Lamballe lui déplut autant que l'aslucieuse
rouerie de la comlesse de Polignac. Cellc-ci
s'ingénia a se faire bien ,oir, mais, vis-11-vis
d'un prince plus fin que ceux auxquels elle
avail affaire a la cour de France, le moyen
qu'elle employa était trop ~ros et dépassa le
but. Voici ce 411 ºelle avait imaginé : saisissanl
un momenl ou Joseph 11 rausail familicrement
et dans l'intimité avec sa sreur, elle fil par,enir a "arie-Antoinette une lellre dans
laquclle elle avait accumulú les louanges les
plus extremes 11 l'adresse de l'cmpereur,
témoignanl pour sa personne d'une admiralion
s:rns pareille et d'un dévouement aussi pur
que profood. La reine, qui étail évidemmenl
du complot, communiqua la letlre a son
frcre; mais celui--ei, llairant le picge, ne se
laissa point prendre a cctte admiration si
opportunémenl manifcstée, el il n'en conrut
que plus de méfiance ~ l'égard de cette intrigante.
Le jeu aussi attira son atlenlion, le jeu et
les joueurs. 11 s'apercut que la plus parfaite
bonneteté ne régnait pas daos cette société,
composée cependant de personnages de haute
lignée, et il remarqua tout particulierement
la facon peu délicate de jouer de madame de
Guéménre. 11 ne cacha ni sa désapprobalion
de tcls amusemenls, ni son mécontenlemenl
de les \'Oir ainsi pratiqués.
Mais ces objets, quelque impprtants qu'ils
fussenl, n 'élaient que le bul accessoire de son
vo¡-age. On sait qu'il se préoccupail a,·anl tout
de la situation de Louis XVI a l'égard de sa
femrne .
Comprenanl ce que dénotait de timidité,
d'inintelligence, en un mol de faiblesse morale
une telle faiblcsse physique, il se montra tres
circonspect el tres prudent. Craignanl d'effaroucher a le pamre homme » en abordant ce
sujel, il altendit que lui-meme amenat la
conversation sur ce lerrain. En cela, iJ agil
s:igemt'nl.
flans un premier enlretien confidentiel, le
roi, faisanl \a;.;uement allusion a une penst:C
commune, dédara a son beau-írcre &lt;( c1n'il
espérait d'avoir bienlol des eníanls ». L'empereur se borna a lui répondre qu'il partageait
cet espoir.
Celtedouceur, celle biem·eillance toucherent
le roi, qui, s'enbardissant peu a peu, passa
des généralités aui. conGdences plus précises.
Bientol il n'eut plus de secrets pour son heaufrere • sur son étal de mariage , . ll re,·enait
sans cesse a I son grand désir d'avoir des
enfants », el il s'élendait a sur les conséquences importantes allachées ace bonheur ».
Puis, enfln, poussant a ses extremes limites
la confiance aussi bien que la naiveté, pour
sortir d'une .itualion dont il commen~it a
sentir le ridicule, il demanda des conseils a

•

l'empereur 1 ! 11 n'étail point diíflcile de lui en
donner, et ceu1 qu'il recut ne pouvaienl etre
qu'excellents.
Joseph ll ÍUl touché de celle extraordinaire
candeur, et le jugrmenl qu'il porta sur son
beau-frere s'en ressentit. ll l'avait cru d'abord
tres borné, « plus borné qu'il ne l'étail en
C'ffel », au dire de Merey. 11 parait se rangcr
:1 l'aris de ce dernier dans la lettre qu'il écril
le 9 juin a Marie-Thércse : (( Cet homme esl
un peu faible, mais poinl imbécile; il a des
notions, il a du jugemenl, mais c'est une
apathie de corps comme d'esprit. ll fait des
convC'rsations raisonnables el il n'a aucun go1H
de s'inslruire ni curiosité : enfln le fial luJ·
n'esl pas encore ,enu, la maticre csl encore
englobe. ,,
L'empereur proflta de sa présence 11 \'ersaillcs pour continuer son role de donneur de
conseils, et il usa largement aYec )farie-Antoinelle du droil de franchise que lui permellait
sa qualilé de írere ainé. ll disccrna tres bien
les torts qu'elle a,ait de son coté, il la reprit
sur nombre de points, el toujours aveca-propos
et justesse.
Malheureusement S&lt;'S conseils n'eurcnl pas
autant de succil$ auprcs de la íemme qu'aupres du mari. Lºun de,·ail les suivre; l'autre
n'en tinl pas complc. Le pli était pris, les
mauvaises habitudes anerées; Marie-Antoinelle
remit a plus tard le soin de ~e corriger de
ses défauts. A peine I'cmpereur íut-il parti,
que la rctenue imposée par sa présence fil
place au laisser-aller le plus complet. 11 semhla qu'on eut bate de raltraper le tempsperdu.
Les folies du jeu recommencerent, et, mal-

jOSEPH

Gravure

II,

EIIIPEREGR o'ALLEYAG',"l:.

iÚ CnATELIX,

d."aP,ts

DCCREUX.

gré les inconvénients qui en résultaient, la
reine s'y livrait avec une passion chaque jour
plus grande. 3Jercy le constate avec chagrin :
« Les parties de jeu sont devenues quelquefois tumultueuses et indécenles; elles ont
l. Cotrespo11dance 1ecrete, t. lll, p. 57, 66, 69
~el~.
'
2. Cellc-la m~me qui jouail d'une f,~n suspecte.

... 22Ó ..
◄

227 ...

occasionné, de la parl de ccu1 qui tiennent la
banque, des repro('hes a qurlques íemmes
de la rour sur le pcu d'exactitude dans lt•ur
ía~on de jouer. 11 y eul un soir 1•nlre le duc
de Fronsac et la comlesse de Gramont une
scene assez vi ve en ce genre. De pareils scandales, qui ne peuvent eire ignorés, ne manquen! pas de íaire naitre bien des propos. La
reine en a senli tout l'cmbarras, etelleacruen
éviter une partie en rctournant de temps en
temps joucr chez la princesse de Guéménée 1 •
ll'ailleurs, les perles au jeu au!!mentenl; les
linanccs de la reine en sont entierement épuisées, les aneicnncs dettes par conséquenl ne
~e paient pas, et il n'y a jamais de fonds
pour des acles de bieníaisance 12 septembre 1777) 3 ».
C1• n' était pas toul, el la fli:vre du plJisir allail de pair avec la fli:vre du jeu.
~·avail-on pas imaginé, sur l'instigation du
comte d'Artois, toujours le premier aimenter
el i1 proposer les amusemenls les plus déplacés, de faire venir, vers les dix heures du
soir, sur la grande terrasse des jardins de
Versailles, des groupes de musiriens pris daos
les gardcs rrarn;aises el dans les suisses !
Entrait c¡ui voulait, el une foule énorme se
pressail sur celte lerrasse. La cohue n'effrayait
ni la reine ni les princesses, qui prenaicnt un
plaisir tres grand a circuler sans suite el
cachées sous une fa~n de déguisement parmi
tous ces gens. Le roi, toujours bonasse, y vint
deu1 ou trois fois el parut s'amuser, ce qui
consacra en quel,¡ue sorte l'usage de ces fetes
nocturnes.
On comprend les dangers que faisait courir
a la majcsté royale une telle promiscuité.
Bienlol la chose fut divulguée, et les bruits
circulercnt relatant les familiarités de la reine
avec quch¡ ue bel officier ou quelc1ue galant
soldat. Les ennemis de la cour n'eurent garde
de laisser écbapper une si honne occasion de
déverser sur les personnes roples leurs
attaques ordinaircs, el bientot des pamphll't~
tels que le Le1•er de l'au1·ore parurcnt, pretant a !'imprudente 'larie-Anloinclle le désir
de chercher des aventures dans ces réunions
si melées, el le plaisir d') donner des rendczl'Ous'.
Et daos ce momenl-la, cependant, la reine
n'était plus l'épouse méconnue et délaissée
qu'elle avait été pendan! les sept premii:rcs
années de son mariagc. Les conseils de
Joseph II anienl porté lcurs íruils, et une
intenention venue de si haut et de si loin
avait eu raison des ex.traordinaires timidités
de Louis XVI.
Marie-.\ntoinelle annonce a ~a mere la
bonnenou\·elle, elles circonstánces font (fu'elle
en éprouve plus de joie encore : a On croit la
comtesse d'Artois encore grosse. C'est un
coup d'reil assez désagréahle pour moi apres
plus de sept ans de mariage; il J aurail pour- ·
tant de l'injuslice a en montrer de l'humeur.
Je ne suis pas saos espérance; mon frere
pourra dire a ma chere maman ce qui en est.
5. /bid., l. 111. p. 113.
4. AUmoiru hútoriquu de Soularie. -IUmoiru

de madame Campa11 .

,

�UN

ROYAL.

-~et~l~/Jrzr
tllJJa11,e
.... 228 ...

/a. ~ Je ~"-tct..J

Jc..c//!011.1,·tt/ll{'///'
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0,1''~(/J,
/l.

/,• .;:[.lt

(Dessiné d'aprcs nature et gravé par J.-~. lloauu

KÉN.ltG"E ~OY.lt1.

...

Toutes ces nouvelles transmises al'impéra- ne faites pas votre devoir de ,·ous ranger
Le roi a causé avec lui sur ce chapitre avec
1
trice
contre-balan~¡enl la joie qu'elle avait selon votre époux. S'il est trop bon, cela ne
sincérité et confiance (i6 juin 1777) l&gt;.
vous excuse pas et rend vos lorls plus grands,
Bienlót Merey confirme la chose, et Marie- éprouvée de savoir sa filie enfin devenue
el
vol re avenir me fail lrPmliler .... &gt;l
Thérese, pour la premiere fois, appelle sa femme. « Je suis de plus en plus confirmée
Marie-Antoinelte se déíend en niant ses
daos
le
sentiment
que
j'
a
vais
loujours
du
filie d'un nom qu'rlle a tanl désiré lui poutorts et en se plaignanl &lt;( des conles el des
voir donner : « L'empereur est enfin arrivé
exagérations qu'on a portés a Vienne sur son
de ses élernels camps en bonne sanlé, lui
jeu »: néanmoins elle profite un pru des
écrit-elle le 5 octobre, el moi, j'embrasse tensagcs avis maternels, et Merey, comme un
drement ma chere petite femrne que j'aime
surveillant sévere, mais juste, rend meilleur
bien. »
témoignage des ía~ns d'agir de la reine,
Ma lheureusement la « cMre petile femme i&gt;
11 qui continue a se conduire tres bien avec
ne souhaitait au fond qu 'aYoir un enfanl qui
le roi, qui de son coté persiste a vivre mariassural l'ordre de succession direcle a la
talement dans le sPns le plus exact et le plus
couronne, et dont la naissance en meme
réel
( 17 jamier l 77~). n
temp~ la relevat de la situation humiliante et
Enfin la nouvelle qu'on e~pfrait loujours,
facbl!use ou on la saYait depuis de si longues
mais qu'on n'altendail plns a \'ienne, y parannées. En dehors de ce désir, son cceur
vient daos le mois d'avril. La reine est enn'éprouvait aucun amour pour le roi, celui
ceinte.
&lt;1 Que Ditm en soit loué ! écrit l'impéque le prince de Ligne appelle &lt;1 le meilleur,
ratrice,
et que ma tres chere Antoinetle ~oit
mais non le plus ragou Lant de son ro}aume ll,
afTermie dans sa situa1ion brillante, en donet les embrassements de l'époux mainlenant
nant des héritiers a la France (2 mai 17 78) ! &gt;J
lui causaient un véritable déplaisir. 11 n'est
Elle espere maintenant « un Dauphin, son
pas de moyens qu 'elle n'emplo~·at pour se
peli
L-fils i&gt;.
soustraire a la communauté complete de
Sur ce point encore une déception l'atlenl' existence. Elle allongeait le plus possible les
dait: la reine accoucha le 20 décembre d'une
séances de jeu dans la nuit pour pouvoir renfilie
qui fut appelée Marie-Tbérese comme sa
lrer seule daos ses appartements, et, quand
grand'mere,
pauvre enfant destinée aux plus
Merey voulait la rappeler asesdevoirs d'épouse.
~I.ARIE·ANTOINETTE.
cruels malheurs ....
elle inventait divers prétextes, et allait jusqu'a
Cette naissance fut néanmoins accueillie
déclarer « que le roi n'a pas de goiit de couavec
des marques ostensibles de grande joie,
caractere de ma filie. Comme elle n'est gucre
cher a deux'. »
mais
l'impératrice, qui songeait avanl tout
susceptible
de
réflexion,
la
conviclion
ne
sauAussi l'ambassadeur de Marie-Thérese étaitil désolé de voir ce ménage toujours désuni, rait non plus opérer sur son esprit, quelque a cct hérilier tant désiré, n'étail pas éloignée
et l'accord des deux volontés si impossible a docile qu'elle parait elre a vos remontrances, de retomber dans les craintes anciennes.
condure. ll s'effor~ail de ramener la reine a qui sont d'abord effacées par son gout déme- A vrai dire, elle n'avail pas plus confiance
de meilleurs sentiments par des remontrances suré pour les dissipalions et frivolités. Il n'y daos son gendre que dans sa filie.
« Je ne serais gucre fialtée si le premier
aussi respectueuses que fermes : il n'obtenait a peul-etre que quelque revers sensible qui
rien ou fort peu de chose. 11 était navré, et, l'engageat a changer de conduite, mais n'est- début du roi en sa qualité de mari, apres les
dans sa lristesse, il ne prenail plus le soin de il pas a craindre que ce changement n'arrive couches de ma filie, devait nous annoncer un
cacher al'impéralrice la vérité de la situation : trop tard pour réparer les torts que ma filie délai d'une nouvelle grossesse encore pendant
« Je commencerai par observer que mes re- conlinue a se faire par sa conduite inconsé- huil ans (28 février 1779). o
c1 Ce que roa filie me mande sur son état
présentations sur la nécessité d'etre autant quenle? Saos lui faire dans ce moment de
que possible avec le roi, de l'amuser et de nouveaux reproches, je me contenterai a lui conjuga! ne saurait guere me satisfaire, et me
l'intéresser, ne produisent pas l'effet désirable faire comprendre ma tendresse malernelle, fait douter s'il ne faudrait pas attendre encore
sur la reine, parce qu'elle se forme une trop qui m'anime toujours :1 lui donner des bons une huitaine d'années de voir naitre un autre
mince idée du caraclere et des facultés mo- conseils el a l'engager a se preler aux votres enfant (5 l mars 1779). &gt;&gt;
A Marie-Antoinette, elle écrit le i •• avril
rales de son époux. Elle le croit lrop apathique et a ceux de l'abbé de Vermond.
de
cette meme année : &lt;1 Ce que vous me
et timide pour supposer qu'il puisse jamais
« L'empereur comple la sermonner, mais
se livrer aux désordres de la galanterie. La il ne me communique ni ses lettres, ni ses mandez de votre chere fille me fait grand
reine en est si persuadée qu'il lui est arrivé réponses. Je ne saurais rico assurer (5 dé- plaisir et surtout de la tendresse du roi. )lais
j'avoue, je suis insatiable; il lui faul un compade dire a quelques gens de ses entours qu'elle cembre f777)'. »
ne serail ni en peine ni bien fachée que le roi
Le meme jour, Marie-Thérese écrit a sa gnon et il ne doit pas tarder trop longtemps.
prit quelque inclination momentanée et pas- fille, mais elle ne peut se retenir comme elle Ma chere filie, ne négligez rien de ce cp1i
sagere, altendu qu'il pourrait acquérir par la l'a annoncé a Merey, et c'est avec des paroles dépend de vous, et surtout a cette heure a la
plus de ressort et d'énergie (19 novembre sévcres qu'elle lui parle et qu'elle va jusqu'a belle saison ne courez pas trop a cheval, ce
1777) 3 • ))
lui communiquer ses craintes, - crainles qui est absolument contraire a nos souhaits
Merey était scandalisé d'un tel langage, et prophétiques et si malheureusement réalisées et a tous bons Fran~is et Aulricbiens .... ,i
Au moment ou Marie-A..ntoinelte rece,·ait
il s'efforcait d'en faire comprendre l'inconve- seize années plus tard !
nance a la reine, qui ne l'écoutait que d'une
« Vienne, 5 décembre. - Madame ma cette lettre, elle n'était pas capable de monter
fa~n distraile et ne lui répondait que tres chere fille, tous les courriers j'attends des a cheval, mais elle l'était encore moins de
vaguement. L'ambassadeur parlail en poli- nouvelles consolanles, mais ellPs tardent trop. vivre avec le roí; elle avail la rougcole, el
tique, ~larie-Antoinelle agissait en femme. Je souhaile un temps abominable pour que le cetle maladie, qui se communique si facileCertes il était naturel a Mercv de conseiller roi ne chasse pas tant et se fatigue, et que la ment, explique qu'on ait voulu en présener
une intimité absolue avec le r~i, mais il était reine nejoue pas les soirs, et bien avant dans le roi, en l'écartant tout a fait de la malade.
non moins naturel a la reine d'éprouver de la la nuit. Cela est mal pour votre santé et Seulement, comme il semble qu'en loutes
répugnance pour la personne de ce gros beauté, tres mauvais vous séparant du roi et choses une fatalité se mele aux acles les plus
homme, plus habile a forger qu'a plaire.
tres mauvais pour le présent et l'avenir. Vous raisonnables, quatre gentilshommes, Lres
connus pour etre fort arnnt daos les bonnes
l. Corrupo11da11ce secreú, t. lll, p. 85.
3. lbid., p. 137-138.
graces de leur souveraine, le duc de Coigny,
4. lbid., p. 143.
2. lbid., p. 123,131.

LE JEONE•

.... 229 ....

�111STO'R1.Jl

-.....:....""---------..:..---------'-.;..;;;.;;;..--""-=-----------------------~

le duc de Guincs, le comte Esterhazy et le
baron de Besenval, curent l'incroyable idée
de se proposer comme garde-mafades, et ce

qu'ils obtiennent que les quatre garde-malades
volontaires se retireront de la chambre a onze
heures du soir et n'y renlreronl que le matin.

blesse aveugle de son gendre. Elle désespérail
presque d'apprendre jamais la ,·enue au
monde du Daupbin tant désiré. El la deslinée
lui refusa ce bonheur : le 29 no,·embre 1780
elle mourut, prh·anl sa filie du seul appui
sérieu1 el intclligent qu'elle cut dans la
ViP,

LE O.\UPIIIX u :\1.lonE ROY.\LF:.
T~Ntw dt .\!me \'1Gt1!!-LB 8Ro1. (.\fusdt .ú Vn-saillts .)

&lt;¡a'1I .Y cut de plus extraordinaire, c'est que

la reme accepta aussitól leur proposition el
1¡ue le roi donna son consentement a cet
arran~emenl.
Voila done les quatre personnarres installés
pri&gt;.:; de la reine, et preoant au sérieux •leur
oflice, si bien qu'ils maniíestent l'intention
de ,·eiller pendant la nuit. Mcrcr, informé de
ce projet, bondit, va lrouver le ·médccin Lassonn~ ~t le ~~pplie ?e s 'opposer aune pareilJe
fantawe numble a la malade. Lassonne ne
comprend pas ou ne Yeul pas comprendre,
~forcy se re;ette sur l'abbé de Vermond; enfin,
tous deux font si bien aupres de la reine

11 e3t facile de s'i rnaginer le brui L que fil
cette :t,·enture. el les commenlaires auxquels
elle donna naissance. Les plaisants demandcrenl quelles seraient les quatre dames qui
soigneraient le roí dans le cas ou il tornberait
malade. Tout se combinait par la malicc des
cboscs pour le rendre chaque jour plus ridjcule.
Marie-Anloinclle ne pouvail l'aimer; aussi
la vie continuait dans ce ménage royal aussi
décousue que par le passé. Marie-Thérese, de
plus en plus affiigée, de plus en plus découragée, voyrut avec de sombres pressentimenls
les imprudences réiléré.es de sa filie et la fai..... 23o

►

.\ partir de ce momenl, l'iníluencc de
M,·rcy, qui n'était qu'une iníluence de rellet,
si mincc qu'elle fut, diminue encore; llarieAntoinette, avide de di~tractions et de plaisirs,
continue plus que jamais a jouer el a commettre imprudences mr imprudences, el, daos
la situation ébée ou elle se trouve, aucune
ne reste ignorée et toutes sonl interprélées
contre la malbeureuse femme. Déja son impopularité commence. On remarque que. lors
d'une ,isite que les soaverains font a Paris,
apres les rele,·ailles de la reine, le peuple
montre plus de curio~ité que d'aíl'eclion, et
les cr,s de Vive le Roí! Vfoe la Reine! sont
déja forl rares. Cela ,ient de ce qu'au milieu
de la misere générale, entretenue par un gouvernemenl incapable, confié par Louis \ \ l
aux mains des ~laurepas, des Calonne et dn
Loménie de Brienne, on juge séveremenl les
dissipalions de la cour el les Mpenses considérables de ~Jaric-Antoinelle. Commenl s'étonner que de paunes artisans qui ont tant
de peine a lrouver du tra"ail el a gagner le
pain de cbaque jour ne sentenl pas en eu1 la
colere sourdre, quand ils apprennent les
sommes colossales qui dansent la sarabande
sur les tables de lansquenet ou de pharaon
pendant les nuits de Versailles, ou quand ils
voienl des favoris el des favorites gorgés d'or,
comme les Poli¡('nac et quelques autres?
Mais la ílévolution couvait seulement, et
dn. années devaicnl s'écouJer avant tiu'elle
éclalat au grand jour. Durant ce laps de
tcmps, llarie-Antoioette eul trois enfants : le
premier Daupbin, si genLiment appelé chou
1l'amn111·, mort au commencemenl des mauYais jours, en 1789; une filie qui ne vécul
pas, et le duc de Normandie, Daupbin a la
mort de son frere, roi a la morl de son perc
sous le nom de Louis XVII, mais qui ne
régna point,
llalgré ces lrois grossesses, les sentiments
de llarie-Antoinelte pour son mari reslcreul
les mcmes: pouvaient-ils cbanger, d'ailleurs.
quand C(:lui qui les inspirait ne changeail pas
et continuail a se monlrer bon ouvrier, gros
mangeur, grand cbasseur el pielre roí'!
Soulavie rapporte I a qu'en monlant dans
les pelits appartemcnts de Louis AVI, apres
le lJix \ 0tit, a \'ersailles, il ,·it six taLleaux
ou J'on lrouvait les élats de toutes ses chasses,
soit quand il était Dauphin, soil quand il fut
r.&gt;i; on y voyail le nombre, l'espece et la qualité du gibier qu 'il avait tué a cha que parlie
de chasse, a\'ec des récapituJations pour
char¡ue mois, cbaque saison et cbaque année
de son regne • .
Quand la Jlé,·olution &amp;:lata, il se conduisit
vis-a-vis d'elle comme il s'était conduit \'is-avis de sa íemme : il ne su t ni la dominer ni
la séduire, pas meme luí céder avec grace. 11
1. Mémoirea lualorique,, l. 1 p. 43

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ne compril rien a ce mouvemenl de tout un
peuple rompanl Jt,s vieux cadres usés d'une
sociélé llnie; il louvoia, mais rnalaJroitrmPnl,
comme Loul ce qu'il fai~ait. 11 n'évitait un
écueil que pour se jcter sur un aulre. Dans
celle lulle inrgale, il montra peu de íranchise,
peu de courage el mnios de di1:1nité encore.
Ce que la reine souffrit d'une telle allitude,
il est aisé de se l'imaginer pour qui connait
l'ame altiere de ceue archiduchesse d' Autriche. Elle laissa plus d'une fois échapper
l'expression de sa Lristesse humiliée. Madame
Campan raconte, avec les adoucissements
obli;::és, en usage a l'époque oi.t elle écrivait,
qu'ell.. en recut l'al"Cu : « Elle me parla du
peu d'énergie du roi, mais toujours dans des
terml's qui pt&gt;ignaient sa vénération pour ses
vertus et son allachemenl pour lui : - « Le
et roi, disait-t•lle, n estpas poltron; il a un tres
et grand courage passif, mais il est écrasé par
e, une mauvaise honte, une méfiance de lui« meme qui vient de son éducation aul:ml
« que de son caractere. 11 a peur du com« mandPment el craint plus que loute aulre
u chose de parler aux hommes réunis .... Uue
&lt;t reine qui n'est pas régente doit, dans ces
&lt;• circonstances, rester daos l'inaclion el se
« prépart&gt;r a mourir 1 • »
Louis XVI, du moins, fut-il bon, comme il
était d'usage de le répéter daos les années qui
suivirent sa mort, alors qnt&gt; les crimes de la
fié,olutioo inspiraienl une horreur 11ui rejailli~sait en adm1ration ou en sympathie sur Sl'S
victimes? Sur ce point, l'bistoire n'esl pas
d'accord a,·ec la lége:ide; l'on connait aujourd'hui des traits de son caractere qui
contrediseot la cropoce recue, el l'on est
quelque peu forcé d'adopter l'opinion de l'archeveque de Cambrai, lequel murmura, un
,iour que devant luí on affirmaiL que &lt;e le roi
avait la bonté peinte sur le visage , : « L'heureux masque'!»

sait pas, au centre d'une cour ou tout le
monde la traitait en étrangere. De la cet
amour du jeu et cet amour du plaisir qui
preterenl a tant de médisances et a plus de
calomnies encore. De la enrore ces amitiés
pour des femmes et des bommes qui o'en
étaient pas dignes, el qui fireut uailre tanl de
bruils f¡kheux et préparerenl les accusations
monstrocuscs do11L on accabla la pauvre
femme aux dernieres heures de sa vie. De la
ces noms abominables de Messaline el meme
d'Agrippine que lui doona l'indignation sincere ou jouée de ses ennemis.
Ce n'esl pas tout, et le plus triste a dire,
c'est que ce fut dans la propre famille de son
mari qu'elle renconlra l'aJversaire le plus
acbarné, le calumniateur le plus odieux.
Prince ambitieux et faux, le comte de Provence s'é1aiL réjoui de rnir le roi sans béritiers,
et, pendant les longues anoées qui précédercnt
la naissance des e11fants royaux, il se laissa
aller au reve de devenir un jour le successeur
de son frere, et il s'accoutuma a l'idée que lui
aussi monterait snr un Lróne qui ne lui semblait point de~liné.
Les évé11emcnts devaicnt salisíaire celle
amLition, mais non poiot ccux qu'il étail raisoonahle de prévoir. Cumme il ignorail !'avenir,
il fut allerré eo apprenant que l'homme
s'était réveillé daos le roi, el le chagrin qu'il
en éprouva ne saurail elre nié, puisque luimeme en a íait l'aven. 011 possede une lellre
écrite par lui, le 5 oclobre 1778, au roi de
SuMe Gustave lll, el les termes en sonl Lrop
clairs pour laisser su bsister le moiodre doule
sur ses sentimcnts : « Vous avez su le cbangement survenu dans ma fortune .. . Je me
suis rendu maitre de moi a l'extérieur fort
vite, et j'ai tonjours tenu la meme cooduite
c¡u'avant, sans témoignerdejoie,ile quiaurait
passé puur fausseté, et ce qui l'aurait élé, car
franchement, et vous pouvez aisémentle croire,
je n'en resseotais pas du tout,-oi de tristesse,
qu'on aurail pu attribuer a de la faiblesse
Ces secrets de l'alcóve royale, que d'irréfu- d'ame. L'intérieur a été plus diíficile a vaincre,
tables documents ont dévoilés, n'auraient il se soule,e encore quelquefois•. n
Le prioce se vante : « l'intérieur 1&gt; n'a pas
certes point mérité de preodre place daos
J'histoire s'ils n'avaienl eu sur les événemenls été vaiocu. ll employa toul son esprit, et il
de ceue époque et sur les person11ages qui y n'en manquait pas, a jeler sur sa belle-sreur
fureol mclés la plus décisive et la moios le discrédit, et il Lravailla 11 son impopularité
contestable influeuce. Pour qui les igoorerait, avec un zele qui ne se ralentil jamais. Partis
bien des choses resteraient obscures ou inex- de baut, les bruils qui altriboaienl a d'aulres
pliquées. C'est par eux, et par eux seuls, qu'a Louis XVI la palernité des eníants roJaux
qu'oo sait a présent pourquoi le ménage firent rapidement leur cbemin daos la foule
royal se trouva des le début daos une situa- grossiere el crédule. Et, tandis qu'il arrivait
tion critique : ils furent l'ori:;ine de tous les au roi de trouver sous sa serviette des vers,
trop libres pour etre rapporlés ici, qui le
malheurs qui accablerenl ~larie-Antoinelle.
Toul d'abord, épouse d'uo mari réfractaire_ représentaient comme un mari trompé, la
a l'amour, elle se rejeta vers les dislraclions reine comme une femme coupable, et le Dauqui pouvaieot lui faire oublier sa réelle soli- phin comme un batard, daos les rues les
tude au milieu de ce pays qu'elle ne conoais- memes insultes se rrproduisirent souvenl,
4. Récit de Pilio11, publié par ll. :llomna-Trn1. .llémoire,. t. 11, p. 221-230.
2. 1/t!moire,dugbit!ral ba1·01l Thiibaull, L.I, p. 26i.
3. Gu.tace 1// el la Cour de Frnnce, par A. GEPrnor.

~•u•, daos son lliatoire de la Terreur.

5. Donl le récil se Lrouve dans Vil ami de la Reine
(Jlarie-Antoinette et M. de Fersen).

surtoul aux mauvais jours. Peut-on imaginer
une s,·erw plus borrtl,I.,, plus ,Ju11lo11rt'U,I:' que
celle qui se passa a P&amp;111i11, au ri,1our di' Varennes'! Une bagarre Vl'11a1t de ,e pr11Ju1re, et
1·om,11e, dans l'l',p.,ir dº1111po,er ,il .. 11,·t• aux
agitaleurs par la vu1• d'un enÍJul innoecnt,
~larie-Aulutndte mo111rail so11 li ~ par la porLicre de la berline, des cri:. affreux se llrent
eolendre:
« - La b... de g... ! la p... ! crierenl des
hommes érbauffés. Elle a beau nous monlrer
sonenfant, onsaitbienqu'iln'estpasde lui. »
« Le roi entendit tres distinclement ces
propos. Le jeune prince, effraié du bruit,
du cliquetis des armes, jeta quelqurs cris
d'effroi; la rl'ine le retinl, les !armes lui roulaient dans les yeux '. »
Cerles, elle paya bien cber les imprudcnces
de ~a jeunesse, mais t'lle ful ju~qu'au l,out
surtoul la virtime des maladrt!s~es de son
mari. 11 ne sut pas défendre son exbtence, il
ne sul pas proléger sa mémoire.
Dans son testamenl, destiné a étre Ju par le
monde entier, il ne Lroure pas unecxpn·ssion
qui venge la reine des accusations répandues
contre elle. 11 sail ce que l'on a Jit contre la
mere : il écrit simplemenl: « Je recommande
mes enfanls a ma fcmme; je n'ai jamais
doulé de sa tend1·esse ¡iour eux .... 1&gt; ll sait
ce que l'on a dit conlre l'épouse : voici sa
réponse : e&lt; Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi ·
et les chagrins queje pourrais lui avoir donnés
daos le cours de notre union, comme elle peut

étre súre que je ne garile rien contre elle,
si elle croyait avoir quelque chose a se rep1·ocher. 1&gt;
Rien n'autorise a croire que ces paroles
cachenl une arriere-peosée; ce serail méconnaitre le peu d'esprit qu'avail Louis XVI que
de lui preter une iotention malicieus••. En
écrivant ces lignes, il s'imagioait remplir le
devoir du chrétien qui, au momenl de la
mort, ohéita cette sentimentalité convenue de
proclamer l'oubli des injures el le pardon des
offeoses. Ni luí, ni ses conseillers, t¡ui lureot
11 di verses reprises ce Leslament, 11e s'aper\:urent quºen parlant de pardoo, quclque vagues qu'en fussent les termes, ce mol éveillait
ou révcillait l'idée des offenses .... Malheureuse
reine, que la grandcur de sa naissance el le
malheur de sa destinée ont unie a ce « pauvre
homme » couronné ! La postérité ne saurail
étre qu'indulgente a son égard, el assurémenl,
moios eocore que le roi, elle &lt;1 ne garderait
ríen contre elle si elle cropit avoir quelque
chosc a se reprocher. »
Que se reprocherait-elle, d'ailleurs? Le touchant, le tendre et le dramalique roman qui
fut dans sa vie comme le seul coin bleu daos
un ciel chargé d'orages 5 ? En devenant reine,
elle étail restée femme : qui voudrail lui ravir
la joie d'avoir été aimée, le bonbeur d'avoir
aimé?
PAUL

GAULOT.

ERNEST DAUDET

Mademoiselle de Circé
:\ll

ctll entrepris de réformer ses habitudes, ~ne
veste verle en gros drap, une culotte de_ meme
étoffe et de méine cuuleur, dl'S has no1rs, el,
sur ses cheveux rele,és et réunis au sommet
de la tele, un [eutre gris qui en dissimulait
la mas,e lourde et en éteignait daos l'ombre
de ses larges bords ks fauves reílels. Sous ce
co~tume usé, détraichi, dont la coupe saos
élégance enfermait, comme en un fourreau
destiné a les cacher, ses formes sveltes et la
"race parfaite de ses mouvements, elle avait
ºl'air d'un jeune paysan, presque d' un pel1t.
va"abond. Que de reproches elle c1'1l cnlcndus
. arns1
. ·1·. M.
si ºsa grand'rucre l'eíll su~pr1se
a1s a
·
cclle heure matinalc, la v1e1lle marqmse dorma1t em·ore.
A pas de loup, lsabelle qu!lla sa chamLre et tran'.rsa les longs corridors du chi'ILeau encore silencieux el obscurs. Daos
la co~r, l'ahbé füucombe l'atlendait. I1 voulait assister a son déparl, lui renouveler
recommaodalions el conseils. Elle l'écoutait a
peine, pressée, souci~use, to~te bal~_tanl~ de
son émoi contenu. Fa1re sort1r de l ecur1e le
petit che\'al qu'elle montait or~inairement,
jeler uue selle s~r son dos, 1enfo~rcber,
tout cela fut l'affa1re de quelques mmutes.
La nuit n'était pas encore enlieremenl dissipée quand elle se mil en route, saos et~e
rne de personne si ce n'esl de l'abbé, qm,
tres ému, l'accompagna du regard jusqu'au
moment ou sa fine silhouelle se ful évanouie
daos les lueurs crépusculaires.
U est plus aisé de se figurer ce qu'elle
éprouvait a ce moment que de le décrire. Les
trésors d'éocrgie, de résolulion, de volonté
qui, depuis si loogtemps, se formaient et
s'amassaienl en elle, saos que se fut offerle
l'occasion de les dépenser, trouvaieot maioteoant leur cmploi. Sa course audacieuse a
travers bois, par des chemins perdus, au
mépris de périls devanl lesquels toule femme
eut reculé, S)mholisait par avance !'aventure
ou elle se jetait a la suite de son frere. La
créature décidée, ardenle, enthousiaste, dédaigneuse de la morl, qu'elJe étail en ce
matin que voilaient encore les dernieres
Allait~lle a la victoire? all.Ji/-elle au /ré~Js 7 El~
ombres de la nuit, elle devait l"etre plus tard
l"ignorait, ne songe3tt meme fas ase le dem311der....
au milieu des péripéties que, d'un cceur intré(Page 2~4.)
pide, elle bravait déJa par la pensée. En une
seule ouit, son ame s'élait virilisée comme
Le lendemain, a,·ant meme qu'il fil jour, son visage ou s'afHrmait daos l'expression
elle était debout. Pour la circonstaoce, elle plus sombre du .regard, daos ~a contrac~on
avaiL revelu un costume d'homme, aiosi 1des traits, et meme daos un 1mpercepuble
r¡u 'elle le íaisait naguere, avant que son aicule pli sillonnanl le front, une soudaine méla-

1 dessein que lui avait suggéré le désir de
rcvuir plu~ vite son élcve.
. .
.
On pt•ut cro1re que ceae so1ree et la nU1l
qui ~ui,iL parurent Mmesuréme'.1t lougues .ª
Mlle de Circé. Hans le salun ou sa grand mere venait cba•1ue soir aprc, souper pr~ndre
place devant la cb,•minée en cornpagm~ d_e
l"aLbé, elle dul se faire violence pour d1s~1muler ~on impaliencc et son Lrouble. Sa personne était la, mais son esprit était ailleurs.
Elle sonncait a ce frcre doot elle lle se rappelait m¡me plus le visage, mais c¡u'cl_lc b~ulait du dé~ir de revoir. Elle mesura1t d un
cceur confian L et forme les grandes choses
l¡u'il allail tenll'r el la nloire qu'il rel'ueillerail
o
. 1
si, par sa vaillaole audace, il re?vers_a~t e
tyran qui occupaiL la _pl~ce du r?1 lég1t1?3e,
Et ces pensées la domma1ent et I absorba1~0L
a ce point que, dix fois, elle ful sur le pomt
de se Lrahir. La veillée cnfin s'ache,a, et,
rentrée daos sa chambre, elle [ut heureuse
de s'y trouwr seu~I', libre de se_ recueillir
daos la contemplat1on de la destmée nouvelle ou elle se précipilait les )'eux fermés.

3,

llaa, la ,o,n•t• du ':! t nmemlire, l~ahelle
recut une lettrt' de ~on fri·r ... l:t'Lle lcttre
était vcuue 11011 par la p11,lc, mais par 110
piéton a qui lui-nrruw l'a"ail r .. mi~c._ E_llc
aanoncait J'arrivée de l\uliert ~ur ll' tcmtoire
hehétiquc, a pruximite de la írootit•rc. Arn1~t
d'eutrer en France, el liiPn qu'il cut le dro1L
d'} parailre el d'y résider, le marq1iis_ ,011laiL causcr avec sa sreur. Sur quel suJet? 11
ne le lui disait pas. JI l'rnvilaiL seulemenl, en
termes assei. ol,scurs, a allcr le trou ver, le
lcndemain, des le lever du jour, en un endroit qu'il lui dé,ignail el ou ils ~uraient 1~
liberté de s'entretenir sans Lémo10s. ll lm
rccommandait a cette occasion un excc.s de
prudeacc. Elle devait t'•~ilt!r d? passer de~ant
les maisons des douamers, s assurer qu elle
n'étaiL pas suivie, el si, durant sa route, el~e
découvraiL quelque figure suspecte, revemr
sur ses pas, renoncer, au be~.o!n, a son e_xcur,sion et ne pas s'exposer a trah1r la retr:ute ou
il l'atlendail.
Celle lettre lue, Mlle de Circé se crut une
héroine.
~laiutcnaot, elle en étaiL, de ce terrible
complot. Comme tous .ceu~ qui . s'I !rouvaient enaa«és,
elle y J0U:UL sa liberte, sa
0
vie. Toute fiire du role qui s"imposail a elle,
et qu'elle acceptaiL ~v~c enlb~u~ias~e: ell.e
communiqua la myster1euse m1ss1vc a l abbe.
D'abord, sous le coup de l'émotion qui s'e~parait de lui, il déclara qu'íl accompagnera1t
la jeune tille. Mais elle ne l'eutendait pas
ainsi. Appelée seule a ce rendez-vous, elle
\'Oulait y allcr seule. Elle oLjecla a l'abbé
que sa présence serait une. g~ne P?u~ ~lle.
Les bois d'Eutreportes luí etarnnt lam1hers.
Elle les avait si souvcnt parcourus depuis son
enfancc! Elle y connaissail des cbemins qui
ne senaient guere qu'aux coolrebandiers,
ou ne s'aveuturaient ni les douaoiers ni les
gendarmes, des seotiers réputés inaccessibles.
~laintes fois, courbée sur son cbeval pour ne
pas déchirer son froot aux braoches des
arbres, elle y avait passé, allanl de France en
Suisse et reveoant de Suisse en France, saos
etre vue. C'est cette route, au premier abord,
bonne tout au plus pour les écureuils, qu'elle
comptail suivre. füis elle n~ le pou~~it qu·~
la condilion d'etre seule, l ahl,é o elant m
assez bon cavalier ni assez agile pour traverser ces périlleux dé6lés. 11 se rendit sans Lrop
de peine al'évidence de ces raisons et renonca

�ltlST0-1{1.Jl
morphose. Allail-elle a la ,ictoire? allail-elle
au lrépas? Elle l'i~norait, ne songeail meme
pas a se le demander, uniquemenl dominée
par un irupéricux bcsoin d'agir, de combaltre, de contribucr, quoi qu 'il dul en ad\·enir, a une entrcprise kntée dans l'intércl &lt;lu
roi el en son nom.

dcveoanl complices des conjurés'! Par &lt;1ul'lle teur d'une lcttre de Fouché qui imitait les
route ceux-ci qui ftguraicnt tous, a l'exccp- autorités civiles et militaires du département
tion de leur chef, sur la liste des émigrés, du !loubs a lui prcter main-forte s'ils en
pouvairnt-ils fraochir la fronticre saos ris- étaient reqms el a lui obéir en toutes circonquer lcur lillt'rté ou leur ,·ic? ,\ ces ,¡ueqions, stanet&gt;s. En vertu de e.elle lcttrc, il mandait
Roberl ajoutail r¡u 'elles dernient etre résolues auprcs de lui l'officier de gendarmcrie comsur l'heure. La prudence lui commandait de mandant les brígadcs de l'arrondissement et
ne pas rester dans cetlc auber~e, oi1, duranl lui donmit ses instrucüons préparées a!'aXIII
la nuit, 1':naient rejoinl cinc¡ t·ompagnons. vance. Elles avaient pour objel l'établisscmenl
II derail les íaire rntrer en france sans rc.\u dela de la fronticre suisse, daos le ,oi- lard, et, s'il ne le pournit, les em·oyer a Lau- sur la fronlicre d'une survcillance toutc spéciale et rigoureuse, jusqu'a ce qu'un certain
sinagc d'une masure servant d'auberge pour
sanne ou a .\'cucli:itel, ou ils se ticndraienl nombre d'indil·idus prél'enus de complot emles rouliPrs, son írcre l'allendait. Éloignée de
prets a profiler d'nne occasion plus propic1•. scnt été arrelés. Elles précisaient les p&lt;•ints
luí depuis quinle ans, elle le voyait loujours
A loules t·es &lt;lcmandl.'s, lsalielle rt'pondiL qui del'aicnt ctre occupés mili1airemcnl dusous les lraits d'un cníaot, de cioq ou six
de maniere a prouvcr a son frcrc r¡u'clle pos- ranl loule cctle journér, entre la fronticre el
ans plus agé qu'elle. Cependant, des qu'ellc sé&lt;lait autant tl'l'spril de déci,ion que de clairle ch,llcau de Circé. O'autre part, le coml'apcrrut, elle le reconnut, malgré la dis- ,·o~anrc el de san¡;-froid.
mandant du forl de Joux, qui a,·ait été égaletance, a son l'isagc qui resscmblait au sien,
« .\'olre gr,m&lt;l'rncre ne &lt;loit ril·n sa,·oir,
it la couleur de ses chcveux tres noirs, ases dit-elle. Elle e~igcrail de ,·ous, mon frcre, un mcnt apprlé, recerait l'ordre de s'appreter a
yeux sombres, asa liaule laille, a ses allures renonccmcnl ah~olu a 1·0s desseins pour le rt&gt;ce,·oir dil'Prs pri,onniers et &lt;le former a,ec
d'homme robusle, a tout ce qui lui donoail présenl el pour l'arnnir..\rril'ez au chatcau, les officirrs f'l sous-offtciers plal'és mus rnn
un air de famille donl elle fut frappéc al'ant puisc¡ue mus y eles atiendo. Mais que ,os command('ment une commission militaire drmtime d'avoir entendu sa l'Oix. Quant a lui, amis n'l riennent pa,, si ce n'e l un ou dcux vanl lar1uelle Ct'S pri~onnicrs seraieul tra&lt;luits
il regardait venir de loin, a,·ec plus de curio- que l'Ous scre¿ libre de pré~cnter comme dt·s imméd,atcmcnt et qui pronoocerait sur Jt.ur
sité que d'iotéret, ce jeune cavalier &lt;¡ui ne compagnoos de route, des émigré.,; autorisés sort.
Ces procédés de justice rxpéditivc el somtrahissait son identilé ni par un cri, ni par a reulrer. lis pourronl resler nos botes a1mi
un geste, ni par un sourire. Commeot sous longtemps que ce sera nécessaire. Quanl aux maire avaienl été d'uo fré1¡uent usage sous
ses habits de paysan Robert aurait-il rleviné autrcs, qu'ils francbissent aussi la fronticre. le Directoire el le Consulat. L'aonée précécette sreur tlonl l'image tlepuis si longtemps Je connais un chemio sur qui lcur permcttra dcnle, ils avaíent été appliqués dans toute
lcur rigueur au duc d'En3hicn. Plus dºuoe
s 'élai t elfacée de son sou venir'? lfais leur
de la passer sans elrc rns. Mais qu'uue fois
fois, pendant la durée de l'Empire, ils deappareote indilférence ne dura pas. Quand
enlrés, ils se dispcrsent pour se rendre,
ils se furent rapprochés, un mom·ement chacun de son coté, au poste c1ui leur est vaient l'etre cncore a d'autres malheureux,
inoocents ou coupables. La míssion que veiosünctif les jera l'uo vers l'autre, en meme assigné. i&gt;
nait remplir en Franche-Comlé le commislemps que les levres de llobert pronoo('aicnt
Mlle de Circé compléta ces réponses si préle nom &lt;l'lsabelle et les levres d'Isabelle le cises en monlrant a son frcrc le chemin par saire géoéral de ¡:.olice Olivier Talvau, n'otfrait
nom de Robert.
done rico r¡uc de conforme a la tradition
lequel elle-memc était venue le trou,·er. Finall n'y a pas lieu de s'allarder it dépeiodre lement, il ÍUL décidé qu'elle relourncrait sur- ré\'olutionnaire recueillíe par J'Empire et al'CC
laquelle il ne rompit jamai~ entieremcnt.
les naturelles effusious de cette rencontre. Ce
le-champ au cbatcau pour annooccr a sa
sont cho,es doot lout lecteur peut se fairc grand'mcrc le relour de Robert. Celui-ci, Ce jeune fonctionnaire luí-meme, tout aussi
w1e idée en se rappclaal les émolions t¡ue a¡,res avoir donné ses dcrniers ordrcs a ses drpourvu de scrupules que son protectcur
Fouché, semlilail excellemment approprié a la
lui-mémc a ressenlies en des circonslanccs
afftliés et l'Cillé a leur passage en France,
analogues. 11 esl ordinaircment si doux de de,·ail rel'enir sur ses pas, alter prcodre sa besognc en vue de lar¡uelle il a1·ait été choisi.
Son arnbitíon lui donnait loutes les apparcnretrouver ceux qu'on aime r¡ue les heures r¡ui
chaise de poste au rclais de \'allorbe ou il ces d'uo in,trumcnt tres complaisaot, tres
vous ont réuoi a eux sonl de celles qu ·on
l'avail laissée el enlrer ensuite 0U1·ertement
n'oublie pas. En moios d'iostants qu'il n'm sur le tcrritoire fran~iis a la fal'eur du pas- souple, tres habile. fouché étail en droit de
faudrail ¡&gt;0ur lraduire ici ces émotíons, la seporl que lui avait délivré le ministre de se flatter d'aroir cu la main heureuse. 11 en
eíH élé convaincu plus encore s'il avait pu se
reroonaissance fut opérée entre le frere et la Fraoce a llambourg.
lransporler re jour-ll daos le cabinet du
sreur, el du meme coup, ful comblé le ride
En une beurc, on pcut se dire bcaucoup de sous-préíct de Ponlarlier, elre le lémoin de
qu'uoe longue absence al'ait cremé enlre choses.
eux.
la sécberessc hautainc et de la précision riDuranl cette coníércnce &lt;p1i ne dura pas
Mais ce n'était pas seulemeot pour reroír plus loaglemps, le frere el la sreur épui- goureuse arce lesquelles Talvau transmettait
lsabelle que Robert l'a,ait mandée pres de lui, sereot ce qu º1ls avaicot i1 se conftcr . .\u mo- ses ordres. Sous cettc parole froide et concise, derriere ce visage saos sourire, ce teiot
sur le lerritoire suis~e, au lieu de continuer
mcot de se séparer, leurs accords étaienl raiLs. bilieux, ces yeux saos flamme, il ne poul'ail
sa roule jusqu'au chateau de Circé, ou il eut
lis savaient qu'ils pouvaieal compter ajamais ~ avoir r¡u'insensibilité, entetemcnt, cruauté,
retroul'é a,·ec elle sa grandºmere el l'abbé
l'un sur l'autre. 11s échangcrenl un dernicr un cceur cuirassé contre toutes les séductions,
Maucombe. C'était aussi pour l'interrogcr en baiser, convaiocus qu'a quelques heures de
vue de sa propre renlrée en France. ll tcnait la, ils allaienl se rctrouver. Mais Lrompeuse incapable de s'attendrir, incapable d'aimer,
résolu a toul pour arriYer ason but, semblaa savoir comment il serait recu par la mar- était
ceue espérance. Déjale destin avait dis- ble, en un mot, a taot d'hommes de meme
quise, s'il serait possible de lui dérober les
posé d'eux el décidé de leur avenir. lis ne
lrempe qu'avait enfantés la Rérnlulioo. Et la
préparatifs de la coospiralíon el la présence devaienl plus se revoir.
ressemblance de ce jeune bomme avec les
accidenlelle, mais inévitahlc, de ,¡uelques-uns
terroristes, les traits par ou éclatait en luí
dcsconspirateurs it qui l'ordre a\'3il Pié donné
XIV
leur héritier n'avaieot jamais été plus visibles
d'arrirer au cbateau ce meme jour. 11 \'Oulail
,1u'au momeot ou, ses instructions données,
s 'informer aussi de l'état des espri Is en
Duranl cetlc meme nuit, ,·crs lrois hcures, il mootait a cheval pour se rendre, suivi
Franche-Coruté et plus particulierement ;1
PonlarliPr et aux environs. L'Empereur y Oli\'ier Tahau arrirnil en poste a la sous-pré- d'une vingtaine de soldats, au chateau de
fecture de Pontarlier, faisait réveiller le sous- Circé, saos se douter qu 'il allait s'y trou ver
élait-il aimé? l.e roi y complait-il des partipréfct el al'ait aussilol a1·ec lui un long cntre- aux prises avcc une femme plus forte que lui,
san~? Pouvait-on recruter parmi eux des
tien. Désigné comme commissaire général de par la seule puissance de son charme et de
hommes d'aclion, prilts ¡, jouer leur vie en
police en mission extraordioaire, il était por- sa beauté.

.M.J1.DE.Mo1s-znc

DE

Cmct

~

\V
Chaque matin, depuis son retour, l'abbé
'1aucombe di~ail sa me,se a buit he~res,
daos la chapelle du chaleau. La marq~1se Y
assbtait toujours, Isabelle soul'~ot, dé~1~euse
de plaire a sa grand'mcre qut. attac~a~l un
nrand prix a l'exercice des de,·01rs rehg1eu,.
Aprcs a\oir ,u partir la jeunc fill~: 1'.abbé;
ayant con~laté que le _momeo~ n cla1t P?:
, enu &lt;le célébrcr le saml ~acrificc et q u 11
:t\'3il plusieurs beures de,·ant lui, reotra dans
,a chambrc el, pour utiliser ce lemps,_ c?mmenca la )prture de son bré1iaire. ~la1_s 11 l_c
récitail machinalemcnl. saos fcrveur, dblra1~
de sa pieu~e tache par_ le, yréoccu~alions q~1
pesaienl sur son espri_t. _(;ne ~ngo!sse serr?1t
~on creur. ll ne se d1ss11nula1l m la gran té
de l't·nlreprise tentée par lloberl, ni 1~ respofüabilité qn'il a1ail as~~~1é~ en_r Jeta~l
\lile de Cirn:. Si elle y par11c1pa1l, e_ esl q_u !'
l'a\'ail ,·oulu. Par ses rl!Cils. il l'al'att e1c1ke
el déchainée. Jamais ses torls ne lui a,aieot
paru plus grands qu'au mome~~ 011 s'e~gageait cclle périlleuse al'entu_rc. S~, contra1rcmenl it son e.,poir, die se denoua1t par qudque catastrophe, la mar1¡ui:,c n'aurai~-elle p:i~
le droil de lui adrc:-ser de~ reproches ! Elle lu1
reprochait déja d'~,·oir _faitde, flo~ert un ~oy~:
liste ardenl, pas,1onne, de 1~,·01r _n~um dc:s
préjunés des émiorés, de lu1 a101r inculqué
leurs ~essentimear~. Que serail-cc done quand
elle ~aurait a la fois quel. fruits a1ail portés
celle éducation, el qu'l~abclle elle-mcme en
a,ail suhi les effets'! L'abbé mainlenant en
restail morlellemenl inquict, en proie aux
plus ,ives appréhem\ons._ Ju~qu'a ce momcnt,
il avait eu foi daos I hab1letc de Robcrt, dan:,
le succcs de leur cau~e communc. 11 en doutait mainlenant. 11 se demandait si c·é1ait sagesse de sa parl de n'a,vir pas comballu le
1.cle t•nflammé donl les roméquences menaraient de dc,·cnir lragiques.
11 en étail a ce poinl &lt;le ses douloureuses
réllcxions lor~qu'on l'rappa a la po, te de sa
cbaml,re. 11 alla ou, rir et ,it cntrer Chasseral,
donl il n'eut aucuoe peine 1l dc,;ner l'émotion.
.
.
, ., •
« Que se passe+1l, mons1eur I abbe 1. l~a
demanda ce dcrnicr. Je ,íens de m'apercc,01r
11ue le che,al de mademoi,elle n'est p_as a
l'écurie. Je J'ai en \'ain cherchée ellc-mcme.
llu est-dle? Le sa,ez-rnus? »
L'abbé n'osa mentir. ll avoua qu'lsabellc
étaiL partic de bonne heurc pour aller a la
rencontre de .son frere. Et comme Chasseral
s'étoonaiL que le marc¡uis eiil fait myslere d_c
son retour a sa grand'mere, le paune abbé,
pous~é dans ses dcrnit!r:i retranchemenls.'
contraint de parler, prononea des paroles a
tral'ers lesquelles Chasse~al ~nlr~,il la ,é~ilé.
1 Je m·en &lt;loutais ! s écrta-t-11, mons1eur
le marquis conspire.
- Eh bien! oui, répondit l'abbé, il conspire... nous conspirons. C'e?l un sccrcl d'oi.t
dépend ootrc vie a tous. M1eux l'~ul \'Ous 1~
confier toul de suite, Cbasseral, puisque ams1
bien il aurait fallu lous le confier plus lard.
M. le marquis e~L sur la frontiere a deux

licues d'icí, pret 11 la franchir avec une poi!!Ilé1• dºltommes di! creur. Ces bral'es gens
~onl ~oulcwr le Pªl'· ~ous ,oulons que le
molllcmenl éclate parloul a la foís.
- )Jais sºil échoue, malheureux, qu'JJ' iendra+il &lt;le nous?
- 11 n\:chouera pas, répli,¡ua l'abhé, qui
se rcdressail ftcremcnt. ~ous a10ns l'appui
des .\nglais.
- Ce u'est pas le ¡.,lu~ heau de rnlre
afl'aire.
• - On ,oil bien que 1ous eles resté en
France.
- Et ,ous, on 1oil bien que ,011s en eles
sorli. C'esl folie de ,ouloir tenler de n·mcrser l'Empcreur, poursuí, it Chasscral. 11 a
pour lui l'armée, les lois, la majorité des
Franrais. Vous screz écrasé.s, et du mcme
coup \'Ous nous aurez perdus. lime la marquise sait-clle ?...
- Elle ne sait ríen; elle nous eiil Llamés.
- Et mademoisellc? inlerrogea Cbasscral.
- Son frere ne pournit lui laisscr ignortr
ses projets. 11 m'a chargé de les lui ré,éler.
Elle nous seconde.
- C'est done pour cela qu'elle est sorlie ce
malio?... 11 est alfrcux de peoser que ,ous
l'a,ez associée a ,os extravagances.... '11 luí
arril'e malbeur, je ne \'OUs le pardonncrai jamais. »
L'ablié allail protesler. lfais il en ful t'mpeché.
La man¡uise cnlrail. JI jeta sur Chasseral un regard supplianl ou cclui-ci d!l,ina
une instante prit•re de ne rien réréler de ce
qu'il ,enait d'appren&lt;lre. Elle n'étail pas nécessaire pour le décider a garder encore le
silence. Surpris par les événcmcots, n'a)ant
pas cu le temps de rechercher s'ils pomaicnt

clre conjurés, il 1oulail se donne~ le Ler_nps
dºy rétléchir, bien loin de penser qu'tl~ alla1ent
se· précipiler. 11 affocla d~nc ~e .~e monlrer
rassuré. Saluant la marquise, 11 s mforma de
sa santé, ain~i qu'il avail coulume de le faíre
t'har¡ue matin . .\Jme de C1rcé lui répondil
a,ec son ordinaire bienveillance. Puis, elle
demanda :-a petilc-fille. lle noul'cau, l'ahbé
re..ardail Chas~eral, comme pour J'engager a
ne° pas lrabir lrs conftdcnces qu'il venait d_c
recevoir, quand, du d~hors, monta un bru1t
d'armes et &lt;le chcrnux. Chasseral courul 1ers
une croisée, rcgarda el palil. OeYant le cb,ilcau, ,enait·nl de s'arr1lter des soldats. l'u
personnagc qui semblai_t !es com~~n~cr,
qu~ic¡u'il ne porl,il pas I umforme m1hta1re,
desceodait de che\.11. Sans dire un mol, Chasseral sorlit pour alter a leur rencontre. 11
mesurail daos toute sa graYilé le péril 1111i
éclataít ainsi t¡u'il l'avait pré1 u. lJans l'escalier, il apercut uu domestique qu'il savait
s1)r et &lt;lél'oué.
« Érbappez-,ous coule que coiHe, lui souffla-1-il en passanl. Allez du colé d'Enlreportcs. \'ous del'ez renconlrer mademoiscllc.
Empechez-la de rentrer au chateau. »
Le domestique avait compris. 11 se b,ita de
di~paraitre dans fos longs corridors a l'extrémité desquels se trouvaiL une sortíe qui de,ait
etre encore libre. Au meme momeot, se monlrait au has de l'escalier, s'appretant a en
gra1ir les de~rés, l'homme que Chasseral
al'ait déja vu par la croisrc. Des soldats le
suiraient. Chasseral s'appretait a l'interroger.
~Jais il fut préveou par un ordre d'arrestation
qui le concernait el qui ful e:xécuté avanl
quºil eut recouvré son :;ang-froid. Les soldats
l'eotraincrent avec eux, a la suite de leur
chef qui montait en loute bate. 11 se rctrou1e

�fflSTO'Jt1.ll

------------------------------------~

ainsi daos le salon ou il avait laissé la mare&lt; Vous voyez bien que je ne me trompe
« Mais e'esta notre demoiselle, ces livres, »
quise et l'abhé.
pas. Les renseignements parvenus au minis- dit-il a l'abbé.
ce Que signifient ces violences? demandait
tere de la police gilnérale sont positifs. Si
Celui-ci poussa un soupir. lsabelle prisonla marquise avec hauteur.
vous n'etes la complil'e du marquis de Circé niere I Décidément, Dieu lui-meme abandon- Vous eles bien la marquise de Circé?
et de l'abbé Maucombe, vous eles leur dupe. nait les serviteurs de la bonne cause.
- Oui, monsieur.
Tafrau feuilletait curieusement !'un des
- J'ai l'ordre de vous arreter, ainsi que
volumes,
exprimant tout haut sa surprise.
l'abbé füucombe, comme aussi tous les habi11-o:= - -..« Un tome dépareillé de la Nouvelle
tants de cette maison. Quand je vous aurai
llilo'ise! »
interrogés, les innocents seront remis en
L'ahbé eut un geste indigné.
liberté et les coupables conduits au Fort de
« Comment ! Chasseral, vous lui laissiez
Joux, pour y etre traduits devant une cour
Jire
ce gueux de ,Jean-Jacques? &gt;l
martiale. C'est la volonté de l'Empereur. Je
Mais Chasseral n'entendait pas. Il écoutait
dois en assurer l'exécution. Je suis le comTalvau, qui continuait :
missaire général de police, Olivier Talvau.
« Un signet a cette page ! » Et le commis- )fais quel est notre crime? reprit la
saire général de police lisait : « Viens done,
mar,¡uise.
ume de mon creur, vie de ma vie; viens le
- Vous avez conspiré. Vous vouliez atréunir a toi-meme; viens, sous les auspices
tenter a la sureté de l'État et aux jours de
du lendre amour, recevoir le prix de ton
Sa Majesté. »
obéissance
et de les sacri{i.ces; viens avouer,
La marquise tombait des nues. Son regard
meme
au
sein des plaisil's, que e' est de
exprimait un tel étonnement que Talvau,
l'union des creurs qu'ils ti1·ent leurs plus
des cet instant, demeura convaincu de son
grands cliarrnes. Un passionné, ce jeune
innocence. Elle se tourna vers l'abbé et, tres
homme, observait Talvau. Et bien avancé
dédaigneuse, lui dit :
pour son age et sa coadition. 11 11 prit l'autre
«Y comprenez-vous quelque chose, l'abbé?
volume
et regarda le tilre : l'lmilalion de
- Cette accusation est saos fondement,
Jésus-Christ. « Étrange assemblage ! » 11 en
répliqua le malheureux pretre qui tentait de
tournait les feuillets : « Encore un passage
tenir tete a l'orage.
marqué
: La paix viendra en ce jom· qui
- Parhleu ! ce n'est pas de monsieur que
est
connu
du Seigneur. Et ce ne sem plus
j'attends des aveux, objecta Talvau d'un
Avec ttne sécheresse hautaine et une Précision rigou•
le
jow·
et
la nttit de ce monde, mais une
accent de raillerie. C'est un conspirateur
reuse, Talvau tra11smettail ses ordres. (Page il¡.)
lumiere perpétuelle, une cla,·li infinie, une
endurci. II conspirait déja en 92.
paix solide, un repos assu1·i.... » 11 s'arreta
- Qu'cn savez-vous? Yous deviez elre un
et, regardant I'ahbé, dit ironiquement :
enfant ea ce temps-la. »
Du reste, vous vous expliquerez devant la « N'est-ce pas une fine allusion au retour de
Le visage de Talvau se rembrunit.
commission militaire, si je juge, apres vous votre roi? »
&lt;&lt; En ce temps-la, fil-il, je déíendais la
avoir interrogée, que vous devez y compa11 y eut un silence dont Chasseral profita
patrie contre les armées étrangeres a qui raitre. »
pour faire observer a l'abbé qu'lsabelle ne
vous en avíez ouvert les portes, vous et vos
ll s'installait a une table, étalait devant lisait pas seulement de mauvais livres. Talvau
pareils. »
luí des papiers, s'apprelait afaire subir a ses s'était recueilli, se consultait avant de décider
L'accent de cette réponse n'en imposait prisonniers l'interrogatoire de rigueur. Chasce qu'il allait faire, regardant tour /¡ tour la
pas al'abbé.
seral se pencha vers l'abbé.
marquise hautaine et muelle, Cbasseral qui
Il leva les épaules en disant:
e&lt; Vous nous
avez mis daos de beaux
« Vous avez été soldat ... on ne s'en doute- draps. La voila découverte, votre conspira- cherchait par quels moyens il sauverait l'enfant, et l'abbé qui ne cherchait plus a dissirait guere a voir quel méprisable métier vous tion.
muler son accablement.
faites aujourd'hui.
- Résignons-nous, Cbasseral. Mourir pour
« Emmenez-les, dit-il tout a coup aux
- Vous voulez done nous perdre, » lui son roi, c'est bien quelque cbose.
soldats. Vous les garderez jusqu'a ce que je
dit a voix hasse Chasseral, aupres duque! il
- Quand on est royaliste, possible; mais les aie interrogés, et vous les empecherez de
se trouvait, entre les soldats.
quand on ne l'est pas .... Et puis, qui veillera communiquer entre eux. »
Quant a Talvau, il parut insensible a cette sur mademoiselle? 1&gt;
L'ordre fut exécuté.
injure. Tres calme, il répondit :
Leur enlloque fut interrompu. Un sous« En quelque condition que l'on serve son ofllcier de gendarmerie entrait en bate, et, _se
XV.
pays, il est plus noble de le servir que de le rapprochant de Talvau, lui racontait que ses
trahir. »
hommes venaient d'arreter aux portes du
Une fois seul avec le sous-officier, Talvau
Toute stupéfaite de l'événement auquel chateau un jeune paysan qui tentait d'y pénéelle étai t melée, la marquise assistait indilfé- trer au mépris des consignes. En se défen- lui ordonna d'aller chercher le prisonnier. Le
rente a ce duel de mots agressifs. Elle reprit dant, le petit drole s'était emparé du pistolet sous-officier disparut et rentra bientot, poussant devant lui un jeune homme, presque un
en s'adressant a Talvau :
dºun gendarme sur qui il avait tiré. On était enfant, dont il élait impossihle de voir le
&lt;&lt; Il vous suffira de nous interroger pour
·parvenu cependant a se rendre maitre de
vous convaincre que vous vous trompez. lui. füis on ne savait qui il était. 11 avait visage sous les larges ailes de son chapeau.
« C'est bien, laissez-nous », lui dit Talvau.
L'Empereur vient de me rouvrir mon pays refusé de dire son nom.
Et s'adressant au nouveau venu, il contiet de me rendre mes biens. A que) litre
En entendant ce récit, l'abbé sentait son nua : &lt;e Avance, petit enragé. Tu voulais done
aurais-je conspiré?
sang se glacer. Quant a Chasseral, ignorant tuer mes gendarmes? Tu en as blessé un.
- Si ce n'est vous, madame, c'est votre qu 'en vue de son expédition, Jsahelle avait
- Pourquoi m'a-t-il barré la route? répetit-fils.
pris des vetements masculins, il ne compre- pliqua l'enfant révolté et farouche.
- Mon petit-fils est hors de France !
nait pas encore. Soudain, il comprit en voyant
- Pour m'obéir.
- Pourquoi n'y est-il pas rentré avec le sous-officier tendre au commissaire général
vous?))
- C'est done vous qui auriez du recevoir
deux petits volumes tres usés, trouvés daos le coup, et non ce pauvre diable. »
Et comme elle se taisait :
les poches de l'enfant. 11 les reconnut.
Si dédaigneuse était cette réponse, que

,

___________________

Talvau en resta confondu. Tanl d'audacieu~e
hravade chez cet adolescent l II n'en revenait
pas.
« De quel air il dit cel_a !... E~ de quelle
douce ,·oix! Une voix de Jeune v1erge. Quel
ao-e
as-tu?
o
.
.
.
_ L'fige que Je para1s avo1r.
- • Que font tes parents?
- lis sont morts.
_ Oü est ta demeure? Lorsqu'on t'a arrelé, d'ou venais-tu;'I l)
•
L'enfant persistait a si' taire. Talvau aJouta,
en désignant les dcux volumes posés sur la
table:
« C'est a toi, ces livres?
- Vos sicaires me les ont volés.
- Sais-tu que ce sont la des lectures audessus de ton état?
.
- Que vous importe! N'ai-je pas le Jro1t
Je lire ce qui me plait? »
,,
.
Dans ces réponses breves, -~ ener?1e ~u
paisan s'acceotuait. Talvau s 1mpallenta1~.
M,1is il tenla un deraier effurt pour a1·01r
raison de cette résistance sans l.i hriser :
« Tu es brave, petit; ton courage excite
mon intéret. Regarde-moi : ai-je l'air mé:
chant? Non, n'est-ce pas? Alors, pourquo1
celte ré~istance a mes questions?
- )f'avez-vous dit qui vous etes, vous?
Sais-je seulement d'ou vous venez, daos ~uel
but vous etes ici, pourquoi vos solJats m ont
traité comme un brigand? »
A retle réplique prononcée avec impétuosité, Talvau, qu'avait d'abo,J amus\la sau:
vagerie de sou prisonnier, seotit isa ermete
s'amollir.
Daos ces fonrrueux accents, passaient des
notes caressaut;s et tendres qui allaieot a
son creur.
,\11 lieu d1~ s'emporter, n; reprit du meme
ton hiem·tillant :
&lt;&lt; Ob l je veu:t bien te répondr~,. ne s~r.aitce que pour t'engager a user de rec1proc1t?.b»
~t il déclinait son nom, ses foncllons, 1o jet de sa ,·isite, révél~ot ~i'.1si a so~ interl.oculeur que la police 1mper1ale te~a1t les .fils
du ,·omplot, et que ses auteurs étaieut arretés
ou a la 1-eille de J"etre.
11 Vous avez arreté la marquise, l'abhé,
s'écria le pdit pa)San. Le beau ~érite ! U~e
femme, un pretre l lis ne pnuva1en t vous resistcr ! 11 ne vous sera pas aussi facilc de
vous emparer du marquis. 11 cst jeune, lui,
il est vaiUant, il est fort. ...
- Que) entbousiasme ! Ce serait a te croire
:imoureme de lui, si tu étais une fomme.
Yoyons, tit Tah-au en prenant un air sévere
et en grossissant sa ,·oix, ta résistancc a assez
duré. Yeux-tu me dire ton nom?
- Découvrez-le, si vous pouvez.
- Sais-tu que j'ai plus d'un moyen de
d :rier les tangues récalcitrantes? »
.\ celte wenace, la prem1ere quºil se fut
déc1dé a proférer, l'enfanl releva la tete dans
un mom-ement de défl, et cette Iois, monlraot en pleine lumiere soo pile visage et ses
yeux noirs, il dit :
« Essayez-en, de ros moyens. »
Talvau tressaillit. L'éclat de ces yeux qu'en-

.íf(Jf.D'E.M01S'EI.1..'E D'E C11(C"É - ~

Et, d'un geste brusque, il fil saulcr. le
Oammait la colere, la purcté de ce visage ~u,
sous le hale, apparaissait une rare períe~tion cbapeau, détruisant du meme coup le íragile
de lirrnes. rendaienl tout a coup plus 1•1f ~e édifice des cheveux. lis se déroulerent sur
mystérieux émoi qui, Jes l'appa_ritio~ du_ pr1- les t'paules.
&lt;( Uné femmel s'écria-1-il.. .. J°en étais
sonnier, l'ava1t saisi. Une pen~ee na1ssait en
son esprit, puissante, dominatricc, t~ouLlante sur. 11 nespectueusement, il b'inclinait, desurtout et toute une ardeur de Jeunessc, mandant en trois mots ce qu ºil avait hale de
longte~ps contenue ~ans ,1~ disci~li_rn~ ~·u,ne saroir :
vie de privations et d austerité, prec1p1la1t ,es
ce ~t1dame ou mademoiselle? J&gt;
batlcments de son creur.
Furieuse, elle rele,·ait ses cheveux . Tout
11 se rapprocba, comme poussé par la en les renouant, elle répondi t :
t&lt; Je me nomme Isahelle de Circé; je suis
~Lié:
.
la sreur du marquis de Circé.
ce Pauvre cnfanl ! murmura-t-1!. .Je pour- Et vous conspiriez, vous aussi?
rais, si je voulais, le contraindre .~. parle~.
- Pour venger nos paren Is!
füen quº11 touchcr ~es mc_mbres ~clicat~, _Je
- Conlre l'Empereur ! ll.tis ce nºcst pas
les briserais. » ll lu1 prena1t la marn : « \01111.
des mains bien hlanches pour un vagahond, luí qui les a enroyés a la mort.
une peau bien fine ....
- 11 protege leurs bourreaux. Les fils des
- Laissez-moi, monsieur.
plus infames d'entre eux sont a sa cour, daos
- Ab ! pardieu, j'en aurai le creur net. » les emplois, dans l'armée ....

Devanl ~ ch.iteau, vtnaient de s'arréler des soldats. ¿·n ptrsonnage ,ui semblalt les commander, quoiquºil ne
portát p:zs /'uniforme mitílaire, dt:zit d.esctnd.11,de cheval. (Page ~-)

�1t1ST0~1A------------------------•
L'Empereur csl un grand politique, est voué 11 la mort. Rappelez-rous le duc
Celle fois, c'en était trop. Depuis quelques
obserra gravemenl Tahau, c¡ui lentait de se d'Engbien.
inslanls,
il s'exaltait par degrés, s'affolail,
rcmellre de son lrouble et de re\enir a son
- Et vous servez un lel mailre! objecta perdait pied. H éclata, confessant sa détresse
role un moment oublié. 11 reul la pacífication lsabelle.
el ses désirs.
de la France, l'oubli d u passé.... &gt;J
- 11 récompense les sm·ices qu "on luí
• Sous quelle forme? s'écria-t-il. Ne le
D"un rire de raillerie, Isabelle coupa la rend.
de\inez-,ous pas? Je suis jeune, et vous eles
phrase en disanl :
- Si vous vous éliez dé,·oué ll la cause du belle . •\ mon age, le cceur est sensible; il
ce La réconciliation des \Íctimes avcc les
roí, il rnus eul récompensé, lui aussi. »
cherche le bonheur daos l'amour. La ,ie des
assassins !
JI sourit amcrement.
camps,
arec ses souffrances, l'horreur dPs
- Des juge~ ne sonl pas des assassin~,
« Je n'ai pas de sang hleu daos les \'eincs .... hatailles, les déceplions saos nombre, une
mademoisellc de Circé. »
Je sors du peuple.
existenre de misere et d·obscurilé n'ont pu
Elle bondit comme s'il l'eul outragée.
- Fn mot du roi pourait vous lirer de
« Vous auriez done condamné mes pa- votre obscurité, vous créer l'égal du plus endurcir le mien. »
11 s'arrela, comme s'il cherchait ses mots;
renls?
grand de ses sujet.s.
puis,
montrant le volumc de la Nouvelle
- Oui, si, comme volre roi, ils pactisaient
- Quoique 61s de rt.:gicide! ~fon pcre élait lfeloise, il reprit :
arce les cnnemis de la patrie.
comcntionnel. 11 a rnté la mort de Capet.
« Puisque vous are1. Ju re livrr, puisque
- Et c'cst a moi que rous osez le dire !
- Le pardon et\t élé le prix de \Olre dL:..
Tenez, monsieur, au lieu d'insulter a ma \OUl'menl •• répondit ~lile de Circé, en dissi- ,ous en aYez marqué la pate la plus brulante,
doulcur, il serait plus humain de m"envoyer mulant l'horreur qut• lui inspirait l'bomme vous savez commenl s'exprime la passion et
ce qu'elle foil de nous, quand elle nous dorejoindre les iníorlunés que vous avrz arre- de qui dépendail son sort.
mine .. .. On n'échappe pas a sa destinée. En
lés. Je suis leur complice, je dois partager
11 conlinuait il sourire, irooique en appa- me cooduisant ici, la mienne m'a livréa Yous.
leur sorl. »
rence, mais craintif en réalité, lroublé, déL'énergie de ces accenls s'évanouit daos \'Oyé, perdu daos la contemplation des yeux Je le vois, je le seos .... Quand vous eles endes !armes. Et ce fut alors, H comient de le fixés sur lui el qui drja lui versaienl leur lrée, tout a l'heure, j'ai eu le pressentimenl
que j'allais cesscr de m'apparlenir. Yous avei
préciser, qu'au speclacle des pleurs qu'il fai- poison.
parlé, et votre voix m'a remué; vous m'arez
bait couler, devant ce désespoir de jeune fillt.&gt;,
a lic ferait-il assez grand pour m'éle\'er
Olivicr Talvau re\:ut le coup de Ioudre qui le jusqu'a vous, \·otre roi? » 6t-il soudain. Et regardé, et dannotre regardj'ai bu l'ivresse ....
transforma. L'bomme insensible qu 'il se comme Isabelle le regardait étoooée, saos le Pour sentir vos levres sous les miennes, je
ílattait d'etre, ambitieux, sans entrailles, comprendre, il formula ~a pensée saos dé- donnerais ma vie. Oui, si volre amour doil
résolu jusqu'a ce jour A n'écouter que son tour : « Oui, si, grisé par votre beauté, par etre ma récompense, j'arracherai a la morl
ambition, devenait un homme faihle, docile, vos paroles, je trahissais l'Empereur, si je tous ceux qui vous sont chers. »
Isabelle avait écouté cette ardente déclaradésormais a la merci de la femme dont la me consacrais a la cause dont \'0us soubaitez
beauté venait pour la premiere fois d'éveiller le triomphe, ces beaux yeux, en récompense tion, un sourire de mépris ala bouche.
« Savez-vous que vous eles un misérable!
ses sens et son cceur daos un désir impé- de moa dévouement, daigner-.iient-ils me soutueux, un de ces désirs auxquels rien ne ré- rire? .. Oublieriez-rous mon origine?» 11 se dit•elle.
- Un misérable! parce que votre beauté
siste et qui désarment les ames les mieux pencbail sur elle, alliré par ce corps frais et
trempées. IsabelJe, en!ermée daos sa chasteté charmant, dont il devinait, sous les ,etemenls m'a rendu fou 1
- Vous me lrouvez belle, assez helle pour
native comme un diamant daos sa gangue, qui le recouvraienl, les formes délicates.
vous
servir de jouet. Vous vous eles dit que
ne pourait s'apercevoir de cette métamorEt tout enivré, il ajouta plus has :
votre présence et la mienne daos celte maison
pbose. Ce qu'elle savait de I'amour, des pas« Si je ,·ous aimais, m'aimeriez-vous? » vous offraient l'occasion d'une galante a,·ensions qu'il décbaine en nous, elle ne le savait
ture, qu'il fallait en profiler. l\'etes-vous pas
que par des livres, dont la leclure, meme
XVII
en
pays conquis ! Et saos respect pour mon
celle de Jean-Jacques, eflleurant a peine son
malheur!. .. Tenez, il n'y a qu'une ame lache
innocence, ne lui avait révélé que des formulsabelle, soudaio, comprenait ce qu 'elle
les. L'amour seul, ressenti, subí, pratic¡ué, n'avait pas encore compris, la séduction et vile pour concevoir un calcul aussi abominous apprend ce que peut l'amour. Elle l'i- qu'elle exer~it, le pouvoir de sa gr,1ce de nable .... »
Ce langage de colere rendit a 'falvau un
gnorait, et daos le personnage debout .levant femme, les résultaL. qu'elle pouYail en obpeu
de sang-froid en lui rappelant qu'il tenait
elle, dévoré du désir de lui plaire, mendiant leoir sur l"heure. Et, tout aussitót, !'esprit
humblement son sourire, pret a tout pour la de ruse, naturel a son scxe, se manifestail, daos ses mains la vie de ~lile de Circé. Il releconquérir, elle ne discernail encore que ce lui dictanl sa conduile, lui tracant la voie il vait la tele et redevint mena~nt :
« Vous le prenez de bien haut avec celui
qui le rendait redoutable, et non ce qui fai- suirre.
de
qui dépend, en celle minute, votre salut
sait de luí, des ce moment, un esclave em« Si je vous aimerais? répondit-elle avec ou votre perle. Que! est moa crime 7
pressé a luí prom·er sa soumission.
décision .... Cela dépendrait de ce que vous
- Le marché honteux que vous osez me
Lui-meme, d'ailleurs, ne se sentait pas feriez pour etre aimé. »
proposer. Une filie comme moi, la femme
encore réduit a ce role. 11 ne raisonnait pas
Elle avait tendu son piege, soudainement
ce qu'il éprouvait. 11 y arail de l'in~nscience inspirée par les circonstances. Olivier Talvau d'un homme comme vous 1
- Je ne prélendais pas si haut, avouadaos la docilité aYec laquelle il se livrail a ses y lomba, brulé par le feu a,ec Jeque) iljouait.
t-il.
sensatioos. Ce qui le dominait n"étail encore
• Suffirait-il de vous saurer?
- Yotre mailresse! La propositioo n'en
que de la pitié, une pitié dont il s'effor~,
- Je ne dois pas séparer mon sort du sort est que plus infame .... Encore faudrait-il que
daos un dernier effort, de secouer le joug de ma famille, de mes amis.
naissant.
je vous aime.... Je ne \OUS aime pas .... Je ne
- Et si je les sauvais aussi?
peux rous aimer.
En eolendant MIJe de Circé s'accuser, il
- Vous détourneriez de leur tete le coup
- C'est alors que vous avez un amant. &gt;J
ne pul relenir un geste pour lui imposer qui les menace?
silence.
Elle ne bondissait plus. L'exces de l'injure
- Oui, au risque de me perdre et saos
« Plus has, mademoiselJe, fit-il, plus has. regrets, si je savais qu 'an hout de mes elTorls, ne poumit l'atteiodre.
a J'ai loujours vécu seule, fit-elle, mélanUne jolie fille comme vous lraioée en justice, je trouverais volre reconnaissance.
colique et douce; sauf les habitanls de ce
est-ce possible? Ignorez-vous que ni la jeu- Veuillez au moios m'apprendre sous
nesse ni la heaulé ne trouvent gr-lee devant queUe forme elle devrait se traduire. Peut- chdteau et les braves gens qui m'ont vue
grandir, je ne coonais personne.
fEmpereur? Quiconqqe se déclare son ennemi
etre pourrons-nous nous eotendre. •
- Je peux done espérer vous cooquérir .
.. 238_...

.JJ(.ADE.M01SEI.l.E DE C1~C'É

Promettez d'etre a moi, Isabelle, et je ,·ous
sauve.
_ Pour me sam-er, il íaudrait que je fusse
en pér1I. Vous n'avez pas de preuves.
•
- En scra-t-il de meme quand volre frere
et ses amis St'ront lomb.is en mcn pouvoir?
- Vous ne les tenez pas eucore. »
.
Et, comme lout a J"l1eure, elle le brav~1l
J'un oeste de défi, droile et Ierme, la mam
appU\·ée au dossier d'un fauteuil, loute lr~mblan~ de cctte indignalioo et de cclle samte
fureur ,¡ui font les martyrs, prct~ a dé_fendrc
son bonneur menacé, résolue a lu1 sacr1fier sa
vie. Tahau allail el venait par la chaml,re, la
tele en ft:u, n'a)aDt plus d'un m~~re qu,e l~s
appareuU!s, élrcint par ~o~ ~~•~ q~ ava1t
e1c1té cctte résistance dout 1) s eta1t d abord
llatté d 'aroir facileUJenl raison.
La porte b uuvr1t. ,
..
« IJui se ¡,ermet d enlrt!r 1c1 saos ,elr~ appclé '! &gt; s"écria-t-il l,rut.ilement. 11 s éta1t rt!Lourué el :,'apaisa en reconna1ssanl un des
oeudarmes qui l'avaicnl accompagné.
~ Que rue \eut-on '! • r1•prit-il.
Au ltl'U de répondre, le gendarme lui pr~sentail une en1cloppe rnlumineuse et sorl1t
aprc, la lui a\·oir remise. Tahau fiéueuseruent la déchira, et ses mains tremblanles en
relircrcnl dirnrs papiers qu 'il parcourut des
0

yeu,.
·
· ·t d" un
Mainteoanl, son v1sage
s''eclaira1
sourire de triomphe.
• Écoukz ce qu'on m"écrit, » dit-il. Et il
lut : a llonsicur le commissaire ¡;énéral de
police, je m·emprc,se de \0US a,erlir qu~ le
marquis de Circé et deux de ses complices
,ieunent dºetre arretés au momeo! ou ils passaienl la frl)otiere. Suhant \OS ordres, je les
conduis au Iorl de Joux, ou ils scronl écroués.
Je vous envoie les papiers qu 'on a saisis sur
eux. » 11 s'arrcta pour regarder lsabelle doot
Je ,·isarre exprimait l'effroi. 11 reprit ensuite :
« Vou; ,oyez que je les liens et que j'ai des
preU\es. D ll parcourait les papiers. - Une
leltre du prélendant! « Louis, par la gr.lee
de Dieu roi de France et de Na\·arre, a notre
amé et féal servileur, Roberl, marquis de
Circ.é .... 1 Est-ce assez clair? Et tout joyeux
de sa décoU\erte, emporlé par la joie jusqu'a
oublier qu'il o'avait plus en Cace de lui qu'une
p:mue filie désarmée et vaincue, il l'apostrophait.
« Vous ne me bravez plus, mademoiselle
l'arrogante. ,
Non, elle ne le bravait plus. Se faisant violencc, elle paraissai t se résigner, redeleoai t
tllluslralions dt CoNRAn.)

• - Eh Ntn, soll. alltz txüultr 110s promessts ... puls rt11tner.... J.f:Jls Jt vous hals pour 14 l'iolt11et que vous
mt falles. Cttlt halnt sun,ivra a mo11 sacrlflct. Ellt durtra Jusqrl'.i ma tnorl ;¡11t vous aurtz halét. • •
(Page 23?.)

peu a peu calme, froide, impassible, a~ec,
dans les yeux, a travers des éclairs de haine,
une expre~sion résolue.
« Qu'allez-\OUS faire d'eux? » demandat-elle.
JI ne répondit pas sur-le-champ, liraillé
enlr~ les instincls généreux qu'a\ait éreillés
l'amour daos son cceur et les ardents désirs
que ce meme amour déchainait daos ses seos
La brutalité des désirs l'emporta :
« Les livrer a la jusi ice, fit-il.... Elle suiHa son cours. »
11 fnisait mine de sortir.
, Arrctez ! s'écria lsabelle. Je veux les sauver. » ll re\ int wrs elle, les bras 0U\erls.
Mais elle l'élila, laissant échapper en un cri
de détresse la proteslation de sa pudeur révollée. « Eh bien, non, non, plutot la mort
que celle dégradation, oui, la morl. .. pour
moi, pour ces malheureux. D
11 n'en était plus a se décourager. Loin de
s'irriter, il grima~it un sourire d'incrédulité, car il savait qu"il tenait sa proie, et que
mainteoaot, elle ne pou,ait plus luí échapper.

« Eux seuls seront frappés, objecta-l-il. A
vous, il sera Iait grace.... Vous \·ivrez avec le
remords d'arnir causé leur perle. »
C'était le coup de grace. Elle ccssa de
résister.
&lt;1 Eh bien, soit, allez exécutPr vos promesses ... puis re venez .... Mais je vous hais
pour la violence que \0US me faites. Cetle
baioe suni\ra a mon sacrifice. Elle durera
jusqu'a ma mort que vous aurez hatée. Vous
pourrez posséder mon corps; mon cceur jama is; et quand , ous me liendrei daos vos
bras, vous saurez que je ne resseos pour ,ous
qu'horreur et mépris. »
Peu t-elre espérait-elle I' attendrir, car elle
l'emeloppa une fois encore d'un regard suppliant. Mais cette explosioo de douleur qui
dramatisait sa ,·oix et sa beauté ne pouvait
rien sur un homme affolé par le désir.
« Je vais les saurer, » dit-il simplement.
Elle le regarda sortir. Puis, se redressanl,
elle passa ses maios sur son froot comme
pour s'assurer de la réalité de son infortuoe
et murmura:
« J'ai promis, je tiendrai. )fais il mourra. &gt;J
(A

suivre.)

ERNEST

DAUDET

�111STOR,.1A

)J me de Vieux-11aisons esl une des plus
grandes suivantes de Cupidon, el, ce qui pis
est, une des plus mécbantes femmes qu'on
puisse voir.
Ell,! est la sreur de )lme de Vaurray, tres
belle femme que le duc d'.\.yen a aimée en
amant romanesque, ce qui ne lui ressemble
guere.
11 s'était fait passer pour maitre de musique et luí a donné des le~ons. Un heau
jour, a Saint-fioch, elle voit son maitre de
musique en habit superbe, suivi de valcts !
On pensc que c•e~t puur se divertir plutcit
que par grand sentiment qu'il a joué ce role.
)l111r de \'ieux-~lai,ons n'avait pas de plus
grande amie que la présidente Portail. Un
amant, qu'elles se disputcrt'nt, jeta un froid
entre elles. Elles se rencontrerenl chez Mme
de *** et se qurrellcrenl. La présidt·ntc reprocbait /¡ l'autre dé courir aprcs les hommes.

- c·est bien it ,·ous, riposta Mme de
Vieux-ltni~ons, qui art&gt;z couru aprcs le Roi,
au bal de la V1lle, a \'ersaillcs, el qui avez
été attrapée par un de ses domesti,1ues, qui
a fait de mus lout ce qu'il a voulu ! »
Et aussitól, salis qu'on pul l'interrompre,
elle commenra l'histoire. La présidcnte Porlail s'en alla furieuse, saos entendre le re,te,
qu'on décida saos peine füne de \'ieux-llaisons a raconter. Elle dit :
« .\u bal, pour le mariage du Dauphin
(25 février 17 i5), plusieurs femmes cherchaient a faire la conquéte du Roi. Et Ja présidente Portail n'était pas la moins empressée.
Le Roi et quelques courtisans de sa société
intime parurent dégui~és en iís, taillés dans
le go1it de ceux des jardius du chfücau .
« 11 s'amusa quelque lcmps au bal. Et,
ensuite, fatigué de la gene et du poids de son
déguisement, il rcntra chrz lui par une porte
de derriere. On porta sa mascarade chez son
premier valet de cbambre qui a un pt'lit appartemenl dans l'anlichambre de Sa Majesté.
« 11. de Briges, écu)tr du floi, était l'ami
du premier valet de cbambre. 11 le pria de
luí préter le déguisement, ainsi que la clef

de son appartemenl. 11 s·hahilla en ií rl parul
dans la salle. La foule des prétendantes était
infini,•; toutcs crurent rc,·oir le íloi; la présidente se cbargea de l'agaccr plus que toutes
les autres.
&lt;I II ne íut pas cruel et proposa a la Portail de le suirre dJns lt• peiit appartcrncnt de
son prt!mier Yalet de chamlirc. La pré,idcnte
ne ~e le lit pas répélt'r el ~e h:Ha de rysui \'re.
• 11 11 n'y aYaiL point de lumiere parce que
~l. de Briges arnit cu, aupararnnt que de
rentrcr au bal, la précautio11 de l'étcindre.
« L'érnyer prodigna les plus belles promes~cs a ~!me Portail, la pressa ,ivement ...
et ellr crut aYoir rendu le floi heureux.
&lt;1 ~l:lÍ$, en sortant du petit appartement,
le retement en désordre, sa coilfore défaite,
les ycux rayonnants d'orgueil, elle vil tout a
coup Sa \lajesté qui traversait le salon de
l'(Eil-de-Breuí, \'élu a l'ordinaire et suivi de
ses courtisans habituels. Aussitól l'ií, qui lui
donnait le bras, la quilla et s'évada. Elle vil
qu'elle avait été trompée el devint furieusc.
Longtemps apres, par quelques indiscrétions,
elle sut, ainsi que moi, le nom de celui qui
avait si bien joué le role du Hoi. »
~lADAME

e.u IL\CSSET.

f. bcbt lrlr&amp;PolO.OD

LA

VIE ET LES l4lE.UR~ AU

xvu·

SIECLE. -

L.llffER. -

Gravur~ J ' AtiRAHAll Bosse. (Cabinet aes Estam~s

MADAME ARNAULT
Tableau de j.-B. REGX.\UL T. (~1usée de \'ersailles.

Clichc Glraud o~

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>1f1STO'J{1A

~I me de Vieux-lfaisons est une des plus
grande suivante· de Cupidon, cl, ce qui pis
est, une des plus méchantes femme qu'on
pui e voir.
Elli~ e t la sœur de ~[me de Vauvray trè
belle femme que le duc d'.\.yen a aimée en
amant romanesque, ce qui ne lui res- emble
guère.
li 'était fait pa ser pour maitre de musique et lui a donné de leçons. Un beau
jour, à aint-fiocb, elle voit son mailre de
mu.i1p1e en habit supt:rbe, suivi de valets!
On pen c que c'e t puur e divertir plutôt
que par grand sentiment qu'il a joué ce rôle.
)lmc de Vieux-Mai~on n'a\·ait pa de plus
grande amie que la pré..~idenle Portail. n
am:int, qu'elles e disputèrt'nt, jeta un froid
entre elle . Elle se rencontrèrent chez Mme
de ,;-..i-.:i, et e quPrellèrent. La présidtnte reprochait à l'autre de courir après le homme .

- C'est bien à vous, riposta Mme de de son appartement. Il 'habilla en if cl parut
Vieux-füi on., qui arPz couru aprè le Roi, dan la aile. La foule de prétendantes élait
au ]Jal de la Ville, à Yer·ailles, et qui avez inGni,\; loutrs crurent rernir le noi; la préélA attrapée par un de 5CS domesti11ue , qui sidente se cha.r"'ea &lt;le l'agacer plu que toute
a fait de ,·ous tout ce qu'il a ,·oulu ! 1&gt;
les :intres.
Et aussitôt, .:il\, qu'on pùl l'interrompre,
11 Il ne fut pas cruel l propo. a à la Porelle commença l'histoire. La présidt:nle Por- tail de le sui1·re d,rns 1,• fll'lit :ippa.rtcrucnt de
tail 'en alla îurieu e, an entendre le re::te, son premier valet ùe chamlirc. La pré idcnle
qu'on décida :rn. peine Jrmc de Vieux-)Jai- ne :.clc lit pa.s rt;péler el. c hr\La dl! l'y suine,
son à raconter. Elle dit :
cr Il n'y avait point de lumi~re parce que
« Au bal, pour le mariage du Dauphin ~I. de Brige avait eu, :iupara\·ant que de
(25 février 17 i5), plu ieur femme cher- rentrer au bal, la prfolULiou de l'éteindre.
chaient à faire la contJuête du Roi. El Ja p1·éc&lt; L'érnyer prodigua les plus belles prosidente Portail n'était pas ln rooin. emprcs.ée. mes~c. i1 )lrne Portail, la pres a •,ivemenl...
Le Roi el quclyue courli an de sa ~ociété el elle crut avoir rendu le r\oi heureux.
in lime parurent dégui~é en if ·, taillé · dans
&lt;c ~lai$, eu sortant du petit appariement,
le got'lt de ceux de. jardins du chàleau.
le vèternent en dé ordre, S3 coiffure défaite,
« Il 'amusa quelque temp au bal. Et, les eux rayonnants d'or!!Ueil, elle ,·it tout à
ensuite, fatigué de la gène et du poids de . on coup a )laje té ttni traversait le salon de
déguisement, il rentra cbc•l lui par une porte l'Œil-de-Bœuf, vètu à l'ordinaire et .uivi de
de derrière. On porta sa ma carade chez son ses courtisans habituels . .\u·sitôt l'ir, qui lui
premier valet de chambre qui a un pl'lil ap- donnait le bra , la quilla el 'évada. Elle \'Ïl
partement dan l'anlichaml,re de Sa Maje lé. qu-'elle avaiL été trompée et devint furieuse.
cc li. de Briges, écu)tr du noi, était l'ami Lonntemps après, par &lt;JUdques indiscrétion ,
du premier valet de chambre. li le pria de elle ut, ain·i que moi, le nom de celui qui
lui prèter le dégui emenL, ainsi que la clef avait i bien joué le rùle du l\oi. »
~I.Ao.uiE c.u

IL\C

ET.

t:hcbe lilr&amp;o00D

LA

VIE ET LES Mlf.UR~ AU XVII' SI.E.CLF;. -

L"HIVER. -

Gra11ure à'AuRAHA.\l Bosse. (Calririd iks Estampes

Cliche OlrauJoq

MADAME AR AULT
Tableau de j.-B. REG. AULT. l~lusée de Versailles. )

�LIB~AIIUB ILLUST~EB.

JULES

TALLANDIBR, ÉDITEU~. -

75, rue Dareau,

PA~IS

(XIV' arr').
'::..

·m~

3oe fascic ule (20Février l9II ).

Sommaire d u

l\.i~

Les comparses de I' , Épopée • : Un ami de
Napoléon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . :2.p
Ju:,i POUJOlJLIT •• · • La seconde Murie-Antoinette . . . . . . . . 2-13
. •
.
'fALLE.\1A:-1T llES RÉAUX · Histoires de pendus . . . . . _.
219
FRÉDERIC L OLIÉE. . , · Les Femmes du second Empi re : La prmcesse de Metternich . . . . . . . .
Cn. G\ILLY PE TAUR\NES. Le lieutenant ci v il Dreux d'Aubray .
Querelles
de princesses . . . . . .
SMNTSum:, . . . . . . .
PO:-TE:-ILLES • . .

G.

LE:-IOTRE • . . . . . •
ÜL'CLOS • . . . . .
C•• DE FHA:-iCE 1l'lH.ZECQUES • . . . . . .
GÉ:-IERAL DE -'lARBOT . .
VICTOR H UGO • • .
ER:-IEST DAUDET • • • . .

ILLUSTRATIONS

TIR EE EN CUIAÎEIJ :

J

11 AullERT BEL.LIARD BERTHAULT, Co:-;RAD, ri.ES DA no, D Evtn1.1 , E. DurAI'I,
f)E:PLESSl·~E~;EAUX, f-~EIJ DEBERq, ]Ul.E ' &lt;.illlARIJET, MAGDELEINE IJORTIIEMH.:l.
SCOTI~, GEORGF.S SCOTT, F.-A. YINCENf.

ARN'AUL T
Tableau de J.-8. Regnault (.\!usée de Versaille /.
MADAME

Copyright by Tallandier 1910.

'' LISEZ=MOI ''

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Paraissant
le IO et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL

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SOMMAIR.B du NUMÉRO 132 du 25 février 1911

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UNE VIE
• R oman, par Guy de MAUPASSAN~ \-.; on,:• Tl·IErRIET. La ~o~elière . - Tul':oDORE DF. _BA:\ : ILLE . yœu ._ . .\hr~ ALPHOSSE DAUDE r. Alinéas - Gu~ CIIANTEPLEURK A.~1es fem1n1nes .
_ L i:crn DEL.\IU'E--'lARDRt.,S. Mardi gras. - JI E:&lt;RI II El :'i E. ~es dieux
grecs. _ PAUL BOURGET de l",\ce1demie franyaise. La vie es~ aux Jeunes._ ANAJOLE PR.\I\CE, d~ l'Academie françmbe . La _~agesse des griffons ..--: II ENRY
BORDEAUX. La ro be de laine. - P111L1PrE GÈRF.\UT. Pensées~ h,ver._Eo~IOKD RoSTA~P, de l'Académie frnnça1se. Tes_ yeux . - J. MAR'.\_l. A~a, re
c.i"honneur. -CHARLE " UAUDELAIRE. Tout entière. - H ENRL I.AVEUAN , d e
1
l'Académie rrançabe. Le prince d' Au rec.

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Étranger . . . . . . . . 28 fr .
. .. .. . e fr.

2o

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JoLES TALLANDIER, 75, rue Dareau, PAJUs, XIV'.
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du _ _ _ __ _ _ _ _ __
â HJSTOIUA (L"t~-Moi

historique).

Je choisis comme pnme - - - - Ci-joint _ _ pour l'envol de cette prime
le· _ _ __ _ _ __
SIGNATURE

Prénoms _ _ _ _ _ _ _ _ __

Rut _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

Dq,arltmtnt _ _ _ _ _ _ _ __
8urtau dl Poste _ _ _ _ _ _ __

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Un amt• de Napoléon
.

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OUTES

les personnes contractant un abonnement

à H IST O RI A jusqu'à la fi n d e sa deuxième

année (20 Novembre 1911), bénéficieront de cette
Surprime. Aussitôt réception de leur mandat d' abonnement nous leur adresserons un Bon de photographie
qu'ils pourront utiliser pendant toute l'année 1911 en se
faisant photographier à la Maison SŒTAERT.

~,)')

~
1

~(

Parmi les poètes de second plan qui surt&gt;11l
e faire un nom sous la Révoluliou et sous
l'Empire, mais que la po térilé pt&gt;ul . a11s
déni de justice traiter avec qucl, iu" dédo1i11,
il en est un qui doit .urtout aux cirt;1,nlances extra-littéraires de .a vie de n'è1re
pas encore, pour nos contemporains, un
« oublié ». Ce poète, c'e l Aruault, dont
F.-A. Vincent a pt'Înl le rrrand portrait qu on
peut voir au dernier étage du p;1la.i · d~ \"crsailles, dans une des sa lles du Consulill,
auprè · de celui demadameArnault, sa fe mme,
représentée dans le plein épanouis emt'nl do:
a beauté planrureuse par l'onctueux pinci-au
de J .-B. Regnau lt.
De tra.(édie' de style néo--cla~ ique am,·
quelles Arnault, pendant près d'un dl"misiècle, dut de pass .. r pour un maitre dP. 1a
scène frarrçaise, il ne ubsiste gui&gt;re que
de brève mentions dans le cours de litréralure documt'nlé· avec un oin tout particulièremPnt méticu l1::ux. De r fa bl~.,
qui con Lribuèrenl, avec plu dt&gt; rai on
peut-être, à aFseoir sa réputalio11, on
retrouve-' en cherchant bien, d, s ci1a1io11s
dans certain manud · scolaires. De ses
caulates el autres pièi:e de circonsbtnCt',
comme de St"s poé ie fngitin·s, 011 ne
connait plus qu.. celle plaiule d'un honaparli~te exilé : La feuille, une élégie dl'
C( □inie vers. 3fais, en outre, Arnaull a
lais équalcc volum , vivant et a-nu anls.
où, sou le lilre de Souvenirs d'un sexagénail'e, il retraça verveusement et ·p1rituellement se aveulures de jeune ho111me
et d'homme fait. El comme tout app11rt
d'un témoin qui a su voir et s11it rnurer
sera toujour , prti,·i~u ement recut'illi par
quiconque Ïotére,. eaux rhoses de Jadis,
il se trouve 11u·aujourd'hui ces 4ua1re
volumes-là, écrits .ans ·pré1eutio11, parîuis
même un peu à la diable, consli lut"ut
en réalité la. meilleure partie du copieux
bagage littéraire d'Arnault. Uu brtf résumé
de ces souveuirs, ou du moiu de leurs
parties saitlan1es, ne saurait donc ètre
dépourvu d'iutérêl, car l'existen,·e ruouvt&gt;mentée du poète présente, en cha, un de
es haut el de se bas, une conséquem:e
directe de sursauts 4ui agitère11t a prn prè.s
sans répit la société de on temps.
rnaull était né à Pari en i 766. Apri&gt;s
avoir fait ses éludes ebtz les Uralor1 .. us,
ou la férule de professeurs parmi l"'squel ·
on cornpt.ait le Père Fou,:hé, futur duc

Sous ce pli mandat postal de :
22 fr PARIS. - 24 fr. PROVINCE. - 2 8 fr.
ETRANGER. Rayer les chiffres inutf~.

Afin d'êYiter des erreurs, prière d'écrire très lisiblement lou~ les indications.
AJouter

ÉPOPÉE

~

I}

La Cour de Versailles inti me : La chapelle. 268
Mémoires. . . . . . . . . .
270
La fuite de Louis-Philip pe .
278
Mademoiselle de Circé . . . . . . . . . . . . 28 1

c&lt;

~

~

!!).

:~ r,

tffi

~

..

0

PLANCHE HORS TEXTE

D' APRÈS LES TABLEAOX, OESSINS FT P.STAMPF.S DE •

J0

L'Exode des Girondins : Madame Bouquey
Procès de presse . . . . . . . . . . . . . . . 26,

·-

-0

LES COMPARSES DE L'

~&gt;

.

- ·-

~

0 fr. 5 0 pour l'envoi des gravures, O fr. 2 5 ~ourle stylographe et pour
les Uvres O Ir. 25 (l'aris) et O fr. 85 (Dcpartements).

!V. -

SU'RP'RlME ~VEILLEUSE

lliSTORIA. -

d'l1trante, et le Père Hillaud-Varenne, futur
th,·rmidorit&gt;n, il devint clerc de procureur,
u1ais un clerc beaucoup moins friand d"ampliation~. expédi1i11ns et transcriptions, que
de minute ver~iliécs écriles sous la dic1ée de
cc la Muse 1&gt;. Cel apprentissage de ha od1e
dura pl'u. ~:n 1i8fi, Arnault se vil attaehé
au ~ervia:e d'une prince e du sang, la comlt's.e d,· Pr11ve11c", eomme secréta.ire du cabiul"l, avec un traitC'mtnl de mille écus. La
mème année, - a1·a11l, par con~équent,
d'rlre ruaJeur . - il épou ait la jolre maden,oi-elle d,.. B1111 ueui l, l'une de filles du premil'r valet decb;1mbre d.. U ,nsieur. Llè· lor ,
il • 'abandonue tout à 1,nsir à sa vocation de
poPle drdm~tique, el broche pour se débuts,
à l'i111enlion d~s ach·urs du Tbéàtre-ltalien,
une ptèce où 11 s'e t donné pour sujet l'aven-

prémunir eonll·e le retour d"une lelle mésavcnlure, il va cultiver désorma is un genre
enllèrement différent, el se met à aligner les
alt:rnndrin héroïques. Pendant qu'il s'abandonne aio i au feu de l'in pir~tion d'où doit
ortir. coulé en airain pour l'éternité, le
Jlrwius à Alinlurnes qui St'ra on premier
titre de gloire. une cala Lrophe d'ordre proaïyuemcnt économique s'abat soudain ur
on foyer. On lu i supprime la si11écure qu'il
devait dt&gt;puis deux ans à la géoéro ité de
Madame. Pour parer à ce désastre, il achète
alors, un bon pri~, la charge de valet de
garde-robe dans la maison de Monsieur ....
Les événements allaient bientôt lui démontrer que s'aviser, en 88, d'un tl'I placement
d'ar,Tent, c'était, ain i que d'ailleur il devait
par la suite le remarquer lui-mème, (t se
faire marchand de poisson aprè · Pâques 1&gt; .
Deux ans s'écoulent encore. 9l arrive
et voit le succès de Marius. Mais la fuite
de Monsieur va lais.er Arnault an « patron » et ce n'est assurément pas, e.n
une épnque aussi troublée, le métier d'auteur qui pourra suffire à nourrir son
homme. Aussi retrouve-t-on, en 1792, le
poète tragique titulaire d"un modeste
emploi dans les servire créé· pour la
fabrication des assignais . Pui , la tragédie
dé ertant le tréteaux pour le pa,·é dts
ru,..s de Pari , prudemment l'ancien "officieux 1&gt; da comte de Provence passe eo •
An;{letl'rre. Il se risque pllurta1,t, au Lout
de quatre mois, à rentrer E'll France. On
l'arrèle à llunker,1ue, on l'emprisonne
comme émigré. .DPjà des vi:.ion~ dt' guiUotine vit&gt;nnenl le hanler d.. n~ son cachot.
Par bonheur, mademoi.ell,.. C1111tal et un
groupe d'amis, Tallien, fiolaud, 1-'ons de
Verdun, Fabre d"Églantine, prenuenl en
mam a cause "?t le sortent d~ Cl' mauvais
pa ·. Arnault taille alors de uouvtau sa
plume de dramaturge. ll émt pour Méhul
uu opéra-comique, Phrosine el !ilelidor,
CUcht Glraudon.
pui~ revient au répertoire tragique avec
LE POÈTE AR~AULT.
o~car, fils de Der,nid. C'e.~L à ce moment
Tableau de F.-,\. V1,-cE. T. 1Musée de Vtrsail/es.)
yu~ se place un voyage du poè•Le à Marseille, où il devait se lier d'amitié avec les
8011aparte, et à la suite duquel on le voit,
!ure de Gil Blas dan la caverne d1·s bri- sous le Directoire, devenir le fa1111lier de Jo égan,Js. liai ·, aui·un co111éJiP11 d., la troupe ne phine et de madame Tallien. Une page de ses
vuulanl fair~ li!{ure de ban.lit Je ;.iranJs Souvenirs montre ~i bien sous :,011 vrai jour
tbtm1i11 ·. 1., pit&gt;~ d'Aruault lui e·L, à l'u11a- - t:œur IPger et tête de linoLte - ec•lle qui,
01w1Lt&gt;, r .. rus,•e C'e,L u11e leçon donl notre
de 11 1lt·mi-ruondaine », comme 011 dirait mainjeune poète ~au,·a faire ·un prol:ii. !lin de se teuaut, allait deyenir impératrice, qu'elle

Fasc. 3o.

16

�111STORJ.Jf
mérite à coup . ùr d'ètre citée intéŒr.1lement.
11 farcbant de uccè en uccès, dit Arnault, Bonaparte avait contraint le roi de ardai!me à demander la paix. La Yictoire lui
a1·ait ou,·ert le porte· de ~lilan. rural, son
premier aid11 de camp, 11ui viol apport •r à
Paris le· lrophét&gt;, de Montenotte. de Dego, dti
Jloado1·i el de Lodi, remit à madame Ilnnapartc un• lettre par laquelle le jeune conquérant la pre ail de ,·enir le rejoindre. Cette
lettre, qu'elle me 6t Yoir, portail, ain. i 11ue
toulP. celle. qu'il lui avait adrer ée d1•pui
son d :part, le caracli•re tle la pa ion la plu'
violente. Jo · 1phine s'aruu ail de ce enliment,
•1ui n'était p;1 c empt de jalou:.ie. Je l'entend en ·ore li~anl un pa age dan lequel,
emulant repous~er de inquiétudes 11ui \i i1,lemenl le tourmentaienl, on mari lui dt. ail : • 'il était uai, pourtant I Crain l •
poirrnard d'Otbello 1 11 je l'entend, dire u·ec
~on accent créole, eo souriant : « ll e.~l drôl.e,
Bonaparte! Il l,'amour c1u'elle in pi rait à un
homme au. i e1traordinaire la flattait 1hidemment, quoiqu'elle prit la cbo.e moin sérieuem •nt &lt;Jue lui; 1:Ue était fio\re dè voir qu'il
l'aimai L pre que autant 1111e la gloire; elle
joui. ait de celte gloire qui chaque jour ·'accroi sait, mai c'est à Pari qu'elle aimait à
en jouir, au milieu de acclama lion· qui retenti ·saieot ·ur .on pa age à chaque nouvelle
de l'armée d' Italie. on cba..,rin fut extrême
quand elle Yil qu'il n'y avait plus moyen de
reculer. Pen anl plu à cc qu 'ell allait 4uit1er qu'à ce qu'elle allait trouver, elle aurait
donné le pala1 préparé à ~itlan pour la recevoir, elleauraildonnétou le· palai' du monde
pour sa. ma'l&gt;On de la rue Chantereine, pour
la petite m.iison qu'ellti 1·enail d'acheter de
Talma. c·e~t du Lu embourg qu'elle partit,
aprè ) avo,r oupé arnc quelque ami au
nombre d •·quel je me trou~ai.... P.iu,•re
femme! elle fondait en larme , elle an.,lolait
comme i Il• allait au upplice : elle allait
régner. •
Après voir vécu dan l'iotimilé de Jo é• phine, Arnault allait être bientol appelé à
vivre dan. celle du mari. A la fin de li96, le
•~néral Lederc emmena notre poète à iJao,
où le beau-frère de ce dernier, fügnaud de
'ainL-Jean-d'Anrrély (qui arait, lui au •Î,
épou é une demoi elle de Bonneuil) rempli . ait le fonction d'admini:·lrateur énéral de '
hôpitaux de l'armée d'llalie. Arnault de\'inl le
commensal du général en chef, qui, l'ayant
apprécié pour son inlellirrenœ ou1erle, lit de
lui le repré~enlanl du Uirectoire pr de la
république de ile Ionienne , avec le rang et
le traitement de cbd de brigade. Prouvant
de réell qualité pl'llli&lt;tue , Arnault or"anisa le goul'ernement et J'admini lraliou de

\·pl-lie , mai n 'élerni ·a pa dan. a nouvelle fonction. a Aprè~ a\'oir, dit-il, donné
dr·s )ni à Corfou, lai~. ant à d'nutr l'honneur de le faire e é ula, j'abdiquai le pou,·oir au~. i béroitJuement c1ue L)cur ue et plu '
prudemment que ancbo. pui~c1ue je n'attendi pa. pour le répudier que l'expérience
m'en eùt démontré tou le inconl'énienl . »
flel'enu d'Italie à son tour, Ronaparlc l,'.
traita comm • un ,, ami de famille », un de
ces intime. de quel. on ne peut e pa: er.
Quand, par ba.ard, il manquait un jour de
e montrrr cbez le premier Con ul, celui-ci
lui di ait : « On ne vous voit plu ! Que devenez-\'OU donc? » et c'était Arnault qu'il
char eait de lui compo. er un entourage de
choix, recru lé dans le mon Je avant el parmi
lé g•ns de lettre . Le poèle, bon enfant, peu
porté j l'emie, incapable d'.lpri&gt; parli pri ,
dut œlte ilualion pécialc d'être, en réalité, pour bon nomlire de i.;c confrère , le
d1 pen ateur pre111ier de ta\'eurs m:itérielles
ou honorifique dont le coml,lerail par la
uitc l'Empereur.
Élant do11né une telle cordialitjl de rapport·, on conçoit qu'à et·lle ami lié du premier
Con ul Arnault ait répondu par l'affection la
plu dévouée, el l'on 'étonue moin qu'au
l Brumaire, avec on beau-frère J\e!!tlaud
de int-Jean-d'Anf(ély, il . e soit fJit _l'un
des complice le plu zélés du. coup d'~tat.
On peul au i lui rendre celle ju lice c1uc,
loin d'abu cr, pour « pou er a fortune»,
de~ relation an•c l'ami &lt;1u'il 1•oyai1 à préent au faite de la puL oœ el de se ruer,
comme tant d'aulre', à la curée des place el
des honneur , il ~ • oil contenté de faire
œu\'re mod • te el ulile comme chef de division à l'ln lructioo publique, où il fut, huil
ann.:-cs durant, le collabora! ·ur de Fourcroy,
tJU·acliYcmcnl il aida dan l'orzaoi alion d
écol centrale CL de hcée .
C• brarn homme u·l, pourtant, e taire
plu d'un ennemi. C' l qu'a,·ec un cœur
excellent, il a,·ait parfoi · mauvai e tèle, et
que, dan ct'rtain arcè' de franchi ·e brutale,
an tenir le moindre compte d~ l'importance
du per onna"' au11uel il 'adrc~sait, il ne fut
pa a\'are de coup de boutoir. La façon dont
il 'attira l'inimitié de Foui.:hé, qu'il a1·ait
touJour· eu en viv • antipathie, montre qudle
pou\'aient êlfè, à l'occa ·ioa, la liberté cl la
,·t• rdeur de. e. ripo·tc . Un jour que le loul
pukant mini tre de la police ~omnolait aprè
. on diner, Arnault entre à l'unpro,·i. te chez
lui et le ré\'eille. • Vou. arri,·ez bien à propo,, dit au poète l'ancien Oratorien; je rèvai que vou étiez ur le point de mourir de
la· corde ou d'une '!alanterie. - Le enre d~
ma mort crait en efftit ,ite réglé, réplique r-

nault du tac au lac, si j' lpou. ai votre maitrP _s ou ,·o princi p . »
En i I i, l'ami de Bonaparte, le dévoUl:
. •nitcur de , apoléon, aÎYant un e1cmple
trop commun, eut on heure de faiblesse. li
alla, prêt à e remettre au ordres de on
ancien a patron », au-d •rnol de Loui XVHI
à Compiègne. lai , p r"onnarre de trop minœ
envergure pour qu·on lui :-ùl ,rre de celle démarche, l'accueil glacial qu'il rencontra n
fut pa de nature à atténuer le remord· de
sa palinodie. Et c'e t une UdêliLê à peine en~
lamée qu'au moment du retour de l'i)
d'Elbe, il offrit de nouveau à Napoléon.
Lorsriue urvinl la chute définitive de l'Ai
gle, la froideur royale devint de la rigueur.
On ne pardonna pa · à Arn ult d'a,oir fait,
pendant les Cent-Jour , partie de la Chamhr
des Repré~entanLs. Pro cril, il se réfugia en
llel11ique. C'e L là qu'il exprima a mélancolie
d'exilé dan· l'élé&lt;1ie qui comm nce par ce
ver :
ne ta Lige déLAchéc,
l'am·re fouille ,t,• ··, Iule,
Où ~•--lu "! - J,• n'en SJI~ rien ....

el qui se termine ain i :
Je vai ou n toute cho,r,
Où va la fouille de rose
Et la reaille de laurier.

lai le frontières de Fraoec ne devaient
pa lui r 'Ler à jamai fermée . D 1819,
on lui permit de rentrer dan oo pays et de
repr •ndre a place à l'Académie, où il avait
élé admi vinrrt ans plu lot.
a combath·ité ne s'e erça plus que dao.
le domaine lilléraire, par un con •rvali me
auqu.PI l'e. or de l',•cole romantique donna
l'occa ion de e ma nife ter, ou forme de
prole' talion · ou de sarca me~. li fit partie de
la peu éùlouL ante pléiade dont l'a lre de
première randeur était un Baour-Lormian,
et qui pré eula au roi Ch:irle X une requêt
à l'elftl de fermer le Théàtrt:-Françai à Ioule
pièce entachée de romanti~me. li , ·a . ocia
enfin à l'indignation d'un Lemercier, qui
s'écriait, dan un alexandrin moin cruel qn ·
comique:

Cuo, ET

(OC108llP.

JEA

r:-gJ). -

rtkht! A. DIO&lt;lr.

Ta/o~;JU J~ Jur~ GIRAROET.

PO JOULAT

.,..

La seconde Marie-Antoinette

Açec impumti: il'. llu,?O r,ml Jes vtnl

Quant à lui, Arnault, e lai. anl doucement vieillir, il lit tranquillement ses p tile
{abl . Pui , par un jour d'été, en J851,
pendant que a fille lui jouait au piano un air
d'antrefoi qu'il aimait, il 'allongea dao
son fauteuil, pencha la tête èD un lent dodelinement, comme un homme 11ui 'endort, et
'en alla, ourianl el apai é, an même une
rrisµation de ou Ifrance ....
FO TE, ILLE

... 2.p ...

l)ÉROUTE l&gt;E

Yer la lin de 1ï\13, en pleine Terreur, à corpore parwi le~ ~arde. de la porte qui , uplui délivra le comité r :volutionnaire de la
un• lieue de la FI '·cbe, ur la limite de cc
pléaient l'i doul,laienl, pour ainsi dire, le
Flèche.
pr1nince de l'Ouf'_l .ilor à feu et à ana, un
ardc du corp .
Pour obtenir celle protection, \larcilly nt'
hàteau, seul peut-être du département, le
Le fonction da mari étaient trop m0&lt;le l("
'était li Hé à aucune de ces làchelé féroce
château dl' )larcilly, u'a1ait pas été dé-crié pour ,aloir à la femme un rao" di.tingué à
par on maitre, lequel, ~ou la ~auni ..ard • de Yer~aillc . l'ourlant, l'e~pèce d'adoration par le ·quelle , à celle époque, 1 · poltron e
l'afii&gt;ction de
compatriote., y menait. à voUt:e par Éléonore au . ou,·enir de larie- rendaient plu redoutable que le m 1cbanl!.
pèu de cbo·e pr\s, la 1ie impie et pai iblc Antoineltc donne à penser qu'elle en r&lt;'çut, D•ux roplistc , errant et furritif:;, étant
,·enu demander a ile dan on château, il 1
d ,, a ntil ·hommc campa"nard~ d'autrefoi .
à celle époque, de martJuc · de hil•nrcillance. accu illit au péril de sa propre vie.
Le chàt1·lain i prhilégié . e nommait Loui Au licenciement de la mai~n du roi, le
Dans le dernier jour· de novembre t 703,
\liche! Giroult de llarciUy. Quelque années
farci Ur rtitournèrent dan · leur province; per- riuaod l'armée royale occupa la Flè,·he, pluaupam·ant, en iï 1, à peine àgé de îingtoune ne le~ I inquiéta. La popularité du
cinq an , il nait épou é une Ioule jeune lille mari était i !!l'ande que, loin de le I nir ·ieur de. chef se rendir 'nt auprè de l. de
fürcilly cl in i tèrent pour qu'il se joignit à
d'u.ne beauté remarquable : Éléonore de Couw pect comme ayant eni à la Cour. les
eux. li commença par refuser, ne pouvant se
drcaux. Celle-ci, bientôt las e de la monotone
patriotes de la Flè, be le nommèrent officier décider à lai · er eul , an défen eur, sa
'i d~ campagne et dé! irant connaitre la cour,
de la garde na li on ale. Il en exerça le foot&gt; mère et a femme, mais celle dernière interamit obt ou d,, on mari qu'il ach '•terait une
Lion jus11u'en ii92, pui , quand le régime \iot. L'exécution de la reine ( uneooe .ix
char e dan la mai ou du roi. Loui de llard
· la Terreur commen , il se retira dan
._ mai.ne:; auparavant) avait frappé au cœur
cill~, ricb , mai de petite noble se, dut e
ses
terres où il pul demeurer relati vemenl eo Eléonore. Exa pérée contre la Révolution,
nteoter d'un emploi ccoodaire. Il fut insécurité, nràce à un certificat de ciYi me que humiliée de voir on mari éparé du. parti de

�111STO'l{1A
la noblei se, la.se de vhTc oiSJve el olitaire
reclui:e dan on chàteau, elle voulait suivre
l'armée comme le faisaient ces grande dame.
vendéenne qui avaient déjà leur légt&gt;nde.
EHc obtint donc de Marcilly qu'il parL1raiL el
que ce serait avec elle. i nrandes étaient es
illu ions sur les dangers de la campa ane,
qu'elle l'mmena, pour la ervir en route, une
fillette de quinze ans, [◄' rançoi e Guarodé,
orph~line que la douairihe de Marcilly faisait
élever par charité.
Le cbet ruyafütes offrirent galamment à
la jeune femme un carrosse pour la durée de
l'expéJiLion; c'était, vu les circonstanre ,
autant d'é.rard que pour une prince se. La
beauté, lajt'unessc, l'entbousia me d'Éléonore
les charmaient; ils la surnommèrent alors
« Marie-Antoinette », peut-être à cause d'une
vague re · emblance avec la reine, peut-ètre
seulemt'nl par allu ion à son dévouement
fanati11ue pour la m(moire de celle-ci.
Pendant douze jours, à partir du Ier décemhre i i93, à A.ngèrS, au Mans, à Ancenis,
à ,ort, 1 ~ MJrcilly suivireut l'armée royale
à trav1r une . érie de défaite dont elle ne
devait jam~i · se relever. La guerre de Vendée,
après ce · dernil'r comhals, fuL une gm rre
de dé e. péré~. Toute perspective de victoire
finale arn1t disparu.
Il de"erwil imµossible pour M. de Marcilly
de lrdÎllt'r a Jeune femme à la suite des
'bamh·s en di:route qui, affolée. , repas aient
la Loire, alia11dunnant les hies és et ne recon11ai ~ml plu les cbefc. liai ·, retourner
en arrière était irupossil,le. Les troupe républi1·ai11es 1·er11aie11l li,s environs, refoulant ur
1 ante les Jébri de l'armée rebelle : « ui« vanl le orJre ' que vou m'a,ez do11nés,
c1 écrivait \\'e t...rmitnn à la Coment,on, j'ai
« é1·ra é 1, e11f..tnls sous lt:s pieds dt&gt; che• v;rnx, nia, acré les femmes, 11ui, au moin
« celles-là, 11'eufan1ru·o11t pas des brigand .
11 Je 11'ai pa un pr1 onuier à me r,•procher,
« h:~ r1111Lt·s ~onl emécs de cadaues. Un
cr fu,ille ·,111s cesse, car, à chairue instant, il
n arrive des br,;...ranJ. qui prélt!uJent se
&lt;&lt; r.-11dre pri,111111ier , mais la pitié o·e~t pas
11 rrvoluli1111rn1ire. 11
E11 clM. p,,ur al'hevt'r de semer le Jésordre
parmi le:. v ,mcu,, de ' agents de Carrier
foi ait'11l traitrt'u~emeut courir le bruit d ·uue
anuu~he pro111i~e à tou eeu1 de · rebelles
qui \ie11Jra,cnl faire l,·ur soumLsion.
M,,rcill e fia imprudemment à cette rumeur. Tout aut.1 e mo)en de salut ne semblai1-1I ~a . d'aill1·ur., presque au i dangereux ttu•· cdui-1 .. 7 Eu1111enaut donc avt'c lui
a Jeu11e Ct:wme el la petite uirnute Françoise, il ~e J1riw a \er anlt' , espéraut 4ue
le Cornilé ri:\1Jluti11uuaire de Ct!tle ville lui
tiendr.. il co111µ1e de e an1écédents et du cerutical dl' l'i\~ uw que lui avaient délivré aulrdoi~ 1,. p.,trwtes de la Flèche. Sans doule,
à l'lit&gt;ure 11ù il e rattachait à ce dernier e·poir. ll(1HJ1·ai1-iJ ce qu'ét.ait la situation de
aul~~ ,011:. lt&lt; vrocuusulat de Carrier.
~a11lt'S pl1111g~ dau le aog. jonchée de
cad,,\'le~, liv,tie au ruai- acre, à la pe..'.'le el à
la fa.ruiu e, riait le dernit:r cerde daus l'enfer

de la THreur. La commi--~ion militaire, en
seize srancc • prononça dix-neuf Cl'nt oixanteneuI condarunation' à mort, et le procon ul,
trouvant encore les formes juridiques trop
lentes, eut recour à de exécution ' sans
ju1tement. En deux fournée , on guillotina
airu i cinquante-trois pcr onne ·, parmi le quelles deux enîant de treize an dout la tète
ne dépas aut qu'à moitié la planche de la
"Uillotine fut mutilée par le coupt'rel. Le
bourreau en mourut d'horreur.
Carrier chercha un mode d'exécution moin
public et plu rapide que la guillotine et le ·
Cu illades. ri fallait dêsencombrt'r le pri on ,
ix mille per onoes pourris aient dan · l'ordure et, comme on n'rnlevait pa les corp
de ceux qui mouraient, une épidémie de
typhus 'était déclarée. D"ailleur la famine
évi sait; autant de gen supprimé , autant
de bouches de moin à nourrir.
L'expédient cherché fut ugaéré au proconul par unt orle de maurni génie ou de
traitre do mélodrame, .Jean-Jar4ues GonLin,
créole de aint-Domin!!Uo, lequel, ayant joué
au "enlilhomme sous l"ancien rilgime, a)anl,
au courant d'une explication un peu vive,
frappé son père à coup de bàro11, ayant péroré dans le café· au déhut de la Révolution,
ayanl, lor de Ja première atla.qut des endéens contre antes, refusé de prendre les
armes sous préteite d'une malarlie neneuse,
\·emiit finalement d'ètre élu président de la
ociété populaire dont le pouvoir à ante
était si graud que le procon ul avait lenu à
honneur d'en faire partie.
Goulin parla « d'un navire où l'on ferait
embarquer les prisonnier lJ; Carrier comprit
à demi-mot. i le créole, toujours prudent,
ne e chargea pa de diriger le expéditions,
il fournit des hommes pour les exécuter :
U11 las d • gens perdus do

th':llcs cl

de cri mes

a ociés sou le nom de compagnit Maral.
Ces bourreaux amateurs s'adjoignirent
comme aides une liande de nè1tres, venus en
France à l'appel de Fournier l'Améri,.ain, et
tout échauDës encore des ma · acres de ainlDomin!!lle. Le a a in · trouvés, il leur fallaiL un chef; l"bomme qui assuma celle terrible re~ponsabilité e nommait Guilfaume
Lamberty. ~é aux environ de I antes, à
Poutchàteau, il avait dans sa première jeune e exercé la prolrssion de carro sier. A
l'époque de la Révolution (il était alors âgé
d'une tri:ntaine d'année ) il pril, comme
pre que tou les ouniers de la ville, le parti
de Bleu~, qui l'emplo1èrent en qualilé d'e pion.
Connaissant à îond le pay , qu'il avait souvent parcouru autrefui ' quand il allait de
château en château pour réparer des car•
ro es, il était à mème de guider Jes troupes
républicaines à Lraver les chemins creu
bordés de baies de la campa!!lle vendéenne.
Parfois auslli il avait l'audace de s'aventurer
seul ju:.que dans le camp de Charette; fait
pri onnier au cours d'une de ce dangereu e
expéditions, il s'évada et revint à Nantes où
il e trouvait en juin i 793 lor de l'auaque

simultanée de celle ville par le armées de
Charette et de Cathelineau. On ail que le
plan des chefs roialbte échoua par la rési tance inattendue de 'ort, bourgade ituée
devant , ante , en sentinelle, au bord du
fleure, et qui, défendue par cinq cents ·antais, tint huit heures contre dix. mille Vendéen.
Parmi les cinq cenl défenseurs de ort,
trente eulement survécurenl. Guillaume
L:imberty était du nombre; il avait comhallu
comme un héro de l' lliade. On citait de lui
dt&gt;s proues es de légende; on di ail qu'à lui
seul il avait, sur un des ponls de Nort, tenu
deux cent royali te en échec.
Quelques mois plus tard, Carrier, à son
arrirée à Nantes, e prit pour le héro populaire d'un enthou ia me d'autant plu· vif que
le procoo. ul lui-même était rarement brare
et parfoi tout à rail poltron. A la bataille de
Cholet il était descendu de rbeval pour e cacher; le grand abre qu'il portaii à on côté,
dont il menaçait à tout propos es inLPrlocuteurs (:l qu'il brandi ait à la tribune de la
Société populaire, ne lui senait guère qu'à
moucher les chandelle , ainsi que le rapporta
un témoin au cour de ~on procè".
li donna d"emblée à Lamberty le commandement de l'artillerie de la ville el le !!rade
de général. La présence auprè de lui d'un
homme au i brave lui ,emblait devoir as uror . a propre sé urité et, comme il aimait à
jouer au souverain, il fit du nou1,eau général
son aide de camp favori, uoo orle de premier mini tre pour lequel il n.. cachait pas
a prilférence ;1 la petite cour formée autour
de lui par les « lfarats » et 11-s memlires de
la ociété populaire : « Vous ète de bon
b .... , mais vou ne \·alez pas Lamllerly, 11
leur disait-il som·ent dans :,on langage fami•
lier.
Les puissants élèvent ou abais enL leur
faroris suivant leur propre nin•au. Dieu sait
ce que NJpoléon aurait fait &lt;l un bumme
comme Lawberty, Carrier 1'11 lit un a ·sassin.
Il l'a ocia d'abord à es débauche , t·n uite
à ses crimes. Le proconsul, dans le somptueux bote! dont il avait fait a résidence,
menait, ainsi que es courtisan, , une vie de
satrape auprè Je laqut•lle les Ji tractions de
Lom XV au parc au Cerfs po11vaieul pas er
pour une églogue de Florian. Outre e" deus
mai1r e en litre, la 'ormand t'L la Caron,
qui, s't-nricbi santde prévanca11on:a, t:t,ùt.1ieul
plu cher aux 1'antais que la IJu.harry n'avait
coùté aux Pari iens, il - 'était en Louré de
femmes do mau,,ai~e ,ie. Tuul ce monde festoyait gaiement au milieu de la ville aUamée,
au bruit des fu illades.
Lamb~rly n'ayant connu, ju 4u'à la force
de l'àge, que la dure vie des artisans, était
déJà gri é plll' sa rapide fortuue; les plai,ir
au111 uels il se jeta avec to11Le la violence de
sa ualure ardente achevèrent d~ lui faire
perdre Lout équilibre moral.
a Lamberty, a écrit un de es contemporain 1 , a montré de la bra\'oure, mais e·
mœur · 0111 élé dissolues. Il est d1:ve11u un
1. Rapport de Chao-x,

'-------------------homme de sana; il s'est livré aux oraies les
plu crapuleuse , aux dis -olution le plu
méprisa hie . »
C'e ·t au sortir d'une de ce· orrries que
d~n la nuit du 15 au i 6 novembre, la pre~
mtère noyade fut exécutée sous les orJres de
Lam1&gt;&lt;:rty et de Robert Fouquet, un ancien
lonnel!er, dont l'adjudant général avait fait
,on aide de camp el qui lui était tout dévoué.
l:e Yi~·lime de œ premier assas inat collecltf étaient quaLre-viogt-dix prêtre détenu
a_u Bouffay: _l~ur mort fut annoncée par Carrier au. mm1slre· dans une lellre dont la
Convention acdama la lecture. Le lendemain
dr. ~elle exécution, Carrier réunit à souper a
peute cour à bord de la aliote d'où a,·aienl
été_pr~ipitées le victime . Le proconsul ne
lar.•_s ait pas d'~loges à, l'égard de Lamberty
c1u 11 embra smt en l appelant le meilleur
d~ rév?lt,tionn~ire~, et, en témoignage de
r.econna1s ance, il lui fil présent de la ga1,_ote. Ivre.. e1altés par le. éloges, le as asm .et l •ur c·hef e livrèrent à d'ignobles van~ard' ~ rncontanl comment ils avaient achevé
a coup de abre le malheureux qui tentaient
de o sauver à la narre. Le souper e termina
par des chants patriotiques.
' Dès lors, (es nuits de noyades se succèdent
a de court" rnterYalle : noyade de prètre
noyade do pri onniers de guerre, noyade di~
d_r . uspe~I~ comprenant cent cinquante-cinq
VJi:Umes ltree au hasard pêle-mêle de la prison du Bo~ffay, noyade de quatre-viogt-trui.
fill~ publiques. C'était une idée fixe chez
Carrier de purger le sol républicain de ces
~alheureu ~. re tes impur de l'ancien régime.

LA

SECONDE MA~lE-ANT01N'ETTE - - ,

et qui dre sait los listes de victime , ayant le
talent de se dis imuler toujours au moment
suprême. li y eut pourtant de · occa ions oi1
il fut forcé de mettre la main à la beso11ne :
au 20 frimaire, par exemple, pour 0cctto
norade de su"pecls que, dan un moment
d'horreur subite, de remords sans lendemain,
L~mberty refusa do commandèr : « Pourquoi
fa1 -tu des difficulté ? n dit brutalement Goulin, voyant que es in tances et celles des
Marats re taienl inutiles. « Est-ee que ce
n'esl pas toujours toi qui es charué de ces
alTaires-là'l » L'adjudant général :'oL tina
dans son r~fo ; il fallut agir sans lui. lais,
dans la nuit même, quand le noyeur revinrent de leur expédition, il s'attabla avec eux
chez Carrier el l'h•re se di ipa bientôt se
velléité de repentir.
_Cependant, si endurci qu'il fût dès lors, le
m1sérable fut encore capable d'un sentiment
généreux; il respecta la rési tance d'une pau\·re fille, Aaathe Gingrou, femme de chambre
de \~me de Le cure. Agathe, arrêtée après le
défaites de. Vendéens, avait d'abord été conduite à la pri on de l'Enlrepôt et en u.ite à
~rd de la galiote à soupape. Lamber!)',
la ·ant trouvée à on oût lui offrit la vie
sauve moyennant condition.
li lui arrivait :;om·ent de sauver :rin i de
joLies femmes; ce en quoi il se montrait
moins féroce que les Milrats et que les noirs
de Fournier, le quels violentaient d'aliord le
pri onnière et les noyaient ou les fu illaient
en uite.
Agathe, pour toute réponse, courut à la
ou pape et voulut e jeter d'clle-mème à l'eau
Ce trait de coura 0 e toucha Lamberty :
·

Pui , le sy tème se développant davanta"'e,
on, noya :" ma se, sans y reaarder de trop
pre '. hmt cent, victimes d'un seul coup
parUIJ le quelles e trouvaient, mêlé au re _
tant de_s hordes vendéennes, des condamné ·
d~ d~oil ~mmun, un pauvre diable accu é
d avoir vole un pantalon et deux autre arrêtés pour ivrognerie.
_L~ \'Îlle d~gorgeait ain i dan le fleuve des
milliers de victimes, des noble • des gens du
peuple, des prètres, de jeunes fille ' des voleur , de enfant., de filles publiques. le
fleuve le re,·omi sait sur la ville. Le l~na
de her~I' ven_aient 'échouer de c.,davre~
aux mams ?1utilé~s p~r les coup de abre,
paunes m:nns qu1 avaient tenté vainement de
e raccr0t:ber aux parois de galiotes. Le
m~rts se von aèrent; la peste 'exhala de la
Loire; un arrêté interdit de boire l'eau du
fleuve et ~c manaer de ses poi ons, mais on
~e pou~a1L défendre de respirer et Ja corruption éta.J.~ dans l'atmosphère.
JEAN-BAPTISTE CARRIER .
On ,01r, chez Carrier, Lamberty répétait
D'apr~s ,~ dessin de BELLIARD.
co~me ob édé d'une idée .fixe : « Deux mi!J;
b_utt ':6°1_ ... cela fait deux mille huit cents ... u
n lemoin demanda de explication . cc Tu
- Tu o une brave fille, dit-il· je le saun\fmp~ends pa , Ûl Carrier en riant : deux verai quand même.
'
m1 _e bu1l _cents de ·ceodu au food de la baignoire naltonale f »
1: C'est p•~ erreur que Michelet a écril : c 11 la mena
drn1l t he~ lu i l La. chose était impo sible, au moiJJS
La~?erty était le chef apparent de ce
po~r ~~e bonne ra1wn : chei LamberLy . e trouex_péd1l.Jon , Goulin, qui les a\·ait conseillées Vi l~ deJa une aul re Vendéenne au,·ée par lui, une
maitresse de La Trémoille, laquellcl s'était montrée

Et il la fit cacher à 1 antes, chez la femme
d'un de ses lieulenanls.
C'e t quelques jours aprè cet épisode quo
le~ farcilly, toujours accompa11:nés do Françoise, furPnl arrêtés au sortir du bourg de
Carquefou, tout près de Nantes, où il se rendaient dans 1a croyance d'une amni~lie. Conduits en pré ence du général Lamhrr1y, tou
trois furent sur· son ordre écroués à la pri on
de l'Enlrepot.
Tout conspira pour allirer sur Éléonore
l'attention de l'adjudant général; quand il
n'aurait pas été frappé à prt&gt;mière vue de la
l1oaulé de la prisonnière, il aurait eu l'ima"ination montée par les récils dont la jeune
femme élait l'objt:L.
Ce urnom de Marie-Antoinelle. que ,a
dévolion pour la reine lui avait fair donner
parmi les royali te , urnom répété de ville
en ville à on pa age et parvenu à la connaissance des comités révolutionnaires; les éaards
que lui avaient témoignés le chd:; vendéen ,
le détail même du ca.rro se mis par eux à sa
disposition, tout cela per-uada aux patriote
de Nantes que Mme de Marcilly était une aristocrate de Lrè· haut rang, une de ces fameu e
briaaodes que la Jéaende rrprésentait dirigeant l'insurrection vendérnne.
. L'idée de ces grandeur: ajouta à l'imprc s10_n que 1~ v~e de ~Lne de Marcilly avait produite ur I adjudant général. Il voulut la revoir
e~ charn-ea on aide de camp, Rol:wrt Fouquet,
daller la chercher à l'Entrepôl el de la lui
amener dans une petite mai ·on qu'il s'était
amilnagée à Nantes 1 •
Êléoaore comprit-elle par qui•lle honteuse
cltclmence elle était seule extraite dn charnier
de l'Enlrepôt après quelques jours do détention el cooduit.e dan une mai,on inconnue?
Impossible de le savoir; pa une pen ée, pa
une parole d'elle ne sub. i te, pa une de ce
li_gnes qui, retrouvées dans le lias es pous1.ér~u~s des documents, re. suscilt!nl pour
am51 dire une âme après des siècles d'en eveli semenl et d'oubli.
Après a sorLie de rEntrepôt, Mme de farcilly pas e dans celle trai:!édie dont elle est
l'héroïne comme l'Alcesle d'Euripide revenue
du éjour des morts, triste, ~ilenciense et
glacée.
. ~~ ne peut lui reprocher de n'avoir pa
1m1le ces co°:ageuses Vendéennes qui préférèrent mourir que de racheter leur ,·io au
prix de leur honneur : Victoire de Jourdain
celle enfant de seize an dont la mort ublim;
a été racontée par tou les historiens de la
Terreur à ante' l, ou cette autre j .. une fille
que, .~or le ~~nt de la. galiote, ~•ouquet avait
en va.10 upphee à genoux de se laisser sauver.
. Celles-là ne acrifiaieot que leur propre
VIC.

Éléonore n'eut pas a ez d'héroïsme pour
sacrifier l s deux ètre c1u'elle avait enlrainéi;
dans sa perte. Elle accepta l'ignominie de devenir la favorite du lieutenant de Carrier, de
moin~ farou che qu'Al!nthc il l'ilgard «le son sauveur.
'.!. llrmuin&lt;tle la llod ~jaquekù, : c Tumbée sur
ua ~ oacca11 . de_cadavres qui emp1•che gur le neuve
ne so11 _un a~1\e a ~a pudeur, elle s'écria : , Je n'ai pas
•
1. d eau, aidez-moi 1 •

�H1ST0~111----------------------•
l'exécuteur des noyades. Moyennant celle rançon, qu'elle paya de sa pt\rsonne, Lamberly
alla chercher lui-mème à !'Entrepôt el amena
près d'elle la pelite Françoise. Quant à Louis
de Marcilly, il fut laissé en prison au lieu
d'être, e-0mme les autres transfuges de l'armée Ye11déenoe, envoyé deYant la terrible
commission militaire, c'est-à-dire fusillé immédiatement.
Sans doute, il n'aurait pas été impossiLle
à l'adjudant génér:il de le faire évader; mais
celui-ci préféra le garder comme otage, ne se
fiant qu'à demi à l'apparente résignation de
, a capti,e.
Entre ce P}rrhus terroriste et son Andro•
maque, c'est le mari qui jouait le rôle d'AsLyanax.
D'ailleur~, sur tous les autres points, Lamberty était soumis aux désirs d'Éléonore; son
caprice pour elle avait fait place à une violente passi m; non seulement, pour lui plaire,
il avait délivré Fr·ançoise Guarodé, mais il
défün d';,1utn:s royalistes prisonniers el laissa
Mme de Marcilly libre de communiquer aver,
eux. C'était pour !ni-même le risque d'un
coup de couteau, si l'un de ces proscrits,
ayant à venger des parents ou des amis engloutis dans la Loire, eût, dans un recoin
sombre de la maison, guetté la visite du lieutenant de Carr,er.
oit pour se e-0oformel' à une demande de
Mme de Marcilly, soit que les sentiments qu'il
éprouvait pour elle eussent rouvert son cœur
à la pi lié, Lambert y Lenla à celle époque,
avec l'aide de son in éparable f ouquet, l'en)è\·ement en masse d'un ccrt~in nombre de
prisonnières, parmi lesquelles plusieurs
étaient enceintes; mais, pour la première
fois, le favori du tout-puissant proconsul rencontra de la part des autorités de Nantes une
résistance à laquelle il n'était pas habitué.
David Vaujois, accusateur public près le tribunal révolutionnaire, prévenu des fréquentes
ex.tractions de détenu opérées par l'adjudant
général dans les diverses prisons de Nantes,
y avait apposté des gens à lui ; on courut le
prévenir de l'entreprise de Lamherty. li arriva comme par hasard et déclara qu'il ne
laisserait pas emmener les captives. Une
scène violente se produisit; cependant Vaujois tint bon et Lamberty, après l'avoir vainement menacé de le faire guillotiner ou de le
sabrer de sa main, dut se retirer sans exécuter son projet.
C'était un signe des Lemps qu'une semblai.ile rési ·tance chez un membre de cette
magistrature tellement asservie au proconsul
el à ses créatures. Vaujoi~ n'aurait pas monlrJ tant de fel'meté s'il ue s'était enli soutenu par la municipalité et la Société populaire, lesquelles commençaient à se lasser du
despotisme et de l'arrogance de Carrier et de
son aide de camp.
Plusieurs fois déjà des connils s'étaient
produits, mais il était vi ible que les choses
s'envenimaient. Tout avertissait Lamberty de
se tenir sur ses gardes, de ne pas donner
prise sur lui. Si le prüconsul, succombant à
l'hostilité de la Société populaire, ne pouvait

plus lui servir d'appui, le fait d'avoir sous- chez lui en lui faisant promellre de rernoir
trait de royalistes au (l glaive de la loi 1&gt; le voir le lendemain.
~lare-Antoine, on le comprend facilement,
était de nature à mener un homme à l'échafaud, surtout quand parmi ces royalistes se se soucia peu d'une seconde enlrevue et détrouvait une brigande célèbre, celle que deux campa dans la nuit. Carrier, devinant ce que
comités révolutionnaire arnient flétrie du lui présageait ce brusque départ, entra dans
nom de « seconde Marie-Antoinette &gt;&gt;. Une des convulsions de rage. Rage inutile, le sort
telle faiblesse était bien autrement criminelle élait accompli; dès sa premii&gt;re étape, le petit
que la noyade de deux mille huit cents per- Jullien avait écrit à son cher 71apa et à son
sonnes ' an jugement; Lambcrty, à vrai dire, bon ami fiobespirrre pour raconter les périls
pouvait encore réparer s1 faute en renvoyant courus par lui à Nantes cl llétrir les débaula brigande dans sa pris,in, mais au lieu de ches dè Carrier, qu'il Mpeignit &lt;1 vivant
prendre ce parti prudent il attendit le danger, comme un satrape entouré d'insolentes sultanes et d' épa11/eliers lui .~e1'1'anl d'eunula i;riffe sur sa proie.
Le danger parut bientôt à l'horizon sous ques ... les 1•1·ais patriotes sont conslernis,
les traits d'un agent secret de Robespierre; ajoutait-il, tandis que les aide.~ de camp de
agent que le dictateur en,·oyait de départe- Carrie1-, fiers de lelfrs uni(ormes chamarré
ment en département, sous prétexte d'une d'o1·, éclabous. ent en passant dans leurs voiiospeclion d'instruction public1ue, et dont la tu1·es les sans-culottes à pierl. » •
mission véritable était d'adresser à Paris des
Quelle étrange oblitéra lion de sentiment!
rapport sur les agissemenls des proe-0osuls. Au sortir de l'immense charnier qu'était Nanflobespierre, avec l'insolence que donne le tes avec s,in odeur de cadavres et les gémispouvoir absolu(. urtout quand il esl usurpé), sements de ses mourants, ne trouver d'acavait confié ce droit de censure envers les cents attendris que pour compalir à l'humireprésenlants du peuple à un baml,in de dix- liation des sans-culottes à pied, regardant
neuf ans, ~lare-Antoine Jullien, fil du con- passer les aides de camp de Carrier en voiventionnel Jullien (de la Drôme). Le jeune lure!
Td était le crédit du rramin que Robeshomme, déjà secrètement en rapport a\'eC la
Société populaire, arriva 11 Nantes à l'insu de pierre, au reçu de sa lettre, rappela imméCarrier et oommenç:i sans bruit son enquêle. diatement Carrier, sans autres explications
Les massacres, noyades ou fusillades ~ans ju- préalal,les. Ici les dates ont leur éloquence.
Alarc-Aotoine s'est enfui de Nantes dans la
gement ne furent pas ce qui le loucha.
Lui-même avait écrit je ne ~ais où : (l La nuit du i5 au 14 pluviôse (du i•• au 2 féliberté ne veut se reposer que sur un lit de vrirr); sa l~ttre à fiobespierre est datée de
cadavres. » Mais Carrier vivait dans le lux.e, Tours, le 16 pluviôse, et le rappel de Carrier
dans la débauche; il avait des maîtresses, des ainsi que son remplacement par Prieur (de
aides de camp au:t uniformes galonnés : voilà la Marne) furent décidés le 20 du même mois .
Si promptes que fussent ces décisions, les
de 'JUOi scandaliser péniblement un disciple
de l'austère Maximilien, surtout un disciple à événements à Nantes les devancèrent. Au lenl'àge des illusions, croyant encore aux vertus demain du départ de Jullien, la Société populaire, süre désormais que ses griefs seraient
républicaines.
Le jeune homme allait repartir, indigné appuyés auprès de Robespierre, avait envoyé
des révélations que lui avaient faites les pa- deux délégués à Paris pour dénoncer à la
triotes de la Société populaire, quand un soir, Comention la tyrannie el les débordements
fort tard, au sortir de celte société, il fut ar- du proconsul. Celle nouvelle, coïncidant avec
rêté et conduit devant le proconsul. Celui-ci, l'affaire de Jullien, jeta la panique parmi les
informé par ses espions du vrai but de la compagnons de Lamberty. Ces bandits, noyeurs
mission de Marc-Antoine, tenta d'abord de el égorgeurs, avaient de l'affection pour leur
l'intimider par de menaces : « C'est donc chef; ils le virent perdu par la disgrâce du
toi, petit b..... , qui veux me dénoncer. Mais proconsul et voulurent le sauver à leur maje te tiens, tu ne m'échapperas pas et je ne nière, malgré lui s'il le fallait. Ils comprirent
me donnerai pas la peine de t'envoyer à la d'où viendrait le péril. Les victimes jetées à
guilloline; au besoin, je serai moi-mème Loo la Loire comptaient peu; le comité révolutionnaire, les ayant pour ainsi dire poussées
bourreau. ,&gt;
Le petit Jullien se raidit contre sa frayeur dans les galiotes, ne pouvait prétendre les
et riposta qu'on ne se défaisait pas du fils venger. C'était des victimes épargnées qu'il
d'un conveotionnel comme d'un simple pay- ~erail demandé compté. Donc, il fallait les
san vendéen : « Tu peux. me faire mourir la sacrifier au plus lot, afin d'anéantir avec elles
nuit dans les ténèbres (sic), mai ma mort les preuves du crime d'indulgence. Une batne restera pas impunie comme celle de tes tue fut organisée pour retrouver les malheuautres victimes. Mon père est député, je suis reux sauvés par l'adjudant général el presque
l'ami de Robespierre; au ,ein de la Conven- tous cachés dans 'antes.
Pierre Robin, un des Marats, voulut ain i
tion, ils te demanderont comple de mon sang
et tu périras toi-même comme un vil assas- poignarder Agathe Gingrou dont il s'était fait
indiquer la retraite. La pauvre fille le supplia
sin .... o
Carrier eut peur, el balbutia des excuses de lui lais er la vie. Il ne l'eûl sans doute pas
stupides : il y avait erreur de nom; ce n'était ée-0utée à bord de la galiote, entouré d'autres
pas à ce Jullien-là qu'il en voulait, mais à un assassins; mais, hors de l'engrenage de la
autre. Finalement il renvr,ya le jeune homme collectivité, ce tout jeune homme ( Robin avait

�111ST0~1A--------'-----------------vingt :ms à peine) fut acces ible à un scnlimenl humain. li éparrna Agathe el lui procu.ra un autre a. ile riue œlui où elle avait éLé
découverte.
Agathe n'était qu'une compare: la femme
fatale, celle pour qui Lamberll' ris,~uail l'échafaud, c'était la seconde füric--Anloinelle. Les
Marat la firent arrèlcr le 23 pluviôse, dan
celle mai on mystér1eu e où Lambert l'arait
tenue cachée pcndaulquaranle jour. L_a malheureuse, en rentrant à l'Enlrepôt, ne subit
pas la boule d'y revoir son mari. Marc1lly,
compris dan· l'hécatombe r1uc les amis de
Lamberty immolaient pour j ustiOer leur chef
du reproche d'indulgence, avait élé jurré le
22 pluvio. e par la commi sion militaire el
fusillé le 23 au malin.
li semble qu'il ait ignoré en mourant par
quelle faveur iofàme, au lieu d'être. comme
tant d'autres prisonniers, enVO)'é aussitôt arrèlé devant le peloton d'exécution, il avait. vu
on procès différé pendant ix emaine . Au
cours de on inlcrrogaloire, les juges, auiquels }P. mol d·ordre était donné de ne rien
dire qui pill comprometlre Lamberly, évilèrcnl toute allu ion à la femme de l'accu é.
Peut-être ce dcruier crut-il t1u'elle avait péri
avant lui.
Franc;ois Guarodé, arrêtée eo mème temp
que a matir,· se, (ul, apr~s a\'Oir été interrogée, renvo~ée en prison ju r1u'à plu ample
informé. C'était une formule d'indu! 't&gt;llce
relalive qui p"rmellail aux accustls d'ê1re
oubliés sou le verrous. Françoise dut cette
farnur à ce qu'elle prétendit n'a"oir uivi
l'armée royale tiue c•mlrainLe par le . larcilly; sy Lème de défense rendu vrais~mblable par on extrème jeune e et sa position
ubaltern,•.
En envoyant \Jme de Marcilly occuper à
l'Entrepol le rrrJbat laLsé vide par la morl
de son mari, les compagnon de Lamberty
'imaginaient le au ver; ils ne firent qu'assurer sa perte. La Jureur où le jeta le rapt
tl' Éléonore lui fil oublier le oin de sa con ervation per onnelle.
a puis ance était brisée : la nou\·elle du
rappel de Carrier venait d'arriver à ante .
Le temp n'était plus où le prisons s'ouvraient selon le bon plaisir de l'adjudant général. Carrier, auquel il s'aclres a, ne put
rien faire pour lui que d'exalter eucore sa
colère par des paroles frénétique., allant ju riu'à lui conseiller d'incendier antes; conseil
que, dan on délire, Lamberty emble avoir
réellement ongé à uivre. a dernière espérance était de fomenter un soulèvement populaire : « Il ne faut pas s'étonner. di ait-il,
' Î après cela on s'égorge le un~ les autres! n
Le misérable, en comptant ur l'appui du
peuple dont il se rappelait avoir été l'idole
lors de la dérense de 1' antes, ne comprenait
pa à quel poinl ses crimes récent avaient
effacé les glorieux: souvenirs d'antrefois. li
n'était plu le héro de i'orl; il était 1homme
des noyades, le pourvoyeur de la Loire.
Pris enlre l'aaimo ité des comités révolutionnaires et la vindicte publique, sa ule
chance de aJut étaiL de quit ter la nlle dans
0

le sillage de l'ex-proconsul. En clîet. le rappel de celai-ci n'était qu' une dt'm.i-di. gràce,
Barrère le mandait à Paris dan des termPs
amicaux: c1 Vien pr ·ndre au t•in de la Con,,cntion, parmi tes collè)!ues qui eront heureux de te re\"oir, un repos mérité par te
lra,·aux multiple . &gt;)
On peu de rt'pO était en ,·érité nére~ aire
à un homme qui \'en1~ de raire ma sacrt•r
neu[ mille per onnc en cent jours, et l'adju•
dant général, al•a11l parragé les travaux de
on chef, aurait eu le droit d'allt:r avec lui
e repo er à Paris. Carrier lui portait une
amitié Y "rilaLle, i l,izarre que soit un pareil
sentiment dans le cœur d'un pareil homme;
il n'aurait pas rt&gt;fu~é de l'emmener pour le
souslraire à Ja haine de ses ennemis 1 ; mais
Lamberty ne \'Oulait pas s'éloirner de la
pri ·on.
Le 25 pluviose, Mme de Marcilly comparut
devant les mêmesju~esqui ovaient condamné
son mari. on int,·rro!raloire ne se retrouve
pa aux archive de 1 antes. Le jugement eul
sullsi le :
« La commission miliLaire, conv.. incue
« &lt;11d:1 'onore Condrol, fomme Marcilly, a
« suivi de son plein gré lt' hordes de bri&lt;C gand , alors qu't:lle aurait pu
uivre l'ar1c mée républicaine (?), la condamne à La
« peine de murl cl, en con idération de la
a dticlaratioo faite par l'accu ée qu'elle e. t
&lt;&lt; enceinte de &lt;.:inq emaines, ordonne uo or« is de Lroi moi à l'exécution du jugement,
Cl à la fin desqu"I l'accusée sera visit ée par
a les gens de l'art el, dans Je cas où elle .eo rail pré umée eoceiute, sur i · aura lieu à
« l'exécution jnsqu ':\ l'accouchement de la« dite femme llarrilly. »
Chez quel désel péré le mol de sur. is DE
fait-il pa renaîrrc l'e poir'? Lamùerty crut
que ce long délai allait lui permettre d'arracher à la mort la femme qu'il aimait, la mère
de son enfant; mai une cala lrophe inattendue vint le frapper comme un coup •te couteau entre If:: · deul épaulèS.
Le 27 pluvio e, Carrier avait quillé ante .
Or. le lendemain mème de œ départ, Guillaume Lamlierly cl Robert Fouquet étaient
arrêtés à l'impro\'Ï te et fcroués à la pri on
du Bouffay. Le coup venait de Goulin. Le
créole avait loujo11r élé jaloux de la puisance oclro:yée à LamberLy p:ir la fa eur de
Carrier el peu 1-èLre au~si de la réputation de
courarre de l'adjudant général 'urveillanl à
]a dérobée lrs arlion de l'homme qu'il voulait perdre, il a,·ait eu ('Onnai ance de l'enlè,·emeot de Mme de Mar,•illy el, malgré I dévouement cruel dont les Marals avaient fait
preuye en .remmeuant la jeune ft'mme en
prison, le fait lui semhl.a suffl ant pour étayer
une accu alion mor1elle. l □ i , pal' prudence,
pour dénoncer ·on ennemi, il avait attendu
que Je procon..c;ul ne fût plus là.
La subite arrestation de deux acolyte de
Carrier tau. a daus la ville de la urpri e ans
aucune pitié. Les autorités aYaieat beau les
1. Carrier emmeomai u i, pour le mellre en sûre.té
à Pari-, ce Pierre Robin qui avait voulu poignardt:r
Agathe Gingrou.

inculper de modéranlisme, c'e t-à-dirc d'humanilé, on pensait au1 cadaHes échoués or
le bPrges de la Loire et chacun Lrouvail juste
le chàLimenl des as a,sins. En revan he, les
.u&lt;·c,,s' eur de Carrier: Pr,eur, Hentz el
Franea lei. se montraient fort ior1uiet de
l'évrnernenL lis n'o aient tenir tète au comité ~ui, par la bouche de Goulin, demandait impérieusement la morl dès coupable ,
rt, cep ..ndanl, il craignai1ml lrop la colère
du procon ' ul pour prendre sur cm la responahîlilé du procès de on favori.
Leur ioqniétudes étaient d'autant mieux
fondée que Lamberly se rédamait hautement
de Carrier, allant ju qu'à dire que Mme de
Marcilly élait ortie de prison du con ·enterrwnt de celui-ci, ce qui, en omme, n'arait
ri .. n d'impo. ible.
Les repré entants, pour sortir d'!!mbarras,
. omruèr nt les juge d'informer Carrier des
alltlgalions de Lamberty.
L'accu aleur public Vaujoi , que la cornmi ion militaire chargea de celle mission.
rut très mal reçu par l'ex-proconsul.
11 En apprenant l'armlation de Lamberty,
témoigna plus tard Vaujois, il s'emporta et
tomba dans des agitations convul ives. portées à un Lel point que j'aurais tremblé si
nou avions été encore à , ant . D Mai Carrier était trop poltron pour o er la seule démarche qui aurait pu srnver on ami : écrire
qu'il parta"eail la responsabilité de. acte
rt&gt;prochés à celui-ci. D'ailleurs, il s'illu ionnait ru; ez pour croire que es rodomonL1des
arrête.raient le cour· du procès. Il comptait
an Goulin. Talonnée par le haineux créole,
la commi ion militaire conlillua son œuvre.
Voici J'acte d'accusation rédigé par Vaujois;
« L'accu ateur public etc., expo. e à la
« commi sion les faits qui feront connaitre
« combien Lamberly el Fouquet sont cou« pables envers ltmr pay et enver. la liberté.
et Une ex.-noble, Ja femme Giroult de Mar11 cdly, cootre-révol1Ùionnaire enragée, qui
« al'a1t eolraioé son mari à la uite de Bri11 gand -, le quel lui fournis.aient une voi« Lure. des chevaux et des dome tiques, une
« femme enfin, ou plutôt un monstre. qua« litiée par les comités rél'olutionnaires de
« La.val t&gt;L de la Flèche du titre de seconde
11 Marie-Antoinette à eau e de sa conduite
" abominable contre la RéYoluLion, a été en« levée du lieu où elle était pour être jugée,
« par le dits Fom1ueL el Lamberty qui vou" laient ain-i sou traire à la vengeance des
cc lois une célérale qui les oulraD"eait depuis
&lt;1 loogtemp .... Lamberty c disculperait-il
« de cette accusation, œ qu'il ne peut faire,
11 il ne e disculperait pas des autl'es crime
11 seml,laliles qu'il a commi . Le grand nom« bre de céléral qu'il a soustrait à la
c, vengeance de loi n'est pa encore connu,
t&lt; ruais plusieurs le sont déjà et ont été dé« couvert dans les retraites qu 'il leur a,·ait
11 accordée , an mépris de décret
de la
« Convention nationale. En con ér1uence des
tt faits ci-dessus, l'accusateur public demande
u que le coupables soient jugés conforméa ment aux lois. 1&gt;

LA, SECONDE
Lamuerly et Fou11uet comparurt:!nl le
13 germinal (~ aHil) deranl La cocnmi' ion
militair•, mai', contrairement am:. rè 11lcs da
1héàtr&lt;', la tragédie s'ét.iiL dénouée avant ce
dernier acte. ly,1rrieu1 dénouement doot les
circonsl,Jllce resLenl iuconnul!..
Le 9 g-erminal, cinq jours a,•ant le procè ,
[léonore Coudrot, femme Harcilly, est extraite Je l'Enlrepùl pour ètre incarcérée à la
prison du Uoulfay (celle où se lrouraiL Lam1.Jerty). Or ur le registre d'éerou, à càté &lt;le
on nom, rei impies mot sont tracés en
marge ; « j/01•te le même )01,,.. » Que igoifie cc tran~fcrt d'une mourante c11lre une
pri 011 et l'autre ? Par quelle faveur Guillaume
Lamberty obtint-il de n!\'Oir celle pour cJui il
all3il èlre envoyé à l'écha(aud? Succomba-telle à une mort nalur1•lle ou on :iwanl l'a-l-il
tuée pour ne pa tJUC, lui di paru. elle devint
la proie d'un autre Laudit 1 De Goulin peulêtre ou d'un des nègre, de Fournier. Le dramalurrr,~ qu'inspirera cette tragédie d'amour,
traver ·ée de si douloureux. épisodt! , aura le
champ lihre parmi ce uppo ·itions.
LamberLy, a,ant de suirre sa Yarie-AntoineLLe dan le repo de la mort, eut encore
un Yerre de fiel à boire. i, pendant l'instruction, il n'avait pl été que Lion dt:S noy.td~,
oo ne put, à l'audience, empêcher le témoins
d'en parler; une Fois de plus, les cadavres
enseveli au fond de la Loire reparurent à la
urlace. Le peuple, qui se pres ait dao la
salle d'audience, accueillait avec de cri · d'indignation chaque dépo ilion relative à ce
monst rueu es exér.ulion . Quand LacnberLy,
exaspéré de se voir eul chargé du crime
collectif, parla avec emportement de se complices, de Goulm, de Carrier lui-mème, les
jurres lui impo èr&lt;'Dl silence. lls le pouvaient
en toute sécurité, l'ordre écrit, deliHé par
Carrier ;j l'adjudant gënéral, avait été ous-

lrJ.il à celui-ci par l'accusateur poulie Vanjois qui, dans on réquisitoire, nia effrontément l'existence de la pièi;e volée par lui.
Au milieu de lanl d'atrocités, se troure un
incident comi&lt;cue, relaté dao- les notes d'audience reslé&lt;JS aux: archire de ante 1 •
11 des juge demanda curieusement à
Lamberly en quoi Mme de larcilly diff.irait
pour lui des autre Cemme:: ! Le malheureux
:umlil bien été le premier homme connaissant
a set son propre cœur pour répondre à une
semblal,le question.
La double condamnation à morl, prononcée
au milieu de' acclamations du pulilic, fot
etéculée le lendemain. On témoin oculaire de
l'e1écution a raconté à Du ga t-llalifeux (un
des princip1uic hi&lt;ilorien{ de la Terreur à
'ante ) que Lamberly alla d'un pas leste el
ferme à la guillotine. Arrivé sur la place, il
cria : &lt;&lt; Vive la République! 1&gt;, répéta le
même cri sur la plaie-forme pendant que le
lJourreau le liait el le répéta encore la tète
son le couteau.
A. l'heure uprème, le misérable assa in
était redevenu l'homme d' aulrefoi , le héros
de la défen e de 'ort.
Carrier apprit la mort de Lamucrty par
Goulin, le'{uel fidèle à e habi tudes de prudence, était venu faire à Paris un voyage
d'agrément, tandi 1ru'on exécutait on ennemi
à Nante , moyen spécieux pour se dégager de
Loule r • pon a.Lililé dan l'éYénemenL. L'exprocon ul hurla, j!:esticula, parla d'aller luimême porter le fer et le feu dan antes :
&lt;1 Une ville abominable.... Un seul patriote
'y trouvait, vous l'avt!z guiUoliné! »
1. Le do, -icrs furent envoyé il Pari ·, lor du procès de i:~rricr, et •gnrés en route, mais un con erre
à ·a11le~ queh1ue brouilJon el oot..!s pri•es au "ul
pendant les dêbals.
'2. l,ellrc de la duchesse de Dinu /,. l'nlihd Dupanloup ( 10 111ni 1 30).

M Jf..'R,rE-.Jf.NTOlN'ETT'E - - ...

li 'en tinl d'ailleur aux menac . 'on
seulement Lambert y ne devait p:i ' être
vengé, mais il fal, en quelque orle, jugé el
condamné de nou\·eau aprt&gt; :&lt;a morl. Quand,
à la suite de la réaction de Thermidor, Carrier el le ComiLé révolutionnaire dn Nantes
durc:nl rendre compte de leurs crime. , tous
les accu~és, à qui mieux mieux, cherchèrent
à se déchargêr sur la mémoire de Lamhtrly.
Si Carrier, au prix de celle l.1cheté, ne réussit
pas à ' nover sa lèle, il n'en ÎUL pas de même
pour Goulin. Le rusé créule, tanlol prétendant avoir été la dupe et la victime de l'adjudaot-génér.11, tanlotjouant des sc\ncs d'alteodris ement qui flattèrent la fausse . ensiLlerie
de l'époque, arracha aux juges une sentence
d'acquiuemeol.
Tl mourut de a Lelle mort, troi ans plu
lard, chez un de ses amis, un prêtre marié,
qui l'avait recueilli dans a maison.
Lamberty, moins coupable que lui, mais
ayant moio ménagé sa responsabilité, n'aurait snns doule pas évité uue condamnation
capitale, une entence mortelle. La Révolution, en l'envoyant à l'échafaud pour une
fomme, lui fit une grande gràce : elle lui
épargna l'ignominie de périr avec Carrier el
pour les même- crimes.
Certe , ces crime son L trop grand pour
que la mémoire de Lamuerly puisse être défendue. Toutefoi , il est permis de rappeler
à sa décba1·ge cc paroles de Talleirand, à
une pçrsoooe de a famille qui lui demandait d'expliquer œrlain actes de la période
ré~olutionnaire : « En vérité, ,je ne peux
« vous donner d'explication; cela s' l fait
« dan un Lemp de désordre •é11éral. On
« n'aLtachaiL alor- grande importance à rien,
« ni à soi ni aux autres .... Vou ne avez
&lt;&lt; pas jusqu'où le hommes pem•ent s'égarer
!I aux époque de Mcompo itioo ociale 1 . 1&gt;
]EA.N

Histoires de pendus
~ l'u suldat îrançai au ervice des Étals
des Provinces- nies, s'étant tromé engagé
avec quelque autres dans je ne sai quel
crime, fut cond1mné à tirer au billet a\"eC
eux. à qui erait p •ndu; mais il ne voulut jamais tirer, et l'ofticier, selon la coutume, fut
oblirré de tirer pour lui, el Lira le biUet où il
a,·ait écrit potence. Le oldat en appelle,
dit qu'il n'avait point donné ordre à l'officier
de tirer pour lui, ce que n'avait point été de
on con entement, et fit tant de bruit que
cela vint au1 ort"illes de M. de Coligny, fils
ainé du maréchal de Cl:iàtilloo, qui commandait alor le régiment de son père, et ce oldaL
était de ce régiment. Cela lui sembla plaisant;
il !'alla conter au prince d'Orange, qui, après

en avoir bien ri, fit gràce à cc soldat qui a1ait
si bonne en11ie de vivre.
~ Uo autre oldat, qui St.&gt; rvait au i le
Etats, ayant été coodamué à être pendu, fit
demander au. même prince d'Orange qu'il lui
fût permi~ lie faire publier par ioules les
troupes que, s'il y avait quelqu'un qui voulût
êlre pendu à sa place, il lui donnerait quatre
cents écu · qu'il avait. La propo ilion . embla
si e:xtravaganle que, pour eu rire, on ne
\'Oulut pas refu ·er ce qu'il demandait. 1[ais
on fut bien urpris quaud un vieux soldal
angLai e présenla pour être pendu au lieu
de l"aulre. Le prince d'Orange lui demanda
de quoi il s'avi ait. Le soldat lui dil que, deeuis trente ou quarante an · qu'il servait les
Etal , il n'en était pa' plus à son aise; qu'il
avait une femme el des enfants, el que, s'il
venait à èlre tué, il ne leur laisserait rien,
au lieu que, s'il était pendu pour cet autre,
il leUt· laisserait qualre cents écus pour leur
aider à ,•ivre. Le prince donna la vie au cri-

POUJOULAT.

minet, à condition qu'il lais erail le quatre
cents écus à ce vieux soldat, qui ga!!lla, par
cette générosité, de l'argent et de l'estime.
~ Un homme, à Londres, se lai sa gagner par le créancier d'un de ses amis, coutre
lequel il y avait une pri e de corps, et promit
de le preodre; mais ce débit~ur ne sorlait
point de chez lui. Que fait cet homme? Pour
le faire sortir, il s'avise de faire semblant de
se pendre à un arbre qui était devant la porte
de ce débiteur. L'autre, quj était à la fenêtre,
court pou.r l'en empêcher. Les ergents cachés orient el le prennent. Celui qui faisail
semblant de se ~ndre ~•a~u _a un peu trop
à regarder ce qua se fa, ait; 1l avait déjà la
corde au col ; en e tournant, il rait tom ber
le tabouret et demeure pendu. C'était de bon
matin el en un quartier fort recuJé, de sorte
que ce coquin fol pendu comme il le méritait. M. de Fonteoay-M.areu,l me l'a conté· il
était alors amLa ~adeur eu Angleterre. '
TALLEMA. 'T DES RÉAUX

�' ---------------------------LES FEMMES DU SECOND EMPIRE
+

La princesse de Metf ernich
Par Frédéric LOUÉE.

-.
Toute Viennoi:e de cœur et Cervenle patriote qu"elle ee montrât, ce ne fol pa à lorl Jluoe lille on l'avait Yue, par lïndtlpendaoc(• non an h 1~itation de la fortune, la pui · nce
11u'on la urnommail une « princei e pari- dci:e mani'&gt;rt&gt; ctle~an -gèncde on espril,ra- autrichienne au delà du quadrilatère. A l'inicone », l'ambas adrice d'autrefoi ', la lemme g3illardir l'ntmo phèrt- un peu froide du ruondt• térieur, de - démon !rations de force, d1•
officil'I, à ln Cour impériale d'Autriche. On richesse, de confiance, faisaient illu ion sur
prime autièrc, qui. pendant dix à douze ant·ommençaiL à ·occupPr d'ellP. prP que à l'état de pré. omption el d'incurie du gou\'ernées, très en évidl'nce, amu. a, intér sa,
l'imiter, dans ce clan d':iri tocratic hautaine nemcnt françai, en ma hère de politi,p1e étrancharma de a Yen• aigui ée el.' amis de
cl dédaigneuse fai~ant cercle tiutour des ar- gi-rt&gt;. Elle ar1;vait, l'ambn sadr1ce, au m1•illeur
France, irrita le. jaloux, effaroucha le. tichiduchese , !or qu'elle .e maria a"ec le tunp,.
moré~, étonna le uo , fâcha I autre , remprinre Richard de IL•tternicb, fils de lïllu h·c
Oéj~ l'avaient pr'cédée le. iodi crétioo
plit du bruiL de son nom et de l'éclat de
diplomate, qui pré~iJa le Congrès de Yit'nne, Je· gazelle.. On arait en Je information.
fêt le écho. de la grande et de la petite
t, presque au ,ihlt, elle partait a,·ec lui pour préalaLle , ur celte originalité de nature,
pr se; et &lt;Jui, depui lor , aprè un i Ion
la f'rance, pour Pari , oi1 il était enroyé, . ur
celle crânerie parlit:ulière de façon., cette inintervalle, n'a pas c é d'a ir, de corre l:i foi de .on nom, comme amba .adeur. Elle dépendance de propo Pl celle ponlanéité de
pondre, d'évoluer entre les deux capitale ,
repartit-., qui l'avaient rendue l'enfant gâtée
théâtre ch:ingean_t de on originale d ..
lin !e.
de la Cour "iennuise. Le interro;;alion et
le. suppo].ilion. allaient leur train. Comment
Tl y a peu d'année - l'autog-raphe csl '-OU
erdil-elle '1 (lue! co tume allait-Pile expo er à
no yeu - elle détachait, de a haute et
~
la première oirée d'Opéra ou de all11 Yen:,igniflcathe écriture, le li!!Tl suivanl~e
.
d_
Ladour, au balcon de ~a loge? an doute
de lin
à l'un d notre. . aus i répandu dan. le monde que connu dan. le
elle l'ell emblcrail à la plupart dr prince.lellre :
. e autrichiennt&gt;., élanœes de taille, très
froides, très ré ervéc , et gardant, au
1 Vou
avez combien le royautés
de la mode ont pa sa..,èr , etje dois
coin de 1hr • le pli df&gt;daif?ll ux inYOU a. urer que celle que vou me
l'Olontairc. Tels avaient pen~é qu'elle
prêtez n'e iste plu., je croi , qu'à
~~ aurait le nez dé cette façon, le:l'étal de mythe et de rague sou1
chernux decPtle nuance.et qu'elle
\enir. ,,
se montrerait, au théàlre, en quel•
Je crois ... dit-elle. Que la ré, que maje tueux co~tume de Yeticence e t adroitement u. penlours incarnat, alléiré. dans a
due! El quel heureux rorrectif à
lourde magnificenct•, de denlelle
l'eipre·sion de c d6-ahu ement
de \'eni e, et brodé au point d'Esphilo ophiquc ! En réalité, nulle,
pa,,ne. On allait le avoir .... Un
,ntre le pereonnalilé féminine
. oir, à l'Opfra de la rue Le Pdedont l"éclat éblouie.ait I yeux, :1
lier, le bruit a couru qu'elle \lient
la Cour de :Xapoléon TU, n'aura eu,
d'entrer dan a loge. L'allention
ain i que lime de \fetternich, le pridos première· galeri " . 'e t au ivilè17e de prolonger une telle cl si fu.
tôt détournée de la scène. Oc chu!!itivc ro ·nuté au delà de circon lances
chotement ont fait pa . er la nouqui la firent naitre. Elle n'eut point su, elle de place en place. Tou les les lorbir, comme les étoile pas airère , qui
gnettes ont dirigée ,·er l'avant- cène
cinlillaient à coté d'elle, l'impression douoù elle s'e t commodément et ~impieloureuse et oudaine de l'ellàcemenl da~
ment in titllée. Mince, de taille moyenne,
a!!l'éable à \·oir et, néanmoins, un peu dt..
la nuit, de la d~persi~n ~u du vide. implcment, elle contmua d ag,r et de briller, au
concertante quant à l'expression de trait
même rang, ou un autre ciel.
du visag , ln première impre ion qu'elle
Émanée d'un père fanta que, un ma"n:ll
eau e e t de urpr· e. La econde t de 1mhongroi , le comte ndor, que ~e folle aupathie. On n'a pas été long à 'aJ&gt;l!rcevoir
daces de caralier et de thasscur avaient rendu
qu'e)le pouvait être prince, e aulhenti,1ue et
rameux, elle aYail gardé dan le . ana el dan.
marier, pourtant, le naturel à la distinction
de commnnde.
l'humeur un grain de on ardeur l~bulente.
avait \Ïn,.1--deux ;.n . Il n'en avait pas plu
« Le san" paternel, a-t-t'lle dit, parle lrè
Le lendemain, Paris, par la plume flatteu. e
de trente.
haut chez moi. ,
d'un Jules orinc, proclamait que la nouvelle
C'était en 1 60. Oo était rerenu de l'émo- amLa sadrice était le charme, la gràce et l'l' La nature l'avait faite gaie. Tout enfant on
tion
produite dan les cercle diplomatique
la trouvait bien turbulente, la petite comtes e.
prit dan une même personne. Eli avait
par la courte campa"ne qui avait refoulé, &lt;'onquis a place d"uoe façon lrè dêliurr·e.

Dès son arri\'ée, elle 'était rendu compte
de I' ·prit de la . ociété où elle était appelée à
,ivre, dan' un milieu de jeune. c, d'insouciance el de luie. et clic ·'y
trouva comme chez elle. Elle
lais ·a, comme on dit, galoper
.on oalurt'I. Il faut prendre
son bien où il t' r 'Ol'Ontre;
cl, d'abord. elle ·e mil à !'uni n du ton 11ui r~ 11oait en
ces lie111, pour J'entrainer_bicntot à .e ré,,.Jer ·ur elle, et en
•rarder linalt'menl la direction
mondaine. On e lanç.1 à :.a
suite éperdument. L tlé.,ances de a mi. e, le p:irtil'ularit ·s do on caractère et les
mot., 1 n•partie , 1 boutades, 11ui jailli~~aient Je es
lèvres, à cha11ue moment: rien
ne pa .ail inaperçu de ce qui
était d'elle. ~ur •le boulevard,
on connai ait, au .i bien que
les équiparrc• de: l'emper•ur,
le huit-r · ort attelé d quatre
chc\lau upl'rbe de l'amba adriœ d·Autriche, et portant,
:ur Je panonce.'111 , son écu
~on timbré d'une couronne
princière. Son nom revenait
quotidiennement sou. la plume
J · chronicp1eurs.
Le cachet de c. toil •ttc el
lt•ur diversité, . e façon: déinvolt et le nouvcautésaux11ueJle elle attachait oo nom,
mille détail. émanant d'une
complexion de jeune ·se un peu
exaltée el tapa"eu. c pr 1taient
à toute le · conrnr. alion ..
li était de notoriété qu'elle
allait recréer le mode. . · n
innuence rénov:itrice dan· le
dom:line léaer de. fanCreluches
ÎUL prompte el en ible. Elle
amit déclaré la guerre à la ca..,e
triplement fermée et bataillé
pour le robes courte . Les co turne ahréaés
fnrcèrcnl l'entrée d bal et le coup d'œil en
plut à beaucoup de ctens. a A celle occasion,
remarquait le malicieu. férimée, j'ai rn 110
a, z !!rand nombre de pied·· charmant· el de
jarretière dan la valse. • Les circon tanc
étaient propice : Une rérnlution allait s'accomplir dao la hiérarchie d tailleur et de
modi les. Les couturier· commençaient à
prendre le pa ur I grande [ai eu ·. L'un
d'entre eux, un Anglai · nommé Worth, le
1. llippalytc llrioll,-t. dan le Chm·it•ari, fut lîn,,.n1eur de celle ,ldinuiun 1:uiitmatiquc.
i. TltfoJure d,: lfanvillc,cn .P&lt; Gamin pariait:111,
111erceuil 1111 rapJIOr-t 'lAUC, rugitif, lrt&lt;, •rai, pourtanl. ,mtre ces den:i: Ullur('~, ou 1lomioait la
&lt;;e,
•1ui Iran figure Ir. lrail~.
3. Puisque nous ,enoo ùenommerco mt.lc Vme ,le
eu rnich el Victorien 'ardou, ou\"l'On en,·ore une
l' renlh• , pour enea,lrer uuc autre an cdote, que
JC li n comme Il préce,fo11te dl.' la bouche Je lîlluslr 1r1dêmici •n. ar,lou dinait chez la comlr de
l'ourlai'··. me de •ttcroich Lcn1il le dé de la ron' ·rs.tiun p,!ndant que se reposait i l'écouter le plu,
•pir,tuel des rau u . Elle
nait amené le ujei
ur n ooau-pèrr. 1.. lfl'lntl lfcllcrnilh, et rapporlail

,,,w.

LA P'R,_TNCESSE

fameux Worth, · 'tait établi pour on compte
à Pari • en 185,. lime de lfellernich avait
au l-ilôl di tiO!rut: cet haliilleur bor li"ue,

entait, interpr 'lai!, rectifiait la nature
;Hec I don el l'ima ination d'un arti le.
Au risque dïnlli..,er un déplai ir à Aurélien
cboll, qui l'a\·ail . urnomm ' ... jalou ement
cdo Caunede la toilette», parce que de c main
d'homme il cb.ilfonnait à . on aise le corsage
Céminin et les alentour , elle l'adopta el l'impo a. Il étail devenu, grâce à elle, l'autocrate
du 0 oû t. El les mondaine. el toute les dame. ,
qui avaient le graod vol de I' 1léganœ, e porl.iient également rue de la Paix, à on adres e.

'IUÎ

CJ&gt;llc hislorirlle. l)o ,J •mamlail, une foi., i ll,•U,•rmch
en quelle drcon,t1uce . •poléon premier, a,·cc lr.•1uel il
cul tant O('ra,ion ,te con forer. lu, av.il J .on; lïm11n""
i.,11 du plu, ~r:uul pr....rige, ,le la s,,u~erameltl la plu
compli'lë. Ou ,,11~mtai1 à ~-e qo'il rëronilit: à llrl!:-41&lt;'.
à Erfurt, qn.,n,t 11 fai&lt;.ail ,emr de l'•ri. • " Corn -.Jie 1
1iour 1111u'!'r ,m N•r:r•e ile prinre&lt; N ,te roi,. ,1.,i, non,
ce n'a1ait 1•1s élt&gt; l1 . Ce rut, ,lil-1I. au château ,le
Com1iii• ne. un malin, 111 retour d'une prom,·oaile en
carru;"' dan. la forêll où l'on &lt;'{,11it 1111 peu attanlê.
On ëlait rentré au c 1Îll'au ~e~ midi. En alfend1nt.
l'empereur 'enlrt•JcnaiL a, •c
hùtc • ado,- 1 i 1
cheminée ,·ommr il en nait l'hal,itudc. Il ,· avait li
quantiré Il,· per-111111:ig • el dr membres de s· r»millc.
1.rpcndanl, 11 cornmcn ait il ~tir l'ai:ruillon de la
.. 251 ...

DE METTJ;J(JV1C1i ~

\fme de lletlernich avait dP. mrrites plu.
personnel que d'ayoir aidé de .on initialil-e
original' à 13 rénovation de )\,:;thétique Céminine. Son e.~prit, on ne le di culait pa : il Oamhait à chaque mot. Le phJ~ique, en
elle, prE'tait davantao-c à la conlro,er·e. « Il 0'1 a pa que le·
bouteill de Leyde, disait un
railleur 1 ; il y a aus~i fme de
"t:lkrnich. » Elle-mème, tr'
adroite ô faire a propre critique afin de pr,1,enir celle dt&gt;
autres, ,e proclamait dénuée
d1• toute beauté, c. pérant bien
qu'avec ,a pby.ionomie parlante on ne la prendr:iil pa · au
mol. ln oir, thez la prince e ~falhilde, cllt abordait
no célHire écrhain de théâtre:
o \'ou ,~te ~I. ardou?- Oui,
prince e. -- Dite -moi, e t-il
,•rai, que je re . ernble i particulièremen là Mlle Oela porte 1 ?•
C'était une actrice du G)'mna e, qui a\lait la réputation
d'être laide el , pirituclle. a Il
y a toujour · dt&gt; c.ôlé de reseoiblance entre deux femme ,
avait répondu • ardou. ,i différente qu'elle pui.. ent être.
füi je n'en juge que sur le
• phy ionomi ; el c'c L par lb
que je lroure de -Ïmilitude.
frappante entre vous, princ,•, e, el cette actrice : la jeune .ect l'e prit•.» Entre femme , on vopit davantage; on
remarquait que l'ovale du vi. age n'était pas la régularité
même, que. le lène étaient
Corte et qu'il · au rail eu à reprendre il la n courbe imprérne » du nez. Il n'était qu'une
opinion, eo re\'anche, sur l'éclat de e yeux noir· et pétillants, ur l'agrément d'une
phy ionomie mobile à l'e. trèmc, el l'on convenait, an r: istance, que la blondeur de la
chevelure avait bien au si son aurait. Finalement, on arrivait à dire, à force de bonne ,olontr, 11ue l'ambas adrice pouvait pa cr, en
omme, pour une jolie II blonde u ; el cc devait être le sentiment de\ 'iolerhaher, le peintre officiel de~ gràre du décaméron impérial,
puisqu'ilsutfairedu charmeà. are semblance~
« Lorsque la prince .e de lellcrnich, rapporte un témom du temp , entrait aux Tuiraim. lnlermmpaul le d1, ur• commèllré, il -c lourn

,·ers lural :
c !lui de ~api~. allei donc voir pourquoi nous ne
Mje11uo11s pas. •
El le br1llanl llur1l -orl, va, "informe. • , ire, le
r'pas '!(Ira prêt Jans quelqu,s minut ,re~,ent-it dire.
li y I Cil UD l&lt;¾ter COIILre-1 rnps. 1
)1pvféon reprend ,a Jémon ln.lion. 1111 J'artente se
prulouge. 11 'impalienlt'. ,e rouroanL d'un aulrc cote :
lloi de Uollande. dil-it, sachrz d ne ;,j nous ne
tlêjeuneron pa aujourd'hui 1 • Et te prrnce de li ltern,ch. 1c1·oulum,• aux ri(U •urs dr l'éli1ruelfe autrichienn•. avait été fr.iµpé sin ulièremenl d-1 celle conditien d'un empereur en•oy1nt de, rois it l'office pour
r&lt;&gt;mmander qu·on h:llil le cnicc de 1,Lte.
•

•

�H1ST0~1A---------------:---------•
l&lt;'ries, un . oîr de l•al, Ir~ minr.e, rnai 0 re
mèrur, a,sez rrrande, avec: ,e épaule· Lr-.
décou,·erte , on front charné de diamanl ,
·c.., lon"ue jupe lrainanle , il élait imposiltlc d'a"oir plu.· grand air. Elle a,. it celle
allure ari. tocratique inimiL.'lble, ,,ue donnrnt
la nai ~anœ l le milieu dan · lequel on a 1·é ·u.
Toute la haut• .ocitlté pari'iennc, dè' lors,
affluait dan. .
alon. de la rue d Yarenne.
En ·'1 in. 1allan1, le priuce el la prin&lt;'e c de
letternirh n'avaient eu qu à r •prendre d,•,
habitude.ci, anciennement accrédité à l'amhL ade d'.lutri1h , d'abandon cl de• gaieté
bo:pitalih1•. Lt&gt;. rèle délici u e de nuit el
·urtoul le déjeuner~ dan ant , qu'y nail
donné le comte Appon i, ou la Heslauration. n'éLaienl pas sortis de mémoir , dan
li: noble fouhour".
La conver alion y fut, de nouveau, lrè· en
fareur, et au~ ·i la mu!&lt;i«1ue, Richard de lfetlernich étanl, lui-même, ce prince diplomatique des ,·al ·, un Yirluo:c. Lt&gt; liede,· dth
plu· grand~ mai1res de la mélodie allemande,
le- ml
de tram:. ou }, grand. air d'opéra 'y mêlaient dan un harmonieui éclecti. me. C'e l là que rut arrête, décidé, l'audacieuJ projet d'impo.er Wagner au· Pariien . La prince e avaiL pri l'avance d'un
peu loin, Ior 1u'ell • fil ordonner par l'empereur la repré! enlaLion,
l'Opéra, du
Tnmihaü er, - l'inouhliable première, tumullucu ·e comme une bataille, le fia co béroïqu où fme de lfetlcrnicb d ;ploya tant de
\'aillanli e pour enlever d' lroup ", el une
éner·•ie . i militante, que ~ adver. aire.... en
mu.ique (el je vou · donne à pemer . 'il
étaient nombreux, ce .oir-Fi!) Ji aienr, ou
.a lo"e: « L Aulril'hien cherchent, évidemment, lt•ur rc,·anche de olrérino. 11
Quelle . oiré&lt;&gt; ! Quelle aYenluri: ! Quelle o. ée
tentathe, vin"t an. avant l'heure p ycholo!lique !
ur e in lance donc, l'empereur avait
déciJ..; que rüp~rajouerait ce nébulcui: Tannh&lt;Liiser : la première cul lieu, en l'an de
11 râœ
1 61. Dans Ja chaleur prévoyant de
:on zèle, Mme de fetternich avait groupé
autour d'dle tou. se ami . Je me lrompt-.
Plu inlellirremmenl elle le avait répandu
dan la sllle. C'étaient, en Ire les fcmru . ,
les comtes es de PourlalèQ, Walem ka, ~hon,
les prioc •~ e de agan, Ponialo, ka, de
Beauvau, ~!me Erazzu, la ùelle llexicaine~
parmi le homme· on reconnai ait les Roth child, le. A!!Uado, 1 frère Lamlwr1,, le
marquis de Ma a, d'Alton-Shée, Gallilh·t,
Grammont-Caderou · et comùieo d'autr !
Dominant, de lt•ur lnrre, Lous ceux-là, l'empereur et lïmrJratrice étaient pr; enl , :elforça.nl en consci nce d'avoir une opinion, de
paraitre intér · ·- • une mu ique qui leur
restait incompri. e. ~faü I yeux rc,·eoait-nl
an ces e ver· \lme de ~Ie1ternich, ljUÏ 'étail
chargée vi iùlement de conduire les bravo. et
le applaudh,emenls. En effet, la partition
e l d 'ployée d ,ant elle . ur le rt'bord d . a
log~. Elle a l'éventail lc,é comme un Laton
de commandement 1Calheurru·em ol ou a
débuté par rire dan ,la , alli: et rire un peu

haut. Le . t!rieux ne r ,·ira Ira plu . L •. « caraîh ~ » ont dérhaim: .. L'1odirrnation peinte
ur l · traits de la princ,, s,•, e. ge. te courro11cè,, un mot qu'elle ne peut retenir, el qui
~Hile à lrarer.· IJ salle: lmbecile~, jt, croi..
n' p u1·t&gt;nt rien. On a applaudi la marche,
parce qu'il étail impo. 11,li: de n'être p enlevé, . oulcvé mnlgré .oi par celle pa)?c mer,. illeu e. Lt&gt; r6le m à la débandadl!. Et c·e t
un bruit, un Lumulte inénarraùlt&gt;s. Des lo 0 e
à l"ord11•·1re, de l'ori.:he,tre à l'amphithéàtrP,
des 11101 ont écl1angé, et librent comme une
rnlée de lli·1•h1\. Et Ilien .ail ..i l'on cause r•l
-i l'on ja.·c ! Ct&gt;rutin.· in,iournt r1ue la représentai ion du Ta1111lwüm· fut une de conwntion .. ecrètc, dn traité de \'illafranca. d'auIre. prétendt:nl qu'on a enVOJé Warrn°r aux
Pari.ir.n. pour 1 . forer d'admirer l~rlioz.
Le 1 ndemnin Loule la pre· e fut mauvaisr.
On n'épar•:m •1ue ln march,•, la rritique ,011lant avoir l'air d'ètre impartiale. Oc colère la
prince. e décida qu'on ne Jouerait cbei elle,
ce jour-là, 11ue du Wagner. Ace~~ d'humeur
tout pa . ~ger, et qui ne l'empè ·bail pas, en
~on éclecli me, de ~oùter, à leur moment, le
mu e folàtrcs d'Olfi•nlnch et d'llcrré, ni de
e montri•r eu. ible à la mélodie di&gt; Gounod.
On ne lui lai a pa · le temp de pleurer
cet écbel'. L'un d~ fidèle de .on ,alon,
homme d' .pril, Beyen, imagina ur l'heure
d'écrire pour omhrru 1;hin,,i,~· el de faire représenter ch1•z elle une plai,ante parodie de
l'ouvra e lo1Dbé. Le rom1e de olm , qui
avait de aptitude de de i11a1eur, découpa
en carton le cb:irgp: de., principaux per,onnag ' de C&lt;'th.' faota mal{orit•. Et ce fut un
amu nl coup cl'ccil. ,hant le levrr du rideau, une amie de la mai on, t•n robe et bonnet d'omreuse, a,-ait eu ln Joyeu e id·, de
di~tribuer «ratuil.t'm••nt à tha,1ue pecl,tlriœ
un é,·entail à bon mar,·M, pour le ca où ce
dam hé,iteraient à bri,er le leur par raison
d'économie•. On cul le tableau de cha .e, où
le relt lé1rin~ était•nl repré~ent :, par dt·
La ·.els à jamhes tor es, et le dix-corlj par
un lapin craintif. On eut la Iran fi"uration
de la Wartlmrg dèveou • le Johanui:ber11,
château célèbre el fameux ,-ignoble appartenant au prince de .\letltirnil'h. Et l'héroï«1ue
Tannbaü H, enfermé dan la cave, y ridait,
en tituLant, une bouteill de ce cru, ~ndi
qu'une voix chantait dan la couli e, ur l'air
du 1Jo11ton tle to e:
0

Dieu, quelle ,·cslr
Pour W ·,ner 1:• son fonu.:;berg !
·oyou. du moin J ,ur sorl funeste
.\ p-a0tl flots ,le Joh•nnî,,herg
, ur celle ,·c.le 1

Dll grand éclat· de rire di~ ip\renl les
dernier· re-. ntimeni' de la princt• e. Il ne
fut pla- de lon°lemp pari· du Tan11hau~er.
Chacun le ,avait à l'amba sadè et, au
dthOr', dao le grand nombre de ceux et de
œll · qui désiraienL y participt&gt;r, lime de
llt!Uernich exei·llail à rarit&gt;r lt! plaisirs. ~lre
admis à es redoute~ était fort rt·cLeri.:bé. Le
I._no racont.il qu'• l'_Op :ra .. aux. pr('mi,•1"5 coup·
de ,,rnet, )lme d,1 llcll m1ch 1n1l l,r1së èc rol~re son

è,·,•ntail e nlre

ûoigt crispJ .

liomme · étaient rrçu à Yi~age d11cometl ;
les fomme· . · · présentaient Pn d11mino, mais
le capuchon de,·.iit
relewr , l'entrée du
prPmier .alon, 011 c tenait la maitr11s c du
ln~k Car elle n·ou,rait l porle~ dt&gt; on chez
oi que sur iovilaLion per. onncllc. Elit! recevaiL beaucoup de demand ~. accui•illait l
une~, déclinait le autre . . et ~e montrait, en
ré,-umil, pt. abll'ment ri~oureme, ce 11ui lui
al tira de inimitié cruelle.. Une foi dans la
place, on ' · •ntail tr\ à l'ai e. Le grand
charme de . e réc~pti'ln élail 11ue l'a 0 rPmcnt
Je.:- .pectark on de auditions 01• rai.ait qu'y
alternt&gt;r a\"r le jeu des piriturlll' causeri ..
Elle ·'y prodi!!Uait. On se plai. ,,it à rtlpéler
Il' ,a1l11~ un peu hardie 1p1elqucfoi , Lrè:
linei ouvent, que le ha ard dt• id.:c , l'occa,ion, le too · de l'entrl'li, n, pou~~aicnl à
jaillir ùe
lèvre . Toute de premier mouvrnl'nt, elle n'1:chnppait point, non plu que
d'autr .. , au accè · d'humeur dont un chacun
~e ent échauffé pour une · maladre~se, une
coutradi..iioo une importunitti, une parole
mahonnanle; el le mot o'alle11d.1it pa d'en
traJuire l'impr ion. Tant pi. où il tomùait.
Elle n',:t,lÏt pa la maitre e d"arrêler .e rrpli,4ue . Prompte aux bouillon de l'impatience, li&gt;s entiment de dotm•ur, d'aménité,
en . outlraient quelque(oü. Elle a rait la ripo te un peu oudaioe el bru 11u~.
Certain . oir de grande r ~ception, un étranger, un j11urnali Le américain, qui, lui-même,
m·eu rapportait le détail en ~ourianl, à quarante ar111é de di. tauce, piétinait, . an 'en
aperce,oir, la lraioè .uperhemeut déroulée
de sa robe de cour. Elle tourne I tète, et,
d'un ton ,ec : cc Pay an 1 » ruurmure-t-elle.
lluil J0Ur' npr\~, dan une autre oirée
olfitidle, l'a. i · rance était errée aux npproch1• du ùulT&lt;'l, où pas aient le,.. ·oupe du
viu pétillant. Quelqu'un la heurte lé •èremcnt
au coude, et des goutte 'épancbenl da ,·erre
.ur l"étolTe oieu de ,on co turne. Même
rr lé rapide; elle a r connu le coup:ible. ,, Ah!
reprend-elle, c' t encore mon pay aa ! o
Une au1re foi que, pendant un bal lrave.,ti. son ami Galliffet l'avait un peu trop
harcelée, traca · ée, elle s'en revancha wrtemeut. Cet officier, 'lui avait été lile é d'un
éclat d'obus, joui sait d'un congé de conva1 cence t l'emplopil aiment. Il parcourait
les alon , celle nuiL-là, en co turne d'apothicaire Loui XI Vet portait arec une fierté
martiale, ·u pendu à on ceinLuron, l'in. trumcnt tfUe lfolière a lé 11ué au marécltal Lobau ....

• f.onnais-tu œla, b au ma que? demandait-il à la priac.es c.
- Oui! répondit-elle vivement : c'est le
canon qui a ble I ce pau,·re Gallilfet, en
Crimée! »
tlle eut d • trait moins rudes. On en citerait à l'mftui.
Le frivolité de la toilette, les programmes
de e fête el le plai ir de la conrersation
ne rempfusaicnt pa uoi11uement on temps
et
pco é •. Mme de letteroich était née
diplomate. Elle e erça une intluenc.e offi-

'--- - - - - - ------------'---------"---- LJt

P'ft1NCESSE DE .M°ETTE'R,NTCH

cieu e, qni ne fut pa indPmne d't1rreurs, loujour , Lr prompte à pa ·~er d'un ·ujl·l à
- a remi le. rho e au point dan.. ~· • oucomme dan. l'alTaire du fe'fique, - car elle l'autre et 'C défendant bien de trahir, dan.
11eni1·1 de la Cou,• des T111leties. Avec plu de
n'avait pa été la moin· ardente à pour uine l'expr ion de on ,·i age. celle manière rt,L
préci ion encore, au cour d'une conversation
la rt.&lt;ali~lion du rê,·e califoraieo 1 - mais llécbie d'écouter, qui met le bavard en dt,t..
que j'avais l'honneur d'enlretenir a,·ec elle, à
qui l'llt pu être .alutaire sur d'autre point , fiance. , ··e. t-ce pas elle qui disait ce mol
œ propo , elle ramenait l'état de ce rapports
i on l"eùl écoutée da\"antage, par exemple plein Je en el qu'on a lant cité : a li a l'air à leur, ju les limite .
en i fi6, 11uand il élait encore po sihl' d'ar- trop 6n pour un amhas adeur?
En réalité, au delà du càt!monial habituel,
rêter lt-s empi lt-menls de la l'ru. e. Une
Elle avait 11arraé, dè en arri,ant, les Hm- l'impératrice n'avait d'amie que la ducbe ,e
douhl,· gunre u·aurail pa · éclaté, à quatre pathie le plu· marquée· du couple ioipt-:..
de Mouchy; et, en clebor de e lundis et
annPe. d1• disritnce. On n'tùl pa. eu adowa rial. Eugénie goùlait l'animation . éduisanll!
des circon lance. de pure mondanité, elle ne
el dowa n't&gt;ùl pa. amené edan. En gém.t.. de ~on e ·pril et 'entretenait familièrement
rece,·ail per onne, , an demande d'audience.
rai, on pourait e dire que, dau la fine,~ avec elle, chaque foi que les circon tanc
~f.ci , dans le! déplacemPnt du printemp
rcn .. ei!,!11!.'e donl l'amba. ~adc d'Autriche donna oîficiell le réuni .aient. Encore a-t-on exael
de l'automne, aux lieux dH villégiature
de. pr•uvc., uue bonne part rcvrnait à la
éré la m 'ure de lt&gt;ur intimité. La princ . c saisonnière, à Fontaineblrau, ~ CompiègnP,
prin, ·' .e dt: felteraith. Elle complt1tait, par cle Metlernich ne Fut pos, ain i qu'on l'a écrit,
une iu1dlig1•nti: a ·ol'iation, le roi• de on l'in:éparable amie dt' l'impératrice . .Yme Ca- où le. cadres étaient rompus, où le contact
oumari, qui la tenait en grande estime. l,e relle - lectrice, pui dame du palai , alla- était de chaque jour, où l'exi tence d
verain était mêlée cootiuueUemenl à celle
prince . uutt•nait on per,onde J ur · Mie., à table, au
narrt' d'une h1•lle tenue extéLai, au théâtre, en promerieure. C'était l'amha .adeur
nadr, 1 · lien e rc ~1.:rraient.
accompli par ]\·,prit el le~
,\lor , vrai111e111, la pré enc
ruanièr s. Il perdait de vu ,
de la prince:. e de leuerni h
Jan. l'rl,loui · ement trop rad ·venait pré&lt;'Ïf u~P, indi. pcnpide dt• Îèle mondaine,,
,able, à l'impfralrice. Il iml{Udtturs-urw. d,•, nél'e il~
portait
de crét·r, autour de
d'oh trnttiuu el d é1udi: de
oi, du mouvement et de la
homm • , qui 'impo~enl à
aietc'•. Ur, personne ne po l'étal d1pluuiali,1ue. La politiédait le don d"enlraînemrnt,
11ue e1111u11-!éede. '· poléon Ill
cedoo qu'ell garda toujour:-,
a,ait J,. détour· et d omà l'égal de ~Jmc dl' Mel ternicb.
bre , où ne Dé11étrait point
Le temp~ étaient calme,
.on coup d'œ,I fu••ace, it
et pro.pèrl• . Toute les illuqu'il n' prit pa garde, oit
sion emblaicnl permi e .
ftu'tl '11n 1apporlà1 à la 6nes!-.e
Pour pa · l'r I heure aus~i
de pcrcep1i11n de 1'aruba ~,agréaLlement que po . ible,
drice pour y roir clair. Ce
la prinre-~e 'était pa. ,ionnée
n'c lpa. qu'"llc en parùttr~
de
specLacle . IJle î apporta
occupt!e. tlle ~erul,lail avoir
cette fougue qui lui élait naa. ez à raire. nu d air
Lardie el CPtle facullé d'iniétourdi,, 'lui trompaient ùicn
tiatiYe r tée . an t·mploi . ur
dt! "en,, d.. 111euer . a partie
d'autrfs lt'rrain ..
dr femme â la mod .. dans l'i ntouraot.. hal,itud de l'impéra.\ la Cour dr Tuilerie., on
trice. un a1tP11tio11, toujours
nait re::-!-U~cil • le rilt .ompe.o évt1l. u·aur:ut ·u trouwr
tuaire_, remi. en ,i;!Ut-ur dr.
dema rJU1! plu· ing..nitur 4ae
lois de pré éa11re et d1!. oh ercette fo111tc i11diffl:rrnce pour
vance: d'étiqurue. qu'on 'atle my,tr-re dt! la politi,1ue .
tachait :irn1: d'aul:11Jt plus de
Elle était de ecu -là, pour-:&gt;În à faire re p1·cler qu • Je
laol, qui peu ;tÎtnl. r, llé&lt;'hLpre. rriptioo en dataient de
aicnl. ~l.11,1I t'ml,l it4u'elle
la Yeille.
·e fùL d,t 11 Ill' lt! plu:.- pre é
Le début· de diner el
étant de s'amu,t-r, Je re.te
de ré&lt;·epl ions 'a nno11ç.aient
Yiendrait à MIO hcurè.
an&gt;c une froid1·ur impo ée.
Le ·alun d • la princes e de
Aell.erui, b était le plu ouPeu :i peu le liPn. ~e détendaient. On e rdâchait de ces
wrl à la co1m•r~1ioo libre
qu'on cu11uùt à Pari • Elle
manil·re apprêlé&lt;',. I.e tementreten.iit. de 011 air d'inpérament el la jeune. redul~eucc d1 traite et de on
prenant le dr,sus, on riait,
encour-Ji ant ·ourir , le lai on •~ aiait, on était oi, et
er-aller de ce eau crie
bien dl• réunion commenl'excitait 11,ème de l'ai.,uil~
cée ou le ma~11ue d la
LE l'Rl . 'CE ET LA PRINCE . E OE ~, ETTERsrcn.
Ion, qu,tnd il ri,quait de
ré r\'e officielle e terminaient en une ,orle de terlanguir. lbacuo, aleu tour' di ait , on mot.
Elle euteud.üt et c ou,·enait, tri'· é,.,,vée ché con&lt;.1ammPnt à la p,•r onnc de la souve- lulia e.pa11nolc, où chacun dh,it tout ce qui
raine, et à 1111i lme d11 \IPllernich déclarait, lui pas.ait par la tète an au1r• .oud de
dan. une minule d",·xpan ion, 'lue, . i l'impé- la formule. Mme de fctternich, a1•ec l'ai1: tlle rnlra fort ••nol aussi ,laos le, idét&gt; de l'impè~1(!•'t ~ur la ~u,• lion romaine. Or, 001 nï1n1ore qu l'.:~ratrir.e etit été une Jarie-Antoinelle. elle sanre de sa naturelle gaieté, bàtaiL le motm1e rul t.,UJOU IIUC J patin\' oppù.anlc.
aur;iil ,·oulu être a princesse de J.amballe, ment de la :con,er. aûon . franche et d'e -

. .

... 253 ...

�1llST0~1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

L.Jt
pre~. ion libre. La causerie . e rendait plus
intime. Le. yeux brillaient a,ec plu , d'éclat.
On r pirait, on ,h-ait. r1i:jà le préc'dent amba. adeur, baron de lhibner, avaitcoo latéque

en :prouvait un ha"rin 'm81 • d'irritation, la
prinec!S e de MeUernieb lui était une comp gne instante el néce saire même, par le lwoio qu'elle r, eu tait de distractions à tout

UIGII

LES

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E T IRES DE C€ R
..,,.,.,...._,

eo!lldes.

DE M, LE MARQUIS DE MASSA

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~ N ' l'ntlrTAÛS

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FAl · UIILE DlS PR OGRAllllES, l)l f&gt;lllllÉS
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l ' R SAIL,; Bl. AXC . QC I SE DISTRIBUAIENT AU\

J.I.IPtRIAUl, A COlll ' llG ' E. (Col/~clio11 Ju )h1&lt;QCIS DE

le Tuilerie- n'ùait:nL p . un liru de tri le.
el que ce· représentation dL gala avaient bien
four charme au :reux amu is d'un diplomate.
liai c'e là Compiètme, avon -nou dit, où
fme de Yeucrnicb pas ait, chaque année,
plusieurs emain~, qu'on 'échaulTait da\'antarre à la pour·uite du nouveau, et qu'ellemême exerçait, avec le plu de uc -. , le don
qu'elle avait de emer ur . es pa l'animation
, el la vie. Dans le io lanls de tri te e de
l'impératrice, lor que l'empereur, qu'elle
aimait exclu hemcnt, la délai il, et qu'elle

1.,nns

DES

!IIA ,. A, t

pm. La « dame du logis , , comme l'Jcrhait
lérimée à oo a Inconnue 1&gt;, u,ait de tout
pour comballre l'ennui ecret. Et les représentations, le:. chanson , les partie de campagne se uccédaient au •ré de imagination de celle dont on a dit qu'elle fut, à la
Cour de France, l'amba~sadrice de plai~r .
C'est à traver ce jeu:t: et ce dj\erti ement qu'avait eu lieu, un 15 novembre, jour
de la fête de l'impératrice, ur le tbWre de
la Cour, le pa , si expre iI, le pa ioouhlialile
du Diable à quall'e. n caprice de grande

dame, «lu'on nec" a plu de raconter, et qui
e~t dewnu, depui le temps, bel et liien un
cliché de chronique.
On al'ail eu la fanlai ie d'un ballet à daner en co turne, comme à l'Opéra, maillot et
jupe courte. Le Diable à quatre aYait été
choi i. o maitre à dan cr de !'Opéra • 'était
rendu, chaque jour, en nrand ID)' 1ère (car
on en ré.!ervail la .urpri e), à Compiègne.
pour conduire le répélttion des «Juatre dan. u. e cl de leur partenaire, le m rqui de
Caux. Et le moment arrhé, devant Ioule la
Cour, en pr'•. encc d'un grand nombre d'étrangers io,·i1é pour la circon. tance, le baHet fut
dan$é, ruimé très brillamment. Le artu-te.~,
au noml,re de quelle une ambas,adrice,
c·e t-à-dire 1. princ " e de lellernich, étaient
venues recevoir, confu e et ·atb!aite , les
compliments de l'empereur et de · hôtes.
Une chronique indi.erètr. ajouta que la f te
a,anl été terminé• par un bal, on avait prié
1; dan· u e du Diable à quatre de ne pa
remplacer 1·or maillot· par de jupes de
cour, d jupes longues, et que le plabir de
la oiréc en fut de beaucoup augmenté.
Les cbo e' n'allaient pa. loujour an encombre dao l'arrangement. de pectacles et
d diverti_ ments,oùellea,·aitlaha.utcmain.
Ou a conté le ingulier dilîérend qui 'était
élevé entre Mme de llellernich et la duches e
de Per igny, pour fort peu decho , un mince
détail de mise en scène. On devait donnn à
Compii&gt;gnc la figuration d'un tablt&gt;au de Watteau : le Dé;eur1ei- champêll'e. Et la prinet&gt;s e 'était chargée de la di:.tribution de
per. onnarre et des co tum s. Cha_cune e
disiit contente, saur Mrue d1• Per:-1 11n), la
fc&gt;mme du mini trc de l'fntérieur, par '
qu 'elle n'} ,oyait pa l'occa ion de 'attifer à
.a manière, comme elle l'aurait voulu. Par
exemple, se· chc,·cux blond· étaient d"une
rare Leau té, cl elle aurait tenu à I • montrer.
, - Je veux que l'on mie me cheveux, »
répétait-elle 3\'e~ un lége: 1.ézai~menl et une
ob ·tioation mutine, qui o!Tra,eot quclqu
cho e d'enfantin.
« - ~lai c'e l impo iult', répli(JUall
Mme de letternit-h, il faut, au contraire, une
pclile coiffure rele1· ·' cl poudrée l
u ...- Non, reprenait Mme de Per ignJ,
nous fai. on cela pour noo amu cr et cela
m'amu_e d'arnir le· cheveux défait ' .
ai ,·ou ne voulez pa raire comme nou.
tout~, ne parai . ez donc pa, dan Je tableau. »
Et elle .-n r 1féra à l'impératrice.
&lt;1 - Lai se:c-la faire, dit la ouveraine, c'e t
une nouYeaulé, qui . t&gt;ra pt•ul-èlre heureuse.
« oo, non, elle ft:ra tout man4oer.
li oyon , ma chère princesse, qu'estce que œla ,·ou fait'! !-:Ile era Loujoftrs_jolie.
e ,ou querellez pa pour etla, soyez 111dul"Cnle. Vou avez, cette pauvre Mme de P'rign · sa mère e t folle 1
" ~ Ah! . a mère e t follet, ch bhm!
1. L'imp1:nlrice n'a,ail pas rnulu dir~. que la du1&gt;11t 11 cervel!e ~ 1ercnl et . Iridées uo peu bn,utllus. O_n con11a1ss.11~, ~u~ ce p&lt;11n1,
les ,ou i du duc ,le Pel'Slgoy. Aux rcc.·P.lfons de la
place Beau vau commP aus fèles plus rntrmes Je Ea
thP se elle-ml!lll~

P'R_1NCESSE DE METTER.N1C11 - -~

mon phc e l fou, t'l jt• ne céderai pas. 11 mieux un clalrue plan!' droit. .. el orné de
de corrirrer ! Av nt elle, on n'était rien moins
Il fallut en pa. ~cr par a \'Olorrttl.
tl,·urs ! t:ne autre foi., Octa\'c Feuillet dt•vail que difficile, chez ce.&lt; dileltaotC's, ne onOn a pu . 'en former une juste opinion : faire venir un e:irrick et un paotalcin mou:se
l'aml,a ·,adric •, 11uoi1rue au fond du cœur p,rnr un rcilc de \·01ageur, el l'idée de pa- ~eant que de rire el de 'amu cr. Ain i, le
bienveillant et honn ', açail l'humeur prompte; raitre en cette tenue, ou plu tard en maillot 15 nol'embre I a7, le jour d,· la tète de l'impératrice. on avait joué, à Compiègne, une
el J"on s'en ap•rcevait. quaNd on .'altirail i1 paillettes devant Leurs ~laje té , n'était pa
grande
charade, dont Mhimée et ~locquart,
imprudl'mm nt quelque r •partie mordante ou pr :ci émenl ce 11ui le rlljoui. ait le plu au
le
·ccrélaire
particulier de l'empereur, comquelqnc Irait acéré, ,·enapl de a franchi: , monde. Comme il eùt préfér,: à tout cela une
po. èrenl le texte. ftoufand y rempli.sait, à
en droitt• li~ne.
promenade trani1uille et méditalil'C en forèt !
Ceux qn"dle appréciait el farnri:-,ait de ;es füis la princes e sarnil si bien ramener en- la .atUaction ~énér11le, un rôle l,ooffc d'Auymp:1thie , en revanche, la juneaienl bien -uite le contentement dans l'àme de on au- '"er;!nal et rc:hélait un talent de comédien
. édui::inle. Lo. poirrnéc de main chaude el teur, cmbe.o.,né de Ioule· cc menue. -eri-i- parfaitement inattendu chn un mini tre de
rordiale, le mot heurcu trou,·é de uit.e, le Lode ! Elle était la. plu fervente de applau- l'Io lruction publique el de. Culte!!. En redétail pn onnel 11ui louche a1nilcll, l'action di. ,eu. : . Elle donnait le _inoal. Ou lapait "anche, le atlrice , pour la plupart d
t!tprr ·. ive de e ·eu. el de .-oo l, n"age lui de. mains dam la aUe élécranlr. On criait étrangère , avaient e tropié la poé ie, à qui
mieux mal et, en particulier, une lady Egling,.a,.nai nt, à l'in ·tant. le· intelligence. qu'il d' •ntbou ia,me. On rappelait le po:,,te, et •
lon,
qui cbangr.ait le rimes, tourmentait le
lui plaisait de 'attacher. 0 aa,·e Feuillet, d~- intrrprètt . Mme de Yetteroich réapparai ait
la premil•re foi!i qu'il arait été mi en sa pré- entraînant l'beurem: coupahle Jusqu'à la dialogue, allong •ait le ver de trois ou qua~enCP cl qui! trè opportun :ment cil a,·ail ramp' 1&lt; dc,·anl le public idolàtre 11. Et Oc- tre pied de conlr -bande, et e trouvait,
entamé la conrersation :,ur .on roman de i- la,·e Feuille! fini ,ail par trou\'er que c'élail avec cela, très coolente d'elle et du public.
La Cour avait été charmée.
bylle, 'était déclaré charmé, t:duit, conqui . délicieux.
f me de lctternich l mit ordre. li fallut
Elle açait, d'ailleur , cc qu'elle fai:-ait, la
s'entendre à jouer et à dire comme de arfine amha. ~adricc eu :-e montrant à l'égard
Le rtile qu'elfo avait accepté de i bonne
dn maitre frri1·:iin lleuri • de douceur el de gr.\ce n'était pa. au si ai é qu'on le pourrait û le ce comédie de paravent.
pr :"enance. Quand t1D aime le tbé.llre el croire. Il n'était pas i • impie d'entretenir à
J'ai ou les yrut. tr~- à propo·. le volume
(Ju'on a . ous la rnain no nuteur tel •1uc Feuil- jet continu le rourant de la belle humeur
let, cela vaut bien qu'on dépen:c de l'cm- dan cette ociété dé. œurrée. On y mellait à as. cz raréfi I du Thédlre de aum du marqui
Philippe de lia a, gentilhomme, .oldat et
pre: 1•m nt cl de l'amabilité . • ·e venait-elle
'amu f'r, parfoi , une lionne ,oJonté Lri•
écri\'ain,
auteur attitré de la Cour de Tuilepa justt•mmt dr former le projet d'une cha- laborieuse. Toul comme aux Tuilcri~, il y
ries, régi seur général des cène de Comrade pour la fètc de l'impératrice?
avait à Compièrrne de. aprè -midi fort mau - pii·gne et de Fonlaineblco.u, qui avait pri la
Le lendemain, san plu~ nlleadr ', elle lui
aJc , quand il n·y a,·ait pa cba ~e ou excuruite du duc de Moro ', dan· l'art d'improfai.ail ronfidencc de ce li au d1u,cin. Le mot , ion en forêt.
"i,er de vaudevilles mondain à l'u a11e de
4u'clle a trouvé est de circon:-tance : ArmiUo oir, avant le dloer, elle n'avait pu
1•er airl', • fa ·œur Anne • pour la pre- trouver rien de mieux, co attendant le po- prince el de leur imités, el qui app lait
mi/•re syllabe, lui ouvr, une matière com- la •e, que d'indi11uer aux belle. oisivei un jeu, ~lme de lellcrnicb a u e. On ne jouait se.
mode à remplir. ffüer vi •nl de lui uggércr où il .· avail de la farine et une barrue dcdao ·, m nues pièces qu'une ou d ux fob; mai il
une malicieu~c fantai i&gt;. Elle a rché &lt;1ue le ,1ue l'on devait ai~ir avec . e, d~nls -an e a,·ait ce u~ enviable de recueillir le
fringant Galliffet aurait l'attitod, d'un homme blanchir le nez. Cho e difficile entre toute . applaudi .ements de· main •l le- vivats de
bouche· le plu ravis antes de la création.
11ui tom!., le ,enlre ~ur la glace el ne peut
Par le Lemp de pluie, on ne ~avait qu'iui, \·oilà Lien ces faroeu Com111er1tair
pa e relt·H•r.
maginer pour réveill •r l'animalion ur le
" - Très bien, princ se .. fai qui fera ri arr• a~.oupis. L'annonce d'une charade de Càa,·, C lie revue en deut actes Je l'anlt's \'Cr 1
née 1 lî5, un document lypi&lt;fue des actuartait la mieux accueillie et répandait, ou- lité.~ pari. ienoe· du momen1. el qu'avait
• - You~. 1 n'.pond-clle. •
dain, une noie folùtre dan. 1 salon . La
Les cbo~ei; ne trainaient point a\·rc celte perspecti\·e de co. tume ·, le ouri d toi- montée, répétée, et en grandi! partie interC"nlraincu e. On avait du :,'y mcllrc de uile. ldte , le jeu d,~ · répétition , c'était pour en- prétée, chantée 'on .\Ile e la prince e Pauline de Metternicb.
Quand il la rdrou,·c au ·bàteau, ,·io!lt-quatr
chanter Ir femme ·.
Elle y tléplo1a une chaleur tic zèle c traorht&gt;ure après ou guère drn1111a"c, la princ . e
Le thé:itre était le grand moyen.
dinaire.
a on rôle en main el le trarnillc dïmporCe fut toujour · la pa, ion dominante de
Dan la mi~e en ·Cclne d'une pièce in~crite
lanle, Oeta,·&lt;! l'euilld ura donc été l'auteur lime de Ic1t1:mich, le thé.Ur i en tou , enr
diliuenl, le con. rillcr littl'.-rairc ingénieux. li et ou toute le r;rmes. Elle n'en ùédai- au tableau, ,\!tue de ~fotteroicb, tout à on
e croit quille à cc compte. ,\fah non. Ju~te- gnait rien, même le fi1ruration-; rouelle cl role et à cc qu'on c,-pérait d'elle, ne ~e tenait
correspondance
ment, on per oonarre reste inoœupé dans la • le· taLleaux ,ivaots, qu'elle di. po,ait -céni- pa · d'agir et d't'crire.
charade; c'e l un méchant rùle de jardinier, quemenl avec le femme· intelli••cnte el ljUOlidienne en était con idérablemeot gro ic.
1pii lui tomiendraiL à men •ille. Un le lui a jolies, 11ui partarreaienl cc "OÙl. Elle était Clraquejour, elle email de Ct!' hillrt · alerte,,
r: ené. Il 'eo défend. Est-ce ,pie le prince prince~ e de nai ~auce el d'éducation, arû te comme elle ut en lourni:r ur tou le ·ujet~.
et qui formeront, le jour où oo 1 réunira,
de l\cu~s'!... E l-ce 4uc Clermunl•Îonncrrc el mu icienne de tempérament.
un r ·cueil de plu curieux d de plu· vivant. ,
u· nd.,~~erail pa Lt'au •oup micu la 1·c. le
Le leu acré était en elle. Elle anit la con~I. de lia ·:a, 11ui com ·rra, depuis lor ,
enrulrannfo de ce hergèr LouL XV? Vaine
·tanœ d'apprendre de lonrr. rôle.- coupés de avec la prin · e des rapport J, "rande
xcu c.. Oo ne \'eut pa eo entendre daran- chan ·on , d'organiser les répétition- et de réla"e. Il n'a que le lemp. de donner es ulcr point par point l'arranrrement d pre- amitié, en fut, naturellement, très farori ·é.
JI y a\·ait à 'entendre ur maints détail·, à
in trutLions pour le décor el d'aller pa. er mière , awe le concoor de ault' ur et de
culoltt! de a.tin. La repr :,enta lion a déléuué · officiel· de· plaisirs de la Cour. Ellll couvenir d'un rôle, d'une intcrprt'•Lation,d'une
lieu. n ,erra le délicat écrivarn apparaitre se fai.aitde on plai ir un devoir et un lra\'ail. nuance nouvelle à introduire, d'un changement h faire. Et les notes épistolaire n
tout à l'b ure, au débouché d'un para,·1:nt,
li était bon qu'une entbouja 1, de la
et e montrer &lt;:u cène rc\'èlu d't111 as ez ridi- .c ne, une ,irtuose comme la princes c de cbomaient pas
c Vou de,e;: al'oir bien des letlre de la
cule co turne, a'"cc une tète de vieux bon- Ml!llt:ruicb, eût à cela l'œil el la main. IJor ·
pirituelle grande dame, di ·ais-je au marqui
homme poudré à blanc, portant de on de sa ·urreillanc , on eùl commis tant
de Ma a, un oir de rencontre inopinée
terre de CliamaranJ •, la 11ë1r1&gt;-1:i d,· la 1lud1
d'inexactitude , répété tant de petile mala- (c'était au Th~àlre-Fro.nçai , à la prrunière de
11' lait un • •cr~l pour aucun ,les im·ité •
dre ~e , qu'on oe prenait pas a ez la peine la Plus Faible, de Marcel Prévo t), dt-... 255 ....

�H1STO'J{1.ll
perles que vou'! ne lai erez poinl s'égarer.
« Vou· vous tr11mpez, me répondit-il. Je
ne con&amp;t'l'Ve plu de lellres, depuis qu'une
tentation lrop forte ou qu'une main trop
pr Le s'est :1vi,ée d'en alléger mes tiroirs. ~
Par quel ·ortil~e e ont-elle~ en,,olées de
la cassdte du mar11ui' de ~fa a, qui les
croyail bien en ùreté dans le château de
Ménars, po11r circuler rn public, an indication de la provenan1:e, ni du nom du d.. Lmatairr? Le mysti&gt;re ne nou en a pa été éclairci.
Ou moin , rlle n'ont pas été perdue pour
tout le m,,11de. Il n'est rien que de très innocent, au re Le, dan ces billet « d'arli te » à
son poè1e, dt'S idées qu'on échange, de la
collaboration à &lt;l1:-lance. On y peut uivre,
jour par jnur. la marche des répétitions el
J'avancemeut des étud..s.
Ce sont de~ a,is, des conseils qu'on sait
donner fort à propo , avec une ju ·te ·se
d'instinct el de la manière la plus courtoise.
« Ne m'tlo v,•u1llt.'z pa~, dit-elle, - à la lin
d'une a· ·.,z lon~ue mi~. i,·e pleine d'obst-rvations, - Ut! m'en veuillez pa · de ces difficulté· pour mon rôle. Je déte· te faire de
emharra~, et j .. me suis décid.le difficilement
à vou~ en parltir. U,i· c'est que votre uecè·
dépeud b, auc·oup aussi de œrlaioes ch,i-e ,
que je me ,uis llt!rmi de vous mar4uer. ))
La que tiou de co. turnes e L son :,onci
parlil'Ulier. Ult' s'y eute11d, du re:.te. F.mellre
des proj .. ts. ltls fJire dessi11er par Marcelin,
de la Vie parisienne, exJculer par Wo1-th ou
par un aulre, PL revèllr par le plus charmantes mo111.ldi111· ·. pour le plai,,ir de Lou$,
c'est on eocl,antemenl. Mai· il n'e L pa · uu
seul poi11t 4ui 11e la Louche et donL elle ne
s'occupe avec . oll1ci1ude, en ce· coulis ·,·s de
fautai ie. Uan, le partage de· d,v.. rlls~eme11ts, les g11ùLS soul varié~. On aime ici le·
tableaux vivant,. On pr~fère là les ma ·carade ·, les Lraves1i~. Mme de Mellernil'h ue
dé~avoue 11i IP. uw, u, les autrt' ·. M111ife.,temenl. .e:, pr..d,lc• l1ow v,ml à la d1..iraJ .. , à
la comé,lw, aux ~I' ctad,i · dialogués el vivant,.
Là surtout un al'LIVILé fait mt:rvcille~ Pl donnerait à cruire 'Ille l'é,·enla1l r1•pl1é Je la
princes ·e a res,11 ·cité la vertu des l,a~u,·1 tes
ma!!l4u~·. r,,uJours la plu \·aillan1e. Loujours t.ur la hrèdw. elle se plJinl u11 pPu, de
temp en lt•mp,, de la ltédeur vù s'tlnd11rl le
reste de la coml':igniP.
« Vou · verret.. dt!cl:tre-L-elle au puèle de
la r ,·ut!, vuu · n·rr,·z 1t,s Pnnui et le:: llllSt'l'lque vous auret a sul11r avec acteur el aclrlCt'~.
Je con11ai · cela, c'est une ral'e allreU•t'. JI!
pui le dire. pu• ,1ut- Jt'II ui ·. ~~t Comp•èj!tlt'
esl fait, pour répti•er sérieu tme111, c,,111we
moi pour dan er ,ur la corde de B1011 d,n. 1)
Et ,,ue celle 1ruupe br1llrnte esl mala, èe
à conduire, ~urloul à nodre exa&lt;'le!
a Toul le monde court du rua,in au ,-oir
el, à 1'11 .. urtl de la répétition, pa~ àrne qui
vive. Rien 4u.- rautt-ur el ... moi. Ju ·qu'à
préstlul. ça u'a jamai mao4ué. ous a11ri1111
une t,elle cbauni, i le slatu q1w étai, cbd11•rti. o
Eocure, ,,i uu la lai,sait travailler; wai ·

non, pendant qu'elle on!re de la pièce, qu'elle
écril de la pièce et qu'elle eo vil, qu'elle se
tourmente à en éprouver chaque effet, à en
interroger chaque nuance et chaque détail,
aulour d'elle on babille, on fait du bruit,
comme s'il ne s'agissait point d'une cho e
d'importance.
&lt;&lt;
On ,ient m'interrompre à chaque
instant. Bu on {le prince de agan) ja e
comme une pie. Bussière ne se lait guère.
Richard fait comme eux; ma tète n'y e Lplu
du tout, et je ne sais trop ce que je vous
dis. 1&gt;
Richard de Metternich, en effet, est beaucoup moio entrainé. Tenir l'orche Lre, jouer
du piano, il y consent; mais monter en scène,
donner la réplique. il n'en éprouve qu'une
faiMe envie.
« Ne comptez pas ur Metlernich, écrit
lme de Pourtalè ; on n'e l jamais ùr de
lui; il ne veut pas jouer. 1&gt;
'importe, la princes e e donne as ez de
mouv..ment pour deux el davantage. a dilig,rnce e t ans ecoode; sa complaisance
d'apprendre, de dire ou de chanter est sans
limites. C'est au mème correspondant :
« Mon cher ~la a, je chanterai ce que
vou voudrez me donner et ce que les autres
ne voudront pas. Je vous répèle ce que vous
sa,·ez, j'e père : c·~t que j~ ne uis pa lrop
d1ffi1·ile à faire marcher. J°ÉTonu:, à l'heure
qu'il est, mes rôles; car ils ont à peu près
appris. Voilà mon plan de campagne : la
cantinière uipageu e, bruyante, l'allure mililaire, l'air go 0 uenard; la Grève. bona e, un
milieu entre le 1·omi4ue el le ridicule ... une
naïveté, p.enre Alphon ·iot&gt;. Enfin, la Cban on
l1'ès f,·ançaise, graci... u e, f{entillc, gaie et
parfuis très posée, rieuse et parfois Lri le •... »

de la repré·entalion !. .. Cti serait à e pendre
au premier arbre venu l »
En voyaae, à Vienne, ou ur les chemins
qui mènent à es magnifiques propriétés de
Bohême et de Hongrie, elle emporte ses rôle ,
les reprend, les travaille avec le cru pu le
d'une véritable actrice :

Le lieutenant-civil Dreux d'Aubray
Par CH. OAILLY DE TAURINES

« Vieone, 29 octobre 1 65.
&lt;&lt; Je chante et je rechante; j'apprt&gt;nds, je
répèle; je uis, enfin, en pleine revue 1 ••• • ,i

El, à force de brûler les pl aache ... du
théâtre de Compiègne, ans y prendre garde,
entraînée par le métier, si j'ose dire, elle se
lai e gagner légèrement aux façons de parler
dé 'iovoltes, un peu osées, un peu familières
des divas el des divette· :
« Quant à l'air à loul casse1·, cela va
comme sur des roulelles et je me demande
pourciuoi il m'allait si pt&gt;u, au début .... Je
refuse énergiquement la dan e espagnole,
dont me parle Bo on. J'en aurai a,sez fait
en créant tout ce que vous m'avez envoyé. li
y en a plu qu'il ne faut à ja er et à fredonner. Je crains que le public ne me prt'nne en
grippe; car je lui eo sers, en veux-tu en
voilà. »
Mais, tout en se livrant à des espiègleries
que a jeunesse explique, tout en jouant avec
un diable au corp qui n'appartient qu'à elle,
ne croyez pas qu'elle oublie son étal de princes,e et a dignité d'ambassadriœ. li umL
qu'ils soient en cause pour qu'elle se mette
nettement ur la défensive :
« Permettez-moi de vous confier touL bas,
tout ha , que je me refu e à chanter le coupl •t à l'empereur. Je ne pui le faire, et ce
serait ridicule dan ma position d'ambassadrice. Je vous upplie de ne pas me faire
Lrû.ler un seul grain d'encen . &gt;&gt;

Il se rencontre ouvent des anicroches.
Cbal'uae apporte une réclamation, demande
un 1·ba11 •ement, exü:e un coup de ciseaux.
L'1mpératri1·e au.· i taille dans les couplèl en
loug ou en large. Toul de même, le cho es
P!llin s'arrangent. Cda ~e des ine el prend
1·orp·. La troupe arrive à travailler d'ent'tuhle. « Je counais bi .. n LDnn public »,
a ,ure alor la d1rt.'clriœ de la scène. ne
aclr•œ de prores~ion ne s'i:xprimerait pa
autrem• nl.
011 st-nl qu't•lle 11'aime pas les lenteurs.
Elle hrùle d avoir en main toute la pièce, de
~.noir . es rôlt&gt; , d'P11trrr en .cène. « La
pièn,· ! la pièi.·Pl » rèclamt"-t-f'lle. L'imprévu la
wurnwnte. l'1mp11He. Elle t sl dan 1• tran es
4ue tpwlqne événetut'nl malencontreux n'aille
e11t·11re rt&gt;Lard"r la fèlt.&gt; théàlr;1le.
(( J'., ·vèrt: bt.'aucoup, j',·.père de tout mon
cœur •1u.. le d1u1t:ra u·l'rufiè•·hera pa le séjour
d, CompiègnP, ni qu'un affreux deuil de cour
ne viendra uou · towuer l&gt;llr le do , la veille

Qnant aux hardies e· du texte, elle n'e,t
pa · prudE:. ~lai , pour d'autre., pour Cornpi rrne, pour la grande maitresse d'E süng
aux airs timorés el renfrognés, elle réclama
qu'on atténue la vPrdenr de couplrt .. Dan
les Commentaires de César, elle avait douli~e
rôle. Elle incarnait la chan on, la vraie chanon françai e; elle repr l•enta1L au •i, bra,·emenl, un u chevalier du îouet 1&gt;. Il fallut
supprimer, dan le grand air du a apin • en
course, l'allusion trop vive aux store bais és
dt&gt; · voiture publiques. Très amu ée, d'ailleur~, heureuse d'avoir à détailler le malice·
du rondeau, elle avait chaulé le reste du
morceau avec beaucoup d'humour, en digne
automédon-femme, qui, par dévouement à la
famille, a remplacé pour un jour, ur le
siège, 011 mari en état de grève.
Ces grandes audaœs théâtrales étaient de
ai on el ne Juraient que leur temp ·, une
fiè\'re d'automne renai ant el di parais anl
a1·cc le vacances de Compiè!!lle. Le vertige
l. Dan- la même lettre, de sa main de princesse,
pa~ é, elle savait, et vite, reprendre ous son
elle aJuula : , Vilr, faile:;.-moi ln mu~ique Je l'air :
amabilit~ !1ère, pour qu'on n'en ignorât, le
llac.iche turco
a,·ache coguaco .... ,
tond~ la grande dame el les convenances de
Un miuce tlètail, cumu,e on voit, qu'elle n'oublie:
son rang.
pa,.
(A suivre.)

FRÉDÉRIC

LOUEE.

du faubourg Saint-Jacques, cl, le trajet étant
forl lona, celle cbaritalilc prince e a,·ail
l'habitn,le de lui envoyer son carro se.
Le 1;; mai,~(. de Sacy devailju tcment e
rendre thez la duch .e, mai · celle-ci ne put
ce jour-là le faire prendre, tou ·e chevaux
ayant éLé envo1és en relais au-devant de
~[me Ja prince e de Conti, a btlle-,œur,
revenant à Pari aprè la mort de ,on époux
qui venait de terminer dans la pénitence une
,ie p1 .ablemenl agitée.
En cette année 166G, avai , nl commencé
di! précoce chaleur , l'air était orageux, el
en prévision d'une longue marche à pied, l'extrémité dn faubourg "aint-,\nloine n'e. t
p~ tout prè de hauteurs du faubourcr aintJacque. , - M. de Sacy, voulant profiter de
heure les plu fraiche du jour, e mil en
marche à ix heure~ du malin.
Comme, depui plu de deux. am•, il 'al-

afin, lor,qu'il ,erait pris, d'al'oir au moin
comme con. olation et -ecours ce beau lh·re
M. de Sacy, les épîtres de saint Paul,
dans sou cacliol.
les u carrosses à cinq sol n et les
cc Q11'on fa ·.e de moi ce qu'on ,·omlra,
Mét.11norphoses ,t'0111de.
di ·ait-il avec a · urance, en quelque lieu que
l'on me mette, pourrn que j'aie mon :tint
Paul, je ne crains rien 1 »
Les . olitair~, ces amis du dt!hors chez qui,
dès l'année I GGO, le Lieutenant Ci,·il avait
lai 1a chaleur 'annonçait comme devaol'
été appelé à faire de~ vi ile~ terminée de si
être i accablanle et le chemin à parcourir, à
aimable taçon, furent, par ordre du lloi,
pied, dan des rue montante el pous iépotmuhi· avec autant d'acharnement que le
reu e , était i Ion que, ce jour-l;1, avec un
religieu e . Errants d'asile en a.ile, c'est
peu de Mrrel el pour ne pas se trop charger,
en 'min que, réunis par pctil !!Toupe , ils
~r. de .. acy lai a on ,:;aint Paul ur a talile.
·tlîorçaient d'échapper au. recherche d'une
Afin d'ailleur de diminuer la fatigue el de
police sans cesse en é,·eil.
couper le trajet, il comptait 'arrèter ;1 miPeu aprè l'e111rée solennrlle du Uoi el de
chemin à l'egli_e aint-P,IUI ou à 'aint-Gcrla Reine à Pari , M. de acy, le saint prêtre
vai' pour y enlendre la me, e.
directeur piriLuel de olit.aire , avait dû
Accomp:icrné de ~I. Font.aine, l'un de
quiller a retraite d Trou el venir 'in litaires qui demeuraient avec lui, il ,e mit
taller en ecret dan une mai on i.solée
donc pai iblement en route ,er la ,-ille.
entre cour et jardin, tout à l'extréA peine, en suivant le faubour"', les
mité du faubourg ... ainl-Antoine, non
deux matineux marcheur· araienL-iL
loin de l'e planade qu'on continuait à
parco11ru une faible distance, qu'arappeler « le Trône », depuis qu'y avait
rivés à la hauteur do l'abbaye Sainlt\lé dre~sée l'e trade du baul de laquelle
Antoine, il· croi èrenl uncarros equ'il
Leurs !lajesté a\'aienl reçu l'hommage
reconnurent comme celui de M. le
de Lous les corp de la Yille.
Lieutenant Ci,il; il était tout rempli
Là, en compa!mie de deux ou trois
de commis aires.
amis fidèles, M. de acy menait la vie la
Sans prêter autrement attention à
plu rclirée,ctce me -ieur ·, respectéi;
cette rencontre et é,itant de e retourdes voi~in pour la dignité eL le calme
ner, le deux Yoya"eurs continuèrent
de leur ,·ie. e.-;péraienl pou\'oir échaph:ur route; ils allaient en grand .ilence,
per ain~i aux recherches de leurs encar M. de ac.·l avait coutume de dire
nemi~.
tout en marchant quelques prière, et,
Pendant un certain temp il
passant le pont el la porte aiut-Anloine,
avaient réos i en eJfcL, lorsqu'au comil pénlitrèreut li.cnlôt dan la ,·ille.
mencement de mai de l'année 166ü,
A celte heure matinale, le .oleil, has
ils crurent remarquer autour de lrnr
encore sur l'horizon, projetait à travers
logis et de leur per onnes des allée
la rue aint-Antoine J'ombre des ha11el ,enue et une surveillance de gens
les Lours de la Bastille. [)'in linct le
bitarre aux allure à la fois discrèles
compagnon de M. de 'acrleva le eux
cl inquisilire , ayanl tout à faiL l'air
vers les sombres murailles de la prid'e pion de l)Olir . M. de acy ou
on:
-e ami· venaient-il h orlir, quelqu'un
11 En vérité, dit-il, nou ne peu on
au itùt était ur leurs talon ; prepas as ez à ceux qui sont enfcrmés là;
naient-i ls uncarro e, unaulre carros e
ou n'a point celle compa · ion, dont
les sui vail; comme il avaienl un jour
parle saint Paul, et qui fail que l'on
p:t sé l'eau à la porle aioL-!nLoine
&amp;t au si sensiblement louché de 1a
pour aller à Saint-Médard as.i ter
capliüLé déS autres que si l'on était
aux funérailles d'un de leur5 amis, un
captif mi-même. J&gt;
homme se trou\'a dan le même ba- L.i. RtrE AINT-A::-TOIXE ET L'Ü,LISE An.t-PAUL AU nu• SIÈCLE.
Il disait cela en pensant au bon
D'après unt gravurt .tu Cabinet des Estampes,
teau cl ne le quilta pas d'un pa 1 •
M. avreux, Je libraire cl ami des
Choi i comme directeur de conscience
olitaires, qui, depui lonrrtemps déjà
par la duches.e de Longue\'ille, .Y. de aC) tendait un peu à être concluil qudque jour à était à la Bastille pour aToir imprimé leur;
avait 01nent à se rendre dans Ja peli te mai on la Ba tille, il avait pris oin de faire relier, écrit 1 •
en un volume do formaL portatif qu'il prenaiL
«
assez! C'est a ez, M ieurs! cria
; Ellrail du volume : /'ère el fille 1Philippe de
toujours
ur
lui,
les
Épitres
de
aint
Paul,
Uiampague et tl'III' Cc1ll1el'i11e de Samte~S11~1111e
2. 11vreux re la dix mois â la Ba lille. )'ou· l'ie
;, Port-lluyal , 11ar Clt. Gailly de Taariues. (Libr iric
1. Foot .. ioc. lcmoiré pour .en-ir il l'hi toire de
Ïllléru,011us et édifta11le1 de 1/eligieu ·es cil' J&gt;ort

c·~t

lle1:ltcllc d C".J

... :?56 ....

lV. -

Hu,TORIA . -

l'orl·ll.upl. lln.'t:hl, 2 vol. in-12. 1ïj6.

fasc. 3o.

Royal,:, L. lï52, m-1'.!, I\·. p. 25~.

�_

111ST0-/{1.Jl ----- - -- -------------------------·--------'

à l!e momenL uno voix derrière les marcheur
, 'étant retourné:, ceux-ci reconnurent

fours, les attendaient au passage, les voyaient
lou pa~serpleins devanteux. Le· jourssuhanl •
le uccès ·'accentua encore : des magi Lrats,

glisser le lettre , de a pocbe dans .on caleçon; imiolable asile. pen ait-il.
En quelques tours de roue, un se Lrouva
chez le commis air .
u OtE&gt;z votre manteau, Mou icur, cl ,·euillez
Yous a seoir ur cel escabeau. dirent le archer à M. ùc SacJ dès qu'il fut entré; et le
cordons de es hauts-de-chau~sc a ·:ml élé
dénoués par ces valet de cbamLn· improYisé~
qui, pour le mieux servir, 'étaient mis à
genouJI de,,anl lui, le pamre M. de ,. ac eut
la douleur, au milieu de leurs rire ironique , de voir les 1&lt; lettre de con cience » se
répandre lamentablement sur le parquet eL
tomber dan · leurs main ".
fai , après celle Cormalilé forcée.
le
commissaire voulut faire preuve de l'amabilité qui en dehors de :c devoir profedonnel , lui éLait baùituelle; ayant donc mené
~[. de acy dan une chambre haute. il ounit un placard dan · l'encoi.,nurc d'une cheminée; les lablelles en étaient garnies de
liv1·cs.
&lt;1 C'est ma bibliolbèque, annonça-L-il, non
san. fierté, car il se piquait de quelque cannai ·once dans les belle ~letlres; vou. poU\·ez,
Mon ieur, y puiser à voire fantaisie . Quel e t
,·otre auteur pri:f{,ré? Voici les Metamo1·pho ·es d'Ot•ide, Ll1·t ,J'aime1· ....
- Pardon, ~Ion icur, interrompit doucement ~L de ~acy, j'aimerais mieux la BiUe,
ne l'a\•ez-,1ous point? 1J
EL comme la Diltlc ne se lroma pa dans
la bibliothèque de M. le commissaire, déplorant le fatal mou,em.ent de mollesse, 11ui,
pour éviter une falibrue, 1ui avait fait lai ser
son aint Paul ·ur la table, le pauvre li. d~
Sacy se pas a ce jour-là de lecture.

,r.

LA PORTE

\\i; T-.-biTOl1'.E. -

Gr.ivure dt

alor · uu de, rnmmissa1r &lt;lu carros~e qui
accompagné de deux archers, les avaiL doucemcnl uivis sau qu ïl s'en aperçu sent.
u )fo sieur , e'Xpliqua celui-ci, j'ai l'ordre
ùe mus arrêter.
- ·e vou trompez-vous point, Monsieur,
u'l a-t -il point d'équivoque 'l répliqua, en s 'effor\:ant d·assurer a voix, le compagnon de
~L ùc 'acy. Moo iear, achcz-le, esL uuc
per onne d'importance · prenez garde de faire
mal à propo du scandale.
- '1on, non, répondit le commissaire, il
n'y a point d'équivo 1ue; nou connai . ons
vo as t•mblée. du rauhourg aint-Antoine.
- .\.lor , .il'!!&gt; icur I faiLE's de nous ce que
vous avez ordre de faire 1 • ,i
Le commi saire voulait éviter l'éclat, cl
comme on .c trouvait justemeul en face du
bureau des (l Car,·osses ri. cinq liOl ,, . au
coin de 1a rue coaduisanl à la place Royale, il
y fil entrer se pri onniers.
,. ur l'inilialive de ~1. Pascal à qui 4ucl!JDe · grands ~eignt urs de se amis a\'aienl
fourni de food .. l'rntreprise de C( Carrosses
à cinq sol » - ces ancêtres de no moderne · omnibus - a\'ail eu, quelques années
auparavanl des dJbuts e:.trêmement brillants; l'inauguration de la première« roule ,&gt; ,
aJJaut préci ément de la place Royale au
Luxembourg, avail été un vérilahlc triomphe :
la foule se pressait sw· loul le parcour , le
ouuier, au passage des voilure . quiuaieot
leur ouvrage pour les regarder· on ne travailla guère, ce jour-là. dans ces 11uartier •el
la11l de ,·oy:igcurs e pre -i:renl pour entrer
dans les ,·éLicules que ceux qui, aux carrc1. fü,moirc~ de Fuulaine.
2. ur le;; Cm-rosse à 5 sols, , oir la M ll·c de
\lme l't!Jicr i1 Arna uld ,le Pumponne , racoolànl d11
façou fo rt amu,au lc b journée d'ina ul!'Uraliu11 . (l'u-

~ COTIN .

(C.:ab{ntl des E sl.1111pe_s .)

con. eillers au Chàtelet, maîtres &lt;les f\eqi.tèles,
et même des conseillers au Parlement ne dédai0nèrent pa d'empnm1er ce mode de Lransporl pour se rendre ù l'audience el au Palais;
bien plus, on rit uu jour, non ans admiraLion, uu prince du ang, !gr le duc d'Enghieu,
fils du grand Condé, monter en carro e ~
cinq ols! L'entrepri e en uu mol ,emblait
marcher Vl'l'S un triomphal uccès lor que ,
toul d'un coup, la mort malheureu e du
pauvre M. Pascal, enlevé à trente-neuf ans
par de · infirmités douloureuses cl précoces,
vint arrèlrr ce bel es or. Oe ce jour, les carra .c à cinq .ol · ne firent plu que ,·égéler,
leur e.n-ite devint irrégulier et incommode,
au si la foule ces~a+dle de se pre scr aux
bureaux, hs ,·oilure partirent à ,,ïde , ilne
,c trouva plus pt:r~onne pour le allendre
aux carrefours; l'enlr?pri e était morte avec
son merreillcux organisa leur 2 •
Ce jour-là donc, à celle heure matinale,
un carro.:i e vide allenùait JSolitairement le
moment du départ· profilant de la circonstance, le commi . aire pria &lt;1 le mailre du
bureau &gt;l d'agréer qu'il fit monter es prisonniers dao la ,·oiLure pour leur faire ,eulemeol Lra,erser la rue et les conduire à son
logis, c1ui était loul prod1e, prè ainl-Paul.
- Pendant ce court lrajd, Y. de 'acy 'ilgilait beaucoup. Dan la poche de son habit,
se trouvaient en effet quch1ues !cure_ reçues
de personnes don l il dirigeait la con cience;
l'idée de Yoir ces papier contidentiels tombe!'
entre le- mains des gens de police lui élail
une atroce ou[rance el, sous .on manteau,
à grand effort, il paninL à faire douœruent
pier ùc la r~millc Arnauld. BilJl.dc l'Ar enal) et Y.de

Youlrncrqur . Le carru,:;es-à 5 ,ob. br0&lt;·h. iu-12, 11!28,
J . ll émoirr rie Fonlà me.
i-. li. de ,tuloml iu . ,lu ca nton ile Soleur e, anil

Les Suisses du colonel Molondin

Pcndanl ce temps, l'émotion était grande
au logis du faubourg ainl-.Anloine. Suirant
les ordres trè évères du Roi, des force
impo ante · avaient été préparée pour s·a surer de ces dangereux conspirateur· et de
leur. important papier . Le colon I dr
ui~se , M. de )Jolondin 1 , qui e trouvait
êlre le voi in de 11. de Sacy el de es compagnon et dont la mai on touchait à la leur,
avait r(çu ordre d'as embler chez lui, pendant la nuil, Ioule sa compagnie en armes el
de se conformer en uile aux prescriptions de
M. le Lie11lenanl Civil· une centaine d'archers
a\'ait de plu ' élé cachée dans &lt;&lt; la mai.on du
Trùne », &lt;:elle mai on où Leurs Maj11 ·tés
avaient pri leur repa le jour de leur entrée
dans Paris.
-.: i, le malin, M. le Lieutenant Ci,il avail
tranquillement Jais é passer devant son carro ~e )1. de acy et on compagnon et donné
ordre à son commissaire de ne les arrèter
qu'en \'ille, c'était de crainte que le moindre
brait, excité dan le faubourg, ne vînt à présuccüdê comme 1--olo11el rlu rëgimenl des Garde,
11i.-scs â ~ - de llcs&lt;y, ,lu 1:a nl&lt;&gt;11 Je Gloris. P, Daniel,
lli&amp;t . de la 111ilfoe frrn u;ai«e, 1. ll . p. :;1;, \'oir nulu
à la liu du chapitre.)

L E LlEUT'ENA.NT c1nL D 'R.,EUX D'.JlUBJ?.AY ~

nmir ccu. 4u'on cbcrchait du dangrr qui
planait sur eu\ et ne leur donnâl ain i le
loi ir de Mtoarner qudques papiers compromettants. ... e_ inslruclions donnée, , ce magistrat c fü conduire chez le colonel de
uL ses et tous deux, de concert, combinèrent
un habile plan de campa!!lle qu'il mirenl
aus itôl à exécution.
Parmi les olitairc demeuré dans la maion ain~i menacée d'un siè"e, se lrom:ail
M. du Fo · é, cc jeune homme sur qui lei;
fri,;olrs pectacle du siècle exerçaient encore,
quelques année · auparavant, un si regrellable
attrait et qui, en aoùl IUOJ, n'avait pu ré isler au désir d quiller la olilude de · Trou,
pour venir contempler les pompes de l'entrée ·ol,mncUe du Roi.
Le jour où M. de acy commît la regrettable imprudence de sortir n on volume de
saint Paul, li. du Fossé, un peu fatigué d'un
voyage dont il étail revenu la ,·eill , C'éda au
be oin de faire gra ~e malinée cl, nlrairement à on habitude, à ix heure pas • il
-C Lrouv:.1it encore au lit. "élanl alor- é,·eill &gt;
il e leva, courut ounir la fenêtre de son
cabinet afin d'y donner de l'air et rentra
dan sa 1.;hambre pour s'habiller.
A peine avail-il commencé sa toilette qu'un
Lruit .ourd cl répété, em.hlable à celai de
plusieurs objets de fort poid tombant lourdement · ur le p:irquet, le rappela en toute
hâte et fort intrigué dans .on cabinet; quelle
ne fuL pas sa Lupt1faclion de s') trouver face
à face a ec quatre soldat sui - qui, par la
fcuètre ouverle, venaient d'y sauter avec
Loule la légèreté propre à leur nation el à
leur élal.
« A qui eu arez-,'Olt ·, demanda M. &lt;lu
fossé ahuri au premier de ces étranges ,i iLeur qui se Lrom·a devanl lui; qu'est-ce que
vou waez faire ici, par les fenêtre , au-de.!ll des murs, arec des mou quels?
- Je n'&lt;'n s:iis rien, répondit le fidèle
oldal, c'e L par ordre de M. le Colonel 1 • 1)
Par la mème Yoie, arnc la même légèreté,
d'aulres ·uisscs conlinuaienl à pénétrer;
bienlùt le logis en fut rempli, ils e répandirent daos Ir couloirs, de cendirenl IP.
degrés et coururent ouvrir la porle d'entrée
à leur. camarades appo té en ba .
Un moment après deux commis aires monlaient à la chambre de
du Fos é.
« Voici M. le Lieutenant Civil, 1, annonchent-il .
Ea effet .ll. d'.\uhrar marchait sur leurs
pa·, et, pénétrant dans Ïa chambre, 'y trouva
eu pré cnce de 1. du fos é, lOUJOnrs en
costam1: de nuit, tel qtr'il était orti de on
lit.
&lt;&lt; llonsieur,
'écriait avec agitation M. du
Fo éen parcourant sa chambre dans ce léger
co~lume, je ne ~aurais a set 'l'OUS témoigner
combien je uis 'urpris de votre façon d'agir.
\os rren me traitent TI"aimr11L comme un capitaine de ,oleur !
- C'c t par ordre du Hoi, D répondit
·implement le Lieutenant CiYil.

lléveillé au bruit cao-é par cet extraordinaire déploiement de forces, tout le quartier
'était ameuté; des gen · parai saient aux
fenètres, 'habillaient en hâte, descendaient
précipitamment dans la rue pour s'enquérir
avec curiosité des événement .
(&lt; Ce
ont des rrcn de finance à qui l'on
rcut Faire rendre gorge, disait l'un .... Xon, répondaient le autre. , cc onl des hérétique;; q11'on ,·a brûler.... - You vous
trompez Lou , ce sont des faux monnayeurs,
complices de ce Delcampes qu'on a pendu
ju. lement hier. ,1
Celle forluile coïncidence fai aul pencher
les opinions de ce côté, c'est la version de
faux monnayeurs qui reaconlrail le plus de
créance el le boula.nge.r, fourni eur de~ Solita ires, quo ceux-ci avaient ju Lcmenl payé la
\"eille, courul en hâle el Lrès inquiet \'érifier
dans son tiroir la monnaie qui lui avait été
comptée.
&lt;&lt; 'ils font de la fau e monnaie, dit-il
ra uré après avoir fail sonner les écus, ce
n'est toujour pa à moi qu'ils l'ontdonnée 1• 11
Pendant cc temp , toujour · captif chez le
coromi aire dc,·ant l'armoire aux llétamo,·ph PS d' 01•i1le, 1. de ~aCl contiuuait à
déplorer amèrement J'ai, ence de on saint
Paul. Enfin. après ix heures d'angoi se,
ver. midi, ·arrêta de"ant la porte le c..trros e
de M. le Lieutenant Civil dan lequel deux
commissaire fir nt entrer le pri onnier .

aire· demeuraient muet comme de poi. son . C'est seulement lor que, roulant avec
bruit sur le paré de la rue ~ainl-Ântoine el
se di rigeant rnrs le faubourg, le carras e eul
dépassél'cnlréc de la Ba tille, que les commi saires, e déridant enfin, s'écrièrent en rianl :
« Vou· le voyez, lle ieur· , c'est chez ,·ou ·
que nou vous menons l , »
Quel cbange~ent au lo"IB en si peu ùc
lemp ! et comment reconnaitre dao ce
camp militaire, bruyant, affairé, plein de·
jurons, le lieu qui, hier encore, enail de
dem '11re i paisible à la piété?
.\.u dedans, au debor , ce n'étaient que
Suisse et archers; les cours, les jardin , le ·
,ulles, le degrés, 1a cui inc el la ca\'e surtout, étaient remplis de soldat , le· un· faisant sentinelle, d'autres sondant le pot-au-feu
ou vérifiant si le î'În était à leur goût.
A l'approche du carrosso amenant ~1- de
acy, tou furent rassemblé pourtant el se
rangèrent en une lon••uc haie tJui, prenant an
milieu de la rue, traversait taules le cour
el allait jusqu'au fond du jardin.
Devant le Licutenanl Civil qui, pour dr ser se procè -ve!'bau , s·élail in ·tallé un
bureau dan une de chambres de la maison,
l'inlerro atoirc commença ans ilôt.
&lt;l Voici, dit le magi traL en feuilletant le ·
importants papiers si mnlheureu ·cment saisi ·
:-ur M. ,lr Sacy. Yoici des lettre qui, Loule· ,
se111Llenl bien adœsséc /1 la mèrne pcrsonrni

,r.

,1. Rdation_~e fa prison de M. de. :1cy par li . Fo'lla111c,

,lan&lt; 11e8 111(ére.•

a11 /e1 el &lt;'rlifinufe de-. rt li

L .\BIU YE
0

l)E P o 1n- R OYA L-lJES· ClIA..\! PS :

LE

CIIAPITl{E.

lJ'Jprës I.J gra1•ure Je ~IA &lt;iDELEI NE H o R tuE&gt;lî.Lb. (C.ié ine/ des Estampes.)

You nous condui ·ez à la Bastille '/ ll
inlerro 0ea M. de acJ,
~lai , impa iLle et gra\'e , le commi &lt;1

gicmes c~r Porl-Roy'!-l el de pl1!$ie11r!!'.1r~1J111:;
leu r Uaimt atlnrfrüs, l. lî. . 1.. 1JJ - , 111- L .
.... 259 ...

q111

el rhacune d ellc pourtant porlc une buscription dilférente. Qu'e t-ce par exemple qn u
~J. de Gournay?
0

2. Vie i11ll!rtssa11les, IV , 1'· 1i~1.

;;. llémoires de

Fonl~Îl11• .

�1f1ST0'/{1A
C'est moi, Monsieur.
Et M. Deleau?
- C'e t moi encore.
- Et M. de ..,ac1?
- C'e t toujours moi.
- Oh I oh! observa d'on Lon sévi·re le Lit•utcnant Ci\'il, tant de mystères sentent Iiien la
conspiration.
- Monsieur, répondit sans s'étonner et
d'un ton dou mai' ferme M. de ac,, l'étal
où vous me vo1ez maint.enanl réduit do.it a~ ez
justifier à ,·os yeux les précautions que j'ai
pu prendre; si j'ai eu tort en un point, c\:st
s~uJemen.t, je crois, de n'en point choisir
dassez ure .
- Où demeuriez-vous avant d'être ici Pl
où vous rendiez-vous tle ce pa , lorsqu'on
mu arrêta?

sant, )lonsieur, de la liberté que le Hoi
donne à tous ses sujcls de lo,.er où il leur plait
et d'aller où ils veulent, j'ai demeuré là où
bon me embla &lt;'t sui allé partout où m'a1&gt;pclaient mes affaire ; je n'ai pas à \'OUS en dire
davant.1,.e, vou n'avez droit que snr hl
crime et non sur les choses le· plus innocentes, et c'est naimenl se moquer du
monde que de croire, quand on a pris une
personne, avoir droit de lui faire rendre
compte de taule a vie.
- En agis anr sur ces principe on pour•
rait éluder toute le demandes des maaistrats,
objecta timidemenl ·et d'une ,·oi. faible• le
Lieutenant Civil qui, devant œlle belle assurance, se trouvait tout décontenancé el avait
presque l'air non d'un juge, mai bien plutôt d'un accusé.

1. lïu i11lt!res1anles. I\'. I'· 170-71.
2. l'ira i11t1fre 1a11lu, 1V, p. '171.
Le colonel des ·uisses dont il e.t 11u~:,l1on en ec
cl1apilrc esl Laurent d"Esla,·a,o! de llolondin, colonel
d'un régiment suisse de 1648 ~ t6M, puis des Gar.les-

Sni es 11 u 13 d cembre 1655 a octobre 1685, m1trêchal-de-camp le 7 jan~ier 1056, mort le 25 oclobrc
IO 6 à soi~ntc.Ju neuf an~. Reuseigncmcnls dus à
l'obligcnncc de ~- Félix Brun, arcbi1i~le des Archives
J,isloriqucs au ministère de la Guerre.

(A

Querelles de princesses
ous fûmes d'un voyage de )farly, qui fut
pour moi le premier, où il arriva une singulière cène. Le roi et Monseigneur y tenaient
chacun une table à même heure et en même
pièce, soir et malin; les dames s'y partageaient sans aUectati.on, inon que Mme La prince se de Conti étail toujour à celle de Monseigneur, et ses deux sŒurs toujours à celle
du roi. Il y avait dan un coin de la m~me
pièce cinq ou six comerl où, san affectation aus i, se meltaieot tantùl les unes, tantôt
Les autres, mais qui n'élaienl tenus par personne. Celle du roi était plu proche du grand
salon, l'autre plus \'Oisioc des fenêtres et de
la porte par où, en sortant de dînet, le roi
allait chez Mme de füintenon, qui alors dinait
,ou vent il La table du roi, se mettait vis-à-vi
de lui (les tal,les étaient rondes), ne mangeait
jamai · qu'à celle-là, et soupait toujours seule
chez elle. Pour expliquer le fait, il fallait
metlre ce tableau au net.
Les prince es [après une brouille récente]
n'étaient que très légèrement raccommodées,
et .Mme la princesse de Conti intérieurement
de fort mauvaise humeur du goùt de Monseigneur pour la Choin qu'elle ne pouvait
ignorer et dont elle n'osait donner aucun
signe. A un dtoer pendant lequel Monseigneur était à la chas e, et où a table était

- 'i vous m'accusiet, Monsieur, poursuivit M. de acy, d'avoir fait quelque chose
contre le Roi ou contre le Lien de l'État, je
con enûrru alor à vous rendre un compte détaillé de ma conduite et, non seulement je vous
dirai tous les lieux où j'ai été, mais je \"OU
nommerais encore toutes les personnes que
j'aurais pu fréquenter; mais la ..-érité m·empèche de mentir et la charité de vou livrer
les nom de me' corre pondant ; ce n'est pa
ble er le respect que je vous doi de ne vouloir pa expo er mes amis à vos violences; en
faisant autrement, fagirais contrl1 le droiL
des gen et me montrerais indigne d"avoir :1
l'a\'enir aucun ami. »
e trouvant rien à répliquer à cela, le magi~tral e lut. ... « Le pauvre homme l pensait en lui-même M. de Sacy, il n'est pa
des plus habiles el Dieu nous fait une
arande grâce de n'avoir affaire c1uâ un
magi Irat auquel il était si facile d'en imposert. 1&gt;
0

SUÎ)'re.)

tenue par Mme la princesse de Conti, le roi
s'amu a à badiner avec fme la Duchesse, et
sorlit de cette gravité qu'il ne quittait jamais,
pour, à la surprise de la compagnie, jouer
avec elle aux olives. Cela fit boire quelques
coup à Mme la Ouches e; le roi fil semblant
d'en boire un ou deux, et cet amusement
dura jusqll'aux fruits et à la sortie de table.
Le roi, pa ant derant Mme la princesse de
Conti pour aller ched[me de Maintenon, choqué peut-êlre du sérieux qu'il lui remarqua,
lui d.itassezsècbementque sa gravité ne s'accommodait pa de leur ivrognerie. La princes c
piquée laissa pa ser le roi, puis se tournant
à Mme de Châtillon, dans ce moment de chaos
où chacun se lavait la bouche, lui dit qu'elle
aimait miem: être gra,·e que sac 11 Yin (entendant quelques repas un peu allongés que ses
5œur avaient fait depai· peu en emble), Ce
mot fut entendu de Jme la doche e de
Chartres, qui répondit a scz haut, de sa voix
lente et tremblante, qu'elle aimait mieux être
sac à rio que ·ac à guenilles : par où elle
entendait Clermont el des officier des gardes
du corps qui avaient été, les un· cha sé , les
autres éloignés à cause d'elle. Ce mot Iut si
cruel qu'il ne reçut point de repartie, el qu'il
courut sur le champ par Marly, et de là par
Paris cl partout. Mme la Duchesse qui, avec
bien de la gràce et de l'esprll, a l'art des
chan on salées, en fil d'étranges sur ce
même ton. Mme la princesse de Conti au
désespoir, el qui n'avait pas le mêmes armes,
ne ut que devenir. Mon ieur, le roi des traca series, entra dans celle-ci qu'il. trouva de

Cu. GAILLY DE TAURINE'.

part el d'autre trop forte. Monseigneur s'eu
mêla aussi; il leur donna un dtuer à Meudou
où ~fme la prince,se de Conli alla .eule et y
arriYa la première; les deux autre y furent
menées par Monsieur. Elles se parlèrent peu,
tout fat aride, et elles re\inrent de tout point
comme elles étaitm l allées.
La fin de celle année fut orageuse à Marly.
Mme la duche .e de Chartres et Mme la
Duchesse, plus ralliées par l'aversion de
lme la princesse de Conti, se mirent au
voyage suivant à un repa rompu, après le
coucher du roi, dans la chambre de lime de
Chartres au ('bàtean; Uon eigncur joua lard
dans lesllon. En se retirant chez lui, il monta
chez ces princes es et le trouva qui fumaient
avec des pipes qu'elles avaient envoyé chercher au corp de garde 1tisse. Monseigneur,
llui en vit les uites i cette odeur gagnait,
leur fit quitter cet exercice; mais la fumée
les avait trahies. Le roi leur fit le lendemain
une rode correction, dont :\!me la prince se
de Conti triompha. Cependant ce brouillerie.
se mulLiplièreot, et le roi, qui avaiL e~péré
qu'elles finiraient d'elles-même , s'en ennuya;
et un soir à îcrsailles qu'ell~s étaient Jan
son cabinet aprè on ouper, il leur en parla
très fortement, et conclut par les a urer que,
sïlenenlendaitparlerdavantage, elles avaient
chacune des maison · de campa ne oil il les
enverrait pour longtemp el où il les tramerait fort bien.
La menace cul son effet, et le calme el la
bien é:tnœ rc-vinrent el suppléèrent à l'amitié.

EN 17()1. - Ff.:TE DE L'ÊTRE SUPRÊME, u:

G,·a~urede

BERTOAULT,

d'atrès

Dt1PLESS1-BERTE.AlJX.

L'Exode des Girondins
Avec lu So-nin de F,tion d lu Jlf,mair~• de
Lount, nous avons suivi la fwte à travers la France
du diputis girondins proscrits par la rivolution du
3 1 mai 179.3. On a vu pOT suitot de qudl&lt;-S angoisu.ntcs
avc.nhrru louvet, SÛ&gt;andonnant sucompa~nons dïnforhu,c aux environs de llbo::irne, parvint à rcgagntt
Paris el à .-ctrounT ,a chère Lodoisb . .L'itude qu'on
va lin nous ramèntta dans I• Gironde et nous fix«a
sur le son de ceux quot Louvd y avait laissis. On se
rappcJlt, sans doute, qu'il avait été, ,avec d'autru fuitltifs, recueilli à Saint-Emilion par une femme héroïque
dont, p~r prudence, il ne prononce pas le 110m, en il
écrivait Je récit de son l1.m.«n1ablc voyage alors qu'il
était ioncort: sous le co;tp de la proscrlptio:1 ignora.nt
et q1ùtaient devenus su amis. C'est l'hi,toire de cette
couragtusc ciroycMe qui va urvir en qutlquesorte de
dénouement et d'ipnoguc aux pagu que nous avons
publiêu soiu le titre d 'Exo:I, dts Giro11dit1s, en risumant qudquu-11115 dt.s faits qu"on connait dêj\ et en
nous nnscign1nt sur la tin tngique des compagnons de
Louvet et de ceux qui cun.nt la rémériti, bien rare.
de J,.ur vorur en Ïïdc.

son lr Girondins proscrits, montre une de
ces bourgeoise d'antan avenant-es et adroites,
dont le cœur était aus i parfaitement ordonné
que la mai on. Elle s'est endilll3nchée pour
c faire peindre; sur ses cheveux pompeusement étagé-, e t posé un petit chapeau de
bergère; elle a de grands eux noirs un peu
étonnés, le nez. est mince et régulier; la bouche, naturellement souriante, se force à la
11 rarilé; un ruban noir suspend au cou une
croi.x à la Jeanneue 1 ; mai sou ces atours
apparait la femme impie et laborieu e des
jours ouvrables, circulant, dè le matin, de
es chais à son fourneau, avec la bonne humeur conciliante de ménagères d'autrefois,
économe., aimante , 11ui faisaientà no pères
l'existence si confortable et si digne.
)Jme L\ouquey n'était pas jolie, elle était
charmante : c'était, a dit quelqu'un, &lt;c une

Madame Bouquey.

J. L,· portrait a èl~ publié. pour la premii•re fois.
par C. ,•atrt dms son ouvnge, Cliar/Qlle Corday et
les Girrmdius. C'esl aux documents publié par Vatel
que se nfiportent les références citëes au cours de
celle étut e•

Un portrait de Ume Bouquey, l'héroïne au
tra·nquille courage qui recueillit dan sa mai... '.!ÔO ...

10 PRAIRIAL -

de ces figures qu'on mit sans surpri e mais
qu'on quitte avec regret 1,. Son nom était
Thérèse Dupeyrat. Mariée au procureur du
roi à Saint-Émilion, Ilobert Bouquey, de dix.ept ans plus âgé qu'elle, homme assez ordinaire et parfois morose, Thérèse semblait
néanmoins très heureu e : elle était franche
et gaie comme une soubrette du rêp&lt;'rloire '·
C'était le temps des surnoms : on l'appelait
familièremenl Jlarinelle ;;.
a sœur avait épousé f;lie Guadet, élu en
Iï92 par le département de la Gironde député
il la Convenlion, et Bouquei, gràce à l'appui
de son beau-frère, obtint du mini Ire llo]and
un emploi de régi seur des domaine nationaux qui lui valait la résidence au ci-devant
chàte.1u de Fontainebleau.
C'est là que les Bouquey apprirent le coup
de force parlementaire du 2 juin 1795, l'exclusion el la mi ·e en arrestation d députés
2. .'était, disaiL w1e femme qui l'nait connue,
ur.e charmante femme, bonne, oimable, gaie, dn carnclère le plus franc et le plu.s ouvert. Vatel, 698.
3. Vatel, 698.

�- - - 111ST01{1.Jl
&lt;lu parti rrirondin, la fuite de Guadel el de bouleversé 1 , con ·entait bien à recevoir ~on
~es ami , leur audacieux "~ode ,·er la pro- m~ et un de ses ami , pa plu , n'ayant pa.
vince. L'illusion de pro crits était grande; de cc cache » où loger le. autre .. Gua&lt;leL 'ad'aprè leur· upputatiou.-, oixante-neuf dé- dres. a &lt;t ~ plu de trente per·onne », papartemcnL allaient 'in. urger h leur appel : rents, ami· d'eniance, obli•1 és de lui ou de
la déception, dèi l'arrivée en •'ormandie, fut
ien .... Pas un n'o a omrir a mai on.
rrucllc; il· passèrent plusieurs rcrne , proLe. aulr , au Bec-d',\ ml,è , p rdaient panoncrrenl •1uelque!- ltaranrrues; mais d,tjà il: tience : leur pr ·ence
était . i nalJc. Il
étaient per uadé. que la France nr prendrait e_artir ·nt en troupe, e diri 0 eant ver :aintpoint parti dan une querelle parlementaire Emilion - huit lieues - par des chl'min~
qu'dl · ne comprenait pa . . Jk ne réu .. irent détourné·. Pour bagage, il· a,·aient o une
à écbaufü•r qn'uue tète, celle de Charlotte petile malle et trois porte-manteaux lié enCor&lt;la1, et le fol exploit de celle fille enthou- semble » ; il portaient o Len iblement de·
. ia 11• les perdiL irrémédial1lcment : il di pa- pi tolet , des cannes à épée el des abre . Le
rurenl. Oo le arail Lra11ués en , 1orma11clie, père Guadet voulut bien le. abriter Lou penfu~·ant Yer, la Bretagne, ,an parti ans, ,an
dant une nuit; mai dè l':iuhe, iL e remimoyen d'action : on les oublia.
rent en route, sans Lut. Comme pour le.
Ocpui quatre moi Thérè e Bouquey, de- interdib et le. excommuniés du moyen àge,
meurée à Fontainebleau avec on mari, était toute Je porte c fermaient devant eux; il
·an· nom•elles de on beau-îrère Guadet et erraient, « comme des loup », de Pomerol à
de ,C' ami • quand lui pm'ÎDL une lettre de
aint-Genez, de ~lonpeyroux à Castillon, dor. on père, le citoyen flupeyrat, vieillard de mant dan. les vi,,ne , dan les bois, dans le
·oi:xante-dix.-·epl an , contant le a,enlures carrières .... On avait leur pré ence dan le
lamentables de députés fugitifs ; leur par- pays; on craignail leur rencontre comme
cour · à travers l'oue t de la France, d'abord celle de bête maUai antes; il portaient « la
ou des déguisem nt d'cnrôlés volontaires, contagion du upplice &gt;&gt;; leur a,pect eul
vimnt de la vie du soldai, réclamant aux ell'rayaît le· pay an . n d'eux déclara que,
ferme· « la couchée 1&gt;, un billet de lorrement ver la aint-.Uichc.l, avanl ix hP.ure du
à la main; hicnlôL dépi té
matin, il avait croi é u quaLre ou cinq étranguide, san chau ur , l pied en ang, ger ayant de. chapeaux à haute forme, boncaché' pendanl le jour da11s de ranges i o- net blancs par-des ous, vêtus chacun d'une
lée,, dan- le: boi , dans 1' marais, se trai- roupe brune, collet et rever' rou"e, ayant un
nant la nuit. évilanl les village el gardant canne à sabre, et chacun, sou, le bra , un
cependant leur fierté, convaincu que leur
ac de nuit en toile; qu'un in tant apr ,urmi érable personnalités, fourbue L tra- vinrent deux autres élranaer , l'un de haute
quée·, incarnaient loutc la repré entalion taille, l'aatre plu petit, ayant chacun an
nationale.
habit Yert pas é des chapeaux à corne et
[) étaient allés ain,i Yer la mer, e pérant de bonnet hlancs de ou , qui uivirent le
'cmbariruer, alleindre &lt;&lt; la terre de Gironde», ring tmtre lJ. Le pay an eut méfiance el
a,ec ln certitude d'y trouver de cœur chaud~ pen a « que c'étaient de dé,crtcur ». n
et de patriotes pur . A Quimper, il- 'étaient autre racontait que a le 29 "cptembrc, un
dhi. é · : Pétion, 1;uadet, Valad · Lomel
dimanche, à huit heur du .oir, il aperçut
Buzot, alle et Barbaroux araient, à Dre
sept homme. inconnu , dont un d'une haute
rejoint na brick de commerce, l'Jnduslrie, taille, et que la peur lui ota l'envie de arnir
acco·té la nuit, en rade, qui les avait dépo- de quelle manière ils füicnl babillé 1,. C'était
é , après trois jour- de narig-atioo mom·e- l'époque de la 9m11&lt;le épo11Mnle.
ruenlée, en Girond!', au Bec~• mhès, où le
En apprenant c cho c , Tbérè c Douquey
licau-pèrc de Guadet po édail une propriété. ne put se contraindre; non pas que son opiLe jour même, Guadet el Pétion avaient nion pcr-onnelle cnlràl pour qnelque cho c
gagné Bordeaux à pied; iL en re~inrenL con- dan on indignation : clic n'était ni « fédt!,-lcrnés : Ioule la ville était terrorisée, ou- ralisle » à la manière de Charlotte Corday. ni
mi e aux arrenl de la Convention; rien lt « girondine • de la façon de ~lmc Roland. On
tenter, il fallait attendre et se terr r. Où? ne ,oit pa que jamai ellr manifesta quelque
l~uadel qui connai ::-ait tout le pay., e fit préférence politique; mai elle était de celle
forL de léur procurer une retraite. Un gaba- qui courent au malheur comme les oldat~
rier du Bec-d'Amb , nommé Grèze, con- courent au canon. Lai .anl on mari à Fonsentit à le conduire jusqu'à aiot-Pardon, tainebleau, elle ne perd pa une heure, prend
un hameau, ur la "raad'route, au bord de la diligence, arrive à aint-Émilion et trou,·e
la Dordogne, d'où, le soir renu, Guadet alla ans itôL le moyen d'a"iser aile el Guadet
jusqu'à Sainl-Émilion. li erra lonrrlemp au- que sa mai on leur e L ou"erte. li \ accoutour de sa mai on familiale, ituée hor de
rent, non ans crupulcs, car Ba_;baroux,
mur· &lt;le 1a l"illc, dan les viane~, ur le che- Lom·et el Valady n'ont pa d'asile. - « Qu'ils
min de Contra . minuit, il c rrlissa chez viennent ton Lroi · , dit la brave femme. La
on père, se jeLa à e pied le upplia de •nuit suivante arri'i'enl les troi proscrits, hai:lonner asile à · compagnon ; le ücillard. ra .é , le bauit en lambeaax, rapport.ml
1. - •. Ion ûls ~inl il minu_it se Jl'lcr il me pieds che1· les ervante·, et, drmcuronl seul u ·cc mon lfü.
en. t~e pr1nnl ,le lw ~onn~r a,1le; que i&gt;i je le refu·
ù 13 favl'ur tl'uM èc~cll~, je le pla\·ai 8\'Cf son com1:, 11
1) po1imnr,lera1I. J a mue que mes eotraille
pagnou tla~ le r~_01c~, ~t le len~cmain, je rtpaodis
,'énmr,·11( e1 .•1ue _je ne ,us pa, le .,·e~rnycr. !,;tilt&gt;
tlnn, la mai on qu tl· c10.1e11t parl1 1•r. 1&lt;01r mi•m1•. •

t:

~onwr,:il:on lut fa,tc entre lui r·t mot; J'enn1~ni mu-

lnt,.rrogatoir, · tin père Guadet.

que, depui 4uinœ jour , Buzot et Pélion on ·
changé neuf foi de retraite el qu 'iL sont
cc réduit à la dernicre extrémité 1&gt;. - (1 (Ju 'il
viennent donc aus i &gt;&gt;, fait Mme Büuqucy.
recommandant seulement qu'on les avertisse
de ne e présenter qu'à la nuit.
A minuit, - c'était le 12 octobre 179;;_
- le. ~epl fugitif étaient réuni che, elle :
elle pleurait de joie en contemplant celte
hamle éplorée &lt;1 a nichée d'enfant~ »; Loule
heureu5e, elle régala d'un copieur oupcr ces
rudes homme qui, depui de· emaines,
n'a\·aient rencontré ni oupe fumante ni ourire accucillan 1.
La maison Bouquey, tapie entre den"&lt;
rues, dan l'om.Lre de la Collégiale, au sommet de la colline où 'éparpille ~ainL-f:milion, était une commode demeure provinciale, combinée, an fa te. pour le ùicu-~Lre.
ur la rue du Chapitre, aujourd'hui rue de
la République, était l'entrée principale, une
porte très impie, donnant accè. au pr1•s oir
et aux chais. La maison, en errée dans e
dépendance , n'a Je façade que _ur un jardinet, recueilli el silencieux, que dominenl
les pignon d'immeuble voisin . ur CC' jardinet- deux carré de lérrum et une treille.
- 'ouvrenl l'entrée et toutes le feoètre de
l'habitation; un petit ,e·tihule d'où part l'escali r ru Lique du premier étage; à droite,
une Jar e cuisine, une laverie cl un bùcher;
à gauche, une aile à manger, un aloo d&lt;·
proportions confortable ; dan le salon, une
cheminée de marbre blanc, portant, enlacée ,
le lettre Il. B, (Robert Bouquey). Rien n'e t
modifié : le fcnèlre gardent leur anciennes
vitres, les porte sont de chènc i paL, le
serrure ont leur vieille cil·~ - lei cl,,r.
qui pendaient en trou,. eau au cordon du
tablier de Marine/le.
La mai on po sédait une &lt;1 cache » admirable. Contre la dernière fenêtre de la cuiioe, dan le jardinet, e t un puit carré, profond de trente mètres : une pierre qu'on )
jeltc n'atteint l'eau qu'après une longue
chute, aYec un bruit i.ni lre et lointain. Dan
la maçonnerie de deux. de paroi., e fai ant
face, onl ména 11és dt:s trou , - de quoi
po er le pied , un à droite, l'autre à gauche, alternaLil'ement : on dru:cend ainsi; en
des ou., l •s profondeur. attirantes du puits.
Ce marche creu es suintent d'humidité; le
pied y glL ent, le main n'y peuvent rien
ai ir. En c risquant à cette effroyable gymna ti'lue, on lrome, apr' ix ou epl mètre
de de cente, une baie ouvrant sur un souterrain égal en superficie au jardinet qui Je recouvre. Tout le ous-sol de int-Émilion ~t
percé d'immense 11alerie d'une antiquité
nébulcu e el de coofi 11 uration incertaine;
nombre de propriétaire , pour s'isoler, ont
aujourd'hui muré leur part de oulerrain;
mai naguère on circulait d&lt;\n ce dédale,
encore qu'il fùt imprudent de 'y aventurer :
le· camèr • 'étendent, e replient, e nouent,
'entremêlent, se di l'i enl en plu ieurs étages.
ur a colline é,idée, au-de us de ce catacombe étonnamment froide , la ville étale
au ebaud oleil
ruine calcinée comme

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L'EXODE D'ES GTR..ONDl'NS - -

de vieux ossements et .e Loits plats de tuiles nemenl, qui e ·t le suprème de la vertu, elle
bombée , de même ton,, ocre, carmin et avait le dévouement ai, con errnnl a bonne
roux, quP. les belle· pêches mûres du pays. humeur et .on sourire. Autour de cet te mai.\lme Bouquey « nichait dan sa grolle » son où elle confinait les homme , but et
le. sept Girondin·. C'c l une aile irrégulière, prétext . d J'etîroyable tempèle déchainée
mais , pacieu ·c qui elle-même aYail a cave, ., or la rrance, le abayeur de clulis circurralerie plu~ profond, à laqucll' on panenait laient, criant le nom~elle., jurant qu'il- fern se lai ant 11 lis er dans un trou ordinai- raient brûla ,·ifs dans h·urs repaire:- lei,
rement fermé d'une planche. C'e·t dan, cette rl'Céleur. d'ari tocrate . . .. Elle, a,·en:inte
fo .• e, :1 trente pied- sou terre, que Ume B11u- enjouée, imulait l'in ouciance, défendant .a
11uey rnfouit se hôte .. Elle ~ de~cendit deux porte, érentant le~ ,i ile. domiciliaire , mematela , deux chaises, une table. du linge,
urant ju qu'à la rumée de sa cui·inc et
Je. cou,·crLurcs; le mobilier, sommaire d'a- l'odeur de e pot-au-feu. Un jour, elle dit à
hord, ·au!!Ill ·nla ,ile. Pour que .. e pro·crit
~e pen.ionnaircs, . 'oubliant elle-même : se troul'a. ent hien, la brare femme aurait 11 .\ton Dieu! i on m'am'tail, que deYieajeté dan leur trou toute a mai .. on; elle leur driez-vou ? »
rnrnya, à J'aide d'une longue Li"e de fer
li mellaicn Là profl t ces étranp;c loi. ir ;
garnie d'un crochet, une lanterne, de lhre , Buzot. Barbaroux. Pétion, Louvet écrivaient
&lt;le l'argenterie, un &lt;t moine 1&gt; pour chaufîer leur mémoire. ; aile· composait une trale couchage : la grolle était humide el l'on rrédie, Cha rio/le Coi-tla,11; il travaillaient
n' poufait allumer de feu. En outre, on n'y tout le jour à la lueur d'une lanterne, au
devait parler qu'à voi ba,sc, car &lt;le perfides fond de leur cachette, plu close, plu étouffée
écho peuplent cc;: cavité· de pirrre. au'.&lt; ra- qu'un tombeau. C'c,t là qu'il. connurent,
mifications inconnu s.
aur premier jours Je novembre, la mort de
Lr. pro crit. n'l éjourmient pa, d'ail- Vergniaud, de Bri ·:ot et de leur dix-neuf
1,~ur, continnellemcnt. ~lme 8011q11ey, , n. amk l)ix jour" plu· tard, )lme 8011que) leur
cc~. c aux aguets de ce qui ~e pa:sait ou c apprit l'cmpri 11nnemenl &lt;le \lme fioland à la
Ji~ait ùan la , ille, ju 11e11it-elle que le zèle Concicrgt'rie. Quelles journé..- ! Que de tor&lt;ll· terroriste· ~e ralenti.. ait, rite elle arnrli - ture endurée dan ce trou noir où il emblc,
ail e · redu· qu'il· pouvaient prendre l'air: 1111and on ~ pénètr à lâtoo , qnïl plane enelle a,ait même im iné. ponr le. pins frileux core qucl1p1e chose du désc, poir cl de ln rag~
rl le moins robu. te., une autre" cache», de ,ept cœurs robu$t • qui . e bri èrcnt là!
d~n. sa mai on même, plu saine, plu
Cc jeune. rren , bouillant d'exuuérance et
a :ré~, moin glaciale. es h&lt;Îlc viv:iicnl ainsi de be oin d'action, fiers d'avoir touché le
éparé~.
la moindre alerte, tom enjam- . ommct , _c 1·0 ·ait•nt enfoui· ,·irnnt • ctitc à.
liaient la marrrelle du puit , pa · aient dao. côte, dan un sépulcre; vaincu., réduirs à
le souterrain, et de là dan le ca,·eau : une l'impuLance, n'o anl parler. par crainte de
bêche, un pic, un seau plein &lt;le morJier leur l'écho d•- "aleric: onore , il~ re,taient là,
permettaient d'en oh trucr l'entrée el de la roncrés de pcn ées. De tou., Ruzol fut le plu
1111\rcr mèm ·ur eu. , au be oin. C'étaient mi érable : il aimait \!me Holand, il se a,ait
le ca · cxtrème ; bahituellemenl, le soir, ils aimé d'elle; le malhcurea~, oblirré de cacher
. e réunis.ai nt autour de la ta hic &lt;le ll·ur 11. e~ compa -rnons le déchirement de son ,lme,
11 fée &gt;J qui ïnaéniaiL à le nourrir le mieux ne pouYaiL 'i oler pour sall'•loter. Louvel eul
po· iùlc - rrra\'c prolilème.
était le confident de . on béroïq111• amour el
Toute la pronac · était ralionnèe en fro- 11,:1it ,iurJ Jr 11\•n ri,•11 rè11:l1·r.
ment tl en viande. La citoyenne Bou11uey
Un . oir, c'était le l;j novembre, en rcmonn'a1·ait droit, étant eule, 11u'à une lirre de llat pour le .oupcr, il trourèrcol Mme lloupain par jour! Et il lui fallait poun·oir aux quey en larmes. llepui plu ·ieur jour , elle
liesoin de ept homme: jeune , ton, bien dissimulait ~on ango~se; e parent ,
endenl • . Pour ne pa· déjeuner. ils ne :-c ami , '-Oil mari même, rc.t '. à Pari,, 'étaient
l •vaient qu'à midi; mai kur appétit n'en ligué· pour ohtenir d'elle le remoi des proétait que plu vif. l ne forte ,oup aux lécrit · . on cœur en crevait de honte et de cha~ume compo ait tout le diner que ~[me 8011- grin; •lie dit le intrirrue , les menaces, lt&gt;
11uc) descendait dan la ~ cache 11; le ,-ouper l:ich · manœuvre emplo}éC" pour la conen commun était plu opult·nt : un morceau traindre; la ville tout entière menacée d'efde bœur à grand'peinc obtenu· - l'héroïque frayantes repré;.aille . . . . Les cruel !
hùtes,e ri ·quait a vie pour oulircr au bou- Quelle violence ib me foot! Jamais je ne la
cher une livre de plu, .... \ défaul de viande, leur pardonnerai, 'il faut que quelqu'un
ou manaeait un poulet de la l.,a e-cour, !Jlli d'entre YOU::- 1•••• 11 Elle n'achera pas, . e la~·épui a vite, des œufs, de. légume:,, tin peu 111ent.ant de ~a dépendance, allant de l'un à
Je lait. li .e trouvait toujour· que la bonne l'autre en «émi· anl. Eux, déjà, 'apprêtant
llal'Ïnelle, n'ayant pas d'appétit, lais.ait. a au dJpart, :.'adre_saienl leurs adieux.
part aux plu affamés; elle était II comme
C lle nuit-là, re&lt;:ommença la ,·ic errante.
nn ru &gt;re au milieu de . e. enfants », une Guadet, alle cl Lomet pa, sèrcnt la journée
mère dP trente et un an .• - cl par ce raîfi- . uivaote drm le carrière ; Ba.rLaroux, Pé_l. • c·,, l, par.1i1-il, Roltcrl Unuq1w1 •1ui, m.. in
qu ' c11 ,1 'c•·mltri•. du muiu·
ïl faut c11 cro1rr 111 1 in.
lt&lt;·roïqu • que &gt;li f~mm,•, ,•~ig('m IJ~P. J,,; rro.;a\b ~lterro)!'atoirc ,l,· lui. dl· psr V:ilrl. fi5!1 note.
ia, ·r•nl /lortC'r e1ll,cw la .conl~e111n de ,lrur mf~r'.! . llédaration ,te s_, hr,ll'I' r;ro., â \"n1,,1, eu 1, Oi.

Lion et Buzot, qui ne devaient plu .equitter,
prirent le chemin de vi!!lle , espérant pa: er
la Dordogne, gagner la mer ou les Landes;
Valady 'éloiima par la route de Périgueux,
où il croyait trouver un a ·ile ùr, lui seul et
Louvet, ré, olu de untrer à Paris el qui J
panint. réu ,irent à . 'éloigner de la Gironde:
le autre riidèrenl mi érablement autour de
taint-Émilion, dont le oulerrain · offraient
du moin un abri contre le pluies d'automne.
Salle. et Guadet amient repri · po e sion
de leur ca.cht:tte ous le toit du père Guadet.
)f me Bouquey e ri qua encore à rece,·oir
Barbaroux, Pélion el Buzot; mais a famille
la surveillait de prè , en garde contre :on
héro1 me compromettant. ,r. Bouqu~ avait
quitté Paris el était renlr~ à Sainl-Emilioa.
Le père Dupe)Tat était éŒalement in:tallé chez
a fille. Elle fut. de nouveau, obligée de
fermer a porte aux pro crit : indi née de la
l:1cheté des . ien ·, incapable de modérer on
dévouement, elle 'ingéniait à procurer aux
fugitif· des refuge , in oucianle du péril, négligeant les précaution . , ur se:- instance • ils
CurenL hébergés pendant quelque jour par
le citoyen Pari , curé con LiLutionuel de ainlÉmilion : elle leur a ·sura en uite une retraite
chez di ver bourgcoi' dtJ Ca tilloo, le citoyens Penaud, fourel, Coste, qui le reçurent ll)Ur tl tour. Co te I s logeait dan un
grenier dépendant de l'ancien couvent, aude u de c· écurie., rue Planterose. C'e 1
là qu'il • étaient en fin de décembre. lln garçon
de ci1.c ans, .:ylvc lre Gro , apr~ a,·oir fêté
avec ·e camarade le ré,·eillon de .NoPl, jugeant l'heure trop tardive pour rentrer chez
es paren~. imagina d'afür ~e coucher dan
le foin de ~t. Co ·te. cr Mai en montant dans
le grenier, raconla-t-il je •enti trois tètes cl
je me auvai. ~Ion amaraùe me dit : - e
crie pa , ne parle pa de c que lu as \'U: ce
onl le.~ troi · é111igre· 2. Ainsi ra~onnait le
zèle contagieux de Mme Bouquey : ton· les
gen, du par s'impro,isaient se complices.
Elle, cependant, rêl'ait pour se i:her pro crils une hospitalité moin. précaire ..\u centre
même de ..,niot-l~milion, à l'an°le de la
Grand'Rue - actuellement rue Guadet •- et
de la rue Cap-du-Pont, était la boutique d"un
perruquier, ,Jcan-Daptislc Troquarl. Le troi
face. de la m ison, aujourd'hui di:molie, formaient promontoire à l'endroit le plu pa sant
de la ,·iUe. Troquart y ,·init eul et n'occupait que le rc1.-de-chau ée: le premier étage,
·urplombant, e composait d'une .eulc pièce,
• un laudi infect , , eneombré Je chiffons,
dont le renêtre ne s'ouvraienljamais:.. C'est
là que dan Ir premiers jour· dejanviert 794.
füue Houque;· installa Buu1t, Pélion et lfarbaroux; elle 'engageait à fournir leur nourriture, pain compri , el elle remit à Troquarl
un a~ ignat de cirnt cent lirre , :1 rompte
·ur la pemion.
La pièce où, pendant cinq moi~. e tinrent
tapi les troi. Girondins, ne contenait qu'un

lunr. • ,u,;;arnl, f,(ngl' lw lurt1111e dl' 1,ttndet, \atcl. :. . Il. C,:,114•111lan1 , llou,1m·! 1w r"1in1 ,1.- I' ri~

:i. , t.a mai,011 Tl'Ulju.,rt êuit i,,Me d "311&gt; Utuu
,·nnlnt·t ,ur lroi, fa
arnc le, haliilalton, u, 1,in,•~.

"" 263 ...

Elle -e compo,nit ,ruu rez 1l1•-d111u,.c,. en pi erre cl
,l'un 1,rcmier ,1tai:e &lt;'n colomho~«• à t1·an'. rse,. opparcute_.•. • Le. fonelrc~. peu nomLreu c,, étaient i1
noi,;illoo, et o fll'til• rnrr,·~11~ ou m1111i1•s de mit'!~. •

V3t cl,

fll11.

�111STO'RJ.JI _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ,.
it où couchaient Pétion et Buzot; Barbaroux
dormait sur un matelas. lis ne pouvaient allumer de feu, « à cause de la fumée dénonciatrice •, et osaient à peine eau cr, 1, de peur
d'être enlendu · ·par les pa sants ». Buzot et
Barbaroux écrivaient sans ces e. Pélion dt·meurait oi if : a.sis dans un Yieux fauteuil,
il rêvait ou sommeillait. Quand la nuit étail
obscure et les rue désertes, Troquart faisait
les commLions de es pensionnaires : il allait
à la mai. on B'.&gt;uquey, trè Yoi ine, ou plu
loin, ch«.'z le pète Guadet, échangeait de lettres, rapportait des prod ion .
alles, ur Je grenier de la mai on ,uadet,
ùans une cachette i bas e qu'il ne pouvait
s'y tenir que couché', Salles s'ob Linait à sa
tra 0 édic de C!iadolle Corday; il en expédiait,
par Tro11uart, de longue tranches à . es amis,
m les prcs anl de I ui transmcllre leurs ohscr111lions : le drnme fut ain i par eux commenté, di culé, politiquement cl liuérairement, d'une manière peu Oalletke, d'ailleurs,
pour l'amour-propre de l'auteur. - « Pluicur· tirade· oa l une longueur déme urée »,
nole Pétion. - « J~ vou engage à imiter le
pièces de Shake pcare 1&gt;, insinue Blllot. (1 , oirrne ta ver ificalion, eJle est né,,Jicrée,
même dan· les hon~ endroit 1&gt; , remarque
Barbaroux.
Il n'avaient guère d'autres di traction :
l'éûon, qui s'ennu~ail, e ri qna à ouper un
oir chez le .Bouc1uey; une autre foi , il y
entraina c deux compaftnon ; Mme Bouque · efforçait de leur rendre upporlable la
cc pri on Troquart &gt;&gt; , elle leur fourni sail
drap , mouchoir ·, lin°e de corp , leur expédiait
de friaudi e , leur confectionnait de vêtements pour remplacer leur baùiLs en loques;
elle envop à Barbaroux une grande culotte,
coupée el cou ue de se main '; aut premier jour. du printemps, elle leur fil porter
de Oeurs «pour parer leur pauvre et sombre
asile ».
Us · · croyaient bien en tlretê, et de fait,
nul ne oupçonnait leur pré ence chez le
perruquier, au-des u d'une bo!lliquc où les
plu chaud· patriote de aint-Emilion c !elMmaienl à l'heure de la barbe. Mai un proco11 ul de vingt an , Julien, ri!gnait à Bordeaux
et tenait à honneur de e si cr~aler. Quelqu'un
- Nada!, aubcrgi te à 'aint-Emilion, croit-on
- lui ouffia une idée : on supposait les Girondins caché dan le carrières · on a surait
qu'ils s·l' étaient ménagé de retraite: impénétrable · mai nul n'o ait 'y a,•enlurer, Or,
à ainle-Foy-la-Grande, pelile ville ur la
Dordo!!lle, à sept lieues de aint-Émilion,
vivait un boucher, nommé François !larcon,
qui élevait des dogues énorm , dres é au
combat; a meute él~it fameuse et redoutée
dan Loule la contrée; &lt;1 on venait de Bordeaux pour la voir lutlcr » ; un de ce chiens
cc n•avail que trois pattes », on l'appelait,

» : c'était le plu terrible de torn,
on citait de lui des fait exlraordinaires 3 i&gt;.
Le 17 juiu 1791, au malin, "aint-Émilion
se ré\'eille bloqué par le 10 · bataillon de la
Gironde, Ycnu de Libourne. Toutes les porte
sont gardées, ainsi que Ja maison Guadet et
le diver·es is ues des souterrain . La meute
hurlante de Marcan, amenée de aiule-foy,
est de la partie : la chasse au Girondin se
prépare; le molo se sont làcbés dans les
carrière el l'on s'atleod à en ,·oir ~ortir,
comme d'un terrier, les pro crits déhuchés'.
flien ne parut: Marcan renchaîna se do urs,
et morlilié de leur insucd•·, se dirigea 'l"ers
la m,i on Guadd ; on la fouilla des caves
aux combles. Sou un de angles du toit, on
décourrit. alles et Guadet, au itôt garrollé
et conduits cc dan un caharet de la ville ».
Mèmc opération avait été faite chez Mme llouquey : on y reconnut, dan la « irrolle Il,
traces du Pjour de hors-la-loi. A deux
heures et demie, ""r une charrette réquisitionnée, on chargeait M. et .\lme Bouquey,
le père Dnpeyrat, nlle , le vieux Guadet,
on fils le député, a fille ~farie Gundel; on y
jeta même uoe pauvre fille bos ue, cnante
chez MrnC' llou4uey 6 • Un des soldat chargés
d'c corter les pri onnicrs racontait qu'il se
pas a « une scène terrible 1&gt; au momenl où
l'on chargea la charrette. Le père Guadet était
a is de côté; son fils était debout pr~ de
lui : il était dé olé; il s'écriait avec force :
« A.b ! mon père, mon père, nous allons
mourir et c'est moi qui en ~uis eau e ! »
Pla lard, de,·enu vieux, ce soldat (&lt; qui
avail vu bien de carnane el n'était pas
tacile à attendrir D, répétai!, comme 'il en
e1il étè obsédé: - &lt;t Ce qui m'a fendu l'àme,
c'est d'entendre Guadet crier : « Ah mon
përe, mon pèl'e, c'est moi qui 1•ous lue!»
Il y arait quelque chose de déchirant dan sa
voix 6 »:
Aux heures chaudes de l'après-midi, la
éharrelle, 11agnant la porte de la Madeleine
pour rejoindre la roule de Libourne, drscendil la Grand'Rue el pas a rontr~ les mur de
li maison Troctuarl où se tenaient, angoi é..
ilencieux, lluzot, Pélion el Il:irbaroux. La
boutique du perruquier était remplie de oldal . n de meneurs de l'upédition, Oré,
a,ait allaché son cheval à l'un d..s barreaux
de la (enètre. Nul ne songea à monter l'escalier et à vi iter le premier étage. Les trois
proscriL , à travers les au,enls clos, virent
défiler le cortège qui condui.ait à la mort
leurs derniers amis. Le soir, quand la ,i.lle
con Lernéc fuL retombée au calme, ils dirent
adieu à leur hôle 1 et rnrtirent de la ,ille par
la porte Brunet, antique amas d'ogives el
de tour du xruc iède, qu'ombr:ige aujourd'hui un vieux noyer, arbuste à cette époque,
planté sur l'un des bastions du pont dormant.
Ils allaient, déguenillés, hâve , la barbe

1. •. Le . toit é~il moins ~levé qu • ~l~i _du eorp
de l~s; 11 formul un .-Jdmt auquel 1I cl.11L imposiblc â·acctldcr el qui ne pouvait servir à aueun usage,
n'ét.anl ni aéré, ni i!clairé, el n'annl aucune commauication avec le grl'nier qui règne ur la maison. ,
Vatel, 665.
'2. • n. - Quel tnillcur ils ont employtl pour foire
des vè·lemcnls1 - R. Que Saint-Brice-Goadcl lew·

pvrta une ve le bll'Ue tr·• IDauvaL&lt;c ... et que la
femme Robert Bouquey leur a fait w,c paire de
gran~les culottrui. » Interrogatoire de J.-8. Tro-

a Le Tors

1c

quarl.

3.
4,
5.
6.

Déclara lion de Marron. bouclier à ainll'-Fuy .

J Gua,lt&gt;t. Le, Girmulim.

Décluration de lmc Adéran, née Fonfrèdc.
Déclnralion de Jean Cagnard.

lo°-orrue, dé habitué de la marche par plusieur: mois de réclusion. lis 'étaient munis
de leur· pistolet ; Barbaroux portait en
outre, à on ct'ité, un couteau de cha 'SC;
Pélion tenait sou le bras les provisions de
bouche: un gros pain rond, bourré de ,iande
et de pois verl . ffailleur- ils ne savaient
vers quel point de l'horizon se diriger : la
Frontière la plus proche était celle d'E·pagoe :
et, au péa 11e de tous les ponts, à la traversée
de moindres b,JUrgades, ils ~avaient que des
rntioelle veillaient, réclamant à tout pasant une josti6caLion d'identité: or il étaienl
•ans pa. eport. ...
Errant, ils de cendirenl les coteaux de
aint-Émilion, éviLanl les ,illage de · intLaurenl el de -caint-Hippolyte : on montre
encore l'endroit où leur pa ' age à tra,·ers les
vignes a été con talé. Il avançaient vers la
Dordogne qu'il· e péraicnt traver~er peulêtre : mais le pont le plu voi in, celui de
Ca Lillon, était gardé : il fallait pas er à la
nage, ou profiter, s'il était po$sible, du bac
de Civrac, ,illacre . ur la rive gauche, moins
surveillé que Castillon. A l'aube, les proscrit
avaient parcouru cmiron deux lieues et lra,·ersaicnl la rrrand'roule de Bergerac lt Bordeaux, non loin d'une métairie app~lée Germans. 11, a,·isèrent, dans la plaine opulente,
un petit boi de pins, planté à quelque deux
cents mètres de la route ~ entre le bois et la
route s'é1en&lt;l:1it une pièce de blé dans laquelle ils s'eorrarrèri&gt;nl. A.u milieu de ce
champ deux gros mt\riers fai aient OII}hre;
les troi hommes, fatigué , 'a sirent là pour
déjeuner; la place de chacun d'eux s'est trouvée marquée par un mouchoir el un morceau
de pain : on dit qu'un enfanL, monté dans un
de arbre el occupé lt cueillir des feuilles de
mû.rier, fut fort effrayé de l'arrivée de ces
rôdeur à mine ini tre : tapi dans les
branche , il les aurait vu faire halte en de ous de lui, et entamer leurs provision ....
A ce moment Lluelques YOlontaires ,·errant
de Castillon et e rllndant à Bordeaux passèrent sur la route : ils étaient précédé d'un
Lambour qui, par caprice, e mit à battre ~a
caisse. Le proscrits, gîtés dans le blés
hiuts, ne pouvJient les apercevoir, mais le
on du tambour leur fil croire qu'il étaient
poursui is. Deux. d'entre eur, Pétion et Duzot,
se lèvent aus:i.itôt et gagnent en quelques
auts le bois de apios où il di parai ·eot :
llarbaroux, appesan li par une obésité précoce,
ou peut-être dégoûté el las de celle vie de
panique , arme on pislolel, l'applique à on
oreille droite et fait feu.... Le volontaires,
sur la route, enttndcnt le coup, s'arrêtent,
entrent dans les Ll.5s; il trouvent le ble é
• souffianl très fort, el se retournant eo tous
sens, comme s'il agonisait »; toute sa joue
droite est en saug, l'œil est presque hors de
l'orbite. Qui est-ce? On entoure le hies é
Ime Lacombe-Guadet, pe1Île-6Jte ,lu CooYentionnel,
ccrivail : - • Mon J&gt;Cr(', qw o':i1ait f10urlanl que
quatre a 1s nl?r', ~•arl itn~d~ le ~uvenrr du. del:!ier
bai er que lui avait de&gt;nnc son pcre, cl en,,uile t rmprt!. ion. ,fun•· joumoo iui:.tre, âe ,·i~a::-es con lernés
nulour de lui, des L:unbours qui ballaient dan le
,·oi inage, et des gens qui disnieul tout has ; t Les
,·oilil qui pa •eut. • -Vite), 600.

HISTORIA

MADAME AR AULT
Tableau Je

J.-R. RU,

- \L LT. 1;1\u~ëc Je \ 'L:r.aillc.

�L'EXODE D'ES G-m,ONDTNS - ,

san que n~l ose approcher de lui pour le
oulager ou lui donner des soins : les paysans
ont peur de ce moribond; c'est, sans doute,
un de ces émigrés, un de ces hors-la-loi dont
on dit que le pap foisonne, et l'épouranle,
par ce temps d'échafaud est si grande, qu'il
émane de ce suspect, même expirant, quelque
chose de la terreur qu'inspiraient jadis aux
('hrétiens du IDOJen âge les pécheurs frappés
d'anathème. Jusqu'à l'après-midi, Barbaroux,
le beau Barbaroux, qui naguère, admiré et
galant, elfcnillait, d'un geste élégant, de

dans l'esprit méûant des pa~ ans terrorisés,
la crainte de la guillotine étouffait tout sentiment de pitié : on demanda aux métayers
une tasse d'eau pour es. uyer la blessure, il dirent non; un peu de p1ille pour étendre
le morihond, - ils reîusèren1. Ainsi la révolution, hérissée de sa législation draconienne,
se retournait contre celui qui avait élé, au
temps des illusions, son apôtre et son idole:
elle lui rrfusait une goulte d'eau pour adoucir son ai;ooic, une poignée de paille pour
reposer sa têle expirante : à cel effroyable

close de la ferme~ et l'on assit le hie é : de
tous côtés arrivaient des curieu-x qui formaient cercle autour de lui: le oleil était
brùlant, mais la curiosité avide, et les arrivants, pour voir, bousculaieot les mieux placés: c'était une rumeur, des cris, des appels,
de~ disputes: lui, affalé sur sa chaise, sans un
momement, regardait de ses yeux fixes les
gen rrni l'entoutaienl : sur son pantalon de
coutil le sang avait coulé et « paraissait
ùeaucoup i&gt;: on lui parlait, il ne répondait
pas; on le touchait, il oc donnait pas signe

l'ucuc .\ lilock.
LES GIRO:SOl:-15 P1t TION ET BUZOT, LE SOIR

ou 3o

PRAIRIAL 1~94. -

TaNea11 cte E.

DO PA I:'!.

(.)Jusée Je Lit&gt;ourne.)

roses dans le verre de Mme Roland, Barbaroux resta gisant sur le sol .rougi de son sang,
que piétinaient autour de lai cent curieux
dont pas un n'eut la pudeur de lui porter
assistance. Vers trois heures seulement, arrivèrent les officiers municipaux de S:ùntfü anc, enfin avi ·é' de l'iocident; ils H.renl
porter le blessé ju qu'à la métairie ,·oisinc,
Gcrmans; mais le fermiers ne voulurmt pas
ouvrir leur porte : les loi · étaient formelles·
tou.t citoyen donnant asile à un conspirateur
devenait par là même son complice; et,

retour de événemenls, BarlJaroux comprit
qu'il serait proscrit jusque dans la mort.
Qaoiqu 'il eùt présente toute son intelligence,
il ferma les 1eu.x, désormais résigoé : qualrc
hommes le saisirent, et gagnèrent, à travers
champs, suivis d'une foule amu ée, une autre
ferme, la méLairie du c&lt; Bout de l'allée »,
qui se trour&lt;! en bordure de la grand'route
de Bordeaux 1 • Là encore on refusa d'abriter
un hors-la-loi. Pourtant un paysan, moins
timoré que les autres, consentit à prêter sa
chaise : on la posa de,·ant la grande porte

de vie. o gam;n de quatorze an, , Françoi
Laprade:&gt;, accouru des premiers, ne perdit pas
un incident du spectade; soixante-treize ans
plus tard il racontait aiosi ses impressions :
&lt;&lt; C'était un homme brun, je veux dire qu'il
a,·ait la peau brune, les cheveux el la barbe
noirs, la figure allongéa; il était vêtu d'une
grande lé\·ile. Les uns disaient : c'est 'lin
traître de Par· is; les autres prétendaient que
c'était Pétion ou Buzot. Plus lard on a su
que c'était Barbaroux : on ne lui donnait
aucun soin, ni eau, ni ,·in, ni antre chose.

1. Les Lour1;le dèsireui. de faire le pêlcrinage etc
la métairie ,lu t lJout de t'A.1/,éc » reconnaitront la
maison ~ncor · intacte à sa ~ituation ol.Jlique, à droite,
p,·e. 1uc en bordlll'r, de la roule en allanl de Ca5tillon

V&lt;'rs oiul-Êu,iliun. Pre,quc en face de la maison se
trourn la borne de distance 45.9. Lïndication que
donne Yale! (709 note) Lien c.ertainemenl &lt;'Xactc au
temps où ili&gt;cri,·ait, ne l'csl donc p1115 aujourd'hui.

'.!. Dèd.aratioo de M. EspèL"on, ancien m~irc de
SainHlagne.
3. [I raconla lui•m~me les laits à Val.el, en 1867
Il avait alors 11uatrc-viagt-sept ans.

�1flSTOR..1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
Les esprits éta.ieBt si animes alors! Je tili
sur quü n':t"'lÎt qu'une seule blessure audessus de l'oreilte: j'y ai moi-même porté la
main. D'abord il n'y avait qu'une vingtaine de
personnes; plus tard toute la rille de Ca tillon J est accourue. »
Le citoyen L1'"ache, ancien maire de Castillon, petit homme, d'opinion avancées, imagina d'interroger le mourant : celui-ci &lt;( fnt
longtemps sans lui répondre »; et, comme
Lavache, sans pitié, insistait, Barbaroux imp-1tienté répliqua &lt;&lt; qu'il se mêlait de choses
qui ne le regardaient pas et qu'il n'était pas
de taille à l'interroger &gt;&gt;. Graillon, pharmacien à Castillon, survint également et se pn.l..
para à onder la blessUl'e : il tira sa trous e,
disposa ses instruments, explora la plaie el
ne trouva rien. Enfin, vers quatre heures de
l'après-midi, en pleine chaleur, des hommes
soulevèrent la chaise, el, portant ainsi le
proscrit, e mirent, au petit pas, en routr
ver Castillon où l'on ne parrint qu'à six
heure . A la geôle, en arrivant, on l'étendit
sur un matelas et on désigna, pour l'assister
1-t lui donner des soins, une fille de Fonbaud,
faubourg de la ville, nommée Maria; six jours
plus tard, les gens de Castillon le virent de
nouveau : il était, celle fois, (&lt; amarré » sur
un matelas; ses beaux cheveux ooirs encadraient a joue bllldée; on prit la rue qui
mène au port, on le hàla par la Gargouille à
la Calle I sur un bateau qui ver· Bordeaux
descendit à la dériw, au fil de l'&lt;'au. Du
haut du pont les Castillonnais regardaient :
on ne savait pas encore, au juste, ce qu ïl
était : le peuple ,·oyait eu lui, &lt;&lt; un des
émigrés dr la Chambre crui avait gllillotiné
Loui XVI ». Rien d'autre! On apprit, une
semaine plu· tard, qu'il était mort sur
l'échafaud.

finir; n'osant. peut-être, se regarder, tant ils
redoulaient de lire dans les yeux l'un de
l'autre la résolution déci h·e, ils se trainaient
sous la pinada, affaiblis, boueux, au guet,
sini lres. Et c'ét~il Pélion, et c'élail Buzot!
Duzot que h plu romaine des femmes de la
llévolution arail aimé d'un amour héroïque;
Pétion, le jovial Pélion, si infatué naguère
de . a vigueur cl de sa popularité, et dont
maintenant les cheveux avaient blanchi en
quelques nuits, comme ceux de la reine que,
,j:tdis triomphant, il avait ramenée humiliée
de Varennes.
Le soir, tard, quand la nuit vint, le· habiLanL&lt;; des métairies de Germans el de PilleDois entendirent au loin &lt;t du côté du hois
de M. Devalz », deu.x coups de feu presque
simultanés. On n'y prêta nulle allention; huit
jour plus lard seulement, le 25 juin, un
nommé Béchaud, dit Bnraba, rerenanl dl'
cbez sa fiancée, à Cafol, entendit dans un
rhamp de seigle, des grognement de chien~ :
il se détourna du sentier, pour voir, et ·on
approche mit en fuite trois dogues occupé. à
déchirer deux corp étendus sur le do à
quelques pas l'un de l'autre : les deux cadavres aYaienl le isage intact, mais &lt;( noir
comme une pla 1uc de cheminée ». Baraba
courut à Castillon afin d'avertir les autorités.
Il était si satisfait de sa décourerle qu'il en
fit le ujel d'une chan ou en patois.
En venant de Ctûô
Pa ·ant au coin des pins
J)c 11100.icur Tlrvô
.l"entendi, lrois gro kins
Qui tOA"naicnl deu-x corp morts.... t

Le lendemain, dès quatre heures du matin, le juge de paix de Castillon e mettait
en roule, accompagné des officiers municipaux de aint-Magne et escorté d'une douzaine
de gardes nationaux en armes. Une troupe de
Au moment précis où leur ami se blessait curieux suivait. On alla à traver· champ · jusd'un coup de pistolet, Pétion et Bllzot s'en- qu'à l'angle du bois de pins, où étaient les
fupient, à travers les blés el le seigles, vers corps. Celui de rJuzot était vêtu d'une longue
le petit hosquet de pins planté entre la mé- redingote brune à collet de velour. rouge: il
tairie de Germans et celle de Pille-Bois. Terrés avait une culotte de cotonnade à raies bleu et
dans l'cpaisseur du taillis, ils puren-t, de là, blanc, de bas de filoselle jaspé de mêmes
voir le pay ans relever leur compagnon, et couleurs, un mouchoir de soie noire au cou ;
l'emporter. Comme la plaine, à ceL endroit, une ceinture de fer ceignait on corps. Pélion
est lrè plate, il leur fut aisé d'obsener le
était vêtu d'une redingote semblable à celle
allées et vanue dll groupe, la file des curieux de Buzot, d'un gilet blanc à boutons jaunes,
sur la route, l'attroupement devant la mé- d'une culotte de velours candie gris, et de
tairie du Bout de )'Allée. Que se passait-il? b1s à grandes raie bleu et blanc•.
Ilarbaroux n'était donc pas mort? S'il avait
TandL que les magistrats locaux opéraient
réu si à se tuer ne l'aurait-on pas inhumé leurs constatations, les a si tanls épilo6',laient.
sur place? Oo ne sait rien de ce qui se pas a Autour des cadavres étaient épars beaucoup
entre ces deux homme qu'une si étonnante de pistolels : &lt;1 une pile, peut-èlre 5, ou 6,
destinée avait amenés au dernier point de la 7, .. . » Les eigle étaient versé comme i
mi ère et du dé espoir. Mais quand on inter- les deux hommes s'étaient longtemp retourroge la plaine lragiquè témoin de leur arro1iie, nés el débattus; el ceci donna à penser « qu'il
les dernière heures qu'ils pa èrcnt là s'évo'étaient empoisonnés &gt;&gt;. D'autres, e basant
quenl impérieusomenL. Quelle journée! Tous sur la petite distance qui les séparait, - dix
deux, clapi ou les pins comme des bêtes ou douze pa , - e Limaient &lt;JU 'ils n·a vaienl
traquées ; entant diminuer, d'instant en in- point dû e uicidcr, mai &lt;&lt;~e tuer récipro~ant. leur chances d'exister; _achant bien quement ainsi que dans un duel n ; ce qui
qu'avant la fin du j•mr il leur faudrait en prête à celle opinion une certaine naisom1. neclaratioo d'Antoine Roy . Valet, 751.
2. Dcclarat ion de fo an Quentin , adjoi nt de SaiolPc~ d'Armcns.

:ï. Desc ription et lr vêe des cadan cs dL· Buzot et de
Pètion.
~- Oéclaration do Pierre Galineau.

blance c'P.sl le fait que, pour mourir. ils sortirent de l'enchevêtrement des branches du
bois de pins, se postèrent en face l'un de
l'autre comme pour se vi~er ' . On ignore tout,
d'ailleurs; le procès-verbal dressé le malin
du 26 juin est trop uccinct et trop imprécis
pour qu'on en puisse déduire une indication
certaine. Les corp étaient dans un Lei état de
&lt;&lt; pestifération &gt;&gt; que le citoyen 8oulan1rer
Lanose, officier de santé, requis pour la circonstance, se refusa à les examiner. ~ul ne
consentit à les toucher : on déchira, it raide
d'outils, les poches de leurs vêlement ponr
y chercl,er le papiers ou l'arrrent 11u'on y
pen ait découvrir : il ne 'I trouvait rien, pa
un sou, pas un crayon, pas un feuillet: ce
qui faisait dire qu'on avait pillé le, cadavres;
seul Burnt avait gardé sa montre qui fut mise
dans un sac avec le. deux chapeaux: cl les
mouchoirs qu'on pril oin d'expo:-cr à un
rrrand Ccu de plante odoriférante .
Les curieux:, pendant ce temps, 'amassaient : ils étaient près d'une centaine, vers
ept heures du malin, quand les deux fosses
furent creusées et qu'on 'apprêta à j jeter
les cadavres. Une femme remarquait « que
c'étaient Ms homme terril&gt;les, magnifiques ·
un paysan, nommé Blanc\ habitant aintMagne, ne décolérait pas contre les conspirateurs. Il s'approcha des morts et leur brLa
la mâchoire d'un coup de pioche, en disant:
&lt;( coquins d'émigré 1 &gt;&gt; Oo prétend que celui-là
mourut quinze jour plus tard.
Les deux trous, profonds de ix pieds,
ont prêts, on y pousse les corps qu'on recouvre aus ilôt dti terre : les lombes étaient
si voi ines qu'elles ne semblaient former
qu'un seul monticule.
Pendant longtemps elles sub istèrcnl :
mèml! quand les années les eurent affaissée ,
on les respecta: on ne labourait pas le lieu
où reposaient les pro crits; durant hien des
années, à cette place-là, la terre ne travailla
poinl : l'endroit, par les pa ·sans, était appelé le champ des émig1·é.~. Car on n'en samit pas davantage. Royalistes'? Républicains 1
q1ù s'en inquifüil ! li ,emble bien que, à
l"époque, le peuple ne comprit rien :1 ces réYolutions successives qui traitaient en maudits le héros de la veille : les gens acceptaient les événements avec docilité: plus tard
ils en parlaient, se contentant de dire, foi ant
allusion aux assignats: c'était le temps du
111aul'llis papier, sans chercher à comprendre pourquoi ceux qu'on diyinisait un jour
étaient les parias du lendemain. Ignorance
a sez semblable à la agesse.
Aujourd'l1ui le bois de pins a disparu: on
ne sait plu au ju le où reposent le deux
émigrés; jamais le soc d'une charrue n'a rencontré leurs ossements : à quelques mètres
près, on montre la placé, dans un champ de
maï , non loin d'une sorte de cabane qui serl,
en cas d'oraae, d"abri aux cultivateurs et qui
jadis, avant le défrichement, e trouvait en
bordure un bois de M. Devalz. Les gens du
pays l'OU. y coudai ent Yolontiers; ils n'ignoà. Dédaralio11 de 11. E,pcron. ancieu m~irc tlc. aint•
llagnc.

"------------"""'"""":~------------rent pa qu'un drame s'est passé là, sans
savoir précisément lequel; les visiteurs, au
reste, sont rare . C'est si vague, et i vieux!
Les trois représentants, Barbaroux, Salles
et Guadet, 1c père Guadet. sa fille Marie, son
second fils Saint-Brice-Guadet, Robert Bouquey, Thérèse Bouquey et son père, le vieux
Dupeyral, furent condamnés à mort.
A l'audience, Mme Bouquey, indignée de
s voir accusée t&lt; de pitié envers les malheureux &gt;&gt;, fut prise d'un effra~anl accès de colère. Elle apostropha les juges : « - Des
monstres! criait-elle. i l'humanité est un
crime, nous méritons la mort! &gt;&gt; Puis elle e
jeta en pleurant dans les bras du père Guadet.
.\prè la lecture du verdict, pendant les
liravos et les buées des curieux dont s'emplissait la maison de justice, on la vit, furieuse, hors de soi, repou sanl les hui sier.s,

s'élancer dans le prétoire, C( vers le président,
qu'elle cherchait à . aisir, pour le déchirer&gt;&gt;.
On l'emporta, écumante. Quand on dut lui
couper les cheveux, elle échappa aux aides
de l'exécuteur; une lutte 'engagea; « il
fallut employer la violence pour la contenir n.
Le père Guadet s'approcha d'elle, lui ouvrit
ses bras, la pressa ur sa poitrine; alor elle
éclata en sanglots el &lt;( cet attondrissemenl
ramena le rt&gt;pos dans son cœur ».
n procè. qui surgit quelques années plus
tard entre les héritiers rJouquey révéla un
détail saisissant. U s'agissait d'établir lequel
des deux conjoints Bouqney était mort le
dernier, leur contrat de mariage a1anl Lipulé
une donation réciproque et univer elle faite
au survivant. Or, ils étaient morts le même
jour, à la mème heure et presque du mèmc
coup. Le procè.s dura jus'}U 'en 1810; à celte

L'LXODE DES Gffto,4D1JYS - ~

époque, le t1·ibunal de Libourne ordonna un~
enquête et l'on interrogea le bourr~au ~•
vivait encore. Cet homme raconta qu au pied
de l'échafaud « Bouquey, voyant son épouse
s'avancer seule vers la planche fatale, dit à
l'un des a sistants : &lt;t Ah! donne:, donc hi
main it madame. » Mais elle, très calme,
demanda ex.pressément d'être e.xéculée la
dernière, voulant épargner à son mari ln
douleur de mir répandre le sang de sa
femme».
Je oe sais pas si. dans le grandiose monument, encore incomplet, que la ,ill~ de ~ordeaux élèrn il la mémoire des G11'011d111s,
doit fiourer le nom ou l'image de Mme T3ouqu-cy. 0ll semble bien qu~ l'effigie de ~eu~
femme héroïque ne era1l pa. déplaree n
côté de la ,talue de ceux dont elle prolongea
J'un an la vie en donnant la sienne.
G. LE TOTRE ·

Procès de presse

Le parlement de Bretag_ne a rendu un pour avoir vendu des livre. contraires aux
arrêt, le 29 mars 1767), qui condamne un bonnes mœurs et à la reliiion.
Ces livres sont : le Christianisme dàoilé,
nommé Bocloy à êlre enfermé le reste de ses
l'Homme
a11,i; quarante écus, Éricie 011 la
jour dans une mai on de force, comme soupVestale,
les4uels
ont été lacérés et brûlés par
çonné d'avoir voulu faire imprimer une brochure :11,- les tronb/es de la France, et l'exécuteur de la haute ju· tiœ, lors de l'exécomme soupçonné d'avoir Youlu donner le cution de. coupables.
On s'e t récrié contre la sévérité d"11n pajour it deux libelles, dont l'un intitulé le
reil
arrêt, qu'on attribue à M. de Sainl~FarRoyaimtP. clei; femme.~, et l'autre les A1•e~gean, président de la chambre des vaca_t,on:,
t11res du comte de•", lesquels manuscrit
homme dur cl inflexible, el ùont le Janscont été lacérés et brùlés.
On ne sait encore quels sont tous ces ou- nisme rigoureux n'admet aucune tolérance.
vrages criminels et quel mérite lilléraire ils
peuvent avoir.
***

:l Octobre 1768. - On a exécuté ces joursci un arrèt du parlement, qui condamne JeanBapliste Josserand, garçon épicier, Jean Lecuyer, brocanteur, et Marie Suis e,. fe~me
dudit Lecuyer, au carcan pendant trois JOUr:1
con écutifs; condamne en outre ledit Jo cranù à la marque et aux: galère· pendanl neuf
ans ledit Lecu)·er au i à la marque et aux
aalères pendanl cinq an , el ladite Marie
n
. ans
ui~se à ètre renfermée pendant cmq
dan, la maison de furce de l'h&lt;1pital général,

La république des le!lrcs vienL de ~etdrc
le sieur Deforges, mort, 11 y a quelques J0nrs,
ubitement à tabll'.
C'était un auteur moins célèbre par ses
opuscules que par_ ses ~aI1;eurs.
.
En i 749, il était à 1 Opera, lorsque le pretendanl fut arrêté. li fut indigné de cet acte
de violence; il crut que l'honneur de la nalion était compromis, el exhala ses plaintes
dan une pièce en vers forl cout1.tc alors,
qui commence ainsi :
Peuple jadis si fier, oujourcl'hui si senilc. .
Des prince, malheurcm: ~ 0 11• o·èt,•s pin, l":ml{'.

li ne put prendre sur son amour-propre
de 0oarder l'incormilo: il se confia à un ami
prétendu, qui le trahit; il fut arrêté et conduit au Mont-Saint-llicbel, où il re la trois
ans dans la Cage, qui n'est point une fable,
comme bien des gens le prétendent. C'est un
caveau creusé dans le roc, de huit pied en
carré, où le p1·isonnier ne reçoit le jour que
par les crevasses de marches de l'église.
M. de Broglie, abbé de ainL-~lichel, eut
pitié de ce malheureux. 11 obtint enfin qu'il
dit l'abba ·e pour prison. Ce ne fut qu'avec
des prél'.aulion extrêmes qu'on put le faire
passer à la lumière de celle longue et profonde obscurité.
Le caractère de M. Deforges, son esprit el
ses qualités per annelles lui gagnèrent les
bonnes g~;lces de cet abbé, au p~int d'obtenir
son élaro-1ssement au bout de cmq ans. 11 le
donna à son frère M. le maréchal, en qualité
de secrétaire, el, Mme la marquise de Pompadour étant morte, il fut fait commissaire
de guerre, dela nomination de ce rrénéral,, ui\'anl le droit de tou les maréchaux &lt;le France.
M. De forges avait supporté courageu~emen L
sa longue et cruelle captivité. Son e prit n'était point affaibli dr tant de disgrfu:es, el
"· le maréchal en faisai l grand cas.
DUCLO~.

�"---,---------------------CO,'ttTE DE FRA CE D'HÉZECQUES
et&lt;&gt;

La cour de Versailles intime
La chapelle.
c=,..

Tou' le arh . 'étaient donné rcndez-l'ou
el al'aicol employé le produit, le plu précieu pour préparer à Dieu, au chùteau de
Ycr:-aille • un temple di:me, ~inon dé la dil'inité qui dél'ait l'habiter, du moin de la
dtlm,•urtJ ro)ale dont il de,ait faire partie.
l'arloul on y rnyait hrîller le · d1cf~-d'œurre
de la peinture!, les dorure: le· plu éclalanLC
et Il' · m rbre' le plus pr·•cieut.
'fnw le· jours lt• roi allait à la me. e; il
él.lîl imité par le rc.&gt;.Le de a famille. et . i
c'ét1ît uuc . uîle de l'étir111etll', c'était du
m ,in, un liel exemple. On ne &lt;lc,ait ju rrer
,11ue l'adé et nullement Ier di,positions; au
re,te, la piété édair~e de Loui \.\1 ne pou,ait lai l!r de doute qné ~on cœur ne le
porlàt à la diapdle Litln micu\ 1p1e Il\ cérémonial.
C'était à midi, - ou plu· tôt si le le,er e
lai. ait plu· matin, - que le roi, ortanl de
on appartl'ID!!11L par une porte de "lace,
commu11i,1uanl du c.,liin •t du con ·eil à la
",derie, traver ait Lou I grand · appartemllols et ·e rendait à la lribuoe, précédé d
pages, de rcu1 •rs, d • grnlil homme , de

( ' IIATEAU DE VERSA.ILLES. -

réuni sait po11r la me5 ·c. Le, prince~ e r ndaicnt ch z le roi, et lc . corlùgc en ortait
quand la reine elle-mêm? quittait on appartement par le alon de la Pai • au fond de la
"alcric. C1.:1te multitude tl'oflicier-, de dame,
magnifirp1emenl parée. , 'a1ançant :rn milieu
d'une fouit\ de curieux, dan. celte lon 11 ue
pièce. l'un de. plu· beaux monument! de l'e
genre ciui oient en Europe, formait le coup
d'o·il le plu: impo ant.
La chapelle de Versaille e composait pour
ain i dire de deux éLa:;ies t La triLunc était en
haut, t•L de chaque càté régnait une ~alerie
oil e plaçaient les personne du en·ice qui
11e pouvaient lroul'er place dan · la tribune,
ain ·i 'Ill, le t=lrangers. La tribune était tri..
~rande. Elle était bordée, ur le uc\·aol, d'une
balm,lrade de marbre ur laqudle on jetait
nu grand tapi de 1·elour cramoi ' i à fran"t'
d'or, et à chacune de se eitrémité. ~c trouvait une lanterne doriic el frrmée de glaces,
pournnt contenir une eul p r onn cl de ·lim1e aux prioc · e: malade- ou qui ne voulaient point paraitr • pnbli,101ment. On r •mar&lt;1uera que, sous Louis XI\, madame de
.laintenon était loujour. placée; c'était là
la seule mar']ur publirJut&gt; qu'ellt• eùt jamnis
fait paraitre do lien ,p1i l'uni~sait au mo-

\'tJr, El TERIEt;R F. Dl! L.1 CIIAPELLE.

onicier~ des rdes, cl uil'i du capitaine
de "3rd~.
Tou: le. dimanch .s la famille ro)ale e

narque. Comme la tribune eùt été trè froide
l'hh-er, la cour as i~laot à de. offiœs lrÎ!5
lon!!S, urtout la ,·cille de oël. où le .enice

divin durait depui dix heure du :oir ju. qu',
une heure, on montait ur la Lril.mne une
grande charpente dorée qui en fai, ait un
Leau :al.in, arec de fenêtre de glace ttu 'on
ou,rait à volonté.
C,· n'était que le jours de grande ft1t
que la cour de rendait dan. le ha· de la cbnpclJC', par d~ux e calier touroanli placé de
chaque côté de la tribu nt'. On courrait le pa\'é
de uperbe tapi·; on di ·po. ait un prie-dieu
cl deux fauteuil pour le roi et la reine; les
prince uaient de chai es cl un carreau;
tous le officier~ et l •· dames e plaçai nt
derrière ur des tabourets cl de· ùanqueue ;
enfin, le aumônier el le1 gardes de la
manche étaient de chaque côté du prie-di 'U.
Il ~ aYait cc jour-là une con·éc qui ~tait
cependant Lien rechercht&lt;e, c'était la quête.
oe jeune femme, aprè· a prt enlalion,
devait . 'aei1ui1ter de celle fonction, qu'on
redoutait Lien un pt&gt;u avant la cérémonie,
ruai· dont on était a&lt;&gt;réal&gt;lemenl r1kompensé
par le murmur de louange et d'admiration
que oulerail la pr:•ence d'uncj ·un• fomme,
daru la fleur d l'àge cl de lo b •auté, maa-nifiquemenl p:irée et courerte de diamants de
tolll • .a famille. J'ai dit qu'on royait Yenir
ce jour avec une certaine appréhen ion. En
effet, quel cmharra pour unejcuoe personne
qui a,Jit à peine 11uitté sa mère, Je se ,·oir
obligée de pa~ .cr ou , le yeux d'une &lt;'&lt;&gt;Ur
nombreuse en faj ant, avec lentc-ur, une
multilu Je de r,fréreoces dont elle faL ait, la
vciU&lt;.', une rJpélit'on m·ec un homme l'hargé
de la dirirrt'r! Et elle n·avait mrmc pa.,
comme Jan le t,.Ji e , la re :onrce d'fürc
conduite par un ca1·alicr qui aurait pu. au
Le oln, soutenir , pa cbaocdant . A . on
LrouLle, ?i l'in,Jlriétudc de manquer une révérence. d'aller à tel prince avant tel autre, .e
joignait encore l'embarra· de !"habit de cour,
de cet énorme pani ·r et de la loo!!lle queue.
J'ai YU plu~ieur d' ce jeune quêteuses dan·
nn état à faire peine; mai la coquellerie,
l'ambition, leur faisaient ,ite oubLier une
"ène pas arrère et la fatigue de cette impoanle cér11monil·.
Cette quête rapportait beaucoup; car,
quoique les princes, les grand officier el
le~ dames donna :enl culs, comme on ne
pouvait mettre que de l'or, la recette montait trè haut el ne lai ait pa que de nêner
li' pcronnes peu ricù~. Ueureux qui pouYait e procurer un demi-loui ! à moin de
faire comme un cordon-bleu qui y metlail
con ·tammeol un jeton. On m'avail, en elTet,
as. uré que, depuis plnsieur année dt'jà, l
jours de cérémonie de l'ordre du aint-Esprit,

,

1.A cou~

DE °VER,SA1ll'ES 1NT1ME - -...

on trouvait toujoor un jeton dans la _quêl~. affairé du collier, où l'on a\·ait rn le nom de que oo mari, alor. reniarië, el j •_l"ai lromé
Jan· la de traction de l'or.Ire, ou aurait fin,, la . OU\'eraine ervir dïn·trument à d6 fri- diane d'a1oir eu une Îl'mme au. ,1 coupaLI,·.
à la morl de ce moderne llarpa!!OO, par dé- pons pour duper un grand sei 11oeur. .\ux
!"&gt;Le cardinal de Bohan. qu'on appelait le
counir . on nom, à moins qu'une dispo ·ilion
de .on te lament n• .ùt perpétué on secret.
Cc· IJUêtes, qui, les jonr· de proces i_on,
allaient à plu · de cmt Joui-, élaieot remise
au curé de Yer~aillcs.
Le jour· de granJe (ètc qui Lomb~ient u~
dimanche, on présentait le pain béml au roi
et à la famille rol·ale. C'était un très gros
morceau de briocl.te. Loui \ \'I tirait son couteau de sa poche, et, ~pri• en aroir coupé
une tranche, il donnait le re te aux pag de
la chambre. u,·cnt même il ne prenait point
tant de peine : il mordait à mème la ~~ioche.
Le jour de mon entrée aux page .Jeu: le
morceau ur lequel les dents du rot arrueot
lai ,é leur empreinte, et, dan mon exta e
provinciale, je ne le maorreai qu'avec un certain ri!. ped.
La mm,ique du roi exéculait des me e
et des motels compo és par les au~eu~s le
plu· di tinaué . A la me se de mmmt du
jour de 'oël, on entendait a,ec beaucou~
d'admiration le hautboi Ju cJlèLre Ilezozz1
exécuter de petits air que le calme de la nuit
CUATJ::All DE YERSAILU:S . LE \'EHIBl'LE DE U CIL\l'ELLE .
rendait encore plu gracieux. On avait atlach • à lJ mu ique du roi douze enfant., appelés pa,. • de la mu ique, qui remplaçaient
le· fau ,e( . C'êtaienl le enfants dei; valet '
eu de la justice, le prince de llolian n'était prince Louis, était enc_ore lr~ Li ·n con ·enr,
de~ officier de la cour. li· portaient la lim..:C point coupable, el l'arrèt du parlenPnt de lorsque je le fr au Etats généraux, malgré
de la "rande écurie · mai- oo les distinguait Pari· ét:iit coméquent, car le parl~meol Loule le infirmité· qu'il conlracla dan .on
rn ce ~u'il ne pounient avoir ni ba. de ·oie n'était point junc &lt;le mn•urs ~OCJales; rxil à l'abbaye de la Cbai c-Dieu, el un m:il
ni Loudes d'ar •enl.
mai· au1 1eu . de la majesté roya~e le car- à l'œil qui l'obligeait de le couvrir d'uu tafIJuand le roi était dl 1 le ha de la cha- dinal êta.il répréhen~ible pour al'Otr cru ~ fela. noir. Dan le lemp de a . pknJcur,
pelle, on lu.i pré ·entait le corporal à bai.cr_; ·ouveraioc capable d'entrer dan. t~n march_~ c'était le plu noLlc. et le plu marnifi_que
c'était une d, prérogatl\'e Je la rolaute, clande tin dont le clau e el:111:nl au 1 ei!!llcur de ln cour. P r oonc ne fil m1cu\
le roi étant re•!afdé comm, ::;ous-diacre.
déshonorante pour lui que pour elle. La Yaloir on opulence cl l'autiq ue dignité de , a
Quand 1 éH! rurs prêt.. icot ·erment a~ perte de c cba.rgCli, o~ ~xil _loin de la cour, race.
roi, c'était après l'é1·an°ile l'une meise qui n'étaient donc pa. une lDJU~L,ce, comme ont
Dan· le f.'lc-beu c. affaire dont je lien d •
e disait ?I l'autel de ':tinte-Thérèse, 011 le \OUiu le faire croire les ennemis de la reine. parler tout à l'heure, le cardin~l fut m_:il
pinceau de • anlcrr' arait repré ·enté cette Le cardinal en était si per uadé qu'il ne ,eeni par qudqucs-uw de es amis. ~n a1_l,
, ainte eo extase, i lwlle, i roluplueu ·e, que nail point aux États ,.énéraux ·an la permis- co effet, que leur olle méchanceté hl orl1r
.
bien d,i prêlrti· craignaient de dire la messe
ion de la cour; cl,e plu tard, . a con d111le
de l'hôtel d monnait· de trasbourg, l'II
à celle chapelle.
dans ~e ro~- '5 ion all,·mandl!·, · · sacrifice
17, • d • !oui d'or où l'eflîgie du monarque
Le nrand aumônier de I•rance était le car- pour la eau de LtJub \ \'l, lo~1t a pr~mé a\ail an front une petite protul,érance qui
dinal de lloolmoreocI-La\'al ', évèque de que cc prélat était loin d'en ,·oulo1r au roi de
emblail vouloir a:~imiler l • roi aux mari·
. letz, prélat lier et fa lueux, que , on nom, l'a,·oir puni Je ·e imprudl•net• .
trompé . La police ·crupr..:~sa 1e Fair: d!, paplus que se. conmi.ss:inc_!! , al'ail po:lé aux
~ladamc de Lamothe liait coupahle, au
r::ùtre celle ~cauJalt-o tl monnaie. Mai· 1I n
plus haute dignité de \'Enlise. IJ ar:11l uc- yeux des loi~ et de la ocié_té: d'intrigues, d_c a échappé plu icur _Pit·ee qui ont_ tromé u_n
cédé Jan!\ cette ch,r,,.e au cardinal de Rohan, ,éJuctioo~ et d·uo ,·ol con 1d ·ral,lc. n pre- asile dan le~ cahmel ' de curieux. Mo1évê 1ue d,, tra ·bourg, apr la malheureuse teodu nom de Valois n'était pas une rai on mème, en i 7!H, j'en ai YU une en Ire le
de la sou~traire au peines infamanle. qu'elle main· d'un né •ocianl de Valencienne·, grand
1. Lom--Jo,1•pl1 ,lo 'luul,n11rcnc~-l.:i1al, è_,ê')1te ,1,e
méritait.
conduite n'en de1iut pas meil- amateur de médaillt:s, que je rencontrai à
llclz, graml aum.' uier tl, pui ti , ne ,lcnnl canliual 11u·cn l 71S\J.
lcurr. J'ai lo•é depuis don le même hàtcl Amers.

ComE oc FR.\. 'Ch lrl!ÉZECQLL~.

.... 20&lt;) ...

�' ·-----------------------

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE IV

culte,, r11rn l'ancienne France, . cule, élail
vraiment soumise aux restrictions commerLa guerre del'ienl inc.-illhle. - A"erti scmeot, ilon•
ciales;
encore, les licence,, d,mt j'ai parlé
n~ i ~apoléon. - l.i, Cour i111péri1l~ il IJn'l11le. l'icc ,le compolition ,le l'armée et deo clircn
plus haut. y faisaicut-dl d'~normes Lrècorp,i.
d~. Quant à l'Italie, à l'Allemagne cl aux
pro,iuccs llhrienncs. le s,,tème continenlal
Le mot.ir le plus pui~,aut 11ui portât l'Eru- hien •p1'étal,Ïi par décret i111périal, u·y étai~
p«·rrur à faire la guerre à la fiu!-ie était le appliqué 'lu'illu,o:rcment, tant à eau e de
dbir de la ramener à l'exécution du traité
l'i:tênJue des côte:. que par la connileuce cl
:-i~né à Til itt en 1)l07, traité par lequel
le défaut de · ur1·cillancc de œux qui admil'empereur .\lennJrc ,s'était en•,,v,é
à fermer
0 0
nistraient ces vas les contrées: aussi l'cmpr1
tous
es port
de •~es • !.lat:;
à L\onler.-rrc, , e
• ..
• •
,
..
e
'
rcur Je Ru_ie répondait-il ao1 sommation:.
11m II a,,ut J3lll,fü etc pra11qué que d une
que la Frarwc lui faisait d'interdire toute rcmanière fort imparfaite. i\apoléon p ·ns 1il
,l\ec raison quïl ruinerait les An:,ilais. peuple btion commerciale n,l'C l'.\ngleterre, en
c.sentidlerncot fahric-ant et marchand, s'il signalant cet état d'exl'eption pre:;11ue général
parvenait à détruire l1•ur négoce a,·cc 11• con- en Europe. Mai, la 1·éritaLle cau,e du refus
tinent européen; mai l'CJ:œution de œ pro- 11u'oppo~ait .Ueiandro aux prétentions Je
jl'l gigantesque offrait de ~i grandes diW- i\'apoléon était la crainte qu'il épromait d'êlrl•
as5as~iné comme l'avait été l'empereur Paul,
0

~on père, arurucl on rtprochait J;irnir Llessé
l'amour-prnprc national eu s'alliant à la
France, et, en Sl'fOnd lieu, d'a,·oir détruit li:
rommerce russe en dt'.-clarant la guerre à
l',\n;;lctcrrt•. Or, Alexandre commençait à
rompr• ndre qu'il ù:ttit d~jà aliéné les esprit:; par la ùéfërcncc cl l'amitié qu'il avait
t;( noi. ·,,:es à ~apoMon dan les entre me
d'Erfurt et de 1ïlsill; et il de,ait craindre.
maintenant, de leur fournir un nouveau griC'f
par la suspension Je tout commerce avet·
l',\03lcterrc, seul débouché par le,1uel la nohle:;se ru~~c pournit écouler les produits eucomlirant~ de se, imm&lt;•nses propriété, d s'assurer . e&lt;: re1enu,. La mort de Paul ter prou1ail bien à qucb danger· l'empereur de Russie
s'exposait en prenant une pareille mesure.
.\lexan,lre devait craindre J'autaut plus, qu'il
,oyait encore près de lui le:, orficim, •111i

:l\·ai&lt;'nt entouré •011 père: de ccu1-là était
llenninz,cn, ,on chf'f d'é1at-majnr.
~apolt•on ne tenait p3• a,.sez rompre Je:;
dirfil'11ltl; Je l'êtte •ituation. en mPnaç.1111
\lexarrdre Je la :::urrrc s'il n'acc~d~it pa~ à
ses J,:,irs. Cependant, eu apprenant les perle"
uhies et les rel'er;; es uyés en E,papne et en
l'orlu~I. il •emhl:tit hé,itrr à s'('n:?a"er Jan,;
une guerre dont le nhùtal lui parai sait fort
inc('rtain. Je tit'ns ,lu ;énéral fkrtrand 11ue
,1\'apoléon a ,ou,·,mt r,;pélé à Saintc-llrlr11e
•rue sa seule pc115ée fut 1l'.1hord J'cffra1er
l'empereur Alexandre, alin de l'amcnrr'à
l'cxi'.-cution du trai1é: « ~uu:, étion , disait-il,
« comme dl'UI maitrèS d'l;~le Corœ qu'on
« croit prêts à en \'l'llir aux main", mab ,pri,
« n'en aJant cn,·ie ni l'un ni l'autre. c ruea n:went de l'œil et du rcr co aunçant à pe« lils pas, cb:icun d'eux 3)3111 l'espoir que
11 son adrer,aire reculera par crainte Je
cr croher l't1péel ... D .,rab la comparai~orr de
!'Empereur 11'était pas cxade, car run Je.~
Jcn, m.ritrè.~ J'arme., a,ail J .. rrièrc lui un
précipice ~nos fond, prèl à l'engloutir au premier pas ,,u ïl rcrait en arrièrl!: ainsi plaré
entrtl une mort ignominieuse et la nl:r1~•~i1tl
dti combattre a,cc des chance.- de •uc«·ès, il
de1'3it prendre cc dernier parti. Telle riait la
,ituatiun d'.\lexanJre, :-ituatioo encore :i~;rarr.e par le.- 111anœu,n.', au,;11udles l',\n~lais
Wilson c fürail auprès Ju gént'.-ral Bermingscu t'l des officier, de ,on t'.·tat-major.
1. 'C'rupcreur Xa1ioléon hésitait l'IICorc I'!
:semblait ,·ouloir écouler b sagth ans Je
Caulaincourt, so11 anciC'n nruba ~adcur a '-arot1'{1crsl"1urg. li ,oulut mêmc interroger pluieurs oflîci,•r~ rrançai,. qui u·aicot habité
11uclque temp~ la nu,,ic el en connaissaient
la topo!!raphie et 16 rcs~ourt'es. Parmi eux
se lro111ait le heutenant-coloncl de Ponthon,
•1ui auit ,:té Ju nomhre de, officier, du ;;énic que i\·apolt'-on, lor, dn traité de Tibitt,
av11it, sur les in~tanccs d'.\lexanJre, aulori~t~S
et même in\1tb à pa, cr &lt;1ucl,p1cs années au
.ser1ice ,le la nn~,ie. C'était un homme des
plu, c.ipal,lcs el Je,; plu~ mode,t ..\ttacbé
au ser1ioo lopographi,1ue Je i\'apoh'.'011, il
n'eût pa cru pournir érnellro ~ponL1n,1ment
son avis ,ur les difficulté., 11u·,~prouverait une
armée portaut la guerre darr rernpirc rus,e;
mni, lorsque !'Empereur Il! ip1cstionna, de
Ponlbun, en homme d'honneur, tout Jérnué
à ·on pa]", crut Jc~oir dire la rir~té tout
1:ntière nu clid de ll::tal, et. s.:tn, cram«lrc Je
lui déplaire, il lui signala tous les obstacll'
qui s'oppo"eraient ù son cntrepri~c. Les principaux étaient : l'apa1ltic et le défaut de coucour, des pro,·inccs lithuanicnocs assujettie
de1mb de longue nnn6cs à l:i l\u ic: la rê~i tance fanatique Jes nucien llo.covites; la
rnrdé Je.., , iHc, ,•t fourrages; dC's coulrilt•&lt;
presque dt'.-s1:rtc- •1u"il rauJrait tra,erser:
des routes impraticables pour l'artilleri,1
aprè,. une pluie Je r1u ·l,1ue heures: maii' il
appu}a surtout sur le, ri;ueurs de l'lii1er et
lïmpo.sihilité phFi,1ue de faire la guerre
lors11u·o11 aurait atlt•int l'époque Jes nci;;cs,
qui lo1u.baient sou renl dès I" premier jours
d'oetolirc. Enfin, "Il homm1! HaimC'ol coura-

)JfF...'JfOr~cS DU GÉj\'1;~J(L BA~ON DE .M.Jl~BOT - - ~

;&lt;'nx, an ri,'(UC de Mpl:tire 1·L Je comprometlre son awmir, li. de Ponthou ~c permit
de tomber aux S•'noux dt• !'Empereur pour le
,upplirr. au nom du bonheur de la Franrc el
de sa propre ~luire, de 11e pas cntr!.'prc11Jn·
celle dan~ercu e expédition. dont il lui pn'.'llit
toute le:- calamilt:s. L'Empercur, apri·~ a,oir
écouté a,ec c:ilme le colonel de Ponlbo11, le
congrdia ,an, faire aucune olNnation. Il rut
plu ieur,- joor, rèîcur et pen. if, et le hruit
se rt:panJit que l'CJpéJition é111it ajournée.
Mais l,il•ntôt M. ~farci, duc Je Ila,sano, ramena l'F.mpereur à son premier projet, et
l'on as~ura, dan fo lrmp,, «prc le marédral
llnout ne Cul poiol itranger à la résolution
que prit ;\apoll-on Je porter a nornhreu~e
armée d'.\llema::me. ur 11• ri1cs du i\iémen.
à l'extrême fror~ièrc Je l'empire russe, afin
de déterminer .\lcianJre à obéir à ses . ommation~.
.\ rornptcr de œ moment, Ucn 11ue M. ile
Punlhon Urt toujour, attaché au cahiuct et
"ui"il con,tamnwnl l"Emprreur, celui-ci ne
lui aJrl'~~a plu~ la parolti penJanl tout le
trajet Ju Siémen à Moscou, et lor"111e, p.. ndaot la retraite, ~apolt'.-.,n fut forcé ùc ,:a,oucr
à lui-mfme 11ue b pré1isio11s de cet e;timalilc orlicicr ne s'étaient 11ue trop rt:rifirt:s,
il tvitait dl· rt.?11rontr1·r ses reriard,; m:anmoin,, il l'élern au grade Je colonel.
ius ne dc,·anrons pn~ le cour:- des él'l'nCments el rc,cnon~ DU\ prép:iratif~ que fai,ait Napol~on pour arn!.'ncr Je Hré ou Jl,
forn: IJ f\u_,ie nux l~•ndi1i1111~ 11u'il wulait
lui impo,er.
Il~ le moi~ d'a1ril, b lroupc., rram~,i~es
cantonnfos l'n ,\llema 0 nc. ainsi •1ue cell

GhtlUL C.tL'l..U:'&gt;-COl:RT.
0

lJ 11frès ,~ aus/,i jr IILLLIARD.

des dil'er, princes de la Confédération ;crmani,Jlrc rangés sou~ la Launière de ~apoléoo, s"t~taienl mises en mouH·mml, el leur
marche ,·er la Pologne o"é1ait ralenti,1 que
par la Jirtirulté Je .se procun:·r les mopifü

de nourrir kur.s nomlm::ux chl!1aux, lê~
herl,cs et même les hlé, t:La.nt à peine hor·
de terre, à cdtc ép,,,,nc, dans le~ contrl:c,
Ju .\'orJ. Ccpcn,lanl, !'Empereur quitta Pari~
Il: Il ruai, l'I, al·compag-ni- Je l'lmp{-ratricc, il
se rendit 11 llrcsdc, oi1 l'attendaient son Lcaup~rt•, l\·111pcrcur d',\ulrichc, t•I pre~•rue lous
le- prinœ d'.\llemagne, attiré., les Ufü Jl:lr
J'e.,poir Je rnir accroitre l'étendue Je leurs
~:tals, les autres par la crainte Je Mplaire 11
l'arhitre Je leur destinée. Parmi les rois, 1c
seul ah~L·nl était le roi Je 11ru~ c, p.irce que,
ne fai,aul pa~ pntic de la Co11fo!dénitio11 du
l\birr, il n'a,ait pas i·té appelé ir cl'ltc rJunion cl 11°füait s'y présenter san, l'autorisation de Sapoléon ! li la fit humblenll'nt ~olliciter, et, dès qu'il l'eut obtenue, il s"cmprcs.sa dt• venir augml'nter la foule de,
sou,crains qui i;"étaienl rendu~ à Dresde pour
faire leur rour au tout-puissant vaio,prcur Je
l'Europe.
Le., prolcstations Je fidélité cl Je dévouement 1111i furt·nt alor,- prodiguées à ~apoléorr
l'étourdirent au (IOint de lui faire commettre
un,· foute Ùl', plu~ gra,es Jans l'organi$alion
des coutin6ent• qui dc,aient former la granJe
armrc Jl'~tin,:,. à porlcr la guerre en llussit·.
En elli!t, au lieu J'affail,lir les ;om·erncmtwl.s J'Autrid1tJ cl d~ Pru,st•, ~es anrit.&gt;ns
enncrub, en eli3eanl d'eux •1uïls lui fourni,~cnt la plus grau,le partie de IL'ur~ troupes
dbponilob, 11uc la prudence aurait Jù l'enga=c•· à foire nurdtcr à l'a,·ant-!!arde, tant
pour épar,,;ncr le s u1g fran\·ais que pour être
à même tic suneiller -c., nou\·t!aux el chauc,·lanls alliés, nuu "e11lemc11t ~apoléon Ill!
demanda t1ue ;;0,1100 bomme:s à chacuue de
,·ci; puis:,arrrt:!&gt;, 111ais il l•n forma les deux
aill' J, . .,:, rméc! ... Le., Autrichien , sous
le priuce Sd111Jr.tenl,erg, tiureot l:t droite en
Yolhrn11. I, , Pru sien.,, auxquel il donna
pour" d1d un marécbal frarr~ai$, )focdonald,
occupî•rcnt la gauche. ,cr l'emLouchure Ju
~ifo1en. I.e ferrlrc éluil composé des corl':s
rrançais et de., l'011tingcnts Je la Con[éMratiou du Hhiu, dont la li,lélittl arait été éprou,ée par Ici; campagne~ d'léna el Je \\ :i;;ram.
Le ,iœ Je celle or;anisation frappa beaucoup dl' bon~ 1:sprits, 11ui YO)aicnt a,cc peiuc
les aile de la Grande \rtuée compo,écs
J'étraugers rc;,tanl sur _les frontihcs di• leurs
paJS respectiL cl à même de former, eu c.i
de rcn·rs, deux armée., :sur no, dcrrièrl',,
lor que notre centre, composé Je troupes
sùres, ~e serait eufoncé dan, l'Empire ru~se.
.\imi, l'Autriche, qui avait :!00,uou soldats
mus les armes. u'co mcllarrt que :i0,000 i1
la Ji.spo~ilion de ~apoléon, en 3arJait I Ï0,000
prêts à a;ir conlrc oou en ca,, d'in~ocœs! .•.
l,n Pru.sc, liien rp1e moin!, puissante, avail,
outre son contingent. (j0,000 hommes en ré~cr,e. Un s"élonnait donc que l'Enrpercur Lint
i peu compte Je ce qu ïl lai~sait derrière
lui; mais sa i.:onhance était "i grande 11ue lt·
roi de l'rus_c ra}ant prié Je permetlre que
son til!, ainé (le roi actuel) 1 fit la c.'.lntp:iinw
aupr.:s de lui en 11ualîté d'aide de camp, ?\apoléon ne ,·oulut pas ) consentir. Cependant
1. rn:,téri,-t;uillaumc 1\.

�IDSTOR.1.11
ce jlunc prince eût été un ola• e précieux, ui1
Ce fut ·n un d: · princip le · cau_cs des perçant, décontman~·aient bi,·n d •- col!)~el:,
ga"e bien .ùr de la fidélité de .on père.
r~vcrs que nou éprouvàme .
et cependant. malheur :, elui qui _hé.ita_it ,\
Pendant que les fête H' uccédaient à
répondre : il étai~ ruai noté dan 1:e.pril de
Drc~de, les troupes de ~~po!t:on . il1011naicnt
CHAPITRE V
·apoléon !.Je !!l'étais. i bien préparil que j' ·\!
le nord de l'Allcmarrnc. n,:jà l'armée d'llafü•,
répon c à tout, cl l'Empcr~ur, aprè m'àvoir
fraud1i sant lt• montarrnc' du ÎJrol, e diri- llcrnt: J • l'Emper,ur. - 1.·1rml!C -ur I • :'iifo1,•11. complimcnlé ur la helle tenue du n:;;ime111,
geait sur Vàr O\ie: Le 1 ', 2" el ;;ë corp
l'n mol sur les hi,toru•u, ,111 la umpagnt: d • 1 I:!.
allait probablement me nommrr cç,lon~l cl
Ellorls
,le
Auglai
pour
nuu
1•oler.
Alli1111lc
franç:u. , comniandés par le n~réc~a~x ba,le ilernadullr. - Di,positions &lt;le la Pol~'TIC,
élever
au grade de gênéral. M. de La • ougavout, Oudinot el 'ey, lrarcr~aient la .f'ru :c
rède,
lorsque
celui-~i, le jamLe em·~loppées
pour marcher ur la Vi Iule. La \~cstphalic,
L'Empereur, ayant quitté Dresd le ~9 mai,
la n \ière, la .·:i e, Bade, le Wurlember,T, .e dirigea ,·ers la Polo!!ne par Danzj.-, e! la de llanl'lle, 'étant r it hi, er à cheval pour
uine de loin les mou,•emcnt de son régiainsi que le' autre . conféJérés du ll~in, \'ieille Pro . c, que trarer~aienl en ce moment
ment
que je commandais à sa pla e, s'cnlcnfournis~aienl leur. contin"cnb, el l'Autrid1r,' ses troupe , 11u'il passait en rcrne à me ure
danl
appeler, , 'appr0t h~ d1\ 1"apoli:on cl
ain.i que la Pru~:e, le~ a,·ail imit · : MaL, qu'il le rencontrait ..
l'irrita par une dcm1nde maladro~te en fàwur
cbo~e di~nc de remar,rùe, tandi: que les éU'aprè l'organi:ation de l'armée, le -:!3t de
néraux autrichien exprimaient leur 1;ati ·fac- cba, eur à cheval se trou mit emhrizaJé avec d'un officier, son parent, indigne de tout
intérèt. Cette demande oulcva une tcmpetc
tion •d'unir leur drapeaui aux nôtre., le&gt;
le 2t• de la même arme. Le gém!r~I Ca-tex dont j"éprourai IP conlr1•-co11p. \apoléon e
oflirier!&gt; rnbalternes et la troupl' ne mar- eut le comma.ndemcnt de cette lirigade qui
chaient' qu'à rrgrct contre la flu :,.Ïe. C'était fil partie du 2fl corp d'armée, placé .ous mit dan. une colère de~ plu violente~, ortout le contraire dan le contin••ent pru - le, ordre du maréchal Oudinot. Je C'onnais- donna à la rrrndarmPrie de cba~ cr de l'arm11c
l'officier dont on lui p'lri:lit, et, fai saut
·ien: le· générau. cl le: colonel· e trouai depui lon°ternp le . nénéral Ca.tex, M. de La ,·ougrirède allcrré, _il -'éloigna au
vaient humilié · d'ètrc dan l'oLlirration de cxccllenl homme, qui fut parfait pour moi
galop. ,\in i La ~ou,.arèdc ne fut point fait
.enir leur Yainqueur, tandis que le. orficier
penJanl toute la camparrne. Le maréchal général.
de ran inf1lricur.s cL le, .oldats se félici- Uudiuot m'avait \U au sit·"e de Gènes, aupr
taient d'avoir l'occa,ion de combattre il côté de mon père, ain i qu'en Autriche:, lorn1u'cn · Le maréchal Oudinot ayant suhi !'Empede· Françai , pour prourer que 'il n,·aienl 1 Oil j'étai aide de camp du maréchal reur pour lui demander s ordr relativeüté batiu dan la campanne d'léna, ce n'était Lanne ; il me traita arec beaucoup de honté. ment an 2;:;e de chas~eur , 'a Maje té répondit : a Que le cher d'e cadron.:. larl1ot continue
pru; faut de coura"e, mai parce que leur
L,. 20 juin, le 2e corp reçut l'ordre de à le comman,ier. \vant d'ol1tenir le grade
cher le- a,ai 'nl mal ùiri;.:é .
. 'arrèter à ln Lerburu pour J être pa sé en
• 'on culerùenl 'apoléon avait encadré a rerue p:ir l'Emp ·reur. Ct!:; olennit.é- mili- de colonel, je Jcvai recevoir encore une
Grande" .\rru\ dans les . continacnts autri- taire étaient toujour attendue • a\·ec impa- nou ,·i:llc et "ra, c hic, ur !
Pour rendre jn:tice à 1. d • La, ·ou"ar'· le,
chiens et pru. ien., mai il avait affaibli le tience par le individus qui espéraient partimoral de troup, Irançai · un le mêlant à ciperaux favt.:Ur di tribuéc dao ce· réunions je doi· dire qu'il m'exprima de la m:inière
de· r 1aimen t~ étranger-. ifüi, le t..,. corp , par ~apoléon. J'élai de cc nombre, et je rue la plu loyal fos regret qu'il ,:promait d'ètre
commandé par le maréchal Davout, comptait cro ai d'autant plu certain d'èlre nommé la cause involontaire du rt!larJ apporté à mon
avancement. La fàdicu e po. ition de 1·rl
au fer juin 67 000 homme·, sur le, quel
colonel du régiment que je commandais pro5 ',1100 Fran~i ; le urp]u était compo é \·isoiremcnt, qu'outre les prome ·c •1ue homme c~timaLlc m'in,;pirait un ,·if intérêt,
de Badoî~, lccklcmbour coi , lie oi , Espa- l'Empercur m'a,aiL faite il ce ujcl, 1• gé11é- car il craianait d'a\'oir prrdu b couftance de
gnol. et Polo·nai • Le 2• corp. , au ordre du ral Ca~tex cl le maréchal Oudinot m'avaicnl n:mpcrcur et, par uite de e. infirmité., ne
maréchal Oudinot, e compo ail de :ï4,000 prévenu qu'il allaient me propo cr of,'iciel- pouuil se remdtre hicn dan l'c~pril de a
Françai ··au· '{UeL on avai l joint i ,000 Por- l1'nte11t cl 11u'il · cropicnl que \I. de La ~ou- Majest~ par a conduite Jafü les comhats qui
dera1cnl avoir lieu.
tuaais, 1, '(li) Croate el 7,000 ui · e..
gn.rcde allait èlre placé comme génrral à la
J'a,·ai' été a.~ez beur ux, le jour de la
Le ;j• corps, commandé par le marécha 1 tète d'un de' urand· dépôt· de remonte 11u·on
re1·ue,
pour 11uc l'EmpP.rcur l'Ùl accord' tout
e~, était formé par 2:i,0110 Français, 3,0011 de,ail établir , ur le derrière de l'armée.
l'a,anccment
et toute· le décoration que
Porlugai=&gt;, ~,000 lll1rien rt U,000 \for- ,fai~ la raw!ité qui, quelques mois a\ant,
j" avai dem:indé · pour Il· oflicier ·, ou tt:rnb rgcoi~. L 4~ et 6" corp , réuni ou
avait reculé i souwnt la dl:liHance de mou officier et oldal.! 'du ~;;•, cl, comme· la
le: ordre. du prince Eurrène, étnicnt formé
bre,·el de chef d't cadron , me pour ·ui,it de
de i7,000 homin , .ur lc~quel' :i ,000 nouveau pour l'ohtcntion de cdui de colonel. rcconoai ~ancc q11i r6. ullc de &lt;·e fa1·eur ·
remonte toujour au cher qui le a rajt ohteFrançais, 1, i(J(J Croatr , 1,200 E pamol ,
Les revue étairnt des examens évère ,,ue nir, l'inlluence fJUC je commcnrai à prendre
2,1100 Dalmate , ~0,000 llalicn et {2,000 ['Empereur faisait oulenir aux chef de es
ur le régiment ·en accrul beaucoup el
BavaroL.
r1Hments, .urtout à la Yeille d'une entrée en
La réscne de calaleri1•, commandec par campagne; car, outre les 11ue lion d'u,agc calma le reôrets que j'~prouui de n'arnir
Jla obtenu Il' grade dool je remplis ai: le.
\Jorat, comptait -H,000 combattants, .ur
ur la force numérique en hommes et en îonctiun .
lcsquel il y avait 27,000 Françai , 1,-i-00 chevaux, l'armement, etc., il en adres,ait,
Jè rl'ÇÜ à œtle 6poquc une lettre du maréJ1ru . .icn-, 600 Wurlcrub1Jrgeoi~, J, 100 lla- coup ur coup, une foule d'imprévu • auxYaroi , 2,000 'a ons, 6,000 l'olonai cl :i,000 quelles on n'était pa · toujours préparJ à rl'.'- c:bal \ta éna et une autre de · lme la maré·cbale, me recommandant, le premier, ll. He\\'e tpbalicns.
pondre. Par exemple: c Combit:n arez-,·ou · nique; la seconde, .:on fil Prosper. ,le ru!&gt;
Je n'ai pa· l'intention de donucr ici la no- « reru d'hommes de tel départcmeut depuis
ruruclature de force- dont ~apoléon cfüpo- - « dcu an·? Combien de mow;quetow pro- trè' rn iLle à cette double démarche, el ,
sait au moment de ~on entrée en Ru ·ic; « ,enant de Tulle ou de Charle,·iUe? Com- répondi comme je le dt,·ai,, en acceptan l
mai· j'ai ,oulu démontrer, par l'examen de a b.ien ayez-,ou de cheraux normanJ '! Corn- dans mori régiment cc deux capitaine·. foul'état de ituation de plusieur corp d'ar- « bien de brelolli) '/ ComLicn d'allemands? Lcfoi,, hue lâ maréchale n'ayant pa per~Lté
dan ses in leu lion., Pro pcr ~la séna ne vint
mée, 11 quel point l'élément françai était « Quelle quanlité la compa!!llie •que ,·oil
mèlé aux éll'angers, qui, confoàdus eux- 11 a+elle de triple chevron ? Combien de point en llus.ic, et il n'aurait pu, du reste,
même de la façon la plu hétérogène, sous et douhles et de impies'? Quelle t la moyen fil! en supporter le rode cli1D.ft.
L'armée allait bicntôl toucher à la fronle rapport du langage, des mœur, des habi- 11 de l'âge de tous ,·o oldats'/ de vos of6tière
de l'empire ru ~e cl revoir le 1 'iémen,
rudes et de intérêG, servirent tous fort mal « cier:.? de"°' cheYaux'? etc .... i,
ur
le11uel
nous nous étions arrêté en 1 07.
el paralysèrent oment les efforts des troupe
Ces que tion , toujours faites d'un ton ltref L'Empcrcur di posa es troupe· sur la ri\c
françai es.
dc.s plus impératif , accompagné d'un renard g uche de et fleuve daru l'ordre uivanl .

I\". - HISTOJt.a,- Fa•r. Mi

�r --

111ST0~1A - - - - -- -- - - - - - - - - - - - - - - - -

d'abord, à l'extrèmP droite, le corp,- autcicbîen du prince de .- hwJrzcnkr!!', -':ippuyant trop acerbe, ce qui O&lt;'casionn:1 un dtll'l entre .\lai ce peuple turbulent, dont le:. aïeu .
sur la G:tlicie 1•er · Orn·•itchin. A la "a11cbe de lui et . f de 1:~ur. qui fut Lless~. Tl fout 11'arnicnt pu . 'accorder lor qu'il formaient
chwarzenberg, le roi J •rôme avait ra •. m- convenir qu i O) dernier e monlre peu un eul État indép•ndanl, 11'olfrait aucun
lM, entr • B,aly ·tok cl Grodno, deux i:orps favorable à ~apoléon et à on armée, le éoé- appui moral ni pbJ~fr1ue.
ral Gour:!and e.,t trop louanrrear pour !'Emped'armée con ·idérable-. A côté d'eu , le prince
En el, la Lithuanie el au Ires pro\·ince
reur, eu il ne veut rcconnailr• aucune de se
Eutr1\ne de Beaubarnai réuni-. ait, à Prenn, fautes!...
r1ui forment plu du Lier de l'ancieon
0,000 h'lmme . L'Empereur était au centre.
Pulono , soumise depui prè · de quarante
Je n'ai ccrtaim•meot p:i l'intention d'écrire
en face dt! Kowno, a1·c · 220,000 combatan: à la nu. ie, aYaicnt pre. que entièrement
tant • commandé~ par Mural, e •, Oudinot, une nou relie relation de la campa"ne de l 12, perdu le. ouTenir de leur antique con ·tilution
Lefebvre et Be ,ière . La garde Iai ait partie maL je crois del'oir l'n rappeler le îai~ prin- et . e r.on idéraieut comme Ru!- depui de
cipaux, pui.qu'ils font partie es!'flnlielle de
de tt'lle immen e n1union de lroup : Enfin,
longue annt.:CS. La noble e enYoyait t&gt; frl
l'époque à laquelle j'ai v,~cu, et que plu~ieur
à Tihu, le maréchal , lardonald, avec
dans les armét&gt; du Czar, auquel l'hahitud,i
::ï~,.000 Prussien~, formait l'aile gauche, . e rattachent à ce qui m'e. t ad1· •ou ; mai , les avait trop attaché pour qu'on p11l e. pérer
ainsi que je l'ai déj dit. Le Niémen couuail dans cette anal . e uc,:incte, je veux 1viter 1 voir o joindre aux Français. Il en était de
le frool de l'armée rus e, fort d't&gt;n1·iron le deux exc~ con1raire dan Je ·1ucl .ont même de· autre Polonais, que dh-er- par100.000 homme commandé· par l'empe- tombé é:.:ur et Gour!rnud. ,le ne erai ni taae avaient jadis ~éparés de la mère patrie
erai véridi11ue.
reur " le andrc, ou plutôt par Bennio en, détracteur ni Jlatteur :
pour les oumellre 11 l'.\utrkhc et à la Pru . e.
Au
moment
où
I
deux
pui ·~anLs empire
son rbtr d'é1at-major. Ce: fore étaient diviIl marcbai •nt bien contre Ja Ru ie, mai.
d'Europe allairnL 'entre-cbo11ucr, l'An:.:leée en trois C{trp · principaux, commandé
c'était par obéi sanc el ,ou le- drapeaux
par les nénéraux Dagralion, Barclay de Toll · terri•, alliée naturelle de la C\u ic, dut faire de leur:; nou1eaux ou1·erain,. Il· n'épronlou, e · rtrort. pour l'aider à rrpou.s. er l'inet Witt enstein.
vait•nt ni amour ni cnthoo. iru me pour l'emvasion
quel' •tnp •reur de f'ranç-0.i allait faire
Quatre hi lorien ont écrit ·ur 1, campagne
pereur Napoléon, el craignaient de mir leurs
de 1 12. Le premier fut Labaume, i11 énieur sur on lerritoirll. En prodi~uanl l'or au
propriété,. déva téc par la guerre . Le grandgéograµbe Cranç1is, c' t-à-dire appartenant minislr turc , le cal,iuet anglai parvint à duché de Var Ol'ie, c,~dé eo J 07 au roi de
faire conclnre la paix .entr • le sultan et la
à un corp · qui, biec que dépendant du mini
axe par le traité de Til ·itt, ét.tit la cule
tère de la guerre n'allait point au comh t et flu . ic, ce qui permllllait à c lie-ci de rap- province de l'ancienne Pologne qui cùl conpeler dan· e Etat l'armée qu'elle avait sur
ne uivait le. armée que pour lel'er de
en·é un rr. te d'e. prit national et . • r,H un
la
frontière de Turquie, armée qui joua un
plan . Labaume n'avait jamai commandé le
peu attachée à la !•rance. \lai· de 11uclle utilroup •~ et n'a1·ail pa la oona~:ance prati,rue rôle immeo e dan I rruerre contre non . lité un si petit Ctat pouvait-il êtrt&gt; pour k
de l'art militaire; au .. i . e jugement!&gt; .onL- L'Anglet rre a1·ait ti-ral •ment ménagé la pai.
grande· armée de , 'apoléoo?
il pr que toujour · ine act·, quand il ne enlre I' •mpcrt&gt;ur Al ·xandre cl la , uède, alliée
éanmoins celui-ci, plein de con0ance dau
font pa tort /t l'armée françai e. Ct:pendant, naturelle de Ja France, ur laquelle ~apoléon .e force comme dans on nénie, ré olut de
l'ouvrage de Labaume a ant paru peu de de1•ait d'autant plu comptt&gt;r que &amp;&gt;roadoue franchir le i 'iémen. En con tiquenœ, 1•
venait d'en être nommé prince héréditaire el
lem p aprè la pai de 1 14 d la rentrée de
23 Juin, !'Empereur, accomp1"n1: du énéral
C(u'il
!!Ou1·ernail le paJ . pour le ieax roi, on
Loui :XVHI, l'e. prit de parti et le dé ir père adopur.
Uuo el e 01uHanL du bonnet el du ruanlt&gt;au '
d'a,·oir de ren.ei.,nemcnt.s sur les terribl
d'un Polonai· de a garde, parcourut J.
Je rou ai fait coon:ùtrc préœdemment par
é1·énements de la récente campagne de Ru ie
bord - du ~iémen. Le oir même, à dix
quel concour de circon tance liitarres Berlui donnèrent une célébrité d'aut.,nl plu
heure,, il fil commencer le p age de ce
nadou.c
fut élevé au rao" d'héritier pré mptiI
rande que per onne ne 'occupa de réfuter
lleu,e ur plu-ieur· pont de bateaux, dont
ce füre. el que le public 'habitua con i- de la couronne de uede. Le nou1·eau prince lei plus importants avaient été j •tés en face
uédoi,, apr~ ' avoir a uré qu'il re lerait
dér r . n contenu comme de vérité inconde la pelite ville ru· c de Kowuo, que no
Français p1r le camr, . e lai ·. a cependanl
leslable .
troupe.: oceupt&gt;r'nt sau éproul'er aucune
ré i Lance.
La seconde relation publiée sur la cam- s •du ire ou intimider par Ir \114!laL, auxquel
il eût été d'aillcur facile Je le rcnver er. JI
parrne d • J 12 (!l;t du colond Boutourlin,
.acrifia le véritable intérêt de a pairie
aide de mp de l'empereur l&amp;xandre. Cet
CHAPITR E VI
adoptive
en e lai. ant dominer par l' o"leouvra,.e, bien qu'érrit par un ennemi, contient de appréciation ~age , et i la narra- terre et en 'alliant :ivec la l\u ie dan une l'a, ge du ~iémen. - Enlr'i. Jan, Wilna. - Je juin
nlrevue avec l'empereur Alllxandre. Cette
l'ennemi. - Le 2-1• de rl,a.-- UI'! i \\ilkumfr, tion de l':iuteur n'e;t pa. elacte . ur tou le
rencontre
eut lieu à Aho, petite 1ille de la
Dlfficultc c11 f.ilhuani •. - Marche eu 1,1111 .
point , c'e.t que l · documt•n1 . lui ont manqu.X, car il est impartial, cl il a lait tout ce FinlandP. L •· Tlu · e venait•nt de com1uérir
Le 2i, au Ie,·er du soleil, nou, fûmc léqui dépcnd.,it de lui pour décomrir la v' rité; celte province et promelt.ii nt à la ' uMe de moiu d'un . pectacle des pin - 1mposanL. ' ur
l'en dédommarrt'r par la ce ,ion de la ;',om\"e
aus i lloutourlin est-il nénéralement e limé,
la hauteur la plu élc1ét! Je la m·e gauche,
110'00 arracht•raiL au Danemark, trop fidèle
car il a écrit t•n homme d'honneur.
on apt•rœl'ait J . , tente de l'Empereur. Auallié de la France. Ain ·i fü:rn:1dotte, loin de tour d'elles, tout •· J, colline., leur;: pentes
Le libelle de Labaume étaiL déjà oublié
'appuyer or nos armtle da ~ord pour e
for ·11uP, en l 2;,, par con équcnt après le
et leur ' valh1es étaient garnie · d'homme: d
faire
rc li tuer es province. , con~al'rait au
déci•s de l'Empcr •ur, le ntlnéral comte de
de cbe1au t·ou1·erts d'arme, étin elant~ !...
égur puhlia une lroi io'•me relation de la i:ontraire, se empiékment. en e ran••eant Celle ma · e, compo ée de 250,000 comh 1p:irmi les alli • de Ilus~e !
_
campagne de 1 12. L'e priL de on ouvrage
t:mt,, di1i é en trois immense. colonne ,
~
i
&amp;rnadotte
cùt
agi
d
concert
avec
oou. ,
aflli"ca plu d'un ·urvi,·ar1t de celle cam-·
'écoulait dan le plu · rand ordre rer. le
la po ilion topo"raphique de la ui•dc e1)l
pagne, et no' ennemi · l'ont eui-mème. quatroi · pont étaLli · ur l • fl,•u1·c, et IP diflëlifié Je romn11 militaire. lf. de égur eut men eilleusement eni no' intérèt · œmrnun . rcnls corp, ~•avançaient ensuite wr la rive
œ(&gt;l!ndant 1111 immen su~, tnnt à cauw Cependant, le nnU1·eau prince ne prit pa
droite dan · la direction indi4uéc à chacun
d • l:i pur •lé et de l'élénance de ~n tyle que en&lt;ore eutii-remenl parti contre nou ·; il rn1J- d'eux. Ce mtîrue jour, le • ïé,oen était franchi
par ·uite de l'accueil que lui firent la cour el lait sarnir de quel côté :crait la victoire et 11e par no · lroupe . ur d'autre. points, rers
e prononça 11uc l'ano~e • uhanle. l'ri,·é de Grodno, l'ilonr et Til. ilt.
le parti ultra-roynli lt). Les ancien orficier:
l'appui de IJ Tur4uie et de la ' u•·dc• . ur
dl' l'Empire, e trouvant attaqués , chargèrent
Le énéral Gouruaud m'a communiqué uu
le gémirai Gour!!aud de répondre à ~I. de lesquellc il avait compté pour contenir 11!5 étal de -Ïtuation urcharrré de note écrite·
"«ur; il le fil awc uccè~. mais d'une fa çon armée ru e., .\'apoléon ne pou1ait arnir de la main de Napoléon, et il rtS.uhe de ce
d'autre. allié Jau le . ord que le Polon~i~.
documt.'nt orficid 11ue l'armée complait au
11

.MË.JJfOTJres DU G'É.NE~AL B.JUtON DE .MA.~BOT

ie

11

pa,:ane du I ïém n 5:?ti.000 homme. 1 pré-- men, em·ahir la Lithuanie et occuper Wilna lcrie et la mous11ucterie, ce qui étonne et
..enls, donl 155, iOO françai · et 170,UOO al- san oppo er de ré i lance, il ~lait de\ettu de ébranle Ill olda6 J · leur· ad,·er aire !...
liés, plus 9 i ltouchc à feu. Le régiment bon ton, parmi l'ertains officier,-, de dire que Clltlt• méthode, qui ofîre p 'at--ètre quelque
que je commandai ~ai:ait p:ir~ic du '.?•_ corp , le ennemi fuiraient toujour cl ne tien- avantaie , a souvent eu de bon · ré ullats
aux ordr du mart&gt;chal Oudinot, 11u1 pa ·~a draient nulle part. l.,'état-m~j'lr J'Oudinot, pour le l\u e ; au i le général Witl"'en ·le 25 . ur le premier pool de Kowuo et e
tt&gt;in nou préparait-il une réception de ce
diri ea ur-le-cliamp 1·rr) [anow,,,
geurel ...
La chaleur était étouffant . Elle amena v, rs
Le ca. me parut i grave que, an monl:i nuit un oraue a1Treu1, el une pluie dilutrer mou tégimenl, je Ill fi:; rentrer dan· la
1·ienne inonda Ill, roui cl le champ à plus
for L cl couru· de ma per onoe au-devant du
de cinquante lieue à la ronde. L'armre 11·~
maréchal OuJinul pour le prth·enir de l'état
vil cependant pa · un Cu11e le pré·:ige, comwc
Je ('Ùo e·. Je le lrouvai hor du hoi , dans
on s'e ·t plu à le dire, car le oldat con. idt:rl
une pl ine, où, apr · a 1·oir mi pi, J à terre
la grêle el le 1onncrre comme cho,e fort ?ret fait arrêter ~es troupes, il déjeunait fort
diuair en été. Au urplu. , le. flus r .• luen
trall!Juillcrnl'nl au milieu de on étal-major.
autrement super litieux que certain· Fra_nJ~ m'allendai à ce que mon rapport le tire\·ai , eurent aussi un Li,·11 ftll·h 'Ut prono Il(',
rait. de celle fan.se sécurité, mai· il mo reçut
car, dan la nuit du~;; au 2i juin, l'emped'un air incrédule. et, me frappant ur l'éreur Alexandre faillit périr Jau. un hal à
paule, il 'écria : « Allon , voilà larLot qui
W1lua, le planch ·r d'une . aile . 'é1ant l'llfonré
vient d . oou · trouver :'i0,000 homme: à étril_ou on fault!uil, à l'heure mcm où la prcler! » Lr gt:!néral Lorencez, gendre el chef
mièrti harqu françai e, portant le premier
d'état-major du maréi:hal Oudinot, rut le
détach m nt d s troupe de , 'apoléon, .iLor~ ul à me croire; il ai ;iil été jadi · aide de
dait à la rh·e droite du , 'ifolt!n, ur le terri&lt;'amp
d'Aurrrreau el me conuai sait de longue
toire rw, ·e. Quoi (tt1'il en . oil , l'ora"e :i~ant
date.
Il
prit donc ma défen e, en fai.ant obinfiniment rerroidi le temp., ufü ch•!vau en
,
crver
que
lor qu'un chef de corp di:ail :
oulfrir nt d'autant plu· dau · le Livou.ic
«
J
ai
v11
»,
11 Je1·ait être cru, et que négli11u'il m:io ..eaient de· h~rL
mouillé•, e~
S
'r
les
averti,
·entent de. ofl1cier de. lronpe
couchaient . ur un terrain fangeux. Au. 1
PR1.·ce ~l!G ·a.
lé~ère · était 'expo er à de •rrands re,·er . Ces
l'armée en perdit-clll! plusieur~ millier,, de D'.Jt,·ts ,~ iimtn .u D vtRr.,. (CaN11et Jes F:. t.J tts,l ub ervation · du cher d'état-major ay:int fait
colique ai~ufu·.
.
réfli!chir le marécbal, il commençait à me
Au delà de Kowno coule une lrè p lite cl ce m:iréch;I lui-mème, émettaient auvent qne:stionner
ur la pré~ ·nce de l'ennemi, prérivière appelée la Yilia, dont l'ennemi avait celle opinion el traitaient d conle le rapence dont il parai ait douter encore, lor coupé le pont. L'orage ,enait de gooner les port que Cai:aient le pay o , ur un ".'ro
qu'un capitaine d'état-major, M. Ouple. · i~.
eau. de cet afllucul du ïémen, de .orte que corp de troup · ru
pbr: rn a\11nt de la arril'anl tout e·souroé, vient dire qu'il a parle premier éclaireur d'Oudinol e trou- petite ville de Wilkomir. Ci:lle incrédulit: fut couru tou le · environ , pénétré mèm,i dans
,aienl arrêté'. L'Empcreur unint au mour Je point Je nou devenir fatale; 1oici la forêt, el qu'il n'a pa 1u un . eu! l\u · e!
ment où j'arrivais moi-même à la 1ète de
comment.
En eoteod:int ce rapport, le maréchal el son
mon régiment. li ordonna aux lanciers poloLa cavalerie létrère, étant le )eux d ar- état-major ·e prirent /t rire de m ' crainte •
nai de onder le "Ué : un bomme e noya: mt!es, marcbe babi1uellem al en avant el sur ce qui m'alîect.a viv-menl. • · nmoin. je me
je pri :-on nom, il 'appelait Tzcin. ki. , i le Oaocs. Ion ré:,iment précédait donc les contin·, certain que, .ou peu, la vérilé .,j'in.ÎJ le . ur cc détail, c' t qu'on a infiniment division dïofauti:rie d'uni&gt; petite lieue, lor - rait connue.
exagfré l'accidl'lll qui e produi il au passage que, arrivé~ non loin de~ ilkomir,. an a1·oir
En elîel, le déjeuner terminé, on e r m l
de la \'ilia par le lanciers polonais.
rencontré uu eul po te ennemi, je me trou- en marche, el je retourne à mon ré•riment
Cependaut, le Rus,t'S se retiraient an
vai en face d'une forèt dïmmen e sapin. au qui fai ait l':11·ant-rrardc. Je le dirige encore
attendre l'armée fraoçai e, qui occupa bientôt
milieu des,,uel les pclolo05 à cheval pou- à travers boi , comme j'avais fait la première
\\'ilna, capital dll la Lithuanie. li 1 eut pr·
vaient ai. émenl circuler, mai dont le haute · foi , car je prévo ·ai ce qui allait arriver dè ·
d celle ville uo combat de ca"alcrie, dan:
branche. ma qnaientau loin la ,ue. Craignant que nou déboucherions en fai:e Je la po:ilec1uel Ûl'tave d • ;,.ur, mon ancien camarade
unc eml,u ·cade, j'arrfüai le régimenl et lançai • lion ennemie. Malgré me. ol,senalions, Oude l'état-major Je . la ~éna, fut pri. p:ir le
à la décournrle un seul e·radron, commandé dinot 1·oulut uivre uoe trt'&gt; large route tirée
nu s à la tète d'on e,cadron Ju ~ J e hu par un capitaine fort intelligent, qui revint au cordeau qui travcr ,, la forêt; ID' i à pein
sarJs 11u'il commandait. clave était le rrèrc
au
bout d'un qnart d'h ure m'annoncer la approchait-il de la lisière, que le· ennemi ,
ainé du aént1ral cOmte dr. 'gur.
pré.,enc • d'une arm~c ennemie. Jll me porte apercevant le groupe nombreux formé par
I.e jour mème où l'Emper&gt;ur entrait dan.
alur rapidement à l'ettrème lisPre de la
on état-major, font un feu roulant de leur,
W,lna, IPs lroupt's du maréclial Oudinot renforêt, d'où ,j'aper{'oi à ·ouc porlée de canon canon qui, placés en face de la grande route,
conlr~rl•DL le corp ru. se de Willgen, tein /t
la ville de \\'ilkomir protégée par un rui ·seau l'enfilent de plein IronL et portent le d: ordre
W1lkomir. oi1 eut lieu le premier enga"emcot
et par une colline ur laquelle _e lrou1·aienl dan l'e ·cadroo doré, naguère i joyeux! Heu- ·
sérieux de celle campagne. Je n'avai jam:u
. er,Ti sou I• ordre d' udioot. r.c début en bataille ~5 à 30,000 fauta . in. ennemi:, reusemenl, les boulets u'attei••nirenl aucun
a1·1JC ca1·alerie cl artillerie!...
homme; mai le cheYal du maréthal fut tué,
confirma la haute opinion que j'a1ai · di: :on
Vou
'
erez
an
doute
étonné
·
que
ce
·
ain
i qne celui de .\f. Dople! i et beaucoup
coura"e, mais il m'en donna une plu faible
troup
n'eu
ent
en
avant
d'elle
ni
grand'd'autre
!... J'.ltai uffisammeot vcng : ; au~ i,
Je
talents militaire .
garde:.-, ai petit po ·t ' ·, ni éclaireu . , mai. j'avoue à ma honte que j'eus pein • à cacher
lin dt&gt;· plu nrand défaut des fraoçab,
11uand il,.. foot Ja zucrrc, e L de pa: cr ans c'a--t l'u a 1re d · flu. eJ. !or qu 'il soul ré- la ~ati faction que j'éprouvai · en l'oyant tou
rai on de~ précaution le· plu minutieu e /t sola à défendre une bon1w po ition, d'en œu qui avaient ri de mon rapport et traité
lai. er approchl.'r le plu pr~ po. ible leur de fautai ie tout ce que j 'a1·ai. dit sur la
unll confiance . an · liorne.. Or, comme lt&gt;
llus:,c nous avaient laL ·: franchir le ~ié- ennemi an que le (eu de leur tiraill •ur. le prt'.~ence de l'ennemi, e di ·perser en courant
prthienne de la r ~ i. lallc.'-C r1u 'il rn éprou1·er, sou une gr 11e de boulets ·t .auter le fo sés
et
c'c t eulemenl lor que e ma · . ont à à qui mieux mieux, pour chercher un refuge
1. . Thiers pari d l&gt;CJ,
eu chiffre ronJ.
bonne portée qu'il le.' foudroient avec l'arlil- derrière les 0 rand , pin I Le l&gt;on général
C

J

�------------~

1f1ST0~1.ll - - - - - - - - - Lorcncez, que j'avais eng.ig&lt;- à re ter dans Ja
foret, ril beaucoup 1fo c •lh: srcne. Je dui au
mmfohal Oudinot la ju lice de dm: l(UC, à
~iuc rc:munlé à che,·al, il ,·iot à moi pour
m'c\primer les regret· 11u'1l éprou\laÏI 1fo œ
qui /était pa é p •nJanl le déjeuner, el m enO'agcr à lui donner des rcn eignemeuLS ur la
po ilion Ût!S Hu . el à lui 111diqul'r les pa s.1 11 1·s de l.i forêt par le. 11uel il pourrait diri;:; r ~t! colonne dïnfaulerie dlls trop te~
e., pwer au canon.
Plu icur olficier · du ~;5• qui avaicnl, aim,i
r1ut• moi, parcouru le bui · le matin, furent

abordé l'ennemi al'CC une grande ré olulion,
elle · Je repoud:rcnl de toute. par~, et,
après deux bcures de combat, il t:lfeclua sa
retraite. Elit· n'était pa an · dan rrer pour
1U1, car, pour l'o_perer, il dernit pa cr par la
,itte el lraver,er Je pont d'un ruis eau fort
enr.ai sé. Celle opérJûon, touj,,ur' fort wIlic,le qu:1od ou Juil la faire: l'O comballaut,
commenç.a J'ahord a1ec ordre; 11i;1i uotr •
arlillcri • IJgèrt! a1:111L pm po~ition sur une
hautl!ur qui domin • la ,itlc, un feu redoulilé
porta bientôt lt: dé ordre Jan le ma ses ennemie-, If UÎ c pr: ipiti·rent à Li dél,andade

uo 11uarl d'heure pour arriver dernnl lt' pont,
el 1'· momeul · étaient précieux.
.\Ion ré •imcnt, qui avait fa,L une e.:hargr.
hcureu à l'cntrt.:C de la \'ille, e lroU\a1l
réuni sur l:t promenadc, peu éloignée du
rois eau. Le maréch:il me fait J..irc de l'amener au galop, cl, à peine arrivé, il m'ordonne
de cbarrrer ur les Lataillon cunemi , 11u1
COU\'reut le pont, de le lraver cr et de me
lancer en uirc dan la plain~ à la uite J
IuprJs. Le!; militaires expérimentés a,ent
combien il e l dûticile pour la ca\·alerie d'enfoncer de brav' fanl - in résolus à e bien

JffÊ.M017?_'ES DU GÊNÉT(JU. BA~ON DE Jff.Jt~'BOT -

été impélucu I o;:,- que nou · eùm ·, pénétré poléon Je oulel"er toull!s !,•. pr111inet!: d de
J 10 li• ran", ennemi , rut•. terribles cha - mcllre à on enice plu de :i00,000 homeur,;, ,e st•nanl O\'c.:C de térité dt&gt; la pointe m •s, le jour où il Jé.:larerait o({iciel/eme11t
de leur~ al,r ·,, fir •nt une affreuse bouclll'rie ! 11ue Lou le parla es ubi, par leur pa~
L ', enrwmi . e r •tirèrent sur le tablier du étaienL anuul~ · el 1111c le ro)aumt! dll P,,lome
pont, 011 nou l• s suhime., d ,i pr., quP, étnil reco11,litué! \lais l'emp •rcnr Je rranarrivt!.; de l'autre colt!, il cb •rch'rcnl vainc- ç1i,, tout en reconnai-sanl 1· avantage · qu'il
111c111 à ,·e rcform r, il ne purent y pan·enir,
pourrait recueillir d,· ci~lle bée de hourlit&gt;r. ,
no cavalii:r étant m~lJs :t\'ec eu el Luant uc e di-~imulail pas 11u'elle aurait pourpretout c' 1p1'1ls pouvaient allt:indrll. Le colonel mier ré ·uhat de le mettre en "Uerre al'ec 1
r,r:c tomba mort. \lur on régiment, dé- Pru ·~e el l'.\utriche, 1p1i, plutùt que de i;e
couran,t_ n'&lt;-hmt plu· commauJJ el voyant 1oir nrracht!r dïmmen t·s el l,elle prolinœs,
accourir les rnlti•.,..:urs rranç:ib, •1ui arrh·aienl joindraient leurs armées i1 celle, Je· Hu· e .
Jéjà au pool. mit !fa· le, armi&gt;. l Je perd 1.
hi· il craignait ~urtoul l'inron. tance de l.t
epl homme Lué· l'l eu · une ,inut.a.ine dll 11 lion polouai e, 110), aprè~ l'avoir en°agé
hl!'.!·,; . 1 'ou prime un drapeau el fime: contre l ,, lroi plu · gran fos pui ances du
~.ooo prisonnier,.
•'ord, ne tiendrait peul-être pa . c prome~1pr' r~ comhat, je m, lançai avec mon ,cs J':\tlj11urJ'hui. L'Empereur rJpoodit donc
monde dan· la plaine, où nou prim • un 'lu'il ne recoooaitr. it le royaume de Pologne
grand nombre de fu3ard~. plu . ieurs ~non~ 11ue !or que le populalioo ' de cc. ,a le conel l.ieaucoup Je cheraux.
trée: e •raient montrée di••u · d'être ind :_
Le marxhal Oudinot, qui du haut de la p,•odantc en e . oulevant contre leur oplille al'ait été 1·111oin d, l'affairt!, vint compli- pr • ~eur . On tournait ain i d10 un cercle
menter le n~•!'Ïmt:nl, pour lequel il eut depui · ,icieu:r, 1 npoléon ne ,·oulaol reconnaitre la
ce jour une pr 1ddettion parti ·ul1ère. Il la Pulo"Dl! qu'aulanl qu'elle . e oulherait, el
mérit.ail à Lou érrard . .l'étai, lier de co,u- le· Polonais ne voulant a.rir qu'apr · la remaudcr de tel . oldat , el lor.,p1e le maré- l'Oo,Lilution de leur nn1ionali1é. Au urplu · ,
chal rn 'annonça 11u 'il allait demander pour Cè qui prourerail 11ue J'E.nperl!ur, en portant
moi 1• 0 r.ide de culont:.I, je crai,.nai 11u&lt;! la n-ucrrti en Hu ie, n'a1·aiL d'autre Lol que
l'Cmpereur, r•nonç.,nt à .a premii•rc C'lmùi- l • rJtahli,,-.cmenl du blocus continental, c'c. t
uai~on, !1' m,! dunn.\l I • premier r;.uimenl qu'il u·av.iil fait conduire ur 1, Niémen au,acanl. E1ran" · LiLarrerie de, cho~1· hum 1i- cun approvi ionnemeol d, fu,il ni d'habits
n1• 1 Lt! I,• u combat de \\'ïlkomir, où 1• 2:i• poÙr armer el é.1uipcr le lroup que le.
,'était courcrl de nloire, fol ·ur le point de Polonais eu" eut dù metlre . ur pied.
,leH·11ir plu, Lard la cau,e Je . a perle, parœ
Qooi qu il eu :.oil, quclqu
eigneur~ iu(1ue le ruura••t! qu'il ;rn1it montré dan rl'!te Ilueul , voulant l'on:cl' la m.iin à ;'\ poléon cl
occa. ion lt! lit chui ir pour une opération mt- l'tm 3"cr lllal••ré lui, e con liLuàr nl à Vartéricllemcol impralicablc, dout je parlerai ~ovie en Dit!tc nation:ile, à laquelle ,·iorent
.ou. peu.
e joindre un petit nuwurt~ d.i députés de plu\lai, M·e11110 à \Vilna, où l'Erup&lt;•n ur
ieur cercl . Le pr,mi11r acte de celle ascomrnençait à rencontrer l(Ocl(JUe -unec de
:emlilée ayant ;lé dc proclamer la recn11~/il11difficulté qui deYaitnt foire é, houer a i •an- lio11 el lïmlépenda,ice 1/e l'a11cie11 1·oya11111e
lcs11ue entn·pri.:e.
de l'oloy,1e. le retenti ·tmenl de cette patrioLa prsmière fut d'or"',1ni ·er la Lithuanie, li,1ue dédaration fut immen e (lan Ioule Je,
11ue nou venion de curup1érir. Celle or:!3.- province., •1u·et1e fu" ut d,·,·enUI!!-- ru-:,e ,
ui!oalion devait èlrc faile -Je mamère à nou
pru -,icnue ou autrii-hicnnr- . On crut penattacher 11011 culemenl l · pro,in
encore dant qucl,1u jour:. à un ·oulèvemcnl én •oci.:upt{c, par le l\u e , mai · Je plu. celle~ rai 11u'eùl prol,alJI lllrnt appu é I apoléou;
u11 Juché. Je l'o-en et J la Galicie 11ue J'an- ruai~ celle exaltation irréfléchie dura peu
1:Îen trait: ai aient incurpor 1e à la Pru'" c chez les Polunai ·, dont à peine quc!t1ue.:- t·er1él à l'.\ulricbe, allitie de , ·apoléon, tpti a\'ait Laine · \'inrcnt se joindr • à nous. 1. rerroidi eu ce moment tant d'inlt.!rêl à le ména"'cr !
"ment de,iul td •1ue la ,ille ·t le cercle de
l. • cigneur l · plu ardents des divt'r ,
\Vilna ni! pur ·nt fournir que vingt homme
partie de IJ l'oJo ...nc l'ai ienl propo5er a ~a- pour 1a &lt;&gt;arde d'honneur de Napoléon. , i le
0

0

0

P,1 SAGI:; Dt! N11b1EN ( 2.j JCIN 1f11 :i). -

char é, Je conduire les dili -ion . C ·lie -ci
furent néanmoin reçue à leur débouché par
une caoun11ade terrible, ce qui :mrait pu être
évité si, a\'erli comme on l'était de la précoce de fius , on eùl manœmré pour
tourner un de leur Oaucs. au lieu de mar!'her ~an - préellulion Yer leur fronl. ~ou
fùmes aio i contraints, une foi · , orli de la
forèl, d'alla'luer la po "tion par le point 11!
mieux défendu, cl de prendre I • taureau par
le cornes!
Quoi qu'il en _oil , no· br3\ troupe:, a1ant

IJ'.itr ~s unt llllr ogr;,thlt du Cabi11tt dts J•:stamft s.

\'ers l pool. Au lieu de reformer le ran~
aprè l'avoir pa sé on 1• vo,·ail fuir lumullueu eme11L dan le plaine, de la rive oppoée, où leur retraite se changea bieolôl en
déroule! n . eul régimenl d'infanterie rus e,
elui de Toula, lenail encore ferme à l'entrée
Ju pont du côté de la üUe. Le maréchal OuJinot dé5irail ,iH·mcnl Jurcer ce défilé pour
aller compléter a ,·ictoire sur le troupes qui
ruyaient dao- 1 , plaine au Jt'là du rui ·seau:
mais no:. colonne d'infanterie touchant à
J&gt;t!ine I r,u1hour -, il leur fallait au moio

déCendre Jans le ruP d"une Yille! J, com pris toute l'étendue des périls de la mi ion
qui m'était impo. ée; il fallait obéir ur-1 ....
champ; je !-avai d'ailleur · que c'est par le
première impre ' ion. de comuat qu'un chef
decorp
place bien ou mal dan l'esprit de
sa troupe. La mienne était ,·ompo ée de bra,·es guerrier·. Je 1 enlt•ve rapidement au
galop et fond,
à leur tête ur le · eureoadier ·
.
ru " • qu, nous reçurent en croi aoL bravement la baMnnelle. lis furent néanmoins enfon · du premit.r choc tant nolrt&gt; élan avail

1

(A

-,

Polonais avaient dliplo}é à celle époqur la
crntième partie de l'énergie el J, l'l'nlhousinsm,i do111 il: firent prrmtl lor · de l'in,urrcrtion de 1 30-1 :'l 1, il auraient peul-être
r •coum~ leur inJépenJanc el tt,ur lihtrlt:,
loin de ,·enir en aide aux troupe fra111;:tise., ils IPur rem aient les chose. les pins
inJi~pcn able. , d, dans le cour. de C!'ll1•
t:ampagnr, nos olJat durent . ouveot s'emJ&gt;arer de fo.rt·e de· viHe el de~ fourra"e:-,
que le. hal,itant t.'l • urloul le sci"neurs
nou cachaient, e.:t li,raienl cepl'ndanl à la
première ré(JUÎ ilion d,•. [\us e , leur · persécuteur~. Cl'tte parlial,tt! en fa1eur de no· en11erni rérnltait le ,olJaL rrançai , ce qui
Jonna lil!u à quch1ues .cim, Î;icheu,e:-. que
li. de '"iSn-ur qualifie J'nff,.eu.r. pillage! Il
n'e t cependant pa· po iùle d'emp 1cher de
malheureux rnldats hara~sé. de Iali!!lle et
au quel: on ne rail aucune di~triLution, de
'emp:irer du pain rl de:. Le~tiau do11l il
011t l.,c, oin pour vine.
La né ..,ité de maintenir l'ordre dao le
province occupée par on armée, amena,
mal!!ré hml, l'Empereur à nommer de préfets el des ·ou -préf•!ls, cboi i. pa rmi le Polonais le plu éclairé. : mai· leur admiai lratioo fut illu~oire el ne rendit aucun . ervice
à l'armée îr.inçai e. La eau. e principale de
l'ap:ubi' de Polonai lithuanien· pro1·eoait
de l'auadwmenl intérë~sé des grand:- pour le
_ou,·ernt'm •nl ru . e •. qui a.. urail leur droil.
!-Ur le pa1,ans dont il· rrai nairnl rarrranchi . emeul par J• Françai , car lou ce, nobl, polonai., qui parlaient .an, re ~e de
liberté, tenaient l · papan . . dan I plus
rude ervar!e !
Ouoique l'a""lom 'ralion dt. troupl's rrançai · ur leur. frontièr · e1i1 dû faire presenlir au. llu, e le commencement prochain
de. ho Lili té , il. n·en avaient p:i. moins été
surpris par lt: pa age du 1 irmcn, qu'il
u·a,·aieol défendu -Ur aucun poiut. Leur armée s'était mie eu relrailc . ur la llûna, sur
la ri,·e auche de laquelle il· avaient con Lruil, à l&gt;ris a, un irnmcn e &lt;'amp retranché.
D • tout..., parll. le. di,·er corp· îrançai. ·uivaient les colonne ennemie . Le prince Mural
commandait la c,nalcrie de l'a,. nt-!!llrde, et
chaque oir il alleigoait l'arrière-garde de
l\u~.e·; mai ·, apr • arnir outeou un léger
eu,.acremcnl. cdle..:i ~'éloi• nait à marche ·
forcées pendant la nuil, .an qu'il fût po ilile de l'amener à un combat :érieu.\.

,ta,

0

sun•re. l

ÜÈSÉRAL DE

.\lARIJOT

�L;t. 'FU1TE DE L OU1S- P11TL1PPE - -.,.
~ur li. Jules de La~teirie, le duc Je Yonlp n,i r sur .\l. Crémieui.
Le duc de Moolpem,ier dit à ~I. Crémieux :
t t 3\'CC 11ou,. mon ·ieur Cr ;mit!UX,
n nou 1p1it1 z pa . \' otre nom p, ut riou,
ètr' util '.
On arriva aio~i à la place dt! la Bé,·ululion.
Ll , lo roi pàlit.
li cbcrd1a J · yeux k: quatre rniture.
qu'il araiL fait d m.1nd1:r à e t~urie . Elle,
o' · étaient pa ..
.Au ~orlir des écurie,, le co ·ber de la première miture avait été lm1 d"un coup de fu,il.

- ne

r.~

lll'CIIE

E o'ORLF.A:-1

Au CII.AJIBRE DES

Du&gt;on:·,

A\'EC '-E

DU 2.i FEVRIER. -

DEUX Fil

Lt&gt; roi ouvrit ,ircmcnt la porti,·rc et dit
aux 11ua1re femme : - D• ctnJct ! Toute· !
Tont · !
Il ne prononça qne ce· !roi mols.
L - coups de fu ·il denmaient de plu Pn
plu terr1_bl1· . 0~ _e11l~ndaiL le Ilot du peuple
qui entrait au1 1 mlene:.
En un clin d'œil le. 11uatrè fom111r furt&gt;nl
sur 1• pavé, - le m~me paie oi1 avait été
dr1• ~é l'échafaud de Loui .HI.
Le roi monla, ou, pour mieux dire, e
plnn;.:ea dm le fiacre \ide; la reine l"y ui,·it. ~ladame de Nemour monta ur la. ban-

. ant ,. retrou,•er Je roi. Là, il ap1•rit 11ue Ill
l'OÎ ét;it rt•parti pour Trianon.
Eu ce mom, nt, madamP. la prince~. e Clémentine el on mari, Je duc tic a1e-Cobour 11 ,
arrivaient par l,• cbcmi11 de f1•r.
- Vile, madame, dit Thuret, rcprenon
le ch min Je fer et partons pour Trianon. Le
roi c. t là.
Ci: fut ainsi que Tburtt par\'iot à rc•joiudre
le roi.
·
Ccpi&gt;ndanl, à \ ersaillc • le roi ·"était _procuré une herline et une e. pèce de ,·01tu re
omniLu -. li prit la Le, line a1ec la rt•ioc. a

'LE CO»TE DE PARIS ET LE DUC DE CnARTREs, DA:O.S LA JOUR,&gt;EF.

F.st:unpe d~ ]CLE" D,1vir,

(18,i8J,

VJCTO~ H GO
':fa&gt;

La fuite de Louis-Philippe
JI. Crémieux étendit la main rcrs ce bruit
Ce fut li. Crémieux qui dit au roi Loui ini Ire qui venail du debor et répéta :
Philippe cr tri-te paroles
ire, il faut
- dre, il faut parlir.
parllr.
Le roi, ·ao· r11po11dre une parole, el ans
Le roi déjà a\·ait abdiqué. Cette i!!Tlature
quitter M. Crémieux du on reg,,rd fixe, ôta
fatale était donnée. Il regard I. Crémieux
on chapeau de général qu'il tendit à quelfixement.
qu'un au hasard près de lui. pui il ôta on
On entendait au dehors la vh·e Cu illade de
uniforme à gro . i- épaulette d"argunt, el
la place du Palais-Boyal, c'était lt: mnmt&gt;nl
dit .an se levi,r du large fauteuil où il était
11
où le ardc municipaux du Château--d'Eau
comme alfai é depuis plu it-ur heure· :
luttaient cootri: 1 'deux barricadi:s de la rue
- Uo chapeau rond! une redmn-ote !
de Valoi el de la rue aint-Hoooré.
On
lui apporta une rt-clingote el un chaPar moments d'immerues clameur monpeau rond. Au bout d'lllt instant il n'y a,·ait
taient el couvraient la mou queterie. Il était plu, qu'un \Ïeu. bourgeois.
é\·ideot que le peuple arrivait. Ou Palai Pui il cria d"uoc voi qui oommaodaü à
floyal aux Tuilerie • c'est à peine une enjambàtc :
bée pour œ géant qu'on appelle l'émeute.
lies clef: ! me clefs!

Lt~~ clef: e firent attendre.
Crpendant le bruit crois-ait, la fusillade
emblait s'approcher, la rumeur terrible
grandi sait.
Le roi répétait : les c)pf ! me clefs!
Enlio on trouva le cll.lr· et on le, lui apporta. li en ferma un porkfeuille qu'il prit
dan ses bra , et un plus gros porlt-feûille
dont un ,·alet de pied e chargea. li avait une
orte d'a.,itatioo félirile. Tout ~e bàlail autour de lui. On entendait lr prince et )p
,·alet dire: Yite! vile! La reine eule était
lente et fière.
Oo e mit en mard1e. On lrarer a les Tuilerie . Le roi donnait le bras à la reine ou,
pour mieux dire, la reine donnait le bras au
roi. La duchesse de Yontpen ier s'appuyait

ARRIITE llE

Lour

-PJUl.ll'PE ...:::, ROl'VILU:·SUR·.\\ ER. -

Et au moment où le roi le cbcrcbail ·ur 1il
place Loui · X\', le peuple lei. hrùlait ,ur la
place du Palai -noyai.
Il y avait au pied de robéli que un peLil
fiacre à uu rh~\, 1, arrèté.
Le roi y marcha rapidement, uiYi de la
reine.
Han ce fiacre il y arail quatre femmt ·
portant ur leur:; genoux quatre enfant .
Les quatre femme étaient m dame· de
, 'r·mour · et de JoilJ\ille, et deux per oooe
de la cour. Le quatre enfants étaient le
peliL-fi) du roi.

YtF. DE LA MAI ON

ou

LE ROI S'EST RI FUGlt:. -

quelle de rlernot. Le roi a,ail Loujour ,on
porlt•Îeuille .ons le Lra . On lit entrer l'autre
!!1',ind. 111ii ét:iil vert, dan la roiture a,·ec
qu •'que peine. M. Crémieux l'y fit lomber
d'un coup d.: poin".
- Par ! cria I roi.
Le l'iat:rt· p:tr1il. On prit !"avenue de :euilly.
Thur t, le nlcl de chambre du roi, monta
derrière. Mai il Ill' pul .e 1c11ir ~ur la barre
qui tenait lieu de trapoutin. Il t ~.1)3 alor
de mon Ier ur le chcral. pui finit par courir
à pi,·d. La voi1urt: le Mpa,sa.
Thuret t urul juS&lt;1u'à ... aint-Clou&lt;l, peu-

279 ...

D".:irres 1/lle est~rn~ de

,o.,e.

uite prit l'omnibu . On mit à loul cela d~
1·bevaux de poste cl l'on partit pour Dreux.
Ch min foi ant, le roi ôta oo faux toupet
el • , coiffa d'uu Lono t de • oie noire jusqu 'au1 )eux .. a harbe n'était p3 fdile de la
,eille. li n'a, 1l pa~ dormi. Il était méconnai. .able. li e tourna "' r la reine, qui iui
dil : - \'ou a,· •:,; cent an .
En arrivant à IJr Ill, il y a dPux roules,
l'une à druite, qui e t la mdlleurt&gt;, Lien
paH:e el qu ·oo prend toujours, l'autre à
""dUthe, plein· de fondrière Pl plu longue.
Le roi dit : - Po tillon, prenez à gauche.

�1f1ST0~1.JI _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
Il fit bien, il était l1aî à Oreux. Linn partie
liais il était trop lard.
Hcnard fouella et l'on 11uitta ÉHeux.
dt la populJtion l'allrndait :eur la rouw de
.J. de .. . ra . ura 1' roi . llcnard était un
Oa courut Loule la nuiL. De temp, en tl'mp
droite a,•t•c des iulentioa ho Liles. Ue relle l1ra,e hommt&gt;. On pou iait e fier à lui.
on 'arrèlailau.uuber,.i: du l,ordJ .. la route,
tacon il i-ch:ippa au da11 •er.
oute la ferme était pl1'.ine de gens Ùri,.
et nenar&lt;l fobit man"Pr l'a,·oine '.à e cht-.
Le ~ou,-préfet de Ur 'Ux, pré,enu, le r&lt;'joi- Et1 bien I dit fo roi, il faut que je r ·- vau .
;;nit cl lui remit douze mille franc , , i. mille parle tout de uitP. Cummcnl faire?
li di ait à Thuret : - De. ct•nd~1.. À}CZ
rrancs l'n billets, .it mille en ac. d'ar~eol.
-- Où \"OUIPz-n,u~ aller'/Jcmanda flcnarù.
1'1ir à ,·otre ai·e. Tutmez-moi. - Il tnlotait
La li rlin quilla l'omnibn., qui devint Ct'
- (Jnel e. t le pnrl le plus proche?
aus i un peu le roi. ·
•
11u'il put, et .e dirii;ea ver · Evreux. Le roi
- llon01mr.
Le&gt; roi ahai ·ail . 011 bonnet dl' oie noire
conuai sait 111, à une lieue avant d'arriver à
- Eh Lieu! je ,,ai · à llonlleur.
ju. qu'à oa ne, et gardait un , ileuce profond .
la ville, une mai .on de campa;ne apparte- Soit, dit flenard.
.\ sPpt ht&gt;ure du matin on était à Uonnant à quehp1 'un de dévoué, )1. de .. .
-- Combien y a-t-il d'ici là?
neur.
Les chernux araient fait rinnt.dt&gt;u
Il était nuit noire quand on arrirn à celte
- , inrrt-dcut lieue !
lieue
ans . 'arrêter, en douze bt&gt;ure ·. Ils
mai~on. La voiture 'arrêta.
Le roi effr.né s'écria :
étaient hara ·s.
Thuret descendit, ·onna à la porte, onna
- Vin -,t-a"eux lieue~!
lon~lemps.
- Il est lemp • dit le roi.
- Vou erez demain matin à llonfleur,
f:nrin quel11u'un pJrul.
Ue llooOeur le roi &lt;Ta 0 na Trou\ille. li
dit fünard.
espérait se cacher dao~ une maison autrcfoi'
Thuret demanda : - J. de ... ?
llenard avait un lape-cul dont il ~en-ail
M. de . . . était ab ent. C'était l'hiver; pour courir le marché -. Il était éleveur el louée par ,1. lluchàtel quand il venaitprtadr •
'I. de . . . étai l à la , iUe.
les bains de mer au racaru:e·. Jai, la maimarch:ind d~ chevaux . li allela à on tapeon était fermée. Il
réfugièrent ch ·1 uu
on fermier, appelé Renard, qui était venu cul deux fort chrvaux.
pêcheur.
oui rir, expliqu cela à Thuret.
Le roi se mit dan un coin, Tbur•t dan~
Le g 1néral de llumirroy uniul dans la
- C'c&gt; 1 égal, dit Thuret, j'ai là un vieux l'autre;· Renard, comme cocher. au milieu;
mon ieur et une vieil! dame, de . ami , ou mit en tr.ner · ur I • taulier un "rand .ac matinée el Inillit tout perdre. n offi ·itr J •
reconnut 11r la porte.
&lt;111i soul fati,1?ué . Ouvrt-z-nou: Loujour l:t d'a"oine, et l'on partit.
mai,011.
Enfin le roi parrint à s'em1Jar,1uer. Le
Il était epl hl.'urc du oir.
GouYerneruent provi oire 'y prêtait bt aucou p.
- Je n'ai pa le defs, dit llenard.
La reiue ne partit que deux h ure aprèi
C pendant, au dl'rnier moment, un comLe roi était l:pui.é de fatigue, de ~ou li ra ace da11 ' la berline avec de chevaux de po te.
mis aire de police çoulut foire du zèle. Il ,e
et de faim. Renard re&lt;Tarda ce Iieillard et fut
Le roi avait mis le billets de han11ue dan _
ému.
pr 1:-enla ur le h:ltimenl où ét.iit le roi en
a poche. Qua11t aux ·acs d'argent, ib
rue de Uoaflcur et le vi, ita du pont à la
- Moa i •11r et nud:uuc, r ·prit-il, enlrl'-' tiênaient.
cale.
loujour . Je Dé puis pa ,·ou · faire ounir le
- J'ai vu plu d'une roi le moment où
Dans l'enln•pont, il reo-arda heaucoup ce
ehàtf'au. m, i · je ,·uu- ou~rc b forme. Entrez. le roi allait ru 'ordonner de le· jt•ter ~ur la
Pend,11ll ce lemp -là, je vai enrnyer cherehcr route, me disait plu tard Thuret en me vieut mon i,·ur et cette vieilli• dame tJui
mon maitre à ÊH •ux.
étaient là a, is dans un coin et a,anl l'air de
contant œ . détail . .
H!Ïller • nr leur sacs de nuit.
·
Le roi et la reine de ceadircnt. llenard 1•
On lraver.a Évreux, non an~ p ·ine. A fa
Cependant il ne s'en allait p:i ..
introduisit dan: L1 . :ille ha. e de la ferme. sortie, pr·•- l'é li e .'aint-îaurio, il y arnil
0
Tout à coup le capitaine lira ·a montre el
Il)' a\·ail un 11ra.nd feu. Le roi était trao-i .
un ra,, •mhlement qui arrêta l.t voiture.
dit:
- J'ai bien froid, dit-il, pui.· il reprit :
(Tn homme prit le chernl par la hride el
J'ai bien raim.
1011-.ieur le comrni aire de police,
dit: - C'est qu'on dil que le roi s • sau,·e r ~tez-1·00:
ou parttz-\Ou ?
fi ·nard dit:
par ici.
Pourquoi
celle que lion? Jit le com- ton~ieur, aimez-vou la soupe à l'oin aulr' mil une !Jaterne ~ou, le )·eux du
mi .aire.
"rton?
roi.
- lk~uroup. dit le roi.
- C'e l &lt;Juc&gt;, . i ,·ou n'ètc. pa à terre &lt;'n
Enfin une e. pi'·re d'orlicier de garde a tioOa lit une suupe? l'oignon, on apporta le· nale, 11ui dl.'pui - 11uelque in ·tant~ semblait Fran ,laa. ua •1uart d'heure, dPrnain matin
r 1 li' du d ~jean r d l:t ferme, je ne sai · toutber au baruai, de d1evaut dan une You .erez c&gt;o Aadeterre.
- You, parlez?
4ucl r.i oùt froid, uae omdette.
iutention u pectt•, 'écria :
- Tout de ·uite.
Le roi cl la reine~ mirent à table, et tout
1en · 1 c·e t le père l\euar&lt;l ! Je le conLe commissaire prit le p.1rli &lt;le d1:guerpir,
le monde nI l!C eu • flenard le Cermier, . 11
uai , citovcn !
fort mécontent el ayant vaim·mPnl 11.iiré une
!3rçon, d d1arrne, cl Tburc:t, le ralet d
Il · jouia · vuit ba se en e tournant ver · proie.
chamhrè.
Thuret : - Jt· rPcoanai ,olre comparrnon du
Le bâtiment partit.
Le rc,i d •vora tout ce 11u'im lui !)enit. Ln co;n. Parlc•z Yitt•.
reine ne man&lt;Tea pa .
·
Ea
vue du Havre il faillit ,ombrer. fi e
Thuret m'a dit depui
li •urta - le temp était mau\'ai èt la nuit
·Au milieu du repa , la porte ~•ou1rc.
- Il m'a parlé 11 ~mp,, cet homme-là, car
C'était il. ue ... il arrh-ail en bâte d"Émux. je cro)ai 1111'il v•nait de l'Oupt•r le trait· uoire - daus un gro · navire gui lui enleva
Il aperçut Loui -Philippe el "écria : - Le d"ua ch•val, elj'allais lui donner un œup de une partie de sa mâture et de on Liordane,
roi!
On r{-para le· a"aries comme oa put, el le
couteau. J':i.vai. dtijà mon couteau lout ouvert
lendemain
malin le roi et la reine étairnl en
- . ilencel dit le roi.
. ou la main.
Anglet&lt;'rre.
\ ICTOR

B 'GO.

-

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lt
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~\'Ill

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Ma demoiselle de Circé
-

4~---- ,.

ciac&gt;

-- -

cujeu. [J 'tltait enuarré à . aurcr d la morl
ceux à qui . • dérnuail l. abelle. Cet cn••ag, ment, il voulait le knir, 11uoi qu'il dût lui
eu coùter.
Comment il s'y prit pour le Lenir, le note
qui ont in. piré c récit ne le révl'lcut pa . Il
· 'l fait allu. ion eulemeat à Je fal-iûcaLion dïnt •rrogatoire ·• à la di,p.1rilion de
pr •uve. étrile' .ai ·ic - ur le accu és, c&gt;l à
l,!ur hàti,·e mi5e en liuerlé. Il c t permis d'en
conclure 11u'nva111 d'inlerro"er œs malheureux, le jeune commi ·,aire "énéral de police
le· prévint de
iulentioa , délrui il en
ll'ur pr •. ence le · papier· compromeltaul ·,
11u'il dicta lui-mème leur- réponse~ à .e ·
11u • tiun, , el 11u'aprè ' en Hoir dre, é procè n~rl,al, il orJunna lt&gt;ur l,b ·ration immédiate,
pres.é .ans doute d'apprendre à L abelll! qu'il
ne !'Ouraient plu aucun dan~cr. La ,raisemhlance de œlle :apposition ré ulte clairemeut
de la urpri' • que lit éprou,·er ce dénout•mcnt
inattendu à l'officier de gendarmerie qui avait
arrt!lé le mariiui de t:ircé, urpri ·e rru'il
exprima !or de l'enquête &lt;JUi eut lieu plu
tard, à Pontarlier, par ordre de Fouché.

·-

--

~
tf°6'-

.

ji

11

C,,mme, ·ur le premier moment, il crul Jernir la di,-simuler, Oli 1icr Tal va\1 pul c, pérer
,,u·on ne saurait jamai à quel couvable
·tr-J.tairè~e il arait eu recour pour arrin:r à
e lin -. Ce incident: 'étaient pas. é' au fort
Je Joux durant le court .tljour 1p1'il y fil. I.e
pouvoir dont Fouché l'avait revêtu mellaient
ou: se, orJrt!S, pour l'accompli: ement de a
ruis ion, le autorités civib el militaire .. Il
lui ufti ait d'ordonner pour être ri"oureusemenl ol&gt;t!i. li et probable qu'il -'entoura
de my t~re, évita le- explication que, d'ailleur~. per onne a'eùl o é lui demandl'r, 'al,linl de toute coalidcnces, il qu'il put ainsi
conduire à :on gré ccll~ téoébreu c affaire.
Durant celte journée, l ·abelle de Circé,
re tée cule apr le départ du commis aire
g:néral de police, altendail arec impatience
le r: ullal Je· promc · qu'il lui a,ait faite
en la quittant. Autour d'elle, tout était my. tèr · et . ilrac •. De .a &lt;Trand'mère, de Cha,,eral, Jp l'abbé, elle ne savait rit•n, sinon qur
Tahau les avait lai é au chàle.1u, el 11u'ea
ordonnant, au moment de on d .,part, 11u 'il
y fu··ent pri,onniers ju 11n"à .on retour, il

L, · homme, de cc Lemps l;laient d'une
autre trempe 11ue J,. homm.1• d'aujourd'bni.
llan le ·ou, air de la Terreur comme dans
le. fait de guerre qui ~e d :roulaient autour
J ·eu , il· pui~aient le m :pri. de la mort.
fltlriticr · ou acteur d"une épo,1uc qui foulait
au pied· le rc pect de la ,ic humaine, celle
d'autrui n • t"Omptait pas plu. pour eux que
1, llur. Oli,icr l:ihau _'tltait nourri de 1:cs
tra&lt;litiun .. Bès lor. , de quel poids pouvait
pe.,~r .\ c }CU\ l'honneur d'une femme'!
Ill• J1• Cim: ,oulait ,:iuver ~on fl'l}rc et 1
complil'C. de ce dernier. ~'était-il p logi,rue
11uc p11ur 1•. ~au,er elle pa)âl Je a persunn •'! ,haut cllt•, tant J'aulre J'araieut fait!
L'hi 1oir1i Je la Hérnlution , t r conde en
épi,ude de cc a:enre.
tout in 'tant, on y
n,it dt' ~ictim • acbekr pour die· ou pour
J';iutre l'e i lenl'e el la JilJerlé au pri de
,acrilin•~ et d'immolation pirl' 11ue le trépa~. Olivier 1ahau n'ét~it Jonc qu'un imilall'llr. Le con.laltir, œ n'e.t pa uuiquemenl
plaider ll s ciri;oo tance · atléuuanlc à on
prulil. C',.st am i démontrer q11\:n dépit des
apparence,, . on action n'était pas ùc celle'.
!JIIÏ mfritent une condamoaûon san' meri.:i.
Pl·ut-êtrc mème y a-t-il lieu J'inrn,1uer en , a
fari:ur uue c 1·11. e tirée Ju p :r.i dan. lerJ11el
il ·e jetait pour donner .\ ~a pas. io11 la cul,•
pàture 11ui µùl t'U apaiser l'ardeur.
ll'aillcur , en 11uiltant hab lie, il ne appartenait plu -. ~i la per:;peclÎ\e de .on avenir
cornpromi, p:tr .:a faute, ni cdle du cbàti111c111 qu'allait allÎrl'r . ur sa lètc l'oubli de
,1· dc·,oir· profc. sionnels, qu,1lilié par la loi
crinw en\tT l'l:tat, n'auraient uffi à le ".ird1•r ronlrc l'e111rai11cmen1 11u'1l ulii sait. .'un
dé:oir lé tenait tl•rp cl cœur, l\:trcinuait
comme en de, -erre pub ante~. uulitérail
. un entendement, le r&gt;nJait a\'eurr) cl ~ourd.
llomioé p.,r une volonté upéricurc el fatale,
il n con en-ait d'autre éocr·•ie qt1l' celle de
lui nLéir. Elle l'emportait dan· on tourbi'lun allé"• de tout r1·••rct cl J · tout n'mor,ls,
II!-ah sa con.cieure au point de lui rnikr
le caracll'rc odieux de ,a conduite. La promn e qut•, le couteau ~ur la •orrrc, il avait
ol,teuue d , Ille de Circé, cette infàmc c ploitatiun ,le taal &lt;le faihles~ el d'innucence lui
,eml,laieul cho,c- impie.- et naturelle , ju Lili1:,., par son amour 1p1·exaltaienL le circofütam·,•. tr:igi11ul', dans le 11uclle il a,ail •• La f.isslon ,J"O/frier ~ureimUe, se ,·t pa11.Lin/ tn f l.Jintes sirrcfres , en prii!res ar.:Jtnles, t11 ,men.2ces me,n;:
ftf!roi u .VIIe~ Cir,:t, ses surtrctlion s, toutes les f'lri~l•n .ù,,re résl.\l.211cl! ;USl!sJIWu aux prius auc Jts
pri nais ance l'i . urtout par la ra.leur de on
txlgenc.:s impLJ .:,Nes .... (Page :lb.)
1

pa./

... 28o ...

-

ERNEST DAUDET

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.. '.?8I ...

�111S T0'1{1.11

-----------------------=---------------------..

leur amil as. i!!llé leur charulir&lt;! pour pri~on. ,ai1•11l i·•uorcr l11ujour dt! qm·l prix elle élail
ou·uper, Js:il,cll• .e lit ,iolence pour rclenir
Les gendarme· oli,t•naicnt ri 11ureu,1·menl
co11dnm11éc à lt• p:,~er. IJu.1111 :1 &lt;'" . tlle la ,éril: prlte à torul,cr dt! ,t. · l'•l'rc.. Lor leur consi!!f1e. Ille d Cirré, t:11 dt:pit de , · · n'était r,·dc,ahle que de cc prix. cl, quand
1111 , \'ers dix heure,, C'lte se lrom·a cule
pri•~res l't de se. larme . n'arait pu rommut-llc .e nait ac,111i11L:C. die rt· )i-rait lilire de
niquer 111ème arec la marq11i,e. Elle é1ait mépris..r le l1ru1al auteur Je :a chute, de le Jan .. a c.:hambrc, elle était au. si hri. 'e par
œ Ion~ et dottlourt Il\ clforl 1.fUC par l'appréalor rentrée chez elle, ré\Oltt:c, trouLI :e, ha1r l'l Je . 1ew•cr.
hl'nsio71 du malheur 1111i pl'sait sur a tète.
fiévr ·u e, l'e prit eu proie à de pt&gt;n t't' •
li c,.t remar1111al,Je •1u't•n ,ongc.:ml à J'oui\"ou ne ~arnn~ rien de préci sur ce qui
amère· cl .. io,stre:, maudissant le riel el Il'
tra~e 4ui lui éla1t C.1il, l'idée Ill' lui YÎnt pas
homme , écrn éc déj' ,,us l'affn·ux de.,tiu de s'i .011 !raire, Elll le p11U\:1il cep .. nda111. .e pas~a au ch;itcau de Circé durant cclk
nuiL. On pl·nt c •pendant le d,·l'iuer. · Olh·il'r
auquel elle ne poul'ait plus .e déroLcr. Elle
En Lc:nant d'.1rnnce tll 11u'il avait promi,,
re ta aiu i ju ·que ver la lia du jour, lh·rée Olhit&gt;r h'érait d '~arm,:. ,Lti,; b,,belle ,e cou- allcnda11t armeu. que le· haliita111s du ch.1teau .e fus "Ill rndurmi pour aller troU1er
à ellc-mème, allant el ,eoanl dao .oo appar~idfrait eomrne •'11ganée t•11v1-r · lui par la palsalidlc; sa pa. sioo sure. cité•, , c répandant
tement, tentée de e briser le Crout ro111re le
rolt' dounée. eul, il aurait pu la délier de
en plaink' incrr,·s, t•n prière ardente., en
muraille:, montrant aux cnit, nr. l•·rrifié_
on cn;.:ag... awnl, rt romme die n'allendait
menare. mune · l't flroi d · lllle de Circé. :.e
•1ui . e pré·cutèrent rhez clic à plu. ieur rPpa de lui «·c ~:i, rifice, t·lle d •m1•uraiL à . a
pri , un ,i. age t•xalté et farouch•. Pui le lllt'r ·i, irnpui,.a11te à le li 'd1ir, lrop fi\re, supplicarions, Ioule le péripétie d'une rt.L
soir ,·enu, au moment où elle dé:-,·~r :rait de d'a,llcur,, pour faire apftl'I à . a pitié. L'u)l- . istaocc dé. c,pêrifo aux prise a,ec de· eximir, ce jour-là, liuir son supplie&gt;, on l'ap- eUe ,oulu, 11u'dl1• y cùt renoncé rn ron ·ta- gence· implacalil , t'I enlia un con eutemenl
pela. De retour au chàte:iu, le cum111i ·.aire lant n·c tJll«•lle hal,ildé Oli, i r lirait parti arraché uon à une ,olont1; maitres. e d'ell "éoéral de police l'invitait à comparaître d1•- de· circon l,mces pnur faeilitn la réa!hation mème, mai ' à un ép11i cruent dt!S forces pby. itJlle~ et morale,, la ,·ictoire J • l'amaul, rl'vaol lui. Elit! courut an .alon où il l'altt'IJJe ' de .ei11 . L'heure :nancé • ri•ndail :difdait. A force de Yolonté, elle 'était fait une tic.:ile ,on di p.irt pour Pun1arli •r le rnè.m • ,·ètant l1•s allure d'uu 1·iol, lei est le lablcnu
ph)' iooomie impa .ible, la ph) ionomie d'uue ,oir. Dan,- l'rlan Je sa reconnai,.anee, la qui .e pré ute tout ualurt'llement à l'e prit
et celui q11 'il l a lieu de r"lcuir e-0011111!
vaincue de\anl un w1iaqneur délt• lé, donl
mar!Jui~e l':l\•ait invité à p:1. ·t•r la nuit au
elle va. ubir la loi en Je hais nnl. Mai ci•lle chàreau. Ct-Uc offre, il l'.J\ait arci·pt,:C en e l'image ruèmc de la ,érité, pui~qu'aucun
autr • ne 'actorJ rail plu lo;?iq111·111e11t an!c
impa.~il,ilité Youlue .ous la11udle elle dis~idu11nant l'air de ne ci&lt;Jn •1u'à la pressante
la uile de cc n:,·il. J•our le romplliler et lui
mul:iit , s émotions, es rén,ltc.• ,ou anprii·n• d,• ceux dont il , 'était in1pro\'i~é le
impriml•r uu Irait de plu , il convi ·nt d'ajoulTOÏ .,!, e fondit ÙcHmt le . pcdarlc qui '·..
l.ii1·11foiteur, mai. t--n réali1r. part-e •1u'1l ,outer lfUe le lendemain, lorn1uc Olivier Tnlvau
frait à e · re •ard . Oli\'icr n' :rait pa, seul.
lait s'a ,urt-r le mol •n de• ne pa · ~\:Joirrn •r
Près de lui, ,e tcnait•nt la mar,1ui l', Ch:i.- d'•~ati.1 Ill!. Elle li,ail clairenw11t dans on allait quitter la demeure où ,a pré,enre a... ail
cral, rahhé, :ner, sur leur~ trait , une cx.- j,·u. Elle n't-n é1:1it que plu di. po,é • à 'ir- apporlé le dé ·espoir et la mort, l,nbc•lle ne
e pr: enta pa pour rt'cc,oir ~e · adit•Ux. 1,a
pr -,ion de joie et de reconnai ,anr •. bab.. llt•
riter de, atl1·11ti1111 •tUt' prodiµu:1it la marmari1ui ·e, Cha ·~cral, l'aLbé llaucombe pror lait ~ur le euil, ,an· comprendre, 11'0 ·tnL
11ui~1· à 011 h1ile. \ïnF!l li,i:-, ju qu'à la fin
digu3i1 nt au comu1i ~aire général de police
avancer. :a nrant.l'mère e précipita ,·en; l'lll-',
d.. 1·dle journilt•, duraut lt' · i11slanl · lfUi préde .ouhail alfeclm•u qui exprimai~nt à
la prit p:ir la ruain cl, l'e11lrai11ant ,·er, Oliœdèrent le ~oup•·r, à la taLI~ familiale où
peine leur gralitud,•. 11~ cxig,·aient de loi 1
vier, lui dit : \'oki notr,i lihératt!ur, ma
prome . dti revenir Licntôt. Il 'éloignait acfille. llernerciet-le. ~ou~ lui dl'v..ns la , ic de
compa&lt;&gt;né de leur - bénéd11:1ions. .\lai c·c l
rnlrc rrère, noire liLerLé, uotrc reµo .
en min qu'il cherchait parmi eut Ille de
- li y :n·ait routrt! le mar,,ui.- de Cirré
Circ: pour la nluer. Elle ne :e montra pa •.
de preu,e at'cabla1111- , dit alol"!i Tal\'au. Je
Il partait an l'a\'OÎr revue, . an ~afoir 'il
1 • ai dét ruilt- . Il ne pou,ait I rai11dre ljOt!
lai ait derri~re lui de l'amour ou de la haine.
e propre :neux. J'ai r11fu~~ &lt;l'cnlt 11dr,•
ceux tJUl', cnlraint: p:ir ~un or •u1·illrux , ouXI.'
ra" , il allai! me foire. Sur ruo11 1·01hril. il a
profité de a liberté pour rrpJ,,t•r la fron{JneJqurs jour apri'.•~. il arriv.iit à Pari,;.
tière. Il 11c ri1•11Jr.1 ici que l1w,1p1 • nou, ~èOo venait d'~ appr ·ndrc la nou\dle de la
ron c,•rlain- 1p1'1l n'a plu. ri,•n à crai11dr,·. JI
1icloirc d ,\u. lcrl111, remport,:e par ~ poléon,
t:n fiui,sant, Olivier crm•loppa l~alit•llc d'un
le 2 clfre111bre, ur les arm 11 s Ù1• la co1lition.
re••· rJ 11u'dle ,cule pou\'ail 1:11ml'rcudre. li
Au i1111uié111d1!. qui rénn:iil'llt da11. la capila prt•nait à tértNin du lny.11 rrupr1~·,e111eot
tale. lor-r111c Tah:m en était parti. cdl • ,wu•1u'1I avait mi, à accomplir ·e pr111ue ,c!:'.
,clle fai,ail rnl'céd ·r de· espéra ni' • répara« E t-ce hien la ,ùi Lè ·? d,·111:iuda-t-dlt·
lrin•- . On &lt;'ropil maintenant à une pni
encore dériant.i•. Qu'c l-ce qui prome •111e
mon frère e,L lihre?
définitive, à la rl'nai~~anœ de la pro,pfrit ·
...énéralc, il la lin de la cri.' linanl'irr •, Tou
- La lellre que, avant de 11uiller la
IP couLrrnp ,rai11 ,out d'accord pour rœonFrance, il m'a écrite, répo11d1l la mar,1 uiH·.
La. roid. 1)
naitre que la joi du people lcuait Je l'frr e.
Les Parisi1•11s allcudaient, pour l'atclaowr,
Elle 1•udait :, J ·ahclle un bill, t . i•mé par
n.:mpl'ri'Ur \'ÎCloricut, dont on mmouçail le
Bol.i rt. En IJUel,jltr li!!nru lr.1cé lié1reu,,.procl1ai11 retour. En l'allendau l, i 1· acdament, le mar,1ai rendait homm~"e à la i;éaéro. 1té de lahau el rccounai, il qu'il lui l.'f.:mtertur, au.~ ri•el.Jlions Jt Fo11chi. eut u11 .k cts mai •nt au pn · ngc 1• dr,1p aux pri à 1'1•11a.:«s Jt cokr-r .tonl les tclJ/$ cour~Jitnl 1011/t• /ts
ncn,i, qu'apportai•nt du tf.11:àlre Je la :nierrc
defait ~on alut. Ot!\alll œ 1émoi·•na!!ll irréltlts, (l'ai:e
.)
de:, oldats noir:- t·ncore de la poudre d •:cu alile, llllt! dt: Circ.:é ce enlil défaillir.
combat:-. Ce drapeaux déchiré con lituairm
a llerci dune, ruun~ieur 1, soupira-l-elle.
Oh! comme elle le d :1e·tai1, cel homme Tahau occupait la place d'honneur, pui à un Lémoi!!lla"e ,i:-ible et tan •ible de la ,.ileur frauç.ii e. JI. allait"nt dt'.'COrcr les aile
abominaL,e, de,·enu son mailre ! Vue d'aul'heure du com·her, 11uand elle entendit ~
du •'énal, le 0 -alt&gt;ries de l'Bô1el de ville, lt•
tre· lui Ius c1ll reconnai ~anl do cnice
raud·wère donner à Cha. cral et à l'aLl,é
\OÎILI' d ·• olrt!-Dam,•. Un préparc111 d fèll''
qu'il venait de r~ndr • à la mai on de Circé,
l'ordre de conduire li. le commi . aire ,:!énépubliqur pour célébrer ces grand - é,éoeelle n'1 pou1·ait rien. 11 ignoraieut el deral de police darli l"apparlt!lllcnl qu'il devaiL
ment ·, pour m consacrer le -ou,· ·11ir.
01

1

r-

0

1

...

282 ►

M ADE.MOlSEl.lE

DE Cr]f,CÉ - - ,

.\u moment de rl'Ddre compte à Fouché
de sa mi, ·ion, Olhier Tahau ne puUtail trou\'Cr de' cirt'onstanct• · plus proprC!. à farnri,er
1 ru e t'l 1 · mtnsor,ge au111ud · il était
contraint d • rl'rourir pour di, imulrr sa cnlpaliililé. La glorÎL-lhC is. ue tle la campa,,.ne,
l'écra eml'nl tic allié,, la condu:ion de la
paix. ·1aie11t Je~ fait i con. idérabl •:;, si dé1·isifs, •1u'il, allnii-nl an doute relé..,uer au
derni r r:w .. Je préoccupnlioo~ de l'Emper ur 1• complot de Circé. Pl.'ut- \tre l'arnit-il
ouLlié Jéj;\ et n'en parlerait-il plu .. , 'il y
n3c.1i1 encort•, ~·11 y revenait, il cra1t lreureux J'apprcnJre yue le franç:ii~ «lénoncé,à se colèn·, comme rebelle· à . es loi. el
in t'nsible : l' bi1•nfails ;naienl été aceusé
à tort. La Cortune de ,; arme le rendrait
confiant el ert'~duli&gt;. li .e féliciterait dl! n'avoir
pa à a. ·omhrir par des ch,Himcnls ce
heures de joie triomphaule dont il .e propo ait de rele\cr la olt•nnité en prodi!!llant
de: ré mJkfüe à ,es lieutenant,; et à t·s
oldati. Fouché lui-mêm" n'y r '!!:!rderait pa
de trop pri-s. Il nœepterait comme vraie les
aCfirm lion d son mandataire. ati ·fait d'un
dénou,·mcut 1pii prouverait à l'l:mper,•ur
qu'aucun dt~ es ujets ne con.pirait c.:ontre
. ou pou,·oir.
n :i,·enir prochain allait démontrer à Olivier Tahau IJllc c'étaient là de illu ion . ne
connais. anœ pin complète du caractère de
opoléon l'aurait &lt;'mpt.\ hé de I conœrnir.
Mai , à celle heure, •lie. le dominaient. JI ,
puisa r udace tranquille av laquelle il .;~
présentait de,aut Fouché au lendemain de•
son retour. If fit au mini tre le récit de sa
conduit•, lei 11u'il l'a\·ait préparé. li mir ou
es )CUI le iul •rrwraLoires de :ll'CU é . De
leur dires, de • propre démarche pour
d :coU\rir la ,ùiLé, de !'ab cnœ cou talée de
loute preu,·e c,mlre eu~. ré,mltait, à ·on aYi ,
leur innoceuce. Il ,·antail la ~incérité dei prote,tatio11: J la marquLe de Circé, . a gratitude 1•n1·e1· · l'Emper ... ur, . a loyauté couuue,
qui l'Cartnit toute idi:c cl'arrière-pt·n ·r&lt;c et de
dnuLJc jeu. Il parlait d'hal,..lle, n,:ii - u11iq11emt•111 p,cur ol, ·1•r1 t•r «fUC a jc1111e~ e, ·es habitude d' · i,lt•nn•, le long i ·olenwnt dans
l•!quel cllt• a l'ait ,·L:C·u, ue p ·rmcttait•nt pa d
la ·0111 ·uunl'r. L'abbé ,, 111c11ruLc prhait lrop
haut la fa,·cnr qui lui av,1it ouwrl J porte,
de on pay· p11ur ètre. u p clé . .\11 prolil de DJns Ll mJlinét Ju prtrnitr .ti"'~ 'f,h, Je Nvrltr rlloo, .Jrri•:1 tll /rJu1t.1u, au c:h.iltau Je Circé, un f'trsonn.1ge
inconni, t'!COrlê t qu:i/re J(tnd.Jnnes. (Page :2.."6.)
Cha~st-ral, le eorumissaire général de police
im-o,1uait lout 1111 pa,,,; &lt;l bounc11r t de pur
ci,i me. Quant à l\oli ·ri de Cirré, lorsqu'on cooCronlation, répouÙÎI Talvau a,ec embarra . accu ation. dt! rtcurier. li 'éd1a111làit en par- Je dcvai. allcnilrc de votre zèle et de
l'nvail :ll'rè1t!, il renlrail en France, en wrtu
l~nt, . 'attad1ail à mellre en lumière 1 fait·
\'Olre
clairvoyance que ,·ou eu prendriez
Je l'autori.atiou qu'il ,ferait il la clémence
fnoralile
l'i11i1iatire. diL Fouché a1·ec hum~ur. Elle fcn. rur. à ceux dont il 'était fait le déimpériale. Il n't'lail coupai&gt;!• 11ue d'a,oir
s'impo~ait, el je ,ou a\'aÎ donné de plein
tenté d' fairtJ rentrer avec lui deux émiurés poa,·oirs
« You plaidez bil'n nrdemment leur
11
11ui, l.1 J'1·rrtJr à l'élran~er, drmai1daicml à
eau e », remarqua fo111hé.
Et comme Talnu "ardait le ill'nCC, I •
,·iue ou. ru1 ' el ,oumi. au i: loi , dan la
Ce mol tomba ;.ur J'élo1p1enœ de Tah-au
miui. tre reprit :
contric où ils étaient Ill~·.
comme
uu ooup de ma: ue. li en resta dé« Ce n'e:t que lor~c1u'elle aura ea lieu
11 Fleuricra donc m oti ! dit Foncbé aprè
conrerlé.
C'e.-.t à ce moment que on altitude
que je pourrai affirmer à !'Empereur qne le
a\'Oir entt-odu le récit de on ~ubordonné.
é,cilb le· oupçoa du mini~tre. D\ lor ,
m r,1ui de Cin-v était innon nt. 1&gt;
- li a menti, cela ne fait pas doute pour
Tal,au p;ilit. Dan. on inexpérience, il n'a- relui-ci rcnou~cla k qu~tioo , proie, 10a de
mui.
vait pa pré1a celle obJ ction. li n'o.a a\'ouer nnU1·ell r •pon . Son flair de policier, .on
- L'awz-,·ou roufronlé arnc Ct:'Ut qu'il
que le mar,1uis l'l e complice, :Haieot re- habiLu,le de cruter le coo,cicnl'c et de tenaccuse'?
dre d,· pit}nes lui révélaient que Talvau ne
- - \'otre Eu lli:11ce n'a\"ail pa, ~iné Ct&gt;lte pa é la frontière. Pour di imuler on trou- coule . ait pas Ioule la vérité. ~on opinion une
hl •, il re,int ur le· invra.i t!Jllblance Je
foi· I.Jle, el an ~YOÎr encore dan qnt!lle
0

""283 ...

�ms TORJJL

------------------------------------~---j

mesure le jeune fonctionnaire avait trahi .es préparatirs de fête, l"allégre .e d'un peuple
devoirs, ni pourquoi il les a,·ait trahi., il ne déliné de e craintes et recommençant 11
ongea plus qu'à le rassurer pour obtenir vine dan sa érurité recourrée. lfaîs ers
ultérieurement, en feignant la conftance. de
ma.nife-talion du contentement populaire ne
areo1 complet .
p~nenai(·nl pas à le tirer de. a torpeur.
« Vou rédigerez un rapport ur tout ceci,
Qu"eût-ce été, s'il a.\'aiL u qu'à la même
lui dit-il, en rede\t~nant soudain birorr.illant beure, et par ordre dt! Fuuclu\ un artc d'acet affectueux. , ou: l' joindrez vos procès- cusation ·e dres ait co:nlre Jw? On po édait
\erbaux l'l ms inlrrrogaloirc . Je mellraî Je maintenant sur l'or•7 aoisation du complot de
tout mu les yeux de !'Empereur.
renseignements qui en affirmaient l'eiistence.
- Votre E.x-cellcncc dé.ire-t-clle que je Le prl5[d du Douh', chargé conftdt:&gt;nûelleprocède à la confrontation dont elle parlait? ment de e liner à une enquête sur le séJOUr
demanda Talvau, à qui le souci de sa sùreté d'Olil'ier Talrau à Pontarlier, !&gt;'était transel le désir de cacher encore au ministre que porté dans celte ville. U appelait devant lui
le marqw de Circé n'était plu. en son pou- le commaodaut du fort de Joux el l'officier
voir suggérèrent celte demande invraLem- de gendarmerie qui, lors de l'arrestation du
hlable.
marquis de Circé, avait sai i sur lui les let- Allendez mes ordres el oe \'OU , occupez tres patentes du prétencl.anl : « Loui , par
que de ,·otre rapport, répliqua Foucbé. Vous la grâce de Dien roi de France et de Name le remettrez dl• que vous l'aurez ter- varre. 1&gt; Ces témoins de la première henre
miné. 11
exprimaient l'étonnement que leul' avaient
Il le congédia • ur ce· mot .
causé la di ·parilion de œs papiers, le brusCet en lretien lai sa le commi sa ire général que déparL du marqui et de ses complices,
de police ous le coup d'une anaoi se poi- ordonné par Tahau, les singulière allures
gnante ré.ml tant du danger clairement entreru de ce deruier, la prolongation de on éjour
qui le menaçaiL. Ce n'e t pa quïl fût di posé au chàteau de Circé. De ces faits constatés,
i1 se repenlir de ce qu'il avait fait. Le souve- rapprochés, réunis, se Mgagi·ail celle connir d'J abelle était trop récent, trop brû.lanl clruion, c"est que le repré:.enlant de la police
surtout, pour qu'il regrettât sa conduite. Mai
impériale s'était fait le libérateur dP.s grands
il se reprochait d':woir manqué d'habileté, de coupables sur le quels il devait exercer la
prudence et de ana-froid, de s'être trop b:ité l'enaeance des lois. A quel mobile avait-il
de mettre en liberté le marquis de Circé. obéi~C'eitce qu'on ne avait pas et ce que
Cette hâle con litueraiL contre lui, lor qne 1a Fouché Youlait sa.voir.
preuve en erait faite, une charge accablante.
Olivier îahau, laissé dans l'ignorance de
Si Fouché confiait à un autre que lui le soin ce qui se tramait contre lui, dut à ce naturel
de confronter Fleurier avec les accu é , il désir du ministre de la police générale de
était perdu, pui que l'impos-ihilité de celle n'être pas arrêté. On le lai - ail en liberté.
confrontation démontrerait sa trahison. li ne Mais on le surveillait avec l'e. poir de découpouvait plus être samé que s'il éwil chargé vrir, dans ses allérs et venues, quelque fait
lui-même de celle formalité. Sous prélexle qui révélerait le causes de a criminelle cond'y procéder, il partirait avec fleurier, et duite.
quand il le tiendrait en ·on pouvoir, il sauLe 26 janvier 1 06, !'Empereur entrait
rait bien Je contraindre à se prêter à une triomphalement dans Paris. Dès le lendemain,
comédie qui acbèverait de tromper Fouché. il aborJait avec se divers mini Lre l'rx.amen
Il ,e entait ré ·olu à ne pas reculer même iles affaires dont la solution avait été uborJ1-:vant un crime pour fair~ di pa1·aître cet donnée à son retour. 11 en était de si graves,
accusateur dangereux, 'il refusait d'obéir.
celles qui touchaient aux 6nances surlouL,
Durant le jour •1ui suivirent, il ,·écu! dan
que, comparée à elles, la conspiration de
des transe· que l'on devine. Il a"ait rédigé Circé, avortée par l'impui auce des conspison rapport el, en le remetlaut à Fouché, rateurs, ne pou,·ail retenir longtemp l'atLenfourni lui-même la preme écrile de on men- tion du souverain. lais, avec on habitude
,onge. Pui' il n'avait plu entendu parler de de "occuper de toutes cLoses, de ne rien
rien. L11 miuislre ne le faisait pa appelrr. A oublier de ce qui l'avait un moment frappé,
deux repri es, il se présenta pour Je voir. Il il revint sui· l'événement au sujet duquel il
ne fut pas reçu. L'horreur de .a ilnation avait écrit de chœnbrunn au mini tre de la
s'aggrJvaiL de la trif&gt;lesse à la'luelle le fürait police. Ce dernier lui communiqua les pièces
le souvenir d'Isabelle. Il aurait rnulu la re- de l"enquête.
joindre. Il n'osait pas quitter Pari,, et moins
L'Empi&gt;reur, à ce révélations, eut un de
encore écrire à sa victime. 11 ouffrait de son ce accè dtl colère dooL les éclats courbaient
impuis~ance à l'enlrdeuir dë son amour, de toutes les têtes. Ce &lt;fui se passa entre l11i et
ne pomoir, en lui disant queL péril il avait Fouché e t resté leur secret à tous le deux.
encouru: pour mériter d'être aimé d"elle, lui On ne peul que se livrer à des hypothèse~
promer combien iel amour étai L si acère. li entre les1p1elles il e11 est an moins une qui
allait el venait, iudi[érent à la Lâche qui, ne saurait être conte tée, c·e l qu'ordre Iul
chaque jour, l'appelait dans les bureaux de enjoint au minh,tre de é,·ir avec la dernière
la police où il avait repris es fonction , in- rigueur tontre le fonctionnaire qui avait endifférent aussi à la joie de· Parisiens, surex- .Ireint es de-roir. On sait qu'1m ce Lemps-là,
cit~ par la noufelle de l"arrivée prochaine de Lout crime où apparai ait la main de émi!'Empereur. Toul autour de lui, il rnynit de
gré était deféré à une commi, ion militaire.

Celte juridiction toujours prèle fonctionnait
_ans cesse. Le tribunal s'organisait en hâte
sur les liem mêmes où le coupable était arrêté. li prononçait souverainement, san appel, et a smlence reœrnil ur l'heur!! soo
exécution. Les ordres de l'Empereur é&lt;JuivaLaienl donc pour le malheureux: qu'il concernaient à une condamnation à mort.
Ce ruème jour, Fouché signa u11 mandat
d'arrestation. Mais soit que, pris de pitié
pour uo jeune homme dont il a~ail connu le
père et s'était fait le protecteur, il eùt voulu
se donner le temps de l'avertir el lui laisser
celui de se mettre à l'abri; soit 11ue d'autres
soucis l'eu sent empêché d"agir arec plu de
diligence, ce mandat ne fut envoyé que dans
la soirée au préfoL de police. Quand lt•s agents
chargés de l'exécuter se prêscnlèrenl au domicile d' livier Tal vau, ce dernier avail di paru.
Celte nuit-là et le lendemain, on le chercha
vainement dans Pari ..!vi fut donné à Fouché qu'on avait perdu ses traces. Il accueillit
cel!e nouvelle sans manifester aucune émotion. Il se borna à faire écrire, sui,·ant l'usagr,
anx autorités des département pour les prévenir que le sieur Olivier Tah·au, poursuivi
à raison Je crime contre la ûreté de l'État,
était fugitif, el pour leur envoyer on ignalemenl, avec l'ordre de se sai.ir de lui, s'il
se trouvait à leur portée. Le préfet du Duubs,
comme tous les autres préfots de France,
reçut cette circulaire. A dater de ce jour, il
fil exercer une surveillance rigollfeuse aux
abords du chàleau do Circé.

.X
En re11Lrant en France. la marquise de
Circé espérait y Lrouver repos et sécuritP.
Bru quement, cette espérauce venait d'être
détrn.ite. En quel4ucs heures, une tourmente
s'était déchainée, menaçant d'emporter un
bonheur à peine recouvré. Oe~ circonstances
pre •JUC miraculeu. es a,•aient conjuré ee danger, mais ~ans ramener le oonheur compromis. Roht!rt condamné à vivre dans l'exil, la
famille de Circé re'tanl 011 le coup des suspicions de la police, l'éloignement de l'unique
héritier màlc du nom et des armes, la lai sanl en quelque sorte décapitée, &lt;lan lïmpo ibilité de reprendre son ancien éclat, la
bienveillance de !'Empereur pour lonslemps
aliénée, pllul' loujour:1. peut-èlre, telles étaient
les con équences du complot ourdi à l'insu
de la m1rqui~e el de la réalité duquel elle ne
pouvait plus douter.
Le péril disparu, dl,! avait voulu connaitre
la vérité. Elle la connais ail par le aveux de
l'al,bé Mautomlie. Elle en ,·onlait à celui-ri
comme à son petit-fils di? l'avoir e"posée à
p1sser au1 yeux de !'Empereur pour une
femme san honneur el sans foi, 1ui n'avait
imploré sa clémence que pour en rc:lourner,
après l'avoir obtenue, les effets contre lui.
Elle se tonsidérail comme l'rappée dans a
vieille. réputation de lo1aulé et de droiture,
cl quoique s'ah tenant de récrimioatitins el
de reproches, elle con,erYaÎl de ces iocide11ts,
outre un chagrin que seul le retour de Ro-

"---------------------------------herL aurait pu t&gt;Ul:rir, une impre:.:.ion d'humiliation el de honte.
Ce l{lli ajoutait il sa tristes.e, c"était l'altitude d'lsalielle, dt·pui le juur fun~ 1c où Cl':événemenls arnie11t éclaté. Comme sa rrrand'mère, ln jeune fille paraissait écra ée .ous le
fardeau d'un inrnrt1Lle accablement el las c
&lt;le vivre. C'en était rait de son hel entrain
d'autrefoi~, J1! a viq1ci1c, du ourire confiant et rnrdial •1ue lout1&gt; manifestation de
sollicitude ou de sympatlüti amenait à es
lèvre .... on regard, donl l"éclal pénétrant el
la mobilité fai aie11l le charme, :,\:tait uniformisé dan une expre.sion malacti\'1'. Aloutce
qui rendait communicatif et contagieux l"élan
de sa jeune e rac.lieu e. a rail . uccédé une
prostra Lion contre laquelle, oil irnpuis ance,
oil volonté, l'llt:&gt; ne tentait pas Je réagir. La
Iran forma1iou de on être phi i1p1c e reprodui ait en son être moral. , aguère acce ~ihlc
,rnx idée génércu 1·s, t:lle ne s'enLh1msia~mniL
plus, co111JJe ·i, soudain, die t·tH été dépo ~édée de toute ~en~ilJililé. Elle portait en tou.
se acte· une é••ale indillërence, un amer dérouragemenl, le déJain de la vie, de ce 11ui
la fail aimer et de ce (JUi la fait haïr. Aut11ur
d"ell ,, on s"alarruail de cet état qui réve1ait
un mal ecret. liais elle se refusai I à eu lai ser
de,·i11er ln cause. Toujour de plu en plu
impénétralile, elle :,e rJidissait dan a douleur ilencieu e, rommt&gt; dans une armure
qu'aucun elfort ne pouvait bri er.
Ce qu'elle 'ob tinail à ne pa dire, il est
aisé de le de\'iner en e rappJant l'outrage
dont elle avait é1é "icliwe. Ocu1 moi ' déjà la
éparaient dé lïnoublialJle nuit durant laquelle elle était LomLée ous le dé:,ir brulai
d'Olivier. liai le Lemps avait beau 't:ofuir,
le om·enir de la Oétri ure sul,ie ne 'e!Taçait
pa . IA trace en re lait dans a 111émoirc
aussi profonde que dan a chair. L'impr&lt;'ssion douloureu ·e IJU'elle en con ·enait la
maint nail en une altitude de réwlte el de
colère, qu'elle di.simulait sous a froideur
1ouluc, appeléu i1 . on- aide ain i qu'un frein
néce~ aire pour coutcnir les éclat de sa vengeance. c rnnger ! Elle y était résolue. Mai
clle entendait ue le faire qu'à son heure,
11uand elle serait sùre d'i réu ·ir et de poumir ca her à a grand'mère pourquoi et de
quoi cil!.! se vengea il.
C'e·t à celte con.,,idéralion que Talvau avait
dù ou sa lut, au moment où ses bra , ép □ i é
par une lulle crimiuelle, lais aient retomber
le corp· iuerle de .a 1·ictimc. lai., dans la
pen·t~ de cefü-ci, il était déjà condamné.
L'hoo1me qui l'avait po édtie par un abu de
force ne pouvait rester vi,ant si lie-même
1·ivait. Comment e débarras erait-elle de lui?
Par &lt;1ud moyen lui ferait-elle expier .on forfail? Elle l'ignorait el ne cherchait pas à le
pré mir. En la quittant, Olilier avait juré une
éterntlle .fidélité, promis de re\'enir. Elle l'attendait à ce retour-, prèle à tirer parti des circon lances pour t'Xercer ·on droit de le cbàtier. Loin d'aJfail,lir ses résolution . le jour
cl les heure·. en 'écoulant, les rendaient
plus inéuranlables.
Et cependant, lorsqu'elle d,•,œndait en

.MAD"E.MOlSELL"E D"E Cl~C'É _ _ ..,

ellt.!•mème, ce n'e t pa uniquem, nt ùe la il a trahi la sincérité de la passion qui l'euh.aine r1u'f'lle ' lrournit, cl ce Irait, qui 11c trainail.
Elit: ne doutait pas de la sincérité de ~ou
$aurait èlre pa é \IU ilencc, n·é1onnera
que ceux pour riui le cœur de la femme est raris~cur. Si l'amour pouvait ufüre 11 cicuscr
uri line fermé. E11lre ll'~ pou~se. \Îgoureu~es le · crimes qa 'il fait commellre, elle cùl parde cellt! haine, apparaissait parfoi. , hurublc donné et tenté d'oublier la violence impo éc,
el fragile, une fleur de clémence, lorsque, la domination exercée, tout ce qui la laissait
par e:.cmple, lllle de Circé était contrainte de humiliée. Au ri que même d'être éterndkrendre hommage ;1 la lvyalc rigueur a,·ec la- meut malb.eureu.e, elle t:ùl considéré le maquelle Olivier Ol'ait tenu I paroi,•. Elle 11e riage comme une réparation ufûsante el 'en
pouvait lui reprocher de l'arnir lrompee. Ce serait reruise à l"an•nir du ~oin d'effac:er l'ou4ui était arrr\'é, elle y a"ait cunsenli. Oe la tra~e. ,rais ~a nais ancc, son rang. le nom
respon.abilité &lt;le l'outrage, elle de,ait porter qu'tllu portail, l'ob.curité de celui d'Ofü·ier,
sa p:1rt. IWe s'y était prêlée, en cou entant à l'infériorité d11 a condition ne permettàienl
lais.cr auver ~n frèr!'. rn contrariant de ee pas un tel dénouement. C'e.t 111 c·e qui renchef une delle dont par avam·e elle ronnais- Jait, :1 es 1eux, irrrparable et indigne de
saiL la rançon. i coupable qu'eùL été Olivier pardon l'àcle odieux qui l'avait perdoe, el
en abusant de sou poul'oir, en dictant iolkxi- tandis qu'une voix s'élevait en elle pour délilernent sa loi. :;a fault s·auénuail de luut fendr(' Olivier, une voix plus haute répondait
ce 11u't·lle-mè111e se rapprlail a,·oir fait pour pour l'accuser. C'est cellc-d qu'elle écoutait
raue11drir. Elle se re"o)aiL le suppliant après el dont le- accents impérieux étouO'aienl
l'avoir l,raré, ver·anl de lartnl'S, édifiant de l'autre. Ain.i, elle e dél,allait entre ce qui
lui prèchail fo pardon et ce qui lui prêchait
:.e propre. lllain. la tentation ;\ laquelle il
avait urcombé. Ce souvenir de leur réci- la vengeanl'e, et cette lutte l'épai, ait, la
proque fail,le. -e plaiùa,t lle,·ant elle pour livrait à une torture dont la mort eule fa
délivrerait.
celui qn'elle a&lt;"l'II, ait.
L'absenre d'Olivier, le silence qu'il gardait
A ce souvenir, sa mémoire, :1 tout in tant,
en ajoutait d'autres, !ont un Ilot de sensa- exasp '•raicnt celle ouffrance. an nouvelles
tiom t1 peine re ·s nfie·, dan l'emportement de lui, 1 ahrlle ~e demandait s'il allait mainde ses protestations de vaincue, mais qui ~I.! tenant l'abandonner comme une épnve el i
prrcisaient mai11Lenanl, san l'irriter au l'ardeur de sa pa ion, inrnquée ur le premême degré qu'au moment où., pour la pre- mier mOUlent pour sa ju tification el son
mière foi , un ~iruulacre d'amour le avait excuse, était éteinte. Avait-il résolu de ne
é\·eillél•s en ~011 èl re révolié. Diljà nai sait plus rewnir? Espérait-il se foire oul,lier'?
Elle ne savait que pcn•er. Mais die ne se
ri! iguait pas à l'idée qu'après avoir détruit
son repos et la dignité de sa vie, il se consi.
dérerail comme liure de tout eng~gement
en"er elle, la traiterait en étrangère, oserait
tenir à une autre lrs propos qu'il lui avait
lenu à elle-mèmc. Son re rnlime.nt s'aggra.:iit de cette jalousie incon~cienle, sous laquelle l'amour était l'n train d'éclore A
qui lui eût alors prét.lit qu'elle airuerait un
jour l'auteur de on inforlune, elle eût répondu par des protestations indiguées. C'est
l,ien l'.iilJOUr ct:pendant qui se mêlait à a.
haine. Mais il 'y mêlait ~ans la dé armer.
Toul éLait agitation, ronfu ·ion, m1stère dan
ce cœur ulcéré, où l'urgueil enlrelenail un
impérieux besoin de représailles el CJUÎ ubi ail en ruèmc lt•mps les premier ellets de
celle naturelle di. position de la femme à c
sou.mcLLrr à l"homme qui l'a possédét-.
0

Hl

Le con,missaire gtt11éral Je poilu do1111all lect11re des
lexie$ dt loi qni .J~similtnl aux ac,uses «ux qui
leur 0111 Jonnc asll~. (Page '!,(1/,.)

dan son cœur ce enlimenl m)· Lé.rieux. que
conçoit toute femme pour l'homme à qui elle
a appartenu s:m~ l'aimer, qu'il l'ail pri e
par la violence ou qu'elle se soit donnée
Yolontairemenl, quand, par 11uelque trait,
.., 28.'i ....

Depuis plu de d~u-\ mois, Mlle de Circé
vi,·ail dans cet état d"abaltement el de fièvre.
Elle sortait peu, passait ses jouruées dans a
chambre, expliquant ce goùl subit pour la
solitude et a dauslration ,·olontaire par la
riglll'Ur de l'hiver. Tout ce pillore·que pa)S
de Franche-Comté, à cette époque de l'année,
est en~eveli ous la neige. Elle blanchit de es
nappe d·ar 0 en l, cristalli ées par le froid, les
prairies et les mont.~. Elle allacbe ses slalactites aux branches de sapins. Ellt: remplit
jusqu'aux bord les combes profonde., s·a-

�1t1STORJA
moncelle . ur le roule,, aux loiturei; de~ celle \ i ile ioallendue, Je per on nage déclina
cbàteau le main üde . Au moment de
ferme , enveloppe le pa agl' •t les horizons
es qualité en monlrant l'écharpe tricolore parlir, il prononçait de parole menaçante .
d'une uniformité il •nrieu e. Libre de re- qu'il portail , ou sonbabit.C'ét.-iil le rommi.prendre ses habitude d'autrefoi:, la mar- saire néuéral de p-0lice du département du Il afûrmait, d'aprè· des rapport émané · de
quise de Circé aurait 11uiL1é le chàtcau, dès Doub .. li vc,nait de fit, :inçon, muni d'un l'admini ·tration de douane, , que Tal\•au arail
le commencement de décemLre, pour aller mandat d~ per11uisition, à l'elfot de 'a urer été rn dan le pay,. Gro j . ant la voix el
vivre à Pari pendant la durée de la maurni e que le château ne donnait pas a!'ile au ieur prenant une attitude hautaine, il donnait
~airnn. C'e. t m~me ri' 'l" ·en rentrant en Olivier T.ilvau. pré,·cnu du crime de haute lecture des textes de loi qui a imilent aux
accu é , pour l'application de peine , ceux
France, elle . e propo. ail de f:iire, autant trahi on, qu'on suppo~ail ·'1 êlre réfurrié.
qui leur ont donné a ilr. li annonçait qu'il
pour c dérober aux ri:rueur du climat ,,uc
A cc déclaralion. , Cha eral, surpri~. pro- lai~. ait dan le pay un peloton de gendarmeg,
pour prbenter dan le monde , a petite-fille te ta contre l'inju. tice des nouveaux. oupçons
et on petit-fil ·. liai le:- incido!nl . urve~us conçu p:ir la police. Il fit remarquer au avec la mis ion de arveiller les abord. du
l'avaient décidéè t1 ajourner se. proJcl . Elle commi aire géo :rat que le fu~itif, à suppo r château, et . 'éloi gnail enfin, certain d'a,oir
in~pîré un efTroi alutaire.
ni• ,·oulait rel'Coir aux usage~ de a vie pas ée
qu'en quittant Pari ·. il , e fût dirigé ver Pon11 erail-ce po .. ihll' qu'Ol1,1er flit prè'
que lorsqu'elle crail tranq111lli ée ur le sort tarlier, a\·ait dtl profit r du voisinage de la
d'ici?
pen. ait I abelle. Chmhe-t-il à pas er la
de Hobert.
frontière pour ,e mettre en sûreté. L'em·oyé frontière? A-t-il \'Oulu .e rapprocher de moi? r&gt;
Loin de . e plaindre de cette déci~ion, l:a- de Fouché n'en di con\·int pa . füis .e
Pour la première foi. , dt-pni lonrrtcmp ,
bdle . 'en était montrée . atbfaite. La p r:~c- ordrt·. étaiPnt form •1s. lis lui enjoignaient de
tive d'un hiver pa. é au cbâteau ne pouvait pcrqui~ilionoer dan le cbâwau, et il entendait elle eml,foit .orlir de a torp ur. comme. i
l'efîr.11er ni lui déplairt&gt;. C'était ~a vie _ci_rdi- les ex éculer. Cba~st•ral e rt1 i11 na à ce qu 'il ce qu'elle ,·enait d'appr•ndrc eùt imprimé à
tout . on être une ccou e.
naire, continuée dan les mèm · cond1llon
n • pom·ait empc•d1er. li ·'offrit même à guider
que jadi.• une vie qui mainten:int répondait le. r ch rd1 ,. Elle, eur •nt lieu et n'am uèrent
XXII
plu que jam~i à . on étal d'âme. ~~lie répu- aucune dltcouverte. Pendant qu'on yprOC'édait,
gnait tant au mouvement cl au bruit. Il e. t la marqUJsc .. sa petite-fille el l'aLbé étaicut
Le même jour, elle ,·oulu t monll.'r à d1e\·al,
des Lies ure· qn'enreoime le contact de la revenus des Etrache . Il fallut leur avouer la
mal!!'!'é
le froid, malgré la neige qui com-rait
foule. La ienne el.irrcait l'i ..olement. Au cbl- présence de la police et la mis ion &lt;Ju'dle
le
.ol
d'un épais linreul. :i. rrrand'mère
teau . cet Lolemt'nt était facile. La conlrainte aŒ·ompli ~ait.
pous,a les hauts cri·. Aller ~c promener en
mP.m1! qu'elle dev it ,e faire pour cacher on
La marqui.e fut boult•rersée par la révélamol à ceu parmi lesquel elle ,·il'ait ne néce. - tion des danrrers qui menaçaient le jeune plein bher, ri 11oer un accid1•nt. hraver la
sitait pa de t•llorts u-de. u · de on .énerµic. bommfl dont le dévouement aYait pré ervé sa ri1,r1.1Cur de la aison, c'était folie. Elle n'en
Elle n'av, it à redoutH ni le: que lion indb- maison d'un irréparahle d; ·astre. Ce dérnue- per i la pa moio dao . a ré,-olution. La
crèle~. ni I inlerprélaLion malveillante· . meot, elle en irrnorait le eau. el ; elle le marqui ·e, redoulant de l'irriter, se rési 11na.
L'nb.cnce de son frère et le. raison· de celle croyait désintér . é. P1nétrée de reconnai - J.;lle l'ennagea eulrmenl à ·e faire accompaaner par Cha rai. .fai bahelle entendait
ab ·eme suffüaient à expliquer a tri ·le e
ance pour son ~duveur, elle s'affü.,cait de le être •ule.11 fallut c soumdtr' à .a Yolonté.
qui, dans ses manife talion., ne di~1:rait en .aroir en détr s_e el de ne pou\'01r rien pour
Elle partit, parcourut la li"oe de· rrontièrcs
rien dll la Lri te e que le mème motif cn.,.cn- lui épargner le ort qui l'at1eodni1.
ur une éll'ndue de 1,lu ieurs lieue., 'jetant
drait autour d'ellr.
Quant à l ·abelle, ell • compr nait mainteDu reste, sa rulonlé de ne pa laLer péné- nant pourquoi Olivier n'avait pa. écrit. Traqué audaricu. enwnt ou. les boi , blanc" de gi\re.
trer le ocret de on mal, loin de 'affaiblir, pnr la police, comment aurait-il pu 1krirc? franchi.. ant ·ur la lace I torrent , lravcrant le défilé étroits, exaltée, anxieu. e,
·'accentuait de jour en jour. Plus clle alkit, llan . on l"œur, en proie depui tant de jour
'attendant à tout in tant à voir Olivier lui
et plu elle s'appliquAÎt : le dérober à autrui. à d'irrilanle pen.ée , nai · ail une angoi~se
De, a\'(mx, mêmll à sa rrand'mrre, tJe l'auraient altcndrie, la pitié naturelle aux àme géné- apparaître.
Quand elle rentra, à lo tombt1e de la nuit.
pa oula ée. Elle e ·erait r1 proc_h • comme ren es, pour quiconqut· ouffr • el va périr,
son
anxiété durait toojour , entretenue par
nn crime de confe · er à la marr1m e a dou- cclui-111 rnt-il un con ·mi. ... on re entiment ne
loureu e avenlure. C'e t autant pour èlre dtk.armait pa . l:ii il perd dit quelque cho. e l'e. pérance de découvl'ir celui dont l'image
a~ ur~e que celle-ci n'en saurail jamai· rien de . on caractrre al,,olu et farouch•. Ce que hantait a pensée. Ce qu'elle avait f,tit cejourlà, elle .e propo ait dti le recommencer le
qui: pour, 'Jpargner une honte nouvdle qu'elle
eraicnl pour Olivier le con. équencc de
!end
main. Le langage de boromC! de police
per·i rail à en l'airem), tèreà l'alibi füucombe pour uite diri~écs contre lui, il lui uffi ait
cl à Cha ,eral. Quant à eux, ils étai nt trop pour le de, ion de , e rappel ·r certain faits l'avait com·aincue que on amant errâit dan
le pay . Elle voulaiL le trournr, le mettre en
loin de la \'érité pour l:t deviner. Il:. allri- antérieur~. 'il tombait aux main. de reu
buaieut aux même eau es l'accaUcmeot de qui le cherchaient, traduit aus,ilôt de,·ant une gard • conlre leur piège . A!!issail-elle ain ·i
l'aïeule cl celui de ,a pelite-fillt&gt;, ,'inquiétaient commi ion militaire, il payPrait de a vie la p3rce qu'dle inclinait au pardon ou parce
moin der lui-ci que de œlui-là, n'i norant mise en liberlé du mar11ui flobat cl de I s qu'elle ne rcconnai ,ait à personne le droit
pa · qu'à l'.i"ll de la mar,111i,e le coup · de complice . qu'il avait ordonntlc, au mépri de de lni ravir sa reogeance? Elle eût été hor·
d'étal de le dire. Elle ubi ·sail des ensation
l'ad\er,ité ont ouvent mortels, et r.aressanl
dC\oÎr . En enrisaat•ant celte dc:-tinée. confu e et contradictoires, leur obéi..ait san
l'e poir qu'a,·cc le temp , la jeune.se de Mlle de Circé entait 'amollir sa haine. Le
le· raLonner, emportée tour à tour par . a
~Ille de Circé erail ,·ictorieu.,e du ~a douleor.
ouvenir du bicnrail que le bienfaiteur allait
Tdle étail,au commencement de fëvricr t 06, exri ·r i chèrement devenait en on e prit colère, soudain ravi\·éc, et par de pensées
de clémence. Elle ne .e pliait pas à l'idée que
la situation qu'il romeuait d'expo~er en tou.
au: i puis. ant lJUe le .ou,·enir de l'outrngP,.
e, détail pour rrndre c-0mprében iLlc le Elle soon-eait moins à . e venger d'Olivier qu'à le crimll d'Oli\'ier - ce qu'elle appelait . on
crime -re Lerait impuni, et clic trcmlilait de
tra i11ue dénouement de cc rt'cil.
lui porter secour , mai ~an a\'oir, lant elle le voir périr.
Dan la matinée du premier dimanch • de r tait lrouliléc, tiraillée entre de, entiment
A la lin de cette fiéHeuse journre, elle avait
ce moi de fé,·ricr, la m1r,1ui e, !~a belle el
onlrair · , i c'était afin qu•it vécût qu'elle
l'aLbl .laucomb, s'étaient rendu ;) l'é 11li.e aurait rnulu défondre . a vi • ou si c'était afln allégué a falirrue pour se donner le préle1te
de reulr•r cht•z elle. L'appartement 1p1'clle
de · l~trache!' pour a i Ier à la me. ·e parois- d'ètre seule:) pou\'oir en di po. er.
hahitait depuis le retour de a grand' mère
~iale, et Cha -~eral s1• trouvait seul au château,
Elfe ne rel'oana un peu de rolmc que était itué au r z-de-chau ·,ée, da11 · l'aile
quand arrirn en traineau un per ·onnage lor.-l]UP le perquisition eurent pri ûn. Elle
inconnu de lui, e. corté de qnalre neod rme,. aYaicnt été raine . Le commi.!&gt;.lirc "énéral gauche do château. li ~e compo ait d'une
Com,ue Chawral 'informait de l'ohjet de de police e ,·oyait contraint de quiller le vaste chambre agrandie encore par le ~alon
11ui la pré-iédait, auquel elle était réunie par

,

_________________________________
.MADE.M01SELŒ

DE Cffl,CÉ

une lar·•e ouvi·rlure en forme de bail'. Le
1·r0Lée;. donnaient .ur le parc. Pourcombaur,
le froid IJUÏ ré"nail ous le haut el \ieilles
,oûte:,, on l avait iu. tallé un poêle monumental en Ta:icnœ, comme on rn \'Oit encore
Pn ui e cl tn Allema ne, de,·ant lequel une
table el un fauteuil, proté" ··par un paravent,
0Jfraier1t une sorte d'abri.
C'étail, depui le eommencement de ce
ri,.ourcut hi\·c:r, la place préfér~ d'Labelle.
Lil, hien . OU\ nt, ·Ile aYait pleuré, médité,
re,u par la pen~ée le pa . é lrai;iquc: et, avant
d'aroir suhi l'indélébile 0étri ·ure, rèl'é d'un
avenir plu doux que cc pa,sé. La force de
l'hal,itade l'y ram nait tuujours . ._'i maiuten:mt lie n'y pou\"ait plu· olller le même
con olation ni lt's mèmes e p{,rance qu·autrdoi', Ile · tromait encore la lib1•rté de
l•·rst:r d larme,, m, être troublée, dan, le·
manif,·tation de .a Jouteur, p r lt's témoign:i,,e d'uoc ·ollicitude importune.
\'cr neuf heure , ce oir-là, elle ,, étai1.
Lri ée de corps, lasse d'àme. 1:n lh--; è était
ourert de,·ant elle. on goût pour I lt·cture
datait de :on eu Cance. Il s'était «Jé~·eloppé
avec s011 iotclli 11enrr. et . a rai~on. Elle lui
du,ait les moments les plu. doux de . a ,i1•.
.t'u11 1·olœ d"h1,miJ/tt cr'-'lal/i t!t, tint oml-rt mou·anle se dtssi111Ji/., .• Sur lert~ord
Mai queli1ue pui ant et efficace qu'il Iùt, il [)errj r, /.r 1•1/rr coui•trlt't'.d.!ritur
d.t' /J C/Oistt, un homme se lm.ri/ as.&lt;is, II',1/?C :87.)
Ill' l'était plu a:sez en cet in tant pour la
distraire de :e préol"cupation . Lefü re restait
011\'ert à la mème parre. ·e yeu1 ··y fixaient
uni' lran,formation déci,h •. Grandi ou li&gt;s pa · m'expatriersan vou. reroir, ~an. implorer
peut-èlre, mai· non ~on attE&gt;nLion. Et nul
rc ::-eutim1·11t.· . contenu par la haine, mai
à 1 e11ùux mon pardon. J'ai été .i coupahle ....
effort u·y JIOm·ait rien. C que la ie mèt _-ur
fécondé
par
le
larme~,
l'amour
ét'lataiL.
En
Mais je \'OU· aimais .... Oui, je \'ou- aimais
notre route, pein s ou joie,, l'sl autr •ment
retrou\'ant le malht·ureux qui 'était perdu comme je rous aim encore, comme je mus
absorbant 11ue la magie des poème , les imapour, unir1ucment, c donn1•r le droit de la aimerai toujour .... r&gt;
ginations de, romans ou Je· évocation de
tenir
dan c bra , elle _entit touL .on ètre
l'hi toire.
Elle l'interrompit, en di. :int :
cfoudrc dao un ·uLil attendri s•menl, el
« 1·ou· reprendron. plu tard cet entretien.
~ oudain, · la vitre, derrii!re le lourd·
monter en elle, comme un Ilot qui \"3 bri cr Quant à pr ·~enl, il ne faut .onner qu'à
rideau lt•ndu · devant Je. croi ée~, un bruit
tout les dirru ,ippo~ée à son pa~ a11 e, une réparer \'O furce , qu·à vous meure en état
e fit entendre mais ;i léger, si timide, qu&lt;',
:ération plu forte •1ue ~c r .cn- de partir demain matin. Chas.eral e charuera
bien &lt;Juïl fùt arrivé à n oreille, elle ne e commi
liment.
d'a surer votre fuite.
retourna p. . llienlôt il
reprodoi il. Cette
Toute
déraillante
de
l'émotion
qui
la
méta- Allez-vou. donc lui faire l-avoir que je
foi. , elle reb-a la tête. Pui Je choc redonmorpho ait, elle n'i•xprima pa d'abord ce
ui ici? 'écria-t-il avec effroi. on, non, que
1,lant et devenant plus fort, elle alla, au
qu'elle éproHait, ou i tlle l'eiprima, cc fut tout le monde l'ignore. Cachez à tou ma
comprendre encore, du oté où il était venu.
d"un :icceut de ré.:ene timide ,,1 craintive, à pré ence. Permette:,; que je re le là. C'est
ln· 1inctivemcnt, die écarta h, ridt•au. lJ •rrit·re
laquelle Olivier dernit e tromper. Elle u'eul pour vous ,·oir pour vou parler que je ui.
la ritre couverte d'un mile d'l•umidité cri tald'autre élan ,·er · lui qu'un élan de -Ollicitude, \"enu. i ·e me prh·ez p:1.1 de cc bonheur. C'e t
lLé • one ombre mouvante se dessinait. Cette
tel qu'elle eût pu l'a,oir pour un inconnu qui peut-être la dernitlre fois 11ue j'en jouirai.
fois elle comprit. Éperdue, elle omrit la
l'aurait
sup1iliée de uula 0 er a détre- e. Elle Dan quel11ue · heure , avant que le jour se
Croi { ·. ·ur le rebord e lérieur, un homme
·al,
tint
de toute allu ion à r1hén ment qui lhe, je crai contraint de partir. Personne
,e t nait a,.i ..\rant m me qu'il eût ,auté
.
e
Jres
ait
entre eux. Ufüier demandait asile. que vou ne ru 'aura rn, personne que vou dans l:i d1amlire cl mal!.l'ré le eba~au dont
L·asile
lui
était as ur ;_ 1,. première parole ne ~aura que je . u.i, ,·cou. J
lP. Jar •e aile· carhail'nt
ligurt•, elle le
qu'il
entendit
fut pour le lui dire et pour lui
J.. ahelle le regardait, émue, apitoyée, pénérëConnut. C't:tait lui. Mai:. Jan quel étal,
apprendre que le m1'mc jour. ~eut 11ui le trée par cette \"Oil. dont, n. !!'llèr~, le- accenl
2ranJ Ohd le. )"CU cr a~ .parla ~oulTranœ,
cherchaient avaient fouillé 11· ch,He:m du haut pJ. ·ionné l'a,·aienl olfcn. ée, ne 'é1onnant
la p •au 1,1 uie par le froid, les fètements
en
ba · a,·ec l'r.,.poïr de l'y troU\w. Et comme, mêmll pa de l'é,·outer an colère tl d'être
.-ouilfl:, et d~cbirés.
à celle oou\'dle, il ~·alarmait, fai~1il mine de ain i Jésarmée, alor que, la reitle encore, •
1, r pelldilnl, à celle minu(('. en Je
·euîu.ir, 1 abdle lui rend11 coufiaoœ en loi elle ne on°eait qu'à e \'t:'D"er.
royant tel lfUÏl était, larn niable &gt;t mécond~darant que, pour quelque heure· au
« Eh bien, ·oit, 'écria+dle. Il sera fait '
naisi-aLle, pr ,er,t, ru •nacé, pour ui1·i, • ra ·é
moin , il était en ~ùreté.
ui\'anl
,·oLre dé.ir. Vous dormirez ici, apr'• ·
par uu inc.xorable d ' :tin, qu'J ahclle ,e
c J"ai eu peut-êLre tort de solliciter votre arnir pri · une nourriture qui rou est néceslai a pr•ndr • de cœur, &lt;'omrne. 1•lle ·'était
protection, fit-il alor .. Peut-ètr• eût-il ruieux .aire, à en jugc·r par volre air d'épui emcnl. »
lai~ é pr ·ndre dti corp~, nni ·an rési. tarw~.
,·alu continuer ma route pou1· ne m'arrêter Et plu bas, elle ajouta : &lt;i Je veillerai ur
celte fois. Cc fut, d, rr un rapidité d'édair,
qu'au dd.i de la frontière. ~lai je ne voulais YOU ·. I&gt;

c·c

( lllwst, a/ions .te CoNa...o.)
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suivre. ,;

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HISTORIQUE

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Gr:11•ure Je FRI UDEBERC. (Cabinet Jes Estampes,)

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MADAME ÉLISABETH , SOE UR D E LOU IS XVI
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Tableau de i\lme \'IGÊE-LE BRU:'-J.

75, RUE ÜAREAU, 75
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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LE

fflST0'/{1.Jl

Clich!
LES MAÎTRES DE !.'ESTAMPE AU

xvm•

SIÈCLE, -

LA

TOILETTE. -

"Li~EZ-MOi"

HISTORIQUE

Giraudon .

Gr:11•ure Je FRI UDEBERC. (Cabinet Jes Estampes,)

Clkhe Braun cl (" 1•

MADAME ÉLISABETH , SOE UR D E LOU IS XVI
LlBRAm IE ILLUSTRt E

Tableau de i\lme \'IGÊE-LE BRU:'-J.

75, RUE ÜAREAU, 75
l&gt;4RIS 'xlv- arrong' .)

�LIB~AJIUB luUST~EB. -

JULES TALLANUIBR_, énrTeu~. -

75, rue Dareau, P.u1s (XIV· arr).

Sommaire du
Comte e d'ARMAILLÉ
\ITE'-'-E 11'.\11\1.\ILLI. ,
(;E\1.IUI. Ill, .\1 \IU&lt;OI .
l'RtUf Rit ~ LOI.IH . . . . •
:.1\11\\IJ. UI ;
l 111111.1., 1•1.

.\\LI

.•.

LI Ho,,

ILRf

l'11. (j111 L\ 1&gt;1 . TllRl\f.,
J1&gt;s1 ,1•11 TL'l(l!l \\ , • . •

La . ml?ison de Madame Elisabeth .. . . .
J\lemo1res . . . . . . . . . . . . . . . .
Les femme d1;1 econd Empire: La prince e

1 11,1
1,u

de J\terte rn,ch .
. • . . . . . . . .
La n;io~t d'une reine . . . . . . . . .
. :
La vie IJ- bord au temps de Croisades et des
pè!errnages d!-1 moyen ûge . . . . . . . . .
Le heutenant-c1vil. Ureux d'Aubray

..
Les Femmes de !'Emigration . . . . . . .

c:fo

Cm11•. 1w Sn.i R

Fredéric Il. . . . .
Comment on traitait la Pest~ d~ns 1•~n~ie~

IIF\lff Hol)o\ . . . .

c~!:g~rd · : : : . : · · · : : : : : : : : · ·

Rom 1n Fu .1,,

••••
111 r1111. .

J,· l'.lr.1Jtmle FrJ11 · .1/se
F1&lt;ù1î RI&lt;; IJ11 1. \ Il. •

1:11 ,,sr 1&gt;.u 1,1.T.
.\1.ll 1&lt;11 1.

• •

Ut .\IOL 'LI\

.

ILLU TRATIO S

,

•
maison
de Madame Elisabeth

Vie et mort de I armëe du R.bin : Journal
d'un témoin . . . . . .
Mademoiselle de Circé .
Le caractère de Lou is X

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JJ11:1~1L\I I. fü.11.1 \&lt;~~·• llEl ,Ll.11111, l.\l&lt;l'.\C('JO. ('r.;-.u Il&gt;, ÙLUl 'C (&gt;l ' l&lt;T. Ut 1. 1\'\'I V.
l:Llf; 111;1.11'\I\, hRIS"IIEI&lt;. 811111, &lt;,R&lt;1', f,ltH'\, \1.u:IJF.I.IIXt llo11rn1.,111~.
-~.-F. l.1. l1t,1 • •'1_1Hy • .\lus&gt;-&lt;1 \11.1&lt;. 01 rnw.1111:. P1 ,r11-&lt;im.11u,, f-lp1,.m1 . 1,1111.1.
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MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAl~B du NUMÉRO 133 du JO mars 19 11

LA PEUR DE SOUFFRIR
MA~C~L

Pièce en un acte, en prose, par André RIVOIRE
PHÉ\'OST, de l'.-\cndcmie f~:inçaisc. C: Adjudant. - Jlr)IRI OP. Htlt:-.'IER

Je l ,\cndcm1c

f1:in~a1• c. Lied. -

(,n (

Il \"l El'I .LL1 HE.

Ames fémi nine
1) S. La vie
la
mort d'une danseu e.
,\!•· ï.1· 1Al'E \IE.TREl'H. ni..-ora.
\IA~&lt;:UERlll
,\ l'DOl'X ~1ère et fille. - PA, 1 uonua,r. de 1'1\ c.adémic francm. c. t•atuJté
tri te. .
Lo11osn Er Jeu: Je t ,O'iCOl' RT. Fra,;onu.t.
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JOurnce à P1!&lt;_c, . H~'": B.\ZI\ Je ! ,\.:adcm1c françm~c. Ln nuit de fin d'hiver.
i'Al"L n~ S.\I
1-\ IG1 OH. Ln \ énu. de lllilo,
Ciui· DL .\IAL'P S' \'i T
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ri:po,p1c en rctrac1•nl minutieusement la di Jriliution et l'a111e11l1lcme111. Voici d'abord h1
pr mii•re antirh.1ml1r1!, ,,. barHpll'lte. couv rle d'omrarrc. de la ~·a,0111wrie, ,un •raud
lu.Ire de frr et e. para,·ent de toile d'Alt'll~·on cramoi~i ; poL la deuxième anûrhambr•.
,nec~• portière de char à or, 1• talurnrct
de pannr, r ::ran,J.; fauteuil. "aroi~ de l'lou
doré,, t• rideau de "ro d • Tour. , . t:s commoJ · pl. quée de lini, de ro,e d de , iolcttc,
; portant el rhaus. on. de cui\re dor ·, à
11 ,.,u. Ji, marbre brèche d'Alep. Au milieu
J •la. aile e. l une Lai.ile a\', c undicll • écritoire
J'ar1re11l. r&gt;c œlle pièce, 011l'on dr .,ela nuit.
,lerrière Ir paran•nl ·, le. lits de veille d
femme. de cr\'Ît'.è, on pa,, • dans le Lioel
ou chamLrl! de~ nohl . Ici le meubll! e l de
dama· de Grnr. i:arai de fran"I'-' d'or. Il y a
douze ploiant de ,·elour~ de oie cram11i,i .
han les cn~ignure ·ont d •· con l • de
marc111eterie el de bronze Joré. La chemin :e
est immense. Le frux, le "irandole,, le
• hra •onl du m1•m , l le que la pP.ndule en
marlire 1,l:m , 11ui repré;.mtc un portique
1farchitcclure orué dau~ la fri • d • lroi · l,a,r •licf-. l'un caract :ri~ant la l'ai , l'autre
l'.\Londanc , le lroi. ième la Gloir •, ou J,
Irait. d' II •nri l\'. C'était celle alle qui précédait la dmml,r' à ,·ouchcr. La roilà, toute
tendue Je 11d11ur Je ,oie roll"• el de tapi. ,crÎP. de B1·au\a.i .. L, lit à la duche. e occupe
le milieu, a"c ; ~ • pente , se honues gr.let-~,
rideaux, .e· cantonnière , c, liuul(uel ·
d, plume:- el J'ai ret11·1-, s •.· rarreaux, .e&lt;
courte: -pointe . . cl sr~ marchepied .. Au fo11d
de I chamlir , hrille un cornmoJI.! de marqueteri • à de u. de m:irl,re vert d ampan.
En uite wnaienl le grand caLintl en "rus de
Tour· l,lane L Lieu, I;, ~alli, d • LillarJ cl le
boudoir. dilideu .e p~lilc pire• dout le fcnètr.. ~ donnaient . ur l'élan" de, :ui · el
sur l'a,·(•uue de i111-C r.
Chaque oir rtl appart •ment, enrichi d·ohjcts d'arl, de talill'au ,igné de plu~ "rand
mailr' , . ïllumioe d l' 'chi d~ lu Ir· cl
Je;. torcbi•re,. ln (IC!Nlllnd de tl'nl qnatr ,_
,iugts per ·u1111e ayant char..!e. dt: cour formait la mai. on Je la pri11ct,.e, ,an. compter
celle- ')Ill Jépendai ·nt de, ~curie. et d •" .er,ïc, e tfrieur ·. Quinze femme d· cbamlire
enaient )fodacne Ûi ahc1h : plu~ieur appartcnail'nl à di-, famill-s nobl,· .. · 11 entour:ige
l\'. - HtnoAu.- Fasc ~,.

.e rorupo~ait, apri·. la dame d"bonneur el la ttail cependant dl'venue l'âme de la rolerie la
Jamc d'atour , de huit d3mc, pour accom- plu· recbcrcb: de . on temp~. l\l lui 3,aiL
Jl3"11Cr; c' :1air11l llmc · de '••ran. Je Bo11r- comm11oi11ué . a fihrc dïntri;\UC et ou
J,·ille, de Cau. au .• de Ca11illac. Je Tilh. de ••01)t pour la Jomin lion .... .'ul ne douta ,
lelrort, J'lméconrt •t de 801111Jt!llc . Celle lor,qu'ellc fut nommé dame Je Yadamc
der11ièrcélait sa compagn d'enfance. Le comte f;li,abelh, qu· 11 • ne par,int facill!ment à
de Coi:mr était cbcialirr d'honneur; le comte
'emparer de l't• pril de la jeune princr. se et
d' Adhr.~~r. pr1•mier 1· 'U)er; le comte de à la ·oumeltre à
vue .. Peut-èlr · l'D titaitPoJenas, écunr . r111111. llaJan,e Eli:alwth 1.'lle con,·aincue Ioule la prl'mii•re . .'éanmoins
a,·ait Jem . t•èr 1taire. de$ commandement.. il fallut reconnaîlr flUC les projet . de la" do)Ill. )1,·. 11ard de Cbou~,i et Tourteau d'Or- minante 1'omte . e. ehri~ient contre la rnlonlé
1illier~: un pa"e, J., rom te ,\Jall,ert de Cha- tranquille, mai ferme, de lladame Éli~abeth.
mi .:ot; un bihliolhécair,,, l'acadén1icit'n La jeune prin ·e
entendait rester étranCh,1mfort; un aumùni r. l'abùé )faùiL·r. Le
ère à toute iolri11 ue de cour et de politi(Jue,
comte de Vernon diri"rait ~es t;curie .
et demeurer mailrl's ·r de choisir ~e. ami et
A la tèle de celle mni!&lt;OII, dont Sl' ·unlrn- si· con. ciller .• a d1ilPrminalion fut comlcraiL uu. OU\crain de no jour , 1:lait une de
pri~e, el acceptée an!C un rerlain dépit. li
femml' · k plu: remarquable· par leu r e pril ré ulta de r •lie ituation entre la jt•UJJe prinde la cour de LouL XVI. n etH dit que ce ces.cet la rlame d'honneur, des relations fort
roi, crai1rnanl de \'Oir. 3 .œur inclio r ver le ré~crvét's d'an cùt :, t fort embarra. ée de
l'autre. La comte. e Diane e \"Cll~t'a .ourdcment, dit-on, par cp1clqu · cri1 i_qm.-, :ur la
fürure et la toilctte d ~ladamc EILahclh, cl
par une in ouciance affeclée de de,oir de sa
char• . Tuute' 1· · deu néanmoin étai 111
trop ;ntdli 11enles pour ue_ pa arnir méoag •r
le apparen ·. liadame Eli . a~tb prisait hanlem1:nt l"c,prit d • hne IJiane de Poliirnac;
c li d rnière sa,·ait à l'oeca~io11 r1•ndre bomma e à t' · hauie Yerlu ,
En r ranchl•, nou ,·o)OOs JJadamc Éli ·aLeth l :moigner une ,ire atîectioo à la plus
à ée de s autres dame , Mme Je :oran.
aulrl'fois dame de .füdamc Clotild •. )loin inllutnle dan- le monde de ce 1.. mp~ que la
comte!. e Diane, la marqui 1• d,• :oran était
cependant lr~ appréciée à la Cour el il Pari~.
où son ~Ion était r cb1m:bé de. l'au. eur t•l
dé· gens de lettre·. La llarp , qui était un tle
~e enilt-ur · a:sidu., l'app ·lait. dan la
lannue mylholoai']UC du &lt;lix-buitii•me sièdl',
la mère drs ,lmour. Enc-0re julie. mervdl[ ,u · •ment Lit•n pri~e dans .a tailll! mior1•,
poudr~e et coiffée à ra\'ir, lfme dt• 'oran était
une de t't' ra,·i ·ante p lite ,icille qui ont
di,,paru avec l'ancien régime, et qui avaient
M.AUUIE J.1.1~.lllF.TII.
allier une innocente co11uetlerie à une vertu
TJ.t/tJu Je \lme \ '1,,1,; r.-Lt: flRt :s.
, n reproche.. On la vopit rarement ,an n
fille ainée Delphine, 11ui fut mari1:e ensuite
au coml◄' de Clermont-1onn •rre el devin!.
clorl re. a,-ait choi~i •1pr~ la comtt~. e llian
comme ,,a m• r •, dame de \ladamr l~li~ beth.
tic Polh1ac pour la ramener au monde el à Il ·lpbine, mie vers 1ïû6, fill •ule du prince de
, · ambition . ',in fortune cl ·an" éléga111,e 1 Condé l!l de \Ille de für an, a,ait grandi ]'r~
« laide t-ll perft&gt;Ction aurait pu dire d' ,Jle de œur~ du !loi. Elle ê!ralait . a mère en
~aint- i111on. la comtc.s~e llian de Poli nac ,hacîté, en grâce eten intelli nence, n'irrnorait

�1f1S T 0-1{1.Jl
rien des anecdotes de la cour, racontait a,,ec
tact, et possédail au plu haut degré le talent
de se montrer aimable sans banalité et amuante sans trop de malice.
La figure de Mme de Causans _se dessine
grave et au lèrc près de )fadame Elisabeth, à
côté de celle de la comtesse Diane de Polignac
et de la marquise de Soran. Mme deCausans,
connue et estimée du roi depuis longtemps,
passait à la Cour pour avoir reçu 1~ mission
de surverner la maison de Madame Elisabelh,
tout en ne portant que le tiLre de dame, pour
accompagner la jeune princesse. Autour de
celle-ci personne ne s'étonnait de ce choix et
ne songeait à se dérober à celle autorité
lacile. Mme de Causans deviul ainsi pour
Madame Élisabeth une lroi,ième institutrice,
et mérita d'elle une tendresse respectueuse et
filiale. Cette affection d'une jeune fille de
quinze ans, entourée de toutes les séductions
d'une haute situation, pour une personne
déjà âgée et attristée par les épreuves d'une
vie sévère et difficile, est trop touchante pour
ne pas nous obliger à en signaler quelques
traits, malgré la simplicité qui les caractérise.
Mme de Causans, veuve et presque sans
fortune, n'avait accepté de place à la cour que
dans l'intérêt de cinq enfants qu'elle élevait
péniblement. C'était dans ce but, et pour
obtenir la protection royale, qu'elle avait
abandonné une vie patriarcale dans sa terre
defamiUe. On fils et trois de ses filles l'avaient
accompagnée à Paris, où elle habitait, rue de
Grenellt\ no mode,te appartement, auprès du
couvent de Panlhemont. Ses filles étaient
chanoinesse du chapilre de Saint-Louis de
Metz, el portaient, sdon l'usage ancien, des
noms venant de terres de leur maison. L'une
s'appelait la comtesse de Vincens; la seconde,
la comtesse de Mauléon; la troisième, encore
enfant, la comtesse d'Ampurie. Les prescriptions du chapitre de Metz les obligeaient à -y
passer huit mois de l'année. Le reste était
consacré à leur mère, qui les amenait à Ver~ailles, où elles se partageaient son appartement pendant la durée de son service. Une
vieille et dévouée servante leur tenait lieu de
gouvernante. Madame Elisabeth, instruite de
la tristes e de leru sort, dJsira les connaître,
et voulut les attacher à sa petite cour. ~lais
leur mère se montra opposée à cette intention généreuse. « Pourquoi, disait-elle, rapprocher mes enfants d'un monde qui n'est
~as fait pour elles? &gt;&gt; Elle apprit à Madame
Elisabeth que Mme de Mauléon avait déjà sa
place au novic-iat du Saint-Sépulcre, à Bellecha.se. « Et Mme de Yincens, s'écria la princesse, pourquoi de songez-vous pas à la
marier? elle est si gaie, si aimable! &gt;&gt; Mme de
Cau ans apprit alors à la princesse que sa
fille était fort désirée, en effet, par un homme
distingué, et qu'elle aimait le marquis de
Raigecourt, mais que, ne pouvant la doter,
elle la destinait au même état que sa sœur.
~fadame Élisabeth rompit l'entretien et de-=

meura rèveuse. Celte infortune si noblemPnt
supportée lui in. pi rait un profond intérêt,
tandis que la pensée de cette jeune fille, condamnée à porter au pied de l'autel un cœur
brisé, rémltait son àmc. Elle eût voulu la
dérober à un sort aussi cruel; mais, sarhanl
qu'elle ne pouvait disposer de sa fortune, elle
se lroU\'ail pamrtl pour la première fois de sa
vie. Une idée . 'empara d'elle. On touchait
alors au terme de l'année, et elle allait recevoir en étrennes une somme de trente mille
livres, de tinée à compléter son écrin. Ce
cadeau du roi devait se renouveler tous 1cs
ans à pareille époque. Elle se fit apporter ses
diamants, qu'elle s'était jusqu'à ce jour proposé d'augmenter avec le plaisir ordinaire à
son àge, et vit resplendir ces boudes d'oreilles
en girandoles, ces agrafes de corset, ces
gerbes de brillants, ces émeraudes en poires
et ces esclavages de perles, tous d'une extrême
richesse, mais de forme ancienne et démodée.
Le grand luxe de. princesses était de porter
une parure de pierreries ditférenle à chaque
grande Iête, el l'on sait quel éclat en résul- '
tait, et quel prix les dames de la cour attachaient alors à ces fastueux ornement . Quand
elle eut remis fes cassettes aux personnes
chargées de les garder, elle se rendit chez la
reine sa belle-sœur. « Promettez-moi, lui
dit-elle, de m'accorder ce que je vais vous
demander. » Marie-Antoinette hésite et questionne la jeune princesse, dont l'émotion était
,·ive. « Eh bien, lui répond-elle d'une voix.
c&lt; tremhlanle, Mme de Causans pourrait ma&lt;r rier sa fille; mais elle n'a rien à lui donner
« et je voudrais la doler. Il faudrait cinc&lt; quante mille écus. Obtenez-moi du roi qu'il
« m'avance pour cinq ans les trente mme
11 livres qu'il me donne Lous les ans pour
« mes diamants, et, ajoute Madame Élisabeth
« en rougissant, mes vœtu: seront comblés 1 &gt;&gt;
Elle eut bientôt la réponse, car le roi était
entré pendant la conver alion. Il avait loul
en tendu et il accorda tout. Mlle de Causans
épousa ainsi M. de Raigecourt.
Ce ne fut pas la seule victoire de l'aimal1le
princesse sur la sévérité maternelle de sa
vieille amie. La seconde fille de Mme de Causans avait, mal!ITé son intention d'entrer au
couvenl et la défense absolue de sa mère, un
-vif désir d'entrevoir la cour de Mme Élisabeth. Un soir, il y avait réunion dans le salon de la princesse; on jouait aux ombres
thinoi es. Elle dirigeait les ombres, et les
dames, à tour de rôle, étaient appelées à deviner le nom des personne qui passaient
derrière la toile. La marquise de Causans
était de la partie. La princesse envoya secrètement à une femme de Mlle de Causans l'ordre formel de l'amener de s~ite, sans lui
permettre de changer de costume. Cette per·onne obéit. Mlle de Causans, dont le cœnr
ballait vivement, traverse les appartement~,
assez embarrassée de la simplicité de ses
ajustements. Tout à coup, une porte s'enLr'ouvre, Madame Élisabeth parait, arrange la

coiffure de la jeune fille, drape une mous eline sur sa robe, lui enseigne rapidement le.
attitudes à prendre et retourne au salon.
llienlôt une ombre charmante se dessine sur
la toile, passe et repasse en s'acquittant des
révérences de cour avec une parfaite connaissance de l'étiquette. Les spectateurs intrigués
cherchent en vain le nom de celle gracieuse
apparition. Seule, Mme de Causans a reconnu
la taille et les traits de sa fille. Mais comment supposer que la petite novice du SaintSépulcre, qui ne sait ni danser, ni saluer,
qui n'a d'autre parure que son ruban de pensionnaire el sa croix. de chanoinesse, soit arrivée derrière cette toile, bravant les plus
rigoureux des ordres. Quelques minutes d'hésitation se succèdent; enfin, la mère, o[ensée
mais ravie, devine, se lève et s'écrie, s'adressant à la princesse : (&lt; Ah I Madame I quelle
trahison! , La joie f ul très vive de part et
d'autre, et la future religieuse, présentée
ainsi à la cour, emporta le sou venir de cette
jolie scène, qu'elle aimait à rappeler à sa
jeune sœur, lorsque la Révolution, la chassant du cloitre, la rendit à la vie de famille.
C'était ainsi que Mme Élisabeth formait
des amitiés parmi ses nouvelles dames, tout
en conservant son affection pour ses premières institutrice . Ces dernières nous apprennent que leur élève chérie, en prenant
son rang à la cour, s'était tracé cc une sorte
ci de règlement, prenant dans sa conscience
« la volonté d'exercer sur elle-même la surf! veillance que ses maitresses n'exerçaient
« plus. On la vil conserver ses maîtres, leur
« montrer plus de docilité, continuer à visi« ter régulièrement ses tantes, con acrer le
cc même temps à l'étude des langues el des
11 belles-lettres. EUe avait
es heures mar« quées pour la prière, pour la méditation ..• .
• Le goOt que, dès son enfance, elle avait
« montré pour les mathématiques, avail été
« cultivé. A.près Le Blond, son professeur Iut
(( Mauduit, émule du célèbre Lalande. » (Ileauchesne.) La famille de Mau duit conserve de la
main de Madame Élisabeth une table de logarithmes fort ingénieuse et dont parle avec
éloges une lettre de Callet, directeur de la
marine au collège de la ville de Vannes.
Cet attrait d'une jeune fille pour une science
aussi aride que les mathématiques n'était pas
rare à une epoque ouverte à tant de curiosités nouvelles. Comme plusieurs de se contemporaines, Madame Éli abeth obéissait à
l'un de ces mouvements de l'intelligence qui
se manife Lent surtout à la vei11e des grandes
crises sociales. Les sentiments pieux dans
lesquels elle avait été élevée ne l'avaient nullement isolée des progrès de son temps, et la
nature sérieuse et positive de son esprit la
dispo ait à s'intéresser aux connaissances
utiles, aux découvertes et aux travaux des
savants distingués et des hommes d'élite qui
préparèrent, à la fin du dix-huitième siècle,
les bienfaits de la civilisation avancée dont le
nôtre a si amplement profité.
COMTESSE

... 290 ....

o'AR;\1AILLË.

DEUX AMIS. -

Cliché Kubn

Tal&gt;le.iu Je ,\IEl~SONJER.

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITl{E VII
Division de l'armée russe. _ Bagralion ~thappe à Jêrùme. - :!!arche sur la Dü.na. - Attaque infructueuse de Dünabourg. - Je culbute deux régi~enls di:! Wiu.genstcin sur la Düna. - Nous nous
separoos de la Grande Armêc. - Composition du
2• corps.

D~s les premiers jours de notre entrée en
~uss,e, les ennemis avaient commis une faute
enorme en permettant à N3f.oléon de rompre
leur ligne, de sorte que la plus grande masse
de leurs troupes' conduite par l'empereur
,U~xandre et le maréchal Barclay, avait été
reJetée sur la Düna, tandis que le surplus'

commandé par Bagration, se trouvait encore
s_ur le haut Niémen, ,·ers llir, à quatre-vingts
lieues du gros d~ leUJ' armée. Ainsi coupé, le
~orps de Bagrallon chercha à se réunir à
l e~pereur Alexandre en passant par ~Jinsk ·
mais Napoléon avait fait garder cc point im~
p_ortant par le maréchal Davout, qui repoussa
v1v~'.11ent .~es Russes et les rejeta sur Bob~u1sk qu il savait devoir être gardé par Jér.ome ~oo~~art~, à la tête de deux corps dont
l effectif s eleva1t à 60,000 combattants. Bagration allait donc ètre réduit à mettre bas
les arr:ies, lors9"°' 'il fut sauvé par l'impéritie
de Jérome, qui, ayant mal compris les avis

que D~~out lui avait adressés et n'acceptant
pa~ d ailleurs de reconnaître la suprématie
qu un~ longue expérience et de grands succès
donnaient à ce maré.chal
de son
.
' ,•oulut aai'r
o
hr
~ e et man~u vra s1 mal que Bagration échappa
a ce. premier danger. Cependant Davout
le .suivant avec sa ténacité ordinaire' , 1e reJ01• .'
g~t sur 1a route de Mobilew, et, bien qu'il
n eût en ce moment qu'une division de
12,000 hommes, il attaqua et battit les
36,_000 Russes d: Bagration, surpris, il est
vrai, sur un lerram trop resserré pour qu'ils
pussent se déployer et mettre en action toute
leurs forces. Bagration, ainsi repoussé,

a11!

�ms TO'Jt1A

.JJf É.M011fES

passer le .Bvrysthène, beaucoup plus bas que
Uohilew, à No,•oî-.Bychow, el, désormais à
l'abri des allaques de IJa,·out, il pul enflll
aller rejoindre la grande armée russe à Smolen k.
Oan~ les marches cl conlremarches que fil
IJagration pour échapper à Davout, il surprit
la hrigadt1 de cavalerie française commandée
pa1· le 0t!uéraJ .Bordesoulle el lui enleva tout
le 5e régiment de chasseurs à cheval, dont
mon ami Saint-Mars était colonel.
La prise du corps de Ilai,rralion aurait eu un
résultat immense pour Napoléon; aussi sa
colère contri:: le roi Jérôme 4ui l'avait laissé
échapper l'ut-elle terril.ile! 11 lui ordonna de
quitLl!r i,ur-Jr-champ rarruée el de retourner
eu Westphalie. Cette me,ure rigoureuse, mais
iudi~pensaLJe, produisit dans l'arruéc uu effet
lrè défal'orahte au roi Jérôme; ccpèndant,
é1a1t-1l le plu coupable'! on premier Lort
était d'avoir pl!usé que sa dignité de soui•ei·ain
s'opposait à cc qu'il reçût 11!s avis d'un simple maréc.:hal. Mais l'Erupereur, qui savait fort
bien (!UC ce j1June prince n'avait de sa ,·ie
dmgé un seul bataillon, ni assisté au plus
vctil cowbat, n'avait-il pas à se reprocher de
lui avoir conlié pour son délJut une armée de
60,000 hommes, el cela dans des circonstances aussi graves'! ... Le général Junot
remplaça le roi Jérôme el ne larda pas à commettre aussi une faute irréparable:
A. cette époque, l'tmpereur de Russie
emoya vers Napoléon le cômte de Balacholf,
l'uu de ·es ministres. Ce parlementaire trouva
l'empereur des Français encore à \\ ilna. On
n'ajamais bien connu le but de celle entrevue.
Quelques personnes crurent qu'il s'agissa.il
d'un armistice, mais elles furent promptement détrompées par le départ de M. de BaIacholf, el l'on apprit bientôl que le parti
anglais, dont l'influence était immense à la
cour et dans l'armée russe, ayant pris ombrage de la mission donnée à ~{. de Ilalacbolî, et craignant que l'empereur Ale:xandre
ne se laissà.t aller à traiter avec Napoléon,
avait hautement exigé que l'empereur de
Ru sie s'éloignill de J'arm ée et retournà.t à
..,aint-Pétersbourg. Alexandre accéda à ce désir, mais il tin l à ra\)peler égalemen Lson frère
Corn,lantin. Laissés à eux-mêmes et stimulés
par !'Anglais Wiliwn, les généraux russes ue
songèrmt qu'à donner à la guerre un caractère de (érooité qui pti t effrayer les Français.
Ils prescri,~renl donc à leurs troupes de faire
le désert derrière elles, en incendiant les
babîtations et tout ce qu'elles ne pournient
enlever!

de passer le fleuve et d'.iller sur la rive
droite attaquer en queue Wittgenstein. Mais
relui-ci, en s'éloignant de Dünabourg. y avait
lais é une forte garnison el une nombreuse
~rtiJlerie. Mon régiment faisait comme d'habitude l'avanl-garde, q uc le marérbal Oudinot dfrig •ail en personne ce jour-là.
Dünabourg esl s;tué sur la rive droite:
nous arri\'io11s par la gauthe, qui est gardée par un ouvrage considérable ervant de
tète au pool de communication situé enlre la
place et l'a\·ancée tt ue sépare le lleul'e, très
large en cet endroil. A un quarl de lieue des
fortilkations. qu'Oudinot préLt:&gt;ndait n'être
pas garnies de canons, je trouvai un bataillon
russe, donl la gauche s'appuyait à la rivière
et dont le front éLaiL couvert par les haraques
en planches d'un camp abandonné . .\.insi
posLé.s, les ennemis éla ii&gt;nt fort difficiles à
joindre. Le maréchal m'ordonna cependant de
les attaquer. Aprè · avoir laissé à l'intelligence
des officiers le l&gt;oin d'éviter les baraques en
passant par les intervalles qui les "éparaient,
je commande la charge. Mais à peiue le régiment a-t-il fait quelqurs pas en avant au
milieu d'une grêle de hallt&gt;s lancéPs par les
Ianta. i:ins ru~.es, que l'artillt'rie, dont le
marétbal avait nié l'existence, tonne avec impétuosité du hmt des furtifications, dont nous
étions si près que les boites à mitraille pa!isaienl au-des us de nos têtes al'ant d'avoir le
temps d'éclaler. On des rares boulets qui s'y
lrouvaienl mêlés traversa une maison de
pècheur et vint bri er la jambe d'un de mes
plus braves lrompell es qui sonnaitlacbargeà
mes côté l ••• Je perdis là plusieurs hommes.
Le maréchal Oudinot, qui avait eu le torl
grave d'altaquer le camp de baraques ainsi
protégé par le canon el la mousqueterie,
espéra débusquer les [anlassins ennemis en
envoyant contre eux un bataillon portugais
qui précédait notre infanterie; mais ces étrangers, anciens prLonoiers de guerre, qn'on
avait enrôlés en France, un peu malgré eux,
se portèrent au feu lrès mollement, el nous
restions touj11urg exposés. Voyant qu'Oudinot
se tenait bra,·ement sous les balle ennemies,
mais sans donner aucun ordre, je compris
que si cet état de choses se prolongeait encore
quelque minutes. mon régiment allait être
détruit. J'ordonnai donc à mes chasseurs de
E,e disperser el fi gur les fantassins russes
une charge en fourrageuJ's, q11i eut le double avantage de leur faire lâcher pied et
d'éteindre le feu des artilleurs, qui n'osaient
plus l.irer de crainte d'atteindre leurs tirailleurs mêlés aux Francais. Sabrés par mes
Pendant que, du point central de fülna, cavalie~, If' défen eurs da camp s'enfuirent
:'lapoléon dirigeait les di!lërents corps de on dans le plus grand désordre "er · la tête du
armée, la rivière de la Düna avait élé alleinte ponl. Mais la garni on charg~e de la défense
le 15 juillet par les colonnes que dirigeaient de cet ouvrage était t·omposée de soldats de
Murat, Ney, Montbrun, Nansouty et Oudinol. nomelles levées qui, craignant de nous y voir
Celui-ci, n'ayant probablement pas bien com- entrer à leur saile, fermèrent les portes à la
pris les ordres de !'Empereur, lit une marche hàte, cc qui contraignit les fuyards à s'élancer
excentrique, el descendant la Düoa par sa rive ,·ers le pool de hateaux pour gagner l'autre
gauche, tandis que le corps de Willgenslein . ri\'e Pl chercher un refuge dans la ville même
la remontait sur le Lord oppo é, il se présenta de OünalJourg.
de,·ant la ville de Dünabourg, vieille place mal
Ce pont n'avait pas de garde-fou, les barfortifiée, dont il espérait enlever le pont, afin ques chancelaient, la ri\'ihe était large et
... 292 ...

profonde, et j'apercevais de l'autre côté la
garnison de la place sous h•s armes et chercliant à fermer ses portes! Aller plus avant
me parais.ait une folie! Pensant donc que le
régiment en avait assez fait, je l'aYais arrêté,
lorsque le maréchal sur11int en s·écrianl :
&lt;&lt; Brave 23e,
faiLPs comme à Wilkomir,
« passez le pont, forcez les portes et empa&lt;1 rez-vous de la ville! 1&gt; En vain le général
Lorencez voulut lui faire sentir que les difficulté étaient ici beaucoup pin,; grandes, et
qu'un régiment de cavalerie ne pouvait attaquer une place forte, si mal oardtle qu'elle
fùL, lorsque, pour y arriver, il fallait passer
deux hommes de front sur un mamais pont
de baLeaux: le maréchal s'ob Lina en disant :
« Ils profiteront du désordre el de la terreur
dPs ennemis! ,, Puis il me renouvela l'ordre
de marcher sur la ville. J'obéis; mais à peine
élais-j.e sur la première tra,ée du pool avec le
premin peloton, à la tête duquel j'avais tenu
à honneur de me placer, que la garnison de
Dünabourg. étanl parvenue à fermer la porte
des fortifications donnant sur la rivière, parut
au haut des remparts, d'où elle commença à
faire feu sur nous 1...
La ligne mince sur laqutlle nous nous tenions ne permettant pas à ces soldats inexpérimentés de tirer avec justesse, le canon et
la mousqueterie nous firent éprouver bien
moins de pertes quP je ne l'aurais cru. Mais
en entendant la place tirer sur non • les défenseurs de la lête du pont, revenus de leur
frayeur, se mirent aussi de la partie. Le maréchal Oudinot, YOyant le 25c ainsi placé entre
deux feux:, à l'entrée du pont vacillant, au
delà duquel il ne pouvait avancer, me fit parvenir l'ordre de rétrograder. Les grandes distances que j'avais laissées entre les pelotons
permirent alors à ceux-ci de faire demi-tour
par cavalier sans trop de désordre. CPpendant
deux hommes et deux chevaux tombèrent
dans le fleuve et se noyèrent. Pour regagner
la rive gauche, nous étion-; obligés de repasser sous les rempa!'ls de la tète de pont, où
nous Iùmes encore assaillis par un feu roulant qui, fort heureusement, élait e:xéculé par
des miliciens inhabiles; car si nous avions eu
alfairP. à des soldats bien exerœs au tir, le
régiment eùt été totalement excermiaé.
Ce malheureux combat, si imprudemment
engagé, me coùta une trentaine d'hommes
tués et beaucoup de blessés. On esprrail, du
moin , que le maréchal s'en tiendrait à cet
essai in[ruclueux, d'autant plus que, ainsi
que je l'ai déjà dit, les instructions de !'Empereur ne lui prescrivaient pas de prendre
Dünabourg; cependaol, dès que ses divisions
d'infanterie furent arrivée , il fit auaquer
derechef la Lètc de pool, dont les ennemi~
avaient eu le temps de renforcer la garnison
par un bataillon de grenadiers, accouru des
cantonnements voisins, au bruit de la c·anonnade; aussi nos troupPs furent-elle repoussées avec des pertes infiniment plus considérables que celles épromées paT Je 23e de
chasseurs. L'Erupereur, ayant appris cell~
vaine tenlative, en blàma le maréchal Oudinot.

Vous savez que mon régiment était de brigade avec le 2 te dé cha seurs à cheval. Le
général Castex, qui commandait cette brig~de'. avai,t, dès le premier jour de notre
reumon, etahli un ordre admirable dans Je
senice. Chacun des deux régiments le fai'
,
sant a ~on tour pendant ringt-quatre heures,
marchaJt en lète lorsqu'on allait vers l'ennemi, faisait l'arrière-garde dans les retraites,
fournis. ait tous les postes, reconnaissances,
fanù'gar,d:s et détachements, pendant que
1aulre reg1menl, suirant tranquillement Ja
ro~tr, se remetlait un J)eu des fatigue. de la
veille et se préparait à celles du lendemain
ce qui ne l'empêchait point de l'enir appuye;
le corp de service, si celui-ci était aux prises
avec des forces supérieur.! . Ce système llxtraréglt'meotaire
avait l'immense a1•anl.a&lt;re
de ne
•
•
•
0
1ama1s separer le soldais de leur officiers
ni de leurs camarades, pour les plac!'r ous
les ordres de chefs inconnu cl les mêler aux
cavali~rs de l'autre réltiment. Enfin, pendant
la nuit. une moilié de la hrigade dormait
pendant que l~auL,re v~illait ~ur elle. Cependant, comme 11 n y a rien snns incoll\'énienls
il pourait se faire que le hasard appclàt plu;
souvent un des deux corps à être dl! service
lesjours o~ ~a.rviendraieut des engagement'
sérwux, arns1 que cela venait d'arril'cr au
23•\ ~~ot au comhal de \\ïlkomir qu'à celui
de Uunabourg. Celle chance le poursuivit
pen_d~ol la ~ajeur~ p_ar~ie de la campagne;
mats 11 ne tD plaigmt Jamais, s'en tira toujours avec honneur, et fut ourenl emié par
le 21•, qui eut Lien moins d'occa.ions de se
!aire remarquer.
.l'ai déjà dit que prndilnl qu'Oudinol fai~ail
s? c?urse .~ur DüoaLourg, les corps de Ney,
am 1 quel immense réserve de cavalerie commn.adée par Murat, remontaient ver Polotsk
par la rive i.:anche de la Düna, tandis que
l'armée russe de Wiugenstein suivaü la
mème direction par la rive droite. Ainsi sépares de l'ennemi par la rivière, nos cavalier·
se gardaient mal el plaçaient, chaque .oir,
selon l'habitude française, Jeurs bivouacs
beaucoup trop près des Lords de la Düna.
~itlgcns~ein, s':11 étant aperçu. lais~a passer
1rnfauter1e de Ney et Ill gros de la cavall'rie
de Montbrun, dont la division Ju général
Sé~~stiani fermail _Ja marcbe, a)•ant poor
arriere-garde la hrrrrade du général SaintGeniès, ancien officier de l'armée d'Égypte,
homme très brave, mais peu capable, Arri\·é
au delà de la petite ,ille de Urouia, le rrénéral
ainl-Geniè~, sur l'ordre de Sébasfüni ,0établit
ses régiments au bivouac à deux cenLs pas de
h rivière, qu'on croyait in franchis.able sans
bateaux. Mai~ Wiltgen~lein, ayant connai~sa~ce d"un ~é lrès praticable, profüa de la
nml pour faire pas er Je fleuve à une divi~ion
dP._ i&gt;a,·alerie qui, s'élançant sur le corps frança~ ·, enleva presque entièrement la hrigaùe
dunt-Geniè , lit Ctl général prisonnier et contraignit Séba,tiani à se retirer promptement
avec le reste de sa di,·ision vers le corp de
\l?.ntbru.n .. Aprè ce rapide coup de main,
\\ 11_1genst~in ~appela ses Lroup,.s sur la rive
dr01te et contmua à remon lt r la Düna. Cette

DU GÊNÉ'l(AL BA'l(ON DE )JfA'R.BOT

affaire fit grand tort à SéLastiani et lui attira
les reproèhes de !'Empereur.
Peu de lemps après ce fàcheux év-énemeut
Oudinot ayanl reçu l'ordre de s'éfoirroer d;
Oünabourg et de remonter la Ilüua pour rejoi_ndre Tey el .Montbrun, son corp &lt;l'armée
pr1l ~a route q~'avaient suivie les corps de ces
dermers et vmt passer devant la ,·iUe de
Drouia. Le projet du maréchal était de faire
camper ses troupes à Lrois lieues au delà; mais
comme il craignait que les ennemis ne profi.Lassent du gué pour jeter sur la rive gauche
de nombreux partis destinés à assaillir le
grand comoi qu'il Lralnailaprèslui,il décida,
e~ _s'éloignant avec toute son armée, qu'un
reg1ment de la brigade Castex passerait la
nuit sur le Lerrain où ];1 brigade du général
aint-Gcniè avait élé surprise, et aurait pour
consigne d'observer le gué par le4uel le~
Russes étaient passés pour ,·enir attaquer
celle brigade. )Ion régiment élaul de service
cejour-Ht, ce fut à lui qu'échut la da1wereuse
mis~ion de rester seul devant Drouia jis'lu'au
lcuùemain matin. Je savais que le gros de
l'armée de Wi11ge1Uein avait remonlé le
OeuYe, mai j"aperçus deux forLs rérrimenls de
cavalerie lai~sés par lui non luin du gué. C'étaiL
plus qu'il n'l'n aurait fallu pour me battre.
Lors même qur j'aurais voulu exécuter à la
lettrel'ordre qui me prescriYait d'établir mon
hivou~c sur l'emplacement qu'a rait occupé,
deux Jours avant, ('elui de Saint-Geniès, cela
m'eût été impossible, le sol éLant courert de
plu_s de deux cents radaues en putréfaction;
mais à celte rai on majeure il s'en joignit une
autre non moins importante. Ce que j'arni
vu et appris :,ur la guerre m'avait convaincu
que le meille11r moyen de défendre une ri-

v~rsaire, el en second lieu parce que celui-ci,
n ai·ant en vue que de faire un coup de
marn pour se retirer ensuite lestemenl n'ose
s'éloigner du rivage par lequel sa retraite e. t
as urée! J'étalilis donc le régiment à une
demi-lieue de la Düna, dans un champ oî1 le
Lerrain formait une légère ondulation. J'açais
lais é seulement quelques vedelles double,
sur le rivage, car je suis convaincu que !or. qu'il ne s'a il que d'obser1.1el', deux homml's
roient tout aussi bien qu'une forte grand'garde . Plusiëurs rangées de cavaliers furcnl
placées à la sui le les uns des autres en Ire ces
vedettes et notre bivouac, d'où, comme l'arai~née au fond de sa toile,je pouvais être rapidement informé, par ces légers cordons, de
tou l ce qui se passaj L sur le terrain ,1ue je
derais garder. Ou reste, j'arais interdit les
feux, même ceux des pipes, el prt' crit le
plus grand ilence.
Les nuits som extrêmement roarlcs eu
Rus ii:: au mois de juillet; cependanl, celle-ci
me parut bien longue, Lant je craignais d'êo·e
allaqué dans J'obscurilé par des forces supérieures aux miennes. La moitié des hommes
étaient en selle, les autres faisaient manger
leurs che1'3ux et se tenaient prêts à mtinler
de, us au premier signal. Tout parai ·sait
tranqnille à Ja rive oppu. ée, lorsque Lorentz,
mon domestique polonais, qui parlait parfaitement le russe, vint m'informer qu'il avait
entendu une vieille .luire, haLitante d'une
maison \'Oisine, dire à une autre femme de sa
caste : ,&lt; La laule4î-ne du clocher de Morki
est alluwée, l'ai taque va commencer! l) Je fis
a1uener ces ferumes devant nioi, et, q11eHionntles par Lo~entL, elles répondirent que, craignant d_ .. vmr leur bamc~u de,·enir le cbamp
de bal:11lle des deux partis, elles n'a1aienl pu
aperœl'oir ~an. alar1Ue briller sur l'érrli •e du
villa~e de A!or~i, silué $Ur la rive opp~ ée, la
lunnère qat, I avant-dernière nuit, avait serl'i
de signal aux Lroupcs russes pour trarnr er
le rrué rle la Uüna et fondre sur le camp françai !
Hien que je fusse prèt à Lout événement,
cet avis me fut très ulile. En an instant le
régiment fut à cheval, le sabre à la mi,in: et
les vedet_Les da h~rd de la rivière, ainsi que
les cavaher places en cordon dau~ la plaine
r_eç.urE'nL à voix~a~se, el de prodie eu proche:
l ordre de le re1orndre. Deux d1·s plus intrépides sous-officier:, Prud'homme et Graft
accompagnèrent seuls le lieutenant Der Lin'
tiue j'cmoyai observE'r les mouvements d;
l'ennemi. li revinl peu d'in lants après m'annoncer qu'une colonne de cavaliers russes
lravers:iit le gui&gt;, que déjà plusieur escadrons :miient pris pied sur la rive, mais que
élo,nné~ &lt;le ne p_as tro~ver notre camp au Jie~
qu
al'n.1t occupe ccltu de Saint-Geniès il
.)ERÙUE·NAPOLÊON. ROI DE ''\TESTPJIALIC.
s'étaient arrêtés, craign.ant ~ans doute d~ cC
D'.ttrès le Jessln de BELLuRn.
trop ~oigner du gué,. leur nnique moyen de
rctrrute; œpendant, ils s'y étaient décidés
vière contre les alla 1ues d'utl enne111i donl Je
avançaient au p,ls el se trom·aieut à petit~
but ne pe~t è1.re de "étahlir sur la rive qu'on di lance de nous!
occupe s01-mcme, est de tenir le rrros de sa
A l'instant, je fis mellru le fou à une imtroupe à certaine distance da lleuve, d'aliord
mense meule de foin ain i qu'à plusieul's
pour être prénmu à Lemps du pas.age de l'adgranges placées Sllr la hauteur. La lumière

�----------------------·-

1f1ST0~1.l1---------

de leur.; flamm,•. Pclairanl Ioule la t'Onlrée, je rat el de )lonlbrun, pour se rendre de Drissa
distinguai parfailemt'nl la colonne l!Unemie à \\'i1epsk, a\'aient établi sur la Diina, en
formée des bus ards de Grodno. J'a,·ais a\'eC l'ace de Polot k un pont de bateaux qu'il
moi un millier de hra\'es C'aYaliers ... nous lais èrcnt au corps d'Oudinot, destiné à marnous élançons au galop dans la plaine. au cri cher ur la roule de Péter.bourg. Ce fut
dl· 11 Vire rEmp 'reur ! » el chargeon, rapi- dom: en ce lieu que le 2~ corp· prit une auire
dement sur les Bus es, qui, surpris d'une direction que la Grande Arm~e. quP nous realtaryue nu si hrusque qu'imprérne, tournent vîmes seulement l'hh·er • ui\·ant au pa sage
l1ride el, sabré par mei; chasseurs, courent à de la llérésioa.
la débandade vers le gué par lequel ils étaient
Il faudrait plusieurs \'Olumes pour retracer
venu . 11:; s'y lromèrent fare à face avec le le manœavre et le comLat · de la 11artie de
ré;:iment de dragon 11ui. formant brigade l'armée 11ui sui\'il l'Empereur à Moscou. Je
avec eux, les a mit suiYis et sortait à peine de me bornerai donc à indiquer les faits les plus
la ri\ière. Ces deux rorps s'élanl choqué el importants, à mesure qu'ils se déroulerèrnl.
mêlé , il en ré uha un désordre affreux dont
,tin i, le 2.ï juillet, il y eut prè d'Osmes chas eurs profilèrent, grâce à la lueur trowno une affaire d'a\'nnt-garde très fa,·~
de l'incendie, pour tuer un grand nombre rable à notre infanterie, mais où pln~ieur
d'ennl'mis et prendre beaucoup de cbe,•aux. régiments de cavalerie furent trop précipiLes liasses e précipitant en tumulte darr le tamment en"agés par Mural. Le 16• ùe cha-gué 11uïl Youlaient pa~ser tous à la foi pour seur. fut de ce nombre. Mon frère, qui y
é\·iter le- roups de mousqueton que mes servail comme chef d'cscad1·ons, fut pri et
chasseur- Liraient du haut du rivage ur cette conduit bien au delà de Mo cou, à 'alaroff,
foule rperdue. il ~·en noya un bon nombre. sur le \'oJ.,.a. Il y retrouva le colonel aintNotre brusque altaque dans la plaine arnil Mars, ainsi qu'Octa,·e de Ségur. lis s'cntr'ailellemenlétonné le ennemis, qui 'allendaienl dèrent à upporler lt ennuis de la caplivi1é,
à nou surprendre endormi , que pa un ne auxquels mon frère étail d~jà habitué, car il
se mil en défense, et tous fuirent san com- avait pa sé plu ieurs année dans les prisons
liallre; au si j'eus le bonheur de regagner et sur les pou tons de E ·pa!!Oob. •o chances
mon bivouac ans avoir à déplorer la mort ni de guerre étaient bien différente : Adolphe,
la bic. ure d' .. ucun de mes hommes!. .. Le fait Lrois foi pri onnier, ne fut jamais blessé,
jour nai sant éclaira notre champ de bataille, tandis que, recevant très om·ent de. Llesurei., je ne fus jamais pri .
sur lequel gi aient plusieurs centaines d'ennePendant que l'Empereur, maitre de Wilna,
mis Lué ou hie .és. Je confiai ceux-ci au1
manœuvrait pour amener l'armée rus e à une
habitants du hameau pfès duquel j'avai
pas é la nuit, et me mi en route pour me uataille décisÏ\•e, mais san pouvoir y parveralli1:r au corp d'Oudinot, que je rl'joignis le nir, le corps d'Oudinot, aprè arnir pa é la
oir même. Le maréchal. me reçut très bien et Düna à Polotsk, s'élabLit en avant de celle
complimenla lerégiment sur sa l&gt;elle conduite. ville, ayant en face de lui les nombreu es
Le 2• corp ·, 1J.1arcbanl con tamment ~u r troupe du ~énéral Wittgen lein, formant
la rh·e sauche de la Düna, parvint en trois l'aile droite de l'ennemi. A,·ant de rendre
jours en face de Polot.k. Nous y apprimes compte des événements qui se passèrent ur
que !'Empereur a,•ait enfin quitlé Wifoa, où le· rires de la Düna, je croi · néces aire de
il était re té ,ingt jours, et .e dirigeait vers vous faire connaitre la composilion du
Vitepsk, ville assez imporiante, dvnl jl comp- 2e corp., dont je uivis Lous lt&gt;s mouvemenls.
Le maréchal Oudinot, qui le commandait,
tait faire le nouveau cenl re de e opérations.
n·arait d'abord sou ses ordre que 44,000
En s'éloignant de W1lna, !'Empereur
anit laissé le duc de .Ba- ano en qualité de homme répartis en trois di"i ·ions d'infantegouverneur de la pro, ince de Lilbuanie, et le rie, dont lt•s chefs étaient ll' générnux Lell'énéral Uogendorp comme chef militaire. grand, VerdiPr et Merle, Lou Lrois, et surAucun de ces deux fonctionnaires ne conve- tout le premil'r, excellents ofücicr . On renait pour ornaniser le derrières d'une ar- marqua il parmi les géuéraux de brigade
mée, l'ttr le duc de Ilas~ano, ancien diplomate Albt:'rt el Mai on. La cavalerie se composait
el secrétaire ponctud, n'avait aucune con- d'une superbe dimion de cuirassiers el de
nai,; ance en al/minisfratfo11, tandis que le lancier , commandée par le crénéral Doumerc,
Jlollandais llo••rnJorp, parlant très mal noire officier assez ordinaire, ayant ·ous ses ordres
le brave gé.oéral de brigade Berl'kheim. Deux
langue, n'alanl aucun notion de no· u~age
et rè lements militair&lt;'S, ne pomait réussir brigades de cavalerie légère faisaient aussi
aupr~ des Français qui pas aient à Wilna el partie du ~• corps. La première, composée
de la nobles.e du pay . Au i les richesses des 23• et 21• de cha, seurs, était commanqu'olTrail la Lithuanie ne furent d'aucun se- dée par le général Ca tex, excellent militaire
sou tous les rapports. La econde, rormée
cours pour nos troupes.
Polo!. k, vill~ situét' sur Ja rive droite de par le 7e et 20• de l'has eur et le ge de lanla Düna, est compo~ée de maisons en boi et ciers polonais, était aux ordre du général
doruinée par un immerue et superbe collège, Corbiueau, homme brave, mai apathique.
alor- tenu par des Jésuites, qm prfu.que Lous Ces deux brigades n'étaient pas réunies en
étaienl Français. Elle est entourée de fortifi- divi ion; le maréchal les auacbait, elon les
cation en terre ayant jadis oulcnu un siège besoins, soit aux divUons d'infanterie, ' OÏL à
dan le guerres de Charles XII contre Pierre l'avant-garde ou à l'arrière-garde. Ce s slèmc
le Grand. Les corps d'armée de r ey, de Mu- présentait de grands avantages.
-

2 94

...

Le 24c de chas euri:, avec lequel mon régiment était de brigade, ~tait on ne peut mieux
composé et eût rendu de grand s.en;ces si la
ympalbie et l'union eu sent existé entre le
soldats et leur chef. Malheureusement, le colonel ,\ ... 1 se montrait fort dur pour ses subordonnés, qui, de leur côlé, étaient assez
mal di posé· pour lui. Cet état de chose
nait décidé le général Castex à marcher et à
camper avec le 25" de chasseurs, et à réunir
a cui ine de campagne à la mienne, bien
qu'il eùl ·ervi dans le 2.;.e_ Le colon~l A....
grand, adroit, toujour parfaitemenl monté,
se monlrait nenéralement bien dans lei. combats à l'arme blanche, mai passait pour
aimer moins les combats de mou queterie et
d'artillerie. ,1:ilirré tout, !'Empereur apprétiait chez ce chef de corps une qualité qu'il
pos édail au plu haut degré, car c'était
incontestablement le meilleur orticicr de cavalerie légère de loull's les armées ùe l'Europe. ,lamai on ne vil un tact plu fin, un
coup d'œil qui exploràt le pays avec autant
ùe ju lesse; au si, avanl de parcourir une
contrée, il devinait les obstacle que le cartes ne signalaient pas, prévoyait les points où
devaient aboutir les ruisseaux, les chfmins,
les moindres sentiers, et il tirait des mouvement de l'ennemi des pr 1Yisions qui ·e réalisaient pre.qoe lonjour. . Sou~ le rapport de
la petite comme de la grande guerre, M. A...
était donc un officier des plus remarquables.
L'Empereur, qui l':n·aiL fréquemment employé ~ de reconoai sances dans des campagnes précédentes, l'avait signalé au maréchal
Uudiuol, qui l'appelait même ouYent dao·
son con eil, d'où Il ré -ultaiL forcément que
bien des corvées et de périlleu es mission~
retombaient sur mon rérrimeot.

CHAPITRE VIII
Alfure de Jakouhowo ou !{lia lilsoui. hlP~6é.

Je suiF

A peine le diYers corp d'armée qui nous
avaient précédé 11 Polotsk s'en furent-il
éloigné , pour aller rejoindre l'Empereur à
Witep!'\k, qu'Oudinot, entassant Ioules ses
troupe en une , eule el immense colonne sur
la roule de ainl•Pétnshourg, marcha le
29 juillet sur l'armée de Wittgcn tein, 4.u'on
savait être postée à dix lil!ue de nous, entré
deux petites ,;lies nommées ebej et Newel.
Nou allàmes ce jour-là coucher sur les t·h·es
de la Drii-:sa. Cet affiuent de la Düna n'est encore qu'un fort rois eau deYant le relai de
Siwot china, où il est traver é par la grande
route de Péter bour"'; el comme il n'existait
pas de pont, le goureroement ru ~e y avait
suppléé en faisant abattre des deux côtés, en
1,ente douce, le::- haute Lerge qui l'encais·
sent; et, en pa,·ant le fond du ruisseau sur
une largeur 6gale à celle de la route, on avait
établi un gué fort pralicahle, mais à droite
1. L'ofr.cier dtl.igné par la lettre A, .. dans le manuscrit e t le colonel Ameil. Nous en rêtabtisson le
nom ~ur la rlcman.Je de es pellls-llls. Les rapl"lr · du
colonel .Ameil l'l du rolouel du ~3 Je chas eurs
titaieul ,les plus lendus, el semblent tëmt&gt;igner de
ces l'iralité ,·ntrc chefs de corps si fréquente· alors
,lans no, arméPs.

�1f1STO'J{1.JI

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el à. gauche duquel les troupes et les chariots
ne pouraiPnt pas::er, lanl le ri,·age esl escarpé. Je crois devoir donner cette explication, parce que trois jours après ce Jieu fut
le théâtre d'un en:ragement des plus ,ik
Le lendemain 50, mon régiment étant de
service, je pri. la lèle de l'a,·anH!arde et,
suivi de tout le corps d'armée, je traversai le
gué de la Orissa. La chaleur était acrablanfe,
el d11ns les blé couverts de poussière qui
bordaient la route, on voyait deux larges
zone où fa paille couchée et érra~ée, comme
si un rou !eau y eù l été traîné plusieurs fois,
indiquait le passage de fortes colonnes d'infanterie. Tout à coup, auprès du relais de
poste de Kliastitsoui, ces indices disparai saiml ries bord. de la grande route el e reprodui,ait&gt;nt à sa ,,auche sur un large chemin
vicinal qui abouliL à Jakoubowo. li était évident que l'ennemi avait quitté sur ce point
la direclion de cbej pour se jeler sur n11lre
0anc gauche. La cho, e me parul grave! J' arrêtai nos lroure5 et envoyai pré,·cnir mon général de l,rigade. Mais le maréchal, qui marcbait ordinairement en rne de l'avanL-garde,
ayant aperçu celte halle, accourut au [.;alop,
et malgré le oliservations des gé11é1 aux CaslPx et .borencez, il m'ordonna de continuer
la marche par la grande roulr. A peine
a1•:iis-je fait une lieue, que j'aperçois 1·enant
à nous un kihick, ou calèche ru . se, attelé de
deux cbe\'aux de po le!. .. Je le fais arrêter
el vois un officier ennemi qui, as~oupi par la
chaleur, s'était couché 1oul de son long dans
le foud du kibick. Ce jeune homme, fil~ du
eigneur auquel appartenait le relais de Kliastilsoui 4ue je \'enais de quit Ler, était aide de
camp du général Willgen ·lcin el re1enait de
Pétershourg a,·ec 1, réponse aux dépêches
dont son &lt;rénéral l'avait chargé ponr son °ouvememenl. l\ien ne saurait peindre sa stupéfaction, lorsque, réveillé en sursaut, il ~e
trouva en présence dé nos chas~eurs à fi1,tm·es
rébarbatives et aperçut non loin de là de
nombreu es rolonnes françaises! li ne pouvait conce,·oir commrnl il n'avait pas rencontré l'armée de Will 0 en,1ein, ou au moins
quelque ·-uns de ses éclaireurs, entre , eLP_j et
le point où nous étions; mais cet élonnPmcnt
ronfirmail le général Castex cl moi dau la
pensée r1ue Willgenslein, pour tendre un
piège à Oudinot, avait ùrusquemenl quillé la
route de Péter bourg pour se jeter sur la
gauche el sur l'arrière-garde de l'armé!! française, qu'il allait attaquer en flanc el en
qut!ue ! En elfet, oou enlendimes ùientôl le
canon, et peu après la fusillade.
Le maréchal Oudinot, quoique surpri par
une allaque au si imprén1e, se Lira a scz bien
du mau1ai · pas où il '&lt;!Lait engagr. Faîsant
faire un à 9auclte aux diîerses fractiow de
sa colonne, il se mil en ligne en faœ de Wil tgen teio. dont iJ repoussa si vigoureu,emenl
les première attaques que le flu. se ne rruL
pas devoir les renom·eler ce jour-là, el se
relira derrière Jakouùowo. Mai· sa cavalerie
a1•ail eu uu as ez Leau uccès, car die avait
pris sur nos derrière nn miUier d"homme
el une partie des équipages de l'armée Cran-

çaise, rntre autres nos for&lt;rPs de campa~nc.
Ce fut une perle immeme, donl la caval,·rie
du 2" corp' . e ressenlil péniblement pendant
Ioule la campagne. Après c·el eorragemcnl,
les tronp•·s d'Oudinot a~•ant pri position, la
brigade Castex reçut l'ordre de r~trograder
jusqu'à KliastiLoui, afin de gardc•r l'embranchement des deux. roules, où l'infaott'rie du
général llaisou vint se joindre à nous. L'officier ru. se. prisonnier dans la propre mai$OTI
de on pèrù, nous en fil les honnrurs al'ec
beaucoup de grâce.
Cependant, un combat sérieux se préparant pour le lendt'main, les commandants
dr deux armées prirent leurs dispositions, el
au point du jour le Hnsses marcMrenl . 11r
la mai on de poste de Kliastitoui où s'appupit la droiLe des Français. Bien qu'en dfl
telles cin·onslances les deux ré~im~nls fussent emplo~é~, néanmoins Cl'lui qui était de
service se mellait Pn première ligne. C'était
le tour du ~4• de cha seurs. Pour éviter
Ioule bé-itation, le bra,·e général Castex vient
Ee plact'r en lèle du régimeut, le conduit rapidement mr les bataillons russes, les enfonce cl fnit 400 prisonniers, en n'éprouvant
qu'une perle légl're. Caslf'X en Ira courageusement le premier dans les rang ennemis;
sou cheval fut Lué d'un coup de baïonnette,
et le général, dans sa chute, eut un pied
foulé. li oc put pendant plusieurs jours diriger la brigi.dt!, dont le colonel A ... prit le
commandement.
Les balaillon russes que le 24° venait de
sabrer a1·aient été remplacés sur-le-cbamp
par d'autres, rpii déhouchaient de Jakoubowo
el s'avançaient sur nous rapidement. Le maréchal ayant alors emO)'é à M. A... l'ordre de
le attaquer, cdui-ci commanda le passage
rie ligne en avanlf ce que j'exécutai au~sitot. Arri1·é en première ligne, le ~3•, s'étant
remis en bat.aille, marcha vers l'infanlerie
rust-e, qui s'arrêta et nous .illendil de pied
ferme : c'étail le règimenl de 'fambolf. Dès
qm: nous f 1'1mes à bonne portée, je commandai la l'l1arge! ... Elle fut cxéc1Jtée arec d'aula•1t plu de résolution t-l d'ensemble que
rues cal'alicrs, outre leur courage habituel,
étaient vivement ~limulê~ par la pensée que
leurs camarades du 2 t• uivaienl des yeux
tou lctw moul'ementsl. .. Les ennemis commirent la foule foorme, selon moi, de démunir leur ligne de loul son fou à la fois, en
nous tirant une bordée qui, mal ajustée, ne
tua ou ùle sa que quelque hommes et quelques chevaux : un fou de file eùt été bien
plu meurlrit&gt;r. Les Bus es Youlurenl recharger leurs armes, ruais nous ne leur en laissâmes pas le temps: nos excellent chevaux,
lanré,i à fond de train, arrivèrenL ur eux, el
,Ill choc fut si violent qu·uuc,foule d'ennemis
îurenl jetés à terre!... Beaucoup se relevèrent en essa1anl de se défendre avec la baîonnelle contre Jr, coups de pointe de no cbasf•urs; mais aprè al'oir essu1é de grand~s
perles, ils reculèrt:nl, puis se débaudèrent, t!l
un bon nomLre furent tué ou pris en fuyant
ver· un- régiment de tarnlerie qui arrivait à
leur ~ecours. C'étaieul les bus. ards de Grodno .
0

J'ai remarqué que lorsqu'un corps en a
battu un autre, il conser-re toujours sa supériorilé sur lui. J'en vis ici une nouvelle
preuve, car les chasseurs du 25, s'éhnci&gt;renl
comme sur une proie facile contre les hussards de Grodno &lt;fu'ils a,·aient jadi i bien
bat lu dans le combat de nuil de Drouia, et
les hussards, ayant reronnu leurs vainqueurs,
:;'enfuirent à toutes jambes! Ce ré:?imenl fut
pendant tout le re te de la campagne en face
d n 2;;•, qui conserva toujour:,; ur lui le
mème ascendant.
Pendant que les événements que je viens
de racontrr se pasi:aienl à notre aile droite,
l'infanterie du centre et &lt;le la gauche ayant
allaqué le. I\usses, ceux-ci, ballus sur tous
le points, abandonnèrent le champ de bataille, el à la tombée de La nuit ils allèrent
prendre po,ilion à une lieue de là. 'otre armée rrarda CPlle qu'el)e occnpait entre Jakoubowo et l'embranchement de Klia titsoui. La
joie fut grande ce soir-fi dans les bivouacs
de la brigade, car nous étion vainqueurs! ...
Mon régiment avait pris le drapeau des Canlassins de TamboO', el le 2-ie s'élait aussi
emparé de celui da corps ru se qu'il avait
enfoncé; mais le cootentemenl qu'il éprouvait se tromait affaibli par le regret de avoir ses deux chefs d'escadrons blessés. Le
premier, 1. Monginot, était sous Lous les
r11pporl un officier du plu grand mérite; le
second, frère du colonel, san avoir les talents
ni l'esprit de son aîné, était un orficier des
plus intrépides. Crs deux chef- d'escadrons
se rétablirent pro ru ptcment et firent le reste
de la campagne.
Lor qu'un corps cherche à toul'Jle,· son ennemi, il s'expo$e à être tourné lui-mème.
C'est ce qui était arrivé à Wittgenstein, car
œ général, qui le 29 avait quitté la roule de
Péter~Lourg pour se jeter sur la gauche et
.ur les derrières de l'armée françai e, avait
compromis par là sa ligne de communieatioo
dont Oudinot aurait pu le séparer complètement, si, après l'avoir battu Je :iO, il l'eùl
poussé vigonreu ement. La ituation du général rus~e était d'autant plus dangereuse
que, placé en face d'une armée victorieuse
qui lui barrait le chemin de la retraite, il
apprit que le maréchal Macdonald, après avoir
passé la 0iina el pris la place de 0ünabourg,
aYançait sur ses derrière . Pour sortir de ce
mauvais pa~, Wittgenstein avait habilement
employé Loule la nuil après le combat pour
faire à travers champs un détour qui, par
Jakouùowo, ramenait son armée sur la route
de Saint-Pélersbourg. au delà du relais de
Kliaslilsoui. Mais craignant que la droite de
Français, po Lée à peu de distance de ce
point, ne ,int fondre sur ses troupe pendant
leur marche de Uanc, il avait résolu de l'en
cmpêi:bn eu auaquanl lui-même noire aile
droite avec des forces supérieures, pendant
que le gro de l'armée, exécutant son mouvement, rec,agnerait la route de aint•Pélersbourg et roul'rirait se communication aYec
ebej.
Le lendemain ~ 1 juillet, mon régiment
prenait le ervice au le\'er de l'aurore, lors-

, ________________________ JJft.M01'J{ES

DU GiNÉR,_A,L BAR..ON DE MA~OT ~

rru'oo, s'aperçut qu'une partie de l'armée en- pour l'extraire, élargir la plaie, dont on voit de prisonniers. Cependant, les Russes étaient
parvenus à gagner la roule de aint-Péler nemie, bauue la veille par nom, apnl con- encore la grande cicatrice.
Je vou vavoaerai que si j'eus,e alors été bourg, par laquelle ils elfectuaient leur
tourné la -pointe de notre aile droite, était en
pleine retraite rnr ~ebej, tandis que le sur- colonel, j'aurais suivi les uornbreux hies és relraite sur Sebej.
Pour se rendre du relais de Kliastilsoui lt
plus venait noas allaquer à Kliastitsoui. En du corps d'armée qu'on dirigeait 1·ers Polotsk,
celle , ille, il fau Ltraverser le lrt!s ras le maun clin d'œil, toute. les troupes du maréchal
rais de l,hodanui, au milieu duquel la grande
Oudinot furent sou les armes; mai· penroute est élevée sur une digue formée par
dant que les généraux prenaient leors di~pod'immenses sapin · couchés les uns auprès
sition~ tle combat, une forte colonne de gredes autres. Un fos. é, ou plutôt un canal
nadiers russe , attaquant nos allié, de la
large el profond, règne des deux côtés de
légion portugaise, le mit dans un désordre
celte digue, et il n'exi le aucun autre pascomplet, puis elle se dirigeait Yer- la va le et
sarre, à moins de se jeter bien loin de la
f11rle mai on du relais, point important dont
di;ection de Scbej. Ce défilé a près d'une
elle allait -'emparer, lorsqu" le maréchal Oulieue
de long, mai la route en bois qui en
dinot, l,1ujour. l'un des premiers au feu,
assure
fa viabilité est d'une largeur très conaccourt vers mon régiment déjà rendu aux
siMrablc. Aussi, dans lïmpnssiLilité de pla:11anl-po les, t!l m'ordo11nc de t.icber d'arrècer des tirailleurs dans le marais, les I\usses
ler, ou du moins de rl'l,1rder la marche des
se reliraient-ils en épaisses colonnes par celle
ennemi ju~qu 'à l'arrivée &lt;le outre infanterie
roule factice, au delà de laquelle nos cartes
qui ·a,·ançait rapidrmenl. J't'nlèYr ruon réindiyuaient une plaine. Le maréchal Oudinot,
f,rimeul au galop el fais .onnn la charge, en
voulanl romplélcr sa victoire, avait résolu de
1m·na11l oJJliquemenl la ligne ennemie par sa
les y suivre. A cet e0et, il avait déjà engagé
droite, ce qui gêne infiniment le feu de L'iusur la roule du marais la division d'infanterie
l'anteric; au ·i:i celui que les grenadiers ennedu gênerai Verdier, que devait suivre d'abord
mis firent sur uous fut-il presque oui, et ils
la brigade de cavalerie Ca Lex, puis tout le
allaient êlrè abrés 11igourcusemenl, car le
corps d'armée. Mon régiment n'était pas
désordre était déjà parmi eux, lor~quc, soit
encore entré en li 0 ne lorsque je le rejoignis.
par in Linct, soit sur le commandtlmrnl de
En me voyant me replacer h leur tète malleur cbel', ils font de1J1i-tour et gagnent en
gré ma blessure, officiers, sous-o[ficier el
courant un large fossé, qu'en ,·enanl ils
a1aienl laissé derrière eux. Tous s'y précipichasseurs me reçurent par une acclamation
tèrent, el là, couverts jusqu'au menton, il~
générale, qui prouvait l'estime et l'attacheMARÉCHAL SEBASTIANI.
commencèrent un feu de file des mieux nourment que ces braves gens avaient conçus
Gravure de D&amp;LANNOV, J.'atrts lt tablea/4 ,tt
ris! J't:us loot de suite six à sepl hommes
pour moi; j'en rus prorondoment louché. Je
\\"rNTERIIALTER . lM/lsèe .ie Versailles .)
tués, une vingtaine de blessés, et reçus une
fu surtout pénétré de re1:onnais•ance pour la
halle au d&lt;1faul de l'épaule gauche. Me, cavasali faction qu'exprima, en me reroyant,
lier, étaient furieux; mais notre rage était el que, passant la Diina, je me serais rendu mon camarade, le chef d'escadrons Fonlaine.
impuissante contre des hommes qu'il nous dans quelt1ue ville de Lithuanie pour m'y Cel officier, quoique fort brave et très caétait physiquement impo · ible de joindre! ... faire soigner. Mais je n'étais que simple chef pable., avail si peu d'ambition qu'il était restr
Dan cc ruoment critique, le général ~lai.son,
d'escadrons; !'Empereur pouvait en une dix-huit ans simple capitaine, al'ait refu~é
arrivant avec sa Lrigade d'infanterie, m'en- journée de poste arriver à Witep.k, passer trois fois le grade de chef d'escadrons el 110
voya l'ordre dti passer derrière ses bataillons; uuc revue du corps, el il n'accordait rien l'avait accepté que sur l'ordre formel de
pui il alta,yua par le deux flanC! le fo sé, qu'aux militaires présents sous les armes . !'Empereur.
dont les t.léfon eur~ furent tous tués ou Cet u age, qui, au premier a pect, parait
Je repris donc le commandement du 25•,
pris.
cruel, était néanmoins basé sur lïntérèt du qui pénétra dans le marais à la suite de la
Quant à moi, gri,~vement ùle sé, je fus service, car il timulait le zèle des ùlcssé., di vi iou Verdier, sur laquelle les derniers
cont.luil aupr1\,; &lt;lu relais. On ml:l desi:ent.lit qni, au lieu de traîner dans les hôpitaux, pelotons de la colonne ennemie s'étaient
de cheval à grand'peine. Le bon docteur Pa- s'empressaient de rejoindre leurs corps res- bornés à tirer de loin quel~ues coups de
roi, chirurgit"n-major du régiment, vint DJe pectifs dès que leurs forces le permettaient. fusil Lanl qu'on fut dans le défilé; mais, dès
panser; mais à peine celle opération était-elle L'effectif di; l'armée y gagnait infiniment. A que nos fantas ins débouchèrent dans la
commencée que nous fames obligés de l'in- toutes les raison· dites plus haut, se joi- plaine, ih,perçurent l'armée russe déployée,
terrompre. L'iufa.oterie ru ·se attaquait de gnaient mes succès del'anl l'ennemi, mon dont l'arlillerie les reçut par un feu lerrible.
nouveau, et une grêle de balles tombait au- allachement au régiment, ma rée.ente bles- Cependant, malgré leurs pertes, le bataillons
tour de nous! ous uous éloignàme donc sure reçue en combatl:m t dans les rangs; français n'en ronlinuèrent pas moins à marhors de la portée des fusil~. I.e docteur trou va tout m'engageait à ne pas m'éloigner. Je cher en avant. Bienlùt il ~e lrou\'èrent Lou
ma Lles ·ure grave : elle tûl été mortelle . i restai donc, malgré ll!S douleur· intoléraùles hors du défilé, el ce fut à mon régiment à
les grosses Lor ades de l'épaulette, que la que j'éprouvais; puis, après avoir mis mon parallre dans la plaine, à la lèle de la briballe avait dù traverser avanL d'atteindre ma bra en écharpe tant bien que mal et m'être gade. Le colonel A. .. ., qui la commaudaiL
per unoe, n'eussent changé la direction el fait bisser à cheval, je rejoignis mon régi- provi oiremeut, n'étaut pas là pour nou
beaucoup amorli la force du coup. Il avait menl.
diriger, je onrreai à éloigner le plus possible
néaumoin été si rude que le haut de mon
mon régiment de œ point dangereux. el lui
corp--, poussé violemment en arrière, était
fi prendrti le galop dès que l'iufanterie m·eul
CHAPITRE IX
aile lou~her la croupe de mon cheval; aus i
fait place. J'eu' néanmoins sept ou huit
1, ofiicter el chruseurs qui me suivaient me Défilé des mnrais de Sebej. - Retraite . - Brillante bomm.e- Laés el un plus grand nomhre de
atfaire du gué de Ïvot.sduna. - '.\Jort ,hi KoulnietT.
crurent-il mort, el Je serai tombé si me
blessés. Le 2i", qui me suirniL, soulîrit
- Retour olfon if. - Derniers adieu .
ordonnances ne m'eussent soutenu. Le panau j Leaucoup. li en fut de même de la
-ement fut trè douloureux, car la balle
di1•ision d'infantl'rie llu général Legrand:
Depuis que j'avai été blessé, l'état de
'était iucru Lée dans les os, au point où le choses élc1iL Lien changé; nos troupes araient mais, dès qu'elle fut formée dans la plaine,
baut du bra · e joint à la clavicule. Il fallut, hattu Witlgenstein el fait un grand nombre le maréchal Oudinot, ayant attaqué les lignes

�ms io'J{1.ll

-----------------------------------------.#

-ennemies, leur arlillerje divisa ses feux sur
plusieurs points, et la sortie du défilé seraiL
,deYenue moins périlleuse pour les autres
troupes, si Wittgenstein n'eût en ce moment
attaqué avec toutes ses forces c~lles que nous
avions dans la plaine. La supériorité du
nombre nous contraignit à céder le terrain
ayant l'arrivée du reste de notre armée, et
nous dùmes Lallre en retraite vers le défilé
Je Kbodanui. Ileureusement, celle voie était
fort large, ce qui nous permit d'y marcher
facilement par peloLons.
Du moment qu'on quittait la plaine, la
&lt;:avalerie dernnait plus embarrassante qu'utile;
œ fut elle que le maréchal 6t retirer la première. Elle fut suivie par la division d'infanterie Verdier, dont le général venait d'être
grièvement blessé. La division Legrand fit
l'arrière-garde. Sa dernière brigade, commandée par le général Albert, eut à soutenir
u.n combat très vif au moment où ses derniers
bataillons étaient sur le point de s'engager
dans le marais; mais une fois qu'ils y furent
en c6lonne, le général Albert ayant placé à la
queue huit pièce de canon qui, tout en se
retirant, faisaient feu sur l'avant-garde ennemie, celle-ci éprouva il on tour de grandes
pertes. En efTet, ses pièces ne tiraient que
fort rarement, parce que, après chaque coup,
il fallait qu'elles fissent nn premier demi-tour
pour continuer la poursui le et un second pour
se remettre en halleri~, mouvements lents el
fort embarrassants dans un dé6lé. L'artillerie
rus e nous fit donc peu de mal dans le passage du marai .
La fin du jour approchait lorsque les
troupes françaises, sortant du défilé, repassèrent devant Kliasti lsoui et se trouvèrent
sur les rives de la Drissa, au gué de Sivotschina, qu'elles avaient traversé le matin en
poursuivant les Russes, après les avoir battus
à Kliastilsoui. Ceux-ci venaient de prendre
leur revanche, car, après nous avoir fait
perdre sept ou huit cents hommes dans la
plaine, au delà du marais, ils nous poussèrent
il leur Lour l'épée dans les reins!. .. Ponr
mettre fin au combat et donner un peu de
repos à l'armée, le maréchal Oudinot lui lit
traverser le gué de Sivolschina et la mena
camper à Biéloé.
La nuit commençai!, lorsque les avan1postes laissés en observation sur la Drissa
firent savoir que les ennemis pas aient ce
cours d'eau. Le maréchal Oudinot, 'étant
rendu promptement yer; ce point, reconnut
que huit bataillons russes, ayant sur leur
front quatorze bouches à feu en batterie,
venaient d'établir leurs bivouacs sur la rive
gauche, que nous occupions. Le surplus de
leur armée était de l'autre côté de la Dris a,

se préparant ,ans doule à la lrarnr,er le lendemain pour Yenir nous attaquPr. Celle
avant-garde était commandée par le général
Koalnieff, homme fort enlreprenant, mais
ayant, comme la plupart des officiers russes
ile celle époque, la mauvaise habitude de
boire une trop grande quantité d'eau-de-vie.
Il paraît qu'il en avait pris ce soir-Hl outre
mesurt&gt;, car on ne saurait explif1uer autrement la faute énorme qu'il commil en venant,
avec huit bataillon seulement, camper à peu
de di~tance d'une armée de 40,000 homme~.
et cela dans les conditions les plus défavorables pour lui. En effet, le général ru.~e
avait, à deux cenLs pas dPrrière a ligne, la
Orissa, qui, à l'exception du gué, était infranchissable, non point à cause du volume de ses
eaux, mais parce que les berges, coupées à
pic, ont une élévation de 15 à 20 pieds.
Koulnielf n'al'ait ainsi d'autre retraite que
par le gué. Or, pouvait-il espérer, en cas de
défaite, que ses huit bataillons et quatorze
canons s'écouleraient assez promptement par
ceL unique passage devant les forces considérables de l'armée française, &lt;JUi pouvait
d'un instant à l'autre fondre sur eux du lieu
voisin qu'elle occupait. à Biéloé'? Non!. ..
)fais il paraît qne le général Koulruefl' était
hors d'état de faire ces rétlexions lorsqu'il
plaça son camp sur la rive gauche du ruisseau. On doit donc s'étonner que pour l'établissement de son avant-garde, le général
en chef Wiugenstein s'en soit rapporté à
Koulnie.ff, dont il devait connaître les habitudes dïntempérance.
Pendant que la tête de colonne des Russes
se portait arrogamment à une aussi petite
distance de nous, une grande confusion
réanait, uon parmi les troupes françaises,
mais parmi leurs chef:-. Le maréchal Oudinot, homme des plus braves, manquait de
6xité dans ses résolutions et pa sait en un
instant d'un projet d'allaque à de~ dispositions de retraite. Les pertes qu'il venait
d'éprouver vers la fin de la journée de l'autre
côté du grand marais l'ayant jeté dans une
grande perplexité, il ne saYait comment faire
pour e1éculer les ordres de !'Empereur, qui
lui enjoignaient de refouler W1ugenstein . ur
la route de Saint-Pétersbourg, au moins jusqu'à Sebej el Newel. Ce fut donc avec grande
joie que le maréchal reçut pendant la nuit
une dépêche qui lui annonçait la très prochaine arrivée d'on corps de Da\'arois commandés par le général Jint-Cyr, que !'Empereur plaçait sous ses ordres. Mais au lieu
d'attendre ce puisfanl renfort dans une bonne
position, Oudinot, conseillé par le général
d'artillerie Dulauloy, voulait aller recevoir les
Bavarois en faisant rétrograder toute son

armée ju~qn 'à Polotsk !. .. Cette pensée
inexplicable lrom•n une très vive opposition
dans la réunion de généraux conrnqués par
le maréchal. Le brave général Legrand expliqua que, bit&gt;n que no- succès de la matinée
eussent été contre-balancés par les pertes de
la soirée, l'arm~e était cependant on ne peul
mieux dispo ée à marcher à l'ennemi ; que
la faire battre en retraite sur Polot k serait
ébranler son moral et la présenter aux Bavarois comme one troupe rnincue venant chercher un refuge auprès d'eux; enfrn que celte
pensée seule dernit indigner Lous les cœurs
français. La chalenreuse aUoculion de Legrand ayant réuni les suffrages de Lons les
généraux, le maréchal déclara renoncer à son
projel de retraite.
li restait à résoudre une question fort importante. Que fera-L-on d~s 11ue le jour paraitra1 Le général Legrand, avecl'ascendant que
lui donnaient son ancienneté, ses beaux services el sa grande habitude de la guerre,
proposa de profiler de la faute commise par
KoulnieIT pour attaquer l'arnnt-garde russe,
si imprudemment placée sam appui sur la
rive occupée par nous, el de la rejeter dans
la Orissa qu'il avait à dos.
Cet avis ayant été adopté par le maréchal
el tout le conseil, l'exécution en fut confiée
au général Legrand.
Le camp de l'armée d'Oudioot était situ~
dans une forêt de grands sapins fort espacés
rntre eux. Au delà, se trouvait une immense
clairière. Les lisières du bois prenaient la
forme d'un arc donl les deux pointes aboutissaient à la Oris~a, qui figurait la corde de
cet arc. Le bivouac des huit bataillon russes
se trouvait établi très près de la rivière, en
face du gué. Quatorze canons étaient en batterie sui· le front de Landière.
Le général Legrand, voulant surprendre
l'ennemi, prescrivit au général Albert d'enrayer dans chacune des deux parties du bois
qui figuraient les côtés de l'arc, un régi.ment
d'infanterie qui, s'avançant vers les rxtrémité~ de la corde, devait prendre en flanc le
camp ennemi, dès qu'il entendrait la marche
d'un régiment de cavalerie; celui-ci. sortant
du bois par le centre de l'arc, devait fondre
à toutes jambes sur les bataillons russe el
les pousser dans le ravin. La tâche qu'avait à
remplir la cavalerie était, comme on le voit,
la plus périlleuse, car non seulement elle
devait attaquer de front la ligne ennemie
garnie de 6,000 fusils, mais essuyer le îeu
de quatoru pièces d'artillerie avant de joindre les Pnnemi~ ! JI est ,rai qu'en agisf!ant
par surprise, on espérait trouver les Russes endormis et éprouver peu de rési tance.

(A suivre.)

GÉNÉRAL

DE

MAR BOT'

LES FEMMES DU SECOND EMPJRE
+

La princesse de Metternich
Par Frédéric LOUÉE.

li

On n'occupe pas impunément de
es
moindres gestes l'attention particulière et la
curiosi1é publique. Conseillère très émancipée de genre et de tenue chez l'impératrice,
elle encourait forcément devant l'opinion les
responsabilités de cette sorte de direction
mondaine pleine de turbulence. Tout n'en retournait point à l'avantage de la spirituelle,
un peu irrégulière et très originale ambassadrice. L'esprit enjoué de la pru1cesse et le
parfum d'exotisme, qui relevaient ses goûts
d'indépendance et de fantaisie, avaient fait
fortune à Paris. lis y rencontrèrent des critique . Maintes épigrammes à son adresse, et
dont elle ne se souciait mie, , olligeaicnt dans
les journaux. Les
tirailleurs de lapetite presse s'en
prenaient à la surintendantedes plaisirs impériaux
d'une influence
dont on exagérait
les suites el la portée, mais qui contri bu aient bien,
pour leur part, à
I'écervèlemenl général. Tel artîclier
du Nain jaune,
qui devait un peu
plus tard tourner
des madrigaux en
vers à son honneur, l'appelait
~f me de Risquenville. Tel autre, un
virtuose du Chm·ivari, trouvait à lïrrégularîté des lignes de on visage
préte1 te à une méchante raillerie, llNE REPRËSE~TATJON DES
que s'empri,ssèrent à colporter
Lous _les faiseurs d'anas. On lui reprochait
d'aimer trop la danse, la comédie et la ci1

1. ~es sponla~éilés, in.ouciantes tic l'clTcL qu'elles
po_uça11ml pro1lu1re. hors du cercle où dies 'e,rrr3u•nl co~e chez oi, côloyaic11t, 1rnrfoi • l'impru•lencc. Un J?Ur ùe 1867, l'année de l'~:rposilion, elle
~ promenait à pied. li lui prend fmnlai~ie d'aller
Jeter un cou11 d"œil au conrour,, cli;s nations. ans

garelte, N'était-œ pas Aurélien choll, qui
lui dressait un blâme de fumer « comme un
bateau à vapeur 1)? Ce qui était plus malicieux qu'exact. Aus$i hieu la Liberté, dont
elle donnaü l'exemple, sur ce détail, - pareille à beaucoup de grandes dames d'Autriche et de fiusje, - elle la laissait chez
elle, dans l'intime, à ses im·ités, et c'était un
des privilèges appréciés de sa maison.
On lui rapportait ces propos de chronique;
elle secouait les épaules, ripostait d'un coup
d'ilpingle, cl cela ne l'empêchait pas, disaitelle, de mener son .fiacre.
Des attaques la touchaient davantage, sous
une forme plus directe, plus pénétrante. Ce
qu'elle avait d'aisance dan ses propos, de
hardie gentiOesse dans ses allures, de prime-

• COllàŒNTAJRES DE CÉSAR •. A

Ol!PIÈGNE. -

Sur quel Lon en parlail le fielleux YielCastel, entre autres, je vous le laisse à supposer d'après celle unique phrase, cueillie à
la bonne place de ses Mémoires terriblement
vindicatif~, ou injurieux pour bien des gens :
(( Mme la princesse de Mellernich, qui a
pris les manières el le ton des lorelles, est
une fa,·orite de l'impératrice, qui la met de
toutes les parties; elle boit, elle fume, elle
jone, et elle conte des histoires. »
Très découvertes, en effet, ces histoires,
s'il est vrai qu'elle raconta celle qu'il lui
prête pour l'avoir dite à Trianon, en présence de l'empereur et des services de Leurs
Majestés, et que nous ne répéterons point.
De cer1ains esprits chatouilleux lui faisaient un blâme public de ce franc parler,
quoique la liberté
des mols ne soit
souvent que La
preuve d'une moindre hypocrisie dans
l'âme.Onl'écrivail.
On l'imprimait. Et
elle en épromait
quelque émotion ,
fort légitimement.
lei se place un
épi ode, qui, pour
la singularité des
circon tances, le relief des détails et
le romanesque du
dénouement, vaut
d'être révélé lout
au long, comme il
me fut conté par
l'un de ceux qui y
eurent le plus dire,·Lement part.
Un volume venait de paraitre,
qui fit aussi tôt
j!'rand tapage ; les

CColleclion au lll•RQt11s oE MAssA .)

Femmes d' aujour-

i:autier dans ses actes 1 , trouvait de rudes
cen::-eurs.

d'hui, par Gu1 de
Charnacé. Tels de
ces portraits, ramenés à une note uniforme
de galanlt:rie délicate, prêtaient à l'équivoque

attendre son équipage, implemenl, elle hèle un
cocher de fiacre; et. a,·cc ce sons-fa~on d'une grandr
dame élrnngére pulant à rua· de ses servilc&gt;nrs :
1 Cocher. connuis-rnoi au Champ-de-llars ».comnlnnde-L-elle. C'clui-ei, gouailleur rl se lrornpnnt sur
la qualité de ln personne, ou, pour répondre tlu

lac au tac, c-n citoyen français, se tourne el dit arec
uo llon sow·ire :
q
Tu me tutoies ..• Alors, c'est 1lonc de l'amour? •
Jufps Janin contait celle anecJote à PbitibeTL Audcbrand, qui me la rapportait. un malin qu'il ounail
iJ grande eau l'écluse de ~ ourC'nirs .

..... 299 ...

�, . _. H1STO~l.ll
par l'imprécision des lignes el le nébuleux
Le\é de bonne heure, ce matin-là, l'âme Charnacé demcur:\t, un moment, comme héJcs fonds; car on n'y nommait personne, on tranquille, el ne se doutant guère du rom- sitant à s'expliquer le bien fondé de cette
ne laissait que deviner les res~emhlauce~. ploL qu'on avait formé C'Onlre !ni, mais son- passe d"armes à laquelle le provoquait, paIYautrt&gt;s, au contraire, envel1,ppés de con- geant en douceur à quelque nomelle beauté, reil aux jouteurs du moyen âge, un chetuurs plus nets ou gra\·és d'une roinlë 1•lus dont il aurait à charmn son imagination rn valier ba1a1Heur.
·
profonde, trahissaient, à pre« - Messieurs, répondit-il,
1.0ière vue, sous l'anonyme, ce
vous me Yoyez fort . urpris. Je
~ignalemenl i;énéral el vivant
ne sa\ais pas que M. de Gallil'dtlS per~onnalités, anqud ou ne
fet fût le parPnl ou le répon~e trompe point. 11 u·y avait
ddnt de Mme de Mell,·rnich. »
pas d'erreur possible, par exemL'ironie étalt de mise en la
ple, quand il s'agissait de ren1p1estion. Le comte du Lau, qui
v,,yer à son prototype le d1.:..
ne man4uait pas d'e~prit, se
calque satirisé de &lt;( la reine
défendit, pourtant, d'engager
Pc:sle », une illustre princesse
la conver~ation sm cc ton.
étrangère, dont les h1rdis oa« - N'e jouons pas sur les
pricP,s pou. ,aient trop à l'imiwoli:. Nous accomplissons notre
tation de certaines élé;::ances
mis~iun. Et nous vous deman[relatées. L'au leur aYail é,•idemdons une réponse.
menl visé Mme de lletternich.
&lt;t ~fais, en admettant que
Au nomb1·e de qualre-ving1s,
li. de Gall ilfet soit chargé de
les médaillons qui composaient
prendr~ fait el cause pour une
la galerie, étaient pour la pluprincesse étrangère eu puispart tout·nés à l'avanlage de
~auce de mari, sur quel point
leurs modèles. Les soixante-dix
'°ns appuyez-\·ous aJi.n de jus011 soixanle-qninze personnes,
lifier voire afffrmation? Sur
dont on prônait lus verlns et
quel signe évident hasez-Yous
les charmes. se dissimulèrent
\'Oire opinion que j'aie rnulu
sous le fard de la pudeur et
faire le portrait et la critique
Ceignirent de ne , pas s'aperced'une princesse que je n'ai pas
voir 'lu' elles fussent en cause.
nommét'?
Les q11el,1ues femmes attaquées,
&lt;t Mon Dieu, il n'y a pas
en r('vanche, s'agitèrent forieuà chercher. La voix publique
semt&gt;nt. 'EUes se prétendaient
e~t unanime à déclarer qu'en
ralomuiées d'une manière inpl'ignanl &lt;i. la reine Pesle », et
digne. outragées, déshonorées.
sous de telles coulc,1rs, vous
li fallait venger l'honneur fémivisiez per~onneUemenl la prinnin. On tint cc1nscil pour aviser
cesse de Metternich.
an chfttiment du témeraire.
« - Celte \'Oix publique el
Un véritable orage surgit dn
moi nous n'a,·ons rien à démè-cboc de ces amours-propres ft1ler ensemLle. Je n'ai pas de réminins sures.cités. La colère de
ponse à vous donner. »
quelques-unes était au ,·oruulc. LE MARQUIS PUJLIPPF. DE l\1.ASSA, El'\ COS'flJME DE SOUS·LlEUTENANT DES GUIDES
Le priuce d'Aremberg regarUans une réunion plus animée
DE L.\ GARDE. D'après une pliologra.f&gt;hle [aile e1i 1856.
dant alors en face le marquis
que de coutume, où fai,aient
de Cbarnacé :
corps, autour de Mme dti ~let- «Mon ieur, c'est au genternich, les ennemies de Charnacé, on venait des inant ses traits, M. de Charnacé se sen- tilhomme que je m'adresse. Oui ou non,
de lire, à haute voix, le portrait de 11 la tait de la meilleure humenr dn monde, lors- avez-vous eu l'iclention &lt;!e loucher indirecreine Pesle l&gt;. Et les protestations naient qu'on frappa à la porte de sa chambre.
tement, dans l'opinion du monde, la prinredoublé. On avait souligné chaque trait
&lt;&lt; Qu'esl-ce1
cesse de Mellernicb? )&gt;
avec une indignation feinle ou siocère. Pou« - Deux cartes pour M. le marquis. )l
Sur celte interpellation, M. de Charaacé
vait-on souffrir cela? 10n certes. Il rut
Il tPnd la main, jette nn regard :
estime qu'il n'y a plus de mesure à garder.
décidé qu'un champion serait emo~·é au
« - Faites entrer le comte du Lau et Je
&lt;&lt; Oui, messieurs. Cr.soir, à ix helll'e.s,
hardi contempteur des princesses. kquel? princed'AremLerg. &gt;)
vous recevrez la vi,ilc de mes témoins. »
ll fallait choisir une t1nc lame, sans doute,
A la manière d'être cérémonieuse des perIl en fut ainsi. I.e lieu dè rencontre devait
un vengeur assuré. Le nocn se présentait de sonnage introduits, à leur salutalion froide être le Tir aux pigt'OllS du bois de Boulogne,
soi. Comment n'aurait-on pas d'abord pen é et grave, à la façon dont ils s'asseoient sur le nn cercle fermé où l'on ne risquait point
au colonel marquis de Gallill'etl? Trop gàté bord de leurs &amp;ièges comme des gens n'ayant d'être interrompu ni dérangé. Dès l'aube
des femmes pour avoir à leur refuser quoi qu'un mot à dire et à prendre congé aus itôt printanière, à cinq benrP5, le$ comliattants et
que ce fùt, et goùtanl fort, pom· son compte, ~près, il est aisé de s'apercevoir qu'ils ne l"urs témoins avaie1Jt à s'y trouver. Quelle
l'aventure d le tapage qui en pouvait ré:.ul- sont pas venus en ambassadeurs d'une partie serait l'issue d'un dnel si léirerement engagé'!
ler, celui-ci n'hésita point à relever le gant: de plaisir.
Les amis de Charnaré n'étaient pas san
a :llesdanrns, mon éple et ma foi sont à
&lt;l - Monsieur, prononce le prince d'Arem- crairile. On savait la réputation de tireur de
vou . l&gt; Et il envoya ses hérauts d'arme, je berg, nous ,enons de la part de notre ami le GalliJiet. .M. de Charna, é 11 'a,·ait pas louché
veux di.re ses deux témoin!-, au gentilhomme colonel de Galli.lT~t ,·ous demander répara- une épée d11puis a, ~z longtemps. N'aUait-il
de lellres.
tioo, à l'occa ion dn portrait plutôL malveil- pa être en état d'in[ériorité manift'SIP vi ·-à1. , l,e li,l~le, et l,ruyn11l r.alliffcl, •111c j"aime a,·ec lant qv'il vous a pJu de tracer de 1a prin- "is de son ad l'crsaire? Cédan l au conseil
,e· l\'raaJl's ~•ialilésrl mal~1·i· ~es immensés dêl"aub. ,
cesse de ~lellernicb. u
qu'on lui donna, il se rendit, la veille, dans
(Lellrc de {Il pri11ccs.•e de .lfr llemicli a11 m11rq11is
Le cas était assez iogulier pour que M. de une salle d'armes pour s'y refaire la main et
de ,llassn, Il juin 18ü7 .)
.... 300 ..,.

�1f1ST0~1.1l----------------------~
reprendre l'assiette. La séance dut !!Ire à
souhait en belles ripostes et st1res parad('S,
car le vieux maitre, le célèbre épéiste Robert,
répondant aux inq-uiétudes des lémoins de
Charnacé sur l'ardeur connue de Galliffet,
o'eut q-ue ce mot à leur dire :
« - M. de Charnacé est pre rp1e intouchable. 1&gt;
On s'en aperçul le lendemain, tandis que
les pieds trempaient dans la rosée, sous le
ciel encore brumetu. Les adversaires sont en
garde. GaUiffet s'est précipité comme un
lion, avec la fougue de la jeunesse et de son
tempérament. Charnacé soutient le choc et
riposte du tac au lac. La solidilé de l'altitude
ne le cède point à l't&gt;nragement des coups
portés. Au bout de quelques minutes, dans
l'intervalle d'une reprise, le colonel de Galliffet s'arrête. Les témoins se rapprochent.
Des signes sont échangés, puis des pl\foles à
mi-voix avec ceux de M. de Charnacé. Un
colloque s'engage, qui ne semble pa abo11 tir.
De 11uoi s'agit-il?Oa en fait part à Charnacé.
M. de Galliffet se plaint d'a\oir le poignet
engourdi, et demande à plonger sa main
dans une cuvette d'eau froide. On ne juge
pas sa demande admissible. Vrai gentilhomme d'ancienne race, àf. de Charnaré répond : &lt;t Qu'on aille donc chercher la
curette! J&gt; ~t l'un des domestiques du
cercle, en livrée rouge el en bas bleus, apporte le récipient. Le marquis de Galliffet a
pu rafraîchir sa main et faire cesserl'engourdissemenl qui paral}·sait son énergie. Le
combat a recommencé. Il dure depuis quelques minutes, sans résultat, lorsque de nouveau le bouillant of.ficier réclame le secours
de l'eau froide. On rengage le fer. Ce long
combat menace de ne se terminer que par la
fatigue des adversaires. 11 prend fin cependant, et d'une façon assez bénigne. En parant
un des retours impétueux de Gallilfot, M. de
Cbarnacé a ramené contre sa cui se l'épée de
son adversaire. Une veinule se déchire. Un
peu de sang jaillit et humecte son pantalon
blanc. Galliffet est sauf. La blessure de
Charnacé est plus que légère. Les témoins
s'interposent et déclarent l'honneur satisfait.
Le duel avait duré trente-cinq minutes. TI
eul un épilogue digne d'être comparé aux
plus belle fictions de cape el d'épée d'un
Féval ou d'un Dumas. La nuit, a,vait eu lieu,
place Vendôme, un bal donné par la baronne
Schickler. On l était averti de ce qui devait
se pas er, le matin. Toute la société était extrêmement anxieuse sur l'is ue de la rencontre. Or, r1u'arriva-t-il?
En rentrant à son domicile, boulevard
Haussmann, M. de Cbarnacé eut l'étonnement
de voir des équipages en ligne devant sa
maison. Deux bancs, en bordure du trottoir,
étaient remplis de femmes en toilelles de
l. Les ta.bleao.l virnnls ou les tablcaur parlants
n'étaient pas d'une création si nouvelle. Dès l'antiquilè païenne, on . 'l"O)'ait sur les, places pub!\ques
d'Athènes el d.e 51cyone les prctres;;ea de Venus,
sou la figure de Cypris ou de Diane, des Heures ou
des Gràces, ri,1aliser avec les conceptions Jcs peintres
et des sculpleors. On leur avait appris, dans les all'liers des arli~tes, à représc11ler les banquets et les

soirées, de~ amies qui venaienl s'enquérir et
savoir .... Une autre, simplement vêtue, en
babils de jour, se tenait pins loin, à l'écart,
debout, dans la brume du malin, pareille à
une 6g11re moelle d'un tableau de Gérome.
Et quand toutes œs dames furent remontées
dans leurs voitures, lui se dirigea ,·ers celleci et la remercia avec flfu,ion du généreux
élan qui l'avait amenée là. li était six heures
du matin; elle avait dû quitter secrètement
la chambre conjngale, au risque de sa réputation, au risque de son bonheur domestique; puis, rentrer à pied, ayant eu le
Lemps d'apprendre, avant que son mari se
fût réveillé, 1ue son ami était indemne. Héroïsme ,l'affection d'autant plus touchant
cru'il était pur et desintéres!lé. I\ien d'intime
n'existait. fl ne savait rien de cette femme,
sinon que c'était une âme inquiète et sensible, frissonnante à tous les émois de la nature, de la tendresse et de l'art. L'implacable
mal, la phtisie, de sécha de son souîlle aride
la fleur de sa jeunesse. li la revit à ses derniers moments; et il eut l'amère douceur de
poser un baiser sur ce front, où commençaient à couler les sueurs glacées de la
mort.

« - QueJle raison vous fait partir? lui
demanda Mme Walew~ka.
« - Nous nous sommes décidé , mon
mari et moi, à nous rendre à Biarritz. Je suis
heureuse, ici, tranquille, reposée: mai· il
îaut crue nous allions où est la Cour, en ce
moment; sans cela comment seraî$-je inscrite sur le livre des cocodetles?
C( Ah! vous n'ayez pas d'autre motif de
nou quiller? Yous tenez à voir votre nom
dans la série ....
« - Oui, je veux ètre cocodelle, comme
beaucoup d'autres étrangèrtis de ma connaissance, comme la marquise de Yillamerina,
ambassadrice dïlalie; comme les filles de
lord Cowley; comme la duchesse Lilla, lady
Bamilton et la prinet&gt;sseTroubetzkoï. On n'est
pas à la mode, ajoutait-elle, avec un air
d'enrant mutin et obstioé, si l'on n'est pas
cocodelle. »
Et la princesse de Metternicb, qui se gardait irréprocl'rable aux devoirs de la famille,
malgré les entrainement du monde', ne
,·oyait aucun mal à faire cause commune
d'élégance a\'CC un groupe de jeunes femmes
célèbres par leur beauté, leur luxe, et le
charme dont elles paraient des goùts légèrement dissipés. Ayant si peu de contrainte en
ses manières, elle n'en était que plus indulgente à la gaité d'alentour. Pour le reste, elle
n'interrogeait &lt;JU'à la surface l'existence des
autres femmes el fermail à demi les yeux sur
des étourderies qu'elle n'avait pas à regarder
comme des crimes.

Celte diversion a failli nous entrainer hors
de notre sujet. On eut bieotôt oublié le duel
Charnacé-Gallilfet et les causes qui l'avaient
amené. Bien r.:e fut changé, pour cela, au
train des choses. Et Mme de Mellernicb continua de mener ou de suiYre le tourbillon.
En réalité, l'ambassadrice d'Autriche, dans
les côtés ordinaires de sa ,·ie, n'était que
Quand elle n'était pas aux Tuileries, à
l'associée spirituelle du régime auprès duquel Compiègne, à Fontainebleau, toute la société
le hasard, les circonstances de son mariage parisienne pas ait dans ses salons de la rue
l'avaient accréditée. Elle n'inventa ni les de Varenne. Et il en fut ainsi jusqu'aux dertableaux vivants 1 , ni les bals tra,·estis, ni les nières heures du régime impérial. En sepcocodett~, dont on la proclamait la reine. tembre 1870, par la force dès événements,
Elle était dans le train et s'y laoçait à toute Richard de Metternich n'était plus ambassavitesse, parce que son naturel l'y poussait; deur de la Cour d'Autriche en France.
et, pour ne pa rester en arrière, hardiment
Depuis quelques années, du reste, la
elle en prit la tête.
Mai , à l'instant, nous venons de prononcer flamme avait baissé. L'élan n'yétait plus. Oo
un mot, une épithète, qui était alors en vivait au jour le jour, pour vivre. Avec une
grande fureur, et dont la signification a pénétration inquiète elle voyait venir le. évéchangé par la suile. Les cocodettes, c'étaient, nements. Elle el le prince Richard de Mellerdan l'escorte brillanre et vaporeuse de l'lm- nich étaient aux. premières places. La fête
pératrice, les plus belles, les plus sédui- exubérante s'acheva dans un coup de tonsante!: el les plus noble de cet escadron nerre.
volant. En ètre étail le désir ambitieux de
lis en furent touchés au cœur el leurs senbien des jeunes et jolies personnes, Fra11çai e · timent~étaient d'autaotmoins suspects qu'ils
ou étrangères. Et la comtesse Walewska me étaient plus désintéressés. Non plus que son
contait, à ce propos, une anecdote. Avec son prédécesseur, le baron de Hübner, c1ui, un
mari, l'homme d'Etat, elle possédait, à aint- moment, a,ait pu se croire le jeltatore de ce
Germain, un pavillon servant de rendez-,•ous gom·ernement issu d'nn coup de force, le
de chasse. On avait, dans le yoisinage. de prince Richard ne s'étail trahi, un seul insjeunes Américains nouvellement mariés, M. et tant, sous le~ aspects d'un ennemi de l'EmUme Thomson. Celle-ci, vint, une après- pire ni de la France. De mème qu'il témoimidi, rendre Yisite à la comtesse : c'était gnait une sorte d'affection chevaleresque
pour prendra congé.
envers l'impératrice, l'ambassadrice aimail
l'êtes de l'Olym~ On sait qu'au dix-huitième siêcle,
dans l'èlégaote société, parmi les beautrs Ju U1éâlre,
ce genre de symboles vinnls fut très goùté.
2. Aimant forl son mari. elle n'anrail pas supporté
avec résignation des infidélités de sa parl. Elle s'arrangeait de manière à loi en ôter l'envie. « Comment
failr.s-vous, lui rlemaudait-on. pour être si sûre de la
constance du prince?- Oh! c'est bien simple, rêpoo-

dit-elle lestement, je loi casse une aile, chaque matin. , Je ne garantis _pas J'aothcnticilé du propos.
Cependant, comme Richard de Mettcrnich a, oit
grand air el plaisait, il dul bien avoir quelque
aventure reminine sur le cœur, s'il est vrai, par
exem11le, qu'il se trouva compromis dans le quadruple
duel donl fut la cause et l'objet la helle !Ume tle

B~aoillOnl.

' -------------- ----------------francheml'nt l'empereur pour des qualités
foncières, que masquaient sou indécision naturelle et sa froideur apparente.
Mai il y a des considérations pins fortes
que les s~mpalhies de personnes. A l'heure
critique, Richard de Melleruich avait dù se
maintenir dans la stricte neutralité, que lui
commandaient les notes de son gouvernement.
MU. de Beust et Andrassy successivement
avaient donné à l'ambassade de Paris des instructiQu qui ne comportaient pas d'équivoque, el fait entendre assez clairement qu'il
ne [allait laisser au gouvernement impérial
aucune illusion , mais le bien conraincre
que, tout au .contraire, s'il s'eurrarreait
dans
0 0
une guerre mopportune contre la Prusse
et l'Allemagne, l'Autriche ne l'y -uhTait
point.
Oirons-nous que là-dessus des doutes subsi~Lèrent dans les esprits 7 On
s'est demandé avec quelque
vrai.emhlance si l'ambassadeur et l'ambassadrice d'Autriche, tout en participant, et
d'une si belle animation, au
mouvement de la fète, à l'intérieur, n'étaienl pas restés au
fond d'eux-même:; les adversaires plus ou moins déclarés,
politiquement, du régime qui
a\·ail ruiné des visées chères
entre toutes au vieil empire
au Ira-germanique.
Un autre point qu'on n'a
pas fixé, une interrogation demeurée sans réponse au sujet
du prineti de Mellernicb, est
l'énigme de la dernière minute passée auprès de l'impératrice, lorsque la souveraine
abandonna les Tuileries, chasée par l'imminence de l'irruption populaire.
Tandis qu'ayant gardé l'illuion d'une ombre d'autorité,
Eugénie résistait a11x. conseils
d'une nécessaire démission et
,,ue, toute pénétrée de la profondeur du désastre, mais ne
se doutant point de la rapidité
des événements dans la capitale en fiè1Tre, elle disait d'une
voix calme : &lt;t Hien ne presse,
messieurs », et tardait à recevoir U. de Gardonne, arrivant
I' àme houlewrsée du Corps législatif, la révolution a,ait déjà
dispersé, comme un venl d'orage, les emblèmes impérialistes. La foule grondait aux
porle . Il fallut partir.
On a échaugé les parole,
d'adieu. Les dames du palais
el les fidèles de l'impératrice
• "ont 'éloigner, rassurés à demi dans leur
àme anxieusf', depuis que l'amiral Jurien
1. t:ne o!'1_hrc de reproche indirect, el qu'on ne
~·eu_L pas p~eciscr _(la com·ersation de l'auteur, comme

Je I eotP111J1s exprimer, est plus eiplicite) flotte autour
de ce bout ,Je phrase, d'appar1&lt;uce s1 simple chez

L.lf.

P'R_TNCESSE DE JKETTE~NlCH -

de la Gravière a remis l'impériale fugitive
sous l'égide et la protection des awbassadeurs des deux grandes pui sances de
L'Italie et l'.\.utricbe : le chevalier 'igra el
le prince de ~fetternich. Celui-ci n'a-t-il pas
prononcé d'une Yoix ferme : « Je réponds de
tout! Il
L'itinéraire de ce départ est connu. On
avait adopté le parti de remonter dans les
appartements afin de traverser le Louvre et de
gagner la sortie du côté de la place SaintGermain-l'A uxerrois. D'u_n pas rapide, se dirigeant vers la salle des Etats, on est allé à
travers toute l'aile gauche des Tuil1:ries, faisant suite aux appartements privés de l'impéral rice; on a francbi la porte du Mus&amp;&gt;, et,
passant par les galeries de lableaux, descendu l'escalier menant au bas du palais
assyrien, et finalement atteint le guichet

LA

PRINCESSE DE l\lETTERNICfI, EN 1()0,~.

donnant sur la place. L'ex-régente est sortie
du Louvre, pendant que la multitude s'agllme Carelle. • L'amhassadeur d'Autriche, doot la
situation a~·ail toujours élé f~vo~i~ ii la cour et qui,

en tonte circonstance, se plma1l o einller leur atlacltcmenl pour l'impératrice. etc. 11 (V. &amp;mv. du Tui-

"" 3o3 ....

glomère et déborde sur un autre point. Elle
est au bras du prince de Metlernich. Nigra esL
auprès d'elle et Mme Lebreton. On s'arrète :
&lt;&lt; Attendez-moi, dit llicbard aux deux femmes,
je vais chercher ma voilure plus haut sur lequai, une voilure sans armoiries avec un
cheval blanc. J&gt; Et tous deux, Metternich el
Nigra, s'éloignent. La foule s'est accrue, pendant leur absence, qui se prolonge. Ume Lebreton hèle un fiacre au passage, y pous e
sa souveraine et donne l'adresse d'un ami :« Besson, conseiller d'Etat, boulevard Baussmann. &gt;1 On sait le reste : l'ordre d'aller
avenue de Wagram, chez M. de Piennes,
chambellan de l'impératrice, absent également, et enlin chez le docteur Evans, avenue
du Bois-de-Boulogne.
Cependant, qu'avaient fait Mttternii;h el
Nigra? Le Oot p!lpulaire, qui avait reflué sur
la place Saint-Germain-!' Auxerrois, les sépara sans doute decelles qu'ils avaieot prises sous
leur protection. li y avait eu,
tout au moins, imprudence,
omission lourde de leur part,
à e dJtacber de l'impératrice~
en un pari:il moment, la laissant, ne fùt-ce que pour quelques mi cules, isolée dans celle
foule tumultueuse, exposée,
menacée peut-être. Tel est le
grief dont n'ont pu se défendre, à l'endroit des ambassadeurs étrangers, les écrivains
impérialistes 1, dans les événements de cette journée du 4
septembre.
Quoi qu'il en soit, Mme de
Mellernicb quitta avec émotion
et regret la grande ville où
s'étaient écoulées, dans un
éclat inouî, dix années pleinement heureuses de sa vie.
Cependant, elle n'y lais ait quedes affections de personne et
des sympathies d'âme. Elle devait reconquérir, dans sa pairie, la souveraineté mondaine
dont elle arait disposé à Paris,
donnant encore le ton, imprimant encore le mouvement autour d'elle.
On trône 'était elfondré~ous .es yeux. Elle retrouvait,
ailleurs, une autre Cour impériale, où a place restai l
marquée dans le voisinage leplus proche du rang suprême.
Dame du palais par droit denai sance, investie du prt'mier
rang après les archiduchesses,
elle ressaisissait, à Vienne, les
prérogatives de sa haute condition aristocratique, qu'elle s'était plu à oublier quelquefois dans les folies
de Compiègne.
leri.es, l. 1) .... Reproche, soupçon d'oubli injustifié
peut-êlre, auquel on ne s'arrête pas, mais qui eerlaiuemenL a lravcrsé l'esprit, maigre qu'on l'en ait
voulu chasser.

�111ST0'1{1.ll

'-------------------------------

L1• pa,.t1 était mort. Elle prfündit Lien très considéré it Yienne comme pr,: ident el
rd1:ilir a rii!. ur noun.•aux frai,. « Cl'UI qui .\Jé ·i·ne de la ociélt: Je,, ::"n de leltre.. el
sa\"enl profiter d' tout, di. ait '3 reine Cbri,- c1ui lui voua un , ~rital,! • cult1;'. ' oulenue,
Line, .ont . an-e' cl ht&gt;ureui. » lllc arait dû en outre, par J'auord de·~ ~Jmpathies ari~tolai . cr derrière elle Pari et le ·ou1enir de ln crali11ue , clic e reprit chaudc•m, nt à imaplu belle Cour du monde. on tltal d"al- giner, org:111i,cr, confectionner el lancer des
te~-e, dan 1:1 capitale d • l'Autrich -llongrie, programme~ de fêfl- · d de . pl'clatl~, allant
es alliance · l'un.idi:rable. , .e riche~~c . ~es à dt·~ liut. ,ariJ~.
cbàtcau , com~maicnt Lien de· choses.
.\lme de fl'ltnnid1 u'a rait pa modifié . on
Dan la haute société vil'Illloi~e, le. tempé- humeur, a1ec l1·s él'énemcn1~. ,\\'cc une nourament. sont brid1:. par l'étiquclte. ~lme de ,·ellc ardeur elle in~pirail ~e poète , . e~
\lelteruich n'y rut pa • du jour au lendemain, peinlr!' · cle Mcor. , se intcrprètP,, parla1m;pondérante. Elle rencontra de~ ré is- neail ln rùle,-, :-ur,tillait le imitation. et,
tancc , et parmi rentoura"e direct de la
i po., il1lc, mème le recette., el le d~pPn. e. .
famille impériale. Quelques-uns et quelque~- Elle élait rt&gt;!ltée celle qu ·on arail connue i
un - n· taient otru qui: ou fci~oaieut de agis.ant • et ~i remuante, ènlrc Paris rl Coml'être, de la réputation trop parisienne de pièime, toujour L:pri,e Je nou,eaulé, toul'ex- am bas adrice. Jl'autre., usceptibilité
jours prèle à ·rimult&gt;r Ir-. act' · d'oi1 décou"é,·eillèrent. Elle 'é1ait rendue populairt• leul plai ir, joie, 1·ùari11i.
pre ·11uc en arri1au1. Lorsqu'elle parai. ail
C'ulaienl de. 1wlo11te~ bleues, hl,rncbe et
·ur la promenade pulilit1ue en wêm crmp
ro. e,-, des liai co (umè. dont les compte
que le souYerain ·, l'emp11 reur et roi rendu ioondaicul I~· 11uotidicn. , d · repréFrançoi -Jo~epb ne coo~tatait pa. ·an un . entalton. de hienl'ai,ance oi1 réapp:m1i!-. ail
~ccret Jéplai ir que les vin1ts de la foule la "rande dame arti~te de jadi:. qui anr:iiL
allaient beauc(Jup moin à l'impératrice qu'i1 été certai11em1mt co111éd1enoe de première
.\lmc d ' Yctlernich.
voire, ·i le sort n'eùt rnulu qu'elll! coulât une
Cc difficulLé Jes premier· lemp: s'apla- exi. tent·e de prinet•. St' . Elle fut pa3 aune •. ur
nirent. On n'échappe pas à l'a c!'ndanL d'une le flin~tbcntt&gt;r, oit le fomeu. 2onnentlial
telle nature, 11uelle ttue soit la . phère où il
'honorait d"èlre on parleaaire 3 ; on la ,·il,
s'exerce. Elle prit de main de la princes.:c en d'autre· lieux, gou\'ernante, in,.titutrice,
'chwarttenberg le ·œptrc de la mode, et le \illageoi,e ou reme. lu cbàteau d'.\u~her",
aarda.
elle de\·enail la ganLirre tenant la l'Ou\·crsa'n mai on fut le crnlr, de la ociété 1ieu- tion du Bré ilirn, de la i ie J1ari.~ie1111e. Une
nois ·- Le:, aloo du magnifique palai de autre foi., elle fa1~ai1 ·en~ation lorsque Got,
,\Ictteruicb, au lltmnwea, qu'elle haliita tant de la Comédi ·-Franç.-ii ·c, lui donnait la réc1ae ~on mari vécut. chef de la fomillt•, · s. plique, pour Je lJmrr de M,11{elo11.
larnirent pour recevoir non pa~ seulement le
Les anot!e n'avaient pa. alan ai . a wne
prhilégié clu rang, de la nai • aace el des ni rrfroidi ·on élan. On pouYaÎl retourner •
cbar•r oflicidles, mai· au~ i l'élite de écrila prince " · de lfetternich c • que di,ail Vol1ain et de~ arti te..
taire d l:t ducbe,~e du ~faine :
Donner de nrandc · réreptions et des dîner:
u C'est une ùroe préJe~tinée: elle aimera le
d'apparat, entretenir a1 ec les sou,erains de théâtre ju c111'au dt'rnÎrr moment. »
l'Europe el Ier per ·onnag · le plu illu Ire
Entre Lemps, elle protilieait la mu ique
du monde nue corr ·pondance acli\-e, ré- nouvelle. Comme elle nait, !renie annéP. aupondre de a rnaje Lueu e écriture. l'une de· p:irarant, priiné Wagner, et dt~ toute. es
plu originale calligraphies que connais, enL force · f'iahé le Ta,111/ia iiser méconnu, Ile
le fenrnl d'auto••rapbc., 11 tou ceux qui,
ado1&gt;taiL metnna el la Firmcre 1•e,ulw·,
Je prr ou dt! loin, 'adresl&gt;3ient elle, ~c mai· avec dr · thance · pins immédiate ,
lC'nir au courant de, ru illeure produl'lion. pui~quc le triomphe de ce drame l)ri11u ,
de lettre~ allemande· et Cr,mçai~es, pari- pour lrquel on l'avait Ill lnrer ha1aille, arait
ienne urtoul, tout cda ne urti~:iit pa à ju.-tifié sa rnnfiancc, au sitôt qu':10noncé •.
son b soin de moun•meot, à on lt-l~ a"ité
~!ab 11ui n'colendit parler, en l!:urope et en
d'entr pri· •. 'ne f,,u) d'idée: papillonnèrrnl .\mérit1ue, dan le· deu moode~, de son
autour d'elle, 11u'eUc voulut ai ir au roi cl
• E po,;itioo du théàtre cl de la rum,i,1uc »,
réalber.
in. tallée dan: la flotonde de Vienne. ('ne coolies ami l'y aiJ~renl, de leur concour,ei•ption merveilleu. e qu'elle arail eue là. li y
linaocier, de 1,·urs mo1er · d'action rt dïo- fnlJait beaucoup d'argent. Elle paya de :-e:;
Ouence, de leur dd\'ouement cordial, c'e.-t-à- d.. nier · le po :-ible, pui · e tourna wr:.
dire, en première ligne, le baron \athaniel d'autres, pour complL:ler ce qui manquait.
Je HoLh.cùild, grand adn1ir1teur de la prin« Je montai, dit- &gt;Ill•, dan · ch3fJUC mai. on
ce ,-e, l'un de se intime · el qu'elle :ippelle à caria1idc·. u
a\cc une pirituclle famiharitti : ;,u•in ll11u ·H était 1lifficile aûx cariatide de ne pas
jwl, mon Juif de mabon 1; et le baron ~·a,souplir en ~a pr:•euce. Elle lit mieux.
Etlgar de 'pic:.:cl, le confident de sa p n~ét.•
'étant mi~ en tête &lt;l'adre ~er une imitation
quotidienne, homm' d'e prit el de cœur, autographe au dames, de la lionne société
1. l.11 baron ~111,.inict élant ri., lt! u11 c.ililialnirc rnIÎ11n qucj,•lui A1lrc«ai. •ur J,, sujrt Je m~ ,le lfrll,•rJun:i. }I~ ,le cllernirl, na:ep1. , pour les ir-anJ
nich, lai , •il êclaler, en ces ll'.rme-. loulu 1A rhal,·ur
r.irl'plion . ,ln l1n111p1i c,·, ,fo Joire le honutur, ,le t's
ile es ~cnli1w111s :
•31&lt;,ns.
- [l'une v,c: ,i pl 111!', ,1,· mo111·rrm•11h 11'1111e mi~ En 1003. . J . ~1•ie;;,·I. r&lt;"·l'on,luot it un e qu~,;.
1

0

lralin• louj .. ur,a

urooml,: de ucc' ,. JC 1uu,lrni , u11~

,iennoi~t·, le · priant , uue rJnnion. die eu
eut troi. cents cliez elle. en même lcmp, .
Elle· élaieot accourues lla11&lt;:,, • curieu e~.
Toule avaient donnt.'· dans le pii&gt; e. La prince e ll'nd11 la main, pour ,on œ111re. EIIP,
lt1 remplirent. L'expo itiou put omrir . r.,
portPs.
On avait rtluni J;1 IP. mille t'l mille acl'e~·oire, de la li!.!uration dramatique. Il J cul dr
tout, du rorl! el du commun, du précieux et
du ~impie. ll1•ii lrt:sors ine. limal,le. y voi.ioaienl arec les joaitl•rics les plus illu oire~.
de ,·érilaLlt.&gt; r.-lil)ut·~ d'art a,ec le clÎDl)Uant
le plu. ordinaire de la ra1111w.
La France arnil en,0,1: de manuscri1.- dr
se . aUll'urs illu Ire. , d~. tal,leau , dt': mac111ellc, ; l'An;;ltllerrt•, d1•s in. trun1ents dt!
mu,i,1ue ancit•11~ cl rnodtiruc:, ; le 1?rond-duc
,\ll•xandre de Weimar, des ades t-nlin~ &amp;rit.
de la main d'un .', hiJln el d'un Gcethe, l'l
de, tlo,·uments en •1uanlité, n•latif 11 J'tl1oluti11n du 1h,:tt1rc allt-maPcl. dt•pui. Uan 1rnrst
et la Comédie imprO\·bl:,. ju~11u':rn1 typr de
la dernière modernité. 1-.t le· c•o~Lume~, le
ima 17es, le~ ohjets de pure cnrio. ilé Ioi:.r•nnaient. Ce fut une éclatante rtlu ~ile. !rue dt!
1L tternicl1 s' · 'tait liHée l'Orp et :mie; elfo
, e cro ait re,·rnue au meillt•ur ll'mps du
econd Empire, quand les étourderie. de
l"amba -~adriee d'.\utriche foi~aient merwill,·.
On la rPpré enta sur le loit de l'Expo. ition
jouant J'une boite à mu~ique, dérorée à on
intention clu nom de Pa11li1iop/io11e.
Des deuils profond éprourèr nt la prince:. e de M'llt•roitb l'i rompirent œt erwhainf'mcnt de ·urcè et Je joirs, ,. :1 iiable décor
de théàtre, oit , 'était déroulée ,a ,i •.
Elle ne -;e ré,igna point à la retraite, au
~ilt•nc&lt;', m~i inclina de plu~ PD plu wr · le~
démonstration, de philan1hropie, gardant encore d · · apparenœ de rètc .
En réalité, elle uc ce. a point de rt'Lenir
l'attention publique, .oit qu't-lle 'a1tadi:i1 it
.ervir de Irait d'union entre l:1 noble. cl la
so,·iété arti,tic1uc, dan: ce pay. oi1 tant de
éparaliun · exclu. ive. de cla .. r.,, de parti~,
d~ 1•ro,·anC4.• , de 'C'nlimcnl Jiviscnl l1•s cœur
rl le~ ·• prit , ;;nit rru 'elle ramen;it à dt• vue·
humanitairt? la ·ëduction toujour. pui~ .. ante
, ur--on imaginai ion du déploicmt'nl de pt't"larle el de la mbc en cène. Lei juin 190i,
elle organi ·ait. a~ec la collaboration cbaleureu ·e d~ baron de . piegel, un cor.ode~ plu.
re.plendis ·ant ')Ui ~ • oient écoulé rnr le
Praler, à la lumii•rc d'un belle journée de
printemp .• Et le malin ruèrue, de celle main
luujours complai ante à écrire, à corre pundr ·, aula11t pour une :ali,faction isolée
que pour le liicn d'une entrepri. e collec!Îl'e,
1, priuc se de )lcllcrnich nou en .i"nalnit
il'· hcurcu préliminair ·, dan: œ fra,,mcnl
d'une lellre per:-onndle :
0

arcompagnéc d'une promenade, à laquelle
Ioule lé. fcm111e~ ,iendrunt uwc dl'· 0111ltrelle lleurb. \utomohili.: · égaleme11t llcurie,. C'e. 1-•-dire Je la gaieté, du charme. de
l'élé •ant·e, peur cell - 11ui vonl à pieJ,comme
pour celle. 11ui roulent en Yoiture. Chacune
aura .a parl de clarté, de parfum et son
individu(') plai,ir. La fête promet d'êlr e.xlrèmemenl brillante. el j'ai idée r1ue le coup
d'œil sera meneilleux. »

li ld111. en effet. Le~ journau. Yienuoi~ en
lr:i"i•real de dc_criplion- cntbou iai.tcs.
Cette inlelli"ente prodi alité de oi-mêmc,
de se re. source d'ima,,ioation et d .. e ·
mo &lt;&gt;n d'influence, comportait Je retour d'une

LA

'P~1NCESSE DE METTE1(:N1CH - - . _

immense popul,1ri1é, au profit dec&lt;'llc qui ,·y
dépeu. ait mu a11w/'e. Lor que, au mui de
mai 1 6, la prince~ ·e inau!!Urail la premit·re fèLe dt:. fleur inde"criptihleme11L
h lie, cl qu'elle e monlra, au !'rater, en :on
équipagt! mngnifique, l'air retentit d'acclamation·. Elle était l'idole du jour. Un écrfrain
LélèLre de .a patrie l'arnil dttjà urnomméc :
,\' ti-e-Do111e Ji• Jïe111w. 1 n autre lan~:a cd
aphori ·me : c1 Le 1e'rital,/p Jw1,1111 c t/e
Vir,wr, c\:sl la Dame de Yiennc. 11 Un troi,îèruc, qui cbercbait à lui lroU1·er d · :"ales
parmi I ~ plu céJ\brt femme du monde, la
qualifia: l'Jnro,uparabfr. Enfin un quatrain
courut le. rue ·, demeuré cb&lt;·r 11 tous les
Yiennois :
1

la

f:, giebl 11w· tl li.niicralndt,
1.• girbl 11u,· a ll'ie11 ;
E, 9itf1t 1111r a l-'ur, till,
F:, i I ,1;,, lfrltrmid, f'a11/m'
(li 11'\' a 11u'unc \'illc impériale, et ,,;'e t
\ïenne: • il n'y a qu'une prince e, el c'est
\letternicb Pauline! )
\' oili1 bien le dernier mol de la réputation :
c'e ·l le « lo » populaire, qu'onl recherché,
de tout temp · et par-des us tout, le élu de
la . cène publi11ue el mondaine.
Qucl11ue peu di. cotée dan ..e turbulence ·
de jeunes. e, . lme de Mettcrnich aura ~ellcmenl occupé ju qu'à la fin, de on esprit, de
. on acfüilé, de ,a p1wonn • l'un et l'autre
thét,lre .

•
mort d'une rezne

1

Je ,·. i pr :,c:uleim11t parler de la mort dt! la
n:inc foric-Thér~ e 11'.\utriche. tilt• mourut
en peu de jours, d'une maladi~ •1u'on 11? l'~Ul
pa, ,l'abord con. idérablc; mai, un sa1°m•e,
fJite m:11 à propo,, fit rcntrl'r l'humeur d'un
clou, Joul à peine 'était- n 1_pr_r\:U. Crt~c
princl•,sc perdit la 1ic pc 30 Juillet_. 1G ••l
d:111 Jo temps que lt&gt; 11nnù-s d la P'.t•lé du
l\oi la lui rendaitmt henreu. e. Il arn1t pour
ell, d, allcntion au quelle die n'était pas
acrnutuméc : il la ,o~ait plu . :ou1·cnt, ~l
rherch:iil ;1 l'amuser i et comme clic allr1IJ11ait cet hcureu changement à madame de
~laintenon, elle l'aima, et lui donna Lout~
Je, marques Je con:·idi:r:ition t(U't.•11 pou,·a1t
imanin r. Je me .ourien même qu'dle 111e
1a1.-a1t
uonncur de me .....
r · • 1·1.
"~r ..~ ·er toutes le
foi· &lt;pic j'a,·ai œlui de paraitr, dcrnnt elle:
mai · celle paune pri~CC!i~c a,·a!t _L~n.t de
crainte du Roi, et une :1 t!l':lnde 11ru1d1te na1ur-Ile. qu'elle n'o.;ait lui parler ni s'cxpo. cr
au tèlt..'-à-Lète a,· c lui.
J'ai ou, tlirc à madame de ~lainlcnon qu'un
ju11r, le floi ayant envo}ti chercher la Hein·,
la lleint•, pour ne pa. paraitre -.eule _en a
pré, •uce, mulut qu'elle la uhît: mai elle
n • Ül 11ue la conduire ju.qu'à la porte de la
1hamLrc. oi1 elle prit la liberté de la pous.cr
pour la (aire cnlrcr, cl remarqua un :i rand
tr'mLlcmenl dan Ioule a per.onoe, qne
es main. mème tremhlaieot de timiJil 1•

cr llui. nou, auron tanlllt une balaille de
fleur. d J'un nou\'cl a. pect, e11 auromoltil •
.,lire•• • 10111. l'tu,ir.ur- ch 11,i1rcs u'y ,urtiraicnl r•~ .

&lt;.:"était un ellel J la pa ,iou rhe 11u"ellc
avait Loujour · eue pour le Hoi ,on m~ri, el
1111c le m:iilre,ses naicnt rendue :i longtcmp~ nnllwureu ' C. Il fallait au ·si c1ue le
eonfc~~cur de cdle prince e n'eût point
d"c,pril, , L ne rût 1111'un Ca"ol, ignorant
d" H:rilal,lt, dP\nir· de cha11uc état. ...
En/in, . oil par la faute du coufe... cur, ~oil
• par la timiJité de la fü·im•, 011 p:ir I vioIcncr, comme je l'ai Jit, d'une pa: ion si
lon"tt•mps malbcurl'u.e, il r~ut a1oucr qu'elle
11'11~aiL rien en clic &lt;le te qui pouvait lri faire
aimer, el •1u·au contraire le Hoi al'aiL rn lui
toulr le. qualité ' Je~ plu· proprr à plairl' ,
,ans ctr• cap,1bl ' d'aimer )l('aucou11, Prr,que
tout&amp;; le femme_ lui a1ait'11L plu, ncep1L1 la
:r la ,·erlu par ~c 1._
s1·e11ne, donl il e. er"a
•alan,
lcric ; car d'aillcur le l\oi o·a jamai man11ui: à hi con,idération qu"il d ·\'ait~ fo Reine'.
et a loujonr · eu pour ell · de. c!!llrd~ •1m
l'auraicnl rendue heureuse, !-Î quelque cbo,e
:t\'ait pu la dédommager de la perte d'un
cœur qu'elle &lt;.rO)ait lui être dù.
... La morl de la Reine ne donna à la cour
qu'un spectacle touchant. Le fioi ful plu
attendri qu'aflligé; mai comme l'allendri~sement produit d'ahord les mèmes eOcl , el
que tout parait COfüidéral&gt;le dans Je· !?rand.,
la cour fut en peine de .a douleur. Celle de
madame d~ Maintenon, &lt;1ue je volais de prè.,

me parut incère, el fondée ·ur l'e time el la
nconnai, ante. Je ne dirai pa la même chose
dl', larme· de madame de Montespan, que je
me !--OU\'i 'ns d'a ,oir I oc ntrer chez madame
d1i Jfoiotl·non sans rrur. je pui e dire pour•111oi ni comment. Toul ce que je . ais, c't•~ l
qu'elle pkurail bc:i.ucoup, et cpt'il p:irai · ail
un lroulllc dan. toute ~e- , ti , t n lé ~ur
cdui dt! •on c prit, et peut-être ur la craintc
de rclomlicr rntr • Ier main · de monsieur on
mari.
La Heine expirfr, madame de ~laintcnon
,ou lut rel'enir chez cllt!; mai· 1. de L.i Ho&lt;.:Leioucauld la pril par le lira , et la pous
cbrz le Hoi, en lui di anl : « C n'est pas
le ll'mps de quiller le r\oi, il a besoin de
\'OU . Il
Cc moul'Croenl ne pouvait être dan
de
La T\ocbl'foucauld qu'un eOet de . on zèle et
dl· l-On allachement pour ·on maitre, 011 lïntérèl de madame de füintenon n'a,nit a: urément point de part. Elle 11e îut 4u'un tuoment avrc le Roi, el revint aus.ilùl dan on
appartement, conduite par M. de Louvai.,
qui l'e bortaiL d'aller chPz madame la Dauphine, pour l'empêcner de uivre le Roi à
aint-Cloud, et lui persuader de garder I lit,
parce qu'elle était gro ~e, el qu'elle arail été
saignée. « Le 1\oi n'a pas besoin, di.ail M. de
Lournb, de ce démoo.tratioo d'amitié, et
l'État a be,oin d'un prince. D

,r.

~lADAME llE

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Il fAu ,lrail un livre, un 1r;, gru lim •.

~'- Quel 111 lcm1,;, 1•111, tarti, .\dol11l1c Wiltmtu ,lt i•cri1·ait •·x1•rc-•eme11I 11nur cil,• ;a pii:tl' rn11 A1,9,••i'd1t
:11 .l11gr. ,i(J,1 , •1u'clle jomt cnror,• 111•~ l:)nunrulhal.
IV. - lhnoRJA . - Fa

t1

20

�----------- -----------------------------

LNE DAT.\ILLE N,\\'ALE. - PRISE llE 1.ïu; o'ÈPbCOPl.-1. SUR LES TURCS P.AR LES CIIE\"ALIEHS oe SAl:\r·JEA:-.
Gr.i1•11rt â'OuTIIWAITE, J'.iprès û t.iNe-111 de MAU!l. (!,fusée de Versai/les.)

Charles de LA ~ONCIÈRE
et&gt;

La

•

Vle a'

bord

...
au temps des Croisades el des pèlerinages du moyen age

Lorsque apparai~sail sur les quai de Veni. e, de Gênes ou de ~far e1lle un «roupe de
pèlerin ou de croisé·, un grand brouhaha
s'élevait à bord des na,ires dont la deslinalion éla.il inscrite ·ur les \'Oiles en une croi.
écarlate. Des appel , des offres, de· objurgations, des imprécation venaient de tous
lei; côtés s'abattre sur les malheureux : le
serviteurs des djfiJrents patrons de mn·irc
e disputaient leur bagages, s'injuriaient,
dénigraient la concurrence, prote laient de
leur dé,·ouement. Ahuris el indécis, les pèlerins sê lais aient tenter par les succulentes
collations disposées à la poupe, vins de Crète
el r.onfitul'es d'Alexandrie, dont le patron
[aj ·ait lui-même lès honneurs. Plus que
u les riches ouvraigcs de la na,·c », c'était là
« une mélodie et plaisant armonie à la vue

de hommes 1&gt;, le meiHr!ur des argumcnl .
La \'Ï.e nouvelle qui s'offrait aux pèlerins
contrastait trop avec Jeurs habitude pour ne
pas provoquer de leur part une étude allcnlive du mécanisme de la ,·ie maritime. Leurs
relations de rnyage ont ainsi parfois la fidélité d'un journal de bord, semé des réflexions
pil1uantes cl naùes d'hommes que le mélier
n'a point blasés. •
Pour n'èlre pa suspect de parlialilé, nous
prendrons comme types un pèlerin anglais du
x11e siècle, un Italien du &gt;JII°, deux Français
du . 111e et du :m·•, un Allc!JD.and du ne :
Richard de Londres, Francesco da Barberino,
Jean de Joinville et Philippe de Maizières, et
le P. Faber, d'Ulm.
L'Knglais note en connaisseur les pél'ipétie de la naYigalion. L'Italien donne de pré... 3o6 ...

et•plcs d'amour. Dans de petits tableautin
le tcmcot troussés, le rrançais Philippe de
)laizière trace quelque cl·nes de la ,ie à
bord, qu'il fait suivre de pensées éle,ées, car
c'e l un moralis:e comme l'ltalien était un
poè:e érotique et !'Anglais un marin. Quant
au dernier pèlerin, écoulez-le geindre sur la
mauvaise cuisine, sur la chambrée d'entrepont, sur loul; il tient boutique d'érudilion
el décou,·rc des étimologies .... Caliphe pour
calphat, Pilate pour pilole, comte ponr comile et pour patron baron. La modestie ne
l'étouffe pas; mai· il est consciencicru:, prati&lt;1ue, avec une pointe d'émotion, copieux,
abondant, trop, hélas! pour Jes oreilles délic.,te . li con·acre deux p:igcs à la façon de
se dépouiller de la ,êrminc el quatre à la
difficulté de .... Yous m'avez compri cl à

LJ,.

rœ

Jt BO~D -

ces traits vous avez reconnu la race : l'Alle- déliHe à chacun un billet numéroté. L'un tité uffisante et que la limite de tirant d'eau,
mand.
/
des registre est dépo.é aux archh-es com- marquée par trois fers de couleur blanche,
llobe grise et longue sous une coule mo- munales, le second reste à bord.
ne fût pas dépassée par des capitaines trop cupinacale, chapeau noir ou gris orné sur le de[ne législation spéciale assurait aux pèle- des. D'autres officiers municipaux, les consuls
vant d'une croix rouge, croix sur la poitrine, rin et aux croisés toutes les garanties po i- tilll' mer, accompagnaient les convois ou
bourdon à la main, pannetière à l'épaule, tel bles de sécurité. ur les navires mar cillais, même au besoin les navires isolés pour leur
est l'uniforme du pèlerin. Le teint, blafard, ils étaient dispensés d'une formalité requise assurer une sauve 0 arde permanente jusqu'à
c t pàli par les fatigues de voyage; et pour des autres passager , du serment de prêter destination. Commis aires et juges à la foi ,
achever d'un mol un portrait classique, le main-forte aux marins de l'équipage; au con- ils arrangeaient les conlestalions entre les
pèlerin porte la barbe longue el soigneuse- traire, le palron leur devait aide el secours passagers et pourvoyaient aux succession qui
ment peignée, u à l'exemple du premier ·rnya- duranl toute la traversée, des soins durant s'ouvraient. A bord de la llolle nolisée à
geur qui fil le tour du monde, Osiris, ancien leur maladie, cl, en cas Je mort, la conser- Saint-Louis, Gênes stipulait que ses natioroi d'Égypte », affirme doctement notre Alle- Yalioo scrupuleuse de leurs elfets.
naux relèveraient de deux consuls génois.
mand.
Trois inspecteurs, que la municipalité mar- Outre-mer, dans les Échelles du Levant, à
l'eut-être se trouvait-on beaucoup plus sen- seillaise avait eu l'excellente idée, bientôt sui- Chypre, à Rhodes, le passager trouvait aide
sible aux inconvénient de paraitre imberbe Yie par le Génois, d'aJTecler à chaque comoi el confort près du représentant attitré de la
en pays musul~an qu'au plaisir d'imiter un de Pale tine, veillaient à l'exacte obsenation mélropolc, près du consul que les grands
des dieux de l'Egypte!
des règlements. Les trois prud'hommes, ex- ports de commerce, Marseille, Monlpellier,
Au moment d'entreprendre un pèlerinage, perts dans l'arL maritime, évaluaient, une Barcelone, Gènes, Pise, Veni e, enlretenaient
irait-on chercher conseil aujourd'hui dan
palme à la main, le nombre des places dispo- dans chacune de leurs colonies dès le xue sièdes J•,.éreples d'amour? Nos pères le fai- nibles pour les passagers et les chevaux. Ils cle; colonies autonomes, cercles fermés, dans
saient et trouvaient dans Francesco da Bar- consignaient leur rapport en double sur le un quartier à part, qui consenaient le usages
bcrino un manuel du conforl : un bon na- registre de la commune el entre les mains de la métropole municipale.
,·ire, un patron qui ne louche pas, des poule
cl Jcs chapon , de bons 1ins, un moulin à
bras. un barbier-chirurgien, un chapelain,
un cercueil pour le ca 011... l'olrc femme
viendrait à décéder en mer, une croix à mrt•
lte entre le mains de la défunte, une inscription priant de l'enterrer honorablement
i les flots la portent au rivage, une bourse
d'argent à y joindre pour les messes funéraires el la tombe. A part le cercueil dont Je
Célc tes seuls se muais cnl en VO)age, Marco-Polo en pouvait témoigoer, - les coneil · de Francc.co da Barberino n'étaient point
du domaine des chinoiseries. Nous arons le
contrat en vin!!t articles pa ·é par le Père
Faber a\'ec un patron de galère vénitienne;
il est spécifié que ]es pèlerins auront, r.omme
de coutume, un petit \'erre de malroi ie avant
le repas du matin et qu'ilspourront emporter
de poules. JI y aura deux repas par jour; le
naYiren'abordera qu'aux escale accoulumél's;
il ne louchera point Chypre, l'île de \'énus,
n dont l'air, suivant une ancienne tradition,
e t funeste aux Allemands. •
Le marché conclu, on embarque le.s bagages. ur les pas ereUes jetél's à quai, les portefaix courent avec une agilité surprenante,
ployant sous les cofTres lourds aux ferrures
mas. ives et les arches à couYercle ren0é, telles
que nos malll' . Les balJes de marcbandues
el les sacs de denrées s'cnlassent dans les
endroits secs du na,ire, lo:n du mât, des
écoutille· cl des ancre , arrimées arec ce so•
!ide nœud marin que les princes angevins d,·
'.'\aple·, dès Hi5l, choisirent comme emblème
d'un ordre de chevalerie.
Et maintenant tout est prêt. La galère tout
équipée e balance au Ilot. La grande hargne
de cantier el la petite pali charme, qui lout
à l'beure seront his ées à la poupe, acco lent
Cliché Oiraudoa.
à l'arrière. au l,as de l'e calier &lt;l'honneur.
Au PORT. - Dél.:iil J"un lwtltau &lt;k CARPACCIO, (.-1cajémtt .tts BtwUX•Arts, Venise.)
Chaq11e pèlerin défile dl!,·anl l'Jai1ain qui
con·i6nc sur un regi trc tenu en dou1lc
exemplaire cl sans rature les noms cl pré- du patron, qui ne pOu\'ait dè., lors arguer
Ln un-cJlance des in pecleurs 1:t des connom· des passagers, le noml,rc de leurs chc- d'ignorance. li veillaient aussi à ce que 1 ,aut cl le nom de leur rc:.-tauralcur, puis vines fussent de bonne qualité et en quan- suls empêchait le patron de rédwre les pince
fort congrues résenécs aux pèlerins et fixées

�111S T0'1{1.Jl
par la loi à sepl palmes de long sur deux et
demie de large, soit J m. 82 sur O m. 65;
encore l'espace éta.it-il jugé suffisant pour
deux personnes, les pieds de l'une tournés
vers la tête de l'autre. Comme on n'avait pas
l'habitude de superposer les cadres, le patron
encombrait de cadres supplémentaires les
couloirs et parquait ses passagers comme du
bétail, sans autre souci que d'en loger le plus
possible. Le jour, draps, nattes et couverture
étaient accrochés aux parois du navire, a6n
de ne pas gêner la circulation. Sur certains
navires de commerce, une centaine de pèlerins étaient consignés à l'avant, tandis qu'à
l'arrière, à l'abri des fatigues du tangage, se
prélassaient une douzaine de gros marchands.
Le bàtimcnt, par une ironie amère, s'appelait le Grand Paradis.
Dans les grandes naves d.i transport que
saint Louis nolisa pour l'expédition d'Égypte,
les logis aérés étaient réservés aux premières
classes qui payaient quatre livres tournois
pour aller de Marseille eu Terre Saiute; aux
secondes classes, on alTecl.ai t le premier et le
deuxième pont, moye110ant soixante sous par
têle; enfin, pour quarante sous, les croisés
pauvres avaient le droit d'élouITer dans la
troisième couverte. La concurrence entre les
grands ports abaissa mème les tarifs marseillais à soixante sous, eau et feu compris, en
première; quarante sous en seconde, trentecinq en troisième et vingt-cinq en quatrième
pour les malheureux logés dans les écuries.
Le fret à la grosse tombait en mème temps
de treize cents marcs à huit cents pour un
millier de pèlerins, cc qui donnait par tête
quarante-quatre sous, prix de re\'ient quelque
peu supérieur à la moyenne des locations au
détail. Si nous traduisons en monnaie actuelle
ces quarante-quatre sous, on \'erra qu'un
croisé du xme siècle passait en Palestine
pour une centaine de francs, c'est-à-dire beaucoup plus économiquement qu'on ne le fJil
de nos jours.
A Venise, le fret à la grosse offra.it plus de
profit que le fret au détail, sept cents marcs
pour mille passagers. On perdait beaucoup
à louer individuellement les places. Un chevalier payait huit marcs et demi pour lui et
pour so11 train d'équipage, .cheval, palefrenier, d11ux ser,'Ïteurs, ,•iues et bagages. Logé
dans une chambre de l'arrière, il laissait sur
le seuil de la porte son écuyer, qui dormait
enveloppé dans un manteau sous la voûte du
firmament.
Les réductions faites aux croisés ea raison
de leur nombre ne s'appliquaient pas aux
pèlerins isolés. Un pèlerinage en Palestine,
t•iâ Venise, coùtait, aux xn,e et xve siècles,
45 ducats pour la traversée, 55 en y comprenant les «despens et tributz du Soudan »,
et il fallait tabler sur une dépense totale
d'environ 100 ducats, soit 744 francs en
valeur intrinsèque, le double en valeur rela-

live. AGn de venir eu aide au:c passagers
pauvres, Louis de Bourbon avait fondé, la
veille de l'Épiphaniedel'an 1325, la confrérie
des pèlerins et des voyageurs de Terre Sainte.
Dans l'élévation des tarifs, mettez en ligne
de compte l'affaiblissement de la valeur de
l'argent, les taxes municipales établies sur
celle classe de passagers et le fait que ks
pèlerins embarquaient le plus souvent non
sur des naves, mais sur des galères dont ]es
frais de manœuvre étaient plus chers, la
sécurité plus graude, la course plus rapide,
la carga-ison plus légère. Ils occnpaient la
place des marchandises précieuse,, drap d'or
el d'argent, laque, indigo, brésil, encens,
dont le transport était réservé aux galères
armées. Or, une galère portait quatre fois
moins de fret qu'une nave el coûtait trois fois
plus.
Une des vexations fiscales qui attendaient
les infortunés passagers, dès qu'ils avaient
mis le pied à bord, c'était le pourboire.
Vexation prévue, mais tellement invétérée
dans les mœurs du Levant que les statuts de
Marseille spé1.:ifiaient seulement quand elle
n'aurait pas lieu: ainsi, !'écrivain avait défense de rien recc\•oir pour la délivrance des
billets de passage. De même, toute promesse
faite en haute mer par quelque brave homme,
homen l,onrat, qu'affolait la tempête, était
caduque. A l'arriYéeà destination., les officiers
vénitiens venaient l'un après l'autre trouver
les pas agers, une fiole d'argent à h main,
avec un geste expressif qui dans toutes les
langues signifie: pour boire. La chose s'appelait, chez ce peuple subtil, une courtoisie :
la courtoisie, c'était à vous de la faire.
Plus d'un pèlerin a décrit la scène féeriqm•,
mais poignante, du dtlpart, attristé par l'a.pprébension de ne plus revoir la patrie. On rn
remettait à la garde de Dieu par ce cantique
de pèlerinage, courte prière qui s'échappa
plus d'une fois de lèvres frémissantes aux
heures d'angoisse : cc Naviguons au nom du
Seigneur pour obtcuir sa grâce; qu'il soit
notre force et le .1inl Sépnlcre notre sauvegarde. Kyrie eleison. &gt;&gt;
Joinville relate assez bien les manœuvres
el les cérémonies de l'appareillage : .C&lt; Est
arée voslre besoigne? » demande le maitre
d'équipage aux nautoniers qui « au bec de
la nef » lèvent l'ancre. - « ire, vieignent
avant les clercs et les proveres. li An cle.rgé
qui s'avance processionnellement : « Chantez
de par Dieu, » crie le maitre; et tandis que
vibrent les strophes du reni creator· spiritus, un nouveau commandement retenlil,
bref et sec : &lt;e Faites voiUe de par Dieu. l&gt; Au
dernier étage du chà.teau d'arrière e dé,.
ploient les bannières que les trompettes saluent d'une fanfare ,éclatante. Le peuple
assemblé sur le rivage répond par des clameurs et des sanglots.
c&lt; En hrief tens, le vent se féri ou voille

(A suivre.)

el nous ot tolu la Yeue de la terre, que nous
ne vei mes que ciel el yauc. 1&gt;
Hors de me des côtes, le bâtiment quittait sa parure de r,~tc, et le voyage de pénitence commençait au milieu des tribulations
physiques et morales, et, avant tout, du mal
de mer, de l'olu1·s de mer dont parle Wace.
La plupart dP.s pl'.·lerins écrivent en latin,
langue qui a l'avanl:lge que l'on sait de tout
dire jusqu'à braver l'honnêteté. Les scènes
naturalistes qu'ils brossent d'un trait vigoureux sont assez difficiles à retracer en français, à moins de jeter sur les défaillances de
la nature humaine la brillante parure des métaphores orientales :
« L'agitation des eaux de la mer faisait
fondre mon corps à l'égal du sel trempé dans
l'eau; la violence du déluge anéantissait el
faisait disparaitre la constance qui me soutenait, et mon intelligence, jusque-là si ferme,
était comme la glace qui se trouve exposée à
la chaleur du mois de lamouz. 1&gt;
Ces touches délicates d'uu écrivain persan
prouvent que la poésie parvient à embellir les
effet désastreux du mal de mer. On ne s'en
douterait guère à lire Eustache Deschamps el
à voir :
t:un mèllrc à horL l'autre desgosillcr,
1'un dessus l'aulre, •L venir cl alcr,
EL soy !Jouter c11 . oulte u l'ons aval,
Pour lu lempe:.l.

Mai' où la tri vi 1lilé devient éeœuraolc,
c'est chez l'auteur allemand : a Tempore
tempestalum, evomitalio eL comeslio celeùranlur simul. » On ne saurait exprimèrplus
l,rutalcmcnt ce principe d'allopathie que le
mJl de mer n'cxdul p1s la houlimie.
" li me con\'ienl aux et becuit rifllcr. 1&gt;
se disait alors Eu tache Deschamps, avec un
haut-lc-cœur de dtlgoùt pour l'assaisonnement oùlirré de la cui-ine méridionale, l'ail.
Un autre homme du norJ, Philippe de Maiziilres, forcJ de sulù le conJimenl durant
ses nomùreu ·es na"igations dans la Méditerranée, le sligmalisaiL des épithètes de« chaull
et puant, esmou1•ant à luxure. n En cas de
maladie, ori pouvait reconrir au barbier du
bord, el puiser à son 11 apoticairie de erbes,
de espices et de aromalz &gt;&gt;, sirops, opiats,
poudres, emplâtres, ~i on n'avait eu la précaution de s'en pourvoir soi-mème, surtout
de « médecines froydes, par le conseil de ,
médecins. c&lt; Voulez-vou une idée des préceptes hygiéniques du temps et de la vertu
curative de certains remèdes? Lisez le P. Fa.ber : il vous édifiera.
Le meilleur réconfortant, c'était le malvoisie : on le servait comme apérilif; à l'escale de Crète, les p~sagers en achetaient
toujours, chaque galiot eu avait dans la pacotiUe logée sous son Lane, el le débitait
durant la traversée. Nos compatriotes n'C!l
u ·aient qu'avec résene, trouvant les vins
liquoreux « fortissima el terribilia vina. . u
CHARLES DE

L\ ROXCI.ERE.

Le lieulenanf-ci1&gt;il Dreux d'Aubray
Par CH. GAILLY DE TAURl'.'IIES •

Ill*
Pauvre magistrat 1

taine, vous faites erreur: la première Jeure
C' t demeurée en blanc et je l'ai laissée ainsi
à dessein, comptant l'ol'Iler plus tard de
qael,1ucs petites lleurs de miniature; cellf'
première lettre sera un L; Yoici donc comment il faut lire ces vers composés par M. de
Goml,erl'ille à l'honneur de nolre solitude et
qu~ je me proposaL d'envoyer à un de ~es
amis:

Pour quicol1fp1c avait pu voir jaJi_, &lt;lnrant ses prèmièrC's visites à Porl-flopl, le
sémillant et spirituel m:igistral, le contraste
rûl emLlé au contraire rxtrèmrmcnt étr:mrre ,
Ce n'était plus Ir mème homme, sa saine
gaité l'arnit Iui, son e~prit était éteint et son
I.oio Ill' la t,,nr el de la guerre,
exquise politesse d'homme du monde avait
J'apprends à mourir en ers lirux;
fait place aux plus lourJcs manifeslations Je
Qui ne mrurt longlcmpl' sui· la t,·rr,~
maladresse di~courtoise cl impcrtinentc.
'e ,·ivro jamais dans les 1·ic111.
A1ant été imité, durant une su~pen ion do
~!· le Lieutenant Civil dut recon •. Jître qu'il
cc long interrogatoire, à aller prendre al"CC
avait
mal lu et que ces vers n'étaient point
se. commissaires on diner ch,,z le colonel
factieux 6 •
des Suisses, M. de Molondin, et ayant, penAu jeune solitaire M. du Fossé, le vieux
dant le repas, admiré la belle vai. selle d'armagistral . 'efforça de donner des conseils
grnt de cet officier:
paternels.
« Aviez-vous déjà Lant de belles choses l'n
C&lt; Que faites-vous ici, Monsieur, lui dit-il,
venant de Suisse? 1&gt; lui demanda-1-il d'un
vous,
un gentilhomme, vivre sans honneur
ton assez pen civil 1 •
parmi des gens méprisés I Ilenlrez dans votre
Durant la nuit, les prisonniers furent
Foin de L1 cour cl de la guerre,
proYince, je vous le conseille, et mariez-vous!
gardés par de ard1ers qui couchèrent dans
J 'ap()rt.'111ls ....
- Me marier ! répliqua M. du Fossé ; ab l
leur• chambres .et Le lendemain le ma"i
tra t
&lt;c Foin de la cour!. .. Foin de la cour! Il
0
Monsieur,
vous ai-je donc offensé en quelque
rcvmt pour continuer on encho e pour que vous me souquête; sa rnlnc était un peu
haitiez un si grand mal?
plus souriante.
-c·est l'rai, avoua~r. d'Au« Que ue m'ayez-vous fait
bray
avec un soupir el penconnaitre hier, dit-il à M. de
sant
sans
doute aux ennui
Sacy, les liens de parenté qui
domestiques
que lui causait
vou unissent à M. de Pomsa fillen, il y a quelquefois de
ponne. J'ai rn hier soir Mme
la peine dans le mariacre et,
de Pomponne de qui j'ai moidepuis
vingt-cinq ans Je j'ai
mème l'honneur d'être as ez
perdu
ma
femme, j'ai préféré
proche parent'; elle m'a fort
demeurer veuf que de me rf'parlé pour vous el j'ai de
marier7. 1&gt;
reproches /1 vous faire de oc
Ces longs interrogatoires,
Yous ètre point nommé .... Ah!
qui
se prolongèrent pendant
croyez-le, Monsieur, ma charrre
près
de quinze jours, une fois
m'obligequel,1uefois à de bi;n
terminés,
le Lieutenant Civil
pénibles devoirs et je n'entre
se
rendit
à
Saint-Germain {la
jamais dans une maison pour
cour
s'y
trouvait
alors) pour
y opérer quelque formalité de
en
rendre
compte
au Roi. La
justice sans ressentir sournnt
réponse
fut
prompte
et hrèn•,
moi-même bien plus d'émoi
LA BASTILLE AU ;\'Vil· SIÈCLE. Gra1'11re d'ISRAEL SrLVESTRE.
c'était
l'ordre
de
faire
écrouer
qu je n'en donne 5, »
au
plus
l«îl
les
prisonnier
à la
L'interrogatoire de M. FonBastille.
taine et la visite de ses papiers donna lieu à n'y a plus à nier que cela sente bien fort la.
. Pour I~~ pauvres Solit.aires, ce fut presque
d'asse_z piquants incidents. Les gens de poliCf' cabale.
la
une dehnance: depuis quinze jourst c'est
omra1ent un coffre, cropnt y trouver des do- Pardon, ~fonsieur, répr,ndit M. Fon- d'une façon si étrange qu'ils habita.ienl leur
'" Exlrail du volume : Pere et fill.,: (Philippe de
:i. )lémoires de font.ainr.
~e galn~L était un capitnine ,le cavalerie uommt•
Ch 11m1mg11e el Sam,· Cal/U'1°ille de Safote-Su,a1111c
. !i. Celle fille! la marquise ,le Ilrimilliers dont. jadis,
~amL&lt;:•Cro1x, ht•I ùomme ll!ais asset ll·iste sirL", joueur,
,i P11l't-lioyal, 1;1ar Ch. Gailly de Taurines. (Librairie
11 se moulra11. 11 heureusement _fier, ~(' lui donnait pa,,
hb~rtm el quelque (&gt;Cil fripon, que M. tle Brinvilliers
llachetle CL C'".)
1~a~ sa condwte, toutes 1~ sat.1 fochon qu'il eOL di•- n,·a,t _ci,nnu à l'a!'!1t'C cl donl il avait ru lïmprudencr
~ï~s ~11lém~a11tes, ]V, p. 172.
Hrecs. Pour rompre une intrigue amoureuse étalée
de taire s.un farmher. C'est dans le carrosse même dt•
-· \01r_ a la Bibl. de !'Arsenal ms 6.0~() (Papiers
par elle avec une lroµ cynique insouciance. il a,·a il 1~ marquise, .~nt ,~el~e liaison él~il publique , que le

J·

de la lam1lle Arnanll) une leUre curieuse de li. ù'Auhray à li. de Pomponne, son parent. lorsque celui-ci

lut

momentanément

exfü.

:.. l"iesi11térna11les. lV,p. 17G.
', lbi,J. l\" , I'· l'ill.

-14

cumC'nls d'importance, il ne contenait que &lt;le
vieilles har&lt;lt•s cl d11 linge en as ez mauvnis
ét:1t.
« Que ne l'emplissiez-mus plulot de pistole~! observa ~r. d'AuhraJ, rrprenanl pour
11n mslant le ton plaisant de jadis.
- C'est avec une monnaie bien différente
que Monsieur compte acheter le ciel, dit l'un
des commissaires. »
Et, lout en p:irlant, il lirait du coJTre, avec
une sol, unité plaisante, un silice autour duqutl aussilôt se précipitèrent curieusement
tous les gros de police pour qui cet objet
était .ans doute un genre d'habillement tout
nouYeau '.
« Oh! ob l s'écria tout à coup le Lieutenant Civil en ft'Uillelant des papiers et parcourant drs yeux aYcc attention une grande
feuille de "élin sur la'{llelle s'étalaient de
beaux. caractères d'or; voici qui est plus
grave! Des vers, el de ,·ers qui me parai.o:sent
singulièrement factieux :

D)~me_ ~LI recourir .:m très oppor!on moyl'n alors à la
d1spoS1hon d~s familles, t'I obtenir du lloi une lettre
de cachet lui permettant d~ fairo. mettre pendant
qUPlquPs mois â la lla.,lille Il' galant indiscret el gênant.

3o8 ....
.., JOQ

L"'

l.1 ~11 tenanl_ C1v1I set.ail vu conlramt dr faire arrt'ler

ainle-Cro1x.
Tout cela avait singuliérem,,,:t ni~ri el a,goml,ri le
cu:ctè_i:e de M. cJ·Au1Jr3y.
, . 1tes mléie,sa11/es, ]\', p. 178.

�ms T0-1{1.Jl

,

logis l Obligés de souffrir que des archers
couchassent près d'eux el partageassent leurs
chambres, «incommodité assez considérable,
affirme l'un d'eux, et qui ne peut être bien
comprise que de ceux qui l'ont éprouvée 1 ~.
Aussi, en roulant vers la Bastille, ces messieurs n'avaient-ils pas de trop cuisants regrets, et leur pensée, un peu railleuse, allaitelle seulement vers le Lieutenant Civil Dreux
d'Aubray, un magistrat si au-dessous de sa
tâche, si facile à embarrasser, à dominer, à
tromper l Comparant la médiocrité de cet
homme à l'importance de la charge dont il
était rerêlu, ils ne pomaient s·empêcher de
redire avec un ourire de pitié : « Le pauvre
homme! ,&gt;

Comment mourut M. le Lieutenant
Civil Dreux d'Aubray.
Et de fait, tant au physique qu'au moral,
M. le Lieutenant Civil était subitement devenu méconnaissable : amaigri, l'œil terne,
la parole difficile, l'ancien bon vivant d'autrefois, le magistral énergique el alerte d'hier
s'était lamentablement transformé en un
vieillard valétudinaire, sans volonté, sans
ardeur et sans force.
Depuis longtemps, certes, les chagrins

année 1666, il s'était senti soudain pris d'un
mal étrange, rebelle à toutes les médications.
Sa fille qui (son fébrile et quasi maladif
besoin de plaisirs et de galanterie mis à
part), paraissail animée envers lui des plus
tendres sentiments d'affection, avait beau
multiplier ses visites et ses soins, tous ses
efforts semblaient avoir un effet directement
contraire à celui qu'elle cherchait et, par nne
fatalité malheureuse, sa présence près du
malade se trouvait invariablement suivie,
non d'un arrèt, mah au contraire d'unr
aggravation de la maladie.
La douce et charmante figure de Mme de
Brinvilliers semblait rélléter la tendresse de
son cœur ~ « blanche comme la neige elle
avait la peau belle et lisse, une petite figure
modeste et douce; c:l.i était toute mignonne
de sa per onne », telle nous la dépeint la
plume d'nne de ses contemporaines'·
Dans sa sollicitude pour la santé de son
père, elle avait pris soin de placer près de lui
un servi leur -de son choix, homme véritablement de confiance, un valet de chambre
nommé Gascon 3 qui, de sa propre main,
versait et administrait au vieillard tous les
remèdes et potions ordonnés par les médecins.
àlais rien ne parvenait à vaincre le mal :
implacable et lent, il allait, empirant sans
cesse; de semaine en semaine les forces du

patient diminuaient davantage el les douleurs devenaient plus violenles.

Malgré ces souffrances croissantes, toujours
consciencieux el ponctuel, le comageux magistrat continuait à s'acquitter avec exaciitude de ses fonctions: cc Personne n'ignore
que je ne suis point apprenlif de vouloir
mourir pour le Roi, en ayant donné dans le
passé d'assez beaux exemples », avait-il
écrit, deUI. ans plus tôt à Colbert, el ce qu'il
affirmait alors avec cette belle assurance, il
savait encore en donner la preuve. Nous
l'avons vu, souffrant déjà depuis plus de
quatre mois de celle mystérieuse maladie
qui minait sourdement ses jours, se lever
avec le soleil pour exécuter les ordres du
Roi contre les Jansénistes au faubourg Saint.Antoine, procéder à de longs interrogatoires,
multiplier, malgré la faligue, ses démarches,
ses travaux et ses soins.
li continuait d'être la terreur de ces libraires qui, par désir de lucre ou par ma_uvais esprit, s'avisaient de propager les écrits
prohibés ou suspects : « La présente, écrivait-il à Colbert le 20 avril, servira pour
accompagner le commissaire Picart qui va
r&lt;'ndre compte d'une diligence qu'il a faite
sous mes ordres pour avoir lumière de ces
méchants livres c1ui viennent en France des
Pays-Bas. J'en ai eu l'avis par un librai~e
d'Amiens et, ensuite, j'ai fait arrêter le libraire de Paris et un autre de la ville d'Amiens
qui servait d'entrepôt à ce commerce•. 1&gt;
Ce n'est pas avec un moindre zèle qu'il
veillait à la salubrité de Paris : « Les ordres
du Roi sur le neltoyement de la ville el
autres choses concernant la salubrité de l'air,
écrivait-il au même ministre le 7 juin de
cette année, ont été reçus avec une joie publique... les bouchers, charcutiers, rôtisseurs, boulangers, meuniers et autres personnes ont obéi volontairement ; même ce
règlement s'est étendu sur de certaines gen
qui nourrissaient el faisaient le trafic de
chiens en dtffércnts endroits ... et je m'assure, si le soin dei hommes pèut conlrfüuer
pour quelque chose pour garantir Paris des
malheurs dont les provinces Yoisincs ont
affligées 5, que la sagesse qui accompagne vo.
actions aura produit un bon effet 6 • »
Mais il est une limite au delà de laquelle
l'éner!rie de l11omme le plus per évérant est
o
.
bien obligée
de faiblir, et, six JOurs
seu lcment après avoir pris ces mesures d'hygiène
et écrit cette lettre, vers les rètes de la Pentecôte, le Lieutenant Civil se sentit tellement
affaibli qu'un vo1age à la campagne, dans sa
terre d'Olfémont, lui parut absolument nécessaire. Le repos et l'air des champs l'aideraient, pensait-il, à se rétaLlir; des comptes
à régler avec ses fermiers exigeaient d'ailleurs en cette saison sa présence.
Cette terre d'Olfémont était, on s'en souvient, un des nombreux témoignages des
exceptionnelles faveurs dont le sort bienveillant avait, durant toute son existence, favo-

2. Correo$po11da11ce de Madame. Duchesse d'Orléam, extraite des leLLres publiéc,; par :11:11. de Ranke
el Holland. Traduction el notes pat Eruesl Jaeglé.
Paris, 1880, 2 vol. in -12, l. Il, p. _72.
.
a. Plumitif de la Tournelle, voir Raraasson. Arcl,i,•rs de la naslille. IV, p. 2i3.

4. Correspondance 11dminhlrative sou., Louis XIV,
t. 11, p. 551. Le Lieutenant Ciril à Coll,erl,
7 jujn 1666.
5. li y :nait alors une épidêmie de p_csle.
6. Correspondante de Colhert. pulihfo par P. Clément, VI, p. 3!!2.

ABBAYE DE PORT-ROYAL DE:S CUA.MPS :'

Gra1•11re dt

MAGDELEINE IIOR~rurnELS.

causés par la conduite de sa fille avaient
beaucoup assombri son caractère, mais ce
n'était que tout récemment que de- troubles
de santé étaient venus se joindre à ses préoccupations morales.
Vers le milieu Ju mois de janvier de cette
1. Fontaine dan, l'iu illltreua11ies, lV. p. til.

LE

CnœuR.

(C.iNnet ;tes fistamfes.)

__________________________ LE

LTEUTENJI.NT-CTnL DlfEUX D'AlŒ]{JtY - ~

risé jusqu'alors M. d'A11Lray : il l'av:iit même tant dïnqniétudt'S à ses prorbt s que la nomcllc-, en avait fait part aussitôl. par
recueillie parmi les Liens rnnfüqués sur le l'ainé de ses fils, alors intendant à Orléans, lellre, à un de ses ami : « Comme j'étais
malheureux MonLmorc-ncy conduit à l'écha- dc.;manda d'urgence l'autorisation de quiller aujourd'hui sur ks onze heures, lui écrivait-il,
faud.
son poste pour se rendre au plus vile au avec ~I. le Premier Président dans son cabinet,
A la suite de celte mo~L tragique, la ,·cu,·e chercl du malade. A peine arriré, ayant couru qui m'avait envoyé &lt;Jtrérirpourdîneraveclui, on
d_u supplicié, Marie-félicie de. Urest wnu lui dire c1ue l'on avait donsins, le cœur brisé, dépouillée de
né l'extrême-onction à M. le Lieutout, prhée de biens, arnit pris
tenant Civil. Tôt après, il est venu
le voile, el tout réccmnll'nl, en
une grande troupe de ses parents
cette mêmeannée IGGG, vrnait de
qui Je cherchaient pour l'emmemourir obscurément, o ubliéc dans
ner. Ego rero dam me subdu:ri,
un couvent de Moulins 1 •
comme dit quelque part Erasme,
La fète de fa Pentecôte tom Lait
cl m'en suis wnu dîner arec ma
celte année-là ltJ 1:=i juin. Désirant
famille. Il y aura eu quelque afne point entreprendre seul le
faire sccrèlll;. &gt;l
voyage d"Offémonl, un vopge de
Le \'endrrdi 11, la morl avait
dix-huit lieues, M. d'AuLray pria
:rcheYé
son œu He, et, fils sincèsa fille la marquise de IlriU\ illiers
rement
éploré en même temps
de vouloir bien l'accomp:igner.
que
magistrat
strictement attaché
Chacun d'eux de rani partir d'un
aux
devoirs
de
sa charge, l'inpoint différent: le Lieulenant Ci\'il
tendant
d'Orléans
écrivait de noude son bôtel de la rue du Bouloi,
reau
au
Ministre
: « Quoique la
et la marqui e, de son lo3is de la
douleur
du
d6cès
de
M. le Lieuterue Neuve-Saint-Paul, rendez-yous
nant
Civil,
arrivé
hier
au soir,
fnt pris pour ~c rrjoi11Jre hors de
m'ôte
toute
liberté
de
réfléchir
la ville, dans le faubourg Sainlsur aucune autre affaire, elle me
~lartin, en face du couvent clés
conserve Loule ma raison pour
fiécollels 1, et il rut convenu 11ue,
wnger à mon devoir el pour vous
afin d'accélérer la marche, lime Je
dire, Monsieur, que les deux jours
Drinvillicrs amènerait ses chevaux
que je Yous aYais demandés pour
que l'on accrocherait comme renassister feu mon père seront écoufort au carrosse.
lés aujourd'hui. Si le désordre
L'heure du rendez-vous était
extrême
dans lequel sont mes
déjà quelque peu passée lorsque la
affaires
me
le permettait, je parmarquise y arriva, seule, sans ses
tirais dès demain pour me rendre
chevaux.
à mon emploi. Je ne laisserai pas
Déjà mis un peu en mauvaise
de partir à l"heure qu'il vous plaira
humeur par l'allmle, AI. d"Aude
me prescrire après que j'aurai
bra , que la maladie rendait exeu
l'honneur de vous rendre mes
trêmement irritable, se fàcha fort
très humLles respects et que j'aude cc contre-lemps:i. On se mit
rai fait ma révérence à Sa Macependant en route et l'on s'arjesté,
si vous l'avez agréable. C'est
rêta pour souper à Senlis clicz un
ce
dont
je rnus supplie extrêmeami, M. le chanoine Cruvillier.
ment,
Monsieur,
de me faire rnLes grandes et e.xc.?ptionnelles
voir
vc,Lre
volonté,
laquelle fe1échaleurs qui régnaient en celle
TOt!RE!.LE flE L UÙTEL DE FtCAllP, Rl'E HAUTE.FE tll.LF, ITABITÉ PAR
cutc
rai
toujours
avec
le dernier
année', jointes à la fatigue du
allachement s_ »
S.UNTE-CROJX. Dessin de RoemA.
voyage, en étaient-elle lacause,louDurant Loule la journée du sajours est-il que M. d'A ubray ne se
medi
12, lendemain de la mort
trouvait pas bien. A O!Témont il essaya du se ù l'hôttl du Lieutenant Civil, ruu du Oouloi,
dn
Lieutenant
Civil,
ce fut à son hotel un
purger; pour le rrmellre, sa fi 1le lui pré- le jeune magistral écrivit dès ~ix heures Ju
défilé continuel de parents, d'amis, de ma- ·
senta un bouillon préparé de sa main. En matin, le 10 septembre, à M. Colbert son
dépit de tous ces soins, la maladie empira ; cher : « Monsieur, en arrivant à P,tris auprès gislrats, venant rendre au mort les derniers
devoirs : c1 Le samedi 12 septembre, écriM. d'Aubray se trouva soudain &lt;&lt; lourmenlé de. mon père, ma prrmière pcn ée, après
de vomissements extraordinaires, de maux l'arnir rn un instant, a été de vous rendre vait en rentrant chez lui le président d'Ord'estomac iuconccvaLlcs, et d'étranges ch.1- de trè humLles grâces de la permission qu'il messon sur le lirre de notes où, minutieuleurs d'entrailles 11. Quillant brusquement vous a plu de m'accorder de satisfaire à mon sement, il mentionnait toutes les particuOffémont, il dut rentrer en toute hàte à Pari~, devoir el à l'assistance que je lui devai . Je larités du jour, je fu avec U. Le Roy donfans aroir pu finir aucune des affaire qu'il l'ai Lrom·é en l'état qu'on me l'avait écrit, ner de l'eau bénite à ~r. le Lieutenant
Ci~il, mort le jour précédenl, après une
se proposait de régler$.
quasi hors d'espérance de recourrer sa santé. maladie de sept jours. On atlribuait la cause
De ce jour, la santé du Lieutenant Civil Vous jugez, Monsieur, quel a été mon arcade sa mort à la douleur que lui causait une
devint de plus en plus mamaise. Au com- hlcmenl el mon aflliction 6 .... »
de ses filles, dél'ote, qui lui demandait parmencement de septembre, son étal donna
Dès la veille, Je malade a,ait reçu l'extrême- tage et lui avait fait donner exploit; mais
1. I.-E. Mermel. - Enais histonques sur lu onction et le médecin Guy Patin, une très
c'est surtout de la douleur de ne pouvoir
c1111to11~ d',l tlich!J, f.0111[)ièg11e, etc .... Compiêgnr. mauvaise langue, qui par hasard avait appris
depuis longtemps, obtenir la permission d~
1 \"ol. m-12, 1907, imprimerie du Progri's tic l"Ui~c.
0

2 ..\ujonrd'lmi hôpital militaire.
:i. Procc, de la Brin,·illicrs. lnterrog11toircs des

9 a1Til el 15 juillet 1676. \oit- Ra\'~bson, A1·rhiies
de lit Bastille, l. IV.
i. Vuir Journal d"Olilicr J'Urme.-011. li , IL 4(H.

:1. llémuire contre la 11 de llrinl"illicrs pour
lime ltangot, veurn de M. d'.\uhray. lieulenaul
Ch·il

'le fils). Ilibl.

~ationale, rrt'ucil Thoi y.
(i. llil,I. ~alionilc. Papiers dr Colbert. fieproJuil,
p~r fiaYai,-on. A rcltfrt•$ de fa lJa.,ti/le, ï. p. 9 cl W.
..,, 311

'"

7. Lettl'et de Guy Pn:lÎII, 5 ,•ol. iu-8•, 1816, l. JII,
p. GJO. Lellre à Fnkonet, 9 septembre 1666.
8 Dall)e Paris ce samedi â 6 heures. Bil.,I. 1"ationole, papiers Colbert. Reproduit pQr naraissou. Arthfres lfe lu llaslillt:, IV

�---- Jf1ST0~1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - résigner sa charge à son J11 ni en retirer
récompen e, es affaires domestique étant en
mauvais étal 1• »
urvenue dans de conditions a scz myslériru,e·, celle mort faisait en elîet l'objet de
Ioules le. conver alions el prèlait à bien des
conjectures; le méd cin Gu~ Patin, qui n'était
pa seulement mauvaise langue, mai encore
un furieux, inlrairal,lè et exclusif parti an de
la saignée fréquente cl de l'abondante purgation t, ne fut pas de · dernier· ~ donner on
:ni,: ci Nou a,·on perdu, écrivait-il, M. d'Au1,r:n, Lieutenant Civil; c 't'-lait un honnête
hot~me qui était merveilleu ement inlelligcnl
pour l'exercice de celle grande charge. On
n'a pa bien connu sa maladie et de plu un
('harlatan lui a donné deux. pri.&lt;'s &lt;lu , in
,:mélique avce Jesquel!es il a Lil'nlôt pas é au
paI d'où personne ne revient füi il n'y a
pas à 'étonner de cela : il e t mort de la
main d'un charlatan, lui, dont la charge était
de cha ser œtle _orle de gen qui e di ent
impudemment et fau semcnt médecin. de
Montpellier. Ce ne ont que misérable gredins, ans lieu et san aveu, moines défroCJUé , frater , apothicaires et barbiers gascons
qui promettent de ecrets contre toute
sorte de maladies el plusienr autre :. , ,,

Tant de morts douloureuses, si oudaioement répétées dans la m~me famille comm"nrèrrnt ~ paraître ~1 prclcs; :ippelé à

L\

'IARQUTSE OF. BRl]l.'VILLIERS.

D'après un portrait qui fut /ail d'elle peu de ltmf'$
av:rnl SOI! $llf{'lla.

De ee jour, une fatalité terrible s'abattit
sur celte famille d'A.ubray jusqu'alors ,i
prospère; implacable et acharnée, la mort
sembla.il planer mystérieli ement ur elle el
y guetter tour à tour une proie. L'aîné des
fils, l'intendant d'Orléans, avait obtenu du
Roi la charge de son père, diminuée toutefoi
de la plu importante partie de ses altributions : tout ce qui concernait la police en
al'ail été détaché pour former, ou le titre
de lieutenance générale ,/f police une nouvelle char11e, attribuée à M. de la Rel"nie.
Le nouveau Liculenaot Ci~·il avait à pein,:depuis quatre ans, pris pos es ioo de ,es
fonction q11e subitement, comme on père,
aprc des souffrances atroce , il mourut âgé
seulement de trente-huit an , le 17 juin lû70.
Douze jour avant a mort, se entant déJà
irrémédiablement perdu, il avait fait un te lament par lequel il laissait à son frère cadet,
conseiller au Parlement, tout ce que les coutumes lui permettaient de donner', Celui ci
recueillit l'hérita ire; Lroi moi ne 'étaient
pa écoulé qu'il Jtait morl.

faire l'autop ie du frère aîné, plusieurs médecins et chirurgien déclarèrent, l'un, Bachot, &lt;&lt; que la poitrine de M. d'Aubray, Lieutenant Civil, fils, était ulcérée et des échée »,
un autre, le chirurgien Jean De,,aux, -c'était
par sa remme née Duchesne le beau-frère de
Philippe de Champagne - qu'il trouvait« d
parties brûlées dan l'estomac eL le foie, et le
cœur tout flétri et macéré 5 »; tous deux C-Onclurenl à un empoisonnement.
n empoisonnement! EL aucun indice ne
permettait de oupçonner quels pouvaient
èlre le coupable !
Cependant, de moins en moins capable de
ré~isler à es pa.;sions, la marquise de Brinvilliers atftchail el multipliait s amour ;
tout était bon à ~e insatiables cl étrange
fanlai ies i avec ointe-Croix, orti de la Bastille, ses relation avaient repri de plu belli•,
mai , outre celui~i, le précepteur des fil de
la marquise, un pauvre bachelier en théologie, de tournure assez gauche, timide,
trembleur, pu illanime, élait, bien malrrré
lui, devenu au. i son amant. Il e nommait
Briancourt. Ahuri de ces cares es passionnée
qu'il n'avait pas cherchées, étonné au i de
certaines confidences cabrtu e qu'il ne demandait point, il lui arrivait bien sou,•ent dti
maudire sa bonne fortune et de ouhaiter
ardemment être ailleurs.

1. Jonrnul 1l'0fü·ier d'Ormrssoo, Il, p. 472 ,
2. 'ur Gu, Patio cl es Lhéorif m ~dicalc.• voir
un amuntit ■ rlicle d,· 1. Fr. Funrk-llrènlano. llerue
hebdomadaire, 190 .
:\. Lcllre ,Istèe du 21 ~cpternhre 166H.
4. Dili!. :'ialiomtle, ms. Chairamhaull. :i:1i. f• 00.
à. E\lrails ,111 Pr,,.-,., ,le 1, llrimillit•ra. llil.,I. Xa1i,ma!t•. m•. Ir, HO;i5 I• !l ,·•.

li. Tnlcrrogntoirr ile llrianrourL, t:i j11illcl li\111.
Y.. ir Ra,-ai sou . •-Jrchivea ile la RMli/ft', I. 1\. p. l!l!I,
el 21 juillet tüii, 1&gt;. jUl-:;!12.'
i. 111umitir cle la Tournrllc, p11hlié par rta\"ai,,011.
.J,·chivea de /11 Ra.,tillr, 1. IV, p. 2l5.
. Sur Ir pNM'1\, ,•L lu mort ,1 .. la BrimilliPrs voir I•·
lll'an li,r,• ,(,, 11. Fra11l1; l'unrk-llrcnlano, J.,. Dttlll11'
des Poi.touJt.

Fatalité tragique. - Les empoisonnements de la Brinvilliers.

&lt;&lt; Pendant que ainle-Croix était à la Bastille, dit un jour ~f me de Brinvilliers à cet
humble galant qui e rendait parfaitement
compte de a subordination amoureu e el
connais.ait fort bien es ch~fs de filt!; pendant
que ainte-Croix était à la Bastille, il a connu
là un certain Italien, le plu habile homme
qtt'il y ail au monde pour les poirnn . J'ai
foi I tenir Je l'ar•Yc11l à Sainte-Croix ponr
acheter se ecrel , cela nou a coùté gro . ,.
Au mot dt! poi·on, le pauvre BriancourL c
mil i1 trembler; les yeux écarquillés d'épo111anle, comme un homme qui \'Crrait un
abime s·enlr'omrir oudain .ou· e pa·, il
reviL en pcn ée la mort mystérieu cl subite
de fül. d' uhray, et un terrible .oupçon lui
lr:n-crsa l'cspril.
&lt;1 Yos fri-rc;; .... Madame'? ri qua-l-il limidcmcnl.
- ks frères ne valaient rien tous deux,
répond.il ~lmc de Brimillier avec un mituvai
regard. ,l'aime heaucoup mieux me enfants
qui sonl ma chair. lé frères m'a,·aient mépri rC'.
- Et Uonsieur votre père? interrogea
Dri:rncourt, Ja gorge serrée, eraignanl presque une réponse. »
fais à cette que lion Mme de Brin\'illiers
ne répondit point et fondit en larmes a.
nurant deux années encore le criminel.
auteurs de l'empoisonnement de M. d'Aubray
demeurèrent inconnu . En Hi72 eulemenl.
ainte-Croix étant venu à mourir, un inventaire fut fait à on domicile à l'occa ion &lt;le
a ucces ion; c'est alor qur, par hasard,
l'on décounil une ca eue contenant, à côlé
de fioles remplie de poi on", plusieurs lettre de Mme de Brinvilliers.
La charge était tellement arnablante que la
marqui e, d• qu'dle apprit la découverte de
la casselle, s'enfuit en Loule b.He el se réfugia, en Angleterre d'ahr,nl, pui dans lrs
Pa· -Ra .Cen'e.tqu'rn lû7fi que,décoU1·erte
el arrêtée à Liène, elle ful ramenée à Paris el
jugée. Elle avoua alor amir empoi onné on
père « pendant ept ou huit moi » ,.. , , vingthuit à trente foi )) , ... &lt;1 laoL avec de l'eau
qu'avec de la poudre »... n de ~e propr&lt;.
main et par un laquais nommé a con; )) .
Le 16 juillet 1676, dix ans aprè la mort
my térieu e do Lieutenant Ci\'il, la marquLe
de Brinvilliers eut la l~le tranchée en pln&lt;·c
de Grèrn, son corps fut livré au bûcher et se
cendres jetée au vcnl .
Ain i, tandis que dan la maison du fa11bourg ainl-Jntoinc, au milieu de archer
el de 'ni .e:i, il inlt!rroge:iit lJ. de acy rl
e montrail tellement inférieur à sa tàcbc
qu'il fai ail pitié à se victimes même::;,
M. d'Auliray, depui · quatre moi , portait
déjà dans ses Oancs le poison mortel que,
lentement, goulle à 0 oulte, lui rer ait a fille,
la marqui. e de Drimillier~, à l:t « petite
frg11rr mode Le el douce i:.
'11. G:\ILLY DE TAl"RI ES

HTSTORlA

MADAME ÉLISABETH

SOEUR DE LOUIS X

Tableau de ~1me VIGÉE·LE BR

..-- 312 ....

)J" •

�JOSEPII

TURQUAN
cf:&gt;

,

Les Femmes de l' Emigration
M . Jost ph TuTquan, l'autcuT justement utimé de
nmuqinblu travaux SUT l'époque napoléonienne , li
dont no, lic.c:tcuu ont pu apprécier, dans 1a !Kllc u
complitc étude SUT ,11.1.Jame l{t.:.&gt;mitr, la Ires ha1.tc.
valeur d "historien. public à la librairie Emilt-Paul un
ouvngc où de nouveau s'■ffinnrnl lrs qualitu à la fob
brillante. u solidts sur lu.qudlu 1'u1 fond« sa ripu11tion. Nous cmprunton, a ~• livn de M. Jo5cph Turquan l'important utnit qu'on V1I lire

Tandi cp1c, d'un cœur guilleret cl tolàlrc,
la noble se de cour gra,it chacplû jour le
,!!l'aOÙ escalier de ._ chonbornlu. l au ha duquel des soldats du régim&lt;.'11l de flohan, babil
blanc cl revers noirs, . onl de faction; landi
qu' lie traverse la salle d , gardes 011 des
grenadier suisse., immobile . ou lt!urs
bonnels à poil , la hallebarde au pied, ont
de faction delant la porte de appartement
des prince · ; tandis que ces émigré de mnrque allendenl, une lellre d'audience à la
main, qu'un hui sier leur ouvre la porte du
cabinet, - porte devant laquelle deux garde
du corps, ca~que eo tète et abre au poing,
dressent leur taille géante dan une immohilité de lalue, - d'autres gentil hommes,
qui ne sollicitent point d'audience, qui n
désirent nullement de traverser cet apparat
cl cc ra te hor. de ai on, continuent à picù
leur vo -age. C'e L le camp de Worm · qui • l
le hul de leur étape . Comme le jeune
vicomte de Chateaubriand à qui Rirnrol demandait : cc ù comptez-vou aller'! » ils répondraienl volonticr : a Où l'on e bat. 1&gt;
~lai on ne se bat pn. encore. .\ peine
même commence-t-on à se réunir. Le priuce
de Condé e t à Worm el il e îail autour de
lui un important ra emblemeot de troup •.
Il donnera son nom à celle petite arm 1c.
L'émigration e trouve donc divi~ée dès cc
momeol ur lroi points principaux : Bruxel1&lt;' • Cohlenlz et Worms.
D'une éLotfe morale a . ez mince, d'w1ju ement peu ùr, d'une intefügence de médiocre
portée bien qu'il oil capable d'écrire de
jolie lettr ·, le prince Loui -Jo eph de Bourbon-Condé était le fil de ce duc de Bourbon
qui fut, ou la minorité de Loui X\', cher
du conseil de régence et qui e . ignala plus à
l'alleotion du pays par sa liai on a\'CC .Mme de
Prie que par e l.:llents. On lui avait fait un
grand renom pendant la !!Uerre de ept An. ,
mais ses mo ens élaient inrérieur· à ce renom. bien cru'il nimùl à e firurer le contraire. Avec plus de vanité que d'or"ueil,
ave? une ambition dont il n'avait pas les c:11iar1tés, il prenait sa ,iolence p ur du talent
et. . emportements pour du nénie, - le
"~'.uc du g~and Condé donl il se croyait J'l1tir11trr. Plein de l'OUrage d'aillcur , Jar ..1•,

grnéretn, magnifique, amoureux de gloire. il
Lrù 1nit du noble dé ir d'être appdé lui au~. i
un jour I rrr, nd Condé. Et c'e t pour cda
qnt, ,oarù aux objurgations de Loui XVI qui
le uppliail de con.,édier le~ rrenlil homme.
ra, -emlilés autour Je lui il lui dé.obéi .ail
omerkmcot, aimanl mieu-.: sacrifier le roi,
- mais il ne ·en doutait peul-êlr pa
cl la reiue, dont il était l'ennemi acharné,
que ncrillcr une mielle de ~on amliition qui
était de conquérir la France à la pointe ù
on épée, &lt;l'entrer triomphalement /1 Pari'&gt;
an:c . on c.orp· d'émi!ITés etd'entreren même
temps non moin. triompbnlemcnt d:m l'hLtoirc. li rrvait de cc f\ocrov.
Auprès de lui était . on Ill , le duc de Bourbon. Ce prince se Lint autant qu'il le pul
dan un elfocement qu'il .entait convenir à
se faculté auurnl qu'il comenail à .(s goflls.
~c e reconnais ant aucune qualité transcendante, il ne cherchait point à se meure en
aiant, même pa~ ur le champ de hataille, à
ce qu'affirme celle bonne langue de Mme de
Boigne, et, s'il sortit parfois de l'ombre qu'il
alfectionnait, ce ne rut que par ordre el malgré lui.
Toul autre étail &lt;on ûh- - car il I avait là

Lot:1 -JOSEPII DE B OUIHIOl-. !'RINCE DE Co:--rllt

Grnur~ de

f o RF_ Tll'.R.

(CJNnd des R st;im,es.)

trois génfralion de Cond 1 - le jeune, le
brillant, le piriluel cl valeureux. duc d'En"hien. Un peu gaHoche, un peu chérubin,
,éritaLfo s011. -lieuten:ml d, hu art!., mai

de h:iut Ion, parlant aYec un é"al agrément
le jaraon dr!- camp et celui des salon , il
étai L ador i de tout le moudc à l':n mée de Hm
llrand-pt•re, - C:11 .oldal, de l'officirr et J&lt;.'s
femme . , n populnrilé avait pas é du ramp
de émigré dan Ir armé de la flépublique
cl de là . ur lé ltrritoire françai . Au p11int
que plu lard en 1, (12, r. de Ch:imrar:ny,
rcpré.rnlant à ,ïenne da gouverarmcrt cu1:. ulaire, aroue au comte d'Anlrai.,ucs, an&lt;'nl
secret des princes, que la France ongcait à
un rélaLlis, rmenl de la monarchie, que le
duc d'Orléan était mieux lu que les frèrrs
de Louis XYI, mais qu'on lui préférait le duc
d'Engh.ien. On l'avait même pres enti à ·e
. ujct '·
L'écho de ces négociation était sùremenl
,·enu aux oreilles du premier consul rl
peut-être ne faut-il pas chercher ailleur la
cause de l'arre tation et de la uppression
ùu malheureux jeune homme. Le premitr
consul n'admellail pas de concurrence.
A Worm , bien qu'il y nit « une division
effroyable » entre les Françai , le Lon e t
tout autre qu'à Cobleotz. i les frères de
Louis XVI, a\'CC leur frivole jeunes e, arec le
cliquetis de maitre ('. cl de farorite qui.
plu · quo celui de arml~, résonne autour
d'eux, répandent peu de gravité dans le cercle politique et mondain des émigre, le
prince de Condé se montre plus érieux el a
Loule la di"nilé qui con"ienl à un chef d'armée. Et il organi e la sienne. Au i Worms
est-il appelé le camp, et Coblentz la cour ou
la ville.
Auprè du prince de Condé ~e trouve sa
fil! , la princesse Louise, el sa maitres e, ou,
i l'on préfère, on amfo, comme on disait
alor , la princesse Catherine de Monaco. Au
lendemain de la pri e de la Bastille, le prince
de Condé, accompaané de on ûls et de on
p lit-fil , Lous en armes el à cheval, e corlanl une calèche où était la prince e Loui c
et c femme , avaient été offrir leur ervice à Versaille . On ne les avait point
agréés. Il étaient donc rereous à Chantilly
san. retard. Ayant, ur Loule la route, contalé l't ifcrvfscence populaire, ils avaient
pris juste le temp de diner el s'étaient remi
en route pour aller, à l'exemple du comte
d'Arloi , chercher a ile à l'éLranger. La prince e Loui. de Condé était montée dans la
même berline de voyage que la maîtresse de
EOD père, avec qui cependanl elle ne fai ail
pas très bon ménage. Mais, quand la fondre
allume un incendie dans le forêts ,iergc de
1. l.~orlt·r f'inga u,I. L'n aqr11t gecul d~s p, 1m·1
. nui la n fr,, lullfm : 11· ,·nmtr 1( ,l11t mi911 r • I'· llli

�Lr.S

111STO'l{1.ll

r \rrique, les gazelles ne f uicnt-clles pas
pêle-mêle avec les pantht·rcs cl Jcs hyènes
nns qu'elles songent à les craindre ni cellesci à les inquiéter?
La princesse Louise-Adélaïde de BourbonCondé était alors une adorable jeune fille,
intelligente, artiste, pas très compliquée,
mais supérieure, quoiqu'on ait dit le coolraire, à la plupart des autres femmes, el
par l'esprit et par le cœur. Par l'espril? Il
esl mé d'en juger : qu'on lise ses lellre '
brillantes de bon sens en même temps que
d'une originalité bien personnelle, primesautière et fonlai i te, où le trait éclate à tout
momcnl, incisif, inattendu, et qu'on di.e si
l'on n'est pas charmé. Par le cœur?... Ah!
comme on respire aoprè · de celle adorable
princesse une atmosphère plus pure que celle
qui, soil dit sans vouloir rien leur enle,·cr,
enveloppe les favorites rrincières de CoLlentl.
On se sent tout de suite dans une autre région. Y eut-il jamais plus délicate, plus pure
idylle que ce roman d'amour platonique qui
s'esquissa enlre elle el le marquis de la Gerni ai ? Y eul-il jamais plus méritoire et
plus touchante abnégalion que la sienne
quand elle renonça, sur l'ordre de son père,
à un mariage qui eût fait le bonheur de a
vi&lt;', et que suiYant son de,·oir de fille respectueuse el obéissante, la docile princes5e
sacrifia à la ,·olonté paternelle? ... llai , de cc
moment, elle commença ~ mourir et traîna
de couvent en couvent, durant Loule l'émigration, en attendant qu'elle devint la sœur
Marie-Joseph de la Miséricorde, la lente agonie d'une eii tence désormai décolorée cl
ans but.
Avre sa peau blanche, cette prau si fine, à
la fois lran parente t'l narrée qui avail fait la
gloire de la duchesse de Longue,-ille et semblait un apanoge de famille, la princesse
Louise ét.ait naiment délicieu.e dan sa manière d'être belle : moins par ses lrait , car le YÎSa"e e. L peul-être un peu large, le
nez trop pcliL - que par sa physionomie
qu'éclairaient des )COX superbes, deux pcrYenches vivante , surmontés de cheveux
ulond cendré. L'ememLle a bien une teinte
de mélancolie, très douce, désormais ineffaçable; mais elle va si bien à son regard alangui, qu'elle esl un attrait de plu . Une femme
de goûl, qui l'a bien connue, a dil qu&lt;', «née
dans une terme, elle eût élé la prcmirrc
dans cette ferme cl n'eût pas ressemblé aux
autres pay annes par rnn esprit supérieur, el
.a distinction innée' ». C'étail ,rai; celle
distinction, reflet d'une âme d'élile,ne l'abandonnail jamais; au salon comme dans l'intimité, dans ·a démarche comme dan on
maintien, eUe avait, de tout point, une façon
suprême. lnstruile sans raire parade de son
s:.woir, a con\'crsation était semée de saillies
toujours jailli sanlcs, ~ans efforl. Seule, elle
s'amusait parfois à rimer; puis, lai anl la

plume pour le pintcau, elle se lançait hanliment dans un portrait ou un pay~agc. l1ne
jolie rnix avec cela, Lien tnn'aillée et délicieme à entendre quand die s'accompagnait
elle-même au piano. Rares talent alor, mais
qui ne sont rien à côté de la bonté du cœur
qui caractérhail cette adorable princes c.
C'e t son neveu d'Engbien qui bénéficiera
d'une partie de ces trésor de tendresse que
lïntransigcante volonté de son père lui a ordonné de garder, avec sa vie, en portefeuille.
Trempée déjà par le malheur el le 5acrifice, habituée à e rnincre devant la volonté
de .on père cl à se contraindre deranl la
princesse de fonaco dont la situation irrégulière lui était impo ée à Chantilly, elle dc,·ait
souffrir moins qu'une aulre des mi ère de
cette ,,ic d'oiseau sur la branche qui rut le
lot de c-hacune en émigration. Elle ne lui
furent pa plus épargnées qu 'à la plus pauvre
de émigrées. Comme l'a dit on historien,
elle «connut la Yraie mj ère », les cc quelqurs
ois 1&gt; vainement implorés « pour s'ad1eter
des cbemi e », le coucher dans le gran ues
ou à la belle étoile, le pain noir cl la oupc
accordé par ritié dan les auberge de îillagcJ ».
En attendant, la a belle Condé », comme
on l'appelle, ~L à Worm , :wec son père, au
cbàteau de l'E:lccteur. rne sorte de cour 'y
est étal,lie, un senicc d'honneur a été organbé, el c'est à lraîcrs une baie de rn!Jat au
port du sabre que le émigrés ,·icnncnl se
faire in crire sur le rôle des rolonlaires ou
-Olliciter Jcs graùcs dans l'armée en rurmalion.
C'est aussi à travers une bai d'uniforme
cl de Eahres qu'on parvienlju qu'à la prince se de Monaco, &lt;&lt; madame la princesse Catherine », comme on la nomme a,·cc un .ourire indi crètement discret, et qui est a nrément plus recherchée cl plus entourée que
celle pamre princesse Louise. Elle a cependant I l'air pldant au ouverain degré et
prêche morale Loule la journiIB' ». Mai~,
pour la morale, clle ne prêche pas d'exemple.
Cela n'empêche pas de la bien voir. « A
Worms, on allait lui raire la cour, a écrit un
émigré qui y fut arec son père!, comme à
l"épouse non reconnue du prince de Condé.
Elle l'était en effet. cl l'almanach de Gotb~.
qui . contient la nomrnclatlire la plus complète de toules le famille princières de l'Europe, lui donnait ce Lilre 5 1&gt;. EJle n'y avait
pourtant pa droit encore; mais c'esl moin
pour ce tilr"8 qu parce qu'on la sait toute
puissante auprès du prince de Condé qu'on
rienl déposer mille hommage. à ses pieds.
Comme on sail également qu'elle « s'était
chargée dans l'armée de la partie de recrue G 11, c'est à elle que vont les solliciteurs
el aussi ks solliciteuses. Et celle -ci ne manquaient pas plus à Worms qu'à CoLlenlz.

1. Daus rc1ccll cn1 oll\'ragc&gt; du roarqui Pierre de
les avoir
lu~ , on se demandt.'ra commr nl la comtesse ile Roigne
a pu parler comme elle ro rail d111 · ses .U, 111 01re s
( t. l_
I. p. 24), d'une _princr•st&gt; r1ui (,tai t juslrmcnl
l'.mhlLt&gt;,c de celle 1111 t'll•' nous pn•-r nle.

i:1: Bar nnc d·Obcrkircl1, Mémoire, , 1. I••. ~- 2H.
:5. l'ierre de • égur, la ,lcr11ière dt1 Co,ulé, p. 104.
~- Cumle Fleurv. A11gi!lique di! Ma rl ou. m11 r qui1e
,le Bombelles, p. 1!i!(J.
à. Comte Alexandre de P111maigrr, • nuremrs .t111·
l'Ewigra lio11, clr , I'· 24 . •

,\!!'Ur. La den1 iPrl' des Co11dé. tl après

0

0

Quand le prince llonoré Hl de Yonaro
épousa Catherine de Brignole-8:ile, en l 757,
il arail été intimeml'nt lié avec la mère de
celle-ci. La cho e se savait, et quand il avait
él6 blessé à la bataille de FoatenoJ , Yoltaire
ne s'était pas cru trop indi 'Cret en écrivant
cc ,·ers :
1lonaco perd son ang el l'amour ,•n !&lt;OUpire.

Commencée sou ce au pice plutôt f:lcbcux, l'union ne pouvait guère être heureuse. La _jeune fille avait pourlanl apporté
la incère ,·olonté de faire le bonheur de son
mnri . foi celui ci, aw son caractère diflidle cl ombrageux, ne ut pas s'y prêtrr.
,\prl~s de gra,·cs di,:cntimcnts où le roi
Louis XV a,ail pris parli pour llonoré, la
princesse Catbrrioe s'était allachéc définili'l'ement au prince de Condé qu'elle a\·ail su
affoler d'amour. On a dit, peul-être même
a-t-on cru, que l'amLilion n'entra il pour rien
dan celle affaire. Mais c'c, t peu probable :
n'avait-il pas été question déjà pour elle de
remplacer Mme de Pompadour auprès de
Louis H1
La princesse de Monaco était grande; on
la di ait belle, « en dépit de ses traits aplalis
dans uoe figure trop large 7 D. Elle avait .urlout grand air. Volontaire et dominatrice ùe
sa nature, surtout depui on cbamaillis a\'CC
on mnri, elle menait comme un enfant le
prince de Condé. Ce vaillant avait l'amour
l:iche. De\·ant t•lle, le pauvre homme sentait
'effondrer toute rnlonlé, fondre louL caractère. Il n'o ait pa soumcr en a pré cncc.
D'un regard elle le terrorisait, d'un mol elle
le fai~ait rentrer sous terre. C'était un anéanti
et, avec son âme ser,·e devant celte f&lt;&gt;mml'.
il prenait ce "il anéanti sement pour dn
bonheur. « C'est inouï, écrirait de Cbantil:y
où elle était allée passer &lt;1uinze jours aupr~s
de la priuces e Loui:e, la marqui e de Bornbelles à son mari; c'c. t inouï qu'un prinœ
de! cet ùge-là oil dominé à ce point par une
rcmme.... » .Et, quelques jours après :
u ... M. le prince de Condé a l'air d'un petit
garçon devant elle R. » El c'est par suite de
celle fai~lesse in igne qu'il avait imposé à sa
,;crtueu c cl charmante fille la pré ence, wus
le toit de Chantill~, de son impérieuse maitresse. Cdlc-ci ra,1aiL exig\ l'escla,,e a,•ait
obéi. La c-hose ccrendant ne 'était p11 · faite
ans qucl,1ues Jirficultés : il y a,aiL eu réYolle, proleslations de la jeune fille .... Force
pourtant lui anit été d'obéir à son père qui
n'aYail décidément de coura"e que contre
elle. Ge qui fai ait écrire à fme de Dombelles : « La prince e ne peut sou1I, ir
Mme de ltonaco, celle-ci fo lui rend bien ....
Je suis pourtant fàcbée pour Mademoi elle du
pouvoir absolu qu'a celle femme sur l'mprit
de M. le prince de Cond~, parce IJU'elle cherche tontes les occasion~ de lui faire quelque
niches. »
6. ComtoG . de Conlades, Coblenl.el Q111be1·011,p.4'l.
1. Corres,,0111h11u·&lt;' .f('crèlt de 1/~tra. - •
n
~i,a~ èlail lrop large el e~ trails aplatis • · ' M- Je
(jcntis, Mémoires, l. Il, p. 54, .
ll. Cumlc Fleury . •-lngéliqrrr de 1/arka u, 111ntq11ist
J&lt;" B1J111/&gt;rlll'.•, p. t '.?.!. t'.!ll.

En dépil de ses cinquante ans bien sonné , Mme de Monaco, que le 1ôle plus ou

moins politique de Mme de Balùi el de
Mme de Polaslro~ empêche de dormir, ne
onge pas à abdiquer . .\u contraire. Qunnd
une femme de son milieu ,oil que la jeunesse est près de l'abandonner, die rêve un
rôle politique; au lieu de ré"ncr par la bea.nlé,
elle régnera par la force de 1a volonlé; au
lieu de régner mr un imbécile, elle régnera
sur Lou ; et r~"ller est une tant douce choie
&lt;ju'une femme qui y a goûté ne consent
jamais à dt.lposer le ceptre cl abdiquer la
couronne. Aussi, landi que la prince. e
Louise s'efface le plus qu'elle peul, la princesse Catherine se mel le plus qu'elle peul Nl
évidence. Elle joue au personnarrc officiel, les femmes adorent cela, - un peu à la souvrra(nr, reçoit a avec de. manières dignes el
gracieuses et une cooversalion pi!Jllante cl
piriluelle »', esl aimable ou haul:ùne clon
.es préférences ou préventions\ donne des
audiences au,: arrivants, des conseils au prince
de Condé .... Elle lui donna même mieux r1ue
cela. Dans la pénurie qui sé\'Î sait à Worm ·,
elle contribua pour une certaine part à l'or1. Comt~ .\li&gt; iamlrî' ,h· Puym!igre, for . rit , p. ',U.
2. Comlc ile Coula1lc, (111· . , 1f., (\ . 4~. 1 . •. Elle
me jcla un ref{ard di•J3igu&lt;!u~ d ne me 1inrlo pas. ,
:J. Klim·kmnlriim. I.e ,·0111/r 1fo Pl'l'1&lt;rn ,-1 la (:11111·
1

tlt

l'ranu, p. i.

4. \"oir l'oimablr livre de J. l.ufoyu : Un ,...,,11111
1t1vil : l,1 1•ri11cr1w• t:lia1'i11Ur de 1/0/11111 el If' 1lu1·
11' F.11ghir11 . Pari~. Emilt•-f'a,il. 1•tli1 c111·.

ganii:alion de l'armée par le don généreux de
ses diamnnts, de ses bijoux el de . on ar,,cnterie. Elle tenait à l'honneur des Conde, au
succès de leurs armes! ... Ce qui ne l'empècha point d'arnir une liaison a,·cc M. éguicr,
et cela faillit amener une alfa.ire entre
M. d'A.utichamp el lui•. Mais, c'e L une ju tice à loi rendre: de même que chez le prince
de Condé, il n'y avait rien en elle de mesquin : son cœur était grand. noble et généreux. Â.11Ssi était-elle de,·enue trè5 populaire
parmi les i:;enlil hommes de l'armée de
Condé. a beauté n'y étail peul-êlre pas ~out
à fuit élrangère. Et la blonde princesse de
Monaco, en dépit ùcs années ft dè ,p1elques
rheYeux blanchissants, s'oluinaiL à demeurer belle cl à conserver une tail!e upcrbc.
Uue autre femme, jeune celle-là, au,si
Llonde que la princes e de Monaco, au . i
Ldle que « la belle Cond~ », sa cou ine,
plu même, créaturl! idéalement célc te,
toute p!!tric de douceur, dl! grâce et d'amour,
d·un ralon de soleil cl de l'azur du ciel, avait
éLé aus i portée à Worms par le premier OoL
de l'émigration : c'était la princes c Cliarlollc de lloban. A\'èc sa merveilleuse carna-

r,. llonori11e-Ca.mi1lc~Athéuoü Grima.lùi (2'2 anil
l'l~i - 4 juin !SHI). Elle épousa le 20 juillet 1803
le marquis ,le la Tour du l1in I.JoUICrnel clc 111 Charce,
s11n doule apr • que le princi• ,le Condé eul acqui
la ccrtilu.le que son relit-fils s'èlail m•rii: sccrcl~mrnl, clu moins qn' i 11laiL déterminé à n'cpou~cr
jomhi' 1111~ au lrr r.•mnw •111r ~Ill,• tle Ruhon

'FE.M.MES DE L'LM1G1?.,AT'IO'N - - ,

lion nacré·e, avec celle simplicité el ce nalurd d'une âme d'élite qui ont la di linclion
même, arec son esprit toujours souriant,
comme son cœur et ses yeu:r:, anc une démarche de déc se, une ,oix à faire ramper
sur ses pa , celle princes e de conte de fées
répandait parmi les gentilshommes du camp.
concurremment arec sa cou$Îne Condé et La
princesse Catherine, - les Trois Gràces une almospbère de ~érénité, de conlcnlemcnt, de poésie mème, qur corrige l'étal ù ·
zizanie latent endémique à Worm . Aucun
émigré, quelle que fùt l'ancienneté de .a
racl!, n'aurait o, é élever ses ,·œux jusqu'/1
Mlle Charlollc de fiohan; mais il y avait à
"orms le jeune duc d'Enghien qui, mellaat
à profil une heureuse p:irenté, ar:üt troU\•é
loul simple d'entrer en cousioan-e aYec la
&lt;rrarieuse Charlolle. El un « roru3o d'etil' li
s·en était uivi. Jeunes cl charmants lom~ k
deux, loin de leur pays, u'était-il pas naturèl
qu'il 'aimassent? Comme le prince de Cund:
ne voulait point leur donner l'autorLatiun de
se marit r, peul-être parce que la prince~~e
de Monaco réscr\•ait le duc d'En°hien pour ~a
fille~, un mariage .ecret les arniL unis dcvanl IJieu, et ils aYaient connu le bonheur
avant que le peloton d'exécution n'eût co11thé dans le fossé de Vincennes ce jeune prince
qui a\'ail Mjà tout un pas.é de gloire à l'àge
auquel les autres pensent à 'esquis cr un
avenir.
JOSEPH

Frédéric II
Au commenocmenl de la guerre de ~epl
no , un ambassadeur d'Anglel.t'rre, qui ré· idait près du roi Frédéric, cl donl il aimait
l'esprit el l'entrelien, vint lui apprendre que
le duc de Richelieu, à la tête des Français,
'étail emparé de 1'1lt de Minorque el du fort
aint-Philippe. 1 Celle nouYellc, ire, lui
« dit-il, e L triste, mais non décourageante:
1c nou bâtons de nouveaux armements, et
,, tout doit faire e.pérer qu'avec l'aide de
« Dieu, nous réparerons cel écllec par de
n prompts succ.è:. »
" Dieu? dlles-Yous, lui r 'pliqua Frédéric,
,c arec un ton où le sarcasme e mêlait à
« l"humeur; je ne le croyais pas au nom lire
" d.i ,·os alliés. - C'est pourlant, reprit
&lt;1 l'ambassadeur piqué cl voulant faire allu11 ion aux subsides anglais que rcce1'aÎL le
• roi, c'est pourtant le seul qui ne nous
&lt;&lt; caille rien. Aussi, répliqua le malin
a monarque, YOUS voyez ctu'il vous en donne
u pour voire argent. »

Qucl'luefois il se plaisait à embarrasser la
personne qui lui p3rl:i.il, en lui adressant une
question peu obligeante; mais aussi il ne
s'irritait poinl d'une reparlie piquante. n
jour, ro1anl venir son médecin, il lui dit:
11 Parlon
franchement, doc leur; combien
« avez-vou tué d'hommes pendant 1·otre vie?
« - ire, répondit Je mrdecin, à peu près
" lroi5centmille de moins que Votre Majesté. 1&gt;
La première fois qu'il vit le marqui de
Lucchesini, llalien très spirituel, qui fot
depuis admi' dans son intimité, et deîinL
plu lard ministre de son successeur, il lui
dit : « Voit-on encore, monsieur, beaucoup
11 de marquis ilaliens Yoyager partout et faire
11 dans toutes le cours Je métier d'espions?
cc - ire, répondit M. de Lucchesini, on en
« Terra peul-être tant qu'il 5e trourcrn des
c1 prince allemand as ez plat pour décorer
de leurs ordres des hommes qu'ils char&lt;c genl d'un rôle i ni. » Par là, le marquis
f'ais1iL allusion à un espion italien, auquel
un empereur d'Allemagne avait accordé la
décoration de la Toison d'or. Frédéric regarda
avec surprise le marquis, le tr:ùla bien dès
ce momenl, et le prit en amitié.
Au momeat de paraitre à un cercle, un
jour de gala, on vint l'avertir que deux

TURQUAN.

dames se disputaient le pas près d'une porte
avec one \'i\'acité et une opiniâtreté scandaleu es. « Apprenez-leur, dit Je roi, que celle
n dont le mari occupe le plus haut emploi
1c doit pa er la première. - Elles le savent,
cc répond le chambellan, mais leurs mari
11 ont le même grade. - Eh. bien, la pré11 séance est pour le plus ancien. - Mais ils
&lt;&lt; sont de la même promotion. - Alors,
&lt;&lt; reprend le monarque impalienlé, diles&lt;I leur de ma parl que la plus olle passe la
« première. l&gt;
Un jour, à Po ldam, il entend de son cabinet un assez grand bruit qui éclatait dans la
rue: il appelle un officier, et veut qu'il s'informe de la cause de cc lumulle. L'officic ,.
part, revient el lui dit qu'on a attaché sur la
muraille un placard très injurieux pour
Sa Majesté; que, ce placard étant placé Lrès
haut, une Coule nombreuse de curieux se
presse et s'étouffe à l'envi pour le lire. « Mai
c, Ja garde, ajoule-L-il, va bientôt la di per" cr. 'en faites rien, répond.il le roi:
u descendez ce placard plus bas afin qu'on
cc le lise à son aise. » L'ordre fut exécuté·
peu de minutes après on ne parla plu d~
placard, mais on parla Loujour de l'e prit
&lt;lu monarque.
Cœ1rE

DE ,

ÉGUR.

�'------------------lraiclé:,, 'Jl, quand le mal s·c~chautle, ils
&lt;I
e mettent en fuite, cl 11uittcnl leur ,·ill1•,
« abandonnant leur~ malad es.... &gt;
L'imai;ination urcxcilée centuplait la gra,•ilé des moindre.~ s1mptômes, el dans cha11ue
affcctiun, même bénigne, ,oyait lïndicc du
Ot!au. La crainte de la peste faisait presr1nc
autanL de victime · que la pe- te elle-même,
ïl fauL en croire une vieille lé;cndc fort curieuse, cl fort iroui11ue ....
cr IJn ca\'ali"r, raconte celle lt!1rc11de, allait
ile Beyrouth à Dama·, lor qu'il rencontra .ur
le bord du chemin une horrible ,ieille en
G

LA P~STE

A

Rom:. - TaNtau

CO.lffJJŒNT ON Tl{.JUTA1T 1.Jt P ESTE DANS L'ANCTEN TEJJfPS -

ai rt'.·ellemeuL tué 11uc
ccut! répliriua la Peste. Les autres sootmorls
de peur 1
... Dans le même ordre d'idée:,, Francis11uc
:Jrce, écrirait en l 07, au moment de la
peste ·de Oornbay CJUÎ fit illOO \'ÏcLirue. :
&lt;&lt; Cc qui vaut mieux que Lous les sérum. ,
11 pour garder no~ villes de la pe Le, c'est la
" force de caraclère et la érénilé d'àme ....
n Ce sont les peureux el les affolés qui paient
« le premier tribut à l'épidémie. La precr mièrc précaution à prendre contre la pc~lc,
&lt;1 c'c. l Je ne pa en avoir peur .... »
-

liai je

0

ll llll

- ,

n peurnul èlre mi · au rang des eau e dli« cienle de lape le. »
El, plus loin, Fahre consacrail gravement
un cbapilri' au Diable cl à ses &lt;'niteurs,
concluant 1p1e, for l heureusement, ce mali us ei prils ne pouraient répandre le mal
qu'avec la pcrmi .ion de Dieu. {Ch. J\. , y les Diable~ et . ·ourrie1·s pezll'enl }ll'OtluÏl'e la pe.~fe ) Ce préjugé fut mainte foi~
la eau e de ma ·. acres en Allemagne et en
Italie. Le. malheureux désignés comme étant
dl' 11 Srmeurs de pe~le &gt;&gt; furent lués; eL
l'on retrouve même dan, les registres du

rÈut Dr urs~ v. (.1/u5ct 111 / ,u.w,nl'o11r f!,)

ROBER T FRA CH EV ILLE
dp

Comment on traitait la Peste
dans l'ancien temps
La pe te e,t d • nouveau à l'horizon. L1·,
épouYantable ra"age~ qu'elle ext'rce en ~landchouril' nous n•porlcnl à Jix ji•rle. en arrilrr-, l't nou · 1iroUH' III qul' ~on rrgnc ,i't&gt;,t
pa,; fini. Voici Mjà plu ieur années que celle
inislrc rôdcu c a repa1·u el qu'elle seIDhle
nou oueller ile loin ar('c de yeux d'envie,
e
•
i:an pourlanl ~e basardl'r a nou allaquer.
)lai, contre nou .· , die ne ~e cnt plu · en
force. Elle redoute notre hrniène, el sent bien
que, grùc~ au ~érum d~ ~l?~x cl de Ye~sin.'
aucune l.iecalomùc de cmh~e~ ne saurait. a
l'avenir, relever sou a1Treux pre~Li e.
Jadi~, en &lt;'~•t, tout pn s (1lait son dn0

maine, el luul être 1.iumain. sa proie: c·étail
l'elfroyaLle souveraine à laquelle nulle cienrc
n'a"ail la prétention de tenir l~lc. Le esprits, perpétuellement inquiets, Liraient, de
chaque phrnomène de la nature, dl's pré~ag&lt;'s
relatifs à ce fléau ; et, selon la conjonction ou
l'éclat de astre , la couleur du ciel, l'a lmndance de in ectes cl des planll's, la mortalité des animaux, l'émigration de · oiseau~ el
des _taupes, la nuance de l:i. peau de grenouille , I s Lrf'mhlemcnt de terre, Je pluies.
les météores, etc ... , il~ conclnaienl alCC terreur que la peste était imminente. Alor~, la
1w111· d1;lra11nail le. rcnca1n; Ir· uns fupit•nl
... 310 ""

ltur maison , qnitlaienl letw métier ou
leurs commerce!', san souci de la ruine; lès
autres, rn fiant aut d1arlalans el aux sorcil'rs,
:il, nrbaienl dïnrntisl'mblaLles drogue~ qni
1c~ t'lllpoirnnnaient. Le peuple a.sié"eail
les L\di c pour conjurt&gt;r l'ire de Dieu. ll
les bo11ti11ues d'apo1hicairc~, pour aclwLPr
du be::;oanl animal, de la cr1111111uli11e. ou de
l'alcool riperar,wr. L ·~ plus doctes médt'cins l' pPrdaicnt leur latin, et, conscients de
leur impui.s:nwe, 1:1aicnl sourenl les premil'rs à vrendre b fuite cl à dé,-crler lc:ur
poste. « Le médecing n'y Yeu!t•nl pa . eulec1 m,' nl prn Pr; ils en r ·rrivc11l ill' heam:

MOkT l&gt;E S,U:'iT

Louis,

Dl::VAXT

Tùl'IIS,

St;lt LES .IWL'ŒS l&gt;E (;Al(TUA&lt;..l::. -

T.1t'leilU Je

Il aYaÎL rai~on ... mai loul cela est hiL o
haillons rtui :s i! lamen:ait de ne pouvoir allcï
facile à dire à notrl' époqueinsaucieu ·e, ~et•pju.qu'à Hama .
Pris de pitié, le cavalier la fit monter en tiq ue, et. .. antiseptique ..\ ulrdois, il n'l·n
croup&lt;', derrière lui, et, tout en eau anl, étai l pa · de même, de par le - fcrmi:, cro)ances
pendant le trajcl, lni demanda qui clic du pcuplt'. La peste était con idérée comme
était ....
un châlimenl envoyé par Dieu, ou comme
- Je suis la Pesle noire! répondit né 01i- une malice du llémon · cl il étaiL pre~que
• impie el sacrilrn-e de n'en pas avoir peur.
"ewmenl la vieille.
C'est ainsi que, dans un lraité publié à
Le jeune homme épouranlé ,·onlut la jeter
à tare. )lai elle lui promit, en réwmpen-;c Tùulouse en J6'20, Jean Faure afürmail quo
Je sa Lonuc action, d'épargner :-:a lie, cl le:; eau ' C~ de la pc te étaicnl souvenl supcr1mhnc de ne faire que cent vielim !:s dans la naturelb. n Dieu en e t lc producteur : le ·
1illc de Dama .
« angc.:s an•d eo onl sou1cnl le cornmandcLe surlcndcmaiu, deux cc11L l'ada\'l'l'S 11 ment de Dieu, de produire le mesmc ,epourri. ~aicnl d&lt;-Jà darr les rues. L1• earnlicr, « nin. Les démon~ au". i en onl la permisindigné d'un tcl manque &lt;l parole, rcuco11lra « jou; le ,orcicrs el magicien pcurcnl
la 1ieille c! lui n•pro:l1a 1io!Pmmcnt celle « ansi, par permis.sion divine, avec l'aide
11:1hison
u de· Mmon~
au1q11 •I il, adhèrent, cl

Gutm,.

(,\/usée de Ver~.iilles, )

J&gt;arlemcnl de Toulouse de:; ju,.cments en

honne el due forme, condamnant , cc crime :
en 1530, un nommé Cadoz, semeur de peste,
fut tenaillé, décapité el émtelé;et,en 151-5,
Je ieur Lentille, accusé de maléfices, expira
dans le plus affreuses torl~:res.
La p.: le, donc, étant d'essence dh-ine, il
étail logique qu'elle fùt annoncée par des
phénomrues céleste plu!&gt; ou moin extraordinaires. C'c~L cc qui ne manquait pas d'arri1cr, lant il c L ,rai que les ycu..~ efl'ra)·és
voient de cho.es ell'ra!-anles. Tous ceux qui
,i,aienl au x, ,e :iècle se rappelaient fort
bien. par auto- uggesliou, 11relle comète qui
" apparut \'onûème jour d'octobre 1527, de
• l'horreur de laquelle plu ieurs moururenl
« de peur et les plus asscurés en Yiorent
« ma la des. Elle ne dura 1p1 'une heure et un

�111STO'J{1Jl
quart, commença à e produire du côlé du
Soleil levant, puis tira vers le midy, occi&lt;I dent el septentrion : elle cstoit de longueur
« excrssive et si esloit de couleur de sang,
&lt;1 au bout d'icelle il paraissoit un bras
u courbé, tenant une grande cspée en la
cc main comme s'il eùt voulu frapper; el au
11 bout de la poincte de ce couteau, il y avoit
~ troi Estoiles situées en triangle; mais
• celle qui estoi t sur la poincte estoit très
" claire et luisante, et à Lous les costés de
cc ces trois Estoiles, p1roissaienl q_uanlités
11 d'haches, de couteaux, de poignards, des
« espées, des halebardes colorées et teinctcs
" de sang avec quantîtê de testes huma~
hideuses avec leurs barbes et cheveux heu rissés .... ,,
C'était en effet un spectacle fort terrible,
1rue nous ne pom·ons guère nous offrir de
nos jours pour faire vibrer nos sens blasés.
Et le témoin qui avait vu cela de bonne foi,
et qui l'eût juré sur l'honneur, ajoute que
ce.lie comète prodigieufe fut naturellement
sui1ic de guerre, de famine et de pe~lilence,
el que la plus grande partie de l'Europe en
fut ravagé&lt;'.
.Jean Fabre, en son Lrailé, arûrmc l'infailliLililé de ces présages merveilleux.
« Depuis l'an 1618, dit-il, nous a\'ons vu
u d~s comètes au ciel, Lrè., hideuses, des
~ poultre de feu, des dragons, des phan« los mes épou\'antaLle$, des tourbillons ( n
u lerrc, si furieux qu'ils ont empo1 lé des
&lt;1 moulins à vent cl des maisons entières,
,, arraché des arbres et des vignes, enlevé de
&lt;( gros animaux, sans espargner les hom" mes. Nous avons vu lanl de monstres pro« digieux, lanl humains que aullres; nous
avons paly tant de guerres, eL enfin, nous
&lt;&lt; pal) sons la peste; ce qui me fait croire
&lt;I cl asscurcr que les comètes, feux-volages,
1c tremblements de terre, inondalions, sont
H les vrais avant-coureurs et signts de la
t&lt; peste que les astres produisent. »
D'accord avec Lous les médecins cl aslrolo"UCS de l'époque, il allriLue un immense
~ouvoir aux astres et aux planètes, et 1;1
dans les constella lions la [unèLre sentence de
l'humanité condamnée :
1&lt; En ceste présente année i628, Saturne
« et Mars rnnt conjoints au mois de scptem&lt;&lt; bre, en la sixième maison, avec des as,, pects malin à la Lune _et au_ So~eil. La
« Lune ayant édypsé au mois de pnv1er prf« céJent, lequel éclypse nous arnns ru; et
&lt;c encore ayant étlypsé Ull,tl autre fois le
&lt;I 16 juillcl de la présente'1nnée; et le uleil
« par trois fois : la première, ~e .(i de jan&lt;c Yier; la deu1 ième, Je 1 de JUIiiet; et la
« tro:sième, le 25 de décembre, qui se ,·erra
,1 aux partie octidentalcs, îers l'Angleterre,
« Esco se, et Yers l'Afrique; le tout ne nou
&lt;I présage que de grands mall1curs en ce
« "lobe inférieur qui srra plein de guerrr,
« de famine et de pe,te; d'où plusieurs se« ront très mal traiclés et seront contraints
11 d'aller Yisiter l'aultre monde, si Dieu n'a
&lt;l piLié de nous, par sa sainclc miséri&lt;t corde. 11
c1

11

'------------------Or, cette miséricorde di,·ine, si efficace
qu'elle pût être, ne coustituail pas un antidote suffisant pour guérir les pestiférés, sans
autre remède. Rendre la confiance au malade,
et rasséréner son âme trouLlée, était à coup
~ùr une action fort utile; mais il eût mieux
valu s'occuper de son corps souffrant, avant
de mettre sur son âme ce baume spirituel,
qui ne _servait qu'à lui rappeler le danger de
mort où jl se trouvait. &lt;1 Après quele chres« tien sera muny de ses antidotes spiri1uels,
dit un médecin, se confiant en Dieu, gou&lt;1 verneur de toutes choses, remellant le tout
« à sa volonté et à son gouvernement, il
« aura recours à la médecine. 1, Il rùt pu
ajouter : 1 S'il en esL encore temps! 1&gt;
A Jlomr, au ut• siècle,on exagérait encore
davanlage cette dévotion Iuneste. Le premier soin d'un médrcin en arrivant au che,ct
d'un pestiféré, élait de lui demander s'il
s'était confessé depuis peu, sans quoi il ne
commençait pas le trailC'ment, quelle qu'en
soit l'urgence. Le malade élail alors tenu de
faire, sur-le-champ, la communion; et pmdant ce temps le mal empirait. Le médecin
s'engageait, p:ir srrmenl, à oignc·r lame
tout aulanl que le corps; il était en qU&lt;·lquc
sorte responsaulc &lt;lu salut de ses malades, el
de,•ail les décider à communier tous les trois
jours ....
Cc qui prom·e qu'on avait ('lus confiance rn
Dieu qu'en les médl'c:ns ... ,·oire les ruéut-'cins eux-mêmes. 1 on sans raison, d'ailleurs;
car Jor-,qu'on lit les graves dissnlatioos qu'ils
écrivaient sur les causes de la peste, ~a nature et sa thérapeulique, on n'e:.l pas éloigné
de croire qu'ils Luait:nl plus de malades qu'ils
n'en guérissaient. Il est évident qu'ils confondaient souvent la peste a,·cc d'autres a[ections plus ou moins similaires : toutes les
terribles hécatomLcs que l'on a mises sur le
compte de ce lléau peuvenL être vraiscmblaLlement attribuées à la pelile véro!e, an choléra-, au typbui,, ou à direrscs fièvres pernicieuses. Tuule épidémie ,iolenle prenait le
nom de peste; c'est du moins cc que diYers
auteurs laissent à supposer; entre autres, Mercurialis, qui prélcn&lt;l qu'une épidémie ne doit
point être honorée &lt;lu tilre de peste, tanl
qn' elle ne fait pas plus de cinq victimes par
jour!
Fabre, dans san traité, s'étonne de ne
jamais trouver les mêmes symptômes, chez
ses divers malades « ce qui nous fait croire
« être véritable, dit-il, que la peste est Ioule
, sorte de maladies causées par de diverses
« causes vénéneuses et pernicieuses. »
Paraccls&lt;', qui était une autorité compétente en la matière, avait, dès le X:\-e siècle,
compri:. la peste d'une façon h&lt;-aucoup plus
simple cl logi 11ue que ses successeurs. Selon
lui, 1( la peste, c'est toute maladie maligne,
« pernicieuse et îenimeuse qui jede son ve&lt;&lt; nin en six endroits du corps. Scavoir: der(&lt; rière les oreilles, aux deux aisselles, et aux
&lt;! -deux aines. »
Il ,·eut désigner ainsi les bubons qui caracL~risent la véritable peste, el son opinion c l
raisonnaLle. Plus loin, le même Paracelse

im·entc une comparaison assu pittoresque,
entre les comètes du ciel et la peste quïl
nomme les comètes du petit monde. Le passage est vraiment curieux :
t&lt; Comme la comète du grand monde proc&lt; vient du venin el malignité des vapeurs qui
« s'élèvenl de l'esprit vital de la terre vers le
&lt;1 ciel, et là, montre son feu et son ardeur;
« ainsi, la pesle, dedans l'homme,s'élè,·e des
&lt;1 vapeurs malignes el ,·énéneuses du baume
&lt;c vital de l'homme, vers la superficie de son
cc corps, où il montre son feu et son ardeur
« en bosses et carboncl~s, qui sont à l'homme
&lt;( tout autant de comètes pestilentes et mali&lt;( gnes qui lui présagent une mort présente
11 ou, pour le moins, Lcaucoup de trou Lie, et
&lt;C de guerre civile et intestine dans son proC&lt; pre corps, ce que les pauvres pestiférés
« peuvent assez asseurer et témoigner à leur
u grand dommage. »
Donc, lorsqu'un auteur ancien décrit une
peste qui n·cst caractérisée extérieurement
par aucun bubon, il est à peu près certain
qu'il rn lrompr, et que ce n'est pas la Pesle.
L'ILisloire même se charge d'en fournir la
mtillcure preuve : les obserralions et les récits relatent sourent que lclle épidémie
frappa surtout les îcmmcs ou les enfant~,
comme celle de Milan en 1566; que telle
autre ne s'auaqua qu'aux hommes sains el
Yigoureux (p~Le de iOûO, en Allemagne);
qu'une peste enfin régna sur les Lê:e.; à
cornes el tua même les plus robustes ....
Notre vocabulaire médical étant plus riche c:l
plus usuel qu'autrduis, il nous esl facile,
dans chacun de ces cas p:11 ticuliers, de substituer au mol veste, très vague, des termes
plus précis : par exemple rougeole, croup, ou
diarrhée s'il s'agit des enfants; Yariolc,
typhus (ou même in0uenzaJ, pour les adultes;
clal"elée, mone, rage, pépie ou fiè\Te aphteuse pour les animaux. Et voilà cc Jléau
divin réduit aussitôt à des proportions moins
apocalyptiques!
Il ne faut pas, en effet, prendre au pied de
la lcllre les exagérations de quelques écriYains en émoi, et de quelques médecins à
courl de science, qui, embarrassés par une
maladie qu'ils ne connaissaient pas, trouvaient
plus simple de diagnostiquer la peste, pour
masquer leur ignorance el dégager leur responsabilité! De nos jours l'influenza, qui
s'appelle maintenant la grippe, a joué complaisamment le même rôle élastique ; au
moyen àge on_l'cûl baptisée vesfe, sans hésiter l ...
Il n'en est pas moins vrai, Ioule réserve
gardée, que la pcsle, la vraie, exerça de terriLles ra,·ages. L'almospùère charriait pendanl
la nuit des germes si rirulenls que le dotteur
chagt, à LeJdc, au xrn• siède, empoisonnait des chiens, rien qu'en leur faisant boire
de l'eau pure, exposée quelques heures à l'air
nocturne. « En d'aultres Lemps, celle eau
« auroit conservé sa pureté; mais dans ce
&lt;( temps contagieux, elle s'altéroit; il s'y for&lt;c moit une écu.me ou une espèce de crème
« surnageanle. Celle matière mousseuse étoi t
u un poison des plus terribles.... »

COMMENT ON T'R,_A 1TA1T 1.A PESTE DANS l/ ANClEN TEMPS - - - . .

Aussi tous les médecins rccommanda.ienL- rie, el, s'appuyant sur l'autorité d'Ambroise
ils de ne jamais sortir une fois le soleil cou- Paré, il ajoute:
ché. Ces expériences, qui prouvaient nette11 11 est arrivé en plusieurs lieux où la
ment que l'air était un poison mortel, contri- « peste estoit lrès grande et furieuse, que
buaient à augmenter la frayeur générale. Les « les corps des pestiférez demeurans sans sépoumons n'osaient pas se dilater, de peur de &lt;C pulture, les bestes mortes el cadayres
respirer la mort, el c'était comme un lourd ,, liants et fumiers, et telles aultres pourrifardeau d'angoisse qui cppresëait loufes les &lt;c tures qui esloient parmy les rües et dans
poitrines. Fort heureusement les hèles im- &lt;c les maisons, ont attiré tout le vcnif!- pestimondes étaient là, pour corriger, croyait-on, « ]enlie! qui estoitparmyl'air,l'ont consumé
la violence du venin, el pour fournir des anti- « et changé en une aultre nature i et la pesle,
dote .
&lt;1 par conséquent, a cessé. IJ
&lt;( .... Tous les crapaud~, grenouilles, serSingulière façon d'envisager la guérison
« pents, araignées, lézarJs, chenilles et aullres d'une épidémie! ... Par contre, Torella, en
(( bestioles venimeuses qui sont en la nature, t H4, al'firmait q_u'en multipliant le nombre
« ne servent de rien plus que fOUr attirer des hôpitaux, on multipliait les foyers pestic&lt; tout le venin de l'air el le consumer; autrelentiels; el qu'y en former des malades, c'était
« ment, nous serions en pcrpectuellc pestr, les liner sans défense à la contagion. Il n'est
« si ces aymans naturds ne purifioient l'air pas étonnant qu'avrc de pareils préjugés on
11 des substances malignrs el renimeusrs que
ne parviut pas à circonscrire le 0éau. li e l
(! les malignes inllucnces y jcllenl continu~Ivrai que les hôpitaux n'étaient pas fort pro1&lt; lement. "
prement tenus et qu'ils ne disposaient p1s
L'auteur va même plus loin, dans s:i 1ltéo- comme aujourd'hui de sommes considérabks.

Cependant, on se rendait compte que l'hygiène et la propreté des rues et des maisons
pouvaient sauvegarder l'état sanitaire des
villes, et pendant le moyen àge, un grand
nombre d'édits furent vainement rendus à ce
sujet. Le médecin allemmd Ch~ller, en i 720,
demandait uo peu moins de prières, et beaucoup plus de prophylaxie.
Citons encore les énergiques mesures, que
Jean Fabre réclamait des magistrats toulousains.
« Après la visite des lieux infects et leur
cc nelloyement; dit-il, les magistrats doivent
« jecter hors de leurs villes tous les gueux,
tl fénéants, et tout le reste de celte canaille qui
« ne veulent pas vivre selon Dieu, ny selon les
« règles de la sobriété humaine et tempé« rance .... Toute cette sorte de peuple doict
« estre rejectée hors des villes, comme pour(&lt; rilure infecte, laquelle Ja peste attaque
« premièrement, fondant en icelle sa base,
« pour y establir el dresser de très fortes
« colonnes .... "

(.4 suivre.)

DO'IAPAHIC V.ISlîA:ST

us

RosERT FR.\:\C IIEnLLE.

PESTtrÈRES DANS 1.'nôPIUL DE JAfTA.

Esquisse du grand tnbleau exposé par le Ba ron GRos au Salon de 18o4. - (.'llust~ Con:it, Chantîlly,)

l:licbc Giraudo11.

�R.OUJON,

Chambord
Le prince fiobert de Dourbon était monté
ur le trône de Parme dans la sixième année
de son âge; il -n'avait pas onze ans lorsqu'il
dut en descendre. L'histoire ne lui reprochera
point d'avoir abusi\·ement régné. Elle oe lui
fera d'ailleurs aucun reproche, car ce fut un
parfait galant homme et le plus discret des
souverains déchu$. Il mettait .a chevalerie à
ne point conspirer. Aussi l'llalie du Riso1·gimento avait-elle jugé inélégant el superllu de
lui interdire son ancien duché. Par une Lizarrerie de la destinée, cc prince italien, dépossédé de ses Étals héréditaires, exerçait en
terre française une manière de seigneurie, Ne
pomanL plus être duc de Parme, il était sou\'erain à Chambord. li réafüait le type accompli de cet être heureux que l'i bon Stéphane
Mallarmé appelait « un hoir ». Le neveu
d'Henri V régnait en Sologne sur un domaine
de cinq mille hectares, contenaut plusieurs
fermes et quatre cents Yassaux; une commune
de la République françai e lui appartenait
quasiment. C'est ainsi que ·e comporte le
Code civil, lorsqu'il se mèle de faire une gracieuseté aux Capéliens.
On sait par quelles aventures a pa,sé ce
graudiose el triste château de Chambord, tfUi
fol la folie de François Î". Tous his Valois
firenL leurs délices du « bastimcnL de Chambourc ». Encore inachevé, il enthousiasmait
Brantôme. cc Toul imparfaict qu'il est, il rend
tout le monde en admiration el ravissement
d'esprit. » Les rois Yenaient y chercher la
dt!lectalion de la chasse aux daims. Louis XLV
lui porta un tel amour qu'il le fit royalemenL
gâter par Mansard. Molière y donna les deux
premières de Pourceaugnac et du Bourgeois
gentilhomme. Louis XV s'en désintéressa. 11
-y logea Stanislas, ainsi qu'il convenait à un
gendre qui préférait savoir ses beaux-parents
à la campagne. Stanislas et sa digne épouse
ont laissé sur les bords du Cosson le souvenir
de leurs verLus. Catherine Opalinska édifiait
de sa piété la population. Le brave roi Leczinski travaillait peul-être à l'augmenter :
les archives de la petite commune de Chambord contiennent un nombre considérable
d'actes de naissance où il intervient comme
parrain. Honni soit qui mal y pense! Stani las rendait la juslice a~sis sur l'herbe: il a
régné là en vesle de chambre . .Après lui, vint
Maurice de Saxe qui fil, dan son apanage,
manœuvrer des uhlans, paître des chevaux de
l'Ckraine el chanter Mme Favart. Avec la
Ilé\·olulion, Chambord connut une heure difficile. Une société de quakers anglais demanda

,·oltairien qui n'aimait pas la vieille architecmanufacture . La requête fut repoussée, a en ture française. Et ChamLord, acquis pour un
raison des maximes de la secte des quakers million cl demi, derint la propriété d11 duc
qui ne pouvaient s'accorder avec les principes de Bordeaux. Louis-Philippe essaya bien de
du gom'ern.ement républicain ». Chambord déposséder son jeune cousin. Ce tut une belle
resta (( bien national Jl, mai ses meubles lutte, dans les maquis de la procédure, entre
devinrent la proie des fripiers. Napoléon, l'administration des Domaines cl la branche
après en avoir fait le chef-lieu de la quinzième ainée; elle dura dix ans. De procès en procès,
cohorte, l'érigea pour Berlhic1· en principauté 011 alla à la Cour de cassation. Le procureur
de Wagram. Le majoral était grevé de la général Dupin fit débouter définitivement
charge des travaux de restauration el doté,. à l'État. Ce jurisconsulte aimait à" affirmer son
ccl effet, d'une rente de 500 000 francs à indépendance ,·i -à-vis du pouvoir présent en
prélever sur le produit de la navigation du souriant aux pouvoirs futurs. C'était un rêRhin. Berthier n'accepta que la rente; il veur. Il appelait cela poétiquement« se garder
négligea Chambord et vint seulement, pen- à carreau ». Celle foi,, il se garda si bien à cardant toute la durée de sa seigneurie, y pas- reau que la l'a mille de Bourbon en garda Cnamser deux journées de chasse. a veuve, pri- bord. Elle le garde toujours. e récriminons
vée des 500 000 francs, obtint de Louis XVLII pas. Il ne saurait être question d'une revendical'aulor-isalion de mettre le domaine en vente. tion quelconque. Tout au plus pourrait-on obserDéjà la bande noire tournait autour du monu- ver mélancoliquement que les souscripteurs
de 1820 entendaient surtout conserver à la
ment de Trinqucau. Il était perdu.
Ce fuL alors que s'organisa ln souscription ~·rance une des merveilles de son génie. C'et1l
nationale pour gratifier l'Eoîanl du Miracle été de la part du comte de Chambord un
de ce joujou géant. L'érruité commande de l1cau gc le de rendre à la pàtrie ce morceau
reconnaitre que M. de Calonne et les munici- d'elle-même. On ne manqua point de le dire,
palités royalistes sauvèrent ainsi CbamLord de lorsqu'on apprit que des princes italieM,
la ruine. li en eût été de lui comme de lointains, inconnus, devenaient, en vertu du
'ceaux et de Marly. Les souscriptions furent Code Napoléon, suzerains au vieux pays de
innombrables. Leur enthousiasme était-il Loire. D'aimables suzerains, hftlons•nous de
spontané? li n'est pas défendu à un gouver- le répéter, libéraux, hospiralier ·, qui consanement de contribuer à l'élan des âmes géné- crèrent de grosses sommes à d'inlelligenlc:s
reuses. L'armée renonça à un jour de solde. restauraLions. Les vingt enfants du feu duc
Celte démarcuc l'honora; avouons qu'il eùl de Parme continueronL ses traditions, nous
été contraire à la discipline militaire de sou- en sommes persuadés. Souhaitons seulement
mettre re patriotique sacrifice au referendum que nul d'entre eux ne s'avise de faire de la
des casernes. Les souscriptions particulières grande demeure abandonnée un lir.u de plaiallèrent de 5 000 francs à 25 centimes. Toutes sir. Ramener la vie à Chambord, ce serait
les villes de France \'OtèrenL des suuvenlions. une profanation.
Tl est si heau ainsi, si désespérément sl rnC1en s'éLait émue la première à l'idée que
Chambord pouvait &lt;&lt; tomber sous la hache bolique, cc chef-d'œuvre absurde, magnifique
sacrilège des Vandale &gt;). Seul, Paul-Louis cl min . C'est aujourd'hui surtout qu'il réalise
Courier grogna dans son coin. 11 écrivit un cc r1ue lui demandait Du Cerceau : « rendre
petit -pamphlet qu'il est obligatoire de consi- un regard merveilleusement superbe 1&gt;. Sa
dérer comme un cheî-d'œuvre. Laissons le visite dispose aux pensées grares. Hien de
Simple discou1·s lfo vLgncl'on de fa Chavon- plus fièrement solitaire; tout, jusqu'à un
nièl'e jouir paisiblement de ce titre. Pour certain comique, y prend une douceur majesconserver à ces pages leur situation littéraire, tueuse. On admire dans ce palais sans hôtes
il suffit de ne les point relire. Rien ne se toute une carrosserie commandée trop lot: on
démode autant que l'ironie. Aujourd'hui, y voit eni:ore des tapisseries au petit point
celle de Paul-Louis nous DlOnlre des gràces qui, en trahissant un goùl décoratif aboli,
un peu fanées. Documentation médiocre et témoignent de la foi la plus pure. Chambord,
point de vue (( pignouf ». EmporLé par son c'est le musée des Chimères. Que la joie
ardeur de rural, Courier s'écrie : l&lt; Je fais moderne lui soit épargnée! Imagine-1-on des
des vœux pour la bande noire. Je prie Uieu trompes d'automobiles éveillant brusquement
(1u'elle achète Chambord. »
de son sommeil la llonarchie légitime au bois
Dieu n'exauça point Le vœu du ,igneron dormant! ...

à acquérir le donnine pour y installer des

HE~RY

ROUJON,

de l'.\ c.tJémie frJ11çalst

..... 320 ...

Ur-E SORTIE. -

Tableau J.e :\ ·F L D
• ·

•

E

nu.

(G

,

·

·

·

,ra.\ure c.ttrazte de IRislowe gènfrale de/~ G11erre /r;inco-al/emande. par le L'-Cnloncl Rouss&amp;T,)

FR,ÉDÉR,JC

.,,,..

DI LLAYE

Vie el mort de l'armée du Rhin
Journal d'un Témoin

+
. Dès lu premien joun de la guerre de , 870, M . F•iD1LLAYe •'•tait vu attacher à la Trésorerie de
l'année. Le 3o juill&lt;t, il débarquait à Metz, qu'il ne
devait plu, qu.itter que le 1•• nonmbrc, après l'abomjnablc c1pitulation. P end11nt eu trois mois il nota
jour ~•r Jour, •n icrivain de race qu'!I itait, ses oh~

On peut accéder à la Catbédrale de diver!S
~tés. Je p~éf~re y e~trer par 13- place de
Chambre, arns1 nommee d'une commanderie
Je l'ordre de Malle qui s'y trouvait, d'où un
double et large escalier mène à une petite
se.rvatiotts et ses impre.ssions, sts c.!!ipéranccs e.t ses angohp!ace en le1·ras e demi-circulairequ 'on nomme:
scs dt patriote. Et C&lt; recueil de notes quotidieMcs
qu'il public au bout de quanntc an•, sous ce 1J1rc : 'Yi;
paté de la Cathédrale, ou place Saint-Étienne.
~t mort de l'armée Ju 'R.hin, ne cons1ituc pas scu lcmcnt
C'est d'ailleurs là, sous l'invocation de ce
un livTc puis.sammc.nt évocateur e.t singuHifrcmtnt ~mou•~t, _mais aussi le _document le plus compl et u Je plus saint, que se dressait au cinquième siècle un
modeste oratoire. Entre deux piliers de la
mmuticu,cment p«cis s11r l'agonie d'une armée faite
pour vaincre, •t qu'1.v1itcondamnic à 111. plus tragique
seconde travée s'ouvre une porte aux nomdu difAitu la trahison de son chef. De cc bd oUVTagc
breuses et élégantes archivoltes . Elle a perdu
de F•wiRic DiLLAYI!, nous cxtnyons lu alertes croles _statues et les seulptures qui la décoraient,
quis suivants, pris sur le vif, au début de la campagne.
mais son fronton triangulaire et son ogive au
couronnement sculpté, lui donnent un aspect
Dimanche, 51 juillet.
des plus intéressants. Curieuse cette porte en
elle-même et à un autre égard. Elle formait
Ce matin le• soleil • rayonne. Cela chan"e
I"\
en effet, l'entrée principale de la petite églis~
un peu mon 1mpress1on sur Metz. La ville ~e No_tre-Dame-la-Ronde que, par un raccord
1~·a r_il~s cet air piteux que je lui ai troul'é à mgémeux, les architectes ont fait entrer dans
l arrn-ce. Nous devons nous rencontrer, nos
le plan général de la Cathédrale. L'extérieur
camarades et moi, à la Cathédrale sur le
de cette Cathédrale de Metz arrête saisit et
coup de huit heures, pour assister à ia messe retient le regard par son élévation ;es li"nes
•
,
0
lie l'Empereur. J'avoue, en toute sincérité
élcgantes,
les fières allures de ses piliers souqu'il y a de ma part plus de curiosité qu; tenant deux étages de contreforts et se termid'habituelle religion.
nant par de gracieux pinacles . Les srelles
oelllc

IV -

HtsTORIA.

pyramides fon~ également venir à l'esprit des
1dé~s. de hard iesse cl de légèreté. Dans eel
ex_Ler1eur :_ colonnettes, arceaux, meneaux,
triangles effilés, tout monte hardiment, fièrement, légèrement; tout aspire à s'élancer en
haut; tout a des ailes comme la pensée qui a
conçu ce tout.
Quant à la porte principale, elle s'ouvre
sur la place de 1a Cathédrale ou du Uarché
CoU\'ert _et est, destinée à afüiger les yeux de
tout ar~,s~e: L a~chitecte Blondel - que son
~om so1l a Jamais honni - y a perpétré l'all1anee du style pseudo-grec et de l'orrive.
E_rreu~ Lo~is-quinzièmesqu~, un. peu bien\,stema1.1~e a celt~ époque qui avait le parti-pris
d~ ~e nen admirer du génie du lfoyen Age,
ga1?1t même l~u~e œuvremédiévale quand elle
a_va1L, comme ICI, à y toucher. Quelle apostasie, alors q11e l'art gotlùque pique un des
plus beaux fleurons à ln couronne des gloires
~ure~ de notre France. lleureusement que
l a_nc1en mu.~ de façade, dont le pignon apparait en amcre du portrait de Blondel esL
percé d'une rose. dont la grandeur et la délicate o~nementalion consolent un peu des
barbarismes et des solécismes d'art dudit

-Fasc. 31 .
21

�-

111STO'l{1.Jl

Blondel. On y \'ùit, là, comme d'ailleurs à
toutes les percées des murs, de fort beaux
vitraux appartenant à la meilleure époque de
la peinture sur ,·erre. Quelques-uns out été
extraordinairement bien remplacé par M. Maréchal, le merveilleux "erricr messin dont le~
chefs-d"œuvre ont été si 11nanimernenl remarqués à la dernière Exposition Universelle.
Dans la flèche, ajourée de bout en bout el
au sommet de laquelle claque le drapeau
national, se loge la ,1/utte, la célèbre Jiu/le,
le bourdon messin dont le battant se met en
branle aux grand jours de fête et de deuil.
A huit heures sonnant, !'Empereur, a\'ec
celle exactitude qui ne révèle pas seulement
la politesse drs rois, se présente al1 ~rand
portail de l'inràme .Blondel. Le Prince Impérial, le prince Jérôme, et les maréchaux l'acrompagnent. Mgr Dupont des Loges se tient
sur le seuil pour recevoir le souverain. Il le
salue et le conduit à la place qui lui e. t réservée d:J.ns le chœur. Le Prince Impérial se met
à la droite de ou père. A la gauche s'installe
le vrince Jérôme. Uerrière s'asseyent les
maréchaux: et officiers de la mai on. Mgr Dupont des Loges oflicie et !'Empereur emble
suiYre sa messe aYer une attention des plus
soutenues. J'ayoue, à ma très grande honte,
que je n'imite pas cet exemple, très attentif
que je sui ;1 voir les personnages qui assistent
à la messe impériale.
Soudain, un petit homme, en retard, arrirc
sur la pointe des pieds et cherche à e glisser
dans les premier· rangs, derrière !'Empereur.
li porte à la. ma.in uu vaste chapeau à la
mousquetaire. li est \'êtu d'une sorte de
blou e &lt;le i:has e d de culottes flollank~ en
vclour. d'un brun roux, dit le brun Di marck.
Il est botté el ceinturonné de cuir jaune très
clair. . ur sa poitrine pend la croix. de la
Légion d'honneur tenue à .on cou par la cravate de commandeur.
cc )fcis onier '! interro«é-je à l'oreille de
mon voisin ·1
- Oui, me répond-il, il est attaché à la
mai·on de l'Empereur.
- Parfaitement! Je me souviens, en effet,
qu'au moment du baptême du Petit Prince,
il fit tant et si bien, qu'il reçut le titre d'historiographe impérial, litre lui donnant ses
en trées aux 'Iuileries. L'Empereur n'était
probablement pas ennemi de voir reproduire
en peinture ses exploits militaires, pour senir
de notes aux. historiens de générations futures.
Cependant, si ma mémoire demeure fidèle, il
n'obtint qu'avec une certaine difficulté la
permission de suivre l'armée d'Italie. C'eût
été vraiment dommage s'il ne l'avait pas eue.
.\ ~ol!érino, ne se tint-il pas toute la journée
à rheval, cherchant les éléments nu fameux
tableau qu'il nous a donné sous ce titre et
qui reste, au point de vue géométrique, le
plus grand tableau signé Meissonier. C'est
aussi, je crois bien, le point culminant de
son talent. Talent consciencieux, fait un peu
de vision photographique. En l 8G7, pour
achever je ne sais plus quelle scène du Premier Empire, ne s'avise-t-il pas d'acheter un ·
champ de blé aux. alentours de Saint-Germain.

Il ) installe un pelil chemin de fer muoi
d'une plate-forme. Sur cette plate-forme, il
pose son chevalet. Voilà certes un atelier d'un
tout nouveau genre. Il obtient de l'Empereur
un peloton de cavalerie; le masse dan, son
rhamp; ordonne aux cavalier de charger en
fourrageurs et part, les suivant sur. on wagonnet, tâchant de ai sir leurs mouvements. C'est
peut-être pour cela que son confrère Gérôme
l'admire comme le seul homme qui ait su
« faire le chernl i&gt;. Singulière figure, ce Meissonier!. .. Quel grand tableau va-t-il tirer de
on séjour il l'A1·mée du Rhin'? ... li n'y est
pas seul d'ailleurs ..Je sais que Protais doit se
trouver à l'état-major du général Ladmiraull;
Protais, le quasi « inventeur du type des
petits chasseurs à pied », des &lt;1 petits vitriers,&gt;,
cc qui l'a rendu si populaire.
Pendant que je pense à ces choses-là el à
bien d'autres encore, la messe suit sou cours,
scandée par le petites sonneries des enfants
de chœur. Cet athée &lt;le prince Jérôme se
Lient très mal; moi non plus je ne sui pas
ma me e, mais j'ai la prétention de me tenir
mieux. Le Petit Prince, agenouillé, s'abime
dans sa dévotion enfantine fortement teintée
d'Espagnol et de Corse. Il est maintenant à
deux genoux sur son prie-Dieu, la tête penchée vers la terre. Soudain, il sursaute, se
redresse· presque. Nous-mêmes, sentons une
commotion. Le chantre qui vient d'entonner

CliciJé Braun

et

c•

GE:-.lR.I.L CuA:--GAnNIER,

attache à. l'Ètat-)lajor du Maréchal Bazaine.

le Domine salvmn tonitrue de telle façon,
pour faire mieux sa cour à l'Empereur, que
le. vitraux des verrières frémissent dans
leurs plomb . Après le saisissement, le sourire voilé et l'église se vide. :Ugr Dupont de
Loges reconduit !'Empereur jusqu'au grand

VŒ

portail. U,, dans la lunùère plus crue &lt;ln
jour et sous cet éclatant soleil dont les rayons
inondent la place, !'Empereur apparait fatigué, plus que fatigué. Le cosmétique a eu
beau cirer e~ moustaches en pointe; les artifices de Jézabel qui ne parviennent même pas
à réparer l'irréparable onn'u beau ètre appelés· à la rescousse, les traces de la maladie restent très nettement visibles. Elles s'accentuent
encore, lorsque d'un pas lourd qui cherche à
ne pas être incertain, !'Empereur traverse
celle foule de brillants officiers stalionnant~ur la place, s'empressant et s'él'erluant 11
faire leur co11r au Souverain. La gaité amu1,,ée
du Petit Prince met sou antiU1èse à la sou[france paternelle et aux airs bougons du
prince Jérôme. ~I. le maréchal Lebœuf est là,
souriant, affable, bon pour tous, désireux de
ne chagr1ner personne. M. le maréchal Bazaine, Yenu de on quartier-général de Uoulay,
contraste étrangement avec son collègue par
son air préoccupé et qui semble encore plus
sournois que préoccupé. Et le cortrge regagne
lentement, au petit pas de !'Empereur, le
Grand Quartier Impérial de la Préfecture
entre le jardin d' Amour et le jardin Fabert.
L'amour, il n'y faut plus songer, Sire! Mais
combien, en reva.nche, il faut pPnser à Fabert!

ET MO'ft..T DE L'Jt~MÉ'E DU '}t111N - - ,

Lundi, 8 août.

. . . La rue des Clercs est dans un émoi
indescriptible, surtout aux alentours de l'hôtel
de l'Europe, où e trouve le Grand Quartier
Général, el de l'hôtel de Metz qui hti fait
vis-à-vis et dans lequel logent aus i beaucoup
d'ofliciers supérieurs. La décision du général
Cofflnières au sujet des étranger ·, publiée
hier, produit Lou les effets d'un jet de pierre
en plein milieu d'une mare à grenouilles.
D'étrangers, ces deux hôtels sont rempli !
Deux bons postes pour les espions et pour les
reporters, les ordres et les contre-ordres arriYant toujour· successivement à l'hôtel de
l'Europe. Mon reportage à moi ne s'en préoccupe guère dans la journée. Aux heures des
repas, entre camarades, on les résume toujours, tâchant d'en déchiffrer l'ambiguïté des
termes ou d'en éclaircir l'ohscurilé de la
pensée. Travail plus compliqué que celai de
la lecture de signes gravé sur le monolithe
de Louq or. Mais les étrangers n'ont pas la
même bonne l'ortone que moi; aussi, s'insinuent-ils constamment, à toutes les miuutes
du jour et de la nuit, dans le va-et-vient des
allants et venants. Combien de ce étrangers
sont des espions ou des journalistes de la
Pras ·e qu'on laisse ain~i circuler en toute
liberté, alors que la prévôté ne cesse de poser
sa main rude au collet d'inoffensifs passants
cu de curieux bénévoles. L'accent tudesque
n'éveille aucune allention ici. C'e L l'accent
dominant du français parlé à Metz communément. La clairvoyance tardive de l'administration a surpris tous ces gens au milieu de leur
parfaite quiétude. Il leur va falloir décamper
s'ils ne veulent se faire reconnaître. Tous
procèdent en hâte, pour l'heure présente, à
ce décampemeot en le couvrant du masque
dP l'inquiétude générale.

LANCIERS EN RECO~NAISSA. CE.
TaNeau de .\ .• \VALliER.

(Gr:wure Cltra.itc de lïlfsloire gcneralt ,te la Guerre franco-allemande, par le L•-Coloncl Rot'SSET.)

CliciJt Braun et C"J

�P-

fflSTO']tl.JI

l,ïmpression ressentie au diner de ce soir,
demeure bien celle éveillée, dès ce malin, par
l'arrivée des est:if~Ucs. De tous côtés on réclame des ordres; et d'aucun côté on n'en
donne,deprécis lout au moins. Pas d'ordres!
Pas d'ordres! Voilà bien la caractéristique de
celle journée du 8 août. Est-cc incapacité ou
esquivement des responsal,ililés? ..•
Il pleut toujours. Nous n'en allons pas
moins, mes camarades et moi, an Café Pai·ii;ien, pour n'en pas perdre l'habitude, sans
doute. Les ren eignements qu'on.r peut trouver
sont d'une autre sorte et prennent leur s011rcc
aux racontars des rédacteurs de la presse
messine qui se trouvent là d'ordinaire. Pas
de moisson à engr:mger cc soir. Rien de plus
que dans la journée. Dans les conversations
et sur tous les visages, une lassitude atroce.
Lassitude de la stupeur prolongée; mais l'on
y sent gronder, cependant, comme des appels
lointains du tonnerre au milieu du calme, de
sourds murmures contre les chefs, l'organisation et le reste.
Ce qu'il pleut, c'est inénarrable. On se décide à rentrer. En tournant 1a rue du Palais,
pour prendre celle des Clercs, un petit vieillard, à cheveux blancs, la redingote boutonnée jusqu'au col, un chapeau haul de
forme enfoncé jusqu'aux yeux, sans parapluie
ni manteau, mais la canne à la main, me demande d'une voix brève s'il se trouve bien
dans le chemin qui conduit à l'hôtel de la
Préîeclure où loge l'Empereur. Je lui indique
la plus courte route à prendre et le voilà
continuant à trottiner dans l'averse. Nous
nous regardons, mes &lt;,amarades et moi, et
partons d'un violent éclat de rire. Que veut
faire au Quartier [mpérial ce petit homme.
sec d'allures, mais fortement trc&gt;mpé de pluie?
E pèrc-t-il que les huissiers lui offriront gracicusemcn t le logement et des habits secs? ...
~:t nous rentrons joJcusement à l'hôtel de
l'Europe, devisant sur celte rencontre bizarre
dont la cocasserie nous fail oublier l'averse
tombant à "erse.
:lfrmli, 9 aolll.

Je vais prendre l'air et recevoir l'eau.
Environ vers onze heures et demie, sur la
place de Chambre, je croi e un breack aux
chevaux gris-pommelés el dont les grelots des
colliers linlinnabulenl. Dt&lt;lan~, mus leurs rapochons el leurs caoutchoucs, ruisselants
d'eau, sont l'Empcreur et plusieurs généraux
dont un a la figure complètemênt inconnue
pour moi. Qu_i peut-il être? Je le saurai au
déjeuner. L'Empereur, parti ce matin à cinri
heures, revient de Faulquemont où il s'était
rendu pour conférer avec le maréchal Dazaine. Que va-l-il sortir de celle conférence?
Encore une chose que le déjeuner m'apprendra. Ce sera bientôt; 1'horloge de la Cathédrale déclenche les douze coups de midi.
En arrivant dans la salle à manger, je
trouve les conversati.ons très animées déjà.
Mes amis ont amené à déjeuner un camarade
du corps du général Frossard ; Gié, payeuradjoint de la troisième division d'infanterie,
venu dans la matinée au 0urean central pour

'VŒ
chercher des fonds. Au milieu du groupe, il
raconte que les approvisionnements des troupes
fonL défaut de toutes parts. L'intendance restreint les rations de pain. Les autres vivres
manquent. Pour compenser leur absence, on
a fait distriliuer aux hommes une indemnité
représentative de O fr. 80 par ration . Les
pauvres! à quoi celle indemnité peut-elle
leur servir? Le 7, mème au poids de l'ur, on
n'a pu rien Lrourer à acheter à Puttelange.
Hier, même distribution a été renouvelée,
mais on a vu aussi se renouveler le manque
de denrées à acheter. Gié nous trace un tableau na\Tanl de la belle retraite en bon
ordre. Pauvre petite ville de Forbach, sijolie,
si confiante, complètement chavirée dans le
désastre du corps du général Frossard ! SaintAvold, radieuse et fière en plein milieu des
troupes françaises, ruinée complètement!
Sous le pas des hommes, sous les pieds des
chevaux, sous les roues des caissons et des
canons, sous la pluie continue, les champs
sont effrondrés à perle de vue. Au loin, l'avalanche de l'armée prussienne gronde, descend, s'abat vers Metz. Les populations effrayées tournoient dans le tourbillon de la
déroute des troupes. Elles, si patriotiques au
début, apportant à nos soldats des vivres el
des provisions de toute nalure, saluant gaiement leur départ, les encourageant avec confiance à la victoire, suivent maintenant, affolées, ces mêmes soldats harassés et couverts
de boue!
De la conférence de Faulquemont, Gié ne
sait rien; mais, à l'Êtat-~fajor, on a eu des
renseignements. Si les soldats sonL lassés et
recrus de fatigue, ils ne paraissent nullement
découragés; toutefois, à la conférence, on n'a
pas cru pouvoir Jeur demander l'offensive
brutale sor les flancs de l'ennemi. De là, une
troisième évolution dans les plans. Plus question d'offensh-e. Le maréchal Dazaine, qui
connaît son terrain, poill' avoir autrefois commandé à ancy, a proposé un repliement de
Ioules les troupes sur Frouard. Là, au confluent de la Meurthe et de la àfoselle, il pourra
surveiller fructueusement l'ennemi. Cet enarrière de Metz a fait grimacer !'Empereur,
craignant qu'on n'y voie un trop grand signe
de déroute. Il se rallie aussi à l'o1fonsi\'e par
concenli-ation de Ioules les troupes sur un
même point, mais il veut que cette concentration s'elfoctue en avant de Metz et non en .
arrière. De là celle décision prise que les
troupes vont se replier sur la Nied française.
J'apprends coup sur coup que le général
ioco11nu aperçu dans le breack de !'Empereur est Changarnier, arrivé la reille au soir
au Quartier Impérial en redingote el par la
pluie battante. C'est notre homme d'hier soir
très évidemment. Je n'aurais jamais pu supposer qu'une si petite et si étroite redingote
bien boutonnée, surmontée d'un chapeau
haut de forme, le tout ruisselant sous l'averse,
ptit vêtir un personnage de si grand renom.
Au lieu de se faire mouiller par &lt;lelà les os,
il aurail pu, vu son renom et son titre, utiliser une des voitures de place affeclée-s spécialement au service de )'Empereur et 4ui

font continuellement la na\'elle entre la gare
et la Préfecture. On ne l'a pas renseigné,
sans doute, sur ce cas particulier. Je ressens
nue confusion extrême en songeant au rire
fou dont j'ai été secoué hier par la rencontre
de celle peûtechosc mouillée, trottinant dans
la nuit plu1•icuse. Changarnier! une victime
du coup d'État, dont il admetlait cepeoùant
la nécessité en t 851 , puisque, dans son entrevue avec M. 1'hiers et le duc de Morny, il
avait proposé l'arrestalion du général Cavaignac, alors que Af. Thiers réclamait etllc
du général Lamoricière. Au 2 décembre, le
duc de Morny leur prouva qu ïl avait fait profit de leurs conseils en arrêtant ceux qu'ils
désignaient et en les arrêtant eux-mêmes.
Personne n'est bien d'accord sur la façon
dont Changarnier a été reçu hier soir par
l'huissier de ~ervice. Les uns prétendent qu'il
fut introduit immédiatement auprès de !'Empereur; les autres que celui-ci avait tardé à
le recevoir, chacun se refusant à le prévenir,
vu la fatigue et les souffrances qui le retenaient à la C"hambre. Quelle que soit l'heure,
l'entrevue a eu lieu cordiale et franche. « Sire,
aurait dit le général Changarnier dès les premiers mols, je n'ai pas été le courtisan de la
bonne fortune, mais je veux donner aujourd'hui l'exemple du ralliement. La France est
en danger et je suis un vieux soldat. Je Yiens
vous offrir mon expérience et mon épée. ~Ion
épée ne vaut peut-être plus grand'chose, car
j'ai soixante-huit ans, mais je crois la tète
encore bonne. &gt;&gt;
Dès l'heure de la déclaration de guerre, le
général avait déjà introduit à la cour impériale une proposition semblable. Tentative
avortée. On se souvenait toujours à la cour
du temps jadi où le vieux vétéran d'Afrique,
connaissant les projets du Prince Président,
aurait pu prendre les de\'aals du Coup d'État,
si ses alentours avaient su le soutenir et
par conséquent écraser dans l'œuf le Second Empire. Celle nuit, changement à vue.
L'Empereur, pour Loule réponse, a tendu au
vieil orléanisle sa main largemenl-oUl'erte et,
rn tournant vers sa sujlc: (( Le général est
des nôtres, Messieurs, o a-t-il dit. Chacun
alors de s'empresser r, faire manger le vieux
général et à lui chercher des vêlements de
rechange, pendant que sur ses in i tantes
questions on lui fournit, vaille qlle vaille, des
renseignements sur le maréchal de ~lacMahon, les généraux. de Failly et Dacrot.
Après ce médianoche, le marqu_i de Massa,
aide de camp de !'Empereur, a conduit le
génér.il Cb.angarnier à l'hôtel de Aletz. pour y
coucher. Le voilà devenu mon voisin; et ce
matin, à cinq heures, pour bien prouver la
sincérité de son accueil, !'Empereur l'a emmené avec lui à Faulquemont~ aux fins de
conférer avec le maréchal Bazaine.
Mercredi, iO août.
... Un grand conseil de guerre vient de se
réunir au château de Pange. On y a soulevé
cette idée que la proximité des grands bois
pouvait nous réserver des traitrises et faciliter l'enveloppement de nos troupes. Encore,

de là, une év~lutioo nouvelle dans les plans.
Ell~s sont s1 nombreuses, ces évolutions,
qu on ne parvient plus à les nomLrer. Comme
conclusion, l'armée va quitter la Nied et se
replier complètement sur Metz. On v; donc
a_ppuyer sur Metz l'élan de l'offensive ou Iorllfier la défensive par le concours de celte
place for.te. I.Jn vague esroir sur0it en songeant qu entre temps notre escadre cuirassée,
~o~t 1~ commandement suprème a été remis
a I amira( Bouët-Villaumez, pourra faire une
~u~erbc dl\•er~ion dans la Baltique ou, tout au
~OtnS, fournir, par ses manœuvres, une illu~ion de c~tt: dive~sioo. Je ne veux rien préJuger, ~ais Je cro_1s bien que c'est nous qui
"?us ~reons une 1llusion en pensant à celte
ù1rers1on.
~'émigration continue toute la journée,
pénible, nombreuse, envahissante, si bien
c1ue coup sur coup des placards sont apposés
sur les murs de l'Uôtel J.e Ville. Le premier dit:

. « Avis. - Par ordre du général de divis10n commandant supérieur de la ville de
Melz, le préfet de IJ lloselle informe les habitants_ des co~munes du département qui
voudraient v~nir à Met1, qu'aucune personne
ne sera admise à entrer en celle "iUe si elle
~•apporte avec elle des vivres pour quarante
Jours au moins.
!Ilet:;, le iO Août 1870.
, Le prt•fcl clc la :llu elle ;
PAUL OotLW.

• « ~[~sieurs les maires sont priés de faire
m~med1atement publier et afficher le présent
avis. »

_M. le m_aire de Metz, obtempérant à celle
prière équivalant à un ordre, nous donne la
seconde affiche qui vient d'être placardée
affiche, reproduisant l'avis du préfet, mais l;
c?mpletant par celte informatian : &lt;I Mess~eu~s les commissaires et agents de police,
~rns1 ~ue les employés de l'administration de
1octroi, sont ,chargés d'as urer, en ce qui les
concerne, l'exéculion rigoureuse de cette mesure. »
Pendant que ces avis sont lus et commentés, on. aper~oit le, Prince Impérial qui,
~ans escorte, r~v,cnl d une petile promennde
a cheval. Depms quelques jours on ne l'al'ait
pas vu, non qu'il fût malade à proprement
parler' mai~ à cause su:tout du désarroi qui
~~e depms quelques Jours au Quartier Imperia!. A nos rep~, à l'~ôtel de l'Europe où
le trantran des peuts polms garde imperturbablement , toute sa vitalité, on a appris de
reste que J Empereur, de plus en plus souffrant physiquement, sentant dans ses reins
comme des légions d'épingles qui les lardent,
demeure le plus souvent morne et affaissé
de~ant des cartes à échelles plus que réduites, les seules que de rares privilégiés
possèdent. [[ y cherche, avec son crayon
rouge en main, à y placer les corps en dér~ute de son armée. Ses scnlime11ls incertains, peu précis, se troublent encore sous de
con stants échanges de dépêches entre le ca-

'ET .MO~T DE L'A'lt,.MÉE DU 1{111N

hinet de la Régente et. ~e sien, échanges qui
le mettent dan s la pos1hon d'11n volant entre
deux raquettes adverses. Il n'a plus du tout
le temps de s'occuper, lui, si maternel de
son fils. En aurait-il le temps, la force physi-

de sa mère. Inéluctablement uionte aux ]è.
vres le refrain de 1a trop fameuse romance :
• Laissons les enf'anls i1 leur mère
Laissons les roses alll: rosi.ors. D '

• Â côté d~ père_ et de l'enfant, le prince Jérome va, vient, v1re\'oltant, bougonnant. Ses
lè,Tes font une moue toujours prête à crerer
en ohjurgations violentes : &lt;( Quelle maladresse, jellc-t-il, d'avoir consenti à subir
cette guerre. Quelle faute de songer 11 la diriger personnellement quand la maladie vous
étreint. La ré.ignation du commandement en
chef s'impose. Espérons que celle résignation
ne se fera pas entre les mains du marél'hal
de Ca_nrùbert r &gt;&gt; Depuis la Crimée, en effet,
le pr1uce Jérôme a voué une haine saurarre
au maréchal. Mais, après Canrobert, il all~9ue celui-ci, démolit celui-là. Toujours
l homme-né des coups de boutoir. li a beau
jeu vraim~nt pour e? donner dans le cas présent, auss, frappe-l-11 sans relàche à droite
a' gauC"he, dans le tas. Toute nouYellc tète'
d'arrivant lui sert de quintaine. Vrai jeu de
massacre.
Les généraux et les familiers du Quartier
Impérial l'imitent un peu, sinon de la même
façon. On se_cbamaille, on s'aigrit. Le g1foéral Lebrun mque des remontrances directes
GE!'iÉRAL COFHNIÈ RES DE :1\° 0 RDECK,
à son souverain. ~I. Piétri appuie const:imGouverneur de :\lé.Lz.
ment sur l'étal de santé. Le maréchal Lc(Collecllon de .'Il. LE BARON tJE Boo RGOING.)
bœuf, sentant le commandement lui glisser
de mains, ouvre res mains toutes grande;,
q~e y faillirai!. Pour endormir . es crises, il pour en laisser flotter les rènes, ne donnant
pas d'ordres ou abandonnant à la libre interre1tère ses absorptions d'extrait thébaïque
~ont ~a con~inuité l'abat. En sorte que le Pe~ pré_tali?n de celui q-ui les reçoit ceux qu ïl
arme a donn~r. Tout se désagrège. Le géné~Il Prince, lll'fé à soi-même, agacé par ce séJOUr prolongé dans les salons et Jes anti- ral Changarmer, seul, sonne le ralliement,
chamb_res, s'_énerve, gamine, aposlrophe de se fait le lien de cette sauce tournée; il va à
sa pehte ,•01x zézayanle, ceux qui viennent la rencontre de ceux qui viennent au Quarcbez son père ou en sortent. H donne du tier Impérial, cherche à reconnaitre sous les
coude et de la tête dans les allants et les vc- masques vieillis les jeunes visages de son
na~ls. N'était la retenue que lui impose son temps, et, quand il y parvient, les réconumiorme de sous-lieutenant du i rr ré&lt;riment forte, les soutient par sa chaude cordialité et
des grenadier de la Garde, sur les co~trôles les engage tous à se réunir pour la fertilité
du~uel il a été immatriculé quelc1ues mois d'une idée commune; il donne des conseils
apres son baptême, il mimerait pour son propose des expédients, se fait avocat-consul:
compte, sans qu'on l'en priât beaucoup, ce tant, s'entremet entre les clans déjà formés
tableau de Zamacois qui eut tant de succès de ceux qui se réjouissent de la priéminence
au Salon et représentait un jeune prince en- ~ccor~ée au maréchal_ Dazaine et de ,ceux qui
~oyant son ballon dans les jambes des cour- mvect1veot contre lw ou ne gardent en lui
tis~ns comme une houle à travers un jeu de qu'une confiance plutôt modérée.
qmUes. Personne n'est libre pour le mener
promener. La Garde Impériale n'est plus sous
nos murs et il n'a plus à visiler ces sortes de
grands douars que formaient ses tentes au
Mals le moment des croquis alertement crayoMis
flanc du Saint-Quentin. Ne se promenant est pusé depuis longtemps. Une heun tragiqum1ent
plus, il n'a plus à s'amuser, à jr:ter aux mou- décisive • sonné. Le dinouc.mLnt approche, .. ,
tards qui l'acclament des poignées de sous
Samedi, 29 Octobre.
comme à la sortie d'un baptême. On a tout
d'abord évité de lui faire part des mauvaises
Oh ! la longue nuit. Oh I la pénible
nouvelles. Toutes n'ont pas échappé, assurc-t- nuit.
on, à sa nature fine, et le peu qu'il sait augUn officier d'ordonnance nous apporte le
mente son éoenemcnt jusqu'à lui donner protocole et son appendice, De sa voix de
comme des Eemhlants d'accès de fièvre. Ah 1 stentor, le commandant Rolland en lit pour
sa I?èr~ a voulu que pour le bien de la dy- tous les termes. L'article 2 du protocole disnaslle il se trouvât à l'armée· mais combien pose que:
il serait mieux, pour l'instan;, d'être auprès
t&lt; 8amedi, 20 octobre, à midi, les forts

..

�1l1ST0~1JI · - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
'

aint-Quentin, Plappe,ille, Saint-Julien, Queuleu el Saint-Privat, ainsi que la Porte Maze1lc
[route de Strasbourg] seront remis aux troupes prussiennes.
» A dix heures du matin de ce même jour,

route n'est qu'un cloaque qui se déroule, un
,·éritable fleuve de houe liquide où llollent
presque des cadavres de che,aux, des queJettes de mulets, des débri de toute nature.
La lumière du jour est barbouillée, obscurcie

Clicht Neurdein.
GRENADIERS DE LA GARDE, LE .MATlN DE REZONVILLE. -

Table.iu

ae

PETIT-GÉRARD.

(Grayurc extraite de lïUslolre gtil1én:ile de l.J G11erre fra11co-alle111:11de, par le L•-Colonel RoussET.)

de" officiers d'artillerie et du génie, avec
quelques sous-officiers, seront admis dans lesdits forts, pour occuper les magasins à poudre et pour éventer les mines. »
... Dix heures sonnent à la Cathédrale. Les
disposilions protocolaires vont s'exécuter. On
ressent au cœur un premier pincement. C'est
le moment où les officiers prussiens entrent
dans les forts pour occuper les magasins à
poudre el éventer le mines. Les trois couleurs de France !louent encore au haut des
mâts ....
La marche en avant s'exécute silencieuse.
Quand des phrases s'échangent, c'est avec une
douceur étouffée, des murmures susurrés
comme dans une chambre de mourant. Le
deuil a cmahi toutes lPs âmes. Le paysage
autour de nous ne saurait le désassombrir.
Les remparts de Metz sont contournés; la
~Iaison de Planches esl dépassée; nous Louchons presque à la Maison- euve. A droite,
les vastes plaines de la Moselle, nues, dé,•astées, mêlent, à l'horizon, les gris de leurs
boues aux gri des lourdes ma ses de nuages
chargés d'eau. A gauche, des groupes d'homme hâves, déguenillés, le dos courbé, dévalenl lentement comme des troupeaux de mouLon" que le berger pousse devant soi. La

par les hachures fines el serrées de la pluie
formant un brouillardjauoàtre d'une intensité
extrême ....
Soudain le ol tremble .... Un formidable
coup de canon, parti du fort Saint-Quentin,
déchire le silence de la vallée. Tous les hommes se redressent, exécutent une volte-l'ace
comme à la parade. Tous les regards convergent sur les forts, sur le Saint-Quentin surtout, plus à notre portée .... Le drapeau tricolore glisse le long de son màt, s'abat, s'affale
ainsi qu'un grand oiseau mortellement frappé .... Une grande flamme blanche et noire,
la flamme aux couleurs de Prusse, monte
pour le remplacet et nous semble claquer
joyeusement dans le vent. ... Midi a sonné
l'heure de la li\'raison !. . . De nouveau lcs
hommes se retournent, les dos se voùtent, les
tète s'inclinent .... Consommalum est! ...
Les divisions da 6• corps, dont la réserve
de cavalerie doit prendre la suite, atteignent
déjà Ladonchamps et pa senl aux main de
l'ennemi. ·otre marche reprend, au pas de
suite de corbillard. On redresse l'oreille aux
bruits qui arrivent de la tête de colonne. Un
officier Prus ien caracolant orgueilleusement
en faisant gicler Ja boue autour de lui aurait
été précipité dans un fos é par des cavaliers

du 2• chasseurs d'Afrique, répugnant à .e
laisser éclabousser. Un Tienx chevronné, i'1 la
poitrine constellée de décorations, de croix et
de médailles, se serait écrié, devant l'ébahissement des oîllciers vrussiens d'État-llajor :
« Eh bien! quoi! Yous avez acheté la marchandise, on vous la lirre; mai qu'on ne
l'abîme pas! » Un redoute un conflit. Il serail certain el sanglant si l'on défilait en
armes. Mais l'ennemi ne riposte point. Obéissanl sans doute à un mot d'ordre, il multiplie
au contraire ses courtoisies.
Lentement, très lentement, mais combien
pas assez lentement encorP, nous alleignons
les barrières du château de Ladonchamps.
Deux uhlans s'y trouvent en vedette; au dcH1,
de la cavalerie et de l'infanterie pru~sienn!!s
bordent la route jusqu'au petit pont jeté sur
le tossé du château; à droite, une manière
d'entlo , constitué par une place libre, s'éll'nd
jusqu'à un quadruple rang de troupes ennemies que l'on distingue, dans le brouillard,
sur la ligne joignant l'église Saint-Daudicr à
Franclonchamps et aux Grande -Tapes. Dans
cet enclo , on va parquer le bétail humain
qui arrive et dont il faut dfoomhrer les tê!es.
Les troupes que l'on distingue, massées làbas, s'e1èvent en barrière pour empêcher les
él'3Sions du côté de la Moselle.
Les « Garde-à-vos » retentissent, suivis
des commandements de « Halle l&gt;. Nous
ommes en présence d'un groupe d'officiers
prussiens appartenant à l'État-Major. Ils saluent de leur épée. 1 'os chefs d'escadrons
s'avancent tenant en main l'état nominatü de
leurs hommes. Comme des pleurs sur une
lettre d'adieu, la pluie qui tombe barbouille
l'encre des noms écrits, macule le papier
qu'ils présentent aux commissaires prussien
et que le vent irrité cherche à arracher de
leurs mains. Nous touchons à la minute ùe
l'adieu suprême. Les cœurs déjà ulcérés éclatent. Malgré les efforts désespérés, des larmes
mouillent les paupières. Tons les soldats tendent leurs main vers les officier qui les
pressent el Jes repressenl une dernière fois ....
L'émotion atteint à son comble. Visiblement
elle gagne le vainqueur; il ne peul se détendre
d'admirer cette touchante allection, cette solidarité complète entre les hommes cl les
chefs. Sa brutalité native s'en trouve radoucie. Les commissaires apportent la plus
"rande aménité possible à la réception des
listes ....
Mais nos soldats n·en rranchissen t pas
moins le fossé au delà duquel la capfüité
doit le parquer ....
Notre livraison est terminée. Elle continue
encore pour d'autres et, quand tout era fini,
d'après les listes établie cette nuit, le maréchal Bazain·e aura livré 11;;.000 hommes ....
FREDÉIHC

DILL,\YE.

ERNEST DAUDET
~

Mademoiselle de Circé
nu (·uite).
Oli_"ier ne_ protestait pas. lfaintenanl qu'il ~e
~ent~1t en heu sùr, les forces qui jusque-là
1avaient soutenu le trahissaient. Un fauteuil
se trouvait derrière lui. Il s'y lai sa a lier.
d~fait, meur~i, livide. Isabelle s'était précipitée pou~ lm porter ecours, prise de la peur
de. _le. voir, rendre_ l'àme. Mais, d'un ge te
alla1bli cl d un sourire qui ne fit qu'apparaître
sur ses lèvre· blèmies, il la rassurait. Alors,
elle s'éloigna, en ayant soin de fermer à clt'f
la porte de sa chambre. Elle voulait être s11re
qu'en son absence, personne n'entrerait. Marchant sur la pointe des pieds, elle traversa le
co_rridors silencieux, gagna les cuisines, se
glissa dans l'office, où, profitant de l'absence
des domestiques déjà couchés, elle fit main
basse sur la desserte de la table des maitres.
0,ne!q~es instants après, elle revenait auprès
d Olivier, portant, dans un panier dissimulé
sous une serviette, du pain, du vin de la
.
'
viande
froide, des confilures.
A l'aspect de ces provisions qui lui promettaient le meilleur repas qu'il eût fait
depuis qu'il s'était enfui de Paris, il se
redressa. Mais c'est la faim seule qui le mettait debout. Librement, il la rassasia. An fur
et à me ure que se dissipait sa fatigue dans
un épanouis ement de bien-être, il reprenait
confiance et courage. Ses membres g1acés
tout à l'heure se réchauffaient, son regard
éteint s'était ranimé. Celte halte réparatrice
dans sa vie misérable, la per pectiYe des
quelques instants de tranqmllité, d'apai ement, de repos et peut-ètre d'amour, qui lui
étaient promis, lui faisaient oublier tout ce
qu'il avait souffert, comme les épreuves qui
l'attendaient au cours de la carrière aventu•
reusc désormais ouverte devant lui. Avec ses
forces revenues, sa passion toujours ardente
retrouvait son audace et son éloquence,
'exaltait dans le silence et dans la nuit,
de,enait contagieuse, si bien que lorsque,
implorant des yeux le pardon qui ne lui
a\'ait pas été encore accordé, il osa prendre
la main d'Isabelle, celle main ne se retira
pas el, toute tremblante, resta caplive dans
la sieunc.

d'ivresse. ,,es paupières appesanties se soule,·èrent. Pendant quelques minutes, elle demeura immobile, incon~cicntc, la mémoire
non encore éveillée, se demandant où elle
était. Puis son regard embrassa la vaste
chambre où la clarté pàle de la lampe répandait dtJ capricieuses alternances de lumière el
d'ombre, revint lentement des fonds obscurs
sur lesquels il s'était d'auord porté jusqu'au
lit où elle venait de dormir, et s'arrêta sur la
tête d'Olivier, enfoncée dans le. oreillers.
Alors, d'un seul coup, elle se sou, int el comprit.
Désarmée par la voix séductrice de l'homme,
gri'ée par la musique des mols amoureux,
hypnotisée par la aveur des caresses, elle
s'était donnée, et cette fois, librement, sans
co_ntrainte, dans un entrainement de passion,
laissant tomber de ses lèvres pàmées les
aveux suprêmes et prononçant, en son extase,
les serments qui engagent irrévocablement
l'avenir.
Ainsi, c'était vrai. Elle ne s'appartenait
plus; elle avait un maître. Il était là, près
d'elle, reposant sans défiance comme un vain1

queur. D'un mouvement imperceptible, attentive à ne pas troubler son repos, elle s'était
redressée et le contemplait, désespéréP, en
pensant que tout à l'heure il allait partir,
qu'elle ne le reverrait peut-être jamais, el
troublée en a conscience par l'inoubliahle
souvenir de sa propre faible se.
Quoi! c'était elle, Isabelle de Circé, qui se
trouvait. là, n'ayant rien à refuser désormais
à ce proscrit qu'elle connaissait à peine el
dont eJJe ne portail pas el ne porterait jamais
le nom! Se pouvait-il qu'elle eùt ainsi enchainé son être, engagé sa vie! Quel philtre
subtil lui avait-il versé? A l'aide de quel
langage magique s'était-il rendu maitre d'elle?
De son passé, de ses goùts, de on caractère,
de ses tiualités, de ses défauts, elle ne savait
rien. Elle ignorait tout de lui, sinon qu'il
exerçait une profession a,,ilie, quasi méprisée;
que, socialemenl parlant, une barrière s'élevait entre eux, que jamais elle n'oserait
l'a,·ouer. Et ces considérations cependant
n'avaient rien empêché. Après aroir résolu,
quand il était loin d'elle, de lui faire expier
l'outrage, il lui avait uffi de le voir, de l'en-

.X11ll
\"ers lrois heures du matiu, Mlle de Circé
fut tirée du sommeil enchanteur r1ui avail
succédé aux emportements de celte nuit

••··Les ge11~1_Jr111es 1u.ie11t .iefuis pl11sie111s hcun•s .rulour .111 cldlca11 .. Jl~cmi,•11I san, Joute zuc /• 111 ,1/.
lrtu!·e11x qu ils toursuwenl r cherche m1, 1·efug.·..•. lis Yeillt!1L/ au Jehors 111 .ziJ n 'e11 tn-ro 11 t f'.is t!..J\s /J
,n~JS011 • .• • • (Page 3.18.J
'

... 326 ....
.... 327 ....

�.MADEJKOJSELLE

111S T0'1{1.ll
tendre pour tomber dans es bras. Elle avait
cru le hair, et mil~ que. toute ,·ibrante de
ses bai er ·, elle l'aimait. Elle l'aimait follement, au point d'avoir oublié par quel ·ubterfuge il 'était emparé d'elle.
A peuser à ces cho es, elle s'e a pérail, se
reprochait ·a défaillance. Dans le élan de
,on amour pas aient des éclairs de colè~e. En
·e succédant, ils éclairaient ~a conscience,
d'où montaient peu il peu des regrets. Oh! la
torture de ces retours en arrière qui muramènent à tout ce lJU 'on a fait d'irréparaLle
et vous démontrent, quand c'est, hélas! trop
Lard pour l'éviter, cyuïl cùt été plus digne ~e
n•~ point con catir! Quel douloureux réveil!
Quell dé illusion ! Et 11uclsamers reproches
cmpoi onoanl les honheurs savouré , le tran formant en sourœs d'inapaisables remor&lt;l !
En de telle situations, les natures làche· et
veule "émis
·ent, ·e résignent,
'abandon0
•
•
nenl. Les natures énergiques, au contraire,
protestent, se révoltent el 'efforcent de se
rcssai ir.
Isabelle nottait dans celle crise comme sur
la mer un navire ballu par les tempêtes. Plu
était incèrc son amour, plus lui emblait
intolérable la situation an i ne qu'il lui
créait. \uéanlir, eu ·e \'engeant, le complice
de a faute, c'eût été ai é, conforme à sa
dignité, à se premiers dessein in piré:; par
la légitimité de sa colère, à ce qu'elle c
devait à elle-même. Par malheur, elle ne e
senlail plus en po. session de a liberté d'agir.
Quand sa Yirile énergie lui con cillait la déliYrance par la vengeance, ·on cœur de femme
ardemment éprise lui conseillait la rédemption
par l'amour. Elle rc tait irrésolue, roulaol el
ne rnulant pa~, su_bjuguée par le charme el
révoltée contre lui.
Brusquement, elle pa .a se· mains sur on
front, comme pour chas er de ·on cerveau
embra~é ce qui le torturait Mai elle avait
beau faire, ce· cruelle pen ées n'all.aienl plu
e détacher d'elle. Elle était CQndamnée à les
trainer aprè ·oi. Tel un forçat qui traine ~on
boulet. L'ivres e éLail tombée. La réalité
reprenait e · droit , lui montrait a ,ie brisée,
soit qu'au ri ·que de d1l honorer le nom
qu'elle portait et de frapper sa -raod'wère
d'un coup mortel, elle e décidàl à s'enfuir
avec on séducteur, soit qu'elle le lai àl
partir eul en lui accordant le pardon, oit
qu'enfin elle ·'arrogeàL le droit de lui donner
la mort. Qu 'allait-elle faire? Entre tant de
partis oppo é', elle re tait impui sante à
choi ir. Bn0n, dao.s le calme profond de sa
fiévreuse veillée, une parole ortit de a
bouche, en quelque ·orle, à son in u, exprimant le· cruelles irrésolution de ,on cœur.
• Oue Dieu décide! Il soupira-t-elle.
EL celte parole frappa son oreille comme _i
elle eùt été prononcée par une voix étrangère.
Autant a,·ouer qu'elle allait désormai ,e
lais cr guider par les circon tances.
J'ai tenté de décrire l'étal de on âme,
encore qu'il . oit plus ai ·é de le comprendre
que de le décrire. Mais il importe peu que je
n'en aie présenté qu'une analy e imparfaite.
Celle complexe nature de femme ne ~aurait
0

1~Lre complètement révélée qu'à la clarté des
événements. Ce1u qui Yont maintenant se
précipiter en donneront la mesure avec plus
de précision que je ne l'aurai· pu faire. Peutêtre sembleront-ils invraisemblables. Il faut
Cl'pendant les tenir pour nais. Leur Yérité
résulte de· notes ommaires où j'ai pui é
l'idée première de cc récit.
Doucement, Isabelle s'clait gli éc bor du
lit el habillre. Maintenant, elle allait el venait
sans bruit à traYcr la chambre. Elle .e
lroul'a ainsi près de la croisée. ou le rideau
ou.levé, elle regarda au dehors. La nuit était
claire, le ci&lt;.&gt;1 très pur, avec, sur le fond de
l'horizon, des blancheurs d'aurore, où tremblaient les étoiles pâlissante . Ces blancheurs,
peu à peu, 'étendaient, traçaient dan l'e pacc la route par laquelle allait bientôt
pointer le jour. Elle oupira. Pui , lais ant
retoml&gt;cr le rideau, elle se rapprocha du lit.
L'heure était ,eoue de réveiller Ofüier. Ne
fallait-il pa tJu'il ei1l passé la frontière avant
que l'ombre de la nuit fùl di· ipée?
Mais, à cc moment, on frappait à la porte
de la chambre. Elle Lre aillit. Qui p&lt;iuvait
venir'? llésolument, elle ouvrit ot se ra ·ura
en apercevant Chas,cral. li allait entrer. D'un
ge le, elle l'arrêta ur le euil, tandis que,
surpri de la trouver debout, il mamfestait,
à voix ha e, ·a urpri e.
(l Je ne dormai · pa , dit
simplement
l abolie; je me suis Je,·ée. »
Chasserai était fait, depuis loo 0 temp , aux
habitudes un peu excentriques de Mlle de
Circé.
Il accepta cc prétexte ·ans oupçonner la
raison qui 'y cachait.
« J'étais venu en prévi ion de Yotre réveil,
reprit-il. i vous entendez parler ou marcher
dans le parc, il oc faudra pas vous effrayer.
Ce sont les gendarmes. Ils rôdenl depui plusieurs heure autour du château.
- Dans quel but'? demanda I a.belle.
- li croient an doute que le malheureu qu'il poursuivent cherche un refuge
par ici.
- Quelle idée! e leur a-t-on pas déjà dit
que si c'e t lui qu'on a vu dan le pays, c'est
quïl tentait de "agner la ui e? Est-il raiocnable de supposer qu'il se serait aLLnrdé
là où tout e l dan°er pour Iui?
- c·e L ce que je leur ai répété tout à
l'heure.
- Tu le as donc ,,us'?
- Le bruit de leurs pas m'a réveillé. J'ai
craint qu'il ne ru ent di'po é à recommencer leurs per11ui ilions. Je suis allé le
interroger, li m·ont ras uré. Il· veillent au
dehors, mai n'entreront pa dans la mai on.
En conséquence, mademoiselle, vou pouvez
èlre en repo . Je tenais 1t vous le dire.
- Merci, Chas eral. »
Il s'éloigna tandis que la porte de la
chambre e refl!rmait. 'il fùt revenu ·ur es
pa , 'il eût rouvert celle porte, voici ce qu'il
aurait YU : l abelle debout, faisant elfort
pour se raidir contre l'émotion poignante qui
Yenait de 'emparer d'elle, le vi age Yoilé
d'une pileur de mort, les traits figés dans
..,. .,28 ..,

une expres ion de douleur et de menace, el il
l'eût entendue murmurer :
&lt;&lt; Dieu va décider. »
Bientôt, maîtres e de son émoi, elle alla
\'ers le lit. a main glacée toucha l'épaule du
dormeur. Doucement, il ouHail les yeu · :
11 C'e l l'heure, dit-clic; il faut partir. »
Mai·, au lieu de e lerer. il la retenait, el,
.ourianl, il oupirait :
« Mon Isabelle chérie .... »
Elle reçut en 11lcin cœur la ensation de
celle ,oix care sanle qui tout à l'heure l'avail
grisée. Elle se sentit défaillir. Encore un mot
pareil, 1:t, de nouveau, elle allait ce er de se
dominer. Elle retomberait sous le charme. Le
_-entiment du danger la ranima, la défendit
contre sa propre faiblesse. e faisant violence,
elle reprit :
« Il faut partir, si vou voulez arri \'Cr à la
frontière a,·aot le jour. »
Elle s'éloignait, gagnait à pa · lcnls l'autre •
extrémité de l'appartement, se réfugiait dan
l'embra ure d'une croisée et re. tait là, rêveuse, le front appu)é aux vitres. \'oulait-elle
sauver son amant'? \'ou lait-elle le perdre? 11
n'y a pas lieu de supposer qu'elle cùl adopté
l'un de ces deux parti . Toute ·a conduite
durant ces in tant déci if· semble indiquer
qu'elle lais·nil au hasard le oin de prononcer
ur le sort de ce malheureux.

Sa rèrerie tout it coup fut troublée. n
bras \'enait d'enlacer sa taille, une main de
prendre sa main. Dan cette étreinte, sa tête
c renver ait contre la poitrine J'Olhicr, el
des lèvres brûlantes imprimaient aux ·iennc
un baiser, taodi que de ·eux ardenl · .e
fixaient or es yeux comme pour y surprendre, en ce moment des adi ux, le ·ccret
de leur exprcs ion énigmatique. En réYcillaol
Olivier, elle était i différente de re qu'elle
était quel4 ue .. heure. arnnl, lorsqu'il ·'endormaient tous deux en pleine ivresse, qu'il
en avait été péniblement impressionné. li
,oulait connaitre le~ cause de celle transformation, el prêt à reprendre a course vagabonde, il interrogeait Isabelle.
« M'aim '-tu_ encore? M'aimeras-tu tonjour ?
- Pou,ez-rnu en douter?
- C'e t qu'il · a dan l'hi Loire de notre
amour une page douloureuse, la première,
qu'il o'e L pas en mon pom·oir d'effacer. i
c'est celle-là que tu interro"es préférablement
aux autre ' , peut-èlre eras-tu tentée de reprendre le pardon que tu m'as accordé'! Peutêtre l'as-tu déjà repris. J'ai peur et je tremble.
Il me emblc que tu n'es plus telle que lu
étai cette nuit. 1&gt;
De nou,eau, ce accent· lrouLlaient I abelle.
a Vous vous trompez. Je suis toajour la
même. Une femme comme moi ne reprend
rien de ce qu'elle a donné.
- Alor', tu m·apparlien à jamais. Redb~
le, ma bien-aimée. »
Vaincue, elle s'abandonnait, soupirant :

« Uui, je ,ou app1rticns à jamais .. lais,
partez, dérobez-vou · au péril: que tout
retard ,·ou fait courir.
l'.:t &lt;[UC m'importent ce:- péril ! Que
peu,cnt-ils m'apporter qui soit pire que la
~éparalion? Jl'arracher de te· hra riuand je
t'aime, quand je me .ais aimé! l\e ,audrait-il
pa · mieux mourir 111. prè d • Loi! »
El très doux. l'enveloppant d'une élrcinLe
plu:-. pa ionnt:e,il la ramenait dan la chambre.
comme ~i maintenant il ne \'onlait plu
s'éloigner.
oudain, elle e dégagea :
11 Fuyez, Otilier, je ,ous en supplie.
- Eb bien, non, 'écria-t-il, je ne saurais
ruir, :.i lu ne m'accompagnes pa . Je ne peux
plu te quiller. Ou fui a,·ec moi ou gardemoi ici. j'y re!.'terai caché. On ne ,iendra pas
m'y chercher, et ce ne soul pas le habitants
de C('l{e mai. on qui me lirreront. »
Le projet qu'il lui surrgl:rail, elle J'a,ait
déjà conçu. Oui, elle a\'ail . oogé à ,e confier
à Cha eral cl, avec son aide, à retenir Olhier
au château, où nu I encore ne le savait rérugié.
Mai , alor, c'était se mettre éternellement
sou sa domination, fortrer elle-même la
chaine qu'elle l'oulait IJri er, lier sa ,·ie à
l'homme qu'elle ne pou,ail épouser et transformer en une faute \'Olontaire une faute qui,
JU qu'à cc moment, con ermit un caractère
de fatalité propre à l'alténuer et à l'excu er.
Pour ce motif , elle avait reculé devant l'exécution d'un tel dessein. Elle n'en fut pa·
moins toute remuée en entendant Oli,ier la
prier de ne pa l'obliger à partir. ~fais elle
était décidée au refu_.
« Ce que ,·ou demandez est irréali ablt!,
reprit-elle. La police vou cherche; ce château
est, de :;a part, l'objet d'une ri"oureu. e ur,·cillance. i l'on ,·ou arrêtait ici, ma grand'mère serait con idérée comme Yolre complice
el perdue par a petite-fille qui aurail cédé à
vos prières. Vous ne pou,·ez vouloir l'entrainer
dans votre malheur. 11 EL comme il protestait, elle ajouta : &lt;&lt; Oh! sïl ne s'agi sait que
de moi!. .. »
JI ne la lais·a pas achever.
« oit, fit-il, je vais obéir, m'éloirrner, mais
à une condition, c'e t que lorsque j'aurai
trou,é un a ile in, iolablc, lu viendra. m\
rejoindre. J'ai le droit de l'exiger; ta vie doit
rester liée à la mienne. »
Hélas! en formulant celle exigence, le malhcureu. prononçait a propre condamnation.
Apitoyée par on malheur et complice de on
amour, l alielle aurait pu renoncer à e ,enger. De plus en plus, elle inclinait au pardon.
&amp;lais vine avec son éducteur, afficher sa
honte, e prêter à une union que Dieu condamnerait et dont rougiraient le . ien , c'est
là ce qu ·elle ne voulait pa . Et comme elle
comprenait 11ue ·i Ofüier fa sollicitait encore,
il _aurait rai on de sa volonté el qu_'elle e
lais~erait conduire aux pires bas esses, le
dé 1r d'étayer sa ré ·istance d'un empèche~eot ~?n retour la ramenait à e premières
resolutions. Dès ce moment, elle agit sous
l'em_pire d'?ne, idée ftxe. Elle voulait couper
le lien qui I attachait à son amant et se

mettre dans lïmpo 'ibilité de ,uccoml,cr à
de nou,elles .édactions.
a le rejoindras-lu? demanda-t-il.
- Je von~ rejoindrai.
- En quelque endroit 11uc je me lrou_re ?

ls.il:dlt nn/r.i J1J11S
Jt/a d.rns

1111

5J ch.imbrt, où son .tl;tsfnt1· 1.1
fa11lt111l, /'risée et tout en t.irmes.
(Page 3Z&lt;,1.)

- Partout où vous serez, quand il vou
plaira de m'appeler. »
Elle mentait Elle savait bien qu'elle ne le
suivrait pa.. En cet in tant, plus énergiquement que jamai., clic souhaitait sa mort. ~ i
elle ne le tuait pas elle-mêne, c'e l qu'elle
voulait épargner à se· main~ l'horreur ~anglante J'un meurtre et préférait lais er à
d'antre:; le oin d'aecomplir la ini.tre besogne. Mais elle le trompait, afin de préparer plus
infailliblement le eul coup qui pi1t la délivrer.
Quant à lui, confiant dans la promesse
qu'il venait d'entendre, il y puLail a ~ez de
courage pour affronter le. épreu\'e . Il n'hésitaii plus. Il allait partir. Oui, il était maintenant décidé. Enveloppé d'un manteau, son
chapeau à la main un pi tolet dan a poche,
oublieux de es fatigue el de e an°oi ·es,
transfiguré par l'e pérance d'ètre bientol
réuni à ce qu'il aimait, il prononçait es dernier adieu:&lt;. Et l abeJle se taisait, ne di ait
rien pour l'avertir qu'au mème moment, au
dehor , des homme attendaient. En un calcul
vengeur, elle le jetait dan!- l'inconnu, an le
mettre en garde contre les pièges dressés ur
son chemin.
Ils échangèrent un dernier baiser, lui, donnant le sien dans un élan d'amour, elle, le lui
rendant sans effusion, en une sorte de raideur automatique qui l'auraiL éclairé s'il n'eût
été gri é par l'enga-rement qu'elle venait de
prendre.
« Allou ! » fit-il.
li se dirigeait rnrs la croi ée par laquelle il
était entré la veille.
(( Non, pas par là, répondit Isabelle en
l'arrêtant. Je ,·aL vou conduire. J&gt;
.,. .i21) ..-

DE C11{CÉ ~

IL ortircnl de la chambre qui donnait sur
un long corridor. Elle lui tenait la main, Je
itnid~it dan l'oh~curité à traver lnrruelle il·
allaient sans Lruit, marchant . ur la pointe
des pied , retenant leur .oulne pour ne pas
é,·eillcr l'attention des habitant du château,
encore endormis à celle heure matinale. Au
boul du corridor, elle ounit une porte: une
bounëe d'air glacé leur fouetta le visage. Dcrnnt eux, enfoui . ou la neige que blanchi~sail uuc lueur crépusculaire, s'étendaient les
pclou e · du parc. Elles formaient un grand
espact• \'ide au delà duquel commençail'nl les
bois. Entre les sapins, ous une ,·oùte scinLillanle que formait or leur:; cimes la neige
&lt;lurcic, qui soudait les un1· aux :mlrcs leur:;
branches entrelacées, se dessinait une avenue
dont le extrémité. ~c perdaient en de profondeurs ombres. Le doigt d'l~aLelle ~c
lendit dans celle direction.
&lt;&lt; Voilà votre roule el tout droit, dit-clic.
La frontière e t au bout, à une lieue d'ici. &gt;J
'a voix tremblait un peu, mais i peu! (Inc
fois encore, elle tendit son front 11uc ollicitaicut les lè\'rcs ina ·. ouvie:,, n re"ard éperdu
l'enveloppa, et cc fol tout. L'omhre du pro~crit 'allongeait ur la blancheur des neiges
inviolée , où c pied ' creusaient des trou
profond , en ) imprimant la trace de son pa age. En approchant du bois, celle ombre
devenait plus grande. Puis, elle diminua peu
à peu, rayant d'un mouYaot et large trait
noir les troncs argenté de ,apin , et enfin
elle s'effaça dans le lointains brumeux. Depui longtemp~ elle avait disparu, que Mlle de
Circé, loujour debout au euil du cbàteau,
bravant le froid el toute plie ~ou l'émotion
qui montait en ellt!, es ayait encore de la découHir.
oudain, au loin, un vacarme troubla la
sérénité de la nuit. Ce fut, pendant quelques
minutes, une confu-ion de cris cl de détonaLion d'arme à feu, de bruit· de coure précipitée et de branches mortes se bri ant avec
fraca . l abelle avait joint les main , eu un
geste de détresse et d'effroi, ·ai ie d'un remords plus inten e et plu déchirant que tou
œu contre le quels elle se débattait depui
le commencement de la nuit. Terrifiée, elle
prètail l'oreille, a,idc de connaitre le dénouement de la lutte qui se livrait là-ba . ~tai
bru quement le bruit CC' a. Le- é&lt;'hos un
momenl éveillé retombaient au ·ilcnce.
« Oh! mou Dieu! ,, murmura+elle.
1 "entendanl plus rien, jr,norant ce qui venait de se pa er, accablée par celle incerti• '
Lude, elle rentra dan a chambre, où on dés
espoir la jeta dans un fauteuil, brisée et toul
en larme . Au matin, eulemeut, elle devait
apprendre que • Dieu avait décidé ». C'est
Cha seral qui le lui apprit. Instruit lui-même
de l'éYénemenl par des rumeur recueillie
au village de Élraches, il s'était hà.té d'aller
aux nouvelles. Il connut ain i l'arrestation
d'Ofü-ier Talvau. ais cc qu'il ne avait pas,
ce qu'il ne derail jamai avoir, el la marqui e et l'abbé füucombe moin encore que
lui, c·e t en quelles circonstance le proscrit
était tombé entre le main - de la police. Cela,

�msro~1A--------~---------,.------c'était le secret d'Isabelle, un secret qu'elle
ne voulait pas révéler, jalouse d'emporter
dans la mort le mystère de sa destinée.

XXV

à bout pour sarnir de lui si quelque autrè
raison n'a pas dicté sa conduite, il proteste.
Il avoue tout. Que veut-on de plus·? 'est•ce
pas assez pour dresser un acte d'accusation?
« A. quelle date avez-vous quitté Paris? lui

11 ne m'a pas été possible de découvrir en
raison de quels indices les recherches que la
capture d'Olivier Talvau venait de couronner
d'un plein succès avaient été dirigées vers les
entours du château de Circé. La procédure,
ou plutôt les pièces éparses à l'aide desquelles
je l'ai reconstituée n'y font aucune allusion.
On en est à cet égard réduit aux conjectures.
Les mêmes pièces n'en disent pas beaucoup
plus long sm· le fait même de l'arrestation. li
en résulte seulement que vers quatre heures
du matin, le premier lundi de février, l'accusé
fut surpris au lieu dit « les Dames d'Entreportes &gt;J, par les gendarmes de la brigade de
Pontarlier, et qu'il se défendit vigoureusement avant de laisser mettre la main sur lui
li est mentionné, entre autres détails, qu'il
tira deux coups de pistolet sur les agents de
la force publique, et que l'un deux se vit contraint de faire usage de son mousquet. Cependant, il n'y eut pas cfT..ision de sang. Accablé par le nombre, après aYoir vainement
tenté de s'enfuir, Talvau déclara qu'il se con•
slituait prisonnier. En vertu des ordres envoyés de Paris antérieurement, il fut conduit ,mie de Circe plerwalt rnr L'epaule ,tu trave serviteur
dt sa maison. (Page 33z.)
ur-le-champ au Fort de Joux et incarcéré.
Comme on l'a YU, le commissaire général
de police du département du Doubs, durant demande encore le commissaire de police.
la matinée de la -veille, s'était livré à une per- Dans la soirée du 28 janvier, quand
quisition au château de Circé. Son mandat j'ai su que j'étais l'objet d'un ordre d'arresrempli, comptant partir pour Besançon le tation.
lendemain, il était revenu à PonLarlier. Il pas- Comment l'avez-,·ous su?
sait la nuit à la sous-préfecture. C'est là que,
- Je ne crois pas devoir vous le dire.
dès le malin, lui arrivait la double nouvelle
- Par quelle voie êtes-vous venu dans cc
de l'arrestation et de lïncarcération de son pays?
ancien collègue. 1l se rendait aussitôt au Fort
- Par la voie la plus directe. A Paris, j'ai
de Joux. En y arriYant, il mandait le prison- pris la diligence de Besançon. Dans celle ville
nier devant lui et lui faisait suLir un premier où je ne me suis pas arrêté, on m'a indiqué
interrogatoire, destiné à servir de base ~ l'ac- une voiture publique qui m'a conduit à Poncusation en ,·erlu de laquelle Olivier Tahau tarlier.
allait ètre déféré à une cour martiale.
- Quelle raison vous a fait diriger de ce
Ses réponses au cours de cet interrogatoire côté plutôt que d'un autre7 N'est-ce pas que
ne permettent pas de révoquer en doute la vous espériez trouver un refuge au château
réalité des griefs qui lui étaient imputés. En de Circé?
une sorte d'abandon de lui-même, qui révèle
- J'avais en eITct conçu cet espoir. Le
la volonté de ne rien faire pour se dérober à ~ervice rendu par moi à la famille de Circé
une condamnation, il fit des aYeux complet' . rue donnait le droit de penser que la marOn ne relève dans ses paroles aucun effort de quise ne refuserait pas de m'accueillir, de
justification. A toutes les questions qui lni farnriser ma fuite.
sont posées, il répond affirmativement. U n'a
- Vous ne dites pas toute la ,·érité. Une
pas ignoré que le marquis Robert de Circé fois arrivé à Pontarlier où la police ne rnus
était l'auteur du complot dénoncé par Fleu- savait pas encore et si près de la frontière,
rier. li a tenu dans ses mains les preuves de Yous n'aviez besoin pour vous mettre en sûsa culpabilité. Mais il s'est laissé loucher par- reté ni de la marquise de Circé ni de perles prières el les larmes de la vieille marqui e sonne. C'est pour un tout autre motif que
et de sa petite-fille qui, elles, étaient inno- Yous ,ouliez vous arrêter chez elle.
cen tes. 11 s'est réYol lé surtout conl rc le rigouLibre à Yous de le croire; moi, je le
reux de,oir qui s'imposait à lui. Dans l'en• me.
trai'nement de celte ré\'olte. il a brùlé ici;
fous étiez pauHe. Au moment de paspapiers accusateurs, et ordonné la mise en ser en pays étranger, peut-ètre songiez-,ous
Jiberlé du jeune marquis.
à vous faire payer le service que 1ous avez
Sur tous ces points, son langage est net et rendu, à vous proc11rer des ressources.
précis. Puis, comme on cherche à le pousser
- Quand on m'a arrêté, on a trouvé sur
..-.1

33o

Ill'

moi cent napoléons, toutes mes économies·
Pourquoi aurais-je tendu la main ·1 Le présent
était assuré. Mais je songeais à l'aYenir. Mme de
Circé venait de rentrer de l'étranger. Elle y
a laissé des par,mts, des amis. Je Youlais
i!tre recommandé à eux, m'assurer leur protection pour trom'ffi' un emploi dans l'exil.
- Vous avez ensuite renoncé à ce dessein. On ne vous a pas vu au château de
Circé.
- Au dernier moment, la crainte de compromettre les braves gens qui l'habitent a
modifié mes résolutions. Dans la soirée d'hier,
je suis allé jusqu'à Jeur porte. Puis, au moment d'y frapper, j'ai eu peur et je me suis
enfui.
- Où ayez-vous passé la nuit?
- Sous un hangar abandonné à la lisière
des bois. ,Je suis resté là, attendant le jour
pour continuer ma route vers la frontière. Je
marchais depuis quelques instants seulement
quand les gendarmes m'ont surpris et arrêté.
- Il faisait nuit lorsqu'ils vous ont rencontré. Vous n'avfrz donc pas attendu le
jour.
- Je ne saisis pas la portée de votre observation.
- Elle tend à établir que je ne suis pas
dupe de ,·os réticences. Vous dissimulez une
partie de la Yérité. Votre nuit, notamment,
n'a pas été employée ainsi que vous le dites.
- Supposez tout ce qu'il vous plaira. Vous
ne saurez par moi rien de plus.
- Par d'autres, alors.
- Ni par moi, ni par d'autres .... Je n'ai
vu personne, parlé à personne, depuis hler
au soir. »
L'interrogatoire était épuisé. Il établissait
à la charge d'Olivier Talvau des re ponsabilités écrasantes et ne laissait aucune place au
doute, quant à sa culpabilité. Or, le commissaire général aYait reçu des ordres péremptoires. « S'il lui apparaît, était-il dit dans ses
instructions, que l'accusation dirigée contre
le prévenu est fondée, il devra le traduire
immédiatement devant une commission militaire et requérir contre lui les peines dont les
lois punissent la trahison et la désertion deYant l'ennemi. » i rigoureux que fussent ces
or-dres il ne pouvait que les exécuter. Aucune excuse ne s'élevait en faveur de Tal vau.
Chargé de rechercher des conspirateurs, il
a,·ait pactisé avec eux en leur fournissant les
moyens de se dérober au châtiment qu'ils
avaient mérité. Cet acte inexplicable cl inexpliqué que ne pouvaient justifier les raisons
.invoquées par sou auteur, consûtuait un attentat criminel d'autant plus grave qu'il était
l'œuvre d'un fonctionna.ire. La nécessité de
faire un exemple s'imposait. Elle eût même
désarmé la clémence impériale si celle-ci eùL
été tentée d'intenenir. Mais Napoléon ne songeail guère à exercer la sienne en celle oœasion. Pendant tout son règne, il fut impitoyable aux émigrés insoumis, à leurs complaisants, à leurs défenseurs. Déjà sa justice
arbitraire avait frappé sans merci le duc
d'Enghien, parce quo Bourbon. Elle allait

.MAD'EMOlSEU.'E
frapper aYec la même rigueur l'obscur Talvau, parce que complice d'un émigré partisan
des Bourbons.

DF.

Cm.c'É ---.

mourût, elle ne pouvait plus êlre heureuse. de délivrance qui fùt à la portée de sa
Mort, elle aurait à pleurer en lui l'objet de main.
son premier, de son unique amour; vivant,
Elle savait par Chasseral qu'aussitôl après
elle aurait à rougir de l'avoir aimé. Et dans son arrestation, Olivier aYait été conduit au
XXVI
cette âme à la fois passionnée et virginale, Fort de Joux. Sa pensée le suivait jusque-là.
vindicative et compatissante, d'une droiture Elle le voyait captif sous les vieilles Yoûtes
Après avoir vu s'enJuir Olivier et entendu à toute épreuve, mais, depuis l'enfance, livrée d'un cachot, aux fenêtres défendues par un
les sinistres rumeurs qui avaient traversé sa à elle-même, à la spontanéité de ses impres- grillage en fer, gardé à vue eomrne un malfuite, Isabelle s'était couchée el endormie, sions, à ses naturels instincts, sans être rete- faiteur, condamnéd'ayance, ne l'ignorant pas.
vaincue par le sommeil. Mais l'oubli répara- nue ni redressée par les raî6nements de l'édu- attendant son orl, résigné ou révolté, et
teur qu'il lui versa fut de brève durée. A cation ou par une inteUigente culture des cette sombre vision pesait à son cœur, obsépeine réveillée, des angoisses nouvelles la re- convictions religieuses, l'idée du suicide, as- dante et cruelle, la plongeait davantage dans
prenaient, la rejetaient en un trouble affreux. sociant son trépas au trépas de l'homme dont les projets qu'avait engendrés son tardü re.« Celte arrestation est mon œu vre, pen- elle aYait subi la séduction après avoir subi pentir. Dévorée du désir de savoir quelle allait
sait-elle, comme le sera aussi le trépas de ce sa brutalité, prenait corps, se formait et allait être l'issue de l'a1·enture, elle ne songeait
malheureux si ~es juges le condamnent à pé- se fortifier comme le plus efficace instrnmenl plus qu'aux moyens d'en connaitre les péririr. C'est moi qui l'ailivré, en le lançant seul,
la nuit sans l'avertir, sur la route où je saYais
les gens de police à l'affût. »
Cependant, de cette trahison calcuMe, de
ses suites prérnes, elle éprouYait de moins
violents remords que de l'hypocrisie sous la.quelle elle l'avait dissimulée. Qu'elle eût livré
Olivier, ou, cc qui était pire, qu'elle ne l'e'Ol
pas mis en garde contre le danger qui le menaçait, cela pouvait à la rigueur se comprendre, puisqu'elle n'avait fait qu'user d'un
droit de vengeanœ qu'elle croyait légilime.
Mais qu'en le livrant, elle lui eût afûrmé
qu'elle voulait le sauver, qu'elle se fùt abaissée jusqu'à ce mensonge misérable, voilà où
elle ne se 1·econnais11ait plus el ce qu'elle ne
se pardonnait pas. N'eùt-il pas été plus noble,
plus digne de lui dire : cc Vous m'avez perdue; je YOus perds. » Mais devant celte francbise, elle avait reculé, ei maintenant, éclatait à ses JCUX l'abomination de sa conduite,
rendue plus atroce encore par la nuit d'amour
qui avait précédé sa trahison.
Oh! cette nuit, combien lui en était à la
fois délicieux et empoisonné le somenir !
Comme elle aurait voulu effacer du livre de
sa vie celle page enfiévrée, el comme cependant elle y revenait avec complaisance, avide
d'en recueillir les èchos épars dans sa mémoire et toujours aussi vibrants qu'était brûlante sur sa chair la trace des ardentes ca•
resses !
Quelle conCusion de sensations contradictoires el inoubliaWes : cet amour qui l'avait
emportée si loin, si haut, sans désarmer
son ressentiment; puis l'acte inrâme qui
avait couronné ce complet abandon d'ellemême dans l'amoureuse explosion de tout
son être! Quelle source de souvenirs enivrants
et d'humiliantes hontes! C'était, en sa conscience, un déchaînement d'amers regrets et
d'àpres remords, d'où montait peu à peu le
~entimenl d'un devoir à remplir, non pour
réparer le mal qu'elle avait fait, - il était,
hélas! irréparable, - mais pour l'expier, en
apportant en même temps à l'infortuné qui
en était victime une con olation suprême,
celle de mourir avec ltti.
Oui, a vie offerte en holocauste, voilà ce
11u'elle entrevoJait, et ce sacrifice 1olontairc
ne l'effrayait pas, ne lui coùtaitrien. Qu'avaitelle à espérer de l'a,•enir, maintenant? Elle Au del,ors, .:Jans la n11il claire, p.1r 1111. smlier tracé à lra,iers la neige, le co,N:gt march,tit à urands pas. S11cct~sivement, JI franc/lit les e11cei11tcs qui circule11l en desc:,ente a11to11r du rocher Sttr lequel tê forl est construit.
aimait Olhier. Mais, qu'il vécftt ou qu'il
(Page .,3.t.J
.., 331 ...

�111STO'l{1.JI - - - - - - - ~ - - - - - - - - - - - - - pélies au fur et à mesure qu'elles se dérouleraient.
Quoique hantée par de si douloureuse.
préoccupations, elle eut assez d'empire sur
soi pour les cacher à sa grand'mère. Celle-ci
ne pou1·ait concevoir aucun étonnement de la
tristesse de sa petite-fille. Prorondémcn l troublée, elle aussi , par lïnforlune de l'homme
à t1ui elle devait la vje de son petit-fils, elle
trou,·ait cette tristesse toute naturelle. Elle
l'attribuait aux causes qui justifiaient son
propre chagrin, celui dtl l'abbé Maucombe 1·t
de Chasserai, engagtis comme elle envers Olivier par un égal sentiment de reconnaissance.
[sabelle dut à ces circonstances de n'être
pas interrogée, quand, au sortir de son appartement, elle se trouva en présence de la
marqui c. Elles échangèrent hrnrs appréhensions el mêlèrent leurs larmes. Mais rien
dans le langage de la jeune fille ni dans son
attitude ne vint déceler à la ,·ieillc aïeule
pourquoi tant de pâleur s'étendait sur ce visage et pourquoi ces yeux exprimaient un si
morne accalilement. D'où venait Olivier Talvau quand on l'avait arrêté~ 011 aUaiL-il? A
la suite de quelles courses se trournit-il dans
les environs du cbàteau au moment de son
arrestation? Voilà cc que la marquise se demandai l. Isabelle, qui aurait pu lui répondre,
affectait une entière ignorance. La vfriLé ne
sortit pas de sa bouche.
li y eut un moment cependant où elle
faillit se trahir.
(! ''est-il aucun mo~•en d'arracher ce malheureux à la mort ?s'était écriée la marquise.
- L'arracher à la mort! Comment? répondit Chasserai. Entraîné par son cœur, il a
trahi ses dernirs. Chargé d'arrêter des coupables, il a favorisé leur fuite, après avoir
anéanti les preuves de leur crime. Sa conduite vous paraît héroïque, à vous qui en
avez profité. Mais pour ceux dont il a trompé
l.l confiance, elle est sans excuse. 11 sera condamné.»
L'abbé conftrmait d'un geste celte opinion.
« Et on ne lui fera pas grâce, ajouta-t-il.
- Même si j'allais me jeter aux pieds de
lï~mpereur? ... »
Chas eral protesta.
« Pourriez-vous plaider cette cause sans
vous perdre, madame la marquise, sans nous
perdre tous, ou tout au moins sans nous exposer à ètre arrêtés de nouveau comme complices?
- Oui, je le pourrais, je le èrois .... L'Empereur ne resterait pas insensible .. . n
Isabelle l'interrompit :
«Détrompez-vous, chère grand'mère, ditelle avec vivacité. L'Empereur est sans entrailles quand il s'agit de punir les attentats
contre sa couronne.
- Mais M. Olivier Talvau n'a pas conspiré.
- Il a fait pire .... N'est-ce pas grâce à
lui que les conspirateurs se sont dérobés au
châtiment qui les attendait? Pour de tels
faits, l'homme inhumain que vous appelez
!'Empereur est impitoyable. Vos supplications
seraient vaines. »

Ce fut dit d'un tel accent de conviction que
la marquise regarda sa petite-fille comme
pour deviner ce que cachait le visible effort
qu'elle ,•enait de faire pour décourager loule
tentative en faveur d'Olivier.
&lt;&lt; Tu affirmes comme si tu éLais sùre, mon
enfant, lui dit-elle.
- Je suis sûre, en cffd, grand'mèrc, fit
lsabelJe. Oubliez-vous que l'usurpateur a
trempé ses mains dans le sang des Bourbons?»
Le lragitJUe souvenir qu'elle rappelait démontrait à la marquise que ses espérances
n"étaicnt qu'illusions, el qu'elle devait renoncer à intervenir eu faveur d'Olivier Tahau.
&lt;&lt; Il faudra prier pour ce pauvre garçon, ,,
soupira-t-dlc découragée.
L'entretien prit fin sur ces mots. Mais
quand la marquise se fut retirée, lsalielle e
trouvant seule avec Chasserai lui dit :
&lt;&lt; Écoute, et comprends Lien cc que j'attend.; de ton dévouement. C'est moi, et moi
seul", qui suis respons1Lle de la calastrophe
qui se prépare. Ce sont mes prières qui ont
eu raison de la rigueur des ordres que M. Talvau était cbargé d'exécuter. A force de le supplier, à force d~ pleurer, j'ai fini par l'émouvoir, et 'luand il s'est laissé fléchir, c'est qu'il
ne pouvait plus résister à mes supplications
et à mes larmes. Si maintenant qu'il est
perdu, perdu pour m'avoir écoutée, il n'est
pas en mon pouvoir de le sauver, je veux, du
moins, adoucir ses derniers instants par ma
préstnce.
- Vous Youlcz le voir! s'écria Cbasseral
stupéfait.
- Je veux le ,·oir, s'il est condamné à
mort, lui dire une fois encore que son souvenir lui survivra parmi nous, el que jamais
je n'oublierai ses bienraits. Je le connais. Son
âme est généreuse et fière. L'expression de
ma reconnaissance atténuera pour lui l'horreur du trépas.
- C'est là un beau dessein, digne de vous,
mademoiselle, répondit Chasserai, mais impossible à réaliser.
- Cc n'est qu'après aroir tenté de le réaliser que tu pourras affirmer, si ltl échoues,
que sa réalisation ~st au-dessus de nos elforls.
Tous les hommes ne ont pas comn,e loi incorruptibles. N'en a -tu pas fait l'expérience
pendant la.. Terreur? N'as-lu pas intéressé aux
infortunes de noire famille des Jacobins farouches?
- Parbleu! j'ai prodigué l'or et les promesses.
- Prodigue..:les encore, et tu m'ouvrira!',
j'en suis sùre, les portes de la prison où
m'appelle mon devoir. »
Cbasseral était ébranlé. li tentait cependant
de résister encore.
« Eh bien, non, fit-il, je ne me prêterai
pas à ,·otre folie; je n'assumerai pas ]a responsabilité du danger auquel vous voulez
vous exposer. i&gt;
[sabelle marcha sur lui, el, posant la main
sur son bras, elle reprit d'un accent où éclatait une résolution déllnitiYe :
« li le faut. » Et comme Chassera} ne sem-- 332 .....

11ait pas convaincu, elle ajouta, plus bas, les
yeux dans ses :scux : « Je ne rnux pas le
laisser mourir sans lui dire adieu. U est mon
amant. »
Chasseral chancela, éperdu, un reproche à
la bouche ....
« Vous! vous! oh! mademoiselle! ... ,,
Elle le regarda hautaine.
« Je ne relèrn que de ma conscience, cl
ma conscience ne me reproche rien. Jl a
voix et son regard se mouillèrent de pleurs.
« Va, mon ami, continua-t-elfe, obéis à ta
petite Isabelle et garde pour loi, pour toi
seul, ce douloureux secret. Jl
Cliasseral s'éloigna silencieux et troublé,
mais docile. Peut-être commençait-il à mesurer, dans ses circonstances el 5es conséquences, le dérouement de Aille de Circé.
Elle ne le revit que dans la soirée de re
jour. Il était allé aux informations. ll aYait
appris que di,·ers officiers, mandés de Ilcsançon, deraient arrh·er le lendemain au fort de
Joux et s'y réunir en cour martiale pour
juger le prisonnier.
« Pourrais-je arril'er jusqu'à lui? demanda
Isabelle.
- Oui, mademoiselle, répondit Chasserai.
J'ai pu m'entendre avec un des fournisseur~
chargés des approvisionnement. du fort. Demain, il vous y conduira, si toutefois rnus
n'avez pas renonré .... »
Isabelle l'interrompit, el se jetant dans ses
bras :
&lt;&lt; Tais-toi, tais-toi, s'écria-t-elJe. ...
Ne
cherche pas à me détourner de mon projet.
Tu n'y réussirais pas.
- Je remplis mon del'oir en vous sup pliant. ...
- El moi, je remplis le mien en te résistant. l&gt;
lis étaient serrés l'un contre l'autre. Mlle de
Circé pleurait sur l'épaule du brave rnrvileur
de sa maison. Et lui, attendri, résigné, s'efforçait vainement de l'apaiser.

xx:rn
Quoique, au cours de sa longue el dramatir1ue existence, le fort de Joux eût été considéré surtout comme une place de guerre,
élevée sur 1a frontière suisse pour défendre,
tantôt au nom du roi d'Espagne, tantôt au
nom du roi de France, l'accès de la FrancbeComté, les princes qui se le disputèrent en
avaient fait en main.les circonstances une
prison d'État. Grâce à sa situation sur un
rocher que la nature et la main des hommes
ont rendu inaccessible, grâce à ses cinq
enceint~s étagées, séparées les unes des autres
par des fossés profonds, il était aussi difficile
à des prisonniers d'en sortir qu'à des assiégeants de s'en emparer. En fait, il ne fut
jamais pris d'assaut, el son histoire ne relate
aucune évasion.
Antérieurement à l'Empire, il avait compté
quelques hôtes illustres. En 1775, Mirabeau
s'y trouvait captir. Jl y expiait ses folies de
jnunessc. En {805, Toussaint Louverture y
mourait, après y être resté détenu pendanL

,

_________________________________

une année; .et enfin, à l'époque où s'y dénouèrent les événements dont j'ai eotrepr;s
le récit, il renfermait dans son vieux donjnn,
,•éritable nid de Liboux, le marquis de 11ivière, un des complices de Cadoudal, condamné à mort comme lui, mais qui, plus
heureux. que lui, a1·ait vu sa peine commuée
en celle de la détention perpétuelle. Sous le
règne de Napoléon I", d'autres prisonniers
de marque s'y succédèrent: en 1807, le poète
all~mand llenri de Kleist, soupçonné d'avoir
conspiré contre !'Empereur; en 1812, aprùs
la capitulation de Ba1lcn, le général Dupont,
et d'autres encore.
Cependant, nul tragique épisode n'assombrit ces souvenirs. Celui que je raconte pnrdÎL
être le seul qui soit marqué par une exécution capitale, et encore est-il entouré d'obscurités et de mJ•slères qui laissent une part
aussi grande aux suppositions qu'à la vérité,
en ce riui Louche les détails de cette exécution.
Ce qui est certain, c'est qu'en t806, il n'y
avait au fort de Joux, pour toute garnison,
qu'une poignée de soldats, presque tous
vétérans des guerres de la Monarchie el de la
Révolution, enroyés là comme en un lieu dtl
retraite, où le service réduit à la garde de la
forteresse, à celle des canons el des munitions destinés à sa défense, n'exigeait ni trop
dures fatigues, ni trop lourds efforts. La
neutralité de la Suisse, assurée par des traités, avait permis cc relàchcmenl de surveil~
lance. Le gouvernement du fort était confié à
un commandant d'artillerie, ayant sous ses
ordres un petit nombre d'officiers de grade
inCérieur. Ce minuscule état-major résidait
dans deux pavillons construits sur la plateforme du donjon, d'où le regard embrasse
une vaste étendue du pays. La consigne en
vigueur était celle des places de guerre en
Lemps de paix. Mais ell~ se compliquait d'une
rigoureuse observation des mesures en usage
dans les prisons d'État, de telle sorte que les
soldats de la garnison devaient se considérer
à la fois comme des défenseurs militaires el
comme des geôliers.
A ce dernier titre, leurs fonctions leur
permettaient d'assez longs loisirs. Il n'y avnil
jamais au fort de JoUI. plus de deux ou troi~
prisonniers en même lemps. li était même
souvent arrivé qu'il n'y en eût qu'un seul et
quelquefois pas dn Lout. Aussi orticiers et
soldats laissés libres et oisi[s descendaient-ils
chaque jour à Pontarlier pour y chercher des
passe-temps plus agréables que ceux qu'ils
pouvaient se procurer dans leur aire. On les
voyait errer à travers la petite ville, avides
de distractions, familiers avec les gens qu'ils
tenaient au courant de divers incidents qui
se passaient là-haut.
Toutefois, à partir du jour où Olivierîahau
avait été arrêté, les rapports brusquement
cessèrent entre la ville et le fort, aucun soldat
n'étant descendu, d'où il fallut conclure que
la garnison était consignée en raison de
quelque important événement. En ce tempslà, des faits analogues se produisaient un peu
partout avec fréquence. filais il n'y avait pas
de Journaux pour les raconter. La divulgation

en était dilficile et lente, surtout dans une
contrée montagneuse et en hiver, alors que
les neiges amoncelées sur les routes rendaient
difficiles les communications. On se résignait
donc à ignorer l'affaire jusqu'au jour où, tout

L'enfant 10111fa en 111~,ne temps que le .-o,idamnt!. !.es
ralles tes a1•aimt aiteints lous les deux. (Page 33.j.)

à coup, quelque indiscrétion, venue on ne
savait d'où ni par qui, en répandait les dt'.....
tails plus ou moins authentiques.
En la circonstance qui nous occupe, l'indiscrétion eut des origines e:xplirables cl des
causes naturelles. Ce fut d'abord, dans les
premiers jours de février, la présence à Pontarlier du commissaire général do police du
département. On pensa que ce fonctionnaire
ne s'était pas déplacé sans de graves motifs.
Cc fut ensuite, dans la matinée du G de ce
mois, l'arri1·ée d'un colonel, d'un commandant, d'un capitaine, d'un lieutenant el d'un
sous-lieutcuant, appartenant à diverses armes. Aux abords de la sous-préfecture oi1
les reçut fo commissaire général el où leur
fut seni un déjeuner, des curieux s'allroupèrent, attirés par l'éclat de:l uniformes.
Vers midi, on -vil les nouveau.x venus s'empiler dans trois traîneaux mis à leur di position par la municipalité et prendre la routo
du fort de Joux. On racontait, depuis la Yeille,
qu'un ioJividu étranger au pays, un émi!!l'é
selon les uns, un espion selon les aulre',
arrèté pendant la nuil dans !es bois d'l~nlrcportes, avait été conduit à la forteresse.
C'était assez pour faire supposer que les officiers venus de Besançon devaient former la
colll.lDission militaire à laquelle le personnage suspect allait être déféré.
On resta.Î;t cependant dans le domaine des
conjectures. Mais la curiosité surexcitée rend
in~énieox. Des gens plus malins ou plus a1•isés que les autres se rappelèrent que ce jour-

MADEJK01scuE n1;

Cmct --~

là un lundi, le boulanger qui fabriquait le
pain destiné à la garnison deYait c rendre
au fort pour y livrer sa marchandise, ainsi
fJU'il le faisait trois fois par semaine. Il y
allait ordinairement en traineau, accompagné
de son apprenti. Au moment de son départ,
ils allèrent le supplier de se procurer des
nom·elles et de les leur communiquer. Donlé
d'âme ou vanité, il promit. Queh1ues heures
plus tard, ils se portaient à sa rencontre sur
la roule, si pressés de l'interroger, qu'en le
rencontrant, ils ne s'aperçurent même p:is
que, parti avec un compagnon, il rc,·enait
seul. Us l'accablèrent de questions. Que îaisait-l)n la-bau t 1 Pourquoi cette réunion d'officiers? D'abord, il feign it l'ignorance. Il ne
savait rien, n'avait rien m d'anormal. Mais.
comme ils insistaient pour le contraindre à
révéler ce qu'il voulait taire, il céda ;
« Je crois qu'on vient de condamner un
homme à mort, »fit-il.
Et pins bas :
a On assure qu'il sera exécuté ce soir. »
Le l,rave homme ne disait que la vérité.
Les audiences des commiHioos militaires ne
comportaient pas de longues formalités. La
séance ouverte, le greffier füait l'acte d'accu• sation. L'accusé était ensuite interrogé. Après
cet interrogatoire, on introduisaitJes témoins
quand il y en avait. Leur déposition entendue,
ainsi que les observations de l'accusé, les
débats étaient clos, sans réquisitoire ni plaidoirie. Le tribunal se retirait alors pour délibérer, et, sa sentence rendue, il en était
donné lecture au condamné devant la garde
assemblée.
Les choses ne se passèrent pas aulrernenl
pour Olivier Tal l'au. Comme ses aveux, lors
de son premier interrogatoire, rend:üenl inutile toute audition de témoins, et que, d'ailleurs, ceux qu'on aurait pu entendre étaient
en fuite, la procédure se réduisit en quelque
sorte à l'enregistrement de ses répomes.
Tout fut bâclé en peu de temps. A la tombée
de la nuit, dans la aile d'audience, en présence d'une douzaine de soldats, l'ancien
protégé de Fouché connut, lu par le grefl1er
à haute el iot~lligil.ilc Yoix, l'arrêt qui le
condamnait à. èlre passé par les armes. &lt;&lt; Ordonne, y était-il stipulé, quo le présent jugement sera exécuté de suite, à la diligence
du capitaine rapporteur. Fait, clos et ju1,é
sans désemparer, au fort de Joux, le 6 f~vrier 1806. &gt;&gt;

xxvm
Quelques instants après, dans sa pri,on,
Olivier Talvau, seul el paisiLle, allendait la
mort.
&lt;&lt; Combien de Lemps ai-je encore à ,·ivre?
avait-il demandé après a11oir entendu la sentence.
- Une heure environ, » lui aYait-on r(pondu.
On s'était ensuite enquis de ses derniers
dJsirs. Voulait-il manger ou boire? Souhaitait-il écrire, s'entretenir avec un prêtre? A
ce dil'erses queutions, il aYaiL répondu néga-

�,
r--

________________________________

1f1STO'J{1.Jl

tivcment, pressé de re~lerseul, de se recueillir
en vue de l'épreuve suprême 11ui lui restait à
affronter. Élevé dans les doctrines sentimentales et déi tes du dix-huitième siècle, il ne
croiail pa aui religion el ne professait aucun
culte. Aus i n'attendait-il des homme. , prêtres
on laîqu , nul ecour . Il n'auendait rien
que de Oieu, de l'Ètre suprême, comme il
di.ait, comme disaient encore, malgré le
retour de génération nouvelle îers l'Église,
tou ceux qui avaient admiré Robe pierre
vÎ\•anL et qui le pleuraient mort. D"ailleur ,
a con~cience était en paix. Dan . a vie i
brèrn, il ne comptait aucuue action mauvaise,
i ce n'est l'acte de violence dont il s'était
rt?ndu coupable ehver Mlle de Circé. Mai ,
depuis, elle a,·ait pardonné. Ab ous par
l'amour, c'est en pen ant à on amie qu'il
,·oulail tomber sous le balles. Ce . ourenir
srul pouvait rendre e derniers instants doux
el serein ·, el . 'il de,·ail renoncer à la conolalion de la revoir avant de quiller le
monde, il gardait d'elle, en celle heure
ombre, une image i vi ·ante, qu'il lui cm..
Lfail que, mème pré ente, elle serait impuisanle à lui donner à un plus haut degré la
cnsalion de la réalité. Donc, ni regrets, ql
remord , mais uniquement un dernier él~n
ver. œlle pour qui il allait mourir, en cela ~e
rbunait l'étal de son àrue.
La nnil venait, entrait lente et gri. e par la
fenêlre grillée de son cachot. Elle ne l'd!rapil pa . Il la renardait mont er au long
des murailles et assombrir les voûtes, comme
le si!!Dc avant-coureur de !"ombre éternelle
qui déjà l'o'ouvrait devant lui. oudain, le
bruit de sa porte interrompit se stoïciucs
rêveries. Venait-on d~jà le cberclicr pour le
conduire au .upplice? Il s'élail levé, hautain,
un :ouriredédai•Tneux . ur e lèvre · blêmie.
)fais il c trompait. C'était son gardien, un
vieux soldat, qui venait d'entrer, tenant à la
main un flambeau qu'il po a ur la table, en
di ant d'une \'OÎx ID) ·tl'.!rieu c :
&lt;1 Lne ,·isite pour Yous, mon. ieur. »
Ulivicr n'a,·ail pas eu le Lemps d'exprimer
a surprise que déjà le gardien avait di para
en fermant la porte. Alors, à la clarté ,,acillanle ùe la chandelle qui subitement di jpait
le ténèl,res autour de lui, ilaperçut œmême
petit pay an qui, quelques moi avant, lui
était apparu un malin, au chàteau de Circé,
el dont le charme magique a\'ail alor , d'un
eu! coup, fait Jléchir la rigueur de ~es ré ·olution .
&lt;t Isabelle! » _'écria-t-il.
Et tran û0 uré par une indicible joie, le
front ral'onnanl, il ouvrait les bras pour
étreindre l'enchantere se qui lui apport.ail, en
a détrcs e, le miel de ses baisers.
C'est moi l répoadil-elle, en e errant
contre lui d'un momement pas ionné. Je ne
voutai pas te laissCI' mourir ·cul, mon bienaimé. J'ai cru d'abord que je ne parviendrai,
pa ju qu'à ta pri on. Mais Uieu a été clémenl.
11 a inspiré la pitié à l'homme qui te garde.
C'est gr;",ce à lui que je ai ici.
- Ab! oyez Léni tous deux, toi pour ton
idée généreu.e lui pour sa bonté. 11

El emporté par l'ardeur de sa tendresse, il
promenait se lhres ur la tète adorée qui $e
roulait contre sa poitrine. 11ais, brusquement,
1 abelle e dégagea de ses bra et, grave, elle
reprit:
&lt;c Ne le bàte pas de me bénir, Ofüier.
Peut-être vas-Lu me maudire tout l1 l'heure.
quand tu sauras ce qu'il faut que je te
confesse.
- Si c'est pour me dire que tu ne m'aime
plus, ne parle pa , 'écria-il.
- Je t'aime toujours, et ma présence ici
en est la preurn. 'empêche que si lu e
tombé aux main. de la poliœ, si tu e_ condamné, si lu vas mourir, c'est que je l'ai
voulu. Il
Et comme, tout surpris par la ingularité
de cet aveu, il l'interrogeait des yeux, ell •
ajout.a :
« Quand lu m'as quittée, de gens t'allendaienl sur la route que lu de,·ais suivre pour
gagner la frontière . Je le savais. ,'est moi
l)Ui t'ai livré à CUL »
Elle s·altendait à un éclat de foreur. Peutêtre allait-il la châtier, lui faire expier a
trahi on. Elle était prête à subir son courroux.
Mais ses crainte furent trompée·. Oli"ier
l'attirait plus tendrement eontre lui, et, trrs
doux, il l'interrogeait :
&lt;l Pourquoi m'as-tu livré~
- Parce que je t'aimais. Écoute el comprends, mon cher trésor. Quand une îemme
porte un nom lei r1uc le mien, elle ne s'apparti nl pa ; elle est liée pa ltl gloire de se
ancêtres ; elle e doit à eux. Jllc de Circé
n'aurait pu an déchoir épou cr un homme
de La condition. Mme Talva:u, moi l Élail-ce
po sible? onrre donc! Et je ne voulais pas
re ter La maitresse. Dans les deux cas, Dieu
el ma famille m'auraient maudite. La mort
seule pouvait égaler no ituation , t'élever
ju qu'11 moi et légitimer notre amour en le
purifiant. C'est pour cela que je t'ai sacrifié.
Mais, ans ta tendr e, je ne ·aurai viue et
je ,·iens mourir avec toi. :'\ou périron
ensemble. 'il est vrai qu'au delà de nou il
• ait une autre \'Îe, en. emblc nous y entrerons
en sortant de celle-ci, pour nous aimer éternellement. »
Il était i troublé qu'il ne trouvait rien à
rép'Cmdre et que c'est à peine i, d'un "CSle,
il protestait. Mais ce geste, elle ne le voyait
pa, , pas plus qu'elle n'eût entendu a voix
i-'il eùt parlé. Elle sui,·ait sa propre pensée.
Elle l'e1primail en accents pa sionnés et brùlanls où éclatait l'ardeur de son amour.
C'étaient, mêlé · de baiser" accentuel · par des
étreintes, des mols d'amante, de ce mots
qui gri ent ceu. qui le prononcent el ceux
qui les .,\coutent.
Mais oudain Olivier lui imposa silence. La
tenant là sou un regard dont la flamme
pénétrait jusqu'à .on cœur, il lui dit :
« Et tu a pu pen er que j'accepterais ton
sacrifice, pauvre chère crl•alure, frappée par
moi dan Lon innocence, dan Lon a\'enir,
dans ton repo· ! Ce ~acrifice, je le reîuse. Tu
m'ai.mes, tu es venue me le rép :ter. c·~l
a ez pour rendre ma mort enviable. Tu ne
◄

13-t

►

me dois rien de plus. JI faut vi,Te el m'ou-

blier.
- Jamais, jamais .. .. Tu es mon mahre.
.J'ai juré de te uivre partout où lu irais .. . .
Je le suivrai. »
Alors 'enga"ea cotre ces deux amants un
pathétique combat. L'un offrait a ,•ie, l'aulre
la refusait, cl le reîu de celui-ci ·e faisait
d'autant plu éne1·gique que l'offre de celle-là
devenait plus pressante. El long fut ce combat, car aucun d·eux ne \'Oulail céder.
&lt;&lt; Eh bien, oit, dit enfin I abdle. Tu
ordonne· , j' obéi . »
Alor , il la erra contre lui plu. ardemment et plus fort. Docile en a11parence,
épui ée par cette lulle, elle ne retrouvait de
force que pour lui rendre les baisers qu'il
lui prodiguait, dans un oubli complet de.
lieux où ils se trouvaient, de l'heure qui
'i•coulail el du dênouemenl c1ui 'approt'bail.
6 Et ,·ite, il faut ,·ou
· parer; on ,·ienl. 11
C'ëlail le gardien qui entrait, ejetait cotre
CU\ el, prenant Isabelle par la main, l'entrainait.
&lt;t
hienlôl, mon amour! » murmurat-clle, mettanl Loule son âme dans cet adieu.
Vue minute plus tard, cacbt:e au fond d'un
C'orridor, elle \'Oyait pa er Olivier entre de
·oldati; dont l'un, celui qui marchait en avant,
portait une lanterne. \lors, tirant une bour. e
de sa poehe, elle la donna an gardien en
disant:
&lt;1 Tiens, prend
encore ceci, el fais-moi
as.i ter à l'e11:cution. »
\u dehors, dans la nuit claire, par un
t'ntier tracé à Lraver. la neige, lo cortège
marchait à grand. pa . ucces i1·ement, il
franchit les enceinte qui cirrulent en d,·~centc, au nombre de cinq. autour du r0&lt;·her
sur lequel le fort c t con truit. .\ la cinquième il 'arrèta. Olh·ier fut plac1'• debout
au fond du fos:ii, tournant le do, i, un trou
creusé dans la terre . .\ côté de lui cl comme
pour le mieu~ dé igncr au peloton d'ex&lt;:cution, l'homme qui portait une lanterne la
dépo a cl 'écarta au .ilôl. li y eut une minute d'attente et d·annoi se, doraol laquelle
r1uelqucs mols furent l'•changés cotre l'olllcier
qui devait commander le feu et IP condamnt'•
qui refusait de se lais er hander les ycm.
Pui , des ordres retentirent dan le calmi· de
la nuit.
A.lors, au moment où s',1levait la voi\ de
l'oîfi ·ier, un entant s'élança entre le soldats
el le condamné. Il y eut, au milieu des di•lonations, des cri d'e1Troi et de colère, el on
entendit une femme qui criait :
« J• l'aime, Ofüier, et je meurs avec
Loi. »
S'il entendit ces mols avant d'expirer, c'e 1
le secret qu'il emportait a,·1·c lui dans la mort.
Mais les soldats les entendirent, comme il
virent au i tomber l'enfant en mème temp
que le condamné. Les balles les al'aicnt
atlcints Lous le deux.
L'identité de file de Circé ne fut reconnue
que le lendemain. On ne sut jamais comment
elle s"étail trouvée là, car Je lroi personn' ·
&lt;JUi auraient pu le révéler, Chasserai, le gar-

Jieu el le houlangcr, 'i•t:,ienl mutuellement
promi· le silence. Le corps d'l~abelle fut
rapporté au chàteau le mèml! jour eL rendu à
·a famille. Celui d'Olil'icr Tahau était t•nterré
depui la \'eille dans la fosse au bord de
laquelle il avait été ru illé.

La marquise de Circé mourut durant l'année
qui suh;t ces événements. L'abbé ~laucombe
et Cha serai lui survécurent, l'un jusqu'en
t. 11, l'autre jusqu'en 182:î. Quant au marquis Hoberl, il avait rejoint son régiment eu
Hussie. Il [ut tué, i1 la tête de es Cosaques,
FIN

(llluslf'alions de CONIW&gt;,)

JffAD'E.M01S'ELLE D'E

Cmct - -,

sur le sol de sa patrie, pendant la campagne
de France. J'ai dit au commencement de
ces pages que le domaine de Circé, passé
aux mains d'héritiers collatéraux, fut ,·endu
par cm à la bande noire et morcelé par
celle-d.
ERNEST

DAUDET.

MAURICE DUMOULIN

+

L e· caractère de louis
De ce roi, qui n'a laissé dan l'histoire que
Je souvenir d'un royal libertin, nous ne penons 11ue peu de cbo.es. Quelle impression
subsisle-L-il de I ui? Un charmant pastel de
Van Loo, le révélant beau comme l'amour et
frai comme une rose pompon, le souvenir
d'une galanterie sadique, compliquée comme
une science, détaillée comme une admini !ration. C'est tout.
En tant que ouYerain une ombre vieillotte, effacée, pâle comme une fresque éteinte;
un semblant de roi al'ec des ministres loulpui ants; une \'Olonlé \'acillanle, énervée,
·'eter1:aat daus l'intimité d'un sérail amollis.ant, impuis ante à l'exercice du pouvoir,
n'apnt rien de rol•al, rien de personnel.
li . cmble que ce roi n'ait eu aucuQ caractère, moin que Louis ~Ill encore, si c'était
po ~ible. Au dix-huitième iècle, on dit ;
fleurl, Maupeou, Choiseul, d'Ar 0 ·nson; on
ne diljamai·: Lonis \V.
Cependant, dans celle longue suite de IlourLon , pourvu · chacun d'une earactérisli&lt;1ue,
où il passe comme rnilé dan un nuage de
poudre à la maréchale, si l'on interroge les
contemporain , il se révèle à nous tout autre
qu'on ne e l'imagine.
Des fouilles dan · les àrchives, des lrarnnx
comme ceux des de Broglie et d~s Boutaric
nous l'ont déjà montré organisant, par-desou la diplomatie officielle, une diplomatie
occulte, interro"eant, quei Lioonanl, écoulant.
Le fait est curieux; plu curicut encore le
résultat, µuisque de celle machine rien ne
sortit de réel et de sérieux.
Â ciui donc en étail la faute? A l'or 0 ani alion ou à l'organisateur? Au roi malheureusement. C'était uo des "ices de sa nature de
,·oir Je Lien et de ne le pouroir faire, non par
incapacité ou par impuis ance, mai par uite
d'une incurable mélancolie que nou no cannai. ·ons que par ~Ime du Jlaussct.
C'I' t là I trait dominant de ce caractère,
·i peu connu.
)lme du Baus et femme de chambre de
)lme de Pompadour, est un témoin fidèle el

impartial; fidèle. parce qu'elle n,·ait l'habitude de noter tout ce qu'elle entendait de
.aillant, qu'dle avait la conûaoce de Loui XV
r.t celle de a maitresse an point que celle--ci
lui di ·ail : o Le roi el moi comptons si fort
·ur vous que nous Yous regardous comme un
chat, un chien, et nous allon ' notre train
pour eau cr 11 ; impartiale, car cc qn'elle écri,·ait, il îaut hicn l'avouer, elle ne le comprenait pa · toujours lrè bien. On me dit, écritelle qnclque part, en parlant de Que nay :
1t qu'il était un grand économi ·te ... mai je
ne :ai pa · trop ce que c'est 1&gt;. ne pareilles
imora.nces cl de . emblables a,·c1u. sont les
g°aranls le plu sùrs de la Téracité d'un écrivain.
C'e t donc nràce à ell,· que nous pomon ·
pénétrer 1'éni me du t·aractère de Loui ' XY
el démêler le îatnli ·me morbide cl lri t · qui
le fit cc qu'il fut.
On a dit ouYenl de ce roi qu'il _'ennuyait;
oui, il 'ennuyait de ,ivr .
ans cesse, au milieu de toutes les opulences. de toutes les fêtes, de tou les plaiirs, a pen ée e portait volontairement ·ur
de choses tristes. &lt;1 Le roi parlait souvent
de 1a mort, et au . i d'entcrrcmeots et de cimeti~res, personne n'était plu mélancolique.
ll ioterrompail le entretiens les plu animé ou le plu inléres~ants, pour placer un mot
macabre. C'est ainsi qu'il lui arri,·ail de s'adre scr bru quement à un vicu. courtisan,
comme • ouvré, et de lui dire : « Souué,
vous 11ieillissez; où voulez-vous qu'on vous
enterre 1 ,, n autre jour, en voyant, à son
lever, ll. de Fontanieu pris d'un saignement de nez : « Prenez garde, lui dit-il, à
,·otre àgc, c'est un avant-coureur d'apoplexie. »
Quel singulier bernin, ~inoo celui que lui
créait cette- tristesse maladive, pouvait pou ·ser
Loui · . V à se repaitre du spectacle des tombes
fraichement cre.u écs, ainsi qu'il lui arriva,
ce jour où e rendant en belle el joyeu e
compagnie aîec Mme de Pompadour, à Crécy,
0

il fit bru quemenl arrêler son carrosse, el
montrant à un écuyer une colline couverte de
croi:x, l'envoya s'as urer 'il y avait là de
fosse nouvellement faites.
ll « éprouvait une sensalion pénible lorsqn'il était forcé de rire » et Mme du llausset
rapporte que ouvenl il a\'ail prié a maitresse
d'interrompre une histoire drôle, avant qu'elle
ne fût finie.
Celle tri Le-"se qu'aucune catastrophe n'avait accidenlellement provoquée, fut, de tout
temps, le fond de sa natnrc.
li n'avait pas eu d'enfance, à proprement
parler; roi à cinq ans, le régent el la cour
,·il'anl loin de lui, il n'eut pour toute compagnie que celle du vieux maréchal de Villeroy.
A la mort du duc d"Urléam,, celte société énile s'était augmentée, Fleury n'était pas
l'homme cap(lble de le dt~rider ..\ H ans,
,c toujour- épié la nuit par Bachclin, son valet
de chambre, et le jour par d" per onnes
fü;ée u. dit expres. ément l'lichclieu dan e
~fémoire ·, il n'eut aucune expan~ion.
Les circonstances vinreut encore augmenter
cc di positions naturelle . li était curieux de
savoir, el cbaque dimanche, l'intendant des
postes apportait au roi les extraits des lellres
qu'on avait décachetées au cabinet noir. Que
de chose il devait apprendre ain i ! Que de
jugements sur lui, a condnite, a politique,
·ur l'étal de la France, ne devait-il pa
lire! Il ne se faisait donc aucune illusion, ni
ur la valeur de son gouvernement, ni sur
sa cour, pas plu , hélas! sur les réformatenrs. Le cardinal de Bernis lui pré~entait un
projet de réforme,, disant« qu'il fallait qu'il
y eût pour le bien des affaires un point central où tout abouti se ». Le roi jeta les yeux
sur le mémoire cl dit : (\ Poi11l ce11t rai,
c'c L-à-dire qu'il veut être premier ministre.
:Xe va-t-il pas être cardinal? Et voilà une belle
fine e; il sait bien que, par sa di!!Dité, il forcera les mini lres à s'a emLler chez lui el
)[. l'abbé sera le point ce11lral I Quand il y a
un cardinal au con eil, il ûnit par être le
chef. 1&gt;

��</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                    <text>�LTBRAIR.IE ILL STR.EE. -

J

LES

TALLANDIER,

75, rue Dareau, P

EDITE R.. -

32 e fascicule

Somma,re du

(2n mars

f QTI)

MAUR_ICE DUMOULl
~

Le ro'!lan de la Cirande-Duchesse ÉlisabethAlextevna . . . - - -- . - . -. . - - - . . .
Cn.1RLI ~DEL\ Ro:-., 1i-:1rn. La vie.à bord au temps des Croisades et des
pêlermages du moyen âge .
. ...
Vieux 5ouvenirs (1818- 1830)
PRINCE UE jOIN\"ILLE
T.ILLC.11.~. ·l' DES lù:AL\ · '. Madame de R,ambouillet .
PAUi. DE a\ lST-VICTOI{ . Néron . . • - - - - . Mémoires . .
GL~F.RAL OE \ hRBOT
,L\ t;RI• c Ut.llOULI', . •

;-3~

3.lo
3.1.1

351

J52

3,,

J.

l:011. ET
DE do.·cot.:RT.
.\1.\RCELLE TIN.\ \'RE HOIIERT FRANClll:.HLLE

Lou

E C11.1sTr-:AL

..

P. OE P.1ROIF.Ll.AN

-~-·

Le Petit Trianon .
Napoléon et la Reine Hortense .
36&lt;,
Comment on traitait la peste dans l'ancien
temps .
~71
Ames d'autrefois .
:i:.La fuite de la princesse de Hohenlohe-lngel•
fingen (1799).
:ull

ILLUSTR.ATIONS

TIRÉE EN CAIIAÎl!U ;

J .·B.

ARN'Olil, Tflpf'(IL\ïE REL_LENGÉ. Bon., Y, , \ BR.~llAI; ~~-- E.
11.1 S EL.\1_.
CuwANE . co:-rn.11&gt;. Jh.Ro:s GERARJJ • • Gror:s, GL_1cR1;,.. ~ RJsc:r:;_ DE Jor:-rnLL~,
LARl\'IÈRE., ~lAl"klCE L-Et.O11&lt; . L1r.:-.o:s, A,n..
C.\L\O, H.
EBRON.
TUC'l\lAS Ji\', flE TRO\', HoR \ C.E VERNE1', IJ ER~IA:SN YOGEL .

L'J~lPÉR.ATRICI~ ÉLI ABETU DE R ·~ lE
Tableau de ~I•• \ 'i!lée-Le Brun.

.\lON:ERO )

Copyright by Tallandier 1910.

'' LISEZ=MOI ''

partout

Paraissant
te 10 et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMÉRO 134 du 20 mars 1911

ùe p e tit

I L'afibé Constanlln

t'OÎ

Lr lroi. fillrsde \1. Duponl

Rcman

Rom.,n
1•ar \nurc J.Jtll l B:\BI\ Jll ;J,R

j

Comédle en quatre ilC\a

HISTORIA
offr e

l'ar BRIEGX
.!t• l'Académie française

Par 1.ud&lt;,vic 1111 ,L:l"Y

C\'1' Joie conJugale!.: Le muri.
Gi:_ T,'-'E FLAl BERT. Le châtenu de Clfs.IEA" RICllEPJ:\, ù~ l'.\ cadèml~ lrarn;:a1 e.
onnet grec. -;- ~•HRtELE
d'A~ Nl'\ZÎ . La vierge Jaci nthe. - J EAN .-\JC,\ IW. &lt;:le l'Acaù~nue lra~~a1,_e.
Les billetS doux . - Ai&lt;ATOLE FR.A:\l..E, ue_ l°Acadenuc lran_çais~. ~c Jardin
d'E icurc. - Ge,· t&gt;E )lAt;l-'ASSA. 'T. ne vie. - L1 o,- pi ER:\. Rcvo te.

' on -

Il \RRY Le ca,ême de l'Islam .
AMII LE MAl-CLAJR. Le fum e ur
· .\11 c 11 i"1. l'RO \ïNS. La marc bond~ de dentell•fl·-:- "' ,1 H!II rc , E
AILLES. 1 a Belle a!-' bois d~rmont.
&lt;;LAt'D ► A).b l _. l'iote;. su~ 1 nmou r
:... ltrcu.ARi, (l',\l(J. HO). La reu1c. - J t i:lEH1. Pen cc . - 111wr,01œ nF
BA\ \"ILLE. Ballade pour le Parhiennc ••

, h !A\I

d'âmes.

Bn vente pa.rt-Out: Libraires, .Jfsrchs.nds de J ournaux, Kiosq-ries, Gares.

Pttix : 60 Ce nti m e s

= = ===

J. TALLANDJ E R, 75, nie Dareau, PARJS

gracieusement aux abonnés de sa deuxième année
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année (20 Novembre 1911 ), bénéficieront de cette
Surprime. Aussitôt réception d~ leur mandat d'abon~
nement nous leur adresserons un Bon de photographie
qu'ils pourront utiliser pendant toute rannée 1911 en se
faisant photographier à la Maison SŒTAERT.
OUTES

Sous ce pli mandat postal de :
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de la Grande-Duchesse Elisabeth-Alexievna

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les üvres O tr. 25 ~Paris) et Ofr. 8 5 (Départements),

SU]tP'R_lME ~VEILLEUS E

En 179~, Catherine. JI de Ruuic songuit dcpuiJ deuil
ans dtji â fiancer son pctil-fils Aloandrc av,c une des
deu1t filin du prince héritlcr de B,de. Loube-Augusta
ou Fridériquc-Dorolhéc • Vou1 dlru à la me«, écrivit-clic alo.-. i Rounûa.naow, son agent aupru des pcl)tu cou-.s allcmandu, que je me charge votonti,rs d'acheve.r leur éducation et de les établir tou·1 u Jr.s deux.
L'inclination de mon petit-fils guidera son choix; celle
qui restera, jt chercherai à J' établir c.n son ttmps. • Le
3 1 octobre dc la mime annic, Ju dcu&gt;L pctitu prinCUS&lt;1 fai ..;ent leur entTie a Salnt-PètenboUTg. Enrrc
Aluandrr. et Louisc sc diveloppa bitntôt 11ne inc.llnation ltJ1drt, fful n•allait pas tarder i dtvtnlr de l"amour.
Le 10 mal 1793, Louise-Augusta, dcvcnuc, au bapt&lt;mc
orthodoxe, Elisabcth-Alcxicvna, est •olcnr.tlltment fiancèe au grand-duc, d qu,atTt mois plus tard, Je futur
cmpcrc.ur n'ayant que seize ans cl la future. impératrlcc
que. quatorze ans et demi, a lieu lc mariage. Cette union
a fourni à M . Maurice Dumoulin rocca1lon d'«rirc
une étude charman1c tt de tracer un exquis portnit de
femme, dans le nouvt11u volume : 'étudt1 ,t 'Portrait,
d'a11tr,foi1, qu'il vltnt de faire paraitre à la Librairie.
Pion. Noua sommes heureux d'olhir à no, ltctcur1 un
lmporla"t cxlrall dit • Rom•n dc la Grande-Duchusc
eu..1&gt;&lt;,h • •

« Je n'ai jamais rien ,·u, écrit Komaro\\sky, en parlant de la jeune prince .e,
de plus charmant et de plus aérien que a
taille, a grâce et se manière exqui es. »
Ce jugement d'un de ceux qui accompagnèreal Roumianlzow à Bade fut ratifié par
Lous ceux qui connurent Elisabeth entre
l'époque de son arrivée en Ru sie et celle de
son mariage .
cc C'e t une sirène que celte Mme Élisabeth, écrivait Catherine à Grimm; elle a une
voix qui va tout droit au cœur, el elle a gagné le mien tout à fait. »
« Si l'on eùl voulu peindre Hébé, remarque Langeron, on eût pu la prendre pour
modèle : jamai on n'avait vu réunir tant de
beauté, de fraîcheur et de grâce. »
« C'est Psyché », 'écrie ~fme VigéeLebrun.
... . Yoilà pou r 1c physique. Au moral,
tou • ceux qui l'ont approchée découvre11t
d'aus i rares el fortes qualilé·. « La boulé
d'àme et la droiture se li enl dao es yeux,
dit Prota off. Toutes ses actions témoignent
de a grande prudence et de sa ~a•rcsse. u
a on e prit el son caractère égalaient es
charmes, déclare Langeron, sa touchante
bonté ajoutait encore à tant du perfection :
c'était une prince-se accomplie. " Ces qualité idéales de la jeune fille n·excluent point
d'autr " mérites. a La jeune grande-Juche. e,
remarque Simon Woronllolf, est une pcronne bien inti!re;sante .•• apnl une Yolonté
à elle et fai anl la plupart du temps à sa

tètl'. Ou je me trompe fort, ou uu jour elle serva n 11u sie !"habitude et le "OÙl des lifera toul. » Worontzoff se trompait rnr ce vres, trouvant le temps de noter es obserpoiot.
vation sur ce qu'elle lisait et capable de
Le fiancé était-il di!me de rare mérites tenir une couver ation sur le ujels les plus
d'Eli abelh?Physiquement, on peul répondre varié . » Mai· si .Alexandre, au dire de Woatfirmati\"emenl et la rrrandc-duches e e t la. ronlzoff, a1·ail « le cœur pur et bon, tout
première à vauler sa tournure. « Le grand- porté ver le bien i&gt;, il était pares eux cl ne
duc .A., i:crit-elle à a mère, est très grand et voulait a 'occuper de rien i&gt; . « J'ai e ayé,
a. t-z bien fait; il a surtout la jambe el le ajoute+il, de piquer sa. curiosité en aiguilpied lrè, bien formés, qnoiquc SOll pied esl lonnant un peu son amour-propre, mais œla
un peu rrrand, mai il proportionne à sa n'a rien produit. JI ne touche jamai à un
grandeur. li a le cheveux brun clair, Il'.?
livre. »
·eux bleu , pa: très rands, mai non plu.
Comme Alc1andre adorait sa jeune femme
petit , de très jolies dents, un teint char- el qu'elle le lui rendait bien, le mrnage fut
mant, le nez droit a~ 'l'Z joli. n Ce qu'elle ne d'abord heureux .
di ail pa , et ce qui "àtl' un peu cet ensem« Je uis uuu·iée d'avant-hier, écrit Eli.able as ez séduisant, c'e t qu'il était myope belh à sa mère, je me trom·e parfaitement
et ourd. &lt;t li faut crier bien haut, dit Wo- heureuse et contente de l'être. » On voit dans
rontzoll', car il n'entend rien d·uoc oreille. » sa correspondance le reflet de ce jeune bonMoralement, c'était autre chose. Les qua- heur, dans les mille charmant enfantillages
lité naturelle de la grande-duchesse, que auxquels se plait l'amour dan quelque cla se
\'Oil.aient parfoi une trop grande timidité, de la ociélé qu'il se révèle el dont elle tait
confidence à sa mère.
Alexandre, ans ces e aux côté de sa
lemme, tient à joindre quelques mol , a.sez
bien tournés d'ailleurs, aux lettres pour la
margra,·e. « Le grand-duc A. , écrit Eli abelb avec one pointe de gaminerie (je m'en
vais lui montrer cela, parce qu'il e l à côté
de moi à e ca ser la tête à écrire au grandpapa, el il va . e fàcher parce qu'il veut que
je mette: mon mari. Je lui ai montré el il
me charge de vous dire que d'abord il a dit
qu'il rnulait You écrire que j'étai one méchante; en uile, ,·oyaut que c'e t une plaianterie, il m'a chargé&lt;• de rous dire nomml'ment qu'il m'a hai,é la main. Le voilà embarrassé comme un chien en voyant que je
vou écrL tout cela, il rit comme un fou en
voyant cela.) » Dans le décousu et l'incorrection de ,e phrases, on rnit comme le
rèOet d'une o-enlille lluerclle d'amoureux.
Ou omre leur lettre cl le gcand-duc 'en
amu e:

L'IMPÉRATRICE ÉLl"AIIETH.

D'apris un fortrait du Cal:inet Jes Estam~s.

Ua chère cl hoonr maman, écrit-il ;i la mnr•r:ne, le 1~-:!'.; dt-~emùr' J79-, YOU ' ne ;auriez
croire a me quel plai fr je :;ai is J'occa~ion :ùrc
que j'ai pour ,ou. écr'ÏJ'e, car malheureusement
Ioules l •s lellrt's qui a1Ti1cnL et partent par la
po,te son! ouver-1es l'l luP . Jugt•z, ma chère ma-

di.sent les un., un peu trop Je rroideur,
di enl les aulre', étaient soutenue~ pnr les olides mérite d'nue forte in. lruction. « Partie
de Carhuhe al'ec de forte lecture , dit le
grand-duc Nicolas ~Jikliaïlovilcb, elle con-

que je rn',unust· chaqur foh qu'on apporte
:1 IDil jolie pelilc femme (qui 111c
rend un ne peul pas plus heureui ile ,oir 1l;i11,:
quel eutlroil Jp l'em,•lowe on l'a coup :e el Jt!
le découvre loujour:, el d'une façon très rlaite.
\'ous ne saurrl'Z croi.rr, ma l'hère maman, comman,

wlrt! ]"HPièl

I\', - HISTORIA. - Fn ,:, 31

22

�111STO'J{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
Lien nou sommes hcurem en;;emhle, cl tout ce
que je désire, c'est seulement qu'elle puisse ètrn
aussi contente de moi que je le sui' d'elle. 1u
moin loul ce que je peux ùirr, c'C$l que je l'aime
de tout mon cœur cl qnc je 1.àche de faire mon
possilile pour mériter SPS honlé$.

Les sentiments d'union entre les deux
époux subirent, peu de temps après le mariage, un dangereux assaut. cc Elle entraine,
attache et intéresse de manière à occuper
l'àme tout entière », disait d'elle la comtesse
Golovine. Cc redoutable privilège tourna la
Lête du propre amant de Catherine.
Trois mois après le mariage d"ElisaJJelb,
on vit subitement l'altitude de Zoubolî changer radicalement. A l'heure où la grandeduchesse vcoail rendre visite à l'impératrice,
le favori ne fai ·ait que soupirer. « Il s'étendait, dit Czartoriski, de tout son long sur les
sofas, avait l'air triste et semblait succomber
sous l'action d'un grand poids sur le cœur.
Il ne se délettait qu'aux sons mélancoliques
et voluptueux de la flûte. » Au jeu de Catherine, il avait des distractions impardonnables et jetait sans ces c de regards langoureux vers la table ronde où éla!cnt assises
les grandes-duchesses.
Tout le monde s'apercevait de cc manège,
sauf l'impératrice. « Un soir, raconte la
comtesse Golovine, le grand-duc Alexandre
vient à nous, nous prend par le bras, la
grande-duchesse et moi, et dit: cc Zouholî est
amoureux de ma femme. » Ces paroles, dites
assez haut, trouLlèrent profondément ÉILabeth, qui demeura confuse el inquiète.
Le lendemain, toujours d'après le même
témoignage, comme Alexandre et sa femme
devaient aller diner au palais de ofia, chez
le grand-duc Constantin, Élisabeth, prenant
l1 part la comtesse Golovine, femme du maréchal de la cour gr;md-ducale, lui dit:
Ce malin, le comte Rostopchine est venu conlirmer au grand-duc toul re qu'on a remarqué de
Zouboff; il était, en me rapportant cet entretien,
dan une agitation el un trouble tels que j'ai
failli me trouver mal. Je suis on ne peut pl us
confuse el je ne sai, comment faire : la présence
&lt;le ZouhoIT va certainement me gêner.
- Pour l'amour de Dieu, lui répondis-je, cal•
mez-vous ! L'éffel violent q11e tout cefa vous protluil ne Lient qu'à votre jeunc,se; vous o'a1•ez ni
gêne, ni inquiétude à re enlir : ayez la force de
volonté d'oublier cc qui a été dil et cela passera
tout seul.
La grande-duchesse e calma un peu et le dîner
marcha aSi ez bien.
Malheureusement cela ne devait pas passer
tout seul, comme le croyait la comtesse Golovine.
De plus en plus perdu de passion, Zouholf
prit toute la cour comme confidente. 0 s'épancha dans le cœu.r du comte Golovk.ine, du
comte Stackelhcrg, du comte Kolytchoff,
grand-maitre de la cour, du docteur Beck et
des princesses Golitzine, demoiselles d'honneur d'lfüsaheth. Il fit plus, il se confia à la
comtesse Schouvaloff, maîtresse de la cour

de la grande-duchesse, une intrigante, et s'en
remit à clic du soin de le rendre heureux.
La malheureuse Éli abeth vécut prndant
plus d'un an dans un étrange milieu, en proie
à des tentations, à des intrigues de toutes
sortes, épiée, surveillée, eircomenue. Eilc
fut, au témoignage de tous, admirable, el le
premier à le proclamer, cc fut son mari.
11 {crivait, le 15 novembre 1795, au comte
l\otchoubey :
La comtesse Schomaloff, le comle liolo1kiue,
que rnns connaissez, eL M. Miatleff ont tourné la

tète au corole ZouboIT cl l'onl fait entrer d:ms
une passion qui, tùt ou lard, lui cassera la tète. Il
est amoureux de ma femme depuis le premier été
de mon mariage, c'csl-11-dire depuis un an el
11uclques moi~. Jugez tians quelle position embar•
ms~anle cela duit mettre ma femme 4ui, réellement, se conduit comme un ange; mais pourtant
vous avouerez que la condai1r qu'on doil tenir
avec lm est furieu~emeul en1barrassanle, d'aulant
plu que toul le public en c t informé. i on le
traite Lien, c'est comme i on appromaiL son
amour, el si on le traite froidemen l pour l'en
corriger, l'Jmpéralrice, qui ignore le foit, peul
trouvermauvah(Ju'on ne distingue pa un homme
pour lequel Elle a des bontés ...
Eulin, ju. qu'à présent cela ,a IJien, gr:icc aux
con eils ùe Lons amis el aux princip1 s de ma
femme, qui me !'end hicn heureux pour mon
particulier.

Élisabeth, qui oc souffle mot de ces arnntures dans ses Jeures à sa mrrc, qu'elle savait être lue , fol enfin déli\'réc par l'impératrice qui, éclairée ur la singulière conduite
de son fayori, le guérit de sa passion rar une
scène comme elle savait les faire lorsqu'elle
était en colère.
Le comte Uatov Zouboff, remis i1 sa place,
n'eut garde, par la suite, d'ouLI:er le respect
qu'il devait à la grande-duchesse. El celle-ci,
après arnir beaucoup sou Ifcri, se con ola, en
écrh·anl à la margrave: « ~lonruari me tient
lieu de tout ici. »
Cependant, il ,·int un Lemps où ce ne fut
plus vrai. Sous quelles inlluecces là lassitude
se produisit-elle? On oc sait pas au ju te.
Tout au plus rcut-on deviner qu'a\'a11t la
mort de Catherine de · fri,·olités fàclieuscs détournèrent Alcxar.drc d'un foyer où Éli abelh
apportait un peu trop, peut-êlrc, de personnalité! G. Prolassoff se plaint, dan$ on journal, que les costumiers et les coillcurs aient
pri po session du prince. Après la mort de
l'impératrice, cc furent d'autres soucis, ceux
de la résistance au gouvernement d'un père
qu'il jugeait tyrannique et les exigences d'un
métier de c1 sous-oflicicr ,, , ainsi que le grandduc l'écrivait lui-mèrne à La llarpe, pui lts
angoisses d'être mêlé à une coospiration qui
devait abou tir à l'assa inat de Paul [•r le di!tournèrcnt de goûter les charmes de sa jeune
femme et l'empêchèrcnl de la con oler, comme
on cœur voulait l'être, lorsqu'elle connut
l'affreux malheur de perdre a petite fille.
i Alexandre, le 51 octobre 1796, écrivait
à. La Harpe :

« ... Enfin, je suis heureux à quelques
circonslance près. lia femme contribue beaucoup à ma atisfaction, ll la grande-duchesse,
de son côté, mandait à la margrave, - et
cela deux ans auparal'ant, le 6 juin i 704 :
- « Je suis si enc·hantéc de me deux cabinets de retraite que je ne voudrais pas ('Il
sortir; l'un est plus petit que ,otre cabinet à
écrire; l'autre pas beaucoup plus grand, mai
cependant un peu. Dans le premier, j'ai mon
clavecin el ma harpe, cl, dans le .econd,
j'écris : il y a une chcmiaée rt une gr?ude
table où j'ai Lout, des carpelles, dès papier ,
et c'es.l là que j'écris. Je suis Lien : vous sal'eZ
la sirrnification de ce bien. Jl
L; sentiment, chez la femme, du bien-être
qu'elle ressent de la solitude; les réticences,
chez le mari, lorsqu'il se dit si heureux II à
quelques circonstances prt)S &gt;&gt; ; tout cela ~Lait
l'indice que leur juvénile roman tournait à la
pro3e cln mariage.
.
Dès lors. d'ailleurs, Jans les ldlres d'J&lt;;lisabcth à . a mère, il e L bien moins question
d'Alexandre et Lien peu de leur amour; il
n'y a plus de place que pour un sentiment
qui fui toujours très ,if chez elle, mais qui
maintenant s'exJspèrc, celui de la piété
filiale.
... Lorsqu'en juillet 1799 lui naquit sa
petite Marie, l'amour maternel qui s'é\'eillc
en elle redouble encore sa tendres e filiale.
Elle écrit: « On me l'avait toujours dit et je
rnis que c'est vrai : depuis c1uc j"ai uu enfant,
il s'est ajouté un sentiment de plu à mon
excessif allachement pour ,·ous, bonne maman. Je pense que vous sentez pour moi, et
avez senti longtemps ayant que je puisse
m'en douter, tout ce que j'éprouve pour ma
fi lle, et cela me donne un sentiment de reconnaissance si exces ive. &gt;)
La plainte de son cœur meurtri, lorsqu'un
an après elle perdit l'enfant,« sa Mauschcn »,
c'est Yers sa mère qu'elle monle lamentable
et continue, en des terme qui font mal.
« Tous les endroit onl de même pour moi,
je l'ai vue partout, je ms sa perle partout,
cl je la sentirais tout aussi vivement dan un
cndroil tout à fait nouveau pour moi. Quand
on srnl un cbagria bien l'érilablcment, je
trouve que c'esl un faux calcul de C'hanger de
séjour : on porte son âme partout où l'on
va. 11
Elle la porta toute sa vie, endolorie par co
coup, et si, aux heures tragiques de la nuit
fatale où périt Paul [•r, elle se ré,·eilla énergique pour soutenir la 1'euve que brutalement
des soldats écartaieoL du corps de son époux,
pour réconforter la pens(e rncillanle d:Alcxandre, elle demeura, par suite, lor qu'Elisabeth
ful impératrice à son tour, allristéc et dolente.
Si, au dire de Montaigne, les empereurs el
le impératrice. aiment comme aiment cc les
savetiers », ils souffrent aussi comme eux et
peut-èlre savent-ils mieux qu'eux encore ennoblir la souffrance.
;\lAURlCE

... 338 ...

DlY~lOC L~ ,.

UNE BATAILLE NAVALE. -

LES FLOTTES FRANÇAISE

Gravure de

CHAVANE,

ET CASTILLAKE SE RENDENT u•iTRESSES
"""

d'après le tableau de Guorn. (Musée de Versailles.)

DE
L'ÎLE DE WJGUT

(13i7),

Charles de LA RONCIÈRE
dp

la

vie a' bord

au temps des Croisades et des pèlerinages du moyen âge
~&lt;\:&gt;

n
_Dè~ que la sonnerie des lrompeltes annon~1t _l heure du repas, les passagers se précip1ta1ent vers la poupe : les premiers arril'és
choisissaient leur place, sans distinction de
rang, autour du triclinium dressé sous le
gaiUarJ d'arrière. Le menu comprenait une
salade, de 1:agoeau ou autre Yiando les jours
gras, des po1ssoas de consene ou des jaunes
d'œuf les jours maigrrs, une pâle au fromage, du biscuit et du rio à discrétion.
Mais la viande, provenant d'animaux étiques
qu'on emportait comme vivres, était filandreuse et la chère très maigre.
Comm_ent en eùt-il été autrement quand
le gargoll~r du bord se chargeait, moyennant
trente-hwt sous par tête, de la nourriture
durant la traversée, du service et, en plus,

d~s droits à payer à la municipalit" 1 A Marseille, en effet, des restaurateurs, à l'exclusion
d~s patrons de ~avire, avaient l'tntreprise des
vivres et le dro1l d'embarquer gratuitement
un garçon par vingt-cinq pèlerins. On les
appelait ca1•9alores, et un savant auteur
présume que leur mauvaise cuisine serait
l'o~igine du mol gargote. Pour s'y soustraire, les dames el les gentilshommes dinaient
à part, d.10 leur cabine.
Si mauvaise que fût la cui~ine dt!s passager~, le_s rameur , à en respirer les e!Uuves,
subma1cnt le supplice- de Tantale. Assis
enchainés parfois à leur banc, ils dé,·oraien~
les pro,·isions journalières que leur remettaient trois distribu leurs cboi is par eux :
une once de fromage, un brouet de fèves de
pois ou de lentilles où tremper le biscuit, ~ne
fiole de vin ou de vinaigre coupé d'eau, par... 33g ...

fois du lard, cl plus rarement des viandes
~aoguin~leotes, presque crues. Un procédé
ec?nom1que ~our eux_ de c procurer un suppleme~l de nues était Je &lt;lescendrc3 en pays
enne!Dl : pcndanl que les hommes d'armes
rangés en bataille dans la camparrne paraient
à une surprise éventuelle, le r~meurs entraien~ dans les vi llages et, chargés de Lutin,
chassaient vers les galères les bestiaux.
Pour charmer la monoto:ie existrnce du
bord, les croisés et les pèlerins jouaient aux
dé~, plus_ so~~rcnt aux échecs, jeu de soldats
IJ!ll ~ffra1t l llllage de la guerre, mais qui
n était pas à la portée de tous. A.us.si les
?3r~cs, dès leur apparition au ne siècle,
Jouirent-elles d'une si grande vogue que nous
l~s voyons entre les mains des forçats vénitiens.
La nervosité des passagers, remarque le

�-

111S10~1.ll

------------------------------------'

P. Faber, s'irrite ou se calme suirant lecours derny pié dè long 1&gt; , possède si « granl vert11 disaient-ils elle s'est ouvcrle sous le choc
des astres, l'état de l'atmosphère el de la que, quand il se prent à une nef, il l"arresle des lames, el elle a péri corps el biens : seuls,
mer. Certains jours, à mir les passagers gais tellement qu'elle ne se puet bougier ne pour une femme el un enfant ont été sauvés. Si la nef était vôtre el chargée de vo maret rieurs, on les prendrait pour des frères. vent, ne po11r tempesle. &gt;&gt;
Légendes des bestiaires, crainte des pirates chandises, en descendricz--rnus? demanda
Luths, Oùtes et muselles, violes et guitartls
invitent aux chants el aux danses, à moins et récits terrifiants des matelots surexcitaient saint Louis aux naulonniers. - N-enni, ~ire,
r1u'on ne préfère lire ou rêver, assis sur le l'imagination de pèlerins ignorants en fait de répliquèrent-ils Lou ensemble : plutôt risbordage entre deux agrès, les pieds pendants navigation. Ajoutez encore que les oîûciers qu('r le nau[rage que d'acheter une nef qualre
sur l'eau; mais attention, alors, aux chapeaux, de marine leur inspiraient peu de. confiance. mille lhres et plus.
Mais il faut citer textuellement tout le
Plus d'une fois, - les témoignages en
aux lirrcs d'heures enrichis de pierreries ou
aux livrets de pèlerinage qu'une secousse abondent, - des naufr:iges furent évités par reste du passage de Joilll'ille, pour apprécier
arrache et qu'un coup de vent emporte. Sou- l'inleUigenle init~ative d'un officier subalterne l'un des plus héroïques traits de patriotisme
dain la scène change : plus tic rires ou de ou d'un passager. Certaine galère marchait et de charité d'un roi el d'un saint : « Pourgrares discussions i plos de gymnastique el vent debout sous de violentes rafales, sans 11uoy me loez-vous donc que je descende? de courses dans les codages. Les passagers que ,, l'outrecuidant 1&gt; comite et l'arrogant Pour ce, firent-ils, ce n'est pas geu parti :
somnolent dans un état de prostration lugul,re. patron consentissent à carguer la voile. « Le car or, ne argent ne peut esprisier le cors de
Le temps a tourné à l'orage. Les Allemands raffle cnîor$a &gt;&gt; Sous une « bouffée de vent 1&gt; vous, de vo tre femme el de vos enfants qui
cherchent noise aux Français, qu'ils traitent courte, m:iis périlleu e, le bàtimcnl se coucha sont séans, et pour ce ne vous loons-nous
de gens « orgueilleux, violents, les plus pa - sur l'eau et le faite du mât plongea dans la pas que vous metez ne YOUS, ne eulz, en
sionnés du monde &gt;l, et des querelles s'en- vague. La carène émergea. D'habitude, quand al'anlure. » •
gagent. Des ràle d'agonie montent de l'hôpi- la quille « se montre dehors de l'eaue, de
Lors dit le roy: « Seigneurs, j" ai oy vo~tre
tal, car c'est durant les bonaces, lor que cent il ne en eschappc pas les troi.. » ~fais 1e a,is el l'avis de ma gent; or vous redirai-je
l'atmosphère alourdie ne vient plus rafraîchir vaillant conseiller mit la main au grand timon le mien, qui est tel : que, se je descent de
le sang enfiévré des malades, r1ue la mort latéral « el le fi t tourner à pooge, c'est-à-dire la ner, que il a céans ticx cinc cens personcs
commence son œuvre. Cot1ché et cousu dans aYal le vent en moings d'un quart de heure. » et plus, qui demorront en l'ille de Cyprc
un suaire sur quelques poignées àe sable, le Le naüre élail sauvé.
pour la poour du péril de leur cor ; car il
corps est jeté à la mer pendant que l'as,isContrairement à nos haLitudes chevale- n'y a ccluy qui autant n'aJme sa vie comme
lanco psalmodie le Liber&lt;i me. ...,euls, les resques, le patron quittait le premier le Lord je fois la mienne el qui jamèz par avant11re
gentilshommes vénitiens ont droit pour leur en cas de naufrage : l'esquif promptement en leur païz ne rcnlerronl : dont j'aimme
dépouille à une inhumation provisoire dans paré par ses serviteurs attendait à la poupe miex mon cors et ma femme et mes enfans
le sable du lest des galères de la République. son « évasion &gt;&gt;, pendant que les passagers mettre m la main Dieu, que je feisse tri
Dans les fü\neries de l'avant, les curieux restaient voués à une mort certaine.
doumage à si grant peuple- comme il a
s'instruisent près des matelots, en relTardanl
Un roi de France, saint Louis, dédaigna céans. i&gt;
füer la sonde, « grant plonc très pesant attai- œtle barbare couLume pour n'écouler que son
Comme pour déjouer l'héroïque projet de
chié à une soubtile corde de mil pas de long. cœur. C'était dans les parages de Chypre. Un saint Louis, un vent d'une grande \Îolence
Par le plonc encrassié de sien (graissé de. brouillard qui trainait sur les e:uu rceulail 1t poussait sa nef sur la tôle chypriote : c;inq
suiQ, qui du fons rapportoit de la terre, on l'horizon les amers, si bien que les marins de ancres furrnl ~ucccssivemcnt emportées. Il
recougnoissoit la région et païs là 011 la nave la nef royale n'apercevant que le sommet de fallut abattre les parois de la chambre Toyale
se trouvoit. D On en usait souvent, dès que, la montagne de la Croix, Sta 1·ro Vou.ni, se qui, à l'étage de poupe, olTraient trop de
dans un remous, deux courants se heurtaient croyaient fort éloignés de la terre et par con- prise au vent: perrnnne n'osait y demeurer.
arnc violence, ou que la mer se marbrait de séquent en route libre. Un choc subit les La reine Marguerite, informée du péril, protaches vertes, indices inquiétants d'un banc détrompa. Jls étaient au milieu des brisants. mit un ex-voto à saint :icolas si le vent tomde sable ou de rocheTs à fleur d'eau. Les Un immense cri s'éleva : « Hé las! » et tous bait. Elle fut exaucée. L'éx-voto, que Joinville
11èlerins y trouvaient l'occasion de faire appel clac1uaient des mains « pour ce que cbascun s'était chargé de porter pieds nus de son
aux éléments de la science nautique ensei- arnit poour de noier. o aint Louis se pros- château de Joinville à aint-Nicolas-dc-Yarangnés par le maistre des histoires, Vincent de terna les bras en croix, &lt;&lt; tout dcschaus, en geville, représentait une nef gréée d'argent
Beauvais, et uniformément reproduits dans pure cote et tout deschevelé devant le cors de du poids de cinq marcs, avec toute la famille
leurs relations de voyage. En voici un &amp;:hanoslre-Seigneur. 1&gt; Le maître de la ner, Frère royale en statuettes du même métal.
Lillon: « Ahisme est une congrégacion d'eaues l\aymond le templier, fit jeter la sonde: «Ha
Saint icolas était le patron par excellence
si perfondes que on ne la puet comprendre. 1&gt; las! nous sommes à terre! ll gémit le valet. des marins du Levant, bien que chaque naAussi, la ûction des poètes, a"ec la compli- - (&lt; Et mi, ai mi! l&gt; hurla Frère Raymond, vire eût son saint « dévot &gt;l. Sur un retable
cité des matelots, eut-elle vile métamorphosé en déchirant sa robe jusqu'à la ceinture el de l'ég1ise qui lui est dédiée -0. Burgos, sont
l'abîme en une femme errant au fond de la en s'arrachant la barbe, ce qui ne fit qu'ac- figurées deux scènes de naufrage : le bâtimer, Charybde, qui cherche à entraîner le croître l'affolement général.
ment fait eau de toutes parts; tonneaux, balnavire dans des tourbillons aussi irrési tihles
&lt;! Sà, la galie ! » cria-1-on ao x quatre
lots de marchandises ont été jetés à la mer,
que les tornades de vents.
galères &lt;l'escorte. Aucune n'avança à l'orJre, les matelots étreignent en pleurant les màts
Parfois, un poisson d'assez forle taille les patrQDs craignant de couler sous le poids que secoue la rafale, tout semble désespéré
apparait dans le . illage du navire, et d'un de huit cents per onnes qui se seraient quand le saint apparaît à la poupe, et le
coup violent de la longue tarière dont est loules précipitées du haut de la nef dans la démons s'enfuient éperdu· dans la hune où
armée sa gueule, le troys, l'espadon troue le première galère venue. Cependant la sonde, un matelot les poursrul.
bordage. li y a un moyen de l'éloigner : c'est jetée pour Ja seconde fois, accu a plus de
Saint Jacques avait plus parlicu.lièremen L
de se pencher par-dessus bord cl de le regar- fond. La ne[ reprit le Ilot et on put se rendre comme pieuse clientèle les marins de l'Océ:m;
der sans crainte, les yeux dans les yeux. Si compte, au moyen des plongeurs, de l'impor- dès le xue siècle, des marins normands en
vous tremblez devant l'aspect terrible du tance de l'avarie. Quatre pieds de la quille danger promettent un pèlerinage à Composmonstre et que vous détourniez la tête, le avaient été enlevés. &lt;1 Les mestres notbon- telle. aint Pierre, le pêcheur d'hommes,
monstre surgit d'un bcind el vous entraine niers » mandés en conseil devant saint Louis était aussi souvent invoqué; lorsqu'on pa~pour vous dévorer sous les eaux.
conclurent unanimement que Je roi devait se sail au large d'une chapelle mke sous son
Un autre poisson n'est pas moins 1·edou- transborder sur un auLre bàtiment : pareil vocable, les trompettes sonnaient et l'équitable. Le moron ou rémora, qui « n'a pa
accident est arrivé à une autre de vos nefs, page poussait en son honneur trois grands cris.

" - - - - - - - - - - - - - - - 1..JI. 'YŒ A
Enfin, chaque soir, sur tous les navires en
mer, avait lieu une sino-ulière invocation
qu'~ pèlerin, curieux et observateur ne put
élucider. Apres que du haut du château d'arrière l'écril'ain avait é&lt;Trené une Jon!!lle mé1 .
l
o
o
opc'e en an~1e vulgaire, puis des Jilanies
auxquelles galiots et officiers o-enou à terre
' daient,
.
la prière se terminait
' 0
repon
par un'
P~tei· et_ un A,v,e ~lal'iayour les parents de
samt Julien. C clalt, pretendaienl les marins
en l'honneur de Simon le Lépreux, d'abord

patience,_ si pl~s d'un avait son juron favori
comme 11 avait son cri de &lt;Tuerre quelque
•
:,
'
c.hose malgr_e l?ut leur attire la sympathie :
c ~st leu~ p1éte naïve el profonde. Et il fallait un l1e11 moral bien fort, à défaut de discipline ri_gou_reuse, entre des troupes ,1u•aucune oLhgalron ne retenait au senice d'OuLreMer et qui pouvaient s'égrener tout le long
de la routé, à chaque escale, on l'avait bien
vu durant la rroisade de Constantinople. Un
exemple sufûra. A11 moment de débarquer à

EN PROME:SAOE ; -

appelé J~ien, qui_ reç~l chez lui le Seigneur·:
par son mtercess1on ils espéraient bon port
et bon ~te. - Mais, objecta le P. Faber,
pourquoi adr_essez-v?u ,·ntre oraison aux parents de samt Julien el non au saint Iuimême. - Il ne urenl que répondre.
, Qnan? le Yenl était bon et que la voile
ep?rgnrut aux rameurs tout effort, ils entonnaient un hymne de reconnaissance à Dieu à
la Vierge et aux saints. Une bordée rép~ndait à l'autre sans discontinuer, el ces chants
alternatifs étaient si suaves qu'ils triomphaient de l'insomnie des passagers, bercés
comme des enfants au chant d'une mère.
i les croisés n'étaient pas des modèle~ de

UN PORT AU YIV" SIÈCLE. -

puis le Confiteor jusqu'à l'Évancile de saint
Jean, mais en omettant le Can;n, L'Euchari lie ne pouvait 'être consacrée à bord. Seul,
s_aint_ L?uis o~tint ~u _légat, par une exception insigne, l autor1sahon d'exposer le SaintSacrement dans sa nef.
Au coucher du soleil, les passagers se rassemblaient près du mât et chantaient à genoux le alve Regina, qu'fü faisaient précéd_er, en cas de détresse, des litanies. Coup de
s1fnct : le valet de chambre du patron son-

TaNe.iu d'Ih:IW A~ N YOGEL.

Constantinople et à Damiette, chacun se coufcssa, fit son testament « et atorna Lien son
affaire comme por morir se il pleusl à NotreSeigneur Jhésn Chri.l. »
Le service religieux était minutieu ement
rég~é ~ bor~ de; galères de p~erinage, du
moms a Verusc. Le matin, au lever de l'aurore, u~ coup de sifOet partait de la poupe ...
un serviteur du patron élevait une image de
la ~Iadone, devant laquelle Lous fléchissaient
Je gt:nou pour réciter l'Ai•e Jlaria. Ahuit heures, messe aride ou Lorrif/e célébrée au pied
du mât devant un crucifix et un missel d(_:..
posés ur une raissc. On appelait ainsi l'office que Je prêtre li.ait, rétole au cou, de-

BO~D - . , .

Cliche! \' i1.za,ooa

hai~ait hon?e ~uit à tou de la part de son
m~1tre. ~~ elcva1t de nouveau l'image de la
Sarnte ,,ierge, de1rant laquelle on récitait
trois Ave Ma1·ia, à l'heure où, sur terre, tintait l'Angelus du soir. Les pèlerins tenaient
cercl: quelques instants encore ur la place
publique, avant de descendre, une lumière à
la main, dans leur cabine.
S( j'i?si~le sur les céréi:rionies journalières
prallquees a bord des naVJres de pèlerinage
c'est qu'elles furent adoptées dè le x-ve siècl~
par notre marine de guerre. Le matin, après
fJUe les trompettes, puis les tambourins
~vaient salué par une « baterye » le lever d~
JOur, l'amiral faisait célébrer une mes e

�111S TORJ.Jl
sèche. Au crépuscule, quand les navires de
l'escadre avaient fini de défiler devant lui et
c1 fait la ré\"érence en gectant trois crys » suivi d'une sonnerie de lrompelles, quand à
chacun d'eux il a,·ail indiqué la roule à suivre et donné le mot de l:t nui!, il achevait la
journée par un salut chanté &lt;I devant l'ymage
Nostrc-Dame. » C'était le signal de l'extinction des feux, sauf pour les a gens de Lims &gt;&gt;,
qui pouvaient garder en leur (;hambre une
veilleuse où rhuile parcimoni&lt;'usemenl mesurée nageait sur l'eau.
Ah! ces nuits à bord, avec la gène d'un
lit étroit comme une gaine, dC's conyersations
entre voisins, des dispules, des cauchemars
lerrifiants, des saccades imprimées par lt·s
lames, une atmosphère lourde rl empesléû,
des moustiques, des rats, des vers gr.is cl
gluants qw grouillent par les Lemps de
sirocco, qurlle cO'royaLlc peinture nous en
trace le P. Fa ber! En Allemand consciencieux, il ne nous fait grâce d'aucun détail,
et son réali me, louchant d'inconscience en
fait de délicates.e, consacre une longue description au &lt;1 o~ modo quo Lam urinat'o
quam stcrcorisalio fit iu na,i. » « Parum
dicam ! l) J'en parlerai peu, ajoute+il, et il
écril trois pages! Les lieux d'aisances, disposés à l'avant de· nnlère , des deux côtés de
l'~pcron, forma:ent saillie à l'arrière des carrdques du x, 0 ~iècle cl plu lard des vaisseaux:
en raison Je leur forme, on les appelait des
BtJuleilles, et l'expression consacrée était :
aller à la bouteille.
La chose n'était pas fai:ile, explique notl'e
obligeant cicerone, que vous m'excuserez de
ne pas suivre jusqu'au hout. Les promeneurs
nocturnes qu'un Ll' oin urgent chassait de
leur lit n'amient pas le Jlied sûr, et comme
les vase de nnit étaient dans le passage central, au pied des dormeurs, ... rnus dc,·inez
Je reste. A l'obscure clarté qui tombait des
étoiles, - car il était défendu d'emporter de
lanterne et d'otrus,1uer ainsi les rameurs endormi , - d'autres mbaventurcs attendaient les i11Iortunés qui se hasardaient sur
le po11t de, galère . P&lt;1ur arrivt•r à l'avant, à
la Loutcillc, il îallail enjamlier la chiourme,
en sautant de b::i.Ôc en Lane; venait-on à tomber sur un rameur, la maladresse soulevait
une tempèle de malédictions. Les gens peu
sujets au vertige prenaient un chemin plus
périlleux; ils marchaient sur le bord dn navire
en se retenant a~x cordages et gagnaient ainsi
l'avant; d'aulres se soulageaient simplement
par-dessus bord, asSÏ' !-Ur les rames. Mais la
cc venlris purgalio » devenait un problème
impos iule à résoudre déet'mmcnt par les gros

temps, quand l'avant élail bala}·é par les
lames et les a.irons rentrés sur les bancs.
Quand l'horreur de la tempête ~e mêlait
aux angoisses noclurne~. les pè'crins étaicnl
dans un étal d\ime inJescriptible. Aussi l,ien
laisserai-je la parole à l'un d'eux. ·Au milieu
des éclats du tonnerre et dans la lumière fulgurante des éclairs, la mer, par endroits,
semUaiL de feu. La pluie tombait en déluge,
les nnées se fondaient en eau. Des vagues
énormes bala!·aienl le pont et heurtaient les
bordages avec autant de fracas que des rochers
précipités du haut d'une montagne. Phénomène élr:mge ! la tempête donne au choc &lt;l'un
élément mou et lénu comme l'eau un son
dur cl sll'ident. Le Jour, les tempêtes sont
supportables, allrayanlcs même par leur
sini Ire grandeur cl leur3 jeux de lum:èrr.
Mai,, la nuil! Ill spectacle dépasse Loule
conception humaine. Ce1le nuit-là était particulièrement horrible. 11 n ·y arait d'autre
lumière que lt'S éclairs.
Les passagers ne pouvaient rester ni couchés, ni assis, ni dcbonr, tant la galèra roulait dans la ,·ague. Il fallait se cramponnrr
aux poutres qui supportaient le pont ou s'accroupir près des colîrcs et les saisir à bra le-corps. Eni:ore ces lourde masses, ddns de
violentes ,ecousses, roul.aienl avec leurs paqul'ls humains. Les objets étaient arrachés
dl's portemanteaux fixés aux /Jancs du navir.i. L'eau fittrait de toutes parls par des
fun tes invisiLles jusque-là, ll•s lit plongeaient
dans l'eau, le biscuit était dilué, en bouillie.
En bas r1:gnait la terreur, en haul l'angoisse. Le vent avait mis en pièces la grande
roile. On abattit l'antenne pour la garnir de
la \"Oile de fortune, voile carrée et forte dite
1wpnfi90 ou perroquet. A. peine hissé, le
perro4ud se déploya par un coup de vent el
arr.icha aux galiots l'amure qu'il allaient
fixer au bordage. li coi!Ta la pelilll cage, la
gabie, posée au haut du mât, en voletant
a\'ec rage. L'antenne qui le retenait était
tendue comme un arc. Le màt fait de plusieurs pièces accolées craquait et menaçait
ruine. S'il se rompait, la i:ialère élait perdue.
L'angoisse était au coml1le. Les galiot.s burlnienl comme des malheureux qu'on passe au
fil de l'épée: des marins grimpant aux cordages chert;hairnl à alleindre l'antenne;
d'autres couraient après l'amure qui claquait
dans le vent. Les pèlerins se confoss:iient cl
se vouaient aux saiuts. Un d'entre eux songeait
aux paroles du pb.ilornphe A.nacharûs, qui ne
compte les navigateurs ni parmi les vivants
ni parmi les dt!f unts; quatre doigts seulement, l'épais cur des parois du navire, sépa-

rant les malheureux de la mort. n commcntail ces paroles du philosophe, que les navires
les plus sûrs étaient ceux c1ui étaient tirés sur
la plage, l1ors de l'eau.
A lrJ1•crs les éclats dP la foudre, 11nc aigrette lumineuse, haute d'une coudée, apparut à la proue, s'y posa un moment, voltigea
jusqu'à la poupe, puis s'évanouit. Sur le
pont, tous les bruits s'étaient tus, tout travail avait cessé. Marins et pèlerins, à genoux,
les mains tendues ,·ers le ciel, criaient un seul
mot: &lt;c Sanctus, sanctus, sanctus. ,, Les passagers de l'entrepont, épouvantés de cc silence subit cl de celle prière insolite, donl ils
i,.noraienl
la cause, crurent la situation
déo
.
sespérée : pâles d'elîroi, ils altt&gt;ndaicnt la
morl. Voici que la porte de l'esc·alier qui
descend du pont s'ouvre et qu'une voix cric:
« 0 signior pelegrini, non habeale paura que
questo nole non avercto forluna. &gt;) ··ayez point
peur, cette nuit il n'arrivera pas de malheur,
le ciel est pour nous, il a fait paraître un
signe. Lumen in cœlo ! El qu'on ne traite
pas celle lumière de fiction, ajoute le narrateur, plus de deux cents témoins ~ont là pour
l'alleslcr. Le météore était appelé feu SaiutElme ou C01'/JO sanlo par les marins, qui le
regardaient sans doule comme une émanation du corp de Jb.us-Christ.
Il se produit dans une almo~pbère chargée
d'électricité.
Du reste, la Méditerranée ne prêtait pas
comme le mers du nord aux illu ·ions d'optique, si grosses de conséquences pour b formation des légendes, el le. c&lt; fantosmes et
diableril's n, enranls des brum1JS, dont Philippe de Maizières rele"ait l'exi tcnce de sun
temps, rc ·taicnt localisés dans l'Oeéan.
Ilien ne rappcUe dans le Colk-lore levantin
le vaisseau fanLôme qui figure déjà dans l'œuvrc d'un grarnur flamand du xv• siècle, du
graveur inconnu W t- fiien de semblable
non plus à la Navigation du holla11dais Jean
Struys. Struys était descendu dans Ja cale:
les flancs du navire lui paraissaient lrau parents, et la mer en fnric, éclairée d'une
lueur rerdàtre; des cadavres passaient et rcpm:iient en lui faisant signe et en l'~ppelant
d'une voix caverneuse.
Le pèlerin n'avait même pas en perspective l'émotion d'une découverte. La Méditerranée étlit bien connue cl, dès le xme siècle,
relevée sur les portulans. Et le navire arri..-ait
à bon port, à Jalîa, sans aroir eu chance de
r&lt;'ncontrer quel11u 'une de CC3 îles mJslérieuscs ou enchantée, dunl la cosmo3raphie
médiévale a1aiL semé la Mer Ténébreuse,
l'O.:éan au,; profondeur iusondées.
CHARLES DE

l.,\

RO\'Cil~RE.

PR.INCE DE JOINVILLE
~

•
Vieux souvenirs
1818-1830

Je suis né à Neuilly-sur-Seine banlieue le

14 aoùt t 818. Sitôt né cl mou ~cxe cons~até
par le chancelier de France, M. Dambray, je
fus confié à une nourrice el à une bonne.
Trois ans après je passai aux hommes, un
peu plus tôt que de coutume, ma bonne
ayant eu un accident, de concert avec le précepteur de mon frère aîné, un prêtre défroqué, à ce qu'on appril alors. Mon plus ancien, mai bien vague souvenir, mêlé à une
histoire de perroquet, est d'avoir vu à Ivry
ma grand'mère, la duchesse d'Orléans-Penthièvre. Je me souviens ensuite d'être allé au
chàttlau de Meudon, chez ma grand'tanle, la
duchesse de BourLon, une toute pelile femme;
d'avoir été conduit chez la princesse Louise
de Condé, au Temple, et enfin d'avoir vu
jouer Talma dans Charles le Téméraire, où
sa cuirasse dorée m'arait fait un grand
effet. ...
Mais le premier é,1énement dont je garde
un souvenir très précis est un diner de famille
aux Tuileries chez Louis XVIII, le jour des
Rois 1821. Encore aujourd'hui, à 5oixantcsix ans de distance, je vois tous les détails de
celte soirée, comme si elle était d'hier; noire
arrivée dans la cour des Tuileries, saluée
succes$ivement par le poste des gardes suisses
au pavillon lfarsan, et de la garde royale au
pavillon de Flore; notre descente de voiture
sous le vestibule de l'escalier de pierre, au
bruit assourdissant du tambour des Cent
..,ui.s~es. Puis, grand étonnement pour moi,
quand, au milieu de J'escaliet·, nous dùmes
nous ranger pour laisser passer c1 la viande
du Iloi l » c'est-à-dire le diner qui montait de
la cuisine au premier étage, escorté par les
gardes du corps. Arrivés en haut, nous fùmes
reçu:; par un maitre d'hôtel en rouge que
l'on me dit être M_ dé Cossé, et, traversant
la salle des Gardes, on nous introduisit dans
le salon où toute la famille fut bientôt réunie, à saYoir : Monsieur, depuis Charles X, le
duc et la duchesse d'Angoulême, la duchesse
de Berri, mon père, ma mère, ma tante Adélaïde, mes deux frère;; aînés, C.harlres el Nemours; mes !rois sœurs, Louise, Marie, Clémentine, et enfin moi, le cadet de tous. Une
seule personne n'appartenant pas à la liaison
de France était présente, le prince de Carignan, depuis Charles-Albert, un grand maigre, d'une figure dure. li venail de faire la
campagne de 1825 en Espaguc, dans les
raags de l'armée française, et y avait déploi
toute la vaillance de s1 race. Aussi portait-il

ce soir-là sur son uniforme les épaulettes de
laine que les soldats du 4c de la garde, avec
qui il était monté à l'assaut du Trocadéro,
lui avaient conférées sur le champ de bataille.
Bientôt la porte du cabinet du Roi s'ouvrit,
et Louis XVIll parut sur son-fauteuil à roulettes, arec sa belle tête Llancbe el l'habil
bleu à épaulettes, que les portraits ont rendu
familier. Il nous embrassa tous à tour de
rôle, n'adressant la parole qu'à mon frère
Nemours qu'il questionna sur ms études
latines. Nemours balbutia et ne dut son salut
qu'à l'entrée opportune du prince de Carignan.
Au diner on tira les Rois, et voilà qu'en
ouvrant mon gâteau j'y trouve la fève. Je dois
dire que ce résultat n'était pas absolument
impréYu et ma mère m'avait fait la leçon rn
conséquence. Je n'en fus pas moins très embarrassé quand je vis tous les yeux fixés sur
moi. Je me levai de table cl portai la fève
sur un plateau à madame la duchesse &lt;l'An-

MA.RlE·AAIÊLlE , DUCHESSE D'ORLÉANS.

goulème. Je l'aimais Mjà tendrement cette
bonne duchesse, à cause de sa bonté pour
nous dès le bas âge et des superbes étrennes
qu'elle ne manquait jamais de nous donner.
Celte respectueuse affection a grandi quand

j'ai été d'âge à connaître ses malheurs et son
noble caractère, et j'ai été heureux, quand
les événements de 18~0 nous ont séparés, de
pouvoir lui en faire parvenir toujours l'in:-iltéraLle expression. C'est elle gui rompit la
glace en buvant Ja première quand je l'eus
faite ma reine et cc fut Louis XVIII qui cria
le premier : c1 La reine boit! » Quelques
m01~ après, Louis XYII[ était mort et je
"?ya1s, des fenêtres de la caserne des pompiers de la rue &lt;le la Paix, son cortège [unèhre allant à Saint-Denis.
Puis vinrent les échos du sacre de Charles X,
de la grande cérémonie dont la cathédrale de
Reims avait été le théâtre, cérémonie qui,
après les d&amp;astres de la période révolutionnaire, faisait espérer que la vieille monarchie,
comme au temps de Charles VII, allait tout
réparer. Mais nos pensées n'allaient pas si
loin; ce qui nous intéressait, nous enfants,
c'était la pompe déployée, les costumes, les
équipages des princes, des ambassadeurs YCnu de partout pour saluer l'avènement du
nouveau règne. Une Ioule de peintres demandaient à mon père de faire son portrait dan
les robes d'or el d'hermine de prince tin
sang, qu'il portait au sacre, et aller voiJ' papa
poser en Pharamond était pour nous l'amusement du moment. Je disais Pharamond
comme mes ainés, bien que me connaissances historiques fussent plus que rudimentaires. Disons le mot, j'élais très arriéré, je l'ai toujours été. Ma mère m'avaiL appris
à lire, mais, hor. cela, j'étais arrivé 11 l'â"c
de six ans sans savoir rien ou presque rie~.
Par e~emple, j'étais très bon cavalier et je
montais tout seul et très solidement, en
casse-cou, oserais-je dire, un poney que lord
~ristol ~vait d~nné à mon père. Le poney
s appelait Polymce; nous nous entendions ;\
merveille lui et moi, et je suis toujours resté
son ami. Par mes soins il a eu , es &lt;c invalides o dans le parc de Saint-Cloud oi1 il
était ~n li~erlé, a:ec une écurie à lui, pour
se rellrer a s~ gm e. Que de fois ne suis-je
pas allé le voir à celle écurie, d'où il ne sortait plus que pour venir causer avec nous el
s? ch?uffer au soleil. Il y esl mort plein
d annees et, heureusement pour lui, juste
a11ant les aménités ré,·olutionnaires de 1848
aménités dont il aurait certainement eu sa pari'.
Mais mon père voulait faire de moi autre
cho e qu'un homme de chcYal; iJ me donna
un précepteur, et, à partir de ce jour, pendant decS années, mes souvenirs se partagent

�111STOR,.1A

---~-----~--·------,----------------·-------~

que les aînés rapportaient du collège, nous
rendions la vil! dure au corps préceptor:il.
Cela marchait pourtant. Les grands-parents.
comme nous les appelions, absorbés par la
\'Ïe mondaine, laissaient toute initialirn aux
précepleurs; ceux-ci seulement devaient chaque jour consigner sur un regi Lre leurs notes
el impressions sur l'élève qui leur était confié. Ce registre passait sous les Jeux de mon
père qui ajoutait ses observations, ses ordres
et le renvoyait.
La journée commençait généralement à
cinq heures du malin. Les aînés allaient au
collège pour la classe, prenaient leurs repas
et leurs récréations avec les internes et revenaient après la classe du soir. Les non-collégiens et les filles passaient la journée en
leçons. Le soir, élèves et précepteur· des
deux sexes dinaient tous ensemble, puis
allaient au salon, où il y arnit toujours du
monde, mes parents recevant tous les soirs.
Le jeudi et le dimanche, jours de congé da
collège, étaient parliculièremenl consacrés
aux leçons de ce qu'on appelait les arts d'agrément : des~in, musique, pbysiquc, équiLou1s-PmLIPPE, DUC D1ÛRLÉA:;s.
tation, escrime, b:'lton, danse, etc. Le dimanGravllre 1t LIGNON , d'après le tableau d11
che, grands el petits dinaient à la grande
BARON G ÉRARD.
table, ~t celle Yic-là était réglée comme une
pendule, hirer comme été.
ries, enlre autres un vers de Victor llugo,
L'hi\•er nous h:i.bilions le Palais-noyai, qui
dans Ruy-Bill.~, sur celle :
n'était pas alors ce qu'il est aujourd'hui. Là
où l'on voit la galerie d'Orléan, , s' élcvàirut
AITret1se compagnonur,
Dual la oo.rhc llcuril rl Jonl le nez lrognonnc.
d'affreuses galeries de bois, au sol boueux,
peupl&amp;s exclusivement de boutiques de mar(( Fleurit &gt;J était une allusion à Cuvillierchandes de modes cl, disait-on, de milliers
Fleury, précepteur de mon frère Aumale.
de rats. Pour aùnure ccl
Victor llugo croyait arnir à
ensemble de baraques, on
se plaindre de ces deux
lt:ur sci:i le · pieds el on fil
messieurs.
tout tomber d'un coup. 11
:Xormalien distingué,
était venu des foules pour
M. Trognon avait débuté
ass.istcr à ces écroulements,
dans l'enseignement comme
dans l'espoir d'en Yoir sortir
profes eur de rhétorique au
la multitude de rats annoncollège de Langres où, vecés; il n'en sortit pas un;
nant un jour faire sa classe,
ils avaient tous déménagé
il trouva sa chaire occupée
en temps utile. Oh ! l'esprit
par un àne que ses élèves y
des bêtes!
avaient installé. « Je ,·ous
J'haLitais d'abord, au
laisse, messieurs, avec un
Palais-1\oyal, une chambre
professeur digne de vous, »
qui donnait rue de Valois,
dit-il en se retirant. JI fut
sur la maison du 1lœuf à
bientôt rappelé à Paris
la mode, et vis-à-vis de
comme suppléant du cours
moi demeurait une vieille
d'histoire de M. Guizot au
dame toujours babillée de
collège de France. Univernoir, qui me1t.1it régulièresitaire accompli, il était
m&lt;·nt, Lous les jours à la
encore aulre chose, comme
mème heure, son pot de
nous l'apprit un numéro
chambre sur ~a fenêtre, si
du Fi9aro que môn frère
aîné a,·ait rapporté du colLirn qu'il nous servait
L 'ESCALIER DES TUILERJES. DeSSi1' dll PRINCE DE jOINVnLI'..
d'horloge'. rlu~ tard je
lège. Nous lftmes, en effet,
palier supêrieur : 111. de Cossè. - .\ la d roite d u dessin : le jeune duc de Chartres, la
1:hangeai de cbambre pour
clans ce numéro une pièce (Sur le petite
princesse Clémentine, le petit prince de Join ville , la ducbcsse d"Orléans .)
de vers de füoar-Lormian,
aller de men rrr sur la cour,
quî débulail ainsi :
en face du logement occupé
Quo me n ~ut en Trognon. pédago-iuc en hésiclcs,
d'un précepteur, deux gom·ernanles avaient par un arlisl.è de la Cornédie-Française, nommé
!)ans la fosse ,lu Globe enterrant se,, artid cs l
charge de mes sœurs. Qnand précepteurs et Dumilâtre, et ,es filles. Dumilàlre, que je
Plus de doute : mon précep!eur était journa- gouveroanles n'a,•ait•nl affaire qu'à leurs pro- connaissais bien pour lui avoir rn jouer ces
liste. el ces "ers, une réponse vengere se à tin pres éli.•ves, cela allait, mais quand Lous les petits rôles de Lragédie qui conj· 1ent à sortir
article de lui paru dans le journal le Globe, ·frères el sœurs étaient réunis, influencés par nol,lument en disant : &lt;( Oui, Seigneur », amit
journal donl il avait été, comme nous le l'esprit d'insubordination et de gaminerie les mêmes habitudes que ma dame noire, et
exdusivement enl re mon éduc:i lion el la , ie
de famille. Mon précf•pteur s'appelait M. Trognon. nom qui lui "alut bien des plai~anle-

sûmes bientot, un des fondateurs a,·ec Pierre
Lrroux, Dubois, Jouffroy, Rémusat et aulres.
Nous découvrfmes aussi que le journaliste se
doublait d'un libre-penseur, auteur d'un gros
in-octa,·o condamné par la commission de
l'lndex, re qui ne l'a pas empêché de mourir
le plus religieusement du monde et presque
en odeur de sainteté. Mon précepteur était,
en effet, un esprit trop éminent pour persévérer dans le nihilisme religieux, dans celle
négation de Lout lendemain, qui de la religion
passant dans la famille, dans l'État, ne laisse
debout que la hèle et ses appétits. La longue
agonie d'uuc sœur qu'il aimait passionnémenl. pendant laquelle elle Iut constamment
assistée par M. Feulrier, évêque de Beauvais,
a fin sereine dont il fut témoin, commencèrent chez lui l'œmre de transition. Quand
plus tard l'abbé Dupanloup, alor ,,icaire d.e
l'Assomption, fut chargé de mon éducation
religieuse, Trognon rt lui se lièrent intimement et m1e communauté absolue s'établit
jusqu'à la mort enlre ces deux grandes intelligences.
Les premiers temps de mon éducation
furent très doux. Ce qu'elle arail d'aride
était largement compensé par l'intimité de
tou!'- les instants de la vie de famille. Nous
étions trois sœurs et six frères, bientôt réduits à cinq par la mort de mon frère Penthièvre, vivant tous ensemble, mangeant ensemble, souvent asrnciés dan les leçons,
toujours dans les récréa lions et les parties de
plaisir. On devine quelle bande joyeuse nous
faisions. Chacun des garçons élait pourvu

"------------------------------------son pot de chambre apparaissait sur la fcnèlre accoutré, Ja tête poudrée et la bourse à la chef de file; les buis de promenade étaient
aYec la même exactitude : j'avais seulement nuque, je dus donner plusieurs représenta- plu nriés et nous ne tardâmes pas à nollS
changé d'horloge.
tion de mou mrouet, que je danrnis avec ma apercevoir qu'il y a\·ait souvent du cotillon
C'était au si pendant le séjour d"hiver au
Palais-Iloyal que les leçon de maitres se
mullipliaient pour nous, et parmi ces maitres, on comptait quel 1ucs originam, noire
professeur d'allemand entre autres. lmaginci
un petit vieux, mielleux, tout de noir vêtu,
culolle de satin, bas de laine, immenses souliers et chapeau à larges bords. Il arnit été,
dans sa jeunesse, précepteur du prince de
Metternich. Je ne sais quel accident l'avait
jeté ensuite en France où, pendant la Terreur,
il était devenu un des secrétaires du redoutable Comité de Salul public de Strasbourg.
JI vivait seul avec sa fille, qu'il envoyait souvent en Allemagne, non pas par les moyens
de communication ordinaires, mais cai:héc
dans le fourgon qui allait périodiquement en
Hongrie, chercher l'approvisionnement de
sangsues de nos hôpitaux, toutes circonstances qui nous faisaient supposer que le nom
de : Rerr Simon, tout court, qu'il se donnait, pouvait bien cacher quelque gros mystère. De son allemand, comme de celui d'un
valet de chambre de même race que l'on
Loms XVIII. - Dessili .1,1 PRINCE DE Jornvru.s.
m'ayait donné, il ne m'est, hélas I rien resté,
(Les a utres perso nnages ont, en partant de la gauche : Monsieur ( le futur Çharles X), l_e duc d"Angoule uuc él"Orlèan s le duc de Chartres. la duchesse d'Angoulème, la prmccs~e Mane. la pnucc:1.~e
tant ma nature a toujours été rebelle aux lème
Louise, le duc ùe S emo urs, la princesse Clèmeutine, le prince de J omv1llc .)
langues étrangères.
Autre original, notre maître de danse, un
danseur de !'Opéra, nommé Seuriot; une sœur Cléme111i11e, eo déployant tous deux dans l'air. Je lui dois pourlant d'Mre allé
belle prestance! Sa le~on que nous prenions toutes les gràces de l'ancien temps. Mon hal,it dans l'atelier d'Eugène Delacroix, un grand
en commun, comme un pelil corps de ballet, de marquis, dont j'étais Lrès fier, me servit souvenir! De même chez ~I. de Lavalelle, le
nom amusait beaucoup, surtout à cause des aussi pour un bal costumé, cbez la duchesse très intéressant ministre des postes de i apohistoires de théâtre qu'on lui faisait raconter. de Berri, ot1, entrant lrop da11s mon person- léon 1°', si connu p:ir sa célèbre évasion, à la
Un jour, il arriva toul excité el, s'adressant nage, je me querellai, à propos d'une dan- veille d'être exécuté, après les Cent-Jours,
aux gouvernantes : c&lt; Vous voyez, mesdames, seuse, avec un cosaque de mon àge, le jeune quand sa femme vint prendre sa place et lui
un homme qui a échappé hier à un grand de Il.... Furieux, je dégai•nai, il tira on donner des vêlements pour fuir. Mais le plus
danger. On donnait le ballet des Filets de sabre et nous nous élancions l'un contre souvent nous allions chez un libraire de la
Vulcaiii. Je Faisais Jupiter et j'allais m'enle- l'autre, lorsque madame la duchesse de Berri rue Sainl-André-des-A.rls, avec qui Fleury
ver dans ma gloire avec Mercure, lorsque accourut en criant : (( Arrêtez, méchants en- était Lrès lié et que nous trouvions toujours
soudain, je sens ma gloire qui.se détraque et fants! Monsieur de Brissac, désarmez-les 1 » au logis, lui ou sa charmante femme. L'amije n'ai que le Lemps de m'élancer en criant à Quant à ma sœur Clémentine, venue aussi à lié de Fleury pour ce libraire amena même
~lèrcure : aute, mon ami, il n'y a pas ce bal dans son costume de menuet el ab o- une plaisante aventure. Au moment de la
un inslanl à perdre!. .. A.b I mais!! » Pen- lument ravissante sous la poudre el en rohe révolution de 1.850, dans le désordre du predant lïolervalle dei reprise$, quand son vio- à paniers, elle attira l'allention de Charles X mier instant, nous vîmes apparaître le libraire
lon s'arrêtait et qu'il essuyait la sueur de son auquel elle rappela sans doute des somenirs en queslion, avec une buîllelerie blanche C't
front, nous l'entourions pour le questionner. de jeunesse. Il vint l'embrasser, la tint par un sabre par-dessus son habit bourgC'ois :
Les aînés le poussaient toujours sur une dan- la main en la regardant longtemps et, se « Voyons, Fleury, à quoi puis-je être bon
seuse appelée mademoiselle Legallois, sur tournant vers mon père, lui dit: « Monsieur l aujourd'hui? &gt;&gt; Fleury réfléchit un moment,
laquelle il ne tarissait pas; la même qui, si j'avais quarante ans de moins, Yotre 611e et lui dit : « Qu'il ne voyait pas ... mais que,
remplissant dans un balfot le rôle allégorique serait reine de France, J&gt; el il l'embrassa de- cependant, personne ne s'était occupé de la
de la Religion, avait fait dire de cert-ain ma- rechef.
Préfecture de police. - J'y cours », dit mon
réchal qu'il s'était éteint dans les bras de la
Nos leçons de danse, comptant comme ré- libraire. Et, de fait, il se nomma lui-même
reli 0rion. Mais dès qu'on nous voyait groupés créations, alternaient avec ks promenades préfet de police et en exerça les fonctions
el chucbolanl autour du vieux danseur, une dans Paris; les filles d'un côté, les garçons pendant quelques jours. Depuis, je n'en ai
charge de gouvernantes arrivait au sitôt avec de l'autre. Dans nos sorties nous étions con- plus entendu parler.
Ces promenades alternaient encore avec
des : &lt;( Qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce que fiés à un précepteur de corvée. Quand c'était
c'est? » el nous reprenions les battements, Trognon qui était de promenade, on s'allen- des leçons de ITTmnastique, une science dont
les sissones et les jetés-battus.
dail à être mené chez Sautelel, un libraire de un certain colonel Amoros a été l'apôtre. Ce
Personnellement je dus au père Seuriot un la rue de Richelieu, dont l'établissement de- brave colonel, pour populariser son cours,
de mes premiers succès dans la vie. J'avais si vint plus tard, s'il m'en souvient, les bureaux donuai.t des prix à tout le monde. CC's prix,
ùien profilé de ses leçons, que je dansais, du ·ational. Là, Trognon pérorait au milieu sous forme de hausse-cols, portaient, peint
paraît-il, le menuet d'une façon remarquable, des journalistes, pendant que les commis en grosses lettres, le mérite particulier de
tellement que mes parents me firent faire un causaient avec nous. Je me rappelle qu'ils me l'élève récompensé : agilité, courage, vicostume complet du dernier iècle, en velours fi.rent voir le superbe manuscrit des Mémoii-es gueur, etc. Un de mes ramarades reçut le
cramoisi, complété par le tricorne obligé et de Saint-Simon, que Sautelet éditait. Quand, prix de vel'Ut cachée! Après les leçons de
l'épée à nœuds de rubans en cÏ\·adière. Ainsi au contraire, c'était Cuvillier-Fleury qui était gymnastique venaient les leçons d'équitation,

•

�Vrnux

"1STO'J{1.ll
pour lesquelles on Dons conduisait au Cirq_uo
olympique, confiés Loujours, mes deux frères
ainés et moi, à un fcul précepteur. Seulement celui-ci, trouvant iovariablemenl la salle
trop froide, allai! i,·enformer dans le cabinet

conduisait par une porte donnant de son salon
dan- le passage qui sépare ,les coulisses le
foier des artistes. Il nous laissait dans ~a
loge, formée des trois premières de face, pour
venir nous repnndre 4 la Îln de la rcpréscn-

quand il l'accompagnail 1e flambeau à la
main : &lt;! Hein! Monseigneur! Nous ne sommes pas ici au camp de la Lune, l&gt; faisant
allusion à un bivouac qui avait précédé ln
Lalaille de Valmy. Pour nous la traversée
des couloirs des coulisses était toujours un
grand amusement, surtout quand on y formait, pour la tragédie, le cortège romain
classique, parce que nous reconnaissions dans
les Romains, les licteurs, bjen des emplo) és
ou ouvriers travaillant au Palais-noyai, auxquels nous disions bonjour en les appelant
par leur nom, tout fiers de parler à des artistes, et nous rentrions au bercail en imitant
les cris de la maison : " On va-a- co-mmencer l On co-mmence ! »
On nous menait bien quelquefois aussi au
répertoire moderne, mais c'était rare. Cependant, j'entends encore, à la veille de 1850,
l'acteur Armand, grasseyant au fond de sa
cravate Directoire dans Tom-Jones :
0

... Point d'amis, poinL de grâce,
A la session prochaine il faudra fju 'on y passe 1

et la salle de crouler! Je me rappelle également avoir été mené àla première dellenri Ill,
où les bilboquets el les sarbacanes nùmusèrent beaucoup, el où Je pris une grande part
à la mort d'Arthur, un charmant page violet,
que jouait mademoiselle Despréaux, depuis
madame Allan. Je n'arnis eu d'yeux que pour
elle. En sortant, comme mon père me ramenait par la main, nous trouvâmes dans le
couloir la duchesse de Gui e, mademoiselle
Mars, haletante, drapée dans un manleau de
VUE DU PALAIS-ROYAL, EN 1820. - D'après le dessin de J -B. AR."iOU/
salin rose doublé de cygne, qui attendait les
compliments que mon père lui prodigua.
Elle m'avait bien moins impressiQoné que le
du directeur, nous laissant aux soins de Lau- talion. Ces soirées de la Comédie-Françai~e page ,,iolel.
rent Francoai et des écuyers, c'est-à-dire à faisaient noire bonheur et étaient des leçons
Puisque j'ai parlé de Jferwi 111 auquel
nou~-mêmes. Ce glacial théâtre, situé place très utiles qui nous onL mis nos classiquts nous avions pris un grand intérêt parce que
du CIJMeau-d'Eau, se composai! d'une vaste dans la Lête, bien mieux. que n'eussent pu le son au leur, alors inconnu, était de chez nous,
salle ayant au lieu de parterre un cirque ou faire toutes les lectures et tous les cours du je consignerai ici un souvenir se rattachant
manège pour les exercices équestres, cirque monde. Ces pauvres classiques élai!:'nl pour- an nom d'Alexandre Jlumas. Tout le monde
qu'un reliait à la scène par des plans inclinés tant bien négligés; la mode n'y était pas. A sait qu'il aYait débuté comme employé à la
lors des batailles d1 s pièces militaires. C'est peine voyait-on deux cents personnes dans 1a hibliotbèque de mon père au Palais-fiopl.
dans ce manège que Laurent Franconi nous salle : les loges étaient toutes désertes. Un Le biLliolhécairc en chef élait Yalout, que ses
faisait faire de la hante école et que les sous- alfreu.,: orchestre, dirigé par un gros homme œuvres et peut-être des chansons bien conéwyers Uassin ol Lagoulle nous initiaient à appelé Chodron, grinçait un air à porter le nues ont mené à l'Académie. Mais Vatout
la science de la voltige et à tons les exercices didble en terre. Soudain, la toile se levait éla.it partout ailleurs qu'à la bibliothèque. Le
qu"elle comporte, à califourchon, assis, de- sans a\'Crtiss1•ment au beau milieu d'une vrai bibliol.hécaire, un très brave homme, se
bout. De plus, à notre grand amusement, phra ·e musicale qui s'interrompait sur un nommait de Tallencourt. Sa qualité d'ancien
nos leçons, ayant lieu le dimanche après soupir de clarinette, el 1a pièce commençait militaire l'avait îail élire capitainii de grenamidi, coïncidaient généralement avec leJ ré- lugubrement. Malgré cela nous étions tout diers dans la garde-citoyenne, fonctions auxpélilions des pièces sur la scène, répétitions yeux et tout oreilles et rien dans le jeu de quelles, dans la ferveur des premiers temps,
auxquelles nous nous mêlions avec joie dans mesdames Ducbesnois, Pat·.1.dol, Bourgoin, il attachait une importance exagérée. Or,
l'intervalle des reprises, escaladant les prati- pour la tragédie, ne nous échappait. Je vois, quelque temps après que Dumas eut qujllé
cables, ou prenant part ,wec les artistes à j'entends encore tou L le répertoire de Cor- ~a place, au milieu des émeules si fréquentes
ftuelques intermèdes qui n'étaient pas sur le neille, de Racine, puis Zaï1·e, Afalwmet, l'Or- à celle époque, nous ,·imes un jour rentrer
programme.
pllelin de la Chine, etc., etc... . Mais nous de Tallencourl, en tenue de gnerre, capote el
Ce n'était pas Jà, du reste, noire seule attendions toujours Molière avec impatience. bonnet à poils, la physionomie sombre :
ioiLiaLion à fart théàlral, à une carrière qui Là étaient toutes nos prédilections, et quels &lt;&lt; Vous ne savez pas ce qui ,,ienl de m'ara, sur bien des poinls, tant d'analogie a\Cc acteurs! Monrose, Cartign y, Samson, Firmin, river? Je commandais une patrouille dans
ceUe de prince. Mon père, profilant du voisi- Menjaud et au si Faure, dont nous saluions mon quartier, où on anit entendu quelques
nage du Palais-Royal et de la Comédie-Fran- toujours l'apparition, dans Fleurant du Ma- coups de fusil; nous avancions avec précauç.aisc, avail faiL entrer un cours régulier de lade, Truffaldin de !'Étourdi à cause des tion, sur deux files, rasant les murs, J'œil et
lilléralure dramalitJue dans le plan de notre accessoires ,,qu'il avait à la main. Ce Faure, l'oreille au guet. Tout à coup j'entends un
éducation. Tr' souvent donc, lorsqu'on jouait ancien soldat de 1702, ne manquait jamais cri: A toi, de Talleocourt[ suivi d'un coup de
aux Français le vieux répertoire, il nou y de dire à mon père, de sa Yoix nasfüarde, feu. Eh bien! cc cri ! cette voix ! ! c· c, t la
1

souVENTR..S

�r-

'V"œux

111STO'J{1.ll

voix d'Alexandre Dumas! - Allons donc ! »
nous sommes-nous tous écriés; mais il n'en
voulait pas démordre, aussi une furieuse
envie de rire ne nous prit-elle pas, convaincus
que, s'il avait réellement reconnu la ,•oix, le
brave homme avait été victime d'une gaminerie de Dumas heureux dcse donner le spectacle de la déroute de son ancien cher et de
ses braves gue1·natliers ! !
Quand notre père ne nous menait pas aux
Français, nos soirées se passaient dans ce
beaux salons du Palais-Royal 011 il avait accumulé tant de tahlei)ux, d'œuvres d'art admirables, saccagées ou dispersées depuis par la
gent révolutionnaire, ainsi qu'un superbe
mobilier qui a servi à brûler vil' le 24 février
un détachement du 14° de ligne, de garde
place du Poilais-Royal. Et dire qu'il s'est
trouvé une Chambre française pour voter des
récompenses nationales à ceux qui avaient
fait un auwdafë de soldats français, coupables
de défendre jusqu'à la mort le po te que le
devoir et l'honneur leur avaient confié! Mais
passons! De nos jours, en en ,·oit bien d'autres. A l'époque heureuse dont je parle, on
n'imaginait pas la posbibilité de pareilles infamies. C'est ce qu'on appf'!le le progrès!!
Quant à nous, avec l'insouciance de la jeunesse, nous passions nos soirées à jouer
gaiement, bruyamment, tous ensemble dans
le salon de famille, une grande galerie située
entre la cour et la rn.e de Valois. C'était le
dimanche el le jeudi que les jeux. étaient le
plus animés, parce que, les jours de sortie
du collège, notre bande se renforçait des
camarades de clas e de mes frères, ADI. de
Laborderie, de Guillermy, d'Eckmül, Albert, etc., etc., et aussi Alfred de Musset
que je vois encore avec son hauil !,leu à boutons d'or, ses cheveu\ blonds bouclés et ses
allures mélancoliques un peu affectées. On
jouait habituellemenL aux barres, un jeu auc1uel la grande galerie se prêtait très bien.
Parfois on dansait, et l'œil de ma mère ne
quittait pas Musset qui semblait dédaigner
nos jeux pour rechercher as~idument mes
grandes œur~.
os jeux n'empêchaient pas l'allée el venue
des visiteurs, des habitués : les vienx amis
de mon père, amis d'arant la Révolution ....
Le duc de la Rochefoulcauld, le bon duc,
comme on l'appelait, très redouté des enfants
parce qu'il les embrassait sans cesse el empestait la pipe; M. de Lall y-Tollendal; puis
des amis plus récents, le général Gérard,
Raoul de Montmorency, madame de Boigne,
la princesse de Poix, la princesse de Vaudémont, puis enfin des militaires, des artistes,
des diplomates, des femmes; tout ce qu'il y
avait de distingué par l'éclat des carrière ,
l'esprit, le charme. Dans le nombre quelquesuns attiraient plus que les autres mes sympathies. C'était François Arago, l'astronome,
avec son esprit, , a verve intarissable, soit
qu'il racontâl les aventures de sa captivité
chez les Harbaresques, soit les tourments
qu'il infligeait à son collègue Ampère, soldat
comme lui dans le régiment des « Perroquets
en deuil ». Ainsi appelait-il, avec son aœenl

méridional, l'Institut, à cause de son habit
vert et noir. C'étaient Macdonald, Marmont,
Molitor, ~Iorticr, les q11alre maréchaux en .'IJ,
les héros de cent combats, la légende Yivante
de nos armées. Tous nous làchions d'entendre
ce qu'ils disaient, re qu'ils racontaient, de
recueillir un renseignement ou une :mccclote
se rallachant à nos gloires militaires.
Les diplomates nous "intéressaient moins.
Je ne parle pas de Y. de Talleyrand, dont la
physionomie et la tournure étaient aisissantes, mais ne disaient rien à nos imaginations ignorantes. Un fou rire nous prit cependant un jour où mon père, en complète
distraction, alla au-devant de lui au salon en
singeant sa boiterie. - L'ambassadeur de
Russie, le comte Pozzo di Ilorgo, nous plaisait beaucoup, parce que, dès que cc gros
homme arrivait, le rire provoqué de toutes
parts par ses saillies, ses anecdotes, son esprit, éclatait et ne tarissait plus. Les enfants
aiment les gens gais. 11 y avait un autre
diplomate, dont nous allendions toujours
l'entrée, le bailli de Ferrette, ministre de
Bade, d'abord à cause de ce titre de bailli,
qui semulail sortir d'un autre monde, ou bien
d'une arlequinade, el puis, à cause de l'étrange
aspect du personnage, sorte de squelette
poudré. Nous ignorions alors, bien entendu,
que ce bailli si froid, si correct, fût un grand
musicien, un exécuteur hors ligne du tabat
Jlater, à qui pourtant l'inspiration ne venait
que lorsque sa musique avait pour pupilre
les épaules, décolletées jusqu'aux talons, d'un
charmant rossirrnol, qu'Opéra et Opéra-Comique se sont longtemps disputé. Quelquefois, au milieu de la soirée, on entendait une
cloche comme au quatrième acte des llll!JUenols. «La gro se cloche! i&gt; criions-nous. C'était
le signal annonçant que madame la Dauphine
ou madame la duches e de Berri renait en
vi ile et mon père partait au pas gymnastique, suivi par nous tous, pour aller recevoir la visiteuse sur l'e,calier. Mais la saison
du Palai -lloyal finissait avec l'hiver el aux
premiers beaux jours nous émigrion à
Neuilly, à la joie générale.
'euilly! Je n'écris jamai ce nom sans
émotion, car il se lie pour moi aux souvenirs
les plus doux de mon enfance; je le salue
avec le respect dont on salue ks morts. Que
ceux qui n'ont pas connu le Neuilly dont je
parle se figurent un vasle château sans prétention, sans architecture, composé presque
exclnsi.cment de rez-de-chaus ées ajuslé les
uns an bout des autres, de plain-pied avec
de ra,·issants jardins. Autour, un parc immen,e s'étendant des fortification à la Seine,
là où passe aujourd'hui l'a,cnue Ilineau. Dan
ce parc, des bois, de vergers, des champs,
des iles, dont la principale, l'ile de la GrandeJalle, enfermant un bras tout entier de la
Seine, et tout cela à un quart d'heure de
Paris.
Si ce beau domaine était un lieu de prédilection pour mon père et ma mère qui l'avaient
créé, qui l'embelfüsaienl tous les jours et
qui f vivaient à cette époque loin des soucis
de la politique, entourés de ces nombreux

enfants dont ils étaient tendrement aimés, il
l'étail aussi pour nous. Grâce à la proximité
de la ville, l'éducation, les maîtres, les leçons,
le collège se continuaient là comme à Paris;
nous avions de plus l'air, la campagne avec
toute sa liberté, ses exercices de corps, spontanés, naturels. Le matin, dès cinq heures,
annt les études, a,·ant le collège, nous galopions dans le grand parc. Pendant les récréations, les congés du jeudi, du dimanch.e, la.
bande d'enfants s'en allait a.ux champs presque
~ans sur\'eillance, les ai'.nés initiant les jeunes.
On allait faire les foins, grimper sur les
meules, récolter les pommes de terre, monter
aux arbres fruilieri:, gauler les noyers. li y
avait des !leurs partout, des champs de roses
où, sans qu'il y parût, on faisait tous les
jour de magnifiques bouquets. Puis le canotage, les parties de natation que les garçons
comme les fille , tous bons nageurs, faisaient
à tour de rôle sur le petit bras de la Seine
enclos dans le par~. Bien de délieiem, dans
les langueurs des chaudes soirées d'été,
comme ces pleine-eau. où, se jetant près du
pont de Neuilly, on se lai sait dériver presque
jusqu'à Asnières, à l'ombl'e des grands saules,
pour revenir à pied par l'île de la GrandeJatte. Dévastée aujourd'hui et devenue un
coupr-gorae, cette ile était alors couverte
d'arbres séculaires el sillonnée de ces « sentiers omhreu.\ » chantés par Gounod, où nous
aimions à nous égarer avec l'insouciance de
la jeunesse et peut-être les premiers éveils de
l'adolescence.
De ce euilly charmant il ne reste plus que
le souvenir. Confisqué par Napoléon Ill, s:m~
prétt&gt;xte plau.ible, il a été immédiatement
déchiqueté, pour effacer jusqu'à la trace de
ceux qui l'avaient acquis et habilé. C'est à
peine si, quand ,ie passe avenue J3ineau, je
retrouve dans les villas qui s'y sont füvécs
quelque arbre de connaissance, drrrière lequel
je m'embusquais pour tirer les lièvres qt1e
me rabattait un gros chien dressé par moi à
celle tàche. Quant au château, témoin d'une
orgie épournn!able, il a ,Hé mis à sac et incendié par les glorieux vainqueurs de Février 181 . Il n'en reste ri&lt;'n. Tons les oujets
d'art qu'il contenait ont été détruits. J'en
connais cependant une épare. Le voyageur
qui ,i~ile le musée de ~cuchâtcl, en Suisse,
verr:i, à côté du tableau où M. de Montmalin,
officier aux gardes suisses, est représenté, se
faisant massacrer le 10 Août, plutôt que
d'abandonner le drapeau confié à sa fidélité,
une toute pelile toile soigneusement raccommodée. Ce fragment est la figure pl'incipale
du premier tableau el du chef-d'œuvre de
Léopold Robert, l'Jmprovisaleul', qui se
trouvait dans le billard du châleau. Un sauveteur ou un pillard éclairé a découpé ce
fragment avec un canif au milieu de l'incendie, et c'est tout.
Mais je reviens à mon récit.
Il y avait aussi à Neuilly Je salon de mon
père et en particulier un billard où, portes
ou,ertes sur le~ terrasses, on passait les soirées au milieu des voisins, des amis, des habitués. Si je parle de ces soirées, c'est qu'ellrs

ont eu une inlluenco décisive sur ma destinée. Je vois d'ici ce billard, avec les tableaux
qui l'ornaient: l'lmprovisateui·, de Léopold

régiment de la garde caserné à Courheroie
danser au bal avec les jolies Llanchi~seusrs
du village, je voulais forcer mc:s ~œurs à

Clkht G•raudon
FoNLRAILLES DE

Loms XVIII. - Dessi11 de C HASSEt.AT. (M:•sèe de ve,-.&lt;ailles .)

Robert; la Femme clu briyancl, de Schnctz;
le Fcwst et la Jfarguel'ile au rouel, d"Ary
chetîer; la Venise, de Ziegler, tous des
chefs-d'œuvre. Je vois aussi les habitués :
deux abués d'abord, aux noms significatifs :
l'abbé de Saint-Phar cl l'abbé de Saint-Albin,
héritages des faiblesses d'arrière-grands-parents, bien avant la Révolution; puis encore
un abbé à ailes de pigeon, l'abbé de Labordère, ancien grand vicaire de Fréjus, devenu,
je ne sais comment, maire de Neuilly. Puis
le maréchal de Gouvion-Saint-Cyr, notre
voisin immédiat, autour duquel il y avait
toujours un cercle; puis des amiraux : le
comte de ercey, avec sa queue, un vétéran
des guerres de l'Inde; l'amiral Villaumelz,
des généraux, des officiers qui nous fanatisaient avec les récits de leurs campagnes.
Parmi ces généraux, amis de la maison,
figurait le général Drouot, qui m'aimait beaucoup. me prenait sur ses genoux, me contait
des histoires. J'avais vu le tableau d'llorace
Vernet : la Bataille de llanau., où Drouot
est représenté à pied, au milieu de ses canons,
au moment où passe sur eux la charge des
cuirassiers bavarois. ll n'en ayait pas fallu
davantage pour m'enflammer: je voulais être
artilleur. A la même époque, l'artillerie de
Vincennes fit cadeau à mon père d'un obusier
de monlagne de I 2, et le colonel de Caraman
vint l'es ayer avec nous. On tira à boulet,
dans le parc, sur les buttes de \ïlliers, cc
qui porta au plus haut point mon enlhouiasme militaire. J.i persécutai ma mère pour
qu'elle me fit faire un uniforme d'artilleur.
Dès que j'en fus reYôlu, je crus que ... c'ét:iit
arri\"é, et, comme on m'avait mené à la foire
de Neuilly où j'avais vu les sous-officiers du

imiter avec moi le genre de danse que je leur
avais vu exécuter. Il paraît que je me tira.is
asse:t bien de celle imitation chorégraphique.
Mais là s'arrêta ma velléité de carrière militaire; le général Drouot retourna à Nancy,
je ne le vi plus, et je fus bientôt sous
l'empire d'autres influences qui furent plus
durables.
Parmi les aides de camp de mon père, se
trouvait un jeune lieutenant-colonel de cavalerie, le comte d'lloudetot, qui avait déLuLé
dans la vie comme a.spirant de marine. Homme
de beaucoup d'esprit, il n'y avait pas de
conteur plus charmant. Or, le hasard voulait
t[Ue, créole de l'Ile-de-France, il eùt élé, lui
el sa famille, ramené en Europe sur la corvette la Régénérée, commandée par ce même
amiral Villaumelz, notre voisin et habitué du
billard. D'Iloudetot était en bas âge, lors de
ce voyage, si bien que la Régénérée ayant eu
un combat avec les Anglais aux îles de Loos,
sa nourrice avait été coupée en deux par un
boulet, ce qui lui fai ait dire : « J'ai bien
plus de titres à l'aYancement qu'un autre;
tout le monde a eu des chevaux tués, je suis
le seul dans l'armée française qui ait _eu une
femme tuée sous lui. »
Uapprochés par ce souvenir, l'ancien aspirant et le vieil amiral passaient leurs soirées
à échanger le récit de leurs aventures et ces
récits qui m'ayaient intéressé dè le début
finirent par me passionner. Il fallait entendre
d'lloudetot raconter Trafalgar, où il était
comme aspirant sur l'Algésfras, le vaisseau
de son oncle, l'amiral Magon ; comment lui,
d'Houdetot, étendu sur la dunette, les jambes
brisées par un éclat, avait vu son oncle l'amiral recevoir le coup mortel, au moment où,

SOUYENl~S

blcs_sé déjà, son chapeau et sa perruque
emportés par un projectile, il s'élançait 511r
le bastingage en criant à son équipage : &lt;t Je
promets la croix au premier qui sautera à
bord du vaissPau que je \'ais aborder; » comment encore, l'abordage repoussé, le mât &lt;le
misaine de !'Algésiras coupé par les boulets
était tombé en travers du Yaisseau anglais,
lançant à la mer, par-dessus ce vaisseau,
l'aspirant, camarade de d"Uoudctol, qui commandait dans la hune; lequel aspirant était
revenu à la nage à bord de l'AlgGsiras. Puis
venait le récit de la tempête qui suivil la
bataille, où vainqueurs et vaincus s'eJJ'orcèrent en cômmun d'échapper au naufrage
sous les ordres du lieutenant de la Ilretonnière, qui plus lard a été mon chef el qui
réussit à faire entrer le vaisseau à Cadix. Là,
d'Houdetot, déposé sur le môle, brisé, fiévreux
et sous un ciel ardent, vit la main d'une
femme, louthéc de sa jrunesse, étendre un
éventail au-dessus de la tête de « ce pauvre
petit », pour le garantir du soleil. Il attira à
lui celle main providcntiellr, la baisa et dut
à celte action si simple d'échapper aux horreurs d"un hôpital encomuré el ra\'agé par le
typhus. ll guûl'it, i'ut embarqué de nouveau
sur la frégate l'Jfe1·mione et OL naufrage arec
elle. « Trafalgar el un naufrage en deUI. ans,
nous disait-il, me suffirent comme campagnes
de mer. &gt;&gt; Il obtint de passer dans la ca\'alerie, pour aller se couvrir de gloire daas le
charges héroïques dela bataille de la Moskowa,
mais son cœur était reslé avec ses anciens
compagnons les marins, et il ne se la~sait
jamais de parler d'eux.
Quant au vieux Villaumelz, sa vie tout
entière s'était passée sur nos vaisseaux; il

Loms-PmLIPPE, DUC o'ÜRLÉANS, DANS LE
COSTU.ffi Qu'fL PORTAIT AU SACRE DE CHARLES

X.

était allé à la recherche de La Peyrouse avec
M. d'Enlrecasteaux, il avait commau&lt;lé l"escadre que le prince Jérôme Bonaparte ahan-

�ms TO'Jt1.ll ----------------~-----------------~---··
donna awc son Yaisseau le Vétéran, cl se~
récits de combats et d'aïenlurcs de mer
étaient intarissables. C'est en les écoulant
que le désir de suivre à mon tour la carrière
naYale me prit el ne me quitta plus. Je fis
mes premiers essais sur mer au Tréport,
pendant les peti ls vo-yages de vacances que
nous faisions au château d'Eu. Chaque fois
je fus horriblement malade du mal de mer,
mais cela ne me découragea pas. Je me sentais aussi entrainé par une vive sympathie
pour ces braves matelots à figures si ouvertes,
si simples, si résolues. J'enviais leurs dangers quand, de la jetée du_Tréport, je voyais
leurs barques rentrer pendant la lempète :
bref ça y était : j'étais pris·. Et cet amour-là
ne finira qu'avec moi.
En dehors de ma passion maritime du
Tréport, Eu, RanJan, marquènt encore de
bien bons soul'enirs de mon enfance. Mes
parents avaient l'habitude, à l'épo,1uc des
vacances, de nous emmener foire un petit
voyage, soit à Eu, soit à Randan, grande propriété de ma tante en Auvergne: Pendant
ces voyages, les études, les kç•&gt;ns, le collège
étaient suspendus et cela seul suffisait à
parer le voyage de mille allra.ils. Il faut dire
aussi qu'on ne voyageait pas alors comme
aujourd'hui el que les trajets étaient une
source de pelites aventures qui nous tenaient
toujours en érnil. Mon père avait fait faire
nnc grande voiture à douze places où tenait
toute la famille et qui res~emblait, sauî respect, à une ménagerie ambulante. Un courrier parlait en a,,ant pour commander les
chevaux de po te, un autre précédait la voi-

ruant. Ça s'attelait tant bien que mal, puis
arrivaient les postillons fringants, Je chapeau
enrubanné sur l'oreille, ((l.leltrues-uns encore
poudrés cl ornés de la grosse queue à catogan. Leur., vestes étaient garnies de cent
boulons d'argrnt, leurs jambes passées dans
des pantalons collants. Margot apportait les
grandes bolles cerclées dll for où ils fourraient leurs jambes, on les hi sait laborieusement à cheval, le maitre de poste criait :
&lt;! Allons l Feu! Et lâche la main! » el tout
parlait venlre à terre, au bruit des grelots,
des coups de fouet, à l'admiration des femmes
et des enfants du village groupés pour le
spectacle. Cne fois en route, ça se calmait,
mais les postillons n'avaient aucun commandement sur leurs cheYaux q!li, connaissant le
chemin, faisaient le relais par habitude, à
leur guise. ion rencontrait d'autres rnitures,
des rouliers sur la roule, c'était une question
de savoir si nos allelages se dérangeraient de
leur chemin trop ou pas assez. Les rencontres
s'annonçaient par les hurlements des postillons : si les chevaux ne se dérangeaient pas
a5scz, un abordage formidable se produisait
aYec un torrent de jurons et clirructi de lanternes el de glaces brisées. Si les chevaux au
contraire se rangeaient trop, la voiture s'inclinait d'abord sur le bas-côté, el l'inclinaison
augmentant, elle finissait sou\'ent par verser
doucement dans le fossé. li sortait alors une
clameur de la ménagerie, chacun se tâtant et
de rire ensuite, pendant 11u'on relcYaiL la
machine pour un nouveau départ. Plus loin,
autre accident; c'était la lraver ée d'un village et les postillons, pour faire de l'effet,

\'i.;E DU CHATEAU DE NEUILLY, RÉSIDEXCE DE LOUIS-PHILIPPE.

Tat&gt;.eau de H.

SEBRON.

ture. Au relais on amenait les six chevaux
qui devaient nous trainer, chevaux entiers,
méchants, hargneux, hurlant, mordant ,

(M11s~e de Versallles.)

commençaient un concert de coups de fouet :
les chevaux s'excitaient, l'allure s'accélérait,
cela allait bien si la rue du village était
"'35o ...

droite, mai5 s'il y avait un tournant, les
chevaux le prenaient trop court et une collision violente se produisait arnc la borne du
coin. Aussitôt on voyail accourir les charrons
et les hôteliers, toujours à l'affût de ces accidents. Quatre heures de réparations! Les
gl'ands-parents fulminaient., mais les en(ants jubilaient, c'était le désordre, el on
écrivait aux petits amis : « Nous :wons versé
à tel endroit, cassé à tel autre. » Ça fai ail
de la copie!
Le séjour de flandan n'offrait pas grand
intérêt. On quillait la gr:rnd'route à Aigueperse; on allelait six ou sept paires de
bœufs à la voilure; des Aurnrgnats en grands
chapeaux et costumes (il y araiL encore des
coslumes), armés de gaules, dirigeaient
l'attelage; la voilure oscillait, dans des chemins boueux, coupés de montagnes el de
vallées; on arrivail péniblement, mais on
arrivait au château. La grande di~traction du
séjour était d'aller faire visite à mldame la
Dauphine, qui faisait une cure annuelle à
Vichy.
Plus agréable le séjour d'Eu ! Le vieux château des Guises n'était à celle époque qu'une
baraque avec des corridors ondulés comme
des vagues. Dans les tempêtes touLe la maison
tremblait, et ctuand le soir, après les histoire
de rerenaots d'Anatole de Montesquiou, il
fallait traverser la galerie des Guises avec ses
terribles portraits qui semblaient desœndre
de leurs cadres au si[l]eroent lugubre du
vent de mer, les bas enianls éprouvaient une
petite émotion. Mais nous l'aimions, le vieux
manoir; il n'était pas banal.
Si de llandan on allait voir madame la
Dauphine à Vichy, on allaitd'Eu voir madame
la duchesse de Berri à Dieppe, dont elle
avait fait son séjour d'été. Nous l'accompagnâmes une fois au phare d'Aill5-; sous
l'escorte de sa garde d'honneur, un escadron
de Cauchoises à cheval. In if lo lem pore; en
cc temps-là tout~ les femmes de ormandie,
du pays de Caux, en particulier, faisaient
leurs courses, allaient au marché à cheval; on
voyait très peu de voitures. On avait choisi,
parmi toutes ces paysannes, les plus jolies
tilles et c'était un plaisir de les roi:r caracoler, au nombre d'une quarantaine, autour
de la ,·oiture de la duches e, la capitaine et
la lieutenante à la portière, toutes uniformément habillées de blanc, avec le costume
complet de Cauchoise, le lhi"non, le bonnet
à barbes de dentelles, et montées sur leur
bidet d'allure, qu'elles menaient parfaitement. Dans les haltes, l'escadron me1tait
pied à terre, et, tenant ses chevaux par la
bride, faisait, dan le paysage normand, le
plus charmant eflet. Je n'ai jamais su où
casernait l'escadron, mais, à coup sùr, il ne
devait pas manquer de billet de logement.
c•e~t M. de Murat, préfet de la Seine-Inférieure, qui avait eu l'idée de celle création;
- un homme charmant que ce préfet, mais
si distrait, qu'appelé un malin chez madame
la duchesse de ilerri, il s'était hàlé de ceindre
son épée, de passer son grand uniforme et
de courir en chapeau à Lrois cornes chez

V11:ux sounJV1~s

'

•

Madame, ne s'apercevant que Ht qu'il avait
oublié sa eu lotte.
En 1828, un grand changement se fit dans
mon exislencc; j'avais dit ans; mon tour
arrivait, on me mil au collège, j'entrai à
Henri IV. dy de mi! dit la complainte espagnole. Quand je passe dernnt Saint-Élirnne
du Mont, ff'lC je rrgarde la tour de Clovis et
les grands murs de la docte prison où j'ai
passé trois ans, cc ne sont pas des souvenirs
agrfablcs qui me reviennent, bien loin d" là!
Je m'y suis mortellement ennuyé et n'y ai
fait rien de bon~ Mon éducation s'est faite
par la lecture (j'étais el suis resté un lecteur
passionné), par l'observation, et aussi en
écoutant ceux qui savaient s'emparer de mon
attention. l'ai écoulé de toutes mes oreilles,
de tout mon cœur, l'abbé Dupanloup, quand
il faisait mon éducalion religieuse; Pouillet
quand il nous enseignait la physique; le
grand Arago quand il m'a mis puur la première fois nn sextant dans les mains; plus
lard Michelet, quand je suil'ais le cours d'histoire qu'il faisait à ma sœur Clémentine;
plus tard encore les leçons de droil que nous
donnait J\I. fiossi, le mini tre de Pie IX. ~lais
le Jalin, le grec, les heures passées sur un
thème , une ,·ersion, en compagnie d'un gros
dictionnaire! Oh! 1:, ! là! Au point de vne
universitaire j'ai donc été un canc,·e, rien
cru'un cancre . .J'ai pourtant décroché un prix,
le plus misérable de tous; le second prix de
version latine en septième! J" ai été couronné
à la distribution des prix, pendant que la
musique jouait en mon honneur : « Vive

Henri IV! ViYe ce roi vaillant, cc diable à
quatre! ... » J'ai reçu dn même coup, d'un
µ-ro, homme rouge, un baiser humide, trop

neries, et que rua douleur était poignantr,
11uand je deYais rentrer le lendemain. J'arais
pourtant de bons camarades que j'aim~is, au

LE 8TLLA,RD DU CHATE:AU DE °NEUILLY. -

humiJe, qui ne m'a fait aucun pLi.isir. ,ltl me
rappelle que le portier du collège s'appelait
Boit-s:.ms-soi(, que ma plus grande joie était
de sortir par sa porte après la classe du soir,
pour descendre par la rue de la Montagne ou
la rue des . ept-Voies, en faisant mille garni-

Dessin du PaTNCE DE

]OlN\"TLLE.

milieu dcs,1uel3 je me suis perfectionné dans
l'arl de ballrc la semelle à six, de donner
C'&gt;ups de pieds el coups de poingi cl d'en
rccernir. Mais, somme Loule, mon temps de
collège reste pour m'&gt;i, comme on dit en mathématiques, cr affecté du signe moins! »
PRl:'\CE DE

~o

Madame de Rambouillet
Madame de Rambouillet a toujours aimé
le, belles choses, et elle allait apprendre le
latin, seulement pour lire Vir"ile, quand une
maladie l'en empêcha. Depuis, elle n'y a pas
songé, et s'est contentée de l'espagnol. C'est
une personne habile en Lou tes choses. Elle
fut même l'architecte de l'hôtel de Rambouillet, qui était la maison de son père. Mal satisfaite de tous les dessins qu'on lui faisail
(c'était du temps du maréthal d 'Ancre, car
alor5 on ne savait que f.tire une salle à un
côté, une chambre à l'autre, et un escalier au
milieu), un soir, après y avoir bien rèl'é,
elle se mit à crier : cc Vile, du papier; j'ai
« trouvé le moyen de faire ce que je voue&lt; lais. » Sur l'heure ellP. en fit le dessin, car
naturellement elle sait de siner ; et dès
qu'èlle a m une maison, elle en tire le plan
fort aisément. On suivit le dessin de madame de Rambouillet de point en point.
C'est d'elle qu'on a appris à mettre les escaliers à côté, pour avoir une grande suite dP,
chambres, à exhausser les plan{'hers, et à faire
de.s portes et des fenêtres hautes el Jarges et

vis-à-vi les unes des aul;:;; · ; ~l cela ci.t si
vrai que la nêine-Înèrc, quand elle fit bâtir le
Luxembourg;-01•d(jt]na- aux :trchit'ecles d'aller
voir l'hôtel de Rambouillet, et ce soin ne leur
fut pas inutile . .C'est la première qu,i s'est
avisée de fairè peindr"e une chambrll d'au'lre
couleur que de rouge ou de Lanné; et c'est ce
qui a donné à sa grand'chambre le nom de
la chall!b1·e bleue.
L'hôtel de Rambouillet était, pour ainsi
dire, le théàtre de tous les diverti sements,
el c'était le rendez-vous de ce qu'il y avait de
plus galant à la cour, cl de plus poli parmi
les beaux-esprit du siède. Or, quoique le
cardinal de Hichelieu eût au cardinal de La
Valelle la plus grande obligalion qu'on pui se
avoir, il voulait pourtant ~avoir toutes ses
pensée aussi bien que d'un autre; et un
jour, comme àl. de Rambouillet était en Espagne, il envoya le Père Joseph chez madame
de Rambouillet; celui-ci, sans fairti semblant
de rien, la mit sur 1~ discours de celle ambassade, et après lui dit que monsieur son
mari étant employé à une négociation importante, M. le cardinal de Rithelicu pou"ait
prendre son temp3 pour faire quelque chose
de considérable pour lui, mais qu'il falJait
qu'il y contribuàl de son côté, cl qu'elle donnât à Son Éminence une petite satisfaction
qu'il désirait d'elle; qu'nn premier ministre

•,-

JOINVILLE.

ne pou Yai t prendre trop de précau lions; en
un mot, que U. le cardinal souhaitait de savoir par son moyen les inlrigues de madame
la Princes e et de M. le cardinal de l,a Valelle. « Mon père, lui dit-elle, je ne crois
I&lt; point que madame la Princesse et M. le
cc cardinal de La ValeLte aient aucunes intri&lt;&lt; gucs; mais, quand ils en auraient, je ne
« serais pas trop propre à faire le métier
cc d'espion. ll n s'adressait mal; il n'y a pas
au monde de personne moins inléressée. Elle
dit qu'elle ne conçoit pas de plus grand plaisir au monde que d'cnyoycr de l'argent aux
gens, sans qu'ils puissent savoir d'où il Yienl.
Elle passe bien pins avant que ceux qui disent
que donnçr est un plaisir de roi, car elle dit
que c'rsl un plaisir de Dieu. En me contant
celle petite histoire du Père Joseph, elle me
disait, c..,r il n'y a pas au monde un esprit
plus droit, qu'elle souffrirait encore moins
qu'on eût des gens d'église pour galants que
d'autres. - « C'est une des cho es, ajoutait« elle, pourquoi je suis hien aise de n'être
« point demeurée à Rome; clr, quoique je
« fusse hien assurée de ne point faire de mal,
u je n"étais pas pourtant assurée qu'on n'en
« dit point de moi, et apparemment, si on
« en eût dit, la médisance m'aurait mise
i avec quelque cardinal. "
TALLEMANT DES RÉAUX

�NÉRON DEVANT LE CADAVRE D'AGRIPPINE. -

TaNeau

d'ART' MONTERO \' CALVO,

Néron
Par Paul de SAINT-VICTO~

Ce n'est point sur le type classique du Tyran
qu'il faut mesurer et juger Néron. La politique entre pour peu dans ses crimes ; ils
dérouleraient tous les raisonnements et Lous
les calculs. La logique n'a rien à voir dans cet
amalgamcchimérique de fou cl d'histrion, de
scélérat el de dilcllantc. Il appartient àl'aliénisme historique, une science à créer el dont
relèveraient la plupart des mauvais Cé~ars.
Néron est un enfant gâté, àuquel le hasard
a donné le monde pour jouet; un enfant méchant et robuste, dont aucune résistance n'a
jamais refroidi la cervelle ni calmé les nerfs.
li veut el il peut; et il veut à tout moment,
et sa volonté, surexcitée par l'exécution immédiate, s'enfle, grandit, s'exagère, s'étend
démesurément, s'agite arec convulsions et se
heurte contre l'impossible. - La lune dans
un seau d'eau! finit par demander l'enfant
colérique, auquel on n'a jamais rien refusé.

- La tête du genre humain! ce sera le dernier soubai t des Césars.
Ce n'est pas à un germe de verlu, c'est à
l'inexpérience de la tyrannie qu'il faut attribuer son calme début. li essaie les âmes, il
sonde la bassesse humaine, il mesure la
« Yoie Scélératè 1&gt;. qu'il peut parcourir. Tout
au plus, pendant ses premières années de
règne, s'amusera-t-il à rôder la nuit par les
rues de Rome, en pillant les houùques et en
battant les passants. Ce sont là jeu:1 de
prince. Le peuple tend le dos et ne fait qu'ro
rire. Il faut bien que César s'amuse. Bientôt il
passe à des exercices plus sérieux : il empoisonne son frère publiquement, effrontément,
au milieu d'une fète. A la première gorgée
du breuvage préparé par Locuste, Dritannicus
tombe mot l à la renverse sur les coussins de
sôn lil. Les convires s'effrayent; mais le
maitre n'a pas sourcillé; ils se modèlent sur

ce visage impassible et reprennent les rires
commencés : « Après un moment de silence,
dit Tacite, la gaieté du festin se ranime. Po.~l
bl'eve silentium, repetila convivii lœtitia. »
L'impunité l'excite, il saute d'un bond aux
bornes du crime. Agrippine le gêne, il décide
sa mort. D'abord, il fait construire un vaisseau qui doit l'écraser ou la noyer en pleine
mer. L'ironie s'ajoute au parricide: avant de
l'embarquer sur le navire meurtrier, il lui
donne une fête à llaïa; et, en prenant congé
de cette mère qui va mourir, il la baise sur
les yeux, comme pour les lui fermer. Mais le
vaisseau se détraque; le ilot qui devait engloutir Agrippine « recule épouvanté ,&gt;,
comme celui du poète, el la dépose sur la
plage. ~éron s'impatiente el s'irrite. Ses deux
graves précepteurs, Sénrque et Burrhus,
restent muets devant sa colère : ils ne sont
plus de force à museler le jeune tigre, ils y

renoncent, ils ont 'petir. Burrhu.s lui-mêine
désigne l'homme proportionné à l'énormité
du forfait. Anicetus el ses licteurs vont frapper l\.grippine ,au ventre. A peine versé, lé
sang maternel dé~ise un moment Xéron. lJ.
se• rep.en.t, il s'effrave,
son imarrination
d'ar•
0
t1ste s~ trouble el s'ébranle. « La face des
Iüiux, qui, dit Tacite, ne change pas comme
cell!l de l'homme, » lui représente le visage
mort de sa mère. JI entend siffler le fouet des
Fµries, et la trompette funéraire embouchée
par un fantôme invisible sonner autour du
tombeau d'Agrippine. La nuit qui suivit le
meurtre, il rêva, dit-on, pour la première
f9is : le spectre de sa mère lui ouvrit la porte
de.s songes. liais le monde s'emprPsse de ras~
sµrer son maître. Les centurions et les tribuns vief!nent baiser sa main comme pour
l~her le sang qui la cou.vre; l'encens fume
dans les villes de. la Campanie, son retour à
Rome est un monstrueux triomphe: Le Sénat
vient nu-devant de lui, en habits de fête.
L'assass_in monte au Capitole et rend gràces
aux Dieux. hois protestaJionsmuelles rntèrent
seules contre le crime glorifié. Thraséas sortit
du Sénat quand on décréta que le jour de
naissance d'Agrippine serait mis au nombre
des jours néfastes ; une main inconnue attacha, la nuit. au bras droit de la statue de
Néron le sac de. cuir dans lequel la loi cousait
vivants les parricides arec une vipère et un
singe; et un nouveau-né fut trouvé dans une
rue de Rome portant cette•inscriplion vengeresse : « Enfant abandonné, de peur qu'il ne
vienne à tuer sa mère. » Des prodiges, selon
Tacite, protestèrent aussi contre le forfait.
La nature outragée se vengea par des monstruosités et des météores. Le soleil s'éclipsa,
ainsi qu'au repas d'Atrée, une femme accoucha d'un serpent, .et la foudre lomLa dans les
quatorze quartiers de Rome, comme pour la
purifier par le fou.
Ce monde moral à la renverse élait fait
pour ébranler les cœurs les plus fermes, les
intelligences les plus droites. Quel vertige
devait-il produire sur l'adolescent effréné qui
le dominait du haut d'une toute-puissance
sans obslacle et sans garde-l'ou? Au-dessous
de lui, une terre avilie sur laquelle a passé le
niveau de la servitude; des peuples humiliés,
prosternés, vautrés; rien qu'une vague mosaïque de 1êtes aplaties. Au-dessus, des
Dieux lointains et indifférents, dont il est
l'égal, et parmi lesquels l'aigle envolé de son
bûcher funèbre le transportera de plein droit.
&lt;&lt; Lorsque, ta carrière achevée en ce monde
(( - lui chantait Lucain, - lu remonteras
« tardif vers la voûte céleste, soit que tu
&lt;1 veuilles tenir le sceptre des cieux, soit que,
« nouveau Phébus, Lu veuilles éclairer ce
• monde que n'afiligera pas la perte d~ son
« soleil, il n'esl pas de divinité qui ne le
&lt;&lt; cède sa place, et la nature te laissera pro&lt;i noncer quel dieu lu veu1: être, où tu veux
« mettre la royauté du monde. Ne le place
« pas à une des extrémités de l'univers; l'arc
« du monde perdrait l'équilibre et serait en« trainé par ton poids. Choisis le milieu de
« l'éther, el. que là le ciel pur et serein n'of'..
IV. -

liJSTOIUA. -

F.isc.

32.

&lt;1 Cusque d'aucun· nuage le rayonnement de
i&gt; Ainsi isolé entre ces deux grands
,itles, entre ces 'deux néants de la re&amp;ponsa~
bililé et de la conscience, le César romain perd
toute vue lucide, tout aperçu de rapports,
tout sentiment de juste .et d'injuste. Sa 1&gt;ersonnalité envahit la terre; il est le chiffre
d'un zéro immense qui s'annule exprès pour
le faire valoir. C'est plus qu'un dieu, c'est le
Destin; il s'en attribue la puissance aveugle,
la t) rannie sans appel, les irresponsables
caprices; il en revendique le droit de mort
absolu, fatal, inintelligible, l'el que l'exerce en
apparence la Xature.
Quel spectacle que le règne cle Néron après
le meurtre d'Aggripine! La société se laisse
décimer avec l'obéissance passive d'une armée: La nation n'est plus qu'un troupeau
marqué du stigmate uniforme de l'esclavage,
et parmi lequel le maître lire au hasard ses
hécatombes quotidiennes. Les ,·ies illustres
s'éteignent sur tous les points du monde
comme les mille flambeaux d'une fête qui
finit. Pour l'élite, l'existence assurée est une
exception. Tacite signale, en s'en étonnant, la
chance d'un personnage consulaire qui ré,solut l'énigme de vivre : &lt;&lt; Memmius Régulus',
(&lt; dit-il, put vine en paix, parce que l'illus« tration de sa race ~lait nouvelle et que sa
·« fortune n'attirait pas l'envie. » .\ucune
lulte, aucune révolte. L'héroïsme, la gloire,
la vertu, s'oJfrenl d'elles-mêmes au couteau.
Bientôt Néron supprime les hommes el les
instruments du supplice. A quoi bon cet
appareil qui suppose l'é,·enlualité de la résistance? C'est volontairement que la victime
désignée doit se vouer à la mort; c'est de sa
propre main qu'elle doit la subir. Le suicide
devient une mode à Rome, comme il l'est
encore au Japon. Dans celte Venise de l'Asie,
le courtisan ou le fonctionnaire en faute n'attend pas l'ordre du Taïcoun pour mourir.
Dès qu'il s'est reconnu coupable, dès qu'il
a constalé sa disgràce, il se fend en croix le
ventre arec ses deux sabres. Il a appris et il
répète, depuis son enfance, l'escrime de &lt;·es
coups de sabre, qu'il s'est accoutumé à con.
sidérer comme sa fin probable. De même les
citoyens romains, avertis par le tribun que
l'heure est venue, s'ouvrent les veines avec
un canif cl se mettent au bain pour mourir.
Ainsi font Ostorius, Antinus, Vestinus, Torquatus et tant d'autres.
Était-ce juste impatience de sortir de la
,ie, ou servilité machinale, ou habitude de la
mort? Quoi qu'il en soit, les plus illustres et
les plus forts obéissent passivement à la consigne funèbre donnée par César. Corbulon, le
,·ainqueur de l'Orient, duquel Tiridate, étonné
qu'un tel homme souffrit un tel maitre, aYait
dit ironiquement à Xéron : « Tu as en Corhu« Ion un bon serviteur , » - se tue en
s'écriant: « Je l'ai bien mérité! » Plautus,
exilé en Asie, loin des licteurs et des prétoriens, n·a qu'un mot à dire pour soulever des
légions; etil tend sa gorge au glaive d'un eunuque a,·ec le fatalisme d'un pacha de la
vieille Turquie baisant le nœud coulant que
le Muet lui présente. Velus, un homme de la

« César!

vieille Rome, inform'é de . sa condamnation
prochaine, se hàte de la pré,·enir; il s'en~
ferme avec sa femme et sa fille, les perce du
stylet dont il ,·a se frapper, et meurt en
famille, comme il a vécu. Sénèque dicte des
sentences dans sa sanglante baignoire, Lucain
y corrige son poème. Pétrone ouvre ses veines,
les referme, les ouvre encore; il joue avec là
mort, la provoque, l'éloigne, ~a rappelle; il
chante, soupe, récompense des escl:ives, en
fait ,chàtier d'autres, et compose une satire
érotique pendant les entr'actes dè son volup.
tueux supplice. Thraséas fait à Jupiter L_ihérateur une libation du sang qui s'égoutte dè
-son artère appauvrie par l'âge. La lancette du
chirurgien, devenue l'arme du supplice, est
l'effrayanL symbole de ce temps, où la mort
était vraiment l'unique et héroïque remèdedè
la vie. Le Stoïcisme même, dont la secte rigide
offrait, au milieu de la dissolution romaihe,
le seul noyau de résistance' autour duqueipùt
se former une conspiration, enhardit par sa
résignation ce règne effréné. li l'accepte
comme une grande école de douleur et de
sacrifice : au lieu de glaives, il n'a• que des
sarcasmes à. enfoncer au cœur de Néron. Démélrius lui répÔnd : &lt;&lt; Tu me menaces dè
&lt;&lt; la mort, la nature le rend ta menace. » Canius Julius, allant au supplice, se fait assister
d'un philosophe comme d'un êonfesseur . ..J.
(&lt; Vous me demandez, dit-il à ses amis, s1
·« l'âme est immortelle. Je ,·ais le savoir, et, si
« je le puis, je re,·ie.ndrai vous le dire. · »
Quelques-uns, gracié.,; par César, rejetCent sa
gràceel se tuent, newulant pas manq1rer l'oécasion. En dehors des thermes tragiques oil
meurent les héros el les philosophes, le règne
n'est qu'une farce grandiose, dont le prince
est à la fois l'histrion et l'impresario. Le
Singe de l'apologue, lorsqu'il a déposé la
foudre avec laquelle il parodie Jupiter, revient à ses gambades el à ses grimaces nalurelles; or, Néron est un comédien a,,ant tout.
L'Empire, pour lui, n'est qu'un tréteau colossal, où il parade devant un parterre de
nations. Chanteur, mime, athlète, danseur,
acteur, il prostitue à toutes les momeries du
Cirque, à tous les oripeaux du tbéàtre la majesté souveraine. Son voyage en Grèce est le
Roman-Comique d'un cabotin couronné. Parti
à 1a tète d'une armée de cinq mille claqueurs,
- Auguslani, - il chante, lutte, pose, dédame dans toutes les arènes helléniques. 11 chante du nez, il tombe de son char, il
danse gauchement, car ses jambes grêles
iléchissent sous le poids d'un ventre proéminent. Et ce peuple d'artistes crie, applaudit,
admire, feint de se ptimer devant les pirouettes
cl les roulades du Divin Néron I On lui décerne dix-huit cents couronnes; on traîne aux
égouts, pour faire place aux siennes, les statues des anciens vainqueurs des Jeux Olympiques. Le terrible comédien réussissait à
coup sùr : !a supériorité dans les tragédies
de la vie réelle lui assurait le premier rang
dans tous les genres de l'art dramatique. Paraitre sur un théàtre avec Néron était aussi
dangereux que de jouer à la main chaude
aYec le léopard de la fable. Aussi l'athlète le

�111ST0~1A--------------------l'Espagne. Au seul bruit de ce!l révoltes loinplus robu~le tombe-l-il, les jambes en l'air, et de larmes. Que faire alors pour se distaines, la puissance de Néron s'écroule. L'urtraire?
Il
ne
reste
plus
que
l'impossible;
c'est
à son premier coup de poing ; le cocher qui
gence du danger ne lui in pire que des coà
l'impossible
gue
Néron
s'adonne
dans
ses
court avec lui fait prendre à son char le train
lères
puériles ou des projets insensés. Ce qui
derniers
jours.
Tacite
l'appelle
«
l'amant
de
d'une charrue; la voi.x: la plus mélodieuse
le
touche
Le plus dans la proclamation fuaffecte l'enrouement ou tombe d'e-xtinction l'incroyable: lncredibilium cupi/01·. n - Un
rieuse
de
Vindex, c'est qu'il l'ait appelé
Grec lui fait croire qu'il va se métamorphoser
lorsqu'elle alterne avec La voix de César. ,1 mauvais musicien. 1) Il en écrit au Sénat,
en
oiseau;
il
l'héberge
dans
son
palais,
en
Seul, un rirtuose de Corinthe s'avisa de
chanter juste dans une de ces représentations attendant que les ailes lui poussent. Un sal- pour le prendre à témoin de l'iniquité du
impériales; on l'applaudit, il fut perdu I Sur timbanque égyptien dJvore de la viande crue; reproche. li promet aux Dieux, s'ils lui donun signe de :Xéron, le autres acteurs, le il Yeut le perfectionner, en faire un cyclope, nent la victoire, de jouer dans une fête de
poussant contre une colonne du théâtre, lui et le dresser à manger de la chair humaine. l'orgue hydraulique, et de danser le pas de
- Celte 0«éni se de bois qui répond, dans
le Turnus. li imagine de dé armer les légions
percèrent la gorge à coups de stylet.
.
de Galba en allant à leur rencontre et en
Cirque,
par
des
cris
de
femme
aux
mugisseCar le sang était le vin de ces grotesques
orgies. Dans toutes les farces de Néron, la ments d'un laureau furieux, c'est une inven- pleurant devant elles. Pui, il p:isse à des YelMort joue son rôle. - Yoyez ce cocher, ha- tion de Néron parodiant la fable de Pasiphaé. léités belliqueuses, el ses préparatifs de guerre
Mais si Néron a épuisé le monde, s'il a consistent i, faire couper les cheveux de ses
billé de vert, lancer son char dans les jardins
touché
le fond du rendement terrestre, il lui concubines, à leur distribuer des haches, et
du Vatican. Le quadrige galope entre deux
reste
le
ciel à escalader. Il commence par à les former en escadron d'amazones. Se~
rangées de flambeaux étranges. Une odeur de
chair brûlée s'en exhale, la flamme crie, la destituer en masse tous les Dieux, il les dé- songes mêmes, - ces songes fatidiques qui
fumée râle .... Ces torche vivantes sont des capite et plante sa tête sur les épaules de dans l'antiquité traversent, sous des formes
Chrétiens empalés et enduits de cire. Néron leurs statues mutilées; puis il divinise sa si grandioses, la dernière nuit des mourants,
fait rouler son char infernal à travers une barbe et sa voix; consacre l'une au Capitole, - sont ceux qu'enfanterait la cervelle d'un
et fait o[rir à l'autre des sacrifices. - Le nain ou l'imagination d'un bou[on. li rêve
illumination de martyrs 1
Il est curieux d'observer la démence crois- sacrilège recèle peut-être des voluptés iné- &lt;JU'll est mangé par des fourmis, et qu'il
saule de cet halluciné du pouvoir. Son cer- dites : pour l'éprouver, il \'iole une vestale, chevauche sur un singe 11 tète de cheval qui
veau se ramollit à mesure que s'endurcit son souille une idole de la Déesse Syrienne et SP pousse des hennissements cadencés. Parfois
cœur. Son masque d'histrion finit par dévo- baigne dans l'eau des fontaines sacrées. 11 l'infatuation 1e reprend; il se cramponne à
rer les contours césariens qu'avait gardés sa confisque, à Delphes, les terres d'Apollon l'épave de trône qui lui reste encore, il y refigure. füns les trois dernières années de son dont l'oracle lui a parlé d' Oreste, et il ferme prend sa jactance et sa grimace césarien.ne.
règne, ce n'est plus qu'un mime effréné qui la bouche souterrain~ d'où la Pythie recevait De vagues idées d'exterminalion passent dans
contrefait les Dieux. Il n'a plus même la po- le souffle du Dieu. La ~[agie l'occupe un mo- son esprit: - ma. sacrer les généraux, empoilitique du memtre, la courte mais droite lo- ment; il fait venir des devins, el il épelle avec sonner le 'énat dans un grand festin, incengique du poignard; il tue à tort, à lràvers, eux les grimoires de l'Orient et les entrailles dier nome pour la seconde fois, lâcher la mépar crises, par accès, sans motif, et comme des victimes. Sa de1·nière manie accuse un nagerie du Cirque dans ses rues en flammes.
pour satisfaire un besoin physique de tem- ramollissement singulier; elle nous montre le - Inoffensive écume d'une rage impuissante,
pérament. Ses luxes, ses vices, ses orgies, César romain sous l'angle facial d'un sultan radotages d'une tyrannie tombée en enfance!
ses caprices, tournent à l'hyperbole orien- d'Afrique. Un pUbèien lui fait don d'une pe- Une nuit, les prétoriens abandonnent le poste
tale. Étant un monstre, il vise au monstrueux. tite statuette de jeune fille; il s'éprend de du Palatin, et c'en est fait de Néron. Rome
Ses désirs sont des Chimères qui cb.erchenl cette poupée, proclame sa divinilé suprême, [ait le ,,ide autour de lui, el ce vide forme
leur proie. Il remplit Rome, la ville positive, et lui fait par jour trois sacrifices. IL en était un gouffre dans lequel il tombe. L'effrayant
des fantasmagories du despotisme asiatique. à l'amulette, et il alla jusqu'au fétiche. Ayant César de la veille n'est plus qu'un proscr;t
Pour la refaire, il la brùle, et sur les ruines cassé un vase de cristal dont il aimait à se hagard qui rôde la nuit par les rues, l'rappnnt
de ses qu:i.rliers incendiés il se bâtit la bfai- servir, il éleva un mausolée à ses « Mànes. » it des portes qui ne i,'ouYrent pas. L'histoire
C'est dans sa chute qu'éclate la misérable des calastrophcs impériales n'a pas de plus
son d'Or, un palais qui envahit trois des Sept
nature
de ce faux dieu théàtral; elle rappelle misérable spectacle que celui de Néron fuyant,
Collines, qui a des lacs pour pièces d'eau, des
cette
idole
de la Bible qui se brisa sur le le matin, hors de la ,-ille, nu-pieds, masqué
plaines el des forêts pour jardins, dont les
souterrains mêmes sont couŒrls de fresques, parvis du Temple : de sa tète d'or sortit une d'un mouchoir, et rampont sous les ronces
pour entrer dans la cave de son affranchi,
dont les salles lambrissées d'ivoire tournent poignée de rats.
comme
un reptile poursuivi qui i;e fraye un
La
tyrannie,
qui
endurcit
alfreusement
avec un mouvement tle sphères et répandent
lrou.
Celle
extrémité rapetisse encore sa mél'énergie
des
forts,
qui
donne
1t
Tibère,
des pluies de parfums par leurs voùtes changeantes comme le ciel. Il pèche dans des par exemple, sur son rocher de Caprée, une prisable nature. D6maillotlé de la pourpre, il
filets dorés; il ferre d'argent ses mules et ses attitude de mépris qui a a hauteur, - la reparait à nu ce qu'il est, un enfant lâche et
builles; il alloue cinq cents ânesses à la bai- tyrannie énerve les faibles, les mine, les hé- gâté. Ses dernières pensées sont des regrets
gnoire de Poppée; il épouse solennellement bète. Otez d'un homme la conscience, le sen' de virtuose et des lamentations d'épicurien
un eunuque; il se promène dans un vaisseau moral, le cœur, les entrailles, s'il n'a pas de dégoûté. - a Voilà donc l'eau cuile de Nétlïvoire, sur l'étang d 'Agrippa, entre deux géni,e pour remplir ces vides, qu'en reslera- ron, » /tœc est Neronis clecocla ! dit-il, en
rangs de groupes obscènes posé sur les 1·ives. t-il~ Un simulacre de.puissance, mis en mou- buvant de l'eau d'une mare dans le creux de
Un de ses jeux est d'avilir les fiertés et de vement par des nerfs débile , une volonté sa main. Au bruit des caYalicrs qui le chersouiller les pudeurs. ll mêle les matrones égarée, l'animation de la fièvre, la vacillation chent sur la route, il déclame un vers de
avec les courtisanes; il fait battre des séna- de l'ivresse, un peu de hile aux veines, un l'Iliade : « Le galop des coursiers a frappé
teurs contre des gladiateurs, cl monter un peu d'écume aux lèvres I rien, presque rien. mon oreille. 11 Histrion dans l'ùme, il pense à
Un jour vient où le monde perd patience, où son larynx au moment de perdre la vie el
chevalier romain sur un éléphant.
le
gronpe de cariatides sur lequel piétine, de- l'empire. La mort pour lui est l'ntinction de •
On s'use vite dans ces excès du pouvoir; le
répertoire da despotisme est, en fin de compte, puis quinze ans, ce dieu frénélique. se lasse sa rnix; son dernier soupir est une note aigui:
borné par la nature. Un moment vient où la d'endurer les contre-coups de ses soubreëaut ; de rani Lé musicale. « Quel artiste va périr! »
dit-il en s'égorgeant d'une main maladroite.
matière humaine a donné à celui qui la pres- il s'en retire, il le laisse tomber.
Qualis a1•li/'e.T pereo !
.
Vindex
soulève
la
Gaule,
Galba
insurge
sure tout ce qu'elle contient de boue, de sang
PAUi. DE

SAI T-VICTOR.

Mémoires

du général baron de Marboi
CHAPITRE IX (suite ).
Yous _venez de voir que mon régiment,
ayant pris le service le 51 juillet au matin à
Kliastitsoui, l'avait fait pendanl toute la
journée. Il devait par conséquent, selon la
règle établie, être relevé par le 24e le Ier août,
à une heure du matin. Ce régiment fut donc
commandé pour l'attaque, et le mien devait
rester en résene, car l'espace Yide entre le
bois et le ruisseau ne pom'ait contenir qu'un
seul régiment de cavalerie. Le colonel A... se
rendit auprès d'Oudinot, et lui fit observer
qu'il y a,·ait à craindre que pendant que nous
nous préparions à combattre les troupes de
Wittgenstein placées devant nous, ce général
n'eùt dirigé vers notre droite une forte colonne pour passer la Drissa à un gué exi. tant
probablement à trois lieues en amont du point
où nous étions, gagner nos derrières et enlever nos blessés et nos équipages; qu'il serait
donc convenable d'envoyer un régiment de
cavalerie observer le gué dont il parlait. Le
maréchal adopta cette idée, et le colonel A... ,
dont le régiment venait de prendre le service,
le lit promptement monter à cheYal, et, l'emmenant dans l'expédition qu'il avait conçue,
laissa au 25• les risques du combat qui allait
s'enga11er.
Mon hrave régiment reçut avec calme l'annonce de la périlleuse mission qui lui était
confiée et vit avec plaisir le maréchal et le
général Legrand passer sur son front pour
présider am: préparalifs dP. l'attaque importante que nous allions faire.
A celte époque, tous les régiments français, lt l'exception des cuirassiers, avaient
une compagnie de grenadiers, nommée compagnie d'clite, qui tenait habituellement la
droite de la ligne. Celle du 25° était donc
ain i placée, lorsque le général Legrand fit
observer au maréchal que les ennemis ayant
leur artillerie en ·avant de leur centre, et les
dangers de,,ant être par conséquent beaue-0up
plus grands sur ce point, il conviendrait de
le faire attaquer par la compagnie d'élite,
composée des hommes les plus aguerris et
des meilleurs chevaux, afin d'éviter une hésitation q11i pourrait compromettre le résultat
de l'opération. En vain, j'assurai &lt;JUe le régiment, presque entièrement formé d'anciens
soldats, était sous Lous les rapports moraux
et plryûques aussi solide sur un point que
sur un autre, le maréchal m'ordonna de placer
la compagnie d'élite au centre du régiment.

J'obéis ; puis, ayant réuni les officiers, je leur
expliquai à demi-voix ce que nous al1ions
exécuter, et les prévins que pour mieux surprendre les ennemis, je ne ferais aucun commandement préparatoire et me bornerais à
celui de Cliar·gez! lorsque notre ligne serait
à pelile portée du canon ennemi. Tout étant
bien convenu, le régiment sortit du bivouac
dans le plus grand silence aux premières
lueurs du crépuscule, el traversa avec assez
de facilité le bois dont les grands arbres
étaient très espacés; puis nous entrâmes dans
la clairière unie au bout de laquelle se troumit le camp russe. eul de tout le régiment,
je n'avais pas le sabre à la main, car la droite,
celle qui restait libre, était employée à tenir
les rènes de mon cheval. Vous comprenez cc
qu'il y a\'ait de pénible dans cette posilion
pour un officier de cavalerie qui va s'élancer
sur les ennemis!. .. Mais j'avais lenu à mar-

HUGUES-BERNAlU&gt; lliRET, DUC DE BASSA.'iO.

D';zprès un portrait du Cabme/ des Estampes.

cher a~·cc mon régiment et me plaçai en avant
de la compagnie d'élite, ayant auprès de moi
son intrépide capitaine, M. Courleau, un des
meilleurs officiers de ce corps et celui que
j'affectionnais le plus.
"" 355 ...

Tout était parfaitement tranquille dans le
camp des Russes, vers lequel nous avancions
an petit pas, sans bruit, et j'avais d'autant
plus d'espoir de le surprendre que le général
Koalnie1T n'ayant fait passer le gué à aucun
détachement de ca,·alerie, nous n'apercevion pas de vedettes el distinguions seulement, à
la lueur affaiblie des feux , quelques rares
sentinelles d'infanterie, placées si près du
camp, qu'entre leur avertissement et notre
brusque apparition, il était probable que les
Russes ne pounaient e préparer à la défense.
Mais tout à coup deux vilains Cosaques, gens
rôdeurs et méliants, paraissent, à cheval, à
trente pas de ma ligne, la considèrent un
moment, puis s'enfuient vers le camp, où il
était évident qu'ils allaient signaler notre
arrivée!. .. Ce contre-temps me fut très
désagréable, car sans lui nous serions certainement arrivés sur les Russes sans perdre
un eul homme. Cependant , comme nous
étions découverts et approchions d'ailleurs
du point où j'avais résolu d'accélérer la marche, je mis mon cheval au galop. Toul le
régiment fit de même, et bientôt je fis entendre le commandement : « Chargez! 1&gt;
A ce signal, tous mes intrépides cavaliers
s'élancent rapidement avec moi vers le camp,
où nous tombons comme la foudre!. .. Mais
l'alarme venait d'y être donnée par les deux
Co aques ! Les artilleurs, couchés auprès de
leurs pièces, saisissent leurs lances à feu, el
quatorze canons vomissent :1 la fois la mitraille ur mon régiment! Trente-sept hommes, dont dix-neuI de la compagnie d'élite,
furent tués raides! Le brave capitaine Cour•
tcau !ut de ce nombre, ainsi que Je lieutenant
Lallouette ! Les artilleurs russes essayaient
de recharger leurs pièces, lorsqu'ils forent
hachés par nos cavaliers ! Nous avions peu de
blessés, presqu.e tous les coups ayant été mortels. 1 ous eûmes une quarantaine de chevaux
tués. Le mien fut estropié par un biscaïen;
il put néanmoin me porter jusque dans le
camp, où les fantassins russes, réYeillés en
sursaut, couraient déjà aux armes. Ces hommes e voyant rudement sabrés par nos chasseurs à cheval qui, d'après mes instructions,
s'étaient placés dès l'abord entre eux et les
rangées de fusils, fort peu purent saisir les
leurs el faire feu sur nous, d'autant moins
qu'au bruit de l'artillerie, les deux régiments
d'infanterie du général Albert, sortant du
bois, s'étaient élancés au pas de course sur
les extrémités du camp, où ils passaient au •

�1f1ST0'/{1.Jl
fil de la baïonnette tout ce qui es·ayait de se
défendre. Les Russes en désordre ne pou"ant
résister à cette triple attaque, une grande
partie d'entre eux qui, arrivés la nuit au
camp, n'avaient pu distinguer la hauteur des
berges de la rivière, voulurent s'échapper
dans cette direction el tombèrent de quinze à
vingt pieds sur des roches où presque tous
furent brisés : il en périt beaucoup!
Le général "Koulnielf, à peine réveillé, se
réunit cependant à un groupe de 2,000 hommes, dont le Liers lout au plus avait des
fusils, el suivant machinalement cette masse
désordonµée, il se présenta devant le gué.
Mais, en pénétrant dans le camp, j'avais fait
occuper ce point important par 500 à 600 cavaliers , dont faisait partie la compagnie
d'élite qui, exaspérée par la mort de son
capitaine, s'élança en fureur sur les Russes,
dont elle fit un très grand massacre! ... Le
général Koulnietr, que déjà l'ivresse faisait
chanceler sur son cheva], ayant attaqué le
maréchal des logis Legendre , celui-ci lui
plongea son sabre dans la gorge et l'étendit
mort à ses pieds l... M. de Ségur, dans sa
narration de la campagne de 1812, fait tenir
au général Koulnie[ mourant un discours à
l'instar des héros d'Homère. J'étais à quelques pas du sous-officier Legendre lorsqu'il
passa son sabre dans la gorge de Koulnieff,
et je puis certifier que ce général russe tomba
sans proférer un seul mot 1 !. . . La vicloire
des fantassins du général Albert et du 25• fut
complète. Les ennemis eurent au moins
2,000 hommes tués ou blessés, et nous leur
l'imes près de 4,000 prisonniers; le surplu,
périt en tombant sur les rocher aigus. Quelques Russes des plus le!:-tes parvinrent à rejoindre Wittgenstein, qui, en apprenant la
sanglante défaite de son avant-garde, se mil
en retraite sur Sebej.
Le maréchal Oudinot, enhardi par l'éclatant succès qu'il venait d'obtenir, résolut de
poursuivre les Russes el fit, comme la veille,
passer l'armée sur la rive droite de la Orissa;
mais pour donner aux régiments d'infanterie
de la brigade Albert ainsi qu'au 25• de chasseurs à cheval le temps de se remettre des
fatigues du combat, le maréchal les laissa en
observation sur le champ de bataille de Sivot ~china.
Je profitai de cc repos pour procéder à une
cérémonie dont on s'occupe bien rarement à
la !!lierre. Ce Îul de rendre les derniers devoi~s à ceux de nos braves camarades qui
venaient d'être tués! ... Une fosse considérable les reçut tous, rangés selon leurs grades,
ayant le capitaine Courleau et son lieutenant
sur le front de la ligne! Puis les quatorze
canons russes, si courageusement en1evés par
le 25•, furent placés en avant de cette tombe
militaire l
Ce pieux devoir accompli, je youlus faire
: 1. On lit dans le livre rie M. de égur: , La mort
de KoulnietT fut , dit-on, héroïque: un boulet lni brisa
Les deux jambes el l'abatlil sur ses propres canons;
alol's -voyant les ~.rançais ~•approcher, . il arracha ses
décorations et, s 111d1gnant co11l1·e lui-même de sa
témé1·iLé, il se condamna a mourir sur le lil!n même
de sa faute en ordonnant aux siens de 1'11.bandonner. »

M°'É.MOll(ES DU G'ÉN'Ê1~.Jf,L BA~ON DE MA~BOT

pan rr ma blessure de la ,·eille. qui me causait des douleurs affreuses, et fus prmr cela
m'asseoir à l'écart sou~ un immense sapin.
J'y aperçus un jeune chef de bat.aillon qui,
adossé contre le tronc de l'arbre el ,outenu

rait déchiré par les loups, dont le pays foisonne, et il désirait que je le .fisse placer à
côté du capitaine et des cavaliers du 23e dont
il aYait vu l'enterrement. Je m'y engageai, et
ce malheureux officier étant mort quelque
temps après notre pénible entretien, je me
conformai à ses derniers vœux !

CHAPITR.E X
'.'iou\'elle r!'lraile d'Ou,linot. - Marche;: el contremarches. - Le '23• de chasseurs est co,nblé de
l'écompenses. - Retraite sur Polotsk. - Le général Sainl-Cyr. - Oudinol, blessè. cède le cornmaudemeoL à Saint-Cyr.

,

.MAIŒCIIAL ClÉRARD.

Gra1111re

de BotLLY, a·.zprè.• le tableiw de

LA1unÈRE,

(Must e ilt Ver saWes.)

par deux grenadiers, ft:rmait p1loiblemeot un
petit paquet donl l'adresse était tracée a\'ec
du sang 1. .. C'était le si.en! ... Cet officier,
appartenant à la brigade Albert, venait de
recevoir, à l'attaque du camp russe, un affreux.
coup de baïonnette c1ui lui avait ouvert le
bas-ventre, d'où s'échappaient les intestins! ...
Plusieur étaient percés, el, quoique le pansement eût été fait, le sang coulait toujours :
le coup était mortel! ... Le malheureux blessé,
qui ne l'ignorait pas, avait voulu. avant de
succomber, faire ses adieux à une dame qu'il
chérissait; mais après avoir écrit, il ne savait
à qui confier ce précieux dépôt, lorsque le
hasard me conduisit auprès de lui. Nous ne
nou, connaissions que de vue; néanmoins,
pressé par les approches de 1a mort, il me
pria d'une voix presque éteinte de lui rendre
deux services; el, après avoir fait éloigner de
quelques pas les grenadier , il me donna le
paquet en disant, les larmes aux yeux: «il y a
nn portrait! ,i Il me fit promettre de le remettre secrètement en mains propres, ~i j'étais
assez heureux pour retourner un jour à Pari ;
&lt;« du reste, ajouta-t-il, ce n'est pas pressé,
car il vaut mieux qu'on ne reçoiYe ceci que
longlemps après que je ne serai plus! ... » Je
promis de m'acquitter de celte pénible mision, ce que je ne pus exécuter que deux ans
plus tard, en 18141. •. Quant à la seconde
prière que m'adressa le jeune chef de bataillon, elle Fut exaucée deux heures après ! Il
lui était pénible de penser que son corps se..., 3.56 ...

Profondément ému par ce lugubre épisode,
je réfléchissais fort tristement, lorsque je fus
tiré de mes rêveries par le bruit lointain
d'une très vive canonnade. Les deux armées
étaient encore aux prises. En effet, le maréchal Oudinot, après avoir passé devant le relais de Kliastitsoui, oit j'avais été blessé la
veille, ayant joint l'arrière-garde russe à
l'entrée du marais dont le débouché nous
a"ait été si Cuneste vingt-quatre heures aYant,
s'était ohs\iné à y refouler l'armée ennemie;
mais celle-ci, n'étant pas disposée à passer
ce dangereux défilé. avait fait, avec des forces
considérables, un retour offensif contre les
troupes françaises, 11ui, après avoir éprouvé
d·assez grandes perte~, se retiraient suivies
par les Russes. On eût dit qu'Oudinol el
Willgenstein jouaient une partie de barres! ...
Quand l'un s'avaDçait, l'autre e relirait pour
le poursuivre à son tour 'il ballait en retraite 1. .. La nouvelle rr.culade d'Oudinot nous
fut annoncée sur le champ de bataille de
Sivolschina par un aide de camp qui appariait au général A.lhert l'ordre de conduire sa
brigade el le 25e de chasseurs à deux lieues
en arrière, dans la direction de Polotsk.
Au moment de partir, je ne voulus pas
abandonner les quatorze pièces enlevées le
malin par mon régiment, el comme les cheYaux avec lesquels l'ennemi les arait amenées
étaient lombés en notre pouvoir, on les
attela, el nous fîmes conduire l'artillerie à
uotre prochain bivouac, d'où ce glorieux trophée du Murage du 2:i•· fut dirigé la nuit
, uiçante sur Polotsk; nos quatorze canons ne
1ardèrent pas à concourir très efficacement
à la défense de cette ville.
L'armée d'Oudinot battit en retraite ce
même jour jusqu'au gué de Sivotschina
qu'elle avait passé le matin en poursuivant
Wittgenstein, qui, rendu plus circonspect pat·
le dé astre éprouvé le jour même en ce lieu
par son avant-garde, n'osa aventurer aucun
corps isolé sur la rive occupée par nos troupe . Les deux armée , ainsi séparées par la
Orissa. prirent respectivement leurs positions
de nuit. Mais le 2 août, Oudinot ayant rapproché se· troupes de Polotsk, les ho, tilités
cessèrent pour quelque - jours. tant les deux
partis avaient besoin de repos. Nous fùmes
rejoints par le bon génél'al Castex ainsi que
par le 24• de chas eur -, qui en voulait beaucoup 11 son colonel de l'arnir éloigné au momenl ou c'était à lui d'attaquer le camp

ru~se, tandis que dans sa course rnrs la haute
Drissa il n'avait pas vu un seul ennemj, ni
1rouvé le gué.supposé.
Après quelque jours de repos, Wittgenstein porta une partie Je ses troupes vers la
basse Düna, d'où. Jfacdonald menaçait sa
droite. Le maréchal Oudinol ayant suivi dans
celle direction l'armée rus;e, celle-ci fit volteface vers nous, et pendant huit à dix jours il
y eut de nombreuses marches, contremarches et plusieurs engagements partiels, dont
il serait trop long et trop pénible de faire
l'analyse, d'autant que tout cela n'amena
d'autre résultat 11ue de faire tuer des hommes fort inutilement, et de démonlrer le peu
ùe décision de ' chefs des deux armées.
Lei plus sérieux des combats livrés pendant
celle courte période eut lieu le 15 aoùt, auprès du magnifique couvent de Valensoui,
construit , ur les bords de la S,·oloa. Cettt!
petite rivière, dont le- berges sont très fangeuse , séparait les Françai de, Ru se~, l'i
il était é,ident que celui des deux généraux
11ui tenterait le passage de ,·ive force sur u11
terrain aussi déîaYorable éprournrail un auglanl échec. Wittgenstein ni Oudinot n'avaient
donc pas le projet de franchir la Svolna sur
ce point; mais au lieu d'aller chercher ailleurs un champ de bataille sur le4uel il · pu sent se mesurer, on les -vit Lous le deux
prendre po ilion 1;ur cc cours d'eau comme
pour se narguer mutuellement. Bientôt il
s'établit d'une rire à l'autre une canonnadP
des plus ,ires et parfaitement inutile, pui. rJ:uc
le~ troupes d'aucun parti n'ayant le moyen de
joindre leur advel'~aire, ce déplorable enga11ement ne pouvait aYoir aucun avanla11e pour
per~onne.
Cependant Wittgenstein, pour ména~er ·r~
~oldats, s'était bornr à po ter quelques hataillons de chasseur à pied dans les aules cl
le roseaux (jUi bordent le rivage, et tenait
ses troupes hors de la portée des canons français, dont le feu Lien nourri alteiguait seultment quelque -uns de ses tirailleur , tandis
cru'Oudinot, 'étant obstiné, malgré les sages
observations de plusieur généraux, à rapproC'her sa première ligne de la Syolna,
éproma de perles qu'il aurait pu et dû s'éviter. L'artillerie des Ru ses n'est pas, à beaucoup prè , aussi bonoe que la nôlre, mais
elle se sert, en campagne, de pièces dites
fü·ornes, dont la por1ée dépassait celle des
canon - l'rançais de celte époque. Ce furent
ces licornes qui fh-eoL les plus grand raya,11e
parmi nos troupes.
Le maréchal Oudinot, persuadé que no ·
ennemis allaient franchir la ri, ière, tenait
non seu1emcnL une di,"ision d'infanterie à
portée de les r&lt;'pou ser, mai il la faisait appuler par la ca,·aleric du général Castex, précaution surabondante, car un pa sage, même
celui d'une petite rivière, demande plus de
temps qu 'il n'en faut aux défenseur pour
accourir au-derant des attaquants. Mon régime~L et le 24e de chasseurs n'en furent pa
moms exposés pendant °l'ingt-qualre heures
,mx boulets d~ Ru ses, qui nous tuèrent et
e~tropit!rent plusieurs hommes.
0

Pendant ce comLat, où les troupes restèrent lrès longlemps de pied ferme, on vit arriver l'aide de camp qu'Oudinot avait envoyé
à Witepsk porter à !'Empereur le rapport des
combats de Kliastitsoui ainsi que de celui de
ivotschina. Napoléon, voulant térnoi,.ner en
particulié.l· aux troupes qu'il ne les 0rendait
pas responsables du peu de succès de notre
marche, venait de combler le 2e «!orps de récompenses, tant en avancement qu'en décorations. Après avoir bien traité l'infanterie,
Sa Majesté accordait quatre croix de la Légion
d'honneur à chacun des régiments de cavalerie. Le major général prince Berthier ajoutait dans sa lettre d'envoi que !'Empereur,
polli' exprimer au 23e de chasseurs à cheral
la sali l'action qu'il éprouvait pour sa belle
conduite à Wilkomir, au pont de Dünabourg,
au combat de nuit de Drouia, à Kliaslitsoui,
et surtout à l'allaque du camp russe de Sivotschina, lui enYoyait, en sus des quatre
récompen e données aux au Lres régiments,
quatorze décorations, une pour chaque canon
enlevé par lui à l'avant-garde de Koulnielf!. ..
J'avais donc dix-huit croix à disLrihuer à mou
brave régiment. L'aide de camp n'avait pas
apporté les breYets, mais I.e major généraJ
suppléait à cet envoi en chargeant les chefs
des régiments de désigner les militaires qui devaientlesrecel'oiret de lui en faire passer l'état
J'assemblai tou les capitaine et, après
m'ètre éclairé de leur aYis, je dressai ma
liste et fus la présenter au maréchal Oudinot,
en l!.&gt; priaul de me permettre de la faire connaitré sur-le-champ au régimenL : &lt;« Commenl, ici, sous les boulets! ... - Oui. monsieur le maréchal, sous les boulels .... Ce
sera plus chevaleresque!... &gt;l
Le général Lorencez, qui, comme cbef
d'état-major, avait libellé le rapport des
divers combats et fait un lrès grand éloae du
25•' de chasseur , ayant été de mon avis, le
maréchal consentit à ma demande. Les décorations ne devaient arriver que plus tard,
mais j'envoyai chercher aux équipages une
pièce de ruban que j'aYail- dans mon portemanteau, el après) a\'Oir !ail couper dix-huit
morceaux, ,j'annonçai au régiment les récompenses qui lui étaient accordées par !'Empereur. Puis Caisanl sortir des rangs les élns à
tour de rôle, je donnai à chacun un bout de
ce ruban rouge, alors si désiré, si bien porté,
et dont on a depuis si grandement alfaihli le
pre tige en le prodiguant, en le prostituant
même! ... Celle distribution faite en présence
de l'ennemi, au milieu des dangers, produisit un effet immense ur le régiment, dont
l'enthousiasme fut au comble lorsque j'appeJaj le Yieux sous-officier Prud'homme, réputé
à juste titre le plus inlrépide et le plus modeste de Lou les guerriers du 2 ~• de chasseurs. Toujours calme, ce brave, illustré par
de nombreuses actions d'éclat, s'approcha
d'un air timide et reçut le ruhàn, au milieu
des vives acclamation de tous les e~cadrons:
ce fut un vrai triomphe pour lui! ... Je n'oublierai jamais cette scène touchante qui, Yous
le savez, se passait sous le canon de l'ennemi.
Mais il n'y a point de bonheur complet! ...

.

Deux hommes portés sur ma: liste comme approchant le plus du mérite de Prud'homme
venaient d'être cruellement blessés par des
boulets!... Le maréchal des logis Legendre,
celui qui avait tué le général Koulnieff, avait
un bras emporté, el le brigadier Griffon une
jambe brisée! ... On les amputait lorsque je
me rendis à l'ambulance pour les décorer! ...
A la vue du ruban de la Légion d'honneur,
ils parurent oublier leurs douleurs et firent
éclater la joie la plus vive! ... Cependant Legendre ne survécut pas longtemps à sa blessure, mais Grilftm se rétablit, fut évacué sm
la France, et plusieurs années après, je le
retrou\'ai à l'hôtel des Invalides.
Le ~4• de chasseurs, qui ne recevait que
quatre décorations, tandis que le 25e en recevait dix-huit, cominl que c'était juste, mais
n'en manifesta pas moins SC$ regrets d'avoir
été privé de l'honneur de prendre les quatorze canons russes à Sivotschlna, eût-il
même dû y éprouver les pertes que nous
avions subies nous-mêmes. &lt;c Nous sommes
soldats, disaient-ils, nous devons com·ir toutes
les chances bonnes ou mauvaises! » Us en
voulurent à leur colonel de ce qu'ils appelaient un pas e-droit!. .. Quelle armée que
celle dont les soldats réclamaient le privilège
de marcher à l'ennemi!...
Vous demandez sans doute quelle fut dans
cette distribution de récompenses celle que je
reçus moi-même? - Aucune! parce que
!'Empereur, avant de se décider à retirer le
commandement du régiment au colonel de
La ougarède en le faisant ou général ou
chef d'une légion de gendarmerie, voulait savoir si la santé de cet orficier lui permettrait
de faire l'un de ces services. En conséquence,
le major général enjoignait au maréchal Oudinot de faire examiner M. de La Nougarède
par un conseil de santé, dont l'avis fut qu'il
ne pourrait jamais monter à cheval. D'après
celte décision, le maréchal autorisa M. de La
'ougarède à retourner en France, où il obtint le commandement d'une place de second
ordre. Ce malheureux colonel, avant de quitter Polotsk, où ses infirmités l'avaient forcé
de se réfugier, m'écrivit une lettre fort touchante par laquelle il faisait ses adieux au 25P,
et bien que M. de La Nougarède n'eût jamais
combattu à la tète de ce régiment (ce qui
attache infiniment les troupes à leur cheî), il
en fut néanmoins regretté et le méritait à
tous égards.
Le régiment restant ainsi sans colonel, le
maréchal s'attendait à recevoir Lientôt ma
promotion à ce grade, et j'avoue franchement
que je l'espérais aussi; mais l'Empereur
s'étant éloigné de nous et ayant quitté "'itepsk
pour marcher ur molensk et de là vers
Mo cou, les travaux de son cabinet furent ralentis par les préoccupations que lui donnaient les opérations militaires, si bien que
je ne fus nommé colonel que trois mois plus
tard!
Mais revenons sur les bords de la SYoina,
dont les Français s'éloignèrent précipilam.i
ment, en lais ant une partie de leurs blessés
dans le couvent de Valensoui.

�JJfÉ.M01JrEs DU GÉNÉ'R_JU. BA:J~_OJ\J DE MJU(BOT

1f1ST0-1{1A
Parmi ceux que nous parvinmes à emporter, se trouvait M. Casabianca, colonel du
Jie régiment d'infanterie légère, qui avait été
mon camarade lorsque nous servions l'un et
l'autre comme aides de camp auprès de Ma sénà. M. Casabianca élait un officier du plus
grand mérite, dont l'avancement eût été fort
rapide; mais, frappé à la tète au moment où
il visitait les tirailleurs de son régiment placés . ur les bords de la Svolna, il vit sa carrière arrêtée. l1 était mourant lorsque je l'aperçus sur un brancard, porté par des sapeurs t
Il me reconnut, el en me serrant la main, il
me dit combien il regrettait de voir notre
corps d'armée si médiocrement dirigé. Le
soir même, ce malheureux colonel expira!. ..
Se, dernières paroles n'étaient que trop fondées, car notre chef semblait agir sans méthode ni plan. Après un succès, il poursuivait Wittgenstein, sans se préoccuper d'aucun
obstacle, et ne parlait de rien moins que de
le pousser jusqu'à Saint-Pétersbourg; mais
au moindre revers, il ballait rapidement en
retraite, et voyait des ennemis par Lou t. Ce
fut sous celte dernière influence qu'il ramena
sous les mur~ de Polotsk ses troupes, très
affectées qu'on les fü reculer ain i devant les
Russes, qu'elles venaient de vaincre dans
presque toutes les rencontres.
Le i 5 aoùl, jour de la fète de !'Empereur,
le :!c corps d'armét' arriva fort tristement à
Polots1., où nous h·ouvâmes le 6• corps formé
des deux belles divisions bavaroi es du général de ""rède, dont un général français, Gouvion Saint-Cyr, avait le commandement supérieur. L'Empereur envoyait cc renfort de
8 à 10,000 homme au marêcbal Oudinot,
qui l'eût reçu avec plus de satisfaction s'il
u'eùt craint le contrôle de celui qui le conduisait. En efl'el, aint-Cyr était un des militaires les plus capables de l'Europe! ... Contemporain et émule de Moreau, de Hoche, de
l,léber et de Desaix, il avait commandé avec
succès une des ailes de l'arm~ du Rhin, lorsr1ue Oudinot était à peine colonel ou général
de brigade. Je n'ai connu personne qui dirio-eâl mieux ses troupes sur un thamp de bat.aille que ne le faisait aint-Cyr.
fils d'un petit propriétaire de Toul, il avait
étudié pour êtrè ingénieur civil; mais dégoùté de cet étal, il s'était fait comédien à
Paris, et ce fut lui 11ui créa le célèbre rôle de
Hoberl, chef de brigands, an théâtre de la
Cité, où la révolulion de 9 le troma. SaintCyr entra dans un bataillon de ,·olontaires, fil
preuve de talents, d'un grand courage, par,•int très promptement au grade de général
de division el se distingua par de nombreux
succès. Il était d'une taille élerée, mais avait
plutôt la tournure d'un professeur que d'un
mililaire, ce qu'il faut peut-être attribuer à
l'habitude qu'il avait contractée auprès des
généraux de l'armée du Rhin de ne porte!' ni
uniforme, ni épaulettes, mais une simple redingote bleue tout unir.
JI était impossible de voir un homme plus
calme I Les périls les plus grands, les contrariétés, les succès, les défaites, rien ne pouYail l'émouvoir ... il était de glace devant

tous les érénements 1. .. On conçoit quel avantage un tel caractère, secondé par le goût
pour l'étude et la méditation, donnait à cet
oificier général. Mais Saint-Cyr avait aussi de
sérieux défaut : jaloux de ses camarades, on
l'a vu souvent tenir ses troupes au repos, tandis que, auprès de lui, d'autres divisions
étaient écrasées; Saint-Cl·r marchait alors, et
profitant de la lassitude des ennemis, il les
battait et paraissait ainsi avoir remporté seul
la victoire. En second lieu, si le général SaintCyr était un des chefs de l'armée qui savaient
le mieux employer les troupes sm le champ
de bataille, c'était incontestablement celui
qui s'occupait le moins de leur bien-être.
Jamais il ne s'informait si les soldats avaient
des vivres, des vêrcments,. des chaussures, et
si leurs armes étaient en bon état. Il ne passait aucune revue, ne visitait point les hôpitaux et ne demandait même pas s'il en e~;sLait ! elon lui, les colonels devaient pourroir
à tout cela. Eu un mol, il voulait qu'on lui
amenàt sur le champ de bataille des régiments tout prêts à combattre, sans qu'il eût
à s'occuper des moyens de les tenir en Lon
état. Cette manière d'agir avait beaucoup nui
à Saint-Cyr, et partout où il avait seni, lrs
troupes, tout en rendant justice à ses talents
militaires, ne l'avaient point aimé. Tous ses
camarades l'edoutaient de se trouver avec lui,
et les divers gouvernements qui s'étaient succédés en France ne l'anienl employé que par
nécessité. L'Empereur fit de même, et il avait
une telle antipathie pour . aint-Cyr que, lors
de la création des maréchaux, il ne le porla
pas sur la liste des promotions, bien que ce
général cù l de meilleurs services et beaucoup plus de talents que la plupart de ceux
auxquels Napoléon donna le bâton de commandement. Tel était l'homme que !'Empereur venait de placer sous les ordres d'Oudinol, an grand regret de celui-ci, qui sentait
que la supériorité de Saint-Cyr allait l'écraser.
Le t 6 aoùl (jour de la naissance d'Al[red,
mon fils ainé 1), l'armée rus e. l'orle de
soixante et quelques mille hommes, vint attaquer Oudinot, qui, en comptant le corps bavarois amené par Sainl-C1r, a,·ait sous ses
grdres 52,000 combattants. En Loule autre
circonstance el dans les guerres ordinaires,
un engagement entre i 12,000 hommes aurait pris le nom de bataille, dont la perle ou
le gain aurait eu d'immenses résultats; mais
en 1812, le chiffre des troupes des armées.
belligérantes s'élevant à 600,000 ou 700,000
hommes, une collision entre 100,0CO guerriers n"étail qu'un combat! C'est donc ainsi
qu'on désirroe l'allaire qui euL lieu sous Polotsk, entre les troupes russes el le corps du
marechal Oudinot.
La ville de Polotsk, bâtie sur la rive droite
de la Düna, est entourée de vieux remparts
en terre. En avant du front principal de la
place, les champs sont divisés par une infinité de petites rigoles entre lesquelles on
cultive des légumes. Bien que ces obstacles
3ll

1. Le baron Alfred de )larbot. mail re de requête~
Conseil d"Etal, mort et, 1865.

,,, 358 ,,.

ne fussent point infranchissables pour l'artillerie el la cavalerie, ils en gênaient cependant
la marche. Ces jardins s'étendent à une petite demi-lieue du fronl de la ville; mais à
leur gauche, sur les rives de la Düna, on
trouve une vaste prairie, unie comme un
lapis. c·est par là que le général russe amait
dû allaquer Polotsk, ce qui l'aurait rendu
mailre du faible el unique pont de bateaux
qui nous mellait en communication avec la
rive gauche d'où nou tirions nos munitions
de guerre cl nos vi,·res. Mais Wittgenstein,
préférant prendre le taureau par les corne·,
dirigea se forces principales ,·ers le jardins, d"où il espérait escalader les remparts,
qui ne sont, à proprement parler, que des
talus facile, à gra,ir, mais qui ont l'ayantagc
de dominer au loin. L'allaque rut des plus
viYes; cependant, nos îaolas ins défendirent
bravement le, jardins, pendaol que, du haut
des remparts. l'artilleril', parmi laquelle
figurail'nt le quatorze pièees prises à Sivolschina par le 2::i•, faisait un affreux ravage
dans les rangs ennemis .... Les Russes reculèrent en désordre pour allrr s,• reform1•r
dans la plaine. Oudinot, au lieu de conserver
sa bonne position, les poursuivit el fut à son
tour repoussé aYcc perle. ne grande parti'
de la journée se passa ainsi, les Russes revenant sans cesse à la charge cl les Françai~ les
refoulant toujours au delà des jardins.
Pendant ces sanglante allées et venues,
que taisait le général ai nt-Cyr? Il suivait
silencieusement Oudinot, et lorsqul' celui-ci
lui demandait on avis, il s'inclinait rn se
bornant à répJndrc : (( MonseignC'ur Ir maréchal!... &gt;&gt; ce qui semblai l dire : Puisqu'on
vous a fait maréchal, vous dcwz eu savoir
plus que moi, simple général; Lirez-vous d'affaire comme vous pourrez!
Cependant, Willgen tein, ayant déjà essuyé
des perles énormes, et désespérant d'obtenir
la victoire en continuant ses attaque du
côté des j:irdîns, finit par Olt il aurail dû
commencer el fit marcher le gros de ses troupes vers les prairies qui bordent la Düna.
Oudinot anil jusqu'alors tenu ses pièce
de 12 el Loule sa cavalerie r,ur ce point, où
elles étaient restées comme éLrai.1,,ère:, au
combat; mais le général d'artillerie Dulauloy,
qui craignait pour ses canons, viol propo er
au maréchal de faire repasser sur la rive
gauche de la rivière, non seulement les pièces
&lt;le gros calibre, mai. Loule la cavalerie, ous
prétexte qu'elle gêneraient les mouvements
de l'infanterie. Oudinot ayanl demandé à
Saint-Cyr ce qu"il en pensait, celui-ci, au lieu
de lui donner le bon con·eil d'utiliser l'artillerie et la cavalerie ur un terrain où elle
pouvaient facilemenl manœuvrer et appuyer
l'infanterie, se contenta de répéter .-on éternel refrain : « Monseigneur le maréchal! ,,
Finalement, Oudinot, malgré les observation~
clu général Lorencez, son chef d'étal-major,
prescrivit à l'artillerie ainsi qu'à la cavalerie
de e retirer de l'autre côté du fleuve.
Ce mouvement regrettable, qui paraissait
annoncer une retraite et l'abandon total de
Polotsk et de la rire droite, déplut infiniment

aux troupes qu'on éloignait, el afiècta le
moral de l'infanterie destinée à défendre le
côté de la Yille qui avoisine les prairies. L'ardeur des Russes s'accrut au contraire, en
voyant dix régiments de cavalerie et plusieurs
balleries quitter le champ de bataille. Aussi,
pour porter le désord rc dans ce Lie énorme
masse pendant qn 'elle s'en allaiL, ils avan- ,
cèrent promplement el firent tirer leurs
licornes, dont les projectiles creux, après
avoir produit l'effet de boulets, éclataient

LE

Yeler le combat, et lorsque, après avoir passé
le pont, nous tournâmes la tète pour regarder ce qui se passait sur la rive que nous
venions de quitter, nous fûmes témoins d'un
spectacle des plus émouvants. L'infanterie
française, les Bavarois, les Croates, combattaient bravement et même avec avantage;
mais la légion portugaise et surtout les deux
régiments suisses fuyaient devant les Russes.
el ne s"arrêtèrenl que lorsque, poussés dans
la rivière, ils eurent de l'eau jusqu'aux

PORTRAIT DU ROI DE

comme des obus. L.es régiments voisins du
mien curent plusieurs hommes tués ou
blessés; je fus assez heureux pour qu'aucun
de mes cavaliers ne fùt atteint; je perdis
seulement quelques chevaux. Celui que je
montais ayant eu la tète brisée, je tombai
avec lui, et mon épaule blessée ayant violemment porté sur la terre, j'éprourai une
affreuse douleur! [11 peu moins d'inclinai on
donnée au canon russe, je recevais le boulet
en plein c::orps, el mon fils était orphelin
quelques heures après a,·oir vu le jour!
Cependant, les ennemis venaient de ren~u•

Roll.E. -

Français, Bavarois et Croates repoussaienl
sur d'autres, le combat se ralentit et dégénéra en tiraillement une heure arant la fin
du jour. Mais le maréchal Oudinot ne pouvait
se dissimuler qu'il faudrait le recommencer
le lendemain. Aussi, très préoccupé d'une
situation dont il ne voyait pas l'issue, et se
heurtant au mutisme obstiné de Saint-Cyr, il
s'en allait à cheval et au petit pas, suivi par
un seul aide de camp, au milieu des tirailleurs de son infanterie, quand les tireurs

TaNeau c:t'llll'l'Ol.HE llELLESGÊ:.

genoux!. .. Là, contraints de faire îace à
l'ennemi sous peine de se noyer, ils combattirent enfin, et par un fou de file des mieux
nourris, ils obligèrent les Russes à s'éloigner
un peu. Le commandant de l'artillerie française, qui l'enait de pas5er la Düna arec la
cavalerie, saisit arec habileté l'occasion d'être
utile en faisant approcher es pièces de la
rirn, et tirant par-desfüs le fleuve, il foudroya les bataillons ennemis placés à l'autre
bord.
Celle puissante diversion arrêtant sur ce
point les troupes de Wiltgenslein, que les

ennemis, remarquant cc cavalier coillé d'un
chapeau à plumes blanches, en firent leur
point de mire el lui envoyèrent une balle
dans le bras!
Aussilot le maréchal, faisant informer
Saint-Cyr de sa blessure, lui remit le commandement de l'armée; lui laissant le soin
d'arranger les aOaires, il quitta le champ de
bataille, traversa le pont, s'arrêta un moment au bivouac de la cavalerie, et, s'éloignant de l'armée, il se rendit sur les derrières, en Lilhnanic, pour y faire soigner sa
blessure.

�1f1STO'RJ.Jl
rous ne re,imes le maréchal Oudinot que
deux mois après.
CHAPITRE XI
~ouvelle, dispositions prises par ,ainl-C)'r. - Allaqor èl surpri;.c de l'ennemi. - Jncirlenls di,.ers. Comhal ,le cal'alerie. - lletraile dP l"ennemi. . ÉLahlisscment dans Polol k. - aint-Cyr est nommé
maréchal.

Saint-Cyr prit d'une main habile et ferme
les rênes du commandement, et en peu
d'heures les choses changèrent totalement de
face, tante l grande l'influence d'un homme
capable el qui sait inspirer la confiance I Le
maréchal Oudinot venait de laisser l'armée
dans une situa lion très alarmante : une partie des troupes acculées à la rivière, les
autres disséminées au delà des jardins où
elles tiraillaient en désordre; les remparts
mal garnis_ d'artillerie; les rues de la ville
encombrées de caissons, de bagages, de cantiniers et de blessés; tout cela pêle-mêle! ...
Enfin les troupes n'avaient, en cas de revers,
d'autre retraite que le pont de bateaux jeté
sur la Düoa. Ce pool était fort étroit el tellement mauvais que l'eau dépassait de plus de
six pouces les planches du tablier. Enfin, la
nuit approchait, et l'on craignait que les
tirailleries n'amenassent une affaire générale
c1ui pouvait nous devenir funeste, tant il
.régnait peu d'ordre parmi le régiments des
différentes nations.
Le premier acte du général Sainl-Cjr fut
d'ordonner qu'on fît rentrer les tirailleurs
engagés, certain que les ennemis fatigués
imite.raient cet exemple, dès qu'on ne les
allaquerail plus. En effet, le feu cessa bientol
des deu.x: cùtés. Les troupes purent se réunir, prendre qnelque repos, et la partie parut
remise au lendemain.
Afin d'être à même de l'engager avec des
chances favorables. aint-C r profita de la
nuit pour se préparer à repousser les ennemis et s'assurer une retraite en cas de revers.
Il réunit à cet effet tous les chefs de corps,
et après leur avoir exposé franchement les
dangers de la situation, dont Je plus grave
était l'encombrement de Ja ville et des abords
du pont, il ordonna que les colonel , suivis
de plusieurs officiers et de patrouille , parcourraient les rues de Polot k pour diriger
les oldats valides de leurs régiments vers les
bivouacs, el tous les blessés, les malades,
chevaux de main, cantiniers et charrettes, au
delà du pont. Le général .. aiot-C)T ajouta
qu'au point du jour il visiterait la ville et
suspendrait de ses îonctions le chef de corps
qui n'aurait pas ponctuellement exécuté es
ordres! Aucune excuse ne devait être admise.
On s'empressa d'obéir! Les ble sés et les
malades furent transportés à bras sur la rive
gauche, où l'on réunit ce qui n'était pas
indi,pensable pour le combat, enfin tous les
impedimenta de l'armée. Aussi, les remparts, les rues rurent 1,ientôt complètement
libres, de mème que le pont. On consolida
celui-ci, par lequel aint-Cyr fil repasser ur
la rive droite la cavalerie et l'artillerie, qu'il

établiL dans le faubourg le moins voisin dr cun, et même le général en chef, malgré son
l'ennemi. Enfin, pour se ménager une retraite sang-froid, arnît con tamment la montre à la
plus facile, le prudent général en chef fit main. Ayant remarqué la veille que l'éloigneétablir, avec des tonneaux ndes recouverts ment de la cavalerie française avait permis
de planches, un second pont, uniquement aux Husses de refouler notre aile gauche
destiné à l'infanterie. Tous ces préparatifs jusque dans la Düoa, le général aint-Cyr,
étant terminés avant le jour, l'armée atten- un moment avant l'attaque, fit venir en
dit avec confiance les ennemis. Mais ils silence tous ses e cadrons derrière de ,•asles
restèrent impassibles dans leurs bivouacs magasins, au delà desquels commençaient
établis dans la plaine, sur la li ière d'une les prairies. C'est sur ce terrain uni que
vaste forêt qui t?ntoure Polotsk du côté opposé devait agir la cavalerie pour fondre sur la
à la rivière.
droite des ennemis et couvrir la gauche de
Le général Saint-Cyr, qui . 'était attendu notre infanterie, dont les detu: premières
à être attaqué de grand matin, attribuait la divisions devaient attaquer le camp russe,
tranquillité qui régnait dans le camp des pendant que la troisième soutiendrait la cavaRusses aux perles énormes qu'ils avaient lerie et que les deux dernières, formant la
éprouvées la veille. gues pouvaient y con- réserve, garderaient la ville. Tout était prêt,
tribuer; mais la principale cause de la lorsque, enfin, à six heures du soir, le signal
quiétude dans laquelle se trouvait Witt.gen- général de l'attaque fut donné par un coup
stein provenait de ce que. attendant pour la de canon, suivi par Ja détonation de toute
nuit suivante une forte division d'infante.rie l'artillerie française, qui envoya de nomel plusieurs escadrons de Saint-Pétersbourg, breux projectiles sur les a\'ant-postes et
il avait reculé son attaque jusqu'à l'arrivée mème ur le camp ennemi.
de cc pui·sant renfort, afin de nous vaincre
A l'instant, nos deux premières dil·isions
le lendemain plus facilement.
d'infanterie, précédées par le 26• léger,
Bien que les seigneurs polonais, grands s'élancent su.r les régiments russes placés
propriétaires des environs de Polotsk, n'osas- dans les jardins, tuent ou prennent tous les
ent prendre ouvertement parti pour les soldats qu'ils peuvent joindre, et, mettant les
Franç,ais, de crainte de se compromettre autres en fuite, les poursuivent jusqu'au
vis-à-vis des Russes, nP.anmoins ils nous ser- camp, où ils firent un grand nombre de privaient en secret et nous procuraient facile- sonuiers et enlevèrent plusieurs canons. La
ment des espions. Le général Saint-Cyr, surprise, bien que faite en plein jour, fut i
inquiet de ce qui se préparait dans le camp complète que le général Wittgenstein dinait
ennemi, ayant engagé l'un de ces nobles à y paisiblement dans un petit château touchant
envoyer un de ses vassaux les plus éclairés, à son camp, lorsque, prévenu que des volticelui-ci fit conduire au bivouac rus e plu- geurs français étaient dans la cour, il sauta
sieur voitures de fourrage et plaça parmi les par une fenètre, el trouvant sous sa main
charretiers son intendant, babillé en paysan. un petil cheval de Cosaque, il l'enfourcha et
Cet homme, fort intelligent, apprit en cau'enfuit à toutes jambes vers le gros de ses
sant avec les soldats de Wîttgen tein qu'on troupes. Nos voltigeurs s'emparèrent des
attendait de nombreuse troupes. Il fut mème beaux chevaux, des papiers, des fourgons et
témoin de l'arrivée du régiment des Cosaques des vins du général rus e, ainsi que de l'arde la "'arde, d'un escadron des chevaliers- genterie et du diner placés sur sa table. Le
garde , et fut informé que plu ieur batail- butin fait dans le camp par d'autres compalons seraienl rendus au camp vers minuit. gnies rut immen e.
Ce renseignemenls pris, l'intendant fut en
Au bruit produit par l'attaque si imprévue
rendre compte h son maitre, qui s'empressa des Fran(:ais, la terreur se répandit parmi
de prévenir le général en chef de l'armée les ennemis, qui s'enfuirent presque tou
française.
sam songer à prendre leurs armes l Le
En apprenant celle nouvelle, !--aint-C~l' désordre était au comble; personne ne comrésolut de battre Wittgenslein a,•anl l'arrivée mandait, et cependant l'approche de nos
des renforts attendus. Uais comme il ne vou- divisions d'infanterie était annoncée par une
lai L pas engager une affaire trop longue, il vive fusillade el le son des tambours qui batprévint les généraux et chefs de corps qu'il taient la charge l. .. Tout présageait donc un
n'allaquerait qu'à six heures du soir, afin immense succès aux troupes françaises, à la
que, la nuit mettant fin au combat, les tête desquelles marchait aint-Gyr, toujours
Russes n'eussent pas le temps de profiter de calme!... Mais, à la g~erre, un événement
lenr succès si les chances leur étaient là 1·0- impréYu et souvent peu important change
rables. li e L mi que dans le cas où nous l'état de choses! ...
serions ,•ainqueurs, il nous serait impos iLJe
Un grand nombre de soldats ennemis
de pour uine les ennemis dan l'obscurité; avaient gagné en fuyant les derrières du
mais SainL-Cyr n'en avait pa le projet el camp. C'était là que biYouaquait l'escadron
désirait pour le moment se borner à leur des chevaliers-gardes, arrivé seulement dedonner une bonne leçon qui les éloignât de puis quelques heures. Cette troupe, composée
Polotsk. Le général français, voulant agir par de jeunes gens d'élite, choi is dans les meilsurp1·ise. pre crivit que la plu parfaite leure familles nobles, était commandée par
tranquillité régnât dans la ville el sur toute la un major d'un courage éprouvé, dont l'arligne des avant-postes, ce qui fut exécuté.
deur venait, dit-on, de s'accroitre par de
La journée nous parut bien longue. Cha- copieu ·es libation . En apprenant ce qui se
.... 36o"""

,

HISTORIA

L'IMPÉRATRICE ÉLISABETH DE RUSSIE.
Tableau de .\lme VIGEE-LE BRU r.

�.M'ÉJHOlJ{ES DU G:ÉJVÉR_AL BAR.ON DE MAR.BOT

pas_e, cet officier monte rapidement à che,·al,
et, suivi de cent vingt chevalier cuirassé , il
s'élance Yers les Français, qu'il ne tarde pa
à rencontrer. Le premier de no. bataillon
allaqué par lui appartenait au 26e léger. Il
rési ta ugou.reusement. Le, chevaliers-gardes,
repous és a,·ec perte, cherchaient à se rallier
vour faire une seconde charge en ligne,
!or que leur major, impatient!! par le temp
qu'il faut à de cavalier désunis pour reprendre leur rangs, abandonne le bataillon
français qu'il n'avait pu enfoncer, et ordonnant aux ehevaliers-11ardes de le ui\l'e, il les
lance à toutes brides en Otlrl'ageurs au traYer du camp! Il le lrom·a rempii de fanta sms portugais, suisses et même havnrois,
no alliés, dont le un , éparpillé par l'effet
même de la victoire, cherchaient à se réunir,
tandis que le· autres ramassaient le butin
abandonné par les Rus e .
Le chevalier -gardes ayant tué ou Llessé
plu ieur de ces soldats, le dé ordre , mit
dan cette foule, el bientôt une retirade tumulLueuse e déclara et dégéntira même en
terreur panique. Or, en pareil cas, le soldats prennent pour adver aires tous ceux des
leur qui courent pour venir .e réunir à eux,
el le nombre des ennemis qui Je pour uivent
paraît immen e au milieu d'un nuage de
pou ière, tandis que, la plupart du temps,
il n'e t que d'une poignée d'hommes. C'est ce
qui arriva ici. Les chevaliers-gardes, di pe.r és
ur un vaste terrain et ava11çanl toujour san
regarder derrière eux, imulaient, au,: )·eu:
des fuJards, un corps immense de ca,·alcrie;
aus i le désordre 'accrut et rragna un bataillon ui se au mili u duquel le général aintC1r 'était réfugié. 11 y fut tellement pressé
par la foule que on cheval fut renver ê dan
un fo sé.
Le général, vètu d'une impie redin,.ole
bleue, san marques distinctives, re ta couché par terre el ne fit aucun mouvement à
l'approche d · chevalier -gardes, qui, le
croyant mort, ou le prenant pour un impie
emvloyé cl'admini tralion, passèrent outre et
continuèrent leur poursuite à travers la plaine.
On ne ait où ce désordre se erait arrêté,
lor que l'intrépide et intelligent général Berckheim, accourant à. la tête du ie régiment de
cuira siers, s'élança or le chevaliers-gardes,
qui, malgré leur courageuse défense, furent
pre que tous tués ou pris. Leur vaillant major resta au nombre de mort . La charge
exécutée par cette poignée d'hommes aurait
eu des résultats immen es si elle eût été outenue, et le beau l'ait d'armes des chevalier garde prouva de nouveau que les attaques
de cavalerie imp,·évues ont celles qui ont le
plus de chances de succè".
Le général aint-Cyr, relevé par no cuira ~ier , fit avancer à l'in tant toute le · diviion d'infanterie, avec le.quelles il attaqua
le Ru es avant qu'ils fus ent remi de leur
dé ordre. Le succè ne fut pa un moment
indécis; le ennemis furent battus et perdirent beaucoup d'homme el plu ieur· canons.
Pendant que le combat d'infanterie que je
viens de raconter se pa sait en annt de Po-

lolsk, Yoici ce qui avait lieu à la gauche de
notre armée dans les prairies qui lon,.ent ]a
Düna. u moment où le premier coup de
canon donna le igoal du combat, nos régiments de ca.rnlerie, dont la hriaade Castex

r

Gravure de BOILLY , d'apr~s le ,~blu11 d'IIORACE
Vli:IlNET (.Vusee dt )'crsalllfs.J

forwait la t~te, se portèrent rapidement ver
les escadron ennemi qui, de leur coté, marchaient ver ' nons.
l:n engaaement érieux parai sait imminent. J,e bon général Castex me fit alor ' oberver que i, mal!!t'é ma hies ure, j'avai pu
continuer :1 commander mon régiment aux
combats de ivol china et de la \'Olna, où il
ne •'agi sait que de braYer le Fen de l'infanterie et du canon, il n'en erait pas de même
aujourd'hu( où, ayant all'aire à des ca,alier·
ennemi , j'allais me trom·er compromis dans
une charge an~ moyen de me défendre,
puisque, ne pouvant me ervir que d'un seul
bras, il me serait impo ible de tenir en
même temp la bride de mon hem] et mon
sabre.
En conséquence, il m'engagea à rester
momentanément avec la divi ion d'infanterie
placée en ré erve. Je ne crus pa devoir accepter cette offre bienveillante et exprimai i
,·ivemenl le désir de ne pas m'éloigner du
régimenl, que le 11énéral se rendit à me
instances; mais il fit placer derrière moi six
ca\'alier des plus bra,e , commandé par
l'intrépide maréchal des lorris Prud'homme.
J'avais d'aiUeur à mes côtés les deu~ adjudants-major', deux adjudant , un trompette
et mon ordonnance Fou se, un des meilleurs
soldat du régiment. Ainsi entouré et placé
devant le centre d'un e cadron, j'étai · uf1isamment garanti; d'ailleurs, dan un be oin

urgent, j'aurais làché le rènes de mon cheval pour prendre de la main droite la lame
de mon sabre, uspendu à mon poignet par
la drarronne.
La prairie étant a ez large pour contenir
deux régiment en bataille, le 23e el le ~Ue
marchaient de front. La brigade du général
Corbineau, compo ée de troi régiments, était
en econde ligne, et le cuirassier suhaient
en ré erve. Le ~H,e, placé à ma "auche, avait
devant lui un corps de dragons russes; mon
régiment e trouvait en face de Cosaque de
la rrarde, reconnai ables à la couleur rouge
de leurs ve tes, ainsi qu'à la beaulé de leurs
che,·au:x, qui, bien qu'arri\'és eulemenl depuis quelques heures, ne parais aient nullement fatigué .
Dès que, en avançant an galop, nou fûmes
à bonne portée de ennemis, le général Castex
ayant commandé la charge, toute sa brigade
fondit en ligne sur le Rn ses, et, du premier
choc, le 24• enfonça les dragons qui lui étaient
opposés.... Mon régiment éprouva plus de
résistance de la part de Cosaqu de la garde,
hommes choi is, de forte stature, et armés
de lances de 14 pied de long, qu'il tenaient
d'une main ferme. J'en quelques chas eurs
tués, beaucoup dr ble sés; mai enlln mes
brave cavalier apnt pénétré dan cette ligne
héri sée de fer, tous les avantage furent pour
nou , car la lonzueur des lance est nui iblc
dans un combat de cavalerie, quand ceux qui
les portent, n'étant plu en bon ordre, ont
serré de prè par des adversaires armés de
abres, dont il peuvent facilement e ·ervir,
tandi que le lancier éprouvent beaucoup de
difficultés pour pré enter la pointe de leurs
perches. Au si les Cosaques furent-il &lt;•hligé
de tourner le dos. )le cavaliers en firent alors
un 11 rand ma sacre el prirent un bon nombre
de beaux et excellents chevaux.
ous allions poursuivre ce succès, lorsque
notre attention ayant été attirée veri: la droite
par un très grand tumulte, nous vîmes la
plaine couverte de fuyard, : c'était le moment
où les chevalier -garde exécutaient leur ,·igoureu e cha.rae. Le général Ca tex, pensant
alor qu'il ne serait pa age d'avancer encore.
lorsque notre centre parai sait rétrograder en
désordre, fil ooner le ralliement, et noire
brigade s'arrêta. Mai ,à peine avait-elle reformé es rangs, que les Co aque de la garde,
enhArdis par ce qui se pa sait au centre et
dé irant se ,·enger de leur première défaite,
revinrent à la char11e et 'élancèrent en fureur
sur me e eadron , tandis que les hu sarq
de Grodno attaquaient le 24t. Le Russes,
repou sé ur tous les points par la brigade
Ca. tex, ayant fait aYanccr uccessiYemenl leur
econde et leur troisième ligne, le général
Corhineau accourut à son secours a\'ec les 7•
el 20• de cha eur et le e de lancier . Il I
eut alors un graud combat de cavalerie, où
chacun de deux parti éprouva des chances
fa erses! ... Déjà nos cuirassier accouraient
pour prendre part à l'affaire, et ceux de
Bu es avançaient aus i, lorsque Wittgenstein, Yoyant son infanterie battue et vivl'ment pous ée par la nôtre, fit ordonner à a

�1t1STORJJI
caralerie de se retirer; mais elle était beaucoup trop engagée pour que la retraite pùl
être facilement exécutée.
En effet, les généraux Castex el Corbineau,
cerlain d·ètre soutenus par nos cuirassiers
riui les suivaient de près, lancèrent tour à
tour leurs brigades sur les cavaliers russes,
riui furent jetés dans le plus grand désordre
cl subirent de- pertes considérables. Arrivé
au delà de la forêt où se réunirent nos divisions d'infanterie el de cavalerie toutes victorieuses, le général Saint-Cyr, vopnl approcher la nuit, fil cesser la poursuite, et les
troupes retournèrent vers Polotsk pour reprendre Jes hirnuac.s qu'elles avaient quittés
peu d'heures avanl.
Pendant le combat tumultueux de la cavalerie des deux partis, ma hie sure m'aYait
causé de bien vives douleurs, surtout lorsque
j'étais obli~é de mellre mon cheval au galop.
L'impossibilité de me défendre moi-même me
plaça sou.ent dans une situation très difficile,
dont je n'aurais pu sortir si je n'eusse été
entouré par un groupe de braves qui ne me
perdirent jamais de vue. Une fois, entre autres, poussé par la foule des combattants sur
un peloton de Co aques de la garde, je fus
obligé, pour ma conservation personnelle, de
làcher la Lride pour prendre mon sabre en
main. Cependant, je n'eus pas besoin de m'en
servir, ear, en voyant leur commandant en
péril, les hommes de tout grade qui m'escortaient, attaquant avec fureur les Cosaques qui
déjà m'environnaient, firent mordre la pou sière à plusieurs el mirent les autres en fuite.
Ion erdonnance Fousse, chasseur d'élite, en
tua lrois, el l'adjudant-major Joly cieux! Je
revins donc sain el sauf de ce grand combat,
auquel _j'avais désiré me trouver en personne,
afin d'imprimer un plus grand élan à mou
rllgiment cl lui prouver de noureau que, tant
que je pourrais monler à cheval, je tiendrais
à honneur de le commander au moment du
danger. Les o!ticiers et la troupe me surent
très bon gré de ce dé\'Ouement, el l'atlèction
que tous me portaient déjà s'en accrut, ainsi
que vous le verrez plus Lard, lorsque je parlerai des malheurs de la grande retraite.
Les combats de cavalerie à cavalerie sont
infiniment moins meurtriers que ceux contre
l'infanterie. D'ailleurs, les cavaliers rus~es
~ont généralement maladroits dans le maniemeut de leurs armes, et leurs chers, peu capaLlè , ne savent pas toujours employer leur
cavaliers à propos. Aussi, bien que mon régiment se fùt trouvé engagé pendant le combat
de Polo~k avec les Co aques de la garde, réputés une des meilleures troupes de l'armée

russe. il n eprouva pas de grandes perles.
J'eus dans cette journée huit ou neuf hommes
tués et une trentaine de blessés. Yai ' au
nombre de ces derniers était le chef d'escadrons Fontaine. Cel excellent el brave ofticier
se trouvait an plus épais de la mêlée, lorsque
son cheval fut tué. M. Fontaine, dont les
pieds étaient embarras és dans les élrier ,
cherchait à ~e dégager à l'aide de quelques
chasseurs venus à son secours, lorsqu'un
maudit officier de Cosaques, passant au galop
au milieu de ce rrroupe, se penche avec dextérité sur sa selle et porte à Fontaine un terrible coup de sabre qui lui crève l'œil gauche, Liesse l'autre et fend l'os du nez! ...
Mais au moment où l'officier russe, fier de
cet exploit, s'éloignait, l'un de nos chasseur~,
l'ajustant à six pas avec son pistolet, lui cassa
les reins et vengea ainsi son commandant!
Aussitôt que cela fut possible, je fis panser
M. Fontaine, qui fut transporté à Pololsk,
dans le couvent des Jésuites, où j'allai le voir
le soir même. J'admirai la résignation de ce
courageux militaire, qui, devenu borgne, supportait patiemment les douleurs et les inconvénients qu'entraîne la perle presque totale
de la vue. Depuis lors, fontaine ne put jamais faire de sen ire actif. Cc fut une grande
perle pour le 23• de chasseur3, dans lequel il
servait depuis la formalion, aimé et considéré
de tous; je fus sensible à son malheur. Resté
le seul o[fi.cier supérieur du régiment, je
m'efforçai de pourvoir à tous les besoins du
senice, ce qui était une très grande tâche.
Vous trouverez sans doute que je suis
entré dans trop de détails relativement aux
divers combats que soutint le 2e corps d'armée; mais je répéterai ce lfUe je vous ai déjà
dit: je me complais aux som·enirs des grandes
guerres aux'luelles j'ai pris part, et j'en parle
avec plaisir! ... li me semble alors que je suis
sur le terraiu, entouré de mes braves compagnons qui, presque tous, hélas I ont déjà
r1uilté la vie!. .. ~lais revenons à la campagne
de Russie.
Tout autre que le général Saint-Cyr aurait,
après d'aussi rudes engagements, passé ses
troupes en revue pour les réliciter sur leur
courage el s'enquérir de leurs besoins; mais
il n'en fut pas ainsi, car à peine le dernier
coup de fusil était-il tiré, que Saint-Cyr alla
s'enfermer dans le com•ent des Jésuites, où
il employait tous les jours et une partie des
nnils à quoi faire? - A jouer du violon!
C'était sa passion dominante, dont la néces~ilé de marcher à l'ennemi pouvait seule le
distraire! Les généraux Lorencez et de Wrède,
chargés par lui du placement de troupes,

emoyèrenl deux dil"isions d'infanterie el les
cuirassiers sur la rive gauche de la l)üna. La
troisième division française et les deux ba\'aroises restèrent à Polot k, oh elles furent
occupées à élever les fortifications d'un vaste
camp retranché, devant servir d'appui au-.
troupes qui, de ce point important, couvraient
la gauche el les derrières de la Grande Armée,
destinée à marcher sur molensk et Moscou.
Les brigades de cavalerie légère Castex et
Corbineau furent placées à deux lieues en
avant du grand camp, sur la rive _gauche de
la Polota, petite ri,·ière qui va se Jeter dans
la Düna à Polotsk.
Mon régiment alla bivouaquer auprès q'un
Yillage appelé Louchonsk.i. Le colonel du 24•
de chasseurs établit le sien à un quart de
lieue en arrière, à l'abri du 25e. Nous restâmes là deux mois, dont le premier sans
faire aucune course lointaine.
En apprenant la victoire remportée par le
général Saint-Cyr devant Polotsk, !'Empereur
lui envova le bàton de maréchal de l'Empire.
Mais au· lieu de pro6ter de celte occasion
pour visiter ses troupes, le nouveau maréchal
vécut dans une solitude plus profonde encore
s'il est possible. Personne ne pouvait pénétrer
près du chef de l'armée, ce qui lui valut, de
la part des soldats, le sobriquet de hibou. En
outre, bien que l'immense couvent de Polotsk
contint plus de cent appartements qui eussent été si uliles pour les .ulessés, il voulut y
loger seul, croyant faire une très grande concession en permettant qu'on reçùl dans les
communs des officiers supérieurs blessés;
encore fallait-il qu'ils n'y séjournassent que
quarante-huit heures, après quoi, leurs camarades devaient les transporter en ville. Les
caves el les greniers du couvent regorgeaient
de provisions amassées par les Jésuites i vins,
bière, buile, farine, etc., tout s'y trouvait en
abondance; mais le maréchal s'était fait remettre les clefs des magasins, dont rien n~
sortait, même pour les hôpitaux 1... Ce ful à
grand'peine que je parvin à obtenir deux
bouteilles de vin pour le commandant Fontaine blessé.
Ce qu'il y a de bizarre, c'e Lque le maréchal Saint-Cyr usait à peine de ce. provisions pour lui-même, car il était d'une extrême o.uri~té, mais aus i d'une fort grande
originalité. L'armée le blàma hautement, el
ces mèmes provision., dont le maréchal refu ail de di Ir:Luer une partie à ses troupe.,
devinrent, deux mois plus lard, la proie des
flammes et des Russes, lorque les Français
furent contraints d'abJndonner la ville et le
couvent en l'cu !

(A suivre. )

GÉNÉRAL DE

MARBOT.

et JULES DE GONCOUR.T
c:;,:,

Le Petit Tr1anon
t'a jour de l'année 177 '~, le Roi, galant ce
jour-là, avait dit à la Reine, - était-ce pour
la consoler de ne pas donner le ministère à
M. de Choiseul'? - cc Vous aimez les fleurs?
Eh bien! j'ai un Louquet à vous donner :
c'est le petit Trianon 1 • ,1
Le petit Trianon était, à l'extrémité du
parc du grand Trianon. un pavillon à la romaine, de forme carrée. Celle miniature de
palai , qui n'arnil guère que douze 1oises sur
chacune de ses faces, se composait d'un rezde-cbaussée et de deux étages montant entre
des colonnes et des pilastres d'ordre corinthien, joliment fleuris, parfaitement cannelés,
et couronnés des balustres d'une terrasse
italienne. L'architecte Gabriel l'avait élevé
sous la surveillance du marqui de Menlrs.
Le sculpteur Guibert y avait fait merveille de
son ciseau. Le Roi, le vieux Roi Louis XV
s'éprenait, en ses dernière années, de ce
petit coin de $On grand Versailles. Cette demeure élait à sa taille, el il y avait ses aises.
li s'était plu à l'entourer d'un jardin bolanir1ue; el là, parmi les mille parfums el les
mille couleurs de la flore étrangère, presque
ignorée alors de la
France, promenant
à petits pas les lendemains de ses débauches, il essayait
d'amuser ses fatigues en herborisant
avec le ducd'Ayen!.
Nul cadeau ne
pouvait êlre plus
agréable à Marie-Antoinette, à cette amiu
Je la campagne cl
des !leurs, à celle
fieine qui, des splendeurs el des majestés de 3Jarly, ne goûtait que la salle de
verdure établie par
le comte d'A1·anda•.
Et l'heureu:x à-propos que ce présent,
arrivant à l'heure
précise où Marie-Antoinelte renonce à
la lutte, cède la
place aux intrigues, abandonne es ambitions
et ses espérances, et se confesse ainsi à l'un
/. Clu:;iuit11ie secrète, par J'ab_bé_ Bc~udeau. - l:t•
Reine, dil llercy-Argeoteau, dèSLl'a1l beaucoup B~01r
une maison de camµagne a elle en propre. A la mort
du Roi. le corole et la comtesse Je i\oa,lles lui suggé1·èrenl l'idée de demander le petit Trianon, s'ollranl
du l'obtenir de Louis XYI. La Reine, fur le conseil de
:\lercy, ~·aJre5o1il ilireclemcnt à son époui., ciui nu

de ses familiers : cc M. de JJaurepa~ est bien
insouciant, JI. rl&lt;&gt; Vergennes bien médiocre; mais la crainte de me tro111pe1· sur
de~ gens qui servent peul-être bien mien.i:
le /{oi que je ne pense m'empêchera lo11Jou1's cle lui Jlarler contre ses ministres .... 1 1&gt;
Le petit Trianon occupera cette Reine sans
affaire, celle femme sans enfants, sans ménage. Il sera l'emploi el la dépense de sa ~ie,
le plaisir et l'exercice d~ sa jeune activité, sa
distraction, son labeur. Créer à nouveau,
ajouter, embellir, agrandir, tenir sous rn baguWe de magicienne un peuple d'artistes et
de jardiniers, l'aimableminislère I un ro}aume
presque! et, au bout du passe-Lemps et de
l'effort, une petite pairie, son bien, son œuvre, son pelit Vienne!
1e lemps et le goùt étaient alors à ces
alîranchissemenls de la nature, à ces reconstitutions de la campagne qui cherchaient à
faire du parc français un pays d'illusions, à
le remplir de taLleaux, à y lransporter tous
les changemenl de scène des opéras. Les
Observations su,· /'al'I de former les jardins
modernes, publiées en Angleterre par sir

PALAIS DU PETlI ÎRlANON.

Thomas Wathel~, développaient ce goût el
Loule maison d'été voulait bienlot le cadre
premier wol lui rèponJoit que celle mnison de l'lai•
sance était à elle, el qu'il était cha,mJ ile hu en
raire don.

2. Descripliou générole et particulière ile la
fra11ce, par d'! La Barde. Pari,, li81. - l,e Cict!l'Olle de l'Msaifles ou l'llldil'lltew· des curio.oriti's tl

élal1/i.,se111r11la rie rclfe ville, 180tJ.

.... •îô.3 ...

d'un jardin pilloresque appelé du nom de
« jardin chinois 5 ,,. La Reine avait une
grande ambition, l'ambition de faire plus
que la mode jusque-là n'avait fait contre Le
Nôlre, de dépasser en agrément el en vraisemblance de paysage le Tivoli de M. flou tin,
Ermenomifü, el le ~loulin-Joli, el Uonceau
même : charmant projet d'une Reine, fuyant
le trône, qui voulait autour d'elle une terre
sans étiquette, el, rendant la royauté à l'humanité, voulait rendre les jardins à Dieu!
Le duc de Caraman, grand amateur en ce
genre, el qui a déjà à peu près réalisé les
idées de la fieine à sa terre de Boissy, est
appelé par la fü,i_ne à la direction des travaux 6 • Bienlùt M. de Caraman, l'architecte
Mique, le dessinaleur mythologique des Él)•
s~es d11 nouwau règne, puis le charmant
peinlre de ruines spirituelles, Uubert RoLert,
appelé plus tard pour le décor rustique, impro,;sent sur le papier, sous les 1eux de la
Reine, la campagne qu'elle a commandée :
les arbres, la rivière, le rocher, et aussi la
salle de comédie. Ici, un pont rus1ique, qui
fas e jaloux le pont bl)llandais cl le pont , olant de M. "alelel;
là, dominant l'eau
et y mirant ses sculpltues, un behédère
où déjeunera la Reine; là-bas, un moulin, dont le tic-tac
réniillera l'écho ;
des arbustes plus
loin; partout des
flturs ; et une ile,
et un temple à l'Amour entouré du
murmure de l'eau,
et une laiterie de
Reine, une laiterie
de marbre blanc ....
Jamais Marie-A.nloinetle n'a donné tant
d'ordres; ce ne sont,
envoyées de Versaille 011 de la Muette,
que recommandations et listes des
jeunes arbres qui
doivent donner l'ombrage à la promenade, &lt;&lt; au travail » de
la jeune souveraine. Ce ne sont que billets
::;. Cltro11Ï91te ltwrèle, par r~uue p~a.udeau. .
1,. Pur(rails el cara.cli'res, par :)eaac de :lfe,lhau.
Pari ·, Hll:i.
fi. Proj,.1 pow· le jardin a1,glo-ch i11ois du petit
Tria1101i, par Antoine Richard, jardinier de la lleine,
17H, dam; le Hel!Ueil des ;nrdins de Lerouge.
û. Carrc~po11da11ce recrèCe (par ~tétra ), vol. J•

�1!1S TORJ.J!

LE PETTT TR,.1.ANON - - -.
à M. Campan et à M. Bonnefoy, convocations de tous
les jardiniers u pour désigner
les places de tous les arbres
que M. de Jussieu a fait choisir. &gt;) El sur M. de Jussieu 1
écoutez la fin d'un de ces billet aimables qui songent lt
tout : c&lt; Une collation rl'encas sera pi·ète pour JI. de
Jussieu, qui arl'osera devcmr
moi le cèdre clu Liban t. 11
Que de préoccupations, que de
soins, que de joies ! Et que de
fois les promeneurs de Paris
voient passer dans un cabriolet
léger, brùlant le chemin, la
Reine de Trianon allant rnir
monter la pierre, pousser l'arbre, s'élever l'eau, grandir
son rêve!
Le beau rêve en effet, cc
palais et ce jardin enchantés,
où Marie-Antoinetle pourra
ôter sa couronne, rn reposer
de la représentation, reprenQre
sa volonté et son caprice,
échapper à la surveillance, à
la fatigue, au supplice solennel et à la discipline invariable de sa vie royale, avoir
la solitude et avoir l'amitié,
s'épancher, se livrer, s'abandonner, vivre! Pour montrer
tout le bonheur que la Reine
se promet, pour faire entrer
dans ses impatiences, je dirai
une des matinées de la Tieine
à. Versailles, telle qu·une de
ses femmes de chambre nous
l'a conservée. Aussi bien. celte
matinée sulû'ra peut-ètre à
faire pardonner Trianon à
Marie-Antoinette.
La Reine se réveillail à huit
heures. Une femme de aarde~
robe entrait et déposait une
corbeille couverte, appelée le
prêt du jour, et contenant
des chemises, des mouchoirs,
des frottoirs. Pendant qu'elle
faisait le service, la première
femme remettait à la Reine,
qui s'éveillait, un livre contenant un échantillon des douze
grands habits, des douze robes riches sur paniers, des
douze petites robes de fantaisie pour l'hiver ou l'été. La
Reine piquait avec une épingle
le grand habit de la messe, la
robe &lt;1.éshabillée de r aprèsmidi, là robe parée du jeu ou
du souper des petits appartements. Les Archives nationales
possèdent un curieux volume
Cl:ch! Bra110 el

L\

LAITlliRE DE TRL\NO:\,

TJblea11 de ~!AURICE LELO rR .

r". _

1. IRltl"e aulogrophe de .lfane.111/oinelte , communif1m·e par ,1.
Boulro11.

qui porte ur un de ses plats de parchemin
vert : Madame la comtesse d'Ossu11.
Garde-1·obe des alom·s de la Reine. Gazette povr l'année i 782. Ce sont, collés
à des pains à cacheter rouges ur le papier blanc, les échantillons des robes portées par la Reine de 1782 à 1784. C'est
comme une palette de ton clairs, jeune et
gais, dont la clarté, 1a jeunesse, la gaieté
ressortent davantage encore quand on les
compare aux nuances feuille morte et carmélite, aux couleurs presque jansénistes des
toilettes de Madame Élisabeth, que nou
montre un antre registre. Reliques coquettes,
et comme parlantes à l'œil, où un peintre
trouverait de quoi reconstruire la toilette de
la Beine à tel jour, presque à telle heure de
sa vie! II n'aurait qu'à parcourir les divisions
du livre : Robes sw· le g1'and panie1·, 1·obes
su1· le petit paniel', robes tu1·ques, létiitefi,
1·obes anglaises, el grnnds habits de taflelas; grandes provinces du royaume que se
partageaient madame Bertin , garnissant les
grands habits de Pàques1 madame Lenormand , relevant de broderies de jasmins d'Es•
pagne les robes turqu"s couleur boue de Paris, et la Lévêque, el la Romand, et la Barbier, et la Pompée, travaillant et chiffonnant,
dans 1~ bleu, le blanc, le rose, le gris-perle
semé parfois de lentilles d'or, les habits de
Versailles et les habits de Marly qu'on apportait chaque matin à la Reine dans de grands
taffetas.
La l\eine prenait un lmin presque tous les
jours. Un sabot était roulê dans sa chambre.
La Reine, dépouillée du corset à crevés de
rubans, des manches de dentelle, du grand
fichu, avec lesquels elle couchait, Hait enveloppée: d'une grande chemise de flanelle anglaise. l'nc tasse de chocolat ou de café taisait son déjeuner, qu'elle prenait dans son 1il
lorsqu ·elle ne se baignaiL pas. A. sa sortie du
bain, ses femmes lui apportaient des pantoufles de ha-;in garnies de dentelles et plaçaient sur ses épaules un manteau de lit en
taffetas blanc. La Reine, recouchre, prenait
un livre ou quelque ouvrage de femme.
C'était ]!heure où, la Reine couchée ou levée,
les petites entrées avaient audience auprès
d'elle, et de droit entraient le premier médecin de la Reine, son premier chirurgien, son
médecin ordinaire, son lecteur, son sccr«:·taire de cabinet, les quatre premiers valets
de chambre du Roi, leurs survivanciers, le
premiers médecins et premiers chirur~iens
du Roi.
A midi la toilette de présentation avait lieu.
La toilette, ce meuble et ce triomphe de la
femme du dix-huitième siècle, était tirée au
milieu de la chambre. La dame d'honneur
présentait le peignoir à la Reine ; deux femmes
en grand habit remplaçaient les deux femmes
qui avaient servi la nuit. Alor commençaient,
avec la coiffure, les grandes entrées. Des
pliants éLaient avancés en cercle autour de la
Loilelle de la Reine pour la surintendante, les
dames d'honneur et d'atours, la gouvernante
des enfants de France. Entraient les frères du
Hoi, les princes du ang, les capitaine de~

gardes, toutes les grandes charges de la couronne de France. Ils faisaient leur cour à b
Reine, qui saluait de la tête. Pour les princes du sang seuls, la Reine indiquait le mouvement de se lever, en s'appuyant des mains
:1 la toilette. Puis Yenait l'habillement de
corps. La dame d'honneur passait la cbemi,e, versait l'eau pour le lavement des
mains; la dame d'atours passait le jupon de
la robe, posait le fichu, nouait le collier.
Habillée, la l'l eine se plaçait au milieu de
sa chambre, et, environnée de ses dames
d'honneur et d'atours, de ses dames du palais,
&lt;lu chevalier d'honneur, du premier écuyer,
de son clergé, des princesses de la ramille
royale, qui arrivaient suivies de toute leur
maison, elle passait dans la galerie el se rendait à la messe, après a,•oir signé les contrats
présentés par le secrétaire des commandements, et agréé les présentations des colonels
pour prendre congé.
La Reine entendait la messe avec le Roi
dans la tribune, en face du maitre-autel et
de la musique.
La Reine, rentrée de la messe, devait dîner
tous les jours seule avec le Roi en public ;
mais ce repas public n'avait lieu que le dimanche.
Le maitre d'hôtel de la Reine, armé d'un
grand bâton de six pieds orné de fleurs de lis
d'or et surmonté de fleurs de lis en couronne,
annonçait à la Heine qu'elle était servie, lui
remettait le menu du dîner, et, tout le temps
du diner, se tenant derrière elle, ordonnait de
servir ou de desservir.
Après le diner, la Reine rentrait dans son
appartement, et, son panier et son bas de
rohe ôtés, s'appartenait seulement alors, autant du moins que le lui permettait Ja présence en grand habit de ses femmes, dont le
droit était d'ètre toujours présentes et d'accompagner partout la Reine.
La Reine espérait se au ver de tant d'ennuis à Trianon. Elle voulait fuir là celle toilette, la cour des matins, el le diner public,
et les jeux de représentation si ennuyeux du
mercredi et du dimanche, et les mardi des
ambassadeurs et des étrangers, el les présentations et les révérence , les grands couverts
et les grandes loges, et le souper dans les
ca.binets le mardi et le jeudi avec les ennuyeux.
el les prudes, et le souper de tous les jours
en famille chez Monsieur 1 •
La l\eine pensait qu'à Trianon elle pourrait manger avec d'autres personnes que la
famille royale, unique société de table à
laquelle toute Reine de France avait été condamnée ju qu'alors i qu'elle J aurait, comme
une particulière, ses amis à diner sans meure
tout Yersailles en rumeur. Elle songeait à se
faire habiller là dans sa chambre par mademoiselle Bertin, sans être condamnée à se
réfugier dans un cabinet par le refus de ses
femmes de laisser entrer mademoiselle Berlin
dan leurs charges. Son mari au bras, sans
1. Jléla11ges militafrc8, fillérafres, ~e11lime11taires. par le prin~e de Ligne, vol. XXIX.
2. JUmoire. sur la rie prit-ée de Marie-Aritoi,irtte, par 'lmc Cam1&gt;40, ll!:!ti. Eclaircissemenl5 historiques.

autre suite qu'un laquais, elle
parcourrait ses États; et même,
à table, s'il lui prenait fantai ie, elle jetterait au Roi
des houlettes de mie de pain
sans scandaliser Je service.
Voilà les espoÏt's et les ambitions de celte princesse, éle,·ée
et nourrie dans les traditions
patriarcales du gouvernement
de Lorraine, et qui contait
a,·cc un si doux attendrissement la naïve levée d'impôts
de ses anciens ducs, agitant
leur chapeau en l'air à la messe
après le prône, et quêtant la
somme dont ils avaient besoin.
es désirs et ses idées confirmés par l'abbé de Vermond,
la Reine était comaincue que
la grande popularité des princes de la maison d'Autriche
venait du peu d'exigence d'étiquette de la cour de Vienne.
D"ailleurs, quel besoin de
conseils, de raisonnements,
de souvenirs d'enfance, pour
faire déte ter à la jeune princesse une telle tyrannie? Ou elle
patience eût résisté à~ des
tourment quotidiens, pareils
à celui-ci: la femme de chambre, un jour d'hiver, prête à
passer la chemise à la Reine,
est obligée de la remettre à la
dame d'honneur qui entre et
ôte ses gants ; la dame d'honneur est obligée de la remettre
à la duchesse d'Orléans qui a
gratté à la porte; la ducbesse
d'Orléans e L obligée de la
remettre à la comtesse de Pro1·ence qui vient d'entrer, pendant que la Reine, transie, tenant ses bras croisés ur a
poitrine nue. laissa échapper :
C'est odieu:c! quelle import1tnite ~!
Dans ses courses, dans ses
promenades à Trianon, Marie.Antoinette a pre que toujours
à ses côtés la même compagne,
une amie de ses goûts, qni
préférait à Versailles les bois
de son beau-père, le duc de
Penthièvre, et que la Reine
avait eu grand'peine à accoutumer à l'air de la cour : madame de Lamballe 3 •
La Reine, comme toutes
les femmes, se défendait mal
contre ses yeux. La figure el
la tournure n'étaient pas sans
la toucher, et les portraits qui
nous sont restés de madame
de Lamballe disenlla première
raison de sa faveur. La plus
J. Chronique Recrèle , par l'abh&lt;l

&amp;eau,leau.

Cliché Brnn et C"
foYLLE A TRIA:-.ON.

T.zt/e.111 de

.,. 365 ..,.

lllA ORICE

L t,: LOJR

�msTOR..1.JC

_____________________________________.

était un lien enlre madame de Lamballe et une juridiction el un pomoir i étendu sur
)forie-A.ntoinetle. La .ouveraine et la prin- tout rintérieur de la l\eine, que c'était sur la
cesse allaient l'une à l'autre par mille ren- demande de Marie Leczinska que la surinconlri's de sentiments au fond d'elles-même , lendance a\'ail élé upprimPe. Louis XVl
~l elles étaient prédestinée- à une de ces rares résista lonntemp au Yœu de la Reine, apel grande~ amitiés que la Providence unit puyant sa maurni e volonté ur l'opposition
et les plan d'économie de Turgot. La Reine,
do.1ns la mort.
L'intimité de )larie-.lnloioelle a,·ec madame emportée ct•lte fois par son amiûé, mil dan
&lt;le Lamballe. commencée ous le feu roi, se la pour uite du con-entement du Roi une
faisait plus é•roile alors que madame de persistancc1daquelle le Roi finit par se rendre.
Cossé brisait, par une Lrutalilé m:iJheureu e, Celle nomination dont Pile fait un secret
le' dernier lien. de l'attachement de la mêruc à l'impératrice-Reine, elle l'annonce
Heine. L'archiduc ~laximilicn, frère de )larie- d'avance au comle de Rosenberg dans cette
Antoinette, était \'enn à Pari·. li attendait la phrase ot1 rn réjouit sa tendre amitié : ,1 Ju,bite des prince· du sang. La f\Pioe a1·ait ge; de mon bonheur: je remlrni mon amie
&lt;lt!m:indé un bal à madame de Cos~é. Le jour 111time heureuse et j'en jouirai encore plus
du bal arriré, les princes n'avaient pa~ encore qrL'elle. 1&gt; li y eut presque un oulèvement à
foil la visite. La Reine, eoeaaée Jan le pré- là cour. füdame de Cossé quittait sa charcre
tention de son frère, écrivait à madame de de dame d'atour . La ducbes5e de :\oaillcs,
Cossé . 11 , i les princes viennent lt votre devenue la maréchale de Mouchy, si mal di!-bal, ni moi ni mo11 {,·ère ne 11:iu~ y tro11ve- posée déjl\ contre la Reine. abandonnait sa
ro,1s. i 1•011s roule:. 11011,~ ai•oir, dép,.ie::.- charge do dame d'honneur, bles.ée d'un
pournir qui lui retirait la nomination aux
{es. » ~tadame de Cossé, emLarrassée, hésitait, puis sacrifiait la Reine : elle emoyail l::i l'mplois, la reception des prestations de serment, la liste de: présentations, l'emoi des
lettre aux prince 1 •
La ficille se donnait alors enfü:remenl :1 im·itations au nom de la Reine pour les ,oyages
madame de Lamballe. Iille voulait non point de )larly, de Cboi~y, de Fontainebleau, pour
payer sou amitié, mai ... -e l'auacher par une le- bal , les soupers cl les chas es. Cette nocharge à la cour, qui la retint auprè d'elle mination lui enlevait encore le profits de sa
et la défendit contre la tentation de retourner charge, profüs qui lui avaient donné le moauprès du duc de Penlhiène. Me uranl la bilier de la chambre de la Tleine à la mort de
llarie Leczin ka. Le prote talions cclalaient
charge au cœur .de la prince · e encore plu
qu'à son rang, la fieine songea à rétablir en de toutes parts. Cn moment, la princesse de
sa rarnur la urintendance, tombée en dé ué- Cbima ·, nommée dame d'honneur, cl la martude à Ja cour depuis la mort de m:idemoi- quise de \failly, se refu aient à prêter .erselle de Clermont, la surintendance de la ment, ne voulant point dépendre de madame
Mai on de la Reine, cette grande autorité, la de Lamballe 1 •
De Ver. ailles, le colères allaient à Pari .
Elles gagnaient l'opinion publique, qui, devant ce rétablis ement par la Reine d'une
charne de la monarchie, cmblait amir oublié
déjà les dépenses de la du Barr! el commençait à parler des dilapidations de Marie-A.ntoinellc.
liéla, ! se goût comme .es amitiés, ses
plaisirs, on sexe même et ~on âge, tout de_vait
être tourné contre celle Reille dont le prmcc
de Li!!11e a dit : « .le nt: lui ai jamais vu une
journée parfaitement heureuse. "
La femme française 'étail forée en ces
années à une folie de coiffure sans e, emple,
tt i générale qu'une déchration, donnée le
1 aoilt 1777, agrégeait six cents coilTeurs
de femmes à la communauté des maître
barbier -perruquier,·. La tète de élégantel:.
était une mappemonde, une prairie, un combat na\'al. Elles allaient d'imagination en
ima!rinations el d'e1trava 0 ances en e. lrava0
~ance
, du po1·c-épic au berceau c1· amour,
du pouf it la J)1tce au CQ$']lle anglais, du chien
couchmit à la Cii-cassiemie, des baigneusrs
a la frîz,olilé au bonnet a la Candeur·, de la
PAR r OU PF.TIT Ttl.l.\NON : LA :\L\ISON DE LA REINE,
queue en flambeau d'amour à la conze 1/'abo11danrr. Et que de créations de couleur
pour
les énormes chouI de rubans, ju qu'à
beau climat. Sa bicnraisance encore, cette direction du conseil de la Reine. la nominabienfai ance infatigable des Penthièvre, qui tion et le jugement de· po.se . eurs de charge_, la nuance de soupirs étouflës et de plainte.
ne rebula jamais les malheureux, el jusqu"/1 la destitution et l'interdiction des seniteur ·, amères ! La Reine se jette dans celle mode.
ce parler italien dan lequel avaient été éle~ - Wmoire• dt: ln flëpublique '1es uttre• .
1. Poi-ltfeuille d'un talon r1Juge.
,re l'imagination et la voh: de la Reine, tout ~- Col'l'txpo11dnP1rl' strrnt (par \l ~tra). rnl. Il.
1. Co tu1J1t•s françai~ pourle~ coiffeur,, li70-liiï.

grande beauté de madame de Lamballe
était la sérénité de la physionomie. L'éclair
même de se yeux était tranquille. Mal«ré
les secou se et la fihre d'une maladie
nerveu, c. il n'y avait pas un pli, p:i un
nuage sur on Leau rront, battu de ce · Jongs
cbcrnux blonds qni boucleront encore autour
de la pique de '-eptemhre. It:iJicone, madame
de LamLalle avait le !rl'âces du Nord, el elle
n'était jamais plu, belle qu'en traineau, sous
la martre et l'hermine, le teint fouetté par
un vent de neige, ou uien encore lorsque, dans
l'ombre d'un grand chapeau &lt;le paille, dans
un nuage &lt;le linon, elle passait comme un de
ce rèves dont le peintre annlais Liwrcnce
promène la roLe hlanche sur les ,·crdures
mouill~es.
L'àme de madame de Lamballe avait la
:érl'nité de son visage. Elle était tendre, pleine
de caresse , toujour égale, toujours prêle
aux sacrifices, dévouée dans les moindres
choses, d1bintére. sée par-dessus tout. Ne
demandant rien pour elle, m:idame de Lamhalle se prirnit mème du plai ir d'obtenir
p'lur le autre ·, ne voulant poinL faire de son
attachement le motif ni l'excu ·e d'une seule
importunité. Oublianl son lilrc de princesse,
elle n'oubliait jamai le rang de la fieine. Bru
d'un prince dérnt, elle était pieuse. Son ei;prit
avait les vertus de son caractère, la Lolt!rance,
la ~implicilé, l'amabilité, l'enjouement tranquille. :oie ,·oyant pas le mal el n'y voulant
pa croire, madame de Lamballe faisait à on
image les choses el le monde, et, chas. ant
Loule ùlaioe pensée al'ec la charité de es
illu ions, sa causerie gardait et berçait la
l\eine comme dans la pai1 el la douceur d'un

1

.., 366 ....

L'E

PE11T T'R,UNON -

~

A.ussitol le. caricatures el les diatribes de de son é,·entail; plus d'ennui ·. plus de cou- gré l'ingratitude des chose , le silence de
passer par-de u::; toutes le tètes, el de frap- ronne ni de grands babil· : la Reine n'était l"écho, l'oubli de la nature, tout parle commt!
per sur la jolie coiffure aux mrches rele,·écs i,lus la Reine il Trianon; 11 peine y faisait-elle une sc~ne vide, et rappelle le beaux JOur,
et tortillée en riueue de paon, dan~ laquelle
elle s'e t montrée anx Pari-iens. La satire,
qui permet tant de ridicule à la mode, e~t
impitoyable pour le quesaco q11c la Reine
montre aux course de che'l'anx, pour les
bonnets allégoriques que lui fait Beanlard,
pour la coiffure de son lever, courant Paris
sous le nom de l,et•e,· dr ln Reinr. Les plai_anteriesdeCarlin,commandée par Louis X\l,
contre les panaches de la Reine, le dur renrni
de ·on portrait par Marie-Thérèse, le· attaque · un peu hrutale de cet empereur du
l}anube, son rrère Joseph, contre son rouge
ot ses plumes, n'étaient pa. jugés une expialion suffisante de son dé ir et de on ~énie
de plaire. Quand la mod .. prenait la li.rée de
celte reine Llonde, et baptisait ses mille
fanfioles couleur chei•e11.r tle la Jieine, celle
flatterie était impütée à crime à Marie-Aotoinelle. Et c'était encore nn autre de ses
crime , L'importance de mademoiselle Bertin,
de celle marchande de mode c1ue la Heine
n'a\'ait fait que recevoir de mains de la duchesse d'Orléans, el former à l'école de son
Cllcb4 :--eor.lolo frtres .
goût.
PAL\IS DU PETIT TRLVO:-' : LA CIIAMIIRE A (; Ol:CIIER DE 1\lAR!E-.\~TOJ:\'ETTE.
L'hiver, aprl•s des Mjeuners intimes oi1
elle rassemble à sa table les jeunes femmes
de la cour, la Reine entraine la jeune. se der- la maitresse de maison. C\:1ait la ,·ie de clt.l.- de Marie-Anloioelte; où le pas du curieu\
rière on lraineau, el prend plai ir à Yoir rn- teau a\'ec son lrain facile, et toute l'ai~ance hé:.ite et tremble, marchant peul-être dan le
ler ur la glace mille traineaux qui la suivent. de Cl\ usages. L'entrée de ~farie-Antoinellc pas de la Reine.
Le rêve de la Reine e l accompli. Le TriaLes ronr e en traineau font encore mur- dans un alon ne faisait quitter au. dame· ni
non
de Marie-.\ntoinetle est fini. li a eu on
le
piano-rorte
ni
le
métier
à
tapi
·.crie,
aux
murrr la censure ....
homme ni la plrtie de billard ni la partie de inaugu ration et .on apolhéo e, lors de l'illutrictrac. Le fioi Yenail à Trianon seul, à pied, mination et de l'incendie féerique ùe . es
saru capitaine des gardes. Les inütés de la bosquet , en l'honneur de l'empereur Joseph.
~larl~- a,·ait été ju~«1u'alor le palais d'été l\eine arrivaient à deux heures pour diuer. Dan · la verdure, voilà le petit palai blanc.
de la cour de France. Mai Marly, c'était \'er- et s'en relournaient coucher à \'ersailles à Pou scz un bouton de porte ciselé, c'e Ldcsaille enco re. La royauté ) demeurait en re- minuit 1 • C'étail. tout re lemps, des occupa- \'ant vous une ·calier de pierre à grand repos.
pré ·entation. Ju qu'à la moilié du rè!me de tions et de· dil'ertis ements ch:impêtres. La Dans les entrelacs de la rampe marrnilique el
Loui XV, les dames y avaient porté« l'habit Heine, en robe de percale blancbe, en fichu dorét&gt;, do.1ns les cartouches à lèles de coq,
de cour de Marly ». Les diamants, les plu- de «azc, en 1·hapcao de paille. courait lf's s'enlacent le · initiale M. A., el le- caducées
me. , le rouge, les étofîes brodée el lamées jardin!-, allait de sa ferme à sa laiterie, mèn:iiL se marient aux lyre , à ces lyres, le$ armes
d'onetaientd'uniforme. L'omhredeLoui XIV, son monde boire son lait el manger ses œuf · parlantes du palai , qui se retrou\"ent ju que
sa g;andeur et son ennui, emplissaient encore frai., entrainait le floi, du bo,tptet où il sar le feux de cbernmêe. Aux murs ou de
les pavillons et les jardins. Les l,àtiment y ILaiL, à un goùlt'r sur l'herbe, tantof re":ir- l'e.calier, il n'e t rien que J •· foston de
avaient l'ordre el la hiérarchie d'un Olympe; dail traire 1· ,athe:-, tantùl pèchait dan le feuilles de chène rouillée dans la pierre. Eu
la nature même y parai sait olcnnelle; la lac, ou bien. a . ise sur le gazon, se rcpo ait !ace l'escalier menace une Lèlc de Médu ·c,
promenade y 11tait royale, et s'abritait d'un de la broderie el da filet en épuisant une qui n'empèchera r,a · la calomnie de mon1er.
dai d'or. Rien de celle étiquette des jour- quenouille de üllageoise 1 • Cc jeux rai.aient Aprè· une antichambre, Yient la _ai le à mannée:;, du co tume, de l'architecture, du pay- le bonheur de Maric-.\ntoinelte. Que d'en- ger, où le parquet rejoinlmonlreencore la cousage, ne plai ail à Marie-Antoinette. Le jeu cb.antemcnl pour elle, que d'tllu ion dans ce pure où montait, pour le orgie· de Loui X.V,
c1u'elle aimait moins, le gro jeu de Marly, rôle de bergère et &lt;l,ms ce badinage de la vie la merreilleu e table de Loriot a\'et; ses quatre
dont le Roi "rondait les excès, Ja dégoûtait Jes champ:! Le joli royaume de celle fieine ~ervaoLes ', el là commencent les ornemculs
encore de ces ,·oyages. Trianon devenait la qui pleurait à Nina, el ne rnulait autour sur les boi eries exécutée par ordre de füriemai on de campagne de Marie-Antoinette, a d'elle • que ùes fleur , des pa)sages el iles Antoinelle: ce ne sont, aux panneaux de bois
rclraite et .e amours.
Walleau 11 3 ! Quelle aimaLle patrie de .on sculpté, que carquois en èroix au-des.ous des
Là, quelle autre vie! quel amusement an
âme el de es goùLs, Trianon! ce Trianon uù couronnes de ro~es el dt.'s guirlande de Ucurs.
faste el ans contrainte! QuelJc succes ·ion de son ombre erre encore aujourd'hui; où, mal- Le petit ~alon, près la .alle à man°er, montre
jour, quels moi trop courts, dérobé à la
i. JJ,lmoirtadr .\[me C/1111pn1i, vol. J. -Mémo1rtt
toul'll se mscmblaienl à un Mjeuner qui lcnail
ro1auté, donné· à la familiarité el aux joi~ du bamu de Bl's,•1wal, vol. li. - )lcrcv-Argenrcau lieu de ilioer; diJTérents jeux, w1c convel'!llllion
en ces h?rmes la , ie prefque Lourgèoise de la
•m1éral!', un peu de promcuade I cmplissaill!II une
particulières! Quels plai~irs à cent lieues de peint
reine à TriaGon cn mai 1179 : « ... La Heine &lt;'ompartie ,le J'apr2i-midi et conduisaient au lem!IJ 1111
Yer ailles! Plu de cour, qu'une petite cour meoça par ,. prendre h! lait d'ânesse et y obserYa le là soirc.e el du .oupër, qui anil touJours lieu de
le 1ilus strict; . li. ne s•,. prumt!oait qu"aux
bonne heu ri.'. •
1
d'ami·, que ,a rne basse n'araiL point besoin régime
heur,•s du jour les plus propres à' faire de l"exercice
2. Jfl111011·er de IJme Ca111pa11.
11
de reconnaitre a,ec le lor noo caché au milieu el ell,• était retire~ r1&gt;.gnlièrcmeot il onze heure du
3. .'llémoires erreta ~, u11iversel1 dn mnlf1t11r8
d1c1 E,nault eL R~pill~-. - Coin11rt-s tl,• l;.89 à I ïïll.
- Currr pnnda11a ,;eaèlr. ,ol . 1.

soir. \)uoiqu'il n'
de 14

cour. le

eût · pa. d"êtiquetle dans la knue

dilférenls 1em11S d1· la joumfc s'y

arrangeaient a,ec l'!Jrdre ,nm cnahle: tou~ le alrn-

el 1ft la mort de Ill Rt"i11e de Fra11ce, par Lafo11I
d'Aœ,onne.
\ . .'Jh11oire1 rie la Tltp1tbli911e de~ letlres, vol. I\'.

�111ST0"/{1.Jl

________________________________________J

en relief sur tous ses côtés tous les acces oires
et tous les instruments des joies des Vendanges et de la Comédie : des guirlandes de
raisin laissent descendre les corbeilles et les
panier de fruits, les masques el les tambours
de basque, les castagnettes el les pipeaux,
et les guitares; el sous les barbes de marbre
des houes de la chPminée, les grappes de
rai-in se nouent encore. Dans le grand salon,
le lustre pend d·une rose de fleurs. Aux quatre
coins de la corniche volent de jeux d' Amours.
Chaque panneau, surmonté des attributs des
.Arts et des Lettres, prend sa nai sance dans
une tige de lis trois fois lleurie, enguirlandée
Je lauriers, et portant en cimie1· une couronne de roses en pleine llcur. Dans le petit
cabinet qui précède la chambre de la Reine,
les plus fines arabesques courent sur la boiserie : ce sont, en ces p1ramides impo sibles
et charmantes de l'art antique, des Amours
portant de corne d'abondance de Jleurs. des
trépieds fumants, des colombes, des arcs et
des flèches croisés qui pendent à des rubans.
Les bouquets de pavots mêlés à mille fleurettes se jouent tout autour de la chambre à
coucher. Le lit disparaît sous les dentelles de
soie blanche. Le meuble est de poull de soie
bleu, uniquement rembourré de duvet d'eider.
Des écharpes frangées de perles el de soie
de Grenade nouent les rideaux 1 • Et n'était-ce
pas la pendule qui sonnait les heures dans la
chambre de Yarie-AntoineLte, cette pendule
oubliée aujourd'hui dans la pièce à côté, dont
le cadran est porté par les deux aigles d' Aulriche, et sur le socle treillagé de laquelle se
détachent eu médaillon la boulelle d'Estelle
et le chapeau de Némorin?
Du palais, des escaliers Pn terras e de cendent aux jardins. Au bas de la plus riche
façade, décorée de quatre colonnes corinthiennes, commence le jardin français, planté
dè 1750 pour accompagner le jardin à lïtalienne, et que deux grilles garnies de grands
rideaux de toile séparent du grand Trianon.
De ce côté, partout des fleurs s'alignent dans
leurs pots blancs et bleus aux anses figurant
des têtes. Sur l'une des façades du salon
s'ouvre un décor printanier el galant, le
décor des personnages et des comédies de
Lancret. Ce sont de ces architectures à jour
que le dix-huitième siècle mariait si joliment

à la verdure, dè ces barrières à travers lesquelles passent le ciel el les fleurs, les zéphyr
et les regards : c'est la salle d~ fraîcheurs,
et ses deux portiques de treillages, et ses
trente-six arca~a:btitant chacune un oranger,
et leurs pilastres dont chacun est surmonté
de la têle en boule d'un tilleul ' ·
,Iais de l'autre côté, à la droi le du palais,
vous entrez au premier pas dans la création
de la Reine, dan le jardin anglais. « Le jet
d'eau joue pour les étrangers, le ruisseau
coule ici pour nous, 1&gt; pourrait dire la Reine
eommc la Julie de Rousseau. lei se retrouve
le caprii-e, et presque Je naturel de la nature.
Les eaux bouillonnent, serpentent, cour&lt;'nt;
les arbustes scmhlt'nl semés au gré du vent.
lluit cents espèces d'arbres, cl &lt;les arbres lrs
plus rares, le mélèze pleureur, le pin &lt;l'encens, l'yeuse de Virginie, le chène rou~e
d'Amérique, l'acacia rose, lt• févier et le
sophora de la Chine, marient leur ombre et
mèleol toutes les nuances de la Ceuille,.du
Yerl au pourpre noir et au rouge cerLe 3 • Ll'S
fleur sont au ha·ard. Le terrain monte et
descend à sa volonté. Des cavcrnr , des fondrières, lie, ravins, cachent à tout moment
l'art et l'homme. Le allées tournent et se
brLent, et prennrnt le plus long pour n'avoir
pas l'air trop r1tban. De pierres ont fait des
rochers, de butte simulent des montagnes,
el le gazon joue la prairie•.
Sur la colline, au milieu d'un buisson de
roses, de jasmins el de m1 rtes, 'élève un
belvédère d'où la Reine embrasse tout son
domaine. Ce pavillon octogone, qui a quatre
portes et quatre fenêtres, répète huit fois en
figures sur ses pans, en attributs au-dessus
de ses portes, l'allégorie des quatre saisons,
sculptée du plus fin et du plus habile ciseau
du siècle. Huit sphinx à tèll' de femme s'accroupis eot sur les marche . Au dedans, c'e L
un pavage de marbre Liane sur lequel e
brouillent et e traver eot les ellipse:. des
marbres roses et bleus. Aux murs de stuc,
et même sur les panneaux &lt;lu bas des portes,
des arabesque courent. Un pinceau léger,
volant, enchanté, semble avoir éclaboussé
de caprices el de lumière ces murs de porcelaine. Le peintre a repris le poème des
boi erie du palais; il l'a animé ide oleil cl
peuplé d'animaux: et cc ,ont encore carquoi ,

1. l'elile. afficl1es, nivôse an V.
•.?. Le Cicérone de Ver ailles, Jacob, 1806.
::i. Lellrru d'E ... éoi tle B.. on (lllle Roudon ),
Troyes, 1791.
\ .. Coup d'œil sur Bel-Œil. A /Je.l-Œil, de l'i111pri1mme du l'. Charles de L. (I&lt;' pr. Charles de Liincl.
ti. Fi-agme11ls sur Pa1·is, par Meyer, traduits par
l1.• ![timlral Dumouriez. flambourg. 179R, yoJ. Il.

O. Voyez dons ln De.1criptim1 gh1érale a pm·ticulièrc de la Fttmce (par tic l.a Borde ), 1i81-1i88,
les vues du Pctil-Trianon gravi•e par le chcnlier de
Le pinnssc.
7. Catalogue des meubles el elTels précieu1 d~ La
ci-d,,nnt Li-le ci.vile.
8. Frngnu11la sur Pa,.is, pnr llrycr, vol. Il.
9. Le Cil'fro11e de rersa1/l;,, .

flèches, guirlande" de ro e blanche , bouquets dénoués et pluies de fleurs, chalumeaux
et trompettes, et camées bleus, et cages ouvertes pendues à des rabans, traversés de
petits singes et d'écureuils qui grattent uu
vase de cristal où jouent des poissons. Au
milieu du pavillon, une table, d'où pendent
trois anneaux, pose sur trois pieds de bronze
doré; c'est la table où la Reine déjeune: le
belvédère est sa aile à manger du matin ·.
De là Marie-Antoinette domine le rocher,
et a grolle &lt;1 parfaite et bien placée ~. el la
chute d'eau, el le pont tremblant, jeté sur le
petit torrent, et l'eau, et le lac, el sous l'ombre des arbustes les deux ports d'embarquement, et la galère fieurdelisée, et la rivière.
\'oici l'ile et le temple de l'Amour, rotonde
exposée à tous les vents où le Cupidon de
Bouchardon e ~aye de se tailler un arc dans
la massue il'1Jercule 6 • Voici le ruis·eau et
ses p~ssêrelles, dont chacune a une vanne et
forme écluse. DerrÎ're ce demi-cercle de
treillage, sous cc palanquin chinoi , tourne
le jeu de bagues, avec huit sièges formés de
chimères et d'autruches ·. Voici, au bord de
la rivière, les Bocages partagés en petits
champs el cultivés comme des pièces de
terre; et voici enlia le fond du jardin, le fond
du tableau, le fond du théàtre: c'est le paradis de Berquin, c'est l'Arcadie de liarir. Antoinette, le llameau ! le hameau où
elle faisait déguiser le Roi en meunier, el
Monsieur en maitre d'école •. Voici ltls mai. onnetles, errée· comme une famille, dont
chacune a un jardinet pour prêter à la. plaisanterie de faire de chacune de dames de
Trianon une paysanne, ayant de occupation
de paysanne 9 • La laiterie de marbre blanc est
au bord de l'eau. A côté se rellèle dan
l'étang la Tour de Marlborough, qu'une
chanson a baptisée, la chanson chantée par
la nourrice du Dauphin, madame Poitrine.
La mai on de la Reine est la plus belle chaumière du lieu : elle a des Vil e garni de
lleurs, des treilles el des berceaux. Rien ne
manque au joli village d'opéra-comique: ni
la maison du Bailli, ni le moulin avec sa
roue, et même elle tourne! ni le petit lavoir,
ni l~s toits de chaume, ni les balcons ru tique , ni les petits carreaux de plomb, ni
le petites échelles qui montent au llanc des
maisonnettes, ni les petits hangar à serrer
la récolte .... La Reine et Hubert Robert ont
pensé à tout, et même à peindre des fissure
dans les pierres, des déchirures de plàtre,
des saillies de poutres el de briques dans 11 s
mur , comme si le temps ne ruinait pas as ez
vite le jeux d"une Reine!
EDMOND ET jOLES DE

Napoléon el la Reine Hortense

L'élégante collection du MiMOIJU!S 01&lt; LA Fl!MMe
publiée •ous la direction de M. F. Castanié, vi&lt;nt d~
•••nridûr d' un nouveau volume : Napolion ,1 la ~•in,
1fortenu 1• d'aprù Ir. Journal de Mlle Cochel&lt;t, l&lt;ctTicc
de la Reine..
Mme Marc&lt;lle Tinayn a coMacré à cc très curieux
&lt;t tris lntttusant ouvrage. unr. préface qul en ut à la
fois l'étude. la phu lucide et le résumé le plus précis.
Nous ne. doirtons pas qu'on n• nous sache gré de reproduire cc jugement porté SUT la Reine Horlcnsr. et sUT
sa fid&lt;le confidente par unr. dt. nos plus

et lllle Cochelet ne la quitta plu~, dans le
revers comme dans la prospérité. )fll~ Cochelet était aimable et piquante, elle avait la
bonne humeur qui vient d'une âme bien
éqailil.irée et d'une santé robuste.
Un portrait la représente, dans sa jeunesse
épanouie, les joues et la gorge pleines, les
yeux gai., le front couronné de boucles; c•e.~t

ûninc.ntc.s contt.mponinu..

La reine Hortense n'a pas laissé
de mémoires. Beaucoup de gens
ne la connaissent que par sa mère.
Impératrice, par son tils, Empereur, el par une romance de
style « troubadour •&gt;, qui fut, un
instant, le chant national de la
France du second E111pirr.
Les visiteurs de la fülmai on
éroqucnl à peine ce fantôme délicat, cette créole aux yeux l,Jeus,
si frêle qu'elle était fatiguée par le
seul poids de ses cheveux blond •.
Elle apparaît un peu effacée dans
le double ra)Onnemcnl du couple
impérial. Cependant, la fille de Joséphine eut un rôle considérable et
une grande in0uence. Napoléon
l'aimait et l'écoulait volontiers.
Aux sombres jours, quand la fortune trahit César,quand fléchirent
les amitiés et les fidélités, elle
monlra une rare noblesse d'àme
et une fermeté de caractère presque virile.
Pour comprendre el pour aimer
la reine Horten e, pour la remettre
à son plan dans l'hisloire, il faut
lire les Souvenirs de Mlle Cochelel.
On dit que les ftmmes sont impitoyables pour les femmes mêmes
qu'elles chérissent, et que l'affection, dans notre sexe, ne va pas
sans une certaine malice, sans une
vision neUe des pPtits défauts ou des
petits ridicules. Pourtant, Mme de

(1783-183;,),
Lectraœ de la Reine Horte11se,

MAOEMOI ELLE COCUELET,

J\1ariêc, en

181~.

au capitaine Parquin.

Pompadour nefut pas calomniée par

GONCOURT.

r

sa camériste derenueson historiographe, et c'est a,·ec enthousiasme, aYec ferveur
que Mlle Cochelet parle de la reine Hortense.
Louise Cochelel avait été élevée à SaintGermain avec Hile de Beauharnais, sous la
luteUe de lime Campan.
Quand Hortense devint reine, elle appela
son amie auprès d'elle en qualité de lectrice,
1. Un élégant volu_me illustré, petit in-8•, prix :
6 rrancs. Jul~ T1ll1nd1er, éditeur.

IV. -

H11TOJUA, -

Fasc.

~2.

bien la « grosse rieuse », comme on disait
par taquinerie amicale.
If. de Bouffiers, qui la vit à Plombières
en f809, a laissé d'elle un autre portrait,
en petits vers aimables et déjà vieillots :
age gaieté, bonne malice,
Naturel_ plus lin qu'arlifice,
Funchtse el prudence à la fois;
Esprit lég~r bien que solide,
entiment que la raison guide :

C'est tout c.. Ja., mieux que cela
Qu'on doit voir ,tan, ce portrait-là ....

Les ~lémoires de Louise Cocbelet comprennent les années lf's plus tragiques de
l'Empire, de 1815 à 1815. c·est un récit
san- prétention et sans arl; le stJle en est
ramilier et parfois incorrect, mais l'ensemble a de la naïveté, de la bonhomie et maintes
pa:,res sont vives et spirituelles. Dès
le premier chapitre, la figure de
la Reine e des ine. On la voit, ce
jour de l'an 1813, se mettre, dès
neuf heures du matin, en grand
habit de cour pour aller présenter
ses vœux à Napoléon et à MarieLouise. Elle rentre, change de costume, court à la Malmaison embrasser sa mère, revient chez elle,
refait une toilette de gala pour le
dîner de !'Empereur. Son coiffeur
valet de chambre, pressé par elle,
démêle ses cheveux cendrés, de
cheveux si longs que les deux petits
princes, apoléon et Louis, s'amusent à passer en Ire le coiffeur et
la Reine, sous le berceau des nattes
déployées. Le coi0eur se désofo. Il
est artiste, comme Vatel. li a l'orgueil de son mé1ier .... c&lt; JI m'est
impossible de faire quelque chose
de bien sur la tête de la Reine.
EIJ,. ne m'en donne pas le Lemp ... .
Qu'est-ce que !'Empereur va penFer de moi? Que je mis un malotru, que je ne sais pas coiffer .... n
Les enfants, ravis, accompagnent
leur mère jusqu'à sa voiture, portant, comme les pages, ses gants,
son châle ou la queue de son manteau. A neuf heures, Hortense est
revenue, elle embrasse ses petits
el se couche, exténuée.
Elle aYail une faible santé el un
entimenl très sérieux du « devoir
professionnel» qui lui faisait accepter, avec ré ignalion, les conées pénibles d'une vie de représentation
perpétuelle. Son goût allait à des
mœurs plus simples, à la demi-retraite dan
quelque maison:ensoleillée; elle souffrait d'habiter des ch.ambres somptueuses po ées au
Nord, et se consolait en esquissant des plans de
la demeure idéale où entreraient à 0ots la lumière et la chaleur. Peu coque(te, elle ne
tenait pas de Joséphine la passion ruineuse
des ajustements. Ses parures les mieux
aimées étaient de petites robes courtes en
crêpe rose. Son amour des arts n'était pas

�1l1ST0~1A
Mlle Cochelet éclate de rire. liais la Reine
affecté. 'frès musicienne, elle n'avait point de
plus vif plaisir que d"adapter à dt's paroles la reprend : Il Ne ri pas. C'est une leçon
ingénues quelque mélodie innocente. Elle que je donne. Le malheur des princes nés
sur le trône, c'e t qu'ils croient que tout leur
composait des albums entiers de romance
qu'elle offrait volontil•rs à ses amis. )lais en est dù. Lor. que l'infortune arrive, ils sont
i814, son hôte et ami, le tzar Alexandre, di- surpris, terriliés, et restent toujours au-desnant à la llalmaison, voulut posséder l'album sous &lt;le leurs destinées. n
original, donné par Hortense à Joséphinc-.
Celle-ci n'osa refuser. La Reine se fàc:ha.
Elle avait reçu, dès sa ,jeunesse, ces rudes
« J'estime beaucoup l'empereur de Russie. leçons du malheur, et jamais reine ne crut
dit-elle tout net; mais c'est cependant l'uu moins que &lt;&lt; tout lui était dù 1&gt;. Dans l'imde nos vainqueurs; el je ne me soucie pas mense désastre de I J \, dans le désastre
qu'il emporte des trophées de ses victoires plus terri lile encore de J815, elle ne fut pas
venant de nous. Mes romances sont mes au-dessous de sa de tinée ....
seules œuvres à moi, etje ne veux pas avoir
l'air d'en faire un hommage particulier. Un
L'Empneur ~n exil, Joséphine morte,
exemplaire gravé, à la bonne heure; mais Louis XVIII sur le trône,la reine de Hollande
l'original devait appartenir à ma mère ... 11 n'est plus que la duchesse de Saint-Leu. Elle
Joséphine n'avait pas de ces fiertés-là.
perd ses appuis, son troue, sa fortune .. ..
Avec une dignité incomparable, elle fait tête
La plus grande et peul-êlre la seule pas- au mauvais sort; elle défend son titre de
sion de la reine llortense, ce fut la maternité. Reine non pour elle, mais à cause de l'Empe!lalheureu~e en ménage, frappée au cœur reur qui le lui donna; elle défend les biens
par la mort de son fils aîné, elle reporta tou- de ses enfants; elle défend la répulation, la
tes ses tendresses, toutes ses sollicitudes sur gloire des amis d'hier, dispersés et ,·aincus.
les deux enfants qui lui restaient. Mlle Co- Elle parle comme. une femme du xv11e siècle
cbelet nous la montre, altentive aux moindres nou.rrie de Plutarque : c, J'ai pu, dit-elle,
délails de leur régime et de leur éduC"ation, dans c~s tristes circonstances, me convaincre
se levant la nuit pour les soigner, très ma- que dans les grands revers le moral des femternelle el au. si très maman. Elle tutoie les mes se laisse moins facilement décourager,
deux petits; elle désire que les personnes de et qu'elles retrouvent dans leur camr, dans
·on entour11ge les appellent simplement Na- la vivacité de leurs impressiq.ns, toute la force
poléon el Louis el non Altesse Royale. Elle nécessaire aux courageuses résolutions. La
veut qu'ils oienl robustes de corps, adroits confirmation de mes crainles me r~ndit tout
de leurs mains, avertis de bonne heure que mon courage au lieu de l'abattre. &gt;&gt;
les grandeurs humaines sont précaires. Pendant l'invasion de i8l4, elle les engage à
Combien son attitude si simple, si francb.e,
participer aux soulfrances publiques ... en re- si digne, fait un contraste singulier avec les
nonçant à leur dessert « tant que les ennemis hauteurs maladroites de la duche se d'Anseraient sur le sol fraoç.ais 1,. Tout est ma- goulème el avec les véhémences de Mme de
tière à enseignement. Quand le roi de Prusse Staël. Rieo de plus amusant que la visite de
et le Tsar vit'noent à la Malmaison, les pau- la c&lt; célèbre authoresse » à Saint-Leu. Elle
vres enfants dt'mandent à leur gouvernante si arrive avec Ume Récamier a encore jeune,
ces rois inconnus pour eux sont des oncles ... fort jolie, telle une jeune première victimée
comme les autres, les rois de la famille. JI par une durgne trop sévère, tant son air
faut leur expliquer que ces rois-là sont des doux et timide contrastait avec l'assurance
ennemis : « Vous ne les appellerez pas (! mon trop masculine de sa compagne . La figure de
oncle », mai Sire )) . Le pdit Louis demeure mulâtre de Mme de Staël, sa toilette origipensif après celte révélation; il songe à l'ad- nale, ses épaules entièrement nues, qui auversité possible et à ce qii'tl ferait pour vivre raient été belles l'une ou l'autre, mais qui
si son oncle, le vrai, le grand, était à jamais s'accordaient si mal entre elle , tout cel endisparu. L'ainé, Napoléon, - qui mourra à semble me parut réaliser bien peu l'idée que
Forli - déclare : « Je me ferais soldat et je je m'étais faite de l'auteur de Co,·inne et de
me battrais si bien qu'on me ferait officier. Delphine. Le premier moment pas~é. je lui
- Et toi, Louis, comment gagnerais-tu ta accordai pourtant de beaux yeux, très exvie? »
pressifs, mais il m'était impossible de placer
Le futur Napoléon lll, qui n'avait pas cinq de l'amour sur un tel visage et pùurtant on
ans, sentait Lien que le sac et le fusil, m'assurait qu'elle en avait souvent inspiré. i1
quelque petits qu'ils fu~sent, étaient au-dessus de ses forces. li répondit : &lt;&lt; Moi je venMme de Staël, lumultueuse à son ordinaire,
drais des ,•ioletles romme le petit garçon qui éblouil les convives. Elle roule entre ses doigts
est à la porte des Tuileries et auquel nous en une petite branchette, - geste machinal néachetons tous les jours. t&gt;
cessaire, paraît-il, à son éloquence, - et elle

déclare qu'elle veut aller à l'ile d'Elbe voir
!'Empereur : c&lt; Pourriuoi donc m'en \'Oulait-il
t.anl? J·étais née pour!• adorer, cet homme-là.
et il m·a repoussée! » Elle interroge les petits princes : &lt;&lt; Aimez-vous votre oncle L.
Est-il vrai qu'il ,,ous faisait répéter souvent
la fabl e qui commence par ces mots : &lt;&lt; La
raison &lt;lu plus fort est toujours la 11·ieille11re .... » Le jeune Napoléon, sans se démonter, dit tout bas: n Cette &lt;lame est bien
questionneuse; est-ce cela qu'on appelle avoir
de l'esprit? i&gt;
Anecdotes, Lableaux de mœurs, caricatures,
scènes tragiques, abondent &lt;lans les mémoires
de Louise Cocbelet.
Là, passe et repasse le tsar Alexandre l•r,
l' Autocrate féministe, qui veut être adoré de
toutes les femmes, même des reines découronnées par ses propres mains, et qui verse
ur leur malheur des larmes enthomia tes;
ce prince Charmant à la poitrine barricadée
de crin et d'étoupe, que Caulaincourt et la
lectrice appellent simplement« l'Ange Jl, qui,
en i 814, fait de la Reine, malgré elle, une
duchesse, el, en 1.815, une proscrite, une
exilée, une pauvre errante; - après être
tombé, lui, le paladin de la Sainte-Alliance,
aux pieds d'une aventurière à la dérive, sorte
de Sibylle mystique qu'il présentait pompeusement à ses Cosaques sur les frontières de
la France envahie.
Ou bien encore, voici à la Malmaison, assis
côte à côte, autour de la table de Joséphine,
bruyamment amusés d'un tour joué à. un
Anglais el des histoires de l'aimable Cochelet,
deux enfants dont les destinées tragiques
prennent là le premier contact : l'un sera
l'empereur Guillaume Ier, l'autre Napoléon Tll.

ROBER.T FRANCliEVILLE
c:lp

Comment on traitait la Peste
dans

li
Jean Fabre prescrivait également, dès que la
peste avait éclaté, d'allumer de grands feux,
suivant l'exemple des anciens: parce que le feu
attire à lui l'humidilé de l'air, et en même
Lemps, le venin pestilentiel que contient cette
humidité; il brùle ce venin, neutralise sa
maliguité, le purifîe, el même, le transforme
en antidote, selon la doctrine des médecins
spagirique· (c'est-à-dire, ceux qui traitaient
les maladies par des sel chimiques).
Cette doctrine spagiri(1ue enseignait que
chaque venin porte en lui-même son antidote. Il suffisait seulement de le réduire en
cendres, par calcination chimique, pour lui
donner un pouvoir bienfaisant sur le mal
qu'il avait fail. Par exemple, la cendre du
crapaud guérissait sa morsure; et si l'on était
mordu par une vipère, il fallait, sans tarder,
la faire cuire à !'étuvée, jusqu'à ce qu'on obtint une poudre noire qui, appliquée sur la
blessure, calmait ausi.itôt l'inllammation. En

Et ce sont aussi les bains de mer où la
pauvre füine, enveloppée d'un hideux vêtement en laine marron, est plongée dans l'eau
selon l'éliquelle, devanl des centaines de curieux; ce sont les rjres d'Hortense devant les
Anglaises en robes à taille longue, - qui
paraissent indécentes! - Ce sont les voyages
en chaise de poste, la fuite à travers Paris,
les pelits ouliers de taffetas risquant de révéler l'incognito de la Reine; c'est le dévouement de La Bédoyère, les angoisses de la maréchale Ney. C'esl le retour de Napoléon après
l'ile d'Elbe, son émotion dans la chambre de
Joséphine morte; ce sont les terribles jours
entre Waterloo el le dernier exil. , ..
Ainsi, la « grosse rieuse &gt;&gt;, par dévotion
pour sa Reine, a fait revivre trois années de
nos gloires et de nos revers les plus éclatant ; elle a ressuscité le monde de l'Empi.re
agonisant, autour d'une mélancolique figure
blonde, souveraine découronnée, qui abrite
ses ms aux. plis de sa robe, et écoule fuir les
abeilles, pendant que refleurissenL les lis.
~lARCELLE

TI AYRE.

• flABIT DES MÉDECrNS ET AUTRES PERSONNES QUl
VISLTE!'IT LES PESTIFÉRES. lL EST UE MAROQUI~
DU LEVANTj LE MASQUE A LES YEUX DE CRIS·
TAL, ET UN LONG NEZ REMPLI DE PARFUMS. •

(Cette légcod.e et cc dessin se voient au frontispice
• d'un Traite de la. P~sle, publié en 172ç,: ) •

prolongeant la,calcination, on obtenait le sel du
venin, beaucoup plus efficace -que la cendre.
Guy de là Brosse, Fabre, Potel, Citois et

bien d'autres, coni;idéraienl le sel des venins
naturels comme le meilleur antidote de la
peste. Le mot venin, chez ces autPurs, semble être souvent pris dans le sens d'animaux
venimeux. Donc, en calcinant des crapauds,
des lézards, des serpents, des chenilles, des
araignées, des limaçons ou des escargots. on
obtenaiL un sel, qu'on prenait à raison de dix.
grains, dans une once d'eau thériacale 1 , pour
se guérir de la peste.
Mais, a,·anl d'accomplir la calcination de
ces venim, il urgeait de consulter les astres,
car cette opération, pour èlre fructueuse, ne
devait être faite qu'à une époque déterminée,
celle où le Soleil et la Lune se lrouvaient
dans la constellation du Scorpion! ... « C'est
c toujours à ce moment qu'il faut préparer
(&lt; les antidotes contre la peste; car le Scorcc pion céleste est celuy qui domine sur tous
&lt;&lt; les venins, et l'efficacité est bien plus
« grande. »
Voici comment on obtenait celle cendre
merveilleus~ : « Il faut prendre un vieux
&lt;c crapaud vi,,ant et l'agiter longlemps de(( dans un vaisseau plombé, auquel il y aura
!( un peu de son ... el continuer de le battre
&lt;( ju~ques à ce qu'il meure; l'ôter, et le laver
« avec eau de sauge, puis le mettre dedans
!( un vaisseau neuf, bien couvert, et lulé avec
« un peu d'origan, au feu, tant que la calci(1 nation en soiL faite .... &gt;J
Le sel de l'urine d'un enfant de moins de
sept ans; « le linge ga~lé d'une Jille en ses
(! premières purgations »; le 1,aog de la beletle; &lt;&lt; l'e-xtractiou de cœur de bouc conô t
en son sang », et enfin, le sel extrait du sang
d'un pestiféré étaient également considérés
comme « des bezoards' qui sont antidotes et
~ontrepoisons de la peste. J)
La poudre d'yeux d'écrevisse et la poudre
de la1'mier de cerf j ouis~aient, paraiL-il, d'un
grand pouvoir spécifique. C'étaient des bezoartls, surtoot la seconde. Cette poudre provenait d'une concrétion lacrymale qu'on ne
trouvait que dans les yeux des vieux cerfs,
àgés de p~us d'un siècle. Ainsi que l'expliquait M. de Lamperière, &lt;&lt; le cerf poursuivi
« et se trouvant pressé et aux abois, larmoye,
a comme animal timide et craintif, lesquelles
c&lt; larmes se congèlent au coin des -yeu1, s'en&lt;( durcissant à guise d'ambre, laquelle cona gélation il faut mettre en poudre, et en
·« prendre demie dragme, avec de l'eau de
cc cliardon bénit. 1&gt;
1. Composé pharmaceulique oü en traient uÎle foule
de su~slances hélérocli1es, ,~géta.les, animales et ininèralcs, el qui étaiL regardé comme la p~aci:e µni-

,·erselle.

2. Concrétions calcaires, IJiliaircsou salivaires qu'on

Un autre remède, réputé souverain, mais à
l'usage excl11si[ des gens riches, était de boire
de l'or! Voici la recette de l'or potable :
~ Tl faut dissoudre l'or par l'eau régale.
&lt;&lt; Jeter dans la dissolution de l'huile de tar11 Ire. On met le tout en bouteille, ayec de
« l'eau claire, afin que l'or Lombe en poudre
« jaunàtre au fond. On passe le tout à travers
Cl un filtre de papier gris, dans un entonnoir
cc de verre, de façon que l'or reste sur le pa« pier; on le lave bien à l'eau claire; puis
cc on sèche la poudre au so1eil. On prend en1( suite 4 grains d'or, dans de l'eau de scac&lt; bieuse, ou dans une cuillerée d'eau théria&lt;&lt; cale. J&gt;
Et le même auteur, qui, sans doute, ta11uinait quelque peu la muse, ajoutait, à la
fin de son chapitre, pour égayer son lecteur
tout en l'instruisant, cet agréable petit quatrain :
La fleur de t'antimQine préparé,
Et celle du mercure sublimé.
Prêst'rve malades et sains,
Du lendemain de la Toussainrts 1

.... Or, à côté de ces remèdes empiriques
qui semblaient élaborés par des alchimistes
de contes de fées, il en ex.i tait d'autres un
peu moins ntravagants, mais combien plus
compliqurs !. .. Témoin, la façon dont le docteur Lamperière, de Rouen, soignait les pe~tiférés, au début du xvn• siècle : dès les premières atteintes du mal, il ordonnait une
drachme de bonne thériaque avec 8 ou
9 grains de bezoard oriental. Le malade devait ensuite transpirer pendant trois heures
et prendre un bouillon clair, puis un lavement. On le saiguait à la veine ha~ilique du
bras droit; peu après, on lui administrait la
potion suivante : c&lt; 1 drachme d'hyacinthe;
cc une demi-drachme de scorsonère en poudre:
&lt;&lt; 7 grains de licorne; 1 once de sirop d~
&lt;&lt; limon; t once de chyne, et 2 onces d'eau
&lt;c de tête de cerf. D Après avoir sué de nouveau, le patient absorbait un bouillon léger,
avec de l'oseille, du jus de citron et de la
pimpinelle; el au bout de trois heures, la
mème potion que précédemment, avec de
l'eau rhériacale. Enfin, en dernier recours, on
lui donnait du bezoard animal, quand on en
avait les moyens, car cela coûtait fort cher.
Pour pratiquer la saignt'.-e, il fallait, selon
Fabre, prendre garde que la Lune ne fût ni
dans la constellation des Jumeaux, du Sagittaire on du ScoI'pion, ni conjointe avec Mars
Lroure dans le corps des ruminants el qui jouissaient
~utrefois d'uHe immense répuletion, lanl pour l'llsage
,wL~rn~ que ~om~e aml!lettes et 1,hsma11~. Ce préjqgé
av111l etè accrédilé en Espagne et• ~ Italie pa~ le
médecins arabes.
·· - ·•

�H1ST0~1.ll---------~-------------~
ou Saturne. Sao quoi, de graves complications pouvaient s'en suivre!
Le traitement végétal avait aussi de nom-

&lt;l J'ai connu, dit-il dans ses observations,
un Allemand, à Paris, qui conservoit et
u servoit les malades, en la rue des Vignes,

ment la potion suivante, à raison d ·une cuillerée Joutes Jps den,; heures :
« Prenez deux polimenta de Loue récemment tué, el une livre de sa peau, coupée
11 par morceaux un peu gros; 2 onces de
If camphre; 1/2 füre de bonne thériaque:
,c I dommine de gro citrons roupés en
" quatre, de la rhiie. de la sauge, romarin,
hysupP., absinthe, menthe et racine d'ang1:li4ue, de chacune une poi~née; d~s baies
&lt;1 de genièvre, de la coriandre deux poignées.
Faites inrnser le Loul dans six pintes du
11 plu fort vinaigre, pendant huit à dix jours,
&lt;1 dans un vaisseau de terre bien bouché et
exposé au soleil, puis après, distillez à feu
ouvert dans une cucurbite de terre rnrnissée, et gardez cette distillation dans une
bouteille de verre bien Louchée. »
C'e t ce qui peul s'appeler un remède de
cheval t Si l'on n'avait pas la précaution de le
préparer d'avance pour l'administrer immédiatement, au bout des dix jours le malade
était mort ou guéri!. .. Mais on pouvait toujours, en attendant, le purger avec du mercure, et lui laver le corps une fois par semaine avec du vinaigre, du vin chaud ou de
l't·au-de-vie .... Au moyen âge. on buvait
relativement peu d'eau-de-vie, mais on l'emploiait beaucoup en frictions et lotions pour
l'usage externe.
Au premier siècle, un médecin de Tarst•
(As ie Mineure), nommé Philon, employait,
contre la pe:,te, un électuaire calmant, dont
on se servait utilement très longtemps après
lui. Il en laissa une description amphigourique que ses successeurs eurent grand'peine
à traduire. C'est une véritable charade qu'il
et amusant de citer.
« Prenez : des cheveux roux et odorants
« &lt;lu jeune garçon dont le sang est encore
« répandu dans les champs de mercure, le
poids d'autant de dragmcs que nous avons
&lt;C de sens (ce qui signifie, parait-il, 5 dragme~
« de safran).
« Du naupbium Euboïque, t dragme;
« {Traduisez : du pyrèthre).
« Aulant du meurtrier du fils de .lfenœtius que l'on conserve dans des ,entres de
« brebis (Euphorbe) ;
« Ajoutez 20 dragmes de flammes blao« cl.es (poivl'e blanc), et autant pesant de
&lt;1 fèves de pourceaux d'Arcadie (jusquiame);
« Avec une dragme de la plante qui est
« faussement appelée racine el qui vient
« d'un pars nommé à cause de 1upiter Pis« séen (Spica Nm·di);
&lt;t Écrivez Piwn, el ajoutez à la tête de ce
a mot l'article masculin des grecs (opium!!!)
cc Prenez 6 dragmes de cette dernière
« drogue et mêlez bien le tout avec l'on« vrage des filles du taureau d'Athènes (miel
c&lt; attique). »
Telle est la composition du Philonium.
Quel est le précieux de l'Hotel de Rambouillet
qui eû.t, mieux que cet ancêtre, cultivé la
péri phrase L .
Mais voici d'autres spécifiques qui nous
ramènent au crapaud. Décidément cet humble
aoimaljouissaitautrefois d'un prestigeénorme.
C&lt;

Clicb~ G1rauOoD.

LE CHEVALIER ROSE FAIT, EN 1720, INliUMER LES PESTIFÉRÉS DE M.ARSEILLE.

Tabkau d.e Gu~RJN. C.\Iusu tk la S:inu, i\farseilte .)

breux partisans. Beaucoup de plantes passaient, à tort ou à raison, pour résister au
venin pesûlentiel, parmi lesquelles :
La vigne et le raisin, le gui, le pourpier,
les orties, l'asperge, le frêne, le pin, le
chêne, le cèdre, les ronces, le poireau, l'ahsinthe, la rose, la violette, le souci, l'œillet,
l'oignon, le poivre, la grenade, l'orange, la
noix, le gland, la pervenche, etc., etc.
François Valleriole, en 1566, préconisait
l'usage des simples, et eût voulu que la
chambre d'un pestiféré fût tapissée de fleurs,
de fruits el de fouilles.

« au faubourg Sainl-)larceau, au4uel ils
avoient esté relégués, pour ne pou1·oir, à
&lt;&lt;

cause de la multitude. estre reçus en l'hos-

« tel Dieu; lequel, pour tout préservatif, ni:
ic prenait que de la poudre d'absynthe dis« soule dedans sa propre urine . ... »
On remède moins répugnant, en usage au
xv" siècle, consistait à faire prendre au pesliîéré des baies de laurier bien mûres, et des
pistaches avec du sel, le loul délayé dans du
vin -s'il avait froid, dans du vinaigre s'il avait
la fièvre.
Torella, au xvue siècle, ordonnait fréquem-

.... 372 ....

�-

'lf1ST01{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

On croyaitcommunément11u'il p&lt;urdait, dan.
a d'aloè.:-; :'i once de thériaque fine: 2 IJllCt!S
tète, 11.llt! petite pierre, appdée crapauJirw, u de poudr • de eropauJ: 1 oncl' &lt;le rendre de di p1J cr le mol c..1bali~tiq11e Abracadabra.
qui, réduite en puuJrc, el ah orb1:c Jau un M &lt;le ..crp •nt; 1 011c, de poudre de grenonill1•: de la manière ~uivante :
A li R .\ C .\ li .\ U 11 .-1.
verre de ,·in hlant, avail le pou\'Oir de "Uérir « le tout Li,•n ruèlt:. Il
\ U R \ C \ D ~ li R
h p• te.
.\ li Il \ • ,\ Il \ 8
lais l'Il dtbnr. de cc. comhinai ·on' pbar1 Il 11 .\ 1: \ Il A
Il fallait de pr ir~rencc choi ir Je- vieux maceuti,1ue , il l arait Lien &lt;l'autre mo •n
\ Il R \ 1: ,\ Il
crapaud \'enlru , t . urtout ne pa · le. fixer bizarres Je uérir le, bubon· .... Par e ·emplc
Allrt\C\
trop longtcm p · Je suite, ou· peine d"at- &lt;l'appli11uer J1·ssus des poule, nn dei pin-cons
A U li .\ (!
traper la jaunis el. ..
\ 0 Il .\
111-entrt: vi11mb, ou &lt;le, pelib chien couA II Il
On pou,ait au_~- i prendre de la même p; par le milieu: san oubli,•r le· iné,·ital,le:
.\ u
façon 1 'pierr qu'on trouçait dan· le corp· crapaud • 11ui eus,cot facilement fourni la
,\
ou dan.· la h'te de diOércnt reptile . . .. Oe matière d'un omrarre, ~ur les quatre-,ingl•
Ce
~impie
j1'u
dl'
mol:
pa sait pour coupr.r
même !fUe le pierre e~ Lrai te· du Corp des Ji -neuf Tarons de lé., accommoJer 1. .•
vi ille el «ro.· e· araigm:es, ayant une croix « O'aultre appliquent 1' crapaud entier et radicalement la fièvre la plu· tenace, rnieu que
ur le do·. Les m:1ladc., d~Jical.5 qui éprou- u Ü\"artt !-ur le bubon pc ·ul ut, el lienuenl ne sauraient le faire :iujou r&lt;l'hui dcuxgramml's
vaient une r{-pugnance bien légitime à a,·alt"r « 11uc, par qucl11uc wrtu occullt&gt;, il tire à de quinine I Quelle belle cho ', 11uela magie!. ..
Le amulrltes et périaptcs en tous genres
cc pierres J'arai"nLles, .e contentai nl de « rny le ,coin l)lli le fait enfin cre,er. 1
ne
proté;;cai1•11t pa -eulemenl le· per.-onnc·
les pC1rter su,-penduc· au cou, n nui c
Une autrt! catégorie Je rcmèd ·s contre isolé{,~ : ils pournit·nt au ·si prê.sener du néau
d'amulettes.
le hui.ion~, consi,tait dans C'rlaines pierre
Cela fai ait à peu prè autant d'cll~t qu'à pr!dc11c·e a1m111ellc · on allribuait le pournir Ioule une ville ou Loule ulll: pro\Înce. l'our
arrin!r ù œ lieau ré ultat, il élait uon d'en
l'intérieur 1. •.
dt:le. faire cr1·1·er.
jeter
dans J, rue:, el d'en .cmer à profu .. ion
Quant au traitement e. téricur de la pc Ir,
Ce: ~up •r~tirion. , venues Je l'Oril'nt, ou dan le. champ « car ce ont comme J~s aiil était éiralcruent for! compliqué; il exhait rcnounl~e- de J'antiquit, 1, avaient du moin
des pr · en·atif. pour toute: le. parties du J'avanta d · ne pa · au men ter J'inllamma- man · qui attirent I • venin el le t·on~ument o.
Enfin, 'il faut en croire le~ },:,. •ndes faliucorp., depui · le front jus11u·aux pirJ , sans lion, tl de ne pa · ink ter encore plu· le
lcusc
•1ui non . unl contées, mc?me par dr ·
préjudice de.~ amulelle •t J
a hct~ rua- malade crédtrlt'S 11ui en usiit•nt.
aulrur. a. :ez &lt;ligne· de foi, il c .t&gt;rJit lroun'.·,
gu1uc .
Le ruhis, l'émeraude, la perle e erç.iicnl au mo ·en arre, des orcier~ a~ e:.1 pui~~anL ·
Cc pré~erratif,, ou ipillième , appliur le bubon une iullni-nct' hil'nfai~:1ute. Le pour apaiser le plu , iolmtc:- p ·sles, rien
qué sur la peau, jouaient Je rôle de ina- simple contacl du saphir oril'ntal le faisail
que par leur sortilège.. \"allt•riole n. urt' de
pi·mes ou de v icatoir ·s : ils étaient crn. ,; · rrewr! .
honoe foi 11uc l'épiilémie de i ~22 à llome r
ab. orber l'inllarum:ition et le \'coin du corps,
On arriYait encore à t·c ré! ultat en met- lermiua d". celle foçon imprévue.
el empè(·her d"autre part le poi,on ubtil tant de _u unmort·rau deja p•t:iuge (c' ·t« Du kmps du pape A,1ricn \'I, ccrit-il, la
d'allaquer la partie qu'iL défendaie111.
à-dirc sans rou"e) ur lctJUd était gra, :e " Peste 1Jui t'. toit horrible fut apaisée par les
Voici la r celle d'un d' cc 1:pith\111t•s, dit: l'imai:e d"llen:ule étoulfant un lion. \lai~
u enchantement- et cbarn1t&gt; - d'uu certain D•l'l:.tiithème de Itm1·01•i,1s,
il fallait pour cela que le , oleil fùl d,111
11 métrius, lt•11uel, nonol,,tanl la drfense du
Cl Prenez un vieil pirreon Llnnc, . 'iJ 'en
la con 1el1ation du Lion, et qur la nomt:'lle
pape J'mer de c remi-dc,, pnu : 1 du
11 peut trou,er; faite -le nourrir av1 • de la
Lune n'tùl pa · plus de lroi jnu!'h !. .. Toutes " peuple, produi~it en la plar1• puulique 1111
« graine de chardon bénit, puis le fendez ces condition étaient de ;,·happaloir , dan
• tauMm furil'ux, duqud il coupa les corne :
par le milieu et Il! farcis ez nec de bon le ca. , toujonrs prol,ablc, où I' · pt1rit'ncc ne
«
el ayaul murmuré qn1·l11ue · ,·cr à .•es
• thériaque dis ou tt\'ec du ju. d'ail; el réu.si,. ail pa !. ..
11 nrl'illc , il le reudit si arloucy, 1111·:1,·ec un
• l'appli,1uez tout chaud . ur le cœur. »
Toul ce qui était u. pendu ou porté . ur o ;eul filet il le prnm,•na par Ioule le ploc
Guillaume Potel, chirurgien juré, natif dc qucl,1uc partie du corp~ s'appelait de! Pé« puLli,~uc..-dt• la ville, cl pui · lïmruola dedans
,\[eaux, a formul~. dam 011 traité de la pc te, rinple:.
o J'amphitlré,'ttre. Ce qui fitce~ cr la Pe le. •
la composition d'un fronlea11, ou épithème ·
Le· \'Îeux traité, ur la peslc en citent de
... ArrêlOn."-11ous ici. U ed superflu de
céphalique de tiné à ètr · po é ·ur le crdm•
curit·u . Par exem11Jp celui-ci :
pous~er plu_ loin ces lilations dé,obligcanle:,
comme une romprc·se; il est relativement
, 'i vou "ra,cz. ur un ja,p' \'ert, lor:que
:impie, n'étant, par cxccplioo, formé quo Je a le olt'il t en semini, le ;1 de la Lune, pour la mémoire de ,·it•ux médcdn .. . cl
au i de \icu:c: ma lad•. ! ... ne conclu ion
quatre sub lance :
u la fi •ure d'un .. P.rJl('ut en rond, mordant :a prati,111e el ra ·uranie e po,e d'cll -mrme
• •1ueue, et que wus portin celle figure après ce ùref coup d"œil en arrière : à savoir
M~lla de ccrr;
• ur le cœur, vou · ne pomrt prendre la ,,ue la médE:Cine Pl la propbyl,uic ayant fait
•· menec de ju quiam :
Il peste. 1
Poudre ,I~ diamarg.,rilum froi,I;
de gi ant .:que· pro rè- d •pui le mo1en age,
Poudre tl,! pain, bien levë, lr!•mpé rn lait de femmr..
Ou, .. i l"oû était alleint du fh1au, on recou- la Pe. le, en admcllant qu 'elh• nou. atteign,·.
,rait la santé en gra\anl ur une pierre ne pourra le faire awc la mèm1: rrua111é. ·o~
On traitait par la m~m1• mlilliodc le· char- bèmatite un homme à g1•nou · lenaot de la
médt'cin n'ont pa - la. praûqu' de celle mabon:, pu tu les et bubon de la peste, en appli- main droite la tête d'un erpeot, e.L . n queue
ladie, œai · le admirabl lhéori' de Pasteur
quant de . u dr · on"ucnt ou des cata- de la main gaud1c; en ft1i anl monlt-r œlle
ont npplicublc · à ce· bacille· un peu plu:.
pla me· qui Je mt1ris aient et le faisaient picrr en ba,,.uc; el -en portant celle lla"UC au
actif. que 1 · autre·. Jadi ·, au contraire, il
percer.
médium de la main gauch '! Ce tali. man pro- n'y avait pour cela d'autre méthode 11ue
Ambroise Paré employait de. cataplasmes ,·cnail de' roi Je Pcr~e. qui l'avaient, dit-on,
l'empiri me ; on allait à l'aHmglcttP., .an.
dl! ui · de cheminée arec du sel cl de· jaunes
ouvcnl employé a\'eC succè , non seulement aucune ba eccrtainc, chaque a~aot marchant
d'œuf.
contre la p •·Ir, mai· encore contr toute· au !!l'é de _on iniliati,·e. Et quand on examine
Jean Fabre, entre autre· compo•é , con- sortes de poi,on ·.
les remède· à la fois comique el navrants Jont
seillait l'on••uent uivaot aux p tiiéré ·•
erenus 'an1monicu • méderin italien du di poiaient 110 aocèlfü, on comprend leur
a Poix nu ale, f/2 livre; poix ré ine, 111• iècle, po édait le ecrct d'une amulelle
épomanlc: et l'on admire la douce philosophie
11 4 onces: thérementine, 2 once : cire,
encore plu mrneilleu.e •1u'il uspcndait au de ce vic:u..: pro,erL qui re:;umc toute l'in ou11 i livre;
cou de es malades avec un fil de lin. C'était cianc, gouailleuse de la race : « En depit rle.ç
, Le tout fondu en emble ajouter :
tout iruplcruenl un carré de papier ou de medecins, nou rÏt'1·on · ju qu'a la morll JI
« t once de m1rrhe bien pulvérisée cl parchemin, or lequel il urtkiit d'écrire et
-,.
Roel!RT FRA, THEVILLE.
• li

LOUISE CHASTEAU
d):&gt;

11

0

./lmes d'autrefois
~ou., el 11n,1re ju:!••111rnt. rt lnn1.-~
chMr.• rnorlPllr". ,,oui rou1:rnt rl ron•
bnt • n et
; in•in, il n •ft pt ult
r . . t..th1ir ri1 1u il~ 1'11rl:1în •lt• l"un A
l"aultre, el Je iu 1,1 1 •~ ÎUl?t , .. t nl
en r1mLin•1 11~ ru11ia1io11 el hran• ,.
(wo,wa~l, il• Il, ,·h1p. ,11.)

PREMIÈRE P ARTlE

•

0

Prè- de la fem'lre ou1cr1e, une jeune fille
lisait.
On aperce,·ait :on profil Jéli at . ou· la
toulfo de e. chewux bruns l'Oup ;, à la Tilu , .:t nur111e ronde et souple, se.- lira. nus
hor de. manch!' courte!', . e. mains lon"1tes, ,outeuant un aro lil:re. C"était nn trè'
"'and •n rnlumc, r •1·té en peau cl mar11uc·'d e
filets d'or.
Elle scmlilait porter grand attention à . a
kcture. Une fois cependant elle Ie,·a le yeux,
dr~ )&lt;'li veloutés el brillant comme un beau
. apbir, el elle re·la pcn h·e.
Là-ha~, 1 • oleil déclinait Jan une pl end •nr rougeo ante. De lourd,, nuée 'enta. ~aienl à l'horizon. Elles dorail'nl ,iolt•mmrnl
la cime de arbre. voi~io•. lin Loi. de chàlllignin· toul proc~e pas.ail du ,·ert -~mbre
au noir. Dan le am,, une troupe de pigeon·
.e b· tait ver le colomhier qui dr .s.ait ·a
mas. c délaLrée en un coin de la cour.
'n ~ouflle d'air oourul ur le. plate. -haudcs d'œillets qui formaient le oulias emcnt
d fenêtre. ; il "Onlla les rideau de aze
blanl'bc el an-i ta les foui li el du li rre que
tenait la jeune tillt&gt;. Ct&gt; lui fut une diver ion
agréable sans ~oule, cnr elle sor!iL d_e sa rêverie, •t son v1- a"• parut plu· ,·1f. Elle r •. la
comme indéci e 11uelqu in tant , pui , d"un
momemcnl bru.,1ue, die Ierm. , on li He, le
po a sur un guéridon et c dirigea vers le
food de 1a chambre. Là, eU s'assit auprè.
d'une harpe et, di lrailemenl, en lira quelque ·on . tJle chanta, mai prc~que tout
lia., comme si elle craignait d'être entendue :
a

Pt:tbir d'amour ac dure qn'uu momeut.
Chagrin d"amour dure toulu ln I ic.
la mu ique dc!j ancienne de Iartini s'épandait en harmonie di~crète parmi la sé"érilé de la chambre qu'elle parait de nrâce
ingénur. el d'aimo.ble ensibililé. La harpe
rgrcnait ~e notes frêl dan le d~mi- ilence
qui précède le crépu cule, parmi le vieux
meul,Jes de jadis, haute armoire • va le

hr.r"èrc., coffre noirci, par le temps, au
milieu de ·•1url~ trônait un ~rand lit Loui XV
Pn boi - itris avec ~e courtines de loile peintP.
Une porte s'oll\'ril ~ans que Luccll · 11ri1
garde. ('.n vi:;a!!P aux lignes dures, •ncadré
dao· un bonnet ,·olumineu . c montra, all~ntif. Pui un pas rapide cl une \'Oix qui cria :
- Eh Lien !.. . F.b 1,ien ! . . . F,t celle lccture 'L.
- Je l'ai ch ,·lle, m mlirc, répondit Lucelle n•s .. anl au:- itôt Ùl' chanter.
- Yornns ça.... lai d'aborJ, allumez ln
cbandcll,;, ma fill •. On n' · ,·oit goulle.
Lucctte quitta . n harpe 11ui g11mil fail,lement. En. uite elle prit un namhe:m ur la
l'beminée cl e dirigea wr · la porte. Elle
appela :
- \lion! ...
La lïon, vieill en-ante alerl encor
malgré on :'\ge, parut tenant une lampe fumeu. à laquelle l.ucclle pr&lt;.!:enla la mèche
noircir. de la chandelle qui 'alluma. Poi
ayant rrpla t cell •-ri :ur la cheminét'., t·!le
présenta à i-a mèn' le lmc 11u elle 1cn~!.t ~ ah:mdonner. laJame de Fon.·peyral. d,•p m~1:illéc Jan une ber"èrc, emhlail attendre.
0

La jeune fille restait d -houl, ilencieu e,
a\'ec un maintil'n rt• pectn,·m.
a mhe, a~·ant om·ert le lh·r1• el en ayant
parcouru qm•lque: pa!!CS, l'interro~ea :
- Que ~avez-vcms sur l'orilnnnanre du
8 îé1Tier 171;; rdalivr. à J'hahilJcmenl d
valet·'/
- ~a ,1.ije~1é défondail à toute- ~orle~ Je
pcr onnes, de qurlqui•s 11unlitt! cl condition
qu 'ellr. Cus.· .nt....
.
- Vous parlez :111 pa:-sé, ma fille; JP von.
prie de parlrr au pré eut.
•
- ,1ai., ma mi-re, nou omme en I année 1i!l , et, dcpui la promol;!alion de ce
ordonn:mœ ....
- Pour moi, ma fille, a faje~lé le roi
!.oui lli1-. cptièm,.. n'ei;t pas mort. TI est ahscnt, tout simplement. En principe, il e t
toujour · . ur le trône, et 1•~ Or&lt;lonoanc~ de
. on royal anrêtre .ont, moraleml'11t, IOUJOUr:11 ,·i:tuenr.... Continuri.
- .. . de qucl,1ues rrnali1é cl contli1ion
qu'elle ,. oirnt. d fair m ·llre, ~ou.- 11111.lquf:l
préle. te que cc puis,e être. d,• · lioutonnière.,
~alon , pa. ment ·t frani::e, en or ou eu
argrnl ·nr les jusL·tucorp d,• livrées.

�...,

.,. __ 111ST0~1.ll
- Bon. a\'ez-vou pour11noi, le 8 octobre
J7 f 1, la Cour da Parlement de Paris a condamné Catherine llurnel, épou e Gérard, à
comparoir en la mai on dP son mari, et, puliliquement, Loule porl&lt;'. ouvertes, à lui
demander pardon à rrenoux ~--·
- . . . Pour avoir commi des voies de
fait el proféré des injure· contre lui, continua Lucelle en ébauchant un sourire.
- Oui .... Et il lui fut enjoint de rcconnailre qu'ain i elle avait été indiscrète el
malavi ée. Oa lui fil défen e de récidiver,
ou plus grande peine, et Pilé fut condamnée
aux dl'pens .... Vou ~ouriez? ...
Et la sévérilé de madame de Fon pelral
,;'accentua sur on visage et rapprocha es
sourcils.
- Je souris, ma mère, dit Lucelle avec
ua respectueUJ enjouemt-nl, parce 'flle je me
représente cette scène el c1t1e je trouve au
moin ,iagulier ce mari 4ui ne garde pas le
secret sur ses querelles de rnénarre. Il m'apparait ridicule, el. ...
- Tnisez-You , soue et bavarde!... Et
dite -moi plulol s'il est permis aux noble· de
foire du commerce.
- Oui, ma mère, permission leur en a
été octrorée par l'Édit royal de i 701, spécialement pour le commerce maritime, cc
qui favori. ail la Compagnie des Iodes. füj
ils dérogeraient s'ils vendaient au détail. lis
peuvent aussi prendre à ferme les terres ou
·cigneuries appartenant aut prince el aux
princesses, sans que, sous ce prétexte, ils
puis ent être inquiétés comme dérogeance à
leurs noblesse el privilèges. Mai~ ...
- fais, quoi'! ...
- Mais, ma mère, voilà près de dix ans
que tout cela est abro~é. et je ne vois pas du
tout pourquoi mu!' ....
- Encore!. .. s'écria tuadame de Fonspe)ral. très irritée, encore!. .. Vraiment, ma
fille, je ,ou trouve singulièrement hardie
aujourd'hui. ~ Pourquoi'! ... Pourquoi? ... »
me demandez-vous à tout in tant. Je mus ai
donné une bonne raison, la meilleure : c'est
«1ue notre roy re,iendra, el qu'en fidèle ujet Jlous Jevons nou tenir tels que s'il était
là, et disposés à r •preudre la vie au point
même où une AssemLlée de coqum l'a interrompue. Loui '\Yll n'e l pa · mort, ma fille.
il reviendra.
- Héla~~ ...• oupira tri temenl Lucetle.
- Donc, je ne crois point a\'oir à ,·ous
fournir la rai on de mes actes .... Cependant,
comme ,ous voilà près de ,·otre vingtième
année, et en àge de comprendre le choses,
je velll bien coude cendre à vou donner
cluelques explications. Asserez-vous.
Lucelle alla thercher au fond de la cbamhre une chai e où die s'as il, à une certaine
distance de sa mère, le Liu te droit, les mains
·ur le· genou:x, les pieds à peine croisé .
- Que sa\"ez-vous, ma fille? dit madame
de Fon peyrat. Que savez-vous d'utile, j'entends'! ... Que voru a appris celte pauvre de
Bois onage pendant les six années que vous
êtes dl!lileurée chez elle. à Limcreuil7 Lire,
écrire en demi-gros, chiffr~r tout juste assez

pour vou reconnaître dan lp,; lh·res, sol et
liard , ,·oilà tout, n'esl-oe pa '? ...
- Je vous demnnde pardon, ma m~re,
elle m'a encore appri - !'hi taire sacl'ée, l'hi Loire ancienne et la mythologie. Elle m'a raconté des anecdote et m'a rapporté de, mol
plaisanl sur le Cours de- derniers roi __ ...
- Lesquelle L. quelles anecdotes, quels
mot. ?... dit hrn quemeol madame de Fonspeirat, avec Ullf' pointe d'inquié1ude.
- Mon Dieu! ... ma rnère, je serai fort
empêchée de ,·ous les répiller aussitôt, car
j'en ai oublié beaucoup .... Je ~ais aussi lt-s
noms des provinces de la France a\'cC leurs capitales, mai j'ignore cem des départements.
- \b ! oui ... les département inventés
par l'A seml.ilée, fit avec un superbe dédain
madame de FonspeJ'rat.. .. C'ei t inutile ....
Et c·e l tout'! ...
- Mais ... oui. .. je croi~ .... J'ai, de plus,
appri à pincer de la harpe, à chanter, à dan~er. Je sais parfiler el broder au tambour.
- Et encore? ...
- C'est bien tout, celle fois.
- Eh bien, ma fille, -vous ne savez rien!
cria la mère, rien de rien, rien de ce que
doit connaitre une Olle de votre âge et qui est
née. i je n ·y pourYoyais, par l'étude que je
vous impose de l' te Armorial » el des « Ordonnances v, \'OUS feriez. piètre figure à la
Cour lorsque notre l\oy sera revenu .... Et il
n'y a pa à ,ourire avec impertinence à la
lecture de Édit royaux concernant la bonne
police des per onnes et dt!s terres, ou le chàLiment de Catherine Durnet. ... Tàl'hez, ma
fille, qu'il ne vou en arrive point autant
plus lard, ajouta madame de Fon peyral en
fermant le livre, car, pour ce choses, il n'y
a nohle se 11ui tienne, et votre époux sera
bel el bien , 0Lre maitre, tout comme Gérard
était celui de sa femme.
Elle se leva, tandis que Lucelle, se levant
au. si, répondait :
- J'y tacherai, ma m~rt•.
Elle resta debout jusqu'à ce que sa mère
eùt 4uitté la chamure. Alors elle se laissa
tomber d'un air la é dan le fauteuil que
madame de Fonspeyrat venait de quitter. Les
main ur le genoux, très triste, elle entit
des pleurs mouler à ses yeux. Deux larme
glis èrent bientôt ur ses joues et descendirent sur son corsage.
Elle revit sa petite enfance grise et morne
dans cette vieille demeure auprès de celle
mère sans tendres e. Jamai de compagnes
de son ùge, pa d'animaux familier a,·ec qui
jouer, les chats étant demi- amages comme
toujours à la campagne, les chiens vi,,ant au
chenil, les oi eaux pro.crits à cau.e de leurs
chants. Pas de fleur , saur quelques rosiers
,enus sans culture el les œillels rustiques,
nés el pous é d'eux-mêmes entre les pierres
de la cour. Pas de livres d'images, qu'on
di ·ail encombrants, pas mème les récits
merveilleux, horrifiants el naïfs d'une nourrice. une de ces humble et tendres vieilles
comme. on en trOu\'aÎl alor dans chaque
maison.
li y aYail bien son frère Martial qui était
1

presque de son àge. Mais elle le :il'ntail trè.'loin d'elle, à cause de la différenre de leur
éducation el parce que Je années qu'elle
avait pa sée- à Limereuil, près de mademoiselle de Bois onage, les avaient éparés en un
temp où se nouent les amitiés de jeunt•sse.
A pré.ent ;;culement, elle commençait 11 le
connaitre.
Ob! ce temps oi1 elle vi~ail bar· de Fonspeyral, qu'il avait été bon!. .. qu'il anil été
doux! ...
Et cet aimoble souvenir lui plaisait si fort
qu'elle s'y abandonna longuement.

II
En 1 798, Fonspeyrat e t encore tel qui'
l'arait rn la baronne lorsqu'elle y était arrivée vingt an. plus tôt.
C'e t une de ces demeures mi-partie château, mi-partie ferme, commeon en construiail jadi en ce coin de provinre.
Le vallon où elle est hà tic est proche de
Verlbis, gros bourg assez banal, mais auquel
des cloche uperhcs ont fait une renommée.
Celle région est peul-être une des plu variée du CPnlre de la Franre. Comme le
Limou in, clic est mélancoli4ue par ses étendues solitaire~, ses landes 1.ileuàlres vêtues
de bru1ère tri te et d'ajoncs épioelll; \'Crie,
par ses forèts de châtaigniers cl de chênes;
fraîche, par se eaul courantes et -es source
vives. es terres, onduleu es comme celle
du doux Périgord, se~ plateaux, es sommets
aux courbes fu antes lui communiquent une
grâce particulière, telles la souplesse et la
&lt;füersilé des attilude qui font le charme
d'un beau corp·. Mai celle grâce est discrète, presque my térieu e, comme si la nature, plus pudique ici qu'ailleurs, craignait
de. e livrer ai émcnt et voulait contraindre la
fantaisie du regard à se charger de gravité.
La demeure, fermée dan. un pli de terrain, est vi iLJe ,eulemenl à qui veut la
trouver. Elle est ha e et se développe en un
seul rez-de-chaus ée à huit fenêtres surmonté
de mansard ·. Deux tourelles presque ruinées la fianijueol à droite et à gauche. Sans
doute à cause de ces poinières, la maison e.:,t
appelée chàleau.
Bien mode te, presque pauvre, ce château
qne a pauvreté mème a,ail présené contre
les déprédations des terroristes.
Avec a vaste cuisine dallée, sa graude
salle à manger tri te et sombre, son alon
toujours fermé, ses chambres dénudée. et
froides, son grand jardin quasi abandonné
et sa domesticité réduite au strict nécessaire,
il inspirait la tri le e et quelque pitié.
Aus -i y avait-il étrange di cordance entre
le habitudes de madame de Fon peyrat elles
nobles manières qu' die imposait à se enfants.
A l'entendre, on l'aurait crue descendue
de quelque illustre famille, parente ou alliée
des roi . A la voir, elle, sa personne, ses
coiffes, ses habits, à ccmnaîlre son caractère,
ses habitudes parcimonieuses, son ordre avare
el méticuleux, on lui devinait un passé de
pclite bourgeoise ou de marchande tirœ

___________________________________

de on ran« par •1uelque singulier ha~ard.
Françoi e-A)!nt•s Brocheteau, baronne de
Fonspeyrat, était fille d'un tailleur pari ien
ét.abli rue aiol-lJenis, /1 l'en -eigne du Bien\'ètu. Le sieur Brocheleau é1ait renommt'•
d"ahord pour l'e. cellence de ,es drap:- de ~oie
et ensuite pour on long tn:dit. Aussi toute
la jeune noble. e du temps. c'est-n-dire d11
règne de Loui X\'I, 'habillait chez lui et il
gagnait beaucoup d'ar"enl. Sa fille unique,
amhitieu e et fière, a,a,t une belle dot et
allendail un épouseur Lei &lt;111'elle le rêvait,
quel,1ue prince Charmant pounu de !!l'âces et
démuni d'&amp;:us. Elle le choisirait pour le titre
11u'tl lui offrirait en échange de sa fortune.
\insi, elle alleignil trente-cinq an·.
Uai.s voilà qu'en i 777 le baron , tanisla
de Foaspeyrat débarqua dan Paris en quête
d'un tailleur pom·ant lui fournir à crédit des
,·ètement de VO)age. Il partait pour l'Amérique, derrière La Fayette et arnc nomhre de
"'eotilshommes demi-ruinés comme lui-même.
Il eut recours à Drocheteau. Françoise-Agnès
vit le baron et tout de suile pen a : 11 Je
serai a femme_ •
Commeul faire'/ Elle se sa\'ail mal pourvue du côté de· grâces du , isage, trop petite, trop brune de peau et de cheveux. Mais
elle n'ignorait pa qu'elle avait une certaiuc
flamme dans ses yeux noirs et l'ardeur de la
volonté dans un pli de .a bouche. Elle sut
tirer parti de C«' a,·antage ·.
Le jour où Stani las parut dan:; la boutique, accompa..,né du marquis de Plaineau,
son ami, elle était préci 6mcnl vèlue de façon
·oigoée, avec une robe à larrre encolure, un
drvant de ttorge en linon d un ruLan incarnat en tour-de-cou. ur ses cheveux, noués à
la chinoise, elle portail une fauchon de dentelle dont ]es barbes e rejoignaient ous son
menton, ce qui lui donnait un air pudique et
in°énu que le baron eut ,·ile fait de remar4ucr.
Elle sut à merveille lui couler Pli d •~sou~
quelques regards singuliers cl même rougir
à propo . Tant et si Lien qu'au sortir de la
houtique, le baron aiaiL dit à on ami :
- Elle n'est pa dilplai ante, celle noiraude, cl, si elle est rirbe, micut vaudrait la
mellr~ en mon lit que m'en aller sur la mer.
- Epou r-la, avait répondu plabammenl le
mar11uis. Elle l'apporlt!ra bien cent·mille écus.
- Cent mille écus! ... Et tu ne le disais
pas'! ... J'épouse demain.
Le baron n'épousa pa le lendemain, mai,
quinze jours plu tard. La bénédiction donnée
par le curé de 'aint-1.eu, il emmenait a,cc
lui, en Périgord, Françoi e-Agoès, dan une
berline de rayage toute neuve el superbement allelée.
En cette aventure, la dé illu,ion qtti attendait Françoi~e-Agnès ne fut pas telle qu'on
l'aurait pu uppo er. Que le mari fut négligent, joueur el Jébaucbé, que le château fùt
une ma~ure et que l'argent manquàt, rien de
tout cela ne la urprit. Mais que la noble se
dt1 pay ne la voulût point reconnaitre pour
noble, que les douairières des environs ne lui
ren&lt;li sent point es visite·, c111e son cousin

A.MES D'A.UTJ(EF01S

La jeune fille ll!l•a les yeux. dtsreux ~e/011/es et uril/.1nls comml! un te.w s:zfh1r, el elle reSla pensil'e. 1l'i\~&lt;' 3;,5.)

Alexi.,, marquis de la ~louraine, 'ob tiaât à
rappeler a madame Françoi e II comme pour
éviter de lui donner on Lilrl', Yoilà ce qui
1'6lonna douloureusement el qu'elle ne pardonna point.
.\lors, en manière de Yengeance, et pour
marquer son droit, elle se jura de faire de
.es enfant·, j elle en a,·ait, de vrai noble .
de noble tel qu'~lle les concevait, durs el
arrogants, instruit de leur valeur, fier de
leur aYantagcs et ans merci lorsqu'il s'anirait de traiter avec d~- rolurier5.
Pour mieux marquer la di tance qui les
séparait du peuple, domestique . arti ans ou

payi:ao~, le nobles du Périgord OP parlaient
qu'en patoi · à ces sorte, de gen!-. Madame de
Fon' pe}l'al .e trouva d'abord îorl l'n peiuc
pour suirre cet usage qu'elle estimait et approu,-ail. Elle était dl.'pilée de ne pournir s ' )
accommoder. Mais elle s'y e saya avec tant
d'application et d'intelligence qui', deux an
après on maria"&lt;', elle parlait le langage périgourdin et le comprenait à ~oubaiL.
Une gro,se 11artic Jr sa dot pap les delles
du baron. Une antre aida à reltiver Fon, peyral
qui tombait en ruine. Elle prit la direction
de la maLon, de propriétés, des affaires, et
, ·occupa de ventes el de achats.

�fflSTO~l.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _J
Pendant qu 'elle surveillait les domestiques, réglait avec les mélayers, Stanisla
courait la campagne, on Fusil sur l'épaule et
ses chiens dans les jarnhc~. Ou hien il s'en
allait à Verth.is perdre de l'argent au jeu et
courliser les filles. Uu encore, pendant les
journées accablantes de l'été, il s'enfermait
dans une chambre obscure pour y dormir,
tout botté, sur la plu belle courtine du lit.
Il ne s'éveillait que pour demander si la table
était mise, en gros mangeur et fort Luveur
qu'il était.
Tout de même, il eut de Françoise deux
enfants : en 1778, ce ÎUL un ffü, Uartial, et
un an plus lard, une fille, Lucette.
Puis, subitement, certain soir de l'été de
1782, le baron ne parut pas aux alentours de
la cuisine vers l'heure du souper, comme il
avait coutume de le faire. On s'inquiéta, on
le chercha et on le trnura mort dans une
chambre où il a,·ait été frappé d'un coup de
sang, pendant son sommeil.
Màdame de Fonspeyrat ne le pleura point.
Hais elle prit Lrè déccmmenl le deuil qu'elle
garda toute sa vie. Elle s'activa davantar,re
encore à tenir sa mai~on et dirigea. sans que
nul désormais pût la gêner. l'éducation de
ses enfants.
Le Quatre-Aoùt, la Déclaration drs Uroits,
la nouvelle Constitution, portèrent des coups
terribles à la baronne. ~lais ·a foi naïve dans
le retour sûr et prochain du roy n'en fut
point altérée. Non, lrs nobles n'avaient pa
laissé mourir le dauphin. On le tenait caché
en queltruc coin de Paris ou à l'étrauget. Il
reviendrait quand il aurait l'âge de régner,
sinon plutot. Elle l'atlendait de confiance.
Chaque soir, a1·ant de se coucher, elle lisait
fidèlement, dans son line d'beurrs, la P1·ière
pour le t·oy qui étai l la paraphrase du
psaume XlX et qui se terminait par œs mots :
« Seigneur, conserve,: le roy. Que l'0lre
bras soutienne l'homme de votre droite, le
fils de l'homme que vous vous ètes réserré. »
Cependant les armée de la Révolution se
bal!aient aux frontières el Bonaparte se signalait en Égypte.

m
Celle u pauvre de Boissooa~e &gt;J, qui avait
fait l'éducation de Lucet te et dont madame de
Fonspeyrat pa.rlait avec un semblant de pilié,
était une vieille fille très laide el fort aimable
que l'on estimait pour sa bonne hnmem· et
ses belles manières.
Grande et forte comme un homme, haute
en couleur, elle demeurait cependant aristocratique et distinguée grâce au timbre harmonieux de sa voix el à sa politesse un peu
précieuse. Réduite à la misère par la Révolution, elle avait imaginé de s'improviser institutrice pour les filles nobles, lorsque les
couvents furent fermés et les religieuses dispersées. Sa formule éduealive élait celle de
madame de Maintenon : « Sauver les âmes
des jeunes filles, fortifier leur santé et conserver leur taille. »
Elle recevait beaucoup, el toutes gens de

bonne nolilesse. On se plaisait en on _alon
où régnait la décence et d'o11 l'honnète galanterie n'élait pas exclue. Cha'lue dimanche,
des jeunes hommes, des vieillards, d'aimables
fcm~es venaient s'y ép;ayer, canser, danser
ou JOUer. Ainsi, les filles confiées à mademoiselle de Boissonage prenaient en celle
compagnie le bon ton, !"usage el les manières
du monde oi1 ellt's vinaient plus lar,1 « quand
le roy serai l reYenu ».
Lacelle parut chez mademoiselle de Boissonage en t 7!M, en mème temps que Julie
des Imagne , sou amie d'enfance dont la mère
était morte et le père émigré, seule jeune
fille qu'elle fréquentât à Verthis. Toutes les
deux étaient également ignorante,, ne Fachant
aulre cho.e que ce ([u'elles tenaient du curé
de Verlhis, leur premier précepteur. Quoique
très d1Uërentes d'esprit et de caractère, elles
se lièrent plus étroitement dans cette vie
commune. Leur amitié en devint plus vive el
leur confiance réciproque s'en augmenta
d'autant.
Cc fut dans le salon de mademoiselle de
Boissonage qu 'ensemble elle connurent le
marquis de Bellombre et son nevl u, le chevalier FJorian de Saint-Marc, qui ùevaitut,
par la suite, jouer un i grand rùle dans la
vie de Lucette.
Le mar,1tù avait presque soixante ao-. Il
élail de physionomie agréable, malgré une
forte myopie que corrigeaient mal de izrosses
besicles. Presque toujours on le voyaiL ,·êtu
d'ug habit de soie, d'un gilet chargé de broderies, d'une culotte de satin et de souliers à
boucles. 1l avait abandonné la perruque el
montrait de beaux cheveux blancs, abondants
et fins. Il ne quittait guère sa canne, qui était
un gros jonc des Iodes à pomme d'ivoire,
présent d'un ami, intéressé jadis dans la Compagnie. Elle lui servait à assurer sa marche,
qui s'alourdissait, el elle lui permettait, lorsqu'il la maniait, quelr1ues joli; moul'emeots
t1ui faisaient valoir sa main, encore belle. li
avait la douce manie de conter force aneerdotes sur le temp · passé. D"abord, on le trouvait inlérc saut; à la longue, il fatiguait.
Enfin il prisait beaucoup et était fort courtois.
on neveu, Florian, n'était point de ses
proches, mais un allié. Tl avait pour lui le
plu vif allachement et le jeune homme le
méritait.
C'était alors un garçon de vingt-cin4 ans,
à la mine a!!l'éable, avec de Leaux yeux expressifs et tendres, une voix bien timbrée avec
un je ne sais 4.uoi de voilé qui la rendait
touchante. Son sourire était plein de séduction en même temps que de décence. La pâleur habituelle de son teint, ses cheveux
blonds, la fr11icheur de ~s lèvres achevaient
de le rendre charmant.
Sa profession d'avocat l'obligeait à e vêLir
avec gravité. On ne lui voyait rprn des habits
bruns on noir , peu de bijoux, et seulement
de belles dentelles en jabot et manchettes.
Il se plaisait fort chez mademoiselle de
Boissonage, surtout depuis que la jolie Lucelte y avait pris pension. ll excellait dans
l'art de la danse, s'y montrait d'une exquise

légèreté el, comme mademoiselle de Fonspeyral, 'entendait merveilleu ement à mener
un liranle ou un rigodon. Au retour d'un
vo1age à Paris, il introdui il dan ' le salon de
mademoiselle de Bois onage la nouvelle danse
à la mode, ou contredanse, en usage dans la
capitale depuis longtemps, mais inconnue
dans le provinces. Lacelle et Florian s'y
firent remarquer.
lfadernoiselle de Fonspeyral avait conservé
un vif souvenir de l'aimable Florian. Que de
fois elle pensait à lui dans le triste château
de la baronne! Certes, il était de bien petite
noblesse, ou plulôtilo'était point noble, puisqu'il n'avaitqoela parlÎcule,celleparliculedonl
madame de Fonspeyral se moquai l en toute occasion, disant qu'elle était bonne pour les fourni seurs des armées et les tripoteurs d'all'aires.
Toul de même, il semblait à Lucelte que
Florian était de beaucoup su péri eu~ aux jeunes
nobles de Verlhis que frécruenlait son frère .
li lui paraissait que l'âme même du che\·alier
était d'une autre essence, plus fine, plus
subtile, et qu'elle devait al'oir des délicatesses
inconnues à ces grossiers gentilshommes campagnards. Elle pensait aussi que sa galanterie
saurait, en toute occasion, rester dans les
bornes de la décence, quoiqu'elle pût aller
jusqu'à la ferveur passionnée. Elle s'attcodris~ait jusqu'à pleurer (car elle pleurait aisément el beaucoup) !or qu'elle se jetait dao
ces rèves. Elle en sortait étourdie, languissante et brisée.... Peut-être aimait-ille Florian ....
Ce doute lui était délicit1ux el l'aidait à
supporter, sans trop en souffrir, les ridicules
exigences ou les grandes colères de la baronne.

IV
Les violences de madame de Fonspeyrat
cédaient parfois deYaot son fils qu'elle aimait
avec emportement, d'un amour de propriétaire pour son bien, de noble pour celui qui
perpétue la lignée.
Au demeurant, Martial était par lui-même
fort digne d'ètre aimé. Son visage un peu
long se faisait remarquer par l'harmonie des
traits, par le teint mat, le nez droit, la bouche aux lèvres fortes el vivement colorées.
Mais il ressemblait à sa sœur par le même
front haut, par la même chevelure noire et
bouclée et surtout par les mêml!S yeux d'un
bleu sincère et profond, dont l'iris paraissait
trop large sous la paupière un peu lourde.
Il avait de son père la robustesse, l'agilité,
la taille souple, les jambes longues, le pied
fin. Son àme était étrange, à la fois rèveu e
et passionnée, indolente el résolue. Cent ans
plus tôt on l'eùl jugé extravagant. Pour l'instant, on disail qu'il élilit « sensible ».
L'abbé Pomerol, qui était curé de Verthis,
lui avait tout d"abord enseigné peu de chose :
lire, écrire en un français bizarre où le mépris de l'orthographe rendait parfoi les
phrases inintelligibles. Mais sa signature
était belle, énergique et de caractère, avec
la majuscule énorme el un gros point final,
particulier et naïf. Car si les robins, les no-

"------------------------------------taires et autre~ gens de loi adoptaient des Arnauld d'Aodillj, un des plus illustres parmi
paraphes compliqués el enjolirés de fiori- les me sieurs de Port-Royal, assistait au Contures, pour a surer l'authenticité de leur seil des finances derrière la chaise du roi,
sceau et dtlroult!r la fraude, les noLles, au car, depuis sa dixième année, il avait étudié
contraire, traçaient leur nom très simple- des dossiers chez le trésorier général de
ment, à l'imitation dn roy.
France. \'oyez qu'Omer Talon était avocat à
Cependant. ~fortial ayant paru bien dom$ dix-huit ans el dewnait célèbrr, et qu'enfin,
à son précepteur, celui-ci eut l'idée d'essayer da~s nos maisons, un guçon était page à
sur lui la. méthode de Dumarsais pour appren- treize ou quatorze ans .... Intéressez-vous aux
dre le latin. Parue en 1722. elle avait fait affaires publiques. Songez qu'à présent, c'est
grand tapage. Depuis elle était tombée en à vous et à vos pareils que revient la charge
discrédit par la guerre que lui avait faitP- le de donner au temps présent toute sa valeur . ..
Journal lie T/'C:Vo11x. Soit que le procédé fût Nous sommes les vieux, J'arrière-garde. En
lion, soil que le maitre fùt zélé ou l'élève vous est l'enthousiasme, en mus l'auda,·e, le
intelligent, la tentative réussit. A lreize ans, illusions, la force physique, tout ce qu'il faut
)(artial possédait un vocahulairt:! latin assez pour engendrer, soutenir el faire triompher
étendu ponr que l'élève pfll s'entretenir fa- les idées. Les idées, mon neveu, elles bonmilièrement en celle langue avec on profe - dissent d'une généra1ioo à l'autre, et c'e,l la
seur. i\lais, dès lors, Pomerol ayant déda.ré jeunéssc qui leur donne l'élan ....
qu'il n'avait plus rien i:t lui apprendre, MarA d'autres jours, quand Martial ar1·i,ait, il
tial se trouva fort désappointé. Ucureusemenl lui jetait uu par[11et de jouroau:c:
son oncle de la Mou raine était là.
- Tenez. Lisez les gazettes. Vous y lrouAlexis-Paulin de Pierrcfille, marquis de la verez quelques curiosités, entre autre celleMouraiot1, vil'ait dans une belle el forte rren- ci : Vous savez que nos soldats ont occupé
lilhommière, lout près de Fon pe}Tal. Q;and Rome dernièremenl? Or, on raconte que le
on descendait de Verthis à Ncrtbeuil, on général Cerrnni, ayant fait priwnnier Pie Vf,
apercevait les pignons de la ~louraioe, aigus l'envoya à la citadelle de Turin dont le comet couverts de tuiles moussues, dominant des mandant s'appelle ... - il y a, mon neyeu,
pelouses, des terrasses, des cb:mnillcs jadis de plaisantes rencontre - cet officier s'apde somptueuse apparence, aujourJ'hui trè · pelle Oie11.
n~gligée..
Ainsi causait M. de la \louraine, sans péLe marquis était né dan celte dl•meore dantisme et avec bonne humeur.
où, depuis des siècles, ses ancêtres avaient
Martial l'aimait.
vécu. Mais, à l'encontre de ceux-ci, auxquels
ce domaine tenait lieu d'uni,·ers, il a,ait eu
V
de bonne heure la passion des voyages. Dès
sa vinglièmc année, il s'était mis à tourir le
Le douzième jour de mvosc de l'an Vif.
monde, jetant sans compter les écus d'une qui était le premier de janvier 1799, se leva
1ielle fortune. Puis il élail rernnu vivre là en
philosophe el en pay,ao, vêtu de bure ou de
cadi et chaussé de sabots. li fréquentait les
peLites gens et les préférait aux nobles, les
trouvant plus intéressants que eeux--ci el jugeant que leurs vices n'étaient ni plus nombreux ni plu grossiers que ceux des riches.
Chaque jour, il passait plusieurs heures enfermé dans sa chambre, devant sa table à
écrire et près de sa hibliotbèyue bien pourvue
de livres anciens et modernes. Lui, si pacifique d'ordinaire, se montrait lnrible quand
on l'y venait troubler, fùt-ce pour lui dire
11ue le repas était servi. Il s'iotéres ait aux
affaires publi(JUes comme au spectacle d'un
drame ou d'une comédie, gourmandait son
neveu s'il le trouvait le nez dans un roman
ou plongé dans les fadaises sentimentales de
M. Richardson ou dan~ les extravagances de
Ja Nouvelle Héloïse. Mais il s'appu4uaiL à
convaincre Martial de cette idée qu'un gentilhomme doit faire de sa vie une œuvre originale, el il cultivait chez lui l'art de bien
pt!nser plutôt que celui de bien dire.
Parfois il le grondait très fort :
Le marquis de Bellombre.
- Qu'êtes-vous? disait-il. Que faitesvous ? ... Vous avez dix-huit ans? ... Vingt
ans? ... Eh bien, mon beau fils, à quinze ans, morne el triste sur Fo;ispeyral. A peine. la
La Rochefoucauld, dont je mus ai fait lire Mïon avait-elle allumé le Ieu dans la cuLine
les Maximes, était maitre de camp et faisait que la baronne y parut.
sa première expédition militaire. A seize ans,
- Je vous la ouhaite bonne el heureuse,

AMES D'AUTJ(EF01S - - ~

madame la baronne, dit la servante, en patois.
- C'est bon, c'est bon, voici tes étrennes.
là, sur la table .
La Mïon bredouilla un merci, et ne se d~tourna mème pas pour regarder le paquel.
Elle savait ce quïl contenait : un coule! ou
fichu frangé, un devanlau ou tablier en ro-lonnadc ii carreaux.
- .Allume le feu dans la salle, dit la
maitresse.
La servante oLéil. Une vive clarté fit bientôt pâlir la lumière des hautes chandelles
qui éclairaient la salle à man~cr. Alors madame de Fon, peyrat, en coiffe de nuit et
robe de chambre, alleodil que se enfants
lui vinssent pré enler leurs devoirs.
La porle s'ouvrit. ~fartiill et Lucelte se
montrèrent. En abordant leur mère très respectueusement, ils lui offrirent leurs vœux.
Madame de Fon. peyrat était une exacte
gardienne des traditions. Quand ses enfants
étaient petits, elle le avait accoutumés de
venir dans sa chamhre un seul malin par an,
qui était celui du f er janvier. lis attendaient
ce moment avec angoissP, presque avec e.fl'roi.
Quand ils eurent grandi, leur mère les dispensa de celte corvée el les reçut dans la
salle. Elle les y atlendail au lever du soleil,
ayant coutume de dire : (( Le jour de l'an, Ja
prc:mière pensée d'un Fonspeyrat doit être
pour Dieu, la seconde pour le roy, la troisième pour sa mère. »
La veille, elleleur avait rappelé la coutume :
- Les nobles, avait-elle dit, ne sauraient
acquiescer à l'odien~e el païenne réforme qui
a bouleversé le calendrier. ,le ne connais
point et ne rnux pas connaitre les mois, jours
el quantièmes iornntés par les ré\'olutionnaires. Gràc~ à Dieu, il se trou,·e qu'en tète
de mon livre d'heures j'ai un tableau établi
pour un siècle el qui a été di posé à partir de
1780. Il m'indique les îètes religieuses, les
vigiles, le Carême, l' Avent. Ainsi j'ai pu garder mes habitud~s et remplir exactement mes
devoirs de chrétienne, même au temp~ où
notre pauvre curé était sur les pontons ....
La baronne, ayant reçu les révérences de
ses enfants, leur dil avec brusquerie :
- Venez çà, que je vous embrasse. Une
fois n'est pas coutume.
Froidemen L, comme si elle acoomplissai t
un des rites de la religion Iamilialt1, eUe les
baisa au fronl. Ensuite elle offrit à Lucette
quelques vieilles denlelles, un dé en vermeil
el un étui de nacre. Puis elle la congédia :
- Vous pouvez vous relirer, ma fille.
Luœlle remercia, fil la révérence et quilla

la salle.
Alors se tournant vers Martial :
- Mon fils, dit la baronne, j'ai de sein de
vQus entretenir d'un grave projet. L'heure
et le jour me paraisse~l tout à fait propres à
celle communication. Ecoutez-moi.
Elle respira fortement et dit toutd'unepièce: .
- Yous êtes triste, Marlial. Qu'avez-vous ·?
En même temps, elle 'assit au coin de la
cheminée et invita son fils à prendre un siège.
- Moi? ... dit Martial, en s'asseyant.
Moi? ... Triste?... CommeotL. Pourquoi? ...

�.._

1flSTO'/t1A
.:'on '"isage montrail une ,urprise et un
trouble qu'il es apiL en ,·ain de dissimuler.
- Pourquoi? ... c·esL moi qui vous le demande, répliqua la mère. Vou mus ennuyez
ici, ~larlial.. .. Fonspeyral ne ,·ous urnt
plus .... Vous courez par le chemin el à
Lraver les bois comme un égaré.... Vous
passez de Lrop nomhreuses journées à \'erthis, monsieur mon fils .... C'e l f:lcbeu .
Martial eul un geste vague el ne répondit
pas. Il rt.&gt;gardait les braise . el sa main froissait macbinalemrnt le jabol de sa chemise.
Sa mère continua :
- Oui ... pourquoi nous fuyez-rnus 1 moi
el votre sœur? ... Pourquoi êtes-vou toujours hor d'ici? .. Dite ?... Tenn, mon fils,
je sui inquiète.
- Eh! de quoi, ma mère~
- De tout. D'abord, l'autre jour, vou~
avez trop bien parlt! de monsieur Buonaparle .... s~s campagnes vous tournent la
tête, je le crain . Ce serait une douleur ponr
moi 11ue d'en être sûre.
- Vons vous troublez inutilement, ma
mère. Je vous jure que je n'ai nulle envie
d'aller rejoindre en É!!ypte ou ailleur.' le général Buonaparte ....
- C'e l un odieux révolutionnaire, n'estce pas, mon fils?
- Voulez-vou., ma mère, que oou laissinn · là ce sujet? dit lartial avec enjouement.
- - Pas avant que j'aie ajouté ceci : Uartial,
si, d'aventure, l'ennui vous prenait trop [ort,
·ongez qu'il y a encore beaucoup à faire ponr
nous ramener un bon roy. EL jt.: ne verrais
pas avec trop de peine l)Ue vous allassiez rejoindre en Allemagne ,·os pareils qui, à cette
heure, travaillent à nous le rétablir. Cela \'Ous
serait bon, mon fils, el vou jetterait hors de
'fOS li \res &lt;1ue je déteste ....
- Et pourquoi le détestez-vous, puisque
vou~ ne les co1waissez pa· ?
- Mon fil , tout homme 11tii 'enforme
dans la lecture lînil par être un philo ophc
ou un fou : voyez voire oncle de la louraine.
Dieu me gm·de de vous voir tel 1
Martial ouril el ne répliqua 1,oint.
lladame de Fonspeyrat surprit ce onrire.
Elle tres a.illit. 'es sourcils se f'roncèrenl. Elle
dit:
- Martial, il faut en l,nir ..Je ne veux
plus vous 'l"OÎr cet air morose. Il 'l"OU faut
mettre dans votre vie autre clto.e !)Ue des
lectures de romans el des conversation· avec
110 pbHosophe lunatique .... Vous n'avez point
de goùt pour l'agricultare et la surveillance
de vos terres .. ,.
'
- Pardonnez-moi: je m'en occuperai au
contraire volontiers. liais vutre activité déhordanle, votre zèle, votre ....
on, mon fils, cela n' vous convient
point, répondit la baronne a\·ec vivacité, car
elle redoutait l'ingérence de Martial dans ses
affaires.
- Alors, ma mère, souffre;,; que je prenne
ma joie où je la trouve, et me occupations là
où. ecomplait mon esprit, en altendantque ....
V.lie bondit:
- En allendant qu11i ?... lia mort, sans

doute, qui vou rendra ruaitre el chef de ces
propriétés? ... )fais, sachez, monsieur mon
fiL, qu'au Lrain dont nous allon , et i le roy
ne nous e l promplemenl rendu, Yous vous
trouverez fort mal en point après moi. 'ous
somme pauvres. très pauvres, monsieur mon
lils ....
Martial ne 'émut pa · de celle déclaration
que a mère lui nait déjà faite soment et
dont les effets ne se montraient jamais. 11 regardait la baronne. 'ombre et \'Ïolente, elle
al lait par la salle, en remuant ses clés qui
sonnaient dan i.es poche comme un toc~in
de guerr•.
- · Voilà, con\inua+eJle: \'ous allez partir.
Le Yieu1 marqui de Plaineau, jadi· ami de
,·otre père, est à Coblcnlz. fou ferez bonne
figure parmi les émigré~. Telle e~l ma volonté.
Tl y eul un ~ilence. EUr ajouta brusquement:
Quand partez-vou , mon fils?
Madame de fonspe)·rat 'était a.rrètée, haletante. Un peu de sueur perlait à son îront.
F.lle avait parlé rite t'l fort dans une h.lle de
délivrance. ~laintenanl, elle se sentait plus
,·aillanle el pr ite au combat.
Martial ne dit mol. Il rega.rJait allentivemenl les braises du foyer.
- Eh bien! mon mHarlez .... \'oyon L.
- ~on, ma mère, je ne par1irai point,
art icula-t-il nellemenl, avec effort et san
,•iolence.
- Vous dite '! ...
- ,le dis que je ne veux pas partir et.que
je ne partirai point, répéta-1-il formemcnt et
d'un alr respectueux.
Comment'/... Quoi'! ... \'ous avez dit:
, Je ne Yeux pai: ~ '!

/tfaJ11,me de Fo11s('ey,-at ,-tgar.1a .lf.Jrtial s elolgnff.
• - () nUJn fils! "'on fils! • Jil-tl/e. (P~e 381. )

- Oui, ma mère, je l'ai dit a\'ec rc pcct,
mai je l'ai dit.
_Madame de Fonspeyrat demeura immobile, pâle el comme pélrifiée. Puis, soudain,
an revirement se Gt Jans son esprit. Comme
.... 38o ....

son fils avaü parlé! Comme il avait dit cela!
Quelle bauleur. quelle aulorilé, qucUe nohies e, quel or 0 ueil de race dans ces mots!
Toul le passé ancestral revivait dans on
geste, le ·on de sa voix, la lierté de .on
mainlien. Qu,.]que cho e comme une bouffée
d'i,Tes,e em•ahil la mère. C'était lerrihle el
dtllicieux. Elle dit, radoucie :
- .\lors, ,ou Youlez rester ici? ... Qu'y
a-L-il donc à Fonspeyrat ou à VerLhis pour
,·ous relenir? ... Quoi? .. . Je ne voi pa· ....
l on, je ne voi pa:- ....
Pui , frappée d'une idée subite :
- Quelque amourette? ... Uitcs?. ..
on, ma mère, pas une amourette ....
lin amour.
Il dit cela d'une voix changée, mais toc.jours fürme. Il avait quitté Je coin du rt!u,
et, debout, regardail sa mère.
Elle voulut parler et ne le pul.
Elle pensait : « Un amour 1. .. Voilà bien
l'ennemi de mères!... n amour!. .• Et pour
11ui? ... Oh! si ce choix n'était pas tel que le
voulaient ses espérance~! ... Si son 61 · aimait
quelque Gothon de ,·illage, quelqut servante
qui rèvail de devenir maitres e, quelque
ambitieu e fille de roturier! ... »
El ce mol lui suggéra waJgré elle un
retour sur son propre passé, sur son mariage
à elle .... Oh! noo !... pas oola 1. •. jamai. 1. ..
jamai !.. .
- Le nom! cria-l-elle.
- Le nom ne vous apprendrait rien, ma
mère. You ne connai.sscz ni celle que j'aime
ni sa l'ami Ile.
- Alors, c·e t quelque fille de rien, c'est
quelque gueuse en sabots que mon fils a
distinguée?
- Paix ma ruère, paix!. ..
Martial jeLa ces mots dans uo cri de si
noble emportement el avec un ton de si violeu1e autorité que la colère de madame de
Fons11eyrat s'évanouil. EUe se enlil petite,
Loule petite de\·aol son fils, cc fils qui Lientôt, demain, quand le roy serait de retour,
rendrait la justice, comme l'avaient f:tiL se
airux, rn ce même. murs, dans celle mème
salle....
Timid~, à présent, elle dil :
- .\u moins, Uartial, dite. -moi qui?
- la mère, je sui. en cet in Lant trop
forlemcnt agité pour vous entretenir sur ce
ujet.. .. Il · a dans celte a\·enlure beaucoup
à penser ... car loul y est sentiment cl rien
n ·y re,;pirc la galanterie .•le prierai notre ,'ieil
ami, mon ienr le curé, de vrnir en eau er
avec vou au plus tùl. Il aura mieux que
moi vous conter ce donl je lui aurai fail conlideocc. Ensemble vous déciderez ce qu'il
convient de Caire pour que mon amour, le
renom de celle que j'aime el la religion ne
soient point offensés.
- 'ongcz. mon fils, que vous a\'CZ à
peine vingt an , supplia la mère .... li n'est
pas de gentilhomme de ,•olre âge dont la vie
n'ait déjà été marquée mainte fois par des
pas. ades sans conséqut'nce.... Je sais hien,
certes, qu'un garçon agréaLlemenl fait, robuste el beau, peul èlre tenté ....

_____________________________

AMES D'JI.UTJfE'FOTS -

&amp;lartial secoua la tète el :::ou rit tristement:

- Tl n'y a rien de cf'la, ma mère, je

\'OU.

lé répète ; j'aime, j'aime, j'aime .... Lais.ons .... Permellez-moi de me retirer et
d'achever ma toilette.
li s'approcha de sa mère, lui prit la main
el la baisa. Il mil dans ce geste tant de courloi e déîéN'nce, tant de re~pecl el de dignité
qu'elle en demeura confu e et ravie. Où
avait il appri ces manière~ ùe l'ancienne
cour? Qui donc l'a,·ail dres é à l'éLiquette el
aux belles façons1 'était-ce pas toute la
noble~ e de son sang, Ioule 1a grandeur de sa
race qui se marquaient dan œ mouvement
in tinctif ?...
~ladamc de Fonspeyrat fut comme eninée
par celle pensée. Deux larme orgueilleuses
montèrent à ses yen x. Elle attira son fils à
elle et le baisa au lront. Puis. le regardant
s'éloigner :
- 0 mon fil ! mon fils! ... dit-elle.
\-"I

Certe , le curé Pomerol avail rencontré
dans sa vie de nombreuses occasions de
'émouvoir : D'abord son iu Lallation 1i Yerthis, en 'l 780, alor qu'il ne croyait oLtenir
qu'une mi érable paroisse. Puis, cette fameu e mes e de la Fédération qu'il avait
publiquement chantée sur la place du Minage
Jevanl un aulel surmonté du bonnet phry!rien. Puis encore, la nouvelle, tombée sur
lui en coup de foudre, que son évêque, monseigneur de Flamarens, refusait le serment,
ce qui, •u les canons, (Jbligeait le pauvre curé
à devenir réfractaire. Alors il a\•ait connu les
dénonciation , les persécuûon , la "eôle sur
le ponton la Glofre en vue de l'ile Madame,
les long· mois d'attente anxieuse, et puis la
délivrance, le décret de l'an Ill proclamant la
liberté des cultes, le bref papal de 1790
ordonnant l'obéissance aux poU\·oirs etablis,
et le retour à Verlhi , la messe dans sa vieiUe
église, le baptême des nouvelles cloches, les
récits horrifiques de ses paroi, iens lui narrant le événemenls accomplis en son ab ence.
Oui, tout cela, toutes ces alfaires lointaine ·
à présent l'avaient fortemenl remué. Il n'en
était pas une qui l'eù.t plus bouleversé que
cette aventure de se voir, lui, Pomerol, s'en
aller à Foaspeyral, comme em·oyé du jeune
baron pour narrer à madame sa mère uoe
vilaine histoire d'amour .... « eirrneur !..
pensait-il, pourquoi le baron m'a-t-il choisi,
moi, plutôt que tel autre?... Et comment
pourrai-je me tirer de là, mon Dieu! si 1·ous
ne m'aidez'? ... 1J
li descendit lourdement de cheval dans la
cour de Fonspeyrat. EL, tout de suite, la
baronne, après avoir congédié Luœtte, accourut au-de,1anl de lui.
Elle ne lui laissa point le loisir de tourner
on compliment, mais aussitôt :
- Vite, curé, dit-elle, venez çà, puisque
nou avons à causer.
Très agitée, elle Je mena vers sa chambre,
tout en remuant le Lrousseau de ses clés
pendu à sa ceinture.

Plteu.-.:, triste ei Sllll{Ulk're,ne11t emu, le paui·rt Pomerol e11jourch:i sa vieil~ 1umml que. d.ins la cour,
rou, û domtsl4ue, terrriU rar la trl.k (Page 382.)

Elle s'a ·sil dan un fauteuil. Pomerol,
respeclueux el lent, cboi iL sans précipitation
une chaise où il déposa son tricorne, pui
une autre où il 'installa, le mains à pla.l
ur les genoux.
- Parlez, curé, parlez. Voions, que veul
mon ieur mon fils? ... Qu'v :i-t-il?
- l! y a de choses bien"séricu e , madame
la baronne.
c me célez rien. Je veux tout savoir.
li parla.
U conta avec abondance el lenteur comment certain jour de l'année précédente ou
de l'année d'annt - « Oui, dix-huit mois ...
presque deux an , madame la baronne 1&gt;, deux voyageurs, le père r.l la fille, passant
par Vertb.i , ·'y étaient arrêlés, le père étant
soudain malade; comment il· s'étaient fixés
là pour un temps, el comment ensuile ils s'y
étaient établis, sans doute pour toujour . Il
se nommaient Albo . C'étaient des calvinistes
hollandais, descendants d'une famille française originaire du Quercy et qui s'était expatriée au moment de la. Rérncation ....
- Oui, madame la baronn~, cahinisles! ...
[lélas! ... Avant euxj c'était chose inconnue
qu'un cah·ini te en celle paroisse. Des cahinisl - !.. . Pourtant, rien ne troubla d'aborù.
le par, du falt de ces malheureux. fü se
tenaient cois .... Je uis bien assuré, madame
la baronne, que vous ne les connais ez point. ...
- Certe !. ..
- Et que mademoiselle votre fille ellemême les ignore? ...
- Assurémenl.
- Hélas! il n'en est pas de même de monsieur le baron, volre fils ....
- Curé! cria la baronne, tout à coup
pénétrée d'un cruel pres enliruent, est-ce
que ce serait Elle 1. ..

Dullf&lt;l ·

Pomerol ne rëpondit pas. li lais. a tomber
sa tête sur on jabot, la souleva, la laissa
retomber à nouveau, faisant:« Ou.i ... oui ... »,
maL ce mol ne pouvait sortir de ses lè,Tes.
Un cri, une exclamation pre,que grossièrr
où réapparai~sait la vulgarité de sa première
éducation, jaillit des lèHes de madame de
Fon pe ·rat.
Le curé feif!tlit de ne pas l'entendre et
reprh sa narration filandreuse, placide comme
s'il d~filait les Ave de son rosaire.
Il raconta commt&gt;nl M. le baron a nit
remarqué la jeune fille :
Elle était la seule enfant vraimenl belle
de Verthis, avec ses chevem de soie pàle, ~es
yeux d'un bleu tran parent, sa peau fine, à
peine rosée. Tous les jours, Martial passait
devant la fenêtre où elle se trouvait, occupée
à coudre ou à ravauder. Une foîs, leurs
yeux se renconlrèrenl. Elle rougit. El Martial
éprnU\'a comme un coup au cœur. De te
jour, il l'aima. li dev-inl morose, courut les
boi , se plongea dans la lecture, se plut à
demeurer eul quand il n'allait pas à Verthis ....
- OLri, dit madame de Fon peyral, accablée, oui. .. il nous Iuyail, sa sœur et moi ....
- Donc, fit le curé, certaine fois il résolut dè faire connaitre à celle qu'il aimait
la passion qu'elle lui a,·ait jetée dans le cœur.
lei, madame la baronne, je suis obligé de
mêler à ce récit le nom d'une sainte fille que
mon ieur le baron a indignement. .. hum 1. .•
je dis a abu ée : mademoiselle Claire.
-Mademoiselle Claire! Et quel rôle celle pauvre défroquée peut-elle jouer en cetle affaire'!
L'épithète de défroquée sonna mal aux
oreilles du curé. a physionomie perdit
sa placidité, et devint sévère. Mais ce fut
passager, el, avec onction, il répondit :

�•

.., _________________ LI

H1STORJ.JI

. - Mad?me 1a l,aronue, il 1i't:-·t pas dif/lc1le à un Jeune homm intulli&lt;&gt;enl, sensible,
noble el_ courtois de tromper une pauvre créature qui, ayant vécu plu~ de trente années
~a~s un cloitre, se trouYe tout d'un coup
Jetee hors de son courent, par le fait de la
fiévolulion, et mèlée au monde. )lademoiselle Claire, dont la Lou tique de mercerie el
objets reliaieux fait face à la mai on du sieur
Alhos, a cru sur parole monsieur le baron.
Uonsieur le baron renait faire de · emplclles
pour ,a sœur, causait avec mademoiselle
Claire, s'entretenait avec eUe de son commerce, de ses wisins, que sais-je? li s'assel•ait et demeurait longtcmp dans Ja boutique, regardant au dehors plu qu'au dedans
et, souventcs lois, demeurait plongé dans de
longs silences. Par respect, mademoi elle
Claire ne les interrompait pas. Puis, un jour,
il conviai avec celte pauvre fille d'entreprendre la conver ion de l'intéressante jeune
personne qui habitait en face .... Pour cela,
il faUait d'abord entrer en rapport de voisinage avec elle et IU1 faire cnsu.ite passer de
bons ljvres que monsieur le baron achèterait
pour elle. ~fademoi elle Claire s'employa très
pieusement à cette besogne. E,Ie fil quelques
avances à la demoi eUe Albos, qui y répondit
avec douceur et politesse. Et ce fut dès lors
un échange incessant de pieux manuels. Mais
la demoiselle Albos ne parlait pas de se convertir et ne paraissaiL point touchée par la
grâce. llélas ! madame la baronne, tout ce
manège était une ruse du ~falin.... Dans
chaque line se trouvait une lellre... une
T

lettre... comment dirai-je?. .. Une lellre
d'amour .... Oui, madame la baromlP, une
lettre ... de cette sorte.
~l~s a.~ondamnwnt encore, Je curé parla.
Pms t1 s epongea le fronl. gonfla ses joues,
sou.fila. Enfin, comme la liaronne confondue
. sans parole, il garda le ' silence lui'
reslait
aussi et attendit.
- .A wz-rous quelqu ·une de ces lettres?
demanda tout à coup madame de l?onspeJrat.. .. Car enfin, toul cela m'apparait comme
une i invraiseml.Jlable machination qu'il me
faudrait une preme pour y croire.
Aussitôt, mais avec un air de protonde
douleur, le curé tira de a poche un papier
froissé, qu'il lendit à la baronne :
- La dernière lettre de cette malheureuse,
dit-il. Mon ieur le baron me l'a confiée à
titre de preuve, précisément.
'
Et madame de Fonspeyrat lut à demi-voix :
&lt;l

lloosieur el très aimé,

« Je vous rends gràce d'avoir songé à me
venir voir aujourd'hui. Je ne savais que
penser de votre absence. Deux jours sans vous
apercevoir, c'esL trop long, el je soulfrais. Je
rève toujours avec ardeur au t{ mps où, pour
la ,,ie, nous serons unis, comme vous me
l'av~z promis souventes fois. Je prie noire
Christ de hàter celle heure bénie. Je lui
demande d'allermir dans votre cœur l'amour
que vous m·avez juré et je vous envoie, monieur el très aimé, le tendre souvenir de votre
1

(1

KETIE 1• l)

1. ICaterine ou Catherme.

( Tllustrati()ffS tù Co!tRA o. 1

- lluelle imposture! ... cria la Laronne.
li n'y a que ces impies el renéo-ats pour oser
mèler le nom du Seigneur parmi d'aussi
misérables propo .... Ab ! curé. dit-elle en
mart·hant à traver la chambre, comme il a
bien fait. monsieur mon fils, de rous envoyci·
en messager! Que se serait-il passé 'il avait
osé me faire lui-même pareille conressio11 ! ...
Jour de Dieu!. .. Une réformé,• 1... Une pauvresse!... Une fille de rien!... Ucs let lres
d'amour à cette espèce!. .. Car, d'où viennent
ces ~ens? ... De quoi vivent-ils? .. . Qu'ont-ils
fail ?.. . Amis des rérolationna1res, sans
doute? ... N'est-ce pas, curé'?...
Puis, soudain, changeant de ton et 'arrêtant:
- Et la fin de cette belle commission
dont monsieur mon fil mus a chargé, quelJe
est-elle?
Cherchant ses mots, ânonnant, tremblant,
le curé finit par dire que monsieur le baron
voulait à tout prix épouser Kalerine Albo~ ....
Qu '11 ne partirait point pour Coblentz ou ailleurs... Qu'il ne quillerait pas Verthis parce
qu'il aimait .... Et qu'il priait trè · respectueusement madame sa mère de permettre ce
mariage qu'il souhaitait avec force.
- Jamais! ... jamais ! ... cria la Laronne.
Jamais!. .. J'aimerais mieux le voir mort!
Le curé se leva. Sa mis ion était lerminée.
Hors d'elle, madame de Fonspeyrat ne le
reconduisit point. Et, piteux, tri le et singulièrement ému, le pauvre Pomerol enfourcha
-sa vieille jument que, dans la cour, Dumarou,
le domesti1rue, tenait par la brjde.

(A suivre.)

LomsE CllASTEAU.

La Juif e de la princesse
de Hohenlohe~lngelfingen ( 1799)
._..;

Le prince Frédéric-Louis de llobenlohe~ngelfingen, bien connu par le rôle qu'il a
Joué pendant les campagnes de la Révolution
et de Prusse (1806), était un des plus beaux
hommes de son temps.
Admis dans l'armée prussienne après la
guerre de Sept Ans, il s'était signalé à la retraile de Bohême (succession de Bavière, décembre l775) el avait ainsi gagné la faveur
du grand roi. Cdui-ci n'ignorait pas la modeste situation I de son protégé. Ausj n'avait.-il pas tardé à le nommer colonel et à le marier avec l'une des plus riches héritières de
1. Au dire de ses contemporains. l'ensemble de ses
revenus s'élevait à moins de 6000 florins. ce qui était
éTidemmenl fort'peu.

Berlin, Mlle de lloym, qui, au surplus était
d'une beauté remarquable.
'
Ce~te union, malgré les six enfants qui en
naqmrent, ne fut rien moins qu'heureuse, et
en 1799, vingt ans après sa conclusion - le
prince avait alors cioquante-lrois ans et sa
femme près de quarante - se produisit un
événement qui eut, à celle époque, un retentissement énorme.
Le Ier septembre, la princesse de Hohenlohe disparut de Breslau, ville dont son mari
était gouverneur.
Cette fuite inopinée ne sembla pas inquiéte! autrement le prince, car il ne lança pers?n~e aux ~ou ses de sa volage éponse P.t
n avisa de rien les autorités des pays où' elle
....t

38J ~.

pouvait chercher un refuge. L'aventure - sel?n, to~te ~pparence - n'était donc pas deslmee a faJre grand brait au. dehor.... et ce
Iat précisément le contraire qui eut lieu
' à un concours de circonstances Lizarres'
grace
el au zèle intempestif de quelques fonctionnaires de Dresde.
L'hi toire vaut la pei~e d'être contée, car
elle a enrichi Jes archi~es royales d'un dossier aus i intéressant que volumineux. Elle
commence à .la façon d'un roman de cape et
d'épée, mais. elle est véridique malgré cela.
Le 6 septembre 1799,. une chaise de po~te
attelée de quatre chevaux venait s'arrête,, à
la tombée de Ja nuit, devan l l'hôtel de.Polagne, le plus réputé de Dresde, à l'époque.

Une dame, accompagnée d"une seule femme
de chan1bre, descendit de la ,·oiture, demanda
un apparlt!ment el, pré"enant les questions
d'usage que l'hôtelier se di~po ait à lui adres.er, Mclara qu'elle était la princesse de
Uohenlohe-Ingelfingen, épouse du lieutenantgénéral, 1-fOUl'erneur de Breslau.
Le mème jour, à peu près à la mème
J1eure, un é11uipage plus modeste avait amené
à l'auLerg1' Zum b/aue.,i Stern \l'Étoile bleul!),
à Neu'tadl 1 , un voyageur 1111i se faisait appeler M. de Rosen. Le lendemain matin, à la
première heure, ce per onnage alla rendre
visite à la princesse. Lorsqu'on lui demanda
&lt;( qui faut-il annoncer? ll il déclara qu'il était
le sek1·etair Jlüller. Ce nom étant connu,
même en Allemagne, oo introduisit le visiteur et l'on ne s'occupa plus de lui, si bien
que, plus tard, oui ne sut dire à c1uelle
heure il était reparti. Le soir, la princesse se
tnit au lit de très bonne heure et la nuit du
7 au 8 s'écoula sao· tjTie le moindre bruit
vînt frapper les oreilles des habitants de l'hlilel de Pologne. Conformément aux ordres de
sa mailresse, la femme de t:hamhre viut la
riheiller, à ltuit heures du malin; mais à
peine eut-elle prnétré dans l'appartement.
qu'elle en ressortit en poussant des cris affreux et en appelant au secours. En un clin
d'œil, le per~onuel de la maison fut sur pied.
La chambre à cou,·her de la princesse offrait un aspect terrifiant. De larges llaqucs
de sang inondai1•nt le parquet; un bonnet de
nuit, une chemise, une paire de bas en éta.ient
recomert ; eofin une longue trainée s'étendait depuis le lit jusqu'à la fenêtre du milieu.
Quant à la princessP, il n'en existait pas
tract!. Elle avait été assassinée, c'était clair,
et les meurtriers avaient emporté son corps,
ainsi que le prouvait la trainée sanglante. Au
surplus, la majeure partie de ses bijoux tous ceux ayant une certaine valeur - a\'aient
dbparu.
Aussitôt prévenue, la justice ouvrit une enquête et fit, dès le début, deux constalalions
intéressantes au plus haut degré. Tout d'abord, elle éta1lit Mns grand'peine que la
traînée s'arrêtait à la fenêtre, et que par
conséquent le corps n'avait pas élé sorti par
là; d'a:utre part, le plancher du. corridor étant
également net de toute souillure, il était clair
qu'on ne l'avait point passé par là. Dans ces
conditions, une seule hypothèse subsislail;
c'était que la princesse n'avait pas été assa sinée, majs s'était sauvée purement et simplement. Un deuxième détajJ confirmait celte
hypothèse; la fameuse cassette avait été, non
point forcée, mais ouverte avec sa propre
clef... qui était restée dans la serrllre.
Poursui'l"ant leur en~uête, les magi trat
acquirent la certitude que Je sel.relafr 11/üller
avait parlicipé à la ID)Slification. De l'auberge
Zum blauen Stern, où il s'était fait in crire
sous le nom de M. de Hosen, et d'aù il avait
brusquement disparu, l'on suivit sa pis te et
l'on apprit que, dans l'après-dîner du 7 septembre, il avait loué pour le compte d'un
1. Partie de la ville, si tuée sur là rive droite de

!'Elbe.

'FU1TE DE LJl P'f(1NCESSE DE H01ŒNLOJŒ-ÎNGEL'F1NGEN

.ll. de W1llersee un bateau amarré à l'Eluhcrg-. _\u dire des autre~ uateliers, ce )l. de
Willersee s'était embarqué ]e 7. à une heure
très avancée de la soirée, cl arnil commandé
qu'on le trarn-porlàL à llagdebourg. Les
mêm&lt;:'s, questionnés par les magistrats, déclarèreut n'arnir pas ,·u de femme accompagner ce personnage. Une fois en possession de
ces renseign&lt;'men1,, le tribunal décida « qu'à
défaut de crime, il y avait eu rrry~Lil1cal1011,
et que les auteurs de cette dernière méritaient une punition 1J. ED conséquence, de·
gens à cheval furent expédiés dans toutes les
direction· avec mi~ ·ion de procéder à l'arreslation des fugitif..
Ce fut ain. i que l'actuaire Georgi et l'auditeur Ueyuer partirent à franc étrier dans la
direction de ~foi sen, où ils arrivèrent sur le
coup de cinri heures du oir. Là, on leur
apprit qu'à huit heures du matin le service
de la navigation avait visé le papiers d'un
sieur Bart~ch Samuel qui al'ait déclaré« transporter à Magdebourg plu ieurs passagers et
une voiture de voyage u. Persuadés qu'ils
étaienl sur la pi le, inon de la princesse, du
moin du sekretair bfüller (fiosen ou Willersee), les dem. écuyers impro\'isés reprire11t
la poursuite. Bref, à Torgau, où ils mirent
pied à terre le !) septembre, à trois heures du
matin, ils actJtt1reot la certitude que le bateau
n'avait pas encore passé là. Séance tenante, ils
donnèrent communication de leurs instructions
a.ux employés de la oaYigation; ensuite, ils ~e
rendirt'nt auprès de l'Amlman.n (bailli) Alberti. Ce digne fonctionnaire, très ami de son
repos, el par suite, horriblement vexé d'avoir
été réveillé à pareille heure pour une affaire
d'aussi mince importance, éleva une foule
d'objections el ajoura, par manière de conclusion, que tout cela ne le regardait pas.
Mais les deux autres tinrent bon et rétorquèrent ses arguments, non sans aller fréquemment jeter un coup d'œil du côté de !'Elbe.
Un peu avant six heures du malin, l'auditeur vint annoncer que le Laleau, arrivé à
l'instant même, avait été arrêté. Nullement
impressionné par cette nouvelle, l'amtmann,
qui décidément craignait pour ses Lronches,
reîusa net d'a.ccompaµner ses contradicteurs.
Cependant, il voulut bien, lout en bisant ses
réserve,, leur adjoindre son amts(ro/in (sl'rgent, huissier).
Après une foule d'incidents hilarants, mais
dont le détail enlraineraiL trop loin, ils mirenl
succe-·sirnment la main ur le sekretafr Müller et les bateliers. Le premier donna des
explications assez confuses sur le but de son
voJage et nia une participation quelconque
am événements de Dresde. Quant au patron
du bateau, il déclara qu'il avait à son bord
une dame &lt;l alitée et malade ».
Avisé de ceci, n'ayanl d'ailleurs plus la
possibilité de prétexter l'heure matinale, le
bailli résolut de prêter son concours au.x jui;ticiITT"ds de la capitale. li comptait au nombre
de ses amis un certain lieutenant de Bose,
lequel avait le faible d'énumérer à tout bout
de champ les personnes du beau monde qu'il
prétendait connaitre. Or, la princ.esse de
◄

383..,.

...

Hohenlohe était de cc nombre, à ce qu·aftirmait l'amlnwnn. Celui-ci fit donc mander le
lieutenant et e rl'ndit avec lui à l'endroit où
était amarré le bateau.
Yu les faibles dimensions de celle péniche.
le haiJli pénétra seul dans la cabine où la
dame était couchée . .Malgré ses révérences et
~es protestations de dévouemenl, il n'apprit
rien, la malade s'étant bornée à lui dédarer
(( qu'on lui faisait beaucoup trop d'honneur
et qu'elle n'était pas une Altesse sérénissime Il. Le lieutenanl de Bose entra et resorlit aussilot. disanl qu'il o'a\'ail pas reconnu la princes,e, « mais qu'il pouvait Fe
tromper, attendu qu' ilne r availj11maisvue».
Ce fut l'actuaire Georgi 14ui réussit à démèler la 1•érilé. A force de pre·ser la malade,
il en tira l'aveu &lt;&lt; qu'elle était Lien la personne cherchée, mais que le jeune homme
trouvé en sa compagnie n'était là que pour la
chaperonner jusqu'à l'endroit où elle retrou.verait les meml.Jrcs de sa propre famille 1,.
Euhardie par la déférence que lui témoignait
l'actuaire, elle lui donna sa parole d'h.oo □eur
que « ce jeune homme était complètement
innocent, bien que les apparences fussent
contre lui, el crue, par con,équent, elle ne
pouvait se désintéresser de son sort Il.
Là-dessus, les mandataires de la jusùce
l1assurèrent &lt;l qu'à leurs yeux celte déclaration justifiait amplement le jeune homme,
mais qu'ils n'avaienl pas le droit de le relàcher ; que, par contre, elle-mème était
liLre sur l'heure d'aller où bon lui semblerait 1&gt;.
La princesse, quelque peu rassurée, demanda que le chancelier de Zedwitz fùt mis
le plus ,'Île possible au courant de la situation, a6n 11u'il pùt en informer !'Electeur de
axe t&lt; dans les bras duquel elle se jetait ».
Quant au (( jeune homme innocent », qui
depuis snn arrestation se faisait appeler M. de
Villerose, il montra une belle résignation. De
la prison où il fol mis provisoirement, il
adressa à la princesse une épitre singulière,
dont voici quelques passages :
« La fatalité en a décidé autrement, et
moi je reste ici. Je pense que vous aurez la
bonté de repartir aussitôt, afin de couper
court au scandale. Le meurtre el le vol sont
caractérisés, et du moment où vous partirez
cela ne signifiera plus rien, sauf que je resterai ici; mais il ne faut pas vous en chagriner, car advienne que pourra. Allez jusqn'à
~Jagdebourg et per~onne ne vous dira rien.
Si vous avez besoin de mon dome tique, gardez-le. Vous aurez la grâce de me renvoyer
mes effets; vous y trouverez l'argent. Vous
voudrez bien arnir la grâce de me dire combien je dois garder pour moi, car je suis dénué de ressources. Alon malheur me vei.e comment 7 vous le savez! Portez-l'ous bien,
tranquillisez-vous, tout s'arrangera. Le batelier Bartsch a reçu 5 thalers S&lt;U.ons, à titre
d'arrhes, cela fait 6 thalers el 16 gros, et si
vou,; allez jusqu'à .Magdebourg, il aura droit
à 58 thaler et 8 gros .... - Signé.: L. de
Sanlha. »
Un mot pour expliquer ce cinquième ava-

�"'--':;:---~-::: --=--==-=:-: :~-=--==-=-=-=-=-==-==--==-==--====-:: :-: : --.. r-.~~========;~=s:!

1-l1S T 0'1{1.Jl
tar du ~ jeune homme innocent ». Des papiers trouvés sur lui, il était résullé qu'il
n'éLait ni \füller, ni Rosen, etc., etc., mais
bien 1c premier-lieutenant prussien de Sanlha, dll régiment de Slol'kbausen, el ceci
n'avait pas mm,1ué d'in•pirer au hailli de
nouveaux scrupules et ridée de remellre le
prisoonin aux mains de l'autorité m1li1aire.
A la suite de quoi M. de Santba ful donc
confié au poste prini:ipal de la vilJe, qui était
commandé par un officier.
Pendant que les magistrat ai aient mené
ces enqnêtes s1wcessives, Je menu personnel
policier de leur suite n'était pas reslé inactif,
car il avait découvert dans un recoin du l,ateaa le domestique du lieutenant, un nommé
Emerschkowitz, qui s'était prudemment caché. Soumis à un interrogatoire, cet indi1·idu
déclara « être depui. quelque temps au serTice de M. de Saotha, mai a1·oir été prêté
par lui, pendant un mois, au lieutenant de
Sacken el n'avoir repris ses Conclioo auprès
du premiP.r que peu de jours avant son départ de Breslau . .. . En cours de route, son
maitre était allé chercher une dame qu'il
avait ramenée au bateau en disant que c'était
sa femme .... A Dresde, son maître lui avait
donné l'ordre d'acheter une bouteille dt:
sang ... 1&gt;, etc.
Le bailli, tout enchanté de n'avoir plus à
s'occuper de rien, puisque la princesse avait

LB
élé rendue à la liberté et son compagnon remis à la garde de l'autorité militaire, entra
dans une fureur abominable à la vue d"Emerschkowitz amené par les poliders qui s'imaginaient avoir fait merveille. Bon gré mal
gré, il fallait donc prendre une décision à
son sujet, et elle fol moins nalurelle que
simple : le domeslit1ue fut enfermé à la
prison.
Le 11 septPmbre, le bailli reçut l'ordre de
prendre des information concernant la princesse et de faire savoir ce qu'elle était devenue. Dès onze heures du malin, il répondit
que le même jour, à huit heures, eUe était
partie en « Exirapost &gt;&gt;, se rendant à Eilenburg. Le 16, il Iut avisé d'avoir à se faire
Livrer par l'autoriLé miliLaire le lieutenant de
Santha, de le faire incarcérer à la prison civile et d'instruire son affaire. La bonne étoile
de l'amlmann lui évita celle corvée, attendu
que l'autre avait pris la clef des champs dans
la nuit du i~ au 14.
Le bailli, qui décidément n'aimait pas les
bisLoires, se garda bit&gt;n de porter aussitôt Je
fait à la connaissance de ses snpérieurs. il
n'en rendit compte qu'à la date du 2 octobre,
ajoutant incidemment qu'à défaut du Jieut.euant il avait enrore entre les mains « une
culotte, du linge et différents objels appartenant à ce dernier, ainsi que le valet Emerscbkowilz ». La mise en liberté de ce mal-

heureux ne fut prononcée qu'un mois plus
lard. Restaient la culotte, le linge, etc., etc.,
au sujet de quoi ~I. de Sanlba écrivit nombre
de fois au bailli, sans que celui-ci, fidèle à
ses habitudes, se donnât la peine de lui répondre, à plus forte raison de lui resLituer
son bien.
Enfin, en novembre {801, le sénateur
Schulz. a,•ocat-conseil de Mme de Hohenlohe,
ayant fait parvenir à qui de droit le montant
des îrais occasionnés par l'avenlure en question, l'amtmann fut autodsé à remettre la
fameuse culotte et le reste au lieutenant de
Bose, qui se chargea d'expédier le tout à son
camarade de Santba.
Le dossier de Dresde n'en dit pas plus long
ur cette affaire, mais il est de notoriété publique que le divorce entre le pri•nce et la
princesse rut prononcé à la fin de l'année f 799.
D'autre part, le général de Wolzogen raconte
dans ses Mémoires que l'héroïne de ce récit,
après avoir passé quPlque temps à ~fagdebourg, s'était fixée dans le Mecklembourg el
avait épousé ~L de Sacken.
En revanche, à partir de novembre {80L
toute trace de M. de Sautha disparait. Désormais rentré en possession de sa culotte, il
vécut, selon toute apparence, à la façon des
peuples heureux. Peut-être aussi fut-il balayé
par la tourmente d'léna, si fatale au prestige
militaire de M. de Hohenlohe?
P.

LA. VIE ET LES MŒUl&lt;S A.U

XVII•

SIÈCLE. -

LE REPAS DE F.A.IIULLE. -

DE

"LisEz-Moi" u1sroRIQuE

PARDIELLAN.

Gravure d'ABRAIIUI BOSSE. (Cabinet des Estamj,es.)

Cllcbê Glrandon.

LORD PHILIPPE II
Tahl ea11

.
WHARTON.

de Vi\N DYCK. (i\lusë-c impérial J e ITrmitage . Saint -Pétersbourg .)

Cliché Br aun et

c

1•

75, RUE ÜAREAU, 75
P.utlE ·x1v• at'ronli' ,J

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia</text>
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                <text>Crónicas</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>20/03/1911</text>
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                <text>Fondo Alfonso Reyes</text>
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                <text>Universidad Autónoma de Nuevo León</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Charles de la Ronciere</name>
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        <name>Maurice Dumoulin</name>
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        <name>Paul de Saint-Victor</name>
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        <name>Robert Francheville</name>
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        <name>Tallemant Des Reaux</name>
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                    <text>"'--':;:---~-::: --=--==-=:-: :~-=--==-=-=-=-=-==-==--==-==--====-:: :-: : --.. r-.~~========;~=s:!

1-l1S T 0'1{1.Jl
tar du ~ jeune homme innocent ». Des papiers trouvés sur lui, il était résullé qu'il
n'éLait ni \füller, ni Rosen, etc., etc., mais
bien 1c premier-lieutenant prussien de Sanlha, dll régiment de Slol'kbausen, el ceci
n'avait pas mm,1ué d'in•pirer au hailli de
nouveaux scrupules et ridée de remellre le
prisoonin aux mains de l'autorité m1li1aire.
A la suite de quoi M. de Santba ful donc
confié au poste prini:ipal de la vilJe, qui était
commandé par un officier.
Pendant que les magistrat ai aient mené
ces enqnêtes s1wcessives, Je menu personnel
policier de leur suite n'était pas reslé inactif,
car il avait découvert dans un recoin du l,ateaa le domestique du lieutenant, un nommé
Emerschkowitz, qui s'était prudemment caché. Soumis à un interrogatoire, cet indi1·idu
déclara « être depui. quelque temps au serTice de M. de Saotha, mai a1·oir été prêté
par lui, pendant un mois, au lieutenant de
Sacken el n'avoir repris ses Conclioo auprès
du premiP.r que peu de jours avant son départ de Breslau . .. . En cours de route, son
maitre était allé chercher une dame qu'il
avait ramenée au bateau en disant que c'était
sa femme .... A Dresde, son maître lui avait
donné l'ordre d'acheter une bouteille dt:
sang ... 1&gt;, etc.
Le bailli, tout enchanté de n'avoir plus à
s'occuper de rien, puisque la princesse avait

LB
élé rendue à la liberté et son compagnon remis à la garde de l'autorité militaire, entra
dans une fureur abominable à la vue d"Emerschkowitz amené par les poliders qui s'imaginaient avoir fait merveille. Bon gré mal
gré, il fallait donc prendre une décision à
son sujet, et elle fol moins nalurelle que
simple : le domeslit1ue fut enfermé à la
prison.
Le 11 septPmbre, le bailli reçut l'ordre de
prendre des information concernant la princesse et de faire savoir ce qu'elle était devenue. Dès onze heures du malin, il répondit
que le même jour, à huit heures, eUe était
partie en « Exirapost &gt;&gt;, se rendant à Eilenburg. Le 16, il Iut avisé d'avoir à se faire
Livrer par l'autoriLé miliLaire le lieutenant de
Santha, de le faire incarcérer à la prison civile et d'instruire son affaire. La bonne étoile
de l'amlmann lui évita celle corvée, attendu
que l'autre avait pris la clef des champs dans
la nuit du i~ au 14.
Le bailli, qui décidément n'aimait pas les
bisLoires, se garda bit&gt;n de porter aussitôt Je
fait à la connaissance de ses snpérieurs. il
n'en rendit compte qu'à la date du 2 octobre,
ajoutant incidemment qu'à défaut du Jieut.euant il avait enrore entre les mains « une
culotte, du linge et différents objels appartenant à ce dernier, ainsi que le valet Emerscbkowilz ». La mise en liberté de ce mal-

heureux ne fut prononcée qu'un mois plus
lard. Restaient la culotte, le linge, etc., etc.,
au sujet de quoi ~I. de Sanlba écrivit nombre
de fois au bailli, sans que celui-ci, fidèle à
ses habitudes, se donnât la peine de lui répondre, à plus forte raison de lui resLituer
son bien.
Enfin, en novembre {801, le sénateur
Schulz. a,•ocat-conseil de Mme de Hohenlohe,
ayant fait parvenir à qui de droit le montant
des îrais occasionnés par l'avenlure en question, l'amtmann fut autodsé à remettre la
fameuse culotte et le reste au lieutenant de
Bose, qui se chargea d'expédier le tout à son
camarade de Santba.
Le dossier de Dresde n'en dit pas plus long
ur cette affaire, mais il est de notoriété publique que le divorce entre le pri•nce et la
princesse rut prononcé à la fin de l'année f 799.
D'autre part, le général de Wolzogen raconte
dans ses Mémoires que l'héroïne de ce récit,
après avoir passé quPlque temps à ~fagdebourg, s'était fixée dans le Mecklembourg el
avait épousé ~L de Sacken.
En revanche, à partir de novembre {80L
toute trace de M. de Sautha disparait. Désormais rentré en possession de sa culotte, il
vécut, selon toute apparence, à la façon des
peuples heureux. Peut-être aussi fut-il balayé
par la tourmente d'léna, si fatale au prestige
militaire de M. de Hohenlohe?
P.

LA. VIE ET LES MŒUl&lt;S A.U

XVII•

SIÈCLE. -

LE REPAS DE F.A.IIULLE. -

DE

"LisEz-Moi" u1sroRIQuE

PARDIELLAN.

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LORD PHILIPPE II
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ÉDITEUR

3 3e fascicule

Sommaire du
PAUL DE :\loRA • • • •
PRTNGE DE J OINYILLE .
Pru;..CE OE Lrmrn . . .

ARV.ÈDE BAR!:&lt;IE. • • •

3l'"• nu IIAussET . . •
GÉN!';RAL OE MA!lBOT
D' MAX BILLARD • . •

.
.
.
.
.
.

Van Dyck et Charles I " . . . .
Vieux souvenirs ( 1830- 1833) .
Chez M. de Voltaire . . . . . .
La duchesse du Maine. . .
Fr!re~ et sœurs . . . . . .
Memo1res . . . - - .. .
La mort de Talleyrand .

1
~

13
l.j

11:l
19

27

(5 avril

(XIVe arrt).

TQII ).

Les dernières amours de la comtesse du
Barry . . . . . . . . . . . . . . .
,W• Pm LIPPE DE 3L\ssA. Monsieur Thiers . . . . . . . . . . .
L'-CoLONEt. PARQUIY .
Souvenirs de gloire et d'amour. . .
LOUISE CH .\STEAU . .
. Ames d'autrefois . .. .. . . . . . .
ITENRY RnuJoN . . . . . Madame Vigée-Le Brun . . . . .
PwL GAULOT. . .

. .

de /'..Jca:1e1nie Française

ILLUSTRATIONS
o' APRÈS

PARIS

29
3,
36
3q

4'?

PLANCHE HORS TEXTE

LES TABLEAUX, DESSINS .E T ESTAMPES Dl! :

'l'IRÉ-E EN CillAÏltU :

AUBERT, BE.WYAflLE'T, BELLENGÉ, llrA.RD, Boult.LO:-!, BRUNF.LLIÈRE, CHAVANE,
CHOLET, CoNR,I.D, CouRT, LJES~IARAIS, Â..'llî, Dmu, DROUAIS, F. GRENŒR, PRlNCE
DE jOlNVILLE, Cil. LAN&lt;lLO IS, AC)!. LEFÈVRE, LEPAUTRE. }1AUZAISSE 1 2\IEISSONIE~ .
ÜUTHIVAITE RoBEKT-F'I.El1 RY, fONCI . ANT. TuOUVAIN, VAN DvcR , VÉRITE,
CARLE VERm, H ORACE v~.R'.llET, }l'"' V!GÈE-L E BRUN.

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Avril parisien. - ANDRÉ l..lCIITE. 'BE RGER. Le petit roi.
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feu. - RENÉ .ll!AIZEROY. Le boulet. - PAUL Bll.HAUD. Jmpression d'avril. Guv DE MAUPASSA;s;T. Une vie. - HENRI LAVE DA!\, de l'Académie Française.
• Oiseaux de paradis •· - ANDllÉ TIIE "RIET. Le rouge-gorge. - LÈO:; DE
TINSEAU. Un malheur est vite a.rrivé. - ,\I JGuEL ZAMACOiS. Le potin. BRlEU'X, de l'Académie françai e. Les trois filles de lll. Dupont.

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SU~P'R_1ME ME~VEILLEUSE

Les oirconslanccs dans les11uelles Van Dl'ck
Îllt appelé à dcrnnir le peintre atlitn\, le por-

traitiste officiel du roi d"Angleterre el de sa
cour, n'offrent pas seulement en elles-mêmes
un intérêt spécial au point de vue « petite
llisloire o : elles montrent aussi de c1uelle
façon se constituait en bloc, dès le xv11• siècle, et par les soins d'un intermédiaire avisé,
une collection de cheis-d'œavre de l'art.
Notre temps el les plus puissants des souverains actuels, les rois de l'argent, propriétaires de merveilleuses galeries formées de la
même manière, n'ont, à cc dernier égard,
comme on le wrra, rien inventé.
Donc, lorsqu'en décembre 1627 on apprit
à Londres la mort du ùuc de Mantoue, le
V. -

HISTORIA, -

Fasc. 33.

musicien Nicola Luniere, maitre de chapelle
du roi Charles }cr, partit en Ioule hàle pour
l'llalie. Cet homme joignait aux qualités professionnelles qui lai avaient -valu l'avanta- •
geuse silualion qu'il occupait, un goût très
vif po~r la peinture et la gravure; il s'y
essayait même en amateur, mais possédait,
pour juger les œuvres des autres, plus de
~cns critique que, pour réaliser les siennes,
il n'avait de talent. Une première fois déjà,
en 1625, comme mandataire du roi, qui, lorsqu'il s'agissail de tableau.1 1 Caisail de lui son
expert et son conseiller, il s'élait, outreruonls, rendu acquéreur , moyennant 15. 000 li,·rcs sterling (350.000 francs), de tout un
ense mble de toile~ dont s'enorgueilüs aient

maintenant les colleclions royales. Celle fois,
il y a\'3il à conquérir les trésors artistiques
dont la mort du duc de &amp;Jantoue faisait héritier le cluc Ferdinand de Nevers : des MichelAnge et des Guido Reni, des Jules Romain et
des André del Sarte, des Titien el des ~fantegna, des Tintoret et des Corrège, une madone da Sanzio que le duc avait payée d'un
marquisat rapportant 50.000 écus, et nom1.tre d'autres œuvres prestigieuses.
Aidé par Daniel ys, secrétaire de l'ambassade anglaise à Venise, Laniere conclut,
en février 1G28, un premier marché, et fait
pa ser en Angleterre la fleur de l'admirable
collection. Puis on engage de nouveaux pourparler., en vue de fairu prendre la même

�r-

111S TO'J(l.Jl

roule au reste des toiles el au.x marbres. Le
mécontentement hautemenl e1primé des Mantouans fait traîner l'affaire en longueur. Elle
n'en aLoutiL pas moins, à force de négociations patiemment el adroitemenL menée• .
puisqu'en juillet l63t, Charles I"' igne l'ordre de paiement, qui. représente au total
f8. 2XO füres sterling, l 2 shellings, 8 denier ·, soit 460.000 franc~ environ.
Laniere, d'ailleurs, ne devait pas se borner
à enrichir les domaines royaux des chefsd'œuvre venus d'[talie: il allait en outre offrir
à son roi un grand peintre venu des Flandres.
Se trouvant sur le chemin de Van Dyck,
notre musicien s'était dit que, s'il ne pouvait
pas prétendre à l'immortalité par sa musique,
ou sa peinture, ou sa gravure, il avait un
moyen de se faire immortaliser physiquement : c'était d'obtenir d'un artiste tel que
celui-là de fixer son image sur la toile. Van
Dyck y consentit. Mais le rêve de son modèle
ne devait trouver dans l'œurre qui en résulta
11u'unc réalisation qua~i \iagère, car le portrait
est depuis longtemps perdu. Du moins l'arti ·te
allait trouver dans cette rencontre avec le
mandataire du roi Charles Jer une orientation
nouvelle de son existence. En etfel, Laniere,
à son retour, ayant placé le tableau du jeune
mailre flamand sous les 1eux de on ourerain, celui-ci ne continl pas son admiration
pour le magistral talenL qui y éclatait, et manifesta son désir d'allirer Van Dyck à sacour.
Une première fois, dès sa vingt cl unième
année, Antoine Van llyck arait été appelé en
Angleterre. C'était sou le règne de Jacques {"r, en 1620. Uais ce roi-là, dont la
prédilection allait aux Lclles-letLres, ne se
passionnait guère pour les arts plastiques. Le
jeune peintre n'avait pas considéré comme
une base suffisante de forlune la pension
de iOO livres sterling que Jacques fer lui accordait. Aussi a,•aiL-il, au bout de quelques
mois, quillé l'Angleterre à peu près sans es1.-'rit de retour.
Lauiere parvint, douze ans plus tard, à le
Caire revenir sur l'impression médiocre que
ce premier séjour lui avait laissée. El Van
D~·ck n'eut qu'à se louer de s'être rendu aux
raisons de son nouvel ami. Toutes les satisfactions, morales et pécuniaires, l'attendaient
ca effet à la cour de Charles Ier. Dès qu'il y
arriva, le roi intervint en personne pour lui
procurer wie demeure digne de lui. Cette
préoccupation est démontrée pa~ une pièce
que l'on garde aux archives de l'Etat, el qw,
écrite sous la dictée du souverain, est intitulée : a Choses à faire. &gt;&gt; On y relève celle
note : « Parler à Jnigo Jones d'une maison
pour Van Dyck. 1&gt; Cela suffirait à indiquer
quelle importance Charles I" donnait dès lors
à ce qui pouvait intéresser le bien-être matériel du peintre devenu son hôte; car, pensons-nous, il n'y eut guère d'exemples qu'un
monarque poussàL la prérenance pour un
"rand artiste au point de se faire tout spontanément son fourrier . Cependant, pour on
ne sait quelles raisons, le projet que Char-

les Jer caressait à ce moment n'aboutit pas.
Van Dyck e \Ït simplement réserver une
résidence urbaine dans l'ancien cou,·enl de
Dlackfriars, en même temps qu 'une maison
des champs dans un ,•illage du comté de
Kent, Eltham.
cc Le peintre flamand venait d'entrer dan
la plus belle partie de sa carrière, dans ce
qu'on pourrait appeler ses années d'or, dit
l"écrh·ain Allred Michiels, a qui l'on doit l'une
de3 biographies les plus complètes qui aient
été tuiles de Yan llyck. Sa noblesse élégante,
les termes choisis dont il se servait, ses manières distingué9S, ne pouvaient manquer de
plaire au lils de Jacques l"'· Charles lui montra une faveur exceptionnelle, car il n'avait
pas moins de SJmpathic pour l'homme que
pour l'artiste. Souvent il 11uit1ait dans sa
barque son palais de White-Hall, remontait
le lleuve jusqu'au monastère de Dlackfriars.
eL allait oublier, en causant a,ec le maitre
anversois, les graves que Lions de la politique .... Il lui donna des conseils pour sa fortune. JI fixa au prix de 100 livres sterling.
ou 2.500 francs, les portraits en pied qu 'il
fera.il de sa personne, de :;o livres sterling
les portraits à mi-corps., .. Par un acte du
17 octobre 16:i3, il ini a signa un revenu
de 200 livres sterling ou 5.000 francs. »
Au bout de !roi · mois, le :, juillet 1632, il
l'avait nommé chevalier, cl lui avait fait en
outre présent d'une chaine d"or à laquelle était
suspendu on portrait entouré dt: diamants.
Charles [cr recourut de faroo presque constante au pinceau de Van Dyck. On ne connaît pas moins de dix-oeuf portraits de lui el
dix-sept de la reine, sans compter nombre de
toiles où figurent, par groupes plus ou moins
complets, les enfants du couple royal. Dans
le tableau, consacré à ceux-ci, que reproduit
Historia, c'est le futur Charles Il qu'on peut
,·oir au centre, la main droite appuyée sur la
tête d'un énorme chien. A la droite du petit
prince ont les princesses Marie et Élisabeth;
à sa gauche, la princesse Anne el le futur
Jacques U.
olre musée du Louvre possède, on le sait,
un des portrait du roi, qui se peut considérer comme un des cbefs-d'œuvre de Van
llyck. Madame Campan, dans ses lllimoires,
nous dit comm!lnt l'admirable portrait est
passé d'Angleterre en France : &lt;&lt; Sous prétexte que le page qui accompagna Charles 1cr
dao sa fuite Lon croyait alors, par anachronisme, que le tableau repré entait la fuite de
ce roi ] se nommait Barl'y ou Barrymore, on
lit acheter à Londres, à la comtesse dll Barry,
li! beau portrait que nous avons à présent
dans le Muséum. Elle fil placer le Lableau
dans son salon, et, quand elle voyait le roi
incertain sur la mesure qu'il avait à prendre
pour cas cr son parlemenl et former celui
qu'on appela le parlement Maupeou, elle lui
disait de regarder le portrait d'un roi qui
arait n;cbi devant son parlement.... )) La
du Barry le paya 24.000 livrns de France. Le
peintre, lui, n'avait touché, pour celle toile

illlportante, que le · 100 lilre sterling pré,•ues par le tarif de :,(JO rosai dicnt.
La production, de,enuc con~idéralilc, de
Van Dyck nt: c limitait pa~ d'ailleurs aux
effigies royales, aux portraits de priocts el de
princesses du sang. C'était il c1ui, dans l'aristocratie, poserait devant le jeune pei1ilre aurersois. Et cet engouement justifié pour uu
des plus beaux peintres qu'on ail jamais connus, lui a permis de jalonner sa roule d'innomlirables chefs-d'œuvre. Parmi ceux-ci, il
en est un qui e détache de l'ensemble par
un charme tout particulier. C'est le portrait
d'un fils de noble se, lord Philippe li Wharton, à l'âge de dix-neuf an , c&lt; précur eur
lointain, comme l'a fort bien dit un critique,
M. Louis Thuilliez, de::: fètl's n-alantes el des
pa::-toralcs de Watteau, fin comme une grande
jeune fille, avec les yeux chargé de songe, et
on ne ~ait quoi, dan~ son pâle ~ourire, d'inquiet el de délicieu cment troublant. Ou dirail que Yan D)·ck a franchi d'un coup d'aile
le , 1•11c siècle, qu'il 'esl arrêté au n111'' pour
rueillir la fleur de sa grâce, et que, reprenant son vol, il e L venu, incompar,Lblc de
jeunesse et de maiLrisc, se mêler aux plos
raffinés et aux plu moderne de nos poètes
cl de nos peintres contemporains. »
Aotoiue Vau Dycl.., lorsqu'il exécuta une
telle œuvre, où l"on peut le Yoir en parfailc
posses ion de sa technique admirable, était
dans le plein épanoui scmmt de son rréaie.
tln était en droit d'{!spérer que, pendant de
longues années encore, il produirait che!sd'œuvre sur chefs-d'œune. Mais l'avenir lui
était mesuré. Son existence de laheur acharné
s'était doublée d'une Yic de grand ·eigneur
"alaot el prodigut:. li s'épuisait à travailler,
~ans un moment de répit, pour faire face
aux dépenses d'une maison devenue lourde;
il s'épuisait au5 i pour répondre à l'ardeur
sensuelle d'une maitresse a1folée d'amour,
Margaret Lemon.
Une fois do plus, le roi Charles se. manifes ta pour Van Dyck comme un ami all'eclucm: el vigilant. .Afin de soustraire le peintre
à celle passion dévoratrice, il lui fit épouser
la jolie descendante d'une illustre famille
d'Jtcos c, ~fary Rutbven. Le mariage se célébra en 161,0. Le calme &lt;Jue Van Dyck devait
y trouver \'enait trop tard. On le vit de jour
en jour s'affaiblir. La phtisie s'empara de son
organisme débilité. Comme homme cl comme
arlisle, il n'était plus, à quarante-deux ans,
que l'ombre de lui-même. Et quand, le 1"' décemLre 1641, Mary Rnthven mit au monde
un enfant, le père n'avait pins que huit jours
à vivre.
On l'entena dans la cathédrale de SaintPaul. Il n'y devait pas trou\'er le définitif
rrpos. Vingt-cinq ans plu tard, en effet, un
terrible incendie détruisait l'édifice. De la
dépouille mortelle de Van Dyck il ne restait
plus rien, mai il lai~sail un nom glorieux
et des œuvres qui à jamais lui marqueront sa
place, une place d'honneur, parmi les grands
maîtres de la peinture.
PAUL DE

illORA.

P~INCE DE JOINVILLE

+

Vieux souven1•rs
1830-1833

C'est pendant mes année de collège qu'é- rasse qui s'étend au-dessus de la Galerie empila dans le parterre où était le canon de
clata la révolu Lion de 1 50. J'avais douze ans; d'Orléans·. Les femmes y circulaient décolmidi et y mit le feu. li fallut appeler la
j'étais par conséquent beaucoup trop jeune letées tant la nuit était belle et chaude,
troupe, faire évacuer le jardin, el celle prepou_r en apprécier_ le caractère politique el éclairée comme en plein jour par des illumi- mière scène de désordre public, nouvelle pour
octal. Je me sounens seulement qu'elle me nations ébloui sanies. La cour du Palais- moi, me remplit d'étonnement et aussi de
cau_sa. une surprise profonde. N'ayant jamais Royal était fermée, mais une foule immense colère.
assiste à aucun
désordre, je n'ima!!ioais
pas remplissait le jardin et tâchait de voir cr.
•
0
Peu après celle fête, sun-inl la prise ù'.\1cc que pouvait être une rérnlution. J'avais qu"elle pouvait de la fête. Je courais dcvan l
ger, un acte de puissance nationale, de politoujours vu le roi et la famille royale l'objet Charle X pendant qu'il faisait celte prometique courageu e el préroyante, un Lrillant
d'un respect qui ne s'est, du reste, jamais nade et je le vis s'avancer avec sa taille droite
fait d'armes accompli sous le drapeau Liane,
démenti, et j'étais à cent lieue de penser el son air vraiment ro al vers le parapet de
qui ei'tt dù exciter l'enthousiasme, resserrer
qu'on pùl les chasser. Mais il est certain que la terrasse du r,lté du jardin. li agita plules liens eolre la France et son lloi , réconciles commencements de l'année i850 ne res- sieurs fois la main pour saluer la foule, qui à
lier la nation avec le vieux &lt;lrapc•au. li n'en
semblaient pas aux années précédenle el celle pelite distance el avec l'éclat des lufut rien. La prise d'Alger fut accueillie comme
qu'il paraissait y aYoir quelque chose dans mières devait parfaitement le reconnaître,
une nouvelle ordinaire, les regrets pour le
l'air. Au collège, même parmi les petits, on non seulement ;'t :'!'S traits, mais à son grant1
drapeau tricolore restèrent aussi vifs. C'ei.t
répétait beaucoup de propos singuliers; nos uniforme de colonel-général de la garde, cl
que la tribune et la presse, la presse surtout,
précepteurs, affiliés à la presse, étaient, au cortège qui l'entourait, mais il n'y eut ni
le plus puis ·anl instrument de destruction
comme on disait alor , dans le mouvement cris de : &lt;c Vive le Roi 1 » ni cris hostiles. La des temps modernes, avaient fait leur œuHe.
et ne cessaient de parler politique. Où n'en foule houleuse s'agita seulement un peu plus, Les jours du gouvernement de la llestauratioo
parlait-on pas1 C'était une maladie. On se en faisant entendre ce brouhaha qui s'élève étaient comptés; on n'avait rien à lui reprorappelle le mot de M. de Salrandy, lors de la un jour de feu d'artifice, quand éclate une cher : au dehors, comme au dedans, il avait
fête ljUC mon père donna au mois de mai au belle pièce. Un dernier salut de la ma.in, été assurément le meilleur des régimes &lt;Jui se
Palais-Uoyal, en l'honneur du roi de Naples, accompagné d'un : « Bonjour, mon peuple! &gt;&gt; soient succédé depuis i7 9. Mais il a,aiL
mon oncle et parrain: c, Une fête Ioule napo- que le Roi dit moitié érieusement, moitié voulu gourerner en bon père de famille, pour
litaine, Monseigneur, car nous dansons
sur un volcan. » Fête route napolitaine
en effet, non seulement à cause de la
pré.rmcedes souverainsdes Deux- iciles,
de la beauté idéale de la nuit, mais au si
à cause d'une tarentelle, sorte de ballet
dansé au milieu de la soirée par madame
la duchesse de Berri et une trentaine des
plus charmantes jeunes femmes du faubourg Saint-Germain, en costume napolitains, au milieu desquelles je revois,
Ioule gràce et élégance, ia ravissante Denise du Rourr, bientôt comtesse d'Hulsl.
A celle tarentelle succéda une polonaise
conduite par le comte Rodolphe Appony
el la duchesse de Rauzan, superbe en
bleu et or, danse plus grave, exécutée
par de nobles seigneurs et dames, tous
en costumes hongrois, escortés de pages
porta~t l~urs bannières. Qui l'emportait,
po~r 1aristocratique beauté, des femmes
q~1 prirent part à ces deux quadrilles,
c est ce 11u'il aurait été bien difficile de
dire: la race était dignement représentée.
BAL AU P..u,AIS·ROYAL. Dessin du PRINCE DE ]O!XVfL LE,
~ ~amille royale, Charle X en tèle,
(De gauche il droite : Capitaine des gardes. duc d"Orléans, Cha rie~ \'., prince de Joinville, d uc de Chartres,
1\1. de Salvandy, 11\mc de X .... )
assistait à cette fête splendide où toutes
les supériorités étaient réunies, toutes les
cla~ses représentées et où la cordialité semblait plaisam[JJ.ent, et Charles X s'en alla. Je ne
le bien de la France dans le présent, pour sa
umverselle. Après l'entrée des quadrilles cos- &lt;levais plus le revoir. Presque immédiategrandeur dans l'avenir, et résister aux assaut
tumés, le Roi alla se promener sur la ter- ment la foule prit les chaises du jardin, les
des déclassés, qui ne voyaient en elle qu'une

�V1EUX SOUVENl~S - -~

111ST01{1.Jl
ferme à exploiter. On l'aYaiL démoli pièce à
pièce, comme on d~molit Loul depuis cent ans,
au nom de 1',is el de prinl1ipcs qui dissolvent

nom~ pour les aroir entendu_ citer parmi
ceux: des conservateurs ardents appelés alors
les ultras. L'un d'eux, M. de Vitrolles, aUira

lions, Nemours cl moi, à partir pour Je collège, qucl'lu 'un ounil la porte el jrt~ à nos
préœpteurs ces mots : c1 Le coup d'Etat est
nu Afonileur. - Comment? - Oui! Les
Ordonnances. &gt;&gt; 11r quoi nos précepteurs
coururent au salon de famille où nous les
suivîmes. Nous ) tromâmes mon père assis,
comme anéanti; il tenait le Moniteur. En
,·oyant arri\"er les précepteur$, il leva le bras
rn• l'air arec désespoir el le laissa retomber.
Au bout d"un silence pendant lequel ma mère
mrUail Cl'!\ messieurs rapidement au courant,
mon père dit seulement: « Ils sont fous! »
puis, après un noureau el long silence: « Jls
rnnt se faire exiler enrorc ! Oh! pour moi, je
l'ai di'&gt;jà ~té drux fois! Je n'en veux plus, je
rc~le en France! &gt;&gt; Je n'en entendis pas da' vantage, parce que l'heure du collège était
arrirée el que nous montâmes en voilure,
mais ces paroles de première impression me
sont restées gravée dani; la mémoire.
'olre journée du collège se passa comme
à l'ordinaire, mais le lendemain '27, quand
nous re,iomes de Henri IV, il était facile de
, oir qu'une grande agitation rrg-na.it dans
l'aris. L'école de nat.ation Dcligny, au coin du
quai d'Orsay, où, suivant l'usage, nous allàmes, :iprès la classe, prrndre notre baio,
était pleine de jeunes grns qui discutaient,
péroraient et racontaient les incidents vrais
E~TREE DE L'.IR~IÉE FRANCIISE A ALGER (5 JUILLET 1830).
ou faux de la journée . Les troupes occuGravure de CllA\"lu'Œ JEONE:, a'Jprès un. taNeau .tu M11see de Versailles.
paient la plare Louis XV, aajourd'hui place
de la Concord~. 11 y avait un régiment de la
tout gouvernen,ent el rendront liienlûl toute mon aLLention par une longue conversation garde à pied, no bataillon sui~&lt;', les lanciers
~ociété impo sible. L'heure du: &lt;&lt; Ote-loi de q11'il eut avec mon père pendant un enlr'- de la garde, l'arLillei;ie de l'gcole milila irr,
là que je m'y melle », le seul Lml sincère de adc. ~I. de Vitrolles a depuis raconté dans troupes superLes, les plus hdles que j'aie
nos révolutions successives, de quelt1ue dé- ses Jfimoires celle conversation cl la comic- mrs en ;mcnn paJs et dont les gardes à pied
guisement qu'on l'affuble, allait llientùt Lion 'JUÏI en rapporta de l'horreur 'lue l'id1:e :iuglaises pourraient seules, aujourd'hui,
sonner.
d'une ré,·olutiun nouvelle inspirait à mou donner une itlé!'. Officiers animés au plu ·
Le 21&gt; juillet, nous avions Lous diné à père. Ils n'avaient dill'ùé 11ue sur les moyens !mut degré de l'esprit de corps et du d~vouoSaint-Len, chez monsieur le du,: de Bourbon,
un vieux cou in, qui ne se mêlait pas de politique, el qui menaiL une grande et belle
existence à Chantilly et à Saint-Leu, sans
venir jamais à Paris autrement qu'en pa sant,
bien qu'il -y possédât le charmant palais qui
porlt) son nom, le palais .Bourbon. Sa grande
passion élait la chasse où il excellait, et mon
père, en lui abandonnant la chasse à courre
de toutes ses forèLs, s'en était fait un ami. Il
-y avait encore une autre raison à celle cordialité et peut-èlre la principale: c'est que
mes parents avaient consenti à recevoir la baronne de Feuchères, qui exerçait sur monsieur le duc de Bourbon un grand empire,
mais qui n'élait pas admise à la cour. Je vois
encore ce beau vieillard à la parole brève, au
profil où le type de la maison de Bourbon
élait si vivement accentué, avec sa chevelure
Llanche et sa queue, son habit bleu boutonné d'où sortait un jahot, et son pantalon
toujours beaucoup trop court laissant voir
des bas blancs. Le soir dont je parlais, il -y
avait grande réunion à Saint-Leu, grand diUNE LIÉROÏNE DE: BARRICADE. Desst,i au PRINCE D.E JOINVlLLE.
ner, puis comédie de société, jouée par madame &lt;le Feuchères el les gentilshommes de
monsieur le duc de Dourhon. Dans l'assis- cle l'éviter. Lequel des Jeux avait raison? ment chevaleresque; vieux solls-officiers, dont
tance, des officiers de la garde ro)"ale et nomNous l'entrâmes le soir à Neuilly el le len~ lieaucoup avaient ,,u les guerres de l'Empire,
bre de personnages dont je connaissais les demain 26, au moment où nous nous apprê- commandant à des soldats vigoureux, jeunes

d'âge, mais vieux. Jïnslruction, de Jiscipline
et tout fiers de porter les plus charmants uniformes : telle était la gnrde royale. Que dire
aus i de ces superbes bataillons suisses, par
tradi1ion séculairc, l'infanterie Ja plus solide
du monde. Ces magnifiques troupes, qui auraient pu rendre de si grand. . ervices à la
France sur le champ de bataille, allaient Jis-

de Notre-Dame sonnait le tocsin; nous n'alIàmcs pas au collège, bien entendu. Mai$ Je,
maitres qui donnaient des leçons à mes sœurs
vinrent à Neuilly, et par eux- on apprit surccssivement ce (LUÎ se passait dans la ca11it.ale;
toutes les rues couvertes de barricades, la
troupe sur la défensiYe, le drapeau lricolorr
partout arboré.

Le premier élaiL celui d'une ardente s)'mpaLhic pour nos soldats engagés dans la lutte,
pour tes 11auvres soldats, la vraie France, le
nai peuple, obéissant am plus nohle- mo1.iiles, l'honneur, Je devoir, en opposition à la
populace, dont l'cmie et lc&gt;s mauvais insLincls
étaient déchainés par une poignée d'ambitieux.
Aus,i n·eûmes-nous de repos que lorsque tout

Cllcbé BTaun et C".

LE

nue ll'ÜRLÉAXS PARTANT Poun L'HûTEL DE VtLLE (3 1 JCILLET 1tl3o). -

TJ/;t/e,:w

d'IIORACE \ ER~ET. (i\Jmée Je

parailre en deux: jours : je les royais aus. i
Le 29, la lutte se rapprocha de nous : un
pour la dernière fois.
boulet viol en sifllanl s'abattre dans le parc.
l1rès Je la porte 3laillot, nous renconlràmPs D'après les dires des gens échappés de Paris,
madame la duchesse de Berri, à cheval, en- Jïnsurreclion était triomphante, la troupe de
tourée d"ua groupe nombreux d'écuyers; ligne fraternisait avec elle; la garde se relirait
nous nous saluàmcs amicalement. Sans &lt;loule sur Saint-Cloud pour se grouper autour du
on instinct de femme el de mère lui faisai L roi. Je néglige tou les bruits, tous les canards
chrrcher à se rapprocher des éréoemeols. fJUÎ accompagnaient ces nouvelles trop réelles.
Le lendemain 28, on savai L Paris en pleine Que faisions-nous pcndanl ce. heures d'aunsurreclioo : le canon grondait; le hourdon gois e'? Nous obéissions :i di11er sentiment .

0

l'ers.Ji/les.)

le personnel du chàleau se fut porté aux diverses portes du parc, pour les ouvrir aux.
~oldals isolés, dispers~s, menacés de massacre. On les faisait entrer, on les faisait manger, on leur donnait des casquettes, des blouses, au lieu de leurs unHormes, et on les
passait en bateau sur l'autre hord de la Seine.
A côlé de cela, tant le cœur de l'homme et
urlout de l'enfant est rempli de contrastes,
nous ohéissions au courant uous fabriquions,

�"-----------------------------,-----------

1flSTO'l(l.ll
mes sœurs, moi nous tous, des cocardes tricolores ! Dien certaincmenl celle fascination
du drapeau Lricolort! a été une des causes de
la rapidité avec laquelle a pris la tralnér &lt;le
poudre révolutionnaire.
Et comme il y a toujours le côté pour rire
au milieu des é,·énements les plus sérieux, la
note comique fut donnée par nos maîtres de
langues, de dessin el aulres, 1rui, sortis Je
Paris le ~8. n'avaient p:i osé y retourner 1,
cause de la bataille. (Juand ils s'y décidèrent,
le ~9, nous persuadàmes à. ceux d'entre eux
11ui port:iient des moustaches, qu'ils courraieul de grands dangers et seraient pris pour
des soldats &lt;légui és. Tout aussitôt la salle
d'l'lude fuL Iran formée en une Loutique de
Larbirr, ot1 s'opéra un rasnge général, a,·ec
les cbangemeols de physionomie qu'il comporlc cl qu'augmenlaiL encore l'elfaremenl
des 11ersonnages.
En même Lemps que nos mnîlrcs rasaient
leur.;; moustaches, mon père ,lisparaissait de
Neuilly. Ses mouvements oolls furent rigoureusement cachés et, même depuis, je ne les
ai jamais bien connus. Aussi n'en dirai-je
rien 1 • Nous sùmes seulement bientôt qu'il
était à Paris, qu'il y exerçait des foncl.ions
publiques encore mal définies et, le 51 au
soir, ma mère nous annonça que nous allions
aller le rejoindre au Palais-Royal. Sur les
huiL heures du soir nous partîmes, ma mè-re,
ma tante Adélaïde et tous les enfants, dans
un omnibus, afin de ne pas allirer l'attention.
A la barrière de l'Étoile nous commençàmes
à trouver des b:irricades, mais on y avait pratiqué déjà des ouvertures qui permettaient le
passage d'une voiture, ouvertures toutes gardées par &lt;les postes de gens, pardon, je me
trompe, &lt;le citoyens armés qui jouaient au
soldat, à la police, arrêtaient, questionnaient
comme de vrais enfants. L'omnibus ne put
dépasser la place Louis XV, à cause de la
multiplicité des obstacles. ous mimes pieù
à terre et ma mère, nous divisant deux par
deux, nou dit de nous disperser avec rendezvous au Palais-Ro ·al.
J'aris était, ce .oir-là, bien curieux : cntièrément illuminé, avec des lampions et des
drapeaux. tricolores à chaque fenêtre. Comment avait-on eu le temps en deux jours de
confectionner une si grande quantité d'emblèmes? Les rues complètement dépavées et
Lous les pavés empilés en barricades, avec
mélange de voitures rnrsées, de tonneaux, de
débris de toute sorte : derrière tous ces barrages des gardiens improvisés, des passants,
des pl'0me!lt!Urs armés et tirant des coups de
fusil à chaque instant; tout le monde, hommes et femmes, avec de gigantesques cocardes
tricolores au chapeau, à la casquelle, au bonnet, dans les cheveux. Sur la place du PalaisRoyal, on voyait, au milieu d'une grande
foule, une diligence laf'fi.lle et Gaillard qui
l. Je n'ai pas il juger la conduite cle mon père en

oct:cplanl la couronne en t8;j(), La révolullon de Juillet
a sans doute été uu grand mo.lheur; Plie o porlé un
nouveau coup au principe monarchique i!l donné un
l'une,te encouragement aux ,;péculaleurs en insurrections. liai~ j'ai l'al&gt;solue certitude l]UC mon rere ne
1'11vail jamoi~ &lt;;0uhaitée cl que, au contraire, i l'avait
nw 1·enir a,·ec unt' pruronde douleur. QuanJ le trône

avait servi à une barricade et qu'on avait reL\ée. Ell1' était pleine de monde el surchargée dt&gt; grap(ll'S humaines qui chantaient en
l'11œnr. Où le refrain s'arrêlait une vive fusillade éclatait, et la diligence, trainée par trois
ou quatre cents personnes attelées à des cordes, faisait à fond de train le tour de la place,
au milieu rl'un concerl de burlemenls variés.
Bien qu'il fùl lard quand nous arrivâmes au
Palais-noyai, il était Loul éclairé, Ioules portes
ouvertes; entrait 11ui voulait, et lorsque nous
montàmes l'escalier, Lien dès gens étaient
déjà installés sur les degrés, s'apprêtant à y
passer la nuit. Nous vîmes mon père dans
son cabinet el on nous envoya coucher, c'està-dire birnuacluer dans nos chambre haùiLuellcs.
Le lendemain h fusillade se ralentit, mai
le désœuuement conlinua; tout le monde se
promenait. Dicnlôl on commença à se préoccuper dPs questions de nourriture, tous les
arrivages de provisions, toul commerce étant
arrêtés par le barricadage général. On se questionnaiL rériproquemenl pour savoir ce qui se
passait, ce que tout le monde, hors les meneurs, ignorait complètement. La foule ressemblait à un immense troupeau de moutons
dont oo avail chassé les b~rgers et qui s'étonnait de ne pas voir paraître les nouveaux
chiens destinés à les morigéner. Aucun mauvais instinct; quelquefois une panique : tout
le monde se sauvait à toutes jambes sans savoir pourquoi, puis on s'a1·rèlait et on ' e

LE:

GÉ'.IIÉRAL LAFAYETTE, COl\OIANDANT EN ClfEF
DES Ci.ARDES NATIONALES OU ROYAUME,

n·af&gt;rts le dessin de DesMARAIS (183o).

mettait à rire. Une clameur se faisait entendre
el s·approchaiL en ronflant. C'était un homme
d~ Charles X s'est ëcroulé, sans qu'il pilt en aucw1 Cl
façon le dèfeudre. il a sans doute dèsirè passionnément cchapper à l'ru:il commun el conlim,er à mener
l'n Frdnce une existeoce heureuse entre toutes. La lulte
terminée cl la France souleîi!e d'un boui à l'autre,
i\ a compri, qu'il n'éch~ppernil ù )'exil _9u·e11 'as~ctant au mouvement et 11 est ceru110 qu il ne l'a fait
au Jéhut qu'avec la penSl'c rie ramener Henri Y sui·

populaire se rrn::!ant de !'Hôtel de Ville au
Palais-Royal, précédé de quelques claqueurs,
qui allumaient un enlhousia!.me auquel tout
le monde prenait part, sans avoir idée du
nom du héros qn'on acclamait, heureux seulemenl de pouvoir faire aiusi acte de ciçisme.
Puis il survenait un allendrissemeot général;
on s'embrassait avec fureur; pour quelquesuos, c'était un élan du palrioti me qui se soulageait; pour d'aulres, un elîet de l'extrême
chaleur el de la soif sali~faite qui en ré ultail; pour d'autres enfin, le relùchement Je
mœurs d'une ère de fraternité. Le héros de
ce baisage universel, contagieux, était Lafayelle, à qui tous voulaienl donner l'accolade,
el un grand bruit de 1ambours ayant annoncé
son arrivée au PJlais-J\oyal, il dut prendre
place devant moi dans un salon el emlJra.srr
des milliers de pcr onncs de tout ùgc. J'y
passai comme les autres, mais je Yis des gens
de connaissance 1rui repassèrent bien des fois
devant l'illustre vjeillard pour se faire emLrasser et. .. chaque fois ... avec une émotion
toujours croissante.
Au Palais-noyai entrait el sortait qui ,oulait; c'était un défilé curieux de personnages
de toute sorte, venant observer, prendre le
vent, faire leur adhésion plus ou moins désintéressée. Quelques-uns venaient, poussés par
leur dévouement, essayer de servir encore l,t
cause qui leur était chère. C'e t ainsi que je
vis Anatole de Montesquiou inlroduirc M. de
Chateaubriand dans le salon de ma mère. Par
contre je vis Savary, duc de Rovigo, l'homme
du duc d'Enghien, sorûr en uniforme et botté
du cabinet de mon père où il était venu offrir
ses ervices. Le soir, comme nou étion lous
réuni , on entendit un grand bruit du côté
de l'escalier; on se précipita; une foule
d·hommes armés, éclairés par des torches,
montaient en poussant de grands cris et agitant des drapeaux. En tête marchaient cinq
ou six élèves de !'École polytechnique, tricorne
en Sambre-cl-Meuse et l'épée à la main. Derrière eux on portail en triomphe une femme
en habits d'homme : ceinture rouge el pantalon collant, une héroïne de barricade, que
celle foule hurlante ,•oulait pré enter à mon
père et qu'il fut obligé de recevoir. Celte
scène me fit une impression de dégoùl, suivie
bientôt d'une autre non moins pénible. Les
meneurs de la ré11olu1ion avaient fait partir
une armée de volontaires pour déloger de
Rambouillet le "ieux Roi et sa garde. lis ne
l'en délogèrent point, parce que, d'abord, le
Roi prit lui-même la décision de licencier sa
garde el de se retirer à Cherbourg sous la
seule escorte de qualrc compagnies des gardes
du corps, et ensuite parce que le volontaires,
sortis de Paris en grand nombre, s'égrenèrent
rapidement en chemin et se gardèrent bien
surtout de s·aventurer à. portée de canons de
la garde. Leur retour de Rambouillet n'en fut
le trône. Cel espoir déçu , il a cédë au:i: instances de

tous ccu~ qui le conjuraient, comme seul en position
de le faire, d'arrêter la France sur la pente fat.ale
qui, de la ,·èpublique. la mêueraiL encore à la ,lielahirc. à l'invasion, à l'amoindrissement. Il a rrrnlé de
,li"&lt;-huil ans cc l'unesle enchainement. au péril de ses
jour sans cesse menacés, Ce sera son honn~ur datts
l'histoire, quelle que "OÏL l'injustice ,les hommes.

'Vœux

souYENH(S

pas moins triomphant, ramenant les voitures, Sa-Majesté! » ou la scie du jour : « .As-tu vu ce fut pendant un grand dîner diplomatique,
les équipages royaux dont on s'était emparé, Léontine?» - du nom de Léontine Fay, ac- donné par mon père, dans cette ~aile à mansans coup férir. Ce furent ces carrosses à six, trice très populaire auprès de la jeunesse. ger du Palais-Royal, dont les fenêtres donnent
à huit chevaux, conduits encore par
sur la cour des Fontaines. J'étais à
côlé de la fille de lord Granville el
les ma!heun·ux cochers el postillon~
m 'eITorçais d'être aimable, lorsque le
en grandes livrées, que je vis arec
horreur déboucher rnr la place du
vacarme de l'émeute éclata Loutàcoup
Palai -Hoyal, cropnt qu'il ramenaient
et vint interrompre les conversations.
le sonrerain cl . a famille pri -onniers,
Tout le monde se regardait, regardait
dans son assielle, chacun paraissait
dans le coupe-gorge révolutionnaire.
li n'en était rien heureusement : li•s
bien fàché d'être là en pareil momcnl,
rnilures contenaient sl:!ulcmcnt d~s
lorsqu'un grand bruit de ferraille et
voyous affublés de ro ' lUmcs ridicule ,
&lt;le piétinement de chevaux sur le pavé
rubes de chambre, bonnets de colon
survenant, on comprit que la cavalerie
et je ne sais quelles autres mascachargeait ; après quoi,le ciel se rassérades destinées à provoquer les quoréna.ni, les colloques reprirent, mais
libel · de la foule. C'était dégoûtant.
avec effort.
Puis les jours s'iiconlèrenL. Pari
Une autre fois, les choses Curent
reprit peu à peu sa vie ordinaire; le
plus sérieuses. L'émeute, je ne me
rues se repavèrent, la circulation se
rappelle plus laquelle (il y en eut tant!)
rétablit; on revit des soldat~, des gendevint à un moment très menaçante.
darmes, des sergents de ville, une et•rJe vois encore mon père, prenant Calaine sécurité reparut; en tout cas
simir Perier par le bras et lui crîant
l'éternelle Julie de l'ordre contre le
à l'oreille : &lt;( Dites qu'on donne des
désordre reprit son cours. Les plus
cartouches, des cartouches! )l Casimir
turbulents éléments de la rérolution
Perier, aussi excité que lui, se précifurent amenés, petit à petit, à conpita, mais fut arrêté au passage par
tracter des engagement~ militaires el
un officier qui lui dit : « Il y a là lrois
on les expédia en Algérie ous le nom
élèves de !'École polytechnique cnde régiments. de la Charte. Il fut plus
rnyés en parlementaires. -Parlemendi llicifo de se défaire d'une garde d·hontaires de quoi? De l'émeute'! De l'inClieht Braun e1 C".
11cur de deux ou trois cents hommes,
surreclion? Faites-les saisir! FourrezHE\'Rl D'ÜRLÉAN~, Dl'C D'Al1MALE, A L'AGE DE IIIJIT A'IS.
qui s'était formée de S(!ll autorité priles au cachot! - )lais, monsieur le
T:il!le/JII d~ R OBERT-FLEURY. (Musee Condi! , Chantilly.)
vée, pour garder soi-disant mon père
ministre, reprit l'officier, ancien poet le Palais-noyai. Elle hahilail l'eslytechnicien lui-même, ils onL ma pacalier, le vestibule, nuit et jour. C'était un Mais, à part cela, mon existence avait repri
role, je ne peux pas .... &gt;) Mais Casimir Peramassis de gens sans aveu, de rôdeurs de sa monotonie habituelle. C'est à peine si les rier n'écoutait plus. A ce moment j'aperçus,
barrières de ~a pire espèce, de chenapans cou- émeutes, les essais d·insurre.clion qui se suc- dans uo coin du sal-0n où se passait cette
verts de haillon , porteurs d'armes pillées cédèrent presque régulièrement, vinrent y scène, un homme assis el faisant triste
partouL, au Musée d'artillerie entre autres, faire parfois diversion. Je ressentis pourtant mine. Devant lui se promenait de long en
où qu~lques-uns avaient emprunté jusqu'à une certaine émotion, la première fois que je large un aide de camp de mon frère ainé,
des cuirasses, des casques de li11ueurs. Bien Cus témoin d'une de ces tentaûres de désor- le général Marbot, qui ne le quittait pas de
entendu, il !allait le payer, les n~urrir. Celle dre. La soirée du Palais-Royal venait de finir l'œil. &lt;( Qu 'est-ce que vous faites donc là.?
bande avait pour cbet un aspirant de marine cl j'étais remonté dans mu chambre, lorsque demandai-je au général. - Je garde à vue
en congé à Pari' an momenl de la révolution, de grands cris, accompagnés d'un « Ah! mon ce monsieur que vous voyez. - Qui est-ce?
nommé Damig_uet de Vernon, riui depuis e t Dieu! » de mon valet de chambre, me firenL - Le pré[et de police. - Ah! - Il trahit,
mort général. Quand mon père sortait ponr courir à la fenêtre. La cour du Palais-Royal dit-on. )1 Et voilà dans quelles situatiom on
aller à la Cbambre des députés ou ailleurs, était fermée, mais les galeries étaient rem- se trouve le lendemain des révolutions, quand
celle troupe prenait les armes, et avec tam- plies d'une foule tumullueuse, hurlante, il s·agit de rétablir l'ordre, non seulemenl
bours et lrompelles rendait les honneurs à sa dont les plus ardents hillardaicnt la porte de dans la rue, mais dans la biérarrhie gouvermanière. C'était une scène digne du crayon de l'escalier faisant face à la boutique de Chc- nementale.
Callot. Pour se défaire de ces braves aens, on Yet : « Ils vont l'enfoncer et monter. Dans
Ou reste, j'entendais toujours avec plaisir
nomma d'emblée l'aspirant de Vern~n lieu. uo instant ils seront ici! disions-nous. Qu'al- battre le rappel, qui à chaque émeute nout~oanL de la garde municipale à cheval, à lons-nous faire? )J On distinguait, au milieu velle appelait sous les armes la garde natioltlre de récompense nationale, et on donna à des hurlements, les cris de : &lt;( Mort à Louis- nale et, bien entendu, précepteurs, maîtres,
sa bande des habits avec lesquels ils se hâtè- Philippe 1 » lorsque soudain, je vis, à la lueur professeurs qui en faisaient partie. C'était la
~ent de décamper au premier signe d'une du gaz, étinceler les épées des sergents de suspension des études et surtout suspension
rntroduction de discipline dans leurs rang . ville, lardant de tous côtés; bientôt la troupe du collège où, heureusement, je ne devais
Le trantran régulier recommença au si accourut, baïonnettes en avant, et devant elle plus rester longtemps. Au printemps de 185 f ,
pour nous. Après plus d'une semaine de va- la foule se sauva à Joules jambes. Cette foule comme je n'y faisais plus rien de bon, on se
cances, je fus remis au collège, où nous revenait de Vincennes où elle était allée de- décida à m'en retirer; mon goût pour la carfîmes, nous aus i, notre révolution en exi- mander au général Daumesnil, l'homme à. la rière navale allant toujours croissant, mon
geant que la cloche, qui sonnait les heures jambe de bois, la têle des ministres de Char- père résolut de faire de moi un marin. Seude classe et de réfectoire, fût remplacée par les X, enfermés dans sa forteresse, et n'ayant lement il voulut qu'avant d'embrasser sérieule tambour. Quand, en allant à m:1 classe, pu l'obtenir, elle voulait avoir celle de mon sement la profession, je fisse une campagne
mo~ ~orte-[~uille-pupitre sous le bras, je me père en échange.
de mer. On m'envoya donc à Toulon, pour
croisais avec la colonne des grands, descenL'alîaire en resta là, mais de nouvelles oc- être embarqué comme pilotin volontaire
dant des quartiers, je recevais plus d'une casion d'émeutes ne tardèrent pas à se pré- sur la frégate l'Atthémise, commandant Labourrade a,·ec un : « Tiens, attrape! Peût- senter et furent saisies avidement. Une fois treyte.

�. - - 111STO']t1.Jl
Je n'avais pas treize ans, c'était le bon mo- passion poliliquc. Il parait que la vill~ d'Or- dais des voix de femmes ajouter : c1 Qué sis
menl pour commencer.
gon passait pour ne pas être favorable au ré- poulid 1 ))
Après les adieux les plus tendres à ma gime de 1~:ï0. Auc;si fus-je salué do tous rùA peine arrivé à To\Jlon la frégate sur
mère, mon père, ma tante, mes frères
laquelle j'étais embarqué prit la mer.
et sœurs, que je n'avais jamais quit~Ion apprentissage commença et je me
tés, on m'emballa dans une chaise de
trouvai vite en famille au milieu de
poste avec monsieur Trognon, et en
nos marins qui, tous, officiers, mairoute!
tres. matelots, non seulement me
Le trajet se fit sans incidents jusmontrèrent dès le premier jour une
qu'à Lyon, mais là, le préfet, M. Paulze
affection qui me gagna le cœur, mais
d'lvoy, el M. Vitet, l'auteur des Barris'étudièrent à me rcnJre le séjour du
cades des Étals rie Blois, s'emparèhord agréable, tout en m'initiant. charent de moi pour me faire voir la
cun dans sa sphère, à toui les détails
viUe, en réalité pour faire de moi un
Ju métier. L'A rll1é1ni;;c élait une belle
ptétexte à manifestations en faveur du
frégate à voiles, de cinquaute-dcux
nouveau régime. On me promena en
canons, avec nne giganlc. que mâture,
\'Oit ure à Fourvières, àla Croix-1\ousse,
un des t)pes les plus füg:mls de la
où je reçus de l'énergique population
\·icille marine. C'était bien la vieille
le meilleur accueil. Je dus, moi, Lammarine, eu eflcl; nous a,·ions eue ore
bin de treize ans, rece\·oir les ofûciers
des càbles en chanvre au lieu de chaide la garde nationale, très militaires,
nes. Notre équipage, exclusivement
par exemple, sous l'uniforme à revers
composé d'hommes des da)ses, élait
blancs, imité de la garde impériale,
leste, hardi dans la mâture, mais légèdont ils étaient revêtus. Toutes ces
rement insubordonné. Les commauréceptions, ces représentations, fort
demenls se faisaient escortés d'un dépeu de mon goùt, allaient se reproluge de jurons el s'exéculail'nl ~ous
duire lout le long de la route, jusune grêle de coups administrés par la
qu'à Toulon, augmentant ile vivacité
maistrance. Les chefs, prorcnant Je
à mesure 11ue nous descendions plu
l'ancienne marine impériale, anient
au midi et que nous traver.sions des
gardé la détestable habitude, qui nous
populations plus divisées par les pasa coùlé tant de reŒrs, de négliger
Clicht Braun el C''
sions politiques.
rompl,,tement l'instruction militaire.
A Valence, je trouvai une foule ANTul:&gt;IE ll'ÜRLÉANS, nue DE MONTPENSIF.R, A t.'Ma: DE SEPT ;1:-s. lis ne Yo1aient que la navigation. On
TaNe:111 de Hoe~RT-rtn•Rv. (Musee rnndè, n,a,r/illy.)
immense, avec la garnison et la
suivait bien une rouliue &lt;l 't:xercices régarde nationale sous les armes, el
glementaires, mais ces exercices étaient
un grand lieutenant-colonel du 49e de ligne, lés de cris : « 'ous sommes les gens de ridicules. Pour l'artillerie, le nec plus ultra
un homme superbe, insistant pour me faire Cavaillon! - Nous sommes descendus de 1a de la lJcrfection était qu'au commandement
passer la revue des lrnupes. Il me prit &lt;l'une montagne pour que \'Ous puissiez dire à rnl re de 11 lle/oule~ u, les treize refouloirs de la
main, tandis que de l'autre il Lrandiss:üt papa que les Provençaux ne ~onl pas car- hatterie frappassent l'âme des pièces avec un
son épée et donnait le signal de l'enthou- listes. &gt;&gt; Et en avant la Jlarseillaise! La rni- ensemLlc irr(•procbable. Parfois on rtJcilail la
siasme. li s'appelait Magnan el il esl mort ture est ùételée, la foule l'entoure, monte théorie au milieu d'une somnolence et d'une
maréchal de France. A Mornas, patrie du sur les marchepit'ds, les roues, l'avant-train, inattention uni1•erselles. Pas une application,
fameux baron des Adrels, la réception prit l'impériale. Je suis pri.onnier dans ma cage, pas un coup de caaon Liré peudanL toute la
une forme originale. En arrivant au re- ne Yoyant devant ltls portières 11ue les bolles campagne.
lais, j'aperçus une gr-ande foule el la garde de tous ceux qui sont assis sur l'impériale.
Le commandant me donna des maitres el
nationale rangée sur deux files, à droite et à Tous les roupli!ls de la .Varseillaise e sui- des matelots comme instructeurs de détail cl
gauche des postillons qui allaient relayer. La vent, accompagnés de vociférations. Un mon- j'appris vile Ioules les nomenclatures, l'art
voiture vint s'arrêter entre ces deux files et sieur pârvienl à se gfüt.er jusqu'à la portière, de manier l'i!pissoir, ùe faire des nœuds d
je crus lire comme un sourire contenu sur se donne comme le maire et clierche à nous aussi de grimper dans la mâture, ce que je
les vi_ages des gardes nationaux, sourire qui délivrer en s'écriant: c1 Messieurs I c'est i11&lt;lé- 11'accomplis pas la première fois sans une
dura peu, le commandant, au comble de cenl ! 1&gt; ce qui ne lui attire qu'un : 1, Qui peur épouvantaLle. Je me rapprlle qu'arrivé
l'excitation, émettant rapidement les com- esl-ce qui nous a f .. . un mayté comme ça! » aux barres de perroquet, je me lenais crammandements de : « Présentez, armes! Je ne sais pas combien de Lemps cela aurait ponné et n'osai rede~Ct'ndre que sous la presfeu! » suivis d'une pétarade abominable, duré si nous n'eussions été dulivrés par un sion du rire moqueur des assistants. Mais
Lous les gardes nationaux ayant le doigt sur détachement du bataillon d'ouvriers d'admi- c't·st par l'observation que j'appris le plus et
la gâchette en présentant les armes. La foule nistration en garnison à Orgon, qu'on était j'eus tout de suite ce je ne sais quoi qui ne
poussa un immense hurrah, les chevaux allé quérir.
s'enseigue pas : l'instinct des choses de la
épouvantés se cabrèrent, se renversèrent, re
D'Orgoo à i\larseille, nous rencontràmes mer. La campag11e fut agréable et les relàchcs
fut un désordre terrible, qui parut Lranspor- les régiments de la Charte, 1·enant de Paris intéressantes.
ler de joie le commandant.
et dirigé ur Alger, passage qui ne contriA Ajaccio, je retombai encore dans les déRien de saisissant à Orange ou à Avignon; buait pas peu :'1 exciter les populations. A monstrations publiques el je fus là le ùéros
discours dt s au lori lé·, visite aux monuments Marseille la garde nationale bordait les allées d'une manife tation napoléonienne. On rue
publics, à peu près la routine, devenue au- de .Meillan, chaque garde national aianL dans porta comme en triomphe à la maison où
jourd'hui si familière à tous, de la réception le canon ùe son fusil un bouquet qu'il ôtait Napoléon é1ait né, où je fus reçus par sou
officielle. Mais à Orgon, entre Avignon et Aix, pour le jeter dans la calèche où je me trou- oncle, un 8amoliuo très àgé, frère de mace fut dillërent. Foule immense des plus agi- vais avec le général Gazan, si bien que je fus dame L:nlitia. Comme mes sœur , qui dessitées à l'arrivée, cris de loote sorte, puis la Lientol complèlemenl enseveli, ma tète seule naient partout des Napoléon, je professais
voiture -prise d'assaut par des gens qui- sem- émergeant, pendant que la foule criait à tuc- une profonde admiration pour le grand homme
Llaient ivres, mais qui n'étaient ivres que de Lêle : c1 Vivé lé Prinnche ! ll el que j'enten- ùc guerre; je demandai donc à son oncle un

�1f1STO'J{1.Jl ·- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - . ouvenir de lui, cl il me donna un fauteuil
rouge, provenant de la chambre où il était
né. A Livourne, après une visite au dey d'Alger, le dernier représentant de ces Barbaresques, la Terre111· iles mers, comme on
chante dans la Jfuetle, je reçu du grand-duc
de Toscane une invitation à venir à Florence
où je fus conduit par le très :iimaLle ministre
tle France, M. de Ganay. Il n'est pas de soins
que n'-eurenl pour moi, pendant mon séjour
au palais Piui, œt cxcellenl grand..Juc et sa
famille, soins que je ne pus reconnaitre autrement qu'en conslruisanl, avec mes talents
de collège, un pantin articulé qui faisait le
trapèze pour une des jruncs princesses que
nous appelions l'archiduchesse Mimi, qui a
plus tard épousé le prince Luitpold de Ba' ière. Je revins à. bord de l'Arfhémise, plei11
de reconnaissance de l'accueil que j'avais
reçu, plein d'admiration pour les monuments,
fos merveille d'art que j'avais vus à. Florencc,
Pise, Pistoïa, auxquels, malgré ma jeunesse,
j'avais pris le plus viC intérèl.
Nouvel enchanlement à N3ples, au milieu
de la famille de ma mère, de mes jeunes
cousins et cousines, et, parmi ces dernièrl.'s,
une admiraLlement Lelle, Antoniella, plus
Lard à son tour grande-duchesse de 'l'oscane.
füen de charmant d'ailleurs comme le Naples
d'alors; je ne parle pas du cadre merveilleux
11ui durera éternellement, mais du füple;: drs
'apolitains, gai, bruyant, spirituel du haut
en bas, avanl que la peste politique l'eût gagné, divisé. as ombri, dépouillé de rnn originalilé. Le aples des lazzaroni, du macaroni,
des corricolos chargés de moines et de remmes en coslumes, allant ventre à terre au
bruit des sonnettes : le Naples ùe Pulcinelln
cl de Léopold Robert.
Après Naples, Palerme, pui Malte où nous
Lrouvâmes l'escadre anglaise, superbe, el reçûmes l'accueil le plus empressé du gouverneur, général Ponsonby, et de sa très aimable
femme, lady Emily. Notre séjour à Malle se
termina par un incident désagréable, à peine
concevable aujourd'hui, où la discipline navale peut être citée comme modèle. La veille
du jour ot1 nous devions appareiller, Je soir,
notre él!uipage déserta en masse. Plus de
Lrois cents hommes, sans tenir comple de·
efforts de l'officier de quart et de quelques
gradés présents, s'emparèrent des canols el
bateaux de passage qui étaient le long du
lwd el filèrt!nl ù terre en bordée. Le lendemain, impossible de partir, nous n'avions
plus d'équipage. li fallut recourir à la police
el à la garnison anglaises : elles organi èrent
des ballues, ramassèrent nos coureurs et
nous les ramenèrent presque tous dans la
soirée. Nous parlimes, un peu humiliés
d'avoir donné aux A.nglais ce triste exemple
de l'indi cipline qui suit toujours les révolutions. Les Anglais eux aussi ont eu leur révolulion, mais ils se sont bien gardés d'en faire
plusieurs, el surtout d'édicter des lois qui en
rendent le retour périodique inévitable. Ayant
plus de trois cents délinquants, il lut impossible de sévir; les hommes le sentireat, et
avec une intention évidente de narguer leurs

o!ficiers, ils passèrent les soirées suivantes à
chanter des chansons révolutionnaires dont
ils Yenaient hurler des couplets à genoux sur
le gaillard d'arrière. Peu à peu la fermeté
des chefs eut raison de ces saturnales.
Des orages nous retinrent dans le canal de
Malle el il s'en fallut de bien peu c1ue nous
ne nous trouvassions sur les lieux, juste le
jour où une éruption fit sortir du milieu dû
la mer une ile et un volcan, aujourd'hui rentrés au fond des eaux. A.près nne longue lramsée, la frégate mouilla à Alger qui, en 1831,
était encore la ville des deys. Pas une rue
n'avait été élargie, pas une mai on européenM
bâtie. Une nombreuse populalion indigène y
habitait encore; la rue de la ~forinr, semblable
h un escalier étroit el tortueux, était encombrée de négresses marchandes; les cafés remplis de Maures coilTés d'immenses turbans.
Pour ajouter au piltoresqur, on se battait
aux porles de la ville; le gou1'erneur général,
Oerth~zène, venait d'être ramené tambour
uallant de Médéah; &lt;le la frégate je voyais
pétiller la fusillade sur les coteaux de Kouba
el il falJait faire colonne pour ravitailler la
Maison-Carrée! Dans ces circonstances le gouverneur pensa r1u'il serait d'un bon effet de
montrer le fils du R1Ji aux troupes, et on décida qu'il y aurait une revue le lendemain.
On retirerait momenl:rnémenl les troupes des
lignl.'s de défensc el la revue serait passée à
Mustapha. J'avais hasard&lt;: la proposition d'aller
voir les soldats aux ligne de défense même,
dans l'espoii de me rapprocher des coups de
fusil, désir bien naturel, puisque, malgré mes
treize ans. je portais un uniforme de volontaire, mais on ne m'écoula pas, et monté sur
la mule blanche de l'e:x-dey. que. malgré mes
protcslalions d'écuyer, un soldat du train
persistait à tenir par la bride, on me conduisit à Mustapha.
Une vraie revue, celle-là ! Les soldats
'étaient hattus toute la matinée; le teint
hâlé, les yrux rougis par la fumée, le trait
noir au coin droit de la bouche, là où ils déchiraient Ll cartouche, zouaves et lignards
avaient une fière mine. Les zouaves venaient
à peine d'être formés el ne ressemblaient
guère aux zouaves d'aujourd'hui. Le rang se
composait en majorité d' Arabes portant à peu
près l'uniforme actuel, mais les jambes nues
el les pieds chaussés de savates, enlremêlés
de voyous parisiens tirés des régiments de la
Charte, la plupart en blouse et casquette.
Ilien des sous-otficiers sortaient de la garde
royale el en portaient encore la capote bleue.
La tenue absolument Iantaisisle des officiers
complétait celle bigarrure; la plupart avaient
adopté le costume mamcluck, turban blanc,
immenses culottes, bottes jaunes, soleil dans
le dos et cimeterre. Après les zouaves, je vis
défiler l'escadron des chasseurs algériens,
noJau des futurs chasseurs d'Afrique, babillés aussi à la turque avec turban, sauf
leur chef, un capitaine d'artillerie à grande
barbe, portant le burnous el les pistolets à
l"arabe sur son uniforme. Il s'appelait MareyMonge et est mort général de division.
Apriis la revue on me ramena à bord. La

frégate appareilla pour Port-Mahon, où nou
fimes une longue quarantaine, puis de là
pour Toulon, où notre arrivée coïncida avec
le relour de l'escadre qui avait forcé !"entrée
du Tage, sous les ordres de l':uniral flous in.
Avec de grands regrets que I'Arfhémise n'eût
pas été de la partie, j'allai visiter ces beaux.
"aisseaux, et en particulier le vaisseau l'Algéi;iras. Son commandanl, M. Mou lac, un grand
homme à robuste charpente, aux cheveux
gris, un brave entre les bra-ves, un rude com11.'lllant de nos luttes maritimes avec les Anglais, me fit un récit qui m'émut fortement
el que je transcris ici, tel qu'il s'est Îlxé dans
ma mémoire:
&lt;c JI a venté tempête, comme vous saYCZ,
tou~ ces jours-ci. Le vaisseau était à la cape
courante, lorsque j'entendis le cri de : « Un
homme à la mer! » On jette la houée de sauvetage ct,en regardant en arrière, je \'Ois que
l'homme l'a saisie. Mais la mer était démon1étl; essai·er de mettre une embarcation à
l'eau pour aller chercher le malheureux,
c'était exposer aux plus grands dangers les
hommes qui la montaient. Je Je voyais, le
sentais. L'équipage, lisant sur ma physionomie
l'affreux combat qui se livrait dans mon cœur,
vingt, trente, quarante volontaires, des officiers, des aspirants en tète, se précipitèrent
autour de moi, me suppliant presque à genou:&lt;. : « Commandant, laissez-oous sau,·er
notre camarade! Nous ne pouYons l'aliandonner! 11 J'eus la faiulesse &lt;le céder. Par un
bonheur inespéré, nous réussime~ à mettre à
l'eau, sans accident, une embarcation qui
s'éloigna, montée par douze hommes. Nous
la vîmes, par un plus grand bonheur encore,
alteindre et recueillir le malheureux, et je
manœuvrais pour faciliter son retour, lorsc1u'une énorme lame déferla sur elle. Cc fut
à bord un cri d'horreur. Plus rien!!! Un
instant aprèi, je vis, sur la crête d'une lame,
mon canot chaviré et deux ou trois hommes,
dont un aspirant, accrochés i-ur a quille.
Pour abréger leur agonie, je fis -0stcnsiblement faire roule; l'aspirant comprit ceL abandon forcé, car il fit un geste d'adieu et se
laissa aller. J'a\'ais été faible, j'en étais cruellement puni. Treize homme , au lieu d'un,
noyés par ma faute! » Jamais je n'oublierai
l'expression de sévérité que prit la figure du
commandant quand il ajouta en me mettant
la main sur l'épaule : &lt;! Vous commanderei
un jour, jeune homme! Que mon souvenir
vous rappcllè toujours l'inflexibilité du devoir. »
A.près ce dernier épisode de ma première
campagne, je débarquai, mais je débarquai
marin dans l'âme, et il ne fut plus queslion
pour moi, une fois rentré à Paris, que d'acquérir les connaissances techniques du métier. Les années i85~ et 185:; y Curent consacrées. n homme charmant, aimé de tout
le monde, un instructeur sans pareil, M. Guérard, fut mon professeur de mathématiques;
un lieutenant de vaisseau, f. Ilernoux, me
fil les cours de l'Éeole navale. En même
Lemps, je me mis aus i el assidument à l'étude
du dessin. Mon premier maitre en ce genre

Vœux souYEN-rn_s
fut M. Ilarbier, le père de Jules Barbi~r, le
poète et libreLListe, condisciple, avec Emile
Augier. de mes jeunes frères. Je îai::ais aussi
de l"aquarelle avec un Anglai~, William Callow, de l'b11ilc dans l'arelicr de Gudin; mai~
mon ,·érilaLle maître, celui c1ui m'a appris i1
dessiner, qui m'a condui1, dirigé cl donné le
goût des choses de l'art, fut Ary ScheITer, av('c
'lui jü suis resté intimemenl lié ju 1[11'à. sa
mort.
Ce fut vers celle époque c1u'une armée
fraaçai c entra en llelgique, lit le siège t'L
prit la citadelle d'Amer~, campJgne pendant
laquelle mes deux frères ainés eurent pour la
première fois l'honneur de conduire au feu
nos soldats. Anrcrs pris, le gouvernement
franr,ais, ~alisfail d'avoir fait adc de \'Ïglll·ur
devant l'Europe cl monlré à tous cc 'JUC
Y:ilaienl toujours nos légions, rappd.i imrnédiJtcmenl l'armée, et mon père vml la pa~srr
en revue ilau~ les eàrllonnements 11u'ellc
necupait à la frontière. Je fu de œ ,opgt';
les lroupcs élaicnl splendides, pleine. cfo
confiance el d'ardeur. On me montra une
brigade dïofanlcrie 11ui, pour arriver à hl'ure
fi ,c, à point nommé, lors de la moLilisation,
a\'ait fait des étapes de soixante à oixanleJix kilomètres. Ce "oyage îut bien intércs. nnL, mais punihle : tous les jours, entr(.c
dans les villes, rel'ue parlielle par un froid
de Sibérie; lous les jours banquels cl bals le
soir. La revue principale fut passfo à Yalenciennes; les troupes, rangées sur la neige,
a1,1ienl une magnifique apparence, cl Lien
!tu'il fil un froid terrible, un brillant soleil
éclairait cette belle scène militaire. Elle [ut
égayée psr un petit incident : Valenciennes
avait pour commandant de place nn vieux
colonel, rentré dans l'armée en 1830, aprè·

A

ALGER : LES ZOUAVES. -

avoir un peu trempé dans les conspirations,
~ous la Restauration. Il s'appelait ~L de la
II uberdière cl il s'élait fait faire un chapeau

identiquement pareil à. celui de Napoléon,
dont il se coiffait de la même façon. Dans
le défilé, désireux de se faire mir, ou cm-

semble que vous seriez encore mieux placé
sur le cheval du fioi. 11 llire le fou rire qui
accueillit l'observalion.

LE ROI AU M1L1Ell DE LA GAROll! NATIONALE, DAl'iS LA NUIT DU 5 JUIN 1832.
Grcnoure de SAMUEL CHOLET, d'atrts le tableau de BIARD. (/\frm/e de 1 ·ers&lt;lilles. )

porté par l'enthousiasme, il se porta insensiblement en avant &lt;le l'état-major, du cdtJ
où. arri,·aient les troupes, pui en ligne avec
le Boi, si bien que les Lroupes parai · aient

Dessin Ju PRL';cE nE Jo1i-.v1LLP..

défiler devant lui. Cda impatienta lleymès,
un dP.S aides de camp de mon père, qui alla
à lui et, aluant, lui dit : &lt;t Colonel, il me
"''Il""

Cet lle1mès, un des rares survivnnli:. dr
l'expédition du général Leclerc à dinl-Domingue, étail devenu, à sa .ortie de et' cbar11ier, aide de camp dt1 maréchal Ney. C'est
lui qui, dan~ la fameuse retraite de Russie,
fut envoyé demandel' au général qui détruisait les ponlS cle la Bérésina de suspendre
celle destruction pour laisser passer la colonne
des blessés, Youés sans cela à la mort. Il fallait voir l'expression que prenait 5:0n 1-isage.
Mjà sé\'ère, quand il répétait la réponse
rru'avec un accent
méridional lui fit le 01réné.
ra1 en question : t( llé, mon cher! les blessés! !'Empereur, il on a fait le sacrifice! 1&gt;
Ce brave Ileymès rendit à mon père un
grand service peu de temps après la revue
11ui m'a amené à parler de lui. C'était au
moment de l'insurrection de juin 1.852.
,ous étions à Saint-Cloud. On savait bien que
les agitateurs de toute calt'gorie comptaiepl
faire une démonstralion à l'occasion des
funérailles du général Lamarque, mais on
pensait que cette démonstralion serait sans
gravité, quand, vers cinq heures du soir.
nous ,•imes lleymès en bourgeois entrer au
galop clans la cour, moulé sur un cheval de
dragon cou vert d'écume. JI venait de la démonstration et avait assisté au prologue ordinaire des révolutions : pillage et massacre;
pillage des boutiques d'armuriers, assassinat
des officiers du üe dragons, tués à coups de
pi tolet, sans provocation aucune, devant
leur escadrons en bataille. &lt;c Il faut \·enir à
Pari », dit-il en descendant de chernl. ~fou

�r-

ffiSTORJ.ll

père ne se le fil pas répéter cl une heure
après il .irrivail aux Tuileries et donnait de
là l'impnlsinn r1ui écram dans l'œuf la Lenla-

lnuLilc de dire que lorsque le Roi el on
escorte eurent disparu dans une rue laléralr,
le combat rcpriL de plus belle, cl le 112•' de

SIEGE DE LA CIT\DELLE o'AxVERS : PRISE DE LA LU~ETTE SAINT-LAuRF:NT (q DÉCBIBRE 18.'h).

Gr.:1vure .:/'OUTIi\\ IITE, ;;/,':,.près le /3[,/e.:111 .:I.e liELLENGt ( 1/usü Je l 'e,·sJi!lts.)

live révolutionnaire. Le lcn&lt;lemain malin, il
était à cheval au milieu des troupes, des
gardes nationales qui cernaient l'émeute
dans le t1uarticr SainL-llerri. Il se passa là
un fait Lien caractéristique de ce peuple de
Paris cbri 11ui, a□ miLieu de ses aberrations,
vilire toujours la corde généreuse. Le Hoi,
accompagné de mon frère Nemours cl de son
étal-major, s'était engagé dans la rue des
Arcis, au bout de laquelle une fu.sillade très
vive ~c faisait entendre. Les troupes mas ées
dans la rue saluaient de leurs acclamations
le Hoi qui, avançant Loujours. arriva à un
carrefour où le combat était engagé. Les
acclarnatioos g:igna.nl de proche en proche,
les soldats qui ti raillaien L ces èrenL le feu
pour s'y a ocier. Ce changement de mu ique
frappa à leur Lour les insurgés ; ils cessèrent
le feu de leur côté et on les ,it apparaitre
aux fenêtres, le fusil à la maio, ôtant leur
casquette au Tioi courageux, sar lequel, un
iwlaal avant, il n'eussent pas lu!'ité lt faire
feu.

ligne enleva le cluîlrc Sai,ll-~lerri. Le 1.'~é l
Régiment hislorÎt[Ue 11ui, aprè, avoir combal Lu l'insurrection Llanche en Vendée, l'insurrection républicaine au cloitre Saint-Merri,
fait échouer la tentative du prince Napoléon
à Boulogne, occupé la Chambre des députés
le 2 décembre, et béroïlruement perdu deux
fois on effectif au siège de Paris, a finalement eu la chance de consener presque
seul, au milieu de nos malheurs, ·ses armes
el son drapeau.
Le cours de mes études ne fut plus interrompu que par un voyage que Je Roi flt en
Normandie, où je l'accompagnai. Le but ornciel du voyage était de passer en revue, à
Cherbourg, l'escadre qui avait opéré dans la
mer du •ord, de concert avec l'escadre anglaise, pemlant le règleQ1ent de la question
belge, mais le but principal était de parcourir
les départements de ormandie et de se
mettre en !'apport avec leurs braves po1,ulations.
Ce \'OJ'age fut fertile en incidents. Le prc-

mier surl'int à Bernay, la ville du vertueux
Ouponl de l'Eurr, un de ces ,·ertueux qui
mus feraient vertueusement couper la tête.
plnhil que de renoncer à la moindre parcelle
de leurs utopies populacières. Le préfd,
M. Passy, avait averti le Roi qne. parmi lPs
discours qui lui seraient adressés à son arri,·ée, il s'en tromerait un où on lui ferait la
leçon. Ain~i prévenus, nous arri..-on~, et montés sur une estrade en plein venl, surmontée
d'un dome de verdure, la réception et les
discours commencent. Rien de particulier
d'abord; enfin un président de tribunal s'a"ance et je vois tout de suite à la manière
dont il salue, à son air pincé et à la curiosité
avec laquelle toutes les tètes tendent l'oreiUe,
que le Roi va recevoir la leçon annoncée. Elle
arrive, en effet, très étudiée, très impertinente; tout le monde écoute en silence; il y
est que lion de courlisans, de danger d'écouter les flatteurs, etc., etc. Au moment où elle
se termine, les lêles de M. le président et de
ses amis se relèvent avec un petit air d' « aLtrape mon bonhomme 1&gt;.
Le Hoi répond alors avec la plus grande
politesse, c, remerciant M. le président des
conseils qu'il veut bien lui donner. Flalleurs
cl courtisans ont fait l.iien du mal en l'[et, et
la race n'en est malheureusement pas éteinte,
car nous avons aujourd'hui des cou.rti ans
bien plus dangereux que les flatteurs des
rois et des princes, cc sont les courtisans et
les llatteurs du peuple, qui, pour acheter
une vaine et miséraLle popularité, lui suggèrent·. pour son malheur, des rè\'CS irréalisables, etc., etc .... J&gt;. ~ur cc thème, mon
père décoche une ràclée bieu appliquée, inLerrornpuc i1 char1ue in~lant par des acclamaLions ronlagieuscs, si hieo que ce brave présideul ne sal'ail plus où se Î&lt;Jurrer. ~[on père,
eutre aulrt!S qualités éminemme11L françai t·s,
pon:dail au plus uaut degré !'~prit de repartie. Il a toujours su s'en . erlÎr, mai~ :i ,,.c
uue politesse cl une bonhomie qui émoussaient ce 1p1c la pointe avait de trop scusil.ilc.
Celle fois-ci le coup avait bien porté.
Le voya~e ainsi commencé eonûnua am:
nue cordialilé de rl-ceplion l't un succès toujours crui-sa11L Comme mt:tier, c'était assez
falig:mt. On allait à pclil&lt;'S journées, de réceptions en réceptions. ParlouL la garde n:iti,&gt;nalc el les troupes sous les armes. Q,1aud le
nombre en était considérable, nous ruontion
à cheval !-Ur des cheraux l rètés ou requis ,
préparés d'al'ance; le soir,au gilr, grand u:111quet et généralement un bal. C't:tait nous, les
jeunes gens, qui avions à conduire le bal,
làcbe assez agréable si nous avion· pu choisir
au milieu de très jolies Iemmes que mes quatorze ans commençaient à remarquer et dont
le nombre était grand, particulièrement à
Granville el à Saint-Lo. Mais nos danseuses
nous étaient désignées d'office el choisies
dans les familles des autorités. Nous nous
évertuions quand même pour êlre aimables.
L'étais-je trop ou pas as ez à un bal où je vis
paraitre tout à coup entre moi el ma daneu e la têle de son mari avec un : « llein !
elle n'est pas mal, ma Femme! o suivi du

'"------------------------------------claquement de langue d'uu dégustateur satisfait.
Falaise fut le point culminant du voyage,
quant am incidents. Nous devions y raire
étape. cl comme il s·y était réuni une quinzaine dr b,taillons de garde nationale, J'aide
de camp. fJUÎ fai ·ait fonctions de fourricl' des
logis, s'était occupé de trourcr, pour le fioi,
pour nous, pour les maréchaux Soult cl
Gérard, qui étaient du YOyage, des montures
convenables. J uslement la célèbre foire de
Guibray, qui rn lient près de Falai~c, vcnail
de se terminer, el un cirque, ,·cou pour
l'é3a1er, se lrouv:iil encore là. On lit main
basse ur sa cavalerie, cl, à noire arrivél•,
nous eûmes la trè agréable sm·prise dtl
trouver de beaux , henux blancs, bien cap:1raçonnés, au lieu des bidets d'allure cl des
chevaux de g"ndarmcs que nous montions
d·urdmair!'.

'ous Yoil:i donc en elle cl la rerne commence. Au moment où le noi prend la tlroitc
de la ligne, la musitJUC se fait entendre et ce
que personne n·a,·ait prérn se man:fe. le. Nos
fiers cour.;;icrs se croyant en scène, cliacun
s'empresse d'exécoler son lravail particulier.
l,,~ Hoi, le maréch:il So□ ll cl deux. auLres
personnes monlaienl les chevaux du GrandÉcm·t, qui tous les quatre se réunissent à
lïn -tant. Leurs cavaliers tirent sur la Lride,
aus,itôl les cheraux, sesentanlrènés, prennent
le pcLiL galop obligii. Un autre cheval exécute
voltes Hir volll'S, la confusion est géuérale,
personne ne dcvinaul ce qui se passe, jusqu'à
rc que 1'11idc de camp fourrier des logis, se
frappant le front, fit c~sser la musique.
Là ne s'arrêtent pas les malheurs; la
garde nationale était Ioule fière de posséder
uu canon. qu'elle avait attelé tant Lien q11e
ma.! : un cahot c.n fait briser l'essieu iu:;te

1/lEUX SOUYENU(S -----

pendant le dénié. Il y avait un peloton de
cavalerie monté sur des chevaux caliers ou
hongres, mais le Lrompclle était sur une
jumcnl, cc qui amena de nouvelles c:ilastro]!hes à la Rossinante. toujours pendant le
déûlé. Le soir, grand lial dans une va te
hara'[1le construite pour la circonstance. a,·ec
gradrns lout autour. Toul à coup la muilié
de, gradins s'effondre comme des capucins de
carie , et Loules les dames se trouvenl, san
grand m 11, sur le dos, les jambes en l'air, au
milieu l.l"une poussière épouvanlablc. fal'oue
&lt;1ue nous ,tvons pror.té peu galamment &lt;le la
confusion pour aller nous coucher, le noi
rais~nt de mème de son &lt;·11lé cl échappant
ain i à la per;;écution des réfu0ié~ pùlo11ais
interné· à Fillaisc, 11ui étaient venu au Lai
dans des uniformes de lanciers dignes des
clodochts du bal de l'Opéra, pour l'accabler
&lt;le l~urs réclamations.
P1w,cE DE JOl'\\' ILLE.

Chez M. de Voltaire
A

Un man:hanJ de cbape:rnx cl de sou liers
~ri cnlrr. tout d'un coup dans lt: salon de
.M. de Voltaire. M. de \'ollaire (qui se méfiait
tant des visites, qu'il m'avoua q11e, de peur
que la mienne ne ÎÎlt ennuyeuse, il avait pris
médecine à Loul hasard, afin de pouvoir se
dire malade) se auve dans son cabinet. Ce
marchand le suivait, en lui di~ant : « Monsieur, monsieur, je suis le ûls d'une femme
pour &lt;111i mus avez fait des vers. - Oh! je le
crois, j'ai tant fait de vers pour tant de
femmes! Bonjour, monsieur. - C'est madame de Fontaine-Martel. - Ah, ab, monsieur, elle était Lien Lelle ! Je suis ,·otre ser,•ileur. (Et il était prêt à rcnlrer dans rnn
cabinet.) - Monsieur, où awz-,ous pris ce
bon goût qu'on remarque dans œ salon?
Votre château, par exemple, est charma ni.
Est-il bien de ,ous? (Alors Voltaire revint.)
- Ob, oui! de moi, monsieur; j'ai donné
tous Jes dessins. Vnyez ce dégagement et cet
escalier. Eh Lien? - Monsjeur, ce qui m'a
attiré en uisse, c'est le plaisir de voir M. de
Haller. (M . de Vollaire rentrait dans son cabinet.) Monsieur, monsieur, cela doit ,·ous
avoir beaucoup coûté. Quel charmant jardin!
- Ob! par exemple, disait M. de fol taire (en
revenant), mon jardinier est une bête; c'est
moi, monsieur, qui ai tout fait. - Je le
crois. Ce ~I. de Haller, monsieur, est un grand

,» Ju ;.,,;

♦

•.A

homme. (li. de \'ollaire rentrai!.)- Coml,ien
Je Lemps faut-il, monsieur, pour Làlir u11
cJâteau à peu près aussi beau que celui-ci? »
(lf. de Voltaire ren•nail dans le Falon.) San
le faire c:xprè~, ils me jou~rrnl la plus jolie
scène du monde. ~LM. de Voltaire m'en donna
bien d'autres plus comiques encore par ses
vivacités, ses humeurs, ses repentirs. Tantôt
homme de lettres, et puis seigneur de la
cour de Louis XIV, cl puis 1110:nmc de la
meilleure compagnie.
Il éLaiL comique lorsqu'il fais~it le seigneur
&lt;le ~illage; il parlait à ses mananls comme à
des ambassadeurs de nome, ou des princes
de la guerre de Troie. li ennoLli sait touL
Voulant demander pourquoi on ne lui donnait
jamais du civet à dîner, au lieu de s'en informer tout uniment, il dit à un vieux garde:
« Mon ami, ne se fait-il donc plu d'émigration d'animaux de ma terre de Tourney à ma
terre de Ferney? »
JI était toujours en souliers gris, bas gris
de fer roulés, grande veste de basin, longue
jusqu'aux genoux, grande el longue perruque, et petit bonnet de ,·elours noir. Le dimanche il meltait quelquefois un bel habit
mordoré, uni, ,·este et culollc de même,
mais la veste à grandes Lasques, et galonnée
en or, à la bourgogne, galons festonnés el à
lames, avec de grandes mancbeLLcs à dentelles

jusqu'au bout &lt;les doigts &lt;I car a\'cc cela,
disait-il, on a !"air noLle. )l
r. de Vùllaire é1aiL hon pour Lous ses
alentours, et le faisait rire. JI embellissait
tout cc qu'il vopit el loul ce qu'il entendait.
Il fit des questions à un officier de mon
régiment, qu'il trouva sublime dans ses réponses. « De quelle religion êlcs-vous, mon-.
sieur? lui dcmanda-L-il.- Mes parents m'ont
fait élever dans la religion catholique. Grande réponse! dit M. de Voltaire; il ue dit
pas qu'il le soit. »
Toul cela parait ridicule à rapporter cl l'ait
pour le rendre ridicule; mais il fallait le voir,
animé par sa belle cl brillante imagination,
distribuanl, jetant l'esprit, la saillie à pleines mains, en prêtant ~, tout le monde, porté
;1 voir et à croire le Leau et Je bien, abondant dans son sens, y faisant abonder les autres; rapportant tout à ce qu'il écrirait, à
ce qu'il pensait; fai ant parler et penser
ceux qui en étaient capables, donnant des secours 1t tous les malheureux, bàfüsaot pour
de pauvres familles, el bon homme dans
la sienne; bon homme dans son village, bon
homme et grand homme louL à la fois, réunion sans laquelle l'on n'est jamais complétcment ni l'un ni l'autre : car le géuic donne
plus d'étendue à la lion té, cl la bonté plus de
naturel au génie.
PRINCE DE LlG-:\'E.

�,

ARVÈDE BARINE

La duchesse du Maine
nation. Il se déguisait en laquais ou en marchande à la toilette. li louait et meublait tout
un ctilé d'une rue, afin de percer les murailles
à l'intérieur el de gagner sans être vu la maison qui l'intéressait. l\enlré chez lui, oi1 il
n'était pas amonri·ux, c'é1ail un être insupportable, un tyran fantasque et avare. SaintSimon prétend qu'il ballait sa femme. En
tout cas, il la maltraitait très fort en paroles
et l'opprimait cruellement.
i'fous avons dû nous arrêter un peu lonnucmenl à M. le Prince, parce que sa fille A~ne-

palatin du Rhin, et de celle Anne de Gonzague-Clèves quijoua un rôle pendant la Fronde.
Anne-Louise-Bénédicte de Ilourbon, née en
,ime la Princesse était une malheureuse créa16 iti, était la petite-fille de « li. le Prince le
ture sans défense, petite el laide, un peu
héros », comme on disail en ce temps-là,
bossue, un peu to~tue. d'une douceur et
c'est-à-dire du grand Condé. Son père, )[. le
d'une patience J'ange, sans esprit, mais de
Prince tout court, était un petiL homme très
beaucoup de vertu el de piété. Son mari en
maigrr, a\'eC des yeux de fou qui l'éclairaient
avait fait une sorte de marionnette. Il lirait
tout. Il a\'ail :rntanl d'esprit qu'on en peut
le fil cl Mme la Princesse entrait ou sortait,
avoir, beaucoup de valeur naturelle et d'envii:
se• levait ou• s'asse,ail,
prenait une firrure
J
C
de se distin1;ucr, un sa,oir étendu, une politriste ou gaie, sans savoir pourquoi el sans
tesse exquise et des gràces infinies quand il
oser le demander.
était en rnciété et qu'il se conCe petit couple a,·ait eu dix
traignait. Fn grain d'extra\'nrnfants, dont ]a moilié mougancc rendait ces beaux dons
rurent en lias âge. IJes cilll[
inutiles. C'était l'homme des
11ui survécurent, uu seul concaprices el des cmporlemcnls.
sentit à grandir un peu; c'était
li changeait d'idée à ch;1que
Marie-Thérèse, la future prinminute, 1•t il fallait que toule.
cesse de Conti. Le reste desa maison en chan~eâl a'"ec lui.
meura si pelil. si petit, que
On ,oulait el on ne voulait
c'était une famiJle de pygmées.
plus; on parlait cl on ne parLe grand Coudé disait que « si
t.,il plu,; on communiait el on
sa race allilit toujours ainsi en
ne communiait plus; on cropi l
diminuant, elle viendrait 11
souper à faouen cl on soupait
rien», el le fait est qu'il oc
à Paris: on a,·ait chaque jour
s'en rallail plus guère ttue l'bôquatre drners prèL,, dans quatcl de Condé ne ftit le rolaume
tre villes dilJérentes, el l'on
de Lilliput, un Lilliput triste,
ne savait jamais, le malin, legouverné par un ogre. Le ter11ucl des quatre on mangerait. '
rible M. le Prince était l'ogre.
Il arriva à li. le Prince de se
Il avait tOUJOurs l'air de chermeure en roule quinze jours
rherla chair fraiche, et il élait
tle suite pour Fontainebleau
la terreur de Sl·S enfants, qui
avec sa femme, et de se ra\'ine rèîaicnl qu'aux moyens de
ser &lt;1ui11ze jours de suite avant
lui échapper. Les filles séd'être au bout de la rue. En
chaient d'impatience dese marc-.-ancbe, il la fai:ait monter
ril'r, d'autant plus que leur
en carrosse au moment qu'elle
père ne se pressait nullement
s'y attendait le moins el l'emde les pourvoir. L'ainée, celle
menait en voyage sans crier
qui a\'ait grandi, complait déjà
gare.
vingt-dem. ans quand rlle épouSa lésinerie est demeurée
sa son euusin, le prince de
célèbre el, cependant, aucun
Conti. Les trois cadettes rrrhomme ne !ut plus magnimirent de joie el d'anxirté en
fic1uc à l'occasion. Il dinait de
apprenant que le duc du Maine
la moitié d'un poulet, dont
songeait à elles cl que M. le
rautre moitié scnail pour le
Prince d6irait celle amance.
lendemain, mais il dépensait
Le fiancé comoité avec taut
des millions en fantaisies et en
d'ardeur n'était pourtant pas
Lou1s-.\n_;usTE DE Bot:RllO:-i. DUC l&gt;U ~l.rnŒ.
galanteries, à embellir Chan- Gr,ll'ure txt,uUe, .i l'occasion Ju 11Url:!.ge Ju Ju.:, par LEPAUTRE, J'atrès ,hT. Du:u. un parti glorieux pour les potilly et à éblouir les belles datites-filles du grand Condé. li
mes. Amoureux, - et il le
était le second des neuf enfut souvent, - c'était une pluie d'or el Louise Leàait beaucoup de lui. Elle n'avait au fants l{Ue Louis XIV a,·ait eus de Mme de
un héros de comédie. Rico n'était Lrop cher, wntraire rien de sa mère. M. le Prince avait Montespan et qu'on avait d'abord cai;hés,
et il surpassait Scapin en fertilité d'imagi- épousé une fille d'Édouard de Bavière, prince puis montrés peu à peu à la cour, puis légi... '-l ...

________________________________

limés, et autorisés enfin, en 1680, à porter
le nom de Bourbon. Leur élévation rapide,
cl qui promettait une ~uite, avait scandafüé
L, France dans un temps où tout
ce quo faisait le roi était admirable el sacré. 11. le Prince ne
l'Oulut voir que les a,·antages solides des alliances a \'CC les &lt;t légitimés ». Il avait déjà marié son
fils, ~l. le Duc, avec une sœur du
duc du Maine. Lorsqu'il sut que
celui-ci cherchait femme, il olîril
se., filles.
On ~ail que le duc du ~laine était
un pauvre pied-bot qui avait passé son enianceà ètre malaJe. Son
frère ainé était mort à trois ans.
Lui-mème 11 'échappa que grâce au
dérnuement de Mme de Maintenon, alors simple gouvernante chez
Mme de )lonlcspan. Mme de Maintenon aima cc petit infirme en rai~on des peines qu'il lui coùtait.
Selon l'exprt'~,ion de Saint-Simon,
elle avait pour M. du \faine «le
faiLlc de nourrice». EUedisaiL en
parlant de lui : « la tendresse de
mon cœur •&gt;. li n'y eut médecin
qu'elle ne consultât, jusqu'à faire
incognito le ,·01age d'Anvers pour
monlrer son nourrisson à un
homme en réputation. C'était en
. IGH. L'enfant avait quatre ans,
cl une jambe p,lus courle que l'autre. A en croire Mme de Caylu~,
nièee de Mme de füintenon, le
traitement d'Anvers eut pour résullat de rendre la jamLc trop
courte plus longue que l'autre,
de ~orle que le jeunl' prince aurait boité de l'autre pied s'il arnit
marché; mais il ne marchait pas.
Barèges le mit enfin debout, sans
pouvoir l'empêcher de clopiner. Sa boiterie
et sa chéliverie contribuèrent à le rendre extraordinairement timide de corps et d'esprit.
li avaiL été pétri d'intelligence et de malice
dès le lias àgc. ll eut en grandissant l'esprit
vif, facile cl studieux. A. sept ans, on le citait
comme une manière de prodige cl ron imprimait ses thèmes el ses lettres sous ce
titre : Œuvl'es clive1·ses d'un auteur de sept
an~. Le volume était précédé d'une épitre à
la louange du roi et de Mme de Montespan,
composée par Racine. A. la mort du grand
Corneille, )1. du Maine - il avait alors qualoue ans - songea 4 le remplacer à l'Acldémir. Le roi refusa son consentement, non
que les Œ1wres dfrerses lui parussent uu
litre insuflisanl, mais parce qu'il trouvait
l'auteur un peu jeune. Avec les années, M. du
Maine s'enfonça de plus en plus dans les
füres. li aurait élé rat de hibliolhèttue, et
parfaitement heureux, ~ans le hasard de sa
naissance, qui le condamnait à faire des choses grande:, el héroïques.
Ce n'était pas du tout son fait. Sa timidité
demeurait insurmontable. 11 ne put jamais
prendre sur lui d'être un foudre de guerre

ou de tenir tète à un contradicteur. Le roi el
Mme de Maintenon saisirent en vain toutes
les occasions de mettre leur favori en lumit•re.

Ils ne purent rien conlre la nature, qui anit
dcsliné le jeune prince aux rouvres pacifiques,
el n'aboutirent qu'à le rendre fasimulé. Les
ennemis de ~!. du Maine l'accu~aienl hautement d'hypocrisie. Une amie de sa maison a
dit en termes beaucoup plus doux quelque
cho5e qui y ressemble : a Le fond de son
cœur ne se découvrait pas; la défiance en défendait l'entrée, et peu de sentiments faisaient
effort pour en sortir 1 ».
Ses immenses richesses compensaient bien
des choses. A la suite d'événements que nous
n'avons pas à rappeler ici, il était devenu
l'héritier des biens de la Grande Mademoiselle. Naissance à parl, M. du Maine était un
des beaux partis de France.
Quand il parla de s'établir, Louis XIV commença par l'en détourner. Quelque cher que
lui fùl ce fils, il voyait bien qu'il était mal
bàti. ll sentait, d'autre pari, lïncoménient
de prolonger les branches bâtardes dans la
maison royale. 11 dit crûment au jeune prince
« que ce n'était point à des espèces comme
tui à faire lignée ». lime de ~laintenoo était
dernnue toute-puissante. Elle plaida la cause
1. JUmoire, de Mm~ de Staal.

... 15 ...

1.Jt

DUCHESSE DU

M Jf.1:NE

de son élè"e. 11 Ces gens-là, lui répondit
Louis XIV, ne se devraient jamais marier. i&gt;
Elle insista, l'emporta et chercha autour d'elle
une princesse. Les filles de M. le
Prince lui semblaienL par lrop
petites. La plus grande était de
la taille d'une enfant de dix ans,
et les trois sœurs avaient l'air de
joujoux. Leur belle-sœur, la duchesse de Bourbon, les avait surnommées les cc poupées du sang»,
el cc surnom leur allait à mer1cillc. Mme de Maintenon écri\'it
11 son amie l'abbesse de Fonlcnault : « Le duc du Maine désire de l'être (marié), et on ne
~ait qui lui donner. Le roi penrhe
plus à une particulière 11u'à une
princesse étrangère;... les filles
de M. le Prince sont naines; ,•n
connaissez-vous d'au lres '! » (Lettre du 27 septembre 16\) 1.)
Mme de ~laintcoon cherchait
hicn inutilement, car M. du Maine
était décidé. L'idt:e tl'cnlrer dans
la maison de Condé lui souriait
trop pour écouter aucune objection. On passa au choix.
Des Lrois filles de ~f. le Prince
• 1plÎ restaient à marier, l'aint:e,
Mlle de Condé, était jolie el pleine
de raison. Une ligne de pluslui fit
1m:rérer la seconde, Anne-Louise.
.\Ille de Condê eut un tel crhecœur de rcsleravcc !:on père qu'elle
tomba malade de la poitrine, languit quelques années cl mourut.
La liancéc marchait sur les
nues. Elle a, ait quinze ans cl demi,
le fiancé vingt-Jeu,. Louis XI\'
leur fit des noet•s royales. Le
mardi 18 mars tfl92, il y eut
u appartement» à Trianon. t:arparlement était une grande soirée oii l'on
ne dansait point, qui commençait ;1 sept
heures et finissait à dix. Il I a"ail de la musique dans un des salons, des rafraichissements dans un second. Les autres piècrs
étaient garnies de tables, préparées pour toutes
sortes de jeux. Une entière liberté régnait
dans ces réunions, que nous sommes disposés
à nous figurer guindées. Aucune étiquette. ,
Chacun fai:;ait cc qu'il lui plaisait, jouail avec
qui il roulait, donnait des ordre.s aux laquais
s'il manquait uno table ou un siège. Le roi
ne \'enait que des instants, et il cessa même
tout à fail de paraitre aux 11ppartements ~ous
le règne de Mme de Maintenon. En 1602, il y
arnit longtemps qu'on ne l'y ,·orait c1u'aUJ.
grandes occ.isions. Sa présence en était d'au- ·
tant plus remarquée.
li viol à celui de Trianon, i Jemeura longtemps et présida une des tables du souper.
Le lendemain 19 mars, un peu avant midi,
la noce alla le prendre dans son cabinet du
chàteau de \'ersailles. On se réndil en cortège
à la chapelle, où le mariage fut célébré. On
se mit à table en sortant de l'église, puis il
y eut grande musique, grand jeu, grand

�,

_______________________________

1f1STOR)A
souper, ~rand coucher des mari: · rp1 'on ne
l:i.is~a rnfin tran11uillcs rp1'aprè douze heure
\k cJr 1monic., de révérences cl de compli-

()AS

leur · p:irure ·; rllc ne m:111,;c gui•rr, cil· ne
dort peul-être pas assez, cl je meur:; de peur
1p1'on ne l'ail trop lôl m1riée. Je voudrai la

bon plai ir de Sa Majcslé. ~laladc ou Lim '
porlantc, même enceinte uu relcrant de rouchcs , il lui fallait être en "rand hauit de

el furent di:;.,raciéc san~ e poir de r:etour; train de üe qui erail arrréaLle à Dieu, au Roi
c'était un crime an r{-mi ·sion.
et à M. le duc du Maine, qui a as ez de bon
~lme du Maine jura qu'on ne l'I prendrait St'ns pour Youluir a femme plu sage tiuc
pa , cl elle l1nl parole. Elle avait ~upporté certaines autres. »
lime de Jfainlrnon se plaignait ensuite du
quinze ans la cruelle contrainle de l'hôtd de
Condé, et elle en avaiL a ez. Elle était bien peu ,de soumbsion de la duchesse, et ajoutait
décidée à ne plus jamai e gêner, pour per- pour corri,,er l'amertume de ,es reproches :
$Onne au monde, el elle enroya promem·r • Du reste, elle e l telle que TOUS me l'avez
l'étiquette, les . oirées officielles, les c·ou,·er- dépeinte : jolie, aimable, gaie, pirituelle, et
ation.: morales chez Mme de Mainte11on, le
par-de sus tout cela aime fort son mari, &lt;1ui
vol·ane en l11ilct1e de gala et le· diuelle· dans de son côté l'aime pa ionnément, et la gâtera
le carrosse du roi. Elle fit pi· encore : l'ile se plutôt que de lui faire la moindre peine. Si
donna congé des lonrrs offices el dl's ex.ercic es celle-là m'échappe encore, me voilà en repos,
de piété qui ~laient de mode depuis que et per uadée qu'il n'est pas po ible que le
Loui · XIV d1moaît austère. Le ':l7 août tu93, Roi en Lrou,•e une dans sa famille qui c
Mme dt1 Maintenon récrivait à ~lme de Hriuon, tourne à bien. »
d'un toa aigre-doux celle foi : « J'ai un chaMme de '1ainlenon rut promptement « en
pitre à traiter avec ,·ou , qui csl ct'Jui de repo 'O. lime du Maine lui avait déjà échappé,
lime du Mairn•. \'ous m'a1·ez trompée sur son el c'était par un reste d'illusion qu'elle se
esp1·il dans l'article principal, qui t!Sl œlui de llaLtait encore de la rt•tenir. Elle avait échappé
la piété: elle n'Herne qui y tende, el veut Faire à tout le monde, à lt. le Prince le premier,
en tout comme les autre . Je a'o e r1eu dire qui était aba ourdi de la manière dont elle e
à une jeune princesse élevée par la Yertu moquait de ses observations. Elle a,·erlil es

Ut

DUC1fESS'E DU

..iJfA1NE

- - -.

Piccola si, ma /a pur graui le f eri te. n Elle
esl petite, mais elle pique bien u. Quant à
~I. du Maine, elle le terrorisa et le mit à la
chaine. ll n'o ail oufllcr ni broncber devaoL
sa femme. Elle avail l'air i pénétrée de
l'honneur qu'elle lui avait fait en l'épousant,
que la timidité du paune homme en redoublait. Et puis elle lui faisait des scènes au
moindre mot, et c'était one cho e dont il
avait une frayeur mortelle. Il prit le parti de
ne jamais la contrarier el de lui obéir en Lout.
Restail le Roi, donl un seul rerrard faisait
rentrer sous terre les autres princesse .
Louis XIV craigniL sans doute de se commettre a1•ec celle fougueuse petite personne.
ll adressa prudemment ses représentation
au duc du Maine, qui lui répondit n'en pouvoir mais. « Ainsi, dit lime de Ca1lus, s'étant
rendue bienlôl incorrigible, on la lais a en
liberté faire tout ce qu'elle voulut. » C'était
ce qu'elle demandait.
La poupée se trouvait être un démon. Personne ne s'en était douté, à cause de la bonne

L\ SYlll'llO:-ilE, - Gravure J'.\'ITiJtN.: T RO~\'.\IS, (t' iNnet de, Esl.1mtu )
le.: Juc de Llllurgog-nc, .,bdamc, du.:hc,sc Je I hartrc~. X ... , du.:bc,,e ,lu .\l.iinc, princesse "c Conti, ;\\me de X.. . (dame a~~i~c ~ur un
tabourCll, ,t.iucmou,cllc, Ju.: de &lt; hartrcs.

LA QU.\TRt~· IE en \Ml&lt;RE DE. Al•P,\RTF.l!F.:-,s, ,\l' CIIHEA U OF \',;RSAI LU.S :

De gauche â Jroite

~

mcnh. Lcjc111li ~O, la nomclle Juche ·se r ,,111i1.
un habit de gala el 'étendit sur son lit. Elle
reçut en cette po. Lure la cour Lout entière.
Le "cndredi cl l, · jour· uivanlS . e passèrent
en fêle . ~lmc de Maintenon ûnil par 'alarmer pour la peLiLe poupée, qui avait l'air i
franile. Elle écrivait le mardi 2."i à Mme de
Brinon, religieuse ursuline, lJUi 'éLaiL mc•lrc
du maria,,e :
a ••• Pas·ons 11... ~lme du Maine, dont le
roi e l très conlènl, au i bien que monsieur
son mari. Voilà œ mariage que von lrOU\'Îc.:i
si raisonnable à faire: j'étais fort de cet a\'Î ;
Dieu ,·caille 11u'ils en oient :nui satisfaits
11ueje le uisjusqu'à œlle heure! On m'a dit
11u'clle irail pa ~cr la ·rmainc sainte à ~lo11luub~on: repo.ez-la l1ic11; ua la lue ici par
les contrainte el les fatigues dr la l'Our i die
~uccomue sous l'or el le pierreries, et a
coiffure r~~e plus que Loule ,l personne. Un
l'cmpècbera de croître et d'a,·oir de la santé;
elle c~t plus jolie sans bonnet 1p1'avcc toutes

tenir à • ainl CH. ,·ètue comme l'une tl
verlr 1, el rourÔnl d'aus~i bon co~ur dans les
jardins. li n\ a point d'auslérilés pareille · à
celle · du monde. o
La première ,emaine rut ain ·i un enchantement général. .,tme de Mainlenon joui .ail
a,·ec déliocs de la lune de miel de son cher
élève el au!!llrail mcneillc de la nomellc duches e, qu'elle ne doutait pa de "ouverner à
~a guise. ur cc dernier point, il fallut vile
en rabatlrc. A peine Mme du laine eut-elle
, u de près ce qu'était l'existence à la cour,
cc que le roi e. igeail de complaisan~ des
femmes qui l'approchaient, que son parti fut
pris de se révolter. li c·t certain que c'était
un lourd esdaYage.
tlnc "randc dame appartenant à la conr
dcrail Loujour:. èLrc là, el toujour:. prèle à
aroir envie de œ &lt;Jui plairait an roi. Elle
arail faim el :.oil, chaud el froid, selon le
1. Lr a wr1t·, •

,•,1a 11•111

ti,, i•li:H , ,l 'une

lJ le, d •~'"'•

... 16 ....

cour, décollcLJc cl tète nue ; voya"er dan cet
app:ircil cl recevoir d'tm air riant le soleil,
le vent el la pous ·ière; dan cr, ,ciller, ouper
de hou appétit, être gaie el a,·oir bonne
mine, le loul aux jour el heure· marqués
par le roi, sans déranger rien d'une minute.
Les voyages étaient l'éprcure la plus rude.
Loui XIV 'amu ait à remplir _on \·a.le
carro~se de femmes p.irées et de mangeaille.
Toutes les glaces étaient baissé et les ridcau x omert , quels que russcnl le tcmp
cl la saison, parce qu'il aimait l'air ..\ peine
en roule, il faisait manger les dame , « et
tuangcr à crerer 11, dit :aint- imon. Cela
durait tonie la jonrn,1r, sans qu'il fûl 11ue~tion pour J'aulres &lt;1ue le l\oi de d~cendre de
voilure, et l'on oupail en arri"ant comme si
de rien n'était. Quehp1es-uncs pensèrent
mourir en roule et ne durent d'arriver en vie
qu'aux
forces surnaturelles que donne le sen,le, pc~
Liment monar~hiquc. Plusieurs 'éranouircnt

D.A:SS L.\ SIXIÈME CIL\llBRE DES APPARTE!dEl,ï , AU CHATEAU DE VERSAILLES: LES RAFRAÏCHISSEJŒXTS. - Gr~vtJrt d'Al n'OISE TRO UVA IN. (C&lt;Jbind des Esl2m('ts. )

même; je ne voudrais pa la faire dévote de
profession, mais je vous arnue que j'aurais
bien voulu la voir régulière et prendre un
\' -

HtsrORIA . -

Fa,,.:. 3.'.

belle -sœur d'avoir à ne pa se mêler de
ses affaire , en prenant pour emblème une
« mouche à miel II entourée de la devi e :

discipline que li. le Prince maintenait dans
sa maison, et chacun s'étonnait de d.lcouvrir
dans le Petit Poucet des princesses la femme
2

�---111ST0~1A-----------------------a plus entreprenante, la plus audacieu~e qui et elle entreprit de pousser son boiteux, puisflil jamais, pleine d'esprit, vive comme la qu'il était trop pusillanime pour se pousser luipoudre Et quel caractère! • Son humeur est même.
impétueu e et inégale, écrivait Mme de Staal;
Par un mélange bizarre, Mme du Maine,
elle se courrouce et s'aCflige, s'emporte et avec tant d'orgueil cl de hauteur, était née
s'apaise -vinat fois en un quart d'heure. Sou- bergère d'opéra-comique. On n'est pas impuvent elle sort de la plus profonde tristes e nément la fille d'un prince qui se &lt;léguis'e en
par des accès de gaieté où elle devient fort marchande à la toilette. La petite doche.se
aimable. » EUe parlait a\'ec éloquence, véhé- adorait les pompons, ceux de l'e. prit comme
mence et surabondance; il n'y a"ait qu'à . e ceux des robes, le fêles -galantes el les petits
taire devant elle; du reste elle n'écoutait ja- vers. ll lui fallait des plaisirs romanesques,
mais les autres. Passionnée jusqu'à la dé- une vie m)Lbologi4ue, un Parnasse de carton
raison, c'titait par-dessus le marché un petit où elle pùl régner, déc,auisée en nymphe, sur
monstre d'égoïsme et un petit prodige d'amour- de beaux esprits en bergers d'Arcadie. Celle
propre : « Elle croit en elle de la mème ma- héroïne brillante el dangereuse était à sP.s
nière c1u'elle croit en Dieu et en Descartes, heures parfaitement ridicule.
sans examen et sans discu sion. »
On a vu que ~lme de Maintenon la Lrournil
Elle y croyait, premièrement, parce que jolie. Mme du Maine était pour sa part trè·
c'était elle, et ensui Le parce qu'elle était sûre contente de son vi age. Le public en élait
que Dieu fabrique les princes avec une houe moin satidait, et Mme de taal s'est plu à
à part. Ils ont l'air de n'être que des hommes, constater ce désaccord dans un passage malimais c'est une apparence. Ce sont des demi- cieux : « on miroir n'a pu l'entretenir dan,
dieux, et Mme du Maine, par une fa"eur le moindre doute sur le agréments de sa
spéciale de la Providence, était plus qu'à figure. Le témoignage de ses yeux lui est plus
demi déesse. Elle pou,·ail par conséquent tout suspect que le jugement de ceux qui ont dése permellre, et elle se permit en effet à peu cidé qu'elle était belle et bien faite. » A en
près tout. Elle se devail, d'autre pari, de juger d'après les portraits de l'époque, c'était
conquédr une situation digne de sa divinité, Je public qui avait raison, el Mme du Maine

avait peu de beauté. Les porlrails de sa prem.ière jeunesse nous montrent de beaux yeux,
des joues lrop gro es, uoe physionomie poupine, alourdicencoreparunccoiffure énorme.
On conç.oit qu'elle ail trompé son mondé a,·ec
ce ,·isage bonasse, qui annonce si peu un
,olcan.
es traits ne lardèrent pa à s'accentuer. li
y a au château dl! Versailles un portrait de
Mme du Maine vieillissante, par Nattier, qui
est d'un réalisme cruel. La doches e a une
figure de naine, une figure trapue et sans
grâce. Elle a le nez epais, la bouche vulgaire,
deux menton et la peau grosse. Rien d'une
déesse. Mais nous n'en sommes pa encore là.
Nous en sommes à une petite personne fraiche et mi!!Donne, qui cache ses va tes projets ous des airs d'enfant.
Les flambeaux de la noce n'étaient pa
éteints, que .llme du Maine rêvait déjà au
parti à tirer de sa mésalliance. La cour de
France était alors un beau champ pour l'inLrigue. Tant de choses changeaient, qu'il n'y
a\'ait rien qu'un esprit ambitieux ne pûl convoiler et espérer. La vieille société arislocratique tombait en pièces; il 'agissait de ramasser les morceaux, el de s'en fabriquer
adroitement un piéde tal.
(A suivre.)
ARVÈDE BARINE.

Frères

ei

sœurs

•
CmtDAT DE POLOTSI!. -

Louis XV avait une grande considération,
ainsi que la llarqui e, pour Mme de Choiseul; el Madame [Je Pompadour] di.ait:
« Elle dit toujours la cho P qui con\'ienl. t
~lme de Gramont, sœur de li. de Choiseul,
ne leurélail pas aussi agréable, etje crois que
cela tenait au son de sa voix el à son ton
bru que; car on dit qu'elle avait beaucoup
d'c prit el qu'elle aimait le Roi el Madame
avec passion. On a prétendu qu'elle faisait
des agaceries à a Majesté et qu'elle voulait
upplanter la Marquise. Rien n'est plus faux,
ni plus bètement imaginé.
Madame dit à ~I. le duc d'.Ayen que M. de
Choi eul ainiait beaucoup a sœur.
li .Je le sais, répondit-il, el cela rait du
bien à beaucoup de sœurs.
- Qu 'e5l-ce que cela veut dire?
- D'après M. de Choiseul, on croit du
bon air d'aimer a sœur. Et je connai de
otles bêles dont le frère n'aTait pa · fait ju -

qu'ici Je moindre ca , qui sont aujourd'hui
aimées à la folie. Elles n'ont pas silôl màl. au
bout du doigt que le fr:!.re est en l'air pour
[aire venir des médecins de tous le coin de
Paris! Ils se persuadent qu'on dira chez
M. &lt;le Cboi eul : ,, ll faut convenir que
M. de ...... aime bien sa œur; il ne lui urvivrait pas, s'il avait le malheur de la perdre! »
Madame raconla œla à son frère, devant
moi, en ajoutant qu'elle ne pom•aiL rendre le
ton comique du duc. 31. de ,tarigny lui dit :
" Je les ai de"ancés sans faire lanl de bruit;
el wa petite sœur sait que je l'aimai tendrement avant l'arrivée de la ducbes~e de Gramont de on chapilre. Cependant je crois c1ue
le duc d'Ayen n'a pas tort; cela est plaisamment observé, à .a manière, et vrai en partie.
- J'oubliais, ajouta Mado.me, que M. le duc
d'..\yeo avait dit : a Je voudrais bien être à la

« mode; mais laquelle de mes sœur pren&lt;c drai-je? ~fme de Caumont esL un diable
&lt;( incarné; Mme de Villar est une œur du
« pot; Mme d'Armagnac, une ennuyeu c;
tt lime de La Marck, une folle! »
- Voilà de beaux portraits de famille,
~fon ieur le duc, , disa.il Madame.
Le duc de Gontaul riait aux. éclat pendant
ce temps-là. C'était un jour que la llarqui &lt;'
gardait Je lit qu'elle raconta celle histoire;
M. de Contaut se mit aussi à parler de sa
sœur, lime du !loure; je croi du moins que
c'est le nom qu'il a dit.
Il était fort gai, et passait pour faire de
la 11aîté.
u C'est, disait quelqu'un, un meuble exèellent pour une favorite: il la fait rire, il Dl'
demande rien, ni pour lui, ni pour le au1res. li ne peul exciter de jalou ·ie, et ne se
mêle de rien. u
On l'appelait l'eunuque blanc.
11ADMIE

ou HAU 'SET.

D'après le lab/tau dt

CIIARLES LA~GLOIS .

(Mus~, dt l"uso.1Wts .1

Mémoires

du général baron de Marboi
CHAPIT RE XII
\larche de la Grande Armée. - Prise tlc Smolensk.
- Ney 3U d_éûlê de Valoutino . -;- Uataillc de la
\loskova. - Epi ode, ilhers.

Pendant que les é\'énements que je vicn
&lt;le raconter s'accomplissaient devant Polotsk
et ur les riTes de la Dri a, l'Empereur était
resté à Witep k, d'où il dirigeait l'ensemble
des opérations de ses nombreux corps d'armée. Quelques écrivains militaires ont reproché à Napoléon d'avoir perdu beaucoup de
temps, d'abord à '\Vilna, où il demeura dix-

neuJ jours, et en uite à Witep k, où iJ en
pas. a dix-sept, et ces écri\'ains prétendent que
ces trente-six jours auraient pu être mieux
employés, bUrlout dans un pal'S où l'été e l
fort court et où l'hi,·er commence à faire
sentir se rigueur!- dès la fin de septembre.
Ce reproche, qui parait fondéju ·qu'à un certain point, est néanmoins atténué, d'abord
par l'espoir qu'avait l'Empereur de voir les
Russes demander un accommodement; en
second lieu, par la nécessité de ramener vers
un centre commun les divers corps détacMs
à la poursuite de Bagration; enfin, parce qu'il

était incli pensable d'accorder quelque repo
aux troupes qui, outre les marches régulières,
se trouvaient, chaque oir, forcées d'aller
chercher des vivres loin de leurs bivouacs;
car, les Russes brûlant tous les magasins en
se retirant, il était impo iLle de fair&lt;! de
distributions journalières aux soldats français. Cependant, il exista fort longtemp une
heureuse exception à ce sujet pour le corp~
de Davout, parce que ce maréchal, aussi Lon
administrateur que grand capitaine, avait,
bien aYanl Je pas age du iémen, organisé
d'immenses convois de petits cltariols qui sui-

�_

IDSTO'Jt1A

yaient son armée. Ces chariots, remplis de
biscuils, de salaisons et de Légumes, étaient
traînés par des bœnfs dont on abattait un
certain nombre chaque soir, ce qui, en assurant les vivres de la troupe, contribuait in.fioimeot à maintenir le soldat dans le rang.
L'Empereur quüta Witepsk le 15 aoùt, et,
s'éloignant de plus en plus des 2• et û• corps,
qu'il laissait à Polotsk sous les ordres de
~aint-Cyr, il se porta sur Krasnoë, où une
partie de sa Grande Armée se trouvait réunie
en présence de l'ennemi. On espérait .une bataille; on n'obtint qu'un léger combat contre
l'arrière-garde russe, qui fut battue el se retira lestement.
Le t5 aoùt, anniversaire de sa fête, !'Empereur fit défiler devant lui ses troupes, qui
le reçurent avec enthousiasme. Le 16. l'armée
découvre Smolensk, place forte que les Russes
ont surnommée la Sainte, parce qu'ils la
considèrent comme la clef de Mo cou et le
palladium de leur empire. D'anciennes prophélies annonçaient de grands malheurs à la
Russie le jour où elle laisserait prendre Smolemk. Cette superstition, entretenue aYec soin
par le gouvernement, date de l'époque où la
ville de Smolensk, située sur le Dniéper ou
Borystbène, était l'extrême frontière des Moscovites, qui se sont élancés de ce point pour
faire d'immenses conquêtes.
Le roi Murat et le maréchal Ney, arrivés
les dfüx premiers devant Smolensk, pensèrent, on ne sait trop pourquoi, que l'ennemi
avait abandonné cetle place. Les rapports
adressés à l'Empereur lui faisant ajouter foi
à cette croyance, il prescrivit de faire enlrer
l'avant-garde dans la ville. L'impatience de
Ney n'attendait que cet ordre : il s'avance
vers la porte avec une faible escorte de hussards; mais tout à coup un régiment de cosaques, masqué par un pli de terrain couvert
de broussailles, se précipite sur nos cavaliers,
les ramène el enveloppe le maréchal 1ey, qui
fut serré de si près qu'une balle de pistolet,
tirée presque à bout portant, lui déchira le
c-ollet de sou habit! Heureusement la brigade
Domanget accourut et dégagea le maréchal.
Enfin, l'arrivée de l'infanterie du général l\azoat permit à Ney d'approcher assez de la
ville pour se convaincre que les Busses étaient
dans l'intention de se défendre.
En ,·ol'ant les remparts armés d'un grand
nombre de Louches à feu, le général d'artillerie Éblé, homme des plus capables, conseilla
à l'Empereur de tourner la place, en ordonnant au corps polonais du prince Poniatowski
d'aller passer Le Doiéper deux lieues au-desus; mais Napoléon, adoptant l'avis de r ey,
qui assurait que Smolensk serait facilement
enlevé, don,,a l'ordre d'attaquer. ~·rois corps
d'armée, celui de Davout, de Ney el de Poniatow ki, s'élancèrent alors de divers côtés
sur la place, dont les remparts firent un r~u
meurtrier, qui l'était cependant beaucoup
moins que celui des baLteries établies par les
Russes sur les hauleurs de la rive opposée.
Un combat des plus anglants s'engagea; les
boulels, la mitraille el les obus décimaient
nos troupes, sans que nolre artillerie parvînt

JJfÉMOTJ(ES DU G'ÉN~AL BA'J{ON DE .M!t'R,.BOT - - ~

à ébranler les murailles. Enfin, à l'entrée de
la nuit, les ennemis, après al'oir vaillamment
disputé le terrain pied à pied, furent refoulés
dans Smolensk, qu'ils se préparèrent à abandonner; mais en se retirant ils allumèrent
partout l'incendie. L'Empereur vil ainsi s'évanouir l'espoir de pos~éder une ville qu'on
supposait avec raison abondamment pourvue.
Ce ne fut que le lendemain au point du jour
que les Français pénétrèrent dans la place,
dont les rues étaient jonchées de cadavres
russes et de débris fumants. La prise de Smolensk nous avait coùté 12,000 hommes tués
ou blessés! ... perte immense qu'on aurait pu
éviter en passant le Dniéper e~ amont, ainsi
que l'avait proposé le général Eblé; car, sous
peine d'être coupé, le général Barclay de
Tolly, cher de l'armée ennemie, eût évacué
la place pour se retirer ,·ers Moscou.
Les Busses, après avoir brûlé le pool, s'établirent momentanément sur les hauteurs
de la rive droite et se mirent bientôt en retraite sur la roule de Moscou. Le maréchal
Ney les y poursuivit avec son corps d'armée,
renforcé par la division Gudin, détachée du
corps du maréchal Davout.
A peu de distance de Smolensk, le maréchal Ney atteignit, à Valoutina, l'armée russe
engagée avec tous ses bagages dans un défilé.
L'action devint très sérieuse; ce fut une véritable bataille, qui serait devenue très funeste
aux ennemis si le général Junot, chef du
Se corps d'armée, qui avait effectué trop tardivement le passage du Dniéper à Pronditcbewo, à den~ lieues au-dessus de Smolensk,
el s'y était reposé quarante-huit heures, fût
accouru au canon de Ney dont il n'était plus
qu'à une lieue I Mais, bien qu'averti par Ney,
Junot ne bougea pas! En vain l'aide de camp
Chabot lui porta au nom de )'Empereur l'ordre
d'aller se joindre à ey; en vain l'officier
d'ordonnance Gourgaud vint confirmer le
même ordre, Junot resta immobile 1•••
Cependant, Ney, aux prises avec des forces
infiniment supérieures, ayant successivement
engagé toutes les troupes de son corps d'armée, prescril'il à la division Gudin de s'emparer des positions formidables occupées par
les l\usses. Cet ordre fut f'Xécuté avec une
rare intrépidiLé; mais, dès la première attaque, le brave général tomba mortellement
blessé. Cependant, conservant toujours son
admirable sang-froid, il voulut, avant d'expirer, assurer le succès des troupes qu'il avait
i souvent conduites à la victoire, et désigna
le général Gérard pour lui succéder dans le
commandement, bien que celui-ci fût le moins
ancien général de brigade de sa division.
AussitoL Gérard se ruit à la tête de la division, marcha sur l'ennemi, et à dix heures
du soir, après avoir perdu i,800 hommes et
en avoir tué 6,000, il resta maitre du champ
de bataille, dont les Russes se hâtèrent de
s'éloigner.
Le lendemain, l'Empereur vint visiter les
troupes qui avaient si vaillamment combattu;
il les comulà de récompenses et nomma Gérard général de division. Le général Gudin
mourut peu d'heures après.

i Junot eût voulu prendre part au combat,
il pouvait enfermer l'armée russe dans un
étroit défilé, oà, placée en Ire deux feux, elle
eùt été obligée de mettre bas les armes, ce
qui aurait amené la fin de la guerre. On regretta donc le roi Jérôme, qui, bien que médiocre général, fùt probablement venu au
secours de Ney, et l'on s'attendait à voir
Junot sévèrement puni. Mais c'était le premier officier que Napoléon eùt attaché à sa
personne el qui l'avait suivi dans toutes ses
campagnes depuis le siège de Toulon, en 95,
jusqu'en Russie. L'Empereur l'aimait, il pardonna. Ce fut uo malheur, car un exemple
devenait nécessaire.
Dès que la prise de Smolensk fut connue
par les Russes, un cri de réprobation générale s'éleva contre le général Barday de Tolly.
C'était un Allemand; la nation l'accu.sait de
ne pas mettre assez de vigueur dans la conduite
de la guerre, et pour défendre l'antique Moscovie, elle demandait un général moscovite.
L'empereur Alexandre, contraint de céder,
conféra le commandement en chef de toutes
ses armées au général Koutousoff, homme
usé, peu capable, connu ponr sa défaite à
Austerlitz, mais ayant le mérile, fort grand
dans le circonst.ànces actuelles, d'être un
Russe de vieille roche, ce qui lui donnait
beaucoup d'inlluence sur les troupes comme
sur les mas es populaires.
Cependant, l'avant-garde française, poussant toujours l'ennemi devant elle, avait déjà
dépassé Dorogobouje, lorsque, le 24 aot'H,
!'Empereur se détermina à quitter Smolensk.
La chaleur était accablante; on marchait sur
un saule mouvant; les vivres manquaient
pour une aussi immense réunion d'hommes
et de chevaux, car les Russes ne laissaient
derrière eux que des villages et des fermes
incenditls. Quand l'arméeenlra dans Wiasma,
celte jolie ville était en feu! ll en fut de même
de celle de Ghiat. Plus on approchait de Moscou, moins le pays offrait de re,sonrces. Jl
périt quelques hommes et surtout beaucoup
de chevaux. Peu de jours après, à une chaleur intolérable succédèrent des pluies froides
qui durèrent jusqu'au 4 septembre; l'automne approchait. L'armée n'était plus qu'à
sit lieues de Mojaï k, seule ville qui restât à
prendre avant d'arriver à Moscou. lorsqu'elle
s'aperçut que les forces de l'arrière-garde ennemies'étaienL considérablement accrues. Tout
indiquait qu'une grande bataille allait enfin
avoir lieu.
Le 5, notre avant-garde fut un moment
arrêtée par une grosse colonne russe fortement retranchée sur un mamelon garni de
douze canons. Le 57e de ligne, que, dans les
campagnes d'Italie, l'Empereur avait surnommé le te1·1-ible, soutint dignement sa réputation en s'emparant de la redoute et de
l'artillerie ennemie. On était déjà sur le lerrain où se donna, quarante-huit heures après,
la bataille que les Russes nomment Bo1·odi1w
et que les Français appellent la Moskova.
Le 6, )'Empereur fit annoncer par un ordre
du jour qu'il y aurait bataille le lendem1in.
L'armée attendait avec joie ce grand jour

qu'elle espérait devoir mettre un terme à sa
misère, car il y avait un moi· que 1~ troupes
n·avaient reçu aucune distribution, chacun
ayant ,·écu comme il pouvait. On employa
de part et d'autre la soirée à prendre des
dispositions définitives.
Du côté des Ru es, Bagration commande
L'aile gauche, fo1'le de 62,000 hommes; au
centre se trouve l'hetman Platow avec ses
cosaques et 50,000 fantassins de réserve; la
droite, composée de 70,000 hommes, est aux
ordres de _Barcla1• de Tolly, qui, après avoir
déposé le commandement en chef, en a pris
un secondaire. Le vieux Koutousoff est généralissime de toutes ces troupes, dont le chilTre
'élève à 162,000 hommes. L'empereur Napoléon peut à peine opposer aux Russes
140,000 hommes ainsi disposés : le prince
Eugène commandait l'aile gauche; le maréchal Darnul, l'aile droite; le maréchal Ney,
le centre; le roi Mural, la cavalerie; la garde
impériale était en réserve.
La bataille se donna le 7 septembre; le
temps était voilé, et un vent froid soulevait

BATAILLE DE SM?LENSK. -

des tourbillons de poussière. L'Empereur,
'ouffrant d'une horrible migraine, descendit
vers une espèce de ravin où il passa Ja plus

grande partie de la journée à se promener à
pied. De ce point, il ne pouvait découvrir
qu'une partie du champ de bataille, et, pour
l'apercevoir en entier, il devait gravir un
monticule voisin. ce qu'il ne fit que deux fois
pendant la bataille. On a reproché à l'Empereur son inaction; il faut cependant reconnaitre que du point central où il se trouvait
avec ses réserves, il était à même de recevoir
les fréquents rapports de ce qui se passait
sur toute la ligne, tandis que s'il eût été
d'une aile à l'autre en parcourant un terrain
aussi accidenté, les aides de camp porteurs
de nouvelles pressantes n'auraient pu l'apercevoir ni su où le trouver. li ne faut d'ailleurs
pas oublier que !'Empereur était malade, el
qu'un veQt glacial, souIOant avec impétuosité, l'empèchail de se tenir à cheval.
Je n'ai point assisté à la bataille de la
Moskova. Je m'abstiendrai donc d'entrer dans
aucun détail sur les manœuvres exécutées
pendant cette mémorable action. Je me bornerai à dire qu'après des efforts inouïs, les
Français obtinrent la victoire sur les Russes.

deux armées éprouvèrent des pertes immenses
qu'on évalue au total à 50,000 morts ou ble sés !... Les Français eurent 49 généraux tués
ou blessés et 20,000 hommes mis hors de
combat. La perte des Ilusses lut d'un tiers
plus considérable. Le général Bagration, le
meilleur de leurs officiers, fut Lué, el, chose
bizarre, il était propriétaire du terrain sur
lequel La bataille eut lieu. Douze mille chevaux restèrent dans les champs. Les Français
firent très peu de prisonniers, ce qui dénote
avec quelle bravoure les vaincus se défendirent.
Pendant l'action, il se passa plusieurs épisodes intéressants. Ainsi, la gauche des Russes, deux fois enfoncée par les efforts inouïs
de Murat, Davout et Ney, et se ralliant constamment, revenait pour la troisième fois à la
charge, lorsque Mural chargea le général Belliard de supplier !'Empereur d'envoyer une
partie de sa garde pour achever la victoire,
sans quoi il faudrait une seconde bataille pour
vaincre les Russes I Napoléon était disposé à
ou tempérer à cette demande; mais le maré-

Gravure â'_.\UBERT, à.'après le tableau de CHARLES LANGLOIS. (Musée de VerSJil/es.)

dont la résistance fut des plus opinjàtres;
aussi la bataille de la Moskova passe-t-elle
pour une des plus Mnglante du siècle. Les

chai Bessières, commandant supérieur de la
garde, lui ayant dit : « Je me permettrai de
Caire oh erver à Votre llajeslé qu'elle es(en

�MÉ.MOTl{ES DU GÉNÉ~A.1. BA.'~ON DE .MA.'JfBOT - - - .

1t1STO'J(1A · - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ce momenL à sept cents lieues de France »:
soit que celle observation détermioàt l'Emperew-, soh qu'il ne lrouvât pas la bataille as ez
a\'aocée pour engag{'r sa réserve, il rt:fusa.
Deux autres demandes de ce genre eurent le
même sort.
hi,·i un des faits lt!s plu remarquables de
celle halaille si féconde en actions rourageuses. Le front dt! la ligne ennemie était
courert par des hauteurs garnies de rt!doules,
de redans. et surtout par un fort crénelé
armé de O canons. Les Françai , après de perle considérables, 'étaient rendus maîtres
de tous ces ouvrage , mai n'avaient pu se
maintenir dans le fort. S'emparer de nouveau
de cc point importan l était chose très difticile, même pour J'infanlerie. Le général
Montbrun, chef du 2e corps de cavalt!rie,
ayànt remarqué, à l'aide de .a longue-vue,
que le fort n'était pas Ît!rmi• ~ la gorge; que
les troupes russes y entraieut par peloton~.
et qu'en tournanL la bau leur on pouvait hiter le· remparts, le ravin-, les rochers, et
conduire les escadrons jusqu'à la porte, par
un terrain en pente douce el praticalile pour
les chevaux; le général Monlhruu, dt:.-Je,
proposa de pénétrer dans le furl pur derrière
avec a cavalerie, landis que lïnfauterie l'attaquerait par de"aul. Cette proposition téméraire apnt ét.é approuvée par Murat et par
!'Empereur, Montbrun ful chargé de l'exécutioo; mais, tandis que cet intrépide général
prenait ses disposition pour agir, il fut tué
d'un coup de canon: ce fut une grande perle
pour l'armée!... a mort ne fit et•pt!ndant
pa renoncer au projet qu'il arait t:onçu, et
fEmpertur envo)a le général Caulaincourt,
frète du grand écuyer, pour remplacer MonlLrun.
Un vil alors une chose inouïe dan le~ fai,Les de la guerre: un fort immense détendu par
une nomLreuse artillerie et plusieurs bataillon , attaqué et pris par une colonue de c.ivalcric !... Eu effet, Caulaincourt, 'élançaut
a,11c une divi ion de cuirasi&gt;iers en tète de
laquelle marchait lt1 5° régiment de celle
arme, commandé pal' l'intrépiJe colonel Christophe, t:ulLute tout i:c qui d~fend les approches du fort, arme à la porle, pénètre daus
l'intérieur et tombe mort, frappé d'une balle
à la l~te!. .. Le colonel Chri tophe et ses cavaliers "Vengèrent leur général eu pa aol une
parLie de la garnison au fil dt&gt; leurs sabres.
Le forl resta en leur pou1·oir, ce qui acheva
d'assurer la victoire aux Français.
Aujourd'hui, où la soif de l'avancemeoL est
devenue insatiable, on s'étonnerait qu'après
un aussi beau fait d'armes un colonel ne rcçùt pas d'a,·ancemeol; mai sous l'Empire,
l'ambition était plu modérée. Christophe ne
dt:\'int général que plusieur année après el
ne témoigna aucun mécontentemènl de ce
retard.
Les Polonais, ordinairement si brav(:s, el
notamment ceux organisés depui crnq ans
dans le gl'aod-duché de Varsovie sous le ordres du prince Poniatow::.ki, arrirent si mollt•
ment que l'Ewpereur leur liL adres er des
reproches par son major général. Le général

Rapp reçut à la Moskova sa vingt et unième
ble sure-!
.Bien que les [\ u se e.u sent été battus et
forcés de s'éloigner du champ de bataille,
leur ~énéralissime Koulousoff eut l'outrecuitln11ce d'écrire a l\:mpereur Alexandre qu'il
wuait de remporter une grande victoire sur
les Françai ! Cette fausse nouvelle étant arrivée à ainL-J&gt;étersLourg le jour dt! la fète
d'Alexandre, y causa une joie des pins vives!. ..
On chanta le Te Deum; lioutousolf fut pr&lt;•clamé sa111·eur de la patrie et nommé feld11wrtfchal Cependant, la vérité fut bientôt
connue; l'allé~resse se changea en deuil:
mais Kou1ousulf é1nit feld-maréchal! C'était
ce 11u'ù voulait. Toul aulre que le timide
Alexandre eùt sévèrement puni ce grossier
mensonge du nouveau maréchal : mais on
avait besoin de Koutousoff; il re.sta donc à la
tête de l'armée.
CHAPITRE

xm

Mauvaises noul'clles &lt;l'Espagne. - Roslopsd,ine. locendic ,le )lo,cou. - lli:•cil tic l'armée russe.
- fourberie dl! Jiootou off.

Les Russes se retirant vers Moscou îurenl
rejoints le au malin à Mujaisk, où s'engagea
un assez vif cowLat de cavalerie dans lequ,·I
le général Bel!iard fut blessé. ~apoléoo pa a
trois jours à ~lojaisk, lant pour donner le
ordres nécessités par le circonstances, que
pour répondre à de nombreuses dépêche arriérée . L'une d'eUes, arrÏ\'ée la veille de la
gTande bataille, l'avait très vivement alfeclé
el avaiL beaucoup contribué à le rendre malade, car elle annonçaiL que nolre armée dite
de Portugal, commandée par le maréchal
Marmool, venaiL d"éprouver une sanglante
défaite aux Arapiles, près de Salamanque, en
Espagne.
Marmont était une Jes erreurs de 'apoléon,
qui, !"ayant eu pour camarade au collège de
Brienne, el plus tard dans l'artillerie, loi portait un grand inlérêl; éduit par quelque
succès d'école jadis obtenus par Marmout,
rEmpereur supposait à ce maréchal des talent ' militaire que sa conduite à la guerre
neju lifia jamais. larmont avait, en J81 I,
remplacé .lla.~éna dans le commaudewent
de l'armée de Portugal, en annonçant qu'il
baurait Wellington; mais ce fut tout le conLraire. llarmont venait d'ètre ,·aincu, blessé;
son armée, jelée dan le plus grand désordre
el obligée d'abandonner plusieurs prorince ,
aurai l éprom·é des pertes encore plu· coosidtira bles si le général Clausel ne l'eût ralliée.
En apprenant celle catastrophe, !'Empereur
dut [aire de bitn gral'es réflexions ur l'enlreprise qu'il réa li ait en ce moment, car,
tandis qu'il e préparait à entrer sous peu de
jour à Moscou, à la tète de la plus nombreuse de ·t!S armée , une autre venait d'ètre
battue à miUll lieues de là. li em,1hissait la
nussie cl allait perdre l'E~pagne !... Le chd
d'escadrons Fab~ier, aujourd'hui lieutenant
gén~al, qui avait porté les dépèche de larmonl, ayant ,,oulu prendre parL à la baLaille
de la Mo kova, y fut blessé à l'atLaque de la

grande redoute. C'était venir chercher une
balle de bien loin L ..
Le 12 septembre, Napoléon quitta Mojaï· k,
el le 15 il entrait dans Moscou. Cette ville
immense était déserte. I..e général Rostop chine, son gouverneur, en avait fail sortir
Lous les habiLaols. Ce Rostopschine, dont on
a voulu faire un héro , était un homme barbare qui, pour acquérir de la célébrité, ne
reculait Ùt!vaot aucun moyen. Il avait lais é
étrangler par la populace un grand nombre
de marchands élrangers, et surtout des Franç.ii , établis à Moscou, dont le seul crime
était d'ètre soupçonnés de faire des vœux
pour l'arrivée des troupes de 'apoléon. Quelques jour a,·ant Ja bataille dt! la Mo kova,
les Co aque· a)'anl enlevé une centaine dc
malades fronçai , le général Koutousoff le
euvoya, par des chemins détournés, au gou,·erncur de ~loscou, qui, sans pitié pour leurs
ouffrances et leur Catigu&lt;'s, les lais a d'abord
quara11te-huit heures sao manger, cl les fil
en uite promener en triomphe dans les rues,
où plusieur de ces malheureux moururent
de faim, pendant que des agt&gt;nts de polire
lisaienl au peuple une proclamation de Ilo 'top chine qui, pour le déterminer à prendr
Je armes, disait que les Frauçai~ étaient
aussi débiles et tomberaient facilement sou
ses coups. Cette affreuse promenade lermiuée,
la plupart de ceux de nos oldats qui vivaient
encore furent assommés par la populace, sans
que Rostopschine fil rit!n pour Jes auver !...
Les troupes russes vaincues n'avaient fait
que traver er Moscou, d'où elles s'éloignaient
pour aller e reformer à plus de trente lieue
de là, vers Kalouga, sur la route d'Asie. Le
roi Mural les suivit daw celle nouvelle direction, avec toute sa C:l\'alerie et plusieurs corps
d'iufauterie. La garde impériale re la dans la
ville et Napoléon fut s'établir au lfremli11,
antique palni fortifié, résidence habituelle
des czars. Toul éLait tranquille en apparence,
lors1ue, pendant la unit du i5 au 16 septembre, les marchands français et allemands
tiui s'étaient soustraits au1 recherches du
gouverneur, vinrent prévenir l'étal-major dt!
Napoléon que lt! reu allait ètre mis à la ville.
Cet avis fut bientôt confirmé par on agent de
police ru se, qui ne pouvait e résoudre à
exécuter les ordres de wn èheî. On apprit
par cet agent que, a,·ant de quitter Yoscou
1-loslopschine a,·ait fait ouvrir le bagne, les
prisons, et rendre la liberté à tous les forçats,
eu leur fai ·ant distribuer un très grand nombre de torches confectionnée par des ouvrier
anglais. Tou,; ces incendiaires étaient restés
cachés dan les palais abandonné , où ils
attendaien l le ignal 1 !
t. ~- d.e égur écrit : &amp; On ne cherche plus à cacher_, a. M:~u, le sort qu'on lui destine . .. La nuit.
Jes cau~!res •·o~L frapper à toutes les portes; ilJi 1num_icenl I incendie .... On enléve les pompes; la déBolahon monte t ~n combl_e.. .. Ce jour-la, une sœnu
e~lrayanle lcrmm, cc lnsle drame.. . Les prisoua
s ouTrent : une foule sale et dégoùlaule en suri lumu11ueusem1eu1_. ... Dès lors, ln grande Moscou n'ap11arl1enL plus 111 aux Russes, ni aux Français, mais â
celle foule impure, donl qoeh1ucs oflieiers et soldat
de pohce dmgéreot la foreur. On les organisa· on
assigoa à chacun son po le, et ils se dispersèrent pour
ql!e le pillage el l'incendie êcla11s enl parlou t à la
fOIS •• • o

L'Empert!ur, informé de c.et a[reux projet,
pre.cri,·it sur-Je-champ les mesures les plus
sévères. De nombreu.es patrouilles parcoururent les rues el 1uèrenl plusieurs brigands
pris sur le fait d'incendiP; mais c'était trop
tard; le feu éclata bientôt sur différents points
de la ville et fit de ravages d'autant pins rapide que Roslop chine a,ait fait eolerer toutes
les pompes; au si, en peu de lemps, Moscou
ne ful plu_ qu'une grande fournaise ardente.
!,'Empereur quitta le Kremlin et e réfugia
an château de Peterskoê: il ne rentra que
Lrois jours après, lor·que l'incendie commençait à diminuer, faute d'aliments. Je n'entrerai dans aucun détail sur l'incendie de
loscou, dont le récit a été fait par plu ieurs
témoins oculaires. Je me bornerai à examiner
plus tard les effets de celle
immen,e catastrophe.
~apoléon, appréciant mal la
.-,ituaLion dans laquelle se troumil Alciandrt&gt;, espérait toujours un accomwodemeul,
•ruand enfin, la d'attendre, il
prit la détermination de lui
l'.-cri re lui-même. Cependant,
l'armée rus e se réorganisait
,·ers Kalouga, d'où e-s chels
enYoy,iicnL ver Moscou de
agent. charg:
de diriuer
vers leurs régiments les soldats égaré . On en évalue le
nombre à 15,000. Retiré!&gt;
dans le faubourg , ces hommes r.irculairnL .an défiance
au milieu de no bivouac , prenaient place anx Ît'ux de oo
soldab et mangeaient a,·ec
eux, cl per onne n'cul la pèn·
sée do le, raire JJri onnier..
Ce fut une grande faute, car.
peu à peu, iJ. rejoignirent l'armée ru~ e, tandis que la mitre
,'aff:iil,li sait jourul'llcmcnl
par 11!!&gt; maladie et le premiers froid. . 'os perles en
che,·au. étaient surtout immenses, ce qu'on altrihuail
alL'{ fatigues extraordinaire
&lt;1ne le roi Mural avail impo•
ées pendant toute la campa¾-'lle à la cavalerie dont il était
le chef. Murat, se sou,·enant
des brillant ·uccès obtenu
en 180G et i 807 contre le
Pru ien , en Je poursuivant
à oulrance, pen ait que la camlerie derail suffire à tout et faire de marche · de douze à quinze lieues par jour sans
se préoccuper de la fatigue des chevaux,
l'es entiel étant d'arriver sur les ennemi
arec 11uelques tètes de colonnes! Mais le
dim:11, la difficulté de lrouver de fourrages, la longue durée de la campagne, et
urtout la ténacité des Rosse , avaient bien
chan"é les conditions. Aussi la moitié
de notre cavalerie étnil s.1ns chevaux lors•1ue nous arrhàmc à Moscou, et Murat
ache\'ail de détruire le urplu dan la pro-

vince dl! Kalouga. Ce prince, fier de sa haute
taille, de son coura&lt;re, et toujours alfublé de
costume bizarre , mai Lrillants, avait attfré
l'attention de eonemis, et, se complaisant à
parlementer avec eux, il échangeait des présent avec les chefs cosaques. Koulousoff pro.
fila de ces réunions pour entretenir les Français dan de fousses e pérances de paix, que
le roi Mural faisait partager à !'Empereur.
Mais, un jour, cet ennemi, qui se disait affaibli, se réveille, se glisse entre nos cantonnements, nou enlère plusieur convois, un escadron de dragons de la garde et un bataillon
de marche: aus i Napoléon défendit-il désormais, sous peine de mort, toute communication avec les Russes non autor~ée par lui.
Cependant, apoléoo ne perdait pas tout

le préserver de l'attaque de ceux de nos par
tisans qui rôdaient eolre les deux armées,
que Koulonsof.T expédia un autre aide de
camp vers son empereur. Ce second envoyé
n'ayant pas de laissez-passer français fut
rencontré par nos patrouilles, et, comme il
était de bonne prise d'après les lois de la
guerre, il fut arrêté, et ses dépêches forent
envoiées à apoléon. Elles contenaient tout
le contraire de celles que KoutousoJf avait
montrées à Lauriston. En elfet, le maréchal
russe, après avoir supplié son souverain de
ne point traiter avec les Français, lui annonçait « que l'armée de l'amiral Tchitchakofi',
« ayant quitté la Valachie après la paix avec
tt les Tores, s'avançait sur Min k a1in de
(t couper la retraite à apoléon. Koutousoff
c1 in truisait aussi Alexandre
11 des pourparlers qu'il a,•ait
c, engagés et qu'il poursuiYail
11 hal,ilement avec ~lurat, à
u dessein d'entretenir la per" oicicuse sécurité dans la,, qudle les Francais vivaient
11 à Moscou, à une époque si
o avancée de la saison .... ,,
A la vue de celleleltre, ~apoléon, comprenant qu'il avait
été joué, entra dans une violtmtecolère el forma, dit-on, le
projet de marcher sur aintPéter bourg; mais, oulre que
l'affaibli sement de son armée
el les rigoew-s de l'hiver s•opposaien t à celle ,,asle expédition,
des moûf d'une bien hauLe
importance portaient l'Empereur à se rapprocher de l'Alle1Uagne pour ètre plu à même
de la sur,·eiUer et de voir ce
qui Il pa sait eu France. ne
conspir&lt;1tion venaiL d'éclater
à Paris, et les chefs de ce mouvement avaient é1é les maitre
de la capitale pendant une
journée 1. .. lin exalté, le général Malet, avait jet&amp; rnr Paris
celle étincelle qui aurait pu
aUumer l'incendie, et :-'il ne
e Iùt renoonlré un homme
perspicace autant 4u 'énergique, eu la per onne de l'adjuc11c11~ Kuhn
dant-major Laborde, c'en était
.-,1ARÈCIJAI,
EY.
peut-être fait du gourernement impérial. Les ei:;prits n'en
lkSS('fl dt ,\\F.1SSONIFR .
furent pas moins frappés de
cet é~énemcnt, et l'on peul
espoir de conclure la pau. Il envoya, le concevoir quelle [ut la douleur de apoléon
4 octobre, Je général Lauriston, son aide de en apprenant le danger qu'avaient couru sa
camp, au quartier général du maréchal Kou- famille et son gouvernem~t!
tousoff. Ce Russe astucieux moolra au généCHAPITRE XI V
ral Lauriston une lettre adressée par lui à
l'empereur Alexandre pour le presser d'adhé- La rclraile esl dècidèe. - urpriso do corps de éba,rer aux propositions des Français, attendu,
tiani. - Combat de Malo-laroslawclz. - Retour sur
Mojaisk el la Jloskova.- Bnragucy d Ililliers mel bio
disait-il, que l'armée moscovite se trouvait
les armes. - Je suis nommé colonel. - Retraite
hors d'état de continuer à faire la guerre.
héroïque ilu maréchal Ney_
Mais à peine l'officier porteur de celle dépêche était-il parti pour aint-Péter bourg,
.A. Moscou, la situation de apoléon s':18muni par Lauriston d"un pa seport qui devait gravail de jour en jour. Le froid évissail
1

�H1ST0'/{1A
déjà avec rigueur, et le moral des soldats
Français de naissance était seul resté ferme.
Mais ces soldats ne formaient que la moitié
des .troupes que apoléon avait conduites en
Russie. Le urplus était composé d'Allemands, de Suisses, dt&gt; Croares, de Lom~ards,
de Romain , de Piémontais, d'Espagnols et
de Portugais. Tous ces étrangers, restés
fidèles lant que l'armée avait eu des succès,
commençaient à murmurer, et, séduits par

rains, anciens el irréconciliables ennemis de
la France!... La position était des plus critiques, el, Lren qu'il dût en coûrer beaucoup
à l'amour-propre de 'apoléon d'a,·ouer au
monde enlier, en se retirant sans avoir imposé la paix à Alexandre, qu'il avait manqué
le but de son expédition, le mot de 1·etraile
fut enfin prononcé!. .. Mais ni !'Empereur,
ni ses maréchaux, personne enfin n'avait
alors la pensée d'abandonner la Russie et de

de jour en jour, et, dan une confiance
aveugle, nos avant-postes restaient aventurés
dans Ja province de Kalouga, sur des positions difficiles, quand tout à coup l'événement le plus imprévu vint dessiller les yeux
des plus incrédules et anéantir les illusions
que l'Empereur conservait encore de conclure
la paix.
Le général Sébasliani, que nous avons vu
se laisser urprendre à Drouïa, venail de

HISTORIA

•

BATAILLE DE LA MOSKOVA· -

les proclamations en diverses langues dont
les agr.nls russe inondaient nos camps, il
désertaient en grand nombre vers l'ennemi,
qui promettait de les renvoyer dans leur
pays .
.A.joutons à cela que les deux ailes de la
Grande Armée, uniqu11ment composées d'Autrichlens el de Prussiens, ne se trouvaient
plus en ligne avec le œntre, comme au commencement de la campagne, mais étaient
sur nos derrières, prêles à nous barrer le
passage au premier ordre de leurs souve-

Gravure d~

llRUNELLIERf:,

.faprès le latleJU de

CHARLES l,A,",GLOT . (Muste

repasser le iémen; il ne s'agissait que
d'aller prendre ses cantonnements d'hiver
dans les moins mauvaises provinces de la
Pologne.
L'abandon de M:oscou étail décidé en principe; cependant, avant de se résoudre à l'exécuter, apoléon, conservant encore un dernier espoir d'accommodement, envoya le duc
de Vicence (Caulaincourt) vers le maréchal
ru se Koutous.off, qui ne fit aucune réponse 1.. .
Penda.nt ces lenteurs, notre armée fondait

Je 1·e/'SJi/les.1

remplaœr le général Montbrun dans le comman~ement da 2e corps de cavalerie, et,
quoique près de l'ennemi, il passait se~ journées en panloufles, lisant des vers ilalien- et
ne faisant aucune reconnaissance. Koutousoff, profitant de celle négligence, se porte,
le I octobre. sur le corp~ d'armée de Sébastiani, l'investit de toutes parts, l'accable par
le nombre et le contraint d'abandonner une
partie de son artillerie! ... Les trois division
de cavalerie de éhastiani, séparées du surplus des troupe' de Murat, ne parvinrent à

LORD PHILIPPE II \VHARTON.
Tableau de V K D\'Cl.;. (;\lu ëe impérial de !'Ermitage. Saint-Pétersbourg.)

�.M'É.M01~'ES DU GÉNÉ~AL BAR.,ON DE MA'JfBOT

le rejoindre qu'en renversant plusieurs bataillons ennemis, qui cherchèrenL vainement à
s'opposer à leur passage. Dans ce combat
sanglant, ébastiani fit preuve de valeur, car
il était très brave, mai on peul le signaler
pour sa médiocrité comme général. Vous en
verrez une nouvelle pretn·e lorsque nous en
serons à la campagne de 1815.
Eo même temps que le maréchal Koutousoff surprenait Sébastiani, il faisait attaquer
~furat sur toute la ligqe. Ce prioce fut blessé
légèrement. L'Empereur, ayant appris le
jour même cette mauvaise affaire, ainsi que
l'arrivée au camp ennemi d'un renforL de
dix mille cavaliers de l'armée russe de Valachie, que les Autrichiens, oos alliés, a,·aient
laissés passer, !'Empereur, dis-je, donna
l'ordre de départ pour le lendemain.
Le ·19 octobre au matin, !'Empereur
quilla Mo cou, où il était entré le 15 septembre. Sa &amp;fajesté, la vieille garde et le gro
de l'armée prirent la route de Kalouga; le
maréchal Mortier et deux divisions de la
jeune garde restèrent en ville pendant vingtquatre heures de plus, afin d'en achever la
ruine et de faire sauter le Kremlin. Ils devaieol ensuite fermer la mar&lt;·he.
L'armée traînait après ellt! plu de quarante mille voitures qui encombraient les
défi.lés. On en fit l'observation à !'Empereur,
qui répondit que chacune de ces YOilures
sauverait deux blessés, nourrirait plusieurs
hommes, et qu'on s'eo débarrasserait inseniblement. Ce système philanthropique pourrait, ce me semble, être combauu, car la
nécessité d'alléger la marche d'une armée en
retraite varait devoir passer avant toutes
les autres considérations.
Pendant le séjour des Français à Moscou,
le roi :Murat et les corps de cavalerie avaient
occupé uoe partie de la province de Kalouga,
sans cependant s'être emparés de la ville de
ce nom, dont les environs sont trè, fertiles.
L'Empereur, voulant éviter de passer sur le
champ de bataille de la Mo~ko-va, ainsi 4ue
par la route de Mojaï k, dont l'armée avait
épui é les ressources eo venant à Moscou,
prit la direction de Kalou"a, d'où il comptait
"agner molensk par des contrées fl'rtilt!s et,
pour ainsi dire, neuves. Mais, au boui de
quelques jours de marche, nos troupes, dont
l't'tfeclif, après la jonction Ju roi Mural, s'éle"ait encore à plus de t00.000 hommes, se trou\'èrent en présence de l'armée ru se 1.:111i occupait la ville de Malo-Iaroslawetz. La position
de l'ennemi était des plu forte_s: cependant
!'Empereur la fit attaquer par le prince
Eugène à la tête du corps italien et des diviions françaises Morand et Gérard. Aucun
obstacle n'arrêtant l'impétuosité de nos
troupes, elles 'emparèrent de la ville après
un combat long et meurtrier, qui nous coûta
4.000 hommes tués ou blessés. Le général
llelzons, officier d'un grand mérite, resta
parmi les morts.
Le lendemain, 24 octobre, l'Empereur,
étonné de la vive résistance qu'il avait éprouvée, et sachanl qoe toute l'armée russe lui
b~rrait le passage, arrête la marthe de ses

Lroupes et passe trois jours à réfléchir au
parti qu'il doit prendre.
Pendant une des reconnaissances qu'il fai-

--°'

incendies et jalonnée de rad.a n es !... Le mou,ement que fi L l'Empereur, le reportant aprè
cli.x jour de fatigues à douze lieue ~eulement de Moscou, donna aux soldat beaucoup
d'inquiétudes pour l'avenir. Le temps devint
affreux; le maréchal .Mortier rejoignit !'Empereur, après avoir fa.il sauter le Kremlin.
L'armée revit ~lojaï.k et le champ de bataille
de la Moskova 1••• La terre, sillonnéE' par les
boulets, était couverte de débris de casques,
de cuirasses, de roue-~, d'armes, de lambeaux
d'uniformes et de trenle mille cadavres à
demi dévorés par li&gt;s loups 1.•. Les troupes
et !'Empereur passèrent rapidement, en jetant
un triste regard sur cet immense tombeau 1
M. de Ségur, dan la première édition de
son ouvrage sur la campagne de Russie, dit
qu'en repassant sur le champ de bataille de
la Moskova, on aperçut un malheureux Français qui, ayant eu les deux jambes brisée·
dans le comhat, s'était 1.ilotti dans le corp
d'un cheval ouvert par un obus, et y avait
passé cinquante jours se n01t1•rù;sanl el panant ses b/emœes avec La chair pul1'éfiée
des morts! ... On fit observer à M. de égur
que cet homme eût été a~phyxié par les gaz
C o .11TE DE RosTOPSClllNE.
délétères,
el qu'il eùl, d'autre part, préféré
D'après le taèleau i1e To~c1.
couvrir ses plaie avec de la terre fraiche et
même avec de l'herbe, plutôt que d'augsait sur le front des ennemis, 1 apoléon fut menter la putréfaction en y mettant de la
sur le point d'être enlevé par eux_! ... Le chair pourrie! ... Je ne fais celle observation
brouillard élait épai ' .... Toul à coup les cris que pour meure en garde contre les exagétle hourra ! hourra! se fonl entendrn; de rations d'un livre qui eut d'autant plus de
nombreux Cosaques sortent d'un bois voisin succès qu'il est très bien écrit.
de la route, qu'ils traversent à Yingt pa de
Après Wiasma, l'armée fut assaillie par des
l'Empereùr en renversant et pointant tout ce ilots de neige el un v~nl glacial qui ralentiqu'ils rencontrent sur leur passage. ~fais rent sa marche. n grand nombre de voitures
le général Rapp, s'élançant à la tête de deux forent abandonnées, et quelques milliers
escadrons de cha seurs el de grenadiers à d'hommes et de chevaux périrent de froid
cheval de la garde, qui suivaient constam- sur la route. La chair de ces derniers servit
ment !'Empereur, sabre et met en fuite les de nourriture aux oldats et même aux offiennemis. Ce fat dans ce combat que ~J. Le CJers.
L'arrière-garde pas a successivement du
Couleuh, mon ancien camarade à l'étalmajor de Lanoes, devenu aide de camp du commandement de Davout à celui du prince
prince Berthier, s'étant armé de la lanced'un Eugène el dé6nitivement sous celui do maréCo aque tué par lui, commit l'imprudence chal Ney, qui conserva cette pénible mission
de revenir en lirandissant celle arme, impru- tout le reste de la campagne.
Le i•• novembre, ou parvint à Smolensli.
dence d'autant plus grave que Le Couteulx
était revètu d'une p~lisse et d'un bonnet Napoléon avait fait réunir dans celle ville une
fourré, sous le quels on ne pouvait rien distin- grande quantité de vivres, de vêlements et de
guer de l'uniforme français. Aussi, un grena- chaussures; mais les administrateurs qui en
dier à cheval de la garde le prit pour un étaient chargés, oe pouvanl connaitre l'étal
ofûcier de Co aques, el le voyant se diriger de désorganisation dan lequel l'armée était
vers !'Empereur, il le poursuivit et lui passa tombée, ayant exigé des bons de distribution
son énorme sabre au travers du corps! ... et toutes les formalités des temps ordinaire,,
Malgré celte affreuse blessure, M. Le Cou- ces lenteurs exaspérèrent les soldats. qui,
teulx, placé dans une des voitures de l'Em- mourant de faim et de froid, enfoncèrent les
pereur, supporta le froid, les fatigues de la portes des magasins et s'emparèrent tumultueusement de ce qu'ils contenaient, de orle
retraite, et parvint à regjlgner la France.
Les reconnaissances faites par , apoléon que beaucoup d'hommes eurent trop, plusieurs
l'ayant convaincu de l'impo sibilité de conti- pas assez, d'autres rieii !
Tant que les troupes avaient marché en
nuer sa marche vers Kalouga, à moins de
üner une sanglante bataille aux nombreuses ordre, le mélange des diverses nations n'avait
troupes de Koutousolf, Sa Majesté se décida donné lieu qu'à de léger ioconvénients; mais
à aller passer par Mojaï. k pour gagner ~mo- dès que la roi,ère et la fatigue eureol fait
rompre les rangs, la discipline fut perdue.
lensk.
L'armée quitta donc un pays fertile Comment aurait-elle pu subsister dans un
pour reprendre une rou1e dévastée, déjà par- immense ra emblement d'individus isolés,
courue au mois de septembre au milieu des manquant de tout, marchant pour leur compte

�ms T 0-1{1.JI
et ne se comprenant pa '! ... Car dans celle
masse désordonnL~ ré!!llaiL ,·raimenl la con•
fusio,i rles lar1911es ! ... Quelques réfTiments,

LA

RTIE DU KRElilLiS . -

serait pas fait prisonnier de rruerre, et !JU'il
lui serait permi d'aller joindre l'armée îrançaise afin de rendre compte de sa conduite.

l)'atrés la /1/h ogr.ithlt Jt J,' . G RE SIF.f .

et principalement ceux de la garde, r' istaient
encore. Presque Lou le· ca.Yalier:, de régimrnts de li!me, 3)'anl perdu leur chevaux,
furent réuni · en bataillon , el ceux de leur ·
officier· ffUi étaient encore mont· · formèrent
le, e cadrons . acré: dont le commandement
fut confié aux généraux Lotou_r-)lauhourg,
Grouchy el ébasliani, &lt;Jui y remplis.aient I"
fonctions de impies capitaine , tondi que
des généraux de hrigade el de colonel. îaiaienl celle. d~ maréchaux de lo«i el de
l.,ri!!adier . Celle organi. alion uflirnit seule
pour faire connaitre à tiuellc extrémité l'armée
était réduite!
Dan c 'lie po~ition critique, l'Empcr ·ur
avait compté ur une forte dhLion de troupe~
de Ioule arme que le énéral Unraguey
d'llillier devait conduire à molen.k; mais
en approchant de la ülle, on apprit que ce
général a,•ail mi ha le arme devant uoe
colonne ru_ e, en pécifiant que lui .cul ne

lais !'Empereur ne ,·oulut pa ,·oir &amp;raguey
d'llilliers, auquel il fit donner l'ordre de e
rendre en France et d'y garder le. arrêt · ju.qu'à ce qu'un con eil de guerre l'eût jugé.
Barague d'llillicrs prévint cc JU«emenl en
mourant de d~·e poir à Berlin.
Ce général avait été l'une de erreur Je
Napoléon, qu'il édui il lor. du camp de Boulogne, en lui promettant de dre ser le dragons à enir tour à tour cumme fanla in· el
caçaJier . Mais l'essai de ce ~ Lème ayant été
fait en 1 05 pendant la campagne d'.\utricbe,
les ,·ieux dra on_ qu'on aYail mi · à pied, et
que llara!!lley d'llillier commandait en pcr.onne. rurent bauus à \\ertingen ~ou. les
)·tut de !'Empereur. On lt&gt;ur rendit des cl1evau1, il forent encore défait , et pendant
plu.icur anaét· le,; corp de celle arme e
re entirenL du dé. ordre que Baraguey avait
jeté parmi eu\. L'auteur de cc plème l.,àlard,
tom Lé en di. rrràce, a,·ail e. péré se relever eu

demandant à venir en llus.ie, où il ache\'a de
se perdre aux yeux de !'Empereur par sa capitulation ans combat et en ,iolant le décret
qui prescrit au chef d'un corps réduit à
mettre bas les arme de ui,·re le sort de se.
troupe~, et lui défend de solliciter des ennemi des condition fayoraLle à lui . eul.
Après avoir pa sé plu ieurs jour - à molen k afin de réunir les troupes re tée en
arrière, !'Empereur se rendit le 15 à Kra noë,
où, malwé ~s grave préoccupation (car on
~f ballait non loin de la ville), il e pédia nn
officier vers le 28 corp d'armée resté • ur la
Düna et devenu dé. ormais son eu) espoir de
.-alut.
Les régiments donl e •omposait ce corp
avaient éprouvé moin de fati !\les el de pri,·aûons que ceux qui avaient fait partie de
l'expédition de .lo·cou; mais aus~i, par compensation, il · avaient bien plu ~ouvent combattu le- ennemis. ~apoléon, ,·oulanl le· en
récorupcn •r•en nommant à tou le emploi
vacanL~, se fil apporter les propositions d'avanœmeut relative au 2° corp . li y en avait
plu ieur en ma raveur, dont l'une ne demandait pour moi 11ue le grade de major (lieutenanL~lond). Ce fut celle que le ecrétaire ·
pré enta. Je tiens du général Grundler, qui,
ayant reçu l'ordre de porte_r ces Mpèches, . e
trouvait dao le cabinet de l'Empereur au
moment où il achevait son travail, que apoléoo, au moment de i!!Der, ra~a de sa m:un
le mol major pour y sub Lituer celui de colonel, en d1 anl : « C'est une ancienne Jcllc
•1uc j' lCtjUilte. •
Je ru donc enfin colonel du ~3• de cha. eurs. le i j no,em.Lre; mai je ne l'appri ·
11ue quelque temps après.
La retraite continuait péuiLlement, d le
ennemis, dont les force augmentaient an
&lt;'&lt;'Se, l'Oupèrcntde l'armée le corp. du prince
Eugène, ain i que ceux de Davout el Je 1 ·ey.
Les deux premiers parvinrl!nt à grand'peine
à . e fair~ jour le arme · à la main el à n~
joindre l'Empereur, dont l'esprit était dooloureu. ement préoccupé par rab ence du
oorp · de ·e), car il rut plu ieur· jour , an _
en recévoir aucune nouvelle.
Le Hl no,embre, 1 apoléon paniot à Or ·cba.
li 'était écoulé ua mois depui · qu'il avait
4uitté Moscou, el il restait encore cent vingt
lieues fair pour parvenir au . ïémen. Le
froid était intense.

CA suiwre. )

Docteur MAX BILLARD
et-

La mort de Talleyrand
_ !In jour, à Prague, dans fa demeure liis10r1que des empereur d'Autriche, Charlc X.
alors coorLé ou· le poid. de oitantc- eite
année. , dit à Cbatcaul,riand : « Ce ,·ieu\
Talleyrand vil donc encore? 11 Et le soixnntehuilième roi de France quittait la ,·ie deux
ans avant le graad eioneur avili, l'é,èque
apostat, le prêtre marié et le chef de celle
école tlui lé"ilime, pu d'insidieux . ophi:m~,
le. su~cè , ans tenir compte des droit ·, de
prmcipe, et de mo ·en .
Le :5 . ?1~rs. 18~ , le prince de Bénévent
prononçait a l lnstHul l'éloge du comte Charles-Frédéric Reinhard 1 • La salle était combll'.
L_e pri~cc ~ il était alors dan a quatre11n~t-cm?UJème _ann~ -:- était orti par une
~luie _fro1d~ el _11 n aYall pu monter à pied
1,escalier; 1~ avait été porté par de1u dome.,'!~ue e_n livrée. Quanti le ,iPux diplomate,
1air froid et dédaigneu1, les dcu coin de
s.t Louche pendant,, lit . on entrJe dan 1:1
salle, appu ·é d'une main ur le hra du ecréhta}rc. pe rpétuel, 1. lfignct, de l'autre ur
1
.a ei1u1l c, Lou 1 'a . i tant~ étaient debout.
li pronoo\·a . on di. cour d'une voix fcrmr..
tr:3ça cr le triple portrait idéal do parlait mim ·t~e_d_c ' Affaires étrangt•res, du parfait chtr
de d1vuon, du parfait con ul n 1 - l'homme
si mé1Jio.,re doul il s'était IDOtJUé à plaisir
dan· se moment. de gaieté. Et la lecture
t~rminée, aprè d applaudi,: ements enthou. iasLrs, on fit la haie pour \loir ~ortir le grand
!tomme: cl \ïclor Cou in alla ju qu'à ·'écrier
en gesticulant : a C'r l du Voltaire! C'est du
meilleur Voltaire! 11 "·
. Talle) rand n'avait plus ,,ue deux moi à
mre, et il allait faire connaitre . on exi teoce
t·ntière par :,a dernière heure.
On ait que c' t à a nièce que le prince
de Béné,·enl avait confié le oin de faire )p
honneur de ,a mai on'. Femme éminente
d·un C! prit érieux cl cultivé, remarquabl;
• par sa beauté, le charme impérieux de a
phy ionomie et sa gràce altière, la duche e
tle Oîno ne quitta plus le prince ju,, qu'à sa
l. Ancien che_r de .l}•!F1011 au mini tère de Affaires
é~augères. anC!cn m101 Ir~ i F101ence en 1708 ; il
rcmpl•~- le prrnce ile Bén 1.-enl au mù,i. (ère de
Affaires elrangt'n:s, le 20 juillet 1709; ü ful ministre
en w . ( lRlfU), en Lombàrdie 11 Ol ), en Sue (1 O:&gt;)
el eu _
\\eslphal,o (1 O 1.
~- ..~1~11-8,:un, .\'011,·eauz Limdi,, t. Il, I'· :'i:i.
, / · t:11é _par le même, llm11ieur dt Tatlryrar,d
u:•y, Pari, 1870, p. l9j.
'
d 4. )1 , de Talleyrand habi1ait l'h~Lel qui rail le coin
~ '·• place de la . CooC;or,!c et de !a rue . 1ml-Flor11~ntm . _li ul auJourd liu, la propridé dr :v. de
uthstlnld .
:i, L:al,_b .Dupanlou_p èt1it, en 1838, wptrieur du
pelll temm11re de 1111l-~icolu-du-Cllardonnel.

mor~. Elle avait donné à a fille, pour lui
en.e1gn~r la religion, un jeune abbé dont la
réputation commençait As'étendre, Félix Dupanloup, le futur é,·vque d'Orléan . ainteBeu~e ra&lt;:°n~e que ~f. de Talleyrand l'ayant
un JOUr IOnlé à diner, l'abLé ~·excu a en
allé!?Uant 11u'il n'était pa homme du monde.
ur quoi M. de Tallcyrand dit ,èchf'ment à
"~! de Dino : • Cet homme ne ail pa. on
meher. 11 ft On comprit alor. , on deYina r.e
&lt;Jl~'il d · irait. JI vit l'abbé et :-'cnlreliat arec
lut. Il y eut une con. ultalion, ·an doute ur
lt:~ démarche à fair pour se réconcilier avec
l'f:nli e. 0~ eti"ea de lui un écrit: le· premier e at de , a façon qu'on envoya à Home
ne ru.re~t pas agréé. : il fallait une simple
sounm:;1on. 1. de T:ùle)rand, pr •s\'é de nouveau_ par es nièœs, en vint à dire qu'il ne
a,·a1t pa comment rédi"er ,~. cbo e qur l'on
• d' une formolP.. "et qu'il ,·errait
'
e a)al
: cc
qu'on 'empres.a de fairP. Le hrouillon re,·u
par l~i fut trouvé bon à Home; mai., quand
1I rcnnt, M. de Tallcyrand le "arda dan: ,on

s~crélairc, décidé à ne le sioner qu'au dernier moment 1 • »
_En tout cas, le ,·ieux diplomate Q\'ait avec
le Jeune abbé dcsconver~ation très édifiante .
Ce respectable ecck:Sia tique lui fit même
présPnt d'un exemplaire d'uu ouvrage intitulé
La Jour~ec ~u _Chrétien, et l'on remarqua
que ce hne t•ta1t OU\'erl ur son hur au la
"eille de sa mort.
Depui · longtemp ·, Talleyrand avait une
afTecti~n. a~x jam~e , dont la uppuration
néces. 1ta1t 1emploi de lotioa salurnées •. Cet
~~~t~ire 3\'aÎl et&gt;. 1: Lru quement, el il se féhc1ta1L de cet événement. Le 'J7 janvier, il e
foulait le pied déjà malade chez l'ambassndeur d'Angleterre. L'bh·er était froid· les
douche qu'on lui fil prendre pour lui r~ndre
la force l'enrbumi!rent. Ce rhume de,·int un
catarrhe, il perdit bientôt le ommeil el l'appétil ' .
Le I t mai ·I ;; , le prince rut pri tout à
cou~, à table, d'un fri .. on uivi de léger
V0OllsSt•ments; en mème temp , il rc,; en lit
~?e d?~I ur au ba de. rein • à gauche, qui
1mqu1e1a a. ez pour faire appeler le ProÎC:,eur Cru1·eilhicr. Cdui-ci diairnostiqua ausitol un anthrax; une opération" rut con.eillée.
Ce f~l Marjolin, alor chirur ~ien en chef de
Be.1uJon, qtli ,int inciser la tumeur et qui dut
recommencer Jc!-1-x foi 10 • Le patient n'arnit
pa ét~ aneslbé 1é comme d • no jour , cl,
1mpa -,!ile romme un .-toïcien, il s'était contenté d · dir • : Docteur vous m'arnz fait
bi~n ~u mal; m:ii si j'en suis 11uitte à ce
p~u, Je ,vou · r_~mercie. » llarjolin bodla la
lele, et, 1a~anl Jugé assez fort pour upporter
la pré ence d_e la mort, lui fil comprendre
on état, el 11 rcçul san effroi lti terrible
averti ement.
Toute la juurné · du J6 mai, l'effort de e
proche fut pour bàter sa réconciliation avec
le ciel et l'exhorter à
dernier de,·oirs
Mai , aux appel fréqueuu qu'on lui faisait.
le moribond récalcitrant répondait imariable~
menl:

_G. • L'o jour où elle pa ducl1e•

ï . ,u:q~-Bn,E. . ~t Talftyrattd, pp. 109 et 200.
li. Lh . Fuc1 C;l J. hmu:,s., lftmo,rt&amp; 111r JI. de
Talkl/rf111tl. Pan , 1838, JI· 102.

de Uiuo) en par-

lait, . . d,e Talloyrand dit : t Madame de Dino, il faut

•, pritr I ab~ U_upa~loup i diner. • ~me de !lino
s empr • d ob~tr, 1ahbê IÏnl. Le ha .an! fil qu'il
lomha sur un ~10cr ou la ~,11,! r11i1 lrgère et Je
langai:-c mondain.
• Qucl'r.:1 · jours •prcs. il reçut une nou,clle in, il~LJon, qu 1I refusa. ~ l'apprenant, JI. de T1Uenand
dit : c Yfu! me 1'1v1ei donné pour un hnmme· d'e _
• prit. C e1l donc un sol que cet ehlx\ .... Cela M ,e
• comjlrenJ donc pa ! • Comleae DB 8u1GsE, p. 221.
~ ll .• de . Tallryraod, eu apprenant le rtfus
1e
aLl_,è, ma _d,t : ~ Il .• _moimt d' prit quo je uc
• cro)_••~• . c■ r 11 dorait d 1rer pour lui cl pour moi
• , en1r 1c1. • Duche. ,e u~: u,~o, p. '111.

1

fi·

_O. lher, chc_z_ lord ,Gr~n•itle,_ donnant le bra i. la
rrincc.1se tle l.1cv~11: 1I s e-1 pris le pied daus les phs
de.-• rol,e et • fa1ll1 •~mber. Il n'a pas rail Je chute
mai_. ~n genou a plO)C, le pied déjà malade a toumé
~l !t s . t donné une enlorse du gros orteil. Paru
28 Jam·ter 1.~. lluchc e os D,~u, p. 208.
'
!O. Am~~e P1cuor, So111,e11irt Jntimr•. Ocntu,
1 ,o, P: ·_11,. ~ Cf. Comtesse ~2 Bo1r.~s, p. '1-2:i :
c Cruvc1lluer d1l ,au malaJe que n'ayanl pas depui
quelq~_ tcmp l liah1t~d~ d'employer le hi~lvur1 , il
' u!111t11l .•r1iclcr YarJolm . c Je comprer,d3, "ous
• aimez m1,•ux t!lrc dew:. •

�_

111ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - « Pas encore, pas encore

1•

,&gt;

Le lendemain, très matin, de guerre lasse,
quand sa parole allait s'éteindre, Talleyrand
se dit prêt enfin à signer sa réconciliation
avec l'Église. On lui lut à haute voix sa rétractalion et sa lettre au pape, toutes deux
trop connues pour que nous ayons besoin de
les reproduire!.
Ci:lle lecture avait duré près de dix minutes. La lecture terminée, Talleyrâod prit
la plume el, d'une main ferme, il appo a
successivement sur les deux pièces sa longue
~ignature : Chal"les-Jlaurice, prince de Tal-

leym11tl.
Pendant celte grande scène, neuI personnes, immobiles et silencieuses, entouraient le
lit du moribond : l'abbé Dupanloup, la duchesse de Dino, le duc de Poix, M. de SaintAulaire, M. de Barante, M. .Royer-Collard,
M. Molé, le docteur Cruveilhier el un vieux
serviteur de la maison".
Un fait remarquable des derniers moments
de l'illustre prélat fut la visite que lui firent,
à huit heures du matin, avec une sorte de
solennité, le roi des Français, et sa sœur la
princesse Adélaide. C'eût été, dans l'ancienn~
monarchie, une faveur insigne. L'ancien prélat le sentit.
- Je suis [àché, prince, de vous voir souffrant, dit le roi d'une voix faible et tremblante,
tellement émue qu'on l'entendit à peine.
- Sire, vous êtes venu assister aux derniers momeuls d'un mourant. Tous ceux qui
l'aiment n'onl qu'un désir, c'est de voir bientôt
la fin de ses ou Ifrances 4 •
"Louis Blanc, dans son Histoire de Dix Am,
raconte- mais le récit paraîL liien fantaisiste
- que le roi, lorsqu'il visita le mourant, lui
aura il demandé s'il souffrait beaucoup; que
le moribond lui aurait répondu : 01ti, comme
un damné, et que le roi aurait alors prononcé
à voix bas e le mot : Déjà!
Toujours est-il que les forces du malade
déclinaient de plus en plus. Le temps pressait, et l'on craignait que le moribond, qui
disputait minute à minute sa réconciliation
avec le ciel, perdit con.naissance. A une parole
de l'abbé, lui disant que Monseigneur de
1. • - Je vous dirai quand il sera Lemps. - ~lais,
prince, pendanl que votre main- le peul eucore ... . Mais il n'esl pas six heures, l'épondit le prince. Je l'ai
dit que je siguerais demain, entre cioq et sil'. hemes
Ju malin; je le le promcls encore. • L'allbé I..AGIIASG!l,
Vie de .Mgr. Dupan/.oup, Puussicli:ue, Paris, 1883,
l. l. p. 'lâO.
~
2. La rédacl.ionde ces deux pièces est du 10mars 1858.
, Rome, toujours prudente. a écril Chateaubriand, n'a
eas rendu Jublique, cl pour cause, la rélractalioo. •
Mémoires 'Oul1·e-Tombe, édilioo Biré, L. Vl, p. 431.
- U'une lettre adressée par Mme de Castellane à
l'abbé Lagrange, il ,ësulte cependant que le pape
Grégoire XVI aurait reçu le message de Talleyrand
« comme la plu,, vi1·e consolation de son pontifical ~L·abbé L•CRJ.liGE, loc. cit., p. 255.
;j, Le valet de cliambro Hélir. • appulê sur le bord
.J.u lit el fondant en larmes • · l,'abué AGRA.'iCE, Loc.
cil., p. 2â5.

Quélen serait heureux de donner sa vie pour
lui, il se soult:va légèrement. et, d'une voix
paisible :
- Dites-lui qu'il a un bien meilleur usage
à en faire.
- Prince, continua l'abbé, vous avez donné
ce matin à l'Église une grande consolation;
maintenant je viens, au nom de l'Églist-, vous
offrir les dernières consolations de la foi, les
derniers secours de la religion. Vous Yous
êtes réconcilié avec l'Église catholique que
vous aviez offensée; le moment est venu de
vous réconcilier avec Dieu par un nourel aveu
et par un repentir sincère de toutes les fautes
de votre vie.
« Alors- c'est l'abbé Dupanloup qui parle
- il fit un mouvement pour s'a,·ancer vers
moi; je m'approchai, el aussitôl se deux
mains saisissant les miennes et les pressant
avec une force et une émotion extraordinaires,
il ne les quitta plus pendant tout le temps
que dura sa confession; j'eus même besoin
d'un grand effort pour dégager ma main de
siennes quand le moment de lui donner l'absolution fut venu. Il la reçut avec une humilité, un allendrissement, une foi qui me
firent verser des larmes a. »
li sembla de même recevoir l'ExtrêmeOnction avec l'émotion d'une foi vive el d'une
ferme confiance. Puis l'abbé Dupanloup, agenouillé au pied du lit, récita l~s litanies des
saints. Quand il arriva aux invocations des
martyrs et qu'il prononça le nom de saint
Maurice, le chef de la légion thébaine, massacré par ordre de Maximien Hercule, patron
du célèbre diplomate, on vit le vieux prinœ
s'incliner et son regard chercher celui du
prêtre, comme pour bien témoigner quïl
s'associait à ses prières.
Ver trois heures, sentant que la fin approchait, l'alibé Dupanloup commença les
prières des agonisants. Le mourant paraissait
'y unir si visiblement qu'un des assistants
en fit la remarque : « Monsieur l'abbé, voyez
comme il prie l &gt;&gt; Il avait, en effet, les yeux
tantôt ouverts, tantôt abaissés, mais toujours
la figure calmP,, et son intelligence semblait
encore domint'r la mort. Enfin, les forces lui
4. Amêdée P1cHor, Loc. cil., p. Sl5.
On a dit, pour expliquer la démarche de l.ouis-PhiliQPC, que ce fül pou1· honorer le serviteur dévoué de
sd' famille. Mais on a pensé aussi q11e d'autres mo•
biles l'y èonduisirenl. Ou sait que l'ancien minislrc, le
confident intime êt3it resté déposilnire de piêce que
LQuis-Philippe avaiL le plus grand intènlt à faire disparaitre. Çau rail èlé le priDCJpal molif de la 1·isite 4u
roi. qui, n'ayaul pu complétement réussir Je premier
jour, serait revenu ·eul le leudcmaio et serait parvenu à se faire loul remettre.
Quoi qu'il en soit, ces papiers ont disparu dans le

soc des Tuileries, le '14 fè,·rier 1848.
5. L'o.1,bé L.,GRA~GE, /oc. cil., p. 256.
6. Cooxr \J .• J'.), rue Saint-llonurè, 383, Almanach
l'Ol(al, /Jllll&lt;!e 185R.
1.

Gh.

ll.

CnATEAllBRlHD,

O. Ch.

PucE
Pt..\Cl

FLORE~s, loc. dt., p. 120.
Loc. cil., t VI, p. 424.
el J. FtOREXS, /oc. cil., p. 120.

rt J.

manquèrent tout à coup, el. à trois heures
trente-cinq minutes, ses lèvres se fermèrent
pour jamais.
•
L'autopsie fut pratiquée sur une longue
table, dans l'antichambre de la bibliothèque.
par le docteur Cogny n, médecin ordinaire du
prince. On trouva les poumons sains, le cœur
\!Olumineux et entouré de graisse, l'aorte
et les principaux troncs artériels ossifiés
et cassants dans presque tonte leur étendue. Le foie et l'estomac n'offraient aucune
lésion.
Le corps, qui d'abord deYait ètre embaumé
par le procédé Gannal, le fut suivant l'ancienne méthode par M. Micard, pharmacien
du prince.
Les globes oculaires furenl ,·idés et remplacés par des yeux en émail, fabriqués d'aprè un portrait parfaitement ressemblant;
du vieux diplomate, que les gravures représentent, au temps de sa jeunesse, comme fort
joli, mais qui, ~ en vieillissant, avait tourné
à la tête de mort »8 •
Deux heures avant d'èlre mis en b.ière, la
figure du prince était déjà en complète dessiccation, à tel point que les parties charnues
des joues et de la bouche résonnaient sous la
percu.sion du doigt 9.
Le 22 mai, à onze heures, le corps fut
placé sur le char funèbre, et le cortège se
mil en marche sous une imposante escorte
d'in ran terie.
Le service funèbre eut lieu à l'église de
['Assomption, puis, !'absoute donnce, le
cercueil ful descendu dans le caveau de
l'église.
Quelques jours après, on transportait à Valença · et l'on déposait avec solennité dans le
caveau d'una chapelle les reste du prélat récalcitrant, 'lui avait disputé ju qu'à la fin sa
réconciliation avec le ciel, de l'homme politique qui, couvert d'honneurs, de riches ·es,
de diamants, avait abattu, relevé les trônes,
trahi Lous les gouvernements, même vendu
sa livrée en quittant ses maîtres.
La comédie par laquelle cet homme de
compromis el de marchés avait couronné es
quatre-vingt-cinq années avait fait dupe la
piété de son entourage. Une dame de la vieille
cour avait même eu, le jour de l'enterrement,
un mot heureux : &lt;&lt; Eufin, il est mort en
homme qui sait vivre. ,&gt;
Mais on raconte aussi que, moin crédule,
un représentanl d'une cour du Nord vint
gaiement annoncer la nouvelle de la mort
du diplomate, en ces termes, à U. .Guizot :
&lt;C Eh bien! vous savez 1 lc prince de Talle1rand a fait son entrée triomphale aux enîer .
ll y a élé îort bien reçu. Satan lui a mème
rendu de grands honneurs, tout en lui disant
cependant : « Prince, vous avez un peu dépassé
mes instructions. »
DOCTEUR

)Lu B1LLARD.

dernières amours
de la comtesse du Barry
Par PAUL OAULOT

Nos Archives nationales possèdent deux masse, d'autres pièces se rapportant à cette juge.lit peu importants, car pour lui tout
dossiers concernant la comtesse du Barry. liaison, notamment des lettres de a la Morte- s'effaçait devant le crime d'avoir été la maîL'un ne contient presque rien; l'autre, au mart, fille de Brissac, » pour parler le lan- tresse du « tyran français, Louis, quinzième
du nom ,&gt;, et qui pour nous,
contraire , renferme, outre les
au contraire, sont d'un intérèt
principales pièces de son procè
considérable, ces documents et
devant le Tribunal révolutionles renseignements qu'on peut
naire, une série de documents
glaner çà et là dans les Méprivés qui jettent un jour sinmoires du temps permettent
gulier sur cette femme célèbre
de relracer sans trop de lacuet éclairent certains côtés, peu
nes ce joli el tragique roman
ou mal connus, des Jernières
d'amour t.
années de son existence.
A.u lieu de la maitresse
royale, c'est la femme qu'on
retrouve dans ces pages, et,
On connaît l'incroyable forsuiv~nt la formule du jour,
tune
de la comtesse du Barry.
nous avons là le document huFille naturelle d'Anne Bémain après le document offiqus, dite Quantigny, et de père
ciel.
inconnu, Jeanne était née le
Au milieu des notes de po19 août 1743, à Vaucouleurs,
lice, dénonciations, acte d'accudans ce village célèbre par le
sation, interrogatoires et pièces
.ouvenir de Jeanne d'Arc.
diverses, on découvre une liasse
Amenée à Paris par sa mère,
de neuf lettres, et, sur le paelle
avait eu une enfance mipier grossier qui lui sert de
sérable, et sa jeunesse menachemise, oô lit celte note :
çait d'être pire encore, lorsque
« Lettres de Brissac avant et
le
hasarù, aidé par le duc de
&lt;( depuis la Révolulion. Peu
Richelieu
el par Lebel, valet de
cc impo1·tanles,
si ce n'est
chambre du roi, la mit en pré« qu'dles p1·ouvent ses liaisence du monarque désœu vré,
&lt;&lt; sons intimes avec elle (maet veuf à la fois de sa femme
&lt;&lt; dame du Barry), ainsi que
cl de sa maître se.
(( sa façon de pen se1• SUI' la
&lt;&lt; Sa taille, s.a fraicheur, sa
« Révolution. &gt;&gt;
physionomie radieuse, son air
« 1l est à ,,emarquer aussi
de vierge, l'ensemble de ses
« qti'elle a employé toute 1me
charmes,
et surtout ses talents
&lt;&lt; nttit à b1·ûler sa correspoupour
le
plaisir,
dit l'abbé Geor« dance anec lui, le jon1' de
ge!, la firent juger propre à
« sa nwrt à Versailles. )&gt;
jouer le rôle de maitresse favoEt ces neuf lettres, aveclenr
rite. ,,
écriture nette, à la fois ferme
On lui fabriqua aussitôt un
et coulante, ressuscitent pour
Gravure de BeACVARLET. d'après le tableau de DROUAIS.
état civil qui elfaçàl les hontes
nous tout un passé, et font rede son origine incertaine : elle
gretter vivement celles que madevint
la
fille
de Jean-Jacques Gomard de
dame du Barry, s'il faut en croire le rédacteur gage de l'époque, de Maussabré, l'aide de
Vaubernier
et
d'Anne
Béqus, dite Quantigny;
camp
du
duc,
du
chevalier
Bernard
d'Escours,
de la note, a brùlées dans une nuit d'angoisse
bien
qu'elle
fût
fort
jeune encore, à peine
vieil
ami
et
confident
de
madame
du
Barry,
et de deuil. Mais, quelque réduit ·qu'en soit
le nombre, elles sufJisent pour reconstiluer el des billets de celle-ei, facilement recon- vingt-six ans, elle eut la précaution de se
l'histoire des amours d'un grand seigneur et naissables à leur écriture fine et menue, de rajeunir de trois ans.
En outre, l'usage exigeant que la dignité à
de l'ancienne maitresse royale, d'autant que véritables pattes de mouche.
laquelle
on l'allait élever ne fùt donnée qu'à
Ces
documents,
que
l'accusateur
public
le dossier renferme encore, éparses dans sa
l. Arch. nat'" W 16, u• 701, Mé111ofret pour se,·vir d l'histoire des événements de la fî.,1 du :svrn•
aiicle, par l'abbé GE011GEL; Mémoires secrels du C'•

d' ALLOt&lt;VltLE ; Mémoires de Duu~·s; Les Rtvolvtiona
de Pa,.-is, ptr J)11oouo1nu:; Le Cou1Tier ff"a11çai1
(n• 259); Cuiioaitts hirtorîque&amp;.
J.-A. LE llo1;

var

Conetp. secrète entre Marie-Thbè!e et le comte
de Jlercy-Arge11teau. par le chel'alier d'AJINETH i La
du Barry, par E. el J. de Gor;couar, elc., etc.

.

�1l1ST0~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - une Femme mariée, le dernier en titrr. de pour la fa,·oriLe. L'incidenl, où le duc parut
e aman~, Jean du Barr , faisait venir en
ou un jour peu digne de lui, fit quel'}ue
hâle de Toulou. r. sou frère Guillaume, et un bruit à 1a cour,
aumônier du roi donnait à cette ·ingulière
Le duc do la \'rillièrc, 'étant. mis en tèle
union la con. éaalion rel i:1ieu'e (1•r eptem- de donner à ouper un oir à ln comte._e du
bre 176 ).
Barry, convia madame de Cos.-t.i, qui rcfu~a
Introduite à la cour et bientôt pre"·entée. de ' ren,lre 11 celte fète. Le refu. eut un
la oourelle comtes e éblouit lou' 1 yeux; grand retenti ,cme11t, et le duc rt!CUt des
. on éclatante et fascinante beauté lui con- reproche amers . ur la conduite de a femme .
quit rapidement une nuée d'admirateurs, dont Oo alla même ju:qu'à exiger qu'il us.\t d'auplu. ieurs a ·urémeol poussaient l'admiralioo torité vis-à-vis t!'ellc.
ju qu"à l'adoration. Et il e l à croire qu·elle
ForL embarrassé, il pensa ùn tirer par
ne vo ·ail point arec dépl:ti ir cc murmure une mam-aise défaite, et dfrlara 11ue. a femme
flatteur lui faire cortège, bien qu'on ne pui. e avait agi ain. i par l'ordre Je la Dauphine.
rien articuler contre . a vertu, i l'on peul se
Ier y-Argenteau ne lai· a point pas cr
ervir d'un pareil mot en pareille circon, tance, cette ail !,,alion, et dé aroun nettement le duc.
pour exprimer a fidélité au roi pre qu' exa- La Dauphine, en l'e pèœ, n'avait donné aucun
~~naire qui la déshonorait de se fa\'curs. ordr· à ·a dame d'atour.
Plus ré'er,·ée que la mtrqui. e de Pompa« Le duc partit le :rnrlendemain pour
dour elle n'eut pas de Choi eul pour amant. Pari ; m3Î., en vue dt:
r 1habiliter auprè ·
Dans la foule brillante qui l'entourait de la faîorite, il écrivit à a femme une lellre
d'homma"e , un gentilhomme de haute li!!llt.te trè forte où il exigeait d'elle de témoi ner à
cl de belle prestance, desliné par sa nai sance la comtes e du Barry toute sorte d'attentions
el .on nom aux premières dignité , e di tin- et de ne e refu er à rien de ce qui pouYait
gua hientôt par le culte pa sionné qu'il lui lui plaire.
voua, et la fa\Orite e entil aimée comme ell1•
La Juche. e répondit à son mari qu'en
n'avait certe point coutume de l'être: re.~pec- prenant posse . ion de sa charge, elle avait
tueu emenl.
été Yoir la comte· e du Barry, ruai· qu'apr\
Certes, elle avait droit d'être fière d'une celle démarche, elle n'en ferait aucune qui
telle conquête. Fil' du maréchal de Bri ac, pùl la faire regarder comme étant de la ociété
gou,·erne11r de ParL, Loui -Herct.Ùe-Timoléon, de la fayorite, que jamii elle ne • · résouduc de Cos é, avait q11elquc neuf an de plu. drait, et qu'dlepréfêrcrail remettre la démisque madame du Barry., é le t4 février 173i,
ion de sa place 1 •
il a\'ail épousé, le 2 février 1760, la econde
Mabé le ennui, que lui causnit celle
fille de Loui -lfazarini-.laocini, duc de .'h·erilu lion tau. e, et bien qu'il n • f1)L p:i. payé
oai , que lord Chesterfield cite, dans es de retour, le duc de Go sé ne perdait ritln de
lf'llres à 011 fil·, comme le modèle du genon ardeur amoureuse pour madame du Barry.
tilhomme accompli. La fille étail digne do lleureu1. d'aimer, il att odait patiemment
père, el le comte de Creolz en donne un d'être aimé, el il di!vait attendre longlemp
témoi •na"c indiscutable dans une dépêche au encnre.
roi de uède Gustave Ill :
Madame de
Co é, dit-il, est aimée et rei pectt'•e pour se
Il
vertu et l'agrément de son prit. •
n fil était né de cette union, mai le
Loui · XV meurt (JO mai t 77,i); madame
pauHe enfant, d'une anlé fort délicat•, était du Barry e t exilée à l'abba5·e du Ponl-auxpour e.~ parents moins une eau e de joie que [) mes; l'ordre lui en e. t Iran.mi par le duc
de ouci, et exigeait des oins constant . Vers de la Vrillière. a chut•, pourtant facile à
t 7i0, une petite fille allait naitre, que a pré\·oir, l'irrite plu. qu 'el!e ne l'abat.
mère tiendrait à honneur de nourrir elle- Le beau foutu règne qui commence par
même.
une lettre t.le cacb t ! s·écri --t-elle,
lalgré le charme et le vertu de sa
on eril cependant dure peu. Elle revient
femme, le duc d · Co, é ne -e lai .. a pas d'abord à . aint-Yrain, pli: d'Arpajoo, dan
moins séduir • par la nouvelle beauté qu'un 1111 domaine qu'elle achète à un Y. Ou-val,
caprice de Looi XV avait révélée à la cour, ancien commi de la marine, avec lequel elle
el cettr. admiration pa sionnée ne re La pas a\'ait jadis ébauché une iotri!!Ue, vite abanlongtewp · ecrête. .fcrcy-Arrrenteau repré- donnée dè qu'il !&gt;'aperçurent qu'il y chersente 1 du c comme a e0Lièr1:ment lhré à la chaient des cho, bien dillérentc. : e!Je, de
fal'Oritc, » cl madame du Delland l'appelle le l'argent, lui, de l'amour.
c fa,·ori de la .uhan~ . Bref, le ~- it élail i
Ven, la fin de l'année J 7i5, eUe rentre
connu que, lorsqu'à la mort de la duche se dans son chl'r Lou\'ecicnnes, don dt• 'on royal
Je Villar·. ,lame d·atour de la dauphine amant.
Maric-.\ntoinelle, il fut que lion de nommer
Elle a d'abord e sayé, pour comballre
à a place la du be ·c de Co .é, l"hé ·1tation l'ennui de on exi. lence désœu.rée, de troufut .,ranJe, tanl on ·'ima)!ioait voir dans ver une diversion à a ~olilutle dans les émoce choix une d· i"natioo Je madame du tions du jeu, mai bil•ott'll ell sïmanine
Ilarr1.
aimer, el l:t voilà redevenue l'.amoureu,e
Oo passa outre néanmoins, et l'on eut d·aotan. L'objet de celle pa ion est un Ânbientôt la preuve que madame de Co;; é ne
1. Lellre ,1 llerrr-!r oleto i.
arie-Tbérèsc.partageait point 1 enlimcnts de son mari Recuâl
d'Ar11rth, l. ·1, p. 371.
1

glai ·• lord ymour: mai 1• ;;.1price dure
~u, el le mom nt arrÏ\·e enfin où la lon 11 ue
con,lance du duc de Cos é est récompensée.
\ladame du Barry l'aime autant qu·ene en
ei t aimée. li emble alor que tout \·ienne à
la foi au noLlc soupirant, l'amour el le~
honneur.. Depui le 12 férricr l 77t&gt;, il est
•0111· rneur de Pari , à la place de son père
démi,sionnaire; quelqul' année plu tard,
la mort ne .oo père le fait duc de Bri . ac. Il
e t capitaine-colon 1 des Cent- uL"-' · de la
"arde du roi, lieutenant général de armée.
du roi, gr.ind panetier de France.
~lai. toute cc haute dignités n'ont rien
changé à a tendre. -e amourcu e pour madame du Barr ; bien mieux, il \il maintenant
awc elle dan une intimité ouYcrle. Ce n'est
plu . eulcmenl à LoU1·er.i1·nne , dan cette
di ·crète retraite, que le· deux amant al,rilent
leur~ amour~, il, ne. c quittent presque plu ..
Madame du Barryvient ouYenl à Paris pa. ser
la journée, - et la nuit, - chez Il' dur, dao~
son hôtel, rue de Grenelle, faubourg intGermain; elle l'accompa1rnc dan~ se vo ·age
ou Je rejoint dan e déplacement ; c'est
une pas ion connue, affichée : elle e fait
même adresser ·a corre. pondance chez lui, 11
l'botel Bri ac.
L'intérêt n'e.:-t pour rien dan celte liaison.
le cœur e t tout. Ce n·e~l plu - la fille qui e
vend, c'est la femme qui ,c donne, et, ~ndi~
que Looi XV s'était abni. sé ju qu'à elle, on
peut dire que le duc de Uri ac l'a éle\·ée
jusqu'à lui. La familiarité quelque peu gro. •
ière de on lan!!age a di:paru, . es allures
trop libre e sont réformées, et le changement e~t .i complet que le comte d'111on,·ille, qui ln rencontre, n•rs 17 0 ou 17 2,
d3n u11 voyage &lt;ru'elle fait en ~ormandi_e
pour aller vi iter le dur, ei l frappé de 11 la
11écence de on ton et de la noble e de es
manièr ·: ».
li étaient alor , l'un dan tou le la force
de l'A e, l'autre dans tout l'éclat Je la beauté.
Et.ils devaient rei ter ainsi ju qu'aux derniers
jour~, lui, ardanl a jeune ·e de cœur, elle,
Jcs grâce mcrveilleu e d'un ,i ·a1re et d·un
corp toujours jeune .
1

Ill

C forent de délicieu,r. amour,.
Le nuage· qui ':imoncelaicnl ur la
France n'étaient pa prêts à cre\'er rncore, cl
ils étaient rar • ceux qui, à ce moment, pré\'oyaienl le orage ; on peul aîfirmer que ni
Rri ac ni madame du Barry n'en étaient.
Quant au monde, il \'Oyait avec iodulnencc
cl'lle pa. siou partagée. Ce n'était pa. en celle
/ln du dix-huitiècne siècle, aprè le liberté~
de Lou genre que _'était octrol '' une ·ociété élégante et di olue, façonnée à lïmanc
du roi Loui · X\', qu'on eùl montré de la
-êvérité à l'i! aril d'un mari qui abandonnai!
a fe111me : c'étaient là accidents trop commun.. Ce qui le parai sait moin , c"étail la
longue fidélité de ces deux amants, objet
d'une curio.ité bienveillante.
Certes, il est à regreuer que madame du

,

___________________

tl.1rry ait détruit la plus grande partie de'
lettr~ qui lui rurt!nt alor · adre,-.ées par le
duc de Brissac; car, d'après le p •u qui re te,
on pt:ut juner &lt;1uel intérêt aurait eu pour
nou cette com•~pondance d'un •rand eigneur amoureux; mai ll's billet,- •1ui onL
échappé à la de truction permellent de constater toute la délicates e de celle pa,.ion
re~pectueu. el tendre, et il ~ont uaimenl
d·uoe hieo jolie tournure d'espril.
En voici un s.,n date, nai il est ai. é de
\·oir quïl remonte à r.;po'lue heureu. e, de
17 2 à t i li. Il porte comme ,uscription

A .l/111f&lt;mw
,1/adame ln co11tle.~te ,/11 Barr.11, il lurie1111e.

« mile amour .• mille remerciements, chrr
rœur: ce soir, j · crai prè · de vou~. Oui,
c'est mon honb1·11r d'èlrc aimé de 1·011~. Je
\'OU. hai.e mille fois.
« Ce ·oir, j'ai à huit heures un rtndezrou · avec madame de Las Cases. Je ne .ai:.
ce qu'elle me ,·eut. J'irai chei: elle el ne lui
donnerai point la peine de venir chez moi,
4uoiqu'il n' ait ril'n qui pui
touch r mon
cœur que vou ·.
« Adieu . .Je vous aime Pt pour loujour .
J'attends mon mond' qui, je croi , ·ern
nomhreux.

[Es DER,NrE'l('ES A.MOU](S Dë LJl CO.JKTESSE DU BA]{]{Y - -...

l •ttre peut-être, mai quand je m'eotrclir11:,
arnc \'OUs, je ne m'ennuie pas.
1 , aYez-vou que je sui. as. ez piqné de
n'arnir pa P.ttl nommé pr 1 ident de l',\ :eml,lée provinciale d".\njou? Je ne l'ai pa ·· demandé. mai. à qui puis-je allribu~r d'arnir
été oublié? En v1:rité, cela me p ·e et m'aflli~e ....
,, . . ll fout, chère amie, \'Oir 11!s Lroup ·s,
mu~ ,1uilter, vou dire que je vou aime, et
!1ue je erai heureux el ~alisfait de vous re\'Oir en aus6i bonne noté qÙe je le dé ire. »
L~ année. pa ,ent : roici 17 9 avec on
t{1rlè"e d 'oppréhen iow, de troubles eau é·
p:ir le mou1·emcnt r :rolutionoaire. ~aL le
in1piiétude politique n'altèrent point la. . ért!nité de leur amour. Au moi d'aoi1t, r. de
Bris ac e l obligé d'aller pa ~er quelquP.
temp à Bri · ·ac el à Angtr' : la séparation
lui e l cruelle et le jour. lui parai sent Ion,,~.
c

llri. 'laC, c,• 2:,

lOU!l

17

o.

• Je Yai. demain lrou\'er l • marquis dc
Rav, :\ Ao..,er~ ....
; Ce qui l'e l (f:lcbeux), Madame la comt c, c'e l de ne l'Ous écrire qu'un mot. Il
fauL faire partir ce courrier, vou dire néanmoin · l{Ue le~ sentiments qui m·attachent i,
rou · ont ,if el sincère , que je voudrais
c Cr. ,limanche, it. dem hcun·. 111rènni1li. •
être à la place de la ociélé qui ;auvent jouit
du plai.ir de , ou \'oir ....
Le autres billet ont dat l , el l'on peul
c Je me porte au·si bien que le peu\ent
, uine ain i l'hi Loire de cet amour qui ne permettre le· affaire du t mp .....
,·a rie point. Hien, commè il l'a dit, ne peul . « Dan un moi , j'ai l'e poir de vou retourber on cœur que celle &lt;1ui le po.sède voir et j'en ai grand be. oi11. •
déjà.
• _\ .\n~crs, ce _tm,·,li 2tl aou.t, a mi,li.
, \ La F'h'-clle, ce ~(i 1011 1 1i86,
« Que 1otre lettre du 22, . ladame la coroâ di1 heures du malin.
le.! e, est philo ophique el a,-ante I Oui, il
c Je ui arrivé hier ici à une heurr, el faut de la philo opltie el de l'espérance, ainsi
toutes l pcr onne qui deYaient courir la que de la patience, lorsque l'on e l loin de
po te e sonl rèlcn!e pour me devan er; \'OU 1. ..
au si, cltcr cœnr, sui -je à attendre des chec On dit que Paris n 'e l pas tranquille : il
vaux. Je rais . uivre une route de tra,er·c où manque ainsi que ,·ou de u.h~i lance . Que
l"on ,,a au pa : a.in i donc me ,·oilà r •tardé ne puis-je partager avec vou' tous les beaux
d·un jour. ~fon impatience de ,·ou, rejoindre fruit que celle belle terre nou a procurés
n'en diminue pas. Oui, cher cœur, le mo- celte année; mais il ne erait ni prudent ni
ment dt: me réunir à vou., non d'c prit, êar po. ible de tenter de vou en eovo ·er, el le
je le suis toujours, mai· de pré eoc ', l un municipalité redoutenl le peuple, qui, non
üolcnt dél,ir t1ui ne peut ,e ralentir.
content de ce qui lui est néœs.aire, veut !!llr11 Adieu. C Ile lettre ,a partir :ace celles
dt!r le uperflu.
d'.\nger. que !"on allend pour dtlpêrber celle
&lt;f liai· adieu, adi u, ,1adame la comte
;
de cette ville, où il ,. a un monde infini qui il est tout à l'heure midi, el je veux aller
viennent chercher lc~r. cofJnt:.
diner à Uri sac.. Je vou. offre me homrua"es
« Adieu, cher cœur, je vou · baise mille cl el mes remereiemeols t.l~ -voire e aclitmlc à
mille foi de touL mon cœur.
me donuer de vo nouvelle . Elles ont mon
-a A mardi ou mert·reJi, de bù1111c liettre. »
cul bonheur, comme de pen. er à ,·ou,, aU.I
cntimenl!i ëternd que je rou ai voué. , el
• ~ \ e111lo,1111 1 cc 16 ou l I ii&lt;1.
que je vous o0re de tout mon cœur.
u J.: Youdrais, chère amie, tJue l'ou cu~- • « J'aurai pu hier recevoir de .os nousiet. pu m·annoucer uoe totale guéri ·on, 11ue vel!!•~, et je n'en ai pas eu. ll
votr emlionpoinl me la ccrtiliâl, et rou. ne
fai~ ni l'un ni l'autre. • ·éanmoiru;, chère
Quelle délicate se dans ce dernier trait qui
amie, il faut e réjouir un peu de ,otre nou: pourrait pa ·er pour un reproche el qui n'e l
velle pare e, à la&lt;tuelle vou êle. i peu que l'expres ion d'un dé ir el d'un regret!
aœoulumée, pui·qu'i.ille me fait e pérer que
La Jeure ui ante, de quelques mois po ron. vou tiloinnerez moin de moi.
térieoN, et datée d Tuilerie., où logeait le
, Je mus ai écrit de Bri . ac une lon!!1le gouverneur dePari depui le 10 octobre 17 9,

e. t un petit chcf-d·œmre de . implicité, de
bonhomie, et avec cela d&lt;! gràce el d'ardeur
juvénile.
li parle de sa légère incommodité avec la
rranchi.e d'un homme ùr de l'alîection de
on amie, el qui u'a nul bc~oin pour en être
toujours chéri de se taire sur le~ cho,e rnlgaire~ · mai comme, à la lin, il e relève et
montre sous le pre que exa"énaire qui Lous e
el qui crarbe l'amant' loujour jeune, toujour:. épris!
, Am ruileric .. ce mercre,li 11 no.-emhre 1780.
11 le vai. me mellre au lit, cher cœur,
pour être demain moin enrhumé que je ne
le ·oi. , et pou oir \'OU.' fairtl meilleure comp3brnie que je ne le ferai· si j'étais au si cntrepri de rhume que je le ui .. Ce rhume
est humorique et \rieut de la stagnation d'un
trop long éjour fait à Paris, auquel je ne
_ois rien moins '[U'accoutumé el qui finira
par me tuer ou me dé oler, si bicntàt ma
ré5idence n' t leYée. Je l'e père, et ne vous
en parle pa · dan. la crainte qu'une précipiLation de joie ne la retardP.
« Adieu, tendre amie; je vou aime el je
vou bai.e mille foi: du plu t ndre de no
cœur , je voulai dire de mon cœur, mai je
n'effacerai pa ce que ma plume a tracé,
aimant à penser que voire cœur et le mien
ne on1 pour jamai. qo'un.
« Adieu, à di&gt;main. Je vai tâcher de suer
et de cral·her: joli projet à mettre en réalité.
C'eH une occupation moin désa!!réahle dans
la circon-iance présente qu'elle ac le erail
·i le temp- était calme et par con ·équent
beau. Toul ce qui se pa e e l réellemenl
m1·stérieux et fol, el la a11e e t de ,·oo
aimer.
1 AJiP.o, tendre amie! Adieu, cher cœur.
je \'OUS aime et vou bai. e. 1&gt;

IV
Les événement devenaient chaque jour
plus graves, et il était dès lor • facile de prévoir quel danger menaçaient le royali le
re Ili. fidèl . .Beaucoup. 'autori ant de
l'exempl • du comte d'.\rtoi , 'éloirrnaient
prudemmenL, cherchant un r •fuge de l'autre
tôté de la frontière.
Le gouverneur de Paris, commandant la
garde du roi était plus menaœ 11ue qui que
ce tùt. Quel,1oes ami' le pre èrent de se
ou-traire aux ren"canc • populairt• , et lui
consdllèreot d'émigrer.
Abandonner on roi dans le malb ur, Bri ac n'y ongea pa, un instant, cl, bien 11u'il
ne se fil guère d'illu. ion sur le orl qui lui
erait ré ·ené, i la Rél·olulion triomphait, il
ne \·oulut pa éparer . a cause de celle de
Loui l \'J.
- Je fais cc que je doi à es aïeux cl aux
mien , répondit-il fièrement à œ prudent
con-ciller .
Et il re ta à on po te.
Toutefoi , jugeant inutile de faire partager
ses péril à. a fille. madame de Mortemart,
il la fit ou la lai a émigrer. C'est san doute

�~-------------------- [ES DE1('NTÈR,.ES AJffOU'J?.,S
à ce moment que celle-ci écrivit à ·madame
du Barry le billet sans date qui se trouve
dans le do,sicr. Il prouve, une fois de plus,
que la passion du duc de Brissac était en
quelque sorte reconnue, puisque la fille n'h~
sitait pas à écrire à la maîtres~c, - disons
comme elle: à l'amie de son père :

« Daignez agréer, madame, tous mes remerciements de ms bontés rt mes regrets
d'être obligée de renoncer à l'espérance de
vous voir avant mon départ. .Je suis bien
afl1igée de l'idée d'être si longtemps sans voir
mon père et de n'avoir pas la permission de
l'embrasser hors de Paris avant de le quitter.
li faut se soumettre puisque c'est le seul
parti qui nous reste. Recevez, je vous en supplie, madame, l'assurance des· sentiments
que je vous ai ,·oués. Il
• C,• 1:;.

~

parèrent du contenu de cette affiche pour
lancer contre l'ancienne fal'orile de violentes
accusations.
Les Révo/11 I ions de Paris', rédigées par
Prudhomme, se signalèrent par leurs insinuations perfides :
« Depuis la révolution, la dame du Barry
n'a cessé d'employer tout l'ascendant que lui
donnent de grandes ricbesses acquises 011 sait
comme à faire régner la mésintelligence entre
les habitants des environs de Lucienne el les
Suisses de Courbevoie. Les menées sourdes
concertées al'ec les principàux officiers n'ont
pas eu tout le succès désiré. Tout au contraire, on est prévenu si peu favorablement
sur le compte de la maîtresse du ch:iteau de
Luciennr, qu'on ne craint pas d'élever des
doules sur la réalité du vol de ses diamants;
la réduction considérable dont les revenus de
ladite dame sont menacés lui a fait naître
l'idée, dit-on, de se rendre intéressante en se
donnant pour victime d'un événement fàcheux
et en se procurant un titre 11 l'iudulgence de
l'inexorable Assemhlée nationale.
&lt;( ()uoi qu'il en soit, sa conduite dans la
position où elle s'annonce n'est guère propre
à la fa.ire plaindre .... »
Pour un peu, il semblait qu'elle s'était
rnlée elle-même.
Avec sa légèreté habituelle, madame du
fürry ne parut pas tout d'abord· attacher à
ces attaques l'importance qu'elles méritaient.
Elle continua sou existence d'amoureuse, ave.c
la l&gt;elle insouciance de la femme heureuse,
heureuse d'aimer et d'èlre aimée. C'est à
celle époque que se place l'envoi de ce billet,
dans lequel le duc de Brissac fait allusiou au
vol &lt;[UÎ vient d'avoir lieu :

Tandis que madame de Mortemart cherchait, avec son mari et son enfant, un abri
dans les Flandres ou dans la Prusse rhénane,
son père restait en France, retenu par le devoir; et madame du Barry, retenue par son
amour, et aussi par le désir qu'elle avait de
ne pas quitter Louveciennes ni les richesses
qu'elle y avait accumulées, ne songeait point
davantage à émigrer.
Elle s'imaginait apparemment que la génération nouvelle l'avait oubliée, et comme elle
ne s'était guère occupée de polilique, sauf
pour renverser Choiseul du ministère, et
qu'elle n'a,,ait jamais fait de mal à personne,
elle se croyait à l'abri des haines populaires,
cl monlrait, au milieu des événements qui
s'annonçaient de plus en plus terribles, une
extraordinaire sérénité el une plus extraorc Cc mercredi . 2 f.l,·ricr1701. •
dinaire conliance.
Peul-être l'une et l'autre auraient été jus&lt;&lt; Arrivez, très cher cœur, et prenez toutes
tifiées par les faits, sans un incident vulgairr, les précautions possibies pour votre vaisselle
qui vint ramener l'allention sur elle et dis- et autres effots encore précieux s'il rnus en
siper l'oubli qui C&lt;'mmençail à se faire autour reste. Oui, vous et ,otre beauté, votre bonté
de sa per, onne.
et votre magnanimité, j'en suis .confus, et me
Dans la nuit du JO au J l janvier 1i9 l, sens plus faible que vous. Et pourquoi no le
alors qu'elle se trouvait à Paris, dans l'hôtel serais-je pas pour l'objet qui m'intéresse si
Brissac, un vol fut commis à LoU1·cciennes. vin1ment'!
De hardis filous firent main b~ssc sur la plus
« Adieu. Venez donc de bonne heure. Volre
grande partie de ses Lijoux.
arri,ée est-elle sue? Ne m'avez-vous pas dit
Madame c'.u Barry, ne 'foulant rien négli- que ce soir vous auriez à souper dix ou douze
ger pour renlrrr en possession de ses trésors personnes? Donnez-moi vos ordres vile par
dt'-robés, commit l'insigne imprudence de cet exprès qui reviendra sur-le-champ ici
foire apposer sur les murs de Paris une affi- même : tout sera prêt pour que vos ordres
1•he qui étalait en gros caractères ces mols : soient e.xéculé~.
« Adieu, je lous aime cl vous embrasse
DEUX ~IILLE LOVIS A GAGNER
de tout mon cœur
&lt;( A ce soir. »
Diamants el bijou:r perdus.
Suhait une longue énumération, digne de
l'inven1aire du plus riche joaillier. Cela seul
suffisait à exciter les com·oitises; mais les
noms de Louis Xlll, de Louis .XIV, de
Louis XV, revenaient sourent dans cette énu_mératiou, et il n·en fallait pas da,antage
poffr él'eiller les hames rérnlutionoaires au
souvenir de ces prodigalités princières.
Les conséquences d'une telle i~prudence
ne se firent pas attendre; les journaux s'em\'. - !hsTOI\IA - rase. 33.

DE LA COMTESSE DU BAR..'f?..Y - - ,

Son amour pour Brissac n'empêchait point
cependant madame du Barry de songer à ses
diamants, à ses bijoux volés. Aussi, ayant
rrçu avis que les rnleurs avaient été retrc,uvés
et arrêtés en Angleterre, elle se mit en roule,
accompagnée de .\1. de Maus~abré, aide de
camp de Brissac, et du chevalier Bernard
d'Escours, son vieil ami.
Mais la procédure anglaise était plus com1. X• 81, du 22 au 29 jam·ier 1791.

pliquée que la paune femme n·e se l'imag-inait; elle eut la joie de revoir ses· diamants,
mais non la satisfaction de les reprendre.
Elle ne resta que quelques jours à Londres, du 17 féuier au 2 mars, mai~ elle y
retourna deux fois avec d'Escours, au printemps et pendant l'élé de celle même année
17\l 1, sans plus de succès. Elle ne se doutait
pas que ces voyages seraient interprétés contre
elle, et qu'un accusateur zélé n'y verrait que
le désir de retrouver à Londres des émigrés,
crime irrémissible contre la flépnblique.
Pendant ces absences, de grands changements s'étaient effectués à Paris. La garde
du roi avait été dissoute et remplacée par la
garde conslitutionnelle. Le recrutement en
était autre, et nul ne devait en faire partie
s'il n'avait donné dès preuves de civisme.
Toutefois, le choix du commandant a,,ait été
laissé au roi, et Louis XVl avait désigné pour
cette fonction le duc de Brissac, avec le secret
espoir qu'il interpréterait habilement se~ intentions et celles de l'Assemblée dans l'examen
des preu,,es de civisme.
Brissac ne pouvait se faire illusion sur les
périls de cette nouvelle situation, qui avait
en plus, sur celle qu'il venait de quiHer, le
désavantage d'ètre fausse; mais que lui importait? Il avait apparemment fait à sa foi
monarchique le sacrifice de sa vie, et il songeait seulement, en attendant le dénouement
fatal, à mettre à profil le temps pour·aimer
encore, pour aimer toujours.
Il n'a rien perdu de son ardeur, rien de sa
sérénité ni même dr sa belle humeur, comme
on peut le voir par ce billet :
11

Cc :; oclobi-e liOI. Lundi.

« Mon petit dauphin est parti; je suis sans
lunettes. Je vous écris donc un seul mot qui
les renferme tous : je vous aim~ pour la vie,
malgré les vieux et leurs envies. Demain,
j'irai diner aYee vous et rous mènerai madame
de Bunnevillc, l'abbé Billardy et
Legoust.
Nous avons fait huit lieues à cheval; le roi a
Lué trois faisans, et mon déjeuner a été un
bon diner . .le vous aime et vous embrasse de
tout mon cœur.
« Je viens de faire un pâté dont je vous
demande excuses. îlien de noUl'eau. »

,1.

Sept ou huit mois se passent relativement
calmes encore pour les deux amants. )[algrélcs
symptômes alarmants, mal~rt'.· la marche en
avant de la Révolution, ils emisagent l'avenir
sans trouble, l'un avec son courage impassible,
l'autreavec son étonnante confiance. Cependant
la cata~trophc approt:hP. L'Assemblée législativedécrète le licenciement de la garde constitutionnelle, cl son chef, 1&gt;! duc de Brissac, soupçonné d'y avoir introduit des éléments royalistes, est mis en aceusation. Ces mesures
présagent une arrestation, un procès, autant
dire une condamnation. Louis X\ 1, ioformé
dans la nuit de cet événement, fait aussil&lt;it
pré,·enir le duc qui loge aux. Tuileries et l'en;:rage vivement à se soustraire par une fuite
3

�fflSTOR..1.Jl

______________________________________ _.
" - - - - - -- - -- -- - - - - Les

entarc possible au péril t1ui le mrnac~ ; mai
Hri ·ac n'e t pas de ceux qui fuieut : il attendra et n'abandonnera point volontairement
son poste.
Il ~è contente d'a,Prlir _a mailr,·m, : il
charge . on aiJe de camp Maus. abré ùr courir
à LouvcciPnni·s annoncer le incidenb dL la
nuit. Ces nonvellt•s plongL•nt madame du
Barry dan une violente inquiétude; tlle perd
celle folle écarilé qu'elle a con. ervée jusqu'alor , et eUe écrit au dur une lon,.ue letlre
dans laquelle eUe accumule les raison qu'elle
\'CUL se donner d'espérer .
Voi1•1 cette m~sive, ronfiée ~ un abbé,
probablement à cet aLbé Billard y, qui était
un de· familiers du faux ménage. Comment
se trou\·e-t-elle dans le do~ ier de madame
du Barr '/ C'e.t l'e qu'on ne peut dire avec
certitude. L'abbé, ne pou,·ant parvenir ju qu'à llrissa!', a-t-il rapporté la lettre? Ou
bien, remise à . on de, tinntaire, a-t-elle été
prise a1ec ~es papier cl \'Crséc plu tard
dan - le dossier de a maitres e? Quoi qu'il
rn oil, t-lle est Lirn de J'Pcriture de relie l'i,
PL l'authenticité n'en aurait èlre douteuse.
&lt;1 J'ai été saisie d'u11c crainle mortelle,
monsieur le dne, quand on m'a annunré
M. de ~laussabré. li m'a as un: {1ue vous vous
1,ortiez bien, que rnus a,·iez lé calme d'une
con.tirnce pure. Mais rela ne suffit pa. à
mon intérêt pour vou·; jt! sui - loin de von",
j'ignore 1·e que rnu- allez faire. Yous me
direz que \'OU l'i 0 norez ,·011 ·-mème . .l'emoic•
l'aLLé aroir cc qui .-;c p:ue, ec que l'0us
faites. Pourquoi Ill' ~ui.-je pa. pri·· dr You ··)
\ ou recevriez d • moi le. consolation de la
lcndre et fidèle amitié. k sai · que ,·ou n·aurirz rien à rraîndrt1, i la rai on el la Lonne
foi régnaient dans ceth' \ emblée.
cc Adieu, je n'ai pas lt• temp~ de vous en
&lt;lire davantage. L'aLbé entre dans ma l'bamhre, je \'eux , ilt· le faire parlir. Je ne serai
tranquille que quand je saurai ce que vous
de,·enel. Je ~uis Lien ~ùre qm· Yous 1~tes en
rt•gle ur la formai ion de la garde du roi,
aimi je n'ai rien à redouter pour vou de ce
&lt;Ôt~. Votre conduite a été si pure, depuis que
,ou, rte. am: Tuileries, qu'on ne pourra ,ou.
rien imputer. Yons avez fait tant d'at·le de
patrioti me qu'en vérité je ne . ai pas c·e
qu'on peut trouver à redirt'.
" Adieu. llonniY-moi de ,·o nouvelle~ et
ne doutez jamais de tout t·e que j'éprouve.
Cc m~n·r,•di. il

0111c

J,n11 e•.

Les érénemenù se précipitent. Le duc dr.
Bri ~ar est arrêté et diri"é sur Orléans où
. ii•"'e la Ilaulc Cour nalionale. a premii•re
pen~ée, c'lmme loujour3, est pour madame
du Barry, et il lui écrit une longue lettre
que le lidt•lt• füus aLré fait parvenir à LouYeciennes. La lellre de Brissac n·e.~i ·te plus,
mais celle de ~Jau. sabré nous re·te.
• .\ r~ris. re '1 juin, · lroi - heurri ,lu matin.

Je m·empre - e de mu: emoyer une leLLre
de M. le duc de RrLac, par laquelle vous
apprendrei qu'il c·t arrivé au lieu de sa d ·tioation (Orh1ans), . an. qu'il lui . oil arri\'é
&lt;•

le plus petit événement. J'aurai été vou~ la
porter moi-mème, ·i je n'étai~ rhargé de plusieur. commi •.ioo importante~; dès qu'ellecront faite -, je me mettrai en marche pour
aller ,ous informl'r d1• plusie1m particul;irilés qu'il csl bon rp1e ,·ous ,at·hiez.
, En attendant. permettez-moi, madame 1a
comtcs.e, que j'aie l'honneur Je ,·ous foire
agréer l'hommage de mon respect, awr lequel
j'ai l'honneur d'être votre très humhle el très
obéi. sant seniteur.
Il

~f \U ..

\Bllf:. &gt;&gt;

Le duc de Jlril'sac, apparemment, ne .e
montrait poinl fort inquiet. par ,olonté
d'homme fort, pour llll pa eJTraJer les pt'rsonne 11ui l'aimaient; mais celle -ci ne pouvaient point ne pas Lremlilcr pour une tête si
chère. ne autre femme partaa1•nit le - alarme.de madame &lt;lu Barry : c\:tait la fille du duc,
madame de ,\forlemarl émigri;e :n·ec on
mari, el qui dans 1,. m~nrn momenl e trou,·ait rraisemblablemcnt à pa, où elle alnit
1lé prendre le. eaux.
llès 11ue la nouvelle de l'arrestation lui
parvint, elle fut r •mplie de crainte, el, dans
son anxiété, elle •'adressa naturellement à la
personne qu'elJc ,,:n·ait le mieux en étal d'être
rèn eigoée sur la situation de son père. Elle
éc·ri\'il à madnmc du Barr1 :

« Beconnaitrcz-,·ous mon éeriture, madame?
fi y a trois ans que vous la 1îles dans un
tri-te momt&gt;nl. Eo rnilà 11n him plus tri ·le
t•ncore pour mire amitil! et pour me entiments. Ah I que je sou1Tre depuis deux jours!
. ., on courage, sa fermeté, lt' éloge dont on
l'accable, le re rets que tous lui donnent,
-on innocence, rien ne peut calmer mon ima,.inalion effrayée. M. de \1... et moi, ,·ou lion
parlir aYanL-bier. Plu ieurs personnes de
poid - nou . en ont empêché,, il ~ ,·o)aicnt
du danrrer pour mon (•poux. san. avantage
pour mon père. Il:- dbaient que m1•mc sa
&lt;Jualité d' fo1igré pourrait lui nuire; mai.
moi, madame, e,-t-ce que je ne pourrais lui
füe de quelque utilité'!
« Ne pourrais-je e pérer de le voir'! Peul-on
faire un crime à une femme malade d'avoir
été prendre le eaux. et le faire retomber ur
son père? Je ne le crois 11as, et c'est la . eule
chose que je craindrais .• i ,·ou - croyez que
je puisse lui être Lonnc à quelque cbo e à
Paris ou à Orléan. , a~ez ]a bont11 &lt;le me le
mander, et j'y Yolcrai.
&lt;t E~t-il un monn d'aroir de rn, nouvelles, tl'a,·oir quelque communication a,ec
lui'? Mandez-le-moi, je mu upplie, el je le
ai irai a,·ec empre~ lmtnt. J'ai appfr par
un homme, qui peut-,~lre vou esl inconnu
( un mol ra~é), que Y0U~ êtes partie pour
Orléans. Ne IJ'ouvcz pas maurnis que je vou
dise 11ue cette marque ù'altacheml'nt pour
celui qui m'e l j chN vous acr1uerra des
droits éLernel sur mon rœur. EL agrêez, je
l'0_ll prie, l'a snrance de sentiments que je
,·ous ai Youé pour la \.ie.
&lt;1 TroUl'ez bon que je rclranche les compliments de fin de lettre, et donnez-moi la

même mar11uc d'amitié. J'cmoic celle lellrc
l, quelqu'un de :-ûr à Pari:-, 11ui, j'espère,
\'OUS la fera parrenir .an~ incon,·ènicnl. Pardon de mon "ritfonnagc.
f.,, ;, ,Ir juin.

~

Madame de llortemarl étaiL mal renseignée. Madame dn Barry n'a.,.ait point été à
Orléan,. Et qu') .eraiL-elle allée faire'! , :i
présençe, en ré\'cillant les . uuvenirs d'un
passé odieux à tous, n'ctit pn que nuire au
prisonnit'r.
Quant à celui-ci. il avait élé interrO"l; le
15 juin, « tians l'auditoire de la llaule Cour
nationalt' ,1 .
Cl'l interrorratoire, qui ·c trouYe dao le
dos. ier Je madame du Barry, - la cl10.e est
curieu~c à siirualer, - t;taiL fait en rnrlu des
n décrel et acte d'aCl'n·ation portés contre lui
par I'.\- emblée nationale, le ~. mai el
11 juin derniers. &gt;&gt;
li contient la belle réponse de l'accusé à la
demande qu'on lui fai ail de se nom, prit.nom. , ;1ge, profes~ion et domicile :
11 Louis-llercule-Timoléon de Cos é-Bri ~ac, agé de cinquante-huit an , .:oldat tlepui.~
11a ,,ai~~&lt;mce, lieulcnant-général Je armées,
habitant le château des Tuileries ilepui. le
10 octobre J7x!I. »
C'e.5 l à peine 'il cherche à se disculper: à
l'accusation dirigée contre lui, il oppo. e une
simple dén~gation :
- Je n'ai ndmi!'- dan la garde du roi que
de- citoyen qni remplissenl le· condition.requi e par le décret de formation.
li ne .emble pa qu on l'ait gardé longlt'mp au secret. Uientôl, il lui fut permis de
corre. pondre au debor. c·et ain i qu'il fit
parrnnir à a fille émigrée une lcllre qu'elle
rt!çut en même temps que la répom;e de madame du Ilarry.
~ladame &lt;l~ Mortemart le dil très clair,·menl dan - ln seconde leltre qu'elle adres, ait,
le 20 juin, à madame du Barrr :
&lt;1 Je vou~ rends un million de gr,iccs, madame, des uom·elle · que vou. a,et eu la
bonté de mP donner. Comme Yotre lellro a
été retardée. je ne l'ai reçue qu'avec de
nouvelles de mon père, tle sa propre main,
ce qui m'a fait 0 rand plaisir. J'ai su depuis
qu'il avait été interrogé cl qu'il n'élail pins
au secret. Le ,·oili1 ao. si passablement que
po :;ible pour un prisonnier.
a lalg.ré on innocence reeonnue,je crains
que les procédures ne .oient liiP.n longues, et
je me . crai Lroul'(!e trop heureuse i j'avais
pu lui être de quelque utilité on de quelt1ue
a••rémcnL pei,dant sa retraite .
« Depuis quelques jour , on nous inquiète
ur Paris. On semble J' craindre quelques
trouille ; on attend le doc de Brun wick à
Coblcnlz et de l'argent avec une égale impatience. On disait ce . oi r que les Français
a,·aicot été bauus à 'aenin, mai je n'en
crois rien. Plu ieurs petit Mtachements
marchent pour les environner et leur couper
le chemin de France, mais sûrement ils s'en
tireront avec arnntage.
«• Jt• mi ·. d'aprè - votre corl!eil el celui de

plusieurs personnes, je ,·ai · continuer me
eaux qui puent horriblemenL el donnent la
fièHe et la gale. li faut croire pieusement
que c'est pour le mieux, ainsi que le rilain
temps qu'il fait depuis deux mois. li faut surtout prendrf' patience: c'est un ~and remède.
, Adieu, madame: pardon de mon grif!onna"e. Recevez l'as urance du sincère alla-

D'E~'NŒ~ES Jf.MOim_S DE

chemenl que je vous ai voué pour ma ,·ie.
• C:c 20 jui11 .

Le Lon de celle lettre ne témoigne pa· de
craintes Lien \'Ï\·e- : il y règne mème Il.Il certain enjouement, rtllet de la confiance que
. ans doute in piraient à une émi.,rée les premier moUl'ements des armée en pré ence,
et l'ignorance 011 elle était des dispositions
du -peuple aussi bien :1 Paris qu'en province.

I..}\

COMTESSE DU BA~~y ~

Cependant le jour même où_ elle écrivait, le
~U juin, Paris était le tbéàtre de fort 01rave
événements : le palai dC! Tuileries était enYahi, et le roi, affublé du bonnet rouge, hué
et menacé, n'était plu qu'un jouet que la
populace briserait dès qu'il lui en prendrait
fantaisie. Quelques semaine~ ne e seraient
pa écoulées qu'ell~ salisferaiL ce caprice
(10 août 17921.

(A suivre.)

P .U ' L

(t\l.LOT.

Monsieur Thiers
ans doute, M. Thiers avait grandement
~ur le cœur son exil momentané après le
'2 Décembre; Eans doute, l'ancien président
du Conseil des mini tres respon. able était
ennemi déclaré de l'exercice du pom·oir personnel; san doute, il ,anLait les fonctionnaires qui n'avaient pa voulu prèter serment
11 la Constitulion impériale et parliculièrement
l'excellenl M. Barthélemy Saint-Ililaire, son familite le plu fidèle, de qui il di ail : « C'e t
un ange! ... » liai son hostilittl di!-paraissait
dès qu'il 'agissait de l'armée et de ceux qui
y ervaient. Jamais, pendant les nombreux
jours que j'ai pa. sés avec lai chaque année,
jamais ~1. Thiers n'a tenu devant moi quelque
propos gênant à entendre pour un officier de
la 0 arde, et je lui en savais d'autant plus gré
que j'ai toujours été plus par Li an de la lolérancc qu'on se doit entre gens bien éle\'és de
comictions oppo ées. C'est en vertu de cc
principe que le comte Walcw ki n'oublia jamaL ou l'Empire, le bon accueil qu'il a,-nit
trouvé dans sa jeunes c à l'hôtel de la place
ainL-Georcrc~, à ce point même que les solliciteur en quête de quelque faveur dépendant du ministre d'État, étaient toujours certa.iils de l'obtenir sur la recommandation de
'fhier~.
Celui-ci, dans .a vie privée et surtout :1 la
campagne, se livrait ,olontiers à son enj'luement naturel qui allait parfois ju qu'à l'espièglerie.
ll y ayail avec nous dans une ,ill 1aiature]
une dame, assez revêche, dont les doigts
agiles étaient sans cesse occupés à tricoter.
Un jour qo'ellê avait oublié de errer son
ouvrage inachevé, il lui fit la farce d'en retirer les aiguilles, et, quand Pénélope ren tra
dan le alon, il 'ab orba hypocritement
dans la lecture d'un journal.
- Je ne serais pas fâchée de . avoir quel

,1.

est le mauvais plaisant qui ·est pcrmi. de
loucher à mon ouHage, dil h tricoteu e, du
ton dont Théroigne &lt;le Méricourt devait demander la lt'Le d'un u pect.
A cette apo Lrophe menaçante, le coupable,
qui n'avait pas Lroncbé jadis .ous les projeetiles de la machine Fie chi, n'ent pas le courage de s'avouer l'auteur de cet autre attentat.
- C'esL sans doute un de ce vauriens,
dit-il en désirrnant le plus jeunes d'entre
nous.
- li paraît que rien n'e t sacré pour ces
messieurs, pas même les vêlement de ·tinés
aux enfant· pauvres! tonna la bonne dame
en nou foudroyant du regard ....
La mercuriale élait sévère, mais non eùmes
la grandeur d'àme de cour~•er la tête, pendant que le maUaileur es uyait ses luncltes
pour e donner une contenance.
Une aulrc fois, peu êlprè l'élection de
~f. Thiers au Corps législatif, nous devions
jouer le Rn111an chez la pol'lièrr en petit
comité, sur un théâtre impro,·i é dan une
salle du chàteau. Le soir de la repré enlalion,
le oufOeur étant Ycnu à manquer, Ill nouveau
député de Pari s'offrit pour le remplacer.
n pareil manque de dignité de la part du
chef de l'opposition fit naturellement jeter les
hauts cris parmi les siens. "ais, sur ma parole d'honneur de n'en rien dire à ~I. Rouher,
il n'hésita pa à e Llotlir dan le Iron amc
la mine éveillée d'un écolier ên vacance . Par
bonheur, nous avion· impertubablement nos
rôles, car, lorsque le principal acteur de la
troupe parut sou les traits de Madame De jardins, notre souffleur improvi é fut pris
d'un tel fou rire el s'amusa si bien pour son
propre compte du dialogue d'Henri Monnier,
qu'il lui aurait été impo, ihle de nou envoyer
la réplique. .
Une autre foi. encore, nous !ùmes imilés

r

à a ister au baptême de la doche du \'illagt",
dont nos châtelains étaient parrain et marraine. D'après le cérémonial adopté, h• maire
devait venir nous chercher pour nous conduire en proce ·ion à l'égli e, précédés de
l'orphéon et -uïvi des pompiers. Ce maire,
un paysan de rrénie, n'était autre &lt;[Ue Yaré,
le dessinateur de jardin. , qui a fait du !,ois
de Boulogne ce qu'il esl aujourd'hui. fais,
plu apte à manier la pelle que la plume, il
me pria de lui rédiger à l'a,·ance le discours
qu'il avait l'intention d'improri er pour la
circonstance, quel1Joe chose de fiynolé, selon
son e:rpre sion. Le rin~Lième el dernier ,ohune du Co11x11lat et de l'Empi1·1• venait de
p:iraitre. 'on auleur était présent. L'allu ion
était tout indiquée. Au jour dit, le corlège
îÏnts'alinoerde\·anl le perron: le maire, cdnt
de on écharpe, monta les degrés, déplia son
papit'r et lut a,ec solennité ~a harangue, c1ui
e terminait ain~i . « La commune que j'ai
l'honneur d'admini lrer n'oubliera jamais que
c'est sur son territoire qu'a élé en grande
partie écrilc l'œuvre mémorable dont je aine
avec respect l'illu tre hi Lorien. ''ive ~fon ieur
Thiers el vive !'Empereur! »
Le fonctionnaire municipal n'était-il pas habile opportuni. te en accouplant ces deux
noms?
Le fulur Président de la République Irançai, e devina Lout de suite de qui pro,·enait la
malice, mais elle n'E'.tait pa faile pour lui déplaire, car il me pinça amicalement l'oreille
eu di·ant:
- Quel Yauricn vou - ète !
C'était son rocable habituel quand nous
avion. commis quelque gaminerie.
Ce anecdote véridiques n'ont d'autre but
que de monLrer combien, en dehors de se
occupations sérieuses, M. Thiers était peu
gourmé, facile à vil're el attaehant.

�S ouYENllf,S D'E Gl.Orl-(.'E ET D'.A.MOlJR. - -,

V -Colonel PAR. Q UJ N
~

Souvenirs de gloire et d'amour
Avec lu Sa ..w.11 ir J, Jciu tl d 'amour de Parquint, qui -.icnncnl de pat&amp;Jtrc. et dont now rtprod11isons d-duso1.15 un utnit, la Ubralri• J11!u Tallan-

ortlcier anrrlai·, d :p, ,ant e, vedrtlr. , ,int
faire caracoler son cheval à la me de nos
arant-po,Le ..
di&lt;r b12ugurc un&lt; sÎric nouvcllc dc volumu oû, sou, lc
1itrc gfuériquc de P~T1T• M i M011r.a or; LA Cu. OP. A ■" Que ,·rnl cet officier? » dit le duc de
"'"' · KTont publié, sucCU&gt;i,cmcnt du mimoiru militairu
H3;ti e.
inédlts, rirû d'archivu publlquu ou priviu, ainsi qu•
Etant adjudant-major de son e. corte, je
de 1rès fidtlu rüditions d 'ouvragu ducnus u,trlmcrépondi :
mu1T nrn. C•II• intirusant• collcclion his1oriquc
u1 commc c&lt;llc du M ' 1&lt;0110 oe u fv.Me, dirigic
&lt;1 Jlon.-eii:neur, cet officier ,·eut . an doute
pa; M. F. Cutanié. Par lu So-11irr dc Parquin,
échanger un coup de ahre, el i je n'i'•tai de
tour i rour héroiquu ou galants, contu ■ ne la vcrv&lt;
,enicc auprè. d • Votre Excellence ....
la plus Franche et la plus nvouau,c, on peu1 jugu dc
- Qn'à cela ne tiennr, je rnus accorde la
cc que veur lin cl de ce que sera une telle ré,mlon
permis~ion. &gt;
de timc»gnagu c vicu ••
Ces paroles étaient à peine prononcées, que
llan, le couranl d'aHil I l~. l'armée se je mettais n.011 cheval au "alop cl joignai.
porta une troisième fois au ecour. de Ciu- l'orficier auglai . Je parai le coup de . ahre
d:td-fiodri"o, de nou\'eau a sié :. L'arm :e qu'il me porta. Pui je ripo tai par un ,i~ouanglaise . e retira encore. 1 ·ous atteignîmes reui coup de pointe, qui fil ,•ider la elle à
l'arrière-"arde, formée d'une di\'i ion porlu- mon ad,·er~airc. Je pa ai le lement la lame
rrai. e, dan~ la \'allée de Mondérro, Le com- • de mon . abre dans les rên de la ùride de
~andanl llen1s (Damrémont) qui a,ail remon che,·al, cl je le r.ltD!.:nai en lais c aut
pbcé ~I de Vérign~,, tomba à l'impro,i te sur applaudi · ement du marérhal, de e aides
ce troopc.-, à la Lctc de 200 c:i.valier. de l'c·- de camp füchemont, Perréttaui, Lan elot, et
corte. Le lcmp était favorable à celle allnquc du commandant Den1-. Je ren"o~ai tout de
contre l'infanterie, rar une pluie ballante liUite le portemanteau du Lie é, en !ai ant
l'emp'cbait de faire ft!u. L or· c.,rr :g 11e pu- demander dl' . nou,·clk,·. J'appri. avec pbirent soutenir la charge. Le premier qui fut
ir que . a hie ure, quoique dangereu. e, ne
r&gt;nfon!'é porta le dé ordre chez 1 · autre, , qui
erait pas mortelle. L'on me remercia de mon
e rompire111, ·e débandèrent, et s'enfuirent procédé, en remarquant qu'il ne manquait
dnn I~:.- boi: voi. ins.
rien au por1emanteau, et l'on me fit demanDan. celle charge, je hies.ai d'un roup de der i je voulais vendre le chcral pour iO guisabre, au mili u d'un cnrré oi, j'arrivai le nl'c , bien qu·en même temp l"oo m'avertit
prcmit•r, l'orficier qui portail le drapeau du qu'il n'était que de . econde race.
ré~m •nt F.nrillas, donl la 0umme bariolée
« c·e t po"'ible, 11 -je dire, mai il me srra
portait le n• 1 0 , - probablement fa date très a~éaLle de mont r ur un cheul anglai. ,
de la création du régiment. - L'ofl1cier ·cm- et je le garde. ll
pre.s a de m'offrir le trophée qu'il portait, n
implorant mi,éricorde: « ,Yon, la 111afn ! (non
Du IGau ~j juillet, l'armée se réunit dans
la mort ). J,on /11 mata! D
le· plainei entre . :ilamanque el 11,a d · TorC:e carré était formé par un régiment ré- mè . La Ga rde impériale était partie en po. Le
puté d'élite. Le., qualr autre drapeaux de la pour faire la camparoe de I\u.sie. ~ou~
divi,ion y étaient enfermés. Le ou -lieutenant n'avion que 2,000 cavalier. , 1 Anrrlais le
oufllot, le lieutenant nubar, du Il· drarron., double. Pour Je autres arme:. les force
et deux autres cavalier , re\'inrcnt chacun étaient à peu prt•, é;.;alel. L'armée française
a\'eC un drapeau.
a nommé celte journé • bataille de· .\rapile ,
Quinze cents pri.onnier et le, cinq dra- nom de deux monta&lt;•nr a . ez éle\'ée., el à
pc:iux furent remi · au maréchal, qui r,merda di tance l'une d' l'autre d'une portée de cal'escorte el promit la dticoration à cell.1 qui non; elles ~e trom·en l au milieu de la plaine
·'en 1:taient emparés. Mai , plu tard, la où l'on 'est bauu toute la journée. L'une
liataille de., .\ra pile eifa\'..l l' clfol de notre était à la li ière de l'armée an lai.e, l'autre
rhar c. L'armée revint en E·pagne, le can- dao no li!mes. Le mar,:chal et son étattonnements Curent pri derrière le Douro. Au major l'a,·aient r:raviï' à pied.
mois de juille1, le. Anglai péuétrèrenl de
ur les onze heure du matin, par une
nom·eau en EspafTne. Le 15 de ce mois, à belle Journée d'été, 1, duc de l\agu e, la lu11ueli1ues lieues en drçà de afamanrflle, le nelle à la main. ob errnil l'armée ennemie.
maréchal 'farmont, accompagné de 4uelque
, on ,·alel d~ chambre venait dti dre . er -ur
officiers de . on état-major, fai ait une recon- l'herl.,e la vai .elle plate, cl , on Excellente.
nab~aoce près de la li!!tle ennemie, lor ·qu'un . es aide de camp el le chef d'étal-major
1. l'n él .ant p lit in-,•. l'ri1 : G rrdnM.
allaient _e mettre à déjeuner, lorn1ue plu,, 36 ....

~icur,- oLu tiréli par de~ pi~ce montées à
bras sur l'autre montagne, mirent brusquement fin au dtljcuner &lt;1ui commençait. i\ou
de. crndime la montagne au pa de cour·p,
pour retrouwr nos ch ,·aut. En lia.• je fus
emoyé à la dh·i:ion Fo1 pour lui porter l'ordre d'avancer. ·
Au relour, j'aperçu: des homme: el d
chc,aux de mon régiment, dont j' étai ah é0L
depuis longtcmp. . I.e dhr bien naturel
d'arnir des nou\'elle du corps me fil approcher d"un nroupe qui lt·nait le. che,aux de
main:
Que fait -\'OU là? di~-je à 'arùonne,
officier du 15··. que je trou,ai élaùli pr'. de
la rnnlinihe, un aucis:on de l.)On dan-. une
main, une bouteille d'eau-de-rie dan l'autre.
- Parbleu! mon cher cam.irade, je ·uis
à déjeuner, comme vou_- le rn1ez. \"oulez-,·ous
en faire autant~
1Ton, je sui pres. é. Pa. :ez-moi seulement la bouteille, que j' buml.'cle un peu mes
lè,·res, car il fait chaud, aujourJ'hui. 11
J'a\'alai une gorgée et lui remi~ l:i houteille
en le remerciant :
&lt;&lt;Yous pouvct être tranquille, les boule!,
ne ,·iendront pas mu - troubler ju ·4u'ici. E,-1ce que vou èlcs de ervice am: é'}uipage de
la Lri de.
- Quoi! ,·ou. voulez, Par11uin, que je me
balle a,·ec le An,,lai , de gen qui ont été
parfait pour ma famille el pour moi, lon1ue
nous ommes allés chercher refuge en Anglet rre, en 95? Jamai · 1Je ne ,eux p:i$ être ingrat à ce point. i l'on veut que je me batte,
rontinua-l-il en prenant un air ré..ÇQlu, eh
bien, qu'on me pré ente une autre pui:~anrr,
1, lutrichien., par cicmple !
. - Oui, di -jr. rn éclatant dtl rire cl mctLaot mon chc\'al au ":tlop; ,ou. chercheriez~
ceu1-là une querelle d'.\llcmand. D
Ce , arbonne était un jeun• homme du
faubourg , aiuL-Germain, qui, galopant un
jour ~ur le cl1emin de lEmpereur, qui se
rendait à la falmairnn, enrnya de la pou ière dan. a rniturc. Le lendemain, il recevait un brerel de . ous-licutenant pour c
rendre à l'armée, où il ne fit pa de pousière; car on n'a jamais pu· oùtenir aucun
service de cet officier, qu'on renro a au
déptil, et de J:i chez lui. Je crois &lt;Ju'il e-1
devenu fou.
Le maréchal \ènail à on tour ,le taire
porter de l'artillerie ur la monla!!lle et il y
était remonté avec ,-on état-major. li dit au
commandant Den~ de porter l'e. carte oi1 il
le trouverait néce · aire. Le commandant nou
mit en bat.aille /i la droitP.d11 ,°'&gt; hu ard·, où.

pendant une heure, 0011,- fùmc. ,ous le feu poignet, que je serais infailliltlement toml,i! m:irédral ~Iarmonl, qui a,·ait allendu ,cpl
de l'artillerie ennemie. Celle pénil,lt! po ·ition de cbe,·al, i le· cha . eur ue ,,'en étaient jour - pour engager la bataille, a,,1il attendu
fut abandonnée pour rhar;er un ré,,imenl di! aperçu cl ne m'eu --cnt aidé ;1 mettre pied :, une journi:c lie plu , il aurait éti' n-juint par
gro. e c.tralerie l1abilléc en rou"t!, En reîe- terrë. L'ennemi a,ançail, el le coups de CU5il. le roi Jo,eph el le maréchal 011H, ,1ui arrinanl. j'apcrçu_, ;'1 cent pas de moi, un cbas- qui e rapprochaient de plu ; en plu~. annon- raicol à son . ecours a1ec i0.000 homme",
-cur du. 20•, qui était ~erré de trè~ près par çaient a ·.e:t que nous pt&gt;rdio11. la balai.li•. Le, dont 10.000 Je ca,alerie : mai· le maréchal
deux ca"alier · anglais :
chas eur· n'ara:ent rit'n ;1 me donner pour
oult aurait eu le commandement suprème
a l'ace à l'ennemi, cba seur ! •
comme le plus ancien de i:rade.
lui criai-je, en arrÏ\·anl à on ·cL'ambition lit perdre une bataille,
cour .
11ui, livrée a,·ec l'appoint de l'ar~lai· il ne ·arrèta pa--, et l'un
m,1e d'Andalou,ie, eùt été fa ruiuc
de dtu. caralier., dont le cbernl
de Loule l'arm :c anglai e.
était é~idemmcnt emporté, atteiLe maréchal fui rernpla,·é p:ir
gnit l'cne-0lure de mon d1cYa), et
le ;;ént1ral 'ouham, €l partit pour
le · dl·ux cbe,·am 'aùauircnt.
1., France. Je l'aecomp:igna1 . .'a
.\lors le second ca,·alicr anglab
Lie:.- ur1· le fai,ait extrèmcmenl
arrira rapidcrnenl et me cria :
:ouflrir; il ni' pou1·ait ~npporlcr ni
« Pri.onnier ! »
le cbe\"a[, ni la ,oitun•. un d1iEt il me faisait i •ne arec on
rur r,·e11 avait voulu k frire tran. salire de marcher derant lui. Le
portl'r ,ur un lirancard porté par
rnU\'Cnir de ma caplirité d • llu ~ie
Je. mul, , l'une :itt ·li~ de1·a111.
me rc,·int au ~ilc&gt;I. J m'aperl'autre dl.!rrti'·rc; mais 1, marcbt
çus 11ue 111011 Aoglai ne c ~crvait
i11é·•al • de cc..~ mul proJui,ait
pa de on pi tolet, a1cc le11uel il
de . c(·ou,.e~ el, par . uilc, dt·
m' ·ùt fait marcher del'ant lui ~an.
,oulfranet' - que le m:ir[chal ne
aucun doute; je continuai à parer
pouvait endurer. Aus. itùt que celle
l • coup~ de aLre c1u'il me porcireon tance fut connuu de r~ ·1.:ortail, car je m· t;,i lrè~ promp1cll', le 1.:a1·ali1!r~ proposi•r&lt;.'nl ~ponmcnt rclev~ de de.!'. ous won cl1clanément de le porlt r en lilÎl·rc
1·al, 11ui . \:tait sau\·é au ITalop 1l11
sur leur · t'.•p:rule·, pour lui é1·it r
(tÎlé de l'c~corle. Je cherchai, arec
toute ~ecous~e. \'ini:;t-11uatre hommon abre à alleindre l • · jambe me W(llaicnt pied à terr ', douzt!
d :on cheval pour le démonter.
porlaicnl les deu. brancards de
lion cl1e,al re,cnanl ~uu · moi fit
1lc1·anl et 1•~ autre, ccu Je àcrnaitre d l'intJuiétude dafü l'esri~re. Cc:,. rin"L-11ualrc homme·
corte, ce &lt;JUÏ engagea deux carnétaient relc,•é' par leur camaralier à ac,:ourir cl à me ramener
de., quand il éLai1ml fati,.ués. Ln
mon d1cral. D qu'il~ m':1pcrrumarch1! futain ·i moin, pJnihle pour
rcnt, il - :e dirigèrent !,ur nous
le duc de I\a~usc. On ~c repo~a i,
Lride abattue. L'.\n •lai , à leur
YalladoliJ, Uur,'.!o., \ïuoria. L:n
rnc, m·aL:uidonn:i. ~lais j'a,·ai
arrhant à Bayonue, lt! maréclial y
CUARU:• i'AR(./U I. ' .
rt!çu dan~ ce combat iné!!.11 un
trou ra la duchc~,e d1~lbgu ·e, ,er: o ucccmbr.: r,
- u;. tJecl!m br.: 18.15)
coup de ahre sur le poirrnel. Cc
nue
au tlc1ant de lui. Il remercia
C.1/'ll.1i11 t .w.~ ch:isst urs ,j c~~J. I d t IJ ] t llnt G:ir ilt 111/1.).
fut mon gant à la cri·pi11 11ui
l'e. corle de ses :;er1·ic' et envoya
&lt;, hr/ d t tJIJIII011 , .J1•ec ,,rng Jt luulen.nl -co/0111!I i rfJ.~~1amurlil le coupa" éné urma tête,
le:, troupe · à le1m régiment re~c,·arrc~ on r a 1ra11 pur .\\wu1ssc:
,an: quoi j'aurai eu cerlainemrnt
pectif,.
le poi..,net ahallu. Dan l'ardeur du
J'avais fait toute la route à cheroruLaL, je n'a,·ais pa euli le coup, quoique me Caire reprendre des force . li venaient de val, le bras droit en écharpe, avec l'e corle
je perdi se beaucoup de .ang. Je ne m·en aper• me rafraichir le ,·ba"e an'C de l'eau d'un de larmonl. fa Lie ure n'était pas guérie,
~u · que lorsque je voulu meure la main à rui eau, qui coulait à l'endroil où nou vc- tant s'en fallait; je fus rt•joindre le dépûl du
la selle pour monter à ch •fa!. li me fut im- nion - de faire halte, mais je rdai :an mou- rénimenl a . ·anle . Mai · b esc.adrons dont je
po,. ible de 111 'cnlerer sur le poignel droit, ,·emenl. Alor je le~ entendis .e dir :
fai.:ais partie, qui étaient détad1é il l'armée
bien qu'uidé des deux cba .eur . Je du mon« Quo c'est malheureux d'être ol,ligé tl'a- dé Portunal, 1enaieul d'être incorporé dan
ter à droite et me retirer de cc Lerrain dan- handonncr à l'ennemi uolre brave officier! » le l :ï~ cha ·senrs. Ct' ne fut pa ao · un regret
ereux, i-an, prendre le Lemps de rama er
J'om·ris les eu .. Ils ·'en aperçurent cl profond que je quittai le régiment dan lcmon colback, qui fut perJu, et heur ux d"cu
'écrièrent :
qud je m'étab en!!a•'é et que j'alfoctionuai ·
être 11uille Ît i bon marché.
a Uu courage! du couragl', adjudant-ma- profondément; mais le tu fai~ait par lie de
rn cba ·.eur nou altendail pour nou. dire jor ! 11
l'e1pédition de Rm,~ie, c' qui a,ait néœ. ~ilé
que l'escorte •'était portée au g:ilop ,er la
Et me portant plutôt 11ue m'aidant, il. me la me ·ure prise à l'égard de esradron · de
montaane, où le général l'n chd renait d'être mirent ur mon cheval. ~ou, conlinuàmcs guerre J ' taché à l'armée de Porlu"al.
dangereu,-emenl bl~·é. 1 ·ous d~rion - nous nolrè route au pas. li étail à~ heure lor.11ue
Arri\'é à Xiort,dan le mois d'octolire l l~,
dirirrer sur l'ambulance, qui était établie dan
je p:i sai le pool de la Tormè pour enlrtr je ne Lardai pa · à y tomLcr malade de douAlba de Torm • . Il y avait une lit&gt;ue à Î3Îre, da~ la ville. Le maréchal v était arrhé à leur· rhumali mal pro,enant de me: l,lp,.
dont la moitié dans les bots . .\ou mîmes no
11ualre heure ; .a Lies. urè, quoique trè
sur - de la campaane de Pologne en I Oi, de
chevaux au galop, el il était Lemp · de agner grave, n'était pa mortelle. Un obu lui nait la c:impa"ne de Wagram en 1 09, cl enfin
du Lerrain, car la nomLreuse cavalerie de fra
é le bra droit et d ·ux côte . Le général de la malheureuse guerre d'E pagne. Le · bil'ennemi aurait pu tourner notre gauche. Clausel prit le command1:menl de l'arm ;e, A vouac· où j'avai · couché dan ce dernier pals,
J'a,·ais p rdu une telle quantité de anfT, en minuit, la diii ion Fo~, qui élail de résene, où l'on ne peul e procurer d'autre paille de
-ralopant, le saLre pendu à la dragonne à mon
e forma eu carré cl arrêta l'ennemi. 'i le couchage qut• celle qui e l hachée, a,afont
0

�1t1ST0'/(_1.ïl ---------------------------------------d
beaucoup contribué aux douleurs que je ressentais. Je demandai au mini tre de la guerre
un congé de com-alescence, qui roe fut accordé. Je me rendis dans ma famille à Paris,
oî1 je passai l'hiver.
L'Empereur arriva soudainernenL à Paris,
le 19 décembre 181 ~ ; il s'était fait précéder
par le ringt-neuvième bulletin, aussi vrai,
mais autrement terrible, que ceux d'Eylau et
d'Essling. Le 6 mars 1!!15, j'allai par curiosité à la revue des Tuileries. Dans la cour du
Carrousel, j'aperçus le général Lefèvre-De noettes, colonel des chasseurs à cheval de la
Garde. Je me présentai à lui pour servir dans
son régiment :
« Mon camarade, me dit-il, après m'avoir
adressé diverses questions, connaissez-vous
quelqu'un qui Yous porte intérêt et qui puisse
me parler de vous? &gt;&gt;
Dans le même moment j'aperçus le maréchal duc de Raguse; il portait le bras droit
en écharpe et descendait de voiture pour entrer dans l'intérieur de la cour des Tuileries.
- Voilà, dis-je au général, M. le duc de
Haguse, sous qui j'ai servi en Espagne; YOUlez-vous lui demander quelques renseignements sm· mon compte? 11
Le général, après m'avoir demandé mon
nom, s'approcha du maréchal. Celui-ci, lorsqu'il me vit et m'entendit nommer, m'appela
el dit devant moi :
&lt;&lt; Prenez cet officier dan votre régiment,
général; c'est une bonne acquisilion que vous
ferez. »
Quelques jours après, je recevais mon brevet de lieutenant en second U'avais été nommé
lieutenant au 1:i• chasseurs le 17 février
18J 5) dans le régiment de chasseurs de la
Vieille Ga1·de. Le 1'J mar , à sept heures du
matin, me trouvant au quartier, l'ordre fut
donné à. tous les militaires qui se trouvaient
là, de se réunir au Champ-de-i\[ars, pour paraître à l'inspection de détail qui allait être
passée par !'Empereur lui-même. N'étant
pas encore revêtu de l'uniforme du corps, je
fis remarquer au général que j'étais habillé
en bourgeois; mais il me répondit de paraitre
dans la tenue de ville.
Je parus à pied à mon rang. La reme se
pa sait à pied et en colonne par e c.adron.
Quand !'Empereur parut devant nous avec
son état-major, il fut étonné de me voir en
bourgeois. Il en fit l'observation au général
qui lui répondit :
11 Sire, cet officier arrive d'Espagne et n'a
pas encore l'uniforme du corps. »
L"Empereur me fit approcher et me dit :

« ..\. quelle armée apparteniez-vous en Espagne?
- Sire, à l'armée de Portugal; j'y ai Mé
blessé à la bataille des Arapiles.
- Dans quel corps serl'iez-vous '?
- · Au 20• régiment de chasseurs à cheval.
Ah! vous faisiez partie des deux escadr•ons que j'ai envoyés en Espagne en 1810?
- Oui, Sire, » répondis-je, tout étonné
qu'un par~il détail n'eût pas échappé a sa
mémoire; et je repris mon rang.
Le dimanche 6 avril i.?11;i, je me trouvais,
en grande tenne du corps, arec mon peloton
et deux escadrons du régiment, à une d · ces
revues que passait fréquemment l'Empereur
dans la cour des Tuileries, à ·oa retour de
Russie. Je désirais parler à Sa Majesté, et
comme je craignais d'en manquer l'occasion,
car !'Empereur, qui ne se gênait pas avec ses
guides, passait souvent au galop sans s'arrêter près d'eux, je mis pied à terre, dans un
moment que nos escadrons étaient au repos.
J'allai me placer à la gauche d'un régiment
d'infanterie de la Jeune Garde que Sa füje té
passait en revue.
« Qui es-tu? me diL !'Empereur en passant près de moi.
n officier de la Vieille Garde, Sire. Je
suis de cendu d'un grade pour servir près de
Votre Majesté.
- Que me veux-tu?
- La décoration.
- Qu'as-tu fa.il pour la mériter?
- Enfant de Paris, je suis parti, enrolé
1olonta.ire, dès l'âge de seiie ans. J'ai fait
huit campagnes. J'ai gagné mes épaulettes
sur le champ de bataille, et re\;U dix blessures que je ne changerais pas pour celles que
j'ai faites à l'ennemi. J'ai pris un drapeau en
Portugal. Le général en chef nùtYait, à celle
occasion, porté pour la décoration. àlais il
y a si loin de Mo cou an Portugal, que la
réponse est encore à verur.
- EII bien! je te l'apporte moi-mème!
Berthier, écrh·ez la croix pour cet officier, et
que son brevet lui soit expédié demain. Je ne
,,eux pas que ce brm·e me fasse plus longtemps crédit. »
C'est ainsi que je fus décoré. J'en élais si
heureux que, de retour à mon peloton, j'en
fis part à plusieurs officiers du régiment, qui
arriYaient nom·ellemen L, comme moi, dans
la Garde, sortant d'Espagne sans ètre décorés.
Le lieutenant Goudmetz sui rit mon exemple,
s'approcha de !'Empereur, et lui demanda la
décoration.
« Qu'as-Lu fait pour la mériter?

- Sire, deux de mes frères et moi, nous
nous sommes enrôlés ,olonlaires, il y a dix
ans, au 5e hus~ards. Les enices que mes
frères el moi aYons rendus à Votre Majesté
méritent, je crois, la décoration.
- Ah! tu croi ·, repritl'Empereur.
- Oui, Sire, d'autant plus que mes deux
frères ayant été tués, je reste seul maintenant au service de la patrie.
- Marquez cet officier pour la croix, dit
!'Empereur, d'un ton visiblement ému, au
prince de Neuchâtel.
Un troisième officier se présenta et rt'çut
le mème accuei~. C'était Lrgout-Duplessis,
qui dit à !'Empereur :
« ire, à la bataille de Tala,era, en Espagne, étant maréchal des logis au ::,,· dragons,
j'ai pris l'enseigne des Gardes Wallones,
après arnir tué l'officier ((Ili la portait et mis
en déroute l'escorte qui était auprès de lui.
J'ai été mis à l'ordre du jour pour ce fait
d'nrmes.
- C'est beau, ça, dit !'Empereur en souriant; mais qui m'affirmera que c'est la
1érité?
- Voilà votre aide de camp ici présent,
Sire, le général Corbineau, qui, alors colonel
dn régiment, commandait la charge. »
Le général Corbineau fit un signe affirmatif et Legout-Duplessis fut décoré.
Après le défilé de la parade, !'Empereur
fit donner aux troupes une gratifü:ation en
,·i1res et en vin, payée sur sa cassette, ri
in, ita les officiers à diner, ,à six heures du
soir. Deux cents officiers de toutes armes,
pré, ents à la revue, se réunirent au banquet
sur la terrasse des Feuillants au jardin des
Tuilerie , où le fameux traiteur Yéry a,·aiL
alors ses salons. Quatre tables d'une cinquantaine de couverts chacune furent dressées et présidées par les généraux Lemarois,
Lauriston, Lobau et Happ, tous aides de
camp de 1\apoléon, qu'ils rep1·ésentaient à
cette solennité, el au nom de qui ils faisaient
les honneurs. Le repas fut joyeux, cc.1mme
on le pense bien; on y porta des toasts à
!'Empereur, à l'lmpératrice, au roi de Rome.
Beaucoup des assi tants antienl rllÇu de
l'avancement ou la croix; d'autres, plus
jeunes au ser\'ice, a~aient des récompenses
en perspectirn. Les occasions de les mériter
ne pouvaient leur manquer, car, le lendemain de la reYue, nous partions pour l'Allemagne.
Plusieurs d'entre nou aYaient certainement fait, le 6 anil 1813, leur dernier repas
chez le fameux Véry.
L '-CoLo:-;EL P.\RQCIX.

LOUISE CHASTEAU
~

fimes d'autrefois
Un pas bref et rapide sonna su.r le pavé de la
me. Elle tressaillit, leva les yeux 1::L vit )lar~ladame de }'ouspevral avail médité tout tial devant sa fenêtre. D'un geste, elle !"arun plan de défense d~at la réu site exi,7 eait rêta, puis, allanl à la porte, elle !"ouvrit
le prompt départ de Lucette et de ~[artial. Il toute grande :
- Entrez, mon ami, dit-elle simplement.
îallaiL qu'ils restassent éloignes de Yerlhis
Pour la première fois;}lartial franchissait
pendant quelques semaines, au moins pendant plnsiems jours. Elle imagina donc de ce seuil.
Son cœur battait très fort. Il ne put parler
les expédier à Limereuil, chez la sensible
et,
la porte fermée, attirant l,aterine sur
Boissonage qui les réclamait dans force lettre
son cœur, il la pressa longuement :
cl depuis longtemps.
- Ma chérie ... murmurait-il.
Pendant que Lucette, eninée de joie, en'es regards passionnés descendaient sur
tassait dans sa nialle ses plus jolies robes el
le
chaste
visage qui ne se dérobait point. La
son linge le plus fin, ~lartial, Lri te et lamentable, s'en allaiL Ycrs Katerine pour lui dire jeune fille offrit sa joue candide el les lèvres
adieu. Et, tout le long du chemin, il se remé- de ~lartial s'y posèrenL .... Mais une ardeur
morait l:Omment il avait connu Kelje et com- passa dans les yeux. du jeune homme et,
ment il l'aYait aimée. Que lf. Albos, voya- comme prjs de frayeur contre lui-même, il
geant en f'rancc avec sa fille, pour son plaisir, dénoua son étreinte.
- ~lartial, dit li.aterine d'un ton de doux
ne se fût pas trouvé malade en passant par
Vertbis, qu'il n'eût pas été obligé d'y séjour- reproche, vous ne m'aimez donc plus?
- Sijevousaime! ... dit-ilarecunepas ion
ner, puis d'y prnlonger indéfiniment son
contenue....
Ah! Kefje, plus que ma vie,
séjour dans rattenlc d'une •rnérison qui ne
venait pas, toute la vie de Martial était plus que ....
- As ez!
changée. Naïvement le jeune homme bénissait
Souriante, elle mil sa petite main sur les
la Providence qui ménage am tendres cœms
de telles rencontres.
l{aterine attendait chaque jour avec impatience l'heure où Martial paraissait à l'angle
de la rue solitaire. Et, tandis qu'en ce moment m•!me, sur la route, Martial évoq1.:1ait
le court passé de leurs jeunes amours, elle,
près de sa fenètre, le cœur en grand émoi,
un ouYrage dans ses doigts immobiles, se
répétait :
.•
- Aujourd'hui 1... C'est pour auJourd'hui !.. .
Ces mols tourbillonnaient dans sa tète-,
saa qu'il y eùt place pour aucune autre
pensée. L'attente lui paraissait longue ....
Des heures sonnèrenL au clocher. Son impatience s'accmt. Pour la tromper, elle ,·oulut
relire le dernier billet de Martial :

YU

&lt;&lt; •.• J'ai beaucoup de cho es à vous dire ....
Ma situation auprès de ma mère devient intolérable. Ce ilence respectueux que Yous
m·avez prescrit me pèse trop .... Il faut en
finir, mon amie. Je vous aime, je vous aime ....
li faut que nous soyons l'un à l'autre, tout à
fait, devant les hommes, comme nous le
sommes devant Dieu .... Ce sera très difficile,
mais vous m'aiderez, n'est-ce pas, ô mon
. •).... »
amie
Ketje replia le billet et demeura songeuse.

lèvres de son ami qui la baisa avec leneur.
- Oui, assez, reprit-elle, sérieuse, cette
fois. J'ai beaucoup réllécbi, ~lartial. Ce n'est
ui demain ni plus tard qu'il nous faut parler
à nos parents. Nous ne pouvons ... je ne
puis ... porter plus longtemps le lourd secret
de noll·c amour. Je dois à mon père le respect, la oumission et la franchise sur tous
mes actes .... Je ne saurais m'y dérober davantage. Tl faut l'informer, Martial, et aujourd'hui même.
- Allons vite auprès de lui ... dit Martial
avec entrainement, vile ... Yite ... 1encz.
- Oui, dit Katerine. Mais ... écoutez!
Là-haut, dans la chambre du vieillard, un
bruit sourd de plaintes et de gémissements
se faisait entendre.
eigneur !.. . s 'écda Katcrine effrayée.
Et, quittant Lrusqoement le jeune homme,
elle se précipita vers l'escalier.
Nul doute qu"Albos ne fût pris d'une de
ces crises violentes qui le jetaient hors de lui
et paraisrnienl le mener aux portes du tombeau.
Martial entendait Katerine s'activer auprès
du malade. li percevait ses pas légers, et ses

_ IJra,•o 11,on neveu! travo ! .• , V nus j,;ilte, ho111IeI1r à votre maitre••.\h ! .llarttal I quel ~01_1 philosophe
1,::,us Jt;e= d:ins i,fngt .zns. ,\fais je vo11s 1•ois i•eriir .... c·es/ l',;iutre opi11i~1t ;ue i•ous vo'.ûez a présent? •
• _ Uui mon onde.• , - C'est l·ref, c'est r.et: , L'Amour est /oeau, b vie est courte: 1·1vons. !Page .10.)

'

.

�,

1l1STO'J{l.ll
paroles brhes, sans doute con olatrices, en- jours après. Je mi faire un Yoyage de peu
trecoupée par l'émotion. li distingua.il le de durée, mais oLligatoire .... Vous pàlissez,
bruit de la cuiller d'argent qui heurtait le Ketje? ... Vos 1eux sont pleins de larmes ... .
cristal du verre oit la jeune fille aYait versé 0 mon amie! ,uus m'aimez donc bien L.
11uelque cordial. ...
helje ne répondit pas. Les paroles de llarJI se sentait con[u ·, embarrassé, presque tial éYoquaient ,oudain en sa mémoire un
honteux dans le parloir où Katerine l'avait sou,·cnir qu'elle croyait aLoli : celui d'une
lais é. Dans celle maison étrangère, peut-être pauvre tille jadis attachée au senice de la
hosLile, n'était-il p:is un inlru ? tJue pense- maison, et qui, abandonnée par rnn fiancé,
rait Alhos si, tout d'un coup, pris d'un mieux avait trainé, tout le reste de ~a courte 1ic, sa
subit, il descendait cl le lrournil là? Croirait- peine et sa dé -espérance. Si ~lartial l'abanil aux explications que ~farlial lui donnerait '/ donnait de même? ... Ce rnyage, peuL-èLre,
Ne le con idércraiL-il pas pluLôt comme un était un prétexte'!
surborneur éhonté, un être vil et méprisable
Elle soupira et ne dit rien de son chagrin,
qui profite du malai e du père pour courtiser car c'était une lille discrète. Toul de même,
à loisir w1c fille sans défense?
un sanglot vile réprimé mourut dans sa gorge,
Le Lei enthousiasme de Jlartial Lombail, et lorsque ~larlial la baisa au front, il la res'éLcignail de minute en minule .... Oh! trouva placide.
comme Katerinc lardai L à redescendre! ...
- ~c m'écrivez pas,. dit Keljt•. "i un
(lue faire?... )lainLenant, la crise passée, fàt:heux hasard mctlait tolre lellrc entre les
\Ibos aura-t-il la force de les entendre et mains tle mon père, il pourrait s'en émournir,
sera+il &lt;lispo é à accueillir leur dJclaralion? s'allrjslcr de ce qu"il appellerait un manque
l\etje ne redescendait pas. Les minutes de respect, et sa pau,•re santé en serait peuls'é,oulaient. ~lartial a,·aiL cou,cience de la èlre bouleversée. J'attendrai courageusement,
·ingulariLé de sa situation cl il en souITrail. allez .... Je saurai auendre ... . Et je ,ous ai·es regards erraient à tra,er le parloir merai de loin comme de près.. .. flcnsez à
évère. Jamais il u'ayait p~nélré dans une moi! ...
telle habitation. L'auslérilé du cahiui·te qui
J') peu~erai mille fois le jour, s'écria
l'arnit meublée s'y trahissait dans les moin- fürtial :nec une ardeur émue. Adieu, mon
dres détails. Du gai pelit salon bourgtois qui amie!. ..
était Jà jaJis, Albo avail réussi à faire une
Il prit les mains de Katerine, les réunil
pièi:e effropblement tri.sle par La pauvreté dan · les siennes cl les couvrit de baiser,.
intentionnelle et la grave décoration.
Il sortit. Au coin de la rue, il tourna la
El Martial, instinctivement, comparait celle tète. Du seuil de la porte où elle était restée
demeure à la sienne.
debout, la jeune fille le regardait. Ils échan. A Fon peyral, plusieurs généralious d'ancêtres avaient marqué leur pa age, laissant,
qui la rutilante haLterie de cuisine; qui le ·
lourds bahuts chargés de îaiences et d'étains
ci elé~; qui les amples fauteuils cl les moelleuses bergères. Tout · disait le goût de vine
el de bien vivre. Tout marquait l'aisance tradiLionnclle. On y marchait fort. On y parlait
haut. Ici, la vie était comme assourdie. Le
silence était une loi.
)larlial eut un court fris on., .. Katerine el
lui e comprendraient-ils aussi bit'n qu'ils s'aimaient? ... Lui, français et méridional, amoureux de Loul ce qui résonne et brille, pourrait-il s'accommoder de cc mitieu, de cette
sévérité de mœurs, si Kate les lui imposait? ...
Ces pensées graves l'cfneuri!rent seulement.
a mince philo~ophie ne sul pas les retenir.
Pourtant, de cc choc rapide et léger, il demeura déçu, allristé, troublé sans sarnir
pourquoi.
Lorsque Katerine reparut, le visage de
Martial s'éclaira, et son angoisse intérieure
fut bienLol dissipée.
- Mon père va mieux, diL 11.aterinc, mais
il est encore très faible. Parlez, Martial.
Héla ! à présent, quel jour pourra-t-il nous • - \'c~rc ! ... \"erre: ... l'oir .... ~-oir .... i ·ous me
c,·oJ·e:; Nt e ?... .\fais Tvi1w u Ge11III ne l'est point .... ,
écouler?. ..
(l'age ~~-)
- A mon retour, sans doute, dit Martial.
- A ,otre retour? .. . s'écria la jeune fille gèrent encore un ge, le d'adieu furtif et disdrjà alarmée.
cret.
- Chère, dit le jeune homme, ce prochain
Mais voilà 'lue, . ur la roule, il se trouva
retour n'aura lieu, hélas! ni demain, ni le face à face arec ~J. de la ~louraine qui se
jour sui,ant, ni même ans doute plu~ienr:; prom~nait.

Le marquis prit familièrement le bras de
fürlial.
- Eh bien, eh bien: .. . Qu'est-cc'! ... EL
oü alle,Hous toul courant'? dit-il.
Il souriait avec bonhomie. Martial, plus
échauffé par l'émotion que par ·a course,
répondait des mols incohérents.
- Voyons, mon neYeu, il l a quelque
chose? dit le marquis.
Alors, avec la belle impétuo ilé de la jeunesse, Martial jet.a ces mols, tout d'rne haleine :
- Mon oncle, je suis amoureux. J'aime
Kalerine Alhos qui est pauvre, étrangère el
protestante, et je veux l'épouser.
- Oolà ! holà I comme vous y allez! dit le
marquis, en riant.
Puis tout à coup :
- c·est sérieux?
- Très sérieux.
- .\!or , je vous écoule.
'1artial omrit son cœur. Il dit comment il
avait connu lülerinc et combien il l'aimait.
11 conla la démarche du curé, pcignil la violence de la baronne. Et il ajout,1 :
- Et vous, mon cher oncle, qu'en pensezvom?
- Ce que j'en pcns~?.. . llum !... ~IJn
ncYcu, j'ai toujours, sur une mèmc affaire,
deux opinions : celle qui me vient dt: la tradition el celle que je ûrc de ma propre expérience. Laquelle roulez-mus?
- Tou les les deux. La Lradi Lion d'al,ord,
- par respect.
- Voici : Martial, pen.ez à l'avenir de
rnlre race. 'ïmitez pas le dernier des Briscfer
qui a épousé une Anglaise et le petit Combaluu de Yireleyre qui s'est fiancé, paraît-il,
avec une Allemande. Ces mélanges de sang
ne valent rien, ni pour le corps, ni pour le
cerveau, ni pour le sentiment .... 'ongcz aussi
à votre bonheur ... . .'l'essayez pa~, Yous, dont
les ancêtres fredonnaient des chansons gaillardes, de trouver du plaisir au Choral de
Luther. Demeurez-en au : J'aime 111ie11J: 11w
mii&gt;, à guel de vos pères .... Croyez-moi ..•.
J'ai l'air de rire'!. .. .'i"on, Martial, je ne ris
pa : tout esl là.
IL conclut :
- Voilà ce que dit la tradition~ Répondez.
- Je réponds : Il y a sur la route de
Ponlvicux l'antique château des Chabannes ....
Vous le connaissez, mon oncle'? C'est une
ruine vénérable el moussue. On la regarde
avec curiosité, mais on n'y louche pas. Là,
pourtant, des gentibhommes et de très honnête~ femmes ont vécu el se sont lrou1és à
l'aise. I voudrion -nou halliter, mon oncle? ...
La tradition, la coutume, l'usage me serublent quelque cho:e d'aussi respectable el
d·ans.i désuet. ...
l'n éclair de fierté brilla daus l'œil du
marquis:
- Bra,o, mon neveu! dit-il. Bravo! ...
You faites honneur à votre maitre. Ah!
Martial! quel bon philosophe vous ferez dans
vingt ans. )fais je vous vois venir .... C'est
l'autre opinion que vous voulez à pré"ml '!
- Oui, mon oncle.

___________________________________

C'est bref, c'e,L net : c, 1·amour esl
beau, la Yie est courte : ,ivons. &gt;&gt;
- \ oilà, voilà la vérité! cria ~larlial awc
exaltai ion.
- Oui, fit le marqui~ à demi-rnix comme
se parlant à lui-mème, c\st à la jcuneôsc
qu'appJrlient loujours le dernier mot.
- Le dernier mol! s't'.cria ~Jartial, frappé
soudain par une idée ingéuicuse, le dm1ier
mul, c"est à vc,us qu'il apparlient, mon
oncle .. .. Comment'! ... Yous me diles :
a Fi!iles ! ll , rl je répond : « Je ne puis rien
ans vous. » Pourquoi? P:m.:c que je pars
demain pour Limercuil, parce qu'il faut tout
de suite ,·oir monsieur AILos, lui parler de
moi, lui donner ma parole el recernir la
sienne; parce que j'aime et parce je yeux,
oh! oui, mon onde, je Yeux que vou so,cz
mon ambassadeur.
•
M. de la Mourainc était mis rn gaieté par
l'ardeur de ~farlial :
- Voyez-vous ça? d:saiL-il, ,·oyez-1·ous
ça·t ...
11:i.i après une aruicalc discus:;ion de quel• IJUCS in tanls :
- Eh bien, oui, j'irai, dit-il. L'a.vculurc
esl piquante et me réjouit par son étranaeté.
Et puis ce sera jourr un Lon tour à mad°ame
Françoi c.... Ft'licilez-Yous, Martial, d"avoir
uo oncle qui aime le paradoxe .... Me ,·oici
chez moi .... Au rcçoir, mon neveu, et allez
en paix.

VU!
Le jour du dép:irl de se:: enfants, madame
de Fon pe~ rat se dirigea vers la l.Jouraine, où
depuis longtemp· elle 11 ·avait paru. Elle voulait voir le marquis, lui parler di! fürtial, le
consulter, ou, to:.it an moins, se rcnsei"aer
C
sur son étal d'esprit à l'égard du jeune
homme. M. de la ~fouraiae serait-il, en celle
amoureuse affaire, l'allié ou l'ennemi de son
neveu'? ... Elle redoutait un peu le marquis.
Sa souriante ironie, sa bizarre et universelle
in.iulgence lïnquiétaient. Presque jamais, elle
ne l'avait cornpri tout à fait. J'omtanl au
jourd'hui, elle avait grand besoin de conn~îtrc
ses plu~ profondes pensées ·ur cette malheureu e aventure.... 'il l'igr.orait, s'il était
mal renseigné ou i11décis, peut-être, à force
~'habileté, le pourrait-elle conquérir cl le rallier à son proJet à elle, qui était de détacher,
par force ou par ruse, son fils de l'amour de
celle fille.
Mais comme elle entrait dans la conr de la
~lo~aine, elle vit un domestique qui enfourchait un cheval et qui, lui dit-il, allait en
hàle quérir le médecin : M. de la Mouraine
était co pleine crise de goutte cl criait comme
un _damné. li avait inlerdit a porte. a vieille
amie, elle-même, madame de Puyraleau
n'av~it pa été reçue lo~squ 'die s'éLaiL pré~
sentce, tomme chaque JOur à midi en lui
apportant les journaux.
'
Dépitée, la baronne fit volte-face et reprit
le chemin de Foaspeyrat.
Décidément, elle était Lien seule devant le
danrrer.

L! nurquis ex~nr_ina_ '.?11gucmenl le_ fol con/em111/ la fJna cée suprême. C'è/a{t 1111 i•a-se /&lt;rme t ,1,- des Hm delles de pap,e, s dn_us, Suferf&gt;usees ~t fix ees a11to;,r du pot fa,· 111u col'Jelelle do11t /es touts etaient réttnis
s011s 1111 cachet de c,re. (Page ~~.)

E.Ue pensait :
sentant alourdie pJ.r le faix de ~t·~ pcn ée
&lt;1 Il faut à tout prix séparer Mar,ial de
doulourcu e .
celle créatnrc ensorcelante .... Le voilà abPri' d'dle, un paysan pa sa. JI rlaü llélri
sent. ... .Agissons .... Mais comment?... Ahl cassé, vètu de haillons, hùrc sous ~on bonne~
qu'il eùt été facile, jadis, de se débarra scr de laine. JI marchait les mains pendantes et
de ces être -là! ... mais aujourd'hui, aYcc la ouvertes. Sa démarche pcsaule était rncore
canaille qui gouverne, toute licence est don- ralentie par ses g1 os abots de hêtre.
née à cc espèce . . . . Les honnêtes gens doiC'était on rnisin, un pam re diable, 'foi,·enl se défendre eux-mêmes .... Eh bien! on nou Genlil.
se détendra .... Toutes les armes ont bon_Toinou était à la fui rusé el .impie d'rsnes .. .. Oh! c défaire de cette 11'.alerine !. .. pnl, c~é_dule comme l'ignorance, pétri de
La chasser de Yerthis !... i&gt;
superstitions, farouche et naïrement cruel.
Elle médjtait ainsi dans son âme violente
. On l,e, c1:Ji•~nail. On ~e crolait Jill peu orel outragée. A petits pa , contre son habi- c1er. C etmt 1épourantrul dLs e11Cau1 en mal
tude, clic s'en allait ur la gran&lt;l'toule, e de méchanceté que menaçaient les mère - en

�,
msro~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - par il:. lï1abituJe de jeter de « mauYaisc
madam de Fon,1ie~·ral. Certain jour (bien
colère. {ltrnnd le horumb le rencontraient
p mdre II dan 1 ~ puit l'l b fontaines ....
aYant la l\é,olution). ell11 1':nail urpri lni
- , ·otre ruré e~t trop Caiùl •, :ijouta maur le, roules, h· oleil étant couché, ib :-c
101:tnt de~ pou! cl de: œuf. t~lle, .i dure
h.,tai nt d, fermer leur main naucbe en 11\adam " de Fonsperrat. Il devrait le~ cha. ~ r.
au mi éralile~. die arait pardonuJ.
ç.anl le- pouce entr l'ind , el le m{-Jiu~. ce
Yai, ce qu'il 01• fait pn~, nou · autre. , bon
Toulcl'o· . prudente Lavi!,ée, elle lui a1ail
chrétil'ns, nous le dewn~ faire. Yeu -lu m')
qui L'Onjur.iil l nm1\'ai 50rl el le mal donné.
r.iit rccnnnaitre I xacl de,anl témoin, un écril
A cause J lui, 1 . fèruru1: . portaient toujour
:1idl'r'! Tu connai: le berb magiqut's : tu
rédieé par elle cl oil clic contait la cbo·c.
11 l •ur cor,a'.'.e deux t:piu"k · en croi . LL' ~oir,
en compo:era. Je,· mal 'fices. 'l'u ~31 · 1' choa\'anl de e coudier, ell , prenaient un de~ loinou a1ait noirci s11n pou e :1 la [umt!c s •.· qui font peur la nuit et 11ui tourmentent
d'une chandelle et ra,ait appo,é ~ur le patison, ùn ÎO)Cr cl l'êbaieul au-de u· de
le jour : tu les 1·mploieras. Tu ~ai· le servir
pi0r, en manièr • de sceau, à côté de la croi ·
1 •ur lèk. Par ce ne ·tr, die· «·mpèchaienl \p,
Ju bruit, du il ·nec, de l'ol, curité, de la luqu'il a1ail traci:e. Cel écrit, u 1·e papier 11 ,
maléfic1•, de pénrtr ·rd, n~ la mai·on tlurant
mit•rc pour clfra~er le pauue mondt• .... , e
comme di:ait Tninou. hantait la mémoire du
la nuit. LÏ•Lail •n ·ore pour se garder de Toidi pa. non : c'c l Haî. Eh bien! tout cela,
pau1re diaLle. Que n'nurait-il pa fait pour
nou 11u\lb portaient toute au fond ,le leur
Ln le fera contre ce vilaine !!CD. cl LU le
poche u11 croùton de pain el un mom•au de le ra,oir'! ...
r •nJra i malhcurem. dao cc pay 11u'il leur
Cela r -,·inl :1 l' ,prit Je la haronn · en cc
rier" ocnit. Elle., n'oubliai ·nt pa · au~ .i ile
ruomeol où elle .entait le besoin d'une aidt', faudra l,ieu dé\or.-cr ....
plarer un peu tic mil dau~ \'ourlet de li·ur
- J'ai compri ·, madame la haronnc.
d'un ,cnil ·ur, d'un es1·l:l\e sou mi~ à ·a l'OLai e.L-moi [aire.
jupon.
C&lt;'peoJ.ml l'ninuu C.cutil 111· méritait point lnnté.
- El lu .ai '! J\s quïb eronl partis, j •
l' n • idée ~uùill' l'illumina.
qu'on lui acconl:'t~ uoc telle import.ancr. Eu
Ill rendrai ton papier l j'y ajouterai cinq pi,1
Com111e elle an1i1 d pa,. é le p:•1~an n train
rt'•.1lité, c't'•tait 110 pauvre par·. 'U\, ,,,lontier•
de rama~,Pr de. hrindille · de hoi, mort, elle tolt• . . Oui, 'foinou, CÏnlJ pi-lol1•s ... cl lu ~afripon, plus di po~é i, rlran l&lt;'r les poule·
:.:ru·ra · le ParaJi. par-de.su· 1 marche. Scudu ,ui in que ll', hou11n , ur \a nrand'- l':•l'I' la :
lcmenl p::i un mot de cda il per onnc. 1 tu
- 11'! loin1111 ! ... 1 ,•ni! ... l't'11i! ...
roulcs. li c~l Hai qu'il était ,a,aol dan~ la
1
Et qu,1nd im1uiet, .oul'nr1b. prc.:qui• , perdu, parlais, tu ne rém,·irai · pas.
t:111111ai-~:111c,• d,· plant•. 1 d1· 1 ur. proprit:- Toinon ne parl • 11 p&lt;:r:.nnne .... ll tient ·
té,. Il .a,·ait ·,u"i h·~ jmw tle la luo où il \'honunc fut pr, d'cll :
~ langue. dil n,· •c calnw le pa :,au.
- J'ai lic_nin dti toi, Jit-cll,•.
Il' faut ni .cml'r. ni plaukr, ni arradwr le,
- \'oil qui ~1 dit. Ah! c'c;t noir' curé
- .\h! pau\ft) qu je :ui~! ... !,!u'c..,L-cc
l1&lt;~rh, ·• tin le com,ultail ,nec fvi •l l rrcur.
qni
era l'Onlenl:
que j pourrai~ faire pour ,ou~. maJamc 1,,
~ •s prédiction. \'.·laient ou, nt réalUc . Il
- Que oui! fit lep }san, laconique.
liar-inoc '! Jil Tc,inou d'un air Je doul .
n'a"iit ju, \l•'alor · fail ni J'nutrc hi,m ni
- Et le 1, n llieu, 'l oinou '! .•.
....u.ll'as-111 2arJcr nn ,cc rel~
ui hicn ... le hou llieu ... , ruadamc la
&lt;l'autre mal.
\h ! bien oui 'lue je :aurai .... Je ne
La I\érnlulion al'ail p , t: ,ur lui s:m 1p1ïl
liaronne. leocz-,ous tranquille. 1 out ,era îait.
ui, p:i un petit Jriilc, moi, je ,-ui l oinou
prit garJl'. ,nineml'nt J., - Jacobin 1111 pals
La baronne 'éloigna, prc r111c heur •u -c cl
Gentil. ... Oni bil'11, 11uc J'' .a111-.1i .... 011i
lui a,·aicnl Jpliq11i! pour,1uoi el comnwnl il
. urluul aliénée. L' ·poir la rl'ndail plu \Ï\!i;
n\:tait plu olili::é •, ri n c1111!r, les nobl .. ,, 1,ien !.. .
- l\appellc-loi que je t'ai é1 il: la pri on .... !'obéi ·:an • du manant la ra,i.. ait.
Il·, prètrc, uu le, moio • . Il le. avait {•coulés
- L l\1hoh1tion, pcn ail-1'11 ', hellc ar- Oui, madame la Laronne.
:an, mol 1lir · 1•l le a\'UÎl re••• rdé a,'.:. méfairt·. vraiment!. ..•\11011., \'éaalité n'est en... le ju" m nt ....
6:mn• .. 1 l'on iusi,tail, il ccouail la tète J" nn
core inscrite que dan, le" papier, public·.
- lui, madame la haronuc.
Et là-ha-., Toioou ouriait, toul s ul, en
air J,· doul1. cl répouilait eu patoi :
- ... le· rraJère· ....
- l'eyré! ... l'eyr:! ... Yoir ... \'uir ....
liant un fa&lt;tol. Pui il murmura :
- Oui, madame la baronne.
Vou me cro ez ùète'!. .. Mai Toinon 1:entil
- C'c,l aujourd'hui vendredi ... la lune est
- Eh hien! écoule et ~:iche 11ue, j tu
unu,elle ... je ,ai cueillir m .., herbe ..... Au
ne l' t point. ...
rai cc que je vai · t • dire, je le r •nJrai le nom du Père, d11 Fil cl du • aint-E 'prit ....
Et il 'éloignait, furieux qu'un cbcrehâl à
papier où lu a marqué ta croh cl 1011 pour·.
le nn~titicr.
Cl! rappel du passé a sumLriL le ,i~aac de
Q,;and, l'églis fermée, le curé ·apti[, le
1.
Toioou.
Jamais il n·a,ail pcn é que la Ré,·oroagLtrat élu:.;, le fête~ républicaine· ,inlution I' ùl rendu quitt en er. la barunn
La mal Jie Je \I. Je la lourain' n'était
rcnl lni prou,cr que l'ordr' de, cbo. · était
el r1ue la loi nou, •Ile ne îùl p.i oppre :Ï\ •
cban,..é, il ne parut pas davanla"c con,aiorn:
pa
grave.
comme le l,on plai ir d'aulrcfoi ..•\u ·j Lais,aIl ·e troU\'a hicnlôl mieux, r:tcc à la ai- Heu... h n... hilinu. .. peut-être ....
t-il la tèle et tnurna-t-il plu ,·i,em1·nl · n "0 :e 11ue lui impo a la1 onnave, le roédeciu
faisait-il. i'ou ,·crroo ç.a .... L' . maitre
dr Yerthi cl l'oracle du pa~ . 11 but au si
out le; 1uailr . .. . ,1adamc la h:irùune a b11nnet entre "e main ..
- 1 lt! ... Je ni'en ,,,u,i •n. Lien a, cz ....
force bols d · ureau niLré et dut accepter un
encore la terr' l château .... On ne les lui
Que Lrop !. .. ruurmura-t-il. Et, i je peux e traordinaire médicament, r '.Celle m~ léôtera pa~ coup ·cc, ~an doute? ....le fais
rattraper ce papier ... bien ,,ir ferai-je cc que
rieu e du pharmacien l1ou~adou.
comme mon père, mon granù-pèrc et mon
rnus
me
commanderez.
L't1pothicaire Poupdou, qui d,•pui peu se
rni-grnud-père.... Les paum• i,onl pour
Alor , a,cc patience, dan un lan!!,t"e fa- d'nommait pharmacien, était tr' · ,,,r·é dan
obéir.
milier, elle lui expliqua, en patoi , comment le· pratiques de la \'Îeille pharmacop :e. Le
El il pliait l'échine.
un certain A}l,o, t;l sa fill •, deu\ étrangen- t1·mp · 11uïl n'elllploiail pa. aux ha,arùagl!_
- Mah c'est fini .... On n'olx:il plu 1p1:1
,·enu • qui ail d'où! ... 11 , et établi. Jan
cl canean de la rue, il le pa · ail dan - ~on
l:i Loi ....
\ erthis, étaient d'abominaLh: cahini· tc . oîfidne , préparer diluer. db,tiller, malaxer,
- 1h '. la Loi! ... Qu'c~Hc 11ue c'c t enTr~ certaincm nt, iL uaient fait, comme p •,cr, moudre. l.iro1cr, émubiolllll'r, "rabecorn 11ue œllc manigance 'l... Oui! ... 011é !...
lnu. leur· pareil , un p;1ctc aYCc le diable . ler de clrotrucs. mi tures, éli ir , poudn s,
•\l\ou ·, ne ,ou fichet pa. de moi. uffil.
Cette
petite .Uboc. u uoc drùle- e, liicn ~ùr ! 11 herbes, grlli:-e · et racine . ljuand on le \lEl l'air ma111·ai., il levait on b,ilou, tours'introJui ail à chaque instant cl sou n'im- nail appeler pour remplir uni· ordonnance, il
nait le do~ cl 'en allait, le ùi .ac sur l'épaule,
porte quel préte,te cbei madcmoi elle Claire, apparai,,ail en tablier de toile blanche,
un brio dt! ·au;.:e entre les denL.
li avait de la déwtion à ,a manièr , et Jé- ~ 1·ctte ainte fille », pour lui tourner le5 ~patule à la main, grave, olwncl, aYec un
l tail le
ennemis ùc la ainle rclinion », idile. l'er le démon ,,. Ce:, gèn -là méditaient pli de rélle.~ion entre le _ourcil·. Ce goi1l
païen· ou hérétiquct. Le .eul sentim ~nt qu'il d11 faire partir une ~eeonJe toi le bon curé .... 11uïl a,ait pour l - fourneau , chaus~, carnontil :1ait un sin ulièrc reconnai. ~oce, . an compter «1u'un de ce jonr. le paî, ra non~ chenell · el fioles, l'a,ait fait surnomemp,ii.onné, car ils 11111. co111me 111us leur~
qui pomail aller j11~1111'an M,oucmcnl, eo,·cr
1

1

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mE;l' « ~ui.inier arahc:.11ue » par la, onnal'C,
1°1_avait lu Guy Patin. Pomadou n·e 'en DcbaJt pa . Au contraire, iÏ :c i?lorifiait Je
pa~~ 'd~r 1~ _cmt de din:rse. pr :paralion
r01_~ntee._ J.1~1 par le mires toulousain ,
qu il ~ t101ait au-deL u. Je 1011 aulre.. Il
a,;· nratl tille, "r:ice à cil , il a,·ait rendu
bien ~rlanu; des mala.d " abandonné., par la
Faculte.
Pou~ '1. de la • lourai ne, il fabri,1ua un
électua1re ." extemporan · ~ dit-il, qu'il lui
apporta ~m-même. C'h1iL un· certaine t.hérr.aque ?u . e confondaient prt•· de oi,anlcdtx e,pece. · dool les principale. étaient l'ari ·l11lo lie rvndc, l'aulnée, la m, rrbc 1, con.ene d "enihrc cl l'écorce d·~raurr~.
Le mar11ui , encore 11u'il parlât peu, rn .a
sou1lr~n ', remercia Pou aJou nH•c h aucoup
~e pohte: :e. ljuand le pharmaden fui parti,
11 se fil donner l pot contenant la pana le
uprcme. li l'ex:imioa longuement. C'était
11 n rn ·e Je forme étrau,.e, en ro~ c faïence
~inte, formé par Je rondelles di; papi r
ù1ver ' superposée cl fixée autour J11 pot
p~r une c.:ordeletl dont le . l,0111 étail·nt réu01 _ ou· un ca~b •L de l'ire. L manpii aJm1ra le pol, lirba l" cachet, rompit la hcelle, •
cuba une à une le:_ ro~~delle d' papier, tout
e1~ ln~1a11t, à part 1111, 1m éoio·ité et la comph~t1011 &lt;le la fermclnr , par où ,e monl~a'.ent san ·. doute l'cwdlencc et \'authentiCJle_ ~u méJ1ct1mt•nt. En.uile il llaira 1:i ,·ompo ~lion et r 'Connut que l'odeur en était
a&lt;&gt;rcalile. Pui. il rétablit dans leur ordre le.
rood~Uc de papier el la cordelelle, et rcmi~
le loul à sa er,·anle en lui di ·ant :
- Porte cela au nreni r, dau- le c110rc
aux remède· inutile .
•
:-- füi:,. !11oo~ieur le marquis, il est
plern: ... On n } mettrait pa · un dé de plu~ ....
Depuis trente an. cl davantaoc qu'on y jettl'!
toute .. le dro.,ue d •s apothicaire., ,·ou, pen'?l ~• c~l e~pli l .. : Dieu me garde! il y a
l11e11 la de c1no1 empo1 ·onocr le pay • répondit
la :;enanle.
- Eh bien! llam[Uc-moi ç.1 au diable, dit
le marquL.
El _il continua tic boir,• ilu ,ureau nilrê.
liai.•, le lenJe~ in, il faisait ,:.noir à Pou)ailo~ !tu apnt pr,. quatre once_ ùu pré1·ieux
il ~c ll'ou1ail prc,uuc Ir~ 1,·.
smetl1rnmenl,
·11·
.,
11:0.
.., u~tout I a. ~ura qu ï\ lui ét.iit fort rl!Conna•~~an~ d,• l'nYOir ~i promptement ~oula:.ré,
,anla. l elCl'llcnce de cette lhériaquc, \l'ai
catJ~ohcum, élonn:mtc paual'ée. mcrvcilleu1.
anlulnle que la ci ·ni·e Je Pou aclou ferait
JEP?e'.ll «le conscrrcr pour la po,..Léritl:.
Pm. tl rit douœment et but coup . or coup
ileux bol de ti :1oe.
. -'?intcnaut il était Jan ~n chaml,re où ~c
JOU~1t l ,olcil entrant par lt•,.. fcn~lrc ~an1l~·~. •D ,~on attaque ,louio ur~usc,
. 1·1 n·.,l\'omert
.
1
Dll '31'1 e qu _un peu de rai&lt;leur ilans le, !:!C:ou .. li _all.11.t et icnuit en . 'aidant d'une
~ne i1~1, d_l,eure en heure. lui de1enait
morn neces~a1re.
. l:n pa. ll'..inanl et menu, un froufrou ile
ê firent eoteuclre dan , le corridor cl
,mue Je · I · ile la . louraioe entru.
1

i~f&gt;e.:

AJJŒS D'JtUT1fEF07S - - - .

.la?~1~c de Puyr:iteau apportait a,t:c ellt: . i incertain •rm• cc 110 · l'on appelle t·onHnttun dclit:1eux parfum de l,cr_a mole ,·L de pou- n :mc~t la véril~:. Elle &lt;linerc pour diaquc
dre à la maréchale. Elle tenait à la main un l mp , ou plulul 1· a. pecl oui infini l'i
paquet de jouroau qu'elle jeta ,ur la taLle , 1rié,, mo~il l'i onJoyaot ·1 à la manï·re J,·
en mèmc Lemps «1u'clle ~e lai.-,ait tomb r ·ur n•, figur llllpré\'UI!,, 11ue forment dc ' grain.
un iè ..c.
.
1l1• ,err' ,liwr cmcnl coloré et qu'on - a"il.
- Oui! ... \lia ,oilà lrès la,.e .... ~Ion chl'r ibn une hoil1• tran~parcnlc : :\émcnb idcntiqu1·· i'l nome! a~pecl.... \lai rel' •non, •
Alt: is, romml'nt allti-,ou ? ,lit-elle.
·
Galamment, elle tendit sa main ,m m, 1r- IJu' a•t-il encore?
qui,. )1. ile la )Jou raine la prit el la baisa.
- \lnn,ienr dl· Yolny-Pé,1ire c. t nommé
C'était une jolie ,i~ille 1111i avait Ju ètrc pn:l~·t &lt;l • !a D1 1nlo~111· el mon .feur ,le );1 Houune lrè, belle jeune femme.
landie rt·Cè,eur 1éoéral. ...
Elle a,·ait .ét~ li• I ~-~mier alllour Ju marqui
- Oh! oh! .•. ~011~ •tue lt-,; uoLlc . ~c rapau l~_mp~ ou 11 a1·,nt encore on pr1:cepteur procltl'lll tou le. Jour uu peu plu. dn soll•il
derr1~rc ,..c. chau,..,l's. l.:1 ,·ie le. : :para. Lor,- le, a nt.
que a nomcau elle \t·, r :unit, il 1•1:iicnl
Qud ~oleil lcraul'!
pr '· que 1ieu1 Lou le Jeux. lui enrore 1·t'·li:-- 1 .n ouwrain, p,1rLl1•u !... uu o\d,11
l,ataire, elle \''u,c el trè· con·olée du ,cu- r1u1 ~' f •r;1 couronner cmpt•rcur ou roi.
- l1011 !lieu! .\le1i,, lai ·s ''- Jonr rnlr,
n••c.
Alor· ,'établit l'lllre eu. un de cc tendre., ,'.·~pcr ·ur tranquille. You ête, coiffü de ctllc
comm rœ. «l'amitié i fré11ucnt, 11 rclle épo- Hll'r sau 1·e~u" ,lepui: 1p1elqul' moi I'! ....
11uc et Joni la formul1• d •vail .e perdre a1rr
- ~la nue. rnn · êtc, une ,il·illc cul:tnl.
le ,1111•· ,ii:cle. C'était l'amuureus amitié,
- :\111111,, c~t-c1• fini "!... Et ,ous? 11'.1,ucendre chaude de l'amour con _umé qui !-Ul'fil \'OU rien à me couler'!
1•11corc à ri:chauffor le ,ieux cœur : c'était
- , i 1'.1il. J'ai à vou, parkr d. mon u ,,en
~ •• rall'l-\00 · }a,· ll'Oll\'t • Ct' !'.li· t le r1~ ua1itJ de 0111cnir , parl'um uhtil donl Marlial.
•
emha.umenl le. tlcrnil·n•s :innée · d vieil- 01e1 · temp , În"11li1:rL•m •ni moro~ •'!
lard .
- ~lai· oui, . in°ulièreml'nt.
- l,.a ,a micu,, 1·a ,a mfou , 111a hount:
- Eh hil'n ! 11·la .'cxpli«[lll' : il e,t amou)lan::clinc, ,li,ait ~I. Je la ,1ouraine et j' étai~ rcu,.
fort eu pt•i~e d\'Lre rc. té quatre journée
- '!.lot micu pour lui .... C'e,t une boont•
. an· rcccw•t~ votre_ ,üit . Maint nanl. "Olt'l, chose qu• l'amour, n'i.L-ce pas, Ali•,i~? ...
- l'a luujour ·.... Et ·o 10Îl'i un exemJ~ ma•:~he Ilien el Je ne r,·, en plu qu'une
;l°¾,'ltherc an"oÎs..e, uue lourdt&gt;ur Jan- 1
ple: Ce Jrit~e.ne. \.. t-il p,1s avist: J'uim rune
Jamhc ·, cc que )la·. onna,·e a11pclle a, •c cm- p ·lite 11u11,1 mconnue, helle, a e, p.iuue t'l
phn ·e &lt;&lt; de la d~ ~plioric Il .
p;1r-Jc, u lt• compte liunucnoll· ... '! Yon
En emLle, il· rirent Je re mol . arnnl eipri- YO~t•t le· complit·ation:-...
111a11l une ho~c . i impie.
- Je ni• 1• voi point. 'tout cela empêche-- (Jue di,ent 1•· nazell • ~
t-il t1' •'ainll'rL.
- . I.e M?111le11r annonce la uppre~ ion • -;- Oui, Je ·aiml'rcommc il l'cnlenù, c'c,tde _-·01 ant. Journaa . li n'en r. le plu, i1ue a-J1r1• ,lan le ~ri;1~c. Car il la î •ut épou1re.Ile pour toute la rranc •,
. er. nrn bonn ', 11 e l lcru tic ccll • idée l'i 11 \• 11
-:-- Allon~ dit le marquu pl1ilo opbe, je démor1lra point.... ·c~t la lille Je cel élran,·or~ 11ue ,:a mard1e. Et le, TJelJ//J •?
"l'\étal,li J1·pui un an i, \'crtbis, ,ou~ .a:-- li ont un hien l,el artide là-&lt;le~~u~, el iez .... li ~c nomme Albw cl habite en fate
Je la l,outi11u,i dt• madcmoi,ell, Clair, ....
plcrn J'c prit!
- El la G11:;;e//e de Fm11ct't
- Je mi -, Mai tout 1·cla .-c~I ile la folie ....
- lln n'a pa o.•: · tourber.
E_ t:c · que, par ba,ar1I, mu· prl'odri •z au
cr1ru cc~ l,illl'll'•UC ') ...
- Ah! ..•
- Il y a aus. i 1111 décret important : le,
- ~lai· oui. ll'autanl plu~ ....
églLc~ ont rendue au culle.
- E l-ct• '[~e ,·ou ,ou~ en inqaiét riei?
- llon. J'admire comme no "0UYern:111Ls llo~ ehc: Alem, que celui qui e,1 an pé'entcnde~l ;1 _orJonner de Jaire c~ 11ue dt'.ji, che 1_111 ,ie1tc. la prc~ière_ pierre. Il a ,·ingt
·hacun la•~·,\ oyez depui · combi1·n dl' temps ans, 11 ennuie ctse di trait comme il peut ....
Pomerol cc\ •hre sa 111c e tou, le· matin 1:t .\ çm,.._t an._, _,ou, faisiez d_e même. La petite
c~mmeut, . depuis plu icurs mui , d1ac1ue )~a~eehne, 1r1 pre:;cnle ·011. le. Lr,1it d'une
1h,mand1e, 11 c~1ant7le ol1ice en public. Les \lei.lie r~mme, 1·ou plaisaü fort... mais
1k'?'?L ne . era1cnl-1b que la r~conuai .aucc mo10 11ue k rnp es. Faite~ ,·o,a•,er 1·01rc
ollic1elle de faits bien établi '! Ln ce cas .... neveu. il c guérira .... Loin de• 1eu. , loin
du cœur.
•
li rt'•llécbit un in tant el ajouta :
- \'ou en parlez ùicn l ;gèrcmenl, ma
- Pa lien 1• l . . Le catliolici me fait un
100 11 détour pour r ·Yenir chez nou · mais il lionne. La tbo,e ,aul pourtant qu'oq · · ,1rre,ienl. . ·ou \Oici bientùt au 11 e iè~le. ~Ion rêtc. Madarue de Fon ·pe}ral en e ·t informée
amie, peut-ètre verrons-nou · licaucoup dl' cl a fa_il de terrible. cène à son fils, qui a
cho_e intére ,,ante,, ,ln uou\'eau cl du re- courbé_ la _tète ou. l'orage, maki n'a point
nou,cau. Je T.1gcrais volonlier . qu'il ne e renonce. Bien plus, Martial m'est \'enu troupas t•ra pas dix an. avant qa le _aint- ·acre- \'er et m'a prié d'être on :unba. .-adeur aumenl ne soit d1:red1ef promené dan· nos rue. pr'•· du ùonbomme el de lui demander, pour
mon nt·\·cu, la main dn a fille ....
sou un Jais &lt;le vclour .. Car il n·c~I ri •n J
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�fflSTO'RJJ!

AMES D'JtUTR,E'FOlS _ _ ,

St fouvanl cvnlt1,lr son h11e&gt;llon, /i.itc,ine 1'cnfuil :t.111s le jar Jin, tc11J.1~1 guc le m.1r-111is s'en allJi/, ~
jront

t.is.

~ladame Je Purr:itcau édala &lt;le rire.
- (}1, lo~· •2-moi un peu œ litu'&lt; célahatairc, ce méchant J ILilornphc, rel om·lc ori inal cl grognon jouant le· amba~sadeurs matrimoniaux l... llài: c'est à pouffer, mon Lon.
ll'Ii, c'e.l à pouffer! ...
- Eh bien! moi, je 11 • ri. point. El j'irai,
par la ruorditu ! d j'irai! D'abord parce 11ue
je 1:ai promk ...
- Uelle alfaire! Une prome e? ... Plîf! .\
un neveu, ça ne compte pa •.
- Taule·· le prome sr comptent. Et enuite, mus 1• dirai-je? je me foi un grand et
malin plai ir de taquiner m:i coujne Françoise. La îO)ei-rnu quand die apprendra
ma démarcb , et ~on fiL très olennellemenl
lié'/ Celle malice me console de ennui· que
je vai endurer: ch, oger J'bahit L Je chau ·ure, mellre un chapeau et nouer alcc plu
de oin ma cra,·atc .... Sans compter fa l'On,·cnation a,t · un inconnu qu'il va me falloir
décomrir, j'entends pénélrl'f jusqu'en e·
plus profonde p,·n ées ....
Il raillait, sou mot, malgré le peu d'inquiétude qui perçaiL sou cc mob lé"trs.
li pour uh·it :
- lais il I a 111icn1. vtz-,·ou re que
j'ai ré.iolu? .. : N'ou, vou ne le de, inericz
p:i· .... C'e·t de \OU.S a~.ocicr à mon cnlrepri-e, c'est de fa.ire de ,otts ma cotn)llice li
de vou · .clore ain ·i la !touche pour le c:i~ où
wus me voudriez gronJer ....
- Comment? ... Comrurnt? ... fit la comlt!~se amu ée cl curieu,-e.
- \'oilà : nou:, tieudrons Lille tt la dcmoi_;elle Broch ·leau el nom, lui joueron un bon
tour en ollr:int asile à l'amoureuse de \[artial
el même, qu •diable! à .on 11ère, i leur re-

(Pai;e .,•,.)

JIO · c~l iucn:ir.j par les intri"ues de maJa111e
Françoi~e, - donl je rue méfie. Je ,ous a sure, mon amie, qnc re . ra piqu:u1l cl m1gnifique de 1:uus mir en ctlle po·ture de
i;onjurt'.·s par a111our de l'amour ....
11 rit. La comtes e larccline • 1clan1a,
joyeu~e :
- ll:imc! c·l' t une idée .•. une idée folle,
extrav:irr:mle ... mni. il e,l con~tanl que parfoj._ ce .ont les projets le~ plu· b:z:irre 11ui
réu · h, enl le mieux.
- \'oilà une oh,er,alion de philowphe.
Mon aruie, je ui~ rontenl de ,ou..... ignon ·
le pacte.
Et il offrit ,a tal,alièr~, où le doigt de la
comtesse pubèrent nmpkmenl.

M. Ùl! la Moll'!'nine 'en allait chez Al!Jos,
l\sprit fort confu~.
DéJti rennui .c glhail dan wn àlnc cl
alan!!1Ji,sail a ,oloalé. Qoand il ap,rçul Je
clocber de Yerlbi·, il .e gourmanda prc que
trèlre Jidèle à a par11'c. Au c.arrcfour des
Quatre-Cbemins, il c rt procha d'a\OÎr trouLié ~on tranquille é0 obme .•.. Et pour qui 1
Pour un enfant amoureux, pour quelque tille
wlle cl nicc, engoncée dan ::;e · préjuoés
comme dan ·e babil ! .. . ependanl, il
avançait .... Yoici le lmurg, la place du )linage, la maison de .il!Jos.
~L de la Mouraine ~oupira l'n .oulevanl le
heurtoir ...•
- L~ porte grinça, s'uurril et déma ·11ua le
frai n~age de Kalerine.
Curieusement cl ,ile le marquis examina
la jcunt fille.

li la vil "raode, arec des traits menfü, de
cheveux de soie blonde, dei ·eux pâle et
Iran lucide,, un teint pétri de neige el foihlemenl ro.é. Le Nord tout enlier ·e ré,·élait
dao~ œs prunelle~ sen,l,lal,le ;1 ùcs lac
lran11uille , dan~ la blancbeur lactée de l'es
dent 11ue lai. sail cntreYoir la lè,·re un peu
1·ourle. dan. la ligne ltrèrn du nez et la prot'.miomœ du fr,1nl carré.
Il parla. Elle lui répondit el il reconnut la
llollandai'e dan son accent Ferme. lenl cl
sourd. Il uhit le charme de s:i gri'1cc lll)l-ltc
rieuse. de a raideur naturell qui 'har11111ai ·aie11l a,·ec la ré ·erve de on maintien, la
.oliriété de ~es ~c te el de r altitude,. Et
il ~c !latta de cc que .on nèYCU arnit eu le
~oùl . tir cl délicat.
'ans embarras, avec une dignil6 gracieuse
cl louchanlè, Katerine expli1p1a au ü ilcur
rnmmeal on père, fort .ouffraol, ne pourrait peu t-ètr pa le rt!cc,nir. El elh• l'introdui. il clan· la petite alle où elle le pria d'a_Llendre la répon~e d'.\ILu. qu't•Jli&gt; allait pr1\rcnir. Entre temps, M. de la lonraine :e
nomma. L:i rougeur rurti,e de la jeune fille
et ~lln ,if mooremenl de .urprb.e, vile réprimé, lui pro11\èrrnt que on tlt'vcu a,.1it
parlé Je lui. Et le marqui · rc~arda :t\CC plus
de ensihilité la jeune fille qui . 'éloignait,
tandis qu'il trouvait tr'• · in!!lllier d"ètrc l:1el
de la r &gt;connailrc parlnilemenl pourrnc de
ôràce el d'honnèlclé.
l\aterinc rrparut. ..,011 père fai,ait ·a,·oir i1
M. de la lfouraine qu • la 111:ilauie le retenait
à la chamurr. Il priait le 111arc1uis «le l'y ,cnir r&lt;&gt;jo:nùr &gt;, ce i1 quoi )1. de la Mour:iine
'emvrr. a.
Il n'füit point de ca.hini.Le plu rahioisle
queJran-Ilapli. le AILos. Sa maigreur e:i:lrème ,
-on extraordinaire pâleur, . a liouche toute
pareille à une longue cl mince l,:i]afre, ~c,yeux noirs au re":ird aigu, on attitude, .e;;
"e te , a Yoix, Loul di~ait la dorelé du cal\'ini:,,me eoml,ati[ dont il étail l'ima~e. Le
marquis, vhilo opbe el "ascon, en fut p~e qu~
troul,lé. Pourtant il reprit vile on a ielle
el accepta le ~irge qu'Albo lui ollr:iil avec
une froide polil~.c.
li. tlc la )fouraine aI:Ül ré:-olu Je no point
emmêler dan· de fade., circonlocution le récit quïl voulait foire. Et, tout de uile :
- ~lon~icur, JiL-il, je , ien- remplir auprès Je vou une mis ·ion qui vou paraîtra
e1traordinaire ....
AliJo. 'inclina un peu, regarda ~:in· curio~ité el, alacial, dit :
- Parlez, mon icur.
- Mon i ur, j'ai un ue,·eu, le liaroo, le
ci-devant baron )farûal de Fonspe1rat. ...
Albo esquissa un v:inue ge~Le d'ignorance.
- ... c•e~l un beau garçon el un bonnète
!.tomme .... Je pourrais dire uu gentilhomme;
mai , :t dt!_,ein, je n'!:u1pluie pa. celle ~pi1bèle, laquelle, au temps où nous sommes,
pourrait être fàcheu.ement interpréléc et qui
donnerait peut-èlre une fau .e idée de son
caractère. Mon nen:u e l une à.me trè:. libre.
li n'a d 'allaehe a,·ec le passé qu'autanl qu'il
en faut pour le relier au prbcnt. li a du

cœur. a fortune le mettra, inon incontinent, au moifü plus tard, l'll belle 'ilu:ilion
de propriétaire terrien ....
:-- ~lonsicur, tlit .\!Lo an:-~ rruelque ennm cl uu prn de hnuleur, je ne vois pa, cc
If\!(' ..• ,

L~ marqui cul nn geüe.

- .\!tendez. Or, mon newu aime votre
tille ri il s'en rroil aimé.
- \la 1·11
•
1 e1
· •·· cria
.\Jbos, qui• .e dressa.
1
fa fille ....
~ - _Oui •. mon ienr, \'Olrc tille, madcmoi,ellc lialerme, répéta le m:irquis, tri·, calme
et comme s'il se fût agi d'une chose tout à
foi! ordinaire. Oui, monsieur. il raime et
par mon entremi~c, rnu demande sa main'.
- Ya fille! ... di.ait encore ,\Ibo saw
t
'
trouver d autre parole.
, ,Il ~lait comme suffoqut1 par le mal ou
~ t•mot1on. l'i porta la main à on r1rur. Pui·
11 pencha la tète et se recueillit. L'ne d,iulcur
pas~a ·ur - 011 ,·i.a"e CJUi se durcit encore en
. e conlraclant. Mais il e remit el r!'oarda
.\1. de la llouraine qui, en ilence allenJail
• - dY_oilà qui est iinpré,u, en; (M, mon~
,cur, 1l Alhos, tout i'1 f:iit impré,·u .... Yotre
nrwu c.. l .::m. doute de la lleli!!ion?
:-- ~on, mon ieur. li c l bon catholique.
\lais ....

- li uffit. ,Je c.lis non.
• - • a mère l'a dit au i, mon. ieur. me
Jure_ que ja~ais e!le n: lai sera perpétrer ce
niar,a"e. lai m01, qui ,·eux le lionbeur de
mon_ 11c1·eu, comme sans Joule ,·•Jus Youlez
et lm d~ votre fille, j'ai ré olu d'y trarniller
L'l de 11~ c~lendre a,·ec rous .ur cc point. ...
- \ ra1meot, mon ieur, dit Alho awc
dureté, rous nou ju"et. d'étrao"e orle nou
autres cahini·te, pauvre cl roturier .•Pourquoi donc avez-vous pensé 11ue J. e consenti. r, ne vou mellrz pas rn
ra,.?... , Moru;1eu
pemt', non plu que la mère de rotre ne,-i1u.
'f~aJ1quillisez_e· c~p:il_. _'il n'y a\'ait pa·
nu Ile ol, tacl · à. fa re::1IL•a l1on de celle extra,a .,.ance, soyez rusuré que j'en créerais, mon.1cur,_ afin rpie, de mon ,ivant, celle union
aliomrnable 11e puL e s'accomplir . .,.
- Oh! ... mon.ieur! ... fil le marqui,
l'hoqué par ce derniers mols.
- Oui, mou 1eur, abominable. Car ne
srrait-ce 11as raliominalion de la désolation
1111c &lt;l'ohL:ir i1 la rrholité d"un . enlimenl et
po_ur lui, d'ouvrir une brèche dan la mu~
raille. dan.s fa ~:iinte muraille 11ui noü sépnr~, nou Je. nai. croyants, nou le per.érutes, de no· peréculcur ·? ... ;'\on, monsieur
œ crime n.e e commettra pa..
'
Il eut un geste, bref el tranchant comme
uue épée. a voi. a,·aiL le· onorilés des cuiHes dt• balaille. Il poursuhit :
~ (Juant à m~ fille, je .1·eu1 l'interroger
Ùinant 1·ous, monsieur, et mas urer que votre
lionne foi a été oo n'a p:is été • urpri c.
li -C _I ·~·ai alla Yer la porte et appela :
- KetJe, ...
Cel~ manière de confrontation parut" nu
~arq_u, · .tout à fait_ hors de propo . il .se
,r.11~1t ené, mal are qu'il n'en lai .• àl ril'n
para tire.

« Chez nous, pen nit-il, on e t plu di _
crel ·ur ces sorte dtl choses. On n':i pa coutume _de discuter deYanl le per,:onn;~ du
,~:xe, Jeune' el innocentes, • ur les affaires
d ai11ou~ et d~ mariage, pécialemcnt 1•n pré. cncc un Lier,. Ce . mœur~ tlu . ·ord, qui
~ulr~fo1 ne ~e cbor1uaicnl point, m'offen.er:i,ent volonller .... Au demrurant, c·esl
peut-être ici la naie lionne façon de .... 1&gt;
K:iterine était là.
- J'apprends., ma fille, dit Alhos, que
~ou~ rous 11_le li_ancé' à un jeune homme que
Je ne connais pornl, le haron Martial Je Fon pcyrat. fat-ce e. act '!
Uo ~·oile Je pàleur ·é11mdi1 sur le 1·i~age
de la Jeune fillt!. Toutefois, ,on reT.ird ue
vacilla pa~. sa rnix n'eut aucun lrcmblemcnl
quand elle répondit:
- li e l nJi, mon père.
- Où l'avez-vous connu·!
. - _Ici rnè~c, à la _fenêtre pr' - de laquelle,
d hal11Lude, JC travaille .... ,fe l'ai aimé dè·
11uc j,· l"ai m .... li m'a dit . un amour. Je
lui ai amué le mien .... JI a me leltl-e
comme j'ai ltli- . iennc .... .'ou, ,omme. cnga0é..... ll,•,·ant notre Cbri~I. j'ai juré c.le
n'èlrl' qu·à lui.
- S,\\Ct.·\'Ou. qu'il n·c. l pa Je . la f\l'!iion?
- Je lt! ·ais.
- f,t cela ne YOus a pas arr~tr°:•?
- Noo, mon père,

?

Alfos "!i.iila. frl:J. 111t.tit.2 cn,ore. Il i-onnul ,e ,1r1e.
11!S-lu .il()r.,, Il av.:ill lf~vrc! : l"inqufrluJe d l ' in1l•
CIS{OII , /: co11~11.1 le .1/11/ Uvrr •• _ tP:ii.---c ,i(,.\

Elle ~arl?il a,·ec.une telle fermeté qu'Albo
en parat. 'ail . urpr1s. Alo"", durement:
. - )la fi!le, dit-il, vous avez oublié notre
Dieu et I ,- outra&lt;re:, dont les papistes l'ont
abreuvé. You ayez oublié vo ancêtres qui

on_t souffert el cem. qui sonl morts y1our la
s::mle cause .... C'e.l ici un crime de l~sclidélité clm&lt;tic1111e ... . ?\ou- eo rrparlt•ron ..
\'ous êtes liure de ,·olre cœur. l11,re de le
jeter à... a qui bon ,·ous . emhlc. (.!u:int ?i.
~olr~ per~on~e. j'ai ·ur ell" de dro11i: 11ue
JC lien de 01cu lui-m,~me. Ce~ droits ne llécbironl pa de,anl vo. coupahl · r,~l'erie · ..
L'homme •JDl' vous aimez l'Sl rirbc, noble et
papi.te. \'ous, rnu · n'av z ffUe YO!rc foi et
roi l'e Yertu. \"otrc foi ....
li eut un ge~te douloureux d'amèrl' irn1ui{&gt;tudl'.
- . .. \'olr,' Yertu.... l,'a,·l'M·ous bien
gardée?
- Oh ! mon pt·re !.. . Eu Jouteriez-mu ?
Et Ioule la délicate pudrur de ln jtune
fille monta sur ~on ,·is:ige en 1inc rougrur
ardcnle.
- . All~,, ma tille. flappelrz-rou ciue ,·ous
a\'f/ mulllement cng:i~é votre p:tro!c. nap~el~z-,·ou que vou êtes coupahle dl'\'anl le
Chn~t. füpentrz-rnu ~. Oubliez. Vou· n'épouserez pa monsieur de Fon-pe}ral.
-. Je ~ow oli~irai, mou père. 3Jai f aimer:11 LoUJOurs celui 11ue j'aime aujourd'hui.
- .\liez! fit violemment le pt'•re en conoé0
di:int sa filll•.
En ,érih:, )L de la Mourt1ine était fort
troublé par celle ~cène qu'il n·c11l point imaginée telle. La brièreté des paroles, la Froideur implnc:ihle d'Albo,, la ré cr,·e et la fermeté Je J\alerine étai •ni pour le confontlrt•.
Pourtant il ,·oulait parler encore el ue pou rait
'l ré oudrr.
Allios rompit ce silence péniLle:
- - .\Ion. irur, dit-il, ,·ou. le \O\' 'Z. notre
entretien doit 1:acbeYer ici....
•
- lu mot t•ocore, de grâce, dil le marl[IIÎ . Mellon · que ce ma~foge ne se fora pa ,
de ,·otre con.eatemenl m de celui de la baronne. Mai~ il n'1 a point apparence que,
pour cela, rc· ct1rants Cl! ·enl de 'aimer. Eh
bien! mon ·ieur, c'c!il ici tJUe mon affection
JIOW: mon _nc,~u el mun inclinahon pour \'Oire
cns1Lle Katenoc ,oul se montrer. L3iS,elmoi YUU pré,enir : ma co11!'inc de Fom-peyral e l une terril,le femme; . ans connaitre la
fiancée de son fil·, elle la ha.il. (1 n'e t pas
douteux que, pour en détacher llartial, il ne
,cra lllOJPn, el ublerfuges cruel cl Jélourné · 4u·c1te n'emploie.... G:irdez-,ous
d'elle, mon ieur. surtout gardtz-•n \'Oire
lille ....
A.Ibo_ é_Lail allentif. on regard 'inquiéla.
On dcnna1l que &lt;le p,-nsé - gra,e nai~sa.ien t
en lui à mesure que le marqui parlait.
Cel ni-ci répéta :
- El!r !!.!il capable de Lou!, monsieur
pour détruire la pa sion de Martial. Prell(';
garde.
- ,1onsieur, dit enlia All,o., je ,uu~ dois
remercier de \'OS ari et je le fai eu toute
. incérité. CP. 11ue. vous ~e dit m ·explique
des chose _que JC cro ·a1 pre que inexplicabl~ et q_111 se pa ~ent a~lour de moi depuis
plusieurs JOUr . Quand J ai franchi la frontière, arrivant en France, je me ui dit :
« Me \Oilà ur la terre de la liherlé. Le e~-

�111STO'J{1A
prits sont libres, les homme· sont egaux et lriomphe de sa cause. Le reste est peu ou
frères. On y vil heureux. &gt;&gt; Or, monsieur, à rien.
- .Adieu. monsieur, dit le marquis a,ec
l'encontre de ce que je croyais , voilà que les
vieille3 persécutions ne me semblent pa, tristesse.
Et ils se quittèrent.
ét«•inles, puisque j'en ai éprom·é et puLque
j'en éprou,e chaque jour la continuité. Ce
Dans le corridor, le marquis trouva Katesont, autour de ma maison, des bruits rine, qui t'attendait.
étranges qui troublent notre sommeil. Ce
Elle avait le visage serEin, les yeux calmes,
sont des lettre' qui nous disent des injure . l'air grave et doux. li ne semblait pas que
Ce sont des ligut·es obscènes qu'on trace sur son i\me rùt troublée. M. de la Mouraine lui
notre porte. Ce sont des choses dégoùlanles prit les mains arec un geste tendrement padont on marque notre seuil. Ce sont des me- ternel. Alors il la sentit" tremblante et vit son
naces criées à voix haute, de· grossièrct!Ss regard se mouiller.
proîérées tout à coup par un mendiant chari- Mon enfant, lui dit-il avec une feinte
tablement accueilli. L'autre jour, on a intro- bonne humeur, sachez bien que le rieux
duit des plantes vénéneuses parmi les berhes marquis de la lfourainc, ici présent, méchant
potagères qu'on nous a vendues. IIier, on a Lonhomme, dit-on, et sans cœur, rous aime
glissé des. couleuvres dans le corridor de ln sincèrement pour lui et pour son neveu. Si
mai~on. r ne des dernières nuits, on a lapidé vous ète dans la peine, en quelque peine que
les contrevents de nos fenêtres. Si cc n'e l ce soit, dites-le-lui, faites-le-lui .avorr. ll
pas aux réformés que vos compatriote&lt;; fonl ,·ou tirera d'ennui, autant que :;es forces ou
la guerre, c'est peut-être à la liancée de \'Oire son argent le permcllront. ~e l'ouliliez pas.
neveu et à son père, qu'on juo-e faible, parce
Les larmes que la douce Katerinc retenait
que malade .... Cela est odieux. Le premier sous es paupières glissèrent abondante el
magistrat de votre petite ville ne Lient nul lourde sur sa joue en Oeur. EUc agita ses
compte de mes plaintes .... \'oilà, monsieur, 1èvres el oe put parler. a poitrine se gonOa,
oit j'en sui~ .... \'ous me lrouvez très pénible- son vi-sa o-c pâlit. Dans le bouleversement de
ment ennuyé el perplexe.
son âme, elle hochait doucement sa jolie tête
- ~lonsieur, dit le marquis, triste el avec un geste répété de remerciement. Puis,
grave, vous le vo1ez, mes pressentiments ne ne pou1'ant contenir son émotion, elle s'enfuit
me trompaient pas. lie· concitoyens sont de en courant dans le jardin, sans doute pour la
Lm·es gens tout à fait incapables de si cacher, pendant que le marquis ouuail la
odieuses prali11ue . Mais il y a madame de porle de la rlle et 'en allait, le front bas.
Fonspeyral, . es œunes obscures et f[uelques
mi érahles qui lui ont dérouÉs. C'est elle
XI
dont rous entez les effds .... Gardez hien
votre Jille, monsieur Alhos !
Albos médita, pria, médita encore. Il con- Eh! monsieur, quel mal lui pourrait- nut ce que ju qu'alors il avait ignoré: l'inon faire? Nous ne ommes plus au temps des quiétude et l'indécision. li consulta le Saint
enlèvement clande tins, el les lois de la Ré-- Livre. 1~aïe lui dit: &lt;« Votre force e t dans le
publique n'abandonnent pas sans doute com- silence et dans l'espérance. n Jérémie lui cria
plètement, je veux le croire, les hommes pa- sa douleur: « La terre que j'avai choisie
cifiques à la merci des méchants? . ..
pour mon héritage est deYenue à mon égard
- Heu !... heu! ... elles ne les protègent comme le lion de la îorùl. Elle a jeté de
guère. Et j'e Lime que la \oigilancc per~on- grands cris contre moi. c·e L pourquoi elle
nelle el l'art de e défendre valent mieux que est maintenant l'oLj&lt;:L de ma haine. 1&gt; Mai le
Les lois soi-disant protectrices ....
Psalmiste l'apaisait : « Le Seigneur est ma
M. de la Mouraiue se leva. Albos, debout, lumière et mon salut: que craindrai -je'! ... 1&gt;
hù tendit sa main osseuse el froide. Le mar- Et la philosophie de !'Ecclésiaste concluait :
quis y mit la ienne, mais ce contact lui fut «&lt; Toutes choses ont leur temps el tout passe
si pénible qu'il !"abrégea.
·
sous le ciel.... Il y a Lemps de pleurer et
- Je souhaite, dit-il en se dirigeant vers temps de se réjouir; Lemps pour aimer et
la porte, que la paix rentre dans votre logi~ .... temps pour haïr .... » Enfin, au-dessus de
Je souhaite surtout. ... Mon ieur, on a rn de toutes ces paroles, il rntendail la grande voix
du Christ qui les couvrait toutes : « Bienheusentimentales histoires tourner au drame.
- Il n'arrivera rien que par la volonté du reux ceux qui soulI'renL persécution pour la
Seigneur, dit Albos de sa voix ferme el dure. j u lice !. . . » Et son esprit recouvrait le
Moi. je u'ai d'autre souci 11ue d'as,urer le calme.
(lll 11stlations de CONRAD.)

(A

Toutefois, ces angoisse ruinaient sa santi'·
chaque jour davantage. t.:ne peur, jusque-là
inconnue, le saisit : celle de mourir au milieu de la haine et du mépris des ignoranls
qui l'entouraient; celle de laisser Katerine
seule en pays ennemi, en butte aux persécutions outrageantes d'une population ironique
et brutale.
La prière et la méditation ne lui rendaient
plus la quiétude. Ses jours se passaient dans
l'amertume et ses nuits dans l'angois. e. Kate
ne sortait plus. Il ne lui parlait guère. La
maison -êtaiL un tombeau .ilencieux où erraient deux âmes, qui se fuyaient presque el
souffraient également.
ln matin, après une nuit d"agitation
cruelle, Albo · appela Katerine:
- ~la fille, dit-il, Dieu permet qu'en ce
moment je sois plu valide. Pui que Le mal
me laisse quelque répit, nous allons poursuivre le voyage que ma misérable santé m'avait
CorcJ d'interrompre. Nous partons. Envo)eZ
dire au propriétaire de cette mai on, par la
fille de service, 11ue je lui veux parler aussilùl.. ..
- J'y vais moi-même, ce sera plu sùr,
diL 1,ale émue et troublée.
- Non, non ... reprit vivemenl son père,
rolre sortie, Yolre démarche donneraient
l'éveil et je tiens à ce que nolre départ soit
secret. Alfoz plutot préparer nos bagages.
Faites diligence. Nous n'emportons que les
hardes, le linge et les livres.
Kate obéit sans rien demander de plus. La
femme de serYice étanl absente, elle put,
sans témoin, s'enfermer dans a chambre
pour prier et pleurer.
La révolte grondait dans son âme. Elle la
maîtrisa par la prière. Elle s'abandonna ensuite à la ,·olonté de Dieu et activa les préparatifs du départ.
Le oir, toul était prêt, toul était réglé. Le
propriétaire, payé pour six mois encore, recevait en outre, comme indemnité, le chétif
mobilier du calviniste. El le lendemain, au
peûl jour, l,ate et ~on père montaient dan~
la diligence qui preaail la roule de Paris.
La jeune fille n'avait pu prérenir le marquis et, par lui, son fiancé. Elle pensa qu'au
prochain relais ou au suivant la• chose lui
serait pos ible. Il n'en fut rien.
Ce même jour, dans l'après-dîn('r, Toinou
Gentil se présenta chez madame de Fonspeyral. Il renait chercher la récompense pro:i!ùse. Quasi folle de joie, la baronne la lui
remit et y ajouta encore deux pistoles, parce
&lt;[U'il l'avait rapidement servie.

.wi1•1·e. 1

Louise t'I 1.\, TEAC

HEN~Y ~OUJON ,
de l'A cadémie Jra11ç:zise.
~o

Madame
. ~a Sal'~ie et son duc sn111 JJleins ,le p,·e- ne peul se Jécrire. 1&gt; Les S01weni1·s de
Ycille encore dans l'ntelier de l'académicienne.
c1p1ces, dit un ver célèbre. La avoie n'a
Mme \ï~ée-Le Brun témoignent ingénument La petite-fille de ~fme Le Orun rrul qu'elle
P!us pour ducs que ses sénateurs el ses dépu- des sentiments cp1i firent d'elle une des pret~s. EU~ a con ervé ses précipices, conseillers mières émigrées. Je ais Lien &lt;J'te le lrcleur royageait avec l'Ogre. A la fin, le méchant
mo:rieur s'apaisa el se mit à jouer à la bad orgueil. Il ne faut donc point s'élaille avec la filletle .
to~:mer si elle exi"e que le chef de
l 'i.'dal se déplace 0spécialemcnl pour
Mme Vigéc-Le Brun n'avait jamais vu de rérnlutionnaires; elle
(lle. C'est un coin du monde hal,iétait habituée aux manières de
tué à la gloire. l.n "aroie fut ni\"ersailles.
Elle n'avait jamais yu
mée d'runour par François de Sales,
non
plus
de
hautes montagnes. En
par Rousseau, par. helley, par Bipassant le pont de Beamoisin, die
ron, par Lamartine, par lime de
se trouva en face de la nature alStaël, par George Sand. Ses paysapestre. &lt;( ~Ion premier sentiment
ges sont enveloppés de littérature.
fut
celui dela peur. &gt;&gt;Cela la chan[11jeune~crivain, M. Léandre Yailgeait de Trianon. &lt;&lt; Mais je m'aclat, nous invite à suivre aux bords
coutumai insensiblement à cc ~pecdes lacs et ~m· les glacil:'rs les traces
Lacle el je finis par admirer. n
. des poètes voyageurs. ttant aSi bonne roJ·alisle que fùt l\l
,,oyard, M. Léandre \"aillai est orportraitiste
de Ma rie-Anloinelte,
gueilleux; son amour de la petite
elle était, comme toute~ les dames
patrie s \ •xal te à l'idée qu'elle est
sensibles de son époque, une fille
dcrenue .terre de. France. Son 6o-éadoptive de l'lousseau. Elle revint
néreu~ 1me, écrit en pure langue
en ~a1·oie ,,ingL an&lt;: après, ayant
française, raconte les fastes intelvisité l'Ilalie, les Allemagnes, l'Aulccluels de la SaYoie. Sou l'appatriche, hl flus~ie, l'Angletc rre. La
rence do la petilo histoire, c'est en
me du Léman lui rendit une menfoire de la grande, el de 1a vraie,
talit1\ dans le slyle de la jfo111'ellt'
que Je rechercher avec ce zèle
lléloïse.
Après avoir peint toutes
pieux les Litres d'une province à la
les jolies femmes de l'Europe, elle
gratitude de 1'humanit6. M. Yailvoulut portraiturer la ,·avoie ellelat n'oublie personne parmi les
mème.
illustres pèlerins dont la SaYoie
charma le cœt1r. J'imagine pnurt?nt ~u'il ~·oue une prédilection parllculwre a la plus aimable et la
C'était une délirieurn inltrprète
plus innocente des visiteuses de sa
•
Clkht Giraudon
PORTRAIT D'.tLISADETII V1GE E, PEl NT P.l.R ELLE·)IÜIE.
Jela gràceque ~fme \'igée-Le flrun.
chère conlrée.
rG.ûerie ;Jes U//1.-es, P/or cn&lt;"~. l
!~Ile travaillait dans la joie. Plt1s de
Le souvenir d'Élisabeth Vicréesix cents portraits alleslent que son
Le Brm1 revient plusieurs fois
facile génie ne se torturait point.
sourir; entre les pages de son liur.
de ces Confessions doit réserrnr au fond de Ir dame qu'elle a peintes lui ressemblent
. ,~ 1 ~uto~ne de 1 i89, Mme Vigée-LI\ Drun
s_on plaisir un petit coin pour la méllance. tolltes plus ou moins , avec des yeux de rrazelle
Jomssa1t gaiement de la plus jolie o-loire cru'une
f
.
b
Elisabeth était plus que sepluao-énairc lors- et un petit nez frémissant. Elle légué
sages
cmme ait connue. Elle arait, il est uai un
qu'elle a fait Je récit de sa , ie. 011 s'organisa préceptes aux porl railistes : cc Ne vous rebutez
.
.
.
'
ma~vais man, qm touchait ses gains el les
autour du fauteuil de la gracieuse aï~ule une
?il:11t perdre au tripot. Mais Élisabeth, née intime entrepri e de librairie; la conteuse pas si f(Uel11ues personnes ne trouvent aucune ressemblance à vos portraits; il y a tant
1~dulgente el résignée, ne royait dans celle
eut plusieurs secrétaires. Il y a de l'arranae- de gens qui ne sarenl point voir. l&gt; Sa cliendisgrâce da sort que J'iné\·itable rançon d,00
mcnt dans les trois volumes que publia l'édi- tèle de beautés, d'un cbarme tout réuét:il
trop grand bonheur. Efie était belle fêtée
teur Fournier. Mais, malgré tout, l'àme même elle la connaissait comme une jardinière0 con~
illu~t~e; l'Académie royale venait de. ]'ac~
de la fragile héroïne, la plus fémiJriJJe ùrs nail les roses. « li faut, a-t-elle écrit, flaller
cue1llu à bras ouverts, tout Paris el tout Verâmes, transparaît derrière Ja buée de lillé- les femmes, leur dire qu'elles sont belles
sn_illes saluaient son génie, il lui restait à
rature. A peiue J.i fugitive était-elle dans la qu'elles ont le teint frais, etc. Cela les me~
faire quelques centaines de porltaits dan le
diligence qu'elle Lit la connaissance du jaco- en _b~11e humeur e~ les fait tenir avec plus de
monde de la cour. On s'explique que celle hini me.
plalSlr. Le conlra1re les changerait ,isiblecharmanLc femme n'ait qu'imparfaitement
Elle avait en face d'elle« un homme, exlrè- ment. li_ faut leur dire aussi qu'elles posent
compris la nécessité de la Rérolulion. EIJe
m~ment _sale el puant comme la peste. )&gt; ~ merv~lle; el_les se trouvent engagée par là
îut saisie de panique et s'enfuit aussitôt après
qui parlatt de mellre les gens -à la lanterne. a se b1m _tenir. &gt;&gt; Cette subtile et candide
les journées d'octobre. « A minuit, dit-elle
JI nommait par leurs noms ses futures vic- méthode, Eli.abeth l'appliqua à tous ses moon me traina à la diligence dans un état qui
time ; c'étaient Les personnes qui posaient la dèles . ·Elle en eut de formidables, qui ne l'in-

a ce;

�.,,

111S T0-1{1.ll
timidèrcnl point : bd~· llamillon, )faric-Caroline.
Lors1tu'clle peignit ,1mc d • lad, elle
la pr:a de d1damcr de, ver, p.-:ndanl la po:~.
Corinne ol,ri1. mai-elle s'aperçut tr\ rite que
l'artiste ne son"eait qu'à la peinturC'. « )lai,
\'Oth n• m'écoutez pas! o L:Cria Jm . de
:-1:iï.-!. ~li,:ibeth répondit : u Ilécitez 1011jour~ l o li en r(:. uha un portrait 011 Corinne
~emble avoir été joli('. - A nome, llmc Le
llrun rut i, peindre une Polonai•c int~re •
.ante, la comtc,,c Potorka. Cl•llc Jam \illl
1, l'ak lier an•c 011 mari. qui se retira aus~itàt.
~lme d, Potocka ·escntil en confianc&lt;'. «C'c. l
mon troisième mari, dit-('lle. m:ii · je croi
que je \ai rrprrodr&lt;' le prt•micr, qui me
rn0\i1•nt mirux, quoiqu'il ·oit ivro;rw. » i
1 elle rwr&lt;onnc-!:, avait po~é d!,!,ant La 'four,
le madré p•ychologuc lui aurai~ dérobé 11uel11ue ho,e de ·on moi '&lt;'l'ri:t. tli aheth, oplimi&lt;te el hit&gt;nreillante. n~ ~c troubla point
0

HENRY

\'JE OF.: P.\1\15

Ot:

t.'~lll'IRE, -

HISTO

•

ROUJON,

dr l'/l(o1:t/•11it /• in

L.t

-MOI

pour ~i peu. « J'ai p1•inl cette PolonaLe, nofü s~jour prolonrré IJUC je fi à Chamonh, j'ai
dit-elle, d'une manière trè, pittoresque : elle p int toute la li.,.ne de monta!!Ties entrecouest appu ·éc sur un rocher rou,·erl de mousse, pées de glacier,-; j'ai peint aus i toute la
vallt'•e. n One 'Ont deYenus le· deux cents
el près d'elle . 'échappent de. ca~cade ·.
pay~age où Mme Le Brun 'essap au rom:inLi. me ara.nt les romantique,~ u Elle choi i.. .\ &lt;oi,:anle an~. \I me \'i!!éc-Lc Brun était sait, uppo,_e a,~c rai. on ,, Lt:andre \'aillai,
toujours éi?nle :t elle-même, ~et toujours roya- dan cc chaos dé~ordonné, le . pectacle:.. qui
·accordaieul le mieu,: à ~a ,i,ion mesurée.
li,k, 11\l'C l'idéal de Trianon 311 rond du cœur,
La al'Oie la Lenla, &lt;'omm la .eulc grande C1• qu'elle peigna.il de prérérencc, cc n'était
dame. donl elle n'eût pas encore foil le por- pa l'~rchitecture de· aiguille·, de précipices
Mchi11ueté., m:iis un point des monta!!lle,
trait.
Elle vonlut peindre le monL Diane au bordée par un torrent, un bouquet d'arbres
pastel. Il se déroha. « Le .oleil couchant ré- superb s dan la prairie.... •·ous ne poup3ndail de teinte, dorée sur les bau!Pur~ von , hélas! qut&gt; rêver l'œu"rc de )[me L1•
de C&lt;'lLC ma e énorme ..Je ,·oulus peindre ce Brun pay~agi le. A-t-elle péri, ou .e t-.icbcren.-1. Je . ~i,-i;; IDl'S ra~tel,; m:ii .• héla ! t-dle dans l'oh curitct d'humbles collections?
L:\ rer.herche c l tentante pour un curieux.
impossible Il n'} avait ni palctl1·s. ni rouleur
Comm nl la délicate m:igicienne a-t-elle
11ui poi ::-enl rendre rc ton, radieux.
l~lisaheth n'en a pa moin con~ricncicu e- tran po. é en t?r.nLillcs e re snhlimc qui tout
mrnt entrrpris de copier la , a,o:c, a [)ans le d'nl,nrd lui aH1it fait peur?

L't;Cl,'Yf.RE DE CIRQlE E:f CO

n:m;

.A~TIQCE ET SO:'i JOCKEY. -

E /a'lflft :tt

CARLE

.il.&lt;~

,·-·rr.

LE DAUPHI

AU

TEMPLE.

CCollcc.:tiun Je ,\l. IIL:--RJ L.\\'l:n.,x.l

par .\IOITTE

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Universidad Autónoma de Nuevo León</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Prince de Joinville</name>
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                    <text>.,,

111S T0-1{1.ll
timidèrcnl point : bd~· llamillon, )faric-Caroline.
Lors1tu'clle peignit ,1mc d • lad, elle
la pr:a de d1damcr de, ver, p.-:ndanl la po:~.
Corinne ol,ri1. mai-elle s'aperçut tr\ rite que
l'artiste ne son"eait qu'à la peinturC'. « )lai,
\'Oth n• m'écoutez pas! o L:Cria Jm . de
:-1:iï.-!. ~li,:ibeth répondit : u Ilécitez 1011jour~ l o li en r(:. uha un portrait 011 Corinne
~emble avoir été joli('. - A nome, llmc Le
llrun rut i, peindre une Polonai•c int~re •
.ante, la comtc,,c Potorka. Cl•llc Jam \illl
1, l'ak lier an•c 011 mari. qui se retira aus~itàt.
~lme d, Potocka ·escntil en confianc&lt;'. «C'c. l
mon troisième mari, dit-('lle. m:ii · je croi
que je \ai rrprrodr&lt;' le prt•micr, qui me
rn0\i1•nt mirux, quoiqu'il ·oit ivro;rw. » i
1 elle rwr&lt;onnc-!:, avait po~é d!,!,ant La 'four,
le madré p•ychologuc lui aurai~ dérobé 11uel11ue ho,e de ·on moi '&lt;'l'ri:t. tli aheth, oplimi&lt;te el hit&gt;nreillante. n~ ~c troubla point
0

HENRY

\'JE OF.: P.\1\15

Ot:

t.'~lll'IRE, -

HISTO

•

ROUJON,

dr l'/l(o1:t/•11it /• in

L.t

-MOI

pour ~i peu. « J'ai p1•inl cette PolonaLe, nofü s~jour prolonrré IJUC je fi à Chamonh, j'ai
dit-elle, d'une manière trè, pittoresque : elle p int toute la li.,.ne de monta!!Ties entrecouest appu ·éc sur un rocher rou,·erl de mousse, pées de glacier,-; j'ai peint aus i toute la
vallt'•e. n One 'Ont deYenus le· deux cents
el près d'elle . 'échappent de. ca~cade ·.
pay~age où Mme Le Brun 'essap au rom:inLi. me ara.nt les romantique,~ u Elle choi i.. .\ &lt;oi,:anle an~. \I me \'i!!éc-Lc Brun était sait, uppo,_e a,~c rai. on ,, Lt:andre \'aillai,
toujours éi?nle :t elle-même, ~et toujours roya- dan cc chaos dé~ordonné, le . pectacle:.. qui
·accordaieul le mieu,: à ~a ,i,ion mesurée.
li,k, 11\l'C l'idéal de Trianon 311 rond du cœur,
La al'Oie la Lenla, &lt;'omm la .eulc grande C1• qu'elle peigna.il de prérérencc, cc n'était
dame. donl elle n'eût pas encore foil le por- pa l'~rchitecture de· aiguille·, de précipices
Mchi11ueté., m:iis un point des monta!!lle,
trait.
Elle vonlut peindre le monL Diane au bordée par un torrent, un bouquet d'arbres
pastel. Il se déroha. « Le .oleil couchant ré- superb s dan la prairie.... •·ous ne poup3ndail de teinte, dorée sur les bau!Pur~ von , hélas! qut&gt; rêver l'œu"rc de )[me L1•
de C&lt;'lLC ma e énorme ..Je ,·oulus peindre ce Brun pay~agi le. A-t-elle péri, ou .e t-.icbcren.-1. Je . ~i,-i;; IDl'S ra~tel,; m:ii .• héla ! t-dle dans l'oh curitct d'humbles collections?
L:\ rer.herche c l tentante pour un curieux.
impossible Il n'} avait ni palctl1·s. ni rouleur
Comm nl la délicate m:igicienne a-t-elle
11ui poi ::-enl rendre rc ton, radieux.
l~lisaheth n'en a pa moin con~ricncicu e- tran po. é en t?r.nLillcs e re snhlimc qui tout
mrnt entrrpris de copier la , a,o:c, a [)ans le d'nl,nrd lui aH1it fait peur?

L't;Cl,'Yf.RE DE CIRQlE E:f CO

n:m;

.A~TIQCE ET SO:'i JOCKEY. -

E /a'lflft :tt

CARLE

.il.&lt;~

,·-·rr.

LE DAUPHI

AU

TEMPLE.

CCollcc.:tiun Je ,\l. IIL:--RJ L.\\'l:n.,x.l

par .\IOITTE

�LIBRAIRIE ILLUSTRÉE. -

JULES

TALLANDIER,

ÉDITEUR. -

75, rue Dareau,

34e fascicule

Sommaire du

PARIS

(XIVe afrt).

120 avril 1911 ).

r
G. LENOTRE • • . • • •
MARCELLE TINAYRE · ·
PJIBOÉRIC MASSO N . • .
de l'Aca.tèmie Française

Louis XVII s'est-il évad.é du Temple? .
Madame de Pompad.our
Les Trois Toisons d'Or .
La duchesse du Maine.
Les dernières amours d.e la comtesse du
Barry . . . . . . . . .
. . ... .

A.RVÈ OE B ARINE .
PAUL GAULOT . • • . .

~

66
f:x)

Le comte de Paris . .. .
Mémoires . . . . . . . . .
Souvenirs de reine . . . .
Ames d'autrefois . . .. .. . . . .
Une visite aux demoiselles de Saint-Cyr.

V1cToR. Huco . . . . . .
GÉNÉRAL DE l\iARBOT
.
MARGUERITE oE F RA.~CE .
L omsE CHASTEAU . . . •
P. lit,; P.A RDTELLAN • . .

ILLUSTRATIONS
D'A.PRÈS

LES TABLEAUX,

DBS61N8 ET

ESTAM.Pj!:11

77

78
86

87
95

PLANCHE HORS TEXTE

DE :

TIRÉ E EN CAMAÎE ll :

BomLLON, G EORGES CA.IN, CIIAl;'UY, CHAVANE, CONRAD, CHARLES DE C oUBE~ TIN,
D EBRET, A.-J . l) ucLos, S 1r.ŒON FORT , G ARBIZZA, A. L ALA UZE, L ARGILLIERE,
MF-ISSONIE R, lllIGNARD, MOREAU L E JEUNE P AJOU, H.IGAuo,
ScmrRRER,
VAN L oo, VtR1TË, Ao. Yvm,.
·

L E DAUPIIIX AU TEMPL E

J.-J.

P ar .'l[OITIE.
(Collection dt 1'1. HENR I

LAVEDAN . )

Copyright by Talland.ier 1910.

Bn vente

'' LISEZ=MOI ''

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Paraissant

le 10 et le 2S

MAGAZINE LITTÊRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMÉRO 136 du 25 avril 1911

PRINCESSE D'ITALIE
I

Par JEAN LORRAIN

ANDRÉ LIC HTEN BER G ER. Le petit roi. - Comt esse J\IATnre:u DE NOAILLES.
Chanson pour avril. - F RANCO!~ DE NION. Représailles . - ANATOLE F R ANCE .
Le jardin 4'Eplcure. - T11 1WPHILE GA UTIE R._ S,onnet. -; M ARC Df::BROL.
Le dernier Trésor. - J EAN A l CARD , de I Acad em1e Françruse. Le :pap!llon. GUY os J\1AU PASSA 1 . Une vie. - F RA NÇOIS COPPf: E . En ple1h JOUr. CATU LLE J\IE NOÊS . Sérénade. - PAUL BOU RGET , de l'Ac_a dèmie fra nçaise.
Le fils. - T ntoDORE DE BAN VI LLE. La l1111teme "!agique. _ - LuDo_v1c
HALE VY. L'abbé Constantin. - JEAN Rl C HEf l N, ?e. 1Acadé rp1e français~.
La cbanspn des chansons . - BRIE UX, de I Academ1e frança ise. Les trois
filles de M. Dupont.

Ba vente p1~ut : 1Jbr1ires, Jfarchands de Journau.r, Kio.sqoes, Gare,.
Pl'bt : 60 Centimes ===:__=_
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J. TALLANDJER, 75,

rue Darcau, PARJS

(X.JVe)

HISTORIA
offre
gracieusement aux abonnés de sa deuxième année
((er Décembre 1910 - fin Novembre 1911), une surprime
exceptionnelle absolument gratuite et qui constituera
pour eux et pour les leurs un souvenir artistique. Ge.;t

UN MER,_VEILLEUX

.....__CADEAUdeux poses photographiques différentes (mais de la même personne)
dans ies ateliers d ·une des plus
grandes maisons de Paris, spécialiste
du portrait:

~"::~=Ol" HIsTOR IAM~:::;;iré
parai..ant le 6 et le 20 de abaque inoi1111

G. SŒTAERT

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Watteau : L'Embarquement pour Cythère.
Deux gravures : Le Billet doux. - Le Couché de la
Mariée.
Un stylographe (corps ébonite).
La musique en famille.
Magnifique ouvrage : Madame de Pompadour (préface de Marcelle Tinayre).

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dont la présentation artistique et la
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Étranger. • . • . . . . 28 fr .

BULLETIN D'ABONNEMENT
A remplir, détacher et envoyer affranchi à l'éditeur d 'HISTORIA
JULES TALLANDIER, 75, rue Dareau, PARlS, XIV".
Veuillez m'abonner pour un an à partir Nom _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

Prtnoms _ _ _ __ _ __ _ _

dn
à HISTORIA (User-Moi hfstcw'llut).

RIU----------~-

A------~-----

mparùmtnt._ _ _ _ _ _ _ __

Jecboisiscommepnme _ _ _ _ _ Burc1iude Posu
Ci-joint _ __pour l'envol de cette prime
- - - - - - -le, _ _ _ _ _ _ __
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SIGKA.TURB
22 fr. PARJS. - 24 fr. PROVINCE. - 28 fr.
ETIWIGBR. Rayer les chiffres ,nutJles.

Afin d'évilu des erreurs, prière d'krlre très lisiblement toutes les indications.
~outer Q fr. 60
. pour l'envoi clesyavures.l. Q fI. 26 J)OUJ' le styl .·rapbe et pour
les livres O tr, 25 (l'a.ris) et u fr. 85 (Départements .

T

les personnes contractant un abonnement
à HISTORIA jusqu'à la fin de sa deuxième
année (20 Novembre 1911), bénéficieront de cette
Surprime. Aussitôt réception de leur mandat d'abonnament nous leur adresserons un Bon de photographie
qu'ils pourront utiliser pendant toute l'année 1911 en se
faisant photographier à la Maison SŒTAERT.
OUTES

SlfflP~lME ME'J{VFJLLEUSE

Tableau Je

J.·J . ScnERR~R.

Clicbê Brauu

Cl

c••,

Louis XVII s'est-il évadé du TetrJ.ple)

Ces

CONDITIONS t1•ABONNJtMENT - - - - - - - - :

2o

ÜNE SCÈNE .\l' T EMP L E, -

Par O., LENOTRE

Ainsi que ! '«rit l'auturr du (pagu qu'on va lin,
n 'a pas la prétention d• ré,oudrc l 'imbroglio
Louis XVII; il s'est r.Jforci scultm&lt;nt de proposu, à
d&lt;fa.ut d'autrt, une solution hypothétique de l'énigm•
du Tc.mpl&lt;.. Tous I&lt;$ faits, toutu lu da.tu qu'on y
trouvua sont exacts; mais eu faits, groupéJ ici d 'après
dhcrus déclarations de témoins n'ayant connu chacun
qu'wtt part de la vmté, ignorant même souvent à q!foi
c.t par qui lb avaient été employés, ont-il• donné lt
ré.sulmt cspité 1 C'est cc qu'on n'oserait pritendn. Seul•
s 'étonneront de cettt ré!erve ceux qui n 'ont jamais
abordi J'itude dt J' cxaspirant problèm• qu 'on appel!•
la quution Loui• XVI 1. Néanmoins, contmc celte
qu•stlon ..,t redtvcnu• d'actualité, •n raison de la pirillon sou.mise par la dcsctndanr. dt N,umdorJf au Sénat
et appuyit par la ll'oisième commission dt la haute assembl«, nous rcprodwsons ici cet article, paru il y a
qudqucs annus dans J.., • Ltttuus pour tous » (Librairie Hach•tt• et Cl"), &lt;I qui, s'il nt di gag• pas la solu;1

tion du problèmt, a, du moins, le miritt d'•n cxposu
avec précision lu principales donné..,.

utilité, puisqu'il met à la portée du public les
données d'un problème angoissant et que sa
Les documents authentiques, certains, in- publication aur~ pour résultat, peut-être, de
discut~bles, ayant trait à la mort ou à l'éva- faire surgir quelque témoignage resté ignoré,
sion du Dauphin, fils de Louis XVI, empri- . quelqu~ révélation inattendue.
sonné à la Tour du Temple, sont trop rares
Fixons d'abord les faits connus, indéniables.
polll' qu 'on puisse songer à les juxtaposer Le jeune Dauphin avait sept ans et cinq mois
utilement de façon à en former un récit lorsque le roi so~ père et Marie-Antoinette,
solide el inattaquable. · ·
·
ainsi que U3:dame Elisabeth et Madame Ro-yale,
Du moins, dans les pages qui vont sui\'ré, furent enfermés, le i3 août f 792, à la Tour
n'a-t-on utilisé que des témoignages irrécu- du Temple, antique et colossal donjon abansables, en ne donnant qu'une part aussi donné, planté au milieu des jardins du palais
minime que possilile. à l'hypothèse. S'est-on mo4erne et confortable qu'avait habité, au
approché de la vérité? On l'espère : un sem- temps de ses séjours à Paris, Je oomte d'Arblable travail n'est pas, en tout ca:;:, sans tois, frère d~ Louis XVJ.
""' 49 .,,.

4

�msro~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ·
LOUTS

On interna d'abord la famille royale dans
la petite tour, eonstruction étroite accolJ~ à
la façade nord du donjon. Durant deux mois,

VUE DES TOURS

ou Tem&gt;LE,

donnant sur l'escalier, une petite salle à
manger.et une chambre à coucher qui avait
éti celle de Cléry.

PRISE DE l.A ROTONDE. -

ce fut un mouvement considérable de charrois et d'ouvriers : chu1e de murs, terrassements démolitions; on abattait toutes les
maiso~s voisines de la prison et on l'isolait
du Palais du Temple au moyen d'un quadrilatère de hautes murailles qui ne fITTent terminées qu'en octobre. A cette date seulement,
la famille royale s'installa dans_ la grande
Tour. On logea le roi et le Daupbrn au _second
étage, avec le valet de cham~re _Cle~y i le
troisième étage fut ri½ervé à l babrtahon de
la reine, de Madame Elisabeth et de Madame
noyale; un vaste grenier, sous les com~les,
ervait de débarras. En décembre, au debut
du procès du roi, l'~nfant ~ut séparé de on
père et remis à la reme, qm fit dresser pour
lui un lit dms sa chambre. Il en fut ainsi
depuis le 16 décembre t 792 jusrp1-'au 3 juillet 1795.
. .
CP jour-là, dans la soirée, les comimssaires
de service se présentèrent à l'appartement de
Marie-Jntoinette et lui signifièrent l'ordre
d'avoir à leur rcJmeltre son fils : scène navrante qui a été bien des . foi~ décri!e. L~ ·
Dauphin ~e devait pl_us revoll' ru sa mere, m
sa tante Elisabeth, m sa sœur.
On le conduisit au second étage de la prison, qu'il avait pendant deux ~ois occupé
avec son père. Là, le nouveau pr~pleur que
lui octroyait la Commune de Paris, le cordonnier Antoine Simon, l'attendait ; la femme
Simon e tenait près de son mari. On leur
livra aussitôt le jeune Prince, pour lequel un
lit était disposé dans la gran~e chamb~e. Les
Simon couchaient dans le ht de Loms XVl.
Outre cette grande chambre, élégamment
meublée, l'étag~ comportait une antichambre

Grav11re de

CBAPUY,

d'après

GAR8TZ7A.

Le Temple ne ressortissait que d'une autorité, la Commune de Paris, à laquelle l'Assemblée, par un décret du i5 aoftt 1792,
avait laissé le soin « de flxer la demeure de
Louis XVI » el confié la rrarde de la famille
royale. Par conséquent, Simon n'avait qu'un
maître, Chaumette, nommé procureur de la
Commune, en décembre 1792.
C'est Chaumette, certainement, qui décida
de la nomination de Simon : le procureur de
la Commune avait lu dans Jean-Jacques
qu'Émile&lt;&lt; honore beaucoup ~las un C?rdo~nier qu'un empereur », ce qm _le naua1t, lmmême éLant fils d'un c-0rdonmer de Nevers.
Puis il aYait des projets sur le louveteau :
« Je veux lui faire donner quelque éducation, disait-il; je l'éloignerai de sa famille
pour lui faire perdre l'idée de s~~ r~g .. » Il
faut dire aussi que sa responsab1hté et~1t e_n
question : la blon,le tête ~e l'enf~nt-~01 ~tall
l'enjeu de la terrible partie que JOUa1t I Europe à coups de canon, et il était extrême~en~
difficile de rencontrer un homme assez denue
de préjugés pour assumer la b~sogne ~ue
souhailait Chaumelle el asse:,, solide patriote
pour résister à toutes. les ~éd uctions des roy~listes. Or, imon avait fait ses preuves : fre&lt;[Uemment de garde. :iu T~mrle_ avant ei
depuis la mort de Loms XVI, il eta1t de ceux,
très rares, que le contact des prisonniers
n'avait jamais attendris.
A. ce dernier trait s'ajoutait encore une
considération : Simon était marié à une
femme active et dévouée dont les soins étaient
matériellement indi pensables à l'enfant. Tout
· le quartier de l'École-de-Médecine l'avait me
à l'œuvre, soignant les blessés du rn août à
l'hôpital des Cordeliers, dépensant pour leur

soularrement ses Lrès modestes économies•
Chau::.iette la connaissait bien, cette MarieJeanne, qui était sa voisine, - il ha~~tait r~e
du Paon· - il la savait bonne ouvr1ere, tres
propre, ~énagère experte et ayant (c quelques
connaissances chirurgicales ».
On peut assurer quti c'est à ~bau1;11ette
seul que les Si.mon durent leur s1tuat1on :
9.000 francs de traitement, le logement, la
talile, le chauffage, le blanchissage; ... et la
gloire! C'était l~, pou~ un mé~age redmt aux
abois, une auharne qui assuralt au _procureur
de la Commune l'éternelle reconnaissance du
sa"etier. Et, de fait, Chaumette est, pour
Simon, un dieu. (1 en est obéi a,·euglément;
c'est sur son ordre que, à l'instigation d'Ilébert le savetier commet cette épouvanlahle
acti~n de souffler au jeune et innocent prince
une effroyable déposition contre la rei~e. C',est
dire qu'il était dévoué à son maitre Jusqu au
crime.
Car il ne faut pas séparer le nom de Chaumelle de celui d'llébert. llébert était le
substitut de Chaumette, « son ami plus que
son subordonné »; tous deux maîtres absolus
au Temple.
Ce n'est pas le lieu d'étudier ici cette figure
de Chaumette. « Accusé de trahison par tous
les partis, ambitieux et démag~gue, il n~ fut
que le vil instrument de 1~ f~ctio~ hébert~ste,
vendue aux étrangers, qui lm avait promis la
place de censeur ?u grand a_c:c~sate~r dan! \~
gouvernement quelle voulaJL etablir » ; arns1
parle un apologiste de 1~ Rév~lulion. Déhe~t,
lui, est « un scélérat qm a faH marchand1 e
de sa plume et de sa conscience et qui varie
selon le danger ses couleurs, comme un
reptile qui rampe au soleil »; voilà ce que
pense de lui Saint-Just. Sur ceci tout le monde
esl d'accord, c'est que, au point de vue du
sens moral, Hébert et Chaumette sont la lie
de l'humanité.
Or, c'est à cet ancien copiste chassé de
partout, c'est à cet ex-vendeur de contremarques, c'est à ces deux déclassés, ambitieux de jouissance et d'argent, qu'appartient
l'enfant dont la valeui· marchande, - qu'on
nous passe le mot, - est incommensurable.
Que de millions ne donnerait pas l'Europe
pour acheter ce frêle Prince _qui représente 1~
paix du monde! En outre, Il assure à celm
qui le de1ivrera la vie sauve et le pardon, lors
des réactions inévitables ....
N'allons pas plus loin. Nous n'avons pas la
prétention d'établir que Chaumette el Béhert
ont sau"é le Danphin; nous \roulons seulement montrer qu'ils sont tout puissants au
Temple, que l'occasion est tentante de s'assurer à jamais la fortune et l'impunité, que
les scrupules d'aucune sorte ne les gênent et
qu~ Simon leur obéit passivement.

Ceci posé, racontons les faits. Simon était
un brulal; mais rien n'indique qu'il fût un
monstre de férocité, rien n'autorise à croire
aux. tortures systémaliques, aux coups de
trique et de chenet qui ont fourni déjà tant
el de si attendrissantes pages. Il y eut pis,

XY11

S'EST-11. 'ÉYADÉ DU TEMPLE?

d·ailleurs, et les anecdotes vrairs qu'on n'a doit se célébrer le décadi sui,·ant eu l'honpas \'Oulu raconter, dam la crainte de dépoé- neur de la prise de Toulon. Quel était donc excessif et geignant contre la lâcheté des
üser le jeune Roi, sont bien plus tragiques le patriote assez pur pour ('Stimer que le sa- hommes qui ne pensent qu'à se divertir : ceci
visait Simon qui payait la goutte à tout le
que les phra es sublimes et légendaires qu'on vetier Simon était un tiède?
personnel du Temple et le retenait à la buvette
lui prête gratuitement en réplique aux coups
Ce qui est certain, c'est que le C&lt; précepteur
et aux jurons de son bourreau. J'en sais une, de Capet P donna brusquement sa démission en manière d'adieux.
Le conducteur de la charrette arrêtée au
d'une authenticité irrécusable, qu'a notée et quitta, après six mois de séjour au Temple,
Daujon, un témoin oculaire, commissaire de une place qui rapportait à sa femme et à lui Las de la Tour, touché de la peine que prela Commune, très honnête homme et farouche 9,000 francs, sans un sou de dépense. Sulilime nait la femme Simon, s'o!Irit à lui donner un
républicain; la voici telle qu'il l'a contée; je désintêressement! Cet homme n'était donc coup de main. Ce conducteur était un homme
n'y change qu'un mot, trop brutal pour être pas la brute impitoyable qu'on nou a si sou- de trente-deux ans, né le 24 décembre 1761,
sur la paroisse Saint-Genès, à Thiers, en
imprimé:
vent décrite, ou la compensai.ion offerte était
&lt;&lt; Je jouais un jour avec lui (le Dauphin) à bien belle? Or, de compensation on n'en voit Auvergne ; il s'appelait Genès Ojardias et
un petit jeu de boules; c'était après la mort point : quelle est donc la cause de cette était le treizième enfant d'un bourgPois de
Thiers. Ojardias avait quitté sa province dede son père, et il était séparé de sa mère et héroïque démission?
puis
1786 pour venir chercher fortune à
de sa tante .... La saUe où nous étions était
Paris; il élait resté jusqu'en t 789 en relaau-dessous d'un des appartements de sa
c:f:&gt;
llons avec sa famille, relations qui cessèrent
famille, et l'on entendait sauter et comme
brusquement dès le début de la Révolution.
traîner des chaises, ce qui faisait assez de
Quoi qu'il en soit, les Simon déména- Les siens avaient, depuis lors, complètement
hruit au-dessus de nos têtes. Cet enfant dit, gèrent: c'était le dimanche f9 janvier {794,
avec un mouvement d'impatience: « Est-ce par un temps sombre de dé)(el, le ciel bas, perdu sa trace; on n'avait même pu l'aviser
« que ces sacrées salopes-là ne sont pas en- une brume humide et tiède. Toute la journée de la mort de son père, décédé subitement à
« core guillotinées? » Je ne voulus pas en- ce fut, dans l'escalier de la Tour, un va-et- Thiers, le 18 juillet 1793.
C'est cet homme qui, bien qu'il se fît
tendre le reste, je quittai Je jeu et la place. J&gt; vient insolite ; portes ouvertes, Marie-Jeanne
pa
ser rour médecin, conduisait la charrette
Ceux qui connaissent les enfants, ceux qui comptait son linge, descendait au corps de
savent a\rec quelle sùreté de mémoire ils re- garde, trottinait dans les cours toutes boueuses 011 la femme Simon entassail péniblement
ses hardes, dans la soirée du 19 janvier i 794.
tiennent ce qu'ils ne devraient pas enli était tard, il s'agissait d'en finir;
tendre et combien leur curiosilé est
Simon ne quittait pas la buvette; la
sans cesse aux aguets sur les mots qui
Simon accepta l'offre de service que
ne sont pas de leur vocabulaire habilui faisait Ojardias : œlui-ci monta au
tuel, voient ici le Dauphin cherchant
second étage de la Tour un cheval de
à se mettre au diapason de ce qui l'entoure, faisant l'homme et jouant le
carton apporté dans la charretle, g
~l:j'V'crâne•... L'anecdote est effroyable, el
un cadeau que la femme Simon voulait lais~er à on pelit Daupbin, pour
ce qu'elle donne à devinPr est plus triste
61.t- - - encore; mais, en somme, du Temple
amortir le chagrin que lui eauserail
on ne sait rien. Parmi les rares déduct,' € ,"J,t:,,-,, ~ ft chi~ ,
certainement la séparation : ce che,•aJ
tions C[U'on peut tirer des fai~ connus,
était sans doute 110 de ces coursiers à
911 ,,t..., ~:i t ?,t,,....è ,~.
il est avéré que Si.mon n'exerça ses
jupe dans lesquels un homme entre
tout entier.
fonctions qu'à contre-cœur. La peur,
sans doute, d'une réaction que chacun
Parvenu au deuxième étage, Ojardias
prévoyait, amena en lui ce revirement
porta le cheval dans la chambre du
inattendu. One note adressée à lord
fond, où, pendant le va-et-vient du
Granville par un agent du gouvernement
déménagement,
le jeune Prince avait
J
anglais, de séjour à Paris en 1794,
été relégué. Tandis que la Simon faiaffirme que cc Simon, qui d'abord avait
l ,;., i,.t "'""-" l\LI'
sait le guet, il tira du jouet un P,nfant
I
.
été très utile (à la cause royaJe), ~i
qui y était caché, endormi au moyen
j
J~
effrayé du danger qu'il court, ne trad'un narcotique et couvert d'habille{/
vaille plus qu'à sortir de cette place ».
ments semblables à ceux dont on avait,
QlJel danger? Celui d'être soupçonné
cejour-là, revêtu Je Dauphin. Ojardias,
de complot roJaliste ?
vi\'ement, assit cet enfant, tout endormi, sur une chaise, prit le Dauphin,
Il y a comm.e un ét:ho de cette susle roula dans les draps du lit, le repicion dans la conduite du Conseil gécouvrit d'un paquet de hardes et desnéral à l'égard de Simon, dans les dercendit le tout jusqu'à la charrette, sous
niers mois de 1793. En octobre, le
couleurd 'aider la Si.mon, toujours gromsavetier arait sollicité pour lui et pour
melante, à qui son homme laissait tout
sa femme « la permission de se prol'embarras du déménagement.
mener dans les cours et les jardin du
~
fl était neuf heures du soir : on
Temple, et sa demande avait été repoussée en termes assez rudes ». Le
avait hâte maintenant de déguerpir.
2 novembre, il avait exprimé le dé:.ir
Les qualre commissaires qui devaient
PAGE, REPRODUITE EN FAC-SIMILE, DU CARNET DE BLANCHISSAGE OU
de se transporter à son domidle, rue 1.10N INSCRfVAIT LE LTNGR DES MEMBRES DE LA FA.MILLE ROVALE remplacer les Simon dans leur surdes Cordeliers, pour y chercher quelYeillance, - ils se nommaient LeE)lPRISOl'INÈS AU TEMPLE,
ques meubles dont il avait besoin, tt
grand, Lasnier, Cochefer el Lorinet,
(Ce carnet fait partie de la collection de M. HENRJ LAVEDAN.)
on ne lui avait accordé cette autori- attendaient depuis longtemps qu'on
sation qu'à condition qu'il serait accomleur remit le prisonnier; la Simon
leur montra, dans le fond de la champagné de deux commissaires de la Commw1e.
Le 27 décembre, on lui refuse sèchement la de neige fondue, tassait ses bardes sur une bre obscure, l'enfant endormi, affalé sur sa
fal'eur qu'il sorncite d'assister à la fête qni charrette, remontait péniblement, souffrant chaise; on ne le réveilla pas. Sans doute elle
de son asthme, alourdie par un embonpoint allégua le chagrin qu'il auraiL à la voir par-

-

/)Je&lt;..

c.f

d:b/të,

/ 1,,,.,_

----------

�111STORJJ! - - - - - - - - - ' - - - - - - - - - - - - - - - - - - Et celte lamentable situation se prolongea
Le lendemain, au réfeil, les choses changèrent : ils durent examiner l'enfant, le jusqu'au. 10 thermidor (~8 juillel) ! Pas un
q11t",tionner ... , la substitution se décounit. des commissaires qui, quatre par quatre,
Que faire? Où courir? Où
trouver Simon 1 A f!UÎ se plaindre? De q11oi? La dé, barge était
donnée par les commissaires,
siguée d'eux; enx seuls é1aient
c........-.....-l~s coupables i c'était l'échafaud
assuré dans les vingt-quatre
I
hi·ures.
EL c'est alors qu'ils prennent
le parti de murer !"enfant prisonnier dans sa chambre, imagination inconcevable si fou
n'admet pas une nécessité impérieuse; - de l'enfouir dans m1
taudis 11 sans feu ni lumière,
dit BeauchPsne, éclairé seulement p:ir la lueur d'un réverbère
suspendu en face des barreaux &gt;&gt;.
Est-il permis de croire qu'uue
semblable détermination ait pu
Un fait d'ailleurs est incontestable : les être prise à l'égard d'un enfant,
commissaires nouveaux venus ne s'étaient sans l'autorisation, au moins tapas étonnés de trouver, à neuf heures du cite, de Chaumette, le chef respon$able? Car la
porte est fCellée à
P~d
.,.,~~L--"d,./tn14•• • (J clous et à vis, et
l'on ne pourra dé(/ &lt;;J"- I : ✓ 0#,/,,-#:.:.~, .,;,:, ,.._
- sormais apercevoir
l'enfant qu'à travers un guichet
{!Fillé qui servira
à lui passer la
nourriture.... On
avait si grande bâte
PAGE 1 REPRODUITE EN ~-AC-SHllLL, DU CARNET DE BLANCHISde terminer cet arSAGE OU L'ON IXSCRIV AIT LE LIN&amp;E
rangement qu'il
DES M.E:11.BRES DE LA FAMILLE ROYALE E:IIP.RISON:SES AU TEMPLE.
fut, toujours
(Ce carnet fait partie de la coUcction de !11. Ht!NRl LAVEDAN. )
sui-vant le même
auteur, non sus----. p,·ct, - &lt;1 arrêté et
entrepris dans la journée et pendant ces cent quatre-vingt-dix. jours, se
achevé le soir même à la clai•lé succédèrent au Temple, pas un n'a laissé une
ligne, un mot qui puisse nous édiû~r sur les
des lanternes n.
Le soir du mèmejour, 20 jan- relations qu'ils avaient avec l'enfant : pas un
vier, les quatre commissaires ne le vit autrement qu'à travers le guichet
Legrand, Lasnier, Cochef,.r et grillagé, pas un ne lui adressa la parole, ou
Lorinet cédaient la garde à n'en reçut une réponse valant d'être notée ;
quatre aulres, auxquels ils ne pas un de œs bourgeois de Paris n'eut la
purent p.résenter l'enfant qu'à pitié, ou tout au moins la curiosité, d'approtravers
le guichet grillé, au fond cher le descendant de tant de rois. C'est peutlv,il,,
1 ,,j ~.
être là le point le plus invraisemblable de
d'une drnmbre sombre.
Et de jour en jour, durant six. toute l'aventure.
Simon et sa femme s'étaient logés, tout
mois, les surveillants de service
devaient ainsi se relayer, sans proche la tour du Temple, dans un petit apvoir, pour ainsi dire, leur pri- partement dépendant de l'enclo~. Ils ignosonnier, abandonné sous clefs raient d'ailleurs ce qu'était devenu le Dauet verrous, - c'est madame phin : la charrette que menait Ojardias avait
RoJale qui l"écrit, - sans autre été oonduite, croyaient-ils, rue Pbélippeaux :
PAGE, REP.RODUITE EN FAC-SIMILE, OU CARXET OE BLANClllSSAGE OU L'ON INSCRIVAIT LE LINGE
secours qu'une mauvaise son- mais ils n'en savaient pas davantage. Celui
UES MEMBRES DE LA FAMILLE ROYALE E~1PRISONNÉS AU TE11PLE
nelte qu'il ne tirait jamais, cou- qui, anonymement, sans se manifester d'auvert de puces et de punaises, et cune façon, était l'impresario de l'évasion,
&lt;Ce carnet fait panie de la collection de M. HENRI LAVEDAN.)
vivant en contact avec ses or- avait de telle façon distribué la besogne que
dures, accumulées dans cette personne n'était dans le secret. L'eussent-ils
soir, le Dauphin assoupi : ils avaient signé la chambre sans air, dont .la fenètre, close d'un connu tout entier, du reste, que le temps.
décharge exigée par les Simon; ce soir-là, abat-jour de planches, était cadenassée, et n'était pas venu d'en souffier mot, ni de réclamer le salaire : la pleine Terreur était dénul soupçon.
dont la porte ne pou1•ail pas s'ouvrir.

tir. Le fait est qu'on ignore tout de la séparation : nul détail, pas un mot des adirux;
les commissaires signèrent la décharge, attestant que « Simon et sa femme leur arnient
exhibé la personne de Capet prisonnier,
étant en bonne santé D ; puis on se sépara :
les commissaires fermèrent la porte de la
chambre où dormait l'enfant. Les Simon,
dans la nuit, - une nuit sinistre de brouillard épais, - se îai,aient ouvrir les porles
du Temple, s'eloignaienl des corps de garde,
el se perdaient dans la nuit avec leurcharrettr.
Les choses se sont-elles pasliées de la sorte?
C'est ainsi, du moins, que la Simon les raconta, onze ans plus tard, à l'un des faux
dauphins en qui elle avait cru reconnaitre
son pupille du Temple. Ainsi présentée, l'évasion rst vraisemblable; el ces circonstances
concordent as ·ez bien avec des déclarations
qu.'on ne peut mettre en doule.

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111S TORJ.ll

chaînée, et presque tous ceux dont nous
avons jusqu'à présent cité les noms y devaient
laisser leur tête. Hébert est guillotiné le
24 mars, Chaumette le -15 avril, Simon le
28 juillet, ainsi que Cochefer; Legrand et
Lasnier le 29. Nous ignorons ce que devint
Lorinet; quant à la femme Simon el à Ojardias, nous les retrouverons.

Le 10 thermidor (28 juillet J, Ilarras, investi
depuis dix-huit heures du commandement
des forces armées parisiennes, fil, dès l'aube,
l'inspection des postes. Arrivé vers six heures
du malin au Temple, suivi de son état-major
qu'il laissa dans Ja cour, il monta, accompagné seulement de son adjoint Oelmas, à la
prison de celui qu'on appelait le petit Capet
et pénétra dans la tanière de l'enfant.
Je trouvai, dit-il, le j1mne prince dans nn lit à
berceau au milieu de sa chambre : il était assoupi, il s'éveilla avec peine; il était revêtu d'un
pantalon el d'une vesle de drap gris; je lui de•
mandai comment il se trouvait et pourquoi il ne
couchait p~s dans .le grand lit; il me répondit :
« ~les genoux sont enflés et me font souffrir aux
intervalles (sic); lorsque jf' suis dehout, le petit
hercP-au me convient mieux 11.
J'e111minai les genou1, ils étaient très enflés
ainsi que les chevilles et que les mains : son
visage était bouffi, pâle. Après lui avoir dem:111dé
s'il avait ce qui lui était nécessaire el l'avoir engagé à se promener, j'en donnai l'ordre au1
commissaires êt les grondai sur la mauvaise ~nue
de la chambre.
Il est à remarquer que Barras passe bien
légèrement sur sa visite au Temple. Que
dans sa rapide entrevue avec le prisonnier, il
ne conçoive aucun doute sur la personnalité
de l'enfant, c'est possible. Avait-il rencontré
le Dauphin, au temps de Versailles ou des
Tuileries7 Non, dans ses Mémoires, si détaillés, il ne dit point qu'il alla à la Cour; nulle
part il ne fait mention de sa présentation à
Louis XVI ou à quelque membre de la famille
royale; il se pouvait donc fort bien qu'il n'eût
jamais vu le Prince et que la dissemblance
entre celui-ci el l'enfant qu'on lui présenta,
le 10 thermidor, ne le frappât point. Mais il
place, dès le 11, auprès de l'enfant dont il
suppute déjà l'énorme valeur, un homme à
lui, Laurent, qui ne l'a pas quitté pendant
l'orageuse nuit du 9 thermidor.

Laurent, âgé de vingt-trois ans, était originaire de la Martinique : célibataire, il habitait, avec deux de ses tantes, rue de la FolieMéricourt, et, comme il était patriote ardent,
- instruit, d'ailleurs, et de manières distinguées, - il élait commissaire de la section
du Faubourg du Temple.
Or, il paraît inadmissible - si 1.. prisonnier n'est pas le fils de Loui XVI - que
Laurent, vivanL avec le petit détenu, le
soignant, le questionnant vraisemblablement,
n'acqmère pas, dès les premiers jours, la

Loms XY11 S'EST-n ErAvt vu
certitude que cet enfant n'est pas le Dauphin.
En ce ca , deux allernatives : ou Laurent
croira prudent de taire la chose et d'en garder pour lui seul le secret, ou, ce qui est
infiniment plus probable, il se confiera à Barras, son protecteur avéré, son maitre. Que
va faire Barras? Annoncer solennellemenl au
monde que le fils de Louis XVI est évadé?
Mais ce serait avouer la disparition du seul
gage qu'on possède vis-à-vis de l'étranger,
vis-à-vis des royalistes, vis-à-vis de la Vendée.
Barra a trop le génie de l'intrigue pour ne
pas comprendre que le seul fait d'être enfermé au Temple équivaut à une investiture.
L'enfant qui s'y trouve n'est pas le fils de
Louis XVn Tant mieux; on va donc pouvoir,
sans trop trahir la République, remettre cet
enfant aux royalistes qui ne désirent que sa
liberté. Mais pour que ce Dauphin apocryphe
conserve toute sa valeur, il faut, jusqu'au
jour de la déhvrance, que personne ne puisse
le voir. Laurent, qui n'a été placé là que pour
procéder à l'évasion, recevra l'ordre de cacher à tout êLrt&gt; vivant la certitude qu'il a
d'une substitution antérieure, et de séquestrer le malheureux enfant jusqu'au jour où,
sans danger, on pourra le livrer, comme étant
le vrai Dauphin, au groupe de royalistes qui
ont entrepris de sauver celui qui, pour eux,
est le roi de France.
Voici donc Laurent seul chargé de la garde
du pseudo-fils et de la fille de Louis XVI.
« Je n"ai eu qu'à me louer de ses manières,
écrit celle-ci, Loulle temps qu'il a été à mon
service .... Il entrait chez moi ... , toujours
avec honnêteté ... et ne fit jamais la visite de
mes bureaux et commodes. ,, Laurent était
donc sensible et compatissant; il est aux petits soins pour l'enJanldonl il a la charge; on
nous lt' représente hassi.nant ses plaies, faisant couper et peigner ses cheveux, commandant pour lui des vêtements neufs. Comment
expliquer que cet homme si bon, maître absolu au Temple, fort, en outre, de l'ordre
donné par Barras « d'accorder aux deux prisonniers la promf'nade ~oir et matin, 11 n'ait
pas eu la pensée de réunir, aux heures de
&lt;( récréation », le frère à la sœur? Pourquoi
ne leur permet-on pas de se revoir?· Quels
complots peuvent donc tramer ensemble cet
enfant et cette fillette?
li faut chercher à celle séparation impitoyable une explication : Laurent s·est aperçu
dès les premiers mols échangés que Je détenu
qu'il garde n'est pas le Dauphin, el il évite
soigneusement, et pour cause, toute communication avec ~ladame RoJale. Donc pas d'entrevues; personne, d'ailleurs, n'est admis en
présence du prisonnier. Laurent a, dans la
Tour, sinon deux complices, du moins deux
hommes sur la discrétion desquels il pourra
compter, l'heure venue : c'est Li"énard, l'économe du Te&gt;mple, placé là par Barras, le jour
mème de la nomination de Laurent, et Caron,
garçon servant dans les cuisines, « cœur
affectueux et bon », préposé à l'alimentation
des deux prisonniers.
D'ailleurs le petit détenu est discret. Laurent déclare que le mutisme de l'enfant est

presque complet : à nulle heure du jour on
ne l'entend bavarder ou rire; six mois de réclusion ont complètement déprimé ce malheureux, déjà malade peut-êlre el aCrophié, lors
de son entrée au Temple, le 19 janvier, Et
c'est sans doute cet ahatlement, celle atonie
qui suggèrent à Laurent l'idée de substituer
à cet enfant ordinairement silencieux, mais
qui pourtant d'un seul mot pourrait tout perdre, un enfant muet qui, lui, du moins. ne
pourra rien compromettre. Adrôilemenl Laurent prépare le coup : il en prend 11 son aise;
il va, Yient, sort, assiste aux réunion de sa
section, s'absente pour aller coniérer avec les
membres du Comité de sûrelé générale, sans
jamais donner d'explications. Personne ne
voit son prisonnier : les gardes nationaux
que, tous les jours, on mobilise au nombre
de deux cent quarante, et qu'on répartit dans
six postes autour de la prison, les gardes nationaux murmurent : c1 ils ne savent s'ils
gardent des pierres ou autre chose. »
La conduite de Laurent parait louche : il
est dénoncé le H, puis le 2i octobre. Lui,
d'ailleurs, ne s'en soucie guère : il se sent
évidemment soutenu en haut lieu. Même, il
se pose en réformateur; il propose la réduction de la garde, la suppression de trois po Les sur six, celle de l'état-maJor qui, quotidiennement, vient commander la force armée
de service au Temple; &lt;• un simple capitaine
suffira ». En même temps, il réclaQle un
adjoint, sachant bien que sa demande ne
sera pas accueillie; attestant « qu'il ne peut
suffire seul à ses fonctions, D qu'il ne répond
pas, dans les conditions où on le laisse, du
dépôt qui lui est conâé. Et c'e t ainsi qu'il
met. d'avance, sa responsabilité à couvert
« dans le cas où un événement se produirait. ,1 Une dernière précaution : le 29 septembre, il fait nommer un homme, à lui dévoué, le citoyen Baron, aux fonctions de
porte-clefs de la prison, en remplacement de
Jérôme qu'il accuse d'êlre ,, souvent ivre».
Il faut noter encore que la surveillance du
Temple n'est pas, à cette époque, aussi sévère
qu'on se l'imagine : les preuves abondent
que de la rue au Palais, du Palais à la Tour,
c'est un va-et-vient continuel : enlrét&gt;s, sorties, promenades, flâneries, patrouilles de
deux cent quarante hommes de garde, envoyés alternativement de toutes les sectjons
et qui, très éloignés de chez eux, sont obligés
de se disperser &lt;( dans les auberges rnisines &gt;&gt;,
ce qui implique une circulation permanente,
des portes toujours ouvertes. On délivre six. à
sept mille cartes d'entrée par mois; plus de
deux cents par jour!. ..

C'est quand il se fut bien assuré de toutes
ces conditions, ou qu'il eut fait naître ces circonstan~s, que Laurent se décida à effectuer
la suh ti lu Lion. Elle fut exécutée prudemment : s'il était très dangereux d'essayer de
sortir du Temple le petit détenu, il était, en
revanche, possible d'y introduire l'enfant destiné à le remplacer. Laurent résolut de se

contt&gt;nter, d'abord, de cette première el facile
prouesse. ll se bornera à placer un gamin
muet _dans la chambre du prisonnier qu'il
garde Jalousement df'puis le 9 thermidor, et
de cacher celui-ci quelque part dans les combles de la Tour, où jamais nul ne se hasarde.
Si, grâce à lïsolement. au mJstère dont il a
pri~ soin d'entourer sa ~urvcillance, la substitution passe inaperçue, il sera temps de s'occuper alors de faire sortir du Temple l'enfaol
déjà à. de~i sauvé; si, au contraire, quelque
comm1ssa1re patriote, s'aperceYanl de l'échange, donne l'alarme, vite on le retire de
sa cachette et on l'exbibe sans retard, en
conservant pour une meilleure occasion le
gamin muet; lui, du moins, jouera les rôles
sans se trahir ni protester.
L'escamotage dut avoir lieu dans les derni~rs j~urs d'octobre 17\14 ou dans les premiers Jours de novembre, car voici qu'à la
date du 7 novembre, Laurent écrit la lettre
donl nous allons citer le texte intégral :
.Mon Général,
Votre lettre du 6. courant m'est ar1·i,·ée trop
Lard, car votre premier plan a déjà été exécuté
p~rce q'.i'il était temps. Demain, un nouveau gar:
dien doit entrer en lonctions: c'e,t un républi~in, nomm~ ~om';°!er, brave homme à ce que
di~ .8 ... , mai Je n ~• n_ucune confiance à de pareilles gens. Je serai bien tJmbarrassô pour faire
Jl3.s er de. quoi vivre à notre I' ..., mais j'aurai
0010_ de lm, vous pourrez être ll'm1quille. Le assas,rns ont été fou1·vovés, et les nouveaux municipaux ne se doutent point que le petil muet a
remplacé le D...• füinlenanl il s'aait seulement
de le faire sortir de celle maudite tour; mai~
comment? B•.. m'a dit qu'il ne pouvait rien entreprendre à cause de la suncilla.nce. 8'il fallait
rester longtemps, je Mrais inquiet de sa santé
tar il a peu d'air dans son oubliette où le ho~
Dieu. m_ème ne le trouverait pas, s'il n'était pas
lout-pu1ssa~L Il m'a promis de mourir plutôt que
de _se trahir lui-mème; j'ai des raisons pour le
croire. Sa sœur ae sait rien; la prudence me
force de l'entretenir du petit muel comme s'il
était son véritable frère. Cependant ce malheureux se trouve bien heure01, et il joue sans le
sav~ir, si _bien son ~ùlc, que la nouveitc garde
~rm,t parfru.tement qu il ne veut pas pal'ler : ainsi
1I n y a pas de danger. Renvoyez bientôt le fidèle
porteur; car j'ai besoin de votre secours. Su.ivez
le conseil qu'jl vow porte de vive voi1, car c'est
le seul chemin de notre triomphe.
Tour du Temple, le 7 novembre 1794.
Nous ignorons à qui celle lettre est adressée; ce n'est pas, comme on l'a cra, au général de Frotlé, le Iameux commandant de
l'armée royale de Normandie. li se trouvait
à cette époque, à Londres, et une letlre
l~i, datée du 6 cournnt, ne pouvait, par consequent, être arrivée à Paris le 7.
Nous ne savons pas davantage quel est
ce B. que désigne Laurent. Barras a-t-on
dit : c'est peu probable. A quelque royaliste
que Laurent, sur l'ordre de ce mème Barras
cherchait à tromper, en lui laissant croir;
que le _Dauphin était tQujours au Temple et
que lm, Laurent, était prèt à se « laisser
~r~ompre »? C'~st là le point délicat de
l emgme, el on n en possède pas la solution.
ll convient d'ajouler aussi qu'on ne pos-

d;

sède pas l'.o~iginal de cette lettre, non plus
que le~ or1gmam: de deux autres qu'on lira
plu~ lom. O_n n'en a jamais produit que des
coptes. LoU1s Blanc écrivait, dans on Histoire de la Révolution, que si les originaux

LE CORDON~ŒR A~TOIN"E SIMON.

Dessin anonyme (Collecticn G.

LEXOTRE.)

des lettres de Laurent constatant la substitution d'un muet au fils de Louis XVI avaient
été montrés, cela suffi.rait pour tranche,· la
question, et M. de la Sicolière, l'un des adversaires les plus convaincus de l'évasion du
Temple, affirmait, dans son Ilistoi1·e tle
F1·ollé, que si les lettres étaient vraies la
substitution ne pouvait faire doute, mais c;ue,

fausseR, elles prouvent la fausseté de tout lP.
roman.
Or, les leltl'es de Laurent sont v,-aies •
nous avon~ d~ leur authenticité des preuve~
absolues, irrecusables. Ces preuves ont été
données par U. F. Barbey dao.s son volume
s?r Mme A_tkins ~t la, p~ison dtl Temple.
C_est un pomt auJourd hm acquis, et il faut
dire que, contrairemenL aux · assertions de
L~uis Blanc et ~e la Sicotière, la question
n en est pas sensiblement éclaircie.

Donc le muet a pris la place de l'enfant
st~sti.tué au Oaupbin, le '19 janvier, par
O~ard1as et par les Simon. Le nouveau gardien, annoncé au général par Laurent entre
en service au Temple le 8 novembre'. II ae
s'appelle pas Gommier, mais Gomin. C'est un
brave homme, en e[et, mais rr d'une timidité extrème et craignant toujours de se
compromettre. » TI est fils d'un tapissier de
l'ile Saint-Louis el a, en 1794, trente-sflpt
ans.
Laurent, recevant au second étage de la
Tour son_ nouveau collègue, et un peu inquiet
de ce qu1 va se passer, l'interpelle cr et s'iu-

TEMPLE?--,

f?~n:1e s'i_I a déjà vu le Prince royal. - Je ne
1a1Jama1s vu, répond Gomin. - En ce cas
réplique Laurent, il se passera du temp~
a~a~t qu'il vous dise une parole. &gt;) Ayant
ami:, prudemment mis Gomin en garde conIre la surprise que ne peut manquer de lui
eau er le silence obstiné du prisonnier, Laurent pousse la porte et Gomin aperçoit l'enfant, couché sur un lit de fer, le teint plombé,
l'~•~ la11guissa~L Après avoir jeté un coup
d œd, les gardiens se retirent.
Leur surveillance en collaboration devient,
dès le jour • uivaot, plus my~térieuse, plus
secrète encore qu'elle n'était au temps où
La~rent ~·exerçait seul. Je ne pense pas qu'on
pmsse citer, pour cette période, un seul
lémoio ayant approché le petit prisonnier :
nu], en tous cas, ne l'a ent~ndu articuler
une parole; et, dans la crainte que ce mutisme n'étonne, à la fia, 4uelque commissaire
plus avisé et moins complaisant que les auIres, Laurent accrédite cette légende touchante : l'enfant a résolu de ne plus prolloncer un mot depuis sa déposition contre sa
mère! Gràce à celte ingénieuse invention, leschoses vont a,u miem pendant deux mois.
Laurent parvient à fournir de nourriture
l'enfant caché sous les combles, el à présenter son muet comme un héros d'obstination.
Pourtant il y a des jours où Laurent a bien
peur : malgré « les peines qu'il se donne
pour ne lai~ser entrer personne dans la chambre du muet iJ, il n'ignore pas qu'un examen
superficiel dévoilerait Loule l'intrigue.
Et. voilà . qu'~n jour, dans la première
semaine de Janvier t 795, trois membres du
Comité de sûreté générale se présentent à la
Tour et se font ouvrir la chambre de l'enfant. L'un d'eux, Rarmand de la MeusP. a
!aiss?, de celle visite, un récit fameux, ~ui,
a lm seul, suffirait à établir le séjour au
Temple d'un enîant muet.
Je m'.npprochai. ~u _prin~e ... je lui dis quP ...
n?,us éllons autorises a lw procurer les moyens
d etendre es promenades et de lui otrrir le•
objets de dislraclion ... qu'il pourrait désirer. •
. Il me ~·egardait füement, sans changer de posihon, el 11 m'écoulait avec l'apparence de la plus
grande ~tteatio~; mais pas un mot de réponse.
Alors Je repris mes propositions... 11 J'ai l'honneur de vous demander, monsieur, si vous désirez un cheval, un chien, des oi eaux, des joujoux
de quelque espèce que ce soit, un ou plusieurs
compagnons de votre âge ... voule2-vousdescendre
au jard.in ... désirez-vous des bonbons, des aà0
tea~? »
:" Je n'~n reçns pas un mol de réponse, pa
meme un signe ou un geste, quoiqu'il eùL la tète
to~~é~ vers moi el qu'il me regardàt avec une
fix1te etonnante qui exprimait la plus !?r:mde
6
indifférence.
·
Ce procès-verbal est fort lon11 et l'on ne
peut le citer tout entier. Il impor~e cependant
de souligner ce passage :
Je demandai dans l'antichambre aux comrnissa~s - l(armand entend par là Laurent et
~mm - st ce silence datait réellement du jour
ou la plus barbare violence lui avait fait faire et
signer l'odieuse et absurde déposition contre la

�,
111STO'l{1A
reine, sa mère; ils renouvelèrent leur assertion à
cet égard, et nous protestèrent que depuis le soir
t.le ce jour-là, le Prince n'avait pas parlé.
Comment le savent-ils? L'interrogat~ire du
Dauphin est du 6 octobre 1795 : Laurent
n'est entré au Temple que le 11 thermidor
(29 juillet 1794) et G-omin le 8 novembre de
la mème année. C'est donc qu'ils assignent
au silence du muet un motif qu'ils savent
faux; motif dû à l'imagination de Laurent
dont Gomin appuie l'assertion par simplicité,
par sottise ou par peur. Mais il y a plus : en
quittant le deuxième étage de la Tour, Harmand et ses collègues montent chez :Madame
Royale; celle-ci leur demande a des nouvelles
ùu jeune Prince son frère. u

« Il ne nous était pas venu dans J'idée, écril
[larmand ... que la Commune pou. sail sa barbare
surveillance jusqu'à priver ces deux Jeunes el
illustres victimes du plaisir de se voir.
~ Madame, répondfa-je, nous avons eu l'honneur de le voir avant d'entrer chez vous. Pourrais-je lo.voir1 - Oui, madame. - Où esl-il?
- lei, sous votre appartement, et nous allons
faire en sorte que vous puissiez le voir el communiquer ensemble quand cela vous conviendra. »
1e m'empresse d'ajouter que le gouvernement
mit le plus grand zèle à acquiller les prome,ses
que nous avions faites en son nom el à réaliser
les el'pérances que nous avions données : au
moins cela fül arrêté le soir méme.
On n'ignore pas que cet ordre ne fut
jamais exécuté. Ainsi, en dépit d'un arrèté
du Comité de sùreté générale, Laurent sait
si bien ce qui arrivera si Madame Royale est
mise en présence de l'enfant, qu'il prend sur
lui de désobéir; c'est que, de jour en jour,
la situation de,icnt intenable, et l'on a l'écho
des angoisses de Laurent dans cette seconde
lettre au général, qui, loin de Paris, s'impatientait de voir l'évasion traîner en longueur.
Je ,iens de recevoir voire lettre. Hélas! votre
demancle est impossible. l:'élail bien facile de
faire monter la victime, mais la descendre est
acluellemeol hors de notre pou,·oir .... Le Comité
de ôrcté générale avait, comme vous savez déjà,
envoyé les monstres Mathieu el Recherchon.
accompagnés de M. H••. de la Meuse, pour constater que notre muet est véritablement le fils de
Louis XVI. Général, que veut dire cette comédie?
Je me perds el je ne sais plus que penser de la
conduite de B.... Maintenant, il prétend faire
sortir notre muel et 1~ remplacer par llD autre
eufanl malade. Êtes-vous instruit de cela?
'.',"est-ce pas un piège? Général, je crains bien
t.les choses, car on se donne bien des peines pour
ne laisser entrer personne dans la prison de notre
muet, afin que la substitution ne devienne pas
publique; car, si ttuelqu'un examinait bien l't•nfanl, il ne lui serait pas difficile de comprendre
qu'il est wurd de naissance et, par- conséquent,
ualu.rellemenl muet. Mais substituer encore un
autre à celui-la : l'enfant malade parlera el ce
sera per,lrc notre demi-sam é el moi avec. Renvoyez-moi le plus tôt possible notre fidèle et votre
opinion par écril.
Tour du Temple,
5 février t 795.

Le fait est que le. muet de,•enait terriblement encombrant : le remplacer par un

enfant parlant, mais malade, était une combinaison bien dangereuse : qu'aurait-il dit,
celui-là?
Passe encore si Laurent eût été seul ûtutulaire de la garde du prisonnier; il serait
parYenu à chambrer si bien le pupille que
nul peut-être. ne l'aurait approché; mais le
timoré Gomin éLait là, et la peur pouvait lui
faire commettre quelque tragique couardise.
Que se passa-t-il? Nous n'avons pour indice
qu'un troisième et dernier billet de Laurent.
En voici le texte :
Mon Général,
Notre muet est heureusement transmis dans le
Palais du Temple el hien caché; il restera là, el,
en cas de danger, il passera pour le Dauphin. A
vons seul, mob général, appartient ce triomphe.
Mainlenanl, soyez tranquille, ordonnez to11jours
eL je saurai obéir. Lasne prendra ma place quant.!
il voudra. Les mesures l~s plus sùres el le plus
efficaces sonl prises pour la sùrelé du Dauphin.
Conséquemment, je serai cl1ez ,•ous en peu de
jours pour vous dire le reste de vive voi.1.
Tour du Temple, le 5 mars 1795.
C'est la lettre d'un homme qui, après
s'ètre trouvé dans une situation sans issue,
exulte d'en être sorti sain et sauf. Mais faut-il
en conclure que Je pseudo-Dauphin, - j'entends l'enfant que Laurent appelle le Dauphin, celui qui, depuis quatre mois, vil dans
les greniers de la Tour, - Iaul-il en conclure que cet enfant est hors du Temple?
Non pas. Laurent dirait un mot de celui qui
a pris la place vacante au deuxième étage de
la prison. Il n'en parle pas. Sa joie vient de
ce qu'il a pu opérer un second escamotage,
consistant à déloger de la Tour le muet pour
le cacher dans le Palais Yoisin, c'est-à-dire
en dehors de l'enceinte de la prison, et à
réintégrer à sa place l'enfant qui, depuis les
derniers jours d'octobre, languit sous les
combles. Laurent n'a pu faire wieux : il a
bâte de fuir Paris, maintenant que, après des
transes de quatre mois, il a remis les choses
en l'étal où il les avait trouvées lors de son
entrée au Temple. Il ne quitte pas son poste,
il est vrai, sans assurer 1&lt; qu'il a pris les
mesures les plus sûres et les plus efficaces
pour la sûreté &gt;&gt; - il ne dit pas pour la
déliv1·a1ice - de l'enfant qui a hérité. de la
personnalité el du nom du Dauphin. C'est là
tout ce qu'on peul tirer de celle dernière
lettre.
Et Gomin? Il faut biei:i admettre qu'il fut
mis dans le secret. Laurent, sans nul doute,
dans les derniers jours de leur cohabitation,

se confessa à lui, mais non pas complètement : avouant que le malheureux enfant
qu'ils gardent conjoinlemenl depuis le 8 novembre est un muet et que le a véritable
Dauphin » vit isolé dans une autre partie de
la prison; on avait espéré s:i. délivrance, mais,
en présence d'obstacles insurmontables, on y
a renoncé et o le prince » ra reprendre la
pJace du muet évincé!
Les choses sont rentrées dans l'ordre. EL
Laurent quitte le Temple, - le 29 mars 1795,
- laissant Gomin bien persuadé qu'il a entre
les mains le véritable fils de Louis XVI.

Lasne, qui entre en fonctions deux jours
plus tard, le 5i mars, ne peut, pour sa part,
concevoir aucun soupçon.
Les deux gardiens du petit prisonnier
étaient donc bien certains de son identité
royale. L'enfant n'était pas loquace; n'avait-il
pas promis de mourir plutôt que de se
trahir lui-même? On le voyaü souffrant; on
ne l'interrogeait pas. Car il est bien malade.
Dès le départ de Laurent son état s'aggrave;
le 6 mai, le docteur Desault est invité, par le
Comité de sûreté générale, à donner ses soins
au prisonnier; il l'examine, estime la situation très grave; il revient régulièrement tous
les jours jusqu'à la fin du mois. Sa dernière
visite est du 50 mai (iO prairial). Le lendemain, il ne reparaîL pas; le 1or juin, on apprend sa mort. Le docteur Pellelan le remplace auprès du petit moribond, dont l'étal
de faiblesse empire. Le 5 juin, Pelletan obtient que l'enfant soit changé de local. L'appartement où il se trouvait comprenait une
belle et vaste chambre à coucher : ce n'est
pas celle-là qu'on choisit. On transféra l'enfant
dans la petite tour, bâtiment accolé à la Tour
proprement dite.
Gomin assure que c'est lui qui porta le
petit malade.
dp

Or, à cette date du ~ juin, il se passait
hors du Temple un fait bien étrange.
Ce groupe de royalistes dont nous avons dit
un mot et au profit duquel devait, avec l'aide
de Laurent, s'opérer l'évasion, ce groupe se
composait d'une amie de la reine, Mme Atkins,
el de deux agents, adroits el hardis; M. d' Aucrweck qu'on appelait le petit baron, et M. de
Cormier.
Le petit bm·on et M. de Cormier avaient été
en relations avec Laurent. En même temps
qu'il écrivait au général, il adressait aux deux
agents de Mme Atkins des renseignements de
tous points concordant avec les lettres qu'on
a lues plus haut. M. de Cormier avait été de la
sorte instruit du transfèrement sous les combles de l'enfant que tous croyaient êlre le
Dauphin; le départ de Laurent, la réintégration de l'enfant à la place du muet substitué,
ne lui avaient rien ôté de sa confiance dans le
succès final, car à la date du 5 juin il écrivait
à ~lme Atkins: «Nous louchons au but... nous
avons été mieux servis que nous n'avions ordonné ... , il y a 99 à parier contre toO que
vous jouirez bientôt... du bonheur auquel
vous avez coopéré avec d'autres, mais plus
que beaucoup d'autres. Mais, de la patience;
les choses sont telles, à présent, qu'il n'est
point de force ni d'esprit humain qui puisse
les avancer où les retarder et qu'un faux
mouvement, une fausse mesure pourraient
faire un bien grand mal ... , elc. »
Les agents de Mme Atki ns s'attendaient donc,
dans les premiers jours de juin, à ce qu'on
leur livrât le Daupffln, qu'ils croyaient toujours détenu au Temple. Leur projet, une fois
en possession du royal enfant, était de le conduire, ati plus vile, dans la Vendée, où il serait solennelle ment reconnu el proclamé roi

_______________________
•
_ Loms XV11

S''EST-11. irADÉ

vu

TEJHPI.'E? - - ,

de France, puis de l'emmener aussitôt sur corps en bière et on l'avait inhumé suivant l'argent, prix de l'auguste enfant, diraient
ensuite 1 u'il n'était jamais sorti du Temple. o
un point de la cole &lt;&lt; entre Nanles et la Ro- les formes ordinaires.
Oui, l'enfant que soignaient Gomin et Lasne La pauvre femme, qui ne d.. Yail jamais de sa
chelle » où un navire croisait, prèt à transétait mort le 8 juin : coïncidence surpre- vie, pourtant longue, comprendre un mot à
porter Louis XVII en Angleterre.
Pour assurer le voyage du fugitiî jusqu'en nante, il était mort au jour même ot1 les acrents l'intrigue dont elle a-rait été la dupe, voyait
\' endée, il avait été décidé qu'on cxpPdieraît de Mme Atkins attendaient sa délivr~nce. pourtant clair en ceci que, jusqu'à son derostensiblement, dans une direction Lout op- A ceux-ci, c'est le muet qu'on remet, le muet nier jour, elle crut que l'enfant mort au
posée, un enfant, de l'.lge el de la tournure resté logé au Palais du Temple et qui, sui- Temple n'était pas le fils de Louis XVI. Elle
du jeune roi, sous la conduite d'un (&lt; homme vant la dernière lettre de Laurent, doit, en n'avait ni preuve, ni certitude; mais elle avait
résolu n. Tandis que ,Ioule la police, à la nou- cas de danger, passer pour le Dauphi1i. Ils l'inslirn'l de la vérité, sans pouvoir démêler
velle de !'évasion, s'égarerait snr celle fausse ne furent pas longs à s'apercevoir que l'en- un imbroglio où tous ceux qui avaient agi
piste, 1~ Dauphin aurait le temps de gagner fant qu'on leur livrait n'était pas le jeune avaient ignoré ce qu ïls fai~aienl.
clandestrnement les provinces de l'Ouest.
prince. Bientôt MmeAtkios recevait cette lettre:
Résumons-en rapidement les phases. ~
« L'homme résolu » qu'avaient découvert, «Oui, nous avons élé trompés, cela est mal- t 9 janvier 1794, le Dauphin est enlevé du
pour mener à bien cette diversion, les agents heureusement trop certain, je vous l'ai déjà Temple. Qualre personnes seulement sont du
de Ume Atkins, n'était autre qu'Ojardias. De marqué positivement. .. »Et Mme Alkins le note: secret : l'impresario (Chaumette, Hébert ou
quelle façon l'avaient-ils renconlré? Üll? On &lt;&lt; J'étais fort opposée à meure un autre en- un autre); puis les trois agents d"exécution :
l'ignore. S'était-il présenlé à eux, leur avait-il
été recommandé comme uu auûliaire inventif
et dégourdi? fJ'est probable. Mais une question se pose, effarante : Comment, dès les
pre~ers mots, Ojardias n'arrête-t-il pas les
conJurés en leur révélant que l'enfant qui vit
au Temple n'est pas le ùauphin? C'est lui,
Ojardias, qui, dans la nuit dn 19 janvier 1794,
~ char~é le fils de Louis XVI sur son dos, qui
1a sorll du Temple et placé sur la charrette
de Simon, c'est lui qui l'a conduit jusqu'à la
rue Phélippeaux, et voilà que, dix-huit mois
plus tard, quand on l'ient lui proposer de
participer à une nouvelle évasion du même
Dauphin, il ne sourcille pas, et accepte tran![uillemenl la besogne 1
Cette fois, d11 moins, son rôle e~t moins
dangereux; averti de ce qu'il doit Faire, il va
trouver un certain citoyen Morin, greffier de
la section de Bonne-Nouvelle, avec lequel il
a été en relations ; il le décide à lui confier
son petit garçon,.dont la physionomie, le teint
pâle, les longs cheveux, rappellent suffisamment l'aspect du Dauphin; et, après une nuit
passée dans une auberge, il se lance avec le
petit Morin, en chaise de poste, sur la route
d'Auvergne.
lls vont à Thiers, c'est le pays d'Ojardias.
En chemin, celui-ci ne manque aucune occasion d'êtr.e remarqué: il pousse l'audace jusqu'à rosser le postillon d'un conventionnel; il
d(barque à Thiers chez un notable de la ville,
M. Barge-Béal, fort étonné de cette intrusion.
Ojardias s'attendait bien à ce que, dès le lendemain de son arrivée, parviendrait à Thiers
l'an~once de l'évasion du Dauphin. Il se préparait à la chose, quand, subitement, un
bruit se répand dans la ville ; le courrier
venu de Paris a apporté la nouvelle de la
mort au Temple du fils de Louis XVI.. ..
La mort! Ojardias, affolé, disparaît aussitôt, _laissa~l chez M. ~arge-Béal, interloqué,
le peul MorJD non moms slupéfait. Achevons
en deux mots de raconter l'a,•enture de ce
dernier. On l'interrogea: il déclara le nom
C-hchè Braun et C
de son père et raconta le peu qu'il savait· les
autorités de Thiers communiquèrent les ~enLons xvu cm:z LE CORDONNIER S11t1ox. - Tableau d~ Cil.ARLES DE COUBERTIN.
seignements à la police de Paris, laquelle
confirma par retour du courrier le récit du
petit Morin. D'ailleurs nulle confusion n'était Iant à la place du Roi : j'observais que cela Simon, sa femme et Ojardias. Chaumelle et
possible : le prisonnier du Temple était bien pourrait a,·oir ui;ie suite fâcheuse el que ceux Simon sonL guillolinés avant d'avoir pu se
mort : on arait fait son autopsie, mis son qui gouvernaient alors, après avoir louché larguer de ce qu'ils ont fait. füstent donc de
11

�..-

fflSTO'J{l.Jl

"-----------------------

la délivrance du Prince deux témoins seul·ment, la imon el Ojardia .
L'enfant subslitué vil reclu · ju-qu 'au

• C.\PET, LEVE-TOI! •· -

sioo volontaires : tantôt, d'après lui, l'enfant a tenu les plus ùeaux discour·, tantôt il
gardait un muli·me ab o]u. Toujours, par

u-.:iprts ,me est~mte ('utllü sous la Rest~ut'ollion.

9 thermidor. Laurent, qui en prend pos ession à celle date, 'aperçoit forcément que
cet enfant n'est pa le Dauphin : n'importe,
de ceci il ne dira rien à per~onne qu'à Barras i il entreprend de livrer cet enfant aux
royalistes, el, ne vouvant ou n'o anL le faire
ortir du Temple, il le cache au grenier de ]a
Tour et met à sa place un muet. Laurent et
Gomin, de connivence, gardent pendant cinq
mois ce deux enfants, le muet officiellement,
l'aulre, celui que Laurent a présenté à Gomin
comme étant le rrai Dauphin, de façon clandesline. Pui , pris d'inquiétude, gagné peulétre par les terreur de Gomin, Laurent prend
le parti de faire cesser cette situalion intenable. Il réintègre l'enfant dans la pri on et
e débarra se du muet, qu'il garde cependant
à proximité, en cas de besoin. Laurent qui
en sait plus que les autres, qui s'e t compromi davantage, c1uitte le Temple et bientôt
la France; il meurt aux colonie ; Gomin
garde son emploi, persuadé que l'enfant qui
lui reste confié e t le Dauphin; La ne, qui
vient l'a;;sister, n'a aucune rai on de soupçonner le contraire, et quand )'enfant meurt
sou leur yeux, ils peuvent, de bonne foi,
jurer qu'il ont a i té au derniers moments
du 61~ de Louis XVI.
Pourtant Gomin aura toujour une arrièrepen ée; de novembre 1704 à mars 1705, il
s'e I gra\'ement compromi dan l'affaire du
muet, cl voilà pourquoi, tout le reste de a
vie, ses récits du Temple ne eront que réticences et contradictions, erreur· et couru-

prudence, Gomin en revint à ceci : oui, le
prisonnier parlait, mais ceci se ,·appo1'te
aux dernier temps de 11a vie. Et comme
voilà expliquées la confiance, l'amitié, la reconnaissance que lui témoigne. après le
juin t 705, ,radame Royale! EUe l'a interrogé, el il lui a dit que Laurent el lui ont
tout tenté pour sauver le Prince, mais qu'ils
se ont vus obligés de réinté!:!rer le Dauphin
qui, définitivement, est mort malgré leurs
soin . Et ladame Royale le comble d'attention ; elle le veut près d'elle ju qu'à Bâle.
Quant au porte-clefs Baron, elle l'attache à
per onne et l'emmène à Vienne. Plus lard,
elle fera obtenir à Gomin une sinécure somptueu i&gt;mcnt payée, la conciergerie du château
de Meudon. C'est qu'elle lui a fait promettre
de ne jamais parler de l'affaire du muet :
puisque le coup a manqné, à quoi bon jeter
un doute dans l'esprit du public?
Et il n'y fera jamais allusion; mais, comme
il n'e l pas de force. toutes .es déclarations à
venir prendront, de cette lacune, un tour de
fau seté, un air de pot-pourri et de radotage.
El Barras? va-t-il, dan· e Mémoires, reconnaitre qu'il a berné l'hi toire? Qu'auraitil à dire, d'ailleurs? Oo a placé ous a surveillance, lors du 9 thermidor, un enfant
qu'il sait ètre mort au Temple, onze mois
plus lard. Voilà ce qu'il écrit- el hien ècbemeat - et a Yec un lacoru~me étonnant.
En conrer alion, il era moin discret. ...
Et Laurent? C'est lui qui découvre la subLitution; pourquoi on silence'! liais pre que

au itol après sa sortie du Temple, il est
parti pour les Colonies, d'oh il ne rentre en
France que pour quelque · moi et oit il repart
bientôt san en ja111ai revenir
'on, personne n'a parlé, parce que aucun
des sunivanls n'a.rail rien à dire de précis,
lie certain ou de profitable. Mai comme on
comprend maintenant celle ma .e de témoignages indécis, qui surgi sent peu à peu à
me~ure que e po~e. plus impérieu emenl, le
problème de l'érn.ion ! Que de gen ont él ~
mêlés, plu, ou moins directement, à l'intrusion
du muet, à sa :.ortie, à telle ou telle démarche nécessitée par l'intrigue où •e déballait
Laurent! Combien de commissaires, après
vingt an~ écoulé , e sunl rappelé les cir. con lances de leur. journées de garde au
Temple! Que de compère il fallait mettre en
jeu qui plu. tard e sont ,onvenu d'un trait,
d'un mol, qui ne les avail pas frappés 1,
l'époque! Un Yolume suffirait à peine pour
contenir ces déclaration , a. sez insigni11ante
pour la plupart, ~ouvent fantaisistes, bien
rarement dignes d'ètre étudiées sérieu ement,
mai où l'on sent pourtant qu'il y a un soupçon, un écho de la vérité, .ans qu'on puis e
savoir, tant la question est touffue et complexe, à quel fait rapporter tel témoignage,
ni même i ce témoignage n'est pas de pure
imaginalion.
Donc, de tous ceux qui ont été mêlés aux
divers événement du Temple, deux témoins
seulement .avent - et avent de façon certaine : - ce sont toujours les deux seuls
survivants de l'évasion du i 9 janvier 1704:
la Femme imon et Ojardias. Celui-ci, re lé
caché après l'affaire du petit Morin, fut découvert par quatre individus, aîûliés 11 une
bande royaliste de l'Am·ergne et nommé
Gavais dit Racle, Colin, Barie et Duboi .. Ce
ont ces hommes, dit un rapport con ervé
aux Archives, &lt;c qui ool a sassiné Ojardias,
de 'fhier ·, qu'ils 71rélendaient êll'e tm agent
de la police gmérale : il l'ont tué ~ur la
chaussée d'un étang où il l'ont jeté el d'où
on l'a retiré quelque temps après. Je ne . ais
par quelle fatalité on n'a pas poursuivi cette
affaire .... Il A quelle date placet· celte vengeance de rojali tes? On ne sait. 'foute les
recherche que nou avon fait~ pour connaître quelqu'une des circonstances de la
mort d'Ojardias sont restées san ré ultal. li
parail avéré que ses assassins, arrêtés pour
d'autres exploits atu: environs de Dijon, pé:rirenl tous quatre de mort violente : Colin
f ul tué en se déîendant dans une auberge,
Gavais, étouffé dan sa prison, à Dijon, Barie
et Dubois auraient été guilJotinés à Paris.
Quand? Pourquoi? Nul indice.

1 jardias mort, un eul témoin reslait donc
de l'évasion du Dauphin : la femme imon;
el, par bonheur, elle sur1·écul assez à la Révolulion pour que on lémoigna"e ail pu
ètre recueilli. 11 le fut bien des fois : réfugiée à l'ho pice de Incurables de la rue de
èvres. dep11is le 1:! avril t 706, elle ne ce as

de raconter, avec prudence d'abord, puis alec
une conviction oli Linée, o qu'elle a"ait saisi
l'occasion de son déméuagement du Temple
pour emporter le Dauphin dans une charrette remplie de harde ; quand il fallut ortir, le gardiens \'Ou laient visiter la voiture;
mai la .~iruon s'était gendarmée, criant que
c'était on linge sale el que per onne n'y
mettrait le nez. 11
La Ît!mme imon servit cc récit à plus de
vingt auditeurs, entre autre et surtout aux
religieuses des Incurables: toute l'ont au1henti11uement rapporté. De,·anl le chefs de
la police c1ui l'interrogèrent en f8 l 7, la veuve
du cordonnier [ut plus réservée : elle afürma
d'abord _a com·iclion de l'~vasion, « coo1·iction si intime que rien ne pourrait l'en dis~uader n; mai., comme on la pressait ,le ·e.rpli'{uer, elle se perdit dans des racontar
invraisemblables ou oiseux : mais plu tard
elle déclara q11'ell&lt;'. nrail ben11co1111 d'autre.~
clwses plus grai•e el plu.~ décisives dont elle
ne parlerait que lors ;u'e/Le serait appelée
ilet·tuit la justice.
Or, c'était l'époc1ue où l'on jugeait à
Rouen le Faux Dauphin \lathurin Bruneau.
On se garda bien de comoquer la femme
imon, dont le témoignage, pourtant, aurait
eu, . emble-t-il, grand _intérêt.
Au nombre des curieux qui ,·inrent la
que tionner dans sa cellule de l'hôpital, se
trouva le personna"e connu sous le nom de
baron de l\it:bemonl. ll deYait, plu lard, se
présenter en concurrence al'ec queh1ue autres comme étant le fil de Louis X\'I.
Di ons loul de suite que ce Richemont fut,
bien prohablemcnl. un cbarlalan. Or, la
Simon. ayant cru reconnaitre en ce vi ileur
son pelit Bourbon tant regretté, lui détailla
san réticences toutes les circonstances de
l'évasion ; lui, de son côté, dé ireux de e
do ·umenter, l'invita à s'épancher. On peul
être a uré que, trente an plus tard, lor qu'il publia le récit de son entre\'ue ayec la
femme imon, il eul grand soin de reproduire Ires fidèlement la ver·ion de la bonne
femme, 6an y rien ajouter ni sans en rien
di traire, par crainte de tomber en contradiction avec les dC-claration qu'il avait faites
par elle de,·ant la police de Louis .'Vlll, déclarations dont il i!!Dorail la teneur; et voilà
comment on peut considérer le récit de Richemont comme émanant de la Simon ellemème, d'autant plu qu'il e l po sible de le
(Reproduction lnter.ille.)

Lo111s XV11 s1EST-1L

contrôler, ur certain points, 11 l'aide de
documents authentiques dont elle n·a pas
soupçonné l'existence. C'est ce récit qu'on a
lu plus haut.
Ainsi le ,eul témoin qui ait pu parler a
parlé. li e t vrai que sa déclaration n'e. l
explicite que ur le fait mème de l'éva ion.

Il resterait ici à poser la c1uestion angoissante, la question dont la olution semble reculer el fuir à me ure qu'on :.'efforce de la
dégager : qu'est devenu le Dauphin évadé du
Temple1
(ci tout c l m, stère et obscurité : on le
conduisit rue Phélippeaui, a sure füchemont
d'après la Femme imon. La rue Phélippeaux
était très Yoi. ine du Temple : la rue Réaumur
en occupe actuellement l'emplacement. Qui
habitait là~ A qui le Prince fot-il livré1 or
Lou ces points. pa l'ombre d'une lueur.
De 25 ou 30 prétendants qui . e présentèrent dao Ja première moitié du u e . iècle
pour réclamer le trône du roi Louis XVI leur
père, bien peu ont dignes de mention. Hichemont, l'un des plu fameux, l'un de ceux
qui firent le plus de dupes, était, nous le penson , un vulgaire impo leur. L'aventure d'un
antre, Mathurin Bruneau, fit grand bruit à
l'époque de la l\estauralion: lemonde royaliste
s'en émut, car bien des royali tes, et non des
moindres, croyaient alors à la sur~ivanl'C du
Dauphin, soit par tradition de famille, soit
pour a,oir été mêlés plus ou moins directement aux tenLatiYes d'évasion. Mais l'attitude
de Bruneau aux audiences de Rouen déconcerla les mieux di po és.
n seul parmi ces prétendant possrde
encore quelques partisans. C'est celui qui fut
connu sou le nom de Naundorff. li e l mort
à Delft, en i 45, el ses petits-fils, qui portent aujourd'hui le nom de Bourbon, sont
encore entourés d'une phalange d'amis si
fidèles el si dévoués qu'ils forment presque
un parti.
D'où vient aundor[? De quelle famille
est-il issu? On ne l'a jamais su, malgré les
efforts réitéré et les agissements de la diploL Ces ligne➔, on l'a dit, rurcnt publiées il y a
quelques année~ drji. llepuis lors, et tout rkemmcn1,
. G. ~- ■ dt:Cou•erl que :'iaundorll n'était autre
qu'un cerlam Charle~-IJenjamin Wcr!l'C, né à llnlle.
en We.tphalic. le 9 Mai 1ï77 . l\'oir le Jot1rnal de,
Débats du 25 Mars 1011.

ÉYADÉ

nu

TEMPLE? - - ,

matie de Louis-Philippe pour lui a si•mer un
étal civil. füi c'e t là une preuve que l'on
peutapp1•lané9alive: de ce qu'on n'a pu découvrir l'acte de n~i ance d'un per onnagc,
s'ensuit-il qu'il est d'origine royale'?
La res emLlance des traits de aundorff
a,·ec ceux de Louis XVI n'e t pas, davantage,
un argument Lien sériru1 : c'est précisément
cette re.semblance qui pouvait ug 0 érer à un
impo.teur l'idée de se po er en prétendant.
Non, cc qui étonne, c'est qu'il est indéniable
que ce paysan de ilé ie ou d'ailleurs, vivant
dans une réirion, à une époque et dan un
milieu où il lui était impossible de se documenter sur des (ail-. qui, d'ailleurs, ne sont
connus que depui · quelque trente ans, c'e!-t
que ce paysan silésien ait eu des lueurs de la
lérité : il savait qu'une première ub~titution
avait été opérée avec uccè ; il aYait l'introduction au Temple d'un enfant muet, ronnai. ait la cachette des combles de la Tour.
lalheureu. emenl, il a tenté, à deux repri c.•
de construire, à l'aide de ces indication
épar.es, un récit de « son évasion » qui e, l
inacceptable.
es partisans s'épuisent, par r pect pour
a mémoire, à étayer de déclarations .uccinctement contrôlées ce fantaisi le roman. C'est
une erreur : il fallait franchement admettre
que l'enfant sauvé du Temple n'a pas été
tenu au courant de circonstances de on enlèvement. Il faut noter aus, i que les copie des
lettres de Laurent t:laient en la po e · ien de
aundorIT, et qu'elle ont été Ja ba e de es
récits. Aujourd'hui qu'il sera établi que
ce lellres sont d'uneaulhenticilé non douteuse,
il de,ieat extrêmement important pour l'étude
de la question ~aundorfT de a,·oir par quel
moyen elle étaient parvenues entre es main .
Il ne les a reçues, é1·idemment, qu'à un âgr où
il en comprenait l'importance, car il n'aurait
pu garder pour lui ces papier , depuis -179:S
jusqu'en 1 IO, époque oi1 commence pour
ainsi dire . a vie politique, époque où il arrive
à Berlin après une série de malheurs qu'il a
contés.
Qui donc a remis à aundorff les lettre de Laurent? Quand le a-t-il reçues~ li
a certainement îait confidence de e. ren eignements à sa famille, à «la prince e » Amélie,
sa fille, qui fut le plus valeureux champion
de sa eau e, à Jule Favre, son dé(en eur devant la Cour de Paris. Oo nou doit cette
révélation.
G. LENOTRE.

�'-------------------------,---------~CELLE TINA YRB

+

Madame de Pompadour
qui s'appelait Jeanne-Antoinette Pois on. C'était une enfant charmante, tellement charmante, que Mme Pois on, qui aimait beaucoup sa fille, faisait pour elle le rèl'es les
plus bizarres. A force de rèver l'a\·eoir, elle
voulut le connaitre. Elltl conduisit sa fille,
qui a,·ail alors neuf an. , chez une chiromancienne. Celle-ci, qui n'était pas olle, ,it Lout
de suile à qui elle al'ail affaire; elle comprit
l'âme ecrète de Mme Puisson, lui fit le grand
jPu el lui déclara : « la chère dame, votre
fille ne sera pas reine, mais elle sera presque
reine, elle sera la maitresse du fioi. o
Mme Poisson avait un tempérament de
mère d'acLrice; elle était, en plus jolie, une
orle de ~fme Cardinal. Cette prédiction lui
fi L un très grand plai ir ; elle embras a sa
fille el la surnomma « Reinetle ». Désarmai
dans la maison on ne l'appela plus que par
ce nom.
Quand on élève une demoiselle pour le Roi
ile France, on lui apprend autre cboso que
l' Ave Afaria el le tricot. fieinette apprit le
CONFÉRENCE
chant a1'ec le fameux. maitre de l'époque, Jéde Madame Marcelle Tinayre
lyoue, la déclrunation avec le poète Crébillon,
le clavecin, la danse, etc. Elle de sioail "entiment et gravait même des pierres fine . Quand
Mesdame , Me ieors,
elleîut grande, elle fat trèsdemandéedansles
11 y avaît à Paris, ,ers 1721, un ménage salons pari iens. U. Poisson n'y paraissait
bourgeoi~ qui ne pratiquait pas du tout les pas. Mme Poi on n'était pa d'une très bonne
\ertu bour"eoises. C'était le ménage d'un éducation, mais la jeune fille ét.ait délicieuse.
commis de üoauce, appelé François Poisson, Un soir, chez Mme d' Angl'r,,illier , on lui
et de sa jeune femme, ~radeleine. Ce ll. Pois- fil jouer du clavecin et efüi en joua d'une
·on él:til très vilain, au si vilain que son façon si i:mouvante el si palhélique, qu'une
nom. li étaiL mème gros ier dans son lan- dame, pas lrès jeune, pas très jolie, qui se
rrage, fort vulgaire el un peu tripoteur. li trou,·ail là, se mit à fondre en larmes et se
avait élé chargé de fournitures militaire el il précipita dans les bras de la musicienne en
avait reçu beaucoup de pots-de-vin; il avait l'embrassanl. La jeune mademoî ·elle rois on,
même risqué la potence, mais avait échappé étonnée, demanda qui était celle dame qui
à ce danger en faisant un petit voyage il aimait tant la mu ique. On lui répondit que
Bruxelle . C'était un ùomme d'affaires I En- c"était ~lme de Mailly, la maîtresse du Roi.
Reinette pen a alors que le Roi n'avait pas
fin, M. Poisson accepta les petits inconvénient de son métier. 11 fut Lrès patient, il très bon goùl el la prédiction de la chiromanattendit el intrigua un peu; il revint de cienne lu.i revint à la mémoire. Pourtant,
llruxelle pour retrouver sa fortune, sa place quelques mois plus tard, elle épousa un beau
jeune homme, mai · qui n'était pas lt! Roi;
et sa femme.
~Ime Poisson était très jolie. Elle avait c'étail le propre nereu de M. de Tournehem,
deux. enfants jolis comme elle, qui ne res- il s'appelait M. d'Étioles. M. d'Étioles était
semblaient pas du tout à on mari. Les mau- très amoureux de sa femme et n'était pas
\aÎ es langue prétendaient qu'ils ressem- jaloux, parce que lui ne crorait pas à la carblaient un peu à un ami d&lt;l la famille, qui tomancie.
Reinette parut contente. Elle eut un fils
était un homme beaucoup plu distingué que
~- Poisson et qui , 'appelait M. Le r ormant qni mourut en bas-âge el une petite-fille
de Tournehem. Cel ami de la famille avait qu'elle aima passioooémcnl, comme sa mère
une tendresse particulière pour la petite fille, l'avait aimée. Elle s'entoura d'arti tes et de

Mme Marcelle. Tinayn nit. sit. cont:Lnte. pas
d'ttn un admirable icrivain. Elle a su conqui-rir, e.n outre, une place au premier rang
de. nos plus brillants confire.ncie.rs, C'est ainsi
que, riccmmcnt, sur l'invitation du groupe littéraire I' « Acropole • et de. son distingue: préside.nt, M. Maurice. d'Amhille., die •• parlant
de. Nttdttme de Ponipttdour devant un auditoire
rrès nombre.ux, repris e.t développé le thème
déjà traite: par clic dans son exquise. priface
au premier volume de.s M é MOIRl!S Dl! U, Fl!MME,
que. M.F. Castaniipublicà la Librairie. Jules
Tallandier. De cdte. itincctantc causerie improvisic, il ne resterait rie.n, si notre magaiine n'avait eu recours à la srinographie pour
en garder une transcription aussi corn piète
cr fidr.lc que possible. C 'est donc le ~xte
ainsi obtenu qu'on va lin lei. Auurimcnt, il
ne. saurait prétendre, sous cette forme. à ivoquer pour lu lecteurs et lecrdces d' • Historia " le charme qu'y ajoutait la parolc mtme. de
la gucie.usc conférencière. : il n'en constituera
pas moins, pour eux comme. pour lcs audin:urs,
un rigal du plus délicats.

gens de lettres. Elle avait une certaine situation de fortune, une belle maison à la campagne, et l'on passait chez elle des soirées
charmantes. Elle était un peu llirteuse, mais
on n'a,·ait rien à en dire. Quelquefois, par
manière de plai anterie, elle disait à ses amis:
11 J'aime tant mon mari que je ne le tromperai jamais qu'a,·ec le Roi. » Et M. d'Ktioles
trouvait la plaisanler.ie charmante. Il ne se
doutait pas que les femmes ont quelquefois
des ÎJÇOll' trè · ournoi es d'ètre sincères el
que plus la vérité est candaleuse, moina on
ris11ue à la proclamer.
Bientôt tout le monde sut que la petite
d'Étioles était amoureu e du Roi, mais le Roi
n'en savait rien. li avait déjà enterré plusieurs maîtresses el il allait enterrer bientôt
sa maitresse actuelle, tme de Cbàteauroux.
Cependant, Mme de Châteauroux n'élait
pas encore enterrée. Elle connut avant le Roi
l'existence de la pelit.e Mme d'Étioles, qui
avait une mai on de campacrne prè. de la
forèt de Senarl. Elle avait remarqué eeltc
petite femme fine, gracieuse, loujour babillée
de bleu ou de rose, qui conduisait elle-même
une petite voilure et suivait même la chasse
royale.... Le Roi au.si finit par remarquer
cette petite femme rose. A ce moment-lb.,
Mme de Châteauroux était extrêmement inquiète, et c'est alor qu'elle mourut ubitement, ce qui était forl désagréable pour elle,
mais lui épargna beaucoup de déplaisir.
Le enice funèbre n'était pas terminé
qu'une foule de dames très nobles a piraie11L
à con oler le Roi. Elles ne 'avi aient point
que le Roi portail malheur à se maitresses ....
Elles mouraient toutes! En Italie, on eûl dit
que 1 Majesté avait le mau,·ais œil, mais en
France on di ait simplement que Sa Majesté
avait de très be.aux Jeux el qu'il pouvait être
aimé pour lui-même.
Ètre aimé pour soi-même, c'est un bonheur qui est plutôt rare pour le Rois, it
moin qu"ils ne soient détrôné . Les gen
trè' puis anls, par exemple les banquiers,
le ministres, les directeurs de théàtres, le
directeurs de journaux, enfin tous les potentats de la société parisienne qui, par leur
situation, peu vent rendre service à de jolie
Iemmes ou aux amis des jolie' femmes, sont
très ollicités .... U ont rarement très heureux. Quand u11e charmante personne leur
dit: «Oh I que vou-. m'êtes sympathique!... »
ils ont de la méfiance, à moins qu'ils ne
soienl très bêtes ou très épri , et le souvenir

de leur grande fortune gâte leurs bonnes fortunes. Il en !'St de même pour les Rois.
liais Loui X\', par chance, était de ceux.
qui peuvent inspirer l'amour; il avait été
aimé par Leaucoup de femmes, à commencer
par la reine arie Leczinska . • larîé à
dix-sept ans avec celle Polonai e honoe
et vertueuse, mais san beauté, il a,·ait
la grâce d"un Prince Charmant et la
vertu d'Uippolyte. [I était tellement
ignoranl des femme qu'il trouva la
sienne délicieu. e et qu'il en fut amoureux. Il eut d'abord a\'t'C enthousiasme
une demi-douzaine de filles ; elles nai saient par couples ou toutes eules, à
Lerme ou avant terme, il en naissait
tous les an -. Au bout de cin4 ou six
filles, la Reine commençait à être très
Fatiguée. Elle était !roide comme le pôle
nord, tellement froide qu'elle ne pouvait jamais se réchauffer. Elle avait
dou:se couvertures en hiver el sept en
été. Sur ces couvertures, elle arnit encore une quantité de petits chien très
gentils, mais Lrès remuants. Le Roi fut
un peu déçu, puis Lrè déçu, et enfin
tout à fait déçu. Il commença à regarder les autre femmes; il les regarda
si bien qu'il de"inl amoureux de ~lmede
llailly, puis de la œurcadettedeMmede
Maill}, ensuite de la troisième œur de
Mme de tailly .... Toute la famille de
Mailly y pas&amp;a. Mais, en même temps,
sans entbou.iasme, et par devoir prof€ sionnel, il continuait d'avoir de filles . Il
en urvint ·ncore une demi-douzaine. La
Reine était à moilié morte quand le Dauphin
naquit. Alors elle déclara au Roi qu'elle l'aimerait toujours d'une pure tendre se, mais
le supplia de la laisser repo er seule sous
des couvertures toujours plu épaisseset avec
des petit chiens toujours plus remuants Le
!loi fut libre, l!t il faut convenir que c't' t
encore une excuse pou:r lui. Ce pauvre
Lnui XV a une réputation épouvantable de
débauché et de très mauvai mari, mais on
ne fait pas .is ez attention à l'hi toire des
couvertures et des pelits chiens. C'est pourtant cela qui explique tout.
En i 745, le Roi était moralement libre;
il était, aussi, libre de cœur, car il élaiL veuf
de sa dernière maîtres e. Il est très triste, il
va marier on fils, mais il n'a pas du tout
l'àge ni la ligure d'un grand-père. C'est un
homme de trente-cinq ans, de belle taille, de
très noble mine, qui ressemble, en beau, à
sa mère, la duchesse de Bourgogne. Mais la
Ouches e était vive et gaie, tandis que le Roi
est naturellement méJaocolique, plus distant
que hautain, plus égoïste que méchant, avec
une disposition invincible à la méfiance. Son
enfance solitaire et sans caresses, le spectacle
des intrigue de cour, l'avaient rendu à jamai
dissimulé. 11 n'avait conllance en personne,
pa même en loi. [l élait éternellement ennuyé, et si, en cherchant l'amour, il a trotiîé
la débauche, c'était peut-être pour fuir l'ennui.
Au momenl du mariage du Dauphin eurent
lieu de très grandes fèl~. On donna au

château de \'er aille" un bal dont l'accè · était
presr1ue libre . 11 y ,l\'ait des buffets épouvantablement encombré· ; 500 ou 600 personnes
mangeaient as i ·es par terre, d'autres étaient
dans les escaliers. Un lromaiL là un monde

L.\

BELLE JAROJNIÎ::RE.

1Portr.tit ùe

MAOA-'IE DE P o ,1 PAUOU1t.)

Tatl~.J11 Je

V.-.:, l,oo.

trè mélangé. La plu minre bouraeoisie y coudoyait 1::1 plus haute noblesse. La Reine y fol, le
Dauphin égalcmentaYec sa nouvelle Dauphine.
On attendait le Roi, mais il ne veuait pas. On
savait pourtant qu'il devait paraitre ous un
déguisement ingnlier, costumé en if de Verailles. On vit enfin 110 personnage qui était
habillé en if ; il portail une sorte de vêlement verdàtre avec du feuillage qui affectait
la forme d'une pyramide.... Puis uu autre
dégui étout pareil, el i:ncore un autre. Il y en
avait huit. Et toutes les grande dames ·enues
pour consoler le Roi se demandaient quel
él&lt;'lit l'if qui était le bon. Parmi ces grande
dames, il y en avait une qui se croyait beaucoup plus maline que les autres; c'était la
présidente Portail, une dame qui avait une
très mauvaise réputa.Lion. Elle avait un toupet
extraordinaire, et elle crut loutde suite qu'elJe
avait reconnu le bon i[. Elle fit mille grâces
à cet arb.re, l'arbre. y fut très sensible, el l'on
vil disparaître l'arbre et la Présidente dans
un peLit appartement. [ais la présidente Portail s·aperçut trop tard qu'elle s'était trompée:
elle avatl pris l'écuyer du Roi pour le Roi.
Celui-ci n'J avait ri.:n perdu, mais elle n'y
avait rien gagné.
Cependanl 61me d'Étioles, sous un domino
noir, causait dans un coin a,·ec uni[. Comme
elle avait élé averlie el bien stJlée, elle savait
à qui elle avait affaire. Ce fut une minute
exquise, et, prolitaoL de la liberté de celle
cobue presque démocratique, le R.oi et la
jeune femme 'entendaient fort bien.

.MADAME DE POJKPADOTJJ(

.

Les jours suiî'ants, Mmr. d'Étioles allait à
Versailles en grand mystère, el ce fut entre le
Roi et elle une affection loutesentimentale. Mais
vers lemilieudc 1715, Mmed'Étioles s'installa
à ,er ·ailles et s'y montra avec le Roi el les
amis du Roi. C'était une véritable déclaration. M. d'Élioles eut un très "'rand
chagrin lor qu'il apprit ce qui e pas:,ail. li s'évanouit de douleur. Mai_
comme il était très amoureux, il écrivit à sa femme qu'il était prêt à lui
pardonner, à la condition qu'elle revînt. Mais Mme d'Élioles n'a\•ait pas
envie &lt;l 'ètre pardon née .... Elle fi L prononcer la séparation de uiens par le
Châtelet et reprit sa dot et sa . fille.
M. d'Élioles en fut très affecté, il en
ÛL une grande maladie. Il guérit de sa
maladje et de son amour, puis il resta
longtemps très tri te. Quelques années
plus tard, il se trouvait en ,province
dans un diner, el un brave provincial,
qui n'était pas très au courant des bistoires scandaleuses, demanda quel était
ce monsieur si bien. On lui dit: «C'e t
le mari de madame de Pompadour. - ·
Ah très bien 1» Et, au dessert, le brave
homme s'approcha de M. d'Étioles et
lui dit : « Je suis charmé de faire la
connais ance de monsieur de Pompadour!»
Le Roi lui-même n'a l'ait pas été in. en ible au malheur de M. d'Étioles,
el il avait dit il ~a maîtresse : « Madame, vous avez un mari bien bonnète
homme. ,, Mais c·était loul ce qu'il potiîait
faire pour ce mari.
Mme d'Élioles con en-a pendant quelque
temp une attitude a~sez di crète. Le fioi Jui
savait gré d'êlre une uourgeoi e; il ne retrouvait pas avec elle le ennui qu'il éprouvait
avec les gen de la Cour et qu'il ne leur pardonnait pas. Il se rappelait par expérienet•
personnelle et par l'expérience de son bisaïeul
Louis XIV, quels étaient les inconvénients
des maitres es titrées. li n'avait aucune en,rie d'avoir à sa Cour une nouvelle fonlespan
qui serait a,ide d'argent, de charge C'l d"hon•
neur , el qui traînerait to~te une famille à
pourvoir. Avec la petite d'Etioles i) ne ri quail rien de pareil. Mais Mme rl'Etioles se
mil à pleurer, dit qu'elle ètait dé,honorée,
qu'elle açait fait au Roi un sacrifice épouvantable. Alors, le !loi pen ·a qu'il lui devait
unecompen_ation et4ue, pourlui-mème, il ne
pouvait pas avoir comme maîtresse une personne qui portail le nom de Poisson. Pour
faire passer ce poi son-là, il fallait la sauce
d'un Litre, et on trouva le litre de Marquise
de Pompadour.
En septembre 1745, lme .d'Etioles était
devenue Marquise de Pompadour, mais on dut
déclarer son ûtre officiellement. Ce fut alor
unecomédieextraordinaire. li fallait quelqu'un
qui con enût à présenter la nouvelle Marquise. Toutes les dames de la Reine refusaient de participer à celte affaire, mais la
Prj nces e de Con li fut très adroite. Elle dit
au Roi qu'elle voulait lui faire plaisir, qu'elle

�1f1STO'R}.Jl
ne pouvait rien refuser à Sa Majesté, et à la
Reine, elle déclara qu'elle était contrainte et
forcée. De cette façon, elle ménagea les deux.
La présentation eut lieu. On mena Mme
d'Étioles en grand costume chez le Roi à
qui l'on présenta Madame la marquise de
Pompadour. Le Roi devint cramoisi, il ne dit
rien, il était très embarrassé. Ensuite, on
mena la nouvelle ~farquise chez la Reine.
Les bonnes âmes de la Cour se demandaient
ce quP. la Reine allait dire. Eh bien, la Reine
s'en lira très bien. Elle était un peu philosophe, elle ne demandait à son mari que des
égards gue celui-ci ne lui accordait pas toujours. Elle eut presque pitié de l'embarras
de cette jeune femme et lui adressa quelques
petites phrases très simples qui furent très
désagr•iables aux amies de Mme de Pompadour et qui prouvèrent qu'elle avait gagné
la partie. Mais, après cela, il fallut aller
rbez le Dauphin; ce fut une toute autre
affaire. Le Dauphin était très dévot et c~la
l'ennuyait beaucoup de recevoir la maîtresse
de son père. Alors, obligé de donner l'accolade officielle à cette jeune femme charmante, il l'embr~ssa, posa sa joue contre
celle de Mme de Pompadour ... et lui tira
la langue. Toutes les personnes qui étaient
là s'amusèrent beaucoup. Mme de Pompadour
ne vit rien naturellement. Tout le monde
riait. Lorsque le Roi Je sut, il se mit dans
une colère épouvantable et ob1igea son fils à
faire de eirnuses à ~a maîtres e.
}lme de Pompadour avait trop d'esprit
pour montrer de la rancune; elle se vengea
en dP-Ssinant et gravant le portrait du Dauphin. Le Dauphin fut sensible à celte attention.
Voilà donc la prédiction de la cartomancienne accomplie. fleinelte Poisson est devenue Reinette de France. A cette époque,
elle avail juste vingt-quatre ans. C'élait une
femme plus jolie que belle, mais tellement
jolie qu'elle était presque belle. Elle avait
des cheveux châtains qui se souvenaient
d'avoir été blonds et qui étaient encore assez
blonds pour être un peu dorés sous la poudre.
Elle avait des traits forts délicats, une jolie
peau, une jolie taille, une bouche charmante,
des dents délicieuse . Elle aurait été parfaite
si ses lèvres n'avaient pas été un peu pâles.
Elle était déjà très anémique et elle avait la
mauvaise habitude dt: se mordiller les lèvres
pour les rougir, ce qui les abimaiL un peu.
es yeux n'étaient pas biens, ils n'étaient pas
verts, ils n'étaient pas noirs, ils étaient de la
couleur de ses émotions, c'est-à-dire très
variables. es manières étaient un peu hardie , vives, passionnées; elles devinrent bientôt imposautes, et l'ou peut dire que l'ensemble de sa personne, comme l'a déclaré
très justement un contemporain, semblait
faire la nuance entre le dernier degré de
l'élégance et le premier de la noblesse.
Elle était ambitieuse et avait le droit de
l'être, car elle était exlrèmement intelligente
et perspicace. Cette petite femme, sous la
poudre el les fleurs, cachait un cerveau très
solide et un e.~prit très clairvoyant. L'expérience lui avait appris bien des choses et

.M'A.DAME DE Po.MPA.DOU~ - - , .

l'intuition lui enseigna le reste. Ses petits
pieds délicats et intrépides ne glissèrent pas
sur le terrain nouveau et périlleux de la
Cour, pas plus qu'ils ne glissèrent sur les
fleurs semées par ses amis ou sur la boue
jetée par ses adversaires.
Mme de Pompadour était-elle amoureuse
du floi? Je crois qu'elle l'était. il y avait
beaucoup d'ambition dans son amour, mais
il y avait de l'amour sine.ère dans son ambition. Elle aimait le Roi parce qu'il était fort
aimable et aussi parce qu'elle croyait, en
l'aimant, qu'elle remplissait sa destinée,
qu'elle obéissait vraiment à une loi du destin.
C'est ce qui explique et mème ce qui excuse
un peu sa cruauté pôur li. d'Étioles. Elle
l'avait considéré comme un mari provisoire,
un premier échelon .... EUe l'en avait bien
averti pendant quelques années, puisqu'elle lui
disait à tout propos : « Je ne vous tromperai
qu'avec le Roi. » Elle tenait sa parole.
Mme de l'ompadour comprit très -vite que
le grand triomphe pour une femme amoureuse, ce n'est pas tant de conquérir un
amant très recherché, c'est de le conserver.
Et je vous assure que ce n'était pas commode de con erver Louis XVI Il avait tous
les défauts des hommes et avait aussi les
défauts des Roi , ce qui en faisait beaucoup.
Le Roi avait logé sa favorite dans un appartement qui passait alors pour modeste, et qui
est encore délicieux. Je suppose quP- tout le
monde connaît le château de Versailles. Si
vous avez la chance de séduire l'aimable
M. de Nolhac, - je ne parle pas de soudoyer
les gardiens parce qu'ils sont incorruptibles,
- vous pourrez peut-être monter jusqu'au
quatrième étage, par un tout petit escalier,
el visiter un appartement composé de trois
pièces. Il y a une chambre, un salon avec une
alcove, une seconde chambre où logeait la
chambrière, et des fenêtres qui donnent juste
sur la façade du Palais et dominent toute
l'étendue des jardins. C'est vraiment un plaisir très délicat que de regarder dans ce petit
appartement la glace de la cheminée qui esl
encore intacte et qui a reflété le joli visage
peint par La Tour. On peut reconstituer par
l'imagination toutes les scènes de la vie quotidienne. Il y a encore la place de la toilette
qu'entourait chaque jour 1a foule des courtisans. Vous y verrez l'alcôve intacte .... C'est
là que La ~larquise passa ses premiers jours,
qui Îurl'nl des jours de joie el de triomphe;
mais bienlôL elle s'aperçut que les couronnes
de roses ont beaucoup d'épines.
Sa jolie figure et son caractère énergique
et souple, ses talents el ses grâces la prédestinaient à ce rôle un peu dilficile de maitresse
de Roi. Mais la nature qui était si bienveillante pour elle l'avait trahie en lui refusant
une qualité essentielle, je -veux dire la santé.
Celle blonde un peu pâle avait dans les veines
un sang très pauvre, et même les douze couvertures el les petits chiens de la Reine
n'eussent pas suffi à la réchauffer. Le pauvre
Roi, très amoureux el très sensuel, retrouvait la Russie après la Pologne! li était très
vexé dans son amour-propre de bel homme.

La femme de chambre de Mme de Pompadour, ~fme du Hausse!, qui a laissé des Mémoires qui n'ont pas une grande valeur
littéraire, mais qui ont très intéressants,
raconte avec une parfaite naïveté des choses
qui donnent une idée plutôt mélancolique de
la vie de Mme de Pompadour. n cerlain
jour, Mme du Hausset s'aperçut que la favorite s'était mise à un régime bizarre : elle ne
mangeait plus que du chocolat vanillé et du
céleri. Comme ce régime ne lui réussissait
pas du tout, une de ses amies, la duchesse
de Brancas, lui demanda pourquoi elle avait
adopté un mode de nourrilure aussi peu
hygiénique. La marquise de Pompadour se
mit à pleurer et dit : &lt;&lt; Je suis troublée par
la crainte de perdre le cœur du Roi. Je
l'adore et voudrais lui Mre agréable, mais
hélas! il me trouve froide comme une macreuse ... il se dégoùtera de moi et en prendra
une autre. Je voudrais avoir un peu plus de
chaleur. » Mme de Branras lui répondit :
« Ma chère amie, ce n'est pas votre régime
qui vous empêchera de perdre le Roi. Ce que
vous avez de mieux à faire, c'est de vous
atlacher le Roi par d'autres moyens, c'est de
lui rendre votre société toujours agréable par
votre douceur. L'habitude sera un lien plus
puissant que tous les autres. &gt;l
Le conseil était très bon. Mme de Pompadour en fit son profit et c'est à partir de ce
moment-là qu'elle commença à devenir l'amie
du Roi tout en restant sa maîtresse.
Les péronnelles de la Cour lui reprochaient
beaucoup son origine bourgeoise et son nom
de Poisson. C'est pourtant cette origine bourgeoise qui explique certains traits de caractère qui assurèrenl la longue fortune de Mme
de Pompadour. Une Montespan peul être
altière, impérieuse; elle doit l'être, cela fait
partie de sa race et de sa fonction. Mais elle
fait trop sentir au Prince qu'ellP. déchoit en
s'élevant jusqu'à lui. Elle esl très exigeante,
tandis qu'une femme née dans un rang inférieur, qui s'est lentement élevée, qui a vu
beaucoup de choses et beaucoup de gens, qui
a perdu chemin faisant ses préjugés et ses
scrupules, cette femme, qui n'a pour la soutenir dans le monde ni l'armature d'une
grande fortune ni l'appui d'une famille très
noble, ne doit compter que sur elle-même.
Nulle Marquise authentique n'avait reçu
une éducation aussi complète et aussi parfaite que Mlle Poisson. Avec ses talE:nls de
peintre et de musicienne, son élégance e1q)lise et volontaire, son art de la convPrsation, la Marquise de Pompadour était, au
sens flatteur du mot, une parvenue de génie.
Elle a lous les caractères de la Parisienne
de race qui s'adapte el s'assouplit à toutes
les situations. Ou peut dire que c'est la première fois qu'apparaît dans !'Histoire de
France une femme qui esL vraiment la femme
de Paris. La Marquise de Pompadour peut
être à la fois une politicienne, une artiste,
une amoureuse el en même temps une bonne
mère de famille, et toujours une femme charmante.
La plus grande hahileté de llme de Pom-

padour, ce fut de comprendre et de flatter les
goûts du Roi au lieu de lui imposer les siens,
et d'amuser cet inamusable.
Ce n'était pas une inécure que d'amuser
le floi, et à ce point de vue on peut considérer
l'histoire de Mme de Pompadour comme une
histoire mm·ale.
Le !loi vivait complètement .tvec elle. JI
arrivait le malin dan" son petit appartement
du quatrième étage, il restait à la toilette de
son.amie jusqu'au moment de la messe. Il
revenait après l'office, mangeait un potage ou
une côtelette sans cérémonie, et. restait là
jusqu'à si:x heures du soir. Pendant tout ce
temps il fallait lui raconter des histoires,
faire de la musique, l'empêcher de s'ennuyer,
el c'était comme cela tous les jours.
Le Roi aimait beaucoup les potins. Ce
n'est pas très royal, mais c'est ainsi. Il avait
même l'habitude de se faire emoyer par Je
lieutenant des Postes des petits e1traits des
lettres divertissantes que ses sujets s'écriîaient entre eux, ce qui n'était pas très joli
de sa part. De cette façon, le Roi était au
courant de tout ce qui se passait à Paris ou à
Versailles. La marquise de Pompadour lui
racontait d'une manière spirituelle et charmante tous ces petits cancans de Cour, el
lorsque le Roi avait passé une heure avec
elle, il était comme un Parisien qui aurait lu
pendant une heure le Cri de Paris,
la Vie Parisienne ou autres journaux de ce genre.
Cela était nl!C('ssaire pour égayer
Je Roi parce qu'il avait une humeur
bizarre. 11 avait la manie des conversations macabres. Souvenl il aimait
à parler de la mort et cela durait pendant des heures. On essayait de parler
d'autre cbo3e, mais il n'y avait pas
mQyen, il revenait toujours à sa manie. Il prédisait les maladies des gens
bien portants et d'autres fois la mort
des gens qui étaient malades, et parfois lorsque ces derniers guérissaient, il n'était pas content du tout.
Pendant un voyagé qu'il faisait 11 Crécy, il était en voiture avec Mme de
Pompadour et une autre dame. Oo
passa auprès d'un cimetière. Le Roi fit
arrêter la voiture et fit descendre
on écuyer pour aller ,•oir s'il y avait
des fosses fraîchement creusées. Les
deu1 dames faisaient une figure!
L·écuyer revint et, avee quelque répugnance, dit : &lt;c Sire, il y en a cinq
ou six. n Alors la dame qui était là
dit à son tOllr : « Véritablement,
cela mus fait venir l'eau à Ja bouehe .... &gt;l
Mme de Pompadour, qui était
impressionnée par ces histoires funèbres parce qu'elle était très malade,
avait fort à faire pour éloigner ces
idées pénibles de la mort. Alors, lorsque le
Roi exagérait, elle se mettait au clavecin,
jouail uo air de Rameau ou de Lulli et chantait une ariette ou montrait quelque bibelot.
Cadlme la Marquise de Pompadour était très

collectionneuse ; c'est elle qui la première a
réuni des porcelaines de la Chine et du Japon.
Elle renouvelait le piquant de sa beauté par
des costumes imprévus el bizarres. Elit! s'habillait en _sultane pour recevoir le sultan;
avec une Jaquette ouverte sur la gorge, un
turban, des babouches et un grand pantalon
plissé en soie ouple et en gaze .... C'était la
première jupe-culotte, lancée par Mme de
Pompadour. Elle s'était fait peindre par Van
Loo dans ce costume qui lui seyait à ravir.
Mme de Pompadour fil mieux encore. Elle
osa ce que n'avait osé aucune des maitresses
de Louis XlV. Elle se fit actrice et danseuse.
Elle avait très bien senti que, lorsqu'un homme
commence à se fatiguer d'une femme, son
désir est ravivé par le désir des autres, et
que, plus elle est admirée par les gens qui
sont venus pour œla, plus il est flatté.
Elle avait organisé dans une des "aleries
de Versailles un petit théâtre que l'on° appela
le théâtre des Petits Cabinets; elle avait une
troupe d'amateurs. Mme dè Pompadour avait
même rédigé les statuts de cette troupe. Le
premier article disait que l'on ne r1&lt;cevrait
jamais des gens qui feraient leur noviciat
dans la troupe. On se méfiait des débutants.
li y avait de rrès bons acteurs, des actrices
du Théâtre-Français qui venaient pour donner des conseils aux comédiens improvi és,

LA SULTANE A LA TAPISSERJE.
(Portrait

de

MADAME DE POMPADOUR,

Tab~au de

VAN

vue de face.

Loo.

et parmi les chanteurs se trouvait le îameux
Jélyotte, le ténor à la mode, qui tenait les
premiers rôles.
Ces représentations avaient un énorme
succès. On joua d'abord Tartuffe, œ qui

était une drôle d'idée, ensuite les Trois Cousines de Dancourt, puis un opéra, Érigone,
qui eut un très grand succès. Pour celle circonstance, on invita la Reine, le Dauphin el
les filles du Hoi. La Reine viut et trouva cela
très gentil, parce que depuis très longtemps
son mari ne l'invitait plus jamais à rien.
Alors, elle sut grâce à la favorite d'avoir
peo é qu'elle existait encore à la Cour et elle
applaudit d'une façon fort aimable. Le gens
de la Cour, même CPUI qui étaieut du parti
de la Beine, n'osaient plus rien dire du tnut;
ils étaient absolument muselés. Ce fut le moment du grand triomphe.
Mme de Pompadour devait paraitre en travesti dans le rôle de Colin du Devin de village, de Rousseau. On raconte à ce propos
une histoire très amusante. Jean-Jacques
Rousseau de\'aiL assister à la représentation,
mais naturellement il pensa que c'était une
occasion de faire montre de républicanisme
et de philosophie, el il se dit que, loi qui
prêchait le retour à la nature, il allait montrer aux gens de Versailles ce que c'était
qu'un philosophe. li arriva avec une vieille
perruque, de gros souliers, un vieil habit.
Quand il fut là, comme il était timide, il eut
bien envie de s'en aller .... Il s'en alla et n'assi:-ta pas à la représentation. Mme de Pompadour ne lui en garda pas rancune, parre
qu'on savait que Jean-Jacque était un
original.
Parmi les fidèles de Mme de Pompadour il y avait d'autres g1,ns de lettres: Voltaire, Crébillon et Bernis
furent ses trois amis.
L'abbé de Bernis était un homme
charmant. Le Roi, qui s'en allait à la
guerre, ,·oulait laisser auprès de sa
mailres~e quelqu'un de gai el pa·
dangereux. C'est alors qu'il se dit:
« Je vais y laisser l'abbé. » On dit
à l'abbé qu'ilallaitaccompagnerMme
de Pompadour, et il accepta ce rùlc.
Il }ni adres~ait des madrigaux dans
le goùt du temps et qui sont tellement
du xvm" siècle qu'ils ont l'air de
pastiches. Cela semble avoir été fait
exprès, car on retrouve dans res
pil'Ce de vers de M. de Bernis tous
les clichés de l'époque. Les petits
exercices de M. de Bernis le firent
nommer amba~sadcur à Venise. Ce ne
fut pas un plus mauvais amba.sadeur qu'un autre.
Il avait auprès de Mme de Pompadour un rirnl en madrigaux. c'é1ait
Voltaire. Voltaire avait beaucoup plus
de génie que M. de Bernis, mais,
comme caractère, il était infiniment
moins sûr et moins agréable. li connaissait ~lme de Po~padour depuis
qu'elle était Mme d'Etioles. Il avait
beaucoup fréquenté chez elle et aYait
marqué par de petits madrigaux et de petits
vers toutes les étapes de sa carrière amoureuse. Voltaire n'était pas, comme Jean-Jacques, un sauvage; ce n'était pas lui qui aUait
à la Cour avec de gros souliers el de vieilles

�111ST0'/{1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
perru'lues. Il voulait passer pour un gentilhomme. C'est un petit trarnrs très fréquent
chez les gens de lettres.
Une fois, Mme de Pompadour, qui n'était
pas alors la maitresse déclarée du Roi et
s'appelait encore Mme d'Étioles, lui envoya
quelquPs b,,uteill"..s d"un vin de Tokay qui
venait des cave~ royales. Voltaire lui répondit:
Sincéte cl tendre Pompadour,
Car Je peut vous donner d'avance
Ce nom qui rime avec amour
Rt qui sera hi~11t,il le plu• beau nom de f'ra.n ce,
Ce Tokn y rlt1nt votre Excellence
D11IlS Etioles me régala,
N"a-t-il pas quelque ressemhlauce
Avec le Roi qui le donna?
Il est, co,nm~ lui, sans mélange,
Il unit comme lui la force el la douceur,
Plaît aux yeui. enchante le cœur,
Fail du liien, et jamais ne change ....
Â force de petits vers, Voltaire obtint ce
qu'il n'aurait jaJ!lais obtenu avec ses plus
grands poèmes : le titre d'historiographe du
Roi, une charge de gentilhomme de la Chambre et un fauteuil d'académicien .... Mais Voltaire avait les dent~ longues et il voulut davantage. On lui permettait d'être amical : il
devint familier et même insolent. Il finit par
e brouiller avec le fioi et avec la Iavorite, el
écrivit à son lourdes petits vers méchants et
grossiers contre celle qu'il avait appelée la
« sincère et tendre Pompadour », tout cela
parce qu'il était jaloux du vieux Crébillon.
En effet, la ~rande raison de cette animosité de Voltaire contre Mme de Pompadour,
c'était l'a1Tect1on constante que celle-ci avait
pour le vieux porte. Créuillon n'était pas 11n
poète dramati11ue bien agréable; il faisait des
pièces tout à fait sinistres, on s'y égorgeait
tout le temps, le sang coulait, ce n'était que
fureur, poignards et empoisonnements. Je ne
crois pas que Mme de Pompadour aimait
beaucoup ses pièces, mais elle aimait beaucoup en Crébillon un vieil ami el un brave
homme. Voltaire,' qui était très supérieur
à Crébillon, n'a jamais pu lui pardonner cela. H ne se contentait pas d'être admiré, il voulait que l'on n'admirât pas Crébillon. Pourtant, lorsque Mme de Pompadour
mourut, il lui rendit justice et écrivit à un
de ses amis qu'il gardait à Ume de Pompadour un souvenir reconnaissant, qu'elle lui
avait rendu bien des petits services et qu'il
lui pardonnait tout juste d'avoir marqué une
sympathie exagérée pour Crébillon.
Vers 1752, il y eut un grand changement
dans la vie de Mme de Pompadour. Elle quitta
l'appartement du quatrième étage pour s'installer dans un appartement beaucoup plus
vaste el plus beau, au rez-de-chaussée du
Palais.
.l celle époque, Mme de Pompadour était
déjà très malade; sa beauté s'était fortement
altérée. Elle était aussi beaucoup moins gaie
et avait beaucoup moins d'illusions qu'au début cle sa liaison avec le Roi. Elle avait perdu
sa fille Alexandrine, qui était une très jolie
enfant, qu'elle aimait passionnément, pour
laquelle elle avait de grandes ambitions,
qu'elle voulait marier à un D11c ou à nn

Prince. a mort lui iut très douloureu e.
Elle avait été aussi extrêmement blessée
par les manœuvres de certains coll1'Ûsans,
par les méchancetés de ~laurepas qui avait
fait courir dans Paris des lihelles, de petites
chansons infâmes que la décence m'empêche
de vous citer et que l'on appelait les Poissonnade.~. Ses angoisses pendant la maladie
du Roi, la crainte cons~te d'être renvoyée
et remplacée, les trahisons d'amitié, la haine
du peuple qui voyait en elle le mauvais
génie du royaume, avaient détraqué ses nerfs
toujours tendus et vibrants.
En tout Lemps, elle avait combatlu pour
écarter des rivales. Richelieu, qui la délestait, avait mis en avant Mme de Coislin.
C'était une femme extrêmement hardie. Un
soir Mme de Pompadour rentra dans sa chambre en pleurant et dit à Mme du Hausset:
,, Vraiment, il n'y a rien de si insolent que
cette Madame de Coislin. J'étais à la table
de jeux, elle m'a regardée d'un air triomphant, en disant : « Eh bien, madame, j'ai
brelan de Rois. »- « Et le Roi, dit l[me du
Hauss1-l, Ju i a-t-il fait ses belles mines? fl
Madame de Pompadour répondit : &lt;&lt; Ob I vous
ne connaissez pas le fioi. Quand il devrait la
meure ce soir même dans mon appartement,
il lui montrerait de la froideur en public et
il me rerait des amitiés. Ce n ·e~t pas qu'il
soit faux naturellement, c'est son éducation
qui le rend ainsi. o
Pour parer le coup, Mme de Pomp:11.lour
eut une iMe bien féminine. Elle s'adressa à
Jannel, l'intendant des Postes, celui qui donnait au Roi des extraits des correspondances.
Jannel, qui désirait lui être agréable, glissa
dans le papiers que l'on remettait au Roi
une lettre probablement fabriquée, et allribuée à un vieux conseiller du Parlement. Ce
vieux magistral écrivait à un ami également
imaginaire, auquel il disait : &lt;&lt; li est juste
que le Roi ait une amie, une confidente, mais
qu'il garde donc(lt!lre qu'il a. Elle est bien,
elle ne fait de ntal î1 personne, et enfin sa
fortune est faite, elle ne demande rien. Celle
dont on parle aura toute la superbe de quelqu'un qui est de grande naissance, elle sera
exigeante, il faudra lui donner un million par
an et faire une situation à tous ses parents. i&gt;
Cette lettre du vieux conseiller au Parlement produisiL son effet. Le Roi, qui était
lrès avare, s'imagina que l'on en voulait à sa
cassette, el la liaison avec Mme de Coislin îut
arrêtée du coup.
La jeune com1.esse de Choiseul, plus habile, n'accorda presque rien au Roi et demanda tout. Mais ses propres amis la trahirent, et Mme de Pompadour, avertie à Lemps,
manœuvra pour évincer la rivale.
Mme de Pompadour, après quelques années
de œtte vie, était excédée, épuisée. Elle sentait que le Roi se détachait d'elle. Elle était
si malade, si fatiguée, que sa beauté avait
pâli avant l'âge. Elle fit alors une chose très
r~re : elle sacrifia l'amant pour garder l'ami,
el ce fut l'époque où, dans les magnifiques
jardins de son beau château de Bellevue, on
vit la statue de l'Anaitié remplacer la statue

de l'Amour . .Mais l'amitié de Mme de Pompadour n'était pas une déesse chaste et grave.
C'était une amitié .aux jambes nues, aux seins
nus, drapée de voiles aimables et qui ne cachaient guère que l'essentiel. C'était une
nymphe qui arait beaucoup fréquenté Vénus,
une amitié de tyle pompadour que Mme de
Maintenon n'eût pas voulu pour patronne.
Pourlant, ces deux marquises queje ne prétends pas comparer, eurent toutes les deux
ce même rôle de consoler par l'amitié les
ennuis d'un prince vieillissant. Chacune eut
un procédé particulier, une manière spéciale.
Mme de Maintenon a fondé Saint-Cyr pour
que le Roi se divertit innocemment à voir de
petites filles très sages jouant la comédie.
Mme de Pompadour, au contraire, a présidé, de loin, à l'organisation du Parc-auxCerfs où Lo11is XV fréquenta, de près, des
petites filles pas sages du tout.
La légende du Parc-aux-Cerîs a défrayé les
pamphlétaires. L'imagination populaire se
représente un château mystérieux, entouré
de grands arbres et clos de grands murs, un
château « lugubre c-0mme un abattoir P, ou
des portes capitonnées étouffent les cris des
victimes. Louis XV, transformé en ogre des
contes ou en Barbe-Dieue, y dévorait toutes
vives des enfants de sept à huit ans. Ce n·e~L
pas cela du tout. Le uai Parc-aux-Cerfs est
beaucoup moins romantique et la débauche
royale beaucoup plus modérée, et, si l'on ose
dire, plus bourgeoise.
Le Parc-aux-Cerfs existe encore. C'est une
modeste maison qui porte le n° 4 de la rue
Saint-~lédéric, à Versailles. Celle maison a
été remaniée, mai l'appariement est intact.
TI se compose de trois petites pièces basses el
de dimensions très modestes. 11 y a une petite
chambre, -un ~alon aYee une alcôve, et uu cabinet de toilette avec une espèce de petite
porte pratiquée dans le mur pour péaélrer
dans la place lorsque l'on voulait y veuir sans
être vu des domestiques. C'est là que le
Roi Louis XV logeait une ou deux, tout au
plus, de ses humbles favorites. Ces jeunes
filles venaient généralement de l'atelier de
Boucher. Le peintre Bo11cher, qui était ua
grand coureur de femmes et qui s'y connaissait, faisait venir de très jolis petits modèles,
et, comme il n'était pas très scrupuleux,il en
envoyait quelques-unes au Roi. C'étaient de
petites bourgeoises parisienaes , de petils
troLLins, des ouvrières en mode. On y rencontrait "llille Morphi, Mlle Robert, MHe Hénault,
el une jeune fille de meilleure origine qui
était extrêmement belle et s'appelait Mlle de
Romans. Celle-là ne fil que passer au Parcaux-Cerfs. Elle était très fière et voulut avoir
une maison pour elle.
Ume de Pompadour ne craignait pas beaucoup ces jeunes filles sans éducation et sans
influence, qui n'avaient sur elle que l'avantage de la jeune se, el sa froideur naturelle
lui épargnait la tristesse des jalousies rétrospectives. Elle n'alla presque jamais au Parcaux.-Cerfs, - je crois même qu'elle n'y alla
pas, - mais elle s'en occupa beaucoup, el,
de temps en Lemps, dans les circonstance

.MADAJJŒ D'E POMPADOU'l( - - ,

difficileS, on avait recours à elle. Elle y en- sans la permission du Roi, tellement elle
voirs, parce que l'étiquette ne permettait
voyait Mme du Hausset.
avait l'habitude de faire tout ce qu'il voulait. pas qu'un mort restât dans le Château de
Les Bourbons
étaient des 0uens prolifiques ,
•
R~i, qui n'avait plus rien à perdre, lui Versailles.
et lorsqu une de ces demoiselles du Parc-aux- d~t q~ elle_ pouvait. recevoir un prêtre et qu'il
Le lendemain, le cortège funèbre traversa
C~rfs rro~et~ait au Roi une nouvelle pater- a1ma1t mieux quelle mourût décemment.
la
place devant la grille du Château, sous une
mté, 11 faisait les choses médiopluie battante. Une des fenêtres
C!"ement. Il donnait à la mère une
s'ouvrit.
Le floi s'avança sur le
petite dol, _à l'enfant une petite
balconnet,
seul avec son nlet de
rente, et prus on rherchait quelque
chambre.
n
resta nu-tète sous la
tambour-major ou quelque beau
pluie,
regardant
la voiture aussi
sous-officier qui p.renait Ja mère
longtemps
qu'il
put
la voir, et des
l'enfant et la dot sans demande;
larmes
coulèrent
sur
ses joues.
des eiplications qu'on ne lui auPuis il rentra en disant: « Voilà
rait pas données.
les seuls honneurs que j'aie p11 lui
Les petites demoiselles du Parcrendre. &gt;&gt; Il était certainement
aux-Cerfs ne devaient pas savmr
au
si aflligé qu'il pouvait l'être,
qu~I était l'homme mystérieux
'
mais
la du Barry était là ....
qui leur rendait visite. On leur
Voltaire, qui s'était brouillé
di~ait que c'était un seigneur polodepuis longtemps avec la Marnais, parent de la reine, et que,
quise, lui rendit cependant justice
comme celle-ci était très dévote
lorsqu'elle
fut morte.
il était obligé de se cacher pou;
La postérité a été très sévère
ne pas scandaliser sa vénérablr
pour lfme de Pompadour, car elle
parente. Ce n'était pas très bien
a
drs accès de pudibonderie extrade la part de Louis XV de mettre
ordinaires.
Peut-êtremetrouverezsa femme dans cette hii-toire.
vous trop indulgente. Vous vouLes petites trouraient ce Polodriez sans doute que je vous dise
nais si Leau, si distingué et si
que je trouve la marr1uise abomiai~able, que quelques-unes, plus
nable.
Eh bien, non, elle ne me
curieuses que les autres, fouillèsemble
pas si abominable que
rent ses poche et comprireat que
cela. Bien entendu, il ne serait pas
leur ~i n'.était _peul-être pas
à souhaiter que toutes les femmes
Polonais, mais qu il touchait de
suivent
son exemple, mais il faut
près à la Reine. Ces petites curieureconnaître
qu'elle aurait peutses fm·enl punies comme Psyché.
être pu faire beaucoup plus de mal
Le Roi les éloigna et les maria
qu'elle n'en a fait, et qu'elle a
bien vite.
eu
sur le Roi une in0uence déliA.u moment de l'attentat de
cate,
qu'elle a plutôt retardé le
Damiens, une des petites jeunes
moment
où il est tombé dans la
filles, qui avait aussi reconnu le
Lr, P ,IRC-AUX·CERFS: L ' ESCALIER nu Ror.
.débauche. Elle Jui a donné une
flo! dans le visiteur mystérieux,
certaine curiosité intellectuelle, et,
(On \'Oit encore au mur les annMllx de la main coulante. )
se Jeta en sanglotant à ses n-enou1
même au point de vue politique
lorsqu'elle le revit après l'aUentat
elle
a joué un rôle dont je ne vous
en lui disant
: &lt;&lt; Mon cher S;i11neur
J ,11
•
0
,
Les derniers jours ile sa vie, elle fit venir parlerai pas, car cela n'entre pas dans le cadre
cru mourrr en pensant que vous étiez assas- un notaire, lui remit son te tameol, donna
de cette conférence.
sin~. Je vous en prie, ne mourez pas! i&gt; Le quelque chose à ses garde-malades, s'habilla,
Diderot disait: (( Que reslera-l-il d'elle?
R~1 ne fut ~as attendri; il prit la cho ·e sc fil mettre _un peu de rouge et reçu t le curé
Le
traité de Versailles qui durera ce qu'il
Ire. ma_I et I on envoya cette petite dans de la Madeleme, car elle avait une maison
pou~ra,
l'A~ou1: de Bouchardon qne l'on
une maison dr fous en di aut qu'elle rêvait Faubourg Saint-Honoré, ce qui fait que la
a~1rera à Jamais, quelques pierres gravées
tout haut.
Madeleine était sa paroisse. Ils causèrent, et
Tant d'efforts, tant de patience habile el lorsque le curé voulut se retirer, elle lui dit, qu.1 étonneront les antiquaires à venir un
tant de sacrifices assurèrent la Eituation de avec un sourire faible et gentil, 110 mot qui bon petit tableau de Van Loo que l'on r;garMme de Pompadour jusqu'à la fin de sa vie. est vraiment admirable : c1 Mon.sieur le Curé, dera quelquefois, et une pincée de cendres .... &gt;&gt;
Il est resté bien autre chose: l'École miliElle mourut satisfaite dans ses ambitions
cacore un moment, nous nous en irons taire dont elle s'occupa, la manufacture de
mais je crois qu'elle n'avait pas été heureus/ ensemble .... »
S~vres _qui est son œmTe, tout un style d'art
Ver les derniers temps, elle montra une
Elle s'en alla bientôt, Loule seule dans le decora~1~, et, enfi_n, une charmante image de
étrange résignation, un stoïcisme bien inat- terrible inconnu de la morl.
· '
la Par1S1enne qm est, dans la galerie des fitendu chez une créature faible et "TaLa duchesse de Pra lin, qui était à une gures historiques, comme une statuette de
cieuse qui atteignait à peine la maturité. des fenêlres de Versailles, vit deux. hommes
Elle semblait lasse de lout et d'elle-même. portant une civière sur laquelle se trouvait Sèvr13s parmi les marbres et les bronzes .
Selon l'expression d'un contemporain,
Quand elle se sentit perdue, elle fit deman- un corps recouvert d'un drap dessinant toutes
Mme
de Pompadour a encore des ennemis :
d_er au Roi quelle conduite elle devait tenir : lrs courbes et tous les reliefs du cadane.
elle
.a
aussi des admirateurs fanatiques. Elle
s1 elle devait recevoir un prêtre ou n'en pas C'étai_t ~me de :ompadour que . l'on rapdes amoureux. Quoi qu'on en pense
recevoir. Elle n'osait se sauver ou se damner portait a son hotel de la rue des Réser- a meme
sa 0 ràce est la plus forte.
'

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1

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HlsToRIA, -

Fasc. 34.

..,, 65 .....

�LES T"R..01S T01S0J\JS D'0Jt,

[NSTITUTION DE L ' ORORE DE U

TOISON
' o'OR PAR

PnILTPPF.

LE BoN, DUC DE Bol'llGOGNE. -

Gravure de A.-J. D UCLOS, d'atrès J.• ,M ;\!OREAU LE JEUNE.

FRÉDÉRIC MASSO
dt l'.Jfcddimie française

Les Trois Toisons· d'Or
Napoléon a voulu, devant l'hi Loire, n'avoir tes les ambitions diverses, le véhicule de tous maison qui en avait fté le plus longtemps
pas fondé d'autre ordre que la Légion d'hon- les lustres, la récompense et l'aiguillon de revêtue.
neur. Regardant, de Sainte-Hélène, el pesa~l tous les efforts généreux .... I&gt;
L'ordre de la Toison d'Or était dans cc cas.
ses institutions, il a compris que celle-là, reCela esl torl Lien dit, mais pourquoi « l'u- Institué par Philippe le IJon, duc d~ Bourgopuhlicaine par son origine, démocra~q ue_par ni1ue décoration de la Légion d'b?nneu_r? » gne, de Lolhier, de Brabant et de L1m?ou~g,
sa diffusion respectable par sa duree, s im- Que faisait-il de J"ordre des Trois Toisons le tO janvier U29, jour de la solenm at10~
posait à se~ successeurs, tandis que d'a~- d"Or et de l'ordre de la Réunion?
de son mariage avec Isabel de Portugal, 1I
tres, n'ayant point eu le t~~ps de d~cmr
avait
été à l'origine &lt;I un ordre et fralernilé
c::fc&gt;
nationales et ne répondant m a un hesorn sode chevalerie ou aimable compagnie de checial ni à une tradilion française, étaient desL'ordre des Trois Toisons d'Or est né à valiers », créé, disait le duc Philippe, « à la
tinées à disparaître. Passant donc l'éponge Schœnhruon le 15 août 1~09 .. C~ n'_est gloire du Tout-Puissant, notre créateur et
sur elles il les abolit de son soUYenir, comme point - loin de_ là_ - l'~~q~e msl!tut10_n rédempteur, en ré\'érence de sa gl~rieuse
il eût vo~lu sans doute les effacer du l,loni- napoléonienne qm ait été 1m1tee de 1Autri- Yierge mère et à l'honneur de monseigneur
te111·. Souvent, dans ses mémoires et dans le che. Napoléon, ayant réuni sous sou sceptre saint Andrieu, glorieux apôtre et ~artyr, à
Jlém01·ial, il revient sur la Légion d'honneur, l'empire enlier de Charlemagne « son au- l'exaltation de la foi el de la sainte Eglise el
par exemple « disant que la ~iv~r~ité d~s guste prédécesseur », ayant rétabli à son pr?- exci talion de vertus et bonnes mœurs D.
ordres de chevalerie et leur spéc1alite de re- .fit le Saint-Empue Romain dont le souveram
Le chef et souverain de l'Ordre devait êlre
compense consacraient les castes, tandis que de l'Autriche avait délaissé la couronne, s'esl à toujours le duc de Bourgogne, non point
l'unique décora~o,n de la Légio? d'.honneu~, · plu dès lors à use~ de tonie~ les pré~o~alives en cette qualité pui$qu'1l y était vassal du
avec l'universalile de on applicallon, était qui étaient allacbees ou qw furent JOIDles à roi de France, mais en Ja qualité de duc de
au contraire le type de l'égalité.... C'élait le la dianité impériale, soit qu'elles ~n fussent Lothier, Brabant et Limbourg qu'il avait par
centre commun, le moteur universel de tou- inséparables, soit qu'elles appartinssent à la la grâce de Dieu; el l'ordre devait être corn-

posé de trente chevaliers, géntilshommes de trairés d'Utrecht et de Ilastadt, an trône d'Esnom et d'armes el sans reproches, lesquels pagne, mais reçut, entre autres possessions, une armée impériale, dite Grande Armée, et
enfin « les descendants directs des marése distingueraient par un collier d'or fait à la
les Pa1s-Bas, et il continua, en cette quadevise du fondateur, et c'est ~ savoir par piè- lité, à se dire chef de l'Ordre et à en distri- chaux d'Empire ayant commandé les corps
ces à façon de fusils touchants à pierres dont buer les insignes, en mème temps que Phi- de la Grande Armée dans les dernières campartent étincelles ardentes et au bout d'icelui lippe V, reconnu roi d'Espagne, et ses suc- pagnes, lorsqu'ils auront atteint leur majocollier pendant la semblance d'une Toison cesseurs, conféraient de leur côté et se rité et qu'ils se seront distingués dans la card'Or 11.
rière qu'ils auront embrassée 1&gt;.
disaient aussi les chefs et souverains maitres
Les aigles des régiments qui ont pris part
A la mort, advenue le 5 janvier B7G, à la de la Toison d'Or.
aux batailles de la Grande Armée seront débataille de Nancy, de Charles le Téméraire,
corées de l'ordre des Trois Toisons, el, dans
.fils de Philippe le llon et deuxième chef de
dp
chacun de ces régiments, un officier sera
l'Ordre, la Toison d'Or eût été en péril toujours c~mmandeur, avec pension de
car Charles ne laissait qu'une fille non maSi la grande maîtrise de la Toison d'Or a 1000 francs, un sous-officier ou soldat, cheriée, Marie de Bourgogne, - si, dès le Chaété ins.éparable de la souveraineté des Paysvalier, avec pension de 1000 francs. ·ces
pitre tenu le 27 novembre 14'51, le cas n'eût
Bas, elle n'appartient plus, en 1809, à l'em- commandeurs el ces chevaliers seront nomété prévu et si 11u article XLV des statuts
pereur d'Autriche, qui a renoncé à celle-ci à
més par l'Empereur, sur une présentation
n'eût stipulé, le trépas advenant du souveLéoben, à Campo-Formio et à Lunéville; elle secrète faite concurremment par le colonel
rain, ne laissant qu'une fille héritière non
appartient à l'empereur des Français : et, et par tous les chefs de bataillon. Ils devront
mariée, l'élection d'un des frères de l'Ordre
cL1ns celle même année 1809, Napoléon a continuer à servir durant toute leur vie et
pour en conduire les faits &lt;c jusque ladite
conquis Madrid, chef-lieu de la Toison d'Or mourir sous les drapeaux. En oulre, )'Ordre
fille héritière soit mariée à chevalier en âge
espagnole, et Vienne, chef-lieu de la 'l'oison pourra être décerné à des militaires qui aud'entreprendre et conduire la charge et les
d'Or aulrichienne. Par la possession simulta- ront été I.Jlessés trois fois dans trois actions
faits du souverain de !'Ordre et qu'il en ait
née des trois capitales, Bruxelles, Madrid et dill'érentes ou qui se seront distingués par
fait le serment ».
Vienne, la confusion des droits et des pou- une action d'éclat extraordinaire constatée.
Marie de Bourgogne épousa, le 20 aotît
voirs s'est faite en sa personne, el c'est ce Les nominations seront solennellement pro1477, Maximilien, archiduc d'Autriche, fils
qu'il a prélendu commémorer en instituant, clamées le 15 aot'H, jour de la fête de l'Em~
de l'empereur Frédéric IV, et lu.i porta, avec
'le J('j août, l'ordre des Trois Toisons.
pereur'et de la fête de l'Ordre.
les Pays-Bas el les parties de son héritage
Composé de cent grands che,aliers, de
Bien moins qu'à l'ordre de la Toison d'Or,
qui ne relevaient point du roi de France, la
qualre cents commandeurs et de mille cheva- ces statuts étaient empruntés à l'ordre autrigrande maitrise de l'Ordre. Maximilien, élu
liers, !'Ordre ne pourra êlr_e conféré qu'à chien de Uarie-Tbérèse, institué le i 8 déroi des Ilomains en U86 et porté à l'empire
des catégories strictement déterminées : se- cembre J757 polll' commémorer la victoire
en 1495, après la mort de son père, mourut,
.rout grands che,·aliers, les princes du sang de Kollin, remportée le 18 juin précédent.
comme on sait, en 15:19, treize ans après son
impérial après une campagne de guerre, les Les analogies sont flagrantes pour les présenfils ainé Philippe le Beau, lequel, de son maministres à portefeuille après dix ans d'exer- tations, les chapitres, les fêtes, etc., mais
riage avec Jeanne d'Aragon et de Castille, hécice, les ministres d'État après vingt ans, les l'ordre autrichien étail réservé aux officiers,
ritière des Espagnes, avait laissé entre autres
enfants Charles et Ferdinand.
Charles, roi de Naples, de Sicile et de toutes les Espagnes en 1M 8, à la mort de son
grand-père maternel; Ferdinand le Catholique, souverain des Pays-Bas, des possessions de la Maison de Bourgogne et de celles
de la Mai on d'Autriche, et empereur élu du
Saint-Empire-Romain-Germanique, en f5f9,
à la mort de son grand-père paternel Maximilien, conserva, jusqu'à sa double ahdication en 1556, le gouvernement de J'Ordre;
mais, alors, il ne transféra point celte dignité
à son frère Ferdinand, auquel il avait cédé la
couronne impériale et les possessions de la
Maison d'Autriche, il la transmit à son fils
Philippe, en faveur duquel il avait abdiqué
les couronnes d'Espagne et la someraine1é
des possessions bourguignonnes,
Durant un siècle et demi, la Toison d'Or
fut espagnole, le Roi catholique conférant
l'Ordre de son propre mouvement et sans recourir au chapitre; mais, à la mort de Charles Il,. en 1700, elàl'e-xtinction delabrancbe
espagnole de la Maison d'Autriche, Charles,
deuxième füs del' emperelll' Léopold Jer, ayant
été déclaré roi d'Espagne par son père, vint
disputer la couronne à Philippe, duc d'AnNAPOLÉON DISTRIBUE LES CROIX OE LA LÉGI0:-1 o·noNNEUR (15 JUILLET 18o-1).
jou, pelil-61s de Louis XIV, institué roi par
TaNeau de ÜEBRET. (Musee ae Versailks.)
les testaments du dernier roi d'Espagne. Il se
proclama alors chef et grand-maître de !'Ordre. OeYenu empereur en 17 t I, par la mort mardchaux et généraux ayant commandé en
de son fr(}re Léopold 1er, sous le nom de che.f dans une bataille rangée ou dans un l'ordre français s'étend aux soldats. Par d'auCharles, VIe du- nom, il renonça, par les siège, ou apnt commandé un des corps dans tres côtés, l'Empo.reur innove : la décoration
des aigle rappelle les couronnes d'or olferles

�. - - 1flSTO'J{1.JI
suspendu au ruban ponceau li l1ré d'or porté
aux régiments par la ville de Paris, aprè la con tituée à i.500.000 francs; le demandes en sautoir. Le.! chel'alier non militaires n'aucampa!!'De de l'an XI\' - l'idre en sera re- et les proposition- affluaient; en orlobre. ront ni cuira e, ni casque; celui-ci era
pri e par le second Empire qui décora de la l'Empereur donna aux candidat une première remplacé par un chapeau de co tume. Le
. ati~Faction en nommant le ch:1.ncdier et le
Légion d'honneur les ai 0 les des ré;,imenl
ermenl, dont on étudie des textes di,·cr',
ayant pris un drapeau à l'ennemi; la perpé- grand tré ·orier de l'Ordre : le ;:rénéral comte sera prèté genou en terre; l'Emper ·ur don\ndréo~.
i
el
le
comte
chimmelpennm:;.
Antuation dan ce mèmcs r 1!!imcnts d'une nonera l'accolade au récipiendaire.
lile.~i&lt;' militaire parait romaine; ·cul, \'t1trange dréos~i avait remlu parton l de. st!rvice~ essen11 ·embleraitqu'onavance; mais au deuxième
prirililge accordé aux Je:,cend:inL de. maré- tiel , mai surtout il avait été "om·erneur dl· conseil, le 14 août i 11, encore des diffichaux d'Empire est an· précédent hi to- Vienne en t 09. , chimmelpenning avait été cultés : on change une foi~ de plu. la Iorme
grand-peojonnaire de llollandc avan&amp; que
rique.
de l'in irrne; on cherche vainement une deLoui allât l' régner.
Ensuite, nouvel arrêt. C'e t la grosses e de vise; les proposition des régiments, dont on
l'impératrice. En aoùt i8t 1, quand le roi de ouvre le plis cacheté , ne ont pas en forme;
néanmoio , on règle les comptes, oil pré,oit
L:icépède, grand cbanc.etier de la Légion, Rome est né cl bapti é an que on grand- un bibliolhl:Caire archivi te et hi toriographe
père
l'empereur
d'Autriche
oil
venu
à
Pari·,
fut chargé de remplir le fonctions de chanqui écrira l'histoire de l'Ordre et de anciens
celier ju~qu'à ce que !'Empereur eût organLé repri~e : le â, convocation d'un grand con.cil ordr · de la Toi. on; on organise le bureaux
l'ordre des Trois Toison ; mais, avec une qui doit régler le présentations, discuter le de l'adminL tration qui ne coûteront pas moins
indépendance qui ne sauraiL étonner, Lacé- budget, in Lituer un cérémonial, régler les de -11. iOO franc ·, el on cherche un hôtel
pède, au nom de la Légion, protesta contre io·ignes et les costumes. • Mon intention, dit pour le grand chancelier.
l'in titution nouvelle : il dit les inquiétude !'Empereur, est de tenir, le 1;i août, une
des Légionnaires, qui r 'gardaient la Légion grande a semblée d' chevalier..... tl faudrait
comme di !!raclée, comme n'étant plus d 1~or- discuter, ajoute-t-il à la fin de sa lettre, 'il
mais qu'un ordre secondaire, destiné sans ne serait pa comcnable d'adopter pour habit
Et puis plus ri •o. Andréossi est nommé
doute à disparaitre. L'Empereur persista; en l'uniforme dr. cuira. sier et le casque, mai
ambassadeur
en Turquie et rejoint ·on poste;
février l 10, pour mettre l'ordre en acfüilt':, orné el enjolivé. 11 me semble qu'il n'y a rien les prt\paratir de la campa •ne de Ru~ ie
il indiqua un conseil; cl d'abord il ,·oulut de plus militaire. ,,
Le con. eil s'assemble et constate d'abord absorbent l'Emper&lt;•ur; peut-être le. inquiéstatuer sur l'insigne. Le bijoutier les plus
qu'en
douze jours on oc met point un ordre tude exprimées par Laet1pède ont-elle trouvé
adroits de Pari en présentaient plusieurs,
de l'écho; peut-être les dépen es urgentes de
également laids. l)Emperenr les rejeta el sur pied, mais il dresse les listes des grands la rruerre absorbent-elle l s reîenus de
ordonna à Lejeune, aide de camp du Prinœ chevalier , il règle les comptes, il change l'Ordre j mieux, l'Empett:'ur ne remet-il pas
vice-connétaLle, d'en d~ iner un modèle ,elon encore l'in igoe el s'arrête à une décoration pour le con ·tiloer d'une manière digne de
ses idées : et Ce . era, dit-il, mon aigle aux émaillt'.-e : aigle d'or, pierre à feu bleue, por- lui, aprè la victoire défioifüe, quand l'emaile· éployées, tenant su. pendue dan chacune tant d'un côté l'effigie de !'Empereur en or, pereur des Français sera devenu l'empereur
de . es ,erre' une des toison d'or antique de l'autre la lettre , foudre couleur de feu, de Européen ? On n'entend plus parler de
qu'elle a enle,·ées, el el! montrera fièrement toison en or; celle décoration era. uspendue l'ordre des Troi Toi ·ons : mais, contraireen l'air, dans son bec, la Toison d'Or que à un ruban ponceau li éré en or pour les ment à ce &lt;1u'on dit d'ordinaire, le projet,
j'institue. Le collier era formé d'éclats de commandeur· el Jp cbe,•alicr ·. Quant aux comme on voit, n'a pa été abandonné immégrand chevaliers, ils auront pour costume :
grenades enflammées. 1&gt;
diatement aprè le mariage; il a r ru une
Lejeune qui, graphii1uemeot, ne pou,·ait « l'habit à la française coupé droit, cou! ur forme el un commimcemenl d'cx{-culion; il a
réali. er ce projet de décoration, 'arrêta à cbaruoi , brodé en or, culotte pareille, bol• élt'• ré"ulièrement uivi durant deux annéetines forme ancienne, de maroquin rouae,
une aigle couronnée, empiétant de foudre
au moin , et, ju qu'au 27 .. cptembrc J 15,
el enlevant lrois dépouille de mouton. Cela éperons d'or, épée en dague portée droite, il a conservé une CI.istence régulière, officuira
e
entière
en
or,
entour~
d'acier
bleu
n'était point beau : l'Empereur demanda un
cielle el lt\,"\1e qu'atteste l'Almaoarh impéchaor1emenl, poi un autre, el cela mena au à ornements de laurier et d'olivier; la garni- rial. lai alors il a été réuni à la Union
10 juin 1 1O. Entre temps, il s'était marié, ture de cuira. se en velours ponceau à ,li .ér~ d'honneur par un décret qui ne fut ni ùnd'or, ca,qoe d'une forme simple à fond or.
il était amoureux de a femme; dan l
ur la cuira ce, le collier compo é de médail- primè ni publié. Lé! fonction · de grand chanpalai , ur le· monuml'nts, il {ai ait gratter
lons
alterné'· pierre à fusil el briquet, el celier et de rand trésorier ont été réunies à
les in cription , décrocher le. tableaux, enlecelles de grand chancelier de la Légion. euver le· porcelaine.! qui atte taient ou repré- trophée militaires réuni par des couronne
lemeot le comte ~chimmelpennin . a eu tn
sentaient l défaite de -on cher beau-père; de lauriers etdecb':ne encadrant la lettre:. • é han"'e, le 25 octobre, le grand aiO'le de la
Le
collier
ne
era
porté
que
le
jour
de
la
fête
le moment était mal choisi pour parler toi ons.
L'•gion et un, forte pension.
Cependant la dotation de l'Ordre aYait été de l'Ordre; 1 autre. jours l'in.igoe • era
Fainf:R1

;\L\,

~o~,

dt l'Acadbnie française,

... 68 ...

CIIATEAU I.IE

Sc1::.&amp;u\ : ,·ui:; PRlsE DE LA PRE.IIIÈRE GlllLLE. -

Gr.iyurt Jt

J.

RICAUD,

RVÈDE BARI E
et&gt;

La duchesse du Maine
li

,\ juger sur les apparences, le r~gn" de
Loui .XIV a été l'apolhéo e de la nol,les e
f'rauçai.5e. On est trompé par l'éclat et le fa te
de la cour, par le brillant fait d'arm de
geotilshomme. , par leurs qûerelle. bruyantes
à propo de ces détail. d'étiquette qui n'ont
de prix que daru les soci~lés ari tocratiques ;
par la pluie de gr:ices el de bienfaits, de cadeaux d'argent, de pension et de bénéfices
que le Uoi lais ail tomber sur ses courli ans·
enfin par l'air majestueU\ que le co turne e~
la hdle tenue du temps donnent ao moindn•
vicomte, dans les portraits et le tableaux. Lor qu'on se repré~ente les aloos doré du palais
de Ver ·ailles
remplis
de ces ma!!Di.fiqu
ei,
.
0
ŒIJeurs a grande perruque, vêtu de oie el
de ,·elour ', relui ants d'or :et 'de pierrerie ,
dont la personne r "Pire l'heureuse certitude
d'être de très grands personnage , on croit
avec eux à leur importance et l'on est prêt à
le saluer jusqu'à terre.
_wnx ~•entre eux qui avaient l'e, prit rélléch1 savaient pourtant ce qu'il en était au
fond. Un duc de Cbeffeuse ou de Beau"iWer ·
un :rinl- imon ne se laissaient pa prendr;
au mira,,e des Yain honneur- el des habits
brodés. Il· \'oyaient la nobles e françai c ruinée par uu luxe tupide, et réduite, n pour

aroir du pain 1J, aux m' ·alliances el au tripotages. Il la vo ·aient inutile et oi ive exclue
des ~ !.ères et de emplois, et déjà livrée
aux nces cru'enfante l'oisiveté. Ils vovaieol la
première dignité du royaume, la pairfe, abaissée en toute ~ccasion, la maje Lé du sang
royal ~~prom1 e par les prhilèg accordés
au~ leg11Jmés, les fonctions publiques el jus•
qu aUJ. charge de cour envahie:; par les "CDS
de plume cl de robe, ceux-ci le prenant de
haut
a,·ec
le noble '· Colbert' à es débuts t
,
•
•
ecr1vmt .llomieigneu,· aux ducs et ils lui répondaient 11011. ieur; ce fut 1/contraire . ou Louvois. Il ,·oyaient en un mot une transformation profonde s'opérer autour d'eux et à
leurs dépen , et entaient amèrement leur
impui. anœ à l'arrêter.
_.Ime du Maine était de ceux qui rélléehissaicnl. Elle remarquait Fort bien le trouble
causé par les pr~grès de la bourgeoi ie, et
elle ne le regretla1t pas ; le désordre lui était
favor~le da~ la ituation équi•oque où la
pla~.,•~
n~_san~ de on époux. on plan
avait etè arrete du JOur de sei. fiançaille ' . Elle
se ~roposait deru hui..! dans la vie, qui lui
tenaient également au cœur. L'un était de
s·~muser; l'autre, de de,·enir l'un· de prc1D1er· personnage du rol'aume, toute femme
de bàtard qu'elle était.
Il emble que le second de cc' buts dùt

!3

•... 6q ...

être de beaucoup le plus düficile à atteindre.
L~ doche ;e en j~gcail autrement. Elle comptait ur l_a confusion des rang et la protection
toute-pu1ssaole de Mme de Maintenon. li était
à pri:voir que le caractère timoré de ~r. du
Maine serait quelquefois un embarra · le duc
ne valait rien les jour de bataille. 'En re,·anc?e, il était !nco_mparable pour les petits
ma~ege · et le mtr1gue , pour gagner san.
bruit un pouce de terrain, d'un air si humble
qu'on n'y prenait pas garde. ans ce, c à
l'_atfùl,, il ?e lai ait échapper aucune occasion. Cétrut un fauteuil au lieu d'un autre
c'était la forme d'un manteau · c'était un~
ré\'érence de plu ou de moins', et tous cc
rien mi bout à hout l'approchaient lentement mai ùrement du rang convoité. Il ne
laissait pas d'ètre ambitieux, el a femme se
di ait qu'en le poussant, il l'aiderait. Aus i
avait-elle confiance en leur avenir commun.
Le plu pressé était de s'amuser· le reste
viendrait à son heure.
'
Le plu _pre·sé était au i, par malheur, le
plu~ . mala1 é. fl ne fallait plus songer aux
pla1S1r à la cour de France. Le Roi tournait
décidément à la ,,ertu, et il voulait qu'on fût
s~lenn~I comme l~. Il y avait de quoi périr
d ~oui. Il est \TI.J que Mme du laine pou"~•~ aller se ~iv~rtir au château de Clagny,
bat1 par Lou1 XIV, dans des temps moin

�_________ ________

"-----------;__

111S TORJ.Jl
a11Slères, pour Mme de ~fontespan, et donné
par celle-ci à son fils. Clagny était un grand
édifice bas, construit dans le style noble et
donnant sur de vastes parterres symétriques,
ornés d'ifs taillés en forme de cônes. li pasait alors pour une merveille : « Château
superbe, dit Saint-Simon, avec ses eaux, ses
jardins, son parc; des aqueducs dignes des
Homains, de tous les côtés; l'Asie ni l'antiquité n'offrent rien de si vaste, de si multiplié, de si t_ravaillé, de si superbe, de si rempli de monuments les plus rares de tous les
siècles. en marbres les plus exquis de toutes
les sortes, en bronzes, en peintures, en sculptures, ni de si achevé des derniers. ll Tant
de splendeurs ne sauvaient point Clagny d'un
gros défaut : Clagny était à Versailles même,
trop près du Roi. On y était encore à la cour,
encore à l'état de satellite.
La petite duchesse essaya de Châtenay,
modeste maison de campagne aux. environs
de Sceaux. Chàtenay appartepait à M. de
Malézieu, ancien œrécepteur de M. du ~laine
et le parfait modèle de ces beaux esprits que
les grands d'alors enrôlaient dans leur suite,
afin d'avoir quelqu'un sous la main pour
faire leurs bons mots, leurs vers et leurs
lellres aux dames. ~Jalézieu passait, avec ·
quelque raison, pour être un puits de science,
el on l'écoutait comme un oracle chez Mme du
M~ne : « Ses décisions, dit Mme de Staal,
avaient la même infaiilibüité que celles de
Pythagore parmi ses disciples : les disputes
les plus échauffées se terminaient au moment
que quelqu'un prononçait : Il Ca diL. J&gt; Il
donnait des leçons de latin, de cartésiani me
et d'astronomie à la duchesse. Il lui déclamait les tragédies de Sophocle et lui organisait ses fèlcs. Il avait infiniment d'imaginnLion pour composer des bagatelles en pro~e
el en vers, pour inventer des sujets de feux
d'artifice et de ballets. Il était complaisant
avec les grands, dédaignem: avec les pelils,
point méchant, mais un peu plat. Il était
l'homme univer el et indispensable. Il était
aussi l'homme in.fatigable; Fontenelle parle
de son « tempérament robuste et de feu &gt;J.
Ses portraits nous présentent une bonne
figure ouverte et aimable respirant la santé.
Mme du Maine lui fit l'honneur de ch.oisir
sa maison de campagne, en 1699, pour y
passer le temps où la cour était à Fontainebleau. En sa qualité de déesse, elle ! ressuscita l'.ige d'or. Ce n'était qu'innocence et
simplicité - simplicité de princes, s'entend.
On y menait une &lt;( vie champêtre 1&gt;, parmi

hautbois, des violons, des clavecins, des trompettes même dont le son semble s'adoudr
pour s'unir aux autres instrumenls. » Ces
deux dernières lignes sont un chef-d'œuvre;
il n'y avait qu'un courtisan de race pour
imaginer w trompettes qui comprennent
qu'il s'agit d'ètre pastorales el de prendre un
son de.chalumeau. Les soirées étaient égayées
par des feux d'artifice savants. Tantôt « c'est
une ville qu'on assiège »; tantôt (( deux
grands navires qui paraissent à l'ancre dans
un pré 1&gt; bombardent un fort, qui fiait par
sauter l; en élançant dans les airs une giran-·
dole 11; tantôt « deux globes enflammés ll
s'entr'ouvrent et font « une image aussi vive
que surprenante de ce qu'on nous enseigne
de l'embrasement de l'uniyers ». Ces magnificences attiraient les villageois des environs,
el la fète devenait presque trop champèLre au
goût des invités. La nuit jetait heureusement
ses voiles sur des visages et des habits trop
rustiques pour une idrlle royale. Elle&lt;( faisait
que tout paraissait beau et propre», et M. du
Maine(&lt; s'intéressait avec Lendresse à voir les
peuples commencer à goûter quelques fruils
de la paix ii.
Châtenay fut déclaré « enchanteur l&gt;. Le
20 déecmbre de la même année .( 1699),
M. du Maine achetait le château de Sceauî,
dont Colbert et son fils, le marquis de s.. igneley, avaient fait l'une des plus Lcllcs et
des plus agréables demeures des environs de
Paris. li n'en-reste aujourd'hui que bien peu
de chose, mais la Bièvre coule encore dans la
vallée, les coteaux onl encore leurs lignes
molles et enchevêtrées, l'aimable ciel de
France répand encore sa lum~ère tranquilJe
sur le lieu où fut ceaux.11 est facile à l'ima-

Ces pJaîs_irs doui et purs, que la raison désire 1 •

On y était à l'abri du « tumulte et du
désordre des passions 1&gt; ; on y jouissait des
« beautés de la campagne 1&gt; ; on y jouait au
jeu d'oie; on y disait toute la journée de
jolies choses. Les mauvaises habitudes de
luxe reparaissaient à l'heure des repas : «Les
tables sont abondamment et délicatement
servies, où la compagnie est gaie; la musique
s'y mêle, ou y succède. Il y a des flûtes. des
1. Lettre Je l'abbé Genes! à ~lie de Scudtiry.

2. Le célèbre pavillon de l'Aurorc, situé dans le

B\RO~XE DE STA.~L.

D'après le taéleau de

MIGNARD,

ginatioa de replacer dans leur cadre l'ancien
cbàteau et ses jardins, tels que nous les
montrent de vieilles gravures.
Le chàteau avait été construit pour Colbert
parc, contenait uu grand plafond de Lebrun, le Lever
de l'aurore, et deux moindre do DetoLcl.

par Perrault. li entourait de trois côtés une
vaste cour carrée. La s1métrie en était parfaite, l'ornementation sévère, le sl)·le élégant
et noble. Des avenues bien droites, de grandes
grilles bien régulières, des corps de logis
bien alignés reliant des pavillons bien appariés; des parterres bien géométriques, des
charmilles bien taillées, des quinconces bien
tirés au cordeau; un majestueux ensemble de
lignes droites et d'angles droits, de cercles,
de demi-cercles et de quarts de cercle; des
trésors en sculpture, en peinture, en meubles,
épars dans le château, dans le pavillon de
l'Aurore 1 , dans les allées et les bosquets;
une abondance prodigieuse d'eaux courantes
el jaillissantes, amenées par des aqueducs;
un nombre fabuleux de bassins, jets d'eau,
cascades et canaux; un air inimitable de
grandeur, d'ordre 'et d'harmonie répandu
sur l'ensemble; un des plus jolis paysages
des environs de Paris pour horizon, des plus
doux, dt!s plus discrets, un de ces paysages
bien français qui vous entrent au cœur
quand on a grandi tt vécu dans leur intimité : tel était le séjour superbe et charmant choisi par Mme du Maine pour être son
Olympe et son Parnasse.
La petite doches e s'installa avt'c lransporl
dans son nouveau domaine, auquel un heureux entourage de coteaux et de collines donnait dllS apparences de petit univers, borné el
fermé de toutes· parts. La Bièvre enserrait
dans une large courbe ce royaume minuscull'.
Mme du Maine s'y-sentait tout à fait chez elle,
tout à fait souveraine, entre les courtisans de
son choix, empressés à lui plaire, el les
paysans des environs, qui vivaient du château. Elle en oublia un peu le reste du monde
el s'accoutuma à confondre la vie de Sceaux
avec la vie rétlle. Cette erreur devait lui
coûter cher dnns la suite; les idées de Mme du
~laine se faussèrent.
Elle se bàla de s'arranger une existence
selon son cœur, où le plai ir était un devoir
et un travail. Elle s'amusa le jour, elle s'amusa la nuit, et elle ordonna que chacun
s'amusât autour d'elle. Tant pis pour ceux
que cela ennuyait. Elle s'entoura d'amuseurs
!:t gages, payés pour avoir de l'esprit à point
nommé. Malézieu faisait passer des examen
aux po lulanls. Il leur proposait des sujets,
sur lesquels il fallait parler, et l'on était
admis ou refusé d'après son rapport. Elle eut
des poètes pour l'encenser, qui furent toujours prêts à la comparer à Vénus et à l'appeler &lt;&lt; cbef-d'œuvre des cieux &gt;l. On leur
fai ait signe au dessert, et ils se renvoyaient
les chansons à la lounnge de a la Nymphe de
Sceaui ». L'abbé Genest nous a conservé tout
un volume de ces platitudes•. La lecture en
est réjouissante. On utilisait pour la 0atterie
jusqu'à l'embarras de ceux qui ne trouvaient
rien à dire; l'ingénieux Malézieu se bâtait
d'improviser quelque à-propos dans ce goût :
Lorsque llincrve nous ordonne,
(Jn o toujours assez d'esprit;
Si l'on n'en a pas, elle en uonnc.

. 3. les Diiu:1·tiaseme11ls de Sceaux. (l'aris, 1712,
Etieune Ganeau.)

Personne n'avait Je droit d'être ennuyeux,
ou iu~tile, ou grave. La philosophie ne dispen a!t pas des bouts-rimés, ni l'àge des
madrigaux. Nul n'échappait aux cc loteries
poétiques 1 1&gt;, qui mettraient aujourd'hui en
fuite l'Académie elle-même. On enfermait les
lettres de l'alphabet dans un sac, et on les
Lirait au sort. Le gagnant de l's &lt;levait uu

.,........

bouts-rimés à remplir séance tenante et les
petit~ v~rs galants ou ':°ordants, aux~uels il
~allait r1p,oster. Il y avait une foule de petits
Jeux ou l on donnait des gages, et ceux-ci se
rachetaient avec des rondeaux, de, fables, des
triolets, des virelais. On recevait des invitati?ns à diner poé~ques, des lettres anonJmes
piquantes ou sentimentales, des couplets gri-

LOUIS XlV ET SA FAMILLE. -

sonnet, celui de l'a une apothéose ou une
ariette. L'o donnail le choix entre une ode et
uu opéra. Ainsi &lt;le suite, el il fallait s'exécuter
ou ue pas revenir à Sceaux. Les personnes de
qualité passaient la commande à quelque pauvre
diable de poète, mais les fülézieu, les Chaulieu,
les Fontenelle, un peu plus tard les taal el
le· Voltaire, n'étaient pas reçus à frauder et
payaient comptant. Malézieu avail surnommé
Sceaux c, les galères du bel esprit ».
On n'avait jamai une heure devant soi
pour être hèle en paix. Les énigmes et les
anagrammes vous guettaient dans les corridors. Les devinettes vous arrivaient comme
une Jlèche au cercle de la duchesse, et les
1. Voir la Comédie à la cou;·, par Aûolphe JuUicn.

LA DUCHESSE DU JKA1N'E - - ~

Tableau

ae

à Sceaux, pour racheter un gage, que Voltaire fit l'énigme connue :
Cinq 1oycllcs, uuc co11:,011ne,
En français composent mon nom,
El je porle SUJ' ma personi1e
De •Juoi l'ticri re sans crayon.

On laissa à Mme du Maine la gloire de dcYiner oiseau.

Clicht Glraudon.
LARGILLIÈRE.

(Collectlon Wallace, Lo 11 d,-es.)

vois, et l'on était condamné à répondre sur le
même ton.
Qutl soulagement oo devait éprouver, quel
repos, quelle saine jouissance, lorsqu'au sortir de Sceaux on tombait chez de bonnes gens
qui mangeaient leur potage avec simplicité, à
l'abri des logogriphes, des acrostiches et des
chansons, et qui se chauO'aient les pieds sans
le raconter en VP.rs !
li va de soi qu'il se disait, dans le nombre,
des bagatelles agréables, dont plusieurs sont
demeurées classiques. Quelqu'un demandail
no soir à Fontenelle : « Quelle différence y
a-t-il entre une pendule et la maîtresse du
logis?»-« L'une marque les heures, l'autre
les fait oublier, » répondit Fontenelle. C'est

Elle prenait ces enfantillages au sérieux, ia
petite duchesse. Elle s'appliquait de tout son
cœur pour composer une lettre du Grand
Mogol à une dame de la cour de Sceaux, ou
un badinage indécent à l'adresse de M. le
Duc, son frère. Elle fonda. un ordre &lt;le la
.~louche à miel, avec la devise déjà citée, el
elle y déploya autant de solennité que le roi
de France en avait pu mettre à instituer l'ordre du Saint-Esprit. La Mouche iL miel eut
des statuts, des officiers, un serment qu'on
prêlail sans rire et dont voici la formule :
(&lt; Je jure, par les abeilles da monL Hymette,
fidélité et obéissance à la directrice perpétuelle de l'ordre, de porter toute ma vie la
médaille de la Mouche, et d'accomplir, tant

�rl1ST0'1{1.ll _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ____.
chambre de Mme du Maine, avail gagné son
avancement à force d'esprit, et ne put jamais
se consoler d'avoir subi le contact de la valetaille. Elle aimail des marquis et des chevaliers qui la traitaient sans façon, en inférieure; elle en était au désespoir, et ne pouvait s'empêcher de recommencer. Enchaînée,
plutôt qu,'attachée, à la cour de Sceaux, elle
y vieillit el y mourut sans autre récompense
-; que d'avoir écrit en secreL des JfémoÎ1·es ven1 geurs, où l'égoïsme des grands est mis à nu
' par le plus doux et le plus aimable des
récits.
Elle n'était plus tout à fait femme de
chambre et elle n'était pas encore autre chose,
quand l'abbé de Vaubrun eut l'idée de couper
par quelque « divertissement » une nuit que
la duchesse devait passer au jeu. n imagina
de « faire paraître quelqu'un sous la forme
de la Nuit enveloppée de ses crêpes, qui ferait
un remercîment à la princesse de la préférence qu'elle lui accordait sur le jour; que la
déesse a11rait un suivant qui chanterait un
bel air sur le même sujet ». L'abbé pria
Mme de Staal de composer et de réciter la
harangue de la Nuit. La harangue était assez
plate et l'auteur· s'embrouilla en la récitant,
L'E\POSITION DU CORPS DE LOUIS XLV, - l)'a,p,-és une gravure .:lu iemps. (Cabillet des Estampes,)
_mais l'idée plut : les Grandes Ntûts étaient
fondées.
Elles firent grand bruit en leur temps;
les fleurs en orties, el que les guêpes et les mariage de M. du Maine mit le comble à ses
malheureuses dispositions. )) [l n'était même elles paraissent aujourd'hui un peu fades. On
frelons me percent de leurs aiguillons. »
Jamais on ne 'amusa aussi laborieusement, pas toujours admis aux fêles qui se do11naient y jouait des allégories ou des scènes comiques,
et nous ne sommes pas au bout. Mme du chez lui. Sa femme le renvoyait, et il s'en mêlées de danses et de chants, à la gloire de
Maine avait la pa sion de jouer la comédie. allait docilement s'enfermer dans une petite lfme du Maine. Une ambassade de GroënlanElle eut la constance d'apprendre la plupart tourelle, où il passait les journées à dessiner dais venait lui offrir la couronne du Groêndes grands rôles du répertoire de son temps. des plans pour ses jardiniers. Les chan on- land, et leur chef lui adressait ce discours :
Le genre lui était indiflërent, puisqu'une nie!s parisiens savaient tout cela et ne l'épar- cr La Renommée ... nous a instruits des vertus, des charmes et des inclinations de Votre
princesse excelle nécessairement dans to~s, gnaient pas; mais qu'y faire?
Alles e Sérénissime. Nous avons su qu'elle
et la qualité des pièces la touchait médiocreDe sa fümmc el tle sa fortune
abhorre le soleil.... Plusieurs veulenl que
ment, puisque tout devenait également beau
Esclave soumis el rampant,
votre mésintelligence soit d'abord venue
en passant par sa bouche. Elle jouait à ,·olonté
Du Maine ne se livre à l'une
d'avoir
disputé ensemble de la noblesse, de
Que
quand
de
l'autre
il
est
content.
la tragédie, la comedie, la comédie-ballet, la
l'origine,
de la beauté et de l'excellence de
farce, l'allégorie et la pastorale. Elle passait
Sa fomim.: joue eu comédienne,
vos lumières, etc. &gt;&gt; Ou bien des sa"ants vedu rôle d'Athalie à celui de Pénélope, dans la
Re~oit toutes sortes de gcus,
naient consulter Malézieu sur un astre nouEl sa maison est toujours pleine
tragédie de l'abbé Genest, du rôle de CéliIle
coquelt.cs
et
de
galants.
vellement
découvert, et l'astre se trouvait être
mène à celui de la servante Finemouche, dans
la duchesse, présidant aux, Gl'andes Nuits. On
A Malêzieu celle princesse
la Tarentule de Malézieu. Plaute succédait à
Prodigue ses plus ,toux appas;
bien l'enchanteur Merlin indiquait Sœaux à
Quinault sur l'affiche, Euripide à Lamotte.
11 lui montre de la tendresse,
des
chercheurs de trésors, qui' y trouvaient
, La peine qu'elle se donnait est incroyable.
liais on dil qu'il ne l'aime pas 1•
Mme du Maine. Ou bien Vénus se lamentait
.Elle s'assujettissait à prendre des leçons, à
Mme du Maine n'était pas récompensée de d'avoir perdu la ceinture qui lui assure l'emrépéter, à se costumer. Elle menait des mois
entiers la vie écrasante d'une actrice de pro- ses peines. Elle s'ennuyait. Plus elle travail- pire des cœurs, el Apollon lui révélait que sa
vince, condamnée à apprendre tous les jours lait à se divertir, plus elle s'ennuyait. Les ceinture avait été ravie par Mme du Maine:;
une pièce nomrelle. Elle se transportait à Cla- nuits lui pesaient tout particulièrement, parce La Providence a fait aux grands de la terre la
gny et conviait la cour à des séries de repré- qu'elle ne dormait pas. Elle les employait grâce d'aimer la fumée d'encens. Ces beaux
sentations. Les courtisans accouraient, s'exta- souvent à jouer, et ce fut l'origine des fa- dialogues charmaient la duchesse par leur
siaient, et par derrière se moquaient. « On meuses Grandes Nuits de 'ceaux. Un abbé vérité, le public par la splendeur de la mise
ne comprenait pas, dit Saint- imon, la folie de cour en îut l'inventeur, et Mme de Staal en scène, el l'aurore trouvait encore tout le
chàteau sur pied.
de la fatigue de s'habiller en comédienne, régla la première.
La fète se terminait par un déjeuner maCette spirituelle taal-Delaunay 2 a été une
d'apprendre et de déclamer les plus grands
rôles, et de se donner en spectacle public sur créature bien infortunée. La nature l'avait gnifique, où les beaux esprits étaient sommé;
un théâtre. » IL du Maine sentait que sa faite sensible et fière. L'éducation lui avait de briller; ils n'avaient pas congé, même
femme se rendait ridicule, mais &lt;t il n'osait enseigné à sentir son prix. Le destin la pré- après une nuit blanche.
L'infatigable petite ducl1esse trouvait encore
la contredire de peur que la tête ne lui tour- cipita dans une condition servile où la fierté
nàt tont à fait, comme il s'en expliqua une était un malheur, la sensibilité un ridicule. du temps pour les études sérieuses. Elle ne
fois nettement à Mme la Princesse, en pré- Elle avait commencé par être femme de négligeait ni le latin, ni l'astronomie, et elle
avait adjoint à Malézieu un second professeur
sence de Mme de Saint-Simon».
1. Recueil Mauntpas (année 1i10).
de philosophie, le l&gt;eau, l'aimable, le coquet,
M. du Maine aurait dû ajouter, pour être
2. Mlle Delaunay defint lime de 't.aal par son ma;i. Adolphe Jullicn, lc,c, cil.
franc, qu'il se taisait aussi de peur des scè- riage avec un ol'fic1er des gardes suisses.
que je vivrai, les statuts de l'ordre; et si je
fausse mon serment, je consens que le miel
se change pour moi en fiel, la cire en suif,

nes. Sa douceur ne l'en garantissait pas, et il
devenait plus craintif à chaque &lt;1 vacarme »,
d'où le joli mot de Mme de Caylus : « Le

HlSTORIA

Fasc, 3~.

LE DAUPHIN . AU TEMPLE,
(Collection de :\1.

IlENRl L.\\' ED ,\~. )

par ~IOITTE

�'------------------------------- 1-J,.
l'insinuant et compromllllant cardinal de Polignac, auteur d'un grand poème oublié et
d'un 11101 ju tement céli!bre. l..e poème s'appelait l'A11ti-L11cri•,·e et était eu latin. I.e cardinal y dtifcndait la saine morale &lt;!t la bonne
Ù1&lt;-:0logie. Le mot uait étti prononcé dan.~ les
jardins de Marh, :iu mom,·nt d'une a\(•r~c:
« Ce u·e~t rien,· 'ir«•, avait dit cette fl«·ur des
courti•ans; la plui,· de farl) ne mouilfo pas, »
Jme du füioe admirait lte:iucoup l'Anli-/,11crè1·e. Elle $e le faisail 1·xpli,1uer par l'auteur,
et les rnauvai,t"s langu1:s Jasaient de cci; le\~n . liai, de quoi le, mauvai es langues ne
ja~ent-dle, pa, '1 Les gen~ san malice ad miraient heaucoup la petite duchcs~e. « On peut
dire d'elle, écrit le duc de Luynes dans ses
Jfûuoire,1, qu'elle avait un e prit supfricur
et univcr~el, une poitrine d'une force ingulit&gt;n• et une élorpwncc admirahle. Eli,· a,ait
étudié les sciences les plus ab traites : philosophie, phy ique, a tronomie. EUc parbit de
tout en per onuc i11~truite et dans des termes
choisis; elle ar.1i1 une voix haute cl forte, et
troi~ ou •1uatrc heures de conversation du
mr'me ton ne parais ai,·nt ri,·n lui coùtcr. l,cs
romans et h·s choses les plus frivolrs J'oc('Upaicnt au, i avec lt.l m,:me plaisir. »
llo l'admirait aicc raison, car ces enfantillages, ces niaiseries, ces futilités. qui semblaient l'alisorbcr, servaient à mns&lt;Jucr lt•s
plans politi,rues les plus hardis, conduit a,ec
une attention 11ui ne se relàchait pa une
minute. Jamais Mme du ~faine n'oubliait
11u'ellc s'était cnga0,fo ,is-à-vis d't·lle-mèru1·,
le jour de ses fianr.ailles, à dm·enir l'un Je,
premier~ rcr~onoagc.~ du rolaumc. Jamab
clic ne ces~ait un instant d'y tm·aill,•r, ja-

si nppli«1uéc à le ruiner en fou\ d'artifice et
en ma,carades, il se fiëUrait qu'elle ne pensait plus nux allaircs el en profitait pour
~'accortler un peu de répit. Il ,·int un jour en
triomphe lui montrer une traduction de sa
façon, en ver~, d"un chant dl! cet .l11ti-J,ucrèce •rui la pas.ionnait. l.a ducl1e."e entra
en fureur. C'était bon pour clic, l'A11ti-L11crrre et ~ou galant auteur. « \'ous vcrret,
,'écria-l-elle, 11u 'un beau matin ,ou trouverez. en ,·0115 én!illant, «1ue vous ète,,. de
l'Acad,:mie, et que )1. J'Orft:ans a la régence! 11 I.e duc r,hta tout penaud.
La duchesse était injuste. rar il avait au ~i
bien trafaillé. Tandis 11u'elle r(.gnait à Sceaux,
il 1:1ai1 assidu à Yersa1lles. Il suh11it le Roi à
Trianon, à Marly, à Fontainelilcau. li était le
bon fil ·, le tendre lib, &lt;1ui C-Ontcmplait amoureusement un père glorieux, 11ui ne pou\'ait
se pa .er de ~a rnc, qui fni,ait violence à es
goùls Je retraite pour r~pirl'r le même air,
qui était emprl';sé, romplaisant, qui suait le
dl11oucme11t. fort aimable d'ailleurs, t't toujours prêt à Ji)traire le floi par une anecJote
spirituelle. ::'\on moins a~.,.idu auprès de
~lme de Mainlt•non, il ·ounait à elle de ses
plans et de sr,..; rê1·es, et elle le guidait, le
conseillait, sollicitait le lloi pour lui. Aidé de
celle fidèle alliée, f. Ju Maine avait fait un
heau chemin.
Il n'y avait pas eu d'année oi1 il u'ciit gagné
un détail d'étiquette, une charge pour lui ou
,es enrant , une lettre patente le rapprochant
du trône.
lie l~gitimé, il était Jen·nu pair de France.
Lie pair de f'ranœ, prince du ~au; officiel.
jouissant de.~ mèmes honneur · 11ue le:; prin-

CHATEAU DC °Ct;AUX : \"UC l'IU.E Dl,

mai ell~ oo 'enJormait ur un uccè~ ou ne
p1:rml'ttait 1t on époux de s',·nd,,rmir L· di1c
n'y comprenait rien. En la voyant si évaporée,

Côn;

DES J.\RIIL'•· -

ducs de Hourgo3ne et de Bml, un édit
(juillet 171 i) appela à 1.1 .ucœ,,ion à la couronOll le duc du ~laine, le comte de Toulouse
~on frtire, et leur,- de,cent.lant~. Le petit hoitcux louch:iit la couronne du bout du doi;;t!
li eut plu~ encore, toujours plus. Louis .\I\',
soi~eusement endoctriné, soupçonna le duc
d'O-rléans, premier prinet• du sang, d'avoir
cmpoi onné le dauphin el "&lt;&gt;n frère, et il rnlc1-a p;ir testament le:; principalt-s préro;:athcs dt! la régence à son nef eu, pour les
lran~fér,·r au duc du Maine. Celui-ci touchait
à pruent la couronne de, dl'UX mains, car le
futur Louis X\' était si dt:licat, que personne
ne croyait qu'il pùt ,iuc. ,
\'oilà 011 en étai,•nt L l'l lime Ju laine à
la fin de 1714. Yoilà le cornlile de grandeur
où les avaient porté~ la tendresse d'une ancienne i;ouvernante et la faibbsP d'un ,icillard. \'oilà cc qu'ils e.spéraient. I.a duches~c
n,· St' ten.tit p.is d'ai,c. Elle a triomphait à
Sn•au1, dit Saint-Simon; elle y na~cait dans
le, plaisir" el les fètt-, •. Son époux (tait
partagé entre le contc11te111cnl et la t«•rreur.
li sougeait sans cesse à cc que son p~rc lui
avait dit en public, d'un ton aigre el haut,
après avoir signé son testament : , Vous
l'a,ez rnulu; mai~ sacl1ez que, quelque grand
que je ,·ous fa ~e, ,·ou n'ètes rien après moi,
et c'est à ,ou, aprè.s li faire valoir Ct.l 11ue j'ai
fait pour ,ou - si ,'Ous le poU\ez. 1 M. du
Maine était dans des transes mortcll~ au
sounmir de ces paroles. Qu'allaient den-nir
en effet i. grandeurs quand Louis \IV ne
mait plu là?
.Aio i, tant.li ,1uc l:i joie po sédait eul1• le
Cll'Ur de aime du ~ai11e, M. du Maine était

Gro3VUr~ th J.

ces du ln!: de nai ,ance r~ulièrt•. C'était
Jéjà une l,elle fortune pour un Lâtard : M. du
~faine ,·ut plus enl'ore. Aprè · la mort des

DUCHESSE DU .MJHNE - --,~

RICACD.

agité d'autant Je crainte que d'Dpérance, et
peo~ail moins à :-on bonheur qu'aux moJen ·
de ~e le faire pardonner.

�- - 111S T0'1{1A
Ill

La santé de Louis XIV commença à décliner
dans l'été de t 711. Les différents partis que
sa mort devail mettre aux prises eurent donc
un an pour combiner leur plan de campagne.
La situation était d'ailleurs très simple. L'héritier du trône était presque au maillot, et
deux hommes seulement, le duc d'Orléans et
le duc du Maine, pouvaient prétendre à gouverner en son nom. Le duc d'Orléans était
régent par droit de naissance et chef naturel
de 1a haute noblesse, mais dans une profonde
disgrâce et à l'écart de tout. On l'avait calomnié avec tant d'art, que le public l'accusait d'avoir empoisonné les princes ses cousins
et qu'il faillit êlre écharpé par le peuple à
l'enterrement du duc de Bourgogne. M. du
Maine était peu considéré et peu aimé, si cc
n'est par quelques vieux courtisans dévoués
à son père; mais il avait pour lui le testament du Roi, la volonté du Roi, le cœur du
!loi. C'était beaucoup, c'était tout, tant que
le Roi ,ivait. Que serait-ce le lendemain de
sa mort? Serait-ce encore quelque chose?
M. et Mme du Maine le crurent, et ce fut
leur grande faute, l'origine de Lous leurs
désastres. Ils comprenaient que leur situation
serait très affaiblie par la perle du f\oi ; ils ne
prévoyaient pas qu'elle s'évanouirait et n'existerail plus. Dans leur esprit, le succès était
une question d'adresse et d'activité; il dépendait d'eux d'avoir la réalité du pouvoir et de
n'en laisser que l'ombre au duc d'Orléans.
Ils arrêtèrent leurs projets en conséquence.
Mme du llaine dirigeait tout de son château
de ceaux où, plu que jamais, los plaisirs
semblaient l'occuper uniquement. M. du
Maine exécutait Îes plans de sa !èmme avec
son art accoutumé. Il bougeait moins que
jamais d'auprès du noi, dont la chambre
ressembla singulièrement, dans les derniers
mois de sa vie, à celle où ncgnard a placé le
Géronte du Légataire universel. M. du Maine
et Mme de Maintenon furent le Crispin et la
Lisetle de ce royal fantoche.
Le plan de M. el ~Ime du Maine consistait
à brouiller ensemble tous leurs ennemis el à
allumer la guerre entre eux, afin d'ètre onbliés dans la bagarre. M. du Maine réveilla
de vieilles querelles el en fil naître de nouvelles. Les pairs se disputèrent avec le parlement, le reste de la noblesse avec les pairs.
Lui cependant, l'air détaché de tout, très doux

et très humble, faisait l'étonné et l'ignorant
et passait sa vie dans les églises. On le voyait
à la grand'messe, à vêpres, au sermon, au
salut, à complies. à la prière. li ne se récitait pas une litanie, il ne s~ chantait pas une
antienne que M. du ~laine ne fùt là, les yeux
baissés dévotement, la mine modeste et contrite. Lo moyen de soupçonner cet homme si
confit en dévotion?
La petite duchesse faisait aussi de son
mieux. Elle épouvantait son époux par l'audace de ses conceptions, s'irritait de ses objections el lui reprochait rageusement de
n'~tre qu'un poltron. Il y eut tempête sur
tempête, après quoi ~lme du Maine se dit
qu'il était temps pour elle d'entrer dans la
mèlée.
Elle voulut débuter par un coup d'éclat
el gagner les ducs et pairs à sa cause. Elle
leur parla, échoua, s'emporta, cria qu'eHc
« mettrait le feu au milieu et aus: quatre
coins du roJaume », plutôt que de se laisser
arracher l'espoir de la couronne, el attira à
son époux une scène de Saint-Simon. « Jouissez, lui dit d'un ton de croquemitaine cet
homme terrible, jouissez de votre pouvoir
et de tout ce que vous avez obtenu. Mais il
,•ient quelquefois des temps où on se repent
trop tard d'en avoir abusé.» Le pauvre M. du
Maine devint tout blanc et demeura interdit.
Le printemps de {715 s'acheva parmi ceR
inlrigues. Louis XIV dépérissait à me d'œil
et sa bE:lle-ftlle harcelait li. du Maine pour
qu'il se hfü.tit d'obtenir encore ceci ou cela;
mais M. du Maine devenait maladroit en senlant la crise approcher. Il lai~sa des grâces
impqrtantes Jui couler entre les doigts.
Le 2J aOltl, Louis XI déjà mourant envoya son fils chéri passer une revue à sa
place, afin d'accoutumer les troupes « à le
considérer comme lui-même ». U. du Maine
apparut aux soldats dans toute sa gloire de
favori du jour et de dominateur du lendemain, piaffa, salua, sourit, rayonna, triompha,
rt soudain pâlil d'angoisse en apercevant le
duc d'Orléans à la tête d'un régiment. Au
même instant, par un de ces beaux mourcments instinctifs des foules, qui remellent en
une seconde chaque chose à sa place, le brillant cortège do M. du Maine le quitta et courut
au duc d'Orléans. Cela se fil en un rlin d'œil
el comme involontairement. C'était la protestation de la conscience publique, guérie de
ses soupçons absurdes, en faveur du droit et
de la jusLice. M. du Maine ne comprit pas. 11

crut que ce n'était qu'une couleuvre de plus
à avaler, l'avala el passa. Il s'aveuglait étrangement depuis quelques jours. Cel homme
qui avait peur de son ombre choisit ce moment pour pécher par excès de confiance.
Le 25 aoùt, il obtint encore un codicille de
son père moribond. Le 26, Mme dtt ~faine
interrompit ses fèles cl , int à Versailles. Il
était temps. Louis XIV expira le ter septembre.
Le lendemain 2, il y eut séance solennelle
au parlement pour lire le testament du Roi.
M. du Maine, qui en connaissait le contenu el
se voyait le maître de la France, entra dans
la salle d'un air radieux. &lt;&lt; TI crevait de joie,,,
dit aint-Simon. Il en ressortit le visage défait, l'air anéanti : leslament el codicille
avaient été annulés d'une seule voix au profit
de on rival, et l'air retentissait des acclamations de ce même peuple qui avait voulu
lapider le duc d'Orléans trois ans plus tôt. A
demi roi le matin, M. du Maine n'était plus
le soir qu'un mailre d'école : on lui avail
laissé la surintendance de l'éducation d'un
monarque de cinq ans.
Je laisse à penser comme il lut reçu par
madame sa femme. La duchesse, hors d'e1le
de colère et de mépris, résolut de ne plus
s'en remettre désormais à personne et d'agir
elle-même. EUe ne Larda pas à avoir l'occasion de montrer ce qu'elle savait faire. M. du
Maine avait perdu le pouvoir, mai , il était
toujours prince du ang, en vertu des édits
du Roi son père. Les vrais princes du sang el
beaucoup d'honnêtes gens n'en pouvaient
prendre leur parti. lis trouvaient blessant
pour la religion, pour la morale, pour euxmêmes, que les enfants d'un double adultère
public planassent au-dessus de tous dans une
sorte d'apothéose. Cela criait vengeance, et
l'attaque vint de la propre famille de Mme du
Maine. on père, M. le Prince, était mort.
' on frère était mort. Ce fut son neveu, M. le
Duc, qui attacha le grelot et parla le premier
d'abolir les édits en faveur des légitimés. En
apprenant cette menace, la petite duchesse
s'écria fièrement : « S'ils dorment, nous dormirons ; s'ils se réveillent, nous nous réveillerons. »
Ils se réveillèrent. La guerre Iut allumée
entre les princes du sang légitimes et les
bâtards royaux. ll 1 eul procès, el l'on se
battit à coups de mémoires, de répliques, de
protestations et de requêtes, Mme du Maine
en tête, qui fut infatigable pendant celle
campagne.

(A suivre.)

ARVÈDE BARINE.

dernières amours
de la comtesse du Barry·
Par PAUL OAULOT

VI
Gràce 11 la tolérance des geôliers, Brissac
et madame du Barry correspondaient presque
journellement ensemble, Le postillon de l'une
et l'aide de camp de l'autre étaient sans cern)
sur la route de Louveciennes à Orléan . De
toute celte correspondance, il ne reste qu'un
billet du duc, écrit le Ji août, alors qu'il
vient d'apprendre le oulèvement de Paris et
le renversemenl de la noyauté.
c Ce samedi , 11 amll 1702, à

tranquille dans celle retraite. Son espoir fut
de courte durée : les jacobins de l'endroit,
briguant l'honneur de marcher sur les traces
de leurs Frères parisiens et enhardis par leurs
succès, vinrent perquisitionner; ils emahirent la maison, et, sous les Jeux &lt;le madame

Orléans, six

heures du soir.

« J'ai reçu cc malin la plus aimable des
lettres, el celle qui depuis longtemps a plu
davantage à mon cœur. Je \'OUS en remercie.
Je vous baise mille el mille fois : oui, vous
serez ma dernière pensée.
a Nous ignorons tous les détails; je gémis,
je frissonne. Ab I cher cœur, que ne puis-je
être avec vous dans un désert, puisque je
n'aipuêtrec1u'àOrléans, où il est fort fâcheux
d'èlre 1
&lt;&lt; Je vous baise mille el mille fois. Adieu,
cher cœur.
« La ville est tranquille jusqu'à présent•. »
Cette assnrance qu'il donne à son amie
qu'elle sera « sa dernière pensée » montre
quels sombres pressentiments envahissaient
son àme. Le temps dés illusions était passé,
même pour la confiante madame du Barry.
Un lriste incident vint à. ce moment augmenter encore ses craintes.
Les sans-culottes de Louveciennes n'étaient
point sans avoir remarqué les allées et venues entre le pavillon de madame du .Barry
et la prison d'Orléans. La pauvre femme
avait trop d'envieux et d'ennemis pour que,
dans le nombre, il n'y eût pas des espions.
On surveillait donc étroitement ~a maison.
C'est ainsi qu'on sut que l'aide de camp du
duc de Brissac, après avoir été un des &lt;cconspirateurs dn 10 août », ce qui voulait &lt;lire un
des défenseurs du château dans celte funeste
jotl1'née, s'était réfugié chez madame dn
Barry.
Celle-ci l'avait caché dans une chambre du
pavillon de Louveciennes. Mauss:iliré y soignait une légère blessure reçue dans la matinée du tO août, et espérait re ter ignoré el
, 1: Qui _croirai~ que cct!e phrase si simple a insJJiré à
Grc.i\'C, 1eomm11 acharne de madame du Barry, el très
probaLJ~01e~1L _u1,1 de ses volellfS. de janvier 1701, celte
BllllOl.ahon s1 niaise : « li espéra1L donc une émeute ? »

Cllcht Giraudon ,

LA COMTESSE DU BARRY, ~,· PAJOU.

(Musèe du Lou~re.)

du Barry, frémissante el impuissante, ils arrachèrent le malheureux de sa cachette. On
le conduisit à Paris, où il fut jeté en prison.
Bientôt on s'en prit à elle plus directement.
Le &lt;.;,ourrier français, dans son numéro du
2 scplemhre 1792, alla jusqu'à. raconter sa
prétendue arrestation.
&lt;( Madame du Barry a été arrêtée à Luciennes, et elle vient d'être conduite à Paris.
On s'est aperçu que cette vieille héroïne de
l'ancien régime envoyait continuellement des
émissaires à Orléans. On avait arrêté chez
elle un aide de camp de M. Brissac. On a
pensé avec raison que ces fréquentes ambassades avaient d'autres objets que la galanterie, à laquelle madame du .Barry doit enfin
être Lout ü fait étrangère. :àfaîtresse et confidente de M. &lt;le Brissac, elle a partagé autrefois ses trésors et ses plai irs, elle parla&lt;re
peut-ètre aujourd'hui son ambition contr~ré\'ol u tionnaire.

&lt;r Il sera piquant pour nos neveux d'apprendre que madame du Barry a été arrêtée
pre que dans le même temps qu'on abattait
à Orléans la st;.itue de la Pucelle. Cette arrestation a été faite dans la nuit du 30 au 51,
vers les deux heures du matin. )&gt;
De p:ir('illes attaques dans un p:ir'cil moment étaient terribles. Madame du Barry
comprit quel danger pouvait résulter pour
elle de cet article; la fausse nouvelle risquait
d'epcourager les ennemis qui grouillaient autour d'elle, à Louveciennes même, et de leur
suggérer l'idée d'une arrestation réelle.
Elle chargea aussitôt un de ses ami , très
vraisemblablement le chevalier d'Escours, de
se rendre au bureau du journal et d'offrir la
somme d'argent qu'il faudrait pour obtenir
qu'on insérât une rectilicalion.
Le chevalier accepta la mis~ion et lit le nl.L
ccssaire, - sans succès d'aiUeurs, car on ne
rectifia rien, - mais, avant d'avoir reçu des
nouvelles de ces démarches, Je bruit des
épouvantables massacres qui ensanglantèrent
les prisons de Paris le ~ septembre et Jus
jours suivants vint jeter l'effroi dans l'àme de
madame du Barry.
L'aide de camp du duc de Brissac, cet
~nf?rtuné m~ssager de leurs amours, qu'on
etalt venu lm arracher des mains pour ainsi
dire, Maussabré avait trouvé la mort à Paris.
Et quelle mort!
Tandis que queh1ues-uns des prisonniers
auvent. leur vi~ à fo~ de courage et de
sang-froid, affole, terrorisé, le malheureux a
complètement perdu la tête. Il entend ou
croit entendre prononcer son nom; il' s'échappe de sa cellule, mais, enfermé dans la
prison, il erre de tous côtés, cherchant un
.refuge. Poursuivi par les massacreurs , il se
Jetle dans une pièce sans issue : avisant la
cheminée, il s'y précipite et s'efforce des
pieds et des mains, de fuir par celle é~roite
ouverture; mais bientôt sa tête se heurte à
des· barreaux de fer : la cheminée est grillée!
Il se suspend par les mains et se Jlatte
d'avoir échappé à ses assassins. Ceux-ci n'abandonnent point leur victime : l'un d'eux
tire un coup de pistolet dans la cheminée ·
Mau sabré a le poignet brisé. De la seul~
main qui lui reste, il se cramponne, maitrisant sa douleur .... Tant de volonté de viHe
est inutile. On apporte de la paille humide,
on y met le feu, et bientôt une fumée épaisse
et âcre monte, enveloppant le malheureux
l'asphyxiant. Ses forces ont à bout; sa mai~

�1flST0~1A------------------------•
crispée se détend; il tombe comme une
masse. Les assassins se précipitent sur lui et
l'assomment.
C'est dans ce moment, alors que tant d'atrocités sont commises dans Paris, que la
nouvelle parvient à madame dnBarry que les
prisonniers d'Orléans vont être ramenés dans
la capitale : ils vont passer tout près de Louveciennes!
Une lellre, qu'on croit être du chevalier
d'Escours, l'informe de ces faits :
« Paris, 6 suptembrc f 792. •

Les prisonrùers d'Orléans arriveront demain à Versailles ....
&lt;1 11 faut espérer qu'ils arriveront sains el
saurs, el qu'en gagnant du temps on sauve
leur vie. L'Assemblée, d'ailleurs, lassée de
sanrr, propose de donner une amnistie; le
sacrifice n'est pas r,rand, quand il n'y a point
de coupables.
« J'ai été trouver le rédacteur du Cou1·rier fi·ançais qui rétractera demain la fausseté de l'article qui vous conœrne; je lui ai
promis récompense si cet article est ~ien
fait.
« 11 m'est arrivé dix lettres d'Orléans pour
les députés actuels pour les prier d'aller audevant des malheurs qui menaçaient ces
malheureux prisonniers qu'on croit, à Orléans, qu'on égorgera ici en arrivant. Je les
ai toutes fait remettre tout de suite. Madame
de Maurepas, instruite de la translation de
M. le duc, voulait tout de suite aller à l' Assemblée; on l'a retenue. Elle a écrit à Danton et à l'abbé Fauchet. Madame de 1''lamarens el moi avons porté les lettres : elle (a)
-vivement intéressé l'abbé Fauchet.
a Le malheureux Maussabré serait sauvé
comme M. Marguerie qui était avec lui, s'il
n'avait pas perdu la tête ....
« J'ai l'àme et le corps accablés, el ne
erai tranquille que lorsque je saurai qu~
M. le duc est à. Versailles. Si on peut passer,
j'y enverrai si je ne puis y aller; en-VO)'ez-y
de votre côté, mais surtout ménagez et évitez
toutes démarches qui puissent devenir publiques, et vous faire tort, el nuire à l'un et
à l'autre. Jl
cc

Quelle situation pour madame du Barrl,
pour l'aimable et rieuse femme, qui rie voiL
plus autour d'elle que périls et massacres!
Et il ne lui est même pas permis de rien tenter pour sauver celui qu'elle aime, celui
« qu'on croit à Orléans qu'on égorgera en
arrivant ,, ! Une démarche d'elle peut être la
perle du duc de Brissac!
Elle obéit au conseil donné; elle se renferme à Louveciennes, el elle attend.
La journée du 7 se passe ; les prisonniers
n'arriveront que le lendemain.
Le 8, anxieuse, elle veille, frémissant au
moindre bruit; cependant tout est encore
calme autour d'elle.
Toul à coup, vers le oir, des cris se font
entendre; on dirait d'une foule qui avance.
Que signifie ce tumulte? Elle prèle l'oreille,
le bruit se rapproche. Bientôt on est là, dans

le jardin; la porte du salon s·ourre, et une
tète, lancée par des forcenés, une tête sanglante vient rouler à ses pieds; el, dans cet
horrible débris, elle reconnaît, éperdue, la
lite de son amant, du duc de Brissac!

VII
Les prisonniers d'Orléans avaient été emmenés sans que leur départ eût été régulièrement ordonné. Ma.is qu'importait1 Le
mini tre de la justice était alors Danton, el
l'on sait que, dans ce mois de septembre 1792, de sinistre mémoire, il laissa
sommeiller la juslico, complice actif ou passif des bande d'égorgeurs qui s'intitulaient
les justiciers du peuple.
Les horreurs commises dans les prisons
&lt;le Paris n'étaient que trop faites pour encourager l'audace des forcenés répandus un peu
p:trtout. Les sans-culottes de Versailles ne
voulurent pas se montrer inférieurs aux égorgeurs de la capitale; désireux de ne point
laisser échapper les victimes qui passaient à
leur portée, ils se postèrent sur le chemin
des prisonniers d'Orléans.
Ceux-ci arrivaient, entourés d'unll escorl~
destinée à les protéger; mais l'indiscipline
avait fait son œuvre, et les soldats étaient
d'intelligence avec les bandits. Toutefois ils
s'abstinrent de les aider dans leur sanglante
besogne : ils se laissèrent tranquillement
arrêter aux portes de l'Orangerie de Versailles. Quand les prisonniers furent entrés,
on Ierma la grille, el l'escorte s'e1oigna,
laissant le champ libre aux assassins.
Aussitôt le massacre commença.
Plusieurs d'entre eux se ruèrent sur le
duc de Brissac, sur ce grand seigneur que sa
belle prestance aussi bien que sa haute taille
désignaient à leurs coups.
Bien qu'il n'eût guère l'espoir de leur
échapper, Brissac se souvint qu'il était soldat,
el lutta avec la dernière vigueur contre ces
forcenés.
Armé d'un couteau, il vendit chèrement
sa vie. A la fin, accablé par le nombre, frappé
par derrière, dans les reins, il tomba, sanglant, épui,é :
- Tirez-moi un coup de pistolet! Vous
aurez plus tôl fait! criait-il.
On l'acheva, et son supplice fi.nit avec sa
vie.
C'est alors que la troupe hurlante se )ivra
à celle dernière insulte au cadavre : on détacha la tête, trophée sanglant qu'on alla porter à madame du Barry .. ..
La morl multipliait ainsi les victimes autour d'elle, sinistres présages qu'elle s'efforçait encore de ne pas comprendre. Pour
l'instant, elle était toute à la douleur de la
perle qu'elle venait de faire, et les marques
de s1·mpathie qu'elle recevait la touchaient
profondément. C'est ainsi qu'elle écrivait à
une personne dont le nom nous est resté
inconnu cette lellre qui peint bien l'état de
son âme:
cc

suis dans un état de douleur qu'il vous est
aisé de concevoir. Le voilà consommé, ce
crime effroyable qui me rend si malheureuse,
et qui me livre à des regrets éternels. Au
milieu des horreurs qui m'environnent, ma
santé se soutient : on ne meurt pas de douleur.
« Je suis sensiblement touchée, monsieur,
de votre intérêt. 11 adoucirait mes peines, si
je pouvais ne pas les sentir à chaque instant.
J'ai reçu aujourd'hui des nouvelles de votre
femme; je pense qu'elle viendra bientôt me
voir. Je l'attends avec impatience : il est si
consolant d'être avec des personnes qui ont
nos mêmes sentiments que je regrette tons
les instants que je passe sans la voir. »
Quelques jours plus tard, ma&lt;lame du
Barry s'adressait à la fille de la victime, à
madame de Mortemart :

« Personne n'a plus senti que moi, madame, l'étendue de la perte que vous venez
de faire. Je me ilatte que vous -ne vous êtes
pas méprise sur le motif qui m'a empêchéo
de vous en faire plus tôt mon triste compliment, en mêlant mes larmes am: vôtres.
« La crainte d'augmenter votre juste douleur m'empêchera de vous en parler. La
mienne est à son comble : une destinée qui
devait être si belle, si glorieuse! Quelle fin,
grands dieux!
« Le dernier vœu de votre trop malheureux père, madame, fut que je vous chérisse
en sœur. Ce vœu est trop conforme à mon
cœur pour qu'il ne soit pas rempli. Rece,·ezen l'assurance, el (ne) doutez jamais des sentiments qui m'attachent à vous pour le reste
de ma vie. 1&gt;
Et madame de Mortemart répondait aussitôt :

« C'est ce malin, madame, que j'ai reçu

votre lettre du 22 septembre. Je dois vous
remercier du bien qu'elle m'a fait en diminuant un peu le serrement de mon cœur, et
en me faisant verser quelques larmes. J'ai
eu vingt fois la plume à la main pour vous
parler de ma douleur, pour -vous dire que
mon cœur était déchiré, brisé; que, depuis
le jour fatal ot1 il quitta Paris, j'ai souffert
et je souffre plus que je ne puis vous l'exprimer. Mais j'ai cru prudent de différer de
vous écrire jusqu'à ce que je pusse renfermer quelques-uns des sentiments de mon
cœur, d'un cœur qui -voudrait s'épancher
dans le vôtre, qui partagez si bien les entimenls du mien.
« Le dernier vœu de celui que j'aime et
regretterai toujours est celui de mon cœur :
je vous aimerai en sœur &lt;&gt;t mon attachement
pour vous ne finira qu'avec ma vie. Le moindre de ses désirs sera un ordre sacré pour
moi. Je voudrais pouvoir exécuter tous œu.x
qu'il a eus ou dû avoir dans ses derniers
moments, et je n'épargnerai rien pour les
accomplir.
« Pardon de mon grüionnage. J'ai des
Depuis ce terrible jour, monsieur, Je

"-------------------maux de tête qui me font voir trouble.
Agréez, je vous prie, madame, l'assurance
de la sjncère amitié que je vous ai vouée à
jamais.
• (' e 30 septembre. •

Madame de YortemarL, on le voit, ignorait
à ce moment que son père eùt fait un testament. Le duc de Brissac n'avait eu garde de
négliger cette précau lion, .el la date que porte
ce document, - 1t août 1792, - montre
bien que, dans sa pensée, la chute de la
Royauté était pour lui le présage de Ja mort.
Quand le roi tornbaiL, tJUe ~ouvaient espérer
ses serviteurs?
. Désireux de faire à sa maîtresse un legs
important, que sa fille pût transmettre sans
gêne el madame du Barry rec1:voir sans
honte, il imagina de transformer sa libéralilé
en une sorte de restitution, se déclarant responsable du vol de diamants commis à Louvecienne,, pendant celte nui1 passée à l'hôtel
de la rue de Grenelle.
Il recommande ardemment » à sa fille
c&lt; une personne qui lui est bien chère et que
les malheurs des temps peuvent mettre dans
la plus grande détresse. »

1..'ES DE'lfN1È'l{'ES Jt.MOU'J{S D'E LJl COMTESSE DU BA'J{'J{Y - - . . ,

lant qu'après qu'elle aura opté pour l'un
desdits trois legs, les deux autres seront pour
non avenus. Je la prie d'accepter ce faible
gage de mes sentiments et de ma reconnai.sance, dont je lui suis d'autant plus redevable que j'ai été la cause involontaire de
la perle tle ses diamants, et que. si jamais
elle par,,ient à les retirer d'An9lele1·re,
ceux qui resteront égarés, ou les {mis des
dive1·s voyages que leur 1·echel'che aura
1·e11.dus necessafres, ain.çi que ceu.-r: de La
p1·ime a payer, s'élèveront au niveau de
la valeur effectit,e du legs. Je prie maJiUe
de le lui faire accepter. La connaissance que
j'ai de son cœur m'assure de l'exactitude
qu'elle mettra à l'acquitter, quelles que
soient les charges dont ma succession se
trouvera grevée par mon testament et mon
codicille, ma volonté étant qu'aucun de mes
autres legs ne soit délivré que celui-ci ne
soit entièremenr accompli.
« Ce -1 1 aonst 1792. •

« Signé : Lota -llimcuLE TrnoL.Éo~
DE

Cos É-BmssAc 1•

,,

&lt;c

Un codicille contient l'expression formelle
de ses volontés :
c&lt; Je donne et lègue à madame du Barry,
de Louveciennes, outre et par-dessus ce que
je lui dois, une rente viagè1·e et annuelle de
ringt-quatre mille livres, quille et exempte
de toute retenue, ou bien l'usufruit et jouissance pendant sa vie de ma terre de la Rambaudière et de la Graffinière en Poitou, et .des
meubles qui en dépendent, ou bien encore
une somme de trois cent mille livres une fois
payée en argent, le tout à son choix, d'au-

1. Curiosités historiques, par J.-A. LE Rm, p. 287288. Le montant du legs du duc de Brissac fut absorbé
par les frais d'un proei!s sun;enu so~s la Re.~toura~ion
entre le~. Gomard et les Bcqus, q1u se pretcmlaient
tous hér1llers rie madame du n~rry.

Le comte de Paris

18-H.

Hier, Mme la duchesse d'Orléans me
disait : « Mon fils n'est pas ce qu'on peut
appeler un enfant aimable. Il n'est pas de
ces jolis petits prodiges qui font honneur à
leur mère, et dont on dit : « Que d'à-propos!
que d'esprit! que de grâce! » Tl a du cœur,
je le sais, il a de l'esprit, je le crois; mais
per·onne ne sait et ne croit cela que moi. 11
e.~t timide, farouche, silencieux, effaré ai é-

La volonté du duc de Brissac fut obéie, en
ce sens que le lien, que ses amours avaient
établi entre madame du Barry et madame de
Mortemart, subsista, cimenté par une douleur
commune; mais, s'il faut en croire les Mémoires de ])u_t~s,. les rô,es furent renver és :
la protégée ne· fut pa~ la maîtresse, mais la
fiUe du duc, el le traiL, vrai ou supposé',
mérite d'être rapporté :

« Un peu avant.. que la com.tessc du Barry
fût guillotinée (8 déettmbre 1793), un prêtre
irlandais trouva le moyen d'aller la voir dans
sa prison de la Conciergerie et h1i ofl'rit de la
sauver, si elle pouvait lui fournir une certaine somme d'argent pour gagner ses geôliers et faire le -voyage. EUe lui demanda s'il
2. llI. , Il . Forncron, dans _son H is(oire générale
des Émigrés, l. 1, p. 244, •Joute pleme croyance à

ce récil. E. et J. de Goncourt le relatenl dnns leur
ouvrage, p. 270, en qualifiant de « C).ll'Îcux et 1•éridicp1es ~ les ,Uémofrrt Je Oulens.

ment. Que sera-t-il? je l'ignore. Souvent à
son âge un enfant dans sa position comprend
qu'il faut plaire, et se met, tout petit qu'il
est, à jouer son rôle. Le mien se cache dans
la jupe de sa mère et baisse les yeux. Tel
qu'il est, je l'aime ainsi. Je le préfère même.
J'aime mieux un sauvage qu'un comédien. »

Le comte de Paris a signé l'acte de naissance de la princesse Françoise de Joinville.
C'est la première fois que le prince signait
son nom, Il ne savait ce qu'on lui voulait, et
quand le roi lui a dit en lui présentant l'acte:
a Pari , signe ton nom », l'enfant a refusé.
Mme la duchesse d'Orléan l'a pris entre ses

ne pouvait pas sauver deux personnes; il lui
répondit que son plan ne lui permettait pas
d'en auver plus d'une.
u - En ce cas, dit madame du Barry, je
vous donnerai bien un ordre sur mon banquier pour toucher fa somme nécessaire;
mais j'aime mieux riue ce soit la duche se de
~fortemarl qui échappe à la mort que moi.
Elle est cachée dans un grenier de telle
maison à Calais : voici un mandat sur mon
banquier ; volez à son secours !
&lt;c Le prêtre, après l'avoir pressée de lui
permettre de la tirer elle-même de la prison,
la voyant résolue à préférer la duchesse, prit
le mandat, toucba l'argent, fut à Calais,
tira la duchesse de Mortemart de a retraite,
la déguisa en femme du corumu::i, et, la prenant sous le bras, la fit voyager à pied avec
lui, disant qu'il était un bon prêtre constitu lionne! et marié avec celle femme; on
criait : Bral'O 1 et on le laissait passer. JI
traversa ainsi les armées françaises et vînt à
Ostende, d'où il passa en Angleterre avec
madame de Mortemart, que j'ai yue depuis à
Londres. 1&gt; (T. lU, p. 115-1t6.)
Ces derniers mots permetlraient do croire
que Dutens tient ce récit de la bouche même
de madame de Mortemart. Mais cet épisode
qui montre une du Barry généreuse, héroïque
même, mis à part, n'était-il pas intéres ant
de raconter avec quelques détails celle aventure amoureuse et tragique de la célèbre
courtisane?
Seule des victimes du Tribunal révolutionnaire, elle n'a guère trouvé jusqu'à ce jour,
je ne dirai pas d'apologiste, mais même simplement de défen eur. Peut-être n'en méritait-elle point. Sans prétendre être pour elle
l'un ou l'autre, n.ous avons pensé que l'histoire ne devait pas avoir d'oubliettes, el
qu'on ne pouvait point frustrer de quelque
piûé et de quelque indulgence cette pauvre
femme qui, si elle eut trop l'amour de vivre,
eut a,ussi à un haut degré l'amour d'aimer.
PAUL GAC"LOT.

genoux et lui a dit un mot tout bas. Alors
l'enfant a pris la plume et, sous la dictée de
son aïeul, a écrit sur l'acte L. P. d. O. 11 a
fait l'0 démesuré et les autre lettres gauchement, fort embarrassé et tout honteux comme
les enfants farouches.
Il est charmant pourtant et adore sa mère,
mais c'est à peine s'il sait qu'il s':ippelle
Louis-Philippe cl'Otléans. Il écrit à ses camarades, à son précepteur, à sa mère; mais
les petits billets qu'il fait, il les signe Paris.
C'est le seul nom qu'il se connaisse.
Ce soir, le roi a mandé M. J\égnier, précepteur du prince, et lui a donné l'ordre
d'apprendre au comte de Paris à igner son
nom.
\'JCTOR

HUGO.

�.M'ÉM01'1(ES DU G'ÉN'É'RJf,L 1J.Jt1{0JY D'E .M.Jt"l(HOT

L.

LE SOIR DE BORODINO. -

LE GÉNÉRAL CAULAINCOURT, TUÉ A LA PRISE DE LA GRANDE REDOUTE, EST EMPORTÉ l'AR SES RO.\L\IES.

TaNeau de A.

L&amp;LAOZE-

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XIV (suite).

Tandis que de sombres inquiétudes agitaienl !'Empereur sur le sort de l'arrièregarde et de son intrépide chef, le maréc~al
Ney, celui-ci exécutail un des plus beaux faits
d'armes donl il soit fait mention dans les annales militaires. Parti le 17 novembre an matin
de Smolensk, après en avoir fait auler les
remparts, le maréchal, à peine en marche,
fut assailli par des myriades d'ennemis qui
l'attaquèrent sur les deux llancs, en tête et
en queue!... Ney, les repoussant constamment, marcha au milieu d'eux pendant trois
jours; mais enfin il se trouva arrêté au dangereux défilé du ravin de Krasnoë, au delà
duquel on découvrait de fortes ma $es de
troupes russes et une formidable artillerie,
qui commença un feu vif et soutenu. Sans
s'étonner de cet oh tacle imprévu, le maréchal prend l'audacieuse résolution de forcer
le passage el ordonne au 18• de ligne {com-

mandé par le colonel Pelet, ancien aide de
camp de Ma séna) de charger vivement à la
baïonnelle. A la voix de Ney, les soldats français, bien que harassés de fatigue, exténués
de besoin et engourdis par le froid, s'élancent sur les batteries russes et les enlèvent.
Les ennemis les reprennenl eLnos troupes les
en chassent de nouveau. ~fais enfin il fallut
céder à la supériorité da nombre. Le 48•,
accablé par la mitraille, fut e.n très grande
partie détruit, car ~ur ix cent cinquante
hommes qui étaient entrés dans le ravin, une
centaine seulement le repassèrent. Le colonel
Pelet, grièvement blessé, était de ce nombre.
La nuit survint, et tout espoir de rejoindre
l'Empereur et l'armée paraissait perdu pour
le corps d'arrière-garde; mais Ney a confiance
en es troupes et surtout en lui-même. Par
s.on ordre, de nombreuses lignes de feux sont
allumées afin de retenir les ennemis dans
leur camp, dans la crainte d'une nouvelle
attaque le lendemain. Le maréchal a résolu

de mettre le Dniéper entre lui et les Russes,
et de confier sa destinée et cel le de ses troupes
à la fragi lité des glaces de ce fleuve. Il était
seulement indéci sur le chemin qu'il devait
prendre pour gagner le plus tôt possible le
Dniéper, lorsqu'un colonel rus c venant de
Krasnoë se pré ente comme parleme1ilaire
et somme Ney de mettre bas les arme !...
L'indignation du maréchal éclate à la pensée
d'une telle humiliation, el comme l'officier
ennemi n'était porteur d'aucun ordre écrit,
ey lui déclare qu'il ne le considère pas
comme parlementaire, mais bien comme un
espion; qu'il va donc le Caire passer au fil
des baïonnettes s'il ne le guidr vers le point
le plus rapproché du Dniéper !... Le colonel
russe fut contraint d'obéir.
'ey donne à l'instant l'ordre de quitter en
silence le camp, da.os lequel il abandonne
artillerie, caissons, bagages et les blessés
hors d'élat de le suivre; puis, favorisé par
l'obscurité, il gagne, après r[Ualre heures de

marche, les rives du Dniépcr. Ce fieUYe était
gelé, mais cependant pas assez Fortement
pour être praticable sur Lous les points, car
il existait un grand nombre de crevasses et
des JJarties où la glace était si mince qu'elle
s'enfonçait lorsque plusieurs hommes J pa~saient à la fois. Le maréchal fit donc défiler
ses soldais un à un. Le passage du Oeuve
ainsi opéré, les troupes du maréchal Ney se
croyaient en sûreté, quand au jour naissant
elles aperçurent un bivouac considérable de
Cosaques. L'hetman Platow y commandait, el
comme il avait, selon on habitude, passé la
nuit à boire, il dormait en ce moment. Or,
la discipline est si forte dans l'armée russe
que personne n'oserait éveiller son chef ni
faire prendre les armes sans i;on ordre. Les
débris du corps de Ney côlo5èrent donc à une
lieue le camp de l'hetman sans être attaf(lléS.
On ne vil les Cosaques de Platow que le lendemain.
Le maréchal ey marcha durant trois jours
en comballant sans cesse le long des bords
sinueux du Dniéper qui devaient le conduire
à Orscha, et le 20 il aperçut enfin celle ville
où il espérait trouver !'Empereur el l'armée;
mais il est encore séparé d'Orscha par une
vaste plaine, occupée par un corps nombreux
d'infanterie ennemie, qui s'a,·ance sur lui
pendant que les Cosaques se prép:irent à l'attaquer par derrière. Prenant une bonne po$iLion défensive, il ~nvoie successivement plusieurs ofticiers pour s'assurer que les Français
occupent encore Orscha, sans quoi il eût été
impossible de continuer la résistance. Un des
officiers alleint Orscha, où le quartier général
se trouvait encore. En apprenant le retour du
marochal ey, !'Empereur manifesta une joie
des plus vives, et pour le dégager de la situation périlleuse où il se trouvait, il envoya
au-devant de lui le prince Eugène et le maréchal Mortier, qui repoussèrent les ennemis et
ramenèrent à Orscha le maréchal Ney avec ce
qui restait des braves placés sous ses ordres.
Celte retraite fil le plus grand honneur au
maréchal Ney.
Le lendemain, l'Empereur continua sa retraite par h:okanow, Toloczin et Bohr, où il
trouva les troupes du maréchal Victor arri\'ées depuis peu d'Allemagne et entra en comnmnicalion avec le 2e corps, dont Saint-Cyr
, enail de rendre le commandement au maréchal Oudinot.

rives de la Dilna. La cavalerie légère couvrait
le cantonnements, el, ainsi que je l'ai déjà
dit, la brigade Castex, à laquelle mon régiment était attaché, fut placée à Louchonski,
sur la petite rivière de la Polota, d'où nous
étions à même de surveiller les grandes routes
venant de Sébej et de Newel.
L'armée de Wittgenstein, après sa défaite,
s'était retirée en arrière de ces villes, de orle
qu'il existait entre le Russes et les Français
un espace de plus de vingt-cinq lieues, non
occupé à poste fue, mais où chacun des deux
partis envoyait des reconnaissances de cavalerie, ce qui donnait lieu à de petits c_ombats
peu importants. Du reste, comme les environs
de Polotsk étaient suffisamment garnis de
fourrages et de grains encore sur pied, et
quïl était facile de comprendre que nous y
ferions un loog séjour, les soldats français se
mirent à fauche.r el à uallre les blés, ciu'on
écrasait ensuite dans de petits moulins à Lras,
dont chaque maison de pa)'San est garnie.
Ce travail me paraissant trop lent, je fis
réparer à grand'peine deux moulins à eau
situés sur la Polota, auprès de Louchom;ki,
et dès ce moment le pain fut assuré pour mon
régiment. Quant à la viande, les bois voisins
étaient remplis Je bétail abandonné; mais
comme il fallait y faire une traque chaque
jour pour aroir la provision, je résolus d'imiter ce que j'arais vu pratiquer à l'armée de
Portugal el de former un traupeau régimentaire.
En peu de temps, je parvins à réunir
7 à 800 bêtes à cornes, que je con.fiai à la

CHAPIT~ EXV
Situation .rlu 2• l'OJ'p!'. - Dt!moralisalion des Dararois.
}li· ion auprès tlo colonel Lubco~ki.

Comme il est important d'indi41ucr h•s
cause qui avaient rliuni le 2• corps au surplus de l'armée dont il s'était séparé dès le
commencemenL de la campagne, je dois reprendre l'abrégé de son historique depuis le
mois d'août, lorsy:ue, après a I oir battu les
[lusses devant Polotsk, lt~ maréchal Saint-Clr
fil établir auprès de celle place un immense
camp retranché gardé par une partie· 'de ses
troupes et distribuà le surplus sur les deux

LE COLO."EL DE )!ARBOT.

garde
quels
petits
peau,

de quelques chasseurs démontés, auxje . donnai Jes chevaux du pays, trop
pour entrer dans les rangs: Ce trouque j'augmentai par de fréquentes

excursions, exista plusieurs mois, ce qui me
permit de donner au régiment de la viande à
disc1'él1on et entretenait la bonne santé de
ma troupe, qui me sut gré des soins que je
prenais d'elle. J'étendis ma prévoyance sur
les chevaux, pour lèsq uels on ronstruisit de
grands hangars recouverts en paille et placés
derrière les baraques des soldats, de sorte
que notre bivouac étail presque aussi confortable qu'un camp établi en pleine paix. J.es
antres chefs de corps firent des étaulissemenls analogues, mais aucun ne Forma de
troupeaux : leurs soldats vivaient au jour le
jour.
Pendant que tous les régiments franc,:ais,
croates, suisses et portugais s'occupaient sans
relàche du soin d'améliorerleur situation, les
Ilararois seuls ne faisaient rien pour se soustraire à la misère et aux maladies !... En vain
le général comte de Wrède cherchait-il à les
stimuler en leur montrant :JVcc quelle aetirité
les soldnts français construi aient les baraques,
moissonnaient, ballaient le hlé, le transformaient en farine, bàtissaicnt des fours et faisaient du pain, les malbeureùx Bavarois,
totalement démoralisé' depuis qu'ils ne recevaient plus de distributions régulières, admiraient les travaux intelligents de nos troupes
sans essayer de les imitet; aussi mouraientils comme des mouches, et il n'en serait pas
resté un seul si le ruarécbal Saint-Cyr, sortant
momentanément de ,a nonchalance habituelle, n'eût engagé les colonels des autres
divisions à fournir quotidiennement du pain
aux Bavarois. La cavalerie légère, placde plus
avant dans les campagnes el près des forêts,
leur envoyait des vaches.
Cependant, ces Allemands, si mous lorsqu'il fallait travailler, étaient fort braves
devant l'ennemi; mais dès que le péril cessait, ils retombaient dans leur complète
apathie. La nor,talgie, ou maladie du pays,
s'emparait d'eux; ils se traînaient vers
Polotsk, et, gagnant les hôpitaux établis par
les soins de leur' chcîs, ils demandaient la
chamb1·e où l'on meurt, s'étendaient sur la
paille et ne se relevaient plus! Un très grand
nombre périrent de la sorte, et les choses en
vinrent au point que le général de Wrède se
vit oLligé de placer dans son fourgon les drapeaux de plusieurs bataillons qui n'araient
plus assez d'hommes pour les garder. Cependant, on était :iu mois de septembre, le froid
ne se faisait pas encore sentir; le temps était,
au contraire, fort doux; aussi les autres
troupes étaient en hon état et vécurent gaiement en attendant les événements futurs.
Les cal'aliers de mon régiment se faisaient
surtout remarq11er par leur bonne santé, ce
que j'al!ribnais_ d'abord à la quantité de pain
et de viande que je leur donnais, et surloul à
l'eau-de-vie que j'étais parvenu à me procurer
en abondance, par suile d'une convention
conclue avec les Jésuites de Polorsk. Ces bons
Pères, tous Français, avaient à Louchonski
une grande ferme dans laquelle ~e trouvait
une distillerie d'eau-de-vie de grain; mais, à
l'approche de la guerre, les ouvriers s'étant
enfuis vers le monastère en y apportant le

�ms TO'J{1A
alambics et tous les n ten,iles, la fabrication
avait cessé, ce qui privait les reli 0 ieux d'une
partie de leur revenu. Cependant, l'agglomération de l'armée autour de la ville avait rendu
les alcools si rares el si chers, que les c:inliniers faisaient plusieurs jours de marche pour
aller en chercher jus1p1'à Wilna. li me ,·iot
donc en pensée de faire avec les Jésuites un
trailé par lequel je devais protéger leurs distillateurs, faire ramasser et ballre par mes
oldat le blé nécessaire, à condition que mon
régiment aurait chaque jour une partie de
l'eau-de-vie qui en proviendrait. la proposition apnl été acceptée, les moines eurent de
grands bénéfices en faisant vendre de l'alcool
au camp, et j'eus l'immense avantage d'en
faire di tribuer trois foi par jour à mes oldats, qui depuis qu'ils avaient pas é le Niémen ne buvaient 11ue de l'eau.
Je .ais qu'au premier aspect ces détails
ont oiseux, mais je le rappelle avec plai ir
parce que les oins que je pri de mes
homme auvèrent la vie à beaucoup d'entre
eux el maintinrent l'effectif du 23• de cha seurs rorl au-des us de œlui des autre régiments de cavalerie du corps d'armée, ce qui
me l'alul de la part de l'Empcreur li.Il témoignage de atisfaction dont je parlerai plus
loin.
Parmi les précautions que
je pris, il en est encore deux
qui samèrenL la vie à beaucoup de mes ca,·aliers. La
première fut du les contraindre, dès le 1;i septembre, à
se munir tous d'une de ces
redingotes en peau de mouton avec toison qu'on trouvait
en quantité dans les habitat ions des villarres abandonnés.
Les olJats ont de grands
enfants, dont il faut prendre
soin pour ainsi dire malgré
eu . Les mien prétendirent
d'abord que ces grandes pelises étaient inutiles el surcbargeaient leur chevaux ; mais
dès le mois d'octobre ils les
placèrenL avec plai ir sou
leurs manteaux, el, lorsque les
grands froids furent venus, ils
me remercièrent de les avoir
forcés à les garder.
La seconde des pré&lt;·autions
que je crus devoir prendre fut
d'envo)·er sur les derrières de
l'armée tous les chas eurs démontés par le feu ennemi ou
dont les chevaux étaient morts
de fatigue. [o ordre du jour
du major général prescrivail
d'envoyert-0us ces hommes sur
Lepel, en Lithuanie, où ils
devaient recevoir des cheiaux
qu'on attendait de Varsovie. •
Je me préparais à exécuter -œt
ordre, l~rsque, ayant appris que le dépôt de
Lepel élalt encombré de cavaliers à pied, manquant de tout el n'ayant rien à faire, car il n'ar-

.M'Ë.JJf011(ES DU GÉN~AL BAJ?..ON DE MAR,BOT

ril1ait pas un seul cheval de remonte, je pris
sur moi d'envoyer tou· mes hommes démontés
directement à Varsovie, sous le commandement
du œpilaine Poitevin, qui avait été hles é. Je
savais très bieu que ce que je faisais était
contraire aux règlemeuts; mai~ dans une
armée i111111e11se, lransport,:c au i loin et
placée dans des conditions aussi extraordinaires, il était physiquement impossible que
l'état-major et l'admini tration pussenl pourvoir am: besoins des troupes. Tl fallait donc
qu'un chef de corps pi'll prendre bien des
choseS!iOU · sare~ponsabilité; aussi, le général
Castex, qui ne pouvait me donner une autorisation officielle, m'ay:int promis de fermer
les eux sur ce qui se passait, je continuai à
agir de la sorte tant 11ue cela fut possihle, si
bien qu'inseosililement le nombre de chaseurs démontés cnvoiés par moi à Yar ·ovie
s'éleva à 250.
Après la campagne, je le rclrou,•ai sur
la \'istule, tous babillés de neuf, bien équipé
el ayant d'excellents cbe,•anx, cc qui fut un
très bon renfort pour le régiment.
Les homme démontés appartenant à d'auIres corps et réunis à Lepcl, au nombre de plus
de 9 000, ayant été surpris par la .-rrande
retraire des troupes revenant de Moscou, Cu-

lomne sur Varsovie, dont le dépôt de remonte
avait beaucoup de chevaux et manquait de
cavaliers.
Je pa sai à Louchonski un arand moi dans
le repos, ce qui a ,,ança la i;uéri on de la ble. sure que j'avais reçue en juillet à f:lkouhowo.
Nous étions bien, dan. cc camp, sous le rapport matériel, mais fort ÎntJUiets de ce qui se
passaiL vers Moscou, et n'avions que très rarement des nouvelles de France. Je reçus enfin
nne lettre, par laquelle ma chère Angélique
m'annonçait qu'elle venait de donner le jour
à un garçon. Ma joie, quoique bien vive, fut
mèlée de tristes e, rar j'étais bien loin de ma
fomille, et sans prévoir tous les dangers auxquels je serais expo.é avant peu, je ne me
dissimulais pas que de grands ob. tacles 'oppo ·eraient à notre réunion.
Vers le milieu de septembre, le maréchal
Saint-Cyr me donna une mission fort délicate.
Elle avait un double but : d'abord, aller reconnaître ce que faisaient les ennemi dans
les environs de Newel, et revenir ensuite par
les rhes du lat Otéricbtch.i, afin de m'abou~
cher avec le comte Lubenski, le plus grand
seigneur du pays et l'un des rares Polonais
di posé à lonl entreprendre pour secouer le
joug des Russes. L'Empereur, qui, tout en
hésitant à proclamer le rétablissement de l'ancienne Pologne, voulait organiser en département• les parties déjà
conquises, avait éproU\é beaucoup de refu de la part des
eigneurs auxquels il s'était
proposé &lt;l'en confier l'admini tration i mais, d'après Jes a surances qui lui furent données
sur le patriotisme du comte
Lubenski, Sa Majesté venait de
le nommer préfet de Witepsk.
Cc seigneur -vivant retiré dans
1ine terre située au delà des
cercles occupé par les Français, il était diîficile de lui
faire parvenir sa nomination
et d'assurer son arrivée. i 'apo]éon avnit donc ordonné d'en"oyer un parti de cavalerie légère vers le corn te Lubensl..-i.
Cb.argé de remplir cette mision, avec trois cents hommes
de mon régiment, je choisis
les caYnliers le plus braves,
les mieux montés, el après
le avoir pourvus de pain, de
viandes cuites, d'eau--0e-vic
et de tout ce qui était nécessaire, je quittai, le 14 septembre, le camp de Louchonslî
où je lais ai la Lrigade Castex
et le surplus de nos escadrons. J'emmenai avec moi
Lorentz, qui devait me servir
XAPOUO:,..
d'interprète.
Tatleau Ill lltEISSOSIER.
La vie de parti an est périlleuse
et
très
fatigante,
Éviter les grande rourent presque tous faits pri onniers ou périrent
de froid ur le roules! li eî, t été cependant les, nous cacher le jour dans le~ forêts ans oser
, faire du fou, prendrt' dans un hame.,u de
si facilr de 1•,; dirign pendant l'élt; cl l'au...,, 8o

I'-"

,·irres et des Fourrages, que nous allions cooommcr à quelques lieues de là, afin de donner
1P. ch:IDgP aux e.Qpions ennemi$; marcher tonte

à noire arrivée dans cet antique et V:btc

la nuit, en se dirigeant quelquefois vers un
point différent de celui où l'on doiL aller; être
sans cesse sur le q11i-vil'e, telle fut la vie que
je menai lorsque, lancé a,·ec trois cen~ hommes eulement dans une contrée immense et
inconnue pour moi, je dus m'éloigner de
l'armée française el me rapprocher de celle
des Russes, d1mt je pouvais rencontrer de
nombreux détachemenls. Ma situation était
fo1t difficile; mais j'a, ais confiance dans ma
destinée, ainsi que dans la ,·aleur des cavalier dont j'étais sui,·i. J'a,.inçais donc ré olument, en côtoyant à deux ou trois lieues au
large la route qui, de Polotsk, se rend à
~ewd par Tomlschino, Krasnopoli et Petsch~ki.
Je oc vou ferai pas le récit détaillé des
éréoements peu ioléress:mts qui nous s~rvin~
reot; il vous uffira de sal'oir que, grâce aux
Loos a11is que nous donnaient les papans,
antagonistes déclarés des Russes, nous fîmes
le tour de la ville de ewel en évitant
tou les posle ennemis, el que, après huit
jour·, ou plutôt huit nuits de marche,
. nous parvînmes au lac Ozéritchtchi, sur lrs
les rives dUt1uel est situé le magnifique
chàteau qui appartenait alors au comte Lubenski.
Je n'oublierai jamais 1a cène qui se passa

pour célébrer l'anni,•crsaire de sa naissance Yers degrés qu'on me rendait, je les reçu
el se réjouir de la victoire remportée par avec toute la gravité dont j'étais capable, et
Napoléon à la Moskorn, lorsque de domes- je croyai la scène terminée, lorsque, sur un
tiques accourant annoncer que le chàteau est mot du comte, chacun se prosternant se
cerné par de soldais à cheval qui, aprè
mil en prière.
avoir placé des po tes et des sentinelles,
Entré au chàteau, je remis à M. Lubenski
pénétraient déjà. dans les cours, on pensa sa nomination de préfet de Wilepsk, revêtue
que c'était la police russe qui venait arrêter de la signature de l'empereur des français,
le maitre du logis. Celui-ci, homme des plus el lui demandai s'il acceptait: a Oui, s'écriacourageux, allendail avec c.1lme qu'on le « t-il avec force. el je suis prêt à vous
coodui it dao les prisons de Saint-Péters- « suivre!. .. » La comtesse montra le même
bourg, quand un de ses fils, que la curiosité enthousiasme, el il fut convenu que le comte,
avait porté à ouvrir une fenêtre, vient dire ; accompagné de son fils ruoé et de deux serl"~
,leur , partirait al"CC moi. J'accordai une
a Ces cavaliers parlenl franrais ! ))
. Â ces mots, le comte [,ubenski, suivi de heure pour faire les préparatifs du voyage,
sa nombreuse famille el d'une foule de seni- ll n'est pas besoin de dire qu'elle fut em•
teurs, ~e précipitant bor du château, les ployée à donner un bon souper à mon détaréunit .mr un immense péristyle, dont je chement, qui fut obligé de le manëer à chemontais alors les degrés, el, s'avançant vers v3J, tant je craignais d'ètre surpris. Les
moi les bras tendus, il s'écria d'un Ion tra- adieux faits, nous allàmes coucher à quatre
gique : a Sois le bienvenu, généreux Gaulois, lieues de là, dans une forêt où nous rcst:lmes
a qui apporte la liberté dans ma patrie si cachés louL le jour suivant. La nuit d'après,
a longtemps opprimée!. .. Yiens, que je le nous continuâmes notre marche; mai , pour
dépister les partis ennemis, qui auraient pu
&lt;1 presse sur mon cœur, guerrier du grand
u apoléon, libérateur de ln Pologne 1. .. 1&gt; être in truits de la pr&amp;ence d'on détacheNon seulement le comte m'embras a, mais il ment français dans ces parages, je me gardai
voulut que la comtesse, ses ûlles et ses fils bien de reprendre les chemins que j'a,•ais
fissent de même. Pui l"aumônier, le précep- suivi en renanl, et, passant par Lombrowka,
wino el Takarena, tantôt par des sentier ,
teurs, les instilulrices ,•inrcnl me baiser la

1

,·. -

HtSTORIA. -

Fasc. 3~.

manoir. La lune éclairait une irnperbe soirée
d'automne. La famille du L'omte était réunie

.... 81 ...

main, el toute la domesticité posa ses lèm~s
sur mon genou! ...
Ilien qne fort étonné des honneurs &lt;le di-

6

�msro~1A------------------------~
LantôL à lrarer· champ , je panin , nu boul
de cin([ jours, à Polot k. Je me félicit.'li d'autant plu d'avoir cban"é de roule en revenant, que j'appri plus tard, par des marchand· de Xt•wel, 11ue les Ru-. es avaient
envo1é un ré .. imenL de dragon el 600 Cosaques m 'allendre aux ,ources de la Oris a,
,·er · Kra. uopoli.
Aprè · a1oir rendu compte de ma mi sion
au maréchal ..;:iint-C)r cl lui avoir pribenlé
1. 1.ulien~ki, je rt•~agnai le l,il·ouac de Loucbon~ki, oi1 je retrourai le énéral Ca tex rt
la partie de mon ré!!imenl que j'y avai
1:IL ée.
lion expédition avait dur~ lrtiize jour.~.
pend::inl le. quels nou · avion éprouvé bien
de fatigues, quel11ues privation. ; mais je
ramenai mon monde en bon étal. Nou ·
n'a,·ions pa comhallu, car le petit group·s
d'ennemi· que nou :lfions aperçu· ·'étaient
tou enfuis en nou ,·oyant.
Le trajet que le comte Lul,en li avait fait
avec nou m'a1ail mis à milme de le juger
et de l'apprécier. C'était un homme fort
in lruit, capal,le, aimant son pay · par-desrns
tout, mai dont l'e altalion faus ait quelquefoi· le jug~menl lorsqu'il 'agi sait de
cboi ir lt mo1ens de recon Lituer la Pologne. 1 'éanmoin , i tous e comp:itriote
avaient part.a é son ardeur et eu cnt pris
le arme à l'arrhée de Fraoçai , fa Pologne eût prul-êlrc recouvré son indépendance en 1 12; mais, à peu d'exception
pr~s, ils restèrent tous dans la plus profonde
apathie.
En s'éloi"nanl de Pololsk, le comte alla
prendre po e ~ion de sa pré[eclure. li ne la
garda pas Jongtemp , car un moi s'était à
peine écoulé que l'armée française, après
a.voir quitté Moscou, traversait la province de
Witep k en effectuant sa retraite. Forcé, par
cc falal é,·éoement, d'abandonner sa préfecture et de se ou traire à la ven,,eance des
Ru.ses, le comte Luben ki se rétugîa dan
la Galicie, en Pologne autrichienne, où il
po sédail de trè "rand· bien . Il y ,·écut en
paix ju~qu'en 1 50, époque à laquelle il
re,·int dao la Polo ne rasse, !or-qu'elle prit
les armes contre le Czar. J'i,,nore qu'cUe a
été la de linée du comte Lul,efilki pendant
et aprè ce oul'vemenl. Plu~ieur de es
compatriotes m'ont assuré qu'il s'était de
nouveau retiré sur es lerr de Galicie.
C'était un grand patriote et un excellent·
homme.
Peu de jours apr'· · notre retour à Louchon ki, je fu grandement urpris en voyant
arri,'er de France un détachement de trente
cavalier~ de mon régiment. · Ils venaient de
Ions el avaient, par con, équenl, traver é la
Bel!.rique, le pro,inœs rhénane , toute l'Allemagne, une partie de la Pru se, de la Pologne,
et parcouru plu ' de 400 lieue ou le commandement d'un impie ous-orftcirr. Cependant, pa un homme n'était resté en arrière
el pas un cheval n'était hie é !...
Cela uffirait pour démontrer le ièle el le
bon e. prit dont le '!3• de chasseurs était
animé.
0

0

CHAPITR.E XVI
AutricLieus. - Défens.. de Polotsk. ,'lïllgen h•in pri-onnicr nous t•cha11pc. - ~on•

Défection d

..-eaux ümbat.,. - i:vacuation dt' la Tille. - I.e:
llanroi, nou aban,lonnrnt. - Jonction ,,ec 1&lt;?
curp! de Victor. - Le ni.rai· de Gb,,,r,.dié.

Ycrs le J2 octobre, le 2 corp d'armée,
11ui, depui le 1 août, vivniL dans l'abondance et la tranquillité à PoloLk cl dan les
emirons, dut se prépart•r à courir dt!recbef
la chance des comliat ·. Nous apprime que
l'amiral Tchitchakolî, ,·ommandant en chef
de l'armée ru e de Valachie, aprè · a,·oir
fait fa pai\ arec le Turc. par l'intcrmédatr'
des Anglai·, .e dirigeait ,·ers ~fohilew. afin
de se port •r ur Je. derrière de l'empereur
•'apoléon, qui, n'ayant pa encore quitté
. foscou, . e berçait toujour de l'e poir de
conclure un traité avec Alexandre. On 'étonnait que Je prince chwarzenlier", chargé
avec trente mille Autrichien , no alliés, de
surveiller le corps ru. se de Valachie, cùl
lai é pa ser TchitchakolT, mais le fait n'était
pas moin réel. , ·on ulement Jes Aulr1chien n'araicnt pa barré le chemin aux
Rus ·p,, ain i qu'ils le poU\·aient; mai·, au
lieu de le uirre en queue, il étaient r, lés
fort tranquille dans leur cantonnements
de Volhynie.
Napoléon a,·ait trop complt: ur la bonne
foi des mini ·tres et des généraux de son
beau-père l'empereur d'J.utriche, en leur
confiant le oin de couvrir l'aiJe droite de la
Grande-Armée. En vain le général de égur
cherche à pallier les torts du gouvernement
autrichien et du prince chwarzenherg, commandnnt de ,es armée ; il y eut trahison
flacrrnnte de leur part, et l'hi toire flétrira
leur conduite!
Pendant qu'à notre droite les Autrichiens
livraient pas age au corp rus e venant de
Turquie, le Pro, ien , dont on arait i jmprudemment formé notre aile gauche, se
préparaient à pactiser au i u·ec le. ennemi ,
el cela pre~que ounrtemenl, . an se cacher
du maréchal MacdoonJd, que !'Empereur
avait mi à I ur tète pour les maintenir dans
la fidélité. Dè que ce étranncr apprirenl
que l'occupation de Mosoou n'avait pn amené
la paix, il prévir~nt le. désastre de l'armée
françai e, et lou te leur haine contre nou e
réreilla. JI ne .e mirent point enC-Ore en
rébellion complète, mai le maréchal acdonald était Fort mal obéi, et les Prussien ,
cantonnés pr de Rina, pouvaient d'un moment à l'autre e réunir aux troupes russes
de \îillgen tein pour accabler le 2e corp
françai campé ous PoloLk.
On comprend combien la situation du maréchal aint-Cyr devenait difficile. EUe ne
put cependant l'émouvoir, el, touJOUr impassible, il donna a,·ec calme et clarté le ordre:;
pour une défense opiniâtre. Toule l'infanlerie
fut réunie dans la ville et le camp retranché :
plusieur pônt.s furent ajouté à ceux qui
unissaient déja les deux rives de la Düna.
On pl ça les malade. et le non-comballants
au vieux PoloŒk, ain i qu'à Ekimania, po te

rorti.fiés situés ur la rive gauche. Le maréchal, ne pensant pas avoir as ez de troup'.
poar di pater la plaine à \\itt en tein qui
venait de recevoir de très puis ants renfort
de aint-Péter-hourg, crut ne deYoir garder
que cinq escadron , et il en prit un dans
chaque régiment de cavalerie légère. Le urplus pas. a ~ur la rh·e oppo. ée.
Le 16 octobre, les édaireurs ennemis &lt;'
montrèrent devant Polotsk, dont l'a pcct dut
(eur paraitre bien chan,,é. tant à eau e de
!'immense camp retranché nouvellement étnLli que par les nombreu e fortifieation.
dont la plainr était couverte. La plus g-rande
et la plus forte était une redoute urnommre
la Baiw·oise. Tou ceux des malheureux
·oldat du général de Wrède qui avaient sur1·écu à la maladie du pay demandèrent à
défendre celle redoute, ce qu'il firent avec
beaucoup de ,-:,leur.
Le combat commcn~·a le 17 et dur11 toule
la journée, ans (JUe le maréchal ainl-C)r
pùt être forcé dan· a po ilion. Le général
Wittcren tcin, Curieux, attribuant cet échec il
ce que ,es officier· n'avaient p~s a sez reconnu le fort el le faihle de no ouvra"C.
dé[en ifs, ..-oulut le examiner lui-mème et
·'en approcha trè. coura eu emenl; mai cet
ncle de dévouement faillit lui coûter la vie,
car le commandant Curé! ·• l'un de· plus
bra,·c et de meilleur officier de l'armée
française, a ·ant aperçu le général rosse,
s'élance sur lui à la tète de l'escadron fourni
par le 20 de chas eurs, sabre une partie de
son escorte, et pous ant jusqu'à Wittgenstein,
auquel il met la pointe ur la i:ror"e, il le
force à rendre son épée l
Apr l'importante capture du général en
chef ennemi, le commandant Curély" aurait
dù se retirer promptement entre deux redoutes et conduire son pri oonier dans le
camp retranché; mais Curély était trop
ardent, et, voyant que l'e corle du "énéral
rus e revenait à la charge pour le déliHer
il crut l'honneur françai ennagé à ce qu'il
con enâl son pri onnier, maigri tou 1
eliorts des ennemis! ... Wittgen tein . e trouva
donc pendant quelques minutes au milieu
d'un groupe de combattants qui e di. pulaient a personne; mais le cheval de Curély
ayant été tué, plu ieur · de no cha cur
mirent pied 11 terre pour relever leur chef, et
Wittgenstein, profitant de la conra ·ion produite par cet événement, 'enruit au grand
galop, en ordonnant aux siens de le suivre! ...
Cet épi ode, hientôl connu de toute l'armée, donna lieu à une controverse des plu.
vive . Le un prétendaient que la modération dont Curély avait fait preuve en ne portant aucun coup au général Wittgen lcin
devait cesser du moment où l · R~ses, re,·enus au combat, étaient sur le point de déliner leur général, et ils soutenaient que
Curély aar.tit dû lai pas er alor son abre
au travers du corp . Mais d'autres di.aienl •
que, du moment où Curély avait reçu le
général ennemi à merci, il n'avait plu le
droit de le tuer. 11 p •ut y uoir du ,·rai dans
ce dernier rai onnement; cependant, pour

�'--------------------111ST0-1{1A
qu'il fût complèLement exact, il faudrait qur,
à l'exemple des anciens chevalier~, le général
Wittgenstein se fùt constitué prisonnier,
secoµ1·u on non secouru; mais il parait qu'il
n'avait pas pris cet engagement, ou bien qu'il
y manqua, puisqu'il s'évada Jè_ qu'il en vil
la po~sibililé. En avait-il le droit? C'esL une
question très difficile à résoudre. li en est
de même de celle relative au droil qu'aurait
eu Curéli· de tuer Wiugenstein pendant qu"on
cherchait à le reprendre. Quoi qu'il en soit,
lorsque, plus lard, on présenta le commandant Curély à !'Empereur, pendant le passage
de la Bérésina, où le général Witlgenslcin
nous fit éprouver de si grandes pertes, Napoléon dit au chef d'eseadrons : a Ce malheur
&lt;&lt; ne fùt proltablement pas arrivé si, usant
a de votre droit, vous eussiez tué WittgPn« stein sur le champ de bataille de Polol~k,
« au moment où les Russes cherchaient à
&lt;&lt; l'arracher de rns mains.... » Malgré ce
reproche, mérité ou non, Curély devint colonel peu de temps après et oCûcier géneral
en i814.
Mais revenons à Polot.k, dont les ennemis,
repous~és le f 7 octobre, renou\'elèrent l'attaque le f8, avec des forces tellement supéri1mres que, après avoir éprou,·é des pertes
immenses, Wittgenstein s'empara du camp
retranché. Mais Saint-Cyr, se mettant à la
tête des divisions Legrand et Maison, l'en
cha sa à coup de baïonnettes. Srpt fois les
Russes rPvi11rent avec acharnement à la
charge, et sept fois les Français et les Croates
les r.-poussèrent, et restèrent enfin maitres
de toutes les positions.
Le maréchal Saint-Cyr, quoique blessé,
n'en continua pas moins à diriger les troupes.
es efforts furent couronnés d'un plein succès, car les ennemis, abandonnant le champ
de bataille, se retirèrent dans la forêt voisine. t&gt;0,000 Russes venaient d'ètre battus
par 15,0U0 hommes. La joie régnait dans le
camp français. Mais le i 9 au matin, on apprit que le général teingbel, à la tête de
i4,0UO Busses, venait de traversi:r la Düna
devant Disna et remontait la rive gauche pour
tourner Polotsk, s'emparer des ponts et enfermi,r l'armée de Saint-C)'r entre les trnupes
qu'il amenait et celles de Wittgenstein. En
effet, on vil bientôt l'avant-garde de Sleinghel
paraître devant NaLcha, se dirigeant vers Ekimania, où se trom·aient la division de cuirassiers et les régiments de cavalerie légère dont
le marét:hal n'avait gardé qu'un escadron à
Polotsk.
En un clin d'œil, nous fûmes tous à cheval
el repoussâmes les ennemis, qui auraient cependant 6ni par prendre le dessus, car il
leur arriva.il de puissants renforts, et nous
n'avions pas d'infanterie, lorsque le maréchal
Saint.Cyr en envoya trois régiments, détachés
des divisions qui gardaient Polotsk. Dès lors,
Steinghel. qni n'a1ait plus que quelques efforts à faire pour arrirer aux ponts, s'arrêta
toul court, tandis que sur L'autre rive WiLLg_en tein gardait au~si l'immobilüé. U semhl:ùt que les deux généraux rosses, après
avoir combiné un plan d'attaque très bien

conçu, n'osaient en achever l'exécution, chacun d'eux s'en reposant sur l'autre du soin
de vaincre les Français.
Cependant la position de ces derniers de,enait horriblement crilique, car, sur la rive
droite, ils étaient acculés par l'armée de Willgenstein, triple de la leur, contre une ville
enlièremenL construite en bois et une rivière
considérable, n'ayant d'autre moyen de retraile que les ponts, dont le troupes de Sleinghel menaçaient de s'emparer par la riYe
gauche.
Tous les généraux pressent alors Saint-Cyr
d'ordonner l'évacuation de Polotsk; mais il
veut ~agner la nuit, parce qu'il sent que les
50,000 Russes placés devant lui n'attendent
que ~on premier mouvement réLrograde pour
s'élancer sur son armée affaiblie et porter le
désordre dans ses rangs. Il re La donc immo·
bile, et, profitant de l'inconcevable inaction
des généraux ennemis, il allendit le coucher
du soleil, dont heureusement le moment fut
avancé par t1n brouillard fort épais, qui déroba les trois armées à la vue les unes des
autres. Le maréchal saisit cel instant favorable pour exécuter sa retraite.
Déjà sa nombreuse artillerie et quelques
escadrons restés sur la rive droite avaient
traversé les ponts en silence, et l'infanlerie
allait suivre en dérobant sa marche à l'ennemi, lorsque, sur le point de partir, les soldats de la division Legrand, ne voulant pas
abandonner aux Russes leurs baraq!}es intactes, y mirent le feu. Les deux antres divisions, pensant que c'était un signal convenu,
firenl de même, el en un instant Lou te la
ligne fut embrasée. Cet immense incendie
ayant annoncé aux !lusses notre mouvement
rélro~rade, toutes leurs batteries éclalèr~nt,
et leurs obus mirent le fou aux- faubourgs
ainsi qu'à la ville, sur laquelle leurs colonnes
se précipiLèrent. Mais les Français, et principalement la division Maison, la défendirent
pied à pied, car, à la lueur de l'incendie, on
se voyait comme en plein jour.
Pololsk brûla complètement : les perles
des deux partis forent considérables; néanmoins la retraite de nos troupes s'effectua
avec ordre : on emmena nos blessés transportables; les autres, ainsi 'Jll'un grand nombre de Russe~, périrent dans les flammes.
li paraît que le désaccord le plus complet
régnail entre 1es chefs de l'armée ennemie,
car pendant celle nuit de combat Steinghel
resta fort tranquille dans son camp et ne seconda pas plus l'allaque de Wittgenstein que
celui-rj n·a~·ait secondé la sienne le jour précédent 1 • Ce fut seulement quand Saint-Cyr,
après aioir évacué la place, se fut mis hors
des alleinLes de Wiugen Lein, en bnilant les
pools de la Düna, que Steinghel commença le
20 au matin à prendre des dispositions pour
nons auaquer; mais les troupes françaises
étant alors toutes réunies sur la rive gauche,
1. Si nous en croyons les M6moire:: de Tchilchakolî,
le foneslc dé~accord qui régnait trop souvcnl parmi
les liculenauts de Napoléon exi~uit egnlemenl JJarmi
ceu1 il"Alc.xaodrc. C'est à ce désaccord que les dëbris
de la Grande Armée auraient d1l en partie leur rnlul
fors du ~&lt;age de la Béré,ina. t Note de l'éditeur. )

Saint-Cyr les porta contre Steinghel, qui fut
culbuté avec perte de plus de 2,000 hommes
tués ou pris.
Dans ces rudes engagements de quatre
jours et une nuit, les ['\usrns eurent six généraux et 10,000 hommes tués ou blessés.
La perte des français et de leurs alliés ne fut
'Jlle de 5,000 hommes hors de combat, différence énorme, qu'il faut attribuer à la supériorilé du feu de nos troupes, surtout à
celui de l'artillerie. Mais l'avantage que nous
avions eu sous le rapporl des perles était en
partie compensé, car les blessures que le maréchal Saint.Cyr avaiL reçues allaient pril'er
l'armée du cht:f en qui elle a,·ait une entière
confiance. li fallail le remplacer. Le comte
de Wrède, alléguant son rang de général en
chef des corps bavarois, prétendit aYoir le
commandement sur les "énéraux de dfrision
français; mais ceux-ci rtafusant d'obéir à un
étranger, le maréchal Saint-Cyr, quoique très
soulfrant, consentit à garder quelque Lemps
encore la direction des deux corps d'armée
et ordonna la retraite vers Quia, aûn de
se rapprocher de Smoliany et de couvrir
ainsi le flanc de la route d'Orscha à BorisolT, par laquelle !'Empereur re,·enait de
Moscou.
Cette retraite fut si bien ordonnée, que
Wittgenstein el Steinghel, qni, après avoir
réparé les ponts de la Düna, nous suivaient
en queue avec 50,000 hommes, n'osèrent
nous attaquer, bien que nous n'eussions que
12,000 combattants, et ils n'avancèrent qne
de quinze lieues en huit jours. Quant au
comte de Wrède, dont l'orgueil blessé ne voulait plus se plier à l'obéissance, il marchait à
volonté avec un millier de Davarois qui lui
restaient et une brigade de cavalerie française qu'il aYait emmenée par subterfuge, en
disant au général Corbineau qu'il en a,·ait
reçn l'ordre, ce qui n'était pas l La présomption du comte de Wrède ne tarda pas à êt re
punie; il fut attaqué et battu par une division
russe. Il se retira alors sans autorisation sur
Wilna, d'où il gagna le Niémen. La brigade
Corùinem, refusant de le suivre, reviol joindre l'armée française, pour laquelle son retour fut un grand bonheur, ainsi que vons le
verrl'z lorsque je parlerai du passage de la
Bérésina.
Cependant, par ordre de !"Empereur, le
maréchal Victor, duc de Bellone, à la tête du
9~ corps d'armée fort de 25,000 hommes de
troupes, dont la moitié app:irtenait à la Confédération du Rhin, accourait de Smolensk
pour se jôindre à Saint-Cyr et rejeter Wittgenstein au delà de la Diina. Ce projet eù t
certainement été sufri d'un prompt effet, si
Saint-Cyr eftt eu le commandement supérieur:
mais Victor étant le plus ancien des deux maréchaux, Saint.Cyr ne voulut pas senir sous
ses ordres, et, la veille de leur réunion, qui
eut lieu le 5 l octobre devant moliany, il déclara ne pouvoir continuer la campagne, remit la direction du 2e corps au général Legrand el s'éloigna pour retourner en France .
Saint-Cyr ful regretté des troupes, qui, tout
en n'aimant pas sa personne, rendaient jus-

.MiJMOTJfES DU G'ÉNÉ'R.JU. "BA~ON DE Jff'A'l("BOT

Lice à son courage et à ses rares talents mili- préparait à bivouaquer en ce lieu!... Le
soldats. Ainsi remis d'une des plus vives
taires.
nombre des feux augmentait sans cesse· la alarmes qne j'aie jamais éprouvées J·e reaaIl n? manquait à Saint-Cyr, pour être un plaine ainsi que les cotearrx en furent bie~tôt
0
'
gna1. Zapo lé.
chef d armée complet, que d'avoir moins
d'égoïsme el de sa,·oir gagner l'attachement
des soldat~ et des officiers en s'occupant de
leurs besoms : mais il n'y a pas d"homme
sans défaut.
Le maréchal Victor avait à peine réuni sous
son commandement les 2• et 9• corps d'armée, que la fortune lui offrit l'occasion de
remporter une victoire éclatante. En effet
Wittgenslein, ignorant cette jonction et s;
fiant à sa supériorité, viol attaquer nos postes
en s'adossant imprudemment à des défilés
très diîllciles, Il ne fallait qu'un effort simultané des deux corps poar le détruire, car nos
troupes, maintenant aussi nombreuses que
les siennes, étaienl animées du meilleur esprit et désiraient vivement le combat; mais
V1clorr se méfiant sans doute de lui-même ,
sur un terrain c1u'il voyail pour la première
f~is, profita de Ja nuit pour se retirer, gagna
S1enno et cantonna les deux corps d'armé\!
dans les environs. Les Russes s'éloiauèreut
aussi, en laissant seulement quelque; Cosaques pour nous observer. Cet état de choses
qui dura toute la première quinzaine de no~
rembre, fut très favorable à nos troupes, car
elles vécurent largement, la contrée offrant
LA RETR.\ITE. - D'après 1111e lilhog,·aphie anonyme. (Cabinet des Estampes .)
beaucoup de ressources.
Le 25• de chasseurs, posLé à Zapolé, couvrait un des llancs des deux corps réunis, couvert~ et ofiraient l'aspect d'un camp de
CHAPITR,E XVII
lorsque le maréchal Victor, informé qu'une 50,000 hommes, au centre duquel je me
nombreuse armée ennemie se trouvait à Vo- trouvais avec moins de 700 cavaliers! .... La Ou~inot. nous rejoinl el se sépare de ''ictor. - Grave
nisokoï-Ghorodié, prescrivit au généra·l Castex partie n"était pas égale; mais comment éviter
s1tu~llon de l'llrm~e. - Abandon et reprise de
Bomolf. - Incond1e du pool de la Ilérésioa. de faire reconnaître ce point par un des rérr-i- le péril qui nous menaçait? Il n'y avait qu'un
'.'fous faisons un immense butin â Ilorisolf.
menls de sa brigade. C'ét.ail au mien à
seul m_oyen, c'était de nous lancer au galop
cher. Nous parûmes à la tombée du jour et et en ~1lcnce par la digue principale que nous
Au boul de quelques jours, il m'écbut une
arrhàmes sans encombre à Ghorodié Yillarre occup1ons, de fondre sur les ennemis surpris nouvelle mission, dans laquelle nous n'eûmes
situé dans un bas-fond, sur un très vas~e par cette allaque -imprévue, de nous ouvrir plus à braver les feux follets, mais bien ceux
marais desséché. Toul y était fort tranquille, un passage le ~abre à la maiu, el, une fois des mousquetons des dragons russes. Un jour
et les paysans que je fis interroger par Lo- éloignés de la clarté des feux du camp, l'obs- que le général .Castex s'éLait rendu à ienno,
rentz n'avaient pas vu un soldat russe depuis curité nous permettrait de nous retirer sans auprès du maréchal Victor, et que, le 24e de
un mois. Je me mis donc en disposition de être poursuivis!. .. Ce plan bien arrêté, j'en- chasseurs étant en expéJition, mon régiment
revenir à Zapolé, mais le retour ne ful pas voie des ofLiciers tout le long de la colonne se trouvait à Zapolé, je vois arriver deux
aussi calme que l'avait élé notre marche en pour en prévenir la tronpe, certain que cha- paysans et reconnais dans l'un M. de Bouravant.
cun approuverait mon projet et me suivrait going, capitaine aide de camp d'Oudinot. Ce
Bien qu'il n'y eùt pas de brouillard, la avec résolution !... J'avouerai néanmoins que maréchal, qui s'était rendu à Wilna après
nuit tllait fort obscure; je craignais d'égarer je n'étais pas sans inquiétude, car l'in[an- avoir été blessé à Polotsk, le f 8 août, ayant
le régiment sur les nombreuses digues des lerie ennemie pouvait prendre les armes au appris que Saint-Cyr, blessé à son tour le
marais que je devais lraverser de nouveau. premier cri d'un factionnaire et me tuer 1.8 octobre, venait de quiller l"armée, avait
Je pris donc pour guide celui des habitants beaucoup de monde pendant que mon régi- résolu de rejoindre Lo 2e corps et d'en rede Gh.orodié ,yui m'avait paru le moins stupide. ment défilerait devant elle.
prendre le commandement.
,1a colonne cheminait en très bon ordre
J'étais dans ces anxiétés, lorsque le paysan
Oudinot, sachant que ses troupes étaient
~epuis ~ne demi-heure, lorsque tout à coup qui nous guidait part d'un grand éclat de dans les environs de Sienno, se diriaeait vers
J aperçois des feux de bivouac sur les collines rire, et Lorentz en fail autant .... En vain je celle ville, lorsque, arrivé à Ras;a, il fut
qui dominent les marais!... J'arrête ma que,tionne celui-ci, il 1·il toujours, et, ne prévenu, par un prêtre polonais, qu'un parti
troupe et fais dire à l'avant-garde d'emoyer sachant pas ass&lt;&gt;z Lien le français pour expli- de dragons russes et de Cosaques rôdait
en reconnaissance deux sous-officiers intelli- quer le cas extraordinaire qui se présentait, auprès de là; mais comme le maréchal apprit
gents qui devront observer, en lâchant de il me montre son manteau, sur lequel Yenait en même temps qu'il y avait de la cavalerie
n'ètre pas aperçus. Ces hommes reviennent de se poser un des nombreux/ eux follets que française à Zapolé, il résolut d'écrire au comprompLemenl me dire qu'un corps très nom- nous avions pris pour des feux de bivouac.... mandant de ce poste pour lui demander une
breux nous barre le passage, tandis qu'un Ce phénomène était produit par les émana- forte escorte et expédia sa lei tre par M. de
autre s'établit sur nos derrières! Je tourne la tions des marais, condensées par une petite
Bourgoing, qui, pour plus de sû.reté, se détête, et, voyant des milliers de feux entre gelée, après une journée d'automne dont le guisa en paysan. Bien lui en prit, car à peine
moi et Ghorodié que je venais de quitter, il soleil avait été très chaud. En peu de temps, était-il à une lieue qu'il !ut rencontré par un
me parut évident que j'avais donné sans le tout le régiment fut couvert de ces feux, gros
fort détachement de cavaliers ennemis qui, le
savoir au milieu d'un corps d'armée qui se comme des œufs, ce qui amusa beaucoup les prenant pour uu habitant de la contrée, ne

m;r-

�1l1STO'J{1.Jl
firenl pas attention à lui, Peu de moments
après, M. de Bourgoing, enlendant plnsieurs
coups de feu, pressa sa marche et parvint à
Zapolé.
Dès qu'il m'eut informé de la position
critique dans laquelle se trouvait le maréchal,
je parti au trot, avec tout mon régîment,
pour lui porter un prompt secours. li était

temps que nous arrivassions, car, bien que le
maréchal se fOt barricadé dans une maison
en pierre où, ayant réuni à ses aides de camp
une douzaine de soldats français qui rejoignaient l'année, il se défendait vaillamment,
il allait néanmoins être forcé par les dragons
russes, lorsque nous apparùmes. En nous
VO)'ant, les ennemis remontèrent à cheval et

prirent la fuite. Mes cavaliers les poursuivirent à outrance, en tuèrent une ,·ingtaine
el firent quelques prisonniers : j'eus deux
hommes blessés. Le maréchal Oudinot, heureux d·avoir échappé aux mains des Ru. ses,
nous exprima sa reconnaissance, et mon régiment l'escorta jusqu'à ce que, arri\"é dans les
cantonnements français, il fùt hors de danger.

(A suivre.)

GÉNÉRAL DE

LOUISE CHASTEAU

....

fi mes d'aulrefois

MARBOT.

XII

Souvenirs de reine
18 août 1572. - Le roi de 'avarre 1 ,
portant le deuil de 1a reine sa mère, vint à
la Cour, a,·compagné de huit cents gentilshommes, tous en deuil, et rut reçu du roi'
et de toute la Cour avec beaucoup d'honneurs;
et nos noces se firent peu de jour :iprès,
avec autant de triomphe et de magnificence
que de nul autre de ma qualité, le roi de
avarre et sa troupe y ayant laissé et changé
le deuil en hal&gt;its très riches el beaux, et
toute la Cour, parée comme ,·ous savez et le
saurez trop mieux représenter; moi, habillée
à la royale avec la couronne el le « couel D
d'hermine mouchetée qui se met au de,•ant
du corp , toute briUante de pierreries de la
couronne, et le grand manteau bleu à quatre
aunes de queue porté par Lrois prince ses;
les échafauds dressés à la coutume des noces
des filles de France, depui !'Évêché jusques
à otn-Dame, et parés de drap d'or; le
peuple s'étouffant en bas à regarder passer,
sur ces échafauds, les noces et toute la
Cour ....
24 ao!Îl. - ... Le roi Charles, qui était
très prudent, el qui avait été toujours très
obéis anl à la reine sa mère, et prince très
catholique, prit soudain résolution de se
joindre à la reine sa mère, el se conformer à
sa volonté, et garantir sa personne des huguenots par les catholiques. Et lors, allant
trouver la reine, emoya quérir U. de Guise
et tous les autres princes et capitaines catholiques, où fut pris ré.solution de faire, la
nuit même, le massacre de la lint-Bartbélemy.
Pour moi, l'on ne me disait rien de tout
ceci. Les huguenots me tenaient su pecte
parce que j'étais ca.tho~quc, et les catholiques
parce que j'avais épousé le roi de Navarre,
qui était huguenot. De sorte que personne ne
1. Le rutur llcru·i IY.
'.!. Charles IX .

m'en faait rien, ju qu.es au soir qu'étant au
coucher de la reine ma mère, assise sur un
coffre auprès de ma œur de Lorraine que je
rnyais fort triste, la reine ma mère, parlant
à quelcJlles-uns, m'aperçut et me dit que je
m'en allasse coucher. Comme je lui faisais
ma révérence, ma sœur me prend le bras el
m'arrête en se prenant fort à pleurer, et me
dit : &lt;&lt; Mon Dieu, ma sœur, n'y allez pas. ll
Ce qui m'effraya extrêmement.
La reine ma mère s'en aperçut, et appela
ma sœnr, et s'en courrouça fort à elle, lui
détendant de me rien dire. Elle me commanda
encore rudement que je m'en allas e coucher.
~la sœur, fondant en larme , me dit bonsoir,
sans m·oser dire autre chose; et moi, je m'en
vais toute transie, éperdue, sans me pouvoir
imaginer ce que j'anis à craindre. Soudain
que je fus en mon cabinet, je me mets à
prier Dieu qu'il lui plût me prendre en sa
protection, et qu'il me gardât, sans savoir de
quoi ni de qui.
Sur cela, le roi mon mari, qui s'était mis
au lit, me mande que je m'en allasse coucher; ce que je fis; et fut son lit entouré de
trente ou quarante huguenots qui! je ne connaissai point encore, car il y -arnil fort peu
de jours que j'étais mariée. Toute la nuit, ils
ne firent que parler de l'accident qui était
advenu à ~I. !'Amiral, se résolvant, d~s qu'il
ferail jour, à demander justice au roi de
M. de Guise, el que, si on ne la leur faisait,
ils se la feraient eux-mêmes. Moi, j'avais toujours dans le cœur les larmes de ma sœur,
el ne pou,·ais dormir pour l'appréhension
en quoi elle m'a\·ait mise, sans saYoir de
quoi.
La nuit se passa de cette façon sans fermer
J'œil. Au point du joru, le roi mon mari djt
qu'il roulait jouer à la paume, attendant que
le roi Charles serait éveillé, se résolvant soudain de. lui demander justice. Il sort de ma

al•

chambre el tous les gentilshommes aussi .
Moi, voyant qu'il était jour, estimant que le
danger que ma sœur m'avait dit fût passé,
vaincue da sommeil, je dis à ma nourrice
qu'elle fermàl ma porte pour pouvoir dormir
à mon aise.
Une heure après, comme j'étais plus endormie, voici un homme frappant des pied
et des mains à la porte, criant : &lt;c avarre !
'avarre 1 » Ma nourrice, pensant 11 ue ce fût
le roi mon mari, court vitemenl à la porte
et Lui ouvre. Ce fut un gentilhomme, nommé
~I. de Léran, qui avait un coup d'épée dans
le coude el un coup de hallebarde dans le
bras, et était encore pour uivi de quatre
archers, qui entrèrent tous après lui en ma
chambre. Lui, se voulant garantir, se jeta
sur mon lit. Moi, sentant cet homme qui me
tenait, je me jette à la ruelle, et lui aprè
moi, me tenant toujours au traYers du corps.
Je ne connaissais point œt homme, et ne
savais s'il venait là pour m'offenser, ou si le
archers en voulaient à lui ou à moi. Nous
criions tous deux et étions aussi ell'raJés l'un
que l'autre. Enfin, Dieu voulut que ~l. de
Nançay, capitaine des gardes, y vint, qui,
me trouvant en cet élat-là, encore qu'il l'
eùt de la compassion, ne se put tenir de rire;
el, se courrouçant fort aux archers de celle
indiscrétion, H les fit sortir, et me donna la
vie de ce p:m ne homme qui me tenait, lequel je fis coucher et panser en mon cabinet.
jusques à tant qu'il îùt du tout guéri. EL,
ayant changé de chemise, parce qu'il m'uait
toute couverte de saa", M. de Nançay me
conta ce qui se pnssait, el m'a ura que le
roi mon mari était dans la chambre du roi,
et qu'il n'aurait point de mal. ~e faisant
jeter un manteau de nuit sur moi, il m'emmena dans la chambre de ma sœur madame
de Lorraine, où j'arrivai plus morte qur
Yive ....
)lAnauEnnE nE FRA. -cE.

Pendant que ces événements se déroulaient
à Verthis, Martial se mourait d'ennui à Litnereuil, qu'il n'osait quitter sans un ordre
de la baronne. Lucette, au contraire, )' goûtait les prémices de l'amour en la compagnie
du chevalier de Saint-~Jarc. Chaque jour il la
venait voir sous un prétexte quelconque et,
chaque jour, ils se quillaient plus énamourés.
füdemoiseUe de Bois onagc, qui rêvait de les
marier, prêtait volontiers la main à ce jeu
innocent, qu'elle n'avait pas connu, mais qui
lui parais,ait un aimable spectacle, et elle se
gardait bien de l'entraver par de fâcheux
conseils ou une prudence exagérée. Et Lacelle, qui avait laissé à Verlhis sa confidente,
Julie des ]magnes, lui écrivait:
c

Cc 28 Je Jloréd de l'an VII.

,, Je t'ayais promis, ma Loule bonne, de te
mander sans retard ce que nous faisons ici et
je ne l'ai point encore fait! ... Pardonne-moi.
~fes journées sont si remplies et les plai~irs
.e multiplient si bien autour de moi, qu'ils
ne me laissent que rarement seule. Mais, aujourd'hui, il pleut, et c'e t une bonne oœasion pour m'enfermer dan ma chambre en
tête à tête avec toi, mon amie, et pour te
conter.... Mais, écoule. Tu pen es bien .que
c'est du sensible Florian que je vais te parler.... C'est toute une aventure. Et quelle
douce aYcnture!
i L'autre dimanche, celle bonne vieille de
Boissonage, qui ne .ait qu'inventer pour me
faire îète, imagina une partie de campagne
el une promenade en bateau ur la rivière.
n U y a,·ait là, outre les pensionnaires,
mon frère et moi, le marquis de Bellombre
et aint-Marc, quelques fille à marier et un
capitaine de grenadiers, nommé Chabrol,
arriYé de Paris la veille, ce qui, arec notre
bonne amie, faisait Lien douze per-onnes.
» Yraiment, Julie, il semblait que le ciel
~c fût mis en frais pour augmenter notre
plaisir. L'air était chaud comme en mes idor
et i pur, si transparent, que l'on eût di Liogué les moindre petites herbes du bord
de l'eau sur laqm•llti notre bar&lt;1ue gli saiL
très doucement. A peine les bateliers avaient
ils à toucher leurs avirons, car le courant
mîfisait à nou emporter. On a ri, on a jasé,
on a chanté. Le capitaine, surtout, nous a
raYies par sa belle humeur non moins que
par son brillant uniforme. n nous a dit

mille folies, a imité le général Bonaparte baran1n.tant les troupe , nous a parlé des modes
pari.siennes et des plaisirs de la capitale. Il
s'est même risqué à certaines anecdotes que
monsieur de Bellombre ra empêché d'achever
en lui disant : - Chut! ... chut! ... capitaine,
il y a là des per"onnes dn sexe!. ..
» Il ne s'ci;t pas troublé pour i peu el,
toujours bon enfant, en a été quille pour
changer de di cours.
r, Mais ce n'est pas de tout cela qu'il s'agit,
mon amie. Parlons plutôt de Florian, de
l'lorian qui, as i près de moi, m'entretenait
le plus souvent à voix bas e, me disait que
le temps lui avait emblé bien long depuis
mon départ de Limereuil, et quelle joie il
avait de me revoir, et quelle peine il res entirait lorsqu'il me faudrait repartir. Cela, il
me l'a répété de cent façons diverses et toujours adorable . En même lemp , sa main
cherchait la mienne sous mon écharpe, se
doigt pressaient tendrement les miens .... El
moi!, __ quel trouble délicieux j'éprouvais à
l'entendre, surtout dans ce mystère d'un
tète-à-tête à la foi publie et caché!... n y
a là, ma bonne Julie, quelque chose de particulier que Je ne saurais exprimer, quoique
je le sente avec une grande vivacité.

» Oui, les paroles de Florian eussent
perdu tout leur attrait pour moi s'il les
avait dites à voix haute, encore qu'elles n'eu sent rien de répréhensible, n·e t-ce pas?.•. li les
murmurait à mon oreille, les chuchotait si
près de mon cou que je entais sur ma peau
la douce tiédeur de son haleine.
n Cependa.nt la compagnie s'égaiaÎt aux.
saillies du joyeux militaire. Et moi, j'écoutais
la musique de cette voix i doue&lt;'. Sa gràce
enchanteresse me jetait dans un trouble singulier, tout nouveau et si délicieux quc, par
instant , je ne laissai pas que de m'en inquiéter ...• Son bras s'approchait plus étroitement du mien. Sous mon écharpe, sa main
frôlait ma poitrine .... Une chaleur me venait
aux joues .... Alors, tout bas : &lt;&lt; Vous rouu gissez, Lucette? » disait-il. Et son regard
avait quelque malice. a Ah I que vou êtes
« jolie, ma chère!.._ Que ,·ous êlesjolie!. .. »
EL je voyais passer dans ses yeux une tlamme
dont je ne pouvais supporter l'édat.. .. Je
baissais mes paupières .... J'aurais souhaité
de m'abandonner dans ses bras et d'oublier
l'univers ....
D Cependant le moment de 1a collation
était venu. Le bateau aborda. Le un après
les autres, tous sautèrent sur la berge, ceux-

�-

fflSTO'J{1.J1

Jl.MES D'AUT1(EF01S

ci lé Lemenl, ct•u1-là avec maladrt:S e, témoin t.anl délicieux. La tlouce nature avait surpri ·
monsieur de Bcllombre qui manqua de tom- nolre ecret. Ce oou était une joui aoce de
ber dan · l'eau, ce qui serait arril'é si farlial plus que de la senlir mêlée à notre bonheur.
» Pourtant il fallait rernnir. aint-)Iarc
11e l'eùl retenu par les ha c1ue de son habit.
La comparrnie s'en égaya, mai le marq~is en reprit le aviron . ~ous remoolàme le couparul morlifié. llème, à re momenl, 11 re- rant. Xos 1eu1 rt nos soupirs parl:iienl en"ar&lt;la son nercu a\·cc mauvai e humeur. Je core. iXotre de Iin étaiL fixé.
11 On nous rrçut a,·ec force plai anterie
u1pris ce regard au pa. age. Florian ne le
remarqua point, forl occupé qu'il élail à ma- sur notre e.~c.apaclt&gt;. )lon frère semùlail innier le. rames que le batelier~, déjà à terre, quiet, monsieur de lld!ombre était gi·a,e, ma•
avaient abandonnée . Il n'y al'ait plus, dan. demoiselle de Buis ooage, follement gaie.
Elle nous regardait aYec complaisance, Flole Lateau, que Florian cl moi. Le· femme
s'activaient aux apprêts &lt;le la collation. ~Ion rian et moi, el parai. ait 11prouver de la joie
frère faisait eau H le capitaine. ~lom1cur de 11 me ,·oi1· un peu confuse.
•&gt; Allou, , dit-elle, peLil Yauricns, prelldlomùre contait à une des filles à mari •r
commcut el pourquoi il avait perdu l'éciui- nez place a11prè de nou et mangez de celle
librr. en sortant du bateau, cl il en accu ail bonne tarie. Voici volre part.. ..
» Elle nou tendit une portion de gàteau
la ùru _querie de balt&gt;lier,, l'humidité du
gazon, la fine se de ·a chaussure, tout, excepté cl ajouta malicieusement :
~ - Parlagez-la enlre yous --an couteau,
lui-même el .on :jge. On ne remarc1uait ni
:me
les doigts ou avec les denls.... Cela
l&lt;'lorian ni moi. Je uùpprêtai à quiller l'eml1.1rcation !or que le &lt;.hevalier fil faire volte- porte bonheur, dit-on.
t On rit.
face à l'emùarcaLion el nous voilà tous deux
11 Florian m'obligea de rompre le gilleau
seuls, clans celle barque, au mifü·u de la
:nec mes dents, ce que je fis. Puis il se saisit
rivière.
avec
arJcur clu morceau qui portail Ja trace
&gt;&gt; Florian criait en riant :
de ma bouche et, passionnément, le porta à
11 Adieu!... dieu l... ous parlon !
• El de la berge, tout le monde 'excla- ses lèvre .
» J'étais très rouge.
mait joyeu ement, sauf mon ieur de Bel&amp; Pendant ce temps, le capitaine Chabrol
lomùre, qui grondait en fai anl de grand
climLait
à pleins poumons :
geste . Moi, beureu-e, confuse, le cœur ballant, a gi e auprès de aiat-Yarc, je croyai
Femmé sen ible, cnlenJ--lu le rama"e
De ,. oi eaux qui célèbrent leur, feux?
faire un 1•1~rc délici ux.
Il fonl rc,lir,• à l'écho du riva~e :
» Nous nous regardions san parler. tan di
Le 11nntcmp ruil , ltiilcz-vou5 d"êtrc hc•Jl'cux.
que la barque filait, rapide, à pré ent. ...
» Mais, le ch!'l'alier el moi, nou ne pre» En un poiut où la rh·ière fait uu cou&lt;l1•
cl où la berge s'élhe en forme de bulle, nion point garde aux chan on du capitain&lt;'.
&gt;&gt; Mademoi elle de Foospe~ral I me cria
Florian jeta les aviron , laissa l'embarcation
'en aller au fil de l'eau et se rapprocha de la plu· malic1eu e des pen ·ionnaires, qui
s'appelle Béatrix de erlbeuil, (coulez Jonc
moi.
ce couplet.
1 t.:n frémissement courut dan tout mon
» El, 11 son tour, elle chanta :
êlre. Nous étions ~culs, trè loin de la ociété
el hor3 sa me. Alor mon bien-aimé inl'la nc1lle llltle :113rgucrile,
tJni tourhe i ~c1 qualre-vinglS an,,
Marc m'attira sur eon cœur, me prc a lon~e dit un jour : • l'aune 11elile,
g.uemrnl, me baisa le front, les &lt;:hel'eux, les
Craignez Il•. propos St;dui a11Ls.
joue , cul comme une bé itation et, passionlïllelh! doil fuir an 11lus ,ile
nément, &lt;:hercha ma bouche .... En 1'3.in, j'e Quanti 1111 licr;;cr lui fa1l la cour... •
- Ali I vieille Lanlé Mnrguerile,
sayai de me dérober .... Jufü,, je n·y réus is
\olb u·e11te11dci rien i r,roour l
point.
» Chacun npplaudil. Béatrix souriait arec
&gt;&gt; Je ,·ou aime, Lucelle, disait-il, je
vous aimr .... Ditr , m'aimez-rnus un peu? .. . malice en me regardant. J'éprourni un grand
1&gt;
n nuage pa a devant mes yeux .... J"é• embarra_. Mais Florian demeurait impa tais tour à tour brûlante el glacée .... J • n · siùle.
o On finit sur une ronde qui ·appelle la
pou,ai~ lui répondre. Ce fut mon émoi qui
a11s-Gè11e cl dont rnici quelt1ue couplets :
dit : « Oui ~, tandi · que a bouche était en•
core ur la mienne. li cul un suraul, parut
• GrJrc i ln moJ~
se rc sai ir el dit :
Uu n"a plu de cl.tc, c1.1\.
,\h ! qu' c'c,l coromrMfo,
» - \'ous penserez 11 moi, Lucellc'!.. .
Oo n'a plus d che.vcus !
\'ou · n'oublierez pa cet io ' tant?
tin dit qu' c'e. l miem !
1 Ah! ré_pondi -je, égarée, jamai., jamais je ne l'oublirai !... Je t'aime, moi aus~i,
Griice ü la moJ,·
tin n·a plus de cor,cl.
je t"aime !...
,\h ! qu' c'e l coromod~,
D Et je lui rendi · ses baisers,
Un n'a plus de cor,,et !
• Autour de nou , le ilence planait, doux
G'c I plutôt fait.
el grave. li emblaiL que l'univers fùt limité
r.rà,c i la rooJe
à celle n3ppc d'eau où 'irisait la lumière, à
On n'a qu·un 1·ètemcnt.
ce bois verdissant, à l'échancrure Lieue par
Ah ! •1u' r'c;l commo,le :
où, ur nos Lètes, se ré,·êlait le ciel. •ous
On 11·1 qu un l'èlcmrnl
lju· 1 lranspat1•11l !
étion- ,raiment seul- au monde en cet ins.., 8H ,..

1,râcé il la mo,l •
On n·a n en de end.,:.
Ah' qu' c'est coromn,IP !
On 11'1 rien de radié!
J"en suis fiché.

» La compagnié s'égaia encore, et monjeur de Bellombre, qui connaissait celle
rban on, fit observer qu· elle datait de troi
an au moins; qu'aujourd'hui le mode
élaienl moins libres, témoin, ajoula-t-il, la
tenue décente des jeunes beaut~· réunies en
ce lieu. Cc compliment suranné fil sourire
un peu: maL, par polite se, on acquie ça.
» Enfin, on se remiL en rouit', puis on se
sépara. La nuit d'après, je ne dormi guère.
Maintenant je suis dans une joie légère, con~lanlc et délicieuse. Ah l Julie, que i:'e I doux
d"aimrr!
» J'oubliai· de te dire que notre t!jour iri
.e continue par miracle. Pre que tous les
jour , mon frère reçoit une (cure de ma mère
1.: chargeant de commis~ion noU1·clles. De
telle sorle que larlial, au lieu de repartir
promptement, comme il a,ait été t·on\enu.
est forcé de séjourner. Cela ne laisse pas que
de nou intriguer un peu, ma mère n•a~a.nl
pas l'habitude de ces roul1iples achats el
n'aimant guère à e séparer de on fil pour
un aussi long temps.
_11 lia lettre s'allonge outre mesure. Il me
faut te quitter. Adieu, mon amie, adieu.
• LccETTE. »
Julie répondit à Lucelle :

« Moi, ma chère, je n'ai poinl d'amour' à
te conlcr, encore que G1prien de Palisse·, le
uiai que tu connai ' bien, continue de mn
pour uivre d • se œilladcs lan&lt;roureu ·es. Mais
il lui faut .'en teniT là, car il ne me plaiL &lt;'O
.iucunc manière. Ce qui ne ,euL pas dire, ma
honne, que je ne finirai point par l'épouser,
'il me demande. Car je m'ennuie tant ici
que tout me sera bon pour m'en orlir. Je
ne ui pa une rêl'eusc comme toi cl je préférerai de beaucoup un amant hardi à un
timide oupiranl.
u Oc plus, le mariage ne m'apparait guère
que comme un conlral, une manière d'as.ocialion où il n'e -t point nécessaire de mellr •
de la pa . ion. Amour el mariage, cela fait
deux. Même je ne comprends pa comment
on peul le concevoir dilféremmenl. liais,
pui que lu le voi aulre, il est probable que
le sen iùle Florian el Loi vou vou enlendct
pour vou marier tout de suilc. Allon , tant
mieux, si cela fait ta joie, ma tonie belle.
Mais hàLez-vou,. Que ignifient ce façon de
oupirer el de filer le parfait amour san fixer
un temps préei el proche oÎI ces fadeurs
prendront fin? Je le l'ai dit mille fois, Lucelle, Lu ne seras pas heureuse dans la vie
parce que lu y soupires trop. Moi j'y ,eux
rire et m'amuser en aimant, tant que durera
ma jeunes.e el dès que je pourrai m'échapper
de mon triste chez-moi. Je finirai bien par
m'en faire om·rir la porte, de gré ou de
force.
» Ponr l'instant, la ,·ie que je mène en

notre granJ château est peu gaie. Yademoi•
elle Charvin me gouverne, ou plutôt tâche
de me gouverner arec une rigueur plu
étroite. Pour me di traire d'elle el de son
méchant "i age, je n'ai d'autre re ource que
1~ bibliolhèque de mon père. Je la mel! au
ptllage, la11dis qu'il e t loin el pense aux
princes plutùl qu'à a fille.
D Je onge aussi quelquefoi comme 11 e't
fàcheux que Ion frère n'ait marqué aucun
goùL. pour moi. Peul-êLre l'aurais-je aimé,
car Je le troure beau malgré a froideur
constante à mon en&lt;lroiL. Je crois que je lui
aurais fait la ,·ie plus heureuse que la petite
huguenote dont il e t féru. Et, à ce propos,
il faut que je te dise, ma chère, que la fille
et le père out quitté Verlbi ,·oilà Lien une
emaine. Ton fr'•re le saiL-il? 'il l'ianore
ne
0
'
te charrre point de lui en apporter la nou,·elle. Xous devons toujours réserver à d'autre. qn'à nou -même les ràcheuses commis. ions . .Après loul, qu'il s'en arranae comme
il pourra. Quand on esl a:; ·ez îorL r:ur 'attacher à une fille de celle sorte, il faut s'attendre
à demeurer Gros-Jean.
1&gt; A.dieu. Je te ouhaite mille bonheurs
avec ton Florian. En retour, désire-moi d'en
trouver quelques-an , je ne sais quand, je ne
sais où, aYec je ne sai qui. »

Xlll
Un matin, à Limereuil, le courrier apportait à lfartial une brè\'e mi sive de a mère.
La baronne lui fai ait savoir que Dumarou
viendrait quérir le frère el la sœur deux
jour.; plus lard pour les ramener à Fon pcyrat.
lieu.roux, lfarlial soupira ,·iolemmenl, car
on cœur se dilatait dans la joie. Le }eux de
Lurette s'emùrumèrenl el son frai visage
pàliL un peu. Mademoi elle de Il"&gt;i ·sooage
éleva ses bras vers le ciel et s'exclama, tandi
que le,; coque agitée- de son bonnet tremùlaient pour marquer sa doulourcu e urpri.e.
Le familiers de La mai on furent au plus
vite informé de ce départ subit. M. de Bellombre s'empressa de venir présenter ses
condoléances, ainsi que le mélancolique Florian. En quittant Lu.celle, M. de Bellombre
·ollicita 111. permis ion de la baiser au fronL
Elle y consentit avec grâce et implicilé, heurcu e de plaire au « bon oncle D de celui
qu"elle aimait. Et le marquis a1ant accentué
et prolongé ce baiser d'adit'u, elle en augura
toute orle de bien pour son avenir de
11 nièce».
Le lendemain, les voyageur , penchés aux
portières de la berline, aperçurent le clocher
de Verthis qui dominait le vallon.
- Je descend ici, dit Martial, et je prendrai par la lra \'erse. ~ous nous retrouverons
à Foospeyral, ma sœu.r, et peut-être y serai-je
avant vous.
Lucelle n'eut pa le lemp de répondre. 11
autait à terre et s'éloignait.
Maintenant, libre et seul, il suivait d'un
pa~ allè!!re le raidillon qui, se détachant de la

grand'route, monte à Yntbis en conlou.roanl
le anciens remparts el le vieux cimetière.
Alor il aperçut la maison de Katcrine.

, . lJieu. Jt lt soulu/J~ 111illt t,onhturs avec ton Vic&gt;•
rta.n. En retour, Jésfrt-moi d'en 1ro111•er ~uel9uts•
rms, Jt 11e .sai:. 1uanJ, Jt nt s.:iis 011 , .:ivtc Jt ne
.,ais qui. • (Page lly.)

' on cœur battait forl. li vil toutes le
fenêtre a"euglées sous leurs contrevents el
une angoisse l'étreignit. li prit un enlier
parallèle au. jardin el re!!arda par-dessu la
haie. De ce côté aus i, tout était clos el muet.
l'n désordre inaceoulumé se lai ait voir dans
les allé où traînaient de· feuille, sèches et
de brindilles de bois mort. n baquet d'eau
croupis ante était oublié près d'une porte de
enricc. ur une touffe de frai ier, Martial
di tingua un ruban, mainlenanl décoloré,
qu'il avait vu, le jour de son départ, autour
du cou de on amie. Tout di ail la détresse
des maison veuves.
L'inquiétude naquit au cœur de ~arlial. li
revint du côté de la rue et se hasarda à frapper à la porte. Le lourd heurtoir de Ier jeta
sa sc,norilé dans le corridor el l'escalier, qui
retentirent d'u.n écho profond, lointain el
prolongé. Puis le silence se fil à nouveau.
Martial peo a que, peut-être, en son abence, Albos avait passé de vie à trépas. Mais
alors où serail Katerine? ... QuelleaO"Ot. e!. ..
Il frappa encore. Toujour le silence après le
bruit du marteau .... L'anxiété de Martial e
révélait par la rraicheur douloureuse qui perlait sur on visage. e mains étaient glacées,
a gorge serrée. li e retourna; on l'appelait.
C'était mademoiselle Claire :
- Il n'y a personne, monsieur le baron,
di ait-elle.
- Où ont-il ? cria Mart-ial d'une voix
uppliante.
Mademoiselle Claire leva les bras, regarda
le ciel, ouleva ses épaules d'un geste d'ignorance et dit :
- Nul ne le saiL.
- Partis? ... Depuis quand? ... Vite, dit '
vile ....
La vieille fi lie se recuei Ili l :

- 11 y a bien qui~e jours, &lt;lit•elle, d"une
\OiI basse et hésitante .... Oui, quinze jour ,
car c'était la veille de la fète de ....
Mai ,tarlial ne l'écoutait plus. Maintenant,
il allait, tout courant, vers Fonspeyrat.
Là, a mère l'altendail dans la cour oÎl
déjà la berline était arrêtée. Lucette en sortait, faisait compliment à sa mère et s'em•
pressait à se retirer dans sa chambre pour
rêver, sans aucun doute.
Madame de Fon peyrat, Lrè agitée, allail
et renait, du portail grand ouvert aux platesbande qui longeaient le mur . Ses main
fébrile remuaient des clé au fond de se
poches. Elle formait mille projets. , on fils
était là. Il fallait le garder à présent el le
bien garder. Que de cbo es elle réaliserait
pour le rendre heureux! Tont ce qu'il dési•
rerait : armes, chien , chevaux on li\'re , oui,
tout, elle lui donnerait tout.
~lartial arrivait.
Il parut, couvert de sueur, nu-lêle, dan.
un ine1primable dé ordre de ,ètemenls et de
physionomie. JI aper~·ut sa mère et se bâta.
Il pre · entil qu'il touchait à un moment
upr~me .... Peut-être la trame de sa destinée
allnit-elle tout à coup s'emmêler ou se rompre.
· Il négligea les marques de re pect qui lui
étaient aet.outumée lorsqu'il abordait sa
mère, el ne sut que lui jeter ce mol' :
- Ah! ma mère, ma mère, qu'avez-vau
fait? ..
- lion fil , mon pauvre enfant, qu'y a-t-il?
di ait madame de Fonspeyral jouant la surprise. Qu'est-ce donc? ... Dites? ...
- Ma mère, qu'avez-vous fait'? r~pélait
Martial d"une voix angoi sée.
Et il cria :
- Elle est partie! ... Elle est partie!. ..
- Qui? ... Quoi?...
- C'est vous, c'est rnus, n'est-ce pas'l
qui l'a\'ez Iait partir. Quelque chose me le
dit.. .. Oui, c'e Lvou , c'e t vous ....
: a voix accusait, vibran le, terrible.
- Je ne vous comprends pa , won .fils,
répondit sèchement la baronne, ·e retrouvant
elle-même, car, en vérité, elle avait failli
'émouvoir. Je ne vous comprend pas ....
Aussi bien, rentrons dans la maison. Celle
scène en face de nos gens est incoD\·enante el
stupide.
li la uivit san Lrop moir ce qu"il faisait.
Mais, dans la salle où ils pénétrèrent, il •
jeta sur un fauteuil, au point le plu obscur
de la pièce, et
subitement, sa douleur
jaillit en larmes rui selantes.
- Mar Liai!... Martial!... mon fils! ...
Ji.ail la mère.
- Laissez-moi, lai sez-moi 1... criait Martial dont le anglol s'arrêtèrent soudain.
Laissez-moi.... 'e me parlez pas 1... Ne me
parlez plus jamais, jamais .... Car c'e t ,·ou
qui avez machiné cela, vou qui m'avez éloigné pour mieux me l'arracher. . . Vous !.. .
Vous! ... Ayez donc le courage de le dire .. . .
Oui, dites-le donc. Avouez.le ... .
Tr~ calme, très froide :
- Votre chagrin vou égare, mon pauvre
enfant dit madame de Fonspe rat .... Je vou·

a,

�msro~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - pardonne, parce que vous souffrez, mais .. ..
- C'est infàme! ... C'est infâme!. .. répétait Martial. Vous ne l'avouez pas, madame,
ce crime d'amour maternel que vous avez
commis; mais il est écrit dans vos yeux et
sur toute votre personne ... . Ah! je l'aimais
tant 1... je l'aimais tant!. ..
La baronne avait blêmi. Son calme s'en
allait à mesure que montait l'orage dans le
cœur de son fils.
- Enfin, cria-l-elle avec violenee, finissons-en I Que me reprochez-vous L. De quoi
s'agit-il? ... Serait-ce de celte espèce ....
Elle n'acheva pas. Martial était debout.,
ardent, farouche :
- Oui, de celte espèce ... de cette espèce
que j'aimais et que j'aime, entendez-vous,
ma mère? De cette espèce que je chercherai ...
partout... que je retrouverai... et que je
ramènerai ici. .. oui, ici ... ici même, sous ce
toit ....
- Sous ce toit!. .. cria la baronne, dans
l'exaltation de sa colère. Vous avez dit sous
ce toit I Osez le répéter, misérable! ... Ajoutez
aussi que vous désirez ma mort et que vous
la voudriez hâter 1. .. Sous ce toit 1... Jour de
Dieu!. .. je ne suis pas encore morte, monsieur mon fils, et, tant que je vivrai, sachez-le
bien, jamais cette créature ne franchira le
seuil que vous voyez là-bas, entendez-vous,
misérable garçon? Dussé-je pour cela barricader la porte avec des pierres que je roulerais de mes mains, dussé-je me coucher en
travers du corridor .... Entendez-vous, monsieur mon fils 7...
lladamede Fonspeyratsuffoquait. Un à un,
elle arrachait les boutons de son corsage,
déchirait la dentelle de son col, jetait au vent
les brides de son bonnet. Elle marchait à
travers la salle comme une lionne en furie.
- Aussi bien, je n'ai plus rien à ménager,
continua-t-elle. Vous voulez vous révolter
contre moi, c'est bon!... Nous verrons qui
sera le plus fort.. ..
EUe s'arrêta, porta haut la tête, regarda
son fils en plein visage, hardie, provocante,
mhumaine. Elle dit :
- Voici le vrai. Le scandale était dans
Verthis. ... Le pays se lamentait à voir un
Fonspeyrat courtiser . . . qui vous savez ....
Chacun se gardait conlre les maléfices de ces
gens .... Nul ne voulait plus ni les servir ni
les approcher ...• L'honneu1· de notre maison
était menacé ... . Votre àme était en péril ....
J'ai econdé les vues de la Providence .... J'ai
purgé le pays el je vous ai sauvé .... Je suis
fière de mon œuvre.
Un cri terrible jaillit de la gorge de Martial :
- Ah!. .. c1·iminelle!. .. criminelle!. ..
li bondit hors de la maison. Comme un
ou, il courait vers la Mouraine.
Epouvantée, ne sachant où allait son fils,
craignant pour la raison ou pour la vie de
Martial, la baronne s'élanç.ait derrière lui,
l'appelant d'une voix ardente.
Mais ~laltial ne l'écoutait pas. Et, eût-il
entendu les plus tendres paroles, il ne les eût
pas comprises. Il était à cette heure doulou-

reuse où, devenu homme, le fils juge sa mère.
XIV
Ce fut à la Mouraine que Mal'lial se réfugia. Sa course éperdue à travers champs
l'avait épuisé, mais, du même coup, elle
avait fait tomber le plus gros de sa colère.
Dans les bras de son oncle, il sanglota et
~e répandit en imprécations demi-étouffées.
Puis, en tête à tête avec le doux philosophe,
un peu de calme descendit en lui. Sa douleur se dissolvait en langueur, et des pensées
confuses bourdonnruent en son esprit. Une
idée lui vint, d'abord timide et tremblotante :
La retrouver.... L'idée se précisa, plus
nette. Il la formula dans un vœu ardent.
Ensuite, le souhait devint un vouloir. Alors
ses yeux se séchèrent. Il se reprit à vivre de
la vie normale. Il crut entendre la voix de
M. de la Mouraine. Il l'entendit. Il perçut
des mots, puis des phrases. Enfin il comprit.
Le marquis lui conlàit sa visite à Albos.
ll acheva son récit. Puis :
- Mon pauvre enfant, dit-il, j'ai presque
à vous demander pardon. J'ai grand'peur
d'être la cause de cette fuite étrange par
l'inquiétude où j'ai jeté le père de celle que
vous aimez .... Malheur à moi si je suis l'auteur de votre peine!.... Cela prouve, mon
cher neveu, que nous autres, philosophes,
nous sommes peu aptes aux négociations
d'amour. Le sens des nécessités pratiques
nous fait tléfauL.... Habitués à jouer avec
les idées, nous négligeons les faits .... Mes
armes ont blessé ceux que je voulais défendre .... Pardonnez-moi!
- Moi 1. .. vous pardonner?... s'écria Martial. Ah! très cher, très aimé, très vénéré
parent, vous pardonner!. .. Vous qui êtes la
bonté même! ...
- Laissez, mon neveu, je ne suis qu'un
maladroit.
M. de la Mouraine soupira. Pui , changeant de ton :
- A présent, dit-il, il faut réorganiser
votre vie, la remplir d'occupations utiles et
fortes. Jusqu'aujourd'hui, vous avez misérablement trainé votre existence d'adolescent.
Vous êtes un homme, puisque vous souffrez.
Conduisez-vous en homme. A vos vingt ans,
à votre belle santé, à votre intelligence, il
faut autre chose que des promenades sans
but, ou la niaiserie des conversations de la
petite ville. Je ne vous dirai pas de vous
inquiéter de vos terres, votre mère n'y consentirait point. ... Que faire?... Ah I si vous
aimiez les LeUrcs et la Philosophie, ces
douces et puissantes consolatrices!... Elles
rafraîchiraient votre cœur et renouvelleraient
votre vie. Si vous saviez comme elles sont
belles, pures, clémentes, mille fois dignes
d'être aimées d'un grand amour!. .. Si ,·ous
saviez comme elles sont des maitresses.
fidèles et généreuses! .. ,
D'un œil amoureux, le marqu.i regardait
ses livres. Il semblait les caresser et les baiser. Il palpitait au souvenir des joies qu'il
leur devait.

Martial demeurait [roid.
- Je suis un vieux fou, dit le marquis.
Que vais-je vous offrir?... Les jouissances de
l'âge mûr et de la vieillesse? ... Non. Il vous
faut autre chose. Aimeriez-vous le jeu?
- Le sais-je?... Les libéralités de ... ma
mère ... dit Martial avec amertume, ne m'ont
point permis jusqu'ici de m'interroger làdessus.
- Vous en essayerez, grâce à moi, mon
neveu. Le jeu remplit d'une manière agréable
et passionnee quelques heures de nos jours.
Il introduit dans l'existence de l'imprérn,
des changements, des désirs .... On se console
au jeu .... On y apprend la hardiesse .... C'est
une volupté.... Mon neveu, je vous dis mille
folies, prenez-les comme telles.
Martial sourit un peu.
- Il y a les voyages, poursuivit le mar~
quis ...
- Les voyages coûtent cher ....
- Cela me regarde. Voulez-vous voyager '/
Un éclair presque joyeux passa dans les
yeux du jeune homme :
- Obi ouil
- Eh bien, vous voyagerez. Mais ne vou
décidez pas à la légère, car les voyages que
j'entends ne sont pas de banales excursions
de quelque six ou huit semaines en Bretagne ou en Languedoc. Il y a mieux. Vous
vous en irez à BorviJle. Vous trouverez au
long du quai un beau navire bien màté, bien
ponté, avec une bonne voilure, qui vous
mènera aux Indes ou à la Californie en une
année ou plus. Vous reviendrez consolé, mon
neveu, et quasi heureux. Le grand air, la
houle, les nuits des tropiques, la demi-solitude du bord et, ensuite, d'autres hommes,
d'autres femmes, d'autres mœurs que les
hommes, les femmes et les mœurs d'Europe, voilà ce qu'il vous faut, voilà les chirurgiens, médecins el médicaments propres
à votre mal.,.. C'est dit, mon enfant. ...
Quand partez-vous?
- Donnez-moi quelques semaines encore,
mon cher oncle. l1 me faut me reprendre,
car, en vérité, je suis hors de moi.
- Boni
Mais en cet instant le jardinier vint querir
M. de la Afouraine. ll fallait Jécider entre
plusieurs semences celle qui comenait Je
mieux à tel carré du jardin. La chose était
importante. M. de la Mouraine s'empressa.
- Ah! Martial, dit-il, la terre et un liHc:
le meilleur de la ,;e !...

XV
Des jours et des jours s'écoulèrent monotones et pareils. Martial promenait à tm·ers
bois sa colère, sa douleur, sa mélancolie
grandissante. De"fant sa mère, il restait obstinément muet. L'heure du repas, qui plaçait
face à face la mère et le fils, était pour le
jeune homme l'instant maudit de la journée.
Aucune comersation possible. Le silence.
Qu'attendait donc Martial pour cruitter Fonspeyrat? ...

'·-----------------------------

Jl.MES D'AUT1('EF01S - ,

Lucette avait été émue au r&lt;:icit des infor- jeune fille continua de bâiller sur les Ordon- manœuvre, qu'il déjouait en sortant aussitôt
tunes de son frère, que Martial lui avait fait nances 1·oyales, alors qu'elle eût bien mieUI. et en allant trouYer son oncle à la !Iouraine.
dans un élan de confiance fraternelle. Pour- aimé rêver de Florian.
Un jour où il avait fui le château, sa mère
tant, elle ne s'était pas attardée sur ce chaH;u~eusement, Julie des [magnes, la gaie, et mademoiselle des Imagnes, el qu'il se progrin. Elle arait elle-même de si grosses la sem1llante et folle Julie, la conlldente de menait aven le marquis dans un chemin
p~éoccu~ations I De son dernier rnyage à I:uc~tte'. venait parfois apporter quelques creux, à l'orée d'un bois de chàtaigniers, son
Lunereu,l, elle avait rapporté la certitude eclairs Joyeux dans la frmde mo1.1otonie de oncle lui dit :
·
de_ l'amo~r que Florian avait pour elle .... Fonspeyrat. La baronne, qui jadis lui faisait
- Eh bien, àlartial I eh bien, mon neveu,
Om, Florrnn de Saint-Marc l'aimait ... , Flo- grise mine, l'attirait volontiers à présent ce voyage?...
rian la Youlait pour femme .... Elle en était au chàteau, spécialement les jours où Martial
- Ce voyage, mon oncle, il se fera, il va
sûre, très sûre, de celte certitude sentimen- y demeurait. Elle laissait les jeunes filles se faire, si vous voulez bien me le faciliter .
tale plus pénétrante que toute évidence ma- chanter leurs romances, causer toilette, se Cependant mon intention diffère sensiblement
térielle .. .. Et Saint-Marc tardait à demander coiffer l'une l'autre devant le miroir, sans y de votre projet. Je veux partir .... Je partisa main!... Pourquoi?... Oh! quand donc mettre obstacle. Parfois, elle leur faisait rai .... Mais vous connaissez ma peine et le
viendrait-il?
servir une collation pour laquelle un domes- poids qu'elle a jeté sur mon cœur. Je ne
Quant à madame Je f onspeyrat, elle avait tique transmettait une invitation à Martial. saurais m'en distraire par la nouveauté et les
gardé, de sa scène avec son fils, une irrita- Mais le jeune homme, qui avait lu dans le seuls agréments du l'oyage .... Mon oncle, je
tion sourde et mal contenue qui, sans cesse, jeu de sa mère, ne se prêtait pas à cette serai soldat.
menaçait d'éclater'. 1l n'était plus possible à
Luœtte de discuter, même très respeclueusemrnt, avec sa mère. D'un mot dur, d"un
gcsle autoritaire, la baronne fermait le débat,
dès qu'un avis opposé au sien se manifestait.
Mais les questions de future préséance nobiliaire, le souvenir des prérogatives de jadjs,
la préoccupation d'affirmer son ran,,. en toute
occasion el, enfin, le souci toujo:i.s présent
des intérêts matériels à sauvegarder, voilà
ce qui remplissait la vie de madame de Fonspeyrat.
E11e voyait les émigrés rentrer peu à peu
et, chaque jour, se rouvrir quelque château
du ,,oisinage. Certains nobles rapportaient de
Coblentz ou de Londres plus d'argent qu'ils
n'en avaient au départ. Ils négociaient ou
feignaient de négocier avec les nouveaux
propriétaires de leurs domaines, lesquels
étaien~ s.ouvent de~ gens à leurs gages qui
se reliraient devant leurs anciens maîtres.
Ceux-ci, en retrouvant leur chez-soi, retrouvaient aussi leur morgue, leur suffisance el
leur dédain pour le peuple.
Une fièvre de noblesse courait chez les
gens de peu comme une sourde épidémie. A
la faveur de cette restauration latente, une
noble~se ~ivoque se créait. Il n'était que
gens a particule. Pas un Dupuy qui ne fut
du Puy, pas un Lapierre qui ne fût de la
Pierr~. Lorsqu,e madame de Fonspeyrat apprenait quelqu une de ces transformations de
nom, elle entrait en rage, éclatait et criait
disant que bientôt Boisselou, le cordonnier'
~t Uossign?l~ le cabaretier, se prétendraient
1 sus de v1e1lle souche, grâce à un de placé
par-devant leurs vilains noms. Et elle ne s'en
acti,·ait que mieux à instruire Lucette en la
science d'Ilozier et à lui apprendre comment
les filles (( nées » se distinguent de celles
venues &lt;1 de bas ».
Le mariage de Madame Royale, qui venait
d'épouser à Mittau son cousin, le duc d' ngoulême, lui causa une sorte de joie amère :
car .il lui faisait redouter qu'en vérité
Louis XVII Îùt bien mort, puisque ce mariarre
lui_ prépare1·ait sans doute un remplaçant.
Mais ce remplaçant, quel qu'il fùt, aurait
une Cour où la noblesse serait à nom·cau
intr_oduile. Il fallait donc que Lucette se préclos et muet. Uii deS()rdre inacoutumé se laissait voir d.111s les allëes oit trai1iaie11I des f euilles
parat à y prendre rang. C'est pourquoi la Toul étaitsèche.s
et des brindilles de bois mort. To ul :lisait l.J détresse des ,11c11isons ve11 ves. (Page 89.)

�~ - 111ST0'1(1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - oldat:
- Oui , soldat de Duonaparle, en yrie ou
ailleur~ .... C'est un grand capitaine, ajouta
vh•ement lartial, commc·pour se ju tifier.
- Allez, mon ne,eu, allez, dit M. de la
louraine après un silence. Monsieur Buonaparte est, en c[el, un grand capitaine .... Je
pourrais vous dire qu'à celte beu~c_, pour
nou autrP gens de nob)es.e, le rocher des
arme· est scabreux. Nos pareils sont avec les
prince· ou da.ns les bois vendéens .... Considérez que ,·ou de,·enez un oldal de la Révolution .... Mais qu'importe!. .. Tou les régime .e valent, par les ,·ices el les vertus
qui leur sont communs .... Allez! i vous
cro1ez trouver là un peu de bonheur el de

paiI.
Et, changeant _de ton :
.
- Avez-\'ous mîorme votre mère f
_ J'allendais votre avi . ~laintenant, rien
m'empêche de lui en parler aus itôt.
- Et vous partirezt..
- Dans d ux jours.
_ Eh bien, à aprè -demain, mon ne,·eu.
Ne vous inquiétez de rien. Je poucrnirai à
votre hour e... en manière d'acompte i;ur
mon hérita!le ... que vous trouverez peut-être
?
à ,·otre retour .... Ce mot· vous attrtslenl.
Paix, là!. .. Courez du pays, voiez le monde ... .
C'e t le lot de la jeunesse, et ce n'est ans
doute pa~ le plus mauvai ....
V

•

XV[
Lorsque Marlial retourna au chàteau, il
demanda sa mère. On lui répondit qu'elle
était depuis tantôt deux heures, enfermée
dans' la chambre au secrél.aire. On désignait
ou ce nom une va te pièce située en un recoin do. corridor central, parfaitement isolée
et silencieuse. n énorme secrétaire en noyer
du pays, mcul,le antique et lo~rd à multiples tiroirs et à serrures compliquées, el une
chai e de paille en étaient tout l'ameublement. Ici la baronne se relirait pour « chiffrer ». Et elle chiffrait beaucoup ce jour-là,
'activant à celle besogne a\'ec une joie d'avare, heureu e de calculer le produit de e
terres et de ses poulaillers.
Pourtant, une foi , elle s'interrompit et
ongea.
. . EII
'
Le silence de son fil 1··ll'r1ta1t.
• e etit
préféré quelque éclat par où se seraient évaporées Ja colère et les rancunes. D'autre part,
elle commençait à s'inquiéter de la tournure
'lue prenaient le événements extérieurs, encore qu'elle en fùt ma.l informé~, _soit pa_r le
curé, soit par les pa)·sans ses vo1 ms, qm en
avaient plus qu'elle là-dessus. Toutes ces
nouveauté l'intéressaient surtout au point
de vue pécuniaire : les impôts au!?meola.Î('nlils? les denrées e vendaient-elle bien? ... Et
pourtant eùt-on aboli tout impôt et vendu
vingt fois plus cher les marrons ou le fourrage, elle n'en e'Ût pas moins bai le régime
11ui tenait hors de France le roy légitime.
Car, en elle, la fille de Brocheteau et l'épou c
du baron de Fonspey-rat 'entendaient tl me.r\·~illa.

Toul à coup, la rnix de Jlartial résonna
derrière la porte :
- Ma mère, êtes-vous là?
C'était chose inusitée que Martial vint la
quérir en cette retraite, et c'était surtout
étrange; en ce temps où il feignait de n'avoir
jamais rien à lui dire.
- Oui, répond.il-elle silchement. Entrez.
Martial enlra. a mère le regarda et comprit que quelque chose de grave allait ètrl!
dit. Elle avait devant elle noa plu un adolei;cent, mai · un homme. La douceur et l'aimable nonchalance qui se marquaient autrefois ur le visage de rnn fils avaient disparu.
L'énernie se pei!!llait dans son regard el le
pli de sa lèvre. On distin1:,ruait, entre ses
sourcils, la trace ferme el légère d'une ride
précoce creu ée par quelque habituel souci.
Madame de Fon pi&gt;yrat vil tout cela d'un
coup d'œil. n frémissement d'angoisse la
p~rcourul.
mère, dit Martial en exanérant le
ton de Iroid respect qu'il arnit adopté, je
,·iens vous informer que je partirai demain
où lti jour suivant. ... Je vai · joindre l'armée
d'Égypte .... Je ne vous demande rien, ni
hardes, ni argcnl. ... c·est tout ce que j'avais
à vous dire.
~larlial avait redouté quelque éclat. En
pr6vision d'une scène violente, il avait mc·uré ses brèves paroles et s'était compo é
une attitude calme et digne, où la colère de
la baronne n'aurait rien à reprendre.
Madame de Fompeyrat se contint merveilleusement.
Entre la mère el le fils s'était op~ré, ce

- ,ra

Toul à c(lup, la voix Jt MJr/iJI r.!so11ua Jerrftlrt la
porte: • - .l/3 mere, des-vou; lâ 1 • • - Oui, rt!f'Cln.iil sühemenl la l'aron11e. Entr~. • (Page 9z.)

dernière· emaines, un Jent travail de dé agrégation sentimentale. L'œuvre 'achevait
an peine. L'amour du fil n'était plus que
poussière. Celui de la mère, sou tenu par la
forte armature du préjugé de race, consolidé

par un ciment d'orgueil, tenait bon un peu
plus longtemps. Tout de suite cependant elle
avait pensé :
11 Ah! poorq uoi la Bastille est-elle démolie !. .. Pourquoi n'y a-t-il plus de lettres
de cachet! ... •
Elle n'essaya pas de retenir son fils. li
voulait partir : qu'il par lit!
Cependant elle avait pâli. es mains s'étaient le1·ées en on vague geste de menace
qui 'était fondu en signe de supplication. i
l'un ni l'autre ne e préci èrenl.
- Faites, dit-elle, lorsque des mots purent être articulés par e lèvres blanchie
soudain. Faites, mon ieur .... Nous ommcs
en un temp. où les mères ne comptent plus
aux yeu.x des fils.
.
.
Le coup était rude pour elle qui ,·oyait
ainsi tomber ses rêves d'orgueilleuse mater•
ternité. Le soldat nro sier qui lui re1iendrail
quelque jour .erait-il encore digne de perpétuer la lignée? ... Quand il aurait erü l'abominable l\é\"olulion auprès des fils de Jacquou et de Léonardou, ces croquants, aurai t-il
fürure de noble? ... lême, qui sait? a'empècherait-il pa , abre en main, le roy de rentrer en France, ce roy idéal duquel elle
attendait tant de biens pour on fils, pour a
fille, pour le nom'!. ..
Martial était encore là, ans parole et les
yeux fixe ur sa mère. Elle au ile reuard_a,
el one pitié la prit. Peul-être son Marl!al
avait-il la tête un peu dérangée par le chagrin d'amour .... Cela n'était pas sans exe~ple qu'une peine amoureuse fil perdre la ra1·on à un jeune homme. . . .
.
Mais elle \'examina da\'anlage el elle le nt
si fwne, l'air si résolu, qu'il lui fallut bien
e rendre à. l'éndence. Et elle senlit que
déjà, elle n'avait plus de Ols.
ans ajouter un mot, elle le laissa quitter
la chambre.
Dans le corridor, Martial e heurta contre
Lucelle qui entrait en coup de vent, tenant
sou son bras celui de folie. Elle vil son [rère
avec un regard si changé et quelque cbo e de
si particulier dans toute sa personne, qu'elle
s'arrêta interloquée :
- Qu'y a-t-il encore'? dit-elle, inquiète.
- Je pars, Lucette.
- Où? ...
- A l'armée.
- Â l'armée!. ..
Elle se rapprocha de lui, fière el troublée
à la fois. Elle n'avait pas vu sa mère qui,
sortie de la chambre, était arrivée jusque-Hi
sans qu'on l'entendit.
- Avec les princes!... s'écria Lucettc
pour compléter a phr.1 ·e, car cc n'était
même pas une question qu'elle posait.
on, ma fille, dit avec dureté madame
de Fonspeyrat qui intervint. lion ieur le baron, votre frère, va servir la Révolution, avec
les Jacobins et les San ~ulottes. Il mettra
son épée au service des ma. sacreurs de eptembre. Voilà où nous en sommes dans notre
famille.
EL elle pa sa.
- Oh! Iartiall s'écria Lucelte sans trou-

,

•

___________________________________

ver aucun mol pourexprimer sa stupéfaction.
Pui , d'un geste instinctif, elle s'éloi!!Tla
de Martial et cacha son 1·i a11e déjà larmoyant
0
&lt;:ur l'épaule de son amie.
Martial oull'rail. Tl n'avait pa relevé le
propo de .a mère. n ne . ut rien dire à Lucelle pour la consoler. Il restait là, stupide el
éperdu de4'ant le rbagrin naïf de sa sœur
qu'il aimai!.
~ 31on ieur Martial, dit Julie, rnus serez
.uperbe ous l'habit militaire. Je le dis sans
rire .... Tous me· compliment ....
Hardie, elJe re,.arda le jeune homme d:ms
le yeux. Puis elle entraîna Lucelle au jardin
où elle 'efforça de la con, oler.
Martial fit seller un che\'al et galopa ver
le presbytè-rC'. A celte heure, il était ûr d'y
trouver le curé. Il n'aurait pa quitté Vcrthis Eans dire adieu à ce ~rave homme, doux,
innocent et maladroit, mais qui lui était chrr
par on dérnuemenl et a .implicit.é.
Le curé e mettait à table :
- Ab! mon ieur le haron !. .. mon chrr
enfant!. .. que voilà bien une bonne idée!. ..
Vous \'enezdiaer avec moi, pa vrai'? ... Oui. ...
A seyez-You là .... Préci émenl, conde m'a
confectionné une de ces soupes! . . une fameu e, avec un morceau de confit, des poi ,
des fè\'es cl un cœur de chou .... Vous m·en
direz des nouvelles .... Vite, econde, un courert !. .. Ab! la bonne idée, monsieur le baron, la bonne idéel. ..
- Oui, mon cher curé, je \'eux bien diner
arec vous, répondit Martial. Cependant, je
n'étais point venu pour cela .... Mai je gmiterai a,'ec plaisir l'e1cellente soupe de Seconde, car, de longtemp ans doute, je n'en
mangerai de pareille.
- Et pourquoi ça"!... dit le curé en élcYanl ses gro sourcils pour marquer sa urpri e.
En même temps il remplissait jusqu'au
bord les as ietles de faïence. La soupe fumait, épaisse el odorante.
- Comment ça? .. Comment ça?. .. r~péuiit-il.
Je pars.
- Et où allez-vous, mon pau\Te enfant~
dit le curé, qui déjà 'apitoyait.
- Faire la guerre.
En \'endée!. .. s'écria joyeu ement le
i:uré.
Non, curé. En Égypte ou en yrie ....
.le vai ... a\'ec mon ieur Buonaparte.
Pomerol eut un ursau 1, Son visage se colora. li c rejeta en arrière, s'appuyanl au
do .ier de sa chaise. 11 n'en poul'ait croire
se oreilles.
- Arec mon ieur Buonaparte?... A\'C~c
mon ieor Buonaparte?... répétait-il, effaré.
- Oui. Je veux me ballre contre les nais
ennemi de Ja France, dil Martial avec fermeté.
Le curé écoula sans broncher ces mots
!!l'o de ~ous-entendus. Puis son '"i age prit
une expression de douceur sacerdotale. Il
toussa un peu, achern .a dernière cuiUerée
de oupe, toussa encore et dit aYec sa rnix
üe prédicateur :

.Jl-'ŒS D'AUT1fE"F01S ~

• - ••lfo11. nt1•eu~ n'o11Nftz f'_:u ,1u, _j, i-ous ai lr~s slrtcèreme11/ aime. Je 1·011s consf.fr1•e comme mon fil.•. JI
meut elt l'on dt 1·1111s :zvo,r a11tres ik 111011 li/ lt1n7ue l"inst.2nt sera 1·e11u rour moi d, sui,•rt la Camarde... ,

(Pa.1re&lt;).!.)

- Mon Dieu, monsieur le baron. assurément vou pouvez aYoir raison d'une certaine manière ... j'entend , au poinl de ,•ue
des résultats purement humain ... cl même
chrétien .. oui, j'o e dire chrétien ... que
les guerre. en Orient pcu,·ent avoir sur ...
sur les population obscure et incroyante
qui ... (JUi n,·ent hor des lumières de ln
ainle Êgli e ... el que le général Duonaparle
combat en ce moment avec une telle valeur
que ... ,Traiment. .. en effet.. ..
Il s'embrouillait dans les méandres de a
plira e interminable. Il souffla. Pui , plein de
bonne ,·olonté pour achever son fHandreux
petit discours, il reprit :
- . . . En effet ... je comprends ... on comprend qul! .... Cependant la 11évolulion est avec
lui, monsieur le baron!. .. Il est l'homme de
la Révolution, monsieur le baron!. .. quoique,
à dire vrai, les églises se rouvrent .. . el les
prêtres.... Enfin Notre- eigneur n'est plus
ab olument banni de ses temples .... On l'y
tolère ....
Et, enchanté d'a,·oir trouré ce mot, il répétait :
- On le tolère .... On le tolère ....
JI continua :
- CertainemenL, mon ieur Buonaparte,
de famille très chrétienne ... j'ai lu se origines dan une petite feuille que les colporteurs distribuent. . . très chrétienne et même
un peu noble, dit-on, pourrait être ... serai 1. ...
,1ai · le princes sont en exil, mon ieur le
baron, el le biens religieux sont encore sous
séquestre ....
li ba le yeux au ciel.
- Enfin, Dieu y pourvoira! ... Dieu y pour•
1
vo1ra
....
ll répéta plusieur foi celle brève et commode formule de confiance en Dieu, puis il

soupira bruyamment et se mit à découper un
caneton aux navels que cconde avait posé
ur la table.
Martial n'écoutait guère le curé. Il mangeait de bon appétit acquiesçant de la lête et
marmonnant parfois des : « Oui, oui ... 11
dont le bon prêtre e contentait.
- Servez-vou , mon ieur Je baron, je le
crois patfail.
Et le curé, a serviellc ou le menton,
allendit, ponr emplir son assiette, que Martial eu t choisi parmi le aiguillette du canard. Puis il mangea, sans hâte, soufOant
entre chaque bouchée et buvant copieusement. on œil cependant interrogeait ~on
conYive. 1L ollicitait l'éloge de la sauce au
canard. &amp;fartial e méprit el crut qu'il désirait d'autres détails.
- Oui, curé, je par demain.... C'e t
pour demain.
- Et que dit de cela madame la baronne'!
fit le curé a\·ec un craintif respect.
- Ma mère? ... Avouez, curé, que vous la
voyez dans une fureur sans pareille, son bonnet de travers, les poings tendus et des cris
sur les lèvres ?...
- 11 me semble probable, en effet, que
madame la baronne a dû recevoir celte nouvelle avec .. . quelque ... vivacité ....
- El vous vous trompez, mon bon curé.
Madame de Fonspeyrat e t calme, ironique
et brutale .... Peut-être ne croit-die pas à la
solidité de ma résolution.
- Voilà qui est particulier, en effet. Et la
que Lion de .. . votre ... dt1 votre dernier chagrin, mon paune enfant? ... Est-ce pour cela
que VOU •.• ?
Le visaue de lartial e rembrunit. La voix
basse, il répondit :
- Oui ... c'est pour cela.

�111S T 0']{1.Jl
- Alors, vous ne pouvez pas .... vous ne
,·oulez pas ... oublier?
- Je ne peux pas, dit sourdement Martial.
Le silence tomba entre eux. La servante
allait et venait, emportant les restes du
canard et servant des petits fromages de
Verthis, très estimés dans le pays.
Le curé avait joint les mains sur son
ventre. Sa figure était douloureuse et recueillie. Il regardait fixement son assiette.
Puis il dit en soupirant :
- Ah! mon fils, mon fils, quel mal vous
faites au cœur de Notre-Seigneur !...
Sans y prendre garde et en toute sincérité,
il emploJait les mots et les faç,0ns du confessionnal.
Il continua, baissant la voix :
- Quel mal vous lui faites! ... Et aussi
au cœur de votre vieux curé qui vous a vu
pas plus haut que ça .... Que dis-je? Qui vous
a ·baptisé .... Oui, certes, voilà la plus grande
douleur de ma vie .... La persécution,, le ponton de l'île Madame, les dénonciations
anonymes, ce n'est rien. Mais vous, mon enfant, vous, une si belle âme, ,·ous oublier
jusqu'à aimer celte .... Écoutez-moi. Soyez
raisonnable. Elle est partie, n' e t-ce pas?
Vous ne savez où? ... Vous ne la reverrez
plus? Eh bien, oubliez-la! oubliez.... Faites
tout ce que vous pourrez pour oublier .... Et
puis, songez que la Providence s'est montrée
en celle occasion.... C'est elle qui a permis
tout ce qui vient de se passer, afin ....
- Curé! curé 1... cria Martial dans une
explosion de colère subite, ne dites pas
cela! ... Ne mettez pas la Providence en celle
horrible affaire .... Ce serait injurier Dieu ... .
Non, non, Dieu n'est pour rien là-dedans ... .
Dieu laisse faire les mauvais, quelquefois,
parce que.,.. Non, je ne saurais dire pourquoi.... Je ne comprends pas. .. . Quel mal
fais-je donc à lui el à la religion en aimant
une jeune fille si sage, si pure, si pieuse L.
Non, ne parlons pas de lui ... ni d'elle ... ni
de rien de tout cela ....
Le pauvre Pomerol restait muet dans un
effarement extraordinaire. Il ne s'attendait
pas à pareille violence. Sa douceur habituel1e
et son affection pour Martial en étaient singulièrement remuées. Il ne savait que dire.
- Calmez-vous, mon cher enfant, calmezvous.
Martial se dirigeait vers la porte. Ses regards ardents brillaient dans la pàleur de son
visage. Le curé fut altendri de le voir _si bouleversé. A_h I que n'eût-il pas donné pour
rattraper ses paroles !
Illuslrattons 1k CONRAD.)

- Adieu, curé, adieu. Allons, embrassezmoi.
Les yeux de Pomerol se mouillèrent.
- Yous embrasser! ... Moi!... Ah! monsieur le baron.... Mon cher enfant! Quel
honneur et quel plai ir vous me faites! ...
11 serra le jeune homme dans ses bras,
Ensuite, posant sa main droite sur le front de
Martial, il y traça le signe du chrétien. Puis,
baissant la \·oix, timidement, il dit :
- N'oubliez pas que vous avez fait votre
première communion .... Et pensez que Dieu
déteste les hérétiques.
- Dieu ne déteste personne, mon bon
curé, dit Martial avec douceur el pitié ....
Alors, adieu, adieu ....
Sur la route, Martial croisa un vieux carrosse qui s'en allait cahin-caha, et reconnut
l'équipage de madame de Puyrateau. Martial
mit pied à terre en même temps que le
cocher arrêtait ses chevanx.
- Que m'a donc raconté le marquis? Estce possible? Vous partez? lui criait la comtesse.
- Oui, comtesse, et pour longtemps.
- Faire la guerre ! Quelle horreur 1•.. Et
avec qui, grand Dieu ! Mon cher enfant, quand
on est beau, bien fait et qu'on a votre âge,
c'est une folie!
- Une folie explicable, madame....
- Non, non, rien ne la justifie. Rien, entendez-vous?... Au moins, passez par Paris
avant que d'aller vous faire tuer je ne sais
où .... 11 paraît qu'on s'amuse follement dans
la capitale. Les théâtres sont pleins, le PalaisRoyal est délicieux, on danse chez les directeurs et on jooe chez madame Boonaparle ....
Elle souriait avec ironie et marqua davantage ce qu'elle pensait, en ajoutant:
- ... Puisque, à présent, vous êtes de ce
monde-là....
•
Martial s'inclina sur la main que lui tendait la comtesse.
- Adieu !.. . Adieu !.. . Am usez-vous 1...
Amusez-vous!
Martial, remis en selle, rendit la main à
son cheval, qui prit le galop.
Le surlendemain, à l'aube, madame de
Fonspeyrat quittait sa chambre et s'en allait
- disait-elle à Mïon - à une métairie où
elle avait affaire et où elle passerait la journée. Lucette dormait encore lorsque, un peu
pins tard, Martial quitta Fonspeyrat. Le
jeune homme faillit s'attendrir en voyant le
domestique emporter son léger bagage. Mais
il se contint, malgré que sa pensée évoquât
ses années d'enfance el les plaisirs innocents
qu'il avait goûtés en cette cour, en ce jardin,

sur cette route où, tout petit, il gaminait. n
monta à cheval et, d'une traite, galopa vers
la poste aux chevaux.
Il y trouva le maître de poste en train de
gourmander un valet, le pressant d'atteler au
plus vite l'unique chaise qu'il mellail au service des voyageurs de marque. Assis sur un
banc de pierre, contre l'écurifl, M. de la Mouraine attendait son neveu. D'un geste presque
tendre, il l'accola.
- Mon neveu, dit-il, n'oubliez pas que je
vous ai très sincèrement aimé . .Je vous considère comme mon fils. Il m'eût été bon de
vou,; avoir auprès de mon litlorsque l'in~tant
sera venu pour moi de suivre la Camarde ....
Mais cela est de peu d'importance .... Ce qui
l'est davantage, c'est que vous sachiez dès
aujourd'hui composer votre vie pour en faire
une œuvre sereine el forte .... Peul-être le
moyen que vous employez est-il le meilleur ....
Commencez d'abord de bannir de votre esprit
toute rancune ou colère contre le passé. Outre
que la violence et la haine ne servent à rien
dans la c~nduite des événements, le corps en
est fâcheusement impressionné et l'àme risque
d'y perdre son aplomb. J'aime à penser que,
soldat, vous éviterez la brutalité et que vous
resterez gentilhomme. Assurez-moi au si que
vous conserverez et ne quitterez point le petit
livre que voici. Vous y trouverez mille bonnes
recettes pour tenir votre âme en repos .... Je
m'excuse de vous remettre un volume aussi
fatigué .... Mais c'était mon livre de chevet, je
souhaite qu'il devienne le vôtre. Adieu.
Ce trait mit deux larmes dans les yeux de
Martial. [) les contint, donnant ainsi un gage
de sa fermeté. li se jeta dans les bras du
marquis et demeura un instant sur sa poitrine. Le cocher fil claquer son fouet. Martial
monta en voiture. Son oncle lui tendit une
bourse amplement garnie et s'éloigna vivement sans un mot et sans se retourner,
encore que Martial l'appelàt avec insistance.
La voiture s'ébranla. Les chevaux battirent le
pavé, puis, rapides, passèrent sous un porche.
Brusquement ils tournèrent et prirent la
graod'route. Alors Martial ouvrit le livre qui,
des mains de son oncle, avait passé dans les
siennes. Il en lut les premières lignes :
« C'est icy un livre de bonne foy, lecteur .... ,&gt;
li reconnut Montaigne et se réjouit de
l'aroir pour compagnon de route.
JI tourna la page. Ses regards tombèrent
sur ces mots :
u Par divers moyens, on arrive à pareille
Îln.

»

-

Les mémorialistes, contemporains de lime
de Maintenon, se sont montrés particulièrement sobres de détails concernant le régime
auquel élaient astreintes ses pupilles. Des
témoins étrangers ont été plus explicites à cet
égard, tout particuliêrement l'ambassadeur
que l'électeur de Saxe et roi de Pologne entretenait à la cour de France au début de la
régence.
Êtant donnée l'influence que notre pays
exerçait, en ce temps, au point de Yue ... à
tous les points de vue en général, et la curiosité absolument extravagante des princes et
surtout des principicules allemands de l'époque, il ne faut pas s'étonner que M. de
Suhm, conseiller intime des guerres, ait reçu
de son prince l'ordre de visiter en détail la
maison d'éducation de Saint-Cyr. Dans son
rapport, daté du i.5 mars 17 i 7, ce personnage raconte ainsi qu'il suit les puticularités
de cette visite :

« En arrivant à Saint-Cyr,j'ai demandé une
audience à Mme de Maintenon, mais n'ai pu
l'obtenir, cette dame étant malade et en danger de mort 1 • Ce fut l'évêque de Chartres qui
m'accompagna et me présenta anx deux cent
cinquante jeunes dames. Ces dernières sont
uniformément vêtues de drap brun foncé.
Leur costume consiste en une jupe et un
manteau de cette couleur; un petit bonnet de
toile, garni d'une dentelle étroite et d'un
ruban de couleur, leur sert de coül'ure.
Ces jeunes filles sont réparties en quatre
classes, qui se distinguent par la nuance des
rubans (rouge, bleu, vert et jaune). Les
petits tabliers qu'elles portent sont bordés
des mêmes rubans. Leurs gants sont uniformément jaunes, et &lt;Juand elles vont à la
chapelle, elles metlent par-dessus le bonnet
un capuchon de soie noire.
Ces demoiselles se rendant à l'église, sous
la conduite de leurs maitresses, offrent un
coup d'œil vraiment charmant. Deux classes
entrent de front, sur deux rangs, dont l'un
1. Mme de Maintenon se remit de cette màladie,
Cllr

Et cela lui donna quelque espérance.

( A suivre.)

aux demoiselles de Saint-Cyr

LomsE CHASTEAU.

elle mourut seulement &lt;leux nns plus larrl (17 Hl).

1717 -

tourne à droite et l'autre à gauche, pour
prendre place dans les bancs ; ensuite, elles
foot face à l'autel, puis à un crucifix:; elles
e signent, se mettent à genoux, se relè,·ent
puis s'assoit'nt. Tous ces mouvements s'exécutent en cadence.
Ala fin du service religieux, pendant lequel
les voix claires de ces jeunes filles avaient
exécuté des chants très harmonieux, lasorlie
de l'église s'effectua d'après le même cérémonial que l'entrée. - Après quoi, l'on me
conduisit au réfectoire. Les jeunes filles
étaient assises à deux grandes tables, où
leurs surveillantes avaient également pris
place. Â l'extrémité de la salle, une table
particulière était réservée à la directrice et à
ses adjointes; au milieu se tenait une demoiselle qui faisait la lecture. Le couvert
offrait un aspect de grande propreté. Chacune
de ces demoiselles avait devant elle une
assiette pleine de soupe, une timbale remplie
d'eau, une petite assiette de poisson; il y
avait, en outre, un saladier pour deux.
Ensuite, on me fit voir la salle de récréation. C'est là que se tient habituellement
Mme de Maintenon. On y cause, on y travaille,
on y récite des poésies ~t l'on y représente
des dialogues et des comédies saintes.
Après cela, nous avons visité les quatre
classes. Dans toutes, les jeunes filles étaient
assises à différentes tables, dont chacune était
présidée par une maîtresse, et, suivant leur
âge, elles écrivaient, lisaient ou se livraient à
des travaux (d'agrément). Â côté de chaque
salle de classe se trouve un dortoir, dont la
disposition est uniformément la suivante :
Les lits sont individuels, garnis de rideaux
rouges, bleus, verts ou jaunes, suivant la
classe, el séparés les uns des autres par des
intervalles convenables. Chaque salle est
chauffée par une grande cheminée de milieu
el éclairée par un certain nombre de lanternes qui brûlent tonie la nuit.
Ces demoiselles ont eu 1a gracieuseté de me
réciter quelques dialogues et de me repré2. M. de Suhm a vouJu dire : c dnns IC'S bras de
~es filles, (acte IT, _cène VII).

senter un acte d'Estfte1·. Une jeune personne,
d'une_ be~uté. accompli~, tenant un sceptre à
la mam, JOuart le rôle d Assuérus. J'ai obserré
que toutes aYaient une prononciation remarquable. Aussi, lorsque Esther tomba évanouie dans les bras de la garde 1, je ne pus
retenir mes applaudi,;sements.
Ensuite, certaines de ces jeunes filles reprirent leurs ouvrages; les autres, au contraire, se livrèrent à des jeux variés, offrant
un ~?UP d'œ~ qui nous parut angélique.
L 10firmer1e, la pharmacie, la cuisine, la
dépense et les jardins que nous visitâmes
éta~ent tenus avec le plus grand ordre. Il est
certain que l'entretieb de la maison coûte par
an 20~000 livres, somme dans laquelle sont
comp~1s Jes 1 000 écus de dot que reçoit
toute Jeune fille quillant l'établissement. (Il
y en a une vingtaine par an.)
On n'admet ici que les demoiselles nobles
~gées, de . plus de sept ans. Elles y resten~
Jusqu à vmgt ans accomplis; à leur départ, on
leur donne - en plus des mille écus préci tés - des vêtements, du linge et cinquante
écns pour leurs frais de voyage. CeJles d'entre
ell~s qui manifestent l'intention de prendre le
voile peuvent rester leur vie durant à SaintCyr ou entrer dans un autre couvent. En ce
cas, elles reçoivent aussi la dot de mille écus .
Une immense bande de parchemin contient
la généalogie de toutes les personnes admises à Saint-~yr. Elle est destinée à prouver,
après des s1ecles, la noblesse des anciennes
élèves.
Mme de Maintenon est la seule de toute la
maison qui ait le droit de porter le ruban
noir. Elle a marié très avantageusement un
nombre considérable de ses anciennes élèves.
J'ai trouvé au nombre des pensionnaires
de Saint-Cyr une demoiselle de Kœnirrsmark, une jeune .fille très intelligente que0 1e
feu roi (Louis XIV) avait Fait admettre à ce
couvent. )l
Le conseiller intime de Suhm donne encore
d'autres détails - sans intérêt pour nous sur cetle famille de Kœnigsmark.

P.

DE

PARDIELLAN.

�.

'

MADEMOISELLE

DE

LAMBESC

ET SON FRÈRE, LE JEUNE COMTE DE BRIONNE.
J· TALLANDIER
LIBRAIRIE lLLUSTitl:E

Tableau de ~ATTIER. (Collection LA CAZE, ;\lusée du Louvre.)

75, RUE ÜAREAU, 75
9LRIS ·:uv- arron11' .1

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                    <text>.

'

MADEMOISELLE

DE

LAMBESC

ET SON FRÈRE, LE JEUNE COMTE DE BRIONNE.
J· TALLANDIER
LIBRAIRIE lLLUSTitl:E

Tableau de ~ATTIER. (Collection LA CAZE, ;\lusée du Louvre.)

75, RUE ÜAREAU, 75
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�LIBRAIR.IE ILLUSTRÉE. -

TALLANDIER,

JULES

ÉDITEUR.

75, rue Dareau,

PARIS

(XIVe arrt),
~

3 5e fascicule

Sommaire du
Fo:-n:NJLLES . . .

.

GÉNERAL DE i\lARBOT
.
PAUL DE Af:,;T-VICTon •

Lom&lt;E CocuELET. . . .

Maitres et petits majtres
Marc Nattier, peintre de
Mémoires . . .
Concini . . . . . . . . . .
Oncle et neveu . . . . . .

de jadis : JeanLouis XV . . . .

. . . . . . . . . .
. . . . • . . . . .

f/7

99
107

109

Lectrfce de la Reine Hortense.
YlCOllTE DE RErsi;r . . . Belles

du vieux tell?ps : Fanny Sébastiani,
duche.sse de Prashn. . . . . . . . . . . . .

r

110

JLLUSTRATIONS

. . . . La duchesse du Maine . . . . . . . . . . . . . Ilï
. Les premières années de Robespierre. . . . 124
. Les Indiscrétions de l'Histoire : L'aspic de
Cléopâtre . . . . . . . . . . . . . . .
127
1'. G. . • .
. Les étapes d'une déchéance : La fin d'un
Caaet. . . . . . . . . .
13~
LOUISE CHASTEAU.
. Ames d'autrefois . . . . . . . .
13~
;\lERCI.ER . . • • .
Paris au XVIII• siècle . . . . .
143

ARVÊDE BARINE .

TlRÈE

Gto

'' LISEZ=MOI ''

EN

CAIII.AÏEO :

MADDIOISELLE DE L.\:\IBE C
ET SOX FRERE, LE JE -~E COMTE DE BRIOXXC

Table1u

da K., n 1ER. (Mu st!e du Louv,·e.)

Paraissant
le IO et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMÉRO 137 du 10 mai 1911
HERMAKT . La provinciale . - HENRI DE RÈGXIER, de l'Académie françltlse. Résid~nce royale . - l\ladame ALPHONSE DAUJ)ET. Les en~ents ;t Ja.
nature . - ANDRÉ LI CRTENBERGER. Le petit roi. - PA11L, BOl1RGE r. de
l'Académie francaise. KOSA, LA ROSE. - GEORGES D'ESPAHBES. Printemps.
RENÉ MAIZÊKQY. Les paradis t errestres. - PAUL i\lAH.GUERlTTE. La
pèlerlne .' - AUGUSTE DOR t.:HAI~ . Dans les bois. - Guv DF, .\!AU PASSANT.
Une vie. - Mrcm:L CORDAY. Le bon moyen. - JA CQUES :-QHi\lAND. Jlfa1.
- Gusa1•E FLAL'BEHT. Au ~hâteau de Chenonceaux. - !-,rnov1i; HALEVY.
L'abbé Constantin. - ;\J1ccn ZAi\lAC_O~S- Ce q~l se dit ~ous les ~ns au
Vernissage. - P ,ERRE LOTI, de l_'Ac;1_dem1e_ frança 1~e. Un vieux colhe_r. ,EDMOND HOSTA.t,D, de l"Acnd,mt&lt; lran~;use. lllatm. J\lrc1m1: PRO\ INS.
Premier Mai. - Bt-UEUX, de l'Acadèn11e Française. Les trois f11les de
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Jules ÏALLANDIER, Éditeur,

22

Afin d'é'liter des erreurs, pritre tfécrirt trés lisiblement toutes les indications.

9,

Jean-Marc Nattier, peintre de Louis XV

PLANCHE HORS TEXTE

BERTR1,,'ïD, CABANEL, fAN V. CJŒUIINSK!, CONRAD,]. DAtrLLÉ DEBUCOURT, LÉO:,
G1RARDE1', P. G1w·LLERO;lf, LE GuE~C HIN", J AX lTOYNCK V.-1.N PAPE/\'DRECHT,
G. L1':NOTRE, MEISSON,ER, NARGEOT, );Al'TlER, HYACII\THE RIGAUD , j. RIGAUD,
TIE POLO,
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Un peintre ou un dessina leur, de n'importe
quel temps, qui fixa sur la toile ou jeta sur
le papier l'image de es contemporains ou les
scènes de la vie, soit publique, soit prirtie,
qu'il lui fut donné d'observer, est un témoin
autorisé dont l'Histoire n'a pas le Jroit de négliger le témoignage. Ce principe élémentaire
apparait comme d'une teIJe évidence, qu'on
ne peut manquer d'ayoir, en l'énonçant, l'impression de ressasser un truisme. Et pourtant, il faut le reconnaître, on ne devrait pas
remonter bien loin pour retrouver le temps
où les l.iistorieus, tout en faisant le cas qu'il
com·enait de l'archéologie prise en mi, abstraction faite de la qualité d'art, n'araient
qa'ind.ifférence el mème dédain pour tout apport graphique que ne recommandait pas une
pauvreté d'exécution qui ne le rendait que
plus précieusement documentaire. Si bien
qu&lt;', même encore dc nos
jours, où la hiùliO!,'I'aphic
hi~torique e-st outillée d'instruments si nombreux, on
en est toujours à souhaiter
la création de répertoires
généraux d'iconographie
historique. Car ces réperloires, seuls, conçus dans
une forme syslématique qui
n'est plus à chercher, peuvent mettre un peu d'm drë
et de clarté dans l'éparpillement de tant de documents de choix, que le hasard des mises à l'encan on
des transmissions d'aulrc
sorte a répartis, sur les
deux Cùnlincnls, en lant de
mu_éc , de cabinets d'estampes, de galeries privées.
Lorsqu'un Lei lrarail srra
fait, ou tout au moins déterminé dans ses grandes lignes, les historiens se rmdrool Lrop nette men lcomple
pour en faire fi, de l'énorme
importance de l'appoint que
ces œu-vrc d'art où persiste
NATTIER
et se conserve la vie, 1lCu,·en1 et doivcn l apporter à
l'Histoire, dans son admirable travail, mns1
t!ue füail Michelet, de perpétuelle résurrection.

Certains, assurément, ne manqueront pas
d'objecter, afin de rendre suspecte el de dé\1, -

HI STORIA. -

précier cette docu ruent.ation graphique dont ils
n'ont pas appris à discerner et à comprendre
la valeur, que tel ou tel pinceau s'est fait
courtisan, que tel ou tel crayon a trop obéi à
son propre caprice ou à sa fantaisie. Mais pareil argument n'a ni poid ni portér. JI n'autorise pas plus à récuser Je témoin qu'à infirmer, sans autre forme de procès, son
témoignage. C'est à la critique historique, en
s'as urant de l'i.nsiocérilé du premier, qu'il
appartient de vérifier la fausseté du second.
En nse-t-elle donc d'autre façon avec les
pièces d'archives? Acceple-t-elle donc passivement les affirmations de tel historiographe
officiel, de tel mémorialisle ou de tel épistolier'! Dans les textes qu'elle étudie, ne se
Fait-elle pas un devoir de rectifier d'involontaires erreurs ou des inexactitudes calculées? Il en sera de même chaque fois

de contrôle ne manquant pas, entre les 111iluenccs aù.xcquelles certains artistes auront
obéi, auxrruelles auront échappé certains autres. Jlonc, avec ses inévitables erreurs de Yision, a,·cc des inexactitudes, rouJues ou non,
donL elle n'a d'ailleurs pas le privilège, l'Histoire peinte, ITlistoiredessinée, est, elle aussi,
de l'Ilistoire - sans épithète. Aussi est-il aisé
de concevoir que les historiens d'aujourd'hui,
bien loin de la tenir pour un élément négligeable, la considèrent comme apportant à
leurs travaux une très utile contribution.

Parmi les peintres d'aull'cfoi ' que l'on evnsi&lt;lèrc rolontiers comme ne présentant pa ,
historiquement parlant, toutes les garanties
de sincérité désirables, il en est un sur l'œuvre duquel nous croyons devoir nous arrêter,
afin de rectifier, du moins en parlic, l'opinion
que trop généralement on
,c fait de lui.
Ce peintre, c'est JeanMarc Nattier.
Pour bien des personnes
en effet, Nattier n'est qu'uu
aimable artiste, ayant semé
à profusion, pendant une
longue carrière, les effigies
les plus char man les de princesses, de grandes dames
ou Je jolies bourgeoises de
son temps, mais ayant uniformément appliqué à toutes, en Lon « peinlre mondain &gt;&gt; el aux dépens de la
vérité, la même formule
d'enjoliveme.nt, les mèm!'s
séductions el les mêmes caresses d'un pinceau flagorneur. Or, en°lober ainsi,
dan un jugement sommaire, les œuvres d'un artiste dont la production fut
considérable et s'étendit sur
plus de soixante années,
c'est trop déterminément
CHcht GirauJon.
frapper de suspicion l'un
El' S.\ r.\MILLE. - TJbleau .û: )ÎATTŒR, (.llusee Je l'ersailles. )
des ensembles les plus riches de document , nefùtce qu'au point de vue de
qu'on se lrournra en présence d'un être ou la quantité, que nons ait laissés sur son
d'un fait du passé, füé en effigie ou en ac- époque un peintre dn xnne siècle.
tion, sur la toile ou mr le papier, par le
Pour bien connaitre et bien juger Nattier,
pinceau du peintre ou le burin do graveur. dans sa personne et dans son œuvre, il ne
Et l'on fera aisément le départ, les éléments suffit même pas de l'avoir vu triompher dans

F:i:1c. ~5.

7

�r--

•

ffiSTO'J{1Jl

celle salle du château de Ver ailles, redevenue waiment rople, qui lui fut récemment
affectée, et où, ur les exqni es boiseries délivrées de l'affreux badigeon qui longtemps
les déshonora, un certain nombre de ses toiles
sont disposées avec tant de goùl. Ce qu'il
faut, c'est se reporter à l'étude qu'il y a sept
ans, pui .. l'an dcrniu, dam une réédition
plus ~impie mai· encore fort hellr, un homme
qui est tout à la fois un historien très hautement apprécié, un délicat poète, un critique d'arL aussi avisé qu'érudit, M. Pierre de
~olhac, a consacrée au peintre de Louis XV,
avec le concours matériel des éditeurs Manzi,
,!oyant et Cie, dans un admirable volume de
luxr, ample, opulent, complet, définitif, le plus somptueux monument qui se pouvait
ériger à la mémc,ire du séduisant et cbaLoyanl artiste, El cc li\Te, écrit sans pins
de parti pris d'tmgouemenl que de dénigre.ment, où la critique s'exerce avec autant
de franchise et de liberté que la louange s'y
dose cl se départit aYec justice, est fait pour
corriger, daus ce qu'elles peuvent avoir d'excessif, les opinions contradictoires des admirateurs à outrance et des délractcurs de altier.
Né en 1685 sur 1a paroisse de Saint-Eu tache. où il devait mourir, âgé de plus de
quatre-vingt-un ans, en septembre IiG6 ,
Jean-fürc Nallier était fùs, frère, filleul, et
beau-père de peintres. Encore enfant, il fut
mis à l'apprentissage du dessin el, dès quinze
ans, llansart le gratifiait de la petite pension
qu'on allrihuàit aux e1èves de l'Académie
roiale. Admis bientôt après à copier au
crayon, dans la galerie du Luxembourg, la
grande suite des compositions de fiubens snr
Marie de Médicis qu'on peul à présent admirer au Lou\Te, il obtint de Louis XIV, de qui
lui vinrent les premiers encouragements, le
pri,•ilège de faire graver ses dessin . L ·heureuse publication de ces vingt-quatre planches
allait assurer son existence pendant plusieurs
année , en même temps que donner à son
nom un commencement de notoriété. Ce grand
travail achevé, Nattier chercha a~scz longtemps a ,,oie. li hésitait entre le tableau
d'histoire el le portrait. Sa direction définitive
lui vint de l'empereur de Russie. Pierre le
Grand, en ell'et, songeait alors à s'attacher
des artistes français dont le talent pourrait
contribuer à civiliser son pay , tncore à demi
sauvage. Notre peintre recula devant l'offre
tl'nne in~tallatio11 de quelque durée aux bords
de la ~éva, mais accepta de partir pour la
Hollande où l'empereur et J'impératrice se rendirent en 1717. Nattier n'} fut pas plus lÙl arrivé, que Pierre le Grand lui ût faire les portraits de la plupart des personnes de sa Cour,
lui commanda un grand tableau qui représentait la bataille de Pultawa, et dont il ne reste
aucune trace, puis le portrait de l'impératrice

Catherine. Le tzar fut à lei point frappé de la
re semblance de ce dernier portrait, lorsqu'il
lui parvint à Paris, qu'il ordonna, dans un festin d'où la tzarine était absente, que la toile
occupât sous un dais la place du modèle.
~lais les relations entre le peinlre el l'empereur en restèrent là. Méconten(du refus qu'opposait Nattier aux proposilions qui lui étaient
faites de suivre la cour en Russie, l'empereur, sans plus de façons, oublia de payer à
l'artiste cc qu'il restait lui devoir ....
Le 29 octobre j 718, Nattier étaiL reçu
membre de l'Académie royale, et celle nomination le désignait tout naturellement à l'attention des gens de qualité ou de riche bourgeoisie pour qui le titre de peintre du roi
était un brevet de talent. « Il s'attacha dès
lors, dit M. de Nolhac, à ce qu'on appelait le
« portrait historique &gt;►, arrangement parfois
puéril, souvent ingénie~x, par quoi on transformait un modèle, grâce au costume el am
accessoires, en héros de la Fable, en divinité
ou en figure allégorique.... Les deux premiers ouvrages qui, de l'avis des contemporains, établirent la réputation de Nattier, sont
restés dans les collections françaises. Ce sont
.Uailemoiselle de l:lem,onl, en tlécsse des
Eaux de la Sante, peint en 1729 el conservé
à Chantilly, el Mademoiselle de Lambesc,
llll'C son frère, qui est au Louue. ... De
telles œuvres, si conformes au goût du Lemps,
fixèrent aisément la réputation de 'allier; de
Lous côtés, les gens de qualité et le monde de
la Cour commençaienl à 'adresser à lui. )&gt;
El même, aprè avoir YU poser de,·a11t son
chevalet les premi~res fa\'Orit~ du roi, Nattier
devient bit'nlot le peintre attit1·é tle la famille
royale.
Il fait , pour madame de Chàleaurc,ux, uu
portrait de Louis XYqui a dispnru et dont on
ne connai't plus que des copies; il fait le portrait ùe la reine, ce Leau portrait où l'on vuit
Marie Leczinska en habit de Yelours rouge et
bonnet de dentelle blanche ; il faille portrait
de leur fils, en tenue de combat, avec la bataille de Fontenoy comme fond du tableau,
car c'c t là que le Dauphin a pour la première
fois rn le feu.
)lai les modèles donl Nattier est urtoul
appelé à reprodu ire les trait,, ce sont Me dames, filles Je Louis XV. Dans le toiles si nombreuses que d"aprèi:; elles il a brossées, ou
trou \' C Madame Infante en costume d'apparat
ou en habit de chasse; Madame llenrielle eu
Flore ou jouant de la basse; Madame Adélaïtle
en Diane, ou tenant en main, soit un cahier
de mmirrne, soit une navelle d'or, soit un
éventail. Puis on enrnie 'allier à Fontevrault
pour qu'il y exécute les portraits aujourd'hui
célèbres, des trois {( petites dames », qu'on
peut voir à Yersailles : füdame Victoire, Madame Sophie et Madame Louise, et nombre
d'autres toiles, petites ou grandes, d'après ces

mèmes princesses. Et quand nous sommes en
face d'un de ces portraits, ou de l'un de ceux
des autres modèles du peintre, nous avons le
droit de nous dire, sous réserve d'une certaine mise au point, que c'est bien celle
jeune fille ou celle femme, et non quelque
figure de fantaisie, que nous avons devant
nous. Pour celle mise au point dont nous venons de parler, il suffit que nous nous rappelions ce que, confirmant le dire d'autres
contemporains, Casanova a écrit de Nallicr :
ci Faisait-il le portrait d'une femme laide, il
la peignait ai•ec une l'essemblance parlan/P.,
et, malgré cela, les personnes qui ne voJaienl
que son portrait la trouvaient belle. Cependant l'examen le plu scrupuleux ne laissait
découvrir dans le portrait aucune infitlélilé .... l)
Donc, en raison de sa demi-sincérité, notre
arli le demeure, pour l'histoire graphique de
l'époque charmante où il a vécu, un témoin
dont il faul tenir compte.
.. . füis le bon Nattier continuant d'accepter, parallèlement à sa be~ogne de cour, les
commandes qui lui venaieHl de Ioules parts,
tombait, par la force des choses, dans une production de plus en plus facile et superficielle. li
n'y trouvait d'ailleurs pas la forlune. De mauvais placements, une libéralité excessive, la COÎLleuse passion des curiosités, les charges d'ur e
mai ·on extrêmement lourde, neuf enfants à
élever, avec toutes les dépenses qu'entrainait
une éducation complète pour chacun d'eux,
emportaient le plus clair de ses gains, el la
surproduction à laquelle il e vit entraîné ne
fit qu'accélérer le déclin de son talent et de
sa vogue. L'ancien peintre à la mode était
démodé. 11 Le discrédit dans lequel, dit
M. de Nolhac, étaient déjà tombées les. œuvres de 'altier, aux dernières années de sa
carrière, parut les vouer, plus promptement
que d'autres, à l'oubli défrnitif. es plus
beaux portraits restèrent de simples souvenirs de famille, dont les jeunes gens raillaient les ajustements ridicules. lis furent
enveloppés, en outre, par la défaveru· générale qui atteignit hientôt toute la peinture
du mêmè temps. L'époque qui méprisa Watteau, Fragonard et Boucher ne pouvait cependant épargner Nattier .... »
Depuis lors, les maitres et les petit maitres du ~, 111° siècle onl eu de justes re,·anches. Jean-)larc 'altier a repris, au second
ou Lroisièrri_(\ plan des peintres de son lemp ,
une place très honorable qu· on ne songera
plu" guère à lui contester. Mais ce qui la
lui a sure arnnt loul, c'est de nous avoir
gardJ, avec un peu d'apprêt sans doute mai
en Loule fraîcheur et Loule grâce, lanl de
séduisanlfls-images de es jolies contemporaines, et de nous faire assister, nous el le
générations qui sui\Tont, à celte Yivante apothéose de la Femme au xvme siècle.

FO~TE:'\ILLES.

1'.1SS.I GE LIE LA BÉJUi ~J"iA.

T,1Nea11 ile

j,N il OYNCK \" AN l'At •ENDREl: Ul .

I' liché VI t uivona

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XVII (suite ).
A l'époque dont je parle, lous les maréchaux de l'Empire paraissaient ré olus à ne
p:i reconnaître entre eux les droits de l'ancùmnete, car aucun ne voulait servir sous un
de s~ camarades, quelle que fùt la gravité
de c1rconslanccs. Aussi, dès qu'ùudinot eut
r~pris le commandement du 2•corps d'armée,
V1etor, plutôt que de rester sous ses ordres
pour combattre WittgensleÎJ:!, se sépara de
lui et se dirigea ver· Kokhanow avec ses
~5.000 hommes. Le maréchal Oudinot, resté
~eul, promena ses troupes pendant quelques
Jours dans diverses parties de la province et

alla enbn étaLlir son quartier général à Tscbéréia, ayant son avant-garde à Loukou.lm.
Ce ÎUI pendant un petit combat, soutenu
en avant de cette ville par la brigade Casle.'f,
que me parvint enfin ma nomination au grade
de colonel. Si vous considérez que j'avais
reçu, comme chef d'escailrons, une blessure
à Znaïm, en Mora\•ie, deux à Miranda de
Corvo, en Porlugal, une à Jakonbowo, fait
cruatre campagnes dans le même grade, et
que, enfin, je commandais un régiment
depuis l'entrée des Français en Russie, vous
penserez peut-être que j'avais bien ac.quis mes
nouvelles épaulettes. Je n'en fus pas moins
reconnaissant envers l'EmpereuM, surtout en

apprenant qu'il me maintenail au 23e de
chass~?rs _que j'atf~ctionnai beaucoup, et
dont J avais la certitude d'ètre aussi aimé
qu'e timé. En effet, la joie l'ut grande dans
tous les rangs, et les braves que j'avais si
.ouvent menés au combat vinrent tous, soldats comme officiers, m'exprimer la satisfaction qu'il éprouvaient de me conserver pour
leu~ chef. Le bon général Castex, qui m'avait
lOUJOUrs traité comme un frère voulut me
faire reconnaitre lui-même à la iête du régiment. Enfin, le colonel du 24e lui-même
bien que nous fussions peu liés, crut devoi;
v~nir me î~~ici~r à la tête ~e son corps d'officiers, dontJ avais su acquér1r la con.idération.

�. .
•

P-

..

.

.

.

,,_________________________

ll1STO'ft1.Jl

Cependant la siluatiun de l'arm~c Îraoçaisr
s'aggravait lhJquc jour. Le fcid-maréchal
't·bwarzcnLerg, commanda.nl en chef du corps
autricLieu dont ~apoléon avait furmé l'aile
&lt;lruilc ùc nn armér, venait, par la trahison
la plus infâme, de lais5er passer d\·ant lui les
troupt•s russes de Tchitcbakolî, qui s'étaient
cwparées de )lin~k, d'où elles menaçaient
nos dtrrières. L'Empercur dol alors vivement renrcllcr
&lt;l'arnir confié le commandco
ment de la Lithuanie au général hollandais
lh1èendorp, sGn a:dc de camp, qui, n'ayant
jamais fait la guerri', ne sut rien entreprendre
pour samer Minsk, où il pouvait facilement
réunir les 30.000 l1ommcs des divisions Durulle, Loison cl Dombrowski, mi,es à sa disposition La prise de Minsk était un événement grave auquel !'Empereur allacha
néanmoins peu &lt;l'importance, parce qu'il
comptait passer la Bérésina à Borisoff, don(
le pont était couvert par une forkrcs e en
très lion état, gar Jée par un régiment polonais. La confiance de Napoléon était si grande
à ce ujct que, pour alléger la marche de
son armée, il aY.til fait l,rùler à Orscba Lous
ses équipages de pont. Cc fut un bien grand
malheur, car ces pontons nous eussent as uré
le prCJmpl passage de la Bt!ré-ina qu'il nous
fallut acheter 3U prix de tant de sang!
)la_l~ré rn sécurité relalÎl'cment à ce passage, NapoléJn, en apprenant l'occupation de
~lin·k par les nu~$C. , manda au maréchal
Oudinot de &lt;Joilkr Tslhéréia pour se rendre
à marches fur(ées sur Uori5off; mais (jQUS y
arri\àme lrop Lard, parce r1ue le général
Dronikow~ki, chargé de la défense du forl 1 ,
e voyant entouré par de nombreux ennemis,
crul faire un aclc méritoire en sauvant la
garni on, et au lieu d'opposer une Yivc résistance, qui eût donné au corps d'Oudinot le
Lemps d'arriver à son secours, le général
polonais abandonna la place, puis il passa
aYec toute a garnison ur la ri\·e gauche, par
le ponl, et prit la roule d'Orscha pour ,·enir
rejoindre le corps d'Oudinol qu'il rencontra
devant Natscha. Le maréchal le reçul fort
mal et lui ordonna de revenir avec nous vers
Borisoff. .
Non seulement celle ville, le ponl de la
Béréjna cl la forteresse qui le domine étaient
déjà au pouvoir de Tchitchakolf, mais ce
oènéral, r1uc es succès rendaient impatient
comliallre les troop&lt;'s françai es, s'était
porté le 23 novunLre au-devant d'elles avec
les principales forces de son armée, dont le
général LamLert, le meilleur de ses lieulcnaots, faisail l'avant-garde avec une forte
divi ion de ca,·alerie. Le Lerrain étanl uni, le
maréchal Oudinol fit marcher en Lêle de son
infanterie la division de cuirassiers, précédée
par la brigade de cavalerie légère CasteL
Ce fut à trois lieues de Ilorisoff, dans la
plaine de Lochnitza, que l'avant-garde russe,
marchant en sens contraire des Français, vint
se heurl(!r contre nos cuirassiers, qui, ayant
t. l,:i tille de ponl sur la rive droite.

de

Le comte de l\ochcchouarl , alors aide Je camp de
l'em/icrcur \lexaadrc, donne dans l&gt;C• Mt 111oires de
uow )l'CUX tlélnils sur l o ulc J"affoire de llorisoll', à
• laqndlc il prit w1,• gramlc part. (Sole de l'Mtlcur.)

fort peu comLaUu pendant le cours de cette
campagne, avaient sollicité l'honneur d'ètre
placé - en première ligne. A l'ai:pcct de cei;
beaux régiments, encore nombreux, Lien
montés, cl sur les cuirJsses dr quels étincelaient les rayons du soleil, la ca,·aleric russe
s'arrêla tout court; puis, reprenant courage,
elle se reportait en a,w1t, lorsque nos cuirassiers, chargeant avec l'urie. la rcnvcrsèrcnl et
lui tuèrent ou prirent un millier d'hommes.
'fchitchakoff, à qui l'on aYail assuré que
l'armée de Napoléon n'était plus qu'une ma se
sans ordre et ~ans armes, ne s'était pas attendu
à une vigueur pareille; aussi s'cmpres. a-t-il
de battre en retraite vers BorisolT.
On sait qu'apr\s arnir fourni une chargr,
les grand., che\·au i &lt;le la grosse ca,·alcrie, tL
surtout ceux de cuirassiers, ne peuYClll
longtemp, conlinuor à galoper. Cc furent
donc le 23° cl le ~4° de chasseurs qui reçurent l'ordre de pour~uivre les ennemi$,
tandis que les cuirassiers Yenaicnl l'Il seconde
ligne à une allure moùtlréc.
:\'on seulement Tdiikhalrnff avait commis
b l'aule de se porter au-dcvanl du corp
d'Oudinol, mai,; il ~ a,·ail mcoril ajouté celle
rle se faire suinc par tou les équipages de
son armée, donl le nombre des "oilurr
s'éle,·ait à plus de quinze cents! ... Aus~i le
désordre fut-il si grand i.lans la retraite précipitée des Ilusscs Ycr Borisoff, c1ue les deux
régiments de la Lriga&lt;le Caslex virent souvent
leur marche entravée par les chariots que Ir
ennemi arni&lt;'nl abandonnés. Cel embarras
de,int encore plu · considéraLlc dès que nou
pénélràmes dans la Yille, dout les rues étaient
encombrées de bagages cl de chevaux de
trait, entre lesquels se faufilaient les soldats
russes qui, après a \'Oir jeté leurs armes, cherchaient à rejoindre leurs troupes. Cl'peadant
nous parvînmes au centre de la ville, mais
ce ne ÎUL qu'après avoir perdu un Lemps précieux, dont les ennemis profitèrent pour traverser la ri,·ière 1 •
L'ordre du maréchal était de gagner le
pont de la Béré ina el de lâcher de le pamr
en même temps que les fuyards russes; mais,
pour cela, il aurait fallu sal'oir où se trouyait
ce pont, el aucun de nous ne connaissait la
l'ille. Mes cavaliers m'amenèrent enfin un Juif
que je questionnai en allemand; mais, soit
que le drôle ne comprit pas celle langue ou
feignît de ne pas la comprendre, nous n'en
pûmes tirer aucun renseignémenl. J'aurais
donné beaucoup pour avoir auprès de moi
Lorentz, mon domestique polonais qui me
senaiL habituellement d'interprète; mais le
pollron élail resté en arrière dès le commencement du combat. li fallait pourtant sortir
de l'impasse dan laquelle la brigade se trouvait engagée. 'ous limes donc parcourir les
raes de la ville par plusieurs peloton , qui
aperçµrent enfin la Dérésina.
Celle rivière n'étant pas encore assez gelée
pour qu'on pùl la lra\•erser sur la glace, il
fallait donê la franchir en passant sur le
pont; mais pour l'enlever il au rail fallu de
2. Les ll ëmoircs J e Tchitcl1nkoff eoullrw1mt pleinemeut tous ces dél1ils.

l'infanterie, el la nôtre se trouvait encore à
trois lieues de BorisoIT. Pour J suppléer, le
marécl1al Oudinot, qui arriva sur ces entrefaites, orJonn:i. au général Caslcx de faire
mellre pied à terre aux trois quart des cavaliers des deux régiments, qui, armés de
mousquetons cl formant un petit bataillon,
iraient a(laquer le pont. Nous nou emprcssàmes d'obéir, cl, laissant les chcraux dans
les mes voisir.es à la garde de qudquc'
hommes, nous nous dirigeàmes vers la rivière
sous la conduite du général Caslex, qui, dans
celle périlleuse cntuprisc, voulul marcher à
la tète de sa brigade.
La déconfilurc que renait ù'éprourcr
l'arant-garde russe aiant porté la consternalion dans l'armée de Tcbitchakoff, le plus
grand &lt;lé,ordre rrgnait sur b rirn oecupéc
plr elle, où nous rnyions ùcs masses de
fuy::irds s'éloigner d,ms la campagne. Aussi,
Lien qu'il m'eût paru d'ahord fort difficile
que des cavaliers à pied et sans baïonnclte::pus ml forcer le pas age d'un pont el s'y
maiate11ir, je commençai à espérer un Lon
résultat, car l'ennemi ne nous opposait que
quelques rares tirailleurs. ,J'a\'ais donc prescrit aux pclo:o:is quidernient arriver les premiers ur la rive droite dtJ s'emparet· de
maisons voisines du pont, afin que, maitres
des dl ux extrémités, nous pussions le défendre jusqu'à l'arriréc de notre infanterie, el
as~urcr ainsi à l'armée française le pa sage de
la füré~ina. Mais tout à coup lé canons de
la forteresse grondent el couvrent le taLlier
du pont d'une grêle de mitraille qui, portant
le désordre dans notre faible bataillon, le
force à reculer momeutanémenl. Un groupe
de sapeurs russes, munis de torches, profile
de ccl instant pour mellre le feu au pont;
mai comme la présence de ces sapeurs empêchait l'artillerie ennemie de tirer, nou
nous élançons sur eux!. .. La plupart sont
tués ou jetés dans la rivière, et déjà nos
chasseurs avaienL éLeinL l'incendie à peine
allumé, lorsqu'un bataillon de grenadiers,
accourant au pas de charge, nous force à
coups de baïonnette à. évacuer le pont, qui
bientôt, coaYert de torches enllammées,
devint un immen e brasier dont la chaleur
intense contraignit les deux partis à s'éloigner.
Dès ce moment, les Français d11renl renoncer à l'espoir de pa ser la Bérésina sur ce
point, el leur rel1·aile {ut coupée! ... Celle
immense calamité nou$ de,·int fatale el contribua infiniment à changer la face de l'Europe en ébranlant le trône de Napoléon!
Le maréchal Ondinol, ayant reconnu l'impossibilité de forcer le passage de la rhière
devant Borisoff, jugea qu'il serait dangereux
de lai~ser encombrer cette ville par les troupes
de son armée. li leur emoya donc l'ordre ùc
camper entre Lochnilza el 'émonilza. La
brigade Castex resta seule dans Borisoff, avec
défense de communiquer avec les autres
corps, auxquels on voulait cacher aussi longtemps que possible la fatale nouvelle de l'embrasement do pool, qu'ils n'apprirent 11ue
quarante-huit heures plus lard.

..MÉJK011t_'ES DU GÉN~Al.. BA~ON DE ..MA~BOT

D'après les usages de la guerre, les baganes le jour sui,ant, les nombreux soldats déban- tenue dans les nombreux el sanglants comde !"ennemi appartiennent aux capteurs. Le dés qui revenaient de !loscou.
bats li.rés dans la province de Pnlot~J...
général Castex autorisa donc les chasseurs de
Cependant, les chefs, ainsi que les officiers
mon régiment el ceux du ~H• à s'emparer du capahJes d'apprécier la fâcheuse position de
CHAPIT~E xvm
butin contenu dan_ le 1;j00 rnilures, four- l'armée, étaient dans de vives anxiétés. En
gons el chariots que les Russes araient aban- clfet, nou · avions devant nous la Dérésina, La hri.,ade Cnrbiocau rrjninl le 2• c,irps. - Fau~se
donnés en fuyant au delà du pont. Le butin dont les troupes de TchitchakoJT garnissaient
rlcmoustralion en a1al ti c llor1soff· cl passage rie la
Déré$Îna.
•
fnt immen~e ! ~lais comme il y en avait cent la rive opposée; nos llancs étaient débordés
fois plu que la brigade n'aurait pu en porter. par Wittgenstein, et Koutou off nous suivait
Vous devez vo11s souvenir que, quand le
J·e réunis tous le homme de mon réuimcnl
m queue!. .. Enfin, excepté les débri de la général bavarois comte de \Vrède s'éloigna
0
'
el leur fis comprendre qu'ayant à faire une garde, les corps d'Oudinot et de Victor, résans autorisation du 2e corps, il avait emmené
longue retraite, pendant laquelle il me serait duits à quelques milliers de combattants, le
la brigade de cavalerie Corbineau, en tromprobablement impossible de continuer les surplus de celle Gmn&lt;le Armée, nanuère i
pant cc général, auquel il assura a\·oir reçu
C'
di Lributions de viande que je leur avais fait belle, se composait de malades et de soldats
des ordres à cet effet, ce qui n'était pas. Eh
faire pendant toute la campagne, je les engageais . ans armes, què la misère prirnit de leur anbien, celle supercherie eut pour ré ultat de
à s'allacher principalement à se munir de cienne énergie. Tout parais ail conspirer
sauYer l'Empcreur et les débris de a Grande
vivreR, et j'ajoutai qu'ils devaient songer contre nous; car si, grâce à L'abaissement de Armée!
aussi à se garantir du froid el ne pas oublier la température, le corp de Ney avait pu,
En effet, C•irhincau, entrainé malgré lui
que des cbe,·aux surchargés ne duraient pas quelques jours avant, échapper aux ennemis
dan une direction opposée à celle du 2e corps
longtemps; qu'il oc fallait donc pas accabler en trarnrsant le Dniépcr sur la glace, nous
donl il faisait
parlie, avait suivi le 0nénéral de
•
les leurs sous le poids d'une quantité de trouvions la Béré inb. dégelée, malgré un
Wrèdc Jusqu'à Gloubokoé; mais là, il avait
cho es inutiles à la guerre; qu'au surplus, je froid excessir, el no11s n'avions pas de pondéclaré qu'il n'irait pas plus loin, à moins
passerais une renie, el que tout ce qui ne tons pour étahlir un passage!
que le général bavarois ne lui montrât l'ordre
crait pas 1•il'J'es, clums.mres tl 1•iltemen/s
Le 25, !'Empereur entra dans Dori off, où qu ·il prétendait aroir de garder sa brigade
serait impitoyablement rrjelé. Le général le maréchal Oudinot l'attendait a\'eC les
auprès de lui. Le comte de 'i\'rède n'ayant pu
Castex, afin de prél'enir toute discussion, ô,000 hommes qui lui restaient. ~apoléon,
satisfaire à cette demande, le général Corhiavait fait planter des jalons qui divi)aient en ainsi que l~s maréchaux et officiers de sa
neau se sépara de lui, gagna vers Dockchtsoui
deux portions l'immense quantité de voilures suite, furent étonnés du Lon ordre qui régnait
les sources de la Bérésina; puis, longeant a
prises. Chaque régiment al'ait son quar- dan le 211 corp , donl la tenue contrastait
rive droite, il espérait allcindre Borisofl', y
tier.
singulièrement aYec celle des mi ·érahles passer la rivière sor le pool et, prenant la
Le corp d'armée d'Oudinot environnant bandes qu'il ramenait de Moscou. Nos troupes
route d'Orscha, aller au-devant du corps
trois tôtés de la ville, dont le quatrième, cou- étaient certainement beaucoup moins belles
d'Oudinot, qu'il apposait être dans les ell\'i•
Yerl par la Bérésina, était en ootre observé qu'en garnison, mais chaque soldat avait con- rons de Bohr.
par divers postes, nos soldats pouvaient se
ervé ses armes el était prêt à 'en srrvir
On a reproché à !'Empereur, qui avait
liuer avec sécurité à l'examen du contenu courageu ement. L'Empereur, frappé de leur
plu ieurs milliers de Polonais du duché de
des vo;lores el chariots ru ses. Aussitôt le
signal donné, l'investirration commença. Il
p;fraît que les officier du corps de Tchitchakoff se traitaient bien, car jamais on ne vit
dans les équipages d'une armée une telle profusion de jamLons, pâtés, cervelas, poissons,
. viandes fumées cl vins de toutes sortes, plus
une immense quantité de biscuit de mer,
riz, fromage , etc., etc. ~o soldais profitèrl'nt aussi des nombreuses fourrures, ainsi
que des for les chausrnres trouvées dans les
fourgons russes, dont la capture sauva ainsi
la ,ie à bien des hommes . Les conducteurs
ennemis s'étant enfuis sans avoir eu le temps
d'emmener leurs t'h ' ranx, qui étaient presque tous Lons, nous choisîmes les meilleurs
pour remplacer ceux dont nos cavaliers se
plaignaient. Les officiers en prirrnl amsi
pour porter les vhres dont chacun venait de
faire si ample prorisioo.
La brigade passa encore la journée du 24
dans DorisolT, et comme, malgré les précautions prises la veille, la nouvelle de la ru plurc
du po:it avait pénétré dans les birouacs du
2P corps, le maréchal Oudinot, Youlant que
toutes ses troupes profilassent des denrées
contenues dans les vcitures des ennemis
consentit à laisser entrer successivement e~
ville des délachements de Lous les réoimenls
~OITT-:NJR TlE LA RETRAITE DE Rt~SIE: l, F DRAPFAL', [N ssln el gra~UHde DE!l( CO\.'RT.
qui faisaient place à d'autres, dè~ qu'il 1
avaient opéré leur chargement. 1onobstantla
grande quantité de vines et d'objets de tout air martial, réunit tous les coloneJs et les Varsovie à son service, den 'en avoir pas, dès
enr~ enleîés par les troupes d'Oudinot, il en chargea d'exprimer sa satisfaction à leurs le commencemenl de la campagne, placé
re lait encore beaucoup dont s'emparèrent, régiments pour la belle conduite qu'ils a\·aient quelques-un comme interprètes auprès de
0

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H1STO'l{1.Jl

.MÉN011{ES DU GÉN'É~JU. 1lJU{ON DE MAR.BOT - -...

chaque officier général et même de chaque rai, se dirigeant ensuite à travers champs, en
colonel, car celle sage mesure aurait fait évitant habilement d'approcher de Borisoff,
éviter bien des erreurs el rendu le srrvice de même que des troupes de Wiltgen~tein,
infiniment plu exact. On en eut la preuve établie à Rogbalka, passa entre deux el redans la périlleuse course de plusieurs jours joignit enfin le maréchal Oudinot, le ~;i au
que la brigade Corbineau fut obligée de faire soir, près de :atscha.
dan un pays nouveau pour elle, dont aucun
La marche hardie que ,·cnait de faire CorFrançais ne conuais_ai t la langue; car fort bineau fut crlorieuse pour lui el on ne peut
hrureu. emeol, parmi les trois rkiments com- plus heureuse pour l'armée, car l'Empereur,
mandés par re général, e Lrouvait le Re de ayant reconnu lïmpo sibililé physique de rélancirr. polonais, dont les officiers Liraient tablir promptement le pool de Bori off, résodes habitants tous les renseignements néces- lut, après en avoir cooîéré avec Corbineau,
aires. Cet arnntagt' immen. e servit merveil- d'aller traren•r la Bérésina 11 . Ludiaoka.
leusement Corbineau.
Mais comme Tchitchakoff, informé du passage
En elft:I, comme il était parvenu à une de la brigade Corhineau sur"ce point, venait
demi-journée de Bori off, de pay ans a)anl d'emo)er une forte di,·ision el beaucoup d'arinformé ses lanciers polonais que l'armée tillerie en face de Ludian!.:a, Napoléon emru e de Tchitchakoff occupait cette ville, plola pour tromper l'ennemi une ru e de
Corbineau désespérait de pan·enir à traverser guerre qui, bien que fort ancienne, réussit
la Bérésina, lorsque ces mêmes pay~ans, l'en- presque toujours. Il feignit de n'avoir pas de
gageant à rétrograder, condui irent a colonne projet sur tudianka et de vouloir profiter de
en face de SLudianka, petit villane situé non deux autre gués situés au-dcssou de Boriloin de Weselowo, à quatre lieues en amont solf, dont le moins défavorable est devant le

Ai:

ile Borisotf, el de1•ant lequel se trouvait un
gué. Le~ troi régim,,nts de cavalerie de Corbineau le tra,·ersèrent ans pertes, et ce géné-

RORn nF. f.A BÉRF.SIXA, -

milliers de traînards, que les ennemis durent
prendre pour une forte dh·ision d'infanterie.
A la suite de cette colonne marchaient de
nombreux fourgon., quelques bouches à feu
et la divi ion de cuirassier· . Arrivées à Oukoloda, ces troupes tirèrent le canon et firent
tout ce qu'il fallait pour simuler la con~lruction d'un pont.
Tchitchakoff, prévenu de ces pr~parati[s et
ne doutant pas que le projet de 1 apoléon ne
fùl de franchir la ri\ière sur ce point pour
gagner la route de Minsk qui l'avoi~inc, se
bâta non eul1'ment d'envoyer par la rive
droite toute la garnison de Borisoff en face
d'Oukoloda, m~i , par uite d'une aberration
d'esprit inqualifiable, le général russe, qui
avait assez de force - pour garder en même
Lemps le bas et le haut de la ririère, fil encor!'
descendre vers Uukoloda toutes les troupes
placée la veille par lui en :imonl de Bori off,
entre Zembin et la Déré ina. Or, c'est précisément en face de Zembin qu'est situé le
1·illage de Weselowo, dont le hameau de Stu-

D'après 1me 11ndenne estamf'e.

village de Oukoloda. A ceL effet, on dirigea
o tensiblement ver ce lieu un des bataillons
encore armés, qu'on fit suivre de plus.ieurs

dianka est une dépendance. Les ennemi abandonnaient donc le point sur lequel !'Empereur voulait jeter son pont, et couraien

inutilement à la défense d'un gué situé à nager que pendant deux ou trois toise·. Le rirent-il lors')Ue les grandes gelée» arrivèrent.
six lieues au-dessous de celui que nous allions pa.. age n'offrail en ce moment que de légerPendant r1u'on travaillait à la con~truction
franchir.
irrronvénienl pour la cavalerie, le. chariots des pont. et que mnn régiment, ainsi que
A la faute qu'il commit d'agglomérer ainsi
toute son armée en aval de la ville de BorisoJI',
TchitcbakolT en ajouta une &lt;1u'un sergent
n'eiit pa commi e el que son goul'crnemenl
ne lui a jamais pardonnée. Zemhin e. t bâti
sur un Yaste marais, que traver e la route de
\\ïlna par Kamen. La cbaus,ée de cette route
prt'i ·ente vingt-deux ponts en bois que le
!!énéral russe, avant de s'éloigner, pouvait,
en un moment, faire réduire en cendres, car
ils étaient environnés d'une grandr quantité
de meule de jooc secs. Dan lé ca où
Tchitchakoff eùl pris celle . age précaution,
l'armée française de\'ail èlre perJue sans
retour, et il ne lui eût scni de rien de passer
la rilière, puLqu'elle eùt été arrêtée par le
profond marai dont Zembin ml en louré;
mai,, ainsi que je l'ien~ de le dire, le général
ru 5e non abandonna les pools inlact cl
descendit stupidement la Bérésina al'CC tout
. on monde, ne laissanl qu·une cin11uantainc
de Cosar1ues en ob ervalion ('0 race de Wesclowo.
Pendant que les Russes, trompés par le
démonstrations de !'Empereur, s'éloignaient
• Cliché lieurJdn rr~rb.
du véritable point d'attaque, . ·apoléon donÉrr~ODE OE: LA RETRAITE DP. Rr!'&gt;SfE. - T:1-éltal/ Je Gto WEISS.
nait ses ordres. Le maréchal Oudinot et son
corps d'armée doivent se rendre la nuit àStudianka, pour y faciliter l'établissement de et l'artillerie. Le premier consistait en ce que toutes les troupe du 2•' corps, attendaient. ur
deux ponls, passer ensuite sur la ril'e droite le cavaliers et conducteur avaient de l'eau la rive gauche l'ordre de tra,·erser la ril·ière,
et e former enlre Zcmbin el la rhière. Le jusqu'aux genoux, ce qui, néanmoins, ét:iit !'Empereur, e promenant à grand pas, allait
&lt;lue de Bellune, partant de Nal cha, doil supportable, pui. que malheureu.cment le d'un régiment à l'autre, parlant au soldais
froid n'était pa a sez ,if pour geler la rhière, comme aux officier . ~lurat l'accompaguait.
faire l'arrière-garde, pousser devant lui Lou
les trainard , Làcher de défendre Borisoff pen- qui charriait à peine quelques rares glaçons : Cc guerrier si bra"e, si entreprenant, et 11ui
dant quelque: heures, se rendre en uit.e à mieux eùt valu pour nous qu'elle f1H pri c à avait accompli de si bean,,: faits d'arme
Lttdianka et y pa, er les pont . Tel· furent plusieurs degrés. Le second inconvénient lor ·que les Français -.ictorieux se portaient
ur Mo cou. le fier Mural 'était pour aird
le' ordre' de !'Empereur, dont le événe- ré ultait encore du peu de froid qu'il fai ail,
car une prairie marécageu e, qui bordait la dire éclipsé depui qu'on avait quitté celle
ments empêchèrent la stricte exécution.
Le 25 au soir, la brigade Corbineau, dont rive opposée, était si fangeu e, que les chc- 1ille, et il n'a vail, pendant la retraite, pris
le chef connai sait i bien les en,·irons de 1au1 de elle y passaient a"ec peine et que part à aucun combat. On l'avait vu uivre
tudianka, se dirigea vers ce lieu en remou- les chariots enfonçaient jusqu'à la moitié des !'Empereur en silence, comme s'il eût été
lant la ri,,e gauche de la Béré ina. La bri 0 ade roues.
étranger à ce qui e pa ait dao l'armée. li
L'esprit de corp. c·t certainement fort parut néanmoin ortir de sa torpeur en préCa ·tex el quelques bataillon léger marchaient à sa suite; puis venait le gros du louable, mai· il faut savoir le modérer, et sence de la Béré ina el des seules troupes qui,
'étant maintenue en ordre, conslituaient en
2• corp . Nou quiltàmes à regret la ,-ille de même l'oublier, dan le circon tance dirllIlori off, où nous aYions passé si heureuse- cile . C'est ce que ne urent pas faire, devant ce moment le dnoier espoir de salut.
la Iléré ina, le chef· de l'artillerie el du
Comme Murat aimait beaucoup la carnlerie
ment dt•ux journées. Il emlilail 11ue nou
eu' ions un tri'te pre~sentiment des maux génie, c1r chacun de ces deux rorp éle1•a la el que, de nomhreux escadron qui a-.ail'nl
prétention de c:on lru1re . eu/ les ponts, dl! pa. é le 1 iémen, il ne re Lait plu que ceux
qui nou étaient ré ern1-.
orle qu'il e contrecarraient mutuellement, du corp d'Oudinot, il dirigea le:- pas de
Le 26 nowmbrc, au poioL du jour, nou
étions à dudianka, et l'on n'apercevait, à la el rien n'avançait, lor que !'Empereur, étant l'Empereur de leur côté. Napoléon »'extasia
ur le bel état de conser,•alion de cette troupe
rire opposée, aucun préparatif de défen e, de arrivé le 26, \'Cr midi. termina le différend
sorte que i !'Empereur eùl con erré l'équi- en ordonnant qu'un des deux ponts serait en général et de mon régiment en particulier,
page des ponts qu'il avait fait brùler quel- établi par l'artillerie el l'autre par le génie. car il était à lui seul plus fort que plu.~i('ur
ques jours avant à Or cha, l'armée eût pu On arracha à l'io.lant les poutres et les YOli 11es brigades. En effeL, j'avais encore plus de
franchir la Bérésina sur-le-champ Cette de masures du village, et les sapeurs, ain i J00 hommes à cheval, tandis que les autres
colonels du corp d'armée n'en comptaient
ri,ière, à laquelle certaines imaginations onl que le artilleurs, se mirent à l'oU\·rage.
Ces braves soldats donnèrent alors une guère que 2001 Aussi, je reçus de !'Empedonné des dimension gigantesques, est tout
au plu large comme la rue Royale, à Paris, preuve de dé,·ouemenl dont on ne leur a pas reur de très flatteuses félicîtalions, auxquelles
devant le ministère de la marine. Qnant à sa as ez tenu compte. On les vit se jeter tout mes officier et mes oldats eurent une large
profondeur, il suffira de dire que les trois nus dan les eaux froides de la Bérésina el y part.
Ce fut en ce moment que j'eus le bonheur
régiments de cavalerie de la hrigade Corbi- lra\'ailler constamment pendant six ou sept
neau l'avaieoL traver. éc à gué, sans accidrnt, heures, bien qu'on n'eût pas une seule goutle de Yoir l'enir à moi Jean Dupont, le dome ·nixante-douze heures avant, et la franchirent d'eau-de-vie à leur donner et qu'il. ne dus enl tique de mon frère, ce erviteur dévoué dont
de nouveau le jour dont je parle. Leurs che- avoir pour lils, la nuil suivante, qu'un champ le zèle, le courage et la fidélité furent à toute
vaux ne perdirent point pied ou n'eurent à couvert de neige!. .. Aus i pre que Lou pé- épreuve. Resté ,:cul, aprè que on maitre

�1!1S TO]t1.Jl

..

_.;._ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ J

eut lité CaiL prisonnier dès le début de la campagne, Jean suivit à ~loscou le 16•· de cha seur , fit toute 1a retraite cn soif!llant •et
nourri. sant les trois clm•aux de mon frère
Adolphe, lt il n'en ,·oulut pas Yendre un seul.
malgré les offrrs les plus sédui~antes. Ce brave
garçon ,inl me joindre après cioq mois de
fatigues el de misèrrs, r.1pporlant Ions les
effots de mon frère; mais rn me les montrant, il me dit, les larmrs aux yeux·, qu'ayant
usé sa chaussure et se YOyant réJuit à marcher pied· nus ur la glace, il s'élaiL permis
de prendre une paire de botte de son maitre.
.le ~ard,i à mon enice cet homme e·timable, qui rue fut d'une bien grande utilït&lt;-,
lorsque. quelque temps après, je fns blessé
derechef au milieu des plu h'.&gt;rribles jours
de la grande l'Clraite.
\IJÎS re,·enon au pass.1ae de la Bén\~ina.
Non seulement loas nos chevaux travcr èrent
celle ri1•ière facilement, oui· no, cantiniers
la franchirent avec leur charrettes, ce qui
me fit penser qu'il serait po. ible, après aYOir
dételé plusieurs des nombreux chariots qui
suivaient l'armée, de les Jixer dans la rivière
les uns à la suite des autres, afin de former
dh-er~ passage pour les fanla _ins, ce qui
faciliterait infiniment l'écoulement de masse
d'hommes isolés qui le lendemain se presseraient à l'entrée des ponts. Cette idée me
parut si heureu e que, bien que mouillé jusqu'à la reinlure, je repassai le gué pour la
communiquer aux généraux de l'état-major
impérial. Mou projet fut trouvé bon, mais
pcr onne ne bougea pour aller en parler à
)'Empereur. Enfin, 1e général Lauri ton, l'un
de ses aide de camp, me dit : « Je vons
a charge de faire exécuter celle pa.serelle
« dont vou venez de ·i bien expliquer l'uli&lt;&lt; lité. » Je répondi
à celle proposition,
vraiment inacceptable, que n'ayant à ma di position ni apeurs, ni fanta sins, ni outils,
ni pieux, ni cordages, et ne devant pas d'ailleur abandonner mon régiment, qui, placé
sur la rive droite, pouvait ètre allaqué d'un
moment à l'aalre, je me bornais à lui donner
un a,·i~ que je croyai bon et retournais à
mon poste!. .. Cela dit, je me remis à l'eau
el rejoignis le 23•.
Cependant, les , apeurs du génie cl les artilleurs ayant enfin terminé le deux ponts d~
chevalet·, on .fit pas,er l'infanterie cl l'artillerie du corps d'Oudinot, qui, dès leur arril'ée
sur la riYe droite, allèrent placer lcur bivouacs dans un grand bois :itué à une 1lemilieue, au delà du hameau de Zawniski, où la
cavalerie reçut ordre d'aller les rejoindre.
'\ous ob ervion ainsi lakowo• et Dominki,
où aboutit la grande route de Min k, par
laquelle le général Tchitchakoffavait emmené
toute· se troupe rers la ha e Béré ina, el
qu'il Jm•ait reprendre nécessairement pour
se reporter sur nou en apprenant que
nous avions franchi la ririère auprès de Zembin.
Le 27 au soir, l'Empereur pas a le pont
avec sa garde et vint 'établir à Zawni ki, où
t. Ou StakolT.
~- Hllu une curieuse et d_ramaliquc relation illu •

la cavalerie reçut l'ordre d'aller les rejoindre.
Les ennemis n'y avafonl pas paru.
On a beaucoup parlé des désa Lres c1ui
curent lieu sur la Bérésina; mais ce riue personne n'a dit encore, c'est qu'on eût pu eu
éviter la plus grande p:trlic, si l'état-major
général, comprenant mieux gcs de\'oirs, eùt
profité de la nuit du 27 au 2 pour faire
lrarcrser les ponts au bagages el urtout à
C&lt;'s millier.. de lraiitard · qni le lendemain
obstruèreol ltJ passage. En cffcl, aprè avoir
bien établi mon régiment au bivouac de
Z1Wni ki, .ie m'aperçus de l'absenl'e d'un
clmal de bât qui, portant la petite cais c et
les pi~ccs de comptabilité des escadron de
guerre, n'a\ait pu ètre ri:-qué dans le gué. Je
pensais donc 11ue le conducteur et les cavalicrs qui l'escorlaient avaient attendu r1ue les
pont~ fussent établis. li· l'étaient d~puis pluieurs heures, et cependant ces hommes ne
parai saicnl pa " ! Alors, inquiet sur eux aussi
bien que sur le dépôt précieux qui leur était
confié, je veux aller en personne favoriser
leur plssage, car je croyais les pont encombrés. Je m'y rends donc au galop, el quel est
mon étonnement de les trouver complèteme,il déserts! ... Per:;.onne n'y pas ail en ce
moment, laodi qu'à cent pa de là el par
un beau clair de lune j'apercevais plu de
;&gt;0.000 traînards ou oldats i olés de leur3
régiment., qu'on surnommait rôtissew·s. Ce
hommes, lranquillemenl assis devant des feut
immense , préparaient des ~rillades de chair
de cheval, sans se douter qu'ils étaient devant
une rhi\re donl le pa. age co1Hcrait le lendemain la vie à un grand nombre d'entre eux,
taodi qu'en quelques minute· ils poumient
la franchir sans oh tacles di·· à pré ·enl, cl
achever les préparaùf de leur souper sur
l'autre rire. Da reste, pas un officier de ln
maison impériale, pa un aide de camp de
l'état-major de l'armée ni d'aucun maréchal
n'était là pour prévenir ces malhP.ureux et
Le pous er au hcsoin ,·ers le ponts!
Ce fut dans cc camp désordonné que.je vi
pour la première foi des militaires revenant
de M.&gt; cou. Mon àme en fut oa\réel. .. Tous
les grades étaicnt confondus : plus d'armes,
plus de tenue militaire! Des soldats, des
oflicilr; cl même des généraux couverts de
haillons el n'ayant pour chaussures que des
lambeaux de cuir ou de drap mal réunis
au moyen de ficelles! Une cohue immense
dans laquelle étaient pèle-mêle des milliers
d'hommes de nations di,·er-es, parlant bruyamment toutes le langues du conùnenl européen, sans pouvoir se comprendre mutuellement!
Cependant, si l'on eùt pris dans le corps
d'Oudioot ou dans la garde tJuelques-uns de
hl.taillons encore en ordre, il eus.sent facilement poussé cette ma5 eau delà de pools,
pui que, en retournant ver· Zlwoi~ki, cl
n'ayant avec moi que quelques ordonnance ,
je parvins, tant par la persuasion que par La
force, à faire p:t scr deux ou lroi mille de
ces malheureux sur la .rire droite. Mai un

Xou · YOiri arri\·és au moment le plu terrible de la fatale rampagnc de Ru ie ... au
pa sa ..e de la !¼résina, qui cul lieu principalement le 28 novembre....
.
A l'aube de ce jour néCa te, la po,ilion dts
armée belligérantes était celle-ci. A la riîC
gaucllc, le corps du mmiclial Yictor, aprè
aîoir é,acué Bori off pendant la nuit, 'était
rendu à iudianka avec le 9' corps, en poussant devant lui une masse de trainard~. Cc
maréchal arnil laissé, pour faire on arrièrcgarde, la divLioo d'infanterie du général
Partouoeaux, qai, ayant ordre de n'é1·acuer
h ,il!e que deu1 heures aprè lui, aurait dù
faire parùr à la aile du corp d'armée plusieur petils détachements qui, unis au corp'
principal par une chaine d'éclaireurs, eusse11L
ainsi jalonné la direction. Ce général aorait
dù, en outre, envoyer jusqu'à :1udiauka un
aide de camp chargé de reconnaitre le· chrmins et de revenir ensuite au-de,·ant dt! la
divi.ion; mai Partouneaux, négligeant toutes
ces précautions, se borna à se mettre eu
marche à l'heure pre crite. Il rencontra deux
routes qui se bifurquaient, cl il ne connai·sait ni l'une ni l'autre; m:iis comme il ne
pouvait ignorer (pui~qu'il venait de BorisolT)
que la Bérésina était à sa gauche, il aurait
dù en conclure que pour aller à Studiaoka,

lrêe dol la campa!l'ne de Russie. publiée à Slolli(llrJ
en 1blt3, Fwer du Faure 5igrialc ~eue lll'tti lè des

ponts dans la nuil du 2i ~u 28 nu,cmbrc, el mc,me
dan, celle du ':!X au '!O. '. .Y11tc dr l'fditn,r. )

autre devoir me rappelant vers mon régiment, je dus aller le rejoindre.
En ,·aiu, en passant devant l'état-major
général et celui du général Oudinot, je signalai la \'acuité des ponts cl la facilité qu'il
y aurait à faire traverser les hommes sans
armes aa moment où l'ennemi ne faisait
aucune entreprise: on ne me répondit que
par des mots é1•asiis, chacun 'en rapportant
à son collègue du soin de diriger celle opération 1 •
ne,·enu au bivouac de mon régiment, je
fus beureu cment urpris d' · trouver le brigadier el- les huit chasseurs qui, pendant la
campagne, avaient eu la gardtl de notre troupeau. Ces bra\'eS gens ~e dé olaient de ce
que la îoule des rdt,sscurs, s'étant jetée sur
leurs bœurs, les avaient Lous dépecés cl
mangé· ous leurs yeux, sans qu'ils pussenl
'y opposer. Le régiment se consola de celle
perle, car chaque cavalier a1·ait pri à BorisoO' pour l'În!fl-cinq jours de Yine .
Le zèle de mon adjudant, M. Verdier,
l'ayant pou é à retourner au delà des ponts
pour tàcher de découvrir le chas eurs gardien de notre comptabilité, ce bra\·e militaire s'égara dans la foule, ne put rep:L er la
ririère, fut tait prisonnier dans la bagarre du
lendemain, et je no le revis qne deux ans
après.

CHAPJTR.E XIX
l1t!J'lc de ln didsi11n flartounl'aux. - Coml,ot ,le
Zawuiski (Iré flrillol\a, - ~(. tic :Suailli?S. - l'~ss:ig,, ile ponls t'I eauurovhe ,le la Bér1;5i110. - I.e
'-2• corps proll\gc la n•tr11ile. - Je suis blc•s,;é il
Plcd1lchéniL•oui.

�ffiST0'/{1.J!
frappant! J'envoyai sur-le-rhamp une cadron
à on secours, mais cet effort resta infructueux, car une vi\·e fusillade partie des maisons empêcha nos caraliers de pénétrer dans
le village : depuis ce jour, on n'entendit plus
parler de . T. de oailles !. . . Le superbe
fourrure et l'uniforme couvert d'or qu'il
portait a}ant tenté la cupidité de Cosaques,
il fut probablement massacré par ce harbarc . La famille de )I. de ~oailles, informée•
que j'étais le dernier Français a,·ec lec1ucl il
eùt causé, me fit demander des ren eignemeols sur sa disparition; je ne pu. donner
que ceux usmentionnés. Alfred de Noailles
était un excellent officier el un lion camarade.
Mai celle digression m'a éloigné de Tchitchakoff, qui, l,allu par le marécbnl J 'e},
n•o~a plus \enir nous allaquLr ai sortir de
. takm, :&gt; de toute la journre.
Aprè · vous arnir fait connaitre :ommaircmcnt la po ition des armées sur les deux
ri,e. de la llérésina, je dois mu- dire en peu
de mots ce c1ui se passait ur Je Oemre pendant le combat. L ma. ses d'hommes isolés
qui avaient eu deux nuits cl ùeux jours pour
traverser les ponts et qui, par apalbie, n'en
avaient pa- profilé, parce que pcr onne ur
les y contraignit, voulurent tous pas. er 1\ la
fois. lor~11ue les boulets de Wittgen tein
vinrent tomber au milieu d'eu .. Cette multitude immen. e d'hommes, ùe rhe\'aU el dt'
chariots s'en las 'a complèlerumt à l'entrée dr.
ponts, qu'elle ob·tru.ait sans pouvoir le~
ga•mcr l... Un tri• 0 rand nombre, a1ant
manqué celle entrée, furent pous és par la
foule dans la Bérésinn, oi1 prestJUc Lou~ 'C
no1~rent !
• Pour comble de malheur, un des ponts
'écroula sous le poid de. pièce et ùes
lourds caissons qui le, suivaient! Tout se
porta alors vers le econd pont, où le Msordre
était déjà i grand que les hommes le plus
vi oureux ne pouvaient r~si ter à la pre sion.
Un grand nombre furent étouffé · ! En ,·oyant
lïmpo~,ihilité de traver~er les pont ainsi encombré·, beaucoup dr t•onducteur, de voiture pomsèrcnt lrur chevaux dans la
rh il·re; mais ce mode de pas age, qui eùt
été fort utile si on l'eùL exécuté avec ordre
deux jour auparavant, deùnl ratal à presr1ue
Lous ceux qui rcntrt•prirenl, parœ que,
pous.anl leurs chariots lumultueusemcnt, ils
'entre-choquaient et c remcraient b uns
les autre·!
Cependant, plu ieur paninrenl à la rh·e
chouarl conltrm~nl ,le poi11tN1 point le; détails dom,(,•
oppo ée; mais comme on n'a,ait p:is préparé
ur l'es é,-è11cmcu1, : la pr,~c el ln perle ,le Borboll
de ortie en abattant les talu de· uergcs.
par lt·s Russes; leur mouvement intcmpe. tif,ur lforesinu inférieur; le romh3L dL• Za"11i~kl près Urill-01,a cl
ain i que l'étal-major aurait dù le faire,
Sta.kom,; la fatale n11,ture ,t,,, pont, et la retraite de
peu de voilures parvinrent 11 les gravir, el il
un, troupe~ par le., mnrai. gelé, dl' Z1•mbi11 '.''fotr de
périt encore là bien du monde!
Uditr11 r.'

siLué ur ce cour~ d'eau, c'était la roule de tact avec ceux qui revenaient de "oscou,
gauche 11u 'il faJlait prendre!. .. Il fil Lout le n'avaient aucune idée du désordre qui régnait
contraire, et, suhant machinalement quel- parmi ces malheureux, le moral du corp
ques volliaeurs qui le précédaient, il 'enga- d'Oudinot était resté e.'œellent, et Tchitchakoll
gea sur la route de droite et alla donner au fut ,·igourcuserucnl repoussé, sous les yem:
milieu du nombreux corp~ ru .5e do "énéral mêmes de !'Empereur, qui arrivait en cc
moment avec une réserve de 5,000 rantasWittgenstein!
Bientôt emironnée de toull'S parts, la din- sins et l,000 ra,·aliers de la vieille el de la
ion Partouneaux fut contrainte de mettre jeune garde. Les nusses renou\'elèrcnt leur
bas le armes 1, Lamlis qu·un simple chef de alla11ue et enfoncèrent les Polonais de la lébataillon qui commanJail .on arrière-aarde, gion de la Vi Lule. Le maréchal Oudinot fut
ayant eu le bon esprit de prendre la route de grièlement Llcssé, el Napoléon enrop N,·y
gauche, par cela ~cul 11u'clle le rapprochait pour le remplacer. Le général Coudras, un
de la rivière, rejoignit lti marécho.l Victor au- de nos bons officiers d'ioranterie, fut tué; le
prk. de Studianka. La surpri. e de ce maré- vaillant général L grand reçut une bic sure
chal fut grande en ,·opnt arriver ce baLaillon dangereuse.
au lieu de la dh•i~ion Partouneaux, donl il
L'action e pa. ait ùans un bois dr sapin.
fai~ait l'arri,~re-~arde t ~lai l'étonnement du de dimension colo .sales. L'artillerie ennemie
maréchal se ch;ngea bienlût en stupéfaction ne pouvaiL donc apercevoir nos troupe que
lorsqu'il fut attaqué par Ir llus e. de Witt- fort imparfaitement; au~. i tirait-elle à toute
gcn tein, qu'il croyait tenus en échec par la • volée san que c. Lou lets nou;;alleignissent;
divi. ion flartouneaux ! \'iclor ne put dè lors mais. en pa sant au-de ·us de nos tête, , ils
douter que ce génfral et tou es régiments brisaient beaucoup de branche. plus grosse.
ne fus~ent prisonniers.
que le corps d'un homme, et 11ui tuèrent ou
~lai' de nouwau~ malbcnrs l'allendaienl, bic sèrent dans lèur chute Lon nombre de
car le maréchal russe Koutou off, qui, depuis no gens cl de nos chevaux. Comme les arbres
florisoff, aYo.iL uhi l'arlouneaux eu queue étaient trt~ · c. pacés. les ca,·aliers pouvaient
arec de oomLreuses troupes, apnt appris. a circuler entre ru , quoique avec difficulté.
capitulation, pressa rn mard1c tl vint ~c Cependant le m~rédial Ney, voyant approcher
joindre à Wiltgenstein pour accabler Je ma- um• forte colonne russe, lança contre elle ce
réchal Victor. Celui-ci, dont le corps d'armée qui nou · rt' tail de notre diYision de cuira était réduit à 10,000 liomme., oppo, a une ~icr .. Celle charge, faite dans de conditions
ré ·i~tance des plu vives. , es troupes (même aus i extraordinaire.• fut néanmoin l'une
le· .\llemand · 4ui en (ai.aient partie) com- de plu brillante:- que j'ai vue !... Le hme
Lattirent a,cc un courage vraiment héroïque colonel Jluboi., il la tête du 7" de cuirassiers,
el d'autant plus remarquai.ile que, attaquées coupa en deux la colonne ennemie, à laquelle
par deux armé à la foi· el étant acculées à il fit 2,000 pri.onniers. Les Ruse . ain .. i
la llérésina leurs mouYcmenl •se trouvaient mis en dé ordre, furent pour uivis par toute
en outre gênés par une grande quantité de la C.l\'alerfo lé ère cl rcpo_nssés avec d'énormes
chariots conduit san ordre par des hommes perles ju:qu'à lakowo 1 •
isolé:, qui cherchaient lumuhueu. ement à
.le reformais les rang. de mon régiment.
agoer la rivière! ... Cependaut le ma·réclial qni avait pris part à cet engagement, torque
VicLor contint KoutousolJ el \Vilt,.ensll'În je vi arrh·er à moi .~t. .\lfred de ~o:iilles,
Loule la journée.
avec lequel j'étai$ lié. li m·enait de porter un
Pendant que ce désordre et ce combat ordre du prince Berthier dont il était aide de
a\·aient lieu à • tudiauka, les ennemis, 11ui camp; mais, au lieu de retourner ver· cc
prétendairnt ·emparer des d~ux extrémité
maréchal après avoir rempli ~a mis ion, il
de ponts, attaquaient sur la rire ùroite le. dit, en s'éloi .. nant de moi, qu'il allait juscorp: d'IJudinot, plad• en a\'anl de Za" ni:-ki. qu'aux premières maisons de takowo pnur
A cet ellrt, les 50,000 flusscs de Tchitchakoff, t•oil' ce que Iai aient les ennemi . Celle eudébouchant d"' takowo, 'avanc:\rcnt à •1 rand
rio 'ilé lui devint fatale, car, en approchant
cris contre le 2• corp., qui ne comptait plu
du village, il fut entouré par un groupe de
dans ses rangs que 8.000 combattants. liais Co!'aques qui, après l'a,·oir jeté à has de . on
comme no soldats, n'ayant pa· élé en cou- chc\'al et pris au collet, l'entrainèrc1it en le
0

1. r,.,. ,:-éuéral Parlonncam se d,•rcn,lit 11'1illcur.1
hrroiqucmenl; 5D di,i,ion t\lail r,·,luilc il &lt;1uclque.
crntaim• ,le comballnnh lo™Ju'cllc ,lui ,,, rendre .
(fov. TmtR,, Jli,toin· du C:011sulal rl ,Ir rF.mpirt.)
-i. Tchitthnkoll a rendu jushce n la , igueur if,,
uotre c.1,nlci-ie ,bns celle ntl'uirc. llu re~le, es
m,1ircs 11rnhliés en 11162 l'i 1·~u~ 1lu r imte de Rod,e-

,1~

(A suivre.)

GÉNERAL

DE

,\ \ARBOT.

Concini

►

Par Paul de SAINT-VICTO~

Concini el Léonora Galigaï, sa morne com- vaillac au meurtre, et le lançant ur le roi.
pagne, onL subi, depuis deux ~ièeles, 'toute!l Je sais bien que celle accusation elTro)ablc
les aYanies de l'histoire. La pitié vou 'prend s'est in inuéc, ·ans romhre d'une prcu\·e,
devant leur· mémoires cruellement dilîam~e .. dans quelques .l/é11t0ÏJ•e.~: mais la "rand&lt;'
comme elle vous aurait p1•i, devant leurs histoire a toujour~ dédaign t de l') acc~cillir.
membres r~mpus et ~aignants. C"rtes, je ne Aucun même des pamphlets féroces t(Ui se
veux pa, faire un m:trlyr de Concini ni une ruèrent sur Condni aba1tu ne l'a rc1pétée.
•aint1• de la Galigai.Je sai. leur noire, intri- !l'ailleurs, s'il fauL eroirc les timoins qui se
gue · et leurs pillages effronté~ . .Je comprend· lahent rgorger, il faut bien croire aussi
la colère de la nobles e française, réduite à l'homme qui se lai .a tenaill&lt;'r, écarteler,
plier devant le sigi, bé de l'in1linne veuve a. perger d"huile Louillantc et de plomb fondu,
d'flenri l\'. Il faut dire cependao0 t que ses en jurant, jusqu'à son dernier hurlrment,
rnnemi. le valaient et qu'il ne fol ni pire ni qu'il n·a,·ait pas de complicrs. 'il )' a quelmeilleur que l'époque où il parad:i.
que cho.c de prou,·é, en histoire, c'est cette
li n'y a pas. dans l"histoire de France, un déoéaation de flavaillac, 11uc n'rLranlèrenl
règne plus honteux que la régence de larie pas de tortures qui auraient fait crier une
de Médicis. La Fronde e t une Jliade auprè.
lalue de bronze. \ lui seul, cc (l&gt;moiœnage
de la Batrachomyomachie Iéod.ile qui s'agite absout Concini.
autour de cell&lt;' lourde pécore. C'est pour de
Il e. t difficile, d'ailleur , de lrom-er un
l'arg,·nt que le~ princes S&lt;' halleut; c'e l pour scéléral dan~ ce drcile. Concini a\·ait les quades charges de cour que les grand conspi- lités de ses \'Îces; il élail servlaLle, facile,
rent. La révolte l't la soumLsion afflchent magnifique, aimant fort, comme \rlequin, à
ryniquement leur larif; le dr:ipcau de la faire de~ présents avec l'argent qu'il avait
guerre chile n'e l plus qu'un sac à remplir. volé. ou plu grand lorL fat d'èlre im,olrnl
f.oncini joua le rùle d'un valet fripon, dans enn-rs la Fortune, et de ,ouloir, comme il le
Cl'! anarchique imbroglio, gorgeant celui-ci,
dit un jour, &lt;1 la pou ser à bout n. Le uccè.s
nllèchnnt celui-là, bâclaut les trèrns ou les colla monstrueu &lt;"me11t -a ,•arnlé naturelll'.
roups d'État, selon le br oin du jour; fai.on atLilude, à la cour, pendanL a dernière
ant, de sa fa\·eur, métier cl marchandi.c. Il année, éLait Cf'lle d'un C:jan de théâtre, arrnlait
a,·ec lt&gt;s rnleurs, il inlrinuait
a\'CC les pent:ml la scène, :1 grandes enj:imhécs. fi
•
•
0
mlr1ganls, et, en C&lt;'la, il faut dirr que ce lr\'I' une armée dr . ept mille hommes, à sa
ruffian po~iûque foi.ait ,on métirr.
olde et à . a livrée; il s'adjuge des ville-, de
guerre donl lui eul ouv-re Pl ferme les portes i il entas l', ~ur a mince per onne de par•
,·enu étranger, les marqui ats, les maréchalats, le gouveraemcnts, le surintendances;
il a de.~ gardes du corps et des gentil hommes
ordin:iircs, qu'il appelle es cogfi01ti di 111ila
fra11clii. « Il mépri ait fort le. princc:e., dit Tallemant, - et, en cel:i, il n'avait pas
grand tort. ll ~lais il eut tort de mépri. cr,
comme un enfant imbécile, ce jeune roi de
seize an.;, tacilurne et mélancolique, qu'il
al'ait relégué dan- un coin du Loune, parmi
ùe fauconniers cl des oiseleurs.
Ce furent ces oi.elcurs qui le prireut dan
un filet lentement ourdi. li fau L lire, non
dans l'bistoirt orficiclle, qui abrège et qui
déeolorC', mai$ dans un petit livre du lcmp :
Relation e.racle de /oui ce qui s'est passé à
la mort du 111aréd1al d',l11cre, cet étrange
complot d'un roi contre son ~ujet. On y ,·oit
Louis Xlll machina.nt la nuit, dans son lit,
avec Luyne. , son favori, et de familiers d':inlichamhre, le pi~ne où se prendra 1-,a hèle
noire. Rien de puéril, en apparence, comme
cc comp1ot qui doit frapper no coup i ter~lais c'est le char.,cr d'un trop grand crime rible. Le roi ·e blottit dan sa ruelle, pour
11ue lui imputer la mort d'flenri IV; c'est délibérer avec ses affidés, il thuchote, il 'inexagérer la fiction que le montrer stilant Ra- terrompt pour regarder si l'on ne ,ient pa

~es grief sonl ceu\ d un enfant que l'on empêche de joner à sa gui·e. Vous diriez un
écolier conspirant, au dortoir, contre son ré1-{•'llt.

Mais un soufllc même trouvait des écl1os,
dan cc p:ilai elll•ahi par l'e. pionnaae italien. Concini fui :l\'erli dn sourd murmure
de faarâce qui partait de l'alcôve ro -ale. li
dédaigna d'y prêter l'oreille. L'infatua lion
l'aveuglait; ses yeux ne vopient pas plu- que
ceux qui brillent . ur la roue des paons ..\ux
avis de mauvais augure, il objcrlail des rodomontades. n jour, il avait dit à Lu)·ncs :
&lt;r Momieur de Luynes, je m'aperçoi , Men
que le roy ne me fait pa bonne mine, mais
vous m'en répondrez. » Un aulrû jonr, il
répondait à une dénonciation ami,·alc: « Luynes a pensée de toute · choses: mais il y a "i
loin ùe luy à moy, que nous n'arnns pas sujet ùe nou· craindre. » C'était le JI 11 ·oserait!
du dnc de Gui e, parodié par un matamore.
Le hasard déjoue, troi' foi , le complot
royal; par trois foi , Concini recule instinctivement devant le fer qui doit le frapper. Il
sort de la chambre du roi, à l'in. tant où se.s
meurtriers allaient y entrer; il quitte, malgré la prière de Louis X111, une partie de
billard, au milieu de laquelle les conjurés devaient le surprendre; la Yeille de sa mor~.
encore, \'itry le mauquc, au:t porte du
Lomre.
Enfin le jour de l'exécution se li•re; cellr
fois, le piège e l sûrrmenl tendu, la cour du
palais se remplit de cavaliers, drapé dans
leur manteaux iusqu'am ·eux. Vitry mar-

�'-::------.------------,,..--------,,--------------------

1f1S TO'l{ 1.ll
Toul le matin, il y resta à lriompber, le. cadavre, gratte la tombe avec ses ongles;
comme sur un parnis ; à déclamer, comme elle le déterre, elle le traine., en le bâton~ur un tréleau, le récit de cette première tra- nant, sous une potence du pont Neuf. Là, un
gédie de son règne. Sa joie enfan- laquais de Concini le pend par les pieds, et,
tine el cruelle ne tarissait pas. Jamais comme la corde manque, les gardes du roi qui
il ne parla tant qu'en ce jour si- pas~aienl lui jellent les mèches de leurs
nistre. Au-x premiers \'eous, il ra- arquebuses. Puis celle canaille, enragée, décontait ses griefs. Le maréchal capite le misérable cadavre; elle lui crève les
s'était couvert, en jouant à la pau- ye·ux; elle lui !ranche le nC'z; un furieux
me avec lui ; il s'était assis plonge sa main dans sa poitrine entr'ouverte,
dans sa propre chaise, au conseil ; l'en relire toute sanglante, la met dans . a
il se présentait, à so.n audience, bouche; un autre arrache le cœur, le rait
escorté de deux cents gentilshommes, cuire sur ùes charbons et le mange .... Un
lesquels sortaient en même temps tronçon informe pendait encore au gibet; la
que lui el le laissaient se morfondre ioule l'en arrache et court le rependre à la
seul. Puis c'étaient des airs de maî- potence de la Grève; elle le dépèce ensuite et
tre qui se réveille, el qui va se fait rôtir ses lambeaux à des kux de joie.
mellre à régner. Le cardinal de La
Ce n'est pas tout. Concini arnit un fils, un
Rochefoucauld, voyant qu'on lui par- enfant de quinze an . Il faut laisser parler la
lait d'affaires, lui dit « qu'il serait Relation, pour entendre le cri dn temps dans
bien autrement empesché doresna- toute sa fureur : (( Les archers, qui le gar.Au L ouur&amp; u1:r,u1t lf)a pwr le b:tndt /1, Frt1t1&lt;e
vant qu'il n'avait esté jusques à daient, ouvrirent les fenêtres qui donnent ur
1"t Ffr ~ IP.1',trop T,om1orttl,frmm1:
cette heure ». - « on, - dit-il, le pont et lui firent voir cc îuneste spectacle
- j'e Lois bien plus empesché de de sûn père pendu, afin qu'il appi-ist à mieu:r
C.u ,! dm,11 tp_o1mra11 hauttfrrmt pounet,
faire l'enfant, que je ne suis à tou- vivre. &gt;J Quels crimes n'absoudraient de si
Er lervemrtdulou u trt'(Ïn mD Nmmt.
tes ces affaires-cy. » n dit à un horribles douleurs! Devant ce malheureux,
autre : &lt;&lt; L'on m'a fait fouetter les tué, par trahison, au tournant du Louvre,
MORT DE Coxcrn1.
mulets, six ans duranl, aux Tuile- comme au coin d'un bois; devant ce corps
J)'.;zpr~s I111e 1&lt;r,1v11re du temts. (Cabinet des E.t~mtes. )
ries : il est bien temps que je fasse broyé par la furie populaire et réduit, vingtma charge. » Un moment après, quatre heures après sa mort, à une poignée
allendanl, un morceau de parchemin, d'une comme il s'amusait à jouer de .J'épinelle, sur de cendre sanglante, que des cannibales Yenmain convulsire. Son canif semble, de loin, une table, quelqu'un lui dit:« Que faites-vous dent, par les rues, un quart d'écu l'once, on
guider les épées. De bonne heure il a fait là, ire? 1&gt; Il répondit avec une fière ironie: oublie tout, ses vices, ses concussion , ses
d:re à la petile reine ci que, si elle oyait du « Je fai~ l'enfant. &gt;&gt;
rapines, pour ne se souvenir rpie du supplice
bruit, elle ne 'étonnast de rien &gt;1. On signale
Or, tandis qu'il faisJit si bruyamment le gigantesque qui les expie au centuple. L'exl'apiiroche du m3réchal d' A.ocre; il apparait monarque, celui qui dcYaiL régner en son cè3 du chàlimcnl réhaLilill' le coupable; le
sm le quai, escorté de trente genlihhommcs. nom cl le remettre à la place d'où, ce jour- gibet, lorsqu'il est trop haut, grandit la vicLe voici qui avance; il est à l'entrée du pont; là, il crovait rnrtir, entra modestement dans time.
on lui remet une lettre, il ralenlit le pas pour la salle. • « Eh bien, Luçon, - lui cria le·
nien ne manque à ce marlyrologr. En ha~.
la lire .... C'est alors que Vitry s'approche et roi, - me voilà hors de voire t1-ranl'arrêtr. Le maréchal recule brusquement; il nie 1 » Et, comme füchdieu s'ins'écrie : J mi! (à moi!) Au même instant, clinait et l'Oulait répondre: &lt;&lt;Allez!
trois des conjurés lui tirent, à bout portant, allez! ôlez-rnus d'ici! &gt;&gt; reprit-il
leurs pistolets au ,·is:ige, les autres le per- d'nne Yoix menaçante. C'est une
cent de lrurs épées; il tombe ·ur les genoux. des meilleures plai anteries de l'hisVitry, d'un coup de pied, le remuse à terre toire, que Richelieu surgissant decl fait jeter on cadavre dans le rorps de vant Louis XIII, au moment où il
garde, sous un portrait de Loui XIII. L'his- triomphe du sig1101• Concini.
toire se contrefait elle-même, quelquefois. Il
Cependant la multitude ae:bevait
était dit que, d'un bout à l'autre, la mort de à sa manière la vengeance royale.
c~ Scapin ressemblerait à celle de César.
Les meurtriers avaient dépouillé le
« Il parait plus grand mort que vi, ant n, cadaue de Concini : Larroque lui
di ail flenri Il[ mesur3.Dt de l'œil le grand avait pris son épée, Le Buisson sa
Guise à terre. C'est l'effet que produisit Con- Lagne, Boyer son écharpe, ·un aulro
cini, d'après le fracas que fît sa chute et les son manteau de rnlours noir, garni
chants de Yictoire qui la proclamèrent. A de passements de Milan; puis ils
peine est-il tombé, que les trompettes son- l'avaient enreloppé d'un drap, attaOr!_tr, , "rnet.mo,, ,b,; hn "V1lai,, d1adr111t,
nent, que les tambours ballent, que des ca- ché par les deux )Jouis avec des
"alc.1des galopent par Ja ville en criant : Jîccl!es, et ils l'avaient jeté d..tns
Dud..sryqùffitroû ,t ,/e,, fou plriJ â cH.u, \
« Vi rn le roi! le roi est roi! » Louis XHr ap- une fosse de aint-Germain-l'AmerIl f.rrit ft1r,ubt11l1" , "" rr. domm Je mime,
parait armé au balcon, criant aux. meurtriers: rois. Un prêtre aYaiL îOulu réciter
Arcu~:qur rommnn ,· 1,&gt;:1:in,,t, o:Jl:r ·
« Grand mercy l grand mercy à vou ! A celte le De Profimdis; on lui avait mis la
heure, je suis roy ! » Les courtisans, à genoux main sur la bouche et fait rentrer
LÈONOR.A GALIG.\Î EST CONDUltE AU SUPPLICE.
hier deYanl le favori, accourent, par trou- son oraison dans la ,gorge. « D.: nx
D'atrès 1me gr.:rvure du lemf.ç. (f'Ji'i11el des Es/.lmpes.)
peaux, pour fêter sa mort. lis acclaJ]lent le petits pages se voulurent amust r à
roi, ils se prosternent, ils l'adorent. La pleurer autour du corp , » des lagrande galerie, encombrée, ne suffit plus à quais les battirent et leur volèrenl leurs la fureur des bêtes Ju cirque ùé"hir3nl uue
la foule. Le petit roi monte sur un billard manteaux.
proie; en haut, el comme sur les gradins supour la recevoir.
Le matin venu, la populace, qui a llairé périeurs de l'ampl1ilhéàlre, la vengeanre
che de lon 6 en large, r('gardanl, à rhar1ue
instant, du rôlé ~e la porte el du pont-levk
Le roi attend dans rn chamhrc; il nt.dl', en

1

royale savourant délicatement son plai~ir. Ce
jeune fils de Concini, qu'on traînait dernnt
le cadaHe pendu de s:m père, rdusait toute
nourriture et 'foulait mourir.
La petite reine .Anne d'Autriche
envoya des confitures à l'enfant et le fit venir dans sa
chambre. On lui avait dit qu'il
dansait bien; elle lui ordonna
de danser; l'enfant obéit. Il
dansa, aveuglé de larmes et
ravalant ses sanglots. Jamais
il ne se remit de cette danw
funèbre, il ne fit depuis que languir, et s'en alla, quelques
mois après, mourir à Florence.
Que &lt;lire encore du supplice
de la G3ligaï? On ne sait pas
le mot de celle énigmatique
créature, naine de taille, maigre comme une Jane, armée
d'yeux enflammés qui semblaient lancer les sorts et les
maléfices. Elle passa sa vie
dans les ténèbres el les arcanes des camarillas. Son histoire est un pot au noir. Cela
est resté obscur et furtif, comme le serait
lïnlluence d'une négresse au sérail. Elle &lt;lit
même à ses juges avec l'orgueil d'une femme
qui va mourir, et qui n'a plus rien à ménager sur la terre, ce qu'était le charme magi11ue qu'on l'accusait d'arnirjeté sur la reine:
« L'influence d'une âme forte sur une âme
faible, d'une femme d'esprit sur une balour-

aimée, J'almndonne, l.i renie el la livre, pieds
el poings liés, à son fils. « Laplace vint , tost
après, vers la reine, pour luy dire qu'ou ne
~çarnit comment annon rcr
la nouwlle à la maréchale,
et voir si Sa Majesté voudroil
preudre la peine de la lui dire.
La reine luy dit qu'elle avoil
bien d'autres choses à penser, que, si on ne luy voulait
dire fa nouvelle, qu'on la luy
chantàt ! ,J
On sai l l'iniquité criante du
tribunal qui la condamna au
bûcher pour arnir tué des coqs
Lianes, un jour de pleine lune,
ct serré des 6gu re s de cire
dans un coffre taillé en cercueil.
Elle fut nperbe devant S"S
juges; elle fut douce envcr ·
la mort. C&lt; Que de personnes
assemhlées pour ,·oir passer
une pauvre a!Uigée! n dit-elle
en \·oyant la multitude qui
suivait ·a marche au supplice.
MORT DE Li;:oNORA GAWGAl.
Cc fut la seule plainte qui lui
D'après u11e gravure du temps. (CaN11et des Eslampes.)
échappa.
On pardonne loul, vis-à-vis
lée )1 , ainsi que Richelieu l'appelle dans ses d'une pareille douleur; et, si l'bistoire veut
récriminer, on lui répèle ce que la Galigaï
Mémoil'es?
Elle mourut, à petit feu, de l'éclair qui. dit, elle-même, à un jeune gentilhomme
foudroya son mari; elle rn meurtrit et se qui lui reprochait, après son arreslalion, je
déchira à toutes les aspérités du gouffre, au ne sais plus quelle offense : Fiasque,, /i'ias fond duquel il était tombé subitement. 'l'out que, 12011 bisogna parlar del passalo !
lui manqua à la fois. A peine le maréchal c&lt; Fie que, Fiesque, il ne fout plu parler
est-il mort, que la reine, {fui l'avait tant du passé! ►&gt;
de. i&gt; Quoi qu'il en soit, maigri\ ses larcins de
pie ,·oleuse et sa morgue de fée Carabosse,
comment ne pas s'apitoyer sur (( celle déso-

PAUL DE

Lul'ien se trouvait en ambassade à Li,honne
ou à Madrid.
Quant li sa mère, elle n'entendait pas raison en fait d'argent à donner à · un jeune
étourdi qu'dle aimait tendrement, mais à
qui elle faisait plutôt de la morale que de
li me uvient à l'esprit une histoire des la prodigalité.
plus plaisantes que nous a racontée, dans sa
Qu'imaginer? 11 lui \Ïnt à lï&lt;lée de rendre
jeunesse el dans la nôtre, Jérôme Bonaparte, ,i ite à un saint liomrnc, rnn onclr, qui fut
lorsqu'il venait voir sa sœur Caroline, alors, depuis le cardinal Fesch. Il se prést·nte à lui,
ain~i que la Heine Hortense et moi, en pen- et il cH parfaitement reçu par cc digne parent
~ion à Saint-Germain, chez Mme Campan.
chez lequel était r(unie nombreuse société.
Il avait un jour, disait-il, absolument LeIl y avait ce jour-là grand dillcr. On l'insoin de vingt-cinq louis, sa bourse étant dé- vite : il acceple. Le repas fini, il passe au
garnie, bien que le général Murat, gouver- salon pour prendre le caié; dans ce momenl,
neur de Paris, el qui était passionné pour Jérôme voit son oncle entrer dans une salle
lui, l'aidât souvent de la sienne. Mais celte Yoisine; il l'y suit, et auirant dans l'embrafois cette ressource lui avait manqué et le sure d'une croisée ce cher oncle, qu'il avait
quartier de la pension que lui faisait Je Pre- déjà bien cajolé, il lui adresse sa requête;
mier Consul était dépensé d'a,,ance. Que faire mais celui-ci est iusensibJe et refurn net.
donc?
Le cardinal Fesch, on le sait, a toujours
A qui s'adresser? A ses autres frères 1 été grand amateur de tableaux; or, la salle
lls étaient absents. Joseph el Louis commàn- dans laquelle il se trou1·ait en ce moment,
daient les régiments dont ils étaient colonels; était celle où se formait le commencement de

Oncle et neveu

SAINT-VICTOR.

sa belle galerie, qui depuis est devenue si remarquable par la réunion de chefs-d'œuvre
de toutes Je;; écoles.
En entendant un refus aussi positif. Jérôme se tourna. brusquement:
&lt;&lt; Voilà, dit-il, un gaillard qui a l'air de
rire de l'affront que je Yiens d'essuyer; ilîaut
que je me venge 1 »
Jfrome servait alors cof!)me soldat dans
les guides du Premier Consul, sous les ordres
du colonel Eugène de lleauharnais; il tire
son sabre et le pointe conlt'e la figure d'un
b~au vieillard, peint par Yan Dyck. Il fait
mine de lui crever les yeu.x.
On peul juger dans quelles transes utail le
bon oncle, en le voyant prêt à transpercer un
chef-cl'œuvre; il s'efforce de lui retenir le bras;
mais le jeune homme n'entend pas raison,
que les vingt-cinq louis ne lui aient été remis.
L'oncle capitula, la paix fol faite et ils
s'embrassèrent.
Le tour fut tromé charmant; et le Premier Consul, à qui on le raconta quelque
jours après, 'en amusa beaucoup.
LômSE COCllELET,
Lectrice

.,, IOtJ ,..,._

,.

C0Nc1N1

~

la Re/11e JI orte1Ise.

•

�"------------------------

◄

Fanny Sébastiani, duchesse de Praslin

CHAPITRE PR.EMIER
llan · le somplucux Lùld que fil éle,·er
j:idis la prince c de Bohan-Soubise, honorée
ile la faveur du grand roi, tl Iran form ~
rnainlenanl par l'ttal en palais del; Archil·c·,
il e~t un pi\:e crèle 11ui rc.te formée au
regards profanes. L'cnlrée rn c. l interdite
aux curieux et aux étrangeri: qui admin•nt,
cha,1ue m:iine, le· .pl
de l'hùtcl
SouhLe, la riche· c de c boi
, mai::nificenœ de es peinture el la uperbe ordonnance de cs grand appartements. Le.
nombreux lrarnillcur• 11ui ,iennent compul·"r les documents, dépouilln les dos. ier cl
fouiller san relâche le lourd carlon poudreu. , .sont :oumis à la mème rirroureu:c
con_i ne, et aucun d"eux u'a le droit d'en
franchir le cuit.
Celte pièœ m1,tériea~c. dont le directeur
dt• Archi,e lui-mtlme con~1•ol parFoi à enlr'ouuir la porte à de rare pri, ilé•rié. , pourrait 'appdcr le « mu~ée de l'horreur », car
lou · les objcls 1JU ellc renferme ne rappellent
que d · . OU\"enirs d\:pou,·anle, el n e rarportcnt 11u'à de· drame .anglant · ou Lragique,.
Lo premier objet 11ui attir, le regard, c'e ·t
le couteau arec lequel llamicn leota d 'a sa ~iner Loui. \V, el, tout auprès, sont les vêlement· qu'il porlait le jour de l'attentat : un
habit el une rc le de drap rouge somLrc,
avec le contenu de e.· poche au moment où
on l'arrêta. El parmi cc pamre . ohjds Camilier , c'e ·t arec une étrange surpri~e qu'on
aper ·oit un humble chapelet, aux "rain de
bois u~é · par un long u age!
.\ coté ce ,ont de couteau · encore, un
petit, à manche de corne, puis un autre qui
·emhle un cauiC et enfin une petite lame
émoo,sée !'ans manche ni monture.
C" · t à l'aide de ce. arme' 11ui parais cnt
inofforisÎ\·c que ix convt•nlionnel . e poi0nardèrent enseruhlc n se les arrachant ucce.s.iremcnl du ca:ur.
n .ail comm •nt le célèbre inventeur du
lendricr réruulicain, le malhrmaticicn
llomme, condamné :nec dnq de ·e. confrère ,
Dourdolle, du floy, Uuquesnoy, Goujon et
, ouLran1, comme complice de la dernière
con~piration montagn rde, ré~olul a\ec eux
&lt;l'échapper à la guillotine en e dono:mt \'O0

0

Arc/11ru .,atùmal,·11, G t,. ~Oc à l:!
- T:11~.,a«•iital ,1,. la tlur/u~.,c dr /'rn,,/i11. par A.
~ ,·ine, 1•11~1. - t:ma r, ct!li:l,rn j,ar A. t'ou,1uil'r,
1, 51&lt;. - 1;11:rllt ,Ir, T,il,u1111u.r, !Hi. - /,,- !fo.
11itr11r cb ':!':!, ;;1 111ùl, 1.. cl 2 . q•lcruhre ll!i7. l.t tfria f u io11 , pa r llut.inel tic Clr:n , IUI , . /,'a/J',,ire Pr,1ali11, Jlatlwloyi,· d11 mariage, pni·
me .le • nuj,11', J15C11d nymc J1.:m . Ba.mut, 1 i .
- l.'J11ltrmt'd1111rt. de U1err/,rur1 ri de, t;urinu.
- /,'affaire l'r11Nliu dtrant l'llùt11fre, per G. lionnc L- -

Par le Vicomte de R.EISET

lontair ment la mort. Il s'enfonça r',olumcnl
dans la poitrine le couteau encore tout anslant de Goujon, qui arait le premier donné
l'exemple.
'ur la Lahleltc voi ine, c'e. l le poinnarJ dt!
l.riuvel, l'a:sassin du duc de Hern. La Jarne,
fru.tc et madl'e, ei,t cmmanchJe dan un
mnrct•au de boi à peine dénros. i IJUe l.i ,iolcncc du coup porté a fait éclater dan loule
,a lon:rutur. A cette arme terrible, on ,l
j inl, ous. le même ceau de cire rouge,
cl
·
· , longues tirre de fer
carn.le ·, oigneu. ement
l'eit~mité,
1111e l'a ·a.,. in, dan . a fureur • • •
"L
cathécs sou, es vêtement. .
Plu. loin, c· •·t la macWne iufernale de
Fie chi arec e multiples canon de fu. ils
dont deux apparai enl fraca sé, cl tordus.
Cc ont ccu qui, .ecrètement bourr: d'une
trop forte cl1arge de poudre, devaient Llclalcr
prè du conjuré ch:1rrré d'allumer le!· mèche·
el faire ain i di paraitre un complice qui pou,·ait Je,·enir dan°ereux. On ·ait comment
Louis-Philippe et se fil, échappèrent par mirade à l'allentat. L'en:rio mourlrier plac; à
une fenêtre du boulevard du Temple ravagea
l'e corte roJale, ou dix-hait personne. fur •nt
frappée ~ mort. Le maréchal fortier, duc
de Trévi e, était au nombre de ,·ictime:,.
"ur une planche toute proche, on voit une
carabine u·ec un fragment de tronc d"arbrc
percé d'une ballti; témoignage· d'un autre
allcntat tenté encore conlre Loqis-Philippe
dan· la forèl de Fontainebleau.
Enfin, dan une dernière 1·itri11c, ce ont
de couteaux encore, un poi1mard, d , lalagan et un pi tolet à eros e d'irnire, auquel
adhcrent 11uelque. rlteveux de f •mme. A r.ôté
de col ar cnal, une foule d'objets hétéroclite
ont d 'posés pèle-mèle, macol: de trace
sanglantes : un chandelier avec sa bougie,
Jeu"&lt; volumes, de lourds rideaux de damas à
douLlure rouue et un cordon de .onnclle eu
. oie jaune. Toul auprcs d'une c.-rare el de
deux verres, une poudr, blanchâtre troméc
dan· la chambre du duc de Praslin; el eofîn,
les \'èlcmcnls de L, ,·ictime, de mi::nonue
pantoufles mordorée , une pail'e de lias, une
coifTure du femme et une chemi ·e de toile
blanche devenue bi e et encore raidie par le
Ce sont le· pièces à conviction du urefie de
D 1
·11 11IOI&lt;). - • Ln llorl rl11

lvr ueil L, /ai, du 1:,

/lue,/,· l'rafiitt (f,rloi,· ,lu ':!O oclolu,· H!O:i. - l'11
lr1111,i11 dt: l'aR'niu /'ra.rli/1, 1,ar li. Uuntoqn, il
, Edafr tfu 30 aoùL IOOlî). - L,· dur d,· 1'1-a.vli11 rt
L/e11ritlle Ddu:y, 1.ar larcellin l'eld 1/,,• Siècle ,lu
31 ja,I\Îcr ·I du ti juin I\JOO . - / ,e Jy th e Ch11i1eul-l'rasli11, par R. de Rauvillt• (Libre Parole olt's
t5 el ~9 tJClobre 1905 , - (,!11dqur llU(tt •ur
/'offoire Prn,liu, par ft•lix l.haru.bou (Jo111·1111l dt
Dt'balH clu ':!!h,clol&gt;rn 1005)
'4

1 10 ....

la Cour de· pair .ais1c !or de l'a a .iaat
de la ducbe•. e de Praslin.
Celle trani11ue aventure, un lifre récent
vient de la remettre au jour. Était-il bien
néce .. :iire de remuer à nou,eau ce· souvenir Ju ..11bres'! c'e l ec t(Ui emblera singulièrement di cutaLle; beaucoup de geo pen.eronl, comme moi, qu'il était inopportun de
r:ippeler celle trbto hi toire et il en e I bien
davantage encore 11oi 'indi!!Ileroot à bon
droit de affreuse accu ation portée conlre
l'infortuu~c victime, dont la 60 tragi')ue tl
le lontrue ·ouffrances morales avaient fait
j11~1u'ici l'objet de la pitii! générale.
Lee faits 'ont connu . depui Ion ternp el
il . ufhl
p Ier en qucl11ue lignes.
fieu de fcmrn
un dc.,tinée au~,i
Lrillaule en e débuts, a
.on déclin que Fann1-Ho.:1lha--n.,,_ _~..,
bai,liani, qui épou a le duc de Pra lin.
•ul · prénom· seml,lenl la 01ar4uer d'une
empreinte toute parliculièrc; ils ·ont sMui.:1nt dans leur étran,•eté el cmLlcnt érnquer
lus id1'•e de grandeur et qe poé ie l(U'clle réunit
à fa foi dan, .a per~onnalité i nllachanle.
lleureu e, elle le ful aulnot que frinmc
peul l'être, alors 11ue son mari, lidèle à .·e ·
de,·oir:, épri de ..a réelle beaulé, demeurait
invariaLle111eul auacl1J au :-ilion gracieux
11u'elle traçait dan· sa ,ie. Malhcureu e, elle
le devint :, l'ncè quand la trahi on 'iwtaJla
i1 Ôn fo)er, 11uand les plu infàm · macbi11:ition ·organisèrent autour d'eJle pour éparer une mère de es enfants j1u1u',à la nuit
Tata.le el lt!rrible qui mit le ceau à son inforluoe, et durant laquelle elle tomba . ou le
poiirnard d'un assassin!
Quelle fut la eau c de cc Lcrrible drame?
La r 1ponsc appartient à l'histoire.
La Lille du rélèl,rc mar •chai Sél,a tiani el
deJeanoe de Coi•m a,•ait épousé, en 1 ~ L
Théobald-Charle -Laure de Ghoi cul, duc de
Praslin, ~ ir de France cl arrière-petit-lils
du mini tre de Louis X . Sa mère ét,1it morte
en lui donnant le jour à Con. tanlinople, où
ébastiani représentt.1il la France auprès du
• ullan, ll l'enfant fut éle,J par a grand'
mère, la marqui e de Coinny, dool I amours
a\'CC Lautun . ont restée célèbre.. JI n'tltait
pas Je g,Herie5 11ui n'eu,. ent entouJ"é a première enfance. Entre "a grand'rui:re 'lui l'adorait et . on arrière-;rao&lt;l-pèrc, le rieux duc
de Coign), itui l'idolâtrait, elle a,ait !IT:lndi
insouciante el comblée de cadeaux par le
maréchal à chacun de -es retour triomphant~
dan, la capitale. entre dcu ca111pa"né , deux
mis ions ou deux conquèles.
Le:, époux aYaient tout pour èlre heureux,
le mari a\'ait dix-neuf an , la jeune femme

en a,ait dix-sept; par :e de toute 1,". grâc~
de la jeune~ e 1·t de la beauté, elle apportait
une immen. e fortune à celui 11u 'die a\'ait
choisi elle-même el Je ·011 plein grJ. Le duc,
hel homme, uu puu froid et compas ·é, c
laÏl&gt;~it adorer par sa femm1: expan.i\'e cl
ardente, et tou deu '"mlilaicnl noir l'un
pour i'aulre uuc mutuelle ltlndrc~~e. En
11ui11ze an,, neuf enfant étai1·nt n 1 · de ce
maria••e, lor~1111e J"arrifée d'une in Lilutricc,
jeune, jolie cl intrigante, Mlle llenrielle llt.'lu.:y, \Ïnl jt'ler le Lroulile dan · cd intérieur
·i lun"lemps uni.
'l oul chang-c à partir de .on entrée da11,
l'h1ilel ,._"éha tiani, duut le ménage Pra lin
occupait le . pl •ndide rcz-dc-rhau 'l' '· Celle
petite ••oufernante, fraichement d !l,ar11u1'.e
d'.\ ngleterrt•, a ,·ec ~es cheveu hlond ·, ci,
ùenls Lla11chc· cl on ne:i: ltlgèrement n·lc,é,
a liltéralemeot en ·orcelé cc mari ju~que-là
irréprochaùlc, et, peu à peu, on allitude en,cr. sa frrum • .e modifie d'une façon complète. La Juchc~se, 11ui approche de la «1.uarantainc, e.~t afllicrée d'un colo al emùoopo111t,
c•t c'e ·t awc une la .ituJe non dis imuléc
11ue le duc subît le:, protcslatiou · de tendre. 1•
Joni elle ~è monlrc prodi.,ue 1.
La d'cnlt•n&lt;lre de· doléance el de r · ri111in:i1ions ans ce., e renomcli:es, cxrédé par
des colhes ct de jalou ic · Loujour:; r •nai •
.ante , il. 'éloigne peu à peu de -•ttc épouse
trop passionnée à "on rrr \ cl . 'il c~nlinue à
\ i,-re ~ou· 1• même toit el à · as eo1r cha,1ue
jour à la même talile, il 'éloisne cep ndant de la chambr commune el il
cesse de parta cr le lit conju.,al. C'c t
la rupture définithc de l'intimil: dan,;
1111 ménane lonntemp ciL1; comme
modèle.
'1nw de Praslin alors prc11d le
parli d'écrire à ~on éroux ce IJll'elle
n'a plu· guère la pos ibililé de lui dir',
l'l les lettre qu'dle lui adre·.c, ~ouH'Ill plusieur foi par jour, ·ont
remplie. à la foi de plainte el d'e&gt;.cuses, de pardons el de reproches. La
malheureuse Cemme, qui adore le duc
lbéobald comme aux premier jour
de leur mariage, .e dé. ole et e dé-e •
pèré de cet éloignement, el la violence
natur •lie ile ,on caractère emporté
uxai:p' re la jalon, ie qui la dévon :
a Cher Thêol,ald, écrit-elle, je me
foi.; plui- de reproche que tu ne peux
t'imauiner. Je forme les plus fermes
réwlutioo ·,mai· unélatd"exa ·péralion
«Jue je ne puis contenir m'emporte
a faire de cho. e. que je lilàme. moituème. ... Je de,ien · airrrc el méchante ... et fag!:talc mes tort. lou ·
I •· jour .. .. i Lu .a,ais romme je
uis profondément allligée de Le rendre ainsi malbeurcu:r, mai. en \'érilé
je n'ai plu ma tète; autrefoi tout
m'amusait, me plaisait, le ·peclacle, une fêle
comme aujourd"bui me chnrmaienl, mainte1. 1, J,,',tel él,a,tiaui -Pr ,lin ,. trou111t au uumér,,
rué du f' ■ 11l111u1· • ·ainl .lfono, ~ et ét. it situe
r I', 111pl•1•i,111,·11l .i .. l.1 r11e rfe I ély;{,' ctu , IJ,·.

:,:, ,1,, 11

'F.AJYJYY

SiBASTTAJY1, DUC11'ESS'E DE 'P'R_ASL17Y

uant tout me coùle, m'auristc, me pèi-c parce
que je :;uis mal a1·cc: toi! o
Dans celle ,olumineuse correspondance.
décou,erte dan· le :ecr~taire du duc après
l'a· a- ioal, on frourn l'écho des . ène ' tumultueu b que \Jme de Pra.Jin rcnoun:Ue
·ans ce e; on mari la menace d'uoc rupturü :i elle ne renonce p:i à se 1iolenec ·,et le.,
ri!gret:, alor· succèdent aux emportements :
a Je commence à très bien ,entir, écritdle, que si je ui · triste cl malheureu. e cc
n'e ·t pas une raison, lor, mèmc 11uc mon
amour-propre est l,lt:s ·é comme me· alfoction , pour être emportée, cl do mauvai e
humeur ... mai, tu miln uoc 1ie capable,
je te le jure, d'~xciter la jalousie de la femme
la plu · calmc, la plu · iudillërente !...
« îa fomruc o·a d'autre bonheur, d'autre
alltclion, d'autre famille, d'aulrc appui 11oe
toi. » dira+clle dan une autre lellre plus
brûlante encore. « 1lh ! ne ·oi · pa sourd à
c prière .... Tu la· rcpous c co111rue une
coupai.ile, elle n'o e pa ·e pré;enter à les
)'CUl, t'ouvrir son cœur, te couH'ir de cares.e , t'aJre~ er · : pri.:•res. Tu l'a· chas,ée
Je Ion lit et Je Ion cccur; li:rai,-lu davanla c
si elle ue t'était p:i. fidèle! Eli• pll'ore jour
el unit; elle :itli.md à ta port et n'ose cnlre1·,
car demain tu le lui reprocherab peut-ètre 1 &gt;&gt;
C'c t dan, ce langage c.n0ammé que l'épou~e
délab:ée exhale • plainte. , mais c'c ·t en
, ain 11u 'elle e dtS.~père; à me,nre que
l'r~lin est capthé da\anta e par IC's diarmc

lice

Dl,; PRAl&gt;LL'i,

ùe !'in tilulrice, sa froideur pour ~a femme
sè change Cil dénoùt cl ·ou indilfér ·nœ de\ienl de la haine.
La ·itualion empire au point qu·il en
arri\'e :, ~éparer d'une façon complète \lm,· Ùû

Pra~lin de s . propre~ enfanl:. Ceux-ci,
d'aprè~ on ordre, ne wrr.&gt;nt plus I ur mère
11u·cn pr: eoce de lïn ·titutrice, et la Juche e
aura la défcn~c expre~ e de pénétrer daru
leur appartement. La pauvre femme, pendanl
Je Ion:! mois, lulle contre cc cruel étal de
cho. e;; se nombreu e lettre à on mari,
le journal 11uolidien dan~ lequel elle -.'épanche,
nou monlreol quelle cruelle oulfrances
elle endur •; ruai·, lors1ju'clle constate a1cc
douleur que l'a~cendanl tic l'in Lilntriw
'exerce ur le, enfant au. i bien que nr le
p;,r •, la mesure lui .cwbli:: corul,lu cl elle
'adresse au maréchal pour faire cesser .on
marLJre. Celni-d inlerl'ienl aupr'' du duc ri
lui déclare dans les terme:; le · plus lurmcl
•ru'il faut en linir:
u \Ion icur le duc, iui écrit-il le li juin.
mus parlct l'Our Pra~lin n,ec l'iolcnlion de
garder .\Ille flduzy cl ùc faire uliir à ma
fille la plu cruelle et la l'lu~ Jégoùlante dc.s
humiliation . Il y n cinq an, 11ue Ct'la dure;
,·o filles 0111 ,:icribëc· iaw pitié, je ai.
11u'elle· Ï"norenl tout c • •1ui ci.t. .. mai la
pres e de PJrb a pri oin d'en informer le
monde entier, el aujourJ·hui, ,ou ètc, le
ujet de loutss le co1ll'cr,ntions scrmdaleuse,.
You~ ète. nwu~ltl par uo pa:,,ioo fatale ....
Et le maréchal md son gl'11Ùre en dcm(•ore
Je rem·o)·er l'intru -~ immédiatement. Ce Jerni&lt;'r, ·ou. la menaced'uo éclat. .c déciddcon,.édin la gou\'ernanle,c.:m~edc toulce caudalti.
11c pcn-Ïon ufl1~ante color~ra on renvoi.
I.e départ d'llenricltc [) •luzy, a être
l'arrêt de mort d Fanny 'éLastiani.
Lïu tilutrice . 'eloigne J, 1 juilH,
el un moi, plu tard, jour pour jour,
la duch • . e est a as ·inée !
Au militiu de la nuit. le l · aoùl,
de cris ofTreux parlent ùu rez-decbau sée Je l'hôtel {1,a liani, ré\cillant en, ur,aul les .erviteur· qui pén~trcnt à grand'pcine par un cabinet
de toilelle dan. l'appariement de leur
maitre· c, fermé à l'intérieur. 011
lrOul'e la malheureuse à demi nue,
ràlaut, le jamlics r pliée ous elle,
étendue à terre dan une marc de
ang au milieu de meuJ,les en d :_
. ordre, l rd~e de coup de couteau.
à demi a· ·ommée, cl la gorge OUl'Crte.
L3 chamLrc bou!ner t , le· tentures éclalJOu~,ée ·, les lapis souillés,
le cordon de onnette a Jemi arraché témoignent de la ,iolcncc d • la
lutt •. Aucun \O( n'a été commi ·, aucun, tcntativ d'tffraclion n'a élé
faite, toutes li-:. b:.-uc · donnant sur
l'e 1&lt;:ricur soul rl·'-lée~ herméti4ucmcnl clo~1•s. Le. com111i ,au-e · Buzelîn
cl 1 ruy e.,plorc·nt Je fond en combl!!
l'bôtcl dn faubour" • ainl llonoré,
pui c'e t l'arri\ée ù'.\Uard, chd de la
ùr •té, de ~1. Boucb , procureur du
rui, &lt;le )1. llcJan ..Je, procureur général, el Je
,1. Droa .. eau, le juo-c d'inslroctioo; on interro"e le· domci tÎljUe' terrifié , on écoute la
d~po. ilion du duc de Praslin qui balbutie cl
;c trouble. pà.lc el tremblant ~ons . a cnloth:

�"----------------------- r

1flS TO']t1Jl ---------------------=--=-~----"'.:--:--=----::-:------:-.-;.-;.---:-~

.

•

de ,clours noir brodée, enveloppé dan .a
robe de chambre de molleton marron.
On n'est pa · long à découvrir le nom de
l'a ·assinqueloulaccuse; .onatlitudc,:1range,
Ir!- écorchures dont il e· t t-oun.:rl, les tach
su~pecle' que porte sa robe de chambre, el
le trace· sanglaole qu'on rclt\re sur les
lapi· entri! son apparlcmcn~ el celui de sa
femme I Une ürrnière découverte achève de
le confondre. On trouve dans le, doigts crispé· de la morte une poi«née de ,c cherem.
Devant ces preuves indrniahlc, , il re te
atterré cl, san. pourlanl faire l'a"cu de son
crime, il ne trou,·c pas la force Je protester
contre l'accm:ilion terrililc portée contre lui.
Le Lut de cet atroce allcntat n'e. L que
trop évident. Pra.lin ne s'est pas ré igné :1
rc ter séparé d'Ilenricllc Dduzy el, pour
offrir une couronne d'! duche~se à celle arcn• tarière, il a assassiné la mère de ses enfanls.
Co instant, on peut croire LJUC l'ancienne
gouvernante c~t complice, mais aucune
preurn n'est relevé' contre elle el, après
qm•lques semaine. de détention, on la rend
à la liberté. QuanL au coup:iLle, c'csl luimême qui va se foire ju,ticc. a qualité de
•plir ùc France n'a pas permis d l'incarcérer
anrnl la comocation de la haute cour de ju ·lice, el c·e~t dans ~on hôtel même qu'on l'a
gardr. Sc YO)'anl décomerl, il a abrnrbé tic
l'ar~cnic. Le poison ne Larde pas à faire son
œuHr,el lorsque, le 21 aoi'il, l'ra~lin, lran port~ à grand'pcinc au Luxembourg, comparait devant · juge., ce 1i'e·t déjà presque
plll qu'un cadaHc. Il e. l dan un tel étal
de faible ·se que la Commis ion remet à un
autre jour la fin de l'interrogatoire qui n~
sera jamai rcpri !
Le ~H, en elfet, à quatre heure du oir,
le duc succombe aprè3 avoir rail on testament cl rempli es dcroirs religieux, mai·
·ans avoir con•cnli à a\'ouer nellemenl son
crime. li avait ,·oulu ju ·qu'au Lout gard~r
pour lui son secret!
• L'accw;é disparu, la Cour de· pairs n'a mil
plus de jugement à rendre et clic ne ,e rcunil
que pour rntcndre le rapport du chancclitr
P:i quicr flétri aot la mémoire J.i celui que
1:1 \·indicte publique n'a\·ait pu atteindre.
L'cmpoiEonnement rut-il réel, le marédwl
i:éua liani se rendit-il auprèr de son .,enJrc
comme on l'a raconté [ our lui donner le
1;hoi1 entre une balle de pistolet ou un paquet d'ar~enic '/ Ou ù,ien n' eut-il là 1p1'ur.c
:-impie comédie de tinée ;1 ma quer l'évasion
du coupalile ') C'est là, comme on le verra
plu· loin, une qu , 'lion rc Lée ml lérieu e
que l"opioion cherche encore Yaincmcnl à
résouJre. ~i ce point d'bi Loire est rncore, il
faut bien l'avourr, obscur pour beaucoup, il
c,l impo siLl~ de méconoailre, en rcTancbe,
a"ec quelle pénible urpri e le public a accueilli les calomnie! indi!!lle dont on a essalé
dan· un füre récent de souiller la mémoire
1. Le d,,,,;ier cri;1TIJ!( fC , omp,1,e &lt;le cin1 culon
déposés au Ard1i1es :.'lationalcs sow ln cote GG. 808
il !112.
2. On a dit juc ce journal manusrrit i:tait ma111tcno11l enfermé ans l'armoire Je fer de Ard1ivcs :'latiuoalc5, •ur l' "rigine thl,. laquclle heaucoup Jr g&lt;:11,, . e

cruelle décision! Après avoir in tallé J'adultère au foyer conjugal, le duc devait avoir la
crainte incessante de voir faire sur son compte
les plu fùcheu es ré\'élations .
Affolée par la jalousie, exaspérée par la
colère, la duches e, entraînée par l'ardeur
du ang corse qui coulait dans ses Yeine ,
pouuit, dans sa douleur indignée, être tentée
de prendre pour juges se propres enfants,
en leur dévoilant les hontes qu'dle était contrainte à uhir jusque dan sa maison. Comment)[. de Pra lin n'eût-il pas été h:inlé par
celle inquiétude, el quel moyen plu efûcacc,
pour en empêcher la réalisation, que de rendre impo : iblc la moindre confidence 1
Pour Lou l lecteur impartial, celle ex plil'ation paraitra é,·idente el YÎ1mdra détruire
celles du nou\"eau bio!!rapbc de Fanny Sébastiani qui lente de modifier compl\temenl son
rôle t Le retrait, des dossiers I du procès, de
ce jourual intime où Fanny Séha tiani inscrivait au jour le jour se chagrins, se· joies
ou ses e.! poirs, ne eaurail étonner personne,
tt c'est encore une suppo,ition purement gratuite que de ,·ou loir en conclure qu'il &lt;levait
contenir sans doute CJllclque houleux a\eu de
sa parL! Ce manuscrit, confident des douleurs de la
malheureuse Yictime, a été publié loul au
moins en partie, an!· la plupart de ses lettres cl le mémoire de la gou,ernanlc, dans
le ra pporl de la Cham hre de, Pair . li ne fau L
Jonc voir dans celle suppreS5ion, i elle
exi ·te, qu'une naturelle déférence au ,·œu
pieusement exprimé par les neuf enfant
l)U'un drame avait rendus orphelin·•
Cc n'esl en outre ni la lellre de l'institutrice du ~ juillet 1 · n, citée comme une
preuve iocoule table, ni la rêpon e de Louise
de Pra.lin datée du lendemain ~9, c1ui pourr:ticnl, quoi ,111'00 en dise, éla)cr celle mon trueu e accusation. ~111e Ileluzy parle Lien
des deux jeunes Pra.lin (dont l'uu a dix ans
et l'autre qualorzr), c&lt; prr\'erli · par celle affreuse influence de leur mère », et la jeune
fille 'indigne contre /es lwrre111'" qu'elle a
apprise sur cette dcrni/•rc I Mais qllel est le
S&lt;'n exact de ces deux phrases cl n'est-il pis
nni rmblahle de prn er qu'il s'agit toul simplement de plainte &lt;JU&lt;' la mère dan . son
d~ ·espoir •csL lais ée aller à adrcsrnr aux
•nfanl _ur leur père. Une autre lettre écrite·
par !'in. titulrice quclc1ucs jours avant le
drame ~cmblcrait le Mmonlrcr avec la plu
complète é1idcnce: « flétcndez le · petits le
p!u 11uc ,·oos pourrlz (contre leur mère),
di ait-elle à Louise do Pra lin, la future
comte· e de Gramont; pour cui, c'e l un
danger qui me remplit Je terreur; paurrcs
PRA:'&gt;ÇOJ -II0RACE, COMTE SED,\STl.\.'11,
enfant~, à la place du scnlimenl le plus doux
E..._ 1!!17.
et le plus saint, on leur apprend le mépri' et
la haine! ,,
Que dire, d'aillcur , d'une pareille institucelle de l' rpousc, il est encore une rai 'OD qui
trice
qui aurait assumé le rôle odieux de se
eût pu, en quelque sorte, expliquer celle

foire vis-à-vis d'une jeune fille de dix-neuf
ans accusatrice de a mère et de lui d~.
~·oiler l_es infamies monslrue~ses c1u'elle lui
111_1put~~l- Dans de pareilles conditions, la
depos111on du petit garçon. même si elle :i
existé, ne serail pa une preurn urn ante,
C'ar la ~aine jalouse de la gom·ernante aurait
p_u Iac1lcmenl la suggérer à rnn incon •
c1ence.
Hébert amit o é tenter de clé honorer
Marie-Antoinette en lui donnant on fils pour
accusateur j c'e. t ur lui qu'en-a rcjai11i toute
la honte. La postérité, celte foi encore, fera
bonne ju lice de ces affreuses calomnies el
elle s'en rapportera aux paroles prononcées,
dan son rapport à la Chambre de pairs,
plr le chancelier Pasquier. Pour emplo11·r
sa propre expres ion, le duc restera « un
gr:ind coupable 1&gt; et l'infortunl!C duche e
&lt;t un ange de bonté! »

de la ducbe e de Praslin, en r&lt;!\'eillaot inutilement celle tragique el sorubre hi~toire
vieille de plu. de cinquante ans.
Ces accusa lions sont d'une telle nature
qu'on hésite à les mentionner. La duche sP,
pour (out diro, (( aurait corrompu .CS enfants » ! el cl'· calomnies ,ont d'autant plus
rérnltanlc que celle effroyable thè,e qui
chanore en ju~licicr un sini.trc assa in e l
dépourrne de toute vraisemblance. L'innoccncé dl• ~Imc ile Praslin éclate presque à
chaque ligne dan les lettre:- intcrminaLlcs
qu'elle adr&lt; · c à on mari. Ce dont die
s'excu c toujour' el ~ans cesse, c'c»t de ses
colère 'lu'elle ne sait pa · maîtriser, et de sa
jalousie qu'l'lle ne peul surmonter. Mais
nulle part on ne roit la moindre trace qu'elle
ai I rien à se reprocher, et, dang ses regrets
comme dans .es prières, on ne lroure le
moindre aYeu : « [)c qnoi m'en veux-tu, mon
Lien aimé, écrit-die 11uclquc moi a,·ant
J'horriLlcnuit "du I ao1'll 17,sicen'c·L
de mes soupçon et de me~ emportements? D
fal-i:c là le cri d'une conscience inquièle?
La défcwe faite à Mme de Praslin, par son
mari, de ,oir ses enfants en dehors de la
présenc1: de l'institulrice ne auraiL ju Lilier
en aucune manière ces affreux soupçons.
Quand bien même le 'duc n'eût pa oLéi 1t un
.entimenl de haine el de t1ranoic enYers a
femme, en lui reliranL ses droits maternels cl
en lui enlevant la plus douce des consolations; quand bien mèmc, en agissant de la
.orle, il n'eût pas ol,éi à l'influence Loutcpui ante de l'in lilulrice qui rnubit usurper
à J'htitel "'éLa,tiaui la place de la mère et

ehjcl qui n'o11t de nlt,ur qnc par le_ sou,cuir : les
lromp 111. li ne $'agit 1.as iri de la mnlèrieu-.c arclefs 11.! la ville de Gand l!t le~ éclionltllons de~ rohcs
moire qur. J.oui1&gt; XVI avail in. lallêe aux Tuileries rn
,orlée« par lime Efüal,elb d par la.. Rein2 pl'n'.lan~
l i91 . mais d'un m ·uLlc à l'lfprruve de l'in~codic qui
es demières a.nnées de ln llé1'0lu1ton. Je dois n
,lale de ln même époque. Il rcurerme, tllllre de. re•
l'ohligeance
de • 1. Dourlo, lo g~rdicn:chrf des. Arjl'islrcs d'éta l ri,·il de 14 m~i,on Bonaparte, les nb&lt;lid1i,cs, ,l"tm ,noir rn le conlcnu a plu&lt;irars r~pr1ses.
calions de l.oui,,.flhilippc cl 1k :'lapoléon, qucl,1uc

l

:

r

ANNY 8'ÉBAST1ANT. DUCHESSE DE P~ASLlN - - ,

et les docl~urs Orfila cl TarJieu, commi~
pour la pratiquer. Leurs conclusion sont
précises el formdlcs. Le prévenu a suc-

nion publique, loujoui,; avide de meneillcux
cl d'extraordinaire, se contentât du rapporl
officiel, 11uclque circonstancié IJlt'il pùt être

CHAPIT~E Ir

La survie du duc de Praslin .

•

« L'assas in - avait dil le chancelier
Pasquier dan on long compte rendu à la
Chambre des Pain, en fai~anl allusion à l'cmpoi onneruent du coupaùlc - 'c Ljugé luimème et s'esL condamné 1 ,, ~lai , dès le lendemain ùe la morl du duc, d'étran"es rumeurs aYaient circul~ et l'opinion puùliquc
n'avait accepté qu•a~rc résene les laborieuses
lion,. ·. ÈIIA Tl.\'.\I ; l'A•,'ADE Sl Il LI: j.lRlll'I. - /J'11tres te Je.ssln dt BERTR.\NO. (.1111~0:e Car11a1•a/el.)
explications données par la Cour suprême.
On conuail la version officielle : Le duc
rc té pri onnier dans son propre bote! après comùé à un empoisonnement par l'acide ar,é- cl (JUt!lque ,raisemLlables 11ue pus col pala découverte d~ crime trouve moyen de s·~ nieux. Le commissaire de la Cbaml,rc des raitre le faits rapporté 1 ~al1,ré les détails
procurer du poison, et, trompant la surveil- Pairs, Monvalle, C'l Allard, cbef de la , ûrcté, précis de l'empoi onnement, les visites rélance de ses gardien·, aù-orbe une forte dose fonl alor · procéder à la mise en bière, cl pétées des médecins, les con tatalions des
d'ar enic. Tou les rapports de· témoins el c·e ·t en leur pré cnce que le cercueil est témoins, el enfla malgré les déclaration fordes gens de police nou le peignent p:île, dé- cloué, pui dépo é dans un fouruon rll'
melles contenues dans le procès-verbal d'auprimé, en proie à d'atroces douleurs; le do&lt;r pompe funèbres. On signe le procès-\'erbal lop ie, des bruits persistants circulèrent, lenLeur Louis, qui l'examine, croit reconnaitre d'enlèvement du corps et, au milieu de la danl !t infirmer la Ycrsion du suicide.
le · S)mptùmes « d'une orle de choléra», el nuil, le com'oi plrl pour le cimetière du
Gendre et petit-fil de deux maréchaux de
·on étal e t i alarmant lorsqu'on le Iran ud. Hès la ,eille, Momalle a eu la précau- France, le coupable joignait à on litre de
port~ au Luxembourg, a\'CC d'infinie pré- tion de faire crruscr une Cosse dan l'ùn • duc el pair, celui de chevalier d'honneur de
caution- et dans la propre Yoiture Je De- iles allée de la 1• division. Les fos oycurs la duchesse d'Orléans. C'en était as cz pour
caies, que la Commi ion de la Chamlife des pré\'enus sont à leur poste; à trois heures le faire dire que la h:iule situation du coupaPairs appelée à le juger doi~ suspendre son cercueil est descendu ·ans bruit d:in la l,le l'avait fait échappe!' à un chàLimcol méinterrogatoire après lui a,·oir po é quelques tombe qu'on reforme sur-le-champ, el, au rité cl que, gràœ à la complicité du Gom·er- ·
brèves questions.
matin, rien ne sub i te des événement de la nement désireux d'étouffer un pareil .caudale,
Le lendemain la jtuation a mcore em- nuit; c·e. t à peine .i la terre fraichement re- le duc 'était éfadé de sa prison et oustrail
piré; M. de Praslin se rend compte que sa muée iodique une sépulture récente.
par la fuite aux rigueurs de la justice.
fin esl proche, el veut avant de mourir se
C'était le dernier acte de ce ombre drame.
La Ilé\·olution de FéHicr, en remersant le
mettre en rèrrle aYcc Dieu el avec les
Toul se trouYail terminé par la mort du trône de Louis-Philippe, amena d'autres pr :_
hommes : il dicte on testament et fail appe- coupable dont la di parilion arrêtait Ioule oc::apalions et détourna, pour un temps, l'aller un prêtre. Il 'entretient encore avec Oc- espèce de procédure. Le duc de Praslin était tent.lon du crime de l'hôtel ébastiani; mai ,
tales el arnc le chancelier Pasquier qui s'ef- morl officiellement, et le chancelier ava:t lor que les trouble politiques se furent apaiforcent en ,·ain de lui arracher des aveu1
réuni la Chambre des Pairs pour lui annon- sés et que le calme fut rétabli, les mêmes
puis, deux heures après avoir été admini
cer que l'accusé s'était fait ju tiœ. Il sem- rumeurs se réveillèrent pour circuler avec
par l'abbé Martin de oirlicu, curé de Saint- blait qu'il n'y eût plus qu'à faire le silence bien autrement de force et de consistance
Jacques-du-llaul-P.is, il rend le dernier sou- ~ur œ douloureux roman pa ionnel, dont qu'au débul de l'affaire! Celle Iois, pour
pir. C'e t le 24 aoi'lt à quatre heures et de- celle malheureuse famille avait été la vic- affirmer la sur1ie du duc de Praslin, on inmie de l'aprè3-midi; six jours se sont écoulés time, et il ensevelir dans l'oubli ces terribles voquait des témoignages et on s'appuyait sur
~epuis l'as assinat. •
• el sanglants souvenirs.
des pré omp~ons. Or, parmi les arguments
Le même soir, le docteur Rouget constate
lais cc n'e l pas ain i-que les cho es Ee invoqués, quelques-uns étaient de nature à
1 décès dont le Procureur du Roi assisté du passèrent; la disparition du coupable avait jeter le trou hie dans le esprits; certaine
Directeur de la pri on, reçoit la déclaration· été trop brusque cl lrop rapide, el sa morl bypolhèse3 n'étaient pas dénuée. de naiscml'autopsie esl décidée par le docteur Andral'. était urvenue trop à propo pour que l'opi- lilance, certains faits paraissaient inconle .

Iré

\', -

lit TORL\, -

Fa,,,:.~.

�-

---------------------------

H1STCJJ{1Jl
sancc, a longtemps habité dans l'Llc, ?~ sa
famille venait lui faire de fréquentes ns11es.
M. Robinet de Cléry, ancien avocat général à

involontairement : « Et la pension du beaupère! »
.
,
Qllel était le chiJire de celte pension? c, est
point sur lequel on .n est
pour arracher le duc à ngno---------=---=--~-::::---=:--:= :--:==-==-=--=========:-:-:::71 un
pas bien, d'accord, mais cc
minie de l'échafaud qui l'attenn'est là qu'un insignifiant dédait d'une façon certaine, et
tail. Il importe peu, en effe~,
l'on affirmait que, pendant le
que la rente annuelle servie
simulacre de ses funérailles, le
à leur père s'élevât à 15.0~0
défunt, rappelé à la vie, trafrancs pour chacun des six
versait tranquillement la Manenfants ou, au contraire, que
che pour gagner l'Angle~rrre.
' totale ne dépassal
L'empoisonneml'nl, les mterla somme
ro11atoires, n'avaient été que
pas 30.000 francs. Le fait
la ~ise en scène d'une coméseul de celle condition serait
die judiciairti, et un cadavre
suffisamment gros de conséuelconque,
autopsié,
puis
quences
dont 1a gravité se
4
mis en bière, avait tenu la
trouve accenluée par deux
place de celui du duc de Prasdécl;1ra1ions formelles : le balin.
ron LumLroso raconte que les
Des personnages de haut
gendres du duc de Prasli~ se
rang, cela est certain, et des
plaignaient hautem~nt de 1~ntémoins dignes de foi crurent
nui qu'ils éprouvaient à faire
fermement à celle substituune pension à leur beau-pèrr,
tion de. cadavre. Un prêtre
et M. l\obioet de Cléry, plus
respectable de Château-Chiprécis encore, cite le témoinon, curé de l'église Saintgnage 11 d'une. Frau~ise de
Sauveur de Dinan, ne cachait
haut rang o q111 savait (( p~r
pas sa manière de voir. Après
un de ses gendres D la survie
avoir exercé les fonctions d'aude M. de Praslin. Et, ci1·consmônier à l'hôpital Lariboisière,
lance agrrravante, le témoin
il avait été précepteur des encn quest~n était lié intimefants du général de Monlesment avec la famille de Montaquiou-Fézensac, el il avait enlembert, dont un des memtendu à maintes reprises cc
bres avait épousé la troisième
dernier parler à ce sujet ouverfille du duc et de Fanny Sébastement devant lui : « Celle
tiani.
affaire ennuyait fort LouisPORTE DE L' li ô TEL SE' n 'STIA:-il SUR LE J,' /\UBOURG SâINT-llo:-.oRS.
Mais celle clause est-elle
Vue prise au lendemain d11 crime . (Muslie Carnavalet.)
Philippe, disait le duc de Févraiment inscrite dans les
zensac; il fit filer l'assassin
contrats de ma1·iage, et dans
en secret vers les îles anglaises et 1,11 inventa la Cour de Cassation, a interrogé un parent quel termes est-elle libellée? ~·C!,t ce 'J u 'il
son suicide. Très peu se laissèrent prendre à de la famille Sébasliani, avocat au barreau faudrait savoir d'une façon précise. Personne
cette rouerie. On mit dans la bière un ca- de Paris, et ce dernier lui a assuré qu'il s~- ne nous en a donné le texte exact, el seule, la
davre d'hôpital. &gt;&gt;
vait « de source certaine que le duc avait famille de Choiseul se trouverai! qualifiée pour
Or l'hono1·abilité du coré de SainHiameur survécu D. Le comte de la llulit1iè1·e, secré- décbrcr officiellement si oui ou non elle figure
était au-dessus de tout soupçon el le général taire du Sénat sous l'Empire, avait !ait la dans les actes en question, puisque les node Alontesquiou était pair de France!
mème déclaration, affirmant qu'il était ce~- taires se ~rouvent liés par le secret profesUne ancienne gouvernante de enfant~ taiu que M. l:lorace de Choiseul " s~ ~endatl sionnel ! A plusieurs reprises, depuis ~n ~erPraslin Mme Frandidier , raconta auss1 chaque année à Guernesey pour y v1s1ter un tain nombre d'années, les mêmes allegat10ns
d'étranges choses. Déléguée par la fa~ille parent &gt;l •
ont été produites sans avoir été démenties,
, ,
,
pour reconnailre le cadavre dans sa pm~n,_
a
etc
présente,
du
moins à ma connaissance, par aucune
Enûu un dernier araumenl
1)
•
elle le trouva tellement défiguré el ratatine et celui-là, il faut bien le dire, a une sm~- protestation.
.
qu'elle eut peine à le reconnaitre.
.
lière importance : Le décès du duc de Pras_hn
ans doute, on ne manquera pas de prcUn an après l'as_assinal, Mme de Proisy, ayant été officiellement déclaré, sa successt~~ lendre que ce mutisme des intércs~és e~t un
allachée à la maison de la reine Marie-Amé- s·était trouvée naturellement ouYerle et, s ~I acquiescement ou un aveu el d VO~~ l_a
lie, rencontra le duc en Belgique, puis ce fut était encore vivant, il fallait bien que ses hér1- preuve surabondantequ'aucu?enégat1on n eta'.l
un ancien groom de l'hôtel Sébasliaoi, dn liers subvinssent à son existence; or, dans possible. Mais l'argument n e_st pas san~ renom de Paulmier, pass.é au service de la les contrais de mariage de Ioules fos filles plique, et l'atlilude de la famille de Ch01~e~l
princesse Je Beauvau, qui déclara formelle- du duc de Praslin, une clause singulière peut être inLerprétée dans un sens_ tout d11Iement l'avorr vu en parfaite santé se prome- aurait été insérée, spécifiant que chacune rent. On pourra répondre avec vraisemblance
nant sur le boulevard Montmartre quelques d'elles aurait l'ouligation d·e faire passer tou~ que peut-ètre les desce~da~t~ du duc de
an_qées plus tard. Enfin, d'aprè un autre les ans une cerlaine somme en Angleterre _a Praslin ont jugé de leur d1g~~le de g~rder Je
témoignage, certainement désintéressé, un une personne dont le nom n'étaiL pas indi- silence et se sont résolus à n 1nlerverur, sous
de ses serviteurs le reconnut à Londres qué.
aucun prétexte, dans ce douloureux débat si
en t847.
M. Cuenores de Pradines, le héros de fréquemment et si inutilement rouvert.
Plus récemment, les nombreuses cnquéles Patay, racontait qu'il tenait le _fait d~ g_énéra!
De quelque côté qu'~n se tourne,. to~l- est
entreprises ont provoqué ù'autres découvertes. de Gramontlui-m ême. Ce ùermer ava1Lepouse contradiction et obscurité, et la depos1llon,
Le baron Lumbroso a produit une lellre du la fille ainée du duc el, dans une conversa: citée plus haut, de Mme Fraudidier est de
directeur de la Gazelle officielle rie Guer- tion d'affaires, en énumérant les charges cpn nature à sugrrérer d'étrange ré0ex.ions ! On
nesey, qui affirme que Je duc, à sa connais- grevaient sa fortune, il s'était écrié peut-être
'expliquerait~ à la rigueur rp1e le poison abtaules, et il était des témoins (1u'oo ne pouvait récuser. On citait tout haut les noms de,
hautes personnalités qui étaient intervenues

.

4

·•

,

•

j

.,.

1q

r

'FANNY SiBJtST1AJV1, DUCfŒSS'E DE PT?.ASUN - - . , .

sorbé par le duc ait alléré profondément les qu'il ait consenti à laisser reposer à côté de
traits de son ,·isage et que les soulfrances ses illustres ancêtres, le cadavre d'un inconnu en :187 f, cercueil qui, au dire des gens du
l'aient défiguré au point de !e rendre mécon- ramassé dans un hôpital. Le mystère avec pays et du garde Lehcau, reuferme le cadavre
naissable. On comprendrait dès lors les hési- lequel s'était opérée la translation suffirait, du duc de Praslin. On ne l'a pas placé à son
tations ùe J\lme Frandidier mise en présence du r!'sle, à détruire la supposition d'une fan- rang dans une des niches placées des deux
du corps du suicidé. Mais comment concilil'r lasmagorie destinée à confirmer la version côtés de la crypte; il repose set1l dans un pesa déclaration avec celle des médecins? &lt;c Quel officielle de la mort, et pour procedl'r à une tit caveau, creusé sous l'autel et recourert
beau cadavre! &gt;J s'écriera Or61a, au moment pareille cérémonie, dans ee cas c'est l'éclat d'une dalle soigneusement scellee. C'est là que
de commencer l'autopsie. - « C'était un ma- du grand jour qu'on rùl recherché, de préfé- gît, sans doute, la solution du mystère.
Ce qu'on peut affirmer de façon certaine,
goifü1ue athlète! JJ dira le docteur Louis dans rence au silence et à l'obscuritë de la nuit.
c'est que, si le duc survécut et passa à l'étranla même occasion. Nous sommes loin du ca)falheureusement, toute l'importance de ce
davre C&lt; défiguré et ratatiné » dans lequel témoignage s'~t troU1°ée détruite pa1· une ger, il ne profita pas de sa liberté pour aller
Mme Frandidier ne retrom•ait même plus les noU\'elle déclaration. D'une conversation qu 'a rejoindre celle qu'on avait accusée d'être sa
complice. Après avoir été détenue el gardée
traits de son ancien maitre!
eue M. de Rauville avec un ancien garde de
Il paraîtrait que les serviteurs, eux-mêmes, la famille, du nom de Georges Lebeau, dont au secret pendant près de trois mois, Mlle
de la famille de Pra Jin, longtemps après son j'ai déjà cité 1e témoignage, il résulte que la flenriette Deluzy fut remise en li ber té le
décès supposé, ne mettaient pas en doute son mémoire de l[me ~founier s'était obscurcie 17 novembre 184 7 par ordonnance du Triexistence. D'après le témoignage de M. Jean avec l'àge el 1iue ses souvenirs étaient inexacts, bunal de la Seine qui n'avait rien pu relever
Frollo 1 , l'intenùant du château de la Bayc- puisque c'est seulement vers 187 f que le contre elle. Dès le lendemain du crime en
du-Puits (~tanche), propriété de la comtesse corps du duc Théohald fut traospo1·té au châ- effet, le juge d'instruction avait lancé contre
de Robersart, Olle du duc de Praslin, aurait teau de Praslin. Or, s'il faut s'en rapporter l'institutrice un mandat d'amener, après avoir
ordonné une perquisition minutieuse de tous
déclaré formeUement en 1867 que ce dernier
à la légende de la survie, c'est un an ou deux
vi waîL toujours, et que la comtesse et son auparavant, en 1869 on '1870, qu'eut lieu ses papiers, car la voix publique l'aY.ait désimari s'en allaient chaque année passer une réellement la mort du duc à Londres ou dans gnée immédiatement comme la complice
morale d'un crime dont on pouvait avec
semaine auprès de lui en Angleterre.
les iles anglaises. L'argument se retournerait
Les autres serviteurs tenaient le même lan- ùonc contre les partisans dela thèse du suicide. raison l'accuser d'avoir été l'instigatrice.
gage.
En quittant l'hôtel Praslin, llenrielte DeLa chapelle du château de Vaux ne conLe garde Georges Lebeau, qui durant vingt tient plus aucune sépulture des Choiseul. lu.zy ne s'était pas éloignée de Paris; elle avait
été s'installer au Marais, au numéro 9 de la
années avait été au service de la famille de
Lorsqu'en f875 le chilteau fut vendu à li. SomChoiseul-Praslin, ne s'est pas moins montré mier, tous les corps furent exhumés et trans- rue de Uarlay, dans une petite pension où ses
affirmatif en i905 avec M. de Baul'ille' : portés dans un monument élevé pour ·les élèves, inconsolables de son départ, lui avaient
r&lt; Le duc Théobald, lui aurait-il dit textuelle- recevoir dans le tia1etièrc de Maincy. C'est là, meublé une chambre sur leurs économies
d'enfants. Là le duc était venu la voir à plument. est mort en Angleterre vers J 871. J&gt;
dans une chapelle construite en pierre blanche,
sieurs repri es, et la reille encore de l'assa Enfin les deux importantes ilèclaralions
qui me restent à citer ne foot qu'obscurcir
davantage les ténèbres dont reste entourée
celle somhre histoire.
Un an ou dit-huil mois après le drnme, a
raconté Mme Mounief, longtemps concierge
au château de Vaux, le comte de Praslin,
frère du duc Théohald 1 qui continuait à
habiter un pavillon dJpendant du château, fit
ramener du cimetière du Snd le corps du
défunt dans le caveau familial. La translation
du cr.rcueil se llt dans le plus grand mystère;
le mari de Mme Monnier, domestique, comme
elle, avait été prévenu, avec plusieurs aulres
serviteurs, d'avoir à préparer des cordes el
un éclairage suffisant, et ce fut à une heure
do matin qu'arriva le fourgon des pompes
funèbres. Le curé de Crisenoy, desservant de
la paroisse voisine, attendait dans la chapelle
l'arrivée du convoi ; il dit hâtivement quel11ues prières, el le cercueil fut immédiatement descendu dans la crypte. On le plaça
dans l'une des niches creusées dans la pierre,
mais aucune inscription ne vint révéler son
nom comme pour les autres membres de la
famille, el ce qui paraitra le plus étrange,
c'est que, à en croire Mme Mounier, ce fut aux
cotés de sa victime que fut déposé l'assassin l
Il semblerait que celte inhumation dans
un careau de famille fùt one preuve indéniable de la mort du duc. Il est difficile de
PLA" DE LA CUA)lllRE A CO UC flER OE LA IJU&lt;:UESSE DE P,usu:-:, IJ RESSË APR ES L ASS.\SSL"iAT, POl R
supposer, en effet, que, même dans le but de
LES BESOINS DE L'L'&lt;STRUCTlON JUOICUIR E. - (,1/IISét C.zr,1a.v.zkt.)
dissimuler la vérité, le comte de Praslin se
soit prêté à une comédie aussi macabre et surmontée d'une croix mas ive, hermétiquesinal, il a\aiL passé la soirée chez elle avec
1. I.e l'etil Pari~itm , i1i no,·. 1005.
ment fermée par une large porte de fer, que deux de ses filles.
2. Ln Lib,·e Pa,-olr, 25 oclolirc 1905.
se trom·e maintenant le cercueil apporté
Lorsr1uc après al'oÎr été envoyée à la Con0

....
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�--l(ISTO~lJl _ __;_---à..--~-_..;...---------------

.

•

itualion, mai elle réu~sit même à trourcr
ciergeric, l'ancienne goU\·ernante fuL iuterrogéc par le jui.:e d'inslruction Brou .ais, en un mari: ~I. 11.mry Fi •Id, p. ,teur presbyré- •
présence du chancelier Pa quier, elle prote ta rieu, el rédacteur d'un journal rcligieu.x, deaveç indignation non seulement contre toute .manda sa main el l'épou. a. El œ n'tist pa la
complicilé, mais encore contre l'idée que des moindre canse de urpri e t(Ue de voir celle
rclati ns adultères eussent jamai pu eii ter :,iogulière personne, patronnée et soutenue
entre elle cl Praslin!
après le crime par Victor Cousin, et fini sanL
« Il n'y a rien eu de répréhen.ilJle dans le dans la peau d'une bonnète femme après
pa. ·ë entre nous, déclara-t-elle awc fermeté, aroir pa ·sé pour une intrigante el pour la
et il n') avait, je le jure, pour l'a,enir aucun dernière des coquines.
projet coupable 1 lime de Pr:din erail morte
Qu'était-elle en réafüé, celle éuigmati,1ue
nalurellemenl, et lt. de Pra lin m'eûl offert personne qui a,·ait . u rallier à sa cau. e des
sa main, 'lue, par intérèl pour
enfants, homme" comme Victor Cousin, qui pourtant
je n'aurais jamais consenti à une mésalliance avait ét { au nombre des amis de la victime?
dont 1~ circonstances . eraient retombées sur Il est bien difficile de le dire, car il esl hors
eu . Jamais, non plu • je n'aurai eu l'idée de doute qu'à t'ew-\ork où elle hahitait, elle
d'une autre liai on.... 1. de Praslin s'était alla.il su séduire tout le monde aussi bien par
montré pour moi j bon, si généreu.x, que je le charme de .a personne qur. par l'érudilioo
ne voudrais pas répondre qu'il ne se soit pa
de on c' prit' el es vertu dome tique.~.
m~lé à l'affection que j'éprou\-ais pour les
Tou les journaux de la ville !or qu'l'lle
enrants, une \"Ïl'e tendre.. e pour leur père, mourut le 6 mar 1 75 firent on éloge po •
mais jamais, jamai., je n'ai porlé dans celle thame dans les termes les plus lyriques, el
mai on le ll'ouble el l'adultère! Je ne l'aurai'
on mari fut incon olable!
pa fait par r pecl pour w · cnfanl et j'auEt pourtant son rôle à l'botel Séba tiani
rais cru ouiller le front de u mr..~ » Glle .:,i nous apparait, maJgré tout, odieux cl abomije le uais embra , ées aprè ètri? dc,enue naLle à côté de celle malheureuse femme
coupable. 11
111t'elle martyrise .ans pitié et san trêve, à
Elle parlait ,ec l'accent de la véritë, rl i laquelle elle enlève un mari adoré, et à qui
sou re enliment contre ~lme de Praslin se elle ne laisse pas même l'affection de ses proli ait clairement d;ui chacune de ·e~ rtpon- pres enfants 1
ses, cependant elle ne porta contre elle auQuant à la nalure de se relations a\'cc le
cune accusation pournnl entacher sa moralité duc, il me parail difficile de comervcr de
ou son honneur. 'lous es efforts tendaient à doute aprè le l~moignage récemment recueilli
justifier ou toul au moins à excuser le crime dll Joséphine Aulicrt, ancienne femme de
du mari; il est donc probahle qu'elle n'eûl chamùre au i;hàlcau de Yaux-Pra~lin, :lgée
1•as milnqué de Je dire pour sa déf en c, 'il maintenant de qmtlre-vingl- ·ix an'.
:1,·ait été po. sible de pr~enler la doches. e
Celle dernii·rca raconté, au mois d'août 1!)0 •
comme coupaLie !
qu'étant entrée an jour à l'improvi le dans
• Apr '- · si~ semaines d'isolement dan· .a la chamùre de l'inslilulrice où elle ne croyait
pri on, on r prit les interrogatoires; la nou- lrouver personne, elle l'arnit surpri. e à demi
,·clle d' la mort du duc amena chez elle des dé haùillée dans les bras du duc Théobald.
crises de dé·e·poir el de larmes, mais aucun Et elle ajoulait de détails trop techniques
arnu ne lui échappa el aucun indice de com- pour pou-mir les reproduire ici, ur le replicité n put èlrc établi. Il ne rc lait plus marque intimes qu'elle avait pu faire en
qu'à prononcer l'ordonnance de non-lieu ; accomplissant son cr.icc. A la dcman le de
mai' cc [ut avec une sorte d'indifiërence ac- Mlle l)eluzy on se bât.a de la congl1dier, elle
cablée qu'elle vit le portes de la Conciergerie savait trop de cho.e~! ur ce point comme
s'ouvrir devant elle.
sur tant d'autres le ID} ' Lère re ·tc impénéJl lui était diflicile de continuer à exercer trable!
on état dïn tilutricc el elle ·e trouvait san
Ce qui pourra emùlcr également bizarre
rei- ources. i peu intéressante qu'elle pùL c'csL le respect pieux que le.~ enfants avaient,
être, Mlle Dduzr arail cependant de ami - parait-il, consen-é pour la mémoire de leur
qui croyaienl à son innocence el s'inlére saienL père, el l'affectueuse Lendresse qu'ils lui
à elle. Elie a,ait fa.il la connaissance du pa - anuent gardée : r'otre pamre p,:re I D dileur ,1onod un jour qu'il prèchail à l'Ora- saient-il eo parlant de loi, cl il semblait
toire; elle lui confia es peine , il eul pi lié de qu'ils le considéra ent presque comme une
son découragement et la recueillit dan a viclime '!
famille. Quelques mois plus lard il l'emoya
Il eu était de même ponr la duchesse de
en Am~rique où, or sa recommandation, Pra!lin douairière, qui vécut quelques anelle put se placer dans un grand pen ionnal nées encore après le drame de l'hôtel 1basde e ,·-Yorl. en dissimulant on nom. 'on ûani. Elle ne voulut même pa retirer de son
seulement elle sut plaire dans sa nouvelle grand salon le portrait de son fils; elle se
1. un mari ,a pulilic après sa Dltlrl un Jilrc t'trit
par ellti au 0011n, de -'&lt;'&gt; 1ouge. el û1titulé :Yfoei
dt lu l'ie ,le f amille rn Fr1111u . • ew-York, J ï:°&gt;.

:! . lié ·laralion du Ç'r&lt;.I,· 1.el~u. r~pJK&gt;rl,11 par
t. tle l\au1·illc dmu la libre Pan,lc ,lu % octu-

1,rt! 1110:,.

.

conlenla de le voiler de noir cl le laissa suspendu à la place d'honneur.
L1 comtesse d',\.... m·a raconté l'impre~~ion
que lui :ivail caus1e re tabl au recou,·ert de
crêpe, un jour, 011 Louk enfant, le hasard d' une
,i. ile l'.:ivail conduite avec ses parents chez
.!me de Praslin.
Depuis soixante an écoulés, de nomLreusc
enc1uètes onl élé maiole fois entreprise sur
celle que lion pa ionnanle: llarccllin Pellet,
Paul Ginisty, le baron Lombroso, Robinet
de Cléry, Félix Chamhon, George Montorgueil, H. de fiauviUe, el bien d'autres encore,
s'en sont occupés tour à tour et ont soutenu
de \·he polémiques dans les µ-rand journaux
quotidien et dan l'Tntermérliai,-e cles CJi,,,...
c/1eul'., rt des Curiett. r.
« Il y a au fonil d'un pareil crim~ », Ji ait
Yiclor lfogo à \I. de ainl-Aulaîre, c on une
grande folie, ou une grande raj on 1 »
Et de fait fo meurtre fut commi avec une
telle maladresse f)U'on hésite à croire 1t la
préméJitalion. On a dit que l'as a inal a1·ail
eu lieu au cour · &lt;l'une.cime lcrribh• qui avait
écbté entre le~ deux époux, mais on 'accorde
mal ur la eau e qui l'avait provoquée. Le
défen eurs d'llcnrieLLe Del11i1 onl déclaré,
contre toute probabilité, qu'elle y était entièrement étrangère, el ont donné une aulre verion : on a prJtendu que la doches c avait
décou,erl des letlres adres 1fos à son mari
par une femme de haut ran~, lettres qui ne
pouvaient lai11sl!r de doute sur l'exi~tcnce
d'une intri,.ue. L:i royant déridée à en foire
u age, Praslin n'avait pas hé ité à emplo)"er
la violence pour rentrer en leur po ~e ion.
Pui~, dans celle lullc furieu.c, il avail perdu
ln tète, et rnulanl à nïmporte quel prix ériJer
un retentissant . caudale il était devenu a sassin. ~rai· le mobile qui l'a·rnil guidé a,·ail îait
en haut lieu t•xcu er on crime. Telle esl l'e.x.plicalion donnée par ceux qui prétendent que
le duc ne mourut pas en pri on. )Jais m:il!!ré'
celte suppo ilion la question de la unie n'en
r . le pa" moin · douteuse, tant il faut supposer de complicités, depuis celle des médecin.
cl des policiers, des geôliers el des ma"Î5·
trals, jusqu'à celle de l'abbé )farlin de Noirlieu, ~ans compter celle de Ddcazes et de
Pa quier el au" i de lou les membres de ln
Commi · ion de pairs cl..iargé' d'iuterroger et
de juPer le cou~ble 1
Dien des invraisemblances et bien dei: contradictions permettent de suppo·er ')_UÏI y eut
là un myslère, mais dans celte troublante
,1ucstion ce n'est pas moi qui me char erai
de conclure.
1c me soÎl&gt; contenté de r t umer impartiJlemenl les polémique , de rapporter le faits
rél'élés par les coquètes successi,·c , el d'y
ajouter ce que j'ai pu découîrir d'inédit ou
dïatéressant; mJi après avoir p~ crupuJeusem nt les arguments apporté à l'appui
de dem: Lhèscs, j'a,·oue très humblement que
je reste perplexe el que je demeure hésilanL .•
YICOllTE DE

CtJATCAU

►

C L.lC'.li\". -

Gr.i v11re Jt

J. füc.,vo.

ARVÈOE BARINE
et-

la duchesse du Maine
Ill (s11ite).

Rt::[SET.

Ime cln ~foioe avail quillé sa \'allée chhie
pour les Tuileries, où le ré,.ent avait in. tallé
1~ petit Louis XV, el elle 'était improvisée
l~n1 le. Jour .el nuit elle compol ait de dos~1ers, annotait des füres de droit, dressait
d~ mémoir , paper~sait, écrh·ait, combinait, invent.ait : a Les immenses ,·olumes
entassés sur on lü, comme des monla!!Des
dont elle était accal,lée, la I.ûsaient, disaitellc, ressembler, toute proportion gardée, à
Encelade ahîmé ous le mont Elna 1 , » Elle en
a~rait remontré à Chicnneau; elle dénichait
d' précédents jusque chez le, Chaldéen !
Elle. avait mis Ioule sa cour au ré!!ime
des
•
0
gr1mo1res, lran Formé ses poète ordin:iircs
en r-lercs de procur nrs. Adieu le ,·ersJ:itins!
Adieu le énigmes el les madri,.aux 1 .\ilien
les Grâces cl Jes ,tu esl Le beau Poli"nac et
robligea.nt ~1:ilézicu travaillaient ous 1: yem
de_la duch~~ e à_ prouver en jar!!"on de palais
quelle avatl raison, el que M. du lfaine
n'était plus un h;ilard du moment que le Roi
l'eo . avait di [&gt;P.mé. Ils apprirent , eux au , i,
a raISonne.r sur les textes de loi el h di erter
ur les questions de compétence. Pendant la
nuit,_ c'é~ait le_ tour de ~Lme de 2Lul, qui
aurait mieux aimé dormir. Installée près du
\

•
.,. 110

m:

t. ,,· taa l, Jli moire,.

lil de sa maitres e, elle « feuiUetait an si les
"!eilles chroniques el les jurisconsultes anciens el moderne 1&gt;. On discutait cotre
femme' ur les prérogatives de parlcwents
el ln ,•:,,leur des tcstamenl~ de roi.s, jusqu'à
ce qut• la tèh• leur tournât. On appelait alor
u_ne ~nnièrl' &lt;le ser,•ante, dont l'emploi con.1 tait à raconter des hi Loire à "1 maitresse
pour l'endormir. Cette fl:lmme r~commençait
pr que Loule. le. nuit · Il! conte de la Crête
de t'O'J ,/'1111/e, qu'on peul lire dans les Di1•e1·ti. se111e11fs tle ceau.i:, el qui e t en eflct
tout propre à endormir.
Le bruit des travam de Mme du laine si'
répandit Lrè vite dJn Paris, cl J,. Toilerie ·
vircnl :1lors une ~i,wnlièrc procession. La
doches ·e fut as.:iillie de lieu, saTants à
Le îcle , d'aventuriers be ogoem cl de com1~
d'occ:i ion, qui ,·&lt;'naient lu.i offrir de
r~relles infai.llihle pour garrm•r on procè.&lt;.
1, un apportait des e~emple historiqu1•s emprun~ à hl co~r de ;miramis. l.'autrc promellall des révela11on, important , à condition qu'on lui payàl d'abord à ~uuper. Un
:incieo moine défroqué cherchait à ,·endre de
do .u1?cnls. De: femmes à tournure su pecte
el a Litres po,hrhe demandaient de rendez,·ous my lérieux pour liner des secrets.
,tme du M?ine écoutait tout, cnrnpil par•
tout, ~ .aya1L de tout.

.... 11::- ...

Eli~ ne néglig~it rien, d'autre part, pour
gro sir son paru, el elle l nlu . i sait: mai
le mérite
en rercnail au duc du Maine , ce
.
mari meconnu. , a femme ne voyait en lui
qu'une poule mouillée el 'attribuait LOU " les
succè:;. C'était une grande erreur et one
grande injustice, M. du Maine rendait de.
erl'ices imruen à la cause commune, landi.
que la duche,se la compromettait sans ces~e
par es enfanûllage el ses emportements.
M. du ~laine était pa sé maitre, entre
autres, dans l'art de susciter de méc.onlenls
cl de les atlirer ~ soi. A l'époque où nou
somme , lors du procè · entre les princes du
3ng el les lé!!itimés, les mécontents ne manquaient ni à la cour, ni à la ville, ni dans les
faubourgs. On arait été déçu par la ré"ence,.
qui n'avait pas pu tout arranger d'un coup
de Lanuellc. La no~les c 'ét.ail imaginé 1iu'cn
re,enanl au pouvoir, clic ferait rentrer dans
le ntfant, d'un froncement de sourcil Je·
11 b?ur_g~is superbes » élevés si h:iut' par
Lou1s_Xl\ i les r&lt; bourgeois superbes » e défendaient, el la noùles e 'en prenait à la faiblesse du duc d'Orléans. Elle-même se divisait de plu _en ~lus} la petite et moyenne
nobles e avaient s1i:tne un mémoire contre le
prh•ilège de duc/ Le parlement e plaignait
de n'être pas con ·ullé. Le peuple se plai!!DaÎt
de ce que l'argent clu trésor était gaspillé aux

.

�1t1STO'R,.1.J!

------------------------------~

11 Je ais, dit gracieusement le réaent à
courtisan . Ajoutez. qu'on était en plein sp,tème ôe La", qu'Alberoni travaillait à trou- ~J. du Maine, que depnis le dernier édil vous
bler la France au profil de son maître le roi n'aimez point as i. ter aux cérémonie ; on va
J'Espague, el que la Providence wnait de tenir un lit de ju. tice; vous pouvez vous en
lâi·her sur le monde le jeune \'ollaire, qui absenter.
- Cela ne me fait aucune peine quand h~
a,ait déjà lrouré le terup. d"~tre c. ilé pour
roi
est présent, répliqua le duc. D'ailleurs,
d' rcrs «fort satiriques et fort impudents &gt;&gt;,
dans ,·o!rc lit de ju. lice, il ne .rra pa · que et mi à la Bastille pour d'autre· ,·er · u lrè
effronté· ». Tant de ferment de discorde don- tion de non .
- Pcul-èlre », fil le régent, et il sortit'·
naient Leau jeu Hl. du laine. Il se surpas a. 11 .
M. du \faine, atterré, alla aux noU\·ellci:.
uagea savamment entre deux eaux, ne parut
a malheureuse timidité lui donnait des yeu~
en rien, fut caressant el insinuant el s'assura
heaucoup de partisans dans Paris, en pro- égarés et un ,·i age de criminel. Il sut qu'un
\Ïnce, au parlement, parmi les reste de la allait lui ôter l'éduc.,tion du roi et réduire lt·s
vieille cour, la petite et mo enne noblesse, légitimé· à leur simple rang de pairie. Il de.les gen de rohe et de plume. Barbier écrÎ\it cendit tout :mgoi. é chez sa [emme, qu'on
dans son ,Tou niai : &lt;&lt; M. du Maine e t un avait couru chercher à l'Ar enal et dont !"étal
prince très age et très estimé ». Saint-:imon ne se peut dépeindre. Elle ne comprenait pas
constata avec douleur que &lt;1 tout dait à leurs que M. du Maine se lais âl cba ser ans résistance. Elle l'e. bortait, l'injuriait; elle aYail
projets ».
Care·ses ou intrigues, rien ne Lint contre des crises de nerrs. Par es ordres, ùe jeunes
la haine de f. le Duc pour a tante lme du laquai - grimpèrent en dchor,, le long de
'laine. On ~ait que ce M. le Duc était une murs du palais,jusqu'aux fenêtres de la salle
vraie Lrute, un borgne hideux et farouche. li du Dais. ospendus par les mains, il· regarmena le procès contre les légitimt~s avec a daient à tral'ers le vitres et rendaienl comptb
violence ordinaire, el oblint du conseil de ré- au rez-de-chaussée de ce 11ui e passait au
gence, au mois de juillet 1717, un arrêt luur premier étage. Mme du ~laine espérait que
unlevanl le droit de uccéder au lrône el la qutlqu'un prendrait le parti de son époux,
qualité de prince du sang. Lorsqu'on par- qu'il urviendrait un incident. Elle jeta les
1·ourt aujourd'hui le pièce de ce grand hauts cris en apprenant que le liL de justice
procès, on est surtout frappé de la nouveauté . 'était terminé pai iblemeot el qu'il lui fa).
du langage emplo é par les deux parti~s, au , lait déménager le jour même. li aYait surfi
lendemain de la mort de Louis XI Y, en par- de deux traits de plume pour enlever au fils
lant de la puissance ournrainti 1• L'autorité bien-aimé 'du plu - ab olu de monarques le!'
rople est représentée dan ces écrit comme grâce, enta ées &amp;Ur sa tète pendant quarante
un mandat et un dépôt. li n'e t plus que Lion ans et con olidée avec toute la prudence,
pour elle d'origine sacrée et de taractère imio- toute la prévoyance, tout le zèle que peul
laLle. On reconnaît :1 la nation le droit de inspirer une tendre se ,ans bornes.
On emporta )!me du Maine des 1'uileril·S
dLpo er d'elle-même, et la monarchie n'est
plus qu'un simple. contrat civil, révocable à dans un étal pito}able. ·« C'était, dit )lmc dé
Laa!, un accablement semblable à l'entière
la volonté des contractants. Quelle révolution
privation de la vie, ou comme un sommeil
en deux ans!
L'arrêt de 1717 fut lt! prologue du dramo léthargique dont on ne sort que par desm011cp1i précipita M. et Mme da . faine dans l'a- vemeots convnl ifs. , On la mena le surlenbime. Leur ennemis s'enhardirent en le· demain ;1 ceaux. Le cha«rin lui avait tourné
\'OJant Yaincus. La duchesse ne ,ut pas plier la ccrvelk Tantôt, immobile et muette, les
ous l'orage el se répandit imprudemment yeux lixes, elle parai sait une statue de la
en plaintes cl en menaces. Ses cri furent le Douleur. Tantol, &lt;&lt; hurlant de rage » et faiprétexte d'un deuxième coup de foudre, qui sant trembler chacnn autour d'elle, el!~ accaéclata au lit de ju ·Lice du 26 août 171 blait son mari de reproche sanglants, d'inPour ju er de ce qu'éprouva la petite du- jures sur .a nais.:ince, ur a lâcheté, ur
chesse lors de celle seconde cala tropbe, il leur mariage. Le pauvre homme « pleurait
faut i-C ~omenir que le lil de justice du journellement comme un veau· Il.
~6 aotU [uL une surpri·e. Personne à Paris
lime du Maine aurait d(l s'avouer ballue,
ne 'en doutait. ~Ime du ~laine était allée renoncer aux a1Taires el reprendre .. e · diasouper el coucher à l'Ar enal, où elle se don- dème:. de reine de Lbéàtre. C'était l'a,i - de
nait une fête. 11. du Maine l'arail accompaon époux. Elle s'entêta; elle re:;.emhlaiL à
gnée el n'était rentré qu'un peu avant le jour ces braves petits chiens terriers qui se font
dans son appartement de Tuileries, ·itué au tuer plu tôt que Je ltlcber pri e. 11 y avait
rez-dc-chans.ée. ll était dan son premier déjà quelque temps qu'elle intriguait avt'c
ommeil quand les tapi iers envahirent la Alberoni par l'intermédiair • de Cellamare,
salle du Dais, destinée :1 la cérémonie. Elle amha. adeur d'Espagne :t Paris. Aprè la caétait au-dessus de sa tète : il n'entendit rien. t:1 tropbe du 2G août, elle _e fit décidément
n officier ,int l'1heillcr et l'a,·ertir qu'il e conspira triœ.
passait quelque chose. t. da )laine 'habilla
La duche ·se du lfaine apporta dan~ ce
en bàte et monta dan la chambre du petit nouveau rôle un peu trop de ouYenirs des
roi, où le duc d'Orléans entra à son tour. Il nombreux roman qu'elle avait lus.
était environ huit heure du malin.
Elle s'arrangea un complot amu. ant, où
0

1. \",,i1· l,(,,nnnt e~·- 1/i,tnir,• dr lu Réqr11u.

2. llhnoire., manu~~rif, du duc 11',\ntin.

l"on fai ail de ces cho,es extraordinaires qui
atlirenl tout de suite l'œil dl' la police .• on
quartier général fut rue Saint-Honoré, dan
une mai.on qu'elle loua tout exprès. Elle s'en
allait de H1, au mili&lt;'u de la nuit, conduite
par un grand seÎ"neur d_égni ·é en coch&lt;'r,
Jans de endroits singulier· où elh• rencontrait d'autres conjuré~. Elle envoyait Mme de
• taal ou le pont l\o}·al, à minuit, pr~idrr
un conciliabule. Elle avait trave ·ti deux de. t•s
laquai en .eigneur Oaruands, el ce émule:
Je ~la carille se pré entaient dans le mond~
sous les noms de prince de Li Leoni el de
chevalier de La Roche. Elle recevait, comme
au temps de son procès, une nuée d'aventurier , d'intrigants el d'imbériles qui apportaient des plans et offraient de conseils. Elle
avait toutes ortesdecom· pondance· inutiles,
11 l'encre sympathique, cl toutes sortes d':1flidé · plu ou moins ùrs, dont &lt;lem: au mom ·
serraient d'espion à l'abbé Dubois. Elle con- •
lraignail Polignac el '1aléz.ieu, qui 'en défendaient de Ioules leur forces, à con.pirer
avec elle. Elle badinait agréablement ur le
temps où elle serait en prison . ._urlout elle
dérendail de parler de rien devant son trop
timide époux : on se taisait quand il paraisail.

Il n'entre pas dans notre cadt·e de raconter
la conspiration de Cellamare, dont le petit
complot de la duches e du Maine ne fut
&lt;1u'un épi ode. Il suffira de rapp 1er qu'Albcroni \"Ol\lail assurer le trône de t'rance à
son maître, Philippe V, au ca où le jeune
Louis XV viendrait à mourir. AILeroni cherchait, en coo~équence, à écarter le duc d'Orléan , qui avait aussi de droit à la couronne, el il avajl donné pour instruction. à
Cellamare de s'appurer ur tous les mécontents, en vue de renverser le régent; on verrait après ce qu'on mellrail à la place. Une
armêe espagnole débarquée en Bretagne 'de,ait soutenir les conjuré .
Il n de soi que la duche ~e du lfaine fut
accueillie à bras ouverts !or ·qu'elle olîril son
concout·s. Cellamare l'accabla d'éloge el de
prome ses au nom du roi d'E pagne el mil
son zèle à profit. Elle eut sou sa haute
direction deux comit~s de con ·pirateurs.
L'un comprenait un certain ahbé Brigault et
deux ~ci 1meur , le comte de Laval el le marc1uis de Pompadour. L'autre était comp9 é
de la duch e en per onne, de Malézicu el
de Polignac. Ces six per onnes se partagèrent
la be!logne et noircirent beaucoup de papier.
On e communjquait ce qu'on a,ait écrit, et
chaque comité mépri. ail les production de
l'autre. Les seigneurs trouvaient les « ouvrage » des poètes bien pâles, pauvre'
d'idées el fades de style. Les poètes traitaient
les œuvres des . eigneurs d'ob cur fatras.
C'est ainsi que forent rédigé un manifeste
du roi d'E ·pagne aux Françai -, une requête
des français au roi d'E·pagne et dirnrses
autre pi~ces, dont plu ieurs furent cnvo)écs
à 31adrid. Quand Alberoni reçut la requête
de:; Françni au roi d'E pagne, il frrhit pour
demander par qui elle ·erail . ignée; mais il

----=------------------------------n'eut pas de réponse. Per·onne ne se soucia
de donner ,on nom, pa plu les ,eigneurs
que les poète . La conjuration de Mme du
Maine n'était vraiment que la continuation
d1's petit. jt&gt;ll't d'c:pril Je .'ceau:c.
Cependant Alberoni pres$ait Cellamare
d'agir. Celui-ci, qui n'avait rien de prêt,
cherchait à amn er le tapis. Il ul qu'un
jeune abbé, nommé Porto-Carrero, partait
de Paris pour .e rendre à tadrid, et il lui
remit une liasse de projets de manifeste·,
projets de lettres, projets de requêtes, el
autre rêveries composées par Mme du Maine,
par Polignac, Pompadour. l'abbé Brigaul 1.
Malézieu et le autres. Cellamare y joi«nit
une leLtre pour Alberoni et une liste d'officiers fram,:ais qui, disait-il, demandaient lt
ervir l'Espagne. L'abbé Duboi , au courant
de tout, jugra l'instant venn de se débarrasser de ce brouillon . li fil courir après
Porto-Carrero, qu'on at1,ignit à Poitiers. , es
papier furent remis au régent le ' décembre 1718, .ans que rien eût transpiré dans
Pari . Le lendemain 9, dan l'aprè -diner,
un gentilhomme entra chez ~lme de la~I.
dans lamai on de la rue ~aintIlonoré, et lui dit : « Voici une
grande nouvelle. L'hôtel de
l'ambassadeur d'E pagne est
inve li, el s.&gt;n quartier esl
rempli de troupe . On ne sait
encore de quoi il ·'a 0 i l. » Au
même in. tant, Mme du Maine
apprenait l'é,·énement dans .on
alon, qui était plein de monde.
1&lt; Tuut ce qui arrivait débitait
la nouvelle, ajoutait quelque'
circon -tances, el ne parlait
d'autre chose. Elle n'o ait e
. ou traire à cc monde importun, de peur qu'on ne lui trouvàt l'air affairé. &gt;&gt; On sut bientôt que Porto-Carrero a,ait été
arrêté, ses popier aisi . Pour
le coup, ~fme du Maine et ses
complices se u virent plongés
dans l'abîme ». La ducbe c
c rassurait pourtant à la penée que l'abbé Brigault, dépositaire de beaucoup de papier.,
s'était enfui.
Le 10, les arre talions continuèrent. [. de Pompadour
fut mis à la Bastille. Mais
l'abLt': Brigault était loin, el
lme du Maine re.pirail.
Le 12, elle était à raire . a
partie de biribi. Un M. de
Châtillon, qui tenait la banqu&lt;',
« homme froid, qui ne s'avisa.il jamais de parler», dit tout
à roup : ,, Vraiment, il r a
une nouvelle fort plai ante. On
a amHé cl mi· à la na tille,
pour celte affaire de l"amùa s:idt·ur &lt;l'E pa•me, un certain, abbé llri ... Uri .... o Il ne
pouvait retrouver rnn nom. Ceux qui le aYaient n'ayaient pas envie de l'aider. Enfin il
acheva, et ajouta : &lt;1 Ce 4ui en fait le plai-

DUCHESSE DU

M .Jl1NE

taire~. et à les attendre, parfoi , fort gaiement. M. du ~laine se tenait coi à • ceaux.
On eut beau veiller et se tenir sur .es
gardes, les mousquetaires arri\'èrenl au moment qu'on ne les allendail pas. )L et
Mme du Maine furent arrêté le 2!l décembre 171 au matin, l'un i1 · eeaux, l'autre
rue aiol-Honoré. Leur conduite, dans cette
circon. tance critique, l'ut opposée comme
leur humeur; elle le. peint tou deux au
11al11rel.
M. ùu ~laine sortait de sa chapelle lorsqu'il
fut prié très re pectueusemenl, par un lieutenant des gardes du corps, de monter dans
un c.:1rrosse qui l'auendait. fi obéit, a la
mort peinte sur le visa:.;-e », mai avec une
oumLsion, une humilité, une orle d'empressement, bien faits pour attendrir. ll ne
~e permit pas une plainte, pas une question,
fùt-ce ur a femme ou ses enfant , mai· il
pou sait force soupirs et joignait le mains.
C'était la vivante image de l'innocence méconnue et persécutée.
On le mena dans la citadelle de Doullens,
en Picardie, et son altitude ne se démentit
pa une eule fois pendant le
\'Oyage. li soupirait et resoupirait, gémi sait faiblement,
joignait les mains, marmottait
des prières ar&lt;'ompagoée de
force t1i1Tnes de croi , saluait
a,·cc « des plongeons Il toutes
les éo-lises el les croix deYanl
le quelles on passait, et ob ervait aYec ses garde le ilence
qui convient à l'opprimé. A
Doullens, même conduite. 11
était san ce se dans les prière , le· génuOexions et les prosternements. Cela ne louchait
per ·onne; le contemporains, à
Lori où à rai on, ne prenaient
pa au shieux la dévotion de
\1. du Maine; mais cela l'aidait
à passer le temps, qui lui parai ail long. On ne lui avait
lai équequelques füres, point
d'encre ni de papier; quand il
voulait écrire, il était obligé de
s'adresser à l'officier qui le
gardait et de lui montrer œ
qu'il avait écrit. Pour toute
di traction, il jouait avec le
valets qui le ervaient.
Quand on l'interrogeait, il
e confondait en protestations
d'innocence et d'ignorance.
Qu'est-ce qu'on lui ,•oulaiL 1
Qu'e t-ce qu'il a,·ait fait de
mal? li était allachê du fond
du cœur à M. le doc d'Orléans, qui le reconnaitrait un
jour, et M. le duc d'Orléans
ajoutait créance aux a1ireuses
aver~ic de dircr· côlt:s que . on tour allait calomnies de SP. .ennemi ! Il était ,raiment
,enir. On ne dormait plu dans :i mai on; bien malheureux.
On lui citait des faits, on lui communion pa'-~ait les nuit à allendre le~ mou que11uait
les aveux de la ducbes e. Alor~ il s'eml. ,rt'molrr6 ,1,, lmc ,Ir Staal.
portait. Cel homme j doux , 'ex.clamait
'l l'rernii•n• Dérlnralim1 ,te t·Bt,l,è llril(ault.

.ant, c'e t qu'il a tout dit; et \"Oilà des "Cil
bien embarra sés. » Alors il éclate de rire,
pour la première Cois de sa '"ie.
Mme la duche e du Maine. 'lui n'en aYait
pa la moindre envie, dit : n Oui, cela hl
fort plaisant. - Oh I cela e t à faire mourir
de rire, reprit-il. Figurez-von ce ~ens 11ui
croyaient )Pur affaire bien secrète : en ,·oilà
un qui dit plu qu'on ne lui en demande,
et nomme chacun par son nom 1 • »
C\,tait exact : !"abbé Brigault était un nai
conspirateur pour dame·. li 'en l1lait allé
doucement, jouissant du vop"e et encore
pins des hôtelleries. Il avait mis plus d·un
jour à tra,·erser Paris à cheval et avait
couché le premier soir « au faubourg
aint-.lacque!, à l'auùerge du Grand- aintJacques1 1 Au bout de trois jour· , il n'était
qu'à 'emours, à vingt lieues de Pari . Le gen envo1é. à a pour~uite n'eurent aut·une
peine à I')· rallraper et le ramenèrent beaucoup plu vite à la Bastille. li n'avait pas
encore pas. é la porte, qu'il racontait tout.
D'autre parlèrent après lui, cl le arre talion,; se multiplièrent. ,rme du Maine fut

:; .. ·oint• ' imun.
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---------------------------------------~

d'horreur et d'mdignalion à l'idée d'avoir
une ftmme pareille, une femme capahle de
coo. pirer, et a ez hardie pour le mettre de
tout ans lui en avoir seulement jamais pari 1;
car il ne samit rien, il ne e doutait de rien,
on lui avait tout cachè, parcequïl ne l'aurait
pas toléré. Il avait a . ez dHendu à la duches. e de ,·oir les « l'abaleur , ! 'il avait
eu 1ent de quelrrue chose, il serait acrouru
le dire à 1. le ·duc d'Orléans. On pomait èlre
Lien sûr qn·uoe foi hor de prison, il ne
reverrait jamais Mme du Maine. JI ne roulait
plu en entendre parler. Conspirer contre
M. le duc d'Orléans ... quelle indignité!
On ne le fil jamais sortir de là. Il resta
plaintif et impénélrable. On n'a jamai u,
en ·omme, ce qu'il en était au ju te, ce que
.\1. du Maine ignorait et n'ignorait pas. Il
~emble démontré qu'il n'arait pas pri. une
part active au complot, el il est difficile,
d'autre part, d'admellre qu'un homme au ~i
fin n'ait pa é,enté, dans . a propre mai on,
un ,ecrct au i mal garM. Quoi qu'il en
soit, rendons-lui celte justice qu'il oc lai .-a
pas échapper an seul mot pouvant compromellre âme qui vive . . f. du Maine y eut d'autant plus de mérite, qu'il avait une Frayeur
atroce. '.\u moindre mouvement dan la citadelle, on visage se décompo. ait : il se croyait
. ur l'échafaud.
li ) eut plus de bruit à l'arre talion de
Mme du Maine. a haute nais ance lui a,·ait
valu l'honneur d'êlre arrèLée par un duc,
M. d'Anceni , qui e pré enta rue aiotllonoré à epl heures du matin, aYant le
jour. La duchesse venait de s'endormir, et
ses gens de .e cnuchcr, aprè une nuit pas ée
à écrire un mémoire en vue de sa déFense.
JI fallut Faire lever Lon Les ces Femmes. Jamai.
homme n'eul &lt;·ommi ion plus ingrale. La
petite duchesse n'était pas, rommc son époux,
de la race de agneaux. Elle reçut fort aigrement le compliment de Y. d'Anceni ·, ·emporta coôtrc la îiolem·e faile à une per onor
de on rang, déclama contre lti duc d'Orléan el on gouvernemenl, et refusa de se
prcs er. Elle Lâchait de gagner du Lemp ,
dans l'espoir que sa Famille inLerviendrail,
el elle r' i Lait, discutait, di pulait, péroraiL,
réc1amait une cho ·e ou une autre. li y eut
une longue scène, très vive de a part, à
propos d'une ca elle conlcnant un million
de pierreries cl qu'elll! voulait à toute force
emporter. Le duc d'Ancenis, C(Ui a,·ait de·
ordres, s'y opposa Iormcllemenl. Elle eut
l'air de céder, et la cas elle ru L découverte
deux jours après parmi e ban-aae .
Cela dura quatre heure , quatre heures de
ré i lance et de cris. Enfin \1. d'Anceni ' la
prit par la main et lui déclara qu'il fallait en
finir. Il la mena ain i jusqu'à sa porte, 011
elle eul une nouvelle crise de rage en apercevant deu1 simples ,oitures de Jouarre. l.a
Faire monter là dedan ! Elle! Une Condé!
Elle monta pourtant. L'on se mil en roule,
et ce fut a.ne autre comédie. Elle adopta pour
le voyage l'attitude d'une grande reine persécutée et oll'en ée. Le duc d'.Aocenis l'avait
rcmi e aux mains J'uo lieutenant nommé Ll

Billarderie. ~lme du füine recueil it ses ou- d'arriver enfin à Dijon, où Mme du Maine
venir · de thràtr~ et accabla La Billarderie Je îut mise dans la citadelle a\·ec deux femme
tirade 1ragiqucs ur ses malheurs, sur la de chambre.
Elle e plaisait plus tard à raconter qu'elle
dureté de la voilure el la barbarie de . es
avait ubi toutes 11 les horreur de la captiennemis. Elle mèlait les épithète le plu
énergique aux apo lroph~s les plu lilté- vité ». Le régeol, homme très débonnaire, y
rain • pa ~ait du ton de l'imprécation à eclui mit cependant bien de la romplai ance. Il
de la douleur contenue, pui · tout à coup rai- permit à la 1·oupable d'a\'Oir une dame d'bon-.
sait la maltidti et 'adre, ~ail au bon cn-ur de ncur, une d 'moiselle de compagnie, un
L'I. Billarderie pour aller moiu \'ile, e repo- méde&lt;'in, un aumônier, rinq femmes de
er plu loo«temp , obtenir une meilleure 1 hambre, d'échanger llijon contre Cbâlon- cl
Cbàlon contre une mai on de campagnr; de
voiture .
La füllarderic u'était pJ un mon tre. Il communiquer avec le d~bors, bientôt même
n'é1ait pa non plus un grand prr,-onnage, de recevoir des ruiles. Mme du Maine tomba
el le~ prière· d'une prince e lui produisaienl néanmoins dan un ·omhre désespoir. Toul
beaucoup d'elfot. Il ful au petits oin· pour son courage l'al,andonna. cl elle e crut fa
sa pri onnièrc et lni procura lou&lt;. les adouci·• plus malheureuse créature dé la terre. On
'efforçait en vain de la di. 1r:iire. El!e .c
sement m on pouvoir. li ne put toull'foi·
él"iler une. c\ne lor qu'il dut lui apprendrr, lais.ait taire, elle consentait ~ jouer, mais
le troisième jour, qu'il la conduisait dan la d'un air de marl)rr, en di ant d'un ton
citadelle de Dijon. La duchc,.-e fut anéantie. morne el douloureux : « Que . 1. le duc d'OrIl ne lui étaiL pa ,enu à l'e.!pril qu'on pour- léan juge de mes peine· par mes plaisir. ! Jl
rait la mellrc dans une vroie pri ·on. Elle Plu d'insolence; plus même de fiertr. l.a
a,·ait 1oujours 1·èv{o r1u'on la conduirait dan· pelitc duch e, ga«m1c par la peur, pleurait
quelque belle &lt;1 mai on royale 1,, oi1 elle au- à chaudes larmes, pria il et uppliai 1. Le
rait une &lt;·our el jouerait à la c:iptivc après commandant de la citadelle de t:bâlons,
avoir joué au con.piraleur. Lïdt!e d'èlr&lt;' homme &lt;1 doux el compati sant l) , écrivait
le 30 juin 1719 !1 M. Le Blanc, secrétaire
enîermée entre quatre mur, a,cc es temme
de chambre la ré\·ol la comm' un . trahison ; J·~:1n1 :
1&lt; Ensuite Jme h duche e du ~laine,
l'idée d'è1rc au pouvoir de on nereu abhorré,
tombant dans une e pèce de dé·c poir el
pleurant amèrement, fil de serment de oo
innocence dans les Lermes Je plu forl el les
plu acré', di ant qu'eU ,oyait bien qu'il
fallait mourir ici; r1ue se ennemi allendaicnl sa mort pour pou\'oir l'accuser impun{oment après, et ju ·Lifier la conduite qu'on
a tenue à son éii:ard, mai qu'avant de mourir elle harger.ail on conîr seur de dire à
toute la France qu'elle mourait innocenle de
lout ce qu'on l'avait accu éc, qu'elle eu
jurerait nu'me sur l'hoslie en là recevant,
et qu'elle avait déj:L pensé le faire plusieur
foiJ. Jê la calmai .... ,,
L'héroïne avait disparu; il ne restait
11n'une "fieiUe enfant, craignant le fouet, et
é désolant parce qu'on lui avait ôté ses joujoux. i nos propre faible ses pouvaient nou
rendre moin évères pour celle d'autrui,
Mme du Maine aurait amassé des trésor
d'indnlgcncr pour on craintir époux pendant
le cinq moi de Dijon el l troi · de Cbàluns.
S1 s aLbé· et poètes de cour, qu'elle a,·ail
enrôlés lion gré mal gr: parmi es complic ·,
11e faisaient pa de leur côté beaucoup meilleure fi~re. Le cardinal de Polignac avait été
exilé dan .on abbaye d'Anchin, en Flandre,
M. le Duc, a1·heva de la mcllrc bor~ d'dlc. où sa beauté et ses grâce étaient du bien
Elle . 'écria en 'adr . anl 1, La Dillarderic : perdu, cl il e consumait dan la douleur cl
l'inquiétude. li avait encore plu peur que le
Aux fureur~ tic Junon Jupilr r m'alia111lonne,
duc du faine,et il pleurait la perte de l'Anti11uis elle tempêta en pro c contre son détes- Lucrèce, .aisi avec les papiers du complot.
table neveu el vomit contrll lui mille injures L"abbé Dubois lui remoya son manu cril,
plaisantes - même en colère, ellll :nait de prit oin qu'il ne manquât point d'araent el
l'e·pril - qui âcbevèrenl d'éblouir L1 Billar- le l:ii sa recevoir toute les visites qu'il vou•
derie et de le subjuguer. li prit à tùche de la lut. Ces allentions ne ra ·surèrenL pas le carconsoler. On s'arrêta ouvenl et loogtcmp . dinil, qui ne pouvait e remettre de .a frayeur.
On changea de voiture. On lat pourtant obligé li en rnulait amèrement 11. la duchesse du

HISTORlA

1

MADEMOISELLE
ET

FRÈRE, LE JE

DE

TE

LAMBESC
OMTE DE BRIO

Tableau de :-;-ATTIE R. (Collection LA CAzl. ,1 usée Liu Lounc.

E.

�'--=--------~---_;_____________________
Maine d'avoir abusé de son autorité pour
l'entrainer dans une mauvaise affaire.
L'abbé Brigault continuait à avouer tout ce
qu'il savait, el même davanlage. Il dénonçait
jusqu'aux valets, sous prétexte que le soin
de son à.me exigeait qu'il dit toute la vérité.
Tartuffe n'aurait pas renié la lettre qu'il écrivit à fa femme d'un des conspirateurs qu'il
avait dénoncés.

« MAJl\llF.,
« C'est avec la douleur la plus vive CJUe je
vous écris aujourd'hui pour vous apprendre
que je me suis déterminé à déclarer à Son
Altesse Royale tout ce qui est venu à ma connaissance. Dieu m'est témoin que s'il n'avait
fallu que mon sang pour YOUS conserver et
M. de Pompadour, je n'aurais pas balancé un
moment !1 le répandre. Mais, madame, vous
connaissez la religion.... Convaincu d'êlr e
l'âme de celte malhcureus~ intrigue, je nl.l
pouvais espérer l'absolution de mes péchés
sans rendre témoignage à la vérité. li fallait
donc me résoudre à mourir désespéré ou à
rendre témoignage à la vérité que l'on a droit
d'exiger de moi. Je me suis représenté les
conseils· que vou m'avez donnés vous-même,
et je crois ne m',Hrc pas trompé en suivant
le lumière de la religion. »
Le bon apôtre!

M. de Pompadour, grand matamore en paroles, parut dans le danger un triste sire. Il
fit ce qu'il appelait

« une confession ingé-

nue ». Nous a ,·ons la pièce sous les yem:.
Il. de Pompadour y dénonce toul le monde el
gémit piteusement sur le mauvais état de sa
fortune.
Maléiieu avait été arrêté à SceauK, en même
temps que le duc du Maine. Après une résistance Lonorabfo, il finit par parler, comme
Lous les autres. Une seule personne demeurait
inébranlable : Mme de Staal. Elle était courageuse, el pois elle se trouvait bien à la .Bastille. Elle y avait deux amoureux; elle n'avait
jamais été aussi libre, elle n'était pas pressée
de s'en all~r.
Le régent désirait en finir, mais il voulait
que œ fùl avec honneur et qu'on ne pùL l'accuser d'avoir persécuté des innocents. Il promit de les gracier Lous, à condition que tous
avouassent. Mme du Maine dut boire le calice
et se confesser. Sa Déclaration est bien amusante. Elle s'-y montre toute préoccupée de la
crainte qu'on ne la rende responsable de l'horrible style du comité des seigneurs. Elle.tremble que a réputation de bel esprit n'en soit
compromise et elle in iste sur la douleur que
lui causent le fatras de M. de Pompadour cl
le « parfait galimatias » &lt;le M. de Laval. Elle
proteste à plu ieurs repri~e qu'elle n'a pas
fait &lt;1 la moindre correction » à leurs écrits.
Ayant ainsi pourvu au plus pressé et sauvé
l'honneur littéraire, Mme du Maine daigne
songer à son époux : « Il n'a jamais sa le
moindre mot de toutes ces intrigues; je me
suis cachée de lui plus que de petsonne au
monde .... et lorsque M. du Maine entrait
dan ma chambre dans le temps que je par-

lais aYec ces messieurs de ces sortes d'aîfaires, nous changions de discours. &gt;&gt; Par
malheur pour M. du Maine, elle ajouta de
vive voix qu'elle se serait bien gardée de dire
un seul mot à un homme de sa timidité;
qu'il aurait été capable, dans sa frayeur,
d'aller tous les dénoncer. Ces propos furent
répétés i la Déclai·alion de Mme du Mame fut
lue au conseil de régence, et le duc d'Orléans
se crut a sez vengé du mari et de la femme.
Les portes des prisons s'ouvrirent. Poètes el
gentilshommes, abbés el valets, chacun reLourna à ses affaires.
M. de Pompadour reçut avec son pardon
une aumône de 40 000 livres, qu'il empocha.
MmeduAlaincrevintà Sceaux üanvier1720),
où elle déb1rqua avec de grands ignes de
jo:e. Elle eut. l,ientôl permission d'aller à
Paris saluer son ennemi le régent. Elle lui
sauta au con et l'embrassa sur les deux joues.
M. du Maine profita de l'occasiQn pour se
dél.iarrasser de sa femme. 11 lui eo voulait
des peurs qu'i~ avait eues en prison el redoutait es folles dépen es. n se retira à Clagny,
reîusa de recevoir la duchesse et déclara
qu'elle aurait à se contenter, à l'avenir, d'une
pension. Elle fit tant, qu'au bout de six mois
elle le ramena à ceaux, où il reprit le joug
et 'appliqua de nouveau à tenir les comptes.
Le cardinal de Polignac garda rancune à
Aime du )lajne. Il donnait la comédie au pu·
hlic par la terreur qu'elle lui inspirait. La
d11chesse lui a_vait cmoyé une copie de sa Déclaration. « Il craignit de jeter les yeux sur
ces papiers, el le remit à un homme de confiance, qui l'a sura qu'il les pouvait lire sans
danger. » 11 bouda Sceaux le re te de es
jours.
Le plus content de tous fut un vieux marquis, M. de Bonrepos, qu'on oublia à la lla tille. Il était très pauvrt', ravi d'être logé cl
nourri gratis. Un lieutenant de police le découvrit au bout de cinq ans. On voulut le re~
lâcher : il réclama. On ne le décida à sortir
qu'en le plaçant aux Tnvalidtis. Encore fil-il
beaucoup de laçons : on dérangeait ses habitudes.
Mme de Staal fut aussi mise en liberté, et
ainsi finit celle terrible conspiration. Nous
renvoyons aux hi~toriens pour les autres intrigues d'Alberoni, qui amenèrent la guerre
entre la France et l'Espagne.

IV
Toutes ces vilaines histoires &lt;le procès, de
complots et de cachots vont si mal à celte
princesse Tom-Pouce, à ses pompon et ses
hochets, qu'on a peine à les prendre au sérieux. Elle font l'effet des intermèdes tragiques intercalés par Molière dans Psyché. Le
premier intermède de Ja. comédie ligure à
merveille la roule de Dijon, lorsqu'on a Liait
livrer la pauvre petite duchesse à son méchant
borgne de neveu : « La scène est changée en
des rochers affreux, et fait voir dans l'éloignement une ell'royable solitude. C'est dans
ce désert que Psyché doit être exposée pour
obéir à l'oracle . ... Femmes désolées, hommes

LA

DUCHESSE

DU M .Jf.1NE

affligés, d1anlanls el dansants .... 1&gt; Comme
ce hlllet de femm es clesolées et d'hommes
a{fiigés nous représentll bien la cour de
Sceaux un jour de douleur! Un autre intermède, celui des Enfers, rappelle &lt;! l'eiîroyable » citadelle de Chàlons, où Mme du Maine
crut expirer el versa tant de larmes. Au moment le plus tragique, « des lutins, faisan 1
des sauts périlleu.r, se mêlent aYec les furies». Ces lutios ne manquèrent jamais d'apparaitre au beau milieu des scènes les plus
dramatiques de la vie de la petite duchesse.
lis troublaient par leurs sauts la gravité du
pectacle.
Enfin le cauchemar était fini et les coupaLle&lt;J respiraient. Les lugubres visions qui
avaient hanté lclll' ommeil s'étaient envolées;
ils ne s'imaginaient plus rnlendre marcher le
bourreau ou drlsser l'échafaud. Leurs yeux
se reposaient avec délice sur le ciel souriant
de Sceaux, leur âme se rouvrait voluptueusement aux douceurs des petits vers et des
jeux innocents. L'aimable vallée Îèlait le retour de sa souveraine. Les Gi-lces el les Bis
repeuplaient les charmilles, non pas étourdi~
ment et en foule, mais peu à peu, avec hésitation, en divinités prudentes qui s'assurent
d'abord que personne ne le trouvera mauvais. Le fidèle &amp;lalézieu lançait à tous les
échos des chansons d'allégresse. Le quatrain
· suivant fut improvisé le jour où il revit sa
maitresse pour la première fois.
Oui, oui, j'oulilic cL ma capti,·ité,
El mes soucis, mes ans et ma colique.
Songer com·i()IJI à soula! et gaieté,
Quand je re\'ois votre face aogcliquc.

Toul rentra dans l'ordre accoutumé, el
Mme du Maine se retrouva exactement la
même qu'au déparl pour Ver aiUes, lors de
l'agonie de Louis XIV; elle n'avait que cinq
années de plus.
On n'est pas plus incorrigible. Après d"aussi
rudes leçons et avec tout son esprit, elle
n'avait pas perdu un grain de son orgueil, ni
renoncé à un seul enfantillage, ni appris quoi
que ce soit sur le monde, ni désappris un
mol ou un geste de son rôle de bergère
fardée et enrubannée. Elle était de ces gens
dont la provision d'idées e~t faite, et qui
nient paisiblement l'évidence, quand l'évidence les gêne. On disait de Mme du Maine
« qu'elle n'étail point sortie de chez elle, et
qu'elle n'avait pas même mis la tête à la fenêtre J&gt;. La seule trace laissée dans son esprit
par le lit de jus lice et le resle fut une crainte
salutaire de la police. Elle était guérie à jamais de la politique. On possède le tableau
de ses divertissements pendant toute une année. Il faudrait êlre bien méchant pour y
trouver à redire.
Ce tableau Corme un petit volume manuscrit, intitulé Almanach de l'année 1721 1 et
divisé en mois. Il coulient lei passage qui ne
se pourrait citer ici; la vieille aristocratie
française plaçait volont;ers ses plaisanteries
sous l'inYocation de M. Purgon; mais ce qu'on
ne saurait citer n'avait etrtes rien de dangereux pour l'Élal.
1. Voir la Comédie à la cwr, d'.\dolphe Jullicn.

�1f1STO'Jt1.ll
Jnnrier débute par un quatrain où ~fme Ju
~laine est per·onnifiée par Véou . Vénus avait
quaranle-cinr1 ans; qu'importe, puisque le.,;
d,:es es ne vieilli~ enl pas.
\'~uns, par ,on n•p1-cl 3lliranl 1111&gt; h,1n11nag-1•,,
Tieul a , our à , ,tufo ,,1 ,l;,o,rle 1'4p11t••·
On •1ui1tcr~ du l.01ng l&lt;•s tram1oi11cs ri,og1•s
Pour vi;Îlrr les mer~ du La~ oo. trophOI.

C'e t un peu pédant. Il est bon de pré\·enir
le lecteur que le beau nom de Lakano trophos
désigne un ruiss1•au qui traversait le parc de
ceau ..
On lit da11s ,l/ay :
@ Pur.

L LU\t, LE 11, , G llf.l:RE. '29 111,nns nu som.
- Frèqu1:11lc~ 1•1rtics ,fo quilles dans I• nU•i d1 lfarronnicr,,.

a:

Drn\lT.R QOAllTII n, L~

18, • 0

ILU'IIE.

'2i 111,ori;_,

Pif :li \Tl\.

Ca,·alcade .nr
ri,'•res.
•

,{r

.\snc~ Jans la for,•,t &lt;I,• Y&lt;'r-

~nl'YFII.I: IC--1: 1 1B

21.

il

l

IIF.t'Rr,

8

1111\trh

Le plai,ir, d ,Juillet .ont plus intellectuels :
PtEI\E L('~t. 1 E

u.

A

8

nt:CRF$

4i

Ill. 1 rr.

Ill I\JI, .

Explications ,\'Uomi•re, tic Sopliodc, 1l'Euripidc, ,le
Tèn:n · •, de \ïrgilt, elc., fiitct ,ur•I -(hamp par
rnt·

,r, Xicola,.

fücola était 1c prénom de !la~ézieu.
Q:

lh:R"l:R t/0 \ftTIEh, LE
(11!

111,

l

5

flfTRI .

;&gt;~

lll"l"TI.

11\TI'&lt;.

Crn11de dis1mte sur l"Immortalitt• de l'.\mc el ur
1~ s~ntimcnl 1l1• Dl -~arlei l1111d,e11l l'âme des Dest .

On remarquera que le mol âme e t écrit
avec un grand A c1uand il 'agit des homme ,
el qu'un petit d t jugé suffi ant pour fâme
de bête . Celte inégalilé indique quelle était
la philo. opbie officielle de la cour de , ccaux.
lme du ~laine re. la bonne cartésienne jusqu'à son dernier soupir.
L'année l 721 est tout entière aus.i bien
employée, et le~ armées qui suivirent n'eurent
rien à lui em·ier. Chaque sai. on ,·o)'ait l:Clore
quelque invention galante. ~lrue du Maine eut
de ber9eri, tenu de l'aduler en langag, lmr.oli14ue, el un ,, chef des Lerger », qui fut
M. de ainlc-Aulo.ire, connu par ~es petits
vers. 1. de 'ainte-Aulaire avait alor· près de
qualrC'-vin"t-di o.n~, et ainle-Deuve remarque malicieusement que cc cela rajeunissait
singulièrement la duchesse de 'être donné
un i vieux berger; elle ne paraissait plu.
qu·une enfant auprè tle lui 11. Le bonhomme
s'acquillllil avec infiniment d'esprit dr• e.
délicates fonction de flatteur en chef. Ce fut
pour lme du laine qu'il impro,i a on célèbre quatrain, dnns un bal où cllr le pre~saiL
dt• .e démasquer :
La •lhinité qui ·a.musc
A me d mander mon ~-rel,
.'i j'ëtai, Apollun ne serait pas mo Mu.se:
Elle serait 11" lis et le jour lioirait.

Elle eut un amoureux en titre, La Motte,
auteur d'/nës de Cauro, a,ec qui elle faisait
)'ingénue. Elle lui écrh·ait des lettre deslioé 's à courir le ':&gt;Ions du Paris, et il lui
répont.lail 4u'il arnil it usé ~ ~ . i!.!flalure ?,

force de la man,,er de baiser·. La folle était
a\'eugle depuis près de ,ingt ans et perclus
de Lou se:- membres. J'c time qu'il n'en ,alail que mirux pour :on roln d":i.moureux: il
~tait moin· comproml'ltant 11ue le lwau Polignac. tout r:,r&lt;linal 11u"élail 1·e dernier.
Elle cul Voltaire caché chez elle, dao nn
moment où il était brouillé a\'cC l'autorité
(17i6). On l'avait enferméd:ins une chambre
éc.1rtée. aux rnlel clo . Il y ,·écut deux moi!;.
Le jour, il écrivait aux chandelles Z(l(lig el
d'autres conte . La no,t, il e ~lbait chez la
duchcs.e pour lui lire ce qu'il avait lniL. Cc
furent de bonne., nuit~.
Elle eut dr comédies à foison, et des tragédie.,, de, opéras, dt•· farce , de ballet. .
Elle eut Voltaire pour fournisseur ordinaire
de pièces, el, comme en ce temp.-là, qui
VO}'ait Yoltairr ,oyait \lme dn Châtelet, elle
,·ut la a\ante traductric1• de 1 'tm ton pour
jeune première. \imc de t.1al a raconté Lrès
plaisamment, dan se. lettres à Mme du lleFfand, In ,-i~ite que ci' couple ine-0mmode autant que fomeux fil à .\lmc du .faine, dan
l'été de 1H7. La duch·.se .e lrouvail alor
au ch:Hcau J'And, qui lui était vcou par bérita11e el où elle fil de fn:.1ucuts ~éjour· sur
la fin de sa "ie.
• (t:i aoùl IH7.) lme du Ch.itclet r.l Voltaire, qui s'étaient annoncés pour aujourd'hui,
et •1u'on avail perdus dl' me, parurent hier
~nr le minuit comme denx speclr, , avec une
odeur de corps rmbaumés i1u'il semblairot
arnir apportée de leur. lomb,~.mx. On c;ortait
de tnhle. C"était pourtant de prclres nfl'amé ·: il leur fallut un .oupcr, et qui plu e l
dl!S lit , qui n'étaient pas prépar 1 • La conrierge, déjà couchée, c;c leva à grande hàLe.
Gap, qui aYail oll'erl ~on lo emcnL pour le
en pre san , ful forci&lt; de le céder dans ccluici, déménagea avec autant de pr'•cipitation el
de déplaisir qu'nne armée urpri e dan on
e.1mp, lais ant une partie de on ba,,agc au
pouvoir Je l'ennemi. ,ollaire s'esl bien trouvé
du "ile : cela n'a point du Loul con olé Gaya.
Pour la dame, son lit ne 'e t pa · trouvé bien
fait : il a fallu b déJo,rer anjoortl'hui .. 'otez
que ce lit, t&gt;lle l'avait fait elle-même, faute
de g•n . »
La leure qu'on vient de lire boulever.;e1·a
les idée de plu d'un lecteur ur les cours
d'autrefois. li esl peu connu qu'on élait expo é
~ fnird on liL soi-même quand on allait chez:
les prince .
Le lendemain J 6, Mme de .. taal ajoutait le
po l-scriptum que rnici :
« Nos revenants ne se montrent point de
jour: il:1 apparurent hier à dix heure du
oir. Je ne pen e pas .qu'on les voie guère
plus tôt aujourd'bui : l'un est à décrire de
banls faits, l'autre à commenter ewlon. Ils
ne "eulenl ni jouer, ni e promener : ce sonl
bien de non-valeurs daos une société où
h:urs doctes écriu: ne .ont d'aucun rapport. 1&gt;
lme de laal calomniaiL lrs « revenants ».
Ils n'ét:iient pa · d &lt;1 non-\·aleurs , car ils
répétaient aYec zèle le Comte de ltouriwufle,
de Voltaire, pour en ré.,aler leur hôtei se. Le
~O, autre lettre à Mme du 0rffand :
0

, Mme du Ch:Helet e l, d'hier, à on troisième logement. Elle ne pouvait plus upporler celui qu'elle a,·ail choi i: il y avait du
liruil, de la îumée sans feu (il me seml,lc
rrue c·c L son emblème). Le hruiL, ce tù. t
p:i, la nuil qu'il l'incommode. à ce qu'l'lle
m'a dit; mai· le jour, au furl de on tral'ail:
cda dérange ses idée . Elle Fait actuellement
la re\'ue de .es princi11es : c'est un exercice
fJU elle réitère chaque année; .an quoi ils
pourrai1:,nl s'échapper, el peut-êlre s'en alli r
~i loin, qu'elle n'en relrou\erait pa. un seul.
Je croi · bien que sa tète est pour eux une
mai on de force, et non pas le lieu de four
n:iissance. C'est le ca de ve.illrr soigneusement à leur garde. EII pr1Hère lù Lon air de
cette occupation ~ tout amusement, et pcr. i. te à ne ~e montrer qu'à la nuit clo. e. foltaire a fait des l'ers galants qui réparent un
peu le maurni· effet de leur conduite inu~ité . J
Le Conile de llo1mo11fle Fut joué le 2i août.
,1me du Châtelet fai. ail Mlle dl! la Cochonnière. Elle n'a\'ait pas le ph)·siquc de l'emploi.
~Ille de laCoehonnière e. t II gro ·e el courte , ;
Mme du Cbàteh·l était une grande femme
èche, avec la roilrine plate et une longue
figure os eu e. Elle eul néaomoio un vir ~uccès. Mme de taal elle-même en convient :
« flic de la Cochonnière a si parfaitement
exécuté l'exlravagance de. on rôle, que j'y ai
pris un grand plai ir 1.
Le re,·cnants partirent le lendemain de la
représentation, el ,1me du DclTand fut im·itée
à les remplacer. Son amie lui écrivit à cc
propo :
11 (50 août.) On \'OU. garde un bon :ippartement : c'ust ce.lui t.lont Mme du Châtelet,
aprè une rC\'Ue exacte de Ioule la mai on,
·'était emparée. Il l' aura un peu moin de
meuble 1~u'elle n'y en a,·ail mis: enr elle
avait déva. té tous ceux par oû elle arail
pa' é, pour garnir œlui-là. On n relroU\•é six
ou sept table· ! il lui en fout de toutes 1~
graudeu r,, J'immeo es pour étaler es p:ipier;;, de olid · · pour soutenir ·on nécc s:iire, de plu légères pour les pompon,, pour
le bijoux; et celle belle ordonnance ne l'a
pas garantie d'un accident pareil à relui qui
arri\'a à Pbilippe II quand, apr\ arnir pas~1:
la nuit à écrire, on répandit une bouteille
d'encre ur se dépêches. La d3rne ne 'e::.t
pa piquée d'imiter la modération de cc
prince : au· i n'arniL-il écrit que snr de~
affaires d'État; el ce qu'on lui a l.iarhouillé,
c'était de l'algèbre, bien plus difficile à remettre au net.
11 • • • Le lendemain du départ, je rcçoi
une lettre de quatre ,,a.,es; Je plus, u II Li Ilet
dao le même paquet, qui m'annonce un
grand d · ·arroi. . [. de \roltaire a éira.ré 'a
pièce, oublié de retirer les rôles, el pël'du le
prologu •. Il m'est enjoint de retrouver le
tout ... el d'enformer la pièce sou.~ cent rle/'x.
J'aurai cru un loquet suFfi anl pour ·!ardt:r
ce trésor. J'ai bien el dùment cxécuttl Ir~
ordre, reçu . »
Ce n'était pas une ioécure 11ue d'avoir
chez ·oi le grand homme el sa brillante comp3gne. IL re\'inrcnt lroi. mois aprè,, à 'ceam
0

"--------------------------------

LJt

celle fois, et un désordre singulier, ine,plicable, sïntrodui~it en même temps au chàleau. On jouait l'opéra. Jlme du Cb:'ttelet, qui
avait &lt;c une ,,oi, di,·ine », chanta de1r&lt; fois
fs.~é, "rand opéra h~roique ,le 1.n ~lolle et
De touche ..\ la première rrpré cotation, il
vint uoll telle foule que la duchesse en fut
excédée. A la crnnde, même cohue in upportable. ~lme du ~faine supprima l'opéra el
déclara qu'on ·l:!n tiendrait à la comédie, 1p1i
attirail moins. Uo donna le t 5 décembre une
pièce nomelle d' \"oltnire, liI Prucle, imitée
de l'anglai 1• Cl li y eut un monde . i affreux,
raconte le duc de Luyne dans ses Jiirnoires,
que . lme la duchne du laine a été déaoùtée
de pareils pectacl~. Elle rnnlut 1oir le billet. qui a,·aient été en\'o,·és. 11
C'est par là qu'il aurait fallu rommencer.
Le m\' lt•re s'éclaircit aus itôl. Yoltaire el
)tme du Châtelet avaient fait leurs invitatio;
de leur c,ité. Tl'Ar"enson prétend qu'il o'a\'aieot pa · eornyé moins de cinq cent~ biJlet ·
du modèle qne voici :
« De nourcaux acteur~ rcpréseoleronl, \'endrcdi H, décembre, sur le théâlre de
:m.i,
une comédie nouvelle en ver~ et en cinq actec;.
11 Entre qui veut, san aucune cérémonie;
il faut y être à six heures préci,es .... Pas é
six heure~. la porte ne. 'ouvre à per.onoe. »
Le public Ï•lail hJ.té d'accourir u ·an·
aucune cèrémonie o cl avait envahi le chàLcau. Mme du ~laine se fàcba, et se hùk
partirent plus lcil qu'il n') avaient complt!.
Il était au-de • u. des for· de Voltaire de
re. ter brouillé aYec une prince ·"e qui empêchait le eos d'ètr mi· à la Ba tille. Ifautre
part, la petite ducbe e regrettait son grand
huwme, l'étoile de on :salon. \'ollaire se
décida à la prendre pour e"érie liUéraire, el
ce fu l le prix de la réconcilia lion. Elle lui
fournit un sujet de tragédie el lui corrinea sn
pit'•n!. 111:i remercia par des lettre où il l'ai~
pelait « ma prolectrice, .•. mon génie •... :lme
de Cornélie, ... âme du grand Condé! » li lui
écrh·ait en DO\'embre l 7MI :

mourut d'un cancer au vi. age ( 1750), fort
Lien soigné p3r rn femme. ainte-Aulaire le
rnhit, à qualrMinat-dix-oeuf ans selon le
uns, centenaire .f'loo les autres. ~[me d'Ei.tn:1•!,, la grande amie de ,rme du laine,
mourut en 1717, Mme d1• taal trois ans
apr··.
Ces déparL~ pour l'autre monde étaient
gênanls. Ils dérangeaient le:; répétitions,
désorgani.aienl tout d'un coup une promenade à âne . \lais c"était l1ien vile Jini : on
}p, exp~diait trè: le lement. o On enlerre iri,
celle après-dinée, écrivait ~[me de Staal,
celle pauue Mme d'E lrée ; el 1mis la toile
sera bai. ée, on n'en parlera plu •. » Elle
ajoutait c1ueh1ues jour~ plu lard : Cl li faut
com·eoir 11ue nous allon un peu au delà de
l'humaine nature. Je ,oi d'ici ma pompe
funèbre : si le regret l plu. grand, les
ornements seront en proportion. 1&gt; Pourquoi
~(me du ~laine aul'aÎt-elle eu du cbaqrin?
Quand les gen étaient morts, ils ne pouvaient
plus l'amwer, il ne lui étaient plu bons à
rien, el elle ne dempodail •1u'à être débarr . ée de leur « pompe funèbre • le plu
vile possible. Elle-même di ·ait ingénument
« qu'elle a\1ait le malheur de ne pou\'OÎr .e
pa ser des per onncs dont elle ne e souciait
point. » Ain i s'explique qu'on la vit « apprendre avec indifférence la mort de ceu,
qui lui faisaient ,·crser de brmes, lor,·qu'ils
se trouvaient un quart d'heure trop tard à·
une partie de jeu ou une promenade 11.
Soiunte-di - 1•pl :in sonni\reol, et )lme du
Maine s'amu ait toujour . \'oltairl! écrivait dl•
Ilcrlin, le t &lt;lécemltre 1752, à l'un de plu.·
bl!au:x esprits &lt;le 'ceaux : &lt;&lt; Mcllez-moi toujours aux pieJs de \!me Ja ducl1e . e du
Maine. C'est une âme prédestinée, elle aimera
la comédie ju qu'au dernier moment; cl,
'lu.and elle sern malade, je \'OUS con cille de
lui adminislrN quelq_ue Lelle pii'•ce, au lieu
&lt;l'extrême-onction. On meurt comme no a
,écu; je meurs, moi qui Y0us parle, el je
grinonne plus de Yers que La .1olle-Houdard. ~
Hie ~lait toujour· violente et fantasque, el
cda lui seyait de moin en ruoin. birn am·.
l',lge; une jeune princes e peut a,·oir une
certaine !!l'àœ à frapper du pied et à demandl'r
la lune; une vieille naine en colt·re est un
vilain ol,jet l e cxlravaganœs n'amn enl
plu per oone. Elle éLail loujour exigeante ll
tyrannique, tenant ses invité dan uo .i dur
c clavaire, que De louche· prit un jour le
parti dt! s'évader de ,'ceaux comme il se serait
é,-adé de la Dastillt. Elle a\'ail loujour de
in omnic· peodanl lesquelle il fallait l'amu•r, lui faire la leclurc ou lui conter dl'S
hisloir '. EIIL· mettait toujour · « une quanti lé prodigieuse de rouge:. » el faisait toujours des séances t.le deux heure devant son
miroir, pendant le quelles elle \'0ulait un
cercle autour d'elll'. Elle était loujour gourmande; ~eulcmenl I ayant lroayé meilleur
pour ,-a santé de man~cr ~eule, il n'y avait
plu que a table de délicate : elle avait rogné
el ~implilié ln l.'lble de imité~. Elle a,·ait
toojour · l'esprit ,ir et curieu ; elle élait-lou-

Cl

UA l'IIOJECTRJCF, •••

(l li faut que \'Olre protégé t.lise à Yutre
Alll'.se que j'ai suhi en tout le con. cils dont
elle m'a honoré. Elle ne aurait croire
rnmbien Cicéron et Cthar y ont gagu •. Ce.
me· ieurs-là auraient pri vo avis, _'il ·
a\·aient ,écu de votre temps. Je lien de lirct
/tome sauvée. Ce que J'ot1·e Aliesse •. ei1ài.·ri111e a embelli a /ait 11n effet prodigieu.r
(novembre i 74!1). »
•
Le compliment e L déjà flatteur. Yollairc
lrou"a mieux encore le lendemain. Rome
a111•ée e ·t de\'enue « votre trarrédie ».
" 1 ·011 avoo · réprlé aujourd'hui la pièce
avec ce changements, el devant qui, madame'!
devant dl!S cordelier , des jésuites, des pères
de l'Ora~oire, des académicien , d, magi ·•
l~1 ·, qui savent leur _Catilinaires par cœur 1
\ ou ne ~auri&lt;U croire quel uccè i•olre trayétfie a eu t.laos celle gra\'e as emblée ....

1. nu Pfoi11 D,-11lu Je. "irl,erley.
'!. Ali\ urlcur,. Tlome ,a111•fi, ë11il la trazi•tlil!
1 que Il.• me du ain~ 11ni1 rolfnl,m 1.

a

.-\ me de Cornélie! nou · amèneron~ le ~énal
romain aux pieds de Votre Alte~. c, lundi. »
oe autre lettre, à d"Ar"l'Olal, expliquait
crûmrnt . on enthou~iasme 'pour Mmr du

\laine : « J'our:ii besoin de sa protection;
elle n·c~l pl à négliger. »
Rome sau1•ée fut donnée à Sceaux le
~ 1 juin 1750. La paix était foite, mais t ..é,ic
n'anil pa oublié le passé ~•t prenait ses préc:iulions, témoin le billet Je Voltaire ;1 L,
marquLe de ~l:i.Iause, écrit à ceaux même,
d'une chamhre à l'autre :
Cl Airn:il.ilc Colette, dites à .on Alle .e
:Jrénissim1111u'elle ~oulfrc nos hommages el
notre empre, emenl de lui plaire. Il n'y aura
pa. en tout cinquanle per ·onnes au delà de
cc qui viL•nt journellement à l'eaux. »
Voltaire jouait dans a pii·ce le rôle de
Cie •ron.11 y rcmporla un triomphe. Le célèbre
acteur Lcl.ain, qui fai'ait L\lntului; nra, dit
dnns se iJJi111oirei que « c'était la ,·érité,
Ciréron lui-même, loonanl à la triLunc aux
harangue .... 1&gt; fme du Maine fut charmée
de on acteur.
Les année coulaient, él ~[me du llaine
s'amusait toujour·. Elle am.il trOU\'é le lemp
de dcwnir dérntc entre deux parties de
quilles, el elle Yeillait à pré~cnt ur l'âme de
se· imitL:s; mai j usqu·aux devoirs de piét~
prenaient à ceau\ de pt!lits airs badins. ·o
jour qu'elle pre ait le \'ieux Sainle-.\ulaire
de renir à confes e, il lui repartit :
Ua 1,ergi•re, j'ai beau d1erd1er,
k n'ai ri,•11 sur ma cou,cicncc.
D grài,&lt;', rai le -moi P,:•d1er :
Apri-s, j~ ferai 1&gt;ëni1cnce.

La pelite duche:; ·e riposta par un quatrain
bien connu, mais tellem 'Ill gaillard que nou
ne le aurion répéter.
De temps à autre, la mort rnnail indi crèlemenl ·e rappeler au somenir de la «nymphe
de .'ceaux I en lui enleYanl l'un de se· fo.rnilier'. . Ialétieu disparut l'un des premier,.
Pui c, fut I tour du duc da Maine. c111i

DUCH'ESS'E DU

:;. \/f,nflÎrt

ile Lu.

11.,c_

JKJHN'E

--,

�, ____::.._
1f1ST0~1.Jt - - - - - - - " - - - - - - - - - - - - - - - - - - - jour éloquente, originale, ,frante pour le
plai~ir, enchantée d'clle-m1'mc d pcr·uadt\e
qul· ·i elle n'était pas uoc dée. c, il ne s'en
fallait 11 uère.
Cl'tle déesse avait un catarrhe comme une
. impie mortelle, et il eo résulta uo petit accident, le 2a janvi •r i 7t,;-,. 'ou lai .. ons la
parole au duc de Luynes : « Elle e plaignait
roolinuellement, tantôt. de rhume, tantôt de
mal aux reui, el avail ct•pendanl le fond
d'une tri• honne santé, quoique la conformation de son corp ne scmbl.'tt pas l'annoncer. O•puis un an ou deux, elle avait été en
effet aswz incommodé,•, el à la fin elle • l
morte d'un rhume ,,u• Uc n'a pu cracher. 11
Mourir d'un Q rhume qu'on n'a pu cracher • ,
cc n'e l gui·re poétique pour une nymphe;
mais on mt'Url comme on peut. ~lme d11
\laine lai. .ait cieux fil , le prince de llombes
el le romle d'Eu, 11ui ont !ail peu de bruit
dan le monde.
Ain i finit cette étran 11e petite cré.iturc. A
lran•r s ,. étourderie.. .
innularilr, ' SC
inégalit6 d'humeur el d,i mani1'·re , une

chose. du moin , demeura en die toujours pa ·· semLlahh:- à nou-, el C-Ontrihucnt ain:i
fixe èL inéLranlaLlt· : la foi en la divinité de à nous 11• faire oublier. Comment aurioo ·son ran . C'tsl là ce 11ui e pliqul' a superl,e nou. la foi, s'il ne l'ont plu ?
indifférence pour autrui et ce 11oe, chrz une
Le respect pour le demeure. ropl1• 't1n
moin 11 rande dame, nou, nppcllerions son est allé a vc&lt;· le respect pour le · pe; ·onnes
é"oi me. Et c'e t là au· i rL qui la r nd pour royale . Le domaine de .'ceau,, conû qué
nou. ,i ruricus • cl si iolérc,,anlc, au même par la Coo,·ention, fut vendu en l 7!l à un
litre riue, dan · un muséum, le. qul'lelte
lrnmme Je peu, qui d~molil le chiileau el Il'.,
d'une race d'animaux di. p3rue. On a dit, 1·l ca rade • a.b:illit b arLr · cl tran forma le
prél'isémcnl à propos d'elle, « que les princès parc en lem•, de labour. Il ac• lai- :i ~urrc .
i:taient en morale cc que !1:~ mon ·Lrcs onl Jd,out &lt;file 11• pavillon de l'-t\urore, êt un
dan· le pby irt ue : on mi L en eux à di:cou rrrl lambl':iu du parc, qu'on lui radie.la et qui
la plupart des viet.• qui .unl imperet•ptihle:- et.i le encore, arec e- charm1lle taillée·, •
dan. b autre. hommes • · Ilien dt! plu nai SC houlinarin ' ses déLri· dt colonne . . c·e:-.t
au ll'mp où elle 1irnil. 'ou ne oou ' dou- là qu'était aulrcfoi, la MénagNie. On y a
tons 1raimenl plu · dl! ce que c't:tail, il l a in ·Lallé un b.,I public rl le gri. elle· parideux sit•cle •• qu'un priure ou uoc princes c,
iennt1s ,·iennent rlan ·er le Jim:inchr. d:in.
CC' être 11 part,marqués au front d'un Cèau
le allée~ où Mm1• du Main1) jouail :11ec ses
divin, affranchi. par droit de nai ·,ance de ouistilis en cherchant une de,inetlc.
tout tlgard en\'l!rs le commun de~ l1ommc · cl
Le ha ·arJ a été spirituel. Ce joli 1wtit roin
relevant d'un,• morale . péciale, faite par eux dt la Ména"eric n'a pa. cbaugé de de tination.
et pour cu1. Le prince el 1»-inccs e d'au- JI est re _lé comacré aux faribole et aux
JOurd'hui ne _s·en doutent plu eux-mêmes. cabrioles, rommt' au tt'mps de la petite duIls oul,lienl à r.ba11ue in.tant &lt;J11'i6 ne soul rhes,,,.

.,.

.\RVU&gt;E HARI C.

___________________

rendu dans la Del'.!Ïquc ... 1111e &lt;le là il pa~sa
en Allema~n • et habita pentlant 'lnelque
temp· la ville de Colo~ue, où, pour sui, i ter,
il ouvrit une école pour Jes enfant'. Dégoùté
de a nouiclle profe. . ion, il &lt;Juilla Cologne,
annonç.ant le des ein de se rendre à Lundrl' ,
et de là aux lie , où il "crait 110.~il,le 11u ïl
véci'tl (Vlcore. »

de !i:I volière el nou mettait entre le · main;.,
le~ un aprè " les autres, el&gt; moineaux cl .es
pigeons. Un j~~r il no~; ~on~a ~n- L1·au
pigeon .... Oublie dans le prdm, 11 pcr1t pendant un• nuit d'orage. A la nouvelle de celle
mort, le· larm de füximilien roul'•rent, el
il nou accabla de reproches 11uc nou · n'a,ioru
que trop mérités. »

Troi: aonL:C _'étaient écoulée~. llesdernoi•
l&gt;eru: des enfants ain. i abandonnél's, Charfolle et llenrieue, furent recueillie par lcur- selle de Robe pie1Te ne pournieot sufftre à
tanlcs paternelle.. Françoi Carra ut d'lnna la tâcbr. que le dé"ouemeoL leur a\'ait fait
a ile à es petits-fil·.
accepter. Dan l'iotérèL de leur nih:e_, elles
MaximilienJ dè5 qu'il ut lire cl écrire,
ollicitèrent l'appui de personne. charitable .
uivit comme externe les cour du colll&gt;!!e Leur grande réputation de piété assura l'effid'Arras. ous la direction des prêtre· . écu- cacité de leurs demande . JI exbtait à Tournai
lier~ qui dirigeaient cette mai.on, il apprit un établis emenl charilable, erré par tarianne
!!taluilemenl
les éléments de la lan,.uc latine. cl Jo.epb fünarre, ~n fa~eur de filles p~u_ues
i,
c· était un enfant érieux el applhaé à l'étude. de l'à11e de neuf à d11-hu1l an., et adm101. Iré
La pcrsé,érance de ·on travail lni as~ura de c-0nœrl awc le ma~i lrat par le recteur du
hicnttit le premier rang parmi les écolier" de collènc de.'- jésuite . Le jeunes filles admis
rnn ,ige. MaL il avait d\; lor.,, au lrmoi .. nage au1 1l/n,u11·1·e.~ devaient apprendre à lire cl
d'un de ~e. condLciples, Lenglet, futur
agent national de la
commune d '.\rra ,
« un raractère détestable cl une en\1e
d lmesurée de domio r ". Charlotte de
Hobespierre retoonait
« qu'il partageait rarement lesjcux el le·
plaisir d .c camarade ; il aimait à êlre
.C'ul pour méditer à
onai e el pas ail de·
heure· entières rélléchir o.
Les amu emcnt ·
au\11ueJ c forait le
jeune Maximilien ne
A Parb comme à
ré, éJaien l d 'ai lieur ·
,\rra , llobe~ierre se
aucun in tioct cruel.
dLtiogu:i par son a.c 11 a,ait ::ippri. de
siduité au travail.
.·a mère à confectiooQuoiqÛ'il eùt à lutter
ner de la dentdle el
contre des concurilcofaisaillrèsbicn. D
rents plu. redoutable·
- 1 On lui a\'ait donque ceux 11u·n avait
nt':, &lt;lit Charlotte de
lai sé dans sa ,prollobe pi rre, des pi,·inc , en deux an il
geon. et des moiallei!!Dit le premier
neau dont il a,ail
rangparmi escondi le plus grand oin, cl
ciple . Au nombre de
auprès d quels il ·eœnx-ci étaient : Canail . oment passer le ·
mi Ile D~· mouliri ,
moment· qui n'étaient
boursier du chapitre
p:t, cons cr· à l'élude Laon, décapité le
de. 'l'ou les diman5 avril t 7U i; Duport
ches, on nou enrnlail
du Tertre, le futur
chercher, ma !;œnr et
ministre de la ju. lice
moi, pour nou ·· réunir
~l.\)SO:&gt;; DE ROBESPŒRRE i RUE DES R.1.l•l'ORTEOR • .\ ,\RR.A~. - Croiu•~ .k l i . Lu unu:.
en li90, décapité le
àno dcu frl-re .C'[...
2U novembre l ï!la ;
laient des jour' de joie
l'abbé Tondu, Lourel de bonheur ponr oou ·. Mon frère Jaximilicn, à éaire jusqu'à cc qu'elle Ju~' .. col c.:apaLle
ier dn chapilrede O)Oll, qui, ,ou lt'. oomde
qui faisait une collection d'imane el de gra- de ervir el de gagner de quoi ti1Tc. Char- Lebrun, de\'Înl ministre de la guerre apr'· le
1·ur~, nou étalait ses richc~.e cl était heu- loue el Uenrielle de llobe pierre furent JO août d fut d&amp;-.apité le '27 déœmhr · 170:i;
reux du plaisir 1111e nou. éprou,·iofü à 1'- admises comme Lour ièrcs dan. cet étauli - , ullcau, le futur rédacteur d1· · .lcle · ile,;
contcmpler. Il nous (ai ail au ~i le- honneurs
emeul.
Jpotres, ma •..acré le 10 aoùt.
0

1

,
•
Les /Jrem1eres
annees

de Robespierre
François de Rohe. pierre - eelui qui de- firent réprl&gt; enter pour la C-On~litution de dot
de Bobe pierre de. deloir au- i sacrés qu'au·vait être le père du célèbre comentioonel 1 par maitre Corroyer, procureur au con cil
1ère. ; mai il n'était pa- à la' hauteur de a
fut pou é ver l'étal reli"ieux par _ père d'Artois : le 111aria1tt apporlail à la commulàcbe. ,· il bizarrerie naturelle, . oit é arc1
e:l mère. Peut-être quelt1uc. , carl de jeu- naulé une somml! de 2.000 li1•rc.Q, le parents
llil'nl de a rai.son accaLlée p:ir le malh.eur.
ne ·e leur inspiraient-il des craintes 11ue de la future promettaient :i.000 line ,
on le ,·it bientôt, au lieu Je chercher dans le
ravenir devait ju tifier.
payabl en plu ieur · annuités.
tm·ail l ressources iodi,pen. able· à l'éducaA l'àge de dix- ·epl an·, iJ commença on
Quatre moi aprè une union contractée
tion de quatre. enfants t&gt;n bas :lge, renoncer
noviciat chez le Prémontré de Dammartinou d'au j triste· au picc naquit celui qui,
à l'exercice de . a profe. sion, végéter d:in ·
en-Ponthieu. Mai , au moment de prendre trente-cinq ans plu Lard, demil ètre un des
l'inaction
pendant plusieur année., abanJ"habit, il d ·•clara qu'il 01• se entait pa de flt1aux de la France. llaximilicn-~farie-lsidonner enfin famiUe el patrie. A quelle épovoca.Lion pour la ,·ie mona tique el e fixa ÎI dore de fiob~pierre ,·illejour le Gmai f75 ,
que 'éloi!!lla+il d'Arras et vers 11uel p:iy
.\rras. Apr~ · avoir !ail .·on droit à l"univer- et fut bapti é quelque' heure plu t.ard. Le
dirirrca-L-il ses pas? Il rè1roe à ce sujet une
ité de Douai, il fut reçu avocat au con eil purain était maître laximilicn de Rollesincertitude d'autant plu grande i111e ,a fad'Arloi , le ~O décembre 1756.
• pierre, « p~re-grand ll du côté pJternel, avo- mille elle-même n'en sul rien.
•
On le ,·it hientôt débutant dans la ,,ie par c.tl au con il d'ArtoL, el la « marraine D,
c On lui con, eilla, dit dao e .llt!moÏ/'es
un actl! d·incooduite .... Ce fut, en elTel, pour dmnoi eUe farù.--lfar •uerile Cornu, femme
Charlotte de Rob• pierre, de vosa 6er pendant
réparer les uiles d'une séduction devenue de Jacques-.Françoi Carrant, a mèrc-"rand ,,
11uelquo temps pour c di traire; il uhit c
manif ·te, qu'il épousa, le 2 jamier t î5 , du côté maternel.
con eil et partit. lai·, héla l nou ne le
après une ~cule publication de han faite la
Françoi de Robel pierre eut trois autres
re~im · plus .... Je ne sai daw qurl p:11s il
,·cille, Jacqueline- largucrite Carrant, fille enfant. : llarguerite- farie-Charlottc,
fé- mourut. ... t
d'uo Lra seur do? la rue Je Ronville. Aucun nier J 700; Uenrielte-Eulalie-Françoise, ~ déUn bi.Lorien ,,ui llcrivait en 17tl5, tout en
parent du mari n'a i ta, ni à la rédaction ccmbre i 7G 1; Augu tin-Bon-Jo eph, 21 jan.I! trompanl sur la cau~e du déparl de Fran- •
du contrat de mariarre, ni à la cérémonie reh- ,ier J 76:5.
çoi di; llohe. pierre, . e prétendait mieu1 ren!!Îeusc. faitre de Robcspitme el ~a femme e
La naissance d'un cinquième enfant qui ne
eimé . ur la mite de se aventure : a A la
1. Le ëlémcnt tlè cette étu,lc unt étc cmpruut~
,écut que quelques heure1, coùta la , ie à mauite d un procè.s perdu, il quitta brusque-i J'uun ge i compl •t 11u'un 111cien avocat d'Arm
dame de Robe, pierre. Elle expira le 1ü juilment le pay . Oo a,·ait ignoré jusque-là la
J .-.\. l'an,, •1ui rut mioi Ire rl ' lrn1ux pul,li ,bo,
1 1-1· l à . • • .1 •
f
1,· rabin..t llruglie-fuurtou 1n3i tl!7i), 1 ,·onnrrè à
et I J·•, ~me agce ue llll,ll-neu ans.
route qu'il avait suivie. .Nous venon de
la j un~ e ,1 l htun ilici1 R,&gt; • pierre.
Cette fin pr~maturée impo-.ail à Françoi,
di'counir 11u'au . ortir dt' ·a pairie, il -·~tait
0

:

ln au aprè. 11ue
sœur · a,aient été
admi,es gratuitement dan cette mai.:on
d'idui.:..1tioo, ~laximilien r \Cernit d'un abbé
de . ainl-Yaa t la faveur d'une éducation libérale. ~e tante profitèrent de leurs relations
avt1&lt;' un chanoine de la cathédrale pour le
recommnoder. Leur démarcb furtt0t couronnée de ~uccè:. A l'ouverture de l'année
scolaire J7tî!l-1770, ~Jaximilieo fut admi. ,
comme Loursierde ainl-Yaa 1, dan la classe
de cinquième au collène Louis-le-Grand de
Paris. li était à é de onze ans.
Ce ne fui pas .an· nppréhcosion que mesdemoiselles de l\obespierru se . éparèrent de
leur enfant d'adoption. Elle le reêorumandèrcot à un rliaooine du chapitre de 'otrcDame de Pari , M. de la Hoche, qui était leur
parent. )la1imilien devait trou,·er en lui un
protecteur el un mentor, el malbcun?usemenl
le perdre au boul de deux ans.
Une autre femme pous.ail plu: loin e~
pr cntimcnts maternel· : a J'o e espérer,
monsieur, écrivait au
préfet de élude., de
Loui - le-Grand une
dame d'Arra , madame . lercier, 11u 'à
toute le Lontés 11ue
,·ou ·avez déjà eu.?
pour mon ftl ·, You
voudrez bien 3JOUlcr
encore celle de ·urrcillcr un peu ,e société ·, el surtout de
lui interdire Loule
frtii1uentalion avec Je
jeune Rob~pierrc,
qui, entre nous, ne
promet pa: un bon
sujet. 11

• 1::5 "

�111STO'l(1A
Le nom de aximilitm ful cité dans le
alor.: retiré à ._aint-Denis, montre aYcc quelle
concour· de l'lJniversité, au· année,· 17î'2, ~édicresse orgueilleuse le boursier de ~ aint- réfazié à Ermenonville, était d'ailleurs fort à
H et ï5. Il était alor· élève de quatrième, \ aa l, le protégé de l'é,·êque d'Arras, sa,·ait la m'odc parmi les jeune,; gen~. Lazare Carnot,
pl'ndanl qu'il était élè\·e d'une école préparade seconde et de rhétorique. fiob 'pierre
ollici Ler un liienfait.
toire
pour le génie militaire, a,·ait ré olu de
doubla celte dernière clas. e. Il y avait pour
lui
porter,
en compagnie J 'un c.1marade, le
• Pari,, rc 11 ai-ril 17il&lt; .
profe. seur un homme tlrudit, admira leur pa tribut
de
sa
juvénile admiration. Le philoionné des anciens. Le lfomai,i (tel était le
11 "onsieur,
sophe reçut fort peu gracieusement -~ jeunes
.-urnom qu'Hérirnux avait reçu de es élèn: )
« J'apprends que l'1hè11u • d'Arras e ·t à
croyait reoonoaître en fiohespierr • un carac- « Pari., el je voudrais bien le voir .. lai je disciples, et ne répondit /deur naï,·e affection
tère fait à l'anti11ue, d se plaisait i1 vanter 11 n'ai pointd'habitetjem:mquc de plusieurs que par des rebuOade~.
Cependant, la Lour~ de , aint-Vaa t person amour de l'indépendance. Le di ciple, « cho~es ans 1 ·quelles je ne pui sortir.
s.wourant les complimPnlli du maitre, po ·ait t! J' ' pèr · tfUe ,ou. voudrl'z bien ,·ou. donner mettait à floI,e pil'rrn de uine les cour de
théologie, de droit ou de médecine. Il opta
à -.on tour en citnyen de f\omP
11 la peine de venir lui e,poser ,·ou ·-même
Pendant ~fil ïl ·uivait le cours de rhétori- Cl ma ·iLu:ition, aûo d'obtenir de lui ce dont pour le étude qui de,·aient le préparer à la
profes ·ion qu·(n·aicnt ·uivie .c pi:re · el ,·ers
que, Hob ,pitrre, à u recommandation d'll t. a j'ai be oin pour paraitre en ·a pré, r.nce.
laquelle
le portaient e "oi'il. nalurd ..... Il
riraux, ol,tiut une favt•ur insinue. Loui- X\'J
• ll~ suis avec re pcct, mon ieur, voire li.ait les mémoire.&lt; curieu1, ui\"ait le cause
venait d'être acré à l\eim-. ccompagné Je 11 trè humble et trè obéi~sant errilcur,
célèbres et courait au Jlalai entendre le
Marie-Autoinelle et d, princ du ang, il
« DE l\onF,1•mn1u: ainé. »
plaidoyer .d'apparat. Quoi &lt;[U'il en soit de
foi ·ait son entrée dans la capitale. L'unh,.r· préférence. pour l'art oratoire, il c.t cer, ité de P,tri , " fille ainée de 110' roi_ • ,
Il e.L nai 4u'au moment où Maiimilien tain que flobe pierre ne ~acriûail point aux
s'était rendue en corp au collège Louis--le- s'attirait ainsi l'animadver ion de l"aùbé
Grand pour complim •uter le jeune monar,1oe Pro rt, l'esprit du collège toui. -le-Grand audience du Palai' le temp · néœ saire à la
préparation d • examms. En moiu · de troi
!Ln· 1• trajet de l'é li e métropolitaine à Ci!lle
e tran form.tit. Oo tolérait notamment que an. il conquit tou ~ e~ "rade . H oLtint l'n
dl' ainte-Genevièvl'. Entre le milliers d'élè1·es d' \lemLert entretînt des relations avec pluqui prupl:tient le - collège· de Pari , on ne si 'llr' des élè,e . I.e nouveau principal, Denis efieL, Je 31 juillet 17 0, es lettre~ de haccapouvait en admettre 111i'lm .cul à l'honneur, IMrardier, - qui plu tard devait donner à launi.at en droit; le i 5 mai I i 1, . on diambitionné J Lou , de haranguer les nou- Camille O moulin. ln bénédiction nuptiale, pMme de liœnre, et, le '2 août ~uh-ant, il
veaux ouvcraius. L'être pri,ilé,.ié snr !(UÏ - îavorÎ!iait l'établi · emcnt d'un r1Hme de fut reçu a,O&lt;'al au pari ment de Pari..
Le~ dernier succh de H~ierre lui
tomba le choix de l'univer. iré fut ~faximilirn tolérance en rapport :n•ec l'e. prit "l!néral dn
as,ur1•rent
un témoignage partic.-ulier de hiende l\obt~picrr . Lor que Je , principaux digni- siccle.
, cillancc. Cha11ue année, l'excédent d 11'taires du corp~ enseignant eurent fini leur
.\ partir de ce moment, Hobe pierre, dédiscour:;, il présenta au roi et à lo rrine, au barras é do toute contrainte, Cl'S :1 de remplir ,cnu~ du collr e était employé en récon.nom de &lt;' · condi ciple·, une pièc • dt? n·r · ses d ,,·oir religie1n. ttr,·c de philo ophie. il ptn e que ll' admin1 lrateur · accordaient
latin composée pour la circou,lancc. - « Et ne prêtait ,,u·une attention médiocre aux aux hour~ier 11ui , 'élnient di tingués Jan. le
j'élai pr 1~cnt à cc spt•daclc, dit l'abbé 1,-çon,- de l'.ihl,é lloyou, rnn profc seur; il ~c cours de l&lt;'ur · étude~. Lti 1!l juillPt, ur le
l1ro1arl, dllpo iLairc de aumôrws que faisaient )las ·ion nait pour le écrits de Bous.seau. rapport ,le l'abM Bérardier , llol,espierre
annuel! ment à llohe)pierre l'é,ëque el qul'l- « llomm • divin, écrira-t-il Lil·ntot, tu m'ns ohtint une "ratilkation dl! 600 linc · a ur
ques ch:tnoines d'Arra:. Je l'nais fait h biller appri à me connaitre; l,ien jeune tu m ·a.s le compte rendu, par 1. le principal, des lapour qu'il pût se présenter décemment. li fait apprécier l:1 di"nilé de ma nature cl réflé- lenl éminent dont il a fait pr1mw, de sn
me emblc'en ore roir le jeune monarque et chir aux grand~ principes de l'ordre ~ociaL .. bonne conduite pendant douze an et de if?
uccè dao le cour de . e~ cla ·' , lant :llll
on épouse abai r d • regard de Lonté ur Je (ni 1'11 ,Inn · tr., der11ier. }011 ,-.~, et c~
di.
triliutions de prix de l'unil'er,ilé 11u'au1
le .erpeut qui rampait en ce moment à leurs
ou"enir est pour moi la ourcc d'une joie e :unens de philosophie et de droit ».
pied. (:ûc), chantant leurs vertus et prt: a- orgueiUeu e. J'ai contemplé tes traib auCette rt!compen, c ne de,·ait pas ,culenu·nt
gcanl le r\gne de Ir.or bonheur. »
gusl~; j'y ai ,·u l'empreinte des noir· chacrvir à a,. ur •r le frai. de premier élalili ·Bohc.~picrre, au yeux d _ prok~eur
grin. auxqueL t'avaient condamné les inju~ement du jeune a,·ocat; le éloger qui accliar,.és de l'en~eignement, ne méritait yue til' . des homme . » Cet extrait d'une Mdicace
compagnafont
la gratification nutori~èrcn t
de éloge . ~lai· il ne répondait guère au. adre:..ée • aux mànc du philosophe de Gefa imilien à .. e présenter au prinr.e cardinal
oin · d - ma1tr' prépo,é: ·pécialement à uèrn » nou: monlr • CfUe, bien jeune, Hobe~l'éducation : œn eur ,évèrc de la conduite de picrre était de\'cnu lc di: iplc du . ophi. te de Rohan, abbé commendataire de aintes camarades, infatué de . a propre excel- dont il ruettra plu· tard m pratique le · Vaa.t, pour le prier d'accorder à son frère
lence, ennemi de toute contrainte, rempli Lhéorie · sociales. P'Ut-t'tre même faut-il con- .\ugustin - - qui avail alors dix-huit an d'arndo11 pour le· cxerci~ r•licicu:c , t n'l clure, avec Ch:irlolledl' Robespierre, C'fUe~axi- la bour e dont il :tl'aitjoai. Le prélat le r 'ÇUl
participant que machinalement ••. il se mon- milicn Fut admi à l'honneur de contempler 3\'CC la plus grande bonté et accueillit fa,·orablement a requête.
trait incapal,le de reconnai ~anco cnver · se
Jean-Jacque.. Cette entrevue e placerait au
Tout souriait au jeune lauréat, lor~qUt',
bienfaiteur .
plu tarJ en I i7 , pui ·que Rous eau mon ru l pounu de on diplùme et riche d'e:péraoce~.
ne lettre qu'il écrivit à l'abbé Pro1art, le ;; juillet de celte annt:e. Jean-Jacques, :1Iors
il reprit le t·bemia du pay natal.
0

J.-.\.

P.\RIS.

LES IN DISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE
et,&gt;

L'aspic de Cléopâtre
•

li 1· n de· ligures historique,. 11ui ont le
ril'ill-nc
d'ent,·er de plain-pied dans la Jt:P
gende.o Il emLle qu •die exercent ~ne sor t_c
de fa cinalion el qu'on ne 1 · pw e ,01r
ctu'au travers d'un mira c. Au gré du tempérament de chacun, 1:adulation se change
en inH'cthc, le panégyrique en pam_Phlet, l'i
la ,érilé ...orl de cc éprem' · iarrubèrement
déformée.
Il e t de a cendaut · prrsti.,icu auxqucl
on ne peat que malaisément se .:ou traire;
c·~ l une inlluence de cette nature que produisent, ur ceux qui les :ipprochent ou !l'
étudient, celle · qui ont pa ...sé pour de· rrea111,-e.~ (&lt;1/a[l'.11.

E\l-il une femmc qui ail exrm\ celle ,.orle
J'aurac:tion I au même degré 11ué Cléopàlr•?
1. Celle sf1h11:lio11. ,·Il,• l'a eu •rcèe même apri.-s ,a
mort. Le baron de l'1 oke,,cb-O,l1!!1 fui ~n ~mo~rc_u!
pn thumP de Clèopàli-e. comme Victor t,ou,in I a etc
d · bellrs dame.. ,le la fromle ; Yal,·1. ,1 la ~u llnrJ
rl ,le Charlolle Conlay ; li . tle 1biar, du lane-A11lo1nellc. •·le.. le.
•
'.! . Cc ·crail une l'rreur de croin: ,1uc Gléopatrc

Par le Docteur CAB

ES

,bsel\Îr Je,. maitre - du monde n'c I pas li!
rait d'une courtisane rnl,.air• 2 ; il · fallait en
plu. l'attrail de on commen·c. au4uel il htit
i mpo .... ible de ré i ter ; le · a "'rémenh d~ a
ligure, joints aux charm ··de a ~onver. :il1ou;
toute 1 "rlÎces, en un mot, qui peU\ent relever un heureux naturel et lai ,er dao l':lme
« un airmillon qui pénétrait jusqu'au vif-.»
Cléopâtre était plus que belle, ell1: était
pire'·
•
.
,
ne telle pui ·.anœ dt c&lt;lnelton u[ht-elle
à expliquer SC' victoire· g:1lantcs? N'e _L-il pa ·
à pr'sumer qu'il e rendaient pl?- fa~ilemenL
à merC'i, le hommrs dont le hberl111age cl
J';1bsenre de \'Olonlé nous ·ont attesté p~r
Lou le hi~lorien 1 Chez la plupart de~ denndieux., la nature reprend, du re, te, . es droit~,
d~ 11ue s'en offre l'ocr.a.ion, et d'autant plus
impérieusement qu'elle a été plus longtemps

eumprimi'.•c : c'c l c«· 11ui se pa~sa pour Antoine.
Apri,, a\oir \'écu Je privation , A~~in~
'éto.it rn au ..ommel de la fortum'. Emue
de • ·ul'cè , enorgueilli p:i r ~C!, \'Îcloircs, il
élnit une proie facil •, un faihle jouer cotre
les nnin~ de la cbarmcu~e, qui d :pto ·a pour
le con,[uérir ton· es t.alr.nh rie fa.cination.
)lai· pourquoi insi Ler ur dl' fait trop connu. , ::;inon pour établir une prélare au drame
11ui ,a . e dérouler, cl dont Cléo11àtre el .\ntoine seront b protagoni te·.

rut au,, i c~l~l,~c 1~1r

\I \leumlrc lia, de Z0&lt;.11En. mcmlire corrt •pon,laul
de l'ln, tilut F.gyptien , parue 1111 Caire, ,•n t ' :-i, u,
le Lilre ,le : l ,: lnmbr,m tle t:/rn1 11 1/r,• )
:;, l'trTARQUF. , 1ï c ,f ,111/ninr . 1,111.
~- \uir un curit•u, artide ,le ÙL•LB oi. Uu1u, ,ur
Ch-•'{lilr~, dan la fltt11r du Dtu,-.;1f11111/u (Cf.
Table gèoêr,le •Il! cette Hevuc).

~ laul~ril' qu,! par , e~ t1,ime-.
t::n fait ,l'an,anl • ou lut atlrihuc. 11 e,, t Hat , Cu_, 111,
Pompée. Julc Ct'. ar, le roi Hérode d llarc-,\nlo1m•;
n~i · il u·e~I ,.. prouvë •tu tuu rCi !&gt;&lt;?l'li-On~ g,•s
ai(•ul obtenu ri!cll&lt;•mcnl ·~ fncnrs . ,cr. a cet c •rd
l'iulérc ni omra,:c ,I,• Il, Uenr!: n.,r, ,u:. ,l1p11 1e.
Clt'1&gt;p,ilrr. TMndurn. d au, .1 ln 1,rod,ure Je

Il

Un drame! jamni mol rut-il plu en ilttation? l'omaient-il · ortir de la vie comme
de.~ compar· cs banals, ce artiste consom-

mé.,?

�IDST0'/{1.11
Tou~ d1•ut étaient résolu, .111 .uiritfo. •
Antoine . :t\'ait que .on poign:1rd ne lui
,er:iit pa infidèle et qui·. lt• moment venu,
il anrait mourir en ,;n/,/af, 'il L.1rdait à
lroun•r ·ur 1· champ de l,ataill1· la morl
qu'il .1111h~itait.
Qu~nt 11 Cléopàlre 1 , toute sa vie épri ·e
d'esthéti11ue, 'fllel raffrnemeot son imagination fertile allait-elle lui uggércr?
La bideur el la ,oulfranci.• lui fai. ant égalt•ment horreur, elle ne choi,ira pa le poi. on, qui rend le. trait· convul és ou tord
dans d'horrible pa roe ·.
La femme coquette n' pouvait 'haLituer
à cette idée, p:i plu que l':irliste en quête
de ~en ·ation neU1·e , rê\'ant la uprêmc jouisanrt•, avant de -·t&gt;nJormir de f"t:teroel ·ommeil.
Un moment, elle uait cru remarquer une
certaine froideur chez Antoine. Celui-ri, déliant, .oupçonneu1, di imulait mal la crainte
que a maitre ·e ne l'empoisonnât. Lorsqu'il
maw•eait arec elle, il lui faisait l'injure de
~oumettre .à I' • ai le mets c1u'on lui cnait.
Cléop:ilre c jouait de e· frayeur et de
se' prét·au1io11. Fn jour. dan" nn r(•pa', elfo
cri 0nit son Iront J'unc couronnP, dont le
lieur- étaient empeisonn
\'cr - la fio ùu .ouper, cllè im·ila Antoine à
boire les couronne 1; il y con,-cntil cl prit
ccll • ,le Cl1&lt;op:11rc, dont il ernt!uilla le fleur·
dan · a propr • coupe; d,:jà il la portait à sa
bouche, lors11ue la reine, lui . ai i.. ant fo
lm1. : « onnai,,cz, lui dit-elle, la femruc
contre qui vou~ nourrissez d'inju te sou1r
çon ; ,i je po1naL vine san · vou~, eigneur,
manq1wrai -je d'occ.,.·ion cl de molcns? •
En même temp , ell • fai ait venir un esclave
el lui ordonnait de boire la coupe &lt;l'Antoioc;
le malheureux avalait la li,111cur fatale et
e1pirail ur-le-champ l.
Ce trait est au moin. une prcm·c que la
uine d'É"Jpt' savait manier Jr~ poi on et
lt·• venin ', et qu'elle se préparait déjà à rt'courir h C(• mode de uicide.
·avait-elle pa , d'aillcur , in titué dl·
c pùienc •s pour ch •rcbcr à dé,·ouvrir le • cret de mourir sans douleur? Il faut croirl'
que le: criminel· ~laient hien nomhreu à
celle épo1uc ,-ur les Lords du , ïl, car chaque
jour a1aien1 li u d ' • ~ai nou\'caux, diri"''
1. Cl ··opitre 1uil M-né d~ !\' donnt?r 11 mort nec
110 poi/tflard. llai Procufriu t,• lui av1i1 arraché de
maint, cl lui 1Y1il en m,~mc temjJS cnlné lou le,
in. lrumcnls ucc Jcs,1uel: elle ctlt pu tl11•oter i c
jour:-. (, l,rale&lt;tn_ nrl anfizu_ilnlu "!"'lic1q, quib11
n11nlo111r ,Egy11l1or11111 tl /111pnrrnll., nrr 1w11 nu,,-.
li, ge111t• '{"'' Clrop,,lra rrgwa ptriit, c.r11lirrtnfm·,
r-1r li11f~111; traduit 1:l 1n,h·.è par Gon,~, Jlt'moirr
litU,·airr el eriliqur~ Jmur rrrir à t/ii.,luu-t de
ln Mui11r. l7i0, p. 106 t sui,.).
2. n u .. romam 1 dont il e,I a et diffirilc d'1•rJ1li•1orr l'origine, cons1•bit i rlT~uillcr l':5 couronnl'
,lall! le coupes cL à a&lt;al,•r en 111le le ,·1n cootcu1nt
les pdalc,. C'est l'C 110'00 appelait boire le r11urt11111tit.

:i. Du Jure ,Ir. Clilop,lirc, par 11116\0T,

4. , Cléop:ltre i•t.ai1 une rcmm

. 1·1olc. • i·,·rit

~I. \'11cc••GR.1.,1&gt;-llu\l· (E:l111fr ,ur ln 11111ri de Clt'o1111/rc). Elle ·oc,upa Je bclles--lcllrc cl mi'me de

méJccinc, el nous t1Lcrons, à et.le ,le M?S Epilloftn
1,rolÎt'll.', uu 1r1t1il sur I rèmètle, à employer pour
consen·er la 1,cauli- du risagc, De 111rtlicami11r fa,·,'ti. rl u~ lr■ilé d, rualAJie, des femme,,, De nwrf,i 111ufirr11111.

5. Un per.onoig,•, céPbr ,Lm l'histoire de 11 Jy-

:iréc la plu scrupuleu e mcthr)(fe par le prvpre médcrin d Cl 1opfüre, qui ~e ,antera plus
tard d'arnir procuré à la reine le moyeu
tl'é happer au ,1111pfice.
Cléopâtre put con latcr que k poisondont l'elfct était le plu .. prompt c:iu~:iienl de
cruell1· douleur, et une horrible déllrruration; landi que k plu· doux, ccu, 'lui n •
tuaient qu'à longue ,:chéancc, pr11duisai1•nt
moin, d'altlÎJ'ation.
Elle passa ensuite à l'étude de venins et
en fit inoculer sous e. yeu de plu ieur. espèce à di"er~ ujet. « Elle acquit la ccrritade 11ae Ja mor.ure tle l'a pic c:t la cule
qui, .an e.1u er ni conrnLion., ni déchirements •. jette dan un cngourdbcmenl. accompat!llé d'uue légère moiteur nu vi age, et,
par on affaibli :1·mmt ·uccc·. ir de tous li·s
. cns, conduit à une mort i douce, que ceux
qui nul dan cet état r ·semblent à de. p&lt;'rounes profondément endormies, et e fûchent
~i no Ir réH!ille et si on le force à se lever.,
La ré&lt;olulion de Cléopâtre fut ltieotôt
pn-e : elle ne mourrait ni par le fer, ouwot infrdrlc, ni par le poi ·on qui altéremit
se. tr,1it.s; elle aurait recours au wnin de
l'a. pic 6.

,
en pr,: nr:c, et loufe troi , ,uccomlrJnl dans
un c-0urt inten-allc, ont emport~ an·r clics h·
secret d1• 1 ur fin lra,.ique.
.\lai pour•mirnns.
a Apr~ le bain, cUI' e mit à table, où 011
loi crvit nn rrpas ma,.,nifiquc, pendant lequel
,·int un homme de la campagm' ayant un panit•r. Le gardr lui demandèr nl ce quïl
portait. Le pa1san ounil le panier, écarta le.
rcuill el leur fit voir qu'il •était plciu de
6crues. Le. garde. ayant admiré leur gro~,cur
et lrur beauté, cet homme, eo .ouriant, Ir
invita à en prrndrc. on air de francbi c
~carta tout soup~on; el on le lai :;a entrc•r. 11
Quand César attachait tant d'importance à
cc •iuc CléopàLre &lt;levint le principal ornement
de son triomphe, on conçoit que les ordres
l1•. plu é1ères aient été donnés pour IJUC la
plu grande :;uneillance rùt exercée. Comment, dè. lors·, .uppo~er 'lUe Cléopâtre :iit
eu de· inlelli 17enccs au dehor ; qu'un paysan
se soit pr6eoté, pnl're qu'elle l'ami/ or,lo,wé
ai11si; et qu •, pour èlr • :idmi~, il ait. urfi à
ce paJsan de dfroonir le panier 11uïl aYaiL
au bra ?

I\'

Parmi l hi~torien , le un~ prétend nt
•1ue l'aspic fut apporté sou~ tle~ /igues, les
autre , .-ous tles /igu,· · ro111•erte· tle feuil/~;
Narrun d'abord Ie- circu11 tances du drame,
eux-ci sou~ dc&gt;s /le111·s, cc·ux-là IIJUS des /igur ·
en uhanl la 1er ion la plu ·répandue, le réet de., 1'/11.,in.,. Quelque -otl!, disent que Cléocit de Plutarque, que nous n'acceptons, bàpâtre gardait cet aspic eu formé da11. WJ ,a ·1•.
tons-nou de le dire, que ou hénéfict· dïn.\jnuton
qu'aujourd'hui m1\me•,on n'c,,.t pas
rnntairc.
encore lhé ur 1.i partie Ju rorp offerte à la
, Apr'.- .Je &lt;Üncr, Clt;,pâtr • prit ·es ta- mur ·ure.
"Llctte~, ·ur le quelles elle avait écrit ·une
ha.kespear • foi L plarer le scrpc11 l II r le
lellrc pour C•1 ar : t't, les ayant cachetée..~, lhre de la reine.
clic le lui CO\'O\a. En uite, clic fit ortir
~for 1ri et de :gur b font pi,1ucr au ·in.
tou.. eux qui étai nt dan son appartemenl,
Le auteurs &lt;lu f&gt;ictio1111aire dïli tofre 11,1exrepté s1· deux femm , et ferma la portl'
furelte, vi.ant à plu. de prrci io11, êcri1cut
ur clics.
qu'elle ..e fil mordre « 1u-tle su, de la m:i« Lor~que Cé·ar eut ou,crt la lettre, les mcllc gauche ».
prière virns et touchantes par l quelles la
o·autre arllrment que le dl's~cin de Cléoprince e lui drmaodait d'être entcrr ·e aupâtre était de prendre de figue. et d'être
près &lt;l'Antoine lui rérélèreot ce qu'elle a,ait
piquée par l'a pic, san:; le ,·oir; ma· que,
fait. l)
l'ayant aperçu, en décou,·ranl le figue , rllc
Ain i nul 11'a u, n'a pu i.avoir ce qui avait pr enta ~on bra nu à la piqûre.
eu lieu.
Eulin, St-Ion certain , elle fut uhli1i • de
Troi per onne. • ulemeat ·e tro111·aient
proroquer le ·erpent avec un fu eau. d'or;

m

n· til! maœdoni ·nnc Je l'i:;::n•tc, Jll!lll :triu, de Phalèrci, rut contlamné i mourir d'anr pi1J1lrc d'aspic.
et celll' dernière ~à e lui fol arcordfo en rai&lt;on ,te,;
"l'rriœ qu'il •v11I 11!n•lu • la morl ptr 1'1 pic p1sS11nl pour uoc des plu· doue - connu -. (\11~11-Gn,M,ha.w.)
Il. .'tou . rr.1-t-il pcrmi•, ilan un sujet a1mi grave,
d'introduire uuc uotc muin .Jrère•? ~003 empnmtun
l'anceilulc r1ui ,a ~uivre i la Corrt!11&gt;0iirla11cr. fo,;tlife
dr /111/fnn 1. /), put.lire par :Il • • ·•oint 11111~1,u., :
• Cltup1ltrr, jouée JltJur la preruiêrc fui. sur le
Titéitre-frlllr■ i -, en avril 1750, lut fnorabl&lt;'meul
accurillie. Uu bon mol du m~rqui de Louvoi faillit
en compromettre le . ucœ .• La p,~ce n•il été monrée
uec un i:ranol soin. \'1ucanson u1il fahriqu · l'a•pic,
•1ui tournait la lêlt', ifflail, remuait 18! yeux; ce rut
an ehef--d'u·uvrf'. I.e rideau loml,é, cl alo que l'on
ûi11eut il au roycr le mérite de la pi1•ce nouvelle :
• l'uur m i, d1L loul i coup le our,1ui., j uis de
C 1'11 is &lt;lfl f'ISJ&gt;ÎC, J
Après trenl~oalro an d'oubli, 111 muû d no, cmlire 1784, CMopûlre rrparul ur le U1e,1re de la
l-.JUr,
umonlc.l. qui n'nait puint oubliû le hon mol
du marquis Je Lou,·oÎJ. avait cl1an li le déJ,uùme11t ;
1'1,1,ic de \1ucan,110 a•IÎt ,ü,~; CllioJiàlre mo11rai1

,Jan la touli ~. Cdle fui,, laul i la cour •tuï 11 ,·iltr,
la pii,tc fut frniilr.mcnl arcucillie, cl !larmonll'I, qui
dut uoucr ~n échcr, atlrib111 ,on prude ,uccl· ;, t.
simplicit(o da, ·que ,le l'a lion. li !IIOil de la liri• puur
romprro,lrc combien la rai-un I mal d1oi ic.
7. Ri u oc proa,c. il r•,t .-rai. et c'!'5l l'11i.. ,le
Y1t.Ltll'S 11,TERt:ta.t., cité µar Goulin ( lt'm., lïiO,
p. '.!(JO,, qu'elle n'1i1 pas rfos.i i lr•1mp&lt;:r l• ,iirilnnc1•
Je • ' gank cl qu 'elle n'ait pas rcu i i IC fairu
porl~r un a pic. C'e.l. du r('&lt;;lt•, w que ronfirme hunr (lib. 1\. c. u}: • l.orY1u·e11c 11Lil 11u'elte n'auît
plu, rien i r,pérer ,lu VIUlffUt'11r, et qu'ellP. ,·oml'ril
qu'elle dr,·!il rvir i orner son lrium11f1c, ~//~ pm/i/11
de l&lt;r nr9l1gt!llce de ·I!~ grmfe~, cl se r •l1ta tian. Je
aëpulcre de. roi •
• Là, rc,i'tue de, , l111bi1, le plu m1~if~1ue1, elle
~ pl ri pré _· d'.\nloinc, ur un si, e parfumé ,l'aromate les plus suaves, el •pJ1rocl1llJI auprès des 1·ci1tt
tu serpent qu'elle irritut, t:lte y hl pa er leur
poi,--00 qui lui t\ta la , ie, en 11 jetanl Ûllli un L•. u•
p· ment léthargiquP, a
. :\ou empr11ofo111 les éf\meuls de lie •~llli'ntation â une uœllente élude parun dans J ,t/ét11nirt1 de ln 'n,·i~U llnyalt de, Scirnu,, (J,-/fe •
l,ettre, tl Art~ d"Udéa111 (1
).

__________________________________ L'

l'animal irrité se serait alor · élancé or l'lle Cléopâtre d'inlamie., dont le hLtoricns ne
el l'aurait saisie au bras '.
soufflent mot, il ajoute :
Il e l à remarquer que qucl11ues heur..
c Brachia specla1i ·acri a,I mor,;a colubri,
seul ment 'étaient écoulé ~. Jepui que CéEt tnherll occultum, meml,ra , ,-opori itcr. •
.ar él..tit allé la voir pour la con ol r : " Il
la trouva couchée ur un petit lit, dnn~ un
extérieur fort négligé. Quand il entra, r1uoiqu'elle n'eût qu'une ,impl · tonique, ell •
!'aU!a promptenumt au ha de on lit et courut ,e jeter .\ . c genou , le ,·i a,.e horriLlemcnl défiguré, les che,·cux épar , le · trait
altéré., la ,oix tr·mblante, le }eux pres11uc
élrints, à force cl'a,oir wr é de· 1 rme , et
le seiu meurtri de~ cvup~ 'ln'ellc s'é1air Jonnés; tout son corps enfin n'était pa · t-n meilleur état que on esprit. D
.\près t·e détail·, ,·mprunté.~ à Plutar,1uc 1 ,
11ui dcrom,-nous croire? Ceux qui ont écrit
qu'il n'apparais~ait aucune marque de piqûre; ou bien ceui qui ont prét11ndu 11ue
flolabell:i, la sui\'anh', fit ,oir /1 Cé ar, !'ur le
liras et rnr le ·ein d • maitn~:e, une légt'.•re
f;1cbe J an" l'i une peûle enllum à peint•
.cn-ihle?
Pcr onnc n'avait pu dissimuler le ~crpenl
apporté; or, tout k monde est d'accord ~ur
ce point, du moins, que, mal ré le:; pcrqniition les plu. ruinurieu es, on ne le rctroul'3.
ni dans la chambre, ni dan. le !-épulcre 3 , ni
ailleurs.
Ce n'c I pas~ 1rieu,.emcut 11uc &lt;l':iucun unl
conté qu'on a\-aÎl aperçu I traCl' do l'a. pic
pr;, de la mer, du côté où donuaicnl le~
frnètre. du tombeau i. Il r a lroi cho,e , dit
l'F.rrilutè, au l.inc dl's ·Pr0\1rl,c~, 11ui ne
1:ii. ent pas de tra,· :, : fa ,·oie d'un aigl'
dans l'air, Ja voie d'un ·erpent .:ur la pierre,
la 1·oie d'un ,·:iis,l'au sur la mer.

ASPTC DE Cl.'ÉOPATTfE

Nombre de sculpteur et de peiotre5 ont
reproduit la sc:-.oe de la mort de Cléopàtrc.
Le Guide, Le Guerchin. Véronèse, s'en
. ont tenu à la tradition.

y
Le prohh'·mc e~t. comme on fo \'OÏi, loin
11' ètrc ré. olu.
La mort de Cléf&gt;pâtrc ne srrait-elle donc
pas, connu• l'antiquilê l':i r.ru, le ré:&gt;olt:it de
la pir1ûre d'on a.pic? , "y aurait-il là 11u'ou,
f.tLlc, qui .e serait propagl:c ju. qu'à nou et
1111e 11ous aurions accueillie trop létrèrcment?
C'e t cc que oou ttllou cx:imioer. Pll nous
aidant de rcchcr1.:h ' relafü·emcnt récent· S. 11ui n'ont proj 1;, il faut bien Je dir •
qu'une faible lumièn sur re déliai oh,cur à
.:ou hait.
Clicbi Uiraadon
,hîOl'.\'E ET CLtoPATRE. - Frtsq11t Jt T1&amp;POLO , (P3l.J::o l.:JN·/J, l'.-n(st.)
Cléopâlr • mourut le J5 août de l'an de
Ilome i.L
Properce affirme la mort de cette reine par
./'ai n, se. bra: 111ordus par d'horrible.'
Le Mu éc de Nantc po sède un marbre adle crpcot. quoîr1u'il n'ait rien vu par luierpe11t:, et le liru où le :sommeil mortel. e mirable, .inné Ducommun du Locle, qui repromème. Après a,oir chargé la mémoire de glissa sourdement ila11 &lt;e.~ membl'e.~.
duit la c\necla,-iqucde la pi11ûrepar l'a.pir..
. t., \"oici comm,inl Mt,~G•G.\I (Coulin. op. rit., p.• 01) hi,turir u,, ,~ml,lr 11!11Ïn. 10)1t1rir _ •JUe 'eoJormir •

d~enl un more, au anllque. eléeulé l\'CC b,•.au,·,;up
d'art, rrpr,· niant Cli-op.ilre mourante :
. • L'a (li~ .n'r L poinl _appliqué, dit-il, conlre la poÎ•
lnnc (po,1tion que 101 1lu11ucnl no. peintres contre
l'ciat11Lude hi&amp;luriquc), mni5 il c~l leUtmcnl altath'
111 hra , quit .emhle, par l'elfe[ du lien l(aÎ le serre,
étre irrité fl e1rité à monlre . l,'1ttitude ou est l■
reine d'f:$yplt• n'osl point C&lt;!lic d'une personne ruoar~t 1!'•~ 1l'UJ1e peNOnnc qui dort tranquillement. •
Cc l am. 1, r 'man1uc Grùn('r, en rapportant les r~nf?Iion ,le ,&gt;rga~. qu'Epicure meurt peisibkment
clans un baiu d'eau ticJe, apr'• noir Jiu un verre
1tc •in. el qui: l'en,(lereur Antonin, .clun tou 1
\'. -

IIISTOIUA,

-Fasc. 35.

'.!. l,1 ver-ion ,1,: Hum Ca»111s d10'crc veu 11 • c,·llc
1I f'lutarqu~. r~Ji ée, comme un ,ait. fapr·•, lt•
l{-moi:,i ::c lf'Ohmpu,. m~fl •rin de l1 Mue. (.luel•1ucs lègiires piqùr~, uu 1,ras furent ,œ qu·uu lro_u,a
ur le ca1lnre. Le. nn m:onlenl quelle fil • rnr ■
MJn de,-,•in un a. pic n11porlé dan, une liolc de verre
ou ,1 u un~ corbeille ,JP fleurs; d'aolre.s p rient
,l"unr ai~uille cmpoi$&lt;1nnf!e •
;j , \'oir ,ur le lfl11J,eau de CUopâfre 11 brochure
de Y. Je Zozhcb. d,,ut nuus avons donnt'! plu haut
Ir lflre Ce tomheau ëtail conslruil dllns Je palais
mèmc de la reine {Cf. 010, C.l. ,,r,, /Ji1loire rom11ine,
Il, l!J.

r•:-

4. • On' !lè ,·i l
m,'·mr ,1, ,cr1 Dl dao· a
d11mbre, mu, on d1.S11l l'n uo1r •Jwrra q_ul'lqu
!race. près de la llll'r, Ju 1·ùt~ où tlun1111enl le,
f,•nèlN's du tombe.au. • PLtHn11n1, Jïe d ',-111/oine,

d1. xn, ,
5. !\ou, riLeron~ 001~m111enl un tra.-1il de )1. lrt.••r,H••·
ju,:-c d • paix du uuton de Cblw_au. nrn.anl; ce trnail
11·1 jamai, l!lê puhl,é (lcltrt' i uou, 1drc,sée par

Y. l:ui,.ard, hililioth,•caire de la ,·illo d"Orléans. le
2 j1n•icr 1 !l ,. mais non~ en avoo. lrouv,1 Ullo? tr·
bônne •n•IJ&amp;e dan· le, i•moires de 11 ~ocièté Ile
ri,Lte ville. :.ou 11·uus rnl1•m ni Lirè /11rli d'un•
,;ta.Je I.Ji' ,nanlc d'un prufl!,~Cur tic l'f.co e de édetine de :.ant ·s, le D• Viaud-Grwd-llu4Îs.

�.... ,.

,..

__ 111STO'J{1.ll

,.~----------------------------------

Quant aux pot'les contemporains, éLant tou
la .olJe d'Augu . te, ils auraient couru
quelque ri. que ?1 commenter_, d'une_ a~lre
façon que le mafüe, ~es bulleuns d '?clo~rc.
Au dire de ...,uéwne, Augn te lm-meme
h4,itait à e prononcer sur le_ genre de mo~l
auquel avail succombé sa captive. Il se_ rendit
sur les lieUJ, il es aya des contrc-p01. on :
e·e t donc qu'il .oupçonoail qu'elle 'était
ernpoi onnéc.
.
.
Voyant l'inutilité de ses efforts. 11 fit vemr
Jes p ·ylles I el leur commanda de sucer le
petites plaies qu'on crut remarquer çà et là
sur le corp : on esprit éLail donc dan lt!
doute,
Ultérieurement, s'il adopta la réalilé Je
l'a,pic, c'e l que celle ~ersion _lui paruL _de
nature à produire une 1mpre 10n plu. vrve
sur la foule el à donner à son triomphe, par
l'attrait de l'impré,'U, un plus brillant éclat.
11

YI
M. Georges, de Cb:'1leau-Benard, q~i a
étudié la que tion ayec beaucoap Je soin, a
!ait re sortir dilférent con trad ici ion .
Oo e, t, dit-il, j peu d'ac•·ord sur le genre
de morl de la reine, qne, ·uiv:ml le. uns, elfo
-e fit piquer par un a·pic; selon
a_ul~e ,
les ligues déposées dan le panier eta1ent
e mpoi onnée .
Ceux-ci veulenl qu'une aiguille à cheveu
creuse, 11u'elle :wail loujour,; Jans sa coiffure,
cooû11L le l'oison, jelé plus tarJ dans un breurage, ou appfü1ué sur la peau; ceux-là parlent
J'une aiguille de lèle, avec la11uelle elle se
erait piquée, après l'avoir trempée Jan un
poi on ~ubtil.
•
.
.
Il est assez iogulier qu un f:ul qm, par
.on élranneté, auraiL dù éveiller l'auention
des criliques, uo lait qui, dès l'origine, sem_1.Jlail déjà usceptihle de controverse, ne soit
devenu l'objel d'aucun examen de la part des
contemporain el ait été accepté sao di cu ioo par leurs successeurs.
Airu.i, la crédulilé habituelle el aussi la
bonne foi de Plutar4ue e révèlent par ces
mots : « On oc Mit pa avec certitude comment elle est morte. •
Lrabon laisse le lecteur opter entre les
troi genre de mort qu'il indh1ue.
Appien rPgarJe l'hi Loire de l'a pic comme
fort douteuse.
uélone dit : « Perii e mor u a pidis
putabuntur »; on présumait, on soupçon?ait.
llollin, après uo~r résumé ses deva~c1ers,
ajoute: « li est clrur, par tout ce récit, que
per onne ne ,,eut savoil· avec cerfilude de

quel moyen Cléopâtre se nit pour e donn~r
la mort. ... &gt;&gt;
Lacépède, a)anl signalé lt'- rés_uhat de la
piq1ire produite par la vipère d'E~ ple, conclut : (l Voilà pourquoi on a cru que Cléop;ilrt, ne pouvant plu · supporter la \'ie aprè
la mort d'Antoine el la \'icLoire d'Augnstc,
avait préféré mourir par l'effet du ,·enin de
ct•lle vipèrt&gt; 1 »
« On e persuade, écrit Chateaubriand•,
qu'elle s'~tail fait piquer par un a pic, parrc
que, de tous les genres de morte, sayés sur
de criminel-, die arnit jugé celui-là le plus
doux el le plus tranquille. »
Les anciens nÏ!!lloraient pa!&gt; que le "enin
de l'a-pic. quoique iné\·Îtablcment 1~or_lcl, ne
déterminait aucune clou leur et entrainait seulement la perle pronres:h·e des force ' , qu_e
ui"ail. ans espoir de réveil, un sommeil
léthargique el pai il.Jle;
Yai · exi-lait-il en E!!îple un erpent dont
la morsure produi ail les effets ignalé ? ~i
oui, on pourrait dire : ,·oilà le vériLahle aspic
de Cléopâtre!
Chose étonnante, aucun des sa_yanls qui
onl faiL parlie de l'e1pédition d'Egwte n'a

les effets que signale !'hi toire1 quand elle
s'est occupée de Cléopâtre.
,
D~ ren.eignemcnls ont été demandés a
Alexandrie. Les médecins de ce pay: ont
fourni les inrormations les plu conL;ad1cloire ; le uns niant qu'il y ei1t en Egyplc
des l'rpentti, aspics ou vipère~, dont la piqùrc
fùt mortelle· les autres affirmant, au oonlraire, avoir vu, dans les hôpitaux, des Arabes
1.Jlt!s és par œ reptiles, et qui avaient ut·combé dans un délai plus ou moin lon{!,
Tou , quand on leur a parlé du fameux aspic
de Cléojlàtre, ont répondu que, probablement,
le changement de température l'avait fait
déû ni ti remenl di paraitre !

Un profo·seur de !'École de ~(édecine de
Nantes, le Dr Viaud-Grand-. tarais, a repris la
question, sans arri\'er à l'élucider complètement.
, ,ï, écrit notre confr~re, la fille de Ptolémres s·e~l ,enie du venin d'un serpent
pour mettre fin ~ sa vie, ce 11c peul être qui'
le venin de l'aspic, c'e:-t-à-dire l'hajél.

!es

1. c 'il lit •~pcli!r Je p-llle,,_ut re'!"n'!m. enugrre11t, JlllUr qu ils SUf:l nt c_ pu!Sllll, c (&gt;u,11 afin de
cré••r u,;c rablc dunt 11 e1pémt 11rcr profil P','llr sa
vrnerc rcnommèe . 1 V1,1.uo-Gn,,o-;-liARAI~. , .
L■ rl rie suœr IC' plaifS em1l ,1:141t1néès n !!litt pas
5Jl ·•,·ial 1us fl'!)lles .
_
•
. .
Cd,• (Ub . rie .llrd., V, \11 1 n. l. p. .iOO, llhl.
l\raus) dit. en ~fi'et :
.
• C&lt;-u~ qu'on . no~mc pAy_ll~ , ne po,,,(•tlent 1:0'.nl
une &gt;&lt;'Ît'u~e parllcuhere, 1Il&amp;.l!, ils onl celle hardtessi'
que donncnl }Ï1abituJe ~I l'u~ge. Cer le vemn cl
•urpeoL, aiu•1 que «r1'un po1so11 d~ lcsqi...cls lc,i
Gtoloi · ,urtoul trempcol le;i ffi•,·hes ,loul 11 se -erreut
,i la cha •. e, ue 11ui~eul r,oiol lor,qu'on h·s lfale, ~a1~
eulemeol lorsqu'il &amp;&gt;ni porh1, Jon• fo Dl': 1111!1

LA MORT DE CLËOPATkE. -

Tat~au du

profité de sa pré· nce ur les lieux pour 'as-

surer, par des e1péricnces directes, quel était
le reptile dont le venin produi ait précisément
l'on mange sans dan,:er la ripère. landi que
mor~urc do11ne la morl ....
Par coo&lt;êquenl. quicon')ue. i r exemple des
p!,llct, sucera une phrie inreeiée de relie espèc~ d
inison,
ne courra aucun ~•nier, el D~tera la v~e à
1
un infortuné. li ais, p&lt;&gt;ur f••~ celle u~on a~ec ~ rité. il faut qu'il n y ail r.oint d~ 11!a1e ou d ex_conatioo aux geno•es, au pal11s ou I d autres parllcs d
la bourhe. •
~- Élu du l,ist()riqut,.
, .
=&gt;. Cc qui nous frrail pencher en r,.,.cur de I haJt,
r'c•t l'argumenl m,\me, f:l_roduil, a l'cn_conlre de_ son
"l'iniou, par 1. Georg~!. , ,. en ~ t e, il y a p~ 1eu1'5
millier d'années, l'a~pic Eeul ••ail lo col exte~s•~le _el
si maiutewnl on a''! rencootre que la TIJ&gt;ète haJé JOUII-

•,. r3o '"'

GUERCHn;.

(Pal;u;o Rosso, Gents.!

«
Llc, sure est à peine douloureu e;
ce1le du cémste, au contraire, provoque de
la douleur et de· conYUlsions.
sent de la mème fJcu1t.\ il faut bien conclure que
l'aspic et la vipêre b1jé ne lont qu'un m(·me reptile.
Ajoutons que l'usa~e euit d:enfouir dans les P) r~mi.les, l\'l!C le ta1lnres h11mams, d paquets monufiés de divers s~rpcnls PxisLant dans le Jl!')'S, Ils ont
,:1~ retroo.'l'k en grand nombre, el parmi eux on.•
reconnu l, l'nlension de I• m mhraae du col, l'tsprr
d~ l,oe1'in et de Pline, devenu I• vipère bajti rie
Fonbl el de llanrliu.
L'habitude de ~e redrt!SSér lorsqu'on cm approdre
11ail perqiad~ anx babit ■f!Ls des ltrres qui arro!elll
le l\il, que c:e scrpcnl g,irdarl lcn champs frt•quentés P':r
lui . Il tn faisaient, ~n com1équrn e, l'emblcme de ladi,·injté ~roleclrice du monde; il. le i;('UlpLaient au:t deui
côtés d un globe, 11-ur le portail de 1011s I urs temples.

&lt;&lt; Pui·, le chaste e t une ,·ilaine br.le,
d'une couleur a1e et à la tète ignolile, rendue plu· hideu~e encore p:ir J • cornes de
es arcadPs ourcilière., . .Yo11.~ auo11s donc 1lll
no11: tromper en atfribun11L Ir Na 1110tsure
fa mort de la reine ,tJ{qyple. ,, !Jans une
étude antérieure, le (Jr Yiaud-Grand-\Iarai~ 1
aYait, en effet, cru dcrnir condure que le
"erpenL auquel Cléopà.tre avail demandé la
morl était le céra ·tti' . De. recherches plu·
complètes lui ayant inspiré des doutes, il
arriva à des conclusion. toute· diiTéri&gt;ates de
œUes qu'il avait primiti\·ement adnplées.
Un grand nombre de nalurali tes el non
de· moins qualifiés, à l'exemple &lt;lu D· Viaud1;rand-Marais, n'ont pas hésité à idt-ntifier
l'aspic de Cléopâtr~ a\ec le reptile connu sous
le nom de naja liaji. Plus curietU que les
membres de l'ln~t,tul du Caire, For-kol a
,·oulu connaitre, expérimentalement, la ful're
&lt;lu \'Cnin de celle 1ipèrc.
11 J'ai vu, dit-il, rt:péler ur un pi"con J',.fft'l
&lt;lu funeste poi ·on de l'h3jé. Un liatell'ur, eu
pre·.ant Ja vésicule à venin, en fil .orlir un
_uc jaun;\tre, et une goutlelellc ayant été
inlroJuitc, par une lé ère piqûre, dao la
cui se du pigeon, celui-ci n'en témoigna
d'abord aucune douleur. liais, au Loul d'un
11uarl d'h.eure, il tomba ur la poitrine,
ëprou,·a de fortes convuLions à la 1ê1e, \'Omit
beaucoup de sana el mourut. !l
~an aucun doute, l'i.!preU\·e tentée sur
de grand _ animaux eùl été autrement concluante.
c uppo·on , écrit 1. Gcorge , de Chàleau-Renard, l'ancien a~pic ou le serpent
lwjé aus~i terrible If ue le serp nl noir ou le
:erpenl à ,oonetle ; suppo. oru; que a morsure ne laissât pas de traces, l"é\'énemPnL,
tel que l'ont écrit et répété en uile tant d'auteur', pourrait encore ne pa êlre accept:
comme exact. Cet a ·pic apporté, il avait
fallu le ai ir, le placer au fond du panier,
l'y maintenir et di poser les ligue a · ez prè
le unes des autre pour Je soustraire aux
reirards. 'e suîfisait-il pas qu'elles pesassent
sur lui el qu'elles gênassent es mouvements
pour l'irriter?
« ll avait dû mordre soit les paroi du
panier, soit les figues qu'il contenait•. Alor
son \'(min n'était plus capable de înire périr,
non pa une, non pa deux, mais trois peronne ; car, on e souvient qu'[ras, Cléopâtre
et Charmion ont uccombé de la même manière, d.a~ un court délai, Les première
11

J. Dl/1$ ses Étude~ mitfü,1lu wur let 1t:rpe11t,
rlf' la Vendt" tl de la loirf'•lnférieurt'.
• 2. Crue opinion nait élê déjà soutenue par James
Oit!cE, dani !OR foy~ge de ,Vu~ie.
,&gt;. Un aspic ou 11aJa. l111;é. r11l observer le o, Viaud(;rand- . .tr:11., e.L un animal lrop grand cl surtout
trop ■gite pour être tenformé dans un

panier de

fogu~. Un ccra,te ctll pu être lnn.,porté unsi. mais
.• p,qOre e!t douloureuse t'I laisse d,• tacl1es eccltymo-

bques mnmfe,tes.
-'- D'après Plutuque, .\étiu observe qu'à l'co1troiL

•!e. la mol'SJ.lre, oa aperçoit

dcu1 points, lorsqu'elle

1

cte faite par un vptc nquati•Jué, el quatre, ri c'est

L' ASPTC

DE CL'ÉOPÀTl{E - - ,

secousses de la colère, dit énèqu , ~ont
cruelles et dangereu e . Ainsi le venin des
,erpents esL plus domma"eable quand ils
sortent de leur gite . .lla,s li&gt;ur- dents ne Font
aucun m:il, 11aand, à force de mordre, ils
onl perdu leur venin. 11
L'opinion Je énèque a été reprise par un
des plu notoires avants contemporains.
« Il a été diflirile, écrit Ar:igo, Je constater
açec préci ·ion si I • serpent à onnelles, après
a"oir mordu une fois, pouvait donner la
mort par une seconde piqùre. li semble démontré aujourd'hui que la econde Lies ure
du reptile est beaucoup moins dangereuse
que la première; et que la troi ième, faite
une heure :iprès, ne présenterait pas Je
grands ri. •rue à celui qui en serait aUeinl. •
Plu loin, Arago ajoute :
a Le erpeul à annelle n'accepte pas une
seconde lulle avec la même ardeur qu'une
première; car il ait qu'il a moin de venin
à pré enl et que son ,·enin e~l aus. i moin
actif. »
Le venin du erpenl semi! donc éprù é en
partie à la première morsure; à la seconde,
il le erait tout à fait; el pour que la troisième fût tant soit peu dangereuse, il faudrait
le l mp d'une nouvelle sécrétion.
Oe ces obserrntion ·, due.~ à de hommes
compétents, il résulterait que la reine el es
forumes, en ·e faisant mordre par un seul
a. pic, n'auraient ras attciol le lmt 11u'elle
e proposaient; [ras aurait Lien pu uccomber; quant à Cléopàtre et à Charmiun, loin
d'échapper à l'i;;-nominie par one mort volontaire, tout e erail borné pour t:lle à des
ou Ifrances inutile·.
Nous ne nions pas que œ ohjections aient
lt!ur valeur, mai le autres ver:.ion ati ·font encore moins l'e prit.

à l'abri d~ l'humidité, Les fille· de la reine
auraient été plu aisément bic. ées par cet
iu--trument piquant, que mordues par le
serpent.
Il nous faut maintenant conclure, - et
c'est !;1 que la difficulté commence. Bien
qu'a anl uivi pas à pas, el avec toute l'attention qu'elle mérite, la thèse de MM. ViaudGrand-llarais el Georges (de Cbàleau-Rcnard),
nou ne , aurions adopter ans Jéserves leurs
conclusions.
'ou accordon au premier de ces savants
qu'il règne une certaine incertitude sur les
circon lance mêmes de l'événement; 1ru'on
ne s'explique pas, par exemple, !]Ue le corps
de la reine ne portât aucune trace de picr1\re,
« i ce n'est deux lé·..-ères marque ,ensible
ur les bras 4 • •&gt; Mais on peul répondre à
œla que le corp de la rt'ine ne fol seumi à
aucun examen pris/ mol'te,n ~rrieux, ·emblable à ceux qui erait"nt pratiqué aujourd'hui dans une occurrence emblaLle. Peulêtre eût-on, en ce cas, con talé, au bout de
quel1Jui&gt;s heure , des dé ordres plu con idérables.
Quant à l'opinion outenue en dernière
analyse par le D• Haud-Grand-Marai , elle
nou · a paru avoir loul jusle la ,aleur d'un
dhertis~nt paradoxe. 1 ou n'allons la reproduire qu'!t cause de on étrao"elé :
« Uue lroi.ième solution, écrit le dil'tingné profe; seor,
pû.:enlc touteFoi à l'esprit. Elle e t peul-ètre la ,·raie, quoicru'clle
rabai c la reine d'l::gypte au nh·cau d'une
lingère ou d'une hlanchi-seu,-e, trompée p:ir
un ~ernenl changeant de garnison, Quand on
a devant les l'cux la œne finale de ce Jrame,
on ne peul 'empêcher de peo er à œllc
chambre Ît!rmée a,cc soin par la reine ellemême el à ce troi femme·, Ja première
étendue ans ,·ic sur on lit, la seconde couVIII
d1ée à ses pied , et pareillement inanimée ;
landi crue la lroi. ième, dont la tète est plai nou eon ullons les hi lorieos, aulant cée à un ni\·eau plus éle\•é, con erve, quoique
de réciLs, autant de différence , qui portent déjà frappée à mort, un r te de vie lui perur de poinls essentiels.
mettant de répondre quelques mols nux
Plutarque parle d'une aiguille contenant envoyé de César.
du poison ou un venin, que Cléopàlre portail
« Tout ceci res emble fort à \'empo~ondaos sa chevdure. Cette épingle lui aurait- nenumt pm· foxytle rie carbone. La rtiine,
elle servi d'instr-umenl de mort? C'est pos~ qui a,,ait étudié tant de poison , ne pouvait
sihle, mais ce n'est point certain. Au surplus, ignorer l'action des gaz se développam dao
celle ver ion ne serait pas en contradiction la combustion du charbon, et, ous prétexte
avec celle de la mort par l'aspic : le ve11in, de cérémonie funèbre, il lui était facile de
enfermé dans l'épingle, pouvait bien être se procurer les n ten iles néce saires pour ce
celui de I'hajé, qu.i e conserve, s'il est tenu genre de mort. ,
La vie d'une reiue altière et belle comme
une femelle qui I morJu, Celle remarque s'accorde
ucc le récit Je Plutarque, le&lt;1uel raconte qu'il exi'ICléopâtre, e terminant comme un cinquième
Uil sur le hm gauche de Cll-ovâtre trace de der.1:r
acte de mélodrame, notre e. prit répugne à
piqûres lrès légt!re.s.
pareille vi ion.
5. lloR.r11 a r:lafremeut dérrit le suicide de Clèopâtre, d.,ns l'ode \:&gt;,XVII• :
Quelque sa.li faction que notre dilt!ttantisme
Forlù el aApt'rtu lracta,·e ~rpe,uu,
éproU\'e à démolir une légende, force nous
Ut atrum corpore cmnbi~rel t•e,~11um.
• Elle 'empare de hideu -1erpenls, les presse cl e t d 'acœple.r l'opinion généralement adfait coulrr dans sos ,ein('S un ,·eniu mortel. •
mise•, à savoir la mort par l'aspic, faute de
Dans la Phar1ak, Luc.,is a donné d'amples déta.ils
sur le reptiles, leurs morsures et IC!I accidents qui en
lui pouvoir sub ·tiluer une version plus acceprésulteul.
table.
DOCTEUR

..,. r3t ..

CA.BA. È .

�ClicM A B!()(k.
UNE CA1&gt;TURE

[1793). -

Tableau de P.

GROLLERON,

LES ÉTAPES D'UNE DÉCHÉANCE

La fm d'un cadet
Le prince Charles-Just de Beauvau-Craon
avait, vers 1754, un gros souci.
Chef « de nom et d'armes » d'une maison
parvenue à son plus haut point de prospérité
et de faYeur, il n'avait qu'une fille, AnoeLonise, et lout espoir de po:.térité nouvelle
semblait devoir lui èlre refusé. L'Église ou
l'ordre de Malle absorbaient cinq de ses frères; le service du roi avait coùté la vie aux.
deux autres. Quant à ses douze sœurs, «elles
ne valaient rien pour le nom &gt;J.
Son chagrin s'aggravait de ce qu'une branche cadEtte de sa famille, les Tigny, rameau
secondaire et provincial greffé sur la souche
altière des Beauvau, croissait et multipliait à
ntiracle. Depuis trois siècles ces cadets vivaient
loin de Versailles, dans de saines métairies

angevines, parmi leurs paysans, leurs lapins,
el leurs perdrh, de père en (ils, rol,ustes hobert·aux, aux épaule~ carrées, aux poings solides, de haute ~talure el de ,anté inusable;
l'un d'eux, à l'assaut de Valt'nciennes, en
!697, avait élargi la brèche entamée par le
canon, en renversant un pau de muraille du
poids de son corps.
Le prince de Beauvau-Craon imagina qu'un
de ces géants serait pour sa fille un épuux
parfait. Anne-Louise était alors une fillette
de quatre ans, frète, un peu boiteuse et qu'on
présageait laide. L'idée séduisit le prince de
relm·er le nom de Beauvau, prèt à s'éteindre
dans la brauchc ainée, par une union avec
un cadt&gt;t du même sang, dont il ferait, au
préalable, un gentilhomme accompli et qui

lui donnerait une solide descendance. li se fit
expédier à Versailles l'ainé des Tigny, Charles-Louis-Vincent, qui était alors àgé de treize
ou quatorze ans. L'enfant ressemblait à un
jeune taureau aux membres épais, à l'encolure puissante, aux manières frustes, à l'œil
hardi. Le prince fut charmé de la mine sauvage de son petit cousin campagnard, lequel,
de son coté, était ravi du brillant avenir qu'on
lui faisait entrevoir. Et toul de suite fut bâclé
le projet des fiançailles du modeste cadet de
Beauv.1.u-T1gny avec la fiUe du puissant prince
de Bemvau-Craon. Toul Versailles ne parla
d'autre chose durant un grand mois.
Afin d'entreprendre le polissage de son
futur gendre, le prince Just le fil entrer au
collège Louis-le-Grand. Vincent ne s'y plut

.,. 132 ....

Clcht A BIO&lt; k•
.-\TTAQL'"E D'UNE !IIAISO:&gt; ( GL"&amp;RRE DE VE::.DÉE) . -

Tat-leau de L t ON

Gt!&gt;A RDET.

�•

1flSTO'J{1.JI _ _ _ _

guère ; son indépendance y ré11ssil mal. Les
jours de sortie étaient pour lui des occasions
de frasques énormes dont s'inquiéta son bienfaiteur. Celui-ci reconnut qu'accoutumé à la
,·ic libre des champs, sevré de plein air, de
chasse, de maraude et d'espace, le jeune
homme se plierait difficilement aux assiduités
du collège; après tout, il ne tenait pas à ce
que le futur mari de sa fille fût très fort en
vers latins; il coupa court aux études, el Vincent fut mis aux mousquetaires, il avait dixept ans. Dans Ja joie de son cœur, il revêtit
la soubreveste bleue galonnée d'argent; sur
son large dos et sur sa poitrine bombée, la
croix Ueurdelysée en velours blanc s'étala bien
à l'aise. Mais aussitôt, ine de se· premières
heure de liberté, il se rua à corps perdu
dans la débauche, au point de faire scandale
- ce qui était malaisé - parmi la jeune se
tapageuse qui l'entourait.
Lé prince de Beauvau, comprenant qu'on
commençait à rire de sa lentatilre d'apprivoisement, prit une mesure énergique : une
lettre de cachet, obtenue du roi, enyoya Vincent 11 l'ile Sainte- targuerite. La prison était
lointaine, les murs des cachots épai ·, la mer
les ccigoail d'un infranchissable fossé. Pourtant, uivant I:usage auquel seul le Yasque
de fer dérogea, le délenu s'évada. Entré par
la porte, il se glis a par la fenêtre un jour de
brume. 11 fut repri ; mais les belles dames
de la cour prirent cause pour ce jeune émerillon qu'on voulait tenir en cage et dont la
turbulence amusait. Le prince fil grâce. Vincent part pour la Lorraine, sollicite de rejoindre l'arm~e du roi qui fait campagne, se
bat en Allemagne, revient à la paix., réputé
pour sa bravoure, capitaine et définitivement
amendé.
On le croyait du moins. Mais à peine rentré
à Paris, il enlève la fille d'un bourgeois
nommé Lemaître, la fail débuter à la Comédie-llalienne, se montre avec elle, s'étale,
parade, caracole en plein scandale. Du coup,
le futur beau-père, découragé, déclare que
tout e t rompu; persuadé, désormais, que le
brutal et indiscipliné cadet n'e l pas digne de
l'union brillnnte qu'il lui a préparée, il fait
relever de es Yœux de Malle un de ses frères
auqud H cherche femme, et qui, oit dit en
passant, s'acquitta allègrement de la mission
qu'on lu.i confiait de continuer la maison de
Beauvau. P11is, rassuré du côté de la postérité, il donne a fille Anne-Loui e au prince
de Poix : le mariage fut célébré à Ven:ailles,
avec tout l'apparat imaginable, en présence
de Leurs Majestés, le 9 septembre 1767. Il y
avait treize ans que l'impatient Vincent attendait celte femme, ce titre, celle inlluence et
celle fortune, qu'on donnait ainsi à un autre.
Qu'il ne fùt pas content, il n'est pas be oin
de le dire : son orgueil blessé excita en lu.i
un accès de terrible colère. Commenl ! on
était venu le chi:rrher dans sa province, on

. . a . __ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ .,.

l'avait confié à des cuistres, enrégimenté, sermonné, emprisonné, e.xilé; il avait tout subi.
dans la certitude d'une compensation qu'il
n'avait point sollicitée, et pour quelques fredaines, il était congédié honteusement, comme
indigne!
Sa vengeance fut prompte : il prit par la
main ~Ille Lemaître, la jolie comédienne, sa
maitresse au u de tout Paris, la conduisit à
SainL-Sulpice el requit un prêtre de rerevo1r
la promes e de leurs fiançailles. C'était, en
ce t'!mp·-là, un engagement solennel; et le
dimanche suivant, au prone de la grand'mes e, les nobles parois ieus - dont étaient
tous les Beauvau- pensèrent s'é\'anouir d'horreur en entendant publier les bans du mariage projeté « entre haut el puissant seigneur messire Charles-Louis-Vincent de Beauvau-Tigny et la demoi elle Lemaitre, artiste
à la Comédie-Italienne. »
Une existence ain i commencée ne poU\'ait
ètre que mouyementêe; celle de Vincent Je
Beauvau de Tigny le fut étonnamment. M. le
comte de Mira mon-Fargues s'en e l fait, dans
Les Etapes ,rune dechiar1ce, le narrateur documenté, et le récit en est plein de péripéties
el de prouesses quasi invraisemblables, à faire
paraitre banales les léaendaires a,·enlures du
baron de Trenc.k.
En Bretagne, où il se réfugie, Vincent,
après un . éjour d'une semaine chez ses parent de Molac, s'éprend éperdument d'une
de ses cou·ines, une enfant de seize an ,
Pauline, dont on foi refuse la main. De désespoir, il s'embarque, rentre bientôt à son
château de la Treille, se prend de querelle
avec un de es oncles qui le fait appréhender
comme « in oumi ,1, el incarcérer au château dl! Saumur, d'où il s'évade. JI retourne
chez les Molac. Pauline e t devenue amoureu e, à son tour, de son fougueux cousin;
hü ne pen e plus à elle; quoi4ue les parents
de la fillette insistent, il rer11se. Un ordre du
roi • urvient : Vmcent contractera mariage ou.
retournera en pri on. U se ré ·igne alors à
accepter la main de Pauline; mais humilié,
plein de rancœur, il l'abandonne malade,
part pour les colonies, y prend les fièvres,
guérit à l'heure précise où l'on s'apprête à
l'inhumer, s'installe à Port-au-Prince, où il
reçoit la nouvelle de la mort de sa femme,
restée en France, livrée aux soins d'on méde-ci:o de campagne nommé Ouboueix.
Libre, « il déclare sa Oamme »à une jeune
créole, noble, riche el belle, Aille Victoire de
Marsillan; il l'épouse, et tout aussitdl apprend par un ami arrivant de France que sa
première femme, Pauline de Molac, grâoe
aux bons soins d11 médecin Duboueix, jou.it
d'une parfaite santé. Voilà Vincent bigame!
n part pour la France. emmenant sa econde
femme, lente pendant la traverséP. d'in ur 0 er
l'équipage, ~e s'emparer du navire el de
gagner la Nouvelle-Amérique. Pourtant on

arrive au llal're. Vincent de Beauçau-TignI
esl mis aux fers, conduit au mont aintMichd et enfermé dans l'une des plus profondes oubliettes du fameux rocher.
Trois femmes, à celle époque, le récla- •
maienl pour époux.: la comédienne Lemaitre,
avec laquelle, d'après les canons d'alors,
il était irrévocablement engagé; Pauline
de Molac, plus réservée dans ses revendl.caLions, vu que, pendant J'abst-nce de Vincent,
elle a,ait eu deux enfauls dont Duboueix
s'avouait être le père; et la créole Victoire de
Marsillan, réfugiée à Nantes, où elle donnail
nais ance à une fille qui fut inscrite sous le
nom de Beauvau-Tigny, en allendant que la
justice paniul à mettre un peu d'ordre dans
cet imbroglio.
Viuceot, comme bien on pense, s'é\'ada du
mont aint-Michel. li traversa toute la Bretagne, ayant :1.2 livres en poche, vendant,
pour vine, les boucle' de es soulier et de
ses jarretières. fl se terra dans un couvent.
Duboueii: l'y découvrit, le dénonça; on l'arrêta de nouveau pour l'écrouer au donjon de
Vincennes, d'où, après huit ans de cachot,
on le laissa sortir, par pitié, à la grande terreur de ses [emmes, qut toutes ayant trouvé
des con·olateurs a.,..aient mis au ruonde quantité d'héritiers dont l'état civil n'était pas
très limpide. Le parlement débr~miUa l'alTaire
tant bien que mal et per orme ne fut satisfait.
La fin de l'histoire est tragique. Vincent
avait trop sou[ert de l'ancien régime pour ne
pas acc11eillir avec enthousiasme le cyclone
révolutionnaire. Ses malheur , il le allribnait à l'orgueil nobiliaire des ien , à !'étroites c des législation surannées, aux préjugé
de son entourage, à l'implacable rancune de
tous les puissants qu'il avait bmés. La Révolution lui fournissait une belle revanche.
Le 14 mars 1793, alor que l'armée vendéenne, conduite par lofllet, attaquait Cholet. un bleu, en quelques paroles enflammées,
soulève la garde nationale de la ville aux
cri de « Vi,•e la République! » li l'entraine
à la rencontre de chouans: le premier, il
tombe, atteint de deux balles, et sa troupe,
débandée, rentre dan la ville en désordre.
Ce bleu fanatique était Vincent de BeauYau,
mar4uis de Tigny. Frappé à une heure de
l'après-midi, il agonisait, appu)é contre le
sode d'un calvaire dressé au bord du chemin,
près du manoir de lloisgrolleau. Sous la pluie
froide, il se lordait de douleur; des pa)'Sans
s'attroupaient devant cet homme qu'ils connais.aient bien et dont les ouffrances étaient,
à leurs yeux, un cbàlimenl du ciel.
- Brigands, leur criait-il, n'aurez-vous
donc pas le courage de m'achever!
Mais ils ricanaient et passaient ouLre en
l'insultant. Ver minuil seulement il cessa
de gdndre; on le trouva mort, au pied de
la croix, le lendemain matin.

T. G.

LOUISE CHASTEAU

•

j/.mes d'autre/ois
DEUXIÈME PARTIE

Une lettre, datée de Borville, parvint à
de la Mouraioe quelques jours après le
départ de son neveu. ~lartial lui contait comment, les bureaux de la guerre n'acceptnnt
plus d'engagt&gt;menll pour l'armée d'Ég)pte,
on lui avait con eilM de signer en blanc, pour
un corps q11clcouque, ce qu'il avait fait aussitôt. Le fonctionnaire à qui il s'était adressé
avait laissé échapper un mol que Martial avait
trouvé intéressalll el !!1'3\'e : l li e prépare
quelque chose.... n Et Martial voyait déJà
110e guerre européenne où, derrière le général lluonaparle, lui, le baron de Fonspeyrat,
courrait de victoire en victoire.
Celle lettre jetée à la po le, le jeune homme
avait rélléchi.
li avait beaucoup à oublier .... Tout ce qui
lui parlerait de Fonspeyrat, tout ce qui lui en
Yiendrait, ra\'Î\'erait en son cœur des images
douloureuse ·. Pour les détruire, il fallait
prendre un parti héroïque el définitif, &lt;.I couper le ponts » derrit&gt;re soi. Eh bien, il
« couperait les ponts ». n ne saurai l plus
rien de lui à Verlhis, ni à la llouraine, ju qu'au jour, lointain sans doute, où il pourrail penser à son amour ou en parler, comme
nu le {ait d'un mort bien-aimé. couché depuis longtemps sous terre.
.
li écrivit donc à M• Lase cure, le notarre
de sa famille, pour lui déléguer sa signature
et le prier de recevoir a correspondance, le
maitre de la po le étant averti : « Au surplus, di ·aiL-il , ce n'est là qu'une mesure
Iran itoire. Dè que je serai fixé en un lieu,
pour quelque temp ' , je vous ôterai ee souci.
llais tenet notre arrangement secret : c'est
chose importante. » Ce fut ainsi que Martial
« coupa les ponts » derrière lui.
Les jour , les semaines, les mois se passèrent Point de nouvelles de Marlial. a mère
s'inquiéta. Le marquis, moro e et de santé
languissante, refu ait avec énergie les visites
de madame de Fon pe)'rat. Il pressentait
qu'elle venait l'observer, au cas où il recevrait
en cachette des nouvelles qu'il lui voudrait
céler. A l'inquiétude:, succéda l'angois e dan
le cœur de la mère. M. de la Mouraioe s'abima
da'iantage encore dans la philosophie doucement sceptique et indulgente qu"il pratiquait,
el il î trouva la q~élude.
.
U savait que la Jeunes e affecte volonller

~r.

des airs détachés comme pour marquer plus
fortement son droit à l'indépendance. li n'était
point fà,heusement ému par la désinvolture
d'esprit de son neveu, que d'aucuns eussent
appelée ingratitude. Il y vo ·ait un effet de
l'ivresse virile et l'exubérance d'une personnalité trop longtemps contenue. li c rappelait ses propres équipées à travers le mQnde,
lors de a vingtième année, et le peu de .ouci
qu'il prenait de ceux lai.sés derrière lui :
mon ieur son père, gentilhomme de devoir,
au tère et leLLré, madame . a mère, soumise,
eiîacéc et craintive. N'était-il pas demeuré
des mois et des mois sans leur écrire? Les en
avait-il moins respectés et honorés dan son
cœur et dans son souvl'nir'? on,certes. fois
le cercle où se mouvaient leurs vies, leur intérêts, leurs plaisirs n'était plus le même.
Qu'auraient-ils eu à se dire qui valût d'être
écrit'? 'étaient-ils pas assurés les uns et les
autres de leur altachemenl réciproque'? Et
un jeune homme n'a-t-il pa autre chose à
faire que d'entretenir avec ses proche les
longues corre pondances où se plaisent les
femmes, les vieillards el les philosophes'?
Martial fait son éducation d'homme. Le voilà
aux. prises avec la ,·ie Jihre, qui l'absorbe.
Que le ort lui soit propice 1•••

~fais madame de Fonspeyrat ne se rassurai l
pa si aisément. En vain elle s'agitait à travers la maison, grondant la servante, sourfietant la dindonniere, harcelant le jardinier,
moriaénant sa fille. En vain elle courait de la
linge;ie au grenier, de l'office à la cuisine.
a peine la suivait, lourde. oppte ~ante,
amère et terrible : « Martial?... Martial'? ...
Où êtes-vous, mon fils?... Mon Cils!... Ion
enfant! 1&gt; Elle sentait an plus profond de son
cœur le glaive inexorable de la loi barbare el
Yenaeresse: Œil pour œil, dent pour dent.
Martial avait souffert la même souffrance : la
séparation brutale ... le silence ... l'inconnu ....
Jamais elle ne parlait de Martial. Lucelte,
ses gens , ses familiers , pouvaient croir,e
qu'elle l'avait oublié. Mais, sans cesse, 1l était
là, devant a pensée, quelque effort qu'elle
fit pour s'en distraire et ne point s'atteudrir
à se le rappeler.
Un jour qu'elle rangeait de ol:ijels dan
un vieux coffre, elle rencontra sous .a main
une collection de feuille jaunies couvertes
d'une écriture indéci e el enfantine, devoirs
inachevés d'écolier qui débute, barbouillages
tracé d'une main puérile, - la main de
Martial. Bru que, elle referma le coffre et
détourna es yeux de ces douces reliques.

Madame IÙ Fonspeyrilt , omrne11c1Jit sa ,onfessi-On . C'etaienl .tes ilolè.~n a s sur l'ingralilu.Je Je s~n fils, la
,wuleur qu'elle n rtssmlail pour elle el le renom de sa nujson, l' fn:,utttutle oi, b j elall ce silence, l es
Cf"aintes qu'elle ,1vait
vie d~ MarHal. (Page 136.)

rowr u

�JflST0'/{1.ll

•

.\fois un sanglot monta dans sa gorge. Peut- vent que jadis, car madame de Fonspeyrat
Il s'en allait à un placard, en tirait une
être ne put-elle l'étouffer, car elle e 'auva
'en allait maiote· foi causer avec le curti étole qu'il passait par-de ·,us a lévite. Tout
dan- a chambre, où Lucctte l'entendit se Pomerol.
en la revètant, il élevait son âme à Dieu :
moaclwr hruyamment. En uite elle partil
Depui le départ de ,on fü, elJe 'était
igneur, di ait-il, permettez à cette
d'un trait ver· le pigeonnier. Elle y r1•ncontra
imrulièremenl rapprochée de loi. Le brave p:tuHe âme de trouver quelque repo en celll'
Jeannette, la Jiodonnière. Le. éclat: de _a homme y \'O}ait la bonté d'une grande dame
voix irritée s'entendirent ju,quc dan la cai- qui voulait bien conde_cendrc à le ,i iter confe -ion .... Faites que la douleur vou. la
ramène tout à fait. ... Et pardonnez à \'Oire
• ine, jetant l'inquiétude dan l'âme innocente
ou,·ent. JI en était fier et louché. I.e role de indi"ne erviteur de di pen.:er 1· râces de
de la \lion qui , 'aclÎla plu a idùmcnl à ·on confident auquel il 'élen,it 11ar là lui parai -ouua"e. flientot elle r '\'Înt, ju ea le ragoût sait nlorieut, tncore qu ïl le dùt plutôt à . on la Pénitence dans le cbez-,oi du prc,-bytère,
brûlé, la soupe mal cuite. Et elle alla finir ha Li L c1u 'il i-a per oone. C la, il le . entait au lieu de le répan1lre par le guichet du con~on aprè -midi dan la lingerie où die défit bil•n. El n'eût-if pa. pénélrt! là-dessus le sen- fe.,·ionnal, elon l'usag • et le canon ..... "ai.
ittneur I et
et relit san · e las. er plu. ieurs pile· Je drap· timent de la haronne, il eu aurait été a,·erli ,o ,oies . ool ml térieu.e·,
ct'lte
infraction
aux
ri-nlemcnL
de
la aink
et de ,er,iettes.
par le sin ulier procédé dont elle arnit pri
i:i?lise,
à
l'égard
d'une
noble
dame
fortement
Ain. i ~e pa:. aient le journée sucr.édant à coutume d'u,er, afin rp1e ·a di"oité n'e1)t pa
afllinée, ne saurait drplairc à ,·otre cœur ....
des uuib sa.n . ommeil, qu'elle raccourci,sait à souffrir de ·a rai11lt!s e.
.\yant ainsi pen é, le ruré Pomerol re,·ele plu. possible en se courbant tard et se
Quand madame de Fon:-pe rat, e lénuée nait ,-ers la haroone. Il 'as- rait dan un
le,·aot a\'t'C le jour.
de sa conlraint &gt;, \'Oulait détendre , es nerf. fauteuil de paille, '{" 'il pla~il ~ contre-jour
Lucl'llc souffrait de toutes façon. du départ en parlant de on fils, elle c conre~s:iil.
dans la va te embrasure de la fenètre. Il 'l
de ,on frère. Outre le chagrin que lui eau ail
La ronre ion Dl' lui coùtait point. Ellen' ·
1 .ilcnce de )lartial, eJI • a,·ait à apporter le di:,ait •1ue c.-e qu'elle \'Oulait Lien dire. Pome- accoudait, appuyait on ,·i,age ur sa main
poids des exi"ence· maternelle. et la t.àrhc rol l'écoulait a,·ec une nuance de rc~pcct. Sa droite ou,·crle et qui \'oilait :c· yeux, el
di ait :
a0 çantc du d'llozi r à lire et à répéter. fa- dt:férc.mce pour la haronne u'élait point dimi- Je ,ou· attend~, ma.Jam• la 1,aroune.
darne de FonsJ)t'yrat a,·ait im~giné autre cho e 1111~e par la fonction sacerdotale. Lor~que,
Madame de Fonspc~ral faisait mine de
encore : l'élude approfondie de l'étiquette eu dans ·a pauvre .-aile à manrrer, il la ,oyait
'agenouiller à côté du prètre. \lai·, chaque
usa e à la cour de France, cho,e infiniment
'a,seoir en face de lui, l'œil dur et la l'•\'rc
utile pour le ~mp: lrÎ.' proche où le roy frémi .. anl\•, il sa\'(lit ce qu'il allait ad,,mir. foi~, par un élr:-tn"e ha,ard, eUe en était emre,ieodrait. li fallait sa,·oir comment on le Aprè~ &lt;JUtlques hanalittr , aprè · des plaintes pêchée par une forte douleur au genou; toute
saluait, le nombre tle pa à faire à droite ou ruai furmukle et nomlire tic demi-mot , la 0cxion lui éL'til impo ibll'. Elle d tplorait
celle circonstance ~an ce.•sc r •uou,cléc. Et
à !raud1e uanl de plon"er dan' une profoodc Laronne di~ait ;
le curé dis.iit :
révérence, . a\'oir au~ i à 11ui rev nait le droit
- Tenez, curé, j'aime mieux me con- Dieu ne demande pa l'impo , ihle, maau laboure!, à la chaise à do ou au fauteuil
fe .. er .. .. .\lion., confe . ez-moi .... ~lais quel- dame la baronne. Pren l la pt"inl' J'a\"anr r
à bra .. fadamc dt• Fon. pe)rat était iotraicelle chai~e s'il rou plnîl, et veuillci vou y
taLle là-Je.s~u '.
a · eoir, à portée de mon oreille, car je JeLa l,aronne a,·ail qua. i proscrit la mu ·ique
,·i n ourJ.
el le chaut. Elle dLaiL qu'unt• fille .age a
Madame de Fon~pcyral 'a eyait, fai. ait le
autre choP à foire 11u'à oupirer de air
·irrne
de la croix, di ·ait le Confiteor en écoramoureux en pinçant des corde variées el
chant le latin et comm nçait ~a confe1 jon.
tJ0e Pam-rr. ,Jacque ou Femme seu:iMe
C'étaient des doléances sur l'ingratitude de
étaient d'insupportables niai crie: . ·
.
on
61., la douleur qu'elle en re~~enlait pour
Quand Lucelle . e plaign:iit à Julie, cclfo-ci
elle
et pour le renom de sa mahoo, l'inquiériait de se triste -CS et lui .oufOaiL la rélude oit la jetait ce _ilence, les craintes qu 'elJe
hellion.
ayait pour la , ie de . lartial. A de certain
1"c"-lu pa femme à présent? ... Pourmoments, elle oubliait cure, coofe ion et
11uoi te lais.cr mener comme une petite fille? .. •
.
acrcmcnl. Elle élevait si fort la voi , pleuTu n'a. que ce que ta timidité mérite .... La
rait
i bruyamment, que Pomerol en était
force de ta m1·re e Lfaite de la Iaibl ~si' ... .
lout interloqué. li t niait de la calmer.
Ah! ·1 c'était moi 1. ..
- Allons, ma œur, calmez-vou . . • cal- ·ï c'était toi, que ferais-ta'! ...
me-.Mou
.... Allon ... allon .... Prie.: ... heu ...
uffit. .. je m l'Dll'nd .
heu
...
il
faut prier ... heu.... ·ous alloo ,
El Julie n'osait jam~is dire ce qu'elle fedire troi Al'e ~[aria pour que Notre-Oame,
miL.
11ui a été mère, elle au ~i !... heu ... et qui a
Lurette pleurait om·ent. C'était l'occa. ion
u cc (lue c'était de ·ouffrir, elle au i. ..
de scène· violente lor que , a mère la urdans
son cœur maternel... heu ... Yom. aide
prenait avec le~ yeux roug, :
à upporter... heu... heu... ,otre nrande
- Qu'a\'ez-,ou. encore. De quoi ,·oa,douleur .... A1•e ./aria, g7'atia plena, D0111iplai uez-rnu -'l
1w
· lecum ... .
- Oc rien, ma mère.
La
naïveté de celte formole conl-olatrice,
- .\lors, , ous me ~chez quelque cho. e? ...
le parole latine· su urré · par œ prètre ()uoi? ... Mais dire -le doocl...
G11ill.J1u11~ Ra/::i11auJ stmNalt Jort -~J/is/Jil dt lui~impie el bon, la douceur my térieuse de '
La jeune fille .e Lai. ait. Certes oui, rJle
mbnt, 11011 moins que dt son /:.Jl-i/, it son extra
confidence qui allègent le àm en peine,
or;ti11:ifrt crav:itt, dt ses l'rtloquts tt J&lt; son t.\cachait qucll1ue cho.e : on amour pour Flolravagant cha~au (1'3ll'e 138.)
lout cela fini .. ait par amollir le cœur do marian .. on i1111uiétude à ne pas le voir demandame
de Fon peyrat. L'aigreur de es rander ~a main, comme c·était eonvena. Ah! 'il
l'oubliait. Noo, jamai , jarnai el! ne pour- que cho~e que je \'OU di. e, n'oubliez pa. cune ùdouci ·sait au miel de la prière an,.érait conlicr ce ecrel à .a mère. !ème quand que je ,ou le confie ou le ccau du acrc- lique, tandis que, de sa mémoire, montaient
en elle de pieux ouvenir ' de jeune se. Elle
elle ,oula il se rafraîchir le cœur en oogeanl ment.
pleur11t alors de vraie larmes, longue:! , sià Sainl-llarc, elle altt ndait que la baronne
- -A ,otre gré, madame la baronne, di. ait lencicn. es, abondantes.... L'eau amère des
fùt hors la maison el cela arrirnil plu .ou- le bon curé.
douleurs qui ·épanchent descendait sur se,
..,. 136 ...
0

,

____________________________________
Jl.MES D'AllT7(E'F01S - - -.

joues llélries, gli. ait dan les c.inaux de.
ride , chaque jour plu profond , coulait sur
, robe noire ans qu'elle) prit !!arde ....
i le curé a,·ait eu quelque science de
l'lme au lieu de n'l'n u·oir que la pratique,
il eùt rn face à face ce que nul n'avait jamais
\'U: l'autre madam • de Foospe1rat, &lt;'elle que
la baronne rachail jalou.-ement rt qu'elle aurait rourri de lai, er deviner •. lai le curé ne
saYail qu'étre doux aux. faibles et consolant
aux afOigé . De la p ycholon-ie, il e ouciait
peu.
Toutefois sa conscience du prétre officiant
l'obligeait, à la fin de ce colloque, de faire
3\'0Uer à sa Jkinitenle au moin · quelque~
fautes ou légère· pt•ccadille 11ui ju tilieraient
rappareil de l-1 confe sion el de l'al,_ol ution
11ui s'en ui,·rait. Madame de Fonspe~ rat .')
prêtait volontier·. l'uis, au dernier signe d •
croix, elle . e 1•rait, calmée, prc"rue ,ercine.
Elle rentrait à l'on. peyr:11. a soirée, sa nuit
étaient meilleure . ~fais le lendemain elle
•pn tait encore la Joult&gt;ur lancinante, et ses
1ioleoce - reprenaient de plus hell .

Il
Cependant u11e affaire gral'c urvint qui
1lt1nna un cour oomcau à l'acth·ité de la Laronne et di ipa pour quelque temp ,c.
ob édaote préorcupalion .
lin heau matin de l'an \'III, elle r'çut une
lcllre du . ieur Thorna. flaCanaud, marchand
à \'erthi . Ledit .ieur Rafanaud l'informail,
ur un ton comminatoire, qu'il se di po, il 11
reprendre contre elle certain pro&lt;·è l'llg:ltré
1·er:. 178;; el c1ue le jour· révolutionnaire
a1·aienl u,pendu.
Il s'n!!i. ait d'un vieu - rè,.lemeul de compte
entre flafanaud et le reu baron. A !'in u de
ft'mme, . tani. la de FouspcJrat avait conlracté un emprunt. C'étaient 1ruelque:; centaines de lhre. de linée à rép:ircr le dommarre cau. é à une fille d'auberge par le baron
libertin. La mort l'a,·ait urpris arant qu'il
·e fùl acquitté. M inlcnant, il fallait prouver
la lé .,itimité de la dette, capital et intérêt
hautemeut coté par flafanaud. ladame de
Fonspeyral la niait ab·olumcnt. Le demandeur outenait par do faibl preu,e l'authenticilé de la créance. La cause était obscure
et embrouillée.
Ce Thomas Rafaoaud était uo ancien cufti•
Jeune fille entr1&gt; J.i11s '"' fr.ic1&gt;s de futts tl dt ft/l/s crt • - J.11ctlle ! .•. J.u ctllt : •• &amp;-tu l.i i' • lin
,·aleur illellré qui 'était enrichi Jans de lou- Une
vor,rnt le Jeune homm,: tilt s'arrt t11. Elit n'~tJil polnl confuu, m~ls élonntt u11kmtnl. Elit restait sourl:i111t , tl, cur/,:usi:, rtt.JrJa/1 ~ n&lt;iltur Inconnu . !l'age 138.)
che négociations, achelanl à vil prix toute.,
.orle - de précieuses marchanJi_ en un
temps où les noble, 31'aienl Le oin d'ar"cnt.
nrand train. ~faL il a,·aiL gardé de a petite
peyral. Dico malgré lui, il accepta d·écrire à
, \·ul, il n'eût peut-ètre pas sa conduire ju~cnfanœ le goùt de la campagne, de la ,er- la baronne pour lui annoncer la rcpri e des
11u'au boul on ·ingulier commerce, mai- il
dure et de lleur:.. et, chaque année, au prin- ho tilité . Requis de , 'occuper de cette affaire
a,·ail un li! , Guillaume, dont le con. eil · lui
temp ·, il m·enait à \'crthi , en bel équipaire,
pendant on ~1~oar à Verthis, il hougouna,
itaient précieux. Guillaume, d'abord impie
pas cr quelques jour· prè· de on père el ne ul commcut 'en défendre el finit par
courtaud ile boutique chez un joaillier vari- courir les Loi.s, le prés, les routes. Il hàillait
con entir. Il annon\·a donc à la baronne qu'il
icn, était maintenant chef de la corresponur les nrimoires que on père avait ama -·és
e présenterait inœ~ amment chtz elle en
dance dans I maison .du grand financier
pendant de mois pour Je:, lui faire déchirmandataire de Thomas Rafanaud, pour régler
Ounard. La fine ,,e du commis avait rendu
frer : reconnai ·,anccs, reçu à valoir, cnga- défini live ment le orl de cette ancieon •
de réel ervices au patron qui, en retour,
gemeuls
el autre· papier ·ou~crit par de créance.
l'arait enrichi.
malheureux débiteur· .
Le Ion de ,a lettre irrita madame de Fon A p ine i,.é de trente ans, Guillaume flafaGuillaume e lromait donc à Verthi lor.-.- p yrat. i e l'appelait-il pa cituye,we? ..•
naud vh·ait à Pari~ dans le lu\e et menait
que on pi'•rc rouvrit le ~ieux procès FonsPour un peu, il l'cùt tulople! ... Et, en ma-

�111S T0'/{1.Jl
nière de salutation finale, ne se contentait-il
pas de l'inconvenante et grotesque formule
révolutionnaire : « Salut et fratrrnité? 11 •••
Fraternité avec ce drôle!. .. Avec le fils Rafanaud qui, tout petit, courait pieds nus sur
les routes, le pan de sa chemise 0ottant derrière lui 1... Fra terni lé!... Alors il se mouchait avec ses doigts el ne comprenait pas le
français .... Fraternité!, .. Allons donc, cela
dépassait les dernières limites du bon sen !...

Ill
- Voyez, ma fi11e, disait la baronne à Lucette, voyrz combien grand est mon embarras. Lasescure est absent. Votre oncle, mon~ieur de la Mouraine, est invisible, et, au
surplus, oe s'entend point aux affaires. Le
curé .... Ah! le pauvre homme! il serait bien
empêché de me donner le moindre conseil. ...
.\. qui m'adresser? ... Ce l\afanaud viendra
demain et, d'ici demain, je n'ai guère le
temps d'aviser .... Cette affaire est vraiment
bien malheureuse, ma fille.
- Il est vrai, ma mère, répondit Lucettc.
Vous manquez d'un bon con eiller, clairvoyant et désintéressé, qui verrait les choses
sans parti pris .... Il le faudrait assez instruit
des nouvelles lois pour éviter les fausses manœuvres .... Tout cela e t bien diîficilement
réuni dans un seul homme....
- Voilà qui est fort bien dit, Lucette, et
je reconnais en vous un peu de ce sens droit
que j'avais à votre âge lorsqu'il s'agissait de
mes intérêls matériels .... Oui , il me faudrait
un conseil.. .. Mais qui? .. .
Lucelte avait un nom sur les lèvres. Elle.
ne le prononça point. C'était celui du chevalier. Saint-Marc n'était-il pas avocat et habile?... Elle était sûre, très s\\re, qu'il servirait avec joie la cause de madame de
Fonspeyrat, parce qu'elle était la mère de
Lucette ....
La jeune fille re ta un moment indécise.
Nommerait-elle Florian?... ' i son attitude,
son accent, sa rougeur allaient la trahir 1•••
Elle se troublait i aîs{menl en pensant à
lui l ... Que serait-ce si elle devait en parler à
une personne aussi sévère et aussi respectable
que l'est une mère?
Peul-être pourrait-elle ruser avec cette
dir6culté 1...
Après un silence, el tout en se hâtant à sa
broderie, elle dit :
- Je pense, ma mère, que notre vieille
amie, mademoiselle de Bois5onage, vous trouverait parmi ses connais ances l'homme di cret et savant qu'il vous faut .... Je crois lui
avoir entendu vanter quelqu'un dont les lumières lui sont précieuse . Voulez-vous que
je lui écri,•e un mot? ...
- Vraiment, dit la baronne, vous avez
raison, ma fille, et voilà qui peut se tenter ....
Cependant, Lucelle, ne dites là-dessus que le
strict nécessaire. Ne laissez échapper aucune
parole imprudente. En affaires, voyez-vous,
c'est à peine si l'on peut se fier à son bonnet
de nuit.
- Et puis, ajouta Lucette, vous pourrez

A.MES D'JUIT1{'EF01S

La ~lion l'introduisit, tout effarée, dans le
grand salon aux volets clos, dont elle ouvrit
précipitamment les fenêtres. Rafanaud regarda autour de lui avec intérêt et s'abîma
dans quelques maussades réflexions devant
les portraits de famille pendus au mur ....
Quoi! la Révolution avait pu laisser pareils
souvenirs du passé chez ces aristocrates?...
C'était par trop Fort 1
Soudain la porte grinça. Une jeune fille
entra dans un fracas de jupes et de petits
cris :
Luce lie 1... Lu cette !... Es-tu là?
En voyant le jeune homme, elle s'arrêta.
Elle n'était point confuse, mais étonnée seulement. Elle restait souriante, et, curieuse,
regardait le visiteur inconnu.
- Pardon, monsieur! dit-elle. Je cherchais mon amie Lucette, et ....
Le chapeau à la main, saluant, a,•ec des
mouvements du torse et des jambes, Guil- •
laume répondit :
- Citoyenne, il n'y a pas d'offense ....
C'est moi qui suis fâché de troubler peut-être
par ma présence l'aimable entretien de deux
amies ....
Julie des [magnes parût d'un bel éclat de
rire:
- Citoyenne!. .. Vous m'a rez appelée citoyenne? Si vous saviez, mon ieur, comme
vous me faites plaisir! ... Je rêvais d'être
appelée citoyenne ....
- En vérité!... fit Guillaume, gaiement
el très intéressé.
- Oui, je trouve cela singulier, amusant
el nouveau .... J'ai sn que c'était à la mode
aujourd'hui.... Mais ici !. . . à Verthis !. ..
Presque personne.... Les gens du peuple
seulement emploient ce mol. Ne trouvez-vous
pas qu'il est piquant... tranchant, plutôl?
ajouta-t-elle avec vivacité.
- Citoyenne, voilà un trait d'esprit, dit
Gu.illaume en grasseyant.
En même temps, il faisait une pirouette.
- Mais a-t-on vraiment fini de trancher? ...
reprit Julie d'un demi-air boudeur.
- Oui, cito-yenne, c'est fini, tout à fait fini.
- Ah! tant mieux!. ..
· Julie se tenait debout, appuyée au chambranle de la porte. Un fourreau de batiste
blanche moulait on corps. Une écharpe de
soie orange marquait sa ceinture el soulevait
sa gorge provocante. Un de ses pieds battait
le parquet à petits coups. es mains étaient
roses sous des mitaines de soie blanche. Elle
avait dénoué les rubans de son vaste chapeau
qu'elle tenait à la main et ses cheveux e
montraient tout dorés autour de sa face mutine.
IV
Il y eut un silence, puis elle soupira ....
- Je me sauve, dit-elle. Que dirait la
Guillaume Rafanaud se présenta le lendeterrible madame de Fonspeyrat si elle me
main à Fonspeyrat.
li y parut en somptueux équipage et l'air rencontrait là? ...
Elle imita la baronne :
glorieux. Il semblait fort satisfait de lui- « Mademoiselle des Imagnes, allez remême, non moins que de son habit à pans
longs d'une aune, de son extraordinaire cra- joindre ma fille!. .. Votre place n'est pas ici,
vate ~ù son menton disparaissait, de se bre- en tête à tête avec un jeune homme ! ... »
Puis, changeant de ton :
loques et de son extravagant chapeau. En
- Au revoir ... citoyen !. ..
un mot, il était tel que l'homme à la mode
Elle rit el partit en couranl.
en l'an VIII.

ainsi gagner du temps. Lorsque, demain, le
fils Rafanaud se présentera, vous lui direz ...
je ne sais quoi ... pour retarder de quelques
jours la comcrsation sur l'affaire .... Il est
bien probable que, pour goujat qu'il soit ....
Le visag~ de Lucette exprima une moue
dédaigneuse :
- ... il ne refusera pas d'attendre un peu
votre réponse.
Étonnée, madame de Fonspeyrat regarda
sa fille. Quoi! Lucette avait une opinion, des
idées, suggérait des moyens habiles pour se
diriger en affaires? ... Quoi! Lucette pensait,
Lucelte parlait, Luœtte n'hésitait pas à aller
de l'avant?... Elle imaginait? ... Elle supposait? ... Elle n'était donc plus une enfant? ...
Elle devenait donc une femme? ... C'est vrai :
Lucette a plus de vingt ans.
La baronne l'avait oublié.
Elle examina sournoisement sa fille. Elle
observa que son visage avait perdu son expression puérile, que sa gorge était ronde et
pleine, que ses hanches marquaient de robustes saillies sous le fourreau de siamoise
rayée. Elle vit que ses yeux étaient beaux et
pleins de langueur; sa bouche voluptueu ement charnue el mobile. Elle considéra ses
mains blanches, fines et déliées, son pied
menu qui s'agitait sous la jupe courte, et elle
pensa : a li faut songer à l'établir. »
Puis elle dit :
- Eh bien, ma fille, écrivez, écrivez ....
Moi, je m'en vais chiffrer.
Vite, Lucette posa son ouvrage. Une flamme
soudaine la parcourut toute. D'un bond, elle
fut dans sa chambre, puis auprès de son petit
secrétaire en bois des Iles, et écrivit. Ensuite
elle remit la lettre au valet qui l'emporta à la
poste.
Alors elle sentit en elle une étrange allégresse. La journée était superbe. Lucette alla
dans le jardin. La lumière vibrait sur les
fleurs du parterre, le feuillage des bois, les
murs de l'antique maison. On eût dit qu'il
s'en élevait une harmonie de couleurs el de
parfums. Des abeilles bourdonnaient autour
de la jeune fille ddns le jardin où elle promenait son rêre. li lui semblait être un insecte,
elle aussi, tant elle e sentait légère et viv~.
Mille pensées d1Hicieuses la care saient. Un
autre soleil que celui de l'été brùlail ses joues
et rendait ardent son cœur ingénu.
Puis elle reslra dans la maison. Passionnément, elle se jeta sur sa harpe. Et, ce jourlà, madame de Fonspeyrat, qui l'entendit
chanter, la laissa faire.

.,, 138 ...

" Quelle jolie fille! Quelle jolie fille! »
pensait Guillaume.
Un peu de chaleur lui vint aux joue . Il se
regarda à nouveau dans la glace, remonta
davantage encore sa cravate, toussota, prit
une pastille dans une bonbonnière qu'il tira
de sa poche et attendit madame de Fonspeyrat sans trop d'impatience, car il ongeait
à Julie.
Un pas rude sonna sur les dalles du vestibule. La porte s'ouvrit. La baronne entra.
- Citoyenne ... dit Guillaume avec respect el dignité.
Et il salua.
- Comment!. .. C'est toi? ... C'est toi,
mon pauvre Guillaume?... Eh! bon Dieu!
comme te voilà en bel équipage! Bonté dn
ciel! Enfin... c'est la mode, sans doute ....
N'en parlons plus .... Disons plus tôt et vilement ce que nous a,·ons à nous dire.
Cette réception familière el quasi méprisante irrita Guillaume. Il marqua son mécontentement d'abord par ' OD silence agre if, puis par la manière dont il ·exprima :
- Citoyenne, dit-il, tu ....
n s'arrêta un instant, se reprit comme
pour indiquer qu'il faisait une concession de
politesse à l'àge de madame de Fon peyrat :
- . . . Citoyenne, rnus avez reçu ma
lettre. Vous savez que je suis ici comme
mandataire de mon père .... Il lui est dû une
ommc de six mille livres, ou plutôt de six
mille deux cent soixante-quinze francs et
quarante-cinq centimes, suivant le système
décimal. ...
- Je ne connais rien et ne veul rien connaître à Les francs et à les centimes, dit brutalement et avec hauteur la baronne. A.u surplus, il ne s'agit pas de compter en lines ou
en francs. Je ne dois rien au ieur Rafanaud.
- li y a dix-sept ans que vous répétez la
mèmecho e, dit Guillaumeavecimpatienœ ....
Cela n'a dITTé si longtemps que par la faible se de mon père, l'incurie des juges et la
fatalité des événements .... Mais aujourd'hui
jP suis là.... ous avons une preuve, une
preuYe écrite par vous, oui, de volremain ....
La baronne éclata.
- Ç-1. c'est trop fort!... Mais montre-la
donc, cette preuve! ... Montre-la donc, puisque
tu l'as!. .. Moi, avoir écrit!. ..
- Le i4 février f 789, je précise, vous
avez écrit à mon père une lettre qu"il avait
e:o-arée el que j'ai retrouvée, ce jours derniers, au fond d'un tiroir. Il y a dans cette
lettre une phrase qui reconnaît la dette ...
oui, qui la reconnait. ... Vous aurez beau
faire à pré enL, c'est fait.
La baronne se entit dernnir stupide.
Mais ce fut un éclair. Vite, elle se ressaisit
et pensa : « Il faut gagner du temps. &gt;&gt;
- C'est bon, dit-elle tout haut avec dédain, revien lundi avec ta lettre. Nous
verrons.
ans plus regarder Guillaume, elle e
dirigea vers la porte, puis, se ravisant, elle
se retourna pour lui jeter d'un ton de mépris ces mols qu'elle croyait offensants :
- Pauvre drôle!... Tu as donc oublié

que lu courais nu-pieds sur les routes, étant
petit, et que, chaque dimanche, tu mendiais
deux liards à madame de Fonspeyrat pour
t'acheter un tortillon!. ..
Rafanaud se redressa, piqué au vif :
- Je n'ai rien oublié, dit-il. Et ceux qui
ont vécu el travaillé comme moi n'ont rien
oub1ié non plus .... Nous Yous l'avons bien
prou,·é, à vous autres !
- Je te conseille de t'en vanter! cria-t-elle
en s'éloignant.
Il suffisait à Guillaume de sentir qu'il
avait touché juste et bles$é. Il n'ajouta rien
et sortit, en marchant d'un pas assuré. li
s'appliquait aussi à mettre sur son visage un
peu de la morgue qu'il avait discernée chez
Ounard, son patron.
Lorsque, dans sa voiture, il passa le portail de la cour, il aperçut Julie donnant le
bras à Lucette. Les deux jeunes filles parlaient bas et riaient. Le visage de Lucelte
exprimait une joie douce, celui de Julie un
malicieux plaisir. Guillaume se pencha à la
portière el les salua. Puis il les suivit du
regard. Julie se retourna. Elle lui lança un
coup d'œil singulier. Du bout des doigts,
Guillaume lui envoya un baiser. Et Julie ne
craignit pas de lui sourire des yeux et des
lèvres.
V
&lt;( ~fa chère enfant, avait répondu mademoiselle de Boissonage, je viens d'écrire à
l'aimable chevalier de aint-~larc et je lui
envoie votre lettre. Lui seul me parait propre
à débrouiller habilement le chaos de cette
affaire. Je suis assurée que, pour être utile
à madame votre mère, ce bon et sensible
jeune homme fera l'impossible. Quant à moi,

je serais plus qu'heureuse si cette circonstance inattendue le mettait en état de réaliser ce qu'il désire vivement, je le sais : j'entends de mus donner un témoignage de son
dévouement et une marque du souvenir attachant qu'il a gardé de vous.
cc Que je n'oublie pas de vous dire qu'il
n'est plus à Limeuil mais à Pontvieux, où il
a été nommé juge au tribunal.
" Vous savez peut-être que le gouvernement réorganise les tribunaux et qu'il fait
appel aux hommes les plus vertueux pour
tenir les offices de la magistrature. Le sage
Saint-Marc a été désigné par son parent,
monsieur Bigot de Préameneu, fort estimé
du Premier Consul. Florian s'est ,,u nommer
aussitôt dans l'emploi dont il est digne. Par
ainsi l'on a proclamé publiquement son savoir
et sa vertu.
« Le marquis de Bellombre ne l'a point
voulu quitter. Les voilà donc tous les deux
en Périgord, non loin de vous. Le marquis a
pu acquérir à Pontyjeux la maison où il est
né, où il a vécu tout jeune et qui, par suite
des horribles désastres rle 95, était devenue
la propriété d'un boulanger. Ils vivent ensemble là-bas, comme ils faisaient à Limereuil, n'ayant rien changé à leur train et
ayant emmené leur valetaille.
« Ne lrouvez-vous pa , ma mie, que voilà
un beau trait d'amitié? Le spectacle de cet
homme vénérable partageant l'existence de
son aimable parent, le traitant comme un flls
et ne le "oulant point quitter; celui de ce
jeune homme se plaisant en la compao-nie de
ce vieillard el le respectant comme un père :
il y a là, n'est-ce pas, de quoi attendrir toute
âme sen ible?Quant à moi, je n'y puis songer
sans que mes yeux se mouillent de douce_
larmes.

Pouyadou approuva11 tous Les actes du (&gt;rem~r consul: • - JI a r.1iso11, puisqu'il est au po uvoir .... Il est
fort ... j'aime les gouverflements forts . ... Je suis pour ceux qui gouvernttll. • Par cette form11le , il avatt
eu tout temps expliqué l'exlreme v.irlaNlilt de ses opi11io11s. (Page 140.)

�H1ST0~1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
11 Ma chère enfant, je fai3 mille ,·œux pour
la réu site de l'affaire qui préoccupe madame
votre mère, el j'en fais aussi pour votre bonheur présent el futur. Enfin je souhaite que
rien n'ohscurris e jamai Ja félicité qui doit
èlre le partage de votre vertu. »

Madame de Fon pe}·rat ayant lu celte
lettre, car elle n'aurait pas souffert que a
611e la décachetât et la lùt avant elle, la rem il
à Luœlle en lui disant :
- Celle pauvre de Boi sona"e est toujour"
la mème ; une bonne et vieille foUe. Elle
YOÎt du roman parloul.
- Comment? dit Lucette.
- Je m'entends, répondit la lmronne.
Et elle tourna le talons.
Luœlle lut el relut cette épitre. Elle tomba
dans une grande rêl'erie, coupée d'éclairs de
plaisir et d'espérance joyeuse. ul doute que
Florian ne répondit au itôt. Mai que dirait-il?
Le lendemain, Dumarou, envoyé au Lureau
de la poste pour y chercher la correspondance, en rapportait la répon e du cbe,alier.
Elle était brève et courtoise. Il 'excusait de
l'écrire au si laconique, mais il était fort
occupé par les besoins de sa charrre. Cependant il s'emprc·serait de se rendre à Fon·peyrat, le prochain dimanche, el y séjournerait le tcmp · nécessaire pour conférer avec la
baronne.
Très probablement (. de Bellombre l'accomp:ignerail, car il se ferait une joie de
visiter cet important domaine. En allendarn,
l'un et l'autre déposaient aux pieds de la llaronne et de mademoi elle sa fille leur plu
re. pt'Ctueux bomma"e .
- Voilà qui est parfail, dit la baronne
après avoir lu. Il s'agit maintenant de tout
apprêter pour bien recevoir nos hôtes. Je
compte sur .ou , ma fille, pour veiller à ce
que rien ne cloche.
Lucette aurait bien préféré pas er son
Lemp en rêverie ou à inventer une jolie toilette pour ce jour-là. lais a mère avait
parlé, elle obéil. Elle 'empre sa autour de
la ~lion, aiguillonnant le zèle de la ,ieille
.ervanle, choi i anl avec elle le plus beau
chapon de la basse-cour cl préparant des pàLisseries. crèmes et friandi.c dont elle .avait
le chevalier un peu gourmand.
Mais, pendant qu'elle ·occupait ainsi, elle
n·a,·ait dan l'ima~ination qu'une idée, qu'un
nom : Florian. « Il ,·a venir, pen ait-elle. li
verra ces lieux où je oupire en pensant à
lui. ... Il respirera l'air que je re pire ...• li
portera se pa où je porte les miens ....
Avec moi, il rêwra, dans ces bois qui m'entourent .... 0 Florian! ... »
Ain i, dans le langage emphatique de
l"époque, Lucelte se parlait à elle-même et
e disait de choses qui, tour à tour, la jeLaient dans la mélancolie ou l'enivraient d'une
joie ardente.
Ce dimanche arriva enfin. C'était une da le
importante pour Vertbi : il y avail foire el
préparation de la li Le des notables de la

commune, liste exigée par la nou,elle constitution. ur celle liste, le préfet choisissait le
maire et les adjoints.
Cette double circonstance foi ait afnuer
dans les rues de la petite ville les propriétaire des environ , les métayers et les bourgeois. Le uns avaient porlé au marché les
produits résené pour ce jour-là, les autres
y conduisaient des L11e.~ à ,·eodre, d'autres
venaient en acheter. Certains e rendaient à
la Mai on commune pour y consulter le listes
et 'assurer qu'ils y figuraient bien el e actement.
Dans la rue Haule, qui mène au Foirail,
et dan" la rue Ba e où ont le plus belles
boutiques, les marchands se tenaient sur
lem·~ portes pour solliciter la clientèle, car le
pay an e t loujour· indéci · au moment a·acbeter. Il maniait et remaniait le coton, la bourrelle el le cadi qui !louaient, accrochés par
un bout à un clou fiché dan la deranture.
li foi ait mine d'enlrer, puis reculait. li s'arrètai t, avançai L pour recu Ier encore. Il parlait à .a femme dont le YÎ.arre fermé ne lai ait entendre ni oui ni non. Finalement, il
s'éloignait, ou, tout à coup, e décidait, pénP-lrait dan la boutique, uh•i de la ménagère silencicu e, chargée de paniers el d'un
gros parapluie de coton hleû.
La boutique du pharmacien, peinte en
couleurs criarde' , se di Linguait eolre toute .
La porte en était bas e el cintrée el il fallail
de cendre deux marches pour y pénétrer. 11
· Ooltail une étranrrc odeur d'épice·, d'herbes
èche , de térébenthine et d'ammoniaque.
De paquets de menthe, de surt!llu, de sauge
el de rue pendaient au1 solives noires et
large . Toul autour se \'oyai~nt de ca ·e à
Liroir où étaient inscrit les noms de diver es
poudre et onguents : résine de jalap, kerm ' , cloporle en poudre, limaille d'acier,
nitre, antimoine, théria'lue, onguent nutritum, etc ....
ur le seuil était Pouyadou. eau anl a,·ec
1, notaire et le médt?cin. Les ,·êpres . onnaient. Les dérotes e rendaient à l'égli e.
Une femme ,·êtne de brun, importante et
sévère, pas a, le yeux bais és ous le capuchon de sa mante.
- La gou\'ernante de la citoyenne des
Imarrnes. !'OufOa Pouiadou à l'oreille du médecin. Ob crvez qu·dle e l cule aujourd.bui. .. .
JI cligna de l'œil cl prit un air !!l'ivois. Le
méd.ecin lira sa tabatière el lui olfrit une
prise, ce qui changea le cours de leurs idées.
Il parlèreut du temp qu'il lai.ait, des récolte·, des maladie passée et de celles qui
s'annonçaient. Ils di culèrent ur Brown el
sur Broussai , ur la ~aignéeeL les emplâlre ,
et dirent deux mots de la politi4ue. Poupdou
approuva.il ton les actes du Premier Con ul :
- li a rai on, pui ·qu'il esl au pouvoir ....
li e t fort.... J'aime le gouvernements
forts .. .. Je ni pour ceux qui rrouvernent.
Par cette formule, il avait de tout temp
e1pliqué l'extrême variabilité de ses opinion .
- AlJon , mon paune ami, disait ~lal··
sonnave, préparez-vous un nouvel habit.
L

Cette fois il vou le faudra superbe et couleur de monarque ....
Il ricanail. Pouyadou, piqué, allait répondre. Mais il ne le fit point, Loule son
allenlion étant portée sur un carro se inconnu
et de bonne mine qui arrivait par la rue
Haute.
- Regardez! ... regardrz !. .. criai l Poul adou.
Derrière les "laces relevées à cause de la
pous ière, il di tinguèrent un vieillard et un
jeune homme.
- Il tourne ver Fonspcjral! cria le
pharmacien. Qu'y a-t-il donc de nouveau? ...
'e crail-&lt;:e pas quelque mariage qui e prépare pour la citoyenne Luœlte?
- A.lion , allons, Pouyadou, calmez votre
ima"inatioo, dit le notaire avel' douceur et
ironie, car ....
Un bruit de onnailles. un tapa e de chevaux lancé au "'rand trot interrompit
La escurc.
ne chaise de poste passait Jans un tourbillon de pous ière. ,tais l'œil du pharmacien, habile à l'espionnage, avait pu disûnguer à l'intérieur un jeune homme et une
jeune femme enlacé .
- Cito)·en médecin! cria-t-il, enivré de
a découYerte, \Oyez : le fils Hafanaud enlève
la citoicnne des [magnes! ...
Et il ne e trompait pas.
11

Le marquis et le cheralier arrivèrent à
FonspeyraL sans encombre. Dao la cour, la
baronne et Lucelte le attendaient. Ayant mi·
pied à terre, le visiteur firent leur révérences, tournèrent leurs compliments et,
a ·ant baisé la main aux dame , furent conduits ver la ·aile où une collaûon avait été
préparée.
Lucelle marchait, les )'ell.X bais és, un peu
en avant du groupe formé par a mère, le
marquis et le chevalier. Madame de Fonspeyral ne remarquait pas que ceux-ci n'avaient d'yeux que pour Lucelle. Par polîtes e
cependant, le marquis jetait parfoi · de c oh ! »
et des « :ihl » parmi les discours que lui
tenait la baronne, mais c'était sans trop s:ivoir
ce qu'il faisait, semblait-il. s reaards étaient
altarhés sur la délicate ilbouclle vêtue de
ro e et de blanc qui "lissait devant lui. Lucette montrait, sous le bord de .a jupe, es
ha de fü à jours dan de petits oulier de
prunelle grise. Son écharpe couleur aurore
llottait à ses cotés, comme des ailes de papillon.
- Mademoiselle de Fonspeyral est fort
belle, madame la baronne, dit le marquis.
La baronne Ires ailiit et le regarda, surprise.
- Elle est surtout une vertueuse et age
fille, dit-elle. Depuis qu'elle a quitté mademoiselle de Boissonage, elle a appris beaucoup
de cho e importantes qu'on lui avait lai .é
ignorer, très fàcheusement par exemple ....
Lucctle craignit que sa mère ne fûl juaée
ridicule en parlant du d'IIozier el des Ordon

,,___________________________________
nances, et, se retournant, elle l'interrompit :
- Oh! ma mère, dit-elle, je \'Ons en
prie 1. .. e fatiguez pas no hôtes par l'énumération de mes connaissances en Yieilles lois
et coutumes ou en la science de monsieur
d'Hozier. Au surplu , nous voici dans la
salle .... Il faut collationner.
La table était sencie. Luœlle fit les honneurs arer grâce. EUe était as-i ·e auprès de
Florian. Son ,;saae, rose de plai ir, cmlilait
une fleur prinlanière, ses Jeux brillaient.
. es dents étincelaient entre es lèvre appétissante . Comme elle eùt voulu parler à Florian! Elle espérait bien que ses regards amou
reux étaient entendus de lui, mais clic n'en
était pas sù.re .... Et ce trouble l'agitait.
aint-~larc était ilencieux et rè,·eur. L'altitude de ~f. do Bellombre le surprenai 1.
Devait-il s'en réjouir ou s'en inquiéter? Le
marquis ne délachail se )'eux du vi·a0 e d ,
Lucette que pour le porter sur son ae\'eu. li
paraissait troublé. Cet excellent vieillard aurait-il deviné l'amour de ce· deux jeunes gen.
el on cœur était-il ému à la pen tic de leur
bonheur? ...
On mangeait des tartelelles. Florian crul
devoir parler à madame de Fon.spe1 rat de la
cause ditûcile qu'ils auraient à discuter.
- flie n ne pre. se, dit la baron ne. Le rcnde.1.-\'0u, a\'ec le demandeur est pour demain.
Nous avons tout le Lemps de commenter celle
alfaire dé~a&lt;rréable. J'ai un fort dos~ier làde us .• ou l'e amineron quand vous serei
repo é.
i nous passions dan· le salon? dit
Lucetlr.
Ll compagnie ·y rendit. Devant, marchait
M. de Rclloml.,re, donnant la main à la baronne.
Lucelte et Florian suivaient. Dan l'entredeux larrre el profond d'une double porte, lei.
jeunes gen · s'atlardèrent un rien de temp·.
Florian prit la jeune ûlle par la Iaille et e
rourbaJust1u'à se · lim·e·:
- Je vous aime toujours, Luceue.
- Je vous aime toujours, Florian.
Ils goùlèrenl une minute ex.quise.
.A peine étaient-il dans le salon 11 ue la ser~an te apporta un pli cacheté à la baronne.
Etonnée, madame de Fon~peyrat de.manda la
permi , ion de l'ouvrir. Le marquis et le cbernlier acquiescèrent avec la plus grande polile e. A.lors madame de Fon, peyrat se blottit
dans l'embrasure d'une fenètre el lut, cependant que M. de llellombre examinait les portraits el que Lucetle montrait à Florian quelques estampe qui trainaient sur une table.
Toul à coup la baronne 'exclama :
- Voilàunechoseélrange, inconcevable! ...
Plus de procès, chevalier l. .. Écoutez plutôt :
Elle lut à haute voix :
Citoyenne,
&lt;1 Une circon Lance impré\'Ue m'empèchera
de me trouver demain au rendez-vous fixé.
Yeuillez m'en excuser. A l'heure où vous
recevrez ces ligne , je serai sur la route de
Paris où m'appelle une pressante alfaire. De
plus, je veux vous dire que, sur les instances
&lt;1

d'une per onne qu.i m'e l chère, et dont
l'amitié pour votre fille est des plus touchantes, j'ai fait comprendre à mon père
qu'il devait abandonner toutes pour·uites à
votre i:rrard, faulP de chances réelles pour le

..,,.._,~··•

Lucelk montr,1il, so11s le bord ~ sa Jupe, ;te tetll~
soult~rs ,ù trunt llt grise. Son ~c/la&gt;"tt couleur

:wrort _rlott:1it .i sts côtés. (Page q o.)

rendre fructueu e . Il a accepté mes raisons.
1&lt; Vou trouverez sous ce pli la pièce doot
je vous ai parlé el qui est la eule ur laquelle
mon père prétendait 'appu)er. Yous 'i trouverez au. i une lellre de la cito1·cnoe de
Tmagoe pour voire belle el intére santc fille.
La lui raire tenir ,•ou vaudra la reconnaissance de son amie et la mienne.
« Je \OUS salue, citoyenne, en toute fr:iternite.
« Gu1LL-Ha1r. lhu.urn. »
On ne saurait peindre la stupeur joyeuse
de la baronne. Quant à Lucelte, elle rougi ·sait et pàlissait tour à tour. Elle oupçonnait
la vérité et n'osait le témoigner. Elle brûlait
du désir de lire la lettre de on amie el n'osait
e pérer que a mère la lui remit. 'lai la
baronne étail si heureuse qu'elle oublia sa
prudence habituelle. Cette victoire sans combat l'enivrait.
- Tenez, dit-elle à a fille en lui tendant
la lettre de Julie.
Lucelte gli sa le papier dao on corsage.
- Ma mère, dit-elle, ne pourrais-je faire
visiter le jardin à monsieur de aint-Marc?
- Mais, répondit la baronne vi\'emeut,
nous y al Ion tous, et ....
Pardonnez, madame; dit le marquis,
... 1.p ...

A.MES D'AUT1fEF01S - ~

mais je vous demanderai grâce pour quelques
instants encore. Me \'Oici très bien accommodé
dans celte bergère .... Mes jambe , qui sont
un peu lasse , se trouvent fort ai es de ce
repo . . . . Pendant que les jeunes gens se
divertiront à la promenade, faites-moi, je
,ous en prie, l'honneur de demeurer avec
moi. ... J'ai beaucoup de choses à vous dirr.
madame.
Ainsi fut fait. La baronne resta en tête à
tète a,·ec le marquis,el le jeunes gens s'élo1gnèrtnl.
eule avec Florian, parmi le allées du
jardin et sou le charmille , Lucette oublia
la letlre de son amie. Car, ·i forlc que soit
la curiosité dans l'àme d'une fille, l'amour
est encore plu fort. Elle ne sonrreait qu'à
regardl!r le cht•va lier, à se tenir à _on côté,
rrémis ante sou le charme de ·on regard et
de sa ,·ois:. Lui, la con idérait comme 'il ne
l'eùl jamai vue aus~i belle, ans i parfaite de
gràce, de douceur el de décence. A travers le
jardin fleuri de roses el embaumé du 1baud
parfum des fruits, ce couple jeune, Fort et
amoureux, c'était Yraiment le Printemps qui
passait.
- ... A.insi, ,·ous ne m'a\'ez pas oublié,
Lucelle'I ùit Florian après un silence.
- Chaque jour et presque à chaque heure
j'ai pensé à vous, mon tendre ami. Il me
emblait que quelque cho ·e, je ne sais quel
événement, allait se produire qui nous rapprocherait. ... El je l'attendais, brûlante d'fmpatience ... .
- ... Et vous avez econdé la Providence,
vous avez aidé le hasard, dit Florian, badinant arec tendre. e. Comme vou al'ez bien
fait, Lucetle !. .. Moi, depui notre dernière
entrevue chez mademoi elle de Boi. ooage,
sa\'ez-vou · bien, mon ,tmic, que ,·oilà plu
d'un an'? j'ai été plongé dans de gra\'es soucis. li m'a fallu m'agiter pour obtenir la
ch:irge dont me Yoici revêtu et que je n'ai
convoitée que pour seconder uos projets ....
Oui, Lucette, mes trop petits revenus ne
m'eussent pas permi de solliciter votre
mai11 .... Jamai votre mère ne ,·ou aurait
donnée à moi. A présent, Je pui parler et,
dès ce oir, i vous y con·entez, je lui
&lt;lirai.... .
- Pourrai-je supporter l'exc·· de mon
bonheur'? dit Lucelle \'iolemmenl oppressée,
les yeux humides et la ,·oi.1. tendre.
- Ce bonheur, Luceue, nous sommes
deux à en porter le poids délicieux. Ah! quel
doux moment !
Le chevalier a, ail jeté ces derniers mol
avec une fougue inaccoutumée et 11ui surprit
Lacelle.
[o • ouffii: traversa l'air brùlant el fil ,·oltiger les cheveui de la jeune fille. Une mouchese posa sur on cou, bourdonnante. Elle ne
réu ~issait pa à l'en chas er . Florian l')
aida. Il prolongeait à plai ir cette occupation
innocente. Peu à peu, il ~•y attarda. e
doigts s'embrouillaient ,Jans les fins cheveux.
boucl~ , frôlaient la nuque, glis aient sur la
peau moite, duveteuse et satinée. ll eut un
geste viî dont l'ardeur parut l'inquiéter. li ~
1

�1t1ST0'1{1.Jl
coupa court, rrusquementet comme honteux.
Puis il se détourna et regarda au loin.
- Qu'avez-vous, mon ami? dit Lucette,
inquiète et ingénue.
- Rien, dit-il avec un émoi contenu.
Ils étaient en un point où l'allée se perdait
sous la charmille. Les arbres taillés à pente
droite formaient deux murailles de verdure.
Leur ombre était coupée de plaques d'or ou
percée de rais luminfux. Une fine buée tombait de la voûte feuilJue et les enveloppait de
fraicheur. Un frisson voluptueux et léger
courut sur leurs épaules. Des silences coupaient leur dialogue.
Ils se dirent las. Un banc cintré de terre
battue et gdzoonée marquait un rond-point.
Ils s'assirent. Les chardonnerets et les moineaux piaillaient aulour d'eux.
Florian prit dans ses bras la taille de Lucetle. Étourdie et comme grisée, Lacelle s'y
abandonna.
a Ah! si celte minule durait toujours, &gt;&gt;
pensait-elle.
Elle ferma les yeux. Elle sentit sur sa
bouche les lèvres de son ami .... Un frisson
la parcourut.. .. Puis un sourae ardenL courut sur ses joues, sur son front, sur ses cheveux, et jusque sur ses oreilles el sa nuque ....
L'haleine de Florian était brève el saccadée.
Elle le sentit si vivement ému qu'elle prit
peur et ouvrit les yeux. Ils se regardèrent
profondément, passionnément .... D'un geste
résolu, Florian dénoua son étreinte et se leva.
- Marchons, dit-il.
Mais ils restèrent un long moment sans
trouver rien à dire. Ils allaient, les mains
unies, silencieux et embarrassés.
Puis, s'essayant à reprendre son calme :
- Que dü,ions-nous?... e faisions-nous
pas des projets? ... Voilà qu'il nous faut penser à l'avenir, Lacelle. Laissez-moi vous
parler de notre vie prochaine. Sans grosse
fortune, je suis pourtant assuré, mon amie,
de vous conserver votre rang dans le monde
et mème de vous donner un train auquel vous
n'êtes pas accoutumée ....
- Oh! le train que nous menons à Fonspeyratl. .. s•écria en riant la jeune fi.lie, il
n'est pas dirficile de le dépasser 1. ..
- J'ai douze mille francs de rente, ma
charge, et deux métairies en Limousin. Je
suis le seul héritier de monsieur de Bellombre,
mon oncle vénéré, don.l la fortune est considérable, sans qu'il y paraisse. Je ne vous
parle pas de mes économies en espèœs, dont
j'ignore le montant, ayaat peu de goût pour
le maniement des écus. Je ne vous dis rien

non plus de certain petit trésor de famille
que je liens de leu ma mère. Elle avait pour
moi une tendresse particulière, car j'étais
son dernier né en même temps que le plus
faihle de corps et le moins titré. A mon
intention, elle avait rempli une cassette de
vieilles monnaies curieuses. Il y a des augustules, des ducats, des écus au soleil, d'autres
à la salamandre, des florins qui onL plusieurs
siècles, des Henri fort nombreux, des moutons d'or, des doubles royaux et même des
testons. S'il vous plait de convertir tout cela
en menus affiquets de toilelte, vous Je pourrez, mon amie. Ce trésor est le vôtre. Depuis
longtemps je pense à le mettre à vos pieds.
Lucette eut un mot1vemenl de joie puérile,
en même temps qu'elle fut sensiblement touchée de cetle marque d'estime que lui donnait
Florian. Elle pensa que l'amour vrai ne se
contente pas seulément aux actes héroïques,
mais qu'il se marque par les mille prévenances et soins sur lesquels médite un amant
en l'absence de l'objet aimé .... Son cœur se
gonfla et ses yeux se mouillèrent. Plus tendrement, elle se serra contre son fiancé qui
d'un nouveau geste brusque la prit à la taille
et la pressa sur son cœur. Lucelle se dégagea
encore. En remontant sa ceinture que ces
divers mouvements avaient déplacée, elle rencontra sous ses doigts la lellre de Julie.
Elle la prit et proposa de la lire à voix
haute.
Ce fut une diversion.
Elle lut :

« Ma chère,
« Entre la vie que ma triste el respectable
gouvernante mefai~ait mener en notre sombre
cb.àteau et l'existence libre, pleine de mouvement et de lumière qui m'était offerte, je n'ai
pas hésité. Je me mourais en face de la
bibliothè4ue de monsieur des !magnes et
dtivant les infinis tricots de ma pauvre duègne.
Je Millais des journées entii&gt;res, à me décrocher la mâchoire, et je passais des nuits sans
sommeil ou à bàtir millt:" projets e~travagants.
La vivacité dr'.S peintures de certains romans
que j'avais dérobés et l'agréable audace de
certaines estampes dénichées en de vieux
tiroirs ne suffisaient pas à mon imagination.
Il me fallait davantage et mieux. J'aime la
vie et je veux vivre.
« l1 s'est trouvé qu'un garçon fort galant
et poli a distingué mon visage et que sa tournure m'a fortement plu. Je l'ai comparé aux
maigres et bénins petits gentilshommes qui
nous entourent et la comparaison a été toute

à son arantage. Il m'a dit qu'il se mettait à
mon service pour me rendre heureuse et me
fournir de bonne gaieté. J'ai répondu que,
très volontiers, je lui donnerais en échange
ce que ma condition de fille, jusque-là forl
sage, bien portante et d'esprit avisé, me permettait de posséder. Ce troc nous a paru singulièrement agréable et nous avons résolu de
ne pas le retarder plus longtemps.
« Je m'inquiète peu de ce que la petite
ville et la vieille noblesse à demi morte de
notre province penseront de mon équipée.
Au-dessus de tout, ma bonne, il y a l'amour
et le plaisir. C'est pour eux que nous sommes
faites, crois-moi, et ne te dérobe· pas à eux
si tu les rencontres. Surtout, ma chère, n'use
pas ton cœur dans les excès de sensibilité
vers lesquels je t'ai vue portée. N'imite pas
ton pauvre frère. Garde-toi de pleurer éternellement sur n'importe qui ou n'importe
quoi. Aime qui t'aime.
« Mais, que dis-je? ... N'as-lu pas en ce
moment près de toi l'objet de ton tendre
amour, ton aimable chevalier?... Tu es heureuse, loi aussi, Lacelle, à ta manière, qui
n'est pas la mienne. Mais qu'importe la façon,
pourvu qu'on jouisse de la vie!... JeanJacques a dit vrai, ma chère : nolre droitd'aimer est absolu. Ne crains pas d'en user.
« Un mot encore :
(&lt; A son insu, certain jour, madame de
Fonspeyrat a prèté un instant son salon à un
homme el à une fille qui se sont trouvés fort
aises de celle rencontre inallendue. En souvenir de ce charmant hasard, la ci!oyenne
Julie a prié le citoyen Guillaume de metlre
fin, au plus vite, à un procès embarrassant.
Les deux amoureux n'ayant plus rien à e
refuser, Guillaume a accédr. Et voilà oomment cette petite folle de Julie acquitte envers
ta mère sa dette de reconnaissance.
« Adieu, ma bonne. La voiture qui m'attend va m'emporter vers Paris. Je brûle d'3•
être. Crois bien que là comme ici je ne t'oublierai pas et que je serai toujours ton amie.»

MERCIER

....,

Paris au
L'Allée des Veuves
Autrefois, 1es femmes qui avaient perdu
leurs maris n'auraient osé paraitre, même
en grand deuil, aux prom~nades publiques.
Il y avait, aux Champs-Elysées, l'allée des
Veuves, allée sombre et solitaire, où il ne
leur était permis de se promener qu'après
dîner, pour prendre l'air et puis rentrer chez
elles. Mais l'on voit aujourd'hui des femmes
en crêpes paraitre à nos spectacles. D'autres
font de leur deuil un sujet de parures·, elles
donnent, au deuil d'un mari, l'air d'un deuil
de cour. Le défunt n'en obtient pas davantage : ce reste de décence n'e t pas observé
par des femmes qui, plus jalouses de leurs
attraits riue de respect pour l'honnêteté publique, bravent, après Je décès de leurs
époux, des lois qu'elles ont méconnues pendant leur mariage.
On a profané le deuil; cet emblème de la
douleur n'est plus qu'une mode, un faste, un
changement d'habit, tel qu'on le pratique
lorsqu'on joue une comédie. Oh! qu'un censeur public serait nécessaire pour conserver
à la mémoire des morts ce respect dont
l'oubli est la plus grande dépravation dPs
mœurs.
Les filJes de joie, cb.ez la Gourdan, portaient régulièrement le deuil de cour, el se
Félicitaient d'un habillement qu'on leur fournissait gratis, et qui relevait leurs charmes.
Une marquise disait ce matin à sa femme
de chambre : « Voilà un deuil qui, depuis
quinze jours, m'ennuie bien, mais dis-moi
donc, Roselle, de 4ui suis-je en deuil? » et
Rosette le lui apprit.
Enfin la bizarrerie se mêle à ces témoignages de la douleur, respectés chez Ioules
les autres nations de la terre. M. de Brunoy
ayant perdu sa mère, fit venir des tonneaux
d'encre, et mit en deuil les jets d'eau de son
parc, en les teignant de cette couleur lugubre.

Maintes fois, au cours de celte lecture,
Lucelte avait hésité et rougi. Florian souriait
avec malice et la regardait en dessous.
Il se pencha, effleura son front de ses
lèvres palpitantes. Lucetle leva sur lui ses
yeux tendres el brillauts.
fü retournaient vers le sa1on. De loin, ils
aperçurent Ja baronne qui, l'air agité, semblai l les cliercher. Us mirent entre eux une
certaine distance et, se hâtant, marchèrent
vers e11e, du mème pas cérémonieux.

Dépouilleuses d'enfants
(lllus/rt:ùions de

CoNRAD. I

(A suivre.)

LOUISE

CHASTEAU.

..

Les dépouilleuses ont des dragées et des
habits d'enfants tout préparés, mais d'une
mince valeur : elles épient ceux qui sont ]es
mie111 habillés, el en un tour de main elles
s'emparent du bon drap, de la soie, des
boucles d'argent, et y substituent une souquenille grossière.
Les enfants amadoués, ou se laissent faire,
ou pleurent, ou crient : une complice prend
le ton el les manières d'une gouvernante, les

XVI/le siècle

gourmande, et les passants de dire : « Ab!
le petit mutin, il faut lui donner le fouet! l&gt;
Que dit le père, quand il revoit son pauvre
enfant sous un accoutrement étranger, deux
fois trop large et où la Yermine est logée?
Ainsi disait le vieil Isaac : « C'est la voix de
Jacob, mais ce n'est point sa robe. »
Ce brigandage ne pouvait s'exercer que
dans une ville immense el populeuse. Les
plaintes réitérées de quelques parenls ont
fait pour uivre un délit qui semblait ne devoir pas ~e trouver dans la liste des crime~.
Une sentPnce du {;hâtelet a été confirmée par
arrêt du Parlement du 8 juin i 770. Elle condamne une raccommodeuse de dentelles à
être fouettée et marquée, et renfermée à
l'bcipital de la Salpêtrière pendant neuf ans,
préalablement mise au car..an avec un écriteau devant et derrière, portant ces mots :
Dépouilleuse d'en/a.nt.

Petits nègres.
Le singe, donl les femmes raffolaient, admis à lt•urs toilettes, appelé sur leurs genoux., a été relégué dans les antichambres.
La perrurhe, la levrette, l'épagneul, l'angora,
ont obtenu tour à tour un rang auprès de
l'abbé, du magi~trat et de l'officier. Mais ces
èrres chéris ont Loul à ,coup perdu de leur
crédit, et les femmes ont pris de petits
nègres.
Ces noirs africains n'effarouchent plus les
regards d'une belle; ils sont nés dans le sein
de l'esclavage. Mais qui n'est pas esclave auprès de la beauté1
Le petit nègre n'abandonne plus sa tendre
maîtresst&gt;; brûlé par le soleil, il n'en paraît
que plus be,au. li escalade les genoux d'une
Ît!mme charmante, qui le regarde avec complaisance ; i1 presse son sein de sa tête lanugineuse, appuie ses lèvrl's sur une bouche de
rostl, et ses mains d'ébène relèvent la hlan-cbeur d'un col éblouissant.
Un prtit nègre aux dents blanches, aux
lèvres épaisses, à la peau satinée, caresse
mieux qu'un épagneul et qu'un angora. Aussi
a-t-H obtenu la préférence : il est toujours
voisin de ces charmes que sa main enfantine
dévoile en folà1raat, comme s'il était fait
pour en connaitre tout le pru.
Tandis que l'enfant noir vit sur les geno111
des femmes passionnées pour son visage
étranger, son nez aplati, qu'une main douce
et caressante punit ses mutineries d'un léger
châtiment, bientôt effacé par les plus vives
caresses, son père gémit , sous les coups de

-.

fouet d'un maitre impitoyable; le père travaille péniblement ce sucre que le négrillon
boit dans la même tasse aveo sa riante maîtresse.

Falots.
Porteurs de lanternes numérotées, qui vaguent dans les rues vers les dix heures du
soir. Voilà le falot : ce cri s'entend après
souper; el ces porteurs de lanternes se répondent ainsi à toute heure de nuit, aux dépens de ce111 qui couchent sur le devant; ils
s'attroupent aux portes où l'on donne bal,
assemblée.
Le falot est tout à la fois une commodité
et une sûreté pour ceux qui rentrent tard
chez eux; le falot vous conduit dans voire
maison, dans votre chambre, fùt-elle au
eptième étage, et vous four1ùt de la lumière quand vous n'avez ni domestique, ni
ser\'ante, ni nllumetles, ni amadou, ni briquet; ce qui n'est pas rare chez les garçons.
coureurs de spectacles, et batteurs de Loulcvards. D"ailleurs ces clartés ambulantes épouvantent les voleu1·s et protègent le public
presque autant que les escouades du guet.
Ces rôdeurs, tenant lanterne allumée, sont
attachés à la police, voient tout ce qui
se passe; les filous qui dans les petites rues
voudraient interroger les serrures n'en ont
plus le loisir devant ces lumières inattendues.
Elles se joignent aux réverbères pour éclairer le pavé. Il est devenu beaucoup plus siir
depuis qu'on a imaginé de lancer dans tous
les quartiers ces phares qu'on aperçoit de
loin, qui vous guident dans les ténèbres, qui
suppléent aux accidents et à l'invigilance du
luminaire public.
A la sortie des spectacles, ces porte-falots
sont les commettants des fiacres; ils les font
avancer ou reculer, selon la pièce qu·on leur
donne. Comme c'est à qui en aura, il faut It.. s
payer grassement, sans quoi vous ne voyez ni
conducteurs ni chevaux. Ces drôles alors
s'égaient entre eux. Quand j}s voient sortir
un Gascon bien sec avec ses bas tout crottés,
ils croisent leurs feux pour éclairer sa triste
figure, et puis ils lui crient aux oreilles :
« Monseigneur veut-il son équipagP.? Commebt se nomme le cocher de monseigneur? JJ
Ils distribuent à tous les fantassins dont ils
se moquent les titres de M. le comte, de
fl1. le marquis, de M. le duc, de milord. Un
épicier est un colonel, et un clerc de notaire
en appétit, qui file précipitamment en che-

�.--

llîSTOR,.1.11 - -- - - -- - -- - - -- - - - - - - - - -

veux longs, pour arriver à table avant le dessert, ces polissons le poursuivent en l'appeJant M. Le présiderrt.
Le porte-fanal se couche très tard, rend

r.omple le lendemain de loulcequïl a aperçu.
Rien ne contribue mieux à entretenir l'ordre et à prévenir plusieurs accidents que
ces fanaux, qui circulant de côté el d'autre,

empêchent par le\lr subite présence les délits
nocturnes. D'ailleurs, au moindre tumulte
ils courent au guet, et portent témoignage
sur le fait.
~1ERCIER.

Cliché Braun et
LE PEINTRE DE PORTRAITS. -

c••.

Tal:leau de MelSSO?&lt;IER .

... 144 ...

L'IMPÉRATRICE ]SABELLE DE PORT UGAL, FEMME DE CHARLES-Q UINT
Tableau du T ITIEN. (1'lusée du Prado, ~ladrid. )

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Paul de Saint-Victor</name>
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        <name>Vicomte de Reiset</name>
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                    <text>.--

llîSTOR,.1.11 - -- - - -- - -- - - -- - - - - - - - - -

veux longs, pour arriver à table avant le dessert, ces polissons le poursuivent en l'appeJant M. Le présiderrt.
Le porte-fanal se couche très tard, rend

r.omple le lendemain de loulcequïl a aperçu.
Rien ne contribue mieux à entretenir l'ordre et à prévenir plusieurs accidents que
ces fanaux, qui circulant de côté el d'autre,

empêchent par le\lr subite présence les délits
nocturnes. D'ailleurs, au moindre tumulte
ils courent au guet, et portent témoignage
sur le fait.
~1ERCIER.

Cliché Braun et
LE PEINTRE DE PORTRAITS. -

c••.

Tal:leau de MelSSO?&lt;IER .

... 144 ...

L'IMPÉRATRICE ]SABELLE DE PORT UGAL, FEMME DE CHARLES-Q UINT
Tableau du T ITIEN. (1'lusée du Prado, ~ladrid. )

�36efascicule

Sommaire du

(20

11z:zi 101,)

LA FJN D'UN GRAND RÈGNE
cf&lt;&gt;
l\llGXET • . . . . . . •

LOUIS BATlFFOL. .
BOURRlE:-INE. . • •
ANATOLE FRANCE · • .

. La fin d''!n g~and règne: Charles-Quint avant
son abdJcat1on . . . . . . . . . . . . . . . . .
. Un mariage royal : Louis XIII et Anne d' Autriche . . . . . . . . . .
. Bonaparte et Joséphine . .
. Les carrosses àcinq sols. .

,::~

. La duchesse de Nemours . . . . . . . . .
. Les mémoires d'un aventurier irlandais.

1SU
15q

rRÉ:DF.RI C LOLIF.F. .

1."u
156

de l'Aca.1èmie Française
SAINT-SmoN • . . . .
TEODOR DE WYZEWA .

C"

DE StGUR . . .

GÉNERAL OE 1'1ARBOT .
LOUl~E CIIASTEAU . . .
HALi~\'\' . . .

Luoov1c

ILLUST~ATIONS

J.

Enlèvement et disparition d'un diplomate
anglais ( 1809). . . . . , . . . . . . . . . . . 165
Les femmes du second Empire: Mélanie de
Bussière, comte~se de Pourtalès . . .. .. . . 166
. Souvenirs de garnison : Un duel d'off1c1ers

P.-.\!. DE~MAREST .

'-l~

0 77?).

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

. Memo1res. . . . . . . . . . . . . . . . 174
Ames d'autrefois . . . . . . . . . . .
1tl3
: Notes et Souvenirs : De Versailles à Paris
(27 mai 1871) . . . .. .. . .
TIRÉE EN CAMAÏEU :

ALAUX, BERTBAJ.;LT, E. OE BOISLECOMTE, ABRAHAM B~~SE, _JAN
CHEUUNSKI , CONRAD, CRISPIN DE PAS, CAROLUS DU-RAN, C.-i\1. E~QUII EL,
FOURN1ER-SARLOVÈZE 1 GÉROME, BARON GROS, MICHEi, LASNE, )l.A"f;IUEUS,
PHIUPPOTEAUX, PRIEUR, JULES ROUFFET 1 SWEBACH·DESFONTAINES, 1 IIO}IAS,
ALARCON,

V.

L'IMPÉRATRICE ISABELLE DE PORTUGAL,
FEMME DE C H.\RLES-QUL ' T
Tableau du

LE Tm&amp;~.

TrTrEN. (Musée

'' LISEZ=MOI ''

du Prado, .Madrid}.

Paraissant

le 10 et le 25

SOMMAIRE du NUMÉ~O 138 du 25 mai 1911

TOUS

L'AFFRANCHIE

doivent voir et examiner chez les Libraires le

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de l'Académie française. Lo. femme o.ssa.isonn,ée. - LECQNT~ DE LISLE. Les
roses d'ls_pahan. - LUDOVIC HALEVY. ,L abbé Con,stant1.0. - ROSEMONDE
ROSTA~D La Trève. - EDMOND PILO . Aspects d Ile-de-France. - J\l~RCEL PREVOST, de l'Académie Française. Nos _aïeules. - PAUL oE SAII\T.:
VICTOR. La danse espagnole ..- LtoN DE Tll'iSEAU. San_s tare. - AN~RE
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o o o

o o

Charles-Quint songea de bonne heure à qui en méditail un à peu près semblable, Pl
le pouvoir et à se relirer du monde. qui lui fit en f 542, aux cortès d'Aragon, la souverain pontife Clément VII el de Lous les
li en conçut la. première pensée après l'heu- confidence mystérieuse de sa future abdica- l~lats italiens indépendants, il avait eu pour
prisonniers un roi et un pape, et il avait
reuse et brillante expédition de Tunis en 1tJ:ï5. tion.
soumis
à. es arrangements ce pays longtemps
C'est cc c1u'il af6rma lui-même à l'ambassaLorsqu'il ressentit ces premiers dégoûts de
deur portugais Lourenço Pires de Tavol'a dans l'autorité suprêmr, il arait moins de quarante disputé. Inébranlablement établi dans le
un curieux entretien au château de J.irandilla ans et il était dan toul l'éclat de la puis- ro~•aume de Naples et dans le duché de Milan,
quelques jours avant d'entrer à Yu te. C'est sance. Il avait terminé à son avantage les il s'était attaché les Médicis, qu'il avait investis de la souveraineté de Florence; les ducs
ce qu'il dit aussi aux moines de ce
de Ferrare, auxquels il avait allribué
couvent, lorsqu'il se fut établi au
Modène et Reggio, réclamés par le
milieu d"eux. Ce dessein traversa donc
•
aint- iége; les marquis de Mantoue,
son esprit mélancolique près de vingt
lJll'il
avait agrandis du Montferrat. Il
ans avant qu'il pût le meure à exécudisposait
de Gènes, où commandait
tion. La solitude l'attirail déjà du viAndré Doria, qui, sous ses auspices,
vant de l'impératrice Isabelle sa
avait été le glorieux libérateur et le
femme. A la morl de celte princesse,
sage
instituteur de sa patrie en f528,
qu'il aimait tendrement et dont la
et
qui,
joignant la flotte génoise aux
perte prématurée le jeta en 1559
lloU.es espagnole, napolitaine, sicidans une profonde afniction, ce désir
lienne, l'avait rendu maître de la
pénétra plus avant en son âme. PenMéditerranée. li avait réduit la puisdant qu'on transportait les restes de
sante
république de Venise à une
l'impératrice du palais de Tolède à
, neutralité fincère, et soumi à son
la chapelle royale de Grenade, où reinfluence le Saint-Siége, sm lequel
posaient son aïeul Ferdinand d'Arail chercha à mieux assurer encore
gon, son aïeule Isabelle de Castille,
son
ascendant par le mariage de sa
son père Philippe le Beau, et qui defille naturelle Marguerite d'Autriche
vait servir de tombeau à toute sa
avec le petit-fils du pape Paul Ill, le
race, il s'était enfermé au couvenl
duc Octare Farnèse, mis en posseshiéronymite de la Sysla.
sion
de Parme en allendant de l'être
Le pieux don Francisco de Borja,
de
Plaisance.
Il occupait ainsi les
alors marquis de Lombay, qui dedeux plus vastes États de l'Italie au
vint bientôt duc héréditaire de Gansud et au nord, dominait tous les
dia et finit par gouverner la ociété
autres
par l'intérêt ou par la crainte,
de Jésus comme son troisième généel
avait
fondé dans cette péninsule
ral, fut un de ceux que Charles-Quint
un ordre territorial et poli tique qui
désigna pour accompagner jusqu'à sa
devait s'y maintenir durant plu ieurs
dernière demeure l'impératrice, dont
siècles.
il avait été le grand écuyer. En déD'un autre côté, il avait été le vicpo ant dans le caveau funéraire le
torieux
défenseur de l'Allemagne mecercueil de sa noble et belle mainacée par les Turcs. Il en avait retres e, le marquis de Lombay la laissa
poussé lui-même le formidable Solisous la garde des l:tiéronymites san
man
Il, qui s'avançait vers Vienne, et
avoir pu la reconnaître, tant les traits
dont
il avait arrêté les conquêtes.
de son visage avaient été déjà décomMarchant
ensuite contre son capitan
posés par la mort. Tombant en dépacha Khaïr-Eddin .Barberou se, il
goùt de la beauté et de la puissance
avait attaqué sur la côte d'Afrique
humaines, qui abouti aient à une
cet inlrépide cor aire devenu maître
Cliché
Uiraudon.
aussi prompte destruction et flnisCIIARLES-QUINT.
d'Alger
et de Tunis. li avait contis:iien t dan un aussi étroit réduit,
Tableau du Tine.'&lt;. / Pinacothèque de Jlfrlnich.)
nué avec non moin d'éclat que d'utiil prit dè ce moment la ré ·ol111ion
lité les expéditions du cardinal Ximed'embrasser la vie rt!ligieuse. A on
nès
et de Ferdinand le Catholique
retour, il entretint de son projet Charles-Quint, luttes qui duraient depuis le commencement
ur ce liltoral, où ils avaient poursuivi les
du siècle entre l'Espagne et la France pour la anciens dominateur· de l'Espagne. Aux conExtrait du volume : Clia,·les-Quint. NOII abdication.
so,1 i&lt;t1jmtr el sn mort au 111011a~lère tle l'iule. par
posses ion de l'llalie. Vainqueur de Fran- quêtes d'Oran et de Bou.,ie, faites sous son
llignct. (Perrin el C1•, édileurs.)
çoi [er dans trois guerres successives, du prédécesseur en 1509 el 1510 , CharlesfJUÎller

Copyright by TallandJer 1910.

partout

Par MIONET

PLA.NCHE HORS TEXTE

D'APRÈS LES TABLEAU1C, DESSINS ET EiTAMPF.S Ill! :

Bn vente

Charles-Quint avant son abdication

1:-3

o o

Tous les Parents ont intérêt à abonner
Jeurs F'j/Jes ou leurs Fj/s
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Jules TALLANDIER, Éditeur,
75. Rue Dareau, PARIS.

\". -

füSTORIA. -

Fasc. 36.
10

�111STO'RJll

------------~----

courir d'affaires à décider, de mesures à
prépa;er, d'actes à accomplir, devaie?t épuiser assez promptement les ~orce~ d un s~ul
homme, l,ien que Charles-Qumt eut tout disposé pour rendre ce vaste gouverneip.ent plus
facile. Il avait laissé à ses divers Etats leur
administration particulière; chacun d'eux se
réo-issait intérieurement d'après ses vieilles
fo;mes suirant ses propres lois. et avait à sa
Lête u~ représentant supérieur ~e la p~i~sance souveraine. Son frère Ferdinand pres1dail comme roi des Romains, à la direction
de 1: Allemagne; sa sœur Marie, reine douairière de Hongrie, était régente des Pays-Bas;
son fils, l'infant don Philippe, était cbargé,
depuis l'âge de quinze ans,_ de gouverner
l'Espagne avec l'ai~e de conse~Llers pru?ents,
parmi lesquels étaient le cardm~l de _1a"e~a
et le duc d'Alhe; d'excellents v1ce-ro1s résidaient à Palerme, à 'aples el à A_lilan. Mais
les affaires générales d~ tous _ces E!a~ abou:
lissaient à Cbarles-QumL, qui en etail reste
le rém.Jlateur suprême, et en surveillait l'admini~lralion : il avait organisé pour cela une
sorte de rrouvernement central attaché à sa
0
•
0
personne et le _smva~t partout. . utre, ses
ministres, il avait trois chancelleries : l une
allemande l'autre espagnole, la dernière italienne· il' avait de plus un conseil compo. é
de doc~eurs et de légistes pris parmi les , iciliens les Lombards, les Francs-Comtois, les
Ftam'ands, les Aragonais, les Caslillans, et
présidé par l'évêque d'Arras, fils du garde
du grand sceau Granvelle, ~cstiné à êlre un
des plus hahilr.s hommes d'Etat de ce terpps.
Charles-Quint était ainsi le centre de ses Etals
et le lien de ses peuples. Ce1U-ci, fort ùi,·ers
de mœurs et de goûts, se ratLacbaient à lui
par des côtés différents. Un am?as~~deur
vénilien remarque, avec la finesse Judicieuse
propre aux politiques de sa nation, qu'~l était
auréahle aux Flamands el aux Bourgmgnons
p~r sa bienveillance _et sa familiarité, aux
ftaliens par son esprit et sa prudence, aux
Espagnols par l'éclat de sa gloire cl par a
sévérité.
Si son grand sens el les qualités variées de
son caractère le rendaient capable de pourvoir aux intérêts el de contenter les sentiments de tous œs peuples, sa complexion
naturelle et son genre de vie ne devaient pas
lui permettre d'y s_uffir~ long~emps. D'une
laille ordinaire mais bien prise, avec des
membres robustes, il avait eu dans ses jeunes
années la force el l'ad1'csse nécessaires pour
•e livrer à tous les exercices du corps et pour
; exceller; mieux que personne il avait s~
rompre une lance, courir la ba~e et lutte~ a
la barre; il passait pour le meilleur ~avaher
de son temps. Il avail beaucoup au~i,é, la
chasse et il itail mème descendu dans l arene
FR.ANÇOJS l" ET CuARu:s-Ql.'tNT VISITA:ST LES TOMBEAUX DE l. F.GLISE DE S ,11~T-DE:-.1s,
pour ; comballrc d_t!s taureaux ~•n avait
Tal?leau du l3ARO~ GROS. (Musée àu Louvre .)
terrassés de ses mams. Ces salutaires exercices de sa jeunesse avaient bienlôt fait place
aux travaux presque exclusifs de ~a politiq_ue
enlevées à Barberou se dans une campagne des déprédations barbarèsque ,_les bords ma- el de la guerre. L'activité el la v1gu~ur srnaussi glorieuse que rapide. Posséde: les prin~ rilimes de l1Lalie et les iles occidentales de la gulière de son esprit, qui s~ ':°ontraient sur
cipaux points de l'Af~ique sept7ntr10nale qm - MéJiterrantie, presque tout.es placées sous sa son front spacieux el se lisaient dan son
faisaient face à ses Etats depms le royaume domination.
... Tant d'lttats à conduire, de pays à par- ferme el pénétrant regard, n'avaient plus
de Grenade jusqu'au royaume de Sicile, c·était

Quint avait ajouté l'occupation de Bone,
de Bizerle, de Sousa, de Monastir, el urtoul la prise de la Goulette el de Tunis,

tout à la fois préserver de nouvelles invasions
musulmanes l'Espagne, qui s'était dél~vr?e s~
péniLlement des anciennes, et mettre a labri

0

,

__________________________

trouvé une salutaire diŒrsion dans ces utiles
mouvements du corps : quand il n'élait pas
en campagne, il menait une vie trop sédentaire.
Adonné à certains plaisirs dans lesquels,
selon l'rxpression ·d'un am bas adeur contemporain, il ne portait pas une volonté asse~
moclùee, « il se les procurwl partout où il
« se trourail, avec de dames de grande el
« aussi de pet ile condition. » Il était encore
moin tempérant à laLle : il mangeait pluieurs fois par jour et beaucoup. La conformation un peu dJfectueuse du bas de rnn
visage nuisait à sa santé encore plu qu'à son
ai:pect. Sa mâchoire inférieure, trop large et

C11Jtl(L'ES-QuTNT JtYJtNT SON Jt'BD1CJlT10N - - ,

qui ressemblaient à des attaques d'épilepsie
et que son historien Sepulveda appelle de cc
nom. A la fin de J518 et au cornmencemen t
de 15l9, deux de ces allaf]ues !"avaient ren,·ersé sans connaissance, L'une pendant qu'il
jouait à la paume, l'autre pendant qu'il entendaiL la grand"messe dans Saragosse. La
dnnièrc, qui avaiL eu tant de témoins, el que
l'ambassadeur de France racontait dans une
dépêche à sa cour, !"avait laissé plusieurs
heures avec la pâleur de la mort sur son
visage bouleversé. Délivré de cette terrible
maladie en 1526, après son mariage avec
l'infante Isabelle de Portugal, il ne cessa

l'armée en litière. Envahi par la goutte. tourmenté par l'astbme, sujet à un flux de sang
dont les retours aussi rapprochés qu'incommodes l'épuisaient, éprouvant des irritations
cutanées à la main droite el aux jambes, la
tête el la barbe entièrement grises, il sentit
décliner ses forces en même temps que s'étendaient ses obligations.
... A la suite de ses campagnes contre les
protestants, il avait eu, en 1547 el en 1548,
deux maladies si graves qu'il avait cru y succomber. En craignant les effets ou le relour,
il dicta pour son fils une instruction très
étendne qui, dans un langage simple et

Cllcbt Giraudoa.
ARRJVÊE DE CHARLES•Qcmr AU MONASTERE DE YUSTE . -

lrop longue, dépassait extrêmement la mâchoire upérieure; en fermant la bouche, il
ne Jlouvait pas joindre les dents. L'intervalle
qui éparait celles-ci, d'ailleurs rares el mauvaise , l'empèchait de bien faire entendre la
fin de ses phrases et de broyer ses aliments;
il balbutiait un peu et digérait mal. C'était
sans doute pour atténuer quelques effets de
cette imperfection physique el aussi ponr
donner une saveur plus agréable à ce qu'il
mangeait, qu'il faisait usage de mets fortement épicés.
L'excès de ses lraYaux et ses écarts de
régime contribuèrent également à hàter el à
accroître ses indispositions. Il n'avait jamais
eu une santé tout à fait inaltérable. Dans sa
jeunesse, il avait res enti des accès nerveux

Tableau de].

d'éprouver des douleurs de lête qui l'obligèrent à couper ses longs cheveux en i529.
Lorsquïl fit b sacrilice de celle noble mais
pesante coiffure qu'avaient porté ses aï~ux
Ferdinand d'Aragon et Maximilien d'Autriche
et son père Philippe le Beau, tous les grands
l'imitèrent, quoique à regret, et ce qui pour
lui était soulagement deYint mode pour les
autres.
Les malndies fondirent bientôt sur lui en
changeant de forme. La goutte l'assaillit à
l'âge de lrenle ans. Ses atteintes, de plus en
plus îré&lt;rueutes f::L prolongées, se portèrent
principalement sur les mains el sur les genoux. li ne pouvait pas toujours signer, et
lorsqu'il était en campagne, bien souvent il
était incapalile de monter à che\·al el suivait

ALARCON,

haut. contenait les vues de sa politique, les
conseils de son habileté, les recommandations
de sa tendresse, toutes les maximes d'après
lesquelles Philippe devait se conduire enrnrs
l'Église, traiter avec les divers princes de
l'Europe, gou\•erner ses propres Etats et se
diriger lui-même. Charles-Quint cherchait par
là à lui communiquer son esprit el à lui
transmellre son expérience.
Suivant le désir de Charles-Quint, l'infant
quitta pour la première fois l'Espagne, passa
en Italie sur une flotte de cinquante-huit
voiles que commandait André Doria, et, environné d'une cour splendide, escorté par une
garde imposante, dans tout l'éclat de la grandeur, il parcourut la Lombardie, remonta par
le Tyrol en Allemagne, et de l'A.llemagne -e

�fflST0~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
rendit dans les Pays-Bas. Ce vo1age, accompli après les derniers et éclatants succès de
l'Empereur, marqua jusqu'où pouvait aller
l'idolâtrie envers la puissance victorieuse.
Reçu partout sous des arcs de triomphe, au
milieu des fêtes et des flatteries, avec des
présents et des soumissions, l'infant vil accourir sur son passage les peuples et les
princes, il entendit appeler grnnd, invincible, divin, son père, qu'on plaçait alors sans
hésiter au-dessus des plus célèbres potentats
et qu'on égalait aux plus grands hommes. On
le nomma lui-même le futur héritier du
rnonde et l'espérance du siècle. Parti de
Barcelone le 2 novembre 1J48, l'infant n'arriva à Bruxelles que le fer avril 151~9. Là, sous
Les yeux satisfaits du père, le fils parcourut les
diverses provinces des Pays-Bas, dont il jura
les privilèges et dont il reçuL les serments.
Tout l'été fut consacré à cette tournée politique, qui était comme une dévolution anticipée de l'héritage paternel.
Ce premier voyage, qui dura près d'un an,
ne présenta point l'infant sous de favorables
auspices et ne fit pas concevoir de bien grandes
espérances de son futur gouvernement. Ayant
jusque-là vécu constamment avec des Espagnols, il en avait pris l'humeur altière, l'e,prit lent, la tranquillité orgueilleuse. Petit
de taille, délicat de complexion, il avait le
vaste front, l' œil bleu et intelligent de son
père, son menton avancé, 1a couleur blonde
de ses cheveux et la blancheur de son teint.
on aspect était d'un Flamand, son caractère
d'un Espagnol. Taciturne cl hautain, timide
et opiniàtret grave et impérieux, aimant le
rcpo et imposant la crainte, &lt;&lt; il montra,
disent les relations contemporaines, des dispositions sévères el intolérables, ne plut guère
aux Italiens, déplut beaucoup aux Flamands,
et rut odieux aux: Allemands. •&gt; Mais sa tante
la reine Marie de Hongrie, gouvernante des PaysBas, etl'Empereurson pèrel'avertirenl des dangers d'une pareille sévérité, et lui firent sentir
qu'elle n'était pas séante à un prince destiné à régir des nations différentes et cbrétiennes.
Celle leçon ne fut pas sans fruil. Il en
reçut d'autres qui ne Jui profitèrent pas au
même degré. Les seigneurs des Pays-Bas, par
ordre de l'Emperenr, le dressèrent aux divers
exercices de la chevalerie, auxquels ses goûts
l'avaient laissé trop étranger en Espagne;
mais il ne l'y rendirent pa bien habile :
dans un des tournois où il parut la lance à la
main, il reçut sur le casque un coup qui le fil
tomber évanoui de la selle de son cheval. On
le rapporta dans le palais de son père sans
qu'il eût repris ses sens, et depuis il ne lut
jamais un jouteur ni hardi ni adroit. CharlesQuint aurait voulu faire de lui un prince
guerrier, il parvint plus aisément à en faire
un prince politique. Pendant plusieurs années
qu'il le retint à côté cle lui, !'Empereur l'appela chaque jour deux ou trois heures dans
sa chambre pour le former aux grandes
affaires, soit en le rendant tém.oin des délibérations de son conseil, soit en l'instruisaut
seul à seul lui-même. A celle forte école,

l'infant ùon Philippe apprit à se contenir el
se prépara à gouverner.
... Charles-Quint se voyait [en t5:'i5] hors
d'état désormais de conduire lui-même ses
armées et de pourvoir à l'exécution de ses
entreprises. Ses maux s'étaient aggravés avec
l'âge et par un défaut de sobriété insurmontable. Ce grand homme, qui savait commander à ses passions, ne savait pas contenir se.
appétits; il était maître de son àme dans les
diverses extrémités de la fortune, il ne l'était
pas de son estomac à table. Ni les sages conseils de son ancien confesseur. ni les sévères
avertissements de la maladie n'avaient eu le
pouvoir de l'éformer ses habiludes à cet égard
désordonnées. Durant l'hiver douloureux de
t550 à 155{, passé tout entier à Augsbourg
dans son appartement chauffé comme une
étuve, d'où il ne sortit que trois fois pour se
montrer et manger en public dans une salle
voisine aux fêtes de Saint-André, de la Noël
et des Rois; lorsqu'il était si exténué qu'on
le croyait près de sa fin. el que les médecins
eux-mêmes lui donnaient à peine quelques
mois à ,·ivre, !'Anglais fioger Asham, qui
assista à l'un de ses repas, fut surpris de ce
qu'il mangea et surtout de ce qu'il but. Bœuf
bouilli, mouton rôti, levraut cuit au four,
chapon apprêté, l'Empereur ne refusa rien.
« Il plongea, dit Asham, cinq fois sa tête
dans le verre, et chaque fois il ne but pas
moins d'un quart de gallon de vin du Rhin. »
Deux ans après le repas décrit par Asham,
le pirituel et érudit van Male, ayuda de rdmera de Charles-Quint, fait un tableau plein
de malice et de gpâce des irrésistibles fantaisies de son maître au siège de Melz el des
condescendances dangereuses que les médecins avaient pour lui. « Le ventre, écrit-il à
Louis de Flandre, seigneur de Praet, el une
fatale voracité sont la source ancienne el très
profonde des nombreuses maladies de !'Empereur. Il y est assujetti à tel point, que,
dans sa plus mauvaise santé el au milieu de&lt;:
tortures du mal, il ne peut pas se priver des
mels et des boissons qui lui sont le plus nuisibles. Vous vous récriez et contre cette intempérance de César et contre la légèreté,
l'indulgence, la îaiblesse des médecins. C'est
le sujet de toutes les conversations. L'Empereur dédaigne-t-il la viande 1 qu'on l'emporle.
Désire-t-il du poisson? qu'on lui eo donne.
Veut-il boire de la bière'? qu'on ne lui en refuse pas . .A.-t-il le dégoût du vin'/ qu'on le
l'etire. Le médecin est devenu un complaiant. Ce que César veut ou refuse, il l'ordonne ou le défend .... Si la boisson n'e t pas
glacée, elle lui déplait. ... li est bien certain
qu'af11igé de tant de maux, la froideur de la
bière expo ée à l'air pendant la nuit el qu'il
hoil avant le jour ne lui convient pas. Il s'y
est néanmoins tellement habitué qu'il n'a pas
craint d'en boire au péril d'uue dysenterie
imminente. Comme je sui&lt;; pour cela on
échanson avant le jour ... je l'ai entendu
pousS&lt;:r des gémissements qui attestaient se,;
souffrances .... Je Jui ai dit tout ce qui m'a
paru le plus propre à le détourner de boire
aussi mal à propos une boisson si nui ible.

ajoutant que personne de nous, même avec
une force et une santé athlétiques, ne supporterait sans en être incommodé de la bière
glacée hue avant le jour et pendant l'hiver,
et que lui ne craignait pas d'en prendre à
son âge, avec une santé détruite par les maladies, les voyages et les travaux. Il en est
convenu, et, grâce à c2 bon conseil, il a défendu que la bière fût exposée à l'air. Le
docteur Coroeille (Baërsdorp) ne lui a pas
permis non plus le ,,in trop froid à diner et
à ses repas. Je ne sais s'il s'y résignera longtemps. Nous ma11dissons souvent ici le soin
affectueux qu'a la reine (de llongrie) de lui
envoyer des poissons .... Dernièrement il en
dévora, et avec un très grand péril, pendant
deux jours de suite. Il fit venir des soles, des
huitres qu'il mangea cruel', bouillies, rôties,
et presque Lous les poi~sons de Ja mer. 1&gt;
Dans l'été qui suivit la levée du siège de
Metz, Charles-Quint, sentant que les défaillances croissantes du corps se prètaienl de
moins en moins aux vues toujours fermes de
l'esprit, se prépara à accomplir l'abdication
qu'il médilail depuis si longtemps. Le repos
et la salubrité des climats du Midi lui parurent les euls remèdes à des infirmités que la
fatigue des affaires et la rude température du
Nord augmentaient sans cesse. Il choi il donc
l'Espagne pour Je lieu de sa retraite définitive, et en Espagne la délicieuse vallée appelée la Jlrm de Plasencia, dans la partie de
!'Estrémadure la plus bois:!e, sur la pente
méridionale d'une montagne que le soleil réchauffait pendant l'hiver, que d'épaisses forêts el de nombreux cours d'eau tempéraient
pendant l'été.
... Parmi les moines, sei- préférences étaient
pour les hiéronymites. Ceux-ci formaient un •
ordre presque exclusivement espagnol, fondé
par quelques ermites de la Péninsule, qui
avaient obtenu en 1373 du pape Grén-oire XI
l'autorisation de se réunir en congrégations
religieuses sous le nom de saint ,Jérôme cl
avec la règle de saint Augustin. Leur premier
monastère s'était élevé à San Barlholome de
Lupiana, près de Guadala,jara, sur un des
frais coteaux de la Vieille-Castille. De là ils
s'étaient promptement répandus dans la plaine
de Tolède, dans la forêt de pins de Guisando,
parmi les myrtes de Barcelone et de Valence,
sous les berceaux de vignes de Ségovie, au
milieu des bois de chàtaigniers de !'Estrémadure. Placés non loin des ,·illes, dans des sites
agréables et solitaires, ils avaient couvert la
Péninsule de leurs établissements, de Grenade
à Lisbonne, de Séville à Saragosse. Ils s'élaieul
d'abord consacrés à la contemplation et à la
prière. Ils vivaient d'aumônes, et depuis le
milieu de la nuit jusqu'à rextrémité du jour
ils chantaient avec une assiduité et une pompe
singulières les louanges de Dieu. Bientôt enrichis par les dons des peuples el les faveurs
des monarques, les hiéronymites, dont l'ordre
entier était gouverné par un général .élu, dont
chaque couvent était administré par un prieur
triennal, avaient ajouté la science à la prière,
la culture nou ve!Je des lettres à la pratique
conser\'ée des chants, et, de moines pauvres,

C1IA'J&lt;l.'ES-Qll1NT AYANT SON ABDlCATlON - ~

étaient devenus les possesseurs opulenls de
vastes terres, de nombreux be ·liaux, de riches à, l'e~ et au sud les plaines de TalaYera et ~ui.ra?l! _deux années a1•ant son abdication,
d Ara11uelo, la vue dominait le cours du Tietar
ver~ers. Aucuns religieux en Espagne ne célétl ecrll'lt a. son 61s une lettre réservée et toute
el du Tage, plongeait sur les belles cultures
hra1e~t Je culte catholique avec une di!!Dité
de sa main dans laquelle il prescrivait de
plus_ illlpos~te, ne faisaient entendre e une
~u.s1que aussi uave dans les chœurs de leur
eglts?s,
distribu,ùent de plus abondante;
au~ones a la porte de leurs couvents, n'offraient aux voyageurs dans leurs établissements une plus généreuse hospitalité. A
No~e-Dame ~e Guadalupe, qui était l'un des
t~o!s. sanct??'es les plus Yénérés et les plus
'~ lies ~e I Espagne, et qui avaü la grandeur
dune VIile par son étendue, la sûreté d'une citadell~ avec ses fortifications, les hiéronymites
gardaien~ un trésor considérable dans une
lo,ur, avaie?t d~Jarges celliers toujours pleins,
d_e hea?x pr~m~ couverts d'orangers et de
c1l_r~nnier~'. faisaient paitre sur les montan-nes
,,01smes d immenses troupeaux de mout~ns
de vach?5, de chè_vres, de porcs, possédaien~
e~1 Estremadure cmquante miJle pieds d'oliners el de ~rand~ bois de cèdres, et dans
l~urs vastes refecto1res couvraient arnc profu~10~ la_ table des hôtes et des pèlerins, qui
cta1t mise cl le,·ée six ou sept fois par J·o
Ce fut prcs
' d'
ur.
un cou,·ent de cet ordre
ad~nné à la prière et à l'étude que CharlesQuml ?ng~- à se retirer. JI l'avait toujours
eu .en smguliere vénéralion. Celle vénération
!!.a.i·t comme un ~-éritage de.. fami!Je, qu'il
ait r~u de son aieul et qu il devait lransme~tre a ~on_ füs. Ferdinand le Catholique,
ap~es la v1ctou-e de Toro en 1175 et la couVISITE DE S.\l~T rRANÇOIS DE BonJ.1 A t..' EMPEREl:R Cu
Q
Clkbo Giraudon .
quete de Grenade en J492, a1•ait élevé deux
ARLES· UINT. Tableau de C.·l\l. Ei&gt;!JUIV!!t.
monastères de ceL ordre i il s'était enfermé
dans un de ces cloi'lres à la mort de la reine
lsabell~ d~ Ca~Lille, et lorsqu'il s'était lui- cl les ~iauk; villages qui s'é)e\aicnl du milieu c&lt; f:1irc bàtir ur Je liane du mona:.lère de
même :ent1 _prcs de sa fin, iJ était allé expirer des bois dans le magnifique ha sin de la Vei·a cc \_uste une habitation suffisante pour y
à Ma~~igaleJo. dans une maison appartenant dt'. /&gt;Lasencia, et apcrcerail à rborizon !oin- « ~iv~e avec la suite des serviteurs les plus
a~x h1cronym1tes, qu'il avait rendus les gar- t.am les m?nts azurés de Guadalupe.
tl rnd1spensab1es à une personne dans une
~~ élait le mona 1ère que Charles-Quint
di:ns des sépultures royales. Philippe Il dcC&lt; condition privée. » 11 recommanda à l'inva_1t fonder pour eux, en souvenir de la ba- cboJS1t pour sa retraite. L'ao-réable salubrité f~nt et ~.u ~eerét~:"c d'Ètat Vasquez de 11Jodu lieu_ et sa paisible soütud~ lui semblèrent
t~ïJ!e. d~ ~amt-Quentin, l'immense Escorial,
lma, qu il mslru1s1t de son dessein sous le
comem~ égalemenL à un corps ausj iufirme
~,u _il irait~ s?n lour. vivre et mourir. Charles~lus grand secret, de s'adresser pour rexécu~u!nl, qui, _a plusieurs rcprLes, avait été que Je sien et à une àme aussi Iatirruée. Mais llon au prieur général Juan de Ortega dans
l bote des biéronJmites dans Jeurs couvents c_n se retira~t au mi_licu_ des hiéro;ymites de lequel il avait Ja plus grande confia~ce. li
de Sau1:1 Engracia, de la Sysla et de la Afejo- \ u le, dont iJ eonna1ssa1L le savoir étendu cl chargea. le 'C?nta~o:" Francisco Almaguer de
la pieuse réoularité il ne
rad_a, resolut de terminer ses jours dans leur dont1 il estimait
. pren dre leur genreo de vie' ni le mctt~e a la d1spos1t10n du prieur l'argent névou
ut
Dl
do1lre de Yusle.
troubler. Il se proposa de faire construi•e , cessaire pour construire cet édifice sur le
_Yuste, c1u~ 1~ demeure de !'Empereur de' 'd 1
• a plan _qu'il en avait fait dresser et dont il
vait rendre s1 celèbre, avait été fondé au com- col~ e, ?u_r c~uvent_ un édifice contigu et sé- sounut l'exécution à Gaspar de Vega et à
pare, d ou 11 put avoir le libre usarre de l'église
mence~ent du x~• si~le, près d'un petit
du
~onast_ère et se donner, q~d cela lui Alon~o de Covarrubias, les deux plus célèbres
cours d _eau do~t d avait pris le nom, dans
architectes de l'Espagne. Après avoir prescrit
une chame de I Estrémadure, coupée de val- conviendrait, la compagnie des moines en d'élever à côté du com-enl la modeste résilées, com:erte d'arbres, arrosée par des ruis- conservant ainsi son indépendance et en 'res- dence. royale ~ont les religieux de Yuste avaient
pectant la leur. Dès le 30 juin 1555, il or~eaux qui descendaient des cimes neigeuses
donna de remettre de l'argent au prieur aé- su~pris. et divulgué la destination, Cbarles1
e la montagne. De ce site pittoresque, ayant
néral des hiéronymites, et le 15 décembre Qm~t d ~posa tout pour laisser à son fils Ja
dommallon la moins emharrat:sée.

n:

r

.\UG~ET.

�LOUTS

llNE PRO)lENADE DU ROI ET DE LA REINE AUX E:'(VIRONS DE PARIS (1616). -

G,-.zvure de

llhTTIIAECS. (Cabine/

x1n

'ET Jf.NJVE D'Jf.UTRJC1Œ ~

des E~lilmtes .)

UN MARIAGE ROYAL

"""

Louis XIII et Anne d'Autriche
•

A côté de sa mère, qui allait plu tard lui

eau er encore tant d'autres soucis, il était,
auprès de Louis xm, une seconde princesse
dont le roi, au cours de son 1·ègne, ne de,·ait
pas mieux. al'oir à se louer, la jeune reine
Anne d'Autriche.
Tous deux du même tige, - elle l'ainée de
cinq jours, - ils avaient été marié, en Hi 15
à quinze ans, par politique. Après 'être regardés sans trop se comprendre, ils s'élaient
mis à vivre côte à côte, en frère et sœur, dans
le cadre d'une existence royalP. dont le protocole réglait le programme journalier. Les
portraits à celte date de celle qu'on appelait
« la petite reine )l foot penser qu'elle devait
être jolie. De taille moyenne, mince, avec de
beaux yeux mêlés de vert, au regard un peu
court, les cheveux blonds, abondants, frisés
el bouclés, la peau blanche, la bouche petite
el 11 ,ermeille », elle passait a pour une des
plus grandes beautés de son siècle l&gt;, affirmait madame de Motteville, avec exagération
sans doute. Ou lui trouvait en réalité le nez
un peu gros, les yeux un peu grands, le teint
douteux; mais elle avait« le tour du visage l)
exquis, le front" bien fait, le pied petit :
c'était une princesse agréable. Louis XLU, au
moins, la jugeait telle : il questionnait son
fatrail ,le l'ounage de Loui Baliffol, Le r&lt;&gt;i
L-Ouis .\:111 à i:ingt ans, édilê par Calmanu-Lévy.

Par Louis BATIFFOL

entourage, désirait qu'on lui diL que la reine
était belle, se préoccupait de savoir si elle
n'était pas un peu menue cl, lorsqu'on le
niait, révélait qu't!lle portail de · patins pour se
hausser; quant à l'aimer il n'y songeait pas.
Elle avait une voix désagréable, un ton de
fausset aigre, éle\•é et dur. Toutes les fois
qu'elle parlait, le charme de sa fraiche beauté
parai sait s'évanouir on peu sous l'elfol de ce
timbre déplaisant. Elle était ensuite coquette,
passait du temps à se parer,ce4ueLouis Xlll
n'appréciait pas. Aux ballets, dans lesqueL-,
elle figurait en bonne place, elle s'appliquait
à jouer son rôle avec une grâce séduisante,
indice, croyait-on, de tendances peu sérieuses.
"urtoul son esprit el son caractère laissaient
à désirer. Elle n'était pas très intelligente.
Froide, indifférente, elle donnait l'impr-.:ssion
d'une personne dédaigneuse, ce qui n'était
chez elle que l'effet d'un défaut de souplesse :
elle n'attirait pas la SJmpathie. Le cardinal
de Retz la trouvera plus tard « intéressée,
dure, rancunière, opiniâtre &gt;). Madame de
Motteville la déclarera entêLée. Elle manquait
d'ordre; elle se montrait tour à tour trop
-bavarde ou trop méfiante, égoïste, orgueilleuse, avare. Retz la traite de 1c solle », - sa
partialité le rend, il esl vrai, suspect. Mme de Motteville, mieux disposée, allénue
l'expression en disant qu'Anne d'Autriche
"'1

15o

w-

« s'est trop défiée de on esprit et de sa
raison ,&gt;. Ce &lt;[Ui est certain, c'est qu'on
n'avait pas grande idée de ses moyens. i
quelque aml&gt;assadeur venait lui faire la révérence, quoiqu'elle parlât bien le français, elle
était incapal&gt;le de répondre et l'iutroducteur,
M. de Uonneuil, devait prendre pour elle la
parole. Tout le monde s'accorde à reconnaître
qu'elle était ignorante, paresseuse, indolente.
C'était uoe Espagnole, al'eC les défauts de la
race : l'insouciance lranq uille, la passivité.
Son entourage se plaignait de la Yoir s'allachcr à une ou deux intimes et ignorer les
autres; il regrettait qu'elle n'aimât personne,
« qu'elle ne parftt pas assez touchée de l'amitié
qu'on avail pour elle». En reYanche, prenaiLeUe quelqu'un en grippe, elle se montrait
vindicative. Puis on s'étonnait que, fière
comme elle l'était, elle ne craignit pas de
causer familièremeal avec des gens da commun, « fort indignes de son entretien »;
par là « elle se faisait du tort ».
Reine et jolie, elle a provoqué des passions.
Elle était trop froide pour y répondre, mais
assez coquelle pour en èlre flattée et s'en
amuser. On n'a rien articulé contre elle, au
moins jusqu'à Buckingham qui csl Yenu
après l 624. «La vertu de la reine est solide,
disait-on, el srns façon. &gt;&gt; C'est « un ange &gt;&gt;,
assurait l'ambassadeur d'Espagne, Giron, qni

ÉTATS GÉ..'&lt;ÉRAUX DE PARIS (27 OCTOBRE 1711 1. -

répondail de la princesse au roi son maître.
~a cour s'était di,,ertie du fol amour qu'avait
epromé pour elle le grand écuyer, M. de Bellegarde, un. bel homme, qui avait, vers 1620,
pl~s, d~ c1~quantc-cinq ans. Anne l'avait
lruss~ dire, r1ant de_ ses airs, et ménageant Je
gentilhomme favori de deux rois, sunimnt

Gravure .:le

TsôMAS, a':iprè.&lt;

le tableau

d'un siècle « de galanteries el de dames ».
Le duc de Montmorency éprouvera une passion
semblable. D'autres amoureux se feront comprendre. « Je puis dire qu'elle a élé aimée
affirmait madame de Molleville, el que malgré
1~ respect que a Majesté inspire, sa beauté
n a pas manqué de loucher des gens qui onl
•\\ 1 JI

l\•

d'ALAUX.

{Musee d.t Versailles.)

fait parailre leur passion. » Personne ne
reçuld'espoir; c'était beaucoup qu'elleécoulàl.
Plus tard, causant de ces souvenirs aYec une
amie, « elle se moquoit de sa vanité passée ».
Elle se donnait plus de liberté dans les
propos. Une personne de son entourage disait
d'elle : « Elle est modeste sans être choquée

�•

111STO'l{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - •

de l'innocente gaieté. 1&gt; Celle innocente gaieté
était la Corme par laquelle se traduisait son
esprit porté 11 la galanterie : terrain glissant

s'éloignait. Au fond il ne l'appréciait pas : natures devaient s'ajouter beaucoup de malenlout le monde le remarquait D'après le duc tendus : nombre de négligences inattentives
de l\oban, il éprouvait même c, de l'aversion 1&gt;. du roi accentuaient le désaccord. Ce qui acheAnne a\'ouait dans la suite vait de les tenir éloignés, était la présence,
que l'indifférence témoignée autour de la reine, de certaines personnes.
par le roi à son égard lui avait nouvelles causes de mésintelligence et de quefait penser que le prince ne relles, d'abord les dames el serviteurs espal'avait jamais aimée.
gnols imposés à Marie de Médicis au moment
Leurs existences étaient sé- du mariage de son fils, en t615, et formant
parées. Vivant chacun dans à la porte du eaLinel du roi un groupe hostile
leur appariement, au Louvre, qui épiait, écoutait, puis instruisait la cour
il ne se royaienL que deux ou d'Espagne. Depuis sa plus tendre enfance le
lrois fois par jour, un quart roi haïssait les E pagnols : c'était l'ennemi
d'heure, une demi-heure, à hérédilaire.
intervalles fixes : visites céréUne cousine du duc de Lerme, la comte se
monieuses, prescrites par les de la Torre, dirigeait cc personnel, sur des
usages royaux el où ils n'a- instructions venues de Madrid . Louis Xlll revaient pas grand cho e à e prochait am füpagnols d'exploiter Anne d' Audire. C'était avant le di'ner et triche, de lui extorquer ses rerenus; il rele souper, généralement, que doutait l'apparition de quelque favori qui
le roi se rendait chez la reine. recommençât l'histoire du maréchal d'Ancre;
lis ne prenaient pa leurs re- il croyait que la reine était, par l'intermcpas ensemble. Si Louis Xlll diaire de l'ambassadeur d'Espagne el de t:et
s'absentait de Paris, il lais- entourage, entre les mains de la cour de )Iasait sa femme. Parfois celle-ci drîd. De fait, l'ambassadeur d·Espagne se
venait le rejoindre à Saint-Ger- trouvait constamment au Louvre, conseillait
main, mais c'étail pour y re- Anne d'Autriche, tenait son souverain au
trou\'cr la vie froidement pro- courant des incidents de sa vie. Le lendetocolaire, dans son apparte- main de la mort de Concini, on avait cherment, avec les
visites journalières réglées.
· La reine étaite Ile souffrante
d'une maladie
qui f1t craindre la contagion ?La faculté
ARRIVÉE UE LA REINE AU LOUVRE (1616.)
interdisait au
D'atres u1ie gravure du CaNntt des Estampes.
roi l'accès de
l'appartement.
el dangereux! Des intimes imprudemment En novembre 16 l8 Anne eut
acceptées, uné compagnie de dames et de la rougeole ; Louis XIll passa
princesses imposées par les rapports de près de ,·ingtjours sans la voir.
Pour l'ambassadeur d'Espafamille formeront autour d'elle un groupe au
pa -sé suspect, aux manières 'J}eu retenues. li gne, leurs rapports éta.icnt aiy aura des histoires, des scènes, des mesures gres. Louis Xlll n'admetlait
prises.
pas que sa femme lui fit de
recommandations. 'i elle se
Esprit sérieux et ré0échi, Louis xm ne ha ardait, elle était obligée de
pouvail guère éprouver d'allachement pour prier ~l. de Luynes d'all(muer
une nature arusi contraire à ses goùts. A.près auprès du roi l'eil'et de la déune première minute de surprise agréable au marche. Un jour où le roi ~·émomenl de son mariage, il s'était replié sur tait rendu à Lésigny, Anne
lui-même. Anne raimail-eJle? Elle crut qu'elle vint inopinément le rejoindre.
l'aurait aimé. « Le roi était fort beau, disait Louis XIll lui manifesta un tel
une de ses confidentes, fort Lien fait et sa mécontentement, sous prétexte
beauté brune ne déplaisait pas à la jeune qu'il n'y avait pas assez de
reine. Je crois que de la façon dont f en ai place dans le château, qu'elle
ouî parlé, elle l'auroit fort aimé si le malheur dut repartir leleudemain. A.son
de l'un et de l'autre et cetle fatalité quasi retour à Paris, le roi étant allé
inévilable à tous les princes n'en eût disposé la voir dans sa chambre, 1a
autrement ». li y a eu de leur faute à tous trouva sombre et taciturne. li
BAI. DO:-NÉ A LA RElXE, AU LOUYRE (1616, .
deux dans celle fatalité. Mais peut-être Anne ne fit rieu pour la ramener. La
D'apres une gravure du Cat;,inet des Esbmtes.
a-t--elle eu la plus grosse part. Un peu de dame d'honneur, cherchant à
grâce et de Lendresse chez elle, à l'égard du ~ raccommoder les choses, coprince, l'eussent ramené. Pourquoi demeurait- vop au roi, deJa partdela reine, un bouquetde ché à l'écarter : il avait répondu qu'il venait
elle devant lui nonchalante, réservée, pleine Ueur avec quelques mols aimables. Loui 11U au chàteau, comme~ majordome de la reine
de méfiance? Le je110e prince s'irritait et ne répondit pas. Au peu de sympathie des régnante », ce qui lui avait valu cette ré-

Lou1s x1n
ponse qu'on ne connaissait pa celle charge du bruit de ses galanteries et de ses avenen France et qu'il eùt à se renfermer dans tures. Agée de dix-huit ans, « jolie, friponne,
son rùle d'ambassadeur.
éveillt'.-e », d"humeur fort indépendante, elle
En mème Lemps que lui, écrivaient régu- joignait une légèreté charmante à beaucoup
lièrement en Espagne,
la comtesse de la Torre,
le confesseur, Francisco
de Arriba, puis Anne
d'Autriche elle-même.
On le lui a reproché :
nous avons de ses lettres ; ce sont des billets
sans grande im porlance; son père, qui l'aimait beaucoup, lui donnait de ses nouvelles,
lui envoyait de l'argent;
elle écrivait aussi à son
frère, le futur Philippe IY, au duc de Lerme,
au duc d'Olivarès; elle
avait des courriers .péciaux. Inquiet de celte
correspondance, Louis
XII[ soupçonnait
a
femme de connivence
ayec ses ennêmis : il
lai échappa de le dire.
Anne se récriait. Au
moment où la cour d'Espagne se dérobait à ses
engagements au snjcl de
la Valteliue, Lo11is XLII
disait à la reine: « Écrivez au roi ,·olre père
et dites à l'ambas adeur
d'E pagne que je uis
résolu 11 vouloir l'exécution du traité de Madrid, ou 11u'autrement
j'y emploierai Lou Le ma
puis anœ »; el la reine
élo1mée répondait que
puisque Sa Majesté le
commandait elle écri,\.:,;SE u 'AUTRICUE.
rait au roi d'Espagne el
Gravure de .\lrcm,L LASl'IE, d'afrès M. DE ,\lANTONNlllRE. l
parlerait à l'ambassadeur, maisqu'dlelesuppliait de croire quelle
n'était pas Espagnole, qu'elle éwit Ioule de gl'àce pro,ocante. Après avoir éprouvé une
Française. R Pense-t-on, disait-elle à on en- vive contrariété de celle nomination, à cause
tourage, &lt;rue, parce que je suis née en Espa- d~1 duc de Luyocs qu'elle dc1estait, en raison
gne je ois Espagnole? On se lrornpe, je de la plaw excessive qu'il tenait dans le cœur
suis F'rançaise et ne veux être autre ». A du roi, Anne d'Autriche avail fini par accepLuynes elle répétait : « U n'I a rien au tur la nouvelle surintendante. Celle-ci s'était
monde de si conjoints que mes intérêt avec d'aillcur, chargée de gagner sa cause. Du
ceux du roi.
même âge que la souveraine, vive, impéEn décembre 1618 Louis Xlll chassa les tueuse, pleine de gaité, elle amusait la reine.
E paguols. Ce fut toute une affaire. Anne Elle se montrait prérenante pour le couple
d' Au lrichc témoigna beaucoup d'afJlicl;on, royal, l'invilaiL à diner. Anne d'Autriche ·se
puis se consola. Les étrangères parties, le pril de sympalhie pour elle, puis d'amitié:
roi avait nommé comme surintendante de la leur intiruilé grandit. Lorsqu'en décembre
maison de la reine la femme du duc de 1620 la duchesse de Luyne~ mellra au monde
Luynes, Marie de Rohan, et, comme dame un fils, la reine la Yeillera.
d'atour, la sœur du favori, madame du Verfüche14eu accuse les Luynes d'avoir abusé
net. Il n'allai! pas mieux s'en trouver.
du pouvoir qu'il exercèrent, chacun de leur
La duchesse de Luynes était celle future coté, sur le ménage royal pour tenir les époux
duchesse de Chevreuse, la émillanle per- éloignés l'un de l'autre afin de demeurer les
sonne qui remplira la moitié du xvue siècle maîtres. M,uiame de Motteülle écrit 11ue « le

ET ANNE D'AUT'1{1ClfE - - ~

malheur d'Anne d'Autriche étant de n'avoir
pas été assez aimée du roi son mari, elle avait
1\lé forcée d'amuser son cœur ailleur , en le
donnant à des dames qui en avoicnl fait uu
mauvais usage cl qui,
au lieu de la convier à
rechercher les occasions
de plaire au roi, l'en
éloignèrent autant qu'il
leur fut possible afln de
la posséder darnntage ».
Les Luynes, au contraire, commençèrcnt
par employer leur in0uence à servir d'intermédiaire entre les deux
époux. Revenant un peu
de ses préventions conIre le dur, au ·moins
extérieurrmeut, car au
fond, elle ne lui pardonnajamai~, Anne consenlit à faire meiJleun·
mine à cdui-ci. Elle se
serrit de lui pour communiquer arec le roi;
elle lui demandait des
conseils. Toul heureux,
le fa,ori lui écrivait,
la mellant au courant de
ce qui se passait auprès
du prince. Ce fut un
échange de bons procédés.
Mais, rieuse, légère,
madame de Luynes n'avait aucune con istance;
« Jamais pcr,onne n'a
moins fail d'attention
sur les périls &lt;:-l jamais
femme n'a eu plus de
m~pris pour les s:crupules el pour les devoirs, »
a dit quelqu'un qui l'a
bien connue. Elle se montrait incou.sidérée. Très
sévère pour elle, Richelieu dit qu'elle dt.ail
&lt;&lt; la honte du roi, la
perte de la reine dont le bon naturel était
forcé par son mauvais exemple J&gt;. Madame
du Vernet, la dame d'atour, n'était pas plus
sérieuse : on l' accuseril plus tard d'avoir été
d'intelligence avec 13uckingham el d'avoir facilité les entrevues du genLilhomme anglais
avec la reine. A côté de ces dames en étaient
d'autres, aussi peu pondérées, achevant le
cercle intime d'Anne d'Autriche : Mlle de
Verneuil, sœur naturelle du roi; surtout la
princesse de Conti, personne aux mœurs faciles, à la plaisanterie risquée, dont Louis XIII
qualifiera plus tard d'un mol assez dur le
rôle d'entremetteuse joué par elle auprès de
la duchesse de Chevreuse et que, dans ses
lellres chiffrées, il désigne du pseudonyme
significatif de le péché.
Ce groupe exerça sur Anne d'Autriche une
iniluence détestable. li n'y eut dans l'entourage de la reine que des conversations lé-

�111ST0'/{1.ll
gères à propos de l'amour; on émous a la
conscience de 1a princesse; on lui fit lire le
f.abinel salyrique, publicalion qui l'eoait de

LOUIS

XLII

S'EXERÇANT A. L'L(JlilUTION,

~---------------------------le roi causer el plai anter a\'ec la demoiselle
d'honneur, Anne d'Autriche les a,·ail secondés. Louis Xlll n'avait rien dit. Pour elle-

sous

naissance récente d'un fiL, el lui témoirrner
« une très tendre alfcclion &gt;&gt; 7 ans doute le
P. Arnom avait raison, car lors,yue le duc de

LA DIRECTLON DE L'ÉCUYER PLUVL~EL IJE LA BAt:ME. -

parailre el d'un genre liLre. l'eu i1 peu se même, la ducbe se d11 Luynes ·y priL adroirépandit le bruit à la cour que le salon de la t ment : le roi 'entretenait volontiers avec
réioe était un enùroil fort plaisant, où l'on die, riait, !&lt; badinoit D ; elle l'enYeloppa. Ce
c.,usail &lt;' liccnuicusemenl D cl où on u ·ail, fut A.one d'Aulricbe, la première, qui remar« sans retenue, de mots conlraires à la mo- qua les nuances : elle en éprou,·a une amère
deslie el aux comenances ». Les dame
douleur. Le nonce, qui nous en informe,
s'amu-aienl des pas ious que la reine pouvait assure que ces craintes étaient exagérées.
provoquer, les encourageaient, pous aienl Toul le monde épiail. L'amhas adeur d'EspaM. de Bellegarde à des familiarités au moins gne, intéressé à sa1·oir, niaiL; il conseillait à
puériles. C'est ain ·i l}Ue la petite reine allait Anne d'Autriche d'agir avec prudence, de disètre conduite à prêter une oreille complai- simuler lorsqu'elle voyait que les vi iles du
sante aux propos éducteur de Buckingham. roi à la duchesse ou ses conversations avec
Puis, futile et malicieuse, la duche. e de P.lle étaient trop fréquente . Anne, dé ·olée,
Lu1nes, non contente de donner des conseils, pleurait à chaudes larmes, disant qu'elle était
prêcha d'exemple. e s'avi a-t-elle pas :de la plus malheureuse femme du monde, la
s'en prendre à Louis Xlll lui-même! Quel- plus mi ·érable : nëtaiL-ce pas la mépriser
que froid qu'il Iùt, le jeune roi ne pou,·ail que de témoigner à madame de Lurne ses
être indéfiniment insensible aux. charmes préférence devant elle, de lui marquer des
J· une 0011uellerie enlreprenan le. Juslement, allcntions dool elle-même avait été ~enée
eu juillet 1617, la cour anit été agilée par ju que-là? On découvrit que la petite reine
l'annonce que le prince regardait avec une était pas ionnée. Le nonce inlerrogeait le
allention émue certaine demoiselle d'honneur confesseur du roi, le P. Arnoux, qui l'assude la reine, mademoi elle de Maugiron. Le rait que le cœur du prince était pur. Mais
nonce s'en était inquiété. Les Luynes, peul- comment le croire lorsqu'on voyait le roi,
être par intérêt per onnel, s'tltaient empre:;sé ~arrivant à Paris après un long voyage cl ·end'éloigner mademoi. elle de Maugiron en la trant au Louvre, Jaire à la reine une courte
mariant trè loin, en Dauphiné. Devenue ja- visite, pour, de là, monter chez la duchesse
louse el souffrant vivement quand elle voyait de Luyne , encore au lit, à la suite de la

.... rs,. ....

Loms Xl1l

qu'avait eau ées à la fin du dernier des Va- toule imane de nalure à lrouùlcr on cœur,
lois l'ahsence d'hl~ritier direct? EL thacuo avait été de réduire en lui ju. qu'à la moindre
jasait. Les ambassadeurs étrangers entrete- flamme d'amour. Jl n'admettait pas d'autre
naient leurs gouvernements de l'étal étrange manière d'être avec le prochain que celle à
de cc jeune 'couple royal qui était marié sans laquelle, la vie coutumière de chaque jour
l'être : affaire gra,·e cl délicate f Elle allait l'avait habitué. En fait il :e trouvait aussi
prendre peu à peu l'importance d'un événe- éloigné que po sible d'Anne d'Aulrichc. Son
ment, prornquer des négociations, amener confes cur, le P. Arnoux, causant de ce :ujel
avec le nonce, désignait d'un mol l'étal d'esdes échanges de dépèches de cour à cour.
Chez Louis XLII le sentiment dominant prit du jeune roi : a ll anit honlc. i&gt; Et celte
était une rrpul ·ion invincihle. Doué de peu « honte II a\·ail trop facilement raison de ten&lt;l'imagination, d'esprit positif, de tempéra- dances qui, si elles se produisaient, élaient
ment paisible, il monlrail aussi peu de dispo- alténuées, ou arrêtées, « par la crainte du
.ition que ~on père a,ait mnnifoslé de vio- péché ». Dans a conscience scrupuleuse, eu
lence. Pas plus Anne d'Autriche qu'une autre effel, le prince faisait difficilemenL le départ
n'aurait pu émomoir ce garçon calme, qu'un de ce qui élait foule el · de ce qui ne l'était
sentiment religieux prononcé nardait contre pas. Il étendait indéfiniment le ch:i.mp déLoule surprise. li ·'était fait des idées ~é- fc•ndu et son confesseur ne laissait pas que
d'en conclure des réllexions inquiètes : son
vères. Il jugeait - el il l'écrira plu, tard qu'il devait donner l'exemple à son royaume, père a commencé lard, disait-il, pois il a
s'abstenir d'un sentiment quelconque uscep- ~uppléé par trop d'excès le m,le de sa vie :
til&gt;le de provoquer le scandale. veiller jalou- plaise à nieu que le !ils ne J'imite pa", au
sement sur lui-même. Il pourra ètre touché; moin" pour la seconde partie de son exisil l'a été sùremeol; il n'eùt jamais voulu dé- tence. Et alor., il jugeait de son ministère
passer certaines limites, comme il ne les a d'appeler, en confession, l'allention du prince

"ET ANNE n·JtuTJ{1C1fE _ _ ..,

.ons, calmait les scrupules, appuJail sur les
meilleurs arguments : Louis XIn répondait
é,·a ivemenl qu'il voulait ~ans doute beaucoup de bien à la reine, qu'il savait quels
étaient ses devoirs el n'avait pas l'intention
de s'y ·oustraire; qu'à vrai dire, même, il
avait en plusieur fois la pensée d'y onrrer;
mai~ enfin ils étaient jeunes Lou~ deux , dix-huit ans, - il n'y avait pas de temps
perdu; puis, ne se trouverait-il pas des inconvénients à trop . e biiler : n'en pouvait-il pas
résuller, eu raison de leur jeunesse, de~ conEéquences préjudiciables ou dangereu e ? Et
le nonce Bentiroglio, auquel le P. Arnoux
rapportait ces conlidences, répondait en invoquant « le grand hien de la chrétienté » :
que le confesseur re, înt à la chargt&gt;, qu'il
multipliât es in tances, qu'il emplol·àl ~es
bons ol'fices à asrnrer la stabilité de cc mariage: c'était le vœu de tou el nul n'} pouvait mieux réu ir que lui : le P. Arnoux
promettait.
Mais alors, pressé de nou,eau. Lnuis XIII
in\'Oquait mille prélt!Xle~. Pui.. fa1igué, il se
cou6ait, il a,·ouait : le sourenir pénible qui

Gravure dt Cll!Sî'IN Dl! P.-8.

Lu1nes sera mort, toute celle 1,ympatbie
réelle ou simulée s'évanouira llour ne plus
lai er place qu'à une animo ·ité étrange. Au
moins ·i madame de Luyn a\'ait lanl contribué a,·ec l'entourage à Lenir brouillé le
ménage du ouverain, le duc, avant &lt;le di paraîtro!, avait-il, par une compen ation signalée, rendu au couple royal cl au royaume
un considérable servite.
Célébranl dans leurs écrils les grandeurs
de la maison royale, les poètes du temp regrettaient amèrement l'ab ence d'un Dauphin ; ils l'appelaient de leur rœux ; la cour
le désirait; le peuple l'allendnit. Les sentiments réciproques du roi et de la reine,
héla ! ne rendaient guère vrai emhlable l'éYéoemenl ~ouhailé. Sans doute les moralistes
vantaient la tenue exemplaire du roi. Combien il était différent de son père llenri I Y!
Lui, au moins, montrait « une vertu angélique )) . Malheureusement cC'ltc vertu était
poussée à un trop haul degré. L'entourage,
le monde diplomatique, gouYecnemenl et
royaume commençaient à s'inqaiéler. li
s'agissait du trône el de ~a uccession. En
ca de morL du roi, n'étaik&gt;n pas menacé de
roir se renouveler les d1f1icullés sans nombre

UN TOUR:SOI SOR LA PLA&lt;;E Rou.LE. -

jamais dépassée . Mais le ré ullat d'une pareille discipline, de cette obligation qu'il s'élail faite à loi-même de chasser de sa pensée

&lt;ir:ivurii Jii C RJo Pl!I P.i: P.-s.

sur le 1·érilahle de,•oirs que lui imposaient
les conditions dans lesquelles il se trou\'ait.
li insistait; sobrement il énumérait les rai..... 155 ...

l11i était demeuré d'une velléité, d'aiUeur
inutile, en 1615, à Bordeaux, après on mariage, lui aYait Jais é d'insurmontables ap-

�________________________________________.

,,._ 111ST0~1.ll

préhensions. JI répétait qu'il e croyait Lrop
jeune. qu'il n'éprouvait que de l'éloignement,
el le coqfc·,eur in,istail encore, di.ant 4u'il
o 'était pl po, ihle de différer indéfiniment,
que l'opinion ne pourrait admettre de pareils
a termoiemcots.
Tout fo mondt! 'y mit. Au nom du roi
d'E pa"nt•, l'amli:b ·adcur llonLeleooe viol
appuJcr de ses in ·tanœs; ~on ma.ilre. déclarait-il, ne désirait rien tant 11uc de voir la
rcioo régnante, sa fille, dan. le bonnes gr;1cc ·
du roi. Loui,, Xlll rJpondait toujours 11u'il
étaient trop jeunes, qu ïl fallait attendre.
\lonteleone offrait alors des cbosc c,trnvaganlcs, de faire apprendre à la petite reine à
,e montrer aimaLlc pour lui, à le .éduiu, ou
hien à user de prii•re:, et de larmes. Le roi
aga.ci: répli11oail 11u'il ne l'Oulait pas. Le soir
de celle con1ersatiou. Loui · XIII se trourait
dans l'appariement de la reine; au DIUIDl'Dl
oi1 il allait prendre cong :, le dame· d · l'cntour,1ge d'Anne d'Aulrichc ~~a~t':rent de le
décider à rester; il refusa; elll' le upplièren l; il parut impatienté; les instances en
1inn1t à cc point qu'il se d(o agea ri·vt·mcnl,
pronunçn quelque- mot dur cl sortit. Le
lendemain, la comte e de Soi~ on était
olilinée d'aller le trouver, afin du c.1lmer sa
colère et d·cxpli11ucr que la démarche de la
,cille était c.,u ée par l'ardent intérêt 11ue ces
dJmc portaient à leur so1nwaiue. a Lai 0

l-ons faire le t1•111ps, » di ail le nonce mélan•
coli11uemcnl. C'ét:tit Luyne qui allait réu sir.
1 'e perdant pas courage, le P.•\rnou\, qui,
à eha4uc oonh ·ion, répétait ~c · cooscib,
disail à Bcuti1o·•lio, en d~ccml,rll 1{i 17, 11uc
le duc de Luynes se déciJait à joiodrc ·e~
clforb. aux siens. Ou crut &lt;f u'en janl'ier 1618
oa allait aboutir. Le O a dll la cour ~ 'inLerru"eaienl i le roi arail tant d'appréhension , déclaraieut qucl11ue.,,un , c1ue ne 'adressait-il d'abord à Je · complaisance, facile.~,
déJà éprouvées, qui ne demanderaient pas
mieut c1ue de lui d no r l'a ~urancc néces, ire; ou fo lui cori-ciUait. \Jai le c.onre seur
u récriait scanda li ·é : il n'était pas po. si bic
que a laje té tombàt dans un tel péché! Le
roi était de cet a\'i1-. Alor,,, Jîidai3neu "S, les
d mc5 e. pagnt,I · de la m:ii on d'.\noc d',\utriehe. •JUi étaient coeur.: là, a urai nt ,pie
Louis XIII &lt;c ne valait rien » : u ,iatière un
peu délie.ile, ,·e1cu. ait le nonce, on envoyant
œ · détail~ au plpe; c'e, 1 panrqooi j'ai voulu
en éc:rire en particulier à \'otrc .:aintclé. ,
füi~, pendant cc lcmp·, timide el émue,
la pamre petite reine•, au courant de ce 11ui
~e pa,sait, sfJntail ob. cur :,nt!nl grar1dir en
cil• un allacbcmcnt myslérieu\ pmr le mari
11ui semhlait ainsi la fuir. 1ne alfo:tion troublante l'envahissait, ré ultat de l'allenLe.
Comme fa "Ciné, . on cœur se tournait ver le
roi. On rcm:m1uai1 •1u'ulle tco:1it maintenant
1

à parailr1· plu bellP pour lui, 1iu'ellc le re"ardail lon 6 ucmcnl; oo constatait aus-i •tOI!
peu à peu Louis .\Ill de1enai1 plu· aimable,
csqui~saiL de va!!lles caresse , s'altarJait;
pui · Lou, deu 'arrêtaient : &lt;&lt; Quel11utlfois
il - eussent ,oulu s'engager da,antage : la
honte retenait leur. dé~ir... »
L'été de IUI pwa. Loui XIII en restait
toujours ii de ,·a0ue paroles. Parfois de nouveau\ indices faisaient c.,;p~rer, pu i · la réaliL1:
JémcrllaiL. Le · ambassadeur· étrangllrs annonçaient ;1 leur~ cours une date fixe, ••o:uite
amuaicnl qu'il s'étaient trompé·. On upputait quels t:taienL ceux c1ui pon,•aicut dJ:&gt;ircr
l'é,·éncmcnt. ceux qui pouvaient le cr.iindre.
Le remoi de· dame~ c 'Pa••noks ful le préle le d'une ·orlu Je prome. c. .\u 110m du
roi, Lu}ne. dit à l'arul,a~ adi:ur d'E~pague
que, qi elle 'en allaient, le roi e déciderait : « Cela était crrtain, aflirmail Lu ocs à
Fernando Giron, parce que le roi me l'a promi· et •1uïl lil'odra sa paroh·. 11 Le Espa•
gnolc~ . 'en allèrent. Le 17 jamier WIU
Giron mandait au roi l'hilippc 111 : u Yoilà
11uaran1e-huit jour:. 1111c l;i comtcs.e. de la
Torre e~L partie; le roi d la reine \:Îvenl loujour en frère et .-œur ! &amp; LuJne.s Lèuait lion.
Il a1'aiL cru pouvoir profiter dl' l'incident, il
avait échoué; il allait chercher à eu utiliser
d'autre , et, celle fois, ahoulir.
(A sufrre.)

Lou1 , H1\ TIFFOL.
l'ARI Al ' X\'11•

La notncllc dt• ~on débar,1u •ment à Fnlju~

Bonaparte et Joséphine

élail dt~à p.1ncuu1'. ;i Pari_ par une dé-

pêche.
Mme Uonaparte, dinant d1cz Gohier 1• jour
oir il reçut n:Hc Jl:pêche comme pré.idenl du
Directoire, prit ~ur-lc-t:hamp la r'·,oluliou
Ce fut 11 Fréju · (au rl'lour de sa c;irupague d'aller au-devant de on mari, ·tchanl comdt"}Ph•) 11ue le général Bonaparte apprit hien il était im porla11L puur die de n'être pas
Ioule l'étendue de nos rcver d'lta.lic.
d ,, :incée par Il;!; frère du général.
Uécidé à c rendre eu Ioule hàtc à Pari~. il
' Il •~ i11di nétion d,i Junot, m la f,•m111c
partit dans l'aprè -midi ùu jour même de
du prenucr Cou:.-ul, près dt'." uurrc tfo
nuLr • déhar11ueme11I.
Mc~soudi,d1, aprrs avoir c;,usé une vive e:..Partout ~ur la roule, ;1 .\ix, à Lyon, dans plo inn de fureur jalouse, n'a,aient Jia · lai ~é
les rilles, dan .. les village.·, il fut reru comme
d'abord de lr;1i;e, .1ppar •nie:,·, mai, Bonaparte
à l"réju., c'e t-à-dire avec de, acclamations u'en était pas moins tri proie à de .. oupçon
11ui t.cnaienl du délire.
enet et le· imprc. ions f';ichcu c · produiLe province~ en proie à l'anarchie, ra1·a- lt· par les parok~ tic .fuool n'était•nt pas engéc;; par la "ucrrc cil·ile, :laient ince. sam- tièn·mcnt di~,ipfr ).
ment rucnne&lt;:es d'une "uerre élrannère, .• le
Quand Jo é11hinc rC\·iul à Paris, nous
route - étaient info too de bri••ands, ... Lout étions dt!jà.
portait les jgues de la di- olutiou : le déL~ ~ouvcnirs du pa ,é, les récits haincu
·ordre était partout.
et en,enimé de ·es frères, l'exagération de·
On cherchait un homme qui pûL rendre la fait ·, avaient cxa~pfol Bonaparte au d rnier
lranquillité à la Frnnce épui ée .... Per~oone IlOiot; aus ·i rt·çul-il Joséphine avt.'C une sé,éue félait encore rrncontré.
rilé ctlculée et l'cxpmsion de la plus froide
~ou arri,àme à 11ari~ le j4 1eudéiniaire indillcrcm:e.
( 1li o&lt;:tobr • 1799 ). Ilonap,trle o·a,ait encore
Il rc ta lroi jours ~an communication
élé mi au courant de rien, car il n'arnil r o- a,ec elle, et pend.ml ces troi. jour· il m'l'nconlré ni ,a femme ni ses frères, le~11ucl ·
trcliut sans ccs~e de .::-e .:oupçon~ que ~on
couraient en ,·aio ~ur la roule de Bourgogne imagination channcait en certitudes et ouf'OUr le joindrll.
1ent des menace~ de divorce orlirent de sa

l,ow,he, :nt.&gt;c 11011 moin~ dl! fureur que sur
lt• confin~ de la ·)rie.
Je repri · le rùle de conciliateur que j'a1ai
déjà n·mpli avec sucre. Ji! lui repré~eutai
combien de danger résulterai 111 pour lui de
la déploralile pul,licité IJU'eulrainerait le
:cando.le de plaidoiries. Était-ce au moment
oir ses grand · projet· allaient p ·ul~tre ~c
ri-afücr qu'il devait entretenir l'Europe cl la
France tics détail· d'uue accu ·ation d'adullère'!
Je lui parlai d'llortwi.c cl d'Eug~ne 11u'il
aimait Lcaucoup,enliu je neréu si~ pa moins
liieu «JUC la première foi'.
.\pr'·s ces troi jours de bouderie conjugale, leur union ne fut plu· troublée.
Dès le lendemain de oo arri,é ', Bonaparll!
avait fait une vi. ile au Directoire. L'entrevue
a,ait été des plu froides, el il me dit le
2i octobre:
- J'ai affecté, à un diner 11ue j'ai fait
chez Gohier, de ne pa. renarder ieJès qui y
élaiL el j'ai rn toute la ra 11e que ce mépri
lui causait.
- hc -mus ùr ,1u'il oil contre mu '!
demandai-je.
- Je n'en .ai~ rien encore, mais c'e.:t uu
homme à ysl .,me que je n'aime guère.
Donaparle pco~ait déjà, dans cc moment,
à ~u faire cilirc ffil'robre du Oircctoire à ~a
place.
8 CH.RIE. ·. ' E.

... 156 ....

Ji;cu:. -

l.r.

f'o:-.T , ·r.ur [ T u POIIPF. OF. 1

gAII\RITAl'it; . -

,,.

tr~s

1mt.inricnnt e$131rtft,

TOLE FRA CE
dt r Acadhnlt /r3TI ÇJ/St.
et,

_Les carrosses a' cinq sols
Peut•t'·lre n·e. t-il pa . . ans inlrrN dt• ron idércr depuis combien de temps le' lourd
omniLm,, ou, du moins, leur antùtre cl
leurs analo"Ul!l., ill,mnenl, ~an Il': r111l,cllir, le rues de la ,·ille pour la commodité
dt&gt;s lialiitaot~. IJ _erail, ,ans doute, facile
d'e ·'luisser, d'aprè de document eoulemporains, une pl'Ûle hi·toire d,: l'orininc d:!omniLu . Chemin f:iisaol, on y renconlfl'ra1t
cdle de. fiacre et l'él}moto,,ie de re mol.
Les premières voitures de louage datcnl
dl' HH:,. llo nommé auuge les avait étaLlies. losratitudc des homme ! le nom de ce
1,ienfoilcur modt te e~l lomllt! dao l'oubli,
cl il y a peu de lhanc pour qu'il en,- orle.
Le père La bat, dans • •s ~ 011age., il E ·11ay ,1e et ,fltlLLie, écrit :
J~ mr. . uvien, J'aruir ,u I,• pn·mi,•r ca1-r1&gt;- ••
,le lunag,· 11u'it ,· ail Pit à }1;1ri,. On l':rprelait le
cu11-,,$ e ii rin11•1ol.,, p;1rcc qu'on ne 1~1iail gur

t·1nq sol, p;1r h1•ure. ~11 per-onn('S ! 11111nai,•nl
p;11·1·t! qu'il i 3\:111 dl's porlii•re~ 1111i SIi liais•
-aient, commP on en ,11il 1·ncon~. :,ujnurd'hui.
;11 c1,d1(', l'i :tut carr-o,u•,: ri. eomme il 11' ·
a1ail pas 1•111·11rr tic lanterne, dans h•s l'UP' , n•
1-:11-ro.sc 1'11 a111il une planlt:,. ,ur uni• 1ergl' tl,•
f1•r. au roin ,le l'impèriale, à la !!aud1c du corh 'I': f'()tlt• tu111ii•rt• I'! Ir rli11uelis qu,1 Iai ·ait•nl
li·, 111,·ml,rl•~ mal :1. ,1•111l11,1s le fai,ai1•11l 1t1ir t'l
,·nl ndre ,le (nrl loin. Il lo;;e:ait i1 l'ima~e ,J,, ,~iinl
Fi'1n,•, ,1'111'1 il prit f., 011111 ru jtt'U ,le l1·mp,. nom
q11_·1~ ~. t·n,uil1', romm11ni11m1 ;1 Inn, c1•111 •1ui nnl
•'Ir •

. Ill\ l,

Ces carros e commun' curent tant de .. uccès qu'un peu plu~ ,~rd, en Ili:, i, \1. de
GilT)' fui autori é, p_ar privilège royal,_à éloblir des fiacres laltonnanl . ur la ,·oie publique, el qui .e louaÎî.'lll à rnlontè, ~ . 'rt
heur · du malin à ~rpl heures du ,orr. Mai
on n'en était pa re,té nu prix mode:te de
• cinq .' ol I&gt; .
... J5~ ...

Aujourd'hui, dit lontcil, foi,1nf p:1rl1•r un t•·r•
,le c ,u,, ép,,que, auj,mril'hui, ;1 l'.iri:, cl
,·raisi•mhl:1Lli•111~111 ilan, 11· :1ulrl•~ •ranJe 11111•&lt;,
wuq 1•· ye1 un tii-1. tlt• plu, 1111'11 Lundr,·~. vingtcinq ,ou po111· la pi-cmii•n• beun• ,Ji, t·11ur,c _en
fi~rr,·. 4!1, pour !,•. :iulrc. h,•ur •. , un peu morn
q11';1 L11n1lr1·,. IÎn"l -,ou~. ~ n·e,1 pas trnp pour
mu,, ,i vnu, an•z 1mc certai11c fortun1•; 1·',,.1
trop. ,i rou~ ne l';m•z l' ,, cl rnu~ ail,,, à pird.
-;onnai•c

Comm,• le jour . orl ùe la nuit, l'omnihn
orLit du fiarre ..\u tau,: qu'on 1ienL de mir,
un c.irros,e ùe louane arrivait à. coùtcr une
ou deux pi~toll' p3r jour. Le duc de lloannez, gouvcrnl'ur du Poitou, le 111ar11uis dl'
'ourches, nraud prd,ot de l'hôtel, d le marqui de Crenan. grand écban,on de Fraoce,
conçurent l'idée d'établir de. ,·oitures corumune. 11 l'u. O!.!e de, bourgcoi~. et c'c t là,
celle foi,, l'ori 11 ine ,fritable et le. ,éritablt•'
anct~lrt1 de no omnilms. Le 1!I janvier 160':!,
il· obtinrent lellrc · patente · à cet effet. ( 11

�. - - fflST0:1{1.Jl
certain nombre de riches parliculiers avaient
engagé des fonds dans l'opération. La famille
Pascal, étroitement liée avec la famille Roannez, était parmi les plus importants des fondateurs. Illaise Pascal prenait une part active
et un grand intérêt à l'établissement. Mais
ce n'était point, comme on peul croire, par
esprit de spéculation que le pieux nlaise était
entré dans l'entreprise.
Dès que l'affaire des carrosses fut établie, dil

Mmo Périer. sa ~œUl', il me dil qu'il voulait demander mille francs sur sa part à des fermiers

avec qui l'on lr:iilait, si l'on pouvait demeurer
d'accord avec eux, parce qu'ils élaienl de sa connaissance, pour envoyer aux pauvres de Blois. Lo
pars de lllois avait été, dans l'hiver dl' 11î62, en
proie~ une clfroyàhle détresse; et, cmnme je lui
dis que l'alfoire n'était pas assez sûre pour cela cl
'(U'il fallail atlendrc à une autre année, il me fil
aussilùt wlle réponse qu'il ne voyait pas grand
incOJJ\'énient à cela, parce que, s'ils perdaient, il
le leur rendrait de son bien, el 11u'il n'avait garde
d'allendrc :i une autre année, p:irce que le besoin ét:i.il trop pressant 11our dif.fürer la charité:
et, comme on ne s'accord:iil pas a\CC ces personnes, il ne pul exécul!•r cette résolution, p.ir
Jaqu,!lle il no11~ fuisail voir la vérité de ce qu'il
nous avait dil t:mt de fuis : &lt;Ju'il ne S-OLtb:i.itaiL
avoir du bien CJUO pour en a$sÎster les pauvre•,
puisque, en mème lemp · ljUC Dieu lui donnail
l'e~pérance d'en avoir, il commenç:1il à le tlistl'ibuer par arnnt uième qn'il eu fùl a,suré.
Le privilège ÎUL enregistré le 27 février
1662, el moins de vingt jours après, le
:1.8 mars 1662, les premières voitures commencèrent leurs courses dans Paris. On fos
désignait, comme leurs devancières, sous le
nom de car1·osses à cinq sols.
Mme Périer a tracé le tableau curieux de
cette journée d'inauhru.ralion.
L'établis cmenl, écrit-elle, le ~J mars, à Arnaud de Pomponne, commen&lt;;a saml'di, à sept
lu•ures du matin, mais avec un éclat el une pompe
merveilleux. On distribua les sept carrosses dont
on a fourni les premières routes; on en emoia
trois /1 la porle Saint-A nloine et quatre deHtnl le
L111emoourg, où se lrourèrcnt, en même Lemps,

deux commissaires du Cb,ltelet en robes, quatre celle de la rue Saint-Antoine au Luxembourg.
gardes de M. IP grand préYôt, dix ou douze ar- Devant le succès de la première tentative, on
chers de la ville et autant d'hommes à cheval.
ouvrit bientôt un second parcours. On avait
Quand loulcs les choses furent en l'état, me,- d'abord pensé à un trajet qui eût suivi toute
ieurs les commissaires proclamèrent l"établissement, el, en ayant remontré les ulililés, ils exlwr- la longueur de la rue Saint-Denis; mais, sur
tèrenL le bourgeois de tenir main-forte el décla- un mot de Louis XIV, on se décida pour la
rèrcn 1 11 Lou l le pt&gt;ti l peu pie que, si on faisai I la rue Saint-Honoré.
moindre insulte, la puni lion sl'raiL rigoureuse, el
Lr.s marchamls de la rue Saint-nenis, ~cril enils dirent tout cela de la part &lt;lu roi.
Ensuite, ils défüTèrcnt au1 coche1 s chacun core Mme Périer, demandent une route arnc tant
leurs casaques, r[ui rnnl bleues, aux couleurs du d'instance, qu'ils parlaient même de présenter
roi cl de la ville, avec les armes clu roi el de la requête. On se disposait à leur en donner une
ville sur l'estomac, puis ik co1mnandèrcnl la dans hnil jours; mais, hier, au malin, Mll. de
marche. Alors, il partit un carrosse avec un Roannez, de Crenan et le grand préfôl éLaicnl
g11rde de M. le grand pri:Yi1t dedans. Un demi- tous trois au Louvr.i; le roi s'entretint de celle
qna1·Ld'heure après, .on en fit p:11 tir un autre, el nouvelle avec beaucoup d'agrément, el, en s'apuis les dt!ux àutrcs d,ms drs tli~t~nces paralli.•b, dre~sanl à c1•s messicun:, il leur rlit :
-· El noire route, ne l'ètaLlirrz-vous p~s
ayant char1m un garde, qui y dt•mcurèrenl tout
bicnlôt'/
cc jour l.'1. En même lcu1ps, les archrrs de fo
Celle pal'Ole du mi le~ obligea rie penser i1 celle
ville et les gens ile cheval se r61i.~ndirrnl tians
de
la ruo S~int-lloaol'é 1•l rie différer quelques
toute la route. Du coté de la porte Sainl-Anluine,
on pratiqua le mèmes cé,:èmonics, à l:t mêtne jours celle ,le la rue S:1inl-Dcnis, Au reste, lt• roi,
hc1,n•, pnur les trois carrosses qui 'y étaient , &lt;'ll- en pal'lant de cela, dit qu"il voulail qu'on punit
dus, i'l on où~c•rva les mèmes chose-• qu'à l'autre rigour(lu,emeol ceux qui rcrail'nl la moinilre
côté pour l,·s g:1rdes. rour le atdwrs et pour le.~ insolence t'l qu'il ne Iouh1il p~s qu'on lrouhlât en
gens &lt;lr cheval. Enfin, la chose a élé si ùirn cou- rien l'iltablis5enll'nl.
duill', 11u'il n'est pas arri1é le moindre Msordr~, •
Celle ligne de la rue s~int-Ilonoré, allant
et cc~ cuiTosses-là marchent au si pail'iùlemcnl
de
la rue Saint-fioch à la roc Sainl-Antoill(',
comme les autres.
fut inaugurée le 16 avril f li02; le 22 avril,
~fème on ne s"explique pas très Lil'rr qat1ls une ligne alla du carrefour Saint-Eustache au
étaient ces dé ordres que reJoutaicnL si fort Luxembourg; et, le 5 juilll't de la même anle roi el la pré,·ôlé. Les nomelle voiture ne née, une quatrième ligne partait de la rue de
pouvaient ~tre que populaires; elles n·y mr,u- Poitou, au coin de la rue de llerri et de la rue
quèrenl point.
J'Orléan , pour se rendre au Luxembourg.
Nulle gravure reprrsentant les cal'rosses ù
Le premier el le !it'Crlll() jour, dit eocort'
cinq
sols n'est pan·enue jusqu'à nous. Un
ftlmc Péril!r tians la 111émc lcltre, le monde étail
peut, cependant, s'en foire une idée d'après
1~1ngé sur le Pool- cuf el dans Ioules les ru1'S
pour lt&gt;s rnir p,l ~er, cl c'etait une chose plaisante les dires des ronlt mporains. Il-, pou,·ai&lt;'nt
de voir Lous les artisans cesser leur ouvrnge pour contenir huit per onues: de longues soules regarder, en eorlo que l'on ne fit rien samedi pentes posées sur des nwulo11s les suppordans toute la route, non pllls que si c·e(Jt été une taieuL. On appelait moulom des pièces de
fète; on ne vopil partout que des vi ages rinnt~, Lois, posées à plat sur l'l's~ieu de carr"~ges,
mais ce n'était pas un rire de moquerie, mais un Le haut des moutons était indiqué par un1,
rire tl'agrémenl el de joie, cl celte commodité stlro111•a si grande que loul le monde la souhaita, ou plusieur" fleurs de lis. C'était là, à peu
près, la forme des carrosses que nous pouchacun dans on quartier.
vons voir dans les tableaux de Van der MeuIJue seule ligne avait été établie, en elfet, len.
ANATOLE

FRA~CE,

•

DUBLIN A LA FIN DU

XVJI[•

SIÈCLE :

LE c

TrlOLSEL •

(SIEGE DU Co:sSEIL COMIIIU~AL). -

J)'a()rès une ancienne eslamfe.

TEODO'R DE WYZEW A
dp

Les

.
memo1res
,

'

d'un aventurier irlandais

d~ 1",.\ca,tcmie française.

La duchesse de Nemours

Mme de Nemours, de la maison de Longuc,·illc, élait eitraordinairemcnt riche, et
vivait dans une grande splendeur el arnc
beaucoup de digniléj mais ses procès lui
avaient tellement aigri l'esprit qu'elle ne
pouvait pardonner. 1':lle ne finissait point làdessus; et quand quelquefois on lui demandait si elle disait le Pater, elle répondait que

oui, mais qu'elle passait l'article du pardon
&lt;les ennemis sans le dire.
Un peut juger que la dévotion ne l'incommodait pas. EUe faisait clle-mème le conte
qu'éLant entrée dans un confessionnal saas
être suivie dans l'église, sa mine n'avait pas
imposé au confesseur, ni son accoulremenl.
Elle p3rla de se grands bit?ns, et beaucoup
&lt;les princes de Condé et de ConLi. Le confesseur lui dit de passer cela. Elle, qui seutait
rnn cas grave, insista pour l' e.x pliquer, et fit
mention de grandes terres et de millions. Le
bonhomme la crut folle et lui dit de se calmer, que c'étaient des idées qu'il fallait éloi-

gner, qu'il lui conseillait de n'y plus penser,
et surtout de manger de bons potages, si elle
en avait le moyen. La colère lui prit, et le
confesseur de fermer le volrl. Elle se leva et
prit le chemin de la porte. Le confesseur, la
voyant aller, eut curiosité de avoir ce qu'elle
devenait, et la sui\'it à la porte. Quand il Yil
celle hoonc femme qu'il croyait folle reçue
des écuyers, des demoiselles, el par ce grand
é,iuipage avec lequel elle marchait toujours,
il pensa tomber à la renverse, puis accourut
à sa portière lui demander pardon. Elle, à
son tour, se moqua de lui, el gagna pour ce
jour de ne point aller à confesse.
SAINT-SDlON.

Un soir du commencement de l'année :1. 788,
tout le beau monde de Dublin était réuni à
table, dans l'hôtel somptueux du duc de Leinster. TI y avait là, à côté d'un grand nombre
de dames de l'aristocratie anglaise et irlandaise, les principaux représentants de la «,jeunesse dorée » de l'endroit: membres du Club
du Feu d'Eufer, dont les mystérieuses orgies
faisaient à la fois le scandale et l'orgueil de
la ville, ou bien de ce Club de Daly dont les
volets, - toujours fermés d'1puis midi, pour
que l'on pût y jouer avec plus d'entrain à la
lumière des lampes, - ne s'ouvraient que,
de Lemps à aulrt', pour livrer passage à un
tricheur qu'on lançait à la rue. JI y avait là
quelques-uns de ces bucks (daims, ou Loues)
1. Buck Whaley's Iemoira, eilited, u•il/1 fot,·o duclimi 0111/ Notes, by Sir Edword 11llivan, 1 vol.
ia-8•, Londres.

de Dublin, que toutes les capitales de l'Europe
enviaienl justement à la capitale irlandaise :
le Buck Sheehy, lord Clonmell, ou peul-être
ce Duck English- qui, un jour, au cabaret,
ayant tué un domestique, avaiL simplement
réglé l'affaire en demandant qu'on lui comptât
ce domestique, sur sa note, pour cinquante
livres sterling. Mais le héros de la fête, ce
soir-là, était un autre buck, Thomas Whaley,
un garçon de vingt-deux aus, dont on savait
qu'il lui avait suffi de cinq ans pour dépenser
toute la grosse fortune qu'il avait héritée deso·n
père. ,hecle dernier argent qui lui restât, Wbaley venait de se faire construire, à Plymouth,
un vaisseau de deux cent quatre-vingts tonnes, armé de vingt-deux canons. Il avait
commandé ce vaisseau sans avoir la moindre
idée de l'usage qu'il pourrait en faire; et
comme, après le souper, quelqu"un lui de-

mandait, par plaisanterie, vers quel lieu du
monde il complait d'abord se diriger, c'esl à
tout hasard qu'il répondit : « Vers Jérusalem! » La réponse fut accueillie par un éclat
de rire unanime_ La plupart des assistants
affirmèrent que Jérusalem avait cessé d'exister depuis des siècles, de la même façon que
Babylone, ou que Tyr et Sidon; les aulres
soutinrent que, si l'ancienne cité bihlic1ue
existait encore quelque part, ce n'était pas
Whaley, en tout cas, qui parviendrait à la
découvrir. Le jeune buck, qui aYail toujours
adoré la contradiction, fut ravi d'une aussi
excellente occasion de rn faire valoi1· : il s'offrit à parier, contre Lout le monde, qu'il irait
à Jérusalem eL ~erail de retour à Dublin avant
deux ans. Dès le surlendemain, les enjem: du
pari avaient déjà dépassé 12 000 livres sterling.

�________________________

- - - fflSTO'J{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

,

C'est ainsi que lut décidé Je l'opge de
Thomas Whaley en Palestine. Et le voyage
eut lieu, en effel, - mais non pas sur le

déjà adopté fa coutume de fumer; mais mon com-

faite en vue de l'impression : au bas de la
page du Lilre, écrite à l'imitation d" un titre
imprim~, on avait mis : 11 Dublin, 1ï07. 11

COUR DU CHATEAU DE DUBLIN.

vaisseau commandé à Pllmoulb, le jeune
homme s'étant ,11 contraint de le ve11dre,
aussitôt construit; - et \\haley, s'il eut infiniment de pl'ine à loucher IPs ommes qu'il
a,1ait gagnée., s'acquil du moins, par cet exploit, w1e célébrilé immortelle : car il n'y a
per.onne, aujourd'hui encore, en Angleterre
comme en Irlande, qui ne connais e le nom
de ce &lt;c Jerusalem Wbaley 1&gt; t[Ui, - pour
citer une des innombrables chansons composée. à a gloire, - « étant très ~ court d' argent, el ayant l'habitude d"élonner son monde,
a parié plus de 10 000 livres qu'il Yisiterail
les Lieux Saints ». lai on s'était toujour
demandé, jusqu'ici, ce que pouvaient ètre
devenus les mémoires que l'aYenlurier irlanJai passait pour aroir écrits, au retour de
son wyage; el la surprise et le plaisir ont été
grands lorsque, il î a quelques années, l'on
a appris que ces mémoires qu'on croyait
perdus allaient enfin être pub]j ~ ·.
Ils aYaient été découverts, au cours de
l'année I ou:&gt;, par un érudit irlandai , sir
Edward Sullivan, dans de circonstances assez
singulières. Étant entré, par ha ard, à Londres, Jans une salle de n-nte·, sir Edward
s'était fait adjuger deux volumes reliés, que
l'on vendail uniquement pour la beauté, ou plutôt pour le luxe un peu prétentieux, de leur reliure. ous celle reliure en maroquin rouge lourdement doré e lrou,•ait un
manuscrit, signé des initiales W. M., et intitulé : rayage dans dfre1·se · parties de
f'Eut"O)Je el de l'Asie, el notamment à Jfrusale111, avec un récit sommaire ile la i•ie cle
f'a11/em•, et ~es mémoires 11rh•é.~. Le manu:-crit était une copie très soignée, é,·idemment

Et un coup d'œil jeté sur le texte suffit à ir
Edward 'ullivan pour lui prouver !file le
dem: vo1 umes qu'il venait d'acheter étaient
bien le- mémoire inédits de Jerusalem Whaley, dont un ami intime de celui-ci avail fait
mention, dans une notice nécrologique, en
1800, au lendemain de la mort du voyogeur.
Cependant, le nouveau possesseur du manuscrit ne voulut point s'en tenir à celle première certitude, el se lina à une lon!,(ue enquèLe supplémentaire, 11ui eut pour ré. ullat
de rendre al,solument inconleslab1e raulhcnlicilé de sa précieuse trouYaille. Non seulement, en elîel, des descendants de Wltaley
mirent à sa disposition un aulre manuscrit
des mêmes mémoire , mai il eut encore la
bonne forlune de découvrir le journal de
roule d'un certain capitaine Moore, CJUi avait
accompagné \ haley à ,Jérusalem, et dont 1e
récit concordait pleinement avec celui &lt;lu célèbre a beau o irlandais.
[t, de la confrontalion de ce journal de
roule du capitaine loorc avec Je· mémoires
de "haley, une seconde condujon 'est
trouvée ressortir, qui doit a ,oir achevé de
décider sir Edward Sullivan à la publication
de son maou·cril : c'e t que Whaley, a\·ec
toœ es ,ices, n'a jamai menti, dans ce
qu'il non raconle de e aventures. Le fait
est qu'il n'y a pa~ no seul point, dans toute
sa relation du Yoyage à ,lérusalrm, 011 son
récil s·écarte sérieusement des notes prises,
an jour le jour. par .on compagnon: de telle
sorte que nous avons tout droit de supposer
que Wbaley n'a pas été moins véridique dans
cette antre partie de sei; sourenir 011, faute
d'a%ir personne pour no11s permettre de con-

lrôler ses affirmations, nous sommes plus ou
moins forcés de le croire sur parole.
Celle autre partie, malheureusement, Lient
assez peu de place dans l'ensemble du manu crit : soit que Whaley ait considéré son
rny:ige à Jérusalem comme l'événement capital de sa \'ie, ou plutôt que, aianl recueilli
des notes tout le long de sa roule, il ait voulu
ensuite les utiliser jusqu'au moindre détail.
:ur les 510 pages qui remplissent ses Mémoires, dans l'édi Lion nourelle, le Fameux
voyage, à lui seul, en occupe tout près de
250; et l'on ne peul 'empêcher de regretler
que l'auteur n'ait pas traité avec le mèmP
déreloppement maints aulres épisodes Je son
aventureuse carrière, qui am·aient eu beaucoup plus de quoi noas intéresser que son
itinéraire de Dublin à Jérusalem.
Non pas, pourtant, que cel itinéraire soit
jamais ennu)enx, ni m1~mc qu'on ne pui sel'
trom-cr une foule de petites particularilrs
inslructÎ\•es ou diverti santes. Tout en étant,
à coup sùr, ce qu'on pourrait bardimmt appeler un &lt;c drôle o, Jerusalem Whaley est un
homme fort intelligent . lettré, spirituel, bon
observateur, avec un mélange singulier de
résignation philosophique el de CJnisme in génu. Lors même que, uivant l'usage invariable des vo-yageurs de ~on temps, il emprunte à d'autres livres les éléments de ses
descriptions, il sait donner à se emprunts
un tour original; et souvent aussi il regarde
et juge pour son propre compte, notamment
quand il s'agit des femmes, dont il reste également curieux sous toutes les latitude , ou
encore quand il s'agit des mille formes diverses que prennent, dan les divers pays,
toute sorte de vice. dont per onne ne connait
miell\ q1ie lui la forme anglaise, ou ·européenne. Il y dans son livre, des portraits
d'ivro"ncs, Je joueur", de proxénètes, de
charmants el dangereux coquins, que j'aimerai à pot1\'0Îr citer, en leur oppo :ml même
une ou deux ligures naïvement touchantes de
brave gens, comme celle de ce Supérieur dl'
la mission catholique de Jérusalem. qui félicite si chaudement le jeune homme de l'oLjcl
pieux de son pèlerioagP, que \\"hale), rouge
de honte, se demonde 'il ne va pa lui révél«&gt;r le véritable objet de on excursion au
tombeau du Sanreur. Void, du moins, quelques passag«'s, que je prends un peu au hasard, et qui pourront donner une idée de
l'allraiLpiquant de cc long récit :

ÙS .M"ÉJKOT'l (ES D'UN AVENTZmlER. 11{1.JlNDJl1S - - ~

pagnon m'informa que je parailr:iis CJ.t.rèmemenl
impoli si je ne fai. ais pas, tout au moins, semblant
de fumer. Il me fallut donc me mellre une pipe
entre les lèn-e ; el ain i non rcstâme , pendant
plus d'un quart d'heure, sans qu'une seule syllabe fùl prononcée, bien qu'il I eùi plus de Yingt
personnes réunies dans la salle. Puis on nous
sen-il de douceur , et un peu de café sans sucre.
Enfin, après celle collation, le douanier Lnrc condescendit à rompre le silence, et nous dt!manda
si nous arions, dans nos malles, au Ire chose !fUe
tles ,êtements. Sur noire rtiponse négative, il
ordonna aussitôt t{ae notre bagage nous fùt délivré san être ouvert. Je lui présentai alor~ ma
lorgnette : il me fil l'honneur de l'accepter, mais
sans la reg~rder. ni me dire un mot de remerciement.
Et Je fus tri:s rrappé, d'abord, d'une façon ;1u ·i
incivifo; mais bienlôl, en connai~sant miem. le
caractère de~ Turcs, j~ découçri~ que celle façon
J.'agir ne procédait p&lt;1inl du mauvai 1·ouloi1·, ni
de l'impolitesse. Les Turc , dans leur onmeil. ne
1eulent point r1ue i-ous supposiez que quel11ue
0

qa.i oblige, el jamais ,·ous ne l'amènerez à admet- que les Turc-- absorbent parfois de grandes qu;intre que ,·ous l'ohligiez, i même vou5 lui faites tités de ce liquide extrêmement ,iolenl. On lui
en ser1·il une bouteille, dont il hui au ~itôl la
présent de la mflitiè de votre fo1·U111e .
moitié; et, certainement, il aur-Jil acht•1·é la houQuelque jours après, à Fotcha Non, lcille si je ne la lui avais retirée des mains. Et
Wbalev eut l'occasion d'assister à une autre al,,rs. le rhum el 13 l,1vande ayant commencé à
mani[~talion du caractère turc :
opérei·, Je ne pus m'empècber d'éprouîer de lriJs
sérieuses appréhensions : car lorsqu'un Turc s'eniEn revenant d"une de nos citasses, nous fùme
accosté par un musulrom d"appa.rence lrè res- vre, il ne se fait point de l;Crupule de tuer le
pectable, qui nous témoigna le désir de nou · premier giao11r qu'il rencontre, et la loi ne punit
accompagner i1 bord, pour voir notre bateau. Nous ce délit que d'llne légère bastonnade. Cependant,
l'emmrnàmes donc arec nous, cl il sembla très j' eu - le plaisiJ de ,·oir que noire hôte se tenait
louché de celle allention. li lima gr:1ndemenl relalirnrnenl tranquille. Nous Je ramenâmes ;.a
l'odeur de notre porter eu bouteille, et approuva port, et le laissâmes là, à la garde de Dieu.
fort notre cuisine anirlaise; mai lorsqu'on lui
A Chypre, Whaley s'acbète une « petite
présenta un couteau el une fourchette, il se mon- amie»:
tra très . urpris de ce.5 inslru.ments, el, après une
Jamai je n'oublierai ma tendre, fidèle el chartentative malheureuse pour en faire u,-,1ge, il eut
recoun; à sa vieille méthode. qu'il lrou,·a la mei l- mante Teresina, telle que je l'ai achetée à ses
l1•1u-e, et dont il fit un emploi cxcellenl flOUr dé- p;irents. Quand je la vis d':1horJ, elle était a.·i~e
vorer tout ce qui était ~ur la table qui pùl èlre devant sa porte. La beauté de oon teint, la r+gumangé. Le diner fini, nou loi offrîmes du vin, larilé de ses !rails, m:iis . urloul 1~ ~implicilé
qu'il reru~a; mais il Lnt une bouteille culière de innocente el modeste ,le son e&gt;.pression, meïirent
rhum, qui ne fit que lui donner soir. Or, comme la con idérer a1·ec ravissement. Cil que voyant..,

a,

A :-mvrnl', le douanes étaient alîermées à un
Turc orgueilleux, qui e monlr:1 sur1•ris IJUe nou
ne Cu. sion~ p,1. venus, en f)l'rsonoe, lui présenter
no~ hommages. ,\yant été informé de 1a maniè1·c
de penser dr ce fonctionn~ire, et do gr-,md attachement qu'il anil pour le.~ pelil.! pouJ"boiré~, jl•
mii- une lorgnellc dans ma poche et, en compagnie de ,1. L... , je me :rcndi · nui bureaux de
la douane, oit nous rlrco111rlmes que ce {el'mier
gé11t!rnl à longue hnrhe nous attendait, et se propos:iit ,le nuus reccruir en cérémonie.
lntroduit dans a salle d'apparat, nous le trou'1:lme t1ssis n terre: il ne daigna p;is nou favoriser t1· 110 regard, mais nou.~ ordonna d noa.,
n ~eoir el dr prendre des pipes. J'étais encon•
depuis trop pro de Lemps en Turquie pour aroir

LE RETOUR DE V ARE.."i!NES : LA VOITURE QUI Rill.ÊNE LA F.UULLE ROYALE ENTRE DANS PARIS.

Grayure

chose qui leur vient de

îOUS

pu.i.sse leur apporter

La moindre sali faction. En rece-vaot un cad.eau
d'un chr·étien, un Turc est persuadé que c'e t lui
Y. -

li.JSTORIA. -

Fas.:. 36.

~

BERTRAUL"T,

tra~is

le cûssin

CU PRIEUR.

notre provUon de rhum était très réduite, je proposai de lui servir, en échange, un peu d'eau de
lavande, apnt la. dans les Mbnofru de Do Tott
..., 161 ....

se parents résolurent ao..s.sitôl de tourner à leur
profit la vh•c impression que leur aimable enfant
avait faite sw· moi. Un qu~rl tl'heure après, le
li

�1!1S T 0'/{1.ll
marché était conclu, j'avais payé environ 1:50 livres, el Teresina m'appartenait. Pou1' étrange
que cela puis e :~emhler, j'élai la seule personne
à m'étonner d'une transaction aussi extraordinaire. Teresina versa bien quelque$ larmes en
quillant se,, p;1renls, mais elle · flll'enl ,•ile séchées lt,r,;que je l'eus pourvue des ro!Jes les plu~
coiHeuses qu'on vendait dan, la ville. Elle étai l
pleinement heureuse de sa situalîon nouvelle.
Elle n 'arnit que treize ans, 111ais son àme rPpond.ut le mieux du monde ~ l'allmirahle snnéll'ie
de sa personne : courtoise el affable pour ~hacun,
sans regret du passé ni souci de l'avenir, son
unique préoccupaliou ét;1il d"a$Surcr le bonheur
de celui q1i'elle comidérail comme un maitre cl
un bienfaiteur. Quant à moi, parvenu au terme
de mon ,opgc, je compris que c'était à la fois
mon devoir t•l mon r~nchanl &lt;l'a &lt;urer le sort de
celle adorable fille; el com1DI' j'étais convaincu
qu'elle ne pouvait pas êl.re in~en ible aux précieuses qualités de mon rher îaleL arménien,
i'.10!0, qui était ,ur le point de s'en relolll'ner
dans son par, je leur proposai de s1• marier ensemble, ce qu'ils acceptèrent tons deux avec un
empre,semcnt mèlé de reconnaissance.... Ueurc~se simplicité! Je laisse à nus philo_,ophc, modernes le soin de la commenter; pour ma pari,
je ne rougis point de reconnaitre que j'admire de
tout mon cœur la soumission pa.,,ive el la s;1ge
i11philosophie de ma chère Tere~ina, en même
temps !fUC je ne lrouve pas d'expressions ;wez
forles pour flt!Lrir l'égoïm1einttlre · é lie Fe.~ parenl .

' Mais bien d'autres vo1ageurs, avant et
après Thomas Whaley, nou ont promenés à
leur suite sur les chemins de Jérusalem ; et
il faut reconnaitre que les plus sceptiques
ont encore mis à leur pèlerinage un recueillement, une préoccupation de la beauté, ou
du rôle hisLurique, des lieux vi ités, qui
manquent naimenl un peu trop dans les
impressions de roule du jeune Irlandais. On
sent trop que celui-ci, tout en ne négligeant
aucun moyen de se diYertir, - et il est
homme, je le répète, à goùler la vue d'une
belle ruine, ou d'une inscription curieuse,
presque autant que celle d'une jolie fille, n'a cependanl de pensée, au food de son
cœur, que pour le gros enjeu qui l'attend à
Dublin. Lui-mème, d'ailleurs, nous le dit,
avec a franchise ordinaire. Parmi les émotion de toute espèce que lui inspire le premier aspect &lt;le Jérusalem, aucune ne lui parait aussi importante à nous ignaler que c&lt; la
perspeclive radieuse de terminer bientôt son
expédition, et de pouvoir se remettre en
roule vers l'lrlande ll. on vo1age à Jérusalem n'a décidément été, dans sa vie, qu'un
incident pareil à cent autres, une de- cent
folies où l'a entrainé, avec on brsoin naturel cc d'étonner le monde », l'extraordinaire passion d'aventures qu'il a,·ait en soi.
Et c'est chose certaine que les quelques pao-es
de on réi.:il qui ne sont point con:;;acrées 0au
fameux vopge, 'il avait consenti à les développer, lui auraient fourni la matière d'un
livre infiniment plus intéressant pour nous
que celui que ,·ient d'exhumer sir Edward
ullivan.
Ces quelques pages se répartissent en
deux chapitres distincts, dont l'un sert de
préface au livre, et l'autre d'épilogue. Le

premier nous raconte 1a jeunesse de Wha1eJ;
le second est un résumé rapide des éYénemenls qui ont suivi son retour en Europe,
et notamtnenl des nombreux ~éjours qu ïl a
faits à Paris, pendant les plus tragiques années de la Rérnlution.
Dn premier chapitre on ne saurait donner
une idée plus exacte, me scmble-t-il, qu 'en
le comparant à un chapitre de Gi/ Blas ou
du Rotlei-ick Ra,11lom de Smo!Jell, mais à la
condition d'ajouLer qu'il y a toujours, chez
Whaley, un accent particulier de véracité à
la fois fanfaronne el quasi honteuse, le ton
d'un homme qui Youdrail se vanter, et qui,
en mème temps, est forcé de reconnaître que
de plus malins que lui l'onl conduit par le
nez. [) raconte d'abord que, lorsqu'il avait
seize ans, sa mère, désirant qu'il terminât
son éducation, J"a envoyé en France, sous la
garde d'un précepteur qui lui amit été recommandé comme un homme de tout repos.
Dts le lendemain de l'arrivée à Paris, le précepteur propose à son élève de l'emmener au
théâl re : mais l'élève, « pour certaines raisons », préfère rester à l'hôtel; et quand le
précepteur rm'ienl du théâtre, à minuit, il
trouve Whaley u en très fàcheuse compagnie ». Sur quoi le pauvre garçon s'in11uiète
de la réprimande qu'il prévoit pour le lendemain matin; el il est tout heureux de découvrir que son maitre, en fait de reproche, le
blâme seulement de se faire tant de -ouci
« pour une bagatelle ». Celle largeur d'cspri1, nous dit-il, &lt;( eut vite fait de me réconcilier a1•ec le caractère de mon précepteur,
si bien que, depuis lors, nous vécûmes ensemble dans les meilleurs Lerme ».
De Paris, les deux amis se rendent à
Auch, où le précepteur a demeuré autrefois,
el qu'il repré ente à on élève comme la ville
de France où il pourra le mieux (( apprendre
le Irançai , et se perfectionner dans les arts
de l'équilaLion, de l'e crime, el de la danse. »
Wbaley loue donc, à Auch, une « élégante
maison I&gt; ; mais il en loue d'autres, au -si, à
Cauterets, à Bagnères, et à Tarbes, pour plus
de variété. &lt;l Toutes ces maisons n'étaient
qu'à quell1ne~ lieues l'une de l'autre; et,
dans chatune, j'avai ~oin que les honneurs
de ma table fu~sent faits par une favorite.
}(on précepleur, de son côté, rnulul sui\Te
mon exemple i en conséquence de quoi il prit
sous sa protection une autre beauté, avec
laquelle il vi ·ita, tour à tour, rues diverses
maisons. Mais hien que nos goùls et nos penchants, au sujet du beau sexe, fussent parfaitement pareils, je crus m'apercevoir que,
en général, nous nous entendions mieux de
loin que de près; et, dès ce moment, sa visite à l'une de mes résidenees fut toujours,
pour moi, un signal d'avoir à me transporter
dans une autre. »
L'auteur nous décrit, au passage, quelque -unes des personnes qu'il a eu l'occasion
de connaître, pendant ce séjour de plus d'un
_an dan les Pyrénées; l'évêque de Tarbes, un
certain comte de V... , le prince el la princesse de Rohan. Ces derniers, le sachant Lrè
riche, lui auraient volontiers donné pour

femme une de leurs filles; mais la mère de
Whaley s'est opposée au mariage. en raison
de la différence des religions: car j'oubliais
de dire que Whaley était protestant, d'une
famille anglaise introduite en Irlande par
Cromwell, et que son père s'était mème
arquis le surnom significatif de « brùleur de
rhapclles li. De telle manière que le jeune
homme, se voyant condamné. au célibat, s'est
empressé de séduire une jeune fille noble,
cousine du comte de V... ; et cette nouvelle
intrigue a eu pour elfet &lt;le le contraindre à
quiller brusquement es quatre maisons pyrénéennes. Dénoncé aux parents de la jeune
fille par un \!&gt;hé, qu'il avait pris pour professeur de Français, il a publiquement fouetté
ledit abbé, à Auch, sur le Cours, ce qui lui a
valu d'être mis en prison. Heureusement, sa
victime s'est trou,·ée n'ètre qu'un faux abbé;
et Whaley, apri:s quelques semaines d'emprisonnement, a pu se retirer à Marseille,
puis à Lyon, où d'aimables jeunes femmes
el des gentilshommes des plus « distingués »
lui ont gagné, après boire, des sommes incroyables. Le fait est que sa merveilleuse facilité à perdre de l'argent lui avait procuré,
dès lors, une renommée européenne : car il
nous apprend que deux nobles étranger·
sont venus tout exprès de Spa jusqu'à Lyon,
pour lui proposer une partie de cartes, 1\
Paris, ensuite, il a rencontré une charmante
jeune femme, dont le mari avait un emploi
à la Cour : et celle-là, après huit jours de
rendez-vous mystérieux, lui a encore soutiré
500 livres sterling. Mais comment analyser
un récit dont tout l'attrait est dans la finesse
pittoresque des nuances, dans la piquante
justesse de traits de caractère, et dans un
entremêlement continuel, aux anecdotes galantes, de réllexions « sociologiques &gt;&gt; sur les
mœurs parisiennes et provinciales des dernières années del' Ancien Régime?
Toul autre est le ton du dernier chapitre,
où Whaley raconte les séjours qu'il a faits à
Paris apr~s son retour de JérusalPm, entre
f7!ll et 1793. L'irlandais continue bien à
commettre, et à nous avouer, mille extravagances plus ou moins scandaleuses : mais il
nous en parle, à présent, avec la gravité d'un
homme qui, ayant été jusque-là toujours
trompé et volé, estime avoir acquis, contre
le monde. un droit de représaille~. Aussi
bien a-t-il, dé ·ormais, des devoirs nouveaux.
Il ne s'est pas encore marié, en vérité : mais
il vit maritalement avec une jeune femme
« d'un goùt exquis et pleine de sensibilité »,
miss Courtney, qu'il parait aimer beaucoup,
ainsi que les enfants qui lui sont nés d'elle.
C'est maintenant pour eux, autant que pour
lui-même, qu'il a besoin de gagner de l'argent par tous les moyens; et ce sen liment,
joint au progrès naturel des instincts de morafü.te que notre aventurier a toujours conservés dans un recoin de on àme, revêt les
pages finales de son récit d'une dignité sobre, sévère, un pe11 mélancolique, qui ne
laisse pas de nous en rendre la lecture à la
fois plus bizarre et plus agréable.

�1f1STO'J{1.ll

•

L'impression qui se dégage le plus nettement, pour nous, de cette dernière partie des
souvenirs de \îhaley, c'est que jamai Paris
n'a été une Yille plu gaie, plus frivole, plus
adonnée au plaisir sous toutes ses formes,
que pendant les crises les plus aiguës de la
Révolution. Après cela, je suis tout prêt à
admellre que cette impression tient surtout
au caractère même du narrateur; el il n'est
pas surprenant qu'un homme comme celuilà, qui trouvait le moyen de perdre de l'argent au pharaon ur les ruines du Temple
de Jérusalem, ail trouvé le moyen de se rcfaire une fortune en commanditant un tripot,
au Palais-Royal, dans l'ancienne Chancellerie
de la rue de Yalois, pendant que se déroulait
le procès de Louis XVI. Mais Whaley ne nous
introduit pas seulement dans ce tripot, où se
coudoient, chacune nuit, autour du lapis
vert, les représentants les plus notoires de
tous les partis opposés : à chaque pas qu'il
fait dans Paris, des occasions 'offrent à lui
de jouer aux cartes, de s'enivrer en joyeuse
compagnie, ou de repousser vertueusement
les avances de quelque jeune et charmante
ueauté, ari ·tocrale ou bourgeoi e, royaliste
ou sans-culotte. Évidemment l'un deg premiers effets de la fièvre révolutionnaire a été,
non poiat peul-être d'aviver, mais d'enhardir, d'émanciper, de précipiter au grandjour
de la rue, la dépravation produite, dans les
mœurs françaises, par cent ans de paresse et
d~ a libre pensée 1. C'e.t en sortant d'une
partie de basselte au Pavillon de Hanovre que
Whalcy assiste an retour de la famille ro)ale,
a près le drame de Varennes; et c'est au Café
de Foy qu'il apprend, entre deux parties de
pharo, les détails circonstanciés de l'exécution de Loui XVI.
Il y aurait encore à noter, dans ce livre,
maintes observations des plus précieuses
pour notre connaissance de l'histoire anecdo ·
Lique des hommes et des cho ·es de la Révolution : mai je craindrais de leur ôter une
bonne partie de leur saveur en les i olant des
pittoresques récits où l'auteur les encadre;
et, puisque je viens de mentionner le retour
de Varennes et l'exéculÎQn de Louis XVl, ce
sont ces deux épisodes que je vais choisir,
parmi vingt autres, pour ache\er de donner
un aperçu ommaire de l'intérêt, comme
aussi de l'exactitude habituelle, des blémofres
de Whaley. Voici d'abord la triste fin du
drame de Varennes :
A trois liem·es de l'apl'è:.-midi, je me procu1-ai,
aveG l'aida de quelques louis d'ol', un iège dans

une sorte de lhé:itre. étlilié, pour la circonstance,
à la portll de:; Tuilerie .
L'ord1·e avail été donnti qu'un profond silence
fùl obs1·n'é, el que personne, sous aucun prétexte, ne se découvrît. Le c,1rrosse d11 roi élail
d'aiUeuN entouré de gnrdes nationaux, qui formaient, autour de lui, une masse impénétrable.
Et j'ajoute que cel ordre ni': m'empècha point de
soulerer mon chapeau, au pa•sage do roi : hardie e que j'aurais paiée cher, si w1 officier n'_avail painl persuadé aux sa11$-culollu de me lwser tranquilll', en leur as~ur:ml que j'ëtais un
&lt;t fou irlandai · n.
li y avait dans le ra1•ro!ol,e avec la famille
royale, deux de commissaire , Barna,·e el Pélion,
cc dernier tenant le petit l&gt;auphin sur se genoux.
Le troi ième commissairt:l, La Tour-Maubourg,
(!tait dans nne autre voiture. ur le iège du carrosse roval éta:ent assis deux gardes ùu coq1s,
Lous de~x jeunes el d'excellente famille. Jls
av:tienl les mains liées, comme les plus -vils ~célérats, el les vi5age expo és à la brùlure du soleil.
1

Le 20 janvier, veille de l'exécution de
Louis XVT, Whaley vit entrer au Café de Foy
deux. hommes qui, armé de saures et de pistolets, crièrent à plusieurs reprises : « Que
ceux-là nous suivent, qui veulent sauver le
roi t »Mais personne ne répondit à cet appel.
Le lendemain, l'irlandais, « vêtu comme un
vrai sans-culotte 1&gt;, se trouvait, dès neuI
heures, sur la Place de la Révolution, déjà
absolument remplie de curieux; mais, après
s'être poussé ju qu'au pied de l'échafaud, son
courage l'abandonna, el il s'enfuit au PalaisRoJal. Il nous raconte, cependant, ce qu'il a
pu savoir de la tragédie.
A dix heures, un grand corp· de soldats, à pied
cheval, iirenl lrw· apparition. Ils étaient sui-

el à

vi d'un car e, traîné par de111 cheça111 noirs,
et amenant la -victime royale, son conresseur. un

officier municipal, deux officier des gardes nationaux, el deLL't prèlres assermentés. Devant le
c:irro. e che1•auchai1 l'infàme Santerre.
Par1·enu au bas de l'échafaud, le roi descendit,
ôta son babil, qui élail de couleur gri e, el gra,il les m:u-ches d'un pas ferme, en promenant
sur la foule un regard tranquille. Puis il s'avança
et voulut parler; mnis une ballerie de tambours
êtoulfa sa ,•oix, de telle sorte qu'on ne pal en tendre que ces mots : « Je meurs innocent! Je pardonne 1l mes ennemis, el fosse le Ciel que la
France .... » lei, par l'ordre cle anterre, l'exécull·ur fai ·il le roi et l'allach.- ur la planche. La
c!J.ulc du couperet ne sépara pas immédiatement
la tête du tronc; mai le bourreau, en pres;sanl
, ur le for, la fil tomber dan un panier placé 111
pour la rece1·oir. A.lori un des aides, que l'on
m'a diL être un ancien commis d'un marchand de
vins de Reims, saisit la lêle coupée, el, faisanl le

et disparition
d'un diplomate anglais

tour de l'échafaud, l'riposa au peuple. Quelqu~
voi1 crièrent : « Vive la Xation! Vive la République! 11
Quant à mt&gt;i, j'avais encore l'c~pril loul torturé des sensations les plus afDigeanles, lorsque.
- oh! honte sur ces Anglais dé••r,,dés ! - quelqu~s-uns de mes compatrioles entrèrent an. café,
et, d'un air tic parrail contentement de soi, me
montrèrent leurs mouchoirs, qu'ils araicnt obtenu la permi sion de plonger dan· le sang do
roi.
Quelques mois plus tard, notre homme
était à Calais, où il attendait le retour de sa
maîtresse. li rencontra là un « duc français », qui lui sembla singulièrement désireUJ: de se lier avec ln.i; mais il faisait voir,
dans sa couver alion, une telle violence de
« principes démocratiques 11 que Whaley crut
devoir « écarter ses avances, autant du moins
qu'il pouvait le îaire sans manquer à la politesse 1&gt;. Or ce duc, une nuiL, en grand mystère, vint frapper à la porte de l'lrlandai , el
lui a\loua que lui-même et plusienrs de ses
amis n'affectaient le républicanisme que pour
mieux servir les intérêts de la ramille royale :
après quoi il demanda à Whaley si celui-ci
consentirait, moyennant mille louis, à se rendre au si tôt à Paris, avec certains papiers
qu'il remettrait, en mains propre , à certain
personnage « dont on désirait que le nom ne
fût point révélé,. Et comme Wbaley s'excusait de ne pouvoir pas quitter Calai aYant
deux ou trois jours, le mystérieux conspiraleur parut atterré de celle repouse : il déclara au jeune homme « qu'un simple délai
de quelque~ heures suffirait pour faire échouer
toul un vaste projet ».
1 ous aimerions à savoir cc que pouvaiL
ètre ce « projet », dont l'échec n'a peut-être
tenu qu'à la présence, éminemment fortuite,
celte nuit-là, dans 1a poche de ,Toaley, d'a sez d'argent pour préserver l'aventurier de la
tentation de gagner les mille louis qu'on lui
proposait; mais Whaley nous dit seulement
que, depui , « jamais plu il n'a eu de nouvelles du duc, ni de ses papiers ». En fait, il
commençait dès lors à se désinlére er de la
politique françai e. ayant formé le dessein de
transporter en Angleterre sa fructueuse industrie de commanditaire de tripots . Et le lecteur apprendra avec plaisir qu'à sa mort, en
i.80O, il avait déjà surn amment reconstitué
a fortune pour devenir l'ami intime du
prince de Galles (on raconte même qu'il lui
aurait gagné, aux cartes, une de ses maitresses), pour épouser la sœur d'un lord, el
pour se faire bâtir un superbe château.
TEODOR DE

WYZEWA.

(1809)

.

Voici une mort, ou du moins une dispari- mencée pour son épouse. Or, le papier ni
tion soudaine el totale d'un diplomate anglais, l'encre n'en étaient altérés comme ils auflls de l'évêque de Norwich., et parent de ce raient dù L'être par les pluies continuelles
comte Bathurst qui depuis, comme ministre des quinze derniers jours. Ceci détruit aussi
des colonies, in. trument de l'implacable l'idée que, dans un excès de trouble mental,
Castelreagh, disposa du sort de Napoléon à il se fùt précipité dans le lac de Perleùerg,
ainle-Ilélène. Les deux branches du même quoiqu'il semble que ce vêtement eût été mis
nom sont dan une ligne politique opposée; là exprès pour le faire croire. Dans tous les
l'évêque, vénéré par ses vertus et es idées cas, comment ne l'a-t-on pas découvert plus
généreuses, est un de deux seuls évêques tôt, par les recherches Faites dès le premier
qui aient volé les réformes. Plus d'un malheur momenl?
Krauss, à on retour à Londres, é,·èremenl
a afaigé a maison, pour ne citer que le
plus récent : la belle et intéressante mi~s interrogé, mais ne donnant aucun éclaircis eBathurst, perdue dans le Tibre [en 182 ], ment sur cette perte, fut congédié, non sans
el dont la mort !ut un deuil pour Rome, soupeons de certaine connivence. Il a fait
était fille de celui qui fait l'objet de cet ar- bâtir Jepui une belle mai on, hors de
ticle.
Vienne, au bord du Danube, où il demeura
Un profond mystère couvre encore la desti- jusqu'à sa mort arec sa femme qui est Année de son père, malgré tous les soin d'une glaise. Toutefois, son frère, courrier comme
famille si puissante, aidée des sollicitudes du lui, a conservé on emploi et y est encore
gouvernement britannique, et même de la aujourd'hui.
police impéri:ile.
Les légations anglaises, à Vienne et en
d'autres parties du continent, n'ont pas néM. llenjamin Bathurst, âgé de vingt-cinq gligé les enquêtes qui leur étaient prescrite
ur cel éYénemenl. Deux agents, IM. Johnan , amhas~adeur à \'ienne lors de la campagne de 1809, en par lit à la paix, avec un son el le doctem Armslrong, furent em-oyés
passeport, ous le nom allemand de baron de sur les lieux par le gouvernement, el un
Kock. ll se dirigeait vers la Baltique, pour Lroisième par la famille. L'empri &lt;1nnement
regagner l'Angleterre, tians la. ,·oilure de poste el les interrogatoires d'un indiîidu suspect,
du nommé Krauss, Allemand, mai courrier e~pèce de braconnier mal famé dans le pay ,
du cabinet anglai . Arrivé à Perleberg, fron- ne procurèrent aucune lumière, el quoique
Lière du Mecklembourg, le 2f&gt; novembre, il y M. Armslrong ait persisté à le croire coupassa environ trois heures. A.près avoir dîné pable, les Bathurst n'ont point partagé son
à la poste, bors de la ville, il se rendit à pied opinion. Il faut qu'ils aient eu quelque donchez le gouverneur, s'informa avec beaucoup née particulière, mais sur laquelle ils ont
d'inquiétude de l'état du pays, des quartiers restés très réservés. Us se llaLtent que leur
ennemis ou uspects qui s'y trouvaient, des fils n'est pas mort, quoique aJanl peu d'espoir
moyens pour le éviter, au prix même de d le reYoir, excepté la mère qui Lrouve sa
1000 guinées, qu'il portait sur lui.
consolation à en parler. Le père, plus concenDe retour à la poste, il bn1la des papiers, tré, garde l'idée qu'il vit enfermé en Russie
toujours dans un état d'agitation. 'l'out étant datis quelque forteresse éloignée.
prèt pour le déparl, Krauss, déjà en ,·oilure,
Au mois de septembre 1810, Mme Baù1urst,
JI. Bathurst se porta un peu à l'écart, der- avec M. Cali son frère, aborda à Iorlaix, et
rière un mur .... Jamais on ne le revit depuis. reçut aussitôt l'autorisation de venir à Paris.
Du reste, nul bruit, nulles traces ni indice
Son motif était de solliciter de notre gomer:un:: alentours.
nement tou les renseignements qui poureulement, au bout de quinze jours, son raient la füer sur le sorl de son mari, et ur
pantalon fut trouvé à quelque di tance, au sa propre situation pour le cas possible d'un
bord de la grande roule, sur un petit tertre de nouveau mariage. EUe fui accueillie avec insable, comme si on l'y eût déposé après coup,
l. Mme Saiot-lluberli, jadis cèli:bre cbanleose de
car il y a,•ait dan la poche une lettre com- !'Opéra.

lérèl par M. le duc de Rovigo, ministre de la
police, seulement depuis trois mois.
Cette dame, autanl qu'il m'en ouvienl,
pensait que son mari avait été tué en mer,
ou en embarquant, par des pêcheursauxquels
il s'était confié. D'ailleurs nuls soupeonr
coutre la France i sa démarche même le!excluai L. Autrement, est-ce à nous qu'elle
serait venue demander un certificat de '"ie ou
de mort? l ous ne pûmes la servir efficacement, n'ayant plus d'autorité clans ces pays
lointains. Elle-même prit on retouç par
l'Allemagne et n'y eut pas plus de succès.
Enfin, un accident bien inallendu el atroce
vint soulever un coin de ce voile de crime.
Le comte d'Entraigues, émigré, le même
que Napoléon prit avec tous ses papiers à
Venise, dan la première campagne d'(lalîe;
celui qui, après aYoir imprimé en 1780 que
la noble~se est le plwi grantl fléau dont le
ciel ait af/1.igé là terre, s'est fait le boutefeu de son parti; publiciste disûmrué, mai
d'un genre noir el fougueux, dont la plume
el le intrigues ont soulevé contre nous le
méfaits et la guerre, le comte d'Entraigues
périt à Londres dans sa maison de BarnesTerrasse. on domestique, Piémontais, le
poignarda en plein jour, ainsi que la comtesse 1 , ur leur porte, comme ils allaient
monter en voilure. on motif esl resté inconnu et inexplicable, s'étant lui-même coupé
la gorge aussitôt.
Le gouvernement britannique, en raison
des secrets et des mouvements diplomatiques
où s'était mêlé M. d'Entraigues, s'assura de
ses papiers. li est certain qu'on y troura des
pièces relatives à l'enlèvement de M. Bathurst.
Mais loul a été examiné et gardé dans le
ecret des bureaux ministériel . Le seuJ point
que l'on ait lai sé transpirer, c'e t que les
Français n'étaie11t pour rien dans cette
affai1'e.
li faudrait donc croire que œ fut un coup
de main politique. Que l'Angleterre, qui y
fut étrangère, en a connu plus lard les auteurs et les motifs. El, enfin, que son silence
sur une atteinte si gra,·e à sa dignité et au
droit des gens, tient à des ménagements
qu'elle croit devoir encore à certains per on
nages, ou à des intérêts qui la Louchent d'assez
près.
P.-Î\1. DES~1AREST,
Chef de division
de la Police générale.

au minislUe

"" 165 ""

�.'
.,

C'll&lt;hl 11:eurdtln frtm

LA COOR IMPÉRIALE ,. FosTAINEBLEAU : RÉCEPTIO~ DE L'.\lrB&amp;SSADE SIAMOISE PAlt

~

'APOLÉOS

III' EN 1865. -

T.iNt:JU de Gt.R&lt;&gt;M•- ( 'Justt 1k ,·ersafl~s .)

LES FEMMES DU SECOND EMPIRE

Mélanie de Bussière, comtesse de Pourtalès
Par Frédéric LOUÉE.

juge bon d'en avertir Pari~ et la province.
&lt;1 On a beaucoup parlé de Mme de PourTout de bonne heure !me de l1ourtalès
• talès, » me di ail nne autre habituée célèbre
entra dans la société impëriali. Le par la porte
de Tuileries.
En l'avril de ses ans, alors que le cadre Je du mariage. Petile-fflle de la baronne de
plus souhai table s'olTrait à ~es grâces de jeu- Franck, fille d'Alfred Renouard de Bussière,
nesse, les foi eurs de portraits raffinaient à grand industriel alsacien, dont l'initiative fil
l'envi leur couleurs pou r adorner, embellir naitre on développa les plu va te. cnlre-encore les allraits du modèle. Plus tard. au prises el qui fut, dur:rnt un quart de .iècle.
déclin de l'Empire, lor que tant de fortune membre du Corps légiJatif, elle a,·ait épou,é,
et de prospérité commença de glis er ur la en sa dix- eptième année, Edmond de Pourpente, des circonstance ad,;nrenl, de éYé- talè . Association de deux .-œurs el de deux
nemenl graves i;e prononcèreal auxquel · fortune·, celui-ci étant né d'une famille de
son nom ful mêlé, el de façon si directe, si banquiers suis es, fixée à Paris en 1 10, el
imprévue, que les échos en furent longue- enrichie dans les transactions financières. Le
ment agités. El, depuis lors, a pcr ·onnalité Litre de comte y était tombé de la main de
demeura, - sans qu'elle le voulùl ou parût Frédéric JI, lorsque le canton de eucbàtel
le rechercher - trè en vue, par une parti- relevait de la su,eraineté prus ienne.
Dès cru'on se fut établi, installé, et sur un
cipaliou toujours active aux fêles du monde
et de la charité. Au jour le jour, des nourP]- pied magnifique, il fallut .onger à prendre
listes empre sés s'occupaient, comme ci-de- po ilion, autrement dit à lher se préfévant, de ses réceptions, des diner qu'elle rences entre les déLri d'un royalisme irrédonnait ou auxquels elle assi tait, - par duclible, renfrogné, boudeur, et la Cournoul'effet de celle complai ance inlas.able, qui velle, où s'empres aient d'accourir, sautant
ne rermet pas aux gen d'un certain rang de d'un pied léger par-dessus la mau,,aise
se réunir, de se distraire, de causer ou de humeur- du noble Faubourg, les plus jolies
faire de la musi.que entre soi, sans qu'on et les plus élégantes femmes de Paris.

Les salons d'opposition n"avaient point
dé8armé. Loin de là. Pendant que le a: parvenu » du trône, très en goût d'étiquette,
soucieux à l'extrême de rehausser par l'adjonction de blasons authentiques les éléments
d'e.xoli me un peu troubles et d'aristocralisme
improvisé dont se compo ail la majeure
partie de leur entourage, prodiguaient les
avances am familles titrées, les pur jouissaient de leur re,le, maussade. et dénil!'reurs.
Esclaves volontaires d'une upérîorilé de conven lion, si fi ers de perpétuer, à travers les
révolutions des mœurs et des idées, cet
esprit de servage, celle sorte de domesticité
seigneuriale dont Louis XIV fut l'introducteur el pour qui 1out l'unii,er· n'allait pas au
delà des limites de la Cour, les paladin de
l'armorial s'enfermaient dans un dédaigneux
isolement.
Les femmes surtout artichaient une intransigeance d'attitudes qui n'était pas un des
ignes les moins curieux de la société d'alors.
Foncièrement légitimi tes ou panachées d'orléani me, elles se montraient beaucoup plus
irréconciliable que les hommes, ceux-ci
ayant à ménager (il fallait vivre[) des intérêts

_______ _____________

JK'ÉLAN?ë D'E 'BUSSTÈ~E, COMTESSE D'E

positifs, qui les forçaient à 'a souplir, à se
rapprocher lot ou lard de la fouille des bénéfice . Plusicur · d'entre elles, dont les maris
s'étaient ralliés pour l'arnntage de la communauté, affectaient de se tenir à l'écart ou
de n'aborder fJUe contraintes une colme de
dédas. és . qui se croyaicul, di aient-elles,
une Cour! Oe sorte qu'on eut plu. d'une
fois, nous racoat11it un témoin de celle cornédie d'intérêts et de vanités mêlés, le spectacle
étrange du comte de ... , du duc de ... , du
marquis de... courtisanant aux Tuileries,
alors 11ue ~Ime la comtesse. ou Mme la duche.... ,e, ou ~lme la marquise, wnue là en
fidèlt) épou ·e, lrahissait, en ses façon , comme
uu dépay ement d'étrangère dans 1·e monde,
el, toute roide en son ho tilité dédaign~use,
piquait de ses sarcasmes les pui sants du
jour, - qui ne s'en souciaient mie.
Par adre.. c ou par coqnellcr11•, ,twe de
Pourlali!s se plut à joner la dillkullé : concilier les extrêmes, entretenir de· relations
choi ies de part et d'autre, garder des amitiés dans les deux camps, enfin prendre de
Loule cbo es le meilleur. On dernit remarquer plus lard qu'elle mellrait une sorte de
jolie brav:ide à iO\iter, chez soi, durant les
séjours d'automne 1t Compiègne, des femmes
irrémédinblemenL brouillées avec l'ordre
réanant.
Quant au comte de Pourtalès, son or1gme
étrangère le lai. sait as ez indifférent à la
couleur du Jrapeau. 1l alla ver l.: soleil levant et présenta ~a femme aux Tuileries; le
succès fut tel qu'elle en revînt fenente impérîali. te. Au re le, elle s'y .entait toute portée
par a situation mêrue, la situation officielle
de on père, le baron de Bu ière, nommé
directeur de la llonuaie.
Elle était enlr~e dan~ la fêle, ~i J' o e dire,
un soir de grand ha[ chez !"impératrice. Toul
étincelait de fraîch.. parures et d'épaules
découvertes. De véritaLles constellai ions de
picrrerie care i:aient les chairs et ~e jouaient
dans les cheveux. Les jeune et riants ,isage.
circulaient de toute part . On n~ pou,ait se
tourner ~ans en ,·oir. Il étaient là, ce jour,
comme ils e retrouveraient ailleurs, demain,
faisant partie de la montre des grandes oirées, au nième titre que la rose et le camélia
cuire les fleurs as orties d'une corbeille.
On la di lingua tout d'abord.
lin galbr délicat, des yeux bleus lll.pres ifs,
d~s traits de visage s'harmonisant à composer
la physionomie la plus aimable, de. cheveuI
d'un bel or cendré, qu'avantageait, sur un
front ba , la mode des coiffures échafaudée
où se nicbaitlllt les diamants el les perles, un
teint dont llrunilton, ou llarivaux, aurait dit
que c'était des rose effeuillées dans du lait,
une taille s,•elte, une démarche ex4uise, un
a.. cmLlage enfin de gràre naturelles el enjo-

lh·ées, qui la faisaient re embler, perdue
dans les mou seimes lé.gère~, à un objet d'art
animé : il en aurait fallu moins pour s'emparer des rerrard et des conversations.
.b·ec un fond de moralité érieu e, qu'elle
tenait de son éducation el du prote tanlisme,
elle apportait en elle, sou· un air d'enjouemen1, où .e mêlaient des ~àce un peu
affectées et quel1p1e minauderie, tous le~
"OÙLS et les don' du plaisir. L'impératrice
Îlll éduîle la prcmiere el décida qu'elle ne
quitterait plus la liste de ses lundi. 1 • Pui.,
)fme de Melternicb. très en puissance, aus itôt prise d'une .jmpathic qui devint nue
amitié de la vie culière', lui offrit on marraioage. La remuante ambassadrice ne cessait de la porter en valeur, de la répandre,
de chanter ~es gràces. Elle en fil la beauté à
la mode.
On n'cul pas dt! peine à y consentir. Ce
n'élait que compliments pour les faveurs
dont uae nature prodigue a,·ait comblé
Mme de Ponrtalès. Je renonce 11 effeuiller
tous les bouquets qui furent semé sur ou
chemin. Elle fut proclamée l'une des perfections de la Cour. On le disait et répétait un
peu partout ju~qu'à dépa ser rre.que les
limites de l'admiration permise.
Ceci me fut conté:
Certain soir, chez le mini·tre Duchàlel, on

l_. Les invilalioos des petils Lundis étaient n?!tre111lcs en nom.Jre et n'allaient guère •u delà de

ayant l'une f'l l'autre lieaucoup Je gràce, de gaîlë el

ciuq à six cents personnes.
• Je me ,o,n,ens. oliL Mme Carelle, en ses Souv,·_nir.~, que jl! \"is alorq 'vers 1859), !iOUr ln prem1~ro fois, ta comtesse de Pourtalès cl la marquise
de Gallilfet. Elles s,, raisaicnl ~is-iH•is dans le mèn,c
quadrille. li ,Hait impossible de mir rien de plus

charnurnl

... 166 .....

.__

')UC

ces deu pcrsonoPs dl' beauté dilfêrenle,

.'ll.\D.\\IE DE POl,"RTALÈS.
D'Jprts unt pholographk dt 11!69.

admirait une nom·elle acquisilion arti tique,
un chef-d'œuvre de peinture, la Source,
J"élégaoce. •

2. Dans le · temps prnloug~ Je~ séparations. de
Pari, à \ïenrt!', de la 1\olJerlSllu, propriété des Pourtali•s, en Afsnee, aw: viUègialur~s hahiluellcs de IA
princesse en Bobêm~ ou en llon~ric, elles n'ont oessd
d'eutrelcnir ut• commerce de lettres del! plus affec-

lueux.
Il ser11it d'un vif iolérèt de jeter un l'()up d œil,

..

Po~TAl.ÈS

-

-.

d'lngres. Les lumières directement projetées
re. ortir les formes
pures el charmante., en lear chast~ nudité.
On commcn1ait le poumir du génie. l'é!t'rnellc jeune.. e de l'art. On rapprochait l'idt!al
el le réel. Ou arançait des comparaisons ha$arùées. 'Mme de Pourtalè· vint à pa . cr.
QuclCJU'un, plus hardi et procédant du connu
à lïnconnu, eul l'air de confondre en une
seule les deux beautés : (&lt; Ah! disait-il, rniei
~fme de P,mrtali·~ en toilette de jour et en
toilrlle de soir. n li n'en parlait 11ue par suppo. ition. Uc,·ait-011 s'en fà1·her?
Dao lïntimc d~s propos 011 de~ corre pondanccs amicales, on n'aurait su converser,
s'occuper d'elle aucunement san ajouter à
la menlion de son titre quehrue épithète
fla lieuse et passée dan l'u. age : la belle
comte ·e, ou la jolie comtesse, et même avec
un !!I'ain de familiarité, qu'expliquaient d'hahiluclles relations de monde : la charmante
Mélanie, tout court. Ainsi, dan un pa_sage
de leltre du marquis de Galliffet à l'un de ses
amis, officier dans les guide.. Cel enfant gâté •
de la Cour avait été envo)é, pour y faire un
temps de pénilence, i;ur les confins du Sahara.
II e tau diable vauvert en Kab11ie. laacé à la
poursuite dèS derniers di sidents. De souvenirs de Paris l'y yicnnenl ,isitcr, plus d'une
foi· par jour. LI songe aux ami , aux journaux, aux théâtres, aux chroniques d'Aurélien Scholl, aux gaietés du boulenu-d. Il rédame de nouvelles, des racoolars urtoul,
el prote·te qu'il ne veut être onùlié ni des
un ni des autres. Que fait-on 7 Que dit-on à
la Cour1 Et, re\'enant à Mme de Pourtalès,
que les lien~ d'une niri 1able amitié unissaient
à la marquLe de Gallilfel. il ajoute : n Quand
mus rerrt'z la belle \lélanie, melloz à es pieds
me~ regrets om·ent renaissants. Edmond ne
comprt'ndra pas. mai elle pour deux. »
De certain· vi~ages féminin sont à désespérer le rivale~. Pourtant, eJle ·ul inspirer
plu de ympathies que de jalou ie . Bien des
fomme · d'une charmante distinction ornaient
le réunions de lime de Pourtalè . . Toute une
pleiade de personnages et de mondain en
litre faisaient cercle autour d'dle. 1 ne accuutumance plu familière attachait à sa mai ·on
quelque intimes. Tels mJ. de Fi1z-Jame ,
ltetlernich, agan, GaJlifl~t, louis de Turenne. On remarquait trè particulièrement
entre les hôtes qualifiés de son salon l'officier
de marine Charles de Fitz-James, homme de
beaucoup de vene et d'e prit, - l'e:,;prit
héréditaire des Fitz-James.
Comme on aimait à la voir, on aYait plait-ir
à l'entendre, a,•ec la justesse de mots. l'àpropos de reparties, l'animation souriante,
qui lui sont propre~. Pour un peu, on l'aurait
égalée à ces charmeuses du pa ~. qui étoilaiènt de leurs spontanéités étincelantes la
.ur la toile en faisaient

à la dérobt\e, dans celle pll'lie de correspondan(·e,
où Mme de ~lotlcrnid1, avec l'aiJ;ancc de plume et
la spoulanéilé d'cs~rit ,Jont elle use en ,éc1-irnnl

comme en parlwt, rcvélcr&amp;it, sou. t'intime, soo ,·ëritable caradi!re de femme, soo originalité de nsturu
el dt:COnîrirail les rt1isons Je bien des mou\"cmenl5
de
humeur. qu'on essaya de faire pnsser pour
eJ.teolriques parce quïts se donnaient cours sa.us
gène ui di ,imulation .

'°"

..

..

�•

ms TORJA --------------------------------------·

conversation d'alentour, ou bien encore à
celles qui, jouant leur rôle en perfecLion,
eurent le don suprême de faire causer. Il -y
eut même quelque exagération en cela. Je
sais un 0atteur, donl la plume alla jusqu'à
la féliciter de ce que son tact infini l'avait
préservée d'aborder le rôle ingrat de Mme de
tatll et de Juliette Récamier. « Ingrat r ,
l'adjectif est une perle de courtisanerie.
Comme _i l'on pouvait être ou ne pas être, à
volonté, une Mme de taël, une Récamier!
li ne dépendit point de lime de Pourtalès de
se faire autre qu'elle n'a été) c'est-à-dire, et
la part lui dJmeure assez belle : une femme
au dernier point éduisante, ayant de l'intelligence comme de la bonté, sans aspirer, ni
prétendre -·ependanl, aux supériorités éclatante de l"espril. i la princesse Mathilde el
la comtesse de Beaumont s'occupèrent, en
réelles connai. seuses, de bel-esprit et de littérature, Mme de Pourtalè:&lt;, bien qu'on la
sût déjà très amoureu e d'art 1 , appartenait
au monde presque exclu Îl'emeut.
Aux fêtes célèbres que donnait l'ambassadrice d'Autriche, el dont on faisait grand
tapage aux environs, plusieurs semaines auparavant, on et1t été fort surpris de ne pas la
rencontrer, chaque fois, arborant une grâce
inédite, une autre merveille de toilette. Comment aurait-elle pu se dérober aux assaut
étourdi ants d'élégance, où celle -là mèmes,
qui n'étaient point parfaitement belles, le
de,eoaienl à force d'arl~
Elle aussi recevait à grand éclat. Sa maison pa sait, dè lors, pour l'une de mieux
montées et des mieux stylées de Paris. Elle
en faisait les honnenrs avec cette bonne
grâce, nuancée de simplicité, qui sert
d'excu e à la fortune. C'en était la note vive
et particulière : l'apparat du luxe s'y mariait
aux beautés de la nature, emée à profusion.
On a raconté, en exagérant de beaucoup,
qu'à l'une de ses premières el plus brillantes
soirées, Mme de Pourtalès répandit, en festons, en bouquets, en gerbes, en guirlandes,
de la base au faite de son hôtel, pour quatrevingt mille franc de fleurs. Car l'anH)ur des
fleur fut toujour a chère passion. Le prince
de Sagan n'ayait pas à l'apprendre, lorsque,
à l'occa ion d'une fêle donnée en on honneur, il prodigua, dans un beau geste de
galanterie fa tueuse, ,-iogt-cinq mille francs
de camélias. Le détail e l joli, s'il est exact;
le chiffre aussi. Je le tiens de la coroles e
d'Orzegow.ka, qui, san doute, oublia de le
vérifier.
La médisance ou la calomnie rôdent partout où se trouvent de jolies femmes. Quelqu'un l'a dit : c'est le frelon des belles, des
jeunes et des avenantes. On lui prèta, c'était
inévitable, de ,•arnes imprudences, comme
celle que raconte Mme de le.tternicb et d'ellemême un historien suspect, à la page 125 de
son lh-re sur la Com· de Napoléon Ill. on
plus que d'autres grandes dame , 11e devaitelle échapper aux insinuations perfides d'un

certain mémorialiste, le Tallemant des Réaux
du second Empire, dont on a trop légèrement
colporté les commérages parce qu'il affirmait
comme arrivé Lout ce que son e prit de malice suppo ait imaginable. La réputation de
la comtesse n'en souffrit pas. Ou moins, estce un grand charme de a,·oir donner à la
vertu des air aimables. Mariée, jeune mère,
très attachée à rendre facile el douce l'existence de ceux 11u'elle chérissait à son foyer,
on n'aurait pas songé à dire de Mme de Pourtalrs, au dehor , comme de la prince e Clotilde, qu'elle était sage à faire peur.
Mme de Metternich inventait une idée par
jour afin de contenter chez autrui ce hl!lioin
de changement et de diversité dont les exigences croissent au sein des plaisir . L'émulation était Jouable à la eronder. [me de
Pourlalès avait bien au si ses échappées fanLaù.i. tes. L'une de celles-là fit naitre ce qu'on
appela le cercle des Louton el des Loutonnes.
Une confrérie de rieurs el de rieuses, une
association de personnes du monde en mal
de jeunesse et de iaieté, un groupement
amical d'heureux oisifs pour semer de l'~spril et rnrier entre soi l'agrément de vivre, et
dont une chronique à jeun tira prétexte de
bien des propo en l'air.
La ,éril.ti, c'est que la mélancolie avait été
bannie de ce cercle et qu'on s'y entr'aidait,
ave.-. une complaisance toute juvénile, à l'en
tenir éloignée.
Un trait, une anecdote simplette, qui me
vint, longtemps après, d'une mémoire fidèle.
On donnait, chez Mme de Pourtalès, en
son hôtel de la rue Tronchet, un diner suivi
de réception. 1aints per onnages officiels y
étaient priés. Les Dambeaux étaient allumé .
Les équipaoes se uccédaienl. Des deUI côtés
de l'escalier, sur chaque marche, des val&lt;'ls
de pied en culotte courte et perruque poudrée
stationnaient en parade. D'un degré à l'autre
ils 'entre-jetaient les noms des vi iteurs,
qu'il [allait au premier étage annoncer. Des
noms brillants, pompeux, célèbres, qui, par
un malencontreux hasard, n'arrivaient presque
jamais à leur destination san avoir été déformés en route. « Le comte Walezou• ki »,
disait quelque ,·alet maladroit en tournant la
tête -vers son voi in de gauche, qui le répétait tant bien que mal. Au vestiaire, le ervice avait paru dénué de st1le. Le miui Ire
n'avait pu s'empècber de glisser à cet égard
une allusion discrète : « Oui, dit-elle en souriant, nous a\"0n eu du changement dans le
personnel. C'est un peu de patience à
prendre. » Mai , vive, impétueuse, entre au
salon la prince se de Metternich, qu'on vient
d'annoncer : « Jfaclame de Materna », et
dont un laquais au 0 este lourd, tout à la minute empaquetait, comme une mante vulgaire, le superbe manteau Iraicbement sorti
des mains de Worth lui-même. • Ab! çà,
ma chère Mélanie, que se passe-t-il dans
votre domestique? EL de quels gen. vous
ètes-vous donc embarrassée 7 D Mme de Pourtalès s'excuse de nouveau. Cependant, tout
1.. Toules les pt?intures ornant ses salons, sa galele
monde e L arrivé. Le moment aussi de
rie, sonl des perles tic eollcclious; son hôtel csl un
passer à table. Les portes de la salle à manmusëc.

ger sont ouvertes à deux ballants. Mais quelle
n'est point la stupéfaction des convives l Tous
ces valets de pied, à la culotte écarlate, aux
cheveux poudrés de blanc, ont pris les devants sur la brillante compagnie. Assis à
l'aise, ils sont en train de mettre les plats au
pillage.
L'audace est grande. Pas si grande, cependant. On a reconnu ces m~sieurs de la
livrée. Tous du cercle, tous des Loulous
atlendanl leurs aimables Loulonnes ... le duc
de ... , le marquis de.... Chacun s'était fait
une tête, et tout le monde y fut pris. 1,a
scène était bien jouée. Les habits furc.nl
échan°és, comme dans les Précieuses de
Molière, mais dans le sens inverse des personnages de la comédie, et la soirée s'acheva
le plu gaiement du monde.
Quand revenaient, en novembre, les «Compiègoes ► de l'impératrice, décidément clasés, reçus parmi les obligations d'étiquette,
Mme de Pourlalès était du groupe favorisé,
qui, tout à l'aise « ayant fait son nid 11, pouvait voir arriver, bien curieuse en ses alliages,
la Ioule des invités de circonstance. Ces Compiègnes, quand elle y parut, se re entaient
de l'innuence un peu tumultueu. e de ~lme de
Metternich. Un goùt de mondanité artiste et
fantasque s·1 était introduit où, par moments, l'étiquette s'en allait à ,au-l'eau.
auf les rares journées de grande vénerie,
où le dames cha seresses faisaienl merveille,
où tant de seigneurs honorés du « bouton »,
tant de piqueurs, de valets, de chien , s'élançaient à la poursuite du cerf de meute et
triomphaient à grand tapage, en ces belle,
parties de massacre organisé, le tbéàtre et
les rPprésentations du cbàteau étaient la di traction préférée. Tous les huit ou dix joun,
on y mandait officiellement des artistes de
la Comédie-Française el du Gymnase. Bacciochi uggérait à l'impératl'ice le choix de·
pièces. On alternait, au programme, comédie et vaudevilles. L'empres ement à s'l'
rendre était e1traordin11ire. !oindre était
la feneur de ce brillant auditoire à goiHcr
le talent dépensé par le écrivains el le
arLi tes. Je dirai même que les choses e
pas aient as cz froidement. Des rai ons étrangères au speclacle en primaient l'intérêt,
dans l'esprit des im·ités. On n'écoutait qu'à
peioe. L'attention n'était pas le moins du
monde à la pièce; les regards allaient ailleurs, yaguaieot de côté et d'autre, et e
tournaient surtout dans la direction de la
loge impériale. Le spectacle était moins sur
la scène que dans la salle : on avait trop
à s'occuper des personnages marquants, des
favorites du jour, des toilettes, de mille
ch.oses, de mille détail , qui n'avaient rien
à voir avec les jeux du théâtre,
Un courant plus chaud circulait,"une gaieté
plus franche- et plus expansive mettait en
communication acteurs et public, lorsqu'on
jouait à Compiègne la comédie de société.
C'était un goûL nouveau. Il ilorissail dans la
plupart des grandes résidences mondaines.
Les châteaux de Chenonceaux, de Valençay,
de Brissac, avaient été dotés de véritables

HJSTORJ

C:lid1é: tiinuJ11II ,

L'IMPÉRATRICE ISABELLE DE PORTUGAL, FEMME DE CHARLES-QUINT
Tableau du TITIE . (Musée du Prado, ).\adrid. )

�"---------------------

.Mi.um1'E D'E BussTÈ~'E. CO.MT'ESS'E D'E

théàtres. En maints lieux, au temps ues
&lt;&lt; Nous partons pour la chasse. Notre derncances automnales, les serres, les oran- nier jour, hélas l
geries ou d'autres dépendances étaient
c1 Tous vos couplets sont adorables.
promptement accommodées à lïllusion d'unt!
« Bl'ss1ÈRE DE PounTALÈS. &gt;&gt;
métamorphose passagère. En 186:2, le comte
Léon de Béthune donnait, da11s lt-s ,·astes déDans une autre lettre, s'entremêlent deux
pendances de l'hôtel Seillière, en bordure de
l'esplanade des Invalides, une représentation
d'llenri 11 l par une troupe d'amateursi
dont l'interprétation parut merveilleuse. La
jeune comtesse Edmond de Pourtalès, qui
remplissait là le rôle assez eO'acé de la dame
d'atours, avait produit un eliet d'apparition
et de costume surprenant.
A Compiègne, c'était le plaisir d'excellence·
c'était, sous la direction entraînante de 1~
princesse de Metternich, un mouvement, une
agitation, une véritable fièvre. Longtemps
avant le lever du rideau s'en mettait en peine
la chronique du château. On en jasait par
toutes les chambres, et sous tous les bosquets. Les remarques, les commentaires
anticipés allaient bon train. N'était-on pas en
pays de connaissance? N'aurait-on point à
se juger, à s'applaudir, à se critiquer entre
soi? La curiosité, d'ordinaire sympathique,
un tantinet jalouse et dénigrante, montait au
plus haut.
l[me de Pourlalès s'était portée vaillamment à la suite de Mme de lletternich, avec
moins de brio, sans doute, mais avec sincérité, gaieté. Que dis-je? Elle aussi collaborait,
agissant, fournissant des idées, ajoutant une
MARQUISE DE GALLIFFET.
imagination, un trait de fantaisie à la revue
D'après une ,Phologra,Phie de 186').
dont on parlait sans cesse et qui devait être
le clou de la série. En 1865, on s'était donné
un mal infini pour ces Commentaires de Cé- questions, qui paraissent la toucher égalesa1·, déjà nommés, qui ne furent joués que ment : un grand mariage, dont on cause
deux à trois fois, et firent beaucoup plus de fort, et le rôle qui l'occupe, entre temps.
bruit dans le monde que bien des pièces On s'aperçoit même que sa curiosité la plus
promises aux honneurs de la centième. A grande ne va pas à la question de théâtre :
l'instar de la princesse de Metternicb, de la
« ~fon cher Massa,
baronne Laure de Rothschild, ou de la marquise de GalliJJct, ~fme de Pourtalès sentait
&lt;&lt; Voulez-vous me mettre un autre couplet
le besoin, par instants, au cours de répéti- à la place de :
Plus de boudoirs charmants?
tions plus ou moins irrégulières, d'exprimer
cc J'ai reçu le rôle de «!'Hôtel des Ventes »
à l'auteur, en des lettres "ives et spirituelles,
soit des transes d'artiste pas trop sûre d'dle- modifié un peu, et le préfère ainsi. Je pioche
même, soit des incertitudes, des dout~ au pour vous. Mais, écrivez-moi deux lignes me
sujet d'un bout de rôle, ou sur l'effet d'un disant si cela tient toujours avec le mariage
costume, enfin tous les menus soucis qu'ins- de Mouchy 1 • La comédie est-elle bien décidée
piraient le plaisir et la crainte de ces parties encore?
de spectacles.
&lt;I Allez aussi aux informations, que je
sache, à peu près, la date de notre série; il
• Votre lettre, lui écrivait-elle, a couru nous faut huit répétitions avant de mettre
après moi, et je ne la reçois qu'à l'instant. cela d'ensemble, de sorte que si c'est pour
Je pars pour Munich, et serai de retour à jouer le 25, il faudrait bien arriver le 16.
« Oui, tàchez de me saroir cela.
la Robertsau le ~ octobre. Adressez-y, le i er,
&lt;, C'est égal, ce mariage m'étonne .... Et
tous les rôles. Suis-je vraiment en état de les
accepter tous deux7 Pour vous, mon vieil vous?. .. Enfin, nous en parlerons de ,ive
ami, il y a bien des choses que je ferai et voix. Mille bonnes et affectueuses amitiés.
que j'accepterai de faire : mais, ménagez
« Brss1ÈRE DE PooRTALÈs. »
toujours mon amour-propre. Vous le savez,
je suis une bien triste actrice, excepté peutD'aventure, c'était Mme de Mellernich,
être dans ilfadame Bouillabaisse, et encore .... ayant toujours eu la plume agile, qui s'entre_Enfin, je ferai ce que je pourrai, et ce que
1. Le duc de llouchv, duc de Poi1, allait épouser
Je ne pourrai pas je le ferai encore... pour la princesse Anna Muràt, pelile-fille du roi de Naples
el de Caroline Bonaparte, el rune des filles du prmce
vous, mon bon )lassa.
de Ponle-Cono, qui ful reconnu prince el altesse
« Je vous serre au galop la main.
en 1858.
... 16&lt;) ...

Pou~rALÈS

__,

mettait en personne afin qu'on opérât dans
la revue des additions, des changements,
pour le meilleur avanlage de la plus jolie de
ses artistes :
(&lt;

25 septembre 1867.

« Mme de Pourtalès a une idée excellente,
qui est de faire suivre Prudhomme 1 par sa
femme, durant son voyage à Paris, parce
qu'elle auraiL découYert qu'il lui faisait des
traits. Ladite femme serait jolie; pour suivre
son mari elle se déguiserait en vieille ridicule.
,, Au second acte, enragée de passer pour
vieille et laide, Mme de Pourtalès reparaitrait
sous sa vraie forme et ,·ous jugez si l'on
abreuverait de sottises un tel époux!
« ~lme de Pourtalès, ainsi parodiée,
comme dans le Voyage à Versailles, produirait un eliet extraordinaire; et l'on rirait aux
larmes seulement à la regarder si di0ërenle
d'elle-même. Et faire passer la rerne par
Mme Prudhomme, encore une idée. Cette
idée, je vous la livre. Yous ferez merveille.
« Je ne pense pas que la revue ait lieu,
lors du séjour de nos souverains 3 • On jouera
à la mi-novembre.
« Nous chassons avec acharnement et nous
menons une vraie vie &lt;le sauvages, dans les
bois du matin au soir, nous levant à l'aube,
nous couchant avec les poules.
« Je vous serre les deux mains et vous
supplie de beaucoup travailler.
« Pauline MtTTER:\ICH. ll
Et bien malicieusement la spirituelle princesse, en matière de post-scriptum, glisse
cet avis à l'auteur :
« Tâchez de sortir du cadre des Commentaires de Cesar, pour que l'on ne compare
pas t »
Puis, encore :
« Mme de Pourtalès vous prie de ne pas
oublier le discourb de M. Dupin 4 et vous
demande s'il ne serait pas amusant qu'elle
arrivât dans une toilette affreusement laide
et simple," quitte à l'ôter ou à l'enlever, pour
mieux dire, sur la scène, et à avoir dessous
quelque chose &lt;le très joli? On dirait, par
exemple:
« Vous voyez tous et toutes que ~f. Dupin
« en veut aux femmes et lient à les enlaidir.
« La mode va vous le prouver; jugez si ses
« édits à elle ne valent pas mieux que ceux
« de ce vilain monsieur. »
a Et alors, changement de costume à vue.
Cela serait d'un petit effet gentil, n'est-ce pas?
« p. METTERl'ilCU. ))
Nous le voyons, on passait le temps en
douceur, à Compiègne, à Paris.
Les jours radieux et les beaux soirs s'égrenaient, et les grandes réceptions, et les bals
aux Tuileries, et les fêtes où réapparaissait
toujours, parmi les plus entourées, l'heureuse comtesse ~lélanie &lt;le Pourtalès.
2. Le compère de la rerne.

5. L'empereur el l'impératrice d'Autriche.
4. Ce discours « contre le hue des femmes

1&gt; provoqua un tapage énorme el fit tomber de tous côtés
une pluie de brochures.

�✓lf''ÉU.NTE DE

111ST0'1{1.ll
Cependanl qu'avnil-elle ressenti JUSt(u'à
cette heure~ De ' ati faction_- d'amour-propre
el de monde. Le monde : du bruiL, une

füne de Pourtalès se repo~ait sur celle idée,
confiante, opLimisle. Elle ne prenait point
la peine de carher son fail,lc pour les verLus

LE VE TIDULE Er L ESCA1.IER D'UONlH.L'R Oil CllATEAU llE LA ROBERTS
0

vapeur fuyante, une traînée de parfum, qui
embaume l'air, passe, s'évanouit. Les événements de l'époque, mêlé aux circon lances
de sa propre vie, l'amenèrent à co11aa11re des
impressions plus fortes. Elle eu L sa pa ae
historique. Et ce feuillet, que nous allon
relire, subsi Lera dans les mémoires du temp .
Il n'en pourra plus être arrathé.
Les Pourlal~s avaient l'habitude de voyages
el des longs déplacements. Quand la Robertsau ne les gardait pa' en Alsace, dans ce coin
piltoresque de Yieilles Gaules, pour un séjour
de saison, ils se rendaient volontier à l'appel
amical de la princesse de Melternich les
invitant aux chasses à. courre, dans ses propriélé de B.ibème ou de Hongrie. D'aulres
fois, ils s·arrètaienl en Allemagne. En l 6
ils allèrent à Berlin. lis avaient là des allaches de famille. , 'on pas que la comtes e fùt
Prussienne par son mari, comme le put
croire et aflirmer le général l)ucrot; car,
d'alliance au· i bien que de nai . ance, elle
n'a eu qu'une patrie; et M. de Pour1alès 1 né
à Paris, de parents uis e , était originaire
d'une ancienne famille protestante, qui a1•aiL
dù 'eiilt:r, passer la frontière helvétique.
aprè la révocation de l'édit de 1 ·antes; il
avait revendiqué ses droit de Français, au
lendemain de 'adowa; et, bien auparavaut,
il avait fait inscrire ses deux premiers enfants ur le registre de l'état civil; mais la
vérité est qu'une partie de la famille résidait
à Ilerlin. En outre, on pensait arnir groupé
là des amitiés de tout repos. En effet,

rn.

et mérites gt'rmaniques. A Paris, elle aurait
prêté serment sur les dispo ilions parfaite ,
l'irréprochable bonne volonté de roi in allemand ,. lorténument, quand elle abordait re
thème, elle laissait parler ,on admiration
pour Bismarck el pour Gnillaume, au ri que
d'irriter de · susceptibilités françaises trop
cbalouilleuses, supposail-cllc, tellement que
des per onnages de Berlin voyaient déjà le
retour procb:iin de . on âme al,-.acienne dans
le sein de l'unité allemande. C'e t ici que
l'attendait une profonde urprise.
M. de cbleinilz, alors mini.tre dirigeant,
avail prié à diner le comte et la comtes e de
Pourtalès. Celle-ci avait été placée à la droite
de 1'11omme d'État, qui, ne doutaol point
des entiment secrets de es imités, commença à l'enlrelenir, a1•ec l'intention évidente de lui être agréable, des progrès de la
Pru --e, du graodissement de l'Allemagne et
de l'es or que ne ~rderait pa à prPndre sa
pui ance dans le monde. Elle écoutait sans
intmompre. Et )1. de cbleinilz se mil à
dévelop~r ce· idée d'espan-ion territoriale
qu'on connaissait i bien darn1 l'état-major
allemand et dont on était si mal informé au
palai d'Or ay.
« - Oui, bientôt, belle comtesse, continuait-il du ton le plu engageaut, mus erez
tout à fait des nôtres. »
1. Dès avant 1860 se !l.ënonçail Je but poorsuh'i par
Bismarck, la pensée vers laquelle tendaient tous S\-'S
efforts : J'uoilil de l'Allemagne, la guerre uec L\ulricbe, la.rechrrche d'alliancea elfect1ve fJOUJ' l'&amp;L'C(Jmplissemenl de ses desseins. V. la Corre8po,1dauce de

Elle leva la tète, émue, Lroublée, t:indis
que li. dé ..' cbJeinilz, tout à son idée, concluait en ces termes :
&lt;&lt; L'AI ace va de1enir une d~ plu ·
lielles pr-0vinces de l'Allemagne et ,·ous,
comte· e, nous serons fiers ùe· rous compter
parmi no compatriote .
&lt;&lt; Mais, répli11ua-L-elie, je suis .Al-acienne, je suis française d trè Franrai e,
croyez-le bien. 1)
L'Excellence pru sienne comprit qu'elle
:nait lrop parlé. La conversation ne fut plus
reprise sur ce sujet.
Le coup, 1·1'pendant, a,aiL porté. La ré,·élation était faite de projets mauibtt"ment
hostiles 11u'on nourrissait en Prusse. Ot!s mots
lui revinrent h la pensée, des mots de ses
amis ~Iellernich, auxquels elle n'avait pas
assez prèlé d'allention sur la politique
fuyante, cml,arrasssée, pleine de péril~, du cabinet impérial.
Déjh, dans leurs garni ons, les officiers
pru~sicns marquaient le étapes future · de
leurs troupes sur les cartes de France. A Berlin on 'enlrPtenait couramment, el sur le
Lon d'une confiance absolue, des grandes
destinées qui allendaienl la Pros e el que
l'Allemagne alldldail d'elle. Et le rl!l'eur
couronné, qui pré idait 11 c!:!Ues du peuple
français, sür de soi el de ·a diplomatie,
contiuuait à snivre s:i chimère ob Linée d'une
alliance néce. saire et féconde avec les héritier de Frédéric.
Bismarck en effet, à Biarritz, avait touché
deux mol de celte entente franco-germanique. C'est qu'il avait cru trouver de\'ant
lui des hommes d l~Lal et traiter avec eux en
conséquence. Il ne lui a,,ait pas été difficile
ni long de 'apercevoir qu'il 'é(ait étran&lt;1ement trompé; et il avait pu prendre son
Lemps, tout promettre, sans rien tenir, el
masquer ses bat1eries 1 •
L'explosion n'avait besoin que d'une étincelle pour éclater. Ni les dangers extérieurs,
ni le désarroi public, ni le trouble des esprits
n'étaient parvenus à déranger l'heureuse .omnolence de 'apoléun Ul et la quiétude de e
courli~ans, de ses ministre '· Le marquis de
La Yaletle tenait encore en main la plume
,font il igna a fameuse circulaire :
La France ne peul que se réjouir de
l'aarandissement de la Pru se, qu'elle a appehl de tous ses vœux et faiori é de on concours. »
,, Troi personnes, me disait Alfred llczière , trois personnes avanL I iO, avaient
nellemenl prévu louL ce qui devait ;mi1·er :
le lieutenant-colonel Stoffel, le général llucrol
el .Mme de Pourlalès. n En réaLité, t:lles ne
furent pa le seule., et, sans parler dt&gt;s prophète du lendemain, nous pourriorn: en
nommer quelques autres, jusque dan l'entourage,. de l'empereur, comme le duc de
Persian ·, qui n'avait pas attendu la tempête
Bm,w,·ck a~er le baron de Schleinit~. Coll:t, édi
teur, tullgart.
. .
'.!. On doil c:x.ceptcr le Dlllll5lre tic la gul'r~,. le

OW'êchal ;'lie!, qui fut ~p~is pu I? mo_rt au uul!eu
de ses ulTorls de réorgamsallon de l annee françiuse.

pour en dénoncer les symptômes. ~fais celles.là jetèrent l'alarme plu haul cl plu· fort,
san · qu'on les entendit davantage.
C'est à ce moment 'lue le cabinet noir intercPpta la lellre de Ducrot au géni:ral Fro,-..
sard, la letlre hi. torique da 2 octobre 186 ,
retrouvée en 18i0 dan h:s Papiers cle· Tuileries, et où, de toute son énergie militaire,
il :ippupil sur lïmportonce des ré\'élations
que venait de faire éclater à ~es yeux une
femme du monde.
En •effet,
à son retour d'Allemaroe el pa ('
•
0
saut a .,trashonrg, elle a\·a1l voulu donner
part au général Ourrol de ses crainte, palrioûquc , afin que d'autres fussent avertis à
temp . Elle était revenue, lui déclara-t-elle,
la mort dans l'âme. La guerre était inhitable; elle e produirait au premier jour;
car les Prussien la 1·oulaient, et il 'y étaient
si habilement, si complètement préparé.,
qu'il!.' ne doutaient poiot du succès.
« - Eh quoi, lui avait-il rJpondu, feignant de glisser dao l'entretien une pointe
d'ironie, vou embouchez la trompette de
Bellone ju. le au moment où, de tous côtés,
l'on ne parle que des intcnlions pacifiques de
nos bons voisins, de la alutairc terreur que
nou leur inspirons, du dé~r de
Bi ·marck d'éviter tout prétexte de
confiit, lorsque nous renvoyon
tou lP.s oldats dans leurs ÎO)er ·,
el qu'il est même question d'une
réduction de cadres, à tel point
que je m'apprête à aller planter
mes choux en Nivernais!
« - Oh! général, c'est ce 11u'il
y a d'affreux. Ces gen -là nous
trompent indignement el complcut
bie1 nous surprendre dé armé ....
Oui, le mot d'ordre est donné; en
pul1lic, on parle de paix, du désir
de vivre en bonne relations avec
nou ; mai , lor~que, dans l'intimité, l'on cau,e avec tou ces gens
de l'entourage du roi, il · prennent
un air nar11uois et vou disent :
« E. l-ce que vous cro1ez à tout
u cela? Ne 1 oyez-rouspoint que les
• événemenl marchent à grands
a pas, que rien ne saurait conjutt rer le dénouement? »
« li se moquent indi!!Ilement
de notre gouvernement, de notre
armée, &lt;le l'empereur, de l'impératrice; prétendent qu'avant peu
la France sera une seconde K pagne! Enfin, croiriez-vous que le
ministre de la maison du Jloi a osé
m'affirmer qu'a\·ant dh-buit mois
notre Alsace serait à la Prusse? Et
si vous a',Ïez quel énormes pr~paratif un fait de Lous côtés, aYec
11uelle ardeur il travaillent pour
tran [ormt'r et fu ionner les armées des Étals rtfoemment annexé ,
quelle confiance dans tou les rangs
de la société el de l'armée !. .. Ob I en vérité,
général, je reviens navrée, pleine de trouble
et de crainte. Oui, j'en suis certaine, main-

Bussœ~E.

tenant, rien ne peut conjurer la guerre, cl
quelle guerre! 1&gt;
,
Le paroles de Mme de Pourtalès, en
France, aYaienl un accent de prophétie; elles
n'auraient paru en Allemagne 1yue J'exprP. sion &lt;l'uu fait sur le point J,. ;;',u·cornplir,
presque rl1a1Lé dan,,; le~ imaginations pru siennes. Quelquelemps a11paran1n1. le général
de lllum,'nlbal, litant allé 1·n An:?lclerre,
chassait dans le environs de :\orfolk avec
lord Albermale; et celui-cr lui ci primait le
dé~ir 110 'il avait d'all»r à Berlin afin d 'a:ssi~tcr
aux manœuvres de l'armée.
« ~!.} prenez pa;: cellt• peine, lui avait répondu le ~énéral brandcbourgeoi : nous
donnerons bienlôl pour vou one grande
revue au Champ-de-M:m de Pari . &gt;&gt;
Ce qu'elle avait dit, à Slrasboara, sous
l'Jmoi des enlimenls &lt;1ue lui inspirait nne
douloureu e conviction, die le répéta à Compil!gne. Elle s'en ouvrit à 1'1!ruper1•ur, qui
l'avait invitée à sa taLle el placée auprès de
lui. Il écouta ses récits ell'ra~·ants, daus une
altitude --ilencieuse, sceptique, en homme
tranquille el fort.
,1 Vo jolis yeux bleu , comtesse, finit-il
par lui répondre, ont rn à Lraver le prisme

1

.'llAOAllE. OE POURTALÈS.

D'ap,ts le tatleau dt

CAROLVb DURAN.

de votre imagination des choses qui n'existent
pas; croyez-moi, nous n'avons rien à craindre
de la Pm~ e; elle n'osera pas nous attaquer. »

COMTESSE DE POUR.,TALÈS - -,

Et il en donna des raisons, qu'il jugeait
sans réplique. Le commentaires autour de
l'incident furent arrêtés. On ne fut pa~ embarras ·é de jeter le lilàme sur le général llurrot.
un alarmiste (1 qui voyait des Prussiens partout 1&gt;, el d'ajoult'r qu'on n'arnit pas à perdre
le Lemps ur lt&gt;s propo d'une jolie femme,
qui n'entendait rien à la politique.
Le · destins s·act·omplirent. Étrange coïncidence! An moment de la déclaration de
gnl'rre, IJUand l'empereur se préparait 11
partir pour se mcllre à la tête de l'armee, on
a1ait lieu d'apprendre, à Paris, qu'une familière du d1âteau, une parente de Napoléon,
a1·ail jugé parfaitement admissible de concilier a,·ec on attachement pour la .maison
impériale et avt't''. les dt~voirs 11ui lui étaienl
commandé à l'rgar&lt;l du pay · même, les
habitude· d'une corre·pondance suhie entre
elle el les princes de la famille royale de
Prusse, entre elle et les che[· de l'armée
allemand~. ~lmc de Pourtnlès n 'eL1t pas à connailre de cc· transactions. Les .enLiments de
droiture, de patriotisme et &lt;l'humanité qui
jaillirent des âmes, dans les heures critiques,
éclataient en preuves autour d'elle. on père,
le l,aron de Bu •jère, fut emmené prisonnier
des Prus ien 11 Rad tadt, après la
dévastation du cb:iteau de la Ilohertsau, qu'il avait comerli en
ambulance. Sa sœur, la comte se
de Leu se, et son beau-frère, maire
de ReLcbolTen, ancien député du
Bas-Rhin, déployèrent une ardente
acfü·ilé ~our l'amélioration du sort
des combattants et des blessés.
Enfin, elle au ·i réclama une large
part dans l'œune colleclive d"aLnégation et de dévouement, donl
les grandes familles alsaciennes
donnèrent alors &lt;les exemples multiplié·.
C'est ainsi que se trouva justifiée
pleinement l'heureuse idée qu'eurent des artistes en renom de la
peindre vètue en pa1·-anne al acienne, comme l'image mème de
l'Alsace pleurant la patrie perdue.
[mage de beauté blonde aux tresses
pendantes, sous Ir. ruban noir, qui
incarnait si bien le sentiment public, dans ces jours de deuil, qu'on
la reproduisit par tous le procédés
connus des art graphiques, au lendemain de la guerre. Tandis que
les couronnes el les gerbes de ileur·
~·amoucelaient autour de la statue
de ~,rasbourg, sur la place de la
Concorde, dans le ,,jtrines du
commerce on VO)'ait partout l'anoD}me port rail de Ja belle comtesse,
coiffée du oœud d'Alsace.
Mme de Pourtal avait gardé
une affectueu e fidélité aux souYerains déchu~. Il fut en son pouvoir de leur en fournir des témoignages positifs
De prime abord, la ituation matérielle

�1f1STO'J{1.J!
des hôtes de Chislehurst s'était révélee difficile et précaire. Avec sa confiance imperturbable en son étoile, qui ne lui laissait pas
entrevoir les é"enlualités d'un suprême désastre, Napoléon Ill était loin d'aroir précautionneusement entassé des fonds considérables
à l'étranger, comme on le lui imputait si
fort. Les valeurs et bijoux personnels abandonnés aux Tuileries, dans la précipitation
du départ ou de la fuite, avaient été placés
sous séquestre. Jusque vers J 8H, il fallut
compter sur le dévou!)ment des intimes. Une
amie de l'impératrice, portant uo nom céJèbre en littérature, Mme Octa,·e Feuillet,
nous donnait de vive voix des détails presque
incroyables, touchant cette période aiguë. Qui
se fût imaginé l'ex-souveraine, la resplendissante Eugénie, obligée d'économiser sur les
nécessités de la vie domestique, regardant
aux dépenses de table, à la lu.mière, à l'huile
de ses lampes? Ce ne fut qu'un moment. Des
retours d'abondance, grossis par des héritages
de France et surtout d'Espagne, devaient
ramener la sécurité opulente dans sa maison,
- une opulence dont sa main, il faut le dire,
n'a plus usé que d'une manière discrète et
parcimonieuse.
Toujours est-il que les choses étaient au
pis, en 1873, lorsque la comtesse de Pourtalès
vint en visite à ·Chïslehurst. De ses propres
yeux, elle avail pu se rendre compte des conditions d'existence étroite qu'-y menaient le
souverains dépossédés, et qu'on ne soupçonnait guère au dehors. Elle n'eut alors qu'une
pensée : retourner en hàte à Paris, intervenir
auprès de Thiers, chef du pouvoir exécutif,
lui exposer la situation réelle de ceux donL le
règne imprudent avait été si funeste au pays,
mais pour en être frappés, de retour, si profondément, et solliciter comme un acte de
justice qu'on leur restituât les ·,objets leur
ayant appartenu en propre; des présents, des
souvenirs. En dehors des raisons qu'on faisait
valoir auprès de lui sur l'équité de celle mesure, Thiers n'était pas insensible aux démarches féminines, aristocratisées d'élégance.
(1 goi1tait, en général, c'est une remarque à
glisser ici, la conversation et la société des
femmes. La comtesse Le Hon, .la duchesse
Colonna, la comtesse Walew ka, pour n'en
citer qu'une élite, la virent aimable et empressé dans leurs salons. ~ous l'Empire, il
avait gardé des rélations aO'ables avec la comtesse et le comte de Pourtalè . Il s'en souvint
opportunément. L'intercession de la comtes e
Mélanie ne [ut pas inutile. Mme de Pourtalès
obtint beaucoup; et des cai ses remplies
forent envoyées à Chislehurst, qui n'en auraient pas pris le chemin, sans l'énergie tenace
dont elle fit preuve auprès des fonctionnaires
chargés de la liquidation impériale.
Les attaches bonapartistes lui sont restées
des plus chères. Elle ne s'y tient pas exclusivement. Déjà sous l'Empire, il plaisait à son

humeur voyageuse de porter le cap en des
milieux nuancés d'opposition, où \'attiraient
des sympalbies individuelles d'intelligence et
de caractère. Des remarques se faisaient jour
sur la politique un peu frondeuse de Mme de
Pourtalès. Par la suile, on goùt et son discernement s'appliquèrent à entremêler et
concilier au mieux les opinions et les personnes, en des réunions où domine, pourtant,
l'élément mondain, c'est-à-dire la préoccupation un peu vaine de la naissance et des titres,
où les arts el les Jeures, sans y être délaissés,
n'ont pas, comme il en étail dans le salon de
la princesse Mathilde, leurs -randes entrées.
En celle fraction de monde, la comtesse de
PourLalès détient un prestige incontesté. Les
élus se retrouvent fidèlement à ses soirées,
dans le vaste salon rouge maintes fois décrit,
où des toiles du Bronzino, de Rembrandt et
de Van Dyck se marient à des chefs-d'œuvre
de l'art moderne. Les altesses en déplacement
des différentes Cours étrangères paraissent et
reparaissent à ses réceptions, au point, faisait
ob~erve1· un témoin, que l'on s'étonne de voir
l'Europe monarchique si féconde en princes
el en princesses.
En des réunions plus intimes, ~{me de
Pourtalès se complait à laisser parler ses
souvenirs sur la génération des femmes et
des hommes qui s'épanouit triomphante,
avec beaucoup de verve et un gl'ain de folie,
pendant les plus belles années du second
Empire. li nous est revenu, parmi d'autres,
un écho de l'une de ces causeries familières.
C'était à un diner, chez le marquis de Breteuil. On conversait des gens et des choses
d'autrefois. Elle contait. d'une manière précise et pleine d'intérêt, des traits, des anecdotes. ll s'agissait, en particulier, de Mme de
Castiglione. Le hasard d'un article puhlié
sous notre signature, dans un grand journal
Ju soirt, avait amené les propos autour de
cette physionomie originale.
« La Castiglione, disait Mme de Pourtalès .... Vous voulez savoir à qui elle ressemblt! 1
Tenez, à Mme de Janzé 1 • D
Et se tournant vers l'amiral Duperré :
c( N'est-ce pas, amiral?
• - C'est çela, belle et froide.
œ Oui, Lrès belle, mais bien insupportable. »
Puis, causant de ses mille et mille caprices,
elle rappelle la fameuse soirée des tableaux
vivants, chez les Meyendorfl', lorsque, de la
façon la plus imprévue, Mme de Castiglione,
qu'on s'attendait à voir sous un costume
moins austère, apparut en capucine, la coilîe
sur le front, l'habit gris de lin l'enveloppant
des pieds à la tête ... et disparut sans vouloir
plus reparaitre malgré les prières qu'on lui
en faisait. C'était une opposition ... un ange

de pureté et de beauté! L'anecdole est piquante. On s'en amuse. Ensuite, chacun de
dire son mot sur la comt.,sse 0orentine. Et
M. de Montesquiou de s'écrier qu'il en était
passionné, qu'il arait de ses souvenirs, de
ses meubles, de ses papiers, qu'il possédait
vingt portraits d'elle .... Et ~f. Gabriel Hanotaux de ré,éler ses trouvaille dans la biblio~
thèque et les papiers dispersés de la Casliglione .... Mais, n'était-il pas curieux, pour
ceux qui faisaient partie de ce diner, d'entendre ~Ime de Pourtalès devisant ainsi de
&lt;' la divine Nicchia ►1, qui fut la seule peutêtre, en la Cour de Napoléon lll, à la surpasser en beauté? Car, en dépit des airs
maussades et dédaigneux trop habituels à la
cousine de Cavour, il fallait bien reconnaître
une éblouissante vérité .... cc Il n'y a pas deux
Castiglione, » me disait la comtesse de La
Poëze, dans un élan de sincérité. Mais que
les retours de la vie furent diO'érents, pour
l'une el pour l'autre!
)lme de Pourtalès est une des rares privilégiées de ce cercle brillant, qui n'eurent
point à se ressentir, en leur p~rsonnelle et
indépendante condition, des éclats de la catastrophe. L'effondrement du régime bonapartiste et les désastres de la pairie avaient
frappé au cœur bien des illusions, abattu
bien des espoirs, renversé bien des prospérités, et cela dans l'âge où les recommencements sont une trop lourde tàche ou un trop
difficile problème. S'il n'en alla point pour
elle tout à fait, comme pour Mme de Metternicb, d'un simple changement de décor, du
moins les contre-coups de la chute ne porlèrenl à son étal dans la monde qu'une alteinte
morale, aisée à supporter.
on luxe intime n'en a pus été diminué, ni
sa large indépendance. Elle a continué de
recevoir à Paris, de chasser à la Robertsau,
de faire là grande figure, entourée de se~
fils : les comtes Jacques, Paul et llubert de
Pourtalès, el de ses filles : la baronne de
Berckheim et la marquise de Loys-Cbandieu,
d'entretenir des correspondances assidues et
fidèles, de patronner des œul'fes, de se
répandre avec sélection, et d'exercer un rôle,
dans la commodité d'on cadre opulent et
aristocratique.
Et, par suite, les chagrins que causent,
aux lendemain de ruine, les tristesses de
l'abandon, l'expérience cruelle des pires ingratitudes, et les déboires de l'isolement, quand
on vit tout Paris à ses pieds, comme une et
plusieurs que je pourrais nommer : toutes
ees épreuves lui demeurèrent inconnues.
Privilège plus rare encore : l'hiver des ans
lui garda des clémences infinies. on sourire
avait à peine .changé. Il y a des roses qui ne
tombent que feuille à feuille. En vérité,
lorsque
la Fortune vint à elle, au matin de sa
1. Le Temps , 16 janTier 1905.
2. Le rapprochemenl est conLeslable. On ne voil vie, accompagnée du plus riant cortège, la
pas très bien les similituùe., physiq_ue_s. D'une m:1•)ière capricieuse déesse avait tardé bien longtemps
lu~ t.·ondée, compara1l-on, quant a I a.specL eitcrieur,
f'impêralrice
à remonter sur sa roue.
el la vioomtcsse de Janze.
0

F .RÉDÉRlC

LOLIÉE.

SOUVENIRS DE GARNISON
~

Un duel d' o/ficiers
(1777)

Dans la ,,ille de Lille on avait une bonne
troupe d'acteurs; les jeunes lieutenants et
sous-lieutenants de la garnison se rendaient
de si bonne heure et si assidûment à la
comédie que les capitaines et officiers supérieurs ne trouvaient souvent plus de places
aux premières loges en y arrivant.
Le lieutenant du roi de la place de Lille,
instruit dt! ce qui se passait, prit, conlre sa
coutume, une mesure peu réfléchie : il défendit aux lieutenants et sous-lieutenants de se
placer dans les premières loges avant la fin
du premier acte du pectacle.
Un pareil ordre étonna et mécontenta tout
le monde. Les capilaincs de la garnison convinrent tous, pour consoler leurs jeunes
camarades, de partager leur sort et de ne
poinL prendre les places qu'on défendait à
ceux-ci d occuper.
Étant depuis quelques jours à la campagne,
j'ignorais totalement et l'ordre donné et l'effet
qu'il avait produit. ,J'arrive à Lille à l'heure
où le spectacle allait commencer; j'entre dans
une première loge, un peu surpris de la trouver vide, ainsi que toutes cellPs du même
rang. Ma surprise a~mPnte en voyant des
chapeaux sur toutes les chaises de œs loges.
C'é1aient ceux des lieutenants et sous-lieutenants, qui, pour éluder l'ordre, faisaient
ainsi retenir leurs places.
Comme la loge où j'entrai était large,
j'avançai une chaise entre deux: de celles qui
étaient sur le devant et je m'assis, toujours
fort surpris du vide de &amp;tte première enceinte
tandis que tout le reste de la salle était
rempli.
Autre étonnement! dès que le premier acte
est joué, toutes les portes des premières loges
s'ouvrent, el une foule d'o!ficiers y enlrenL
L'un d'eux, M. de la Villeneuve, lieutenant
de chasseurs dans le régiment Dauphin-infanterie, prend place à côté de moi et me dit :
- Monsieur, vous avez fait tomber mon
chapeau qui était sur cette chaise.
En effet, sans y prendre garde, je l'avais
fait tomber en m'asseyant. Je lui fis une
excuse polie; mais il me répondit avec une
humeur ioconceYable qu'une telle impertinence ne se réparait pas par une mauvaise
excuse. Je lui répliquai qu'après le spectacle
il aurait une explication sérieuse el peut-être
moins satisfaisante pour lui.
Nous étant ainsi entendus, il garda le
0

l'empêchait de se tenir ferme sur ses jambes,
ce qui me donnait trop d'avantage. Je lui
proposai de cesser le combat; il y consentit
et accepta mon bras pour marcher.
Nous rentrâmes dans la ville; à la lueur
d'un réverbère je le vis inondé de sang, et je
réfléchis tristement sur la cruauté de nos
préjugés. Bientôt nous trouvâmes un fiacre;
je l'y fis monter avec assez de peine, et je
voulus y prendre place à côté de lui; mais il
reîu.sa absolument.
Pour ne re,·enir jamais, pour ne rcvrnir jamais.
Attrib;;ant ce relus à un ressentiment pro- Tu le trompes peut-être, lui répondis-je. longé, jP. lui en montrai ma surprise.
- Vous me jugez mal, me dit-il; je suis
[Jès que j'eus rejoint, au bas de l'escalier,
mon lieutenant tapageur, nous sorûmes étourdi, un peu bizarre, passablement entêté
ensemble de la salie, et, lorsque nous fùmes même, mais je suis bien loin de vous en
sur Ja place d'armes, comme réellement il ,•ouloir; au contraire, je veux me punir plus
avait le cœur aussi bon que l'esprit vif et que vous ne l'avez fait. Tout le tort est de
léger, il me dit après quelques moments de de mon côté; je vous ai provoqué sans raison,
rê,·erie :
et j'exige, quand ce ne serait même que pour
- En vérité, nous sommes de grands dix minutes, que vous alliez reprendre à la ·fous! Nous allons nous couper la gorge pour comédie la maudite place qui a été le sujet de
une bagatelle qui n'en vaut as.surément pas notre dispute. Après cela ,·ous viendrez me
soigner si vous le voulez; j'en erai honoré et
la peine, pour un chapeau tombé!
- Celle réflexion esl juste, lui dis-je, mais ravi; autrement, j'y suis décidé, nous ne nous
un peu trop tardive Je n'ai pas l'honneur de reverrons plus.
,·ous connaitre; le vin est tiré il faut le boire.
J'eu~ beau lui dirt~ que je ne pouvais le
- Comme vous vtiudrez, répliqua-t-il; laisser seul dans l'étal où il ét:iil, ignorant si
sa blessure était mortelle ou non; il ferma la
sortons donc de la ville.
- Non, lui dis-je ; il est tard, et celui de portière et me donna son adresse.
nous deux qui sera ble é ne doit pas resldr
Pour le satisfaire j'allai à la comédie; je
seul sans secours dan! un champ. Allons nous repris à d'Assas ma place, en lui racontant
battre sur un bastion.
mon aventure et en lui rappelant la belle
Il me fit observer que c'était sévèrement prédiction qu'il m'avait faite sans s'en douter
défendu et sous dts peines gra,'es.
et dont il parut tout attristé. Un quart d'heure
- Bon! repris-je, qu'imporlP- la défense? après, j'allai chez mon lieutenant blessé, que
en fait de folies, les plus courtes sont les je trouvai très souffranl, mais sans danger.
meilleures; ce sera bientôt fait. Marchons.
Au bout de trois semaines il fut guéri. Il avait
Arrivés dans l'intérieur d'un bastion, nous fait le récit de celte affaire à tous ses camaquiUàmes nos habits et nous tiràmes nos rades; elle eut un singulier résultat : l'ordre
épées. Comme mon adrnrsaire était ardent et fut retiré, les querelles pour les places cessè- ,
leste, il s'élança sur moi, par un seul bond, rent, et la bonne intelligence se rétablit entre
si promptement que je n'eus pas le temps de les o!ficiers des di1férents grades.
parer; je me sentis le côté frappé. HeureuseCinq ans après passant à Nantes, lorsque
ment par impétuosité il avait manqué mon j'allais m'embarquer pour l'Amérique, j'y
corps, et c'était la garde de son glaive qui retrouvai le régimenl Dauphin. Mon lieutenant
m'avait touché.
de chasseurs, instruit de mon passage, m'in- Ma foi ! dis-je en moi-même, d'Assas a vita à dlner avec tous les jeunes gens de la
garnison. Pour celte fois il n'y eut de choc
p~nsé prédire juste.
Je chargeai à mon tour mon ad,•ersaire, et qu'entre les verres; la gaieté fut cordiale et
lui donnai, en plongeant, un coup d'épee; la vive. Je n'ai rappelé cette anecdote que parce
pointe pénétra dans son corps et s'arrêta sur qu'elle me parait propre à peindre l'espril de
notre âge el les mœurs de notre temps.
11D os. il voulait continuer, mais la douleur
silence; mais, comme il élail jeune el impatient, il ne put attendre la fin de la représentation. Après la première pièce, il se leva et
me fit signe de le suivre. Au moment où je
sortais, un jeune lieutenant de mon régiment,
le comte d'Assas, qui se trouvait derrière moi
Pt qui voulait ma place si je ne rentrais pas,
me dit, en répélant ces vers d'un opéra-comique qu'on jouait :
- Ségur, tu t'en vas,

CmtTE DE

SÉGUR.

�Cliché Jlicurdelo Crères.

LES

AIGLES

(1812). -

Tableau de

JULES ROUFFET.

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE X IX (sttitP).

Dans la nuit du 28 au 20, le canon des
Russes vint augmenter ces horreurs en foudroyant les malheureux qui s'efforçaient de
franchir la rivière. Euôn, à neuf heures du
soir, il y eut un urcroît de désolation,
lorsque le maréchal Victor commença sa retraite et que ses divisions se présentèrent en
ordre devant le pont, qu'elles ne purent gagner qu·en refoulant par la force tout ce qui
obstruait le passage! ... Mais jetons un voile
sur ces horribles scènes!. ..
Le 20, au point du jour, on mit le feu à
toutes les voitures restant encore sur la rive
gauche, et lorsque enfin le général Eblé vit
les Russes s'approcher du pont, il le fit aussi
incendier I Quelques milliers de malheureux
restes devant Studianka tombèrent aux mains
de Wittgenstein. Ainsi se termina le pins horrible épisode de la campagne de Russie! Cet
événement eût été bien moins funeste si l'on

eftt su et voulu employer le temps que nous hin, l'Empereur avait espéré se débarrasser
avaient laissé les Russes depuis notre arrivée pour longtemps de la poursuite des Russes;
de,·ant la Bérésina. L'armée perdit dans ce mais il était écrit que toutes les chances nous
passage 20 à 25,000 hommes.
seraient contraires! ... En effet, la gelée, qui
Ce grand obstacle franchi, la masse des à cettf' époque de l'année aurait dù transhommes isolés échappés à œt affreux dé- former en un chemin facile les eaux de la
sastre était encore immen,e. lln la fit évacuer Bérésina, leur avait laissé presque toute leur
sur Zembin. L'Empereur etla garde i:uivirent. fluidité quand nous devions les traverser;
Venaient ensuite les débris de quel4ues rrgi- mais à peine les eûmes-nous franchies, qu'un
ments, et enfin le 2e corps, dont la brigade froid ri~oureux vint les gel,·r au point de les
Castex fai ait l'extrême arrière-garde.
rendre assez solides pour porter du canon!. ..
J'ai déjà dit que la route de z,..mhin, la Et comme il en fut de même de celles du
~eule voie qui nous rt'slâl, traverse un marais de Zembin, l'incendie des ponts ne
immense marais au moyPn d'un très grand nous Îut d'aucune utililé1 . Les trois armées
nombré de ponts que Tcbikhakotf avail nti- russes que nous avions laissées derrière nous
gligé de brùler lorsque, plusieurs jours a11ant, purrnl. sans obstacle, se mettre à notre
il occupait c,itte position. Nous ne commîmes poursuite; mais, fort heureusement, elle fut
pas une pareille faute, car, après le passage peu vigoureu e. D'ailleurs, le maréchal Ney,
de l'armée, le 24e de chasseurs el mon régi- qui commandait l'arrière-garde française,
ment y mirent aisément le feu, avec des joncs ayant réuni tout ce qui était encore en état
secs entassés dans le voisinage.
Tc.hitchakolT a trouvé dans ce fait une excuse à
En ordonnant de brûler les ponts de Z!!m- sn t.négl
igcnce.
•\t 175 I"'

�n1ST0~1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
de comhallre, faisait de fréquents retours
offensifs sur les ennemis lorsqu'ils osaient
approcher de trop près.
Depuis que le maréchal Oudinot et le général Legrand avaient été blessés, le général
Maison commandait le 2e corps, qui, se trouvant, malgré ses grandes pertes, le plus nombreux de toute l'armée, était habituellement
chargé de repousser les Russes. Nous les
maintînmes au loin pendant les journées du
50 novembre et du i er décembre ; mais, le
2, ils nous serrèrent tellement avec des forces
considérables qu'il en résulta un combat très
sérieux dans lequel je reçus une blessure
d'autant plus dangereuse qu'il y avaiL ce
jour-là 25 degrés de froid!... Je devrais
peut-être me borner à vous dire que je fus
frappé d'un coup de lance, sans entrer dans
aucun détail, car ils sont si horribles que je
frémis encore lorsque j'y pense! ... Mais enfin
je vous ai promis le récit de ma vie tout entière. Voici donc ce qui m'advint au combat
de Plechtchénitsoui.
Pour vous mettre plus à même de bien
comprendre mon récit et les sentiments qui
m'agitèrent pendant l'action, je dois vous
dire d'abord qu'un banquier hollandais,
nommé Van Berchem, dontj'avaisétél'intime
ami au collège de Sorèze, m'avait envoyé, au
commencement de la campagne, son fils
unique, qui, devenu Français par la réunion
de son pass à l'Empire, s'était engagé dans
le 25•, bien qu'il eùL à peine seize ans 1... Ce
jeune homme, rempli de bonnes qualités,
avait beaucoup d'intelligence; je l'avais pris
pour secrétaire, et il marchait toujours à
quinze pas derrière moi avec mes ordonnanœs. Il était ainsi placé le jour dont je
parle, lorsqu'en traversant une vaste plaine,
le 2e corps, dont mon régiment formait
l'extrême arrière-garde, vit accourir vers lui
une énorme masse de cavalerie russe qui, en
un moment, le déborda et l'attaqua de toutes
parts. Le général Maison prit de si bonnes
dispositions que nos carrés d'infanterie repoussèrent toutes les charges de la cavalerie
régulière des ennemis.
Ceux-ci ayant alors fait participer au combat une nuée de Cosaques qui venaient insolemment piquer les officiers français devant
leurs troupes, le maréchal Ney ordonna au
général Maison de les faire chasser, en lançant sur eux tout ce qui restait de la division
de cuirassiers, ainsi que des brigades Corbineau el Castex. !Ion régiment, encore nombreux, se trouva devant un ptllk de Cosaques
de la mer Noire, coiffés de hauts bonnets
d'astrakan et beaucoup mieux vêtus et montés que ne le sont ordinairement les Cosaques.
Nous fondîmes sur eux, et, .selon la coutume
de ces gens-là, qui ne se battent jamais en
ligne, les Cosaques firent demi-tour et s'entuirent au galop; mais étrangers à la localité,
ils se dirigèrent vers un obstacle bien rare
dans ces vastes plaines : un immense et profond ravin, que la parfaite régularité du sol
empêchait d'apercevoir de loin, les arrêta
tout court! ... Se voyant dans l'impossibilité
de le franchir avec leurs chevaux el obligés

de faire face à mon régiment qui aUait les
rejoindre, les Cosaques se retournent, et, se
serrant les uns contre les autres, ils nous présentent bra,,ement leurs lances!
Le terrain, couvert de verglas, était fort
glissant, el nos chevaux, très fatigués, ne
pouvaient galoper sans tomber. Il n'y eut
donc pas de choc, et ma ligne arriva seulement au trot sur la masse ennemie qui restait
immobile. Nos sabres touchaient les lances;
mais celles-ci ayant treize à quatorze pieds
de long, il nous était impossible d'atteindre
nos adversaires, qui n'osaient reculer, de
crainte de tomber dans le précipice, ni avancer pour venir affronter nos sabres! On s'observait donc mutuellement, lorsqu'en moins
de temps qu'il n'en faut pour le raconter, se
passa la scène suivante. Pressé d'en finir
avec les ennemis, je criai à mes cavaliers
qu'il fallait saisir quelques lances de la main
gauche, les détourner, pousser en avant, et
pénétrer au milieu de celte îoule d'hommes,
où nos armes courtes nous donneraient un
avantage immense sur leurs longues perches,
Pour être mieux obéi, je voulus donner
l'exemple, iit, écartant quelques lances, je
parvins en effet à pénétrer dans les premiers
rangs ennemis!... Mes adjudants-majors,
mes ordonnances me suivirent, et tout le régiment fil bientôt de même. U en résulta une
mêlée générale. Mais au moment où elle s'engageait, un vieux Cosaque à barbe blanche,
qui, placé aux rangs inférieurs, se trouvait
séparé de moi par d'autres combattants, se
penche, et, dirigeant adroitement sa lance
entre les chevaux. de ses camarades, il me
frappe de son fer aigu, qui passe, d'autre en
outre, sous la rotule de mon genou droit! ...
En me sentant blessé, je poussai vers cet
homme pour me venger de Ja douleur affreuse
que j'êprouvais, lorsque je vis devant moi
deux beaux jeunes gens de dix-huit à vingt
aus, porlaDt un brillant costume couvert de
riches broderies : c'étaient les fils du cbeI du
pulk. Un homme âgé, espèce de mentor, les
accompagnait, mais n'avait pas le sabre à la,
main. Le plus jeune de ses élèves ne se servait pas du sien, mais l'.aîné fondit bra"Vement sur moi et m'attaqua a,,ecfureurl ... Je
le trouvai si peu for.mé, si faible, que, me
bornant à le désarmer, je le pris par le bras,
le poussai derrière moi et ordonnai à Van
Berchem de le garder. Mais à peine avais-je
accompli œt acte d'humanité, que je sentis
un corps dur se poser sur ma joue gauche,
une double détonation éclate à mes oreilles,
el le collet de mon manteau est traversé par
une balle!... Je me retourne vivement, et
que vois-jet .. Lejeune officier cosaque qui,
tenant une paire de pistolets doubles dont il
venait de tirer traîtreusement un coup sur
moi par derrière, brûlait la cervelle au
malheureux Van Berchem 1!! ...
Transporté de fureur, je m'élance alors
sur cet enragé, qui déjà m'ajustait avec le
second pistolet !.. . Mais son regard ayant rencontré le mien qui devait être terrible, il en
fut comme fasciné, et s'écria en très bon
françai~ : « Ah! grand Dieu! je 'YOis la mort

dans vos yeux !. . . Je vois la mort dans -vos
yeux 11 ! - Eh bien , scélérat , tu vois
1
•
Ill
'1'
iltmh
JUSte
......
» En euet,
o a ....
Le sang appelle le sang! La vue du jeune
Van Berchem étendu à mes pieds, ce que je
venais de faire, l'animation du combat et
peut-être aus~i l'affreuse douleur que me
causait ma blessure, tout cela réuni me jetant dans un état de surexcitation fébrile, je
cours vers le plus jeune des officiers cosaques, je le saisis à la gorge, et déjà mon
sabre était levé, lorsque le vieux gouverneur,
cherchant à garantir son élève, penche le
haut du corps sur l'encolure de mon cheval,
de manière à m'empêcher de remuer le bras,
et s'écrie d'un ton suppliant : &lt;&lt; Au nom de
votre mère, grâce, grâce pour celui-ci, il n'a
rien fait!. . . »
En entendant invoquer un nom vénéré,
mon esprit, exalté par tout ce qui m'entourait, fut frappé d'hallucination, au point
que je crus voir une main blanche, si connue de moi, se poser sur la poitrine du jeune
homme que j'allais percer, et il me sembla
entendre la voix de ma mère prononcer les
mols : « Grâce I grâce! » Mon sabre s'abaissa! Je fis conduire le jeune homme et
son gouverneur sur les derrières.
Mon émotion était si grande après ce qui
venait de se passer, que je n'aurais pu donner aucun ordre au régiment, si le combat
eût encore duré quelque temps; mais il fut
bientôt terminé. Un grand nombre de Cosaques avaient été tués, et les autres, abandonnant leurs chevaux, s'étaient laissés glisser dans les profondeurs du ravin, où la plupart périrent dans les énormes tas de neige
que les vents y avaient amoncelés. Les ennemis furent aussi repoussés sur tous les autres points. (Mes étals de service portent ma
blessure comme reçue le 4 décembre; elle le
fut en réalité le 2, jour du combat de Plechtchénitsoui.)
Dans La soirée qui suivit cette aOaire, je
questionnai mon prisonnier et son gouverneur. J'appris que les deux jeunes gens
étaient fils d'un chef puissant qui, ayant perdu
une jambe à la bataille d'Austerlitz, avait
voué aux Français une haine si vive que, ne
pouvant plus les combaUre, il avait envoyé
ses deux fils pour leur faire la guerre. Je pr~
vis que le froid et le chagrin feraient bientôt
périr le seul qui lui restât. J'en eus pitié el
luL rendis 1a liberté, ainsi qu'à son vénérable
mentor. Celui-ci, en prenant congé de moi,
me dit ces mots expressifs : &lt;! En pensant à
« son fils aîné, la mère de mes dem élèves
&lt;I vous maudira; mais en revoyant le seçond,
« elle vous bénira, ainsi que votre mère, en
u considération de laquelle \'OUS avez épargné
« le seul enfant qui lui reste! »
Cependant, la vigueur avec laquelle les
troupes russes avaient été repoussées dans la
dernière action ayant calmé leur ardeur, nous
fûmes delll. jours sans les revoir, ce qui a~sura notre retraite jusqu'à &amp;falodeczno; mais
si les ennemis nous laissaient un moment de
trêve, le froid nous faisait une guerre des
plus rudes, car le thermomètre desœndit à

"---------------------27 degrés! Le~ hommes et les chevaux tombaient à chaque pas, el beaucoup pour ne
plus se relever . .le n'en restai pas moins avec
les de'hris de mon régiment, au milieu duquel
je bivouaquai sur la neige chaque nuit : où
aurais-je pu aller pour être moins mal1 Mes
braves officiers et soldats, considérant leur
colonel comme un drapeau vivant, tenaient
à me conserver et m'entouraient de tous ks
soins que comportait notre affreuse situation.
La blessure que j'avais reçue au genou m'empêchant de me tenir à califourchon, j'étais
obligé de placer ma jambe sur l'encolure du
cheval et de garder l'immobilité, ce qui me
glaçait. Aus.c;i mes douleurs devinrent-elles
intolérables; mais que faire?
T.a route était parsemée de morts el de
mourants, la marche lente et silencieuse. Ce
qui restait d'infanterie de la garde formait
un petit carré dans lequel marchait la voilure de !'Empereur. ll avait à ses côtés le roi
Murat.
Le 5 décembre, après avoir dicté son vinotneuvième bullt:tin, qui jeta Loule la Fra;ce
dans la ·tupeur, Napoléon quilla l'armée à
Smorgoni, pour se rendre à Paris. U faillit
èlre enlevé à Ochmiana par un parti de Coaques. Le départ de ·J'Empereur produisit un
effet immense sur l'esprit des troupes. Les
uns le bHmaienl en le qualifiant d'abai1do11;
les autres l'approuvaient comme le seul moyen
de préserver la France de la guerre civile et
de l'invasion du no~ prétendus alliés, dont la
plupart, n'attendant qu'une circonstance far~

lK'ÉJW01'1fES DU G-15NÉ~Jl.L BJl.~ON D'E JlfA'l(,BOT - - ,

rentré dans ses Etals, y organisait de nombreux régiments. ,Je partageais celte dernière
opinion, dont les faits prouvèrent la justesse.

CHAPITR_E XX
, lnlcnsilé du froid. - Brigandage armé. - Arri,·éo
à Wilna. - Le d~filé de l'onari. - Retraite en
lraiaeaux. - Arri,•éc il Kowuo. - Passage de la
Vistule.

L'Empereur, en s'éloignant, confia le commandement des débris de l'armée à Murat,
qui, dans cette circonstance, se montra audessous de sa Làche. Il faut convenir aussi
qu'elle était on ne peut plus difficile. Le froid
paral)sait les facultés morales el physique ·
de chacun; la désorganisation était partout.
Le maréchal \ïctor reîusa de relever le
2e corps, qui faisait l'arrière-garde depuis la
Bérésina, et le maréchal Ney cul beaucoup de
peine à l'y contraindre. Chaque malin, on
laissait des milliers de morts dans les bivouacs
qu'on quittait. Je m'applaudis alors d'avoir,
au mois de septembre, forcé mes caYaliers à
e muuir de redingotes en peau de mouton :
celte précaution sauva la vie à beaucoup d'entre eux. li en fut de mème des provisions de
bouche que nous avions faites à BorisoJf, car,
sans cela, il aurait fallu disputer à la multitude affamé!! des cadaues de che,,aux.
Je dirai à ce sujet que M. de égur e1agère
!or qu'il dit que, pour assouvir leur faim, on
, il des malheureux réduits à manger de la

l,;.1 h::he. ~ e\uJ.c• u fre1e~.

ÉPISOD E DE LA Rl:.Tl&lt;AlTE DE R USSIE . -

T.:JNe.:JU de Pun.n•POTEAU X. (.lfusêe de Versai/tes .)

rahle pour se déclarer contre nous, n'oseraient bouger, en apprenant que "apoléon,

chai1· humaine 1 ! La route était sufilsamment garnie de cheraux. pour que personne

I_. c Des malheureux se précrpilércnl dan ces hrau ner5 ... leurs comp3gnons affamés 11's rrgardaienl

« sans effroi ... il y en cul mème qui allirèrcnt à eux
c ces corps déliguréa et grillés .. . el il est trop , rai

V.-HrsTORlA- - F1.sc. 36.

... 177

...

ne songeât à se faire anthropophage . .\u surplus, on serait dans une grande erreur si l'on
croyait que les vivres manquaient totalement
dans la contrée, car ils ne faisaient défaut
que dans les localités situées sur la route
même, parce que ses environs avaient été
épuisés lorsque l'armée se rendait à Moscou;
mais comme elle n'avait fait que passer
comme un torrent, sans s'étendre sur les
llancs, et que depuis cette époque la moisson
avait été faite, le pays s'était un peu remis,
et il suffisait d'aller à une ou deux lieues sur
les côtés pour retrouver une certaine abondance. li est vrai que les détachements encore en bon ordre pouvaient seuls faire dt!
telles excursions sans èlre enlevés par des
partis de Cosaque qui rôdaient autour de
nous.
Je me concertai donc a\'eC plusieurs colonels pour organiser des maraude.ç armées
qui revenaient toujours non seulement avec
du pain et quelques pièces de bétail, mais
avec des traineaux chargés de viandes salées,
de f.1rine et d'avoine prises dans les villages
que les paysans n'avaient pas abandonnés.
Cela prouve que si le duc de Bassano et le
général Hog-endorp, auxquels !'Empereur avait
confié, au mois de juin, l'administration de
ln Lithuanie, avaient rempli leur de\'oir pmdanl le long espace de temps qu'ils passèrent
à \Vilna, il auraient pu facilcmmt créer de
grands magasins; mais ils ~'étaient surtout
allachés à approvisionner la , ille, sans s'occuper des troupes.
Le 6 décembre, l'intensité du froid s'accrut infiniment, car le thermomètre descendit
à près de 30 dt rrrés; aussi celle journée futelle encore plus funeste que les précédentes,
surtout pour les troupes qui n'avaient pas été
habituées peu à peu à l'intempérie du climat.
De ce nombre était la division Gratien, qui,
forte de 12,000 conscrits, avait quitté Wilna
le 4 pour venir au-devant de nous. La brusque transition de casernes bien chaudes avec
le bivouac de 29 degrés et demi de froid fit
périr en quarante-boit heures presque Lous
ces_ i:nalheureux ! La rigueur de la saison prodms1t des e/Iets encore plus terribles sur
200 cavaliers napolitains de la garde du roi
Murat. lis venaient aussi à notre rencontre
?Près avoir séjourné longtemps à Wilna; mais
11s moururent tous dès la première nuit qu'ils
pa~sèrent sur la neige 1
Ce qui reslail d'Allemand , d'italiens, d'E pagnols, de Croates et autres étrangers que
nous avions conduits en Russie, sauvèrent
leur vie par uu moyen qui répugnait aux
Français : ils d{sel'laient, gagnaient Jes ,·illages à proximité de la route et attendaient,
en se chaufiant dan les maisons, l'arrivée
des enne~is, qui, souvent, n'avait lieu que
quelques JOurs ap1ès, car, chose étonnante,
ifs soldats russes, habitués à passer l'hiver
dans des Labi!alions Lien calfeutrées et garnies de poèlcs toujours allumés, sont infiniment plus scfüibles au froid que ceux des
autres contrées de l'Europe; aussi l'armée
1

• qu'ils . osèrent JJOl'ter à leur Loccl1c celle rl:.vollanle
&amp;

nourrrlure In ,DE St:r.cn, Jlistofre de Napoléo11. )
Il

�~------------------------

111STO'l{1.ll
ennemie éprouraiL-elle de grandes perles, ce
qui e:xplique la lenteur de la poursuite.
Nous ne comprenions pas comment Koutousoff et ses généraux se bornaient à nous
suivre en queue avec ane faible avant-garde,
au lieu de se jt'ler sar nos flancs, de les déborder et d"aller nous couper toute retraite
en gagnant la tète de nos colonnes. Mais celle
manœune, qui tût consommé noire perte,
leur devint impossible, parce qae la plupart
de leurs soldais périssaient, ainsi que les nôtres, sur les routes el dans les bivouacs, car

de fusil pour les éloigner. Enfin, pour jeter vailler en gl'anll. Pour cela, ils s'organisèrent
facilement le trouble parmi nous sans courir en bandes, jetèrent leurs casques, se coilfèaucun danger, car nous avions été réduits, rent de honnels de paysans, et, se glissant
faute d'allelages, à abandonner toute notre hors des bivouacs dès que la nuit était close,
artillerie, les Cosaques placèrent sur des trai- ils se réunissaient sur un point donné, et,
neaux de petits canons légers, arec lesquels · revenan.t ensuite vers rtos camps en poussant
ils tiraient sur nos troupes jusqu'à ce que, le cri de guerre des Cosaques : « Hourra!
voyant un détac·hement armé s'a,·ancer vers hourra! » ils portaient ainsi la terreur dans
eux, ils rn sauvassent à toutes jambes. Ces l"esprit dt!s hommes faibles, dont beaucoup
alla1ues par:itlles, 1ui, en réalité, faisaient fuyaient en abandonnant eliets, voitures et
peu dl} mal aux Frnnçais, ne laissaient p;is vhTes . .Alors les prétendus Cosaques, après
que d'ètre fort d.Ss:igréables par leur conti- arn1r tout pillé, s'éloignaient et rentraient

Cliché l'icurilein !rere,

LA RETRAITE DE RuSSlE (1812). -

l'intensité du froiJ t:lail ~i grande qu'on distinguait une sorte de fumée sortant des
oreilles el des yeux. Celle vapeur, se condensant au contact de l'air, retomLait Lruyamment sur nos poitrines comme auraient pu le
faire das poignées de grains &lt;le millet. Il fallail s'arrêter sournut pour débarrasser les
cbernux des énormes glaçons que leur Lialeine formait en se gelant sur le mors des
brides.
Cependanl qucl11ues milliers de Cosaques,
allirés par l'espoir du pillage, supportaient
encure l'intempérie de la saison et cotoJaient
nos colonne~, dont ils avaient même l'audace
d'attaquer les points où ils apercel'aient des
bagages; mais il suffisait de quelques coup

Tableau

ae

)A..&gt;;

V.

CllELAUNSKJ.

uuellc répélition. Deaucoup de malades ft de
blessés ayant été pris el dépouillés par ces
coureurs, dont quelques-uns firent un immense butin, le dé,ir de s'enrichir aussi nous
allira de nouveaux ennemis, sortant des rangs
de nos alliés : ce furent les P&lt;Jlonais.
Le maréchil de Saxe, fils d'un de leur3
rois, a dit avec raison que &lt;c les Polonais sont
« les pins grands pillards du monde et ne
« respecteraient même pas le bien de leurs
« pères ». Jugez si ceux qui étaient dans nos
rangs respectaien ! celui de leurs alliés. Aussi,
dans les marches el dan5 les bivouacs, ils
YOlaient loul ce quïls royaienl; mais comme
on se méfiait d'eux et que fos larcins isolés
devinrent fort diificiles, ils résolurent de tra-

avant le jour dans la colonne française, où
ils reprenaient le litre de Polonais, sauf à
redevenir Cosaques la nuit suivante.
Cet affreux brigandage ayant é!é signalé,
plusieurs généraux et coloncls résolurent de
le punir. Le général Maison ût faire si bonne
garde dans les 1Jivouacs du 2e corps, qu'une
belle nuit nos postes surprirent une cinquantaine de Polonais au moment où, s'apprêtant
à jouer le rôle de faux Cosaques, ils .allaient
faire leur hourm de pillage!... Se voyant
cernés de toutes parts, ces bandits eurent
l'impudence de dire qu'ils avaient voulu
faire une plaisanterie!... Mais comme ce
n'était ni le lieu n_i le moment de rire, le
général Maison les lit tous {usi/le,· sur-le-

champ! On fut quelf[Ue temps ~ans voir des
voleurs de celle espèce; mais ils reparurent
plus tard.
Nous arriYàmes le 9 décembre à Wilna,
où il existait quelques magasins; mais le duc
de Bassano et le général Ilogendorp s'étaient
retirés vers le Niémen, et personne ne donnait d'ordre .... Aussi, là comme à Smolensk,
les administrateurs exigeaient, pour dJ!irrer
des vivres et des ,êtements, qu'on leur remit
tles reçus réguliers, ce qui était impossible à
cause de la désorganirntion de presque tous
les régiments. On perdit donc un temps précieux. Le général Maison fit enfoncer plusieurs magasins, et ses troupes eurent quel•
ques vivres et des ellets d'habillement, mais
le surplus fut pris le lendt!main par les
Russes. Les soldats des autres corps se
répandirent en ville dans l'espoir d'être reçus
par les habitants; mais ceux-ci, qui, six mois
avant, appelaimt les Français de leurs Yœux,
fPrmèrent leurs maisons dès qu'ils les virent
dans le malheur I Les Jui[s seuls reçurent
ceux 1ui araient de. quoi payer cette hospila•
lité passagère.
Rrpoussés des magasins ainsi que des
habitations particulières, l'immense majorité
des hommes afümés se porta vers les hôpitaux, qui furent bientôt encombrés outre
mesure, Lien qu'il ne s'y trouvât pas assez
de vivres pour tous ces malheureux; mais
ils étaient du moins à l'abri des grands
froids!. .. Cet avantage précaire détermina
cependant plus de 20,000 malades el blessés,
parmi lesquels se trouvaient deux cents oît1ciers et. huit généraux, à ne pas aller plus
loin! Leurs forces morales et physiques
étaient épuisées.
Le lieutenant llernoux, l'un des plus vigoureux et des plus braYes officiers de mon
régiment, était tellement consterné de ce
qu'il voyait depuis quelques jours, qu'il se
coucha sur la neige, cl rien ne pouvaul le
déterminer à se lever, il y mourut!. .. Plusieurs militaires de Lous grades se brûlèrent
la cervelle pour mettre un terme à leurs
misères!
Dans la nuit du Oau 10 décembre et par
30 degrés de froid, quelques Cosaques étaut
venus tirailler aux portes de \Vilna, bien des
gens crurent que c'était l'armée entière de
Koutousolî, et, dans leur épouYante, ils
s'éloignèrent précipilammcnt de la ville. J'ai
le regret d'èlre obligé de dire que le roi Murat Cut ùe ce nombre : il partit sans donner
aucun ordre; mais le maréchal rey resta. Il
organisa la r, traite le mieux qu'il put, et
nous quittâmrs Wilna le 10 au malin, en y
abandonnant, outre un très grand nombre
d'hommes, un pJrc d'artillerie et une partie
du trésor de l'armée.
A peine étions-nous hors de Wilna que les
infàmes Juifs, se ruant sur les Français qu'ils
avaient reçus dans leurs maisons pour leur
soutirer le peu d'argent qu'ils avaient, les
dépouillèrent de l~urs vêlements et les jetèrent to11;t nus par les fenêtres 1. .• Quelques
officiers de l'annt-garde russe qui entraient
en ce moment furent tellement indignés de

JJfÉJH011fES DU G"ÉN'É"J?_AL BA"/?_ON DE .MAR,BOT ~

celle atrocité qu 'ils firent tuer beaucoup de
Juifs.
Au milieu de ce tumulte, le maréchal Ney
avait poussé vers la roule de KtJwno tout ce
qu'il pouvait mettre en mouvement; mais à
peine avait-il fait une lieue, qu'il rencontra
la hauteur de Ponari. Ce monticule, qu'en
Loule autre cirsconstance la colonne eût
franchi sans y faire attention, devint un
obstacle immense, parce que la glace qui
le couvrait avait rendu la route tellement
glissante que les chevaux de trait étaient
hors d'état de monter les chariots el les
fourgons!... Ce qui restait du trésor allait
donc tomber aux mains des CosafJUes, lorsque
le maréchal Ney ordonna d'ouvrir les caissons cl de bisser les soldats français puiser
dans les coffres. Celte sage mesure, dont
M. de Ségur n'a probablement pas connu le
motif, l'a porté à dire que les troupes pillèrent le trésor impérial. Dans le Specta/eui·
militaire de l'époque, j'ai également relevé
cette phrase de M. de S1gur : &lt;( Après le
(&lt; départ de !'Empereur, la plupart des colo« nels de l'armée, qu'on aYail admirés
« jusque-là marchant encore, arnc quatre
« ou cinq officiers ou soldats, autour de leur
(1 aigle ... ne prirent plus d'ordres qued'cux&lt;1 mémes .... Il y eut des hommes 1ui firent
« deux cents lieues sans tourner la tête! ))
J'ai prouré que le maréchal rey, ayant vu
tomber dans un combat le colonel et le chef
de hataillon d'un régiment qui ne complait
plas que soixante hommes, comprit que de
telles pertes s'opposerai en L à la réorganisation de l'armée et ordonna qu'on ne gardât devant l'ennemi que lo nombre d'officiers supérieurs proportionné à celui de la
troupe.
Plusieurs jours avant notre arriréc à Wilna,
l'intensité du froid ayant fait périr beaucoup
de chevaux de mon régiment et empêchanl
de monter ceux qui nous restaient encore,
tous mes cavaliers marchaient à pied. J'aurais
bien voulu pouvoir les imiter; mais ma blessure s'y opposant, je fis prendre un traineau
auquel on attela un de mes chevaux. La vue
de ce nouveau rébicule m'inspira l'idée de
sauver par ce moyen mes malades devenus
nombreux, et comme en Russie il n'y a pas
de si paU\·re habitation dans laquelle on ne
trouve un traineau, j'en eus bientôt une centaine, dont chacun, trainé par un chernl de
troupe, sauvait deux hommes. Cette manière
d'aller parut si commode au général Castex,
qu'il m'autorisa à placer tous les autres cavaliers en traineaux. M. le chef d'escadron
~Ionginot, devenu colonel du 24e de chasseur3
depuis que M. A... avait été nommé général,
ayant reçu la même autorisation, tout ce qui
restait de notre brigade attela ses chevaux et
forma une caravane qui marchait avec le plus
grand ordre.
Vous croyez, sans doute, qu'en marchant
ainsi nous paralysions nos moyens de défense; mais détrompez-mus, car sur la glace
nous étions Lien plus forlS avec des traîneaux
qui passent partout et dont les brancards
soutiennent les che,·aux, que si nous fussions
"" 1:-9 ...

restés en selle sur des moulures tombant à
chaque pas 1
La route étant couverte de fusils abandonnés, nos chasseurs en prirent chacun
deux et firent aussi ample proYision de cartouches, de sorte que lorsque les Cosaques e
hasardaient à nous approcher, ils étaient
reçus par une mousqueterie des plus vives,
qui les éloignait promptement. D'ailleurs, nos
c,avaliers combattaient à pied au besoin; puis,
le soir, nous formions avec les traîneaux un
immense carré, au milieu duquel nous établissions nos feux. Le maréchal Ney et le
général Maison ·muaient souvent passer la
nuit en cc lieu, où il y avait sécurité, puisque l'ennemi ne nous suivait qu'avec des
Cosaques. Ce fut sans doute la première fois
qu'on vit faire l'arrière-garde en traineaux:
m1is la gelée rendait tout aulre moyen impraticable, et celui-ci nous réussit.
Nous continuâmes donc à couvrir la retraite
Jusqu'au 13 décembre, où nous revîmes enfin
le Niémen el Kowno, dernière ville de Russie.
C'était par ce même lieu que, cinq mois plus
tôt, nous étions entrés dans l'empire des
Czars. Combien les circonstances étaient changées depuis!. .. Quelles perles immenses l'armée française avait éprom·ées !
A son entrée dans Kowno arec l'arrièrcgarde, le maréchal Ney 1roura pour Loule
garnison un [aible l,ataillon de 400 Allemands, qu'il joignit am quelques troupes
qui lui restaient, afin de défendre la place le
plus longlemps possible et de donner ainsi
aux m:ilades et blessés la facililé de s'écouler
vers la Prus•e. En apprenant l'arrirée de Ney,
le roi Murat s'éloigna pour g:igncr Gumbinnen.
Le 14, les Cosaques de Platow, suhis de
deux bataillons d'infanterie russe, placés ainsi
IJUe plusieurs canons sur des traineaux, parurent devant Kowno; qu'ils attaquèrent sur
plusieurs points. Mais Je maréchal Ney, secondé par le général Gérard, les repoussa et
se maintint dans b. ville jus1u'à la nuit.
Alors. il nous fit traverser le Niémen sur
la glace et qnilla le dernier le territoire
russe!
~ous étions en Prusse, en paJs allié 1. .. Le
maréchal Ney, accablé de fatigue, malade, et
considérant d'ailleur~ la campagne comme
terminée, nous quiLLa amsitôL et se rendit à
Gumbinnen, où se réunissaient Lous les maréchaux. Dès ce moment, l'armée n'eut plus
de chef , et les débris de chaque régiment
marchèrent isolément en avançant sur le territoire prussien. Les l\usses, en guerre avec
ce pays, auraient eu le dro l de nous y suivrci; mats satisfaits d'a,oir reconquis leur
territoire et ne sachant d'ailleurs s'ils devaient se présenter en I'russe comme alliés
ou ennemis, ils voulurent attendre les ordres·
de leur gouvernement et s'arrêtèrent sur le
Niémen. Nous profitâmes de leur hésitation
pour nous diriger vers les villes de la VieillePrusse.
Les Allemands sont généralement humains;
beaucoup d'entre eux avaient des parents et
des amis dans les régiments qui avaient suivi

�1f1ST01{1JI.
ft. Français à "oscou. li nous ri·çurent donc n;'in11' : on prit les chen1.u1 en main, et, préassez bien. el j'arnuc 11u'aprè a,·oir couché cédé · de quelques hommes armé de perche. et ·molen. 1., pas une seule i;arni .on, pas un
pend~nt rinq nioÏJ; à la Lelle éloile, ce fut qui ~ignalaienl le · rre,asse,, nous commen- ma«a in, pa un hôpital! Il •ux cent. lieu ·:.
avec délices que je me ,is logé dan une ç.ime · cette périlleu e traversée. Jliou~ étions de pays étaient ainsi livrées à quelque partis
chambre d.lluJe el placé dans un Lon lit! ju~qu'à mi-jambe. dans l'eau à demi gelée, de Cosaques errants. Il résulta de cet ahaodon
'JUe les malade rétabli ne pouraieot r •joindre
\fru celte bru!-que lr:m~ition d'un hh·ouac ce qui aggrava la position de: Lie. sés et de l'armée,
el que, faute de convoi. d'évac·uaslacial à uo hien-ê1re dt'pui :i lon°1emp. malades; mais la douleur phy.i11ue n·é1ait
tion,
on
fut obligé de lai. cr pend~nl près de
oublié me rendit gr:n·emcol malade. Presque rien auprès de· craintes que nous inspiraient
Jeux moi tou · le· hie sé · de la fo kova
loule l'armée éproma le~ mêmes effets : nou
les craqucmcnrs des glaçons, menaçant à cha- dan le couvent de Kolot4oï. Il s'} lromaient
pcrdim!'~ lieaucoup de monde, cnlre autre. que inst:inl dt' s·cnfoncer ~ou oo pied ! I.e
le.~ généraux tulé cl LariboÎJiièrc, chefs de domcsti'lue d'un de me. officiers tomba dans encore au mom~nt de la retraite; presque
Lou~ rurcnt pris, et ccut qui, comptant ~ur
l'artilkrie.
une crern,. e cl ne reparut plus! Enfin, n~11
\falgré la réception com·enable 11u'ils nous arrÎ\·,lme. à la ri,·e nppo~ée, où nous pa,s:1- leurs force ", rnulurent suinc l'armée, périrent de fali!!Ue et de froid 'Ur 1• :randc-.
!irenl, les l'ru ·icn:, se rappelant leur défaite mPs la nuit à nous récbAulfor dan des hutte
roules
! Eo fin le troupes en retrai le n'avaient
1lïrna el la manière dont ~apoléon le · a,·ait de pêcheur., , cl le lendemain nou fùru ,
pas
J,,
ub i lance a· urée dall$ des contrée,
traités en 1 07, en démemLr:mt une partie témoins d'un dégel complet Je la Vhtule, de
qui
produi
col dïmmen. es 11uantité de Lié.
de leur ropume, noti,; bai..saient .ccrèLernent . orle 'fUC i nou:, eu ..ions retardé noire pasLe défaut de pelites garni ·ons !&gt;Ur no dercl nou auraient désarmés cl arrèlé. au pre- ~age de 11uel11ucs heure~, 110us étion. fait~
rière!, fut encore cause que, sur plu' de
•
1
mier ignnl donné par leur roi. lléjà le gé- pr1• unmer,
....
100,000 prisonniC'rs faits par Jes Français
néral York, cher du nombreu\ corp pru .· ien
Du lieu où nou: arion~ franchi la \'i tule, dan le cours de la campagne, ptt · u11, mais
dont !'Empereur avait ~i imprudemmenl formé mon rrgimenl se rendit dans 13 petite ville
l'aile gauche de la Grande .\rmée, le général de weld, où il a\'ait déj1, cantonné avant la à la Jeure pa~ u11 seul, ne orlit de Ilus~ie,
York, canlonné entre Til ill el füaa, vennit ;uerre · re fut là que je commençai l'an- parce qu'on n'avait pa organisé sur les drrde pncti er avec le· Ru:-. es et de renvoyer le née 1, l :'i. Celle qui venait de finir avait été rièr~ des détachement pour les con,luire en
se les pas~ant de main en main. Aussi, lou
mnrécbal JacJonald, que, par un reste de certainement la plu pénible de ma ,ie 1
ces
pri. onoier· s'échappaient facilement et
pudeur, il n'o a cependant pas foire arrêter.
relournaient ver, l'armée ru,se, qui récupéLe,- Pru -~ien de toute cla~. e applaudirent à
CHAPITRE XXI
rait par ce moyen une partie de se · pertes,
la trahi.on du général York, et comme les
tandi-. que)~· nôtre. ·a,.gravairnt chaque jour.
provinc~ 11ue tran•r~ient en ce moment le· Cmi,r d,•. 110, .J,,u,tr1•s. - 11111111c 11'i11lcrp1·i•lcs. Le manque d'inlerprètc contribua au si à
. oldat;. rrançai malad · cl :an arme· étaient
Conlia nce neui:le ,l;uu li li.télil•l ,le n ,, allit• nos
désa lre beaucoup plu qu'on ne le
;;arnic · Je troupes prussiennes: il est probable
C:m,,idfraliou. sur l'incendie dt• \loscou. - Cl,illr1•
pense; en effet, quPI · ren. ei"nrmcnls obtenir
«IP. n pctlc,. - T,•moignnre ll11tcur ■,TorM par
que 1,•s b:iLilant auraient cherché à s'empar ·r
1 Emp,·reur au ~j• d~ cl1ft-.scur .
dan,, un pays inconnu, quand on ne pl'ul
de nou., .'il' n'avaient craint pour leur roi
,;chan
•er une ~eulc parole nec le~ habiqui était à Berlin, au milit•u d'une armée
Jetons maintenant un coup d'œil rapide ·ur laots'/ ... Ain i, lorsque sur les bords de la
frani;.ii:e commandée par le maréch.,l ugc- le causes qui firent mani1ucr la camrJgne
lléré ina le général P:irtouneaux ~o trompa
rcau. Celle crainte cl le dé~a,·cu quo le roi de nu~ ic.
de chemin, quittant celui de tudianl.a pour
de PrtLSC (le plu honnête liomme de .on
La principale fut incootei;Lahlement l'erreur
e diriger ver· le camp de Wiugen tein, flarrol'aumeJ inllig1•a au gén 'rai Yorl., en Ir fai- dan~ laquelle tomba , 'apoléon, Ior. qu'il crut
touncaux
avait neclui un paysan de Dori,off,
sant juger et condamner à mort pour crime pouvoir faire la guerre dan le norJ de l'Euqui,
ne
acbant
pas un mol de françai., tàde haut' trahison, a}ant empêcb_é un ·01&amp;- rope ar:mt de terminer celle qu'il .outcnait
rnmcnt général contre le Françai~, nou en depuis longtemps en Espa,.ne, où c armée . chait de lui faire comprendre par de· ,,i!.me ·
profilàmcs pour nou éloigner el rour gagner ,enaicnl d'e,suyer Je rand revers, à l'époque e.xpre sir, que cc camp était rn se; mai ,
faute dïuterprète, ou ne ~•entendit pas, et
le rhe,,, de la \'i tulc.
où iJ e préparait à aller attaquer le· Jiu~ e
.\Ion rérrimcnt la trave~a auprès de la for- chez eux. Les troupe uniment (1'll1lfai.w•x, nou perdime une belle divLion d,· i à
,000 hommes!
lere ·se de Graudenz, au point même où nous ainsi di· éminées au nord el au midi, $e
Dans une circon tance à peu prè · ~cmblal,le,
l'a,ion· pa ée en nous rendant en Hus ie; lroU1·ant insuflisanlc ' parloul, :\'apoléon crut
le
5e
de lanciers, urpris au mois d'octobre,
mai · 1 trajet fut cette foi. lrè · périlleux, car y suppléer en joignant à leur~ Lat:iill,ms ceut
malgré
le~ avi~ incomvri de son guide, avait
le dégel s'étant déjà fait .,entir à quel11ues de e allié . C'était affaiblir un ,·in généreut
perdu
~Ou
homm, . Cependant, !'Empereur
lieue tn amont, la glace était recou,·erle en y mêlant de l'eau bourheu c !... En effet,
d'un grand pied d'eau, et l'on entendait d'af- les divi. ion fraoçai es for •nl moin - bonne ; avait dans ou armLle plu icur · corps de cavafreux craquements, présage d'une débâcle 1 · troupes des alliés rc tèrcot toujours mé- lerie polonai:e, dont pr •·que tous les officiers
ghlérale. Ajoutez à cela que ce fut au milieu diocres, ll cc furent elles qw, pendant la re- el he.1ucoup de . ou -otlicier parlaient trè
d'une nuit obscure que je reçu l'ordre de traite, vorlèrcot le désordre dans la Grande bien le rus e ; mais on le. lai ·sa dans leurs
ré"imenls respectif , landi. qu'on aurait dù
pru;scr le Oeuve à Cin~tant même, car Je "é- Armée.
en prendre queh1ues-uns dans chaque corp~
néral venait J'èlre informé que le roi de
line cause ooo moin. fatale de no· rc,er
Pru ·e apnt quitté Berlin pour e réfunicr fut la mauvaise or~anisatioo, ou plutôt le pour 1 · placer aupr' de tou les généraux
t!n Silésie, au centre d'une armée considé- manq11e total d'orgaoi ·ation de pay conqui . • el coloneL, ou il auraient rendu de très
rable, les population' commençaient à s'agi- Ctr. au lieu d'imiter cc que nou arions fait grands service . J'insi le ur ce point, parce
ter, et il était à cr;1indre qu'elle ne . c sou- pendant le campa11ne d'Au terlirz, Iéna el •1uc l'armée Fraoç:iiseétant celle où l "lan•rue ·
étrangères ·ont le moins connue , il en e t
levassent contre nou , dè que la débâcle nou
Friedland, en établi :--anl. dans les p:i} dont ,011\cnl ré~lté de trè · nr,10d · incoménicnt
empècherait de tra 1·er,cr la Vistule. Il fallait l'armée 'éloignait, de petit· corp de troupe,
donc ab olumcnl affronter le danger. JI était qui, ~elonné d'étape' en étapes, commu- pour elle, ce qui néanmoio ne nous a pas corimmense, car le fleme est très considérable niquaient régulièrement cotre eux pour a u- rigés de l'insouciance que nou apportons
devant Graudenz, el il exi lait dans la glace rer Ja tranquillité de nos derrières, l'arrivée dan. celle partie i es cati lie à la !!llerre.
J'ai déjà fait oh errer combien fut grande
de large - el nombreuse creva~ e qu'on de munition , des homme i.olé , el le déla
faute 11ue l'on rommit en formant le:, deux
n'apercevait que fort difficilement à la lueur part des convois de ble ·sé., on avait impruailes
de la Graodê Armée arec le, contingents
de feux allumés . ur le · deux rirns.
demment pous é Ioule' les force disponibles de la Prusse et de l'Autriche. L'Empercur
Comme il ne fallait pas on"er à faire ce ver
o,cou, si Lien que, de cette ville au
trajet a1·ec no· traineaux, nou les abandon- Niémen, il n' · anil, i on en excepte Wilna dut \ivement s'en repentir, d'abord en apprenant que les Autrichien a,·aient lais.é p:t!; er
... ,Ho ...

�fflST0'/{1.Jl

--------------------------------------~

l'armée russe de Tchitchal-.off; qui venait
nous couper le chemin de ln retraite sur les
bord· de la Iléré·ina, cl en second lieu lor ·quïl connut la trahi on du ~éoéral lori-.,
chrT du co1·ps prussien. ~(ai les regrets de
~apoléoo durent être encore bien plus amers
pendant et après la retraite, rar i dès le
commencement de la campagne il eût composé les deux ailes de la Grande Année de
troupes françaises, en amenant à ~fo-cou les
Pru siens el les Autrichiens, ceux-ci, ayant
éprouvé leur part de misère et de perles,
auraient été au r~tonr aussi afliiblis que tous
les autres corps, tandis que 'apoléon aurait
retrouvé intaclt! les troupes françai.e laissées par lui aux deux ailes I Jïrai même plu
loin, car je pen,;e que !'Empereur, afin d'uTfail,l;r la Pru · e el l'Autriclie, aurait dù
exiger d'elles des contingents triples et quadruple~ de ceux qu'elles lui envo1èrent .... On
a dit, aprè l'événement, que ces deux Étals
n'auraient pa adhéré à celle demande; je
pen e tout le contraire, car le roi de Prusse
,·enant à Dresde supplil'I' 'apoléoo de rnaloir
bien agréer son fils pour aide de camp n'aurait osé rien lai reîu er; et l'Autriche, dans
l'e poir Je recom rer IJUelques-unes des riches
provinces que l'cmpt&gt;mtr des Français lui
avait arrachée , aurail de on côté fait tout
pour lui complaire!. .. La trop ,zrande confiance que ':ipoléon eut en l 12 dans la
Prusse et l'Autriche l11 perdit!
On a prélrndu, el l'on répétera looglemp ,
que l'incendie de Moscou, dont on a fait honneur à la courageu e résolution du gouvernement ru ·se el du général fiostop chine, fut
la principale cau,e de 1:1 non-réussite de notre
campagne de 1 12. Celle as. erlion me parait
cont~table. D'aLord, la destruction de ~loscou
ne fut pas tellement complète qu'il n'y rcslàt
asi;ez de maison_, de palais, d'égli e · el de
casernes, pour établir toute l'armée, ain~i
que le prouve un étal que j'ai vu entre lemains de mon ami le général Gourgaud, alors
premier oFlîcier d'ordonnance de !'Empereur.
Ce ne fut donc pa le défaut de logements
qui contraignit les Français à quiller Mo cou.
llitn de gens penstnl que ce fuL la crainte

de manquer de ,iHes; mai c·c~l encore une
erreur, car les rapport faits à !'Empereur
par ~I. le comte Daru, intendant général de
l'armée, prouYent que, même après l'incendie, il exi tait dan· cette ville immense plus
de pro,isions qu'il n'en aurait f.11lu pour
nourrir l'armée pendant six mois! Ce ne fut
donc pas la crainte de la di$e/lc qui détermina !'Empereur à faire reLrailP, cl sou ce
rapport le gouwrnement n'aurait pas atteint
le but qu'il se proposait, s'il l'avait eu toutefoi . Ce but était tout autre.
En effet, la cour Ioulait porter un coup
mortel à la vieille ari tocralie de boyard· en
déLrui.aot la \'ille, centre de ll'ur consl ante
opposition; hi gourcrnemeol russe, toul despotique qu'il e t, a L1 aucoup à compter avec
la haute noble e, dont plusieurs emper"urs
ont payé de ltlur ,ie le mécontcnlt:ment. Les
plus puissants el les plus riche membres de
celle noblesse faisant de Moscou le foyer perpétuel de leur intrigue , ltl gooY1!rnemenl,
de plus en plus in']uiel de l'accroissement de
cette Yilli:, lroma dans l'invasion Trançai. e
une occa ion de la détruire. Le général nostop chine, un des auteur· du projet, fut
chargé ùc l'e1:écution, dont il voulut plus tard
rejeter l'odieux sur les Français 1 ; mai l'aris•
locratie ne s'y trompa pa ; elle accusa i
hautement le gom·ernement et montra un tel
mécontentement de lïncendie inutile de ses
palais, que l'empereur Alexandre, pour éviter
une cala trophe pt&gt;r. annelle, fut obligé non
i:ulemenl de permeLtre la rccoru,truction de
Mo cou, mais de bannir Ro topscbine, qui,
malgré ses prote talions de patrioli me, \Ïnt
mourir à Paris, haï par la noblesse ru se.
Mais quels que [u . en l le motif· de l'incendie de loscou, je pense que sa consenation aurait été plus nuisible qu'utile aux Franç.iis, car pour dominer une cité immen-e,
habitée par plus de 500,000 individus, toujours prèts à se révoller, il aurait ÎJllu aOiiblir l'armée, pour placer à Moscou uoe garnison de 50,000 hommes qui, au moment di:
la retraite, auraient éLé as~aillis par la populace, laoùi que l'incendie ayant élo:,.,né presque tous les habitant , qnclrJL•e · patrouilles

1. Dan; u brochure puhliée e.o 1 23. no,top-d,ine
ii.,i,le putirnlil!rcm~nl ,ur le,, eau c acci,lcnlclles de

111- perle~. !-clou lui, i'.?U,000 hommes pa&lt; àcnL lu
~îëmcn, cl l:ll chilfr~ fui porl1• à 53:;,000 pu clc ·
rc11forl successif•: 3'10,000 aurairnl péri lnnl Fra,1-

l'iuccndi,•.
2. M. Thiers è~l,lit

l'O:U

ne il suit le romple Je

t•i, qu'alhib. Soir de fl'tliteur. )

'

suîlirent pour maintenir la tranquillité.
La seule influence riu'ait eue Moscou sur
les él'énements de 1 12 proriot de œ 11ue Napohion, ne Youlant pas comprendre qu'A 1exandre ne pouvait lui demander la paix, ou.
peine d'èlrc mis à mort par es ujets, pensait que 'éloigner de œlte capitale avant
d'arnir condu un traité avec les flu ses serait
avouer l'impuissance dans l:up1elle il était dtl
'y maintenir. L'empereur de Françai· s'ob.tina donc à rester le plus longtemps posi,iblt!
à Mo,cou, où il perdit plus d'un moi, à allendre inutilement des propositions de paix. Cc
retarJ nous devint fatal, pui qu'il permit 11
l'hiver di: se prononcer avant que l'armét\
française pùl aller se cantonner en Polounc.
Mais lors même CJùe Moscou aurait été ~ncrvé inlact, cela 0'1 tH rien changé aux événl'mcnts; la catastrophe provint de ce que la
relraiLe ne fut pa préparée d'avance et exécutée en temps opportun. Il était cependant
fa ·ile de pré\·oir quïl ferait très gr:md froid
en nussie pendant l'hiver!. .. Mais, je le répète, l'espérance de conclure la paix séJui,it
Napoléon et fut la eule eau e de on Ion"
0
séjour à Moscou.
Les perle de la Grande Armée pendant l.i
campagne furenl immenses; on les a cepeudant beaucoup exagérées. J'ai déjà dit 1p1e
j'avais vu entre les m:iins du général Gourgaud un état de ~ituation . urchargé de noies
écritr.s de la main de apoléon, el 11u'il résuh:iit dtl cc document officiel que le nombre
d'hommes qui pa sèr1•nt le Niémen fut de
325,900, dont 155,100 Français et 170,500
alliés. A notre retour, les contingents pru siens cl autrichien passèrent en mas e à
l'ennemi , et pre que lou les autres allié
avaient déser1é indi,iduellemenl pendant lu
retraite. Ce n'e l donc qu'en établi anl une
balance entre l'efTectif des Français à leur
entrée en campairoe et ce qu'il était à leur
second pas age du I iémen, qu'on peul faire un
premier calcul approximatif de leurs perte .
Or il ré ulte des état de situation produits
en février 181- que 60,000 Françai avaient
repassé le Niémen ; il en maoqnait donc
0.5,000. ur ce nombre, 30,000 des prisonnier faits par les Ru· es rentrèrent dans leur
paLrie après la paix de 1814. La perte totale
dl!S Français regnicolc~ [ut donc, pendant la
campagne de Rw.~ie, de 65,000 mort:; 1 •

(A sui)lre.)

.... 182 ...

GÊNtRAL DE i\1ARROT.

...

LOUISE CHASTEAU

j/mes d'autre/ois
VII

mille lil-r03 de plus, deux. maison· el quelques autres petit riens dont je ne parle pa ,
vaisselle d'argent, beaux meubles, linge abondant, 1,ijoux, curasse el chevaux ....
- Elle pourra fair~ bonne figure à la
cour! s'écria la baronne, transportée.
- Certe !... Quand le roy ser.1 rercnu,
ajouta le marquis san conviction, mais anic
poli te. se. Toutefois ....
- Quoi donc?
- Je ne aurai tout à fait oublier mon
jeune parent, le chevalier. IL e t de petite
nohlesse et de mince fortune .... ~lais c· c, t
un bonnète homme et je l'aime. Jusqu'aujourd'lmi, el depuis quïl a\'ail quinze on ,
nous ne 00115 omme- point quillés. Je ouhailerai. qu'il en fût de m0me d.an' l'avenir,
et que mademoi.elle de Fonspeyral n'éprouvàt aucune conLrariéLé à ce qu'il continuàl de
\iue sous mon toit comme par le pas·é.
Voilà, madame, ce que j'avais à cœur de vous
dire au plus vite, car, dès le premier jour où
j'ai YU votre fille chez mademoi elle de Boi sonage, j'ai pensé à l'aimer. Ce enlimmt
e·t derenu oudaio très ,if quand je l'ai
apc·rçue, il y a tantôt une ou deux heures,
en de cendanl de voiture ici même .... Je ne

En l'ai, ence 1h• Lurl'ltl' rl de• Florian, des
choses graves arnit•nl été dile .
Le marqui., dans a Lcrgère, maJame de
Fon·peFal, po ée à peine à ' l'angle d'une
thaise, s'étaient d'abord regardés comm1•
pour se mesurer des yeux. Puis li. de Bdlombre avait parlé :
- Madame, il me f,ml m'ouvrir à \'OUs
&lt;l'un projet que j'ai conçu depuis un a ·e1.
long L&lt;•mp • Pour des raison que vous devincrt:t an effort, il me serait pénible d\n
diflérer davantage l'exécution ....
Il r~ pira et lira sa tabatière dt! sa poche,
la tourna l'l la retourna entre se pouce~,
comme par un jeu puéril.
!l'un regarJ noir et pénélrant, la baronne
le considérait, c~sa)aut de le deviner. Elle
dil, Tort courtoi e :
- Je vous écoule, monsieur.
- Pardonnez-moi, madame, de ne point
cmplo er de grandes el noble phrases pour
· vous faire conûJence de ce IJUi m'agite, car,
en vérité, je suis tout en émoi ... , j'ai hàte
d'aller au but .... Vous avez une fille, madame, qui e. l la plu· belle per oonP et la
mieux faite que j'aie jamais ,·ue .... Une couronne lleuronnée lui siérait à merveille ....
Permeltritlz-vous, mad:ime, qu'elle la linl du
marquis de Bellomhre'1
La baronne eut uo mouvement \if et d'une
si prodigieuse surprise que M. de Bellombre
se méprit :
- Oh! je saH ... J'~i Ja soixantaine, étant
né le jour où mourut l'empereur Charles
d'.\11trid1e dont la uccession ruil en füu
toute l'Europe, vou · savez?
La baronne fit uo vague "este d\;noraOLè.
- ... Oui, j'ai soi ante ans ....
Il oupira deux fois :
- ... ~a santé e,l bonne, ma fortune esl
encore belle, grâce à des arra.n°ements ~ecrels que j'ai su prendre dès el a.~aot 1792.
~les rente sont avantageu es. J'ai négligé de
rue marier dans le tcmp où je l'aurai dù
f.tire .... Il me plairait de réparer cette oltise
cl de me ménager qucl4ues beaux. jour · arnnt
de n'en connaître plu d'aucune orle. iademoisellc de Fonspeyrat me charme par la no-bics e de sa perwnoe et la douceur de on
visage où la vertu ·o peint très expressément.
Je lui reconnaitrai volontiers par mariarre
vingt mille livres de renie et, aprè· moi, elle
aura tout ce que je po sède, soit quarante

suis pa un galantin, ni un freluquet. .. . Je
ne saurais lui tourner un compliment hardi,
•' l serai fort empèché de faire d gràc('
deYa.nt elle en pirouettant sur mes talons .. ..
J'ai soixante ans .... Mais ....
L'orgueil safüfait, une iHesse inconnue de
joie maternelle bouillonnaient dans le ci•rveau
de la baronne. Elle~·accommodait mal de ces
longue explic-alions. Elit• interrompit M. de
Bcllombre :
- ~larquis, vous an•l ma paroli•.
Elle lui lendit la main.
- J'ajouterai, continua-t-elle, que ,·otre
demande comble tous mes dé-ir,. J'ai Loujour· ouhaité pour ma fille uo solide établis_emenl dao le monde, auprè · d'un mari qui
fùL pour elle un protecteur et un père. J'ai
horreur de ces maria;.(e où l'on jette à tort
el à travers le mol II amour &gt;&gt; .... Voilà, ce
me emble, quelque cho-c 11ui ne se doit
trouver &lt;1ue dan ces union fantasques, violentes cl pas arrère.;
auxquelles -c laissent
0
•
entraîner dei fille mal née, ou de pe1tt.e
vertu. La décence s'oppose à ce mélang1• inconrcoaol de pa sion el de préoccupation
graves. 't•st-ce pas votre avis?...
- Toul à lait.

_ ftfaJamt il me faut m·ouvr/r .i vous d'un ('rojd que j'ai concu det11is Ufl asst: long lemps. Pour des r~i• sons que vÔ 14 s Jnlncre:.sans effort, il ,nt strail ptniNt J'tn diflerer :l,ll':mtal!t J'ex~ullon .. . • (P~e 11i.1 ,)

�1f1ST0~1A

,

Un mari:ig&lt;&gt; d'amour, comme disent
- Ma fillr, dil-rllr, nous :\\'Oils, mon. icur
- L'accord est l'ail, ma fillt', d nom: :ivon
ùan. leur û••rossier lanaa"c
lt's· O tms de pC'n 1
O O
de
Belloml,re et moi, à vous entrrtrnir ù·nne échangé nos paroles_ ~Iousit!Ur dP Bdlombrr
est une honteuse défaillanct~ ....
chose gra\'e.
vous instruira de tous détails.
- A moins cependant... diL le marquis.
Florian eut un geste qui marquait son
- Mademoiselle, dit alors le m~rquis, vous
- A moins cependant, reprit avec vivacité
empressement à s'éloigner par discrélion.
me voyez plein de joie et tout à fail votre
la baronne, que l'amour ne se ll'ouve préci- Restez, restez, chevalier, dit affectueu- serviteur. 1e rends grâces à votre mère de
sément chez celui des deux époux qui a le
sement le marquis .... Vous n'ètes point de m'avoir entendu avec complaisance. Je vous
double mérite de l'âge et de 1a fortune. Sa trop. . .. 'est-ce pas, madame? ...
engage ma foi de gentilhomme que votre bonraison commande à son cœur et l'éclaire. Sa
- Vraiment non, dit la baronne Et n'est- heur sera le but de m1 vie et que je ne cédefortune le met en un rang oi, il a le droit
il pas également question de lui en cette rai rien au hasard sur le fait de l'assurer.
pour lui : droit de choisir, droit de commanaffaire? .. • ajouta-t-eHc avec un petit rire
Il se courba jusqu'à la main de Lncelte,
der et, ma loi! aussi, droit d'aimer selon
plein de sous-entendus.
qu'il lui plait.
qu 'il pril entre les siennes. Il l'y garda une
Elle continua :
minute, puis la baisa dévotement.
- Vous mus trouvez tout à fait d'accord,
Ma
fille,
monsieur
de
Bellombre,
touché
Le chevalier fit mine de s'éloigner.
madame, arec une personne de haute qualité
de votre sagesse ... de votre savoir ... et plein
- Demeurez, mon cher Florian, dit le
et dont le nom vous est connu, bien certaid'estime pour votre personm' ... m'a demandé marquis. Vous êtes presque mon fils, et je
nement : Mademoiselle .... La Grande )lade- 1rotre main,. ..
n'éprouve aucun embarras à vous laisser voir
moiselle .... Celle qui épousa Lauzun .... Vous
Lu celle attendait la fi o, qu'elle jugeait ma joie. Je veux vous dire que ce mariage ne
savez?...
Mais la baronne ignorait le nom de la toute naturelle, de cette phrase : « pour son changera rien à notre si agréable manière de
neveu, le chevalier .... l&gt; Le cœur lui battait. vi\'re. Je suis bien sûr que mademoiselle de
Grande Mademoiselle, tout comme eJJe avait
Elle
rougis.ait. Elle pàlissait. Elle avait envie Fonspeyral, loufe bonne ot charmante; ne
ignoré celui de Charles VJ, empereur d'Au- de crier
sa joie....
triche. Elle balbutia et dit :
,·erra point d"obslacle à ce que vous gardiez
Mais sa mère n'ajouta rien de p1us.
auprès de moi la place que vous y avez tou- Oui ... non ... c'est-à-dire ... je ne me
Lucette pensait défaillir.
rappelle pns.
jours eue? ... Savez-vous bien, ma belle enRegardez-la donc, marquis l.. . mais fant, ajoula-t-il en regardant Lucette, que le
- Eh bien l continua ~f. de Bellomhre
qui était verbeux et qui aimait les anecdotes' regardez-la donc!... criait la baronne avec chevalier a,jusqu'aujourd'bui, singulièrement
Mademoiselle, fille de Gaston d'Orléans, te.'. une lourde gaieté. Bon Dieu! esl-elle émue l. .. agrémenté ma vie? JI lit pour moi les gazettes
nait en très grand mépris les passions basses, C'est qu'elle ne s'attendait pas à si belle aven- et m'en rend compte; il fait ma partie de
$pécialement l'amour ... mais l'amour ... com- ture!. .. N'est-ce pas, ma fille, que vous n'au- trictrac, me renseigne sur les choses du deriez jamais rêvé de devenir marquise de Bel- hors, connait mieux que moi mes affaires et
ment dirai-je?... l'amour ... enfin l'amour lombre?
vulgaire des petites gens. Et elle chassa de
mes gens .... Il m'en coûterait de ne l'a"oir
Lucelle, très pâle, s'appuyait des deux plus. Vous en jugez comme moi, n'est-ce
chez elle une femme de chambre qui arnit
mains au dossier d'une chaise.
pas, ma belle enfant?
eu l'impudence de se vanter d'arnir épousé
- En effet, dit-elle, je.... Mais je crois
- Je ... je ... je ne sais ... répondit Lucellc
son mari par amour. Chez nous, celte avenque.... Je ne sais ... je ne peux ... je ne d'une mix blanche et la tête perdue .... Mais ...
ture n'est tolérable que parce que nous y Lien
pensais ... .
ma mère, ajoula-L-eUe en se tournant vers
apportons en plus la naissance, le rang, la
- Remettez-vous, ma fille, -r;emettez-vous. madame de Fonspeyrat, et vous, monsieur,
fortune, qui modifient ce que la passion toute
Certes, je comprends votre émotion, et je suis souffrez que .ie me retire .... La chaleur ...
nue a de choquant et d'incivil ....
l'émotion .... En Yérilé, je me sens fort mal.
Il eût continué ainsi longtemps. La baronne
l'interrompit encore :
- Oui, dit la baronne. Allez, aller., mon
enfant. ... Ou plutôt je vous accompagne dans
- fi me faut à présent vous parler de ma
votre chambre. Vous avez grand besoin de
fille, de sa dol ... très petite ... de sa sarresse
0
repos, en eO'e 1.
de son savoir....
'
Quand elles se furent éloignées :
- li n'importe! dit le marquis. Il n'importe, répéta-t-il, avec un geste qui si!!Difiai t
- Uarquis, dit Florian, d'une voix mal
assurée, je vous dis merci pour votre offre
sa résolution de ne rien entendre là-dessus.
généreuse. Mais je ne l'accepterai point ....
Il me suffil de regarder mademoiselle Lucette
Non que mademoiselle de Fonspcyrat m'inspour la connaitre : elle est belle, vertueuse
pire quelque défiance au sujet de mon propre
et savante. Je n'ai pas besoin d'en savoir darepos auprès de vous .... Je Ja juge, au convantage .... )lais ne convient-il pas, ajouta-l-il
traire, comme une personne accomplie en la
vivement, que vous l'instruisiez au plus tôt
de notre arrangement?
compagnie de laquelle on doil vivre heureux.
Mais, oserais-je l'avouer? la vie en famille ne
- J'y pensais, dit la baronne, et je m'en
vais la quérir.
me paraît pas .... Comment dirai-je? ... Enfin
ma présence apporterait à une jeune femme
Étant sortie, elle avait rencontré les jeunes
nouvellement maîtresse de maison, un surgens et revenait presque aussitôt avec eux.
croit d'occupations ... de préoccupations ... et
Tous trois parurent dans le salon. Tous
je craindrais ....
trois portaient la joie sur leurs vjsages. L'or- Vous voulez rire, chevalier?. .. dit le
gueil du triomphe se marquait sur celui de
marquis en riant lui-même. 11ademoise11e de
la baronne. Lucette était lransligurée par
ramoureuse espérance. Florian élait beau de Les Ilotes de Mme .te Fonspey,·a/ ~lsitèrenl le do• Fonspeyrat augmentera tant qu'il lui plaira
m.Jtne. J\f. ik Bell.o mbre lroll&gt;•a Jort de so ,1 go1lt
son domestique.... EJ!e prendra, pour vous
Lendresse ardente et de chaude passion.
la simpllcitè Je la demettl'e. (Pagl! 18.5 )
faire servir, le nombre de valets el d~ cb:imLe marquis regarda les deux jeunes gans.
brières qu'il faudra. Vous êtes mon .fils, je
Un peu d'ombre passa dans ses yeux. Le frais
assurée que le marquis la comprend aussi. vous garde, ajouta-L-il avec une fermeté oii
,1sJg ~ de Lucette, Sl candeur, sa gaieté pure
Cependant ....
se faisait pre sentir l'entèlement propre auJ:
effacèrent celle rapide impres~ion. Il ne sonLucetie se raidil :
vieillard~. A. moins que ... ajoula-t-il, comme
ge:i plus •1-i'au discours qu'il allait lui tenir.
- Et qu'avez-vous répondu à monsieur de se parlant à lui-même.
D·abor J ct: fu l la baronne qui parla :
Dellombre. s'il vous plaît, ma mère?
- A moins que?
0

... 18.t ...

____________________________________

- Parlez-moi fr:mchemeat, mon nevru :
l'amitié que vous ·emblez avoir pour mad,._
moiselle de Fonspüyrat ne erait-elle que pure
courtoisie, et n'y aurait-il pas, contre elle, au
fond de votre esprit, quelque malveillance?
Qui sait? quelque antipathie? ...
Le chevalier eut un geste viI de protestation
el d'étonnement :
- Cela :;;'est vu, mon cher neveu, cela
s'est vu ... que des femmes belles et aimables
ont déplu à certains.... Ain i madame de
,ront-Geoffrin, fa douairière, que vous connaissiez.... C'était, en sa jeunesse, une
beauté accomplie et une vertueuse créature.
Or, elle avait un beau-frère qui était, soit
dit en passant, aussi beau et aussi sage
qu'elle, et qui haLitail en sa maison, du vivant du mari. Eh bien! cela ne put durer. Ce
beau-frère s'en alla, disant qu'il ne la pouvait souffrir .... Mais voilà que, devenue veu'"e,
elle le rappela et ils s'épousèrent.. .. On voit
parfois de ces étranges aventures ....
Ils s'arrêtèrent là-dessus et gardèrent le
silence.
Tous deux pensaient à Lucelle. Le marquis
se sentait heureux et agréablement ~chauffé.
Florfan souffrait à en mourir.

VIII
Lucetle fit elfort et parut au repas du soir.
L'air de son visage et son altitude montrai!.'nl
sa fatigue. ~L de .Odlombre se distingua par
ses respectueuses attentions. Le chevalier
causa peu. La baronne eut un entrain r1ui ne
lui était pas habituel.
Plus d'une fois les regards de Florian rencontrèrent ceux de Lucelle. Aussitôt elle
Laissait les yeux ou les élevait jusqu'au plancher, tandis qu'une larme furtive apparaissait
au bord de ses cils qui bntlaient éperdument
pour la sécher. Florian voyait tout cela et son
cœur était torturé. M. de 8ellombre ne remarqua dans Lucelte qu'une sage réserve,
lIUi lui seyait, el dont il augura avantageusement.
Comme on servait une tourte aux écrevisses
parée de truffes, M. de Bellombre examina ce
plat avec curiosité, car il lui était inconnu. Tl
en demanda la recelle. la baronne s'excusa,
disant que Luccue était à Fonspeyrat la
grande maitresse des cuisines et qu·elle seule
en connais5ait les secrets. Alors ~I. de Bellombre admira davantage celle belle ülle qui,
à tant de grâces, joignait encore la science
du ménage. Lucetle dot parler. II s'exclama,
disant que chez lui, ni cuisinière, ni valet,
Férus de s:ivoir pourtant, ne comprenaient
comme elle l'arl du bien manger. U les reconnut tout à fait inexperts en rôties, pâtisseries, sirops et confitures. Il jugea qu'ils
avaient Lesoin d·aYoir auprès d'eux une autorité comme cello de la future marquise. Et il
s'étendit avec complaisance sur l'agrément
que présentait une cuisine soignée el ur le
Lien-ètre qu'eU!! jetait dans l'économie corporelle. On le de1inait prodigue pour la table, connaisseur en bons vins, grand amateur
de fruit · a voureux. Sa langue, câline et

A..iJŒS D' ltUT'R_ëF01S - - ~

gournrnn&lt;l C', s 'all:irdait vol ont Îl'r$ snr se~ lèSa wJix frêle cl légèr,, scmlilait tr1•m11,:,, dr•
Yres quand il vanl:iit les mérites de sa c·a1'e larme,; intérieures. llans la pénoml,re d\1111•
el le~ pêchPs dP se e~paliers .... Mai r1uel e L fenêtre voilée de rideaux, Florian laissait
couler de pleurs silencieux.
Le dernier accord de la harpe éveiJla un
rossignol. Il parut répondre à Lucet Le. Son
chant amoureux troubla darantage le cœur
des deux amant~.
Lucette sonpira. Le marquis lui prodiguait
de beaux compliments. Florian voulut parler.
Gauche, mnladroiL, il s·embarrassa et ne pul
achever.
A un moment, assise auprès du chevalier,
Luceue laissa tomber son mouchoir. Ensemble ils se penchèrent pour le ramasser. Leurs
têtes se louchèrent.
- Je vous aimerai toujours, murmura
Lucelle.
- Ma rie asl à vous, ô mon amie! dit
Florian.

« - Q110. ! VO IIS Nes encore lJ ? Alle:: dtlllS 11O/rt
chambre. J'aurai soin de M us
tenfr wfennée
jus:,u'à ce que 1•ous &lt;"édiu. Allet ! (Page 18;".)

r

le sexagénaire bien portant qui ne goûte avec
vivacité les plaisirs d'une chère délicate et
substantielle L.
On prit le café dans le salon. les fenêtres
en élaienl grandes ouvertes. Mille bestioles
nocturnes voletaient autour des chandelles
placées en de lourds candélabres aux angles
de la cheminée. Une senteur de foin coupé el
de Heurs mom·:intes entrait par boull'ées dans
la vaste pièce, tout égayée el comme surprise
pnr cette rare aventure d"être habitée le soir.
Le marquis se lança dans le récit d'un procès
qui datait de J77;:, cl qui loi néce silaiL de
lourds efforts de mémoire. li établit la généalogie de plusieurs nobles familles do Périgord, el le fil avec abondance et précision . ll
coupait son disco!)r- par de fortes pri es de
tabac dont le surplus s'épandait aux dentelles
de son jabot.
Une fois, il tendit sa tabatière à madame
de Fonspe1rat qui, par polites e, y prit 1ruelques grains. Elle les maniait maladroitement
entre ses doigls avant de les porter à ses narines, d'où elle les laissait retomber sans les
aspirer, car elle dédaignait ce plaisir. Lucelte
refusa d'y goûter. Mais le chevalier lui ayant,
à la dérobée, présenté sa tabatière, elle y mil
le bout de ses doigls, pui · respira avec délices
la poudre qu'il lui avait offerte. M. de Bellombre ne vil pas ce jeu. Madam11 de Fonspeyrat le surprit el frouça lé ourcil.
On prfa Lucelle de chanter. Elle s'excusa,
prétextant sa fatigue et on peu de mémoire.
Mai· Florian la regarda de telle manière
qu'elle , 'assit prè de sa harpe el prJlud:i.
Elle chanta :
rlaisir d'amour ne dure qu · 1111 mom1•11t,
C: hogrin d'amour dure toute la , ir !

Le lrndemain, au matin, les botes de madame de FonspelTat visitèrent le domaine.
Ils en admirèrent la belle tenue el la parfaite ordonnance. M. deBellombre loua l'agencement des ,jardin~ et trouva forl de son goût
la simplicité de la demeure, déclarant que le
faste n'était plus de mode et que, vu les événements, il était sage et de bonne politique
d'abandonner, au moins pour quelque temps,
le luxe des équipages el de la livrée .... fin
\"errai l plus lard ....
Madame de Fonspeyrat préci ·a :
- A.n retour du roy, dit-t&gt;lll•.
La promenade achevét', on attela le carrosse du marquis. Au milieu de cent compliments el phrases galantes, après salutations el révérences, M. de Bellombr1~ el lo
chevalier baisèrent le, mains de LuccLtc. Le
marquis y appuya sa bouche avec ardror.
Les lèvres froides cl trrmlJlanles de Florian
glissèrent sur les doigts de la jeune lilJ,,: il
parut à Lacelle qu'elle, s'étaient posées sur
son cœur.
Comme la rniture disparaissait sur la roule,
Lucetle se tourna wrs la baronne :
- Ma mère, dit-elle, d'une voix ferme 1)t
avec une étrange bravoure, j'ai quelque cbo~r
de sérieux à vous dire.
Madame de Fonspe~rat fut surprise. Elle
regarda Luceltc avec quelque incruiétude.
Pui , calme cl pre,que dure, elle dit :
- \'oilà. qui se troure bien, ma fille, car
moi aussi j'ai à vous parler.

Ma ftUe ... .
- Ma mère ... .
Toutes les deux commençaient à la fois .
Respeclueu e, Lucctte s'arrêta. Madame dr
Fonspe)·ral dit alors :
- Ma fille, il m'a paru que V&lt;•US vous
ètes tenue hier de façon déplaisante, mal
polie et peu circonspecte.... Ne m'interrompez pas! ... Toul d'abord, vou.s n'avez su
tourner aucun compliment à l'honnête homme
qui vous a distinguée el qui vous fait, à
rous, imple fille d'un baron, l'honneur de
-

�1l1STO]tl.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - prétendre à vous épouser. Écoutez, Lucelle :
vous n·êtes assurément point sans fortune,
mais les rel'enus qui vous \Ïendront de mon
chef seront infiniment au-de-sous de ceux
que vous offre le marquis. Sal"ez-vous bien
que, par contrat, il vou s reconnait vingt mille
livres de rente el vous lègue, en outre, tout
ce qu 'il laissera après luiL. Savez-vous qu'il
possède un chàteau, des moulins, des terres,
des bijoux et vous assure un train de maison
quasi princier?... Alors, quand le roy sera
là, YOUS pourrez ....
Elle compléta sa pensée par un geste éloquent.
Lucetle, debout devant sa mère, droite et
îerme, regardait au loin par la fenêtre ouverte. Mais elle ne voyait, elle ne distinguait
rien. Elle n'avait point lu Shakspeare, mais
elle pen•ait comme Jlamlet: « Des mols! ...
des mots! ... des mots l. .. ,, La fortune, un
mol. Les terres, un mot. Le titre, un mol.
Trois vaines paroles multipliées dans le discours de sa mère où n'aurait dù s'en lr!Juvcr
qu'une seule, importante et grave entre
toutes : mariage. Le mariage, c·est-à-dire
l'abandon définitif de soi-même, corps et
âme, le joug à porter avec douleur ou avec
alléaresse, l'esclavage heureux ou m~prisa. Lerme d' un conLle,0 le premier et le dermer
lrat de propriété .. ..
- Vous ne m'écoulez pa , ma fille?...
- Pardonnez-moi, ma mère, je yous
écoule. liai:: je ne saurais YODS comprendre,
car ....
- Laissez-moi achever, interrompit brusquement la L1ronnc. 11:n regard de la situaLion qui vous esl promise, considérez celle
que vous auriez auprès de moi si ce mariage ne se faisait pas .... Mais il se fera ....
Votre frère ....
Ici la baronne soupira fortement.
- ... Esl possesseur du nom et, pour
cela, aura la plus grosse parl dans ma succession, afin qu'il maintienne à notre maison
son importance et son éclat. Je n'ai point
adhéré dans ma conscience à la stupide abolition du droit d'ainesse décrétée par quelques forcenés .... J'y vois, au cor.traire, la
garantie assurJe des traditions familiales pour
le plus grand bien de tous et pour l'honneur
du roy. Pas d'argent, pas de noblesse, ma
fille.... Tiappelez-rnus bien cela. Ceux qui
prétentle:ll à la seule noblesse du sang sont
des maladroits .... L'argent!. .. Volre père
savait comme il importe à un noLle d'en
avoir quand il m'a épousée!. .. Mais passons ....
Voici donc un marquis, ma fille, un riche
marquis, fenant solliciter mademoiselle de
Fonspeyrat d'accepter de lui litre, honne~rs
et fortune, et il se trouve que celle peille
fille n'a rien d·aulre à lui dire que: cc Pardonnez-moi, monsieur, mais je me trouve
incommodée et souffrez que je me retire
dans ma chambre .... »
A mesure qu'elle parlait, la baronne s'animait jusqu'à un dépit proche de la colère.
Lucelle profita d'une pause :
- Ma mère, dit-elle, je sais qu'une fille
de bonne maison n'est pas d'ordinaire si em-

pruntée devant un homme re.~pectable et de
qualité.. .. Mais, à mon trouble, à mon silence, il y avait une bonne raison ... . c·est
qu e.. ..
Elle allait dire: « Je ne veux pas épouser
le marquis », mais celle formule de volonté
ne puL sortir de sa bouche habituellement
fermée par la soumission. Et elle dit:
- .. . C'est que je ne puh épouser le
marquis.
Madame de Fon~pe1rat bondit:
- Et pourquoi, s'il Yous plaît?. .. Prétendriez-vous d'aventure me faire la leçon ou
vous soustraire au droit li!gitime que j'ai sur
vous? ... Quoi? ... Voyons? Répondez!. .. Qu'avez-vous à dire? .. .
- Ua mère, le marquis est un vieillard ...
La!Lutia Lucelte.
- Un vieillard!... Eh Li&lt;'nt .. Après?...
Oui, c'est un vieillard. Et alors, parce qu'il
est d'â~e à vous servir de père et de protecteur, il vous déplaiL?... Vous préféreriez
un godelureau, un pantin \"êtu à la mode, un
petit monsieur parfomé au mnsc, qui zézaye
en parlant et marche par pirouelles'?... Dites
tout de suite qu'il vous faudrait un Rafanaud,
à vou· aussi, comme à votre intéressante
. •. ..
amie
- Oh! ma mère!. ..
- Oui ... oui.. .. C'est bon .... Au demeuran L, pourquoi un vieillard vous déplairailil ?... Que savez-vous du mariage, fille honnête et vertueuse, qui -vous puisse éloigner
d'un homme à cheveux blancsL. Car si vous
avez vraiment la sagesse que je vous crois, le
mariage est pour vous quelque chose de si
fortement inconnu qu'il ne doit vous faire ni
joie ni déplaisir :wtremenl que par la situation qu'il îOUS apporte? ... Ou, alors, vous
êtes une dévergondée, vous avez l'esprit
souillé de toutes sortes d'imaginations viles
et malpropres .... Auquel cas, je vous renierais pour ma fille ... . Yous me feriez horreur! ...
Frémissante, Lucetle écoutait sa mère.
- Je vois, dit-elle avec une extraordinaire
fermeté, qu'il me faut vous parler comme je
n'aurais jamais pensé le faire .... Pardonnrzmoi, mais j'y suis contrainte .... Ua mère, je
ne me fais du mariage, croyez-le bien, aucune idée donl j'aie à rougir. Toutefois, mon
cœur et la Nature m'ont fait sentir qu'il doit
être l'union absolue de deux êtres qui ne
peuvent accepter ce lien éternel que s'ils
s'aiment passionnément .... Je ne le saurais
conceYoir autre. Eh bien, je n·aime pas le
marquis!
- Bclle affaire! ... dit en ricanant madame de Fonspeyrat. Vous l'aimerez!
- 'on l ... non!. .. non!. .. je ne l'airnnai
jamais!. .. cria [,u iette, hors d'elle.
- Vous vous passerez de l'amour! riposta
sa mère. Ce n'est pas indispensable entre
époux el honnêtes gens .... Votre père et
moi, nous nous sommes mariés par raison ...
poùr des raisons, plutôt.... fous ferez
comme nous ....
- Non, ma mère, non!. .. Je ne ferai pas
comme vous. Je ne me marierai ni par raison

'

... 186 ....

ni pour des raisons .. .. Et la cause en est que
j'aime quelqu'un ... c1ue je l'aime de toutes
mes forces ... de tout mon cœur ... que je me
suis engagée à être à lui ... et qur ... .
- Misérable fille l ..• cria madame de Fonspeyrat en se dressant, misérable fille, qui
aime sans prendre conseil de sa mt•re!. .. qui
aime à la dérobée, comme une indi~ne créature!... qui se cache pour aimer l. .. qui a
honte de son amour ... sans doute quel(Jlie
affreux amour comme en avait jadis son
frère ... .
- ~Ion amour est noble, honnête et pur,
dit Lucette sans violence et avec une étrange
fermeté. Je n'en rougis pas. Et je vous le Jéclare hautement: j'aime le chevalier de Sa.inlMarc et j'en suis aimée.
La baronne éclata d'un rire cruel :
- Ah! ... ab! ... Le chevalier! ... Vous
aimez le chevalier? Un monsieur qui_n'a rien,
une charge médiocre et un titre qui n'en
est pas uni... Ah! c'est monsieur le chevalier? Eh bien I vous en serez pour ,,os
frais de grande passion, ma fille, et vous
épouserez son oncle. Voilà. J'ai dit. On verra
qui commande ici . ... Ah! ah!... le chevalier!
Elle allait, fort agitée, par la chambre.
Soudain elle s'arrêta, et, regardant Lucellc:
- Ainsi, vous prétendez me jouer la
même comédie que mon.ieur votre frère?
Jouez-la, mon enfant, si cela l"OUS plaît.. ..
Mais rappelez-vous comment j'en ai usé a\"Ct!
lui . ...
- Ma mère!... cria Lucelle :ivec horreur, pour Oieu, ne rappelez pas cela l .. .
- Eh!. .. Quoi? ... Qu'y a-l-il? ... Ne suisje pas maîtresse de mes enfants?... Et n'aije pas le velo comme jadis nolre pauvre
roy? .. . On a voulu me frauder de mon meilleur droit : j'ai usé de ruse pour le conserver .... J'en ai aulanl à votre service, ma fille.
- Ma mère, j'entrerai au couvent, gémit
Lucelle.
- Il n'y a plus de couvenls! ...
Lucelte sanglotait. Sa violence s'éteignait
dans les larme .
- A.lors, je mourrai.
- Non, vous ne mourrrz pas, mademoiselle. Vous serez marquise de Bdlombre,
parce qu'il le faut et parce que je le Yeux.
Ici la haronne respira ucc force, puis elle
continua :
- Ah! vous aim!'z !. .. Vous aimez le chernlier !... C'est pour cela, sans doute, que ,·011s
vous risquiez à faire à un honnête homme
l'offen;e de refuser one prise de· tabac el de
l'accepter des mains d'un pelil juge au triLunal? .. . C'est pourquoi vous laissiez tomb&lt;'r
volre mouchoir pour qu'il le ramassât, el pùt,
à la faveur de ce geste, vous glisser quelque
parole amoureu e? ... J'ai ru clair dans votre
jeu, mademoiselle ma fille, mais je pensais
que c'étaient là amuselles innocentes et manières d'enfant qui s'égaye .... Mais voilà que
vous parlez avec fou, que vous discutez awc
votre mère, Dieu me pardonne! et que ,·ous
méconnaissez son droit.... Ualte-là, mademoiselle !. .. Vous vous oublit'z !... Allez !

"'----------------------------:~------rentrez dans mtre chambre .... Vous souhaitiez le couvent~ Je rnus le donne. Vous demeurerez là, enfermée et seule, jusqu'au
jour où vous me ferez votre soumission ....
Si elle tardait trop, le mariage n'en aurait
pas moins lieu, car je vous trainerais devant
le prêtre, mademoiselle ma fille! Je vous y
trainerais 1. .
La baronne était hors d'elle. Elle allait et
venait par la chambre comme une égarée, le
visage blême, les mains frémissantes. Elle
oubliait Lucelte, assise en un coin, qui sanglotait tout bas. Madame de Fonspeyrat pensait à l'autre, à son fils.... Quoi ! tous les
deux, le frère el la sœur, se révoltaient contre
leur mère à cause de l'amour. L'amour!
c'était pour cela qu'ils luttaient contre ellP,
em, les enfants de ses entrailles, contre elle
qui, elle s'en faisait gloire, n'avait jamais
connu cette odieuse passion ....
Elle eut un geste de vio~ent drgoùl, puis,
se retournant vers Lucette:
- Quoi! dit-elle, vous êtes encore là?
Allez dans votre chambre. J'aurai soin de
vous y tenir enfermée jusqu'à ce que vous
cédiez. Allez!
Lacelle sortit. Madame de Fonspeyrat reprit sa marche fébrile.

lladame de Fonspeyrat redoutait l'entrerne
avec M. de la Mouraine. La recevrait-il enfin?
Depuis si longtemps il lui refusait sa porte 1
Dès l'abord, elle fut rassurée. Le marquis
était très souffrant. Depuis deur. mois il ne
sortait plus et la baronne lui trom·a la mine
Lrisle et la figure jaunie. Son âge se marquait
en rides plus profondes et sa maigreur s'était
augmentée. Quoique l'on fùt en éttS, il y avait
du feu chez lui. Sa chambre ne présentait
aucun désordre de papiers ou d'estampes,
comme on était accoutumé d'en rnir répandus
un peu partout, surtout sur sa taLle à écrire
qui, maintenant, se montrait nette et point

A.MES D'AUT1fEF01S - - ~

encombrée. L'écritoire était sans plumes bien
barbues et LailJées. Il ·somnolait au coin de
sa cheminée, dans un· fauteuil à oreilles, les
jambes pliées dans une couverte&gt; la tête
coiffée d'un madras noué de côlé. Il se reposait d'une longue causerie qu'il venait
d'avoir avec madame de Puyrateau qui le
quiLt:rit à l'instant,
La baronne crut devoir s'apitoyer sur i;on
état et l'ennui qu'il en devait éprouver.
li sourit et se jela dans quelques propos
philosophiques. La baronne les g01lta peu,
~lie y coupa court en disant avec brusquerie:

X
Jl fallait que Lucette épousât M. de Dullombre.
Toul d'abord, il coJJvenait d'empêcher celui-ci de venir à Foaspeyrat pendant le temps
que durerait la claustration de Luceue. La
baronne fil savoir au marquis que de violentes migraines retenai~nt la jeune fille à la
chambre. Au premier jour de répit, on l'avertirait.
Ensuite, il était opportun d'annoncer un
peu partout le mariage. Si l'on menait grand
bruit autour de celte nouvelle, on consacrerait
le projet de telle façon que, par la suite,
Lucette ne pourrait, sans grand scandale, s'y
dérober.
L'ingéniem,e activité de la Laronne s'employa à ces deux entreprises. Elle, qui ne
sortait jamais que par néœssité, fit quelques
visites de voisinages, au cours desquelles on
l'entendiL révéler le grave sujet de ses préoccupations actuelles. On la félicita pour cette
belle union, qui ne pomait manquer d'être
bénie de Dieu et heureuse.
Madame de Fonspeyrat ne craignit pas d'en
dire deux mols à l'apothicaire, chez qui elle
se fit mener un jour sous prétexte de régler
un vieux compte. Pouyadou s'exclama: « Je
le savais!. .. J'en étais sûr! ... » Et, dès le
même soir, tout Vertbis connaissait par le
menu l'histoire, fortement agrémentée, de
ce mariage.
Le curé Pomerol reçut l'annonce avec joie.
Il insista sur les avantages immédiats et con~idérables qui en ressorLaienl pour la fiancée.
Il félicita la baronne d'avoir su négocier un
établissement qui donnait toutes solides garanties pour la perpétuité des nobles Jradilions familiales et religieuses.

A vant de rentrer dans le salon 011 on l'attendait, Lucette voulut revoir seule, une fo is encore, l'alli e. la
charmille qui av:,le nt été les àoux témoins des derniers aveux de Florian. l ei, leurs Uvres s'étaient jointes ....
L à, ils ava~nt soupiré . ... Plus loin, ils s'élatmt tenârnnent enlacés •..• A illem·s, ils s't!tJient confit! leurs r èves
d'aveni r , tes projets de leurs cœurs in gem1s .. •• Mainltnanl, c'étai t fi 11i.... (Page 1&amp;)./

�JI.MES D'AUT]tET-01S - - ,

111STO'J{1Jl
- Co1Lin, je ~ui, ,·rnue ,·011 :innnui:: r le r, '.!:irJ !. .. Et l'ela ne rr:i j:11n:ii,, j~ m:ii, ....
.lamais"!.. ,
mariage de Luct.!llr.
EL roilà qu'un sourcnir lui re,ient, celuiUn pt•U de rou,,,&gt; émolion parul cltr le ,·ilà très vif :
sage de ~!. de l:i Mouraine. Il dit :
On e l dani; le salon. ~1. de Bellombre
- .!h ! Lanl mi1.:ux ! EL 1vec qui?
- Avec Je marqui de B•!llombrc. Ce nom parle au chevalier et lui dit: Je .~uis bien sûr
qur mwlemoiulle de Fo11:;1wyral ne rerro
ne rnu · &lt;lit rien?
- , i fait. Il me rappelle un forl bel point 1l'ob~tnl'le à r,· que rou: !lardiez. a11homme que je rencontrai chez Damon d'llan- 11rè, tle moi la pla'"e I111r. 1'()1t., y al'e~ (011tefa~e en 177 i,. Nous y fèLion , enlre gentils- jours eue ...•
Le marcruis a diL cela.
hommes, le joyeux avènement du dauphin,
A cc rappel de mémoire, Lucclle rou,.it et
cc paU\ re L-0uis, qui depuis .. .. MaL a,·ez,ou , 1111damc Françoise, qu'il ne doit pas se trou hie .... Coe angoisse inconnue '(,\'cille
êlre jeune, ,·otre futur gendre? ... Atten- en sa con,rieurc. .. . a Jélicale pudeur . 'indez... 'il n'a 11:1 • la ohantainc, il en appro- quiète .... Mai· elle ne di ,·eroe pas les ecrels
motif· de son agitation ....
cl1 ,. Hol\ l je crie l'a.,. e-1·011 !
Ce jour-là, Lucclle ne médite pa. d:11·an- C'e l un superbe établissement, r{-pondil la baronne, cl une a,·enlure qui ~e fail ta&lt;&gt;c ur celle pensée. lais, la nuit, dans une
rare de voir une fille 'épou·ée 'luasimcnl sans fié...-rcu. • in.omnie, la pbra,e qui l'a oh édée
revient, lumineuse rl übranle : Je sui bien
dot.
1ir I11Ie mademoi:.,.lfe tle f'ouvryrat 11P
- liais qu'en diL Lucelle?
- Peuh!. .. Elle a gémi, elle a pleuré. t'f'l'l'll poi,1L d'o/Marfe 11 ,·e 'fllll ,·ous yarJ'ai tenu bon. C'e.l mon droit el mon de,oir. rliez a11p1·è. de mni la JllaN' que. rou !J
Le m:irqui était grave. D'une 1oix pro- 111•e::. toujour~ I•11e ....
Ain_i, mariée à li. &lt;le 81•llombre, elle
fonde et prcc·que doulourcu. e, il dit :
- Alors, madame Françoise, 1ous ètes virrait auprè du Florian'/ ... - Oui. - Elle
incorri;:il,11:''?.. . L'expérience - la dure e: pé- le rerrail à toute heure? - Oui. - Il 5erail
.on ami, son confident'! li rl!mplacerait le
ricncc ! - ne vous a . eni de rien?
Elle ne répondit pa . Ot!,anl .. on . ilence, rrère :ih. ent, dLp:m1, mort penl-èlre'! ... Son
frère! ... Il srrait . on frère .... Le rève d'ale 1mrqui chan"ea dt.! ton ;
- Envo1ez-moi Lucelle, dit-il. JI! lui ferai mour se changerait en une r~alité fraternelle
mou ,·ompliment et lui remellrai un c:1d1•au. et tcndrt• .... Pourquoi cela ne se pourrait-il
pas? En quoi la rdigion et 1a con cicnce en
Je le choi irai approprié aux cirron tance·.
li fit ruine de . l' le\'er. ,raJam' de Fon - . tr.tit.!nL-elle: ofîcn,t'"~ '!... El ne peul-on
peyrat comprit el , &lt;' relira, lais~:ml le mar- garder commP ami c1•lui qu'on ne ,cul pas
qui · r~1cr et Li auner plus lri~tem •nt 11ue de pcrilrc tout à fait'! ... Oui, "lie erail la œur
de Flori:in, une sœur :iltenli\'C, gra1e et vercoutume.
LueU .l' .... Oui, toujour. 1·1le l'rail sa :œur ...
~a sœur ... .
XI
~fainlenanl une moUc clarté, Lfanch , ~ul,LucPlle, cnîcrmêe dan· a d1:uubre, 'était tile el doure comme une nuhc d'a1rit 'i•~l
jur,: qu'elle ne cédera.il point à :,a mère, )crée dan l'âme de Lu celle. Elle en r. l
qu·,.ue n'épowerail pas 1. de B llomhre. comme hai,.née de calme et Je 6rénité. C'est
on cœur était à Florian. Leur· lèue 'é- tendre el con·olanl. C'est dia le et amoutaient jointe,, ~a taille a,·ail plo)é ous reux à la foi .... c•e.~l .ans doute cela que
1'1\trcinte amoureuse de on amant: clic était le ' poètes appellent !'Espérance ....
innocente et incère dan la ramlcur de
à lui.
L'ardeur de a ré~btanc 'accroissait de ion àme virginale, ignorante de la pas ion et
d · ,·ils compromis du mari:.i~e, Luceth• 'enla çi\'tlrité de .ouvenirs rée .nt . Derr1t·r · le
rideaux de a fent1lre, ,elle regardait le jar- r~rme dans celle idét&gt; romanes11ue. Elle la
din où die a,ait entendu de: parole i dou- nwdite, elle lui donnl' h ,ie. Elle . e voit,
ce .. .. h ! ne pou l'Oir sortir! Elle étoulTail plu· tard, Jan - sa mai. on, dan· le cbeMni
dan· cette chamLre 11u'ellc me urail toute, fJmili:il, toujours cha k, toujour· pure,
,ilcncirusc d:10 la nr:11 ité de son ·acrifice
t·n fai,ant dix pa~. ortir.... farclw~ dao
lt, · allées où ils avah·nt marché en,emble, ri:comp,•nsé par la pré ence du chcrnlicr.
rt&gt;.pirer ce mème :.iir, .e cb3u!lèr à ce même Lui, il est ·ilentieux comme elle et si cru~oleil, 'abri Ler ous ces mèmrs ombrages! ... prcs~ 1 à lui plaire, i rc~pcclueux, si tlérnué
Quel r1~\'el. .. liai · non: rien. Prisonmère ... qu'on le croirail Haiment le frtlre Je celle
die étail prbonnière .... A c111i en appekr? ... 11u'il a, jadi , autrement :iim,:e .... Et. c(•la
Et quel dom tique, à di:faut d" une amif. dure, dure, dure de anné ·-, d encore? de.
oserait ~e charger d'un me . nrre où elle diraiL année.~, ju,qu'au moment. .. .
Ici [.ucette inkrrompl on rêve rl rdoml11~
. a douleur à celai qu'ell • aime? ... .\h !
dan
l:i réalitr. Elle p,•n e :
comme Julie :nait hien fait! ... Oui, Julie
«
,lonsicur
de Bellombn~e Ltrr \icux ....
avait Lit!n fait.
U a .ohante an ... el moi , iogt.. .. •
Follement, _un espoir la LraH~rse .... Elll'
A pr ;sent, sa force &lt;le ré~i tance est émou 'indigne contre cllL'-m~me .... Ell1• le cha se ...
sée. Que ne forait-dJe, que n'accepterait-elle,
pour rcrnir Florian? ... Ah! l'a,·oir là auprès Il re,itnl. Alor die prie Ilieu et e sent alh:d'elle, lui parler, l'entendrt, ,;rn· .ous son .;b!- ...
1

Oni. dl•! ,rra la ,n'ur de Florian, Ellr
épousera le war11ui .
Elle appelle '1.on 1•L foit préçenir a mère
qu ·elle a à lui parler.
L'entretien fut bref. ladame de Fon peyrat en ·orlil ravoonanle. Elle a,·ail, une fois
de plu ·. !!.igné Îa partie.
Et Lucelle, eule dans sa cbamllre, t'•crilil
à ainL-,tarc :

« C'est fini, ô mon tendre amanl, j'ai
cédé. J't!pou erai mon.ieur de Bellomhre. Il
me fallait cboi ir : ou Le perdre à jamais, ou
me rapprocher Je toi, ..ans être à toi. Et, entre le deux oulîrances, j'ai préféré celh•-ci.
llui, non, ,ivron l'un prè de l'aulre, comme
des frèw, cl l'union de no. lmes ne sera
pa détruite. Idole de mon cwur, cher objet
quej'ai adoré di•s qneje t'ai ,·u, ne me maudis pa 1...
• Je bai,e te mains, je le arro e de me
!Jrme ! Je dL adieu à mon amant! fais en
int-~farc je lrou,·e un frère à qui mon cœar
appartient et donl nul ne pourra êtrejalou ....
Adieu, Florian, adieu! ..• Pen~e à moi rom me
à une œur chfrie pour laquelle tu ouhlieras
la malheureuse lianœc ! »
En ce terme. pompeux. lamentable et
dan le goùt du li•mps, la sensible Lucellr
rp:111cba a douleur .•\.pnl plié et cacheté ,a
lctlrc. rlle la bai,a mille foi· - ·elon l'u~1ge
- pni elle traça l'adres e : Au clwMlir,·
Floria11 tir . amt-Jlal"f, rut' . ai·l,l/ra11t',
111h11e 110111, il Po11l1•ie11.1.

1iroche la tnur tlu

Et la petite di111lon11ière, ayant été appelé(',
la porta tout au,. itM à ln po,te.

\Il

A la fin du printemp de l'an \ Ill, l.uct.'lte
tlpou.--a Y. de lldlomltre.
La veille de on mariage, son oncle lui cnroya le cadeau qu'il lui offrait en soun·nir;
car madame de Fonspe1rat, redoutan t le 1-riti1lue de M. de la louraine, a,ait de mille
façon empêché Lucelle de l'aller voir. La
jeune fille reçut de lui une ca selle contenant
une merveilleu e é&lt;:h&amp;rpe en crêpe de soie,
que le marr1ui amil jadis rapportée de -on
rnyagc en E ·trêmc-tlricnt, plu· une boursr\
en lil de perle , remplie de pièces d'or, rnfin
un étui de maro,1uiu où e lroul'aiml d1:u1
liue ; c'étaient une ./011,·,1er rl11 C!tl'elie11
furl bien illu trée, qui datait du ,iècle précé-deot, el une lmitalirin de Nsus-Clu-i't, collationn ~ sur la première traduction françai e de IG,\2, el ayant pour titre: l'latl'l'11elle f:011,olutirm • .'ur la page de !!:lrde,
t.uc,•llc vil .on propre nom tracé en gro ~c
el ancienne écriture. Elle comprit •1ue cc
livre a,ail dû apparlenir à ~on 3Ïd1lc 11u'dlt•
u·arait pa l'Onnuc, mai dont le mare1ui lui
anùl mainte fni parlé. ~ème il e plai ail
à répéter ; 1 Elle élnit lidle comm ,ou~,
Lucelle, el ,ou lui ressemblez.... Prenl7
&lt;&gt;arde de n'être pa triste comme elle le fut,
db qu'elle eul épowé ,olrr rrrand-f)(\re. »

Émue. Lucclle posa es lènc i1 la place
où peul-être étaient tombée 11uelt]Ul'. larmes
de •on a1cule, el elle , e jela dao une cruelle
rèl"cric.
La cér,\mooie cirile eut lieu dan, la ~aile
de la ai on Commune. ain. i qur œla se
pratiquait depui.· 1i!l2. Florian n·~ assL Lait
point. M. de lldlombre déplora _on ab:ence,
causée, dit-il, par un_e affaire de haute importance : un vopge d'all:1irc à. la cour de
Donille.
L'orficier de l'étal civil, qui pré,idail, élait
le r~,·olutionuaire Léclairci, mcnui~ier à Yt•rthi-,. loitié l'pelant, moitit'.· ânonna11L, il donna
lecture de pii•ces relati,c , i1 l'étal de· partie. et de la proclamation ou publication do
m:iriarre.
Près de ~l. de Bdlon,Lrc c·l de Luccllr, se
tenaient 1.i mère &lt;le la m:iriéc l'l le, quatre
témoins. Ceux-ci a,aient été choisis parmi
le dumc. tiques de~ épon:t. flar là, le l'i-de1anl marqui el la ci-de,·ant baronne témoi"llaieot de leur mépri pour cette formaliLé
d'inYention révolutionnaire. Tous, pour la
même rai. on, étaient en co lume fort ,imple.
I.ucelte rut surprise et ble,., :e de \•olendre nommer r.itoye1111e Cl de ,·oir que le
maire a,ait supprimé leur· tilre. de noltb:-c
et même la particule qui accompagnait leur
nom:. Elle doutait qu'il -'agit d'elle et du
marquis. Elle \'ivaitcomme en un rèl-c étraurre
cl pénilJle où elle a si~tail an maria 0c d'une
jeune inconnue arec un ricillarJ. 'on, cc
n'était pas elle, l'e ne pourail pa. èlrc die
11ui ·e lrouv:iiL là, et qui, aprè· Ir. paroles
mi-patoi~e , mi-françai.e de ce rustre, .crail, pour jamai , l'rpou e de cet homme . i
,·ieUI .... Elle le regarda. L"émotion contenue
11ui ied à un jeune ,i~:t"C donne à celui d'un
vieillard une e-xpres~ioo Lristcn1,·nl grole. 11ue. 1. de Bellomhre éta1L pàle. es trait·
abauu · indiquaient ,on agitation intrrieurr..
li se mordait les lènC! à loul in. tant et pli ·:iit . es p:iupière · de façon di gracieu e.
Lucclle détourna de lui t·s rc:;;ard~. on
cœur étail oule,,~ de douloureu.-e' anrroi:; e.
Elle mil dans a pen:- :e l'imai::e de Flori:rn et
e complut dan celle vi:ion. Elle e aia d'entrc,·oir l'a,enir el n'y réu .sit pas. El voilà
11ue lui revinrent à l'e~pril de. mol. qui, la
wille, avaicnl rlé dit plu ieurs foi par
.\1 La. escure qui li.ait le contrat : • Au décè de mon. ieur de Bellombre, madame . a
,·cuve recevra.... i, après le déd~ de mon. ieur &lt;le llellomlire, il . un-cnait 11 UE' .... • Le
J~-ci!:i de 1. de Dellombre !... Tout le long du
i.:ontrat, il 'êtalaienl, ces mots, en gro" caractères .... Oui, il étail natur.-1 r1uc re ,ieillard mourùl arnnt elle .... Et alor~ ....
.'a rêrnrie s'interrompit. Le m:iire l'i111i1ai1 à dire la formule P ale qui exprimait ~a
,olooté'de 'unir au mlrqui . Le lt·vres de
Lucette purent la prononcer. • }·eux, où
rouJaient deux larme ·, la démenlirenl. Puis
elle igoa sans trop sarnir ce qu'elle fai ait.
Elle quilla la salle, tenue du boul dP. doH:
par M. de Dcllombre qui ]a mena Ter~ on
carrosse avec de, ge tes urannés, rcspcctueu , admiratif:' et éléganls. 'ilenciense,

U 11 juin 1800. l'armte .ù llon.2tart~ ,ll"all .::a~né la tataillt de .Varrt1go. l ; I lt .trge11I ,1farrlJI Fo11Sf'tY·

rat, n ,Jrvar.t t-11ro11, tta,t ram.2sU, Jtmi•mo,·1, .'Ur le ch.21111 Je 1-atallle,

11'11:;e 19).)

Lucette ~ monta, apnt ,1upr\ J'1•lle . on
Il a,·ait été tr:111 rormt! en oratoire p:ir lt·
époux fortement ému et a m'·r1•. tr' res- ~oin~ du cur: et de ,on t!n-ant. Le crucilix
pectable ~ou ~on haut bonnet de ,eme. Par qui dominait le lit de madame Je Fonspe~r:il
&lt;lignilé, madame de fonspc~ral contenait a avait été apporté ~ur une ~hie dreN!t• en
('o)ère contre le odieu c. formalités d'adrui- mnni~re d'aulel. Ll· ainl I&lt;:van°iles •t:iienl
ni:tration ré olutionoaire c1uïl arnit Fallu omerl à côté. De cier"e brûlaient dan de
. ullir, mai, •lie en était lwulc,er~ér..
haut. flaml,raux &lt;l'argent. Une fumé• oJoLe repas du soir fut copieux et hien seni. ranle 'élernit de l'encen oi r, ver I porPomerol ~ oc:cupail la première pl:icr., car il traits de· ancêtre· qui pré'idaient. Le:- Îl'uèétnit con.idéré cornmé le chapelain du cb.i- Lrc ouverte· lai.~aient entrer la mùlc od(·nr
teau el 'ét.,il offert à donucr la bénédiction d cl.Hilairrnier lleurL cl l • ,oluptncux
nuptiale à Foo~pe1ral, selon la tradition. parfum &lt;le. ro~c· mas ées dan le· platr Parce 11u'il 11'} a,·ail plu de chapelle, depui, bande . Le créptu-ule serein tomooit .ur k~
Ion"lcmp., le alou avait élé :imt:na,.é pour cho ·c - el nopit d'indécision le· formes c Lle
en servir.
trail5 de "Cil' de .cnic• qui .. e tenaient,
Après le repas, Lucclle 'en alla dans ,a humble, et groupés, au fond du salon, dechambre où elle re\'rlil un fourreau de soie bout et tête nue.
blanche recoU\·erl de mou _. eline indienne
Le rêrn de Lucette ,.c prolon°cait en une
hrod :e à la main. EII • allacha ;1 sa ceinture e1lase ·entimenlale.
un Louqul'l de ro,e hlanclws à odeur musEII c ,it à genoux sur un cnn,~in, a~nnl
11uée, cueillie. dan· le jardin . •\insi accom- auprè d'elle, dan , la même attitude, un
modée, le cou ,.t le? lira· nu , elle était dé- gentilhomme vêtu de ·oie et d'or. Il lleurail
licicusc• el toucbanlt•. on miroir le lui diL cl le ba ilic cl le romarin. :c · manchette cl
elle co convinL a,ec un soupir mélancolique. . on jabot de dentelle étaient comme dl' J1 Avant de rentri:r dan le salon où on l'at- til · nuages moul'ant cl .ulllils. Ce genlillcndait, elle ,oulul rc,oir .. eule, une foi. cr.- homme lui prit la main et die cotit ur ·cc
core, l'allée, la diarmille, le banc de gazon doi"ts une prc ·ion hrùlante et continue.
qui avaient (:lé le dou témoins de dr!rnier
Elle entendit la voix du bon curé qui di.ait
aveux de llorian. ki, leur. lèHCS 'étaient ]es parole liturniquc . •\lors elle ounit la
joint,• .... Là, il a,·aicnt ~oupir •.... Plu
Jnuru,.e du Cltrétie11 'lu'elle a"ait nçue de
loin, iL s'étaient tendr~menl enlacés .... Ail- • _ou oncle et, . uhnol dan leur tratluclion le
leur3, ils s'étai~nl confié hur rêre d'nc- mot sacré:;, elle lut :
oir, lei; projet de leur cœur ingénu •• leur~
• Qur. /1•~ fr111111e~ x11ie11/ sr,11111i,.,e.. à /1•11,-,
désir~, leur espoir· qu'ils croyaient .i ai.é- 11mri. co11t111e c111 , eif711eur l11i-111è111l' •. . lk
menl réalLer .... Maintenant, c'était fini.... d1•11.1· q11",/. · elaw11/, il· det•ie111Lro111 11,w
Elle étail la 'œur de rlorian.
r11le chai,· .... •
Cependant le tumulte de . on cœur la trouElle lre 'aillil, ferm1 le liHe el pleura.
blait. Et elle pen!a : « Oh! c'est lui, c'c ·t
Elle le rouuit :
lui, qui e~t mon époux!. .. D Mais elle eut
« Q·1e le ei91teur ro11 · e,woie le ·ecour ·
honte de cette exclamation intérieure. Ell•! de ~r,11 s1111ctullire el ~OTl al!sisla11ce dr
en rougit. Coofu ..e dernnl elle-même, elle . ion! ... •
revinl au salon.
Cn peu de douceur de œndit en elle en

�111S TO'J{l.JI

De

lisant ces mols qu'elle répéla plusieurs fois
ardemment. ~lainlenant, le curé di,ait :
« eigne11r, regardez d'un œil fm•m·able
?Joire ~ervante qui, devant èlre unie à son
époux. imJ1l01·e votre protection .... Faites
que, rlia.~te et fidèle, elle 1e mm·ie en J éntsChri.~l. ... Qu'elle se rende aimable ù son
111m·i comme Rachel; qu'elle soit sage cornme
Rébece11,; qu'elle soi/ firlèfr comme Sa.ra ...
Qu.l'ile ail une putleur qui in;,pire le respecl .... Q1,'elle obtienne une heureuse (écondali'é.... 1
Une tristesse, une amrrlume, une dotrcsse
jusqu'alors inconnues au cœ11r de Lucclle
de ccndirenl sur elle .... Elle avait froid et sa
tête brûlait. ... Les roses de son corsage l'enivraient de kur parfum .... Trois fuis elle se
répéta ces mots : « J'aime Florian comme
un frère .... 11 EllesenlitqucM. dellelloml.Jre
lui pressait la main el comprit que le prêtre
les Lénissait.. .. A son doigt, un anneau fut
glis~é. Il lui parut énorme et lourd, Lrop
lourd pour sa faililesse envaLissanle .... Elle
crut entendre une musique lointaine etlégè.re,
comme si sa harpe qu'elle apercevait dressée
en un coin s'était mise à vibrer Loule seule ....
Un souf □ e étrange el frais glissa sur rnn
front cl wr ses lèvres. Elle se sentit emportée dans un lourhillon d'air léger qui la faisait planer sur des formes indi tinctes .... Un
murmure confus de voix inqui«·lcs lui par, int. ... Pui,, plus rien ....
La jeune madame de IldlomLre s'était pâmée. Elle gi~aiL sur le parquet du salon, plus
IJlancbc que les llellfs de sa ceinture.
L'évanouissement de Lucelle dura peu.
T1.1ulcfois, el'e se trou\'a très faiLlc pendanL
les heures qui suirircut. Le marquis, respectueux et inr1uict, la laissa reposer seule toute

la nuit dans sa cbaml.Jrc de jeune fille. n s'installa, tant bien qne mal, dans la pièce à
côté, remellant au l~ndemain le départ pour
Pont vieux.
\'ers la mi-nuit, a1ors que tout reposait au
cl.âteau, dC's voix s't\levèrent dans la grande
cour. C'était un gro:.ipc de pay!ians qui, selon
l'usage, donnaient l'aubade aux mariés. Trop
respectueux pour leur apporter la soupe à
l'oignon Iortemenl épicée rrui était de tradition parmi l('s gens du peuple, ils se contentaient de leur offrir la chanson que, de temps
immémorial, on disait :un époux. Les éJats
de leurs rires et de leur musique joyeuse
éveillèrent Lucelle. Elle se mil .sur son séanl
et écouta. li disaient en palois :
!'ious sommes \'Cnus vous voir
Du fond de noire vifügc
Pour 1ous souhaiter un lteurcui mariage,
A moasicm Yolre époux
Au~si bien comme à ,·ous.

Arcz-rnus ècou1ë
Cc que \'OUS a 1lit le curé?
li n dit ln ,·erilë,
Et comme il \'OUS foui être :
Fidèle à votre époux.
Et l'aimer comme vous.

Assise sur son lit dans la !-oli1udc de sa
chambre, les coudes sur ses genoux, la tète
dans ses mains, madame la marquise de Ilcllombrc se mit à pleurer. A travers la porte
qui la séparait de son mari, elle entendait
celui-ci dormir d'un rnmmeil profond et o(A

Receve-1 ce bouqud
Que nous aa;rochons à voire porlt',
Il e t fait de fououil, ile th ,·m el de lavnude.
Dien vile il pas3era, en
fai~ant comprent!re
Que ln jeunesse cl l'Dmour ~c11l cowmc des fleurs.

vous

Vous n'irez plus n_, bal.
lia lame lo mari~c,
Danser â la lumii•rc du d1nlc1·,
Ou pendant l~s frairies.
•
Vous garderez la maison,
l'cndaol que nous irons .

(lll11stral'lons de CONRAD,)

nore. Elle songea que ces paysans, ces lo1ueleux, arnient tous ou presque tous épousé la
paysanne, la pauYresse qu'ils aimaient. ...
Elle les jugea heureux et heureuse la femme
qui était fidèle à l'homme de son choix ....
Ses larmes coulaient. .. . Elle n'osait plus penser à Florian .... Qui sait si cette chère et
consolante image ne lui élait pas défendue à
présent? ... Elle tressaillit de crainte ....
En mèmc temps, elle perçut un bruit léger
près du contrevent de a fenêtre. Elle n'en
fut pas effrayée, car elle connaissait l'usagt&gt;.
Gn hardi garçon, grimpé sur les épaules de
ses camarades, auachait à l'auvenl un honquetTusLique pendant que le cbœur cbanlai1.

Lucctte entendit des applaudissements et
dl}S rires. Les chanteurs s'éloignèrent. La
jeune marquise pleurait toujours.
Madame de Fon8peyrat ne dormait point.
L'écho de ce naïf concert lui parvint et la
troubla. Elle n'osa in terrenir pour le faire
cesser el en allendit impatiemment la fin.
Quelque angoisse se mêlait à Li satisfaction
de son orgueil. Plus d'une foi , l'image de
son fils se dressa &lt;leva nl clic.... Il la rt&gt;ga rdait a1'ec des yem sévères et tristes ....
. .. Ce mème jour,~ui était le 14juin i800,
la France jouait sa fortune sur le Lapis vert
de la Lombardie, au I.Jord du Fontanone et de
la Bormida. Le mir, l'armée de Bonaparte
anit gagné la bataiJlc de Marmgo. El le sergent Martial Fonspeyrat, ci-devant baron,
étail ramassé, demi-mort, sur le champ de
bataille.

suivre.)

LOUISE

CIL\STEAU.

NOTES ET SOUVENIRS
cfc&gt;

De Versailles a' Paris
(27 mal 1871)

Ce malin, munis de laissez-passer qui voir et retourne chez lui. Il u'a pas quillé
nous donnent le droit de libre circulation Paris pendant la Commune; il prend les
dans Paris, nous montons, Il*'* et moi, sur choses avec une parfaite philosophie.
- On a bien exagl!ré tout ça, nous dit-il .
la place du Chàtcau de Versailles, dans une
voiture de déménagement découverte. Nous Je ne sais pas, mais, moi, je vais et je viens
sommes entassés quim;e dans ce char à bancs. de Paris à Versailles et de Versailles à Paris;
Prix: trois francs par tête. Le cocher s'est en- on ne me dit jamais rien. li n'y a qu'à margagé à nous conduire j usqu'àla grille del' avenue cher bien tranquille, les mains dans ses po•
ches. Assurément, c'est triste tout ce qui se
Ubricb (ancienne avenue de l'lmpératrice).
Je suis assis à côté d'un entrepreneur de passe, mais on n'a pas le temps de. s'ennuyer,
menuiserie qui habile les Batignolles, el na- on voit des choses curieuses, des choses qu'on
turellement il se met à me parler de ses n'avait pas vues avant nous, des choses q11'on
affaires. Il a une fille mariée à Versailles; ne verra pas après, des choses qu'on pourra
il a sn qu'elle était souffrante; il est ,•enu la raconter plus tard.

... 190 ...

Quand nous· traversons les ruines de SaintCloud - Saint-Cloud n'existe plus - mon
voisin entend nos exclamations.
- Oui, c'est affreux, dit-il. Alais quelles
ruines! on n'a jamais vu de ruines pareilles!
et puis, que voulez-vous? c'est la guerre.
- La guerre, répond un de nous, en effet,
ici, c'est la guerre. Ce sont les Prussiens qui
ont brlllé et détruit Saint-Cloud .... Et encore
ont-ils fait cela inutil('ment, sauvagement,
pendant l'armistice, quand on ne se battait
plus; mais les Prussiens étaient nos ennemis,
nous détestaient et voulaient nous faire 1e
plus de mal possible; tandis que, mainte-

nanl, ces ruine3, la colonne Vendôme renversée, ces incendies, ce sont des Français
qui ....
- Oh! ne dites pas cela, s'écrie l'entrepreneur. Des Français, quelle erreur! Ce sont
ks Prussiens, toujours les Prussiens ! li. de
Bismarck avait, peudant la Commune, des
l-missaires à Paris. Ils entraient, quand ils
voulai,ml, comme ils voulaient, à J'Hôlel de
Ville plr une petite porte dcirobée .... On me
l'a montrée. Et la colonne Vendùme, c'est
avec l'argenl de la Prusse qu'elle a été jt tée
par terre .... J'étais là, sur la place, le 1G mai,
quand elle est lombée. C'était un pttil ingénieur tout jeune, un malin, je vous en réponds, qui a dirigé l'opération. ll connaissait
son affaire, œlui-là I li n·avait pas fait de
frais inulib : un méchant échafaudage de
quatre sous autour du piédt'stal, trois câliles,
lrois cabestans, une vingtaine d'hommes, et
voilà tout. ... Ou avait coupé le bas de la colonne en si Illet. ... Ab! il îaul être juste, ç'a
été de l'om rage bien (aile!
Il s'arrête un moment, nous regarde a1'ee
autorité; on sent l'admira lion de l'entrepreneur de menuiserie, de l'homme du métier
pour cet ouvrage si Lien {aile ... , Il continue :
- On croyait que ça allait s'écrouler Yiolemmcnt, ébranler les maisons du quartier,
casser tous les carreaux.... Pas du tout. ...
Çu. s'est passé en douceur. La colonne s'est
couchée bien gentiment, à la place marquée,
sur un grand lit de fagots, de sable et de
fumier. Il y a eu un grand nuage de poussière, et puis on a vu la colonne par terrr,
en morceaux, en miettes, en poudre ....
C'étail vraiment curieux. J'avais Yon.lu faire
voir ça à mon garçon. Il a douze an . Il est
intelligent. li travaille déJà à l'atelier comme
apprenti, et je lui disais tout le temps, pendant l'opéralion, - il ne faut pas que les
enfants aient des idées fausses, - je lui diMis : « Tu entends bien, c'est pas ces genslà, c'est pas des Français qui jellenl la colonne par terre, c'est )1. de llismarck qui
fait tout ça, c'est M. de Bismarck! &gt;&gt;
Nous entrons dans le bois de Boulogne. La
marche devient laborieuse. Les roules sont
coupées par des fondrières, des tranchées, de
gro, arbres renversé,. Entre les deux lacs,
nous sommes obligés de mettre pied à terre;
la voilure ne peul aller plus loin.
l,a bataille à Paris n'est pas terminée;
nous entendons distinctement la fusillade et
la canonnade. Voici par terre, dans l'herl.Je,
des papiers brtllés, noircis, rongés par le
[eu. Le vent les a apportés là. Je ramasse un
de ces lambeaux de papier. Delle inscrite.
Rente 5 010 .... c·est le fragmeul d'un titre
de renle au nom d'un M. Dtismaret .... Cela
virnt de l'incendie du ministère des finances.
Nous suirnns à pied l'avenue de l'impératrice. Pas une fenêtre ouverte! Pas une ro'ilure! Pas un passant! Et il est dix. heures du
matin. Autour de l'arc de l'Étoile, campent,
les fusils en faisceaux, deux ou trois compaguies de ligne; dans les Champs-Él}sée~,
même silence, même solitude. Les soupiraux

des cares sont par Lou t bouché- avec du
plâtre. Ala jonction du bou1evard Uaussmann
et du faubourg Saint-Honoré, un peu de
mouvement, quelques allants et venants,
cinq ou six boutiques entre-bâillées, el une
voiLUre découverte qui rôde, cherchant fortune. Nous hélons le"cocber, il nous fait bon
accueil.
- Vous m'étrennerez, nous dit-il, c'est
ma première sortie depuis la bataille; seulement, il ne faudra pas aller du côté de la
.Uastille et du Père-Lachaise, on se bat encore
par là, el ferme.
Nous voici en plein Paris.
Je suis un obstiné collectionneur de journaux, d'images populaires et de caricature..~.
J'avais, il y a un mois, écrit à une bra,·e
femme, une ancienne choriste de !'Opéra
qui tient une petite librairie rue des ~JartJrs,
de mellre de côlé un exemplaire de toul ce
qui paraîtrait pend.ml la Commune. Je me
fais conduire rue des MartJrS. A partir de la
gare Sainl-Lazare, nous retrouvons tout le
mouvrment, toute l'animation de Paris. fa
marchande de journaux me remet un énorme
ballot déjà ficelé à mon intention.
- EmporlC'z cela hien vile, me dit-ell1'. Il
n'y a pas de temps à perdre pour les collecLions. Toute la police de Versailles va revenir
à Paris et recommencC'r à nous tourmenter.
li esl déjà ,·enu, bier soir, un monsieur qui
roulait tout saisir chez moi.
Pendant ce temps, les pit•ces d'une ballerie
versaillaise de Montmartre tiraient mr le
cimetière du l'ère-Lachaise où se linait Je
dernier combat de la Commune.
A chaque coup Liré sur les hauteur, de
Montmarlrr, c'était un effroyable fracas dans
la rue des Martyrs; mais cela ne causait pas
la moindre émotion. Personne n'y faisait
attention. li y avait foule chez tous les m:ircbands du quarlier. Les m1'.nagères faisaient
littéralement queue chez le boucher. C'étaient
de tous c.otés des plaisanteries, des rires.
L'issue de la bataille n'était plus douteuse;
on savait la Commune expirante; on ne s'en
occupait plus, on ne pensait qu'à revivre.
Pendanl que je réglais mon compte, une
grosse ménagère à mine réjouie, son panier
chargé sur le bras, entre pour acheter un
journal.
- En font-ils du vacarme, là-haut, à
Montmartre 1
- C'est la fin, répond la marchande, c'e6t
le houque!. Il n'y en a plus pour longtemps.
- EL puis on y est habitué, n'est-ce pas,
à ce bruit-là, depuis hientot dix mois.
C'est là surtout cc qui est curieux el précieux à noter en ce moment : l'état d'esprit,
les conversations, les sentiments des petites
gens, de ceux qui pensent tout haut, librement, ou,·erlemcnt. Nous autres, nous nous
tenons toujours un peu, nous nous rnrveillons, nous ne nous aùandonnons jamais en
pleine îranchi~e.
Si quehju 'un, ~ans la moindre prétention
à la lilléralure, aYait fait, de 17 9 à 1795,
office de fidèle sténographe dans les rues de
Paris, il non aurait laissé un füre qui nous
.... 191 ....

VEJ?..SA1l1.ES A P.Jl'l(1S

~

manque. J'ai pris, depuis dix. mois, beaucoup, beaucoup de notes en vue d'un tel
livre. li n'aura, si je le publie, d'autre mérite
que l'exactitude et la sincérité, mais ce sera
bien quelque chose.
Je caul!ais hier, à Versailles, devant les
Réservoirs, aYec cinq ou six personnes distinguées, cultivées, lettrées; ces personnes
me répétaient,· avec de bien légères ,-arianles,
ce qu'elles avaient lu et ce que j'avais lu, le
matin, dans les journaux. Cet entrepreneur
des Ilatignolies, tout à l'heure, dans le char
à bancs, était autrement sincère, autrement
/ni-même dans sa conversation. füen ne l'arrètait, ni respect humain, ni souci de l'entourage, ni crainte dn ridicule. Il allait naïyement, intrépidement, jusqu'au fond et jusqu'au bout de sa pensée.
Mes interlocuteur d'hier parlaient, sans
nul doute, aYec infiniment de grâce et d'esprit; rien de ce qu'ils disaient, cependant, ne
m'a autant îrappé que le mol que j'ai entendu, en sortant de chez ma marchande de
journaux. Je passais devant la boutique d'un
boucher, une vieille femme se chamaillait
avec un garçon qui voulait lui glisser trop de

réjouissance.
- Je cropis, s'écria-t-elle, que vous alliez
être plus raisonnable qu'avant la guerre ....
Mais je vois bien que ce sera toujours la
même chose.
Hélas, oui I très probablement ce sera toujours la même chose .... Mais il est midi;
nous déjeunons en hâte chez Brébant, dans
un petit caùinet de l'entresol, avec Meilhac,
Bischoff heim et Cbavelle, qui ont déjeuné
là, tous les jours, pendant les deux mois de
la Commune. Nous voulons, avant de retourner à Versailles, faire le tour des incendies.
'ous avons gardé noire YOilure du malin, et,
grâce à nos laissez-passer, partout on nous
fait place.
Allons d'abord rue de Rivoli .... Ce matin,
quand nous montions en voiture, à îersaillcs,
notre ami, ~f. Joseph Bertrand, le secrétaire
perpéluel de l'Académie des sciences, nous
avait dit : cc Vous m'apporterez des nouvelles
de chez moi. »
Nous prenons la rue Mon Imarl re; grand
rassemblement près des Halles, à la poinlc
Saint-Eustache; un obus du Père-Lacbai~e
vienL de tomber là, il y a cinq minutes, mais
il n'a pas éclaté et n'a fait aucun mal. Nous
arrivons devant ce qui avait élé la maison de
M. Ilerlrand. Plus rien que quatre murs entourant un immense monceau de décombres
encore touL fumant. M. Bertrand a tout
perdu : ses papiers, ses livres, ses manuscri Ls, ses notes, trente ans de travail el d'étude ... tout cela est sous ces ruines. Nous
avons revu M. Bertrand, le soir, à Versailles.
li avait reçu celle affreuse nouvelle, et jamais
plus grand malheur n'a été supporté avec un
plus tranquille courage, avec une plus héroïque simjllicilé. C'est à recommencer, il
recommencera.
'ous -voici dennt l'Ilotel de Ville .•.. Quelle
elfrayante et admirable ruine I On ne devrait
pas loucher à ces murs déchiquetés et caki-

�~:::::::::=============::::::::::~~~~==~~.~

111STO'J?.,1A
né:. par l'incendie. On devra il les laisser là,
\'Oisines ont retrouvé leur mouvement, leur
toujours, en plein cœur de Paris, comme une caractère, leur allure ordinaires. Je m'arrête
éternelle leçon, en témoignage de aos fautes, et regarde curieusemenl, pendant cinq mide nos diEcordes, de nos folies.
nutes, un opticien de la rue du Yieux-ColomA l'intérieur, les grandes charpentes brù- bier qui, avec infiniment de calme, est en
lent et fument encore. Tout autour de la train de refail'e sa monf,.e; il range méthoplace, de grandes barricades effondrées, é,,cn- diquemenl ses lorgnelles, ses lunettes, ses
trées. Une clôture de planches entourait l'Rô- binocles et ses microscopes; sa femme lui
Lel de Ville; sur uoe de ces planches se trou- donne des conseils; il sort de sa boutique
,ait une aiûche trouée et rongée par le fou. pour vofr fe/fel, du dehors, sur le trottoir.
C'est la dernière proclamation de la Com- Et l'incendie fail rage à cent mètres de là,
mune, elle porte le 11" ::iU5 .... Trois cent &lt;Jua- et l'on entend distinctement des coups de
tre-vingt-quinze proclamations ea deux mois! canon du côté de la Ilastille.
La Commune au.c soltlalM de J'e1'Sailles.
Dans celte course rapide à travers Paris,
F1·ère~. l' hetLre du grand combat des peuples au milieu de ces ruines el de ces incendies,
cont1·e leurs oppresseurs est arrivée. l'faban- pendant que l'on rn bal encore StU' les hautlonneZ, pa~ la cause des travailleurs, etc., etc. teurs du P~re-Lachaise, ce qui m'a certaineA.,,ec des soins infinis, - rien u'arrèle un ment le plus étonné, c'est celle reprise immécollectionneur, - je réussis à détacher celle diate de la vie dans cette grande fourmi lière
aflîche, et je l'emporte, en sou'l'enir de cette humaine. Derrière les troupes de Ver ailles
tl'agique promenade. Nous reprenons notre victori~uses, la vie ressortait soudainement
course; nous traversons le Pont-Neuf, et nous d'entre les panls. Oui, ce sont bien des
tombons, au carrefour de la Croix-Bouge, fourmis, quittant leurs trous, el recherchant,
sur un vaste incendie; c'est un immense ma- et retrouvant, après ce grand bouleversegasin de nouveautés l{Ui Oambe à grand feu ment, leurs petits chemins el leurs petites
depuis quarante-huit !Jeures. Et, tout près de habitudes d'autrefois.
là, les magasins sont ouçerts, les passants
Nous nous remettons en marche; nous suinombreux, actifs, remuanLs, affairés, ayanl vons la ligne des quais, et, respirant une
repris l'allure alcrle du Parisien; les rues odeur âcre qui nous prend à la gorge, nous

défilons, à partir du Pont-Royal, entre une
véritable haie dïncendies : incendie des Tuileries, incendie de la rue du Bac, incendie
de la Caisse des dépôts et consignations, incendie du conseil d'État, incendie du palais
de la grande chancellerie de la Légion d'honneur. La besogne, de ce côté, a été faite en
conscience el par des gens entendus .
J'ai vu, depuis dix mois, bien des choses
extraordinaires, mais rien de plus étrange,
de plus fantastique, que ce que j'ai vu là,
tout à l'heure, de mes deux yeux .... Entre le
pool Royal et le pont de la Concorde, des pêcheurs à la ligne - ils étaient douze, je les
ai comptés - étaient installés bien tranquillement, ne s'occupant, en aucune manière,
de ce qui se passait au-dessus de leurs tètes,
le rPgard fixé sur les petits bouchons qui frétillaient au bout de leurs lignes et profitant
de tous ce déEastres pour pêcher en temps

LE

"LisEz-Moi" u1s10R1QuE

JWOliibé.

Nous remontons en voilure au pont de la
Concorde; nous trouvons au Point-du-Jou r
un char à bancs qui, en une heure et demie,
nous ramène à Versailles. Quelle journée! Ce
soir, en me déshabillant, je entais encore
flotter autour de moi, comme une odeur de
fumée, de soufre et de feu resLée dans mes
vêlements.

LUDOVIC HALEVY.

MA DEMOISELLE DUCLOS
Tableau de LARGILUÈRE. (:'ilusée Condé, Chantilly.)

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Crónicas</text>
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                <text>Publicaciones periódicas</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Jules Tallandier Editor</text>
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                <text>20/05/1911</text>
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                <text>Universidad Autónoma de Nuevo León</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Anatole France</name>
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                    <text>~:::::::::=============::::::::::~~~~==~~.~

111STO'J?.,1A
né:. par l'incendie. On devra il les laisser là,
\'Oisines ont retrouvé leur mouvement, leur
toujours, en plein cœur de Paris, comme une caractère, leur allure ordinaires. Je m'arrête
éternelle leçon, en témoignage de aos fautes, et regarde curieusemenl, pendant cinq mide nos diEcordes, de nos folies.
nutes, un opticien de la rue du Yieux-ColomA l'intérieur, les grandes charpentes brù- bier qui, avec infiniment de calme, est en
lent et fument encore. Tout autour de la train de refail'e sa monf,.e; il range méthoplace, de grandes barricades effondrées, é,,cn- diquemenl ses lorgnelles, ses lunettes, ses
trées. Une clôture de planches entourait l'Rô- binocles et ses microscopes; sa femme lui
Lel de Ville; sur uoe de ces planches se trou- donne des conseils; il sort de sa boutique
,ait une aiûche trouée et rongée par le fou. pour vofr fe/fel, du dehors, sur le trottoir.
C'est la dernière proclamation de la Com- Et l'incendie fail rage à cent mètres de là,
mune, elle porte le 11" ::iU5 .... Trois cent &lt;Jua- et l'on entend distinctement des coups de
tre-vingt-quinze proclamations ea deux mois! canon du côté de la Ilastille.
La Commune au.c soltlalM de J'e1'Sailles.
Dans celte course rapide à travers Paris,
F1·ère~. l' hetLre du grand combat des peuples au milieu de ces ruines el de ces incendies,
cont1·e leurs oppresseurs est arrivée. l'faban- pendant que l'on rn bal encore StU' les hautlonneZ, pa~ la cause des travailleurs, etc., etc. teurs du P~re-Lachaise, ce qui m'a certaineA.,,ec des soins infinis, - rien u'arrèle un ment le plus étonné, c'est celle reprise immécollectionneur, - je réussis à détacher celle diate de la vie dans cette grande fourmi lière
aflîche, et je l'emporte, en sou'l'enir de cette humaine. Derrière les troupes de Ver ailles
tl'agique promenade. Nous reprenons notre victori~uses, la vie ressortait soudainement
course; nous traversons le Pont-Neuf, et nous d'entre les panls. Oui, ce sont bien des
tombons, au carrefour de la Croix-Bouge, fourmis, quittant leurs trous, el recherchant,
sur un vaste incendie; c'est un immense ma- et retrouvant, après ce grand bouleversegasin de nouveautés l{Ui Oambe à grand feu ment, leurs petits chemins el leurs petites
depuis quarante-huit !Jeures. Et, tout près de habitudes d'autrefois.
là, les magasins sont ouçerts, les passants
Nous nous remettons en marche; nous suinombreux, actifs, remuanLs, affairés, ayanl vons la ligne des quais, et, respirant une
repris l'allure alcrle du Parisien; les rues odeur âcre qui nous prend à la gorge, nous

défilons, à partir du Pont-Royal, entre une
véritable haie dïncendies : incendie des Tuileries, incendie de la rue du Bac, incendie
de la Caisse des dépôts et consignations, incendie du conseil d'État, incendie du palais
de la grande chancellerie de la Légion d'honneur. La besogne, de ce côté, a été faite en
conscience el par des gens entendus .
J'ai vu, depuis dix mois, bien des choses
extraordinaires, mais rien de plus étrange,
de plus fantastique, que ce que j'ai vu là,
tout à l'heure, de mes deux yeux .... Entre le
pool Royal et le pont de la Concorde, des pêcheurs à la ligne - ils étaient douze, je les
ai comptés - étaient installés bien tranquillement, ne s'occupant, en aucune manière,
de ce qui se passait au-dessus de leurs tètes,
le rPgard fixé sur les petits bouchons qui frétillaient au bout de leurs lignes et profitant
de tous ce déEastres pour pêcher en temps

LE

"LisEz-Moi" u1s10R1QuE

JWOliibé.

Nous remontons en voilure au pont de la
Concorde; nous trouvons au Point-du-Jou r
un char à bancs qui, en une heure et demie,
nous ramène à Versailles. Quelle journée! Ce
soir, en me déshabillant, je entais encore
flotter autour de moi, comme une odeur de
fumée, de soufre et de feu resLée dans mes
vêlements.

LUDOVIC HALEVY.

MA DEMOISELLE DUCLOS
Tableau de LARGILUÈRE. (:'ilusée Condé, Chantilly.)

�LIBRAIRIE ILLUSTRÉE· -

JULES

TALLANDIER, ÉDITEUR. -

75, rue Dareau, PARIS (XIVe arrt).

37e fascicule

Sommaire du

(5

Juin 1011) .

REINES DE THÉATRE
PAUL DE MORA. . . . .

GÉNÉRAL llE .l\lARBOT . .
FRÉDÉRIC i\lASSON . . . .

de l'Académie fran ça ise
Luo ovrc HALÉVY .
LOUTS BATIFFUL . .

G.

LENOTRE . . .

M'"• DU

HAUSSET .

Reines de théâtre : Mademoiselle Duclos
et Adrienne Lecouvreur . . . . . . . . . . 193
Mémoires . . . · · .. · · . · · · · · · · · 19;,
Les comptes d'une grande dame en 1738 . . 201

. Notes et Souvenirs . .

. .. . .. . . . . . . 200

I) u cLo~ . . . . . . .
DE PARUŒLLAs',

P.

J\1°"

2q

OE CAYLUS .
JEAN P ouJO UUT
C IIAM l'O RT . • . .
LO UISE CtUSTEA U .

l ~O

T. G. . . . . . .

. Un mariage royal: Louis Xlll et Anne d'Au-

triche . . . . . .. . . . . . .
La citoyenne Villirouët . . .
La comtesse d'Egmont .

HENR Y R oUJON . . . . .

.:I.e l'Acadé mie fra11 ç,11se

20 ~

La femme de Greuze . . . . . . . . . . . .

2 2,

ILLUSTRATIONS

PLANCHE HORS TEXTE

D'APRÈS LES TABLEAUX, DESSINS ET E STAMl'ES DE :

TIRÉ E EN CAMAÏEU :

ALAux, AUBERT, BEAUME, BERTHAULT, BRUNELLIÈRE, CONRAD, CR ISPIN DE P AS ,
FONTAINE, G IRAR D o ' Ü RLÊANS, GREUZE, j. -B. MALLET, 1'-:lAUR IN, .l\l Ol&lt;EA U LE
JEUNE, PR1EUR, RAl' FET, ROBfllA , F.-G. S c mnoT. I SRAEL SILVESTRE , TnOllAS,

r.:

MADEMOISELLE Dt.:CLOS
Tab leau de

VELAZQUEZ.

(Af11sée Condé, Cha11 ti//y.

L ARGILL IÈRF .

Copyright by Tallandier 1910.

Ba vente
partout

'' LISEZ=MOI ''

Paraissant

le 10 et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMÉRO 139 du 10 juin 1911

ED l TIOf-1S J ULtES
Pi:;1&lt;rs -

T Altll.A.N DIE~

75 , Rue Dareau, 75 . -

P~l(IS

MADAME CORENTlNE
ROMA:-.

par RENÉ BAZIN , de l'Acadé111 ic .fra11çaise.
JEAN RICHEPL\', de l',\ cadémi~ françai s e. Le r ève. - AN!)R~: TljEURlET . Le
ma noir. - J oL&amp;S l{ENARD. La la nterne s_ou! de : _L e Pecheur J la llj!II ~; Le
Monstre . - MAURICE ttARHES, de l'Académie Jran ça1se. _L_e s_e cret my st érieux.
-ANDRÉ LI CHTEi BERGER . Le petit r oi. - Hi,:NRI sc:co::,; n.1:,a chanson de
l'arbre - J\l!c11EL PROVINS . Le s ilence. - LfON Dl E KX. Ma tin. - ANATOLE
FRANèE, de l'Académie français~. Le jardin d'Epicur~. - PA UL BûURÇiET,
de l'Académie fran ca ise. L 'év enta.il de d~ntelle . - _LFON ,VAL.\ .!)E, Nuit de
Pa ris - L ac; i&amp;N 1\lU ll LFELD . L'ass ociee. - RE Nf- l\!AIZEH.O'i . Fleurs de
tilleui . - ALPHONSE: DAU DET , L 'Arl és ienne. - Jl. ENRl HE i !', A~ fon~ de l_a
mer . - ALBf-RT J\I ERAT. Un clai,r de lun e. - i\lA URt CE OQ;\NA \ , de 1Academie fran çaise . L'Affranchi e, comedie en troi s actes .

.Bn vente partout : Libraires, Marchands de JOflrnauz, Kiosques, 1Jar11s

Pirbt : 60 Centime• =====

J. TALLANDJER, 75,
Le"LISEZ-MOI"
historique

rue Dareau, PARIS (XJV•)

HIST ORIA

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ARCHJVES ET PAPIERS PERSONNELS
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Par Mme JEAN CARRÈRE

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Mademoiselle Duclos et Adrienne Lecouvreur

. Les débuts d'une souveraine . . . . . . . . .
. Les théâtres des cours allemandes au bon
vieux temps . . . . . . . . . . . . . .
223
. La marquise d'Heudicourt . . . . ..
. Le roi Oiannino . . . . . . . . . . .
Anecdotes . . . . .. . . . .. . . . .
. Ames d'autrefois . . . . . . . . . . . .
Les confidences de Lucil,e Desmoulins .

LES ROMANS MYSTÉRIEUX.

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cc Si, - comme l'a exprimé de façon nelle
étroitement liée à l'histoire de noire pa)'S. Pour la Clairon, &amp;file Raucourt, Mlle Duchesnois el
et originale .M. Paul Hervieu, - entre les la bien connaître, cette histoire, depuis les Mlle George.
créations du roi qui a bâti Versailles, l'on origines jusqu'à nos jours, il faut lire le très
A propos de Mlle Duclos, M. Loliée nous
venait à chercher laquelle demeure encore bel ouvraite I où M. Frédéric Loliée l'a retracée dit ce qu'étaient, du côté féminin, lorsqu'elle
vivante et alerte parmi sPs traditions, et peu- avec autant de charme et d'esprit que de so- débuta, le personnel et le ton pour les rôles
plée d'expressi\·es physionomies, et ne discon- lide érudition. Quml à nous, nou voulons tragiques : « La tendre Champmeslé contitinuant pas de bruire dan~ un fourmillement ici tout modestement naus borner à étudier, nuait de bercer fes fidèles aux sons de sa déd'émois et d'intérêts, d'hommages et de riva- dans leur "ie et dans l'inlluence qu'elle
clamation chanlée .... Mlle fiai in, si attrayanle
lités, trouverait-on aulre cho e que la Comé- eurent uccessivement sur le répertoire de la à regarder dans l'épanouissement de ses chardie-Française? Elle s'est présentée au monde Maison, deux de ses sociétaires d'antrefois : mes, usait au service littéraire de Campistron
en -y portant la lourde perruque du xm• siè- Marie-Anne de Châteauneuf, dite Duclos, et les dernières heures de liberté que lui laiscle; et, après avoir su se poudrer comme pas Adrienne Lecouvreur, Ce sont deux représen- saient encore le grand dauphin et sa protection
une sous Louis XV, elle a réussi à garder sa tantes de cette admirable lignée de tragé- obsédante. Mlle Desmares, au printemps de a
tête pendant la Terreur. L'incendie de &amp;losrnu, diennes qui commence à la Beaucbâteau pour renommée, montrera bientôt qu'elle n'a rien
qui allait gagner toule la consperdu des leçons de sa tante [la
truction de l't-mpire napoléonien,
t.:bampmeslé). l'interprète consnn'a été pour 1a Comédie-Française
crée des héroïnes de Racine. Marirque les flambeaux sur lesquels se
Anne de Châteauneuf. la célèbre
renouvt-la.it son pacte fondamenDuclos, !'Ariane plantureuse dont
tal.. .. ll
le pinceau de Largillière nous lé!rua
Aujourd ' ,h ui, comme hier,
l'image peu tragique, va à son tpu r
comme. naguère. comme jadis, et
relever la tradition du d~bit caen dépit de· événements, des convoldencé des alexandrins, dont une
ions sociale•, d'une catastrophe
conception mal entendue du soleninoubliée qui fut comme l'inju~te
nel et du pomveux fil triompher
rançon de sa prospérité, la Comél'usage Elle avait débuté le 27 ocdie-Française reste fidèle aux tratobre- :l605. Les rang de la Co'roditions qui ont fait sa gloire el sa
pagnie s'ouvrirent pour lui faire
force. Mais, plus prèle que jamais
place. Avec de beaux éclats, un Lon
à se laisser pénétrer par l'esprit
majestueux et imposant qui supde son temp , elle trouve dans la
pléait en elle à ce qui lui manpart que bravement elle prend aux
quait du côté de l'intdligence et
luttes de la pensée contemporaine
de l'émotion, elle dominera, suune verdeur san œs.e renaissante,
perbe, acclamée, triomphante, ju un perpétuel rajt-unissement. li en
qu'à l'avènement d'Adrienne Lerésulte que, parfois, elle est tercouvreur. J&gt;
rain de rencontre pour d'ardents
Donc, pendant un bon quart de
adversaires, et que ses soirées tusiècle, Mlle Duclos imposa au pumultueuses ont des échos qui se
blic - qui ne emLlait d'aille~rs
répercutent violt-mment au d.tbors.
pas disposé à s'en plaindre, faute,
Là encore, d'ailleurs, le présent
sans doute, d'al"oir eu la révélarappelle un pa~sé où, plus ou
Lion d'un art plus naturel et plu
moins pas~ionnées et bruyanles.
imprégné de ,·ér1Lé - celte dicles échaulfourées ne man4uèrenl
tion chantante, rythmée à l'excès,
point, el du Mariage de Figa,·o
qu'elle mettait toutduis au service
à Heniani, à Thermidor et au
d'une véhémence de entiment,
Foyer, on n'en est plus à dénomd'une puissance dramatique, par
brer les petites ou grandes batailles
lesquelles elle sut s'égaler aux plus
dont les illustres planches de la
grandes tragédiennes de tous les
&amp;lai on de :Uulière furent le théàtre.
c ucht Glraadon.
temps . .&amp;lais, à l'imitation de cerA vrai dire, l'histoire de Ja Comédie-Fran- finir à Sarah Bernhardt, à Julia Barlet, à laines de ses aînées et donnant elle-mème un
çaise - « institution d'État » dont le Roi Mme Weber, en passant par la Champmeslé, exemple qui ful et sera toujours trop docileSoleil el Napoléon, à cent trente-deux ans
ment uivi, elle attendit près de vingt année
1. la Comédie-Française : Hi&amp;tou·c de la Ma ison
d'inter\'alle, ~e complurent à organiser l'exisde ,'1olière de lli58 à HlO'i, par ~'rédéric Loliêc. encore avant de se résigner à prendre sa retence jusque dans les moindres d~tails - est (Lucien LaH!ur, éditeur.)
traite. ll est vrai que, toute vieillie qu'elle fût

V. -

HtSTORU . -

F'asc. 3ï

�,,__ 1f1ST0~1A
elle avait presque le d roiL rle se croire apte à ex- parce que, dan une épo,1ue de relàcbemrnl
primer sur la cène le · ardeur, de l'amour et 1~ et dt? ceptici. me, elle-mèmt: crut à l'amour, d'ailleurs inutile. Le. prodiges de bravoure
tourment de la jalousie, car, œ · sentiments- à Ja générosité, au dé\·ouement, au acrifice. du mart.:Cbal de axe n'eurent en cffrt pour
là, unjPune mari dont die eùt pu ètrt• l'aïeule Aucune actrice ne fut moin affectée que celle ré! ultat, après une campa 0 ne d'une année.
le lui faisait cruellement éprouver. Ille !lu- femme upérieure. Elle avait accompli la ré- qu'un é&lt;;hec total.
Mais, au r ·tour du ùrillanl ,-oldal, Adrienne
r.los, en effet, ·'était pa ~ionnément épri ·e, volution du naturel, au théâtre, bien avant
à plu de cim1uante-cinq an , du fils d'un de que le xvm si~•cle, avec Diderot l'i Jean- (,ecourreur d1·vaiL se voir t1prement di puler
l'amour de l'homme pour qui elle :. 'était i
ses c.1marade. , et a1ail commi. la folie d'épou- Jaques, eùt mis la nature à la mode. 11
0 énéreu cmeul dé,·outfe .
El c'e t au1 cirser ret adole ·cent. Le tardif roman conjugal
r endant treize ans, éclip,ant Mlle Duclo , consLanecs, reslées my~lérieuses en partie,
de . farie-Aone de Cbù•eauneuf', auquel un qui devait e · dernier , uccès à l'e pèce de
procès en séparation eniL d'épilo6ue, ridi- fidélité que lé puhlic de Paris a Loujour . u de cette rivalité amoureuse, que la lra éculisa et allri, ta la fin d'une carrière qui n'eût monlrer, en sou,·enir des btiaux . oir · passés, dienne doil de paraitre encore aujourd'hui,
guère connu que de.s Lriomµbe:, i elle ne à ses grands arli ·tes ril'illi . Adrienne Lecou- comme héroïne, gr-lce au dr:ime dl! riù • el
~·était prolongée au delà de limite que ile- vreur marcha de triomphes en triomphe,. Lc,..ou\·é, ur l'affiche du tbéàlre où elle a,
vrait impo~er la nature et fixer la rai ·on. Chacun de ' rcile~ était pour elle une occa- corume artiste, lais ·étant de beaux et dura hie.,
~Ille Duclo · o'en reste pas moin ·; dan l'his- ~ion de nou,·elles mation . Mai , à l'encontre souvenir .•
Le mar~cbal de "axe, aux mérites éclalan~
toire de la Comédie-Françai e, comme la der- de ' a rivale, elle ne devait pai. alteindre l'àJ?e
el
di,·er ' qu'il réunissait, ne se piquait a unière représentante d'un ~tyle tragique au- de la déaépitude. Et, pour ai10er, elJc n'aHil
rément
pas de joindre celui d'être fidèll!, et
jourd'hui condamné, mai au si comme l'une pas allcndu l'heure où, i,.i l'on aime encore,
de .i.rtistes qui ont contrilrné, depuis deux on ne peut plw; gu~re e pérer d'être aimé. la rcconnai sance mèmc qu'il ëprouvail pour
ièclcs el demi, à a urer l'uni,ersel .renom, 11 Adrienne Lecouvreur, a érrit d'elle un Adrienne ne emhle pas avoir pu uflire à le
la gloire inconte tée du premier Lbéàlre du ancien administrateur de la Comédie-Fran- protéger ellic.,ccment contre l'a. saut de coquellerie et d'arnnce · que lui livraient, en
monde.
çaise, Ar~t'oe Hou~:aye, n pa é sa vie à aimer:
a qualité de héro, a\·t&lt;ré, le· p]u · capiteu e
Avec Adrienne Lecouneur, une diction el du comédien Legrand au cbe,alier de Rohan,
une lradilion nou 1·dl · fai aient à la ComédiP- du chevalier de Rohan au poète Voltaire, du dames de la cour. Parmi elles, il en était
française leur entrée. La tra 0 édienne, lor - poète Voltaire à lord PeterLorou~b, de lord une, Françobe de Lorraine, duch · -~e de
qu'elle l' déùata en i 7J7. a,·ait iin"l- ,pt Peterborough au maréchal de aie; san · Douillon, 11ui, soit que le maréchal réd làl à
es éduction , soit, au contraire, qu'elle ne
an . Elle était dans la pleine maturité de .on compter celui qui fut le père de .a premiùre
e résignàt pa à partager awc l'actrire le
talent, tout l'éclat de sa beauté. ,, Le nom fille, ~ans parler de celui qui fut le père de
d'.\drienne Lecouvreur, célèbre par e pa. - la econde; car i l'on cherchait bien, un caresses de. l'amant conquis, manifesta d'
·ions et sa mort m · térieu e, autant que par lrou,erait, â ce qu'il paraît, heaucoup d~ lors ouvertement contre Adrienne la plu ·.
. on "rand jeu de tragédienne, dit A. Fr :déric de cendant de l'illu Ire tra 0 édienne : par violenle et la plus somùre jalou ie. De deux
Loliée, ouvrè la génération d'ar1isles qui c-011- e emple, le mathématicien t'rancœur. 1 Ar- alternative , il ne paraiL pas, quoi qu'on ait
trilmèreot à réaliser la réforme capitale dont . ène Uou aye ajoute : « Ce n\itait pas préci- pu dire, que l'une ou l'autre soit irr~futabJemcnt établie. Mais, en lout r.a ·, il e t pt-rmis
le conséqueoet; forent l'abandon d'une Cau. se
ément le théâtre qui l'uait enrichie : elle ne de con. id~rer que c·e~t à la bain, de la rande
déclamation pro. odique, trop longtemps en s'était pas montrée dédaigoeu e pour la
fueur, el la recherche incère du pathétique. poudre d'or. Elle poU\·ait dire, comme Marion dame que la mort d'Adrienne Leco111rl'ur
Avertie d'instinct que toute grandeur el Ioule de Lorme : • Je prends quaud je n'ai rien à peut et doit re ter imputée.
Un soir, le public de la Comédie-Françabc,
noble e doivent re...ll•r impie , elle avait eu donner •• c'est-à-dire quand eUc ne pouvait
pour
une partie dul)uel la rivalité de, deux
la compr :bension immédiate qu'il faut avant donner que le ma que dt: l'amour, mai- c'était
ftmm
' était notoire, cul la urprise de voir
tout réciter comme l'on parle, el, malgré les un masque charmant. Lord Peterborough lui
Adrienne
Lecouvreur - airui qu'il arril'ail
oppositions de es rhales, les mille traca. se- disait: c Allons, madame, qu'on me montre
rie que lui inOigèreot C.! camarades, homme:. beaucoup d'amour et beaucoup d'espriLI I El 4uand une personne de qualilê voulait comet femm~s, elle eut bientôt gagnti la faveur elle montrait beaucoup d'esprit et beaucoup plimenter ur-1 ~mp etdirectement quelque
du public. En peu de lemp elle t!ta.it l'actrire d'amour, mai ,on c:œur ne battait que acteur ou actrice - Caire dans la lore de la
doche e une courte apparition. Or, à peu de
à la mode; on disait d'elle qu'elle était une lorsque milord était parti. »
jour
de là, la tra"édienne fut _oudainemenL
fille de roi parmi le comédien . Elle arait
Du ruoins celle amoureu 'e, i .om·ent prèle atteinte d'un mal inexplicaùlc, et l'on put
11:~ traits noble el d'une mobilité exprcs.ive, aux caprice. dé inlér 'sés ou aux lwson
la taille svelte, le porl et le maintien pleins dorées, eut-elle, pour l'un des hommes donl c:on taler chez elle un déptlri sement si rapide
de dignité. La flamme brillait dans es eux. le nom figure dao l'énumération abrégée qu'il ne devait pas laisser d'espoir. Pourtant,
Les inflexions les plus variéei pas aient en qu'on \Îenldelire, une passion véritable. EL là, le 1:, mari; 1730, Adrienne eut encore le
sa voix, dont le timbre )é&lt;1èrement voilé 't.:.. 1 s rôle· Curent n~nver é : c'est la maitre e courage et la force de remonter ur le planchaufla.it alll: effluve:, de la pas. ion. Elle qui 6t enver l'amant preuve de munificence. ches. On la 1·it, dan Œ,/ipe el dan le Florentin, tour à tour plu tra;:i11ue et charaborda ou,·ent des rciles de comédie. Ils conEn i 726, le due de Courlande ayant élé mante que jamai . C'étaient es adieu1 au
venaient moins à l'interprète née de béroïn
cha sé par s s ujet:, la Polo..,ne manœuvrail
de llacine. Marivaux ne la goùlait que peu de façon à s'annexer ce duché san mailre. th,:àlre, au public, à la vie. Cinq jours plus
dan la . econtle surprise de l'amour, et lui Le· Courlamlais, à qui cette combinaiioon tard, elle 'étei"n.iit, après avoir ·obi le
faisait uo rl'proche d'avoir joué en ouveraine polilique n'agréait nullement, appelèrent à martyre d'horribles comubions. L'autopsie
le personnage aimable et capricieux de ihia. leur ·ecour Maurice de axe. Celui-ri ae de- r :féla que la angrène lui u11.it dévoré le
~lai. là n'était pa · l'origin.ilité, la force de mandait qu'à se rendre à cet appel, pour se entrailles. Le bruit d'un empoi oonement
celle qui faisait parler aux rein' un langa 11e récompen er lui-même en uite de .on inter- courut au -sitôt LouL Paris en une sourde
i aisé, i humain, ou dont loutl'ètrc e péné- vention en 'attribuant la socces ion vacante. rumeur. El, rapprochant des fait , .se rappetrait avec t:ml de véhémence et de chaleur Par malheur, il manquait d'ar,,ent pour le,·er lant la récente eutrerne de l'artiste et de la
des sentiments dont paJpiLaiL le cœur de des troupes. Adrienne voulut l'y aider. Elle jalouse duchesse, on ne se fit pas faute d'acPhèdre, d'Bermione, de Pauline, parce qu'elle- vendit ses diamants, en,oya sa ,'ai ' Ue à la cuser celle dernière d'un crime &lt;Jui, d'ailleurs, devait re Ier impuni.. ..
mème éprouvait jusqu'au fond de moelle
!on.Le, et put ain i lui fournir, pour sa part,
Ain i se termina, tragiquement, l'eiistcnce
le impressions qu'elle transmettait au dehors; quarante mille lin . Ce sacrifice demeura
de celle reine de tra édie.
0

..,.

0

PAUL DE

MORA •

• \'r\'E 1.' fü111'EREC!d . (l .UTZE:\', 1813). -

D'.Jp,·ls la li/ho ra('h/t .Jt KAI HT ,

MémoireJ

du général baron de Marbot
CHAPIT RE XXI (,uite).

La perle éprouvée par mon régiment fut
dan d proportions rclalivem ni beaucoup
moindre . En elTet, à l'ourerture de la campa"ne, le ~5e de cba. enrs comptait dan· se
rau . t ,01 hommes. l'eodanl on .éjour au
camp de Polot~k, il en reçut JO, ce qui portait à 1,0t le nom\,re de caralil'r.· de ce
c-0rps entrés en Bussie. ur ce nombre, j'eu,
109 homme tué , 77 fait pri 11ooier , 65 .lropié et iO~ é"aré . Le déficit ne ful donc
4ue de 555 homme ; Je .orle quP, après la
r nlrér. de~ c.a\·alicrs que j'avai diri"é .ur
Yarsol"ic aprè la campa .. ne, le régiment r1ui,
d~ bord de la \'i tut... , avait été emoyé au
delà de !'Elbe, dans la principauté de D sau,
put réunir en fénirr 1 15 un total de 693
homme., à cheval, aiaot lou fait la campagne
Je llus,ie.
En voyant ce chiffre, l'Empereur, qui de
Paris rnr1•eillail Ja réoraani ·atioo de .on armtlc, pensa qu'il y nvait erreur, el renvoya la
,ituation, en me r;1i,ant ordonner d'en faire
0

produire une plu. curie, el comme la ,(L
conde Iut conforme à la première, I' Empert'U r
ordonna au général .. 'ha. thni d'aller inspecter
mon régiment et de lui faire dre er uo élâl
nominati{ de. homme- présents. Celle opltration ayant détruit tou · 1• doulC.! et con/irmé cc que j'avai avancé, je çu~ peu de
jour' aprè.-. du major énéral une lettre de
plu flalleu~ pour le officier, el sous-officier,, et surtGut pour moi. Elle portait que
« !'Empereur char11eait le prince Berthier dtl
a nou · exprimer la ati,faction de a lajC!ité
« pour le· soins que nou arion · donnés à la
« conservation d hommes pl:icés ou no
• ordre ; qne !'Empereur, sathant que le
« 2~• de ch:i eur· n'avait pa été jus11u'à
1 loscou, ne fondait pa la comparai on .'ur
« les perle· c uyées par les ré"imenls qui
« a,a.ienl pou.,; é j11M1uc-là, mai qu'il J'éla• Llb.ail entre ceux du _e corp d'arm~
« qui, 'étant lrouv6 dan· le mèm s condi• tion"' auraient dû ne faire 11u'à peu près
• les mêmes perte ; cJue néanmoin , le 23•
« de chasseur , bien qu'il eùl plu ou1Tt'rt
0

1

du feu de l'ennemi que les autres. rUil

« celui de tou qui avait ramené le plu·
« cl'hommcs, cc que ·1 lJajP. té atlril,uail au
11 zèle da colonel, des orûciers el .ou.-orn• ciers, ainsi qu'au l,on ~prit Je .oldats ! li
,\prè!. avoir mi à l'ordre et fait lire (·elle
lettre devant tous le escadrons, je complai.
la !!arder comme un litre glorieut pour ma
famille, mai j'en fus empêché par un crupule que vou~ approuverez an, doute. Il me
parul peu con1·enable de prÏ\·er le régiment
d'une pièce qui, pnrtanl fo marques de fa
sati fac1 ion imp 'riale pour 1011 , appartenail
à tous. J t'D\'Olai donc la ldtre dn major général aux arcbh·t! du régiment. Je me soi ·
bien ourent l'l'penli de œt acte de délicate•&lt;e,
car un an s'était à peine écoul t, que, le gouvernement de Loui · X\'lll a}anl élé sub ·litué
1&gt;n 1 U à celui de I' Empereur, le 2S• de chassPurs fut incorporé au 3• de la mème arme.
Les archÎl·e de ces deux corp~ furent d'abord
réunies, mal con~cnécs, puis, au grand Licenciement de l'armée en i 15, elles ~ perdirent dans l'immense noulfre du Lureau de la

�H1ST0'/{1A
guerre. En rain, après la révolution de 1850,
j'ai fait recht:rther la lellre du major géuéral, si flattea e pour mon ancien régime11t
et pour moi, je n'ai pu parveni1• à la retrouver.

"---------------------raient donc aucun danger jusriu'aux bords du
Rhin; cependant, par ordre de M. de Cessac,
un détachement devait les accompagner jus-

pour plus de douze millions d'effets d'habillement, linge et chaussures, qui, destinés à
nos malheureux soldats , servirent à vètir
plusieurs régiments que la Prusse leva contre nous. Le froid,
q-ui sévissait de nouveau, fit
CHAPITRE XXII
périr quelques milliers de Français de plus, mais on n'en vanta
1813. - Fàchcuse situnlion génépas moins notre habile atlmirale. - lnrarie de l'admiuislrnnistration !
tion. - Ob enalion ,ur la consernlioo des places fortes. - Êlat
Le peu de régularité qui réde la ftance. - Levées forct\rs cl
gna dans la marche de l'armée
illégales. - Se rejoins mon d(lp,;1
française pendant qu'elle traà l\lops.
versait la Prus~e proYint d'abord de l'incurie de Murat, qui
L'année f 8 15 commença pour
avait
pris le commandement
la France sous de bien fâcheux
après
le
départ de l'Empereur,
auspices; car à peine les glorieux
et
plus
lard
de la faiblesse du
débris de notre armée revenant
prince Eugène de Beauharnais,
de Russie eurent-ils franchi la
vice-roi d'Italie. Au~si était-il
Vistule et commencé à se réortemps de repasser !'Elbe pour
ganiser, que la trahison du
entrer
sur Je territoire de la
général prussien York et des
Confédération do Rhin. Mais
troupes tiu'il commandait nous
avant de se résoudre à éloigner
contraignit à nous retirer derses troupes de la Pologne et de
rière l'Oder, et bientôt à abanla Prusse, l'Empereur, voulant
donner Berlin et toute la Prus~e
s'y
ménager des moiens de re:;oulevée contre nous, à J'aide
tours offensifs, avait ordonné
des corps que Napoléon avait
de laisser de fortes garnisons
t:u l'imprudence d'y laisser. Les
dans les places qui assurPnt lt&gt;
Russe· hâtèrent aulaotc1ue pospassage de la Vistule, de l'tld .. r
sible Jeur mnrcl::te et vinrent se
et
de l'Elbe, telles que Praga,
joindre aux Prussien~, donl le
Modlin, Thorn, Danzig, Steltin,
Rui déclara alors la guerre à
Custrin, Glogau, Dre:,de, Magl'empereur &lt;les ftra11çais.
debou-rg, Torgau, WiLtemberg
Napoléon n'avait dans le
et flambourg.
nord de l'AIJemagne que deux
C11tte grave décision de Nadjvi,ions, commandées, il est
poléon peut èlre envi agée sous
vrai, par le maréchal Augert&gt;au, mais presque enli;.rcmeut CA}IPAG~E DE SAXE (1813). - LES CONSCRITS. - /Yaprés Ill ltthographie de RAFFE1'. deux points de vue bien différents; aussi a-t~elle été louée
composées de con i;rils. Quant
par
des militaires édairé~, tanaux Fra11çai qui venaient de faire la campagne qu'à Mayence, où l'on renvoyait Jps roulier·
de Hussie, dès 4u'ils furent Lien nourris et français, ainsi que l'es1·oru,, pour li,·rer les dis qu~ d'autres, non moins instruits, l'ont
llu'il~ ces.~renL d11 coucher sur la neige, ils caisses à des entrPpreneurs étranger~, chargés fortement blâmér.
Les premiers disaient que la néces~ité de
recouvrèrent leurs furres, et l'on aurait pu les de les dirrger sur Magdl"boorg, Berlin et la
donner
enfin du repos et un refuge aux nomopposer au.-ç ennemis. Mai.s nos cavaliers Vistule, sans qu·aucun ag,•nt français eût à
étaient prchque Lous à pied ; très peu i1~ surveiller ces e:x pédi lion,; au~si se faisaieu t- breux malades et blessés que son armée rafantassins avaient conservé leurs fosib; elles avec tant de mauv:iise foi et une si menait de Ru sie força !'Empereur de garder
nous 1ùvio11s plus d'arlillerie; la plupart grande lenteur que lt's ha Ilots cont.. nant les les places fortes dont l'occupation assurait,
d~s soldats marn.1uaienl de chaussures, et effets d'hal,illeruent el tt,s rhau,surru m1it- du reste, aux français la conservation d'un
leurs habits tombaient en lambeaux! Le tail:'nt -ix à huit moi~ pour parrourir le trajet immense matériel de guerre el de grands
gomernemrnl français a\'ait cependant em- Je füience à la V,stult', ce yui aurait pu être approvisionnements de vivres. Ils ajoutaient
que ces forteresses embarras eraienl les mouployé une partie de l'année t812 à faire con- fait en quarante ,1ours.
vements
des ennemis, qui, forcé de les blofectionner une grande quantité d'etlels de
Mais œ 4ui n'avait été tju'un grave incon- quer, affa,bliraient ainsi le nomLre des troupes
tous genres; mais, par suite de la négligence vénient lorsque les arn,ées françaises oc&lt;·ude l'administration de la guerre, alors dirigée pait:nl paisihlt"OJi-111 l'Allemagne t't la Pologne aclives qu'ils pourraienl employer conlrn
par M. Lacuée, comte de Cessac, aucun dP'l'Înt une calamite apri&gt;s la campagne de nous; en tin, que ~i le renforts que Napoléon
régiment ne re~ut les 'l'êtements qui lui Russie. Plus dt' deux eents ba,e.tux chargés fai~ait l'enir de France el d'Allemagne le metétaient dc~Linés. La conduite de nos adminis- d'rO' 1s Jeslmés à nos régimenb Plaienl retenus taient à même de gagner une hataille, les
trateurs en et-lie circonstance 1.Lérite d'être par lt's gla1;e:1 sur le c.tnHI dP Bromherg, au- plaœs fortes conservées par Jui fac,literaienl
aux Français une nouvelle conquête de la
signalée.
près de Na1·kel, lors~u·en janv1t:r J815 nous Prusse, ce qui nous reporterait hienlôt au
Voici co111ment les choses se passaient.
passâmes ~ur ce point. Mai commt1 il ne se
Dès que Je dépôt d'un régiment avait con- trouvait pis sur cet immenl-e convoi un seul cfdà de la V1stule et con1 raindr.ait les Hu,ses
fectionné à grands frais les nombreux effd, ageul de l'adruirnstration française pour nous à retourner dans leur pays.
Oo répondit à cela ,~ue ~apoléon affaiblisdestinés à ses bataillons ou escadrons de prérnnir, et 4ue le. hatt Ji.. rs, tous Prussiens,
guerre, l'administration Lraitait avec une :se considéraieut déjà comme no, ennemis, pas sait son armée en la morcelant sur tant de
maison de roulage pour les transporter jus- un ue parla, et nous µa,~àmes oulre, cru~ant points éloignés, dont les garnisons ne pouqu'à Mayence, qui r~i.aiL alors parlle de l'tm- que ces barques portaient des marchandises. nient se prêter mutuellement aucuu secours;
vire. Les colis, traversant la France, ne cou- Cependant, le lendemain, les Prussiens prirl'nt qu'il ne fallait pas compromeure le salut de
la France pour sauver quelques milliers de

malades el de blessés, dont un très petit
nombre pourrait servir de nouveau. En_effet,
ils périrent presque tous dans les hôpitaux.
On disait encore que les régiments italiens,
polonais et allemands de la Confédération du
Rhin, joints par l'Empereur aux garnisons
françaises pour ne pas trop diminuer ses
troupes, serviraient mal. EITectivemenl, presque tous les soldats étrangers combattirent
très mollement et finirent par passer à l'ennemi. On ajoutait enfin que l'occupation des
places fortes gênerait fort peu les armées
russes et prussiennes, qui, après les avoir
bloquées par un corps d'observation, continueraient leur marche vers la France: ce fut
en effet ce qui arrin.
Chacune de ces deux opinions présente, en
thèse générale, des avantages et des inconvéuients. Cependant, dans les conditions où se
trouvait l'armée française, je croi devoir me
ranaer à l'avis de ceux qui proposaient d'abandon~er les places, car, puisque, de l'aveu même
de leurs contradicteurs, ces places ne pouvaient nous être utiles qu'autant que nous
battrions complètement les armées russes el
prussiennes, c'était une raison de plus pour
chercher à augmenter nos for·ces disponibles,
au lieu de les disséminer à l'infini!
Et qu'on ne dise pas que les ennemis
n'ayant plus, dès lors, de blocus à faire, a?raient aussi accru le nombre de leurs bata,1lons disponibles, ce qui aurait rétabli la proportion, car on tomberait dans une très grande
erreur 1. .. En effet, l'ennemi aurait toujours
été obligé de laisser de fortes garnisons dans
les places abandonnées par nous, tandis que
nous eussions pu disposer de la tolalilé des
troupes que nous y laissâmes, el qui furenL
ainsi paralysées. J'ajouterai que la défe~se
in ulile de ces nombreuses forteresse,; priva
notre armée active de beaucoup de généraux.
expérimentés, entre autres ?u ma~échal ~~­
vout, qui, à lui seul, valait plusieurs dl\'1ions. Je conçois d'ailleurs qu'on renonce à
e servir, en campagne, de quelques brigades,
lorsqu'il s'agit de leur conlier la garde des
places d'où dépend le salut de so~ pays, telles
que sont les villes de Metz, de Lille, de Strasbourg, pour la France, car alors c'est, pour
ainsi dire, le corp~ de la patrie qu'on défend.
Au contraire, les îorleresscs placées sur la
VistuÎe, l'Oder et l'Elbe, à deux el trois cents
lieues de France, n'avaient pas une importance positive, mais seulement une importance conditionnelle, c'est-à-dire subordonnée
aux succès de nos armées acfües. Ces succès
n'ayant pas eu lieu, les qualre-üngt et quelques mille hommes de garnison crue l'Empereur avait laissés en t8i2 dans ces places
furent obligés de metil'e bas les ai·mes !...
La situation de la France, dès les premiers
mois de 1815, était des plus critiques, car,
au midi, nos armées d'Espagne avaient éprouvé
de très (Trands revers par suite de l'affaiblissement de nos forces dans la Péninsule, d'où
l'on tirait sans cesse quelques régiments,
tandis que les Anglais ne cessèrent d'envoyer
des troupes à WelJington; aussi ce général
avait-il fait une brillante campagne dans le

.MÉ.MOfR..ES

DU GÉNÉ]{JU. B.Jf.'R_ON DE

.MJf.~BOT

---..

courant de 18-12. 11 nous anit repris Ciudad- sur les événements et sur les perles éprouvées
Rodrigo, Badajoz, le fort de Salamanque, par nos troupes en Russie, voyaient seulement
avait gagné la bataille des Arapiles, occupé la gloire que la prise de Moscou faisait rejailMadrid, et il menaçait les Pyrénées.
lir sur nos armes; au•si y eut-il beaucoup
Au nord, les soldats nombreux et aguerris d'élan pour donner à l'Empereur les moyens
que Napoléon avait conduils en Russie avaient de ramener la victoire autour de ses aigles.
presque tous péri dans les combats ou suc- Chaque département, cha4ue ville firent des
combé de misère. L'armée prussienne, encore dons patriotiques en chevaux; mais de nomintacte, venait de se joindre aux Russes. Les breuses levées de conscrits et d'ar~ent attiéAutrichiens étaient sur le poinL d'imiter cet dirent bientôt cet enthousiasme. Cependant,
exemple. Enfin, les souverains et surtout les au total, la nation s'exécuta d'assez bonne
peuples de la Confédération germanique, ex- gràce, et les bataillons ainsi que les escadrons
cités par l'Angleterre, chancelaient dans leur sortaient pour ainsi dire de terre comme par
alliance avec la France. Le Prus~ien baron de enchantement. Chose étonnante I après les
Stein, homme de moyens et fort entreprenant, nombreuses levées d'hommes qui avaient été
saisit cette occasion pour publier divers pam- faites en Franœ depuis vingt ans, jamais le
phlets, dans lesquels il appelai l Lous les Alle- recrutement n'avait produit une aussi forte
mands à secouer le joug de Napoléon et à et une am,si belle espèce de soldats. Cela proreconquérir leur liberté. Cet appel fut d'au- venait de plusieurs causes.
tant mieux écouté que le passage, le séjour
D'abord, chacun des cent huit départements
et l'entretien des troupes françaises gui, de- alors existants avait depuis plusieurs années
puis 180ô, avaient occupé l'Allemagne, lui une compagnie d'infanterie dite ilépartemenavaient occasionné des pertes immenses aux- tale, sorte de garde prétorienne de mr. les
quelles s'était jointe la confiscation des mar- préfets, qui s'étaient complu à la former des
chandises anglaises, par suite du blocus con- hommes les mieux constitués. Cen.x-ci, ne
tinental établi par Napoléon. La Confédération quittant jamais les prineipales "illt's du dédu Rhin lui aurait donc échappé, si les sou- partement où ils étaient fort bien casernés,
verains des divers États dont elle se compo- nourris el ·vêtus, et où ils faisaient très peu
sait eussent dès lors pris la résolution de de service, avaienl eu le temps d'acquérir
céder aux vœtll de leurs sujets; mais aucun toutes leurs forces corporelles, car la plupart
d'eux n'osa Longer, tant éLait grande l'habi- menaient œtle vie depuis six à sept ans-, et
tude de l'obéissance à l'empereur des Fran- comme on les exerçait régulièrement au maçais, ainsi que la crainte de le Yoir bfontôL niement d11s armes, à la marche et aU.I maarriver à la t~te de forces considérable , qu'il nœuvres, il ne leur manquait que Le baptème
organisait promptement et dirigeait sans cesse du feu pour être des troupes parfaites. Ces
sur l'Allemagne.
compagnies étaient, selon l'imrortance du
La majeure partie de la nation française déparlement, de i5û, 200 el 250 hommes.
avait encore une très grande confiance dans L'Empereur les envoya loufes à l'armée, où
Napoléon. Les gens instruits le blàmaient elles furent fondues dans des régiments de
ligne.
En second lieu, on appda au ser,•ice une
très grande quantilé de conscrits des années
précédentes, dont les uns par protection, les
autres par ruse ou maladies passagères,
avaient obtenu d'être placés à la queue des
dépôls, c'est-à-dire de rester chez eux jusqu'à
nouvel ordre. L'âge les arnil rendus presque
tous forts et vigoureux.
Ces mesures étaient légales ; mais ce qui
ne l'était pas, ce fut le rappel des individus
qui, avant déjà tiré à la conscription et s'élant
trouvé; ]jbérés par le sort, n'en étaient pas
moins c..mlraints à prendre les armes, s'ils
avaient moins de trente ans. Cette levée produisit une grande quantité d'hommes propres
à snpporler les fatigues de la guerre. Il y eut
bien à ce sujet quelques murmures, principalement dans le ]lidi, 1a Vendée el la Bretagne; cependant, l'immense majorité du
contingent marcha, tant élait grande l'habitude de l'obéissance!. .. Mais cette abnégation
CL.\RliE. DUC DE FELTRE.
des populations entraina le gouvernement
dans une mesure encore plus illégale, el
d'autant plus dangereuse qu'elle frappait la
sans doute d'avoir, l'année précédente, poussé classe supérieure; car, après avoir fait marson armée jusqu'à Moscou et urtoul d'y avoir cher les hommes que le sort avait exemptés,
atlendu l'hiver; mais les masses populaires, on força ceux qui s'étaient [ait remplacer
habituées à considérer l'Empereur comme in- (ainsi que la loi les y autorisait) à prendre
faillible, et n'ayant d'ailleurs aucune notion néanmoins les armes, bien que plusieurs fa... 197 ...

�, _ IDSTO'J{l.11
milles se fussent gênées el même rurnees passé l'Elbe à la fin de 1812, restèrent paipour conserver leurs fils, car les remplaçants siblement cantonnés sur la ri""e gauche de ce de !'Empereur, furent réunies sous les ordres
coûtaient alors 12, 15, 18 el jusqu'à Ueuve pendant les quatre premiers mois de du général Exelmans. Le général Wathiez
20,000 francs, qu'il faUait p,1yn comptant. i 8J 5, sans que les Russes et les Prussiens, devait remplacer le général Castex, et le géIl y eut Înème des jeunes gens qui, s'étant postés en face, osassent les attaquer!. .. Ils néral Mauria, Cor.bineau; mais comme ces
fait rPmplacer jusqu'à trois fois, n'en furent ne se croyaient pas assez forts, bien que la trois généraux s'étaient rendus en France
pas moins oLligés de partir, et l"on en vit qui Prusse eüt mis sur pied sa landwehr, com- après la campagne de Russie et que j'étais le
servaient dans la même compagnie que l'in- posée de tous les hommes valides, et que Ber- seul colonel présent, le général Sébastiani,
dividu payé par eux pour les substituer 1... nadotte, oubliant qu'il était né Français, nous au corps duquel la nouvelle division allait
Celle iniquité provenait des conseils de Clarke, eût déclaré la gueire el eût joint les troupes être attachée, m'en donna le commandemeut,
mini-tre de la guerre, et de Savary, ministre ,uédoises à celles des ennemls de sa véritable ce qui ajoutait aux obligations que j'avais à
remplir dans mon régiment un surcroît de
&lt;le la police, qui persuad.'!rent à l'Empcreur patrie!. ..
charges, puisque je devais, par un temps afr1ue, pour prévenir pendant la guerre tout
Pendant le i,éjour que nous fimes sur la
mouvement hostile au gouvernement, il fal- rive gauche de l'Elbe, bien que l'armée fran- freux, visiter souvent les cantonnements des
lait éloigner de l'intérieur les fils des Familles çaise reçùt continuellement des renforts, ~a trois autres. La blessure que j'avais reçue au
influentes et les envoyer à l'armée pour ser- cavalerie était encore peu nombreuse, si 1'011 genou, bien que cicatrisée, rue faisait encore
vir en quelque sorte &lt;l'otages 1... Mais a6n en exct'l{lte quelques régiments dont le mien souffrir, et je ne sais vraiment comment j'aud'atténuer un peu aux yeux de la classe aisée faisait partie; aus,i lui avait-on assigné comme rais pu continuer ce service ju~qu'à la fin Je
l'odieux de cette mesure, l'Empereur créa. cantonnements plusieurs communes et les deux l'hiver, lorsqu'au bout d'un mois le général
sous la d~nomination de gardt'it d'lwnneul', petites villes de Brenha el de Landsberg, si- Wathiez, ayant rejoint l'armée, prit le comquatre régimenls de cavalerie légère .pPcia- tuées dans un excellent pays, non loin de mandement de la division.
Peu de jours après, sans que je l'eusse
lement destinés à recevoir les jeunes gen
Magdebourg. J'rprouvai là un bien vil thabien élevés. Ces corps, auxquels oo donna un grin. L'~:mpereur, voulant activer l'organisa- demandé, je reçus l'ordre de me rendre en
brillant uniforme de hussards, eurent des tion des nouvelles levées, et pensant que la France, afin d'organiser le très grand nombre
de recrues et de chevaux envoyés au dépôt de
officiers généraux pour colonels.
présence des chefs de corps serait pour cela
A ces levées plus ou moins légales, !'Em- momenlaaément fort utile aux dépots de mon régiment. Ce dépot se trom·ai t dans le
pereur ajouta le produil d'une conscription leurs régiments, JJcida que tous les colonels département de Jemmapes, à Mons en Belanticipée et de nombreux et excellents batail- se rendraient en rrancc, excepté ceux qui gique, qui faisait alors partie de l'Empire. Je
lons formés arec les matelots, ouvriers ou auraient encore un certain nombre d'hommes me mis en route sur-le-champ. Mon voyage
artilleurs de la marinP. militaire, tous how- présents sous les armes. Le chiffre fixé pour fut rapide, et comme je compris que, automfs faits, instruits au ma□ il'ment des ar- la cavalerie était de quatre cents i j'en avais risé à venir en France pour affaire de se1·vice,
mes, et qui, ennuyés de la vie monotone des plus de six cents à cbeval !. . . Je fus doue il ne serait pas convenable de solliciter le
por1$, désiraient ardemment depuis longtemps forcé dtl rester, lorsque j'aurais été si heu- plus petit congé pour aller à Paris, j'acceptai
aller acquérir de la gloire auprès de leurs reux d'embrasser ma femme el l'enfant l'offre que me fit Mme Desbrières, ma hellecamarades tle l'armde de terre. lis de,iorent qu'elle m'avait donné pendant mon ab- mère, de conduire à Mons ma femme et mon
fils. Après une anuée dtl séparation el tanl de
bientôt d'excellents et redoutables fantassin~. sence 1. .•
dangers courus, je revis ma chère femme a\'ec
Le nombre de ces marins s'élevait à plus de
A la peine que je ressentais, se joignit en50,000. Enfin !"Empereur, obligé d'employer core une grande contrariété. Le bon général un bien grand plaisir et embrassai pour la
première fois notre p..-itit Alfred, âgé de huit
tous les moyen~ paur reconstituer l'armél',
mois. Ce jour fut un des plus beaux de ma
dont une grande partie avait péri dans le
vie! fous comprendrt&gt;z surtout la joie que
glaces Je la Russie, alTaiblit encore ses arj'éprouvai
en embrassant mon enfant et en
mées d'Espagne, eu y prenant non seulement
me
rappelant
qu'il avait été sur le point de
quelques milliers d'hommes pour compléter
devenir orphelin le jour même de sa naissa garde, mais plusieurs brigades et divisions
sance! ...
entières, composées de \·i,eux soldats habitués
Je passai au dépôt la fin d'avril, ainsi que
aux fatigues el an.~ dangers.
les
moi de mai et de juin, dans de très
De leur côté, le~ llu8ses, et surtout J,,s
grandes
occupations. Les recrues envoyées au
Prussiens, e µréparaieut à la guerre. L'infa2:')e. étaieut Jort nombreuses, les hommes sutigable baron de Stein parcourait l~s prol'inces
perbes et de race belliqueuse, car ils proveen prèrhanL la croisade c·onlre les Français,
naient
presque tons des enviro11s de )Ions,
et en organisant son 1'ugenbund ou ligue de
ancienne
province du Hainaut, d'où l'Aulrirhe
la vertu, dont les adepte:, juraient de prendre
tirait ses meillem·s cava lier.~. principalement
les arme, pour 1a liberté de l'Allemagne.
les célèbres dragons de La Tour, lorsque les
Cette sociéLé, qui nous suscita de si nombreux
Pays-Bas
lui appartenaient. fos habitants dé
ennemis, agissait ouvertement &lt;lans la Prusse
celte
contrée
aiment et soignent bien les chedéjà en guerre avec ~apoléoo, et s'insinuait
vaux.
Ceux
que
le pays produit étant un peu
dans les g1ats .-l les armét&gt;s de la Confédératrop forts pour des chasseurs, j'obtins l'aution du 111.iin, malgr~ quelqm·s souverains t!l
tori.alion d'en faire acheter dans les .Arde l'aveu tacite dt: plusieurs autres, si Lien
denne.~,
d'où nou tirâmes une assez belle
que presque toute l'Allemagne en secret était
remonte.
notre ennemie, el les contingents qu'elle joiJ'avais trouré au dépot quelques bons o!ûSAVARY, DUC DE ROVIGO.
gnait à nos forces militaires se préparaient à
ciers et sous-officiers. Plusieurs de ceux qui
D"après la UthD![raphie de ~hrRr:-..
nous trahir à la premirre occasion, ainsi qu,,
avaient fait la campagne de Russie s'y étaient
les événements Je prouvèrent bienlot. Ct!S
rendus
pour se rétablir de leurs blessures ou
événements u'auraienl pas tardé à se pro- Castex, dont j'avais eu tant à me louer pende
maladies;
enfin le ministre m'a"ait envoyé
duire, si la mollesse et la lenteur naturelles dant la campagne de Russie, nous quitta pour
1
aux Allemands ne les eussent empêchés d'agir entrer dans les grenadiers à cheval de la q 1elque, jeunes sous-lieutenants sortant de
bi::aucoup pins lôt c1u'ils ne le firent, car les garde. Sa bri«ade et celle du général Corbi- l'École de cavalerie el de Saint-C)'r. Avec de
débris de l'armée française, qui avaient re- neau, qui venait d'être nommé aide de camp tels éléments, je formai prompleme11l &lt;lh·ers
escadrons qui n'étaient sans doute pas pdr-

�r--

111STO'J{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J

faits, mais dont les hommes pouvaient figurer
sans inconvénient parmi !es vieux cavaliers
revenant de Russie que j'avais laissés sur
l'Elbe et avec lesquels ils devaient être fondus
à leur arrivée. Dès qu'un escadron était prêl,
il partait pour l'armée.

CHAPITRE XXIII
Ilepr,se dt&gt;s hostilités sur !'Elbe. - Batailles d.e
Lutzen el de Bautz~n. - Armistice. - Je rejoins
mon régiment. - Etat de l'armée. - ~falaise gi'néral. - Napoléon devait traiter. - Force des
armées en présence.

Pendant que je m'occupais activement à
reconstituer mon régiment et que tous les
colonels, principalement ceux de cavalerie,
étaient retenus en France par les mêmes
soins, les hoslilités recommencèrent sur
l'Elbe, que les alliés avaient franchi.
L'Empereur, ayant quiué Paris, se trouvait le 25 avril à Naumbourg en Saxe, à !a
tête de ! 70 000 hommes, dont un tiers seulement étaient Français, une partie des
troupes récemment dirigées sur l'Allemague
n'étant point encore arrivées sur le théâtre de
la guerre. Les deux autres tiers de l'armée de
Napoléon étaient formés des contingents de
la Confédération du Rhin, dont la plupart
étaient fort mal disposés à combattre pour
lui. Le général Wittgenstein, auquel notre
désastre de la Bérésina avait donné quelque
célébrité, bien que les éléments nous eussent
fait beaucoup plus de mal que ses combinaisons, commandail en chef les troupes russes
et prussiennes réunies, fortes de 500 000 hommes, qui se présenlèrenL le 28 avril d..:vant
l'armée de Napoléon, aux environs de Leipzig.
Il y eut le Jer mai un vif engagement à
poserna, dans la plaine déjà célèbre par la
mort de Gustave-Adolphe.
Le maréchal Bessières y fut tué d'un coup
de canon. L'empereur le regretta plus que
l'armée, qui n'avail pas oublié que les conseils donnés par ce maréchal, le soir de la
bataille de la Moskova, avaient empêché Napoléon de compléter la victoire en faisant combattre sa garde, ce qui eût changé la face des
événements el amenu la destruction complète
des lrou pes russes.
Le lendemain de la mort du maréchal Bessières, et pendant que Napoléon continuait sa
marche sur Leipzig, il fut attaqué à l'impro- ·
viste et en flanc par les Russo-Prussiens, qni
avaient passé la rivière de !'Elster avant le
jour. Dans cette bataille, qui prit le nom de
Lutzen, l'action fu l des plus vives; les troupes
nouvellem,·nl arrivées de France combattirent
avec la plus grande valeur. Les régiments de
marine se tirent particulièrement remarquer.
Les ennemis, battus de toutes parts, se retirèrent vers l'Ell,e; mais les Français, n'ayant
presque pas de cavalerie, ne purent faire que
peu de prisonniers, et leur victoire fut incomplète. Néanmoins, elle produisit un très grand
effet moral dans toute l'Europe, et surtout
en France, car ce premier succès prouvait
que nos troupes avaient conservé toute leur
supériorilé, et que les glaces de la Russie

avaient pu seules les vaincre en 1812.
L'empereur Alexandre et le roi de Prusse,
qui, après avoir assisté à Lutzen à la défaite
de leurs armées, s'étaient rendus à Dresde,
furent obligés d'en sortir à l'approche de Napoléon victorieux, qui prit, le 8, posse,sion
de cette ville, où son allié le roi de Saxe vint
bientôt le ri&gt;joindre. Après un court séjour à
Dresde, les Français y passèrent l'Elhe et suivirent les Prusso-Russes, dont ils joignirt&gt;nl
et battirent l'arrière-garde à Bischof:.werda.
L'empereur Alexandre, mécontent de Wittgenstein, avait pris lui-même le commandement des armées alliées; mais ayant été
défait à son tour par Napoléon au combat de
Wurtcheu, il reconnut probablement son
insuffisance pour la direction des troupes,
car bienlol il renonça à les conduire.
Les Russo-Pr-ussiens s'étant arrêtés et retranchés à Bautzen, l'empereur des Français
fit tourner leur po ilion par le maréchal Ney,
et remporta le ~1 mai une victoire que le
manque de ca,alerie rendit encore incomplète;
mais les ennemi eurent t 8 000 hommes hors
de combat, el s'eufuirenL dans le plus grand
désordre.
Le 22, les Franç.ais, s'étant mis à la poursuite des Ru ses, atteignirent leur arrièregarde en avant du déftJé de Reichenbach. Le
peu de cavalerie qu'avait Napoléon était commandé par le géui&gt;ral Latour-~laubourg, militaire des plus distingués, qui la mena avec
tant de vigueur que les ennemis furent enfoncés et abandonnèrent le champ de bataille
après de graudes pertes. Celles des Français,
bien que peu nombreuses, leur furent très
sensibles. Le général de cavalerie Bruyère,
excellent officier, eut li-s deux jambes emportées et mourut de celte affreuse blessure.
Mais l'événement le plus funeste de cette
journée fut produit par un boulet qui, après
avoir tué le général Kirgener (beau-frère du
maréchal Larmes), blessa mortellement le
maréchal l.luroc, grand maréchal du palai ,
homme aimé de tout le monde, le plus ancien
et le meiUeur ami de Napoléon. Duroc ayant
survécu quelques heures à sa blessure, !'Empereur se rendit auprès de lui et donna les
preuves d'une grande sensibilité. Son dé,espoir fut des plus touchants. Les témoins de
cette scène déchirante remarquèrent que,
obligé de quitter son ami pour reprendre la
direclion de l'armée, Napoléon, en s'éloignant
de Duroc, baigné de ses larmes, lui donna
rendez-vous dans C( un rnonde meilleur 1 »
Cependant l'armée française, poursuivant
ses succès, était parvenue en Silésie, ef occupa
le fer juin Breslau, sa capitale. Alors, frappés
de terreur, les alliés, surtout les Prussiens,
reconnurent ce qu'il y avait de critique dans
leur position, et se sentant, malgré leur jactance, incapables d'arrêter seuls les Français,
ils voulurent gagnei: du temps, dans l'espoir
que l'Autriche, mettant un terme à ses hésitations, joindrait 1:nfin ses armes aux leurs.
Les .Prusso-8.usses envoyèrent donc des parlementaires chargés de solliciter un armistice
qui, sous la médiation de l'Autriche, allait,
disait-on, amener la conclusion d'un traité de

paix. L·empereur apoléon ayant cru devoir
accordt&gt;r cet armistice, il fut signé le 4 juin,
pour durer jusqu ·au 10 août.
Pendant que Napoléon marchait de succès
en succès, le maréchal Oudinot se fit battre à
Luckau el perdit 1100 hommes. L'Empereur
espérait que, pendant l'armisticet les nombreux renforts qu'il attendait de France et
s~rtout la cavalerie, dont il avait si -vivement
regretté l'absence, le rejoindraient et pourrai1ml pa.rltciper à une nouvelle c&lt;1mpagne, si
elle devenait indispen able. Cependant, malgré cet avantage, plusieurs généraux regrettaient qne !'Empereur n'eût pas poursuivi ses
succès. Us disaient que si l'armistice nous
donnait le temps de faire arriver nos réserves
sur le théâtre de la guerre, il laissait aussi la
même faculté aux Russo-Prussiens, qui, outre
les Suédois déjà en marche pour venir défendre
leur cause, avaient l'espoir de voir se ,joindre
à eux les Autrichiens. Ces derniers n'étaient
pas prêts en ce moment, mais ils allaient avoir
plus de deux mois pour organiser et me.ttre
en mouvement leurs nombreuses troupes.
En apprenanl à ~Jons les victoires de Lutzen
et de Bautien, je fus peiné de u'y avoir pas
participé; mais les regrets que j'éproÙvai
furt•nt atténués quand j'eus acquis la certitude que mon 1•égimi-nt ne s'J était pa trouvé;
en effet, il était alors en avant deMagdebourg,
sui· la route de Berlin. M. Lacour, ancien
aide do camp du général Castex., avait été
rnrs la fin de 1812 nommé cbt•f d'esradrons
au 23• de chasseurs, qu'il commandait en
mon absence. C'était un officier très hrave,
qui s'était faillai-même une demi-éducation
avec des livres, ce qui lui donnait des prétentions peu en rapport avec l'habit militaire;
en outre, son peu d'entente du commandement exposa le régiment à des p?rles qu'on
aurait pu éviter et dont je parlerai plus loin.
Pendant mon séjour au dépôt, je reçus
comme second chef d'escadrons M. Puzac,
brillant officier sous tous les rapports, auquel
sa valeur avait fait obtenir un sabre d'honneur à la bataille de Marengo.
Vers la fin de juin, tous les colonels envoyés en France pour organi ·er de nom-elles
forces, ayant rempli celle tàche, reçurent
l'ordre de retourner en poste à l'armée, bien
que les hostilités dussent encore ètre suspendues pendant quelque temps. Je fus donc
contraint de me séparer de ma famille, auprès
de laquelle je venais de pas er des jours si
heureux; mais l'honneur et le dP-voir parlaient, il fallait obéir!
Je repris la route d'Allemagne et me rendis
d'abord à Dresde, où l'Ernpt:'reur a1•ait convoqué tous les colonels, afin de les questionner
sur la composition des détachements dirigés
par eUJ. sur l'armée. J'appris à ce sujet une
chose qui me navra le cœur 1... J'avais organisé dans mon dépôl quatre superbes escadrons de 150 hommes chacun. Les deux premiers (heureusement les plus beaux et les
meilleurs) avaient rejoint le ré11,iment; le
troisième m'avait été enlevé par décision impériale, pour se rendre à lJambourg, où il
Fut incorporé dans le 28e de chasseurs, un

.MF..7H011(ES DU GÉNÉ'R.JU., BA'R_ON D'E ..MJU(BOT

des plus faibles régiments de l'armée. Cet
ordre étant régulier, je m•~, soumis sans murmurer. Mais il n'en fut pas de même lorsque
je fus informé que le 4e escadron, que j'avais
fait partir de Mons, ayant été vu à son passage à Cassel par .lérôme, roi de Westphalie,
ce prince l'avait trouvé si beau que, de son
autorité privée, il l'avait incorporé dans sa
garde 1... Je sus que l'Empereur, très ir• rité de ce que son frère s'était permis de
s'emparer ainsi d'un détachement de ses
troupes, lui avait ordonné de se remettre
sur-le-champ en route, et j'espérais q•i'il me
serait rendu; mais le roi Jérôme fil agir
quelques aides de camp de l'Empereur, qui
représentèrent à Sa M'ajesté que la garde du
roi de Westphalie étant uniquement composée
d'Allemands peu sûrs, il serait convenable de
lui laisser un escadron français sur lequel il
pût compter; qu'en second lieu, le Roi venait
de donner à grands frais à cet escadron le
brillant unüorme des hussards de sa garde;
enfin que, même en perdant un escadron, le
2::;e de chasselll'S serait encore un des plus
forts régiments de la cavalerie française. Quoi
tJu'il en soit, l'incorporation de mon escadron
dans la garde westpbalienne fut ainsi maintenue, malgré mes vives réclamations. Je ne
pouvais me consoler de cette perte et trouvais
souverainement injuste de me voir ainsi dépouillé du fruit de mes peines et de mes 1ravau:x.
Je rcjoignjs mon régiment non loin de
l'Oder, dans le pays de agan, où il était cantonné prè de la petite ville de Freistadt,
ainsi que la divi.iun Exelmans dont il fai~ait
partie. M. Wathiez, mon nouveau général de
brigade, avait été mon capitaine au 25e de
chasseurs. Il fol toujours très bien pour moi.
Nous allâmes loger dans un charmant et confortable château. nommé Herzogwaldau, placé
au centre de plusieurs villages occupés par
mes cavaliers.
Pendaul notre séjour en ce lieu, il ~e passa
un épisode fort bizarre. Un chasseur nommé
Tantz, le seul mauvais sujet qu'il y f'Üt au
régiment, s'étant fortement grisé, osa menacrr
un ofilcier qui le faisait conduire à la salle de
police. Mis en jugement, cet homme fut condamné à mort et la sentence ratifiée. Or
quand la garde, commandée par l'adjudant
Boivin, alla chercher Tantz pour le conduire
au lieu où i.l devai-t être fusillé, elle le trouva
complètement nu dans la prison, sous prétexte qu'il fai_ait trop chaud. L'adjudant,
très brave militaire, mais dont l'intelligence
n"égalait pas le courage, au lieu de faire habiller le condamné, se borna à lui faire endos ·er un manteau; mais, arrivé sur le pontleYis des larges fossés du château, Tantz jette
le manteau à la figure des hommes de garde,
s'élance Jans l'eau, la traverse à la nage,
iragne la campagne et va joindre les ennemis
de l'autre côlé de !'Oder. On n'entendit plus
parler de lui!... Je cassai l'adjudant pour
noir manqué de surveillance, mais i1 reconquit bientôt ses épaulelles par un trait de
courage que je rapporterai sous peu.
Les escadrons que je Yenais de joindre au

.,. 200 ..,_

régiment portaient sa force numfoque à
995 hommes, dont près de 700 avaient fait
la campague de nu~sie. Les soldats nouvellement arrivés étaient fortement constitués
et presque Lous tirés de la légion départementale de Jemmapes, ce qui avait beaucoup
facilité leur instruction comme cavaliers,
J'incorporai mes nouveaux escadrons dans les
anciens. De part et d'autre on se préparait à
la lutte, mais les ennemis avaient utilisé leur
temps à nous susciter un puissant adversaire, en décidant l'Autriche à marcher contre
nous! ...
L'empereur Napoléon, que de nombreuses
victoires avaient habitué à ne pas compter
avec ses ennemis, se crut de nouveau invincible en se voyant en Allemagne à la tête de
500,000 hommes, et il n'examina pas assez
les forces dont se composaient les éléments
qll'il allait opposer à l'Europe entièl'e, coalisée contre lui.
L'armée française venait, ainsi que je l'ai
déjà dit, de recevoir une très forte espèce
d'hommes; aussi, jamais ellen'avait-éléaussi
belle! Mais comme, à l'exception de quelques
régiments, la plupart de ces nouYeaux soldais
n'avaient point encore combattu, cl 4.ue les
désastres de la campagne de Ru sie avaient
jeté dans les corps une perturbation dont !es
effets se faisaient encore sentir, nos superbes
troupes formaient uue armée plus propre à
montrer pour obtenir la paix, qu'à faire en
ce moment la guerre; aussi presque tous le.~
généraux et colonels qui voyaient les régiments de près étaient-ils d'avis qu'il leur fallait quelques années de paix.

8.\LïZEN. -

~UIT DU 20 .\U 21 li\!

•

1813. -D'après la Lil/!ografrhit: de

i de l'armée française on passait à l'examen de celle de ses alliés, on ne trouYail que
molles e, mauvaise volonté et désir d'a,,oir
l'occasion de trahir la France! ... Tout devait
.,. 201 ,..

donc porter Napoléon à traiter avec ses adversaires, et pour cela il aurait dù . e rattacher
d'abord son beau-père l'empereur d'Aurriche,
en lui restituant la Dalmatie, l'Istrie, le Tyrol
et une partie des autres pro\•inres qu'il lui
av ail arracbées en 1805 et l 809. Quelques
concessions de ce genre, faites à la Pru~se,
auraient calmé les alliés qui, à ce qu'il parait,
offraient à Napoléon de lui rendre les colonies
enlevées à la France et de lui garantir toutes
les provinces en deçà du Rhin et des Alpes,
de même que la haute Italie; mais il devait
abandonner l'Espagne, la Pologne, Naples et
la Westphalie.
Ces proposilions étaient convenables; cependant, après en avoir conféré a,·ec les diplomates étrangers envoyés pour traiter avec lui,
Napoléon rudoya M. de ~lellernith, le principal
d'entre eux, el les renvoya tous sans rien
céder. On assure même qu'en les voyant sortir
du palais de Dresde, il ajouta : &lt;1 Comme
nous allons les ball rel. .. » L'Empereur paraissait oublier que les armées ennemies étaient
près de t,·ois fois plus nombreuses que celles
qu'il pouvaiL leur opposer. En effet, il n'avait
pas plus de 520,000 hommes en .Allemagne,
tandis que les alliés pou vaienl rnellre en ligne
près dt! 800,000 combattanl.li 1
La fête de !'Empereur tombait au 15 aoùt,
mais il ordonna de l'avancer, parce que l'armistice finissait le 10. Les réjouissances de
la SainL*Napoléon eurent donc lieu dans les
cantonnements. Ce fut la dentière fois que
l'armée française célébra le jour de la naissance de son empereur. 0 y eut fort peu d'enthousiasme, car les officier~ les moins clair-

RAFFET,

voyants comprenaient que nous étions à la
veille de grandes catastrophes, et les préoccupations des chefs se reflétaient sur l'esprit
des subalternes. Cependant, chacun se prépa-

�111STO]t1A

--------------------------------------~

rail à bien faire son devoir, mais avec peu
d'espoir de succès, tant étail grande l'infériorité numérique de notre armée, comparée
aux troupes innombrables des ennemis, et
déjà parmi nos alliés de la Confédération du
Rhin, le général rn:xon Thielmann avait déserté
avec sa brigade pour se joindre aux Prussiens, après avoir tenté de leur livrer la forteresse de Torgau. Il régnait donc dans l'esprit
de nos troupes un grand malaise et peu de
confiance.
Ce fut en ce moment qu'on apprit le retour
en Europe du célèbre général Moreau, qui,
condamné au bannissement en 1804, à la
suite de la conspiration de Pichegru et de
Cadoudal, s'était retiré en Amérique. La haine
que Moreau portait à Napoléon lui fai~ant
oublier ce qu'il devait à sa patrie, il Oétrit
ses lauriers en allant se ranger parmi les
ennemis de la Frarce ! Mais ce nomeau Coriolan subit bientàt la peine que méritait cette
conduite infàme !. ..
Cependant, un immense demi-cercle se

COMBAT DE ,vuRTCIŒN. -

Berlin et les environs avec une armée de
120,000 hommes, composée de Suédois,
Russes et Prussiens. Les deux grandes armées
russe el prussienne, fortes de 2·20,000 hommes, dont 55,000 de cavaleriP, cantonnaient
en Silésie, entre Schweidnitz E't l'Oder;
40,000 Autrichiens étaient postés à Lintz, et
la grande armée autrichienne, dont le nombre
s'élevait à f40,000 hommes, était réunie à
Prague; eniln, derrière et à peu de distance
de cette première ligne composée de 560,000
combattants, d'immenses réserves étaient
prêtes à marcher.
L'empereur .Napoléon avait ainsi distribué
ses troupes : 70,000 hommes, concentrés
auprès de Dahmen en Prusse, devaient agir
contre Bernadotte; le maréchal Ney, avec
100,000 hommes, gardait une partie de la
Silésie. Un corps de 70,000 hommes se trouvait aux environs de Ziltau. Le maréchal
Saint-Cyr, avec 16,000 hommes, occupait le
camp de Pirna et couvrait Dresde. Enfin, la
garde impériale, forte de 20 à 25,000 hom-

Gravure J'A aBERT, d'après le tableau de BEAUME. (Mus~

formait autour de l'armée française. Un corps
de 40,000 Russes était en Mecklembourg;
Bernadotte, prince royal de Suède, occupait

(Û

Versailles )

mes, était autour de cette capitale, prête à se
porter où besoin serait. En ajoutant à ces
forces les garnisons laisse:es dans les places,

les troupes de Napoléon étaient infinimen t
moins nombreuses que celles des ennemis.
Cette énumération ne comprend pas les armées
laissées en Espagne et en Italie.
CHAPITRE XXIV
Du ~h~ix des chefs de corps. - Rupture de l'armi~ttce. - Le général 1omfoi . - Combat en Silésie sur le Doher. - Épisodes di1·ers. -Douloureux
échec.

L'empereur des Français avait divisé son
armée en quatorze corps, dits d'infanterie,
bien qu'ils eussent chacllll une division ou au
moins une brigade de cavalerie légère. Les
généraux en chef furent : pour le premier
corps, Vaudamme; poar le 2e, le maréchal
Victor; 5•, maréchal Ney; 4• général Bertrand; 5• irénéral Lauriston; 6• maréchal
Marmont; 7•, général Reynier; 8•, prince
Poniatowski; 9•, maréchal Augereau; f Qe (enfermé dans Danzig), le général l\app; 1t•,
maréchal Macdonald; 12•, maréchal Oudinot;
13e, maréchal DaYout; 14•, maréchal SaintCyr; enfin la garde, sous les ordres directs
de !'Empereur. La cavalerie était divisée en
cmq corps ainsi commandés, savoir : le fer,
par le général Latour-Maubourg; 2•, général
Sébastiani ; 5•, général Arri ghi ; 4•, général
Kellermann; 5•, général Milliau. La cavalerie
de la garde était sous les ordres du général
Nansouty.
Si l'armée applaudit à quelques-uns de ces
choix, tels que cetL-. de Davout, Ney, Augereau, Reynier et Saint-Cyr, elle regrettait lie
voir des commandements importants : à Oudinot, qui avait commis plus d'une erreur
dans la campagne de Russie; à Marmont, qui
par trop de précipitation venait de perdre la
bataille des Arapiles; à Séhastiani, qui semblait au-dessous d'une telle tâche; enfin, elle
se plaignit que pour une campagne qui devait
décider du sort de la France, !'Empereur
essayclt les talents stratégiques de Lauriston
et de Bertrand. Le premier était un bon
artilleur; le second, un excellent ingénieur;
mais n'ayant ni l'un ni l'autre dirigé des
troupes sur le terrain, ils étaient par consfL
quent dan l'impossibilité formelle de mener
un corps d'armée.
apoléon, ~e rappelant que lorsqu'il fut
nommé général en chef de l'armée d'Italie, il
n'avait encore commandé que quelques bataillons, ce qui ne l'empêcha pas de conduire
une armée dès son déLut, crut probablement
que Lauriston el Bertrand pourraient faire de
même: mais les hommes universels comme
Napoléon sont fort rares, et il ne pouvait
e$pérer en rencontrer de tels dans ces nouveaux chefs de corps. C'est ainsi que l'affection personnelle qu'il vouait à ces généraux
l'enLraîna dans l'erreur qu'il avait déjà commise en confiant uoe armée à l'arûlleur Marmont.
En vain on discutera sur ce point; l'histoire
des guerres passées nous prouve que, pour
être général en chef, les théories ne suffisent
pas, et que, à _três peu, mais très peu d'exeplions près, il faut avoir seni dans les régi-

.MiMOm_ES DU GÉNÉ'R_JtL BJt'R_ON DE .JJ{Jt1?_BOT - ~

meots d'infanterie ou de cavalerie el y aToir
commandP comme colonel pour être à même
de bien diriger des masse, de troupes, car
c'est un apprentissage que très peu d'hommes
peuvent bien faire comme officiers généraux,
surtout comme rht•fs d'armée. Jamais Louis XIV ne
confia en rase campagne le
commandement d'un corps
de troupes au maréchal de
Vauban, qui étaiL cependant
un des homme~ les plus
capables de on siècle, et,
si on le lui eùl 01ft ri. il est
à présumer que Vauban
l'eùt refusé, pour s'en tenir
à sa spécialité, l'attaque et
la défense des places. Marmont, Bertrand et Lauriston
n'eurent pas la mème mode. tie,etl'alfection que ~apoléon leur portait l'empêcha
d'écouter aucune des observations qu'on lui fit à ce, ujet.
Le roi Mural, qui s'était
rendu à Naples après la campagn~ de Russie, rejoig11il
!'Empereur à Dresde. Les coalisés, c'est-à-dire
les Autrichiens, Busses et Prussiens, ouvrirent
la campagne par un manque de bonne foi indigne des nations civilisées. Bien que, aux termes de la dernière convention. le hostilités
ne dussent commencer que le 16 aoùt, ils attaquèrent nos avant-postes le 14 et mirent la
plus grande partie de leurs troupes en marche,
par suite de la trahison de Jomini.
Jusqu'à ce jour, on n'avait vu que deux
généraux saxons, Thielrnann et Langueneau,
s'avilir au point de passer à l'ennemi; mais
l'uniforme du général îrançais était encore
exempt d'une telle tache. Ce fut un Suisse,
le général Jomini, qui la lui imprima. Ce
malheureux était simple commis, au traitement de 1,200 francs, dans les bureaux du
ministère de la R~publique helvétique en 1800,
lorsque le général Ney fut envoyé à Berne par
le premier Consul pour s'entendre avec le
gouv~nement de la Suisse sur les woyens de
défense de cet État, alors notre allié. Les
fonctions du commis Jomini, spécialement

chargé de la tenue des registres de situation
de la République helvétique, l'ayant mis en
rapport avec. le général Ne!, celui-ci fut à
même d'apprécier ses moyens, qui étaienl
grands, et, cédant à ses vives sollicitations,

11oRr oi; JIIARECIL\L DUROC.

il le lit admellre comme lieutenant et bientôt
comme capitaine dans un régiment suisse
qu'on formait pour le service de la France.
Le général Ney, prenant de plus en plus son
protégé en affection, le fit faire officier français, le choisit pour aide de camp, et lui
donna le moyen de publier les ouvrages qu'il
écrivait sur l'art de la guerre, ouvrages qui,
Lien que trop vantés, ne manquent certainement pas de mérité.
Grâce à celte haute protection, Jomini
devint promptement colonel, général de brigade, et se trouv.iit chef d'état-major du
maréchal Ney lors de la reprise des hoslilités,
en 1815. Séduit alors par les brillantes promesses des Russes et oubliant ce qu'il devait
au maréchal Ney, à rEmpereur, ainsi qu'à la
France, sa pairie adopLive, il déserta en emportant les étals de situai ion de l'armée, ain~i
1. I.e l'ail particulier d'aYoi,· emporte les clats de
siluallon de l'armér et les uoles relaLivPs au plan de
campagne a été génêrateme11t contredit. Voir notamment T111Ens, l/i.,toire du Consulat el de l'Empire,
l. XVI. p. '.:li5-'l76

que toutes les notes relatives au plan de campagne qui allait s'ouvrir', et de crainte que,
en apprenant sa luite, Napoléon ne modifiât
ses projets, il insista auprès des alliés pour
qu'ils commençassent les hostilités deux jours
avant celui fixé pour la raµtare de l'armist1ce. L'empereur Alt!xandre, au grand
étonnement de l'Europe, rérompensa la trahison de Jomini en le nommant son aide
de camp, ce qui choqua tellement la délicatesse de!' empereur d'Autriche riue, dlrrant
un jour cht:'z Alexandre et
aperc1&gt;vant Jominiau nombre
des convives, il s'écria tout
haut : Cl Je sais que les sou« verains sont quelquefois
cc dans la nécessilé de se
cc servir de déserteurs, mais
et je ne conçois pas qu'ils les
,, reçoivent dans leur étatet major et même à leur
" table! ... ll
La trahison de Jomini,
chef d'état-mojor du maréchal Ney. ayant fait tomber aux mains des
alliés les ordres de marche dictés par
lapoléon, fut pour celui-ci un coup des plus
l'nnestes, car plusieurs de ses corps d'armée
furent attaqués pendant leur mouvement de
concentration et obligés de céder à l'ennemi
des positions importantes, faute de temps
pour en préparer la défense.
Cependant, l'Empereur, dont le projet était
de se porter en Bohème, trouvant partout les
ennemis prévPnus et sur leurs gardtis dans
celle direction, résolut de marcher sur l'armée
prussienne de Silésie et d'y faire reprendre
l'offPnsive par les corps français, qui avaient
été forcés de se retirer de,,anl Blücher. En
conséquence, Napoléon se rendit, le 20 août,
à Lowenberg, où il attaqua une masse considérable de coalisés, composée de Prussiens,
fiusses el Autrichiens. Dil'ers combats eurent
lieu, ltis 21, 22 et 25, dans les environs de
Goldberg, Graditzberl!' el Bunzlau. Les ennemis perdirent 7,000 hommes, tués ou pris..
el se retirèrent derrière la KatzLacb.

(A suivre.)

,.. 202 -

"' 203 ,...

GÉNÉRAL OE

;\lARBOT.

�"----------------------ment, toise à toise, il paniut à \Îvoler. Puis,
quand, à la force du poianel, après dix actions d'éclat, dont la moindre eût classé son
homme, il arriva aux grades supérieurs, ce
ne fut rien encore. Cela honorait, ,mais on
n'en virn.it point. Enfin, il eut la lieutenance
générale de flan&lt;lre. et quel1[11f'S annt!es aprè
le gouvernement de Valenciennes : œtle foi~,
c'était la ,·ie a urée. li put songer à faire
!-ouche, l'héritière se trOU\'ll; celui qui avait
été le chevalier de Montmorency, qui était le
die, alier de Lu,embourg, devint le prince &lt;le
Tingry, et il épousa .~Ille de Harlay.

PARIS AU .X\'111' SIÈCLE, -

\'üE DES llOULEYARDS DE 1 'HOTEL DE
'

•

Lo1:1s-LE GRA "D

-

· · -

S

-

ALI,! ET DES llOUU"\'S DE MONTllARTRF., PRISE DES JARDDiS

.De
uin &lt;k Monv.u

LE JEUNg.

(Musét CarMvakl,)

•

USPE..'-DU' DE t .J R,..,,.
-~ ~ ...

Les comptes d'une grande dame
en 1738
Par FRÉDÉRIC MASSON, de l'Académie française.

Des rohes à douze Fr:inc:,, qui en a vu,
sauf Àtt Bonheu,- du Da11te ? Des ouliers à
cinq francs, qui en a vu, sauf chez les cordo~iers du faubourg, fabriquant à ju te
pru: en quelque loge ignoùle de portier? Qui
a bu du vin, et du nai vin, et le plu ~rand
vin qui soit, à 78 livres la feuillette? Cela a
été ai~si pour ta nt et c'est le prix qu'on paiait
à Paris, au temps où régnait par la gràce de
Dieu, très grand, Lrè! illu~Lre et très excellent prince, Louis,, •ye du nom, roi de France
el de ararre, Louis le bien-aimé.
li y a quelque cent soixante-quinze ans
donc, _\ivait à Paris, en son hôtel de ce quai des
Théatins, auquel on a donné depui le nom
de M. Arouet de Voltaire, une très grande
dame, qui, au nom le plus illustre de la monarchie, à ce nom de Montmorency qui se
rencontre à chaque page de notre histoire
avait allié le nom de Harlay, le premier no~
de la Robe.
.lllle de Daria) de Beaumont avaiL épousé
en i 7H, à l'àge de dii-lmit ans, très haul

el Lrès puissanl seigneur ,1gr Chri tian-Louis
de Monlmorency-Lu1embourg1 prince de Tin#
gry, sou,·erain de Luxe, lieutenant général
des armét:s du Hoi el de la province de Flandre, gou,·erneur de la ville et citadelle de
~alencie~nes. Les titres étaient forl grands,
1 à~e Ir~ haute, le couraae hors de pair;
mais, d argent, Christian-Louis n'en aYait
point. C'était un cadet, le quatrième fils de
ce maréchal de Luxembourg, qui, fils posthume d'un père décapité sur l'échafaud, se
v~ngea de son roi en remportant en son nom
dix glorieuses victoires, en tapissant avec des
drapeaux pris sur l'ennemi les murs de otreDame. Il fut grand, ce bossu; il mlirita, par
son dévouement à la France, qu'on donnàt
son nom à une des rues de Paris. Cette rue
se n~mmail ain i depuis l'an de grâce J719:
on aJu?é que ce nom de Luxembourg était de
m~u~a1s exemple. L'entrepreneur devicloires
a eté remplacé par un entrepreneur de banqueroutes : on a mis Cambon là où était
Luxembou rg. Ce fabricant d'assignats plaît

nu. ?&lt;&gt;n~eil muni~pal de Pari autant que
lm depla1t ce fabricant de gloire.
Comme cadet, Christian-Loui n'avait eu
qu'une légitime très mince et un litre de chevalit:r ~e Malte: titr~ nu, car, n'aimant que
le service de œrre, n ayant point voulu s'engager dans la Rdi"ion, ni faire ses caravanes
il n'avait à attendre ni commanderie, ni bail~
liage. Dès l'enfance, il avait servi : à seize
ans, il étail à teinkerq ue; à dix-·Ppt, il
obtenait un régime~t. ~ette année-là (1693),
so~ père m_ourut. ~ était sa fortune qui semblall ruoum. Il lm fallut servir double, réclamer comme une faveur la corvée des
quartiers d'hiver. et, pendant que le jeunes,
les galants, les riches s'envolaient à Versailles, demeurer sur les frontières, remplir sa
bourse, se serrer le ventre pour tenir table
au printemps prochain et faire bonne figure.
~iosi,. avec ses appointements, quelques gratifications du Roi, sa médiocre légitime, un
petit héritage qu'il avait mangé économique-

Son nouveau titre ne l'avait point enrichi;
en son contrat de maria~e il eut beau mettre
1out à bout sa vaisselle d'argent, ses chevaux
et équipagi&gt;s, ses meubles meublant , une
créanl'e peu recouvrable sur les Iré urier · de
l'Extraordinaire des guerres, se· 11ppoinlemeots romme lieutenant général en Flandre
et comme gouverneur de Valen,:iennll·, le brevet de retenue que le Roi lui avait accordé
sur sa charge, c'est tout au plu s'il parvint
à fournir un total de 150.027 livres et c'étail'lll; romme on voiL, des ,,a[eur · difficilement néaoeiaLle ; mais lllle de llarla,• était
riche par son père, le premier présid~nt, et
par sa mère : une du LouëL de Coëijenval.
Elle eut en dol 20.000 liHes di:i reutes bien
as,i_ es, trois fois autant à la morl du premier président de llarlay, hien pins encore à
la morl de • a mère. En 1i5.t, quand le prince
de Twgry ful devenu maréchal de France el
que, ch~~geant de nom pour la quatrième
fois, il 'appe_la le maréchal de Montmorency,
non eulemt'nl il fut ce 4u'il était Jadis. un
des hommes ltl!l plus noules, les plus hravts
et les plu ju lement honorés qu'il y eùl en
Franct•, mai un des hommes les plu riche.,
non pas riche à la façon d'un fiunncwr ou
d'une favorite, par les croupe ur les fermier· généraux. ou les intérêls dans les fournitures, mais riche d'une ri1hesse solide, en
bons contrats l'L bonnes rente~, en lcrres patrimoniales, en rede\'ance certaines, en fcrm,•s de rapport as uré.
La maréi-hale, en ~rnnde damr qu'i•lle
étaiL, dut 'h~biller rbez les meilli•urs fournbseur ; sa ta.hie fat d plus ,1,i .. nées; ~a
cave de~ mieux remplie~. Ce 11'était point
chez elle la profu~ion d'une de ces mai~on
où l'on ne .ail point ce que Yaut l'argent, le
e:icbage, comme chez le prince· du sa11g
royal uù la de serte el la mise-bas fai~aien t
le prnLil el ll's appointements d'une nuée de
.erviteur·, c't\tail la vie réglée et attentive où
,la Uontmorency se souvenait qu'elle avait été
Harlay et, de celle race d'bonnètes gens économe~, a,•ait gardé l'art de calculer et l'bubitudc de payer ses dettes.
Et elle les payait, car voici les mémoire"
des fourni. sears arec leur aCIJuit, el biea ouvent à coté : « Mme la Maréchale a raballii
tant », et de .on écriture, plus ruùle que
femelle, elle a refait les additions, vérifié le
totaux, inscrit en haut de la femlle un numéro de rappel. En était-elle moins bien habillée, . a mai,on en était-elle moins agréa-

L ES COMPTES D'UNE G'J{AND'E DAME EN 1738 - --,

Lie? Non pas, mais elle était d'aplomb el en on ne sait quui en couleur, de l'or et de
l'argent : 56 livres; plus six douzaines de
équilibre.
Les étoffe , elle les achetait au lieu d'ori- bouquets à l0 liTres la douzaine, 60 li~-res;
gine el de fabrication, à L)'on, à Marseille, à plus, pour le_ deux. robe , 16 aunes d'agréTours; puis, à Paris, les modi tes de bon ments à 6 livres l'aune : 96 lines; cela fait
renom les aerommodaient: c'étaient ~tlles Pa- de façon et fourniture quelque 150 livres par
nier ou Mlle de Launay. Et ~i on payait cher robe. Voilà des prix qui, i on les quadruple
le· étoffes, i l'on payait 550 füres pour pour trouver la raleur actuelle de l'argent,
l'étoffe d'une robe à h11uquets détachés f.ur commencent à avoir quelque tournUl'e, mais
fond agate, de la manufacture royale de lar- on baisse \Île. La robe de satin fond ro.e
seille; 450 füres pour l'étoffe d'une rohe aYec une raie en argent se paie 21- livre ; la
fond roqe, à Lyon; 600 livres pour l'étoffe robe de satin food blanc avec une raie verte
d'un habit de n-lours à bouquet brodés, le:. et un ramage violet ne coûte quP. 15 li\re ,
couturières de ce Lemps-là n'étaient point di- mais on y emploie :;G aunes d'agréments à
sols l'aune, soit 14 liues 8 sols; 6 aun&lt;:s
gnes de celles du nôtre : 8 livres la façon
d'une robe noire; 12 livres la façon d'une d'agréments à deux côtés pour les manrol,e bleu et or, garnie en polonai~e de mème chettes, à U sous l'aune, soit .t livres 4 sols,
étoffe; 8 livres une robe de moire noire; el six. douzaines de bouquets à 5 livres 1~
8 livres une robe de taffetas vert glacé, gar- douzaine, oit 30 livres : cela ne fait encore
nie en polonaise; 5 lines une robe de Per e que 63 li\'re , 12 ois; el on arrÎYe aux rohes
fond bleu; S livres une robe de velours re- à douze livres, une robe el jupon de ,atin
faite; it livre une rohe et un jupon vert eL rayé souris el blanc, une robe et jupon de
bleu, garnie en polonaise et garnie à volant:-. da mas tond vert : 12 li \Tes tou l cela, et
V,,ilà lei. prix qui re,·iennent sans ces.e : 6 lines un jupon de taffetas blanc garni.
Ce sont donc bien le mème prix che1.
5 livre· la robe de toile per e; 8 livres la
robe garnie en polonai e; 12 lh·re la robe Mlle de Lauoay, ~Ules Panier et Mlle PercheaYec le jupon à rnlauts. Les agr~ments ont ron. La façon d'une robe avec on jupon e t
en sus : 26 ou :56 aunes à 5 sols; puis le de 12 livres; ce n'est que par exception, en
bord de la Jnpe, haut el ba , tran•r · el plomb cas d'habits de noces · ou d'habits de cour,
à 2 lhres l0 .sol ; cela ue grossit pas beau- qu'on ort de ces données ordinaires et normale.
coup et ne va Jamais au !oui' d'or.
Et les souliers, ces chers et mignons souLa maré,·hale o. ses quarante ans. Peut-èlre liers du siècle pa é, qui dansent au bout du
se néglige-t-elle, va-t-dle au bon marché el pit·d de dame de )forcau le jeune, ces . oune se ouc1e-t-elle point des bonne,. faiseu ·es? liers galnnts qni s·envoleut dans le. llasanli;
)1 ai:- elll! a une lille, la ducbe~se de Tre~mes, lieu1·eu.nle /'Exi•a,·polette, ct:s soulier dont
qui donne le tun, qui est de tous h:s Voyages, le talon mutin sonne, après un iècle écoulé,
qui fait les beaus. jour· &lt;le la Cour, el, en dans le cerveau de tout homme qui aime LA
mère bien appnse, la maréchale paye la note FEUIi', ces souliers adorés qui, retromé
chez ·a couwrière : voici. pour la duche ·se, aprè · tantôt un siècle, onl rendu à la Pariün babil en gros de 'fours gri : coùt, sienne l'eiqui t!l le particulier de on allurl',
1 hvres; ,·oici un habit noir complet, ces ouliers qu'on veut chasser à présenl
18 liue ·; ,·oici une roue ru e et ar ent, pour mettre en leur place l'it?noble, l'imbétO livres; une robtl ro e et ~ris, 8 livrt•s; cile, le déplorable soulier à l'aaglaise, le.
voici, el cc sont des robes de Cour, c·est le voilà qui défilent devant nos yeux comme un
dt:rnier cri de l'él~anet: et du luxe en l'an régiment dont, coûte que coûte, il faut suivre
de gràce 173 , un hab il dt: drap d'or, man- la mu ·i•tUI! : soulier~ noir chamarrés, souteau, jupe et jupon, un baliit de drap d'ar- lier:. de l"aslor gris, ouliers de maroquin
~t'nl, manteau, Jupe et jupon. Quel prix'! noir, soulier. marron avec un galo11 d'argent,
,ouliers bruns avec un !!:lion d'or : à 5 lines,
25 livre· chaque 1
Où doue peul bien habiter à présent )111e de les ou lier:. unis; à 7 li,·res les soulier a,·ec
un galon. Douze paires de souliers pour
LaunaJ?
llllt: Percheron, maitres e couturière, sera- 69 li1-res! Ah! qu'il étaient hicn de leur
t-dlc · plu dirlicile eu ses prix que n'était temps, ce maitres cordonnier , el comme
Mlle de Launay1 Quaud, l:!n dt'Ct'mLre J732, on doit le!. remercier d'avoir [ait d'une des
le fils ainé du maréchal, titré à son tour armes les plus exqubes de la femme une des
prince de Tingry, épouse )Ille Louise llagde- ch use~ les moins Côù.teU5Cs !
Leiue de Fay de la Tour-Maubourg, c'est pour
Veut-on du pratique à présent, el voulezles habit· de noces une telle splendt'ur IJU 'il
est bien po sible que la facture ait participé vous p,t, er à la cui:;ine el voir le compte de
de celle gloire. C'tisl un malheur, en tout l'épicier? 11 apporte du café dt! Moka à
cas, que l'ortho!rraphe de Mlle Pt:r,·hl'ron n'en 45 sous la livre, du gruyère à 12 sous. Un
ait poml profité, r.ar la facture des abbys de fromage de 0rie Yaut ~ lin-es; le suae coùtc
16 ous la livre. On a pour 6 livres dix-huit
no. se, on ne la lit pa , on la devine.
La façon d'une ruhe d'étoffe fond or avec citron et douze bigarrades; pour une livre
des 0rurs nouées avec de l argent, garnie, cinq ous un quarteron d'amis, pour di a,·ec tous le a1usteruenl : 513 ltues; plus huit oas un quarteron de pommes.
Quand la )laréchale est à sa terre de Be.1usix douzaines de bouquets à 12 livres la douzaine; une robe de Damas food blanc avec monl1 elle paie à ~es gens qui rc lent à Paris
11

... 204 ...

... 2o5""

�111STO'I{1.lf
leur nourriture en argent : c'est 16 sous
pour les lemmes et 25 sous pour les hommes.
Quand elle est à Paris, on consomme chez
elle par jour environ 27 livres de pain.
EUe mange dans des assiettes d'argent à
846 livres la douzaine; et à sa Lahle on aime
le Dourgogne, le vrai vin de France, celui qui
met du soleil dans le cœur et une chanson

dans la voix, le vin de Vougeot que lui fournissent tout droit les moines de Citeaux, le
vin des vignes séculaires devant qui les colonels avisés font porter l'arme à leurs régiments : A 78 livres la feuillette, le vin de
Yoageotl
Il n'y en a plus à ce prix depuis 1744.
Tout cela, babils, maison, table et cuisine,

ce n'est pas la grosse dépense. A côté de cela,
qui est le luxe des grands seigneurs, qui est
l'utilité de leurs corps et l'agrément de leur
vie, il y a quelque chose que je dirai quelque jour, qui est la nécessilé de leurs àmes.
Nous nous plaignons parfois d'avoir trop à
donner aux pauvres; on verra comment savaient donner les gens d'il y a cent ans.
FRÉDÉRIC
de

MASSON'

l'Académie J,-ançaist.

Notes el Souvenirs
Ve1·sailles, merc1·ecli 51 mai '18 71. - A
dPux heures, à la Chambre. Je n'avais pas vu
la salle de spectacle d11 château de Versailles
depuis le soir de la fameuse représentation offerte au roi d'E pagne. C'éLaitle 20 août t 864.
Nous étions M. Auber, M. Perrin, alors directeur de !'Opéra, et moi, blottis dans une petite baignoire, toule sombre, à gauche de la
scène. Mes anciens collègue , les secrétaires
rédacteurs de la Chambre, sont maintenant
installés dans celle luge.
L'Empereur el l'impératrice - je ne l'ai
jamais vue plus radieusement belle que ce
soir-là - étaient dans une grande loge,
con$1ruite de face, au fond de la salle fastueusement décorée. Avec un air de triomphe mal contenu, mademoiselle de Montijo,
devenue impératrice des Français, faisait les
honneurs de Versailles au roi d'Espagne, à
celui qui avait été son roi, et qui n'était plus
que son hôte. D'un aspect assez mince, ne
faisant pas grande figure, le mari de la reine
[sabelle était assis entre }'Empereur et l'impératrice. Trois grands fauteuils, presque
trois trônes, étaient installés sur le devant de
la loge. Tout à coup, l'impératrice .fil appeler
un chambellan, qui se présenta respectueusement, non pas courbé, mais littéralement
plié en de,u, en habit rouge, la croix d'or
au côté, cordon espagnol bleu de ciel autour
du cou. Quelque chose évidemment avait cloché dans J'étiquette, et des paroles sévères
étaient adressées au chambellan. L'impératrice parlait avec une extrême animaLion; le
chambeJtan rougissait, balbul.ia.it, perdait
contenance, s'inclinait de plus en plus, touchait terre; !'Empereur intervint doucement,
avec un air d'indifférence el de lassitude, on air habituel, - cherchant évidemment à
apaiser !'Impératrice; le roi d'Espagne était
fort gêné; par son sourire, par ses gestes un
peu gauches, il disait clairement : &lt;1 Mait: cela
n'est rien, rien du tout; cela n'a pas la moindre importance. » La salle entière, fort iotriguée, avait les yeux fixés sur ce groupe des

trois Majestés. Et quelle salle! Venus là,
tous les trois, avec la troupe, avec l'Opéra,
nous étions seuls en habit noir. Il n'J avait
dans la salle que des uniform11s éclatant~,
des habits brodés sur toutes les coutures;
sur les poitrines, des plaques et des grands
cordons de toutes IP.s couleurs. Et les femmes! Presque toutes jeunes et presque toutes
belles ! Un luxe inouï de tuilettes! Un ruissellement de rubis, de perles et de diamants!
C'était un éblouissement.
Nous nous demandions si nos atfreux
habits noirs n'étaient pas la cause de l'incident, s'ils ne faisaient pas scandale au milieu
de toutes ces splendeurs; nous nous étions
rejetés un peu inquiets au fond de la lo;:re.
Nous avions peur d'être expulsés, et c'eût été
grand dommage, car le spectacle était merveilleux sur le théâtre aussi bien que dans la
salle. Mais non, le scandale, ce n'était pas
nous ... l'lmpératrice se calma; nous ne fûmes pas renvoyés.
... La Chambre a déménagé avec tous ses
accessoires, comme une troupe de Paris qui
'en va donner des représentations en province. La tribune du palais du quai d'Orsay,
cuivre et acajou, a pris place dans la salle de
spectacle de Versailles. Les anciens emportaient leurs dieux, les députés emportent leur
Lribune. La sonnette aussi est 1a même. C'est
la sonnette de M. Sauzet, la sonnette de
M. Dupin, la sonnet•e de M. Marrast, la sonnette de M. de Morny; c'est aujourd'hui
Il. Grévy qui carillonne, et, après lui, qui
sait? Le déménagement du Corps législatiI a
été une admirable opération : on n'a rien oublié. Tout à l'heure en entrant dans la salle
des séances, j'ai vu venir à moi, tout glorieux, un vieil employé de la Chambre.
- Ah I ru'a-t-il dit, savez-vous que c'est
moi qui ai en le bonheur de sauver le grand
timbre sec de la Chambre des députés, le
grand timbre sec qui seul peut rendre les
lois valaLles? J'ai réussi à le faire sortir de

+
... 206 ...

Paris, le 19 mars, et, songez donc! s'il était
resté aux mains des membres de la Commune ... .. Mais ils ne l'avaient pas, et. rien
que par cela, tous leurs actes, tous leurs décrets étaient entachrs de nullité.
J'avais connu ce brave garçon autrefois à
la _Chambre; il me parlait du ton le plus convaincu. Il pensait de la meilleure foi du
monde avoir sauvé la France, en sauvant le
grand Limbre sec du Corps législatif. Je l'ai
accablé de félicitations.
Cette séance est d'un ennui mortel. Je sors.
Dans la cour de Marbre, au-dessus de la porte
par laquelle, tous les jours, entraiL et sortait
Louis Xl V, on a accroché une méchante planche badigeonnée, portant ces mots: 111N1 TÈRK
DE L'INTÉIUEUR, et, près de cette porte, appuyé
contre le mur, un garçon de bureau fume sa
pipe. Dans le parc, solitude absolue; je vais
jusqu'au Petit-Trianon, même solitude. Voici
la ferme, la vacherie, le presbytère, el sa petite colonnade. Voici les vieux carrosses des
rois de France, les voitures du sacre, le traîneau de la Du Barry.
li y a deux mois, sur la place d'Armes de
Versailles, au milieu des pièces de siège et
des caissons d'artillerie, se troU\·ait un très
étrange prisonnier qui venait d'être ramené
de Paris : c'était l'omnibus numéro 470 de la
ligne du pont de l'A.1ma au Cbâteau-d'Eau. li
avait été pri• par les troupes sur la barricade
de Neuilly. Littéralement criblé de balles,
tous les carreaux brisés, les ferrures de l'impériale tordues; à l'intérieur, les coussins
crevés, percés, tra1·ersés de coups de baïonnetle, les boiseries déchiquetées, émiettée~,
tonte les peLites aîûches réclames pendant
en lambeaux ; L1 foule se pressail pour regarder dans l'omnibus, enlre les deux banquettes, une grande mare de sang du plus
beau rouge. Ou aurait dù la mettre, celle
,•oilure, au PeLit-Trianon, parmi les vieilles
voilures des souverains; elle y serait parfaitement à sa place: l'omnibus, aujourd'hui,
c'est la roiture du souverain.

LE ROI LOUIS X[If COURT LA BA.GUE DANS UNE GRANDE PARADE A LA PLACE ROY.ALE. -

UN MARIAGE ROYAL

+

Louis XIII et Anne d'Autriche
Par Louis BATIFFOL

11
En ce mois de janvier 16f9, avait lieu le
mariage de la sœur de Louis XIII, Chrétienne,
avec le prince de Piémont. Ou assaillit le ménage royal de demi-mots discrets. Le nonce
dit au roi, en plaisantant : « Je ne crois pas,
Sire, que vous voudrez recevoir relie honte
d'a,·oir un neveu avant que Votre Majesté ait
un dauphin! » Le roi rougit et répondit en
riant avec bonne grâce qu'en elft!t il ne pensait pas recevoir cette honte. L'observation
Extrait de l'ouvrage

LUDOVIC

HALÉVY.

Gravurt de C111SPIN DE PAS.

de

Louis Ratiffot, Le roi

Louis X/li à vingt a,u, éclité par Cafmar,n-Lévy.

l'avait touché. On crul remarquer que les
égards qu'il avait pour la reine devenaient
plus nuancés, qu'il éprouvait de plus en plus
de plaisir à venir la voir, à rester avec eUe.
Luynes pres,-ait. Il prit une singulière ré olution . Le dimanche 20 janvier, on célébrait
le mariage d'une autre sœur du roi, celle-ci
fille naturelle d'Ilenri JY, mademoiselle de
Vtmdàme, avec le duc d'Elbeuf. Sui\'ant les
usaaes royaux, le souverain devait accompaane; le jeune couple chez lui, le soir, dans sa
~hambre, puis, « les rideaux du lit Lirés »,
s'en aller. Le duc n'eut-il pas l'extraordinaire idée de décider le roi à rester? Un am-

bassadeur donne des détails et ne paraît pas
autrement choqué. Mademoiselle de Yendôme
riait et concluait par de bons conseils.
Louis X[I[ fut ému. Le 25 au soir, devant
ses résistances dernières. Luynes prit le parti
d'en finir. li était onze heures, le roi était
sur le point de se coucher: il le prit par le
bras, l'entraina dans la chambre de la reine
et le poussa, puis ferma la porte! ... Triste
privilège des existences royales! La scrupuleuse conscience d'un médecin exact consignant jour par jour les moindres détails de
la vie de son souverain, susceptibles de ser\'Îr à l'étude de sa santé, ne mel pas le mé-

�H1STORJJI
nage royal à l'abri des pires indiscrétions de
l'histoirP I Le lend ... main, officielh,ment, tous
les ambassadeurs étrangers étaient prévenus

PHILIPPE

III,

ROI D'ESPAGNE.

Détail du lab/tau. de V &amp;LAZQ UEZ.
(Mu.st!e du Prado, ftfa:triJ.)

de l'heureuse nouvelle et priés de la transmettre à leurs gouvernements respectifs : au
dire d'Héroard, la communication n 'é1ai t pas
encore tout à fait exacte. Mais, par une transformation inattendue, sans autre insistance,
Louis XIII ~e décidait maintenant de luimême : el, le J8 mai. Anne d'Autriche pouvait enfin Mclarer, rorume une autre reine
de la fin du .iècle suivant, placée dans des
circonslanl'es analogues, qu'elle était décidement « reine d... Franct&gt; ! »
Ce fut une joie uni'Vt!rselle. Ltis ambassadeurs ac~ueillirent la notification avet: un
contentement exlrème et donnèr('flL à leurs
cours les détail$ nécessaires. Celui d'.E pagne
mandait au roi Philippe Ill qu'il 't&gt;n féliritail d'autant plus que l'événement allait. sans
aucun doute, procurer plus d'influence à la
reine, ce qui permcllrait d'utiliser eflicaremeot son in terméd,aire pour les néaociations
f.utures. Des cuurri ... rs avaient été r,expédi~s.
« La ,·our en a éprou\·é unP grande salisfactio?•. ~andait le nonce au Saint-Siège, parce
qu ams1 le mPnage royal e~t con,,olidé : on
peut croire qu'il n'en résultera que du bien
uoo seulement pour la France, mais encoru
pour le re}le de la chréti... nté. » Le secrétaire
d'État Puisieux écr1vh à tous les ambassadeurs de France : « Les meilleures nouvelles
que je vous puisse mandt:r par cette dépêche,
expliquait-il à l'amba.s.adPur français à Rome,
Simon de Marquemonl, archevêque de Lyon,
est que le roi, depuis quatre jours, a commencé . .. de quoi leurs ~lajestés ont reçu un
réciproque contentement et le puLlic une
très grande consolation. Ce n'est pas une pe-

Loms X111
tite affaire et m'as~ure bien que ~f. le nonce l'ambassadeur d'l&lt;:spagne. afin que celui-ci
n'aura oublié à l'écrire à Sa Sainteté à iaqueJle n'en ignoràt, et transmit la déclaration à
vous le devez confirmPr comme un a\is très Madrid, qu'il adorait Anne d'Autriche « parimportant dedans et dt:'hors le royaume. J't&gt;s- dessus toutes les choses de ce monde, qu'il
pi.•re que ce bon commencement ~era suivi le lui témoignait de tout son pouvoir et que
d'rlTPts très farnrahles et heureux. » Les cela était notoire à tous ». Si même sur un
corre. pondances parti&lt;"ulières étaient rem- point quelconque le roi avait une légère
plies de l'expression du contentement pu- observation à faire à sa femme, il priait
blic : l'allégresse était justifiée.
Luynes de demander à l'ambassadeur d'EsL'événement en efft:t avait amrné dans les pagne de s'en chargPr : « Rôle délicat, manra1•ports entre les dnu époux comme une dait Giron au roi d'Espagne, et de beaucoup
révolution. Ces deux ètres, ju que-là si étran- d'importance, mais que je lâcherai de remgers l'un à l'autre, semblaimt maintenant se plir au mieux des intérêts de Votre Majesté
reconnailre après un malt-otendu prolongé. et de ceux de la reine très chrétienne; n tellis se témoignaient des trésors de tendresse lement Louis Xlll était soucieux d'écarter la
ignorés l'no de l'autre. Profondément louché, moindre oruhre de son bonheur. C'ét:iit la
Louis X[(I avait dit, le lendemain du 25 jan- June de miel.
Seulement, pour ce qui était des suites,
vier, à sa Îl'mme, qu'il l'aimait, qu'il lui fai~ait le serment de ne jamais aimer qu'elJe, rien ne se décidait. &lt;&lt; La reine ré1maote se
de Jui rester fidèle, ex~losion touchante de porte bien, écrivait Benlivoglio à Monteleone;
retle sensibilité vive 4ue les circonstances je lui demande souvent que fait M. le d:rnseules l'avaient empêché de moolrer. Et il pbio; elle rougit, elle sourit et ne diL roui. »
tenait parole. La confiance1 l'abandon fai- Beaucoup de gens osaient parler comme le
saient place aux aigreurs précédentes. Le nonce et la réponse ét.ait la même. &lt;&lt; Elle
terrible Iléroard indique en marge de son sourit, disait Conlarini; elle de,·it•nt rouge et
journal. par un petit signe cabalistique, cer- elle répond qu'il n'est que de s'en r~mellre
tains points de repère dont la Faculté pourra à la volonté de Dieu. &gt;&gt; Personne ne voulait
eosuile avoir besoin afin de suivre avec pré- croire que r,ela pùl durer : &lt;c A quel propos,
eision l'eiistence de quelque futur roi de s'écriait Malherbe, nous imaginerions-nous
France. Celle extraordinaire statistique nous une stérilité en un roi et une reine tous deux
renseigne sur la constance des nouveaux sen- en la fleur de leur âge el Lous deux d'une
timt·nts de Louis Xlll. Visiblement, aux. constitution excellente, qui s'aiment avec
appréhensions d'antan avaient succédé des paHion! » A la 60 de cette année IG19, une
dbposilioas con1raires. Suivant un protocole seconde fois, l'espoir remplit de joie les
méd,cal imposé pour des rai,ons de prudence cœurs; il fut suivi d"une déception nouvelle,
et que les rois de France devront subir puis d'appréhensions terribles. Anne d'Aucomme une partie de cérémonial obligatoire, triche manqua mourir.
Elle était tombée malade à Sainl-Germain
dPS délais de quinzaine lui étaient impo. és.
Il s'y .oumettait plus ou moins. Si le dauphin
n'est pas ver,u, on ne peut le reprocher à
Louis Xlll.
La lr,msformalion fut surtout remarquable
cht•z la. petite reine. De froide et revêche,
elle é1ait devenue douce t'l bo11ne, abandonnée,
cherchant une p, otection. Son caraclère indolent paraissait s'éyeiller et même attester
quelque violence. Elle se munirait kndre
pour Louis. Xlll, impalit"nte de le voir, attenlionnre, souriante.
Ce fut une id)lle. Le JPune roi, amoureux
de la jeune femme, en oubliait ses plaisirs
favoris, la chasse. U fut plein de ~nllicitude,
d'égards : il était assidu. « Sa llaje. té, écrivaiL ~I. de Pui. ieux à M. de Léon, montre à
la reme une afft&gt;clÎon très graude qui est capal.ile d'effacer plu~il!urs petits sujets de mécootentemt&gt;nt et d'assurer uue vraie amitié et
intelligence pour la chose pul,lique. » Quelques mois après on crut pouvoir parler d'espérances : l'émotion étail vive; ell11 devait
Cliché Girandon.
être de courle durée. Anne d'Autriche en
Duc
o'ÜLJVAREZ.
éprouva une grande dérep1ion. Louis Xlll
De/ail du: tableau de V EL&amp;.ZQUEZ,
lui manifesta plus de Lendresse «&gt;Dcore: elle
(llfusee du Pra:io, Madrid.)
se conduisait avec un tact parfait el Lout le
monde l'aimait pour relie douceur ft celte
.honlé qui étaient un peu nourellcs cht'z ell11 el les médecins avaient déclaré que la prinet •1u'on appréciait d'autant. A qui voulait cessP., présentant tous les signes d'un état
l'entendre, Louis Xllr répétait combien il intéressant, il n'y avait pas lieu de lui admiaimait la reine. Par Luynes, il faisait dire à nistrer de remède. ll avait été décidé qr' A.one
.,_,

208 ,...

assisterait aux filles organisées le Ier janvier
pour la réception de nouveaux chevaliers du
Saint-Esprit. L'ambassadeur Cootarini, présent aux cérémonies, écrivait combien il avait
été frappé de sa pàleur, de sa maigreur
ex.cessive, de son air l:mguissa.nt : « Si je ne
J'ayais pas vu manger, ajoutait-il, je ne pourrais pas affirmer qu'elle fùt morte ou ,·i11e. •
Dans le courant du mois, die ,oulut assister
au ballet traditionnel de la Cour. Ce îut une
fatigue extrême; les forces l'abandonnèrent;
elle tomba; une fiè1rc intemc la prit, « fièvre
double tierce, ardente et aiguë », disaient les
médecins. Elle eul le délire : on appliqua des
venlouses sur les reins afin de le dissiper.
L'inquiétude était générale. ~euf médecins
ne quitlatent pas la malade qu'entouraient
princes, princesses, grandes dames de la
cour empressées à la servir. On essaya de
tous les remèdes : elle refusait de les prendre.
On la saigna deux ou trois fois : loin de diminuer, le mal ne faisait que croitre. Le septième jour on la crut perdue. Dans l'appartement, les femmes sanglotaient. Au dehors
le public multipliait les prières, suivait des
processions ordonnées pour la guérison de la
souveraine, remplissait les églises afin de
participer aux offices des quarante heures,
entendait les messes spécialèS dites à la SainteChapelle. Le onzième jour, un léger mieux
se dédara; le quatorzième, la fièvre commença à décroitre cl le seizième il parut que
la pelile reine était sauvée!
Celui qui avait montré encore le plus Je
douleur était Louis XHI. On ne le reconnut
pas. li fut pris de « dtitresse »; il pleurait à
chaudes larmes devant tout le monde, à ce
point que l'ambassadeur d'E~pagne, surpris,

DUCIIESSE DE CUEVREUSE.

D'af,rès un portrait de L'a1icfen,1e collection

Monl.ptnsier,

a11

chéilea11 d"Eu.

ne pouvait s'empêcher de trouver que « ces
larmes, quoique justes, n"étaient pas IJien
séantes à un roi D. li ne qui lia pas le chevH
de la reine, y demeurant jour et nuiL, voulant
V. - lltSTORL\, - Fa!&gt;&amp;:. 3~.

servir la malade, lui tenant la main, lui disaol &lt;&lt; de prendre courage, qu'il n'y avait rien
au monde qu'il ne fit pour elle, y allât-il de

LE LOUVRE SOUS LOUIS

ET JlNNE D' A.UT1'(1c1-1E __,.

positions un allt·gement incroyable. Je sais
que vous y prendrez votre part. »
La crise passée, les deux époux cooli-

XIII. - Gravure

la moitié de son royaume ! » et un sourire
eflleurait les lèvres de la reine. Ce fut lui
qui l'exhorla à prendre les médicaments, qui
insista, la supplia, jusqu'à se mellre à genoux : Anne, touchée, disait qu'elle voyait
bien que cc le roi l'ai.moit de tQul son cœur &gt;&gt;.
n ût un vœu à Notre-Dame de .Lorette; Anne
d'Autriche en ayant fait un à Notre-Dame de
Liesse, il prit l'engagement d'aller lui-même
le teni'r. Il voulut qu'on apportât dans la
chambre de sa femme les reliques de saint
Denis, celles de saint Charles, d'autre encore,
et prescri1it de dire des messes. Il renonça
au protocole, refusa de diner en public, décommanda Ioule cérémonie, répondant que
&lt;t sa douleur ne lui permclloit rien, lorsqu'il
se seoloit si particulièrement aflligé &gt;&gt;. Anne
m élait attendrie. Entrant en convalescence
et le jeune roi lui témoignant ainsi son affection, elle le regardait les yeux pleins d'amour,
et, par reconnaissance, precanl la main du
prince, la soulevait d la portail à ses lèvres :
la figure de Louis XITI rayonnait d'une joie
d'enfant.
La convalescence suirit, lente. Les neuf
médecins rn relapieat : quatre de la cour,
quatre de la ville, et, les départageant, lléroard, le premier médecin du roi. Ceux de
Paris Youlaient 1u'on saignât encore, ceux de
la cour s'y opposaient; lléroard n'osant pas
décider, Louis XIU faisait venir un vieux medecin qui avait servi les rois précédents, lequel opinait quïl était plus utile de remettre
du sang dans les veines de la malade que de
lui en retirer. Peu à peu Anne d"Autriche
reprenait; elle faisait distribuer de larges
aumônes aux hôpitaux: et aux monastères :
les poètes célébraient sa guérison el des
actions de grâces publiques s'élevaient vers le
ciel. Le souverain écrivait de tous côtés pour
annoncer l'heureuse nouvelle; il disait la joie
qu'il en avait éprouvée: (c J'avais été grandement ailligé de la maladie de la reine, mandait-il à sa sœur la princesse d'Espagne;
maintenant je reçois par ses meilleures dis-

,flSIIAEL SILVESTRE.

nuèrent à se manifester la même tendresse
confiante, à faire preuve d'attention, de complaisance, de bonté. Une circon Lance solennelle allait leur permettre de rendre témoin
de leurs seotimenls une foule comidérable
qui, ravie, acclama.
Le i 7 mai de celle année 1620, avait lieu
à la Place royale une grande p:irade dans laquelle Louis XII[ devait courir la bague avec
un certain nombre de seigneurs. Au jour dit,
un dimanche, un public immense s'entassait
derrière les barrières. Un échafaud, (1 la loge
royale », tapissé de velours violet, semé de
fleurs de lys d'or, el sur lequel devait se
mettre Anne d'Autriche entourée des grandes
dames de la. cour, avait été dressé. Aux fenêtres des hôtels de la place, garnies de tapis
d'Orient, courtisans, princesses et seigneurs,
en riches habits, se pressaient. A dP,uX heures
la reine arriva dans son carrosse de gala,
accompagnée de la sœur du roi et de sa suite
de dames. A trois heures s·al"aoçait à son
tour Louis Xlll, vêtu de satin lilanc, la tête
ornée d'un g·raod panache de mème couleur,
monté sur un petit coursier Liane à la selle
brodée d'or et d'argent; il était précédé et
suivi de chevaliers et de princes, escadron
multicolore, brillant, qui caracolait. La pe.lile
troupe fit au pas le tour de la lice, saluée par
ks vivais de la ÎOLÙe, puis, aux sonneries des
clairons cl trompettes, - la bague posée sur
une potence et qu'il s'agissait d'enlever au
moyen d'une lance, en passant au galop,
a1ant été mise au point, - la course commença. A la file, Louis XIIl, M. d'Effiat, le
prince de Condé, le comte de Soissons, les
ducs de Guise, de Chevreuse, d'Elbeuf, une
trentaine, s'élancèrent. Le marquis de Courtenvaux et Sainl-Luc touchèrent. li derait y
avoir trois courses. A la deuxième et à la
Lroisième le roi enlel'a la bague. Finalement
ils se trouvèrent quatre ayant obtenu le même
succès. Courtoisement, les trois champions
déclarèrent laisser la palme au roi : Louis Xll1
refusa. Deux courses supplémentaires furent

q

�111S T0'1{1.Jl

~---------------------------

décidées : à la seconde, Loui XIII enlevait
l'anneau. Les acclamations de la foule aluèrcnl sa vicloire. D'un geste aimable il se
dirigeait ver on Yieil écuier Pluvine!. afin
de montrer qu'il lui rapportait le mérite de
ce succè.'-, lorsque Pluvine!, lui indiquant la
loge royale, fit signe de le conduire à la reine.
La reine deYait en e!Tet donner au "aioqueur
le pri de la cour e : une bague d'or garnie
d'un magnifique diamant. Anne d'Autriche,
tout heureu:e, a\'ait le - larme · aux yeu1:.
Quand Louis Xlll, arri,ant au pied de l'échafaud, ,it son émotion, déjà louché lui-même,
il ne pul se contenir, et .ans souci du cérémonial ou de la tenue qu11 lui imposait Sa
fajeslé royale, il escalada rapidement les degrés, puis, d'un mouvement charmant, se
jetant dans les bra de la petite reine, il
l'embrassa. L'enthousiasme de assistants ne
connut pins de borne·.
Durant le mois qui uivireut, ces dispojlion se confirmèrenl. Obligé de partir en
campagne pour rétablir l'ordre dans le
royaume, Louis XIII écrivait à sa femme. Il
ne Iaul pa attendre de lui des lettres nuanct:Ps : il a an St) le court el froid; il donnait
à la reine ,IL· ~t•~ nou,clk, la tenait au cou-

Cllcbt Giraudon.
PJJIUPPE

IV,

JUJ?Œ .

1'aékau it YELAZl,lllEll. (Musü du Prade, M:drl.l.)

rant de ce qu'il faisait. Cependant sous def?rmes ~l ~rticu_lées la tendres e cl la pa s1on se faisaient JOur : a J':wais été, oe me
semble, lui mandaiL-il, plus de temps que de

coutume sans avoir de ,·os nouvelles; cela
me mettait en peine, mon contentementétant
d'en recevoir sou\'enl. J'aime à mir ce qui
,·icnt de vous; je vous prie de le croire, cl que
l'écharpe que \'Ous m'awz envol'ée m'est
aussi bien agréable; je rou en remercie; je
réserve à la porter aux jours de la montre
(la revue) générale de mon armée qui e fera
mardi. J'espère qu'elle e \'erra en bon lieu
el de témoigner que j'étais seul au monde
digne de porter le faveurs venant de mire
main. » li pen ail à elle : &lt;&lt; Il m'ennuie bien
fort que vous sorex Juin de moi. 11 li dé~irail
la retrouver : " Je souhaite a"ec impatience
de ,·ous voir.
Il J'aimai! : « Je ,·eux vous
témoigner mon affection puisque je n'en ai
poinl de plus grande en ce monde... . Je
pense ~ournnl à vous et qu'il n'} a point
d'objet capable de m'en divertir el que
quelque compagnie que j'aie, vou ête avec
moi hicu qu'absente plu que tous ceux qui
me parlent à toute heure : c'est ce que je
vous ai promis et que vous pouvez as. urémenl attendre de mon affection .... Près de
vous esl le lieu où je me plais le plus el que
je quitte avec déplaisir. Il El Anne d'Autl'iche
exprimant le désir de venir au-devant de lui :
&lt;1 Venez, venez aus i gaiement que vous sere:i:
attendue de moi qui ouhaite pa :,.ionnémcnt
de mus voir. »
De la petite reine à Louis XUI, nous avons
peu de leltres; elles sont urtou L pleine de
soumis ion. Pourquoi écrit-elle de préférence
à Luynes afin que celui-cl tran . mette au
prince l'CJ:prcssion de ses sentiments? C'est
au duc qu'elle dit ses craintes, es ennuis de
voir la campagne e prolonger, qu'elle demande des assurances ur la rentrée prochaine du roi : « Je m'attend· à \'O promesses d'être bientôt de retour, lui dit-elle,
si ce n'esl que von meniet en Esparrne celle
grande armée; je ,·ous prie de croirequej'en
ai grand'pcur. » Elle interroge : « Vou a\'ez
si bien fait la bouche à tous ceux qui viennent
ici qu'il est impossible de tirer d'eux aucune
cerlilude de la renue du roi.
ou de,inons
son affection à travers les le lires de Louis Xlll.
Les sentiments demeurent les même l'année uivaute 1621 : a Je YOUS aime plu que
cc qui esl au monde », dit le roi. « Quelques
affair~ qui adviennent, je n'ai contentement
autant que de pen er à vous et vous témoigner que je vous aime autant que ,·ous le déircz. » En mars on crut que les espérances
attendue allaient se réaliser. Elles devaient
être déçues comme le · précédenlP.s. La mort
du père d'Anne d'Autriche arrivant sur ce
entrefaite., Ja jeune reine, e'branlée par celte
déception, en reçul un coup douloureux. Elle
~mail son père. , a peine fut extrême.
Enervée pour d'autre · rai on elle manifesta
un véritable dé espoir. Toul le monde l'entourait, chcrcbant à la calmer, à fa con:oler.
Le roi s'empre sail, affiigé au dernier point :
il ne s:ivait que faire, entourant Anne d'Autriche de caresses, pleurant lui-même.
Lorsqu'il partit pour sa campagne de 162 J
contre les prote. tanls du midi, il voulul que
la reine le suivît, au moins à quelque dis~

210.,.

tance. En avant a,·ec le~ troupes, ou prè du
feu dans les sii&gt;ges, il prenait quelques
heures de liberté afin d'aller revoir la petite
reine. Le note d"IILtroard ne lais_cnl aucun
doute sur l'intimité afl'ectaeu e des épou1.
De son côté, Anne d'Autriche s'in11uiétait du
roi 11u'clle sa\'ait bra\e, téméraire; elle priait
LuJnes de veiller sur lui pour l'empècher de
s'cxpo·er au danger. Pendant le siège de
.fonlauban, elle s'était fo ..ée à MoL.ac, dans
l'évt\ehé, demeure plus confortable que le
château de Piquecos, quartier général de
Louis XUI. L'un el l'autre venaient à tour de
rôle : le roi partait à cheval sur les trois
heures de l'après-midi, arrh·aiL à \fois.sac vers
cinq heures et demie, soupait, couchait et
repartait le lendemain matin à cioq heures.
Anne d'Autriche \'enait à Piquecos en carrosse, le malin, déjeunait, repartait à trois
heure" : ,isi tes tendre , sans cérémonial, entrevues intimes loin de tout regard profane.
11 tardait bien un peu à la petite reine de
rentrer : « Vous aurez bientôt le contentement de me ,·oir, écrivait-elle à madame de
3longlat, ayanl résolulion de faire si bonne
diligence à m'en retourner que j'espère être
dans un moi · à Paris. ,, Hélas I elle l'eût
moins d~iré si elle avait su qu'une crise
allait en résulter, qui devait êlre grave, troubler de nom-eau le ménage cl faire reprendre
à Louis XUI son humeur fàchcuse d'antan.
Parlant de celte crise de 1622, madame
de ?tlollc,ille, écho peul-èlre de la reine,
accuse Marie de Méùici ·, la belle-mère, d'en
a\'oir été cause. Après la morl du connélable
de l,uynes, dit-elle « la reine Marie de Médicis, s'étant accommodée avec le roi, la paix
enlre la mère el le fils brouilla le mari et la
femme. La reine-mère étant persuadée que,
pour être ah olue ur ce jeune prince, il fallait que celle jeune princes e ne fût pas bien
avec lui, travailla avec tanl d'application et
de succès à entretenir leur médnlelligence,
que la reioe sa belle-fille n'eut aucun crédit
ni aucune douceur depuis ce temp -là. » li y
a eu celte rai on; il y en a eu d'autres.
De retour du siège de ~[ootauban, à la suite
duquel le connétable de Luynes était mort,
Louis Xlll était rentré à Paris ulcéré: ponr
beaucoup de motifs, contre la mémoire de
son ancien favori. es dispositions n'étaient
rien moins 11ue favorables à l'égard de la
famille de Luynes. Les frères de celui-ci
comprenant, s'effacèrent. La veuve, à ce moment, était des plus intimes avec la reine
qu'elle avait suivie pendant la campagne,
qui l'aimait lcndremenl et trouvait un plai ir
infini à sa gaieté légère. Or celte gaieté
légère était précisément une d~ causes de
sérieuses préoccupations contre madame de
Luynes. De mœur plutôt uspectes, la duchesse passait pour admettre dans l'entourage
de la souveraine des gens de conduité douteuse. Les ministres a\'aient demandé au
nonce de faire agir le confesseur auprès
d"Anne d'Autriche afin que celui-ci exprimât
le désir à Ja reine de voir éloigner la coanétablc, madame du Vernet, la princesse de

xm

'ET ANNE D'JlUT1(1C1Œ -- ■-

avait ordonné à la doche .e, en février, de reine une impression de::, plus pénibles. Anne
11uitter son appartement du Louvre el d'aller se considéra comme ollènsée. Elle montra
loger dan. un endroit du château plus retiré. une extrême affliction. Elle dépêcha )1. &lt;le
li était impatienté de l'ascen- Putange au roi arec une lettre protestant
dant pris par la connétaule sur contre la mesure imposée, disant que sa
la reine, au moment même où maison était tenue comme il le fallait, sinon
l'on jasait plus que jamais de que le prince Je,ail lui dire le· fautes comla conduite de la jeune ,euve, mise afin qu'elle prit d'elle-même les résoauprè de laquelle les assiduités lutions nécessaire·; ajoutant que madame de
du prince de JoimiUe étaient Lll)lle' était -urintemlantc, qu'elle ne poula fable Je la 1·our. li ùécida vait s'abstenir &lt;lt! venir remplir son office,
dr\ chas cr madame de 1.uincs 11u 'il étail impossible ile lui interdire l'entré1i
et mademoiselle de \'crneuil. ,ln Lounc, ni l'accès près &lt;le sa maitresse.
Un gentilhomme, .\1. de la Fo- ,\nnc demandait une prompte réponse. Pui ·
laine, fut expédié porteur de elle thargea )1. de Bonneuil d'aller e1:plique1·
trois lettres: les premirres à toutes se · raison :iu roi. ft Arnnt ùésiré une
chacune dès deux jeunes fem- prompte répom,e à la lcllre qu~ l1utanrre m'a
mes, l'autre à la reine; ce · donnée ile votre part, lui répondit Louis Xlll,
lettres étaient sèche·. « .\pnl je vous la fais au, .itôl quïl arrive près de
reconnu, disail Louis XIII à moi. Je n'ai point enlcnùu, ordonnant autre
madame de I.uines, qu'il est demeure que celle du Louvre à ma sœur de
du bien de mon . cnice de ré- Yerneuil et à ma cousine la connétable de
gler à l'avenir la m:ii on de la Luynes, leur en inter&lt;lireabsolument l'entrée,
reine d'autre sorte qu'elle n'a ni ,·ous ùter la liberté de les ,·oir. füis il r: t
été par le pai:sé, j'ai estimé ne du bien &lt;le mon senice el du vôtre que les
le pournir i bien faire qu'en cho es se passent comme fai commandé à la
la forme et par
le · moyens que
YOUS dira le ·ieur
de la Folaine. »
~lademoi~elle do
Verneuil élait
confiée à la duche.se d'Angoulême : « La rénlution que j'ai
prise, mandait
LA REl:-;E, LES PRI ·cE ·sEs i::T LEs o.1Mts IIR LA Cou R PR~~l.'iT Louis Xlll à la
mère de la jeune
LES l'Ull\lRS DE LA PRO.IIK.'\'.\D~: AU \ K.'\\1ROXS DE Cu.llPIÈG. "E, t
per onne, la marquise dt! Yerneuil,
l'ancienne mai11uc la reine se lrOU\':tÎl dan3 une situation tresse d'llenri 1\1, pour cc qui
intéressante : la distribution des charges &lt;le rrgardc ma sœur de Yerm:'uil,
la maison du futur dauphin était déjà com- ,·otre füle, étant sur Ùe!i conmencée. Le lundi U mar_, Anne d'.\.ulriche sidérations qui sont de mon
était allée passer la soirée dans l'appartement sen ice et de son bien, je lié ire
de la prince se de Conti, au Louvre; elle qu'elle l'effectue de la sorlc
rc,·enait, après minuit, accompagnée de que je l'ai ordonné. a Quant !1
madame de Lu1ncs 1 de mad('moiselle de Ver- la reine, le billet qui lui élait
neuil, uivie de eigneur el de dames. En a,lressé était saru; le moindre
tra\'crsanl la grande salle du palais, au pre- mol aimable : « Le soin que je
mier étage - la . alle Lacaze d'aujourd"hui doi- arnir qu'il y ail bon ordre
- les deux amie' eurent l'imprudente idée en votre maison, lui di ait le
de faire courir la reine en la soull'nanl par roi, m'a fait résoudre d'y apporles bras. Anne broncha « au petit rèlais do ter &lt;lu changement qui ne Sl'ra
haut dai u, tomba. Deux jour après Ir
que pour un plus grand bien
e pérances » étaient é,·aoouie . La cour fut comme vous recognoi trei par
affligée. On cacha le malheur au roi qui était le Lemps. J'envoie la Folaine
ur le point de partir pour la campagne de vous faire entendre ur cela
1622, dans le midi, et on ne e décida à le ma volonté, laquelle je vous
. d' Ili l
I t 't l C L.1 lù:!Nt:: , LES PRINCE . SES ET LE D.UIE. DE l-\ COU R P RENSE..'-'T
lui apprendre que lorsqu'il était à Orléan . pdr,c
e ec nder an P. us O e
LES Pu1s1RS DE u DA.'iSE An L:.'VU\ONs DE CoYP1 i:1.,:fE. •
e \'OUS ren re aussi prompte
Louis Xnl eut une violente colère; celle
D'afrts u,ie gra,·urt du temfs. (C.iNnt t .us Esl.im~s . )
colère était faite de la déception du mari el à me donner le contentement
du ournrain, de son animo ilé contre des que j'en attend que je vau
persoones futiles dont on lui faisait tant de crois di po ée à me faire reœ,oir tout celui Folaine de ,·ous le faire entendre cle ma part. D
11 ajoutait le lendemain : c J'ai entendu tout
rapports déCa\'oraLles et qui avaient si légè- ,1ue je me suis promis de voa_. »
La déci ion rigoureuse prise et surtout l:i ce que vous avez donné charge à Bonneuil de
rement compromis de graves intérêts, de sa
rancune contre la famille de Lu1ncs. Déjà il forme ùépourrue de grâce produisirent sur la me dire. La résolution que j'ai prise a)ant

Conti, mademoiselle de Verneuil. L'intervention n'avait pas ahouli. Sur ces entrefaite.•.
eo mars l li 22, un1\ fois L'IICOre on annonçait

•

Lows

-w 2ll ..,.

�111S T0~1.JI
élé avec bonne consi&lt;lération arrêtée, je n·~puis rien chan 6er. » Madame de Luynes envo,a M. de ~lonlhaion, M. de Guise, le prince
de· Joinf"ille. Louis XIII
les reçut très mal et
leur répondit« qu'il ,ouloi t être obéi ». n ne le
fut pas. Les relations dé
la reine et de madame
tle Luynes coolinuèreut
comme par le passé. Tn&lt;ligné, le roi écrivit au
présidenl Jeannin :
« Ayant u qne ma
sœur de Verneuil el ma
l'OU ine la connétal,le ch:
Luynes sont tous les
jours avec la mème lihcrté près de la reine,
nonoLslaot l'éloignement qu.e j'en ai ort.lonoé, el ne désirant pas
qu'elle en use de la
sorte, j'écris à la reine
pour hù faire entendre
ma volonté :c'estqu'aLsolument je ne veux
plus qu'elle la voie, que
parîois et rarement,
comme font ]e5 aulrC's
rlames. A celle fin, vous
lui présenterez ma lettre que je vous prie
d'accomp1gner &lt;le vos
1,oo et salu Laires al'is. »
Jeannin parla. Anne lui
&lt;lit 11u'elle désirait contenter leroi,maisqu'elle
ne pOU\'ailinterdirel 'eotri'.-e de !;On appartement
à madame de Luynes
qui n'étail pas ré1·oluée
de ses fonctions. Jeannin insista. Anne d'Autriche céda. « La ré olution qDe vous awz
pri.e, lai écrivail
Louis XIIl, d'elîecluer
ce qw est de ma ,·olonté
UNE
me contente bien Iorl;
comme je ne pom·ais
allendre autre événement, aussi avez-vous
occasion de croire qu'il o'y a rien que j'affectionne à l'égal de votre bien, ce que ,·ous
recognoi. trez loujours de plu en plus par
tant de L~moignagt· de ma bonne volonté. »
rtlais c'était uu nuage qui avait passé sur
leur bonheur! Orgucilleu e el rancunière,
Anne d'Autriche a1:i.it jugé, nous diL madame
de ~foltel'ille, qu'ét:int elle-même hor de
tout soupçon, elle n'aurait pas dû èlre traitée
comme elle venait de l'è1rc : &lt;&lt; La disgràce
de mada~e de Luynes, étoit un outrage
qu'elle avmt de la peme à supporter. » D'autres qu'elle avait protestés, la fortifiant
ain i daos ses entiment . Les suite allaient
aggra,·er celte impression.
. A quelque temps de là le prince de Join111le, Claude de Lorraine, cinquième fil du

LOUTS

duc llenri de Gui e le lhlafré, déclarait son
intention d'épou er madame de Luynes: il
demandait au roi son consentement, puis,

Al,'Dl~:NCE DE J ,Ol}}S

XIII. - Gr.ivurt k

CRISNll DE

ans attendre la réponse, épousait la irnne
veuve. Ce maringi:: surprit. Louis XlU, bien
que mécontent de la dtlsinvolture du marié.
el que toute la cour ~e moquât du couple
allant s'i1rtaller au cbàtcau de Lé igny, prépar~, scmL!ail-il, à cel effet, p:'.lr le dMunt
duc de Luynes, aimait assrz Joinville, duc de
Chevreuse, qu'il allait nommer grand fauconnier de Franc&lt;', pour que deux mois après
il décidàt, en considération du no11vel époux,
de !aisscr revenir l'ancienne madame de
Luines à la cour. Mais alors pour11uoi arait-il
ain i humilié Anne d'Autrithe quelques
semaine aupara1·ant 1 Et la petite reine se
demandait si uaiment ce n'était pas ellemème que le roi avait roulu aueindre !
N'a\rail-îl pas éloigné d'auprès d'elle un de
es secrétaires, sous le prétexte qu'il était

trop libre avec la souveraine? ~e faisait-il
pas suneiller es enlours? De fait, les dispo!&gt;itions de Louis XIII devenaient Je moins ('0
moins fa,,orables. « Le
roi e t plus mal content que jamais du cabinet de la reine, écrivait farillac à fliche~
lieu ; je ne sache point
qu'on ~ apporte remède. » Quin7e jours plu
lard, )larillac répétait:
« 1,e roi n'rst pas conlenl de la rdne; il ne
veut pas ouir parler de
la~ faire vrnir près Je
lui. » Pendant toute
ret le campagne de 16'22,
les lettres de Louis XIll
à Anne seront des billets sec~, ~~os diu ion,
baulains cl autoritair&lt; :
« Jfl m'assure, lui dirat-il. c1uc vous n'aurez
autre déi.ir que de me
plaire. Il
Cependant. effet peutêtre du temps, de l'éloignement, no talgie
des heures de bonheur
passées, il .e prenait
à lui rappeler « ce
qu'elle lui a,·oit promis
de son :ill'eclion ». li
l't·ntretenait de« 1\·unui
que vous aHz certainl'mcnl de mon éloignement 1&gt;; il lui aYouail :
«Je souhaita de toute
mon affection de mu ·
revoir. » ~ Je me promets hicn cet eil'.,:t de
mon alJection qu'elle
YOUS entretient dans un
dr ir continuel d'a,oir
de mes nouvelles etque
vous serez encore Lien
aise d'en apprendre. ,
Pan·enu Vl'rs la fin de
PAS,
sa campagne et sur le
poinl de rentrer à
Pari· , il souliaitail rernir la reine el lui demandait de 1·enir au-dcrant de lui à Lyon;« Le
dé ir que j'ai de ,·ous voir ne me permet pas de
,ou lai ,cr davantage éloignée de n_ioi; c'est
pourriuoi je \'OUS en\'oie mon cousw le doc
d'Uzès pour rou accompagner au l'oya~e et
1·ou rendre la présente qui e t pour ,·ous
prier de partir inconlinent q~e. v~tre _commodité le pcrmellra. » li lm rnd1qua1L les
per onnc qui devraient l'accompagner :
cc Celte bonne compagnie me !'ail croire que
le chemin ,·oos durera moins et que s'il 1ous
ennuie cc ne sera que rimpatience que vous
aurez de me YOir qui me era lonjoars fort
agréable. » La paix de .Montpellier conclue,
il a\·ait b:lle de rcrnir la petite refoe : « Je
suis plus libre à vous donner des preuve
de mon affection, lui écrivait-il; je ressens

accroitre Jes désirs de rnus voir. 11 reste encore quelques affaires, qui m'arrêteront pour
un peu de temps ; ce sera le moins que je
pourrai, ne pou,·ant vine plus content que
près de vous. 11 El Anne d'Autriche étonnée,
craintive, répondail moitié sincère, moitié
par convenance. Alors le dé ir de revoir sa
lemme redoublait chez Louis XIll; il lui
m::mdail : « Venez jusqu'à Arles. 'e pouvant
\'Ï \Te da,·antage si îort éloigné de ,·ous el me
trouvant engagé, il faut, pour mon contentement, que vous ayez la peioe de reoir à
Arles : je vous la donne d'autant plus librement que ce sera selon rntre désir dont les
témoignages que j'ai de 1·otre affeclion me
rrndent a uré. » Les cirronstance contraignant la reine à allendre à Lyon, il en était
contrarié : « Je me oubailc si rnm·ent près
de ,·ous, lui mandait-il, que l'éloignement
m'est à peine. Mais il faut donner au bien de
mes affaire el repos de mes sujets l'établissement nécessaire. »
Contradiction ine1plicable du cœur humain, pourquoi, après œllc hàte à la revoir,
la retrouvait-il ensuite à Lion avec indilfércnce 1 Les . enûments que Louis Xm a,ait
exprimés dans ses lettres étaient-ils le résultat
de l'éloignement? L'impression produite par
le contact dissipait-elle chez lui l'affection
attendrie éprouvée au loin? ou quelque incident que nous ignorons avait-il fait renaître
les antipathies pas:. ées? L'entrerue fut froide.
Les rapports redevinrent cérémonieux et conYentionnels, Louis
reprenant sa sécheresse autoritaire, Anne d'Autriche se rcnfl!rmant, ho tile et dédaigneuse. Des mesure.
prises par le sou1•crain attestèrent la méfiance
réciproque. Le roi trouva à redire :i ce qu'il
Yint trop de monde el n'importe qui dans
l'appartement de a femme. A scz imprudemment, il chargea sa mère d'en faire des
ohsenation~. Il défendit expressément qu'aucun homme n'entrât dans le cal,inel de la
reine, lui n'étant pas pr&amp;.ent. Anne se f.tcha.
Un mois aupara\·ant, venait de lrarcrser Paris
incognito, accompagnanl le prince d'Angleterre, ul1 jeune seigneur anglais de vingt-huit
:1 vingt-neuf ans, gr:1nd, mince, Llond, à la
bnrbe un peu rousse, aux joues colorées,
aimable el séduisant, le duc de Iluclângbam.

xnr

X1TI

Louis Xlll al'ait-il été informé de l'effet produit par le beau gentilhomme~ Peut~tre,
puisque ensuite il déclarera ne pas Youloir
iiue le duc repasse par Paris. u )l'IUr beauroup
de raisons, éeri,•ait M. de Brêrnl au duc de
Lorraine, générales et particulières, p11blir1ues
et dome tiques que Votre Alte se jugera
bien».
Les relations des deux époux s'aigrirent.
En juillet de celle année 1625, la reine euL
une étrange attaque de ncris; elle tomba, se
hies.a à la main, au nez et au front, dut
s'aliter, éprou\'ant des maux de tèle ,iolents.
On l1t quelque mystère de cet acridenl dont
il oc fut parlé qu'en secret, les uns prononçant les mots de délire et de conrnlsion, les
autres de « mal caduc». Ce ne fut rien . Elle
se releva. li -y avait peul-ètre un rapport
entre cet accident bizarre el les crise, intérieures du ménage.
Lne de ces crise e manifesta en octobre,
lor-que, pour éloigner définitivement madame
de Cheueuse, Loui · XIII supprima la charge
de surintendante de la mai·on de la reine.
_Anne pleura. a Le roi qui, dan ce qu'il
entreprenait, était extrêmement violent el
ob tiné, maintint .a déci ion en\'l'rs et contre
tous. ll La pr1!-ence de Marie de Médicis,
rel'enue pri!s du roi, achc1·ait de Lrouiller le
ménage.

E1ilée h Blois, ~fa.rie de :Uédici a.l'ait t.lc!Hi
de demcu.rer en bons termes avec sa Lru.
Elle lui al'ait écrit. Lorsqu'elle s'~tait enfuie,
en 1619, elle lui avail demandé de 'iulerpo.er afin de calmer le roi. ~fai fJUelle -)Dlpalhie pournit exister enlre l'ancienne maitre se du royaume et fa nouvelle reine de
France jouissant de tous les honneurs, privilèges, pr~rogative de la fonclion jadis allribu •· à l'autre 1 D~s qu'il amit été question
qnc les deut princesses se retromas enl à
Tours, en 1610, il y avait eu une série de
di eussions, pour . aYoir laquelle des deux
aurait le pa~. Louis Xlll avait cédé à sa mère
la préséance. La contrariété d'Anne arait été
vive. li avait fallu (J ue Louis Xll l priât Ilicbelieu de régler les relations de deux reines
entre elle ; de fixer le Lon, les manières, les
gcsles, afin d'él'iter les heurts. Malgré les

'ET .J!NN'E D'.J!UTR,TC1Œ - - - .

prét:autions, les heurts se produisaient. Un
jour il s'agi.sait d'un mol d'ordre à donner
au régiment des gardes ; le lend~main, de la
place d'un carro se. Si le roi quittait Pari
pour aller en campngne et nommait S.'l femme
régente, ce nouveau ûtre ne modifiait-il pas
les préro~alives d'Anne en lui donnant le pas
sur a belle-mère? De dépit, Marie de Médicis
allait s'enlermer à Fontainebleau jusqu'au
retour de ·on fils.
Lorsqu'après la mort de Luynes, Marie de
Médicis se r:ipprotha de Louis Xlll, il n'y eut
per~onne qui ne pré1it que celte réconciliation allait contribuer à la mésentente du
ména!?e royal. Un incident amena une scène
violente. nucellaï, que Marie de Médicis ne
pouvait plu soufi'rir, ayant reçu l'ordre de
ne jamais reparaître devant l'anrienne régente,
se trouva dans la chambre d'Anne d'Autrirhe
un jour où la mèr,, ùu roi I était. Celle-ci lui
dit de sortir; l'aLl,é ne l,oagea pa - el même
parut ricaner a,ec les dames. La vieille reine,
rouge de colère, ordonna à M. de Bonneu.il
de cbas er lluccllaï, ce qui fut exécuté. Mais
alors dt!s protestations s'élevèrenl. e croyant
maîtresse du Louue, Marie de Médicis a111it
donc osé commander dans l'appartement de
la som-eraine régnante! Sans égard ni respect
pour crlle-ci qui était chez elle, elle avait
régenté ·es intérieurs! Ce fut un esclandre.
Le conseil du roi dut s'en occuper. Loui Xm
exigea de~ cxcn es. Marie de '1édicis pleura.
On devine les enliments réciproques que
pournient éprou1·er l'une pour l'autre une
Lielle-mère et une helle-r.lle Ee troufant à ce
point dans leurs rapports? Saint- imon croit
que « rien ne pnl diminuer l'union qui s'étoit
mi e entre les deux reine dès le commencement du maria«e ùe Louis XIII dont le nœud
était la passion espagnole qui Jes posséda
sans cesse Ioules les deux ». Il a tort, pour
ce moment. !\lais Louis XJII ne pouvait qu'être
défavorablement impres ionné par l'antipathie
mutuelle de sa mère et de sa femme. L'ani•
mosité de la petite reine à l'égard de sa
ùellë-mère \"CnaiL 'ajoutei: à L:ml d'autres
causes prédispo ant le jeune roi à s'écarter
d'Anne &lt;l'Autriche. Tout contribuait à désunir
leur ménage! Le heures de tendresse et
d'amour étaient bien passées!
Louis HA TIFFOL.

�, ___________________________________ L.JJ.
O. LENOTR.B

•

La citoyenne Villirouët
Â. Lamballe, en Bretagne, existe un vienx de ces nobles dames qui singent les beaux maître et fait ce qu'il lui plaît. Les lettres
couvent d'Ursulines que, en i 795, la muni- airs et font les fières avec les paysans : elle sont vives, bien tournées, courtes, attendriscipalité avait transformé en prison . La mai- est tonte simple el toute franche. Ex-noble 1 santes 1 ; les adminislrateurs du district se
son, toute voisine de l'église Saint-~fortin, Le beau motif pour tracasser les gens! Sa laissent toucher : la citoyenne Victoire Villiétait alors assez exiguë. Au rez-de-chaussée, naissance est l'effet du hasard; elle n'admet rouët csl autorisée à rcceroir en prison ses
le logement du geôlier, -lepère Cloteau, pas qu'on la lui reproche. Elle trépigne d'être enfants el à les garder près d'elle durant le
trois cachots, une chambre basse el un ca- séparée de ses enfants. L'aîné, Charlemagne, jour.
binet: au premier étage, deux chambres; n'a pas cinq ans, et Césarine, la dernière, a
Ainsi son cachot devien l &lt;&lt; un lieu de déplus haut, un vaste grenier. Vingt personnes dix-neuf mois. Sont-ils suspects aussi, lices l&gt;. Peu soucieuse du confortable et du
y auraient trouvé place; on y entassa deux ceux-là?
bien-être, elle prend allègrement son parti de
cent ]mit détenus, des femmes en grande
A peine sous les verrous, Marie-Victoire, la surveillance, de l'espionnage, des fouilles
majorité, épouses, mères, filles d'émigrés, femme Villfrouët - elle signe ainsi sans à corps, du « pot commun », vaste gamelle
ou d'autres que leur nom aristocratique ren- morgue inopportune - récrimine, s'agite, où le père Cloteau fricote la nourritare de
dait suspectes, de ces vieux noms bretons à réclame, écrit à tout le monde : « Mes en- ses pensionnaires; les détenus, en plein
résonnance rocailleuse et retentissante comme fants, ne les verrai-je donc plus? » Elle dis- hiver, sont sans feu; mais la bonne humeur
le ressac sur les galets. li y avait là des cute mot à mot la dénonciation cause de son et l'entrain de Yictoire sont ingénieux : on
Daën-Kerménénau, des l'Étang de Troaëc, incarcération. On l'a dépeinte comme étant dansera pour se réchauffer; et tout le monde
des Houdu de Villecadio, des Quintin de Ker- souple, fine et rusée : c'est trop fort! « Je danse : vénéraùles douairières à cheveux
ne suis point souple, car je ne sais point gris, religieuses sécularisées, vieux gentitscadiou .. ..
Au nombre des prisonnières étail une jeune fialler; je ne suis point fine, puisque je me hommes ruinés et moroses; dans celte ville
mère de vingt-six ans, Marie-Victoire de Lam- suis laissé prendre; je ne suis point rusée, de Lamballe d'ordinaire si paisiLle, où, la
billy, ci-devant comtesse l\fouëssan de la Vil- car je n'ai jamais dissimulé la vérité. &gt;&gt; nuit venue, le bruil d'un sabot sur le pavé
lirouët. C'était une petite femme
fait événement, on entend, eu pasdélurée, réfléchie pourtant, mesant devant les murs du couvent,
nue, alerte, rieuse el très brave.
geôle un hacchanal de cris, de rires
Elle avait les cheveux châtains, le
et de sauteries : ce sont les primenton rond, les yeux marrons,
sonniers qui, pour ne pas grelotle nez el le front semés de quelter, dansent la gaillal'de ou_ les
ques taches de rousseur. Pour en
ll'Îcolels 2 •
terminer avec ses particularités,
\'ictoire de la Yillirouël était déelle adorait son mari, de treize ans
lrnue depuis quinze mois, quand
plus âgé qu'elle. Émigré dès février
un certain jour,- c'était le8jan1792, le comte de la Villirouët
vier 1795, - le bruit courut que
avait rejoint l'armée des princes,
10 conventionnel Bollet, venant de
tandis que sa femme se réfugiait
Brest, se lrouîail pour üngt-quaà Lamballe, chez une vieiJle patre heures à Lamballe, et qu'il
rente, Mme de Caredeuc de Keranétait descendu à l'auberge de la
roy. C'est là c:iu'on l'arrèla. Le
Gl'an1l"maison; c'était une chance
12 octobre 1795, elle est écrouée
à ne pas laisser échapper. Aussitôt,
de sa plume alerte, \ïctoire écrit
aux Ursulines.
La prison, comme on pense, ne
au rrprésenlanl qu'aux Ursulines
lui va guère; elle enrage d'être
restent entassés soixante-seize déLA PLACE DE LA CROIX·AUX·FÎ::VES, A L .\.M.llALLE. - Dessin de RonmA.
enfermée. Cvmme elle a la constenus, dans le plus lamentable décience très nette de « son dù Jl,
m'tmenl el mourant de froid; elle
l'injustice la rérnlte; jamais elle ne s'est Son mari est émigré? Elle n'en sait rien; el sollicite de lui la faveur d'un entretien. La
intéressée à la politiqge; elle n'est même pas puis, est-ce sa faute à elle? Le mari est le lellre signée, pliée, il s'agit de la faire par~- le com!c de Bellevüe a publié, il y a quelques 111m~cs, les llfémoires de la comtesse de la l"illù-ou.ë t, née de Lambilly, d"après le manuscrit original, en l~s a~mpagua?l de lr~. inlër~~antes
notices génealogiqucs (l'ar1s, Just Poisson, editcur,
IOOi!).
C'esl à ce 1·écit que nous àvons empnmtc les ·
éléments de celte élude ; les références indiquées
renvoient au rëcil même de Mme ùe la Villirouël.
1. « Citoyens, pa1·don ri je ".o_us importune e11co1:e;
mais mes enfants, ne les vl'rrat-Je plus l Oh I du moms
vuisque vous ne pouvez me permettre de les voir

tous les jours, accordez-moi de les avoir une décade
entière avec moi. J'en ai trois et sùremeul à leur
â•e on n'est pas suspect l'ainé a quatre ans cl demi,
la seconde lrois ans et la dernière deux ans) : d"ailIeurs ils ne sortiraient pas. Veuillez, citoyens, m'accorder celle demande qne je vous fais de tout mon
cœur. J'ai fuil le sacrifice de mes biens et dr, rua
libcrtê; mais laissez-moi mes enfants, mon uuique
bien, ma seule consolation. ne m'en privei pas, cl
croyez à réternclle reconnaissance de voire co11citoyenne, Vicloire Lambilly, femme \'illiroyt (si,· .
Lettre de blnic de la T'illirouël au..: admi11is""' 214 ....

lratew·.i du district dr Lamballe, 2 avril I i94.
'2. « JI me demanda, cnlre autres choses, ce que
nous faisiou~ dans la maison d'arrêl pour nous y rédiauffcr - « Ma foi, rjtoyen, loi dis-je, nous dausious ! Les administrateurs a,·aicnt l"air de le trournr
mauyais, mais cela nous était égal; et, comme nous
sa dons que danser ou ne pas danser oc pouvait emph-er ou nmèliorer notre ~iluation. nous passions le
temps L"Omme nous pouvions. Vous n'ignorez pas,
d'ailleurs, qu'il esl ~ouveaL bon de s'étourdir sur ses
malheurs pour eonscr,er le courage nécessaire pour
les supp0rtcr. 1

ClTO-Y'BNN"E

Ynz.mouiT

venir. Victoire descend chez le geôlier; le bravade; le sémillant sourire et le franc mi- revu. C'est juré; on se sépare. 11 est malpère Cloteau est absent ou endormi, il est nois de la citoyenne Villirouët l'ont déridé; il heureusement trop tard pour se mettre en
dix heures du soir, tout est clos dans la semble que pour un instant s'est di sipé le tra- courses; toute la nuit, la généreuse femme
maison. La brave femme, qu,e rien ne dé- gique malentendu de la Révolution; ce régicide ne rêve que pétitions el démarches, el le lendemain, « ayant pris la lune pour le jour ll,
courage, va jusqu'à la grande porte de la et cette comtesse s'accordent parfaitement 1 ,
elle est debout à quatre heures
rue ; elle appelle, elle frappe, elle
du matin. Elle sait que le comité
crie, elle s'époumonne, décidée à
de surveillance ne se réunira pas
ameuter tous les citoyens de la
de la journée, mais elle se proville. Gn gamin qui passe entend
pose d'implorer individuellement
le bruit, s'approche, s'informe;
chacun des commissaires. Avant
elle lui glisse sa lettre, lui recoml'aube, elle trolline par les rues
mande de la porter aussitôt à la
Grancl'maison, de la remettre au
désertes; à sepl heures, elle frappe
à la porte du citoyen Margeot.
citoyen Bollet, et« s'il ne le trom-e
Margeol dort encore et ne se lève
pas dans un lieu, de le chercher
dans un autre ».
ordinairement qu'à neuf heures.
ci Eh bien, je vais le trou\'er
Le gamin court; une demiheure plus tard il est de retour; il
dans sa chambre. - Citoyenne, sa
a vu le représentant qui viendra
porte est fermée à clef. - Je lui
demain visiter les détenus. L'heuparlerai à travers la porte ...• » La
reuse nouvelle se répand tout de
voilà donc au lrou de ln serrure :
suite dans celte étrange prison que
« - Citoyen Margeot, citoyen Mar\'ictoire a grisée de sa bonne hugeot I Voulez-vous avoir la commeur; ce sont «des cris de joie,
plaisance de vous lever? - Cides sauls, des gambades qu'on
toyenne, il est de bien bonne
heure, et il é1ait on1,e heures hier
n'cùl pas entendu Dieu tonner )) .
soir quand je me suis couché.
'Mais, le lendemain, gros déboire :
- Moi aussi, citoyen, je ne me
les heures passent et Bollet ne pasuis pas couchée plus tôt etje suis
raît pas; vite, un billet de rappel :
le\'ée depuis quatre heures; il s'a« Citoyen représentant. .. , on nous
git de la liberté de malheureux
assure que lu pars demain, et
prisonniers; le citoyen Bollct va
nous sommes dans des frayeurs
partir et ne peut rien faire sans
horribles que tu nous brûles! » Le
vous. Allons, ciloyen,levez-vous . ...
conventionnel ne \'Înt pas; mais
Je me flatte que vous n'avez peutvers quatre heures, !rois membres
èlre pas tous les jours un ré\•eildu comité de surveillance se prématin aussi agréable. - Oh! très
sentèrent, de sa part, à la prison;
certainement, citoyenne. - Eh
ils apportaient une liste de mise
bien, citoyen, allez-vous vous leen liberté, une liste de cinquante
ver? - Oui, tout à l'heure, cinoms : celui de la citoyenne Yiltoyenne .... - Foi de citoyen Marlirouël était le premier inscrit.
• ;:";;._L'ËCLISE NOTRE- DAME DE LAMBAl.LE- - Dtssl11 de ROBIDA.
geot? - Oui, citoyenne. - En ce
Cette fois, point de joie ni de
cas, citoyen, je vais, de ce pas,
gambades; la pauvre Victoire est
chez vos coll~crues' .... •
toute triste du résultat de sa déElle frappe ainsi aux autres portes, force
marche; elle est libre; mais plus de vingt
&lt;&lt; Je ne vous cache pas, dit Bollel aux
de ses compa~nons vont rester en prison, visiteuses, crue c'est à la citoyenne qui m'a les consignes, réveille les rudes patriotes qni
el leur déception gâte son bonheur. Elle écrit que vous devez votre Jiberté; je ne me font la grasse matinée, hàte leur tollelle,
prend hâtivement les noms de ceux que la souviens plus de son nom .... Vil. .. Yilli. ... leur arrache, un par un, des mandats de
clémence distributive du conventionnel n'a - Citoyen, c'est moi, et vous me faites mise en liberté, court chez Bollet qu'elle
pas farnrisés; à peine hors des Ursulines, grand plaisir en me disant cela. - Ma foi, trouve en bonnet de nuit; il la fait asseoir
elle court à l'auberge où il est logé. Bollet ne citoyenne, je devais partir ce matin; mais prè du feu, l'appelle c1 ma petite amie »,
reçoit pas, il faudra reYeni r. Elle se repré- ,,otre sort m'a louché. Combien, me suis-je signe tout ce qu'elle veut. Elle l'exhorte à la
sente une heure plus tard; on la congédie dit, moi qui suis devant un grand feu et qui patience; qu'il ne parle pas, surtout : quatre
encore; elle prend le parti d'attendre avec cependant ai encore froid, combien doivent seulement, il ne lui reste que quatre dossiers
trois amies, libérées comme elle, à la porte souflrir ces paunes misérables qui ne peuvent à réunir; elle retourne, toute courante, cbei
de l'auberge, résolue à n'en point démarrer se chauffer!.,. » Le com·entionnel se fait les commissaires. Enfin elle triomphe : sur
qu'elle n'ait obtenu audience. Enfin Bollet se bonhomme : elle en profite pour lui deman- la dernière pièce est apposé le cachet du colaisse attendrir et les [ait entrer. C'est un der la libéra Lion des derniers détenus; il ré- mité ... juste au moment où passe à grand
paysan de l'Artois, rigide et sec; il est pré- siste. « - Non, ma bonne amie, je ne puis fracas la berline qui emporte Bollet à Rennes!
Victoire se précipite dans l'escalier, dans la
occupé et n'a qu'une minute; mais l'entre-- sans l'avis du comité de surveillance. » vue, bientôt, l'amuse; il est manifestement L'avis du comité1 Elle s'en charge, mais il rue, criant : « Citoyen représentant, arrêtez,
surpris et charmé de trouver chez une aris- faut que le citoyen représentant lui promette je vous en conjure, rien qu'un instant! n
tocrate d'autres sentiments que terreur ou de ne point quitter Lamballe sans qu'elle l'ait Mais la voiture a disparu et Victoire reste là
1. Le début lle l'entretien est cltannant. - , Nous
nous trouvâmes en prê,_sence du représentant. Les
citoyennes Quengo m'arnient pri~ de porter la parole
el voici ce que je lui dis. - « Citoyen, j'ai l'houneur
de Yous saluer. - Votre serviteur, citovenne. - Citoyen, nous sommes venues vous remercier de la
liberté que vous nous 3-.cz accordée cl c'est le pre•
mier act&lt;' que nous ll\'ODS Youlu eu faire. -CiLoyeWle,

je suis enebOJ1té de vous avoir rendu ,·otre liberté et
j'espère que ,•ons ne me donnerez jamais lieu de m'en
repentir. - Oh I non, certainemenl citoyen l Mais
dans le mandat de liberlé qui nous a été lu dans la
maison d'arrêt, nous nous cru comprendre que celle
liberle n'était que provisoire, et nous sommes ,•enues
vous la demander pleiue ot entière. - Que le mot
prot•isoire, citoyenne, ne vous effarouche pas; il est
.... :215 ..,.

d'usage qu'on le melle loujours. Vous êle.-; parfeilcmenl libres el il ne sera porté allcinte à votre liberté
que si vous contrevenez à la lc,i. - Eu cc cas-là nous
sommes Lranqailles, car, quand ou a élé si cruellement puni pour n'avoir rien fa.il, on ne s'expose pas
à l'être pout· quel(!oe chose. »
2. Jlémoii-es de La comle-•.•e de Lo. l'ill,rourf,
p. 50.

�1f1STO'J{1A
désespérée .... Pas longtemps : le jour même
elle écrivait à .Bollet, et avant la Jin de la
décade, les derniers prisonniers de Lamballe
étaient mis en liberté.
Ce miracle accompli, \"ictoire de la Villirouët se fixa avec ses enlaats chez sa tante de
Kéranroy. Sa fortune était séquestrée en raison de l'émigration du mari qui vivait retiré
à Jersey. Depuis cinq ans les épou_x ne s'étaient
pas vus; à peine osaient-ils correspondre; les
lois contre les émigrés, pourtant, avaient
quelque peu perdu de leur rigueur; on pou-

consacrait pas à l'éducation de son élère. fl
disait s'appeler Guénier, el nul ne soupçonna
que ce philosophe à la Jean-Jacques n'était
autre que le comte de la Yillirouët, contumax, clandestinement débarqué sur la côte
bretonne et parvenu aux portes de Paris en
esquivant les espions et en dépistant les gendarmes; l'enfant était son fils, Charlemagne,
amené de tamballe par Mme de la Villirouët.
Six semaines n'étaient pas écoulées quand,
à la suite des événements de fructidor, lut
promulgué le terrible décret condamnant à

LE GRAND CHATELET. -

vait maintenant espérer se rejoindre. Non
pas à Lamballe, certes, mais loin de Bretagne,
là où l'on n'était pas connu, peut-être seraitil possible de risquer l'ayenture ; le succès,
d'ailleurs, avait donné confiance à Victoire.
Elle parlit pour Paris, sous prétexte de solliciter du Directoire la levée de son séquestre,
et s'y logea dans une maison garnie de la rue
de Rohan, qu'on appelait alors rue Marceau,
au Carrousel; on était en août i 79-7. Versle
même temps, les habitants de Nantouillet,
près de Juilly, voyaient un paisible bourgeois
s'établir dans une modeste maison du village,
avec un garçonnet de huit ans auquel il
apprenait à lire; il ne sortait jamais et passait à bêcher son jardin les heures qn 'il ne

feuille; le comte prit son parti, passa le
barrières et vint se réfugier rue Poupée 1 •
Celle existence de caches et de cligne-muselle était celle de bien des gens dans les
trois dernières années du Directoire; un si
grand nombre d'émigrés, partis jadis très
farauds, étaient revcnns, trainant l'aile et
tirant le pied, que la police débordée perdait
toute mélhode; souvent le hasard lui livrait
un de ses proscrits, aus itôt traduit devant
une commission militaire et fusillé à Grenelle, mais les autres ne s'en émouvaient

D'apres un dessin ch la fin du XVllI· siècle. (G.ibinet des Estampes.

mort, sans autre forme, tout émigré qui guère. De même que, en temps &lt;l'épidémie,
serait arrêté sur le territoire de la Répu- on s'imagine volontiers être réfractaire au
blique. S'expatrier de nouveau? La Yillirouët mal ambiant, ces hors-la-loi s'illusionnaient
n'en sentait pas la courage; sa femme n'eut et croyaient bien échapper toujours au maupas celui de l'y décider. Le séjour à Nan- vais sort. La Villirouët particulièrement, ou
touillet, pourtant, devenait trop hasardeux. plutôt le citoyen Guénier, puisque tel était
Paris était tout proche, attirante et gigan- désormais wn nom, professait une foi si
tesque cachette, a,·ec son inextricable dédale ferme en la hardiesse et l'habileté de sa
de rues tortueuses, grouillantes de foule, ses femme qu'il ne redoutait aucun péril, bien
maisons à six étages où l'on Yit ignoré des persuadé que, le cas échéant, « elle l'en tirevoisins, Paris où l'on est introuvable par le
1. c li occupait une chambre druis la maison d'une
seul fait qu'on se mêle à la cohue. Victoire, de nos amies, Mme Arland, rue Poupée, n• 6, au
d'ailleurs, avait réser\'é à son mari un asile faubonrt Saint--Germain 1 tandis que moi je demeurais
rue de ItO!tan, maison u'Orient, près ,le la place du
chez une de ses amies, la citoyenne Artaud, Carrousel. »
Mme de la Villirouël llabita ensuite, pendant quelque
rue Poupée, étroit passage qui communilemps, rue de Malte, chez le sieur Goison, re tauquait de la rue de la Ilarpe à la rue Haute- raleur.

sûr

11 lSTORL\

MADEMOISELLE DUCLOS
Tableau de L\RGILLIERE. (:\\usée Condé 1 Chantilly.)

�LJl
rail ,, . Chaque jour il tra\'ersail Paris pour
se rendre chez elle; la palronnc du garni, la
ritoyenne Corpet, s'étonnaiL bien un peu de
voir la petite dame, i sage naguère, accueillir
régulièrement le fidèle ,·isiteur. Cel ni-ci passait Ja journée entière ruP. ~fore.eau, y prenait
ses repas el ne sortait qu'à la nuit pour
retourner rue Pou pt.le; il donnait des leçons
au jeune Charlemagne à qui l'on avait recommandé la plus extrême prudence : jamai il
n'appelait on précepteur que« mon ieur Guénier » el quand celui-ci, di trait comme tous
les confiants, jouait imparfaitement son rôle,
renfanl ne manquail pas de remarquer :
« Vraiment monsieur Guénier, vous èlcs
bien imprudent; i l'on vous entendait,
,·ou seriez pourtant fusillé l »
Le danger est une manière d'idole : i l'on
e familiari e avec lui, on n'y croit plus. li 1
avait plus d'un an que le citoien Guénier
rendait à lme de la Yillirouêl sa quotidienne
vi il&lt;', ans tidoulerque, drpuis si semaine~,
il était « filé •. La police avait reçu de Lamballe une dénonciation. I.e I t janvier 179!1,
\ïcloire se mellait 11 taLle a,·ec son fil el son
commemal habituel, quand on frappa à la
porte; Gothon, la servante, oune. Cinq homme
sont sur le palier, quatre ,ont armé·, l'autre
s'avance, salue poliment, sort d'une poche de
son carrick un bout d'écharpe : c'e l lP. rommissaire de police. VHoire tremblait si forl
que ses genoux s'entre-cboquaient; Guénicr,
lui, faisail boone contenance; il exhibait sa
carte de sfircté, -un faux, - répondait aux
questions du comm.i saire qui, après aYoir
sai i les papier· Lrainaol ur la cheminée,
invita lrs deux pré1·enu à le suivre. On
pJrlil, à pied, ver la préfecture de police,
entre quatre soldats, baîonnelle au fosil,
Mme de la Villirouêt au bras de Guénier.
ProGtant du bruit d'une ,·oiture, elle lui
souffla à l'oreille une recommandalion uprême : a Il faut tout nier i&gt;. A peine au
bureau central, on les sépara et la paune
Victoire, qui pour ne pas se trahir, n'avait
pa osé embra· er on mari qu'elle ne re,·erra
san doute jamais, fut jetée au Dépôt. ...
L'enfer.
Qu'on e t loin de la provinciale primo de
Lamballe! Le guichet formidable franchi,
une odeur fétide, a phyxiante, l'odeur des
fauves encagés; cinquante mégères sont là,
enlacées, hurlante , déguenillée , sordides;
troupeau ignoble de toutes les infamies réunies; elles entourent la nou,·elle venue, l'embrassent, entonnent en un idiome farouche
d'ob cènes chanson . nr la couchelle qu'on
lui désigne, quatre femmes accroupies jouent
aux cartes; la nuit tombe, nuit de hideux
cauchemars; les draps du lit sont noirs et
raidis d'ordure; il faut se déshabiller pour1. - c D. - Quelles sont ,·os relation axcc le
eitoyeu Guéoier,
R. - Celles de l"amitié ....
li. - Depuis quand le connaissez-•ous?
l\. - Depui UJI an.
Il. - Comment I"àrcz-vou.s connu?
R. - Par 011 de ce hasards de sociélll Ïui sonL
commllDll dans le moade; la mienne I paru ui counmir; il n,'a demand I penni• ion ,te renir me ,·oir
1·l je la lui ai donnée.

tant et s'étendre contre une compagne abrutie
de débauche et de vice : à di· heures, ,ararme effroyable : c'est le couvre-feu qu'on
annonce du debor en promenant sur le bar•
reaux un pilon de fer; le gardien parait,
monsieur Saint-Denys; îl fait sa ronde en
compagnie de deux énormes dogues ....
Le lendemain, c'est l'interrogatoire, la
~ro e épreuve. La pauvre Victoire e t obligée d'ayouer, non ans rougir, que on mari
e t émigré, depuis lon~temps loin de France,
elle ne sait où. Elle a fait la connai sauce de
Guénier à Pari 1 ; elle ignore où il demeure;
il est devenu son ami el , ient la \'Oir Lous les
jours « - JI a couché chez \'Ous? - Jamais,
jamais! » EL malgré on éaer!!Ïe, en ongeanl
à ce dont elle s'accu e, elle sent on cœur
honnête se gonner, elle éclate en sanglot .
llenlréc au Dtipôl, .a seul,i idée e L de faire
parrenir un billet à son mari; mais il faut
payer; elle est ans argent; pour quelques
sou· se compagnes la dJpouillent; elle est
prèle à leur vendre son chapeau de velour
noir, C' tour de ehe,·fux; mai ce &amp;ont ,e
hague qu'elles conrnitent. Et le questions
Lrulales : a - C'est Ion amoureux qui a été
arrêté hier avec toi?- on, ce n'est pa mon
amoureux. - C'est ton mari1 - Pas dnanLage; c'est un mon ieur qui était chez moi. »
Un rire ordurier commente sa rêponse.
Le troi·ième jour, elle aperçoit, de l'autre
côlé d'une grille, Guéoier qu'on ramène de
l'interrogatoire. Elle l'appelle, court à lui;
tranquillement, il lui annonce qu'il vient de
tout avouer, qu'il n'y a plus à mentir, «qu'il
est convenu de son nom »: «- J'aime mieux
mourir qu de quitter ma Cemme », avait-il
répondu aux policiers. Elle 'évanouit de aisi;.sement et de douleur à la pen éc que c'est
fini maintenant, qu'il e I irrémédiablement
perdu, qu'il n'y a plu à lutter.
Uès cet in tant, ils bénéficièrent des tragiques farnurs accordées aux con.Jamnés. Uonsicur ainL-0enys, le geôlier, les autori. a à
pa er la jou roée ensecnLle d.in l'unique
pièce composanl on logement. On a\·ail
ruême dres é pour elle un lit de sangle au
pied de 1a couchette où dormaient pèle-mêle
Mon ieur aint-Den-ys, sa lemme et leurs
enfants, sans parler des terribles dogues qui
hurlaient au moindre bruit; UD poêle rougi sa.il nuit cl jour dan ce taudis oi1 tout était
gris de poussière et de chaleur. Yicloire en
resta enrouée pendant plus d'un an. La chambre n'avait pour mobilier que les indispensables u !ensiles; on mangeait assis sur les
lits, les genoux ser\•anl de table. Mme SaintDenys, le matin, allait au proYi ions; en son
absence, la comtesse de la Villirouët Yendail
le rogoœme aux femmes du Dépôt; elle remettait, au retour cle la patronne, autant de
D. -

n. -

Qoel

esl le lieu de sa dcmeun.'?
Je l'ignore,

D. - Celle ignorancP. o' t pas nalutclle.
H. - Elle L Loule impie, car cc so11l les homru,!ll
qui vont chez les femmes el jo ne sache pas qne les
femmes aillent ,·oir les hommes. •
2. , Pour mon compl , jamai je n"ai mangé d'un
mtilleur appèlil, ni mieux donm qu'au horeau do
Dëpôt. Poul' ce '}UÏ Cil du sommeil, il esi vrai de dire

C1TOYENN15 Yll.U]t01ŒT _ _ .,.

deux sous qu'elle aYait débité de petil verres.
A,anl le .ouper, elle faisait la partie de dominos de Monsieur Saint-Denys; on jouait une
bouteille de cidre qu'elle perdait habituellement; quand, par inadvertance, elle gagnait,
Mon ieur aint-DenJS_ buvait néanmoin la
bouteille et négligeait de la payer. On fai ail
cuire à la chaleur du poêle des pommes dont
on se régalait en famille. Quand La Villirouët
avait drc é le lit de a femme el fait le ménai;-e. - car Monsieur Saint-Denys était trop
grand personnacre pour se plier à ces fon~
Lion domesliques, - on le reconduisait pour
la nuit à son cachot. Victoire aimait celle
exi 'lence parado:xale 1 ; elle avait pour muime
que la politesse el la bonté ont les deux: clers
qui ouucnt les cœur ; elle y ajoutait son
inlas able bonne humeur, talisman merveilleux. Elle 1:omprcnait bien d'ailleurs que, ces
jours-là, elle ,les re 0 rellerait et que bientôt
elle erait ,·euve. La Yillirouët, lui au si, résigné à on ort, joui ail de ce bonheur précaire : peut-êlre était-il persuadé que sa
femme trouverait un mo~en de le tirer de ce
mauvais pas.
An bout d'un mois, il fallut se séparer; la
citoyenne Villirouill était mi e en liberté; le
proscrit, conduit à l'Abba~e, devait y attendre sa comparution devant la commi ion
militaire. L'heure de la crise approchait. Cc
tribunaux d'exception pa aient pour être
« aussi impih1yables que le peloton d'exécution&gt;&gt;. Que faire? Trouver un avocat, d'abord.
Victoire avait l'adr se de plusieurs : Cbau,·eau-La!!arde, Cotelle, d'autres encore, au si
habiles. Elle tardait, pourtant. Un matin,
comme elle était encore au lit, l'idée lui vint
d'écrire au.x: juges pour implorer leur piti(•.
Écrire? lis ne liront pas la le Ure_ Si elle
allait le voir? Des militaires? Elle ne era
pa reçue. S'ils la reçoivent, il l'éconduiront
au premier mot, avant qu'elle ail pu plaider
la eau e de son mari .... Plaider? Mais c'est
cela l'in piration ! Elle plaidera, elle plaidera
elle-même devant le tribunal. Et loul au ilôt la rnilà marchant à grand pas dans la
chambre, commençant sa harangue. Dès que
l'heure le lui prrmet, elle courL à !'Abbaye,
fait part 11 son mari de son projet; lui, tou.iours confiant dans le pou\'Oir Je sa bonne
fée, approuve. a Je te préfère à tou les avocats; si Lu as le courage de plaider ma eau c,
je suis sauvé!» Elle rentre, commence d'écrire
on plaidoyer; mais le lui laissera-t-on prononcer? Il faut obtenir l'autorisaLion du rapporteur de la commission. Elle 'informe;
c'est un jeune officier de trente-deux ans, le
capitaine Yivenot. Elle est chez lui, trouve un
homme extrêmement froid, impénélrable. II
parait surpris de la démarche. a - Madame,
que mes affaires me fatiguaient tellemenl que le repos
mci devenait aus i née aire que racile. Me couchant
à diic heuret du soir, je ne l'a1sai qu'un i;omme _jtu•
qu'i. six hrures du matin; et mon sommetl élatl si
calme que ' inl-Dcnys disait quelquefois , - • 11
n'est pas po silile que cette fomme-lit soit coup.thle,
car sùremcnt elle ne dormirait pus i bicu. , Si pelile
11ue fi)l La cli:unbrc, je m'y promenais lous les ~our.,
ile long; en lar,:c, pendant CJJ\·iron une heure, 1l' l'rcice m ët■ nt ab,olumcnl .nécessaire. 1

�111STO'J{1A

~---------------------------------

ce que vous me demandez est contraire à
l'usage. - ~fais ce n'est pas contraire à la
loi; j'ai toujours fait pour mon mari ce que
mon cœur et mon dc\'oir m'ont inspiré. Aujourd'hui il esl accusé, je le défends; cela
parait simple. » L'officier s'incline, concéda.nt
que • pour sa part, il n'y voit pas d'inconvénient ». Autre vi ite au général Catholle,
pr&amp;.ident du tribunal. Il habitait l'École-lfilitairc. Comme Victoire s'indignait de la cruauté
des lois de fructidor, « lois de ang, dignes
du règne de Ilobegpierre &gt;&gt;, le général répondit d'un ton glacé : « Nous ne somme pas
pourles apprécier, mais pour les appliquer. »
Elle avait d'autres émotions, plu cruelJes.
De l"Ahbaye, où elle se rendait char1ue jour,
elle re\'enait terrifiée; trois des compagnons
de captil'ité de son mari, lrois émigrés comme
lui, étaient passés devant le tribunal : tous
trois avaient été condamnés à mort; elle les
a vus partir pour la plaine de Grenelle .... El
ses meilleures amies, charitablement, la détournent de son projet. A quoi bon se fa.ire
illu ion'l La YUlirouët est perdu saw ressources; pourquoi se compromettre inutilement, se donner en spectacle? Victoire pour-

les message du Directoii-e; pénètre au Châtelet, où siège la commission, et assiste à
l'une des audiences pour se familiariser avec
l'aspect de la salle et l'étiquette du tribunal.
Elle est brisée de fatigue et de fièvre quand
le jour fatal arril'c enfin.
C'était le 23 mars, veille de Pâques. La
séance devait commencer à onze heures et
demie. \'ic!oire se leva à six heures; à huit
heures elle était à l'Abba.ye pour embrasse,·
son mari et fortifier son e-0urage, au ri que
d'affaiblir le sien propre. Elle rentra, fiL sa
toilette, se coiffa d'un bonnet de crêpe Liane,
revêtit une robe de mous eline basioée à
grandes manches, serrée à la taille par une
écharpe 0ottanle d'organdi; elle prit un po·
tarre el avala un œuf pour nelto)·er sa orge
toujours enrouée depuis les raouts de Monsieur Saint-Den~·s. Enfin elle monta en fiacre,
avec son amie Mme Artaud, pour se rendre
au Châtelet. En approthant du pont au Change,
elle aperçut de loin l'accusé qu'une forte escorte amenait, et du coup elle pensa défaillir.
Dans la salle s'entassait une foule. Victoire,
le cœur serré, la gorge sèche, gagna la place
0

pier : l'assistance se bousculait pour mieux
voir celte femme en blanc, toute petite, qui
pénétrait au banc de la défense; le, habiturs
échangeaient des rénexions. &lt;1 - Elle a l'air
d'une première communiante! - Ob! c-0mme
elle a les yeux rouges! - C'est qu'elle a tant
pleuré! » !_ Elle n'avait pas pleuré; elle brûlait de fièvre. L'instant qu'elle redoutait plus
que tout autre était celui où s'ouvrirait la
petite porte des accusés pour livrer passage
à son mari, entre les gardes; par deux fois,
pour la préparer à ce choc, Mme Artaud, assise près d'elle, lui souîlla : « Du courage,
f entends les soldats! ,, Deux fois encore, Victoire crut qu'elle allait s'é\'anouir, qu'elle ne
pourrait pas .... Elle se raidit pourtant, el
comme l'accusé n'arrivait pas, elle eut le
temps de se remettre.
Le voici enfin! Grand tumulte : vingt gardes
l'accompagnent, dont deux lui tiennent les
lira . On le fait asseoir sur une chaise, en
face du tribunal. Il est à trois pas de sa
femme, qui le voit de profil. Lui, la chertlie
des yeux, l'aperçoit, ouril. Les juges paraissent : ils sont sepl : grande tenue, longues
moustaches, sabres trainants. Il prennent
place, et le crénéral Catbolle, président, commande le silence.
L'intrrrogaloire commence. La Villirouët
répond avec calme : le rapporteur lit ses conclu ·ions. n des juges interpelle le secrétaire : « Ce malheureux ne peut pas se défendre tout seul; je ne vois point de défenseur. » Le secrétaire fait un geste et désigne
Victoire. « - Le voici. - Ah! poursuit l'auln•, en aura-t-elle la force?» Hélas! elle n'en
~a\'ait rien. Son cœur battait. Toute anxieuse,
t•llc priait, priait tout bas, s'efforçant de rass1?1111,ler ce qui lui restait de courage, tâchant
de ne pas penser. Et tout à coup elle entend
qu'on parle d'elle. cc - Quel est ton défenseur officieux? demande à l'accusé le président. - C't st ma femme&gt;&gt;, répondit-il. Alors,
se tolll·nant, CathoUe, de sa voix glacée, s'informe: « -A,ez-vous quelque chose à dire?
Oui 1&gt;, fait-elle en se levant; et prenant
ses feuillets, elle commence : « - Citoyen~

juges".

LE PAJ.A13_ DE JUSTICE DE P.\Rll'.,

qu·on lui désigna, en face d'une tab]P. où l'on
avait mis de l'encre, des plumes e~ uu pa-

Sans trouble apparent, elle s'excuse d'abord
de sa témérité; puis, venant à la question,
elle expose que son mari n'a jamais émigré,
qu'il est resté caché à Orléans, malade ....
Elle entame ensuite le point de droit, discute
les lois, les dates; peut-être la regardait-on
plus qu'on ne l'écoutait; le silence planait,
aussi absolu que si la salle, bondée pourtant,
ef1t été entièrement ,ide. Elle n'osait détourner ses regard de son papier, craignant de
lire sur le visage des juges la sé\'érité ou le
parti pris; elle ne sa risquait pas non plus à
regarder son mari, de peur de s'attendrir.
Yers la fin seulement, après avoir terminé la
question de droit, elle se hasarda à lever les
yeux pour la première fois .... De grosses

celle de Il lui. Surprise el affiigée de celle proposition. je lui en demandai la raison. Il me répondit
qu'il n"i!taiL pas naturel que moi, dans ma posilion el
le clt'l,œpoir dans l'àmc, 1e pus c disculer des lois. C Yous vous trompez, citoyen, lui répondis-je, la Rt\volution nous a appris à raisonner avec celme louL ~'Il
pensanL ucc force. 1e lâcherai de dunner à la loi

l"onclion du senlimcnl, et au sentiment le carnclère
de la loi. "
~- :llaouscrit de Mme de la ViUirouilt.
3. Le plaidoyer csL donné, lexlucllcment, par JI. le
comte de Bellevüe, d'après le manuscril de lime de
la Villirouët : il comprend douze pages pleines du
volume de formal in-8•.

sot: 1 \ RÉVOLUTION. -

tant, héroïquement, s'obstine; elle travaille
aux Archives, compulse le Bulletin des lois 1 ,
t. Nme de la Y!llirouël prit la précau!io!1 de. lire

son plaidoyer au c1to1c.n Lebon, avocat d1slwguc de
1'1:poqul!.
Lebon en 1011a c la teneur cl la rédaction; mais
il me fil ohscncr que la lui n'y êlail pas sufl~samrucnt di,rntée, rt il è.mit J'a,·i, que je ne Jiro,s
que la partie du sentiment, lui abandoonanL, à lui,

,1

~ssi11 de RoumA.

larmes coulaient sur les joues du président;
ses collègues a\'aient tous la tète bais~e,
R comme des g&lt;'ns très affectés Di un d'eux

LA c1ronNN'E V1u.mouir _

ce mou\'ement des muscles qui dénote une
émotio11 comprimée; enfin, se dominant :
« A,ez-rous, dit-il à l'accusé, quelque chose

LA PRISO:-l DE 1.',\un.wE. -

sidérant. .. l'acquillemenl e~t prononré à l'unanimité .... » On n·entendit rien de plus : une
clameur de triomphe, les applaudissements

lirJ1•11re .:I~ llERTll.\lLT, ,t'afrès le dessin de PRIHR,

à ajouter il ce qui vient d'ètrc dit? » Sar la
réponse négative, il rèprit : c&lt; En ce ca , ,·ous
allez vous en retourner à !'Abbaye, car c'est
l'usage. » Alors La Villirouët se leva, salua
« Vous êtes pères, époux, el il n'y a aucun les juges et vint vers sa femme à laquelle il
de vou qui ne soit sensible à la voix de la tendit les bras; de ce coup toute l"assistauce
nature. Vous ne rnudriez pas que, sani: aucun éclata : c'était peul-êlre le dernier emurasscavantage pour la patrie, le meilleur des mé- ment des deux époux; allaient-ils être éparés
nages soit désuni, que le plu doux des liens pour toujours? Elle tenai l son mari serré
soil rompu, qne des enfants restent orphe- contre elle, et ncr\'eusemeut, sanglotait. La
lins. Vous ête justes, vous ne voulez pas foule pleurait; les gardes eux-mêmes se déimmoler une victime innocente. Yous con- tournaient, les yeux gros; ils emmenèrent
naissez les droit du malheur, droits aussi pourtant l'accu é; les juges s'étaient retirés
sacrés que ceux de la vertu même; et pui que pour délibérer : leur conseil dura une demivous m'avez permis de le défendre, mon mari henre, une demi-heure d'anxiété pour Yicloine peul être sacrifié! »
re. Avait-elle touché ju.te? Pouvaient-ils acquitter? Que ferait-elle si elle entendait tomber
Elle se lut : sa plaidoirie avait duré qua- le mot terrible?. .. Elle projeta.il d'ameuter le
rante-deux: minutes. A.ucun bra\'o, aucun peuple, de recommencer son plaidoyer dans les
battement de mains : le silence continuait, carrefours .... Une-rnix, soudain, lui dit à l'oreilétouffant, angoissf; le président lui-même, le « Acquitté! » C'était le secrétaire qui préle front bas, hésitait à prendre la parole; on cédait les juges rentrant en éance. Le présidi tingua.it sous sa moustache el sur ses joues dent lut d'une voix forte «Considérant.. .. Con-

s'essuyait les yeux avec ses poings: elle-même,
à ce moment, faillit éclater ... mais elle se
reprit et attaqua sa péroraison :

◄ :219 ""'

éclalèrcnl : it 8r.1vo ! Tant miem.."! » Le général se dressa, menaçant : (! Vous n'êtes
point ici au spectacle; vous ne pouvrz ni approuver ni dJsapprou rnr nos j ugemcnts .... i&gt;
Mais sa voix rude tremblait, sa grvsse moustache était toute frémissante, el il ajouta,
bonnement : « Je reconnais œpendant que
tout ceci est bien Louchant et bien propre à
émouvoir. 11 Les curieux entassés, de nouveau
s'étaient lus; Victoire, debout, s'adres~a aux
juges : ,1 Croyez, citoyens, dit-elle implement , que ma reconnaissance égale mon
bonheur. »
Au sitôt on se rue vers elle; perdue dan,-,
la foule, elle cherche à échapper à l'ovation
tumultueuse; mais maintenant quel' audience
est levée, la houleentbou iaste grandit, tourne
en disputes : « On ne la voit pas! - Vous la
masquez! - Qu'on lamelle sur une table,
que nous la voyions à notre aise! ... » Un
homme du peuple, les poings sur le, côtes,
Lou Lcontre elle répète : « C'est bien joli ce que
vous venez de faire là; dame! oui, c'est bien

�111STO'R,.1.JI
joli .•\h ! la brare femme! » Les juges, descendus tle l'e lra&lt;re, la &lt;0mplimentenl; tous
demandent à l'embras cr; elle re la une heure
avec eux, tandi que le secrétaire expédiait la
copie du jugement, on la lui remit enfin; elle
monta en voilure. Sar le quai, une foule, en
haie, l'acclama; beaucoup se lancèrent derrière le fiacre ju qu'à l',\bbaye; tous les haLilanls du quartiêr ~\laient massés sur la
petite place dennl la prison. Quand elle parut, cxuhante, au bras de son mari déliné,
ce rut un grand cri i!e joie : « Ab! lt·s Yoilà
ensemble: quel bonheur 1 \ïvei longtemps!
So ·ez toujours heureux! » Le même peuple
les aurait hués , 'il:. étaient pa sés Loos :!na
sur la cbarretlc des condamnés ....
On dina chl'z )!me Artaud, rue Poupée.
Victoire était bri,ée de fatigue, sans Yoix. Le
soir, elle prit arec son mari, pleurant de joie,
1. Elle rrpose eu cimrtii-rc dP Laml,allt'. On lit ur
,a tombe : .- Ci-git, farie-Jïctoire de /,nml1ifl!I,
1/ame de la r'illù-ouët, 11ée le 27 1w,·1ï I i67, mo,·le

le 12 juilltl 1 13. Sa famille e11 11leu1·1 llti a t'ln·é

le chemin de la rue MJrceau; pour la premièrtl fois elle marchait à on bras dans
Paris, .an · crainte des espions. Quand il. se
trouvèrent seul-, elle lui dit : « Mon ami, je
pui mourir à présent; j'ai connu li! bonheur!»
Le lendemain. jour de Pàqu, s, dè l'auLt•
radieuse, une députation de dame de la
Ualle se faisait annoncer. I..a premii:•re prit
Virtoire dans ses hra~, l'enleva de terre, lui
po.a un baiser sur chaque joue et la repassa
aux autre-; clics lui olîrinnt un bouquet el
lui adres èrenl ce compliment : « Ma belle
amie, voilà de ' Ocur qui sont aussi naturelles que ,•olre cœur. )&gt; En trinquant avec
elles, Mme de Villirouët ongi!ait aux « tricolt'u es » de jadis .... El comme elle e félicitait des juge : « Les juges! Laissez donc!
rr modttle mom1111e,,/, f/lible lrib11t dt 1e, regret,
el de son nmour.... Exemple &lt;111 plu, /ltroïque tlé1·1111fmt11f, .&lt;OIi ,·n11r/lge t!I 1 011 l'l"'Jlll!llf: t -n111:he11I
Ir 1011r11 de ,on mar i ... . a

gronda une commère. Il en a péri d'aussi
innocenls que votre mari! » Celle visite fut
le prélude de hien d'autres : durant une décade, la petite Bretonne fut l'idole de Paris :
le journa11.1 publièrent ses hauts faits, on
la mil en pelils ver , &lt;'n complaintes, en
chansons; la citoyenne Bonaparte l'in,·ita à
dtljeuner.
Le succès ne la gri ·a pas. Du jour où elle
cul reconquis son mari, on n'entendit plus
parler d'elle. Elle mourut à Lamballe, le
12 juillet 18t::;•: elle a,aitquarante-six ans.
M. de la \ïlliroui!t I ui survécut pendant trentedeux ans. A l'époque de la Restauration, il
reçut la croix de aint-Louis, méritle par se!\
services personnels sans doute, mais aussi,
dit l'expo é, a parce qu'il dol la liberté el la
vie à l'énergie el au courage de son épouse,
rle glorieuse mémoire D.
C'est la seule croix, certainement, qui fut
jamais décernée « pour fail d'amour conjugal. J&gt;
G. LE OTRE.

La comtesse d'Egmont

HENRY R.OUJON,
ck rAca.:tëmk fr"'!lfalst.

+

La femme de
Le:- admirateurs de ;t.:reuze n'ont pas appris sam; émotion qu'un de ses tableaux,
l'En/anl blond, ,cnail de réaliser dan. une
vente récente un prix quasi américain Les
commissaires-priseurs deviennent de plu en
plus des personna;:;es poétique · : il· jouent
dans la société modm1c le rùlc d'archan:;r
vengeur du gé11il'. \'oici d'autre parl qu'un
comité 'est formé pour ériger un monument à Greuze, sur sa lomhe au cimeLière
du Nord. li sied Je ne po:nt déco11ra 0cr la
. culptarc funéraire. Au:,i bien ce monumentlà aura-t-il au moins le mérile de ne pas encombrer la mie publi,111c. Toutefois i toutes
le;; jeunes pl'rsounc ,p1i ont copié la C,·udw
cas.ice apportent leur obole rcconnais. antl',
le monument de Grcu1.ll ris1p1e d'allcindrc
de babl lonienn&lt;'. proportions.
lariclle disait dan son Aben:,/ario :
« Greuze a c:hoi~i pour ~on genre celui des
bambochades el 1ùd1c d'y mellre de l'inlérêl, cc qui fait que , c · taLlraux 50nl forl
goûtés. Le connaisseurs trou\'rnl l,•ur comple
dans la façon dont ils ont peints; la mul1itude cl touchée du choix du suj"I, qui se
rapproche de nos mœur· cl qui lui sert d'1•ntrëlicn. 1&gt; Nous a, on perdu l'habitude el le
:-ecret de ces verdicts rnns cmplta e; mai~.
1•11 juge ,,ui n'aLllsaiL point des superlatif·,
Marielle a ré~umé là tout le p:111égl1ri1rue de
Greuze. Les « cannai .eur li honorent le
maitre peinlre en enrirhi-..anL ltJS marchand
&lt;le L.1blcaux; la ic multitud.: • ·arrèle toujours complai:;ammenl devant le narrateur
d'hi lorieltrs touchantes. Greuze édifiera éternellement le pul,lic des dimanche . « Voilà
votre peintre el le mien, s'écriait lJiderot, le
premier parmi nous qui se oil avi é de donner des mrenrs à l'art I n Entre le séduLanL
memonrre de Boucher cl l'in 0énue sinctlrilé
de Cha;Jin, Greuze, madré compère, se lit
une manière de roiauté dans le pathétique
bour!!CCIÎ ·• Diderot, un peu lourJaud dan
0
•
1armoiants
l'éloge,
acca.Llait de commentaires
le moindre tableautin du moralisateur de la
peinture; il lui donnait du génie à tour de
bras et le sacrait restaurateur du culte :et de
la vcrlo. ll sem~le bien que le bon Greuze
se soit a sez peu préoci:upé de remplir une
mi sion sociale. on qu'il fût modeste. Ce
pelit homme pimpant, frétillant, pomponné,
bavard, a,·aolageax, avait de ses mérites
une parfaite con ciencc. Mais la a bambochade » sentimentale lui procurant honneur
et profit, il en épui:;a vaillamment le suœè .
De morale il e souciait médiocremenl. Au
fond, arnc es airs de n'y pas toucher, il
était égrillard toul aulanl qu'un Baudouin.
Ses jeunes filles s'habillaient décemment,

mais qu 't.•lle ont donc la pudeur prorocaute !
Elles firent pleurer Diderot, el!,.- attendrirent
Voltaire, · Bou-,eau dut chérir en elles drs
Jolies el des Claire.~. N'importe! oos le fichu
de ce· vierge~ ~ourooises, en cherchant l,irn,
l'on découuirait un exemplaire du So,,1w.
CréLillon fils c. l lc véritable confe.seur de ce
-pen ionnal aux paupière' Lais~ée .
Greuze, à Hai dire, n'a jamai· peint 11u'unc
~t•ule et ruèmc femme, celle qui réali. ait son
type de grâce mutine cl de fraiche hypocri~il'.
Toutes proporlions gnrJées, il ,uhit, ain.i
11ue flubeo-, la trranaie de l'idéal féminin
11u 'une mortelle réalisait sou ses icu-x. li
foi. ail pcrpé1ucllemcut le portrait de ,a propre fommr. EL il faut bien Jt, dire,
Mme Greuze était douée très in uffi :immcut
pour Sjlllboliser la PuJcur.
Les Arrhfrrll de l'.trt français ont puliliê
j.1.dis un documc.nl qui non renseigne doulourru,cmcnt sur le· ménage de ce peintre du
loonbeur Jome ·ti,1ue : c·esl le mémoire tn,·o}é par Greuze 11 un procureur, lorsl(u'il
·e d(cida, apri:• · des années dl1éroï,1ue pa-

1

~fadame de Pompadour était malade, cl le
floi venait la roir plusieurs foi par jour.
Je,ortai,dorilqu'ilentrail; maisét:intre téc
prè!\ d'elle pendant quelques minute , pour
lui donner un ,·erre d'eau de chicorée, j'entendis, a Majesté 11ui parlaitdr• lme d'Egmont,
el \fadame lern l~s yeux au ciel en di aot :
« Ce nom me rappellera toujours une
chose Lien triste el bien barbare; mais ce
n'est pas ma faute. 11
Ces mols me restèrent dao l'esprit, et
surtout le ton dont ils avaient été prononcés.
Comme je restai auprès de ,tadame jusqu'à
trois heures après minuit, à lui faire la lecture
une partie de ce temps, il me lut aisé de
tâcher à satisfaire ma curiosité. Je pris le
moment où la lecture était interrompue, pour
lui dire :
« Madame a,ait un air consterné, quand
le Roi a prononcé le nom d'Egmont. 1
Elle leva, à ces mots, les yeux au ciel :
« Vous pen eriei bien comme moi, si vous
s:iviez ce dont il s'agit.
- ll faut donc que cela soit bien touchant,
répondi ·-je, car je ne crois pa que cela
re!!arde Madame.

- .\un, dit-elle; mais, après tout, comme
je ne suis pas l:i seule au fait de Ct.'lle histoire, el que je vous connaÎ$ di~cri-lc, je ,ai
vous la raconter.
a Le dernier comte d'Egmont avait épousé
la fille du duc de \ïllar . lais la duche ·se
n'avait jamais habité avec son mari, el la
comtesse d'Enmonl esl fille du che,·alier d'Orléans (fil légitimé du llégent, grand prieur
de France, et général des galères). A la mort
de son mari, jeune, belle, aimable, el héritière d'une immense fortune, elle était l'objet
des ,œux de tout cc qu'tl y avail de plus dis- ·
tingué à la Cour.
Cl Le confe seur de la mère de la comtes e
d'Egmont entra un jour chez elle el lui demanda un entretien particulier. Alors il lui
ré,éla qu'elle était le fruit d'un adultère,
dont sa mère faisait depuis vinat-cinq an
pénitence.
« Elle ne pouvait, lui dit le directeur, s'oppo er à votre premier mariage, dont elle a
gémi : Dieu n'a pas permis que rnus ayez
des enfants. Mais, si vous ,ous remariez, vous
courez, madame, le hasard de faire pas l.'1'
dans une famille étrangère des bien immense

11ui ne rous apparlienncmt pas cl qui sont le
produit du crime. »
a )fme d'Egmont écouta ce détail a,·cc
terreur. a mè•re entra au mème instant.
lbndant en larmes, el demanda à genoux à sa
fille de s'oppo cr à sa damnation éternelle.
Mme d'Egmont làchait de ra surer . a mi-re
el elle-même.
« Que faire? » drmanda-t-elle.
a Le directeur lui répondit :
- Vous con acrer entièrement à Dieu, cl
effacer ainsi le péché de votre mère. 11
a La comtesse, qui était tout effrayéP., promit ce qu'on exigeait et forma le projet d'entrer aux Carmélites.
« J'en fus instruite; je parlai au Roi de
la barbarie que la duchesse et son directeur
e1erçaient sur celle malheureu e femme;
mais on ne sarail comment l'empêcher.
« Le Roi, plein de bonté, engagea la Reine
à lui offrir une place de dame du palais; il fü
parler adroitement à la doches e par ses amis,
pour qu'elle détournât sa fille d'entrer aux
Carmélites.
« Tout fut inutile el la malheureuse créature
fut sacrifiée. »
i\lAOAME DU

...,. 220 ..._

JlAUS ET.

11ues, lorsqu'il pas.a, pour son malheur, devant la Loutique J'un libraire. La demoisellt•
du comptoir le subjugua d'un rcgard. AnncGnLrielle Oalmly, la fille du bouquinistl',
était nne célébrilt! du c1uarlier. t Poupine,
Llanche et droite comme le lys, vermeille
comme la ro.e e, a dit d'elle Didcrol qui -."attardait ,·olonticr · à sa deYanturc. lJiderot
aimait à venir chercher che:1 la jolie marchande des exemplaire - de Pélrone ou de la
lleligiet1se en rhemiu. Tout ailriulantc
qu'eUe fùL, Ille Baliutr approchait de la
trentaine. Greuze se pré.entait au bon moment. « .le fu , racontc-l-il à . on procureur,
frappé d'admiration, car elle avait one trè:;
belle figure; je lai fi· des compliments tant
qu"elle rn Youlul. • Au bout de quelques
jours, Anne-Gabrielle adrP sa celle question
à l'aimable client: « Monsieur Greuze, m'épou ·eriez-Yous, si j'y con entai-? Le peintre e crut llè habile en répondant: « Mademoi elle, n'c.t-on p:i trop heureux de pas tr
:i "ie an•c une femme aus i aimable que
\'OU·? D Le prédestiné pemail, en parlant
ainsi, ne point s'eng:i 0l•r. 11 Je crus, dit-il,
que celle mani~re de répondre était tout à
fait in~igniflanle. » Quelques jour aprè:-,
~Ille IlaLuty pénétrait ,iolemmcnl dans l'appar!cmcnt de ~ou adorateur, ie jelail à e
genoux, sai!:issail ses deux. mains et les baignait de l:irmes. n LaLleau de Grcu.te ! Le
malheurt•ux s'c\écuta; il entra en ménage
avec lrenle-si.1 lhrcs.
lime Greuze manquait de wrlu. Pa ~e
encore pour i:e menus défauts de ménagère
acariâtre, sottisière et gaspilleuse. Elle négligeait sa cuisine au }&gt;Oint que ses ca scroles
étaient teintée de ,·crt-de-gris; son mari,
pour arnir pris un bouillon de ces casseroles périlleuses, .e dt « aux portes de la
mort». Petites mbère que celles-là. Mais la
dame, qui po.ail si Lien les Ve.talcs, était
alanle comme un modèle de Franonard. Le
paune Greuze énumère d,rn son mémoire
le nomhreu.c faibles es de ~on épouse. JI y
rut d'al,orJ un M._ llatincourt auquel succéJa un jeune élèrc. 11 Je rentrai un jour !&gt;Ur
le· neu[ heures, je trom:ii '1me Greuze fort
cml&gt;arrJssée de sa figure, mon élè,e debout
devant la cheminée, ne . acbant que devenir i
je crus qu'il convenait de renrnyer le jeune
l1omme. » ilme Greuze dé approma celle
mesure. Après a,·oir parlé de e tuer, elJe e
con ola a1ec le fils d'un rruitier-oranger,
lequel s'était décourl'rl des di po~ilions pour
la peinture. Yiot ~n -uite un M. de aiutMaurice, chez qui Greuze remarquait II un
air sournois el rampant ». li y cul llagrant
délit. L'épouse coupable ne lrou,a pour s'ex0

!'ti&lt;M Glraudoft
GRJ:: CZE.

l'or/rai/ Je /'arlWt f:Jr lui-mème.
(.\!usée ;1u Louvre.)

Lience, à ~e s{oparcr de sou idéal. Le amateurs de comi11ue féroce peuvent trouver là
leur compte. C'est de quoi rire ... aux larme· .
Greuze rcYcnait d'[talie, ne songeant guère
à créer le t}·pe de la Vierge selon Jean-Jac-

�1f1S T0-1{ 1.Jl
cu~er que celle phrase: « Cdu ei t \l'ai, mai·
je m'en f... '. • Dè:i lor. Grcnzc rcno111·a à la
Célicité dome~Li11ue.
•
Cepend3nt sa compa1.me • lerait la nuit cl
menaçait de lui !.&gt;riser le cr;inc a1ec un la.e
d~:nué ~e poé ic. li rJ,0!111 de sr éparcr
d clic. • e le hl,lrnons pas.
Eh Ilien ! celle inbal,itaLle mé(Tèrc inc.1rnait .i de. po1i,1uemenl son rère nrlislique
qu'il garda jusqu'à la dernière heure dans
le 1eu1, pcut-ètre au cœur au. si, la ri ion
de . on charme menteur .•\prè · la Ré1olulio11,

c'était. une l~mcntahfo épa\·c que I • peintre
chank par T\iJerot i ,lé ar· ent,:, oul,lié.. an·
clientèle, logé au LonHc par charité, titulaire d'une pcn~io11 &lt;le t ,500 li1rcs, Greuze
errai! dau le· rue~, en haliil &amp;arlatr l'éph
au ~ôté, portant 1, 'au quan,1 mème. 'Il pcin11a1l encore, il .s'c .. apil à l'art civi11uc. Et
toujour, l'a~cortû marchande d la bouli,1ue
de la rue ..,amt-Jacquc hant:,it le désolé 1icillartl. La jolie Cri mou. se trompeuse renais ·ail
ans Cl· ·,e ou le trcmLlemeal de ,es pinCt~u~. Il quêtait Jése pérltmenl de~ l'Dm-

mandes. ~'a dernière auhaint! fut l'autorbtio~ de pt·indre le premier comul, ans qu'il
po.-al. Greuze put tout au plu· cntrc1·oir
Bonaparte comrue il traversait la !!alerie de
'aint-Cloud. Il lui fallut peindre le héros de
mémoire. Celle œunc sénile, prcsiiut! i:rrol~~'la~, se meurt lristement dans un coin- de
\ r,a1Ue~. Re!!arJcz-la bien. Le premier cons~! a la peau_ ro :e, lus che\'cux soyeux. l'œil
revl'ur et pohs~on dc · accordée de 1·illa"e. JI
rc semhlc à Anne:Gabricllc Bal,uty ! - Ou 'on
ose, après celn. mer le. sorlilt\gcs 1

IIE.·n,· ROUJO. ',
de l'A~JJbnle française.

r··
-C

l~:; . Les débuts d'une Sou1Jeraine

1 ..

CalbPrine d'Alfendc ·I naquit en l li G dan·
1~ 1i~l.age de ningen, du di tricl de Dor~t, en
Lnomc, de pap111 · catholi1Jnes de Polorrne.
On a même prétendu 'lu'elle était bàtardc
d'un g?nlilhomme nommé l\o en, seigneur
de ce nlla"e, par ·e qu'il fournissait la ,uh,i tance à la mère et à l'enr:rnt; d'autres, tcL
1111e lluhner, lui donnent pour père Alhendirl
ou AlfonJcll, gcnlilbonuno \'OÏ in el :uni ile
llo en. Le mari de la pay ·anne était . i i"noré.
e_t celte gén~alog_ie i peu intére sante, que
1enfant fut m. cr1t ur le regi ·tre baptistaire,
F1111,l/in9, c·e t-à-dire mlaul naturel.
ll'ailleur:., le plus ou moins de basse ·c
dan· son orinine •st a cl i11dilférenl, rel:iti,ement au rang où elle paninl. Elle dut tout
à la Ior111ue cl à ·on mérite personnel.
ll~pbcline _pre 4ue en nai~sant (~r l'lle
p~r(~1l à lr?IS ans .., mère el Hosea), le
v1ca1r • de fü11g('n, ·011 parrain, s'eu char ea
par charité. Elle a\'ait lr •ize ou quatorze ans
lo_r que le -~1rinlendant ou archiprêtre de
lhga, nomme Gluk, rai~anl . a tournée, la
tr~u1·~ rh~z le vicaire, qui, étant paurni,
pria 1arcl11prêtre de ~e cbu&lt;Tt:r lui-même de
l'orpheliue.
En crois ant. sa taille cl
trait , , dé\'~loppèrenl, et sa beauté .e faisait remarquer.
G_luk vit qu'elle fai. ait un peu lrop d'impre •
,101_1 ~ur Je ~a.-ur de .. on fil , et, pour en prénomr le , mtes, il la maria à un trahan suédoi · de la garde de Charle XII, d'autres
di;ent à un soldat du rérriment de Schlippt'nl&gt;ack. Il pouvait bien a\'oir ~er,i d'abord dan
ce régiment. Au re te, une discu .ion ·ur

~·t!Ue différence d'état du mari n'c,t pa plu
tmporlantcque sur la h'.·gitimilê de la femme,
cl n · !'oh curité où ell était née.
Le• •marfa"e
se ..fit à \[aricnhour.r,
où le
•
0
mari etart en garni ·011, cl trois jour· après il
eut ordre de joindre l'armllc.11 fut du nombre
de~ pri ·onniers fait à la bataille de Pulta,;a, et cmoyé en .ïbérie, où il ne mourut
'lu en Iï21.
Le p 'U de l~mps (file le rnarié, pa"si•renl
e!1 emh!e a. fo1t 1-uppu cr dl'puis 11ue le mariage u amt pas été con ·ommé el pouvait
ê~rc re~ard~ comme nul; cc 11ui ,erait difflc,le à 1111aguwr d'un solJ;i t jeune cl amour ·,u d'une femme l~lement jeune el bel) .
Celle que:tion a eu un oLjel plu important 11111• le; pr,:cédenlc:·, parce 11u'il ·a,.i ,ait de la l.!giLim:té tics enfants du second
mar!agc, Lous né du viva11l du premier
mari. L pour cl le contre a été . outcnu par
Ir· même per,oonc , mais en diflënmts
lunp:, et uiranl diwr intérêt .
Quoi 11u'il l'n nit, le feld-maréchal chcrt..'melow ayant pri farienhourg en 1722, v
lrou,·a Catherine, 11u'il mil parmi .e. e.clav~·.
et.en rua aYec elle comme avec le. autre.,cn
,a111q ueu r rw;-e.
\lenûkolT, r1ui, &lt;le garçon p.\lis icr, était
devenu, depui la mort de Le. Fort, mini ·1re
cl fal'ori du c2ar, ét...,nl \·enu relever cbercmetow dans le commandement celui-ci céda
Catherine à on succes eur, q~i la mH encore d~n une espèce de ~rail de campagne.
Un 1our, le czar Pierre le Grand en vi ila.nl les quartier Je .on armée, vi~t ouper

cbei Mcnzi~on, ,·it Catherine, la troU\a à
on gré, lui dit, en sortant d, table, de
pr 11dre le OamLeau pour le conduire dan-. ,a
chambre, el la fit coucher awc lui.
te fondemain, il lui Jonna en parlant , 1111
ducal_; encore p~mail-il arnir noblement pa)é
sa.nuit, non qu 11 !1\t a,•are, mais il prétend:ut que les plai,irs d l'amour étai cul comme
lou le· aulr ·s hesoin · de la \ic, dont le prix
doit noir un tarif.
. Peu de ~mp aprè: ,a première cntrenre
a_wc Catherine, le ciar rc,int la ,·oir, :--'enlr'11111 a\·cc elle el la ju"ca digne d'un meilleur
usage que de ati faire un goùt de fantai ie.
as a\'Oir j:unai u ni écrire ni lire elle
parlait r1uatre lnn!!Ues el Clltl•ndail le r:rnçai . ~aucoup d'e. prit naturel, aclif, ju le
cl tltmL~c. mw âme couragen e, le tout joint
aux a&lt;&gt;rcmenl de la ll;rure, dernil'al plaire à
un prince qui lrouv:iil à la foi , tian la
même pasonne, une mailre:,se airnal,lc et un
~upplémeot &lt;le mini tre. il di l à llenzi koff
qu'il fa~lait la lui cédt•r, cl 'en empara.
Depu, · ce moment, elle suhit parlout . ou
nouveau maitre, partaneant H!. fatii:rne , l'aidant de es con.cil', el finit pa; ~Ire sa
femme el impératrice.
L'archevêque de ovgorod, qui fit l:i cérémoni~ &lt;lu mariane, \'Oulant profiter de
œlle crrcoa lance pour oLLenir Je titre de
patriarche, repré.enla au ciar que celle
fonction n'appartenait qu'à un patriarche.
Le czar, pour réponse. lui appliqua quclqu coups de canne, et l'archevê11ue donna
la bénédiction nuptiale.
1

r

DUCLOS.

..,..

P. DE PAR.DIELLAN

Les théâtres des Cours allemandes
au bon lJieux temps
Une discipline toute militaire ~évis ait
jadi à Ikrlin, en un lieu qui, d'apr~ _a
nature même, dc\ait plutôt olfrir de cli traction , à ceux r1ui le fréqucntnicnl. Ce lieu
n'était autr~ que l'Opéra.
Entretenu aux frais de la cas elle ro,ale,
et, dans l'e. pril du sou,·crain, plu: spécialement ré.erré au per onncl de 1. cour el aux
offici rs, ~on accè n'était cependant pas
interdit a111 l,our"eois de la ,ille, à condition
qu'il· y pu~~enl lrouver de place·. Le public
était astreint à une seule et unique obJit•ation;
a. si. ter en silence à la repr&amp;cntation.
.\fin que nul n'en ignoràl, de grand·.
affü:be.-, apposé par les .oins du /&gt;oli:eidirektoriu111, prérnnaienl que « les as i tants.
dcn1ient ~·aL. tenir de toute~ le in. ulles ou
interruptions smceptible de. lrouhler l'ordre;
qu'il leur était interdit de sifncr, de trépigner ou de mar11ncr d'une raçon quelconque
l ur mé-contenlemcnl, s'il. ne ,·oulaicnt . 'etpo·er à dr' con équenccs dé::r"réahl pour
eux».
Au dix-huitième .iècle, la salle de !'Opéra
avait uoe dL po ilion toulc spéciale.
! l'ord1 lr , au premier ran". ur une
e trade, deux fauteuils pour le roi el la reine.
J1uis, 11 quelques pa eu arrière, des ran"ée
de . iè
élaienl alîcclée , dans l'ordre d ,
pré&lt;éauce:, aux généraux, aux officier supérieur&gt;, aux capitaines, aux lieutenant , aux
élèl'cs &lt;le l'académie militaire, aux cadets,
aux « personne: de la Lourneoi.ie, non allachée au ~enice du roi », cl enfin aux
simple.. oldats. Ceiwndant, le jour· de répt.L
tition "éoérale. exception ét.ait faite à celle
rl"1 le. ~n pareille circon tance, le public était
admis u .:an· di Linclion di&gt; ran" ni &lt;le condition 11. Au si chaque fois y avait-il alle
comble.
ll'apr le Journaux dn lemp· et le lines
d'ordr1::, de la garni.on de Berlin, il apparait
r1ue le repré entalion étaicnl a .. ez moUl'emcntée , même quand Leurs Maje·tés les
honorai 'Dl de 1,·ur pré encc. Tantôt c'étaient
des cadets qui montaient ur leur siège
pour ruicu1 voir et pro\'011uaicnl les réclamations des per onne. a. sises dl·rrière eux ;
tantôt de cris d'enfants couvraient la voix
de acteur ; d'autres foL, c'étai1:nt d
batailles de chiens, ou des prote talion
bruyantes contre une belle coilfée d'un chapeau de dime~ion eiagérées, ou une allercation entre bour,,eoi et ~oldals, ou encore
l'altitude peu convenable de jeune· officier,
riant el s'af6chaot arec des beauté· peu
farouches. "'importe, la séance continuait.
Dame, le lendemain cela se gàtait. Les cou0

pablc n'étaient pas toujours punis, mai. le
:l\'ertL:emcnts, le: défen.~ cl les menace·
pieu l'aient.
Le 16 noYemLre I ï:i2, Frédéric le Gram!
a,·ail fait connaitr • par la voie ,le l'ordre que
,r. le libraire Haudt&gt;n vendait une instruction
imprimée ur la façon dont m · ieurs le
officier d •vaicnt e conduire à la coméilie ».
Héjà eu I H!I, ou le yeux mrme du
roi, le con "illl'r de délégation Cocœï, fil· du
chancelier, a\·ait eu un moUl'ement de vi\acité ~u ordinaire, dont la con équence a\'ail
été un .c:indale énorme. Ce jeune homme,
follement épris de la cél~hre danst·u, • DarLerini, el au ~urplus doué '.d'une ,force herculœnne, s'était aper\'U qu'un de .e \'OÎ. in ne quittait pa · de, yeux l'obj •l de ~a
llamme.
Ce manège durait Jepui a.sez lon"tcmps, quand, un !,eau oir, exaspéré, ans
tenir compte Je la présence de Frédéric li,
)J. le con.ciller cmpoi na le malheureux
soupirant par le collet Je son l1aliit, et après
lui a1oir imprimé quelque), Lalanet:menl ·,
d'un coup sec l'emola rouler sur la . rêne
aux p[,,tl· de l'adorée. L'allairc n'aurait pas
man«Jué i1·avoir des suite f,ichcuscs pour
1. le con~eiller de lê&lt;&gt;ation; fort licureu•emcnl pour ce dernier, la \Ïclime ,ut l'en
pré~cr\'er.
.\us ilot remÏ$ de .,a chute. ledit . oupirant
voulut adrt•.scr des e eu es :iu roi; mais il
s'cmhrouilla si fort dan. son compliment 11ue
hédéric se conlënla de lui rire au oez.
0

Ou re_ te, 1,, rè .. lcmenl conccrnanL la
police (Je- thé-.llr • furent encore 1,ien de foi
Yiolés, c-0mmc en témoignent le registre
d'ordre. de hi !!:lrni,on. En effet, le 2~ décembre 17:,5, il était o: interdit aux officier
d'emporter à leur· place de a . iell , Yerre·
ou ,er,ielle prownanL du buOcl 11. Le
~2 décembre 175i, le ,commandant Je place
dbail : « Il e l répèl~ à M!. le· officier que
pendant le~ représentations de l'Opéra, il
doÎ\'e11l re Ier aux places qui leur . ont a.Jgni'&gt;e . JI leur est formellement interdit Je
circuler à tranrs la :ille d &lt;l'y eau er du
d1:·ordrt•. Sa ~lajesté mettra au, arr 1ls œux
qui contmiendronl à cel ordre. 1.1
Le ~ jall\icr 1ï 1 , .:a \Jajesté pré\ienl
qu 'elh: punira . é,·èrement les offil'icr 11ui
auront une mau ,·aise tenue ?i la redoute donnée ce oir à l'Opéra D. Le :i I octobre li c 1,
• les ·ieur · Je officiers doivent s'ab tenir de
siIOer à la Comédie, faute de quoi ~a llaje~lé
le· enverra aux arrêt forcé i,. A peine trois

mob plu lard, le i jamicr li 2, lè \ieux
roi fulminait ~ nou,cau. c li e l loul à fait •
incoll\enanl que les oflfrier · a.mèn nl des
fcmmr el de,- filles de mauvabe vie à !'Opéra
el les in tallent d:111s lè, log ~ réscnéel aux
dame·. En con équencc, il leur c~t sé,èrcm nt défendu de per~i 'Ier dan une telle
manière de faire, jnon 'a fajest.ê prendra
des me ures de rigueur contre le délinquant . D

On pt~llse bien que les lauriers ~es monarque pru. iens de,aient sérieu-.emenl troul,lcr le "ommeil de innomhraLle principiules de l'ancienne Allemagne .
Chacun ù'cux ,oulut a\'oir .on théttlre,
ne fiit-ce que pour y introJuirc une rt\"lcmentation de son cru .•. el il y en euL d'amuanle .
Par etemple, cc fut le prince de 'chwarzLourg-. omler~bau~en, lequel n'admettait :iur
r,•prtiscntations ,le $a troupe ,1uc de fumeur,-,. ,\ux différcnlc. entrée· de la lie,
dr · hui , ier" tlaient char,.b de remellrt!
à cbaque personne &lt;jUi l pénétrait une certaine quantité &lt;le tabac. Yu l'éclaira"e défectueux que l'on :naiL à cette époque el l'emprcq•em"nl de5 3$Si ·tanls à contenter on
Alte ·se, de· la fin du premier acte on ne
,o ·ail plu· clair dan. la .,alle.
Un autre, ~[aurice-Guillaume, l'avant-dernier duc de "a ·e-~lerscLourg, avait pour la
contre-ba~sc à corde une pa · ion qui fri.ail
la folie. Jamai. il ne se :éparait de son im,Lrument. Il en jouait en .ourdine pendant le
,ervice~ rcli "ieux ou 1~ repr ··scnlations tlu:àlrale , et par d • accord dé-terminé·, fahai l
conoailN son plaisir ou on mécontentement,
ré;.:l:int ainsi l'attitude à ob.erver par le
puLlic.
Aler:mdre-Charles, le dernier duc d'AnhaltIkrnbur", lerrori. ait le, actmr el Je:; pectatcur. de .~011 théâtre. Quand un morceau
lui plai~aiL, il arrêtait la rcpré.,enlation et
fai ·ait reprendre da capo un nombre ialioi
de foi .
n soir, {Ill jouait un drame 1[Udcom1ue;
fo lraîlrc, frappé d'un coup de poi&lt;&gt;nard, avait
ro1ùé par lerrc, contre un portant. La malchance Youlu1 qu'il tombàt au-dessous d'un
quinquet en ma uni. état, de sorte qu'à chaque
in tant il recc\'ail une goutte d'huile sur la
figure.
Le pauue diable, agacé, fiL un léhcr mouvement pour ~e fgarantir la tète, mais, au
mème iwtanl, le duc, e penchant en dehor,
de ·a loge, cria d'une voii de tonnerre

�111S T 0'/(1.JI
- Hé! là-bas! Ce gaillard n·esl pas morl.
\ïle, un aulre coup de poi:mard !
C'était un ordre sans réplique. Lorsqu'il
eul été ex.éculé, on Altesse érénissime, qui
n'avait pas quitté des yeux le meurtrier, dit
a,·~ un air de satisfaction :
- C'esl bien. Le guerrier ne bouge plus;
celle foi il est mort. Continuez!
L'on cile une ma.se de traits scmù1ables à
l'aclif de ce prince qui, d'après la rumeur
publique, a fourni le prototype du célèbre el
joyeux 'erenissimus.

Contre l'incendie, le duc Ernest-Auguste
de Saxe-Weimar lroul'a la rccelle suivante,

qui ful peul-èlre la plus grande pen éc de
son règne:

« Nous... décrétons que nos sujets pouvant êlre ré laits par le feu à la misère la plus
noire, on prendra partout les mesures roulue~
pour éviter de semblables malheurs. En conséquence, il nvus plait d'ordonnrr que, rums
chaque ville et village, les municipalités aient
à se procurer un certain nombre d'assielles
en ùois, u agées et marquées de lettre et
signes conformes au dessin ci-joint. Cl',
marques seront apposées ur lesdi~es assiettes
à l'aide d'cn('rc fraiche el de plume3 neuves,
un jour de semaine, du dernier quartier de
la lune, entre onze beure · et midi.

1 Lorsqu'un incendie éclatera ce dont
le eigneur nous pré~erve 1 - on jcllcra une
de nos as ieltes dans le foyer en disant:· a .\u
nom de Dieu ! D
« Si celle opération ne réussit pas, on la
recommencera, el à la troisième assielle, le
feu s'éteindra infailliblement.
11 Tou les bourgme trcs, échc\ÎOS, baillis, etc., elc., devront être! approvisionnés
d'as ieltes pareille., dt! façon à pournir rn
faire usage, le ca échéant. füüs comme il
est inutile d'initier le public à ce qui précède,
les magistrats désignés ci-dessus conserveront
pour eux les présentes in truclions.

&lt;&lt;

Danné à Wdmar,le2-idéccmbre 1H7. »

P.

DE

PARDIELLAN.

La marquise d' Heudicourt
Madame d'Ileudicourl était relie même
mademoi elle de Pom, rarente du maréchal
d'Albret, et dont la chronique scandaleuse
prétend qu'il a,·ait été amoureux; amie de
madame de Ma.inlenon et de madame de
llonlespao jusqu'à ~a fügrâce. 1l e:,.t certain
que sa fortune ne répondait pas à sa naissance, el qu'elle n·aura il pu l"Cnir en ce pa) ti sans le maréchal d'Albret, ni 3vcc bienl'éance san madame sa femme, à laquelle il
é1ail aisé d'en faire accroire. Elle parut donc
à la cour avrc elle; et elle ne put y paraitre
sans que sa hraulé et ses agrément$ y fis:;ent
du bruit. Le Roi ne la Yit pas al"ec indifférence, et balança même r1uelque Lemps entre
madame de la Yallière el elle; mais les a.mies
de madame la maréchale d'Albret, poussfos
peul-êlre par le mar~chal, lui représentèrent
qu'il ne fallait pas lai-. er plu longtemps
celle jeune pcr onne à la cour, où clle élait
ur le peint de se perdre à es -yeux, el qu'elle
en partagerait la honte, puisque c'était elle
(lUi l'y a,·ait amenée. Sur ces remontrances,
la maréchale la ramena bru quement à Paris,
ur le prétexte d'une maladie supposée du
maréchal d'Albret.
Madame d'lleudioourt n'élait pas mauYaise
à entendre sur celte circonstance de sa vie,
surtout quand elle en parlait au Roi même :
scène dont j'ai été-quelquefois témoin. Elle
ne lui cachait pas combien sa douleur fut
grande quand elle trou"a le maréchal d'Albret en bonne s:mté, el qu'elle reconnut le
sujet pour lequel on avait supposé cette maladie.

Cc ·rut en vain qu'elle retourna, après lo
rnyage d~ Fontainebleau, à la cour; la place
était prise par madame de la Vallière.
Madame d'Heudicourt, vieille fille sans
l,ien, 4uoique avec une grande naissance, ~e
1rouva heureuse d'épouser le marquis d'lleudicourl; el madame de Maintenon, ~on amie,
y contribua de tous ses soins. A.mie au i de
madame de Uonte~pan, elle récul avec elle à
la cour jusqu'à sa disgrâce, dont je ne puis
raconter les circon tances, parce que je ne les
sais que confusément. J1J sais seulement
qn'elle roulait rnr dPs lellrcs de galanterie
écrites à r. de Déthune, ambassadeur en Pologne, homme aimable lt de bonne compagnie; car, quoique je ne l'aie jamais rn, je
m'imagine le connaître parfaitement à force
d'en avoir entendu parler à ses amis, lesquels
se sont presque tous trouvés des miens.
ans doute qu'il y a,ait plus que de la galanterie dans les lettres de madame d'Heudicourl à ~(. de Ué1hune; el il n·y a pa d'3pparence que le noi et madame de Montespan
eussent été si sévères sur leur découverte
d'une inlrigue où il n'y aurait eu que de
l'amour. Scion Lou les les apparences, madame d'Jleudicourl rendait compte de ce qui
fC passait de plus particulier à la cour. Je
sais encore que madame de Maintenon dit au
Roi que pour cesser de ,·oir, el pour abandonner son amie, il fallait qu'on lui fit voir
ses torts d'une manière convaincante. On lui
montra ce Jeures dont je parle, et elle cessa
alors de la voir. Madame d'Heudicourt partit
après pour s'en aller à lleudicourl, oi1 elle a

demeuré plut-ieur · année~, et où le chagrin
la rendit i malade, qu'elle fut plu ieurs fois
à l'extrémité. lioe chose l1ien parliculièrc qui
lui arriva dans une de es maladie , c'est
qu'elle e démit le pied dans son lit : et,
comme on ne s'en aperçut pas, elle demeura
boiteuse; et celle frmme, si droite et si délihé.rée, ne pouvait plus marcher quand elle
revint à la cour.
Je ne l'ai rue qu'à son retour, si changée
qu'on ne pouvait pas imaginer qu'elle eùl été
ùelle. Elle y fut quelque temps ;;ans ,·oir madame de Maintenon, mais elle m'emoyait
assez souvent cbez elle, parce que j'avais
l'honneur d'être sa parente; elle me Lémoibnait raille amitiés.
Insensiblement tout s'efface. Le Roi rendit
à madame de Maintenon la parole qu't:lle lui
a,ait donnée de ne jamais voir madame d'Tleudicourl; cl elle la vil à la fin avec aulant
dïntimité que si elles n'avaient jamais été
séparées. Pour moi, je lroufais madame de
Maintenon heureuse d'être en commerce avec
une per onne d'aussi bonne compagnie, naturelle, d'une imagination si vive el si singulière, qu'elle trouvait toujours moyen d'amuser et de plaire. Cependant, en fo·erti~sant
madame de Maintenon, elle ne 'attirait pas
son estime, puisque je lui ai souvent entendu
dire :
~ Je ris des choses que dit madame
d'Ueudicourl, il m'est impossiLle de résister
à ses plaisanteries; mais je ne me souviens
pas de lui a,·oir jamais rien entendu dire que
je voulusse aYoir diL. »
MADAME DE CAYLUS.

JEAN POUJOULAT

•

Le
La question Louis XVll, qui vient encore
de faire couler des Ilot d'encre, pré ente de
curieuse analogies a,•ec une énigme plus ancienne, l'a\'enture d'un au1re entant roxal
miraculeusement ressuscité.
Par malheur, ce précnneur de l\icbemont
el de Naundorff vécul à une ttpoque oit les
polémi,1ues de presse étaient chose inconnue,
c'esl pourquoi le documents qui le concernent sont rares et, san · l'obslinalion de quel11ucs cherrheurs, ~a mémoire demeurerait
en e\'elic dan un oubli prufoud.

Les cérémonies du sacre de Philippe V (le
Long) qui curent lieu le !I janvier t ;i 17, furent troublées par un scandale sans précédent
depuis la fondation de la monarchie.
Les baron français refosèrent de siéger
dans la cathédrale de l\eims auprè de la
comtesse ~labaul d'Artois, ùelle-mère du nouveau roi, cl de soutenir al'ec elle la couronne
ur la tête du sou1erain consacré, prérogati\'e
à lal(uel]e elle arait droit en qualité de pairesse du royaume.
Ce refus injurieux était moti1è par deux
gr:l\·es accusations dont la comte se était
l'oLjet.
Les nobles disaient hautement, el le peuple
répétait d'aprè eux, que Mahaut avait, quelqurs mois aupara1ant, empoisonné le roi
Louis X, alors qu'elle pensait par cc crime
elen:r au trône ~ fille ,lranne, mariée au
comte de Poilier , frère du roi.
Mais la veurn de Louis X, Clémence de
Hongrie, 'était déclarée enceinlr, et le comte
de Poitiers n'a,ait oLlcnu que le litre de
ré«enl durant l'interrègne auquel mit llu, le
1:-, novembre 1:i 16, la nais ance de l'héritier
po lhume proclamé aussitôt sous le nom de
Jean [er.
Le crime impulé à Mahaut embJait donc
demeurer inutile et ses espérances de Yoir
régner a fille e troU\aient anéanties.
Or, l'enfant royal de,·anl être préi;enté en
grande pompe aux. dignitaires du royaume, la
comtesse d'Arloi revendiqua rbonneur de le
tenir dan ses Lras durant la cérémonie.
Jean I•• mourut la nuit suivante; une tradition veut que la comtesse L'ail serré de façon
à lui broyer le corp ; suivant une autre, elle
lui enfonça uoe aiguille daos la tête; enfin,
d'après une \·ersion plu~ croyable, c'est en Jui
\'. - lilsTJRI\. - Fasc. 37.

rot• Giannino

foi~ant absorLer du poison qu'elle aurait
causé sa mort.
Telles étaient les rumeur infamantes que
le comte Philippe, de,·enu roi, avait d'abord
jugé préférable d'ignorer.
Pourtant, après l'éclat donné par k barons français à leur ho,tilité contre la comtesse d'Artois, il de,·enaiL impo ihle à Phi•
lippe V de ne pa relever des accu.ations qui

CLÙll:.NCI::

Df:

lloNGRlE, lll:11\l.: DE FRANl.:I::.

(IJ'.Jfrês wr /111ste d11 /tlusre de Versatiles .)

l'atteignaient lui-même puisque, si !lahaul
étail coupable, il deYait la couronne à un
double meurtre.
Dan celte circonstance critique la bellemère el le gendre curent recours à un expédient dont bien d'autres chef d'État ont usé
depuis atec le même Mtccès : la nomin:ition
d·une commission d'enr1uêle qui fut chargée
d'c1aminer li:s faits reprochés à la comtesse
d'Artois.
Les enquêtes officielles ayant générakment
pour but de remettre à neuf les réputations
avariées, on peul considérer celle-là comme
un modèle du genre.

Le seuls témoins à charge entendu furent
dc111. sorciers de village, lesquels déposèrent
que la comtesse d'.\rloi:- leur avait Jemandé
du poi,;on pour faire mourir le roi Loui .\.
li va de soi quo Mahaut réfuta san peine
ce récit, fourmillant dïouaiscml,lanccs, rl
dunl lrs auleurs ~e rétractèrent prrsque au -sitôt, préLenJanl avoir été indüit~ par les
ennemis de la comtesse à témoigner conlre
elle•.
li n'l· avait plus qu'à proclamer l'innocence
de l'accusée; c'est ce que firent leô jugi:s,
sans s'occuper d'ailleurs de la seconde accusation: le meurtre pré umé du petit roi Jean.
l'eut-être ne ·e ,enlirent-ils pas de force à
c.1naliser ce proc~s-là comme ils avaient fait
de l'autre.
0'ailleur le principal était oLtenu : on
a,·ait donné à l'opinion publique le lemp, de
, 'apahr; Philippe pouvait jouir en pais. du
pouvoir ro)al.
li n'en jouit pas ]ongt('mp ; après cinq ans
de rèune, en 15~'.!. il alla rejoindre l'r&gt;nf:mtroi dans les ca\'eaux de aint-Ueni -.
on frère Charle lui ~ucréda et lui . urvéc:ul peu.
La descendance de Philippe le Bel, c1uc Jacque de ~Iola}· avait maudite du haut de son
bû1 ber, ayanl avec eu · 1 pas é comme un
rêve,&gt;, suil'anl l'expression d·un chroniqueur,
le Yaloi · montèrent sur le trône et la dé,a Ireuse guerre anglaise commença.

Le 4 octobre 1356, quelque citoyens no1ables de iennc, é1ant un soir réuni~ chez
l'un d'entre eux, commentaient une nou,·elle
rél:4!mrnent parvenue en Italie : celle de la
défaite et de la capture dn roi de France,
.lt1an li, à la bataille de Poitier .
On c remémorait à celle occasion la défaite d' .\zincourl, les ra,·ages effectués par les
compagnies franches, le calamités endurées
depuis dtis année par le peuple !rançai -.
« En vérité, la France semble expier un
crime par tous les maux qui lui ont infligés I D
remarqua l'un des assistants.
EL, plu ieurs autres apnl partagé cet a1·is,
un moine dominicain, présent à la réunion,
Fra Bartolomei Mini, se lais a entrainer à
Jire:
1.
•101,

1'11H·.:--1·crl,3.I ,k l'&lt;•m1u, li•,
,le GuJ.cfrui-~l,•111!-Glailt.:.

collcctiun du màr-

IJ

�111ST0-1{1.Jl

--------------------------------------premihe femme, Jeanne Viccoli, il s'était remarié, en l 3i8, i1 ~ecca \gauano, el a~aîl
tl s en fanls de ses deux mariage .
On le ,·oil, la réalité connue ne concordait
0uèrc ave.c l'étrange rénHation de fra Uarlolomei.
·
Ce dernier pourtant per istail dans ses
dire,-,; il prétendait même aYoir enlre les
mains la preuve écrite de l'idC'nlilé du roi
Jean dont il était le c-0nlident et l'ami.
On comprend 4ue, dès le Jendtmain, ces
propos étaient répétés dans la ville, et que de
toute parl Jean llaglioni se trouva mis en
demeure de les e~p)iquer.
Le marchand ne se fil pas trop prier pour
livrer son secret; il confirma les déclaration.
de Fra Bartolomei.
Son ilJustre origine, longtemps ignorée de
lui-même, lui a,ait été révélée quatre an
auparavaut dans les plu dramatiques cireon Lanues.
le .~ septemLre l:i54, Jean Uaglioni a,aiL
l'U la surprise de recernir un me~sage le
mandant à llome, de la pari de 'icolas Ilienzi,
&lt;1 che1 alier ùu peuple romain, défen.cur de
la Cité Sain le de par la ,olonlé du Saint- ii·gc
Aposloli11uc 1&gt;.
Le . icnnois a,ait d'al.,ord cru à une my~lilicatiou; élrang1•r à toulo affaire polilique, il
ne pouvait concevoir aucun rapport entre lui
cl Hicnzi, l'orageux avrnlurirr hallotté, de révolution en révolution, de la dictature a111
pri on d'l:tal, dcliné enfin par le pape lnnoc1:nl \'I, puis rétal,li au pouvoir a1•cc l'appui
J 'un chef de compagnie franche, le condotlil'rc ~loréalc.
Cependant, le message ayanL été réitéré en
Lerme pres~aols, Uaglioni n'hésita plus: il
parlil pour Rome oil il arriva le~ octobre et,
s'étant logé dans une médiocre auberge de
Cil.ffipo-Fiore, il fit avoir à Hienzi qu'il élail
prêt à paraitre devant lui.
Le mowcrll scmùlait inopportun pour obtenir une audience. Un vent de révolle soufllait :,u_r la ville: lïnsurrc:clion, fomentée par
le- Savelli et les Colonna, menaçait le lliclatcur. Déjà retentissaient dans le faubourg
Ir. cris de : &lt;1 Mort au t raitrc qui a élaLli les
impùls ! &gt;&gt;· Et l'on rnppelait que, suivant une
prédiction, Hienzi devait périr dani; une
émeute ....
Ialgré ce5 circon lances, Baglioni f u 1, dès
son arrivée, mandé au Capilolc cl conduit eu
pré~ence du tribun.
L'abord de celui-ci, lei que l'onl décrit ses
1·ontemporaio , a,·ait quelque chose de singulier et de frappant.
Rienzi, alorsàgéd'unequarantaioed'années,
doué d'une belle figure, la taille impo ante,
bien qu'un peu sàtée par l'embonpoint, s'habillait Lbéàtralementels'exprimail avec emphase.
Ses manière présenlaienl un mélange d'e1altalion cl de \'anilé puérile 'I u'en sl)le modC'rnc
on appellerait 1c cabolinage ~.
011 eolrelien a1eu Jean Baglioni uommcnra
11ar un 1·érilable interrogatoire: il s'informa
de toute la lie du marchand ·iennois, de e~
origines el mèlll'è de certaines particularités
de sun enfance.
1

PUILIPP.E Ill:. V.\1.01S .EST l'ROCLA.llÉ RÉGENT 01:: PR&lt;\XCE

« Oui, Dieu é,it de la orte conlre Ja maison de France parce que le roi légitime a été
exclu de se droit au profit d'un usurpateur! ... »
Pressé de questions, le Doniinicrun aflirma
à ses auditeurs que Jean Je•, cm enseveli depuis près de quarante ans, existait encore.
'fous les roi qui, à partir de son prétendu
décè_, s'élaieut succédés au Louvre avaient
donc usurpé leur pouvoir.

[1 ,128). - Grav11re

,k TttOMA~,

J'.Jprls lt IJl:luu a ':\ LAtX , (.Il usée .it v,,·,aWes.)

Fra Bartolomci mit Je comble à la surprise
de tous en ajoutant que l'héritier légitime de
France vi,·ait obscurément à Sienne où il éLait
connu sous le nom de Jean Baglioni.
L'incrédulité fut d'abord général!'. le personnane en question ne pouvant aroir aux
l·eux des Siennois le prestige de l'inconnu et
du my Lère.
Il était notoirement 61 · d'un certain Guccio
Oaglioni, lec1uel s'était marié à l'étranger

dans de· circonstances à uai dire as ez romanesques.
éparé de a femme el revenu à Sienne
avec .on fils encore en bas àge, Guccio y
étail mort dix ans auparavant, après a,·oir
\' U , a fortune cnglonlie dans la bam1ucroule
de ses parenLs, les Tolomci.
Jean Baglioui, parrenu p,tr on indu lrie à
relever son patrimoine, e.1erçail 1a profossion
de marchand de laine. Après la mort de sa

Baglioni répondit en toute simplicité ; à ~a
nab~ance près, son histoire n'a,ail rien 11ue
d'ordinaire.
' on père Guccio Mini de Baglioui, cn"o~·J
en France à vinJl,l ans comme otage pour on
oncle, Spinr.llo Tolomei, s'y était épris d'une
lille noùle, orpheline de père, . la rie de Carsix,
cl l'avait épousél:l secrètement.
La mère cl les rrères de. larie, alanl décou,erl .on mariage, la firent enfermer dans un
cou1·col en même temps qu'ils obtenaient le
Lannissemer,t du !éducleur.
Quelques années plus tard, Guccio, étant
pancnu à rentrer en France, retroul'a, au
château de Carsis, Marie, rendue libre par la
morl de sa mère, et près d'elle leur enfant
dont le pèrearailignoréjusque-là l'exislence.
~lai~, à toute lts sollicilalions de Guccio
dt! le uivre dans ou pays avec leur fils, la
jeune femme opposa un re[us aùsolu.
Toul ce qu'il ohtinl, à force d'in,lance ,
fut qu'elle ,lui pcrmellraiL d'emmener le
petit Jl'an à Paris pour l'y garder quelques
,jours.
)larie dut cruellement regretter celle concession, uar t:uccio, irrilé contre elle, rcparlit soudain pour Sienne, enlevant i't:'nfant qui
depuis n'était jamai~ retourné en France.
llaglioni u'eul p:is à puursuil rc davantage
sa narration· le Triuun, qui l'availœoulé avec
une émotion croissanle, l'interrompit eu sc
jetant il ses grnoux :
&lt; l\endons gr.iccs 11 !lieu J'arnir épargné
1011·c ,ic! s'écria-t-il ; \'OUS êtes k Roi de

LE 'R_Ol GÛtNN1NO -

..

Après ccl effet tbé,'ltral, llicnû se releva el
ré\'éla à Baglioni stupt:fait le mystère qui
,•enait de lui êlre découvert à lui-même :
Le fils de 1;uucio el de Marie reposait en
France daus la .sépulture royale; l'eofan l
élevé au cb.ileau de Carsix, et plu tarù
emmené par Guccio à Sienne, était le fils du
roi Louis X cl de la l'einc Clémence de
Hongrie.
Voici cummentla su b ·tit ulion s'lltail opérée :
On se rappelle la prétention émise par la
comtes~e \lahaul d'Artois de tenir l'cniantroi dans ses bras pour le présenter aux grands
du ro~·aumc.
Cette prélenlion arail paru inquiét,1nle,
élanl donné la trrril,le réputation de Mahaut,
soupçonnée de l'empoisonnement du roi
Louis X, crime que la nai~ ·ancc du posthume
rendait iaulilr.
Personne, c&lt;'pendanl, n'osa résister :t la
belle-mère du régent. La reine Clémence, qui
seule aurait pu. défendre i;on fils, était dangercu. cmcnl malade cl dans lïgnorancc du
péril couru par lui.
Cc péril jeta dans une telle épouvanlc deux
d'entre les sen'Îleurs commi à la garde du
petit roi, 11u'au moment de remettre celui-ci
am main de la comte 'e Mahaut, il lui
substituèrent ua autre nouveau-né, l'eafaul
&lt;le la nourrice, que celte dernière avait
obtenu permission de garùcr au Louvre.
Or, la nourrice n'était autre que Marie de
Car:c-ix; des amis pui~s,tnb av;tÎenl tiré la
jeune (J.!mme de l'abbaye où elle élail enrerméc

l:h&lt;ht G11auJ on.

France, Jear. [••, lJUe l'on croit mort.. .. Vou~
avez, par miracle, échappé au.x mains de ros
ennemis! 1

et, pour &lt;JUC sa famille ne pûl de nou\·eau
s'emparer d'elle ni du lils qu'elle venait de
mellrc au monde, lui a,aient procuré, par

�111STOR,.1.Jl

--------------------------------------

cette charge au château royal, l'asile le plus
assuré.
Quand la comtesse d'A;tois, ayant présenté

aux grands du royaume comme leur légitime
ouverain le fils de Guccio et de Marie, remit
le nouveau-né dans son berceau, on s'aperçut
qu'il était à l'agonie.
On sait à quelles rumeurs sa fin subite
avait donné lieu.
Une charte rlldigée par orJrd de Ricnzi
continue en ces termes La narration des événements:
u Les auteur5 de la substitution se dirt!nl
après la mort de l'enfant : Nous voyons quel
esl le mauvais vouloir de la comtesse d'Artois
et du seigneur Philippe. lis croient avoir tué
notre seigneur et maitre; mais, par un elfüt
de la gràce divine, ce crime n'a pas été
accompli. Cherchons le moyen de préserver
les jours du royal enfo.n 1.
« lis se rendirent donc auprès de la dame
Marie et lui apprirent que son fils était mort,
lui faisant connaître le parti qu' ils arnient cru
devojr prendrr.
« A leur récit, la dame Marie \'ersa beaucoup de larmes; eux s'efforcilrent de la consoler, lui disant: «Vous èles jeune, madamr,
,·ous pourrez a1·oir d'aulres fils! Nous eiigeons que vous laissiez croire à la mort de.
l'enfant royal, afin qu'il échappe au péril
qui le. menace ... . Vous élèverez le roi 1~
plus secrètement que ,·ous pourrc1 1 comme
s'il était votre fils, ju. qu'au moment où la
vérité pourra èlre manife Lée. Alors ,ous
serez la plus grande dame du royaume .. ..

Si vous agissez autrement, l'enfanl-roi sera
sûrement mis à mort, vous aurez perdu
votre tils et voire maitre,.. et char.on de
nous sera en péril de sa vie !. . . »
La dame)larie, voyantqu'elle
ne pouvait agir d'autre sorte,
se soumit à leur volonté el
donna à connaitre par ses gémi~sements et ses larmes que
le roi était mort. ...
Le corps du fils de Guccio
fut donc porté en grande pompe
à Saint-Denis, tandis que Je
petit roi quiuait le Louvre dans
les bras de sa nourrice, laquelle passait désormais pour
sa mère.
Marie de Carsix se réfugia
d'abord dans un cloître ; plus
tard la mort de ses parents lui
permit de rentrrr dans le cbâl('au patrimonial dont ils l'avaient bannie.
C'est là que le roi Jt&gt;an fc,
grandissait près d'elle, paisible
et obscur, lors de la n1apparition inallendue de Guccio llaglioni.
On comprend poun1uoi, aux
instances de son mari de le
suivre Pn llalie, la jeune cbàLelaine avait opposé un formel
refus. Elle ne voulait ni e séparer de l'enfant royal, ni l'éloi"llCr de ceux qui, cannai '&lt;ant
le secret de sa naissance, pool'raienl un jour
l'aider à ,·entrer dans ses droits.
Le Siennois, irrité d'un refus dont il ne
pouvait deviner les moliis, s'était ,·engé
comme il a élé dit, pir l'enlt\vemeot de son
prétendu fils.
Ce rapl comlerna les auteurs de la suhstilulion; leur fraude devenait inutile, ils en
gardèrent donc le secret.
Marie de Carsix les imiLa, mais duranl le
reste de sa vie 11 honnête et sainte &gt;&gt;, dit Ja
chronique, le silence lui pesa comme un
remord~.
Enfin, au mois de juin 154ti, se sentant près
dt! mourir, elle déclara la vérité à son confo,seur, frère Jordan, moine augustin, el lui
remit son t~slament contenant le roeit de la
subsLiLution, le priant de rechercher le roi
Jean afin de lui déoouVTir son origine.
Un long délai s'écoula entre la mort de
~larie cl l'accomplissement de sa dernière
volonté.
Frère Jordan craignait d'aflirer sur son
orJre la ,·engeance de Philippe de Yalois 11ui
régnait alors en France.
Cependant, a,·cc les années, \"Oyant les
désastres de l'invasion anglaise, de 1a peste
el des tremblements de terre sévir sur le
royaume, il crut comprendre que Dieu vengeait ainsi lïnju te dépossession de Jean Jer.
Le moine se résolut donc à remplir sa
mission, et, trop âgé pour entreprendre luimème le voyage, il envoya en Italie un reli•

gieux de son orJre, Frère Antoine, lequel
partit, en juillet J554, porteur du testament
de Marie de Carsix. Arrivé à Porto-Venera,
Antoine apprit la réintégr~tion au pouvoir de
Nicolas Rienzi. Le Tribun lui paraissait comme
à beaucoup d'autres un être d'éleclion mar&lt;1ué
du sceau de la Proîidence ; il eut l'inspiration de solliciter son aide dans les recherches
qu'il entreprenait et lui envoya, en même
Lemps que sa supplique, un double du testa•
ment qui lui élail confié.
füeozi, « ajoutant à ces lettres une foi
pleine et entière », ainsi qu'il est déclaré par
la Charte citée plus haut, « el s'étant fait
informer par les voies les plus secrètes et les
plus sûres», avait aisément retrouvé à Sienne
Jean 1:Jaglioni.
• Aiant réussi tant bien que mal à convaincre le marchand de ses grandeurs nouvelles, llienzi l'engagea à aller trou ver à
Monle-Fiascone le cardinal-légat Albornoz,
afin de solliciter par son intermédiaire l'appui
du Saint-Siège dans se, revendications.
Le Tribun remit à Jean 1er, comme lettre
de créance, une charte relatant les aveux de
Marie de Carsix et le témoignage des deux
moines auguslins.
La Charte se termine par ces mots :

'---------------------------------------ce samedi /~ octobre i 55-1, le Lou t pour la
plus grande certitude de la vérité el, afin que
le fait soit porté à la connaissance de tous les
fidèles, priant ~olre Seign&lt;'ur Jésus-Chrisl,
lrès pieux et très gracieux, de nous accorder
la gràce ile vivre assez longtemps pour voir
rendre au monde une si grande jm lice.
Àlllt:'11.

J)

Crue prièr(' ne fut pas exaucée; trois jours
pins tard, le 7 oclohl'E', la popula1ion, soulcv~~ par le~ Co~on~~• ~vabi~sait le Capitole,
el ~,colas füenz, peri•sa1t dans l'émeule. Son

LE ~01 GTANNTNO

pateur Jean Il, semLlaiL le mellre en demeure la majorité se rallia au pins prudent avis,
de revendiquer l'héri1age de ses pères.
celui de l'ahslention, mais les partisans du
roi Giannino ne se découragèrent pas et déciIII
dèrent celui-ci à tenler une démarche près du
roi Louis de Hongrie, frèrP de sa défuntP
La popul:ition de Sienne ne fil pas de dil'fi- mère la Heine Clémence.
cnltés p'&gt;ur admellre la résurrection da fils
Suivant la biograpLie de Jean ]er (rédigée
de Louis X el rnn identité an~c Baglioni.
par son beau-frère Thomas Aggazano), la
Le récit de ce dernier, à vrai dire plus clair maison rople de Hongrie, après des &lt;1 recheret plus vraisemblable que celui de Naundorff, ches exactes », le reconnut pour l' héri lier
coïncidait assez avec lt•s évrncmenls; il don- légitime du trône de France, el des raisons
nait au1 malheurs qni frapp~icut la France politiques cmpêchèrenl seules le roi Louis
dcpui un demi-siècle une explication d'un de lui fournir une assistance direclP.

« Et nous, Nicolas, Chevalier du Peuple
Romain, Défenseur de la Cité Sainte, sat:hant
11u·une machination s'ourdit à Rome contre

ÊTATS-() Ë!'iÉRAt:X DE CO,IIPJEGNE (13;'8). -

C"lkbé Oiraud-&gt;n.

J EAN

Il,

DIT LE

Box.

Portrait pein t ,•ers 1359 et ailribut à GIRARD
o'ÜR LÈ ANS. (B it/i olhèque .Y ationa lt .)

nou ·, cl i;raignant de mouri1· al"aut d'ayoir
accompli l'œuvre du r~labli semenl du noi
sur son trône, nous lui avous remis ces le lires,

cadavre, décapilé, trainé dans la boue, fut
entin, sur l'ordre des Colonna, brûlé publi~
rruemeul par ù~s Juif,.
Avec la fumée du bî1cher s'envolèrenl les
grandeurs que le Tribun avait fait un instant
briller aux yeux de Baglioni.
Celui-ci, reçu froidement par Je cardinal
AlLornoz, lequel ne se montrail pas disposé à
lui prêter appui, prit simplement le parti de
retourner à . ienne et d'y reprendre son négoce.
Depuis deux ans, Jean I•r anit lcnu secrète
l'étrange aventure dont les réH~lations de
Fra Bartolomei, son seul confident, venaient,
pour ainsi dire, de loi arracher l'a,·eu.
ll reconnais. ait d'ailleurs qne la Pro\'idence, par la dt!taile el ln captivité de l'usur-

D'après le t;zbleau de

)FAN ALA l! X FILS.

mysticisme peu compliqué el conforme aux
idées du temps.
D'ailleurs, Baglioni, à l'appui de ses paroles,
exhibait la charte clictée par Rienzi.
Ce témoignage d'outre-tombe, le sceau du
Dictateur au bas de la dramatique légende,
paraissait une marque indiscutable de son
au thentici lé.
D'accord en principe ~ur la personnalité
de .Baglioni ( a le roi Giannino » comme on
l'appela familièrement dès lor ), les Siennois
se divisèrent en deux camps, dont l'un voulait cot1te que coûte travailler à la restauration du souverain dépossédé, tandis que l'autre
objectait le danger auquel s'exposerail J~
République si elle entrait en lutte contre les
Valois détenteurs de la couronne. Finalement,

(Mu sée de 1·ersailles .)

Cette assistance, le prétendant la trouva
chez des Juifs, qui lui prêtèrent cinquante
mille florins, moyennant la promesse de les
autoriser à rentrer en Franœ quand il aurait
fait triompher ses droits et recouvré le pouvoir.
C'est précisément la même condition que
d'autres Juifs imposaient au roi Jean de
Valois, alors prisonnier en Angleterre, pour
lui fournir l'argent de sa rançon. Israël se
précautionnait de deux clefs pour ouvrir la
même serrure.
A_ son retour de Ilada-Pestb, Baglioni se
rendit en Provence, dans l'espoir d'être re~m
par le pape à Avignon.
füi l'Église, on le sail, est lente à croire
anx miracles, el la résurrection de Jpan Il

�- - - fflSTO'J(l.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - parul à Innocent YI un fait lrop miraculenx
pour y ajouter foi. A défaut du pape un autre
allié s'offrit au prétendant.
D pui la trêve avec l'J.n"leterre, de~
bande~ de mercenaire , resll:P._ ~ans emploi,
parcouraient la France, pillant el ranc;ono. nt
"ille: el Lourgad1·,: une de ce, bantlt•, occ11p:iit ln Pruve'ilCli sous le commandement de
.Jean de Yernn1s, g ntilhomme ancrlai banni
de on pays pour un meurtre.
\'ernay: ayant entt\ndu parlt&gt;r Ju roi Giannino vint lui proposer . on aide pour conquérir
la France, i1 char:,:t de partager le pouvoir
après ln conqu11ll'.
Le traitl1 n'anit ri1•n de dt!ri. oire. A celle
«tpo11 uc, tout 1·1ublait po, silile aux rhef, de
r.ompasnics frandn•.' . loré.1lt: a,·ait CU a~-ez
Ji&gt; puissance 1•011r rt'•tablir Bienzi à Hom,•.
l:uslarlic d'Aubréricourt se rnyait prè. 1fo
1b·c11ir comle d11 Champaonc: Banlioni, qui
n'était pas d&lt;lpourrn de coura"c, mais que
~on pl'l'mirr élal n'auit pas pr 1paré au commandcmenl d'une armée, i;'eu fia donc :1
\'crna) , lequel prit le titre pomp u. Je
« Lieutenant général du royaumr. 1&gt;, el tous
d u commenci·renl la c:impa"ne.
Le sucrè en fut brillant au d111mt: le pre"
tÎ'•11 de la légende attirail de p:irlisans nomhrrux au roi Giannù10, cl \"erna,·~ 1·011d11isait
1·11 hahilc homme de guem: la tr~up de jour
1'11 j11ur plu, considérable.
Bientôt, pour ~oyager en Prownce, il fallut
un auI-conduit du pr,1tcndanl.
« Chacun rc'courait r, ,a protcctiou ,,, dil
lallco \'111:rni, • les l,ourn:ide. pac·li5:tient
:l\'ec lui cl lui pnJaicnl lril,ut, d,• sorte qu't·n
peu de lentp~ il ;1ma. a d grands tr..:or . »
C'.epcndanl rautrt&gt; roi de France, Jean Il,
d,%,ré de capli"ité en 13fî0 par le trnilé de
flr~tign), a,ait mi à pri. la lêlt! de . on rhal
l'i cn"O}'é une armée pour le combaure. 1.ongkmp l!!s deux: awnturier. tinrent en rrhcc
h•s lroup· royale,. Enfin, en décemhre 1:561.
.Jean de \'ernays, qui avait établi ·on quarti1•r
;,'.111,ral au forl Jti Cad Id, prt J',hi"nnn,

,:tait défait el c.1pturé par le~ gens Jn roi d,·
Pranr1i.
Le 'i jan, ier sui,anl, le ,é11éd1nl . lalleo de
Gi aldo arrftait, au nom de la reine Jeanue
de Naple·. alor · comte se de Provence, J,,an
dl' Ba,.lioni, liné par la lrahi~on d'un de ~1•.s
parti~an ..
Le prisonnier, d'abord renft1rmé au fort
Saint-f:tienne, fut bienllil, sur l'ordr,i de h
reine Jt&gt;.inne, eovo)"é ous bom11• e~corle ru
icile. Parrcou à Mar rille, il tenta une érnion et erra toute une nuit le long de la etile,
rbrrchant un1\ cmbarc.,tion à bord de la,rurlle
on con.entit à le prendre.
R,•hut: partout, époi~é Je foti~uc. il mini
an matin wr, la ville, tl-pfrnnt lrouwr r1[11gr Jans une 1lglise; mai~ . a [uite ,:1::1i1 J(.j;1
~ignalée, il fut rt•connu l!l repris.
l.1\ 1!) f:nier, Giannino alaot été. amen{- i1
1·aple~. le roi l'i la rt!Ïu rnulur ut l'inll'rroger cux-mèmrs, curio~ité bien naturelle,
car Jean fi:r leur tenait p3r une par 1 nlé a. ;;.-7:
proche, de mènt • &lt;Ju'il était le propre neveu
d'Andr ! de llou~ie, ce premier mari de la
reine Jeanne, qu'elle a,·ait fait élrangler pour
~pou ·1·r l.oni d1 Tar,·nll'.
C dernier se montra « ému d'une gr:mùe
compa. "iou II par l,•. réponse.- du prisonnier,
mai ne put rien pour le ~ecnurir, n\:tant lui
aus. i 1p1'une ombre de roi, mari d'une reine
r1ui ·e défakiit facilement de se. mari ..
.Jeanne de ~aples a signa comme lieu de
dètention à lla 0 lioni une prbon d'~:tat, Il'
cb;'\tcau de l'Œuf, ainsi nommé do ln forme
dl' l'ile au mili1·11 d la,1ue1Je il ~· :1c\':1it. Là,
h~s plu grand~ per.'onnag1~, dn royaume vinrcuL ,·hill'r lé prétendant, dont la lr.gcnd1: e
populari. a hirnllit en itile comme elle
l'a,·aiL fait à •.ienne.
Il emble 11oe, mème captif, le roi Giannino ait inspiré encore d1•s inquiétude· à la
1·our de France.
On lrom·e dan, une lellre écrite par lnnoœnl YI aux ,ou1·erain!&lt; d,• X:iple-. la r•rl'U\·e
de~ d,:marchcs faite· par Jea11 Il pour 11u1·
Banlioni r1H t\troitctni:nt r ·-~••rr,: ·
1

11 Le,- prétenlion émi~e~ par Ginonino B glloui ne méritent ponr tonie r1lponse que le
ourire de la pilié ! 1 décl3re le pape dnn
cette lettre adre~sét&gt; au Roi &lt;'t à la Rrine ,le
~apk.
Il e,t proLaLle que la Heinr J1•:mne ne par1:igPait pa l'opinion du ponlifc, !'ao· quoi
l~iannino rùl été pendu comme un bandit ,ul~aire et non inrarcér: dao, un 1·hàteau-forl.
Apri•s quPlqucs moi d'une détention suprortée awc « une nrande patience et une
;rande foi m rneu &amp;, la mort app1rta au pri·onnier sa délhranœ.
On ne dit pa où il rut en,e,eli. Pl'l1l-êtr1',
l'II fait ,le Funéraille,, l:inç:i-l-011 le corps i1
la mPr qui hainnail le , mur Je h prison.
L~, Ilot. par:iisscnL amir rnglouti sa m,1moire rn même temp,; rJlic . on 1·a1lan,•, t.1111
l'oul,li Je son nom l'ut r:ipiJc.
lieux hi:Lorico fraur, is l'nlcmenl. le• l't·re
ll:ioiel el Jlom \'aisselle, onl mcntionn; ,on
cxi,tencc 1•n 11uel11u •, li::;n,'~. Qnanl au anleur italien , un peu plu. prolix~, il- ont , i
l,ien 1•ntremêlé leur r\'CÏls ,le lé"Plldt&gt;, ronlradictoire. qu'il e I a,~ez dirllcile d' rc•lrnu,er la vrrité.
D'ailleur~. commrnl d&amp;biffrl!t i1 ,i lonzue.
dislanc une énimc histori11ue, a.lor5 qne de.
éréoemrnf relativt&gt;ment r,:,.Pnt, nr,u dem, urenl iwpén1•lrable, !
Ainsi, à unt&gt; de~ époques le~ plu troulilét:ùe nti:toire, trois frère-. st'. ,ucci•dcnL ~ur hi
trêîne d,, France; 1'11iné lais,• un frl, 11ne Je
,rrvilrur: d1h·oué, nurnîrnt, au IIIU)en J'unr:
sult,1itu1ion. ou Irait nu danerr qui llll'O~çail sa ,·ir.
IJ • lon~ucs :tno(: , plu. larJ, un él raneer
survient, s • disant n,,1rilier de ln couronm•,
mai. il ne pt·ul faire entendre c re,·endicnLion cl traine ù'éprcu,·L•., en éprl'U\'C., 111w
exbkncc mi l!rable.
Toul cela ne pourrait-il ~·appliquer à
l.oui. .\\'H au~.i hi1•n c1u'1tJ1·an l", 1•1 u·c~tce pa. le ra.~ 1111 jam:iis de répN~r rc lieu
commun : L:i vie est un [ll'rpC.:tut'I n•comm,•11remenl !

IEA~ P(H' J( &gt;lï. AT.

Anecdotes
~

Madame de Prie, ruailrt!sse tlu r :.,ent,
Jiriaéo par son père, un traitant, nommé, je
crois, H•neuf, avait fait un accaparemenl de
Lié, qui a,·ail mis le peuple au dé espoir, el
enfin eau é un soulèvrmenl. l:ne compagnie
1h• mousquetaires rt'Çnl ordr • d'aller :1paisrr
le Lumulte; el leur chef, )1. d'.hpjao, n"ait
dan. s ·s io~lructioos de tirer ur la canaille .
c'e t ainsi l{u'on désignait le peuple en Franœ.
Cel honnête homme se fit une peiue de faire

feu ur ~es concitoyeu-.: cl rnici comme il
s· · prit pour remplir sa commi ~ion. Il fil
faire lou le appr 1t.: d'une sake de mou,qu1'teric; el avant de dire : lire::,, il !\·avança
, ers l:i foule, ten:1111 d'une lllain son chapeau
et de l'autre l'ordr&gt; de la cour. • Iessi1mr,
dit-il, mes ordre portent de Lirer ur la ranaille. Je prie tou 1 , honnêtes Ten · de e
rclirer, avant que j'ordonne de faire feu. ll
Tout . 'enfuit et di parut.

lui, rie. Le prin · d,, Conti iolt•rmmpil l1i
harangueur, 1•11 lui disant ; « Vous ne ~awz
pa ce •1ue r,'p l 11ue les prinr,· ! 11

~ Le prince de Conri actuel 'aT11i1reail Je
ce que le comte d'Artois ,·enait d'acqu~rir une
terre auprè de ses cantons de cba. e : on lui
lit entendre que les limiles étaient bien marquée~, 1111ïl n'y orait rien à craindre pour

~ Le maréchal de Richelieu, a1anl propo~t:
pour mailrcsse à Louis~ V une grande dame,
j'ai oublié la,1uell1•, l • roi n'en ,oulu1 pa,,
disant qu'elle cotlterail trop cher à renYO}rr.

~ C't t un !ait a,éré que ~ladame, fille du
roi, juuaut a1ec une dt! es bonne , re,rarda à
,o. main, el, après 3\'0Îr compté es doigt :
« Comment! dit l'enfant anii: .urprL1•, rnn
nvez cinq doigl aussi, comme moi! » El elle
rtcompla p,mr .-'en a. ~urer.

CHA ,\ IFORT.

LOUISE CHASTBAU

•

jlmes d'autrefois
TROI IÈ 'lE PARTIE

Qui111.c jonr~ emiron :1près le maria••&lt;' dt:
l.ucelle, le chcrnli,•r de .1in1-,forc reparut à
Pont,ieu,, .ïtùt ulré Jan, le wstilmle du
vit&gt;il btitd, il aperçut un chapeau de paillti el
urn· omhrclle ouhlit1s . ur une chah...... li le .
reconnut pour ks avoir vu· à Lu cetlc. Et il
. c trouhb. li r •~pira un parfum inaccoulumé. Ln mai,011 ('Il ,:1ai1 comme rajeunie.
C'i'.lail la pré,e11rc dt• l:t femme qui e trabis~ail, imisible et cert.aine, partout où la
jupe Je mad. me d1: Bell?mhre a_,ait_ya ,é.
Florian man'lua de - allendr1r. , on cœur
d1'.raitlait. Il se r •mit pourtant el ~urvit le
vall'l qui Ici conJui. il :iu ~alon Liane, celui
1p1e préférait la m:myui~e et où (•lie se tenait
lt: plu~ mloulÎl'r~.
Ce "tlun occupiit 1'.1ile «:rnr.he de l'hôtel
,pii dominait la plaine. ••raci~u e _cl fraiche ~it
;;li~se, trans!1;m•nte, ) l,lp 1lenC'~1 ·11s1•. De !u,
on ap,·rccva1l. à drmte, Il' mai.on .•étage~s
du fluy-Saint•J1•an, d, prl'squc d1·mcre HII,
le haut dochl'r hvzantin :mie ~c · coupole'
écailleuse, et ~c • multiple· clochdon . En
ln. , c'tH:iil le fauhourg de TourneLriùr,
prt 1111e entièrement formé de teintu_r:ries
dont les Iain · séchaicnl au liord de la rmhe,
c'était on vieu pont, c'étaient e · moulindonl quclques•nn étaient fortifiés comme
des citadelle . ,\ rr:iuche, la tour Sarbacane
de. ~inail sur le fond du ciel se créneaux et
~e· ruàchicouli~. el, au ddà, les rocher . de
~lorsault fermaient l'hori1.on de leur mru, e
coufu~è.
11 faisait trè' chau 1, c • jour-l:1. Li&gt;s onlre, cols de. portcs-Î1·m!lres étaient Jcmi-do,,,,
ce qui rai:ait ré!!Tler ùan,- 1~ salon hC'a~~oup
de fraicl1P11r l.'t uuc rerlanu: oh~cur1k. A
!'in tant 011 le ehcvalier p~nélra, il crut
Yoir une :ilhouclle de femme s'enfuir comme
,: 11erdue dans la aah-rie
11ui 1:Lnit prorbe.
!no
• •
tcrdit. Florian ·'arrêta., es l·eut, qui · :icrnutum:iienl à l'où,curitr, distinguaient uo rrui'.riJon cbarrré de laine, à taphcrie, un
• · a~ t err,•. comme Jt!
• L1
omra~e qui~ a1sa1l
c en
hâte, un liHc ,m,erl au L11rd d'une cuosolc,
et dan 1111 n .. le fauteuil, ~I. de llellombre
d;rmanl, la lt~lr. rmver-i1e au do sicr el la
bourl1e ournrtc.
~lais le mar11ui s'ih·eilla en sur·aot :
- Hol:1! ... liol:i! ... fil-il. an .- lrop -1~\'oir
ce q11 'il disait.

l'nis, Lont à roup, reconnai ·qnt le d1erali,r :
- ,\hl r.' • t mu~, mon cher Flori:rn,
aia-t-il nwc joie.
Il ~e dre:-,-a .
.\lai. au: ·itôl porl3nt la main à snn fronl,
an•1· J'e,prt&gt;ssion t&lt;gart&lt;e d'un hommtl «Jni
~oulfrc d'un mal .~uhil :
- Pardonnc1, dit-il, il me faut m'a::eoir.... \'om 11u'u11 rcrûge Dl' prend ....
J'ai au '!&gt;Î les jamhe, un peu faihlc ..... Pour
tout dir ', je ne uis p:i. tri• l,ien ... .
Florian . 'inquiéta, 1·oulul :ippdcr.
- •'on! non! ... diL , f. de llellombre. Cr.
u·c~I rien .... Une minute encore el il n'y paraîtrn plu~ .... Là... c'c L floi .... Mai pnbq~c
me voilà i troublé el inc.,pable de me temr
dchoul, approchrz-vons d • moi, mon neveu.
Je ,·eu, Yous embra ...cr, m'informer de voire
,·anté et vous l'aire part de ma joie .....\h ! je
suis heureux, Florian! ... Plug beur •111 qne
je ne le aurai dire ... ll me lanlait de ,ou·
confier cela, comme à un ami, à un ami trè
rlier .... 1 "esH:e pa., mon ne,cu, que vou
comprenez mon bnohrur? ... ladamc de llt•~lombre e.. t parîaite .... J'en 1:lai~ sùr .... \la 1.
où donc e 1-ellc'!... Toul pr,'&gt; ·, r rtain •ment ....
Elle ne mP. quille point ..1••

Il appela :
- ~lad:imr!... ,radamc !... Y1·11ez vi11•,
voWt qne notl'c chPr 1.:h rali r ,, l arrhé.
l.ucelte parul dans le cadre luminc·u,
d'une porte ouverte.
~~lail-&lt;.·e liicn Lucclle de Fon:pc)rat, rt'ltc
pMe jeune femme ,êtue d'une roi,.' de :-oie
brune, coinëc a,ec tant de modestie et dool
le· main se di~~iruulait·nl . ou:,, de:,, milaine '! ... La douce gra\·ité de ·on ro:lume
'harmonisait a\·ec rcllc de son , i~:F•c . .",·,
lêHe. tremblaient un peu. Elle 11c put 'I""
sourire d'un . ourire contraint el murmurer
deux mot: ininlellia:ihlt ~ en fai~anl la re,·rrcnœ de,·anl Floria; qui s'inclinait lr1:s l&gt;a:.
le. enfanb. dit avec rondeur le marqui., \·euillcz quiller ce airs cérénmnieux ....
\'ous ~avn ce qui a été entendu'! \"ou .. \Oil:1
1el~ que Frère et sœur, parlant familier. ~i
li: cn•ur Yous en dit. Ma ch~reLuœlle, donnel
,·otre ruaio au cheralier 11ui Ya ln bai rr 1•11
·hme
de bonne amitié .... Là ... Yuilà qni csl
t'
foi 1. ... C'tist hicn, l'l je ui l'Onlml.. ..
Maintenant, madame, reprenez votre brodt'rie, el ,ou_, mon neveu, conlez-nnns ,otrt'
\lfY:IIYC.

-_ \fai,, Jit Florian, awc un ,·a!!lle embarr.i~. ne ,·aut-il pas mieux que je me

�AMES D' AllTl(ëF01S - - .

fflST0~1.JI · - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - •
retire? ... Vous venez d'être souffrant el je
craindrais de vous fatiguer ....
- Quoi! monsieur, dit Lucetteen s'adressant à son mari, vous vous trouvez plus
mal? ....
- Ce n'est rien, répondit le marquis.
C'est passé ... Vous savez? un vertige, comme
ce matin, comme hier .... La chaleur, sans
doute .... Ne \'OUS en occupez pas .... Allons,
chevalier, dites-nous quelques jolies choses.
Florian parla. Il dit des riens avec imporlanœ. Son discours était coupé de silences
brefs. 11 regardait Lucette qui complait saus
relâche les points de s~ tapissnie. Mais
comme il cessait de parler, c-lle leva la Lère.
Leurs regards se rencontrèt·enl.... Le mar11 uis était retombé dans son sommeil.
Lucellc détourna ses regards el, sans pensée, les porta autour d'elle. Le chevalier ne
dissimulait plus son émotion. li dit tout Las:
- Lucellc ....
Elle ne répondit pas tout de suite, mais,
d'un grste douloureux, elle montra M. dl!
Bellombre. Puis, avec effort elle dit, simple
el digne :
- Je suis madame de nellomhre.
Florian se mnrdil les lèvre et ses yeux se
mouillèrent. li se leva et se rapprocha &lt;le l.1
jeune femme. Dd,lJut, derrière la d1aise 1,î1
elle était assioe, il appuya ses mains au dossier el se pencha :
- Sommes-nou.s amis encore, Luccllc 'l
dit-il. ... Et malgré .. ..
i ous sommes ... nous serons toujours
ami!&gt;, Florian ... murmur:i-t-elle. Mais, enlrc
nous, il y a... il y a le serment ....
- Il y a aussi Jes souvenirs, ajouta Sainl~larc d'une ,·oix ourde el tremblante.
Lucellc courba la tête sur son ouyrage.
Elle soupira et dit si bas &lt;[u'clle s'entendait
à peine :
- Oui .•. il y a les souvenirs ....
Il se turent.
Le chevalier marchait maiutenanl à travers
le salon. Le tapi~ étouffait ses pas. Il s'arrêtait parfois dl!rrière Lucelle qui, le sentant
si près d'elle, retenait son souffle pour ne
pas trahir sou émoi. Elle tirait machinalement son aiguille, toute sa volonté tendue à
goûter la joie de cette chère et dangereuse
présence.
Florian la considérait. Il voyait ses fins
cheveux en désordre sur sa nuque. Il se rappelait la ligne souple des épaules que cachait
à présent la robe discrète de l'épouse, et lt:s
bras aux contours gracieux, et la paume odorante de la petite main que voilait un résenu
de soie .... Tl ne retrouvait pas en elle celle
fleur de gaieté tendre qui l'avait séduit jadis.
Mai, Lucette lui semLlaiL plu l.idle encore,
plus touchante, plus digne d'être aimée dans
la mélancolie el la gravité de sa personne.
Qmii I cel amanl qui, aup1·ès de mademoiselle de Fonspe)•rat ne savait que soupirer, se
Lrouvail, de,•anl madame de Hellombre,
obsédé &lt;l'images voluptueuses cl assoiffé par
le désir'! ...
li lulla contre ses pensées. Pui , afin de
préciser par des mols , a résolution d'éner-

gique résistanœ, et s'étant arrêté devant Lu- terrible, précursenr de la chute prochaine,
celle, il dit, lui saisissant les mains :
s'éleva dans son faible cœur.
- Ma sœur ... ma sœur ... ma sceur très
1(
aimée ....
Et Lucelle répondit :
- Oui, Florian, vous êtes mon frère, deLes jours et les semaines se succédèrent,
puis le jour où pour ne p_as me séparer de pleins d'amour silencieux, d'attente inavouée,
vous ....
d'espérance imprécise, de désirs vite réprimés.
Un sanglot mourut dans sa gorge. Elle ne Une lettre de Julie augmenta l'angoisse de
put achever. Elle se leva c,L s'enfuit dans sa Lucelte. Uademoiselle des lmagnes contait à
chamùre. Lassée par le combal intérieur qu'elle son amie loules sortes de folies joyeuses. Elle
venait de soutenir, el par la nouveauté du lui disait son bonheur de goûter un amour
rôle qu'elle jouait, elle s'affaissa dans un fau- partagé. Elle se Oaltail d'avoir choisi la meilteuil. Elle aurait voulu pleurer, mais ne le leure part, car Guillaume l'adorait, elle vivait
pouvait .... Son lrouhle était Lrop grand, son somptueusement el n'éprouvait jamais aueun
angoisse trop profond,•.... Si elle s'était rrgrcl du pass4 :
LrompéeL. Si 1·lle avait trop présumé de
11 Le temps l'St cour!, répélail-elle à plnses forces'? .. Si l'ancien amuur réapparais- ~ieurs endroits de sa lettre, il faut en jouir.
sait el , i elle ne pouvait lui résister? ... Dieu! J'en profit!! de mon mieux. S'aime, je snis
que sa mère éLaiL coupaLle! Et elle, pau\l't! aimée, je vis plcinemc-nl. Mais toi, pauvre
ignorante, comment avait-elle pu rroire à srn1imrn1alP, que dl!,iens-lu?. .. llélai.! j'ai
celle chimère de l'amitié îralernelle v nant, granfpcur que la deslinL&gt;e ~oil de roucouler
par ordre, tenir la place de l'amour thas~é'! ... triste el seule de cœur jusqu'à tes df'rniers
A qui dire sa peine? ... A qni demander jours comme une rolomLc lilt•s~c .... Quelle
conseil?... Elle pensa :
misère r1ue la vie! ... 1l
- J'ai on livre, un saint livre.
Lucctte pensait :
fille prit la vieille linitalion qui lui wnait
- Ainsi, Julie qui a méprisé les dt!voirs
de . on aïeule. Sur la tranche el du bout &lt;les impo. rs par le nom, le rang, l'éducation, la
doigts. f-lle tra~:a le divin signe, puis, au fradilion, la morale, Julie est heureuse ...
hasard, elle ouvrit le livre el lut :
Julie e l aimée et elle aime librement. ... Et
« C'est quelque chose de grnntl que moi qui me suis soumise, rrni ai obéi à toutes
/'amour el un bien a11-1/ess118 rlP Lous les
les lois dt! la famille, de la race, de la relibiens. Seul, il rend léger re qui nl pesant gion, moi rrui ni rèvé d'être éternellement
el /&lt;iiL qu'on -~IIJ)JIOl'LP n vec une âme égo/p chaate, honnèle, lld1\Je à mon ~erment
to11tc.~ res vicis.'lil11dPs dP la nie .... ~
d\1pouse; moi je traîne et trainerai toujours
Lucelle tourna lJ page. Ses doigts la sai- sans doule ma malheureuse cxi tencc .... El
sissaient à l'endroit même où sa grand'mère le pire est que je ne puis, sans remords,
avait posé les siens. Une poussière de o~urs • céder, mème sccrètemen t, à la passion cpü
desséchées lomlia d'entre les feuillets. Elle m'enflamme .... Julie, fière, souriante. prolut encore:
clame à haute voix son bonheur dans l'amonr
« Rien ne lui pè.~P, rien ne lui cotlle. JI cl n'en éprouve aucune gêne ... Oui, elle a
le11le plus 1111'if ne J)euf.. .. Aucune /àti_q11e raison : quelle misère r1ue ma ·rie! ...
ne le lns.iP, aucu11 lie,, ne l'appe.~anlil,
Elle relut la lellre de .Julie une fois, deux
1wc1111e {l'ayem· ne 1-e l1·011ble .... »
fois, dix fois, rnulanl y répondre el ne l'osant
Comme elle se répétait œs dern'ers mol~, point. Finalement, rlle la jeta nu feu. ~fais à
elle s'arrêta tout à r.oup et s'interrogea :
&lt;"11:H[Ue inslant ce souvenir lui rcrnnait el la
- N'aimerais-je poinL, puisque me voilà comparaison s'élaLlissait en son esprit,
tout alo11rdic par le joug du mariage el implacable el cruelle comme sa destinée.
effrayée de mes inclinations? ...
l~ncore cles jours et des jours pnssèrenl.
Et elle ne sa\'ait plus si die devail se réLa lune ~e perpétuait, sourde et violente
jouir ou s'affliger de ce doute.
dans l'âme passionnée de Lu celle. La chambre
Elle rêva ainsi longtemps et, plmieurs conjugale lui devenait odieuse. Elle tenta cle
fois, relut ce passage.
la ~upprimer, s'autorisant de l'avis du médeUne cloche sonna du côté de la cui~ine, cin (JUi l'ecommandait à 61. de Bellombre un
annonçant le souper. Madame de RelloruLre sommeil duraLle, bolilaire et reposant. Alais
marqua d'un signet le chapitre V du Troi- le marquis ne cédait rien sur ce chapitre,
sième Livre de l'lnternelle Consolntion. Elle encore que Lucellc lui parlà.t au nom de sa
crut sentir &lt;rue celle lecture avait remis santé.
Loule choses au point dans son cœur et
- Ua santé! répondait-il, die est solide,
4u'elle était maintenant vaillante d calme.
ma mie. Pins que ma santé, je vous aime.
Tl'è' calme, en effet, elle suivit le couloir, Vous èles mon bien le plus précieux. Le tré,or
descendit l'escalier et longea Je vcstibult•. de rnlre Leaulé me procure cles joies incomTrès calme, elle ouvrit la porte de la s:ille à parables ....
manger. Déjà M. de JMlombre, vacillant sur
Aci;:Lle répli,1ue, Lucelle rougissail, détoursa canne, s'approchait de la table el ·a~- nait la l~e. ou mème s'enfuyait pour dérober
ser1it. Florian parut.
.a tristl! émoLion aux. regards amoureux de
(Juand Lucelle le vil auprès d'elle et quand son vieil épou,L Elle évitait Florian, qui l'él'ielle l'entendit parler, son âml! s'émut. m llÎl de mèmt'. Pourtant, moins ils e voyaient,
calme s'évanouit ... . lin trouble délicieux eL plus ils pensaient l'un à l'antre. Qu'une occa-

sion inattendue les réunit en un court tête-àtête, ils restaient muets, le cœur battant el
éperdu .... Si leurs lèvres s'étaient descellées,
elles auraient crié : • Je t'aime! ... » Que la
robe de Lucelle rflleurât le che\'alier, il pâlissait. Qu'il lais~ill trainer sur un meuble
quelque objet familier, ses gants, son portefeuille, un livre qu'il li·ail l'instant d'avant,
Lucette brûlait d'y toucher. A peine ses doigts
s'en approchaient-ils qu'elle se sentait tremblante et manquait de défaillir.
Octobre arri\'a, La mélancolie de l'arrièresaison s'accroissait de la longueur des soirées.
C'était le Lemps propice aux lecture . Florian
offrit i.a Libliothèque el Lucetle accepta. Elle
lut des romans anciens qui avaient encore la
von-ue, 111 Noui•e/le lleloïse et Clm·isse Ha r/owe, el elle s'attendrit.
Certain soir, 111 chevalier apporta un pelil
volume, qui Hait une nouveauté. On en di ait
le plus grand bien. On parlait même de chefd'œuvrc.
- Lisez-le la première, madame, dil-il,
vous me direz ensuite YOtre sentiment là-dessus. et i je dois le lire.
- Maii,, dit le marquis, tout en bégay.inl
un peu, car son malaise augmentait chaque
jour, mais ne vaudrait-il pls mieux, mon
neveu, &lt;[Ile ,ous nous en donnif'Z lecture l1
voix haute, le soir au coin du feu? ... Pt&gt;u
importe i je m'endors, quoique, à vrai &lt;lire,
la cbo ·e soit rare, ajoula-t-il ingénument. Je
ne me. sui jamais passionné pour les aventures chimériq uc .... Je leur préfère les lie lies
réalités.
li eut un sourire cl regarda Lucellc qui
rougit. Florian détourna la tête. La marqui.e
demanda le litre du roman.
- Clafre rl'Albe, dit le chevalier. C'e L le
premier roman d'une madame Collin, veuve
d'un hanquitr de Bordeaux, et très jeune
mcore, dil-on. Vingt-cinq ans, je crois ....
Vous plairail-il que nous le lisions ensemLle?
- J'en erais ravie, répondit Lacelle dans
un élan de sincérité.
Il lurent Clafre d' Albe, celle arnnlurc
héroïque et passionnée où l'on voit un jeune
homme fuyant la îemmedont il est amoureux,
parce qu'elle est l'épouse de son bienfaiteur.
Ptndanl que Florian lisait, la marquise,
baJetanlc, bm·ait les paroles du héros qui
toœLaienl des lèvres de son amant : « ... Dismoi pourquoi, toi seule, as reçu celte âme,
cc tor1enl de charmes el de vertus qui Le font
l'objet de mon idol.itrieL. »
M. de Bcllombre dormait, dl! pins en plus
alourJi, dans 1&gt;on fauteuil, les bras pendanls
rl les pieds aux chenels.
~lais un soir, les aveux de Florian se mêlèrent à ceux. du bérog_ Lucelle, comme Claire
d'Alhe, se laissa baiser les mains. Elle pleura
sur le tendre visage de son am:tnl qui implorait. ...
Puis elle céda ....

peine. Depuis le mariage de Lucelle, ellel'a,·ait
vu plus soU\'ent, dans le besoin où elle élail
d'une oreille propre à recevoir ses confidences
el parce que la solitude lui pesait.
Outre quP. le nouveau curé de Verlhis, l'al,bé

•

L11cel/e 011~ri/ le livre d 1111 : , C'est quch;iuc chose
de grnnù que l'amour et un hicn au-dcs;;us de
tons Je,; hirns .... • ( P:igc 232.)

Mari eau, n'efü poinl accepté le stratagème dl'
la confession familière, Mme ,le FonspeJrat
c11L répugné à lai dire ses secrets : tl C'étail,
disait-elle, un révolutionnaire, puis1iu'il avait
prêté serment. »
L'aLLé Marteau donnait dans les idées nouvelles. li avait attendu le Concordat arnc
grande impatience. Pendant que le cardinal
pina et eu suite le cardinal Consah·i en jetaient
les h~es, l'abbé Marteau :l.\'ait, disait-on,
écrit des injures à Bernier, dont le faux zèle
nni~ait, pensait-il, à la rapidité des conclusions. Dans ses prônes du dimanche, le curé
.Mari eau mêlait l:i poliliq ue à la rdigion. Il se
déclarait haulemenl pour le calholicisme
d'Élat, tel que l'entendait le vainqueur ùe
lareugo.
Le Concordat signé, il chanta un Te Deum
soleunel. En chaire, il ~e glorifia d'apparlenir
à celle légion que le Premier Consul chargeait
de veiller sur la foi catholique. Fièremeul, il
commenta la parole do Montholon : t( Lo
clergé français, c'est une gendarmerie sacrée 1l,
el il eut un beau mouvement d'éloquence
dans une paraphrase qui se terminait par ces
mots : (C Oui, je suis un gendarme sacré! »
~1 -de la Mour:iine, à qui on rapporta la chose,
ne
l'appela plus dès lors que ù le sacré genIll
darme ». Q.oanl à la baronne, qui ef1t peulLe curé Pomerol moumt en 1801. Sa mort èlre ,·olonLiers essayé des prati11ue religieu,e
jeta madame de Fonspeyral dans une grandi• pour remplir sa vie el se dislraire de a souf-

france intérieure, elle se lroU\·ait moins disposée q11e jamais à en user, puisque le CUl'é
en était le dispensateur.
Souvent, elle pensai I à son prédéces eur.
Je simple et doux Pvmerol, qui Sa\'ait si bien
parler aux gens de qualité : &lt;1 Ali! comme il
était humble de\'ant eux! Comme iJ pratiquait
bien les devoirs modeslrs de son ministère! ...
Cc n'était pas un fonctionnaire, celui-là .... Il
n't'tait pas à la solde d'uu gouvernement.
oùligé d'en dire du bien, ou de se taire comme
un ,·alet devant son maitre. II sa,·ait blàmcr
le:: fautes, flétrir les iniquités, dénoncer les
sacrilèges cl soulfrir pour sa foi. On l'avait
bien vu au Lemps de la persécu1ion. Au ~erment, il avait préféré les ponlons de l'ile
Madame d'où il était re,•enu, en quel étal.
grand Dieu! ... C'était un prèlrc, lui! .. Mais
lecuré~1arteau'! ... Allon· donc!. .. Il dit sa
messe et fait son prône comme un grallep:ipicr va à son bureau ou un magi. Ier à son
école. li flattera n'importe quel gouvernement
afin ,rne le son~-préfd, 11ui a l'œil sur lui, en
dise du Lil'n dans es rapports. Ainsi, il
deviendra doyen el puis archiprêtre, C'l puis,
qui :ii1?... IJn prêtre, ça? ... Un ambitieux,
et pas autre chose i ... 11
,
Lor que ces pensées lui venaient à l'égli t'.
pcndantquïl orliciait, lui, l'3ncien assermenté,
madame de Fonspeyrat ne pouvait plus se
contenir. Même 011 l'avait vue, le jour dt! la
Notre-Dame, quiller violemment l'église en
jetan là haute voix le mot « coqui11 ! 1&gt; tandis
r1ue le curé ~farteau se prosternait devant les
saintes e pèces au ffi(lment de l'éléva1ioo.
D'autres C'hoscs encore la tourmentaient :
L'agriculture ét:iil contrariée par l'inaction
du paysan enrichi des biens nationaux el pa1·
les guerres 11ui lui enlevaient les bras les plu-.
forts. Elle languissait. Ne périrait-elle pas
tout à fait si, comme l'a~surait M. ùe la \lourainc, le PremiC'r Consul, pour être empereur,
s'imaginait de conquérir le monde? ... Alon,,
que ferait madame de Fonspcyrat des terres
qu'elle avait si habilement conservées ou
rachetées'? ...
Elle refusait de croire à la solidité du
Crédit public. Pour rien an monde, elle n'e1H
acheté des titres de rente, el n'aurait confié
un sou à la Banque de France que Perrégaux
el d'autres financiers avaient récemment
fondée. Au surplus, il lui suffisait de savoir
que le fils Rafanaud faisait partie de celle
bande pour qu'elle refusât de la r.onsidérer :
&lt;l Tas de voleurs, di ait-elle. Ils recommencent le trafic d11 papier avec ces espèces d'assignats &lt;1u'ils appellent des billets de ban([ ue !.. . 1&gt; Et elle continuait de garder son
ar6enl dans une easselle; bien rangé, bien
empile, gros rouleaux d'écus, plus petits
rouleaux. de louis d'or, el mème de la grosse
monnaie de cuivre, pour n'avoir p:is à changer
trop -~ouvent des pièces de valeur.
Les domestiques lui devenaient insupportables. Ils perdaient le respect, disait-elle, la
regardaient en race et lui parlaient de Lrop près
avant même qu'elle les interrogeât.
Le petit monde de Verlhis, bonLiquiers et
artisaus, lui était odieux. Ne voilà-t-il pa.

•

�ms TOR..1.JI

•

qu'ils s'a1isent de s'habiller avec du drap fin,
des bas en laine d'Allemagne et des chapeaux
de castor? ... Leurs femmes osent mettre des
rubans à leurs bonnels et elle porlent
mi Laines! ... Elles affectent de parler français
el semLlent oulragées si on leur adres,e la
parole en patois . .Alors, si ces e~pèces parlent
comme des nobles, quel langage sera réser,·é
a• ceux-ci. ?....
Enfin Lucette l'inquiétait par sa langueur
el son dépérissement que n&amp; suffisait pas à
expliquer une grossesse proche de son terme.
De plus, la baronne supportait mal les discours que tenait parfois Lucettc sur les choses
du sentiment el qui reflétaient les opinions
du chevalier plutôt que celles du marquis.
Aussi, chaque fois que madame de Fonspeyrat
re,·enait de Pontvieux, elle se sentait plu.
irrilée contre sa fi Ile.
Ainsi, elle vieillissait, isolée, triste et toujours violente quand l'occasion s'offraiL Ses
lourdes méditations se portaient volontiers su 1·
le passé pour le regretter, sur l'avenir pour
i-'en émouvoir. Si elles s'attachaient au souvenir de son fils, madame de Fonspeyrat
rPjetait ces pensées avec un sur~aut d'âpre
volonté, car là seulement était le défaut de
celte cuirasse d'énergie dont elle s'était
revêtue dès le premier instant de sa lutte
maternelle.
Elle avait rempli son devoir et envers Martial cl envers Lucette, en tenant bon malgré
leurs larmes. Pour le moment, elle n'avait
plus qu'à tenir la main tl leurs intérêts qui
étaient dans l'héritage, sans doute prochain,
de M. de la Uouraine.
Le marquis baissait visiblement. Un catarrhe compliqué d'accès de goutte le tenait
clouéàlachambre. Madame Françoise l'y venait
voir chaque jour. Elle écoutait avec patience
les propo philosophiques du vieillard tout en
tricotant, ou demeurait sans dire mot pendant
les longs silences auxquels se plaisait la rêverie
de son cousin.
D'abord, le marquis avait reçu ses soin~ avec
quelque impatience. Malicieusement, il avait
essayé de la décourager en l'ohligeant à lui
faire lecture des pages les plus ardues de
Leibniz ou de Spinoza. Mais il avait senti qu'il
faisait fausse route et se prenait à son propre
piège. Car le supplice d'enten&lt;lre ânonner les
plus Leaux morceaux de la Théodicée ou ce
qu'il y avait de meilleur dans la Clef du
ancluaire lui parut de beaucoup plus affreux
que celui soulfert par madame de Fonspeyrat.
Tl renonça à ses lectures el apporta, à la
recevoir, une stoïque résignation.
Seule, madame de Puyrateau faisait fuir la
haronne. Aussi le marquis suppliait-il sa
vieille amie de venir le voir souvent. VolonLiers
elle quittait les Roches pour lui faire visite
quand la température était douce et quand
elle ne souffrait pas trop de ses rhumatismes.
Dès qu'elle entrait dans la chambre du
\'Îeillard, madame de Fonspeyrat suspendait
le mouvement de ses aiguilles, pliait son tricot,
rajustait son bonnet, fai$ail la révérence E'l
partait. On entendait ~es socques frapper
ferme les dalles du Yestibule. Alors les deux

'-----------------------------------compères se regardaient, souriaient el poussaient, dans le même accord, un soupir de
délivrance. Ils reprenaient leur causerie de la
,·eille au point où ils l'avaient laissée, füaient
les journaux, parlaient religion, philosophie,

Elle en retourna les feuillets el lut à haute
voix :

« Monsieur,
« En un temps dont je ne puis me souvenir
sans grande émotion, vous m'avez dit : « Si,
quelquejC1ur, vous êtes dans la peine, écrivez-moi. Je ferai tout pour vous être
1r utile. » Je n'ai pas oublié vos paroles. Je
suis assurée que, vous-même, en bon gentilhomme français, vous vous les rappelez el que
vous ne manquerez pas de leur être fidèle.
J'ai donc beaucoup à espérer de vous.
« Ce que je vous demande? ... Des nouvelles
de votre neveu Martial, mon cher et bien-aimé
/lancé. En vain je lui ai écrit lettres sur lettres.
Elles sont restées sans réponse. Parlez-moi de
lui, monsieur, je rous en conjure, ne fût-ce
qu'en quelques mols brefs, \'Oire douloureux
~i la vérité r exige. Mais il faut que je sache,
et, depuis mon départ de Verthis, je ne sais
rien.
« Je vous dirai aussi, monsieur, &lt;1ue mon
chagrin est augmenté par ma solitude. Voici
tantot deux moi· que Dieu m'a enlevé mon
père vénéré pour le placer auprès de lui. Je
suis sans famille, pre que ans amis . Je n'ai
11ne vingt ans elje suis seule an monde. Jugez
de mes tristesses.
11 Pardonnez, monsieur, celle lettre el la
demande qu'elle contient. Votre bonté seule
m'a autorisée à l'écrire. Je souhaite que ces
lignes vous trouvent bien portant, heureux
el tout disposé à recevoir a,•ec indulgence
l'expression du prorond re~pect de votre lmmble servante. ll
11
&lt;&lt;

• - Ache1•e: , ma chi!re. Lisez el dites-mot ce don/ il
s'agit. Je me sens m~I et sr1is te11 e11clin .i m·occute1· .t'affaires • (Page ~3.i .)

sentiment ou politique, discutaient sur le
Premier Consul ou sur le cas de M. de Talleyrand auquel le pape ,·enait d'accordrr an bref
de sécularisalion, afin que cet ancien évêque
pù t épouser madame Grand, sa maitresse.
Mais, le plus souvent, ils s'entretenaient des
choses d'autrefois, ou reslaient en silence,
dans ce doux el heureux silence par lequel se
marque la communion profonde des esprits et
des cœurs.
Un jour, madame de Pulrateau trouYa lo
marquis en train d'ouvrir une lellre qu'il
venait de recevoir. Ayant son amie auprès de
lui, il suspendit cette besogne qui, pour
mince qu'elle fùt, le fatiguait, et il dit:
- Achevez, ma chère. Lisez et dites-moi
ce dont il s'agit. Je me sens mal el suis peu
enclin à m'occuper d'affaires.
li ferma les :yeux et s'accota dans son fauteuil comme pour s'èndormir.
Un cri d'étonnement de son amie le tira de
sa Lorpeur.
- Est-il Dieu possible! cria la comtesse.
- Quoi donc, ma chère?
- La petile ... la peLite protestante ... vous
savez?... La fille de.... Comment donc? ...
C'est sigué Katerioe, tout simplement.
- Raterine Albos?... La pclite Kateriae·! ... dit le marqui en se redressant. Vitr,
ma chère, IL ez ... .
La comtesse avait déjà parcouru la lellre.

- Voilà qui est curieux, dit le marquis.
Ce matin, dans le demi-sommeil qui juxle
mon lever, je rèvais de celte petite fille, que
je voyais trottinant par ma chambre.
- Et moi, dit la comtesse, par ma fui 1
je l'avais oubliée .... Vous arnz raison, Alexi.~,
dans ma cervelle, un clou chasse l'autre ....
Le huguenot et sa fille en étaient joliment
rnrtis, allez! ...
- Oui, je sais, bonne vieille linotle .... Je
connais vos défauts .... Mais il ne s'agit point
de cela. Yoilà qu'il faut répondre à celle enfant. Donne-t-elle son adresse?
- Bien sûr, elle est là, au-dessous de
son nom.
- Eh bien I c'est vous, ma. bonne, c1ui
allèZ répondre, non seulement parce que
mon rxlrême faiblesse m'empêche de tenir la
plume, mais surtout parce qu'une femme est
plus habile qu'un liomme pour traiter de ces
d~licates matières. Yous loi direz ....
- Je lui dirai ....
Tous les deux s'arrêtèrent.... Comment
dire le vrai et cependant ménag-er la sensibilité de cette enfant? ... lis méditèrent un peu.
- Alexis?. .. Il me vient une idée ....
La coroles e Marceline interrompit par ces
mols les raisonnements philosophiques oit
s'égarait l'esprit de M. de la Mouraine. li
quitta son rêve cl dit :
- Parlez, mon amie.

- Ne riez pas de moi, surtout, t'L ne
m'appelez pas vieille linolle .... ~Ion ami,
nous sommes âgés. fous êtes malade el moi
fort impotenle, A quoi nous a ser1i jusqu'aujourd'hui, dans noire vieillesse, le peu d'argent et de bien-être que nous avons conser',és?... Grâce à mes revenus, je peux faire
une heureuse et nous donner à tous deux la
joie de voir luire un peu de jeunesse près dl!
nos derniers jours. Si vous ne m'en détournez
pas, j'appellerai ici, pour viHe à mon côt~,
la petite Katerine Allios. Je lui assurerai mon
héritage. Et, quand Marlial re1•im Jra ....
F.llc soupira.
- .... S'il revient! ... nous la lni donnerons. IJue pensez-vous de mon idéè?
- Je songe, mon amie, dit M. ùe la Mouraine aver un Ù1Jmi-s011rirr, r1ue vraimrnl
J,eibniz a du génie el qne tout va pour le
mieux ....
- Oui, oui. .. c'est enlendu, dans le meilleur des mondes possibles, acheva la comtesse
1'n badinant. ~fais donnez• moi votre avis, c'est
plus sérieux que toutes ces balivernes philosophique ....
- Plus sérieux! ... Voyez, ma chère, qu'en
effet. selon ce que je me di ais tout à l'heure,
il n'était pas besoin de me marteler l'esprit
avec des points d'inLerrorration, car la solu-tion est. venue toute seule, claire et précise,
de votre hel esprit. ... Écrivez, ma chère,
écrivez, rt faisons Lout comme vous l'avez
vensé .... En uite, apnL « dans le même
instant pleuré el ri de la même chose »,
comme dit nolre Montaigne, nous &lt;&lt; tournerons le feuillet ll, comme il dit encore, et
nous changerons de discours .... Tout cela me
fatigue et m'intéresse à demi .... Il) a là, sur
ma table, des plumes toutes !aillées et du
papier excellent. tcrivez, ma bonne; moi, je
Yais reposer un peu.
La comtesse écrivil. Sa lettre fut pleine
d'adresse, de réserve t•t d'amabilité. Elle se
Il t bonne et serviable sans cesser d'etre digne,
affectueu e tout en gardant les distances, H
douce sans fadeur, Elle sut parler de Martial
et dire son absence et, pourtant, n'assombrit
point le tableau. Elle formula sa proposilion,
la rendit séduisante et sut l'entourer d'un
brin de gaieté :
&lt;1 Je n'ai pas de fille à aimer, disait-elle en
terminant, voulez-vous être la mienne? poi11t
de compagnie autour de moi : rnulez-vous
être ma compagne? En échange de vos bons
sotns, de votre aimable société et du ra)'0nnement de votre jeunesse, je vous offre l'éternelle amitié d'une mère-grand pas trop vieiUP,
pas trop mélancolique, mais asse~ sensible
cependant pour comprendre vos inquiétudes
el y prendre part. Venez, mon enfant, venez
causer avec nous de celui que vous aimrz et
l'attendre auprès de celle qui se dit à l'avance
votre bonne amie, ll

meura quelques minutes sans oser l'ouvrir.
Elle n'avait connu d'autre écriture française
que celle de Martial, et ne pa~ la voir sur ce
papier scellé de cire lui donna une grande
angoisse.
« )larliaI n'est pas à Yerthis, pensa+elle,
ou bien s'il y est. ... 1&gt;
LïnfiJélilé, l'oubli, la maladie, la mort,
elle évoqua tou les à la l'ois ces cruelles possibilités. Elle posa la lellre encore fermée près
de sa Ilihle, son livre ami, sa force el son
courage. Elle consulla au b:i.sard la parole de
Dieu el lut :
11 Le Seigneur dit à Abraham : r, Sorlez
a de \"Oire pays, de voire parenLé, de la mai« rnn ùe votre père et Ycnez en b terre que
&lt;&lt; je von,; montrerai. •&gt;

.Jl;,œs

D'JlUT1fE'F01S

--~

Elle fui déçue par ces paroles qu'elle ne
pouvait interpréter el qui semblaient fort
éloignées de renfermer . aucune consolation
opportune. Mais elle pensa que la volonté de
Dieu se plaît quelquefois à s'envelopper d'obscurité jnsqu 'à l'instant où il lui convient
d'éclater lumineuse et souveraine. Elle se rPsigna, rompit le cachet et lut.
Katerine Albas ne cannai sait point les
émotions ,·iolente•. Son àme élait semblable
à l'eau des Hangs de son pays, !'roide, pure
el placide. Elle oc bouillonne point et ne se
hausse jamais dans un impétueux élan. Mais
ces lacs ensommeillés ne se dessè&lt;lhent pa~.
L'onde y est constante et fidèle sous le gra11d
soleil et pendant l'hi,•er. Katerine était, comme
elle, c:ilme, ronslanle et fidHe.

JY

Lorsque, plusieurs jours après, Katerirttl
reçut en Hollande la lettre de la comtesse,
elle fut saisie d'un forl tremlilemenl et de-

En sa chambre reculée, /If. de Bdtoml:&gt;re se mettait .; faire des réussi tes ou des P.:J llences. On lui a11ail dis•
f OSt à cet effet ttne taNetle r evêtue de dra~ vert qu'il plaçait sur ses genou:,; el 011 l'ent,-etenait de c.:Jrtes j
Jouer, les plus telles qu•o11 pli/ trot1 ver . (Page .236./

�n7STO']t1.Jl
C'est pourquoi, ayant lu la lettre et ayant
remercié Dieu, elle rélléchiL, car elle élail
pleine de prudence.
. ~lie considéra que la mort de son père la
Jetarl dans de grands embarras. Qu'il lui serait doux d'avoir une amie à qui tout dire el
qui la comprendrait. Elle pensa qu'en acceptant elle se rapprochait plus sûrement de
)lartial .... Hien ne la retenait en Ilollande.
Ainsi, elle pénétra le sens de la parole de
Dieu à ALraham el qui ,·enait de lui êlre
dite, à elle, pauvre fille. Elle jugea r1ue le
Seigneur rst bon, qui veille sur le p:iss,·rcan
solitaire.
1.-:lle partit.
De malle-poste en diligrnce, elle atteignit
Verthis. Sa placidité s'émut à reconnaître la
roule, la rue, les maisons r1ui, jatli , lui
avaient été hostiles. Peu après, assise dans le
carrosse de madame de Puyrateau, elle apercevait le château des Roche~. C'était le soir.
Les tourelles et la toiture se profilaient sur
un ciel de velours l,leu cr.iLlé de poussière
d'or. Les bois des châtaigniers élageaient
leurs dômes de verdure presque noirr.
L'équipage courait, rapide, sur Je ruban clair
de l'étroit chemin. Katerine se senlait Jasse,
vaguement angoissée et, pourtant, confiante.
Quand elle descendit dans la cour du chàteau, elle Lrouva grands ouverts les bras de
la comtesse, qui la reçut au marchepied.
Madame de Puyraleau laissait éclater sa voi:t
en éclats hruyants cl gais. Elle remarqua le
deuil de la jeune fille et jugea qu'il seyait
fort à sa beauté Llondc. l\aterioe, doucement
souriante, la suivit dans la chambre tiue la
comtesse lui nvaiL préparée a,,ec enthou. iasme.
Le lendemain, au réveil, elles s'entretinrent
longuement.
- Voici, mon cœur, dit la comtesse, ce
que j'ai imaginé. Afin de vous garder en paix
contre toutes tentatives de madame de Fonspeyrat, qui, vous le savez, ne vous aime
guère, je vous fais passer pour la fille d'une
de mes bounes amies, une Anglaise, morte
récemment. Donc, vous arrivez de Londres
el vous vous nommez Jenny. Cela va-t-il L.
- Oui, madame.
- Bon. Maintenant emhrassrz-moi. Dès
cet inslant, vous êtes ma compagne, mon
amie, ma fille adopti11e.
- Oh ! madame!... Que de bontés el
comment pourrais-jet,.
Toul attendrie, mais calme, elle chercha
la main de la comtesse el s'apprêtait à la
baiser respectueusement.
- Non, pas ma main, petite! cria madame de Puyratea11, mais ma joue! ... Venez
cà, rnnez dans mes br.is !... Vous êtes charmante et je vous aime Ùtl tout mon cœur.
Ah! mon enfant quel plaisir j'éprouve à vous
regarder !. . . El quelles bonnes amies nous
allons être!. .. Yous verrez, vous verrez!. ..
Vous serez fort douillellement auprès de la
,•ieille femme que voici, en attendant le jour
où celui que vous aimez .. ..
Avec ses beaux yeu1 lcndrcs elle regarda
ln jeune lille. Elle la vit émue à re rappel de

'------------------------------------I

souvenirs et, l'attirant encore sur son cœur :
- Pauvrette!. .. Pauvrette !. .. dit-elle.
Elles s'en allaient ainsi, par la maison, visilanl les salons el les chambres, puis, à Lravers le jardin, les charmilles et les cours,
bras dessus, bras dessous, cheveux blonds
contre cheveux blancs, rose de printemps et
fleur d'automne. Madame de Puyr-.ileau racontait la fuite de Martial, son silene~, sa
longue absence, Katerine dévoilait pour la
eomtesse le Ionù et les détours de son cœur
ingrnu. Elle lui dit son am'lur inéLr.inlable,
sa lidélilé, son espoir tenace. La comlessc
qui, d'abord, s'étonnait de sa placidilé sereine, finit par l'admirer dans sa belle con·tance. EL elle sentit que, pour cela, celle enfant valait peut-être mieu1 que sa vieille el
légrre amie.

vail se fixer nulle part et ne trouvait le calme
d'esprit en nul endroit. Rien ne le pouvait
distraire de celle idée que Luœtte soufl'rail
el qu'un enfant allait naitre de celle &lt;[U'il
aimait... . Un enfant.. .. Celle pensée, ceLIP
cerlilude le bouleversaient. Avec sa figure
pâle et son éLrange allure, il montait el descendait les escaliers, ortait, rentrait, s'en
allait rêver au jardin, revenait, essal'ail de
manger 5ans pouvoir y réussir, lisait sans
comprendre sa lecturr, rrgarJait sans \'OÎr,
el, de temps à aulre, pleurait secrètement
en un coin de sa ebaml,re.
Madame de fi'un~pcyr:it était Je mauv.iisc
humeur:
- Voyez, ma fille, disail-elle, où rnus
ont conduite vos aL&lt;;rmoiements. N'auriez,·ous pas dû être installée à Fonspeyrat depuis quelques semaines'/ Mais on ne sa,·ait
V
comment vous arracher d'ici .... EL il orrive
11uc,
ronlrairemenl
:iux meilleurs usaors.
,
.
.
b
Pendant que madame de Puyrateau, très Il est moi, moi avec ma fa ligue, mes "inliraffairée, installait l\atcrine au chàteau, puis mités el ma mauvaise me, qui me &lt;loi~ dt!l':imenait faire visite au marquis, madame placer pour venir mus ~oigner. La lr:idition
&lt;le Fon pe}fat voyait arriver chez elle un ex- voulait rependant que rnus ,inssirz faire ,·os
près que lui dépêchait H. de Bellombre. Elle couches chez votre mère .... ~fais non! La
apprenait que la défürance de Lacelle s'an- tradition ne compte plus. Le monue est rennonçait imminente et qu'il lui Fallait partir versé .... Ce sonl les mères à présent qui vont
aussitôt, si elle voulait arriver à temps.
servir leurs filles, alors que ....
La baronne s'acliva, se vêlil pour le voyage,
LucelL&lt;' cria. Sa mère s'arrêta brusquement.
fit a licier el partit, non sans regret de laisser
• - Madame la marquis!', diL le médecin,
le domaine à la garde des seuls domestiques. n éprou\'e pas encore les bienfaits de la saiSurlout, elle maugréait d'abandonner M. de gnée que je viens de lui faire .... Mais cela ur.
la Mouraine à l'influence de la comtesse.
tardera pas.
Elle parvint chez sa fille quel11ue heu rrs
- .le sou1Tre ... je soulJ're.... gémissait
plus lard. La délivrance ét.iit pro, be et la Lucelle en bl,1mis~ant.
jeune femme s'alarm.iil.
- Certes I dit le médecin aroc calme rt
Selon un vieil usage périgourdin, on avait d'un lon dt)ctoral, certes oui, '\"OU souffrez ....
préparé Je (( lit de misère », c' esl-à-dire celui EL cela est néceFsaire et Lien faisant .... C'est
où s'étendrait la mère. Madame de Bellombre le vœu de la nature que la femme soutTre
suppliait qu'on la laissât s'y reposer; mais pour me.lire au monde le fruit de ms enla baronne, Je médecin Pergot et Doucine,· la lrailles, l'enfant chéri qui ... Dieu l'a ordonné
sage-femme, s'y opposaient formellement. et réglé ainsi depuis la foule de nos premiers
Ils l'obligeaient à marcher à travers la cham- parents dans le Paradis Terrestre.... achez
bre, en la tenant sous les bras, et elle flé- encore, madame la marquise, ajouta-t-il en
chissait quelquefois par l'elfet de la morsure manière de consolation, ce qu'en pensent les
des douleurs.
aut:urs les plus éminenl ; ils assurent que la
Le marquis s'étail retiré dans une des délivrance sans douleurs offrirait les plus
pièces les plus éloignées de ce lieu de ouf- grands dangers .... Mais il n'y a pas à épilofrance. Sa femme n'étant pas là pour le tirer guer sur ce point; jamais, sachez-le bien,
de son abattement, comme elle le faisait jamais on ne pourra supprimer celle soul'd'ordinaire par des attentions et menus pro- france ·nécessaire, naturelle, primordiale cl,
pos, il y demeurait plongé presque sans cesse. à lout prendre, bienfaisante puisque ....
- Je me sens très faiLle, murmura l,uA de certains moments, il s'en allait coller
son oreille à la porle derrière laquelle gémis- celle. li me semble que je vais passer ....
sait la marqu.ise. Jl se hasardait à entrer.
- Vous ne passerez point, je vous le cerMais l'un des assistant , qui s'apercevait de lifie, dit le médecin avec autorité. Vous avez
celle manœuvre, se hàlait de le congédier été Lrès suffisamment nourrie de panade et
avec vivacité, au nom des convenances et eau panée toutes ]es trois heures depuis deux
pour é\'iler à la jeune femme une émolioo jours. Cc-la ~uîfit. Il vous faut garder une
de pudeur offensée. M. de Bellombre s'éloi- demi-diète pour que tout s'accomplisse régugnait docile. li revenait en sa chambre reculée lièrement et sans fièvre.
et se meuait à faire des réussites ou des
- füdame la marquise a-t-elle pris médepatiences. On lui avait disposé à cet effet une cine? demanda brusquement la baronne à 1.,
tablette re\·êlue de drap vert qu'il plaç.ail sur sage-femme. Lui avez-vous fait boire de la
ses genoux et on l'entretenait de cartes à tisane de ;afran, ou de sauge, ou de rue, ou
de castor ....
jouer, les plus belles qu'on pûl trouver.
Quant au chevalier, il circulait à travers la
- Je suis fortement opposé à ces pr.imaison comme une ~me en peine. Il ne pou- tiques, dit le médecin, très sèchement.

AMES D'Jf.UTJ{'EF01S

cer .... JI nous faut un pelil marquis, ma
- El ces pratiques me plaisent à moi, de Lacelle, je veux vous embrasser. Vous
belle enfant.
venez
de
subir
une
méchante
épreuve
..
..
riposta avec hauteur madame de Fonspeyrat.
- Monsieur, dil Lucette, je me sens trop
L'enfant
est
bien,
bellement
conformée
el
très
Matrone, commandez à la cuisine un bol de
mal pour que ce sujet puisse m'intéresser ....
Yivante
....
Ne
vous
en
inquiétez
pas
....
ll
esL
,in brûlé où l'on aura mis de la cannelle, du
Dieu! que je rnudrais voir ma fille!
zeste de citron, du gingembre el du lùym. vrai que c'est une fille, mais ... .
- Doucine, apportci l'enfant, dit le marFaites également préparer du café el veillez à
11uis.
ce que l'on lienoe toute prêle de l'eau chaude
La sage-femme présenta à la marquise un
en quanti Lé. Allez! ...
paquet de laine blanche, bien roulé et ficelé,
Ilumblement, la sage-femme sortit. Le
d'où émergeait à un bout une petite masse
médecin essaya de prolester :
arrondie, embéguinée, avec une face rou- je proteste, madame la baronne! Je
geaude et fripée.
proleslc contre l'usage de pareille méJica- 0 mon enfant! dit Lucette.
tion ! li peut en arriver Je plus grand mal a
EUe press.a sur sa bouche et sur son sein
madame la marquise.
•
celle
chose informe et vagissante. Un grand
- C'est bon .... On ne vous demande pas
sanglot
monta dans sa gorge et y mourut. La
votre avis .... Si l'on m'a Iail venir ici, c'est
sage-femme n'eut que le temps de saisir l'enqu'on a pensé que l'expérience d'une mère
fant que lais~airnt tomber les mains froides
pouvait être utile .... Sans quoi, ce n'eût pas
de la mère. Avec des compresses de vinaigre
été la peine de me déranger .. .. lieu! ajoulaet en lui fai~:tnl boire du vin chaud, on lai
t-elle à demi-Yoix, c'est déjà assez indécent
rendit ses esprits. Au moment où elle reiet.lc se conformer à celte mode nouvelle qui
nait à Plie, elle rntendit la voix de son mari
est d'appeler un homme auprès d'une femme
qui,
dans l'embrarnre de la fenèlre, causaiL
en couches,... Il ne faudrail pas aggra,,cr
avec
le médecin. li disait:
cette inconvenance par le mépris des instruc- Vous êles plus a,ancé dans l'art de la
tions de 1a mère ... ce qui l'obligerait à se
ruédeeine 4ue dans la science des anecdotes,
retirer incontinent.
mon bon Pergot. ... Quoi! ... \'Ous n'a1•ez pas
A présent, Lucetle poussait des cris aigus.
quelque jolie réplique à me con Ler?... Eh
On jugea qu'il faUait la. mettre sur le terrible
bien, écoutez-moi : Figure.i-vous que le duc
lit, bombé, étroit, vrai chevalet de torture,
de Gesvres n'était pas comme moi, encore
auquel, en ce temps-là, toute femme en
bien portant et robuste en tous points, malgésine était condamnée. Avant qu'elle eùl
gré la soixantaine. li était rna1ingre, chétif et
pu avaler le violent breurage apporté par la
boudait aux meilleures thoses. Or, il avaiL
matrone, la nature la délivra, au milieu
choisi, pour l'épouser, une belle fille de
Donne:r•rnol votre n1 J i11, Marceline.... Je vo1ts
d'une pâmoison qui la laissa demi-morte.
al f ortement aimée d'amour et ,l'amitié... el je crois
quinze ans. Tl disait à un ami : « Je me suis
bien ... ,1 u'il n'y a eu .•. que cela ••. de tout .i fait
- C'est une fille, dit le médecin.
surtout marié pour arnir un fils . 11 El l'aulre,
certain
dans
,na
v~
....
•
(Page
~
-)
- Fâcheuse histoire!.. . dit madame de
de répondre : « Ma foi, mon cher duc, j'ai
•·onspeyrat.
- A qni ressemble-t-elle? diL Lucelle trop bonne opinion de madame la duchesse
Et, se tournant vers Doucine :
pour croire 4u'elle ,·ous en donnera un. 1&gt;
- Emmaillotez-moi ça bien serré, pour r..iiblement et les Jeux fermés.
Tous les deux riaient bruyamment. ous
Les
nouveau-nés
ne
ressemblent
à
rien
t1u'elle ail les jambes droites.... Trois béses
rideaux fermés, la jeune marquise pleuguins, c'est bon. l'laœz d'abord le serre-- ni à personne, ma fille.
rait
en silence.
- Je voudrais la voir, dit Lucetle a1'ec des
tête.... r,ui avez-vous fait rendre ses humeurs?... Là, c'est bien, iit-dle, pendant larmes dans 1a voix.
YI
- Quand vous serez calme, on vous 1a
que Doucine fourrail son gros indt!x dans la
montrera
....
Pour
l'instant,
c'est
trop
précibouche de l'enfant qui rendit quelques glaires.
Lorsque, lrois semaines plu tarti, maPendant ce temps, le médecin bassinait pité .... L'entendez-vous crier? Vrai Dieu! elle
dame
de Fonsveyral quilla sa fille, elles se
avec du vinaigre les tempes de l'accouchée, a un bon gosier 1
séparèrent presque brouillées par l'effet des
Lucetle
s'allendrissait.
Des
plcu
rs
silenlui frappait la paume des mains et l'appelail
cieux coulaient sur son visage et mouillaient discussions qu'avait soulevées la question de
avec douceur :
l'allaitement du nou,·eau-né. La grand'mèrc
ses
mains qu'dle tenait sur sa figure.
- Madame la marquise.... Madame la
- Allons I allons! ma fille, remelllz• voulait que, sdon l'usage, on le mil en nourm.irqu.isc ....
1
•ous
.... C'est fini. Pourquoi pleurez-vous? rice au loin, chez quelque grosse campaLucellc re\int à elle. On la porta dans son
gnarde. M. de BeUombre était du même avis .
dit
la
baronne.
grand liL à courtines de soie où on l'éleodiL
La jeune marquise invoquail [lousseau cl
Je
ne
sais....
Je
youdrais
vc,ir
ma
avec mille précautions. On la ,·êtil d'une
voubit
allaiter son enfant. Le chevalier l'y
belle chemise el d'un manteau de lit en fine fille ....
encourageait. Le méJecio raillait un peu,
Pas
avant
que
son
père
l'ail
vue.
Ce
toile brodée. On la coiffa d'un bonnet à
disant que sans doule mad,tme la marquise
tuyaux qui descendail jusqu·à ses so11rci1s, serait contraire à l'llsage et peu courtois
avait la « vani1é de la mamelle», selon le mot
pour
le
marquis
....
Oo
l'est
allé
chercher
....
et sous lequel se trouvait un serre-Lèle en
de madame de Genlis. Bref on discourait fort
Ah!
oui
...
son
père
...
,
dit
Lucelle.
soie blanc.be. Elle devait rester ainsi accomEL elle retomba dans un silence qui parais- là-des~us, cl Lucelle l'emporta.
modée pendant plusieurs jours, enfouie dans
Dès que la baronne descenùit de Yoiture à
des oreillers de duvet, dans une couëtle pro- sait lui être douloureux.
Fonspeyrat, elle s'informa du marquis :
Voici
monsieur
le
marquis,
dit
Doufonde, sous d'épaisses couvertures de laine
ï malade, ni mourant, répondit-on, car
cardée. On la tiendrait à la dièt~, on lui cine.
il
était
lrépassé at enterré depuis la veille.
Le vieillard lremhlotait, appu)'é sur sa
ferait boire des tisanes émollientes, on la
Alors,
vile, la baronne manda le notaire,
garderait surtout d'aucun contact avec l'eau canne. ll était fort ému. S'approchant de
qui s'empressa.
Lucelle,
il
lui
prit
la
main
:
pure, laquelle, en ces occasions, peut Luer la
- Eh bienL. EL ce testament'?
- Ma [eil,lllle, dit~il, Yous a\·ez fait là un
femme, disait-on, à quelque usage qu'on
- En voici copie, madame la baronne.
très joli ouvrage t t je vous en fait complil'emploie.
Les mains tremblantes, le visage 11àle,
- ~la fille, dil la Laronne en s'approcLanL ment. Toul de même, c'est à recommen-

�1f1STOR._1.l!
madame de Fon~pryrat pril le papiPr. EUe l
lut que la "ouraine apparleuail 11 , on fil,.
a,·ec ~e1- meubles, linge, argenterie, équipage:,., etc., plus uni: somme de ein'luante
mille liirœ- 11ue la lé;;ataire univcr elle avait
charge de lui ver.cr !or que ....
- La légataire u11i,ersellc? li y a une
J,:gataire univcrdle ! s'écria madame de
Fon~pe)·ral.
Oui, el celle légataire était madame de
Puyratrau. lors, la fureur de la baronne
s'épancha en injures contre l'amie du défunt.
- Quoi! celle intrigante? ... celte femme
de peu 1... celle ... Ah I La escurc, eroyezmoi, Lous les moyens lui ont été bons pour
capter cet héritage! Tous, vous m'entende-',
lou, !...
- Calme;,:-Yous, madame la Laronne, calmcMous, voyez plutôt que ,otre fille, la
mar!Jui"e de Bellombrc, hérite de la hdle
métairie de - Pani sout. ... Le cheptel e t de
huit hœufs et de 11ualre-vin1rt · mouton~,
madame la haroune.
- Pl'uh 1. .. Une pauvreté! un os à ronger! ...
Devant la 1:ulère de la Laronne, le timide
L:ist:J.cure n'o ail plu trop parler. Cl'pcndanL
il .c ha~arda ;
- S'il vous plait d'entendre quelques
détail· sur le · dernier:-. momcnls de votre
t·ou~in el ur cc qui s'en est -ui"i, jt• puis
vou ren.eigner, madame la liaronne, dil le
paurn; notaire, quti cette :,échere, ·e d'âme
terrifiait.
- Merci, répondit l,1 l,aronn(). Je n'ai pa
le tcmp~ .. .. .Il' !&gt;llh pressél' .... \lcrci .... Au
rcvoi r, maitre l.a r cu rc.
Voici ce 11ue le notaire eùL ra&lt;:onté à mad.11n1, de Fou~pr1ral .i elle arnit rnulu l'entcndr • :
Un àr ce~ dernier malin , le mar11ui,,, ~e
~entant trè faihle, arnit fait appeler Law l'Urt.l:
. - . Mon L~n ,11ui, lui ,11ail-il dit, voilà que
Je III en ,·a1~, cl promptement. J'ai rnulu
vou. dire adieu a, ant le grand w,a"e
el vou ·
• 0
recommander une fois de plus mon nel'cu
Martial, au cas où il n•1i1·111lrait. Su)ez-lui
1111 con cil, au h1• oin un confidPnl, en cas de
néccs:ilé. li se trou1wa très cul, :i .on retour, à moins qur ....
La. e:-rure ne comprit pa · le sen de cette
restriction, mni il promit, a ura le ruarq11is
de la lionne forme de son testament cl de la
~ùreté des leg. qui s'l troU\·aient i1mrils.
Pui il e retira, passablement ému.
Déjà, à Yerlhis, le Lruit s'était r~p:indn
11ue li. dc la )fouraine touchait à es dernier ·
moment.
Le curé ~larleau, ayant nppris la maladie
de ~I. de la àlourainc, se prése11La fort civilement au château.
(Ul11slnUto11s ,h

CONR AD .}

On l'introduisit dan la chamLre du marqui ·, près duqud c tenait madame de Pu1ralcau.
Le curé parla peu, l'orl 1,ica, al'cC dignité
cl sans aucune onction. On le .cnt.iil uniquemeut préoccupé de remplir un de~ offices de
~a charge i on ne percevait pa~ qu'il y mil le
moindre sentiment. Quand il cul dit le bol
de sa visi le :
- "on ieur, lui répondit le marquis. je
crois à peu près en llieu. i celle demi-affirmation toute nue peul vous sur6rc pour exercer rotre ministère à mon égarJ cl i de
telle- formalités parai sent utiles à madame
que rnici, la11uellte L mon amie,je suis votre
homme et YOU pomcz me donner tous le
sacrèmcnls qn 'il vou, plaira .... Non ... ditesvous, ma chèn•L. Cela vous importe peu? ...
Alors, monsieur, il lierait, ,ou · le VO)&lt;'Z, parfoilemen l inutile d'in~ister, car il me faudrait
di ·culer el je ·ui îati«ué ...• Le cér ·•monial
ùont Y0us avez coutume m·achèverait une
demi-journée plus lot. J'in i Le pour 1:onser~-cr précieusement cc~ dernière. heurrs 1111c
Je compte pas er en la compagnie de ma
bonne ami1• cl de notre .\lontaigne. li a fort
hien parlé de la mort, 11noiquc la craignant
trop... . Je la rl'doule moins 'lue lui, monsieur, cl je le prourrr,lÎ Licnl&lt;îl. ... " La préméditation de la mort e t prémèililation de la
11 liberté t, a-t-il dit en son chapitre di&gt;.-neu,ième. Par ma fui, mon ieur le curé, je vais
être lil,rc bientôt. ...
- )lonsieur, dit le curé .'1arl!'au arec polilt:s~e cl an cha1cur, je ,ous réitère mon
offre de vou r,:concilier a,ec Dieu au moment
suprême où .. ,.
Je ne suis point du loul f.lché a,·cc lui.
mo11~ieur, cro)cz-lc bien, parian!, je u'ai
point à me rfroncilier .... ~Ion amie, ajoutat-il. en s'adre:;anl t1 madame ile Puyrateau,
YcUJllcz sonner afin que la ,crvanlc arrive et
reconduise monsieur le curé par le. couloirs
dti la maLon ju qu'au Yestibule. Je craindrai
qu'en s'en allanl il ne s'égar,il dao· le dt'dalc
des i:-0rridors .... Adil'u, monsii-ur le curé.
1 'otre •igneur ne dispute pa la place à
.\lonlaignc, dit le curé en e retiranl. Quand
il ,cul une àme, il la prend. Je ~ouhaitc
qu'il li·emparc de la vôtre, monsieur.
Là-dessu~, il partit. l1. de la .\louraioc
arnil tourné son l'isa:::c vers la ruelle et demmrail li,, opprc é el les y;ux fixes.
- ~t~n amie! dit-il tou l à coup, approchez .... Ecoutez-moj.Jecrain d'avoir manqué
ma ,ie .. ..
- Que ditcs-,-ou , Alexis? û Lla c·omles~c
Loule larmoyante. Vou arcz été le meilleur
et le plus indulrrent des hommes ... , N·est-ce
pas quelque chose, cela?
L'ombre d'uo sourire passa -ur le Yisagc
du moribond. Il IIJu.rmura :

- Le meilleur? .. . 'foa, mon amie, parce
que le plus parfait ,e donne tout enlier à la
philosophie l'l que je lui ai dérobé mes plus
belle, anuées ....
Il -oupira et continua :
- Le plu indulgent'/ ... llélas ! ma chère,
mon indulgence étaiL faite de beaucoup de
mépw .... Uui, de beaucoup de mépris pour
notre paune humanité ....
Il garda le ~ilence un instant, puis coutinua:
- Donnez-moi votre main, .\Jarcdinc ....
J,: Yous ai fortement aimée d'amour cl d'amitié ... cl je croi~ bien .. . qu'il n'y a eu ... que
cela ... de loul à fait certain dan 111a ,·ic .. ..
Toul le rcsle a été peut-étre .•• peul-êll'e ... .
li ferma les yeux cl paral se recueillir.
La comtesse, dehoul auprès du lit, sa main
dans celles du moribond, pleurait doucemenl.
EUe étouffait l'éclat de sa douleur, car elle
savait comme il haïs. ail le démon!--lralions
violentes el ne ,·oulail pas lui impo cr la plus
cruelle de toutes.
Peu lt peu, le Yisage du marquis hlèruil
jus11u'à prendre la couleur de la circ. Sc~
lèvres
. se teintèrcnl ,·aguemcnl d'un Lieu ~orialre. , e }CU s'enfi nc~reol dans leurs orbite-. es prunelles erraient, sans regard,
sous le rnile des paupière alourdies. s
lèvres tremblèrent ....
li passa.
Le pi•uple de \Tcrthis, 11ui l'al'ait aim: pour
~a impUcité, la familiarité de sa cau~rie el
la t'u licité de son co~tume, lui fit de belle ·
funfraill · . 1'.i1 foule, il l'accompagna au
timclii-rc, san, lenir compte de l':il,seoce du
prèlre.
)Jadam" de l'111rateau cl Kateriuc ui,·irenl
le con1·oi dan. un carro ·se fermé.
Comme le cerrucil arrivait devant la maison
dti l'apolhicaire, l'homme de tous les ré ime:-,
celui-ci ~e planta sur le euil de sa boutique,
cl, très haul, de manière à être entendu, il
dit :
- Cc n'csl pas un cuterremcnl, ça, c'est
un enfouis.ement. Aujourd·hui que notre
Premier Con ul a signi; le ~oncordal, il est
1;lrange qu'on lroul'e un ari·tocralc pour
allt•r contre l"s intentions amicales du f.ouverncmcnl cl dl! l'Égli e.
A1ant dit, il r.iufonça ·on chapeau ur lia
tète d'un gc~le de déll el, tri le, di•·ne el
mtlprisant, il passa derrière on comptoir, où
il se mil à piler de cantharides.
0

Le lendemain, le notaire donnait lecture
du l~lameol à madame de Pu)ralcau ,1ui,
sur I heure, commanda un mausolée au tailleur de pierre de \'crthi . C'était une slèle
tr~· simple. Elle y fit !!l'U-er œs moG:

Il fitl tout à la philo~op/iie el à l'wnitif.

(A suivre. )

LOUISE

( ll.-\STEAU.

Les confidences de Lucile Desmoulins

Au temp où M. Jule- Clarctic assemblait e),l langoureuse : le chaud solt:il d'été, le
le éléments de , on Camille De$111011li11~. uu ~rand silence de la campa!!lle, l'ombre de
collectionneur lui communiqua un petit cahil•r ~ on tilleul préféré l'eni vrenl délicieusemenl;
de papier solide cl rugueux, recou1·ert d'un un ora"Cqui passe, un on°e la boulever ·cnl;
cartonnage rouge. ' ur ce cahier, Lucile Du- elle pleure sans sa,·oir pourquoi, rit de rien,
plessis, encore presque enfanl, la Lucile ado- rève à lont, s'i ·ole dans le vague et la mélanrée de Camille, avait, comme font les lillclll'., colie. Dien d'autres, alors, étaient comme
copié de sa main certain ,ers 11ui lui plai- elle : iullurnce de Rou eau, remembrance
saient particulièrement. M, Clarl'lic puhlia de la .,o,welle I/èloïse, présage de la tourde. extrait de ce poétique me1111:11to. Ce que mente prochaine? (Jui le peul dire? Ce qui
pr~îérait Luüle, c'étaient les pay nnnerie ga- n·e. t p:is niable, c'est la sen ihilité qua~i
lantes, les petits poèmrs de Syhain &amp;foré- maladive, l'éréLhisme nerve111 1 l'ima 0 inalion
chai, le lJc 1·9~r yh-ai 1t, le id l lies un peu surchauffée de re~ gens qui bientôt allaient
maniérées, les romance tendr1•mcnt cham- ,hrc de formidalilcs tragédie .. li semble 11ue,
pètres: on trouve là au .i certain!&gt; coup)e~ · .~ou l'approche de l'ouragan, toutes le âmes
rimés pour elle, :inon par elle, ou recuc1ll1s étaient on pre _ion, même les âme d'enfanL
La bibliothèque d'Amien~ a re~u en lt• 0 s,
dc la bouche des invités qui fré11uenlai1·nl
chez l'aimaLle ~lme IJupll·S is. M(1me le cahier il y a quel11ues années, uuc abondante colleccontient un Co11/e am1crén,1tiq11,·, lout en tion d'autographe qu'ayait formée le ".omte
sous-entendus égrillards: la Ro~e el le fl11m- Artùur de Mar~l'· En la clas.anl, ~r. Emile
~lichcl a rt11conlré, parmi de - amoncellement
bea11, u dont l'idée est duc à une csquis:e de
~I. fragonard »; mais cc morceau fut s111s de documents de Loule orle el de Loule vadoute transcrit par Lucile plus tard, alors leur, un mince do sier de six ·pièces prOYC·
qu'elle était femme: car, mariée, elle n'ou- naut de ~I. ll:illon, de "cnios, le cousin de
1,lia pa ·on cher cahier, pui,qu'elle y con- Camille De moulin' et le premier éditeur de
signa une romantl' manitestemenl po -térieure sa correspondance. M. Matton a1ail hérité,
après la morl de )lme lluplc:-,i , mère de
à la mort de ~larie-Anloinellc :
Lucile, de tous les papier - saisi - chez Camille
... Ui, m'unlralncnl Cl'~ houncall\?
à l'épo11uc du procè~ de - danloni ·tcs el resOù ,ui,-jc? J'cnlcnJ ~ur ma lèlc
titués apri•s le ju"cment.
S · crni ·cr le, fala6 d~·.mi ....
Au nomLrc de ces six pièce , c Lrouve un
l'cul-ètrc ·que le jour d'avril oü elle fut fragment ùu journal de Lucile, écrit sur uue
appelée à l'échafaud, la pauue Lucile s • rap- fouille douLle détachée d·un cahier non cou ·u.
pda ces troi \'Crs qu:ind /11s f'at(l/s cisc•a11:c M. Émilti M1d1cl, cnlanL tout le prix de sa
de l'exéculcur .e croisèrcul sur sa tète char- ùéroun·rte, a pul,l;é ce fragment dan. les
mante, hath:ml à leur tour se - heaux i:he- .1/lmoii-es tle l'Acntlé111it1 11'.lmie11s. (Tirage
,cux 11ui tombaient en lourdes boucles sur les en brochure, (~mile ~ichcl: Ca11tilleel Lucile
J)e,wwulin:., notes el tlor11111e11l · iniclil~.)
dalb autour de l jupe de ,cu1·e.
La dale de ces pages n'esl pa indiquée;
Très J~unc Gllr, clic a\'ail entre11ris d·t!crire
~es .Uêmoire · : tllc not.,it ses pcn,ées, ses mai, il seml,le qu'elles sont de 17 7 ou 17 ;
impres~ious, pour mieux dire; mai cc lra- Lucile arnil alor~ dix- ·epl ou dix-huit ans,
,·ail n'alla pa - lrl! loin. Elle y trouvait ce elle virnit dans la jolie propriété que ses pagrand attrait &lt;&lt; d'al'Oir l'air occupée ,, occu- r,·nls haLitaienl, pendant l'été, à Dourg-laP•e surtout «à 11uelque cho·e qu\•llc ne l'OU- Hcin,•, la première que l'on rcucontrail à
lait pas montrer 1&gt;. Elle rédigeait son journal droite de la route, en rcnanl de Paris el
le soir, quand elle étail seule dans sa cbam- 1:-0mportaol ferme, pa,·illon, charmilles, bosLre. - « 'Cne lumière et ou éteignoir sont &lt;JIICl et grand terrain, aujourd'hui percé de
sur mon lit; je l'éteins si j'eutends du bruit. &gt;&gt; rue nouvelles. C'est là qu'elle tenait ce jourli. Cf arelie po - ède quellf ucs feuillet5 de nal « Je très petits é,énemeols et de très
ce manu cril : l'un des extrait' 'lu'il a pu- grandes imaginations », dont il faut citer
hliés témoigne, chez la fillette, d'une singu- qu"lques pas. age :
lière impatience de YÎvrej on ne parle autour
Samedi 26. - Je me sui · lel'ée avant huit
d'elle que d'amour; elle e l'imagine, tout au
moins; le poète: ne chanlenl pas autre heures. J'ai été au pa, ilion. Je i.uis comme
cho e; elle seule n'aime pa el 'en inquiète : une pèrsonne dont l'esprit est ahscnt. Je ne
me comprends pas, je ne sai pas pourquoi je
&lt;r Quand est-ce donc que j'aimerai? On dit
qu'il faut &lt;1ue toul le monde aime. E. t-ce pense, ni pourquoi je parle, je ne sai· ce qui
donc quand j'aurai quatrc-Yiogts ans que me fait agir, eu fin je ~uis comme une maj'aimerai? Je uis de marbre. Ah! la singu- chine. Je ne pui exprimer ce que je sen~, je
lière cho e que la Yie! » En attendant, elle ne puis comprendre ce que c'c,,t que mon

êlre .... Maman est loujour · cnfllrmi!e dans son
cabinet. J'ai pa-.é la matinée de mème 11ue
l'après-midi de vendredi ans pouvoir rien
faire, commençant et ne fini .anl rien ....
Après le diner, j'ai Larholé dao le ruisseau,
touJours a\'ec celle absence d'e prit, el le
momenl où je suis est encore de même ....
Dima,ulte 27. - .... ~ous avons été nous
promener au parilloo de Verière. \'ous nou
ommes a ès amu e. 1 'ou a,·ons fait le lour
de la Iorèl de cht,taigners. .. . ous entrâmes
par le pa1illon. Maman fut "'assoir dans le
salon de charmille; moi je me promenais
près de la grille; je ne sa vois quoi faire de
moi tant je m'enuioi .... \!aman voulait s'en
retourner .\ la maison, mai~ je lui dis : u assoyons-nous sur ce banc; non n':nons rien
à foire. » Au hout d'on cart d'heure un M.
passa à cheval. Il étoit assé Lien mis. li fil
&lt;.:aulcr son cheval el pui pa s:i cl repassa de
l'aulre cùlé de la route. Il.ms riolenal, il
p:1.s.a un al,bé avec un aulrc ~I. li dil en pa~saol qu'il ne manquait qu'une dée e, que
cela feroil le lroi oràce . Cl • &lt;1uoi se mèlct-il? Après repa:sa le .M. prè, de la grill,·,
maman le regarda un peu cl moi je ne fis
pa .cmlilanl de le ,·oir .. . .
Lundi ~8. - Je me suis le~êc tl ~ix lw11•
rcs. fai été me promener au paüllon. J'ai
nncontrJ p. (papa) qui a fait quelques pa~
avec moi. Je l'ai laissé près des framboisiers.
fai été me jeter ~ur une meule de foin; j'y
ai re$lé longtemp ; j'y ai trouvé quelques
heures de Lonbcur. J'ai été voir maman, mai.
elle était trop pen irn, je n·y suis re tée qu'un
in ·1an1. J'ai été voir mes papillons; ils ont
fait tout plein d'œufs. J'ai été à mon piano.
Mam:in m'c· t venue chercber pour déj1•uner.
1 ous al'Ons été nous promener un pctil ruomeot ....
J'ai élé me promener le oir avec maman;
elle ~tail Lien mélancoli,~uc. Nou · nous sommes a, ises Yi:-à-Yis la grille; elle n'est pas
re tée longLemps; moi j'ai resté jusqu'à neuf
heures du soir. Celle ab·ence d'esprit ne me
quille point. Je n'o e pa en par!.ir parce que
je ne puis expliquer ce que je sens, ne le
comprenant pa . On e moquerait de moi.
Jlardi 20. - .. 7'ou arnns été nou: promener du côté Ju moulin de Cachant. Je dis
le oir à maman que mon journal m'eonuioil,
&lt;1ue f alloi le laisser. Elle en a ri el pui elle
m'a dit que c'êtoit pour avoir l'air occupée
« pour dire que lu [ais 11uclque chose que lu
ne rouloi - pas ruonlrer. » La belle idée qui
l'est venue là, maman. Va, c'e L eau e que
je ne te montrerai plus rien. li · a naimenl
de quoi décourager. Je le continuerai cependant, mai· tu ne le lira · pas,
Jle1·credi ;50. - J'ai trouvé maman qui

�LE "lisll-Moi"u1sr oR1Que

1t1S TOR,.1.Jl
paperas oil à son secrétaire. Elle m'a dil de
m'a· oir à côté d'elle; et pui l'ile m'a dil
qu'elle me trouvoil queltp1e défaut (un mot
ra)é) fois de l'affection, &lt;1uïl n'en îalloit
3\'0Ïr dans rien, 11u'il ne falloit chercher à
res-cmbler à personne, qu'elle m'aimoiLmieux
avec mes défaut~ qu'a,·ec des grâce empruntés. llaman a quel11 uefoi de singulières idées.
Elle ne \"eut pas que je cherche à l'imiter.
J'en ai pourtant bien envie souvent. J'ai toujours le son de sa voix!
11 est certain - M. Émile Michel en fait
très justement la remarque - 11ue Mme Dupie . is dégagPait pour sa fille un charme mystérieux. Lucile cherchait à lui ressembler.
« J'ai bien souvent envie de l'imiter, » ditelle. Et elle 11joute avec une fierté manifeste :
11 J'ai toujours le son de sa voix l » ~I me Duplessis élait encore jeune et charmante quand
Lucile touchait à ses du:-huil ans. On se doutait, depuis la publication qu'a faite en j 879
M. Claretie dans le Joul'nal offiriel d'une
lcllre de Camille Desmoulins, on e doutait
que le futur auteur du l'ieu.t· Coi-delier avait

été 1p1elque peu amoureux de la mère Hanl « 0 loi qui es au fond de mon cœur ... , toi
de pen,er à la fille. Aujourd'hui il rc orl de
q11e je n'ose aime,· .... Je n'ose 111e fm•or1er
documents produits par ~I. E. Michel que à moi-111è111e, cc que je .wms pour toi. Je 11e
Camille fit à la maman une cour très assidue. m'orcupc q1i'à le déguise!' .... o
Le do~. ier de la collection )Jarsy contient une
pièce de ,·ers adressée ù D...• qui ~e i-elirait
li est vrai que lorsque enfin, rnr le point
à la campagne; l'épitre csl d'auil 1786, et de l'épouser, Camille annonce la bonne nouCamille, à cette époque, aimail platonique- ,·elle Il son père, il écrit : &lt;( Je l'aime depuis
ment la dame depuis trois ans. Pour lui, les /mit ans! ~ Il e t vrai encore rp1e de toute
deux fillettes, Lucile et Adèle, ne comptaient façon, dans l'enthousiasme de sa joie, il exapas; il les compare aux: deux colombes dont gère ueaucoup : huit ans! Lucile en avait
Yénu était accompagnée, el certes ses désirs vingt à cette époque; Camille raurait donc
n'allaient qu'à la déesse.
aimée alors qu'elle n'en avail que douze?
Mais Lucile, très précoce, ne s'était-elle Sans doute addilionnail-il, pour former ce
point prise d'amour pour le soupirant assidu total impo ant, les années de soupirs adressés
de sa mère? Celle-ci n'avait-elle point deviné à la fille avec celles passées dans l'adoration
le ecret tourmPnt de sa romanesque enfant? de la maman.
Ce n'est là qu'une hJpothèse; elle éclaircirait
Alais à quoi bon des hnlOthèses? Peut-on
entre autres choses la rigueur que témoigne $e les permellre en des sujets si délicats?
à son brûlant amoureux Mme Duplessis, l'es- Tt&gt;Jlc qu'elle ful, telle que nous la connaispèce d'admiration jalouse que Lucile a pour ions, l'idylle de Camille Desmoulins et de
elle et aussi ces lignes que la fillette écrit Lucile Duplesfr reste, de tous les romans
ces lignes presque inexplicable si Camille d'amour de notre histoire, le plus attachant
n'en aime pas une autre, une autre dont la el le plus dramatique.
•
pauvre enfant ne veut pa· èlre la rivale :
T . G.

Cllcbt Glraudon

]. TALLANDTER
~

LIBRAIRIE ILLCSTRLE

PRINCESSE LOUISE D'ORLÉANS,
FILLE de LOClS-PHlLlPPE ]"', ROI DES FR \:'.\ÇAI . et FBIME DE LrOPOLO
Tubleau de J.-D. COURT. ( Musée Coudé, Chantilly. )

75,RuEDAREAU,'"'5
J•r.

ROI DE:~ BELGF. ·. PARls

(XIV"

arro nd'-)

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>LE "lisll-Moi"u1sr oR1Que

1t1S TOR,.1.Jl
paperas oil à son secrétaire. Elle m'a dil de
m'a· oir à côté d'elle; et pui l'ile m'a dil
qu'elle me trouvoil queltp1e défaut (un mot
ra)é) fois de l'affection, &lt;1uïl n'en îalloit
3\'0Ïr dans rien, 11u'il ne falloit chercher à
res-cmbler à personne, qu'elle m'aimoiLmieux
avec mes défaut~ qu'a,·ec des grâce empruntés. llaman a quel11 uefoi de singulières idées.
Elle ne \"eut pas que je cherche à l'imiter.
J'en ai pourtant bien envie souvent. J'ai toujours le son de sa voix!
11 est certain - M. Émile Michel en fait
très justement la remarque - 11ue Mme Dupie . is dégagPait pour sa fille un charme mystérieux. Lucile cherchait à lui ressembler.
« J'ai bien souvent envie de l'imiter, » ditelle. Et elle 11joute avec une fierté manifeste :
11 J'ai toujours le son de sa voix l » ~I me Duplessis élait encore jeune et charmante quand
Lucile touchait à ses du:-huil ans. On se doutait, depuis la publication qu'a faite en j 879
M. Claretie dans le Joul'nal offiriel d'une
lcllre de Camille Desmoulins, on e doutait
que le futur auteur du l'ieu.t· Coi-delier avait

été 1p1elque peu amoureux de la mère Hanl « 0 loi qui es au fond de mon cœur ... , toi
de pen,er à la fille. Aujourd'hui il rc orl de
q11e je n'ose aime,· .... Je n'ose 111e fm•or1er
documents produits par ~I. E. Michel que à moi-111è111e, cc que je .wms pour toi. Je 11e
Camille fit à la maman une cour très assidue. m'orcupc q1i'à le déguise!' .... o
Le do~. ier de la collection )Jarsy contient une
pièce de ,·ers adressée ù D...• qui ~e i-elirait
li est vrai que lorsque enfin, rnr le point
à la campagne; l'épitre csl d'auil 1786, et de l'épouser, Camille annonce la bonne nouCamille, à cette époque, aimail platonique- ,·elle Il son père, il écrit : &lt;( Je l'aime depuis
ment la dame depuis trois ans. Pour lui, les /mit ans! ~ Il e t vrai encore rp1e de toute
deux fillettes, Lucile et Adèle, ne comptaient façon, dans l'enthousiasme de sa joie, il exapas; il les compare aux: deux colombes dont gère ueaucoup : huit ans! Lucile en avait
Yénu était accompagnée, el certes ses désirs vingt à cette époque; Camille raurait donc
n'allaient qu'à la déesse.
aimée alors qu'elle n'en avail que douze?
Mais Lucile, très précoce, ne s'était-elle Sans doute addilionnail-il, pour former ce
point prise d'amour pour le soupirant assidu total impo ant, les années de soupirs adressés
de sa mère? Celle-ci n'avait-elle point deviné à la fille avec celles passées dans l'adoration
le ecret tourmPnt de sa romanesque enfant? de la maman.
Ce n'est là qu'une hJpothèse; elle éclaircirait
Alais à quoi bon des hnlOthèses? Peut-on
entre autres choses la rigueur que témoigne $e les permellre en des sujets si délicats?
à son brûlant amoureux Mme Duplessis, l'es- Tt&gt;Jlc qu'elle ful, telle que nous la connaispèce d'admiration jalouse que Lucile a pour ions, l'idylle de Camille Desmoulins et de
elle et aussi ces lignes que la fillette écrit Lucile Duplesfr reste, de tous les romans
ces lignes presque inexplicable si Camille d'amour de notre histoire, le plus attachant
n'en aime pas une autre, une autre dont la el le plus dramatique.
•
pauvre enfant ne veut pa· èlre la rivale :
T . G.

Cllcbt Glraudon

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PRINCESSE LOUISE D'ORLÉANS,
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(XIV"

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TALLANDIER,

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3ge fascicule

Sommaire du

(20

PA~IS

juin

(XIVe arrt),

JQII)

PRINCE DE JOINVILLE
Vieux so.uvenirs (Cl83,4-1 836)
Une audience de a 11gu1a · ·

PmNt:E or, JoJN,-ILLE . .
PAUL ui-:
ALNT-V1cT01&lt;.

VI CTOR Ht:Go. . · · ·
HENRY BORDEAUX . •
CO.IITESSE D'A R~l.l!Ll.É •
T A.LLE11.l.YI' DES REAUX .
(;E!'IERAL DE MAHBOT ·
LomsE CHASTEAU . . .

L.ov,sE Cocm'.LET. . . . Le comte Tascher • • · · · · ·
t d L·sle
Eo.110:rn P1LoN . . . . . La mort de Rouge e 1 · ·

l,ect,·ice ae t:i rei11e florte11 ,·e
ALEXANORE DE )LIZ.\llE.
P.œL GAULOT. • . . . .

ÀLaprdèsh
la os~e~!ese~ry
.. fille -d~

uc es

,

~ég~nt .

•

. Le roi Jérôme . • •
. Rosalie de Constant. .
. La journée du 20 Jum 1192 .
. Madame de Villars.
. Mémoires . . . . .
. Ames d'autrefois ..

•
Vieux souventrs
~834 · 1886

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D'APRÈS LES TABLE AUX, DESSINS ET ESTAMPES DE :

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MAGAZINE LITTÉRAfR=8 ILLUSTRÉ. ~1-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMBRO 140 du 25 Jum 1911

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PAUL BOURGET, de /'Aca.-témie française.
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Romance. -n~f;;:_v~P~~~~ü~h_iÜE-.\1,\Rl)RL
FülEY un·
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JIARAV GOU,RT.
S. l,a fraiANDRE THEl RJET, ~lgne~l~R LiU, RITTE. Le cigare. - J EAN Hl~ IJ EP IN . de
cheur des roses ..AUI.'
•
p
AREl'Î t Curo-Ba ss10. - AN o,.i-;
l'Académie française. Le _Patronët· R--;,S
mensonge. - 1\l ,~CF.L
RIYOIRE. Retour le soir.
iu. L . ,
d.
r _ JOSÉ-,\1.\RIA
PREVOST, de l'Ac~demiet
L a~EN,; B~Vr\ge cie l'Acadèm1e franOE HI::Rl:.U [A. Ant~•.ne c ;',!•• A LPH, ;lil;, U,\UIJET. ·L'enfance d'une Pariça1sc. Madame CoreR
les p·l a~ches. _ ~l, Ut:L ZA I ACOJS . Le
sienne.
HE 0 0 ~-xA'Y
budget. - Aan
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, de r1\ eadémie française. L'Affrancbie.

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LAVEDAN, de l'Académie française. L'li!11o~r de! bêtes. RI CHEPIN, de l'.\cadémie française. Etoiles filante~. -:HE ,Rv GR ,.,,v1·
- MA CRl&lt;.E
ROLLINA1,
c.
L- LE , Les Koumiass ine.
\
•
,
L'écureuil. - G•oRGES l)'E SPARBES . Suspension d armes A'-ATOLE FRANCE. de l'Académie française , Le jour de Ca~herine. - fü::-t K.'\Z IN, de l'Académ ie française, Les Oberle. "'YREBRIIN "'•
,.- Mar.,ot
llo•EMO:-u E ROSTA ,\ D.
1 EORGES DE P i.:,
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20

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1

[fa-.R1

Mag~zine illu 5lré

paraiel!lant le

SOMMAIRE du N• du 15 Juin

-~

Au retour de ce voyage 1, mon éducation
technü1ue avait repris de plus belle. Il avait état superlatif de préparation. Il y eut bien examen eut lieu dans la grande salle de la
quelques intermède pendant le trajet; cerété décidé qu'avant d'être admis définitivePréfectUl'e maritime, par devant un jury
ment dans le cadre des officiers de marine, tains points de la Bretagne étaient encore d'officiers, dïngénieurs, de professeurs.
agités (au commencement de t 834) par les
j'irais passer publiquement à Brest l'examen
L'examen fut public, mais ce qui me trouhfa
suites de la le,ée de boucliers de 1851, et
d'élève de première classe. Je fus donc préJe plus au début, ce fut la présence de tous
paré en conséquence, et reçus cette do e pro- mon passage fut en plusieurs endroits le les élèves de l'Écolc navale qui occupaient les
gressive d'en$eignement, que les Anglais signal de cc que l'on appelle, en style parle- gradins d'un côté de la salle. Il y avait heumentaire : mouvements en sens divers. Je
désignent d'un mot caractéristique : c1·amreusement parmi eux d'anciens camarades
vis quelquefois des mouchoirs blancs agités
min9, auquel je ne trouve d'équivalent dans
de pioche, dont la vue m'encouragea, et
et enrubannés autour du chapeau en guise de
notre langue que gaver. Mon professeUl' de
l'examen ayant assez bien marché, je m 'apercocardP.s.
En d'autres points les démonstramathématiques faisait une classe à un cerçus vite aux vi ages de toute cette jeunesse,
tain nombre de jeunes gens, dans une mai- tions tricolores prenaient une forme origi- comme les acteurs, dit-on, voient venir le
nale. Je me souviens d'un relais de poste où
son de la rue Git-le-Cœur, où j'allais m'hama
voiture s'arrêta entre deux haies de gardes succès aa Lhéàtre, que ma cause était gagnée
bituer à parler en public le langage de l'x
et que j'étais reçu non seulement par les
et de l'y. Au contraire des leçons du col- nationaux, contenant une foule considérable. chevronnés de la science, mais par le sull'rage
]èrre, j'ai gardé Je plus doux souvenir do A une portière se tenait le maire, écharpe universel de mes contemporains. Mais quelle
sur le ventre, qui me salue de ; (&lt; ~fonsei•
celles que j'ai reçues dans cet antre, car
joie quand l'audience fut le,·ée !
gneur,
cet endroit n'est qu'un trou, mais
c'était un antre! Cela tient, sans doute, aux
Quelques jours après, j'embarquais à Lodans ce trou battent des cœurs dévoués à
bons camarades l!Ue j'y ai rencontrés et qui
rient, comme aspirant, sur la frégate la
sont restés mes amis, comme aussi au votre auguste famille 1, , pendant que le curé Siri-ne, commandant d'Oysonville, et je parcharme qu'exerçait sur nous tous notre si
tais pour une campagne dans !'Océan, croiaimable professeur. De tous ses élèves, à
ière sans intérêt, sauf quelques-uns de ces
commencer par I'i11ustre maréchal Canrobert
petits incidents corn.me il y en a toujours
el passant par mes contemporains, Exeldans la vie de marin. Ainsi un jour, me troumans, Bonie, Morny, Daumesnil, les frères
vant dans la grande hune, au moment où
Grefi'ulhe, Friant, .Baudin, Valhezen et tant
l'on prenait des ris aux huniers par une forte
d'autres, jusqu'aux jeunes, venus après moi,
hri e, une manœuvre vint à casser et, s'enje crois qu'il n'est pas un seul qui n'ait gardé
tortillant autour de mes jambes, m'enleva en
à ce brave Guérard les sentiments les plus
l'air, la tête en bas. Sans les bras vigoureux
reconnaissants et les plus affectueux. Quand
du cher de hune et d'un gabier qui me sail'époque de mon examen fut tout à fait
sirent au vol, je retombais à la mer ou sur
proche, il me fil interroger à di verses reprises
le pont, deux alternatives également désapar les examinateurs officiels des écoles polygréables. Plus tard, à la fin de la croisière,
technique et autres, afin de me familiariser
nous rentrâmes à Brest par un coup de vent
avec l'imprévu des examens publics. Je pasdu sud-ouest dans des circonstances qui me
sai alors par les mains du baron Reynaud, de
firent une utile impression.
MM. Bourdon, Delille, Lefébure de Fourcy.
Il avait fait mauvais depuis quelques jour ,
Ce dernier m'in pirait un véritable elfroi,
les observations avaient été douteuses, la
à cause de sa réputation de brutalité géoméposition de la frégate était incertaine. Poustrique. Un de mes camarades ne m'avait-il
sés par la tempête avec une grande vitesse,
pas rapporté ce colloque si connu entre lui
nous comptions sur des éclaircies partielles
et un candidat qui, s'embrouillant en face
qui se faisaient de temps en temps dans la
du tableau, la craie à la main, avait entendu
brume, pour apercevoir et reconnaître un
la voix de M. Lefébure de Fourcy dire tranCllobt illraudon.
coin de terre , un rocher, et d'après cette vue,
PRL',CESSE .i\lARJE o 'ÜRLÉA..',S.
quillement : « Garçon, apportez une botte de
nous diriger à travers les écueils dont l'entrée
Dessin ct'ISABE\". (Nllsée Conde, Cha11tilly.)
foin pour le déjeuner de l'élève. • - À
de Brest est semée. Il fallait se tenir prêt au
quoi l'élève indigné ajouta aussitôt : « Garmoindre signe à changer de route, à manœuçon, apportez-en deux, M. l'examinateur dé- et son clergé, en aube et surplis, placés à "ï'er instantanément. Tout le monde était
jeunera avec moi. 1&gt;
l'autre portière, entonnaient avec accompa- sur )e pont, s'écarquillant les yeux pour aperEnfin, cb.argé jusqu'à ]a gueule de calculs gnement de serpent :
cevoir quelque chose, avec ce sang-froid nerd'astronomie nautique el de toute· les cience,
veux qu'ont les corps disciplinés en face de.~
réclamées pat· les programmes, je parti pour
Soldais du drapeau lricolore,
dangers. Pourtant un homme était absent, le
fl '0rléans, loi (Jlli l'as porlé.
füest, entretenu, même en voiture, dans un
chef, celui dont la promptitude de jugement
1. Yoir 1/i11toda, fascicule 11• :;3, clu 5 awil 1911.
el la uile de la Pm·isienne. A Drc t, mon et de commandement pouvait eule nous faire
passer d'une incertitude pleine de p :ril au
V. -

llrsTORIA, -

Fa,;c. 38.

16

�msro'1{1.J1

'VŒUX SOUYENTJt.S

salut. Le commandant était en bas, dans sa
chambre, et persistait à y re~ter, malgré le
e-~is indirects que l'of6cier de quart, le

C:lli:hC: GirauJon,

PR11-iCESSE CLJ':llENTINE o'OIU.ÊA:ss.

Ntnia/urt dt Mn'RET, J.'atres \Vl11TF.R11ALTER.
(Nusee Co11ilt, Chantilly.)

second, l'orr1cier chargé de la route tentaient
pour l'en faire sortir. C'était inrompréhensiLle el très inquiétant en mème temps. I.e
commandant d'Oysonvillc, mort marguillier
à Saint-Roch, était un homme aimaLle, plein
d'honneur, mai au. ~i peu marin que posiL!e. Organi,ateur de premier ordre, il
poussait le méthowsme aux e. trème limites
cl s'était fait, entre autres théories, celle
qu'un capitaine doit commander de a chambre, pour ne paraître devant son équipane
que dans les occasion les plus solennelle0 ,
el c'est pour rester fidèle à son principe qu'il
refu ait de se montrer dans les circonstances
dont je parle.
on entêtement faillit nou coûter cher,
car l'éclaircie i ardemment attendue se produi ant LouL à coup, on aperçut un coin de
terre. On crut reconnaitre l'ile de Molènes et
on se précipita pour prévenir le commandant
qui envoya un ordre de route. Cne éclaircie
sur un autre point de l'horizon fit entrevoir
de rochers : « Le.~ pierres vertes devant! »
hurla un pilote côtier, pécialcmcnl embarqué pour la campagne, qui guettait. perché
sur la vergue de misaine; et l'officier de
route se précipita de nouveau pour averlir
encore le commandant. Pendanl ces allées el
,·cuues, le rideau de brume se refermaiL et
nous continuions à nous diriger sur les écueils
a,ec une ,ile e de douze nœuds. Cela ne
pou,·aiL continuer ain i ! Autorisé ou non, le
1.&lt;ccond prit le commandement el fit ces er
une siluation impos~ible. otre brave commandant ne parut qu'au moment de mouilln
en rade, quand toute incertitude avait di paru,
Ill je mis encore le- regards qui accueillirent.

son apparition tardive. L'inquiétude avait
été d'autant plus grande 11ue chacun ·avait
comment, peu d'années auparavant, il avait
perdu sur l'ile de Paros , dan des circonLances singulières, le vai seau de i4, le
upe1·be, qu'il commandait. Pour moi,
(appris là ce que toul m'a confirmé depuis :
le dancrer de l'autorité indéci ,e el partagée,
ur mer ou ailleurs.
nenlré à Paris, la partie technique de mon
éducation terminée, je continuai à uine des
cours d'hi 'toire, de littérature, de phj ique,
de chimie el je m'adonnai avec passion au
dessin en compagnie de mes sœurs, de ma
sœur Marie surtout. Je travaillai avec elle
sou la direl'Lion quotidienne d'Ary Scheffer
el je m~ rappelle un matin notre douleur en
trouvant que la Jeanne d' \rc qu'elle Caisait
pour , er:aailles el qui était en cire, a,·ail été
ramollie par un calorifère surchauOë et s'était
affaissée le long de l'ru-malure, au point de
~e changer en cuJ-de-jalle . .\ J'aide d'une
température moins éle,ée el d'un cric, placé
d'une certaine mani~re, que nous manœu,ràmes n°011reusemenL • cheffer et moi,
Jeanne d'Arc remonta sur on armature el
tout fut bientol réparé.
\'er~ ce temps-là au . i, sous l'inlluence du
génie de Victor llurro, nous nous étions pris,
ma sœur Clémentine el moi, d'une belle passion pour le vieux Paris, le charmant Paris
ùcs légendes. Nous avions acheté les gros
volumes de auval, cherché dans lou le·
bouquins les traces de ces légendes et nous
employions no après-midi à aller remarquer
l'emplacement et relrouver les ve Liges de ce
que nous avions lu dan nos livre . li n'est
pas une égli. c, pas un monument que nou
ne connus ions dans Lous se détails, pas une
ruelle, un coin du quarlier des Halle , de
l'fiôlel de Ville, de J'Arsenal, du Temple, du
Panth~1on, que nous n'eu ions exploré avec
un oin et un intérêt pa ionné.. Quelle ;joie
un jour que, en essayant de reconstruire
l'hôtel aint-Paul, l'ancien palais de nos roi ,
nous retrouvâmes une a ise qui en avait incontestablement rait partie.
Dien qu'à terre, j'étais toujours à mon
métier: je vo~·ais pre que tous les orficier de
marine de passage à Paris, essayant de pou.er en avant ceux d'entre eux que l'opinion
du corps sign:,.lait comme chers d'avenir. Ces
questions de promotion, comme toutes celles
qui intéressaient la marine, me mettaient
journellemenl en rapport avec le ministres, et de celle époque datent mes relations arnc
M. Thiers; mai , cho e ingulièrc, c'est l' équitation qui nous avait rapproché • Durant les
séjours de Compiègne, Je Fontainebleau, les
parties de campagne à Versailles, à aintCloud, au Raincy, quand le Roi invitait des
Yisitcurs étranrrers, les ministres, les grand
personnages à dC3 promenade générales, ça
ennuyait autant ~J. Thiers que moi de monter
dan les voiture et chars à banc qui se suivaient en longue file. 'ous préférions de beaucoup les accompagner à cheval, et rien ue
plaisait tant au pelil ministre que de lai er
aller sa hèle au triple galop, les rênes 11ot-

tantes. li était très olide, très confiant, surLoul sur un cheval de la maison appelé le
« Vendôme », nom qu'il prononçait nec son
accent méridional : le ranndomme! ,le me
sou,'iensqu'un jour il galopait à coté de moi,
à Fontainebleau, sur ledit Vai111domme;
nous passàmes à côté d'une jeune ramasseuse
de bois, courbée sous son fagot. Au bruit,
elle se redressa; il faisait très chaud; a
camisole était déboulonnée et montrait à
décou\'ert une poitrine blanche lrè · bien meublée. Elle fit la risette à lf. Thiers qui am1la
tout court sa monture, revint en arrière pour
mettre une poignée de monnaie dans la main
de la jeune Femme et, électrisé, repartit ventre
à terre en sautant le arbres abattus avec une
décision et une énergie que je ne lui a,·ai
jamais connues.
Une autrP. fois il se montra moins brillant
cavalier. On devait faire une cérémonie du
rétabli ement ur la colonne de la statue de
'iapoléon, de celle statue qui y monle ou en
descend à chac1ue révolution. Le troupes, la
garde nationale étaient ous les armes, avec
les musiques, les tambours apnt en tête un
magnifique tambour-major, ma ~és au pied
du monument. Nous arrivons en grand cortège par la rue de Castiglione, ayanL en face
de nous la colonne, surmontée de la statue,
recouverte d'on voile qui devait tomber à un
signal. Au moment où nou débouchon sur
la place, M. Thiers, en grand uniforme, chapeau à plumes de mini Ire et toujours monté
ur le Vanndomme, pique des deux, sorL au
grand galop du cortège et pa e devant mon
père en criant à lue-tête, de sa voix de fausset :
« Je prends les ordre du Roi! 1&gt; en accompa-

l\app,dan le tableau de la Bataille d'Austerlit::,, de Gérard. A ce ge. te, le tambours
ballent, les mu.igues jouent, le voile de la
statue tombe, mai M. Thiers n'est plu·
maitre du Vmzntlomme qui, débordant d'enthousiasme, charge, tête baissée, rem'er ant
tambour et tambour-major, avec le petit
mini tre cramponné sur on do ·, comme un

sur le boulevards. Nou étions Lous réunis,
princes, maréchaux, généraux, aides de camp
devant faire partie du cortège, dan le alon
de Tuileries, contigu à la salle du Trône,
lor~que )J. Thiers, mini Ire de l'intérieur,
entra comme un ouragan, el nous faisant
signe à mes deux frères el à moi, nou
emmena dans l'embrasure de la croisée.

ATTE:-iT,\T Fn:scu1. -

Clicb.! O il'lloJ 0II.

MADAYE ADÉLAÏDE.

Mln{aturt dt MEIIRET, d'af)f'ts ,YTNTERHALTER.

(Musée Con:U, Chwtll!y .)

rroanL ces mols d'un coup de. chapeau que le5
mauvaises langues prétendirent avoir été
étudié au LoUl're, sur le gc te du général

'

iuge de l'llippodrome, un spectacle rtro•
tesque!
Ce qui ne prêta pa à rire sous ce même
ministère de M. Tbier ·, ce forent les attentats
dirigés san relâche contre mon père. Les
spéculateurs en nh·olutioo , alléchés par le
uccès facile de celle de l 50, après arnir
tenté des coup semblable" dan des émeutes
sévèrement réprimées, étaienl découragés.
Il se rejetèrent sur l'a as inat. - La plus
,,:rieuse tentative fut celle de Fieschi. C'était
le:! ' juillel l ::;5_ Je de"ais, a\'CC mes deoi
frères aînés, accompagucr le noi à une revue
Je la garde nationale et de l'armée, rangées

revue. li en fut ainsi : « Veillez bien sur
votre père! • nous répéta M. Thiers. El on
mon la à cheval.
La re,11e marcha a ez bien, avec cette
eulc remarque. que nous fimes tous, de la
présence de nombreux indi\'idus à visages
insolent , portant tous un œillet rouge à la
boutonnière; évidemment le personnel des

lJ.zfrtS unt lilllogr.zfrhie Jt 1lJ.'JS. (C4ttntl Jes Estampes. )

sociétés ecrètes, prévenu, non de ce qui allait
regardant par-dessu es lunelte , il est plus e pa. er, mnis d'être prèt à tout événement.
que probable qu'on m attenter à la vie du Nous n'avions pu prendre d'autres précauRoi votre père, aujourd'hui. li nou esl revenu tions que de nous partager, mes frères et
des avis de plusieurs cùtés. Il ~t que'lion de moi, ainsi que le aides de camp de service,
machine infernale du côté de l',\mbigu. C'est 13. surveillance autour de la personne du Roi.
trè vague, mais il doit I avoir quelque chose A tour de rôle un de non et un aide de camp
de fondé .. ·ous aron fait ,·i iter cc matin de,'aient e tenir immédiatement derrière son
toute le - maisons dans le voisinage de l'.\m- cheval, l'œil fixé sur la troupe el la foule,
bigu. Rien! - Faut-il pré,·enir le l\oi? Faut-il afin de s'interposer devant tout ge te uspcct.
décommander la re,ue? 1&gt; 'ou fûmes una- C'était mon tour d'occuper ce poste d'obsernimes à répondre qu'il fallait prévenir le \'alion avec le général lleymi· , aide de camp
Hoi, mais qu'avec son courage bien connu. de enice, ù ma droite. A ma gauche se troujamais il ne consentirait à décommander la vai Lle lieutenant-colonel füeussec, de la légion
a ~k cher Prince', nou · dit-il, en nou

�'Jl1STO'J{1Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - de la garde nationale devant laquelle nous ment du crime était une machine. Notre pre- .:ur ces entrefaites ~t. Thiers parut à côté de
passions, lorsque tout prè de !'Ambigu, non mière pensée fol que la fusillade allait conti- nou , on pantalon de casimir blanc couvert
pas du théàLre actuel donl on avait fouillé le nuer; je mi donc me · éperons dans le ,entre de ang, nous disant ·eulement : « Ce pauvre
voisina"c, mais d'un ancien Ambigu aban- de mon cheval el, saisi sanl le cheval de mon maréchal! - Qui ça 1 - Mortier, il est
donné, 0en face du café du Jardin Tu1·c, une père par la bride. pendant que mes deux tombé mort sur moi avec un cri de : « Ab !
c pèce de feu de peloton, comme la décharge frère le frappaient par derrii·re a\·ec leurs mon Dieu! » 1 ous nou complàmes tout en
d'une mitrailleuse, se fit entendre, el en épées, nou l'enlrainàmes rapidement à tra- marchant. Quarante-deux morts ou blessé·.
levant les )'eux au bruit, je \'b de la fomée vers l'immen e dé ordre qui se produisait : Mort· : le maréchal Jortier, le général Ladevant une fenêtre à moitié formée par une chevaux s.ans cavalier!, ou emportant des chasse de Verigny, les colonels Raffet, Rieusblessé vacillants, rangs rompu , gens en sec, le capitaine Willalle, aide de camp du
persienne.
lilon
e ·e précipitant sur mon père, pour tou- ministre de la guerre; sept autres per onnes
Je n'eu pas le temps d'en voir davantage,
cher
lui ou son cheYal, avec des : « Vive le et deu'I: femmes. Blessés : les généraux He}·el je ne m'aperçus même pas sur le moment
mès, comte de Colbert, Pelet, Blin, el tant
que mon ,·oisin de gauche, le colonel Rieussec, Roi 1 » frénétiques. En nou éloignant, je vi
d'autre
; le duc de Broglie Frappé en pleine
encore la pri c d"a saut de la maison d'où
était Lué, qu'Uelmès, criblé de balles dan
poitrine
d'une balle qui s'aplatit sur sa
était
partie
la
décharge
:
les
jeunes
aides
de
ses habits, avait le nez emporté, ni que mon
pla11ue
de
la Lérrion d'honneur. Du théâtre
camp
avaient
mis
pied
à
terre,
lâchant
leurs
che\'al était blessé. Je ne vis que mon père
du
crime
à
l'extrémité des lignes de troupes,
chevau
,
el
avec
les
gardes
municipaux
et
les
qui . e tenait le bras gauche en me disant pardessus son épaule : « Je suis touché. &gt;&gt; 11 sergent de ville escaladaient la mai on el a il n'y avait pa loin; le cortège revint donc
l'était, en effet; une halle lui :-\'ait éraillé la voisine. le rafé Ba,'{elli, grimpaient ·ur la sur . es pas. La chaussée n'était qu'une mare
de sang à l'endroit où avait porLé le coup;
peau du front, une balle morte lui aYait fait ,·éranda, enfonçaient les fenêtres.
le l,les és et pres11 ue tous le morts étaient
Puis
la
revue
reprenait
.
on
cour
.
'ou
la contusion dont il se plaignait, une autre
déjà enle,·és et je ne ,·is lfu'un cadane, à
plat ventre dans la bouc, au milieu de che,·aux morts, mai tout ce ang répandu
effral'a nos monture , que nous eûmes de la
peine à faire avancer. Sur la place du Ch:lteau-d'Eau, une foule immense, furieuse,
s'agitait autour du corp de garde que défendaient de nombreux gardes municipaux, ce
qui nous apprit que l'as as in, ou l'un d'eux,
était arrêté. La revue 'acheva, et l'imperturbabilité de mon père fut mise à une rude
épreuYe, par runanimité el la \iolcnce des
acclamations dont il fut l'objet de la part de
tous, peuple el soldats. Inutile d'ajouter que
nous ne ,imes plu aucun œillct rou1ro,
Le défilé devait e faire place Yendùme et
la chancellerie était pleine de dames du
monde officiel, groupées autour de ma mère.
Nous mimes pied à terre un moment pour
aller les saluer, et là encore il )' eut une
scène émouvante. On avait bien pu expédier
un aide de camp pour avertir ma mère, ma
tante, me sœurs que nou · étions sains el
sauî , mais le mes ager n'avait pas eu le
temps de connaitre les nom de toute les
victimes. Au.si, quand non montime · l'escalier de la chancellerie, quelques-uns de
nous tout éclahou é· de sang, toute ' k .
femmes en toileues de f~te qui contra laient
avec leur eux plein d'angoisse, se précipi•
tèrent-elles, pour voir si ceux qui leur étaient
chers e trouvaieat bien là. !luel!Jue:.-une·
ne devaient plus les rc"oir.
Peu après ce anglanl épi ode de notre histoire, je fus embarqué avec le grade d'enseigne de vai seau , ur la frrgate_ la Didon,
capitaine de Parseval. Entré très Jeune dan,la marine, mon nouveau commandant était
aspirant à Trafalgar, sur le vai seau de \"illeneuye, le Bucentaure. Chef de la hune d'artimon, il avait vu le vaisseau de elson, fo
rictory, pas~er lentement 11 poupe du B11·
LE PRl:-.CE DE J OINVI LLE VISITE DA.,; · LI:. LIBA..'1 LE VIU-\ G E l!ARONITE O'IIEOE:S.
centaure, si près que la \ergue de l'un accroGramre de REIJEL, .t',;ifri:s le tableau de BIART. (,lftts i e &lt;k Versaill~.)
cha le pavillon de l'autre, pendant que les
cinquante pièces du vai seau anglais, îais3:°t
halle Lraver ail le cou de on cheval. Mais nous étions as urés que ni le Roi, ni nou ·, feu l'une après l'autre dan l'arrière du va1 ..nous ne ùmes cela qu'apri•s coup; nous ne n'étion bles~{-s, mai~ nou~ ignorions encore scau français, balayaient les batteries de long
,ùml's également qu'aprè · coup que l'in lru- le " rand nom hrr cl le · nom · des , iclimes. en lonrr el jetaient par terre quatre cent:-

"----------------------------------- V7:EllX SOUYENTR_S - - ~
hommes de on étjuipa"e. Aprt• · ce début de
c.arrière, le commandant Parseval avait traversé toute une \'ie d'a,·enture:, de combat ,
fait troi naufrages, en particulier un terrible
sur l'ile de "able, côte de la 'ourelle-l~cosse,
où, alors lieutenant de vaisseau, il a,·ait !!tlgne• 1a terre à la nage, pour chercher des 0secours el sauver l'équipage de sa frérrate. Il
e. t mort amiral, après avoir commandé en
chef l'escadre de la Baltique pendant la "Uerre
de Crimée. C'était un homme charmant, à la
tournure svelte et élérrante, toujours trè soigné dans sa per~onne, aussi ferme dans le
oommandement que poli dans la forme, marin con. ommé, manœuvrier de premier ordre.
J'ai beaucoup navigué. bmucoup appri avec
lui el ai ressenti pour ~a per,onoe, dès le
premin jour, une affeclion qui ne s'estjamai
démentie el qui était réciproque. Une sympathie de plus nous avait rapprochés, il était
déjà sourd quand je commençais à l'être.
Nous fimes, sur la Didon, une croisière
d'exercices, avec beaucoup de na,·igation par
tous le temp , pendant laquelle je rempli
le · fonctions de chef de quart, premier c · ai
de commandement, première épreuve de responsabilité.
L'hiver de 1 56 me retrouva à Paris où je
repri · mes cours, et me lirrai surtout à ma
pa, ion pour les beaux-arts. Cette pa, sion
fut cau,c d'une terrible réprimande que je
reçus de mon père. Le jury du Salon de t 85G
refusa un tableau, le premier, je croi , de
fürilhal. Des arti le· qui avaient rn l'œuTI'e
du jeune peintre trouvèrent la sentence
injuste; ils murmurèrent, cl leurs murmures
arrivèrent ju qu'aux journaux. J'eu. la curiosité d'aller voir le tableau chez DurandRuel. C'était un crépu cule .ur Rome, vue à
travers de grand· pin parasols. Je trouvai le
tableau uperhe, et pou é un peu, je l'avoue,
par l'e prit de protest:ilion, je fus pri d'un
,if désir d'en devenir l'acquéreur. Mais je
n'avais pas le ou, là était la difficulté. Pour
la vaincre, j'cntrepri~ le iège de rua tante
Adélaïde, qui aimait 1~ enfants de son frère
comme s'ils eussent été le· siens, el qui ne
résistait guère {les scélérats le sa\'aient) à
leur câlineries. Je réussis, comme je l'avai
espéré, et le tableau de Marilbat fut mien ;
eulement il .e trouva de. membre· du jury
pour 'en plaindre au Roi. Je fus mandé etje
fus reçu par un : a Ah! tu te mêles de faire
de l'opposition. J'ai assez de mal avec les
artiste ! C'est la liste civile, c'est-à-dire moi,
qui leur donne l'ho pitalité au Lou\'re. Je ne
peux pas être seul juge, entre ce qui doit et
ce qui ne doit pas être admis. 11 faut un '
jurJ, l'lo titut veut bien se tharger de cette
besogne; tous .es membres meurent de peur,
et c'est moi qui les oouvre de ma re·ponsabilité, comme je couvre celle de mes ministre ,
bien qu'on ait mis le contraire dans la loi, el
c'e t un de mes fils, c'e t loi, qui vien donner l'exemple de l'insurrection! Je t'en suis
fort obligé!! »' On voulut voir mon table:iu
œpendant. Inutile de dire que les grandsparent , l'entourage, le trouvèrent affreux,
une uotite. Je baissai les oreille ou. celle

douhlt- réprobation, cl fi, la tète tic chien
mouillé, mais je gardai mon opinion cl mon
)Iarilhat.
Je crois me ouvenir que ce fut peu après

cents francs, donnez-lc '-moi ! » .le b a"ai:-.
par hasard el je les lui donnai. « Comment
. •appelle votre protégé? demandai-je alor'-. TbéodoreRousscau . » Voyez-vou d'icicegrand

PRE.~lllRE EXPÉDJTJO:-. o r. Co:--.STA:-iTl:-.E: COMIIAT EN .AVA. "T DE

0 . UIJ (l i NOVE'IBRE 18 :X..).

Gra1•ure Je MAsso:-., d'atr~s lt tablea11 lt'HORA, F. VERNET. IM11sét de l'ersatlles.)

celle petite a\'enture que j'njoutai à ma galerie une nouvelle croûte. n malin, comme
j'étai occupé à modt&gt;ler (car je m'e saJais
au si à la culpture), dans l'atelier de ma
œur ~larie, "cheffer arrive et se met à me
raconter qu'il a YU uu arli le inconnu. tout
jeune, mai inconte tablement un homme de
talent, qui e trouye dans une affreuse misère. Six cents franc le tireraient d'affaire
et il donnerait en échange deux petits tableaux
faisant pendants, qu'il ,ienl de terminer.
« Qu'est-ce qu'ils représentent? » dis-je. 1 Ce ont de · paysage·, mais rattaché · à des
épi_odes tirés des romans de Walter coll :
l'un repré ente ln charge de Clavei-house
dans le. P111'itai11 ,l'autrel'ArméedeC/wrles
le Téméraire pas:ant les Alpes. - Voions,
ajoute cbelfor, en se tournant vers moi, un
Lon mouYemcnt! et si wu· ayez les si

artiste, vendant pour vine se tableaux comme
pendants, c'e t-à-dire comme meubles!
En 1836 au si, le 2!) féuier, j'a sistai à la
première rcpn' entation des Huguenots, opéra
qui m'enthousiasma. Le drame, la musique,
la mise en cène, l'interprétation, formaient
un ensemble unique, une œmre d'art incomparable. Comme élo11uence l)rique rien n'a
jamai , elon moi, surpassé sur la scène le
duo du ~uatrième acte tel que l'ont créé et
chanté Nourrit et mademoi-elle Falcon. Ce:;
deux artistes, entrainés par la situation dramatique el mu icale, ne se po_sédaient plu·
et l'émotion qu'ils re sentaient évidemment
était absolument contagieuse. )Iademoiselle
Falcon avait une manière d'interrompre son
chant pour parler le : « naoul, ils Le tueront ! » avec un accent où elle mettait tout
son être, qui était la passion même. Oh! la

�1f1STO'J{1.ll
passion! C'est la passion donl sont remplies
les pages de cel admirable füre, la Chronique de Charle~ IX, de Mérimée, qui a enfanté successivement CES chefs-d'œu1;re : le
Pi·é aux clercs, le Huguenots. Et qu'est-ce
que la vie sans la passion'!
Si l'année 185~ est marquée d'une lcllre
rouge par le crime de Fieschi, 1856 est l'année de l'attentat d'Alibaud. La chronologie du
règne de mon père n'est qu'une suite d'innombrables allentats venus à terme ou a,·orLés. Alibaud, comme on sait, Lira à bout
portant sur le roi avec un fusil-canne qu'il
appuya ur le bord de la portière, pend~t
que la voiture débouchait lentemenl du gmchet des Tuileries, et le manqua; la bourre
seule lui brûlant les favoris. Le courage de
mon père ne se démentit pas une minute,
non plus que celui de ma mère cl de ma
Lan le qui l'accompagnaienl. Je les vis descendre de voilure à Neuilly, sans me douler
un instant du danger auquel ils venaient
d'échapper.
Mais l'heure de reprendre la mer revint
bientôt pour moi, et je reçus l'ordre de m'embarquer, comme lieutenant de vaisseau, sur
la frégate l'lphigénie, dont mon ancien capitaine, M. de Parseval, avait pris le commandement. ;\ous flmes roule pour la station du
Levant. De celte nouvelle campagne il me
resle le souvenir d'un accident de mer Lien
ex traordinaire. Nous étions dans !'Archipel,
à la hauteur de l'ile d'Andros; je venais de
quiller le quart de huit heures à minuit et
j'étais couché, lorsque j'enlendis conter que
le brick de vingt canons, le Ducouédic, commandant Bruat, qui nous accompagnait, faisait des signaux de détresse. Jo remontai bien
vite sur le pont; les feux du bric.k avaient
disparu; on ne vopit plus rien; il ventait
tempête avec une très grosse me~; j~squ'~u
jour nous resl,imes dans les plus vH·es mqmétudes. Enfin aux premières lueurs du malin,
nous aperçûmes notre compagnon démâté; il
nous demanda par signal une remorque,
chose impraticable en l'état de la mer; nous
ne pûmes que l'escorter dans les efforts qu'il
faisait, avec la seule voile qui lui reslàl, la
misaine, pour gagner Syra où il réussit à
arriver. liais la chose extraordinaire, c'esl
qu'il démâta sous l'action contraire d'un violent coup de rouli et d'une forte rafale, juste
à minuit, quand l'équipage tout entier était
rassemblé sur le pont aux postes d'appel, au
moment du changement de quart, el que le
arand màt, avec tout son gréement, toutes
~s vergues, ainsi que le petit màl de hune,
s'aballireol sur le pont sans blesser personne.
A part cet accident, tout l'intérêt de ma
nouvelle croisièrt' fut dans son côté pittoresque. La Grèce, avec ses souvenirs des
temps mJLhologiques, poétiques, historiques,
et les grandes lignes sévères de ses paysages,
me fit une vive impression, mais vile surpassée par la vue de l'Asie, de l'Orienl musulman, que la lecture du voyage de Lamartine et les tableaux de Decamps m'avaient
donné uo ardent désir de connaître. Qu'on
juge de ma joie lorsqu'en mettant pied à

!erre à Sm)·rne, je vis passer de\'anl moi la sique indig~ne, douce et plainli\'c, se faisajt
représentalion animée du chef-d'œuvre de entendre, et l'on regardait mesdemoiselles
Decamps, aujourd'hui à Rotterdam : la Pa- Peiser, Athanaso, Fonlon, Tricon, etc., danll'ouilfe de Smyme; le même chef de police ser la romaïka. Tout cela, si séduisant alors,
au grand lrot sur son cheval turcoman loul n'existe plus aujourd'hui. L'Orient a consm·é
ramassé, entouré de ses estafiers, véritables son soleil, sa couleur, mais l'affreux cosmobandits, courant autour de lui couverts de politisme a tout envahi: le corset est parloul,
et le corset c'est le vol!
splendides haillons el d'armes é.tincelanles
On était jeune, on était gai à l'époque dont
Cc brave policier, appelé Uadg}-Bey, dont
nous fimes immédiatement &lt;c Q11al'Gibels )}. je parle, passionné même; deux lieutenants
devint bien vite notre ami. Je lui fis son por- de vaisseau, mes c.amarades, eurent un duel
trait; il n'était que sourires chaque fois que plus sérieux que les duels à coups d'épingles,
je le rencontrais, et il tolérait toutes les fras- &lt;le mode aujourd"bui. Ils se hallirenl au pisques de nos jeunes aspirants. lis en firent tolet, au point du jour, sur cette promenade
cependant une assez forte qui excita l'indi- de la marine où, la veille au soir, ils plaisangnation des Osruanlis. myrne était à cette taient au milieu des jeunes femmes. Au moépoque la ville orientale par excellence, toute ment où les Lémoins commandaient le feu, le
en bazars tortueux, en ruelles étroites, enche- soleil se levait à l'horizon. Son premier rayon
vêtrées les unes dans les autres, oü la circu- étincela sur un boulon de poitrine de l'unilation, toujours laborieuse, devenait impos- forme de l'un des deux adversaire , eL la balle
sible quelquefois pendant des heures, quand de l'autre, obéissant à une attraction fatale.
de longues files de chameaux, reliés les uns alla frapper ce boulon el tua raide notre malaux autres par des cordes, venaient à s'y en- heureux camarade. Un enseigne enleva une
gager. Ilien d'irritant comme ces obstructions charmante Grecque qu'on trouva cachée dans
qu'bommes eL bêtes semblaient prendre plai- sa cabine, quand son navire eut pris le large;
sir à prolonger, lorsqu'elles paraissaient en- et tant d'antres incidents encore!
Après myrne, l'lphigénie parcourut !'Arnuyer les Giaours. Que firent nos aspirants?
Réunis en grand nombre, car nous avions chipel, les côtes d' Anatolie, de Caramanie, de
alors à Sm}rne une forte division navale, ils Syrie. Tout le temps que ne me prenait pas
louèrent des ânes, les allachèrenL les un aux mon service, j'étais le crayon à la main, avec
autres par de longues cordes, puis les entour- les modèles les plus charmants ou les plus
cbant, eL affectant, la longue pipe à la bou- pittoresques sous les 1•eux. De Tripoli de yche, une gravité toute musulmane, ils se mi- rie, je grimpai au sommet du Liban, d'où je
vis un panorama immen e, les ruines de Balrent en marche.
Celle longue farandole, qui avait bien un beck, le Désert. Nous îimes un déjeuner
kilomètre de long, circula toute la journée champêtre avec le patriarche du Liban el es
dans les bazars, allant, venant, s'entortillant, moines, à l'ombre des fameux cèdres. Brual
interrompant tout trafic, comme sur le pas- y eut un duel comique avec un chirurgien de
sage d'une interminable caravane. Les vrais marine de beaucoup d'esprit appelé Camescroyants furent d'abord snrpri ; mais corn- ' casse, qui était de notre bande. Je me souprenant qu'on se moquait d'eux, ils devinrent viens d'un mot bien drôle de ce Camescasse,
furieux el coururent chercher Quat' Gibets parlant d'un de ses confrères de médecine
qui, renseigné, rit à se tordre, son gros réfugié en Bretagne, où il soignait particuventre entre les mains. Nos aspirants lui firent lièrement l'aristocratie locale; il l'appelait :
une ovation. ·ous étions vengés des chameaux le Vengeui' du peuple! A Ueden, le chef-lieu
des Maronites, le vieux cheik Iloutrouss-Kaet chameliers.
Les environs de Smyrne étaient charmants ram, me reçu t avec l&lt;'.ls plus grands honneurs
el le hriganda .. e inconnu; la ci1•ilisation el je tus à peu près noyé sous les aspersions
n'avait pas encore enseigné l'art raffiné qui d'eau de rose dont je déleste l'odeur. En
dehors de mon passage, c'était grande fête à
se pratique aujourd'hui d'enlever les gen
avec mise en demeure de se faire racheter ou lleden : Boutrouss-~aram mariait sa fille;
d'avoir le nez, les oreilles ... et finalement le toute la nation maronite était accourue en
cou coupés. On pouvait aller partout, galoper habits de fête. Quels beaux types I Quels cosau loin ur la roule de Magnésie, s'arrêter tumes! Quels turbans! Je servis de témoin à
pour prendre le café au bord d'une source la mariée, elle et moi devant tous deux garder
fraiche, à l'ombre d'immenses platanes d'où un bracelet en équilibre sur la tète pendant
l'on voyait défiler l'Orient toute entier, cara- le temps de la cérémonie. La mariée trem•
vanes de Diarbekir, tribus de Turcomans blait, son bracelet tomba. Après la cérémoquasi sauvages, bachibouzouks des quatre nie, elle me reçut sans voile : c'était une
coins de l'Asie, tous sujets pour artistes, que grande belle Lrune, au costume pittoresque,
je ne cessais de dessiner. Rentrés dans la ville mais pas une jolie femme.
De Jaffa, je fis le voyage de Jérusalem et
que la brise du golfe, l'Imbat, avait raîraichle, on allait passer la soirée dans la société parcourus la Terre- ainte avec une grande
levantine, arménienne, auprès de grands-pa- émotion troublée seulement par un incident
pas fidèles à leur vieux costume, enveloppés fàcheux. Le jour où je devais me rendre à
dans leurs caftans, et d'aimables jeunes l'église du Saint-Sépulcre, une grande foule
fommes, coiffées de taclicos, leurs belles m'y avait précédé et tout aussitôt une quetailles, qu'aucun corset ne tourmentait, P.n- relle, qui dégénéra en bataille, s'éleva entre
tourées d'un co. tu.me semi-orienlal. Une ma- Grecs, Juifs et Arméniens. Ce ful à grands

coups de bàton 1ue la police musulmane me
fraya un passage pour pénétrer dans le lieu
saint, et, comble de scandale I au moment où
je m'agenouillai plein de recueillement, l'orgue de l'église fit entendre la Jlarseilfaise.
Un autre incident se produisit pendant ce séjour à Jél'usalem. Le gomerneur de la province vint me trouver pour me dire qu'il
avait reçu l'ordre de Méhémet-Ali de se mettre à la disposition du fils du Roi des Français et de faire ce qu'il voudrait. Je pris aussitôt la halle au bond et lui répondis que cela
se trouvait bien, car j'allais justement lui
demander l'autorisation de pénétrer dans la
mosquée d'Omar, élevée sur l'emplacement
de l'ancien temple de Salomon. Il faut dire
que celle belle mosquée, la seconde en sainteté après la Mecque aux yeux des Musulmans, ou\·erle aujourd'hui à tout le monde,
n'avait alors été visitée que par le célèbre
,·oyagea r Ali-Bey.
A ma demande le ~omerneuf Hassan-Bey tira sa
barbe et parut vivement contrarié. Après un instant de
silence, il prit son parti
el me dit : « Venez demain,
je vous y mènerai moi-même. » Le lendemain, je fa
fidèle au rendez-vous a\·ec
Bruat et deux ou trois autres officiers qui faisaient le
même voyage que moi. Nous
entrâmes dans la mo qaée
qui est réellement très belle
et que nous parcourùmes
en entier. Les imans, les
soîtas, prêtres ou étudiants,
nous regardaient aYCC horreur depuis notre entrée,
lorsque l'un d'eux entonna
tout à coup sur un ton de
fausset, une espèce de litanie à laquelle la foule répondit en cbœur. Puis cette litanie se changea bientôt en
des cris de rage, et précédée
d'un vieil iman nègre en robe
jaune, qui semblait arrivé
au paroxysme de la lureur,
celte foule se rua sur nous
avec des gestes menaçants.
Ça n'était pas très rassurant, mais llassan-lley fut à
la hauteur de la situation. U
me prit par le bras, me mit
derrière lui avec Bru al el ces
messieurs groupés à côlé de
moi, puis il ordonna à une
dizaine de Kavas qu'il avait
amenés de charger, cc qu'ils
lirent à grands coups de
Là.ton. Non content de cela,
i I fit saisir le plus turbulent
des so[tas, le fit jeter à ses
pieds et bâtonner sans merci. Les coups de
bâton pleuvaient sur ce malheureux avec le
bruit d'un tapis que l'on bal.
Cette ferme altitude en imposa à la foule

qui se relira dan le bout de la mosquée
en grommelant. « Maintenant, sortons Jl, me
dit le bey. Une fois dehors, il nous enferma
dans une autre mosquée voisine où il n'y
avait personne, en nous priant de l'y attendre. Bientôt nous enlendimes un grand ncarme el des hurlements au dehors. Au bout
de quelque temps, llassan-Bey reparut souriant el nou fit sortir; la foule disparue était
remplacée par un bataillon d'infanterie égyptienne.
Le lendemain de cette échauffourée, sur
l'avis du be)', nous quittâmes Jérusalem, avec
regret de ma part: la Yue de tous ces lieux
illustrés par l'admirable légendt! de noire religion m'ayait fait une impre sion profonde.
Hon imagination a,·ait revu en action jusqu'aux tableaux de la Bible de Royaumonl
dans laquelle mon enfance aYail appris rAncien cl le Nou\'eau Te tament. Encore au moment de partir, en ounant la fenêlre de la

AOOLPUE Tll!ERS.

Portrait gravé s011s lt rtg11t dl Louis-Philippe.

chamhre où je logeais au comcnL latin, je
vis exactement devant moi le tableau de cette
Bible où David est représenté les main en
l'air d'admiration, décomrant Bethsabée, la
""::?47""'

femme d'Urie. David, c'était moi, Bethsabée
une femme vraiment superbe dans son péplum oriental, assise par terre, sur une terrasse en lace. Seulement elle ne peignait pas
ses cheveux comme dans la Bible : elle cherchait sa vermine.
Je revins de Jérusalem par la mer Morle,
azareth, aint-Jean-d'Acre. Pas loin de Nazarclh, comme nous chevauchions de nait
pour éviter la grande chaleur, nous rencontràmes une troupe de ca\'aliers et en tête un
per onnage en costume égyplien qui se fit
annoncer comme Ibrahim-Aga, envol"é par
Soliman-Pacha au-devant de moi. Comme
j'appelais le drogman pour lui tran mettre
mes paroles, lbrahim-lga me dit d'une
voix traînante: &lt;&lt; Ce n'est pas la peine, je
suis le marquis de Beauîort, capitaine d'état-major. )&gt; C'était, en effet, un des très
nombreux officiers français, détachés à l'armée égyptienne, alor· en cantonnements en
Jrie, après les victoires de
Homs el de Konieh sur les
Turcs. J'avais vu ces troupes partout en S}Tie et les
a,·ais fort admirées, j'allais
maintenant voir à SaintJean-d'Acre ~oliman-Pacba,
c'est-à-dire le colonel français elves, qui les avait
organisées et qui, sous l'énergie el la volonté de l'er
du fils de Méhémet-Ali, llirahim-Pacha, les avait conduites à la ,ictoire. Je vi un
petit homme qu'un long
séjour en Égypteavaitorientalisé comme apparence,
mais qui avait gardé toute
la vivacité de l'esprit français.
L'lphigénie rentra en
France par Malte où je fis
li! connaissance de lord
llrudenell, célèbre depuis,
sous le nom de lord Cardigan, par sa fameuse charge
de Balaklarn, H du major
Rose, homme charmant,devenu plus lard le Sir Uugh
Rose de la Crimé.e, puis
le maréchal lord Strathnairn de la grande révolte
de l'Iude. A ce moment,
le major flose commandait
le 42• Écossais, le fameux
c&lt; B,ack Watch », régiment
magnifique, surtout alors,
où il n'était composé que
de vieux soldats, aux formes
herculéennes. Il fournit la
garde d'honaeur qui me reçut au palais des GrandsMaitres lorsque j'allai faire
visite au gouverneur, et le
salul de celle belle troupe en grande tenue,
bonnets à plumes, drapeaux abaissés jusqu'à terre, la musique jouanLle Gocl save the
Qtteen et les cornemuses résonnant sous les

�111ST0~1.ll----------------------~
"Yoûles du palais était un specaclc saisissant.
• C'était la première fois que j"entendais les
cornemuses des régiments écossais. Je les ai
entendues bien souvent depuis et toujours
elles me rappellent cet épisude si dramatique
de la grande insurrection des armées indiennes : Le Secours de Luknow, de Luknow, c:ipit.ale du royaume d'Oude où, dans
un vaste et solide bâtiment appelé la Résidence, une poignée de soldats anglais s'étaient
réfugiés avec les femmes et les enfants
échappés aux massacres. Isolés au cœur de
l'Inde, assiégés pemlant des mois, i,:ans aucune
nouvelle du dehors, mourant de faim, décimés par la maladie et le feu de l'ennemi,
femmes et soldats, ayant perdu tout espoir de
secours, ne songeaient plus, avec l'énergie
britannique, qu'à vendre chèrement leur Yie,
lorsque tout à coup, au milieu du redoublement de la canonnade et de la fusillade quotidiennes, des cris inusités se font entendre,
semblables au flurralt l national. Ces hurrah!
se rapprochent, mais les Cipayes révoltés les
ont souvent imités par dérision! Quand un
nou-veau son vient frapper les oreilles des
assiégés I Les cornemuses!! Les cornemuses 11
et bientôt on distingue la célèbre marche des
régiments écossais : 'l'/ie Campbells are
co111i,1g! les Campbells arrivent!! C'étaient
les renforts ramassés partout : soldats anglais, écossais, marins commandés par le
vieux lord Clyde de Balaklava, qui emportaient de vive force les défenses accumulées
autour de Luknow par l'armée révoltée, dix
fois plus nombreuse, el qui apportaient le
secours inespéré de la Mère-Patrie, le salut!
Quel moment!
Je revins à Paris pour apprendre la nou,·elle de l'insuccès de la première expédition
de Constantine, et le beau rôle que mon
frère Nemours avait joué dans cette terrible
aventure. Je ne doutais pas que l'on n'allàt
bientôt prendre de cet échec une éclatante
revanche et je me désolais que ma qualité de
marin ne me permit pas de demander à être
de la partie. En attendant, je pris ma part
d'un nouvel attentat dirigé contre mon père,
à qui un nommé Meunier tira un coup de
pistolet le jour de l'om·erlure des Chambres.
Un mouvement de la loule dérangea le bras
de l'assassin, mais la halle entra dans la voiture en cassant la glace de devant, et mes
frères et moi fûmes coupés par les éclats de
verre. Je' me souviens d'un mot de député
dit à celle occasion et bien caractéristique.
Après la séance royale, comme ces messieurs
de la Chambre parlaient de l'attentat, un
d'eux dit ; « Allons-nous aller féliciter le
Roi? - Certainement. C'est l'usage! » Peu
après un émule de Fieschi inventa une machine perfectionnée qui devait nous faucher
tous à coup sûr, à la première occasion, mais
il fut découvert et se tua au moment où l'on

venail pour l'arrêter, emporlanl arnc lui le
secret de ses complices.
Au milieu d'agitations politiques, d'ambitions ministérielles dont je m'occupais infiniment peu, survint le mariage de mon frère
aîné le duc d'Orléans, el les fêtes qui en
furent l'occasion : mariage à Fontainebleau,
grande fête à l'Rôtel de Ville de Paris, inauguration du musée dr Versailles. Le mariage
avait été résolu sans que mon frère el la
princesse Hélène se fussent jamais vus. Impatient de la connaitre et de la saluer avant
tous sur la terre de France, mon frère se
rendit au-devant d'elle, à Nancy, où elle
arrivait accompagnée de sa mère el d'une
dame d'honneur. Mon frère se précipite, voit
les trois dames et, saisissant la main de sa
fiancée, la porte à ses lèHes ! Erreur! C'était
la main de la dame d'honneur! Ce contretemps d'un instant fut vite oublié et quand
le carrosse à huit chevaux de la princesse
entra, au bruit du c:rnon et des tambours,
dans la cour du Cheval-Blanc, à Fontainebleau, nous descendimes, le Tioi en tête, le
grand escalier, comme les seignt'urs descendent l'escalier de Chenonceaux au sl'cond
acte des Huguenots. C'était très beau.
L'entrée à Paris 1 par les Champs-Élysées,
l'arrivée aux Tuileries par le jardin, nous a

Clkbé Giraudon,

PRL'fCE DR JOINVILLE.

Lithographlt d'après \VINTF.RDAL TER .
(Musee Condé, Chantilly.)

cheval, les princesses dans los carrosses à la
grande livrée d'Orléans, au milieu d'un public immense, les femmes en toilettes de

printemps éclalanlcs cl par 110 Lemps idéal,
fut aussi un spectacle ravissant. Il y eut ensuite un très beau bal à l'Hôtel de Ville, un
peu assombri par la prédiction, venue de
tous côtés, qu'il serait l'occasion d'un nouvel
attentat. Le ,ieux prince de Talleyrand,
presque moribond, demanda à mon frère
aîné de venir le \'Oir pour ajouter sa prophétie
à toutes les autres. Se dressant sur son
séant, le visage portant les signes de la mort
prochaine : « Ce ne sera ni le couteau ni le
pistolet, lni dit-il, mais une pluie de pavés
lancés des toits, qui vous écrasera tous!! »
Bien obligés de la prédiction; nous fûmes
heureux de ne pas la voir se réaliser. Il n'y
eut rien, ni dans la rue, ni au bnl où nous
fùmes entourés d'une armée d'invités choisis,
et dont on nou ramena à fond de train sous
l'escorte d'escadrons de cuirassiers étincelants
à la lueur des torches. Mais le bouquet des
fêtes !ut l'inauguration du musée de Versailles, de ce musée créé par mon père et
voué par lui : A toutes les Gloires de la
France. D'autres que lui ont donné une triste
ironie à celle inscription.
Toutes les révolutions se payent!
Le jour de celle inauguration, le Roi
donna, dans les galeries du palais, un diner
de douze cents couverts. Chacun de nous fut
chargé de présider une table, tàche que j'aurais trouvée fort ennuyeuse, si je n'avais eu,
parmi mes convives, des hommes de beaucoup
d'esprit, dont la conversation m'amusa fort :
Alphonse Karr, Léon Gozlan, Nestor Roqueplao, etc. Après le dîner, il y eut spectacle
avec le Misanthrope, joué pour la première
fois en costumes de l'époque de Louis XIV,
par Pt'rricr, Provost, Samson, Firmin, Menjaud, Monrose, Rcgnicr; mesdames ~fars,
Pies y, Mante; pnis un acte de Robert le
Diable avec Duprez, Levasseur, mademoiselle Falcon, et le ballet. Après la représentation, promenade dans les galeries illuminées. Je m'attribue, dans cette soirée, deux
initiatives; la première fut de tourmenter
tellement le Roi el les ministres après l'acte
de Robert le Diable, que Meyerbeer, que
j'allai chercher, fut nommé séance tt'nante
officier de la Légion d'honneur, distinction
devenue banale aujourd'hui, mais exceptionnelle alors. La seconde fut de demander au
Roi également de vouloir bien autoriser les
artistes ayant pris part à la représentation à
se joindre aux invités pendant la promenade
aux flambeaux dans les galeries, autorisation
que j'allai porter moi-même el que j'étendis
naturellement au corps de ballet. Quand on
0

vit toutes ces demoiselles en tenue de ville,
beaucoup d'entre elles un carton à la main,
circuler au milieu de ~ gent chamarrée,
beaucoup de nobles dames prirent des airs
dédaigneux, mais le mélange était charmant.
PRINCE DE

~

JOI VILLE,

Copyright 111&lt;jg, by Jea n Roussod, Mnnzi, J oyant ~l (: ".
AvE C :ES.\R IMPEIUTOR , MORITURI TE SALUTANT. -

Tableau dt Gt:RÔ!II E.

PAUL DE SAINT-VJCTO'R

.,.,.

Une audience de Caligula
Philon est une des plus vénérable figures
des derniers jours d'Israël ; il y apparait
comme un Platon oriental, l'abeille attique
sur les lèvres et le rayon du Sinaï sur le front.
Né trente ans avant l'ère chrétienne, d'une
famille sacerdotale, Philon personnifie admirablement cette grande école juive d'Alexan•
drie qui, tout en gardant intacte l'idée du
monothéisme hébraïque, essaya de l'élargir
aux proportions de la pensée grecque. La doctrine développée dans le vaste ensemble de
ses œuvres, reçoit et mélange, à doses inégales, toutes les philosophies helléniques. Si
Philon admet, comme Platon, la préexistence
des âmes et la formation du monde par des
puissances inférieures travaillant sur des types
d'idées invisibles, il croit, comme Pythagore,
à la vertu des nombres. S'il se rattache aux

stoïciens, par l'austérité, de sa morale, il suit
Aristote en Lien des questions. Mais ce syncrétisme n·a point le caractère d'une apostasie. C'est vers la Bible que Philon fait converger toutes les doctrines étrangères qu'il
s'assimile en les transformant. C'est Jéhovah,
le Très-Haut, le Tout-Puissant, l'Unique,
l'Éternel qu'il intronise sous le portique de la
sagesse athénienne. Sa philosophie, libérale
et pure, est, en quelque sorte, l'arche d'alliance où le génie israélite et le génie grec se
touchent du front et des ailes, comme les
chérubins du tabernacle biblique, en s'inclinant vers le même Dieu.
Il n'y a pas trace du christianisme dans ses
livres. Ayant toujours vécu hors de la Judée,
Philon paraît même avoir ignoré la vie el la
mort de Jésus-Chris l. .A_ucnn souffie de! 'Évangile ne pénétra jusqu'à lui. li se rattache
pourtant à la religion du Christ par sa théorie

du Verbe, intermédiaire entre Dieu et l'humanité, ange par excellence, fils premier-né
de Dieu, comme il l'appelle quelquefois. Le
germe de cette conception était dans Platon;
Philon l'a singulièrement agrandi. Plus tard,
elle se combina avec les idées chrétiennes, et
le quatrième Évangile, postérieur de plus
d'un demi-siècle aux ouvrages de l'écrivain
juif, nous la montre planant, à l'état de
dogme initial, sur la théologie du culte nouveau. En ce sens, on peut dire qu.e Philon est
un précurseur de saint Jean. ln pl'incipio
erat verbum ... est l'exorde du philosophe,
comme il était celui de l'évangéliste.
Philon n'est pas seulement un philosophe,
c'est un lùstorien. Sous la forme du pamphlet ou de l'apologie, il défendait sa nation
déjà opprimée, avec une infatigable éloquence. Ses plaidoiries étaient de véritables
mémoires qui jetteraient de vives lueurs sur

�ff1ST0~1A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ___,
les parlies peu connues des premières époques
de l'empire romain. Il ne nous reste malheureusement de cette série de ses œuvres, avec
le Plaidoyer contl'e Flaccus, que la Légation
à Caïus, document inappréciable qui nous
mel en face de Caligula.

fuL, pour ainsi dire, le prologue du martyre
en masse que ce peuple devait subir pendant
tant de siècles. Le récit de Philon semble

Il

Cet.te rela.tion~ trop peu connue, a l'intérêt
unique d'un témo1gmge ooulaà-e. ~ . à
vrai dire, n'a pas d'historiens. Les livres des
Annales, où Tacite racontait son rrgne, ont
été perdus. C'est une lacune irréparable, imparfaitement remplie par la chronique de
Suétone. Celle-ci même a failli périr. Un
homme ayant été surpris lisant le Cali911/a
de Suétone, Commode fil Jeter le li,·re au leu,
le lecteur aux bêtes : feris obJici jussit, dit
Lampride. Ce fou furieux, intercalé dans la
dynastie impériale, gênait beaucoup les Césars. lis auraient \"Oulu abolir sa mémoire el
rayer son nom. Le récit de Philon est donc
une révélation. 11 Que serait-ce si vous aviez
Cliché ü1rauao11.
vu el entendu le monstre? » disait Eschine à
CALIGULA .
ses auditeurs émerveillés, après leur avoir lu
Buste antique. (Musée du ratilole , Rome.)
le discours de IJémosthène contre lui. Philon
a vu et entendu le monstre que Suétone ne
nous décrit que de ~econde main; il nous en prophétiser ces elîroyables émeutes du mol·en
rend l'horrible impression. C'est en s'échap- àge, où une ville, prise d'un accès de rage
pant de son antre qu'il a écrit ces pages pal- religieuse, envahissait sa juiverie et la mellait
à fou et à sang. On ,·oit mème flamber, à
pitantes d'effroi el de vérité.
Avant d'y pénétrer avec lui, exposons, en Alexandrie, les premiers !agols des autodaiés.
quelques ligne , ll's circonstances qui rappro- Beaucoup de Juifs forent bràlés vifs sur les
chèrent Philon de Caljgula. Une colonie juive, places publiques, faute de gros bois, avec des
florissante et ri(·he, prospérait, depuis des branchages; d'autres trainés par les rues
siœles, à Alexandrie. Celle grande ,ille élait a"ec des courroies, et déchirés par la plèbe.
alors une sorte de pandémonium religieux, Le gouverneur. romain laissait faire ou se
où Lous les cultes et toutes les doctrines bouil- lavait les mains du sang de celle race, dans
lonnaient, dans un mélange sans fusion. Sur le hassin de Pilate.
Les Juifs, désespérés, résolurent d'adresser
ses cinq quartiers, les juifs en occupaient
deux. complètement; ils tenaient le haut de à César un appel suprême. lis envoyèrent à
ses banques el de on négoce; leurs syna- Rome une ambassade dont Philon fut institué
gogues étaient nombreuses et leurs écoles re- l'orateur. Les Alexandrins expédièrent, de
nommées. Alexandrie était la Jérusalem laïque leur côté, une députation. Les loups de
d'Israël. Mais la haine qui s'allacbait déjà à l'Égypte et le troupeau d'Israd allaient plaider
la race juive ne sévissait, nulle part, plus vio- leur cause dernnl le tigre romain.
lemment que dans la ville d'Alexandrie. Rentrés en l~gJple, après tant de siècles, les
Hébreux y retrouvèrent le \Ïeil antagonisme
qui les en avait chassés, au temps de Moïse.
A l'époque où les députés juifs anivèrent
Leurs immenses richesses, leur génie fiscal, à Rome, Caligula était au fort de sa frénésie.
qui a,,aït fait d'eux les hommes d'affaires et Depuis longtemps déjà, il s'était décerné la
les ministres des finances des Ptolémécs, la divinité. li avait son temple, et, dans ce temprotection spéciale qne leur avaient accordée ple, sa statue d'or, habillée comme lui,
Auguste et Tiuère, leur culte, insociable et chaque malin, à laquelle on immolait des
incompatible avec toute religion étrangère, phénicoptères el des paons. Il n'était pas seules fai!'aient détester des Alexandrins.
lement dieu, mais tous les dieux, en une
Un jour, la haine qui couvait contre eux seule personne. li portait, tour à tour, le
éclata comme une éruption. La populace nimbe d'Apollon, le. tl'ÎdenL de eplune, la
f.rnatique qui, 11lus tard, devenue chrétienne, robe de Vénus ou le caducée de Mercure. Une
derait lapider, à coups de tessons, la noble foudre de tbéàtre, qui jetait des éclairs de
llypatbie, se rua sur le quartier juif, pilla ses sourreeL qu'il agitait en cadence, contrefaisait
mai~ons, incendi1 ses proseuques ou les pro- celle du roi de l'Olympe. Le Panthéon, c'était
fana par les slatues divinisées de Caïus, chassa lui . La nuit, il donnait à la Lune des rendezet refoula ses habitants, par milliers, dans vous d'amour, et l'allendail couché sur son
une sorte de ghello, étroit el sordide, où elle_ lit, dans la posture d'Endymion. Quelquefois
les tinL assiégés. Ceux que la faim en faisait aussi, dans les furieuses insomnies qui le
sortir étaient impitoyablement massacrés. Ce précipitaient !Jors de sa chambre, à travers

les galeries du palais, il conversait arec
l'Océan. On le Yoyait souvent se dresser à
l'oreille de la slalue de Jupiter Capitolin, lui
parler, se pencher, comme pour écouter sa
réponse, puis, insulter l'idole lorsqu'elle ne
répliquait pas assrz vite. Un jour, il lui cria :
a Je te renverrai au pays des Grecs! &gt;&gt; Une
autre fois, il jeta une pierre contre le ciel, l'n
vociférant : &lt;&lt; Tue-moi ou je te lue! ,&gt; Le
lazzarone napolirain qui injurie son Saint,
trop lent à faire &lt;les miracles, perçait dans le
César aliéné.
Un dieu peut tout --faire, il est impeccable
et irresponsable. Pour affirmer son omnipotence, il lui faut des crimes inouïs, des actions
énormes, le droit de mort fatal et aveugle,
arbitraire et désordonné, tel que l'exerce, en
apparence, la nature. C&lt; Tout m'est permis et
contre tous » était, en trois mols, le Lii•re
dll prince de Caligula. Il força son cousin, le
jeune Tibère, au suicide, parce que, invité
par lui à un banquet, il a,·ait apportâ du
contrepoison. &lt;&lt; Quoi! s'écria Caïus, un antidote contre César? 11 La peste s'indi!(Dait
qi1'on ne la crût pas incurable et qu'on cherchât contre elle un remède. Ses cruautés,
étant divines, étaient fabuleuses. Lorsque la
viande était chère, il faisait jeter, par économie, de vieux gladiateurs aux lions du cirque.
Avec des prisonniers qu'il enfermait dans des
cages, où ils étaient forcés de ramper sur les
pieds et sur les mains, à plat ventre, il se fit
une ménagerie de bêtes humaines qu'il fürait
ensuite aux bêtes fauves.
En même temps que celle ménagerie
d'hommes, il avait une meule patritienne.
Son plaisir était de faire courir et d'essouffler,
autour de son char, des sénateurs vêtus de la
toge. Un bourreau se trompa el eiécuta un
innocent au lieu d'un coupable; on rapporta
le quiproquo à César, qui sourit et dit : « Le
condamné ne l'avait pas plus mérité! » Un
chevalier romain, jeté aux lions, criait qu'il
était innocent : il ordonna qu'on le fit sortir,
qu'on lui coupât la langue, et qu'il fût ensuite
ramené dans l'arène. a sœur füusille étant
morte, il fit décapiter ceux qui ne la pleuraient pas, car c'était sa sœur; et crucifier
ceux. qui la pleuraient, parce que c'était une
déesse. li invilait les pères au supplice de
leurs enfants. L'un d'eux, ayant allégué la
goutte qui le retenait au logis, César, généreusement, lui envoya sa litière. La torture
était l'intermède de ses fêles; les cris des
patients, l'orchestre de ses repas. Il faisait
périr ses condamnés à petits coups. « Frappe.
- disait-il au bourreau, - de façon qu'il
se sente mourir. » !ta fel'i ut se mori senLiat. Sa prodigalité était délirante, comme sa
cruauté; il se roulait nu sur des monceaux
d'or, faisait servir à ses convives des parns et
des mets d'or, et buvait des perles fondues.
Parfois il se donnait le divertissement d'affamer le peuple, en faisant fermer les greniers. Après le jeùoe venait la bombance; il
jet.ail alors à la plèbe, d'un balcon du Palatin,
des vivres, des fruits, des oiseaux, des pluies
de sesterces. Seulement, des couteaux aigus,
mèlés à celle manne, allaient, au hasard,

�1f1STO'l{l.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - blesser el tuer, dans la foule. Ain:.i ses largesses mèmes étaient meurtrière ; il était, à
la lettre, un bourreau d'argent.
Quand ses coffres étaient à sec, César se
faisait brocanteur et vendait ses meubles;
lui-même fixait les prix et pou sail les mises.
Un sénateur s'étant endormi pendanl un de
ces encans impériaux, pap d'une enchère
chacun des mouvement de sa tête que le
sommeil Faisait vaciller : à son réveil, on lui
adjugea treize gladiateurs pour deux millions.
Le plus souvent Caligula ballait monnaie avec
la hache du licteur. Un jour qu'il jouait,
n'étant pas en veine, il quilla 1a table, fit
tuer deux chevaliers romai11s, confisqua leurs
biens, et rentra joieux disant « qu'il n'avait
jamais amené meilleur coup de dés ». Après
avoir fait mourir Junius Pri~cll , qu'il croJ•ait
riche et qui ne l'était pas : « li m'a trompé,
- dit-il, - il méritait de vivre. Il Le monstre
était facétieux et comme mfitiné de singe el
d'hyène. La hache bouffonnait et plaisant.ail
dans sa main. Un sacrificateur venant lui
offrir, dans un temple, le couteau sacré, il
l'assomma d'un coup de maillet. Le victimaire pris pour victime, c'était là un des
traits d'esprit de Caïus.
Un homme ayant voué, pendant qu'il étaiL
malade, sa vie pour la sienne, il ne le tinl
pa quille de son rœu, et le fit jeter scrupuleusement dans un précipice. es farces étaient
parfois des mas.acres: il tuait en gros, aussi
volontiers qu'en détail. LorsquïJ inaugura
son pont de vaisseaux, de Baïes à Pouzzoles,
réalisant ainsi la gageure qu'il a,·ait faite de
galoper sur la mer, il invita, par gestes, les
spectateurs attroupés sur le rivage, à y monter
pour mieux voir. Le pont rempli, il ût jeter
cette foule à la mer. On repoussait, à coups
de crocs, ceux qui se cramponnaient aux navires. Tous les dix jours, Caïus marquait sur
la liste des prisonuir.rs ceux qui devaient périr,
appelant cela &lt;1 apurer ses comptes &gt;&gt; . L'idée
de la mort qu'il portait en lui, qu'il pouvait
innïger d'un signe, l'exaltait comme une
sombre ivresse. Le sang lui en venait à la
bouche. li voulut, un jour, faire mellre à la
torture sa maîtresseCésorûe, pour tirer d'elle,
par la ®uleur, le secret de l'amour qu'elle
lui inspirait. « Celle belle tête tombera quand
je le voudrai l » Tant bona ce,·vix , simul ac
jussel'o, rlemelelur .' disait-il en lui caressant
la nuque. Mais la tête qu'il aurait voulu trancher d'un seul coup, c'était celle qu'il souhaitait au peuple romain. Rêve de monstre,
idéal atroce de la tyrannie à bout d'invention.

IV
Voili1 l'homme devant lequel les juges et
les anciens d'Israël allaient comparaître. Us
ne pouvaient l'aborder sous de plus noirs
auspices. En arrivant à Rome, les Juifs
avaient appris de leurs frères que « l'abomination de la désolation », prédite par leurs
prophètes, allait se consommer dans le Saint
des Saints. Caïus venait d'ordonner qu'on
inaugurât sa statue, au milieu du Temple de
Jérusalem. La nation entière avait pris le

cilice et s'était couverte de cendre, commea11
temps des im·asions ninivites et babyloniennes. Les villes étaient vides, la culture
des terres était délai sée. Résolus à mourir,
plutôt que de tolérer ce sacrilège inexpiable,
les Juifs se préparaient, par la famine, au
martyre.
rn jour, Pétronins, le gouverneur romain
de la Palestine, vit venir à lui tout un peuple
vêtu de deuil et pleurant. L'immense sanglot
qui sortait du sein de cette multitude faisait
le bruit d'une clameur. Les vieillards marchaient en tête, les mains derrière le dos,
comme des condamnés. « Si le Temple est
profané, - lui dirent-ils, - nous y amènerons nos femmes pour les immoler, nous y
conduirons, de même, nos frères et no
sœur,-, nous y égorgProns, enfin, nos fils et
nos filles, nous deviendrons les assa sins de
nos épouses et de nos enfants : il faut, dans
les calamités ,tragiques, se servir de remèdes
tragiques. Puis, debout, au milieu de cet
holocauste, arrosés du sa.ng de nos proches,
purification qui convient à ceux. qui vont
mourir, nous nou immolerons sur leurs cadavres. » Ce n'étaient point là de vaines menaces; le siège de Jérusalem réalisa, trait
pour trait, quelques années plus tard, l'effroyable plan de ce suicide en masse d'une
nation. Pétronius, ému à la vue de ce peuple
de suppliants qui n'avait qu'à se redresser
pour devenir une armée, éluda et' temporisa.
Il décommanda le transport de la statue jusqu'à nouvel ordre, et osa écrire à César.
Caïus venait de recevoir ses lettres, lorsque
les Juifs d'Alexandrie lui demandèrent une
audience. Qu'on juge de la colère de ce dieu
des dieux, auquel une misérable peuplade
asiatique refusait l'entrée de son temple. La
résistance, cette chose inconnue, se dressait
devant lui pour la première fois. Il s'y cognait, comme un démoniaque contre un mur,
furieux, enragé, hurlant la menace et l'imprécation. Son favori, Agrippa, le roi de Judée, s'étant présenté au palais durant cette
crise, César fit tomher sur lui sa colère.
Agrippa en îut foudroyé : il tomba, mort de
peur, entre les bras de ses esclaves, el resta
deux: jours dans une syncope léthargique.
Cependant le divin Caïus avait pris le parti
de venger lui-même son injure. Il fit fondre,
à Rome, sa statue colossale et d'airain doré,
et résolut d'aller l'introniser, lui-même, dans
le sanctuaire de Jérusalem.
Ce fut presque à la veille de ce voyage projeté qu'il donna audience à l'ambassade juive.
La redoutable entrevue eut lieu dans les villas contiguës de Mécène et de Lamia, qu'il
était en train de faire restaurer. Pour bien se
représenter la scène tragi-comique qui va
suivre, qu'on se figure d'abord Caïus Caligula, tel que l'ont peint "énèque el Suétone:
un grand jeune homme chauve et dégingandé,
au buste énorme, vacillant sur des jambes
fluettes, aux 1eux louches enfoncés sous un
front saillant, velu comme une chèvre : il
était interdit de prononcer ce nom devant lui.
ln tic perpétuel convulsait sa face livide,
comme celle de cette Furie triste que les Ro-

mains appelaient Lil'OJ". Philon ne nous apprend pas en quel dieu il s'était grimé ce
jour-là. Peut-être, pour terrifier les députés
juifs, avait-il endossé la peau de lion d'Hercule, ou revêtu la cuira~se dont il avait dépouillé Ale-x:andre, dans son tombeau.
Amenés en sa présence, les Juifs se prosternèrent, la face contre terre; car, vis-à-vis
des Césars, le vautrement oriental avait déjà
remplacé le noble salut de l'ancienne Rome.
A leur vue, Caïus entra dans un accès de
rage, et ce fut en grinçant des dents qu'il
leur dit : c&lt; Voilà donc ces impies qui, seuls,
quand tous le hommes reconnaissent ma
divinité. préfèrent à mo11 culte celui de leur
Dieu incomm ! » En mèu1e temps, levant les
bras vers le ciPI. il y lança un blasphème qui
dut faire tressaillir d\,ffroi ces prêtres d'Adonai, pour qui c'était un crime de profi:rer
seulement son nom. « Ce blasphème, - dit
Philon, - il n'est pas permis de l'entendre,
à plus forte raison de le répéter. » Cette réception menaçante mit en joie les Alexandrins, qui se l'rirenl aussitôt à Oalter la ma,
nie du tPrrible fou, en lui prodiruant tous les
noms des dieux. Ce ,n-ossier encens l'eninait
et le grisait à vue d'œil, il le humait en se
rengorgeant. Un des Égyptiens, nommé Isidore, âpre calomniateur, saisit ce moment
pour Jancer son accusation.
« Seigneur, - lui dit-il, - lu les détesterais bien davantage, eux el leurs pareils, si
tu savais jusqu'où va leur irrévérence envers
toi. Lorsque tout le genre humaio offrait des
victimes pour ta guérison, eux seuls ont refusé de faire des sacrifices. )) - Les Juifs se
récrièrenl d'une seule voix : « Seigneur Caïus,
on nous calomnie. Nous avons immolé des
hécatombes et rnrsé leur sang autour de l'autel, non pas une fois, mais à trois reprises :
d'abord à Lon avènement; ensuite, lorsque lu
échappas à celle grave maladie qui répandit
le deuil sur la terre entière; enfin, pour obtenir que lu revinsses triomphant des Germains. » L'explication ne satisfit pas. « Soit,
- dit Caius, - vous avez sacri1lé, mais à
un autre que moi. Que m'importent vos
sacrifices s'ils ne m'étaienl pas adressés! &gt;&gt;
Et, tournant le dos aux suppliants, il se mit
à parcourir les villas d'un pa saccadé, visitant les appartements, inspectant les plafonds,
critiquant les constructions qu'il ne trouvait
pas assez magninques, et ordonnant à ses
architectes de les refaire avec plus de luxe.
Les députés juifs le suivaient, tête basse,
raillés et conspués par les Alexandrins,
c&lt; comme dans une farce de théàtre ».
Tout à coup, Caïus se retourne et leur
demande gravement : fi Pourquoi ne mangez-vous pas de porc?~ A ces mots, les Alexandrins éclatèrent, comme s'ils- venaient d'entendre la plus exhilarante plaisanterie. Jupiter
daignait faire un bon mot; ils le saluaient
par les rires inextinguibles qui retentissent
dans l'Olympe. :Mais leur hilarité trop bruyante
tut mal prise par les oîficiers du palais :
exeès de zèle. D'un coup d'œil sévère, ils leur
firent comprendre leur irrévérence. Â peine
s'il était permis aux familiers de César de

UN"E JlUDŒ'NC'E DE CA1..1GULJt

sourire imperceptiblement deYant lui. Cependant les pauvres Juifs répondirent humblement que les usages variaient avec les pays,
et qu'à leurs adl"ersaires mêmes certains aliments étaient défendus. L'un d'eUI allégua
que quelques-uns se faisaient scrupule de
manger de la viande d'agneau. « lis ont raison! - s'écria Caïus, - car elle ne vaut
rien. Il Et il se mit à rire bru1amment de sa
fac~tie. Puis, reprenant l'humeur Furieuse
qui était son état normal : « Enfin, - leur
dit-il, - sur quoi fondez-vous votre droit de
cité à Alexandrie? »
Les Juifs commencèrent à plaider leur
cause. Mais Caïus, trouvant, sans doute, leurs
raisons trop bonnes, !Pur tourna encore les
épaules. Il entra dans une vaste salle, les
trainant tou,jours à sa suite, et en fit plusieurs
fois le tour, ordonnant qu'on fermât les baies
aveo des pierres spéculaires. Il re,·int ensuite
Yers les JuiFs, subitement calmé, et, d'un
ton tranquille, il leur demanda : « Que me
disiez-vous? » Pour Ja seconde fois, les députés juifs lui exposèrent leur affaire; pour
la seconde fois, il les rp1illa, en s'élançant
dans une autre salle où il fit pincer des
tableaux anciens. C'était le jeu d'un Ligre
jouant avec sa proie, comme le chat avec la
souris. Cette moquerie insultante parut aux
JuiFs un présage de mort.« L'angoisse, -dit
Philon, - monta de notre cœur, comme un
appel suprême vers le vrai Dieu, pour le supplier d'apaiser la colère de ce faux dieu. Le
Seigneur eut pitié de nous et retourna son
âme. » Caïus, en effet, se radoucit encore et
leur dit : « Allez-Yous-en. Après tout, ces
gens-là sont plus fous que méchants de ne
vouloir pas croire que je suis dieu. »
N'est-ce pas là un portrait en action, d'une
vérité effrayante 7 Caligula surgit sous nos

de lui, un billet moitié grec et moitié latin,
où il écrit : &lt;I Claude peut présider au repas
» des pontifes, mais il faut mettre auprès de
n lui son cousin Silanus, qui l'empêchera de
» dire ou de faire des sottises. 11 ne faut pas
» quïl assiste aux jeux du cirque, assis dans
11 Je p1tl1 1inar (la loge des empereur ) ; il se
&gt;&gt; ferait voir là en première ligne. )&gt; Aux banquets du Palatin, Claude était le jouet vivant
de sa terrible famille. Après le repas, il était
souvent pris d'un pesant sommeil : alors on
Quelques jours après, Caligula, traversant lui jetait à la tête des no-yau.x de dattes ou
une crypte du Palatin, pour aller au bain, y d'olh·es, les bouffons du palais le faisaient
rencontra une troupe de jeunes gens asia- leYer 11 coups de verges. D'autres fois, on lui
tiques qu'on exerçait aux jeux du théâtre. Il mettait aux mains de ,·ieilles pantoufles de
s'arrêta pour les regarder, el les exhorta à femme, afin que, ré,,eillé subitement, il s'en
bien faire. Chœréas, tribun d'une cohorte frottât le visage.
Cependant Gratus releva le pauvre diaule
prétorienne, vint lui demander le mot d'ordre:
&lt;( Jo,•em, répondit-il. (Jupiter.) Accipe tremblant à ses pieds, se prosterna devant lui
iratum ! (Reçois une marque de sa colère!) » et le salua empereur. Les soldats l'acclacria Chœréas; et il le frappa du glaive à la mèrent el le jetèrent dans une litière qui le
tête. Les autres conjurés s'élancèrent, s'en- conduisit au camp du pr6toire. Il y passa la
courageant par ce mot d'ordre : « Encore 1 nuit, comme au corps de garde, effaré, pleuencore! » Caius tomba percé de trente coups rant, ahuri, rèvant de hache et de Gémonies.
Le lendemain, Claude, proclamé par le Sénat,
d'épée.
Quelques heures après, les prétoriens en- montait cahin-caha sur le trône du monde, et
vahissaient le palais et le mettaient au pil- ceignait sa caboche du laurier d'or des Célage. Arrivés dans l'ltelioraminus, sorte de sars. Son avènement fut une trêve dans les
galerie haute où, dans les jours froids, on ~e tribulations d'Jsrafl. 11 se montra favorable
réchauffait au soleil, un soldat, appelé Gra- aux Juifs des provinces, et la colonie d·A.lexantus, aperçut des pieds qui passaient, sous la drie e releva sous son règne.
tapisserie qui couvrait la porte; il les tira à
Derrière le Jupiter Yengeur, évoqué par
lui, et ramena un bonhomme qui se jeta à Chœreas, Philon vit, sans doute, surgir Jéhoses genoux, en demandant grâce. C'était vah, frappant le profanateur de son temple.
Claude, l'oncle de Caligula, souffre-doulenr En sortant de l"audience de Caligula, il aYait
el plastron de la famille impériale.
dit celle belle parole à ses compagnons terriAuguste recommandait qu'on le montrât fiés : 1&lt; Nous devons maintenant e pérer plus
le moins po sible en public! &lt;&lt; Il ne faut pas, que jamais; l'empereur est si irrité contre
- disait-il, - que les gens s'accoutument à nous, que Dieu ne peul manquer de nous
rire et à causer de pareilles choses. » On a, secouri rl 1)

yeux, comme si son sinistre buste en basalte,
qu'on voit au Capitole, prenait souffle et vie;
avec son front large et tone, f'rons Lala el
torva, son regard, menaçant el triste, embusqué dans un ceil oblique, son rire d'aliéné,
ses gestes bizarres, ses intermittences de
furie et de bouffonnerie. Tacite lui-même, qui
peint les Césars à distance, d'un style graYe
et sombre, n'a laissé d'aucun d'eux une si
vive image.

PAUL DE

Le comte Tascher était cousin germain de
l'impératrice Joséphine. Arrivé à 14 ans de
la Martinique, il fut placé aussitôt a l'école
militaire de Fontainebleau, dont il sortit,
comme les autres, sous-lieutenant, et désigné par !'Empereur pour le \ 0 régiment de
ligne. « C'est pour lui apprendre son métier
que je mets ton cousin dans l'infanterie, disait t apoléon à l'Impératrice; c'est l'àme de
la guerre. &gt;)
Il rejoignit son régiment à Freysing, en
Bavière, et fit la campagne de i 806. Le 4e,
qui avait perdu son drapeau à Austerlitz et
qui depuis n'en avait pas, s'étant bien conduit dans différentes affaires, en reçut un de
mains de l'Empereur à Berlin. Au commencement de cette campagne, Napoléon passant
en revue le régiment, la veille d'une bataille,

· fait appeler Tascher: « As-tu peur? lui dit-il.
- Non, Sire. - Crois-tu que lu seras tué?
- Non, Sire. - Et si tu le croyais, que ferais-tu? - J'irais toujours, mais avçc moins
de cœur. - Ehhien, va, il ne t'arrivera rien.»
Ueux jours avant la bataille d'E1lau, après
une affaire de cavalerie où avait été pris un
aide de camp de l'empereur de Russie, le
4,, de ligne passait devant le quartier impérial, et Tascher fut encore appelé. Il était
présent au moment où l'on amenait le Ru se.
« Votre maitre, Lui dit Napok'-on, n'a donc
pas as ez de la guerre? Vos jeunes officiers
de cour ne l;J. trom·ent pas assez longue, assez
meurtrière? lis e flattent de nous vaincre!
Qu'ils e détrompent; l'armée française a
d'autres mobiles que la vôtre pour assurer
son triomphe .• ,. Tenez, regardez ce jeune
homme tout couvert de boue, qui arrive à
pied avec son régiment: c'est le cousin germain de l'impératrice Joséphine. Eh bien l il
n'a aucune faveur à espérer qu'il ne la mérite : avec de tels éléments l'armée française
est invincible. »

SAINT-VICTOR.

A Eylau, le 4° de ligne fut presque entièrement détruit. Quand !'Empereur en passa
la revue, le lendemain, il parut attristé. Il
sembla chercher des yeux le jeune Tascher
qu'il n'apercevait pas, el il s'informa avec
intérèt de ce qu'il était de,·enu. On lui apprit
qu'iJ ét.ait légèrement blessé. ll l'emoya chercher à l'ambulance et le nomma son oflieier
d'ordonnance. Son état de dénùment et de
ou.Jfrance ne l'étonna pas:
« Pour un créole, lui dit-il, c'est un peu
ùur, n'est-cc pas, Tascher1 ~lais tu as fait
ton devoir, je uis content. ton mauvais
temps est passé. Que te faut-il maintenant?
As-tu des chemises? on, Sit·e, je n'ai
que celle que je porte depuis dix jours. - Je
ne puis pas t'en donner, car je n·en ai pas
non plus; mais tu vas aller à \'arsoYie, où tu
auras de l'argent pour en acheter. ,,
Il lui donna un bon, igné de sa main, sans
fixer de somme, el le jeune homme ne prit
que cinquante napoléons. Plus tard, l'Empereur le maria à une princesse de la Leyen,
nièce du priucc primat.
Lm; 1SE

l"OCll E LET,

Lectrice de la Rei11c 1Jorte11st'.

�LA

EDMO D PILON
~

La mort de Rouget de Lisle
Depuis qui' ~on :imi le général lllPin a~ait
perdu .a femme l'l ·a 1~,è~c, fio~ ,~t de ~i:le
'était retiré d&lt;' chez lui; il hal.11ta1t mamll'nant, non loin de :,On \'ieu1 compa,.noa
d'arme,-., clwz )1. cl . !me \'oiarl, 5, rue d1·s
Yerlus, à Cbois1-h.... [loi. Le poète dl· la .1/arei/laise élait, wrs 1 ':i6, ua pt•tit ,ieillard
maigre el rnt:ticuleux, un peu voûté, l'air
dout d . paLiLle, san · morgue ni tri,le~sc el
11u'on voyait souvent, par les n!idis de _(icau
. olcil, aller et venir, une canne a la 111am, la
laille étroitement ~crrér dans uni• stricte el
lon,.m·. ri:din,.ote Je demi- olde, dan. l'im~nuc Pompadour ou le faubour 11 Saint-Éloi.
Ilien qu'il eùL prèi. de oixank-. ciz1· an., que
la vie lui etit été d11re el 11u'il 1'111 reçu de:
homme, plus d1: p1•ine que Ji: plai.ir, l'ancien capitaine du génil?, heureux d'ami.Lié,
tardive qui lui foi aient doux ses dcrmer
an el li •rçaienl d'un peu de nloire a débile
vieilli· se, ne ~e ouvcnait plus, que pour en
ourire, du lrmps où il a,·ait . oullcrl.
Parfois c'était V&lt;'r la .:eint·, du coté dt•
Cr llt'il cl dt&gt; \Ïlry et, parfoi., ur le haut
plateau, de Tbiai à Run 11 is, que s' promenait, on li\rc à la main, le chapeau à b~ute
forme tr\ t\·a,é du haut penché , ur l'omlle,
et tout lt• corr~ serré d'une raideur militair,•,
ra~é d1° frai • le col à re\'C'r' relevé, la boutonnière marquée d'un ruliao rouge, cet
homme i, chelcu.s bbn~, à marche courte l'i
lente que saluaient, au pas age, le promeneur t:l les ou\·ri,·r_. Lui, ouvent, . 'arrètail
au .cuil de forme., dc\·ant les champ~; les
pclils enfant accouraient, form~iPnt Cl:rclc.
Comme on était au temps dl' l'héroi me populaire, beaucoup trainaient à leur uilt· de
,·ieux ,aLres ébréchés, des ta111bour el de
pi tolet ; l • pères étai1°nt de la garde ?alionale el, par la porte ouverte, on \"O)',UL aude. sus de l'àlre, chez presque tou · les paJsan~. la cocarde tricolore et le ru~il des journée de Juillet. Rouget e tenait dcboul, un
in ..Lanl, devant la porte. Un homme en hahil
de travail, la chemise ouverte ~ur ua1• poitrine forte, avanpit, l'outil à la main, tendait . a droite robu le :
- Bonjour. mon ieur Rou"et de Li le ....
Lui, di.ait :
- llonjour, citD)'en ... rou · avez de Lt'aux
enfant· ....
Pois, de ~a main tremblante, il cares·ait
le boucles blonde des narçon el disait
encore:
- Ca fera de l'tlalll militaires.
Des \ieillards, 111oin â11és que lui et qui
, souvcnaicn1 durement de lïmasion, ajoutaient en cbenolant :

- Diles-leur la .1/orsrillaise, monsieur
llou"'cl de Li.le, ça leur nonflcra le cœur, ça
les rendra ,·aillants ....
Parfoi on le faisait entrer; 11!5 jeune fille·

1

ROllCET Dt. LISLE

s'cmprc saicnt, ~em1ie11L le_,·in le plus frais
du cellier, tendaient del'anl lui, . ur la table,
le verre le pins heau du bulfot. Bientôt tout
le monde .a\'ail rzu'il t:tait l:1. Ou venait du
!oad de maLons; de vieilles femmes descendaient expr' pour le voir; le mère. le montraient au1 loul petit el di. aient :
- Ile,,.ardez, c'est .1. Rou:?et de Li ·le ....
Lui .e tenait là, debout. tr\ raide dan ~a
rt~dinLTote, appuyé ur sa canne comme sur
une épée.
Beaucoup, aux mur~ de leur masure,
a ,aient la belle litholTraphie de Cita.riel, coloriée en imag&lt;' d'Épinal, el montranL le Dépnl'l
de. Volontaire~ chantant la .lla1·,,.illaise. l&gt;
l'autre c&lt;ilé était l\apoléon arec son habit vert
bouteille, e. epauletles el .ou p til chape;1u.
- Ccltii-là ne m'e limait ruère, di ait
Rouget de Li. le, implement.
Il n'avait pas de rancune. Celle "Joire de
sa \ieilles e l'an1it rendu bon et . ou riant. Il
aimait à reair chez les pay.an ....
Cependant le ans l'a\laient blessé; il avait
été malheureux: a quanl au froid, celui des
prisons lui avait glacé les membre J&gt; 1 ; en le
regardant de trè · prè~, on le sentait plu
ridé, plus cassé encore quc les autre v-ieil1

lard~ de son âge; l'hiver de i ;ij, si rad&lt;',
si humide, . i long, lui a,·ait été funeste, et,
hieo qu'on fùt au printemps de t ~H, une
tout illfJUÎélante le ~ccouait encore, qui le
lais. ait Lri.:é. Au moi de mai le docteur
Carrère, qui lui donnait se . oins, lui ordonna
le repo .. Mme Élise foïart lui di ail, en l'emmilouflan l :
- \'oilà; vous vou · fatiguez .... Restez
donc au jardin.
Et le général Blein 11 rondait.
[. \"oïart ajoutait :
- .,Jon Lon Rouget demeurez a,·ec nou ;
le général apportera son Yiolon et nous ferons
de la musique ... , vous vous ennuier('z moins.
Un jour, il r&lt;'rut une lettre de Béran,.er :
- o . .. nentrez dans vo · ouvenirs :
\ ivez à r~culons... c'e._l refaire du printemps .... »1 •
Et c'était lout le prinlemp qui renaissait
dans le jardin, gonllail de i·ve le jeune
br:rnche , ~oulcvait l'écorce de arbre , rendait l'herbe plu verte el le cœur plu.
heureux. Hougel était un peu tri. Le à eau e
de . es amis les par an qu'il ne ,i~itail plus.
Mais le général \'Criait ouvenl; on e promenait dan le allé du jardin de ~r. Yoïarl,
toutes bordées de llui cl de prime,·ère ; parfoi · la fille de l'hôte, ~Jme Ta lu, venait et
disait de ver ; celn ranimait le vieux poète.
t ln disait :
- Parlci-nou. du pa. é....
Et quand c'étaic11t de belle: jeune· filles qui
l'écoulaient, il racontait comment, en 178';?,
.e trom·ant en ,i~ite, à \ersaille , chez une
de se parente , il avait entrera la reine
~laric-Antoinetle. lai , d'autre fois, c'étaienl
de vieux compagnons de armées de la flépuLlir1ue qui . e rctrom·aient, à l'lreure oü le
oleil esl chaud, dan le jardin de )1. Yoiarl.
Alors Rouget de Lisle rappelait qu'il avait
été à Quiberon, retraçait le taLleau de la balaille, la défaite de bc.,ux geolfühommes de
Sombreuil, el, devant l'auditoire ,·iLra.nl de
se· souvenir·, é\·oquail la grande ombre du
aénéral Boche.
Cependant le mois de juin arrivait chargé
d'e pérance. Houget était heureux de voir le.,
pommiers en llcur, la vigne croitre et les
pou e • jaillir; iJ pen ait à se arbres du coteau de Montai~u, à la petite éali e de aintÜienne-des-Coldres dont il aimait le clocher,
1 arceaux el le toit rustique. li gardail le
ou venir de a terre rranc-comtoi e el l'une
des plu grande! joies qu'il eut en a vie lui
\'inl d'un petit fût de vin de on pay que

quelqu'un lui enrnJa. )fais cela pas~a comme
le re te; le printemp au ~i pa, a.... Il ~e
entait décliner. Ver· le 2;; ou le ~4 juin,
il resta Lard an jardin (le~ fraîche .oirres de
juin ont pernicieuse·) el, Ill samedi, dè le
matin, la fiè\re le prit très fort, le cloua au
lit i il tous ail violemment i M. Voïart, ùu
jardin, monta de. fa11ot , de· sarment : le
feu pétilla; mai le 111ain · du vieillard ne se
réchauffaient pas. Alors il fallut que le D• Carrère viul en Mte ....

.MO~T DE ~OUGET DE

- Calmez-rou. , Hou!!el... calmo-,·ou ,
mon ami, di. ait Madame \oïart.
Cependant, on entait qu'il anit quelqu
chose à dire; ses lèvre. balbutiaient; enfin,
il 6L un clforl, éleva ,·cr .a houche le. main
de Madame Voïart, le Lai:-a, les couvrit de
se· larm . Il haletait un peu, baigné de
ueur; des mots tomhaienl, saccadés :
- \'oilà... ,·oilL. il faut que je rnus
di. e... rnus avez été i bons. i tendres ...
\'oïart et vous ... lléran"er... le général..., et
je me troU1·ais si malheureux ....
Madame ÉILe Voiarl .fit un ge. le comme
pour calmer la crise. lais il ~emblait bien
qu'aucune force n'eût pu le maîtriser ....
- ~on, non, disait-il, il faut que vou
sarhie;, combien j'étai malheureux .... Sous
l'Empire, d'aLord; j'étais le cousin du général lallet. .. je dus m'enfuir .•. Je. e. pion de
Fouché me • uivaienl .an trêve .... Et puis,
mon rrl're, \'OUS sa,·ez, le général Rouget, qui
Iut i dur pour moi. .. me fit des procè ...
enfin, la mbère ... la mUire ....
füis il dut 'arrêter. Quelque noms pasèrcnt pourtant sur ·t lhrc., ceux de 3lèbul,
de Grétry, de Da,·id d'Anger . li ajouta :
- J'habitais alors à Pari , rue ùu Dalloir,
au numéro 28, au premier étage... une
cbamLre sordide, et sombre.... Ab! ma
pauvre füi~t:... c'e t là que viol me ~oir
Daüd d'Anger .... J'étai~ couché ... malade .. .
infirme r.l perelu ... ,êtu de guenilles .. ..
Une Yicille femme ,·int, trainante, et dit :
• C'ell nougel de Lisle.... • li 'i-tonna :
« Quoi I e l-ce. là l'auteur de la ,1/a1·sc•illai. e'! .•. • » Il me. trouva Lien malheurcu1 ....
- Mou p:imre ami, disait Madame Yoïart,
ne ,·ou troublez point, n·po,ez-,·ous, oyez
calme ....
~lais il emblait bien que rien n'eût pu

Ce tut cc jour-là, au soir, que la grande
crise éclata. D'abord la tour fut .sèche, saccadée; le vieillard se tenait a. ,-i dans on lit;
~f. \'oïarl maintenait l'oreiller où reposait la
tète hlaocbe du malade. La nuit ,·enait. Il
avait demandé qu'on rclir~l la lampe; la
lumière lui fai ait mal. Bientôt la petite
chambre rut toute baignée d'omLre: au dchor· .ou!Oail le \·ent d'orage; on percevait le
gémLsemenL de peuplier~; la plainte de
branches arrivait ju qu'à Rou .. et de Li.,le el
gt!nail on ~ommeil. Le docteur a,·ait prescrit les potion cl ·'était retiré, mai. de,·ail
revenir au matin. )f. \'oïart, se penchant ur
on ami, di. ait de ~a \"OÏI douce, affectueuse;
- Allez, ça ne:era rien, mon lion Rouget,
ra oc ~era rien ....
Cependant, il pensait à Ja congl!l-lion pulmonaire de l'hiver pas.é et, prè· de l'.ilre,
l'active ~!me \'oiart tournait du lait chauJ,
dan un bol. l'nc odeur de fiè\Te el de ti anc
commença de se répandrt. p:ir la pièc('. Par
in tant Rouget, 11ui reposait mal, Ou\rait . e.&lt;
yeux la· et ,·oyait, à la lueur de la petite
veillcuS&lt;', Jlme \'oîart penchée sur le feu.
Ver dix heur., la tout 'ap:ii!-3; la pai.
scmLla de cendre en lui; il y eut un moment
de calme pendant lei1uèl il dit :
- .le s1•ns bien que c'est la fin, allez ...
j'ai fait mon lemp ....
Le ,·ent du dehors soufllait . i ,iolcmment
que le flamme du foyer, repou~ ée par lui,
grandi. saient. La petite chambre 'éclaira
d'une clarté rose el douce; cela lui permit
de mir, accrochée· au mur, on épée et a
croix d'honneur. JI dit, e souvenant de
lemp ancien , d'un siècle qoi n'étaiL plu :
- Voilà, j'ai lait chanter le monde, et,
maintenant, je ,·ai mourir ....
Eo1in, il demanda le général Blein, Béranger, Gindre de Mancy, son compatriote, tous
ceux dont e ouvenait son cœur, el ne ,e
calma point que M. \'oiart n'eût quitté la
chambre pour le.~ taire prévenir. lfainlenant,
il ùuvait lentement, par petites "Or écs ;
Madame Voiart .outcnait le bol à es lèvre ;
ceUe:--ci, pourtant, . 'amincis aient; le front
e perlait de ueur; les ieu commencèrent à brillrr d'un rclat magnétique el surnaturel, comme deux charbon dan. la race
Bi.l&lt;..\~Grn
blanche; es maias en même lcmp !'e crisJ,)':Jfr~s le l:ztk.111 .:t'.\ttr Scu&amp;:FTn.
paient -Ur le drap, .erraient celle:; de Madame \'oïart. On eùt dit que le malade, rappelant tout ce qui restait de force dans ·on l'empècht&gt;r. Il avait toolc . a -vie à conter, sa
corps débile, St' reprenait avec rrén: ic à !"es- vie de déboire..,, d'amertume et de chagrin.
poir de ,;ne.
t. llnrn n'A.,li.Elt,, ,Yulr• ,·t ~otttr11irs
.... z55 ...

L1sœ

li dit encore :
- Je dus travailler; je copiai de la mui'Jlle ... j'avais un peu d'ar,.,enl de lontni"'u ... je l'usai en maladie.... enfin je fis
des delle;; cl ne pu· 1 paier .... tin me mit
en pri on ... VOU, VOU· som·ent1., à Sainlef'élagie .... 1 C'e l là que j'eu un froid terrible ... j'en oulTre aujourd'hui .... Ab! ma
patrie ... j'étais si paune que je voulai mourir ... mai YOilà, a un coup de pistolet, je
n·avai pa de quoi en faire les frais!... »
Mai. ladamc Voïarl e penchait au-des u ·
de on vi~age; flougtl vopiL ses cheveux
ri •. éparé. rnr le front, ~es yeux mouill :_
de larme 'dTorçanl à ourirc, toole sa figure
de Lonté. Elle füait :
e remutz point tout ce pas é... mon
ami... tenez-von axoupi ... il faut du rcpo~,
du sommeil, cl puis tout le monde vous aimt:
bien aujourd'hui .... Uéran"'cr, le généri1l
Jllein, mon mari, ma fille, moi-même ....
1lo11 et, nous sommes \'O ami ....
Il dit :
- C'e t nai, ma mort era plus douce
que ma \ie ....
Il était infiniment petit et maigre; ce lon11
effort l'avait rc,mpu; 53 tète retomba; )la
dame Yoiarl n'eul bientôt plu qu'à le Yeillcr
comme on fait d'un enfant.
0

11

....

Le malade rPposa josqu ·au matin, moin
srcoué par la toux, plu- pai.,ible. De la nuit
~es yeux nt! 'étaient pa · ouverts. Debo ,
l'orage 'était calmé; Je soleil nai~ ait; un
lombere:iu pa . a or la roule t·n écra,ant de.
pierres; on entendait très bien le p:i.s des
chevaux, la ,·oi. de p'r onne , le bruit de·
\'olet · qui s'omr:iient en claquant; un merle
chanta. C'était le jour, la \ie reprenait possession du monde. Madame Voïart e· lera de
~on fauleuil ; elle était très fali.,uée; elle
avait 1·eillti Ioule la nuit et les larmes qu'elle
avait versées marquaient sur sa joue. A
l'au.Le f. \'oiart vint, pui le docteur Carrère; il trou,·èrcot la rc pi ration du malade
moin difficile, mai le pou)· ballait plu
fort; le cœur était irrégulier; on dut écarter
les rideaux pour tjUe le médl'cin vit mieux.
Madame Élise \'ofarl, tout anxieuse, attendait
qu'il parlàl. li dit enfin :
- \ oiJà, je vais re ter: c'e t très grave....
Quelqu'un à ce moment entra. C'était Je
général Hlein. Le général, depuis l'attentat
Fie hi où il avait été blessé près du roi,
Loitait lé"èrement. li avança en se tenant ·ur
sa canne; il avait, en entrant, entendu les
dernier· mots. Il dit :
- Pauvre, pauvre ami ....
Puis il resta là, debout, à contempler le
\'ieillard qui dormait ur le food ùlanc des
lin 11 e ; le docteur Carrère s'écarta pour lui
lais er place. Le général s'arrêta, demeura
immobile, regardant les ravarre que le mal
avait fait , en une nuit, ur les trait de l'ancien officier; pui un sanglot le . ecoua :
- Pensez, docteur, pensez, il était avec
moi, à l'armée de Ot:lgique, . ous Dumou:i. JcLtE~ Tm.or, /1011gtt de /,ük.

�-.

r-

"---------------------------

111STO'R..1.ll

riez ... ah! comme c'est ,·ieux ... comme c'est
vieux .. ..
Et il allait parler; mais le bruil d'un cabriolet s'arrêtant devant la porte, dans Ja
rue des Verlus, fit qu'il 8e tut pour écouter.
M. Voïart alla vers la fenêtre et vit desœndre
un homme enveloppé d'un carrick, chaussé
de bolles el qui semblait pressé.
- C'est Gindre de Mancy, dit M. Voiart.
Peu après, Gindre entra; il était très
surexcité; il parla sans saluer :
- Je suis très en retard .... Vous savez,
on a tiré sur le roi, hier, au Palais-Roval. .. 1 •
On demanda :
•
- Qui? ... Qui? ...
- On ne sait; un nommé Alibeau... le
roi n'a rien ... mais je ne pouvais plus trou,·er de voiture ... je suis venu dans la nuit. ..
j'ai dû louer un cabriolet. ...
En même temps il ,int vers le lit 011 de
Lisle reposail.
- Et Béranger? demanda M. Voïart.
- Béranger ne viendra pas, dit Gindre,
il esl très malade; il y aurait du danger
pour lui. ...
.\ ce moment le moribond remua les
mains; Gindre s'en saisit, les serra; il semblait qu'il eût voulu montrer sa présence à
son ami; mais llouget n'ouvrit pas les yeux.
Alors Mme Voïart, s'approchant, se pencha
doucement à l'oreille du poète. Elle dit :
- C'est Gindre, mon ami, c'est Gindre ....
Une légère pression répondit; Gindre comprit qu'il l'avait reconnu. Mais &lt;&lt; drjà il était
presque sans vie : à peine eut-il un dernier
regard' ».
Alors il y eut ::.n silence durant lequel on
n'entendit plus que le petit souffle du malade. Il faisait dans la pièce une chaleur étouffante; Gindre retira son carrick et le jeta; le
général, assis dans le fauteuil, regarda fixe,.
ment l'âtre. Soudain ce fut le bruit des
cloches et le chant du bronze qui venait jusqu'à eux.
- Qu'est-ce là? dit le docteur.
- Ah! dil madame Voïarl, c'est Dimanche ....
Puis ce fa l tou L; et ils n'osèrent plus rien
dire; ils savaient bien que c'éLait Dimanche,
mais ils s'étonnaient; toutes leurs petites
habitudes étaient changées. Le Dimanche 1
est-ce qu'à celle heure-ci, d'ordinaire,
Mme Voïart, vêtue de son long châle et coiffée de son bonnet noir, ne partait point à
la messe, son livre à la main? Est-cc que cc
n'était point l'heure où Rouget, Liabillé de
neuf cl la rosette fraiche, se rendait, d'habitude, aux petits concerts du général Blcin?
Pau\Te Rouget, il allait manquer sa promenade ! Lui qui se plaisait &lt;&lt; à causer avec
enjouement » sur le seuil des portes, à rechercher &lt;&lt; la société des femmes et des
jeunes gens :, ))' il n'allait point, cc matin,
quitter sa petite chambre, descenclre dans la
rue, aller retrouver son ami. Ainsi vient
la mort, à pas lents; elle vous guelte; elle

est là et se tient dans l'ombre; tout à coup
on a rniI, la gorge est sèche, la poitrine
brûle; c'est la fièvre, on va mourir.
Vers neuf heures, le maire M. Boivin arril'a;
il était suivi de M. Bra et de M. de Gueri; la
nouvelle s'était répan4ue dans Choisy; on
Youlait savoir, des groupes s'étaient formés
dehors, deYant la porte. Le maire décida :
- Je vais faire mettre des gardes nationaux... il ne fout pas troubler son sommeil ....
~lais ~I. de Guer dit :
- Il y a bien du monde, 1c1, nous nous
retirons, nous ne voulons pas vous gêner ....
Ils parlaient à voix basse. Le docteur ,·int
,·ers M. Bra, le prit à part, lui dit, à mols si
faibles qu'il fallait les deviner :
-,- Vous save.r. c'est la fin ... c'est la fin .. ..
Ces Messieurs se retirèrent suivis de
M. Voïart. Au bas du pemm ils rencontrèrent le jardinier qui défendait la porte; il
y avait là des enfants, des gardes nationaux,
des ouvriers en blouse, des petits bourgeois,
des gens de la rue. Ils disaient :
- C'est donc vrai, il va mourir?
Une Yoisine demandai L :
- Co::::.ment a-t-il passé la nuit? ...
Mais M. Boi,•in, dont l'émotion se défendait
mal, dit en pleurant :
- Ah! mes amis c'est pour bientôt. ..
Le mot courut la foule qui se découvrit
ùevant le maire el ses amis. M. Boivin dit
encore:
- Ab! mes amis, mes amis, restez silencieux, ne criez point, ne bougez pas .... le
malade est très fatigué ....
li s'éloigna, son mouchoir aux lèvres. Le
capitaine de la garde nationale de Choisy-le-

ROUGE'!' DE LISLE.

IJ'atrès le médaillon d e

DA\'ID n 'A:&lt;GERS.

Roi lit placer deux hommes à la porte. Puis
tout se tut, les curieux se dispersèrent;
M. Voïart remonta. A cc moment il était dix

1. Journ11I d,•s D,Hmts (Juiu 18:i6 .

'
:i. Mme T1src, Rourrt dt· J,i• lc (œuncs ~n prose)-~. Ju. 11:N T1M1SOT,

ib.

1.
/lfJ1tl'

S11'1',:-Cn01 ~. /,,, dtn11/ dt· guerre
l'orint'e d11 /lhi11 .

LE

Rov

DR

heures: le soleil inondait le jardin que parfumait le goût des lilas; des oiseaux piaillaient dans les branches et l'odeur de la Lerre
ne sentait pas la mort.. ..

.....
La journée se passa bien, la soirée fut
douce. Le malade restait étendu sur le lit,
avec ses 1•eux pleins d'ombre, sa bouche
muette d'où montait le petit souffle de son
cœur.
Près du feu le général causait à voix imperceptible. ll disait au D• Carrère :
- Vous vous souvenez, il y a six ans,
quand on sut ce qui se passait à Paris ... il
habitait alors chez moi ... eh bien! il voulut
s'habiller, il prit son épée, sa cocarde, il dit:
« C'est la Révolution, je \'ais aller voir .... »
Mais ces journées de juillet étaient chaudes;
les forces lui manquèrent; il n'alla pas bien
loin .. il était déjà vieux ... des jeunes gens,
le soir, se promenaient dans Choisy, déployant le drapeau tricolore; ils chantaient à
pleine voix, comme on chante aux matins de
libert6 :
Ju.c armes, ritaye1~1! .•.

el lui s'en allait dans les rues ... des gens
disaient : C'est Rouget de Lisle... et les
autres criaient : Vive la bfarsei1/uise .... Je
n'ai jamais rien ru de si émouvant ... je crois
bien que c'est ce qui lui a redonné ces six
années de jeunesse qu'il a vécues depuis ....
Cependant Mme Voïarl appelait :
- Docteur ....
A ce moment-là, il était exactement onze
heures; il faisait nuit, el ceux qui étaient là
se distinguaienl faiblement dans l'ob curité
que perçait à peine une petite lueur. Le
Dr Carrère s'approcha du lit; il écoula el
demanda de la lumière. A la clarté d'une
lampe qu'apporta l\lme Voïart, on puL voir
Rouget de Lisle. Ses Jenx se cernaient d'un
cercle bleuâtre; sa lèvre était tordue, sa
gorge se soulevait; on voyait battre ses
tempes. Le docteur demanda de l'air; la
fenêtre fut ou verte. Un so.uflle pur, embaumé
de fleurs, entra comme ua bai er de paix;
des rumeurs Yenaient du dehors : un bruit
de foule impatiente et contenue. M. Voïart,
le général Blein, Gindre s'étaient dressés,
Ume Yoïart tenait la lampe, le docteur auscultait. Il semblaü que tous s'étaient le"és
pour recevoir la mort; mais ce n'était que
l'agonie et celle-ci fut pénible; elle commença
un peu après onze heures. Tout à coup, le
général Blein dit
- ~coutez ...•
Ils écoutèrent.
C'étaient comme des chants qui venaient
de la campagne. Des voix fraîches, des voix
de conscrits, des voix jeunes entonnaient
l'hymne fameux :

Liberté, liberle chérie,
Combats at•ec les dé{em;eurs ! ...

Tous se regardèrent saisis d'élouuemenl;
le mourant eut un geste très faible, très léger; ses i·eux s'ouvrirent. ... llaintenanl les

voix, se rapprochant, reprenaient en chœur :
_-lux armes, c1foye11s ! forme:. vos balaillo11s !...

mais tout ,e perdit dans la nuit, les chanteurs et les voix_ Cependant, les yeux de Rouget ne s'étaient pas fermé . Il semblait que
le poète écoutât encore, qu'il tendit l'oreille
a~x ;oix disparues; ses prunelles prirent
b1entot une étrange fixité, il semblait quïl
contemplât, bien en deçà du présent, les
événements d'une vie lointaine, abolie et si
vie!lle 4u ~on eût dit que c'était sa jeunesse
qui passait dans la chambre. Par instants,
des mots venaient à ses lèvres. sans suite ni
raison; et c'étaient ceux de « Patrie ... StrasLourg... Révolution.... » Évidemment le
mourant revhait la nuit fameuse d'avril 92.
Il était à Strasbourg. à diner, avec es amis,
chez l'ex-colonel général des Suis es et Grisons 1, Diétrich, le nouveau maire de la ville ....
Alors !a Révolution était si ardente qu'elle
tournait toutes Jes têtes .... Un jeune homme
levait son verre à la gloire des armées répuLlicaines: c'était Desaix_ ... Un autre qui s'était
retiré un in~tant, comme pour aller puiser
dehor~, sous les étoiles, sa pure inspiration,
rentrait en ce moment dans la salle .... Il
était en uniforme de lieutenant du génie; il
était enthousiaste, beau, jeune et vibrant. ...
[1 chantait pour la première fois la strophe :
« Allons enfants de la patrie! ... » « Ce fut
comme un éclair du ciel'! D Et cet éclair
dura toute la vie .... Le jeune homme en retrouva l'éclat jusqu'au moment, où n chassé
d'Uuningue, traqué, perdu un jour entre
le hallon 'd'Alsace et Donon, un jeune garçon
le guida dans la montagne 3 •• .. &gt;J C'était
dans une gorge étroite des Vosges, à peu de
distanr.e de Ribauvillé, sous les sapins. Le
paysan entonna le chant de guerre pour l'ar1. D~s1Rl MQ~~lt:ll, S011vn1irs d'1111 oclogl11aire

de pro,•itice.
2. llhcnr.LET, Tlistoire de ln f/émllllum frattçaisc.

LA, MO~T DE 'J{OUGET DE L1SLE - ~

mée dtt Rhin .. .. Que chantes-lu là? demandait Rouget. - « La ,Jfa,-seillai.se ! répondit
le paysan'. 1&gt; Et, depuis, le chant l'a,•ait
accompagné, toujours chanté par cent mille
voix. Il l'avait entendu en prison; il l'avait
entendu, en 1850, dans les rues de Choisy,
et ,•oici qu'à celte heure mortelle c'était le
même hymne, l'hymne épique, l'hymne guerrier qui rentrait dans la o.bambre et le berçait dans la mort ....
Celle-ci vint bientôt, prit complètement
possession de lui, le coucha sur le flanc,
ferma sa bouche et ses yeux, Quand il passa,
il était minuit. Quelqu'un alluma un cierge;
on monta des fleurs du jardin nocturne et le
bruit des sanglots de ceux qui l'aimaient Je
veilla jusqu'à l'heure où parut l'aube. Ceux
qui rentrèrent au matin, virent alors qu'il
avait les mains croisées, le front calme, et
qu'il semblait tout aussi beau que s'il eût
dormi et ne fût point habité de la mort.
dp

Le surlendemain mardi, à midi précis, eut
lieu la le,-ée du corps. Le cortège parlit lentement de la rue des Vertus; la garde nationale, formant la haie, présentait les armes
au passage; les tambours, voilés de crêpe,
battaient aux champs; le char funèbre, jonché de fleurs, était mené au pas; alentour
marchaient le général Illein, le maire, M. Boivin, MM. Bra et de Guer tenant les cordons;
le deuil était conduit par M. Voïarl. Des mains
pieuses, se souvenant du passé militaire de
l\ouget de Lisle, avaient dispo é sur le drap
noir sa croix d'honneur, son épée d'officier
du génie, une verte couronne de laurier.
Maintenant le cortège avançait dans le soleil,
gagnant le petit cimelière de Choisy. Une
3. Dfsmi:: ~lo:1Nm1, ib.
4. LAMARTr:s&amp;. llisloire &lt;les Girondin,.
5. F~LIX DERIF.G~, Le Siècle, mai 1848.

foule compacte suivait, formée d'ouvriers, de
bourgeois et de paysans. De~ gens étaient
venus de Thiais, de Vitry, d'autres d'Orl}, &lt;le
Villenem·e-le-Roi; il en était venu de Paris et
de toute la région; un peuple enlier était là
qui venait mettre au tombeau le poète de la
Révolution. Et c'étaient des faces sérieuses
de vieux combatttints de Juillet, des hommes
aux mains noires des journées de barricades,
d'anciens officiers de l'Empire, licenciés par
la Restauration et qui retrouvaient, dans le
rang, l'allure correcte et militaire, de petits
bourgeois républicains. À chaque fois que le
cortège croisait une rue, un chemin, un sentier, des hommes et des femmes débouchaient, venus des champs, la bêche ou la
serpe à la main, qui saluaient de loin d'un
geste large. Au cimetière, le général Blein,
Gindre de Mancy voulurent parler, mais ce
fut difficile et l'on entendit plus leurs sanglots que les mots qu'ils voulaient dire. Le
cercueil fut descendu; on le joncha d'immortelles.
A ce moment, le maire, M. Boivin, se
tourna vers la foule; il sembla que son geste
fût compris des assistants, et, tandis que la
première pelletée de terre était jetée dans
la tombe, de toutes les poitrines du peuple
qui était là, monta l'hymne fameux 3 :
Allon.,, enfa11lt de la patrie.
Le jour de gloire esl arrivé! ...

Et celll qui ne chantaient pas, écoutant
les autres, ne pouvaient retenir leurs larmes.
Pauvre Rouget de Lisle, pauvre vieillard
malheureux, dont la vie fut si triste et si
sombre, « le jour de gloire l&gt; arrivait enfin;
toute la France l'annonçait; mais son cercueil
léger ne pesait pas lourd; il fut vite enseveli
et rien ne resta plus, le jour passé, de J"ultime apothéose, qu'un peu de terre remuée
dans le cimetière où, le soir, chantaient les
alouettes.
ED~IOND

Après la Guerre
« C'était, disait Pouyer-Quertier, à I' llôtel
de France, à Berlin; j'étais couché; vers
cinq heures du matin, bruit de bottes et cliquetis d'armes dans les couloirs. Je me
redresse, et j'écoute. On frappe fortement à
la porte.... &lt;&lt; Entrez! » Bismarck parail, en
grande tenue de cuirassier blanc!
&lt;&lt; Vous, Prince? à cette heure?
•
- Oui, moi! j'ai passé la nuit près de
mon Empereur pour traiter nos grandes
aJiaires.
- Eh bien?
- Eh bien! bonne nouvelle, et j'ai \'Oulu
_être le premier à vous l'annoncer : l'Empereur accept,e toutes vos conditions.
- Je n'attendais pas moins de vos influences.... Eh bien, Prince, veuillez passer

V ,-HU!TORIA- -

FASC.

38.

dans mon petit salon; je me lève pour télégraphier à mou Gouvernement.
- Vous pouvez vous lever devant moi;
j" ai été soldat. »
,,.
J'endosse une robe de chambre.
« Et maintenant, dit Bismarck, avant tout,
r~digeons nos conventions. »
Sur une méchante table, à la lueur d'une
l1ougie, Bismarck en grande tenue, moi en
co turne de nuit, nous rédigeons en double :
« Demain, à midi, les troupes prussiennes
auront évacué le territoire français, etc .... u

.

. .

Quand partez-vous, monsieur le Ministre?
- Mais demain, Prince.
- Eh bien! puisque nous voilà bons amis,
je veux que tout le monde le sache; je vons
accompagnerai au départ. A. propos, combien
vous a coûté votre voyage à Berlin?
- Mille francs.
- Vous vous trompez; les chemins de
fer allemands coûtent bien moins que les
chemins de fer français. 1&gt;
&lt;1

PILON.

... Au départ, Bismarck et moi causions
sur le quai de la gare de Berlin ....
« Salignac! dis-je au colonel SalignacFénelon qui m'accompagnait, voulez-vous
aller rêgler le retour? ii
Salignac revient.
« Monsieur le Ministre, nous avons payé
l'aller et le retour.
- Vous voyez bien, dit Bismarck, que
nos chemins de fer coùtent moins que les
-vôtres! »
Trois fois en route, aux buffets, déjeuners
et diners plantureux, parfaitement ser,·is; et
iiuand Salignac se présente pour payer, LouJours cette réponse : &lt;&lt; C'est pour M. le
~inistre plénipotentiaire français? C'est compris dans l'aller et retour! »
Nous finissons par nous apercevoir que les
serviteurs du Prince et sa cave nous suivent
depuis Berlin. Et je rédige cette dépêche :
« Dans ces conditions, les chemins de fer
allemands coûtent moins que les chemins de
fer français. &gt;&gt;
ALEXANDRE DE MAZA DE

'

�LA

VUE DU CHATEAU DE MEuoo~. PRISE Dt; LA PREmERE GRll.l..E, DU CÔTÉ DE l..A GRANDE AVENUE. -

Gravure dt J.

RICAUD.

La duchesse de BerrJ), fille du Régent
Par

cacher sa colère. Quand, après la déclaration
du mariage, le duc de Chartres s'approcha
d'elle pour lui baiser la main, dans la arande
galerie où toute la cour attendait le roi à la
sortie de la messe, elle lui appliqua un vigoureux soufilet. Le prince se retira, couvert de
confusion, tanàis que les spectateurs de cette
scène inouïe restaient muets d'étonnement.
Chose singulière : mademoiselle de Blois,
bien qu'épousant un aussi grand personnage
que le duc de Chartres, crut déchoir. Oubliant les hontes de sa naissance elle ne
.
'
pensait qu'à son père, ce roi-soleil dont la
splendeur et la majesté emplissaient Versailles,_ el, dans l'opinion de ceux qui l'appr~chaient, la France et le monde; elle puisait dans cette pensée un orgueil que ne
tempérait nullement l'humilité qu·eue eùt dû
concevoir du chef dé honoré de sa mère,
comme dirait Figaro. Quoi qu'il en fùt, le
devoir des princei; étant d'assurer à leur race
une de. cendance, le duc de Chartres s'acquitta de son devoir, el son union produisit
des fruits dont le premier fut la princesse
dont nous nous proposons de retracer ici, à
grands traits, !"histoire.
Le père ne reporta pas sur la fille l'antipathie qu'il ressentait pour la mère, et, dès
le berceau, il l'aima. Sans doute il était attiré
vers ce petit être qui semblait son portrait
el montrait déjà qu 'i_l aurait la plupart de ses
défauts. A sepl ans, Elisabeth d'Orléans tomba
gravement malade; le duc de Cbarlres, qui se
piq~ait de connaissances médicales, la soigna
avec un dévouement et un soin admirables,
et il put se dire qu'il l'avait arrachée à la

Corresponda11ce de Madame. d11Ll1es1e âOrléa111,
11ü princt&amp;Be Palatine, publiée par ~- G. Bau~ET;
Mémoire, du duc de Saiut- Simon; 111Ua11ge,,
par Ro1SJl)URo.u~; lUmoiru de .llt111rtpll8; JJiogra•
phit u11iverselu. ek.

naissance-là, Dieu y regarde à deux fois de
le damner. »

Marie-Louise-Élisabeth d'Orléans naquit le

20 août t 695. On ne peut pas dire que ce fut
une enfant de l'amour : ses parents formaient
le modèle des mauvais ménages. L'inclination, d'ailleurs, n'avait été pour rien dans
celte union, que l'orgueil seul avait préparée
et conclue.
Son père était le duc d'Orléans, fils du
frère de Loui XIV, de ce triste personnage,
veuf en premières noces d'Henriette d'Angleterre el remarié à Élisabeth-Charlotte, princesse Palatine. &lt;t Le go~t de ce prince, dit
Saint-Simon, n"était pas celui des femmes, et
il ne s'en cachai.t même pas; ce même goût
lui avait donné le chevalier de Lorraine pour
maîlre, et il le demeura toute sa vie. » Quand
donc Louis XIV, qui ne pouvait se faire à
l'idée que des enfants issus de lui, même par
un double adultère comme avec madame de
Montespan, ne fussent pas aux premiers rangs
dans la famille roJ•ale, chercha 1t marier ses
filles, il jeta naturellement les yeux sur les
.... 258 ..

princes du sang. Jl maria la fille qu'il avait
eue de madame de la Vallière au prince de
Conti, et l'ainée de celles que lui avait données madame de Montespan au duc de Bourbon. llestait la cadette, mademoiselle de
Blois. Il songea pour elle à on neveu, qui ne
porlait encore que le nom de due de Chartres.
La chose n'était point facile à obtenir, surtout à cause de Madame, « la Palatine »,
comme on l'appelait, ftimme du duc d"Orléans et mère du prince que le roi désirait
pour gendre de la main gauche. Cette princesse n'était guère d'humeur à accepter pour
bru cette bàtarde, et son opposition semblait
insurmontable. Le roi ne dédaigna pas de
recourir au plus vif des moyens pour vaincre
cette résistance : il s'adressa au chevalier de
Lorraine, lui promit l'ordre du Saint-Esprit,
et, par lui, obtint le consentement du duc
d'Orléans,
Le duc de Chartres n'osa contredire ni la
volonté de son oncle ni celle de son père, et
se résigna à un mariage qui lui était odieux.
La princesse Palatine dut céder et laisser
faire ce qu'elle était impuissante à empèeber.
Du moins ne mit-elle aucune hypocrisie dans
cette affaire, et ne prit-elle pas la peine de

sivc, qui parut étrange de sa part. Doué d'un
cerlain talent de peinture, il fit son portrait,
mais, par malheur, il commit l'imprudence
de la représenter dans le costume des déesses
antiques qui, plus favorable à la beauté qu'à
la pudeur, n·est pas précisément celui dans
lequel une fille doit s'offrir aux regards de
son père.
De là naquirent des bruits qu'on voudrait
croire calomnieux et qui trouvèrent d'autant
plus de créance qu'on n'ignorait point les
mœurs dissolues, l'irréligion et l'immoralité
du due de Chartres, devenu "duc d'Orléans,
en 1701.
Voltaire, qui tint si longtemps boutique de
petits vers pour les grands, compliments et
injures, passe pour avoir rimé l'accusation, et
on lui attribue un couplet qui se termine
ainsi :
Un

tion sincère, ce grand personna"e eût dif6ci.
lement admis que tous les ho::imes fussent
égaux. F,gaux devant Dieu, il ne le.niait point.

nouveau Loth vous sert d"éroux;

llère des Moabite~,
Puisse bientôt naîlre dii mus
Uu peuple d'Ammonites 1

La princesse Palatine, grand'mère de la
princesse, ne semble pas avoir eu meilleure
opinion de son fils et de sa petite-fille, et
dans un passage de sa correspondance, elle
laisse échapper ce cri mélancolique : «Je partage ,,otre affiiction pour la perte de 1•otre
nièce, mais on a tort de tant regretter une
petite-fille. Mon Dieu! quel bonheur c'eût été
pour mon fils, s'il avait perdu ses trois premières fi!Jes dans leur enrance 1 1Je ne veux
pas en dire davantage. »
Cependant la princesse grandissait. Complètement étrangère à sa mère, soustraite à
son influence, elle avait pris une indépendance
de caractère, une liberté de conduite extraordinaires, grâce aux indulgences excessives
d'un père trop débonnaire, trop complaisant.
Elle allait avoir quinze ans : on songea à la
marier.
Grande, forte, bien faite, avec, toutefois,
une tendance marquée à l'embonpoint, la
princesse avait de la beauté, mais sans son
complément indispensable, ln grice. Ses yeux,
qui ne manquaient point de vivacité, dénotaient un tempérament ardent aux plaisirs,
et faisaient présager ce qu'elle deviendrait
par la suite. Douée d'un appétit formidable,
l'appétit des P,ourbons, elle n'était pas moins
célèbre par sa gloutonnerie que par son goût
pour la boisson. Elle n'était femme à se contraindre .sur rien, et s'abandonnait à tous ses
penchants dont aucun n'était relevé. Telle
était la jeune princesse qu'il s'agissait de
pourvoir d'un époux: à quel prince destinait•
on une pareille épouse?

Cliche Nenrdeln lrtrcs.

mort. Il n'en conçut pour elle qu'un plus
grand attachement, trop grand même. Il témoigna à celle fille chérie une affection exces-

En ce temps-là vivait à la cour, y occupant
une situation brillante, un seigneur d'importance qui jugeait de son devoir et de son inlérêl de se mêler à tout ce gui touchait à la
famille royale: c'était le duc de aint-Simon,
fils d'un favori du roi Louis XllI. Bien que
profondément religieux et même d'une dévo-

puisque sa religion le lui enseignait comme
une vérité; égaux devant les hommes, c'était
une autre affaire. Pour lui, le roi et les princes
du sang étaient des êtres supérieurs, mais
entre eux et la noblesse, qui ne devait point
elle-même être confondue avec le reste de
l'humanité, il y avait les ducs, caste intermédiaire à laquelle il donnait un rang particulier, et dont les privilèges lui tenaient fort
à eœur.
Le duc de Saint-Simon s'éL'lit lié fort étroitement avec le duc d'Orléans. Ils étaient à
peu près du même âge. Le prince appréciait
les qualités de Saint-Simon, le1ruel pardonnait les défauts du prince, en faveur de sa
très réelle bonté, et en raison aus i de l'honneur qui rejaillissait sur lui d'une si haute
amitié. Toutefois, ces sentiments n'eussent
peut-être pas suffi à jeter Saint-Simon dans
une intrigue matrimoniale s'il n'y eût été
poussé par un calcul personnel.
A celle époque, f 7JO, après la série des
malheurs de la guerre entreprise au sujet de
la succession d'Espagne, après Ramillies,
Oudenarde et Malplaquet, la gloire du .roisoleil avait subi une éclipse profonde, et les
temps n'étaient plus où l'Europe éblouie considérait comme un bonheur une alliance aYec
la famille royale de France. De plus, l'état
mi érable où se trou raient réduites les finance
du royaume rendait malaisée la con titution
d'un riche apanage.
On n'avait trouvé pour marier les deux
petits-!ils du roi, le due de Bour0aoane et le
.
0
duc d'AnJou,
que des princesses de la
maison
de Savoie, maison glorieuse assurément par
son ancienneté, mais qui ne brillait point en
Europe par l'éclat de la puissance, et qui, en
outre, ne passait guère pour riche, puisque

1. La P,rincesse ~al~tine f1it allusion, en milme
Lemps qu a la tille 1mee de son fils, i mademoiselle

de Chartres, de,enue plus tard abbesse de Chelles, el
à mademoi~ellc de Valois, qui fut mariée au duc de

Modène, et tlont la vie prh·ée ne fui point
de scandales. .

PAUL OAULOT

Ce fut une singulière destinée que celle de
celle prinœsse qui, pendant deux ans, put
presque se croire la future reine de France,
et qui mourut femme d'un très obscur gentilhomme. Son existence offrit, d'ailleurs,
tant d'autres bizarreries! Commè si elle eût
prévu la fin si prompte qui devait borner à
vingt-quatre années la durée de sa vie, elle
eut une fureur de jouissances dont l'éclat
scandalisa ses contemporains, et lui vaut, à
défaut de l'admiration, l'attention de la postérité. Ce nom seul de fille du régent a son
éloquence; ratavisme, dont l'influence ne
saurait être niée, a sa part dans les actes
étranges de cette femme : il y eut assurément
dans ses folies de la folie. Aussi se sent-on
désarmé devant celle créature agitée et malheureuse; l'on est tout disposé à la juger
avec quelque indulgence. Volontiers l'on répéterait à son sujet, en en modifiant légèrement le sens, le mot de la maréchale de la
lleilleraye sur le cllevalier de Savoie : a Pour
moi, je suis persuadée qu'un homme de celle

DUCHESSE D"E BE~~Y. FTLl.'E DU 'JtiGENT

MARIE•J ,OUISE·ÉLISABETH o'ORLÈA'iS,
DUCUESSE DE BERRY.

Gravnre ~

d'après un tall~au au:temps.
(Musée de l'ersallles. )

BARBLER,

exemple

�, - fflSTO'RJ.ll
les dols promises n'avaient pas été paJées ou
L'avaient été fort mal. Victor-Amédée n'avait
pas de troisième fille à donner au troisième
petit-fils de Louis XIV : le duc de Berry semblait donc un parti réservé :i quelque princesse du sang.
Telle avait été la pensée de la duchesse de
Bourùon, femme du petit-fils du prince de
Condé, le vainqueur de Rocroy. La duchesse
de Bourbon étaiL mademoiselle de Nantes,
fille aduJtérine du roi et de madame de Montespan; elle pensa que ce serait une affaire
merveilleuse que de marier sa fille arec le
duc de fürry, et de faire rentrer par cette
union sa postérité dans la vraie fami11e royale,
celle qui venait d~s mariages, et non de la
famille naturdle issue des caprices ropux.
Or, le duc de Saint-Simon se trouvait en
fort mauvais termes avec Ja duchesse de
Bourbon, e1, comme il n'avait négligé aucune
occasion de lui témoigner son hostilité, il
comprit fJUe, si pareil mariage s'accomplissait, c~)a porterait au comhle la faveur dont
jouissait la duchesse de B&lt;rnrbon vis-à-vis du
Dauphin, père du duc de Berry, et que la cabale de son ennemie ne manquerait pas
d'écraser le duc et la duchesse d'Orléans, et
lui-mèmë, pa!" contre-coup.
Certes, il aimait le duc d'Orléans; il s'aimait encore plus, et son intérêt lui donna
grande clairvoyance. a Je me trouvais ainsi,
dit-il, dans la fourche fatale de voir dès maintenant, et plus encore dans le règne futur, ce
qui m'était plus contraire, ou ceu1 :i qui
}'étais le plus attaché, sur le pinacle et dans
l'abime, avec les suites personnelles de deux
états si différents, sans compter le désespoir
ou le triomphe, et la part que je pouvais avoir
à parer l'un, à procurer l'autre. li n'en fallail
pas tant pour extjler puissamment un homme
fort sensible et qui savait si bien aimer et
haïr, el je ne l'ai que trop su toute ma
vie. »
11 songea aussitôt à pousser le duc d'Orléans à solliciter pour sa fille aînée cette
alliance avec le duc de Berry. Il trouva dans
la duchesse une aide puissante. Sœur de la
duchesse de Bourbon, puisque, comme elle,
elle avait pour père Louis XIV et pour mère
madame de Montespan, la duchesse d'Orléans
avait fait les mêmes rêves que sa sœur, el son
désir n'était pas moindre de rentrer, par sa
fille, dans la famille légitime ùu roi de France.
La grandeur de l'alliance et l'éclat qui en rejaillirait forcément sur lui mirent le duc
d'Orléans dans le projet. Bientôt donc des
batteries parallèles furent dressées; Orléans
et Bourbons commencèrent le siège de ce fils
de France.
Ce qu'il y eut de plus remarquable, peutêtre, dans Loule celle affaire, c'est que le principal intéressé fut compté à peu près pour
rien. Bien qu'il eût vingt-quatre ans, on le
traita comme un enfant à qui on impose une
volonté, et l'on se montra, de part et d'autre,
prêt à abuser de son naturel timide, de son
caractère dou1 el craintif, et en un mot de la
faibles~e d;.un prince qui, dans une cour où il
avait eu sous Les yem tant d'exemples faciles

,
à suivre, était encore novice sous le rapport
de la galanterie.
Les vrais obstacles qui s'opposaient aux
désirs du duc el de la duchesse d'Orléans venaient du roi et surtout de Monseigneur le Dau•
phin. Le roi ne manifestait pas trop ses sentiments; cependant il y avail grande chance
pour qu 'il Iùt plulôl hostile que favorable.
Un jour, le duc d'Orléans lui toucha un mot
de ce projet de mariage, ajoutant que, s'il se
faisai L, cela le consolerait de bien des froissements que lui avait causés la faveur des bâtards, le duc du Maine et le comte de Toulouse.
- Je le crois bien! répondit le roi d'un
ton sec, avec un sourire amer et moqueur.
Quant à Monseigneur, il ne cachait pas sa
,·olonté contraire, et il la manifesta certain
jour où, devant lui, la duchesse de Bourgogne disait, après force éloges de Mademoiselle,
que c'était là une vraie femme pour le duc de
Bt!rry. A ces mots, Monseigneur s'emporta,
et, faisant allusion à l'ambition qu'on avait
prêtée au duc d'Orléans de devenir roi d'Espagne à la place de Philippe V, il répondit
que.cela serait, en effet, fort à propos pour le
récompenser du rôle qu'il avail joué au delà
des Pyrénées. Puis, après cet éclat, il sortit
brusquement.
Il n'y avait guère à espérer un changement
d'idée chez ce prince extraordinairement
borné, qui, retiré à Meudon, partageait son
temps entre la table, où il se livrait à des
orgies de poissons, el mademoiselle Choin, sa
maitresse, « qui possédait la plus grosse
gorge qu'on eùl jamais vue ». JI ne savait pas
résister au charme de « ces timbales ». A
peine dérobait-il un instant à ses occupations
pour jeter un coup d'œil sur la Ga;,elle de
France, afin d'y chercher ce qui seul l'intéressait: la liste des morts et les mariages.
Le duc de Saint-Simon comprit qu'en présence de tels obstacles il fallait, pour réussir,
des concours nombreux et puissants, qui parviendraient à faire déclarer le roi el à rendre
vaine par là l'opposition du Dauphin. li mit
dans son jeu la duches e de Villeroy, qui avait
de l'inllueoce et sur madame de Maintenon
el sur la duchesse de Bourgogne, le duc de
BeauvilJier , le maréchal de Boufflers; enfin,
il cbercha à obtenir l'appui, sinon du cid, ce
qui n'était pas :i sa portéP, du moins de ceux
qui parlaient en son nom, des Jésuites.
La chose ne fut pas trop malaisée, car les
Jésuites se trouvaient alors mal disposés pour
la duchesse de Bourbon, et portés, au contraire, du côté du duc d'Orléans. Ce prince
avait conservé pour confesseur, Lien qu'il
n'usât point de lui en cette qualité, un des
leurs, le Père du Trévour.. C'élail un gentilhomme de Bretagne, de bonne naissance,
mais très court de sens et d'esprit, et, somme
toute, assez ridicule; il n'avait qu'un mérite :
il étaiL ami intime du Père Tellier. Par lui,
on pouvait faire dire à ce puissant Jésuite
tout ce qui paraîtrait nécessaire pour le rendre favorable au projet, ce qui permettrait,
en temps opportun, d'user de la grande influence du Père Tellier sur le roi.

- 26o ...

Mai Saint-Simon ne se fia pas au seul Père
du Trévoux ; il lui adjoignit le Père Sanadon,
non moins ami du Père Tellier, mais plus
intelligent. li leur parla du projet qui lui
tenait au cœur comme d'une chose toute dans
l'intérêt de leur Ordre,« leur donnanl, dit-il,
envie pour l'amour d'eux-mêmes du mariage
de Mademoiselle &gt;&gt; . li eut bientôt le plaisir de
constater qu'il les avait gagnés à sa cause.
« Les Jésuites, à qui rien n'est indiO'érenl, et
moins les choses majeures que les autres,
c'est•à-dire le Père Tellier et ce conseil si
étroit, si inconnu même des autres Jésuites,
par qui tout le grand et tout l'important se
régit parmi eux, s'alfeclionnèrent à celle-ci
comme à la leur propre, et se rendirent
d'eux-mêmes capables de tout concerter avec
nous, et d'entrer en part des conseils et des
exécutions. Ils deYiarent donc un tl'ès puissant instrument .... n
« Telles furent le~ machines el les combinaisons de ces machines, que mon amitié
pour ceux à qui j'élais attaché, ma haine
pour madame la duchesse (de Bourbon),
mon attention sur ma situation présente et .
future, surent découvrir, agencer, faire marcher d'un mouvement juste et compassé, avec
ou aceord euct et une force de Jevier, que
l'espace du carêmt' commença et perfectionna,
dont je sais ioules les démarches, les em•
barras et les progrès par tous les divers côtés
qui me répondaient, el que tous les jours
aussi je remontais en cadence réciproque•
ment. 1)
Le résultat de ces belles et savantes manœuvres fut qu':i la fin du carême madame
de ~fain1enon se montra bien disposée et le
roi sans éloignement pour la conclusion du
mariage. Il importait de consolider ces impressions favorables, et surtout d'empêcher
les intrigues de la partie adverse, qui semblait décidée à ne reculer devant rien. Dès œ
moment, en effet, des bruits circulèrent qui
prêtaient au père et à la fLlle des passions
incestueuses. Us parvinrent aux oreilles du
duc de Saint-Simon, qui crut devoir les rapporter à la duchesse d'Orléans. Il était de
toute nécessité de presser l'affaire. Tous deux
s'unirent pour déclarer au duc d'Orléans
qu'il fallait agir sans tarder, c'est-à-dire
parler au roi.
A cette proposition, le duc « se hérissa ».
En vain lui présenla-l-on les arguments les
plus propres à modifier son opinion; en vain
le pria-t-on et le supplia-t-on, il répondit
« qu'il n'avait ni le front ni le courage de
parler, et que, s'il le faisait dans celle disposition, ce serait si mal qu'il ne ferait que

gâter son affaire 1&gt;.
La duchesse fut désespérée d'un refus qui
ruinait ses espérances; quant à aint-Simon,
il n'abandonna pas la partie, et se mit en tête
de rédiger pour le compte du duc d'Orléans
une leure au roi. Il se flattait que lorsqu'il
ne s'agirait plus de parler ce prince montrerait moins de réserve.
Il ne se trompait pas, le duc trouva hon
le procédé, et recopia la lettre qui commençait ainsi :

_______________

LA DUCHESSE DE
SIRE,
« Plusieurs pensées m'occupent et me pé- mariage l~j fait tout craindre.... li n'y a qu'un
nètrent depuis longtemps, que je ne puis moyen d effacer ce~ divisions fâcheuses qui
plus_ me. ref1~ser de représenter à Votre Ma- menacent de désum~ la famille royale, c'est
de reprendre le proJet qui semble avoir été
Jeste, pms_qu elles ?e peuvent lui déplaire, et abandonné.
que, depms_peu, diverses occasions ont telJemen_t grossi dans mon cœur et dans mon
&lt;&lt; C'est donc, Sire, mon extrême et resespr1_t les se~tim.en~s qu'elles y font naitre
pectueuse tendresse pour îotre personne
que Je ne pu~s que Je ne les porte aux pieds
de Votre &amp;faJesté, avec cette confiance que m~n attachement pour celle de MonReigneur'
qui, plus que tout, me fait brûler du dési;

BE](,J(_Y, r11.L'E DU J{ÉG'ENT - - ,

(l

LOUIS D
E

p

RANCE

(

LE GRAND DAUPHIN) , FILS DE

Loms XIV,

Suit une longue énumération des biens
dont le roi se plait à combler sa famille. lui
seul_ en est excepté. Quel en est le m~Lif?
A.-t-11 encouru la défaveur du roi?
Le silence que le roi garde sur ce projet de

à

Cliche Neurdcln frères
AVEC SA FEMME ET

•
SES ENFANTS. -

vos ancienne~ b~ntés, et, si j'ose l'ajouter,
que le san~ mspll'ent; et je le fais par écrit
dans .~a cr~mte de ma plénitude, qui esl telle
~e J aurai!- appréhendé de vous parler trop
diffusément.
.(( Il Ya deux ans, Sire, que Votreàfajestéfit
n_attre en moi des espérances flatteuses du mariage de M. le duc de Berry avec ma fille .... »

on
. . interrogeait le Père Tellier sur le·~ dispos11t~ns mor~les ?u roi, Saint-Simon interro~e:iit le ch1:urgien Maréchal sur ses dispos1llo~s physiques. ~t huit jours après, ayant
arpr1s par ~ d~rm~r que le roi se portait
?•en «et avait éte gaillard à son petit lever &gt;&gt;
Il poussa le duc d'Orléans, qui ~e décida
remeure la fameuse Jeure.
Le roi l~ prit, non sans surprise' la lut
avec attention dans son particulier, et en

Tab~au 1k MIGNARD. (Musée du L ouvre.)

d~ me voir r?pprocher de Votre Majesté et de
goùta les raisonnements. Toutefois, il ne
par les lie~ le,s. plus étroits et les plus
voulut point se décider avant d'avoir consulté
rnt1m~s, ce qui, d ailleurs, terminant toute
le
Père Tellier. Celui-ci, naturellement, lui
aversion, et me donnant lieu de m'unir par
montra les avantages d'un tel mariaoe el
~a seconde 6Ue avec Madame la duchesse,
l'engagea vivement à faire prévaloir sa ;ol~nté
bera son fils à M. le duc de Berry par un
su~ celle de son fils, toujours opposé à une
honneur semblable à celui que mon Jils en
alliance avec la branche d'Orléans.
recevra lui-même .... &gt;&gt;
Le roi n'hésita plus; il signifia à Monseigneur sa ,·ol~nté de marier le duc de Berry
La letlre é~rite, recopiée, restait à la pré~ vec Mad:mo1s_elle, et Monseigneur, troublé,
seo~er au ~01. Ce n'était point une mince
em.u, mus ple10 de crainte, accorda le conaffaire, car il fallait choisir un moment opse~tement qu'on exigeait de lui en termes
portun. Il est plaisant de voir comment on
qui.
ne permetta_ient plus de faux.fuyants.
s'y prit; Landis que par le Père du Trévoux
Ceci se passa le dimanche fer juin 1710 .
~111.

... 261 ...

�ms T 0-1{1.ll
Le lendemain, le roi demanda au duc de
Berry Il s'il serait bien aise de se marier i&gt; .
Le jeune duc, galant des moin· entreprenants, pensait se mieux tirer d'aIT.ure aYec
une rem.me qu'avec une maitresse; il en ~illait d'envie. Et, comme son frère el sa bellesœur, le duc et la duchesse de Bourgogne,
l'avaient adroilemenl préparé en faveur de
Mademoiselle, il répondit à son grand-père
qu'il lui obéirait avec b plus grande joie.
Tout allait donc bien. Monseigneur luimême ne ,·oulut pas mettre une ombre à ce
laùleau. Quand le duc et la duchesse d'Orléans e présentèrent au cbàtean de leudon
pour faire le compliment obligé, il jugea l'ocsasion bonoc de « hausser le coude » et but
« au. beau-p~re, à la belle-mère, à la bellefille et à toute la compagnie 11. Jamais on ne
le vit si gai.
eule, la duchesse de Bourbon oe ul p:is
cacher sa déconvenue et témoi!!Ua à sa sœur
la duchesse d'Orléans un dépit insolent qui
n'eut d'antre effet que d'ajouter à ln sati faction qu'éprouvait r,e.lle-ci.
Le mariage fut céléhré le dimanche 6 juillet, à midi, par le cardinal de Janson, grand
aumônier, en présence du roi, des personnes
rol·ales, des princes el des princes es du sang,
el des bâtards, qui figuraient dans toule
les cérémonies, comme s'ils eussent fait par-

tie de quel-tue caste reconnue et admise.
Le soir, le souper eut lieu chez la duchesse de
Oourgogne : il n'! eut que vingt-buit coo,•iYes.
« Au sortir de table, le roi alla dao l'aile
neuve à l'appartement des mariés. Toute la
cour, hommes el femmes, l'attendaient en
baie dans la galerie et l'y soh-it avec Loul ce
qui avait été du souper, rapporle aint-Simon.
Le cardinal de Janson Hl la bénédiction du
lit. Le coucher ne fut pas long Le roi donna
la chemise à M. le duc de Berry .. .. J'y tenais
le bougeoir .... Madame la duchesse de Bourgogne la donna à la mariée, présentée par
madame de Saint-Simon, à qui le roi fil les
honnèletés les pins di tinguées . Les mariés
couchés, M. de Beau,·illiers el madame de
Saint- imon tirèrent le rideau chacun de leur
côlé, non sans rire on peu d'une telle fonction ensemhlP . ... »
Le duc de aint-Simon pom·ait 'applaudir
de son habileté et du uccès qui avait couronné toutes .!JS manœuvres. Cependant sa
joie ne fut pas complète : le pauvre duc
ubit alors une blessure dont on ne comprend
bien la profondeur que lorsqu'on a pu sonder
son incommensurable vanité. Ne s'avisa-1-on
pas de vouloir faire de madame de .. aintSimon la dame d'honneur de la nouvelle duchesse de Berry~ C'était là, paraît-il , une
façon de déchéance, car il s'agi sait d'une

« cconde place t&gt; qui ne comenait ni à sa
dignité ni à a naissance. li faut rendre justice au duc, il résista avec une ténacité admirable, multipliant les refus et donnant de sa
conduite les raisons les meilleures à son alil-;
mais le siège de chacun était fait. Le roi
imposa sa îolonté dans cette grave affaire,
et, tout comme Mon.eiimeur pour son fils,
Saint-Simon dut céder pour sa femme.
Ce déplaLir empoisonna son triomphe.
Toutefois, l'on ne peut se défendre de trouver quelque peu plaisante l'ingénuité des
plaint.es donl il assaisonne le réeil de œlte
aventure. « ~ous sentîmes à quel point on
agit en aveugle dans ce qu'on désire avec le
plus de passion, et dont le succès cause plus
de travaux, de peioe et de joie; .•. nous gémlmes du malheur d'avoir réussi dans une
affaire que, bien loin d'avoir entreprise et
suivie au point que je le fis, j'aurais traver. éc avec encore plus d'aetÏ\'ité, quand
môme Mademoiselle de Bourbon en eîu dû
profiler et l'ignorer.... •
Il est vrai qu'il ajoute : a si j'avai su le
demi-quart, que dis-je! la millièi,ne pnrlie
de ce donl nous fùmes si malheureusement
témoins ». Mais il n'est pas téméraire de
penser que a douleur consi ta urlout à en
être témoin de trop près, et madame de
aint-Simon pareillement.
(A suivre. )

Le roi Jérôme
~

Un matin de mars 1848, je ,is entrer
dans mon salon de la place Royale un bomme
de moyenne taille, d'environ soixanLe-cinq ou
six ans, a.yaul on habit noir, un ruban rouge
et gros bleu à la boutonnière, un pantalon à
sous-pieds, des bottes vermes et des gants
blancs. C'était Jérùme Napoléon, roi de
Westphalie. ll avait une voa tr\s douce, un
sourire cbarmant, quoique un peu limide,
les cheveux plats et gri onnant , et quelque
chose du profil de l'empereur. Il venait me
remercier de son retour en France, qu'il
m'attribuait, el me prier de le faire nommer
ouveroeur des Invalides. Il me conta que
M. Crémieux, membre du goll\'ernement provisoire, loi a,·ait dil 1a veille : « Si Victor
llugo le demande à Lamartine, cela sera.
Autrefois tout dépendait de l'entrevue de
deux empereurs, maintenant tout dépend de
l'entrevue de deux poètes. " J'ai répondu au
roi Jérôme : • Dites à M. Crémieux que c'est
lui qui est le poète. »
0

~

En no,·embre 184 , le roi de Westphalie habitait au premier au-dessus de l'enLresol, rue d'Alger, n° 5. Il avait là un petit
appartement meublé de velours de laine et
d'acajou. Son salon, tendu en papier gris,

éclairé par deux lampes, était orné d'une
lourde pendule dan le gotll empire el de
deux tableaux peu authentiques, quoique le
cadre de l'un porl.àl le nom : Titien, el le
cad1·e de l'autre le nom : Remb1·anclt. Il y
avait ur la cheminée un buste en bronze de
Napoléon, re buste com·enu que l'empire
nous a légué. Les seuls vestiges de son exi tenee royale qui restassent au p!'ince étaiC'nl
on argenterie et la vais. elle ornée de couronnes royales richement gravées el dorées.
~

Jérôme, à cette époque, n'avail que
soixante-quatre ans el ne les paraissait pa .
ll avait l'œil vif, la sourire bienveillant el
charmant, la main petite et encore belle. 11
était babiluelh ment rêtu de noir avec une
chainette d'or à sa boutonnière où pendaienL
trois croii, la Légion d'honneur, la Couronne
de fer et !:on ordre de Westphalie, créé par
lui à l'imitalioo de la Couronne de îer.
Jérôme c:iusail bien, avec grâce toujours,
et souvent avec esprit. li était plein de sou\'enirs et parfait de l'empereur avec un mélange de respect et de [raternilé qui était
touchant. Un peu de vanité perçait en lui,
j'aurais préféré l'orgueil. Du re le, il prenait
avec bonhomie toutes les qualification variées que lui attirait cette situation étrange
d'un homme qui n·e.st plu roi, qui n'est
plus proscrit et qui n'est pas citoyen. Chacun le nommait comme il voulait. LouisPhilippe l'appelait Àltesse, M. Iloulay de la
Meurthe lui disait : ire et Votre ,Uaje ·té.

,,

.... 262 ....

PAUL

GAULOT.

Alexandre Dumas l'appelait 1tlonsei9neur. 1c
lui disais : Prince, el ma femme lui di.ait :
Jlo11. ieut·. Il mettait sur sa rarle : le gené.1·al (Jonaparle. A sa place, j'aurais comprL
autrement .a po ilion. Roi ou rien.
~ En 1847, le lendemain du jour où Jérôme, rappelé de l'eiil, était rentré à Paris,
comme le soir venait et qu'il avait ·auendu
vainement son secrétaire, s'ennu}ant el seul,
il ortit. C'était la fin de r été. Jérôme était
de cendu chez sa fille, la princesse Demidoll,
dont l'hôtel louchait aux Champs-Él1sées.
11 tra\·ersa la place de la Concorde, regardant tout autour de lui ces statues, ces ohé-li ques, ces fonlaines, toutes ce choses nou"elles pour l'exilé •qui n'a,aiL pas rn Paris
depuis trente-drux an . Il suivit le quai de.
Tuileries. Je ne sais quelle rèverie lui eutrail
peu à peu dans l'âme. Arrivé au pavillon de
Flore, il entra sous le guichet, tourna à
gauche, prit un escalier connu sous la voùte
el monta. Il avait monté deux ou trois marches,
quand il se sentit sai ·ir par le bras. C'était le
portier qui courait après lui.
&lt;t Eb l monsieur, monsieur I où allez-vous
donc?» Jérôme le regarda d'un air surpris
et répondit: c Parùleu! chez moi. »
- A peine avait-il prononcé ce mot quïl se
réveilla de son rêve. Le pa sé l'avaiL enivré
un moment. En me conta.nt cela, il ajoutait:
« Je m'en allai tout honteux, en faisant des
e1cuses au portier. »

VrcroR HUGO.

HENRY BORDEAUX

+

Rosalie de Constant
La Chablière.

d'arbres de toutes essences, est un fouillis de
verdure. A son extrémité se trouYe l'emplace~e.nt, formé par quatre tilleuls, où Benjamm Constant voulait dormir son dernier
sommeil. Un des tilleuls a péri ; les trois
autres se dressent toujours, droits et fiers,
au1 t:oncs ~ormes•. Mais cet emplacement
est mieux fait pour mspirer le goùt de la vie
que pour exciter en nous le sentiment de la
mort. Ce pay i1ge est plus aimable que mélancolique.
Dans ces allées de pare, entre ces tilleuls
se sont promenés BenJamin Constant, ~Jme d;
taèl, ~(me de Charrière, lime Récamier.
Tant d ombres charmante habitent encore
ce~ l_ieux. Il en est u~e que je voudrais plus
spec13lement ressusciter : celle de Ro alie
de Cons~t, cousine de Benjamin, qui, dans
ses « caluers verts Il. nous a laissé de i
curieux souvenirs sur les ruptures et les raccommodement de son alfreux et séduisant
cousin el de fme de taël.
Celte Rosalie de Conslant est mentionnée
dan une ph.rase des Jfémoires d'outre-tombe:

Tandis que les fer"enls de Mme de Staël
dont l'inépuisable correspondance continue d;
défrayer les revues et les di eu sions, vont
chercher on souvenir vÎ\'aot sur les bords du
lac de Genève au chàteau de Coppel, dont
M. le comte d'Uaussonville. fait les honneurs
avec une grâce parfaite, le ami de Benjamin
Constant - ce maitre charmant de la ver:.atililé politique, qui fil Lant et de si mauvais
élèves - se croient moins favorisés pour
retrouver les traces d'Adolphe ou continuent
de l'enc~ainer à. Ellénore. Je leur indiquerai
la Cbablière, qm est au midi de Lausanne el
sur la mème rive que Coppet.
On y parvient par la roule de \allombreu~e
qui d'un peu haut suit le lac entre des bai~
vertes el ~e grilles de ,·illas qui, par in tervalles, laissent apercevoir un coin d'eau
bleue. De Lausanne, il raut vin"t miaules
de voiture. La CbablièM est aujourd'hui compo~ ~e deux villas entourées d'un parc.
Mais l une. de ces villas, celle habitée par
Y~e Eugéme Pradès dont les romans pessirrustes sont très goûté dans la Suisse roma~de, est tonte neuve. L'autre, seule, est
ancienne; en~re_les dew: pavillon qui l'cnserr~nt ont-1ls elé construit · au cour· du
dermer siècle. L'ancien bâtime11t lui-mème
porte bien des traces de changements et de
restauratious. Détail bizarre, son fronton,
comme ceux ~e pal'illons, est orné de guirJand_es funéraires. La Cbablière, propriété de
famille des Constant, habitée par Benjamin
enfant, apparlmt plu tard à lord tratford
Canning, plus c·onnu sous le nom de drall'ord
de Redclife, cousin du célèbre hommtl d'État
a.ngla.i'. li y .perdi~ sa femme âgée devi11gl
ans, après six mms de mariage, en i 18;
celle-ci est ensevi-lie dans l'église de Lausanne. De dése. poir, il en fit porter Je deuil
à sa maison méme.
. _De la terrasse, l'œil. peul ~ui~re le lac qui
fu1l ver · Genhe. el qui, vu ams1 dans salonBENJ.Uilll CoNSTA.',T,
gueur, _parait illimité et emblable à la mer.
o·atrts '" lltlwgraf'h~ d~ DESM.ARAIS,
Les v01les latines qui viennent de Savoie
décorent ses eaux comme de grands cygnes
et. les 1?-onta~oeb qui ferment l'autre rive: « M. de Constant, cousin de Benjamin, el
boisées Ju·qu au sommet, sont un spectacle
Mlle de Constant, vieille fille pleine d'esprit,
de douceur el de repos. Le parc, composé de vertus, de talents, habitent leur cabane
BlllunGR&amp;~u1e. - Rosalie de Co,utant, ,a fa.mille
et su am~, (l 758-_llij~J. riar Lucie Achar,!, ~ volume;' (Eggiman, éditeur il Genève).
Vo!r 1uss1 Lell~es de Bc11ja111in Cotutmil à Ill
f &lt;!imlk ( l775-11!SO), prJcédées d'une introduction
,t aµr des lellre$ el des d,ocnments inédits. ar
Jean U. ~e.nos (Albert Lame, éditeur, 1888)/et

l'!"rl!a,t de Be11jamin Co111tant, publiê par ~Ille tllé-

Jegar1 10lleo?or1T, ëditeur), clllin la CoM'e!poodance
de t,)1.al&lt;'aubr1and avec lladame de Colleos (18':!ti-1836),
publilltl fllJ' Je Corrupomiant, numfro du 25 aoill
1901.
'
. 1. Y. Philip~ . G~et prépare, 5ur llme de Charrière el la SOCJ.~le smsse, un ouvrage donl il a déjà

.. 263 ..

~~ ou_s-Terre, au bord du Rhône .... » Par
l mléret qu'elle prit à tous les événements
au~quels elle assista, elle avait droit à une
peute_place _dans l'hi toirn de son temps. Elle
y ava1L droit encore, parce qu'elle est une
fi~re o~i~ioale, et parce que la ociété "audo1~e, Vls1lée tour à tour par une .Mme de
Stael, par un Joseph de Maistre, par un Chateau~ri~nd' présentait alors un caractère tout
particulier. Celte place, on vient de la lui
accorder. Une de ses parentes, Hie Lucie
Ac.bard,' consacre à sa mémoire deux volume.
édités a Genè\'e, au cours desquels elle lui
donne. le plus souvent la parole, el la lais e
se pemdre elle-même au naturel dans les
fameux cahierJ1 verts où elle consignait pèle•
D_1êle tou_t ce qui la frappait, recelles de cuis.tne, :m?m.es philosophiques, conseils pra~4ues, det~ils de famille, sentiments intimes,
\-1e de s0C1élé el événements historiques. Et
san doute ces deux volumes eu cnl oaené à
ê~-re conden és en un seul; en outre, u1~ peu
d ~r~re, quelques divi ions, une façon plus
pr~clSP. de pr~enter les diver · personnages
cr11 Y apparai eut leur auraient procuré
l a~rément des ouvrages clairs et harmonieux,
et iJ~ semblent un peu trop destinés à un
pub~•~ de famille, ~éjà mis au courant par la
trad1t1on. Enfin, ils sont écrits dans une
langue un peu surannée, et qui fait souvenir
de lme de Genlis. De phra es comme celle-ci
nou_- rajeuni. sent d'un iècle : « Le dieu
Cupidon ~-t-il joué nu rôle à celte époque
dans la vie de notre jouvencelle1 » Malgré
1~u_s CS dé.faut , le livre garde cet attrait des
V1e11les maisons de campagne où l'on oublie
de regarder les parquets usés, le tapisserie.
fanées 1:'t les meubles sans style parce que le.
fen~lre~ ou\:ent sur les prairies et les boi .
Il n a rien d apprêté et De témoigue d'aucune
prélention, el il est bourré de détails de
petits _faits véridiques, comme il convie~L à
?ne luographie de vieille fille : « Ce sont
Justement les petits détails intimes les
fine ses qui vous attachent à l'histoire. d'uoe
àm~. », 11 no_us oll're un triple intérêt, le
r~!t d une vie humaine pré entée dans sa
mité, le tableau d'une société provinciale à
la fin du nm• siècle et au commencement
du m.•'' enfin quelques portraits et jugemen~ sur les grands homme.~ de passage el
s~1aleme.nt sur les amants de Coppet, aussi
agités que ceux de Venise.
publié quelque, fragments dans la Bibliothlque
.
verselle do Lausauue.
umU~ ècri~ain allernond, M. Ludwig Gi!ifcr, a µuhli é
aussi un h-re, TJ,tr~,c B~bcr, Ôw· conl1en
. l d e nomb
. re_u;i; d0e:u~eots sur '.llme de tarrière el toute ,

soc1etâ 11 ller11re vaudoise el neuchatero· d
temp~.
lSC
Il

�1l1STO"RJ.J!
II
Histoire d'une vieille fille.
Une vie , pour être bien remplie, n'a pas
besoin de beaucoup d'événements. Le devoir
quotidien, si simple qu'il soit, surfit à l'occuper et à l'embellir. Rosalie de Constant
vécut à la campagne, se dévoua à son père et
à ses frères, refusa de se marier, fit partie,
sans lui donner tout son cœur, de cette société
de Lausanne, si intelligente et cultivée, qui
se groupait autour de Mme de Charrière de
Bavois et de la baronne de !fontolieu, et mourut à un âge avancé sans avoir jamais quitté
son pays qu'une seule fois, à quatorze ans,
pour se faire soigner à Paris par Tronchin.
N'allez pas croire, après ce résumé, que celle
vie est sans attrait.
Rosalie naquit à Genève le 5i juillet f 758.
Mais ses parents l'emmenèrent bientôt dans
leur propriété de Saint-Jean, qui domine la
jonction de l'Arve avec le Rhône, en aval de
Genève, L'enfance à la campagne, plus libre
et plus saine que dans les villes, est un grand
élément de bonheur. l\osalie ne put guère
l'apprécier. Son père, qui se plaisait un peu
trop dans la société des femmes, et lirait
avantage d'une figure agréable, s'absentait
fréquemment et longuement. Sa mère souffrait de ses absences, et montrait d'habitude
un visage triste, quoique joU; elle mourut
toute jeune, en i 766, laissant quatre enfants
dont l'aînée était notre héroïne. Enfin ses
grands-parents étaient rudes et austères. La
mode n'était pas alors de gàter les petits. On

vant mignon, minaudait et paradait devant
une glace. Volta.ire était plus indulgent. Il
habitait alors les Délices et voisinait avec les
Constant et les Pictet. Avec ses frères el sa
sœur, nosalie jouait dans son jardin, el
jusque dans son cabinet de travail. « Dans
ses temps de misanthropie même, écrit-elle,
il voulait toujours revoir ses anciens voisins
et recevait bien jusqu'aux enfants. Il les laissait jouer dans sa bibliothèque avec un grand
léopard empaillé placé au milieu, ouvrir ses
livres, regarder ses estampes. Les voyant un
jour oter les hannetons d'un arbuste : &lt;( Oh !
« dit-il, je suis bien heureux, je n'avais plus
« que deux ennemi", les turcs et les banne« Ions. Catherine me tue les turcs, vous me
&lt;( délivrez des hannetons .... »
C'est en jouant à Saint-Jean que Mlle de
Constant fit une chute dont elle se ressentit
toute sa vie, et qui lui déforma la taille. Elle
passa à Paris l'hiver de i 772 à 1775 pour
essayer de se guérir. Elle avait quatorze ans;
son Journal de voyage, conservé dans sa
famille, nous renseigne sur ses impressions
de promenades, de théâtres, sur la cour
entrevue à Versailles; mais, écrit par une
main trop jeune, il n'est guère qu'une nomenclature sans couleur. Revenue en Suisse,
Rosalie devient vile une petite mère pour sa
sœur Lisette, pour ses frères Juste et Charles,
et pour son nouveau frère Victor, car M. Samuel de Constant s'était remarié, mais sa
seconde femme ne fut jamais qu'une bellemère pour les enfants du premier lit. Quelques
soirées et fêtes à Lausanne éclairent seules
celle adolescence solitaire, d'ailleurs peu por-

COPPE1' ET LE CHATEA U DE

les élevait sans faiblesse. Rosalie se souviendra
plus tard que sa grand'mère soufOeta un jour
son frère Charles parce que celui-ci, se trou-

MlŒ

DE STAËL,

tée à la rêverie, et d'autant plus accessible
aux plaisirs de la société qu'elle y trouvait
un développement intellectuel el l'occasion

d'exercer sa meilleure faculté, le jugement.
Son cousin Benjamin, de neuf ans plus jeune
qu'elle, mais d'esprit très précoce, prenait
part à ces réunions mondaines qu'on appelait
en Suisse des assemb[ee$. Déjà il brillait par
ses reparlies, et déjà il écrivait en vers et en
prose, à tort et à tra1ers. J'extrais du journal
de Rosalie ce poïtrait du père de Benjamin
Constant; on pourrait le croire celui du fils :
&lt;1 M. Juste de Constant avait une figure imposante, beaucoup d'esprit el de singularité
dans le caractère. Il êtait défiant, aimait à
cacher ses actions, changeait facilement de
principes et de façons cle penser. Il eut des
amis et des ennemis violents. Personne n'est
aimable d'une façon plus piquante, personne
n'a plus de moyen de se faire aimer jusqu'à
l'enthousiasme; personne aussi ne sait mieux
blesser et mortifier par· une ironie amère. i&gt;
Or le père el le fils qui se ressemblaient ne
pouvaient se souffrir.
Rosalie de Constant préférait la société de
Lausanne à celle de Genève. « Ce beau pays,
dit-elle du pays de Vaud, est un de ceux où
on peut mener la vie la plus douce quand on
n'a pas d'ambition. On y trouve de l'amitié,
une société agréable, dtis mœurs simples et
pures. 1&gt; Très liée avec Mme de Charrière,
qu'il ne faut pas confondre avec Mme de
Charrière du Colombier, l'auteur de Calliste,
elle faisait chez elle de longs séjours, et
lorsque son père, quittant Saint-Jean et
Genève, s'installa définitivement à la Cbablière, près de Lausanne, elle se réjouit d'un
changement d'existence qui favorisait ses
goûts el ses amitiés.
La Chablière avait une terrasse qui donnait
sur le lac Léman; une allée, plantée de beaux
arbres, conduisait à un temple de la Nature
qu'ornait une statue de Jean-Jacques. C'était
l'époque où l'on rendait un culte à la nature
et à son philosophe. C'était aussi l'époque où
l'on découvrai l la beauté des montagnes ;
M. de Saussure, qui assiégeait le mont Blanc,
mettait Chamonix à la mode. Rosalie n'avait
pas à suivre la mode : elle savait dès longtemps apprêcier les beautés diverses de son
pays. « Après avoir gravi les Alpes, écritelle, que le repos est délicieux sur ces pelouses
d'un gazon velouté, en cueillant les fleurs
qui les décorent! C'est ainsi qu'un herbier
devient un mémorial de toute la vie. Chaque
plante porte avec elle le souvenir du lieu où
on l'a cueillie, de la personne qui l'a donnée.
On aime surtout à penser que toutes sont
nées en ce pays fortuné où les beautés et les
richesses de la nature nous rappellent que l'or
n'est pas le premier des biens. , Peintre
comme elle était musicienne, elle consacra
longtemps ses loisirs à son fameux herbie,·
qu'on peut voir encore aujourd'hui au musée
cantonal de Lausanne, et qui se compose de
douze cents aquarelles reproduisant Ja flore
variée des Alpes.
De bonne heure, Rosalie de Constant prit
l'habitude de noter sur des cahiers verts les
petits événements de sa vie. li y a de tout
dans ces cahiers. En voici un qui débute par
une adresse d'apothicaire : « Le Roi de la

HIST ORIA

Fesc. 38.
Cliché Giraudon.

PRINCESSE LOUISE D'ORLÉANS,
FILLE de LOUIS-PHILIPPE Ier, ROI des FRANÇAIS , et FEM.ME de LÉOPOLD Jcr, ROI des BELGES.
Tableau de J. - D.

'OURT . ( Muée Condé, Cl1antilly. )

�~OSALŒ DE CONSTANT _ _ ,..

midi, il v avait un cercle très brillant, de
jolie lem.me recherchées dan leur parure,
dans leur maintien, leurs regards el même
leurs parole . La plus belle avait cette lraoC(Uillîté d'e prit, celle ai ance et celle brilDonne il d"aulre§ ces Deur; si fraid1l'ment cueillies.
lante
gaieté qui annoncent qu'on e t content
Je ,·eux celh.-;, Phili~. que tes doigts ont flétries.
de soi el des autres. Cette belle rérrnail en
paix lorsque tout à coup la porte s'oune, on
Après de adage copié dao quelque
annonce une autre femme reconauteur du temp., et assez heunue pour montrer partout où elle
reusement choisis (ex. : li n'y a
,·a une de plus jolie figure , un
point de gen plu vide que Cl'UX
des plu charmants vi age , la
c1ui sont pleins d'eux-même. ). il
mentionne l'arri ·ée des émigré à
tournure la plus faite pour ètre
Lausanne : « La ré,·olution de
remarquée, et celte simplicité si
France occupe Lous les
pril ,
éduLanle qui dénote un cœur
e1.cite tous le ·enlimeots, toute
honnête, peut-être sensible. Celle
les craintes, toutes les e pérances
femme entre entourée d'une troupe
el divise la ociété, les Françai
de jeuue iteo llUÎ la proclamaient
émigré inondent Lau anne. » Plus
la plu· belle et qui parai saient
loin, à la date du U janvier 1790.
vouloir la ou tenir envers el contre
je lis celle note l)Ui fixe l'e prit
tous. La prt!mière, craignant de
M"er de émigré : 1 Lau. anne
,oir son lrùne renversé par cette
e. l très brillant. On dan. e, oo
nouvelle venue, et . achanl l,ien
joue la comédie, il y a partout de
que le premier coup d'œil décifugitifs. 1
derait de la ,·icloire, eul un moComme il arrive dan les fament d'inquiétude très vi1•c, qui
milles nombreuses, Mlle de Con.ne fut aperçu, je croi , que de
tant, sans quiller .on coin de terre
moi, parce que tou le yeux étaient
fomilial, .c lrou,·ait mêlée am.
portés ur l'autre. Mai , en haplu grands événemenls historibile général, elle ne f&gt;erdit pas la
ques et à la géoirraphie de la
tête cl elle se prépara au combat.
terre eoti\re. Elle uivait s FrèElle avait cerlain chai! orange
res par la pensée, cl son tœur voyaqui erl de manteau, de draperie
geait avec eux. Juste, l'ainé, ~eret plus ouvent à montrer à propo
,·ait en Hollande et ful tué dao la
le plu beau bras, la plu belle
• LES D~:LtCE . • ()E Vot .TAIRt:. - Gr.ivure Je QuaVIRDO , a·arrès s,cnT.
campa"ne de 179:i. Victor, J, plu
gorge qu'on peut avoir qu'à les
jeune, !ai.ait partie de la garde
cacher tout à fait. Elle comprit que
~ui · e qui fut mas~acrée le i O août t i92; par peu près en ce terme : « La per ·onne avec le bonheur avait ,•oulu qu'elle o'eùt montré
miracle, il échappa, et, dans une ltllrc qu'il « qui ~f. .\kao c ·t wnu en Angleterre prend ni l'un ni l'autre encore el que la ,·ue ubite
adre sa le lendemain à ses sœur , il raconte • la liberté de témoigner sa surprise qu'une de tant de charmes attirerait Lou le yeux,
dans e détails celle journée où l'ancien « dame aus,i bien élerée que l'e t . i\rcment fixés un peu trop longtemp ur . a rivale.
ré!!Ùne arronisa. li n'était pa hor d'affaire; « ~lrs Powel n'ait pas ju&lt;&gt;é convenable de la Elfoctivement, cela produi it un effet prodiréfugié chez des amis, les Achard, il fut « consulter sur lt&gt; plai. ir· de ~l. Akao. Quoi gieux. Je m'approchai de la ~ame avant
dénoncé : 011 perquisitionna dan la maison, « qu'il en soit, l"hl'ureu Chinoi era prêt à qu'elle fùl certaine de on triomphe et je lui
et Victor, dégui é en vall'l, "Uida el rclaira i. l'heure fixée. » Mr Powel m'emoia de
dis : « Que n'ai-je la pomme à o0rir! mon
lui-même ceu1 qui le cherchaient. Plus tard excu. e et ajouta qu'étant iodi ·po éc, elle « choix serait bientôt déterminé. ,, Je ne
il devint aide de camp de Wellington, et fut n'irait pas au bal. Je m'y rendis moi-même crois pa qu'elle ait jamai jeté un regard
nommé général en i815. Quant à Charles, il et drmandai à èlre présenté à Ir Powel, plus dou , plu tendre, plus expre sil de
était parti pour la Chine aGn de faire fortune; « dont l'indi po itiooo'avaitpas duré». Ain i reconnaissance et de sali faction, et je vous
de caractère aventureux, il devait tenter plu- l' heureu.r Chinois procura il à son maitre de assure qu'elle a diaulemenl joué de la pru.ieurs foi la chance anal d'arranrrer a vie belle relation .
nelle, mai le plai ir entrait dan· on cœur
à on gré. A son retour, il trouve !"Europe
Lié a,ec on cou.in Benjamin, Charles de el banni ·sait une crainte très "Vive qui l'avait
bouleversée. Quand il débarque en Angle- Con lanl vécut à Paris pendant le Directoire occupée un moment. Je l'engageai à remettre
terre, e que lions sont i ·au"renues qu'il el fréquenta la _ociété brillante et di olue
on beau schall orange. « Employer inutile'attire celle répon e : a On rnit que vou · qui y régnait alors. e lellre à sa œur « ment un moyen dont on ne doit user qu'en
arrivez de l'autre monde. 11 En e0et, entre
« dernière extrémité, c'est uo défaut de tacont un tableau très animé de ces mœur
on déparl et son rctou r, il y avait eu la Révo- lé"ères; I' àge et la tendres e de Rosalie en « tique •, lui dis-je. Elle me comprit, mais
lution. IL ramenait de Chine un Chinois, et ce fai aient une contideote indul""t:nle eL ùre. quelle l la femme qui ail user avec modéChinois, nommé Akao, faisait sen·ation. On Je soupçonne le jeune homme d'être tombé ration de la victoire? Elle . e leva ous un
s'attroupait sur son pa sage; on arrêtait la amoureux. de Mme Tallien. Il dine a,ec préte1te, et sa belle taille, .c bras nu , sa
diligence pour le voir. Les un le prenaieut Mme Tallien el Bonaparte, et ne dit pa · un grâce, cet ensemble de beauté que peu de
pour une femme, le aulres pour un amhas- mot de la .econde. ~lais ,·oici un frarrment de femmes possèdent à un point de perfection
adeur. Le snobi me sévi sait déjà. Charles lettre que je ne pui me tenir de citer, taol aussi grand fut remarqué, admiré, même
de Constant avait beau réclamer les senice
il nou offre d'a,.rémeot dans sa peinture de par .a rivale. La première de ces femmes e l
de son domestique; on s'arrachait Akao. Le
Mme Tallien, vou l'avei déjà reconnue;
la coquellerie el de la rivalité féminin
dames surtout l'accaparaient; il en vint une
a - 2 no1•embre 1?!lG (le jour des l'autre est une dame Récamier, qui affecte la
qui l'enleva dan on carro e pour le faire lforts n'interrompait pa le plai'ir mon- simplicité d'une bourgeoi e par la même raidiner. A Londre , Akao fol recherché dans le dains : la mort était alor un accident si son que l'autre a adopté le costume grec. O
grand monde. On l'invitait pour l'e1hiber, et banal). - J'ai été hier soir à un beau Pri- femmes, que vous ête séduisantes et frivole·,

Fauciguière, rue , aint-Honoré, a un élhir
qui prévient et guérit tous les maux de dents. D
Il mêle ensuite des notes de boucherie à de
petits vers dan le goût de ceux-ci :

il e rentrait jamais qu'entre une et deux
heures du matin. « C'e:,.t gênant pour moi,
écrivait on maitre ingénument. Il n'e t pas
,·enu dan l'idée de ceux qui l'invitent de me
demander j cela me convient, ni de l'envojer
chercher et de le renvoyer. Ava nt-hier, je
trouve une invitation au nom de ~frs Powel
pour aller au bal de la Cité. Je répondis à

.,. 265 ...

�,

1flSTORJA - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -.4
que votre cœur est ambitieux! il n'y a point
de femme qui ne prîl un vice comme vêtement s'il pouvait lui donner un triomphe. i&gt;
Benjamin eût été ravi de cette page qui
retrace l'unique défaite de Mme Récamier, sa
future el cruelle amie, et se fût approprié
sans nul doute, s'il l'avait connue, la rélle1.ion finale, capable de le consoler un
instant de ses faiblesses. Charles de Constant
était le frère préféré de Rosalie. Après s'être
marié en Angleterre, il revint dans 1a suite
se fixer en Suisse, et même, ayant perdu sa
femme et marié ses filles, il appela sa sœur
auprès de lui. Le frère et la sœur vieillirent
de compagnie dans une petite propriété aux
portes de Genève, qu'on appelait Sous-Terre
et qui était au bas do la grande propriété de
Saint-Jean où ils avaient passé leur enfance.
Là Chateaubriand les vint voir.
L'amour fraternel remplit la vie de Rogalie. Des pbrases comme celle-ci, qui est
datée du 18 mars 1828, ne sont pas rares
dans son journal : a Je suis bien riche
aujourd'hui, j'ai des lettres de mes deux
frères. » Elle réserva toute sa tendresse aux.
affections de famille, et n'en connut jamais
d'autre. Ces affections furent sa joie, mais,
à la façon des amoureux, elle en tira aussi
toutes les tristesses. Sa sœur Lisette, avec
qui elle 'Vécut pendant leur jeunesse en
grande intimité, s'engagea dans une secte
religieuse dite des Ames intérieures. Celle
secte, qui se rattachait au quiétisme de
Mme Guyon, avalt pour base l'union intime
des âmell, avec Dieu, et l'union des « àmes
pures » eolre elles. Dès lors, Liselle, indifférente aux choses de la terre, mena une existence toute mystique qui la rendait parfaitement heureuse. En vain Rosalie s'efforçait de
la retenir dans la vie pratique : le lien de
sympathie qui unis ait les deux sœurs était
brisé, il ne subsistait entre elles que ce lien
de la Camille qui dure malgré les séparations
et les désastres, et qu'aucune force humaine
ne peut rompre entièrement. Rosalie continua de voir et d'aimer l'illuminée, mais
celle-ci ne prêtait plus d'allention aux événements du monde. &lt;1 Nous allâmes mardi
chez Liselle par un jour charmant, note
le journal en aoùt i814. Son calme fait du
bien. Elle tient table ouverte aux rougesgorgel&gt; dans son bosquet : elle les appelle, ils
viennent boire, manger, s'ébattre, comme
s'ils étaient chez eux, c'est vraiment drôle à
voir, cela lui fait un plaisir bien d'accord
avec le reste de sa vie,. &gt;&gt;
Rosalie de Constant termina, le 27 novembre 1854, à l'âge de soixante-seize ans,
une vie qu'elle consacra à aimer el aider sa
famille.
Elle prit sein plaisir où elle put, à son
foyer, à quelques foyers amis, dans la
peinture, la lecture et la musique, dans le
goùL de la campagne. Elle s'ennuya quand il
le fallut, et trouva autour d'elle de quoi occuper son activité et son dévooemrnt. N'est-ce
pas là un type charmant de vieille fille?

Ill
Un roman d'amour.

J'ai dit que Rosalie de Constant refusa de
se marier el ne connut que les affections de
famille. on cerveau était raisonnable et bien
équilibré. Sa taille déformée guidait sa sagesse. Elle ne voulut pas, au déclin de sa
jeunesse, associer sa vie au sort de personnes considérables, mais âgées. M. de Montyon et le général de Montesquiou demandèrent sa main; elle ne se décida ni pour un
prix de vertu, ni pour un conquérant. « Tu
es trop bien élerée pour aimer jamais », lui
disait son père, qui avait sans doute reçu une
éducation déplorable. Son journal témoigne
constamment d'un rare boa sens; c'est ce
bon sens qui lui représentait les choses dans
leur exacte vérité, el la faisait souvenir à
propos qu'il faut au bonheur quelques illusions et de la jeunesse. Elle n'était pas exaltée; pourtant c'était un cœur chaud et -raillant qui battait dans sa poitrine, et la forte
tendresse dont elle entoura son père el ses
frères suffit à donner à sa vie cette plénitude
que nous n'accordons volontiers qu'à l'amour.
Elle ne regretta jamais les décisions qui
protégèrent sa solitude; je relève mème
l'éloge de celte solitude dans une page de
son journal où elle raconte une après-midi
passée aYec une amie : « Nous nous sommes
étabLies au coin du feu, nous avons bien
goùté, nous avons chanté, vu des dessins,
je lui ai lu des choses qu'elle ne connaissait pas el qui lui ont fait plaisir. Ah l le
célibat est un état très doux. Les enfants
sont un objet d'intérêt trop vif pour n'être
pas tourmentant. Si, comme cela peut se
rencontrer, le mari n'est ni aimable ni délicat, s'il ne peut inspirer ce d!.'gré d'estime
qu'on a besoin d'accorder à l'homme auquel
on a confié son sort, oh I que la chaîne est
pesante! Que les vingt-quatre heures sont
longues! Vive la légèreté du célibat I Point de
responsabilité; peu d'intérêt, il est vrai,
mais on ,,oil la vie s'avancer, son terme s'approcher sans regrets. On jouit de ce qui se
présente d'agréable sans être retenu d'un
autre côté par des sentiments trop vifs. Les
peines qui n'atteignent que soi sont toujours
légères. Oh! oui, c'est un grand bonheur que
de n'ètre pas la femme de J ... I » Je ne sais
qui était ce J ... , mais un éloge philosophique da célibat, dans la bouche d'une
femme, devait se terminer par une personnalité, car elles tirent de la philosophie une
utilité immédiate. Dans cette page, d'ailleurs,
Rosalie restreint à plaisir la beau té de sa vie,
qui fut d'être mêlée à celle, plus agitée, de
ses frères, de souffrir et de connaitre la joie
par leurs joies et leurs soull'rances, et de
prendre uu intérêt très vif, non seulement
aux choses de sa famille, mais à toutes celles
de son pays, sans compter les agréments de
la nature et de l'art.
-n y eut cependant un roman dans sa vie,
un roman comique el mélancolique à la fois,
comme il convient à l'amour. Un auteur dra... 266 ...

malique donnait de l'amour cette définition :
(( De grands mots a,•ant l de petits mots pendant! de gros mots après! &gt;&gt; Et sans doute
gms mots est excessif. La passion qui n'est
pas raisonnable ne supprime qu'un temps
notre rai,on, et quand celle-ci arri\'e enfin,
fort en retard et essouftlée d'avoir couru,
elle constate sans déplaisir qu'en son absence
on a accumulé les erreurs et les ridicules. La
raison de Rosalie n'arriva guère en retard;
aussi n'eut-elle à constater qu'un peu de ridicule, et son partenaire en supportait plus
qu'elle. Ce partenaire ne manquait pas de
lustre : il n'était autre que Bernardin de
Saint-Pierre, le célèbre auteur de Paul et
Virginie et des Études de la nature. Un
homme de lettres apparaît rarement dans la
Yie d'une femme pour son bonheur. EUP.même a raconté cette aventure dans son
journal, en la mettant sur le dos de deux
ètres fictifs et transparents qu'elle a appelés
Valérie et Théodore; avec les lettres del' écrivain qu'on a retrouvées, il est facile de rétablir la vérité. Un jour donc que Valérie, que
nosalie s'ennuyait, elle écrivit à Théodore, à
Bernardin. C'était déjà la coutume de confier
ses ennuis à des gens de lettres. Ils utilisent
ces secrets; c'est da document humain. «Valérie, nous dit Je journal qui analyse très
finement les motifs de cette correspondance,
Valérie avait passé sa première jeunesse sans
avoir connu le bonheur; il ne s'était montré
à elle qu~ comme un éclair passager et trompeur, toujours suivi de la nuitla plus sombre.
Après avoir beaucoup souffert et beaucoup
rélléchi, le calme revint dans son âme. Elle
avait une vraie curiosité de connaître et de
sentir, et lorsqu'un livre offrait à son cœur
les consolations dont il avait besoin, un sen Liment de reconnaissance l'atLachait à l'auteur.
Un ouvrage surtout réunit à ses Jeux lt's
agréments et les beautés qu'elle avait trouvés
épars ailleurs. L'auteur élait \ivant, il ~e
disait malheureux et n'ayant pu réaliser les
projets qu'il avait formés. Valérie trouvait
une sorte de rapport entre elle el lui, la
reconnaissance qu'il lui inspirait lui donnait
Je désir de le voir plus heureu:x. - Un jour
qu'elle était seule et que, pour se distraire dt!
mille chagrins, elle avait relu un dt!s ouvrages
de cet auleur, son imagination s'exalta, l'envie de communiquer avec lui devint si vive
qu'elle y céda. Elle écrivit, mais sans se
nommer. Ce n'est pas de sang-froid qu'on
écrit une pareilltl lettre; les idées et les
expressions ne Jui manquèrent pas; elles
eurent toute la chaleur du sentiment qui
l'animait. Bientôt après, ne croyant pas que
sa lettre panint ou qu'elle pût produire
quelque effet, elle l'oublia .... » Tristesse de
la jeunesse finissante, curiosité de connaître
enfin l'amour, exaltation liLtéraire, pitié d'un
auteur qui se dit malheureux, en vérité
Rosalie ne manque pas d'excuses et les détaille avec une psychologie minutieuse. Mais
est-elle bien sûre d'avoir oublié sa lettre
après l'avoir écrite? N'est-ce pas là encore un
trait féminin?
Celle lettre était partie le 2 mars i791.

•

_____________________________

Elle décrirait la Suisse et la campagne de la
ChabLière, et n'était pas signée. A la fin de
septembre, Rosalie en reçut des nouvelles.
L'excellent Bernardin s'était évertué à découvrir sa correspondante, avait même fait insérer une réponse anonyme dans le Journal de
Lausanne, et croyait enfin avoir trouvé sa
mystérieuse amie en la personne d'une dame
Williams. Cell~I transmit la réponse de
l'écrivain à Mlle de Constant· on ne sait com. à
ment elle avait appris que la' lettre revenait
cette dernière. Rosalie fut vexée de voir une
tierce personne mêlée à sea alfaires intimes;
une nouvelle lettre au grand homme se ressentit de sa méchante humeur. Mais le g:rand
homme, qui avait passé la cinquantaine et
qui, tout en excilant la sensibilité de ses
contemporains, cherchait à s'établir solidement, ne se laissa pas arrêter en si beau
chemin de conquête. « Aimable Ro alie,
répliqua+il dans le langage du temps, nos
àmes se sont louchées. Ne vous reprochez
point volre lettre ni mes tentatives. La 1mblicité de mes oul)mges m·a alifré at1 moins
quatre mille lettres, la pluJJart de per·sonnes inconnues pat'mi lesquelles il y a
un gra,td nombre de femmes et même de
demoi.selles. Aucune ne m'a causé une émotion aus i touchante que la vôtre.... o Il
tient à ce chiffre prestigieux de quatre mille;
il y revient dans ses lettres postérieures, et
en tire mème un parallèle avantagelll'. avec
Jean-Jacques, qui avait une malle pleine de
ces correspondances et la trainait partout
après lui. Notre homme de lettres accompagne sa vanité d'un peu de roublardise :
« Des demoiselles, continue-t-il, m'ont écrit
et m'ont offert leurs personnes et leurs fortunes en feignant d'avoir pour moi une
passion e:1.trême, mais elles m'ont caché
la vérité sous tons les rapports. :i Aussi ne
veut-il plus être du!)'!, el, avec une ingéniosité qui désarme, il exige de Rosalie que,
« de ce pinceau qui sait si bien rendre les
paysages de la Suis e », elle lui fasse son
portrait a de la tête aux pieds l&gt;, en y
joignant Je caractère de on cœur et l'état de
sa forlzme. Quand le journal de Rosalie, oh
ces lettres soot recopiées, ne servirait qu'à
nous montrer les pratiques sentimentales de
l'auteur de Paul et Virginie, el à mettre à
nu le cœur d'un littérateur qui fit profession
de sensibilité, il mériterait d'être lu, médité
el retenu. Beroardin cherche un cœur où
reposer son cœur; mais la chaumière ne loi
surfit pas, ni l'amour : il lui faut s'informPr
de la bourse.
lnvitée à se peindre, Rosalie confesse qu'elle
n'est point jolie, ce qui lui vaut de notre
quinquagénaire un peu refroidi cette nouvelle réponse : , Pour moi, je l'aroue, il
m'est impos~ible d'aimer un être idéal. Vous
me faites entendre que vous n'êtes pas jolie,
mais vons pouvez me dire si vous ètes grande
ou petite, blonde ou brune, grasse ou maigre,
jeune ou âgée. Si vous me regardez comme
votre ami, celle peinture ne vous coûtera
rien; je ne vous dtUDande que votre buste.
Pas une de ces dames et demoiselles incon-

nues qui m'ont écrit ne m'a refusé le sien; il

i en a même qui se sont peintes de la tête
aux pieds, mais avec des draperies. C'est en
cela qu'elles m'ont trompé .... &gt;&gt; li n'y a
qu'un romancier idéaliste pour montrer tant
d'erigences. Et il termine sa lettre en e.mbrassanl Rosalie.
Celle-ci acheva son portrait qu'elle n'arait
qu'ébauché. Elle s'aroua paU\•re et bossue.
Aussi Bernardin cessa-L-il de faire des frais;
il quitta la poésie el se mit à l'aise. «J'ai eu,
écrit-il dans la lettre suivante, j'ai eu des
coliques auxquelles je ne suis pas sujet. Ce
qu'il y a de pis, c'est qu'il se joint à tous
mes maux le mal des nerfs qui les empire el
les surpasae. • Et le voilà parti sur ses maladies.
Jusqu'à présent la fiction imaginée par
Mlle de Constant et les lettres de Bernardin
de Saint-Pierre que nous connaissons coïncident exactement. Au point où nous en
sommes, le roman el la réalité se séparent.
[ncontestablement le roman surpasse la réali té. Valérie part pour Paris où elle doit rencontrer Théodore. Comme elle monte dans la
diligence, elle reçoit une lettre qui cherche
à la retenir : cc Ne venez point, ce serait Lrop
hasarder sans être sùr de s'aimer et de se
plaire .... » Elle part quand même, et marche
bravement à la désillusion el au désespoir
Comme une bête blessée gui se traine jusqu'au gite, elle regagne en bâte le pays natal
où elle meurt, ayant à ses pieds Théodore
qui. pousse des cris. C'est là une concession
maladroite au goût du jour. Heureusement,
il y a un mol de la fin qui nous fait oublier
cette pompe tragique, et le voici : « La douleur de 1'béodore intéressa, on s'empressa de
le consoler; on assure que ce ne fut pas difficile. 11 ne remporta à Paris que le souvenir
de ses succès el la certitude de son mérite. »
Une phrase suffit pour exécuter Bernardin.
Mlle de Constant sait lancer un trait droit au
but. Elle en lance même un second dans Je
même cahie1· vert, une page plus loin, après
une recette de gâteau anglais : « Ne cherchez
jamais à voir de près l'auteur dont l'ouvrage
vous enchante. Songez que c'est la meiJleure
partie de lui-même que vous connaissez .... »
Mais pourquoi réserve-+elle sa clair\'Oyance pour ses fictions? Elle juge l'homme
de lettres avec ~a ferme raison, et néanmoins
elle e laisse prendre à ses vulgaires flatteries
et continue de lui écrire. Bien plus, elle lui
brode un portefeuille : un bouquet de roses
au milieu des épines_. Pendant ce temps, Bernardin, qui ne se soucie point d'une vieille
fille pauvre et bossue, cherche de droite et
de gauche l'héritière à qui donner son cœur
sr.nsible. li trouve enfin, et c'est la fille de
son éditeur, Mlle Félicité Didot. Elle avait
vingt ans, lui cinquante-cinq. Mme Arvède
Barine nous a appris que, pendant le cours
de cette union qui dura sept ans, Mme Bernardin de Saint-Pierre ne fut que la première servante de son mari. Après la mort de
celle-ci, l'écri,·ain, dont les goûts rajeunissaient arec les années, se remaria avec une
pensionnaire, Mlle Désirée de PeUepore. Ro-

J{OSJll.lE DE CONST.JfNT - - ,

,alie l'avait échappée belle. Elle ne se douta
pas immédiatement de son bonheur, et même
l'abandon de l'infidèle lui inspira des réflexions
mélancoliques qu'elle confia à son cahier :
« Des lettres que j'avais reçues m'avaient
donné l'espoir d'un bonheur qui aur.1it rempli toutes mes espérances et dont l'agréable
chimère a quelque temps consolé et embelli
ma 'Vie. » L'histoire de Valérie et Théodore
qu'elle nous conta nous atteste qu'elle comprit mieux plus tard la faveur que lui accorda
le destin. &lt;t ~e cherchez jamais à voir de près
l'auteur dont l'ouvrage vous enchante; songez
que c'est la meilleure partie de lui-même que
vous connaissez » : c'est la moralité de celte
petite aventure.

IV
Le cousin de Rosalie.
.Mme de Staël prétendait que, vour faire
en Suisse une société airréable, il aurait fallu
réunir les hommes de Genève et les femmes
de Lausanne. A Genève comme à Lausanne,
la société était extrêmement cultivée. On y
avait le goûl des choses de l'esprit, sans
avoir précisément celui de l'art. Et chacun se
découvrait un talent d'écrivain, comme celle
Mme de Saussure qui avait commis un roman,
sans doute pour ne pas se singulariser, et en
demandait pardon comme d'une sottise :
« Je n'y comprends rien, disait-elle, on devient bel esprit sans scrupule, dans ce pays. &gt;&gt;
Dans les assemblées, personne ne pouvait se
vanter d'avoir les poches ,ides de manuscrits.
Le père de Rosalie, M. amuel de Constant,
donnait l'exemple. Il publiait roman sur roman, le Mari sentimental, Camilleou Lettres
de deux filles de ce siècle, Laure. Ce sont
productions qui défient aujourd'hui toute
lecture. Laure, la dernière, ne compte pas
moins de sept volumes : c'est un livre à
thèse, destiné à meure en garde contre les
dangers de l'agiotage. Tandis qu'il l'écrivait,
M. de Constant, probablement pour se documenter, spéculait sans vergognr. Entre deux
chapitres, il faisait de la tapisserie. Sophie
Laroche, l'amie de Gœthe et de Wieland, qui
visita la Suisse en 1792, le remarqua dans
cette occupation : « Une chose qui m'a frappée, écrit-elle dans la relation de snn voyage,
c'est de voir dans sa chambre d'étude un
beau métier à tapisserie. Il s'occupe à broder
les jours de pluie, et quand il est fatigué
d'écrire. ll On m'assure que l'habitude n'en
est pas perdue chez les hommes de l'heureux
canton de Yaud.
Avec ses amies, Mmes de Collens, de Charrière, de Montolieu, Rosalie de Constant faisait l'ornement des assemblées de Lausanne.
On y composait des comédies et des vers de
circonstance. Les émîgrés y apportaient les
gr~ces françaises et l'esprit qui sied aux badinages de salon. Un journaliste, que ces
passe-temps littéraires agaçaient, tournait en
ridicule une manie aussi innocente : (( Jamais, écrivait-il, jamais noire littérature n'a
été si stérile qu'à présent. ll ne sort rien de

�111ST0~1.JI _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

,

_________________________________
'R,_OSALTE DE CONSTANT - . _

no pre. es que d'e lrêmemenl médiocre. Ce
mol esl même bien adouci, mai il faul ~tre
bonnète. Cependant, le roman de Caroline
cl l'e.,p«e de répulalion quïl a procurée à
on auteur (lime de ~Jontolieu) a eau é une
telle fermentation parmi nos tète, femelles
qu'ellci; barbouillent une inl'ropLle quantité
de papier. lais, Dieu merci! no papëll'ries
sont en i bon étal et nos oi si bien portantes qu'elles n'ont pa · encore amené la di. elle. de ce:. Jeux article . EUc.s p:1- ent leur·
journées à composer de romans; leur toilelles ne ont pin· couverte de chiffon. ,
mais de feuille éparses, et i l'on déroule
une papillote. on rst ùr d') trounr d .
fral!ments de lettre. amounuse , de de criptions rom:111tiquC's. » Mai. les has,es plai~anteries d'un Loui · 8ridel ne pancnaienl
poiut à loucher ces àm dél!ca.te , ni, à u ·pendre le mom·cmcnl de cc· JOiie · marns forcenée •.
Ce: a:sembléeg .~i aima Lies, . i correctes cl
. i adonnées à la littérature étaient sou,cnl
troui,lres par la présence de Mme de , laël cl
de Uenjan1in Constant. llo,alie d Con tant
uhit Ioule le, pha e. de l'orag,u,e liai..on
de son cou:in, el comme le:; hi. loriens de
ces querelll!s amoureu. es invoquent .. on lémoi:rnage, l·Dcore faut-il connaitre ce Lémoigna"e cl en e limer la valeur. 11 C$t partial,
et Ro alie ne s'en cache pas : 11 lJ'abord.
écriL-dl1: en f ·ou, on doit toujour se ~oulcnir en famille. • Aillcur!-, elle avoue aimer
[l njamin à la fa~'.OD d'une .œur : a llepui
son enfance•. j'ai pris intérêt a lui.... Ma
grand mèrl', qui nous aimait lou- deux plus
que Je - autre~, m'a r?Commandé l·enl fo!s de
l'aimer comme une œur ainée; ma con~c1rnce
me dit que je n'aurais pas pu pen~cr et dire
autrement que je ne l'ai fait. 11 ( 1 07 .) Cependant, si clic le juge avec indulgence, elle
ne s'illu ionne pa~ trop ur es défaut tout
en e pérant loujour qu'il 'en corrigera :
c Je . en. , écrit-clic eu 1 09, qu'il . erail di!'..
ficile de faire une apolo ie d'une \Ïe si agitée,
si remplie d'é\énements politiques et amoureux, mais, avec des pa:-ion l'ive., des circon-taoœ contraire rt un ~u de l'aible,dan~ le caractl-re, on peul être jeté duo. de
routes bien dir.ërcotes de celles que le cœur
et l'esprit auraient rboi ie ••hec un esprit
supérieur cl de hon priocipr , on rC\Îrnt à
la place qu'on aurait dO toujours occuper.
C'tsl ce qu'on peut e~pércr de Benjamin.
• on âge mûr el .a \ ieille~se répareront les
agitation de sa jeunes1-e, el a réputation
d'homme verlueux el d'éeri,·ain di lingué e
con olidera. D lléla ! Benjamin ne répara
jamais rien, dé..,ira con tarument arranger ~
vie et n'y paninl jamai , et fut jusqu'à son
dernier jour l'e~clave d'un be oin maladif de
·en:ation . li aYait de bom principes cl un
esprit s11périem·; mai son à rue trouble et
,ioleatc, confondant la passion et l'énergfo,
aimait également à rebondir du sol au plafond, el du plafond au sol. C · ursauls le
hri .. aient, et il s'imaginait qu'ils étai1:11l Je
témoignage d'une vie inltn.e,
Le journal de Uo alie de Constant nous

montre un Benjamin ondoyant el dher;:,
tantôt gentil el séduisant, gai et spirituel,
faisant la joie de :son entournne el ·e po aat

Cll&lt;he SeardeJa rrtru
litR:\ARDIN DE

AINT-f&gt;IERRE.

en enfant gàlé qui obtient tout cc qu'il mut,
tantôt éner,·é cl a ilé, livré h des db-ir· contradictoire • avide d'indépt:nd .. ncc et . e for"C3nl lui-m~me de chaine·. a on caracti\re,
écrit-rlle, e~t celui d'un enfant malin toujours guidé par le moment et ur lequel on
ne peul jamais compter. » Pour Mme de
taël, Ro alie commence par l'admiratiou.
En 17!15, alor, 4ue Benjamin n'était pas encore wou .e bn\lcr, comme un papillon, à
c-e phare, elle écrit à Mme dr. Charrière du
Colombier, et celle. lettre ne manque pa de
piquant. i 1'1m,e,ouvirntr1u~~lnwd ,Charrière,
l'auh:ur de Calli.ste, fut l11:e, elle aus,i, nwc
Bt'njamin : a C' • t (Yme de laël) une femme
Lien étonnante. Le .entimcnt qu'elle fait
naitre est ah.olumenl différent de celui que
toute autre femme peul inspirer. Ces mol
douceur, grâce, modestie, emie de plaire,
mainliPn, usa e du monde, ne pt&gt;uvent être
emplo)·és en parlant d'elle, mais on esl entrainé, uLjugué par la force de .on génie, il
.uit une route nourclle. C'e t un feu qui
mu éclaire, vous éblouit quelquefoi , mai
qui ne peut vous lai ·er froid et tranquille.
on e·pril e t trop supérieur pour faire \aloir celui des autres el pour 11ue personne
pui.. e en a\·oir avec elle. Lor qu'elle e l en
quelque endroit, la plupart des gen~ d 'viennent spectateurs, elle e l eule ur la
sœne, ou, .i quelqu'un ose 'y placer un
moment, tout l'arantage du rai oonemenl et
de la di5pute esl de son côté, el l'admiration
qu'elle in pire fait qu'on lui pardonne sa .upériorité, !or mèm qu'on en est l'objet. On
e t étonné de trouver chez celte femme ingulière une orle de bonhomie el d'en[_ance
qui lui ôte toute apparence de pédanterie. •
Rosalie se lia Yer · celle époque awc Mme de
taiil, qui lui donnait de ver· à mettre en
mu ique et cherchait dan la ~ociété de Laua

0

:

anne et de Genève toutes les occa ions de sedi-lraire. Cnr la a trop céli!bre D, comme on
l'appeJail, ;'ennuyait eu :ui .. e, prélend_ait
qu'on ne ~irait qu'à Pari , dont ~e Preauer
Consul l'aYait exilée, et promen:ut sur les
ri e pre.que désertes du lac Léman on mépris de la nature et . on bc,oin insatiable
d'agir et de "Ouverner. A parler franc, e~le
a"açait la société pai ible qu'elle fn:quenla11,
el il n'e l pa malaisé de démêler rrt énenemeot dans le journal de Ro,alie. :ans doute
cellHi embras~a la cau . e de Benjamin, parce
qu'il était son rou. in el qu'il faut se.i;o11te,1fr
en famille, mai elle embra sa aussi la c-ause
de petites a~. M11blees de Lausanne où ~ersonne ne brillait plus quand celte lcrr1hle
fomme apparai ~ait. ouYenons-nou. de celle
jolie phralle : - . 011 esprit esl trop ·upirieur pour faire i-aloir cl'fw des autre~ 1•f
pour que pe.rs111we pui,~e t'll avoiravt•c ellr.
- C'e t un défaut que le monde ne pardonne
j!Utire.• ·•a-t-on pas dil de Mme Rér,amicr que
l'un de ses agréments était de savoirécouter?
~Jme de taël tombait dan les tran11uillC's
réunions laudoi es comm1! un aérolithe dans
un champ de hlé mûr : la pierre enflammée
a Leau venir du ciel, elle fait du Mgàl. "e:-lce pas l'impr -~ion qu'on éproU\e à lire ce
p:uage du journal de no~alie, daté du 27 novembre 17116 : 11 Dimanche ma tante eut ,on
diner de ,ociété el de voi~inage. li aurait été
joli et gai, mais ne voilà-t-il pa l'amb? sadrice qui tombe tout au travers et qui engloutit tout, 11uoiqu'clle e soit modérée tl
ail fait ce qu'elle pourait pour plaire. Lorsqu'elle e t que !que part, . c'est une ar~oe,
maL ce n'est plu une .oc1été. » li est d1~cile de faire en moins de mot un plu. ,1r
tableau du déran"cnt ·nl 11ue Mme de • taël
occa ionnail chaque foi 11u'elle . e déplaçall
El elle e déplaçait con tamment. Elle fondait à l'improüslc, a\·cc toute sa ba.-. e;:our,
chez cc honn protineiale qui 9oûlaie11t à
la mode ui se et de\'isnient en douceur :
même quand clic se modérait, elle eoglouthail tout. Elle ne pon\11it Lou jours ~e modérer.
Amd Id journal de Rosa.lie devient-il_ do!
plu en plus acide à son UJeL • li e. L 1mpo. sible, déclare-t-elle, de vhre l~an.quiUement avec cc. per ·onnes exlraordmaire •,
et plu,s loin : « Ce sont de.s per,onnes 9uïl
faut voir de loin, surtout s1 1on veul a1m •r
leur lines. » En revanche, elle ne delint
jamai. inju. te pour le ouvrages de Mme de
'laèl. Tandis que la plupart de femme,
tran portent leur humeur dao leurs ju"cments, elle e garde de toute rancune au
cour de ses lcctur . Elle déteste la femme,
quand elle porte sur !'écrivain une app~éciation qui peul encore être la nôtre au}ou~d'hui : a Je li , écrit-elle en i 807, Je lis
Corinne ou l'Italie du Mme de taël, il est
impo sible de lire ce qu'écrit cette femm
sans en avoir l'esprit trè occupé. Elle nou
fait, on peut le dire, re pirer l'l~lie .. Les héro sont ce qui intéresse le mou1., _I hom.me
est trop passif el la femme trop acllve; .c e:.t
toujours elle qu'on rtlr~uv,e dan_ ~or1~e,
et on ,·oil que œtu qui I ont a1mec n onl

jamai été au. ,i pa, ion né~ qu ïl le lui au rail
fallu. La nature e,l ce qu'elle peint le
moins.... n Il r.st vrai qu'elle ajoute plus
loin : • Elle jouit à Coppet de la gloire el de
l'encen. qui lui arri,ent de tou, les pa1s,
cela la dé ennuie pour le moment. D Mai
dr,s expre~ ion comme celle-.:i : Elle nou.~
ja,t re,pfrer l'Jtalie, eussenl fait t•mie à
ainle-Beu\'e.
Ilo alie de Constant aYait l'e. prit a ez ou,erl pour comprendre la passion el mème
pour c1cu~cr le folie qu'elle in~pir , mai
a rai. on était trop droite pour comprendre
les complications irmtiles et lc'I compromi .ion calculée.• Ju,qu'à la mo,t romanesque
de 11. de ..,taél, elle ~oulTril 3\'ec indulgence
la liai on de ~oo cousin el de . Imc de daël.
Le mari n'1:tait-il pas l'obstacle à ln situation
régulière des deux amants? .lais, 1. dt: . ta,·1
dLparu, voici que les deui amanb rcfu.ent
de e marier. L'excellente Rosalie ne ('omprend plu : décidément l'amour esl d'une
psychologie trop emhrouillée pour elle, et . a
correspondance pond~rt'·e a\'ec Bernardin de
, aint-Pierr ne l'a pas préparée à de telle.subtililét-. Ils ,ont libres : qu'ils s'épousent
donc, et qu'il lai-. ent le re te du monde
tranquille. ~fme de 'taël invoque e. de\·oirs
cnnw on père. M. ~ecker meurt en 1804:
• La trop et:lèl,re c t à Coppet dan une ,·éritable afüiction. ne cherrhanl point à la montrer, ce qui e t marque d'un bon changement en elle. » lais le mariage n'avance
pa : 1 fi me parai ..sait i naturel, continue
l'excellente Rosalie, 11uc la œl~Lre dame
épou àt Denjamio lor qu'elle de1·int libre,
que je ne mis pas la cho,e en doute. U parait &lt;1u'ils en eurent tou deux une telle peur
qu'ils ~e mirent en règle là-dti.. su, .... » li
ne pou\·aîent ni ,i,re ensemble, ni . e quiller
tout à fait. Alors commence la période la
plu orageu e de leur liai.on. llo. alie en .subit le contre-coup, el conçut pour la retraite
et la vie pai ilile un amour immodéré. • Il
.;erait bien difficile. écriL-elJe à son frère
Charle le 7 ao,it 1 07, de dormir el d'être
tranquille q11and on a )fme de 'taël tout près
de soi, qu'elle rou· fait une .. cène le matin et
r1u'elle You amuse le soir.... [I y a déjà
as ez longtemp que le pauvre Benjamin est
tr~ malheureux dan .• c_ liens. li m'a confié
es peines, son dé,.oùt pour sa ·ituation et le
a

0

rôle quïl joue, ~on b, oin de tranquillité et
d'une ,ie réglée. Tu comprl!nds que l•volanl
à la Cois malheureu1, mal jugé et menant
une vie que on :1ge et . a . anté rendent tou
les jour plus fàcheuse, je lui ai dit ce que la
rai:on, l'honnêteté et la ,raie amitié m'ont
dicté. Il m'a- encouragée en me di. ant •rue je
lui fai~ai~ du Lien, ')Ue je fortifiais . on àme,
et que, 'il sortait de on étal malb mreux, il
me le dcnait Il m'a bisst'. entm·oir en
même temps que depui Iongtemp il o·e. limait plus nssez la dame d'aucune manière
pour l'épou. er a,·ec plai. ir, lor mt1me qu 'tille
le voudrait bien. - Comm1•nl, dira -lu, awc
celle raçon de pemer, ne sait-il pa ., e relirer
d'e,cla\·anü, se remeure à la place d'ami avec
Lous les Lons proréd. pos-ible.? c·e~l là ce
qu'il voudrait faire, mais, pour en comprl'ndre la difficulté, il faut connailre le c:1raclère passionné, la Yiolenœ extrême, le
de~polisme et l'égoï me de cette femme. Elle
croit que .. on esprit lui donne l • droil de
régner sur le monde entier, elle ,·eut dt&gt;.
c da, s, et surtout Benjamin dont l'e prit
lui coll\font plu qu'aucun autre. Elle déclare r1u'elle le pour uina ju.qu'au Lout du
monde, el que, ·ïl lui échappe, die !&gt;C
tuera .... Elle lui a fait d · scène.. affreuse .
Enfin il e t parvenu à arriver chez lime de
1 ·a san, où il s'est fortifié dan, la résolution
de sortir de cet indigne clan1ge. Je n'ai pu
que le con olcr et l'ahorter à la fermeté cl
à la douceur, mai bienldt eUe est arrhée,
ellè a loué pour un moi la grandi! maison
Monta ni. Elle a amené aY ·c elle \lme llécamier, pour faire plus d'effet et de bruit,
M. de SaLran, amant dttdai,.né, Yaincu, attaché à son char après qu'elle aye tout fait
p&lt;1ur le conquérir .... Comme elle m'a fait
dire qu'elle viendrait me \·oir et que je .ortais, j'allai lui faire \'Ï itc hier malin. Cela
commença a.. cz doucement. Lor 'que nou
fùme cule , elle me prit violcmnient par le
bras, fil briller Je' éclair· de se yeux, me
dit que je fak1i on malheur, qu'elle voulait t'en écrire et te prendre pour juge. Il me
erait Lien diflicile de lt' rendre cette longue
et pénible comer ation, il me emble que
j'eu plu de bon .. eu, c1u'elle, Je lui parlai
avec la plu· scande frand1Le. Elle me dit
que, plutôt que de perdre Benjamin, elle
l'épou~erait quand je ,·oudrai:. ... Elle ,inl
0

ici le .oir, il y avait du monde. Lor &lt;1u'elle
esl quelque part, quoiqu'on aye !,ien cmie
de l'entendre el de jouir de . on e~prit, t&gt;lle
impose tellement 11ue c'!' t à qui e rl..oculera
el e taira. Je me lh-rai un peu pour amu,er
la ~ociété, Benjamin s'y joi~nit, elle fut gaie.
Lrillanle, amu ante. Elle doit revenir cè soir,
je compte pourtant me retirer el me ener
un peu de cette . odété. •
J'ai cité cette lettre presque en entier,
parce qu'elle nuu · montre Benjamin 1àche et
lrt•mhlant de\'ant Mme de . l;1ël, et qu'elle
e. plique la cène UÎ\'anle qui est trop connue pour ~tre racontée à nouleau dans es
détail:-. La pauvre Ro~alic, que . on cousin
pr1•nait pour confidente, déjrait en \·ain ·e
retirer de ce tempèlt' ·. Elle allait apprendre
à ses dépens qu'il e. t dangereux de mettre le
doigt entre l'arbre et l'écorer.. On conuail la
brillante repri!,entation d•Andro11wq11e 11u i
fut donnée alors chez Mme de 'taël: ·" me de
taël jouait Hermione; M. de ~'aLra11, Ores Lu;
Benjamin, PJrrhus; . lme llt!camicr, Andromaque; Jamais les fureurs d'Dermione ne
furent rendue· av1 c plus de naturel. Qu tique jour· plus tard Benjamin ·'enfuit de
Coppel el .e réfugia chez, a cou ine. ltrne de
Staël vint l'y chercher; elle a balayait l'escalier de es cheveux épar~ •. Rosalie tenta de
tenir tèle à l'ora e. Elle ful aet·ablée dei;
plu cruelles injures. Benjamin, &lt;[Ui e cachait, . e montra, el, aba11doooan1 sa confidente, il regagna CoppPl a,cc sa lerrible
amie. llo. alie pardonn:i son IO.cha9e à Benjamin, mai elle ne ,e mêla plu de e.c
affaire,. Crpcndanl, elle continua de le défendre, mt\me contre .a propre famille, outrée dt~ tant dé Caibles,c de caractère. C' e~l à
croire qu'elle eut pour lui un peu du entimenl maternel, et qu'il lui fournit l'ocrosion
d'épui cr cc r · erve d'indulgence et de
pitié qui font la gràce de femmes.
Ainsi, le témoignage de Ro alie de Con tant,
s'il , t plus fa\oraLle à Benjamin qu'à ~lme de
taël, ne prétend pa à l'impartialité. Mais
o'ayon --nou pas une secrète préférence pour
la Ra.salie qui n'est pas trè rai,onnal&gt;le,
pour celle des leur ~ à Bernardin de ai ntPierre, pour Ja conûdente . i malmenée
de Benjamin, tant nou redoutons dan une
Lio3raphie l'exœ de . age, e cl la perfection.
lh,;-.;Rv BOR0E,\

·x.

�COl'tlTESSE D'AR.:\1AILLÉ

....,

La journée du 20 juin 1792
L&lt; ·•o juin 179• rat&lt; un&lt; du gn.ndu chtu de la
R«volauon française. Cc jour-là, le JKUplc du faubouTg&gt;, voulant fètu l"annivcnafrc du sumcnt du Jeu
de paume, K porta, armé de piquu et de f.ml•, IUT
l 'Aucmblic ligltl1tlve, paur p,éKnt« aux d,putés une
pétition et plan1u dans le jardin du T111l«lu un arbre
de la liberté. Lu porRt de l'A&lt;scmblic furent ouverte&gt;
i, cdl&lt; foule, qul dtfila, une heure dura111 , dans la
salit du suncu, pul1, de lâ, ftlardi• 111r Je chituu,
qu·r.11e envahit afin de pénétrtr ju,qu'au roi et obtenir
de Ici la .anction du décret,, sa renonciation au droit
de veto et le rappel du nùru11ru patriotes.
Mme la Comtesse d 'Armalllé, dans un beau livre:
Jtfad.,m~ Éli,11~/6 ( Penin u C", éditeurs), a reproduit lu sou,cnin que la tœUT dt Loui• XVI avait
gardés u consignis dt. ctttt journée, plus bruyante que
violente, mai, qui devait ~trc tn qudquc sorte le prèludc
d"une autre journée - tembl&lt; ctllc-Ji celle du
10 août, C'ut donc à Mmt d'ArmaHlé ctue nous empruntons « _rccit d'un témoin.

22 juin. - 1 ... Le coup qu, nenl de
nous frapper est d'autant plus affreux qu'il
déchire le cœur cl ôte tout repo: d'e ·prit.
L'avenir parait un gouffre, d'où l'on ne peul
sorùr que par un miracle de la Providenc .
1 DcpuL lroi. jour~. on comptait sur un
grand mouvement dan Pari. ; mai. on cro1ait
avoir prb les précautions nécessaires pour
parer à tou. le dang'r . Mercredi matin, la
cour cl le jardin étai •nt pleins de troupes. A
midi. on appr nd que le faubourg Saint_\ntoine e. t en marche. li portait une ptHilion
à l'As emblée et n'annonçait pas le projet de
traw~er lt&gt;~ Tuileries. Quinze cents bommc..~
défilèrent devant l'A .:emblée; p u de gardrs
nationaux; quelques infalidrs. Le ref.le étuit
dei; . an. -culotte el d • fomme . 1'rois officier. municipaux ~inrenl demander au Roi
Je permetlre que la troupe dt&lt;filàl d~ns le
jardin, di:,anl que l'A emblée était gênée
par l'affluence el les pau1ges i encombrés
que les porte. pourraient èlre forcées. Le
l\oi leur dit dP 'entendre :l\'ec le commandant pour les faire défiler le Ion" de la t •rra se des Feuillants et sortir par la porte du
manè e. Peu de lemp. aprè~, les autres
portes du jardin fur1:nl ouverte!&gt;, malgré le!
ordre donné.. nientôl le jardin fut rempli.
I.e. piqnescommencèrentà dèûlerenordre sous
fa terra e de dennl le cb:ileau, où il , :n11il
trois rangs de garde nationaux; ilq so~1aicnl
par la porte du Pont-Ro~al, el aYaicnl l'air
de pa~ser sur le Carrou cl pour re 0 a~er le
faubourg .. aint-Antoine . •.\ troi h ure , il·
firent mine de vouloir enfoncer la porte de la
grande cour. D ·u1 officier municipaux l'ounirenl. La garde nationale, qui n'n,ait pas
pu p3rvenir à obtenir de ordres dep11i · le
matin, eut la douleur de le voir Lra,·er~cr
la cour sans pom-oir leur barrer le chemin.
Le département avait donné ordre de repom.er
la force par la force; mai· la municipalité
n'en a pa tenu compte.
0

a ."ous étions, dan

ce moment, à la fe-

nêtre du Roi. Le peu de per onnes qui étaienl
chrz ~on valet de chambre ,-inrcnt nous rejoindre. On ferme le port s; un moment
après, nou entendon co!!Tler. C'étaient
Aclocque el quelque· grenadiers rt volontair
qu'il amenait. li demanda an Roi de ~e montrer eul. Le Roi p3ssa dans . a première
antich:unbre. Là, li. J'llerTilly vint le joindre
avec encore trois ou quatre grenadier qu'il
avait engagé à venir avec lui. Au moment
où le noi pa sait dans son antichambre, de
gens attaché à la Reine la firent rentrer Je
force chez on fil . Plu heureu.e qu'ellè, je
ne trouvai per onne qui m'arrachât d'auprès
do lloi. A peine la Reine l'était~lle, qué la
porte fut enfoncée par des pique . Le Roi,
dan cet in tant, monta sur de· coflre· qui
sont dans le::; fenêtres. Le m:m:chal de Mouch),
d'llervillJ, cloo1ue el une douzaine ,le
grenadiers l'entourèrent. Je re tai auprès du
paon au. environnée de · mini. tr ,' de 1. d
Marsill · et dl! quelque gardes nalionam. Le ·
piriue entrèrent dan. la chambre comm la
foudre. Ils cherchaient le Roi, . urtoul un
qui, dit-on, tenait },;; plus mauvai· propo~.
Un grenadier rao,.ea son arme en disant :
• Ialbeureux ! c'est ton Roi! 11 I.e re le d
piques répondit machinalement à ce cri. l.:i

M (. Vergniaud el Jsnard parlrrenl fort •ien

au peuple, pont leur dire qu'il " avaient tort

de demander ain i au Roi la ,anction, et les
enga renl à se retir r. Mais œ fut comme
s'ils ne parlaient pas. lis étaient bien longtemp avant que de pou~oir e faire entendre,
et à peine avaient-ils prononré un mol, que
les cris recomm,•nc;aient. Enfin, Pétion d des
~emlire. de la municipalité arrhtrenl. Le
premier haran!!lla le peuple. el, apr1\s a\'oir
luué la dignité et l'ordre awc le1.p1el il a\ait
marché, il l'engagea à "e relirrr dan le
même ra/me, afin qur. l'on ne pût lui reprocher de 'ètre fü-ré à aucun esci- dans une
fète civique. Enfin, h• peuplr, commença à
, défiler.
« Peu de temps après qu'il fol entré, de~
grenadier 'était•nt fail jour t:t l'avaient éloigné du Roi. Pour moi, j'étais montée sur la
fenêtre du côté de la ch:imbre du Roi. Un
grand nomhrede gens atta.ch1:s au !loi ~•é1nienl
présenté· chez lui le matin. li leur fit donner
l'ordre de s'éloigner, craignnnt la journée du
t avril.
« l.a I\eine a\'ail été entraînée chea mon
nefeu. On avait emporté .i vite ce dernier
.dans le fond de l'apparlem nt, riu'ellc ne le
vit pa en entranl cbt&gt;z lui. On peul imaginer
l'état de dé espoir oi1 die fut. M. llue, hui·:ier, et 1. ùe Vincent. élaitnt awc lui:
enfin. on le lui ramena. Elle fil tout au monde
pour rentrPr chez le l\oi, ruai IM. do Choieul el dllau . onville, aifüi que no, dame
&lt;tui étaient là, l'en ernpêchiirenl. Uu moment
apr'• , on ntenJit cnfonc •r le:· porte . Jl 11'1
en avait plus 11u'unl', qne le p1•11ple ne put
trouler, et, trompé par un de• ens de iDJOn
neveu, qui lui dit que la Reine étail à l'A~i.emblée, il
dispersa Jans l'app:v-temcnt.
Pendant ce temps-là, les grenadicrSl'l d'autres
per.:onnc. bien attachées J'cntourèr •nt, el le
peul'le défila devant elle. Une femm • lui mil
le Lonnel rou."e sur la tête, ain ·i qu'à mon
neveu. Le Roi l'avail prc:-quc du pren1icr
moment. Santerre, qui c nduisail le défilé,
vint la haran,.uer el lui dire qu'on la trompait en lui di,nnl que le peuple ne l'aimait
pa , qu'elle l'était cl qu'il l'a~surait qu'elle
n'alait rien à craindre. a L'on ne craint jamais
rien, répondit-elle, lorsque l'on est avec de
hrues gens. 11 En même temp , t:lle tendil
la main aux grenadier qui éta.ienl aupr,.
ù'elle, qui se jett•rent tous dessus. Cela fut
:'ILtRIE.-ASTOISE TTE.
Gr.:wure .k R~one.
fort touchant.
« Les députés qui étaient venus étaient
chambre fut pleine en moins de temps que ,·enus de bonne volonté. Une \'raie députaje n'en parle. Tou. demandaienl fa sanction tion arriva el cnaagca le Roi à rentrer chez
cl le renvoi de· ministres. Pendant quatre lui. Comme on me le dit et que je ne Youlais
pas me lrou,·cr rester dans la foule, je ortis
heures, le même cri fut répété. Des membre
de l'A emblée vinrent peu de temps aprir. environ une heure annl lui. Je rejoigoi la

m1.

�1l1STORJA.
Reine, et avec quel plaisir je l'embrassai!
J'avais pourtant ignoré les risques qu'elle
avait courus. Le Roi rentré dans sa chambre,
rien ne fut plus touchant que le moment où
la Reine et ses enfants se jetèrent à son cou.
Des députés qui étaient là fondaient en
larmes. Les députations se relevèrent de
demi-heure en demi-heure, jusqu'à ce que le
ealme fût rétaLli totalement. On leur montra
les violences qui avaient été commises. Ils
furent tous très bien dans l'appartement du
Roi, lequel fut parfait pour etU. A dix heures,
le château était vide et chacun se retira chez
soi. Il
Madame Élisabeth, dans ce récit d'un jour
terrible, a omis deux circonstances qui lui
étaient personnelles, et que nous devons rap~leler.
Lorsque, restée près du Roi, elle était
montée sur une banquette, près de 1a fenêtre,
des forcenés l'entourèrent, la prenant pour
la Reine, et des voix furieuses s'écrièrent :

« C'est !'Autrichienne! la tête de !'Autri- la plus grande douleur d•avoir eu les mains
chienne! » Son écuyer ordinaire, le chevalier liées et d'avoir vu devant ses yeux tout ce qui
de Bousquet de Saint-Pardoux, voulut dé- s'était passé, a obtenu de Pétion l'ordre de
tromper les assassins et la nommer. (l Ne les tirer. A sept heures, on dit que les faubourgR
désabusez pas, D lui dit-elle avec l'énergie du marchaient. La garde se mit sous les armes
dévouement qui l'animait. L'instant d'après, avec le plus grand zèle. Des députés de l'Asau défilé des piques, elle avait vu l'une de semblée \Tinrent de bonne volonté demander
ces armes effleurer la poitrine du Roi, et au Roi s'il croyait qu'il y eût du danger,
s'était avancée pour 1a détourner. Enfin, pour qu'elle se transportât chez lui. Le Roi
dans la scène touchante qui succéda à ces les remercia. Leur dialogue est dans tous les
violences, quand l'infortunée famille se viL journaux, ainsi que celui de Pétion, qui ·vinl
hors de danger auprès du Roi, la généreuse dire au Roi que ce n'était que peu de monde
Princesse ne rappelle pas de quelles bénédic- qui voulait planter un mai. 1&gt;
lions elle fut comblée par Louis XVI et par
« Est-ce que hier n'est pas fini?» demanJa Reine, el combien de larmes de reconnais- dait naïvement le malheureux Dauphin à la
sance el d'affection coulèrent sur ses mains Ileine, lorsque le bruit d'une seconde invaensanglantées, avant qu'elle ne se séparât sion du peuple se r pandit aux Tuileries. On
d'eux pour aller trouver quelques heures de relrouva cependan le soir de ce jour une
repos.
sorte de calme mêlé d'espérance, car un maLa matinée da 21 parut menaçante. Ma- nifeste du Roi, le danger qu'il avait couru,
dame Élisabeth en rend compte da.os son la noble conduite de sa famille avaient projournal:
1
duit une de ces réactions passagères qui abu« La garde nationale, après avoir montré saient encore quelques optimistes.
COMTESSE

Madame de Villars
C'était une des sœurs de madame de Beaufort. Elle avait épousé le neveu de M. l'amiral de Villars. lis s'appelaient Brancaccio en
leur nom, et viennent do royaume de Naples.
Le mari et la femme demeuraient d'ordinaire
.au Ilavre. Elle y fit (il est vrai que cela
n'était pas son apprentissage) le coup le plus
effronté qu'aucune femme ait guère !ait en
.amour. Un capucin, nommé le père Henri de
La Grange-Palaiseau, de la maison d'llarville,
qui peut-être s'était fait religieux pour ne
pouvoir vivre selon sa condition, faute de
biens, fut envo~•é par le Provincial au couvent
,qu'ils ont au Havre. C'était un des plus beaux
hommes de France, el de la meilleure mine,
homme d'esprit, et à la vie duquel il n'y avait
rien à reprendre. TI prêcha l'Avent au Ilavre.
Dès le premier sermon, madame de Villars
-devint passionnément amoureuse de lui, et,
pour le tenter, elle s'ajustait tous les jours le
mieux qui lui était possible. Elle quitta pour
lui l'habit extravagant qu'elle portait au llavre. C'était une espèce de pourpoint avec un
~1aut-de-chausses et une petite jupe de gaze
par-dessus, dtJ sorte qu'on voyait tout au tra~ers. Pensez qu'avec ce pourpoint elle n'avait
pas une coiffe : elle n'avait garde. Elle portait toujours un chapeau avec des plumes.
Parée donc de son mieux, elle s'allait toujours
mettre vis-à-vis de la chaire, sans masque et
la gorge fort découverte, car c'était ce qu'elle
avait de plus beau; pour les traits du visage,
ils n'étaient pas merveilleux : elle avait les
Jeux petits et la bouche grande, mais sa

taille, ses cheveux et son teint étaient incomparables. En ce temps-là elle était encore fort
jeune. Tout cela ne toucha point notre capucin. Que fait-elle1 Elle envoie à Rome pour
faire avoir au père Henri de La Grange la
permission de la confesser; elle expose qu'elle
avait été touchée de ses sermons, qu'ayant
jusques alors été trop avant dans le monde,
tlle croyait que Dieu se voulait servir de cette
voie pour sa conversion. En même temps,
elle se tue de dire partout que les prédications de ce bon père seraient cause qu'elle
changerait de vie. A Rome, elle obtint facilement la permission qu'eUe demandait, et,
l'ayant fait signifier, elle demande qu'il l'entende en con[ession dans une chapelle qui
était chez elle. Les aulres capucins, qui
croyaient que cela ferait venir l'eau au moulin, l'y envoyèrent aussitôt. Mais la dame, au
lieu de se confesser de ses vieux péchés, car
elle afait dit qu'elle voulait faire une confession générale, le voulut persuader de lui en
faire faire de nouveaux. Le bon père fait des
signes de croix et la tance sévèrement. Elle
ne perd point courage, elle fait tout ce qu'elle
peut pour l'exciter, et lui montra peul-être
ce qu'elle ne lui pouvait montrer durant le
sermon. Tout cela ne servit de rien : il la
laisse demi-folle. Âu sortir de là, il demande
permission au supérieur de se retirer. Elle
en a avis et fait garder les portes; il trouve
pourtant moyen de s'évader. Elle le sait,
monLe secrètement à cheval et court après.
Elle l'attrape dans un bois, elle descend, et
le presse de revenir; il se dépêtre d'elle,
prend son cheval et s'enfuit à Paris. L'amante
délaissée, afin d ·avoir un prétexte d'aller
aussi à Paris el de suivre son amant, feint
d'être malade et de vomir du sang. Effectivement elle en vomissait, mais ce n'était pas

n'ARMAILLÈ.

do sien, tout cela se faisait par artifice. Elle
se fait porler à Paris dans un brancard pour
s'y faire traiter. Le bruit courut qu'elle se
mourait. Elle écrivit en vain au père de La
Grange, et, voyant qu'il n'y avait plus d'espérance, elle se guécit toute seule. Mais avant
cela elle découvrit lÏ't'il était à Rouen; lui,
qui savait que celte folle y était aussi, disaiL
sa messe le premier, el se tenait caché tout
le jour; elle y alla de si bonne heure qu'elle
le vit au nez ; pour elle, elle était déguisée
en bourgeoise. li fit un grand cri quand il
l'aperçut, mais il ne laissa pas de dire sa
messe : ce fut en allant à l'autel qu'il la reconnut. Il par lit dès le jour même.
Elle fut aimée ensuite de M. de Chevreuse.
En ce temps-là, faute d'argent, elle souffrit
les galanteries d'un partisan nommé Moisset;
c'est celui qui a bâti Rue!; c'était le Montauron de ce temps-là. Elle fut même si dévergondée que de loger chez lui. M. de Chevreuse lui en fit des reproches, el feignit de
la vouloir quitter. Elle, pour lui montrer
qu'elle ne pouvait vivre sans lui, fit semblant
d'avaler des diamants, non enchâssés, qu'elle
tenait alors dans une boite : mais elle laissa
tomber les diamants, el ne fil que lécher les
bords de la boîte. Sor cela on fit un conte
quelque temps après: on disait que îeu Comminges, frère de Gui taud, capitaine des gardes
de la Reine, &lt;1ui la servait auprès de M. de
Bassompierre, dont elle s'était éprise, lui
ayant rapporté que li. de Bassompierre ne
correspondait point à sa -passion, elle avala
des diamants; que Comminges, qui élait
a,•are, la prit par le cou et les lui fit rendre:
et que sachant combien il y en avait, il
la pensa étrangler pour lui en faire rejeter
un qui restait, et qu'après il les emporta
tous.
T ALLE\L-\:.T DES RÉAUX.

..., 27:? ....

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPIT~E XXIV (suite).

:endant ~n des nombreux engagements
qui eurent heu durant ces trois jours, la brigade Wathiez, qui poursuivait les ennemis,
fol arrê~é~ tout à coup par un large et bourbeux rmsseau, affluent du Bober. Il n'exi-tait
d_'au!res passa~es que de_ox ponts en _bois,
SJtues à un demi-quart de lieue l'un de l'autre
et que l'artillerie russe couvrait Je boulets'.
Le 24• de chasseurs, qui était passé sous le
commandement du brave colonel Scbneit,
ayant reçu l'ordre d"attaquer le pont de
gauche, s'y porta avec son intrépidité habituelle; mais il n'en fut pas de irulme du
ile régiment de ~ussards hollandais, qui,
nouvellement admis dans la brirrade, avait
pour mission d'enlerer le pont de°droite. En
vain son colonel, M. Liégeard, bon et brave
officier, le seul Français qu'il y eôt dans ce
corps, exhorta ses cavaliers à le suivre. pas
un ne boug~ait, tant ils étaient dominés par
la peur. M31S comme mon régiment, placé
par ~on tour de service en seconde ligne, recevrut presque autant de boulets que le J l • de
hu sar?~• je courus sur le front de ce corps
pour aider le colonel à décider ses ca,•aliers à
fondre sur J'arlillerie ennemie, ce qui était le
sen l moyen d'en faire cesser le feu ; mais
voyant mes e0orts infructueux, el prévoyant
que la lâcheté des Hollandais ferait perdre
beaucoup de monde à mon régiment,je le fis
pass~r devant eux et allais le lancer, lorsque
Je vis le pont de gauche s'écrouler sous le
premier peloton du 24•, dont plusieurs hommes
et chevaux furent noyés. Les Husses, en se
retirant, avaient préparé cet événement, en
f~isant scier avec une telle habileté les principales poutres destinées à soutenir le tablier que, à moins d'être prévenus, on ne
pouvait s'en apercevoir.
A la vue de ce funeste accidtlllt, je craignis
que les ennemis eussent tendu un piège semLlal.Jle sur le pont vers lequel je dirigeai.s la
tête de ma colonne;j'arrêtai un moment sa
marche afin de faire examiner le passage.
Cette inspection é~ait très difficile, car non
se?lement c'était le pont vers lequel les ennemis braquaient leur artillerie, mais la fusillade .d'un de leurs bataillons le couvrait de
baUes ! J'allais donc demander un homme de
bonne volonté pour cette périlleuse entreprise, et j'avais la certitude d'en trouver,
lorsque !"adjudant Iloivin, que j'avais cassé
naguère pour avoir, faute de s11rveillaoce,
V. -

lixsTORJA. -

Fasc. 38.

laissé évader le chasseur condamné à mort,
mit pied à terre et vint à moi en disant Cl qu'il
11 ne serait pas juste qu'un de ses camarades
« rût Lué en allant reconnaître le passage, el
« qu'il me priait de lui permellre de remplir
« cette mission, afin de réparer sa faute ».
Cette noble détermination me plut, et je répondis : 11 Allez, monsieur, et vous relrou&lt;&lt; verez votre épaulette au bout du pont !.. ,,
Hoivin, s'avançant alors avec calme, au
milieu des boulets et des balles, examine le
tahlier du pont, descend au•dessous et revient
me donner l'assurance que Loul est solide et
que le régiment peut passer! ... Je lui rendis
son grade, il reprit son cheval, et, se plaçant
en tête de l'e cadron qui allait franchir le
pont, il marcha Je premier sur les Russes,
qui n'attendirent pas notre allaque et e retirèrent promptement. L'Empereur avant, le
mois sui11ant, passé la reme du régiment et

Exelmans, commandant de la division, nous
ne le connaissions encore que par la voix
publique de l'armée qui nous avait informés
de s~ brillante valeur; mais elle le signalait
aussi pour manquer souvent d'esprit de suite
dans le commandement. Nous en eûmes la
preuve dans le fait suivant, qui signala la
reprise des hostilités.
Au moment où la division exécutait une
retraite que mon régiment devait couvrir, le
général Exelmans, sous prétexte de Lendre un
piège à l'avant-garde prussienne, m'ordonne
de mettre à sa füposition ma compagnie
~'élite el mes 25 plus habiles tirailleurs, dont
il confie le commandement au chef d'escadrons
Lacour; puis il place ces 150 hommes au
milieu d'une plaine entourée de bois, et après
a\'oir défendu de bouger sans son ordre il
'
,
s en va et les oublie complètement!... Les
ennemis arrivent, et, voyant le détachement
ainsi abandonné, ils s'arrêtent, de crainte
qu'on ne l'ait mis là afin de les attirer dans
une embuscade. Pour s'en assurer, ils font
glisser isolément quelques hommes à droite
et à gauche dans les bois, el, n'entendant
aucun coup de feu, ils en augmentent insensiblement le nombre, au point d'environner
entièrement nos cavaliers! En vain quelques
officiers font observer au commandant Lacour
que celte marche enveloppante a pour but de
lui couper la retraite; Lacour, très brave
militaire, mais n'ayant aucune initiative , s'en
tient à la lettre de l'ordre qu'il avait reçu,
sans penser que le général Exelmans l'a peutèlr~ oulilié, q_u'il serait bon de l'envoyer prévemr et de faire loul au moins reconnaître le
terrain par lequel il pourra se retirer. On lui
a dit de rester là, il y restera, dussent ses
hommes 1' être pris ou périr.
Pendant que le chef d'escadrons Lacour
exécutait sa consigne plulot en simple sercrent
qu'en officier supérieur, la diYision s'éloignait! ... ~e génér~l Wathiez et moi, ne voyant
pas revemr le detachement, et ne sachant
où trouver Exelmans qui galopait à travers
champs, avions de simslres pressentiments.
Je demande alors et obtiens du général WaLhiez
de retourner vers le commandant Lacour. Jtl
pars au grand galop avec un escadron et
j'arrive .pour être témoin d'un spectacle.affreux, surtout pourun chef de corps qui aime
ses soldats !
Les ennemis, après avoir débordé les deux
flancs el même les derrières de notre détachement, l'avaient fait charger de front par

.

loRTrER,
Grav ure

.u

0 1.;C DE TREVISE.

R llB ŒRRE, d'a pr ès le la/:&gt;leau de

L ARIVlÈRJ,;. (Mu Sél' de 1 ·ersai lles. )

fail plusieurs promotions, je fis nommer
M. Boivin sous-lieutenant.
Notre nouveau général, M. Wa1hiez, sut
acquérir, dans ces dil-ers combats, l'estime el
l'allection des troupes. Quant au général

18

•

�'----------------------- .iJfËJK017{ES DU G'ÉN'É'J(AL B.Jf.'J(ON DE MAJ{BOT - - ~

111S T O'R..1.Jf
des forces infiniment supérieures, si bien que
700 à 800 lanciers prussiens entouraient nos
150 hommes, qui, pour comble de mal beur,
n'avaient pour toute retraite qu'une mauvaise
passerelle en planches, posée sur le ruisseau
très encaissé d'un moulin voisin! ... Nos cavaliers ne pnu"aienL marcher que pa1· un dans
cet étroit d;,tilé. li y eut donc encombrement,
et ma compagnie d'élite perdiL plusieurs
hommes. Un grand nombre de chas,ems,
apercevant alors une immense cour, pensèrent
qu'elle avait issue sur le ruisseau, et, dans
l'espoir de trouver un pont, ils s'engagèrent
dans ce passage, où tout le détachement les
suivit. Le ruisseau longeait en effet la cour,
mais il formait en cet endroit la retenue du
moulin, dont les berges étaient soutenues par
de larges dalles glissantes, ce qui en rendait
l'accès extrêmem~nt difficile pour les chevaux et donnait un avantage immense aux
ennemis, qui, pour assurer la capture de
tous fos Français entrés dans cette vaste cour,
en avaient fermé les portes.
Ce Cul en ce moment critique que je parus
de l'autre côté du ruisseau avec l'escadron de
renfort que j'avais amené à la hâte. Je lui fis
mettre pied à terre, quatre chevaux étant
tenus par un seul homme; tous les autres
cavaliers, armés de leurs carabines, coururent
à la passerelle que gardait un escadron de
Prussiens. Mais ceux-ci, restés à cheval et
n'ayant que quel4ues pistolets pour toute
arme de jet, ne purent résister au feu bien
nourri des nombreuses carabines de nos chasseurs. Aussi furent-ils contraints de s'éloigner
de quelques centaines de pas, en laissant sur
le Lerraiu une quarantaine de ble~sés et de
morts. Ceux de mes cavaliers qui étaient enfermés dans la cour voulurent profiter de ce
moment de répit pour forcer la grande porte
en frusaat à cheval une vigoureuse sortie;
mais je leur criai de n'en rien faire, parce
que cet acte de vigueur ne les eût pas sauvés, car, pour me rejoindre, ils auraient été
dans l'obligation d'aller avec leurs chevaux
frabrhir le ruisseau sur la passerelle, ce qu'ils
n'auraient pu exécuter qu'en marchant un
par un, en prêtant le flanc et tournant
le dos aux Prussiens, qui n'auraient pas
maD11ué de les charger et de les exterminer
pendant ce mouvemenl. Le rivage était garni
d'arbres de rivière, au milieu desquels les
fantassins pouvaient braver impunément une
nombreuse cavalerie. Je plaçai donc en tirailleurs le long du ruisseau les hommes de
l'escadron qui avaient déjà mis pied à terre,
et, dès qu'ils furent en communication avec
la cour du moulm, je fis dire à ceux qui s'y
trouvaient de mellre également pied à terre,
de prendre leurs carabines, et, pendant que
cent &lt;l'entre eux tiendraient par leurs îeux
les ennemis à distance, les autres, se glis~ant
derrière la ligne des tireurs, se passeraient
de main en main les chevaux jusqu'au dfllà
de la passerelle.
Pendant que ce mouvement, couvert par
un cordon de i80 tirailleurs à pied, s'exécutait avec le plus grand ordre, les lanciers
prussiens, furieux de voir leur proie près de

leur échapper, essayèrent de troubler notre
retraite par une vigoureuse attaque; mais
leurs chevaux embarrassés par les branchages
des saules, par des .flaques d'eau, des trous
nombreux, et pouvant à peine avancer au
petit pas sur ce terrain fangeux, ne parvinrent
iamais à joindre nos tirailleurs à pied 1 dont
le feu bien ajusté, exécuté à très petite distance, leur fit éprouver une grande perte 1...
Cependant, le major prussien qui commandait cette charge, pous,ant audacieusement
sur le milieu de notre ligne, cassa d'un coup
de pistolet la tète au lieutenant Bachelet, un
des bons officiers de mon régiment. Je regrettai viyemcnt M. Bachelet, qui fot promptement vengé par les chasseurs de son peloton,
car le major prussien, percé de plusieurs
halles, tomba mort auprès de lui 1
La chute de leur chef, les nombreuses
perles qu'ils venaient d'éprouver, et surtout
l'impossibilité de nous joindre, déterminèrent
les ennemis à renoucer à leur entreprise ; ils
se retirèren L. Je fis relever les bles!&gt;és el exécutai ma retraite sans être suivi. Mon régiment perdit dans celle déplorable alfaire un
oCficier et neuf cavaliers tués; treize avaient
été faits prisonniers. Le lieutenant Maréchal
était au nombre de ces derniers. La p1::rte de
ces vingt-trois hommes me déchira Je cœur
avec d'autant plus de raison qu'elle était.
inutile el qu'elle portait entièrement sur les
plus intrépides guerriers du corps, donl la
plupart étaient désignés pour la decoralion ou
l'avancement. Je ne pus jamais me consoler
du chagrin que me causa ce rude échec 1 11
acheva de nous indisposer à l'égard d'Exelmans. Il en fut quitte pour être ré_primandé
par Séhastian1 et par !'Empereur, auprès
duquel le recommandait d'ailleurs l'alilltié
de Mural. Le vieux général Saint-Germain,
ancien colonel et même créateur du 25• de
chasseurs, pour lequel il avait consené beaucoup d'aifoction, ayaul dit hault:menL qu'Exelmans méritait un châtiment exemplaire, ces
généraux se prirent de querelle et en seraient
venus aux mains si !'Empereur ne s'y fût
personnell1::ment opposé. Le commandant Lacour, dont l'inhabileté avait si grandement
contribué à cette catastrophe, perdit de ce
jour ma cou.fiance.
CHAPITR.E XXV
Balaille des 26 el 27 e.oM devant Dresde. - Vandamme
à Hulin. - Fi~re altitude de Vandamme prisonnier.

Après les journées des 21, 22 et 25 août,
dans lesquelles nous avions battu le corps
prussien du feld-maréchal Blücher, qui s'était
retiré derrière la Katzbach, !'Empereur venait
de donner des ordres de poursuite pour le
lendemain. Mais apprenantquela grande armée
austro-prusso-russe, fort.e de 200,000 hommes, commandée par le prince de Schwarzenberg, venait de déboucher, le 22, des montagnes de Bohême en se dirigeant vers la
Saxe, Napoléon prit avec lui toute sa garde,
la cavalerie de Latour-Yaubourg et plusieurs
divisions d'infanterie. JI se porta à marches

forcées sur Dresde, où le maréchal Saint-Cyr
avait été s'enfermer avec les troupes qu'il
avait retirées à la bâte du camp de Pirna.
L'Empereur, en s'éloignant de la Silésie,
se fit suivre par le maréchal Ney et confia au
maréchal Macdonald la direction de la nombreuse armée qu'il laissait sur le Bober,
c'est-à-dire les 5•, 5e et i j• corps d'in[anterie et le 2• de cavalerie, avec une très
imposante artillerie, ce qui formait en Lot.alité
un effectif de 75,000 hommes. Le commandement d'une telle masse de combattants
était une Lâche trop lourde pour Macdonald,
ainsi que la suite le démontra.
Vous avez dû remarquer que plus le nombre
des troupes engagées est considérable, moins
je decris en détail leurs mouYements; d'abord,
parce que cela demanderait un travail immense
que je craindrais de n'être pas capable de
mener à bonne fin; en second lieu, ce serait
rendre la lecture de ces Mémoires trop fatigante. Je serai donc encore plus concis sur
les événements de la guerre de i Si 5, auxquels 600,000 à 700,000 hommes prirent
part, que je ne l'ai été dans les récits des
précédentes campagnes.
Le 28 aoùt, 200,000 alliés ayant cerné la
ville de Dresde, dont les fortifications ~laient
à peine à l'abri d'un coup de main, la situation du maréchal Saint-Cyr devint infiniment
critique, car il n'avait que i 7,000 Français
pour résister aux forces immenses des ennemis.Ceux-ci, bien mal servis par leurs espions,
ignoraient l'arrivée prochaine de Napoléon,
et pleins de confiance en leur grand nombre,
ils remirent l'alLaqne au lendemain. Leur
assurance s'accrut en voyant venir à eux
deux régiments westpbaliens qui, désertant
le service du roi Jérôme, se joignirent aux
Autrichiens.
Le maréchal Saint-Cyr, inquiet, s'allendait
à être attaqué le 26 au matin; mais il fut
rassuré sur les résultats du combat par la
présence de !'Empereur, qui ce jour-là même
entra de bonne heure à Dresde à la tête de 1a
garde et de nombreuses troupes de toutes
armes. Peu d'instants après, les ennemis,
croyant encore n'avoir affaire qu'au seul corps
de Saint-Cyr, marchèrent sur la ville avec
une telle impétuosité qu'ils enlevèrent plusieurs redoutes, et déjà les Russes et les
Prussiens, maîtres du faubourg de Pirna,
essayaient d'enfoncer la porte de Freyberg,
lorsque, par ordre de !'Empereur, celte porte
s'ouvrit tout à coup et donna passage à une
colonne d'infanterie de la garde impériale,
dont la première brigade était commandée
par le brave général Cambronne!. .. Ce fut
comme l'apparition de la tête de Méduse! ...
L'ennemi recula épouvan~, son artillerie fut
enlevée au pas de course, et les canonniers
tués sur leurs afiùts ! De toutes les portes de
Dresde de pareilles sorties ayant été faites
simultanément a,·ec le même résultat, les
coalisés abandonnèrent les redoutes prises
par eux et s'enfuirent dans les campagnes
voisines, où apoléon les fit charger par sa
cavalerie jusqu'au pied des collin.es. Dans
cette première journée, l'ennemi per~it

f,,000 hommes mis hors de combat, et on
lui fit 5,000 prisonniers. Les Français eurent
2,500 hommes tués on blessés : cinq généraux étaient au nombre de ces derniers.
Le lendemain 27, ce fut l'armée française
qui, à son tour, prit l'initialive de l'attaque,
bien qu'elle eût 87,000 hommes de moins
que ses adrersaires. L'engagement fut d'abord
Yif et sanglant; mais la pluie qui tombait
par torrents sur un sol des plus gras eut
hirntôt co1werti le champ de bataille en larges

enfoncés, furent forcés de mettre bas les
armes, et deux autres divisions d'infanterie
éprouvèrent le même sort.
Pendant que Murat battait ainsi la gauche
des ennemis, leur aile droite était mise en
déroute par la jeune garde, de sorte qu'à
trois heures, la \'ictoire était assurée, et les
coalisés ballaient en retraite vers la Bohème.
Dans cette deuxième et sanglante journée,
les ennemis laissèrent sur le champ de batai11e 18 drapeaux, 26 canons et 40,000 hom-

refusé, Bordesoulle, s'avançant, lui fit observer que pas un des fusils de sa troupen'était
en état de liMr. L'Autrichien répondit que
ses soldats se défendraient à 1a baïonnette
avec d'autant plus d'avantage que les chevaux
des Français, enfonçant dans la boue j usqu •aux
jarrets, ne pourraient venir les choquer du
coup de poitrail qui fait 1a force de la cavalerie. &lt;c Je vais foudroyer votre carré avec
&lt;c mon artillerie! ... Mais vous n'en avez
&lt;( pas, car elle est restée dans les boues! -

Cliché Neuniein Crtrcs

L'EX.AMEN llE SAINT-CYR EN 1813. -

flaques d'eau fangeuse, où nos troupes, dans
leur marche vers l'ennemi, avaient grand'peine
à se mouvoir. Néanmoins, on avançait toujours, et déjà la jeune garde faisait reculer
la gauche des ennemis, lorsque l'Empereur,
s'étant aperçu que le prince de Schwarzenherg, généralissime &lt;les coalisés, avait commis
la faute de ne pas soutenir suffisamment son
aile gauche, la frt écraser par l'infanterie du
maréchal Yictor et par la cavalerie de LalourMauhourg.
Le roi Murat, qui commandait cette partie
de la ligne française, J parut plus brillant
que jamais, car, après avoir forcé le défilé de
Colla, il tourna et sépara de l'armée autrichienne le corps de Klenau, sur lequel il se
précipiLa le sabre à la main à la tète des carabiniers et des cuirassiers. Le mouvement fut
décisif : Klenau ne put résister à œtte terrible charge!. .. Presque tous ses bataillons,

Taf&gt;lea1, dt Gf:o-RoussEL

mes, dont 20,000 prisonniers. La perle principale tomba sur l'infanterie autrichienne,
qui eut deux généraux tués, trois blessés et
deux faits prisonniers.
Il est à noter qu'à cette époque les armes
à percussion étant à peine connues, les fantassins de toutes les na.lions se servaien Lencore
de fusils à pierre, dont le feu devenait à peu
près impossible dès que la po11dre de ramorce
était mouillée. Or, comme la pluie n'avait
cessé de tomber pendant toute la journée,
elle contribua beaucoup à la défaite de l'infanterie ennemie attaquée par nos ca"aliers.
Il se passa même, à ce sujet, un fait très
remarquable.
Une di,,ision de cuirassiers, commandée
par le général Bordesoulle, se trouvant en
présence d'une forte division d'infanterie
autrichienne formée en carré, la fit sommer
de se rendre. Le général ennemi s'y étant

&lt;&lt; Cependant, si je vous montre les canons
« placés derrière mon premier régiment,
« vous rendrez-vous? - Il le faudrait bien,
(C puisquïl ne me resterait aucun moyen de
« défense [ »
Le général français fil alors avancer jusqu'à trente pas des ennemis une batterie de
six pièces dont les artilleurs, la lance à feu
en main, s'apprêtaient à tirer sur le carré. A
cette vue, le général autrichien et sa division
mirent bas les armes.
La pluie ayanL ainsi paralysé le feu de l'infanlrrie des deux armées et beaucoup ralenti
la marche de la cavalerie, ce fut 1'artil1erie
qui, malgré la grande diCficulté de se mouvoir
sur un terrain détrempé par des pluies diluviennes, joua le rôle principal, surtoull'artilleriefrançaise, dont Napoléon avait fait doubler
les attelages avec des chevaux momentanément
retirés aux fourgons de l'administration qui

�1f!ST0~1.ll----------------------étaient en sûreté dans la ville de Dresde; le t•r eptemhre, et les Russes emportèrent
aussi nos pièces de campagne firent-elle. un son corp .
grand ravage, el ce fnl un de leurs boulets
Personne dans l'armée française ne regretta
qui frappa \foreau.
Moreau, dès qu'on rnt qu'il aYait pris les
1a voix publique annonçait depuis quelque armes contre sa pairie. Un parlementaire
temps le retour en Europe. de cet ancien el russe étant venu réclamrr le chien de la part
illustre général français, qu'elle assurait al'Oir du colonel Rapale), aide de camp de Moreau,
pris du ervice parmi les ennemis de son dont il avait . uivi la fort une, on lui rem il cet
pays; mais très peu de gens ai out.aient fui à animal, mais san. le l'Ollier, qui fut enrn-ré
ce bruit, qui fut cependant confirmé le soir au roi de Saxe. Ce collier fi!?Urc à présenl
de la bataille de Dresde d'une manière fort parmi les curiosités de la galerie de füesde.
bizarre. Notre avant-garde poursuivait les
Cependant, le prince de , chwarzenberg,
ennemis en déroute, lorsqu'un de nos hus- ~éoéralis~ime des troupes ennemies ballues à
ards apercevant à l'entrée du village de nresdc, ayant indiqué la ,;Ue de Tœplilz
Notnitz un magnifique chien danois qui, d'un comme point de réunion aux débris de ses
air inquiet, paraissait chercher son maitre, armées, les Autrichien e!fecluèrcnt leur rel'auire, s'en empare et lit sur son collier ces traite par la valh~• de Dippotiswald, le Russes
mots : &lt;( J'appartiens au général ~Jorcau. » el les Prussiens par la route de Telnitz, et les
On apprend alors, par le curé du lieu, que le débris du corps de Klenaa par celle de Fre~général Moreau vient de subir chez lui une berg. L'empereur ~apoléon suivit ju ·qu'auprès
double ampulalion i un boulet français, de Pirna les mouvements des colonnes rrantombé au milieu de l'état-major de l'empe- r.aises qui pour uivaienl les Yaincu ; mais,
reur de Russie, avait d'abord brisé l'un des au moment d'arrirer- dans celte îille, il fut
genoux du célèbre transfuge; puis, ayant pris d'une indi. position ubile, accompagnée
traver-~é le corps de son che,al, il avait été d'un léger vomissement, et eau ée par la
frapper l'autrejamlie de Moreau. Cet év1fae- fatigue qu'il avait éprouvée pour être resté
nemenl ayant eu lieu au moment de la défaite cinq jours constamment à che\'al, e.tposé à
des armées alliée , l'emperf'ur Alexandre, une pluie inces anle . .
L'un des plus grands inconvénients attapour é"iler que )forean ne fût pr-is par les
Français, l'arnit fait porter à liras par des chés à la position des princes, c'est qu'il se
grenadier', ju~qu'au moment où, la pour:;uite trouve toujours dans leur entourage quelques
de nos lroupe1, s'étant ralentie, on avail pu personnes qui, voulant témoigner d'un excès
pan,er le blessé et lui couper les deux d'auachemeot, feignent de s'alarmer à leur
cui;.ses! ... Le curé saxon, témoin de cette moindre indi. position et exagèrent les précruelle opération, rapportait que Moreau, à cautions qu'il Caut prendre : c'est ce qui
qui l'on n'a,aiL pu cacher que sa Yie était en arriva en celle circonstance. Le grand éCU)'er
danger, se maudissait lui-même et répétait Caulaincourt conseilla à, apoléon de retourner

lieue. J,a jeune garde 'I était déjà rendue,
et l'Empcreur y eût trouvé, aYec le repos
dont il a\·aitbesoin, l'immense avantage d'être
à même d'ordonner les mouîemenls des
lroupes engagées à la poursui le des ennemis,
ce qu'il ne pou,·ait faire de Dresde, situé à
une bien plus grande distance du centre de!':
opération . ~apoléon lai sa donc aux maréchaux Mortier cl Saint-Cyr le soin de soutenir
le général \'andamme, chef du 1er corps, qui,.
détaché de la Grande ,\rmêe depuis troi :
jours, avait battu un corps rus e, menaçait à
présent les derrières des ennemis, interceptai l la route de Dresde à Prague et occupait
Peterswalde, d'où il dominait le bassiu de
Ifolm en Bohême, ainsi que la îille de Tœplitz,
point des plus important • par où les coafüés
dtvaient nécessairement faire leur retraite.
Jlais la renlrée de Napoléon à Dresde annula
le succès qu'il YenaiL de remporter et amena
no immense revers, dont les efi'els contribuèrent infiniment à la chute de l'Empire.
Voici le récit très succinct de celle cala troplm
célèbre.
Le général \'andamrne était un très bon ell
fort br-c1ve oflicier, qui, déjà illustré d~s les
première guerres de la fiéYolutîon, nait
presque constamment rom.mandé en chef
divers corps dans celles de l'Empire, aussi
l'on s'étonnait qu'il n'e1it pas encore reçu le
hàton de maréchal, dont. e manières bru ques
et cassantes l'avaient privé. Ses détracteur~
ont dit, aprè sa défaite, que le dé ir d'obtenir enfin cette haute récompen e l'arail
poussé à. se jeter à 1'6tourdie, avec 20,000
hornme seulement, sur le chemin de 200,000
ennemis, auxquels il prétendait barrer le
passage; mais la ,·érité c·t qu'ayant été prévenu par le major général qu'il erait oulèou
par les deux armées des maréchaux Saint-Cyr
el ~fortier, et reçu l'ordre f'ot"mel d'aller
s'emparer de 'l'œplilz pour couper toute retraite aux ennemis, le général Vandamme dut
obéir.
Se croyant certain d'être soutenu, il descendit donc bravement le 29 août ,er l\ulm,
d'où, poussant devant lui les troupes ennemies, il chercha à gagner Tœplit.z; et il est
po. i tif que si Mortier et Saint-Cyr eussent
exécuté le · ordres qu'il auienl reçus, les
corps pru iens, russes et autrichiens, engagés dans des chemins affreux et se tramant
coupés de la Bohême par la prise de Tœplilz,
se fussent vus altaqutls en tête el en queue,
et contraints de mettre bas les armes. fondamme eôt alor reçu les plus grands élogr~.
de ceux mêmes qui l'ont blâmé depuis.
Quoi qu'il en _oit, Yandamme, arrivé devant Tœplitz le 50 au matin, s'y troufa en
présence de la divi ion d'O termann. un des
meilleurs et des plus bra,-es énéraux de
l'armée russe, et il l'attaqua avec d'autant
plus de vigueur que, voyant descendre des
hauteur de Peterswalde un corps d'armée IJUi
uivait la route parcourue la reiUe par ses
propres troupes, il dut croire que c'étaient les
armées de Mortier et de aint-Crr, dont rEmpcreur lui avait fait promettre le secours.
\[ais au lieu d'amis, ces nouveaux venus

ÂfEMOTJ('ES DU GENE'J{JCL BAR.ON DÉ Jf(A'JfBOT- --...:;;

0

0

DHAI L L E DE D RESDE. -

n·atrts une llthograf&gt;hif du C:lbintt des Eslampts.

. ans ces~e: n Commc:11, moi! moi, Morr:m,
mourir au milieu des ennemis de la France,
frappé par 1111 boulet rrançais! ... » Il (''tpira

à Dresde, et les autres grands oftlciers n'osè-

rent donner l'avis infiniment meilleur de continuer jusqu'à Pirna, di talll seulement d'une

ét~ient deux forte. dili ions pru~. itnnes. con. Les généraux, les of6cier~ cl jusqu·aux. presque directe deîant son nombreux étatdu1 te~ par le général Kleist, et qui, dirigées
1mp~es ,oldats ennemis, admirant le courage
sur Kulm, d'après l'a,is de Jomini, Tenaient de , andamme, eurent pour lui les plus »;t~j~r et un p_eloton de ses gardes, Alexandre
s elo1ma rapidement. Le !!énéral français
de p~sser entre les corps de Saint-Cyr el de
gardé
à vue, fut conduit à Wintka aux fron:
Mortier sans que ces maréchaux s'en fussent
tières
de la Sihérie, cl ne revi; sa pairie
aperçu,, tant était grand le mau1ais vouloir
qu'après la paix de 1·•u.
de Saint-Cir lorsr1u'il devait econder un
La bataille de Kulm coùla au l er corp· de
de ses _camarade·, mauvais vouloir qui dans
l'armée
française 2,000 hommes tués et
c_clle circonstance influa sur le général Mor8,000
fails
prisonnier , parmi lesquels se
tier! ... Ni l'un ni l'autre ne bougèrent lorslrotHait
S'JO
général
en chef. Le urplus des
-que leur coopération, jointe aux efforts couoldats de \andamme, au nomhrede J0,000,
rageux de Vaodamme, eut infailliLlemenl
commandé par les généraux Teste, Mouton:an1ené la "défaite totale des ennemis. En effet
Duvernet,
du Monceau et Corhineau, étant
l~urs colonnes d'infanterie, de ca1·alerie, d'ar~
panenus
à
se faire jour les armes à la main
t1UeriP. r.t d'équipages, jetées dans le plus
allèrent rejoindre Saint-Cyr et .llortier. Ce;
grand desordre, se trouvaient entass~es pèle~eux maréchaux a,·aient gravement manqué
mêle dans les étroits défilés des hautes mona
leu~ deYoir en ne poursuivant pas l'ennemi
tagnes qui séparent la Silésie de la Bohên1e.
en
de route et en 'arrêtant. ainsi qu ïls le
A~ lieu du se~ours qu'il attendait, le généfir('ot,
le premier à Reinbard -Grimme et
ral 'andamme vit paraitre les deux division,
Mortier à Pirna, d'où iJ entendaient le bruit
du général hleist, qui fondirent à !'in tant
du combat que soutenait le bra,·e et malheusur lui. \'andamme, tout en continuant de
reux. Yandamme.
com~attre en tète les rlusses d'U ·termano,
On _doit s'étonner que de Dresde, si Yoisin
places devant Tœplitt, retourna son arrièrede
I\emhm·ds et de Pirna, ~apoléon o 'ail pas
ctra~~e contre Kleist, qu'il allaqua avec furie.
emoyé quelques-uns de es nombreux aides
DéJtt les enn~mis faibli sai11nt de toutes paris,
de camp s'assurer que aint-Cyr et )fortier
l~rsciue le immenses renforts qui leur surs'étaient
mi en marche pour se porler au
1·rnreut, portanL leurs forces à plu,. de
Gt:-;i.R.u. YA.-;DAll'll!.
ec~mrs
de
_Vandamme, ainsi qu'il le leur
100 •000 hommes, établirent une telle d~ Gr&gt;.1vure dt D~SJAROtNti, cfafrts le taN~au dt
a,·ait
prescrit.
Ces deux maréchaux n'njant
RocJUARD.
(Musée
de
Versames.)
p:op&lt;_&gt;rtion av~c ,les ~5,000 combattants qui
pa~ _e:x_écuté ,les ordre t[U'ils aYaie1;t reçus.
restaient au general \ andarume, que celui-ci
rnalpré sa v~leur et sa lénacilé, 1lul pen e; grands égards; mais, chose incroyable, et mer1ta1cnt d ètre traduits deYant un conseil
1
à faire r_ctra1le ~.ur les corps de .:aiot-Cp· et cependant certaine, les boa procédés ccs- de guerre ; mais déjà 1'armée française, accade_ M?rller, qu 11 croyait être non Join de sère~l et ~e changèrent en Olltrages dès que blée sous le nombre immense des ennemis
l_m,. d après ce _que l'Empcreur lui avait fait lr pr1sonmer eut été condwt à Pratrne devant que I apoléon avait oule"és contre lui en
0
'
)•
ecr1re par le prrnce Berthier.
empereur de nus,ie et le grand-duc Con- é~a~t arJ"ivée à un lel point d'épuisement ~ue,
Ârriv~s au défllé de Tclnitt, fos Français sl~ntin, son frèrt•, qtti, oubliant ce qu'on s1 l Emp_ereur eùl ,·o~Ju punir tous ceux qui
le. trouvcreot occupé par les diYis1ons enne- doit au courage malbeureux, lui ndressèrent manquaient de zèle, il eùt dû renoncer à se
nues. du cor~~ du général :Klei t, qui leur la parole en termes in ultants; le grand-duc servir de presque tous les maréchalll. 1l se
barr~uent enuerement le pa sage. (ais no· Con laatio lui arracha lui-même on épée. ~orna donc à réprimander aint-Cyr et Morhata1llon_s, précédé par la cavalerie du géné- Vandamme, indigné de ce procédé, s'écria : l1er, parce IJU'il a,·ail plus que jamais Le oin
ral Corbmeau qui, malgré l'aspérité des mon- (1 ~Ion épée est facile à prendre ici· il eùt de cacher ses désastre . En el.Tet, ce n'était
tngnes, avait réclamé !'honneur de continuer (1 été plus noble de ,enir la cherch:r sur le pas seulement à Kulm que ses troupes avaient
à fair? l'avant-garde, se précipitèrent sur les &lt;c champ de bataille; mais il paraiL que vous épr~~vé des re~ers, mai sur tous les points
Prussiens avec une telle impétuo~ité qu'ils (1 n'aimez que le trophées qui ne vous coù- de I mnncn e ligne qu'elles occupaient.
fo, culbutèrent et parvinrent à franchir Je " lent pas cher! ... » En entendant ces
CHAPIT~E XXVI
défilé, aprè avoir pris toute l'artillerie enne- paroles, l'empereur Alexandre, furieux
mie, dont ils ne purent emmener que les ordonna d'arrèler Vandamme, auquel ii
Dèrail~ ,l'Ouùmol à Gro •Decrcr1 el ,lo )lacdonoltl à
ch_evaux, à cause du maurais état des cbe- donna les épithètes de pillar·d et de brila l\atûmrh. - I.e plateau de Janër. - Nous rerums.
passons la Katzbadi.
gand/
Les militaires qui ont fait la guerre comVandamme répondit, en regardant fièreOn a dit arec raison que, dans les derprendront qu ·un tel succès ne peut être ment Alexandre en face : a Je ne suis oi
nières campagnes de l'Empire, la guerre
ob!enu qu'au _prix ~e bien du sang, et qu'a- 11 pillard ni brigand; mai·, dans tous les
était rarement bien faite lorsque ~apoléon
P:tr 1~ aussi. te,rr_1 ble combat, le 1or corps « cas, mes contemporains et l'hi taire ne ne dirigeait pas en personne Je eumbat. 11
~ armee fuL m_fimment réduit. Cependant a me reprocheront pas d'avoir trempé mes
e:;l donc à regretter que œ grand capitaine
\ andamme, environné de tous côlés par de
« mains dans le sang de mon père! o ne fût pas bien pénétré de cette ,·érité et eût
rorccs décuples des siennes, refusa de e Alexandre pâlit à cette allusion faite à la
trop de confiance dans les talents de ses lieurendre, et .e plaçant en tête de deux batail- catastrophe de l'assassinat de Paul Jer, son
tenants, dont plu.ieurs n'étaient pas à la
l~ns du . ~&gt;e, les seul;; dont il pût encore père. auquel la ,·oix publique l'accu_ait hauteur de leur lâche, bien qu'ils ne mand1sposer, Il fonclit au milieu des ennemis
d'avoir donné son assentiment, de crainte quas_sen~ pas _de présomption, ainsi qu'on
dans l'espoir d'1 trouver Ja mort. )Jai so~ d'être lui-même mis à mort par les conjurés.
Yeoait den avoir de nouveaux exemples. Au
cheval ayaJ1l été tué, un groupe nombreux Alterré par les souvenirs de la sci•ne horrible
lieu d'ordonner aux chefo des corp d'armée
d7 Russes se précipita sur lui et le fit prison- à laquelle il devait le lrône, et que Vanqu'il détacbait de se tenir autant qne possible
mer.
damme venait de lui rappeler d'une façon sur la defensir•e, jusqu'à ce qu'il ,-iot aYec

I

1. M. Thie.~ (1. ~ l'J, p. ~51 ), cuminonl ln part
,le rc~ponsah1!1le qu ont pu avoir dam cc M=tre te,
m!r«baux ~aml-_Cyr c_1 ,~orlier, ainsi que J' Empereur

lu1-rnème. s exprime amsi :
? ~nns l_u.sl_ricte obsenation de ~es dcrnirs, destine
'" a ctre d1r1gc ,ur uu poiul ou ,ur un autre, il était

c nnturel que le marèchul !Ionier ollendit dans une
complète immobilité l'expre5!ion des 1olo11tés de
c :'\apoléon, cl quant â l'ordre préci d~ se.!01,rir
« ,•aodamme a1·ec deux disisioos, cet ordre ne lui
« ntriv~ q~e •~am le courant . de la journée du :'iO.
u c csl-a-d1re u nnc heure ou la cala tropbe élail
a

..., 277

IAo

11 _est donc ab50lumenl irnpossieu pren~re 3 ,;e maréchal. .,,
Cetle dêpèd1c, ;9gnèe du major gënéral Berthier
esl entre les ma.ms du nue de Trél-ise.
'
« 1léjù acc,omplie.

c

ble de

5

(Soir ,le l'tdikur.)

�111S T0'/{1.ll
de puissantes réserves écraser les forces
placées devant eux, !'Empereur leur laissait
beaucoup trop de latitude, et, comme chacun
voulait faire parler de soi et avoir sa bataille
d'Austerlit:, ils attaquaient souvent à contresens et se faisaient battre par leur faute.
. C'est ce qui était advenu au maréchal Oudinot, auquel Napoléon avait donné une
armée considérable, composée des corps de
Bertrand et de Reynier, en le chargeant d'observer les nombreuses troupes prussiennes
et suédoises réunies auprès de Berlin, sous
le commandement supérieur de Bernadotte,
devenu prince de Suède. Le maréchal Oudinot, étant moins fort que son adversaire,
aurait dû temporiser; mais l'habitude d'aller
en avant, la vue des clochers de Berlin et la
crainte de ne pas répondre à la confiance de
Napoléon l'entraînant, il poussa droit devant
lui le corps de Bertrand, qui fut battu, ce
qui n'empêcha pas Oudinot de persister, malgré ce premier échec, à vouloir s'emparer de
Berlin. Mais il perdit une grande bat.aille à
Gross-Beeren et fut contraint de se retirer par
la route de Wittemberg, après avoir essuyé
de très nombreuses pertes.
Peu de jours après, le maréchal Macdonald, que Napoléon avait laissé sur la Katzbach à la tête de plusieurs corps d'armée,
voulut aussi profiler du moment de liberté
que lui laissait l'éloignement de !'Empereur,
pour essayer de gagner une bataille et faire
oublier la sang:lante défaite qu'il avait éprouvée à la Trébia, dans la campagne d'Italie de
1799; mais il se fit encore batLre !
Macdonald, Lrès brave de sa personne,
était conslam.menl malheureux à. la guerre,
non qu'il man4uât d'aptitude, mais parce
que, semblable aux généraux de l'armée autrichit!llnc el surtout au célèbre maréchal
Mack, il était lrop compassé et trop exclusif
dans ses mouvements stratégiques. Avant le
combat, il se traçait un plan de conduite qui
était presque toujours bon; mais il aurait dù
le modifier selon les circonstances, et c'est ce
que son esprit lent ne ~al'ait pas faire. Il
agissail comme certains joueurs d'échecs qui,
lorsqu'ils dirigent Jeur partie et celle de l'adversaire absent, conduisent tout à bien dans
leur intérèt tant qu'ils jouent seuls et ne savent plus que faire, lorsque, dans une partie
rJelJe, l'adversaire place ses pièces tout autremenl qu'ils ne l'avaient supposé! ... Aussi le
26 août, le jour même où !'Empereur remportait une victoire éclatante devant Dresde,
le maril.chal Macdonald perdail une bataille
que les Français ont nommée de la Katzbach
et les Allemands de Jauër 1 •
1. Oa Janowiti.

L'armée française, forte de 75,000 hommes, dont mon régiment faisait partie, était
placée entre I.iegnitz et Goldberg, sur la rive
gauche de Ja petite rivière de Katzbach, qui
la séparait de plusieurs corps prussiens commandés par le feld-maréchal Blücher. Le terrain que oous occupions était entrecoupé de
mamelons boisés qui, bien que praticables
pour la cavalPrie, rendaient cependant ses
mouvements difficiles, mais offraient par cela
même d'immenses avantages à l'infanterie.
Or, comme les principales forces de Macdonald consistaient en troupes de cette arme,
et qu'il n'avait que les 6,000 chevaux du
corps de Sébas1iani, tandis que les ennemis
disposaient de i5 à 20,000 cavaliers, placés
sur l'immense plateau de Jauër, dont le sol
est presque partout uni, tout faisait un devoir à Macdonald d'attendre les Prussiens
dans la position qu'il occupait. Ajoutons à
cette considération que la Katzbach, peu encaissée à la rive gauche sur laquelle nous
nous tromions, l'est infiniment du côté opposé, de sorte que, pour gagner le plateau de
Jauër, il faut gravir une colline é1el'ée, couverte de rochers, et n'offrant qu'un chemin
pierreux el fort rapide.
La Katzbach, qui coule au fond de cette
gorge, n'a de ponts que devant les rares villages de la contrée, et n'olfre que des gués
fort étroits, qui de-viennent impraticables l'i la
moindre crue d'eau. Cette rivière couvrait le
front de l'armée française, ce qui nous étail
on ne peut plus favorable; mais le maréchal
Macdonald, voulant attaquer les Prussiens,
abandonna les grands avantages qu'offrait
celle position et se mit la Kalzbach à clos, en
ordonnant à ses troupes de la traverser sur
plusieurs points. Le corps de cavalerie de
ébastiani, dont faisait partie Ja division
Exelmans, dans laquelle se trouvait mon régiment, devait franchir la rivière au gué de
Chemochowitz.
Le temps, qui était déjà menaçant le matin, aurait dît porter le maréchal à remettre
son attaque à un autre jour, ou l'engager du
moins à agir sur-le-champ. Il ne prit aucun
de ces deux partis et perdit des moments
précieux à donner des ordres de détail, si
bien que ce ne fut qu'à deux heures de
l'après-midi que ses colonnes se mirent en
mouvement. Mais à peine l'armée était-elle
en marche qu'elle fut assaillie par un orage
affreux, qui fit gonfler la n.atzbach et r~ndit
le gué tellement difficile que la divi ion de
cuirassiers du général Saint-Germain ne put le
passer. Arrivés sur la rive opposée, nous dûmes
gravir par un défilé fort étroit une côte des
plus raides, do9t la pluie avait rendu le ter-

rain si glissant que nos chevaux s'abattaient
à chaque pas. Nous fûmes donc obligés de
mettre pied à terre el ne remontâmes à cheval qu'après avoir atteint l'immense plateau
qui domine la vallée de la Katzbach. Nous y
trouvâmes plusieurs dh'isions d'infanterie
française, que les généraux avaient prudemment placées auprès des bouquets de bois
dont celte plaine est garnie; car, ainsi que je
l'ai déjà dit, on savait CJlle l'ennemi nous était
infiniment supérieur en cavalerie, désavantage d'autant plus grand que les armes à
percussion n'étant pas connues à cette époque, la pluie mettait les fantassins hors d'état
de faire feu.
En arrivant dans ces vastes plaines, nous
fûmes très étonnés de ne pas voir d'ennemis 1
Le silence complet qui y régnait me parut
cacher quelque piège, car nous avions la certitude que la nuit précédente le maréchal
.Blücher occupait cette position avec plus de
·100,000 hommes. Il était donc nécessaire, à
mon avis, de bien faire reconnaître le pays
avant de s'y engager. Le général Séhastiani
pensa différemment; aussi, dès que la division Roussel d'Urbal fut formée, il la lança
dans l'immensité de la plaine, non seulement
avec l'artillerie qui lui appartenait, mais encore a,·ec celle de la division Exelmans, que
nous avions eu tant de peine à conduire sur Je
plateau. Dès qu'Exelmans, qui s'était éloigné
de ses troupes, nous rejoignit à la sortie du
défilé et s'aperçut que Sébastiani avait emmené ses canons, il courut après ce général
pour les réclamer et laissa sa division sans
ordres. Les deux brigades qui la composaient
étaient à cinq cents pas l'une de l"autre, sur
le même front, et ployées en colonnes par
régiment. Le mien formait la tète de la brigade Wathiez, ayant derrière lui le 24e de
chasseurs. Le f 1e de hussards était àla queue.
Le plateau de Jauër est tellement vaste que,
bien que la division Roussel d'ürbal, partie
en avant, fùt composée de sept régiments
de cavalerie, nous l'apercevions à peine à
l'horizon. A mille pas du flanc droit de la
colonne dont je faisais partie, se lrouYait un
des nombreux bouquets de bois dont la plaine
est parsemée. Si mon régiment eùt été seul
sur ce point, j'aurais certainement fait fowller
ce bois par un peloton; mais comme Exelmans, très jaloux de son autorité, avait établi
comme règle que pas un homme de sa fü·ision ne devait sortir des rangs sans son ordre,
je n'avais osé prendre les précautions d'usage,
et, par le même motif, le général commandant la brigade avait cru deYoir s'en abstenir
aussi. Celle obéissance passi\'e fut sur le point
de nous être fatale.

(A su1rre.)

GÉNÉRAI. DE

MARBOT.

LOUISE CHASTEAU

•

d'autre/ois
YU
Un jour vint où madame de Fonspeyral ne
put supporter sans souffrir son grand isolement. Dans sa chambre où elle se tenait
presque toujours, oit au coin du feu, soit
auprès de la fenêtre, selon la température, elle
tournait et retournait dans son esprit de très
sombres pensées. Lorsque, par un effort de
volonté elle s'en pouvait tirer, l'accalmie ne
durait guère. Elle y retombait presque aussitôt malgré elle, comme il arrive aux gens
inoccupés, solitaires et dont rien ne trouble
ou contraint l'imagination.
Pourtant, chaque dimanche, fidèlement, le
notaire venait à Fonspeyrat. Il apportait les
nouvelles du pays el causait des affaires publiques. Puis il s'installait devant une table,
en compagnie de l'écritoire et des livres de
comptes de la baronne. Il mettait à jour la
correspondance de madame de Fonspeyrat et
tenait ses registres.
MaysonnaYe choisissait aussi le dimanche
pour faire sa visite médicale et d'amitié. Quand
il c rencontrait aYCc le notaire, la conversation prenait un tour plus vif. lis riaient ensemble de Pouyadou, l'ancien jacobin, qui,
depuis le Concordat, était devenu zélé catholique, ne manquant pas la grand'messe et
chantant à pleine voix le Domine salvos fac
consules. La baronne s'égayait un peu.
Parfois la conversation s'égarait sur des
nouveautés : les préparatifs du camp de Boulogne, l'expérience que Fulton avait faite sur
la Seine où il a,ait lancé un bateau mû par
la vapeur. Les Parisiens se gaussaient de lui.
Certaim assuraient que le Premjer Consul
avait refusé de l'entendre, et le disaient fou.
)Iaysonnave était de cet avis. Le notaire
voyait ici le petit commencement d'une très
arandc chose. Il tenait l'idée pour géniale.
0
Madame de Fonspeyrat qui, jadis, s'élevait
avec force contre ces nouveautés, écoulait et
ne disait rien.
Jamais on ne parlait du baron Martial et
on nommait à peine madame de Bellomhre.
On évoquait le passé, le très vieux passé :
c'était moins irritant pour la sarité et plus
conforme aux goûl.s de madame de Fonsperrat.
Mais, en suite de ces conversations où
étaient tant et tant revenus les mots Jadis el
autrefois, une grande mélancolie s'élevait
comme un brouillard sur l'àme de la baronne.
Ses visiteurs partis, elle s'attardait toute seule

à d'autres souvenirs. Elle évoquait les dispa- sée, avec qui la baronne faisait de longues
rus, son père, sa mère, son mari. Elle se promenades.
rappelait les bons et les mauvais jours. Elle
se revoyait à vingt ans, à trente ans, à quaCe jour-là - on était à la fin de l'hiver
rante, avec sa belle ardeur à lutter, son habi- de 1805 - madame de Fonspeyrat et Louileté dans Jes entreprises, sa constance vers le son s'en allaient, l'une dirigPant l'autre, à
but choisi ....
travers les allées d'nn bois de châtaigniers
Uaintenant, c'était la nuit ou tout au dépendant de la propriété, et tout dépouillé
moins le triste crépuscule dans sa vie. Il par la saison.
pleuvait de la cendre autour d'elle et sur
- Voici les mesdames qui viennent devers
elle. Tout disparaissait, choses et gens, opi- nous, dit la Louison en patois.
nions et croyances, habitudes el traditions.
- Quelles dames?
Tout changeait. La vie accomplissait son
- Les deux mndames des Roches : la
œuvre active, ingénieuse et mobile.
comtesse et la dt:moisdle de l'Anglett'rre.
Pour comble de peine, sa vue, depuis longLa baronne recula. Elle nt! s'était pas rentemps maUl'aise, baissait chaque jour davan- contrée avec madame de Puyrateau depui~ la
tage. A peine si elle pouvait circuler seule à mort du marquis. Il lui était pénible de se
travers la maison. Bientôt elle fut tout à fait trouver si prè · d'elle, à porlée de sa révéaveugle et dut chercher une conductrice qui rence et peut-être de ses compliments. Elle
lui prêtât l'appui de son bras ou de son épaule. en éprouvait uue contrariété qui s'augmentait
Maysonnave, malgré ses soins, n'avait pu con- à mesure qu'elle sentait les promen('uses se
jurer la double cataracte dont elle était mena- rapprocher d'elle. Le chemin était fort étroit,
cée et qui, pendant deux ans, avait suivi une très déi:ouvert, elle le savait. Imoossible de
marche lente et sùre. Il lui procura, pour retourner en arrière sans être vue ou de concompagne el gardienne, une petite fille de tinuer en avant sans être forcée de se heurter
métayers, la Louison, douce, patiente et avi- aux gens qui venaient.

Madame de FOn$peyrat et Louison s'en allaie11t, L'une dirigeant raulre, à travers les aUies d'un bois de
châtaigniers, tout dépouilli par la saison. • - lloù:i les mesdames qui viennent devffs nous, • dit la
Louison en t,atoî.&lt; . • - Quelles dames ? • • - Les deux m~dames des Roches : la , omtesse el la denr otselle de t'.4ng ~terre. • (Page z:-9.)

�r-

ll1STO'J{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

- Il y a Ja vieille &lt;lame qui parle de vous
à la jeune, continua la petite. Elle nous montre
avec son doigt et elle a dit comme ça : « Oui,
oui, c'est bien elle. J&gt;
- Je l'ai entendue, dit la baronne.
- ... A.lors la jeune est devenue toute
rouge ..... Maintenant, elle est pâle ....
La baronne pensa :
- Celte jeune personne est timide.
Et elle en augura du bien.
- Petite, sais-tu le nom de la plus jeune
de ces dames? ... On me l'a dit. ... Je ne me
le rappelle plus.
- C'est la demoiselle Jenny .... Elle est de
l'Angleterre.
- Mais son nom? .. .
- Son autre nom? ... A.h ! je ne sais pas ....
Je ne sais pas si elle a un autre nom .... On
rappelle comme ça la demoiselle Jenny, voilà
tout. ...
Elles firent encore quelques pas en silence.
Tout à coup, une voix s'éleva :
- Quel bienheureux hasard, madame! ...
s'écriait madame de Puyrateau, qui était parvenue tout près de la baronne.
Madame de Fonspeyrat fit une révérence
cérémonieuse. Froidement poije, elle répondit :
- L'heureux hasard est pour moi, madame.
Madame de Puyrateau était un peu embarrassée. Devait-elle parler du fâcheux état
de la baronne ou n'en pas dire mot? Elle
prit un faux-fuyant :
- Comme il) a longtemps, madame, que
nous ne nous étions rencon1rées t. .. Deux ans,
ma foi !... Mais oui .... Et dans ces deux années ont tenu de tristes événements... . Ce
pauvre marquis .... Votre santé ....
- Ma santé est bonne, répondiL avec
brusquerie madame de Fonspeyrat. Ce sont
mes yeux qui ne valent rien. Quelle chose
triste que de devenir aveugle peu à peu,
chaque jonr augmentant le mal.. ..
Toutes les deux soupirèrent ....
- ... EL quant à mon défunt cousin, continua la baronne, qu'il repose en paix !...
C'est tout ce que j'ai à dire pour le momeul
à son sujet.
L'entretien s'annonçait orageux el pénible.
Un court silence passa entrelesdeuxfemmes.
Madame de Fonspeyrat, qui avait bâte de
s'éloigner, plaça sa main mr l'épaule de Louison. C'était le signal bien cnnnu de la petite
qui fit un pas.
Tout de même, la baronne E:UL comme un
remords de politesse; elle n'osa pas s'éloigner
sans dire un mot de courtoisie à madame de
Puyrateau. Elle murmura :
- Et vous, madame, comment mus lrouvez-vousL. Yos douleurs? ...
- Beaucoup mieux, merci .... Je crois bien
que je dois cela à mademoiselle Jenny, ma
jeune compagne, ma très chère amie, que j'ai
là près de moi, et qui me soiwie a\CC un déwuement el une bonne grâce dont je suis fort
touchée .... A.hl baronne, je vous souhaiterais
une garde, une compagnie comme celle-ci ....
Ne rougissez pas, mon enfant. ... Je n'exagère

point.... C'est un grand bonheur pour moi
que de vous avoir.
Devant cet élan de satisfaction, madame de
Fonspeyrat sen1ait plus vivement la misère
de sa solitude.
Elle s'attrista :
- Oui, dit-elle d'une voix toute changée,
le sort a de singulières et même de cruelles
fantaisies .... Vo)ei: vous n'avez pas en d'enfants, et pourlanl, dans Tolre vieillesse, vous
n'ètes pas seule .... Moi ....
Elle s'arrêta. Puis, changeant de ton :
- Ne parlons pas de ça ....
Elle essaya de mettre un peu d'amabilité
dans sa voix et dit :
- Celle demoiselle est étrangère, je crois?
- Oui, madame, répondit Katerine.
on cœur battait si fort que ces deux mots
i,'élranglèrent dans sa gorge. Toute sa personne tremblait un peu.
Le son de cette voix grave et pourtant limpide caressa doucement l'oreille de la baronne. Le léger accent étranger la surprenait
agré&lt;'lblemenl. Elle souhaita l'entendre encore.
Elle interrogea. Elle voulut savoir ce que
mademoiselle Jenny pensait du pal·s el spécialement de 1a vie à la campagne. Elle apprit que la jeuue fille é1ait heureuse, qu'elle
aimait cette vie relirée Loule remplie par
l'amitié et la surveillance des travaux domestiques. La comtesse n'avait plus à se préoccuper de rien. Mademoiselle Jenny n'était pas
seulement sa compagne pour la causerie, la
lecture, la promenade, c'était aussi son intendante, et quelJe intendante fidèle!. ..
- Lemeilleurdetoutœla, ajouta lajeune

Le vlsiteu,· avait jete so11 chapeau sur une chaise
et se tenait de/:&gt;ortt devant la chemi11èe, tournant I.e
âos à la flamme, les mains en arrière pour les
cl,aujjer. (Page ::82.)

fille, c'est que nous nous aimons de toulnolre
cœur.
.. Madame de Fonspeyrat tressaillil en entendant ces paroles sincères et émues.
- Comtesse, dit-elle, je pressens que vous

avez fait là une belle trouvaille, et je vous en
fais compliment. ... Certes oui, il me faudrait
à moi aussi une compagne telle que la vôtre.
liais où la prendre? ... Car ....
Avec un empresse.ment trop hâtif peut-être
et un zèle presque étrange, madame de Pu1·rateau compléta la phrase de la baronne :
- Où la trouver? ... Car il n'y a pas deux
miss Jenny au monde, fit-elle avec enjouement. Toutefois ....
Elle regarda Kalerine dans les Jeux, el,
pesant sur chaque mol, c1le dit :
- Toulefois, je crois être assurée que ma
bonne petite Jenny ne demanderait pas mieux,
madame, que d'aller de temps en temps vous
voir, causer avec vous, vous faire lecture,
que sais-je1 si ,·ous Je lui permellez .... C'est
une fille sensible el sérieuse. Elle sait beaucoup de choses. Elle mus distrairait de ,·otre
ennui et serait heureuse de rousêtreagréable ....
N'est-ce pas, Jenn)?
- Oh! madame, s'écria Katerine, Loule
vibrante d'une joie émue, quelle bonne pensée! ...
Puis, se tournant vers la baronne :
- Dites, madame, voulez-vous? Je vous
assure que j'éprom·erais un très réel bonheur
à passer près de vous quelques instants,
chaque jour.
Madame de Fonspeyrat était stupéfaite. Du
temps où eJle était jeune, bien portanle et
valide, jamais on ne lui avait ainsi parlé. Nul
n'avait jamais manifesté le désir de la connaître et de la fréquenter. El voilà que vieiJle,
infirme, triste, el maussade sans doute, il se
trouve qu'une fille aimable el jeune d~sire la
visiter et la distraire de son mieux. La surprise qu'elle en éprouvait était grande. Elle
l'exprima.
- Pour une étrange aventure, c'est une
étrange aventure!... s'écria-t-elle presque
gaiement.
Et, s'adressant à Katerine .
- Mademoiselle, je vous remercie de votre
intention. Oui, vous èles sensible et bonne,
je le comprends .... Mais, en ,·érilé, je ne
saurais accepter ... Vous ne me connaissez
point et. ...
- Je vous connaîtrai, madame, dit vivement Katerine, émue et souriante.
- ... Et quand vous m'aurez me assidument, vous aurez peut-être grand regret
d'avoir quitté pour moi, ne fùt-ce qu'une
heure, l'aimable compagnie de la comtesse.
Je ne suis pas toujours commode, à ce que
l'on dit. Je uis emportée, violente, j'ai la
langue leste el le verbe haut.-... On assure
que je ne puis supporter la conlradiction ....
Et puis, à de certains jours, je suis triste,
très triste .... Quoique je ne me laisse pas
aller jusqu'à la faiblesse des lârmes ....
- Peut-être a"ez-vous tort, madame, dit
Katerine avec une respectueuse fermeté.
L'am.ertume du chagrin se dissout dans les
larmes et on n'en garde plus que la sévère
douceur ... ,
- Vous avez donc Lien souffert, mademoiselle Jenny'/ dit madame de Fonspeyral avec
quelque ironie. A votre âge, pourtant, car

JIJJŒS D'AUT1('E'F01S

vous êtes jeune, n'est-ce pas? on ignore d'habitude le goût des larmes.
- Elle est orpheline, dit vITemenlmadame
ùe Pu1rateau qui intervint pour sauver l'embarras de Katerine.
Elle changea de ton, se fit aimable et gaie
en disant :
- Voyons, il faut conclure. Baronne, ma
pelile amie se présentera chez vous, demain,
dans l'après-dinée. Vous causerez en tête à
tête. Et puis, quand je J'irai quérir, un peu
avant souper, vous m'en direz des nouvelles!... Ne me remerciez pas.... Tout le
plaiür est pour Jenny .... N'est-ce pas, mon
enfant? ...
La jeune fille acquiesça d'enthousiasme.
Confondue, la baronne fit la ré1·érence. On
'la lui rendit. On se quitta.
Oui, elle était confondue, madame de
FonspeJral. La main à l'épaule de Louison,
elle rcvenaiL au château. Elle comprenait que
le soleil descendait sur l'horizon, car elle
frissonnait. Elle fit presser le pas à la petile.
Elle avait hâte de retrouver la bonne chaleur
de son foyer et aussi de meure quelque ordre
dans les pensées qui lui venaient en foule.
Aulreiou:, c'était en s'activant à travers la
maison qu'elle songeait au passé et rêvait de
l'avenir. Maintenant, pour eet objet, il lui
fallait du calme, du silence, d~ la solitude et
aussi de la chaleur, sa profonde bergère et
ses coussins pour la reposer. Alors elle se
ressaisissait et méditait à son aise.
« Vraiment, se dit-elle pour commencer,
voilà une jeune personne intéressante à connaitre et qui doit être curieuse par se discours .... »

Vlll
- Ma petite, avait dit Madame de Puyrateau à Katerine, le plus fort est fait. Vous
voilà dans la place. Tout dépend de ,•ous à
présent. JI faut que lorsque Martial reviendra ....
- Oh! madame, je n'ose y penser! dit
Katerine si troublée que ses yeux se mouillaient.
- Laissez .... laissez ... , Oui, quand il
reviendra, il faut qu'il vous troUYe auprès de
madame de Fonspeyrat, la promenant à votre
bras, ou causant avec elle, dans lïnlimité de
la chambre .... Vorez-vous ce tableau? Il vous
apercevra de loin: Puis il pensera : &lt;I Qui
donc est là, près de ma mère? Une personne
élrangère?... une jeune fille .... Ah!. .. une
étrangère'/ ... &gt;&gt; Il soupirera, songeant à vous,
et se dira : « Que n'est-ce ma bien-aimée
h:alerine ! 1i 11 se rapprochera. Votre tournure éveillera des souvenirs plus précis ....
cc Mais .... mais .... serait-ce possible! ... estce que je rêve? » Il ·'a,·ancera encore. Vous
tournerez la tète. Il vous verra tout à fait. Il
poussera un cri el tombera à vos genoux. Que
ce sera joli, ce revoir, ma toute belle! Il me
semble que j'y suis 1. .. »
L'impétueuse comtesse laissait ainsi trotter
ses aimables inventions. Katerine, pensive,
souriait doucement. Elle n'osait rien imagi-

ner. Elle se laissait emporter au gré de la
Providence. Sa foi, sa confiance en Dieu el'pliquaient tout, justifiaient tout. Il n'arriverait
rien que de bon et de juste. JI lui suffisait de
faire son devoir de chrétienne et de fiancée

L'un après l'a11lrt, les cachets furent trisés. D'tm
coup J'œ/1 hàlif, les mai11s tremNantes, !lfartial
parcourut ch.1q11e Lettre. (Page 282 .J

constante. Le reste était aux mains du Seigneur.
- Oui, eonlinuait Ja comtesse, il faut
qu'un jour madame de Fonspeyrat dise à son
fils : &lt;c Je ne peux plus me passer d'elle ».
Alors Martial profitera de ces dispositions el
lui raconlera ....
- Non! non!. .. N'en dites pas davantage, disait Kalerine en Toilant son Yisage
derrière ses mains .... Cc serait trop beau ....
Votre imagination ,ous égare .... Si je peux
faire quelque Lien à la mère de blartial, mon
cœur s'en réjouira. Pour l'instant, je ne puis
songer à autre chose. Dieu tient l'avenir dans
sa main fermée : n'essayons pas de l'entr'ouvrir.
Vive et attendrie, Mme de Puyrateau se
jeta sur Kalerine et la serra dans ses bras.
Pui·, dans le langage mignard dont elle usait
parfois :
- Mon cœur, dit-elle, vous êtes un amour ....
Il _faut que je vous baise deux fois pour ces
belles paroles.
Le lendemain, toutes les deux se rendirent
à Fonspe) rat. Madame de Pu1rateau arait eu
trop grande envie d'assister à la première
arrivée de Katerine chez son ancienne ennemie. Elle n'avait pu rési ter. Elle venait.
Cette ayenlure qu'elle trom'ait romanesque la
passionnait. Légère d'esprit comme à quinze
ans, elle y mellait tout ce qui lui restait de
chaleur et de vivacité d'esprit.
.Pour Katerine, celte épreuye lui causa une
émotion qui dépassait en violence tout ce
qu'elle avait éprouvé jmquïci. Lorsque, de

loin, elle aperçut les poirrières de Fonspeyrat, elle ressentit une forle agitation intérieure, qu'elle ne trahit point au dehor •. Son
cœur battait. Ses mains étaient froides. Que
de mal lui était venu de celle maison! ... Et
aussi que de douces joies plus anciennes!
Elle se disail :
- Que de fois l\lartial a couru vers moi,
sur celle route, emporté par le galop de son
cheval!... Dans ces bois, il a promené sa
rêverie, el j'étais l'objet de ses rèves .... Voici
le portail de la grande cour ... il l'a franchi,
certain jour, désespéré .... El depuis .... Voici
la maison .... Voici le seuil .... 0 Dieu! bénis
le premier pas de ta pauvre servante en celle
demeure! Donne-lui le pomoir d'y répandre
quelque douceur et par ainsi de mériter, pour
elle et pour celui qu'elle auend, la divine
protection !
Elle entra. Son trouble s'accroissait. Où
qu ·elle portât les yeux, elle wyait Martial ....
- Mademoiselle, disait la baronne, ,ou
êtes, je le vois, une fille sérieuse, car rous
tenez votre parole.... Je vous attendais ....
Quel temps fait-il?
Elle parlait sec, aucunement affable. Il
semblait que la nuit passée eùt été fàcheuse
à son caractère ou que le sommeil l'eût mal
conseillée. Peut-être avait-elle quelque repentir de son attitude de la veille. Peut-être se
reprochait-elle d'avoir été trop aimable pour
une fille inconnùe el qui, très probablement,
n'était pas de qualité .... Le vrai, c'est qu'elle
cachait maladroitement son dépit de n'èLre
pas seule avec la jeune fille.
Katerine remarqua sa froideur et n'en fut
pas troublée. Elle s'attendait à tout. ... Elle
pensait à Martial.
La ,'isite fut courte el insignifiante. On se
dit à demain.
Toute la soirée, r11adame de Fonspeyrat fut
d'une humeur exécrable. La présence de la
comtesse l'avait dépitée. Elle avait encore
sur le cœur l'histoire de l'héritage et ne pardonnait pas ce qu'elle appelait une captation.
Le lendemain, Katerine fut exacte.
Cette fois, les heures parurent courtes à la
baronne.
A partir de ce jour, sa vie s'orienta tout
entière sur ce point : la visite de mademoic;clle Jenny.
Mademoiselle Jenny arrivait. C'était comme
un peu de lumière dans les yeux sans regard
de la baronne. C'Mait une douce gaieté dans
sa vie jusque-là morose. C'était quelque chose
d'inconnu et de très doux qui s'insinuait dans
son cœur.
Ah! comme les temps étaient changés! ...
Comme elle était loin l'époque des col~res,
des Yiolences et des cris! Où était-elle celle
Franço_ise-Agnès emportée, injurieuse, tempêtant et criant lorsque que]qu 'un ou quelque
chose lui résistait 7 La maladie, la caducité
ne flétrissent pas seulement les corps, même
les plu&lt;i vigoureux; elles ont raison des volontés les plus fortes el les plus audacieuses.
Elles désagrègent les âmes peu à peu, comme
les corps. On meurt plusieurs fois a,•aat qui'
de mourir.

�filSTOR.1A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _.
Pourtant madame de Fonspeyrat n'en était
pas encore venue jusqu'aux confidences qui,
à de certains moments, lui brûlaient les
lèvres. Le jour était proche où elle s'y abandonnerait.

IX
Le domestique de Lasescure frappa un fort
coup à la porte du cabinet où se trouvait le
notaire, puis il ouvrit !
- Yonsieur, dit-il en patois, il } a là un
homme qui voudrait vous parler.
- Qui?
- Je ne sais pas .... C'est un homme que
je u· ai jamais tant rn qu'aujourd'hui.. .. [l
doit être arri,é par la malle, qui vient de
passer.
- C'est bon. Mets-le dans la salle et jelle
un fagot au feu. J'y vais.
Maître Lasescure était soucieux. li rangeait
des papiers el sans doute pensait 11 ceux dont
il les tenait, car c'étaient des testaments. Il
venait de lire celui qu'il avait écrit le dimanche précédent, à Fonspeyrat, sous la dictée de la baronne, en présence de son collègue
de Rillac. Madame de Fonspeyrat, qui n'avait
nul besoin de faire un testament, puisqu'elle
avait des héritiers naturels, avait insisté pour
laisser par écrit ses dernières volontés. Et
Lasescure avait dû rédiger de longues pages
oit elle traçait à son fils et à sa fille leurs tuLurs devoirs en tant que propriétaires terriens
et descendants d'une antique el noble famille. Minutieusement, elle indiquait ce qu'ils
auraient à faire cc quand le roy serait là »,
comment ils se mettraient bien en cour, et
comment ils devraient employer leurs revenus
pour le plus grand profit du nom et de la
descendance. Elle s'adressait surtout à son
fils, lui renouvelant ses ordres et défenses
quant au mariage qu'il aurait loisir de faire
Lôt ou Lard, mais, de préférence, assez promptement el dès son retour. Ellesoubaitait qu'il
s'alliât à telle ou telle famille qu'elle lui
nommait et où il y avait des héritières capables de rehausser l'éclat des Fonspeyrat par
leur fortune et leur origine.
Le notaire avait présenté quelques observations :
- Voyez, madame, que l'expression de
ce différents désirs peut jeter un grand
trouble dans l'esprit de vos enfant~, spécialement de votre fils, lequel est à présent un
homme fait el qui, par suite, doil a,·oir ses
préférences .... Il serait sage - je crois de laisser quelque liberté morale à nos enfants
quand ils sont en âge d'user de la leur et ne
leur point faire ordre ou défense par delà le
tombeau ....
- La responsabilité des pères et des
mères se continue &lt;c par delà le tombeau »,
comme vous dites, maître Lasescure. Quoique
je ne sois plus là, je veux, entendez-vous
bien, je veux être toujours quelqu'un par les
souvenirs que je laisse et par ma volonté
encore présente. Si mes enfants y contre,iennent.. .. Mais non, ils respecteront mes désirs
ou seront maudits de Dieu.

Et Lasescure avait écrit. La baronne avait périgourdin, sonore el pittoresque. li se serait
signé. Son testament était là.
volontiers attendri à écouter ces phrases banaLe notaire ayant replacé les papiers dans les, pleines d'une saveur naïve.
un tiroir qu'il ferma à clé, se leva, rajusta
- Oui, Lasescure, c'est moi .... Yous ne
sa cra'Vate, prisa copieusement et passa dans m'attendiez pas, mon brave ami?
la salle.
- Non, monsieur le baron .. . c'est-à-dire
La porte étant restée ouverte, il aperçut si, je 'Vous attendais ... ou tout au moins un
de loin le visiteur qui l'attendait. C'était un mot de vous me disant où vous adr1•sser ... .
homme jPune et d'allure militaire. Il semblait Car j'ai reçu pour veus un tas de lellres fort
fatigué. Ses cheveux bouclés étaient ramenés anciennes, dont je ne savais que faire et qne
en désordre sur son front et ses tempes. Un j"aurais bien voulu vous expédier ....
manteau de voyage l'enveloppait de plis nom- Donnez, donnez, dit Martial vivement.
breux. Il aYait jeté son vaste chapeau sur une
Dans un vieux coffre scellé au mur de son
chaise et se tenait debout devant la cheminée, cabinet, le notaire alla cheri:her un paquet
tournant le dos à la flamme, les mains en ficelé qu'il tendit à Martial. Le jeune homme
arrière pour les chauffer. Au lieu de tout . rompit les nœuds fragiles qui retenaient les
examiner curieu'sement autour de lui, comme lettres. Elles tombèrent, frémissantes, sur le
le font d'ordinaire ceux qui pénètrent pour la plancher, Martial pensa avec amertume :
première fois dans une maison, il tenait sa
- Hélas! ... Peut-être mon espoir va-t-il
tête inclinée sur sa poitrine, regardait à terre, tomber comme elles!
ou, plutôt, ne semblait rien voir.
L'un après l'autre, les cachets furent briQuand il perçut un bruit de pas, il leva les sés. D'un coup d'œil hâtif, les mains tremyeux. Vivement, il marcha vers le notaire, les blantes, ~larlial parcourut chaque lettre.
mains tendues.
C'étaient les calmes et chastes elTusions
- Ah!. .. mon cher Lasescure!. ..
d'amour de Katerine. Il sait où la trouver
- Mais ... je ....
maintenant. Il ira vers elle bientôt... oui,
on, ,·raiment, le notaire ne connaissait bientôt. Le voyage, quelque long qu'il puisse
pas ce~ homme dont le ,isage maigre et brun, être, ne l'effrayera pas .... Oui, il ne fera que
traversé d'une balafre, disait la fatigue et toucher barre à VerLbis et, dans deux jours,
l'anxiété.
il repartira .... Ob I revoir Katerine 1. ..
Pourtant il fil un effort de mémoire. 11
Il chercha la dernière lettre et regarda la
regarda le visiteur attentivement. Puis, comme date.
écrasé de surprise, il s'écria :
Son cœur se serra : 1802.... Deux ans!...
- Oh!. .. Mais c'est le baron Martial 1. .. Que d'événements ont pu bouleverser ou tout
Oh ! monsieur de Fonspeyrat !...
au moins changer la vie de Kalerine ... el son
- Mais, oui, mais oui.... C'est moi. cœur!. ..
Changé? ... Pas beau~ ... Maigre?... Noir? ...
L'espérance, qui tout à l'heure brillait
Ah! c'est qu'il en a vu de toutes sortes, le ardente el vive dans l'âme de Martial, s'éteibaron Martial, mon pau 1-re Lasescure !
gnit. Le sourire mouru l sur ses lèvres. Et il se
- Oh ! que je suis content!. .. Que je suis remémora les années passées ....
heureux, monsieur le baron'. ...
Maintenant, il était assis devant ce foyer
Et Lasescure, plus ému qu'il ne le voulait amical, près de ce bon vieux qui n'était ni son
paraître, pressait et quittait tour à tour les égal ni un de ses proches, dans cette salle qui
mains du jeune homme et répétait :
n'était pas son chez-lui. Malgré l'amitié el la
- Que je suis content!. .. Que je suis heu- déférence dont Lasescure l'entourait, il se
reux 1. ..
sentait seul, horriblement seul dans son proPuis, tout à coup, changeant de Lou :
pre pays, plus seul qu'il ne l'avait été en nul
- Mais vous descendez de la malle, sans autre endroit du monde où les hasards milidoute? .. . Et vous avez besoin de vous restau- taires l'avaient conduit. ...
rer? Quelque chose de .... Un bon ,in chaud,
Lasescure respectait son silence, regardait
hein ·7 ... A. vec une rôtie?... C'est ça qui vous le îeu, prenait el posait les pincettes, tisonremet un homme, surtout quand il fait froid. nait, toussait, de l'air de quelqu'un qui you- Va pour le vin chaud el la rôtie! ... drait bien parler et qui n'ose pas.
Bien volontiers.
Son àme fruste de brave homme était
- Gascon l ..• Gascou ! ... cria Lasescure à péniblement impressionnée par la tenue méson domestique. Dépècbe-Loi de faire une di Lalive de ce jeune homme, dont la gaieté
bonne rôtie aYec du vin bouché pour mon- légère était tombée soudain, comme la Damsieur le baron.
bée de sarments qui, tout à l'heure, s'élevait

Le domestique parut. Le notaire répéta on
ordre et ajouta :
- C'est monsieur le baron, mon drôle ....
Tu ne le reconnais pas ?
- Ma foi, non.
- A.lions, va-t'en, tu n'es qu'une bête! ...
Fais vitanent la rôtie .... Et, tu sais? du vin
bouché!
Ce dialogue, qui se faisait en patois, ravissait Martial. Il s'était bien gardé de l'interrompre, car il jouissait d'entendre le langage

dans l'àlre
Pour le tirer de sa mélancolie, il heurta
comme par maladresse le bol de vin chaud
que Gascou a"ait déposé sur un guéridon tout
proche. La cuiller d'argent tinta dans la porcelaine. Les regards de Martial allèrent au
guéridon. La vue de la collation changea, en
effet, le cours de sa rêverie.
- Causons, dit-il à Lasescure aYec effort.
Ou plutôt, causez pendant que je vais me restaurer. Ensuite, ce sera à mon tour de parler.

,,

_____________________________

}l;,œs D'AUT](EF01S

~

Mais, se reprenant, et soudain adouci :
Martial demeurait dans son silence doulou- Interrogez-moi, monsieur le baron, dit
- Pardonnez-moi, mon bon Lasescure,
reux
et
méditatif.
le notaire avec déférence.
car,
vraiment, j'ai beaucoup de peine.
Il
fallait
bien
cependant
lui
parler
de
l'héri- )fa mère '!.. .
Encore des minutes et des minutes se pas- Votre mère .... Elle est très péniblement tage. C'était le rôle et le devoir de maitre Lasèrent. Martial se plongeait dans ses souveatteinte... très gravement.... D'abord, sa sescure.
nirs. Il se rappelait l'adieu de ~I. de la MouMonsieur
de
la
Mouraine
a
pensé
à
vous,
Yue .. .. La cataracte ... .
raine, le don qu'il lui avait fait au départ el
monsieur
le
baron,
dit-il,
son
testament
- Grand Dieu! .. .
la
manière dont il lui a,·ait remis le précieux
porte
..
..
- Oui. Voilà deux ans qu'elle en était
.
petit
livre qui, depuis, ne l'avait pas quitté.
- C'est bon, maître Lasescure, répondit
menacée .... Mais depuis six mois ... oui ... six
Il
se
dit
que ce serait honorer très directement
mois, à peu près, c'est fini... bien fini ... . Martial d'une ,•oix tranchante, c'est bon, nous
la
mémoire
du marquis que de lire de plus
en
reparlerons.
Pour
l'instant,
laissez-moi
à
Maysonnave dit qu'elle n'est pas opérable .. . .
près
et
plus
souvent encore ce Montaigne que
mes
pensées,
je
vous
en
prie.
Le.
reste
m'imCe n'est pas tout.. ..
le marquis estimait enlTe tous, et de s'appli- Quoi donc, encore'!.. . dit Martial avec porte peu ...
tristesse.
- Elle s'est beaucoup affaiblie, ces derniers temps .... Elle a le cœur malade, très
probablement, mais elle refuse de se laisser
ausculter. ~laisonnave a diagnostiqué de
l'anasarque, qui est une manière d'hydropisie .... ~lais elle est surtout très faible et son
esprit a con idérablement baissé.
La tète penchée, Martial écoutait et gardait
le silence. Enfin, il soupira et dit :
- Qui la soigne? Qui la garde?
- La Mïon et une petite drôle qu'elle a
prise pour la conduire à trayers la maison et
'
'
au dehors. llajsonnave et moi nous !'allons
voir presque tous les dimanches. n paraît que
chaque jour aussi la demoiselle de compagnie
. . . . . . ...._:r~- l ~• .,._ ___,_. _ _.
de madame de Puyrateau la vient visiter,
causer avec elle el lui faire la lecture. Votre
mère l'a prise en amitié, et. ...
- Mais, ma sœur? ... N'a-t-elle pas ma
sœur? ...
- Votre sœur est mariée, monsieur le
baron .... llariée à un vieillard, le marquis de
Bellombre ....
- Est-ce possible! ... s'écria Martial.
Il se leva, comme saisi d'indignation :
- Je suis sûr que rnilà encore une des
bonnes œuvres de madame de Fonspeyral,
dit-il avec une amère ironie .... Pauvre fille 1•••
Pauvre Lucelte !. ..
li songeait à Florian, revoyait le visage
heureux de Lucetle quand elle parlait du chevalier et devinait, d'un seul coup, les combats
qu'elle avait dù soutenir avant d'en arriver à
renoncer à son rêve.
- Allons, fit-il pour conclure, notre sort
à tons les deux est quasi pareil.. .. Et mon
oncle?...
- Monsieur de la Mouraine est décédé
après avoir langui plus d'une année.
- Oh! ... fit Martial d'une rnix étouffée et
avec un douloureux accent.
Il porta la main à son cœur. Ses jambes
défaillaient. Ils' assit. La tête dans ses mains,
il pleura.
Lasescure entendait avec émotion le bruit
de ses sanglots réprimés et courts. Ainsi , ce
jeune homme qui avait paru presque insensible en lisant les lettres de la femme aimée,
en apprenant le misérable état de sa mère et
l'odieux mariage de sa sœur, ce jeune homme
s'attendrissait jusqu'aux larmes quand on lui
révélait la mort d'un ,ieillard passablement M:zrti.a.l s·assit. La tète J..ms ses mafos, il pleura . Lasescure mlmdait .1vec emolio11 le bruit de ses sa.nglots
égoïste et mauvais chrétien. C'était 11 n'y rien
reprîmes et courts. Ainsi, ce jeune hom111e qui avo1il p.v-11 rresque inseirsit&gt;le e11 lisant les !ellres ae la
fe mme aimée en appre,10111 te misérable Illat de sa. mère el l'odieux mariage de sa sœur, ce Jeune homme
corn prendre. Le bon I,asescure en était pénis·.1tte11drissaÛ jusqu aux larmes quand on lui rèvèlait la 7!10rl d'un vieillard passablement egctisle el 111011 11:iis cltréllen .... (Page 285.)
•
blement impressionné.

l J(~ -. -~-- ,~\'1

�1f1STORJ.ll-----------------------'fUer toajour· da,·antage à le mieux entendre.
Il amhitionna de devenir pbilo.opbe et ami de
la implicité comme l'était jadis )1. de la
~fouraine, et il souhaita que ce fût là le plus
sûr héritage qu'il eût à tenir de son parent.
Au dehors, une âpre !,i.e courait dans 13
rue Da se. Elle fouettait les vitres de la salle
où le deux hommes se tenaient. Elle sifnait
·ous le. porte· en s'insinuant dan. la mai.on
mal close. )fartial s'interrogeait. Où irait-il à
présent? ...
- ll fait froid, mon ieur le Laron. el le
jour bai e, dit La escure. Ne seriez-mus pa
aise de n'avoir point à sorlir aujourd'hui, cl
n'acCfpteriez-vou pai- l'hospitalité pro,·i-oirc:... oh ! provisoire... que je pui · ,·ous
olîrir'! Je dis provisoire, monsieur le baron,
car il faut bien tf ue je ,·ous informe du legs
qui ,·ou· a été fait : la ~louraine e~t à mu ,
en totalité, et •telle qu'elle se trournit au
momeul du décès de mon ieur le marquis,
mire oncle ....
llartial de,·int fort p:ile. Il était trè · ému.
Toutcfoi ce fut l'alîaire d'un instant. \'ile remis, il lendit la mainà Lase cure el la lui . erra dan. un mouvement d'amicale sympathiè.
- Paul're notaire! fit-il, comme je boulcver~c ,otre vie! .. Eh IJien. allon, à 13 Mouraine, dit-il en .e levant.
- ~on, moo.ieur li~ baron, re ne serait
pas raisonnable. Souffrrz que je YOU re!ienne
ici cc soir. \'ou. pa.serci la nuit dans un bon
lit. dans une ch3mbre bien chauffée, après
avoir conforlabll'ment soupé. Demain je ferai
prévenir madame de Pu)ratcau, pour qu'elle
me remette le~ clefs d11nt elle 3 l:t glrde, el
YOus entrerez chez YOU •••.•
- Chez moi! ... dit llartial a\'ec un m,!laocolique sourire .... Eh bien, oui, mon cher
La. escure, · j'acrcptc, l, la condition que ,·ous
me donnerez toute \'Otrc ~oirée pour écouler
ma longue odys ée ...
- Oui, dit le notaire en risquant une
innocente plaisanterie, mus êles U11sse el
vous avez échappé aux ._irènes ....
- 'lais héla,-.! répondit ~far11al, il n'y a
point ici de Pénélope qui m'attende ....
Le nol3ire nYail jeté au feu une bras ce dè
sarment· . La flamme jailli. sait claire, vhe.
La chaleur 'accroissait. ~Jartial ôta son
manteau cl Lasescure aperçut à la boutonnière de . on habit un bout de ruban rouge•,
une décoration 11uïl n'ay3it encore rue à
personne dans le pays.
X

Le soir, ce (1ue Martial racontait à La escure c'étaient quelques pa1res de la grande
épopée consulaire. C'étaient les marches à
tra\·ers la France, le dé ordre du recrutement, la bravoure des .oldats, leur foi ,ibrante en le Premier Con ul. C'était l'expédition d'Italie. C'était Marengo, où ble é
ù'uo coup de sabre au ,isa"e, emporté par
on cheval, jeté à terre, piétiné, Martial fut
ramassé, le lendemain, au milieu des mort
et de. blessés. Il dit comment il fut transporté à l'hùpital de Plaisance, parmi cinrJ

cents Français, couchés dcax par deux, mou- avec tout cela que le plus hnmLle des ciranL de faim ou de pourriture. Lui, côte à toyen. aide, - bêtement, oui, bêtement, cote avec on cadavre, faible, insensible, ne à faire un Empire. ,, Yoilà.
pensait plus, ne savait plu oi où il était ni
Il se leva.
d'où il venait.
- Et là-de us, mon Lon La ·cscurc, alLa ,olonté de ,in-e el la force de la jeu- lons nous coucher. Demain il n'y aura plus
nesse le tirèrent de là. li quitta Plaisance, ici ni soldat ni légionnaire, mais un simple
errant à la rêcherche de . on régiment. a philu.ophe qui, à l'exemple de mon ieur de
!iles 'Ure au "isarre, mal pansée, le fai ·:ril la Mou~aine, viHa et mourra dans son chvtcruellement souffrir. Il avait pu conserver soi. ...
quelque argent ur lui, cc qui lui évitait de
Er, intérieurement, il ajouta :
mendier. Mais l'inquiélude le prenait à ,oir
- Après avoir retromé celle qu'il aime.
s'épuiser sa résene. Il trouve des trainards
romme lui, fait route avec eux. La camaraXI
derie fait relleurir a gaieté. Mais à Venise.
où il s'égare, on àme se trouble el il redcPendant que ~l:lrlial dormait dan la mai,ienl tri te.
son du notairt&gt;, Oumarou cllait un chevàl et.
Ensuite, ce fut l'Allemagne, l'armée du liride aL3ttue, galopait ur la roule de YerHhiu 011 il e rengagea, . ow le ordres de thi . Il allait chercher May onnave.
Lrclerc et de Moreau. Ses chefs le distinAu milieu de la nuit, la baronne avait élé
gucn 1. La bal:ifre de on l'i sage Jes intrigue : pri e d'un grand étoulli!menl suivi de sincopc.
&lt;1 Quoi! disent-il~, :.impie sergent? » Et fo
La )fion, le dome tique et Loui.on 'étaient
rnilà officier.
cmpressrs. Mais leur ignorance était affolée.
On marchait ver Hohenlinden. Qui::llc Ils avaien l u. é une bouteille de ,inai!!re et
journéLd Il y a\·ail lii. contre le .\utrichien • une carafe d'eau à bassiner, a_perger, l3mGroucl,y, Ledcrc, Droue!, llichrpame, D - ponner le visage, le front, les mains de la
caen. Et quels soldais I Tous des hél'os.
malade. Elle demeurait inerte.
Martial s'attache à la fortune de Leclerc
Il· l'avaient crue morte. Déjà la petite
qui, après Hohenlinden, le fait capitaine. Il Loui on pous ait des cri. el récitait a prière
reçoit un sabre d'honneur. Avec ce général, el la ~lîon commençait à avoir peur. Mais à
il va à Saint-Domingue, J'aide à capturer peine Dumarou en chemin, la ùaroune avait
Tous aint-Louverture, et ne rentre en France remué el dit faiblement :
qu'après la mort de Leclerc.
- Mademoi elle Jenny ... .
Le voici à Paris, cbaroé de remettre au
- Oui, madame, oui ... touL de ·uitc ...•
Premier Consul la dernière letlre du général,
r~pondil la ervante. On ira la querir bienson beau-frère.
tôt. .. quand il y aura une pointe de jour ....
Yoici les félicilalioos, les grades, la croix Tanl fine soit-elle, on ira ....
de la Lé,,ion d'honneur ....
- Ah! dit la baronne, il ne fait pa
- Mais, ajouta .\larlial, tout cela n'était jour? ...
rien. Cc qui me manquait, cc que je voulais,
- Non, madame.... Prenez patience
c'était ....
tant ,eulement un petit peu ....
Il tcndi l le bras ,·er la fenêtre baignée
La Llronne e tut. liais tout à coup :
d'omhre, désignant du doigt la petite ,,me
- Vite ... vite, ... dit-elle.
endormie dan le ilencc nocturne.
La Mïon ne répondit pas. Alors, tout ba ,
- Oui, il me fallait rcrnir tout cela .... madame de Fon peyrat .e mil à parler de
Ah! La. escure, mon ami, si vous saviez façon incohérente et si peu articulée qu'on
comme je suis bien Périgourdin! ...
ne la pouvait comprendre. Parfois une phrase,
- ... Et puis, continua-t-il, que d'illu- un mot étaient plus nets. Et on entendait :
sions j'ai perdue !... 8onap3rte'!... La Li- Deux aunes de siamoise .... Oui, c'e:..l
berté? Qu'est-ce donc à présent?... Nous pour le baron .... On metlra des !ioulons en
sommes en mar J 804. On con. pire contre écaille incrustée d'or ....
le futur empereur. Georges, Pichearu, le duc
Ain'i des souYenirs lui re\·enaicnl de on
d'~:nghien sont surveillés et ne tarderont pas temps de marchande, alors qu'elle habitait à
à être pris .... Ce qu'on en fera? ...
Paris la rue Saint-Denis.
li fil le geste d'épauler un fusil.
D'autres fois elle criait :
- C'est sommaire. Tuer, c'est à pré ent
- Mon fils! ... Je le veux! ...
la politique du futur empereur.
Ou encore:
- Ob! empereur! ... dit Lascscure, pas si
•- Elle est marquise ... oui, oui ....
,ite que ça 1
Mai le plus souvent elle prenait un accent
- Mon bon Lasescure, quand on a vu douloureux pour dire :
comme moi la cour, car c'est une vraie
- Je voudrais ... je voudrais ....
cour, du Premier Consul, le luxe des cosEt elle n'achevait pa .
tumes, la pompe des fêtes et des cérémonies,
- Oui, madame, répétait la l\Iïon a,•ec
la toilette des femmes dont il s'entoure et douceur, oui, on les fera ,·enir, ils ,iendronl
l'enthou iasme fou du peuple de Paris el la tou .... Et ,·ous serez guérie, pauvre dame ....
serYililé du Sénat, on ne doute plus .... Te- Allon ... repo ez-,ou, ....
nez, regardez-moi .... Voyez celte cicatrice ....
Le Limbre fêlé de la pendule au son gr~le
Yoyei ma 'laideur .... oupçoonez ma tristes e, comme 13 \'OÎ1 d'une ,·ieille femme e mit à
de~inez mon dl:goùt et dites-vou : &lt;1 C'est sonner. La b:ironne frémit un peu :

}l.M1;5 D'J\11T1('EF01S - ~

- Quelle heure?.. . dit-elle.
Et, avant que la llïon eùL répooJu, elle
ajouta ;
- Il arrivera trop tard.
- Qui, madame1 ... demanda naïvement
la scnante.
lladame de Fonspeyrat ne répondit pas. La
liïon pen a qu'elle ongeait au médecin.
Dumarou parut. Il ne ramenait pas Maysonnave, car le lieux docteur était absent
depuis l:i veille, appelé en consultation par
un colli·gue. 11 s'était adres é à un autre médecin, nouvellement établi ;1 \'erthi , el qui,
tilein de zèle, était accouru.
C'était un élè,·e de Pinel. Il s'appelait Hyacinthe Plantier. On le disait habile cl un peu
extravagant, quoique bon chrétien. Il $e poS3it en p ychiàtre. Il as urait que la plupart
de no· maladie provienneut de notre élal
mental; que ce n'est point le corps, mai·
l'âme, &lt;jlli est en eau e dcYant le hon médedn. En con·équcncc, le praticien devait agir
sur l'e prit avant que de rnéùicamenter le
rorp ·. La guéritiOII corporelle suhrait tout
naturellt•ment quand l'àme serait fortifiée. Il
soutefiait encore que l'âcreté du sang ou ,a
111 .11/11, .iprls la ,•tlllèt /rmtbrt, dtux f'tliles ornlwu St glisshtnl, éfturàs tl e111'it11us, ,fans /3 chamfort
pauYreté, 11ue le humeur trop abondante:- , \11mor/11.ifrt
1111 fnst:mt .if'a,,Jonnée. f:'élafrnl 7.élla tt L,,uis,111. la fillt ,tu rn.iq11fs tl I.J ft/1/t ta1·nn11t.
ou trop rares, que la pléthore, l'agitation et
(Page ~fi;'-l
la lièvre n'ont d'autre eau e que les préoccupations e.xces. ives, lrop de peine· ou trop
de la ,,je nouvelle ans y faire oh tacle. Oeaude plai~ir ·, trop de jouissances de l'esprit ou
Il ajouta :
u médecin est un confesseur. On dit coup de mi ère. phssiquc: et de soufl'raoce.!s
des sens, trop de hru ·ques mouvements de
la ensibilité. Peu de gen le comprenaient. cela couramment, cependonl qu'on ne foit morale, , eraient ép:irgnées aux ,·ieillards s'ils
• point entrer cette maxime dans la pratique .... s'appliquaient à reconnaître l'instant où il·
Dcaucoup .e mOlfU3ient de lui.
(luand il pénélr3 daru la chamhrc, la ba- Et c;'jl vous plai:ait de m'ou-.:rir ,·otre âme, doivent mettre lia les arme el ~c coofintr
dans la paix .... Oui, se tenir en paix, quand
vous pourriez être assurée ....
ronne dit :
on vidllit, et spécialement quand oo e t une
- Qui e~t là? ...
Elle l'interrompit.
persoune du . exe, c'est un précepte de sant1\
D'une voix ha.se, mai~ f1:rme, die dit :
Car elle avait distingué le pa d'un étranger.
physique et morale.
- Non. llerci.
11 e nomma. Alor~ elle eut un Lei saisi~llai · madame de Fon. peyrat ne l'écoutait
Pl:mlier
n
'in~ista
pas.
Il
continua
eulemenl
semenl qu'elle tomba derechef en s1ncope.
Le médl'cin lui fit emelopper le dos et le~ de déYelopper sa thèse. Avec abondance, plus . . laintenant son esprit ,'embrumait. Des
jambe dan un va ·te et fort inapisme et en douceur et naïrnté, il dit une foule d'autres forme· indistinctes surgis.aient dans a méattendit patiemment l'effet, qui se produisit chosrs qui étaient plutôt d'un philosophe que moire. C'étaient peut-être des gens qu'elle
d'un médecin. Encore faible, madame de avait connu . Elle leur prètait la voix du métel qu'il l'avait e péré.
Quand il la jugea bien re,·enue à elle, il ~e Fon peyrat l'écoulait complaisamment. Elle decin et s'élonn3il qu'ils parlassent de mème
et pus,enl dire pareille.\&gt; choses.
mit à lui parler avec tanl de douceur el d'une pen ail :
En uile elle eut un moment où elle reprit
« Ce médecin e t extraordinaire. Il dit vrai.
voix si pénétrante qu'elle parut aYoir plaisir
Oui, c·e t depui. la mort de Pomerol et de- si bien po· e.sion de oi que le médeciu la
:1 l'écouter tout un long moment.
puis que je n'ai plus per. onne à gui me con- quilla plt'ÎD d'e~péraoce en la guérison.
li lui disait :
Le jour pointait.
- Ce n'e·t rien, madame la baronne, rien lier que je souffre tant. 1&gt;
Katerine arriva.
Elle ,onaeait au si à on fils. Ce médecin
qu'un trop vif émoi, ou encore une pensée
Elle regard3 la baronne avec épom•aote.
pénible qui, étant plus forte que Yous, a eu a\'ait, dao la ,·oix, des intonation , qui le lui
raison de wtre sensibilité.... Peut-èlre ne rappelaient. Parfoi il lui prenait les mains Quoi! un si grand changement en quelqne,
vou · êtes-von jamais comaincue de celle l'une après l'autre, les frottant pour activer heures!... La ~fort avait frôlé madame de
Fonspeirat. Elle avait louché son visage et
idée que l'u~urc de notre corp- ne e fait la circulation ..\u rontact de ces doigts agile
point par nos membres, mais par nolre cer- et chauds, elle pensait à la main de Martial .... l'avait lilêmi. Elle avait convulsé .a bouche.
\·eau. ~o. charrrin · sont romme ce esprih Uh ! que ne la tenait-elle ùans la sienne, Elle avait ereu ·é l'orbite des ,eux et l'avait
entour.; d'un cercle bleu:ltre. EÏ!e avait abattu
']U'on retient dans de· Oacons olidement comme celle-ci!
- Oui, diL-elle tout à coup, en se répon- les paupières, pincé le3 narines, meurlri el
bouché et qui font éclater le verre 'ils subissent une trop forte élévation de tempéra- dant ù elle-mème, oui, j'ai beaucoup souf- ,·iolaré la chair du cou et de, mains.
!.';ime de la jeune fille 'élança ,·ers Dieu.
ture ou un choc violent. Qu'on débouche le fert. ...
Elle
lui cria la suprême invocation du PsalVous
avez
trop
ouffcrt,
madamt&gt;,
et
llacon, il perdent toute ll'ur force cl s'éYaporent ·ans rien lai scr d'eux-mèmc .... Dites trop longtemps, répondit avec douceur le miste : &lt;1 U Seigneur! Viens à son aide! ...
m. peine à quelqu'un, vou le faites s'th·a- médecin. Peul-être, comme cela 'arriYe sou- llâte-toi de la ecourir ! ... »
- C'est vous, mademoiselle Jenn1? ... murporer. Gardez-les en vous, elles vou pressent vent aux personnes d'âge, n'avez-vous pu
de toutes parts, votre cer\'eau ·en emplit, vou ré igner à vieillir, j'entends à recon- mura la baronne.
- Oui, m:idame.
naitre av~ .agei-se que, n'étant plu accomvotre cœur s'en gonfle et vous re entez le!
- Approchez-vous ... là ... tout près .... [I
douleur~ les plu. étranges et les plus cruel- modée pour le temps présent, le mieux était
de ne point lutter et de laisser couler le ilot faut que je vous parle .... Le médecin l'a
les ....
.... 285 ...

�'----------------------------

111ST0'/{1Jt
dit.. •. li le raut, pour que je ,·h·e ••.. Je veux
,iue .... Je ne veux pas mourir •... Je ,·eux
attmdre .•.• C'est un "rand poids que j'ai là ...
et qui me rend malade. Écoulez .... Je va.i
l'ôter ....
Elle s'ar~êta et reprit haleinu. Quelque
chose d'anxieux el de lointain pa" a dan· ses
prunelle. avea3le!-i. Elle dit :
- tademoi ·elle Jenny'?
- ladame?
- \'ou· sarez ce CJUe c'e l que le· brouilles ... les querelle de famille ?...
- ... Oui... madame ... , r '•pondit a,·ec
hé~italion la jeune fille.
Madame de Fonspeyrnl promenait ses mai.n,
tour à tour sur son lit el dan. le nde. Elle
cherfhait la m:iin de Katerine. L'ayant trou,·éc, elle la aisit, la serra faiblement el dit :
are,H"ou ce que c'e tque ouflrir?
- Oui ... 111:idame ....
- ... Que souffrir par l'absence d'un être
qu'on aime... qu'on aime... beaucoup ...
trop? ...
Katerine pâlit et crut défaillir. Ule raidit
. a volonté. Elle répondit:
- ••• l)ui. .. madame....
-- .\lor~ om comprendrez. J'aui~ ... j"ai ...
j'avai un fil .... Je l'aime .... Il est loin ... .
Je ne ,ai_ où .... Parti .... Il m'a quillée .. .
fou .•. terrible ... varce que .•..
- Yadame 1... madame 1... Je vous en
prie... je vou en supplie, ... dit Katerine
houlever ée, ne parlez pas dara.nla 11e.... Vou
,·ous a"Îlez trop à remu r de someuir ·
cruels .... \"ou êtes lrup faible pour ....
- ,'on ..• non ... lai sez .... Il le faut. ...
Le médecin l'a dit •... Je veu1 vine .... Je
veux èlre encore là quand ... quand mon fils
reviendra .... El quand le ro .... sera rerlacé ....
Elle n'acheva pas a phrase el reprit :a
confidence au point où elle l'avait interrompue:
- ... Oui ... parti ... pnrce qne .... Pour
rien .... Une sotie avcnlurt• .... De l'amour ...
une amourette ... pour une lille qui. ...
- A·se1!. .. as.ez! .•. madana !... supplia
Kalerin .
, a voi était déchirante. La Laronne :-enlit
que K.aterioe . oulîrait. Elle 'arrèla :
- Yos main. tremblent, dit-elle.
- J'ai froid .... L"air îrais du matin ....
Vutr • \'OU tremble aussi. Yous êtes
émue, mademoiselle Jenny? ... Et vou ne
savoi pa tout!... Le croiriez-,·ou ?. .. C'e L
moi qui ail tout défait. .. tout brisé... tout
rompu .... J'ai forcé ces gen- ... œs AIL:os ...
à 11uiller le pay ....
- Ah! ...
Ce cri jaillit tragiqu~ et violent de la gorge
de Katerioe. Elle arracha a main d'entre le.
m3Îns de la baronne et e rejeta en arrière.
L'horreur la . aisit. Elle pen. a : « Je vais fair
celle femme! » \faL, aus-ilôt, uni' lumière
intérieure l"éclaira. Elle ,;1
propre conscience el o.us.i on amour. El elJe se dit :
a Pour mon Dieu el pour fartial ! , Et elle
ne partit pa .
- Qu'avez-,·ou , mademoi elle Jenny'/
disait la baronne. Pourquoi -rotre main m'a-

t-elle quittée~... ne,·enez pr~i- dll moi ....
\'ou, me faites tant de bien ...• Von. êtes
bonne ....
Katcrine eut la force de ~e rapprocher.
Elle tileva encore son àme ,•ers Dieu, source
de courage. Et elle plaça. à nou,·eau sa main
dan celle de son ennemie.
- Il le fallait ... continua la malade. Celle
fille n'était pa. noble .... Nous non de,ons à
notre nom el à notre roy .... Elle était huguenote, quaj païenne et mépri. ait notre aintc
reli,;ïon. Elle était étrangère et paune. li
fallait en finir. J'ai réU$sÏ. ... Dite , mademoiselle Jenn_, est-ce que j'ai mal fait L.
Kalerine pensa :
« 0 Dieu!... Aie pitié de ma mi.ère.
Envoie-moi ton esprit! D
Au lieu de crier :
ft Oui, mus avez mal fait 1... Oui, vou
ête., une criminelle! 11
Elle dit, très simplement :
- Dieu seul peul vou juger. Lui ,eul
connait le fond des cœurs et pèse le ju te ët
l'inju,te.
- Dien :enl. .. dit la Laronne.
Elle se remer--a u r .e oreiller el demeura
immobile. Pui· ses yeux e convul èrent et
elle eut une autre yncope qui dura peu.
mai. la lai ·sa plu, faible et plus th-ide enrore ,
lndame de PUI rateau arriva. Ln baronne.
ayant reconnu
voix, détourna la tète et
dit :
- ·on ... non ... pa elle .... Jamais ....
lême aux confin, de la mort, elle ne désarmait p:i!!.
L., comtes e s'en revint :iux Hoches, mai
elle envoya un exprè à Pont vieux. puur pr 1Yenir madame de llellomhre quu. dans les
emliarra. du moment, on u-ail oubli~•.
\ladame de Fon,pe)rat bai sait de plus eo
plu .
Pré\'enu par le docteur Plantier, le cur !
Yarteau 'était mis en route pour le château.
Il se pré enta.
1:11 reconnu par la baronne dool l s e,prits
s'égaraient, il put lui parler sans qu'elle
l'appelât traitre ou rcné"al. comme elle le
faisait qnand elle s'entretenait de lui :1,·ec
quelqu'un; car elle ne pou \·ait lui pardonner
d'avoir adhéré au Concordat et d'être payé
par la République. li causa quelque instant
en ·ecret uec elle el lui remit es péchés.
Par in ..tant , elle .e croiait avec Pomerol et
parlait, comme autrcfoi , de on fils el de sa
fille par de ons-enlendu~ que ~fart.eau ne
pom-ait pénétrt!r. Il exprima le re!!rel de
n'uoir pa apporté O\CC lui l ointe huiles
et assura qu'il allait ri::venir spécialement pour
donner à madame de Fo~pejral le dernier
.acrement .
Ce propo rendit un éclair de ,igueur à la
baronne qui, a\'ec une fermeté inattendue,
répondit :
- :;\on .... Je n'en suis pa encore là.
Le curé llarleau n'in.i ta pas. Il se retira.
- Peu après, la baronne .e lrou\-a plus forte.
Elle demanda La e. cnre. Elle voulait lui
parler. On courut à Yerthi le chercher.
A tout instant, elle disail :

s;

... 286 ...

- .lademoiselle ,lenn,1 ... Où ête -vous~ ...

~e me quittez pa .. . : llonnez-moi ,·otre
main .... Comme vou~ ètes bonne el douce!
Charitable et patiente, K:iltrine approchait .
Elle rc tait là, debout près de la moribonde,
comptant 1 , Lallemcnt· du pool qui, d'l1 ure
en heure, 'allàiblL..ait. Tantôt elle priait.
Tantôt elle pen. ait à artial.
- J'ai oit! dit la mourante.
\ta.i., Mjà, ~a gor"e contractée refu ait ce
qu'on lui pré ntait. Elle haletait.
Alors la jeune fille lui humect:iil doucement
les lèfre:., mettant un peu de fraîcheur dan.
la Louche 11ui .se des échait. Et la mourante
lui . errait plu étroitement la main comme
pour lui dire : « ,1erci ! »

XII
. oudain, la ·ubtilité de son ouïe révéla à
madame de Fonspe}rat un bruit de pa qui
glis,aienl dan~ le corridor. Une ,·oix bas~e
dit, près de la porte, un mol que Katerine,
penchée .sur la mourante. n'entendit point.
CeUl!-ci .e dressa, hagarde :
- Yon 61 · I•.• cri a-t-elle ourdement.
l\aterine crut à nne hallucination. Elle ,e
pencha davaotarre et es aJa de la calmer par
de douce paroi .
- C'e ·t lui! ... je l'entends ... c'est lui! ...
répéta la mère d"une voix rauque el douloureuse.
Et llarlial enlra.
Tout d'abord, dan le demi-jour de 13
chambre, il ne vît rien que la masse du lit,
la blancheur de drap., le ,i age convul é de
ln mourante. Il cria :
- Mn mère! ...
Et, prè d'elle, il tomba à genou.1..
Cne force inconnue souleva madame de
Fon~reirat ur es oreiller :
- )lartial... mon fil ... c'c·l ,·ou, .. ..
Lerez-rous .... Venez .... Là... plus prè ... .
Yotre front ... vo cbe,·eux ... rn main ... .
0 mon fil~! ... mon fil ! ...
Le mnin tremblante cl tlélrie. de la
mère tr]i~,aienl ur la tête de .on fil parmi
les boucles de c · cheveu , touchaient ses
beaux )·eux, uivaient l'arête fine du nez, la
courbe d • joues et du menton, frôlaient la
bouche. Elles re,·iorcnl comme inqaièl&lt;'S et
palpèrent la cicatrice, pui~ elles retomhl-rent,
inertes.
fieux larme· roulèrent .ur le jou Je la
mourante.
Elle murmurait :
- )Ion fils .... Mon fil .... Mon fils ....
A.lor Kaleriue, au ..~i p,ile que la moribonde,
se montra. larLial, qui était re té ahimé sur
le \Î,a.,.e de sa mère, se dressa. Et. oudain,
se Ienx ayant rencontré ceux de Kalerine, il
pou~ un cri éloulîé :
-Oh!. ..
La jeune 6Ue lui impo. a silence. d'un nest '·
Alor · ~lartial. égaré entre la douleur et la
joie, sans pouroir comprendre ni interroger,
an réfie1ioo, ·ans parole, fa aisit dans c
bras et anglota éperdument ur l'épaule de
a fiancée.

Ils demeurèrent aiu~i un lon3 moment,
noyés dan. 1~ flot de leur émotion. lL ne
parl~ient pa:. Que ,e .eraient-ils dit? Leurs
à.Jnes e confondaient dan, la douleur et la
joi tant était amère et tcndr • cette ,·olupté
du rernir.
- Martial! ... dit la m re, comme dan un
souffl '·
fartial .e pencha ver, elle :
- .Youhlicz rien .... )loi .... 1,,. ro, ....
c· t Di ·n ... qui ju~e.... EUe a dit uai.:.. li
faut .... li faut. ... Elle ne put ache,·er. En elle. un râl :e
lem, monta et sëpandit ~ l'ento;1r. l,'agonie
e mmcnçait.
Le· paysanne~ dei- enriron , préwnue. par
1 servante, élllient réunie~ dans la cuisine.
Elles parlaient beaucoup, quoique à ,oix
ba ~e, en lricotant. •. Ion l'usage, elle étaient
venue pour assister la mouraute, 'Ïl 1~tait
Lc·oin.
QuomJ e firent entendre le..~ sourds "rondement d la Tic qui s'échappe, elle~ pénétrèrent dao.- la chambre d'a"onie. Ran!!éc
autour du lit, elle commencèrent à gémir et
pleurer. La lion décrocha le crucifix qui
dominait Je lit. Elle lo po a ,ur la poitrin de
l', gonLante. t'nc femme plaça. ur une table
le bénitier arec n rameau d bui , taudi:
que la ~1ïon allait chercher au fond d'une
armoire un cicr"c bénit, jaune et demi-u:.é.
qu'on avait coutume d'allumer par les tcwp
d'ora"i:. Elle le dre a aupr'&gt; du bénitier el
en 6t jaillir une 0amme courte el racillante,
tdle une âme qui va quitter le corp~.
Le femm continuaient de pleurer. Leur
larmes "lis-3ient, rare. rt froides, ~ur leur
faces hmu' et ridée . Parfois, elles dLaienl:
a Hélas! mon Dieu 1 11 arnc co.lme et san,
conrirtion.
Une d'elles proposa ;
- Il faudrait dire les litani de la bonn
mort.
Eli · regardèrènl le nue: le au tr • ..••
Qui les i,mait par cœur"/ ... Qui les .aurait
dire n françaL?... Car le prièr •·, c ont
dl!~ paroles t1ui ne ~out pas lionnes eu
patoi ....
La !lion propo,a :
- Il ,· a econde, l'ancienne erYante de
notre dtif~nt curé, qui e:.t en cc moment tout
près, à Tre1fo11t. chez ~a nore .•.. Ulc .sait lire,
die .......ï on allait la qucrir'! .•.
Oa l alla.
(llluslnitions dt

Jl.MES D'AUTJtëFOJS _ . , .

.,eoonde arri\·a, lamèntalJle, encapuchonParfois, un brer S3aglot frémbsail dan· la
ntc, portant à deux m:iins un !!l'O' livre noir "Or"e de Martial.
qui res emblait à un bré,iaire.
Il murmurait :
Et, toul de • uitc, aprh aroir • uffisamment
- Oui, eigneur ! Pitié, pitié pour cil
"~mi et pleuré, elle s"a 1•nouilla. AYec ardeur
El Katerine. dont l'àme était pleine deet foi, elle lut dan ·on ,·ieu1 lhre le. au~lnes parole du Line, di ·ait i:n :on cœur :
litanie· de la mort chrétienne. La . \'érité de
a Délirre-la elon taju lice.... i~ ~a force
sa ,·oix, la dureté de :on accent campagnard et son refugu !. . . n
1 · rendaient teITible,. :
Pr 11ue inaperçue, taut ell fut silencien e,
- &lt;' 0 han ,fe'.~11s! je 1°011s recommandP la Mort 'arrêta prè de l'an-oni~ante. Elle fit
ma drniièrr 1,eure. et t'e qui doit la ,uirre! ... •"éranuuir .ans bruit le dernier ~ouflle de ~a
» ... Quand mes lèt•1•ri.; (,·oitle~ el tl'em- ,·ie. Un efü dit l'baleine légère du nouYcau-né
b/ante 111·011ancero11t po11r lu dt&gt;r11ih-r. foi. 11ui s'endort.
l'Oire. adorable nom:
Le~ remme· interrompirent leur mélopée
D •• Quand · me~ chei·e11.1· trempà ;,e
et e r tpandirent en noun!aux ~mi emcnt,.
suem· emblel'm1t s'élever sur ma /!te et P:lle ri troublé, "artial e pencha sur ~a
m'a11nonceru11lmade ·truc lion procltaiue .... mère.
- Miséricordi •u Jésus, a}e7. pitié de moi!
Pieusement, il Lai. a le· che\'eux cullé,
répondaient les femme:.
au front par la .ne.or de l'arronie. ,hcc re:;- o ... Quand mon i111a9iuatio11, O!Jiree
pcct, il lui ferma le y ux. ._ïlencieux, il
de. fanldme ·ombres rl ef1h,yants me p/011- 11uitta la chambre. pendant que J, femme"
!/ern dans des fl•isle~se, 111ortrlles ....
préparaient la dernière toilette de la morte.
- lti~iSril'ordicux Jésus, a~c.t pititl de moi!
disail'nt les femme,.
fadame de Ilellomhre arriva le ~oir. 1~11•
De tcmp en temp , econde . 'arrêtait . amenait anc elle a petite Zélia, 11u'cll ne
Elle r ·prenait haleine. Et, dans lie trhe 11uillait jamais. Le rheH1lier l'accorupa"nait.
de parole., dan. ce . ilenœ recueilli, le r:llc
En pénétrant Jans h mai,on silen :eu e,
de la mourante pa sait plus fort et déchi- elle comprit que tout était fini, ,~un :'lmc en
rant.
fut tri tement affectée. Et comme, dans le
lmmobil ·, muets, serrés l'un contre l'au- 111èmc temp~. ~lartial parut tout !i coup
tre en un coin d • la chambre, .\lartial et devant elle, elle re~·nt un tel coup ,rpt'cllci
Knterine étaient fio-' · dan, la tupeur et tomba en p;iwoi.:.on.
l'effroi. Rêvaient-il ~ ... Était-ce un atroce
On oublia la défunlc et on 'empre sa
cauchemar?,.. El pour1ant, quelqu.e cho.c autour d' ell,:. Elle reprit •
ens. Alur. le
mqrrnurait en eu · u·ec douceur et tendresse, · frère et la sœur s'étreignirent san. pou,oir
queJque cho~e 1p1i e ·entait libéré de · e
parler, tant leur émoi était violent.
chain s, Et ils pre~ niaient que, derrière cet
Pui , simplement. mai non -,ao quelque
appareil d mort, il y uait pour eu la vie maje:.té.)lartial, étaul allé chercher Katerine,
et le bonheur de vh·re.
b pr :,enta à madame de Bellombrc :
.,econde p3rlait encore. Maintenant, elle
- Lucelle, dit-il, ,·oki ,otrc !(Œur.
di.ait :
- • ... Quaml 111011 esprit, trouble 1Iar
Au matin, apr'&gt; la ,·eillée funèbre, deux
la 1•11e de mes iniquité,; et pn 1· ln c,·aùite petite ombre e glis,èrent, épeurée et
de t:0/11: justice, lutlera coutre /'anye ,Je curieu • dan~ la chambre mortuaire, un
ti'nè/J,·n:
in tant abandonnée. C'étaient Zélia et !,oui» ... Q11a11J le. ,lemie.r~ soupir de mM . on, la fillo du marqui.- l'l la petite pa) ,anne.
mm,· pte.. rto11t mn,1 ame ile. MJrti,· de 111011 En jupon court el pied~ nu , elle venai nt.
l'Ol'jlll:
furliw , con idérer la \'Îeille mère-grand.
,, ... Quand j' a11rai perdu /'11.~a9e de mt"
Timide:., elle!'. ,oule,frenl le ride.'lu 11ui
. e11.~ et q111• le mnmlr 1foparalfra pou,· ,oi!ait la fon,1tre d'où nai il une lueur
moi ....
l,lafarJe. Leur mains nahes et pleine· d' A ch.t11uc oraison, li.: même cri de ràce pérance cha èrent la nuit. Et l'aube d'un
~b~:
C
jour nouve.,u éclair.1 le ,·i,a&lt;&gt;' de la morte et
- li. érioorJieux Jé~u., a ·ez pitié de moi! le~ reste~ du pa é.
11

s

0

CONIWI,

Loum: CIIASTEAU
FIN

�_ _ 1f1ST0~1.Jr _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ____.

•

U'.\'E \OCE SOUS LE DIRECTOIRE.
Tablca11 de GEORGES C AI:-i.

���</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1911, Año 2, No 38, Junio 20</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>��LE

"lisEz-Moi" tt1sroR1QuE

ELISABETH DE FRANCE
FILLE Dl~ HENRI lV. ROI Dl': FRANCE, ET FEMME DE. PHILIPPE l i', ROI lJ'ESPJ\GNE
Tableau &lt;le IWBGl\S. (\!usée du Lourre.)

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JULES

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(XIVe arrt),

3ge fascicule (5 juillet 1911).

Sommaire du

LOUIS BATIFFOL
Les sœurs de Louis XIII.
289
Une faveur royale . • ·. ·
292
'. Les années d'apprent1ss~~e- ~e Charlotte
293
Corday. • · · · · · · · ·. •
Les lndiscréti(?nS de l'H1sto1re
Morte au
service du roi. :. · ·
296
Paris au XVIII• s1ecle
hl
Mém_oires .. • • · · ·
3o1

Lours BATIFFOL.
CHAMFORT.· · ·

T. G . . . ·
DOCTEUR CABANÈS. ·
MERCIER. · · • · ·
GÉNÉRAL DE MA1&lt;1&lt;UT ·

.
. d ser de Marie-Antoinette et
½te ~~~f!-Louf:e: Jean-Étienne Despré!lux.
BOURRll::NNE. · ·
R.etour d'Italie · · · · · · · · : · · · · · ·
PAUL GAULOT. ·
. La duchesse de Berry~ fille. du Regent.
MAURICE DU~IOULIN ·
.' Les aérostiers de la. Repubhque . . . . .
DOCTEUR MAX BILLAl&lt;D L'historique des ~ams de mer · · · · ·
Co~JTE DE SÉGUR. · · · Un duel sous Louis XVI. • · ·. · ·
CH. GAILLY DE TAURINES. Une fredaine de Bussy-Babutm.

ILLUSTRATIONS
•

.

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LISEZ=MO~ ''

Paraissant
le 10 et le 25

ÉDITIONS JULES TALLANDIER.

SOMMAIR"a du NU,.....,
..6RO 141 du 10 juillet 1911

- - . - Bonnes petites amies. - PAUL
HENRI L/\VEOAN, de l'Académie frant1s:11e énigme. - HENJ\I DE RÉGNIER,
BOURGET, de l'Aca_dénue_ f_ranç~1s~,ON;uPILO~, Les petits villages. - EDM~ND
de l'Académie fran çaise, l\hdi. - ED I
V \NDÉREJ\l 11 - PAUL DE SAIJ',TABOUT Lachambre d'ami. - FERNAND ~Ô\ILLES' M~tin -REm:: BAZ[;-;,
VICTOR Venise. -Co,1TESSE MATHIEU DEt.. i
T11tOPtllLE. GAUTIER, Le
'
f
.
Madame Coren ,ne. C
LE
de l'Académie rançaisc,
de l'Académie française, Fl~urs .. ATOL
rose. - ANAT~LE FRANCEAIC/\RIJ de l'Académie française, ~•el et l\!er. MENDÈS, Le !ache. - JEA~ h
. 13• ligne. _ LUCIEN MUHUELO, LassoMAURICE ROLLINAT, Le
~ombard. _ JULES RENARD, l\lénage. ciée. - Guv
us. i\l,\UPA
, ' beau
, Léan dre ' comédie en un acte, en ,·ers.
Tu~ODORE
DE BANVILLE,
Le

;s\;r

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SOMMAIRE du No du
. f

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MOJ BLEU. Pas
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, ubliées toutes signées de
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ROY DUPRÉ,
ÉL1SABET!l DE FRANCE
BRION, CHODOWIE"CKI, DA~JU,
E jAC~TTET, LEFEBVRE, MIGN.\RD, 1-'ATER, , PE
FILLE DE HENRI IV, ROI DE FRANCE, ET FDn!E DE PIIlLIPPE JV , ROI D'ESPAGNE.
RESTIER, GARNERAY, GELEE, J·RRE I U IIYACINTIIE RIGAU~J ROBIDA, ScmiETZ,
DRETTI, P. PEHBOYRE, J uTLES __ 0 v':;'DYCK VELAZQUEZ, VILLIERS JEUNE.
-SWEBACH·DESFONTAINE~,
RIERE,
A.
'
-.
, Tableau de RUBENS. (Musée du Louvre.)

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affranchissement Départements. 2 fr. soit
en plus.
Étranger. . . 5 fr. soit

60

13
14
17

fr.
fr.
fr.

centimes
le

Cascicule

L, ABONNEMENT EST REMBOURSÉ PAR DES PRIMES

Voici l'ainée, Élisabeth, celle qu'on appelait autrefois « Madame 1&gt; et qui a été mariée « Mamanga, mande-t-elle à la gouvernante,
l'atmosphère de libre et paisible gaieté qu'on
en 161;, à l'infant d'Espagne, futur Phi- j'ai reçu les Jeures que vous m'avez écrites,
y
respirait! Sa remueuse (la femme qui lorslippe IV. Comme on l'aimait, quand elle cc qui m'a bien fort réjouie de savoir des
qu'rlle était enfant balançait son berceau)
nouvelles
de
mes
sœurs
;
mais
je
vous
était petite l Comme Louis XIII, dauphin, se
lui a écrit de Saint-Germain que comme jadis
montrait pour elle gracieux, plein d'atten- prie de dire à ma sœur qu'elle m'appelle
elle confectionnait certain gâteau avec fes
comme
elle
a
coutume
et
qu'elle
ne
vive
tions et de prévenances, s'amusant à la servir
princesses ses sœurs : &lt;( Mignonnette &gt;J est
à table en gentilhomme servant, lui répétant : point avec moi en cérémonie ll. Elle pense si
prise d'un mélancolique regret : « Je vousouvent
à
la
France,
aux
coins
où
elle
a
passé
« c'est ma petite femme! » Lorsqu'il a fallu
se séparer d'elle, en 1615, et probablement les meilleures heures de son enfance, aux drois bien être petit oiseau, écrit-elle gentiment à Henriette, pour pouvoir voler là et
pour toujours, car en ce temps les visites amies qu'elle a laissées! Elle suit de loin les aider
à le faire f »
entre princes régnants sont d'une rareté telle déplacements de la cour; elle regrette de ne
Louis Xlll l'a aimée lorsqu'elle était près;
qu'on peut dire qu'elles ne se produisent plus en être. Sans doute, ce qu'elle voit auil
continue
à l'aimer de loin. Le protocole
tQur
d'elle
est
imposant
:
«
li
y
a
huit
ou
pas, le jeune roi de France en a eu le cœur
exige
qu'il
lui
parle en employant les titres
dix
jours
que
nous
sommes
à
l'Escurial,
déchiré : les adieux se sont faits avec un vénécessaires
de
c&lt;
ma sœur », quand elle est
ritable désespoir : &lt;&lt; Larmes, sanglots, dit écrit-elle à sa sœur Henriette, c'est un fort
princesse
des
Asturies,
c&lt; l\fadame ma sœur 1&gt; ,
beau
lieu
:
»
Mais
ce
n'est
plus
le
royaume
lléroard, cris mêlés avec les baisers et les
quand
elle
est
reine
régnante.
Mais, derrière
de
son
père
:
«
il
n'y
manque
que
les
prouembrassements, le roi s'en revint tout pleules formules conventionnelles et malgré la
menoirs
de
Fontainebleau!
»
&lt;(
L'on
m'a
dit,
rant; il fut depuis onze heures et demie jusqu'à deux heures après midi sans pouvoir ajoute-t-elle, que la cour a été à Saint-Ger- froideur naturelle d'un style royal peu fait
apaiser son deuil ni ses larmes! » C'est main depuis peu, je crois que vous y aurez pour les épanchements, on saisit chez le
été aussi. Je suis bien aise d'! savoir que jeune roi les témoignages de ce faible qu'il a
qu'elle était si gentille cette petite Élisaconservé pour la « Madame Il d'autrefois. Il
beth, maintenant « princesse d'Espagne »;
sait l'attachement qu'elle a pour lui ; il
vive, prompte, agile, toujours en mouven'ignore
pas qu'elle désire avec passion
ment, puis, simple, dévouée, complaisante,
«
le
voir
régner heureusement ; &gt;J il lui
de bonne humeur, empressée, sympathique
rend
sa
tendresse.
Toutes les fois que l'ocà tous! On l'appelait «Mignonnette J&gt;, &lt;( princasion
s'en
présente,
il lui envoie de ses
cesse mignonnette. » Ses lettres révèlent
nouvelles,
heureux
d'apprendre
qu'elle s'in- ·
une charmante nature. Elle est tendre et
forme
des
siennes
:
«
Le
sieur
de
Grenelle
gaie, sans prétention : «Mamanga, écrivaitm'a fort contenté, lui écrit-il, sur le récit
clle, jeune fille, à madame de Monglat, je
qu'il m'a fait du soin que Yous avez de
vous prie de me mander quand je mettrai
moi
et d'apprendre de mes nouvelles : cela
ma belle robe et quand on m'apportera ma
m'obligera
de vous en faire savoir plus sousimarre; ma sœur les appelle des chimares.
vent. &gt;J « l\fa sœur, si vous recevez du conGriffon (un chien) se recommande à vous,
tentement à voir de mes lettres, je n'en ai
et, princesse et mignonnette, je me recompas
moins à vous en faire part, cc que je
mande de tout mon cœur à vos bonnes
témoigne,
ne laissant passer aucun de ceux
l(râces et à mamie Vitry et à mamie Saintqui vont vers vous sans vous écrire. 1&gt; AmGeorges » (les filles de madame deMonglat).
bassadeurs, gentilshommes, particuliers,
Elle signe les lettres qu'elle écrit de Madrid
tous
ceux qui partent pour l'Espagne emà la gouvernante: « votre bonne amie »,;
portent
en effet une lettre du roi, destinée
elle lui dit: « Je vous assure, Mamanga,
à
renouveler
à la jeune princesse « les asque vous n'aurez jamais une plus affectionsurances de l'affection &gt;&gt; de son frère. « Je
née nmie que moi. » Quoique princesse des
vous prie de continuer à m'aimer )&gt;, lui
Asturies et, à partir de 1621, reine de Iourépète-t-il. « L'affection que je vous porte
les IP.s Espagnes, elle ne veut pas que rien
rrché &lt;1iraudon.
llE:--.RJETTE DE FRANÇE,
vous
doit tenir assurée d'être toujours présoit modifié dans ses rapports avec le petit
FEM.IIE DE CHARLES l", ROI o'A:"IGLETERRE,
sente à ma pensée. &gt;J « Vous désirez comme
groupe si cher à son cœur du Louvre ou de
TaNea11 de VAN Dvm. (Galerie royale. Dresde.) '
moi l'accroissement de notre commune affecSaint-Germain : elle reste pour lui « Mition
et bonne intelligence; » ma pensée
gnonnette » ; elle entend qu'on lui écrive
vous
passez
bien
le
temps
avec
la
jeune
reine
est
aussi
« de maintenir la bonne amitié et
sans user des formes solennelles usitées à
correspondance
qui a été el doit être entre
(Anne
d'Autriche).
Je
vous
prie
de
lui
dire
l'égard de « Sa Majesté Très Catholique » :
que je lui baise très humblement les mains. » nous. » Élisabeth est-elle r;stée quelque
Extrait d,, l'ouvrage de Loui• Ilatill'ol, Le 1·oi
Pourquoi n'y est-elle pas aussi? Pourquoi ne temps sans lui écrire? ll ne lui en veut pas :
Louis X/11 à vfogl ans, édité par Calmann-Lél'y.
peut-elle s'y transporter afin d'y retrouver &lt;C Ma sœur, je suis fort aise de savoir de vos
nouvelles et serai toujours fort content d'en
\ ' . - HISTORIA. - Fasc. ½

�- - - 1l1STOR._1.ll
apprendre de honnes C'Omme je le désire cl
!elles que vous me le mandPz : le long temps
que j'ai été ~ans recernir de ms lettres n'a
poinl diminué l'affection que je mus porte :
rien ne la peul faire changer, car je sais que
,·ous m'aimerez toujours. 1&gt; Éli,abeth, de son
côté, lui garde une anection fidèle.
EL r'c,t entre eux un échange rontinucl de
fl\moignages d'allach, mrnt. lis participenl au,
joies et aux tristesses l'un de l"autre; ils ,e
l'on l part de leurs c,pérances ou de leurs
craintes mutuelles : « )la ,œur, écrit
Louis XIII, aprt•s unl' convabC'encc du roi
d'Espagnr, Philippe Ill, votre bon naturel
me fait f~cilemrnt croire le déplaisir que
mus a1·rz eu de la maladie du roi mon beaupèrt•, l'i jugrr de la consolation que vous
recevez maintenant par sa meilleure disposition : j'ai ru parl 11 vos ennuis, je participe
à ,olrc joir ! » Apprenant qu'elle a des espérances d'être mère : 1t .le ne pomais recel'oir
nou1dll'S c1ui m'appariassent plus de conlenlement que celle de ,·otre gro,sesse. Je loue
llieu de cel11' bénédiction qu'il lui a plu de
donner à voire mariage, el le prie de touL
mon rœur qu'il la continue toujours à l'acromplissement de \'OS bons désirs. Le sieur
de Bassompierre vous fera entendre plus particulièrement la joie que j'ai reçue lorsque
j'ai appris celle nomelle. » Et un accident
Hant venu dissiper les espérances, Louis llll
emerra r,pri•s ~I. de Chaudebonne pour dire ·
11 la pauuc. « )lignonnetle » loul le chagrin
qu'il en éprome : ,, JI faut vouloir ce qu'il
plait à Dieu, écrit-il mélancoliquemcnl à sa
mère "arie de Médicis, et espérer qu'il en
arrivera mieux une autre fois 1 &gt;&gt; II disait un
jour à sa petite sœur : t1 Je sais aimer qui je
dois et ne me faut point d'autre conseil ni
d'aulrt&gt; persuasion que ma seule inclination »;
il pen~ait à elle: « L'afft'clion que vous avez
pour moi, ajoutait-il, ne peut m'ètre plus
agréable que celle que j'ai de 1·i1re » : l'expression révélait la profondeur de son sentiment. Que de fois le fidèle valet de chambre
d'l~lisahctb, Drapier, a-t-il fait le voyage de
~ladrid à Paris cl de Paris à ~Jadrid pour
porter au roi et à la princesse les lettres
qu'ils s'écril'ent ou les radeaU\ qu'ils se font
l'un 11 l'aulre ! Louis :\lll se sent d'autant
plus porté 11 mar11uer à sa sœur son affection
qu'il sait qu '&lt;•Ile n 'esl pas heureuse.
Dans cette cour d"E,pagne, en effet, solenncllr, auslt&gt;re, la petite nature primesaulièrc
d'ltlisahcth s'est trouvée à l'étroit. Les ,ieilles
duègnes, offusquées de sa vil'acité, lui ont
fait 1·ompre11dre qu'une reine d'Espagne dc1ait garder de la résene et faire preU\c de
f'roidt·ur. On ne lui a épargné aucun l'nnui.
La décision prise par Louis XIII de renvoyer
d'auprès de sa femme Anne d'Aulrid1c le
personnel de dames espagnoles, a eu son
contre-coup dans la vie d'Élisabeth. L'aml,assadeur du roi très catholique à Paris, Fernando Ciron, ;i menacé, comme représailles,
du remoi d'Espagne de tous les Français qui
poul'aient approcher de la princesse des A~turie~ ; et en elîet, peu à peu, on a écarté
d'Elisabeth CCU\ qui, dans sa langue mater-

Les sœu1t_s DË Louis X111
nellc, lui parlail'nl dP son pays. On a multiplié les tracasseries; on l'.r prhée de la disposition de ses joyau,, sous pn:texte qu'elle
rn faisait cadran à drs étrangers, - elle
:ll'ail emo)é un bijou à sa sœur Chrélienne!
- On a été jusqu'à lui interdire d"e,pédier
qui que ce Îlll hors du royaume, sans permission. Il n'a pas été jusqu'à des sous-ordres
qui en aient pris !, leur aise avec clic :
«Excusrz-moi, disait-elle un jour à Louis \Ill,
si la lettre n'est mieux écrite, et si je ne
\'Ous mande darnntage de nouvelles, car c'est
que le courrier ne veut point attendre. &gt;&gt; La
cour de France a lïmpression qutli,abetb
est maltraitée. Seulement la petite princesse
n'ose pas se plaindre; clic ne rél'èle rien de
ses souffrances dans ses lellres.
Les deux antres sœur,, Chrétimne el llenriette, Louis \111 les a près de lui.

CIIRÈTl~;:-,;•,a: OE FR.\:SCF,
FE~IME DE V1CTOR·AMÉll ►:E )". Dt:C DE SA\'OIF.

Gravure ..u

d'aprls v11 lat/eau dtt lemps.
(,\Juste de 1·ersal/les.)

PEOREnr,

)lincc, nuelle, délicatr, u'apnt « que la
prau rnr les os rl les Yeinrs dl's filt-ls 11,
Chrétienne - ou ChrisLine : elle si!!nc
« Cbrestienne Jl , - ,1 13 ans en 1G 1!) :
,·'est une enfanl; mais Plie e~I résolue, ,olontaire, pas toujours facile : t ee qu'elle ne
wut pas, il fat• L lon~tcmps le d1•ballrc avec
elle pour la décider » ; an c cela, gentille el
g-aie. Comme elle aime aus~i \lamanga, • ina
l,onnc Mam:inga », ainsi qu'1•1lc lui écrit, se
disant t&lt; sa biC'n affectionnfo amie! » l'.:t
rnmmc elle aime Louis XIII, qui l'appelle
t&lt; la pclite füdame 1&gt;, pour la distinguer
d'l:lisahelh. Aprè.s la chute de Concini cl le
départ de Marie de Médicis pour Blois, en
1617, elle est demeurér à Paris, ce que le
roi a exigé, sans doute, mais elle a pris parti
pour son frère an)c une vivacité singulière.
Marie de Médicis en a été piquée. De Illois,
sous prétexte de s'occuper de l'éducation de
sa fille, l'ancienne régente écrira à Chrétienne
des lcllrcs d,! remontrances sévl•rcs, la mori-

génant sur tout : « Je ne suis pas cont1•nll'
de ce que ,ous alll'z ~i soun'nl 11 cheval ainsi
que l'on me Ir fait C'nlendrc, lui dit-clic;
d'autant qu't"•t:mt jeune comme vous êle~, cet
exercice rnus pourroit à la longue g:iler la
taille. Prenez-y donc garde. l&gt; Lorsqu1• Chrétienne s'est mariée en 1G 1!l au prince de
Piémont, Ct'lui-ci rst wnu à Angoulème préscnler ~es hommages à sa h1•1le-mi.·rc : ~laric
d1• )lédici, lui a dil : , Yotre allt•ssr est bienvenue cl moi très conlenle dr rnus 'l'oir rt
mr tarde que je voie rntn• f1•mme ! u Elll· a
ajouté: « On me dit &lt;1u'ell!' Fait lant la suffisante que jt' ne sais si, la rnpnl. 1'11 celle
façon, je me pourrais ll'nir de lui Lailhr sur
la joue. » « c·c~L tout son désir, répond lt·
prince rn souriant, de rendre à mire Majesté
son d1•1oir, et je souhaiterais qu'elle f,H ici
pour recevoir l'honneur et le fruit de celte
correction, c~r il est vrai qu'elle fait qul'lquefoi~ bien la résolue. »
Aussi quand la mèr1• cl la fille se sont rrrnes en septembre i61 Il, à Couzièrcs, au
moment de la réconciliation de la famille,
leur rencontre a élé plutôt froide. 'fandis
que la petite llenriellc-~larie, trndre et 1:mm',
rouvrait de baisers la main de sa mère,
pleurait à chaudes larnws et tenait Marie d1•
~lédicis si étroitement &lt;'mbrassée que l'ancienne régcnl&lt;' a,·ait pl'i11t• à se dégager,
l'au tri• demeurail immobile cl muette, comme
" stupide », disait un témoin.
Au Louvn•, Chrétienne \il avec sa ~œur
llcnriette; elles demeurent toutes deux ensemble, sous la direction de madame de
~longlat. De même que pour Gaston, Louis XIII
rrgle leur e\istencc, dé!-ide de leurs déplacements. Elles fi~urent dans les cérémonil•S de
la cour, haLillét•s de l,leu. Chrétienne est
censée avoir la direction du petit monde qui
les sert, donnant les signatures néces~aires
pour la comptabililé au lrésorier général de
la mabon , ~I. François d'Argougcs, régcolant, au moins nominalement, les femmes
de chambre, valets, domesliques d&lt;' tous
genres attachés à Jeurs personnes. Elles
vi l'Cnt un peu isolées, ne se mêlant guère il
la vie 11uotidicnnc du roi leur fri•re, passant
le temps dans leur apparlemt'nt, entre autres
1, lire ,1 des livrets de Lonne al'enture », des
recueils d'histoires.
Louis Xlll veille attentivement sur clics.
Sont-elles malade~? li convoque nomhrc de
médecins afin de les entourer dl• soins. De
loin comme de près. il s'inquièl&lt;•, dt•niandc
de leurs nouvelles. Il aime beaucoup Chrétienne, la&lt;]uclle, en personne vin•, le lui
rend : « li aimoil fort Madame, écril Fontcnay-füreuil , lac1uelle a aussi toujours eu
une telle pas~ion pour lui, tiu 'ellc rH' s'en
est point démentie, quoit1u'il ~oil arril'é, ce
que n'ont pas fait ses autres sœur~. &gt;&gt; li la
verra partir al'ec regret, au moment de son
mariage avec le' prince de Piémont. « Je
v~•ux croire, que ,·ous l'aurez bien chère,
écrira-L-il de sa petite sœur au duc de
Sarnie, parce qu'elle emporte a'l'cc clic une
partie de mon tœu r.
li mandera à Chrétienne : ,1 Vos actions d'une bonne S1l'ur

m'ohligent à 1'011s aimer dal'antage, cc sera
de tout mon C'll'ur. »
Ce mariage aire le prince de Piémont a été

.-

-

Cliché GirauJon.
l'IIILI PN; ) \',

TJN:.111 J~ \"HA Z',!UEZ, p!risee d11 l'r.iJo, M.ilri.1.)

une affaire i1uc Louis \ Ill a ment"•e diligemment. li en avait l:té question déji, du temps
d'Henri IV. lien ri I\", il csl vrai, destinait à
la couronne ducal~ de Turin sa fille tlisabeth
que )laril· de ~lèdicis al'ait ensuite donnée à
l'mfant d'Espagne. La tem,ion des rapports
al'cc la Sa mie, en 1fi 17, a~anL obligé le gou\'Crnement à envisager les rno)ens de les
améliorer, on arnit rrpris le projet au nom
de Chrétienne. Lr, négociations avaient sui1i
un cours fal'orahle cl, l'll no,·emhre tlil8, le
cardinal de Sarni&lt;' 1rnail 11 Paris demander
la main dt• la princc~se. Le vendredi J l jan1ier ilil!l, les deux jeunes gens étaient
fiancés, le conlrat de mariage siané. Lr
futur, Viclor-Am1:dée de Savoie, p;incc dt•
Pi,!mont, arril'ait un mois après, le li fé1ricr;
les cérémonie, étai!'nl célébrées rapidèmcnl,
le mariage héni le 19, sans ap11arat, d:111s la
pt'lite chapelle de la tour au l,l)uvre, après
une messe basse. c·était Louis \Ill qui avait
voulu telle absence d'éclat.
l\ichclieu assure dans ses .llê111oire.~ que
Marie de Médicis ne fut p:is comultre sur rn
1111riage, et qu'elle « tint cc traitement plus
cru~l qu'aucun qu'elle citt reçu jusqu'alors ».
11 aJoutc que le mariage fut fail par Luynes
&lt;&lt; qui avoit traité sans en donnl:T aucune part
à la reine mère, espérant, par cette alliance,
se forlilicr contre elle. u llecel'anl un peu
plus tar&lt;l lc prince de Piémont ;1 Angoulême,
füric de llédicis, &lt;l'après Hichelicu, faisait
all~sion _i1 ~c manque d'égards : c Qui vit jamais, d1sa1t-elle, qu'une fille ait été mariée
sans ~a mère! On n'eût pas fait ce déplaisir
à, la m?ind~c dtmoiselle de F~ance et je
n eusse Jamais cru que vous eussiez recrrclté
la peine de me venir mir dcl'ant 11ue dci\ous
marier! » Ces as,ertions ne parai~sen t pas
eucles. Lors11ue le cardinal de Savoie vint à

Pari~ faire sa demande, le roi em•oya Cadenet
Il le Iui répétait : « ~fa sœur, vos lcllrcs
11 Blois pour prévenir sa mère dè celte dé- ne me sont pas nécessaires pour vous conmarche et obtenir d'elle l'agrément néces- sener en mon souYenir; mais elles servent
saire : Cadenet rapporta cet agrément. Lors11ue beaucoup à mon contenlement. L'affection
L: contrat fut dressé, le colonel d'Ornano se que je vous porte vous doit tenir assurée
rendit auprès de fürie de ~lédicis afin de le d'ètre toujours présente en ma pensée et que
lui soumettre et la prier d ·y apposer sa signa- vous en recevrez des preuves, s'il s'1 n préture : ~farie de ~lédicis siµna : elle pleurait, sentait occasion. » « ~la ~œur, je n'avais pas
on ne sait pas au juste, disait l'amb1ssadcur moins &lt;l'impatiente d'apprendre de \'OS nou\énitien, si c"était d'émotion ou de douleur. wlles que Yous des miennes, à ce porté
Quelque~ jours après la cérémonie, elle écri- d'amitié et d'inclination. J'allribue votre désir
,ait à Chrétienne : « \la fille, élanl mariée, aux mt:mes raisons dont je demeure si salis1·omme vous 1~11.'s, à mon entière satisfac- fait que je ne le saurais exprimer : cela ne
tion .... » 11 est dirficilc de dire 'lu'elle n'ait diminuera mon affection ou, au contraire, &lt;•n
rien su du mariage de Chrrtiennc.
l'augmentant, me donnera mille déplaisirs de
Bien qu'après la fuite de Blois, l'ancienne ne vous pouvoir témoigner, à !'haquc morégente, en étal de rébellion 11 An~oulèmc, se ment, comme je suis, 'l'éritaLlcmeot, ,·olre
trouvât dans une situation délicate, Louis XII[ bien Lon frère. 1&gt;
11c Youlut pas que sa ~œur quittàt la France
Chrétienne, non plus, ne devait pas tire
,ans aller embrasser sa 111ère: &lt;&lt; Sachant qu&lt;\ heureuse. Dès la fin de 1Gl!I, el11• écriYaiL:
l'OUS al'ez agréablP, mandait-il à )laric de « .le n·ai pas ici tous les contentements que
.\lédicis, de 1•oir ma sœur, la princesse de je pouvais espérC'r » ; cc Je me mis toujours
Piémont, je ne wux pas 11u 'die dillère dal'an- comportée avec plus de patience que personne
de ma qualité ne devoil : 1&gt; et elle demandait
&lt;&lt; quelque remède pour sa consolation. » '1allu·ureusement, à défaut des bons conseils de
ma~am_c de Saint-Georges, des 1•xemples de
Loms XII[, ou des observation~ des ambassadt'urs de France, elle allait finir par cht•rchcr
des consolations dans une voie où elle ne
pournit que se perdre. !lès 162ï, « elle commencera à donner quelques soupçons de faire
brt•chc it son honneur. 1&gt; Ses aventures seront la fdb)e de rEuropc; de tous cillés se
passeront sons le manteau nombre de récils
ou de relations cc des amours de madame
Christine, duchesse de Savoie 1&gt; : des enfants
d'llenri IV, c'était elle qui avait hérité de
l'humeur volage, légère cl ardente du père.
('lkh~ GirauJon

\"11.:TOR-Alti°:uü:

I".

.lUJ,il/e Je,\. Drt•Ri: (161f,J. (/Ji/:&gt;liotM-111e nalionJ/e.l

lagc à l'Ous aller rendre à Angoulèrue ses
lr~s humbles devoirs, auparaYant son parlement pour le Piémont. Elle a été très désireuse dt! vous voir, et moi,je suis très content
tl 1i't:llc fasse le voyage. » Le prince de Piémont devait se rendre seul à Anrroulèmc
·
0
Chrétienne allait attendre la paix entu s;
mt•re et son frère pour revoir füri,• de ~ft:dicis
à _Couzières, en même temps que le roi, on
sait dJns quelles conditions : le~ relations
man,1uait:nl de confiance entre la mère cl la
tille! Peu de jours après, la nouvelle princesse
de Piémont partait pour l'Italie.
Elle pleura beaucoup. Louis XIII cherchait
à_ la réconforter, simulant une gaieté qui dis~•pâl un peu son diagrin; il lui donnait une
f'kbl Glr.1aJon
CIIARLE~ 1 ' .
magnifique chaîne de diamants : il priait la
fille de madame de Mon°lai, madame de
Table.JI/ dt P&gt;:TER LELY. d'après \'AN Dvc~
(!;3lerie ,·oi·ale, l&gt;resJe.
S,tiot-Georges, de la sui1re: disant à relie-ci
qu'il comptait sur clic pour que la princesse
« reçût les Lons conseils qu'elle ju t'roit aux
Si elle ne devait pas être heureuse combien
occasions lui être nécessaires. ,, l" li dc,·ait
dcrnit l'être moin, rncore la troisième sœur
garder à sa sœur un souvenir fidèle.
de Louis XIll, celle llenriette-Maric, futnrt•
0

�IDSTOR,.1A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ___,,
,.
épouse du roi Charles [~r d'Angleterre, des- que lorsque j'apprends de vos nouvelles et
tinée à voir son mari monter sur l'échafaud, que je sais que vous vous portez bien. 11 Il la
à fuir elle-même, exilée, abandonnée, loin de tient au courant, lui envoie des gentilshommes
afin de lui conter le détail de ses exploits,
ses enfants et de Lout ce qu'elle aimait.
c&lt; lui dire les nouvelles conquêtes qu'il a
Encore plus mince, fluette et gracile que faites. &gt;J Est-il sur le point de rentrer?&lt;( Vous
Chrétienne, Henriette était, étant petite, la me verrez à Paris, lui dit-il, presque aussilôt
plus gentille des trois princesses. Priuli la que mes lettres : c'est la réponse que je ferai
trouvait charmante, gracieuse, gaie. (&lt; Je à la vôtre que j'ai été bien aise de voir et de
vous dirai sans cajolerie, écrivait Malherbe à reconnaître votre souvenir. Continuez-moi
son cousin M. du Bouillon, le 15 mars 1623, votre bonne affecLion, vous y serez incessamque c'est une des plus gentilles princesses ment obligée par la ferme résolution que j'ai
qui soit au monde et que je ne crois point de vous aimer . » Et il a hâte de la retrouver;
qu'il y .ait, non une personne de sa qualité, il la prie de venir au-devant de lui : « il faut
mais une demoiselle en France, de qui l'es- vous mettre en chemin pour me venir voir et
prit ne perdit sa cause, s'il était mis en com- vous tenir en état de partir avec ma sœur
paraison avec le sien. l&gt; Sensible, aimante, elJe (Chrélienne); je crois que vous en serez bien
souffrira plus que tous de l'éloignement de la aise : c'est pour vous ôter l'ennui que vous
reine sa inère à Blois et la retrouvera à Cou- avez d'être éloignée de moi : venez donc. l)
zières, nous l'avons dit, avec émotion. Son li l'accueille avec joie.
Le mariage d'Henriette lui a tenu à cœur
cœur était ardent. Que ne riait-on de la voir
toute enfant s'essayer à des sentiments heu- autant que celui de Chrétienne. Il avait rêvé
reusement encore peu dangereux pour elle. pour elle de hautes destinées. Puisque la
Sa 'sœur Élisabeth lui écrivait de Madrid : sœur aînée était reine d'Espagne pourquoi la
« petite Madame» n'épouserait-elle pas le fils
C( Mamanga m'a mandé toutes vos petites
amours avec le comte de Soissons; je vou- même de l'empereur germanique? li fut
drais bien les pouvoir voir. J&gt; Mamanga veil- question dr. ce projet au printemps de 162:; :
les négociations n'aboutirent pas : un autre
lait, puis Louis XIII.
Le roi l'aimait beaucoup, cetle petite sœur devait réussir qui allait mettre la princesse
délicate et frèle. Les lettres qu'il lui adresse sur le lrône d'Angleterre.
On avait parlé de cette idée dès 1619. A
sont pleines d'attentions caressantes. Il est le
grand frère soucieux. li s'informe de la santé cette date, la cour de Londres songeant à
d'Henriette. li recommande à madame de marier If' fils du roi d'Angleterre avec une
Monglat de ne pas quitter la petite princesse. inîante d'Espagne, le gouvernement de
li assure celle-ci de ce qu'il appelle « son Louis Xlll avait redouté l'éventualité possible
affection aimable J) . Partant pour une cam- d'un appui apporté par l'Espagne et l'Anglepagne dont il ignore la durée, il écrira à Hen- terre unies aux protestants français rCvoltés.
riette : « Voici un long voyage pour vous et Pour conjurer le danger, il n'était que de
qui vous durera beaucoup étant éloignée de substituer au projet d'un mariage anglo-espamoi : mais deux choses vous peuvent bien gnol celui d'un mariage franco-anglais. En
consoler : le lieu où vous êtes et l'assurance octobre 1619, Louis XIII chargeait le frère
(f_ue vous devez avoir que je ne vous aime pas de l'ambassadeur anglais à Paris, sur le point
moins pour l'absence. Si je ne vous écris pas de partir pour l'Angleterre, de dire à Lonplus souvent, je ne laisse de penser à vous el dres que si l'on sollicitait la main de sa sœur
d'être dans ce désir de vous rendre les preuves pour le prince de Galles, la demande serait
de mon affection. » Et pendant le siège de accueillie. Cette suggestion n'avait pas proMontauban : « Je ne suis point plus content duit d'effet. Quelques mois plus lard on se

décidait à envoyer Cadenet à Londres en ambassade extraordinaire, afin de reprendre la
tentative. Le second essai ne réussissait pas
mieux.
!lais l'attentioa de la cour anglaise était
attirée. L'année suivante, en 1622, de nouvelles ouvertures étaient faites. Un lord anglais, Uay, s'en allant en Angleterre, était
prié de parler à nouveau à la cour de Londres d'Henriette-Marie. Lord d'llay n'aboutissait pas. Encore en f623 le roi revenait à la
charge sans être plus heureux. En t624, il
réussissait : plus tard on attribuera le mérite
de ce succès à Richelieu!
Nul ne fut plus heureux que Louis XIII du
mariage de sa sœur. Il écrivait au prince de
Galles, la demande officielle faite : « Je vous
assure que je vous aime comme mon frère et
qu'avec ce nom je vous dédie les affections
qui le doivent accompagner. 11 Il participait à
l'élaboration des longs articles du traité de
mariage, traité compliqué, en raison de la
différence de religion. li approuvait que Marie
de Médicis chargeât le P. de Bérulle de rëdiger des instructions détaillées sur la façon
dont la future reine devait se conduire en
Angleterre. li voulut que madame de Saintfieorges accompagnàt aussi Henriette à Londres, afin de la conseiller, de la guider. Qui
eût pré\'U que cette union commencée sous
de si heureux auspices devait se terminer si
tragiquement; et lorsque madame de SaintGeorges suivait en Angleterre la petite princesse qu'elle avait élevée, se doutait-elle
qu'elle serait une des premières à recevoir le
cri de douleur de la reine débarquant en Hollande, après les catastrophes de sa famille, et
s'épanchant en une toucbante lettrr qui révélait la fine sensibilité de son àme : C( Mamie
Saint-Georges, priez Dieu pour moi, car
croyez qu'il n'y a pas une plus misérable
créature au monde que moi,. éloignée du roi
mon seigneur, de mes enfants, hors de mon
pays et sans espérance d'y retourner sans
danger, délaissée de tout le monde ! Dieu
m'assiste et les bonnes prières de mes amis
dont vous êtes du nombre! l&gt;

,

an-nees d'apprentissage

de Charlotte Corday
N'est-ce pas qu'on a quelque! peine i1 se
rcprésentrr Charlollc Corday petite fille, bien
sage sur sa grande chaise ou habillant arec
sa poupée? Son acte de tranquille héroïsme
absorbe si bien l'atlenlion que toute sa vie
semble tenir dans les dix jours qni 51.:parcnt
son départ de Caen de sa mort sur l'échafaud. Pourtant, elle aYait alors vingt-cinq ans ;
mais, de ses Yingt-cinq aJJS, 011 ne sait rien,
ou presque rien. On formerait une hibliothl•quc en rûunissanl les ouvrages &lt;1ui traitent de son stoïque forfait; et. tout c:c que,
en s'érnrtuant, les chroniqueurs et les hislo-

• M. Eugène Defrance, après de palicntes
enquètcs en Normandie, groupant cc qu'oill
recueilli it cc sujet les collections parliculières
ou les archi"es locales, nous a donné un récit
de l'enfance el de la jeunesse de Charlotte
Corday, récit d·autant plus précieux qu'il ne
1·apportc, comme on doit s'y attendre, aucun
événement notable. c·est la Yie d'une filletlc
bien portante, à demi-campagnarde, élevée
sans gàtcric, it ln d111'e, hoonètc, droite,
franche, réservée, sans passion, sans coquetterie cl sans arnnturcs.
Sm le territoire de la commune des Cham-

Louis 13ATTl'f'OL.

Une faveur royale

Messieurs ~lontgolfier, après leur superbe
découverte des aérostats, sollicitaient à Paris
un bureau de tabac pour un de leurs parents;
leur demande éprouvait mille difficultés de la
part de plusieurs personnes, et entre autres
de M. de Colonia, de qui dépendait le succès
de l'alîaire.
Lecomte d'Antraigues, ami des Montgolfier,

dit à !I. de Colonia : « Monsieur, s'ils n'obtiennent pas ce qu'ils demandent, j'imprimerai ce qui s'est passé à leur égard en
Angleterre, et ce qui, grâce à vous, leur
arrive en France dans ce momeni-ci. - Et
que s'est-il passé en Angleterre? - Le voici,
écoutez : M. Étienne Montgolfier est allé en
Angleterre l'année dernière; il a été présenté
au roi, qui lui a fait un grand accueil, et l'a
invité à lui demander quelque gràce. !I. !loalgolfier répondit au lord Sidney que, étant
étranger, il ne voyait pas ce qu'il pouvait
demander. Le lord le pressa de faire une
demande quelconque. Alors !1. !lontgolfier

se rappela qu'il avait à Québec un frère
prêtre et pauvre; il dit qu'il souhaiterait
bien qu'on lui fit avoir un petit bénéfice
de cinquante guinées. Le :1ord répondit que
cette demande n'était digne ni de messieurs
Montgolfier, ni du roi, ni du ministre.
Quelque temps après, l'évêché de Québec
vint à vaquer; le lord Sidney le demanda au
roi, qui l'accorda, en ordonnant au duc de
Glocester de cesser la sollicitation qu'il faisait
pour un autre. Ce'ne fut point sans peine que
messieurs ~~ontgolfier obtinrent que cette bonté du roi n'eût de moins grands effets.» Il 1· a
loin de lit au bureau de tabac refusé en France.
CHAMFORT.

MARAT, -

Tableau de DAvm.tMuseede Versail!ts .)

riens nous ont appris de ses paisibles années,
occupe à peine quelques pages.

peaux, dans l'arrondissement d'Argcnta.n, se
trouve 1a ferme du Ronceray. C'est aujoul'-

d'hui, comme il y a cent cinquante ans, une
simple chaumière normande, construite eu
pisé avec pans de bois apparents, ne comportant qu'un rez-de-chaussée surmonté d'un
haut toit que percent trois i:,rrandes lucames
et une lourde cheminée de maçonnerie,
Charlotte naquit là le 27 juillet 1768; mais
elle y resta peu de temps et quelc1ues mois
plus lard ses parents allaient se fixer au
11w1wi1- de Col'day, autre maison paysanne.
située sur le territoire de la paroisse du
Mesnil-Imbert, et qui ne différait du Ronceray
que. par une cour plantée d'ar·bres agrémentée
d'un puits et entourée d'un mur garni de
lierre. Au ni veau de la cour, le manoir comprend une salle à manger, une laverie, une
seconde salle, un office et une cuisine oll
subsiste encore l'ancienne cheminûe supportée
par deux. colonnes de pierre. Le premier étage
se compose de deux grandes chambres dont
l'une fut celle de !!me de Corday, d'un oraratoire, et d'une troisième pièce éclairée d'une
seule fenêtre qui ouvre sur le splendide
panorama de la vallée d'Augc: c'était la
chambre de Charlotte. li y a quelque ci11quante ans, M. Vatel, l'historien passio11né de
l'héroï11e, y trouva encore le lit étroit oll clic
couchait, ainsi que ses rideaux et son couvrepieds de soie bleue; il se rendit acquéreur de
ces reliques qu'il légua plus tard au musée
de Versailles.
Quoi&lt;Jue nobles, !I. cl Mme de Corday
n'étaient pas riches; ils avaie11t deux fils et
trois filles . Le père, homme doux et grave, ne
cachait pas la modicité de ses ressources; ses
enfants connaissaient les sacrifices qu'il s'imposait et chacun d'eux s'ingéniait ll l'économie. A moins d'un quart de lieue du manoir
se_ trouvait le chàleau de Glatigny c1u'habita1ent les ainés de la famille, les CordayGlatigny. On frét1uentait joumellement d'm;e
maison tt l'autre; on s'appelait à son de
trompe et Charlotte a,,ait sa chambre il Glatigny, où toute enfant elle aimait à séjourner .
Mais la gêne croissante de ses parents J'oblirrca
il quitter le manoir ; elle fut éll\'Ovéc° il
Vicques, chez l'~bbé de Corday, son ~ncle;
elle y vécut plusieurs années . C'est là qu'elle
apprit à lire dans un exemplaire des œuvrcs
de Pierre Corneille, son grand ancêtre, exemplaire que le bon curé conservait précieusement comme un souvenir de famille et qu'il
se plut it utilisrr pour l'instruction de sa
nièce. L'abbé de Corday était un excellent
prêtre; il devait survivre longtemps à son
élève puisqu'il mourut en ·1825, curé de
Coulibœuf, où il a laissé la mémoire d'une
grande piété et d'une charité exemplaire .
Charlolte rentra chez ses parents - elle

�1f1ST0'/{1A
arnit lrt•izc ans - pour assister aux derniers
jours de s:1 mère 11ui s'éll'ignit ,:puisée par la
naissance• 11'1111 sÎ\it'·mc 1·11fant, en 1782;
,1. d1• Corda~ avait i1 &lt;·ctll' époque 1111i1t1; le
manoir cl ù:tait lo;i à Caen, dans um• 1wtile
maison de la bulle• Saint-Gilles; Sil fille ainée
décéda peu de lemps après la mt'•rc dei
famill1•, cl il dut ,c s,:par1•r des deu\ autres
fillcllcs, qui obtinrent la foreur c.l'enlrer au
rour1•nt de la Trinit,: de I' \hba1c-aux-1Jamcs,
dont 'lme de Bel111nrC' était la pri1·urc. Charlotie s'y montra hbori1•us1•, bonne, préYenantP 1·11rcrs tous c•t d'mw grande l'crmcté de
C'ara\'11.,rc; 1'111• ,c je•ta d'ahord a1ec cnlhousia~mc dans lps pratiques d'une rcli!!Ïon
1•1alh:c; puis, bientôt assagie•, t&gt;ll1• manilPsla
1111 golit sin~uliPr pour les leclnrcs lc-s plus
gra,·c,: Corn,•illc dont clic 111• ~classait point,
Plutarque, llousst•au, \'ollaire Pl Bainal
,:laient ses auteur, farnris; t•lle lisait aussi la
1ic des sainb l'l d'autres ourrages pieu, ; le
musfr CarnaYalcL conscn1• 1111 ewmplairc du
'lf//JIIS mundi, é1lition de 1627, relié de
1élin hlanc avPi; lleurons d'or aux angl,~s, qui
porte au verso du faux titre cc::. mot~ c:crits
de la main tic Charlolle :
\d1l'li• i li1r1•s. Cunla~ cl'.\rmo111
Sai11lc-Tri11ité clr Ca('n, 20 ,lt·,·,•mhrc• 1i!JO.

Peu (le jour, apr:•s ,·elle déperN• de t[lialn•
li,res, lourde pour sa maigre hour,C', c•lle
11uilla le coun•nl cl ,inl rctroun•r son prre
au manoir du Mesnil-lmherl. Là ,•lie partageait sa 1·;e Pnlrc sa petite dramhrc l'l le
thà1ea11 roisi11 de Glatign}; C'lle se proeurail
les innombrables hrochurcs politiques et les
feuilles publ:11ues aux11uclles la Hérnlution
a1ail donné naissante, cl lisait Joui, sans
c·onlrùlc l'l sans c-riti11ue; ou hi1•n, assise pri•s
de ~a li•rrètre Otrll':IIH sur les rer,.:1•rs dt• la
,allée d'Augc, clic• cousait cl trirntait des
1ètemcnts pour b pauHcs du ,illagc. Elle
resta 111 près d'un an: mais à boul de rc~snurccs, )f. de Corday dut se réfugier ch1•1,
ses parents, i1 .\rgerrlan, Charlollc rel'usti de
I') sui,rr cl Yinl demander asile à une ,il'ille
pan•nle, lime de llrcllevillc-Courille, riche cl
méfiant&lt;•, qui habitait 11 Caen un antique et
maus,adc logis de la rue Saint-Jean. (lha,·/oll&lt;' Corday el la mol'l de Mcu·al, docu111e11/.~ i11édit.1 sui· /ïzistoire de la Terreur,

lires ile:, .1rchil'es nationales, de la biblio-

tl1e1111e de la l'i/le tle Paris et nota111menl

dans son c~rcu~il lrs c'1èrcs h:ttrcs dont il ne
ioulait pa~ 1\tre séparé.
Du logis de la rue Sainl-,Jcan, Cbarlolll'
~Imc de Brette, illc, a1cc ses quarant1• mille Corda} 1it pa,scr l1•s Girondins fu~itifs: c·P,I
francs de rente, craignait toujours d'ètre la là qu'elle conçut l'effroyable proj1•t ol,sliné, ictime de 1p1el11uc cscro11ucric; aussi arcucil- mcnl rcnforrné dans ,on cœur; l' esl là que,
lait-cllc froidement C'Clle cousine inconnue l'roidPnH•nl, 1•lle en pn:para silcneicu~e111cnl
dont l'air concentré cl gran• lui faisait peur; la mise c:1 œ11vre; se procura un passe•1111rl;
mais celte prércntion se dissipa ,it1•, el disp·isa, à lïnsu de Mme de Brt•ll1•rilJ,,, son
Charlollc corn1uit l'affection de la 1icillc dame. petit hagage. Tandis qu't&gt;lle· roulait dans ,a
)1. Jl1·franc(', suirnnl l1•s souYcnirs Pl ll's jolie tète cc, l;1rouclr1•s p1•ns(:es, cll1• conlin11a
notes manuscr:lt•s dl' qucl!JUCs conlm1po- dt• Yoir le lllllndc, 11'aidcr sa pal'l'l1le à rrcl'rain~, nous fournil de prét'i1•ux détails sur la 1oir: 11 il 11c se doutait de Cl' qui l'occupait.
vie IJUC mr,wil Charlotle dans la maison de Pin~ tar,l M'ulcnwnt, 1p1and 011 _apprit les
h rue Saint-Jean : i1 1in!.(l-trois ans, dit• choses, rc· hins ,c rappc•lt'•rcrrl qn'&lt;•llc ,'{ot:ù
était lri•s grande l'l très belle; son lcirrl arait monlrc.'•e•, 11 di,crscs repris(',, plus ner1·(•11st•
une transparence (1 éblouis,anlc » ; elle rou- qu'/1 l'ordinaire: ainsi, 1ws le• !', 011 li
gissait a1ct' une l:1cililc: e~trènw; ses ycu\ juillet 17!l:i, 1%· M' rcnd1L ~1 \1•rso11 pour
étaient bi1•11 fendus el lri·s lwau,; l'c•xpres- faire ,i,i:l' ;\ s.1 parentr, ~lnw Gautil'r dt•
sion de son Yisage cl le snn de sa ,·oi, gar- \'1llcrs; die lroU1a rell1•-ci Ol'CUpl'c à 1•1·osscr
daient une doucrur inelfahlc. Elle habitait des pois en c ,mpagn;e cil' M's det1\ srr1,111tes.
rrnc chambrette sitm:c à l'c,trémité du logis; 11 Jp viens l1• dire adi,·11, fit Cliarlollc•, j'ai un
pas de parquet. un simple l'arrelage dl' bri- rnyagc i1 faire•. ,, 1-:111' 1mai,sait fort c.'·mut•.
q11t•s; pas d1• plafond, des solill's noircie~; La co111wsa1io11 continua, tri·s lianalc. Sou111.e 1as~c C'ht•minfr l'l 111w élroill' ft•nètrl' dain Charfnllt• prit une poignfo de poi, 1·11
donnant sur rrne cour obscur,•. On l'ar1•rçul co,s1•s, les froissa rageus!'ll1C'nt cl les jeta à
,ou 1cn l il l'&lt;'lle ft•ntllrt• ral1pH·r de!, (Wlils h•rre; puis 1•llr si' lc•,·a, t•mhrassa füUt• 1;audt•,sins qu'clli· appliquait sur la ,itrc. l)'ail- t:1•r à plusieurs r1•pri,cs t'ls 'i•nfuit.
l1•ur, l'!le rnpil IP mondl', car Mme de
En rentrant chcl Mme de IlrcllP1illc 1•111•
llrctte1ille M:1•vail llt',111coup, l'i fil pré-1·nl i1 lra,cr,a l'r relier d'un nwnuisin nommé
sa ,i1•1111c pan•nte d,· plusic•urs jolil'S rnlll',, Lu1wl, qui hahiLail 11• n·z-de-chausM:t'. Lu,wl
dont Charlutll' d'ailleurs prenait p&lt;·u de jouait aux carll's aie· i;a femme; dl'lt\'. l'nsouci .
fants s'amusaient dans 1111 coin de la chamEut-l'ile cl1•; t111111111·e11r ~ )f. Ü..!france hrc. Ch:1rlott1• cart's,a les petits 11'u11 air
étudie la qurslion cl conclut pnr la négalil'r: songeur; tout it coup, frappa ni 1111 grand
il n'a rencontré tp1'1111 t'Ourt 1,illcl, signt: de coup d1• poing sur la lahl1•, l'll1~ cria: ,, Xon.
Charlollc, par lequl'I clic remercie un 1)01•tc, il ne s1•ra pas dit 11u'un ~forai a r1:gné sur h
)1. Lccavalicr, q111 lui arait adress1: qucl1p1e~
France! » l•:t 1-llt• rl'gagna précipitamment ~a
vers sous le titre ,1 bien-aimée. La n:ponsc d1amhrC', laissant Lunel cl ,a femme :,.lupéde h jeune fille est tournée t•n termes polis, l'ait,.
mais très froid:,, cl bien ccr:ai111•menl lc-s
.\u jour 11u'dlc :11ail fi\l', cll1• 'I' glissa
relations entre clic el son adorateur en rt',- dclrors, le matin, portant II n carton el 1l1•s
tèrcnt là.
rrarnns, co111nrn ,i l'll1• allait dc,sinl'r da11s
Il [111t cependant mentionner le nom c1· 1111 11•, • pr,liri1·~. Sur la pork, l'llc ,it IL' pl'lil
je11np homme clc Caen, franquelin, ,pri, Loub Lurn•I.
pas,ionnémcnl épris de Charl11l11•, aurait
li Ti1•11~, diL-l'!lc 1•11 lui donnant le carton
olih'nu d'elle quclq111•, l&lt;'ltrcs 11u'il ronsenail l'l les rra~ons, rnilà pour toi; sob hicn ,age
jalou,cment. S'il l~1ut en croire La S:cot:fre, el ern hras:;e-111oi.... Tu ne me rerl'rras
Franquclin, mort t1 ·11ne maladie de poitrine plus. »
peu de temps aprè~ l'cxérntion de son
Puis die partit Loule légrre, dans la direchéroïne, fut inhumé da% le cinwtièrl' de tion du bureau des diligC'ncc., de Paris. On
\ïhra)'C: suir:111l son d11sir, on aYait placé ,a·t le reste.
ile.~ bibliotlt •,1111•.~ 1111111ici1utles de (.'111'11 el
d',1/ençon. pw· Euyène f)p(rance.)

0

T. G.

�DOCTEUR CABANÈS
~

LES JNDJSCRÉTJONS DE L'HJSTOJRB

.,,..

•
Morte au service

« Belle comme un ange, sotte comme un
panier.... Aussi dangereuse par la beauté
que peu redoutable par l'esprit. ... Petite bête,
mais de fort bon cœur... », voilà silhouettée
en quelques coups de cra1on malicieux, la
maitre~sc d'un roi, du plus grand Roi de la
chrétien lé !
Mat'tresse ! un bien gros mot appliqué à
une intrigue qui tout juste allait durer l'espace d'un caprice ....
Dans un manoir, aux tours massives b
mâchicoulis, perdu dans un nid de verdure,
au sommet d'un plateau éle\é, celle qui
devait, de par la faveur d'un prince amoureux, avoir tabouret à la Cour et porter le
titre de Duchesse, avait vécu sa première
enfance.
Proche parente de César de Grollée, baron
de Peyre et châtelain de la Baume, le hobereau avait flairé de bonne heure le parti qu'il
pourrait tirer de ce morceau de choix, mets
de haut goût, digne de figurer sur une table
royale. Certain piège à loups, qu'employaient
les vilains maris jaloux de ce temps, témoigne
des précautions prises par le baron, pour
mettre le trésor dont il avait la garde à l'abri
des surprises, et le servir intact, comme il
l'avait reçu.

Le bruit en vint aux oreilles du Roi; sa
curiosité et ses sens en furent allumés; il se
prit à dire, en souriant : « Voilà un loup qui
ne me mangera point ;;! i&gt;
Ilien résolu à ne plus « faire l'amour en
jeune homme, mais en grand Roi», il trouva
plus digne de recourir à un tiers. Le prince
de Marcillac eut la faveur insigne d'ètre l'intermédiaire choisi.
Sur quoi l'on fit une chanson, qui disait,
entre autres choses, que, pour aroir mis la
bête dans les toiles, le !loi avait fait Marcillac
son grand veneur.
Le prince avait été chargé de remellre à la
belle cc un fil de perles et une paire de boucles
d'oreilles de grand prix 1 », pour vaincre ses
dernières résistances.
A vrai dire, la victoire fut facile; la jeune
personne avait été préparée de bonne heure
au rôle qu'elle aspirait à jouer; elle n'était

L'heure était propice pour l'entrée en
scène d'une nouvelle farnrite.
Le Roi était dans un état de veuvage dont
son tempérament ne pouvait longtemps s'accommoder. Le règne de llme de Montespan
touchait à sa fin, et Louis lui rendait ses
devoirs plutôt par un restant d'habitude, que
sous l'impulsion d'un véritable amour.
Qui allait ètre la souveraine de demain?
FR,INÇOISE·.\rni.XAiS DE ROCIIECIIOUARr,
Les courtisans jasaient beaucoup d'une fille
~!ARtJUISE DE :\IONTESPAN.
d'honneur de Madame 1 , arrivée depuis peu
du fond de sa province.
Grai•11re Je l'EORE111, d"après u11 la/oleau du temps.
C'était à qui renchérirait sur les charmes
(.1/usee de Versatiles.)
de son visage, ,ur la sveltesse de sa taille;
jamais, à les entendre, on n'avait rn beauté
venue à la Cour que dans le dessein de plaire
si accomplie1•
au monarque. Sachant bien qu'elle exaspérait
l . \'oici une anecdote relati, e à \Ille de Foutangc,,
,1u'on trou,e dans ln Co1·respo11d1111ce de l!lad&lt;mte:
1 ,hant de renir ch~z moi, elle anit rè,·I! tout cc
qui den1il lui arrhcr, el un pieux capucin lui al'lit
explique son rève. Elle me l'a raconté cllc-mtlmc.
n111t de devenir maitresse du roi. llle rè1a qu'elle
cta1t montée sur une haute montagne, et qu'étant sur
la cime, elle fut éblouie par un nuage resplendissant;

du

que tout a coup L'Iie se trouva dans une ,i grande
obswrité, qu'ellt• se réveilla de frayeur. t)uand clic
fit part de ce rêve à sou confe~seur, il lui (lit: , Prcnci
garde à ,ous : cette montagne est la cour, où il vous
armera un grand éclat, cet éclat &gt;era de très peu de
durée. Si vous abandonnt•z Uicu, il 1•ous abandonnera
et vous tomberez dans d'éternelles ténèbres. »
2. ~ l'ontangc, quoique très belle, (•toit tout à fait

•

rot

son désir, en ne se livrant pas sans résistance, elle feignit d'y mettre des conditiôns.
Elle consentait à tout, mais voulait être
aimée pour elle-mème et sans partage. Celle
allusion à la maitresse en titre ne devait pas
échapper à cette dernière.
C'était montrer peu de gratitude à celle qui
lui avait mis - si l'expression est permise a le pied à l'étrier i&gt; •
Mais aussi pourquoi Mme de Montespan
avait-elle eu l'imprudence de montrer tt l'objet » à Sa ~fajesté et de lui en détailler assez
indécemment les charmes? Pourquoi l'avoir
parée de s~s propres mains, comme l'a,ait
jadis elle-même parée La Vallière? L'exemple
aurait dû lui servir de leçon.
&lt;&lt; Regardez donc, Sire, disait un jour
la Montespan au Roi, en traversant les appartements de Madame; voilà une fort belle
statue; je demandais dernièrement si clic
sortait du ciseau de Girardon et j'ai été hicn
surprise lorsqu'on m'a dit qu'elle vivait.
- cc Statue tant que vous voudret, rC'pliqua le monarque; mais ,ive Dieu! c'est
une belle créature. »
Tant que ce fut une simple inclination, la
Montespan ne fit rien pour la contrarier.
Pourquoi se serait-elle émue de cc qui devait
n'ètre qu'une simple passade?
Mais le chat gris - ainsi désignait-elle
l'intruse, - s'insinuait peu 11 peu dans les
bonnes gr.ices du Roi, qui la poursuivait de
plus en plus de ses assiduités : l'heure de la
chute était proche.

Un instant, on put espérer - ou craindre
- que la Montespan revint en gr.lce.
L'anecdote, bien que souvent contée, est de
celles qui, sous leur apparente futilité, ont
une portée plus grande qu'on ne l'imagine.
On avait organisé un bal à Villers-Cotterets. Mlle de Fontanges devait y paraître dans
tout l'éclat de sa radieuse beauté.
Il y avait très longtemps qu •elle n'avai l
dansé. Elle parut gauche, ses jambes n'arrivaient pas; eHe fihit par marcher sur sa robe
et par la déchirer.
rous~c • (Lctlre de la Palatine, ,lu lO 0&lt;:tohrc I ïl!J).
, . La Fo11ta11ge etoi.t belle d_rpuis les pied, ju,'lu'à la
tl'le; on ne pouvait ,01r rien de plus mcr1e1lleu,.
Elle avait aussi le meilleur carattère du monde. mais
pas plus d'c,prit qu'un petit chat. • Lettre de la
même. :;o octohre 17111.)
;;. Correspo11da11cr de /11 /&gt;aiflti11e
i. lli~t. amo11rc11ae de la Cour, de Ilu:,.,1-H,wor1.,.

Ne pas savoir danser était un crime de lèse~,.. ans,
majesté, aux yeux d•un )l,01• qui,• à .1,'
était le plus beau danseur des souverains de
l'Europe.
La faveur naissante de la jeune femme fut
d'autant plus compromise par cette maladresse,
que la sultane Validé - entendez Mme de
Montespan - dansa de manière ~ prouv~r
que ni ses quarante printemps, 01 ses hmt
enfants, n'avaient en rien altéré sa légèreté
et qu'elle jouissait encore de toute l'élasticité
de son j arrel 1•
L'incident n'eut pas d'autres suites.
Le monarque, de plus en plus épris, ne
tarissait pas d'éloges sur sa récente conquête : « On ne peut voir une taille mieux
prise, disait-il à ses confidents; elle a le plus
bel œil qu'on ait jamais m. Sa bouche est
petite et vermeille; son teint et sa gorge sont
admira hies; mais ce qui me charme davantage, c'est un certain air doux et modeste,
qui n'a rien de farouche ni de trop libre. 1i
Une place assiégée est bien près de tomber,
quand l'ennemi a tous les avantages.
Ce fut un jeudi :iprès midi, - conte le
cynique Bussy - que « cette place d'importance, après avoir été reconnue, fut attaquée
dans les formes. La tranchée fut ouverte; on
se saisit des dehors; et enfin, après bien des
sueurs, des fatigues et du sang répandu, le
Roi ) entra Yictorieux. On peut dire que
jamais conquête ne lui donna tant de peine ....
Il y eut hien des pleurs et des larmes versés
d'un côté, et jamais une virginité mourante
n'a poussé de plus doux soupirs ».
Mme de Montespan en pensa cre,er de dépit; mais à mesure qu'elle s'éloignait du cœur
du Roi par ses emportements, ~[lie de Fontanges
s'en rapprochait par ses complaisances t.
Elle avait eu l'adresse d'intéresser à sa
cause jusqu •au confesseur, le terrible père
La Chaize; ce qui fit dire :1 la maitresse évincée
le mot si soul'ent répété : cc ce père La Chaize
est une vraie chaise de commodité! »
Plus habile ou plus prudente se montra
Mme de Maintenon, qui songeait que ce ne
serait qu'un feu de paille, et que bientôt son
tour viendrait de dicter les ordres, au lieu de
les recevoir.
La tentative qu'elle aYait faite pour ramener
Mlle de Fontanges dans le chemin de la
vertu, lui avait d'ailleurs trop peu réussi, pour
qu'elle courût le risque d'un second ,1chec.
Mlle de Fontanges paraissait aimer véritablement le Hoi, et à Mme de Maintenon, qui
l'engageait à le quiller, elle avait répliqué
par ces mols partis ... du C(l'Ur :
&lt;&lt; Vous me parlez de quiller une passion, comme on parle de quitter un habit! 3 n
Elle aurait même, dit-on, prononcé un mot
pl us expressif.
~

Les fètes succédaient aux fêtes; l'astre
1. C/mmiques, de To11c11,nn-I.1..oi,E. t. fil.
2 . .lir111oirrs de /,a Ffl re, ch. 1x.

:;. So11re11ir~ de Mme de Cay/11;;.

naissant, loin de pàlir, brillail d'un éclat toujours plus vif.
Une circonstance, tout épisodique, allait
asseoir la fortune de celle qui, la veille encore,

)1ARIE-A:,;GÉLl&lt;,&gt;UE D'ES&lt;;ORAILLES DF. ROUSSILLE,
DU&lt;;UESSE DE Fo:-T.\Xt:Es.

Gravure Je BOYER, ;:l'après un tableau Je M1Gr;.1R1&gt;.

était la cible de tous les brocards et de tous
les lazzis.
C'était à une partie de chasse, où la Cour
avait été conviée.
La nouvelle favorite était vètue, ce jour-là,
d'un justaucorps en broderie, d'un prix considérable, et sa coiffure était faite des plus
belles plumes qu'on a,ait pu tromer.
Il semblait, tant elle avail bon air avec cc
vêtement, qu'elle ne pomail en porter qui
lui fù t plus selant.
Le soir venu, comme chacun se retirait, un
petit vent s'éleva, qui obligea Mlle de Fontanges à quitter sa capeline. Elle eut l'idée de
faire attacher sa coilfure avec un ruban dont
les nœuds retombaient sur le front : cet ajustement de tète plut si fort au Roi, qu'il la pria
de ne point se coilfor autrement de la soirée.
Le lendemain, toutes les dames de la Cour
étaient coiffées de la même façon.
La mode des « fontanges ii était née des
jeux de l'Amour et du Hasard.
Pendant la chasse, le Roi et sa mat'trcssc
s'étaient plusieurs fois isolés : la suite fit
connaitre que nos deux amoureux avaient
occupé leur temps à autre chose qu'à traiter
des affaires de l'État.

Oi•s cc JOur, Mlle de fontanges commença
à se plaindre de maux de tète et d'un mal de
cœur significatif, qui annonçaient - selon
l'expression d'un chroniqueur • - cc la fort Ton IHRn-Luu,,L, t:l11·n11it111n t. 11 f.
:,_ Con·rspo11d1111c1• dr ltager Rab11ti11, comte de

ll111sy, t. IV, p. 418-419.

mation d'une nouvelle tige de la lignée
royale. »
lin moment, on avait douté qu'elle f,it
enceinte : « Fontanges n'est point grosse
comme on l'avait cru, écrit le 28 juillet 167!1,
Mme de Montmorency à Bussy : le Roi l'aime
éperdument, ce dont ~lme de Montespan
enrage'. J&gt;
Mais bienlùt la grosse~se est confirmée.
« La nouvelle maitresse csl grosse, mande
Bussy à la Bivièrc 6; on dit que la passion du
Roi pour elle esl fort diminuée; cela ne me
surprend pas; j'ai toujours cru qu'il fallait
de l'esprit à la maitresse, pour faire durer
un amour jouissant et surtout avec un honnête homme. »
La grossesse ne se poursuivait pas sans
troubles : des hémorragies fréc1uentes épuisaient la jeune femme et l'anémiaient profondément.
Les médecins appelés restaient interdits :
leur science n'allait pas au delà de ce que
leur a,•aient enseigné llippocratc et Galien,
qui, sans doute, n'avaient pas prévu « le
cas i&gt; soumis à leur observation.
En désespoir de cause, on fit appel aux
empiriques : le prieur de Cabrières, a homme
très charitable, à recettes cl à remèdes singuliers », - ainsi nous le prl'scnte Saint~imon - « en qui M. de Loul'ois, Mme de
Montespan, ~!me de ~laintenon, tous les
ministres et le Roi lui-même avaient une
absolue confiance ii, fut prié de se rendre à
Maubuisson, pour y traiter 3llle de Fontanges
d'une grande pertr de sang.
l'ne première fois il réussit it remettre sur
pied la malade, qui se montrait, peu de
jours après, à Saint-Germain, avec toutes
les apparences d'un retour à la santé 7•
Ce rétablissement devait ètre passager. Le
mois suivant, Mlle de Fontanges reprenait le
lit et était incapable de prendre part au
voyage de Flandre qui se préparait.

+
Quelques mois plus lard, la duchesse de
Fontanges - le Roi l'avait gratifiée de cc
titre, comme il l'avait fait pour la Vallière,
lui donn,mt, en outre, une pension mensuelle
de cent mille écus - la duchesse de Fontanges accouchait.
Les couches allaient avoir les suites les plus
fàcheuses. Des pertes accompagnèrent la délivrance, etla vie de la favorite fut sérieusement
menacée.
Voyant son état s'aggraver, on lui fit entendre qu'elle de,ait quitter la Cour.
Cédant à ces instances, elle se retira à
l'abbaye de Chelles, où clic séjourna peu de
temps.
C'est en sortant de l'abbaye qu'elle fut
accueillie dans un couvent du faubourg SaintJacqucs, où les soins les plus empressés lui
furent inutilement prodigués : la duchesse
6. Correapo11da11ce de IJ11say, l. \', p. Hl. Lettre
du 1;; d11ct•mhrc 1tii!l.
7. Lettre de lluss), ~ mai 1680.

�"--------------------------------- .Mo'J{TE AU S'E'J{nC'E DU 'l{,01

111ST0']{1.ll
succombait, n'ayant pas encore 20 ans, le
28 juin 1 1G81.
L'enfanl débile qu'elle avail mis au monde
ne devail pas tarder à la suivre dans la
lombe 2 •

de me fàcher. Je vois par votre lettre que vous
avez donné Lous les ordres nécessaires puir l'ai rn
exécuter ce que je ,•ous ai ordonné. Vous n'avcl

Celle mort précipitée ne pouvait manquer
d'éveiller les soupçons: l'opinion ful générale
en faveur de l'empoisonnement.
Seule ou à peu près, Mme de Caylus s'élève
contre le sentiment presque unanime - il
f_aut bien le dire - des coolemporains.
&lt;1

.. . llyd1'opisie dans la poitrine, contenant plus de frois pintes d'eau avec beatlcoup de malières purulente.~ dans les lobes
rfroils du poumon, dont la substance était
enlièrement c01·1·ompue et gangrénée et
adhéi'ente de toutes parts. Les lobes de
l'autre côté, seulement un peu al//frés.
Le cœu1· un peu flétri, de l'eau sur la
membrane q11i l'envelo71pe en trop grande
abondance et de mauvaise odeur.
Le ventricule (eslomac) s'est trouvé fol't
S(lin et net.
Le foie d'une grandeur démesurée et sa
pai·tie droite non senlement altérée, mais
sa substance corrompue et sa couleur fort
chargée.
La raie et les reins, les intestins el le
mésentère dans une disposition naturelle,
excepté quelques glandes au côté rfroit fort
dui·es et tuméfiées.
La matrice et la vessie ll'ès saines el natm·elles.

li courut, écrit-elle, beaucoup de bruils

sur celle mort; mais je suis convaincue qu'ils
éta;cnl sans fondement, et je crois, selon que
je ['ai entendu dire à hfme de Afainlenon,
que celle fille s'est tuée, pour avoir voulu
partir de Fonlainebleau le même jour que le
Roi, quoiqu'elle fûl en travail et prêle à
accoucher. »
~fme de Sévigné allribue également la
maladie qui a em porté la duchesse de Fontanges à des suiles de couches funestes. C'esl
à la marquise qu'on prête le joli mot : cc la
duchesse est morte au service dn Roi. l&gt;
La Palatine, qui a le verbe plus rude el
qui ne ménage pas d'ordinaire se~ expressions, affirme au contraire, sans en donner
aucune preuve, du reste, que la duchesse a
succombé au poison.

« La Montespan étoit un diable incarné,
mais la Fontanges étoit bonne el simple;
toutes deux étaient fort belles. La dernière
esl morte, dit-on, parce que la première l'a
empoisonnée dans du lait; je ne sais si c'est
vmi, mais cc que je sais bien, c'est que
deux des gens de la Fontanges moururent, et
on disoit publiquement qu'ils a voient été empoisonnés•. ll

verbal de cette opération, signé de six médecins et d'un chirurgien.
D'autre part, le Dr Legué:l, après avoir
relaté cc qu'il a trouvé dans le Journal de
Uurel 6, toujours bien renseigné, reproduil
quelques fragments du rapport d'autopsie,
que nous mettons sous les Jeux de nos lecteurs, car la pièce est d'importance :

ENTREVUE SECRÈTE DE L OUIS

M DE FONTANGES.
gr~vure du Catine/ des Estampes.

AVEC

D'après

Ulle

XlV

11•

qu'à continuer ce que vous a1•ez commencé.
Demeurez tant que voire présence sera nécessaire, cl rcnez cnsu:te me rend1·e compte de toutes
choses.
fous ne me diles rien du père Bourdaloue. Sur
ce que l'on désire de faire ouvrir le corps, si on
le peut éviter, je crois que c'est le meilleur parti.
Faites un compliment de ma part aux f, ères cl
~ux sœurs, et les assurez que, dans les occasions,
1\s me trournronl toujours disposé à leur donner
des 1mrqucs de ma protection.

~
1~

-- - -

ne prouve que l'atlentat ait tté consommé.
Les dépositions de la Voisin et de sa complice, la Filaslre, ne sont pas pour modifier
notre conviction. Elles ne sont que la connrmation de la sûreté d'informations du lieutenant de police.
Le 26 juillet ·1680, la Voisin, après l'exéculion de sa mère, déposait :
&lt;t Romany ! elDerlrand (deux complices de
la Voisin) vouloient faire les marchands et
porter des étoffes et des gants chez Mme de
Fontanges, qui devoient être empoisonnés, et
elle (la ûlle Yoisin) a entrndu Uomany dire 11

---

~l:&gt; (1tdJJCr

(l IJ

n,nufl,tnf llOJ" ro:u.r.r ,i

, 1u,.//,,.1&gt;m~ u

l •

,un,l,·,-,

tu,u:,U cny,.,,uprendr

· La cause de la mol'l de la dame doit êt1·e
uniquement attribuée ù la pom·ritw·e totale
des lobes droits du poumon, qui s'est faite
en suite de l'altération et inle11t71érie chaude
et sèche de son foie qui, ayant fait une
grande quantité de sang bilieux et âcre,
lui avait causé les pertes qui ont précédé.

Ce samedi, à dix heures, quoique j'allcndissr,
il y a loogtemps, la nouvelle que vous m'avez
mandée, elle. n'a pas laissé de me surprendre el

M. Ravaisson a publié un exlrait du procès-

L L'ërudit biographe J.,. a découvert, da. s les registre~ mortuaires de Saint-Jacques du llaul-Pas l'acte
de dilcès de la duchesse. ·Cc document lève to~le iucerlilutlc relative à celle date :
« Dame llarie-Angfüque d'Eseurailles de Boussille
duchesse de Fontanges, décédée le 28 juin 1681 dan;
une cha(llbre d'une n_iaison de l'abbayo_de Port-lloyal,
sur la paroisse de Sa ,_nt-Jacqu~_s, fut prose dans la dilc
chambre el tran~j&gt;ortec tians I eglosc &lt;lu monastère oit
clic fut inhumée e_ ~!) juin? en p~ésence de Mgr A~neJu_les, duc clc Noailles, 1&gt;air de _France, premier capitamc de, gardes du corps du roi, gouverneur el lieutenant général pour Sa llaj&lt;Jsté des comtés tic
lloussillo1~, Conflans et Cerdagne, et de messire AnncJo~cph d Escora_,ll~s , f\ouss1llc-llontanges, che,·alier
seigneur mar,1111s de lluussillr, frère de la dite dame,

qui signèrent : ,bx,:-Juu;, DUC OE No.11LLES, .\XNE-Jo~El•II oi: llousstLI.E.
. 2. Cf._ clans !e /Jul/elù1 de la Société d'agricull111·e.
rnduslne, sciences et arls de la J,o:.ère, ·1809, l'article de M. Jules· Barbot, qui a !J'en voulu nous envoyer un « lire à parl » de son travail auquel nom
a1•ons fait quelques cn1pru11ts.
'
5. l.a Palatine êcril ailleurs ;
« Fouta_nge esl morte empoiso11nêe, il n'y a rien de
plus ccrlarn. Elle n'a cessé d'accuser de sa morl l.o
Montespan, qui avait, disait-elle, gagné un laquais de
F'ontangc. Cc coquin l'a empoisonnée avec du lait,
elle et (1uclquPs-u11s de ses domestiques. , - Du
14 _s~ptrmbre 1719. [Extrait de /&lt;'ragmenls de lellres
ong111ales de Aime Cltarlolle-EliML/Jelh de Bavière
{1715-1720), l. 1. p. 105-106.]

Dans une aull'e iellrc, clic rcvienlsur le mêmesujcl:
« ... Elle esl morte dans la f,irmc persuasion qu,,
la ~lonlespan l'avail fait rmpoisonnc1· avec deux de
ses femmes. On a dit publiquement qu'elles êtaienl
empoisonnées.» - Du 10 novembre 17!0.
4. Cette lettre a êlé publiée dans le Bulleti11 de la
Société d~ l'/listoirc de i"rrmce, année 1852, puis
dan~ ·J., hvrc de M. P. CtÉltEXT, Lit Police sous
Louis .\'/V.
5. Jllédecins el Empoi11011neurs au XVII• siècle.
ti. Voici ce que dit llurcl : « Le vendredi 27 juin,
Mme de Fontanges est décédée la nuit au Pori-Royal
~it o_a a fait. ouvrir son corps par ordre de Sa Ma:
Je.,/1•. On lm a trouvé un abcès dans l'e,tomac ou
plutùl un épanchement ci'eau cl les poumons Jicérès. »

Lov1s'.
Le désir exprimé par Louis XIV ne fut-il
pas obéi, ou le Roi, se ra visant au dernier
moment, revint-il sur sa première décision?
Cette dernière hypothèse est plus que probable, puisque l'ouverture du corps eut réellement lieu.

Un mémoire de La Reynie, cité par M. Clément 1, porte en marge ces mots :
Faits particuliers qui ont été pénibles à
entendre, dont il est si fâcheux de rappeler
les idées, et qu'il est plus difficile encol'e
de rapporter.
Dans ce mémoire, qui parait avoir été écrit
vers le temps où la duchesse de Fontanges
dut quitter la Cour, La fieynie, reprenant
toutes les dépositions à la charge de Mme de
Montespan, insistait particulièrement sur la
tentalive que deux ar,cusés, déguisés en colporteurs, devaient faire conlre la jeune du-

A la suite de cette autopsie, pratiquée par
le chirurgien C11EmNEAU (?), les médecins présents, DELLAY, PETIT, MOREA U, T11u11.1.1rn et
VEZON concluaient que :

San;; nous arrêter au langage grotesque de
ces médecins de ~Iolière, retenons leurs conclusions.
Ils ont constaté de l'hydropisie de la poitl'ine; or, qu'est-ce autre chose qu'un épanchement dans la plèvre, c'est-à-dire une pleurésie?
Cette pleurésie était purulente, ainsi que
les praticiens l'énoncent formellement.
Il y avait, en plus, de la pél-icarclite :
&lt;1 eau sur la membrane qui enveloppe le
cœur ».

Louis XIV en prit assez gaitbrdemcnl son
parti : la lellre qu'il écrivit, au lendemain
même de l'événement, nous le montre bien
peu touché du malheur qui vient de le frapper.
Celte lettre, écrite à M. de Noailles, autorise-t-ells toulefois les soupçons d'empoisonnement? Nous laisrnns à ceux qui nous lisent
le soin de prononcer, aprè:s avoir pris connaissance des rénexions qui suivent le document.

Le foie était augmenté de volume: c'est ce
que nous appelons, dans notre langage anatomique, le {'oie gras.
L'engorgement ganglionnaire du mésentère
est un signe de tuberculose ou de cancer;
dans le cas particulier, il s'agit manifestement de tuberculose.
Nous énoncerons pour plus de précision :
plew·o-pneumonie luberculeuse, avec épanchemenl de liquide dans le péricarde .
J)as de si,qnes co11stnlés cl'av01·tement 111
cle fau;se couclie.
Uans tout cela, rien que de très nalurcl :

- -..

LA

CHASSE ROYALE. -

pas la moindre présomption de manœuvres
criminelles.
Le soubail exprimé par Louis XIV, qu'il
ne fùt pas procédé à l'autopsie, s'explique,
corn me on l'a fait observer déjà, par la crain le
de fournir un nouvel aliment au procès
dans lequel pouvait être impliquée la Montespan.
1. La Police sous l, mi~ .\'W.
\l. &lt;.:c I\umany, ou llomani, valel it loul faire, était
un iles familiers ,le la Voisin. Il sul se rendre indis-

prnsable el la célèbre empoisonneuse dut lui prorncllre de le marier à sa lillr. Marguerite.
l\omani, on ignore pourquoi, ne fut pas jugé par la
Chamhre Arclcnte. Il resta lrois ans prisonnier à Vincennes, 1&gt;uis ,le là ful tr:,n~fï·nt dans la prison de la
citarlclle de Bcsan~on el al! acl,c par une chaine à uue

D'après une gra,•ure du Cabinet des Estampes.

chesse, au moyen d'étolfos de Lyon et de
gants de Grenoble, c1 étant presque infaillible,
disait le mémoire, qu'elle prendrait au m)ins
des gants, les dames ne mrnquant guère
à cela lorsqu'elles en trouvent de bien
faits. »
Ce passage, qu'on a évoqué, pour justirter
la thèse de l'empoisonnement, n'atteste pas
aulre chose, selon nous, qu'une tentalive
contre la duchesse de Fontanges ; mais rien

si mère que, si elle ne prenoi t pas l'étolîtl
elle ne se sauveroit pas des ganls.
'
. &lt;c. fiomany et sa mère (la femme Voisin)
d1soient entre eux que le poison feroit mourir
~~m~ de Fontanges en langueur, et que l'on
d1so1l que cc seroit de regret de la mort du
fioi. l&gt;
Quant à la Filastrc ', elle avait accusé
Mme de Montespan d'ilvoir fait empoisonner
Mlle de Fontanges, afin de reconquérir les

muraille, le 5 janvier 1683. (Nole du O' L~:Gut:.)
3. La •'ilastrc arait d'abord été femme rie chambre
d'une empoisonneuse de marque, lladelcine Gardé
fc_m_mc dr. Fra~1çoi_s Chappclain, coalrùleur général d•~
dec,mcs el tresorter des olîrandcs el aumùnes du roi.
Voici, au sujet de ces deux femmes, uuc noie de
La llcynie, publiée par le D• Lcgué, da11s son licau
hvre; Jlrdecins el lfoq1oiwnne1irs:
« ~ïl aslrc cl. Chappclain, pour laquelle Filastrc

agissait, s~nt les tlcux plus cxlraordioaircs femmes
dont. on a!l enco,·c e_nlendu J)•rlcr. li y a plusieurs
annces quelles ,ont I u~c cl I aulre clans la recherche
&lt;1~.. toules,. sorl~s de poisons cl maléfices, el il serait
d,lfocolc cl 1mag111er de plus grands crimes que Je sont
ceux &lt;lonl ce~ deux f"emmes se Jrouvent malhcui·cusemcnl chargee, .. .. »
La l'ila~tr_e fuL condamnée il èlre brûlée vive en
place tic Grnvc.

�1f1STORJJI
bonnes grâces du Roi ; mais elle se rétracta
à la question, et La Reynie, dans un mémoire

à Louvois daté du 17 avril 1681, écrit ces
lignes :
« La Filastre a parlé, sa déclaration est
d'autant plus importante que non seulement
elle décharge Mme de Montespan et la Chappelain du dessein de l'empoisonnement de
Mme de Fontanges, mais encore parce qu'elle
confirme deux autres faits .... l&gt;
Dans un autre endroit, La Reynie fait l'ob-

servation suivante, dont l'intérêt ne saurait
échapper :
« Ce que la Filastre a dit aujourd'hui,
10 aoùt (sans doute le 10 août 1681), me
paroit mériter beaucoup de réflexions et devoir servir à quelque éclaircissement touchant
Mme de Montespan.
&lt;! Il y a lieu de croire en suivant ces ouvertures, que l'on troUl'era que ce qui a été dit
son sujet e.~t un peu jactance parmi
tous ces gens-là, pour donner de la réputation

.m,·

à ce qu'ils faisoient, ou qu'il y a quelque

chose que l'on a cherché 1iéritablement.. .. u
Que peuvent laisser entendre ces derniers
mots d'allure mystérieuse, sinon qu'il y a eu,
comme nous l'avons dit plus haut, une tentative dirigée contre la maîtresse du Roi, et
plus encore contre le Roi lui-même; mais
cette tentative, - et ce sera notre conclusion
dernière, - aucun indice ne nous autorise à
dire qu'elle ait reçu même un commencement
d'exécutiou.
DOCTEUR

Mémoires

du général baron de Marbot

CABANES.

CHAPITRE XXVI (suite) .

Paris au XVllle siècle

Canne.

Elle a remplacé l'épée, qu'on ne porte plus
habituellement. On court le matin, une badine à la main; la marche en est plus leste,
et l'on ne connaît plus ces disputes et ces
querelles, si familières il y a soixante ans, et
qui faisaient couler le sang pour de simples
inattentions.
Les mœurs ont opéré ce grand changement
Lien plus que les lois. On n'aurait réussi
qu'avec peine à interdirn le port des armes :
le Parisien s'est désarmé de lui-même pour sa
commodité et par raison. Le duel était fréquent, il est devenu rare. Les lois sévères de
Louis XIV n'ont pas eu autant de force sur
les esprits que la double et paisible lumière
de la philosophie. Les Parisiens ont senti
qu'ils ne doivent pas se déchirer comme des
hèles féroces, pour une chimère qu'on appelle
point d'honneur. On se contredit, on se dispute, on y met quelquefois un peu d'aigreur;
, mais on ne croit pas qu'on doive pour cela se
couper la gorge.
Les femmes ont repris la canne qu'elles
portaient dans le onzième siècle. Elles sortent
et vont seules dans les rues et sur les boulevards, la canne à la main.
Ce n'est pas pour elles un vain ornement;
elles en ont besoin plus que les hommes, vu
la bizarrerie de leurs hauts talons qui ne les
exhaussent ·que pour leur ôter la faculté de
marcher.
La canne à bec de corbin, qui accompagnait
fidèlement la perruque à trois marteaux, disparait peu à peu, et ne se verra bientôt plus
que dans la main du contrôleur ou directeur
général des finances, qui seul est dans l'usage
d'entrer ainsi chez le roi. Nul autre n'y peut
porter la canne.
Voilà une distinction. Et pourquoi cette
canne, dans une main habile et intègre, se-

Grève. Il n'y a pas d'exécution ce jour-là :
elles y étalent tout ce qui concerne l'habillement des femmes et des enfants.
~
Les petites bourgeoises, les procureuses,
ou les femmes excessivement économes, y
Piliers des Halles.
vont acheter bonnets, robes, casaquins, draps
Sous les piliers des 1!alles subsiste encore et jusqu'à des souliers tout faits. Les moula maison où est né notre Molière, le poète chards y attendent les escrocs qui arrivent
dont nous nous glorifions. Là règne une pour y vendre des mouchoirs, des serYielles
longue file de boutiques de fripiers, qui ven- et autres effets volés. On les y pince, ainsi que
dent de vieux habits dans des magasins mal ceux qui s'avisent d'y filouter : il paraît que
éclairés, et où les taches et les couleurs dis- le lieu ne leur inspire pas de sages reflexions.
paraissen l.
On dirait que cette foire est la défroque
Quand vous ètes au grandjour, vous croyez féminine d'une province entière, ou la déavoir acheté un habit noir : il est vert ou vio- pouille d'un peuple d'Amazones. Des jupes,
let, et votre habillement est marqueté comme des bouffantes, des déshabillés sont épars, et
la peau d'un léopard.
forment des tas où l'on peut choisir. lei, c'est
Des courtauds de boutique, désœuvrés, la robe de la présidente défunte, que la provous appellent assez incivilement ; et quand cureuse achète; là, la grisette se coiffe du
l'un d'eux vous a invité, tous ces boutiquiers bonnet de la femme de chambre d'une marrecommencent sur votre route l'assommante quise. On s'habille en place publique, et bieninvitation. La femme, la fille, la servante, le tôt l'on y changera de chemise.
chien, tous vous aboient aux oreilles; c'est un
L'acheteuse ne sait et ne s'embarrasse pas
piaillement qui vous assourditjusqu'à ce que d'ou vient le corset qu'elle marchande : la
yous soyez hors des piliers.
fille innocente et pauvre, sous l'œil même de
Quelquefois ces drôles-là saisissent un sa mère, revêt celui avec lequel dansait, la
honnête homme par le bras ou par les épaules veille, une fille lubrique de l'Opéra. Tout
et le forcent d'entrer malgré l.ui; ils se font semble purifié par la vente, ou par l'invenun passe-temps de ce jeu indécent : on est taire après décès.
Comme ce sont des femmes qui vendent cl
obligé de les punir en leur appliquant quelques coups de canne afin de châtier leur inso- qui achètent, l'astuce est à peu près égale
lence; mais ils sont incorrigibles.
des deux côtés. On entend de très loin les
Vous y trouvez aussi de quoi meubler une voix aigres, fausses, discordantes, qui se démaison de la cave au grenier: lits, armoires, battent. De près, la scène est plus cm·ieuse
chaises, tables, secrétaires, etc. Cinquante encore. Quand le sexe (qui n'est pas là le
mille hommes n'ont qu'à débarquera Paris: beau sexe) contemple des ajustements fémion leur fournira, le lendemain, cinquante nins, il a dans la physionomie une expression
toute particulière.
mille couchettes.
Le soir, tout cet amas de hardes est emLes femmes de ces fripiers, ou leurs sœurs,
ou leurs tantes, ou leurs cousines, vont tous porté comme par enchantement; il ne reste
les lundis à une espèce de foire, dite du pas un mantelet, et ce magasin inépuisable
Saint-Esprit, et qui se tient à la place de · reparaîtra sans faute le lundi suivant.
rait-elle inférieure au bâton de maréchal de
füance?

MERCIER.

de mon cheval, en s'appuyant d'une main sur
mon genou, et me répétant sans cesse: « Yous
êtes mon anche tu télairc !. .. l&gt; Ce vieillard
me faisait vraiment pitié, car il allait tomber
de fatigue et ne voulait cependant pas me
quitter, lorsque, voyant un de mes chasseurs
ramenant un cheval de prise, je le fis prêter
au colonel prussien, que j'envoyai sur les
derrières, sous la conduite d'un sous-officier de confiance. Vous verrez que cet officier
ennemi ne tarda pas à me témoigner sa reconnaissanee.
Cependant, le plateau de Jauër et les rives
de la Katzbach étaient devenus subitement le
théàtre d'une sanglante bataille, car de chaque bois il sortait des troupes prussiennes.
La plaine en fut bientôt couverte. Mon régiment, dont je n'avais pu modérer l'ardente
poursuite, se trouva bientôt devant une brigade d'infanterie ennemie dont les fusils, mis
hors de service par la pluie, ne purent nous
envoyer une seule balle. J'essayai de rompre
le carré prussien; mais nos chevaux, empêtrés dans la boue jusqu'aux jarrets, ne purent avancer qu'au petit pas, et l'on sait que,
sans élan, il est à peu près impossible 1t la

J'étais placé devant mon régiment, qui,
ainsi que je l'ai déjà dit, se trouvait en tète
de la colonne, lorsque, tout à coup, j'entends
derrière moi de très grands cris : ils provenaient de l'attaque imprévue de nombreux
lanciers prussiens qui, sortant à l'improviste
du bois, s'étaient jetés sur le 24° de chasseurs
et le 11 ° de hussards, qu'ils avaient pris en
flanc et mis dans le plus grand désordre. La
charge des ennemis , étant oblique, avait
d'abord porté sur la queue de notre colonne,
puis sur le centre, et menaçait de venir frapper en tête. Mon régiment allait donc être
attaqué par le flanc droit. La situation était
d'autant plus ·critique que l'ennemi avançait
rapidement. Mais, plein de confiance dans le
courage et l'intelligence de mes cavaliers de
tous grades, je commandai un changem~nt
de front à 1li-oite au grandissime galop.
Cette manœuvre, si dangereuse devant l'ennemi, s'exécuta avec tant de vélocité et d'ordre que, en un clin d'œil, le régiment se
lrouva en ligne devant les Prussiens, et comme
ceux-ci, en marchant obliquement vers nous,
présentaient le flanc, nos escadrons profitèrent de cet avantage et pénétrèrent tous dans
les rangs ennemis, qu'ils enfoncèrent et où
ils firent un grand carnage.
En voyant le succès obtenu par mon régiment, le 24" de chasseurs, revenu de la surprise occasionnée par l'attaque de flanc qui
l'avait d'abord rompu, se rallia promptement
et repoussa la partie de la ligne ennemie qui
lui était opposée. Quant au 11 • de hussards,
entièrement composé de Hollandais, dont
!'Empereur avait cru faire des Français par
un simple décret, il fut impossible à son chef
de le ramener à la charge. ~fais nous sùmes
nous passer de l'assistance de ces mauvais
soldats, car le 23• et le 24• suffirent pour
achel'er la déroute des trois régiments prussiens qui nous al'aient attaqués.
Pendant que nos chasseurs les poursuivaient
à outrance, un vieux colonel ennemi, déjà
démonté, ayant reconnu mon grade à mes
épaulettes et craignant d'ètre achevé par
quelqu'un de mes cavaliers, vint se réfugier
G ~:N1\RAL LAURISTON.
près de moi, où, malgré l'animation du com- D'apl'èS 111te lithO!i[raphie du Cabinet des Estampes.
bat, personne n'osa plus le frapper dès que
je l'eus pris sous ma sauvegarde. Bien que
cet officier marchât à pied dans des terres cal'alerie de pénétrer dans les rangs serrés
labourées changées en boue, il suivit pendant des bataillons qui, bien composés et bien
un quart d'heure les mouvements précipités commandés, présentent bravement une haie
.., 301 ,,.

de baïonnettes. En vain nous arrivions si près
des ennemis que nous parlions avec eux et
frappions leurs fusils avec la lame de nos sabres, nous ne pûmes jamais enfoncer leurs
lignes, ce qui nous eùt été facile si le général
en chef Sébastiani n'eùt pas envoyé l'artillerie
de la brigade sur un autre point.
Notre situation et eelle de l'infanterie ennemie placée devant nous étaient vraiment
ridicules, car on se regardait dans le blanc
des yeux sans se faire le moindre mal, nos
sabres étant trop courts pour atteindre des
ennemis dont les fusils ne pouvaient partir!
Les choses étaient depuis quelque temps dans
cet état, lorsque le général Maurin, commandant une brigade voisine de la nôtre, envoya
à notre aide le 6e régiment de lanciers, dont
les longues armes, dépassant les baïonnettes
ennemies, tuèrent en un instant beaucoup de
Prussiens, ce qui permit, non seulement à
nos lanciers, mais aux chasseurs du 23• et
du 24e, de pénétrer dans le carré ennemi, où
nos cavaliers firent un affreux carnage. Pendant ce terrible combat, on entendait la voix
sonore du brave colonel Perquit, qui criait
avec un accent alsacien des plus prononcés :
« Bointez;, lanciers! bointe;:; ! 1&gt;
La victoire se déclarait ainsi en notre faveur sur cette partie du vaste champ de bataille, lorsqu'elle nous fut ravie par l'arrivée
imprévue de plus de 20,000 cavaliers prussiens, qui, après avoir écrasé la division
Roussel d'Urbal, si imprudemment envoyée
seule à plus d'une lieue en avant, venaient
attaquer la nôtre avec des forces infiniment
supérieures!
L'approche de celte énorme masse ennemie
nous fut signalée par l'arrivée du général
l~iœlmans, qui avait, ainsi que je l'ai déjà
dit, quitté momentanément sa division, pour
aller, presque seul, réclamer au général Séhastiani sa batterie d'artillerie, que ce général
en chef avait si mal ;t propos envoyée joindre
celle de Roussel d'Urbal. N'ayant pu rencontrer Sébastiani, il n'était arrivé auprès de la
première division que pour être témoin de la
prise des canons d~ Roussel d'Urbal ainsi que
des siens propres, et se trouver entraîné dans
l'affreuse déroute des escadrons .de son collègue. Nous eùmes le pressentiment de quelque malheur, en voyant accourir notre général, la figure altérée, ayant perdu son chapeau
et même sa ceinture! Aussi nousempressâmesnous d'arrêter nos soldats, occupés à sabrer
les fantassins ennemis que nous venions d'en-

�H1ST0'1(1A.

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foncer. Mais, pendant que nous nous cflor- que la descente de la côte fut un des mo•
cioos de remettre nos gens en bon ordre, menls les plus critiques de ma vie .... Le ter- après avoir subi un échec, reprennent l'ofnous fùmes totalement enveloppés par les rain, très escarpé, glissait sous les pieds de rcnsiYc, les raYaliers des diYisions Exelmans
nombreux escadrons prussiens qui poursui- nos chc1•aux, c1ui trébuchaient d'ailleurs à et Roussel d'Urbal exterminèrent !out cc
vaient jusque dans nos rangs les débris de la chaque pas sur de nombreux quartiers de &lt;1u'ils purent alleindre.
Ce retour offensif nous l'ut d'une grande
dil'ision d'Lrbal !...
roches. Enfin la mitraille que l'Omissait sur utilité, car il arrêta les cn11emis, qui n'osèl!:n un clin d'œil, le corps d'armée d1' cava- nous l'artillerie ennemie achevait de rendre
lerie de Sébasliani, fort tout au plus de 5 à notre situation horrible. J'en sorti; néan- rent ce jour-là nous suil'rc au delà de la
G,000 combattants, fut accab 1é par 20,000 ca- moins sans éprouver aucun accident person- Katzbach. Cependant le d1\,astrc de l'armée
Yaliers l'nnemis, qui, outre l'immense supé- nel, grâce au courage, à l'ardeur, ainsi qu'à française l'ut immense, car le maréchal ~lacriorité du nombre, avaient l'avantage &lt;l'être l'adresse de mon excellent cheral Lure, qui, &lt;lonald lui ayant fait le matin traverser la
presque tous des uhlans, c'est-à-dire d'èlre marchant au bord des précipices comme un rivière sur tous les ponts el les gués qui
armês de lances, tandis que nous n'avions chat sur un loit, me saul'a la Yie, non seule- cxistaiclll entre Lil'gnitz cl G,&gt;ldbcrg, c'estque quelques escadrons qui en portassent! ... ment dans celle affaire, ruais dans plusieurs à-dire sur une ligne de plus de cinq lieues,
Aussi, malgré la viYc résistance que nous autres. Je reparlerai plus tard de cet txcdlcnL et presque tous les pass~gcs ayant été momcnlanémenl interceptés par l'inondation,
cherchions à opposer, les grouprs quc nous animal.
!'armée
française se lroul'a étendue sur un
formions étaient constamment dispersés par
Les troupes d'infanterie et de carnleric long cordon, ayant les Prussiens à dos, et en
les Prussiens, qui, nous poussant san~ cesse, françaises qui l'enaienl d'être précipitées du
nous ramenèrent enfin à l'exlrémiri• de la haut du plateau de Jaücr se crurent à l'abri l'ace une ril'ièrc presque infranchis~ahle;
plaine. au point oü commence la descente de des ennemis dès qu'elles eurent franchi la aussi les scènes désastreuses dont j'al'ais ét{,
la profonde gorge au lias de laquelle coule la Kalzbach; mais les Prussiens avaient dirigé témoin sur le plateau de Jaui&gt;r ainsi qu'au
pont de Cbcmochowilz se reproduisirent-elles
rivière de la Katzl•ach !
une forte colonne Yers un pont situé au-des- sur tous les points du champ de 1,ataille !
Nous fùmes reçus sur ce point par deux sus de celui de Chemochowitz, oü elle arait
Partout la pluie paralysa le feu de notre indivisions d'infanterie fran('aisc. auprès des•
passé la Katzbacb, de sorte qu'en arri1ant fanterie el favorisa les allaques de la cal'aquelles nous espérions nous rallier; mais les sur la rive que nous avions quiLtée le malin,
fusils de nos fantassins étaient ~i mouillés nous fûmes très étonnés d'y être allaqués lcrie prussienne, quatre fois plus nombreuse
&lt;111 'ils ne pouvaient faire feu. li ne leur res- par de nombreux esradrons de uhlans. Ce- que la nôtre! ... Partout la retraite fut rendue
tait d'autre moyen de défense qu'une batterie pendant malgré la surprise, quelques rég:- lrès périlleuse par la difficulté que nos troude six canons et leurs baïooneues, qui arrê- ments, au nombre desquels le maréchal Mac- pes épromèrent à franchir la Kallbach détèrent un moment les cavaliers ennemis; donald cita le mien dans son rapport, se por- bordée. La plupart des hommes qui essayèmais les généraux prussiens ayant fait avan- tèrent sans hésiter contre les ennemis .....Je rent de rranchir celte rivière à la nage se
no) èrcnt. Le général de brigade Sibuel f uLde
cer une vingtaine de bouches à fl!u, celles
ne sais néanmoins ce qui serait advenu sans ce nombre; nous ne pûmes sauver c1ue quel&lt;les Français furent en un instant démontées, l'arrivée de la dil'ision du général Saint-Gerques pièces d'artillerie.
et leurs bataillons forent enfoncés! ... Alors, main. qui, laissée le n1atin sur la rive gauche
un hourra général lança contre nos troupes et n'ayant par conséquent pas pris part au
CHAPIT~E XXVII
les 20,000 cavaliers ennemis, qui nous reje- combat, se trouva Loule portée pour venir à
tèrent en désordre vers la Kalzbach !...
notre aide. Celte division, composée de deux Concenlralion sur Drc,J~. - f:pisod,·s. - f.rs fla,.
Celte rivière, que nous avions traversée le rrgimcnts de carabiniers, d'une brigade de
~ir,. - :'lapolt'o11 au cam1&gt; ,le l'ilnitz. - fo ,uis
('omhlé &lt;11• la,·~urs.
malin avec tant de peine, bien qu'elle soit
cuirassiers et de six pièces de l 2, allaquant
peu considérable, avait été transformée en toravec fureur les ennemis, rejeta dans la ril'ièrc
Après la malheureuse affaire de la l,alzrent impétueux par les pluies
ba~h, le maréchal Macdonald,
diluviennes 'lui n'avaient cessé de
cherchant à réunir ses troupes,
tomber pendant toute la journée.
indiqua comme points de rallieLes eaux, refluant sur les deux rim1:nt les 1illes de Uunrlau, de
ves, com,raicnt presque entièreLauban tt de Corlilz. l'ne nuit
ment les parapets du pont de Cbrdes plus obscures, des chemochowilz et empêchaient de remins défoncés, la pluie lombanl
connaître si le gué de ce nom
toujours 11 torrents, rendirent la
était encore praticable.Cependant,
marche lente et fort p{-nible;
comme c'était par ces deux pasaussi beaucoup de soldats, sursages c1uc nous étions venus le
tout des confédérés, s'égarèrent
malin, on se dirigea Yers ces
ou restèrent en arrière.
points. Le gué était inrranchissaL'armée de .\'apoléon perdit
Lle pour les fantassins : beauà la La taille de la Katzbach
coup s'y noyèrent, mais le pont
l::i,000 hommes tués ou no)és,
sauYa la grande masse.
20,ùOO pri~onnicrs el jQ pièces
Je réunis autant que possible
de canon. Cc fol une rérilable
mon régiment, que je fis marcalamité. Le mankhal Macdocher par dctni-pelotons très sernald, dont les faux calculs strarés, qui, se soutenant muluclletégiques avairnl amené telle camenL, entrèrent dans l'eau avec
tastrophe irréparable, sut, tout
assez d·ordrc et gagnèrent la
en perdant la confiance de l'arrive opposée, n'a)ant perdu que
ClicM Xeurde in frtres
mée, con•crl'er son estime par
deux hommes. Tous les autres
PRISE Dis LA REDOLTf KABRUNN. (O1':FENSE DE D.INTZIG, 181.1.)
la franchise et la lolaulé awc
régiments de cavalerie prirent la
lesquelles il convint de ses torts;
même direction, car, malgré
car
le l1•ndemain du désastre,
la confusion inséparable d'une telle re- Lous ceux qui l'avaient franchie pour venir
traite, les cavaliers comprirent qu'il fallait nous couper la retraite, &lt;:t comme il n ·) a apnt ri;uni auprès de lui Lous les généraux cl
laisser les ponts aux fantassins. J'avouerai rien d'aussi terrible 11ue les lrouprs qui, colonels, il nous dit, après nous aroirengagés à
contribuer tous 11 la conservation de l'ordre

.Mi.MOT'lfES DU GÉNÉ'J{JlL BJtl(_ON DE .MJt1(.BOT ~

que, dans les troupes et parmi les officiers,
chacun avait fait son devoir; qu'un seul
u était cause de la perte de la bataille, et que
&lt;C le coupable était lui, parce qu'en Yoyant la
« pluie, il n'aurait pas dû quiller un Lerrain
cc accidenté pour aller attaquer dans de vastes
« plaines un ennemi dont les escadrons
c1 étaient infiniment plus nombreux que les
cc ntilres, ni se meure une rivière à dos par
« un Lemps orageux ».
Cc noble al'eu dé,arma la critique, et
chacun s'efforça de contribuer au salut de
l'armée, qui battit en retraite vers l'Elbe,
par Bautzen.
Le destin semblait vouloir nous accabler;
car peu de jours après que le maréchal Oudinot eut perdu la bataille de Gross-lleeren,
Macdonald celle de la Kalzbach et Vandammc
celle de Kulm, les Frauçais éproul'èrent un
immense revers. Le maréchal Ney, qui avait
remplacé Oudinot dans le commandement
des troupes destinées à marcher sur Berlin,
n'ayant pas des forces assez considérables
pour remplir celle mission dirficile, fut bal!u
à Jutterbach par le tran~fuge Bernadolle, et
contraint d'abandonner la rive droite de
l'Elbe.
!,'Empereur revint à Dresde avec sa garde.
J.cs dil'ers corps d'armée aux ordres de ~facdonald prirent position non loin de celte
,ille, tandis que le maréchal Ney, après al'oir
refoulé les Suédois sur la rirn droite, réunissait ses troupes sur la rire gauche, à Dessau
cl à \Villemberg. Durant près de quinze
jours, de la fin de septembre au commencement d'octobre, l'armée française rcsla
presque immobile autour de Dresde. Mon r1;11imcnt était bivouaqué auprès de Ycissig, ~ur
les hauteurs de Pilnilz, qu'occupait une de
nos divisions d'infanterie, soutenue par la
cavalerie de Sébastiani el d'Exelmans.
Bien qu'il n'e,it pas été conclu d'armistice
orficiel, la lassitude des deux partis établit
entre eux une suspension d'armes de (Hil,
dont chacun profita pour se préparer à de
nouveaux el plus terribles combats.
Ce fut au camp de Pilnilz que je reçus une
lettre du colonel de cavalerie prussienne auquel j'avais prêté un cheval, après qu'il eut
été pris cl blessé par des cavaliers de mon
régiment au début de la bataille de la Katzbach. Cet officier supérieur, nommé M. de
Illaokl'nsée, ayant été délivré par les siens
lorsque la chance' tourna contre nous, n'm
était pas moins reconnaissant de ce que j'al'ais
fait pour lui, et afin de me le promcr, il
m'envop dix chasscurs et un lieutenant de
mon régiment qui, restés blessés sur le
champ de bataille, avaient été à leur tour
faits prisonniers. M. de Blankenséc les avait
fail panser, et après les avoir combl(:s de
soins pendant quinze jours, il avait obtenu
dr ses chefs l'autorisation de les faire conduire aux avant-postes français, et me les
adressait avec mille remerciements, m 'assurant qu'il me demi! la vir. Je crois qu'il
a1·ait raison, mais je n'en fus pas moins sensible à l'expression de la reconnaissance d'un
&lt;les chefs de nos ennemis.
11

11

Tandis que nous campions sur le plateau
de Pilnitz, il se passa un fait curieux dont
Loule la dhision fut témoin.
Dans un moment d'ivresse, nn brigacliC'r

GÉNÉRAL i\lono:---Dt l'ERNET.
/l'après 1~ f'Orlrait gravt! p.1r F0RE'1IER.

du 4• de chasseurs :mit manqué de rc~pcct
à rnn liculenanl, et un lancier du G•, que
son cheval mordait avec furPur, ne pouvant
lui faire lâcher prise, l'avait frappé au Yenlre
avec des ciseaux, cc c1ui al'ail amené la mort
&lt;le l'animal. Certainement ces deux hommes
méritaient d'être punis, mais seulrment par
mesure disciplinaire. Le général Exelmans
les co11da111na à 11101•/ de son autorité pril'ée, et ayant fait monter la division 1, cheval
pour assister à leur exécution, il en forma un
grand carré dont trois faces seulement é1ai1·nt
pleines, et sur la quatrième on creusa deux
trous devant lesquels on conduisit les deux
patients.
Apnt élé en course Loule la nuit, je rentrais Au camp en ce moment, et voyant ces
lugubres préparatirs,jc ne mis point en doute
que les coupalilcs n'emsent élé jugés et condamnés. Mais j'appris bientôt qu'il n'en était
rien, et, m'approchant d'un cercle formé par
J,, général Eidmans, les &lt;leux génrraux de
brigade et Lous les chers drs régiments, j'l'nlendis M. Dcwnce, colontl du i• de chasseurs, et M. Per11ui1, colonel &lt;lu G• de bnciers, supplier le général de divi~ion de
vouloir hirn faire grâce aux deux coupables .
Le général Exdrnans refusait, tout en parcourant au pas le rront des lroures pendant
qu'on implorait sa clémence.
Je n'ai jamais pu me défendre d'exprimer
mon indignation quand je vois commcllre un
acte qui me semble injuste. J'eus pcul-èlre
Lori, mais apostrophant les colonels Ocvencc
et Perquil, je leur dis qu'ils compromellaieul leur dignité en souffrant qu'on promenât dans le camp comme criminels des hommes de leurs régiments qui n'avaient pas été

jugi:~. el j'ajoutai : 11 ~'Empe~eur n'a con« cédé à personne le droit de ~1e o~ de m_orl,
cc el s'est personnellement reserre celm de
cc faire grâce. »
Le 11énéral Exelmans s'émut l'n ropnL l'effet pr~duit par ma sortie&lt; l s'écria qu'il pn1'ilo1111ail au chasseur du 4•, mais que le lancier allait être fusillé; c'est-à-dire qu'il graciait le soldat qui avait manqué à son liculenanl, el voulait faire exécuter ('C)ui &lt;1ui avait
lué un chel'al.
Pour mcllre à mort ce malheureux, on fil
demander dans chaq uc régiment deux somofficiers; mai, corn me ceux-ci n'ont pas de
mousqueton, ils durent prendre ceux de
quelques so!Jats . Dès &lt;1ue cet ordre me fut
transmis, je ne répondis pas à mon adjuclantmajor, qui me !'ompril: aussi aucun Lomme
du 27&gt;• ne se présenta pour parlitipl'r it l't•xéculion. Le général Exelmans s'en aperçut el
ne dit rien 1... Enfin une détonation rclenlil,
et Lous li&gt;s assislanls frrmisscnl d'indignation! Exelmans ordonne alors que, stlon
l'usage, on fasse défiler les troupes devant le
cadai•re. On se met en marche. Mon régiment était le second dans la colonne, et j'hésitais pour sa,oir si je demis IC' faire pa5ser
devant le corps de celle malheureuse l'ictime
de la sérérilé d'Exdmans, lor~que de grands
éclats de rire se firent entendre dans le 24° de
chasseurs, qui, marchant dc1·anl moi, citait
dt;jà arrivé sur le lieu de l'exécution. J'cn'°Pi un adjudant pour s'informer de cc qui
causait celte joie indécente en présence d'un
cadavre, et j'appris birnlôt que le mort se
portail à merveille 1
En elict, tout cc c1ui venait de se passer
n'était r1u'une parodie im-cntéc pour c·ffra,er
les soldats (jUi seraient !entés de manque~ à
la discipline; parodie qui consistait à fusiller
un homme à blonl', c'est-à-dire sans balles!
El pour &lt;1uc le secret de ce simulacre d't•xéculion fiil mieux gardé, noire thef en al'ait
chargé des sous-orficiers, aux11ucls on arnit
distribué des cartouches qui ne contenaient
11ue de la poudre! ... ~fais comme, pour rompiéter l'illusion, il fallait que les lroupes
t•issenl le cada1Te. Exelmans avait prescrit au
lancier qni dc,·ait joun ce rôle de se jcler la
face contre t1nc &lt;lès r1u'on ferait feu sur lui,
de contrefaire le mort, et de s'éloigner de
l'armée la nuit sui1·ante avec des babils de
paysan et un peu d'argent 11u'on lui aYait
remis à celle intention! Mais le soIJa1, qui
élail un Cai:con des plus madrés, aianl fort
bien compris que le général Exelmans outrepassait ~es pournirs el n ·avait pas plus le
droit de le fusiller sans jugrmcnt que de le
renvo~cr sans congé, était rtslé debout après
la détonation, et refusait de s'éloigner, à
moins qu'on ne lui délivrùt une feuille de
roule qui le garantit d'1\lre arrèlé par la "en0
darmerie!
En apprenant que c'était celle di,cussion
entre le gt:néral et le prétendu mort 114i avait
excité les éclats de rire du 2-t• de cb&lt;1sseurs
placé en lèle de la colonne, je ne Youlus pas
que mon régiment participùl ii cette comédie, qui, selon moi, était bien plus contraire

�•------------------------ .Mi.M011fES DU GÉNÉ'J{lf,L 1llrl(ON D'E .M.JflfBOT - - ,

1f1ST0'/{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - à la discipline que les fautes qu'on voulait
punir on prévenir. Je fis donc faire demitour à mes escadrons, et, prenant le trot, je
les éloignai de cette scène pénible pour les
faire rentrer au camp, où je leur fis mèttrr
pied 11 terre. Cet exemple ayant été suivi par
tous les généraux de brigade et les colonels
de la division, Exelmans resta seul avec le
prétendu mort, qui reprit tranquillement IP
chemin du bivouac, 011 dès son arrivée il sc
mit à manger la soupe avec ses camarades,
dont .ks t:clal.s de rit·c rPcommrncèrrnt de•
plus brllc !...
Pendant notre séjour sur le plateau de Pilnitz, les ennemis, surtout les Russes, reçurent de nombreux renforts, dont le principal, conduit par le général Benningsen, ne
comptait pas moins de 60,000 hommes et se
composait des co,rps de Doctoroff, de celui de
Tolstoï et de la résene du prince LabanolT.
Cette réserve venait d'au delà de Moscou et
comptait dans ses rangs une très grande
quantité de Tartares et de Baskirs, armés
seulement d'arcs et de flèches.
Je n'ai jamais compris dans quel but le
gouvernement russe amenait d'aussi loin el à
grands frais de telles masses de cavaliers
irréguliers qui, n'ayant ni sabres, ni lances,
ni aucune espèce d'armes à feu, ne pouvaient
résister à des troupes réglées et ne servaient
qu'à épuiser le pays et. à affamer les corps
réguliers, les seuls capables de rtsistcr à des
ennemis européens. Nos soldats ne furent
nullement étonnés à la vue de ces Asiatiques
à demi sauvages qu'ils surnommaient les
Amours, à cause de leurs arcs et de leurs
llèches !
Néanmoins ces nouveaux venus, qui ne
connaissaient pas enco.re les Français, avaient
été si exaltés par leurs chefs presque aussi
ignorants qu'eux, qu'ils s'attendaient à nous
voir fuir à leur approche : il leur Lardait
donc de nous joindre. Aussi, dès le jour
même de leur arrivée devant nos troupes, ils
se lancèrent en bandes innombrables sur
elles; mais ayant été reçus partout à coups
de fusil et de mousqueton, les Baskirs laissèrent un grand nombre de morts sur le terrain.
Ces pertes, loin de calmer leur frénésie,
semblèrent les animer encore davantage, car,
marchant sans ordre, et tous les passages
leur étant bons, ils voltigeaient sans cesse
autour de nous comme des essaims-de guêpes,
se glissaient partout, et il devenait fort difficile de les joindre. Mais aussi quand nos cavaliers y parvenaient, ils en faisaient d'affreux
ma~sacres, nos lances et nos sabres ayant une
immense supériorité sur leurs flèches! Toutefois, comme les attaques de ces barbares
étaient incessantes et que les Russes les faisaient soutenir par des détachements de hussards afin de profiter du désordre que les
Baskirs pourraient jeter sur quelques points
de notre ligne, !'Empereur ordonna à ses généraux de redoubler de surveillance et de
visiter souvent nos avant-postes.
Cependant, on se préparait des deux côtés
à reprendre les hostilités, qui, ainsi que je

l'ai déjà dit, n'avaient été suspendues par
aucune convention, mais seulement de fait.
Le plus grand calme régnait tians notre camp,
lorsqu'un matin où, selon mon habitude,
j'avais mis habit bas et me préparais à me
raser en plein air devant un petit miroir
cloué à un arbre, je me sens frappé sur
l'épaule!. .. Comme je me trouvais au milieu
de mon régiment, je me retournai vivement
pour savoir quelle était la, personne qui se
permettait cette familiarité à l'égard de son
colonel.. .. J'aperçus !'Empereur, qui, voulant examiner les positions voisines sans donner l'éveil aux ennemis, était venu en poste
avec un seul aide de camp. N'ayant aucun
détachement de sa garde, il s'était fait suivre
d'escadrons choisis par portions égales dans
tous les régiments de la division. Ayant pris,
sur son ordre, le commandement de l'escorte, je marchai toute la journée auprès de
lui et n'eus qu'à me louer de sa bienveillance.
Comme on se disposait à retourner à Pilnitz, nous aperçûmes un millier de Baskirs
qui accouraient vers nous de toute la vitesse
de leurs pelits chevaux tartares. L'Empereur,
qui n'avait pas encore vu des troupes de ce
genre, s'arrêta sur un monticule, en demandant qu'on tâchât de faire quelques prisonniers. J'ordonnai à cet effet à deux escadrons
de mon régiment de se cacher derrière un
bouquet de bois, tandis que le surplus continuait à marcher dans une autre direction.
Cette ruse bien connue n'aurait pas trompé
des Cosaques, mais elle réussit parfaitement
avec les Baskirs, qui n'ont pas la moindre
notion de la guerre. Ils passèrent donc auprès du bois, sans le faire visiter par tJuelques-uns des leurs, et continuaient à suivre
la colonne, lorsque tout à coup nos escadrons,
les attaquant à l'improviste, en tuent un
grand nombre et en prennent une trentaine.
Je les fis conduire auprès de !'Empereur,
qui, après les avoir examinés, manifesta
l'étonnement que lui faisait éprouver la vue
de ces piteux cavaliers, qu'on envoyait sans
autres armes qu'un arc et des flèches, combattre des guerriers européens munis de
sabres, de lances, de fusils et de pistolets! ...
Ces Tarta1·es Baskirs avaient des figures chinoises et portaient des costumes fort bizarres.
Dès que nous fûmes rentrés au camp, mes
chasseurs s'amusèrent à faire boire du vin
aux Ilaskirs, qui, charmés de cette bonne
réception, si nouvelle pour eux, se grisèrent
tous et exprimèrent leur joie par des grimaces et des gambades si extraordinaires
qu'un rire homéri11ue, auquel Napoléon prit
part, s'empara de tous les assistants 1. ..
Le 28 septembre, !'Empereur, ayant passé
la revue de notre corps d'armée, me donna
les témoignages d'une bienveillance véritablement exceptionnelle, car lui, qui n'accordait que très rarement plusieurs récompenses.
à la fois, me nomma en même temps o{fi.cie1·
de la Légion d'lwnneu1·, baron, et m'accorda une dotation! ... Il combla aussi mon
régiment de faveurs, en disant que c'était le
seul du corps de Sébastiani qui se fût main-

bien connaître ceux des autres corps que je montagnes de la Thuringe et de la Hesse, de
l'avais fait dans les campagnes précédentes, s'y couvrir de la rivière de la Saale et d'atlorsque, étant aide de camp de divers maré- tendre que les alliés vinssent l'atlafJuer à leur
chaux, j'avais dû, par position, avoir con- désavantage dan~ ces contrées difficiles, boinaissance de l'ensemble général des opéra- sées et remplies de défilés.
tions de l'armée en portant des ordres sur
L'exécution de ce plan pouvait sauver Nales diverses parties du champ de bataille. Je poléon; mais pour cela, il fallait agir prompdois donc plus que jamais circonscrire mon tement, lorsque les armées ennemies n'étaient
récit et le borner à ce qui est absolument pas encore entièrement réunies ni assez rapnécessaire pour vous donner un aperçu des prochées pour nous attaquer pendant la refaits les plus importants de la bataille de traite ; mais au moment de se déterminer à
Leipzig, dont le résultat eut une si grande abandonner une partie de ses conquêtes,
influence sur les destinées de !'Empereur, de !'Empereur ne put s'y résoudre, tant il lui
la France et de l'Europe.
paraissait pénible de laisser croire qu'il se
Le cercle de fer dans lequel les ennemis considérait comme vaincu, puisqu'il cher-

tenu en bon ordre à la Katzbach, eùt enlevé
des canons à l'ennemi, et repoussé les Prussiens partout où il les avait joints.
Le 25° de chasseurs fut redevable de cette
distinction aux éloges qu'avait faits de lui le
maréchal Macdonald, qui, lors de la déroute
de la Katzbach, avait cherché un refuge dans
les rangs de mon régiment et assisté aux
belles charges qu'il fit pour rejeter les ennemis au delà de la rivière.
La revue terminée, et les troupes ayant
repris lé chemin de leur camp, le général
Exelmans passa sur le front de mon régiment
et le complimenta à haute voix de la justice
que !'Empereur venait de rendre à sa valeur,
ét, s'adressant particulièrement à ma personne, il s'attacha à faire un éloge véritablement exagéré des qualités du colonel.
Cependant l'armée française se concentrait
aux environs de Leipzig, tandis que toutes
les forces des ennemis se dirigeaient aussi
sur cette ville, autour de laquelle leur grand
nombre leur permettait de former un cercle
immense, qui se resserra chaque jour davantage, et c1ui avait évidemment pour but d'enfermer les troupes françaises et de leur couper toute retraite.
Il y eut le 14 octobre un vif combat de
cavalerie à Wachau, entre l'avant-garde austro-russe rl la nôtre; mais, après des succès
balancés, on se rrplia de part et d'autre dans
ses positions respèctives, et l'action se ter:..
mina par ce qu'il y a de plus ridicule à la
guerre, une canonnade qui dura jusqu'à là
nuit, sans autre résultat qu'une grande perte
d'hommes.
L'Empereur, après avoir laissé à Dresde
une garnison de 25,000 hommes, commandés
par le maréchal Saint-Cyr, si: rendit à Leipzig,
où il arriva le 15 au matin.

Cette position nous aurait du moins permis de gagner du temps et peut-être de fatiguer les alliés au point de leur faire désirer
la paix. Mais la confiance que Napoléon avait
en lui, comme dans la valeur de ses troupes,
l'ayant emporté sur ces considérations, il prit
le parli d'attendre les ennemis dans les plaio,es
de Leipzig.
Cette fatale décision était it p~ine prise,
qu'une seconde lettre du roi de Wurtemberg
vint informer !'Empereur que le roi de Bavière, ayant subitement changé de parti, venait
de pactiser avec les coalisés, et que les deux
armées bavaroise et autrichienne, cantonnées
sur les Lords de !'Inn, s'étant réunies en un

CHAPITRE XXVIII
l'ia1JO!éon, sourd aux avis du roi de Wurtemberg, se
décide à combattre à Leipzig. - Combat de \\'achau. - ·Topographie de Leipzig. - Position de
nos troupes. - Surprise avortée des ~ouverains
alliés au Kclmherg. - Alternatives de la journée
du 16 octobre.

On ne connaîtra 'jamais bien l'exacte vérité
sur la bataille de Leipzig, tant à cause de
l'étendue et de la complication du terrain sur
lequel on combattit plusieurs jours, qu'en
raison du nombre immense des troupes de
différentes nations qui prirent part à cette
mémorable affaire. Ce sont principalement les
documents relatifs à l'armée française qui
manquent, parce que plusieurs commandants
de corps d'armée, de division, et une partie des
chefs d'état-major, ayant trouvé la mort sur
le champ de bataille, ou étant restés au pouvoir de l'ennemi, la plupart des rapports
n'ont jamais pu être terminés, et ceux qui
l'ont été se ressentent de la précipitation et
du désordre inévitables qui présidèrent à
leur rédaction. D'ailleurs comme à Leipzig
j'étais colonel d'un régiment encadré dans
une division dont je dus suivre tous les mou,·ements, il ne me fut pas possi6le d'aussi

BATAILLE DE LEIPZIG. -

T.ible:w de P.

PERBOYRE-

1,

se préparaient à enfermer l'armée française
n'était point encore complet autour de Leipzig,
lorsque le roi de Wurtemberg, homme d'un
caractère violent, mais plein d'honneur, crut
de son devoir de prévenir Napoléon que l'Allemagne entière allait, à l'instigation des Anglais, se soulever contre lui, et qu'il ne lui
restait plus que le temps nécessaire pour se
retirer avec les lroupes françaises derrière le
Mein, car toulcs celles de la Confédération
germanique l'abandonneraient sous peu pour
se joindre à ses ennemis. li ajouta que luimême, roi de Wurtemberg, ne pourrait s'empêcher de les imiter, car il devait enfin céder
à ses sujets qui le poussaient à suivre le torrent de l'esprit public allemand, en rompant
avec lui pour se ranger du côté des ennemis
de la France.
L'Empereur, ébranlé par l'avis du plus capable comme du plus fidèle de ses alliés, eut,
dit-on, la pensée de faire retraite vers les
V. - HisTORIA. - Fasc. 3c).

chait un refuge derrière des montagnes si
difficiles à traverser. Le trop de courage de
ce grand capitaine nous perdit; il ne considéra pas que son ârmée, très affaiblie par de
nombreuses perles, comptait dans ses rangs
beau~oup d'étrangers qui n'attendaient qu'une
o~cas10n favorable pour le trahir, et qu,'elle
se trouvait exposée à être accablée par des
forces supérieures dans les immepscs plaines
de Leipzig. Il aurait donc bi_en fait de la conduire dans les montagnrs de la Thuringe et
de la Hesse, si favorables à la défense, cl
d'annuler ainsi une parlie des forces des rois
coalisés. D'ailleurs l'approche de l'hiver et la
néce~sité d~ nourrir leurs nombremes troupes
devaient bientôt forcer les ennemis à se séparer, tandis que l'armée française, garantie
sur son front et ses flancs par l'extrême diffic~lté de venir l'attaquer dans·un pays hérissé
d obstacles naturels, aurait eu derrière elle les
fertiles vallées du Mein, du Rhin et du Necker.
.., 3o5 ,..

seul camp sous les or,lrrs du général de
Wrède, marchaient sur le Bbin; enfrn que le
Wurtemberg, hien qu'à rrgret, mais contraint par la force de celte armée, était ohlirré
d'y joindre la sienne; en conséquence, l'E~pereur devait s'attendre à ce que bientôt
100,000 hommes cerneraient Mayence et menaceraient les frontières de France.
A cette nouvelle inatlendue, Napoléon crut
devoir revenir au projet de se retirer derrière
la Saale et les montagnes de la Thurinae ·
m~is il était trop tard, puisque déjà les for~~
prmcipales des alliés étaient en présence de
l'armée française et trop rapprochées d'elle
pour qu'il fût possible de la mettre en retraite sans qu'elle fùt attaquée pendant ce
mouvement difficile. L'Empercur se détermina donc à comballrc !... Cc fut un «rand
malheur, car l'effectif des troupes fran~aiscs
ou alliées de la France que Napoléon avait
réunies autour de Leipzig ne s'élevait qu'à
20

�'?-

111ST0'/(1.Jl

157,000 hommes, dont seulement 29,000 de
cavalerie, tandis que le prince de Schwarzenberg, généralissime des ennemis, disposait
de 350,000 combattants, dont 51,000 de
cavalerie!. ..
Cette armée immen~e se composait de
Busses, Autrichiens, Prm:siens cl Suédois,
que l'ex-maréchal français Bernadolle conduisait contre ses compatriotes, contre ses
miciens frères d'armes! Le nombre total des
comùaltants des deux partis s'élevait à
507,000 hommes, sans compter les troupes
laissées dans les places fortes.
La ville de Leipzig, l'une des plus commerçantes et des plus riches de l'Allemagne,
est placée vers le milieu de la vaste plaine
qui s'étend depuis !'Elbe jusqu'aux montagnes du Harz, de la Thuringe et de la Ilobôme.
La situation de celte contrée l'a presque toujours rendue le théâtre principal des guerres
qui ont ensanglanté la Germanie. La petite
rivière de !'Elster, qu'on pourrait nommer
un ruisseau, tant elle est peu large et peu
profonde, coule du sud au nord jusqu'à
Leipzig, dans une vallée peu encaissée, au
milieu de prairies humides. Cc cours d'eau
se divise en un grand nombre de bras, qui
opposent un véritable obstacle aux opérations
ordinaires de la guerre et nécessitent une
infinité de ponts pour mettre en communication les villages qui bordent la vallée.
La Pleisse, autre ruisseau de la mème nature, mais encore plus faible que l'Elsler,
coule à une lieue et demie de celui-ci, auquel
elle se joint sous les murs de Leipzig.
Au nord de la ville vient se jeter la Partha, faible ruisseau qui serpente dans un
vallon étroit et présente à chaque pas des
gués ou de petits ponts à traverser.
Leipzig, se trouvant au confluent de ces
trois ruisseaux et presque en lourée vers le
nord et l'ouest par fours bras multipliés,
est ainsi la clef du terrain occupé par leurs
rives.
La ville, peu considérahle, était à celte époque environnée par une vieille muraille,
percée par quatre grandes portes et trois
petites. La route de Lulzen par Lindenau et
Markranstadt était la seule par laquelle
l'armée française pût encore communiquer
librement avec ses derrières.
C'est dans la partie du terrain situé entre
la Pleisse et la Parlha que se livra le plus
fort de la bataille. On y remarque le Kelmberg, qui est un mamelon isolé, suri:iommé
la redoute suédoise, parce que, dans la guerre
de Trente ans, Gustave-Adolphe avait établi
ciuelques fortifications sur ce point, qui domine au loin toute la contrée.
La bataille de Leipzig, commencée le 16 octobre i81;j, dura trois jours; mais l'engagement du 17 fut infiniment moins vif que
ceux du 16 et du 18.
Sans vouloir entrer dans les détails de
cette mémorable affaire, je crois devoir néanmoins indiquer les principales positions occupées par l'armée française, ce qui donnera une idée générale de celle des ennemis,
puisque chacun de nos corps d'armée avait ea

]JfÉ.M01'JfES DU GÉ71tÉ~AL BA](.ON DE JJfA~BOT

face de lui au moins un corps étranger et
souvent deux.
Le roi Murat dirigeait notre aile droite,
dont l'extrémité s'appuyait à la pelitc rivière
de la Pleisse, auprès des villages de Connewilz, Dülilz et Mark-Kleeberg que le prince
Poniatowski occupait a1·ec ses Polonais. Après
· ceux-ci et derrière le bourg de Wachau, se
trouvait le corps du maréchal Victl&gt;r. Les
troupes du maréchal Augereau occupaient
Dosrn.
Ces divers corps d'infanterie étaient fiJnqués et appuyés par plusieurs masses de la
cavalerie des généraux Kellermann et Michaud.
Le centre, aux ordres directs de !'Empereur, se trouvait à Licbcrt-Wolkwitz. II était
composé des corps d'infanterie du général
Lauriston, ainsi que de celui du maréchal
Macdonald, ayant avec eux la c1valerie de
Latour-~laubourg et de Sébastiani. (M ,n régiment, qui faisait partie du corps de cc .dernier général, était placé en face du monticule
de Kelmberg ou redoute suédoise.)
L'aile gauche, commandée par le maré.:bal
Ney, se formait du corps d'infanterie du maréchal Marmont, ainsi que de ceux des généraux Reynier et Soubam, soutenus par l.a
cavalerie du duc de Padoue. Elle occupall
Taucha, Plaussig et les rives de la Partha. Un
corps d'observation, fort de 15,000 hommes,
aux ordres du général Ilerlrand, était détaché au delà de Leipzig pour garder Lindenau,
Lindcnlhal, Goblî$, les passages de l'Elster et
la route de Lui.zen.
A Probstheyda, derrière le centre, se trouvait, aux ordres du maréchal Oudinot, la réser1•c composée de la jeune, de la vieille
&lt;rarde, et de la cavalerie de Nansouty. Le
~énérable roi de Saxe, qui n'avait pas voulu
s'éloi!?1ler de son ami, l'empereur des Franrais était resté dans la ville de Leipzig avec
;a 'garde et plusieurs régiments français
qu'on y avait laissés pour y maintenir l'ordre.
Pendant la nuit du -15 au 16, les troupes
du maréchal Macdonald avaient fait un mouvement pour se concentrer sur Liebcrt-Wolkwitz en s'éloignant du Kelmberg, ou redoute
suédoise ; mais comme on ne voulait cependant pas abandonner ce poste aux ennemis
avant la fin de la nuit, je reçus l'ordre de le
surl'eiller jusqu'au petit point du jour. La
mission était fort d~licate, car, pour la remplir, je devais me po~ter en avan~ avec mon
ré11iment jusqu'au pied du monllcule, penda~t que l'armée française se retirerait d'une
demi-lieue dans la direction opposée . .J'allais
courir le risque de me voir cerné et même
enlevé avec toute ma troupe par l'avant-garde
ennemie, dont les éclaireurs ne manqueraient
pas de gral'ir le sommet du monticule, dès
que lts premières heurès de l'~urore leu.r
permettraient d'apercevoir ce qw se passait
dans de vastes plaines situées à leurs pieds
et occupées par l'armée française.
.
Le temps était superbe, et, ma!gré la ~mt,
on y voyait passablement à la clarle d~ é~mles.;
mais, comme en pareil cas on aperçoit mfim-

ment mieux de bas en haut les hommes qui
arrivent sur une hauteur, tandis qu'ils ne
peuvent eux-mêmes ap~rcevoir ceux qui so~l
en bas, je portai mes escadrons le plus pres
possible du monticule, afin que l'ombre projetée par le sommet cachât mes cavaliers, et
après avoir prescrit le plus profond sile11cc cl
une parfaite immobilité, j'attendis les événements.
Le hasard fut sur le point d'en produire
un qui eût été hien heureux pour la Francr,
pour !'Empereur, et ei!t rendu mon nom à
tout jamais célèbre! ... Voici le fait.
Une demi-heure avanl les premières lueurs
de l'aurore, trois cavaliers, ,·enant du côté
des ennemis, grimpent à petits pas sur le
monticule du Klemberg, d'où ils ne pouvaient nous apercevoir, tandis que nous disLin11uions parfaitement leur silhouette et entendions leur conversation. Ils parlaient français : l'un était Russe, les deux autres
Prussiens. Le premier, qui paraissait avoir
autorité sur ses compagnons, ordonna à l'un
d'eux d'aller prévenir Leurs Majestés qu'11
n'y avait aucun Français sur ce point-là et
qu'elles pouvaient monter, car dans quelques
minutes on apercevrait toute la plaine; mais
qu'il fallait profiter de ce moment ~o~r que
les Françlis n'envoyassent pas des L1ra1lleurs
de cc coté ....
L'officier auquel s'adressaient ces paroles
fit observer que les escortes, marchant au
pas, étaient encore bien éloignées. « Qu'importe, lui fut-il répondu, puis~u'il n'y a ici
personne ']Ue nous ! » A ces mots, ma troupe
et moi redoublàmes d'allention et aperçûmes
bientôt, sur le haut du monticule, une l"ingtaine d'officiers ennemi~, dont fun mit pied
à terre.
Quoique, en établissant une embuscade,
je n'eusse certainement pas la prévision de
faire une bonne capture, j'avais cependant
prévenu mes officiers que, si l'on voyait quelques ennemis sur la redoute suédoise, il faudrait, au signal que je ferais avrc mon mouchoir, que deux escadrons rnnlournassent•ce
monticule, l'un par la droite, l'autre par la
gauche, afin de ce1 ncr les ennemis qui ,e
seraient ainsi basardé5 à Yenir si près de
notre armée. J'étais donc plein d'espoir,
lorsque l'ardeur immodérée d'un de mes
cavaliers fit échouer mon projet. Cet homme,
ayant par hasard laissé tomber la lame cle
son sabre, prit à l'instant sa carabine en
main, et, de crainte d'être en retard lorsque
je donnerais le signal de l'attaque, il tira m
beau milieu du groupe étranger cl tua un
major prussien.
Vous pensez bien qu·en un clin d'œil tous
les officiers ennemis, qui n'avaient d'autre
garde que qu_elques ordonnances t&gt;t se voyaient
sur le point d'être environnés par nous, s'éloignèrent au grand galop. Nos gens ne purent
les suivre bien loin, de crainte de tomber
eux-mêmes dans les mains des escortes qu'on
entendait accourir. l\les chasseurs prirent
néanmoins deux officiers, dont on ne put
tirer aucun renseignement. Mais j'appris depuis, par mon ami le baron de Stoch, colo-

ncl des gardes du grand-duc de Darmstadt,
· que l'empereur Alexandre de Russie et le roi
de Prusse se trouvaient au nombre des officiers qui avaient été sur le point de tomber
aux mains des Français auprès de la redoute
suédoise. Cet él"énemenl aurait alors changé
les destinées de l'Europe. Le hasard en ayant
décidé autrement, il ne me res"tail plus qu·à
me retirer lestement, avec tout mon mondr,
vers l'armée françaisC'.
Le 1G octobre, à huit heures du matin, ks
balterirs des alliés donnèrent le signal de
l'attaque. Une vÎ\"c canonnade s'engagea sur
Loule la ligne, et l'armée alliée marcha sur
nous de tous les points. Le combat commença
à notre droite, où les Polonais, repoussés par
les Prussiens, abandonnèrent le village de
Mark-Kleeberg. A notre croire, les Russes et
les Autrichiens allaquèrcnt six fois Wachau
et Liebert-Wulkwilz, et furent constamment
battus avec de très grandes pertes. L'Empereur, regrettant sans doute d'avoir abandonné
le matin la redoute suédoise que les ennemis
avaient occupée cl d'où leurs artilleurs faisaient pleuvoir sur nous une orèle de mitraille, ordonna de sc réempare/' de ce monticule, ce qui fut promptement exécuté par le
22• d'infanterie légère, soutenu par mon
régiment.
Ce premier succès oLtenu, l'Ernpereur, ne
pouvant agir sur les ailes des ennemis qui,
par leur supériorité numérique, présentaient
un front trop étendu, résolut de les occuper
à .leurs exLJ:émilés, pendant qu'il essayerait de percer leur centre. En conséquence, il
dirigea sur Wachau le maréchal Mortier avec
deux divisions d'infanterie, et le maréchal
Oudinot a·vcc 1~ jeune garde. Le général
Drouot, avec soixante bouches à feu, soutenait l'attaque, qui réussit.
De son côté, le maréchal Victor enfonça et
mit en déroute le corps russe, commandé
par le prince Eugène de Wurtemberg; mais,
après des perles considérables, celui-ci rallia
son corps
à Gossa. En ce moment, le 11énéral
•
0
Laur1ston et le maréchal Macdonald débouchant de Liebert-Wolkwitz, l'ennemi fut culbuté, et les Français s'emparèrent du bois de
Grosspossnau. Le général Maison reçut une
blessure. en s'emparant de ce point important.
En va.m la nombreuse cavalerie autrichienne
du général Klenau, soutenue par un pulk de
Cosaques, essaya de rétablir le combat; elle

fut culbutée et mise en désordre par le corps
de cavalerie du général Sébastiani. Le combat
fut des plus acharnés; mon régiment y prit
part; je perdis quelques hommes, et mon
premier chef d'escadrons, M. Pozac, fut
Llessé d'un coup de lance à la poitrine, pour
~voir négligé de la garantir, selon l'usage,
avec son manteau roulé en fourrageur.
Cependant, le prince de Schwarzenberg,
voiant sa ligne fortement ébranlée, fit avancer
ses réserves pour la soutenir, ce qui détermina !'Empereur à ordonner une grande
charge de cavalerie, à laquelle prirent part
les deux corps de KPllermann, de LatourMaubourg et les dragons de la garde. Kellermann renversa une division de cuirassiers
russes; mais, pris en flanc par une autre
division, il dut se replier sur les hauteurs de
Wachau, après avoir enlevé plusieurs drapeaux à l'ennemi.
Le roi Murat fit alors avancer de l'infanterie française, et le combat se renouvela. Le
corps russe du prince de Wurtemberg, enfoncé derechef, perdit vingt-six pièces de
canon. Ainsi mallraité, le centre de l'armée
ennemie pliait et allait être enfoncé, lorsque
l'empereur de Ilussie, témoin de ce .désastre,
fit avancer rapidement la nombreuse cavalerie
de sa garde, qui, rencontrant les escadrons
de Lalour-~faubourg dans le désordre qui suit
toujours une charge à fond, les ramena à
leur tour et reprit aux Français vingt-quatre
des canons qu'ils venaient d'enlever. Ce fut
dans cette charge que le général Latour-Maubourg eut la cuisse emportée par un boulet.
Cependant, comme aucun des deux partis
n'avait obtenu d'avantages marquants, Napoléon, pour décider la victoire, venait de lancer sur le centre ennemi la réserve composée
de la vieille garde à pied et à che,·al et d'un
corps de troupes fraiches arri1•ant de Leipzig,
lorsqu'un régiment de cavalerie ennemie, qui
s'était glissé ou égaré sur les derrières des
Français, jeta quelque inquiétude parmi nos
troupes en mouvement, qui s'arrêtèrent, se
formèrent en carré pour ne pas être surprises,
et, avant qu'on ait pu connaitre la cause de
cette alerte, la nuit vint suspendre sur ce
point les opérations militaires.
D'autres événements s'étaient passés sur
l'extrême droite des Français. Pendant toute
la journée, le général Merfeld avait inutilement tenté de s'emparer du passage de la

Pleisse, défendu par le corps de Poniatowski
et ses Polonais; cependant, ve11s la fin du
jour, il parvint à se rendre maître du village
de Dolilz, cc qui compromettait noire aile
droite; mais les chasseurs à pied de la vieille
garde, conduits par le général Curial, étant
accourus de la réserrn au pas de charge, culbutèrent les Autrichiens au delà de la rivière
et leur firent quelques centaines de prisonnier.,, parmi lesquels se trouvait le général
Merfeld, qui tombait pour la troisième fois au
pon l"Oir des Français.
Quoique les Polonais se fussent laissé enlel'Cr Dülitz, !'Empereur, pour relever leur moral, crut devoir donner le hàton de maréchal
de France à leur chef, le prince Ponialow,ki,
qui ne jouit pas longtemps de !"honneur de
le porter.
De l'autre coté de la rivière de l'Elsler, le
général autrichien Giulay s'était emparé du
village de Lindenau, après sept heures d'un
combat acharné. L'Empereur, informé de ce
grave éYénement, qui compromellait la re. traite de la majeure partie de ses troupes, fit
allaquer si vigoureusement Lindenau par le
général Bertrand que ce poste fut repris à la
Laïonnette.
A notre gauche, l'impatience de Ney faillit
amener une grande catastrophe. Cc maréchal,
qui commandait l'aile gauche, placée par
l'ordre de !'Empereur, voyant qu'à dix heures
du malin aucune troupe ne paraissait devant
lui, envoya de son autorité privée, sous la conduite du général Souham, un de ses corps
d'armée à Wachau, où le combat paraissait
fortement engagé, mais, pendant ce mouvement irréfléchi, le maréchal prussien Blücher, dont la marche avait été retardée, parut
avec l'armée de Silésie et s'empara du village
de Mückern. Alors Ney, qui, diminué d'une
partie de ses troupes, n'avait plus à sa disposition que le corps de Marmont, fut obligé,
sur le soir, de se replier jusque dans les murs
de Leipzig et de se borner à défendre le faubourg de Halle.
Les Français perdirent beaucoup de monde
dans cet engagement, qui produisit d'ailleurs
un fort mauvais effet sur ceux de nos soldats
qui, placés en avant ou sur les flancs de Leipzig, entendaient le canon et la fusillade derrière eux. Cependant, vers les huit heures du
soir le combat cessa totalement de part et
d'autre, et la nuit fut tranquille.

(A suivre.)

GÉNÉRAL DE

MARBOT.

..

�"·----------------------~

LE MAJTRE A DANSER de MARJE-ANTOJNETTE et de MARJE-LOUJSE '~

,

+

Jean· Etienne Despréaux
Par Je Comte FLEUR.Y

A la Cour de Marie-Antoinette 1 •
La mort de Petitpas, un des derniers

« danseurs » de l'Opéra, deYenu maitre de
ballets el professeur de maintien, me faisait
naguère souvenir des anciens reprérnntants
de la danse masculine à l'avant-dernier siècle, et à côté de ceux de Vestris cl de Gardel, 1~ nom, un peu oublié aujourd'hui, de
Jean-Etienne Despréaux s'offrait à ma mémoire.
JI ne fut pas qu'un des douze danseurs
du Roi (c'était une place établie par Louis XLV
qui donnait le droit de danser avec Sa Majesté et à laquelle était attachée une pension);
il composait des chansons qui curent leur
heure de vogue; il fut enfin, en 1.789, le
mari de la Guimard, el à ce titre Goncourt
lui a consacré quelques pages 1 • Ce que ne
pouvait connaitre l'historien de la Guimard,
ce sont des notes de Despréaux lui-même
dont M. Albert Firmin-Didot a fait imprimer
naguère quelques fragments•.
« Gribouillage de folies de tous les genres
et de souvenirs qui ne peurent être agréalilcs
que pour moi, a écrit Despréaux en guise
d'introduction; c'est donc pour moi que
j'écris el non pour mes descendants qui s'embarrasseront fort peu de cc que j'ai é..:rit,
mais non pas de ce que je leur laisserai t11
biens palpables. »
Ce «gribouillage », présenté de façon humoristique, s'il n'est pas intéressant toujour~,
offre parfois de curieuses anecdotes dont je
veux glaner les meilleures.
Je passe sur des détails de famille et d'enfance - il était le quatorzième rejeton d'uo1i
famille de musiciens' - sur les conseils
donnés par Gardel l'ainé, maître de ballets à
l'Opéra, sur les bonnes chances 11ui protègent
les débuts du jeune danseur apprécié, Mjà à
même, à l'âge de quatorze ans, de donner
des leçons de danse dans « les plus honorables familles de Paris &gt;&gt;.
Voici un portrait : « J'ai , u M. Necker
en 1. 765, chez Mme Mons, femme d'un banquier qui avait une maison à Charenton,
maison qui avait appartenu à la belle Gabrielle; il était l'associé de M. Thelusson.
-1. Extrait du \'Olumc : F1111l1'mes el Si//1ouellr.,,
par 11; Comt1\ Fkury (.,mile Paul, éditeur.\

2. /,es Acll'icu du -dix-huitième 1iècle: La Guimard, d'après les rci:istrcs des Menus plaisirs de la

bibliothèque de l'Opcra,

t892.

« Necker avait l'air extraordinaire,
~lme Mons le mystifi1it sans cesse. li aYait
le visage long, le menton très :wancé, le
front élevé, la chevelure fiollantc, le port de
lèle fier.
&lt;&lt; Mme Necker, dont le nom de jeune fille
était Curchod (de Xasse), arriva à P.iris m
1765 ou 1~64 chel Mme dl! Yrrnrmonl,
veuve d'un banquier et parente de ~I. Tlielussoo. Elle y rntra comme demoiselle de
compagnie. M. Necker, qui (,tait amourC'ux de
Mme de Yerncmont, ne pomanl arrivrr à ses
fins, fit sa cour à Mlle Curchod cl l'épousa.
J'avais alors seizo ans. J'allais dans celle
maison comme maitre de danse, j ·y étais
fort aimé.... Mlle Curchod me pria de lui
donner des leçons de maintien. Elle était très
gauche, pédante el timide. ll

jEAN·ÉTIEl&gt;'XE 0E:Sl'RÉ.\CX.

Sllho11elle deco11pü p;ir

tar

DE&gt;PRÊ.WX

el gr.Jvt!t

TRIÈl'E,

Parmi ses élèves de la même époque, Uespréaux compte Mme Pater, devenue par la
5. Issoudun, 189i. ~on mi; dans le commerce.

4. A111111aire dra111aliq11e et Biographie générale
cles mwidens. Son frère ainé, Claudc-Jean-FranÇOis,
premier violon à l'Opt\ra rn 1771, se retira en 1782.
Il embrassa avec ardeur les idées révolutionnaires ;

suite Laronne de Nicnwerkerke, qui rérnlutionna par sa beauté la Cour et la ville et qui
conçut un instant l'espoir de détrôner la du
Barry el de devenir la Maintenon de Louis XV.
La mo:ilrc d'or donnée par Mme Pater à son
jeune maitre à danser, srmhlc lui avoir laissé
profond souvrnir, !'l c'est avec émotion qu'il
parle dll !J belle llolbndai,c à la mode 5 •
Voici le règne de la du llarry el le maria_e
de la Dauphine. En sa 'lualilé de danseur de
!'Opéra, Despréaux vient som·ent à la Cour cl
va nous conter srs impressions.
« J'ai connu Mme du Barry, écrit-il, j'ai
été chez elle, j'ai ,·u Louis XV y rire et dire
de bons mots. Mme du Barry était Haimenl
jolie : belle tête, beaux yeux, braux cheveux
gris cendré, grande, beaux bras et mains
divines; son sourire enchanteur charmait
tout le monde....
« En 1770, a,·anl le mariage du D.mphin,
qui fut depuis Louis~ VI, j'étais chez elle. Je
rus surpris et fàclié de l'entrndre dire à L,val, maitre dt s ballets de la Cour, en présence d'environ trente per,onnes: « Faitrrnous qudque chose de gai pour tâcher d 'amuser le grand idiot. » Et tout scandalisé de
l'injurieuse (:pithète de )lme du Bmy, Orspréaux dJcrit un Lallct &lt;le mascarade composé de polichinelles el d'arlequins, dansé par
les meilleurs de l'Opéra, mais « 11ui n'eut pas
de succès, avec juste raison ».
li est des fètcs qui saluent l'a~rivée rn
France de la l)auphine, et danse un pas de
deux devant elle 11 Châlons avec Mlle Duperey.
A VersailltJs, il danse dans la plupart des ballets cl note ce petit fait : &lt;&lt; Tous les danseurs
cmploJéS dans ces spectacles avaient des uniformes rouges, avec des brandebourgs en or.
Ce costume, imenté par Laval, n'était pas
très bien trouvé, car tous les officiers de la
maison de Mme du Barry étaient vêtus de
même. Comme nous étions plus de cent, on
ne voyait circuler dans \'ersailles que drs
personnes qui avaient l'air d'être de la suite
de la maitresse du Roi. En qualité d'artistes,
nous entrions partout, tandis que les gens de
Mme du Barry ne le pouvaient pas. Cela
amena des querelles. &gt;&gt;
Lorsqu'il fut nommé maitre des ballets de
la Cour, Despréaux ne se contenta pas de régler les danses qui étaient données sur le
son nom figure parmi ~ux des jur~s _du Tril,unal. li
se tua après le 1) thermidor, pour e\lter le sort des
complices de RobcspiC'rrc.
5. Sur lime Pater, Yoir le chapitre XIV de Loui&amp; XV
intime et les l'e/ile&amp; ,1/allre&amp;su, Pion, 1899.

t~éàtre_ du Roi, il se mil à composer des pelltes pièces ou plutôt des ballets entremêlés
de chansons dans lesquels de grands seigneurs oc rougirent pas de figurer sous sa
direction. A Choisy-le-Roy, en 1777, il fit
exécu~er, parles _danseurs du r\oi, Berli11gue,
parodie d Ei-nelmde, dont la primeur avait
été donnée au Lhédtre de la Guimard, dans
cet lultel décoré par Doucher el son élhc David 1, ce temple de Terpsichore que vont visiter cl fréqurntcnt les sou\'Crains élrangcrs.
Celle parodie bouffonne cul le plus grand
succès, et le r\oi, qui jusr1u'alors n'avait encore témoigné aucun gotil bien vif de théàLrc, ) riait d'un si gros r:re, pendant les trois
actes, qu'il donnait une pension au danseur'.
En 1778, un théâtre est construit exprès à
~larly• pour llomans, parodie de Roland·
llloGm(e, parodie d'Iphigénie, obtient, gràc~
à utmard, un grand succès, el l'auteur est
gratifié ~e cent louis par le Roi. Toujours
avec Gmmard comme principal interprète,
D~spréaux fait représenter Chrislophe et
J&gt;iei-re Luc, parodie d1i Castor el Pollux.
~a~s l~ prologue qui précédait la pièce, il
cta1l fait allusion à l'ou\'erture du théâtre de
Trianon sur lequel on n'avait pas encore joué.
A propos de cette jolie sa lie de spectacle, un
des acteurs disait :
Chaque endroit me ravit, cncl1ante mes regard,,
~t mon cœur est llatté de penst•r que les arts
Viendront tous s'c~ercer sur cc nou,enu Parnasse.
t:ne parodie de Pénelope, sous le nom de
Sy!~cope, jouée à Versailles dans le petit
the'.llre du Château, montrait birn que le
« sieur Despréaux a\'ait le génie tourné vers
1~ h?ull'onnerie », mais elle tomba à plat,
dit l Obsen•aleur anglai.~. Cette bouffonnerie
consistant en allusions d'actualité, il serait
assrz difficile d'en apprétier la Yalcur. Le
goùl de l'époque applaudissait à une Me'&lt;lec
el Jason, parodie de la Médée de Clément
escortée sur J'affiche de ces épithètes de car~
naval: b~llel terrible'. orné de danses, soupçons, nol1'ceurs, plaisirs, bêli$eS hm·rem·s
gaité, tmhuon, plaisanteries, ~rison, ta~
b~c, poi,qnard, salade, amour, mort, assassma/ ... et (eu d'arJifice.
Le grand succès de Despréaux semble a'foir
été, en 1779, la représentation du Comédien
b?urgeois, c_o~édic burlesque, pièce jouét!
d abord à Creteil dans le Perche, clu z la comtesse de Créteil ; les acteurs étaient le comte
de Gramont d'Astcr, le duc de Guiche le duc
de Pienne, fils du duc de \'illcquier, J~ comte
de Rochechouart... et Despréaux. Une seconde représrntalion eul lieu au cbàteau de
1. Jal, D1ctio1111airc rril11JIIC: art. Dn1id cl Guim11·d.
'.!. llachaumont, t. 1\ ,
;;, Du 12 octobre Où 13 novembre, il y eut untor,e ,pectacle!, la~t _il llarly qu'à \'crsaillcs et (1irz
la Remc c r_n com_c1lics, actes d'opéra houlfons, ballets •, cc qm ne ,l,m1nuc pas les d{,pen,e, tant ur
'!' fond _ne la, cho~e que par les petits théàtres qii'il a
fallu soit à \ersa1llrs, soit à ,tnrly. (Journal dr Pap1/1011 de la l ertt, wt,•11d(!11l dn J/1mus, OlleodorlT. J
i. Mgr de, J_orentc _tc1)a1t la feuille des bénéfices.
C.om~c la Gnamard cta1t trè, maigre, ,a camarade
~op~•~ Arnould, un peu jalouse, s'écriait: « Je n;
tOD{01s pa_s comment cc petit ver a"Oie u'rst as 1
~{J°rtant sur une bonne fcuillt•., 1ArfioÏ:

~?a~,;//8

]EJUV-ETTENNB DESP'1fÉAUX

Yillequier, puis à Trianon, en 1785, avec
Dugazon, Pré1·ille el OJzincourt, plu, tard à
la Uuclle, chez le doc dti Brissac pour Je roi

U:-.E LEÇO:- [)E 0A"(5F.

r.ravurt d'après

C11000\\'IEC1&lt;1,

de Suède, enfin chez le duc de Lu1nes el chez
le duc de Chàtelct.
IJans ,t? _courant de janvier 1780, Oespréaux s cta1t blessé an pied droit. Plus heureux que son maître G1rdel l'ainé, qui mour~1t d~s suites d'une blessure analogue, il se
rctabltt au bout de deux mois; m~is il marchai~ de trarers e_t dut quiller !'Opéra. li n'en
conlmua pas moms à donner des leçons de
danse et garda son emploi de mailrc: de
ballet de la f:our jusqu'en 1787. Par mesure
~'économie,_ l'emploi fut supprimé à celte
cpoque, mais Dt!spréaux, protéo-é
de la Rcinr
0
continua à être pensionné.
'
li

Le mari de la Guimard.
En 1789, il rnulut se créer un intérieur el
songea à sa compagne de succès, à la Guim~r?, elle aussi retirée et désireuse de vie
p~1~1Llc. L~ Terp'.ichore d'antan n'était plus
tll J~une m l!'ès riche; les libéralités qu'elle
tenait d? l'évêque de Jarente ', du maréchal
dti Soubise et du fermier général Benjamin
:.;. -~lie ~n avait eu ~ne fille, mariée il quinze ans
en t, ,8, ~ Claude D~us, orfi•rrc-bijoutier, et mort~
un. an nprcs son ma_mgc. (GI'. Campardon, L'Acad1'11m royale de muS1que ai, .\ 1111• Riècle t L li
gcr-Lc&gt;r~ult, _188.l; .llèmoirea ucrrls 1. 'xil'· · Grrcuurt, La Gmmal'cl.)
'
• on(j, Bachaumont, anm\1°s I i81-1 ï83.
7· ''.- /'ropectu, d'1111e loterie dr /a maixoll de
:Ill~ _f,uzmarcl. e~:.. dans Ir, Comidien, du /toi de
'! IOllJ!e fm111:01xe, pnr li. E. C.impartlon (Champ1011, 1!&lt;,9 .
• 8. Cc fut le n• 227_5 qui gagna; il appartenait a la
comtc,se _du Lau, qui re,·endit l'hôtel wo 000 I' .
au banqmer Pcrregaux.
·
lfl'tS
!l Elle a11il 2.i.000 liircs de reul&lt;'s viag/ori•~ ou

de ~aborde 5 , s'étaient depuis longtemps évanomcs dans son luxe prodigieux•, et, pour
mettre ordre i, ses aITaires, elle avait, trois
ans auparavant, conçu l'idée originale de
mellre en loterie son hôtel de la rue de la
Cbaus~ée-ll'~ ntin 7 • Celle loterie, sur le pied
d_c 2. .&gt;00 billets à 120 francs chaque, auto~tsée par le ministre Calonne, lui rapporta
,,00.0~0 francs'. Elle tenait de la générosité
du r\ot une pension dti six mille livres, el
quand en août t 78!1 elle se retira du théâ tre
l'Opfr.i lui reconnut une pension cle somm;
é~_alc. ~ans pouroir prélrndrc à la ,·ie princ~ere d autrefois, la Guimard arail de quoi
vtvrc dans l'aisance'.
Le 14 aot1L 1789, âgée de quarante-six ans,
trrs belle e~ aussi bien consenée que Ninon,
~ssu~e Cas_t1l-Blaze, la Guimard épousait, à
1é~lise Sa1~te-)laric du Temple, Despréaux
qm en ava1l quarante cl un 10, &lt;&lt; après avoir
reno~cé à leur étal~, dit l'acte de mariage 11.
Smvaot rnn haL1Lude, Despréaux mit en
couplets l'év~nemenl de son mariage. li semble fort heureux :
Enfin, je pris une femme,
L'au mil sept cent quatre-vingt-neuf.
J 'éprom·c, avrc cette dame,
Tous lrs jours un plaisir neuf.
J'ai vécu célibataire
Quarante ans, toujours joyeux;
Avcc cctl c épouse chère
Je 1·inai cent ans heureux.
.....

Le joui',

0

0

0

la nuit, maÏin °ou soi r · · ·
Tous les d,ux nous t&gt;ensons ,te' même.
A dPux, quand on u·a qu'un vouloir
C'est le. bonheur ,uprêmc t!,
'
Qui_nzc ans plus_ tard, son admiration pour
la Gu1mard n avait pas cessé; lorsque Dcs1
prcaux,
dans son Art de lei Danse ,·oudra
pei.~dre l'idéal de la Gràce, c'est s; femm~
qu_ 11 s'empressera de citer en changeant à
perne quelques mots aux vers de Boileau:
Telle qu'une bcr~i•re, aux plus beaux jours de fête,
Or superbes rubis ne charge point fa tête,
Etr.
La ~él'Olution mettait le ménage modèle
a,ux _prises avec les dirficultés. Au début,
l ancien danseur avait trouvé une position
suffisamment rémunérée ; Célérier et Franc0;ur' chargés par la ville de Paris de l'entreprise de !'Opéra, avaient nommé Despréaux
memLre du conseil d'administration et directeur de la scène de ce théâtre. mais peu de
temps_ après, ils furent tous adcusés 'de malversahons et arrêtés. L'année suivante les
artistes étaient autorisés à se gouverner 'euxmêmes u; Despréaux donna sa démission le
i•• septeml&gt;re pour aller habiter la campagne.
pcnsi_ons. Ç~ntrat de mar\age. dont la minute se
trou,c en I ct~de_ de M. Gulrne, produit par Goncourt.
!O. Elle avait ~1.nq_ an~ de plus que 500 mari et non
'tumzc comme I ccr1t Goncourt, répétant une erreur
de JaL ~es f!·agments de Mémofrea, publiés par
:li.'; _F1rmzn lhdot, donnent la date de nais-ancc
d Etienne et de ses frères. Nous avons YU que Despréaux Pl!,r}c de ses premières élèves en 1763 ou l 7Gt •
ne_ en 1, 1:i8, celle précocité t·llt été bien extraonli'.
n~1re. ll a•lle~rs Jal, qui l'a fait naitre à celle date
d1! quelques lignes plus haut: En l 7Gi, un garcon d~
sc11.c ans, fils d'un violon de l'orchestre de !'Opéra cte
11. Jal, Dic!io1111aire critique: art. Guimard.' ·
, 1~- Le ,J/01, ~hooson de Despréaux. (Bibl. le
1Ol~ra. manu-&lt;c,:its.)
'
/11ograp/11e 1111Îl'e1ullt des 111usiciem (J. Féli.)
,1,

�1f1ST01{1.ll

] 'EAN-ÉT1'ENN'E DESP'JfÉAUX

qui le force à vendre une partie de ses livres
pour faire face à la nécessité. C'est pour lui
l'occasion de lancer la chanson : Ma bibliothèque ou le cauchemar. Le fantôme qu'il
suppose voir dans un rêve, lui expose la misère que va amener la dépréciation du papiermonnaie et lui donne le conseil, pour ne pas
mourir de faim, de faire argent de ses livres.
Avec verve, il passe en revue les auteurs :
Ce n'est point une chimère,

Vends Lous tes auteurs fameux.
Avec le di,·in llomère
Tu vivras un jour ou deux;
Avec le pensif Jean-Jacques
Tu peux exister longtemps
Et peut-êlre attraper Pâques
En grugeant d'autres savants ....
Tu peux compter sur Virgile
Pom· un an de Lon loyer,
El son traducteur Delille
Paiera ton vieux jardinier;
Plutarque pourra sans peine
Tc donner vingt bons repas,
Avec le bon La Fonlaine
lh'galc-tni les jours gras.

.......

Ma~ge le Temple de C11ide,
Fénelon, Grécou1·1, Dorat,
Et métamorphose Ovide
En un dînrr délicat.
L'11ô TEL DE LA Gn~IARD, D.\NS LA C!IALlSSÉE·D' ANTIN. -

Malgré les événements, il est toujours gai
et c'est ainsi qu'il fait ses adieux à rOpéra:
Adieu, superbe machine,
Adieu, pompeux Opéra,
Adieu, musique divine,
Chanl et danse, cl crclern.
Adieu, forêt en peinture
Et tonnerre en parchemin ;
Jr préfëre la nature
,\ Yotrc charme di1•in '·

Le seul gof1t de la nature ne décidait pas
le chansonnier à chercher une retraite paisible. Ils étaient, lui et sa femme, de la catégorie des suspects, et la plus élémentaire
prudence les engageait à ne pas offrir aux
yeux vigilants des patriotes d'anciens artistes
des théâtres royaux, longtemps pensionnés
par la Cour.
Ils s'étaient cachés dans une petite maison,
sur la butle Montmartre, endroit fort bien
choisi, car, pour y arrirer, (( le chemin, dit
Despréaux, était si escarpé que les patrouilles
anthropophages négligeaient d'y monter ,, .
Là, le ménage vécut fort paisiblement, si l'on
en croit les fragments de la chanson : .Mon
emménagement à .'lfontmarti·e :
l' n peu plus haut que les clochers,
Près de la céleste demeure,
)la femme et moi sommes juchés;
On y monte en moins d'un quart d'heure.
l ,es habitants de ces cantons,
Cc sonl simplement des ânons.
Au bord de Paris el des ch;1mps,
Avec mon aimable compagne,
Mon cœur goû le les agrémens
De la ville cl de la campagne.
Paisible du malin au soir,
J.à, sous des voùtes de verdure,
1. )lanuscriL5

,te la Bibliothèque de l'Op(,ra.

Dessin de ROBIOA,

En main la bèche ou l'ai-rosoir,
.le tâche d'ai~er la nalure.

Tranquille au séjour des ânons,
Je philosophe sur cc monde.

Ce fut dans cette retraite de Uontmartre
que Despréaux composa presque toutes les
chansons qu'il fit publier plus tard sous le
titre de JI.tes Passe-Temps.
&lt;( Je fis ces chansons, rapportc-t-il dans
une note de ses Souvenirs, pour me distraire
des maux énormes qui nous assiégeaient el
pour étourdir un peu ma femme que j'adorais. »
Dans une de ces chansons, il se moque
spirituellement de ceux qui se vantaient
d'être appelés sans-culottes :

Oubliant les catastrophes,
Causes du malheur présent,
Mange tous les philosophes,
N'èpargne pas un savant;
Fais•leur payer la dépense.
Boi., beaucoup pour t'étourdir,
El sur l'histoire de France,
Vois si lu peux t'endormir.

La vente des livres produit peu, il reste
fort pauvre, mais il cha(!te encore. Quand
la pudeur est blnnie du costume des femmes,
il écrit :
Grâce i1 la modr,
Un' chemis' suffit,
Un' chemis' suffit.
Ah! 'fU&lt;' c'&lt;'st commode,
Un' chcmis' suffit.
C'esl tout profit.

Le mari que s'était choisi la Guimard était
un gai optimiste, un philosophe couleur cle
i-ose, comme il le dit lui-même, qui se ~onsolait par des flonflons des malheurs de
l'heure présente. H trouve que l'année 1794
est propice aux chansons du dessert el il
fonde les Dinel's du Vaudeville.
Voici en 1795 la dégringolade des assignats

Cependant il faut vivre. Le ménage, criblé
de dettes, adresse suppliques sur suppliques
au ministre de l'intérieur. Du citoyen Benezech, la Guimard ava.it obtenu la promesse
de deux représentations du ballet de Ninette
où elle aurait reçu la moitié de la recette et,
en mai 1798, elle rappelle celte promesse qui
n'a pas reçu d'exécution. Son mari, en
même temps, énumère . ses services : au
bout de vingt ans de travail, sa pension de
5.600 francs est réduite à 555 francs, et il
doit -12.000 fraacs. Pour lui, il demande à
être au nombre des vétérans de !'Opéra et à
toucher les 2.400 livres de secours que le
gom•ernement leur accorde; pour sa femme,
le droit au (( bénéfice » qui les tirerait momentanément de la gêne". De ministre en
ministre, de la direcl~on de l'instruction publique au Conseil d'Etat, les requêtes sont
ballottées, sans cesse ajournées quoique
prises en considération « pour les talents
réels de Despréaux et les pertes qu'il a éprou-

2. Conseils aux Sans Culottes, chanson de Despréaux composée en 1793.

5. Lettres à François de Neufchdt ea11, à
g11e11é (Bibliothèque de l'Opèra).

Rhabillez-vous, peuple français,
Ne donnez plus dans les excès
De nos faux patriotes;
Ne c1·oycz plus que d'èlrc nu
Soil une.preuve de vertu :
Remettez ,·os ,culollc~.
De l'homme soutenez les droits,
liais, sans désobéir aux lois,
Soyez bons palrioles;
Concitoyens, rnns vous fàcher,
1;achez ce que l'on doil cacher :
Rcmellez vos culolles~.

Gi11-

vées lJ ; ce n'est qu'en 1807 que sa pension
est enfin réglée.
Dans l'intervalle, notre chansonnier ne
s'est nullement désespéré; les secours de
Talleyrand et la publication d'œuvres nouvelles l'aident à vivre en attendant que les
amateurs de danse d'alors le remettent en
vogue et le désignent à la protection du Premier Consul et de sa famille.
Sa première œuvre après la Révolution est
La Descente d'Orphée aux Enfers, pièce
boulfonne qui devait être de si grande utilité
aux librettistes modernes; puis Je ne sais
qui, ou les exaltés de Chm·enton , petite
pièce du même genre, jouée en 1800; après
la paix de Lunéville, un vaudeville de circonstance : Enfin nous y voilà, où il encense Bona parle et son armée; deux parodies : La 1'mgédie au Vaudeville, en
allendant le Vaudeville à la Tmgédie, et
Après la Confession, la Péniten ce, épilogue
à la pièce précédente; encore un à-propos,
après le traité d'Amiens : La Paix clans la
JI.Janche. Enfin, en 1806, il publia, sous le
tilre de JI.les Passe-Temps, un certain nombre
de ses chansons, de quelques-unes-desquelles
nous avons donné des fragments.
&lt;( Les chansons, dit Despréaux dans un de
ses manuscrits, qui sont copiées dans ce recueil et qui sont en partie dans JJJes PasseTernps, ont été presque toutes faites pendant
la Révolution. Je ne comptais pas les faire
imprimer. Les circonstances me forçant à
faire argent de tout, je cédai à M. de Talleyrand qui m'avait pris en amitié et à qui je
ne pouvais rien refuser parce qu'il m'avait
rendu de grands services.... Ces pauvres
petits vers me répandirent dans le grand
monde, surtout chez les Richm·ds, et m'aidèrent à faire vivre une grande quantité de
jeunes et de vieux parents 1 • L'abbé Delille,
mon ami, m'en corrigea et me donna des
conseils sur mon Art de la Danse 1. l&gt;
Parmi ces chansons, aujourd'hui si parfaitement oubliées, il en est plusieurs de
charmantes que n'aurait pas désavouées Béranger dont il fut le précurseur et souvent
l'inspirateur. La philosophie anacréontique,
le tour des vers même, Béranger les a soul. Les en fan ls de ses frères et sœurs.
2. Cel Art de la Danse, qui fail suite à 1Jles
Pmse~'femps, élail une parodie de l'A1·t poétique,
de Boileau.
3. Béranger exprime la même idée de la foçu11
suivante :
Vierge défunte, une sœur grise
Aux J)Ortes des cieux rencoull·a

Une beauté Ie~le et bien mise

Qu'on regrettait à !'Opéra.
Toutes deu.. dignes de louanges
ATrivnient, après d'heureux jour/
L'une s111' le.:; ailes de,; angc3,
'
l.'aulre dans les hms des amours.
J.à.Jmul, saint Pierre en sentinellr,
Apri•s un Ave pour la sœur,
!&gt;11 à l'actrice : On peut. ma belle,
Entrer chez nous s:ms conrc~seur.

Vn luth en main, il celle lalilr,
Entre l'amour cl l'amiti(·,
Je veux chanter la f~te aimalilc
De ma sO'ur cl de ma moitié.
Toi, Magdeleine, leur patronne,
llaigne seconder mes lÏcsscins !
Pour Terpsichore cl pour la nonne,
Tl me faut chanson ù deux fins .

El moi, danseur de !'Opéra,
Je ne fais que des cabrioles.
Vous étouffez tous vos désirs;
:-iuil cl jour, je ris, je badine,
Jr me donne tous les plaisirs,
El vous la disciplinr.
Vous faites maigre, je fais grn•,
Et j'é1·ile la moindre peine;
Vous avez caché vos appas
Sous une chemise de laine ;
.Te m'occupe des biens présens,
Et vous de la vie éternelle.
Sans commettre la moinrlre erreur
Vous allez souvent il confesse·
'
Moi, j'y vais rarement, ma ~ur,
El je pèche sans cesse.
En ligne droite, an para&lt;fü,
Vous irez voir Dieu face à face·
En ligne droite, aux lieux maudits,
lion âme ira prendre une place.
Sans doulc on vous sanctifiera
On irn ba iser votre châsse; '
)loi, le diable me rôtira;
)la sœnr, demandez grâce....

III
Le maître à danser de Marie-Louise.

Je reviens à la vie de Despréaux sous le
Directoire, le Consulat et l'Empire. Sinon la
fortune, du moins l'aisance va rentrer dans
le ménage d'artistes, grâce aux leçons de
danse, Despréaux nous a déjà parlé de Talleyrand, protecteur de ses chansons; il va
nous introduire derrière lui, rue Chantereine,
chez Mme Bonaparte, à Mortefontaine, chez
Dans le même ordre d'idées, Despréaux Joseph.
improvisait encore Les Cont1·astes, chanson
Dans une maison de la rue du Mont-Blanc,
Despréaux donnait des lerons de danse.
« ~lusieurs personnes venaient chez moi,
écrit le chansonnier, pour jouer à des jeux
d'enfants et faire des folies. C'était une
assemblée de jeunes personnes. Eugène de
~uh:irnai~• (un de ses premiers élèves)
arrivait toujours le premier et nous aidait à
arranger l'appartement. Ces folies réussissaien~ cependant parce que j'y joignais une
coll?bon. Il y avait les plus jolies femmes de
Paris. Mme de B~uharnais y venait régulièrement et y amenait sa fille.... Il y avait aussi
quelques princes et princesses étrangères. La
future duchesse de Raguse y vint aussi. »
Cependant la dépense devenait un peu forte
pour le maitre à danser. Les &lt;( affidés l&gt; du
s~lon proposent un pique-r.!Ïque. Bien qu'il
n y consente qu'avec regret et en limitant les
prenants-part à ceux qui étaient venus dès le
début, Despréaux essuie des ennuis dans sa
nouvelle combinaison. Un certain vernis
d:aristocratie s'attache à sa maison qui devient suspecte. La Guimard et son mari vont
être
arrêtés par ordre du Directoire, lorsque
LA GUIMARD.
Mme
de Beauharnais s'entremet et plaide
Gr.:zvure de JULES PORREAU, d"ap,·ès un pas/el (/1{
auprès de Barras, la cause du professeur
temps.
son fils.
L'année suivante, Despréaux, dont le budget
dédiée à sa sœur la religieuse, et qui devait
4. ~ugène de Beauharnais semble s'être lié avec
presque fournir le texte de la chanson de Despreaux.
• li m'aimait beaucoup, dit le danseur;
BérangPr:
nous alitons souvent nous promener ensemble à PicQue clans la balance cclesle
Un Dieu pèse erreurs el vertus,
Ma femme, il trouvera du reste
Pour le mellrc au rang cles clus :
Si ma sœur, sainte Éléonore,
Au lauleuil parvient loul d'un trait,
~la femme, sainte Terpsichore,
Au ciel aura le tabouret 3•

d;

Enlrez, entrez, ô tendres femmes,
lleprend le portier des élus;
La charité rempl il vos âmes,

&amp;Ion Dieu n'exige rien de plus.
On est admis dans son empire,

Pountt qu'on ait séché des pleurs,
~ous la couronne dn martyre

Ou cou~ tfpc; cnnr&lt;U11w-.. d" nrur, !
(8ÉRASGER , l.

vent empruntés à Despréaux. Lisez : La Fin
d'un blonde, le Buvons tous à la 1'0nrle, le
Jtts de la treille, la Afachine 1·onde, le refrain bruyant Eh! zon, :.on, zon, c'est le vocabulaire de fiéranger emprunté à Despréaux.
Où l'imitation est trafüparente, c'esl dans
la chanson de Béranger : Les deu:i: Sœui·s de
Charité, chanson dont l'inspiration a élé
fournie par Les Deux Madeleines, de Despréaux.
Le chansonnier avait une sœur, Madeleine,
religieuse, sous le nom de sainte Éléonore,
au couvent de !'Adoration perpétuelle du
Saint-Sacrement. Entre l'existence de cette
sœur et celle de sa femme, la Guimard, il y
avait assez grande opposition pour que le
poète y ait trouvé t('xte de ses Deux Aladeleines :

. . ...
1.)

'

. ..

Yous ne cl1antez qu'Alle/uia
Ou bien d'autres saintes par~lcs,

Lus, f~ubnurg Saint-Antoine, chez les frères Michel,
.anqu1ers, (ce sont les trop célèbres frères Michel,
con~amnes ,11a r. contumace comme assassins) qui
avaient un_ J~rd1~ supe~be; nous y jouions au billard
et on y fa1sa1t mille folies. »

�111STO'f{1.Jl
s'est amélioré, a loué le rez-de-chaussée de République française, lorsqu'on rapporta Du- dans le parc et la· conversation fut curieuse
l'hôtel de Mme de Bonneuil, Chaussée d'Anlin. phot, blessé dans une émeute, râlant, ago- pour moi lorsqu'il me dit : « Monsieur, les
li y a une grande cour, un beau jardin; la nisant, mourant sous ses yeux. Et Désirée a hommes sont des machines qu'il faut étudier,
surtout les soldats; il ne faut pas les laisser
meilleure société, les ambassadeurs étrangers conté son chagrin au danseur confident.
Quelque temps après, autre sujet de tris- réfléchir, il faut toujours les occuper. J&gt;
cl toujours Mme de Beauharnais, devenue
Joseph Bonaparte, en achetant MortefonMme Bonaparte, y fréquentent ; mais les bals tesse. On veut lui faire épouser Rernadoue,
y deviennent cohue, « 1~ franche gaité a cessé cl elle ne s'en soucie pas. C'est encore Des- taine, avait dit au chansonnier : cc Mon cher
d_'exister », et bientôt Despréaux, renonçant préaux qui la calmera et la décidera à ce ma- Despréaux, je voudrais vivre ici tranquillement; les grandes affaires ne me conviennent
aux grandes réunions, revient aux leçons par- riage •!
ticulières.
« J'allai la voir, quelques mois après son pas. » II n'en eut pas moins, en novemEn cette qualité de maître de danse et de mariage, ajoute Despréaux,jela trouvai encore bre 180 l, à prêter son château pour les prémaintien, Despréaux ~t reçu dans toute la en larmes, elle me dit encore en pleuran l' : liminairt!s de la paix entre la France et les
Étals-Unis et à laisser organiser une fête
famille du futur Premier Consul, et, dans ses cc Bernadotte part demain pour l'armée I J&gt;
« Souvenirs », il a laissé une très curieuse
A Mortefontaine, où il fréquentait beau- somptueuse ordonnée par le Premier Consul.
notice cc sur la foule des rois, reines et grands coup, Despréaux devait souvent rencontrer Despréaux nous a laissé le récit de cette fêle
potentats éelos par la fermentation de la Ré- Bernadollc qui, depuis son mariage, n'était q11'1l a été chargé d'organiser : feu d'artifice,
volution d~ France».
plus jacobin. « Il lisait beaucoup et érudiait concrrt avec le concours de la Comédie-Franç1ise, festin en trois taliles oü s'étaie11l
Quelques détails sur la future reine
de Suède, Désirée Clary, ne sont pas
partagés, en outre de la famille Bonasans intérêt.
parte, des ministres,_ des ambassadeurs, des généraux, Emilie Contat cl
&lt;&lt; Un jour de la lln du siècle, écrit
le chanteur Garat, enfin l'indispensaDespréaux, le sieur Junot vint me
ble metteur en scène, Étienne Destrouver et me deinanda de donner des
leçons de maintien à une jeunedemo;préaux.
selle, parente de Joseph Bonaparte 1 •
Il est à supposer qu'à celte époque
cc J'acceptai et fus avec lui dans
le Maître Jacques de la danse, de la
le faubourg Saint-Germain, rue des
chanson et du vaudeville avait surSaints-Pères, à droiteen entrant du côté
monté les embarras d'argent dont nous
du quai, dans un hôtel garni où del'avons vu se plaindre. A partir de la
meurait Joseph .Bonaparte.... M. et
fète de Mortefontaine, il fut chargé de
MmeJosephBonaparte occupaient l'apla composilion et de la direction de
pariement du premier, et la future
toutes les brillantes fêtes publiques
reine Bernadotte demeurait dans une
qui furentdonnées jusqu'en 1812sous
soupente où il y avait une seule fenêles gouvernements consulaire et imtre, une armoire, un lit, un petit scpérial. Si sa pension d'ancien danseur
crétai re el trois chaises. »
c.le !'Opéra n'est liquidée qu·en 1807,
Despréaux se pique d'avoir reçu des
les honoraires importants dont ses
confidences de Mlle Clary. Vrais ou non,
nouvellos fonctions étaient rétribuées
ces reflets d'impressions changeantes
compensaient largement la rente réclasont vraisemblables. &lt;&lt; Elle a d'Jbord
mée. Il avait raison au reste, le gai
été fiancée à 13onaparle et l'aimait
chansonnier, de penser à l'avenir ferme,
réellement. L'abandon de celui-ci,
car ses mains trop larges laissaient se
puis son mariage avec Joséphine la
répandre au fur et à mesure l'or gajettent au désespoir ' .... De royaliste
gné par sa peine; mais ne croyons pas
qu'elle était, elle de,ient républicaine
Goncourt lorsqu'il dit - n'ayant nulle
et court à cheval à côté de Du phot,
connais~ance des Souvenirs et laissant
fils d'un plâtrier. J&gt;
dans sa biographie de la Guimard une
MARIE-LOUISE:, h!PÉRATRICE DES FRANÇAIS.
Bien qu'elle ne l'aimât pas comme Dessi11 de DuRA,&lt;o-DucLOs, d'après le buste sculpté à Compiègne par Bos10. lacune de dix à quinze ans - qur,
elle avait aimé Bonaparte, elle s'était
« dans le ménage d'artistes, l'Empire
laissé fiancer au jeune général. Elle
ne ramena ni la fortune ni l'aisance 5 JJ.
demeurait à Rome, au palais Cortini, chez la vie du prince de CondJ et celle de Turenne.
Les beaux temps, au contraire, sont reveson beau-frère Joseph, ambassadeur de la Nous allâmes nous promener fort longlemps nus pour le vaudevilliste et, en 1807, il a
1. On se rappelle que Mme Joseph Bonaparle était
la sœur de la fulure Mme Bernadollc.
2. Ilonaparle el Désirée s'étaient fiancés à Morscille et devaient se marier au printemps de 1795.
Lé séjour à Paris du général, qui fréquenlail la société de füne Tallien el y connut Mme de IJeauharnais, devail modifier ses projels. Mlle Clary, délaissée,
se montra jusl.emeot froissée cl conçut dès lors une
haine implacable pour celui qu'elle avait sincèrement
aimé. Sur Désirée-Eugénie (ce dernier 110m était le
vrai, celui dont elle signait ses lettres à Bonaparle),
voir: füron Larrey, Madame Mè1·e, l. I; Baron de
Uischild, Désirée, 1·eùte de Suède et de Norvège :
Comtesse d'Armaillé, ])ésfrée Clar·y (Revue des /l ,v11es, 15 octobre 1896) ; l,a premiè1·e fiancée de Sapoléo11, d'après les documents livrè; il la pnb!icité
par S. M. Oscar H, roi de Suède; Frédéric füsson,
Napoléon el les Femmes; N.émofres de /Jarras, éd.
par il. ~- Duruy, t. 1, et La. Ré_volulio11 [,ra11çaise,
H janvier 1895, )1. J. V1gmcr, La 1erreur à
Marseille, d'après un manuscrit de la Bibliolhèque
municipale.
3. Le W mlrs 1ï9û, jour du ,mriagc de Julie

Clary avec Joseph, Bernadotte ne se doutait guère
que deux ans après il épouserait l'ancienne fiancée de
Napoléon. Au mariage de Joseph Bonaparte, le bouillant Bernadotte s'élait montré d'une grande inconvenance. • La cérémonie touchait à sa fin, dil un manuscrit de la Bibliolhèquc de Marseille (v. RJvohtlio11
f rançaise, 14 janrier 1895), le cèlébrant prononça
une allocul,on. Il exprima des vœux pJUr le repos et
la délivrance de l'Eglise et de la Patrie asserv1œ ....
Celte partie de l"allocution déplut à l'un des assistants,
omcier r lpubl icain ; même elle Pxcita tellement son
fanatisme révolutior.naire qu'oubliant tout à la fois le
respect qu'il devait à la réunion, à ses hôtes cl même
il son chef, il lit entendre contre l'orateur des menaces
de dénonciation qu'il Lenla aussitôl d"exoculer en se
clirigcant brusquement vers la porle .... Son hùtcsse
le prérint au mème instanl à la porte dont elle s'empara de la clef. Stupéfté de cet acte de hardiesse, la
confusion de cet officier augment, guand il vit s'approcher Napoléon qui, avec non moms de calme que
d"aulorité, le ramcua à sa place, après lui avoir fait
envisag-cr toute l'élcnduc des malheurs crue son acte
incons1tléré aurait attirés sur toute sa famille. » L'au-

leur de cette algarade n·était autre que Bernadotte,
futur marècbal d"Empire et roi de Suède.
4. Mélancolique et « sensible -o, Desirce avail les
larmes lrès faciles. Elle aima d'abord son mari, c'est
un fait, d'abord en haine de Bonaparte, puis pour luimêmc. « Cel amour, dit la duchesse d'Abrantès, devint un vrai fléau pour le pauvre Ilèarnais qui, n'ayant
rien d'un héros de roman, se lrourait même forl embarrassé quelquefois de son rôle. C'étaient des larmes
continuelles. Lo1"squ'il était sorti, c'était parce quïl
était absent. Lorsqu'il devait sortir, enrore des larmes;
et lorsqu'il renLJ·ait, elle pleurait encore parce qu'il
devait ressortir, peut-être huit jours après... mais
enfin i I devait ressortir. » Plus lard, reine de Suède,
mais vivant le plus qu'elle pouvail à l'aris, Désirée
(;lary éprouva les mêmes langueurs el les mêmes
émolions devsnt le duc de Hichelieu qu'elle a poursuivi en Allemagne sous l'Empire, q~'elte retrouve
président du Conseil sous la Rtslaurat10n. l'n passage
assez mystérieux des Mémoires de Mme d'Abrantèi
se trouve cclairé par quelques lignes du médisant
Thiébaull.
5. Goncourt ajoute au,si la Restauration cl ci te une

HISTORIA

Cliché Giraudon.

ELISABETH DE FRANCE
FILLE DE.HENRI IV, HO! DE FRANCE, ET FE,\li\lE DE PIIILIPPE IV, ROI D'ESPAG E
Tableau de RUBENS. (;\\usée du Louvre.)

�,

_____________________________

]ë.JfN-C.TTE'N'N'E DëS'P'J{ÉAUX - - ~

bitude d'avoir la tête baissée et de porter le
ventre en avant.
&lt;&lt; Eh bien, interrompit !'Empereur,

« Il n'y avait pas de violon. L'Empereur
sonna pour qu'on allât en chercher un dam
le château. On apporta un violon, mais

une place stable; il est inspecteur du théâtre
de l'Opéra et des Tuileries. Comme il a gardé
religieusement les traditions de l'ancienne
cour, on s'adresse souvent à lui pour certains
détails du cérémonial des fêtes impériales.
Est-il vrai, comme il s'en vante, qu'il ait
parfois joué le rôle d'un vrai maître des cérémonies? En tout cas, il assista aux solennités
de l'Empire et son récit du mariage de Napoléon et de &amp;tarie-Louise en fait foi : la mine
triste d'Eugène de Beauharnais et de sa sœur
en signant le contrat qui chassait leur mère
du trône, l'attitude ou contrainte ou gênée
de chacun des membres de la famille impériale, tout, jusqu'au dandinement de Cambacérès;« qui signe les yeux à moitié fermés »,
y e,t décrit par un témoin qui a vu ce qu'il
raconte.
Sur le séjour à Compiègne des nouveaux
époux, Despréaux apporte des détails curieux.
Napoléon lui a fait dire de donner des leçons
de maintien à l'Impéralrice. Il arrive au cbàteau où « il est comblé de caresses » et où
Duroc lui fait attribuer un appartement.
« Voici, raconte Despréaux, ma première
entrevue arnc l'impératrice. Une personne
habillée en blanc, très simplement, entre
dans le salon rond où j'attendais . .. . Elle
avait le front baissé et laissait pendre ses
bras. Je me levai aussitôt et saluai d'une
révérence.... Je mis des gants blancs, lui
pris la main et commençai ma leçon, en
faisant d'abord marcher l'impératrice. La
Beine de Naples entra au moment où j'étais
dans une petite discussion avec Sa Majesté
qui , pour marcher en avant, avait grand soin
de poser la pointe du pied la première. La
Beine de Naples arrêta adroitement la leçon,
me prit à part et me dit que j'étais dans le
vrai, que celte manière de faire n'avait pas
raison d'être et qu'Abraham, son ancien
maître de danse, lui avait enseigné le contraire ainsi qu'à ses enfants.
« Je dis alors à !'Impératrice : « Je demande bien pardon à Votre l\lajeslé, mais je
ne puis laisser passer cette faute. Car, si,
pour marcher en avant on est obligé de poser
la pointe du pied la première, il faudrait
donc, pour marcher en arrière, poser le
talon le premier. »
« Celle phrase était à peine achevée que
!'Empereur entra : «Bonjour, monsieur Despréaux, dit-il, vous avez bien des choses à
faire. &gt;&gt; Puis se tournant vers Marie-Louise :
&lt;&lt; li faut, Madame, que vous exécutiez tout
ce que monsieur Despréaux vous dira, et je
ne vous mèuerai à Paris, que lorsque vous
smrcz bien vous tenir, marcher et danser. »
« Je m'adressai alors à Napoléon : « Sire,
le maintien ne peut se changer aussitôt qu'on
le désire; il en est ainsi de toutes les habitudes. Sa Majesté, en marchant, a pris l'ha-

portez, Madame, le ... contraire en arrière. »
Je n'ose pas écrire le mot dont se servit
Napoléon. La Reine de Naples, sa dame
d'atours restaient pétrifiées ....
« Je pris aussitôt la maiu de l'I mpéralrice
et la fis marcher aussi noblement qu'il me
fut possible, en lui disant à voix basse ce
qnïl fallait faire. Ayant élevé un peu la voix
pour lui conseiller de porter la tête plus
haut et de détacher le menton qui touchait
la poitrine, l' Empereur dit très haut : « Oui,
oui, \'OUS avez raison. Vous \'Ons teniez autrefois en archiduche,sc; il faut maintenant
vous tenir en impératrice. »
« L'Empereur avait compris la faute grossière qu'il venait de commettre. Il se mit à
marcher fièrement devant une grande glace
et à rn faire des révérences profondes,
disant chaque fois : « Eh bien, monsieur
Despréaux, est-ce comme cela? 1&gt; Et le danseur d'expliquer les différents saluts, en
quoi se distinguait la révérence du supérieur
envers l'inférieur et réciproquement. Napoléon sembla acquiescer et, tout d'un coup,
demanda à Despréaux de lui apprendre à
valser.
&lt;&lt; li passa son liras par-dessus mon épaule,
et nous nous mîmes à valser; mais comme
je sentais que la force qu'il déployait nous
allait Lous les deux étendre à terre, je le
priai de s'arrêter. Il courut aussitôt vers
Marie-Louise, lui donna de petites tapes sur
les joues, l'embrassa et voulut danser avec
elle.

comme il n·y avait personne pour en jouer,
Napoléon dit : « Vous, Despréaux, qui
faites tant de choses, vous devez sans doute
savoir jouer du violon. »
« Alors, continue Despréaux, je pris l'instrument cl, le tricorne à plumet sous le
bras, l'épée au côté, je me mis à jouer du
violon et à danser avec !'Empereur, qui sautait comme un cabri, en me disant qu'il
avait appris autrement avec un célèbre professeur. Pendant plus d'une demi-heure il
sauta et fil les pas sautés de la danse lrès
en mesure, mais en tenant les genoux ployés.
li me parla ensuite de la danse des • Tricotets) I&gt; et lui ayant répondu que c'était la
danse favorite d'Uenri IV, il voulut la danser
sans savoir. Alors me voilà nez à nez avec
Napoléon.... Je me mis à faire le pas des
« Tricotets l&gt; el Sa lllajesté, en sueur, cherchait à les imiter et à faire le pas favori
d'Henri IV. Il trouva cette danse charmante,
et j'eus la malheureuse idée de lui proposer
d'organiser, à la prochaine fête, un quadrille
avec celle danse et des costumes de la
même époque. Il me répondit oui, mais je
vis à son visage que c'était non .... Je m'étais
cru encore à Versailles 1 et n'avais pas pensé
qu 'Henri IV ne pouvait aller avec cette nouvelle cour.... »
Avec ce récit de la leçon de danse de Napoléon se terminent les pages curieuses des
&lt;1 Souvenirs » de Despréaux. li est fàcheux
qu'il ne nous ait pas laissé ses impressions
su.· la Restauration, don t il s'était empressé

lcttrc de la Guimard chargeant son ami Desentclles
de plaider 1:i cause de son mari auprès du comte
Deugnot pour l'obtention d'une pension viagère.
Lt lettre est du 19 octolirc 1814; la Guim•rd s'y réclame des services r,:indus sous Louis XVI cl non
des emplois sous l'Empire. Est,cc à dirç que Despréam n'a pas Li~n vécu pend31ll cc temps ? Ou

changement de r(gime venait son nouvel embarras.
1, Les Tricolels, danse ancienne qu'affectionnait
Henri IV. Elle est composée de quatre couplets sur
des airs différcnls; le dernier Pst: Vive Uenri quatre.
Ou a nommé ainsi un trépignement de pieds
qu'llenri IV faisait en dansant la fin du dernier couplet des Tricotets et qui marque exactement la nleur

des cinq syllalics de ~oire et de ballre. Ce piétinement, quo19uc fort s1~p,lc, fait grand effet quand il
est execute avec préc1S1on par tout un quadrille,
(Note de IJespréa u, dans l'ht de la Dame.)
2. Des quadrilles avec costumes Henri IV avaitnl
étn remis à la mocle par Maric-Anloinctle. (V. Co1·1•e,~po11da11ce de l\lcrcy. j

C IIATEAU DE M ORTEFONTAINE. -

Gravure de

VILLIERS JEUNE,

d'après

CONSTANT

BouRcE01s.

�r-

'1
1

111STO'}t1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

de solliciter les faveurs. La Guimard, qui,
pendant le temps de l'Empire, a obtenu peu
à peu pour son mari les emplois et pensions
qu'il demandait, recommence en 18f4 à
réclamer l'appui du gouvernement pour la
régularisation de leurs pensions viagères et
implore le comte Beugnott. Après les CenlJours, Despréaux était nommé inspecteur
général des spectacles de la Cour, professeur
de danse et de grâce à l'École royale de musique et répétiteur des cérémonies de la
Cour.
La Guimard habitait alors rue de Ménars,
entourée toujours de l'admiration de son
mari, saluée de la vénération fidèle d'anciens
amis. C'est pour satisfaire l'exigence de
ceux-ci, curieux de l'évocation d'un passé
qui rappelait ~es anciens triomphes, que
Despréaux, toujours à l'affût d'inventions
divertissantes, imagina de &lt;( faire assembler à
l'artiste septuagénaire quelques pas des ballets où elle avait eu le plus de succès i&gt;. La
Guimard refusait mollement, se retranchant
derrière la décrépitude de son corps atleint
par la vieillesse. Son mari insista, fit dresser
dans son salon un théàtre dont le rideau
d'avant-scène ne laissait voir que les genoux
et les jambes des acteurs. Despréaux et sa
femme, affublés dans les parties visibles,

au-dessous du rideau, d'une tunique pailletée
et de la chaussure traditionnelle, cachaient
leur corps· vieilli et ne montraient que des
jambes et des pieds qui paraissaient jeunes.
« Et ce spectacle, ajoute Charles Maurice
dont on tient ces détails, était des plus séduisants en ce qu'il prêtait par l'imagination
de l'esprit à la danse visible, eL du dramatique à la pantomime qu'on ne voyait pas'. l&gt;
Le succès de celle représentation fut prodigieux et l'on sollicitait en foule des places
pour les représentations futures. Au bout de
cinq ou six soirées, la Guimard épuisée dut
reMncer à se donner encore une fois en spC'ctacle.
Elle n'avait plus au reste longtemps à
vivre. A deux heures de relevée, le 4mai 1816,
mourait à soixante-treize ans la plus illustre
danseuse du dix-huitième siècle•. Sa mort
passa presque inaperçue dans le P_aris de la
Restauration qui avait oublié ses retentissants
succès d'antan. A peine les journaux du
temps consacrèrent-ils quelques lignes nécrologiques à l'ancienne Terpsichore 4 •
Despréaux devait survivre quatre ans à
C( l'adorable amie l&gt;, à l'épouse qu'il avait
tant aimée et dont il disait :

1. Lcllrc à Desenlelles, citée par Goncoul'l.
2. Épaves de Charles Maurice·, Nouvelle Revue
rél1·ospectivc, l. Il.

5. Jal, Dictio1maù-e critique de biographie cl
d' ltisloire.
4. Journal de Paris du 7 mai.

Elle prom•e depuis vingt ans,
Par sa grâce el son caractère,

Qu'on a l'art d'arrêter le tcmp~,
Quand on a l'art de plaire.

A l'abri du besoin, grâce à ses pensions,
mais donnant toujours à mains ouvertes,
Despréaux, philosophant au milieu de quelques amisr écrivait jusqu'à la dernière heure.
Ce n'étaient plus des chansons, mais des
maximes comme celle-ci : c( Ne laissez
jamais connaître le fond de votre bourse,
car mus seriez tourmenté et votre bon cœur
finira par céder, et quelque orage imprévu
vous mellra dans la gêne. »
Toute sa vie, Despréaux n'avait guère mis
cette maxime en pratique; le gai chansonnier
a,·ait un cœur d'or et se montrait d'une générosité très supérieure à ses ressources. C'est
dans un moment de gêne causé par des libéralités de ce genre qu'il écrivait en 1818 :
cc J'approche du soir de la vie el, lorsque
je pense aux tristes et exécrables événements
que j'ai vus et aux mallieurs que_j'ai éprou1·és, je me dis : &lt;c Allons, Jean-Etienne Despréaux, pense donc à loi l C'est beau d'être
généreux! mais il est bien pénible d'être
vieux et pauvre. Fais ce qu'un ancien philosophe di~ail : « Il vaut mieux enrichir ses
ennemis après sa mort que d'av_oir besoin de
ses amis pendant sa vie. »
Impossible d'avoir mieux mis en pratique
le contraire de ce qu'il conseillait si bien.
Dans le philosophe-chansonnier, il était resté
le fastueux maître de ballet!
COMTE

Retour d'Italie
Quelque temps après son arrivée à Paris
(après la campagne d'Italie et le congrès de
Rastadt 011 il avait présidé la légation française), Bonaparte demanda qu'on l'autorisât à
faire revenir une partie dé sa maison qu'il
avait lai~sée à RasLadt.
J'hésitais à le suivre, car j'ignorais alors
que ma radiation de la liste des émigrés avait
été prononcée le 1 t novembre.
Bonaparte me dit avec l'accent de la plus
grande indignation :
- Venez, passez le Rhin sans crainte ....
Ils ne vous arracheront pas d'auprès de moi,
je vous en réponds ....
Bonaparte a dit à Sainte-Hélène qu'il n'était
revenu d'Italie qu'avec trois cent mille francs.
Je lui ai connu à celle époque un peu plus
de trois millions.
Comment d'ailleurs, avec trois cent mille
francs, aurait-il pu suffire aux réparations,
à l'embellissement et à l'ameublement de sa
maison de la rue Chantereine?

Comment aurait-il pu mener le train qu'il
avait avec quinze mille francs de rente et les
appointements de sa place?
D'ailleurs, peu importe.... Personne ne
l'accusera jamais d'avoir dilapidé.
C'était un administrateur inflexible; les déprédations l'irritaient et il faisait sans ces~e
poursuivre lt&gt;s fripons avec la vigueur de son
caractère.
Les frères de Bonaparte, voulant a voir tout
pouvoir sur son esprit, s'efforcèrent de diminuer l'influence que donnait à Joséphine
l'amour de son mari. lis cherchèrent à exciter sa jalousie et profitèrent pour cela du
srjour qu'elle fit à Milan ap1·ès notre départ,
séjour autorisé par Bonaparte.
Admis dans l'intimité de l'un et de l'autre,
j'ai été assez heureux pour adoucir ou empêcher beaucoup de mal.
Je n'ai été contre elle, et malgré moi,
qu'une seule fois : c'était au sujet du mariage
de sa fille Horlense, Joséphine ne m'avait pas
encore parlé de ce projet. Bonaparte voulait
donner Hortense à Duroc ; ses frères poussaient à ce mariage afin d'isoler Joséphine de
sa fille, pour laqueUe Bonaparte avait une
tendre amitié. Joséphine voulait la marier à
Louis Bonaparte.

FLEURY.

Les plus magnifiques apprêts furent fails
au Luxembourg pour la réception du vai,,queur d'Italie. La grande cour de cc palais
fut élégamment décorée; quand le général
enlra, tout le monde se tenait debout et découvert. Les fenêtres étaient occupées par les
plus jolies femmes.
Cependant la cérémonie fut d'un froid glacial. Toul le monde avait l'air de s'observer
et l'on remarquait sur toutes les figures plus
de curiosité que de joie et de reconnaissance.
Il faut dire aussi qu'un événement fàcheux
augmenta celle tiédeur générale. L'aile droite
du Palais n'était pas occupée; on y faisait de
grandes réparations; il y avait beaucoup
d'échafaudages aux mansardes et l'on y avait
placé un factionnaire pour empêcher d'y monter. Un employé au Directoire parvint cependant jusque-là, mais, à peine eut-il mis le
pied sur la première planche, qu'elle fit bascule el l'imprudent tomba de toute cette hauteur dans la cour, qu'il éclaboussa de sang.
Cet accident causa une stupeur générale: de's
femmes se trouvèrent mal ; les fenêtres fu•
rent en grande partie évacuées. Quelques esprits pessimistes - il y en a toujours - se
plurent à voir dans celte chute le présage de
celle de MM. les Directeurs.
BOURRIENNE.

.... 3q ,..

PAUL GAULOT
~
1

-

La duchesse de Berry,
fill~ du Régent
travailla en femme qui a pour elle le pouvoir
de l'alcôve. Le duc de Berry n'était pas de
taille à résister à celle direction impérieuse,
et bientôt des symptômes de désunion éclatèrent entre les deux frères. Mais elle avait
compté sans un événement qui déjoua ses
plans : Monseigneur mourut (1711 ). Le duc
de Bourcrorrne devenait dauphin, la duchesse
0 0
de BQurgogne dauphine! es mlr1gues se
retournaient contre elle. Sa fureur fut grande
d'un tel contretemps; toutefois, elle n'était
pas encore allée si avant qu'elle ne p~t revenir
en arrière : elle étala une douleur unmense
et chercha à noyer dans les larmes fort peu
sincères que lui arrarhait cette mort le souvenir de ses machinations impolitiques. Les
deux frères s'aimaient assez pour que la
réconciliation fût possible.
L'orgueil n'était pas le seul défaut de cette
princesse; elle en avait de moins relevés.
Boire et manger avec excès était pour elle un
plaisir. Sa grand'mère nous a laissé sur ce
point des détails bien curieux : &lt;( Madame de
Berry ne mange guère à dîner, et il est im-

Ce fut assurément le plus étrange ménage
princier dont l'histoire ait •co~servé. le souvenir. Il semble pourtant, a n exammer que
la surface, que les deux époux dussent se
convenir.
Le duc de Berry n'était point mal de sa
personne : assez grand, assez gros, il _avait
les cheveux d'un beau Llond, et son visage
marquait par sa fraicheur une brillante_ sa~té.
Il ne manquait ni de bonté ni de d1gmté_;
malheureusement, lïntelligence ne répondait
pas à ses autres qualités, et, c~mm~ il ~'ét~it
que le troisième fils du Dauphm, c est-a-dire
le plus éloigné du trône, o~ avai~, à d_ess~in
peut-être, négligé fort son educ1llon, s1 bien
que c'est à peine s'il savait lire et écrire.
li n'était pourtant pas sot, et se connaissait
assez pour savoir dans quelle infériorité intellectuelle il se trouvait, ce qui augmentait
encore sa timidité, partant sa maladresse et
même sa nullité en bien des circonstances.
Et il lui arrivait parfois de s'en plaindre et
d'en vouloir au roi ainsi qu'au duc de Beauvilliers, qui avait été son précepteur. JI en
laissa un jour échapper le douloureux aveu
devant madame de Saint-Simon : cc lis n'ont
songé qu'à m'abêtir, lui dit-il en gémissant,
et à étouffer tout ce que je pouvais être.
J'étais cadet, je tenais tête à mon frère; ils
ont eu peur des suites, ils m'ont anéanti; on
ne m'a rien appris qu'à jouer et à chasser,
et ils ont réussi à faire de moi un sot et une
bête, incapable de tout et qui ne sera jamais
propre à rien, et qui sera le mépris et la risée
du monde! »
La duchesse de Berry, qui n'al'ait que
quinze ans, mais qui possédait autrement
d'esprit que son mari, ne tarda pas à le
juger et à le mépriser. Le malheur , ou lut
qu'il fût précisément amoureux fou de sa
femme; elle saisit cette occasion de prendre
sur lui un empire absolu. Il ·n'y avait pas
huit jours qu'ils étaient mariés qu'elle faisait éclater son caractère allier, dominateur,
et toutes les ardeurs d'un tempérament violent, d'une nature sans scrupules et sans
freins.
Pleine de dédain pour sa mère, - une
bâtarde, - pour son père si faible, si dépourvu de volonté, elle prit d'elle-même
une telle idée qu'elle se trouva fort mécon.
PHILIPPE D'ÜRLÉANS, RÉGENT DU ROYAUllE.
lente de ne venir qu'après la duchesse de G,-avu,-e d'AuDIBRAN, ct'afn!s le tableau d'IIYACINTUE
Rrc•uo. (Musée de Versailles.)
Bourgogne. Sans égards pour les bontés que
sa belle-sœur lui témoignait, sans pitié pour
l'affection profonde et sincère qui unissait le
possible qu'il en soit autrement, car elle se
duc de Bourgogne et le duc de Berry, elle
fait apporter, avant de se lever, toute espèce
entreprit de brouiller les deux princes, et y
de choses à manger ; elle ne bouge pas de son

s . .

lit avant midi; à deux heures elle se met à
table, elle n'en sort guère avant trois heures,
elle ne fait aucun exercice; à quatre heures
on lui apporte encore des aliments de tout
rrenre des fruits de la salade et du fromage;
0
'
'
à dix heures elle se met à rnuper; entre une
ou deux heures elle se couche; elle boit l'eaude-vie la plus forte. l&gt;
Elle en buvait si bien qu'elle s'enivrait souvent à perdre connaissance et à rendr~ partout ce qu'elle avait pris, sans ~e souCJer _le
moins du monde du scandale quelle donnait,
et sans êlre jamais retenue ni par la présence
de son mari, ni par celle de son père.
Ce n'est pas tout: l'eau-de-vie et la paresse
ne régnaient pas seules sur elle, et ses mœurs
étaient déplorables. Débauchée sans vergogne,
elle s'abandonna à la galanterie la plus effrénée, et ·cela, avec si peu de retenue, avec une
telle hardiesse d'effronterie, que le duc de
Berry ne put longtemps rester dans_ l'ig~orance de ses débordements. Quelle s1tual1on
pour un petit-fils du roi qui ne pouvait guère
faire cesser ce scandale que par un scandale
toujours timide et
Plus o«rand encore! Mais
. pour cette
bonasse, avec un reste de pass10n
femme qu'il avait tant aimée, il n'osait se
plaindre trop haut, el, dans bien des cas, il
se contenta de prendre pour confidente madame de Saint-Simon, à qui il fit de bien
élranrres
aveux. Toutefois
il y eut, de
temps,
0
.
•
en Lemps, des révoltes dans ce mari trompe
et bafoué, qui n'ignorait rien de ce qu'on
disait de la singulière .affection qui Ûnissait
le père et la fille, et Saint-Simon fait discrètement allusion à une scène violente, dont on
ne devine que trop la cause, en raison même
de sa discrétion. C( Ses particuliers journaliers
et sans fin avec M. le duc d'Orléans, dit-il en
parlant de celle princesse, et où tout languissait pour le moins quand il (le duc de Berry)
y était en tiers, le mettaient hors des gonds.
Il y eut enlrd eux: des scènes très violentes et
redoublées. La dernière, qui se passa à Rambouillet, par un fâcheux contretemps, attira
un coup de pied dans le cul à madame la
duchesse de Berry, et la menace de l'enfermer dans un couvent pour le reste de sa vie. n
Mais la duchesse n'ét,it pas femme à céder
aux menaces; toutefois, elle pouvait craindre
que son mari exaspéré n'avertît enfin le roi,
et ne lrouvàt chez lui un appui dont elle
aurait eu tout à redouter; le hasard la servit
selon ses désirs.
Le duc de Berry, fatigué d'une femme
aussi altière, aussi fausse, aussi coupable, se
laissa aller à une aventure avec une femme
de chambre de la duchesse, aventure qui
aboutit à une grossesse.

�LA

111S TORJ.Jl
La duchesse, mise au courant de l'intrigue,
songea avec joie à en tirer parti. Elle déclara
à son mari qu'elle n'ignorait rien des torts
qu'il avait envers elle, mais qu'elle ferait sur
eux le silence et lui laisserait toute liberté,
si, de son côté, il consentait à lui en laisser
autant, sinon qu'elle irait se plaindre au roi
et ferait chasser cette femme de chambre si
loin qu'il ne la reverrait de sa vie. Le pauvre
prince n'o,a répliquer; une fois de plus, il
courba la tête et se résigna.
Le duchesse se sen Lit alors tout à fait
libre, et il n'est folie que rnn imagination
surchauffée par l'eau-de-vie n'inventât pour
le désespoir des siens. Ne s'avisa-t-elle pas de
1,'amouracher d'un écuyer de son mari, La
lla)·e, qu'elle fit chambellan, mais qu'elle ne
put faire Leau, si l'on en croit Saint-Simon :
« C'était un grand homme sec, à taille contrainte, à \'isage écorché, l'air sol et fat, peu
d'esprit el bon homme à cheval. »
li ne lui suffit pas d'rn faire son ammt,
elle désir,1 bien plus et rêva quelque chose
qui sortit &lt;lu commun : elle voulut se faire
enlever par lui, el très sérieusement lui proposa de fuir en Hollande.
La Haye fut effrayé d'une telle proposition,
plus effrayé encore de la fureur qu'elle fit
éclater en voyant son peu d'empressement à
l'accepter. Il se précipita chez le duc d'Orléans et lui avoua l'étrange fantaisie de la
duchesse.
- Que diable ma fille veut-elle faire en
Uollande ? Il me semble qu'elle passe fort
joliment sa vie dans ce pays, répondit le bon
père qui s'entremit pour faire entendre raison
à s;t fille el parvint à la détourner de cette
équipée insensée.
Au milieu de tous ces incidents .honteux
ou ridicules, la duchesse trouva moyen d'être
enceinte, mais non celui de mener à bien sa
grossesse. Elle ne changea en rien son régime
de mangeaille et de boisson ; elle accoucha à
sept mois d'un enfant qui reçut le titre de
duc d'Alençon (26 mars i 715), mais ne le
porta qu'un mois, car il mourut le 26 avril
suivant.
A celle époque, elle était cependant une
des espérances de la famille royale, que des
deuils répétés avaient étrangement réduite :
le grand Dauphin, fils de Louis XIV, était
mort le 14 avril 1711; le duc de Bourgogne,
fils ainé du grand Dauphin, avait suivi sa
femme dans la tombe, l'année suivante (1218 février i 7 i 2) ; il ne restait, en dehors de
Philippe V devenu roi d'Espagne et comme
tel exclu de la couronne de France, qu'un
petit prince de trois ans, le duc d'Anjou, fils
du duc de Bourgogne. Que ce frèle enfant
vînt à mourir, et le duc de Berry devenait
dauphin, la duchesse eût été la future reine
de France.
La destinée conserva la vie du petit duc
d'Anjou, qui fut Louis XV, et le duc de
Berry mourut avant son grand-père, Louis XI V.
On ne peut pas dire que la France ait eu
sujet de s'en réjouir, car le règne du duc de
Bt!rry n'eût certes pu être plus déplorable,
plus néfaste que celui de Louis XV; mais du

moins cette mort épargna à la monarchie la
honte de compter au nombre des reines dé
France une femme comme la duchesse de
Berry. On n'était pas habitué à un Lei éclat
de scandale, car, sauf quelques exceptions
restées sinon douteuses, du moins discrètes,
l'adultère, dans la famille royale, semblait
aussi régi par la loi salique, - et résené
aux mâles.
Le duc de Berry eut-il, dans ses derniers
jours, l'épouvantable doultmr de saroir son
épouse non seulement infidèle, de cela il ne
pouvait douter, mais inceslueuse?Oui, si l'on
en croit Maurepas, qui rapporte ce trait dans
ses mémoires : « Sa conduite avec son père
était si publique que M. le duc de Berry,
souffrant impatiemment tous les discours qui
se tenaient à ce ~ujet, fit mettre l'épée à la
main à M. le duc d'Orléans sur la terrasse de
Marly, où il le trouva. lis furent bientôt
séparés l'un et l'autre, et l'affaire fut élouUëe
de façon qu'on n'en a presque point parlé. »
Certes, la chose est plausible; toutefois,
on peut hé~itrr devant cet unique témoignage. Testis unus, Lestis 1111llm. Ce qui
semble prouvé, c'est que le pr;nce, las de
supporter tant de hontes à ses côtés, s'apprêtait à se plaindre au roi et à lui demander
de le délivrer d'une telle épouse, lorsqu ïl
mourut.
On a donné plusieurs ,ersions des causes
qui amenèrent 5a mort. Saint-Simon croit au
poison; celle cropnce ne parait reposer sur
aucun indice sérieux. Il est plus naturel de
l'allribuer à un accident de chasse. Le duc
de Berry fit une chute de cheval et se rompit
une mine, ce qui lui fil perùre beaucoup de
sang. Cropnt son mal sans gravité, et désireux de ne pas alarmer le Yieux roi attristé
des nomLrcuses morts qui avaient moissonné
presque toute sa descendance, il défendit à
ses valets de parler de cet accident. &lt;1 Lorsqu'il avoua ce mal, écrit la princesse Palatine, il était trop tard pour qu'on pût y porter
remède, et, comme ptlrsonne ne savait celle
chute, les méd~cios ont rensé qu'il était malade par mite de srs excès de table; on lui a
fait prendre force prises d'émétique, ce qui
a encore a,·ancé sa mort. Il a dit lui-même
à son confesseur, le Père de la nue : « Ah 1
c1 mon Père, je suis la seule cause de ma
c1 mort. 1&gt; Il s'en est repenti, mais il était
trop lard. »
Sous son lit el sous ses meuble~, on trouva
des assielles toutes pleines de sang.
C'est le vendredi 4 mai 1714, à quatre
heures du matin, qu'il expira dans sa vingthuitième année. Il laissait sa femmeenceinte;
mais celle grossesse ne réussit pas mieux
que la première; la princesse se blessa dans sa
chambre el accoucha le 18 juin d'une fille qui
ne vécut que douze heures.

Cette mort rendait plus liLrc encore la duchesse de Berry; toutefois, le roi vivait toujours, et ne semblait pas moins à redouter,
maintenant qu'il ne se trouvait plus dans
.., 316 ....

l'obligation de ménager sa petite-fille à cause
de son petit-fils. Ce dernier obstacle disparut:
le l" seplemLre 1715, Louis XIV s'éteignit
à Versailles. Le duc d'Orléans devint régent
du royaume pendant la minorité de Louis XV.
Qui oserait désormais s'opposer aux caprices
de la fi lie préférée du régent?
Bien que personne ne s'attendit à voir celle
princesse changer de conduite et mener une
existence plus digne de sa naissance, plus
digne aussi de la veuve d'un petit-fils de
France, on eut lieu d'être surpris du déchaînement avec lequel elle se livra aux passions
les plus extraordinairas, au libertinage le
plus effréné, et ses folies dépassèrent toulrs
les prévisions.
Elle avait auprès d'l'lle une façon de fayorite, jolie, bien faite, intelligente, mais intri~ante et rouée autant qu'on peut dire. C'était
la fille d'un sieur Forcade!, petit commis, et
d'une de ses fl'mmes de chamLre : celle-ci,
deYenue veuve, avait longtemps fait mt'nage
arec un homme marié. La princesse Palatinr,
parlant d'eux, lrnr fait l'application d'un
proverbe de son pays : « On peul dire &lt;JUe
tout cela, c'est du beurre puanl et des œufs
pourris. » Mais peu importait à la duchesse
de Berry quand elle était coiffée de quel'JU'un; elle songea à bien établir sa favorite
el dénicha un vieux gentilhomme, M. de
Mouchy, qui avait toutes les qualités requises
pour de1·enir l'heureux époux d'une telle
femme. Usé de corps, très faible d'esprit,
« franc bœuf à embâler 1&gt;, comme dit SainlSimon, il ne fut là que pour faire gloire l l
donner à l' « étrange poulette 1&gt; que fut rn
femme un nom honorable qu'elle s'empressa
de dé,honorer.
Elle ne Larda pas à jeter son dévolu sur un
petit-neveu du duc de Lauzun, un jeune cadet de la maison d'Aidie, le comte de füom,
el elle en fit son amant. Ce n'était pas qu'il
fût beau, non; le· portrait qu'en a tracé la
princesse Palatine ne laisse pas d'illusions à
cet égard : c1 Il n'a ni figure ni taille; il a
l'air d'un fantôme des eaux, car il est vert (l
jaune de visage; il a la boÙchc, le nez et les
yeux comme les Chinois; on pourrait le
prendre pour un magot plutôt que pour· un
Gascon qu'il est; il est fat et n'a pas du tout
d'esprit; une grosse lèle enfoncée entre de
larges épaules : on voit dans ses yeux qu'il
n'y voit pas bien; en somme, c'est un drôle
fort laid. 1&gt; Elle va même jusqu'à ajouter:
cc li a l'air aussi malade que s'il avait le mal
français. 1&gt; Ce que Saint-Simon, plus réservé,
exprime en ces termes : &lt;1 C'était un gros
garçon court, joufilu, pâle, qui, a1·ec force
bourgeons, ne ressemblait pas mal à un
abcès. J&gt; Par quels mérites cachés sut-il séduire la Mouchy? C'est ce qu'on chuchotait
tout bas : il paraît qu'il était « très vigou. reux », el l'on contait que madame de Polignac était restée enfermée deuxjoursaveclui !
Cette réputation attira l'attention de la
duchesse de 8:!rry, fatiguée de La Haye, et
qui avait vainement cherché dans maintes
passades la satisfaction de ses sens impérieux. Elle voulut tâter, elle aussi, de cc

mâle dont on vantail la vi~ueur, et elle demanda à la Mouchy de lui céder sa place
dans un de sfs rendez-vous amoureux.
La Mouchy avait trop d'esprit pour être
jalouse, jalouse surtout d'une princesse d'o!•
venaient Lou tes sort~s de Liens. Elle con•cnt1l
à la substitution, et füom, averti, s'y prêta
galamment. Le lendemain, continuant l.a
plaisanterie et feignant d'avoir été dupe, 11
disait en riant :
- Voyez celle madame de Mou, hy qui a

rien, et fiiom trônait entre ses deux maitresses, heureux comme un coq, insolent
comme un parvenu. Déférent envers laMouchy,
il se montrait souvent de la dernière grossièreté arnc la duc·hesse. li se plaisait à la traiter
comme une ft'mrne &lt;le bas étage, critiquant
sa toiltlle, 1,làmant ses projets, contrecarrant
tous ses goùts. Et la malheureuse, qui s'efforçait d'auta1,t plus de lui plaire qu'il témoignait plus d'exig.,nces, était parfois au dése~p,,ir, versait J'abo11da11tes larme;, cl s':illa1t

Co:ssEu. DE

l'air grosse comme une mauviette : cela
tient une place énorme dans un lit.
A partir de ce momt!nt, le palais du Luxembourg, que le régent avait donné pour résidence à sa fille, devint ltJ thé.itre de Lous les
scandales et rasile du plus extraordinaire
ménage à trois qui se pût voir en pareil
lieu; c'étaient chaque jour des orgies, auxquelles, par un raffinement de dépravation,
on conviait un Jésuite, le Père Riglet, lequel
ne dédaignait pas de faire sa partie en de
telles réunions, mais s'en tenait, il est bon
de le croire, aux propos gaillards dans lesquels il était passé maitre.
Le &lt;I bœuf embâté 1&gt; de Mouchy ne disait

DUCHESSE D'E 1J'E.1(1(Y, 'FTLL'E DU 'R._tG'EJYT _ . _

REGE:SCE. -

que causait à lui et à l'État la conduite scandaleuse de sa fille; à maintes reprises, il
tenta quelques remontrances et essap de
parler en père. Ce n'était pas son affaire : la
duchesse n'avait pas l'habitude de l'entendre
ainsi ; elle le rabroua fortement, et se vengea
sur lui des insolences de Riom. De cette
façon, elles ne sortaient pas de la famille.
Car son orgueil n'avait en rien diminué;
jamais femme n'eut moins le sentiment de sa
dé1:ù{-ance. Il semblait que tout lui fùt pcr-

D':zprès un lab!uu du Musée de Versailles.

recommanJ~r à la Mouchy pour qu'elle la
raccommodàt avec ce drôle qu'elle adorait.
El la Uouchy travaillait à la réconciliation,
certaine de n'y rien perdre du côté de Riom,
certaine d'y gagner du côté de la princesse.
Celle-ci avait eu beau faire fermer les
portes du Luxembourg et des jardins, au
grand mécontentement des gens qui avaient
l'habitude de s'y promener et qui avaient
rimé, à celle occasion, des couplets trop
libres pour être reproduits, on n'ignorait
rien de ce qui se passait dans ce palais. Les
habitants, d'ailleurs, ne se cachaient guère.
Le duc d'Orléans, alors à la tête du gouvernement de la France, comprenait le tort

mis. Une seule chose restait chez la princesse
qui jetait parfois un nuage dans son âme : la
peur de la mort, avec ce qui suit la mort,
l'enfer, la damnation éternelle. Comme beaucoup de ses contemporains, elle n'était vraiment athée qu'en bonne santé! Un peu de
fièvre la ramenait à Dieu.
Dans ces moments-là, elle quittait son palais el se rendait chez les Carmélites du faubourg Saint-Germain; elle accomplissait tous
les offices, priait, jeûnait et se mortifiait.
Mais la chair était la plus faible : elle revenait
bien vite à Riom.
Trois années · environ se passèrent ainsi.
L'été, elle se transportait à Meudon qu'elle

�•

111STO'J{1.l!
préférait à Amboise, et elle. y continuait ~a plément de l'abso!ulion rcç?c : il ~allait la table caractère de la princesse ne se démenmême existence. On peut Juger quel dc- prévenir de ce qm se passait. Le regcnt, le tirent point même dans cc moment : elle
sordre régnait dans sa maison; ses dettes cardinal et le curé e11 disputaient entre eux ; envoya une bordée d'injures à son père po_ur
la faihlesse Pt ponr la sot11se
s'accumulaient. ...
qu'il montrait en se laissant faire
Cependant un accident facile à
la loi par ces (! cafards, qui abuprévoir survint ; la duchesse se
saient
de son état et de leur catrouva enceinte : elle était veU\'e
ractère
pour la déshonorer par un
depuis cinq ans. C'était un peu
éclat inouï ». Le duc d'Orléans
tard pour donner un héritier à
ainsi malmené revint piteusement
son mari; aussi chercha-t-on à
Yers le cardinal et le curé, el,
cacher cette aventure. Par malinvoquant
la grande faiblesse de
heur, la duchesse n'avait cessé ni
la malade, sollicita d'eux qu'ils
de manger ni de boire avec excès,
mu lussent bien patienter.
et cette grossesse, assaisonnée de
Ce n'est pas la patience qui leur
vins el de liqueurs fortes, se prémanquait : le cardinal demeura
senta fort mal; lorsque le terme
deux heures encore au Luxemen fut proche, l'étal de la pauvre
bourg, et ne s'éloigna qu'après
femme devint tel qu'on conçut
avoir constaté que sa présence
· pour sa vie les craintes les plus
était inutilP, non sans avoir recomsérieuses.
mandé
au curé la plus grande vigiVivre mal, c'était jeu de prinlance. Sur ce point, il fut obéi à
cesse, pourrait-on dire, mais non
souhait, et l'on ne pourrait croire
mourir mal. La superstition réveilla scène qui se passa alors si l'on
lait al()rs les sentiments religieux,
n'avait à ce sujet le récit de Saintet la malade appelait de tous
Simon qui, par madame de Saintses vœux l'absolution el les derSimon, dame d'honneur de la duniers sacrements. Le Luxembourg
chesse de Berry, était bien placé
dépendait de la paroisse de Sain~pour tout savoir : C! M. le duc
Sulpice : le curé fut mandé aussid'Orléans
se hâta d'annoncer à
tôt·, la malchance voulût que ce fùt
Madame sa fille le départ du
un honnête homme et un prelre
cardinal, dont lui-même se lrou\·a
imbu de ses devoirs. L'abbé Lanfort soulagé. Mais, en sortant de
guet accourut, mais, désirant évila chambre, il fut étonné de trouter un suprême scandale dans ces
ver le curé collé tout près de· la
conjonctures, il exigea pour donner
porte, et encore plus de la déclal'absolution que le palais fût netration qu'il lui fit que c'était là le
ÉLISABETII- CllARLOTTE o'0RLÉANS (PRIKCESSE PALAîlNE),
toyé de ses souillures, en un mot
poste qu'il avait pris et-0ont rien
Tableau d'IIYACINTUE RIGAUD. (Musée de B uda-Peslh.)
que Riom el la _Mouchy dé,guerne
le ferait sortir, parce qu'il
pissent au plus vite. Il le declara
ne voulait pas être trompé sur les
nettement au duc d'Orléans.
Le rérrenl qui connaissait sa fille, prévit c'était à qui se déchargerait de la mission. A sacrements. En cffd, il y demeura ferme
" qu'une
'
. la fin, le régent prit un moyen terme, entr'ou- quatre jours, et les nuits de même, excepté
l"opposition
telle mesure rencontrer~1t
de la part de la duchess?, et t~nl~ d,e. fa1~e vrit la porte de l'appartement de sa fille, el de courts intervalles pour la nourriture et
fléchir la ri oueur du cure. Celm-c1 n en de- par l'entre-bâillement fit part à madame de quelque repos qu'il allait pren~re _chez lui,
mordit poin~. Le régent crut se tire~ ?'~ffaire ~fouchy de l'empêchement survenu et des fort près du Luxembourg, et la1ssa1t en son
poste deux prêtres jusqu'à son retour; enfin,
en lui proposant de remettre la dec1S1on au conditions imposées par le clergé.
Cc que la Mouchy répondit, on peut s'en le dan()'er passé, il leva le siège. &gt;&gt;
cardinal de Noailles. L'abbé Languet accepta
La duchesse,· en effet, survécut à cette
l'arbitrage de son évêque,. en réservant s?n douter : la colère lui inspira les paroles les
droit de lui exposer les motifs de sa condmte plus insolentes sur les exigences ridicule, de crise : elle accoucha d'une fille et parut se
ces « caaots », et sur la honte de supporter rétablir. Toutefois ces scènes odieuses et ridien cette affaire. Le cardinal fut appelé.
"
.
.
Pendant cette discussion, les gens de l'en- un pareil affront. Elle alla averllr sa ~ai tresse cules avaient fait sur son esprit une profonde
touracrc de la duchesse avaient introduit un et revint informer le régent, le cardinal et le impression, et elle éprou~a le dé~~r ~•e~ préCordelier, lequel, léger di) scrupules et h_eu- curé que la duchesse refusait nettement de venir le retour. Elle eut d abord l 1dee bizarre
reux de jouer un bon tour au curé de Samt- se séparer dti Riom el , d'elle-même, la de se vouer au blanc pour six mois, elle et
sa maison, et, à ce propos, fit fabriquer un
Sulpice, reçut la co~fe~sion de la_ malade. Mouchy.
. . .,
Le scandale prenait des proporl10ns mqu1e- carrosse dans la construction duquel le fer
Cela facilitait, sembla1t-1l, la soluuon de la
questioi;i des sacrements, et le duc d'Orléans tantes. A défaut du père qui n'avait sur sa fut remplacé par l'argent. Puis, pour met~re
se flattait d'un dénouement favorable, lorsque fille aucune autorité et se dérobait à un devoir sa conscience à l'abri, elle forma le proJet
qu'il se sentait tout à f~it inca~able de r~m- bizarre d'épouser Riom.
le cardinal arriva.
Certes, c'était un beau rêve pour ce cadet de
II écoula le régent, il entendit le curé; plir, le cardinal de Noailles prit le parti ~e
mais comme celui-ci avait à haute voix parler lui-même à la duchesse, et voulut pe- Gascogne, mais il était petit-neveu de Lauzun,
affir~é ses droits à un refus, le cardinal nétrer dans sa chambre. Le régent craignit lequel lui avait souvent raconté son aventure
n'osa passer outre et lui donna complètement que cette intervention directe n'ame_nàt ,un amoureuse avec la grande Mademoiselle. li
raison, ajoutant qu'il l'exhortait à ne pa_s se état fâcheux chez sa ûlle et demanda qu on envisagea sans trop d'étonnement un dénouedépartir de ce qu'il avait exigé, et de veiller la pré,1nt au moins de cet~e ,visite. De ~ou- ment qui le mettait au comble de la fortune.
en outre à ce que les sacrements ne fussent veau, par la porte entre-bâ1llee, on avertit la La Mouchy n'eut garde de contrecarr~r son
malade .... La réponse qu'on en reçut n'eut amant en l'affaire : que lui importait une
pas administrés par surprise.
union qui ne chan()'erait rien à ses relations
Cependant, dûment confessée par le Cor- lieu de satisfaire personne.
"
.
Le tempérament orgueiUeux el l'indomp- avec Riom et consoliderait leur situation à
delier, la duchesse de Berry attendait le corn-

.

,

_______________________ LA

tous deux? La duchesse sauta le pas, et un
mariage secret la fit femme de ce petit gentilhomme, auquel t.out venait à souhait par la
peur du diable et Ja crainte du curé Languet.
Mais le séjour du Luxembourg rappelait
de trop désagréables souvenirs; la duchesse
de Berry, à peine remise, quiUa ce palais et
se rendit à Meudon. Là, plus libre, elle reprit
son existence habituelle, Lien que la fièvre
ne Ja quillàt guère. Sa grand'mère, la princesse Palatine, en marque son inquiétude :
C! Je crois que les excès de la duchesse de
llerry pour le manger et le hoire la mellront
en terre. » La Mouchy, complice de ses excès,
lui apportait dans la nuit &lt;( à manger toutes
sortes de choses, des fricassées, des petits
pâtés, des melons, de la salade, du lait, des
prunes, des figues ; elle lui donnait à roire
de la bière à la glace &gt;&gt; •
Ce régime déplorable devait amener un
prompt dénouement. Soit qu'elle en eût le
pressentiment, soit que, dans son immense
orgueil, elle éprouvàt quelque dépit de tenir
secrète fût-ce la plus folle de ses actions, la
duchesse manifesta la Yolonté de déclarer puLliquement son mariage. N'était-elle pas
veuve, riche, maîtresse de sa destinée?
Ce fut un nouveau coup pour le ri:gcnt.
Faire revenir sa fille sur une aussi extravagante résolution, certes il le tenta; mais,
toutes les raisons du monde ne puuvaient
rien contre l'entêlement de la nouvelle épousée. Il se résolut à un acte de rigueur; il
donna l'ordre à M. de Riom de rejoindre surie-champ son régiment qui faisait partie de
l'armée du maréchal de Berwick alors en Navarre. niom n'osa résister et partit. De la
sorte, on gagnait du temps.
La jeune femme accepta sans trop de récriminations cc contretemps, et, confiante dans
son influence sur son père, clic se flatta de
le ramener à ses volontés par la douceur.
Elle imagina, dan, la première quinzaine de
mai, de lui donner un souper sur la terrasse
de Meudon. Dans l'état où elle se trouvait,
avec ses fréquents accès de fièvre, rien n'était
plus dangereux; on lui en fit l'observation;

DUC1fESSE DE BE'Jt,'Jt.Y, r1LL'E DU ~'ÉG'ENT

naturellement elle n'en voulut point démordre.
Le souper commença à sept heures du soir et
se prolongea fort avant dans la soirée. La
nuit même, son mal s'aggrava dans des proportions inquiétantes.
Mécontente du séjour de Meudon, elle crut
qu'elle rn remettrait plus facilement à la
Muette; elle s'y fit transporter dans un carrosse, couchée entre deux draps, le dimanche
14 mai. Elle était bien changée déjà : la
fièvre la minait constamment, et elle était
devenue aussi maigre et aussi sèche qu'elle
avait été grasse. La princesse Palatine !'alla
voir le dimanche suivant, 21 mai. &lt;! Je la
trouvai dans un lriste état, dit-elle; elle
avait des douleurs si affreuses aux plantes et
aux doigts des deux pieds que les larmes lui
en venaient aux Jeux. Je vis &lt;jue ma présence
l'empêchait de crier, et là-de~sus je partis.
Je lui lrouvai très mauvaise mine; on a fait
tenir une consultation par trois docteurs : ils
ont résolu de la saigner au pied, on a eu de
la peine à l'y dédder, car sa douleur aux
pied, était si imupportable qu'elle jetait lis
hauts cris lorsque les draps du lit ne faisaient
que la froisser .... »
Le mal empirait d~ jour en jour, et laissait de moins en moins l'espoir d'une guérison pour cette femme usée par tant d'excès.
La Mont'hy prévit la fin, et songea à se faire
nantir largement pendant qu'il en était temps
encore : elle amena la princesse à lui donner
un baguier de deux cent mille écus. Celle
fois, la mesure était comble; le duc d'Orlérns,
irrité de celle cupidité et de celte effronterie,
sortit de sa bonasserie accoutumée et chassa
la Mouchy, ainsi que son benêt de mari.
Celle mé~hante femme partie, son déplorable ascendant sur la duchesse disparut, et
les scandales du Luxembourg ne se renourelèrent pas. La malade reçut les derniers sacrements avec piété, le 15 juillet.
Elle vécut deux jours encore. Son médecin
ordinaire, Chirac, ayant déclaré ses soins
impuissants, on fit venir un empirique du
nom de Garus qui lui donna d'un élixir de sa
composition. Cette boisson sembla ranimer la

--

..

moribonde, mais l'effet n'en fut pas durable.
Dans la nuit du i6 au 17 juillet 17HI,
entre deux et Lrois heures du matin, le dénouement fatal arriva. La morl fut douce :
on eût dit que la pauvre femme s'était endormie. Elle n'avait pas vingt-cinq ans.
L'autopsie démontra qu'elle ne pouvait
être sauv(c. cc Sa tête était toute pleine d'eau;
elle avait un ulcère dans l'estomac, un aulre
dans la hanche; le reste était comme de la
bouillie, et le foie attaqué. »
On ne lui fit point de funérailles publiques;
le corps fut porté, la nuit, rn secret, à SaintDenis.
Pendant cc temps, la MoucLy dinait en
nombreuse compagnie, hU\'ait du champagne
et se linait à une joie indécente. Qu'auraitelle regrellé? Elle arait tiré de rn maitresse
tout ce qu'il était possible, et même au delà;
par un tour digne d'elle, ne s'était-elle pas
fait confier par Riom les pierreries et lrs cadeaux qu'il avait reçus de la princesse I Ce
n'étaient point des scrupules de conscience
qui l'empêchaient d~ voler son amant....
Lui, du moins, eut une tenue plus décente : il montra toute la peine que lui causait cette mort. On dit même, que dans
l'excès de son chagrin, il ne fut pas exempt
de quelque exagération, manifestant le des•
sein d'en finir avec la vie. C'était trop : des
amis le rappelèrent à la raison; il y revint
sans effort, se consola et reprit son existence
de plaisirs et de galanteries.
Seul, le duc d'Orléans ressentit une profonde tristesse de la perte de celle fi Ile
chérie. La dernière nuit, il l'avait veillée jusqu'à la fin et lui avait fermé les yeux. cc Mon
fils est affligé dans l'âme, écrit la princesse
Palatine, et d'autant plus qu'il voit bien que,
s'il n'avait pas eu une complaisance excessive
pour sa chère Jille, et s'il avait plus agi en père,
sa fille serait encore en vie et bien portante. &gt;&gt;
Malgré ce témoignage, on éprouve quelque
embarras à s'attendrir devant cette douleur.
On voudrait être certain que les larmes répandues ainsi ne furent vraiment que les
larmes d'un père ....
PAUL

G,\CLOT

�LES A'É'J(OST1'E'J(S DE l.A 'J{'ÉPU'Bl.1QU'E

MAURICE DUMOULIN

•

Les aérostiers de la République
Après avoir jeté les Volontaires aux frontières, converti le bronze des cloches en
canons, le plomb des faîtages en balles; après
avoir arraché le salpêtre nécessaire à la poudre
aux vieux murs, aux voûtes des caves humides;
après avoir mobilisé pour la défense du sol
de la pairie tous les savants de la République,
siégeant en commissions permanentes et travaillant sans relàche dans des laboratoires, la
Convention demanda aux élémmts mêmes une
aide contre l'étranger. Pour un peu, elle eût
ravi la foudre au ciel pour la lancer contre
l'envahisseur.
Une science nouvelle était née dans les dernières années du règne de Louis XVI : celle
de !'aérostation; on s'était engoué pour elle.
Montgolfier, Pilâtre de Rozier, Charles, Robert,
Blanchard avaient été les protagonistes fêtés
d'une découverte dont la mode s'empara.
Des esprits ferti les et d'aimables plaisantins
profilèrent de l'engouement général pour
lancer les idées les plus saugrenues qu'on
accueillit sans sôurciller : les uns préconisaient (( une diligence aérienne )&gt;; les autres,
comme Blanchard, qui se contenta de l'exposer, mais ne l'expérimenta jamais, construisirent une mathine à voler.
Dans le domaine de la pratique, les a,ccn'sions avaient été assez nombreuses, assez
coordonnées, assez étudiées, pour qu'on pùt,
scientifiquement, songer à tirer parti des
ballons pour sau\'Cr la Patrie en danger. En
l'an Il, une commission fut nommée pour
rechercher de quelle utilité ils pourraient être
aux armées en campagne. Elle se composait
de Monge, de Berthollet_, de Fourcroy et de
Guyton de Morveau; ce dernier, passionné
pour les nouveautés aérostatiques, en fut le
rapporteur.
Guyton, ancien avocat géuéral au parlement
de Dijon, était un chimiste remarquable. II
s'était, comme toute la Bourgogne, passionné
pour les nouveautés aérostatiques et, par deux
fois, en 1785 et en 1784, il avait fait, la
dernière fois avec un aérostat à rames, des
ascensions libres qui avaient eu le plus grand
succès. Il était donc qualifié mieux que personne pour rédiger les conclusions de la
commission. Elles furent d'autant plus favorables que, depuis longtemps, son attention
avait été attirée sur l'utilisation des aérostats
aux armées.
Carnot écrivait, le 15 février 1795, à son
BrnLIOGRAPHIE : Arclt. nal. A. fi 1, 2~0, clc. Auuno,
Recueil des actes du Comité de Salut public; BAnO,i
Sr.1.LE DE BEAUCHAMP. Souveufrs de la fin du
xrm• siècle; 0.-co~EAU, Notice sm· Coutellr, llulletin
de la Société des leures du Mans, t. li; DA11ooux,
rïotice sur le général i\Icusnicr; CAZALAS, Sabretache, 1909.

ami, Antoine Bussard, un avocat d'Arras qui
préconisait ce moyen d'observation en campagne:
Guylc,n m'a souvent parlé du parti que l'on
pourrait tirer à la guerre des ballons; vous vous
rencontrez à ce sujet; il pense qu'ils pourraient
être infiniment utiles : je n'en doute pas, mais
c'est à nos généraux :i faire usage de Ioules les
ressources de leur art; on ne peut pa~ leur rien
prescrire à ce sujet et il est à craindre qu'ils ne
suivent encore longtemps leur routine.

A la suite de son rapport, en juin de la
même année, Guyton fut chargé de faire des
expériences qui allaient aboutir à la création
du corps des aérosticrs.
Le 29 juillet, le C()mité de Salut public
énivait aux représentants du peuple aux
armées pour les informer qu'on avait décidé
l'emploi de ballons militaires el les inviter à
« conférer a me les généraux de l'utilité qu'on
pourrait retirer de ces ballon, pour obscner
la marche de l'ennemi ». La C( routine ,&gt; des
génrraux, comme le disait Carnot, allait être
mise à une rude épreuve.
Mais, rn ce, matières, il fallait tout créer.
On avait décrété l'aéro,talion militaire : restait
à l'organiser. Il n'y arnil ni ballon ni aéroslicrs. Tout au plu, une vieille enveloppe
recherchée par le miuistre de l'lntéricur cl

expédiées à Paris en suite de l'arrêté du
Comité de Salut public du 8 germinal an IL
Le 20 octobre 1795, on réquisitionna un
domaine national, le château et le parc de
Meudon : l'ancienne demeure de Servien et
de Louvois; on y installa le premier parc
aérostatique, sous la direction de Coutelle, de
Conté et de Lhomond.
On ne pouvait mieux choisir.
Coutelle, à celle époque, était âgé de
45 ans; né au Mans, passionné de physique,
il avait, le premier dans celte ville, construit
un paratonnel're qu'il plaça sur la maison de
son pèrP, notaire; il avait appliqué aussi avec
succès l'électricité à la guérison des maladies.
Venu à Paris en 1772, chargé de l'éducation
des neveux du physicien Charles, il se lie
d'amitié avec lui, use de son laboratoire et
étudie les gaz.
Conte était de l'Orne; il avait à celle époque
58 ans et se trouvait dans toute la force de
son génie inventif; successivement il avait été
luthier, peintre, mathématicien, topographe,
physicien et chimiste. Il s'était signalé en
rendant facilement utilisable une découverte
à laquelle il avait coopéré, mais qui n'avait
été a'ppli,1uéc 'que dJns de, expériences de
laLoratoirc : la décomposition de l'eau par le
fer rouge, cc qui supprimait l'emploi de
l'acide suliuriqur. fort rare à celle rpoque.
Ces ·trois hommes également ardents à
mener à Lien la tâche qu'on leur avait confiée
rn mirent aussitôt 11 l'œuvre.

Par arrêté du 4 brumaire an li (25 octobre 1795), signé de Robespierre, de Carnot,
de C.-A. Prieur, de Collot d'Herbois, de Billaud-Varenne et de Barère, le Comité de
Salut public décrétait en ces termes qu'&lt;m
eùt à sortir de la théorie pour entrer dans la
pratique :

Co:-1nL
D'après un portrait dll Cabinet des Esl3mpes.

DE

sur laquelle Guyton avait fait ses expériences
el les deux mcelles qui ~e trouvaient « dam
les salles de la ci-devant Académie de Dijon l&gt;

Il sera préparé le plus promptement possible
un ballon capable de porter deux hommes pour
faire, sans corde, des observations à l'armée du
t'lord; les préparatifs de celle machine seront
faits de manière qu'elle puisse, sous huitaine,
être employée au quartier général.. ..
JI sera remis il cel effet une somme de
50.000 livres enlre les mains du citoyen Coutelle
pour subvenir ü Ioules les dépense;.... Il sera
alloué aux citoyens sus dénommés (Coulelle, t:oolé
el Lhomond) un traitement de 20 lirres par jour
indépendamment de leur; frais de voyage.
Enfin il sera délil'ré à chacun un passeport et
une commission oslrn~ible, a6n que l'objet cle
leur fonction demeure inconnu, excepté au général de l'armée du Nord el aux représentants du

peuple à qui ils seront tenus de les communiquer
el dont ils prendront les ordres.
Coutelle partit le 8 brumaire, Lhomond
devait le suivre avec les charrois, conlenant
les dix grands tuyaux de fer, pris aux Invalides par réquisition du 6 el nécessaires à la
production de l'hydrogène par la décomposition de l'eau.
On l'accueillit fort mal à l'armée du Nord.
Le représentant Duquesnoy écriYit au Comité :
&lt;C Je crois qu'un bataillon nous vaudrait
mieux qu'un ballon »; ajoutant : &lt;( il n~us

mais « sous cord~s ,i, il del'ait être monté Charles et de Robert, il avait lu à l'Académie
par c&lt; deux observateurs qui essayeraient la des Sciences un « Mémoire sur l'équilibre
correspondance des signaux, s'exerceraient à des machines aérostatiques, sur les différents
faire la reconnaissance du pays et à dessiner moyens de les faire monter el descendre et
la carte dans cette position ».
spécialement sur celui d'exécuter ces maOn n'avait pas, pour cela, abandonné l'idée nœuvres sans jeter de lest et sans perdre d'air
d'utiliser les ballons libres; on étudiait à inOammable, en ménageant dans le ballon
Meudon ce délicat problème et on y accueillait une capacité particulière destinée à renfermer
les propositions d'inventeurs qui envoyaient de l'air atmosphérique », mémoire dans
au Comité les résultats de conceptions sou- lequel il expose des règles de manœuvre envent utopiques. On se souvint que le Général core suivies et découvre l'utilité du ballonnet
Meusnier, qui av~it été membre de l'ancienne a air compen•atèur qui assure les mouve-

BATAILLE DE FLEURUS

est arr}vé, hier, de votre part, un citoyen
nomme Coutelle, en qui je n'ai pas beaucoup
de confiance el je crois qu'il est du nombre
de ceux qu! ont sans cesse cherché à tromper
la Conventwn et ses comités. » L'aéroslier
revint à Paris, fit sori , apport au Comité et
tin décida d'abandonner, pour cette fois
l'e~treprü,e projetée. Dans son arrêté (4 fri~
maire an II, 24 nov. 1795) le Comité déclare
que &lt;c la campagne est trop avancée i&gt;, que
les &lt;( obstacles de la saison » sont un empêchement.
, ?i~n qu'elles aient une part de vrai, ce
n eta1t .pas là les véritables raisons.
. On s'était trompé, mais on ne rnulait pas
1avouer officiellement. L'aérostat fut, de
~ouveau, transporté au Petit-Meudon et utilisé comme ballon captif. Non plus libre,

v. -

H1STOR1A. -

Fasc. 3ç.

·

-

.

Gr

av ure

d B
•
·
e ERTHAuLT, d apres

SwEeACH-DE,FONTAINES.

Académie des sciences et qui venait de mourir
ments du ballon, garantit de l'instabilité verà Ca~sel des suites de. blessures reçues deYant ticale, sans perte de gaz.
Mayence, avait fait, disait le Comité de Salut
L'année suivante, élu membre de l'Acadépublic, &lt;&lt; un travail considérable sur les aéromie des Sciences à trente ans, Meusnier resta~s et les moyens d'en faire d'utiles applipr~nait ~es ~ravaux et les complétait par les
cation~ . »_. On rechercha ses papiers, on fit
tr01s memmres que recherchait le Comité et
~erq~1S1t1on?er à son domicile, place Saintqui sont aujourd'hui aux Archives nationales :
Sulprce, pu,s' dans sa maison à. Cherbourg
les sept pages de « Précis des travaux faits à
pour retrouver les manuscrits où étaient
l'Académie des Sciences pour le perfectionneconsigné~ les ,ré~ultàts de ses expériences.
~ent des mac?ines aérostatiques ll, qui conMeusmer eta1t de la Touraine. Eofant
c'était un petit prodige; il avait fait à so~ ltenl une esqmsse de la possibilité de diri•er
0
les ballons, en s'appuyant sur la théorie du
ex~mi~ateur d'entrée à l'École de Mézières,
C(, ~étacentre. ,i ; les treize pages de l'État
qm lm demandait &lt;c Que savez-vous? J&gt; cette
gener~I
des poids des différentes parties d'une
fière réponse : &lt;&lt; Ioterrogez•moi sur ce que vous
mach'me aérostatique calculée pour porter six
save~. l&gt; Devenu lieutenant du génie, il s'était
hommes et calcul de la stabilité de la machine
pas~10nné en 17~5 pour les dé&lt;.:ouvtrtes aéroet des moments d'inertie de toutes ses parties
stallques. Le surlendemain de l'ascension de
pour déterminer son métacentre et la durée
... 321 ...
21

�- - 111STOR._1.Jl

L'ES Jf.'É~OST1'E~S D'E LJl 'J{ÉPUBUQUE _ _ ,

L'expérience fut répétée plusieurs fois et
avec plein succès; les Autrichiens tirèrent
sur le ballon; ce fut en vain, le globe plana,
se moquant des boulets et des balles.
En présence d'un paro:&gt;il résultat,
Guyton décida de faire concourir
l'aérostat aux opérations du siège
de Charleroi, investi par l'armée de
Sambre-et-Meuse. Pour le conduire
de Maubeuge à Charleroi on fit des
prodiges; on sortit, tout gonflé,
l'Ent1'ep1·enanl de la place, en le
faisant rebondir sur la triple enceinte de remparts et de fossés,
puis on le conduisit, à la corde,
sur la route de Namur. Il arriva
devant Charleroi pour assister,
après une ascension qui révéla le
désarroi de la garnison, à la capitulation de la place. Le soir, la
compagnie s'en fut cantonner à
Gosselies. Le lendemain, 8 messidor an li (26 juin 1791), se livrait
la bataille de Fleurus.
Sous l'effort de cinq colonnes
convergeant de trois point~ de l'horizon, les Autrichiens, dans celle
célèbre journée, comptaient bien
culbuter le faible demi-cercle des
troupes françaises, commandées
par Jourdan, qui s'offraient à leurs
coups a,·ec Charleroi pour centre.
A trois heures du matin, l'action
s'engageait; à quatre heures, la
compagnie d'aérostiers avec le ballon prenait position au moulin de
Jumet, proche le quartier général.
Aussitôt, on lui donne son wl ;
CAPTIF DE GOUTELLE. DEVANT ~1AYENCE ASSJl;;GtE, EN 1795.
Jourdan, le général en chef, el
D"après une tslampe du temps.
Saint-Just, le représentant du peuple, sont à ~es pieds. lis attendent
le
résultat
des observations de Coutelle el
nées à chaque bout. Dans ce fourneau en
du
général
Morlot,
transmises par des billets
briques, on plaça sept tubes de fonte qu'on
insérés
dans
des
petits
sacs de sable dont
emplit de limaille et de tournure de fer; ces
tubes, scellés à chaque extrémité, communi- l'envoi leur était annoncé par des signaux. A
quaient par des tuyaux à une cuve en fer chaque missive, dit le baron de Selle de Beauplacée en contre-haut qui les alimentait d'eau. mont, lieutenant de la compagnie des aérosOn chauffait ces tubes au rouge : l'eau se liers, témoin oculaire, dans des Mémoires, si
décomposait; l'hydrogène dégagé descendait rares qu'on peut les considérer comme inédans une cuve inférieure saturée de chaux où dits, leurs figures se renfrognaient.
L'aérostat, toujours en l'air, se bornait à
il se purgeait de son carbone et de là, par de,
enreaistrer
le flottement de nos lignes et, à
tubes flexibles, pénétrait dans le ballon qui
o
un
certain
moment,
le commencement d'un
se gonflait lentement sous une tente dressée
très haut. Il fallait de 56 à 40 heures pour mouvement de retraite.
Le feu ouvert sur les Autrichiens par les
remplir l'aérostat.
canons
de Charleroi, qu'ils croyaient toujours
Durant le siège on fit quelques ascensions.
en
leur
possession, changea la face des choses
Le ballon portait, attachées à la corde qui
l"enceignait, deux autres cordes, tressées et à cinq heures du soir la bataille de Fleurus,
exprès, d'une longueur variant de quatre à d'abord perdue pour nos troupes, était gagnée
six cents mètres. Ces cordes, maintenues par par elles.
Sur la part de l'Enll"eprenanl dans celle
deux groupes d'hommes dont l'action était
journée,
les militaires d'autrefois comme ceux
indépendante et de sens contraire, assuraient
la stabilité de l'aérostat. La première ascen- d'aujourd"hui font des réserves formelles.
sion permit de se rendre compte de la dispo- Soult, Championnet, Jourdan déclarent unasition de l'armée ennemie; gràce à lui on nimement que cette « machine » est fort
s'avisa d'une supercherie alors fréquente : le embarrassante el inutile. Guyton, au concamp avait plus de tentes qu'il ne complait traire, envoya au Comité de Salut public celte
lellre enthousiaste :
d'hommes.

par le procédé de Conté ; la décomposition
de l'eau.
On construisit donc un grand fourneau
à réverbère, garni de deux hautes chemi-

des oscillations, tant dans le sens de tangage
que dans celui de roulis »; et enfin les plans
de construction de celle machine; le devis
estimatif, qui s'élevait à 5i5.462 livres, et
les tables de résultats et d'expériences. Lorsqu'on eut tout cela,
on travailla d'arrao.:he-pied pendant
quatre mois. li fallut renoncer à
employ-er des ballons« sans cordes»
et revenir aux aérostats « sous
cordes ».
Après une dernière expérience
faite à Meudon le 9 germinal an
Il (29 mars 1794), on décida, le
1:i germinal (2 avril), la création
d'une « Compagnie d'aérostiers »
pour « le service d'un aérostat portant deux observateurs •.
Les cadres de la Compagnie de
nouvelle création étaient restreints:
22 hommes « dont la moitié au
moins aura un commencement de
pratique dans les arts nécessaires
à ce serviœ, tels que maçonnerie,
charpenterie, serrurerie, peinture
d'impression cl chimie pneumatique 1&gt;, deux caporaux, un serg("ot,
un sergent-major faisant fonctions
de quartier-maitre, un lieutenant
et un capitaine. L'uniforme était
celui du génie : habit, veste,
culotte d'étoffe bleue, passe-poil
rouge au collet. parements noirs;
comme armement &lt;l un sabre court
et deux pistolets ».
Pour l'organisation et la solde,
la compagnie était traitée« comme
une compagnie de chasseurs » et
recevait, ainsi que les autres trouAÉROSTAT
pes, un « supplément de campagne».
Coutelle fut nommé capitaine de
celle compagnie et Conté, par arrêté du i er floréal an Il (20 avril 1794 ), Conté, dont « le
zèle et l'intrlligence avec lesquels il avait coopéré depuis plusieurs mois aux épreu \'es aérostatiques &gt;&gt; étaient proclamés, fut chargé de
la direction du parc de Meudon.
Le 14 Oort!al, C.-A. Prieur (Prieur, de la
Côte-d"Or), le neveu de ce Guyton, qui dans
son zèle écrivit de sa main presque toutes les
minutes des décisions relatives aux aéro:,lals,
donna au nom du Comité l'ordre à la Compagnie de partir le 16 pour Maubeuge, alors
assiégée par l'ennemi et, le 21, Guyton était
envoyé à l'armée du Nord avec la mission spéciale de« surveiller et diriger les opérations de
1'aérostat el de la compagnie des aérostiers »,
qui était directement placée sous ses ordres.
Le ballon, qu'on avait baptisé l' Enh·eprenant, transporté par des charrois de ré4uisition, arriva devanL Maubeuge, lorsque la place
était débloquée d"un côté. Les aérostiers
purent donc y pénétrer sans difficulté. On les
logea dans l'ancien collège, dont les jardins
furent transformés en usine. flien n'était
moins simple que de produire de l'hydrogène

J'~i _eu !a satisfaction de ,oir les généraux
apprecaer I usage de cette noul'elle ma, hine de
guerre, au point d'y monter eux-mêmes pour
observer. Le général )loriot I esl rcslé deux heures
la lunel_tc :1 _la main, hier malin. Il a jeaé de là
d1:u1 avas qua on~ été portés ,ur le champ :iu ~éneral en chef et 11 est persuadé qu·ils ont contribué à di-eider de.&lt; dispositions utile, ....
yadjudaut général chargé dP la partie secrète
m rnforme de la déclara lion des déserteurs sur
l'im~ression qu'à failcs sur les esclaves l'éltirntion
de 1aérostat et ses longues stations à 1:,0 et
~00 _toises p_cndanl la durée d'une des plus grandes
bata1lles r1ua se soient données.

que : jusqu'alors, les ballons étaient faits en priés &gt;&gt; les jeunes gens se destinant à l'aérosbaudruche, pellicule tirée de- l'estomac du Lation.
~uf ou de celui du mouton; sur la proposiLe programme comprenait « les mathétion de Vandermonde, anrien membre de matiques, la physique générale, la chimie,
l'Académie des Sciences, en fructidor an Ill, la géographie, le lever du terrain et les
on adopta le taffetas de soie, dont les coutures dilférents arts mécaniques relatifs à l"aérosétait collées à la gomme, pour en faire l'en- talion et les manœuvres militaires 1 •
veloppe des nouveaux aérostats. Vandermonde
Les études pratiques devaient porter « sur
commanda à Lyon 5000 aunes d'étolfe pour les lr~vaux relatifs à la fabrication, à la récet usage.
paration, aux dispositions et aux manœuvrt&gt;s
Enfin, le 18 brumaire an III 3 1 octobre des machines aérostatiques 1&gt;, ainsi que sur
1791-) !'aérostation militaire prit définitive- &lt;1 !a construc1ion et la disfosition des appament rang parmi les corps auxiliaires de l'ar- reils •.
mée par la création de « !'École des aérosDe Selle donne la note exacte :
Les élèves,
soumis au rérrime
militaire '
•
0
tiers ».
mangeaient et travaillaient en commun. Leur
Sa_n, prétendre ~diculem1•11t, dit-il, qu'on
Cette école était placée à Meudon. Conté journée était ainsi réglée : après le premier
d~ 1 a11 au ballon le gam cle la hataille, on ne peut
n_11•~ que son effet matériel el mor:11 n'eùt parti- en était nommé directeur, et Bouchard sous- appel à 7 b. 1/2 jusqu'à 9 heures, leçon de
c_1p1•, au succès. :'lou! sùme, positivement que directeur : les représentants du peuple mathématique; jusqu'à 10 heures récréa1effet de celle magnafique tour avait porté une Trulla~d :t Rougemont étaient choisis pour tion, puis jusqu'à midi classe de rréograespèce d1• découragement parmi les soldats étran- co~m1ssa1res. Les élèves, au nombre de phie, qui délmtait par la « lecture de; Bulle~c~·s &lt;1ui n'arnient nu_lle i~éc d"unc chose pa- soixante, divisés en trois sections de vingt tins de la Comention »; dessin et écriture
1e_1lle ... ·. Tous les pr1sonn1ers regardaient d'un hommes sous le commandement d'un sous- jusqu'à 2 heures.
,
œal stupide celle énorme machine ....
Venait alors le diner, après le911elque,-u11, étaient prèts à ~P jeler
r1uel pendant 1 heure et demie se
a. genoux c_l i1 l'adorer, tandis CJU&lt;'
faisait « l'école d'armes, de postd autres, lua montrant lt• poin,. d'un
air farouch!', répétaient c•n le;r lantio~, . de marche el de peloton;
gue : c&lt; Espions, espions! Pendu, ~i
puis Jusqu'à 6 heures, les élèves
rous êtes pris. •
étaient laissés libres « pour réfié~hir aux différentes leçons de la
JOurnée ». La retraite était battue
à 8 h. i '4 et après la lecture des
A la suite des premiers résulrésumés
de leçons faite par trois
tats obt~n?s au siège de Maubeuge,
élèves choisis, on sonnait l'exlincle Com1te de Salut public augtion des feux.
mmta !"effectif du corps des aérosLe quintidi de chaque semaine
tiers. Le 5 messidor an JI (2:ijuin
était. réser\'é aux expériences de
1791), il arrêta qu' « inslruil par
physique et de chimie et aux exerles épreuYes fait&lt;•s à llaubeuge
cices
aérostatiques : « construc~es arnnta~es qu'une armée peut
t!on
des
fourneaux, les disposillrer du service d"un aéro~tat 1&gt; six
tions des appareils chimiques pour
nouyeaux ballons seraient exéla décompo.;ition de l'eau, la macu~és, et qu'une seconde companœu\Te de la lente ».
g111c commandée par Conté serait
L'école, sous les ordres d'un
constituée et exercée à Meudon.
directeur à 6.000 livres de traiLe4 messidor on mettait :i0.0011 litement, et d'un sous-directeur à
vres à sa di~position et le 15 ven4,-000,
éta}t en outre pour\'ue
~émiaire an III chaque colllpannie
d ?n quartier-maitre. Elle s'oulut augmentée de six bommet
vrit le 29 brumaire an Ill et se
Les halions que construisit Conté
recrula parmi les militaires en
affectèrent une forme nouvellt&gt;.
activité, des dragons, des chaslis d:1aient être « cylindriques,
seurs, des soldats de ligne des
terminés par deux hémisphères
élèves de l'~cole de Mars; ~uelde même diamètre. Leur diamèques canonmers; beaucoup de solt rc était de dix-st'pt pieds et la
dats venant de l'armée de Sampartie cylind riq ue avait seize pieds
bre-et-~feuse. Les sujets agréés
de longueur ». C'était un essai
comme élèves Louchaient une solde
pour donner plus de stabilité à la
machine: mais cette forme était
de ~5 so~s 6 deniers par jour. Il
peu pratique; on l'abandonna el
fallait qu on y lra\'aillàt et dans
le 18 Yendémiaire an li( o ocioles premiers mois quelques élèves
bre 1794) on poursuivit la consfurent renvoyés pour insuffisance
1rnction d'un aérostat nou Yeau
ou pour paressP.
l"Agile, _doa~ la conception rappell;
Pendant qu'on dél'eloppait à
celle qui prevalut chez Dupuy de
Meudon l'inslruction te&lt; hnique
• LA FOLIE DU JO• ·R
\"Il DE L.1 REPUBLIQUE
.
.•
L~me tt _les in?énieurs contempodt&gt;~ futurs aérost iers, la co rnparains : 11 den1l être « de forme
,: 111e, après la bataille de Fleurus
elliptique _de qua torzc pieds de grand axe et
prit ses quartiers d'hiver à Aix~
lieute~ant, d'un_ sergent el de deux caporaux,
de huit P!~d:; e_t demi de petit axe I&gt;. Une
la-Cha pelle. De lit, elle fut en\'oyée sous
rece1a1ent uae mslruction destinée « à préautre amelaoralton fut apportée à celle épo~Jaience, assiégée. par le général Lefebvre.
parer par des études et des exercices approElle y demeura près d'un an, continuant et
V

'

. \~

�____________________________ _____________..
:_.

rr-.

111STO'J{l.ll

plia. De retour en France, il mourut le 6 déreau. Rentrée en France, ce fut elle qui fut cembre f805, peu de temps après la perle
perfectionnant son service d'informations;
choisie, sons le commandement de Conté et d'une femme qu'il adorait. Goutelle explora
entre temps, peudant le5 armistices, on faide Goutelle, pour prend!e part, avec Bona- la Haute-Égypte et fouilla Memphis; puis il
sait les honneurs de /'Entreprenant à l'étatmajor aulrilbit n, parte, à l'expédition d'Egypte. Le dé;;astre parcourut la presqu'ile du Sinaï et celle de
qui s'en montrait d' Aboukir anéantit les ballons et tout le ma- l'lloreb. C'est lui qui, dans une séance de la
tériel des aérostiers. C'est là que durent périr commission d'Égypte, du 8 octobre 1800,
ravi.
Mais à tant ser- l'Agile, ballon elliptique construit en vendé- émit l'idée de transporter en France les obévir, le ballon sc fa- miaire an Ill, el les autres : le Lu:re, le Cé- lisques de Louqsor et en dé\'eloppa l~s
tiguait; un coup de leste, le Narlial, l'Jntupide, le Précm·- moyens. A sa rentrée rn France, il fut
feu chargé à mi- seur, le Svelle, car on n'en entendit plus nommé sous-inspecteur aux revues; un motraille, tiré par mal- parler par la suite.
ment intendant du Wurtemberg, il reprit ùu
veillance sur l' aéservice actif, fit toute la guerre d'Espagne el,
dp
rostat au parc, rentoujours aYec le même grade, prit sa retraite
dit nécessaire son
eu 1816. Il mourut, à 87 ans, en 1855,
L'engouement pour les ballons semblait
envoi en réserrn au
après a,·oir organisé au Mans, sa ville natale,
passé.
De $el1e, demeuré à Strasbourg, note l'Enseignement mutuel el des salles d'asile.
quartier général de
avec mélancolie : c&lt; Nous nous apcrce,•ions
CoUTELLE.
Pichegru, à Mann- que nos puissan ls protecteurs avaient cessé
heim , et de là à
Ces hommrs furent d'une rare énergie.
Mubheim, près de d'être influents dans les conseils de la guerre. Comme l'écrivait Coutelle à de Selle, le
Nous n'étions plus servis comme nous a\'ions
Strasbourg, où, dans l'ancien couvent des Jél'habitude de l'être; nos dcmandt&gt;s restaient 15 me-sidor an XII :
suites, rn trom·ait le parc des ballons.
Oo n'a jamais ass1·i su ce qu'il en a coùté de
sans réponse dans lt s cartons du ministère .. ..
L'e_st alors que Conté fut nommé directeur
peines, de fatigues pour établir celle machine;
Je
prévis
une
dislocation.
&gt;&gt;
d_e l'Ecole de ,Meudon. Il y faisait des eipéElle ne se fil pas attendre: l'école de Yeu- on ne sait pas assez, qu'il est très possible qu'en
r~enccs m~ 1b1drogène, lorsqu'une explodon fut licenciée en l'an VI. Meudon, Belle- d'autres circonstances, avec les mèmes moiens,
sion, causee par une porte imprudemment
on n'eùt pourtant pas réussi, qu'il fallait ètre solvue, Brimborion, où se faisaient les expé- dat et en faire prPuve dans l'occasion; qu'il fallaissée ouverte, le renversa, fil voler en éclats
tubes et cornues; il fut cruellement blessé riences, furent vendus. ::,,e matériel fut trans- la1t, enfin, avoir f,1it le sacrifice de .son repos el
de sa s;mté, ne voir el ne pen~er qu'à l'aéro,lal
par les morceaux de rerre et perdit l'œi1 porté à \'incPnnes.
En
Ég}ple,
les
aérostiers
sans
mathines
pour
"Il port1•r partout aussi promptement, pour
gauche. A la suite de cet accident, on le
firent cependant des prodiges. Conté avait exciter l'enlhousi~~me de l'arméti et porter le
nomma chef de brigade.
proposé en ,·ain la construct1011 d· µo,tes télé- trouble dans l',u-m ie ennemie.
Coutelle, promu chef de bataillon, commanda aux deux compagnies récemment graphiques qui eussent éviti! h défaite d'ALes aérostiers de la République ofîn-nt de
créées. La preruière, capitaine Delaunoy, lieu- boukir. Dans le désarroi de l'armée, il fut un nobles exemples 11 ceux d'aujourd'hui.
homme précieux; il créa à force d'ingéniotenant de Selle, fut affectée à l'armée du
En l'an Vll, ainsi que de Selle l'arnit prévu,
Rhin; la seconde, capitaine Lhomond, lieute- sité des att•liers pour a, oir les outils, les les compagnies d'aérostiers furent supprinant Plazanet, appartint à l'armée de Sambre- armes, les balanciers à monnaier, les canons, mées ; leur effectif fu I versé dans les sections
et-)leuse. Cdte dernière compagnie suivit la poudre qui lui étaient nécessaires. On a du génie et leurs offit·iers dispersés.
un ordre de Menou adres~é du Caire, le
J~urùan dans la mm·he qu'il fit pour souteQl\anl 11 l' Enl1·epl'enanl il fut conservé 22
thermidor an Vlll, « au citoyen Conltl,
mr Moreau, alors en Bavière; mais après la
glorieuse épave - à l'arsenal de Melz, où il
défaite de Jourdan à Wurlzbourg, l'Llercule chef de brigade des aérosliers », l'informant demeura longtemps comme un témoin de
fut pris et l'Enlrepl'enanl dégon0é revint sur qu'il met à ?a dispoülion la somme de l'inconstance des hommes. L'idée qui l'avait
:5.566 lim s pour les drprnses de l'atelier et
un chariot à Rastadt et de là regagua Strasfait naître était cependant grande et féconde :
le salaire des ouvriers el des artistes sous ses
bourg.
on l'abandonna trop vile.
La première compagnie accompagna Mo- ordres pendant le mois courant. li se mulli~1AURICE

DUMOULIN.

Docteur MAX BILLARD
~

L'historique des bains de
Le temps n'est pas bien loin où un voyarre res_tait dans l'eau, un détachement de cavaau_ bord de la mer ~tait un événement, ~ù lerie de 1~ g~rde éclairait la mer en s'y avanS_a~nt-M_alo, pour ne c1ler qu'une station ma- çant aussi loin q~'il était possible de le faire
nll':°~ importante, n'était i,ière connue des sans trop de pénis 1. lJ
Pam1ens que par le couplet d'une célèbre - c·e~t donc en prenant des bains de mer
chanson :
que Napoléon s'apprêtait à paraitre au delà
11011 1·~yagr, 111011 clwr /}umollet,
des Pyrénées. Le 4 novembre il était en E .t S/11111-Jlalo déb/lrque: ,ans 1ia11frag1"
pagne, et la victoire y entrait avec lui.
s
/)011

voyagr. el ,·e.,te~ si la rille i·ou,.piai/.

2~:

XVI, •

AU BALLO:( •.

f

J.

. C'était si loin I Les diligence,, attelée, de
dp
v1g?ureux c~ev~ux bretons, ne mettaient p1s
~oms de_ trois Jours à faire au galop les cent
_En f~it, cette fantaisie des bains de mer a
lieues_ qm séparent de Paris la vieille cité drs ris naissance sur les côtes normandes seuauda~1eux corsaires. ~lais la npeur et les
e':°ent en 1815. par le séjour qu'y fit la
chemins de fer, supprimant le temps el l'es- re10e Hortense, alleinte de consomption et
pac~, ont changé tout cela et aussi élargi lPs ven_ue sur le littoral mendier la santé et s:ashomons. Les ~!ages sont envahies tous les ~eo1r_ sur ces amas de galets qui n'avaient
ans ~ar le_s habitants des villes, en quête de pma1s vu, de mémoire d'homme que de
sante,
.
pauvres p'echeurs el de gigantesques
' falai~es
d qui'd,·ont
. chercher au loin ces lrois
gran s me ecms : l'air pur, l'eau salée le blancbes 3 •
•
repos.
'
Jusqu'en
1899
b
.
--, « une araque en assez
Dès 1760, Richard Russel préconisait en mauvais état' dans IaqueIle se trouvaient
Angleterre l'usage des bains de mer, et Mare~, dans un Mémoire couronné par l'Acadé~ue de ~ordcaux en 1767 '' se faisait en
Fr~nce _l écho de celle excellente pratique.
~lais, f~1l rem~rquer le Dr J. Laumomer dans
sor~ pellt Tm1/~ des Bains de ,ile,·, ce n'est
~cre qu~ depms Lefrançois, dc Dieppe, que
l hydrotherap1e el la balnéation marines sont
entr~es dans l'arsenal de nos moyens thérapeutiques.
Chose digne de remarqur, le premier pcr!;Onnage en vu~ que l'histoire ~ignale comme
pr~nanl ~es bams de mer sur le littoral frança~s est l en:ipereur Napoléon' alors qu'il fais~1t ~ne enJamhée d'Erfurt à Madrid. C'est à
Biarritz, au mois
de novembre 1808, que
l'E
.
mp~reur prit «. quelques bains de mer
s_ur celle plage »' qui devait devtnir la slallon farnr1le
des tètes couronne·e·,. 1,nous
,·
de.
vons· I anecdote
au
«énéral
de
Brandi
.
O
•d
, qui a
cons1,gn_e ?n~ ~es 1Mmoil'es posthumes tant
de ,deta1ls] mtimes,
d'un coloris si vif et SI.
.
vrai,. sur a vie des camps rt des bivouacs
depm~ 1~ guerre d'Espagne jusqu'à la bataill~ \'L'E DES BAl:l'S
. ET DL Cfl.\TEAU DE DIEPPE EN 18 3
.
, '
4 • - D11,près l'est:impe Jessinü etgra,•ee p3r GARNERA\' .
de _Le1pz1g. « Chacun de ces bains, écrit-il
é_1a1t accompagné d'une reconnaissance aqua~
11q?e, pour prévenir quelque surprise an- quelques baignoires, un petit nombre d
glaise. Pendant tout le temps que Napoléon tentes mal construites jetées au hasard su; les_descriptionsenthousiastes d'Alphonse K.
puis, en 18H, avec Ir. vieux maréchal Gr:;~
S L • En 1767, l'Académie royale des Dcllcs-Lellre
c1~necs cl Arts de Bordeaux décerna
·
s,
couronne au respectable M !Iarel
un pnx ~l o_ne
sur la mani~rc d'agir des bains d: poudr son llemo1rc
de mer , Cu,n B • .
. eau ouce el d eau
BatJonn~, I•• l'a~ic, ;r
Itmhaire pillore,que.

Él' E:STA1L LOUIS

la _rlage &gt;J,' loi là de quoi se composait l'élabhssl'm~nt balnéaire de Dieppe.
Auss1 est-ce suriou~ du jour où la duchc.~~e
~; _Berry, nature primesautière, ori!!inale,
1a_1me?t chevaleresque, toujours avide de
cm tr ~l de_ liberté, entrainant à sa suite
ou~
h,.gh-life parisien, vint passer, au
~o: ao'.1t i824, une saison à Dieppe, que
. odes empara de celle prescription ~alula1~~ de l'hygiène qu'on appelle le bain de mer.
ieppe fut désormais à la mode: mais end:nt 9uelques années, jusqu'à la créatio; du
~ efm de fer qui mit Paris à quatre heures
e a plage, la station se recruta spécialement dans le, rangs de la nobles~e et de 1
dfinance
d ' à qui· 1a grande fortune permettaita
es ép!a~ments coûteux et laissait d'importan ls lo1s1rs.
~ Ce goût dt!s hains de mer descendait à
en t813 ' avec Mmes de .,1co
,.. 1a1.. et •
dEtretat,
L
e éota~d s' saus doute attirées sur la la"'e
la plus pittoresque &lt;les côtes normande; p~r

la

'l~ieS~~fti~'11:./;:tlf~c:t: ft '~::ais,
0

Srènn

de

• 1812. Char~ntier, Paris, ~877, p. 11.f1111s1e, 18085. La rcmc Hortense gouvernail elle-même sa

sant~. On cite ,J'elle le trait s ..
plusieurs jours d'une ,lou.le Ul\~nl. Souffrant depuis
pour i· faire dil'eroion elleurb~o,gntnlc au~ sourcils,
quel à lui arracher un; dent~ igea e dentiste llous!· 11ul1cfleur de Dieppe. Die pe, 18'&gt;.i
3
a L abbé CocnET Etretat -, -~- ·
- ' p. 1.
Etretat, dtcout·e'rt par 1• .&gt; ~ ilion, 1857, p.118.
renommèe aux charmants :briotrj Isabey, doit sa
surtout à Alphonse kar
~ux e Le/J01ltevi11, el
upect pittoresque qu'il ri qu( '':rnta le lement son
e mit a la mode dans le

monde litléraire et artisli e Le
•
le pars lui-même élailqu · nomd Elrclat, sinon
puis I av3nt-dernie~ siècl coËnu des Parisiens deparc aux huîtrrs avait é~é n 17. 77, un fort beau
nrtte, reine de France c~euse_llOU_r llar1e-Antoid Etretat.
' qui pr férail les huître~
L~
bureau
de
,·c
l
•
établi à Paris rue n ~1es 11~1
tres d'Etretal était
chère du n• 11 ~ 0 l' ?t° orgu
ci
Sur la porte 00_
8

J

lrela/.

-, n isa, : ureau des /tuftru d'E-

�. - - "1STO'J{1.ll
chy 1, souffrant de la poitrine, errant de
France en Italie, et toujours poursuivi par le

VuE D'ÉTRETAT, EN 18;3. -

D'atrès l'tslampe dessinée tl gravét par GARNERAY.

remords de n'arnir su tran~formcr en un
triomphe une immense défaite.
En 1852, les rochers el les pittoresques
chaumières d'Étretat recevaient la visite du
général Ca\'3ignac, de la comtesse de Montalembert et celle plus sensationnelle du maréchal Jérôme Bonaparte, l'ancien roi de Weslphalie, el de son fils, lt! prince Napoléou!,
qui avaient alors le bonheur de voir le rétabfüsement de leur famille s'accomplir dans
son ancienne splendeur.
Devons-nous rappeler au~si, dans un autre
ordre d'idées, que c'est à Etretat qu'Orphée
aux En{el's a été imaginé, conçu et instrumenté? C'est là, dans la ,•illa 01·phée, que
Crémieux et Halévy ont écrit leur jo) eux
librello et que Bertall et Gustaye Doré en ont
dessiné les premiers costumes.

•

à califourchon le déposa chez la mère Oseraie, écrit M. Léon Séché, roici nacte-

De 1851: date la renommée de Trouville,
dont les dunes et la nature encore vierge
avaient séduit dix ans auparavant un enthousiaste de la mer, le peintre Mozin, qui était
loin d'en prévoir l'immense avenir. En 1834,
en effet, un grand diable basané el crépu c'était Alexandre Dumas - débarquait dans
ce joli coin de la côte normande et se faisait
héberger chez la mère Oseraie pour quarante
sous par jour, café compris. Le célèbre romancier, dont on connaît la royale fourchette, n'en revenait pas.

ment quel fut le menu de son déjeuner
Potaqe l&amp;alade de cruelle&amp;
CMelelle, de pré-sait!
Soles en matelote
Jlomard en niayo,maue
Bécassines rdties
Fruits
Cidre à di,crélio1t
Café

« Et Dumas eut pour ce prix-là autant de

au mois d'août à l'hôtel de Paris ou à l'hôtel
des Roches-~oire~.
Figurez-vous un quadrilatère de huit mè_tres
de chaque côté, avec des murs blanchis à
la chaux, un parquet de sapin, une table de
noyer, une commode Louis XV qui venait
je ne sais d'où, un lit de bois peint en
rouge, comme il y en a encore dans la
presqu'ile guérandaise, avec des draps de
toile blancs comme neige, une cheminée
surmontée d'un miroir à barbe et ayant
pour garniture, entre deux cornes d'abondance en verre, un globe sous lequel on
\'Oyait le bouquet de noces de la mère
Oseraie, aussi frais que le premier jour.
« Quand l'auteur des Trois Jlousquelaires,
de retour à Paris, raconta son odyssée aux
camarades du café Riche, Alphonse Karr.
sceptique comme saint Thomas, s'écria :
« Moi, je demande à voir! » liais, lorsqu'il
eut vu, ce qui ne fut pas long, il rivalisa de
zèle avéc Dumas pour envoyer à la mère Oseraie les dandys et les lionnes du boulevard
qui étaient fatigués de Dieppe et du Havre.
Et, dix ans après, la dune de Trouville, qu'un
notaire de pasrnge aurait pu acheter, en
i 825, pour une centaine de mille francs,
était couverte de jolies villas, de huit ou dix
rues, d'un casino superbe, de cinq ou six
hôtels, de trois mille promrneurs, de belles
dames en falbalas, - et elle valait quatre
millions 3 • i&gt;

L'H1STO'Jt.1QUE DES BJUNS DE .ME~ - - ,

Le dernier roi des Français « fut reçu, la n-ure en désignant une drs images aux
dans une pau1're salle basse, à peine éclairée, rnfants.
par un 1·i1 u, loup de mer en retraite et par
« Le rieillard regarda la fi~re indiquée et
sa digne fille, déjà savante en douleurs. Elle reconnu l le port rail de la reinefürie-Amélie...
portait le deuil de son mari, patron d'un joli
« Son émolion fut si vire qu'il tomba rennavire, enleré par les hasards de la mer. ,·er~é dans son fauteuil.
Après les soins les plus délicats prodi:.,iés au
« - Yous souffrez, monsieur? demanda
voya~eur - dont les !raits lui rappelaient de la fille du marin .. ..
vagues souvenirs et lui inspiraient une véné« - Au contraire; je suis consolé de
ration instincfüe - la jeune femme prépara toutes mes peines! s'écria le vieillard en esle coucher de ses hôtes el celui de sa famille. suyant ses larmes.

Faut-il rappeler que c'est dans la rue des
Rosiers, au n° 5, en face de la rue de la Mer,
dans une pauvre petite maison qui n'a point
chancré d'aspect 4 que Louis-Philippe, en
févri;r i 848, élait venu sur Cel coin de la

BJARJ&gt;JTZ E~ 18.p. -

TROUVILLE : Vi:E DE

u

PLAGE ET DES BAIXS. -

« Le jour où le matelot qui le portail

repas qu'il en Youlait prendre et une chambre
qu'on paierait aujourd'hui cinquante francs

1. Grouchy a,•ail alors 7~ ans. Il mourut en ,:1~47.
2. L'abbé Coc11u, /oc. ctl., p. 121. • En 185.&gt;, le
dimanche 21 aoûl, la reine douairière d'Espagne,
~larie-Chri,tinr. accompagure de ses deux filles el du
duc de llianzarès, a ,i~ilé les rochers et les hains
d'Etrelal. ,

j, Écho de Paris, 17 aoùt 1008. Rappelons que
c'c,t dans la ,talion rle Pu,·s. cré11e sans le vouloir
par Alexandre Dumas fils, qÜi, séduil par le site, y fit
con&gt;lruire une l'Îlla, qu'Alexandre Dumas père, venu
sur celle plaf!e en miniature chen·hrr un refuge pen•
danl la guerre, mourut le 5 rltlccmbre 1870.

f.. irrs et les gens de bourse dont les femmes
et les enfants venaient demander aux effluves
maritimes de la santé, de la forre et du ton,
et qui, après avoir passé paresseusement quelques heures à l'ombre des cabines blanches,
étaient maitre~ de regagner Paris en aus~i peu
de temps qu'il en eùt fallu jadis pour aller
de Fontainebleau à la ca pitale.
Les cbemins de fer avaient amené de tous
rôtés les baigneurs sur la côte. En 1855, par
une l&gt;clle soirée de septembr,·, deux tonrisles,

Dtssin

de DEROY (185~.)

côle, non prendre des bains de mer, mais
chercher un abri avant de s'embarquer pour
l'Angleterre?
i. \'oir 1/istoria, fa,cicule 30 20 février 1!11 1),
dans l'article: La fuite de louis-Pltilippe, par Victor Hugo, la rrproduclion d'une estampe de 1848,
reprcsentanl l'arrivée à Trouville du roi dëchu.

D'aprts 13 /i/hografhlt dt J. J,co1rn.

Le vieillard s'excusa de l'embarras qu'il lui
&lt;&lt; Et se tournant vas le syndic Barbey qui
donnait et la pria de ne rien changn à ses rentrait à lïn~lant :
épuisés de fatigue, armaient à Dives 1 &lt;' t
habitudes.
étaient_heureux de lrouver un gite à l'auberge
&lt;&lt; Capitaine, lui dit-il avec effusion,
&lt;1 Xou~ n'avons plus qu'à faire la prière
de Guillaume le Conquérant, qua nd l'un
j"ai
bien
fait et je suis heureux d'avoir mis
du soir, dit la pieuse vtuve.
d'eux, &lt;&lt; M. Durand-)forimbaud, eut l'idét!
celte croix d'honneur sur voire poitrine, car
« - Fai,ons-la ememble, f ai besoin de
de pousser jusqu'à Cabourg. Là, ils furent
c'est moi qui l'ai placée là, et je serais un
prirr, moi aussi.
frappés d'admiration par cette vaste étendue
« La mère alors agenouilla ses petits en- ingrat de 1ous le cacher plu~ longtemps. Au de ~hie fin, dominée par des dunes qui forfants del'ant un christ et des im1;:(es fixés à noiu de toute voire famille, embrassez Louis- maient une temisse naturelle. - Eurêka!
Pbilippe, hier roi des Français, aujourd'hui
la m11 raille. El qnaud ils eurent fini le Pater
fit M. Durand-,forimbaud &gt;J •. Et tout de
l,anni de France et sauvé par vous 1! ».
el 1".fre, cl la litanie de la \'itrge, et le ,1/esuite les arlistes, les hommes de lettres, b
~lais revenons à l'his toire de notre station
momn du défunt :
gens de bourse y firent irruption.
baln1laire.
« - Pr!ez aussi pour celle femme qui en
Le chic ne s'emparait de la petite bourgade
a tant besom en Cè momrnt, et qui est plus
que
vers 1~60, épolfue oi, fut créé ce fameux
malheureuse que les plus m,dheureux ! ajouta
En 1856, un architecte parisien, M. Félix
train des maris, pour les commerçants afPigenr y, séduit par la beauté des sites agréa-

"""

1. P1~ra:-C11L,·,urn . .ll11s ·'edr., famille.•. l.ntltr11ii-re
},age tl u11e 1/rmnrrltie, ci Ji• par JI. L.-.on Sédui.
t. \lme de S1hig11é a dalè de lli,·cs plusieurs de

~&lt;'~ ll'!tr,·s_; on r montre la chambre
J. Maurice l.n ,;1,, /,a 1w,s.,a11rr

qu'ell1• b1l111a.
d"s g1·anrle.i
p 'age.•. • Je .,ai• tout •, 11um,;ro du 15 1oùt 1006.

-~ru1.eva,I ~l lroulgatc r&lt;•monlrnl il 1850. C'est un
llaussard, qui acl11•la le prrmier un
trrr1m a 8euirH1I. Le même, {()(". âl.

mt,quc. d arJ,

lL

�msT0'1{1.Jl

---------------------------------------•

bics el les collines couvertes de ,tlgélation
loufîue, achetait, avec l'aide de $péculateurs,
les terrains situés le long de la grève déserte
de \ïl\ers 1 , qui de,·ait devenir une des reines
tie la plage normande. Deux ans après, Pn
18:-i8, le docteur Olille conw·ai t le projet de
fonder sur les dunes de la ri,·e gauche de la
Touques une station balnéaire ri\'ale de Trou\'ille. On acheta ~50 hectares de dunes au
pet il village végétant sur la colline depuis des
siècles, et deux ans après, une terrasse monumentale, un grand casino, de vastes hô1els
sortaienl du ml où poussaient seulement des
herbes et des ajoncs.
Le chemin de fer de Lisieux et Pont-l'É\'êque jusqu'à la porte de Deauville fut le ~ignal
du plus grand succès. La cour el ses familiers, à la suite du duc de Morny, adoptèrent
de plus en plus celle nouvelle station, dont
les événements de 1870 et Je retrait de la
mer allaient faire si vite un élégant cadane.
~lai~ déjà la îoule, qui se portail aux bains
de mer, était de\'enue si nombreme qu'il
fallut créer de nouvelles stations balnéaires,
surtout pour les familles qui voulaient une
vie calmr el un isolement relatif.

Ainsi sont nées ~ur le golfe de Saint-~lalo
les belles plages de Dinard, de Saint-Lunaire
et de Paramé. En 1879, drs hommes de letIres en vue, André Tbeuriet, Mme Michelet,
Bergerat, Pierre Giffard; des artistes de talent, 1\iou, Feyen-Perrin el bien d'autres,
célébraient dans les livres, les journaux et
les revues les plages et les falai~es de celle
pre,tigieuse baie de S tint-~lalo, el ils en f,isaient rapidement la fortune.
Deu~ grands libraires se sonl surlout pris
d'amour pour ces parages, que connaissaient
seuls quelques Anglais ~pleenétiqur~, et ont
beaucoup contribué à leur succès, )1. Marne,
de Tours, et M. Lacroix, l'éditeur si connu de
\ïctor Hugo.
On peut dire que si l'un a suivi le mouvement pour Dinard, l'autrt a eu le mérite de
l'imp1'ime1· pour Saint-Enogat, où les maisons. les chalets. les villas edilés par lui aujourd'hui ne se comptent plus.

t. &amp; I.e village de Yillers rsl une l&lt;lCalilé tn\s an•
tiClllHl qui devait exi~ler sous les rois méro,ingiens
l't probablement longtemps a1·ant eux. car on y a
lrouvê des m·1dailles d'or frapvées a l'effigie de ecs
rois et d1•s briques qui probahlement sont romaines :
tout cela se renconlrt avec d'autres objets dans les
tcrl'l'S qull lt-s ngues ont rongées sur le hord de
la mer, dan~ les parties les plu1 ha,ses du rivage. • Guide ries /Jaigneurs aux environ, dr
'frour•i/le, p3r ~(. DE C,r~o,r, Hartlel, Caen, 1ll53.
pugc 'lll.

~

La naissance d'Arcacbon, comme station
balnéaire, date de 1823, époque où le véritable fondateur, François Legallais, commença sur les rives absolumenl désertes du
2. Le&amp; Plage, de Fra11ce, )larpon el flammarioo,
Pari~. p. i07.
;;. • Dili une haute anli·1uil~, Uiarritz scmbllil
appelée par sa richesse à la haute destinèc qu'elle a
retrouvée Jepuis.
c Il v cul pourtant une éclip,;e dans sa fortune. c,,
rocher:1,atlu par une mer furieuse, fut dJcouronoè
par un orage des habitations qui y élaic11l con,truites,
et jusqu'au milieu de ce siè,·le il n'y cul plus la
qu·un pauYTc hameau de pêcheurs. • Bmr,u., /oc
cil., p. 420.

célèbre has5in la construction d"un hôtel·
Malgré les difûcultfls du voyage - à peine
y avait-il deux ou lrois roules praticables qurlques Bordelais entreprenants se rendaient
au bassin chaque année. En i824 s'ouvrit la
roule de Bordeaux à La Tesle. « Si Arcachon.
écrit Bertall, n'avait pas élé privilégié au
point de vue des routes, il n'en fut pas de
même au point de , ue des chemins de fer,
car celui de La Te~le, ouvert en i8l1, fut le
troisième des chemins de fer français 1 • »
En i806 seulement, ce ,illage d'Arcachon,
qui rappelle aux épicuriens bien drs souvenirs à la fois, devenait une commune, et, rn
1865, Émile Pereire commenç.,it l'établissement de la ,·ille d'hiver, où les Parisiens aux
bronches délicates et ne pournnt supporter
nos rudes hhers peuvent aller, aux mauvais
jours, retrouver les bri:;es du printemps.
Étonnerons-nous nos lecteurs en leur disant, pour finir, que jusqu'au milieu du dernier siècle il n'y a,·ait sur les rochers de Biarritz qu'un pauvre hameau de pêcheurs 3 , et
que cette station privilégiée, sous un ciel toujours calme el rayonnant, fol une d~s dernières où la mode des bains de mer fut adoptée? Ce fut l'impératrice Eugénie qui, séduite
par le voisinage de la frontière espagnole,
prit l'habitude d'y passer avec toute la cour
une partie de la belle saison. Avec elle, les
élégantrs el les gens de chic accoururent, et
les villas s' é)e\'èrent autour de la villa de
l'impératrice, dans un pays qui, à YraÎ dire,
a autant de saisons qu'il y rn a dans J'annc&lt;e.
ÜOCTEl'R

Je rencontrai le prince de Nassau un matin
sur la terrasse des Feuillants, aux Tuileries;
il marchait vite, elje voulus en vain l'arrêter.
cc Je suis très pressé, dit-il ; le prince F ...
cc de S... m'a choisi pour témoin d'un duel
&lt;&lt; qui doit avoir lieu tout à l'heure aux
« Champs-Élysées enlre lui et le chevalier
,1 de L. ... Tous deux ayant été obligés de
,1 promettre au tribunal des maréchaux de
&lt;• ne point s'envoyer de cartrl et voulant ce« pendant se battre, il faut que leur duel ait
&lt;c l'air de l'effet du hasard et d'une rencontre
&lt;&lt; à la promenade. Si tu veux voir ce combat,
u viens avec moi. »
J\ consentis, car j'étais assez curieux de
\"Oir sur le pré ce prince qui, par sa lenteur
à se décider dans ces sortes d'affaires, avait
trouvé le moyen de se donner une réputation

assez douteuse du côté de la bravoure quoiqu'il n'y eût peut-être pas d'homme de son
temps qui se fùl battu plus souvent que
lui.
Nous sorlimes donc des Tuileries et nous
Pntràmes dans la grande allée des ChampsÉlysées. Devant nous, à une assez grande distance, nous vîmes deux Yoitures s'arrèler et
nos deux champions en descendre avec leurs
épées. Ils marchèrent, et nous bâtâmes le pas
pour les rejoindre; mais la distance était
assez grande, et il y avait ce jour-là des promeneurs. Avant d'approcher du lieu où ils
s'arrêtèrent, une foule assez nombreuse nous
en sépara.
Nous entendimes alors un grand tumu !te;
nous courûmes, et, en arrivant, nous vimes
le dénoûment lrès singulier de ce combat :
l'un des deux combattants tenait à la main le
tronçon de son épée bri~ée, l'autre le frappait
avec la sienne. Tous deux s'accusaient réciproquem~nl d'avoir viulé les usages et les
règles du duel. L'un prJtendait qu'étant
tombé, p1rce que le pied lui avait glissé, el

L1 Po:-ir-N1:.1 F, -

CmtTE DE

SÊG UR

il'.\sATOI-&lt;~ CnAZAL-

CH. GAILLY DE TAURIN ES

Une fredaine de Buss))--Rabutin

~1AX BILLARD.

que son épée s'étant rompue, son adversaire
était venu vour le percer, quoiqu'il fût désarmé, ce qu'il aurait fait si son valet de
chambre ne fût venu le secourir. L'autre soutenait que son ennemi, sans attendre qu'il
fût en garde, l'avait légèrement blessé dans
les reins, et qu'ensuite le valet de chambre
de ce même ennemi était venu, contre toute
com-enance, se mêler au combat.
La foule qui les entourait était trop partagée d 'opiniom pour nous éclairer. De toutts
parts on criait au meurll'ef à l'assassinat/
sans désigner le coupable. Celle foule s'accroisrnit à chaque instant, et les derniers arriyants, qui n'avaient rien vu, n'étaient pas
ceux qui criaient le moins haut.
Les deux témoins de chaque combattant
défendaient, awc une vivacité un peu partiale, charun la came de son ami. Enfin les
exhortations de quelques spectateurs plus
sages persuadèrent aux deux adversaires el à
leurs amis de terminer ce scandale. Tous deux
étaient blessés. Les témoins les reconduisirent
dans leurs voitures, et ils se séparèrent.

Uat•·ès l'es/3mfe

Mon oncle le Corsaire.

L'espace aujourd'hui délimité par les rues
du Temple, de Bretagne, Chariol et 8éran11er
formait, au xv11• &amp;iècle, ce que l'on appelait
• !'Enclos du Temple &gt;&gt;.
Rien de plus curieux ni de plus pittoresque
que cet enclos~ si, "enant de 111ôtel de Ville,
vous remontiez la rue du Temple vous dirigea~l vers les boulevards et la barrière, après
arn1r dépassé lt!s rues Pastourelle et Portefoin, parvenu à la hauteur de la me de la
~o~derie (auj~urd'hui de Bretagne), vos Jeux
cta1enl soudam frappés sur la droite par la
perspective d'une longue muraille crénelée et
flanquée, de distance en distance, de tourelles en encorbellement; derrière ces créneaux, émergeaient des masses de verdure
d'où surgissait encore tout un amoncellement
de t?its, de clochers el dtl pignons; enfin,
dominant verdure, toits et clochers de toute
sa hauteur el de toute sa masse, une lourd&lt;!
et sombre tour carrée, percée d'étroites ouv~rtures, attirait et retenait le regard. Accol~s à ses angles, quatre petites tours access~1res élan~nt leurs toits pointus autour du
sien, semblaient vo11loir rivaliser entre elles
à qui menacerait le plus audacieusement Je
ciel de la pointe aiguë de leurs girouettes.
Tel était l'aspect extérieur de l'enclos du
Elirait du

voluc:n~ : Al't11l11rier1 et Frmme, de

qu~ltlt', par Ch. Gailly de Taurines. (llachcllcel C"

éd1teu1-s

'

T.:mple. Mais si, faisant quelques pas de
plu , et gagnant l'entrée de l'enclos, ,·ous
7
v~mez à pénétrer à l'intérieur, une surprise
bien plus grande encore vous y attendait : là,
dans un pittoresque désordre, se groupaient
ces constructions dont, dt! l'extérieur, on
n'apercevait que les toits, toutes diverses de
formes, de styles, d'àge et de dtlstination :
boutiques de marchands de tous étals ,
échoppes et ateliers d'artisans de tous métiers; antiques bâtiments de tenue sévète et
aristocratique, entourés de jardins non moins
solennels avec leurs rectilignes avenues d'arbres taillés et leurs parterrtlS à volutes de
fleurs et de buis; une église enfin, d'antique
et vénérable aspect, groupant autour d'elle
toutes ces bâtisses et construclions diverses·
~'était, ~n un mol, une véritable petite cité
mtercalee dans la grande ville, avec lous ses
propres organes, religieux, militaires et civils, c'était le domaine de !'Ordre de Malte
la résidence du Grand Prieur de France.
'
. ~à, ~uivanl les antiques pril'ilèges accordés
Jadis a leur ordre, les chevaliers de Malte
étaien~ chez eux, à peu près indépendants du
pouvoir r~yal; ~ans_ l'enclos du Temple, le
Grand Prieur regna1t presque en souverain
seul il y organisait la police, et pouvait ;
autoriser l'exercice de tous commerces et de
tous métiers en dehors des règles sévères
imposées dans tout le royaume aux corps de
marchands et aux corporations de métiers.
L'enclos du Temple jouissait d'un pri,·i)è&lt;re
bien plus grand encore : c'était un lieu d'asile
où pouvait se retirer et demeurer en une

douce et complète sécurité, au milieu de la
verdure et des fleurs, quiconque se trouvait
momentanément en délicatesse avec la justice
royale ou que pressaient avec trop d'insistance
f!Uelques indiscrets créanciers.
A tous ceux-là, les portes de l'enclos du
Temple dt.!meuraient largement ouvertes, elles
ne se fermaient que devant les huissiers:
c'était à vrai dire le paradis des débiteurs
insohaLlt•s.
~s seigneurs et maitres de rel étrange
P?l1l rofaumc ~e m~nquaienl, eux non plus,
nt de s1ngular1té, m de pittoresque, et voici
le portrait que nous donne des chevaliers de
Malte, au milieu du xvn° siP-cle, un de leurs
contemporains qui passa, il est vrai, en son
temps, pour un censeur à la plume quelque
peu acerbe :
« Les chevaliers de ~Ialte sont des oens
fort simples, forl innocents et fort chréli~ns ·
gens qui n ont rien_ de bon que l'appétit;
cadets de bonnes maisons qui ne veulent rien
savoir, rien valoir, mais qui voudraient bien
tout avoir. Au reste, gens de bien et d'honneur, moines d'épée qui ont fait trois vœux :
de pauvreté, de chastelé et d'obéissance·
pauvreté au lit, ils couchent tout nus el n'on~
qu'une seule chemise au dos· chasteté à
l'église, où ils n'embrassent pas 'ies femmes•
o~éissance à ~hie _: quand on les prie d';
fatre bonne chere, ils le soufl'rént; ils mangent, après qu'ils sont saouls, d'une cuisse
de perdrix, puis, du biscuit, en buvant pardessus du vin d Espagne, du rossoli et du
popolo avec des confitures et des pâtes de
•

t

•

,

�111STO'Jt1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Gênes, et tout cela par obéissance. 0 sanctas
gentes 1 1 »
Sur ce monde très mélangé cl un peu tur-

~

~

.

léans, alors lieutenant général du royaume.
Un seul instant d'hésitalion et llugues de
Rabutin voyait son droit sacrifié à la fa\'eur.

--

-

...

~
~
.

1. Lrllres tle Guy PctlÎ11. 3 ,·ol. in-8', Pari•, JS.i6.
Le Ure du 27 aoùl l()j8 à !1 . Charles Spon, docteur
en médecine à Lyon.

~

,.,_,
-

II

~•·~

·~r-•

~~~~~,,-t.,.~.

-,.,-roi

Les rabutinades du comte de Bussy.

Il n'était pas homme, heureusement, à se
laisser supplanter ainsi. A,·ec la plus calme
assurance et toutes les soumissions en ce
requises, il commença par prendre de luimême possession du Grand Prieuré au
Temple, puis se hâta d'aller, en qualité de
Grand Prieur, saluer le jeune roi, la reine
régente et le lieutenant génP.ral du royaume
lui-même. Contre le ,fait accompli, Gaston
d'Orléans n'osa plus s'élever.

Le Grand Prieur avait près de lui, au commencement de l'année i648, el logeait dans
son hôtel, au Temple, un autre neveu avec
lequel son caractère sympathisait bien davantage et qu'à cause de son aptitude et de son
penchant aux rabutinades de famille, il honorait d'une confiance toute spéciale, c'était
noger de Rabutin, comte de Bussy.
Celui-ci, alors âgé de trente ans, était un
vigoureux gaillard, gentilhomme de haute
mine, aux joues pleines et musclées, au nez
charnu et ouvert, au regard hardi el railleur,
à la lèvre sensuelle.
Ayant trouvé dans son berceau une épée,

LE TE.llPLE AU X\'11" SIÈCLE. -

Lulent quelquefois, régnait M. le Grand Prieur,
qui jamais n'était un homme sans relief, de
faible énergie ou de médiocre naissance ;
seuls les plus grands noms de la noblesse de
France pouvaient aspirer à ces hautes dignités
dans l'Ordre de Malte; seuls aussi des caractères de forte trempe élaient capables d'en
remplir efficacement les devoirs et d'imposer
quelque discipline à des sujets si difficiles à
conduire.
Le Grand Prieur qui, en l'année i648, se
trouvait en fonctions, était tout particulièrement remarquable, tant par l'ancienneté de
sa race que par la rudesse de ses mœurs.
Très proche parent de la pieuse et sainte
Jeanne de Chantal, tout récemment canonisée
par l'Église, Hugues de Rabutin n'avait avec
sa sainte cousine qu'un air de famille fort
vague et ses célèbres mbutinades, - le mot
était anoien el arnit servi déjà pour qudques fantasques aïeux, - ne ressemblaient que de fort
loin à des actions exemplaires ou à des vertus.
Homme de ré~olution prompte, il n'hésitait pas longtemps devant un parti à prendre,
et celle rapidité d'action lui soumit la fortune
en mainte circonstance de sa vie; c'est à elle
qu'il dut notamment la haute dignité dont il
était rel'êtu dans l'Ordre de Malle.
Lorsqu'en 16H, par la mort d'Amador de
la Porte, oncle du cardinal de Richelieu, la
charge de Grand Prieur était derenue rncante,
llugues de Rabutin, suivant l~s constitutions
de !'Ordre, se trouvait, par son ancienneté,
désigné de droit pour la recueillir. Mais un
compétiteur redoutable, un compétiteur
presque impossible à supplanter, se dressait
contre lui, c'était un favori de Gaston d'Or-

...~

,

ne s'était beaucoup contraint. fi a,·ait aussi,
sur quelques points de doctrine et notamment
sur le sacrement de pénitence, des notions
plutôt imprécises. Un jour de maladie, un
ami soucieux de son salut l'avait engagé à se
confesser et avait fait venir pour cela un religieux du couvent des PetiL5 Pères, célèbre et
recherché comme directeur de conscience.
cc Eh bien, demanda au Grand Prieur,
l'opération faite, son ami, non sans une certaine inquiétude; comment cela s'est-il passé?
- Le mieux du monde; mais ce moine
m'a dit que j'avais de « l'attrition ». Est-ce
une crise? »
En un mol, le caractère d'Hugues de fiabutin était si entier, ses mœurs si rudes, que
le marquis de Sévigné, son neveu par alliance. homme d'une exquise politesse et de
vie raffinée, n'appelait jamais ce demi-sauvage que « mon oncle le corsaire ».

~'/,~:..~~.,.
Dessin :le ROBIDA.

PORTE DE L'ENCLOS DU TE.IIPLE.

En fait de Yœux monastiques, celui de
chasteté surtout, jamais Hugues de Rabutin
.., 33o ....

Dessin dt ROBIDA,

il avait su s'en servir dès que ses forces lui
avaient permis de la porter. Comme, en 1637,

�..

..
r--

111S T0-1{1.Jl
UNE r'J('EDJl.7NE DE Bussr-R,/t1JUT1N - - - .

il se prfscntait au cardinal de la Valette,
alors en quartier à Rethel, pour servir dans
son armée:
, Y a-t-il longtemps, lui demanda celui-ci,
avec un intérêt apitoyé, y a-t-il longtemps
que Yous avez perdu madame mire mère?
- Monseigneur, ma mère n'est pas morte.
- Oh! je-ne pensais pas qu'une mère consentit à laisser aller à l'armée un fils aussi
jeune 1
.:__ ~lais, répliqua Bussy, portant au comble
l'ébahissement du cardinal homme de guerre,
je n'en suis pas à mes débuts : j'ai déjà fait
trois campagnes 1 • »
Il avait alors dix-neuf ans. L'année suivante
il devenait mestre de camp d'un régiment
d'infanterie que lui cédait son père.
Cette épée, qu'il maniait si bien à la
guerre, Bussy savait s'en servir aussi sans
gaucherie dans ces duels épiques où, pour
quelque vétille, un salut mal rendu ou un
regard trop prolongé, on s'alignait entre gen•
tilshommes, quatre contre quatre, ou six
contre six jusqu'à ce qu'une bonne moitié
des combattants fût étendue sur le carreau.
La plupart d'entre eux se souciait souvent
fort peu du sujet de la querelle, ne la connaissait même pas du tout ,1uelquefois; c'est
sans motif qu'ils se faisaient tuer, seulement
pour le plaisir.
Un jour, au sorti r de la comédie à l'llôtel
de Bourgogne, Bussy échange quelques mots
un peu vifs avec un gentilhomme gascon ;
séparés par la foule, les deux interlocuteurs
ne peuvent se joindre sur l'instant et, lti len•
demain, se cherchent réciproquement dans
Paris.
Rentré chez lui après une course sans ré.
sultat, Bussy voit arriver un gentilhomme
qui lui était totalement inconnu.
« J'ai appris, Monsieur, lui dit le visiteur,
après s'être présenté, que vous avez une
11uerdle avec M. de Ilusc (c'était le nom du
Gascon) . Je n'ai l'honneur de connaitre ui
vous, ui lui, mais jti sais où il se trouve et,
puisque vous le cber.-hez cl qu'il vous cherche,
je pourrais vous aider tous deux à vous
joindre, pourrn que vous voulussiez bien me
prendre comme second. Yotre réputation
m'indiue à vous servir et c'est l'honneur que
je vien, vous demander ici.
- Je vous rends mille gràces, Monsieur,
répondit Bussy à son obligeant visiteur, mais
veuillez c1msidérer, je vous en supplie,
qu'ayant déjà quatre de mes amis auprès de
moi, ce serait une bataille si je recevais l'honneur crue vous voulez me faire. Je vous suis
d'ailll!urs autant oLligé que si vous l'aviez
fait. D
Ayant témoigné êlre content de ces raisons, le visiteur ajouta :
1
« Puisque je ne puis être des vôlres, Monsieur, vous ne trouverez pas mauvais que
j'aille offrir mes services à M. de Busc et que
je lui dise que vous êtes ici. D
Estimant beaucoup le procédé de ce gentilhomme, Bussy l'embrassa avec effusion et,
1.. llémoire, de Roger de Rabutin, comte de Bussy,
publiés par Ludovic Lalanne, 2 1•01. in-18.

peu après, deux groupes de ca,·,1liers sortaient
séparément de la barrière Saint-Jacques, se
dirigeant vers Bourg-la-Reine, où ils se joignirent.
Là, comme on était en train de choisir un
Lerrain de combat, arrive à toute bride un
nouvtlau cavalic&gt;r.
c&lt; Tout beau 1 ~lessieurs, criait-il de loin de
toute la force de ses poumons; tout beau ! On
ne se battra p:is sans moi. ,&gt;
C'était L'Aigues qui, ayant eu vent de cette
querelle, accourait pour servir son ami Ilusc.
Mais l'un des partis se trouvant alors
compter un tenant de plus, et l'équilibre
étant ainsi rompu, on résolut, d'un commun
accorJ, d'envoyer à Paris chercher un nouveau compagnon pour la fèle.
L'ambassadeur chargé de la mission se
trouvait fort embarrassé : cc A l'heure qu'il
est, se disait-il en lui-mèmtl, où trouver quelqu'un? Personne ne gard~ son logis après
diner, it moins d'être malade, et c'est un
homme valide qu'il me faut. »
Au lieu donc de perdre son temps en recherches longues et vaines, il s'alla tout simplement poster sur le Pont-Neuf. li n'y était
pas d'un quart d'heure qu'au milieu de la
cohue des gens de toute condition et de toute
allure, m1rchands, bourgeois, bateleurs,
petits-maîtres et laquais, qui roulait en ce
lieu comme un perpétuel torrent, il aperçut
enfin la casaque à croix d'or d'un m'Jusquetaire du roi. Sans le connaitre en aucune
façon, il n'hésita pas pourtant à l'aborder
avec assurance, certain d'avance que la proposition qu'il avait à faire ne manquerait pas
d'être agréable et agréée avec enthousiasme.
« Monsieur, lui dit-il, le comte de Bussy,
mon ami, se trouve en te moment en une
peine extrême : il lui manque un ami pour
vider une querelle. A votre mine, je juge que
vous ne refuserez pas un emploi comme
celui-lit ni un homme comme M. de Bussy. »
Après de grands remerciem~nts, sur la
bonne opinion qu'on avait de lui, le mousquetaire monta en croupe et l'on partit sans
tarder; mais il était assez tard déjà, les deux
voyageurs, à la sortie de Paris, ayant voulu
prendre quelques raccourcis, s'égarèrent et
ne purent gagner Bourg-la-Reine.
.\ la nuit, impatientés d'attendre, les autres
combattants se résignèrent à rentrer en ville
et, le lendemain matin, Bussy et son adversaire, voulant éviter de nouveaux m1lentendus et de nouveaux délai~, résolurent, d'un
commun accord, de se défaire de leurs amis
et de se rencontrer seuls à cheval aux barrières du Louvre; de là ils gagnèrent le chemin de Vanvres où ils mirent l'épéti à la
main. C'est de Busc qui fut tué pour cette

fois 1.
Bussy, çn i 61,7, assista au siège de Lerida,
à ce fameux siège de Lerida où Condé fit
venir des violons pour ouvrir la tranchée. Là
il lai arrirn encore une assez plaisante rabutinade.
Un jour de garde, pour tromper l'ennui, il
avait invité quelques amis à diner à la tète
2. Mémofres de Bussy.

de la tranchée, laquelle ~e trouvait être dans
les masures d'une vieille église en ruines. Là,
parmi quelques autres, se trouvèrent au rendez-vous mt. de Barbantane, lieutenant des
gendarmes d'Enghien, et de Jumeaux, maréchal de bataille, deux des meilleurs amis dtl
Bussy.
On avait fait venir, pour la circonstance,
les petits violons du prince et, pendant qu'ils
jouaient, Barbanlane, ne sachant à quoi
s'amuser, eut la fantaisie de soulever la
pierre d'une des tombes du cimetière abandonné entourant la vieille église. Un corps s\
trouvait, admirablement conservé, et entouré
encore du linceul dans lequel il avait été
enseveli. Le prenant par la main et donnant
l'autre à l'un des convives, Ilarbantane, aux
sons des violons. fit exétuter au cadane la
plu~ échevelée et la plus macabre des contredanses.
Quelques instants après, l'un des danseurs
ayant été appelé pour le service, recevait une
balle dans la tête au moment où il montait
sur le revers de la tranchée. Ilarbantane mourait de maladie dans l'année même.
Extrêmement affecté de la mort de ses
dl!Ux amis, mort qu'il allribuait à une punition du ciel, Bussy en tomba lui-même si
dangereusement malade d'une fièvre quarte,
que son médecin, plein de zèle pour sa santé,
n'hésita pas à lui prodiguer les soins les
plus assidus : il le saigna huit fois. Mais ce
bon docteur, étant mort lui-même au cours
de la cure, Bussy fut sauvé.
Dans les conversations qu"ils avaient eues
souvent ensemble sur les mystères de l'autre
vie, Bussy el Jumeaux s'étaient mille fois
promis que le premier des deux qui mourrait, viendrait, si cela lui était possible, dire
à son compagnon des nouvelles de l'autre
monde. Dès que, dans la place de Fleix, d,mt
il était gouverneur, Jumeaux apprit la maladie de Bussy, il ne manqua pas de lui envoyer faire son compliment et de le prier de
se souvenir de la promesse qu'ils avaient
échangée si souvent :
&lt;l Comme vous voilà, mandait-il aimablement à son ami, sur le chemin du pays dont
j'ai tant envie de savoir des nomelles, je
vous conjure de ne pas manquer de m'en
éclaircir. »
« SoJez sûr que je n'y manquerai pas, répondit Bus~y courrier pour courrier, pourvu
que de là-bas, on veuille bien me laisser
revenir. ,&gt;
Un mois plus tard, le maladti ayant été,
comme nous l'avons vu, presque miraculeusement sauvé par la mort de son médecin,
c'est Jumeau't 11ui, un beau jour, mourut
subitement d'une grande débauche qu'il avait
faite avec des Suisses en garnison dans sa
place.
Bussy, croyant toujours que son ami tiendrait unfl promesse si solennellement échan«ée et le viendrait voir, l'attendait chaque
~uit sans fra)'eur. Ce fut en vain; J umcaux
ne parut jamais, ne sortit point de sa tombe
et demeura invariablement muet; si bien
qu'après ue longs espoirs toujours déçus, le

trop curieux Bussy dut enfin se résigner à courant des projets du neYcu, vi11t trou- blancs d'un aït'ul vénérable, toute une famille
croire que les morts, dans l'autre monde, ne ver Ilussy qui comm nçait à désespérer de de celle magistrature héréditaire qui se désifont pas toujours ce qu'ils veulent.
ses recherches et lui dit tout bas avec un gnait elle-même sous ce nom, prononcé non
Des bonnes fortunes de Bussy, conquêtes sourire de fine sati~faction : &lt;c J'ai mire ~ans quelque emphase et quelque fierté : la
menées tambour ballant, grandes dames, de- affaire. n
Robe.
moiselles ou bourgeoises, ,·éritable brochelle
Toutes fières qu'elles fussent, - avec
de cœurs qu'il se plaisait it égrener au fil de
III
grande raison, - de leur probité séculaire
son épée, il est inutile de rien dire ici; il a
et de leurs longues traditions d'austères rerpris lui-même un soin vraiment scrupuleux ,
Gens de robe.
tus, les familles de cette aristocratie ne s 'eu
à en conter avec complaisance les plus menus
lai&lt;saient point accroire, elles sarnient mesudétails; la discrétion, en effet, ne figurait
« Oui, j'ai votre affaire, dit le Bocage, une rer la distance qui les séparait, - elles,
point parmi ses principales vertu~. Conten- ,·euve de quatre cent mille écus de bien. simplement anoblies par la faveur royale tons-nous d'affirmer, a près lui, qu'il fit sou- N'est-ce pas là précisément ce qu'il vous des antiques familles d'épée dont l'origine
rire de plaisir et pleurer ensuite de déses- faut? Je suis fort ami d'un père de la Merd, remontait aux temps féodaux et qui n'avaie11t
poir, un nombre incalculable de beaux ieux. son confesseur, qui la gouverne, et ja puis, jamai~ occupé que des charges de guerre.
Marié en 1645, veuf en 1646 avec p Iu- par lui, vous ménager une entrevue•. l&gt;
« Ecoutez, disait modestement à son fils
sieu rs enfants et une mince fortune, il était,
La veuve en question, jeune et jolie auta11t la propre d(scendante d'un chancelier de
en 16-17, en relevant de sa fièvre quart,,, que rithe, était née et avait vécu jusque-là
France, Mme de Choisy, petite-fille de Michel
venu s'installer au Temple, dans l'apparte- dans un milieu aussi sévère, aussi calme,
de_ l'Ilopi~al; écoulez, mon flls, ne soyez
ment mis à sa disposition par son oncle le aussi pacifique qu'était tumultueux, dissipe&lt;, pomt glorieux et songezquevousn"êtes qu'un
Grand Prieur; là il attendait une occasion batailleur, celui dans lequel se mouvait Bussy,
bourgeois . .Je mis bien que vos pères, vos
favorable, très résolu à chercher sa subsis- auprès de son oncle le corsaire.
grand_s-pères, ~nt été maitres des requèles,
tance dans quelque favoraLle el bienfaisant
L'habitation de la darne était pourtant conseillers d'Etat, mais apprenez de moi
mariage; il en haïssait naturellement les toute voisine : dans la rue Sainte-Avoie, au
qu'en France, il n'y a de noblesse que celle
liens, étant ennemi de toute contrainte, mais coin de la rue llichel-le-Comte', sous le toit d'épée 3 • »
il haïssait encore davantage
L'aïeul vénérable qui, dans
la pauvreté et était décidé,
sc,n_
hôtel de la rue du Temple,
pour en snrtir, à sacrifin quelabritait
sons sou toit, a,•ec la
que chose de sa chère indépenjeune
veme,
deux générations
dance.
d'enfants
et
de
petits-enfant~,
JI cherchait avant tout du
était
précisément
M. de Choi~y,
bien, n'ignorant pas que c'était
Je beau-père dll la femme
là, autant que le mérite, ce ,1ui
modeste qui, maluré son oriservait à faireobtenir les grands
gine
illuslrf', savait donner à
honneurs.
ses
enfants
de si sages conseils •
Son père, très justement fier
de résene et de retenue.
des succès de ce fils brillant,
Ancien conseiller et ami de
tant en guerre qu'en amour,
Henri
lV,M. de Choisy groului en voulait cependant un
pait,
en
sa patriarcaled~meur,·,
peu, au fo11d du cœur, de ce
le ménage et la f~mille de sl's
qu'étant si bien fait, il ne
deux filles, mariées toutt's deux
réussissait pas plus promptedans ce milieu de haule mament à se procurer un étagistrature
auquelles rallachait
blissement approprié à sa tourleur n,,issance, Mmes de Caunure, et s'étonnait que quely ue
martin el de lleauharuais tic
infante ne fût pas encore veMiramion.
nue l'enlever.
En 164:5, Mme de Beau« Voyez, répétait-il soul'ent,
harnais voulant établir à son
voyez M. de Chabot qui, pour
sa bonne mine et pour sa
tour, dans lrs conditions les
belle danse, a épomé la duplus propres à assurer son
chesse de Rohan. Ne pouvl'zbonheur, sou fils uni11u1·, JacYous donc faire ainsi? ,,
ques de Beauharnais, St'i«neur
Pour obéir au vœu paternel,
de Miramion, conseille~ au
Bussy, en fils soumis et resParlement, avait fait thoix
pectueux, n'était donc occupé
pour lui, après mûres réfleà Paris, l:hez son oncle le
x(o11s ~t soigneuses enquêtes,
Grand Prieur, derrière les
dune
Jeune orpheline ânée de
~V
.
,
. ans, Marie Donneau,
" fi Ill!
Yieilles murailles du Temple,
seize
que de 1a pensée d'un de ces
d'un très riche fiaanrier, Jacmariages de riches veuves qui
quts Bonneau, seigneur de
s'entêtent d"un joli garçon.
Rubelles, contrôleur général
r,tuall,rù Fr,Ùu:ou, ,
_
,Ir /,,
ou-,;J, ~ ,1
·
l J'
l:Jlr1Jnqrrt 1~1,11./.-,1""'
Or un jour, un vieux bourdes
gabelles, mort deux ans
.r • rrrt,ep-, .c. u
Pfw__... ,., J,:_, -...~., ~,.,._ . A,u·J ,,,-1,'
geois de Paris, nommé ~I. du
auparavant.
~age, voisin à la campagne du Grand
.
A tous les points de rue,
~rol~cteur d'un vieil hôtel familial, habitait,
Prieur de France et qui, par l'oncle, érait au
~e
choix
d~
M~e
de
Beau_harnais ne pouvait
etro11ement groupée au tour des cheveux
elre
plus
Jud1c1eux
:
Marie Bonneau joignait
- 1. .1fbnoi,e, de Bu,sy.
0

9-'. ,

\.tJ

2. Elanl éch_u, par s~ilr de partages rie famille, à
31. tic Caumarlrn, cous111 gcrnuin de lime de ]lira•

.

_

mion, . c~t hôtel fut. connu au n111• siècle ~ous le
~om ~ 11'.,let Caumarltn. J.a me Sainle-Avoye est auJOurd hm la rue du Temple. A ce lle époque la ru,!

d u Temple 11e port:iit cc nom qu'à partir pr11cisémcnt

&lt;1e_la rue lll!chel-le-ComteJ·usqu'a11 boule,ard.
J.

,1/tmom:s de l'abbé

e l:hoi,y. Lil're J.

�msTO']t1A

____________________________________________..
,

à la richesse héritée de son père une mer- tout l'enfant; elle vint enfin tout éperdue, vier de Clisson', était toute voisine de l'habiveilleuse beauté, et quant à la vertu, la seule pâle, tremblante, les yeux et l'âme encore tation de M. de Choisy, le grand-père par
chose qu'on pût lui reprocher peut-être, pleins de l'image de la mort qui venait de lui alliance de ~[me de Miramion chez qui elle
c'était seul ...ment d'en avoir trop.
apparaîtrP dans toute son horreur. Son visage continuait à demeurer depuis la mort de son
Marie Bonneau avait eu l'enfance d'une changé fit croire aisément qu'elle se trouvait mari. En quelques minutes, de la rue Saintsainte. Élevée près d'un oncle el d'une tante mal; elle ne dansa point, et pendant que les Avoye, la jeune femme pouvait, paç la rue
demeurant rue des Mauvais-Garçons, qui, autres se réjouissaient, se livra tout entière de Braque, se rendre à cette église, et c'est
tous deux, l'aimaient beaucoup et qui s'ef- à ses sévèrPs et pieuses réflexions.
là en effet que chaque jour elle venait enforçaient, par des distractions généralement
Le mariage apporta à la jeune fille de nou- tendre la messe et faire ses dévotions. A deux
recherchées des jeunes filles de son âge, de velles causes de perfectionnement et de sanc- reprises donc, Bussy, dans un but beaucoup
lui faire, autant qu'ils le pouvaient, oublier tification par la souffrance et la douleur; non moins pieux, se rendit, lui aussi, à l'église
sa triste situation d'orpheline, Marie Bon- point par la faute de M. de Miramion son de la Merci; il y vit la jolie veuve, sans touneau, au milieu des réunions du monde, mari, mais précisément au contraire parce tefois ni l'approcher, ni lui parler, et la trouva
n'était présente que par le corps : sun esprit que cet époux vertueux, aimant tendrement d'une grâce et d'une beauté qui n'affaibliset son cœur étaient ailleurs, bien loin, aspi- et tendrement aimé, fut, en plein bonheur, saient en rien l'agrément des quatre cent
rant au Ciel.
après rnulement six mois de l'union la plus mille écus.
« Je pense sans cesse à la mort, disait-elle .,parfaite et la plus fidèle, brus11uement enlevé
&lt;I .Mme de Miramion vous a, pour sa part,
à la vieille gouvernante, femme de la plus a l'affection de sa femme par une brève et également remarqué, lui assura le moine.
ardente piété, qui l'avait élevée et la suivait foudroyante maladie, le jour des morts de Elle m'a avoué que vous ne lui déplaisiez pas;
mais, en cette rencontre, elle n'ose rien faire
depuis son enfance; je pense sans cesse à la l'année 1645.
mort et, dans le temps même que tout le
Ainsi, à seize ans, à cet âge où ses insou- sans le consentement de ses parents qui voumonde ne pense qu'à se réjouir, je me dis ciante.s et h"ureuses compagnPs n'avaient draient absolument qu'elle épousât un homme
à moi-même : Voudrais-je mourir en ce encore à souffrir de soucis plus graves que de de robe. Laissez-moi faire cependant, je tenmoment?
ceux de quelque poupée brisée ou perdue, la terai des démarches auprès des principaux.
- Ah! MademoisPlle, répondait avec ad- pauvre enfant était veuve; six mois après parents et, en tout cas, j'essayerai de la permiration la pieu,e femme, quelle grâce Dieu elle était mère et mettait au monde une fille, suader qu'elle peut bien, sans leur avis, dis•
vous fait! Prof1tez-en bien, et songez aux ayant épuisé déjà, en une si courte existence, poser d'elle-mème. »
dangers auxquels vous êtes exposée dans ces toute la série des joies el des douleurs qui
A ces assurances de service, l'obligeant
di1•erlisseme11ts profanes. Les saints, en pa • peuvent illuminer ou assombrir l'existence moine joignit quelques demandes de fonds,
de~tinés, disait-il, à l'aider dans les démarreille Ocl'asion, portaient des chaines de fer, d'une femme 1.
afin que la douleur présente les empêchàt
Telle était la jeune veuve que l'ingénieux ches multiples qu'il aurait à faire, puis,
d'être sensibles aux. dangereuses distractions marieur du Boc:ige avait eu l'idée de pro- comme le temps approchait où l'armée allait
qui les environnaient et risquaient de leur poser à Bussy. Assez singulière idée, certes! entrer en campagne et où Bussy devrait refaire oublier le soin de leur salut. 1&gt;
N'était-ce pas là vouloir, en quelque sorte, joindre les troupes, le père l'assura qu'il
Cet avis ne fut pas perdu. Fermement allier l'aigle aver. la colombe et faire fusion- pouvait partir l'esprit en repos sur cette
affaire, promettant de lui donner a l'is de
résolue à ne pas moins bien faire que ner !'Enfer avec le Paradis?
n'avaient fait les saints, l'enfant, après avoir
Que dirait d'ailleurs d'un pareil projet le tout, et le 6 mai 1648, le beau conquérant,
mis de côté et thésaurisé l'argent donné ponr père de Bussy, si vain de la belle prestance le cœur léger, se rendit à Péronne où le
ses menus plaisirs, acheta une chaine de fer de son fils et si désireux de lui voir imiter prince de Condé rassemblait son armée3 •
qu'elle ne manquait pas de porter en secret l'engageant exemple de Chabot? Mme de )Iisous sa robe chaque fois que sa tante la ramion n'é.tait pas de la qualité d'une Rohan.
IV
Que dirait le Grand Prieur de Malte, que
menait au bal.
Dans la tranchée d'Ypres.
A la comédie, elle fermait les yeux; mais diraient tous les Rabutin en voyant un des
lorsque sa tante venait à rire, elle se tournait leurs rechercher l'alliance de la veuve d'un
vers elle et riait aussi, de peur d'attrister robin, de la füle d'un homme de finance?
En 1644, Uauvilly, lieutenant de la coml'excellente femme en lui laissant voir trop
Toutes ces objections n'arrivèrent pas à pagnie de chevau-légers d'ordonnance du
clairement combien étaient vains et inutiles faire balancer un inslant Bussy : les quatre prince de Condé ayant été tué le 5 août aux
les soins qu'elle se donnait pour faire goûter cent mille écus de biens de Mme de Mira- attaques de Fribourg, Bussy, suivant le vœu
à sa nièce les plaisirs de son âge.
mion étaient à ses yeux un argument vain- de son père, avait traité de cette charge et
A peine àgée de douze ans, Marie Bonneau queur el il fut convenu avec le Bocage que le l'avait acquise moyennant le prix de douze
réclamait la faveur de prendre soin des ma- père de la Merci, confl'sseur de la jeune mille écus'·
Depuis lors, abandonnant à son lieutenantlades lorsqu'il y en avait quelqu'un dans la femme, ferait en sorte d'amener une entrecolonel le commandement de son régiment
maison et, certain jour des Rois, tandis qu'au vue avec elle.
salon tout le monde était en joie, un paleUne entrevue, c'était beaucoup s'avancer, d'infanterie, il avait fait toutes les campagnes
frenier de son oncle se mourant dans les il eO.t fallu pour cela le consentement de à la tête des chevau-légers de Condé et suivi,
communs, la charitable et compatissante Mme de Miramion, et le moine ne pensait pas en cette qualité, le duc d'Engbien, devenu
petite Uarie voulut quitter la fète pour venir pom·oir encore lui demander une démarche bientôt prince de Condé par la mort de son
donner des secours au moribond et essayer, aussi marquée; tout ce qu'il put faire, pour père.
Cette charge lui procurait la faveur de
par ses pieuses exhortations, de lui rendre le moment, ce fut de mettre Bussy à même
la mort moins douloureuse. L'agonie fut d'apercevoir au moins une fois la jeune vivre aux côtés et dans l'intime familiarité du
effroyable et le dernier soupir du pauvre femme qui lui était si délibérément offerte. héros . de l\ocroy. Dans la tranchée, devant
homme accompagné des plus horribles conL'église des pères de la Merci, située rue Mardick, repoussant avec lui l'épée à la main,
vulsions.
du Chaume (aujourd'hui des Archives) en coude à coude, une furieuse sortie des ennePour commencer le bal, on cherchait par- face du beau portail gothique de l'hôtel d'Oli- mis et voyant les manchettes du prince toutes
0

i. Sur l'enrance cl b sa inteté de llme ,te lliramion. ,,oyez : la Vie de Mme de .llu·a111io11 nar
F,-ançois-Timolèon de Choisy, prieur de Saint-Lo,
doicn &lt;le ln cathé&lt;lrale de Bayeux cl membl'C de
l'Académie française. - Plusi~urs éditions aux HH'
el n 111• siècles; la &lt;lcrni~rc est de 18:58. - L'abbé de

Cltoisy, auteur de ce livrc,élnit le cousin germain de
)!me de füramion.
Voir aussi l'excPllent om rage du corole de Bonneau-A venant : ,lime de ,l/iramio11, Sà vie et ses
œuvres cl,ar,tables, 1 vol. in 8•, 1875 cl éditions
postérieures, cl aus, i un très intérassanl al'ticle du

docteur I.e Pileur dans La France ,llédicale, du
10 octobre 1906.
2. Encore existant. L'une des portes du couvent ,le
la fü,rci existe encore également au n• i5.
3. ,l/émofrc, de Bussy.
4. JlémoÎl'ei de Bus~.

U NE 'F~ED.JUNE DE BussY-'Jtl rBUT1N - - ~

trempées de sang : « Vous êtes blessé, Mon- n'avait pas aidé à moins de trois enlhements seul mot d'enlèvement, le prince, sans attenseigneur? » lui demanda-t-il, plein d'an- mémorables : tout d'abord celui de Mlle de dre d'autres explications, arrêta+il brusquegoisse. - &lt;1 Non, répondit Condé, c'est du Salnove par Saint-Étienne, un de ses gentils- ment le narrateur pour l'assurer de sa chahommes; puis l'enlèvement de ~Ille de Bout- leureuse approbation et au besoin de son
sang de ces coquins. &gt;&gt;
appui.
En arrivant donc à Péronne, c'est
« Voulez-vous, lui dit-il, dès que
aux côtés de Condé, son chef, que Bus,·ous serez en possession de votre belle,
sy alla immédiatement se ranger.
vous retirer avec elle dans une des
Le prince avait reçu l'ordre de complaces de mon gouvernement de Bourmencer la campagne par le siège d'Ygogne, à Bellegarde, par eiemple 1 Là
pres. Le 8 mai, après avoir passé la
personne n'osera, contrairement à mon
revue de ses troupes, il les mettait en
autorité, venir troubler vos amours
marche en deux colonnes et le 13, à
et vous serez à l'abri de toute poursuite.
rinq heures du matin, il s'établissait
- Monseigneur, répondit Bussy, je
devant la place, qu'il était bien décidé
à enlernr de son habituelle façon, tamremercie Votre Altesse de son offre;
bour ballant.
mais je ne crois pas avoir besoin de
Le 25, la tranchée était Mjà assez
mener si loin mon Hélène. Je compte
approchée des défenses pour qu'on pût
trouver abri à Launay, une des maijeter des fascines dans le fossé de la
sons du Grand Prieur, mon oncle,
contrescarpe et, le lendemain, faire
entre Stns et Bray-sur-Seine.
avancer une batterie de trois pièces.
- Eh bien! dit le prince, Ypres
Le même jour, Bussy, demeuré dans
ne peut plus tenir longtemps. Dès que
l'incertitude sur ce qui s'était passé
la place sera prise, je vous donnerai
à Paris après son départ au sujet de
à porter à la cour la nouvel\e de la cases proj~ts de mariage, et qui attendait
pitulation ; ainsi vous pourrez, sans
al'ec impatience la réalisation des proexciter aucun soupçon, retourner à
messes du père de la \lerci, reçut enfin
Paris et y séjourner le temps qui
une lettre de ce religieux.
rnus sera néces$aire. l&gt;
c, La dame en qu~stion, lui mandaitDès le lendemain, Bussy mandait
on de façon discrète, n'a pas la force
à son bénévole correspondant, le conde résister à ses parents qui vous sont
fesseur de Mme de Miramion, que, le
contraires; mais elle serait bien aise
~iège prenant fort bonne tournure, et
que, par une apparente violencr, vous
la ville paraissant devoir être bientôt
lui aidassiez à dire oui. &gt;&gt;
emportée, il pourrait, en toute vraiBussy, qui n'ignorait pas ce que
semblance, se rendre prochainement à
parler veut dire, ne douta point un
Paris où il serait prêt à suine les insinstant que Mme de liiramion désirât
truclions qu •on voudrait bien lui donner.
qu'il l'enlevât et ne le lui fit ainsi fort
Deux jours plus tard en effet, après
ingénieusement entendre; il n'hésita AVANT LA MESSE. - Estampe extraite de la série : , La noblesse une brillante attaque par nos troupes
pas à sui1-re une voie si conforme à
fraoça,~e à l'église •, tar ABRAHAM B OSSE.
de la demi-lune qui faisait face à nos
son tempérament et à ses goûts.
travaux d'approche, on put attacher
Mais il ne pouvait s'embarquer dans
le mineur au corps de la place, et
une affaire de cette sorte sans en parler au teville par Coligny, son ami, qui, en cours de le gouverneur, reconnaissant qu'une plus
moins à son général et, courant au lorris du route, lui écrivait dans l'ellusion de sa re- longue défense était impossible, amena le
prince, il lui montra la lettre du moin; et lui connaissance : « J'ai procédé ce matin au drapeau blanc et signa la capitulation. Emfit part de ses projets.
saint sacrement de mariage en présence de pressé d'exécuter sa promesse, le prince fit
Un enlèvemt'nt ! ~lais rien mieux que cela tout Cbàteau-Tbierry. Nous partons présen- partir Bussy sur-le-champ pour en porter la
ne pouvait être dans les idées et les goùts de tement pour Stenay. » li avait enfin aidé à la nouvelle.
Condé; rien ne pouvait lui plaire davantage : fui te de Mlle de Rohan avec Chabot vers le
Après un grand détour, rendu nécessaire
e~le~er d~s femmes, enlever des viUes, il n'y château de Sully « où un prêtre qui passait par la présence de l'ennemi, l'heureux mesfa1sa1t pornt de différence, c'était sa fonction sur la rivière de Loire les maria 1 ».
sager de victoire, passant par Furnes, Dunet sa spécialité. Dans la seule année t645, il
Aus~i. aux premières paroles de Bussy, au kerque, Gravelines et Calais, arriva à Paris
1. llé1110Îl'cs de 11/1/e de /llo11tpe11 sier.
2 . .lfémoires de Bussy.
le 50, avant-dernier jour de mai, au matin 2 •
(A suivre.)

Cu. GAILLY DE TAURINES.

�L'HJSTOJRE JNTJME
~

Mesdames, filles de Louis XV
Par Madame CAMPAN.

Clicht Glraudon.
LA VIE ET

u:s MCEURS

AU Xl'lll' SIÈCLE. -

LA TOILETTE. -

Tabkau d e

PATER·

(Colite/ion

La Cau, M11sée du Louvre.)

J'avais quinze ans lorsque je fus nommée un sac contenant en or le prix de la maison.
sement elle n'avait souvent que le temps
lectrice de Mesdames. Marie Leczinska venait
Louis XV voyait très peu sa famille ; il d'embrasser son père, qui partait de là pour
de mourir; la mort du dauphin avait précédé descendait tous les matins, par un escalier la chasse.
la sienne de trois ans; les jésuites étaient dé- dérobé, dans l'appartement de madame AdéLe roi était fort adroit à faire certaines petruits, et la piété ne se trouvait plus guère à laïde. Souvent il y apportait et y prenait du
tites
choses futiles, sur lesquelles l'attention
la cour que dans l'intérieur de Mesdames; le café qu'il avait fait lui-même. Madame Adéne s'arrête que faute de mieux; par exemple,
duc de Choiseul régnait.
laïde Lirait un cordon de sonnette qui averLe roi ne pensait qu'au plaisir de la chasse; tissait madame Victoire de la visite du roi; il faisait très bien sauter le haut de la coque
on aurait pu croire que les courtisans se per- madame Victoire en se levant pour aller chez d'un œuf d'un seul coup de revers de sa fourmettaient une épigramme quand on leur en- sa sœur sonnait madame Sophie, qui à son chette; aussi en mangeait-il toujours à son
lenda il dire sérieusement, les jours où Louis XV tour sonnait madame Louise. Les apparte- grand couvert, et les badauds qui venaient le
ne chassait pas : « Le roi ne fait rien au- ments des princesses étaient très vastes. Ma- dimanche y assister retournaient chez eux
moins enchantés de la belle figure du roi que
jourd0hui. »
dame Louise logeait dans l'appartement le de l"adresse avec laquelle il ouvrait ses œufs.
Les petits voyages étaient aussi une afi'Jire plus reculé. Celle dernière fille du roi était
Dans les sociétés de Yersailles on citait
très importante pour le roi. Le
avec plaisir quelques réponses de
premier jour de l'an il marquait
Louis XV, qui prouvaient la finesse
sur son almanach les jours de déde
son esprit et l'élévation de ses
part pour Compiègne, pour Fonsentiments. Elles ont été placées
tainebleau, pour Chois), etc. Les
dans des recueils d'anecdotes, el
plus grandes affaires, les événesont
généralement connues.
ments les plus importants ne déCe
prince était encore aimé; on
rangeaient jamais celle distribution
eût désiré qu'un genre de vie conde son temps.
venable à son âge et à sa dignité
L'étiquette existait encore à la
vînt enfin jeter un voile sur les
cour avec toutes les formes qu'elle
égarements du passé, et justifier
avait reçues sous Louis XIV; il n'y
l'amour
que les Français avaient
manquait que la dignité : quant à
eu pour sa jeunesse. li en coûtait
la gaieté, il n'en était plus quesde le condamner sévèrement. S'il
tion; de lieu de réunion où l'on
avait
établi à la cour des maîtresses
vît se déployer l'esprit et la grâce
en titre, on en accusait l'excessive
des Français, il n'en fallait point
dévotion de la reine. On reprochait
chercher à Versailles. Le foyer de
à Mesdames de ne point chercher
l'esprit el des lumières était à Paris.
à prévenir le danger de voir le roi
Depuis la mort de la marquise
se composer une société intime chez
de Pompadour le roi n'avait pas
quelque nouvelle favorite. On rede maitresse en litre; il se contengrettait madame Henriette, sœur
tait des plaisirs que lui offrait son
jumelle de la duchesse de Parme·
petit sérail du Parc-aux-Cerfs. Sécette princesse avait eu de l'in:
parer Louis de Bourbon du roi de
ll~ence sur l'esprit du roi ; on diFrance était, comme on le sait, ce
sait que si elle eût vécu elle se seque le monarque trouvait de plus
rail occupée de lui procurer des
piquant dans sa royale existence.
amusements au sein de sa famille;
Ils l'ont 1•oulu ainsi; ils ont pensé
qu'elle aurait suivi le roi dans ses
que c'était pour le mieux. C'était
petits voyages, et aurait fait les
sa façon de parler quand les opérations des ministres n'avaient pas
honneurs des petits soupers qu'il
de succès. Le roi aimait à traiter
aimait à donner dans ses apparteMADAME LOUISE-ÉLJSAOl:.Tll ET 1\IADAllE HE!ŒIETTE, Vl:.RS Iï3;.
ments intérieurs.
lui-même la honteuse partie de
Tableau dt GOBERT. (Musee de Versailles.)
ses dépenses privées. li vendit un
Mesdames avaient trop négligé
jour à un premier commis de la
les moyens de plaire au roi; mais
guerre une maison où avait logé une de ses contrefaite et fort petite; pour se rendre à la
on pouvait en trou ver la cause dans
maîtresses; le contrat fut passé au nom de réunion quotidienne, la pauvre princesse tra- le peu de soins qu'il avait accordés à leur jeuLouis de Bourbon; l'acquéreur porta lui- versait, en courant à toutes jambes, un grand nesse.
Pour consoler le peuple de ses souffrances
même au roi, dans son cabinet particulier, nombre de chambres, et malgré son empreset fermer ses yeux sur les véritables déprédaV. -

.., 336""

llJSTORIA. -

Fasc. .jO.

22

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                    <text>L'HJSTOJRE JNTJME
~

Mesdames, filles de Louis XV
Par Madame CAMPAN.

Clicht Glraudon.
LA VIE ET

u:s MCEURS

AU Xl'lll' SIÈCLE. -

LA TOILETTE. -

Tabkau d e

PATER·

(Colite/ion

La Cau, M11sée du Louvre.)

J'avais quinze ans lorsque je fus nommée un sac contenant en or le prix de la maison.
sement elle n'avait souvent que le temps
lectrice de Mesdames. Marie Leczinska venait
Louis XV voyait très peu sa famille ; il d'embrasser son père, qui partait de là pour
de mourir; la mort du dauphin avait précédé descendait tous les matins, par un escalier la chasse.
la sienne de trois ans; les jésuites étaient dé- dérobé, dans l'appartement de madame AdéLe roi était fort adroit à faire certaines petruits, et la piété ne se trouvait plus guère à laïde. Souvent il y apportait et y prenait du
tites
choses futiles, sur lesquelles l'attention
la cour que dans l'intérieur de Mesdames; le café qu'il avait fait lui-même. Madame Adéne s'arrête que faute de mieux; par exemple,
duc de Choiseul régnait.
laïde Lirait un cordon de sonnette qui averLe roi ne pensait qu'au plaisir de la chasse; tissait madame Victoire de la visite du roi; il faisait très bien sauter le haut de la coque
on aurait pu croire que les courtisans se per- madame Victoire en se levant pour aller chez d'un œuf d'un seul coup de revers de sa fourmettaient une épigramme quand on leur en- sa sœur sonnait madame Sophie, qui à son chette; aussi en mangeait-il toujours à son
lenda il dire sérieusement, les jours où Louis XV tour sonnait madame Louise. Les apparte- grand couvert, et les badauds qui venaient le
ne chassait pas : « Le roi ne fait rien au- ments des princesses étaient très vastes. Ma- dimanche y assister retournaient chez eux
moins enchantés de la belle figure du roi que
jourd0hui. »
dame Louise logeait dans l'appartement le de l"adresse avec laquelle il ouvrait ses œufs.
Les petits voyages étaient aussi une afi'Jire plus reculé. Celle dernière fille du roi était
Dans les sociétés de Yersailles on citait
très importante pour le roi. Le
avec plaisir quelques réponses de
premier jour de l'an il marquait
Louis XV, qui prouvaient la finesse
sur son almanach les jours de déde
son esprit et l'élévation de ses
part pour Compiègne, pour Fonsentiments. Elles ont été placées
tainebleau, pour Chois), etc. Les
dans des recueils d'anecdotes, el
plus grandes affaires, les événesont
généralement connues.
ments les plus importants ne déCe
prince était encore aimé; on
rangeaient jamais celle distribution
eût désiré qu'un genre de vie conde son temps.
venable à son âge et à sa dignité
L'étiquette existait encore à la
vînt enfin jeter un voile sur les
cour avec toutes les formes qu'elle
égarements du passé, et justifier
avait reçues sous Louis XIV; il n'y
l'amour
que les Français avaient
manquait que la dignité : quant à
eu pour sa jeunesse. li en coûtait
la gaieté, il n'en était plus quesde le condamner sévèrement. S'il
tion; de lieu de réunion où l'on
avait
établi à la cour des maîtresses
vît se déployer l'esprit et la grâce
en titre, on en accusait l'excessive
des Français, il n'en fallait point
dévotion de la reine. On reprochait
chercher à Versailles. Le foyer de
à Mesdames de ne point chercher
l'esprit el des lumières était à Paris.
à prévenir le danger de voir le roi
Depuis la mort de la marquise
se composer une société intime chez
de Pompadour le roi n'avait pas
quelque nouvelle favorite. On rede maitresse en litre; il se contengrettait madame Henriette, sœur
tait des plaisirs que lui offrait son
jumelle de la duchesse de Parme·
petit sérail du Parc-aux-Cerfs. Sécette princesse avait eu de l'in:
parer Louis de Bourbon du roi de
ll~ence sur l'esprit du roi ; on diFrance était, comme on le sait, ce
sait que si elle eût vécu elle se seque le monarque trouvait de plus
rail occupée de lui procurer des
piquant dans sa royale existence.
amusements au sein de sa famille;
Ils l'ont 1•oulu ainsi; ils ont pensé
qu'elle aurait suivi le roi dans ses
que c'était pour le mieux. C'était
petits voyages, et aurait fait les
sa façon de parler quand les opérations des ministres n'avaient pas
honneurs des petits soupers qu'il
de succès. Le roi aimait à traiter
aimait à donner dans ses apparteMADAME LOUISE-ÉLJSAOl:.Tll ET 1\IADAllE HE!ŒIETTE, Vl:.RS Iï3;.
ments intérieurs.
lui-même la honteuse partie de
Tableau dt GOBERT. (Musee de Versailles.)
ses dépenses privées. li vendit un
Mesdames avaient trop négligé
jour à un premier commis de la
les moyens de plaire au roi; mais
guerre une maison où avait logé une de ses contrefaite et fort petite; pour se rendre à la
on pouvait en trou ver la cause dans
maîtresses; le contrat fut passé au nom de réunion quotidienne, la pauvre princesse tra- le peu de soins qu'il avait accordés à leur jeuLouis de Bourbon; l'acquéreur porta lui- versait, en courant à toutes jambes, un grand nesse.
Pour consoler le peuple de ses souffrances
même au roi, dans son cabinet particulier, nombre de chambres, et malgré son empreset fermer ses yeux sur les véritables déprédaV. -

.., 336""

llJSTORIA. -

Fasc. .jO.

22

�msT0'1{1.J1 _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ___;__ _ ___;_,._ _ _ _ _ _ J
tions du trésor, les ministres faisaient de
temps en temps peser sur la maison du roi, et
mème sur ses dépenses personnelles, les réformes les plus exagérées.
Le cardinal de Fleury, qui, à la vérité, eut
le mérite de rétablir les finances, poussa ce
système d'économie au point d'obtenir du roi
de supprimer la maison et l'éducation des
quatre dernières princesses. Elles avaient été
élevées, commç simples pensionnaires, dans
un couvent, à quatre-,ingts lieues de la cour.
La maison de Saint-Cyr eût été plus convenable pour recevoir les filles du roi; le cardinal partageait probablement quelques-unes
de ces préventions qui s'attachent toujours
aux plus utiles institutions, et qui depuis la
mort de Louis XI\' s'étaient éle\'ées contre le
bel établissement de madame de Maintenon.
Il aima mieux confier l'éducation de Mesdames à des religieuses de province. Madame
Louise m'a souvent répété qu'à douze ans
elle n'avait point encore parcouru la totalité
de son alphabet, et n'avait appris à lire couramment que depuis son retour à Versailles.
)ladame Victoire attribuait des crises de
terreur panique qu'elle n'avait jamais pu
vaincre, aux violentes frayeurs qu'elle éprouvait à l'abba1e de Fontevrault, toutes les fois
qu'on l'envoyait, par pénitence, prier seule
dans le caveau où l'on enterrait les religieuses.
Aucune prévoyance salutaire n'avait préservé
ces princesses des impressions funestes que
la mère la moins instruite sait éloigner de ses
enfants.
Un jardinier de l'abbaye mourut enragé,
sa demeure extérieure était ,·oisine d'une
chapelle de l'abbaye oi1 l'on conduisit les princesses réciter les prières des agonisants. Les
cris du morihond interrompirent plus d'une
fois ces prières.
Les gàteries les plus ridicules se mêlaient
à ces pratiques barbares. Madame Adélaïde,
l'aînée des princesses, était impérieuse et
emportée; les bonnes religieuses ne cessaient
de céder à ses ridicules fantaisies. Le maître
de danse, seul professeur de talent d'agrément qui eût suivi Mesdames à Fontevrault,
leur faisait apprendre une danse alors fort en
vogue, qui s'appelait le menuet coule1tr de
1·ose. Madame voulut qu'il se nommât le
menuet bleu. Le maître résista à sa volonté;
il prétendit qu'on se moquerait de lui à la
cour quand Madame parlerait d'un menuet
bleu. La princesse refusa de prendre sa leçon,
frappait du pied, et répétait ble11, bleu; ro.~e,
1·ose, disait le mait1·e. La communauté s'assembla pour décider de ce cas si grave; les
religieuses crièrent bleu, comme Madame : le
menuet fut débaptisé, et la princesse dansaParmi des femmes si peu dignes des fonctions d'institutrices, il s'était cependant
trouvé une religieuse qui, par sa tendresse
éclairée et par les utiles preuves qu'elle en

donnait à Mesdames, mérita leur attachement
et obtint leur reconnaissance : c'était madame
de Soulanges, qu'elles firent depuis nommer
abbesse de Royal-Lieu. Elles s'occupèrent
aussi de l'avancement des neveux de cette
dame; ceux de la mère Mac-Carthy, qui les
avait lâchement gâtées, portèrent· longtemps
le mousqueton de garde du roi à la porte de
Mesdames, sans qu'elles songeassent à leur
fortune.
Quand Mesdames, encore fort jeunes, furent
revenues à la cour, elles jouirent de l'amitié
de monseigneur le dauphin, et profitèrent de
ses conseils. Elles se livrèrent avec ardeur à
l'étude, et y consacrèrent presque tout leur
temps; elles parvinrent à écrire correctement
le français et à savoir très bien l'histoire. Madame Adélaïde, surtout, eut un désir immodéré d'apprendre; elle apprit à jouer de tous
les instruments de musique, depuis le cor
(me croira-t-on ?) jusqu'à la guimbarde. L'italien, l'anglais, les hautes mathématiques, le
tour, l'horlogerie, occupèrent successivement
les loisirs de ces princesses. Madame Adélaïde
avait eu un moment une figure charmante;
mais jamais beauté n'a si promptement disparu que la sienne. Madame Victoire était
belle et très gracieuse; son accueil, son regard, sou sourire étaient parfaitement d'accord avec la bonté de son âme. Madame Sophie était d'une rare laideur; je n'ai jamais
vu personne avoir l'air si effarouché; elle
marchait d'une vitesse extrême, et pour reconnaitre, sans les regarder, les gens qui se
rangeaient sur son passage, elle avait pris
l'habitude de voir de côté, à la manière des
lièvres. Cette princesse était d'une si grande
timidité qu'il était possible de la voir tous les
jours, pendant des années, sans l'entendre
prononcer un seul mot. On assurait cependant qu'elle montrait de l'esprit, et même de
l'amabilité dans la société de quelques dames
préférées; clic s'instruisait beaucoup, mais
elle lisait seule; la présence d'une lectrice
l'eùt infiniment gênée. li y avait pourtant des
occasions où cette princesse si sauvage devenait tout à coup affable, gracieuse, et montrait la bonté la plus communicative; c'était
lorsqu'il faisait de l'orage : elle en avait peur,
et tel était son effroi, qu'alors elle s'approchait des personnes les moins considérables ;
elle leur faisait mille questions obligeantes ;
voyait-elle un éclair, elle leur serrait la
main; pour un coup de tonnerre cil~ les eût
embrassées. !\fais le beau temps revenu la
princesse reprenait sa roideur, son silence,
son air farouche, passait devant tout le monde
sans faire attention à personne, jusqu'à ce
qu'un nouvel orage vint lui ramener sa peur
et soo affabilité.
Si Mesdames ne s'étaient pas imposé· un
grand nombre d'occupations, elles eussent
été très à plaindre. Elle, aimaient la prome-

nade, et ne pouvaient jouir que des jardins
publics de Versailles; elles auraient eu du
goût pour la culture des fleurs, et n'en pouvaient avoir que sur leurs fenêtres.
Madame Victoire, bonne, douce, affable,
vivait avec la plus aimable simplicité, dans
une société qui la chérissait : elle était adc,rée de sa maison. Sans quiller Versailles,
sans faire le sacrifice de sa moelleuse bergère,
elle remplissait avec exactitude les devoirs de
la religion, donnait aux pauvres tout ce
qu'elle possédait, observait rigoureusement
les jeûnes et le carême. li est vrai qu'on reprochait à la table de Mesdames d'avoir acquis
pour le maigre une renommée que portaient
au loin les parasites assidus à la table de leur
maitre d'hôtel. llfadame Victoire n'était point
insensible à la boone chère, mais elle avait
les scrupules les plus religieux sur les plats
qu'elle pouvait manger au temps de pénitence. Je la vis un jour très tourmentée de
ses doutes sur un oiseau d'eau qu'on lui servait souvent pendant le carême. Il s'agissait
de décider irrévocablement si cet oiseau était
maigre ou gras. Elle consulta un évêque qui
se trouvait à son diner : le prélat prit aussitôt le son de rnix positif, l'attitude gra,e d'un
juge en dernier ressort. Il répondit à la princesse qu'il avait été décidé qu'en un semblable doute, après avoir fait cuire l'oiseau,
il fallait le piquer sur un plat d'argent très
froid : que si le jus de l'animal se figeait
dans l'espace d'un quart d'heure, l'animal
était réputé gras; que si le jus restait en
huile, on pouvait le manger en tout temps
sans inquiétude. Madame Victoire fit faire
aussitôt l'épreuve : le jus ne figea point; cc
fut une joie pour la princesse, qui aimait
beaucoup cette espèce de gibier. Le maigre,
qui occupait tant madame Victoire, l'incommodait; aussi attendait-elle a\'CC impatience
le coup de minuit du samedi saint; on lui
servait aussitôt une bonne Yolaille au riz, et
plusieurs autres mets succulents. Elle avouait
avec une si aimable franchise son goût pour
la bonne chère et pour les commodités de la
,·ie, qu'il aurait fallu être aussi sé1·ère en
principes qu'inseosiblc aux excellentes qualités de cette princesse pour lui en faire un
crime.
Madame Adélaïde avait plus d'esprit que
madame Victoire; mais elle manquait absolument de cette bonté tJui seule fail aimer
les grands : des manières brusques, une voix
dure, une prononciation brève, la rendaient
plus 11u'imposante. Elle portait très loin
l'idée des prérogatives du rang. Un de ses
chapelains eut le malheur de dire Dominus
vobiscum d'un air trop aisé : la princesse
l'apostropha rudement après la messe pour
lui dire de se souvenir qu'il n'était pas
évêque, et de ne plus s'aviser d'officier en
prélat.
i\lAOAME

.., 338""

CAJlP,\:'\.

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XXIX
\'aine Lenlalirc d'armistice. - llataillc 1lu 18 octobre.
- Bc•rna,lnllc comua L contre nous. - Défection
,h•s Saxons. - LoJauté du roi de \\'urtcmbcrg. lllbultat inducis &lt;lu coml,at.

sent pu nous vaincre dans la bataille du 16,
ils ne perdirent pas l'espoir de nous accabler
par un nouvel effort de leurs troupes supérieures en nombre, et comptaient beaucoup
sur la défection des corps allemands qui se
trouvaient encore parmi nous, el dont les

Cette première journée avait laissé la victoire indécise; cependant elle était à l'avantage des Français, puisque, avec des forces
infiniment moins considérables, ils avaient
non seulement tenu tête aux coalisés, mais
les avaient chassés d'une partie du terrain
qu'ils occupaient la veille.
Les troupes des deux partis se préparaient
à renouveler le combat le lendemain matin;
mais, contrairement à leur attente, la journée du 17 s'écoula sans qu'aucun mouvement
hostile eût lieu de part ni d'autre. Les coalisés attendaient l'arrivée de l'armée russe de
Pologne, ainsi que des troupes qu'amenait le
prince royal de Suède, Uernadotte, ce qui
devait accroitre infiniment leurs forces.
De son côté, ~apoléon, regrettant d'avoir
rejeté les propositions de paix qui lui avaient
été faites deux mois auparavant, pendant
l'armistice, espérait quelque résultat d'une
mission pacifique qu'il avait emoyée la nuit
précédente aux souverains alliés par le général autrichien comte de Merfeld, qui venait
d'être fait prisonnier.
Il se produit quelquefois des séries de
faits bien étranges. Le comte de Merfeld était
le ml:me qui, seize ans auparavant, était venu
demander au général Bonaparte, alors chef de
l'armée d'Italie, le célèbre armistice de Léoben. C'était lui qui avait rapporté à Vienne
le traité de paix conclu entre Je gouvernement
autrichien et le Directoire, représenté par le
général Bonaparte. C'était lui qui, dans la
nuit de la bataille d'Austerlitz, avait transmis à l'empereur des Français les propositions
d'armistice faites par l'empereur d'Autriche,
et comme la singulière destinée du général
Merfcld le conduisait de nouveau vers Napoléon au moment où celui-ci aYait à son tour
besoin d'armistice et de paix, !'Empereur
sourit à l'espoir que cet intermédiaire amènerait encore le résultat qu'il désirait. !\fais
les choses étaient trop avancées pour que les
souverains alliés consentissent à traiter avec
Napoléon, dont la proposition seule dénotait
un grand embarras. Aussi, quoiqu'ils n'eus-

chefs, tous membres de la société secrète du
Tugenbund, profitèrent du repos que donna
l'espèce d'armistice du 17, pour se concerter
sur la manière dont ils devaient exécuter
leur insigne trahison. La mission du comte
de Merfeld n'obtint mème pas de réponse.
Le 18 octobre, dès le matin, l'armée des
coalisés commença l'attaque contre nous. Le
~c corps d'armée de cavalerie, dont mon régiment faisait partie, se trouva placé, comme
il l'avait été le i 6, entre Liehert-\\ olkwitz el
le Kelmberg, ou redoute suédoise. Le comba 1,
engagé sur tous les points, fut surtout terrible vers notre centre, au village de Probstheyda, qu'attaquèrent à la fois un corps
russe et un corps prussien ; tous deux
furent repoussés al'ec des pertes immenses.
On se battait sur tous les points. Les Russes
attaquèrent très vivement [)olzhausen, que
Macdonald défendit avec succès.
Vers onze heures, on entendit une canon-

1. I.e comte de Rochechouart nous ral'Ollte d'une
fa,·on lrès pillorc,quc la 111i;sio11 qu'il cul à remplir
auprès de Bernadotte, 11ui hésitait encore il passer

l'EIIJt' au mois de ~eplcmhrt•; il nous décrit égulcmcnt ,a rcnconlre avec le prince royal de Suède,
« ,upcrbc au milieu de la mitrailk. entouré dt•

GÊ11ÉRAL DROUOT.

nade en arrière de Leipzig, du côté de Lindenau, et l'on apprit que, sur ce point, nos
troupes venaient de rompre le cercle dans
lequel l'ennemi se flattait d'enfermer l'armée
française, et que le corps du général Bertrand
marchait sur Weissenfeld, dans la direction
du Rhin, sans que l'ennemi eût pu l'en empêcher. L'Empercur prescrivit alors d'évacurr
les équipages vers Lutzcn.
Cependant, le plateau de Leipzig était, vers
Conncwitz et Lossnig, le théàtre d'un épouvantable engagement; la terre répétait au loin
le bruit des feux précipités d'un millier de
canons. Les ennemis tentaient de forcer le
passage de la Pleisse. lis furent repoussés,
bien que les Polonais eussent fait manquer
quelques-unes des charges à la baïonnette de
notre infanterie,
Alors le 1•• corps de ca valcrie française,
voyant les escadrons autrichiens cl prussiens
venir au secours de leurs alliés, sortit de derrière le village de Probstheyda, et, se précipitant au milieu des ennemis, il les enfonça
et les poursuivit jusque sur leurs réserves,
qu'amenait le prince Constantin de Russie.
Les alliés, encore enfoncés sur ce point, réunirent des forces immenses pour enlever
Probstheyda; mais ces formidables masses y
furent si bien reçues par quelques-unes de
nos divisions d'infanterie et par les chasseurs
à pied de la vieille garde, qu'elles reculèrent
promptement. Nous perdîmes là les généraux
Vial et R,pchamheau. Celui-ci venait d'être
nommé maréchal de France par !'Empereur.
Bernadolle, prince de Suède, n'avait point
encore comhattu contre les Français, et
paraissait, dit-on, indécis; mais enfin, stimulé et mème menacé par le maréchal prussien Blücher, il se détermina à passer la
Partha au-dessus du village de Mockau, à la
tête des troupes suédoises et d'un corps russe
placé sous ses ordres 1• Lorsqu'une brigade
de hussards et de lanciers saxons, postés sur
ce point, vit arriver les Cosaques qui précédaient Bernadotte, elle marcha vers eux
comme pour les charger; mais faisant tout à
coup volte-face et oubliant à quoi ils exposaient leur vieux roi, notre allié, qui se trouvait au milieu des troupes de Napoléon, les
iofàmes Saxons dirigèrent leurs fusils et
leurs canons contre les Français!
La tête d'armée conduite par Bernadotte,
m~rts_ d d~
Lc1pz1g-.

ùte,sés ... ,. sur

le champ de hataille de

(.\oie de l'éditeur. 1

�~--------

.M'É.MOTTfES DU G'ÉN'É~AL BA~ON DE .MA~BOT - -

· m

- - 1!1STO'l{1.A

essa1é de faire un mouvement en avant, fut
forasé; mais nous perdimes dans ce combat
suivant la rive gauche de la Partha, se dirigea
le brave général Delmas, militaire distingué
vers Sellerhausen, défendu par Reynier. Ce
cl homme des plus honorables, qui, brouillé
général, dont le corps d'armée était presque
avec Napoléon depuis la création de l'Empire,
avait passé dix ans dans la retraite, mais avait
sollicité du service dès qu'il avait ,u sa patrie
en danger.
Au milieu d'une affreuse canonnade el de
vives attaques partielles, les Français se maintenaient sur toute la ligne dans leurs positions. Ainsi, vers la gauche, le maréchal
Macdonald et le général Sébastiani a,·aienl
conrnrvé le terrain situé entre Probstheyda et
Stiillcrilz, malgré les nombreuses attaques
des Autrichiens de Klcnau el des Russes de
Ooctorolî, lorsque tout à coup celles de nos
troupes Qui étaient placées sur ce point furent
assaillies par une charge de plus de 20,000
Cosaques et Baskirs Les efforts de ces derniers portèrent principalement sur le corps
de cavalerie du général Sébastiani.
En un clin d'œil, les barbares entourèrent
à grands cris nos escadrons, contre lesquels
ils lancèrent des milliers de flèches, qui ne
nous causèrent que très peu de pertes, parce
que les Baskirs, étant totalement irréguliers,
ne sa,·enl pas se former en rangs cl marchent
tumultueusement comme un troupeau de
mouton~. Il résulte de ce désordre que ces
cavaliers ne peuvent tirer horizontalement
NAP0Lii0;'; A LA ll.\TAILLE UE LEIPZIC- - 0eS$ÏII J~ f. GRL'-IER.
devant eux sans tuer ou blesser ceux de leurs
camarades qui les précèdent. Les Daskirs
s'écria, en arrivant parmi les l\usses, &lt;&lt; qu'a- lancent donc leurs flèches paraboliquement,
entièrement composé de troupes provenant (( près avoir brûlé la moitié de ses munitions c'est-à-dire en l'air, en leur faisant décrire
des contingents allemands, ayant été témoin « pour les Français, il allait tirer le reste une courbe plus ou moins grande, selon qu'ils
de la déserlion de la cavalerie saxonne, se (( contre eux! » En effet, il lança sur nous jugent que l'ennemi est plus ou moins éloidéfiait de l'infanterie de celle nation, qu'il une grèle de projectiles, donl mon régiment gné; mais celte manière de lancer les projecavait placée près de la cavalerie de Durutlc, reçut une très large part, car je perdis là une tiles ne permettant pas de viser exactement
afin de la contenir; mais le maréchal Ney, trentaine d'hommes, au nombre desquels pendant le combat, les neuf dixièmes des
trop confiant, lui prescrivit de déployer les était le capitaine Berlin, officier du plus grand flèches s'égarent, el le petit nombre de celles
Saxons el de les envoîer soutenir un régiment mérite: ce brave eut la tète emportée par un qui atteignent les ennemis ayant usé pour
français qui défendait le village de Paunss'élever en l'air presque toute la force d'imdorf. Mais à peine les Saxons furent-ils à boulet.
C'était cependant Bernadolle, un Français, pulsion que la détente de l'arc leur anil comquelque distance des troupes françaises, que, un homme auquel le sang français avait pro- muniquée, il ne leur reste plus en tombant
apercevant dans la plaine de Paunsdorf les curé une couronne, qui nous portait ainsi le que crlle de leur propre poids, qui est bien
enseignes prussiennes, ils se précipitèrent
faible; aussi ne font-elles ordinairement que
coup de grâce 1
vers elles au pas de course, ayant à leur tôte
Au milieu de celle déloputé générale, le de fort légères blessures. Enlin, les Baskirs
l'indigne général llussel, leur chef. Quelques roi de Wurtemberg présenta une honorable n·a~anl aucune aulre arme, c'est incontestaofficiers français , ne pouvant comprendre exception, car, ainsi que je l'ai déjà dit, il blement la troupe la moins dangereuse qui
une pareille trahison, pensaient que les Saxons a,ait prévenu Napoléon que les circonstances
au monde.
al laient attaquer les Prussiens; aussi le géné- allaient le forcer à abandonner son parti; existe
Cependant, comme ils arrivaient sur nous
ral Grcssol, chef d'état-major de l\eynier, mais, même après qu'il eut pris celle su- par myriades, el que plus on tuait de ces
courut-il vers eux pour modérer ce qu'il prême décision, il mit dans son exécution les guêpes, plus il en sur,enait, l'immense quancroyait être un excès d'ardeur; mais il ne procédés les plus loyaux, en prescrivant à tité de lloches dont ils couvraient l'air dernit
trouva plus devant lui que des ennemis! Cette celles de ses troupes placées dans son voisi- néccssaircmeol, dans le nombre, faire queldéfection d'un corps d'armée tout enlier, qui nage de n'agir contre les Français qu'après ques blessures graves; ainsi, un de mes plus
produisit un vide effrayant dans le centre de leur avoir dénoncé les hostilités di1 jours braves sous-oîficicrs légionnaires , nommé
l'armée française, eut, de plus, le grave in- d'avance, cl, bien que devenu ennemi de la Meslin, eut le corps traversé par une flèche
convénient de ranimer l'ardeur des alliés, et, France, il chassa de son armée le général, qui, entrée par la poitrine, lui sortait dans le
sur-le-champ, la cavalerie wurtembergeoise ainsi que plusieurs officiers wurtembergeois, dos! L'intrépide ~leslin, prenant la flèche à
suivit l'exemple des Saxons.
qui avaient entrainé ses troupes dans les rangs deux mains, la cassa et arracha lui-même les
Non seulement le prince de Suède Dcrna- des (lusses pendant la bataille de Leipzig, et deux tronçons de son corps, cc qui ne put le
dolle accueillit dans ses rangs les perfides retira toutes les décorations aux régiments sauver : il succomba peu d'instants après.
Saxons, mais il réclama le secours de leur
C'est, je crois, le seul exemple de mort que
transfuges.
arlillerie pour augmenter l'effet de la sienne,
Cependant Probstheyda continuait à être le l'on puisse citer à la suite d'un coup de Il èche
et supplia même l'ambassadeur anglais de lui théàtre de la lutte la plus meurtrière. La tiré par un Baskir. Mais j'eus plusieurs homprêter la batterie de fusées à la Coogrève vieille garde, déployée derrière le village, se mes et chevaux atteints, el fus moi-même
qu'il a,ail amenée avec lui, el que l'ancien tenait prèle à voler au secours de ses défen- blessé par cette arme ridicule.
maréchal de France fil diriger sur les Français. seurs. Le corps prussien de Bulow, ayant
A peine le corps saxon fut-il dans les rangs
des ennemis, qu'il signala sa trahison en faisant contre nous une décharge générale de
toute son arlillerie , dont le commandant

"' 340 ...

J'ava!s le sabr~ à la main; je donnais &lt;les
r?~es _a un orficrer et j'étend:iis le bras pour
indiquer le point vers lequel il devait se
rrrger' lo:s~ue je sentis mon sabre arrêté
par uned rcsrstancc élranrre
el e'prouv:u• une
lérr'
o ,
,,cre , o~lc~r à la cuisse droite, dans laquelle
b · eta1t implantée d'un· poucc dans 1es
c airs. une fli•chc de quatre pieds de lonrr
don~ 1ardeur du combat m'ayail rmpêché d~
senllr le coup. Je la fis ex traire par le docteur
Parol el p~a~er dans une des caisses de l'ambulance reg1menlairc, car je voulais la consrr.1·cllr comn'.c monument curicu-x; je re•Trellt•
lfU e e se so1l égarée.
"
Vous c~m1~renez hien qur, pour une blessure aussi
)c&lt;&gt;ère
.101gna1
. . pas de
•
' J·e ne m' c
0
~o.n régiment, d'autant plus que le moment
t'larl !orl critique.. .. En effet, les renforts
a~e11cs par llernadolle cl Blücher attaquaient
;~;~~enl. le ~ourg de Schiinfcld' situé non
.u !rcu ou la Partba entre dans la ville
d_e lLcrpzrg_. L~s généraux Lagrange el Friedcrrc ts, ~1u1 ddcndaienl ce point important,
~epousscre_~l srpl assauts cl chassèrent sept
,o/s les allies des maisons qu'ils avaient enle,ees. Le général Friederichs fut tué d
combat •, •
ans ce
.
off . . ; c etart
· · • un excellent el très bra,e
l' rc1er' qui J01gnail à ces qualités morales
avaota?e d'ètre l_e plus bel homme de toutes
1es armees françaises.
Cependant,
ennemis allaient peul-être
se rendre mrulrcs de Schiinfeld, lorsque le
m~réchal Nel Yola au secours de ce viUarre
11u1 resta au pouvoir des Français. Le m~~é~
chai ~ey reçut à l'épaule une contusion u·
le força de quiller le champ de bataille q i
Q~and h~ nuit vint, les troupes des deux
a_rmces étaient sur une grande partie de la
ligne dans la mê1;11e position qu'au commen~ement de _l~ bataille; ce soir-là, les cavaliers
c ~o~. reg1mcnl, ainsi que ceux de toutes
les dmsrons du corps de Sébast·tanr,. attachèrent leu_rs chevaux aux mêmes piquets , ui
leur
servi à la fin des trois
. JOurn.ees
.
!
é ,avment
d
pr et· , entes, et presque tous les ha taillons
occupcrent
b li d les mêmes bivouacs · A'ms1. celle
ala'. e, ont les ennemis onl tant cél 'b , 1
succcs, ful indécise, puisqu(•, bien in~r:!ur~
~a no~bre, ayant contre nous presque toutes
na~1ons de l'Europe el comptant une foule
e traitres dans nos rangs, nous ne perdimcs
u!i JJ?Uce de lerr~in !. .. Aussi le général
Wilson , qu1· se trouva1L
. à
L ·,Jars
· sir fioberl
.
e1pz1g en &lt;1uah1éde commissaire britannique
el dont_ le_ \ém?i~nage ne peut ètrc suspect~
de parlial1tc, d1t-1l au sujet de celte bataïl' .
« Malgré
T la dMeclion de l'armée saxonneI eau.
« m1 rcu du combat, malgré le courarre ar: ~cnt el persévérant des troupes allié~, 'on
~ 1:ul eol~~&lt;'r aux Français un seul des
. villa,,es qu ils se proposaient de rrarder
(1 com~r t~~entiels à leur position. L.1 nuit
• lermma I action' laissant aux Fraoç.1is
(( sur_loul aux déîeoscurs de Probslh: d 1'
' o,
"lo1r, e d'avoir
. mspiré
.
C) a, a
à leurs ennemis
une
&lt;• geoereuse envie!... »
Après le_coucher du soleil, au moment où
~o.mmença1t l'obscurité, je reçus l'ordre de
aire cesser sur le front de mon régiment ce

t.

!es

~

tira emenl inr~t(le qui suit ordinairement les sa mo_nlure fut si bien remarquée par les
enga~ements _scr1eux. Ce n'est pas sans peine f°ne~is, malgré l'obscurité, que le cheval et
que I on pamenl à séparer alors les hom
e mait!e _furent Lous deux grièvement blessés.
de·~ deux par1-is qui. ,1ennent
•
de comhallremes
les ~e capitame anil reru une halle au Lravers
uns contre les. autres, d'autant plus que,
u cor~s et mourut pendant la nuit, dans
r
u~e
maison du faubourg de llallc, où j'al'ais
ur
ne
pa_s
air~
connaître
celle
disposiliou
po
aux ennem'.~• qm pourraient en profiler pour fait transporter la Ycille le commandant
fondre à I improviste sur nos avant-postes, Pozac.
on ne se ser~ nr de tambours ni de trompelles d Bien que l~ l,Jessure de celui-ci ne fût pas
angercuse, il .se désolait en pensant que
pour prescr:re _aux tirailleurs de cesser le feu
cl de _se r~unrr ~our _rPjoindre leurs régi- prob~?lcmenl I armée française s'éloirrncrail
ments' mais on fait prevenir à voix basse les e~ qu il rcs~erail prisonnier des ennemis, qui
ch~r~ des pelotons, qui envoient des sous- s ~mpa~era.1enl alors du sabre d'honneur c1ui
ort1c1crs ch~rcber en silence les petits postes. lui ,avait clé_ donné par le premier Consul
aprcs la bala11le de Marengo, lorsqu'il n'était
Les_ ennemis, de leur côté, arrissanl de même
.
. JC
. calmai ses
le l~u diminue inscnsiLleme~l et finit hienlô; •encore que sous-o rr.,icier;
mms
JUSles re~rets en me chargeant du glorieux
enllèn•mcnl.
Afin de m'assurer qu'on n'oubliait aucune sabre, _qui, transporté par un des chiruroiens
ved_ellc,sur le t~rrain el que celle petite re- du rég,mcnl, rut remis 11 Pozac à son r~tour
traite v~rs le b1Youac était exécutée en ho
en France.
ordre, Je !a faisais babituellemenl diri"c:
CHAPITRE XXX
par _un adJu~ant-major. Celui qui était "de
service .Cl; ~01r-là se nommait le capilainc
Situation
t prcvoynnrP
.
. .critique · _ Défnul te
,tans l'or
Jol)' m1hta1re instruit, fort capable et d'
gan1sallon t!e _la rctrailr. - Adieux du roi de Sa .
gra?d courage, mais un peu obstiné. JI ~:
)1~~'118llllttllé c,agfrée de ~apoti•on
Les tr·
avarl d?nné des premes quelques mois avant
~::~\;~11 (
Leipzig. - n·upture p~~nlur/e
larfibataille,
lorsque ' charge' de d"ISlfi"buer aux
s cr. - Quel rut lu sort de mon ré..,·
·
ment.
oo ic1ers ~es_ chevaux de remonte, dont !'Empereur
Le calme de la nuil ayant enfin succédé
. îa1sa1t
r . présent à ceux d'enlre eux qm.
ava1:nl ail la campagne de l\ussie, M. Jol ' d~ns les ch~ps de Leipzig à la terrible bama),,ré ~es observations el celles de y taille dont ils venaient d'être témoins 1
amis, avait choisi pour lui un superbe h s.c~ che~s. des deux partis purent examiner, lei:
blanc, donl ni moi ni aucun de mes c eva pos1llon.
•
r d • ·
camaa es n avions voulu à cause de sa robe lr
d, Celle de l'empereur Napoléon était la plus
éclatante,
el c1ue J·'avais d'abord mis
. au rana
op
cfavorable
: en effet' si l'on a hl'amé ce
d
dh
es trompettes. Au•Ei, le soir de la bataill~ gran ommc de ne s'être pas retiré derrière

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l~PISODE llE LA B.\T.IILLE DE LFIPZIC;. _

d~ Leipzig, au m?menl où M. Joly, en remP~'.ssanl ~es fonctions, marchait au pas derr1ere la hgoe des tirailleurs, la blancheur de

1
[)'afrcs

un

dessin dti temps.

la Saale huit jours avant la bataill 1
,.
jmait encore é,iter de comprom:~lr~r~qu il
ut de son armée ' autour de IaqueIlee des
sa-

�'111S TO'J{1.Jl

----------------------------------------

forces infiniment plus nombreuses que les
siennes allaient former un grand cercle de
1er, à plus forte raison beaucoup de militaires ont-ils désapprouvé les opérations de
!'Empereur, lorsqu'à Leipzig il se laissa complètement cerner sur le champ de bataille
par les ennemis. Je dis complètement, car le
f8, à onze heures du matin, le corps autrichien de Lichtenstein s'étant emparé du village de Kleinzschocher, sur la rive gauche de
!'Elster, il fut un moment où la route de
Leipzig à Weissenfels, seule retraite qui
restât aux Français, se trouva interceptée, et
l'.armée de Napoléon complètement environnée.
Cette situation critique ne dura, il est
vrai, qu'une demi-heure; mais fut-il prudent
de s'exposer aux fâcheux événements qui auraient pu en résulter, et n'aurait-il pas mieux
Yalu, avant que toutes les forces ennemies se
fussent réunies pour entourer l'armée française, que lè chef de celle-ci l'eût abritée
derrière les montagnes de la Thuringe et la
rivière de la SaaleL.
Nous approchons d'un moment bien critique!. .. Les Français avaient conservé leurs
positions pendant les trois jours qu'avait duré
la bataille; mais ce succès moral n'avait été
obtenu qu'au prix de bien du sang, car, tant
en tués qu'en blessés, ils avaient près de
40,000 hommes hors de combat!. .. Il est
vrai que les ennemis en avaient perdu 60,000;
différence énorme à leur désavantage, qu'il
faut attribuer à l'obstination qu'ils mirent à
attaquer les villages retranchés par nous.
Mais comme le nombre des troupes alliées
était infiniment plus considérable que celui
des Français, notre armée, après avoir perdu
40,000 combattants, se trouvait proportionnellement bien plus affaiblie que la leur.
Ajoutons à cela que l'artillerie française
ayant tiré depuis trois jours 220,000 coups
de canon, dont 95,000 dans le seul engagement du 18, les réserves étaient épuisées, et
il n'y restait pas plus de 16,000 coups, c'està-dire de quoi entretenir le feu du combat
pendant deux heures seulement. Ce défaut de
munitions, qu'on aurait dû prévoir avant de
s'engager loin de nos frontières contre des
forces infiniment supérieures, mettant Napoléon hors d'état de livrer une nouvelle bataille, qu'il eût peut-être gagnée, il fut contr.i.int de se résoudre à ordonner la retraite.
L'exécution en était infiniment difficile, à.
cause de la nature du terrain que nous occupions, et qui, parsemé de prairies humides,
de ruisseaux, et traversé par trois rivières,
présentait·une quantité de petits défilés qu'il
fallait passer sous les yeux et à petite portée
des ennemis, qui pouvaient facilement jeter
le désordre dans nos rangs pendant cette
marche périlleuse.
Un seul moyen pouvait assurer notre retraite; c'était l'établissement d'une infinité
de ponceaux sur les prairies, les fossés, les
petits cours d'eau, et celui de ponts plus
grands sur les rivières de la Partha et de la
Pleisse, et J&gt;rincipalement de !'Elster, qui
reçoit ces divers affluents aux portes et

même dans la ville de Leipzig. Or, rien
n'était plus facile que la création de ces passages indispensables, puisque la ville et les
faubourgs de Leipzig, placés à une petite
portée de fusil, offraient une immeuse provision de poutres, de planches, de madriers,
de clous, de cordes, etc.
Toute l'armée avait donc la persuasion que
de nombreux passages avaient été établis dès
son arrivée devant Leipzig; qu'on les avait
augmentés le 16 et surtout le 17, dont la
journée entière s'était écoulée sans combat.
Eh bien! ... par un concours de circonstances
déplorables et d'une négligence incroyable,
aucune mesure n'avait été prise!. .. et parmi
les documents qui nous sont restés sur cette
célèbre bataille, on ne trouve rien, absolument 1·ien d'officiel, qui démontre qu'il eût
été pris des mesures pour faciliter, en cas de
retraite, l'écoulement des nombreuses colonnes engagées au delà des défilés que forment les rivières, ainsi que les rues de la ville
et des faubourgs de Leipzig. Aucun des ofriciers échappés à la catastrophe, pas plus que
les auteurs qui l'ont décrite, n'ont pu prouver que les chefs de l'armée aient rien fait
pour l'établissement de passages nouveaux et
la libre circulation sur ceux déjà existants.
Seulement, le général Pelet, qui est, avec
raison, très grand admirateur de Napoléon et
pousse quelquefois cette admiration jusqu'à
l'exagération, le général Pelet écrivit, quinze
ans après la bataille, (( que M. Odier, sous(( inspecteur aux revues, c'est-à-dire sous(( intendant de la garde impériale, lui a dit
&lt;( plusieurs fois qu'il était présent lorsque
&lt;( dans la matinée (il ne spécifie point de
(( quel jour) l'Empereur donna l'ordre à un
&lt;( général de l'état-major de suivre la cons&lt;( truction des ponts et le chargea spéciale&lt;( ment de ce travail ». Le général Pelet ne
fait pas connaitre le nom de l'officier général
auquel !'Empereur aurait donné cet ordre;
cependant,. il eût été fort important de le
savoir.
M. Fain, secrétaire de Napoléon, dit, dans
ses Mémoires, que « !'Empereur ordonna
&lt;( d'établir dans les marais voisins quelques
&lt;( nouveaux passages qui pussent faciliter la
&lt;( traversée de ce long défilé ».
Je ne sais jusqu'à quel point l'histoire
admettra la vérité de ces assertions posthumes; mais en les supposant véridiques,
plusieurs auteurs pensent que le chef de
l'armée française n'aurait pas dû se borner
à donne,· un ordre à un général d'étatmajor qui n'avait peut-être à sa di$position
ni sapeurs ni le matériel nécessaire, et qu'il
aurait fallu charger de l'établissement de
nouveaux passages plusieurs officiers, et au
moins un par régiment dans chaque corps
d'armée, car il est constant que personne ne
s'en occupa. Et en voici le véritable motif,
qui ne fut alors connu que de bien peu de
personnes.
L'Empereur avait pour chef d'état-major
général le maréchal prince Berthier, qui ne
l'avait pas quitté depuis la célèbre campagne
d'Italie en 1796. C'était un homme capable,

exact, dévoué, mais qui, ayant souvent
éprouvé les effets de la colère impériale,
avait conçu une telle crainte des boutades de
Napoléon qu'il s'était promis de ne jamais
prendre l'initiative sur i·ien, de ne faire aucune question, et de se borner à faire exécuter les ordres qu'il recevait par écrit. Ce
système, qui maintenait les bons rapports du
major général avec son chef, était nuisible
aux intérêts de l'armée; car, quelles que
fussent l'activité et les vastes capacités de
!'Empereur, il était physiquement impossible
qu'il vît tout et s'occupât de tout; et cependant, s'il oubliait quelque chose d'important,
rien n'était fait.
Il paraît qu'il en fut ainsi à Leipzig, où,
presque tous les maréchaux et généraux
chefs de corps d'armée ayant à plusieurs reprises, et notamment les deux derniers jours,
fait observer à Berthier combien il était nécessaire d'établir de nombreux passages pour
assurer la retraite en cas de revers, le major
général leur avait constamment répondu :
&lt;( L'Empereur ne l'a pas ordonné! l&gt; On ne
put rien en ôbtenir; aussi, pas une poutrelle,
pas une planche n'avaient été placées sur un
ruisseau lorsque, dans la nuit du 18 au f9,
l' Empereur prescrivit de battre en retraite
sur Weissenfels et la rivière de la Saale.
Les alliés avaient éprouvé de si grandes
pertes que, sentant l'impossibilité de recommencer la lutte, ils n'osaient nous attaquer
de nouveau et étaient sur le point de se retirer eux-mêmes, lorsque, apercevant les gros
bagages de l'armée se diriger vers Weissenfels par Liadenau, ils comprirent que Napoléon se préparait à la retraite, et firent leurs
prépar-atif~ pour être à même de profiter des
chances que ce mouvement pouvait amener
en leur faveur.
Le moment le plus affreux d'une retraite,
surtout pour un chef de corps, est celui 011
il faut se séparer des blessés qu'on est forcé
d'abandonner à la pitié des ennemis, qui souvent n'en ont aucune et pillent ou achèvent
les malheureux trop fortement atteints pour
suivre leurs camarades. Cependant, comme
le pire de toutes choses est d'ètre laissé gisant
sur la terre, je profitai de la nuit pour faire
relever par les soldats valides tous les blessés
de mon régiment, que je réunis dans deux
maisons contiguës, d'abord pour les soustraire au premier moment de fureur des
ennemis pris de vin qui occuperaient le faubourg, et en second lieu pour les mettre à
même de s'aider les uns les autres et de soutenir mutuellement leur moral. Un chirurgien sous-aide, M. Bordenave, m'ayant offert
de rester avec eux, j'acceptai, et à la paix je
fis avoir la décoration de la Légion d'honneur
à cet estimable docteur, dont les bons soins
avaient sauvé la vie à beaucoup d'hommes.
Cependant, les troupes se mirent en
m~rche pour s'éloigner de ce champ de bataille témoin de leur gloire et inondl\ de tant
de sang! L'empereur Napoléon quitta son
bivouac à huit heures du soir, se rendit en
ville et s'établit dans l'auberge des Armes de
Prusse, sur le boulevard du Marché aux che-

.M'i.M011('ES DU GÉNÉ1(AL BJt](ON D'E ;Jf.Jt'R.,BOT - - ~

vaux. Après avoir donné quelques ordres, car le combat dont je vais parler lui fit
qu'elles éprouvaient, disputaient le Lerrain
Napoléon alla visiter le vénérable roi de Saxe
p~rdre presque autant d'hommes que la ba- pied à pied, en se retirant en bon ordre vers
qu_'il trouva faisant des préparatifs pour 1; taille de trois jours qu'il venait de livrer.
le grand pont de !'Elster à Lindenau.
smvre.
Elle nous fut même bien plus funeste, car
L'Empereur était difficilement parvenu à
Ce roi, modèle des amis, s'attendait à ce elle porta la désorganisation dans l'armée
sortir
de la ville et à gagner le faubourg par
que, pour le punir de la fidélité inaltérable qui, sans cela, pouvait arriver en France en~
lequel l'armée s'écoulait. Il s'arrêta et mit
qu'il avait eue pour l'empereur des Français
core très puissante. Or, la belle résistance pied à terre au dernier pont, celui dit cfa
les souverains alliés lui arracheraient so~ que ces faibles débris opposèrent aux alliés
Moulin, et ce fut alors seulement qu'il fit
royaume, et cependant, ce qui l'affligeait le pendant _trois mois. dém_ontra assez ce que
plus, c'était la pensée que son armée s'était nous aur10ns pu faire s1 tous les guerriers charger la mine du grand pont. Il adressa de
déshonor:ée en passant à l'ennemi. Napoléon français qui avaient survécu à la (Trande ba- là aux maréchaux Ney, Macdonald et Poniatowski l'ordre de conserver la ville encore
ne pouvait consoler ce digne vieillard, et ce taille eussent repassé le Rhin en °conservant
pendant vingt-quatre heures, ou du moins
ne fut ~u'ave? p~ine qu'il ob}int de lui qu'il leurs armes et leur organisation! ... La France
jusqu'à la nuit, afin de laisser au parc d'arresterait à Le1pz1g dans ses Etats et enverrait eût probablement repoussé l'invasion ....
tillerie, ainsi qu'aux équipages de l'arrièreun de ses ministres vers les confédérés pour
Mais il en fut autrement, car pendant que garde, le temps nécessaire pour traverser le
demander un accommodement.
Napoléon, par une générosité trop chevale~et émis_saire parti, !'Empereur fit ses resque et blâmable selon moi, refusait de faubourg et les ponts. Mais à peine l'Empead!eux au vieux roi de Saxe, à la Reine, à la fai_re incendier une ville ennemie, ce qui de- re~r, remonté à cheval, se fut-il éloigné de
princesse leur fille, modèle da toutes les ver- va1 t assurer sans coup férir la retraite d'une mille pas sur la route de Lützen, que tout à
tus, qui avait suivi son père jusque sous les ~~rti~ de son armée, le prince royal de Suède, coup on entendit une terrible explosion!. ..
Le grand pont de !'Elster venait de saucanons ennemis. La séparation fut d'autant l md1gne Bernadotte, blâmant le peu d'arter!.
.. Cependant, les troupes de Macdonald,
plus t~uchante que l'on apprit que les alliés deur que les alliés mettaient à eiterminer les
de
Lauriston,
de Reynier et de Poniatowski ,
. .
refusaient de prendre aucun eno-arrement sur Français ses compatriotes, lança toutes les
ams1
que
plus
de deux cents pièces d'artillele sor_t qu'ils r~servaient au mona;ie saxon ... . troupes placées sous ses ordres contre le fauCe pr1_nce allait donc se trouver à leur merci .. .. bourg de Taucha, s'en rendit maitre et péné- rie, se trouvaient encore sur le boulevard de
Il avait de belles provinces .... Que de motifs tra ainsi jusque sur les boulevards et dans la Leipzig, et tout moyen de retraite leur était
enlevé! Le désastre était à son comble!
pour que ~es ennemis fussent impitoyables ! ville.
Pour expliquer la cause de cette catasVers hmt heures du soir, la retraite comEntraînés par cet exemple, le maréchal
mença par les corps des maréchaux Victor et Blücher et ses Prussiens, ainsi que les Russes trophe, on a dit plus tard que des tirailleurs
~uge_reau, les am?ulances, une partie de l'ar- et les Autrichiens, font de même, et attaquent prussiens et suédois, auxquels les Badois
avaient ouvert les portes de Halle, s'étant
t1ller1e, la cavalerie et la garde impériale.
de toutes parts les derrières des colonnes glissés de proche en _proche jusqu'aux enviPendant que ces troupes défilaient à travers françaises, qui se retiraient vers le pont de
rons du pont où, réunis à des gardes saxons
le faubourg de Lindenau, les maréchaux Ney, Lindenau. Enfin, pour combler la mesure
Marmont et le général Reynier gardaient les une vive fusillade éclata auprès de ce pon; ils s'étaient emparés de plusieurs maisons e~
faubour_gs de Halle et de llosenthal. Les corps de !'Elster, seule retraite qui restât à nos tiraient sur les colonnes françaises, le sapeur
de Lauriston, de Macdonald et de Poniatowski tr?upes 1. .. Cette fusillade provenait des ba- chargé d~ mettre le feu à la mine, trompé par
entrèrept successivement dans la ville el taillons des gardes saxonnes qui, laissées en celte fusillade, pensa que l'ennemi arrivait,
s'établirent derrière les barrières dont les ville auprès de leur roi, et re&lt;Trettant de et que le moment d'exécuter sa consitrne et
, .
,
'
murs eta'.ent cren~lés. Tout ~tait ainsi disposé n'avoir pu déserter avec les autres0 régiments de fair~ sauter le pont était venu; il avait
pour qu ~ne résistance opmiâtre faite par de leur armé~, ~oulaient donner des preuves donc rrus le feu aux poudres. D'autres attrinotre amère-garde mît l'armée à mème de leur P~_l1'10tisme allemand, en attaquant buèrent cette déplorable erreur au colonel du
d'opérer régulièrement sa retraite. Néan- par detnete les Français q-ui passaient sur ~én!e Montfort, q~i, en a~ercevant quelques
moins, Napoléon, voulant éviter à la ville de la place du château où résidait leur souve- lira1lleurs ennemis, aurait, de son autorité
Leipzig les horreurs qui suivent toujours un rain !. .. En vain ce malheureux et vénérable privée, ordonné de mettre le feu à la mine.
combat dans les rues, avait permis aux ma- ~rince, paraissant au balcon du palais au mi- Cette derni?re version fut ad.optée par !'Emgistrats d'adresser une demande aux souve- heu des balles, criait à ses officiers et soldats : pereur, qm ordonna de mettre en jugement
rains alliés pour régler, par un armistice de &lt;&lt; Tuez-moi, lâches!... Tuez votre roi afin M. de Montfort, dont on fit le bouc émissaire
quelques heures, l'évacuation de la ville. Cette « qu'il ne soit pas témoin de votre dé;hon- de ce fatal événement; mais il fut démontré
pr~fosition ~hilanthropique fut rejetée, et les « neur !.. . » Les misérables continuèrent plus tard qu'il n'y avait pris aucune part.
Quoi qu'il en soit, l'opinion de l'armée acallies, dans l espoir que le désordre se met- d'assassiner les Français!... Alors, dans son
trait dans l'arrière-garde française et qu'ils indignation, le roi saxon, rentrant dans ses cus~ enc?r~ le majo~ général de négligence,
~n profiteraie~t, n'hésitèrent pas à exposer appartements, saisit le drapeau de sa "arde et et 1 on d1sa1t avec raison qu'il aurait dû con0
fier la garde du pont à une brigade entière
a une destruct10n totale l'une des plus 0arandes le jeta dans le feu !. . .
dont le gé:"~ral aurait été chargé, sous s;
villes de l'Allemagne.
Le coup de pied de l'âne fut donné à nos i-esponsabilité pe1·sonnelle, d'ordonner luiCe
fut
alors
que,
dans
leur
indi&lt;Tnation
troupes, en cette fatale circonstance, par un même d_e ~ettre le feu aux poudres lorsqu'il
1 •
,
b
,
~ usieurs gé1~er:1ux français proposèrent à
bataillon badois, qui, signalé pour sa lâcheté re~onna1tr_a1t que le moment était favorable.
l Empereur d assurer la retraite de son armée avait été laissé en ville pendant la bataille:
~n la ~assant dans l'intérieur de la ville et afin de fendre les bûches nécessaires pour Mais le prmce Berthier se défendait avec sa
1~cend1ant les faubourgs, excepté celui de chauffer les fours à pain ! ... Ces infâmes Ba- réponse habituelle : (( L'Empereur ne l'avait
pas ordonné, ... lJ
Li~denau, par lequel nos troupes s'écoule- dois, abrités derrière les fenêtres et les murs
Après 1~ rupture du pout, quelques-uns
raient,_ pendant que le feu arrêterait les de la grande boulangerie, tirèrent aussi sur
des Fra~çais ~u:quels cet événement coupait
ennemis.
nos soldats, dont ils tuèrent un grand la re_traite se Jeterent dans !'Elster, qu'ils esJe pe_nse que le refus de consentir à ce que nombre! ...
p~raient traverser à la nage. Plusieurs y parla retraite eût lieu sans combat nous donnait
Cependant, les Français résistèrent courale d~oit d'employer tous les moyens de défense geusement et se défendirent dans les maisons, vmrent : le maréchal Macdonald fut de ceuxposs~bles, et le feu étant le plus certain en et bien que toutes les armées alliées eussent là; mais le plus grand nombre, entre autres
par:11 cas, ?ous aurions dû nous en servir; pénétré en masse dans la ville, dont elle occu- le princ~ Poni~towski, se noJèrent, parce
mais Na_po!e?n ne put s'y résoudre, et cette paient les boulevards et les rues principales, que, apres avou traversé la rivière ils ne
magnamm1te exagérée lui coûta ~a couronne, nos troupes, malgré les pertes immenses pu~ent gravir ses bords fangeux, qu/ étaient
d'ailleurs bordés de tirailleurs ennemis.·

�..-

111STO'J{1.ll

Ceux de nos soldats qui étaient restés en
ville et dans les faubourgs après la rupture
du pont, ne songeant plus qu'à vendre chèrement leur vie, se barricadèrent derrière les
maisons et comballirent vaillamment toute la
journée et une partie de la nuit suivante;
mais les cartouches· leur ayant manqué, ils
furent forcés dans leurs retranchements improvisés et presque tous égorgés I Le carnage
ne cessa qu'à deux heures du matin! ...
Pendant cela, les souverains alliés, réunis
sur la grande place et ayant Bernadotte
'parmi eux, savouraient leur victoire et délibéraient sur ce qu'ils auraient à faire pour
en assurer le résultat.
On porte à 15 000 le nombre des Français
massacrés dans les maisons, et à 25 000 celui
des prisonniers. Les ennemis ramassèrent
250 pièces de canon.
Après le récit des événements généraux qui
terminèrent la bataille de Leipzig, je crois
devoir vous faire connaitre ceux qui ont particulièrement trait à mon régiment et au
corps de cavalerie de Sébastiani, dont il faisait partie. Comme nous avions repoussé pendant trois jours consécutifs les attaques des
ennemis et conservé notre champ de bataille,
l'étonnement et la douleur furent grands
parmi les troupes, lorsqu'on apprit le 18 au
soir que, faute de munitions de guerre, nous
allions battre en retraite! ... Nous espérions
du moins, et il paraît que c'était le projet de
!'Empereur, qu'elle se bornerait à aller derrière la rivière de la Saale, auprès de la place
forte d'Erfurt, où nous pourrions renouveler
nos provisions de poudre et recommencer les
hostilités. Nous montâmes dQnc à cheval le
18 octobre à huit heures du soir, et abandonnâmes ce champ de bataille sur lequel
nous avions combattu pendant trois jours et
oµ nous laissions les corps de tant de nos
infortunés et glorieux camarades.
A peine fùmes-nous hors du bivouac, que
nous éprouvâmes les inconvénients résultant
de la négligence de l'état-major impérial, qui
n'avait absolument rien préparé pour faciliter
la retrâite d'une armée aussi nombreuse!. ..
De minute en minute, les colonnes, surtout
celles d'artillerie et de cavalerie, se trouvaient
arrêtées au passage de larges fossés, de marais et de ruisseaux sur lesquels il eût été
cependant si facile de jeter de petit_s ponts! ...
Les roues et les chevaux enfonçaient dans la
boue, et la nuit étant des plus obscures, il y
avait encombrement partout; noire marche
fut donc des plus lentes, tant que nous fûmes
dans la plaine_et les prairies, et souvent complètement arrêtée dans la traversée des faubourgs et de la ville. Mon régiment qui faisait la tête de .colonne de la division d'Exelmans, qui ouvrait cette pénible marche, n'arriva au pont de Lindenau qu'à quatre heures
du matin de la journée du 19 octobre. Lorsque nous franchîmes ce passage, nous étions
bien loin de prévoir l'épouvantable catastrophe
dont il serait témoin dans quelques heures!
Le jour parut : la route, large et belle,
était couverte de nombreuses troupes de
toutes armes, ce qui annonçait que l'armée

serait encore considérable en arrivant sur la
Saale. L'Empereur passa .... Mais en longeant
au galop les flancs de la colonne, il n'entendit
pas les acclamations accoutumées qui signalaient toujours sa présence! ... L'armée était
mécontente du peu de soin qu'on avait mis à
assurer sa retraite dès son départ du champ
de bataille. Qu'auraient dit les troupes si elles
avaient été informées de l'imprévoyance avec
laquelle avait été dirigé le passage de !'Elster,
qu'elles venaient de traverser, mais où tant
de leurs camarades allaient bientôt trouver
la mort!...
Ce fut pendant la halte de Markranstadt,
petite ville située à trois lieues de Leipzig,
que nous entendîmes la détonation de la mine
qui détruisait le pont de !'Elster; mais, au
lieu d'en être peiné, chacun s'en réjouit, car
on ne mettait pas en doute que le feu n'eût
été mis aux poudres qu'après le passage de
toutes nos colonnes et pour empêcher celui
des ennemis.
Pendant les quelques heures de repos que
nous primes à Markranstadt, sans nous douter de la catastrophe qui venait d'avoir lieu
sur la rivière, je pus voir nos escadrons en
détail et connaître les pertes éprouvées par
le régiment durant la bataille des trois jours.
J'en fus effrayé!. .. Car elles s'élevaient à
149 hommes, dont 60 tués, parmi lesquels
se trouvaient deux capitaines, trois lieutenants et onze sous-ofriciers, ce qui était
énorme sur un chiffre de 700 hommes avec
lequel le régiment était arrivé sur le champ
de bataille le 1G octobre an matin. Presque
tous les blessés l'avaient été par les boulets
ou la mitraille, ce qui donnait malheureusement peu d'espoir pour leur guérison !... Mes
pertes se fussent peut-être élevées au double
si, pendant la bataille, je n'eusse pris la préeau tion de soustraire autant ciue possible mon
régiment au feu du canon. Ceci mérite explication.
li est des circonstances et des positions où
le général le plus humain se trouve dans la
pénible obligation de placer ses troupes en
évidence sous les boulets de l'ennemi; mais
il arrive aussi très souvent que certains ch~fs
étalent inutilement Jeurs lignes sous les batteries ennemies el ne prennent aucune mesure
pour éviter les pertes d'hommes, ce qui cependant est quelquefois bien facile, principalement pour la cavalerie, qui, par la vélocité
de ses mouvements, peut en un instant se
porter sur le point où elle est nécessaire, et
prendre la fo~mation qu'on désire. C'est surtout dans les grandes masses de cavalerie et
sur les grands champs de bataille que ces
précautions conservatrices sont les plus nécessaires, et où cependant on s'en occupe le
moins.
Ainsi, à Leipzig, le 16 octobre, Sébastiani,
général en chef du 2• corps de cavalerie,
ayant placé les nombreux escadrons de ses
trois divisions entre le village de Wachau et
celui de Liebert-Wolkwitz, en assignant approximativement à chaque général de division
l'emplacement que la sienne devait occuper,
celle d'Exelmans se trouva établie sur un ter-

rain ondulé, entrecoupé par conséquent de
petites buttes et de bas-fonds. Le corps d'armée formait une ligne considérable. Les ennemis avaient leur cavalerie à grande portée
de nous et ne pouvaient donc pas nous surprendre. Je profitai des bas-fonds qui existaient sur le terrain où notre brigade était
formée, pour y masquer mon régiment, qui,
ainsi garanti du canon et cependant se trouvant à son rang et prêt à agir, eut le bonheur
de voir s'écouler une grande partie de la journée sans perdre un seul homme, car les boulets passaient au-dessus des cavaliers, tandis
que les corps voisins éprouvaient des pertes
notables .
Je me félicitais d'avoir si bien placé mes
escadrons, lorsque le général Exelmans, sous
prétexte que chacun devait avoir sa part de
danger, m'ordonna, malgré les représentations du général de brigade, de porter le
régiment à cent pas en avant de la ligne.
J'obéis, mais en très peu de temps j'eus un
capitaine tué, M. Bertin, et une vingtaine
d'hommes hors de combat. J'eus alors recours
à une nouvelle méthode : ce fut d'envoyer de
braves cavaliers, bien espacés, tirer des conps
de carabine sur l'artillerie des ennemis, qui,
à leur tour, firent aussi avancer des tirailleurs, de sorte que ces groupes des deux partis s'étant mis ainsi à tirailler entre les lignes,
les canonniers ennemis ne pouvaient faire feu
sur mon régiment, de crainte de tuer leurs
propres gens. Il est vrai que les nôtres éprouvaient le même embarras; mais ce silence de
l'artillerie des deux partis sur un point minime de la bataille était tout à notre avantage, les alliés ayant infiniment plus de canons que les Français. D'ailleurs, notre infanterie et celle dtJS ennemis étant en ce moment
aux prises dans le village de Liebert-Wolkwitz, la cavalerie française et la leur n'avaient
qu'à attendre l'issue de ce terrible combat;
il était inutile qu'elles se démolissent mutuellement à coups de boulets, et mieux: valait
s'en tenir à un engagement entre des tirailleurs qui, la plupart du temps, brûlent leur
poudre aux moineaux. Aussi mon exemple
fut-il suivi par tous les colonels des autres
brigades, et les ennemis placé, devant elles
ayant aussi fait taire leurs canons, la vie de
bien des hommes fut épargnée. Un plus grand
nombre l'eût été si le général Exelmans ne
fût venu ordonner· de faire rentrer les Li railleurs, ce qui devint le signal d'une grêle de
boulets que les ennemis lancèrent sur nos
escadrons. Heureusement, la journée tombait
à sa fin.
C'était le 16 au soir. Tous les colonels de
cavalerie du 2• corps s'étaient si bien trouvés
de celte manière d'épargner leurs hommes
que, d'un commun accord, nous l'employàmes
tous dans la bataille du 18. Quand les corps
ennemis Liraient le canon, nous lançions nos
tirailleùrs, el, comme ils auraient enlevé les
pièces si on ne les eût défendues, nos adversaires étaient contraints d'envoyer des tirailleurs contre les nôtres, ce qui, des deux
côtés, paralysait l'artillerie. Les chefs de la
cavalerie ennemie placés en face de nous,

�msT0~1.ll----------------------ayant probablement deviné et approuvé le
motif qui nous faisait agir, firent de même,
de sorte que dans la troisième journée les
cA1nons attachés à la cavalerie des deux partis
furent beaucoup moins employé~. Cela n'empêchait pas de s'aborder mutuellement dans
des charges vigoureuses, mais au moins elles
avaient pour but d'attaquer ou de défendre
une position, e~ alors on ne doit pa; s'épargner, tandis que les canonnades sur place,
qui ont trop souvent lieu de cavalerie à cavalerie, ne servent qu'à faire périr inutilement
beaucoup de braves gens. Voilà ce qu'Exelmans ne voulait pas comprendre; mais tomme
il courait sans cesse d'une aile à l'autre, dè~
qu'il s'éloignait d'un rPgiment, le colonel
lançait ses tirailleurs en avant et le canon se
taisait.
Tous les généraux de cavalerie, ainsi que
Sébastiani, furent tellement persuadés des
avantages de cette méthode qu'Exelmans reçut enfin l'ordre de ne plus agacer les canonniers ennemis en faisant tirer les nôtres sur
eux, lorsque nos escadrons, étant en observation, n'avaient ni attaque à faire ni à repousser.
Deux ans plus tard, j'employai ce même
système à Waterloo devant l'artillerie anglaise, et je perdis beaucoup moins de monde
que si j'eusse agi autrement. Mais revenons à
Markranstadt.

CHAPITRE XXXI
Je recueille sur l'Elslcr les débris de notre armée. Massacre de cinq ccnls brigands alliés. - Relraile
sur la Saale. - Erfurt. - '.\lurat quitte l'armée.
- Les Austro-Bavarois à Hanau. - Je force le défilé
de Gelnbausen, sur la l(insig. - L'armée dennt
Hanau.

Pendant la halte que !'Empereur et les divisions sorties de Leipzig faisaient en ce lieu,
on apprit le funeste événement de la rupture
du pont de Lindenau, qui privait l'armée de
presque toute son artillerie, de la moitié de
ses troupes restées prisonnières, et livrait des
milliers de nos camarades blessés aux outrages
et au fer de la soldatesque ennemie, enivrée
et poussée au massacre par ses infâmes officiers! La douleur fut générale !... Chacun regrettait un parent, un ami, des camarades
aimés 1... L'Empereur parut consterné! ...
Cependant, il ordonna de faire rebrousser
chemin jusqu'au pont de Lindenau à la cavalerie de Sébastiani, afin de recevoir et de
protéger les hommes isolés qui auraient pu
franchir la rivière sur quelques points, après
la catastrophe causée par l'explosion de la
mine.
Afin de hâter le secours, mon régiment et
le 24° de chasseurs, qui étaient les mieux
montés du corps d'armée, reçurent l'ordre de
précéder cette colonne ef de partir au grnnd
tmt. Le général Wathiez étant indisposé, je
dus, comme étant le plus ancien colonel, le
remplacer dans le commandement de la brigade.
Dès que nous eûmes parcouru la moitié
de la distance qui nous séparait de Leipzig,

nous entendîmPs de nombreux coup de fusil,
et, en approchant des faubourgs, nC'us distinguâmes les cris de désespoir jetés par les
malheureux Français qui, n'ayant plus aucun
moyen de retraite, manquant de cartou"hes
pour se défendre, traqués de rue Pn rue, de
maison en maison, et accablés par le nombre,
étaient lâchement égorgés par les ennemis,
surtout par les Prussiens, les Badois et les
gardes saxonnes.
Il me serait impossible d'exprimer la
fureur qu'éprouvèrent alors les deux régiments que je commandais 1... Chacun respirait la vengeance et pensait à regret qu'elle
était à peu près impossible, puisque l' Elster,
dont le pont était brisé, nous séparait des
assassins el des victimes! Notre exaspération
s'accrut encore lorsque nous rencontrâmes
environ 2,000 Français, la plupart sans vêtements et presque tous blessés, qui n'avaient
échappé à la mort qu'en se jetant dans la
rivière et l'avaient traver~ée à la nage au milieu des coups de fusil qu'on leur tirait de la
rive opposée! ... Le maréchal Macdonald se
trouvait parmi eux; il n'avait dû la vie qu'à
sa force corporelle el à son habitude de la
natation. Il était complètement nu, et son
cheval s'était noyé. Je lui fis donner à la hâte
quelques vêtements el lui prêtai le cheval de
main qui me suivait constamment, ce qui lui
permit d'aller au plus tôt rejoindre !'Empereur à Markranstadt el d&amp; lui rendre compte
du désastre dont il venait d'être témoin et
dont un des principaux épisodes était la mort
du maréchal Poniatowski, qui avait péri dans
les eaux de !'Elster.
Le surplus des Français qui étaient parvenus à franchir la rivière s'étaient vus obligés
de se débarrasser de leurs armes pour pouvoir nager et n'avaient plus aucun moyen de
défense; ils couraient à travérs champs pour
éviter de tomber dans les mains de 4 à 500
Prussiens, Saxons et Badois, qui, non contents de s'être baignés dans le sang français
pendant les massacres exécutés dans la ville
et les faubourgs, avaient, au moyen de poutres
et de planches, établi une passerelle au-dessus des arches du pont que la mine avait détruit, et s'en étaient servis pour traverser
!'Elster et venir tuer ceux de nos malheureux
soldats qu'ils pouvaient atteindre sur la route
de Markranstadt !. ..
Dès que j'aperçus ce groupe d'assassins,
je prescrivis à M. Schneit, colonel-du 2/4C, un
mouvement qui , concordant avec ceux de
mon régiment, enferma tous les brigands
dans un vaste demi-cercle, el je fis à l'instant
sonner la charge!. .. Elle fut terrible, effroJable l. .. Les bandits, surpris, n'opposèrent
qu'une très faible résistance, el il en fut fait
un très grand massacre, car on ne donna
quartier à aucun! ...
J'étais si outré contre ces misérables qu&lt;',
avant la charge, je m'4tais bien promis de
passer mon sabre au travers du corps de tous
ceux qui me tomberaient sous la main. Cependant, me trouvant au milieu d'eux et les
voyant ivres, sans ordre et sans autres chefs
que deux officiers saxons qui tremblaient à

l'approche de notre vengeance, je compris
qu'il ne-s'agissait plus d'un combat, mais
d'une exécution, et qu'il ne serait pas bien à
moi d'y participer. Je craignis de trouver du
plaisir à tuer de ma main quelques-uns de
ces scélérats I Je remis donc mon sabre au
fourreau el laissai à nos cavaliers le soin
d'exterminer ces assassins, dont les deux
tiers furent couchés morts sur place! ...
Les autres, parmi lesquels se trouvaient
deux officiers et plusieurs gardes saxons,
s'enfuirent vers les débris du pont, dans l'espoir de traverser de nom-eau la rivière sur la
passerelle; mais, comme on ne pouvait y
marcher qu'un à la fois, et que nos chasseurs les serraient de prP.s, ils gagnèrent une
grande auberge voisine, d'où ils se mirent à
tirer sur mes gens, aidés en cela par quelques
pelotons badois et prussiens postés sur la
rive oppo3ée.
Comme il était probable que le bruit de ce
combat attirerait vers le pont des forces considérables, qui, sans franchir la rivière,
pourraient détruire mes deux régiments par
une vive fusillade et quelques coups de canon, je résolus de hâter 1la conclusion, el fis
mettre pied à terre à la grandfl majorité des
chasseurs, qui, prenant leurs carabines et
bien munis de cartouches, attaquèrent l'auberge par ses derrières et mirent le feu aux
écuries et aux greniers à foin! ... Les assassins que renfermait ce bàtiment, se voyant
alors sur le point d'être atteints par les
flammes, essayèrent de faire un" sortie; mais
à mesure qu'ils se présentaient aux portes,
nos chasseurs les Luaien L à coups de carabine!
En vain ils députèrent vers moi un des
officiers saxons; je fus impitopble et ne
voulus pas consentir à traiter en soldats crui
se rendent après s'être honorablement défendus, des monstres qui avaient égorgé nos
camarades prisonniers de guerre! Ainsi les
4 à 500 assassins prussiens, saxons et badois
qui avaient' franchi la passerelle furent tons
exterminés!. .. J'en fis prévenir le général
Sébastiani, qui arrêta à mi-chemin les autres
brig:tdes de cavalerie légère.
Le feu que nous avions allumé dans les
greniers à fourrages de l'auberge gagna bientôt les habitations voisines. Une grande par•
Lie du village de Lindenau , qui borde les
deux côtés de la grande route, fut brûlée, ce
qui dut arrêter le rétablissement du pont et
le passage des troupes ennemies chargées de
poursuivre et d'inquiéter l'armée française
dans sa retraite.
Cette prompte expédition terminée, je ramenai la brigade à Markranstadt, ainsi que
les 2,000 Français échappés à la catastrophe
du punt. Il y avait parmi eux plusieurs officiers de tous grades; !'Empereur les questionna f\t voulut connaître ce qu'ils savaient
relativement à l'explosion de la mine et aux
massacres commis par les alliés sur les Franpis prisonniers de guerre. li est probable
que ce triste récit fit regretter à Napoléon de
n'avoir pas suivi le conseil qui lui avait été
donné, le matin, d'assurer la retraite de son

,

_________________

.JlfÉ.M01'1rEs DU GÉNÉ"R._Jll. BA"R._ON DE .JlfA"R.,BOT

armée et d'empêcher les ennemis de nous
Ap_rès arnir passé la Saale, Napoléon reLe général de Wrède côtoyait notre armée
attaquer pendant ce mouvement, en leur bar- mercia et congédia les officiers et quelques
à
deux journées de marche et se trouvait
rant le passage par le feu mis aux faubouro-s troupes de la Confédération du Rhin qui, soit
déjà à Wurzbour~ avec 60,000 hommes. li
et même, au besoin, à la ville de Leipzi~
par honneur, ou faute d'occasion d'abandond
o•
ont presque tous les habitants s'étaient en- ner notre armée, se trouvaient encore dans en détacha 10,000 sur Francfort, et avec les
50,000 autres il se dirigea vers la petite
fuis pendant la bataille des trois jours.
ses rangs. L'Empereur poussa même la ma- place forte de Hanau, afin de barrer le pas_Da~s le ,retour offensif que je venais de gnanimité jusqu'à laisser les armes à tous
faire Jusqu au pont de Lindenau la brio-ade ces mililaires, qu'il avait le droit de retenir sag: au_x Français. Le général de Wrède, qui
•
'
0
que Je commandais avait eu seulement trois comme prisonniers, puisque leurs soul'erains avait _fait la campagne de Russie avec nom,
blessés, dont un de mon réo-iment • mais s'étaient rangés parmi ses ennemis. L'armée croyait trouver l'armée française dans le dé~'étai~ un des plus intrépides° et d;s plus franç.aise continua sa retraite jusqu'à Erfurt, plorable état auquel le froid el la faim
mtelhgents sous-officiers. Il avait la décora- sans autre événement que le combat de Ko- avaient réduit les débris de celle de Moscou
tion de la Légion d'honneur et se nommait sen, où une seule division française battit un lorsqu'elle parvint sur la Bérésina. Mai~
Foucher. ~ne ball~, ~eçue à l'allaque de l'au- corps d 'ar~ée autrichien et fit prisonnier le nous lui prouvâmes bientôt que, malgré nos
malheurs, nous avions encore des troupes en
berge qu 11 fallait mcendier, lui avait fait comte _de Gmlay, son général en chef.
bon
étal, et suffisantes pour battre des Ausquatre trous, en traversant ses deux cuisses
TouJours séduit par les espérances d'un
de part en part! ... Malgré cette grave bles- grand retour offensif vers l'Allemagne et par tro-Bavarois !
Le général de Wrède, ignorant que depuis
sure, le courageux Foucher fit toute la reles ressources que lui offriraient, en pareil
traite à cheval, ne voulut point entrer à l'hô- cas, les places fortes dont il était contraint Erfurt l_es troupes de ligne des alliés, que
pital d'~rfurt, auprès duquel nous passâmes de s'éloigner, Napoléon établit une nom- nous avions combattues à Leipzia ne nous
peu de Jours après, et sui vit le régiment jus- breuse garnison à Erfurt. JI avait laissé à su.ivaient plus que de fort loin, éf~it devenu
lres entreprenant et croyait nous mettre
qu'en France. Il est vrai que ses camarades
Dresde 25,000 hommes et le maréchal Saintet tou_s les cavali~rs de son peloton prenaient Cyr; à Hambourg, 50,000, sous le maréchal e~tre deux feux. Cela ne lui était pas poss1bl~; cependant, comme plusieurs corps enun som tout particulier de lui : il le méritait
Davout, et les nombreuses places de l'Oder et nemis cherchaient à déborder notre droite
à tous égards.
de l'Elbe étaient aussi ardées en proportion
~n m'éloignant de Leipzig, où les alliés de leur importance : c: furent de nouvelles par les montagn~s de la Franconie, pendant
avaien~ é~orgé _des milliers de prisonniers pe:,tes à ajouter à celles que nous coûtaient que les Davar01s se présentaient en tête
notre sit?atio~ pouvait devenir critique.
'
français, Je craignais pour les malheureux
déJa les forteresses de Danzig et de la Vistule.
Napoleon, s elevant alors à la hauteur du
blessés de mon régiment que j'y avais laissés,
Je ne répéterai point, à cette occasion ce danger, marcha vivement sur Hanau, dont
et au nombre desquels se trouvait le chef
que j'ai dit sur l'inconvénient de dissémlner les, avenues sont couvertes par d'épaisses
d'escadrons Pozac; mais, heureusement, le
une trop grande partie de ses forces pour forets et surtout par le célèbre défilé de
faubourg éloigné dans lequel je les a vais
conserver des places dont on était forcé de Gelnhausen, que traverse la Kinzia. Ce cours
logés ne fut pas visité par les Prussiens.
s'éloigner.
d'eau, dont les rives sont très esca~pées, coule
Vous avez vu que, pendant le dernier jour
Je me bornerai à dire que Napoléon lais~a entre deux montagnes qui ne laissent entre
de la grande bataille, un corps autrichien
dans les forteresses de J'Allemagne 80,000 elles qu'un étroit passage pour la rivière, le
ayant voulu nous couper la retraite en s'emsoldats, dont pas un seul ne revit la France long de laquelle on a établi une très belle
parant de Lindenau, où passe la "rande route
avant la chute de l'Empire, qu'ils eussent grande route, taillée dans le roc et allant
qui conduit à Weissenfels et de à Erfurt
peut-être prévenue si on les avait réunis sur de Fulde à Francfort-sur-le-Meid, par Hal'Empereur 1:a~ait fait repousser par le~ nos frontières!
nau.
tro~pes du general Bertrand. Celui-ci, après
L'arse~al ?'Erf?rt répara les pertes de
~e co:ps ,de cavalerie de Sébastiani, qui
avo~r r~uvert les communications, avait ganot:e artillerie. L Empereur, qui jusque-là ~va1t ,!ait I avant-garde depuis Weissenfels
gne W;1ssenfels, où nous le rejoignîmes.
a-vait supporté les rel'ers avec une fermeté Jusqu a Fulde, où l'on entre dans les monApres les pertes que nous avait occasionst~ïque, fut cependant ému par l'abandon du
tagnes_, devait être r~mplacé par l'infanterie,
nées la rupture du pont de Lindenau il
roi Murat, son beau-f1·ère, qui, sous préen arm:3nt s~r ?e pomt. Je n'ai jamais connu
n'était plus possible de songer à arrêter ~ur
t~~t~ d'aller défendre son royaume de Naples,
la S~ale ce 9ui restait ~e l'armée française ; s elo1gn~ de Napoléon auquel il devait tout! ... le~ m_ot1fs qm s opposèrent à ce que ce grand
p_rmc1pe de guerr~ fût suivi dans celte grave
~uss1 Napoleon passa-t-il cette rivière. Quinze
Murat, Jadis si brillant à la aucrre n'avait
c1_r~o~stance; mais, à notre élonuement, la
Jours avant la bataille, ce cours d'eau lui
.rien fait de remarquable pend~nt ce~le cam- d1VJs10n de cavalerie légère d'Exelmans contioffrait ~ne_ po,sition inexpugnable qu'il avait pagne de 1815. li est certain que ce prince
n~~ de marcher en a\'ant de l'armée. Mon
alors deda1gnee pour courir les chances d'un
bien_ qu'il fût encore dans nos rangs, entre~ r~giment et le 24• de chasseurs étaient en
engagement général en pays découvert, en se
tenait une correspondabce avec M. de Metter°:1ettant à dos trois rivières et une grande nich, premier ministre d'Autriche, qui, en te~e. Je commandais la brigade. Nous appr1mes_ par les p~ysans que l'armée austroville qui présentaient des défilés à chaque
mettant sous ses yeux l'exemple de Berna- bavaro1se occupait déià Hanau et
,
pas!. .. L~ g_rand capitai.~e avait trop compté dotte, lui garantissait au nom des souverains f
d' . .
. ~
,
qu.une
orle 1v1s10n
renait
au-devant
des
Fra
.
sur son eto~le et sur I mcapacité des géné- allié~ la conservation de son royaume, s'il
d.
nça1s,
raux ennemis.
pour 1e~r 1sputer le passage du délilé.
venait se ranger parmi les adversaires de
A~a situation, comme chef d'avanl-rrarde
Dans le fait, ceux-ci commirent des fautes
~apoléon. Ce f_ul à Erfurt que Murat quitta de_v1~t alors fort cri tique; car comment pou~
tellement grossiores que non seulement mal! armée _française, et, à peine arrivé à Naples, vais-Je,_ sans un seul fantassin et avec de la
gré l'immense supériorité du nomb;e de 11 se prepara à nous faire la guerre.
cavalerie resserrée entre de hautes mon tao-ne·
leur~ troupes, ils ne purent, pendant une
_Ce fut aussi à Erfurt que !'Empereur apbataille de trois jours, nous enlever un seul prit la _manœuvre audacieuse des Bavarois, et un torrent infranchissable combat1re"de~
· d dont les éclaireurs,
'
grimpants
des villages q.ue nous défendions ; mais j'ai ses anciens alliés, qui, après avoir trahi sa troupes a• pie
sur les rochers, allaient nous fusiller à bout
entendu le roi des Belges, qui servait alors
cause et ~'être réunis à un corps autrichien portant? J'envoyai sur-le-champ à la queue
dans l'armée russe, arnuer devant le duc
et_ à plusieurs pulks de Cosaques, s'étaient
?'~rléans que, par deux fois, les alliés furent mis en marche sous le commandement du de !a colonne prévenir le général de division.
Jeles da_ns une telle cunfusiou que l'ordre de gén_éral comte de Wrède, qui non seulement mais E~~lm~ns fut introuvable. Cependant'
co~meJ ara~s_o~dre d'avancer et ne pouvai~
la retraite fut donné à leurs armées! Alais les
ava1,t la _prétenti~n de s_'opposer au passage
événements ayant changé, ce fut la nôtre qui de 1 armee française, -mais encore de la faire arreter
t'
. les d1v1s1ons qui me suivaient ,J·e con1~ua1 ma marche, lorsqu'à un coude
dut céder à la mauvaise fortune!
prisonnière, ainsi que son empereur 1
fait la vallée, mes éclaireurs me firent pré~~~
0

là

�111STO'J{1JI
mort, lorsque son camarade, dégrisé par ce
nir qu'ils étaient en face d'un détachement des vainqueurs qui poursuivaient les vaincus, terrible spectacle, protesta que ni l'un ni
je n'étais pas sans inquiétude sur la conclude hussards ennemis.
l'autre n'avaient jamais mis les pieds en
Les Austro-Bavarois avaient commis la sion de cet étrange combat, car l'affaissement France, mais qu'étant nés à Vienne, de pades montagnes qui bordaient des deux côtés
même faute que nos chefs; car si ceux-ci faila Kinzig annonçait que nous approchions du rents parisiens naturalisés Autrichiens, ils
saient attaquer avec de la cavalerie un long et
point où se termine la vallée, et il était pro- avaient été considérés comme regnicoles et
étroit défilé dans lequel dix à douze chevaux
forcés, comme tels, d'obéir à la loi du recruseulement pouvaient passer de front, nos en- bable que nous trouverions là une petite tement et d'entrer dans le régiment qu'on
nemis envoyaient de la cavalerie pour dé{en- plaine garnie d'infanterie, dont la fusillade et leur avait désigné. Pour prouver ce qu'il
clre un passage où cent voltigeurs auraient le canon devraient nous faire payer bien cher a,ançail, il montra son füret et celui de son
arrêté dix régiments de cavalerie! Ma joie fut notre succès. Mais heureusement il n'en fut infortuné compagnon, qui constataient le fait.
donc extrême en voyant que l'ennemi n'avait rien, el, en sortant du défilé, nous n'aper- Cédant enfin aux instances de ses aides de
çûmes pas un fantassin, mais seulement de
pas d'infanterie, et comme je savais par expécamp, Exelmans consentit à épargner cet inrience que lorsque deux colonnes de partis la cavalerie, dont faisait partie le gros du nocent.
divers se rencontrent sur un terrain étroit, la régiment des hussards de Ott que nous ,eEntendant alors le bruit du combat qui
nions de si malmener et qui, dans sa frayeur,
victoire esl à celle qui, fondant sur la tête de
commençait,
le général voulut gagner la lête
continua sa fuite précipitée et entraîna une
l'autre, la pousse toujours sur les fractions
de
la
colonne
que je commandais; mais,
quinzaine d'escadrons, qui se retirèrent sur
qui sont derrière elle, je lançai au triple galop
arrivé à l'entrée du défilé, il lui devint imma compagnie d'élite, dont le premier peloton Hanau.
Le général Sébastiani fil alors déboucher possible d'y pénétrer el d'y trom·er place dans
put seul aborder l'ennemi; mais il le fit si
ses trois divisions de cavalerie, que vinrent les rangs, tant était rapide le galop des deux
franchement que la tête de la colonne autribientôt appuyer l'infanterie des maréchaux régiments qui l'occupaient en poursuivant les
chienne fut enfoncée et tout le reste mis dans
Macdonald et Victor, et plusieurs batteries. ennemis. Après l'avoir tenté à maintes reune si grande confusion que mes cavaliers
Enlin, \'Empereur et une partie de sa garde prises, le général fut bousculé avec son cheval
n'avaient qu'à pointer.
parurent, et le surplus de l'armée françai~c et roula dans la Kinzig, où il fut sur le point
Nous continuâmes cette poursuite pendant
de se noyer.
plus d'une heure. Le régiment ennemi que suivait.
L'Empereur, se préparant à combattre,
C'était le 29 octobre au soir; on établit les
nous avions devant nous était celui de Olt.
bivouacs dans un bois voisin; nous n'étions profila de la nuit pour diminuer la file des
Jamais je ne vis de hussards aussi beaux. Ils
qu'à une lieue de Hanau el de l'armée austro- voitures. Tous les bagages furent dirigés vers
arrivaient de Vienne, où on les avait complèla droite, sur Coblenlz, sous l'escorte de
tement habillés de neuf. Leur costume, bien bavaroise.
quelques bataillons et de la cavalerie des géqu'un peu théâtral, faisait un très bel effet :
néraux Lefebvre-Desnouettes et Milhau. Cc fut
CHAPITRE XXXI 1
pelisse, dolman blancs, pantalon et shako
un grand allégement pour l'armée.
amarante; tout cela propre el luisant à plaisir. t:pisode. - Bataille de Hanau. - Retraite sur le
Le 50 au matin, l'Empereur n'avait encore
On aurait dit qu'ils venaient du bal ou de
llhin. - Dcrni1•rs efforts des ennemis. - A:o/a11.
à sa disposition que les corps d'infanterie de
jouer la comédie!. .. Cette brillante tenue con- Fuite de CzermchcfT. - l\cconstitution des Macdonald et de Victor, qui ne présentaient
corps de troupes.
trastait d'une étrange façon avec la toilelle
qu'un elfectif de 5,000 baïonnettes, soutenu
plus que modtJsle de nos chasseurs, dont
Voici maintenant quels motifs avaient re- par les divisions de cavalerie de Sébastiani.
beaucoup portaient encore les vêlements usés
Du côté par lequel nous arrivions, une
avec lesquels ils avaient bivouaqué pendant tenu Exelmans en arrière lors de notre pas- grande forêt que la route traverse couvre les
dix-huit mois, tant en Russie qu'en Pologne sage dans le défilé. Avant l'entrée de la approches de Hanau. Les gros arbres de cette
et en Allemagne, et dont les couleurs dis- vallée, les éclaireurs lui avaient présenté deux forêt permettent d'y circuler sans trop d'emtinctives s'étaient effacées au contact dè la soldats autrichiens faits prisonniers au mo- barras. La ville de Hanau est bàtie sur la rive
fumée du canon et de la poussière des champs ment où, éloignés de leur armé&lt;', ils marau- opposée de la Kinzig.
de bataille; mais sous ces habits râpés se daient et bu vaienl dans un village isolé. ExelLe général de Wrèdc, qui ne manquait
trouvaient des cœurs intrépides et des mem- mans, les a)'ant fait queslionner en allemand pourtant pas de moyens militaires, avait combres vigoureux! Aussi les blanches pelisses par un de ses aides de c:imp, fut très étonné mis la faute énorme de placer son armée de
qu'ils répondissent en bon français et leur
des hussards de Otl furent-elles horriblement
demanda oit ils avaient si bien appris noire telle sorte qu 'clic avait la rivière à dos, ce
ensanglantées, et ce régiment coquet perdit,
langue. Un de ces malheureux, à moitié iHe, qui la privait de l'appui qu'auraient pu lui
tanl en tués qu'en blessés, plus de 200 homdonner les fortifications de Hanau, avec lesmes, sans qu'aucun des nôtres reçùt le plus croyant alors se donner de l'importance , qudles le général bavarois ne pouvait competit coup de sabre, les ennemis ayant tou- s'écria qu'ils étaient Parisiens! A peine ces muniquer que par le pont de Lamboy, qui
jours fui sans avoir une seule occasion de se mols étaient-ils prononcés que le général, restait son seul moyen de retraite. Il est vrai
furieux de voir des Français porter les armes
retourner. Nos chasseurs prirent un grand
contre
leurs compatriotes, ordonna qu'on les que la position occupée par lui barrait la
nombre d'excellents cheYaux et de pelisses
fusillàl sur-le-champ. On les saisit, et le roule de Francfort cl de France, el qu'il se
dorées.
croyait certain de nous empècher de forcer le
Toul allait bien pour nous jusque-là ; ce- pauvre garçon qui, pour faire le gentil, s'était
passage.
vanté
d'être
Français,
venait
d'être
mis
à
pendant, en suivant au grand galop le torrent
(A

suivre.)

GÉNÉRAL DE

MARBOT.

HENRY ROUJON
derAcadémie franpise. '
~

Rosalie Duthé
Catherine-Rosalie Gérard, qui fut illustre un certain charme, et nous avons le de\'oir
sous le nom de füle Oulhé, mourut 11 Paris de reconnaître que le baron Lamothe avait
en 18:i0, ayant de bonne heure connu la du talent.
gloire; 1•llc arnit mis qualre-,in"t-deux ans 11
Et ,oilà justement où Pst son tort. De vrais
acqu_érir la considération. O~togénaire, à Mémoires de mie Duthé seraient plus inno&lt;lem1 aYeugle, Mlle Duthé était classée au cents. Cette célèbre personne n'eut d'autre
titre de monument historique. On aimait, on gén_ie que d'être parfaitement belle. Elle
respectait quasiment en elle un des derniers avait bien appris au couvent un minimum
témoins des grâces de l'ancien régime. Trois ~·orthographe, mais le souci de sa carrière
ans nprès sa mort, paraissaient chez le libraire l empêcha très Yile d'acquérir de la liUéra)lénard! ~lac~ de ~a Sorbonne, quatre \'O- l~re. Les. quelques billets que l'on possède
lumes mt1tulcs : Galanteries d'une demoi- d ~Ile tralussent une aimable insouciance des
~elle du monde ou Som•enfrs de !,Ille Du thé. lots du style. Si elle avait raconté elle-même
La première ,·ersion de cet ouHage est de- s~s aventures, elle en eût fait un livre déliYenue d'une exlrème rareté. Un él'rivain cieusement bête. Le factum de Lamothepassionné pour l'histoire du tlu1àtre M. Paul Langon est intelligent jusqu'au malaise. Ce
Ginisty, nous en donne une édilion 'nouvelle. polygraphe était un pince-sans-rire. Nous
Il accompagne sa publication de notes dis- raco~te-t-il comment la jeune Rosalie fut
crètes, ne voulant point tomber dans le tra- admise, en qualité de surnuméraire, dans
vers de documenter à l'excès une histoire fri- les c_hœu~s ~e l'Opéra, - !'Opéra était alors
vole. « J~ ~ens, dé?!are sagement M. Ginisly, un !1,eu_ d a_s1le - il fera dire à son héroïne :
tout le r1d1~ule qu 11 y aurait à trop appuyer
eta1t! a. celle bonne époque, urL brevet
s~r ce~lc ex1~tcnce légère. » Quelqu'un disait d cmanc1pallon accordé à toute fille innocente
d,un l~vr~ recent, consacré à la biograpbie ,oulanl ,ivre dans l'indépendance et sans êlr;
d une JOiie femme : « C'est un pa\'é 5ur une à charge à ses parents. ,, Il est visible que le
rose. » Hosalie Outhé, liuéè au zèle d'un b~ron y met du sien; Mlle Uuthé a dù lui
commentateur maladroit, s'écraserait &lt;le dtre quelque chose de semblable, mais avec
même douloureuse~ent. Il sied de la présen- plus de touchante candeur.
ter du bout des doigts, comme une curiosité
Tel qu'il est, ce livre, un peu scandaleux,
fragile.
Ces Souv~11irs ont un défaut, qui est pour
des Souvenirs le plus grave de tous; ils sont
apocryphes. M. Ginisty nous en prévient tout
d abord. Transformée en douairière vénérée
si,non vénéra?le, Mlle Duthé donnait de pelil;
dmer~ fins a quelques amis; elle complait
parmi. ses . hôtes le baron Lamothe-Lanaon
0
•
r~n~1tonoa1re retraité qui se faisait une spéc1a hté des faux Mémoires. Ce fut, on le sait
d~ reste, pendant la première moitié du
d1x~neuvième siècle, une industrie des plus
florissantes. L~o~he-Lan_gon, aussitôt après
le décès de sa v1CJ1le amie, se mit à rédiger
les confidences qu'il prétendait avoir recueillies. Agit-il là comme un vuh!aire faussaire, ou peu~-oo accorder à son témoignage
quel~u_e crédit? &lt;&lt; Il ne faut point, observe
Gm1sty, regarder avec trop de dédain les
livres apocryphes écrits à une certaine époque
el dans certaines circonstances. » La remarque est parfaitement juste. II n'esl pas
douteux que le baron de Lamothe-Lanoon
fréquenta Mlle Duthé pendant sa ,ieille~se
RuSALŒ 0 UTIIÉ.
conteuse; il était potinier et interro"ant · elle
o
d_eva1l. s 'l,
a andonoer complaisamment
au ,plaisir de. raconter ses campagnes. Ces pseudo- ne ~oil pas _être dédaigné par les amis de la
mém~1res demeurent probables, s'ils ne sont pe~1lc b1sto1re. Ce fot presque un fonctionpas rigoureusement vrais. Ils ont en outre naire que Mlle Duthé. Elle a rempli des mis-

«,?

)!.

sions officielles. Lorsque le jeune roi de
Danemark Christian \ïl vint faire à Paris un
voyage d'études, Rosalie fut un numéro du
programme imposé à celui que les Me'tnoires
secrets appelaient le« moderne Télémaque ,, .
Les choses se passèrent le plus décemment
~~ mond:, \et tout à f~il comme elles se pas_a1ent _naoucr~ au; Variétés, quand on yjouait
Le Rot. Sa Ma;esle danoise dut prononcer avant
Brasseur la parole célèbre : cc Ah! que
J. aime la France! » Et ici encore, nous en
~ou,l_ons_ au ~aron Lamolhe-Langon de prêter
a I_ mst1lutr1ce de Christian VII des mélancolies trop philosophiques. li tient vraiment
la p,lume_ sous la dictée de Mlle Duthé, alors
qu il écrit celle phrase si simple et si déce~le ; , cc !e f~s discrète touchant l'honneur
qui m ~lart fa_1t: » )lais l'auteur professionnel
reparait aussrtot : « C'est chose sacrée et
très vénérable que la personne d'un mon?rque, et la haute opinion que l'on prend
delle avant que de l'approcher souffre beau~o~p, lorsque, dans une fréquentation plus
i~t1mc, ell_e es~ contrainte d'en rabattre;
C ezt ce_ qm arrive presque toujours. )) Duthe était trop bonne royaliste pour se pcrme(lre de c~s· audaces de psychologie. Il est
vrai, toutefois, que Diderot fréquentait chez
elle.
li a dû tout de même s'amuser, ce Lamolhe-La~~on, auprès du fauteuil roulant
de ~elle ~1e1llc ! Que de fantômes évoquait la
peille voix cassée de la conteuse' A l'
1
d I f' d'
·
·
appe
~ a e~ . autrefois, tout un monde s'éveillait, le JOh peuple des marionnettes de Carmontelle,
poudré' pom1,onné , la 0eur au
·1
g1 et.
Voici 1~ duc de Chartres à seize ans. Son
pè~e était un prince soucieux de ses d vo1rs ~ Mme de Genlis, si compétente dans
quesllons de morale et de pédagogie, nous
en_ don~e une preuve indJniable : &lt;&lt; Le remrcr som paternel de M. le duc d'Orléantfut
de _don~er à son fils une maîtresse.» ~Ule Duthe é_ta1t l~ule_ dés_ignée pour l'emploi. La
fo~c.lton ~ avait rien de pénible. Le futur
Phihppe-E"alité
tel que l'a croque, Carmon
O
li
'
te e, est gentil comme un cœur. r'l
t à. l'hab'il vert brodé de J·aune 'avecpor
ravir
1 e
d hl d s ·
• noir
e coro? e~ li ai~t-~sprit et le collier
de
Sarnt-M1chel.
L artrste amateur a util'rsc, un
d
peu u verl de la culotte pour faire ~
Chérubin idéal un entoura"e de . ,1 ce
L r ·11
.
o
prmtemps.
\ ami e du JC~ne homme garda à Mlle Duthe , un souvcmr
.
,
.reconnaissant · PI us1eurs
ann~ apres, Sophie Arnould s'adressa au
~uc d Orléans
pour lui demander I'au tor1sa.
.
t1on de tirer 1e feu d'artifice sur le palais.

~!·.

1!s

�1flST0~1Jl------------------------~
Royal; elle énuméra les litres de !'Opéra à
la bienveillance du prince : &lt;1 Nous n'oublierons pas non plus qu'une beauté (de !'Opéra)
a fait goùter à un prince cher, votre fils
unique, les prémices du plaisir, et c1ue vous
en avez félicité ce jeune athlète dans la carrière de l'amour. » L'autorisation fut accordée, en considération de Mlle Duthé et de ses
services.
Rosalie pouvait montrer ses certificats.
Les pères l'avaient accablée de leur confiance.
S. A. S. le prince de Condé, celui qui devait
être le général en chef de l'émigration, vint
en personne la solliciter. Il allait marier son
fils le duc de Bourbon, « l'amoureux de

quinze ans » ; il désirait que son héritier
(( ne fùt étranger à rien )&gt;. Encore un préceptorat à entreprendre. Si nous en croyons
Lamothe-Langon, )tll!' Duthé sut apprécier
toute la délicatesse de la démarche. Tout au
plus hasarda-t-elle cette objection : « Mais,
monseign~ur, vous le faites débuter bien
jeune! l&gt; Le prince de Condé aurait répondu :
« Oui, sans doute, si on l'abandonnait à luimême; mais sous ma surveillance et avec
de bons procédés .... l&gt; Ici, le mémorialiste
fau~saire, entraîné par son sujet, perd tout
sentiment de la mesure. Il grandit \Ille Duthé jusqu'à la taille d'une héroïne historique,
il met dans sa bouche des paroles grandioses :

« Je souris, et ma réponse prouva au prince
mon profond dévouement et ma soumission
extrême à tout cc qui viendrait de sa part.
J'ai toujours étt'• royaliste, j'ai toujours aimé
les Bourbons, d'abord à cause de leurs qualités, puis par reconnaissance, enfin parce
que je ne h•ur suis pas étrangère. Son Altesse Sérénissime parut contente de mes sentiments. 1)
Il l'St cruel de penser que de telles perles
sont probablement des perles fausses. Si, au
lieu d'être l'amusement d'nn froid m1stificateur, ces Souvenirs de Mlle Duthé étaient
authentiques, ce serait un livre esssenliel à
la consolation du juste.
HENRY H.Ol.JO\.

F.-L BR.UEL ET M. FOUCAULT
♦

Un brigand au temps de Louis XVI

Les méfaits de Poulailler.

eu l'Académie française.

l? temps de recu~illir les premières informal1ons ~ur le vol Hagan qu'il est avisé d'un
analo!!'lle
. trois
. jours
O
acambr10Ja,.e
ès
,o , commis
pr ' daus la nmt du 2:i octobre, à Iloissy-

Le 2~ octob~c 1_7~5, sur les quatre heures

c~briolet el une charrclle couverte, chargée
d u_n _grand c?lfre et de nombreux paquets,
y cla1ent ~are~: les voleurs se sont emparés
du colJrc, ils I ont traîné jusqu'au milieu du

?u malin, un mdmdu à peine vêtu frappait
Noblesse impériale
li } avait (en 1827) un grand bal à l'ambassade d'Autriche; la cour et la ville y
étaient engagées et tout s'y passait suivant
l'éLiquettC', à laquelle on tenait beaucoup.
li y avait déjà foule lorsque le maréchal
Soull, duc de Dalmatie, se présenta. L'huissier lui fit la question traditionnelle :
- Qui aurai-je l'honneur d'annoncer?
- Le duc de Dalmatie, répond Je maréchal.
- M. le maréchal Soult, cria l'huissier.
Le vieux guerrier n'y fit nulle attention,
d'autant plus que l'habitude générale était
de l'appeler ainsi. Parmi les hauts dignitaires
de l'Empire, quelques-uns étaient désignés
par Jeurs titres, d'autres par leurs grades;
rien n'était réglé à cet égard, l'on n'y pensait
point. Le nom de Dalmatie était réservé pour
le fils du maréchal, connu partout sous le
titre de marquis de Dalmatie.
C'était le contraire chez les Reggio. Le
maréchal et sa femme portaient plus volontiers le titre de duc et de duchesse, tandis
que le fils ainé et sa femme se nommaient
le marquis cl la marquise Oudinot.
Après la maréchale Soult, la maréchale
Masséna parut. Elle donna son nom de princesse d'Essling, on l'annonça :
- Mme la maréchale Masséna.
Elle se retourna étonnée, mais passa néanmoins. Il en fut de même successivement de
tous ceux qui arrivèrent.
On commençait à en murmurer, sans
cependant être encore sùr de rien ; mais
lorsque, au lieu d'annoncer M. le duc de
Bassano, on annonça M. le duc Maret, il
fallut comprendre qu'il y a\'ait là une intention.
Les intéressés se réunirent sans affectation,
et après quelques phrases échangées, eux et

tous les leurs sortirent des salons. Le lendemain, l'histoire fermenta : il fut convenu
que personne n'irait plus à l'ambassade d'Autriche parmi ceux qui tenaient de près ou de
loin aux souvenirs de l'Empire.
L'on y vit une offense el l'on en demanda
raison au roi. Ce furent des négociations
diplomatiques sans fin; pendant ce temps-là,
l'ambassade donna une autre fêle; beaucoup
de ses imités lui firent défaut. Il } arnil dans
l'air des dispositions hostiles.
(Je demande pardon pour le mol i?wité, qui
n'est assurément pas du vocabulaire du haut
monde, mais notre langue n'en a pas d'autre
et je suis absolument forcée de nùn servir.)
Le roi se prononça en faveur de ses maréchaux et, après bien des pourparlers, la
question fut résolue en leur faveur; mais
celle circonstance jeta du triste sur la fin du
carnaval. li , eut des bouderies, des froitleurs
qui s'efJacèrènt par la suite. Sous la Restauration, à la fin surtout, l'ancienne et haute
noblesse avaient franchement adopté les
grands débris de l'Empire.

et&gt;
La duchesse de Reggio était dame d'honneur de Mme la duchesse de Berri, non pas
parce qu'elle s'appelait Mlle de Coucy, mais
parce qu'elle était la femme du maréchal
Oudinot. Ce nom de Coucy n'avait d'ailleurs
rien à voir avec la grande race d!'s sires de
Coucy, dont la fière devise était :
;ie suis ni l{oy ni prince auss~,
Mais suis le sire de Coucy.

Cette maison est éteinte depuis plusieurs
siècles et nous n'en avons aucune qui s'y
rattache. La duchesse de Reggio et sa sœur
la vicomtesse de la Guérinière étaient de
Vitry-le-François, en Champagne. Leur père
était probablement gentilhomme, je ne puis
l'assurer, car ie n'en sais rien, mais pour
sûr il n'était pas un Coucy.
Madame le croyait pourtant et, sans doute,

ces dames le croyaient aussi, car on citait, 11
ce sujt&gt;l, un mol de la princesse, toujours si
gaie cl si affable. Elle visitait en 18~)\ ou
1829 les magnifiques ruines du château de
Coucy, prt•s de Laon. En haut du donjon sont
des marches fort hautes cl difficiles à monter; la princesse faisait de son mieux pour
y arrirnr.
- li faut convenir, duchesse, disait-elle 11
sa dame d'honneur, que \'OS ancêtres a,aient
les jambes plus longues que nous.
Puisqu'il est question de dame d'honneur,
ajoutons un petit mol à cet égard; j'espère
qu'on ne le trouvera pas déplacé.
li surfil qu'une dame soit près d'une princesse pour qu'on lui donne ce titre de dame
d'honneur. Cela ne doit pas être. ll n'} a
qu'une seule dame d'h6nneur, même chez
une souveraine; les autres ont difJérenls
titres, mais pas celui-là. Nos reines avaient,
outre la dame d'honneur, une dame d'atours,
puis des dames du palais et des dames pour
accompagner. La charge de surintendante de
la maison fut créée pour Mme de Soissons
sous Louis XlV; depuis, il y en a eu plusi~urs; la dernière fut la pauvre princesse de
Lamballe pour Marie-Anloinelle. Ses fonctions étaient à peu près les mêmes que celles
de la grande maîtresse auprès de l'impératrice. Cependant, la surinlendante prenait
les choses de plus haut, clic laissail tous les
soins inférieurs à la dame d'honneur. Sa
place était plutôt ho1101'ifiq11e que Jll'alirJue;
clic était lit pour représenter dans les cérémonies el ne s'occupait pas de grand'cbose.

et&gt;
Celle tentalive de l'Autriche de disputer à
nos gloires les noms si chèrement acquis
avorta complètement; le gouvernement frant•ais y mil une grande fermeté el cela ne se
renouvela pas. Charles X fut parfaitement
digne dans celte occasion, el ne céda pas d'un
pouce à la maison d'Autriche. Elle ne s'y
frotta plus.
CO)ITESSE

l).\SI 1.

a ~oups redoublés aux volets d'une maison de
llrie-Comte-Iloberl habitée par le commanant de la. marécl)aussée du lieu, le sieur
ean-Franço1s Andrieux. Celui-ci réveillé en
sursaut, venait ouvrir et reco~naissait un
nommé llagan, aubergiste du Cadran Bleu
près la roule de Paris, qui lui déclarait enco~e lo~t ému, avoir été ,ictimc, dura~l la
nmJ, d un vol singulièrement audacieu,.
« Et~nl c?uché dans son lit avec sa femme,
on lm a,:a1l pris sa culollc sous sa tète, dans
l~quelle il y avait un écu de ~ix livres et une
pièce de dou~e sols, l'i on arnit aussy pris les
pouchcs (tablier) de sa femme dans lesquelles
cl pouvo1t
y avoi r em1ron
.·
·
..Jnres, el
.
qumze
aussi. sa montre d'argent qui étoit accrochée à
s_o~ ltt. l&gt; Après quoi les voleurs s'étaient ret1r~s p~r la porte de la cuisine dont ils avaient
pris soin de condamner extérieurement le lo'J.~ct a\'~C des coins &lt;le bois pour que Rarran
~ il ~en.ait à s'_éveiller, ne pùt les poursui~re;
~ls cla1ent .resolument montés au premier
ctage ~t avaient -pénétré dans une chambre où
repos~1cnt, en des lits voisins, deux voyarreurs
les ~ieur~ Bernard, ancien aubergiste, e~
Henri Bcll!er, marchand de Paris. Sans troubler e~ rien le ~ommeil des dormeurs, les
~mhr1ol~urs avaient rl:ussi à ouvrir. par d'hab1l~s pesees, le~ portes d'une grande armoire
q~t- se trou:~1t entre les deux lits. Ils
a,~ient alors fait tranquillement un choix des
obJels
· eta1ent
• ·
r.
. à leur convenance , pu1s
ernm
partis,_ chugés d'un volumineux butin. Ayant
franclu
le
·b
• mur de h• cour a' l'a1.de d' une
ec elle, ils avaient gagné la camparrue avant
que personne se fùt aperçu de leur passage.
I' Et,. ?1élancoliquement, le malheureux hôte-~er ~ enumérer à l'officier les nombreux obJ ls disparus de son armoire : &lt;1 une somme de
rent~ louis d'or, un gobelet d'aroent des
;uc es de femme aussi d'argent, olin 'habit
mplet de drap bleu de ciel, une redinrrote
~arm~lite, une robe de taffetas fond mordoré
·f°llles ral·es blanches avec un caracot pa~~:' un désha~illé ?'indienne roze, doublé de
d ne et quantité d autres vêlements et linrre Saiut-Léger: &lt;l~s inconnus se sont introduits
e corps .... n
o
pa~ esc:i_lade dans la cour de l'auberge de
A peine le commandant Andrieux a-t-il eu Saml-l\1t·olas, tenue par le sieur Richard; un

f

jardin, puis fracturé à l'aide d' 1 .
fer, dér_obant tout un trousseau~: ,rier de
et plusieurs riches vêtement
. n_ge. fin
s qui Y eta1eot

�1f1ST0~1.ll _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ___.
UN B~1GAND AU TEMPS DE

contenus. Mais la difficulté consistait à emporter une aussi lourde charge; les brigands

un pot de grès plein de graisse qui en contenait bien pour douze livres, un bocal de tabac rf1pé (environ quatre livres)
et un fusil à deux coups.

li
L'arrestation.

procéder à une première enquête aux environs de Quincy. Et le soir du même jour,
11 novembre, un exprès apportait de sa
part au brigadier Picard de Fontenelle une
une lettre fort civile contenant de précieuses
i11dications : un voiturier de Saint-Germainlès-Corbeil, le sieur Mangeot, avait rencontré
la veille du vol, vers cinq heures du soir, sur
la grand'roule, une petite voiture à couverture verdàtre traînée par deux chevaux, l'un
rougeâtre et l'autre blanc, se dirigeant vers
Quincy. Et le lendemain, à cinq heures du
matin, Mangeol, accompagné celle fois du
voiturier Belloy, avait à nouveau rencontré la
même voilure, attelée des deux mêmes chevaux, revenant dans la direction inverse; elle
contenait deux voyageurs et un chien. Il était
donc v:-aisemblable que ces deux inconnus
avaient passé la nuit à Quincy. Ne seraient-ce
pas les auteurs du vol, écrit llardouin,
qui ajoute poliment : « Je n'ai pas l'lionneut, Monsieur, d'être connu de vous; je me
natte que vous voudrez bien concourir à me
faire retrouver ce vol; c'est une justice, mais
cela ne diminuera pas ma reconnaissance.
J'aurais été vous demander celle grâce, mais
ces voleurs m'ont emporté jusqu'à ma garderobe. J'aurais prié beaucoup de personnes de
votre ville, M. Girardot, M. Decourville,
M. Papelin el autres de vous recommander
celle affaire. lis ont emporté trois ou quatre

Ces trois vols successifs, opérés de la même façon et commis en moins de quinze jours
dans la même région, ne décelaient que trop clairement la
présence dans le pays de Corbeil
d'une troupe de bandits aussi
dangereux qu'adroils.
Les aubergistes el cabaretiers
d'abord, puis tous les commerc çanls dont le logis est du fait
de leur profession ouvert au public, enfin tous les habitants, indistinctement, vécurent dans l'émotion de recevoir, une nuit ou
l'autre, la visite de la mystérieuse
el redoutable bande. On ne voyageait, après le soleil couché, que
le pistolet au poing, el l'on ne
dormaitqued'un œil, mêmederrièrc des portes bien verrouillées.
La crainte deYint presque de
la terreur lorsqu'on
apprit, au matin du
10 novembre, que
le sieur llardouin,
l'OI 1. \11.1,'
honnête bourgeoi~,
demeurant au vilonl donc eu l'idée d'utiliser le cabriulcl que lage de Quincy, près Brie-Comleflobert, sur la lisière de la forêt 1
le hasard mellai t à leur portée.
Sortir un cheval de l'écurie, l'atteler à la de Sénart, venait d'être à son
voiture, placer dans celle-ci les objets déro- tour victime d'un quatrième coup
bés, ouvrir la grande porte de la rue el partir de main des brigands. Suivant
sans éveiller personne, leur paru l un jPu leur méthode ordinaire ceux-ci
d'enfant; ils exécutèrent tout ce programme l'avaient sans doute préparé, se
sans le moindre accroc el avec une incroyable renseignantexaclemenl par avance sur les habitudes des hôtes el
suLtilité.
Ce n'est qu'au malin, lorsqu'il descen- sur la disposition des lieux. S'édit pour pamer ses chernux, &lt;1u'Hippolyte tant introduits dans la salle basse
Morlet, le propriétaire de la grande voiture, en fracturant une fenêtre, n'adécouvrit le vol et donna l'alarme. Mais les vaient-ils pas pris la précaution
d'enfermer, tout d'abord le cuibrigands étaient déjà hors d·atteinte.
sinier du sieur llardouin dans la
Dix jours plus tard, sans s'inquiéter aucu- cuisine où ils le savaient couché?
nement des recherches de la maréchaussée, lis étaient ensuite montés dans
nos voleurs réussissent un troisième exploit. les chambres, el, y ayant déCette fois leur victime rst un cabaretier, robé quantité de linge cl de Yête!~tienne Corad11l, tenant débit au village des ments, étaient redescendus sans
Uordes-lès-Corbeil, paroisse d'Essonnes. li bruit, puis avaient pris tranqu ilvient, lui aussi, déposer qu'étant couché au lemen l la clef des champs aYec
premier étage il crut entendre, vers une heure leurs ballots, en escaladant le
du malin, un certain mouvement dans la salle mur de clôture. Aucun indice,
d'en bas, mais qu'il n'y prit point garde pen- celte fois non plus, semblait-il,
sant que c'était quelque voilure qui passait qui pût orienter la maréchaussée
l ' l l l lll'\I'. \! ,,-,r,l 01', ~-},11'11 ' , \ l ' \&lt;,_1·_. _ _~
sur la roule. En descendant avec sa femme à dans la recherche des coupables.
Mais llardouin n'était pas ----'-cinq heures et demie, il a trouvé le contrevent de sa cuisine grand ouvert et tous ses homme à s'en remettre entièmeubles fracturés. On lui a pris quinze livres rement à la justice du soin de retrouver paires &lt;l 'habits .... » On le voit, le malheureux
en monnaie grise, trente livres de salé, les ses voleurs. Dès le matin, silôl le cambrio- Hardouin, encore sous le coup de l'alerte de
voleurs ayant laissé sur place le saloir vide, lage découvert, il avait personnellement fait la nuit, embrouille son discours, revenant

,--.-

malgr~ lui à 1:objet qui lui tient à cœur. li
se répele : «_J aurai toujours l'lwnnem· de
v?us aile~ faire mes remerciements le plus
lot q~e ;e pourrai; j'ai l'honneut d'être.
monsieur, votre très humble et très hé'
serviteur.
o issaut

« H1nn0Gn. »

signalement
fourni par Manrreot
, ·
o de l'un des
m1s 1er1eux voyageurs. &lt;c Je viens, explique

Loms XY1 - - ,

les t~ois gendarmes, fit, en pleine après-midi
de dimanche, une entrée sensationnelle à CorIf Ili' l l\ ,1,• ·r'"'",..,. ,/••/:y11/.n/l,.,.
VH

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IIII.I(,~/ /~ 11."J. tlll.J Jt

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- --- ..__

,Û/~,yn1

.

~

-........_:_
A~ssit?t ce_tte lettre reçue, le soir même,
Je br1g_ad1~r Picard va recueillir de la bouche
__&gt;--,
des vo!t~r1ers Man~eot et Belloy confirmation
de~ det~ils que lm fournissait le plaignant.
Pms, des le lendemain matin, il se met en
campagne. Ses recherches vers la lisière de
la forêt de Sénart n'aboutissant à la découverte d'aucun~ piste, il fait volte-face, se dirigeant vers Tigery. Et bientôt, il est assez
heureu_x pour remarquer « dans une terre
labo~ree: la trace_ d'une voiture qui lui parait
--~~
asse~ fraiche »; il _obser,ve même que l'un de~
( l.11/L
deux
chevaux
qui tramaient ladite vo·t
.
•
1 ure
amt &lt;~ trois clous neufs sous le pied bors-lcmonto1r &gt;! et qu'un chien accompagnait l'attelage. Mais, _en arrivant à la grand'route,
to~te em_prernte de roues et de pas disparait.. .. Picard, assez dépité, s'.1rrête à Tiger
avec ses hommes•' il ne se deco' ura e pasY
pourtant, el bien lui en prend; à fore~ d'interr?ger !~un et l'au~re, il apprend que le
matm meme la rn1ture fantôme a été
ap~rçue fila~t à Ioule allure sur la route de
POULAILLER ET SES CO-ACCUSÉS - C
. •
.
·
roqu,s d auJ1ence.
Samt-Germam. Dès le• Jendemai·n , un d'1manche pourtant, le brigadier continue donc
ses recherches dans la direction indiquée Il !~card,, examiner vos chevaux, car on vous a
enquête d'abord à Essonnes où les vole~rs d ~once comme ayant des animaux malades b~il, sous la conduite de l'heureux briirndier
Picard.
v
ont_ p_eut-être passé la nuit. N'ayant pu ree a m~rve.. » A_ucune excuse n'est possible
cue1lhr aucun renseignement dans les di- et le br1gad1er, mtroduit dans l'éc .
.•
urie, re':erses aube~ges d'Essonnes, les gendarmes con ?a1't auss1tot
III
les deux chevaux, l'un blanc
~?nt poursun·~e leur route, lorsque l'idée et ~ autre rouge, que lui ont dépeints les té, ient_ à quelqu ~n que cc le particulier établi moms. Le rusé gendarme constate même à
L'instruction.
depuis un mois seulement dans le pays 1~ dérobée, que le cheval blanc porte bien ~u
comme marchand de chevaux pourrait bien pied _hors-montoir trois clous neufs. Enfin
Un rapide examen du lo&lt;&gt;is de Chevalier
ê!re l'homme qu'ils cherchent. » Picard a le _chie? _de la maison est reconnaissable à so~ avait ~ermis d'y retrouver :n peu partout
bientôt fait d'imaginer un prétexte pour pé- poil ?risatre et à son large collier de fer, et des obJels provenant des vols Raaan 'I 1
t Il d ·
o , 11 or et
1~ voiture à co~verture verte se trouve remi- e . ar _ourn '. e? so~te que la culpabilité des
see_ dans un com de la cour.
prisonmers etait deJà certaine. Ravi de cette
importante capture maitre Jeh Ba .
Edifié sur l'identité de son voleur, Picard R
b d
. ,
an- pllsle
de Fontenelle se retire afin d'aller chercher • o e_rt e ~o~rvdle, lieutenant-criminel our
Je rm au ha1lbage de Corbeil ne vo I tp
lo~s ses homwes pour opérer l'arrestation
dïlï d' ·
'
u u pas
i ~rer un Jour le premier interrorratoire
~fais le pseud?:ma~c~and, inquiet des suite~
° 'ère ·
de celle prem1ere v1s1te policière, s'éloigne en Marie-Antoine
,
. . Delorme compar•:t
.,., 1a prem1
c
est
une
hmide
enfant
de
di1-hu1·t
toute hâte, et quand le brigadier revient ac1
ans, toute'
en arn_ies. Elle explique comment Sauva e
compagné de ses gens, il ne le trouve plus
de Chevalier, offrit un J·our a' g ,
Cependant deux gendarmes se mettent , . domestique
· d' · ,
son
·1
1·
•
a
sa P.ère, ;ar
m1er
a Quincy, de la placer en serpoursui e et arrelent une heure après su
la grand'route de Paris.
r vice c~ez son patron. Elle y entra ver. la
1:oussamt dernière ; son emploi ét31't d ~
Entre temps, la maison a été investie Vir
au '
bal
e ser11 h m~nage,
ayer, laver la vaisrnlle
et to~s ses ha~itants arrêtés. Le prisonnier'
, '
~resse _de ques~ions, a donné son nom : Jean a er c ercner de l'eau et dans 1 .
garder les dindons et l~s canard/ EJollur?ee de
Chevahe:' na_tif de Paris, paroisse Sainte- to t
·
•
· e ignore
ce qui pouvait se passer dans la .
Marguente, c1~evant dt'meurant aux Nou- neus'ét
t ·
•
maison
veau1~?nve:l1s, rue de Seine, et récemment vrage. an Jamais occupée que de son ou~
)EA:'i:'\E GAUTIIJER.
venu s etabhr marchand de chevaux à Essonnes. Les a_utres ~ersonne~ arrêtées sont : . Après cette Jeune fille, qui paraît bien être
~n~oce~t~, _le .1ug? app~lle Jeanne Gauthier.
fétrer d~ns la maison suspecte : il frappe à J_eann; Gauthier, qui se dit femme de Chevae_ e-c1, agt!e de Ymgt-s1x ans, reconnait saw
h~r,
Sauvage,
domestique
de
Chevalier,
Claua grand porte de la cour. Un homme lui
~
ouvre ' dans les quarante-cmq
•
· ans de taille dme _Masselot, femme Sauvage, enfin Marie- P?me qu'elle est depuis sept mois 1
brne
de
Chevalier.
Elle
raconte
de
;
conc~lmoyenne, le visage pàle, réponda;t bien au An tome Delorme, une jeune servante.
grâce du monde les de:b ts da me1 Tout ce monde, étroitement surveillé par 1leure
.·
1a1son.
Née à Nanc,· en' L • u e cette
\'. - HlSTOR[A, - Fasc. 40.
J ,
orrame, elle habi-

---....
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(Û/-'~l

0

�ffiSTO'f&lt;1A

----------~---------------------------.#

amenèrent l'arrestation d'un sixième personnage. En quittant. pour venir habiter E,sonnes, Paris où ;1 avait successivement été
cordonnier, marchand de vins, brocanteur cl
maquignon, Chevalier y avait conservé sous
le nom de sa femme une chambre, rue de la
Parcheminerie; mais il y avait encore un autre
lieu de recel, le logement d'un certain Martin
llroauel,
écrivain public, a,ec lequel il• était
0
demeuré en relations conslanti&gt;s depuis son
départ. Droguet, arrêté Jès le I!) no,embre,
à la suite d'une perqubition fructueuse effectuée à son domicile, rPjoignil aussitôt la
bande Cbevalier dans les prisons de Corbeil.
Ce jeune homme très ditlërent de ses coaccusés, assez instruit, pourrn d'une situation,
aisé sans èlre riche, mérite quelque sympathie. li fut , ictime de sa passion pour la
jolie Jeanne Gauthier. Étant un jour allé
chercher son lin~e, expose-t-il, chez sa blanchisseuse, la femme \'iardot, il y ,it la maitresse de Che\alier, et en devint follement
épris. Pour l'approcher, il eut la faiblesrn de
rechercher la société du YOll·ur, el Che,·alier, vopnl tout le parti qu'il pourrait tirer
du sentimental jeune homme, répondit à ses
avances avec empressement. Même, au bout
de quelques jours, il le trailail en vieille
connaissance, lui t mpruntant la bagatelle de
mille francs. Le nait' Droguet, introdt\it par
sa nomelle mailres,e dans la chambre de la
rue de la Parcbeminerie, était devenu à son
insu le complice et le recéleur de la bande.
Chevalier lui confiait souvent de volumineux
paquets bien ficelés, qu'il se gardait disc1 ètcmenl &lt;l'ouvrit· et hospitalisait innocemment.
Droguet ne pensait qu'à seHisites à Essonnes,
elles étaie11l fréquentrs, et à l'aubaine, quand
le maître s'absentait toute une nuit pour une
l(rande expédition, de demeurer joyeusement
jusqu'au petit jour dans la galante compagnie dt la Gauthier.
Au moment où l'enquète allait être close,
une dernière dérouverte sensationnelle vint
encore retarder le prononcé du jugement : il
y avait identité certai11e entre Chevalier et le
nommé Desmaisons jadis inc:ulpé pour vol à
Meaux el é,·adé des prisons de celle ,·ille le
2 juin 1784, sans qu'on eût jamais pu retrouver ~a trace. Et, de ce fait, la culpabilité
de l'accusé s'aggravait ;ingulièreme11t.
En 1780, une première fois, Desmaisons
avait été arrêté à Montereau pour arnir ,olé
deux chevaux; incarcéré à Guermantes, il
s'était évadé la nuit même par le jardin du
curé de ce village; un de ses complices, le
berger Samage, s'était également enfui, tandis que le troi~ième Jarron, Didier, arnil été
condamné à neuf.ans de galères. Desmaisons
et Sauvage avaient dès lors poursui1'i. non sam
succès, pendant deux ans, la série de leurs vols.
De nouveau, en 1782, Desmai~ons a,ait été
arrêté et incarcéré, celle fois, à Meaux. Son
procès allait être jugé lors 1u'il s'était enC LE ÎRIO\IPIIE:OE PoUL.\ILLER • . - Est~mf't du temps.
core évadé le 2 juin 1781. Yenu se cacher
à Paris 5ous le nom de Chevalier, il a1ail
L'informalion fut activement continuée les renoncé pour quelque temps à voler ouversont restés tou, 4uatrejusqu'au matin . . .. »
tement, )" vÏ\·a.nt pourtant de métiers assez
Depuis ce temps, qui était dans le courJn t jours suirnnts. L'enquèle menée à Paris ne
louches.
Puis, le goût de son ancienne prode janvier dernier, .elle a été demt urer aiec tarda pas à ré\·éler des faits nou1cau1 qui

Lait il Paris, ouuière en linge, rue Galande,
en la maison des sieurs Grandjean, oculistes.
Elle fréquentait chez les époux Viardot, ses
,oisins, dont le mari exerçait la profession
de cordonnier, et c'est chez eux que Chevalier, alors cordonnier, lui aussi, la rencontra
et en de,int éperdumrnt amoureux.
Un soir, il y avait quinze jours qu'ils
s'étaient rrncontrés pour la première foi,,
Che,alier l'invita à souper en compagnie des
Yiardot. C'est chez ces derniers qu'eut lieu
la fète.
o Et après soupé, se disposant à r~nlrer
chez elle, lesdits Viardol et sa femme ont
fermé la porte de leur chambre à la clef et
ont dit à la répondante qu'il falloil qu'elle
couchât avec eux et ledict Chevalier. La répondante apnt ,·oulu absolument s'en aller,
lesdits Viardol el sa femme et ledict Chevalier à leurs instigations, se sont saisis d'elle,
l'ont déshabillée avec violence et l'ont mise
dans le lil &lt;lesdits \ïardot. Ceux-ci s'y sont
mis aussi, ainsi que ledicl Chevalier, et ils y

Chevalier dan~ un logement qu'ils louèrent
chez le sieur Chéron, marchand de ,ins. rue
Galande. La Gauthier prétend au reste ignorer
les vols reprochés à Chevalier el ne pomoir
donner aucun renseignement sur ce qu'il
faisait pendant ses absences du logis.
Chevalier comparait à son tour. Il nie avec
énergie être l'auteur du moindre vol et s'efforœ vainement d'expliquer la présence à son
domicile des nombreux objets Mjà reconnus
pour a,oir été récemment dérobés. Interrogé
sur son passé, il raconte que, s'il a quitté
Paris pour venir s'installer à Essonnes, c'est
à la suite d'une fàcheuse affaire de chevaux
'"endus avec fausse garantie au comte Du
Barry. li s'agit sans doute du fameux roué
qui avait fait de sa mallres,e, Jeanne Bécu, à
la fois la femme de son frère Guillaume, et
la favorite du feu roi Louis XV.
{;n interrogatoire sommairt de Sauvage el
de sa femme, se disant tous deux domestiques de Chemlier, termina cette première
séance.

UN B~1G.JIND Au TEMPS D'E Lou1s

!ession l'ayant repris, il avait successivement
elu pour centres de ses opérations \ïncennes
et Essonnes où nous l'avons retrouvé.
'

d'estamp?s el rimeurs de complaintes ne se
~ren~ pomt fau~e d'e1ploiler cette popularité,
1magmant de pied en cap un Poulailler ter-

IV
La condamnation.

L'identification du Chevalier de Corbeil
avec le Desmaisons de Meaux donnait lieu à
un conOit de compétence judiciaire entre les
deux sièges. Le litige fut porté de,·ant le Parlement de Paris, qui, après de longs débats
trancha la difficulté en é,·oquant les deu;
affaires conjointes au Cbâtclet.
Le procès de Chevalier, jugé de la sorte
~ans la capitale, en acquit un retentissement
m~ttendu. Ce n'était pourtant, on l'a ru,
qu un _adroit voleur de chevaux, de poules et
de lapms, un détrousseur exercé de rrarderobes et de garde-mangers, qui n'allaït°pas à
lachevilled 'un Cartouche, d'un Mandrin ou d'un
Dei:ues; pa_s le moindre meurtre, pas le plus
pellt emp?1s?nnemenl à relever à son actif!
La curiosité du public se contenta de sa
doubl~ évasion, de la galante aventure de la
Ga~_1h1_er avec_ le sentimental écrivain public
qu eta1t Martin Dro~et_; on avait eu peur
un peu de ce hardi bngand; on lui savait
quelque gré, maintenant qu'il était sous les
verroux, d'avoir nargué Ja justice pendant
plus de cinq ans; enfin, outre les deux noms
sou~ les_quels ?o~s le connaissons, et qu'il
avait pris, car il s appelait réellement Boutillier, il _jouissait de !'aimable sobriquet de
« Poula11ler n, el ceci contribua sans doute
encore à le rendre intéressant. Marchands

:llARTl'i ÜROï,liET.

riflant, armé jusqu'aux dents, haches et pistolets à la cemture, à la main un fusil ou
une massue qu un homml! ordinaire eût' à
peine pu soulever, brigand sinistre dont les
mères eurent loisir de faire peur, comme de
la Barbe-Bleue, aux enfants méchants :

.

&lt;c Du Haut t'll Bas
rnus dévalise mon homme.
Du Jlaul en Bas,
El s'il raisonne, je lui casse un bra~.
:.\e remue pas ou je l'a~!'Omme.
J1i

PoulaiUer ne ménage per-.onne
Uu !fout en B~s.

J&gt;

XVl --~

Et les images coloriées s'enlèvent en masse,
rue Saint-Jacques et rue des Mathurins aux
étalages de Basset et des Campions, r~présentant le criminel, accoutré de toutes façons
sa maitresse Jeanne Gauthier, le berger Sau~
vage, le jeune et amoureux Droguet, et tous
les autres. L'illustration de ce procès est en
quelque sorte plus riche el plus intéressante
que ce procès lui-même, en dépit de quatre
cartons bourrés de procédure que conservent
l~s Archives N_ationales (X•b 1556-1559). Il
n y manque rien, portraits en pied et en
buste des accusés, croquis d'audience tableau
final: « Triomphe de Poulailler »' le condamné amené dans la charrette au' lieu de
son supplice. Car le 26 mai 1786 le Châtelet
rendit sa sentence, conforme aux lois rirroureuses alors en vigueur, contre Jean-P~rre
Boutillier, dit Che,·alier, dit Desmaisons
àgé de 58 ans, bien qu'il en parût 45, cou~
pable de plus de quinze vols qualifiés.
li le condamnait apourréparalion,à être
pendu et estra119lé jusqurt ce que mol'I s'ensuive par l'exécution de la haute j11~tice it
un poteau qui pom· cet effet sera planté
dans la place de la Porte sainct Antoine
ledict Clt~valier ]!ré~lablement appliqué ~
la question ordma1re et exh-aordinaÎl'e
pou,• avoir par sa bouche la révélation de
.~es complices .... » L'arrêt donnait i;ursis à
l'é~rd des autr~s accusés, jusqu'après l'exécution de Chevalier. Celui-ci, comme il était
d'usage, fit bien appel; mais la Cour de Parlem~nt rendit le 50 juin un arrèt de rejet,
confirmant purement et simplement la sentence de mort. Et l'exécution eut lieu, dans
les formes prescrites, le 5 juillet 1786.
F.-L. BRl"EL ET ~l. FOt:CAULT.

Grognard et général

Lorsque l'armée française était en position
~evanl Torrès-Védras, il existait, entre les
hgnes françaises el anglaises, des vimo0
bles au milieu desquels se trouvaient des
ca~·es contenant encore du vin, qu'allaient
bo1r~ fraternellement les soldats des deux
armees.
Un sergent d'infanterie légère se trouvait
dans une ~e ces caves, en compagnie de solda!s _anglais, el buvant avec eux, ce qui arrivai~ JOurnellement sans qu'il en résultât la
momdre des ~hoses. Mais, ce jour-là, soit
que les Ang~a1s fussent plus avinés que de
coutume, soit parce qu'ils avaient affaire à

un seul Français, après boire ils le firent
prisonnier, et, avec lui, sa peau de bouc
pleine de vin.
Co~duit à lord Wellington, il en fut
questionné sur tout ce qui se passait dans
notre corps d'armée.
·
, « Yous avez beaucoup de malades? L armée se porte comme moi. - Yous manquez de pa_ï~? - Voyez ce moulin qui
!~urne.... Dailleurs, avec de la viande et du
no, on ne meurt pas de faim : le Porturral
e~t grand et vous n'avez pu le mettre d;ns
Lisbonne .. - C'est bien; allez! &gt;J Le sergent
ne bou_geall p_as : .« Allez donc! » lui répète
le g~neral. Meme 1mmobilité, mais avec celle
réphq ~e : « Gén~ral, vos soldats ne sont pas
d~ vrais soldats, Je ne puis être votre prisonmer. - Ah? el pourquoi? - Pourquoi?
parce que, bunnt ensemble dans une cave
ils n'avaient pas plus le droit de me prendr;

que je ne l'avais à leur égard; ils ont abusé
de mon isolement; on se doit plus de politesse. entre militaires. _ C'est donc ainsi
que 1on ,ous a fait prisonnier?_ Oui général. - Très bien .... Chef d'office faites
diner ce militaire avec vous, et qu'un 'officier
ordonne de le reco_nduire l_à où il a été pris.»
Celle conversation avait lieu pendant le
diner du général. A cet ordre, le sergent ne
bou?ea pas plus qu'à la première injonction.
« ~ avez-vous pas entendu, sous-officier? _
Oui, mon général. » Et, avec cet aplomb,
cet à-_pr~F,~, que notre soldat seul possède :
« Oui, J a1 fort bien entendu, mais je ne
veux pas' aller à l'office. - Pourquoi? Parce qu un soldat français n'est pas fait
pour_ mange~. av~c des domesti11ues. )) Lord
Wel~1?gton s mclma, en signe d'assentiment,
el, fwant mettre un cournrt à sa table il
fit asseoir le sergent.
' l
LE\10:'\\IER-DEL.\FOSSI:.
1

;,npagnes.)

�La Fédération

SOUVENJRS DE GLOIRE ET D'AMOUR
~

Guindey
On vit, au 14 juillet, des marins de quatrevingts ans qui marchèrent douze heures de
suite; ils avaient retrouvé leurs forces; ils se
sentaient, au moment de la mort, participer
à la jeunesse de la France, à l'éternité de la
patrie.
Et en traversant par bandes les villages ou
les villes, ils chantaient de toutes leurs forces,
avec une gaité héroïque, un chant que les
habitants sur leurs portes répétaient. Ce
chant, nalional entre tous, rimé pesamment,
fortement, toujours sur les mêmes rimes
lcomme les Commandements de Dieu et de
l'Église), marquait admirablement le pas du
voyageur qui voit s'abréger le chemin, le
progrès du travailleur qui voit la besogne
avancer. Il a fidèlement suivi l'allure de la
Révolution elle-même, pressant la mesure
lorsque ce terrible voyageur se précipitait.
Abrégé, concentré dans une route de fureur
et de Yertige, il devint le meurlrier Ça im !
de 95. Celui de 90 eut un autre caractère :
Le peuple en ce jour sans cesse répële :
Ah! ça ira! ça ira ! ça ira !
Suirnnt les maximes de l'É1·angilc
(Ah! ça ira! ça ir~ ! ça ira!)
Du législateur tout s'accomplira;
Celui qui s'élè1·e, on l'abaissera;
Et &lt;tui s'abaisse on l'élèvera, etc.

Pour le voyageur qui, des Pyrénées ou du
fond de la Bretagne, venait lentement à Paris
sous le soleil de juillet, ce chant fut un viatique, un soutien, comme les proses que
chantaient les pèlerins qui bâtirent révolutionnairement au moyen àge les cathédrales
de Chartres et de Strasbourg. Le Parisien le
chanta avec une mesure presséé, une vivacité violente, en préparant le champ de la
fédération, en retournant le Champ-de-Mars.
Parfaitement plane alors, on voulait lui donner la belle et grandiose forme que nous lui
voyons. La Ville de Paris y avait mis quelques milliers d'ouvriers fainéants, à qui un
pareil travail aurait coûté des années. Cette
mauvaise volonté fut comprise. Toute la population s'y mit. Ce fut un étonnant spectacle. De jour, de nuit, des hommes de toutes
~lasses, de tous âges, jusqu'à des enfants,
tous, citoyens, soldats, abbés, moines, acteurs, sœurs de charité, belles dames, dames
&lt;le la Halle, tous maniaient la pioche, roubient la brouette ou menaient le tombereau .
Des enfants allaient devant, portant des
lumières; des orchestres ambulants animaient
les travailleurs; eux-mêmes, en nivelant la
terre, chantaient ce chant niveleur : « Ab!

ça ira! ça ira! ça ira I Celui qui s'élève on
l'abaissera l •
Le chant, l'œuvre et les ouvriers, c'était
une seule et même chose, l'égalité en action.
Les plus riches et les plus pauvres, tous unis
dans le travail. Les pauvres pourtant, il faut
le dire, donnaient davantage. C'était après
leur journée, une lourde journée de juillet,
que le porteur d'eau, le charpentier, le maçon du pont Louis XVI que l'on construisait
alors, allaient piocher au Champ-de-Mars. Au
moment de la moisson, les laboureurs ne se
dispensèrent pas devenir. Ces hommes lassés,
épuisés, venaient, pour délassement, travailler encore aux lqmières.
Cc travail, véritablement immense, qui,
J'une plaine fit une vallée entre deux collines, fut accompli, qui le croirait? en une
semaine! Commencé précisément au 7 juillet,
il finit avant le 14.
... Voilà enfin le B juillet, le beau jour
tant désiré, pour lequel ces braves gens ont
fait le pénible voyage. Tout est prêt. Pendant
la nuit même, de crainte de manquer la fête,
beaucoup, peuple ou garde nationale, ont
bivouaqué au Champ-de-Mars. Le jour vient;
hélas! il pleut! Tout le jour, à chaque instant,
de lourdes averses, des rafales d'eau et de
vent. « Le ciel est aristocrate - , disait-on, et
l'on ne se plaçait pas moins. Une gaité courageuse, obstinée, semblait vouloir, par mille
plaisanteries folles, détourner le triste augure. Cent soixante mille personnes furent
assises sur les tertres du Champ-de-Mars ;
cent cinquante mille étaient debout; dans le
champ même devaient manœuvrer environ
cinquante mille hommes, dont qualorze mille
gardes nationaux de province, ceux de Paris,
les députés de !"armée, de la marine, etc....
Les vastes amphithéâtres de Chaillot, de
Passy étaient chargés de spectateurs. Magnifique emplacement, immense, dominé luimême par le cirque plus éloigné que forment
Montmartre, Saint-Cloud, Meudon, Sèvres;
un tel lieu semblait attendre les États généraux du monde.
Avec tout cela, il pleut. Longue est l'attente. Les fédérés, les gardes nationaux parisiens, réunis depuis cinq heures le long des
boulevards, sont trempés, mourants de faim,
gais pourtant. On leur descend des pains avec
une corde, des jambons et des bouteilles, des
fenêtres de la rue Saint-Martin, de la rue
Saint-Honoré.
Ils arrivent, passent la rivière sur un pont
de bois construit devant Chaillot, entrent par
un arc de triomphe. Au milieu du Champ-de-

M~rs s'élevait l'autel de la patrie, devant
!"Ecole Militaire, les gradins où devaient s'asseoir le roi, l'Assemblée.
. .. Mais silence! le roi arrive, il est assis,
et l'Assemblée, et la reine dans une tribune
qui plane sur tout le reste: Lafayette et son
cheval blanc arrivent jus4u'au pied du trône;
le commandant met pied à terre et prend les
ordres du roi. A l'autel, parmi deux cents
prêtres portant ceintures tricolores, monte
d'une allure équivoque, d'un pied boiteux,
Talleyrand, l'évêque d'Autun : quel autre,
mieux que lui, doit officier dès qu'il s'agit
de serment?
Douze cents musiciens jouaient, à peine
entendus; mais un silence se fait. Quarante
pièces de canon font trembler la terre. A cet
éclat de la foudre, tous se lèvent, tous portent
la main vers le ciel.... 0 roi! ô peuple 1
attendez.... Le ciel écoute, le soleil tout
exprès perce le nuage .... Prenez garde à vos
serments!
Ah! de quel cœur il jure, ce peuple! Ah!
comme il est crédule encore!... Pourquoi
donc le roi ne lui donne-t-il pas ce bonheur
de le voir jurer à l'autel?Pourquoi jure-t-il à
couvert, à l'ombre, demi-caché?... Sire, de
grâce, levez haut la main, que tout le monde
la voie!
Et vous, madame, cc peuple enfant, si
confiant, si aveugle, qui tout à l'heure dansait arec tant d'insouciance, entre son triste
passé et son formidable avenir, ne vous fait-il
pas pitié? ... Pourquoi dans vos beaux yeux
bleus celle douteuse lueur? Un royaliste l'a
saisie : &lt;&lt; Voyez-vous la magicienne? » disait
le comte de Virieu .... Vos yeux ont-ils donc
vu d'ici votre envoyé qui maintenant reçoit à
Nice et félicite l'organisateur des· mllssacres
du Midi? ou bien, dans ces masses confuses,
avez-vous cru voir de loin les armées de
Léoyold?
Ecoutez!... Ceci, c'est la paix, mais une
paix toute guerrière. Les trois millions
d'hommes armés, qui ont envoyé ceux-ci, ont
entre eux plus de soldats que tous les rois
de l'Europe. Ils offrent la paix fraternelle,
mais n'en sont pas moins tout prêts au combat. Déjà plusieurs départements, Seine,
Charente, Gironde, bien d'autres, veulent
donner, armer, défrayer chacun six mille
hommes pour aller à la frontière. Tout à
l'heure les Marseillais vont demander à partir, ils renouvellent le serment des Phocéens
leurs ancêtres, jetant une pierre à la mer, et
jurant, s'ils ne sont vainqueurs, de ne revenir qu'au jour où la pierre surnagera.

MICHELET.
... 356 ,...

~ Le 10 octobre 1~06, au passage de la y tro~ ve~ons le corps d'un officier général,
Saale, devant la petite ville de Saalfeld, le
que Je viens de tuer. C'est celui-là même G,uindey. L'Empereur lui accorda la croix
5• corps, commandé par le maréchal Lannes .qui m'a blessé à la figure. Nous lui pren- d honneur en disant .
e~t la p~emière. rencontre, avec un corp; drons son sabre et son crachat si toutefois
cc J_e l'eu~se fait d~ plus officier, s'il m'eût
amene le prrnce vivant. »
d mfanterie prussien commandé par le prince l'ennemi ne l'a pas enlevé. » '
Louis de Prusse, neveu du roi. Cette infanL?rsque le maréchal, le 12 octobre au
L'offici~r,, suivi de sa troupe, partit au
terie,. q~i ne tenait pas devant nos troupes,
ma.tm,
ava~t de quitter Saalfeld, fut voir
gal?p, gmde par le maréchal des logis, et
nde~ à I ambulance et lui porter sa décose ret1ra1t en désordre au passage d'un gué,
Gu~
arriva sur le terrain, où deux hussards du 9•,
sur la Saale; et le prince Louis, avec quelration, 11 ne manqua pas de lui rapporter les
paroles de Sa Majesté :
que.s hussards d'ordonnance, s'efforçait de
« C , st
rallier l_es fuyards. Tout à coup un maréchal
,
e n e pas ma faute, monsieur le made~ logis du 10• hussards français, nommé
rec_hal; voyez comme il m'a arrangé, répondit
Gumd_ey,. arriva sur lui la pointe au corps,
Gumdey en lui montrant sa blessure. Je puii
en lm criant :
vous assurer qu'il n'était pas d'humeur à se
rendre. &gt;&gt;
c, Rendez-vous, général, ou vous êtes
mort!&gt;&gt;
~e brave maréchal des logis demanda et
Le prince répondit vivement :
obtmt 1~ pe~mission de rester derrière l'armée
cc Moi l me rendre l Jamais 1 »
u~e qumzame de jours, ce qui était nécesEt relevant l'arme de Guindey, il lui porta
saire pour son rétablissement.
un coup de sabre qui atteignit le maréchal
II _avait conservé avec lui son hussard pour
des logis à la figure. Il allait lui en donner
le soigne~. 11 se rappela que, le 9, le régiun second'. lorsque Guindey, ripostant d'un
ment avait logé à quelques lieues en arrière
coup ~e pomte, traversa la poitrine du prince
de Sa~lfeld, sur la droite de la route qui y
et le Jeta à bas de son cheval. Les ordoncond~1t, dans ~n beau et grand village, dont
~ances du prince, le voyant en combat singule ?bateau av~1t servi de logement à l'étatlier avec un soldat français, arrivèrent au
maJor du régiment. L'idée lui vint de s'y
galop et il.s se seraient infailliblement emparendre et d'y demander l'hospitalité, en prorés de Gumdey, ou du moins, ils l'auraient
m~!lant de s~r~ir de sauvegarde tout le temps
tué, si un hussard du 10• ne fût arrivé au
qu 1I passerait a se guérir.
galop, en criant :
Lors donc que le corps d'armée fut parti
« !en~z bon, maréchal des logis 1 »
Clich~ Paul Géniaux.
de Saalfeld, y l_aissant l'ambulance, ainsi que
. Pms, lacbant un coup de pistolet, il étenGUINDEY.
le corps ~u prmce Louis de Prusse étendu
d1 t mort un hussard prussien. Ce que voyant,
dans 1:é~l1se, 9ue j'ai vu, et que toute.l'armée
B11ste par M- LAURE CourAN•lllONTORG~EIL,
les ordonnances du prince disparurent.
a pu ,or~, Gumdey se rendit immédiatement
élevt! à Laruns (Basses-Prré11t!es.)
La mort du prince Louis de Prusse, quand
à ce ~b~teau et Y demanda l'hospitalité. Il
elle fu~ connue dans l'armée française, y
fut genereusement accueilli par Mme la bad?nna heu au couplet suivant, ce qui prouve qui était de brigade avec le 10• se trou- ronne ~e W.... Cette dame sentait tout l'avanbien que le champ de bataille n'engendre pas vaient déjà auprès du mort.
tage d une sauvegarde chez elle pendant la
'
la mélancolie :
« C'est moi qui l'ai tué, dit Guindey, ma guerre; ,son mari était absent el probableC'est le prince Louis-Ferdinand
la~e de ~abre est encore teinte de son sang. li ment à l armée prussienne. De plus elle avait
dans des hommes qui, portaient
,
Qui se croyai l un géant,
doit avoir un coup de pointe dans la poitrine. I'confiance
.
Ah! l'imprudent!
Prenez sa bourse, s'il en a une· je vous la . umforme d'~n régiment qui venait de séUn hussard, bon 1~,
donne. Mais remettez-moi son s;bre et son Jour~er deux Jours dans le village, sans donLui dit : ~'allez pas si ,-ite,
crachat, pour que je les porte au maréchal. ,, ner h~u à aucune plainte.
Ou bien, si non ça,
nd
~es hussard.s du 9• remirent à Guindey ce 1 Gu~ ey fu~ donc parfaitement reçu. Il eu&amp;
Je vous lance une mort subite
a presence d esprit de recommander à son
q_u 11 demandait; et, quand il fut en possesA la papa! (bis).
'
s10n de son trophée, il le porta au maréchal. ~ussard de ne pas s'enivrer, de ne pas ba_Guindey, blessé comme il l'était, ne pou~ans le °:1êm~ ~ornent, des prisonniers prus- varder, e~ surtout de taire l'affaire du prince
vait pas, seul avec ce hussard, tenir le tersiens, qm arr1~a1ent au 5e corps, annonçaient et la m~mère ~ont il avait été blessé.
rain. Il se retira donc avec ce dernier sur Je
a F~rlz, lm dit-il, nous sommes seuls
que _leur géneral en chef, le prince Louispeloton du régiment qui soutenait les tirailFerdrnand de Pr~sse, venait d'être tué par Français. dans ce v1liage, ou' l'on pourrait
leurs. Arrivé là, il dit à l'officier qui com~n hussard français. Cette nouvelle était trop nous f~1re un mauvais parti, si tu parlais de
mandait:
·
importante pour que le maréchal n'en fit pas cette circonstance. »
&lt;'. _Lieutenant, si vous voulez pousser avec
_Le
hussard
Fritz
promit
tout.
Nous
allons:
~a~t _to~t de suite à !'Empereur. Guindey
moi Jusqu'à la rivière, à mille pas d'ici, nous etart a I ambulance, à foire panser sa bles- voir co_mmen~ il tint parole.
Apres arn1r mis ~on cheval à l', ,
Extrait des So1we11irs de glofre el d'amour par
1c ~•-C.olonct l'ARQOI\, I" volume de la série • J&gt;etits sure; c'est ce qui empêcha le maréchal de Guind
d
'
.icur1e,
ey monta ans une belle chambre où
111 1
l'envoyer au quartier général. Il fit porter le
~ res d~ la Gra.11dP À l'lllée •• publiés sous la
uechon d,• l . Castanie, Un beau volume in-8•. écu sabre et fo crachat par un de ses aides de la _f~mme de charge de la baronne le cona1ec de nombreuses grarnres hor; lexie. Prix 6 francs'.
Le hussard fut Joaé
dans une ch b
camp et demander une récompense pour dms1t.
.
d ,
. 0
am re
au-dessus e l écurie., ce qu1· 1UJ. convenait
.

:r

�_

,

1f1ST0'1{1.Jt

________________
GU1NDEY - -..

parfaitement, étant à même d'avoir l'œil sur
les chevaux. Le château était habité par la
baronne, femme d'une quarantaine d'années,
deux demoiselles de seize à dix-huit ans et
un fils âgé de douze ans; il y avait un nombrent domestique en hommes et en femmes.
Aussitôt installé, Guindey fit venir Fritz
avec son porte-manteau, pour changer de
linge et l'aider à· panser sa blessure. La baronne avait déjà eu l'allention de lui envoy1 r
de la charpie el de l'eau de Cologne. Celle
eau &lt;le Cologne, fortement mêlée avec de
l'eau, était le seul remède que lui avait indiqué le chirurgien du régiment; il devait,
matin et soir, imbiber sa blessure avec un
tampon de charpie trempé dans cette eau.
Sa toilette faite, le maréchal des logis descendit au salon, comme il y était invité;
Loule la famille y était réunie. La conversation fut triste el languissante; les malheurs
de la guerre en faisaient seuls les frai~.
Guindey donnait à espérer que ces malbeurs
ne seraient pas de longue durée, lorsque l'intendant vint annoncer que la baronne était
servie. Aussitôt elle offrit la main au sousofficier de hussards, qui la conduisit à table
et prit place à sa droite. La famille se plaça
çà et là el le repas commença.
La baronne parlait parfaitement bien le
français ; Guindey était jeune, aimable et
instruit. Le diner qui avait duré une heure
tirait à sa fin, lors'lue l'intendant, le même
qui était venu annoncer le dîner, entra d'un
air tout bouleversé et se pencha vers l'oreille
de la baronne. Il ne lui eut pas plus tôt dit
quelques mots, que celle-ci poussa un cri,
porta ses deux mains à ms yeux et disparut
en courant.
A ce cri, à ce geste, à ce départ inoeiné,
toute la fom,lle se leva de table et suivit la
baronne. Guindey, surpris, resta seul ; il
allait regagnn sa chambre, ne sarhant ce
qui pouvait lui valoir une telle conduite de
la part de ses hôtes, lorsque la baronne rentra
dans la salle à manger, le mouchoir à la
main, el lui dit d'un ton visiblt'ment ému :
« Monsieur le maréchal des logis, je viens
vous prier d'excuser la malhonnètet6 que j'ai
commise envers vous, moi ainsi que mes
enfants. Soyez assez bon pour m'écouter un
instant avec biPnveillance dans le salon. ll
Guindey s'rmpressa d'obéir el s'assit dans
un fauteuil, que son hôte,se lui indiquait.
Celle-ci, après avoir poussé un soupir et s'être
essuyé les yeux, s'exprima ainsi:
« )Ionsieur, les bruits l~s plus sinistres
circulaient, hier toute la journée, sur le sort
de nos armes. On parlait d'un grand malheur, que nous repoussions de toute notre
âme : on disait que le prince Louis de Prusse,
qui, avant d'entrer en campagne, avait passé
six semaines ici en famille, lorsque ses
troupes étaient cantonnées dans les environs,
on disait, dis-je, que le prince avait été tué.
Et j'apprends, à l'instant, que c'est par
\'OUS I J)
Elle fondit en larmes et ne put plus continuer.
Guindey reprit ·

« Ce n'est que trop vrai, Madame; mais
c'est à mon corps défendant que je l'ai fait;
car le prince m'a blessé le premier. l&gt;
Puis il demanda la permission de se retirer.
li fit ensuite app1•ler son ordonnance :
« Fritz, lui dit-il, vite; selle les chevaux
le plus promptement po$sible, et parlocs.
- Quoi! dit celui-ci, partir, quiller ce
château?
- Oui ; prends mon porte-manteau, et
soyons à cheval au plus vite. Je te dirai pourquoi, quand nous serons en route. l&gt;
Guindey écrivit un mol à la baronne; il
lui disait qu'il comprenait sa douleur, qu'il
voulait la respecter, et qu'il allait changer
d'habitation. Il fit remettre ce billet au moment où il montait à cheval.
Un quart d'heure après, sur la route de
Saalfeld, il disait à son hussard :
c1 Qui donc a pu raconter dans ce château
que le prince Louis est mort et que c'est moi
qui l'ai tué? Est-ce toi qui as parlé? Ne te
l'avais-je pas défendu? 11
Comme Fritz ne répondait pas, il continua :
&lt;1 Parle, le mal est fait; maintenant je
veux savoir la vérité .... Parleras-lu enfin? l&gt;
Le hussard répondit :
&lt;I Ma foi, mon maréchal des logis, il faut
bien que je l'avoue : c'est moi qui ai dit que
le prince avait été lm\ et par vous. Mais c'est
bien malgré moi que j'ai parlé. Voici le fait:
tandis que vous étiez en haut à dîner avec
madame la baronne et sa famille, je dinais
en bas avec les domestiques. Pendant que je
mangeais et que je buvais tranquillement ma
bière, comme vous me l'a,iez recommandé,
quoi! un des domestiques, le chasseur, un
grand coquin de bavard, était là à me taquiner
en vantant les Prus~ieus. « Tu n'as donc pas
vu, qu'il me disait, comme ils ont arrangé
Lon camarade? » en parlant de vous, mon
maréchal des logis!
« J'avais bien envie de lui repasser une
chiquenaude ; mais je me rappelais la consigne que vous m'aviez donnée. Je ne dis
encore rien, et je bus un verre de bière de
plus pour faire rentrer ma bile. Mais pi.s
moyen de le f.1ire taire par ma contenance
pacifique! Il continuait toujours. J'eus beau
avaler des verres de bière, la bile sortit à la
fin, et je lui dis la cho~e que si son prince
vous avait blessé à la figure, il n'en bles~erait
plus d'autrfs, parce que vous lui aviez passé
votre sabre à travers le corps. Voilà I Mais,
mon maréchal des logis, de grâce, pardonnezmoi, car je vous ai fait perdre par ces paroles
un fameux bivouac. ll
Comme on le pense bien, Guindey ne lui.
tint pas rigueur; après lui avoir fait une
légère semonce, il lui dit :
c1 Nous allons retourner à l'ambulance à
Saalfeld, où nous resterons le moins de temps
possible, car j'ai hâte de rejoindre le rilgiment.
- Et moi aussi, mon maréchal des logis,
reprit Fritz. Et je réponds que le premier
Prussien que je rencontrerai sur le champ
de bataille paiera pour ce grand bavard de
"" 358 ,..

chasseur; et cela, je le jure sur la lame de
mon sabre. »
Le combat, l'anecdote du château, m'ont
été contés par Guindey lui-même, que j'ai
beaucoup connu lorsqu'il était sous-adjudant
major aux grenadiers à cheval de la Vieille
Garde, grade dans lequel il est mort glorieusement à la bataille de Hanau, en 1815.
clJc&gt;

Le 10 juillet 1809, nous flmes partie de la
division du général de Montbrun, qui se présenta devant Znaïm, où nous trouvâmes
l'armée ennemie réunie et rangée en bataille.
Nous crûmes à un engagement général. Le
corps de Masséna et celui d'Oudinol s'étaient
avancés jusqu'aux faubourgs : on s'y battait
et le canon ronOail, lorsqu'i'i sept heures un
parlementaire vint se présenter aux avantpostes, à l'effet d'obtenir le passage libre pour
le prince Lichtenstein, qui se rendait auprès
de !'Empereur Napoléon, pour demander une
suspension d'armes. L'armistice fut conclu le
15 juillet. Il était d'un mois, avec quinze
jours d'avertissement. C'est ce qui fit que
l'armée, el particulièrement la brigade,
eurent d'excellents cantonnements en MoraviP,
jusqu'à la paix. J'eus le mien avec mon peloton, composé de vingt-cinq chasseurs, dans
un beau village de deux ou trois cents feux,
et dans lequel était un vaste château appartenant au prince Esterhazy.
J'avais mis mon peloton en bataille sur la
place de l'église pour recevoir les billets de
logement du maréchal des logis que j'avais
envoié en avant, lorsqu'il vint me remettre
mon billet. Je fus étonné de voir qu'il m'avait
logé chez le curé et non au chàleau.
&lt;1 C'est, mon lieutenant, me dit-il, parce
que j'ai jugé que vous seriez mieux dans une
maison habitée que dans un chàteau d'où le
prince est absent, et qui n'a que son intendant pour vous recevoir. »
Un petit mouvement d'amour-propre, la
vanité de dater ma correspondance des domaines du prince Esterhazy, me fit préférer
le château tout désert qu'il était. Je m'y présentai donc. L'intendant me fit installer très
confortablement, et vint prendre mes ordres,
en m'annonçant qu'ils seraient exécutés en tous
points. Il me prévint en ou Ire que la cave
était très bien garnie; enfin, il parut vouloir
provoquer ma dépense plutôt que la réduire.
J'invitais tous les jours le maréchal des logis
du détachement à venir diner avec moi pour
me tenir compagnie.
Je ne fus pas longtemps dans mon isolement. Au bout de quelques jours, le général
Piré, ses aides de camp, l'état-major du
16• chasseurs et la compagnie d'élite de ce
régiment, vinrent s'installer dans le village.
Le général avait obtenu du général Castex
d'empiéter sur nos cantonnements P.t de venir
habiter lui-mème le chàteau du village, sans
déplacer toutefois l'officier et les vingt-cinq
chasseurs qui y a,•aient d«ijà pris leurs cantonnements. Je m'empressai d'offrir ma
chambre au général, qui l'accepta, à condition que je choisirais après lui el que j'ac-

cepterais mon ~ou vert à sa table, cc que je mée, à Constancl', m'apprit que la fortune
fis avec reconnaissance. Le O'énéral avait pour du prince Esterhazy avait été mise en tutelle· outre les dés et les cartes qui ne quiltaient
aide de :amp. le lieutena~l Castelbajac et un conseil de famille administrait ses do~ pas le tapis verl.
Au 15 aoùl, la chasse fut ouverte et Oieu
pour officier d ordonnance mon ami GuindeJ
ma!nes .. Je me se~ais bien douté qu'il lui
de,enu depuis 1806, lieutenant au 10• bus~ arr1_vera1t une pareille catastrophe, rien qu'au sait quelle part nous primes à cet a;rément.
sards.
Le général était très bon chasseur. ~"fous ne
choix de son magnifique intendant de Moravie.
Tout ce monde fut parfaitement bien in- )fais revenons à nos cantonnements de Mora- re,·enions )~m~is au chàteau sans y rapporter
stallé.
~~s quan!1tes enormes de gibier, à la grande
vie, en 1809, où nous passâmes trois mois
J01e de l'intendant, qui était très fier de tout
Il fallait voir l'intendant du prince; loin des plus agréables.
ce qui était une nouvdle preuve de la grand'ètr~ f.!ché, il était au comble de la joie. II
Le général était un bon vivant et un exceldeur de son maitre et une nouvelle cause de
me d1sa1t ".Il se frottant les mains :
lent soldat, aimant la jeunesse. On racontait
dépen_se. Dans ce pays, la chasse est un droit
&lt;( A la _bonne heure. Voilà qui fera honde lui, au biv~u~c, q~e, dans la campagne
neur_ au prince Esterhazy! On peut au moins de Prusse, capllaine d un régiment de hus- d~ serg~eur, et ~e pro~riétaire d'un champ
ournr un ,compt~ avec une clientèle pareille, sards, il était entré dans une ville forte enne- e~t _passible de peines Ires sévères, s'il tue du
a~ec des botes qui savent cc que c'est que de mie, Graudenz, je crois, par surprise, à la g1~1er sur son terrain avec une autre arme
~ivre'. avec ce général Piré, qui ne voyaae faveur de la nuit, la plus grande partie de qu un_ bàton. Le général, ses aides de camp
et mot, nous ne marchions jamais en chasse
Jamais_ sans un bon cuisinier. Car, quant
ses soldats parlant l'allemand. Après avoir
sa?s avoir derrière nous un chasseur du
vous, lieutenant, je vous l'avoue franchement
frappé une contribution très forte il avait
j'aurais été honteux de présenter à Monsei~
prmce, armé ?e fusils à deux coups, qu'il
rejoint son régiment à la pointe du jour, laisgne~r, à son ~etour, une dépense qui ne se sant l'armée ennemie dans l'étonnement d'une n~us présentait chargés quand nous avions
fart feu de nos armes.
serait pas élevee, pour vous et votre suite à
pareille audace, sans exemple dans leurs rangs.
10 florins (21 fr.) par jour!
'
Une matinée que nous étionsfatiaués de tuer
Il_ est donc bien riche,
liè~res,perdrix' ren~rds, Castelrntre seigneur?
baJac et Guindey établirent un
- Quoi I Vous ne connaispari à qui abattrait le plus d'hisez pas les richesses du prince
rondelles. Au bout d'un quart
Esterhazy?
d'heure, aucun de ces mes- Aucunement. Cependant
sieurs n'en al'ait tué. Ils se
son nom ne m'est pas étranchicanaient sur leur maladresse
ger, parce qu'avant la llévoréciproq~e, lorsque Guindey,
Iution, le 5• hussards portait
P?u:
fair~ valoir son coup
le nom d'Esterhazy.
~ œil, offrit à Castelbajac de
- Eh bien, Monseigneur
ll:er à cent pas à plomb de
est, je crois, le plus rithe
hevre sur la partie de son
prinee de l'Europe. Outre sa
~orps que je ne nomme pas;
!&lt;&gt;rtune en diamants, qui est
ri promettait aussi de se metimmense, et qui se transmet
tredan_s la m~me position pour
d'héritage en héritage, ses dorece1·?1r la decharge de son admaines sont si vastes, en Honversaire après qu'il aurait tiré
grie prin~i palemen t, qu'on peut
son coup de fusil. li fallait
compter Jusqu'à 10.000 mouêtre bienjeune, comme l'étaient
lons qui paissent sur ses terce~ messieurs, pour qu'un pares. 1&gt;
reil d~fi pût èlre propo~é et
Vin_gt ans après l'époque
accepte. Cependant ils s'étaient
dont ~e parle, Mme Parquin
plac~s à la distance voulue et
et moi nous rt-cevions, au châallaient commencer à exécuter
teau de Wolsberg, la visite du
leur gageure, lorsque, heureuprince Esterhazy, qui venait
sement, je vins m'interpod'acheter le château et l'ile
ser :
de Maiman, situés sur le grand
« Jfon cher, dis-je à Guinl~c de Constance, à quelques
dey, je ne veux pas vous emhe~es du_ ~Volsberg. Le prince
pêcher d'exercer votre adresétait un v1e1 liard bien conservé
se à ,·os dépens, mais je viens
montant encore parfaitemen~
vous demand~r à l'instant le
à cheval, et on ne peut plus aaJ.-B Glil:\DJ:.Y, DU ID" m;ss,urns, TUE LE PRIXCE Louis DE PRUSSE.
pantalon que je vous ai prêté
Bas relief de M•• LA eRE Cou TA,-n
· •tO:&lt;TORGUE IL, pour le mo11ument élevé à Laruns
lant auprès d'une belle da~e
~t que vous portez sur vous, car
(Basses-Pyrénùs.)
qui l'accompaaoait. Il était
Je ne me soucie pas qu'il soit
difficile de renc~ntrer un hommis à jour dans le nouvelamume de formes plus élégantes. c'était un de
.
sement que vous vous créez. l&gt;
,
~
dix
?eures:
le
déjeuner
à
la
fourchette
ces grands seigneurs de l'ancie~ réO'ime, dont
_Faite avec un grand sérieux, celle demande
etaJ~ servi; à crnq heures, le diner à deux
M_. de Talleyrand a été, en Fran~, la dermit
fin au défi, dont l'un ou l'autre eût, sans
services, dessert, café et liqueurs. Nous avions
nière expression. Une personne bien inforaucun
un excellent billard pour passer le temps, reuses. doute, conservé des traces doulou-

°à

L '-COLONEL PARQUIN.

�DE REISET
~

HISTORIA

Mademoiselle Raucourt
Après avoir soulevé autour de soi les explo- l'Église elle-même les rejetait de son sein : peul dire que c'est à l'esprit éclairé de
sions de l'enthousiasme, déchainé des tem- les comédiens étaient excommuniés et le Louis XVIII qu'on dut la disparition de ces
pêtes d'applaudissements, n'est-ce pas un clergé refusait impitoyablement à Jeurs dé- habitudes d'intolérance qui ne cadraient plus
beau succè, pour une grande comédienne pouilles la suprême bénédiction avant de avec les mœurs du x1x• siècle. Le scandale
que de trouver dans la mort même un moyen les conduire à leur demeure dernière. Consi- suscité par la malveillance aux funérailles
d'exciter les passions des foules et de déchai- dérés généralement comme ayant vécu hors de Mlle Haucourt, le 15 janvier 1815, fournit
ner une dernière fois l'expression bruyante de l'église au cours de leur existence, on leur à la prudence avisée du vieux souverain
de sentiments enthousiasti;s?
refusait le droit d'y pénétrer après leur mort, l'occasion d'abolir sans secousse cette couTel fut le sort de Mlle Raucourt. Comme et des règles impitoyables interdisaient à tume draconienne, et, sans aller à l'encontre
d'autres femmes dont nous
d'aucun règlement ecclésiasavons évoqué la silbouelle attatique, d'assurer désormais pour
chante, elle régna sur la scène
l'avenir aux comédiens cathopar sa beauté comme par son
liques la faculté d'user des
talent, par la perfection de son
drojts inhérents à leur relig{on.
jeu et par la séduction de ses
Ecoutons, fait par un témoin
charmes.
oculaire, le récit de l'événeLorsqu'elle eut quitté le thément qui avait failli dégénérer
àtre, son nom ne sortit pas de
en émeute.
la mémoire du public reconLe vicomte de Reiset, lieunaissant. Ce nom tant acclamé
tenant général, commandant de
jadis, à la nouvelle de son tré
la 2• compagnie des gardes du
pas, réveilla tant de frémissants
corps et gentilhomme de la
souvenirs, fit renaitre tant de
chambre du roi Louis XVIII qui
poignantes émotions, que le
l'honorait de sa bienveillance,
peuple de Paris tout entier s'ina relaté le détail des faits dans
digna de l'affrontfait à son cerune note restée jusqu'ici inécueil et prit bruyamment parti
dite.
contre ceux qui voulaient lui
fermer les portes du sanctuaire.
i4 janvier.
On verra, par le récit de
a llier a eu lieu l'enterreses funérailles, que Louis xvm
ment de Mlle Raucourt, actrice
ne resta pas sourd à ces justes
de la Comédie-Française, dont
objurgations et que sa pruIP.s obsèques ont amené les incidence avisée sut épargner à la
dents les plus fâcheux. Cette
grande tragédienne cette humidemoiselle, que j'avais applauliation suprême.
die bien des fois et qui jouait
En voyant les distinctions de
au Théâtre-Français avec un
tout genre dont les gens de
grand succès, était morte il
théâtre sont aujourd'hui l'oby a quelques jours sans avoir
.jet, en lisant le récit des ovademandé les secours de la reli~ . -.~A.
tions qu'ils reçoivent et des élogion ; peut-être même n'en
m-~
\ { 0
ges qu'on leur décerne, en
avait-elle pas eu le temps. Touconstatantenfin la place de plus
...,,...Sb
jours est-il que, lorsqu'il s'agit
en plus importante qu'ils prendela cérémonie funèbre, le curé
nent dans notre société moderde Saint-Roch, M. l'abbé Mar..,.
ne, on a peine à se figurer et
duel, crut bien faire en faisant
on hésite à croire que ces mêsavoir aux intéressés qu'il ne
mes personnages étaient, il y a
recevrait pas le corps à l'église
moins de cent ans, traités
et qu'il ne célébrerait aucune
presque en parias el frappés
cérémonie religieuse. Chacun
d'anathème.
sait
en effet 4ue l'usage en
Gr.2vure Jt L. LINGEE, it'apr~s FREUDEBERG tl J.-M. ~IOREAU.
En dépit des succès acquis,
France est immuable el que les
malgré la position brillante obacteurs y sont excommuniés.
tenue grâce à !eur talent par certains d'entre leur cercueil de franchir le seuil d'aucun Mais celle rigueur u•e~t plus dans nos
eux, la société leur refusait la place que leur temple c:1tholique.
mœurs. Mlle Raucourt vivait très retirée
méritaient leurs triomphes, et la profession
Cet usage suranné, d'un rigorisme si et d'ailleurs elle n'était plus d'âge depuis
d'acteur restait à ce point d~criée que absolu, avait survécu à la Révolution, et on longtemps à avoir des faiblesses; son exis-

r, "

~

1r? ·

SouRcEs. - Papiers illtdits du lie•1le11a11t gé11h-al
, icomte de Rciset. - Mémoires d'1111e femme de

qualité sous Louis XVIII. - Biog1·apltie des co11te111porai11s. Dictio,mal1'e de la Co11ver,atio11. - Duco,,

... 36o ...

La mèl'e du duc d' E11ghit11. Fr~nilly. Jlémoires .

Cornle baron de

MADAME ADÉLAÏDE DE FRANCE, FILLE DE
Tableau de N.\TTIER. 1\l usèe de \'crsaillcs. )

f' ichi (icrauJon

LOUIS XV

�M .AD'E.MOlS'ELl.'E
tence, jadis peu exemplaire, ne prêtait
donc plus au moindre scandale. Aussi cette
mesure a semblé si sévère que le matin de
l'enterrement une quantité assez considérable de monde
s'est portée au-devant du cortège qui se dirigeait vers le
cimetière el l'a forcé à rebrousser chemin pour ,·enir à l'église. Arrivée devant Saint-Roch
et trouvant les portes fermées,
la foule fait le tour de l'église
et, par une issue latérale restée
entr'ouverte, s'introduit dans
le sanctuaire où bientôt le corps
de la défunte est amené dans
le chœur. Les cierges s'allument, les portes s'ouvrent,
l'église se remplit, et les vociférations redoublent en voyant
qu'aucun prêtre ne parait pour
dire une dernière prière sur le
cercueil de la pauvre femme.
Enfin on va jusqu'au presbytère et on amène quelques ecclésiastiques qui, devant les
menaces de l'assistance devenue de plus en plus irritée, el
surtout devant un ordre exprès envoyé, dit-on, des Tuileries en toute hâte, se décident à vènir chanter un court

cher le curé pour le fustiger devant la porte
de son église. Si le malheureux avait paru,
on lui eùt fait certainement un mauvais parti.

De p1·ofu11dis.
« Cette affaire a produit un
effet regrettable et le roi a vivement blâmé, dit-on, en cette
circonstance, l'abbé Marduel
de son rigorisme, qui a failli
provoquer les pires excès et
les plus grandes violences. Mlle
Raucourt n'était point antireligieuse et l'on répétait à grands
cris que peu de temps aupara \"ant elle avait donné à la
fabrique de l'église le pain bénit
en brioche. Le curé s'est excusé en déclarant qu'il avait tenu cette fois la
même conduite que lors du décès de ~Ille
Chameroy, danseuse à l 'Opéra, survenu il y
a quelques années. Mais ce précédent invo11ué ne pouvait guère servir de règle ; le
temps a marché et les circonstances ne sont
plus les mêmes. En outre, la situation des
deux femmes était trop différente pour
qu'on pût les comparer l'une à l'autre : une
ballerine et une tragédienne ne ~auraient
être mises au même plan et l'art tragique me
paraît supérieur à celui qui consiste à exécuter des pirouettes.
c1 lJ. d'André n'a pas été plus ménagé que
le curé de Saint-Roch, car aucune mesure de
police n'avait été prise en prévision d'un
tumulte qu'il aurait pu prévoir. Le scandale
a été très grand, l'église a rait été envahie et
il y avait du monde jusque dans la chaire où
des enragés essayaient de pérorer, mais les
l'Ociférations et les cris étaient si violents
qu'il était impossible de se faire entendre;
on ne parlait de rien moins que d'aller cher-

'Jt.AUC0111(T

l'Église et que le curé denit connaître son
devoir.
« De cette façon, tout conOitentrel'autorité
religieuse et l'autorité civile a
pu être évité.
cc Le roi est ennemi de tontes ces exagérations el de toutes les rigueurs des fanatiques
qui ne peuvent être que de
nature à nuire à la religion
déjà en butte à tant d'attaques I L'indulgence et la modération ont fréquemment ramené bien des égarés, mais Sa
Maje~té bien souvent n'est pas
libre de parler et d'agir à sa
guise, et ne trouve pas toujours autour d'Elie l'appui sur
lequel elle pourrait compter.
J'excepterai pourtant dans son
entourage l'abbé Rocher, son
confesseur, dont je ne saurais
trop approuver la conduite.
Lorsqu'on est venu le consulter sur ce qu'il convenait de
faire, il a su d'un seul mot et
sans blâmer personne remettre
les choses au point: « Le scandale est le pire des maux, a
dit le bon abbé, et une pauvre
pécheresse a besoin plus que
tout autre d'un De profun-

dis ! »
« Cel abbé Rocher est un
saint homme qui vit loin des
compétitions et des ambitions
de tout genre qui s'agitent
autour de lui; il se tient en
dehors de toute politique et
mène la vie la plus retirée.
Le roi lui a adressé le fer janvier dernier des paroles flatteuses auxquelles chacun s'est
MADE.IIOISELLE RAUCOURT.
plu à applaudir: « ApprochezGravure de RuOTTE, d'après le /abkau de GROS ( 1;&lt;;6).
vous, monsieur l'abbé, lui a
dit le roi en l'apercevant au
Heureusement la garde est venue el a empê- milieu de~ officiers de sa maison qui venaient
ché de plus grands désordres, mais pendant lui présenter leurs ~vœux pour la nouvelle
quellJues heures on a craint que tout cela ne année; vous n'êtes pas courtisan et je m'en
dégénérât en une émeute qui aurait pu deve- plains, car je ne vous vois jamais qu'au trinir sérieuse si Sa Majesté n'arnit eu la sa- bunal de la pénitence! »
gesse, sans avoir l'air de céder à la force, de
&lt;( Grâce peul-être aux paroles de modéraleur accorder une juste satisfaction.
tion et de paix et aussi à l'attitude si sage de
c1 Le vacarme s'entendit jusqu'aux Tuileries;
Sa Majesté, l'effervescence se calma et ce
l'irritation du roi était extrême, et en appre- fut presque en bon ordre que la foule apaisée
nant la cause de ce qui se passait il a été escorta le corbillard au cimetière de l'Est, où
pris d'une de ces violentes colères qui lui devait avoir lieu la sépulture. »
sont familières, mais qui se calment prompteC-eUe dont les obsèques venaient de soument.
lever tant de désordres avait été une des
« Aussi tout en lui notifiant directement sa gloires de la scène française et avait joui d'un
volonté d'une façon précise, n'a-t-il point universel renom. Élevée à Nancy au palais de
voulu témoigner son mécontentement au curé Stanislas aux côtés de sa mère qui occupait
de Saint-Roch d'une façon publique, el lorsque dans la maison du vieux roi une charge subaldeux acteurs de !'Opéra-Comique sont venus terne, filleule de la célèbre Mme de Graffigny,
au château pour demander un ordre du roi Françoise-)larie-Antoinette Saucerolte, encorequi permît de rendre à la pauire comédienne toute petite, avait pris de son père, médiocre
les honneurs dus à une chrétienne, Sa Majesté acteur de province, ses premières leçons de
s'est contentée de faire répondre par 11. de déclamation. Poussée par une vocation irréDuras qu'Elie ne se mêlait pas des affaires de sistible, elle n'avait pas plus de onze ans
.., 361 ....

�IDSTO'f{1.Jl.

------------;-------~

lorsqu'elle parut en public pour la première
fois au cours d'une tournée qur ~on père
faisait en Espagne. llfaisce fulcn 1771 qu'elle

Co:-1vo1

piédestal! Lorsqu·on ~ retiré le voil? qui la
couvrait, sa tête éta1l celle de Venus, sa
jambe à moitié découYerle celle de Dia11e ! &gt;&gt;

DE lllADEMOISELLE RAU&lt;.:OURT. -

obtint à Rouen, dans une pièce de Du Bellay,
un succès considérable et qu'on commença _à
parler, malgré son jeune âge'. de. ses prodigieuses dispositions. Ap:ès avoir pris quelques
mois de leçons avec 8r1zard, elle débuta ~~x
Français dans le rôle de Didon et fut accuc1lhe
par le public avec un entho~siasme dont on
n'a guère d'exemple. !damé, Emilie, Monime,
Clytemnestre qu'elle incarn~ tour. à tour
avaient été pour elle une série de tr1omp_hes
non interrompus, et dans chacun de ses ~oies
elle se montrait si parfaite qu'on ne savait ce
qu'on deva.it admirer davantage, d~ la beauté
de sa personne ou de la perfection de wn
talent!
Pétillante d'esprit, de vertu facile, avec
une tournure de reine et un visage enchanteur elle vit bientôt à ses pieds tous les
beadx esprits de l'époque, Voltaire_ tout le
premier, qui lui adressait des madrigaux el
les plus galants petits vers. l~onorée. de la
bienreillance de la Dauphine .Mar1e-Antometle,
en faveur près du roi Louis X~ ~ui lui avait
fait, dit-on, l'honneur de la d1s1tnguer, ell~
se voyait en mème temps comblée de présents
par Mme Du Barry, qui, insouciante ,el ~on,n~
fille, ne lui gardait pas rancune d avoir ete
un moment sa rivale.
Enfin, après quatre années écou~ées, elle
semblait parvenue au faite des triomphes,
des honneurs el des succès, et l'enthousiasme
qu'elle excitait tournait au délire.
a Il est impossible, écrivait La Harpe,
après l'avoir applaudie dans 1~ rùle de Gal~thée, d'imaginer une perspect1~e plus séduisante que celte actrice en attitude sur son

D'afrès le dtssin dt

lllART1'ET.

&lt;I On ne savait, ajoute un contemporain•
ce qu'il convenait le plus d'admirer en ~lie! &gt;&gt;
Des embarras d'argent, des dettes q~1 _mon~
taient à une somme invraisemblable, JOtnls a
des cabales et des inimitiés. suscitées par la
jalousie de ses rivales, la décidèrent à quiller
la France. Après avoir voyagé pendant deux
ans dans les cours du Nord, elle rentra au
Théâtre-Français ; elle y avait retrouvé ~es
succès lorsque éclata la Révolution. Peu s ~n
fallut qu'à cette sombre époque elle ne papi
de sa tête les faveurs qu'elle avait reçues du
roi et des princes.
. . , .
Les opinions qu'on lui co~?a1ssa1L l av~1ent
fait inscrire une des prem1eres dans l al'lc
d'accusation dressé, en septembre 95, contre
les acteurs de la Comédie-Française : elle fu L
incarcérée durant de longs mois, et c'est un
miracle si elle échappa à la guillotine_. Elle
ne dut son salut qu'au dévouemi-ntadm1rable
d'Hippolyte Labussière. On sail ~o~ment cc
dernier obscur employé au Com1Le de Salut
public, ~n dissimulant des dossiers, en an_éan,tissant des pièces compromettautes, parvrnt a
sauwr nombre d'existences! Mlle Raucourt
fut du nombre. Lorsque vinrent des temps
plus'calmes, la tragédie_nne_ reparut à_ l~ ~cène.
Le Premier Consul a1ma1t et apprec131t son
talent inimitable et elle devint l'étoile de la
troupe du Théàtre-Français- qu'elle-_mê~e
avait réorn-anisé. Nulle autre ne sut pma1s
mieux re:plir les rôles de reine : la ~égulariLé de ses traits, la noblesse de ses atlttudes,
J-.irt admirable avec lequel elle variait les
inflexions de sa l'Oix, la rendaient incomparable dans les grands rôles tragiques. Elle

avait reçu des leçons de la Clairon, et_ elle rut
pour élève lflle George dont elle ~va1t été ~a
première à découvrir le laient na~ssan~. Mais
Ja protection de Napoléon ne lut avait p~s
fait oublier la reconnaissance qu'elle de,:a1l
aux Bourbons, et lorsque vint la Restaurallon
elle fut des premières à aller saluer le co~te
d'Artois qui rentrait en France comme .l'.1'1~tenant général du royaume. L'ac~rice, v1e1lhe
et fanée, alourdie par l'Pmbonpornt, ne rappelait que de bien loin . la Galatb_ée po~~
laquelle il avait eu autrefois un caprice_. Mais
le prince était tr~p ~alant_ ~our vouloir farailre oublieux : il 1accue1lht avec la grace
séduisante qu'il sa,·ait mettre en t~utes
choses, et lui fit aussi bon visage que s1 elle
eût été parée encore de tous les charmes dl'
la jeunesse.
.
Mlle Raucourt se retira charmée, mais _elle
ne devait pas bénéficier longtemps d~ la bienveillance des Bourbons; attaquee d une m~ladie inflammatoire, elle s'éteignit au mois
de janvier 1815, après _quel~ues jours de
souffrance. Elle allait aY01r so1Iante ans. On
raconte qu'avant de mourir, elle eut conscience que l'heure fatale ~'allait, pas tard~r
à venir : &lt;i Voilà la dermère scene que Je
jouerai, di~-elle en -~ouriant, il faut m'en
acquitter d une manwre _convenabl~. » ,
Sa clairvoyance n'avait pu devmer qu un
dernier rôle lui était réservé, que rnn nom

TOl!BEAU ÉLEVÉ A .'lADEMOISELLE R \ UCO\; RT
AU CIMETIÈRE DU PtRE· LACIIIISE.
Dessin d 'i\ VGUSTE GA RSEl&lt;AY.

tant de fois acclamé allait servir à une ma?ifeslation violente et que, pour so_n dcrmcr
voyage, une foule en délire "!endra1t escorter
tumultueusement son cercueil.
VICOMTE DE

REISET.

P. DE PARDIELLAN
&lt;::!Je&gt;

UNE ESCROQUERJE AU XVJJJ• SJÈCLE
cfc&gt;

M le colonel Baron de Steinbach
La France a pris sa large part des mystifications et duperies qui ont illustré le dix- qu'il fût possible aux intéressés de savoir cc premières classes de la société. Son coup
huitième siècle. Néanmoins, toutes proportions qu'il était devenu. Et comme en ce temps-là d'essai fut un coup de maître : il était tombé
gardées, elle s'en est tirée à meilleur compte on était aussi naïf qu'aujourd'hui, tout le sur ce qu'on dénommerait en français moque les petits États allemands, la Prusse monde le crut parti sans idée de retour.
derne « la poire &gt;&gt; idéale. Ce personnage
exceptée, parce que messieurs les aventuriers
cfc&gt;
s'appelait du Bosc, était marchand de soiea1·aient eu la prudence d'é1iter un sol aussi
Quel ne fut pas l'étonnement des bons ries, possédait une grosse fortunP, et malgré
ingrat. (Tout au plus le roi-sergent éut-il
les protestations de son père, négociant à
occasion de faire poursuivre jusqu'aux portes bourgeois de Leipzig lorsque, trois mois plus Francfort, de sa sœur et de son beau-frère,
tard,
à
l'instant
où
la
foire
hattait
son
plein,
de Dresde un malheureux garçon apothicaire,
il s'adonnait avec passion à l'étude des
lequel, après boire, s'étant vanté de savoir certains rencontrèrent parmi les étrangns de sciences occultes.
marque un personnage qui se faisait appeler
fabriquer de l'or!)
Schrepfer débuta par lui montrer un diàf.
le baron de Steinbach, colonel au service
Ne vit-on pas l'électeur de Hesse loger et
plôme signé du grand-maître des loges de la
de
la
Franre,
el
dont
les
traits
offraient
une
entretenir largement, pendant une quinlaine
stricte obsenance el une sorte de procuration
d'années au moins, un indiYidu nommé resseml,lance frappante avec ceux de Schrep- lui conférant tous les pouvoirs nécessaires en
Bessler, qui prétendait avoir découvert le fer! Vu les liens de parenté qui uuissaient la vue d'amener une fusion de la franc-maçonmouvement perpétuel; des princes des Deux- cour de Versailles à celle de Dresde, il impor- nerie avec l'ordre des jésuites. Pour achever
Ponts dépenser des sommes folles pour rete- tait d'éviter des froissements; par conséquent, de convaincre sa victime, il lui mil sous les
nir à leur service des imposteurs vulgaires, cette affaire ne pouvaiL être éluc·idée qu'avec yeux des lettres autographes du duc de
soi-disant en possession des secrets du grand- une infinité de précautions. c•était prendre Chartres, lui notifiant sa nomination au
œuvre l Mais ceci ne fut qu'un jeu d'enfant une peine bien inutile, rar, à peu de jours de là, grade de colonel et l'engageant à se faire
un notable ayant croisé le pseudo-colonel et
par rapport aux escroqueries mémorables s'étant
permis de l'appeler Sd1repf,•r, l'autre, appeler baron de Steinbach, « aûn d'obtenir
et cependant si peu connues - dont les haainsi plus de con~idération et par $ui1e un
bitants de Leipzig et de Dresde furent vic- bien loin de se récrier el de se fâther, lui accès plus facile dans la haute société ». Bien
times en l 77 i, par le fait d'un seul et unique avoua que tel était bien son nom, mais que, entendu, le diplome, le pouvoir et les lettres
individu.
pour des rai~ons d°Élat, il avait été obli~ é
précités étaient de vulgaires faux.
d'accepter
le grade et les tilrcs avec lesquels
Celui-ci, un nommé Schrepfer, né aux enContinuant sa démonstration, Schrepft'r
virons de 1730, avait été successivement do- il se présen1ait maintenant.
~aconla que les jésuites, e1pulsés de tous les
Et
celle
e1plicatiou
suflit
à
l'honnête
bourmestique d'auberge, hussard, garçon d'hôtel
Etats, avaient dû songer à mettre en sûreté
et frère servant de la loge Minerva, de Leipzig. geois de Leipzig. Au surplus, S,·brepfer ou leurs immenses richpsses et que, sur la relntelligentet beau parleur, il était doué &lt;lune le colonel baron de Sternhach, comme on commandation du duc de Chartres, ils lui en
audace incroyable. A force de servir des voudra, avait les poch~s birn garnies t-t dé- avaient confié une part considérahlP, awc
chopes aux iniliés de la Minerva, il s'était pensait saos compter. Il n'en fallait pas da- mission de les employer dans l'intérèt de la
as~imilé une portion notable de la termino- vantage pour lui assurer la con~idération Saxe et au bénéfice de ses propres amis. Il
logie maçonnique. llluni de ce bagage, il publi4ue et. .. uue clientèle aussi nombreuse ajouta qu'en temps roulu il donnerait la
avait commencé par s'essayer devant un au- que choisie. Il va sans dire que notre howme, preuve écrite de ce qu'il avançait et qu'à
ditoire de petites gens, et l'entreprise a1·ait une fois posé aux yeux de ses concitoyens, l'appui de ces preuves, il évoquerait certains
rémsi. Parlant de là, il a1ait mis en circula- s'empressa de reprendre ses anl'iennes occu- esprits.
tion les bruits les plus divers, concernant pations, con,istant à évoquer les esprits et
Si grossière que fût la supercherie, du
son poul'oir d'évoquer les esprits et d'accom- soutirer de l'argent à ses fidèles. Tout~fois, Ilosc en fut pldnement dupe. Non content de
pour
éviter
des
mécomptes,
il
tria
soi~euseplir certains rites mystérieux qui lui auraient
mmt son public et refusa catégoriquement remettre à SchrPpfer toutes les sommes qu'il
été enseignés par les membres de la loge.
d'opérer devant les personnages qui ne lui lui demauda, il le munit de leltres de recomUn beau jour, la chose parvint aux oreilles
mandation pour dilTérenles personnes de
de ces derniers, et Hir-le-champ les dignitaires inspiraient pas confiance, tels, par exemple, Dresde, notamment pour le ministre d'État
de la Minerva expulsèrent leur indigne frère les généraux d'Oeltiugen et de Bt-nnigsen, le de Wurmb et pour son propre beau-frère, le
colonel Agdolo, le con5eiJler intime Ferber Pl
servant et lui intimi-rent l'ordre dl! renoncer quelques
conseiller des finances Feruer, déjà cilé plus
autres.
à ses pratiques; faule de quoi ils le remethaut.
Ce dernier, très sceptique, ne voulut
~lais l'él'ocation des esprits et les autres
traient aux mains de la justice. On était alors
entendre
parler de rien. En rernnche, le miœuvres magi4ues ne faisant pas virre leur
en décembre 1?ï;;.
nistre, après un court moment d'hésitation
homme,
&amp;·hrepfer
étendit
son
champ
d'acEn présence d'une mise en demeure aussi
mordit bellement à l'hameçon. Il reçut for;
nette - d'aucuns affirment qu'une volée de tion. Cela lui fut d'autantI plus facile que ses bien Schrepfer qui, sur ces entnJaites, était
adeptes les plus fervents appartenaient aux
bois vert influa sur sa détermination arrivé à Dresde, et le recommanda chaude1. Bieu dt·s auut!c, apri-s la morl de S, hrcpfcr, cl
Schrepfer s'indina. Mieux que cela, au bout alors
que ses ,uperdirri,,,_ a_,·ai, nt élé d,·ma"ruè,·s de- les llt'rsonnes ë, 01p1i•,·s au cours dt• cr, séancl's. M. de
de quelques jours, il disparut de Leipzig, sans puis lori lonith-mps, 1,• m1111,1rc. comte tic lluht·nll,al, lie~ 11111, uu chamlic\lan de !'élt·clt,ur, t,,ml,a gra,c,outena1t n,·cc la der111èn· éu,•rg,., arnir ,u ri•el11•meol

m,·nt malaof,, cl fmlltt ,lcnnl!' fou, à la iuitc d 'un,•
,ci•lll• ,le conjuration lri·s m~u,cmcnléc.

�111STOR..1.Jl
se firent un scrupule d'ouvrir le paquet. Cement au duc de Courlande, Christian-Joseph- répondre à cette question de mamais goût. pendant, vers la fin de septembre 177 i,
Charles 1 • Celui-ci demanda aussitôt à prendre Effectivement, au cours d'une assemblée M. de Wurmb apnt appris que Schrepfer
connaissance des papiers de notre homme. tenue au palais du duc de Courlande', l'ombre était bien tranquillement installé à Leipzig
Ce désir fut exaucé, mais ni le prince, ni les du chevalier de Saxe (mort le 25 février chez son ami du Bosc, il fut décidé que le
spécialistes de la cour ne s'ap&lt;'rçurcnt des 1774) se montra aux assistants et tint un paquet serait transporté dans celle dernière
faux. Chose curieuse, perrnnnc n'eut l'idée langage qui sonna fort désagréablement à ville el que l'on procéderait à son ouverture
d'informer le ministre de France (Barbé de leurs oreilles. Son rude parler, que pouvait en présence des trois personnages précités. Ce
Marbois) de l'arrirée d'un colonel français, excuser une vie passée tout entière dans les programme fut suivi à la lettre et l'on devine
camps, fut cependant atténué par quelqut&gt;s
chargé d'une mission étrange en vérité.
le résultat de l'opération. Au lieu des milL'examen des papiers n'ayant donné lieu paroles sympathiques à l'adresse du brave lions annoncés, on ne trouva que du papier
à aucune obsenation, Schrcpfer fut invité à colonel baron de Steinbach. M. de Wurmb blanc et un certain nombre de billets portant
rédiger un mémoire concernant le trésor dont sortit de là tout réconforté et se garda soi- l'indication des endroits où étaient déposées
il avait la garde. La question n'avait rien qui gneusement de renouleler ses demandes les diverses fractions du trésor .... Wurmb
pût l'embarrasser, car séance tenante, il ré- indiscrètes.
La noble compagnie reprit son existence et du Bosc ne soufllèrenl mot à personne de
pondit que le magot, soit plusieurs millions
leur triste décomerte. Schrepfer, les bernant
de thalers en bons de caisse, était déposé ch~z de plaisirs, n'attachant aucune importance une avant-dernière fois, leur avait déclaré
les frères Belhmann, banquiers à Francforl- aux emprunts de plus en plus fréquents sol- qu'il les rembourserait le 8 octobre au masur-le-Mcin. On s'enquit donc auprès de ces licités par Schrepfer, el tout aurait été pour tin; aussi fut-il traité à merveille par MM. de
derniers et ils confirmèrent les allégations de le mieux si du Bosc, préoccupé, cédant, lui Bischof,,werder et de Hopfgartcn, qui vinrent
Schrepfer à savoir qu'il avait été déposé chez aussi peut-être, aux conseils de sa femme, passer la journée du 7 à la foire. Pour reconeux, contre un reçu, un volumineux paquet, n'anit invité son ami à rallier Leipzig et à naître leur amabilité, il les invita à souper
renfermant des papiers, soigneusement em- se mettre en mesure d'exécuter ses pro- en compagnie de deux autres personnages
ballé et cacheté à la cire, et qu'ils avaient messes. Vite, M. de Steinbach courut le ras- (qui ne sont pas désignés par leur nom).
l'ordre de ne s'en dessaisir qu'en faveur surer. A peine arrivé à Leipzig, il fut rappelé Quand on fut à table, il leur déclara que l'on
d'une personne qui leur restituerait leur par M. de Wurmb qui avait été pris de nou- ne se coucherait pas de la nuit, parce qu'il
reçu el en mème temps leur remellrait une velles inquiétudes et, détail aggravant, en faudrait sortir bien avant le jour, histoire
lettre autographe du colonel baron de avait fait part à ses compagnons de Dresde. d'assister à un spectacle absolument nouveau.
Vopnt que les affaires menaçaient de se
Steinbach.
Bref, avant l'aurore, il les emmena hors
gâter,
Schrepfer paya d'audace. li envoya un
C'était un argument sans réplique.
ville, dans un bois, les pria de l'attendre un
A dater de là, Scbrepfer put se permellre émissaire à Francfort et fit rapporter le instant et disparut au milieu d'un fourré.
tout ce qu'il voulut; en particulier à l'Hôtel fameux paquet, dont la- simple vue rassura Au bout d'une minute une détonation se fit
de Pologne, où il avait élu domicile, le pro- les plus timorés el Wurmb lui-même.
Profitant de ce revirement, il saisit un pré- entendre, mais les autres ne s'en émurent
priétaire lui ouvrit un crédit illimité. Bientôt
pas, croyant que le coup de feu avait été tiré
les équipages firent queue à sa porte et on texte quelconque et... n'ouvrit pas le paquet. par quelque braconnier. Cependant, à la
Mais il était écrit que la mJstification ne
ne le vit plus qu'en société du duc de Courlongue, ils s'impatientèrent, allèrent aux renlande, du ministre de Wurmb, du baron de durerait pas plus longtemps. En effet, M. de seignements et ne furent pas médiocrement
llohenthal, du chambellan de Bischofswerder, Marbois, ministre de France, ému des bruits surpris de le voir mort, déjà froid.
du conseiller intime et chambellan de Hopf- qui circulaient sur le compte de M. de SteinA peine remis de leur émolion, ils firent
garten et du colonel de Frœden, aide de bach, l'invita à se présenter devant lui et à leurs comptes et demandèrent à voir le trécamp personnel du prince Christian-Charles. lui exhiber son brevet de colonel, faute de sor. Ce fut alors seulement que du Bosc el
quoi il demanderait son arrestation immédp
diate. Exaspéré d'une telle prétention, le duc de Wurmb se résignèrent à leur apprendre
la désolante vérité.
L'on ne s'ennuyait pas à l'llôtel de Pologne, de Courlande manifesta l'intention de se
Les sommes escroquées par Schrepfer
el cette existence joyeuse aurait duré long- plaindre auprès de son neveu le roi de atteignaient un chiffre absolument fabuleux,
temps, si le ministre de Wurmb, que l'on France; mais il dut abandonner ce projet de- car, alléchées par ses promesses, une foule
accusait de danser aux flt'.ltes de madame son vant les instances du comte Marcolini, qui de petites gens, à Dresde aussi bien qu'à
épouse, ne s'était avisé, probablement insti- depuis longtemps suivait d'un œil défiant les Leipzig, lui avaient avancé de l'argent. Ses
gué par celle dernière, de demander le rem- agissements de Schrepfer. Celui-ci n'eut victimes n'eurent d'autre ressource que de
boursement des prêts consentis à M. de Stein- donc plus d'autre ressource que de s'exécu- se résigner. Toutefois, MM. de Wurmb et de
bach. L'autre prit la chose de haut et dé- ter ou de prendre la poudre d'escampette. Il Bischofswerder, qui avaient une foi robuste
clara que les e5prils se chargeraient de va sans dire qu'il choisit la deuxième solu- et qui moururent, le premier en 180 l, le
tion.
1. Christian-Joseph-Charles, troi•ièone fils d'l FréQuoique très étonnés de sa fuite, les autres second en f 805, crurent jusqu'à la fin qu'ils
déric-Auguste Il, frère de la dauphine, cl par conrentreraient en possession de leur bien.
séquent l'oncle de Louis X\'I, Louis -XVlll el Charles X.
Il avait quarante et un ans en 1774.

2. L'arsenal actuel de Dresde.

P.

DE

PARDIELLA,.

GASTON DERYS

+
LES GRANDES AMOUREUSES

+

Madame de Tencin
Mme de Tencin, qui, par l'éclat de ses
aventures, par la dissolution de ses mœurs
~ar la fougue de sa sensualité, parvint
etonner une époque blasée en matière de
scandales, une époque où vécurent une duchesse de Berri, une Louise-llenrietle de
B?urbon-Conti, duchesse d'Orléans, et tant
d autres grandes dames qui prodiguaient
leu~s faveurs _avec une généreuse intrépidité,
Mme de ~en?m fut une Messaline bien pensa_nte, qm aima le commerce des gens d'Éghse, p~ofessa, au P?int de vue religieux•
une stricte orthodoxie, et écrivit, ou fit
ccrire, des romans fades el vertueux.
~fme de Tencin, de par ces contrastes
offre un caractère amusant et intéressant. '
L~s am~itieux, les « arrivistes », comme
on dit aujourd'hui, devraient étudier la vie
de Mme de Tencin. Ils y puiseraient les
leçons les plus fructueuses, et verraient comment, lout ~n flattant les idées, les préjugé5
ou les marnes des gens que la masse respe?te, et qui dirigent l'opinion, on peut ne
point ~e ~ontraindre dans ses goûts personnels: et vivre selon sa guise, sans souri des
systemes et des morales, en se laissant gliss_er mollement sur la pente de ses instmcts.
~~• en particu~i~r, les personnes qui rn
de.tment à la politique, et qui ne comptent
pas_ Y apporter des scrupules rigoureux, dena1_ent apprendre de lime de Tencin l'art
cimque et charmant dt1 satisfaire leurs passions et de servir leurs intérêts en prophétisant le t~iomphe des justes, des intègres et
des laborieux.
On a dit que Mme de Tencin écrivit des
romans cha~tes presque par contrition, à peu
près comme les courtisanes Yieillies deviennent
dévotes, et ne pouvant plus aimer les hommes, se rabattent sur le bon Dieu.
Il ~e fa.ut ~as faire cette injure à Mme de
Tencm. C éta_1t une femme très intelligt&gt;nte.
~(le ne cro_ya1~ pas à la vertu. Il ne s'agit pas
ici de s~vo1r s1 elle eut tort ou raison. M. Renan a dit, ou à peu près, dans la Prière s111·
[ Acrop?le,_qu'une philosophie perverse sans
doule, lavait poussé à croire que le bien et
le mal se confondent l'un dans l'autre par
des nuances aussi indiscernables que celles
du cou de la colombe. ~fme de Tencin était
une renaniste avant la lettre.
Elle a fréquenté les prélats, non point

à

pour leur demander d'attirer sur elle de célestes indulgences, mais parce qu'elle voulait
que son frère fût promu aux plus hautes
dignités de l'Église. Un tel sentiment honore
son cœur. Elle entourait ce frère d'une affection profonde et dévouée, si dévouée même
q~e _la m~ljgnité publique prétendi; que c;
mm1stre d Etat poussait le culte de son maitre,
le Régent,jus,1u'à épouser le goût de celui-ci
pour les amours consanguines.
Ell_e a__ soutenu la saine doctrine catholique
pa~ ego1sm~ et_ par goût_ de l'ordre, parce
quelle sava1l bien que s1 le peuple n'était
plus _cont~nu par une religion forte et unique,
il briserai~ ses cadres traditionnels, et compro_me_llra1t brutalement les privilèges d'une
soc1étc cha~mante, oisive et polie, amie des
arts, des vms. ?'Ay et des voluptés.
Elle a pubhe des romans où la vertu combat la _passion, et la vainc, parce qu'il lui
seT?bl~1~ élégant de cultivrr les belles-lellres,
et Jud1c1eux de mystifier les personnes sen-

CLAUDI:-E-ALEXA.',;DRllŒ GUERI:-! DE TEl\CL'I.

Gravure de

DEQUEVAUVII.LER.

sib_les,..en ~e faisant passer pour une femme
qm ha1ssa1t ce que les à mes prudes ou timorées appellent le vice, et en leur faisant
croire qu'elle admirait qu'on résistàt aux appels du cœur, aux exigences des sens, re
""' 365 .,.

qu'elle estimait, tout au fond de soi d'une
piètre stupidité.
'
_Mme de Tencin est une délicieuse anarchiste.

II
Claudine-Alexandrine Guérin de Tencin est
née à Grenoble en i68l.
~e~ or!gines de. sa famille sont humbles.
M~1~ il n y a pas heu de le lui reprocher. Les
or1gmes de toutes les familles sont humbles.
li y a sûrement un porcher dans l'ascendance
du Roi-Soleil.
~~ xv~• siè~le, un colporteur du nom de
Guerm s établit comme bijoutier à Romans
en plein Dauphiné. Ses descendants furen~
a?oblis. Les plus fameux sont, sans contred_1t, noire ~éroine, et son frère, Pierre Guérm_ d: Te?cm,_ cardinal, archevêque, ministrP,
qui n avatl pomt volé son anoblissement s'il
~n _faut croire les Mémoires d'Argenson: qui
ecr1t ~ue ce prélat fut « le fléau des bonnètes
"
.
.mcestueux, mau vaiscito}en
i:,ens,s1momaque,
honni et méprisé partout. o
'
Il est certain qu'?n tel ~omme de,ait se
pou,sse_r, a~ um• siècle, s'il était, par surcroit, mtelhgcnt.
Chamfort a buriné, du frère et de la sœur
un portrait bref et cruel :
'
« La célè~re ~tme de Tencin, sœur d'un
pr~tre convamcu de faux et de simonie en
plem b~rreau, au ~ornent où il levait la main
P?ur faire_ ~n parJure, et depuis devenu cardinal; religieuse
,
. sortie
. de
. son cloitre a prcs
un scan da1e odieux; mtrigante, devenue mailre~se avouée du cardinal Dubois etlongtem s
~rb1tre des gràces..: on l'a vue J·ouir à par1s,
.P
iusque dans sa v1e1 11esse d'une grande
sidération. 1&gt;
'
con. llm~ de Tencin était fille d'Antoine Guérm, seigneur de Tencin, président à mortier
au Parlement de Grenoble, et de Louise de
li parents étaient pau vres,
.Bufîevent. Comme, ses
11s \ou 1urent qu e e ~e fil religieuse, et la
placerent au couvent de Mont0eury, près de
Grenoble.
C'ét~it un ~uvent peu sévère, dans le
genre e ceux ou Marie Mancini, devenue la
conn~table Colonna, fut successivement en[~rme~.
des visites mascur
O On. YI accueillait
. .
mes. n ~ y a1ssa1l_ faire la cour. Heureuse
époque, ou la dévolton s'alliait aux pJa· .
mondains.
isirs
L'auteur d'une notice sur Mme de Tencin

�-

111ST0~1.Jl--------------------

füres qui lui sembl~ient ~~ng~reux pour l_a
nou~ décrit les mœurs aimables de ce co~- tout au moins d'assoupir momentanément morale ou qui juaea1enl l h1sto1re ou la polivent : « li était plutôt situé comme une mai- les flamhé.:s de sa chair brûlée de désirs.
Elle fut la maîtresse du Régent; elle fut tique a~ec une indépendance capable d'aff~ison pe plaisance que comme un lieu de rela
maîtresse du cardinal Dubois; rlle fut la blir dans les peuples le respect du souveram_.
traite. li se trouvait au bout d'une longue
li dénonça la .llorale du Pater, les .U~promeuade où aflluait l'.mle la jeunesse d? la maitresse de d'Argenson.
moires
hi.~toriques et critiques de ~~ézera1,
En soutenant rnn frère, qui était un des
ville. Les jeunes genlllshommes y allaient
les
ouvraaes
de l'évêque de Montpelher, de
voir leurs sœurs, qui y étaient religieuses ou chefs du parti des conslitutioonaires (on ap- l'abbé '!'~avers, l'Jlistoire du Concile de
pensionnaires, el aus~i les sœurs de leurs pelait ainsi ceux qui reconnaissa(ent la_ bulle Trente, de Le Conra1er.
.
..
Unice11il11s, dirigée contre les Jansénistes),
amis. »
Tant de vioilance el de zele, J0111l aux
rlle
:1déplo1a un prosélI tisme si vif, 11ue le
Casanova dans ses Jfémoire.~, el bien
bons offices d~ sa sœur, lui ,·alut l'estime
d'autres éc;ivains du x\'11• el du xvm• siècles gouvernement, dans la crainte que son él_o- des puissants. li fut archevêque de_ ~l'on, el
nous ont laissé des de,criptions identiques. quence n'excitât davantage la fureur ?"s dis- le cardinal Fleury Je fil nommer mm_1stre. ~
Celle de Casanova ne manque pas de ra- cordes, lui intima l'ordre d'aller étemdre le la mort de son proterteur, en 1752_, 11, perd~t
feu dii cette propagande excessiYe dans la
tout crédit et se retira dans son d1ocese, ou
goût:
.
.
.
« Laure m'avait appris que tel JOUr 1I de- bonne et paisible ,ille d'Orléans.
il
mourut, 'six ans plus tard, ch~rgé d'~ns el
Elle n'y demeura pas longtemps.
vait y avoir un bal dans le grand parloir du
d'honneurs,
dans cette paix ser~111e qui couPuis, elle se mêla, avec son frère, des spécouvent, et m'étant déterminé à y aller en
ronne
les
existences
bien remplies.
.
culations provoquées par le système de Law.
masque, mais déguisé ~e façon que .mes
C'est
certainement
un
des
personnages
hisdeux amies ne pussent pornl me reconna1tr": Toul le monde s·y ruina. Elle y fil de gros toriques qui ont été le plus b~ssemenl injuriés.
je me mm1uai en Pierrot, dé~ui~emen~ q~• profits.
Les mémoires le reconnaissent capable de
En ce chapitre, nous ,·oulons la présenter
,ache le mieux les formes et 1a\lurr. J étais
toutes
les vilenies, de toutes les perfidies. 0~1
sùr que mes deux charm.~ntes. maîtres_s~s dans ses rapports avec les ministres de Dieu. a prétendu que, pour obtenir le chapeau, ~1
Elle se ser,il de Dubois pour pousser la
seraient à la grille el que J aurais le plamr
versa ou fit verser 600 000 livres. Il a11ra1l
fortune
de son frère, qui fut rapide.
de les voir et de les comparer de près.
exercé
un ,érilable chantage sur le roi d'AnPierre Guérin de Tencin fit sa licence en
« A Venise, pendant le carna,al, on pergleterre,
le faisant menacer de morl afin de
met cet innocent plaisir dans les couvents ~e Sorbonue et devint prieur de celle maison. ~l capter sa protertion. .
.
fut nommé grand-vicaire, puis grand-arcb1religieuses. Le public danse da~~ l? _parloir
Le cardinal de Tencm a lrom·e un défendiacre de Sens, pourvu de la grasse abba)'e
et les sœurs se tiennent dans 110ter1eur, à
de Vézelai, qui lui attira ce procès fàcheu_x seur en M. Charles de Co1nart, qui, au cours
Jeurs amples grilles, spectatrices de la fète. »
d'un ouvraoe très copieusement documenté,
Cependant, Mrue de Tencin finit par trou- pour sa réputation, auquel Chamfort fait publié en 1°910, s'est donné la lâche _de d.é~
allusion. Il reçut l'abjuration de Law en
ver le temps long.
.
1719, à Melun. « L'abbé de Tencin, dit montrer que le prélat et sa sœ_ur ava1ent ete
Son ingéniosité lui suggéra un moyen plaiDuclos, retira de ce pieux travail beaucou~ parfois victimes de noires ca!om~1es. M. Charles
sant de quitter le couvent. .
de CoJnart n'a pas la prelenll~n, natur~le« En faisant ses vœux, dit Duclos, dans d'actions et de billets de banque. » On lUI ment, de nous présenler Tencm, comme u_n
conféra l'évêché de Grenoble, mais la nominases Mémoires su1· la Régence, elle songea au
modèle d'honneur. li veut qu on le croie
moyen de les rompre, el son directeur fut tion n'eut pas de suites. En i 721, il acco~: moins fripon. En tout cas, son liue e~l
l'instrument aveugle qu'elle employa pour pagne le cardinal de Rohan à Rome: _le vo•~• vi,ant consciencieux, intéressant, et plern
1
ses desseins. C'était un bon ecclésiastique, chargé d'affaires de France à Rome;. 11 ~PÇOll de renseignements curieux sur l'origine des
l'archevêché d'Embrun, et, celle fois, 11 est
fort borné. qui devint amoureux d'elle sans
Tencin.
qu'il s'en duulàl le moins du monde. LapéMme de Tencin entretint les meilleures
nitente ne s'y trompa nullement, profita harelations avec le haut clergé de son temps.
bilement du faible du saint homme, en fit
Elle sut même se concilier l'amitié du pape
son commissionnaire zélé, en tira les éclair:&amp;&gt;noîl XIV. l\'étant encore que cardinal Lamcissements nécessaires, et lorsque les choses
bertini, il échangeait avec elle une corre~furent au point où elle le désirait, elle répondance assidue. Dè_s qu'il coiffa la tiare, 11
clama contre ses vœux cl réussit enfin à paslui emoya son portrait.
.
ser de son cloitre dans un chc1pitre de NeuElle eut comme amant l'aLbé de Lourn1s,
ville, près de LJon, e~ ~ualité. de c~ano!le quatrième fils du ministre.
,
nesse. Je tiens tout ceci d elle-meme. B11 ntol
Cet abbé vivait dans l'heureux temps ou
elle fut aussi libre qu'elle pouvait le désirer.
les nouveau-nés trouvaient en leur ~cre;ea~
L'inclination que l'aLbé Dubois prit pour elle
un bre\'el de colonel. .\ neuf ans, 11 eta1t
acheva le reste. D
pour, u de bénéfices considérables et grandElle se rendit à Paris. Sa beauté, les grâce~
maitre de la librairie. Quelque tem~s plus
de son esprit groupèrent autour d'elle de
tard il de,•int bibliothécaire du roi. Cette
nombreux amis.
char~c réunissait deux post~s !mf&gt;?rlants :
Fontenelle ne demeura point insensible à
celui de conservateur de la B1bliotheque nases charmes. li ne voulut pas que sa maitionale et celui d'intendant du Cabinet des
tresse restâ L prisonnière en des lieux rel(médailles.
gieux, et sollicita auprès du pape un rescrit
On Yoil que l'abbé de Louvoi~ était un
qui l'en délivrât. De méchantes langues fire~t
enfant précoce. Comme on voulait essaye~
connaître en cour de Rome que ce rescrit
de justifier tant de titres brill~nts, on_ lui
a,ail été rendu sur un exposé de faits menfit faire de fortes études, el Ion se lm~,
son.,ers. 11 ne fut point fulminé. Ce qui n'emf OXTENE LLE .
alors qu'il avait douze ~ns, à une cornepêcha point que la c~an?inesse fût restituée
D'aprës un tatleau d11 temps.
die divertissante. li soulrnt un exame~ sur
aux plaisirs de la soc1éte.
.
l'Iliade et l'Odyssee en présence de "!?g1sters
Mme de Tencin employa sa liberté à seconet de courtisans. Le grand Bossuet l mlerroder l'ambition de son frère. Elle réussit à en ~.wré par le pape lui-même, le 2 juillet geait. L'assemblée fut éblouie, naturellement,
faire un ministre puissant, en permettant à t 721..
Ses mandements sévissaient contre les du savoir du jeune abbé.
diYers personnages bien en cour d'apaiser, ou

~---------------------------------'lme de Tencin manifestait un tel respect
pour les choses de la religion que, le jour
où elle eut un enfant naturel. c'est sous le
porche d'une t!glisc qu'elle décida de l'abandonner.
Le chevalier Destouches était son pi-re.
C'était un commissaire provincial d'artillerie,
au nom de qui on ajoutait le mol Canon,
pour le distinguer de Destouches l'auteur du
Glo1·ieu:r.
Né le 16 novembre 1717, l'enfant fut
trouYé sur les marches de la petite église de
Saint-Jean-le-Rond, détruite depuis, et qui
était située près de ~otre-Dame.
L'enfant reçut le nom de Jean-le-Rond. li
devint illustre sous celui de d'Alembert.
Le commissaire de police, qui avait sans
doute des instructions, le confia à une
vitrière, au lieu de l'envoyer aux EnfantsTrouvés. Qucl,1ues jours après, ses parents
IP. dotèrent, sans se démasquer, d'un titre de
1. 200 li vrc, de rente.
On a prétendu que plus tard ~lme de Tencin voulut reconnaitre d'Alembert, qui avait
f~it so~ chemin dans le monde, et que celuici aurait refusé en disant qu'il n'aurait jamais
qu'une mère, la vitrière.
Jamais Mme de Tencin ne chercha à recon,
naitre d'Alembert.
Celui-ci vécut trente années dans l'humble
nnison de la femme qui l'avait élevé, qu'il
aimait tendrement.
Puis il habita assez longtemps aYec Mlle de
Lespinasse, à qui il avait voué la plus profo1de et la plus dérnuée des amitiés.
Cet homme modeste et excellent devint,
comme on sait, une manière de dieu. Ses
contemporains l'encensaient. Le roi de Pru~se
le pensionnait. Et l'impératrice Catherine
souhaita que cet enfant trouvé fût le précepteur de son fils.
III
On ne peut pas citer tous les amants de
)fine de Tencin, d'abord parce qu'on ne les
connaît pas tous, eusuite parce que ce serait
fastidieux.
liais, en sus de ceux dont nous avons
parlé, il en est quelques-uns qui méritent
une mention particulière, comme lord BolinlTbroke, Prior, le colonel Dillon, La Fresna,~.
Lord Bolingbroke vint à Versailles en 1713,
accompagné de Prior, qui resta en France en
qualité de ministre plénipotentiaire, el qui
était poète et diplomate.
Le traité d'Utrecht, qui mil fin à la plus
désastreuse des guerres, est en grande partie
le résultat des négociations de lord Bolingbroke.
Il sut s'assurer en France les amitiés les
plus brillantes. C'était un homme de génie,
exces~if en toutes choses, d'une ambition
effrénée, d'une habileté, d'une souple,se
prodigieuses dans les affaires, d'une intelligence prompte, vaste et hardie.
Grand seigneur, répandant autour de lui
le charme le plus irrésistible, d'une politesse
raffinée, d'un esprit \'if et délicat.

D'autre part, hautain, orgueilleux, brisant
loul..s les ré,istances.
Une éloquence naturelle, chaude, entraînante, vigoureuse.
[n grand talent d'écrivain, un goùl sûr,

CARDINAL DE

Gravure de

J.·G.

TE:--c1s.

\\'ILL, J'apres HEtL&gt;uss.

de l'érudition, des mes nouvelles, de la
finesse et de la force.
Un vaste appt&gt;tit de jouissances, un grand
art de séduction, un beau visage : lord Bolingbroke a eu lt's plus jolies femmes de son
temps, dans tous les paJS qu '11 a trarnr,és.
On comprend que Mme de Teu~in ne lui
ait point été cruelle.
c·e~l sans doute pour se consoler de son
départ qu'elle eut une intrigue a,ec son
secrétaire, Prior.
Dezos de la lloquelle conte sur ce Prior
une historiette divertissante :
« Lorsqu'il remit au comte de Stairs, qui
,·enait le remplacer à Versailles, tous les papiers de la légation, il lit la faute grave de
ne pas les examiner aupara\'ant : il rn résulta que la correspondance privée et souvent
fort licencieuse que lord Bolingbroke hait
suivie avec lui, el qui compromettait un grand
nombre de dames anglaises de haut parage,
avec lesquellt's cedernier avait eu des intrigues
galantes, s'y trouva comprise. Lord Stairs ne
garda pas le secret et Prior s'attira ainsi des
ennemis acharnés. »
Le colonel irlandais Arthur Dillon produisait, comme lord Bolingbroke, une impres~ion très farnrable sur les belles. )fais tandis
11ue lord Bolingbroke regardait l'amour physique comme un plaisir dont l'homme n'a
pas à rougir, et s'y livrait avec autaut d'emportement que d'innocence d'esprit, le colonel
Dillon, en bon chrétien, ne lais~ait point
d'accueillir quelques remords.
li n'avait peul-ètre pas tout à fait tort : le
remords est encore ce qu'on a imenlé de
mieux pour pimenter les jouissances char-

.JJf.JlDJlME

DE TENC1N

- - ...

nclles. Cc colonel Oillon était peul-être un
raffiné.
Il de,int colonel propriétaire du régimPDl
de son nom, par brevet du 1•' juin 1690.
Louis XIV avait voulu avoir des troupes
irlandaises, en échange des troupes françaises qu'il a"ait enYoyées à Jacques II, en
Irlande. Arthur Dillon vint donc en France,
sur l'ordre de son père, avec le régiment que
celui-ci avait levé.
Le colonel était brave. En Espagne, en
Allemagne, en Italie, il traversa les plus
grands périls, à la tète de ses troupes. Il prit
part à cinquante sièges ou batailles, cl, par
un hasard prodigieux, il ne reçut jamais la
plus petite blessure.
C'était aussi un excellent homme, dont on
a pu faire ce patriarcal éloge : &lt;&lt; Bon mari,
lion père, bon ami, religii&gt;ux et surtout charitable, il offrait à sa nombreuse famille le
modèle des vertus. »
Il faut vi::nért&gt;r le xv111• siècle, car un mari
pouvait y tromper sa femme avec intrépidité
sans cesser d'offrir à sa famille le modèle de
toutes les vertus. Époque bénie, qui avait
compris que la fidélité de l'homme dans le
mariage n'est pas une preuve d'amour, ni un
gage de bonheur pour l'épouse.
Le colonel jouissait d'un physique agréable,
et ce même biographe qui loue ses vertus
familiales ajoute, avec une fine bonhomie :
&lt;c On savait que plus d'une fois, dans ses
campagnes, il avait joint à la conquête des
armes des conquêtes d'un autre genre, et
qu'il n'avait pas toujours été à l'abri des
impressions qu'il fabait naître.
&lt;&lt; Il permettait quelquefois à ses amis
intimes d'en plaisanter doucement, et alors
il répondait arnc un mélange de réserve et de
candeur, de sensibilité naturelle et de repentir
chrétien, qui était tout à fait piquant. »
Le colonel Dillon a connu Mme de Tencin
au sens biblique, dans tout l'éclat de sa jeu~
nesse. _Elle f_u~ fort j?lie. Il en dut garder un
SOU\'elllr délicieux. Et l'on voudrait savoir ce
qu'il pouvait bien conter à ses ami, intimes
lorsqu'il érnquait ce souvenir.
'
Lord Bolingbroke et Dillon sont des amants
qui faisaient honneur à Mme de Tencin.
On n'en pourrait dire autant du sieur La
F~esn_are: conseiller au Grand-Conseil, qui
lm a Joue le plus vilain tour du monde.
La. Fresnaye
eut-il à se plaindre de Mme de,
? .,
1,encm.
,, me de Tencin eut-elle à se plaindre
de La Fresnaye?
!oujours est-il que ce personnage eut la
n?1rceur de s_e tuer chez elle d'un coup de
P•~tolet, ~n la1s~ant u~ te~tament qui poul'ait
faire croire quelle I avait assassiné, après
l'arnir volé.
. La Fresnaye, certes, ne se fût pas résolu
a une vengeance aus~i cruellement machia,·élique, si Mme de Tencin se fût toujours
conduile envers lui avec douceur et délicatrs,P.
li apparait qu'dle l'avait ruiné. La Fresnaye manquait de caractère et de philosophie.
Quand un homme se ruine pour une femme
c'est qu'il le veul l1icn. Seulement, il es~

�'·---------------------------------

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i ..l ~

". ,~.
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',

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JK1tn1uœ Dr/'TeJVcm ~

une disgrâce fàcheuse : c'est de se voir chassé
mot, son conte, son anecdote, sa maxime ou
par la belle qui vous a pris votre dernier sol.
son trait léger et piquant; et, pour amener avait affaire. J&gt; Il aJotite qu'elle conserva dans
C'est ce qui dut arrirer à La Fresnaye. Ce
l'à-propos, on le lirait quelquefois d'un peu un âge avancé tous les agréments de son
barbare ne comprit point que tous les trésors
loin. Dans Marivaux, l'impatience de faire esprit, et qu'elle plaisait à ceux mêmes qui
de Golconde ne paient pas l;i douceur d'un
preuve de finesse et de sagacité perçait visi- n'ignoraient rien de ses aventures.
baiser1 et que nous sommes toujours les
Il en a dit assez de mal pour qu'on rapblement; Montesquieu, avec plus de calcul,
débiteurs de nos maîtresses.
porte
ce qu'il en a dit de bien. Elle n'était
attendait que 1a balle vînt à lui, mais il l'atUn ami qui a parcouru les épreuves de
tendait; Mairan guettait l'occasion; As truc point intéressée. C( Elle regardait l'argeut
cette petite étude, m'a dit, et je crois devoir
ne daignait pas l'attendre; Fontenelle seul la comme un moyen de parvenir, et non comme
reproduire son avis :
laissait venir sans la chercher; Helvétius, at- un but digne de la satisfaire. Elle n'a jamais
- Si tous les hommes bernés par une
~entif et discret, recueillait pour semer un joui que d'un revenu très médiocre el ne voupersonne peu délicate (m~n ami a employé JOUr. ))
lait de richesses que pour son frère afin
une expression plus énergique et plus conqu'elles pussent aider à l'ambition. Elle était
La physionomie de Ume de Tencin respicise), se conduisaient comme ce brave La
d'ailleurs très serviable, quand elle n'avait
Fresnaye, le premier petit babouin venu y rait la naïveté et l'honnêteté. Marmontel s'y pas d'intérêts contraires. »
laissa prendre.
regarderait à deux fois avant d'embêter un
C'était une de ces personnes qui ne vous
M. Henri Potez, dans une jolie étude placée
honnête homme. La femme est un animal
font
point du mal quand elles n'y sont pas
dont il faut rogner les griff!'ls, et je n'en con- en tête d'une réimpression des 1ltémnfres du absolument obligées, et qui, alors, sont très
nais pas sur qui la crain~e des coups pro- comte de Comminge, ouvrage de Mme de capables de vous faire du bien. Elle vivait
Tencin, écrit :
duise des effets plus salutaires.
dans une société âpre et égoïste, où il fallait
&lt;&lt; Elle avait la physionomie douce, presque
Mon ami est un homme mal ilevé; mais
mordre
ou être mordu. Ce n'était point sa
il est aussi d'une làcheté désespérante a,·ec ingénue. Ainsi la représentent ses portraits. faute. Aujourd'hui, où la lutte est plus dure
les femmes; il s'en venge en fanfaronnades. Lorsque Marmontel fit sa connaissance, il fut encore, je connais des moutons qui se conBref, Mme de Tencin fut mise à la Bastille, dupe de son &lt;&lt; air naïf », de son « apparence duisent comme des loups. Mais cela ne les
de calme et de loisir ». &lt;&lt; Je ris encore, nous
le 12 avril 1726.
amuse point. El il faut les plaindre.
rapporte-t-il,
de la simplicité avec laquelle je
Le Réaent était mort, qui avait dit d'elle
(( Elle ambitionnait, dit encore Duclos, la
b
l
d'aŒ.
qu'il n'aimait
les .... qm• parent
aires m'écriais en la quittant : &lt;&lt; La bonne femme! J&gt; réputation d'ètre amie vive ou ennemie déL'abbé Trublet parait l'avoir bien comentre les draps, mais qui la protégeait. Duclarée, saisit habilement quelques occasions
prise quand il a dit :
bois aussi n'était plus. Mais son frère était
de le persuader et s'attacha ainsi beaucoup de
- Si elle eût eu intérêt à vous empoi- gens
archevêque, et elle comptait de puissants
de mérite. J&gt;
sonner, elle eût choisi le poison le plus doux.
protecteurs.
Il fallait tout de même qu'on lui reconnût
Elle jugeait les personnages de son époque
Elle ne resta pas longtemps à la Bastille.
quelques qualités pour que ces gens dè mérite
avec
sagacité.
Elle
dit
à
F'ontenelle,
en
lui
Un jugement la rendit blanc~e corn!11e ?eige.
fussent honorés d'être de ses amis.
Il e~t d'ailleurs évident qu elle n a mt pas plaçant la main sur l'estomac :
Montesquieu l'estimait. Elle lui était dé- Ce n'e5t pas un cœur que vous avez 111,
assassiné La Fresnaye.
vouée.
Lorsqu'il fit paraître l'Espl'it des /oi1;,
Alais celle aventure la dégoûta de la galan- c'est de la cenelle comme dans la tète.
elle
en
distribua un grand nombre d'exemElle avait prévu la Révolution. Elle écrit,
terie. JI est nai qu'elle complait quaranteplaires
à
toutes ses connaissances; Le succès
quarante-six ans avant 80 :
cinq ans.
de cet ouvrage partit du salon de Mme de
« A moins que Dieu n'y mette pas visible- Tencin.
IV
Montesquieu, d'un esprit si nste et si
nuancé, si profond et si généreux, était un
Après J'aventure de La Fresnaye, ?lme _de
des hommes les mieux faits pour apprécier
Tencin mena une vie beaucoup morns d1sMme de Tencin, et pour l'aimer jusque dans
rnlue.
ses faiblesses. Il avait l'àme forte, mais il
Mais en même temps que ses mœurs se
goûtait les grâces et la rolupté. Et quand,
pacifiaient, les idées qu'elle affichait s'émanpour se délasser d'austères travaux, il écricipaient. Ce contraste ne manque pas de
vait son délicieux Temple de Cnide, on vousaveur.
drait croire qu'il traça ces lignes auprès de
Mme de Tencin avait défendu la pureté des
Mme de Tencin :
do"'mes. Elle accueillit les philosophes.
&lt;&lt; Elle a une taille charmante, un air noble,
Revirement qui s'explique. Les philomais modeste; des yeux vifs et tout prêts à
sophes étaient de~enus les roi~ . du j~ur.
être tendres, des traits faits exprès l'un pour
~lme de Tèncin avait un sens prec1s de I opl'autre, des charmes invisiblement assortis
portunité.
. .
.
.
pour la tyrannie des cœurs.
Il va de soi que la rel,gton ne trouvapma1s
. « Camille ne chi:rche point à se parer, mais
en clic ur:e ennemie. Quand on a un frère
elle est mieux parée que les autres femmes.
cardinal. ...
·
&lt;&lt; Elle a un esprit que la nature refuse
Mme de Tencin sut retenir autour d'elle
presque toujours aux belles. Elle se prête
des hommes remarquables. Elle attira des
également au sérieux et à l'enjouement : si
gens de Jeures el des savants. Elle appelait
vous
l'oulez, elle pensera sensément; si vous
1,l ' fl.l.,\l \IP, &lt;'.\IU&gt;l"\J. Il l BOI S
ses amis sa ménagerie ou ses bêtes. Tous les
voulez, elle badinera comme les Grâces .
.. fn 11,·,,, ..,("' •IJ_u«· ,li· ( ;11,,h, , ,,
ans au moment des étrennes, elle offrait à
'}711, ,~ J, . . , . !0✓1{/ 1// /' f'l 't"lllt "/ .l/1111.,./1 ;•
cc Plus on a d'esprit, plus on en trouve à
cha;1ue bête deux aunes de velours pour
Camille. J&gt;
remplacer la culolte que ladite bète avait
Arme de Tencin devrait être regardée
ment la main, il est physiquement impossible
usée sur ses fauteuils.
comme un grand philosophe, car elle a laissé
que l'État ne culbute. J&gt;
•
Marmontel s'est fait le naturaliste de cès
On ne saurait trop vanter son esprit. Duclos aux hommes deux maximes avec lesquelles
animaux-là, dans une page fort spirituelle :
en a donné la meilleure louange en disant : · on est plus sûr de faire son chemin qu'avec
&lt;! C'était à ql!i saisirait le plus vile, et
« On ne peut pas avoir plus d'esprit; elle des rentes et de la naissance, et qui, selon
comme à la volée, le moment de placer son
avait toujours celui de la personne à qui elle l't'Xprcssion lrès juste de M. Henri Potrz, dominent l'art de parl'enir.
\'. -

H1sTOR1A. -

F.:isc. 4 0 .

�111S TORJ.ll
Les bfémoires du comte de Comminge pa5J'avais bien raison de conseiller aux persenl
pour son chef-d'œuvre.
sonnes ambitieuses. et en particulier à celles composé en grande partie d'imbéciles, et les
La
Harpe en disait : cc Il n'a été donnt:
traiter comme tels.
qui se destinent à la politique, de puiser de,
qu'à
une
autre femme de peindre, un siècle
D'ailleurs, ne voit-on pas tous b jours
enseignements dans la vie de )[me de Tencin.
après, avec un succrs égal, l'amour luttant
que
le
meilleur
moyen
de
séduire
les
hommes
Tout d'abord, elle a recommandé à Marcontre les obstacles et la vertu. Les "1émofres
montel de se faire des amies plutôt que des est de leur conter les balivernes les plus gros- du co111/e de Commi11ge peuvent être regarsières, de leur prodiguer les promesses les
amis.
dés comme le pendant de la Pl'ince.~se de
Cela n'a l'air de rien, mais c'est toule la plus fallacieuses.
Clèves. 11
Les
commerçants
connaissent
bien
cette
sagesse. On n'arrive que si on a les femmes
J'avoue que la lecture du Comte de Co111mentalité
du
public.
La
façon
dont
ils
rédipour soi. Mais la perspicace Mme de Tencin
minge
m'a paru fade et ennuyeuse. Il y règne
va nous dévoiler le fond de sa pensée : elle a gent leurs réclames est la preuve manifeste une sensiblerie agaçante. On y soupire trop;
qu'ils considèrent leurs contemporains comme
parlé d'amie, elle n'a pas parlé d'amante.
on y larmoie trop.
« Au moyen des femmes, on fait tout ce de furieux bélitres. Et cela leur réussit roya&lt;&lt; Elle soupira plusieurs fois pendant celle
qu'on veut des hommes, el puis ils sont les lement.
conversation
; je m'aperçus même qu'elle
Et que de propos aussi curieux, aussi sucuns trop dissipés, le&amp; autres trop préoccupés
avait
peine
à
retenir ses larmes. » - cc Cette
de leurs intérêts personnels pour ne pas né- culents, Mme de Tencin dut-elle tenir, et qui idée pénétra mon cœur d'un sentiment si
gliger les autres, au lieu que les femmes y sont perdus !
Cela explique l'empressement de ses amis tendre, que mes larmes, qui avaient été retepensent, ne fùt-ce que par oisiveté. Parlez ce
nues jusque-là par l'excès de mon désespoir,
soir à votre amie de quelque affaire qui vous et la vogue de son salon.
commencèrent
à couler. » - &lt;&lt; Les larmes
Ce salon fit bien des envieuses. Mme Geoftouche; demain à son rouet, à sa tapisserie,
qu'elle
répandait
en me parlant. ... »
mus la trouverez, rêvant, cherchant dans sa frin était assidue chez Mme de Tencin, qui
Les phrases de ce goüt-là foisonnent. C'est
tête le moyen de vous servir. Mais de celle disait :
- Savez-vous ce que la Geoffrin vient faire un déluge de pleurs.
que vous croirez pouvoir vous être utile,
Le comte de Comminge aime sa bclleici?
Elle vient ,•oir ce qu'elle pourra recueillir
gardez-vous bien d'être autre chose que
sœur, Adélaïde. Celle-ci partage son amour,
l'ami : dès qu'il sun·ient des nuages, des de mon inventaire.
Mme de Tencin disparue, le salon de mais elle ne fait « aucune démarche que le
brouilleries, des ruptures, tout est perdu. »
Mme Geoffrin tint la place qu'avait occupée plus rigoureux devoir puisse condamner ».
Comme cela est juste l
Le corole de Comminge la croit morte. li
Neuf fois sur dix, pour ne pas dire quatre- celui de la galante chanoinesse.
se
retire dans un couvent. )lais elle n'était
Elle avait nanti Mme Geoffrin d'un conseil
vingt-dix-neuf fois sur cent, quand on fait
pas
morte. Elle était séquestrée par son mari.
d'une femme sa maîtresse, on se forge une précieux. Elle l'avait engagée à ne repousser Après le décès de celui-ci, elle fuit sa maison,
ennemie. Les liaisons d'amour sont choses aucune liaison de société, à n'écarter aucune déguisée en homme. Le hasard l'amène dans
généralement éphémères. Lorsque la liaison offre amicale, quitte, ensuite, à faire le tri. le couvent où se trouve le comte. Elle s'l
se rompt, chacun garde en soi de la haine et e&lt; Tout sert' en ménage, disait-elle, quand on fait admettre. Elle s'enine d'une joie doudes rancœurs. Et la haine est plus forte quand a en soi de quoi mettre les outils en œuvre. » loureuse à contempler son ami sans qu'il la
-0n s'est beaucoup aimé. Si les torts sont du
reconnaisse. Elle verse des torrents de larmes.
V
côté de la maitresse, et l'hypothèse n'est pas
Au moment de mourir, elle révèle son sexe
précisément imraisemblàble, elle vous déteste
Mme de Tencin a laissé quatre ouvrages : et se livre à une confession pathétique :
avec une vigueur implacable, el ne recule
cc J'aimais et j'étais aimée d'un jeune
les ftlémoi1·es du comte de Comminge, le
devant aucune occasion de vous le prouver.
homme d'une condition égale à la mienne;
li ne îaut donc point briguer les faveurs
la haine de nos pères mit obstacle à notre
des dames qui peuvent nous aider de leur
mariage. Je fus même obligée pour l'intérêt
influence. C'est s'exposer à voir se changer
de mon amant d'en épouser un autre. Je
brusquement en mal tout le bien qu'on vous
cherchai jusque dans le choix de mon mari à
a fait.
lui donner des preuves de mon fol amour :
li y a des exceptions à toutes les règles. Je
celui qui ne pouvait m'inspirer que de la
ne prétends point que ce soit là une maxime
haine fut préféré, parce qu'il ne pouvait lui
absolue.
donner de jalousie. »
Et s'il est maladroit d'échanger des poliPassons quelques pages. Elle se lamente
tesses d'épiderme avec les dames qui sont
d'avoir beaucoup plus pensé à son amant qu'à
appelées à nous servir, il n'est pas mam-ais
Dieu dans ce COU\'ent. Quelles jérémiades!
d'avoir une maitresse, mais une seule, qui
« Quelle était la disposition que j'appors'occupe de notre avenir. li faut alors choisir
tais à vos saints exercices? ün cœur plein de
congrûment, car il importe, pour donner des
passion, tout occupé de ce qu'il aimait. Dieu
fruits, qu'une liaison de ce genre puisse durer.
qui voulait, en m'abandonnant à moi-même,
On cite, de notre temps, des hommes qui
me donner de plus en plus des raisons de
doivent une situation importante au dévouem'humilier un jour devant lui, permettait
ment et à l'intelligence de leur maitresse.
sans doute ces douleurs empoisonnées, que
Louons encore Mme de Tencin de nous
je goûtais à respirer le même air, à être dans
engager à cultiver l'amitié entre homme et
le même milieu. Je m'attachais à tous ses
J'emme, parce que c'est une des façons les
pas, je l'aidais dans son travail autant que
plus exquises de passer son temps.
mes forces pouvaient me le permettre, et je
Mme de Tencin a prononcé une autre pame trouv[!is dans ces moments payée de tout
role mémorable : cc Les gens d'esprit font
~\AD.\ME Ill 0EFFA'\T.
ce que je souffrais. :Mon égarement n'alla
heaucoup de fautes en conduite parce qu'ils
D"aprés UII dtSSÎII .:lt CARMOXTfLI E.
pourtant pas jusqu'à me faire connaitre.
ne croient jamais le monde assez hèle, aussi
Mais quel fut le motif qui m'arrêta? La
bête qu'il est. »
Siège
Calais, les Alalhew·s de l' ,hllOll)' crainte de troubler le repos de celui qui
Qui a vécu à Paris, la ville la plus spiriet les Anecdotes de la cour el du 1·ègne m'avait fait perdre le mien.... Sans cette
tuelle de la terre, a pu approfondir la valeur
1·rainte, j'aurais peul-être tout tenté pour
1l'Éd0Mr&lt;l Il, roi 11'.l11gletene.
de celle maxime.

Il faut bien se persuader que le monde est

a,,

JK.JID.Jf.ME DE TENC1N

arracher à Dieu une âme u .
.
.
était toute , .
q e·Je croyais qm
a 1UJ. »
Adélaïde
, ..d ' vous ète.s un monstre de vertu!
Ade1ai e, vous êtes t 'd , \'
d'·'
r
s upi e. otre grandeur
:•me. est ausse ! Pas un être huma1·n , .
rait
· , \'
n a«1' ams1 . ous retrouvez ,·otre amant oet
vous ne vo us ra1tcs
. pas reconnaitre de , lui
pour
ménager
son
repos'· "'i:-l comment ne
v
·1
ilous a;t ~as reconnue! Adélaîde, Adéla,de
r y a .ien ~s caractères biscornus dans le~
/mans, mais ,le nitre emporte hardiment
a palme de 1absurdité et de r·
.
blance....
mvra1sem-

--...

!~Cf;ur du roi, fit représenter des pièces de
eatre, entre autres le Complaisant el réun·t
1
une très b~lle liibliothrque thé:Hrale'
Il nourmsait, comme ~on frère, une ad-

d Cette. sages_,e était fort blâmée par l'abbé
de Berms, qm Jugeait contraire au bon ordre
rs choses c1ue les filles d'Opéra fussent
chas tes, c, _attendu, disait-il, le peu de fortunr
do_nt elles Jouissent, la modicité de leurs honoraires, les ressources qu'elles peuvent tirer de
~eur désho_nneur et la nécessité de se soutenir
cl ~ns un ctat conforme à leur condition de
eesseS, de nymphes et d'héroïnes n.
Enfin, _malgré l'épitre de Voltaire, Thiriot
échoua ~1teusement dans son entreprise. Ceci
se passait en f 73:5.
To~jour~ pressé d'argent, il compromit
son h1enfa1teur dans je ne sais quelle avent~re plus ou moins louche. Yoltaire. man-na~1.me, _pardonne encore. Il écrivit au du~ de
l,1chel!eu, ce ~ujet, le 1;; janvier fï67 :
.« Qum
. . . qu il .arm·e , J. e ne trah·1ra1· pas une
am1t1~ de souante années, et j'aime mieux
~ou.fr1~dque de le compromettre à mon tour. ll
A ~ ai a ~n?ore_ Thiriot de sa bourse.
..
n Nous· v01c1 lom de Mme de Tenc,·n, mais
_ous n avons pu résister it la tentation de
c1~er_ ces anecdotes, qui ne rejoignent notre
he~om~ que par les chemins les plus détourni-s.
e r~le ~e Mme de Tencin, femme de lettres
est , facile a. résumer
.
· On lui attr1"bue quatre'
omrages r1d1cules, qui sont de ses neveux
Pont-de-Veyle et d'Argental.
Le succès du Comte de l'omminge fut trè
gr?nd. li par~t en_ 1 755. On com'mençait :
priser la sens1bler1e._ Une réaction s'opérait
contre _les romans libertins. Le Comte de
Co!111111~19e an~~nce les œuvres pleurnichardes
q. UJ allaient sev1r dans la seconde m ·1· • d
e "è J
OI le U
\/VI/JI s1 c el, et dont la fastidieuse Xo1ll'ellP
/ e ?,'se e~t e prototype.
J t~agme que Mme de Tencin, que le succès
du lo111te de Commi1u7e flatta1·1 d ...
qua l '
.
.
,
e,rut
. n a s01: . p~nser que cette soporifi u~
idylle n_e mer1tait point tout le bruit 'qll
soulevait /
Il
•
qu e e
t . . 1· n pe o, Je veux croire qu'elle
ra1ta1t
de grand dadais,
. et qu ' elle
,. d" e. comte
,
s ID t~a1t a la pensée qu'un homme se fùt
condmt
. se
d · ·avec elle comme ce t1·m·d
1 e amant
rn _ms1t a~ec_ _\délaïde. Pour celle-ci ell
e,~a1t la mepr1ser de tout son rœur si docil:
à amour.
r ~t ~uand elle a dit que les gens d'esprit
o~. auco~p d~ fautes en conduite arce
qu ils ne croient Jamais le monde assez pbêt
peut-être songeait-elle au succès d C e,
deC
·
•
u omte
o11~11~111~e, qui donne une assez belle idé
&lt;1e 1a ma1serie des hommes.
e
..~Im.e de Tencin devait goût d' ..
d tromc admirables à entendre ~r csl JOtes
blesse des sentiments de
ouer a no. • .,
. .
ses personnan-es
qm, s1 J ose ams1 parler lui ref . . o •
virginité.
'
a1sa1ent une

Comment finit ce pet·t
. . .
I ouvrage ms1p1de'1
Ad 'l ··d
eta1 e meurt, et le comte se J·rue en pieu·
ran sur son
,
ment d
1corps, en 1arrosant, naturelle' e ses armes. Quelle al'erse de larmes'
0 n ne peut pas lire I C
.
sans a,·0·1r 1··d, . ef omte de Co111 minge
1
ee
vmot
·
d
•
·
•
o 0 1s ouvrir un para
p1me.
Ce roman ai-J. e dit t
. ,
le chef-d' '. d
' es cons1deré comme
œuvre e Mme de Tencin S 1
ne m'a pas incité à r
· a ecture
.
.
. ire ses autres producllons, ou on larmo1e toujours oit l' , .
dans des cloitres, où la raison ~mbaotnl se JClte
f H
•
, e cœur
,a arpe est impardonnable d' . .
.
a i l C
a101r com.
P re e omle dt• Co111111 inge à 1 p . .
tle Clèl'e•.,. StY1,c et pensee
,
t a I mcesse
ressemble :
1. .
' ce ouvrage-là
a ce u1-c1 comme la Phedr d
IJ'ALEMJJEIIT.
Pradon
ressemble
à
celle
de
R
.
e e
IJ'a('rés
un dessin :lt Juur,r.
'1
,
acme.
me d&amp; Cleves a une raison nobl
..
cate de résister à M de N
e et deltpas trahir
h ·
cm_ou~s.: elle ne veut mi~a_tion hyperbolique pour \'ollaire Leur
un omme qui l aime et u·
confiance en elle. Mais Adélaid
f q J a am1lté P?ur le philosophe ne se déme~t't
1
pas
reconnaitre l'h
,
e re usant de un seul mstant.
omme quelle ad
1
qu'elle est Jib d
.
ore, a ors
Fla~qué~ d'un sieur Thiriot, ils formaient
11
. re e tous liens, quelle sotti~e i
est triste de penser qu'un
. . : · un ti:mmv1rat qui examinait les œuvres de
ouvrage soit sorti de la pl
d aussi p1etre V~lta1re avant qu'elles ru~,ent remises à l'ltnd
..
urne e cette femme
pr11reur: Le grand homme écoutait leurs avis
ar ente et spmtuelle qu'était l\lme de T .
Ile
encm.
,avait connu Thiriot dans sa prime ·eu~
ureusement pour sa mé .
1
avér~: qu'elle ne l'a pas écrit. moire, i est nesse, chez le procureur \Iain oit ils lt J_
lacés D · •
e a1en t
P . .. epms, i1s ne se quittèrent plus
L auteur en serait M d' \
I
T?1r10t apprenait par cœur les oésies de
propre neveu. roc dame d~ ses ::~et: ~ /on
porté qu'elle le vit fondre en larme ap- fon illustre ami, cl les récitait à :ui voulait
es entendre. On l'avait surnommé la \I ' .
encore 1 - à la lecture du C
· S, ' • emo1re
mingP Il
. omte tle Co111- de \ollaire.
l' . . bl?e se coosola1t point de ne pas
_Ce Thiriot, qui vivait à ses cro&lt;'hets n"ta't
avoir pu té sous son nom
pornt d'_une délicatesse exagérée.
g:rd1a
Conseiller au Parlement de p . 'f d'
"entai '
.
ar1s, " . .\r- pour__lm une ~entaine de souscriptions de la
" . n _aurait pas signé ce roman à cause de
lien, tade, qu il avait recueillies \'oit .
sa s1tualton de magistrat.
d
JI fi
•
·
aire
ar onna. it mieux : comme son ami é .
P
. On ne, conçoit pas cette raison à une amoureux
de
mie
Sallé
il
tait
epoque ou certarns
· . magistrats
·
'
'
composa pour
écrivaient
des Th. .
mot
une
épitre
en
vers
que
cel
.
.
.
0puscu 1es galants.
: 1 d
m-e1 remit
,t a anscuse. Serait-ce celte corn 1 •.
• •
P a1~ance
On trouva: dans les papiers du comte d'Ar- d . J •
e o taire qui mspira tt Edmond Rostand
gental, plusieurs J&gt;arres de s
.
A d
o '
a mam des son 'charmant épisode de C/Jl·ano où 1 C d
nec oies de la cow· d'Édouard JI œ'
, ·
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•
e a et
que ~lme d T .
.
, uvre de. Gas
' cogne. ccrit pour Christian IPs lettres
termina Mm: Éf.nc1dn ]Ba1ssa inachevée, et que d amour destmées à Roxane?
A[
,
ie e eaumont.
_Mlle Sallé était cette sin«ulière pe ..
: d Argental connut dans
. d
na
d l'O •
o
ns10npassions . il ·
.
sa '1e eux
1re Ile
pera, que Voltaire traitait de
idolâtra Volta~~:a Adrienne Lecouvreur et il « crue ~ b~gueule n, et qui passe pour être
Aussi bien, les derni1\res années de s .·
demeuree v1erne
ün autre neveu d M
d
comte de Pont d
e me e Tencin, Je l'Ol l~ disa;t q~:iÏ y avait quatre merveilles à
'ào~~~:; ~~: /eéls~rdFres qui , l'agitt~r:~~·
1
E
,.. resnaye
dans la conf ~ e-dVeyle, l'aida discrètement
pera : a ~ou de lllle Lemaure, le jarret
Il f
, ect1on e ses opuscules.
, ' t e!le mourut entourée de l';lfection d
e
ut I amant de Mme du Deffand, de1int ~: ~rr~~i1l~.Jambe de la Mariette, la sagesse ses amis et du respect des bon
.1 décembre I WI à l'à d
. nêtes gens, le
'·
ge c soixante-sept ans.

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liAsTo\' DER rs.

�Le 9 Thermidor
L'homme de l'action avait fait briller l'acier
Le deloir de l'historien est de laisser parler criptions; la justice nationale seule frappera dans ses mains hardies, en disant : &lt;( Je me
les scélérats. (Vifs applaudissements.) Comme
l'histoire elle-mème. C'est le Moniteur qui
suis armé d'un poignard pour ·percer le sein
il est de la dernière importance que dans les
nous peindra la séance du 9 thermidor :
du nouveau Cromwell, si la Convention
dangers qui environnent la patrie, les ci« TAI.LIEN : Je demande la parole pour
n'avait pas le courage de le décréter d'accuune motion d'ordre. Saint-Just a commencé toyens ne soient pas égarés, que les chefs de sation. l&gt;
la force armée ne puissent pas faire de mal,
par dire qu'il n'était d'aucune faction. Je dis
Mais rouvrons le !,Jonileui· :
je demande l'arrestation d'Hanriot et de son
la même chose. Je n'appartiens qu'à moi&lt;( TAl.LIEN : Je demande la parole pour ramême et à la liberté. C'est pour cela que je état-major. Ensuite nous examinerons le dé- mener la discussion à son vrai point.
cret qui a été rendu sur la seule proposition
vais faire entendre la vérité. Aucun bon ci&lt;( ROBESPIERRE : Je saurai l'y ramener.
de l'homme qui nous occupe. Nous ne
toyen ne peut retenir ses larmes sur le sort
sommes pas modérés, mais nous voulons que (llurmures.)
malheureux auquel la cho~e publique est
&lt;( La Comention
accorde la parole à
l'innocence ne soit pas opprimée. Nous vouabandonnée. Partout on ne voil que division.
Tallien.
Hier, un membre du gouvernement s'en est lons que le président du tribunal révolution« TALLIEN : Citoyens, ce n'est pas en ce
naire traite ·les accusés avec dignité et avec
isolé, a prononcé un discours en son nom
moment rnr des faits particuliers que je dois
justice. (Nouveaux applaudissements.) Voilà
particulier; aujourd'hui un autre fait la même
porter l'attention de la Convention. Les faits
chose. On vient encore s'attaquer, aggraver la véritable vertu. Ceux qui ont combattu La qu'on a dits ont de l'importance sans doute,
les maux de la patrie, la précipiter dans Fayette et toutes les factions qui se sont suc- mais il n'est pas dans cette assemblée un
l"abîme. Je demande que le rideau soit entiè- cédé depuis se réuniront pour samer la Ré- membre qui ne pllt se plaindre d'un acte
publique. Que les écrivains patriotes se rérement déchiré. » (On applaudit très vivetyrannique. C'est sur le discours prononcé
veillent. J'appelle tous les vieux amis de la
hier à la Comenlion, et répété aux Jacobins,
ment à trois reprises difJérentes.)
Billaud-Varennes ,·ient se joindre à Tallien, liberté, tous les anciens Jacobins, tous les que j'appelle toule votre attention. C'est là
journalistes patriotes. Qu'ils concourent avec
mais l'intrépide Tallien veut arnir tout l'honque je rencontre le l)'ran; c'est là que je
nous à sauver la liberté. lis tiendront parole,
neur de l'action. Robespierre s'élance vers la
trouve toute la conspiration; c'est dans cc
leur patriotisme m'en est garant. On avait
discours qu'avec la vérité, la justice et la
tribune, et vendant que l'on crie 1l bas le
jeté les 1eux sur moi. J'aurais porté ma tête
Convention, je veux trouver des armes pour
t?11·an ! Tallien frappe sur le tyran.
sur l'échafaud avec courage, parce que je
&lt;I TALLIEN : Je demandais tout à l'heure
le terrasser, cet homme dont la verlu et le
me serais dit : Un jour viendra où ma cendre
qu'on déchirât le voile. Il l"est entièrement;
patriotisme étaient tant vantés, mais .qu'on
sera reLvée avec les honneurs dus à un pales conspirateurs sont démasqués, ils seront
avait vu, à l'époque mémorable du 10 août,
triote persécuté par un tyran. L'homme qui
bientôt anéantis, et la liberté triomphera.
ne paraître que trois jours après la révoluest à la tribune est un nouveau Catilina. Ceux
tion; cet homme qui, deYant êlre dans Je
(Vifs applaudissements.) Tout annonce que
dont il s'était entouré étaient de nouveaux
Comité de Salut public Je défenseur des
l'ennemi de la représentation nationale va
Verrès. On ne dira pas que les membres des
opprimés, qui, devant être à son poste, l'a
tomber sous ses coups. Nous donnons à notre
deux comités sont mes partisans, car je ne
abandonné depuis quatre décades : et à
république naissante une preuve de notre
les connais pas, et, depuis ma mission, je
loyauté républicaine. Je me suis imposé jusquelle époque1 lorsque l'armée du Nord
n'ai élé abreuvé que de dégoûts. Robespierre
Jonnait à tous ses collègues de vives solliciqu'ici le silence, parce que je savais que le
voulait tour à tour nous attaquer, nous isotudes. ll l'a abandonné pour venir calomnier
tyran de la France avait formé une liste de
ler, et enfin il serait resté un jour seul avec
les comités, qui ont sauvé la patrie. '(Vifs
proscrip1ion. J'ai vu hier la séance des Jacoles hommes crapuleux et perdus de débauche
applaudissements.) Certes, si je voulais retrabins; j'ai frémi pour la patrie; j'ai ,,u se
qui le servent. Je demande que nous décrécer les actes d'oppression particuliers qui ont
former l'armée du nomeau Cromwell, et je
tions la permanence de nos séances jusqu'à
eu lieu, je remarquerais que c'est pendant le
me suis armé d'un poignard pour lui percer
ce que le glaive de la loi ait assuré la Révole sein si la Convention nationale n'avait pas
temps où Robespierre a été chargé de la
lution, et que nous ordonnions l'arrestation
police générale qu'ils ont été commis, que
Je courage de le décréter d'accusation. (Talles patriotes du Comité révolutionnaire de la
lien agite son poignard. \'ifs applaudisse- des traîtres.
« Les deux propositions de Tallien sont
section de l'lndivisibilité ont été arrêtés.
ments.) Nous, républicains, accusons-le avec
adoptées au milieu des plus vifs applaudisse« Robespierre interrompt par des cris. Il
la loyauté du courage, en présence du peuple
ments et des cris de Vive la République!
français. Il est bon d'éclairer les citoyens, et
s'élève de ,,iolents murmures.
« Robespierre insiste pour avoir la parolr.
&lt;( LoucHET : Je demande le décret d'arresceux qui fréquentent les tribunes des Jaco(! A bas, à bas le tyran! lui crient de
bins ne sont pas plus attachés à Robespierre
tation contre Robespierre
nouveau tous les membres.
(( LmsEAU: Il est constant que Robespierre
qu'à aucun autre individu, mais à la liberté
&lt;I ROBESPIERRE : Je demande la parole.
a été dominateur; je demande par cela seul
(On applaudit.) Ce n'est pas non plus en in&lt;( Les mêmes membres : Non, à bas le
dividu que je viens attaquer, c'est l'attention
Je décret d'accusa lion.
tyran!
l&gt;
&lt;( Louc11ET : Ma motion est appuyée; aux
de la Convention que j'appelle sur cette vaste
Tous ceux qui n'avaient osé rien dire se
conspiration. Je ne doute pas qu'elle ne lèvent pour parler : les corbeaux s'abattent voix l'arrestation.
&lt;1 RonESPIERnE jeune : Je suis aussi couprenne des mesures énergiques et promptes,
déjà sur le cadavre. Mais celui qui avait soupable que mon frère; je partage ses vertus.
qu'elle ne reste ici en permanence pour saulevé la tempête, bravé la foudre, déchiré le Je demande aussi le décret d'accusation con-·
ver le peuple; et quoi qu'en aient dit les
temple, renversé le dieu, anéanti le dictateur,
partisans de l'homme que je dénonce, il n'y
tre moi. l&gt;
aura pas de :H mai , il n'y aura pas de pros- c'était Tallien.

�1t1STO'J{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J I
Gràce à celle belle parole, Robespierre va
tomber de plus haut.
&lt;! Robespierre apostrophe le président et
les membres de l'Assemblée dans les termes
les plus injurieux.
&lt;! Plusieurs memb1'es : Aux voix l'arrestation!
!! Elle est décrétée à l'unanimité.
&lt;! Tous les membres. se lèvent et font retentir la salie des cris de Vitte la liberté! vive
la Bépublique !
:: LE füs : Je ne veux pas partager l'opprobre de c_e décret, je demande aussi l'arrestation. »
Ce cri d'indignation d'un brave cœur n'est
pas mèmc compris dans ce flux d'effroi, de
fureur, de justice et de vengeanc·e.
!! FRÉROI&gt; : Citoyens collègues, la patrie,
en ce jour, et la liberté, vont sortir de leurs
ruines.
(( RoBESPIERR~: : Oui , car les brigands
triomphent.
!! fRùw:. : On voulait former un triumvirat qui rappelàt les proscriptions sanglantes
de Sylla ; on voulait s·élever sur les ruines
de la République, et les hommes qui le ten laient sont : Robespierre, Couthon et SaintJust.
!! Plusieurs voix : Et Le Bas.
!! FRÉRON : Couthon est un tigre altéré du
sang de la représentation nationale. Il a osé,
pour passe-temps royal, parler dans la Société
des Jacobins de cinq ou six têtes de la Convention. (Oui, oui! s'écrie-t-on de toutes
parts.) Ce n'était là que le commencement,
et il voulait se faire de nos cadavres autant
de degrés pour monter au trône.
(! CourHON : Je voulais arriver au trône,
moi! »
Couthon regardait amèrement ses jambes
paralysées.
(( fRÉRo:. : Je demande aussi le décret
d'arrestation contre Saint-Just, Le Bas et
Couthon.
(&lt; Cette proposition est décrétée au milieu
des plus vifs applaudissements. »
Voilà l'histoire de ce grand jour, voilà le
dialogue immortel de ce neuf thermidor, où
chaque historien a voulu fonder une religion
politique.

Robespierre et ses amis devaient se relever
pour une heure de leur chute profonde : la
prison refusa de les recevoir. Réunis à l'hôtel
de ville, ils faillirent soulever tout Paris contre la Convention; mais ils n'osèrent braver
la loi, - la loi qu'ils avaient faite. - Robespierre prenait la plume pour signer l'ordre
de la rébellion, et la plume lui tombait des
mains. Saint-Just, le seul homme d'action, se
croisait stoïquement les bras pour oLt\ir à son
maître. Et pourtant la révolte levait la tête et
criait aux armes. Les sections se demandaient
partout si la patrie n'était pas plutôt dans le

camp de Robespierre que dans le camp de
Tallien. Une ondée diluvienne ne fut-elle pas
pour quelque chose dans l'apaisement de la
révolte? Combien qui, mouillés jusqu'aux os,
rentrèrent dans la nuit pour ne plus sortir
que le matin, quand tout était fini! Toute
cette histoire du 9 thermidor est encore à
faire.
Si Saint-Just eût pris l'épée d'Hanriot, il
pouvait sauver la République; mais il brisa
sa volonté devant Robespierre, et tout fut
perdu pour tous les deux.
Tallien veillait et donnait la fièvre à Barras;
il savait bien que tant que Robespierre et
Saint-Just seraient debout, tout était à craindre. On n'abat pas du premier coup de pareils ennemis. Tallien se multipliait; il était
à la Convention, il était au milieu des soldats; il ne voulait pas que le soleil se levât
sans que la Commune fût assaillie, sans que
les rebelles fussent fusillés.
Robespierre, se voyant trahi par les siens,
ne voulut livrer qu'un homme mort à ses
ennemis.
Le .Bas avait déposé deux pistolets devant
lui sur la table. Comme Saint-Just, Le Bas
était un homme d'action : plus d'une fois lui
aussi avait décrété la victoire; c'était l'heure
de décréter la mort. Quand Robespierre comprit, par les bruits du dehors, par les cris
des vainqueurs dans l'escalier, que le moment était venu, il saisit un pistolet et l'arma
contre son front; mais la balle lui fracassa la
figure et ne le tua point. Robespierre u'était
pas familier aux armes. Quand Barras triomphant apparut d'un air un peu théâtral, le
coup venait de partir; il vit son ennemi la
houche ruisselante de sang, la tête renversée,
mais le regard toujours fier. Rôbespierre était
à moitié mort, mais ne voulait pas s'avouer
,•aincu.
Quel tableau! Comment David n'a-t-il pas
tenté de peindre cette scène tragique : Robespierre blessé mortellement, soulevé par son
cher Saint-Just; Couthon méditatif de l'autre
côté de la table; Le Bas mourant aux pieds
de Robespierre; le frère de Robespierre ouvrant une fenêtre pour s'y précipiter.
Cette page manque à l'œuvre du peintre
révolutionnaire.
On a accusé Saint-Just d'avoir voulu fuir;
Barras, dans ses mémoires, Barras son ennemi, le représente donnant des soins à Robespierre. Ceux qui aiment Saint-Just seront
heureux du témoignage tardif de Barras : il
est beau de voir Saint-Just jusqu'au dernier
moment se sacrifier à ce maître qu'il avait
accepté, mais qu'il dominait de toute sa
grandeur.
Le gendarme .Méda se vanta, on ne sait
pourquoi, d'avoir làchement tué Robespierre
sans défense; mais Barras fit justice d;, ce
mensonge. Le Monile111·, d'ailleurs, tout en
consignant la déclaration de ~Iéda, semble
n'y pas croire, si j'en juge par ce paragraphe :

C! Après la chute de la commune, Robespierre fut apporté dans l'avant-chambre du
Comité de Salut public. Là, étendu sur une
table qui avait plus d'une fois servi à recevoir
les ordres qu'il dictait, ayant une boite de
sapin pour oreiller, il essuyait la salive ensanglantée qui sortait de sa bouche avec
l'étui d'un pistolet sur lequel était cette
adresse : Au grand monarque. C'était le
titre qu'avait ambitionné ce làche scélérat,
qui pendant toute la matinée de ce jour-là
même avait agité un canif sans oser s'en
frapper, et qui, le soir encore, après qu'il
eut été vaincu, ne pul ll·ouver le courage
rie ne pas se manquer·. ,,
On était alors si bien habitué au sang que
pendant huit jours « cette table où on avait
déposé Robespierre était encore teinte de son
sang, ce qui n'empêchait pas les membres du
Comité de délibérer. Quelle inattention ou
quelle attention inqualifiable chez ses collègues! » C'est Barras qui parle.
Robespierre teignant de son sang la table
de ce comité où lui-mème, Carnot, SaintJust, Couthon et les autres, avaient signé le
renouvellement du monde, n'est-ce pas encore
un tableau qui manque à l'œuvre de celui
qui avait peint Marat assassiné dans sa baignoire?

Robespierre avait encore bien des supplices

à traverser. Il gardait la dignité du silence.
Quelle fut sa pensée pendant ces _longues
heures d'angoisses?
A la Conciergerie, - car il lui fallut à lui
aussi subir cette prison, - il demanda une
plume. Le guichetier, qui s'inquiétait peu de
savoir la pensée de Robespierre, lui dem~nda
en raillant si c'était pour écrire à son Etre
Suprême. &lt;! Ce n'est pas la peine, ajouta ce
bel esprit funèbre, puisque tu vas l'aller
voir. l&gt;
La mort de Robespierre grandit sa vie : il
eut quelque chose du martyr, comme SaintJust eut quelque chose de l'apôtre.
Hoche, qui était prisonnier, vit passer
Saint-Just devant lui. C'était son ennemi,
mais il le salua. Quel ennemi ne s'inclinerait
devant le génie qui tombe 1
Ùn sait la fin. On sait toutes les horreurs
du dernier voyage. On sait que Robespierre
et ses amis ne pâlirent pas devant la mort.
Saint-Just sur l'échafaud leva fièrement, pour
la dernière fois, cette belle tête au profil antique, qui n'avait pâli ni devant le canon des
ennemis ni devant le spectacle de la guillotine.
Ce fut la grande figure de la Révolution,
car Saint-Just n'avait eu que l'amour de la .
République et que l'ambition de la patrie; il
mourut dans sa jeunesse, dans sa beauté,
dans sa grandeur, portanl déjà sur le front
ce rayon d'immortalité qui illumine sa figure
dans l'histoire.
ARSÈNE

HOCSSAYE.

&lt;k l'Acadt!mie française.

c,'"&lt;&gt;

« On ne passe pas »
Certains épisodes de la vie de Napoléon ont re_nlés. L~ succès ne franchit pas un certain
frappé au vif l'imagination populaire et sont étiage soc~al ; cette grande leçon d'égalité de- on entraîna 1~ factionnaire au bivouac du
devenus classiques. Leur dilTusion d'ordinaire vant la 101 ~t de respect de la consigne eût été corps d~ garde : &lt;! Tu es perdu, lui dit-on,
s'est faite par l'image : un marchand d'es- mal comprise en certains lieux. Ce conscrit Lon affaire est claire, lu vas être fusillé. »
tampes a découvert ce sujet, a commandé un de deux sous, en allure de Jocrisse, le shako ~.lais voici qu'on le demande de la part de
d_essin, d'ordinaire lithographique, à un ar- campé ~ur le derrière de la tête, qui, mettant 1Empereur : &lt;! Tu peux mettre un ruban à
tiste, plutôt à un ouvrier d'art. Le succès a son fusil en travers et en appuyant la crosse ta bou_tonnière, lui dit Napoléon, je te donne
été grand; il a provoqué l'imitation ou la sur un mur écroulé ou sur un talus dit à la cro1~. i&gt; Et comme le soldat répond :
contrefaçon et c'est par millions que les !'Empereur: Quand bien même vous' seriez (( Merci'. mon Empereur, mais il n'y a plus
épreuves répandues par le monde ont im- le p'til Caporal, j' vous disons qu'on n' de boutique dans ce pays-ci pour acheter du
m~rtalisé un. trait, parfois apocryphe, mais passe pas, c'est la Loi, c'est l'Écralité c'est ruban », !'Empereur dit: l! Eh bien! prends
qui ne saurall en aucun cas passer pour in- la consig?e, pareille pour tous, et° que 'rEm- une pièce. rouge à un jupon de femme, ça
fera la meme chose. l&gt;
différent.
pereur,_n a. garde de violer. Lui, qui est le
, Vo!là l'histoire qui, on peut le craindre,
Le choix de ces épisodes, leur adoption par chef, s mchne devant la loi dont cc petit sols agremente de quelque légende en sa ~ela ?ation et les nations, leur succès plus ou dat est l'exécuteur fidèle.
conde partie.
moms grand, la multiplicité parfois à l'infini
Ce_la eS t un exemple et cela est une philodes formules, on peut dire même leur carac- s?pbie - une philosophie qui en vaut bien
tère artistique rudimentaire, importent à qui d autres.
Ce fact!o~n~ire ~e n.,°mmait Jean-Baptiste
ve~1t se ren~re compte des idées générales
Coluche : t1 ela1t ne le JO mars 1780 à Gasq~1, so,~~eillant dan~. la ,consci_ence poputins, près de Nangis, et était viO'neron lorslaire, s eve1llent au rec1t d un fait, tirent de
Seulement l'anecdote est-elle vraie? Grâce que, en 1805, il partit comme° consc~it de
ce fait une sorte de philosophie rudimentaire,
au~ rec?erches de M. le lieutenant-colonel l'An IX ; il fut incorporé au 17• lé&lt;rer dans
et d'un ensemble d'épisodes ainsi rassemblés,
. d "'
o ,
Bo~s, qui a reconstitué le détail des faits et 1a 5• compagme
u .'.&gt;" bataillon, avec le nuforment la doctrine héroïque et instituent le
qm
a
retrouvé
ce
soldat
si
ferré
sur
sa
consiculte du héros.
méro matricule 5018. (( II était illettré et
?ne: on est assez bien instruit à présent, car d'une intelligence peu développée lJ, dit Je JieuApocryphes_ ou historiques, ces anecdotes,
il_ n ail~ pas de même jadis ; si sept villes se
que la conscience du peuple a triées entre d1sputa1ent Homère, quantité de ré,,iments tena~t-col~nel Bois; on en peut j uger à sa
pbys10nom11! assez fidèlement reproduite dans
des milliers, symbolisent, ou quelqu'une des
c?erchaient à s'attribuer ce factionnair~ intré- les_ dérivés directs du tableau de Vernet et
,·ertus du héros, ou quelque formule propide: d'après des inscriptions tracées_ dans
c~amée par la Révoluti~n, affirmée par l'Em- les gra~res - sur le mur devant lequel il qm m?ntre ce qu'au temps de !"Empire on
arpela1t _un Jeannot. Au surplus, Coluche
pire et a laquelle la natwn s'est attachée avec
est. place, on peut croire qu'il appartient à la n eut pomt une brillante fortune . il resta
une invincible fidélité.
42• (42• demi-brigade) de ligne, à la 52•, à
soldat de deuxième classe, bien qu;il eût fait
Parmi ces anecdotes, celle qui se trouve le la 56•, ou au 27• léger.
les campagnes de Prusse ( 1806), de Poloplus fréquemment reproduite par la rrravure
Or, il ne servit dans aucun de ces corps
sur bois et à l'aquatinte, représente Empe- mais au 17• léger.
' gne ,(1807), d'Autriche (1809), de Portugal
et d Espagne (18!0-18 15), de France (i 8141
reur arrêté par un conscrit en sentinelle. Elle
La scène s'est passée le 5 mai 1809 : il y a
a pour point de départ un tableau d'Horace c&lt;;nt deux ans. L'Empereur était en marche sur et ~u'il eût été blessé d'une balle à la tête à
Ve:net qui ne s~mble point avoir été exposé, V1en_ne. La division Claparède, dont faisait Arcis-sur-Aube.
-: ~fais, dit-on, il avait été décoré en 180!:J.
qui ne figure pomt dans son œuvre, qui pour- partie !e
léger, avait attaqué, à Eberstant l'ut gravé, mais qui surtout fut contre- berg, I amere-garde du corps autrichien du Le heutenant-colonel Bois semble le croire
fermeme~t. Pourtant le nom de Coluche ne
fait. Elle plut tout de suite aux marchand~ général lliller; et ce corps s'était en entier
de vins, qui l'accaparèrent comme enseigne. retourné contre elle: 50.000 ho0:mes contr; fi~ure pomt sur l'État général de la Légion
La lé~ende: On n' passe pas s'appliquait à 7.000. La division avait tenu, et à l'aide des d honneur, publié en 1814 et qui s'arrête
merveille aux clients qui devaient d'abord autres du corps d'Oudinot, elle était restée au. 29 septembre 1815. li figure au conavoir pris un litre sur le comptoir. Cette sicrni- maîtresse d'Ebersberg, de quatre canons et traire, avec la date r~elle de la promotion,
12 ~IA~s 1814, dans I Annuafre de l'Oulre
fication spéciale et viticole n'expliquerait p~int de deux drapeaux.
zmpét:wz ~e la Légion d'honnew· 7,oui·
toutefois le ~uccès immense obtenu par une
Une masure demeurait seule debout dans
telle_ scène. l,ne très modeste collection napo- le vil~a~e incendié. Napoléon s'y installa. l ,n l annee !8:l2. C_oluchc n'a point été décoré
l~~menne en contient plus de quarante répé- carabmier du 17• léger fut mis en faction à pour
. avoir barre le passacre
'o a' J''i'mp
1;
ereur
lll!ons; de plus, on la voit sur des porte- la porte, reçut la consigne de ne laisser entrer mais pour avoir été blessé à Arcis. Par là, 1~
'?ontres, des pelotes, des cadrans, des taba- ni sortir aucune personne qui ne fùt accom- seconde pa_rlie de l'anecdote, telle que l'admet M. Bois, se trouve donc infirmée. Colullères, des boites de toute~ les sortes, en bois, pagnée d'un officier d'état-major. A la nuit
che
barra le. chemin à !'Empereur, et , ce fa1.
en poudre de corne ou d'écaille en cuivre et !'Empereur ouvrit la porte, et, sans fair;
.
'
remp1it son devoir; mais il ne fu t p
en zmc: ~ous objets qui, en leur temps, fu- attention au C! On ne passe pas ,, du faction- sant,
.I ·
• . .
our
m recompensé, et Ie d'ia1ogue
rent possedés par de petites gens, et coùtè- naire, marcha devant lui. Le soldat alors lui ce •.a LU pum,
•
d'
1
rent un prix très bas, mais en ceci tout dé- cria : !! Si tu fais un pas de plus, je te f... qu i preten it avoir eu avec !'Empereur est
~lus
que vraisemblablement, de son inven~
pend des b~urse~. Très peu de ces gravures ma baïonnette dans le ventre. l&gt; On accourut
t1on.
ou de ces obJets s adressent à des gens mieux de l'intérieur: des officiers, des généraux;
Une fois de plus ceci nous apprend le

f

~7•

�___________________ __,
111STOR..1.ll - compte qu'il faut tenir de la tradition orale ou écrite. Le récit de Coluche n'est pas
bien méchant, mais c'est une « craque &gt;&gt;. Le
mot et la chose sont essentiellement du temps.
Coluche rentra dans ses foyers après la
campa"ne de France; il se maria à une payse
nomm1e Madeleine Moreau, fut, en 1.8;il,
élu sous-lieutenant de la garde nationale du
canto~ de Nangis el, vraisemblablement vers
celle épo11uc. établit un petit. débi_t à 1:enseione : On n' passe pas. L enseigne a la
po;tc reproduisait grossièrement 1~ tableau
de Vernet et l'image populaire, mais ~ur la
masure devant laquelle Coluche arrêtait son
empereur était écrit en grosses lettres: Maison Coluche.
~apoléon III, qui lui donna la médaille_ de
Sainte-Hélène, le reçut à Fontainebleau, IUJ fit

raconter ses campa"nes, le présenta à l'impératrice et au Prin~e ~mp~rial: &lt;&lt; Al~ l c'est
madame qui est mon 1mpcratr1ce, dit Coluche; eh bien! Sire, je vous félicite de "?trc
choix el de votre goùt. n li ne demanda rien,
hormis les portraits de sa souveraine e~ d'.1
Petit Prince, mais, au retour chez lUJ, 11
trou va dans sa poche une liasse de l,illels de
cent francs.
Il ne consentit point à quiller Gaslin~,
lorsque les propriétaires du_ gr~nd !°ag~sm
de confections de la rue de H11·oli, qui ~vaien~
pris pour enseigne: .1 /tt redingote gnse, l?.1
proposèrent l .800 francs pa~. an po~r q? 11
se tint dans la boutique, et qu 11 permit qu on
ajoutàt 11 l'enseigne: C'est ici que demeu1'e

Coluche.

Il mourut à Gastins, le~ mai 18li7, à l'âge

dé quatre-vingt-sept ans. C'est toute son histoire.
,, .
Mal"ré son apparente jeannoterie, il n eta1t
point ~ant sot, puisqu'il avait trouv~ moye~i
d'ajouter à son aventure une cr?1x antidatée de cinq ans, el une conversallou presque vraisemblable avec,. rE':°per:ur .• ~eu
s'en fallait que le mot qu il lUJ arn1.t pre~c _ne
passât dans l'histoire. M~rc~ Sarnt-11,~aire
l'eût connu qu'il l'cùL fait sien. Les vieux
soldats avaient de ces grâces d'état et, à rouler ainsi par l'Europe et à en faire le tou~ sac
au dos, ils emplissaient Ator de malices.
N'empêche que Coluche était un . brave
homme et que, s'il exploitait :on enseigne et
son histoire, il ne voulut pomt tromp:r les
Parisiens en servant d'aboyeur ii la I{edwgole
grise. Coluche est estimable. Vive Coluche!
Fnfoi'.:1ur \L\SSO:\',
Je l'AcaJémie française.

fiux Tuileries
-

LE CHATEAU

o'lssY. - IJ'aJ&gt;rès une gravure de

Gui:RO~LT,

1847 -

CH. GAILLY DE TAURINES
De ces jeunes mères du château, Mme la
Le comte de Paris est d'un caractère grave
duchesse d'Orléans mise à part, Mme de
et doux; il apprend bien. Il a de 1~ tenJoinville est la seule qui ne gàle pas ~es
dresse naturelle, il est doux à ceux qui soufenfants. Aux Tuileries, on appelle sa pel1~e
frent.
.
fùle Chiquette; tout le ~on~e, le roi lmSon jeune cousin de Wurtemberg,. qui a
même. Le prince de Jomv1lle ap~elle sa
deux mois de plus que lui, en est J~O~X,
femme Chicartle depuis le bal des pierrots'.
r.omme sa mère, la princesse Marie, éta1.t Jade là Chiquette. A ce bal des pierrots, le roi
louse de la mère du comte de Paris. Du qvant
disai; : - Comme Chicarde s'amuse! Le
de M. le duc d'Orléans, le petit Wurtemberg a
prince de Joimille dansait toutes les dan~es
été longtemps l'objet des préférence~ de la
risquées. Mme de Montpens!er et Mme ~iareine et dans la petite cour des corridor&amp; et
des ~ha~bres à coucher, on !lattait la reine dères étaient les seules qm fussent. d~collelées. - Ce n'est pas de bon goût, d1sa1t la
par des comparaisons de l'un à l' a~lre,, to~reine._ Mais c'est joli, disait le roi.
jou rs fayorables à Wurtembe~g. AuJourd hm,
celte inégalité a cessé. La reme, par _un sentiment touchant, inclinait vers le petit \~urtemberg parce qu'il n'avait plus .sa mcrc;
Aux Tuileries, le prince de Joinvil.le pass.e
maintenant il n'y a plus de raison pour son temps à faire cent folies; un J?ur, il
ciu'elle ne se retourne pas vers le comte de ouvre les robinets de toutes les fonta.mes, ~l
Paris, puisqu'il n'a plus son père. .
inonde les appartements; un autre JOU~, il
Le petit Michel ~ey joue tous les d1_manches coupe tous les cordons dP. sonnettes. Signe
avec les deux princes. li a onz~ ans, _il e_st .fil~ d'ennui.
.
du duc d'Elchinrrcn. L'autre JOUr, 11 d1sa1t a
Ce qui ennuie le plus ces pauvres princes,
sa mère: - wirtemberg est un ambitieux. c'est de recevoir et de parler aux gens en
Quand nous jouons, il veut toujours être l_e cérémonie. Celle obligation revient à peu
chef. D'abord, il veut qu'on l'appelle Monse1- près tous les jours. Us appellent ~ela, - car
11neur. Ca m'est égal de lui dire Monseigneur, il y a un argot des princes, - fatre la {one:
~ais je ne veux pas q~'il soit _le c?e~. ~ne tio,i. Le duc de Montpensier est le seul qui
fois, j'avais inventé un Jeu, et Je lm a1 dit : la fasse toujours avec grâce. Un j?ur, Mme 1.a
_ Non, Monseigneur, vous ne serez pas le duchesse d'Orléans lui demandait pourquoi,
chef! c'est moi qui serai le chef, parce que il répondit : - Ça m'amuse.
j'ai inventé le jeu ainsi! Et Ch_abannes ser.i,
Il a vingt ans, il commence.
mon lieutenant. Vous et monsieur le comte
~
de Paris, ,·ous serez les soldats. Paris a bien
voulu, mais Wurtemberg s'en est allé. C'est
Quand le mariage dt! ~l. de Montpensier
un ambitieux
0

avec l'infante fut publié, le roi des. ll~lges
bouda les Tuileries. Il est Orléans, mais il e~l
Cobourg. C'était comme si rn main. gauche
avait donné un soufflet à sa joue drollc:
Le mariage fait, pendant q~e les J~unes
mariés s'acheminaient de Madrid à_P~n~, le
roi Léopold arrive à Sain~-Cloud, ou eta1t l_e
roi Louis-Philippe. Le roi des Belges ava~t
l'air froid et sévère. Louis-Philippe le prit
dans une embrasure du salon de la reme,
après diner, cl ils causèrent_ une gr~ndc
heure. Léopold conservait son visage soucieux
et anglais. Cependant, à_ la_ fin de la conve~~ation, Louis-Philippe lm dit : - Voyez G~1zot. _ Je ne ,·eux précisément pas le voir.
_ Vo~·ez-le, reprit Louis-Philippe. Nous
reprendrons celle conversation quand vous
l'aurez rn.
Le lendemain, ~I. Guizol se présenta chez
Je roi Léopold. li portait un énorme portefeuille plein de papiers. Le roi le reçut.
L'abord de Léopold fut glacial. Tous d~ux
s'en[ermèrent. Il est probable que M. Guizot
communiqua au roi des Belges tous les d.~cumenls relatifs au mariage et toutes les p1eccs
diplomatiriucs. On ne sait ce qui se passa
entre eux. Ce &lt;JUi est ccr~ain, c'est q_ue lo,rsque
M. Guizot sortit du cabmet du roi, Leop?ld
avait l'air gracieux quoique triste, e~ qu on
l'entendit dire au ministre en le _qrntta~t :
_ J'étais venu mécontent de vous, Je partirai
satisfait. Vous avcz, précisément dans celte
affaire, acquis un nouveau litre à mo.n
estime et à notre reconnaissance. Je roulais
vous gronder, je vous remercie.
.
Ce furent les propres paroles du roi.
\'ICTOR

HUGO.

Une fredaine de Buss))~Rabutin
Outre deux grands châteaux entourés de l'as tes se trouvait que ces mesures porlaienl grareparcs, les belles maisons de campagne y étaient mcnt atteinte aux droits héréditaires des "ens
0
Issy et le calvaire du Mont-Valérien nombreuses; l'une d'elles appartenait à ~f. de de justice, et, d'un seul bloc, puissance forChoisy, l'aïeul vénérable dont l'hôtel parisien midable, la « robe l&gt; tout entière, Parlement
La « villed'Jssy », localité suburbaine assez donnait asile à tant d'enfants, de petits-en- en tète, se dressa contre Mazarin.
maussade auJourd 'hui arec ses tristes et longs fants et d'arrière-petits-enfants, parmi lesAinsi que toujours en pareil cas le font
murs d'usines et ses hautes cheminées fu- quels Mme de Miramion et sa fillette.
tous les partis politiques, le Parlement sut
mantes, fut jadis un délicieux village. Blotti
Au printemps de l'année 1648, dès que parer sa lutte pour des intérêts personnels
dans le creux d'un vallon, couronné de bois, commencèrent les beaux jours, M. de Choisy de belles et sonores formules : &lt;&lt; L'amour
entouré de prés et de vignes, c'était un véri- s'empressa - faisant par cet exode un véri- du bien public ll, le « soulagement du
table l'ide en son quartier - de quitter la peuple », le « service du roi », c'est cc
table petit nid de verdure.
« Xous avons été hier à Issy, écrivait avec rue du Temple pour venir s'installer à sa qui avait cours alors tout comme aujourenthousiasme Mme de Sévigné après une mairnn d'Issy.
d'hui le « resprct des droits de tous » ou
excursion en ce lieu charmant; nous avons
Outre le désir d'y joui.r de la liberté et des « les droits imprescriptibles de notre vaillante
été hier à Issy où les rossignols, l'épine blan- plaisirs de la campagne, un autre motif et laborieuse démocratie &gt;&gt;.
che, les fontaines et le beau temps nous ont encore poussait le vieux magislrat à s'éloigner
Ces dernières réussissent chez nos con temdonné tous les plaisirs innocents qu'on peut de Paris. La grande ville était alors en étal porains, les autres ne réussirent pas moins
avoir. »
de violente elfenescence politique et toute bien chez nos aïeux; de la meilleure foi du
Tout, jusqu'au nom, était poétique en ce cette vieille aristocratie de robe, à laquelle monde, ils crurent que le Parlement, très
joli village : les érudits ne prétendaient-ils appartenait M. de Choisy, avait contre la cour, respectueux de l'autorité du roi, n'avait en
pas en trouver l'origine en ce que la beauté et surtout contre la reine mère et son ministre rne, en comballant la Régente et son miet le charme du lieu y auraient fait jadis Mazarin, de graves motifs de rancune.
nistre, que le bien public et la défense des
élever un temple à la déesse Isis?
Dans le désarroi des finances, cau~é par humbles et des pauvres. Le lundi 20 juillet
Aussi les Parisiens, désireux durant la une guerre indéfiniment prolongée, )Jazarin 1618, on put voir devant le Palais et dans la
belle saison de venir respirer un air pur dans a \'ait cru bien faire en édictant certaines me- Cité plus de six cents paysans, accourus à
un site admirable, choisissaient-ils de préfé- sures fiscales propres, pensait-i!, à remplir Paris de toutes les campagnes environnantes
rence Issy à toute autre localité suburbaine. les coffres par trop allégés de l'Etat. Uais il pour acclamer le Parlement et supplier le

.

�111STO'J(1A

--------------~

duc d'Orléans, lieutenant-général du royaume:
de vouloir bien ne pas gêner la bonne volonte
des magistrats qui désiraient tant soulager
leur misère 1 •
Paris était sans cesse troublé; Mazarin el
la reine mère, à chacune de leurs sorties, se
rnvaienl accueillis, par les cris : « A Napl~s !
A Naples l ... Mazaniel ! Maza_niel l _i&gt; ~l!us1on
menaçante à la révolution qm venait d eclater
à Naples et que l'on pourrait bien renouveler
àParis 2 •
Voilà pourquoi, dans le désir de tro~v:r:
hors de cette ville troublée, une tranqu1~hte
que réclamait son grand âge, ~[. de Choisy,
tout acquis d'ailleurs par sa naissance et ses

sa maison d'Issy beaucoup plus tôt que de
coutume.
.
La pieuse Mme de Miramion ne pou\"a1t
que se montrer en~hanté~ d_e c~ déplace~ent :
mieux que le brml et 1a~1tal10n ur~ame, le
calme des champs se prêtait au recue1lleme~l
el à la prière, et la petite église d'Jssy pou~a1t
d'ailleurs fort bien remplacer, pour ses dev~tions quotidiennes, l'église des père,s ~ela Merci.
De plusieurs côtés _pourtant, e~a1ent revenus à Mme de Miram1on des bruits capables
de troubler son repos : un complot, prétendait-on, était fait pour l'enlever. Ridicules
bavardages! pensait-elle; enlève-t-on les gens
sans leur consentement, au moins tacite. Sa

La pieuse femme goûtait donc, _depu(s
quelque temps, le charme du tranqu1l,le ~ejour d'Issy lorsque, au commencemen_td_ a?ul,
l'idée lui vint de profiter de la prox1m1te _du
lieu pour visiter le pèlerinage, alors en pleme
faveur et très fréquenté, du Calvaire du Mont,
Valérien.
Planté par la Providence com~e pour_ couvrir de loin Paris de sa protection, s01t par
la force, soit par la prière, le Mont-Va~érien,
aujourd'hui forteresse, était alors un heu de
dévotion.
.
De temps immémorial, des er~ites av~ien,t
occupé les flancs de la haute co~me: mais,...3
une époque plus récente, en I annee 1650,

Le Monf VALERI.EN.A11fremenf difL,

C.dY&lt;1.1re

1.

l,cuefle Pt:fr11.
j.

fK'fl,:
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•

lf1!!t:
I.;.

.

......

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....

. ,

.

-

'

LE MONT-VALERIE'.'. .\li XVil' SIÈCLE. -

relations de famille et d'anii~ié au _parli d~
Parlement, s'était, cette annee-là, _mstallé a
t. JourMl des Guetres Civile~ (1_618-'.6?l), r~r
Dubuisson-,lubenay, publié par la Soc1elt' de l h1slo11c
de Paris, 2 vol. in:.S• •
'l. )lémoires de Guy Joly.

D"après 1111e

gravul"e du C,1bir.el des Estampes.

conscience ne lui reprocbanl rien là-dess u~,
elle méprisa les donneurs d'avis. Elle avait
seulement cru devoir changer de confess~ur,
le père de la ~lerci ayant des allures qui ne
lui convenaient point.

un saint prètre, l'abbé Hubert Charpentie-i:,
ayanl eu l'idée, pour ,1' édi_fication des P~r1siens, de profiter de l admirable et gra~d~ose
piédestal naturel _formé par l~ ~Iont-Valer1_en.
avait fait constrmre sur sa cune un calvaire.

UNE 'F~EDA.17\JE DE BUSSY-J(A.1JUT1N - - ,
11 Ce qui fit, rapporte un mémoire du temps,
écuyer et deux demoiselles; c'était en effet
dans la nuit, malgré l'opacité des ténèbres,
le plus d'impression dans l'esprit du saint
l'usage alors que les femmes de condition ne
une longue file de fantômes vers lesquels les
homme, fut la situation de [celte monlagne et cette disposition avantageuse
chevaux, pleins de méfiance et hésiqui, dans le voisinage de Paris, et sur
tants, allongeaient craintivement leurs
le bord de la Seine, la met en vue de
naseaux; quant au cocher, ses dents
tous ces lieux de divertissement et
claquaient et tous ses membres tremde plaisir qui règnent alentour de la
blaient de terreur sur son siège.
grande ville.... Ces allées qui servent
Dans le carrosse, Mme de Choisy
tous les jours de théâtre à la vanité
commençait à pousser des cris aigus,
et au luxe... tous ces lieux de prometandis que ses femmes prenaient leur
nade et de volupté sont aujourd'hui
chapelet ou récitaient les litanies des
Saints.
commandés par cette montagne sainte.
Là, cet objet funeste des trois croix
« Allons causer un peu à ces gens,
plantées sur la pointe et que l'on dédit Turenne en mettant tranquillement
couvre &lt;le loin, semble menacer avec
pied à terre et en tirant son épée; M.
autorité ceux qui négligent leur salut
de Gondy le suivait, ayant pris celle
et les avertir de leur deroir 1 • l&gt;
d'un laquais.
Aussitôt établi, le calvaire du Mont- Grâce! Afessieurs, s'écrièrent, à
Valérien était rapidement devenu un
leur vue, tous les fantômes en tombant
lieu de pèlerinage des plus fréquentés.
à genoux; et celûi qui se trouvait le
Tous les vendredis, jour de la Passion,
plus proche expliqua : Nous sommes
de longues files de pieux visiteurs grade pauvres carmes déchaussés qui vouvissaient avec recueillement les pentes
lons profiter des premières heures du
ardues dominant Suresnes et, pour leur
matin pour nous aller rafraichir dans
rendre encore plus facile cette édila rivière •. l&gt;
fiante ascension, les religieux de la
Mais, en plein jour, Mme de Miracongrégation du Calvaire avaient tout
mion et sa belle-fille n'avaient pas,
récemment tracé, aux flancs de la colgrâce à Dieu, à redouter de telles émoline, une route carrossable permettant
tions; déjà elles avaient dépassé le jardin
de monter en voiture iusqu'à son somde Mlle du Tillet et, apercevant de loin,
met'.
profilé sur le ciel au sommet du Alon tYoulant donc profiter de ces facilités
Yalérien, le Calvaire, but de leur voyage,
d'accès toutes nouvelles, Mme de Micontinuaient tranquillement leur route,
ramion, dans la matinée du vendredi
lorsque, à la hauteur du pont de Saint7 août 1648, après avoir vérifié l'étal
Cloud, vingt cavaliers, débouchant d'un
du ciel, qui était radieux et promettait PENDANT L'OFFICE. - Estampe extraite de la Serie .• La noblesse coin de muraille derrière lequel ils se
française à l église ., pa,- ABR IIIA~l BOSSE.
une magnifique journée, monta en cardissimulaient, entourèrent soudain le
rosse à Issy avec sa belle-mère pour
carrosse.
se rendre en pèlerinage au Mont-Valérien.
En moins de temps qu'il n'en faut
sortissent jamais qu'avec une vieille demoipour le dire, les agresseurs, saisissant les cheselle et un écuyer d'un âge avancé.
\'l
vaux par la bride, entraînaient le carrosse sur
La route à parcourir était charmante; déjà,
le pont de Saint-Cloud et gagnaient le bois de
au sortir d'Issy, on avait dépassé la ferme
L'enlèvement.
Boulogne. Deux d'entre eux, pendant ce
des Moulineaux et ses grands toits de tuiles
La chapelle de Notre-Dame des Anges. rouges tranchant sur la verdure; on avait temps, s'efforçaient d'enfermer dans la voidépassé aussi et laissé sur la droite le pont ture les deux femmes et leurs gens en faisant
Pluvieux et couvert dans les premiers jours
de Sèvres avec ses arches gracieuses si pitto- tomber les mantelets, dont ils coupaient les
3
du mois , le Lemps s'était mis subitement au
resquement reflétées dans les eaux de la attaches avec leurs épées; avec une énergie
beau, et, pour mieux jouir du magnifique
Seine, et, devisant de chose et d'autre, on merveilleuse Mme de Miramion les chargeait
panorama des rives de la Seine, Mme de Mi- roulait vers Saint-Cloud.
de son sac d'heures; arme bien fragile et
ramion et sa belle-mère avaient fait relever
bien
vaine contre ces épées au tranchan t desL'approche de Saint-Cloud avait justemen t
les mantelets de cuir du carrosse.
quelles
la vaillante femme, obstinément
remis en mémoire à Mme de ~firamion la
Seuls les carrosses de gala étaient alors
tenace
dans
sa défense, se meurtrissait et
mère certaine histoire de revenants arrivée
fermés de glaces; ceux de service pour la
s'ensanglantait les mains! En un instant ellr
précisément en ce lieu à Mme de Choisy, sa était prisonnière.
campagne, exposés à lous les cahots de routes
belle-sœur, cette femme de haute sagesse
non empierrées et par conséquent pleines
qui savait si bien prémunir son fils contre
d'ornières, n'étaient clos que par des rideaux
Dans le bois de Boulogne, un bois véritable
les tentations de la vanité et de l'orgueil.
ou mantelets de cuir se déroulant de haut en
Après une fête donnée au château de à cette époque, avec de vraies ronces, de
bas exactement comme cela se fait encore
Saint-Cloud par le duc d'Orléans, auquel son vrais taillis et de vrais fourrés, si:.. chevaux
dans nos modernes tapissières. Des glaces
mari était attaché à litre de chancelier, frais attendaient, qui, accrochés en hâte au
n'eussent pas résisté cinq minutes aux heurts,
~fme de Choisy, quittant le château avant le carrosse à la place des deux chevaux fatigués
chocs, chutes et soubresauts d'une promejour pour regagner Paris, sentit tout à coup, par une course déjà longue, enlevèrent à
nade d'agrément à la campagne.
dans la descente vers le pont, son carrosse grande allure le véhicule et tous ceux qu'il
~Iontées en voitures à sept heures du ma- s'arrêter brusquement.
contenait dans la direction de Clichy-lalin, ces dames avaient dans leur carrosse un
Garenne et de la plaine Saint-Denis.
Le maréchal de Turenne et M. de Gondy,
A l'aide d'un petit couteau qu'elle a\"ail
1. Pièce datée de 1658, cilée par Uoberl Hénard :
archevêque de Corinthe, qui l'accompaLe .llm1t-Yalé1-ien, 1 vo l. in-8•, 1904, p. 26.
2. Ibid. , p. 52.
gnaient, s'étant précipités aux portières pour dans sa poche, Jlme de Miramion était par3. Joumal de Dubuisso11-A ube11ay, lundi ~ aoùl
connaître la cause de cet arrêt soudain, ne venue à faire une ouverture dans les mante1648.
lets de cuir qui la tenaient enfermée.
furent pas médiocrement surpris d'apercevoir

4. Cardinal de Retz. Mémoires.

"" 378"'

�r--

111STOR._1A

« Je suis Mme de Miramiou ! .le suis
Mme de Miramion ! criait-elle de toutes ses

ment, à l'écart, un entretien particulier el
assez animé avec le chef de la bande.
Ce chef n'était autre que Bussy, el le che-

UNE "F'Jt.ED.Jt1JVE DE BussY-J&lt;ABUT1JV - - . , .
frugal repas auquel )lmc de Miramion, malgré Ioules les in~tanres, refusa obstinément
de prendre aucune part, on repartit à une
allure aussi virn que le permcllail
l'étal des themins.
Mais bien qu'elle fùl seule à
présent, Mme de \liramion ne
donnait point trêve à ses protestations indignées. La stupéfaction
de Bussi commençait à être C\trême : rel e\cellent père de la
Merci l'avait-il donc trompé, el la
belle Yeu \"e n'ctail-elle pas aussi
désireuse de lui appartenir que
l'avait affirmé le trop complaisant
confesseur?
« Si je la renvoyais comme sa
belle-mère? ckmanda-t-il à rnn
frère.
- ~·en faites rien, r,:pondit
celui-ci, peul-être réussircz-,·ous à
lui faire chani;-er d'avis. En tou L
cas, s'il faut la renvoyer, rnus le
ferez plus honorablement pour
rous cl plus conl'enablement pour
elle, de Launa,, où nous serons
rendus ce soir, 'que d'ici en pleine
campagne. On pourrait croir e
qu'elle vous a été reprise de
force. ,,
Conlinuaal donc à marcher de
plus belle, les voyageurs, après
avoir laissé derrière eux llontfcrmeilcl lraverséla~farnc à Gournay',
cherauchèrent, dans des chemins
cahoteux et étroits, jusqu'à la tombée du jour. Quatre relais, préparés
d'ayancc en des lieux convenus,
permirent de lrournr à point des cbernux de
rechange.

forces dans chaque village traversé; jetant en
même temps au\ villageois ébahis
tout l'argent qu'elle avait sur elle;
je suis Mme de Miramion I Prévene1. ma fa mille !
- Ne faites pas allention, braves gens1 répondait le cavalier qui
galopait à la portière el semblait
le chef de tous les autres, c'est
une folle C(U'on va enrermer par
ordre du roi 1 • n
El, dans l'étal où se trouvait la
pauvre femme, é1:hevelée, sans
mouchoir, sans coiffe. les habits
déchirés, les mains el le visage
pleins de fang, celle arfirmation
paraissait si vraisemblable que nul
n'en faisait le moindre doute el
que tous, les bras ballants el la
bouche ou\'erte, considéraient sans
autrement s'en émouvoir le corli•ge
qui disparaissait au bout du village
dans une galopade de cheniux. et un
tourbillon de poussière.
On traversa ainsi Aubervilliers,
d'où l'on gagna, par Pantin, la
grande route de Paris à lleau\ ;
pui,, après la traversée de la forêt
de Bondy, on prit, sur la droilP,
des chemins de traverse s'enfonçant dans la forêt de Livry. Là, à
pro\imilé de la chapelle de NotreDame des Anges', on fit une pre
mière halle et l'on trouva un premier relais.
L'indignation de Mme de lliramion était toujours aussi grande, son énergie
aussi farouche. Dès qu'on était entré dans la
forêt de Livry, profilant de ce que, ,·u l'étroitesse des chemins, les cavaliers ne pouvaient
plus chevaucher am portii•res, la courageuse
femme avail sauté du carrosse el essayé de
disparaître dans les broussailles ; reprise
aus,ilùt elle avait été réintégrée dans sa
prison roulante.
Son étonnement égalait son indignation :
quels pouvaient bien être ses ravisseurs, eUe
l'ignora il entièrement ; de tous ces visages,
pas un seul qui lui fùt connu, pas un seul
qu'elle pùl s~ souvenir, en creusant au plus
profond tic sa mémoire, d'avoir aperçu seulement une fois en sa vie.
I,'uniquc indice qui pûl lui donner sur cc
mysléricu:\. et inexplicable él'éncmcnl quelque
bien fugitif indice, c·cst qu'un chevalier de
~laite, reconnaissable à la croix fixée par un
ruban noir sur sa poitrine, se trouvait parmi
eux. Or elle ne connaissait aucun chevalier de
Malle ; le genre de vie de ces messieurs ne
les mettait guère en relation avec des femmes
de sa sorte.
Tandis qu'on accrochait les chevau'- au
carrosse, ce chevalier de Malte avait précisé-

valier de Malle était Guy de Raùulin, son
frère cadet, d'une santé un peu débile, el
d'une douceur de caractère que mettait ironiquement en lumière sa qualité de cheialier
de Malle. Bussy arail réus~i à l'entraîner &lt;'n
cette affaire en lui persuadant, - ce qu'il
croyait d'aillrurs lui-même, se fiant aux
affirmations du père de la )lerci - que
~lme de Miramion était parfaitement d'accord avec lui cl consentait à ce qu'il l'enlevât.
« )lais, disai L avec étonnement le chevalier de Malte à son fri•re, votre Hélène, comme
vous l'appelez, ne donne guère de marques
des bonnes dispositions dont vous m'aviez
assuré.
- La présence de sa belle-mère l'oblige
sans doute à en user ainsi, répondit le confiant Bussy;;. »
Et, pour s'alléger de cet embarras, faisant
mettre pied à terre à la belle-mère, il abandonna au milieu des broussailles la pauvre
femme en compagnie de sa femme de
chambre el du vieil écuyer, ne conserrant
dans le carrosse, avec )Ime de ~liramion, que
sa femme de chambre et un laquais.
Les chevau).. accrochés, apri·s un rapide et

La nuit tomba; on marchait toujours.
L'obscurité ne permettait plus à Mme de Miramion de reconnaitre les localités qu'on traversait et l'heure dernit èlre déjà avancée
dans la soirée &lt;1uand, après un brusque tournant, sur la gauche, au bord du chemin,
brilla tout à coup aux yeux accaùlés de fatigue
de la pauvre femme, la nappe argentée d'une
petite rivière; en même temps, une masse
sombre el haute, sortant progressivement de
l'ombre à mesure qu'on s'en approchait, découpait tour à tour sur le ciel tout un amoncellement de toits, de tourelles, d'épis et de
girouette:..
Arec un bruit sonore de bois heurté cl de
ferrailles tendues, le carrosse roula sur un
pont-levis, passa sous une \"Oùte, traversa un
espace découvert, roula de nouveau sur un
deuxième pont-levis, et s'arrêta enfin dans
une cour étroite, dominée de Lous côtés par
de hauts el sombres bâtiments, tandis que
l'un après l'autre, avec les mêmes grincemen ts,
chacun des ponts-levis se relernit derrière le s
arrivants 5 •

1. J'1e de ,l/u11· de ,l/ira111io11, par l'aLbé de Choisy.
2. llemarques journalières de cc •1ui s'est pas,é
pendant l'année 16i8.
(Ilib. l'i'', lis. fr. 10.27'.5 r ïi-75).

:ï. Jlémoire1 de /Jussy et Vie de Mme de M1ra111io11, par Choisy.
i. lh. fr. 10.27:ï.
5. lie de blme de .Jlim1111011, par thoi,1.
Celle description du chùteau de la Coinmande, ie

de l.auna) est fa ite d"aprës Je r.:cil de l'abLt: &lt;le
Choisy, vérifie d"oprès un croquis du temps, qui se
trome FUr un plan Terrier conservé aux Ard1ins oationall's (\ onne 1\1 11 ..
De cc château , il ne reste aujourd'hui que la cha-

UNE DAME. -

Gravure d

0

A BRAIIAM

BossE.

- .\ladame, reprit avec beaucoup de respect le chevalier, nous sommes iei deux cents
La commanderie de Launay.
~cn tilshommes, des amis et parents de M. de
Bussy, mais s'il nous a trompé,, nous vous
Le carrosse arrêté dans la cour, tandis servirons contre lui et nous vous mettrons en
qu'on dételait les chevaux, le chevalier de liberté. Il faut seulement lui faire enléndre
)faite qui avait sui, i tout le voyage s'approcha raison. )fais d'abord, pour vous tirer d'inde la portière et pria Mme de Miramion de quiétude, je dois vous faire connaître le lieu
rouloir bien descendre et entrer dans le chàteau. où vous vous trouvez : nous sommes à trois

B.IT.IILLE DE LEXS. -

Ci Je n'en ferai rien, Monsieur, affirmat-elle avec la plus ardente énergie. Est-ce
donc mus qui me faites enlever?
- Non, Madame, c'est M. le comte de
Bussy, mon frère; il nous a tous assurés de
votre consentement.
- Ce qu'il vous a dit est faux ; et vous
verrez si j'y consens!

1irllc l~ansfor~é? en g~a_nge, certains bà!imenls que

1 on cro1larn1r etc lrs cu1s111es, et une partie des fo,s,1 5•

.\ une {-poque a,sez r~œnte, on °\'Ol"ti t encore le
long d~ la route une (&gt;Orle i tourellés; elle I i•ft•
achetée par lt• propriétaire rfun château situé à quel-

consentit à entrer dans une salle basse, sorte
de corps de garde aux murs dénudés, où l'on
fil aussitôt du feu. La prisonnière s'en approcha, et, pour s'asseoir, fit apporter les
coussins de son carrosse.
Deux pistolets se trouvaient sur une table;
à peine les eut-elle aperçus, que, d'un mouvement prompt, Mme de Miramion s'en saisit,
el, après s'être assurée qu'ils étaient chargés,

T.itlt.iu Jt PIEl&lt;RE FRASQtE. (.llustt de )"ers.111/ts.)

lieues de Sens, et le cb.îteau qui vous abrite
est la commanderie de Launay, dépendant de
)[. le Grand Prieur de Malle. Descendez, sur
ma parole•, Madame, el consentez à vous reposer. »
Le chevalier avait un air si noble, si doux,
si triste même, qu'il inspira confiance à
Mme de Miramion; sur ses instances, die
q~cs kilomèt~r•, le ch,iteau de f"lcurigny, lransporlép
pie rre par p,crr~ et reconstruite pour servir d'entrër à_ l"nenue .. D'après une, J~scription du Jll}S
N I 18t:,. le, ruone,,ub,oslantes etarent alors Lien plus
1·onsidérablcs (Annuftlre ile l'\onne IIH3, p. 142).

Clich! Neurde.in lrèrc~.

les garda à sa portée, prête à s'en servir ~ïl
en était besoin pour ,e faire porter respect•.
. En vain s'efîorça-t-on d'engager la prisonnière à prendre c1uelque nourriture· bien
qu'elle fùt ~jeun depuis la veille, ayant'quitlé
Issl le matm avec l'intention de communier
au Calvaire, el bien que la faim commençât
à la presser de façon douloureuce, pas plus
~c~seigncmenb dus à !"obligeance de li. Por ée,
nrchm,tc de l"\onnr, et de M. Emile ,rauu,, secrrl11rc de la mairie de Saint-ll~rtm-sur-Or,•iisc. rommune de la11urlle &lt;lt·pcnd ~una, .
1. Clooi,y.
·'

�1f1S TORJ.Jl

UNE "F"JfEDJtTN"E D"E Bussr-'R._JtBUTTN - - ,

que durant le voyage, elle ne voulut rien
accepter.
« C'est la mort seule que je veux, disaitelle avec une obstination farouche; la mort
ou la liberté. ,i
Le reste de la nuit se passa ainsi, sans
sommeil, la fidèle femme de chambre demeurant toujours aux côtés de sa maîtresse.
Pendant ce temps, rentré dans ses appartements, Bussy ne pouvait revenir de la slqpeur profonde en laquelle le plongeait l'attitude de Mme de Miramion.
&lt;( On m'avait annoncé un mouton, disait-il,
el c'est un lion que je trouve! ,i
Le lendemain matin, Mme de Miramion,
toujours jalousement armée de ses pistolets,
vit arriver, dans le réduit qu'elle occupait
avec sa femme de chambre, le courtois chevalier qui, la veille, avait par sa douceur
obtenu qu'elle voulùt bien prendre quelque
repos.
« ~f. de Bussy, mon frère, lui dit-il, à la
prière de tous ses amis, s'est résolu, Madame,
à vous mettre en liberté; il vous demande
seulement, par ma bouche, la grâce de vouloir bien l'écouter un moment. ,i
Le chevalier finissait à peine de parler que
Bussy parut, accompagné de dix à douze personnes. Tout homme d'esprit et de courage
qu'il fùt, la fière attitude de cette femme
pâle, défaite, presque défaillante, mais fière
et résolue, intimida l'homme d'épée ; il s 'arrêta sur le seuil.
&lt;( Je jure, s'écria avec force Mme de Miramion, dès qu'elle l'aperçut, je jure devant le
Dieu vivant, mon créateur el le vôtre, que je
ne vous épouserai jamais! n
L'effort qu'elle fit en prononçant ces mols
acheva de lui oter ce qui lui restait de forces;
elle tomba évanouie sur le carreau.
« Le pouls ne bat presque plus, elle va
mourir, dit en saisissant le bras de la pauvre
femme et en se penchant sur elle avec inquiétude, un médecin de ~ens, qui, par fortune,
se trouvait là. &gt;&gt;
Bussy était atterré. La peur d'une mort
dont on l'eùt accusé avec justice, les nouvelles
qui lui arrivaient à tout moment que la maréchaussée était sur pied, tout le pays en
émoi, et que plus de six cents hommes s'apprêtaient à sortir de la vfüe de Sens pour
venir assiéger lé château de Launay, achevèrent de le décider à remettre en liberté celle
que, la veille, avec quelque sans-façon et une
excessive fatuité, sûr d'avance du succès, il
appelait déjà : Mon llélène.
Les soins du docteur ayant réussi à faire
reprendre connaissance à Mme de Miramion,
Bussy s'avança vers elle :
&lt;( Si je n'eusse pas cru, Madame, lui dit-il,
s'efforçant de masquer sous une certaine fierté
de langage la pénible humiliation de son renoncement; si je n'eusse pas cru que vous
dussiez consentir à ce que je viens de faire,
je ne l'aurais jamais entrepris. Je ne suis,
croyez-le, ni de condition ni d'humeur à forcer
une femme ; aussi est-ce seulement dans la

&lt;( Le temps des minorités de nos rois donne
toujours des tendances aux jeunes. gens pour
entreprendre ce que les lois et la liberté pu-

1 . ,l(émoù·es de 1/n.~.,y, cl Jïe de Mme de Jlù-apar Choisy.

2. Remarques jOtJrnaliêres et véritables sur ce qui
s"csl passé dur:ull l'annfo 1648. Bib, N'• )ls. fr. 10.273.

111 i011 ,

croyance que vous ne seriez pas fâchée que je
vous enlevasse que je m'y suis résolu. Puisque je me suis abusé, s'il vous plaît à présent de vous retirer, vous en êtes absolument
maîtresse; je vous ferai, sur l'heure, reconduire à Sens.
- C'est la seule grâce, Monsieur, que je
sollicite de vous, répondit Mme de Miramion.
- Veuillez donc auparavant prendre quelque nourriture, dit Bussy, effrayé de la faiblesse de sa prisonnière qui, depuis près de
quarante heures, n'avait rien mangé.
- Quand les chevaux seront à mon carrosse, répliqua-t-elle d'une voix forte que
l'espérance lui avait rendue, quand les chevaux seront à mon carrosse et que moi-mème
je serai dedans, je mangerai. »
Sa volonté ayant été obéie, la pauvre
femme, prête à défaillir d'inanition, consentit
enfin à prendre deux œufs frais.
&lt;( Croyez bien, Madame, lui dit Bussy avec
un respectueux salut au moment où, les chevaux piaffant sur le pavé de la cour, le carrosse se mettait en route, croyez bien que je
ne laisserai pas de demeurer toute ma vie
rnlre très obéissant serviteur. »
Puis, ayant remis cent pistoles à la femme
de chambre pour les dépenses du voyage el
désigné trois de ses gentilshommes comme
escorte, Bussy donna l'ordre du départ, et les
mêmes ponts-levis qui, la veille, s'étaient relevés pour faire Mme de Miramion prisonnière, s'abaissèrent pour la rendre à la
liberté.
En arrivant à cent pas du faubourg de
Sens, les gens de Bussy, craignant d'être saisis
s'ils allaient plus loin, s'arrêtèrent, le cocher
et le postillon décrochèrent les chevaux, les
gentilshommes saluèrent, et tous, à grande
allure, s'éloignèrent dans la direction de
Launay.
Demeurée seule avec sa fidèle femme de
chambre dans un carrosse sans attelage ,
Mme de Miramion gagna à pied le faubourg
et le traversa; mais quand elle voulut pénétrer en ville, elle en trouva la porte fermée.
&lt;( Tout y est en armes par ordre de la
reine, lui dit-on, pour courir au secours d'une
dame qu'un grand seigneur a enlevée.
- Hélas! c'est moi &gt;l, dit Mme de Miramion, d'une voix défaillante.
Et, sentant ses forces l'abandonner de plus
en plus, maintenant qu'était apaisée la surexcitation causée par le danger immédiat et
par la nécessité de la lutte, presque expirante, la victime de cet audacieux enlèvement
demanda asile dans une hôtellerie du faubourg et se mit au lit 1 •

vm
Le vainqueur de Lens.

blique défendent &gt;J, écrivait, avec beaucoup
de bon sens, un contemporain en couchant
précisément par écrit, dans ses notes journalières, l'audacieuse tentative de Bussy'.
En effet, jamais l'ordre n'avait été aussi
troublé qu'il l'était alors et jamais gouvernement ne s'était trouvé aux prises avec des
difficultés plus grandes, tant intérieures
qu 'extérieures.
A Paris, le mécontentement allait augmentant sans cesse, et sur la frontière, partout
où ne se trouvait pas Condé, toutes nos entreprises de guerre n'étaient marquées que par
de lamentables échecs : en mai, c'était Courtrai perdu; puis le 4 août, venait encore
d'arriver la triste el toute récente nouvelle de
la prise de Furnes.
La déception et la crainte causées par ces
revers répétés se changeant en panique, à
Paris les fausses nouvelles se succédaient, de
plus en plus alarmantes : tantôt les ennemis
rôdaient vers Saint-Quentin, tantôt ils débouchaient entre La Fère et Chauny. et les Parisiens, tremblant de les voir quelque jour
apparaître d'un côté ou d'un autre devant la
capitale, faisaient, comme de coutume, retomber sur les gouvernants la responsabilité
de leurs terreurs, criant de plus belle: A bas
Mazarin!
Heureusement Condé était là; Condé que
(( son cœur héroïque forçait à se croire invincible, principalement quand son roi avait
besoin qu'il le fût:; ,, .
Or, jamais besoin n'ayant été plus grand
d'une victoire, Condé la remporta.
Le 20 août 1648, à 1~ fin de la journée, le
héros, droit sur ses étriers, du haut d'un pli
de terrain dominant au loin la monotone
plaine de Lens, considérait la fuite de l'armée
espagnole qu'il venait de mettre en pièces.
C'était une véritable déroute : le général
en chef ennemi blessé et prisonnier, tout son
canon pris avec soixante-treize drapeaux el
étendards. Nos cavaliers se partageaient la
poursuite, les uns ramenant les prisonniers
épars, d'autres recevant à quartier des bandes
entières; d'autres encore se précipitant sur
la trace de la cohue fugitive de vaincus qui
roulait en désordre vers Douai.
Splendide et glorieux spectacle ! Dans cette
plaine unie dont, jusqu'à l'horizon, le regard
pouvait embrasser et dominer les ondulations
indécises et monotones, semblables aux vagues
de la mer, Condé, l'œil souriant, contemplait
avec satisfaction son œuvre.
Le héros en était là lorsque, amené auprès
de lui par le comte de Tavannes, un courrier
yenant de Paris s'approcha et lui remit une
lettre.
Condé la prit, el, bien que ce ne fût pas
un pli officiel et qu'il ne s'agît là, il le voyait
bien, que d'affaires particulières et non de
l'intérêt du service, cependant son heureuse
fortune l'ayant mis en favorable humeur, il
n'hésita pas à briser de suite le cachet sur
lequel il avait reconnu les armes de Bussy.
D'avance il souriait d'aise : quelle victoire
amoureuse avait bien pu remporter, à Paris,
3. lime de Motlerille. )Jémoircs.

l'aventureux chef de ces chevau-légers qui, à
Lens, venaient en son absence de se courrir
de tant de gloire?
Le prince lut donc avec une curiosité amu-

modernes principes, elle n'avait ni ces fossés
ni ces remparts, ni ces bastions, ni ces demilunes qu'on ne donnait qu'aux villes frontières, mais une simple muraille crénelée,

échouer piteusement dans une entreprise
amoureuse, que le beau BussJ, l'irrésistible Bussy avait quitté ses troupes, interrompu la campagne, el laissé gagner sans

' ft TRIVMPRE Rb

Estampe publiée e11 1618, ,i l'occasio11 de la vicloire de Lens.

sée d'abord, puis avec un air de commisération un peu dépitée :
« Monseigneur, mon affaire n'a pas eu tout
le succès que je m'en étais promis; ce gentilhomme en dira le détail à Votre Altesse; cependant, je l'assurerai qu'une des choses qui
me donnent autant de chagrin de n'avoir pas
réussi, c'est d'avoir manqué par là un établissement qui m'eût mis en état de mieux
servir Votre Altesse que je ne pourrai le faire
sans lui. Quant à mon intérêt particulier,
)Ionseigneur, je m'en consolerai bientôt quand
je recevrai des marques de la continuation de
vos bonnes gràces et de votre protection. J'en
ai besoin aujourd'hui, Monseigneur, les parents de la dame me poursuivent sous son
nom; un mot de la part de Votre Altesse au
sieur Bonneau, son père, arrèlera tout. Je la
supplie t;ès humblement de me l'accorder
afin que je sois plus tôt en liberté de me
rendre auprès d'elle et d'essayer de mériter
la qualité de, etc 1•••• ,,
Toute chose autre que la fortune occupait
si peu Bussy relativement à Mme de Miramion, qu'il ignorait même qu'elle avait depuis longtemps perdu son père.
Malgré le ton dégagé de sa lettre, il ne
laissait pas d'al'Oir l'oreille un peu basse: il
venait d'apprendre les suites de son aventure
après qu'il avait été contraint, par l'énergique
attitude de Mme de Miramion, de remettre la
courageuse femme en libarté; cellfl suite
n'a mit rien de Oatteur pour lui.
Aprt•s qu'elle eut trouvé asile dans l'auberge du faubourg de Sens, le bruit de l'arrivée de la malheureuse fugitive ne tarda pas
à passer par-dessus les murailles de la Yille.
Sens n'était pas une ville fortifiée suivant les
1 . .l[hnoites de R11s.~y.

antique vestige des Lemps féodaux, flanquée
de distance en distance de tourelles qui, de
loin, donnaient à la petite cité le plus pittoresque aspect .
PréŒnu aussitôt, le frère de Mme de l\liramion, 1\1. Bonneau de Rubelles, conseiller au
Parlement, qui, accompagné de l'abbé l\larsilfy, s'était mis à la poursuite et avait pu
suivre les traces des fugitifs, fut en un instant
près de celle qui, si courageusement, venait
de se tirer elle-même d'un si pressant danger, et de tenir tête au présomptueux vainqueur de tant de batailles aussi bien que de
tant de vertus.
Généreuse et sainte femme! Accablée de
fatigue, de faim et d'émotions, le lamentable
état en lequel elle se trouvait était ce qui la
préoccupait le moins, et sa première parole,
en rel'Oyant son frère, fut po1,1r s'enquérir du
sort de sa belle-mère, si soudainement ahandonnée en pleine forêt par Bussy.
Dès qu'elle fut rassurée et qu'elle eut
appris que la vieille dame, après s'èlre péniblement dégagée des fourrés, avait pu regagner à pied le prochain village, d'où des
chevaux de labour l'avaient ramenée saine el
sauve jusqu'à l'entrée des faubourgs de Paris,
Mme de Miramion, l'àme toujours forte, mais
le corps enfin vaincu par de si longues et si
pénibles luttes, fut prise soudain d'une fièvre
ardente ; transportée par son frère à Paris
dans un brancard, avec les plus extrêmes
précautions, elle demeurait depuis ce temps
entre la vie et la mort, les médecins veillaient
à son chernl et les derniers sacrements venaient de lui être administrés!.
Et c'est pour un si glorieux exploit, pour
être l'aincu en énergie par une l'emme et
~- Choisy.

..., 383 ,...

lui par ses chevau-légers la bataille de Lens!
Outre l'occasion de gloire si sottement
perdue, il s'était mis sur les bras une affaire
qui ne laissait pas que d'être fort épineuse,
car la famille de sa victime paraissait bien
résolue à le poursuivre à outrance par les
voies légales, et le Parlement, si prompt à
embrasser avec passion la querelle des siens,
ne manquerait pas, s'il était saisi de l'affaire,
de condamner d'une façon rigoureuse celui
c1ui avait osé se rendre coupable d'une si
grave injure envers la veuve et la sœur de
deux membres de la compagnie.
Très marri et assez inquiet, Bussy, pour
passer le temps en voyant venir les événements, avait profité de son séjour à Launay
après sa belle équipée pour faire une recrue
de trente maitres, destinés à la compagnie de
chevau-légers de Condé. Cette recrue s'étant
trouvée prête à marcher le 1er septembre, il
se mit en route avec elJe pour rejoindre le
prince à l'armée de Flandre.
C'est à Calais qu'il trouva, étendu sur un
lit, Condé qui venait de se faire blesser devant
Furnes. Quelques jours auparavant, en effet, le
prince, qui avait chargé Rantzau de ce siè"'e
'
des 1enteurs de son lieutenant,
°'
mecontent
al'ait quitté le Catelet où il se trouvait pour
débarquer impromptu devant la place assiégée.
Par une pluie battante, qui transformait en
bourbier la tranchée, l'un des meilleurs officiers de l'armée, Puységur, ayant fini son
service, s'apprêtait, avec quelque satisfaction,
à rentrer à son logement pour se sécher un
peu, lorsqu'il sentit quelqu'un qui lui serrait
fortement la tête par derrière.
&lt;( Mon Dieu! laissez-moi donc, s'écria-t-il
impatienté; vous voyez bien que je suis tout
mouillé et que je n'ai guère emie de rire. »

�r--

111STO'Jt1.ll

-------------------------------------------~

Mais plus il demandait qu'on le laissât,
plus on lui serrait la tête. Faisant donc pour
s'échapper un violent effort el se retournant
brusquement, il s'apprêtait à accabler d'injures le malencontreux importun, lorsqu'avec
une stupéfaction mêlée de re~pect '3t de joie,
il reconnut en lui le prince de Condé.
• Quoi! vous ici, Monseigneur! s'écria-t-il.
- Oui, les lenteurs de ton général m'y
font accourir; il ne se presse pas assez de
prendre cette place; je viens l'aider, va le
chercher. »
Et tandis qui! Pu1ségur se hàtait vers le
logis de Rantzau, le prince, les pieds dans la
boue et le dos à la pluie, continuait, parmi
les troupiers, la visite de la tranchée.
Quand Puységur revint en courant, il
aperçut de loin un groupe d'hommes portant
un blessé : c'était le prince qui venait de
recevoir une mousquetade dans la hanche,
blessure heureusement peu dangereuse, le
coup ayant été amorti par la jaquette de
buffle qui, par un providentiel hasard, s'était
1. ANmoires de l'uy.•égur.

Puis il ajouta, riant de plus belle :
trouvée retroussée et doublée d'épaisseur sur
la hanche.
&lt;1 Allons, contez-moi le détail de votre
Dévêtu en hàte, le prince se trouva atteint aventure. l&gt;
seulement d'une très forte et très doulouRiant aussi, mais seulement du bout des
reuse contusion, pour la guérison de laquelle lèvres, Bussy, pour obtenir du prince qu'il
tous les chirurgiens de l'armée, réunis en voulût bien s'entremettre en sa faveur el
corps autour du blessé et pleins d'un zèle étouffer les suites de cette triste affaire, dut
ardent pour le salut de leur général, travail- s'exécuter et revenir sur toutes les circonslèrent en diligence, donnant sur l'endroit tances, si humiliantes, de son extraordinaire
contusionné &lt;1 quantité de coups de bistouri 1 ». équipée.
A une vanité des plus chatouilleuses, née
C'est de cette blessure, et aussi de ce traitement, que Condé se guérissait à Calais quand de ses précédents succès amoureux, Bussy
joignait un incommensurable orgueil, fondé
le 8 septembre, Bussy vint l'y retrouver.
Dès que ce Pàris ayant manqué son Hélène sur sa naissance et son nom : &lt;1 Je le cède à
entra dans la chambre du prince, celui-ci, Montmorency pour les honneurs, disait-il
dans un rire sonore qui faisait pointer en avec une fierté superbe, mais non par l'anavant, avec plus d'énergie encore que de cou- cienneté. 1,
Ce jour-là, en contant au prince la façon
tume, son nez d'aigle el mettait à découvert
les dents longues et mal plantées de son angu- piteuse dont il avait été repoussé par une
leuse mùchoire, se mit à chanter à pleine bourgeoise à qui il faisait le grand honneur
gorge ce refrain, composé jadis au sujet de de vouloir prendre de force et sa main et
ses écus, c'est la vanité du beau Bussy, bien
quelque frasque de son père :
plus
encore que son orgueil, qui eut à souf0 la folle aventure
frir.
Du prince de Condé!
(A suivre,)

CH. GAILLY DE TAURINES.
CHEFS )!ILIT.\IRES FOR\! l:'iT L.\ n : TE DU CORTi:GE DE L'El!PEREVR CHARLES·Q• l'.'.T, LORS DE ~0'1 E'\TRÉr: A 801.or::Œ, F.:'&gt;I' 1f29.
D'aprd une gravrire d11 lemps.

L'ITALIE

D'AUTREFOIS
~

A la cour de Ferrare

Clicbt Giraudoo
LE SEXTUOR. -

La liberté avait donné à ritalie qualre siècles de grandeur et de gloire. Pendant ces
quatre siècles, elle fil peu de conquêtes au
delà de ses limites naturelles; ce fut alors
cependant qu'elle assura à ses peuples le premier rang entre les nations de l'Occident.
Elle n'exerça jamais sa puissance sur les
Élals voisins de manière à mellre en danger
leur indépendance; sa division en un grand
nombre de petits États interdisait absolument
celle carrière à son ambition; mais la même
division avait multiplié ses ressources, cl
développé l'esprit et le caractère de ses peuples dans chacune de se~ petites capitales.
Les Italiens n'avaient alors pas besoin de
conquêtes pour se faire connaître comme
une grande nation. Les Allemands, les Français, les Anglais, les Espagnols avaient des
pri1ilèges municipaux, des chefs féodaux, des
monarques qu'ils croyaient devoir défendre;
les Italiens seuls avaient une patrie et le sentaient. Ils anienl les premiers étudié la
théorie des gomernements et donné aux
aulrc·s peuples des modèles d'institutions libérales. Ils avaient rendu au monde la philosophie, l' éloq uencc, la poésie, l'histoire, l'archilccture, la sculpture, la peinture, la musique. lis avaient fait faire des progrès

Tablea11 de CARU: \'AN Loo. (Musee illlf&gt;eri.Jl de l'Ermila{fe, 8ainl-l'elersto11rs:.J

\'l. -

HISTORIA, -

F:isc..jl,

rapides au commerce, à l'agriculture, à la
navigation, aux arts mécaniques. lis avaient
été les instituteurs de l'Europe ....
Mais le déclin arriva. L'Italie fut tour à
tour victime de la fausse politique de ses
chefs, de la férocité des armées mercenaires,
ravagée par la peste et par la famine pendant
trente-sept ans de guerres presque continuelles. La seconde moitié du seizième siècle
marque une époque de décadence. Les mœurs,
déjà corrompues, s'altèrent encore, et la vie
politique disparait.
Ferrare, une des capitales de cette Italie
d'autrefois, présente dans son histoire, avec
ses alternatives de splendeur el d'alfaiblissement, de victoires et de revers, comme un
résumé de l'histoire de ce pays. Elle brilla
parfois d'un éclat singulière~ent ,,if, et nul
souverain des autres petits Etals ne fut au
mème degré que tel ou tel duc d'Esle entouré de grands hommes, célébré par des
poètes illustres; mais nul aussi n'eut à soutenir plus de lutles pour défendre ses droits
et maintenir sa someraineté.
De la lignée de ces ducs de Ferrare,
Alphonse fer se détache avec un relief particulier.
A peine appelé, en 1505, à succéder au

duc Hercule ("", son père, un événement tragique avait marqué le début de son règne.
Il y a des crimes qui semblent appartenir
en propre aux familles qui, séparées de toutes
le, autres, dégagées de tous les liens sociaux,
n'ont point appris à sentir comme le commun des hommes, et ne se croient point soumises à la même morale. C'est ainsi que les
maisons souveraines, en Romagne, avaient
donné au peuple de fréquents exemples d'assassinat entre parents, d'empoisonnement, el
de tous les genres de trahison. Les familles
nobles croyaient de même faire preuve, par
la cruauté de leurs vengeances, de l'indépendance dont elles jouissaient ; et jusque dans
les villages, les chefs de parti nourrissaient
des inimitiés héréditaires qu'ils satisfaisaient
par d'atroces cruautés. De nombreuses bandes
de sicaires étaient sans cesse employées pour
attaquer ou pour défendre. Les ennemis
n'étaient point satisfaits tant qu'il restait un
seul individu, n'importe de quel sexe 011 de
quel âge, dans la maison qu'ils voulaient
détruire. Lorsque Arcimboldo, arcbe"êque de
Milan, fut nommé cardinal de Sainte-Praxède
et légat de Pérouse el d'Ombrie, il trouva
dans cette province un gentilhomme qui avait
brisé contre les murs la tête des enfants de

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>r--

111STO'Jt1.ll

-------------------------------------------~

Mais plus il demandait qu'on le laissât,
plus on lui serrait la tête. Faisant donc pour
s'échapper un violent effort el se retournant
brusquement, il s'apprêtait à accabler d'injures le malencontreux importun, lorsqu'avec
une stupéfaction mêlée de re~pect '3t de joie,
il reconnut en lui le prince de Condé.
• Quoi! vous ici, Monseigneur! s'écria-t-il.
- Oui, les lenteurs de ton général m'y
font accourir; il ne se presse pas assez de
prendre cette place; je viens l'aider, va le
chercher. »
Et tandis qui! Pu1ségur se hàtait vers le
logis de Rantzau, le prince, les pieds dans la
boue et le dos à la pluie, continuait, parmi
les troupiers, la visite de la tranchée.
Quand Puységur revint en courant, il
aperçut de loin un groupe d'hommes portant
un blessé : c'était le prince qui venait de
recevoir une mousquetade dans la hanche,
blessure heureusement peu dangereuse, le
coup ayant été amorti par la jaquette de
buffle qui, par un providentiel hasard, s'était
1. ANmoires de l'uy.•égur.

Puis il ajouta, riant de plus belle :
trouvée retroussée et doublée d'épaisseur sur
la hanche.
&lt;1 Allons, contez-moi le détail de votre
Dévêtu en hàte, le prince se trouva atteint aventure. l&gt;
seulement d'une très forte et très doulouRiant aussi, mais seulement du bout des
reuse contusion, pour la guérison de laquelle lèvres, Bussy, pour obtenir du prince qu'il
tous les chirurgiens de l'armée, réunis en voulût bien s'entremettre en sa faveur el
corps autour du blessé et pleins d'un zèle étouffer les suites de cette triste affaire, dut
ardent pour le salut de leur général, travail- s'exécuter et revenir sur toutes les circonslèrent en diligence, donnant sur l'endroit tances, si humiliantes, de son extraordinaire
contusionné &lt;1 quantité de coups de bistouri 1 ». équipée.
A une vanité des plus chatouilleuses, née
C'est de cette blessure, et aussi de ce traitement, que Condé se guérissait à Calais quand de ses précédents succès amoureux, Bussy
joignait un incommensurable orgueil, fondé
le 8 septembre, Bussy vint l'y retrouver.
Dès que ce Pàris ayant manqué son Hélène sur sa naissance et son nom : &lt;1 Je le cède à
entra dans la chambre du prince, celui-ci, Montmorency pour les honneurs, disait-il
dans un rire sonore qui faisait pointer en avec une fierté superbe, mais non par l'anavant, avec plus d'énergie encore que de cou- cienneté. 1,
Ce jour-là, en contant au prince la façon
tume, son nez d'aigle el mettait à découvert
les dents longues et mal plantées de son angu- piteuse dont il avait été repoussé par une
leuse mùchoire, se mit à chanter à pleine bourgeoise à qui il faisait le grand honneur
gorge ce refrain, composé jadis au sujet de de vouloir prendre de force et sa main et
ses écus, c'est la vanité du beau Bussy, bien
quelque frasque de son père :
plus
encore que son orgueil, qui eut à souf0 la folle aventure
frir.
Du prince de Condé!
(A suivre,)

CH. GAILLY DE TAURINES.
CHEFS )!ILIT.\IRES FOR\! l:'iT L.\ n : TE DU CORTi:GE DE L'El!PEREVR CHARLES·Q• l'.'.T, LORS DE ~0'1 E'\TRÉr: A 801.or::Œ, F.:'&gt;I' 1f29.
D'aprd une gravrire d11 lemps.

L'ITALIE

D'AUTREFOIS
~

A la cour de Ferrare

Clicbt Giraudoo
LE SEXTUOR. -

La liberté avait donné à ritalie qualre siècles de grandeur et de gloire. Pendant ces
quatre siècles, elle fil peu de conquêtes au
delà de ses limites naturelles; ce fut alors
cependant qu'elle assura à ses peuples le premier rang entre les nations de l'Occident.
Elle n'exerça jamais sa puissance sur les
Élals voisins de manière à mellre en danger
leur indépendance; sa division en un grand
nombre de petits États interdisait absolument
celle carrière à son ambition; mais la même
division avait multiplié ses ressources, cl
développé l'esprit et le caractère de ses peuples dans chacune de se~ petites capitales.
Les Italiens n'avaient alors pas besoin de
conquêtes pour se faire connaître comme
une grande nation. Les Allemands, les Français, les Anglais, les Espagnols avaient des
pri1ilèges municipaux, des chefs féodaux, des
monarques qu'ils croyaient devoir défendre;
les Italiens seuls avaient une patrie et le sentaient. Ils anienl les premiers étudié la
théorie des gomernements et donné aux
aulrc·s peuples des modèles d'institutions libérales. Ils avaient rendu au monde la philosophie, l' éloq uencc, la poésie, l'histoire, l'archilccture, la sculpture, la peinture, la musique. lis avaient fait faire des progrès

Tablea11 de CARU: \'AN Loo. (Musee illlf&gt;eri.Jl de l'Ermila{fe, 8ainl-l'elersto11rs:.J

\'l. -

HISTORIA, -

F:isc..jl,

rapides au commerce, à l'agriculture, à la
navigation, aux arts mécaniques. lis avaient
été les instituteurs de l'Europe ....
Mais le déclin arriva. L'Italie fut tour à
tour victime de la fausse politique de ses
chefs, de la férocité des armées mercenaires,
ravagée par la peste et par la famine pendant
trente-sept ans de guerres presque continuelles. La seconde moitié du seizième siècle
marque une époque de décadence. Les mœurs,
déjà corrompues, s'altèrent encore, et la vie
politique disparait.
Ferrare, une des capitales de cette Italie
d'autrefois, présente dans son histoire, avec
ses alternatives de splendeur el d'alfaiblissement, de victoires et de revers, comme un
résumé de l'histoire de ce pays. Elle brilla
parfois d'un éclat singulière~ent ,,if, et nul
souverain des autres petits Etals ne fut au
mème degré que tel ou tel duc d'Esle entouré de grands hommes, célébré par des
poètes illustres; mais nul aussi n'eut à soutenir plus de lutles pour défendre ses droits
et maintenir sa someraineté.
De la lignée de ces ducs de Ferrare,
Alphonse fer se détache avec un relief particulier.
A peine appelé, en 1505, à succéder au

duc Hercule ("", son père, un événement tragique avait marqué le début de son règne.
Il y a des crimes qui semblent appartenir
en propre aux familles qui, séparées de toutes
le, autres, dégagées de tous les liens sociaux,
n'ont point appris à sentir comme le commun des hommes, et ne se croient point soumises à la même morale. C'est ainsi que les
maisons souveraines, en Romagne, avaient
donné au peuple de fréquents exemples d'assassinat entre parents, d'empoisonnement, el
de tous les genres de trahison. Les familles
nobles croyaient de même faire preuve, par
la cruauté de leurs vengeances, de l'indépendance dont elles jouissaient ; et jusque dans
les villages, les chefs de parti nourrissaient
des inimitiés héréditaires qu'ils satisfaisaient
par d'atroces cruautés. De nombreuses bandes
de sicaires étaient sans cesse employées pour
attaquer ou pour défendre. Les ennemis
n'étaient point satisfaits tant qu'il restait un
seul individu, n'importe de quel sexe 011 de
quel âge, dans la maison qu'ils voulaient
détruire. Lorsque Arcimboldo, arcbe"êque de
Milan, fut nommé cardinal de Sainte-Praxède
et légat de Pérouse el d'Ombrie, il trouva
dans cette province un gentilhomme qui avait
brisé contre les murs la tête des enfants de

�- - fflST0'/{1.JI
son ennemi, el égorgé sa femme qui était
grosse; après quoi, venant à découvrir un
enfant du même homme qui était demeuré
vivanr, il l'avait cloué à la porte de sa maison, en trophée de sa vengeance, comme les
chasseurs y douent &lt;1uelqu('îois les aigles et
les chats-huanrs qu'ils ont tués. Bien plus,
cette atrocité n'avait point paru à ses compatriote~ une chose extraordinaire.
La mème cruauté, puis la ml\me ardeur de
vengeance se manifestèrent à la cour de
Ferrare.
Hippolyte, frère du nouveau duc, était depuis un an cardinal. Rival en amour de son
frère naturel don Jules, il entendit un jour
une dame ferraraise, objet de leur commune
passion, vanter la beauté des yeux de reluici. Hippolyte, furieux, soudoya une bande
d'assassins. Ces hommes entourèrent don Jules
dans une partie de chasse, et, sur l'ordre du
cardinal, qui était présent, lui arrachèrent
les )CUX.
L'attentat souleva d'horreur la ville de Ferrare. Il n'attira pourtant sur son auteur ni
punition, ni même aucune démonstration pu•
blique du mécontentement du prince. Cette
incroyable indifférence allait engendrer de
nouveaux· drames.
Alphonse se livrait tour à tour à ses plaisirs, a son goût pour la mécanique ou à la
fonte des canons de bronze. Il vil'ait alors
dans une familiarité intime avec des bouffons, des hommes de plaisir, paraissait donner peu de soins au gouvernement de son
État, et ses sujets le jugeaient peu digne du
trône où il venait de monter.
Son second frère, Ferdinand, animé d'une
ambition démesurée, était attentif à ces défauts, el le besoin de la vengeance tourmentait don Jules. Tous deux cherchèrent des
affidés pour renl"erser le gourernemenl du
nouveau duc. Le comte Albertino Boschetti,
de Modène, et Gerardo Iluberti, citoyen de
Fenare, se joignirent à eux, sur la promesse
d'obtenir les premiers emplois dans le nouveau minislèr&lt;'. Ils enl'isageaient ensemble
les divers moi·ens de se défaire du prince.
Uon Jules voulait qu'on assaillit Alphonse el
Hippolyte par le fer et par le poison; Ferdinand, qui n'avait pas les mllmes resm1timenls, n'en rnulait qu'à la couronne.
D'ailleurs, il élait difficile d'attaquer les
deux frères ala fois : on ne les Yoyail réunis
que dans les grandes cérémonies, et alors ils
étaient entourés d'une garde nombreuse; ils
ne mangeaient jamais à 1a mème table,
Alphonse, en joyeuse compagnie, prenant ses
repas de bonne heure, llippolite, avec la
pompe et la délicatesse .d'un homme d'Église,
prolongeant les siens jusqu 'après minuit.
Les conjurés, attendant toujours une occasion favorable, n'avaient encore fait aucune
tentative. Et cependant, le chanteur Giani,
qui était de leur complot, avait été plusieurs
fois admis près du prince avec une familiarité
telle qu'à maintes reprises il l'avait lié, de ses
propres mains, dans les jeux qu'ils avaient
ensemble, mais sans pou\'oir lui porter le

coup décisif. Quant à llippolJte, plus défiant
el ne perdant pa&amp; le souyenir de sa cruauté
passée, il veillait toujours sur don .Jules.
Enfin, au mois de juillet 1506, le cardinal
surprit le secret du complot. ... Don Jules eut
le temps de s'enfuir à Mantoue, mais fut livré

au duc régnant par le marquis Jean-François Il de Gonzague. Le chanteur Giani, qui
avait aussi pris la fuite, fut lil'ré de même
par le pape. La torture, infligée aux pré\'enus, donna de nouveaux renseignements sur
le complot dont on les accusait. Boschetli,
11uberli et Giani furent mis à mort. Quant
aux deut frères, la hache du bourreau était
déjà suspendue sur leur tête, lorsque Alphonse
commua leur peine en une prison perpétuelle.
Ferdinand mourut dans les fers en 1510, cl
Jules fut remis en liberté en 1559, aprt'is
une captivité de cinquante-trois ans.
La maison d'Este était alors la principale
protectrice des hommes de lettres ; la plupart des savants, des historiens el des poètes
cherchaient à plaire à Alphonse, et ces événements cruels furent déguisés d.1ns leurs
récits, ou presque absolument supprimés.
Giol'io évite de jeter aucun blùme sur le cardinal llippolyte, qui, par sa barbarie, arnit
causé l'égarement de ses frères. Jean-Baptiste
Ciraldi, dans ses commentaires sur l'histoire
de Ferrare, dissimule les événements;
)'Arioste, en intrtlduisant les deux malheureux frères parmi les ombres présentées à
Bradamante, ne veut voir en eux qu'une
preuve de plus de 1a clémence d'Alphonse.
Nous sommes arrivés à un Lemps où les
encouragements mêmes donnés aux lettres
appelèrent les princes à s'occuper beaucoup
plus de l'histoire, et les hisloriens à être
beaucoup plus courtisans ....
Alphonse l••, qui ne tarda pas à régner
d'une manière cfTective, n'avait pas adopté
le système pacifique de son père, et peut-ètre
l'état de l'Italie, alors déchirée par de violentes révolutions, ne le permettait-il pas.

~·

,

Ayant du talent pour la guerrr, il perfectionna de plus en plus l'art de fondre les
canons, au point de rendre son artillerie
supérieure à celle de tous les autres princes.
En 1509, il entra dans la ligue de Cambr~i, et le_pape Jules II le nomma gonfalonier de l'Eglise romaine. Mais le bouillant
pontifo, dès l'année suil'ante, ayant abandonné la ligue pour prendre la défense des
Vénitiens, el n'ayant pu déterminer Alphonse
à ce changement de parti, fulmina contre lui
les censures et les excommunications les plus
rigoureuses, le déclara déchu de la soul'eraineté de Ferrare et de tous les fiefs qu'il
tenait de l'Église. Les Espagnols s'étaient
joints à Jules lf. Les Français demeurèrent
sèuls fidèles au duc de Ferrare.
Alphonse d'Este séduisit alors un secrétaire du pape, qui devait empoisonner celui-ci.
Mais lorsque le duc donna à Bayard connaissance de ce complol, Bayard répondit : « Hé,
monseigneur, je ne croyroye jamais que un
si gentil prince comme vous estes consenlist
à si grande trahison; el quand je le sçauroye, de vrai je vous jure mon àme que,
devant qu.'.jl fust nuit, en avcrtiroye le pape.
- Puisque vous ne le trouvez bon, dit le duc,
la chose demourera, dont, si Dieu n'y met
remède, vous et moi nous repentirons. l&gt;
Après l'évacuation de l'Italie par les Français, Alphonse, qui les avait aidés à remporter
la victoire de Ravenne, resta sans défense au
milieu de ses ennemis, et se vit contraint
de poursuivre a1·ec le pape des négociations
de paix. Mais, en 151 i), la mort vint surprendre Jules II.
Le duc de Ferrare trouva d'ailleurs chez
son successeur Léon X une inimitié non
moins grande, qui alla même jusqu'à tenter
de le faire assassiner par le capitaine de ses
gardes. EL la disparition de ce pape, mort à
son tour en l 521, pul seule sauver de la
ruine le duc el sa maison. Dans sa joie,
Alphonse fit frapper des monnaies d'argent,
où se voyait un berger arrachant un agneau
des grifîes d'un lion, avec cet exergue, emprunté au lil're des Hui,: De 111an11 leonis ....
Le très court pontifie 1t d'.\drien VI valut
au duc la levée de l'excommunication dont il
était resté frappé, et, Lien qu'il cûl, dè,
1523, trouvé en Clément YII un nouvel
ennemi, il recouvra au bout de quelques
années, wec l'aide des FrJnçais et de l'Empcreur Chari s-Quint, la totalité de ses domaines.
Alphonse 1,·r d'Este mourut en 15:it aprèg
un règne de vingt-neuf ans. En 1-19 l, il
avait épousé .\nne, sœur de Jean Galéaz
Sforza,· duc de Milan, el, après la mort de
celle-ci, de,inl l'époux de la fameuse Lucrèce
Borgia, qui, par son esprit, par la protection
qu'elle donna aux gens de lellres et par l'édat
dont elle entoura la cour de Ferrare, fit en
partie oublier l'opprobre de la première
moitié de sa vie. Puis, rnuf pour la seconde
fois, il eut une troisième femme, la belle
Laura de Dianti, dont Le Titien nous a con~t'rvé lïmage.
SIS.\IO~DI.

les journées de juillet 1830
Par DANIEL STER.N (Madame

Ni avant ni après mon mariage, je ne
m'éta_is occupée de poli1ique. Quand j'en entendais parler dans le faubourg Saint-Germain,
cela me paraissaitextrèmement ennuyeux. La
perspective de la survirnnce dans la charrre
de dame d'atours de la vicomtesse d'Acroult
•
C
'
qm aurait dù m'intéresser, m'associer en
quelque sorte aux fortunes de la branche
ainée des Bourbons, ne me souriait guère. Je
n'imaginais pas, à la vérité, que l'on pùt décliner l'honneur de se tenir debout derrière
le fa~1teuil de la Dauphine de France, mais ce
que J 'a l'ais vu de son intimité ne m'attirait
pas, el j'y pemais le moins possible. Allant
peu au Palais-Royal, je n'entrevoyais que 1·aguement les ambitions de la famille d'Or-léans.
J'ignorais jusqu'à l'existence des sociétés et
des journaux qui préparaient l'al'ènement de
la branche cadette. Jamais il n'était question
chez nous ni des cours de mr. Guizol, Cousin, Villemain, ni de la société Aide-loi, le Ciel
/'aidera, ni de la Ninen•e, ni du J\'ational, ni
de rien d'approchant. Prévenue par le souvenir
de mon père et par toutes nos amitiés, je me
serais reproché aussi, comme une sorte de
félonie, de prendre trop de plaisir aux conversations libérales auxquelles j'assistais, soit
chez madame de Montcalm, soit chez la marquise de Dolomieu, première dame d'honneur
de madame la duchesse d'Orléans, soit dans
quelques salons du faubourg Saint-llonoré:
chez madame de la Briche, belle-mère de
M. Molé, chez madame Pasquier, etc. Lorsque
dans ce temps-là on parlait au faubourg SaintGermain des libéraux, lorsqu'on nommait
Lafayette, Benjamin Constant, etc., c'était
avec un accent de dédain ou de persiflage
tout semblable à celui que j'ai retroul'é plus
tard, en 1 R'i8, sur les lèvres de ces mèmes
libéraux parlant des démocrates.
li n'y a1ait donc pas trop moyen pour moi
de savoir, autrement que d'une manière très
sommaire et très insuffisante, de quoi il
s'agissait en politique; el comme je n'ai
jamais eu le gm'tl de m'occuper des choses
que je puis pas entendre, je tournais les curiosités de mon esprit vers d'autres objets.
La première pensée d'une révolution possiulc s'offrit à moi d'une manière étrange. Le
t•• du mois d'ao1'1l de l'année 182(), j'assistais à la première représentation de GII illauwe Tell, à )'Opéra, dans la loge des premiers genlilsliommes de la chambre. Madame
du Cayla y ,·int. Elle éfait, à son habitude,
très parée, très plà1rée, mais elle avait l'air
soucieux. Dans un entr'actc, comme je lui
parlais dela musique, elle mïnterrompir, et,
d'une voix altérée, elle m'apprit cc qu'elle
venait d'apprendre elle-même à l'instant, une

nouvelle qui paraissait lui causer un véritable
effroi : l'arrivée à Paris du prince de Polignac.
J'ayoue à ma honte que je ne compris p3s
hien pourquoi une telle noul"elle jetait madame du Cayla en si vive anxiété. Je ne connaissais M. de Polignac que par ce qu'en
avait dit mon frère, qui se trournit depuis un
an environ sous ses ordres, en qualité de second secrétaire d'ambassade à Londres. Mon
frère aimait beaucoup son nouveau chef; il le
disait trt•s bon, très aimable, et se louait infiniment de sa bienveillance. Aussi n'en pouvais-je croire mes oreilles t·n entendant madame du Cayla s'écrier que la venue d'un tel
homme était un grand malheur, une calamilé.
.le la rt'gardais aYec un étonnement qu'elle
prit sans doute pour de la consternation, car,
en se levant pour quiller la loge, où son
inquiétude attirait les regards, elle me prit
la main vivement, me la serra avec force, et
se penchant l'ers moi : &lt;&lt; Madame d'Agoull,
j"ai 11eur n, murmura-L-elle avec un accent
sinistre el en me regardant d'un air qui me
fit peur à mon tour. Ses joues qui p:llissaient
sous son fard, son sein agité qui soulevait ses
diamants en fou, son étreinte fébrile, son
œil étincelant me restent dans la mémoire
intimement unis aux accords de Guillaume
Tell et aux premiers pressentiments de la ré-

des 221, la dissolution de la Chambre, l'entrée au ministère de l'intérieur de M. de Peyronnet, la prise d'Alger, l'irritation publique
menaçante, l'ouverture des collèges éfectorau~, etc. A peine ministre, M. de Polignac
avait appelé à Paris son jeune secrétaire
d'ambassade pour lui confier les fonctions de
sous-direcfeur de l'une des directiom du ministère drs Affaires étrancrères ; mais ce
n'était pas, cela l'a sans dire~ pour le mellre
ni de près ni d&lt;' loin dans ses secrets. Mon
frère, d'ailleurs, élait à ce moment distrait
de la chose publi1f11e par les négociations et
les apprêts de son prochain mariage avec mademoiselle de Monlesquiou-Ft zensac. Le jour
de la bénédiction nuptiale, quand je l'is, pour
la p_rcmiè~e fois, le malheureux ministre qui
all_a1t, à s1 peu de Lemps de 111, précipiter son
roi, la d}"nastie el lui-même dans un affreux
dés_astre, rien, absolument rien, ni dans la
physionomie ni dans la conversation de M. de
Polignac, n'aurait pu faire soupçonner à l'observateur le plus altentif qu'il dût l aYoir
dans son esprit une préoccupation quelconque.
Selon l'habitude anglai,e 11ui depuis lors
est venue aussi chez nous en usarre, mon
frère ~\ait v~ulu s'exempter de Lou~ rcprésentallon le Jour de son mariage, et il arnit

IlAXS l.A RLE DE ROIIA:\, LE 19 Jl'ILLET 1830. -

rnlution qui devait éclater à un an dt• là.
On sait comment cette année fut remplie :
le cabinet formé par M. de Polignac, l'adresse

l.ithOi[raphie ;Je \"JCTOR \l).Df.

décidé de partir ce jour-là mème pour la
Touraine, avec sa jeune femme.
Le prince de Polignac, qui était témoin de

�1f1STO'l{1.Jl
mon frère, vint au déjeuner de famille qui se
donna chez nous après la messe. Il l'ut d'une
bonne grâce parfaite et de la plus agréable
humeur, avec une pointe de gaieté. Il causa
familit•rcment de toutes choses et de Ioules
gens. Il s'occupa longtt'mps de ma petite filll!
Louise, alors âgée de deux ans et demi, cl,
l'aidant à rangt'r sur la table les animaux
d'une belle· arche de Noé dont sa nouvelle
tante venait de lui faire présent, il lui expliqua avêc une complaisance charmante la différence que le bon Dieu arnit voulu mettre
entre un chameau el un dromadaire. Je me
rappelle aussi que le président du conseil, venant, je ne sais plus par quel hasard, à parler des élections, nous conta comme quoi il
venait d'envoyer en Auvergne l'un de ses fils
- un enfant de douze ans - arec son précepteur, afin d'y travailler, disait-il en souriant, l'esprit public- les collèges électoraux
étaient convoqués pour le 23 - el de se faire
envoyer de bons députés.
Je m'étonnais bien un peu, à part moi, de
voir un homme d'État traiter si légi'•remcnt
ces matières politiques, qui me semLlaicnt,
sans ~- entendre, deYoir être fort sérieuses;
mais je trouvais cela aimable; et d'ailleurs jll
me sentais toute gagnée à la manière paternelle dont l'homme d'État jouait à l'arche de
Noé avec mon enfant.
Le prince Jules de Polignac était beau. Fils
de celle ravissante duchesse de Polignac qui
avait partagé l'impopularité de Marie-Antoinette, il avait, comme sa mère, la taille
haute, mince et souple, le visage long, les
traits nobles. Il ressemblait au roi, de qui,
dans le peuple, on le disait fils.
Plus Anglais que Charles X dans ses manières, il avait, comme lui, le sourire affable
et un peu banal, l'entretien facile et insignifiant, la physionomie très douce.
Dans l'isolement de la prison où il était
resté dix années, depuis le complot de Geoi·ge
jusqu'à la chute de l'Empire, son imagination, peu nourrie d'histoire ou de science,
avait pris un tour mystique. li s'était e1alté
dans la dévotion. Son grand cœur el son intelligence étroite s'étaient ensemble illuminés
d'une foi visionnaire. Il ne doutait pas de
l'inlenention directe de Dieu dans les affaires
humaines. Le surnaturel ne l'étonnait pas;
rien ne lui paraissait plus simple qu'un miracle en faveur de la bonne cause. Il en vint
insensiblement, bien qu'il fùt exempt de
toute infatuation, à sentir en lui une vocation
divine. Lui aussi, il entendit ses voix, il eut
ses conversations intérieures avec la Vierge
et les saints. Il se crut appelé à sauver
son roi et son peuple, et se tint prêt au
martyre.
Je n'ai vu le prince de Polignac, dans cet te
unique circonstance dont j'ai parlé, que pendant deux heures à peine, mais il m'a laissé
un souvenir plein de respect. Dès l'abord on
sentait en lui quelque chose de simple, de
vrai, de bon ; quelque chose aussi de fixe,
d'inébranlable el d'impénétrable. Plus tard,
quand je rencontrai son fils, celui-là même
qu'il avait envoyé, disait-il gaiement, en tour-

née 1ilecto1·ale, la rérolution qu'il arait déchainée avait fait son œuvrc.
Mais je reviens à l'année 1850. Mon frère,
comme je l'ai dit, ayant quitté Paris le jour
même de rnn mariage, mon mari étant en
Bourgogne pour la vente d'une forêt qu'il
avait près de Chagny, la vicomtesse d'Agoull
i1 Vichy avec la Dauphine, nous nous trouvions seules, ma mère et moi, dans l'appartement que nous occupions ensemble rue de
Beaune, lorsque parurent au Moniteur 26 juillet 185O-les fameuses ordonnances.
Ma mère avait quitté la place Vendôme afin
de pouvoir demeurer arec moi. Nous nous
étions partagé le rez-de-chaussée de l'ancien
hôtel de Mailly I où mon frère venait aussi de
louer un étage, de sorte que nous allions y
être tous réunis. L'hôtel de MaiUy était une
fort belle demeure arec cour, avant-cour et
arrière-cour, étages très élel'és, ayant vue sur
le pont Royal, le palais et le jardin des Tuileries, grand jardin dont la terrasse longeait
et dominait le quai Malaquais. L'ombre des
vieux marronniers donnait bien quelque fraîcheur à notre rez-de-chaussée, mais l'usage
des calorifères, récemment importé de Russie, en ôtait l'humidité. Le chant des merles
et des autres oiseaux qui nichaient en multitude dans les bosquets du jardin, les lierres
qui tapissaient ltis murs, les touffes écarlates
du géranium sur les vases de la terrasse, le
parfum des fleurs de toute sorte dont on
émaillait les plates-bandes avaient, à mes
yeux, un charme singulièrement mêlé de
tristesse et de douceur. c·~t de ce lieu
agréable que j'ai vu passer la première des
révolutions à laquelle j'ai pu comprendre
quelque chorn. C'est sur cette terrasse du
quai Malaqnais que, assises, ma mère et moi,
dans la matinée du 26 juillet, nous apprîmes,
par des amis, la nouvelle du Moniteur. Nous
en fùmes fort troublées. On pensait que des
protestations violentes allaient se produire à
Paris el dans les départements, el nous appréhendions de nous mir séparés les uns des
autres sans pouvoir peut-être nous rejoindre.
Ces craintes, quant à mon frère, furent bientôt dissipées. Le 27 au matin, non sans quelques difficultés, il rentrait dans Paris, tout
abasourdi de ce qui se passait, n'en a)·ant
rien su, rien pu soupçonner dans le silence
toujours souriant de son chef. A peine nous
eut-il embrassées, que Maurice courut au
ministère des Affaires étrangères.
M. de Polignac était à Saint-Cloud. Ce fut
l'un des directeurs, M. de Viel-Castel, notre
ami, qui dit à mon frère, avec beaucoup de
tristesse, ce qu'il savait, ce qu'il redoutait :
la baisse effrayante des fonds publics, l'agitation populaire, la protestation des journalistes, l'incertitude où l'on était quant aux
mesures prises pour réprimer les désordres, etc.
Revenu vers une heure à l'hôtel de la rue
1. Cel hôtel, ~ilué rue de Braune, à l'angle du
quai llalaquais, avait appartenu au xv111• sièele au
marquis ile Nesle, de la l'.imillc lie llailly. Il n'existe
plus.

des Capucines, mon frère y trou va celle fois
son cher. En rentrant au ministère, la voiture du prince de Polignac avait été accueillie
à coups de pierres; il avait été hué, mais il
n'en semblait guère ému. Il reçut ~Iaurice le
sourire aux lèvres, comme d'habitude. li eut
même, en lui parlant, un petit accent goguenard, comme se ri!jouissant d'arnir été si secret, si profond, si homme d'État. Il lui apprit qu'il venait de signer l'ordonnance qui
confiait au maréchal Marmont le commandement supérieur des troupes; puis, en lui serrant la main avec une affection paternelle :
« Allez rassurer voire femme el YOtre mère,
lui dit le ministre; il n'y a plus rien à craindre, toutes nos mesures sont prises. Je n'ai
plus besoin de vous ici, ajoula-t-il, le conseil
ra se réunir aux Tuileries. Rentrez cht'z vous
tranquillement; quand il y aura quelque
chose à faire pour vous, je rnus ferai avertir. l&gt;
Et comme mon frère essayàil de lui faire
enlre\'Oir ses doutes louchant la facilité de la
répression, le sourire du prince prit une expression compatissante, mystérieuse, illuminée, qui ne pcrmellait plus que le silence.
Mon frère revint à la mai-on moins rassuré
cl moins rassurant que son chef. Sur son
chemin, il avait vu beaucoup de c-hoses qui
n'étaient point en accord arec la sécurité du
ministre : les groupes populaires, de plus en
plus nombreux, agités, où l'on proférait des
menaces, des cris c1 à bas Polignac! »; une
fermentation qui, loin de s'apaisPr sur le passage des troupes, semblait les provoquer au
combat. En entrant dans le salon de ma
mère, où plusieurs de nos amis ultra-royalistes se réjouissaient bruyamment de « la
bonne rnclée » qu'allaient recevoir ltis révolutionnaires, il nous fit part de ses impressions et nous apprit la nomination du maréchll. On fit une exclamation de surprise et
de mécontentement: c1- Raguse! un homme
si peu s11r, à la tête des troupes! ce n'était
pas possible; il y avait quelque chose là-dessous ! l&gt; - Et l'on se dispersa pour aller aux
nouvelles.
La chaleur était accablante. J'allai dans le
jardin chercher un peu d'ombre et de fraîcheur. Ceux de nos am:s qui n'étaient pas
sortis vinrent avec moi. Nous nous assîmes
sous les marronniers. La conversation bruyante
avait fait place à de rares propos, inquiets et
tristes.
Il était environ cinq heures. Tout à coup
un bruit sourd el lointain, un bruit inaccoutumé, frappe mon oreille : &lt;1 Qu'est-ce cela, »
m'écriai-je? et je me levai pour courir vers
la terrasse. On me retint. c1 C'est un bruit
d'armes à feu, dit l'un de nos amis. - C'est
un feu de pelo:on, dit un autre. - Pauvres
gens! •» m'écriai-je, pensant aux hommes du
peuple sur qui l'on tjrait sans doute.
Nos amis me regardèrent d'un air stupéfait. - &lt;l Les pauvres gens, madame! mais
ce sont d'infâmes gueux, qui ,·eulenl tout
saccager, tout piller!... » Je m'étonnai à
mon tour. Sur ces entrefaites, mon frère,
élan t allé à la découver le, nous apprit que,

lÏ1chc Fiurillo.

-'loin

Dl' POLYTECH:-1c1EN V,\..'iEff. LE

rue des P)ramides, un détachement d'üifmterie ,·enait de faire feu sur un attroupement
qui n'avait pas obéi aux sommations; un

29 JCILLET,

0

.\ L .\TT,\Qt:E DE LA CASER~[:; DE 13.IBYLO'iE. -

homme, disait-011, était tombé. L&lt;s aulr~s
avaient pris la fuite, en criant: «Aux ~rmes ! ~
Ma mère, lrès alarmée, craignant pour le

T.JNe:i11 .Je .\loRE.IU DE, Toms.

lendcm;În une bataille des rues, proposa de
me faire partir pour Bruxelles - j'étais dans
un étal d~ grossesse lrès avancée. - Mon

�1f1STO'RJJI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - fri·re J'en dissuada, me jugeant beaucoup
moins exposée 11 Paris que partout ailleurs.
Pendant que nous délibérions ainsi, les

,Yapoléon Il! Vire la llép1tblù111e ! » Comme
)laurice en était là de son récit, nous enlendimes tout à coup sonner le tocsin ..Je ne

l'Rl~I' Dll LOU\'lff. LC ~q JUILLlT 18:11. -

troupes se déploiaie11t dans les rues; la
garde, la ligne, les suis,es, la canlerie, l'artillerie prenai1•nl position sur la plal'e Louis~ V,
au Carrousel, sur la place \'endùme, sur les
boule\'ar&lt;ls. Dans le mème Lemps, des barricades s'éleYaient de Lous côtés. Cho·e incropble, di,ail-on, le pèuple niait . « \Ï\e la
ligne,&gt;, l't la ligne hésilait à tirer sur le peuple! Vlrs le soir, les rumeurs del'inrcnt plus
inquiétantes encore. Xos amis, nos l'Oisins,
nos gens, tout effaré~, entraient et sortaient,
cha~un arec sa nou,elle ,inislre. C'était l'heure
où le duc de Raguse, dans son rapport au
c\ln~eil, &lt;lédarait 11ue la lmnquillite etait
l'etablie.
De toute la nuit, je ne pus former rœ1l;
notre quartier était silencieux pourtant, mais
ce sdenct! a1,lit quelque chose de lugubre. De
grand m1Lin, Je mt! le1ai ..\ peine habilléL',
je courus au jardin. fü mère était là dt:jit,
interrogeant un de nos amis qui apportait
les bruits du dehor,;. C'était le même qui, la
1eille, s'était réjoui si haut de la « bonne
ra cire » qu'allaient re.:eroir les émeu Liers.
li ne se réjouissait plus; il parla il bas maintenant; il était pàle. Partout, sur son chemin,
il al'ait vu les écussons, les enseignes aux
armes royale~, les panonceaux fleurdelisés
des notaires ùtés ou brisés. Yers dix hcur~s,
mon frère alla au minislèr~. Il re,int au bout
d'une hPUre, n'ayant pas ,·u ~!. de Polignac,
qui était à Saint-Cloud. On assurait dans les
burea·ux qou l'état de siège _allait être proclamé. li n'y avait plus de temps à perdre,
disait-on; l'émwtc gagnait du terrain. Le
peuple al'ail abattu le drapeau blanc et hissé
le drapeau tricolore à l'hôtel de ville; on ne
triait plus ;eulement : « .t bas les ministre~.' 1&gt; mais : u A bfü le8 801t1·bo11s! Vive

L1/hogr,1fhie Je ,·,c roR ,\ t.A)I,

connai~sais pas plus ce bruit-là 4ue celui &lt;lLs
déchar"es. On 10'expli&lt;1ua re qu'il ,ignifiait;
" qui courut dans mes 1e111cs,
.
.
au frisson
Je
,.entis pour la première fu·~ h• ~ourtle de,
rél'olutions.
Vers une heure de l'apii•s-mi&lt;li, les nou1dles qui nous ,inrenl a,aienl un autre accent. Nos amis étaient rassurés. L'état de
siè·•e
était proclamé; Fou,·aulcl (le ricomle
0
de .Fou1 auld, colonel de gPndarmerie) avait
l'ordre &lt;l'arrêter LafaieLLe, Laffitte, '1auguin,
Sah-erle, etc. Quatre colonnes de lroupLs
commandées par Talon, Saint-Chamans, Quinsonnas el Wall, llaient en marche pour arrêter l'insurrection. Le canon allait balayer
les rues.
Mon cœur se serra, je ne saurais trop &lt;l,re
~ous l'empire de quels sentiments. Je n'aYais
aucune peur personnelle. Je ne s~ngeai~ p:1,
aux princes, je ne faisai, assurément pas ùe
, œu x pour l'insurrection, dont je ne connai~~ais ni le but ni les thcfs, mais j'étais émue
d'une grande pitié à la pensée de ceux qui
allaient mourir, el, sans bien sa1oir cc qu'il
ioulait, je ne pou,ais me défendre d'une
chrétienne simpalliie p.iur le courage et le
malheur du peuple.
La paix régnait eDC\lre autour de nous,
aucune lutte n'était engagée sur la ril'c gauche. On n'y avait pas éle,é de barricade..~.
Nous passâmes la journée du mercredi 2~
sans apprendre grand'chose. Les bruits étaient
confus et contradictoires. 011 était le roi? Où
était le prince ae Polignac? Que faisait le
maréchal? On ne rnrnit trop A six heures du
soir, en uous mellant à table, nous apprimes
par des amis de lf. de Yitrolle~ que celui-ci
allait et venait incessamment de Paris à SainlClou&lt;l, de Saint-Cloud à Paris, pour arracher

au roi quelques concessions el les faire agréer
des insur,,és. Tout allait mal, nous dirent-ils;
o
.
.
1
l'insurrection était partout ,1clor1euse. ,e
maréchal demandait du renfort et n'en pouvait obtenir 1•.. Quant aux desseins des libéraux, quant à ce qui se passait dans les réunions publiques, nous demeurions dans une
ignorance complète.
On ne parlait pas chL'Z nous du duc d'Orléans. L'absence de la Dauphine et de la 1icomles;e d'Agoult nous laissait sans nouvelles
directes des princes, et nous en étions réd ui ls aux conjectures. {;ne longue nuit se
passa encore dans cet étal. Le lendemain
jeudi 29, notre 11uarticr s'agitait; des colonnes d'étudiants et d'omriers, parties de
l'Odéon, assaillant les postes, s'avançaient
par les quais et la rue du Bac, vers le Louvre et les Tuileries. Nous entendions le canon
et la fusillade; l'at1a4ue du Louvre commençait. Les gardes sui,ses postés sous la ~lonnadc, aux fenêtres du palais, sous le gutchet
qui fait face à l'lnstitul, repoussaient les
combaltants qui menaçaient de passer le pont
des .\rls; on ne me permcllait plus d'aller
sur la terrasse. Des fenêlr&lt;s du pavillon de
Flore et de la caserne du r1uai d'Orsay, on
tirait contre le pont !loyal, où les insurgés
essapienl de construire une barricade et de
planter lwr drapeau.
.
Oes bruits de Lous genres et des plus sinistres nous arrivaient d'heure en heure :
Marmont trahit; deux régiments de ligne ont
pas,é à l'insurrection; un armistice est proclamé, clc. Des fenêtres du second étage,
nous ,oyons un spectacle inouï_: le_jardin d~s
Tuileries rempli de lroupes qui ÎU1ent end~rnrdre; des solda ls qui sautent par les croisées du rez-de-chaussée et se précipitent par
la grande allée du milieu ,ers le pont tournant; des tris, de; clameurs, des carreaux.
bri~és a1·ec fracas, de, meuble, jetés par les
croisées, un bruit de mer orageuse; le dr,lpeau tricolore enfin, hi,sé sur le pavillon de
J' llorloge; la monarchie en déroute' 1
Dans la soirée qui suitcesscènes incro~ahlcs,
les ropfüles se forgent des chimères plus
incroyables encore. Selon les uns, ~l~rmo1!l a
trahi, mais Bourmont est rn route; il arme.
Avec lui, le Dauphin marche sur Paris. ll&amp;jà
l'on conseille à ma mère de faire ,es approYisionncmenls en (ilS de siège; sdon d'autre~,
plus rai,onnablcs, M. de Polignac se retire;
)1. de )lorlcmart est nommé pré~ident du
conseil cl va tout arranger.
Le lendemain au malin - Yeodrcd1 50 on lit sur toutes les murailles des placards
invitant le peuple français à donner la couronne au duc d'Orléans. Les nou\'elles se précisent et se précipitent. Coup sur coup, on
apprend que le Dauphin remplace le duc de
Ra"use dans le commandement des troupes;
r1u~ le roi a quitté Saint-Cloud, Trianon ;
1. !Îàn, le· ioumal Îl'111i poi-tr, pul,liti eu 1867,
j&lt;' lis quel&lt;Jucs note, curicum d'.\ll'rc,l de \ïgu~.
..a,tcs rnmme les n11c11nc,. à I heure même Jes
J,·éncu'ieuls: c l'endrtdi 30. Pas 1.111 pr111cc n'a paru.
i.e,, l'aunè, hra1e, de la gard&lt;' .soul 11,andoonès ,ans
ordre,, ,an, pl111 ,lcµu,, Jeux J•Jur;;. _1ra,1ué, parlo';ll
~L se .ba\la.nl toujours. - U guc, rc Cl\1le, ces 01J,l1nés d,•101&gt; L'ont a,ucncc ! ,

'----------------- - - -----------qu ïl part pour llambouillet; 'Ill 'il l est rejoint
par la Dauphine'; qu'il retire les ordonnances;
1p1 ïl nomme le duc d'Orléans lieutenant µélll:ral du royaume; qu'il abdi'iue; que le Dauphin abdique, elc.
Cependant les jours s'écoulent. Ll scs~ion
a été ourerle par le duc d'Orléans - - 5 août.
- On sïn11uiète, dans Paris, de sal'oir le roi
si proche, à la tète de troupes nombreuses et
fidèles. On se porte lumultuaircment, en arme~. ~ur Rambouillet; quand la multitude l
arrire, Il' drapeau tricolore llotle sur 'le cbàteau. Les princes l'ont fJUillé. On se félicite.
on a h,ile de rapporter à Paris la bonne noul'dle: on s'empare d(s fourgons, des carrosses de la cour; on monte dedans, dessus,
derrière. Sous le fouet des cochers improYisés, les heaux chevaux des écuries roi ales
franchissent ventre ,'i terre la distance de
Rambouillet 11 Paris. lie ma fenêtre, je ,ois
passer au galop ce IJitarre cortège. On ne
savait cc que c'était. Ct•s allclages somptueux
comerls de pous~ièrc et &lt;l'écume, Cl'S hommes en blouses, en ,·rstes , rn uniformes
d'emprunt, coiffés de képis, de bonnc·ts à
poil, de rasquettrs, armés de caraliines, de
sabres, de pir1ues, al'inés, enroués, chanlanl,
hurlant à lue-tète, queh1ues-uns couchés, rndormis sur les coussins de satin bl,rnc ! Jamais je n'oublierai C'C grotesque grandio,c !
L'asprtt de Pari, était d1:solé. ,\u tumulte
de l'ém('ulr, au bruit dt!s charges de caralrrie, aux roulem1•nls des tambours, au son
du canr,n cl du tocsin, succédait soudain un
~;lence morne. Les rues d{,pa,ét!s, les ré,whères hri,és, le, liouli11u1s fermées, cl, quand
Ycnait le soir, les lampion, des Livouacs populaires, toutes ces choses, al'ec l'iol'ertilude
qui planait au-dessus de nous, nous jetairul
en grand~ trislcsse.
Enfin toute inccrlilu&lt;lc se dissipa.
Pue royauté di~parais,ait, une autre prc1

1,) ~uùl. Courmmem,•nl d,

Louis-Philipp•• 1·".

C:crémoni«' j?_r:n(". - c·c':'11 un c1wro1111fmr11I profrsl1JJd. - li COll\Îl'nl Ù un flOU\011' IJUi n'a plus l'Îl'II
,1,· lll\;(i1111•. dit le Globe. J"r lroll\c lt• d,'laul ra,Ji-

cal •111e 11• lrùnr uc ,appui,! ni sur l'npprl au peuple
111 ,ur J., clroil ile h'~1limi1,:; il c~l ,:u, nppu,.
l \lfrc,I ,Ir \ïgny. -J111m111l rf'11u /Jtw·tr.

L ES JOU~NÉES DE JU1l.L'ET 1830 _ _ ~

nait sa plaf'e1 • Le 9 aolil, je vis de ma terrasse passer dans une l'Oilure découverte
Louis-Philippe el sa famille. Ils rcrenaienl
du Palais-Bourbon, 011 les deux Chambrrs
avaient proclamé le 1'0i de~ Français.
&lt;&lt; Il , aYait une fois un roi cl une reine 1&gt;,
dis-je à. la marquise de Bonnay qui rrgardail
al'ec moi le modeste cortège roial. Elle sourit;
nous al'ions lou les deux la même imprrssion.
Celle royauté qui passait nous faisait un peu
l'dlet d'un conte ?fous ne la:prenions pas au
sérieux. Elle n'a,·ailà nos yeux ni consécration
ni prestige. De notre point de me thréticn,
selon nos idées de famille, elle était la triste
rérnmpcnsc d'une tri~te félonie. Je me rappelais le mot de la vicomtesse d',\goult : « Je
n'aime pas ces gens-lit. 1J Je pensai qu'elle
al'ait raison°.
Cependant nous apprimes que la famille
roiale avait quilté la France, cl que la vicomtesse d'Agoult, malgré son Jge, malgré les
instances de la Dauphine qui ne YOulait pas
arcepter cc nournau et définitif sacrifice de
toutes Sr!' affections, de toutes ses habitude,,,
rc•fusait de quiller sa royale amie el r1prena1t
a,ec elle le dur chemin de l'exil. De retour à
Paris, mon mari prenait sa retraite. li s'!
croyait obligé d'honneur, Lien que personndlemeul il n'eùt point d'allaches aux prince,
de la branche ainée. Né en t 790, d'un père
r1ui n'émigra point, il était entré à dix-sept
ans au service, el a,·ait fait toutes les campagnes de l'Empire, en Allemagne, en Pologne, en E~pagnc, jusques et r compris la
campagne de 1811!. li avait rté grièvement
Llrssé d'u11 coup de feu au combat de .\'angi,,
en faisant, à la lèle de son régimtnt, une
charge de cal'alerie contre un carré d'infanterie russe, et il en restait boiteux. En fait
de sou1·crai11, M. d'Agoult ne connaisrnit que
Napoléon, rn fait de régime, que l'empire
militairr. Comme toute sa génération, &lt;'t
1. 'le, opinion, en ,e fon11anl J&gt;&lt;'II à f't'U me lircul
plu, lard cou,idcrn l:i rén,lulivn ,le 181i0 ,11111 autre
u·il el sou, un autre a,pcl'l; mais elles nt' lllt' ra111e11i·rc111 pui11l à cclli\ 1•1.1i11io11 qm• 1~ qua,i-lqplimité
,le la ro)aulè hourgcoi,1• l'lail la forme 1lt'lin1liH• Pl
parfailr du A'ou,rrnc&gt;mcnt 1111i •eul 1·011,cna,1 ·• la ,Jt'•rnorral ic fru111·ai,1•.

malgré ses originl's, il ignorait les princes
ciilés. En 181 t, il fut tout surpris d'apprendre par son oncle, l'él'èt1uc de Pamier~,
que B11011apal'le était un 11.mrpateu/': qu'il
y avait un roi légitime qui se nommait
Louis X\'lll; que la fille de Louis Hl rirnil
encore; &lt;1u'elle avait eu pour ami, pour compagnon d'exil, qu'elle ramenait avec elle le
frrre de l'évèque, l'oncle de mon mari, le
l'icomte d' \goull.
· Présenté par l'é,èquc à ces parenls ignorés,
M. &lt;l'Agoult fut accueilli d'abord par eux
aYec une certaine réserve. Cette blessure reçue
en combattant les alliés qui ramenaient nos
prÏllces, celle croix de la Légion d'honneur,
bien que jointe à la croix de Saint-Louis, et
toutes deux gagnées, non par faveur, mais
sur les champs de bataille, n'étaient pas une
recommandation : peu à peu cependant le
nuage se dissipa, les relations derinrent extn~mement cordiales. On t.\cha d'entamer les
préventions de la Dauphine. On l'intéressa
même à la jeunesse, égarée, mais restée pure,
au fond, de ce hon royaliste. La princesse
a,ail voulu me 1oir et m'avait donnt&gt; l'espoir
d'une surril·ance auprès d'elle. \lais H se
borna J'eflet de ses Lonnes grâces.
Mon mari, en continuant de senir, par
amour du métier des armes, ni ne demanda
ni n'obtint jamais la moindre faveur et ne
s'allacha jamais non plus personnellement à
aucun des princes. Quant à moi, je reçus,
comme on l'imagine, après la réYolution, une
infinité &lt;le condoléances au sujet de la dignité
que je perdais. &lt;1 On l'a misr sur les genoui
de la Da 11pbine , , arnil-on dit, lors de mon
mariage, dans le faubourg Saint-Germain. On
m·c~limait fort à plaindre d'en être ainsi arrachée. Je n'entrais pas lrop dans ers r~grets,
ne me sentant pas très propre aux fonctions
qu'on m'a l'ait de~linées; et~pcndant, malgré
l'accueil gracieux que J'avais reçu au Palais1\oyal, je n'allai point au palais des Tuill'ries.
A peu de temps de là, j'achetai du prince
de la Trémoille le chàteau de Croissy, j'r
passai la plus grande partie de l'année, ,.,
feus bientôt oubliL1 la cour cl les prince~.
1) \'\!EL
\IAU.\~11

Lx

CDIX IJF, LA PI.AO.

uu· CARROmEL,

LE

3o JULLET

1f!Jo.

STER\".

1,.\1,ouu.)

�EN 1870
et,

Le combat de Sarrebruck
Les journaux de Paris commençaient à
trouver qu'on tardait beaucoup à envahir la
Prusse. Leur impatience gagnait la foule,
qui, toujours exaltée et tumultueuse, se
livrait à des manifestations de plus en plus
belliqueuses, mais également irraisonnées.
Le ministère, dont la prodigieuse assurance
ne se démentait pas, malgré les nouvelles
alarmantes venues de la frontière, transmettait au major général les doléances publiques
el insistait pour qu'on agît sans retard. Jusqu'alors il n'avait eu à donner en pâture à la
population surexcitée que des dépêches insignifiantes où il était question d'escarmouches
entre uhlans et douaniers, de patrouilles
bousculées, ou de coups de feu échangés
entre avant-postes qui se délogeaient réciproquement. Ce n'était pas asrnz pour calmer l'effervescence générale, et une entrée
en matière plus consistante commençait à
s'imposer. De son côté, !'Empereur, qui ne
savait toujours rien des mouvements de
l'adversaire et cherchait à se renseigner par
Lous les moyens possibles, pensait qu'une
démonstration un peu énergique obligerait
peut-être celui-ci à déployer m forces et à
dévoiler ses projets. Il se décida donc à tenter ce qu'on appelle une reconnaissance offensi1•e, et chargea le maréchal Bazaine de l'exécuter.
Le 5i juillet, dans un conseil de guerre
tenu à Morsbach, sous la présidence du maréchal, les détails de l'opération furent arrêtés
entre lui, le général Frossard et le général de
failly. On y décida que le 2• corps marcherait
sur Sarrebruck, soutenu par une division du
5• corps qui se dirigerait sur Wchrden, tandis qu'une division du 5• se porterait en avant
de Sarreguemines pour opérer une diversion.
L'exécution de celte reconnaissance était fixée
au 2 août.
Dans la journée du {•r août, la division
Vergé fut rapprochée de Forbach et vint camper à l'ouest de la ville. La 5• division du
5° corps fut portée à Rosbruck, et le général
Frossard fut avisé que s'il ne recevait pas
avant le 2 son équipage de ponts, il disposerait de celui du 3• corps, qu'attellerait la
réserve d'artillerie ou, à son défaut, « les
autres allelages qu'on aurait sous la main »l
C'est ainsi préparé à opérer le passage de la

Sarre, que le 2 aoùt, à neuf heures trois
quarts du matin, le général Frossard commença son mouvement. La division Bataille
marchait en première ligne, soutenue en
arrière par deux brigades, l'une de la division Laveaucoupet, à droite (brigade Micheler), l'autre de la division Vergé, it gauche
( brigade Valazé) ; les deux autres brigades
de ces divisions restaient en réserve, dans
leun camps. Sur chaque aile de la première
ligne était établie une batterie de i2 de la
réserve d n 2° corps.
La garnison de Sarrebruck se composait
d'un bataillon du régiment d'infanterie n° 40
(fusiliers de Hohenzollern) et de trois escadrons du régiment de uhlans n° 7 (du Rhin):
elle était placée sous les ordres du lieutenantcolonel de Pestel, commandant ce dernier régiment, et avait comme soutien en arrière l~s
deux autres bataillons du 40•, un escadron du
9• hussards et une batterie légère. Toutes les
troupes postées sur la Sarre étaient commandées par le général-major de Gneisenau, de
la 5i • brigade, lequel avait ordre de se replier sur Lebach, s'il se trouvait en présence
de forces trop supérieures. Le succès de
notre attaque ne pouvait donc être douteux.
La I ille de Sarrebruck, située sur la rive
gauche de la Sarre, est, ainsi que le faubourg
de Saint-Jean, placé sur la rive droite, profondément encaissée entre des coteaux abrupts.
A peine éloignée d'une petite lieue de la frontière française, elle possède un pont et un
viaduc, celui-ci destiné au passage du chemin de fer qui vient dt! Metz par Forbach et
traverse la rivière en aval de la ville pour
aboutir à la gare, placée au nord, sur la rive
droite. De Sarr€bruck se détache un embranchement qui conduit à Trèves, et de là à
Coblentz. A l'ouest de la ville un vaste terrain
de manœuvres, destiné à la garnison, étend
sa surface mamelonnée jusqu'au pied des
hauteurs du Reppertsberg, el plus au sud,
le long de la Sarre, la forêt de Saint-A.rouai
couronne de ses arbres verts des plateaux
élevés dont ks pentes descendent 11 pic dans
la vallée. C'est ce point de Saint-Arnual que
la brigade Bastoul (2• de la division _Bataille)
devait occuper tout d'abord, pour se porter
ensuite vers le terrain de manœuvres ( E'xer-

cirplatz), que la brigade Pouget ( 11• de la
même division) attaquerait en même temps de
front.
A peine le mouvement était-il commencé,
que les patrouilles prussiennes donnèrent
l'alarrue. Aussilôt, trois compagnies vinrent
prendre position sur l'Ea:ercirplalz, el les
deux bataillons de renfort se rapprochèrent
de Saint-Jean. Pour éviter les effets meurtriers de nos pièces, les Pr~ssiens se déployère11 t en tirailleurs, et ripostèrent avec
énergie à la fusillade que dirigeaient sur eux
nos fantassins parvenus vers onze heures aux
points qui leur avaient été assignés. Mais
quand après une heure de ce feu, à peu près
aussi inefficace d'un côté que de l'autre, le
général de Gneisenau aperçut les premières
lignes de la brigade Bastoul qui débouchaient
de Saint-Arnual, et menaçaient son flanc gauche, il jugea que le moment était venu de
suivre ses instructions, et donna l'ordre de
la retraite. Les Prussiens se retirèrent donc
par le pont de Sarrebruck, tandis que la batterie légère, composée de quatre pièces seulement, essayait de protéger leur mouvement
en riposlant tant bien que mal aux projectiles que notre artillerie leur lançait des hauteurs de la rive gauche. Tout cela, malgré la présence de !'Empereur, arrivé vers onze heures
sur le terrain, avec le prince impérial, pour
donner plus de solennité à cette entrée sur le
territoire ennemi, n'était guère sérieux. Les
tentatives esquissées le long de la Sarre par
les troupes du corps Bazaine ne le furent pas
davantage, et se bornèrent à des escarmouches sans résultat, dont le décousu n'accusait
que trop nettement l'irrésolutiGn du commandement.
Cepl!ndant le général de Gneisenau, ,·opnt
les hauteurs couronnées par nos troupes et
Sarrebruck occupé, jugea prudent de se replier à quelque distance de la ville, et, le
5 août au matin, il rallia ses différents corps
en arrière du défilé de l(œllertheler, au bivouac de llilschbach.
Tel est ce minuscule combat de S:i.rrcbruck, dont on attendait des merveilles, et
qui, somme toute, se réduisit à une dJmonstration puérile, ou quime bataillons français
furent déployés pour chasser de leurs positions trois bataillons prussiens.
L'-COLONEL

ROUSSET.

V UE DE LA VILLE DU H.\VRE-DE-GRACE (FIN DU

xvm•

SIÎ::CLE) . -

D'après l'estampe dessinée el gravée par

BACH ELEY.

John
Par

G.

LENOTR.E

Le Lion de la mer; - .llilord Fa11lôme;
- c'est ainsi que les marins de la République
désignaient le commodore Sidney S,ruith qui
commandait, en 1795, l'escadre anglaise
croisant en vue des côtes de Normandie. Nos
mat~lots, qui n'avaient jamais beaucoup cru
à l'Etre suprême de Robespierre, en revenaient à se persuader que l'amiral ennemil'homme qui avait brûlé Toulon - était le
diable en personnr, tant son audace, son
adresse et sa chance lui al'aient valu de renom. Il cabotait des chouans en armes à la
barbe des douaniers, cueillait sur les côles
les royalistes fugitifs, opérait le transit des
conspirateurs entre l'Angleterre et la France;
sa péniche amirale, le Diamond, se montrait
un soir au large des iles Saint-fürcouf et se
retrouvait, à l'aube du lendemain, devant
Dieppe; les navires qui essayaient · de lui
donner la chasse semblaient voués à quelque
désastre, tempèle, échouage, ou explosion de
sainte-barbe.
Or, le 19 avril 1796, la ville du Havre ful
mise en émoi, dès son réveil, par une stupéfiante nouvelle : Sidney Smith était pris!
Il_ avait eu l'audace d'accoster en pleine nuit,
aidé d'une flottille de cinq ou six canonnières,

la frégate, le Vengeur, mouillée en rade; il
s'en était emparé et filait avec sa prise, quand
une saute de vent et la marée montante le
poussèrent en Seine. Quelques chaloupes et
le lougre le Renard sortirent du port et cinglèrent à sa poursuite. Une corvette, commandée par le capitaine L1 Loup, atteicrnit la
péniche de Sidney S!llith; l'é1uipage s~uta à
l'abordage; l'amiral se rendit 1 • Le Loup Je
fit prisonnier, au nom de la République, ainsi
que son état-major, son secrétaire, qui déclara se nommer Vright, et un garçon de vingtquatre ans qu'il présenta comme son domestique
et qui n'était autre qu'un émicrré
fran•
0
ça1s, Jacques-Jean-~farie-François de Tromelin, gentilhomme breton, ancien officier au
régiment de Limousin, et qui se trouvait sur
le Diamontl &lt;c pour son plaisir ».
Tromelin avait connu déjà bien des aventures : sorti de France au commencement de
1792, il avait suivi les princes à la campagne
d'Argonne : plus lard, officier à l'armée
royale de Bretagne, il avait pu échapper aux
exécutions en masse des vaincus de Quiberon
el avait profité d'un moment de répit pour
se marier. Certain d'être fusillé s'il était pris
et reconnu sur le territoire de la République,

il se réfugia à Londres où il récu t, très mai
grement, de quelques leçons de dessin·1 on
l'_y présenta à sir Sidney Smith qui le pril
vite en affection et l'emmena à son bord pour
la campagne de 1796.
Dans la nuit du 18 avril, au moment oü
les marins français abordaient le Diamond
Tromelin se vit perdu : capturé sur un navir;
ennemi, prùscrit, hors la loi, c'était la mort
dans les vingt-quatre heures .... En un instant, Sidney Smith réunil son équipa cre pour
un dernier mot d'ordre : - M. de T;omelin
va passer pour mon domeslique. - Alais il
connait à peine quelques mots d'ancrlais
'! 0
Soit, il sera Canadien et s'appelle ra John
B,·omf~~ 2 •••• Cette recommandation suprême
fut religieusement respectée: aucun des homt~~s _qui se t~ou;aicnt là et qu'une dure captmte alle_nda1t n acheta, par une indiscrétion,
une amélioration de régime, et c'est ainsi que
le commodore avait pu ne présenter aux officiers fra?ç~is q~i. passèrent à son bord que
son secreta1re, Vr1ght, et les officiers de son
étal-major. Quant à John Bromley, à peine
nom~é, il était déjà dans la cabine occupé à
garmr un portemanteau des effets de « son
maître n : personne ne fit attention à lui, et

1. Archives 11atio11a/es, F1 61:i0.
~- Archives 11&lt;ttio11ales, F' 6425. « li l'ut convenu

dans un moment, cuire tes maleluls et les officiers
restants, l(UC je passerais pour dumcsli11ue, que je me

dirais né dans le Canada .... , Oéclaralion de Tromelin. AYril 1804.

�"--------------

111STO'RJJl
mots, puis des phrases. Ces signaux, en raiquand il émergea de l'entrepont, portant la cc cadavre de pierre dressé, comme un spec- son de la hauteur et de l'éloignement de l'envalise, le bateau entrait dans les jetées du tre des âges anciens, dans le quartier le plus . ceinte, ne pouvaient èlre aperçus que des
grouillant de Paris : les tragédies révolutionHavre
étages supérieurs de la tour ; et ce st1·atagèmc
Toute la population de la ville s'était mas- naires l'avaient ressuscité et rajeuni : tous
fonctionnait, paraît-il, depuis
sée pour assister au débarquetrois ans, après l'heure des ronment du fameux milord Fandes, sans que nul geôlier, sans
tôme. Dès qu'il mit le pied sur
qu'aucun des postes établis,
la pa,scrdle,. une clameur le
pour plus de sùreté, aux étages
salua d'un formidable Vite la
bas du donjon, en eussent le
République! Sidney Smith &lt;&lt; se
moindre rnupçon. Le logement
confondait en signes de polide la rue de la Corderie, le
tesse et en salutations qui n'en
seul, assure-t-on, qui, de ce
finissaient pas ,, ; et comme
côté, avait me sur l'enclos du
quelqu'un lui demandait pourTemple, était loué, depuis 1793,
quoi lui, si habile, avait osé
par une royaliste, Mme Launoy,
risquer un coup de tête si peu
qui l'occupait arec ses trois
digne de ses talents, il réponfilles;;. Au jour, le commodore
dit que « s'étant trouvé dans
les aperçut, souriantes et jolies;
l'inaction, il avait voulu s'amuunfl communication régulière
ser à cette espèce de partie de
s'établit mire ellt s et le prisonchasse 1 1&gt;. D'ailleurs, il se monnier : comme il ignorait leurs
trait-satisfait d~1 hasard qui -lui
-nern;;,-i-1lrs ovait baptisées Tharéservait un séjour:.en Erance,_
lie, Clio et Melpomène.
dans quclt1u'une de ces prisons
Sidney Smith et son fidèle
dont le tragique rrnom était
John apprirent ainsi que, à la
grand depuis trois ans, dans le
nouvelle de l'arrestation de son
monde entier. li li ou,·ait &lt;&lt; de
mari, la jeune Mme de Trol'amusement dans la nournauté
melin était accourue à Paris et
de sa situation »; c'était un
s'était logée dans la maiso.n
chapitre pittoresque :ijoulé au
même dont Mme Launoy haL1feuilleton de sa vie et il se délait le lroisième étage; la téléclarait très curieux « des suites
graphie nocturne devait servir
de l'incident ,, .
à concerter une évasion : quelJohn continuait à passer inaques amis s'en occupaient actiperçu ; on le surveillait si peu
vement. Phélippeaux, le chef
que, dès le premic r jour, il cul
hardi de la &lt;&lt; Vendée sancerla tentation de s'échapper ; il
roise &gt;, , avait présenté à Mme de
n'en fit rien, pourtant, suivit
Trornelin IIJde de Neuville qui
son maître à l'hôtel qu'on lui
l'avait délivré des prisons de
donna pour résidence, s'y monllrnrges, la veille du jour &amp;xé
tra serviteur empressé E'. t désm~Ev S)IITJJ,
pour son exécution. li Ide dcNeuvoué,. :ncore que Sidney ~mith Por/r;,il f;,it;," Temple, par ll e x~EQCtN, le 28 /mp1uire ;,11 V. (C,iNne! des Esl:lmtes. ) l'ille - dont la tête était mise à
le traitai, pour plus de vraisemprix -séjournait à Paris sous le
1
blance, assez rudemeut. Le soir
nom
de
&lt;&lt; Charles Loiscau &gt;&gt; : il recruta l'ami
même, le commodore et son secrét;1irc mon- ceux qui, depuis le l:i aoùt 1792, s'étaient Boisgirard, d'une excellente et très ropliste
taient dans une chaise de poste, en compagnie efforcés, par intérêt ou par dévouement, d'en- famille de Bourges, lequel n'avait rien trouvé
d'un brigadier, sous l'escorte d'un détachement trer en communication avec les délcnus, y de plus ingénieux, p3ur échapper aux tracasde gendarmerie. On prit la route de Paris : al'aienl laissé des traces de leur ingéniosilé. series de la police, que d'utiliser ses qualités
Juhn , sur le siège, entrait en familiarité avec Q,1atrc ans de stratégies clandestines et de de souplesse et de légèreté en sollicitant un
les postillons qui riaient fort de son air cxo- travaux d'approche avaient 1mchiné la Tour emploi - qu'il obtint - de danseur à
t ique et s'amusaient à lui donner &lt;&lt; une pr'"- cl ses abords comme un théàlre d'escamoteur, !'Opéra 3 • On s'adjoignit encore Carlos Sourmièrc leçon de français l&gt; . Après un court cl certainement Sidney Snith, qui s'attendait d.il, of1icier de Charette, né à Troyes, qui,
séjour à flo:icn, Smith, le capilaine Vright tl à des surprises, ne dut pis se trouver déçu. dèpuis 1792, scfl'ait intrépidement la cause
Dès la première nuit, comme il prenait le
John Ilrom!t:iy arrivaient à Paris dans les prefrais
derrière ses barreaux, son attention fut royale : tous ces jeunes gens, d'ailleurs, vimiers jours de mai. On les déposa à la prison
vaient si bien en familiarité avec l'imposde l'Abbaye, où ils restèrent six semaines : attirée par une lueur virn sortant d'une fenê- sible, que le trantran ordinaire de leur vie
tre
grande
ouverte
au
troisième
étage
d'une
ils fun!nt de là transférés au Temple où on
nous apparait comme une succession de périles écroua le :; juillet 2 cl, tout de sui te, maison de la rue de la Corderie; des ombres péties peu vraisemblables.
passaient et repassaient dans la ch1m bre;
l'aventure tourna au roman.
Le plus urgent était de délivrer le pauvre
Depuis que le ~inislre donjon de Jacques bientôt, sur un drap tendu au fond de la Juhn qu'une reconnaissance fortuite , une renMolay avait servi de prison à la famille royale pièce, une lanterne magique projeta des let- contre, un geste d'étonnement pouvait perdre 6
et, après elle, à bien d'autres, il n'était plus tres énormes dont la succession formait des
1. Arch,v. s 11atio1wle.1, J•'• ti 150.
'2. ~ Extraits des rngislrc, d"écrou de la maison
d'an·êt du T~rnplc.
Du IJ mcssitlol' an IV juillet 17!lû).
Conformêroenl à la lellre du mrnistrc de l'Intérieur
en date du '13 de ce mois, le concierge de la maiso11
cl'arrêt du Temple rcce,•ra les ci-après nommés venant de celle de l'Abhavc.
Sir William Sidney, \ ummall(tc1n·, grand croix do

ç;

l'ordre mililaire de l'épi•c en Suède, ~apilaine tle haut
hord en ..\nglelcrrç, chef tic la di\'isio11 c1·oi,anl dons
la )lauche. natif de London, lrenle-de,n ans. Prisonnie1· de guerre.
John \'c,tcy \'right, secr étaire tlu commodore Si,lney
el John llrqmlcy, domestique dp comm0&lt;lorc. » .4rch ives na/ ionales~ F7 6423.
::i. Rehseignemenls particuliers.
4. llydi&gt; de ~eul'ille. .llémoires et Sout&gt;enirs.

5. Qumze ans de haute police sous le Consufol
el l'Em11ire, p,11· Dc,marcst.
6. • Enfermé au Temple, ma. position était hic11
critique : 011 soup~onnaiL uu émigré parmi 11ous ; on
pouvait rn'iùenlilicr et, dans les vini;L-qualre heures,
me juger cl me rusillcr. Le besoin de conscn·er mon
existence ... aida mon courage. Je jouai mon rôle av,•c
w1 calme cl un bonheur rares. » Archfrea 11atio11ales, F1 '162::i.

et qui jouait, du reste, son rôle avec un chetier~ et n•~rait. parmi ~es. sur1·eillants que un rez-de-chaussée vacant dans une maison
ca,lme ~t un bonheur rares. Sidney Smith des amis : meme il courltsa1t la fille de l'un de l'enclos, contiguë à l'enceinte· Hyde visita
dec~ara1t - sans mentir - qu'il n'avait &lt;&lt; ja- d:eux 7t le ~aria~e .était convenu pour lejour le local, s'assura que la carn ét~it attenante
ma~s eu parei! serviteur l&gt;. John prévenait ses ou, mis en liberte, il aurait trouvé dans Paris ~u mur de la prison el loua l'appartement oü
~omdres désirs et le serrait avec une solli- une situation stable .. .. Cc lieu d'un renom si 11 établit une jeune fille, Mlle D... , si avecitude quasi filiale . La brusquerie du com- tragiq~~• ccll~ tour ~u. Temple, qui, selon le nante et si jolie que les habitants de la mai~odo.rc ~t quelques coups de pied que celui- mot srn1slre d un policier, « dévorait ses ha- son ne s'étonnaient pas des lonaues heures
.
0
c_1 lm de~c?ai.t dans les moments d'impa- b)!ants 1&gt;, é~ait un_ endroit quasi gai, et l'on que passait chez clic Charles Loiseau. Il
llence, n altera1ent pas sa déférence'· John s etonne qu une pmon pût abriter tant d'in- s'était installé, presque à demeure, dans la
était, d'ailleurs, très .populaire au Te~ple : souciance et de bonne humeur.
cave, et, courageusement, il avait entrepris
co~me,~asne, le concw~gc de la prison, toléLes fréquentes entrevues de Mme de Tro- de creuser un souterrain, assez large pour
rait qu il sortît, chacun rn plaisait à le char- melin avec John el ses continuelles prome- donner passage à un homme, et dont la longer, moyennant pourboires, de commissions nades autour du Temple avaient attiré d'abord gueur ne devait pas, d'après ses calculs
po~r le dehors : on s'intéressait à ses pro- l'attention des mouchards, vite rassurés : excéder douze pieds.
'
gres .dans ~a langue française que, de l'avis tout le quartier savait que cette dame « était
Il travaillait tout le jour al'lc ardeur.
unamme, 11 commençait « à écorcher très une ,Anglaise, .très attachée à Sidney Smith l&gt; ~ll~e D-:· élevait une enfant de sept ans à
passablement l&gt; ; on se répétait ses naïvetés et Ion trouvait tout naturel que celui-ci cor- qm Lo1sean avait acheté un gros tambour
et on s'amusait de ses bévues. Le brave gar- respondît, par l'intermédiaire de son domes- dont on enrourageait la fillette à jouer à tour

(( LA SUSPECTE •. -

Tableau d'EDMOND

LAVE\ R~.

~n n'é!ait ni susceptible, ni &lt;&lt; regardant l&gt; :
buvait tous ses petits profits avec les oui-

tit1ue, avec sa maitresse éplorée'. Elle, pourtant, ne perdait pas un jour : elle avait avisé

de bras : clic emplissait de vacarme la maison, cou,Tant ainsi le bruit des coups de

1. ,1/émoire,~ de Rochecotte
'l. " C'csl alo,s qu'une épo~se chérie viul à l'aiis

~ur m'aider de ses secours : on la soupçonna ,l'être
nmanle de Sydney Smith .... » Archives 11atio11alPS,

F7 6!,23. Interrogatoire de Tromelin en grrrninal
an XII.

11

"

""H.,.

�. - - 111ST0'/{1.JI
pioche et de la chute des pierres. llyde, pourtant, commençait à se décourager : il craignait maintenant de s'ètre trompé dans ses
pré1·isions et de faire fausse route; le concours d'un maçon devenait indispensable.
Mme de Tromelin en découvrit un, bra\'e
homme, qui comprit à demi-mot de quoi il
s'agissait el qui se mit à l'œuvre. A rnn premier coup de pic, une brèche s'ouvre : toute
la cour du Temple apparaü; la chute des
moellons renverse un factionnaire qui, effaré,
donne l'alarme .... Le poste court aux armes;
mais Hyde est sur le qui-vive : à son appel,
Mme de Tromelin, l'ouvrier, lllle D... el
l'enfant au tambour s'enfuient par une porte
de derrière, et quand la garde, obligée à un
long détour, envahit l'appartement, elle n'y
trouve plus que des malles pleines de bûches
de bois, des meubles sans valeur et quelques
hardes que personne, comme bien on pense,
ne se risqua à réclamer'.
Cette algarade rendit la surveillance plus
soupçonneuse : l'orJre vint, du bureau central, de resserrer la captivité du commodore,
et, pour mettre fin à ses communications
avec le dehors, on lui signifia qu'il eût à se
pril'Cr désormais des services de son domestique dont on avait décidé l'ex tradition. La
nom·elle de ce coup de fortune fut reçue par
John el par rnn maître comme l'annonce
d'une catastrophe : tous d.:ux tinrent jusqu'au bout leur rôle avec un naturel parfait.
Le 8 juillet 1797, quand le brigadier Dumaltera. escorté du gendarme Barlhet, se
présenta à la prison muni de l'arrêté du
Directoire ordonnant que '' John Uromley,
valet de chambre de sir Sidney Smith, serait
extrait de la maison du Temple pour être
conduit, de brigade en brigade, au port de
Dunkerque et, de là, passer en Angleterre»,
il y cul une scène qui émut les plus bronzés.
John se précipita en pleurant sur les mains
de son maître qu'il couvrit de baisers, protestant qu'il ne l'oublierait jamais et jurant,
devant les geôliers altendris, qu'il risquerait
tout pour le tirer de sa prison. Sidney Smith
parut très touché, mais il resta digne : il
chargea John de commissions pour sa famille,
lui remit un élogieux certificat de ses bons
services el lui ,·iJa sl bourse dans les mains!.
Les gendarmes, appréciant à leur valeur
les rares sentiments d'un pareil scrriteur,
furent pleins d'égards tout le long de la
route. Le comte de Tromdin aroua plus
tard que jamais il n'arnit voiagé a\'ec plus
de sécurité et moins de soucis : ce proscrit,
ce condamné à mort, que le syndic du
moindre village pournit, sur le simple énoncé
de son nom, liHer au bourreau, était sous la
sauvegarde el la responsabilité de toute la
gendarmerie de la Bépublique. On l'embar1. Hi de de ~cuvillc, Souveuirs el ,1/lmoires.

2. Mlmofres de Rochecolle, lllémoires . d'llyde
de Seuville. • Cejour&lt;l1mi ~O me,sidor \, nous,
Josel'h Oumallera, brigadier, et Jean Barthe!, gendarme à la résidence de Pa,·is, conl'orrnémcn t it un
arrêt~ du Dirceto,rc du 5 messidor. avons extrait de
la maison du Temple John Bromlcy, domestique du
commo1lorc Sidney Smith, pour être conduit de brigade c11 brigade au port de Dunken1ue et de lit passer en Angleterre. ~ Archives 11atw11a/es. P (H~3.

qua à Dunkerque le 22 juillet; deux jours
plus lard, il abordait la terre anglaise qu'il
ne fit que traverser, ayant hâte de rentrer en
Normandie où Mme de Tromelin était "enue
l'attendre•. Pourtant, on eut de John Bromley des nouvelles pendant un certain temps :
lti cabinet noir du Directoire ouvrait et faisait
traduire les lettres adressées d'Angleterre à
Sidney Smith plr ses parents : ceux-ci, prévenus par Tromelia, prolongèrent la mystification; jamais troupe ne joua avec plus d'ensemble : « - Nous ne poul'ons concernir,
&lt;t écrivait le 2ti août sir Douglas Smith à
« son frère, nous ne pournns concevoir ce
« nouveau caprice qui vous a fait vous pri&lt;t ver de voire fidèle John; j'apprends de ma
&lt;t mère qu'il doit aller à Portsmouth chercher
&lt;I ses hardes et de là faire un voyage dans
« le pays pour voir s~s amis. » - Le 5 septembre, l'oncle Edward Smith renchérissait :
&lt;1 John Bromley, mandait-il, a passé ici :
&lt;• l'acte de le séparer de vous ne fait pas
« honneur au Directoire et j'aurais cru que
&lt;t la nation française respecterait davantage
« le malheur el le courage. li a couru chez
« votre mère : le pauvre garçon témoigne
&lt;&lt; beaucoup d'empressement à porter de \'OS
« nouvelles à vos amis; il lui est dù une
« année et demie de traitement comme
a employé à voire senice ' . »
Tandis que Cts lettres et d'autres du même
ton rassuraient pleinement la police du Directoire, qui n'avait d'ailleurs aucune méfiance,
Tromelin débarquait paisiblement à Caen,
rentrant en France pourl'u d'un crédit illimité sur le banquier llarris, rue du Bac, en
vue de tenter, par tous les moiens possibles,
la délivrance de Sidney Smith et du capitaine Vright. li resta six mois en Normandie,
assurant le passage en Angleterre du commodore dès qu'on serait parvenu à lui ouvrir les
portes du Temple. Ce point - le plus difficile - établi, Tromelin se rendit à Paris, où
il retrouva ses amis, Carlos Sourdal, les
dames Launoy, Hyde de Neuville, Phélippcaux, le danseur BoisgirarJ, auxquels
s'étaient réunis le chouan Legrand de Palluau, un des lieutenants de Phélippeaux
pcndanl la Vendée sancerroise, et Laban,
ancien officier de StofOet, qu'on manda
précipilammenl de Brèlagne à Paris pour
tenter le coup.
Phélippcaux cl les dames Launoy n'arnient
pas cessé d'entretenir avec les prisonniert des
relations télJgraphiques. Depuis le 18 fructidor, il est vrai, au royaliste Lasne avait succédé, comme concierge du ÎLmple, le jacobin
Antoine Boniface, qui, ravi d'être enfin pounu
d'une place avantageuse par celle rérolulion
qu'il flagornait depuis cin1 ans, s'établit dans
son nouveau domaine comme en pays c~n-

quis. Son malheur fut d'installer avec lu;
Mme Boniface, femme autoritaire mais sensible, que les malheurs, le prestige et la
distinction britannique du commodore touchèrent plus qu'il n'eût fallu. Le concierge,
empaumé par sa femme, eut pour le prisonnier d'étranges complaisances : il le laissait sortir sur sa parole d'honneur « pour se
promener, pour prendre des bains5, diner
en ville et même aller à la chasse ». Sidney
Smith ne manquait jamais de revenir passer
la nuit dans son cachot et reprenait, en rentrant, sa parole.
li faut dire que tous les détenus de nationalité anglaise avaient été transférés au dJpôl Je Fontainebleau; seuls, en raison de
leur importance, le commodore el son secrétaire avaient été gardés au Temple 0(1 ils
étaient, de plus près, sous l'œil de la police,
toujours en soupçon «qu'il se tramait quelque
chose l). Les prisonniers relevaient, d'ailleurs,
du ministère de la marine dont le titulaire
était alors Pléville-Le Peley, vieux, dolent,
courbatu, qui, prêt à démissionner, apportait peu d'ardeur à ses fonctions. En partant
pour Lille, où se tenait la conférence de la
paix, il avait signé, pour des cas de forme
ou d'urgence, des blancs-seings portant en
tête la vignette et le timbre officiels : l'un de
ces papiers fut soustrait sur la table du
ministre, probal,lemrnt par le dalmate Wiscovisch, espion à tout /'aire, Lien nourri à
nombre de râteliers. Le Peley prit, au reste,
la peine d'écrire personnellement à son collègue de la police pour l'a\'ertir charitablement que de mauvais bruits couraient sur
le Temple cl qu'al'(ml dix j ours Sidney
Smith serait ùadé 1•••• Il ne se trompait
que de quelques heures.
L'aventure est deYenuc légendaire cl s'est,
à chaque nouveau récit, enrichie de quelques
détails fantaisistes; la ,·oici, sommairement
contée d'après les seuls documents originaux :
le 24 anil ·l 798, rnr3 huit heures du soir,
s'arrêta de,·ant le portail du Temple un de
ces immenses fiacres où pouvait s'entasser
toute une famille; sur le siège, à côté du cocher, était un particulier Yêlu comme un
bourgeois, le ('hapeau ramené sur les yeux :
c'était Tromelin. A l'intérieur élait Phélippeaux en houppelande de couleur sombre, le
danseur Boisgirard, ,êtu d'un uniforme d'officier d'état-major, et son compère Legrand,
costumé en capitaine de voltigeurs. Les deux
militaires descendirent du fiacre et entrèrent
au Temple, laissant dans la 1·oiture les deux
bourgeois - inspecteurs de police, é\'idemment. Pareille chose était si fréquen te qu'elle
n'intéressa même pas les hommes de garde
flànanl dernnl le portail, d'autant moins
étonnés qu'ils apercevaient, rôdant autour de

:i. « Aussitôt après ma sortie, ma femme quilla

police : - Je viens d'èlre informé pa,· un pari iculier
que le commodore ~ydney Smi'!i, _détenu au 1:cmple!
doit prrntlrc la fu ite a,nnl dix JOt11·s et qu on lu,
lai;sc la focultt\ ,l'aller r11 ~oupcr eu rillc... .Ir ,ous
prie d'ordonner quïl lui soit mis â l'inslaut u_11e gmle
prés de lui et une a1:11rc à ~ur_,:eiller le c_o,_1C1erge sur
la sortie de celle maison Jusqu a ce que J a,e pu prend1·e de ~lus amples et_pl_us sûres inl'ormali?ns sur _cc
prison111cr et son sccrcta11•~ .... etc. • . frc/111•es 11al1011alts, F1 6150.

Paris pour se rendre en ~ormandie où je _lui prom!s
,te la r,•join,lre et je rc, Lai a Caen plusieurs mo,s
absolument io-noré. , ,1,-cltives 11atio11ales, 1-'7 46'23.
llllel"l"O(}atofre de Tro111eli11, germinal an XII.
i. A,-chù-es 11atio11ales, F' filjO.
5. • 28 germinal an \'l : ,1 y a beaucoup d inconvénients il laisser Sidney Smith sorlir 1lu Temple pour
prendre des bains. , Archives 11alio11al~s? ~'7 6150.
li. c l e ministre de la manne au m1111slrc de la

Jomv ---..
la roiturc, queli1ues-unes de ces ligures louches de policiers comme on en voyait tant
aux abords des prisons d'État à l'arrivée ou

au départ de quelque détenu. Ce soir-là, ces
« figures louches &gt;l étaient celles d 'Hyde de
Nelll'ille, de Laban', de Sourdat et de \\ïscovisch.
Les deux c,fficiers étaient entrés au greffe,
et, devant Boniface respectueux, exhibaient
l'ordre dont voici le texte :
Paris, le 5 norêal, an \l.

Le ministre de la marine et des colonies
an citoyen Boniface, préposé il la garde du
Trmple .
Le Directoire exéculir a!anl ordonné, par son
arrèté du 28 vcnt,:se ci-joint, la réunion de tous
les prisonniers de guer1 e anglais, sans distinction
de grade, je l'Ous charge, ciloycn, de remettre
sur-le-champ sous la garde du citoicn f:tieanc1: « Phélippcaux aqil fail, choix pour seconder srs
proJels, d'un dni1seur de l'Opéra fort agile du nom de
801sg1rard cl de mon oncle de LaLan, appelé précipilammrnl dt&gt; \'1•ndêe à Paris pour lenler le coup. •
,'lflmnire.ç du .l/•1 Cau robert. par Germain Bapsl.

.\rman1l A11g1•r, port,•ur ,lu présent onlr,•, le ('0111·
111o&lt;lore Sidney Smith cl le l':tpitaine \'right, pri$Onniers &lt;le guerre, puur ètrr lransr1;rés au dépùl

gènéral du Mpartcment de Seine-cl-)larnr , il
Fontainebleau.
Il vous est enjoint , cito~en, d'ohserrer le plus
grand secret clans l'exécution du pré,rnl ordre
dont j'averlis le mini~lre de la police génér:1le,
afin d'empêcher Louit• tentative ,cl'cnlc1·er ces prisonniers en roule.

Lr minis/l'e de la marine el des Colonies,
PL~rn.1.E-LE PF1.n

2•

La signature, très caractéristique, était
d'une authenticité évidente : Boniface ouuc
son livre d'écrou, remet l'arrêté au greffier,
qui le copie in extenso sur son registre, puis
l'ordre est donné de faire comparaître les
deux Anglais.
L'homme qui alla les chercher trouva Sidney Smith occupé à lire Git Blas : le commo2. Archives 11olio11ales, f' 7 6150.

3. 11/emoirs of admira/ Sir Sid11ey Smith, 1839.

The life a11d correspo11de11ce of admirai si,· William S. Smith, 18'18. I.!' .\'al'lil chro11icle cl l'Eu
l'()pt1111 .'llagazi11e de 1799 el 1800 ont publié le ré-

dore avait é1é prél'enu par ses amis, l'avanlveille, que tout était prêt pour l'évasion et
« qu'il n'avait qu'à se laisser faire ,, . li leva

la tète et demanda &lt;t ce qu'on lui voulait si
lard ». Ce à quoi le g~ôlier répliqua laconiquement &lt;c qu'on le lui dirait en bas ,&gt;. Arri,·é
au greffe, le commodore salua les officiers et
apprit d'eux qu'on allait le transférer.
- Où me conduit-on? demanda-t-il.
C'est lui-même qui, plus lard, a rapporté
ce dialogue textuel.•
- A Fontainebleau, répondit Boniface.
- Oh! ce n'est pas loin ... vous ,iendrez
~e 1·oir, n'est-ce pas? Et mes affaires, mes
hv~es... v~us me les en\'errez; ce n'est pas la
perne que Je les prenne avec moi ce soir.
Poignées de mains, distribution de pourboires : Mme Boniface était très troublée• Je
mari, pour garder son sang-froid, affectai( de
collationner avec sa copie l'ordre du ministre
cil de Sidn~y Smilh lui-même. (\'oir Qui11~e ans de
lt~ule po/i~e! par Desmar~st, édilion annotée r
Leonre Gra~•her, cl un ar\tcle de M. Victor Pillnf:
/)eu.;- offi.c1ers de la 111an11e a11glaise au Temple
dans le Corrtspondanl, octobr(' !~Ut)
'

�111STO'l{1.Jl

Jomv
dont il serra précieusement l'origi"nal pour sa
décharge. Vrigbt était descendu à son tour ;
l'officier. d'état-major signa du nom d'Augei·
la levée d'écrou, et l'on se dit adieu. C'est
alors que, pour couper court à l'émotion qui
gagnait tous les assistants, l'officier du poste
qui, peut-être, flairait quelque irrégularité,
commanda six hommes pour former l'escorte.
Ceci pouvait tol,lt perdre. Le commodore ne
put réprimer un mouvement, et chacun comprit &lt;&lt; qu'un soupçon d'exécution immédiate
cl clandestine lui traversait l'esprit ». Pour
pallier le mauvais effet de la chose, Auger
s'interposa : « - Citoyens, fit-il avec un
geste de théàll·e, la parole suffit, enlre militaires». Puis, s'adressant à Smith: &lt;&lt; - Commodore, vous êtes officier, moi aussi,
donnez-moi votre parole et nous nous passerons d'escorte ». &lt;&lt; - Monsieur, répondit
!'Anglais, je jure sur mon honneur de vous
accompagner partout où vous voudrez me
conduire .... 1&gt; Et ceci fut dit avec une chaleur
si sincère que les plus soupçonneux s'en tinrent pour largement satisfaits.
La porte s'ouvre, on rst dehors : les prisonniers montent avec les officiers dans le
fiacre, qui se met en route .... Au premier
tournant, le cocher, qui a reçu l'ordre &lt;1 d'aller bon train )) , jelle ses chevaux dans l'éventaire d'une fruitière et renverse un enfant;
grand émoi, attroupement, bousculade, cris:
c&lt; Arrête! A la garde! Chez le commissaire! )) Les deux. Anglais et leurs libérateurs
sautent sur le pavé, se font un chemin à
force de bourrades et s'enfuient, après avoir
mis par mégarde un double louis, au lieu
d'une pi.èce de trente sous, dans la main du
cocher, non moins ébahi que la foule qui
voit s'esquiver hâti1·ement, dans des directions
di[érentes, ces six voyageurs dont deux officiers en uniforme. L'incident, cependant,
n'eut pas de suites : une heure plus tard,
Sidney Smith était caché dans un hôtel situé,
dit-on, rue de l'Université 1 : il attendit là
jusqu'au lendemain, se terra trois jours
« dans un bois aux environs de Paris'; puis,
comme l'évasion ne s'ébruitait pas, il gagna
l\.ouen et s'embarqua avec Vright et PQ,élippeaux : Tromelin retourna à Caen où sa
femme renait de le rendre père; les autres
restaient à Paris, plus inquiets de l'inaction
de la police qu'il ne l'eussent été de sa pomehasse et un peu froissés de n'cntèndre souf0er mot de leur exploit que leur amourpropre d'auteurs estimait digne, pourtant, de
quelque renommée. Pas un journal n'y faisait allusion ; nul placard .... Le Temple gardait sa phJ•sionomie habituelle ; il semblait
que rien ne s'y était passé d'anormal el que

Quant au fidèle John, il se fit T~rc. Sidney Smith, reconnaissant, emmena ses libérateurs à Constantinople, el Tromelin retrouva
là Pbélippeaux, Legrand, Wiscovisch; lutler
contre Bonaparte, qui avait envahi la Syrie,
c'était encore servir la cause royale : TrJ-

melin sollicite donc du sultan Séliro un grade
dans l'armée ottomane; nommé major d'infanterie, il succède comme lieutenant-colonel
à Phélippeaux, tué à Saint-Jean-d'Acre. Bonaplrte repoussé, il s'allache à Husseincapitan-pacha et fait avec lui toutes les campagnes d'Égypte el de Syrie. Son hégire dura
quatre ans, au bout desquels, pris de nostalgie, il fit voile vers la France. Son nom était,
depuis 1802, rayé de la liste des émigrés et
l'amnistie proclamée lui assurait un avenir
paisible : il débarqua à Morlaix, revit ses
clochers de Saint-)telaine et, au bord de la
rivière, à l'extrémité du cours Beaumont,
son vieux chàleau de Coatserho où il était né
et où il s'installa, bien résolu à vin.i tranquille, entre sa femme, qui lui aYait héroï;quement donné tant de preul'es de dévoue:.
ment, el ses deux fils, nés dans la proscrip:.
lion, qu'il rêl'ait d'élever pour des destins
moins agités : tout dè suite il régla rn vie,
ambitieux seulement de retraite el d'inaction ; mais son sort n'était pas là.... Trois
semaines plus tard, le 11 avril 1804, à onze
heures du soir, les gendarmes de la brigade
de Morlaix, commandés par un délégué du
commissaire général de police de Brest, carillonnaient à la porte du château, rél'eil;laient toute la maison et mettaient en état
d'arrestation John-Tromelin-Pacha qui, dans
la même nuit, fut jeté dans une berline de
poste. Le 15, il était écroué à !'Abbaye
comme « pr~venu d'intelligence avec les enr
nemis de l'Etat », insinuation particulièret
ment pernicieuse à cette époque où s'instrui•
sait le procès de Georges et où la police flairait en tout nouveau débarqué un assassin
probable du Consul.
Ses réponses aux deux interrogatoires qu'on
lui fit subir dénotent, semble•t•il, quelque
lassitude, un dégoùt de la vie d'aventures.
D'abord il se tient sur la réserve el ,reste
très laronique; puis, se sach:rnt couvert par
l'amnistie, il raconte toute sa vie et c'est
alors seulement que la p'&gt;lice connut la véritable identité de John 81'omley qu'elle
n'avait jamais soupçonnée. Le récit de Tromelin est digne et sobre : il ne nom!lle que
Phélippeaux mort ou des .\nglais hors d'atteinte6, et quand on lui demande quels de
ses complices ont osé jouer le rôle des officier;;, il répond: « Deux hommes obscurs! 1&gt;
sauvant ainsi la vie à ses deux amis, car Legrand, à cette époque, était rentré chez lui,
à Valençay, et Boisgirard continuait à danser
à l'Opéra. Même, s'il faut en croire une
indiscrétion de Réal, la reconnaissance de
Sidney Smith avait valu au beau danseur le
grade et lrs émoluments d'oflîcier supér·ieur

'I Âl'chives 11aliona/es, F7 61ô0·
2. Déclaration du citoyen llagnus Lombcrguc, capitaine du paquebot La Maria , jointe à la leltre du
commissaire tlu Directoire près l'administration municipale de Gravelines, en date du 1" prairial VI.
« Le cilo_l'en Magnus Lombcl'gue, capitaine du paquebot La .llaria, parti lticr à deux heures du malin
du port de Douvres, a déclaré que le commodore
Smith, ilvadé de la prison du Temple, étail accompagné d'un émigré français donl il ignore le nom, qu"tl
a passé trois jours dans un bois près Paris, qu'il s·esl
l'Cndu ensuile dans lt&gt;s environs du llavre ou de
Brest, qu"il y a pris uu canot où il s'est emharqué ;

9uc le leudemain matin, à quelque dislance des côlcs,
11 a rencontré_ une frégate anglaise qui l'a pris à son
bord el conduit à Portsmouth. t Ai-clt . 11at. P 6150.
3. Jllé111oires de llocltecolle.
4. Sa femme mourut plus tard, dans la misère, â
Be,ançon.
5. « Voici ce que j'ai su par Sidney Smith et Phélippeaux qui dc~int le grand aclcur de celte maclune qm se d1,·1se encore en deux points : la part
que l'hélippeaux y a prise cl les aulres ressorts que
S1Jney Smith a fait jouer de son côté. Sidney Sm ith
lroura les hommes qui portèrent le faux ordre de
transl'érer. Je n'ai p11 fes co,mailre, ce sont deux

hommes obscurs. Ce fui l'hélippeaux qui allenclail
Sidney Smith dans la voilure qui le con lu1sil à Rouen
où ils reslércnl quelques jours el d'où ils passèrent
en Anglclerre. C'est, je crois, un abbé Ralhel (sic ) rle
Rouen qui le cacha. Sidney Smilh s:em_barqu~ sur un
bateau pêcheur du llavre. Un nomme R1ght, Ecossais,
mais à Paris depuis sa plus te11dre jeunesse, favorisa
Sidney Smith. C'esl lui qui a dù procu rer les signatures sur l'ordre de transfert. Le mumlre de la marine, allant voyager pour quelque Lemps, laissa des
blancs-seings que Righi se procura el donna à Phélippeaux. » Arcltivts 11atio11ales, F7 4625. DéclaraIton dè 'fromclin , an XII.

la police ne se doutait pas du mauvais tour
qu'on lui avait joué.
Elle ne s'en doutait nullement, en effet, el
cette ignorance était l'heureux résultat du
parfait fonctionnement des rouages administratifs. Dès le 25 avril, le lendemain du départ
de Sidney Smith, le concierge Boniface, dans
son quintuple rapport quotidien, avait rendu
compte au bureau central et au ministère de
la police, donné copie de l'ordre signé du mi•
nislre et a,·isé la place ainsi que le bureau
des subsistances. Le même jour, les membres
du bureau central étaient venus inspecter la
prison, comme ils le faisaient chaque semaine : ils avaient vérifié les livres d'écrou
et tout approuvé : eux-mêmes avaient rédigé
un rapport de leur Yisite, accompagné d'un
état de situation détaillé. Toutes ces pièces
avaient été enregistrées, lues, cotées, étudiées, classées el avaient fait l'objet d'une
réponse .... Huit jours plus tard, le 5 mai, le
médecin du directeur Merlin, en dinant avec
celui-ci, lui demanda, par hasard de causerie,
comment sir Sidney, q11'il n'avait plus rencontré au Temple où il lui rendait mensuellement Yisite, se trouvait de son séjour à
Fontainebleau .... 3 Stupeur de Merlin. &lt;1 A
Fontainebleau! &gt;&gt; Les estafettEs sont appelées;
on court, on enquête : du Directoire on demande d'urgence une explication au ministre
de la police Dondeau - oui, Dondtau, un
oublié, - qui s'adresse au bureau central,
d'où l'on court à la marine, qui prend des
informations au Temple : et c'est ainsi que
l'affaire fut divulguée, assez tôt pour qu'on
ne l'apprit point par les journaux anglais qui
célébrèrent l'entrée triomphale à Londres du
commodore et de ses compagnons. Toute
l'Angleterre en exulta et le cirque Astley joua
huit cents fois une pantomime : !"Heureuse
J,;vasion, ou le retour dans lct pat, ie, où la
police du Directoire était copieusement bafouée. Le coup, pour elle, fut rude; si rude
qu'elle n'osa même pas se risquer à rechercher les coupables : Boniface, seul, perdit sa
place et fut arrêté : le pauvre homme, dont
la prospérité avait lénifié le jacobinisme, redevint partisan farouche de l'anarchie dès qu'il
se vit sans emploi : la chose ne lui réussit
pas; déporté après l'affaire de la machine
infernale, il mourut en l'an XII aux iles Seychelles'.

\

au service du sultan : outre ses gaaes modestes de cinquième zéphir, il touchait 800 à
900 francs par mois, et les abonnés de !'Opéra
~e _se doutaient pas qu'ils applaudissaient les
Jeles battus et les coulés d'un colonel de l'armée turque.
La fran3hise de Tromelin, le récit de ses
exploits allirèrent l'atlention de Napoléon :
on _fit comprendre, au détenu que J'Empereur
éta,1_t plein dïnJulg,mce pour les braves et
q_u il cherchait des dévouements. c~s gentilshomm~s. qui n'avaient appri, qu'à se
~aitre en \'la1en t tous le sort des officiers que
l 11s1t1pateu1· entraînait à sa suite à travers

le m_onde; mais pour entrer dans l'armée il
fall_a1t se soumellre, et la transition était
dé!1ca1e,- .Tromelin s'en tira galamment. « Je
dois à I Empereur ma patrie, écril"il-il et le
?onheur de ,·ivre au milieu de ma ra:Urne.
Je _regrette_ que ce soit d'une prison que j~
~ume olfr1_r mes ser1ices; mon vœu plus
libre ne lamerait aucun ombrage sur ma
loyauté .... &gt;&gt;
Les portes de !'Abbaye ,:'ouvrirent : un
a_n plus tard Tromelin recerait sa cornmisSIOn de capitaine : en J809 il était colonel
chd,.. d'état-major de la grande armée e1;
181 ,), et, à Waterloo, général d'une diri-

sion qui resta la dernière sur le champ de
bataille.
~a Restaurati_on bouda ce brave soldat qui
avait tant de fois exposé sa vie pour la cause
r~yale, et le général Tromelio, baron de l'Empire, fus mis en non-activité· ce ne fut qu'en
820 qu'il rentra en grâce ; 011 Je nomma
m:pecleur de l'infanterie. JI mourut à son
~h~Leau de Coatserho le 3 mm JS-/4.2 : il
eta'.t grand:officier de la Légion d'honneur et
1~31_re du_ l'lllage de Ploujean. Avant de mourir ~l avait donné l'ordre de détruire tous res
papiers et demandé expressément qu'aucun
honneur ne fùt rendu à ses restes.

!

G. LENOTRE.

dans le temps qu'on la croyait au comble de
appr~nn~nt à mieux prononcer, et cultirent
la fave~r ; car les gens de la cour' qui la
regardaient comme une seconde fal'orite la la ~emo1r~ (car elle n'oubliait rien de tout ce
ménageaient, lui écrivaient, et la vena{ent qui ~ouva1t contribuer à l'éducation de ces
quelquefois voir; chose qui ne plut pas en- dem?1s1•!)cs, dont elle se croyait avec raison
parllcul_ieremen! chargée), elle écrivit ù
core à madame de Maintenon. Enfin pendant
Madame de Maintenon connut à Montche- uo voyage de Fontainebleau, elle rut ordrn de M. flacmc, aprc, la représentation d'Androvreuil une llrsuline dont le couvent avait été sortir de Saint-Cyr, et d'aller dans tout autre maque: « Nos petites filles viennent de jouer
rui,né, et q_ui peu_t-èlre n'en avait pas été fà- lieu qu'il lui conviendrait, avec une pension Andr?maque, el !"ont si bien jouée qu'elles
chee; car Je cro~s que cette fille n'a,·ait pas honnête.
ne la JOue~ont plus, ni aucune de vos pièces . &gt;&gt;
El_le le pm, dans cette même lettre, de lui
une grande vocation. Quoi c1u'il en soit elle
Madame de Brinon aimait les vers et la cofaire dans s~s moments de loisir quelque
fit tant de pitié à madame de Maüit:non
médie, et, au défaut des pièces de Corneille
qu'elle s'en souvint dans sa fortune, et Jou~
e,spèce de_ poe~e moral ou historique dont
et de Racin~, qu'el,le n'osait faire jouer, elle
!
amour !ut ent1erement banni, et dans lequel
pour elle une maison. On lui donna des pene~ composait.de detestables, à la vérité; mais 11
ne crut pas que sa réputation fùt intésion?aires, dont le nombre augmenta à proc e;,t cepen?ant à. elle, et à son goùt pour le
P?rt10n de ses revenus. Trois autres reli- t he~tre, qu_ on doit les deux belles pièces &lt;J ue re~sée, puis_qu 'il demeurerait enseveli dans
Samt-Cyr, aJoutant qu'il ne lui importait pas
gieuses se joignirent à madame de Brinon
Racine a faites pour Saint-Cyr. Madame de Briqu~ cet ou~rage fùt contre les règles, pourvu
(car c'est le nom de cette fille dont je parle)
n?,n ~vait de l'esprit, cl une facilité incroyable
q~ 1I _contribuât aux vue;; qu'elle avait de
et celle communauté s'établit d'abord à ~fontd ecrire cl de parler; car elle faisait aussi des
m~re?cy, ~nsuite à Rueil; mais le Roi ayant espè?es de sermons fort éloquents, et tous ?1verll_r les demoiselles de: Saint-Cyr en les
instruisant.
qm Ile . Samt-Germain pour Versailles, et
I~~ d1m~nches après la messe, elle expliquait
&amp;_ther fut représen1ée un an après la réagrandi son parc, plusieurs maisons s'y trou1Evangile comme aurait pu faire ~f. Le Tourso!ut10n que madame de Maintenon avait
vèrent renfermées, entre lesquelles était Noi- neur.
prise de ne plus laisser jouer de pièces prosy-le-Sec. Madame de Maintenon le demanda
Madame de Maintenon voulut voir une des
au Roi pour y mettre madame de Brinon avec pièces de madame de Brinon : elle la trouva fane: à Saint-Cyr. Elle eut un si grand
succe,s, que le s~uve?ir n'en est pas encor&lt;!
sa c?'.nm~nauté. C'est 1~ qu'elle eut la pensée telle qu'elle était, c'est-à-dire si mauvaise
efface. _Jusque-là/! n ~va(t point été question
del ~tabl1ssement de Samt-Cyr; elle la com- qu'elle la pria de n'en plus faire jouer
de mm, et on n 1mag111a1 t pas que je dusse
muniqua au Roi; et bien loin de trouver en
sembla~~es, el de p~endre plutol quelques
lui de la contradiction, il s'y porta avec une b_elles p1eces de Corneille ou de Racine, choi- y ~eprésenter un rôle; mais, me trou ra nt
ardeur digne de la grandeur de son âme. Cet sissant seulement celles où il y aurait le moins iirc~ente aux rét:it~ que M. Racine venait faire
édifice, superbe plr l'étendue de ses bâti- d'~mour. Ce.s petites filles représentèrent a madame,_d~ Mamtenon de chaque scène it
ments, fut élevé en moins d'une année el en Cllma assez passablement pour des enfants mesure qu il les composait, j'en retenais des
état de recevoir deux cent cirn1uante demoi- qui n'_a~aient ~l~ formées au théàtre que par v_ers; _et comme j'en récitais un jour à M. Raselles, trente~~ix dames pour les gouverner, une Yieille religieuse. Elles jouèrent ensuite cine, il en fut si content, qu'il demanda en
et loul ce qu 11 faut pour serl'ir une commu- Andromaque; et, soit que les actrices en grâce_ à madame de Maintenon de m'ordonner
~e f~1re un pcrs~nnagc; ce qu'elle fit : mais
nauté aussi nom br, use
fussent mieux choisies, ou qu'elles commen)fadame de Brinon présida, dans les com- çassent à prendre des airs de la cour, dont Je n_ e~ ,_·oulus p_o1~t d~ ceux qu·ou maie déJà
mencements de cet établissement à tous les elles ne laissaient pas de voir de temps en destmes, cc qui I obligea de faire pour moi
rè~leme~Ls. qui, furc?t faits, et l'on croyait temps ce qu'il y avait de meilleur, cette pièce le p1·0l0
. 6 ue de la Piété· Ct•pendant , ayant
appris,
à force de les entendre tous 1
qu_elle etait necessatre pour le, maintenir. ne fut que trop bien représentée, au gré de
'I Je
. 1es JOuai
.
'
es
successivcme
M?1s, comme elle en était encore plus persua- madame de Maintenon; et elle lui fit appré- au l res ro es,
,
n1, a,
mesure
qu
une
des
actrices
se
trouva1"t
.
dee que les autres, elle se laissa si fort em- hender que cet a,rnusement ne leur insinu,\t
,
IDp_orter par son caractère naturellement impé- des sen liments opposés à ceux qu'elle 1·ou- ~oi_nmodce : car on représenta Eslher tout
rieu;':., que ma~a.me de ~binlenon se repentit lait leur inspirer. Cependant, comme elle était l l111'C;; et celt_e pièce, qui devait être ren.
dans Samt-Cyr, fut vue Illusieur f .
des elre donne a elle-même une supérieure persuadée que ces sorte;; d'amusements sont dfermee
l' . d
s OIS
u_ ;01 et ê ~Oule sa cour, toujours avec le
aussi hautaine. Elle renvoya donc celte fille bons à la jeunesse, qu'ils donnent de la gràcr,
mcme applaudissement.

d;

MADA~!E DE

CAYLUS.

�"-------------------------- Ü

J AC(J UfS
·

·

[l REï OIT J'.\:-iS SO:\ PALA!!- DE \\' IIITlèll.\LL, LA NOtl\'F.LI.E Dl' UtbARQ L'E\!El\T DU f&gt;IU:-iCE
• •
T.:1NeJ11 ,1e \\·, uo. /.\'.:1/io1ul G , //er .,-, L o11Jres.

0·O1n"&gt;r.r.

E:-i 1G8!1.

QUELQUES FIGURES DE FEMMES AIMANTES OU MALHEUREUSES

Le mariage de Marie de Modène
Par TEODOR DE WYZEWA

C'est au début de l'année 167:i qu'il lu~ la catholique Catherine de Braga_nce, el ~e
décidé que le duc d'York, frère cadet ~u roi choisît une autre femme, à la fois _plus feCharles II, devait cherchf'r à se remarier_. Il conde el moins « idolâtre ». « Parmi les arétait, depuis deux ans, veu[ de sa ,première guments que l'on pe~l !nvoq?er contre la
[emme, Anne Hyde, grasse et excel.ente pe~- polygamie, - déclarait I un d e~x, ~urne~,
sonne qu'il avait épousée jadis sans trop s~vo,r le [utur évêque de Salisbury, - Je n en i·ois
pourquoi, contre le gré de leurs deux familles' pas qui soit assez fort pour bllanccr le~
el qu'il avait ensuite trompée presqu~ cons- grands, visibles, el immmenls ha~ards qui
tamment. Des huit enfants qu'elle ava1l eus, menacent de nombreux milliers d hommes,
elle ne lui a,ait laissé, en mourant, que d_e~x si, dans le cas présent, elle n•est point pe~filles, et\' on espérait qu'un n~u:~au m_mage mise. » Et déjà la Chambre des Lords avait
donnerait au duc d'\'ork un her1t1er male, ~ voté un bill autorisant le roi à cet acte saluqui assurerait la !;Uccession au trône : ~r il taire de « polygami~ ». Ma,is ~ha~les? que les
n'était plus guère probable que le r~1 eùt scrupules de cons?ien_ce,. _a . 1ordinaire, emjamais des enfants de sa femm~, Calhe~me de barrassaient peu, s était fa1l pourl~nt un scr~Bragance, ayec qui il était marié dep~1s près pule de répudier une princesse qu il respecta il
de douze ans. Les protestant~, en ,·erité,. a~- d'autant plus qu'il sentait qu'~lle avait plus
raienl préféré que le roi lui-même conged1:ll de torts à lui pardonner. Il amt, donc résolu

dt&gt; la garder pour femme, et de, trou ver, au
plus vite, une fiancée pour son frere Jacques.
Celui-ci, de son côté, tout en s·a~commodant
fort bien de son veuvage, était trop lopl
sujet pour refuser de se rendre ~u désir de
son frère : il avait seulement exigé que sa
seconde femme, d'oü qu'elle pùt lui v_enir,
possédàl une qualité dont il avait touJours
déploré l'absence chez .la pre~i~re_. « Sc
piquant d'èl~e. bon mari,. - ecma1t, à ce
propos, le ministre frao~·a1s Ponp~nne, - le
duc d'Yorl,. ne veut épouser qu une belle
[emme. »
Aussi s'était-on occupé de dresser une liste
de toutes les princesses qui, aux quatre coins
de l'Europe, avaient quelque ch~nce de remplir celle condition. ~n avait dé~oU\:ert
d'abord onze de ces prmcesses; mais c11111

MA](Œ

Dë ,M'OD'ÈNë - -...

d'entre elles, pour des motifs di1·ers, n'avaient très agréablement, des yeux gris, une exprespoint tardé à être éliminées, de telle sorte sion de regard grave, mais douce, et, dans horough eut à se meure en roule pour Dusque la liste définitive n'en comprenait plus toute sa personne, les mouvements d'une seldorr, où demeurait, avec ses parents, la
que six : l'archiduchesse Claudie-Félicité femme de qualité et d'éducation; mais, sur- princesse ~:léonore-Madeleine de Neubourg.
Le duc de ~eubourg, qui n'ignorait ni sa
d'Inspruck, la princesse Éléonore-lladefoine toul, elle arnit l'apparence d'une jeune fille
de :Veubourg, la princesse )larie-.\nne de dans toute la maturité de son développement, qualité, ni l'objet de sa visite, tint pourtant
Wurtrmbcrg, la prince~se lfarie-Béatrice de douée d'une constitution l'igoureuse et saine, à respecter son inco,qnito. De la façon la plus
,rodène, la duchesse de 1;uise, el ~Ille de èapable de meure au monde des enfants comique du monde, il fit tomber la com'er~aHclz. 11 s·agi,sail i1 présent de les examiner robusl&lt;•s, et tels qu'ils auraient chance de tion sur les démarches matrimoniales du duc
discrètement, l'une après l'autre, de comparer vine et de prospérer &gt;&gt;. Et Peterborough d'York, et sur le bon .M. Je Peterborough,
leurs mfrites, el d'en choisir une : mission ajoute &lt;(UC, (( bien qu'il y eût beaucoup de qui en était chargé. Où ,e troumit, à celle
heure, ce digne gentilhomme'/ Et était-ce
infiniment :;?rare et délicate, qui fut confiée,
mod,•slie dans toute sa conduite, elle n'était vrai, comme on l'avait dit, que le duc d'York,
en fënier JG7;;, à l'un des plus fidt'•les ser- point, pourtant, avare de ses discours ,&gt;.
faute de pouvoir épouser l'archiduchesse
viteurs du duc dTork, llenri Mordaunl.
Tout cela, saur peul-être le dernier trait. d'lnspruck, allait se marier avec une dame
deuxième comte de Peterborough.
aurait sans doute conrenu au duc d'York;
De toutes ces princesses, le parti le plus mais le choix de la princesse de Wurtemberg anglaise? ~fais peut-&amp;tre le touriste anglais
désirable pour le duc d'\ ork était, à coup déplaisait à Louis XIV, qui, dès le début, aimerait-il à faire connaissance avec la duchessl' de Neubourg, et avec leur fille? Pui~,
siîr, l'archiduchesse autrichienne: il n'y arait
s'était fort intéressé aux projets de mariage lorsc1u'arrivèrent les deux dames, il apparut
pas une cour où n'eût pénérré le renom de
de son l'Ousin an~lais. Quant à la princesse
sa fraiche, légère, et charmante beauté. ~lal- ~larie-n,:atrice de )lodène, dont Peterborough que, malheureusement, la duchesse ne pouvait parler ni l'anglais, ni le français; mais,
heureusement, elle était · trop belle : et l'on
avait vu un portrait chez le prince de Conti, au contraire, sa fille connaissait Ioules les
savait aussi que l'empereur Léopold avait
et qui, à en juger par celte image, lui arait langues, et allait se faire une joie de leur
résolu d'en faire une impératrice, aussilc\t
paru « une lumii•re de beauté », le chargé senir d'interprète.
que la gr,ice du cit&gt;I l'aurait rendu veuf. C'est
d'affaires à Paris de la cour de Modène lui
Ainsi la conversation s'engage, et Peterbocependant vers elle que se dirigea d'abord
al'ait malheureusement déclaré que celle rough, pendant que la jeune princesse ,'inPeterborough, «avecdesjopux
d'une valeur de vingt mille ligénie à lui découvrir tous ses
vres sterling, pris par le duc
talents, - avec une insistance
d'\ ork dans son propre cabidont il ne laisse pas d'être un
net 1&gt;. Mais, en débarquaht à
peu choqué, - a le loi,ir de
Calais, le négociateur apprit &lt;Jnc
procéder à son examen. cc La
l'impératrice venait de mourir,
princesse est âgée de dix-huit
el que déjà Léopold avait proans; ellr est de taille moyenne,
clamé son intention c, d'avoir
d'un teint agréable, d'un vipour lui-mème la belle prinsage plu11\t rond qu'orale; et
cesse ». La füte des fiancées
la parlie de sa gorge que j':1i pu
possibles se troumit ainsi ré,·oir est blanche comme neige;
duite à cinq; el Peterborough
mais, 3U total, étant donné son
recevait d'Angleterre un nouvel
,1ge, on devine qu'elle est porlée
ordre : « d'essaJer de voir ces
à devenir grasse. » L'impression
princesses, ou tout au moins
de l'examinateur, décidément,
leurs portraits, et d'e1woycr à
n'est pas bonne. Il attend avec
impatience la fin de l'cntrerne,
Londres la relation la plus impartiale de leur~ manières el
et se hâte de quitter Dusseldorr,
dispositions. u
sans a\'oir dé1 oilé son incognito:
A Paris, Peterborough vit
ne prévoyant pas que, seize ans
plus lard, cette même princesse,
d'abord la ducbesse de Guise,
de,enue la troisième femme de
fille caddie de Gaslon d'Orl'empereur Léopold, va se venléans. Le duc d'fork, qui la
connaissait déjà, n'en avait pas
ger sur Jacques II du d~dain de
son mandataire, et contraindre
conservé un très bon sourenir;
son mari à rejeter les touchants
et le fait est qu'elle se trou va
appels de secours que lui adresêtre c, basse de taille, mal cons~ra le roi détrôné.
formée », en un mot imposDe rdour à Paris, Peterbosible. Une autre des jeune~ fillt's
rough est chargé cl'étudier un
de la liste, Mlle de lletz, était
noureau parti. La duchesse de
à la campagne; et Peterborough,
Portsmouth, mailresse cle Chard'après tout ce qu'il entendit
les Il, a imaginé de marier le
d'elle, ne crut pas devoir entreduc d'\ ork a\'ec une nièce Je
prendre le petit voyage qu'il auTurenne, Mlle cl'Elbeuf : mais
rait eu à Caire pour la mieux étu.\IARŒ DE .\lo u~.'&gt;E. f' EM\JE OF. ]ICQ t'ES li , ROI o '. \ w: L1.Tf RR1:.
relie demoiselle vient à peine
dier. En rel'anchc, la princesse
'laNe.111 ,te l'l'Trn L EL Y. Wol/ec/io11 S fen ctr.)
d'avoir treize ans, et Peterbollarie-Anne de Wurtemberrr sérough ne peut prendre sur lui
journait alors à Paris. P~tcrd'encourager son mariage an c
borough s'empressjl J'aller lui présenter se~ jeune princesse, a1·ec le consentement de la
homm~ges, dans le coul'ent où, depuis la régente de Modène, sa mère, arnit formé le un prince de quarante ans passés. Toul
mort rccente de son père, elle s'était retirée. vœu de ne jamais se marier, el d'entrer au compte !ait, c'est encore Ja princesse de "urElle était « de taille moyenne, d'un joli teint, couvent. Si bien que, au sortir de rnn entre- temberg qui lui semble, !'Omme aussi au
avec des cheveux bruns, un \'isage tourné vue avec 3farie-.\nne de Wurtemberg, Peter- duc d'York lui-même, le parti le plus sorlahlc. Il retourne donc la Yoir, dans ~on
\ 'J. -

""' 16 '"

.MA~1AGë Dê

lhsroRr•. - Fa~c. 41 ,

�r-

111ST0~1.Jl

couvent; et, celle fois, lui fait connaître
H les ordres qu'il a toutP raison de penser
qu'il va recevoir, et après lesquels il n'aura
plus qu'à l'appeler sa )laitresse, en lui offrant
les respects dus à la qualité qui accompagne
rc titre ». Sur quoi Peterborough raconte
que a la modération que montrait ,l'ordinaire
la jeune princesse, dans son caractère, n'a
pas été assez grande pour lui faire dissimuler
sa joie en cette .occ:ision ,1. Hélas! au moment
même où il renlre chez lui, de cette ,isite,
une dépêche lui est remise qui lui défend de
s'occuper désormais de la princesse de Wurtemberg, et lui enjoint de se remettre en
route, immédiatement, pour Modène. Et
Peterborough obéit, mais non pas ~ans avoir
cherché, de tout son cœur, un moyen d'adoucir à la princesse ~larie-,\nne la cruelle déception qui lui est réservée. &lt;1 Car ce n'est
point chose commode, écrit-il ingénument,
d'apaiser une âme désappointée à un tel
degré! i&gt;
,
A Modène, il y a deux princesses disponibles, la t:inte et la nièce, l'une ,1gée de
trente ans, l'autre de quinzt•. Charles Il et
Louis l(V sont &lt;l'avis que Peterborough doit
s'efforcer d'obtenir le consenlt•ment de l'une
ou &lt;le l'autre, « mutatis mutandis »; mais
le duc d'York, bien résolu à n'épouser qu'une
&lt;t belle femme ,1 , ne veut pas entendre parler
de la !ante, et exige que son mandataire concentre tous ses soins el tout son laient à
obtenir l'adhésion de la jeune princesse MarieBéatrice.
Celle-ci, à la voir en personnr, dépasse
encor&lt;' toutes les promesses du portrait interrogé par Peterborough chez le prince de

Clicbt Glraudon

CHARLES

J.Udalllon dt

Il,

ROI D'ANGLETERRf:,

SA»UEL COOPER.

(Collecllo11 Wal/a ct.)

Conti. « Elle est grande, et formée admirablement; son teint est d'une beauté merveil
leuse, ses cheveux d'un noir de jais, de même

que ses sourdis el ses yeux : mais ces derniers si pleins de lumière et de douceur qu'on
en est, à la fois, ébloui et charmé. Et dans
tous les contours de son visage. de l'ovale le
plus gracieux qui puisse ètre rèvr, il y a
vraiment tout ce qui peut être grand el beau
chez une créature humaine. D ~fais en vain
Peterborough, émerveillé de la fl~urc el des
manières de la jeune princesse, lui dit tout
cela à elle-même, pour la convaincre dP. l'impossibilité de dérober au monde tant de perfection ; en vain, dans une longue entrevue,
il s'efforce de combattre ses scrupules, el de
la décider à rompre son vœu; en vain il
renouvelle ses tentatives auprès de la mère,
à qui le mariage de sa fille ne déplairait
point, mais qui est trop pieuse pour ne point
se croire tenue de respecter les désirs pieux
dt&gt; la jeune princesse; en vain Charles li et
Louis XIY mettent en œuvre toutes les ressources de la diplomatie : Marie-lléatrice a
résolu d'entrer au couvent, el rien ne peut la
faire revenir sur cette décision.
Non pas, au moins, qu'elle soit une pelitc
sotte, ignorant tout du monde, et aveuglément férue de sa dévotion l ,\ vec sa beau lé
pure el délicate, qui va survivre aux années
comme à la souffrance, el durer jusqu'à nous
dans d'admirables portraits, elle est gaie,
vire, spirituelle, passionnément amoureuse
de musique el de poésie; instruite aussi,
écrivant à merreille le latin el le français, curieuse du progrès des ~cience~, que la cour
de ~lodène a toujours protrgécs, et ::iyant une
telle souplesse d'intelligence que quelques
mois vont lui suffire pour apprendre l'anglais,
pour devenir infiniment plus anglaise qu':iucune autre des princesses étrangères que le
mariage a jamais transportvcs à la cour de
Londres : mais elle a, dès lors, un ~impie et
profond sentiment d'honr.eur qui l'empèche
d'admettre, une seule minute, qu'une promesse qu'elle a faite ne soil,poinl lenue. Et
déjà Peterborough se prvpare tri~temenl à
quitter Modène, pour all1·r étudier à nomeau
la princesse de .Neubourg, lorsqu'un é1éncmenl se produit qui change, lout à coup, la
face des choses. Le p:ipe Clément \, peutêtre pour répondre aux prières dt"s cours
d'Angleterre el de France, ou peul-l1 tre, plulôl, par sollicitude paternelle pour l'a,cnir
des c:itholiques anglais, écrit, de ~a propre
main, à la petite princesse Marie-Béatrice,
une longue et belle lettre latine où il lui
ordonne d'oublier son vœu, cl de consentir
au mariage qui lui est proposé. « Chère fille
en Jésus-Christ, lui dit-il, vous pourrez aisément comprendre de quelle anxiété Nous
avons eu l'âme remplie lorsque ~ous avons
été informé de votre répugnance pour le mariage. Car, bien que nous comprissions que
celle répugnance résultait d'un désir, très
louable en soi, d'embrasser la discipline religieuse, Nous en avons été pourtant sincèrement afflige, en songeant que, dans l'occasion présente, elle risquait de former un
obstacle aux progrès de la religion. &gt;&gt;
Celle leltre, cet ordre, eut sur Marie-Béatrice un effet immédiat : la jeune fille flt

savoir 11 Peterborough qu'P.11&lt;• const&gt;nlaif' au
mariage, Ct' dont l'excellent homme fut à l:t
fois si étonné et si ral'i qu'il résolut de pro-

LE PAPE CUME'\T

"--------------------~fodène, sauf, pour son frt•re, à se distraire
de son veuvage avec ses mai'trcsses, s'il ne
pouvait se résigner à épouser une protestante.

T1è, n;11:rendt• )1ère,
Je suis en lri•s bonne sanlt;, gr:lrt• à Dil'u, ma
rhi•re \li•re, mai, j1• ne puis pas encore m'accou-

X,
L.1 HEl'\E 'f.lRIJ . '&gt;UTTF, \\"IIITfHALI., f.." 1,1:.CEMBJ'I

~

céder immédiatement à la cérémonie, sans
même atlcndre l'ac-hèl-ement dt' négociations
qui l'enait'nt d'êlrt' entamées avec la cour de
Rome, touclnnt certaines clames secrètes du
contrat.
Le ~iO septembre 16i3, dans la chapelle du palais durai de Modène, le _chapelain de la Cour, !Jorn Andrea Roncagh, célébra lt• mariage du duc d'York, rt•prést•nlé
par le corole de Pt•lcrliorough'. avec la prin:
cesse Maric-8éatril"e. Au sortir de la thapell1•, la nolll'elle duchrsse d'York eut à
prendre le pas sur sa ru ère et sur la I il'ille
ré enle de Modène, 1·em·e de son grand-père.
To~te la ville se remplit de joyeuses mascarades, qui durèrent trois jours, a,·ec un
éclat et une élégance artistit1ue incomparables.
Le lendemain, après une messe solennelle à la cathédrale, et a1ant une course de
chevaux, il y eut un fastueux banquet, autour d'une grande table que décoraient une
série de triomphes, ingénirux monumrnts
allégoriques construits eu sucn', en pâte, t'l
en massepain. Et tout le duché fut en fêle.
sous un doux soleil &lt;l'automne, jusqu·au
5 octobre, où la jt•une duchesse, accompagnée de sa mère et de l'heurt·ux ~eterborough, quitta )locH•ne pour aller faire connais~ance a I cc son mari.
A Paris, où elle arril'a le 2 nol'embre, la
cour el la ville lui firent l'accueil le plus chaleureux : mais elle eut le chagrin (ou prutêtre le plaisir) d'apprendre que, sans doute,
elle devrait retourner à Modène, el se consacrer désormais tout entière à Dieu. Car le
Parlement, à Londres, se refusait formellement à admettre le mariage du duc d'York
avec une princesse catholique; et la fure~r
des protestants était telle que Charlûs Il avait
à peu près décidé d'annuler la cérémonie de
0

L'E .ll01~1JIG'E D'E

,

•

r.oo

Ju..,. -

!l'après 1111e t s/;,mpe du temfs.

.MA.~TE

DE

.MODÈN'E

_ _ ._

lllt'nl, comme un hon catholi11uc), 1111'if n'i a ri1•11
&lt;fui pui"e jamais Ir d(•1·ider it l'abandonner; ri,
dans ma lriste,se, accrnc encore par le Mparl &lt;11•
ma chl•rr maman, r'rst cria &lt;[ui fait ma t·on~ol:11ton.
Je reste, i1 jamais, 1·01re fidèle ri affcf'lueuse
fillr.
,r 11118 o'Esn:, Dl'f.llt:S,f 11'Y0111,.

C'est ainsi qu'a commencé la carrit\re publique de celle reine dont Dangeau allait pouvoir dirt', un demi-siè'cle après, &lt;&lt; qu'elle
était morte comme une saintt', t'l comme ellr
avait vécu », et Saint-Simon qur I sa vie et
sa mort riaient comparables à celles des plus
grands saints )&gt;. On a beaucoup écrit sur
fürie de )fodt•ne, drpuis son temps jusqu'au
nôtre; cl les longurs annt:cs de son exil i1
Saint-Germain, notamment, ont fait l'objt•I
de nomhreuses publications, anglaises l'l
françaises, dont la plupart n'ont qne le dil!aut
d'ètre rendues un peu ennuyeuses par un,•
pr{-occupalion trop constante, et malheuren, semenl trop commune chez tous les ha~iogr:iphes, d'insister à l'e,cès sur les preuws
du martyre de la sainte princesse. liais tout
cela s'efface, désormais, devant l'énormr ri
maµ-nifique ouvrage qu'un érudit anglais,
1
)1. ~fartin Il aile a consacr1: ;1 la seconde
femme de Jacques Il. Non que celui-ci ait
mis dans son travail plus d'agr{•ment littéraire que ses devanciers : je dirais plutôt qu ïl
a entièremc•nt supprimé de son travail tonie
littérature, pour n'en faire qu'un recueil,
complet et définitif, de documents orirrinaux

)lais Jacques, maintenant qu'il était marié, lunll'r à rt•lle t·ondition oir jt&gt; m,• trouve, et it lan'Pntrndail plus redevenir veuf. Il écri vit de q'.u•lle. t·ommc vou, ,a1cz, j'ai toujours été oppoLo11dres, ù sa jcunt&gt; femme, une lettre où il St'~: ''.'· en. cons,:'luenrc, j1• plcun• l11•aut·oup t'I
la priait &lt;&lt; de ne pas trop s'inquiéter dt' ce suis Ires afl11g1;t', ne par1enanl pas ;'1 me di•foir1•
c1ui se passait en Angleterre 11; et cc fut lui, de ma m,:fancolit•.
l'uissit'1-rnus du moins, ma d1èrc Mère, tromcr
sans_ d_outc,, qui ~litint de son frère que
celu1-c1, apr,•s aro1r paru vouloir céder aux unt• consot1lion tians r1• que j1• 1ai, 1ou, dir1, :
0
sommations des protestants, se rendit à la
Chambre des Lords, un beau matin, en robe
royale el la couronne en tête, pour proroger
le Parleml.'nt j usqu °1J l'année suivante. Aussitôt, le duc d'' ork flt savoir à la duchesse
qu'il l'allcndait avec impatience; et, Ile soir
du premier dt:CPmbrt•, le yacht Cathui11e,
escorté dt• quatre vaisseaux de rruerrc, amena
la jeune femme dans le port" de Douvres.
&lt;&lt; Là, sur le sahle, - nous dit Prterborough,
- le duc son mari était ,cnu à sa renconlrr; et à prine fut-elle débarquée qu'elle
prit possession de son cœur aussi bien que
de ses bras; el dt• là fut conduite à son logement. ,1
Elle était si belle, si charmante, si parfaitement aimable de corps et d'àmc, que, toujours, sa présence devait désarmer ju~qu'i1
ses ennemis les plus acharnés. A Londres,
quand elle l' arrira, on peut bien dire &lt;JU&lt;'
tout le monde se troul'a contraint de l'aimer:
le Parlement lui-mêmt•, en 11iH et plu~ieurs
fois ensuite, fut lcn11: de lui pardonner son
« idolàtric 1,. Les portes, Dryden, \\'aller,
écrivirent à sa louange des vers qui comptent
parmi ce qu'ils nous ont laissé de plus sincère el de plus touchan L "ais clic, avec sou
cœur de petite fille, longtemps elle ne put se
L1: HO! JICQl'f:S fi S'Ewnr DE \ \ IIITE11 ILL, 1::'i DÉCDIBIŒ 1688, DA',S t:NE ll.\RQUE DE I.Ot.:AGF:,
résoudre à accepter pleinement le rôle que
E\IJ
•OiffA'\T
.\IT:r, !.l'i LA (Ol'NO'l:-iE, I.E SCJ:J&gt;1m:, I.E t'; NANO SCF.\U. - D'après t111t tslatnte J11 temps.
lui avait imposé une volonté supérieure.
Voici la prrmière leltre qu'elle écrivait de
Londres, le 8 janvier 1674, à l'abbesse de ce que le duc mon mari c,t un lri!s bon homme, cl
quelque1'-uns peu connus et un très grand
couvent dt• la Visitation de Uodène où ellr me veut un !(rand bien, cl ferait toul au mondt•
JHlllr
me
le
prouver.
Il
e,l
si
ferme
l'i ,i rt'•solu
1. Qu~en !lr,ry of J/odm11, ltr, l.ifr and /,ellr,-...
avait, autrefois, espéré passer toult• sa ,·ie :
0

dans notr1• saintr ri•ligion (qu'il profl'"r 011wrlt'~,1

19

L\lo-

&gt;nr_ ,_lor(tn llatlr,
lirauw
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1 roi. in-8". illu•l1·~. l.ondr,,,. Ji-

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111ST01{1A

nombre absolument inédits. Les archives pul,lir1ue, de Londre~, dt' Pari,, de )lodt•ne, de

LE

ROI JACQUES

II

DÉBARQUE A :\MBLETEUSE, LE

\ïenne, du Yatican, de Florence, les archives
privées des grandes familles jacobites du
Royaume-Uni, M. Baile a tout explo~é, avec
une conscience et un bonheur admirables,
dans son désir de nous présenter une image
exacte, « documentaire 11, de la vie et de la
personne d'une princesse q~'il s'abstient
toujours soigneusement de Juger, et dont
nous sentons toutefois qu'il l'aime et la vénère à l'égal des plus enthousiastes de ses
prédécesseurs. Et quell_e é~onnante ré~olte
d'histoire, grande et pellte, 11 a rapportee de
ces explorations! A côté de la série des let_tres
intimes de )tarie dP, )lodène à sa famille,
aux religieuses de la Visitation, à ses am!s,
italiens et anglais, son livre abonde en extraits
des rapports confidentiels d'ambassadeurs et
de chargés d'affaires, trans_meltant à leurs
princes tous les menus faits des cours dl;
Londres et de Saint-Germain, comme aussi
en extraits des rapports et des lettres d'une
foule d'agents secrets employés par Jacques Il,
· par sa veuve et son fils, après la catastrophe
de 1688. Pour l'étude de la période qui a
immédiatement précédé cette catastrophe, en
particulier, tous les_historiens anglais devro~t
savoir "ré à )f. liaile de la masse de rense1gneme;ls nouveaux qu'il a réunis; et je
crois bien que, en France même, une traduction de ce précieux recueil ne manquerait pas
d'ètre bien accueillie. Mais surtout !"on sera
l'rappé, à la lecture du recueil, de tout ce
que chacune des innombrables pièces citées
(Ill analysées par ~f. llaile ajoute de relief, de
simplt'! et touchante vérité humaine, aux deux
figures du roi Jacques et de la reine Marie :
figures extrêmement dissemblables, el qui

srrait tenté de dire que Jacquf's Il Pl sa
r~mme se sont partagé le rôle idéal d'un bon
catholique : Jacques Il ayant été un martyr,
et sa femme une sainte. Car vraiment tous
les actes publics du dernier roi Stuart, depuis
sa conversion jusqu'à ses vaines tentatives de
restauration, présentent un caractère de folie
héroïque et intempestive qui fait songer aux
histoires de saint Sébastien et de saint Maurice, des plus romanesques martyrs de la
Léqenrle Dorée. A chaque instant, sans
au"tre motif possible qu'un besoin fiévreux
d'affirmer sa foi et de souffrir pour elle,
Jacques Il se livre à des provocations _imp~udentes, inutiles, et dont chacune a mvar1ablement pour effet de l'exposer à de nouv~aux
ennuis. A chaque instant, lorsque sa situation personnelle et celle de tous les catholiques anglais semblent en voie de s'améliorer, le malheureux s'empresse de tout
gâter, une fois de plus, par une proclamation, plus ou moins directe, de sa ferveur
c1 papiste )&gt;. Jamais, peut-être,. prince n'a
plus obstioém~nt attiré s~r lu~ le~. co~ps
qu'il a reçus. Evidemment 11 avait, d mstmct
ou par zèle chrétien, la soif du martJ:re : c~
c'est ce que tous ses détracteurs meme, a
l'exception du seul Macaulay, ont été contraints de reconnaître et d'admirer eo lui.
4 JA~VIER 1689. - D'aprës une esl:lmpe {!11 temps. Mais avec cela. et au con traire des martyrs
de l; Lé,qende Doi·ée, on ne voit pas que les
nombre~ses occasions qu'il a eues de désalse complNent, en quelque façon, el s'éclai- térer cette soif généreuse lui aient procuré le
moindre plaisir : pour s'être attiré lui-même
rent rune l'autre.
les coups qu'il a reçus, il parait bien, d'orElles ne se ressemblent que par un seul dinaire, avoir fait triste mine en les rece-

pourtant, lor,qn'on les Yoit ainsi sr d,,s,i?er
peu à pen, d'rll1•s-mêmr,, an long d('s anners,

L E ROI jACQVES

Il

EST REÇU A. SAINT-GERMAl:-1-EN-LAYE, PAR LA REINE
DE 'FRA:-ICE. -

ET TOüTE L.\ COUR

V-après 1111e estampe d11 temps.

point : l'attachement profond des deux époux
à leur foi catholique. Mais, là encore, la
ressemblance est loin d'être parfaite. On
... '.20 ....

M.mm

s'il obéissait à une fatalité de sa nature plus
qu'à un élan spontané de son cœur. Sans
compter que, au martyre près, ce prince
infortuné n'avait rien d'un saint : c'était simplement un brave homme, très loyal el très
sùr dans ses affections, scrupuleusement soucieux de sa dignité, toujours prompt à se
fàcher comme à pardonner, et n'aimant, en
vérité, ni le vin, ni le jeu, mais apnt beaucoup aimé les femmes depuis sa jeunesse,
et ne s'étant repenti de les avoir trop aimées
qu'à un âge où ce repentir n'avait plus
guère rien qui pût nous édiûcr 1 •
Sa femme, Marie de Modène, a certainement souffert autant el plus que
lui, et avec cette aggravation qu'elle a
eu, presque toujours, a souffrir par
lui, par ses infidélités des premières
années de leur mariage, ou par l'effet
d'actes politiques inopportuns el dangereux qu'il s'est mis en tête de commettre, et dont elle a vainement essayé
de le détourner. Depuis les larmes que
nous lui avons vu verser au lendemain
de son arrivée en Angleterre, combien
de larmes ont dù couler de ces beaux
grands yeux noirs, qui illuminent tous
les portraits que nous avons d'elle! La
perte de sa couronne et le dur exil,
la mort successive de tous ses enfants,
à l'exception du malheureux Jacques III,
l'odieuse trahison de ses deux bellesfilles, l'abandon de ses amis et de ses
parents même, l'échec de toutes Jes
entreprises de son mari, de toutes
celles de son fils, la proscription de
celui-ci, chassé tour 11 tour de France,
de Lorraine, d'Avignon, et les maladies, et la misère, - J'engagement
ou la vente de ses derniers bijoux,
l'obligation, parfois, de ne se nourrir
que de légumes pendant des semaines, l'impossibilité de fournir du pain
à la colonie pitoyable des émigrés irlandais : ce n'est là qu'une partie des épreuves qu'elle a eu à subir. Et pourtant ses
yeux noirs nous sourient, dans tous ses
portraits; et peut-être leur sourire nous
apparaît-il encore plus franc, plus tranquille,
dans les portraits qui datent de ses dernières
années, lorsque déjà tout le poids de ces terribles épreuves s'est abattu sur elle. Rien de
plus caractéristique, à ce point de vue, que
le contraste des deux figures du roi et de la
reine juxtaposées, et accompagnées de celles
de leurs deux enfants, dans une gravure de
propagande jacobine qui doit avoir été dessinée à Paris vers 1696 : Jacques, malgré tout
l'effort pieux de son portraitiste, garde toujours la mine à la fois hautaine et maussade
d'un prince qui n'a que trop de motifs de se
plaindre du sort ; mais au contraire sa
femme, dans le médaillon voisin, amaigrie
et pâlie, avec un long visage de fantome sous

vant" et il n'y a pas jusqu'à sa manière de
prov~quer les ennemis de sa foi qui n'ait eu
quelqua chose de passif et de résigné, comme

1. Un écrivain anglais anonyme a publié à Londres,
sous le litre de Th.e Advenlures o{ King James JI (librairie Longmans), une excellente biographie anecdotique de Jacques il, et dont les conclusions, touchant les
caractèresâu roi etde la reine,sont eniièrement confirmées par les pièces que Martin llaile a recueillies.

l'E MA:J(1AG'E D'E

les boucles épaisses de sa chevelure, continue
à nous sourire doucement, de ses lèrres
minces et de ses grands yeux, doucement et
presque gaiement, comme si elle avait au
cœur une belle flamme de vie que pas une des
souffrances de ce monde passager ne saurait
éteindre. Et c'est ce sourire que nous retrouvons aussi, par-dessous ses larmes, dans
toutes ses lettres : depuis celles qu'elle écrivait de Londres aux religieuses de Modène,
pour leur faire part des témoignages d'affec-

tion qu'elle recevait, - croyait recevoir, de ses belles-filles, jusqu'à celles que, qua~
rante ans après, de Saint-Germain, déjà
veuve, séparée de son fils, réduite à l'indigence, elle écrivait aux religieuses de Chaillot pour leur annoncer qu'elle viendrait partager avec elles un panier de fruits qu'avait
bien voulu lui envoyer Mme de 11aintenon. De
la même façon que son mari avait la soif du
martyre, cette victime tragique de la destinée a conservé, jusqu'au bout, la gaieté intrépide, invincible, des saints.
Gaieté qui lui venait surtout, comme à Lous
les saints, de deux sources : de l'impossibilité où elle était, par nature, de penser
jamais à soi, et de l'habitude qu'elle avait
prise de se créer toujou1·s des devoirs, qui,
en occupant son cœur, l'empêchaient de
s'abandonner à des regrets inutiles. Si
cruelle que lui fût la vie, elle lui laissait
encore des maux à prévenir ou à soulager,
des espérances nouvelles à entretenir, de
nouvelles occasions de dépenser joyeusement
la tendresse d'un cœur tout rempli de l'amour
des autres et de Dieu. Exilée d'Angleterre une
première fois, en 1679, elle écrivait à son
....., 21

L.,,,.

.MA'R,TE

DE

JKOD'ÈN'E

- -~

frère, de Bruxelles, qu'elle espérait bien pouvoir lui rendre un service qu'il lui avait
demandé; qu'elle était fort inquiète de la
santé de sa belle-fille, la princesse d'Orange,
- « qui a un aussi grand désir de me voir
que moi de la voir IJ; - et qu'elle craignait
d'avoir à rester exilée &lt;I pour un bon peti t
bout de temps )J; mais qu'au reste tout le
monde, à Bruxelles, « la traitait avec plus
de civilité cru'elle n'aurait pu dire 1&gt;. L'année suivante, exilée de nouveau, elle écrivait : « Nous n'apprenons rien de bon
de l'Angleterre. Le Parlement a commencé ses séances à la gaillarde, et le
duc monmariestaccusédetous les maux
qui se sont produits dans le royaume depuis ces deux ans. Puisse Dieu nous accorder la patience l. .. Mais ici, en attendant, tout le monde nous traite de la
manière la plus touchante; et nous nous
arrangerions assez d'y rester, puisqu'ils
ne veulent pas de nous en Angleterre :
mais j'ai bien peur qu'ils ne se disent
que nous sommes encore trop à notre
aise, et ne nous envoient quelque part
plus loin. » La mort de Charles Il, en
février 1685, la désole au point de la
rendre malade; et les premiers mols
qu'elle peut écrire, ensuite, après huit
jours de fièvre, sont pour s'inquiéter de
son jeune frère, pour le détourner
d'une liaison qu'elle juge fàcheuse, et
puis, une fois de plus, pour se louer
et s'étonner des marques de bonté dont
on l'a comblée.
Mais c'est pendant les trente années de
son dernier exil qu'il faut la voir, telle
que nous la montrent sa conversation et
ses lelti'es, souriant à la fatalité qui s'acharne contre elle. Un jour, en f709,
elle apprend que ses chères religieuses
de Chaillot, la sachant privée de sa petite
rente, viennent de louer, à une dame plus
riche, les chambres qui, depuis des années, lui
étaient réservées dans leur couvent. Elle sourit
encore, sous cette humiliation; et bientôt nous
la retrouvons plus affectueuse que jamais pour
ses bonnes amies de Chaillot, plaisantant avec
elles des rubans nouveaux qu'elle ,·ient de coudre à de vieux souliers, les aidant à soigner
leurs malades, leur racontant toutes les minutes un peu ensoleillées de sa pauvre vie, ou
bien leur disant combien elle est reconnaissante à Dieu de lui avoir toujours caché l'aYenir. &lt;I Quand je suis arrivée en France, j'aurais été au désespoir si l'on m'avait annoncé
que je devrais y rester deux ans : et voilà
vingt-trois ans que nous y demeurons ! I&gt;
« Je ne connais personne d'aussi saint! ,i
disait d'elle Bourdaloue, qui la rencontrait là.
Mais jamais sa sainteté ne l'a empêchée d'être
aimable, ni, somme toute, heureuse. Et peutêtre n'est-ce pas l'un des moindres mérites du
précieux recueil de M. Martin Haile, de nous
rappeler que, même dans les conditions les
plus pathétiques, les saints peuvent fort bien,
dès cette vie, avoir leur récompense.
ÎEODOR DE

WYZEWA .

�Le tzar Paul Ier

.i

Jusqu'.à dix-neuf ans, le grand-duc héritier Paul a,·ait vécu dans la retraite et la soumission apparente aux actes de sa terrible
mère·, Catherine Il. Un jour, cependant, on
découvrit la correspondance qu'il entretenait
avec un jeune Livonien, le baron de Saldern.
C'était l'enfantillage d'une tête romanesque,
rien de plus, et, à tout prendre, ces lettres
n'étaient ni subversives ni dangereuses. Néanmoins, Catherine voulut tuer en son fils toute
velléité d'indépendance. Le moyen qu'elle
·employa fut terrible. Le gouverneur du jeune
prince, M. de Panine, le fit mander et lui
tint ce discours :
- Qui croyez-vous être? Le succeiiseur au
trône?
- Sans doute, mais comment?
- Voilà ce que vous ignorez et ce que je
vais vous apprendre. Vous l'êtes, mais par la
seule grâce de S. M. l'impératrice glorieusement régnante. Si jusqu'ici on vous a laissé
croire que vous étiez fils légitime de Sa Majesté et de feu l'empereur Pierre Ill, détrompez-vous : vous n'êtes qu'un bâtard et les
témoins de celte vérité i:\xistent tous. En montant sur le trône, l'impératrice daigna vous
y placer à côté d'elle, mais du jour oit vous
cesserez d'être digne d'elle et du trône, rous
perdrez et le trône et votre mère. Du jour où
votre impruden~ pourrait compromettre la
tranquillité de l'Etat, elle ne balancera point
entre un fils ingrat et des sujets fidèles.
Cette déclaration provoqua un tel trouble
dans l'esprit du jeune homme qu'il devint
inquiet et taciturne.
Lorsqu'il fut en âge d'être marié, Catherine fit venir à Pétersbourg le landgrave de
Hesse-Darmstadt avec ses trois filles, afin que
Paul pût choisir. li choisit la plus spirituelle,
mais la plus laide, celle qui fut la grandeduchesse Nathalie. Paul s'éprit de sa femme,
et le ménage jouit d'un bonheur rare chez
les princes. Mais Nathalie mourut en couches .
Le désespoir du grand-duc fut atroce. Aux
}eux de l'impératrice, il était convenable
qu'il fùl court. Voici l'horrible moyen qu'elle
employa pour y mettre un Lerme :
« Le prince Henri de Prusse força la retraite obstinée du grand-duc, lui dit qu'au
risque de lui manquer de respect, il était
obligé de i'ayertir qu'il allait mourir pour
une personne complètement indigne de sa
tendresse et de ses regrets. Le premier coup
porté, il attendit que l'honneur outragé de-

mandât des éclaircissements, et alors, rappelant mille circonstances éparses, s'appuyant
sur des lettres que, pendant ce temps, on
préparait sur des préLendus aveux faits au
confesseur Platon, que l'on engageait à mentir en vue du grand bien qui devait en résulter, il nomma le favori le plus chrr de ce
malheureux époux, le comte André Razoumovski, que sa figure, sa témérité naturelle
rendaient fort propre à jouer le rôle qu'on
lui avait destiné. Quand tout fut prêt pour
porter le dernier coup, on apporta une cassette pleine de lettres supposées, et le fameux
Platon, depuis métropolite de Moscou, · déjà
fort accoutumé aux intrigues, vint révéler
la prétendue confession faite in arliculo marlis. Cette horrible machination réussit complètement. »
L'tlme d'un prince ainsi torturée dans la
jeunesse ne pouvait être, dans l'âge mûr,
qu'une âme tyrannique et soupçonneuse.
Dès son avènement au trône, il donna les
plus tristes preuves de la déformation de son
caractère.
Le comte Golovkine, dans ses Mémoires,
fait de lui cc portrait :
&lt;&lt; C'est la suite inévitable de Ioule violenre
injuste. Isolé au milieu d'une cour composée
dtl parvenus, privé des douceurs de la bonne
compagnie, ne voyant plus que des valets,
des espions et des bourrraux ou des gens
toujours prêts à devenir l'un ou l'autre, son
cœur se resserra et se corrompit, son esprit
se rétrécit et perdit la proportion des hommes et des choses.
« ... Rien n'égala la prostitution des grades
militaires. On vit des généraux qui n'ayaient
pas encore de barbe, et le bâton de maréchal, qui jusque-là n'avait pu s'acquérir que
sur les champs de bataille, se donnait à la
parade. La dépréciation des honneurs devint
telle que l'empereur en fut frappé lui-même.
Un jour le prince Rcpnine ayant voulu donner à la parade son avis sur quelque chose,
l'empereur lui dil : « Monsieur le maréchal,
« vous voyez cette garde montanlt· '&gt; Elle est
« de 400 hommes. Eh bien! je n'ai qu'un
« mot à dire et ils sont tous maréchaux. 1&gt;
Ce fut au même maréchal qu'il dit tout haul,
en plein cercle, trouvant qu'il se plaçait trop
en avant : cc Sacl}ez qu'il n'y a de grand seic&lt; gneur en Russie que ceux auxquels je
cc parle et pendant. l'instant où je leur .fais
« cet honneur. 1&gt;

-o-

L'empereur Paul arait horreur de la Rérolution.
&lt;&lt; li en était épouvanté 1&gt;, dit GoloYkine. Il
me dit un jour : « Je n'y pense qu'avec la
cc fièrre et n'en parle que dans le trans« port. Il
C'est de celte épouvante que naquit chez le
tsar cette singulière idée :
&lt;&lt; Rassembler à l'ombre de son trône les
souverains détrônés. li leur fit proposer à
tous cet asile inYiolable. Le pape fut sollicité
de se rendre à Saint-Pétersbourg, mais son
grand àge, la transition des climats, l'inconvenance d'une retraite au sein de l'Église
schismatique, tout s'opposait à ce qu'il acceptât la proposition. li ne prévoyait pas encore les traitements cruels qui l'attendaient
ou s'était déjà résigné au martyre. »
Le roi de Pologne et le comte de Provence
profitèrent seuls de ces offres généreuses. Le
roi de Pologne fut reçu en roi ; mais dès le
second jour, l'intimité devint embarrassante.
Les idées les plus bizarres venaient à l'esprit de Paul.
« L'empereur, en sa qualité de chef de
l'Église, voulut dire la messe, et n'osant risquer une innovation si frappante au sein de
la capitale, il avait décidé qu'il dirait la première à Kasan, où il était prêt à se rendre.
Les habits sacerdotaux les plus magnifiques
étaient faits. II se croyait sûr de s'établir le
confesseur de sa famille et de ses ministres,
mais le Synode le sauva de ce ridicule avec
une présence d'esprit admiraùle. Au premier
mot que l'empereur dit de son dessein, sans
laisser transpercer la moindre surprise, et
certes elle était grande, on lui représenta que
les canons de l'Eglise grecque défendaient la
célébration des saints mystères à un prêtre
qui s'était remarié. Comme il n'y avait pas
songé et qu'il n'osait ou ne voulait rien changer à la loi du sacerdoce, il fallut renoncer à
ce projet. li s'en consola en s'affublant, lorsqu'il faisait ses dévotions, d'une petite dalmatique bien courte de velours cramoisi
toute brodée en perles qui, avec son unifo:ma, ses bottes, sa longue queue, son
grand chapeau à trois cornes et sa figure chétive, en faisait une des choses les plus curieuses qu'on pût voir 1&gt;.
•
N'en voilà-t-il pas assez pour comprendre,
non pas pour excuser que la Russie se soit
débarrassée d'un pareil monarque par un
crime?
;\!AURICE

DlJ,\lOULI~.

Cliché Kuho .
COMTESSE WALE\\'SIL\, -

D'après un p:m11eau de DcocFe.

(Sur r~cusson qui se ,·oit à la gauche du panneau, un peut lire la de,·isc du comte Colonna \\'alewsk1

, Usq~E

AD FINES , .)

LES FEMMES DU SECOND EMPIRE

..,..

La

comtesse Walewska
Par Frédéric LOLIÉE.

la mémoire, elle la revoyait, allant jeune,
heureuse, fêtée, à travers les salons emplis
Une après-midi de l'an '1904, au cours de clarté, de mouvement, de luxe, d'hard'une visite chez Mme Octave Feuillet, je monie. li y avait fort longtemps de cela.
laissai tomber ce détail qu'une heure aupaOn la connut ambassadrice à Londres,
ravant mon attention était suspendue aux lè- femme d'un ministre d'État, à Paris, et
vres de Mme Walewska, égrenant des anec- grande dame des plus qualifiées dans le
dotes sur la cour des Tuileries, dont elle monde cosmopolite des Tuileries. Des souveavait été l'un des ornements les plus goûtés . rains furent à ses pieds. L'impératrice la tint
cc -Ah! oui, dit-elle, la jolie ~Ime Walewen amitié vive. La reine Victoria lui prodigua
ska! 1&gt;
les marques d'une particulière affection. Elle
Et je remarquai qu'en parlant ainsi passa, auprès de l'impératrice d'Autriche ÉliMme Octave Feuillet n'était plus avec nous, sabeth, - la plus jolie femme de son emet que, par la vertu de ce regard intérieur, . pire, disait-on, - des semaines exquises.
qui transperce, illumine les profondeurs de Les hommes les plus célèbres illustrèrent ses
..... 23

1M

réceptions. Et la meilleure partie de ses jours
ne fut autre que le reflet limpide et riant de
la situation exceptionnelle dont jouissait son
mari et des grandes affaires internationales
auxquelles il se trou va mêlé.
Tous les détails dignes d'intérêt d'une existence si pleine, elle-même voulut me les confier, au gré de ses réminiscences, selon le
tour de la causerie du moment, à travers la
succession agréable de ses entretiens. En les
translatant sous vos yeux, je ne ferai que
rapporter, pour ainsi dire, des conversations
écrites .
Florentine de naissance, Française par

�.,.._ 111Sîô'J{1.Jl
droit de mariage, comptant, dans sa parenté
italienne, d'illustres alliances qui remontent
jusqu'à Machiavel; et descendant, en ligne
maternelle, de la famille polonaise des princes
Poniatowski, l'arbre généalogique, qui verdoie dans ses archives, a poussé des branches
bien entremêlées.
Nièce de Joseph Poniatowski, ministre de
Toscane et, plus tard, sénateur de l'Empire,
elle naquit sur les bords de !'Arno, dans la
demeure des marquis de Ricci, non loin de
cc palais Orlandini, où la princesse Mathilde
coula les années de sa jeunesse. On lui donna
les prénoms de Marie-Anne. Son enfance fut
dénuée d'incidents. Elle était gaie, capricieuse, espiègle, comme on l'est à cet tige;
les jeux lui plaisaient mieux que l'étude,
ainsi qu'à plus d'une autre, et les rires à
belles dents et les courses échevelées sous les
grands arbres du parc. Elle trouvait fàcheuses
uniquement dans la vie les leçons d'une gouvernante française, qui, parait-il, avait à cœur
de lui rendre sensibles les devoirs de l'obéissance el, pour les lui inculquer de force, la
malmenait quelquefois.
Insoucieuse de l'avenir, Marie-Anne laissait
errer sa pensée libre et ses rêves sans ambition. Elle aspirait les souffles purs de sa jeunesse, sans nulle curiosité de connaître le secret du lendemain. Une demande en mariage
vint la surprendre dans cette innocente tranquillité d'àme. Un aimable seigneur, fils de
prince, avait désiré sa main. Elle n'y songeait
pas; aucune hàte ne la pressait de quitter la
maison maternelte. Cependant, la marquise et
son père, jugeant le parti flatteur et avantageux, allaient donner leur assentiment. Par
contre, le vieux prince Corsini s'était montré
beaucoup moins facile à seconder les vues de
son fils. li avait opposé un non formel. Avec
plus de docilité que de tendresse filiale,
l'amoureux gentilhomme, qui voulait bien
user de patience, mais ne tenait pas · à être
déshérité, offrit d'attendre que l'inéluctable
loi du sort le rendît prince à son tour et
maitre de ses volontés. Mais la jeune fille
n'avait nulle envie de compter les jours et les
semaines, les mois et les années, jusqu'à la
mort d'un père, pour allumer les flambeaux
de l'hymen aux cierges de son catafalque. Il
n'en fut plus parlé. D'autres prétendants
s'annoncèrent : un marquis de San-Juliano,
de Naples, et un seigneur viennois, le comte
de Schomberg, un bretteur enragé, qui, pour
un mot, pour un regard de travers, pour
une plaisanterie, pour rien, était toujours
prêt à mettre flamberge au vent, et que cette
humeur batailleuse devait conduire à sa perte,
ca1· il fut tué dans un duel avec un banquier,
le dernier homme dont il pùt être le provocateur.
Sur ces entrefaites, le comte Walewski parut à Florence, Alexandre Colonna Walewski,
né en Pologne, de la femme célèbre par sa
beauté et son patriotisme, qui inspira à Napoléon 1er un attachement passionné.
On a représenté, sous des couleurs de roman, el la scène s'en emparera, quelque

jour, l'épisode sentimental dont celle-ci fut
l'héroïne 1 •
Le i ... janvier 1807, !'Empereur venant de
Pulsturck et se rendant à Varsovie s'arrêtait,
pour changer de chevaux, à la porte de la
ville de Bronic. Une foule illusionnée se pressait sur son chemin pour saluer le soldat de
fortune en qui l'on espérait voir le libérateur
de la Pologne. Deux femmes, non sans péril,
sont parvenues à se glisser jusqu'à lui. L'une,
presque une enfant, toute blonde, avec des
grands 1eux bleus très naïfs et très tendres,
semble transfigurée d'enthousiasme. Bonaparte, surpris, ému de cette vision, lui jelle
une fleur, s'informe el manifeste l'intention
de la revoir.
Elle se nomme Marie Walewska, née
Laczinska, d'une famille ancienne mais dénuée de biens. Son mari est un vieillard de
soixante-dix ans, Anastase Colonna de Walewice-Walewski, se rattachant par ses origines aux Colonna, qui donnèrent à l'Église
un pape et des cardinaux, à l'Italie des généraux et des diplomates. Ce lustre familial,
le titre qu'il eut de chambellan du feu roi
n'empêchent que, pour la jeune épousée, les
jours ne se soient écoulés bien monotones,
sans éclat, sans plaisirs. Un enfant, un fils a
ranimé sa vie. Elle s'y est consacrée tout entière. Aussi, malgré sa fine beauté, est-elle
presque inconnue hors de son foyer.
Mais !'Empereur, le conquérant, le meneur
d'armées et de peuples, l'a remarquée. On le
lui fait savoir. Elle tremble; un secret pressentiment la retient au foyer ; elle ne veut
assister à aucune des fètes organisées en
l'honneur de Napoléon. Elle en est priée,
cependant, et par mission spéciale du prince
Joseph Poniatowski. Résiste-t-on à un désir
de !'Empereur? Elle devra se rendre à Varsovie. Son mari lui-même l'y engage. Elle
assiste donc au bal, où déjà circule le bruit
de l'aventure.
Elle a refusé de danser et rentre chez elle,
nerveuse, inquiète. On lui remet, coup sur
coup, des billets écrits de la main impériale,
et ce sont des déclarations brûlantes. On vient
en députation chez elle. Les plus respectés
des chefs polonais lui disent et redisent :
« Vous ne pouvez vous dispenser d'assister au
diner auquel vous prie !'Empereur, sans vous
exposer à paraître mauvaise patriote, mauvaise Polonaise. &gt;&gt; Il l'aura donc fallu! Une
insidieuse amie lui murmure, pendant 'qu'elle
rêve de sa maison tranquille, de son enfant :
&lt;( Tout, tout, pour cette cause sacrée! 11 Les
membres du gouvernement provisoire l'exhortent à ne pas méconnaitre le bien qu'elle peut
accomplir, grâce à sa douce influence de
femme. Cependant, les lettres se succèdent.
Le mari, comme tant d'époux, en pareil cas,
a les yeux cou verts d'un triple bandeau. Il
insiste pour qu'elle soit présente au nouveau
banquet. Même il va plus loin; il objurgue,
il commande... . Le pas décisif est bien près
d'être franchi. Elle en a l'avertissement et la
1. En ·190::î, paraissail en laugull polonaise un cu-

rieux ou1Tagc en Lieux volumes, sur la première
comlesse Walewska.

peur, au fond de son àme vertueuse. Et toujours on l'obsède. On tourne autour d'elle,
la pressant de se décider. La voiture est en
bas. On l'y pousse.
Pendant le diner, assise en face de l'Èmpereur, elle doit écouter, sourire aux lè\'fes,
les propos entremetteurs de Duroc. Et ce sera
tout à l'heure, au milieu de la confusion
d'une sortie de table, l'attaque directe du
maître. Quelqu'un lui fait tenir la proposition
d'un rendez-vous. Comme elle s'en indigne,
on lui reproche encore son manque de patriotisme. « Sont-ce vraiment les sentiments,
la conduite d'une zélée Polonaise? » Et, de
fatigue, elle laisse enfin tomber les mots
attendus : « Faites de moi ce que vous voudrez. &gt;&gt;
On la mène, le matin, au palais, pour la
remellre, le soir, aux mains de ceux qui la
viendront chercher et la livrer à celles de
l'amant souverain. Elle va d'un pas abandonné. Napoléon est entré dans la chambre
et joue son rôle. Seule :, seul arec lui, elle
proteste et pleure. Il s'irrite, mais doit attendre au lendemain que plus de faiblesse et
de lassitude abaisse devant lui les dernières
résistances. Et l'épreuve recommence le jom
suivant, à pareille heure. Napoléon est maintenant un amant fougueux. Il prie. Il s'empresse. Il menace. Une femme est là, chez
lui, à ses ordres, et qui prétend rester fidèle
à la foi conjugale, aux principes de sa conscience et de la religion! Que signifiait une
pareille chose? Elle s'eJfraie aux éclats de sa
voix, et presque s'évanouit. Elle est à présent
sa maitresse.
Oui, telle est la manière dont une sorte
d'histoire officielle, très agréablement narrée
par Frédéric Masson, a présenté les détails de
cette rencontre. Ils se passèrent plus simplement, et je tiendrais d'une source plus sûre,
parce qu'elle fut plus intime, le récit exact du
sentiment de !'Empereur pour la première
madame Walewska. En toute affaire, Napoléon
était l'homme impérieux et pressé, qui ne devait jamais perdre de temps. Mme Walewska-,
très simple, très naïve, sans ambition personnelle el qui espérait obtenir, au prix de
son obéissance, la reconstitution du royaume
de Pologne, s'était pliée à la volonté du vainqueur d'Austerlitz, et, pour cela, l'attendait
un soir, frissonnante. li était entré dans la
chambre comme dam son cabinet de travail ,
l'air soucieux. et songeant à bien autre chose
qu'à l'amour.
II a dégrafé son ceinturon et jeté son épée
sur la table. D'une voix brève, impérative, il
interroge la jeune femme, qui est censée se
reposer dans l'ombre de l'alcôve. II demande
des noms, ceux des principaux de la ville et
des renseignements sur la localité polonaise.
Tandis qu'elle répond, balbutiante, il prend
des notes hâtives .... La chose est faite; alors
seulement il se rappelle l'objet véritable du
rendez-vous, et revient à sa fantaisie de tendresse.
Il en advint une sorte de passion intermittente de l'homme de guerre pour celltt qui
n'avait désiré que d'être l'ambassadrice d'un

HISTORIA

Cliché Gira udon.

LAURA DE DIANT! ,
TROISIJ:&lt;°:ME FEM.\1E lYALPTIONSE t•r D'ESTE, DUC DE PERRARE.
Tableau du TITIE~. (Galerie Cook. Richmond.)

�'------------------------------ l.A

COMTESSE

1YA1.'E'1YS1(,A

--,

peuple opprimé. Souvent, elle lui reparlera arnc une expressiou plus séduisante. Très grand
de 'sa chère Pologne; il sourira, se dérobera. seigneur, mondain fort recherché dans les de la famille royale, et l'impression fut excel.\ucun chef d'État n'accorda moins que Na- salons de l'aristocratie, sérieux et décidé de lente. Le lendemain, Mme Adélaide, sœur de
poléon à l'intervention des femmes, en poli- caractère, il n'affichait pas, mais ne cachait pas Louis-Philippe, écrivait à M. de Flahaut,
tique. Pendant la campagne de 1809, ~farie non plus ses avantages. Cependant, il ne pro- grand écuyer du duc d'Orléans et ambassaWalewska s'était rendue à Vienne, où l'on duisit pas, d'abord, une impression fulgurante deur à Vienne, ces lignes dont on nous a
a,•ait préparé pour la recevoir un logis d'une sur l'imagination de~larie-Anne. tout occupée communiqué l'original :
extrême élégance, près de Scbœnbrunn. Elle de ses babioles de jeunesse, et dont le regard
&lt;&lt; Hier soir, à Neuilly, nous avons eu lady
, devint enceinte et retourna faire ses cou- était demeuré distrait, sans doute, lors~hes à Walewice, où naquit, le i mai 1810, qu'on lui pré,enta rd étranger, qui, nec Sandwich, qui nous a présenté, la reine et
Alexandre-Florian-Joseph Colonna Walewski. sa tète de médaille ronnine et sa haute pres- toulcs les princesses étant là, la no111elle
Elle fut à Paris, dans la suite, et !'Em- tance, était un des plus beaux. hommes desa comtesse Walewska. Cette jeune femme est
pereur ne cessa point de s'intéresser 11 elle, génération. Elle ne résista pas, 11éanmoins, i, séduisante; elle est plus que jolie, parce
de se montrer soucieux qu'on veillàt à toutes son appel, et quitta Florence sans trop de re- qu'elle a comme parure la simplicité naluses aises et satisfactions. En 1812, un acte gret, un peu inquiète seulement de la figure relle. Elle fera grand effet dans la société
exceptionnel était passé au palais de Saint- qu'elle allait faire, ignorante de la vie comme parisienne.
Cloud pour composer et enregistrer le majo- elle l'était, dans le monde où son mariage
« Lousi::-Aofuïor. "
rat, établi en fa,eur de son fils, par la dola- allait l'introduire. Il avait qui me années de
Cependant, Walew~ki 11 'occupait toujours
tion de biens situés dans le royaume de Na- plus qu'elle. li possédait l'autorité, l'e1pt!point de situation officielle. Guizot était au
ples, avec le titre de comte de l'Empire.
rience; il se charg('a d'è1re son éducalcur, cl
C'est ce Wale11ski qui fut soldat, écri1ain, ses premiers émois se rassurèrent. D'un pru- pon mir. Ce ministre le I oyait sans complaidiplomate, homme d'État, et demanda la dent cofücil, il lui fixa, dt-s le premier jour, sauce, à cause des rapporls affables qu'il enmain de Marie-Anne de Ricci. A cette heure, cell(' rl•glc de conduile suffisant à hausser. tretenait avec Thiers, son élernel antagoniste.
il n'avait aucun poste el n'exerçait aucune peu i1 peu, au ton de ma entourage, si bril- li n'inclinait guère à lui confier un emploi
fonction 1• Mais on le savait l'ami personnel lant qu'il ptit ètrc, l'esprit d'une jolie femme, diplomalique. Des amis inteninrenl, ,antanl
ses mérit&lt;:s _,i Guilol, qui résistait. Enfin,
de Thiers. La route s'ouuait, dernnt lui, dout'·c d'intelligence et de tact :
l'homme d'Elat laissa fléchir ses motils d'extoute pavée d'espérances.
- Uegardez cl écoutez.
clusion, mais pour l'cll\·oyer au plus loin, ;',
Il élait déjà venu :i Florence, quatre anBlonde comme le blé de mars, :t1ec de~
nées auparamnt, c'est-à-dire en 18i2, et yeu\ d'un gris bien tri•s animé, de~ traits la Plata. Sa femme et lui ne s'attardèrent
avait lié connaissance a,·cc la famille de Ricci. tins, un profil mince et délicat, et tout le que le moins p0$Sible dans ces régions de
La seconde fois, il n'était pas arrivé seul, eu sémillant, toute la gràce d'une beauté de l'Amérique méridionale. Par une élrangc
irouie des é1énements, le 2-i féuier ilH8, le
Toscane. Le comte de Flahaut l'arnil
jour où s'effondrait la monarchie consaccompagné dans son voyage, - cc
titutionnelle sous les pa,és des barricomtedeflahaut,qui aurait aimé parcades, Guizot signait la nominatiou
i iculièrement le voir &lt;'•pouser sa fill1•
de Walewski en qualité de ministre
Georgine; mais celle-ci devait passer
plénipotenliaire à Copenhague. Il n'eut
11 d'autres mains et s'appeler marPas à bouder sa 1aJise de ,·o,·arre.
quise de la Valette. De même, à cc
• 0
La présidence de Louis-Napoléon
que m'en disait Mme Wale11~ka,
l'en dédommagea largement. Nommé
Thiers n'aurait pas été fâché qu'il fit
minislreà Florence, en 1849, il reçut
le bonheur de ~Ille Félicité IJosne :
l'ambassade
de Londres en 1852.
&lt;c Mlle Dosne, ajoutait-elle avec un
L'habileté avec laquelle \\alewski parpeu de malice, qui n'est pas encore
,iut à obtenir du ministère anglais la
mariée, en 1905. ,,
reconnaissance de Napoléon III, à
Walewski avait son choix bien arlrners
de réels obstacles, fut le grand
rêté. Il u'accomplissait pas une proévénement
de son passage dans le
meuade de touriste en Italie. Des
Rornume-Uni.
circonstances graves a,·aieut provo; Les choses n'allèrent pas aus~i
qUt; son départ. Lié, ;'1 Paris, avec
aisément
qu'on le pourrait croire,
la tragédienne Hache!, - aussi intinous
confiait
Yme \\ alewska. J'étai~
mement lié qu'on pouvait l'èlre - il
à Londres. Je rernis tout le mou,ea,ait eu la désagr1:able surprise, un
ment qui se fit aulour de cette grosse
soir de ,i~ile inattendue chez elle,
formalité.
Le gouvernement anglais
d'y rencontrer, bien à contre-temps,
a
mit
accepté
l'Empire; mais il ne
le duc de Grammont. El la rupture
lui convenait pas de le reconnaître
s'en était wi,ie, immédiate et radisous le nom de Napoléon troisième,
cale. H a'"ait pris le chemin de l'Italie
qui prolongeait et fortifiait, dans le
et le parti d'en re1enir marié.
passé, le principe dynastique.
Une forte attraction le poussait it
« ~Ion mari s'étonna des échapparetrou\'Cr ia belle physionomie de
toires et des difficultés qu'on lui opjeune fille, qui l'avait séduit une preposait, mais ne se découragea point.
mière fois. JI la revit Le soleil arCOllTI LOLu:'\:'\A \\ ALl\\,._l,J,
Le
baron Brunow, ministre de Russie,
dent de l'Italie incendia son âme. JI
D'après le laéle.111 de \ 'JCT(JR MATTI:Z,
entretenait
secrètement la résistance.
l'appela, dès lors : sa Destinée.
Et
l'Angleterre
continuait d'objecter
Ce flls naturel de Napoléon 1,·, avait grand petit format, le monde l'accueillit en souair. Sur son ,isage était imprimée, frappante, riant. Presque aussitot, on lui avait ménagé, qu'en acceptant Napoléon conime le troila n·ssemLlance de l'impcrial ami de Talma, au chàteau de Neuilly, l'accutil sympathique sième empereur des Français, elle infligerait
un démenti ;1 sa politique et ferait ombre it
1. Ou a prétendu 11u'il nail, 1111 moment, care,si·
cl'uu
tronc
il &lt;lut "isir l'épi•c, Comme ~lorll), il ~,ait
la
nalionalil" rran\·aisc, pui, ,'cta1t tounit ,ws la
le ,.:,-c de d,•vcuir roi cle Pologur, cl &lt;1u'à défaut
fait sa campa::ne ,l".\friquc, après arn1r rennchqu,•
tliplo111alle.

�-

"----·----------------------------- LA

111STO'J{1.JI

la gloire de Waterloo. Tout au plus admettait-elle de le saluer du Litre de Napoléon Ir,
pour celle bonne raison que le duc de Reichstadt n'avait point régné.
&lt;! Les discussions trainaient en longueur.
C'est alors qu'eut lieu, peu de jours a,anl le
2 décembre 1852, le diner que le ministre
de Prusse à Londres, le baron Bunsen, offrait
au corps diploml!,tiquc. Lord Derby, président du Conseil, lord Malmesbury, ministre
des Affaires étrangères, lord el lady Palmerston, le ministre italien d'Azeglio élaienl des
co11vives de celle magnifique réception.
« Mon mari m'a,ail chargée d'e11lrepren&lt;lre, à la fin du diner, lady Derby, pendant que lui-même conférerait aYec le ministre anglais. el de laisser enteu&lt;lre, afin que
cela fùl répété, que, si le président du Conseil se refusait à seconder les vues de l'ambassadeur français, lord Palmerston, son
adversaire, ne manquerait point, lui, de provoquer une interpellation à la Chambre des
Communes et d'enlraîner, à son profit, la
chu le du cabinet.
« - li faut pourtant se décider, disait-il,
de son coté, à lord Derb~·. Car si vous ne le
faites, Palmerston, qui esl là-bas, reconnaitra Napoléon Ill el s'en prévaudra 11 vos
dépens.
« Ce fut l'argument vainqueur. Walewski
avait sondé, dans le même sens, lord Palmerston, qui, prompt à saisir l'occasion de
rentrer en scène, vopil déjà le moment d'interpeller lord Derby et de ramasser une majorité. li n'y eut plus d'opposition. Lord
Derby céda.
« ·Le lendemai11, mon mari rece,aiL cette
lellrc de Napoléon lll :

La récompense ne se fit pas auendre. li
fut sénateur. li fut ministre. C'était Ir beau
moment de l'alliance anglaise, à laquelle on
sacrifia tant d'intérêts, en France. Quand la
comtesse Walewska quitta Londres, les dames
de la haute aristocratie se cotisèrent pour lui
olirir un bracelel, en souvenir de son passage.
On s'était installé superbement au ministère des Affaires étrangères, le plus fastueux
de toute l'Europe. Pour inaugurer cette prise
de possession, pour célébrer aussi tant d'heureuses conjonclures, le ministre et sa femme
offrirent, le 17 février 1856, un bal resté

fameux dans les fastes mondains du second
Empire, - ce bal costumé, qui fit tant parler de l'Empcreur en domino el de la Castiglione en dame de cœur.
En un temps où la mode des crinolines
arait rappelé l'exubérante fanlaisie des paniers, pendant que remontaient de partout
les souvenirs Pompadour, Mme Walewska,
alerte à saisir le ton du moment, ressuscitail, chez elle, le xv111• siècle.
Sans s'être aucunemen lconcerlées à l'a 1·ancc
pour assorlir les nuances de leurs costumes
dans une harmonie générale d'époque, presque
loules les invitées élaientapparuescnLouis X V.
Des marquises rocaille revivaient sous les
traits des princesses Mathilde, Mural, Poniatowska. En griselle de la r,;gence passait
Mme Dubois de Lestang, avec un négligé
bourgeois fort cor1uet, inspiré par Jeaurat.
La génfrale Fleury renchérissait encore sur
l'ancienne mode, et, pour a\'Oir la latitude
d'enfler au maximum l'ampleur de ses paniers, tenait grande place en dame de la reine
Marie-Antoinette, d'après Moreau le jeune.
Une seule de ces palriciennes avait osé
s'affranchir de la cage encombrante : Mme de
Castiglione, dont la réputation d'indépendance
élait acquise, cl qui n'eul pas à le regretter,
en définitive, parfaite de Lous points comme
elle était.
Quanl à la maîlrcsse du lieu, une Diane
des ballets royaux, Loule conforme à l'un des
plus jolis motifs fournis aux Menus-Plaisirs
du roi par le dessinateur Boquel, chacun la
félicitait sous ses atours de chasseresse poudrée. On eût cru qu'elle sortait d'un cadre
cle l'époque, fraid1cmenl pomponnée. Elle
était l'àmc, le sourire lumineux de la fète.
D'aulres r&lt;-ceptions wi1ircnl, non moins
%mplueuses. Elles curent une grande céléhrité mondaine. l\ien n'élail plus brillant
11uc les dîners el les !.,ais du ministère drs
Affaires étrangères. Lorsque, au point culminant de sa carrière, et sur la proposition du
comte de Buol-S~haucnslein, Walewski eut
été appelé à présider le Congrès de Paris, les
plénipotentiaires de l'Europe ne tarissaient
pas d'éloges sur l'éclat des soirées que donnai là l'élite ùe la socirté parisienne le chef
de notre diplomatie.
La première séance du Congrès avait eu
lieu, le 25 février 1856, et, le même soir, le
comle Walewski donnait ;1 ses hôtes un &lt;liner
de lr&lt;!nte couverts, suivi d'un grand concert,
pour lequel huit cents invitations avaient élé
lancées.
Tous les regards étaient tournés, à ce moment, vers la paix et se tenaient fixés sur les
représentants des grandes puissances. Pour
ne point démentir la tradition diplomatique,
qui veut que les plaisirs marchent de front
avec les affaires et que les uns soient l'acheminement agréable à la conclusion des autres,

on apportait un zèle infini à diversilie1· les
intermèdes des conférences journalières. Et
le 50 mars, quand fut signé le traité, ce
fameux traité de Paris, qui a été l'une des
grosses illusions de la politique extérieure de
Napoléon III, cc fut partout un redoublement de musique, de danse el de galas pou:célébrer l'heureux événement 1•
Les invilations aux Affaires étrangères
étaient extrêmement recherchées. Les mercredis de Mme \\ alewska faisaient fureur.
D'un accord unanime, on reconnaissait que
le ministre el sa femme emportaient le prix
dans le genre des diverl issements costumés
et de l'allrgorie. Ils avaient donné l'impulsion à ces soirées travesties, qui tournèrent
les cervelles d'un monde folâtre pendant plusieurs années. La chronique a gardé le souvenir d'une de celles-là où, très agréablement, Mme \\'alewika allégorisait le froid
sous une robe de dentelles noires, sa tête
blonde chargée de frimas, pendant que la
princesse Troubetzkoï s'évaporait en papillon
du printemps, ou que Mlle Erlanger flambait en couleur de feu.
La maison était hospitalière aux letlres et
aux arts. Théophile Gautier, entre autres, y
avait ses familières entrées. Il plaisait aux
Walewski de réunir à leur table la fleur des
écrivains, des artistes, qu'eux-mêmes rencontraient, d'ordinaire, chez leur amie, la princesse Mathilde. Ils savaient qu'en mêlant et
fondant les espris d'élite dans une atmosphère intime et chaude, on les pénètre réciproquement des influences qui les stimulent.
Un hasard intelligent présidait ;1 ces rencontres. On n'avait 1t craindre, en pareil cas,
qu'une sélection trop raffinée parfois.
cc Un soir, me disait Mme \Yalewska, nous
avions à diner, en même temps, Jules Sandeau, Dumas, Gautier, Mérimée, el Lulli
quanti. On aurait pu croire que la conversation, avec de pareils artificiers de la parole,
ne serait qu'une pluie d'étincelles. Eb bien!
pas du tout. Elle se traîna languissante, du
commencement à la fin. Sandeau complait sur
Dumas, Dumas faisait fond sur Gautier, et
Gautier ne se sentait pas assez lui-même dans
le voisinage des grands confcères. »
Et cela me rappelait un propos de Mme Octave Feuillet, me disant quel était le charme
des dîners choisis de ~lme Fortoul, la femme
du ministre de l'lnstruction publique. Ayant
éprouvé, en différentes occasions, que trop
de gens d'esprit rassemblés dans un même
cercle s'éteignent mutuellement, cette excellente maitresse de maison variait les séries
avec une attention extrême, n'imitait qu'une
iizaine de personnes soigneusement triées,
et jamais tous les causeurs à la fois. Or, rien
n'était plus exquis que les réunions privées
de Mme Fortoul.
Tel était le train habituel des soirées d'hi-

1. Un écho de cette joie universelle éclate dans
une lellrc particulière, qui tombe bien à propos
sous nos yeux, de la comtesse de Damrémont à Thouvenel l'ambassadeur de F1·ance a Constantinople.
Ap;ès avo\r parlé des iUum\nations ~pontanées de la
ville de Paris, de la sallsfachon génerale de la population, des fêtes de la rue donnant la réplique à
celles des salons, la sœur du maréchal BaraguaJ-

d'llilliers entre dans le détail des réjouis,ances officielles :
• Après-demain jeudi l'empereur rendra a Méhé.mel-Djamil bey, l'honneur que le sultan \'OUS
a fait en assistant il une réception chez vous. Sa Majesté se rendra à un bal a I ambassade de Turquie
auquel environ douze cents personnes sont invitées.
Aujourd'hui, dîner chez Hübner, demain chez je ne

~ais qui; car, depuis qu_e le Cong~ès esl rassemblé,
11 est rare que chaque Jour ne so1l pas marqué par
une fête ou par un diner.»
El peu de temps ensuite, elle ajoutait :
c l\ous a,·ons magnifiquement trailé les plénipotens
tiaires; et, ce qui m'étonne davantage, c'est qu'ilaient résisté à ces balailles de fourchettes et de bouteilles. »

Aux Tuileries, le 5 décembre 1Xj2,
&lt;&lt; Je ,ous remercie de votre télégramme
d'hier, qui reflète si bien la chaleur de votre
cœur. Je suis très sensible à cette nouvelle
preuve de votre dérnuement. Je vous prie de
compter toujours sur ma sincère amilié et d,i
croire que je m'estime heureux d'avoir en
yous un représentant si habile el si dévoué.
&lt;&lt;

(( NAPOLfo:ï. ))

ver. En la belle saison, la comtesse Walewska
passait une grande parlie_ du printemps el de
l'été dans sa propriété d'Etioles. Les visiteurs
en connaissaient les chemins hospitaliers. li
y avait 11,, comme en tous lieux où elle portait ses pas, belle compagnie; et les hasards
de la politique, selon qu'ils augmentaient ou
diminuaient l'influence de son mari, n'y
avaient pas de répercussion sensible. Son

la troupe des artistes, des gens de letlres, des
diplomates défilant à ltlioles. Je doute qu'elle
ait été aussi grande à Chamarande' ou chez
le, autres sorlanls. D'abord, il y a beaucoup
d'ingraL•. Ensuite, il faut bien lui rendre
cette justice : Walewski avait bien plus que
son collègue de ces qualités qui gagnent
l'estime el l'affection. N'importe, je ne me
serais pas attendu à des témoignages de rc-

COMTESSE

W JtLEWS1(,Jt

un peu convenable est difficile à trouver.
« Après Vich), c'est-à-dire après le 5 aoùt,
nous rentrons à Saint-Cloud. L'Empereur se
rend au haras du Pin, revient, et, après le i5,
se rend au camp de Châlons, puis, vers la fin
du mois il Biarritz avec l'impératrice. Parmi
tous ces déplacements, il ne me reste guère
de chances de vous revoir, puisque vous serrz

Cliché Giraudon.

LE CoxGRi:S DE PARIS, E:S 1856. -

cercle se déplaçait a1ec elle, aussi bien quand
Wales,\ki af3it rendu le portefeuille que lorsqu'il venait d'entrer dans une combinaison
nouvelle de pouvoir. Le secrélaire particulier
de l'empereur, le spirituel Mocquart t, le
remarquait affablement, lorsqu'il écrivait à la
comtesse, juste au lendemain d'une crise qui
avait délogé de leurs ministères respectifs
Persigny et Walewski :

Tableau ,te GABL (Bowes .,fuseum, D:1rnard-C.1stle. )

« Chère madame Walewska,
Votre bonne lettre m'a rappelé l'une de
nos causeries d'autrefois. J'ai vu avec plaisir

connaissance si nombreux el si hautement
manifestés. Ils font honneur el à ceux qui les
ont donnés et à celui qui les a reçus. Celle partie de votre lettre a fait du bien à votre ami.
c1 J'ai pressé l'empereur de répondre au
sujet d'Orx 3 • Il est d'avis d'attendre encore le
résultat de noul'eaux renseignements pris
sur les lieux.
&lt;t Vous avez bien raison de chercher à vous
caser. Il ne suffit pas, comme le disait Walewski, d'avoir sa malle faite; il faut encore
arnir sa chaumière prêle. Mais toul esl relatif, et, dans Paris, une chaumière même

1. llocquart, donl on disait, aux Tuileries, qu'il
~tait la pensée de l'empereur.

:· Propriété_ du duc ~e Pmigny. . . . .
.
J. Un domame promis par la hberahte 1mpériak

cc

.., 27 ...

au bord de la mer pendant le Lemps où je
serai à Montrelout.
a Les eaux, cette année, sont fort salutaires à l'Empereur, qui se contente du bain.
Rien ici digne de vous être raconté. La société
a beau se renouveler : elle demeure toujours
fort commune. La quantité l'emporte de beaucoup sur la qualité.
c1 MocQuAn-r. )&gt;
Quand un peu tout le monde se dispersait
aux eaux, elle se rendait volontiers à Kissingen, station for_L en vogue où les chaleurs de
nn comte \\'alewski, dans le
Landes.

département des

�1f1ST0'1{1Jl ,_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ .,
l'été ramenaient une colonie française appartenant surtout aux milieux officiels. L'animation y était belle et vive. Les femmes faisaient
assaut d'élégance. On n'accordait au régime
de la source que le peu de temps laissé libre
par les promenades et les réceptions. Mme Walewska était là fort en ne, aux environs
de -1866, quand Benedetti, récemment nommé
ambassadeur en Prusse, levait ce croquis
épistolaire de son séjour à Kissingen et des
divertissements qu'on y prenait:
cc Kissingen, 17 juillet.
J'ai encore retrouvé ici, mande-t-il à
ThoUYenel, 11 mon retour de Nuremberg, les
Walewski et la comtesse de La Bédoyère, et j'ai
fait YOlre commission. Le comte Walewski
m'a annoncé lui-mème son avènement au
fauteuil de la présidence du Corps législatif.
La tàche lui parait difficile; mais, quand on
a fait reconnaître l'empire à Londres el contraint ainsi l'Europe à renier son œuvrc
de 1815, onne peut s'empècher de le sauver,
au Palais-Bourbon, du péril auquel il est
exposé. La comtesse Walewska, se moquant
des impertinences du temps, l'unique ennemi
qu'elle ne réussit peut-être pas à vaincre
complètement, est toujours ravissante de·
gràce, de bonne humeur. Elle continue à
devancer ou à faire la mode. Elle a, comme
toujours et comme tout le monde, son chevalier servant, et c'est votre ami, le comte de
Goilz, qui enjoue le rôle à Kissingen. Il s'en
acquitte avec assiduité. Il conduit la comtesse
à la Source ; il ordonne les promenades cl les
fètes; il est son premier maître de la bouche;
il avait, en la précédant, fait les logements.
!lier enfin, il a, en heureux et habile diplomate qu'il est, amené une rencontre avec
l'impératrice d'Autriche, et il s'en est suivi
une présentation sur la place de Kissingen, à
l'heure où tous les étrangers s'y trouvaient
réunis, véritable triomphe pour la comtesse
et pour Goltz lui-mème. 11
D'autres fois, on allait au Mont-Dore. Elle
habitait, dans ce coin d'Auvergne, une villa
qui n'avait non plus les aspects d'un ermitage. Des amis étaient invités. On y faisait
étape, pour une ou plusieurs semaines.
Gounod y passa une saison. li avait composé
là son opéra de la [foine de Saba, et l'avait
dédié à son hôtesse.... Sur ce brillant passage, une ombre s'était glissée. Dès lors,
Gounod donnait des signes de son malaise
cérébral. On n'ignore pas qu'il faillit perdre
la raison, qu'il côtoya les bords d'un demidélire, et que, par crainte de pire extrémité,
il avait dù se soumettre aux soins méthodiques du docteur Blanche. Lui-même se rendait bien compte des alternatives de fièvre et
d'hallucination qui le reprenaient par accès.
Aussitôt que se dénonçaient les fàcheux prodromes, en toute hàte il retournait chez le
fameux aliéniste, ou se faisait adresser quel-

cc ...

qu'un de son personnel, capable de veiller
sur sa santé et d'éloigner de lui les périls
d'une crise plus grave ..\u Mont-Dore, Mme Walewska, qui n'en était pas avertie, avait eu la
surprise de voir aux côtés de Gounod un
homme tout de noir vètu, et qui ne le quittait pas plus que son ombre. Il s'attachait 11
ses pas, lui parlait à mi-voix, chuchotait à
son oreille. Quel pouvait être ce serviteur si
prévenant el en même temps si familier?
C( Je ne suis pas curieuse, dit-elle à son
mari, mais je ne serais pas fàchée d'apprendre
ce qu'il peut y avoir de commun entre le
Maître et son mystérieux acolyte. »
Walewski lui donna l'explicaLion qu'elle
désirait. Un matin, on devait faire une cavalcade aux emirons. Gounod s'en était réjoui
d'avance, avec une gaieté d'enfant et d'artiste.
Mais, au moment de monter en selle, le personnage officieux était intervenu : 1lf. Gounod
ne de1•ail pas s'échauffel' .... fl ne devait
pas trop galoper. Et maintes recommandations de pareille sorte avaient suivi celle-ci.
Longtemps plus tard, Mme Walewska me
confesnit qu'ayant toujours eu grande peur
de deux espèces de gens au monde : les hors
de sens par l'effet de la boisson et les fous,
elle avait vu partir l'illustre compositeur avec
une impression de soulagement.
Mais retournons aux. parisiens séjours.
l&lt;'acile à l'entraînement et complaisante aux
gaietés en circulation, Mme Walewska, qui
n'avait pas cessé d'être celle que les jeunes
filles et les jeunes dames florentines avaient
surnommée : la rieuse, Mme Walewska se
répandait beaucoup au dehors. On la voyait
partout. A l'instar de Mme de Metternich,
elle était de toutes les parties, comme par
devoir et par plaisir. Elle ne manquait ni
bals ni soirées. Elle ne se refusait pas non
plus aux accommodements de tableaux figurés, quand on lui en exprimait le désir. A
Compiègne, une après-midi que Félicien David
chantait sur l'orgue, dans la coulisse, on
l'avait trouvée parfaite, jouant le rôle principal d'llel'culanum. Chaque occasion la rencontrait avenante et dispose au plaisir de
tous. Octave Feuillet a raconté, là-dessus,
une jolie anecdote.
Mme Walewska, la princesse Anna, la duchesse de Montebello, Gounod, le fils de l'amiral Hamelin et Feuillet, assistaient au thé de
l'impératrice avec le duc d'Athol et trois
autres chefs écossais, aux jambes nues,
arrivés, en leur costume national, des montagnes des Highlands. Sur les six heures et
demie, à l'instante prière du romancier,
l'impératrice demanda au duc de faire venir
son joueur de cornemuse. Le piper arrive en
grand uniforme et joue une marche guerrière,
en se promenant gravement et militai_rement
dans le salon. Cependant, on avait grande
envie de voir les Écossais danser leur danse
nationale. Pour les décider et les mettre en

train, l'impératrice, la princesse Anna el
Mme Walewska n'hésitèrent pas. Se levant de
leurs fauteuils, elles dansèrent avec eux une
espèce de gi~ue calédonienne, comme de
vraies filles d'Écosse. L'élan était donné. Ils
continuèrent seuls, et ce fut très intéressant
à regarder.
Mme Walewska était en permanence aux
cc séries » de Compiègne. Des premières
invitées chez le prince président, elle y avait
marqué de loin sa place dans le groupe des
jolies personnes, qui devaient former avec
elle, comme la comtesse plus tard duchesse
de Persigny, la duchesse de Bassano, la comtesse Le Hon, la belle Valentine llaussmann,
la non moins belle Mme de Pourtalès et la
duchesse de Cadore, le noyau de la Cour de
Napoléon III. Aux réunions automnales de
Compiègne, qui furent le point de départ des
élégances et du luxe officiels, elle fut des
réo-ulières,
faisant cercle dans la fameuse•
0
loge, un peu en arrière des souverains, parmi
celles dont les charmes variés, le resplendissement des parures, le goût et la splendeur
des toilettes, attiraient tous les regards du
reste de la salle. Par la haute situation du
comte Walewski et l'éclat qui en rejaillissait
sur elle, par son attrait personnel et la faveur
dont on la savait entourée, elle ne pouvait y
être que très remarquée.
Ce fut surtout en 1860 et en 1861, les
années les plus brillantes cc des Compiègnes ».
Les récentes victoires de Magenta et de Solférino avaient redoré les aigles de l'Empire.
D'autre part, les espérances de la paix ouvraient des horizons d'azur. Au mois de novembre 1860, la Cour était revenue, en la
saison des chasses; et les fètes avaient repris
leur animation périodique avec un élan, un
entrain inaccoutumés. Le prince Napoléon et
la princesse Clotilde qui venaient d'unir leurs
destinées politiques, bien plutôt que leurs
âmes, étaient les hôtes de l'empereur, ainsi
que le nouvel ambassadeur d'Autriche, . le
prince de Mettcrnich. On avait les yeux bien
ouverts, en même temps, sur la nouvelle
arrivée : la princesse de Metteroich, qui, dès
les premiers jours, s'était signalée par son
originalité propre, le caractère indépen~ant de
son esprit et le goût à part de ses t?1lettes.
Pour ces hôtes illustres, les orgamsateurs
des plaisirs de la Cour avaient redoublé d'empressement et d'ingéniosité. Les représentations théàtrales avaient été rehaussées d'un
intérêt nouveau, où le choix des ouvrages et
la qualité des artistes répondaient à la distinction des spectateurs. On écoutait. On regardait, on comparait. Et, de l'avis des meilleurs arbitres de l'élégance, Mme Walewska,
dans sa l'Obe de salin blanc, les oreilles et le .
cou ornés de perles d'un grand prix, u·avait
pas à souffrir _du voisinage de la princesse ~e
~Ietternich, en robe de tulle n01r constellee
de diamants .
(A suivre.)

FRÉDÉRIC

LOUÉE.

Le duc d'Albe
Par Paul de SAINT-VICTOR,

Si jamais l'en l'er déborda sur la terre,
comme par l'éruption d'un volcan, cc fuL ~ous
la forme &lt;le celle atroce armée, mi-partie de
sbires italiens cl de hrigands espagnols qui,
en 1567, passant les Alprs, rasant Gcni·vc,
rôtoya11 Lla •'rance, avec l'obliquité d'un ~crpenL, déhoucha dans les Pays-Ras, par le
Luxrmhourg. Quatrr corps la composaient,
formés des véLt:rans d,, vieilles bandes, bronzé~
au l'eu des grandes lulles, agunris au meurtri•,
:1pres au pillage, hommes de proie el de di~cipline, handits dress1is à l'obéissance des soldats. Celle croi~ade était flanquée d'un harem:
quatre cents courtisanes chevauchaient à
l'avant-garde, &lt;e belles·et braves comme princesses »; huit cents suivaient à pied, « bien
à point aussi ». Brantôme, qui priL la poste
pour voir pa~ser, en Lorraine, l'armée du ducd'Albe, les admira fort.
Il s'extasie aussi sur ses mousquetaires, équipés d'armes dorées et
gravées. • Et eussiez dit que c'estoient des princes, tant ils est oient
rogues ,et marchoient arrogammen L
et de belle grâce. &gt;&gt;
Cette cc gaillarde et gentille armée 1&gt;, ainsi qu'il l'appelle, était
une Lroupe de bourreaux, envoyés
pour exécuter une nation condamnée à mort. L'histoire en a retrouvé
l'arrêt, froidement écrit et signé
d'avance, de la propre main de
Philippe IL « Vous assurerez Sa
Sainteté, - écrit-il à l'ambassadeur d'Espagne près la cour de
Rome, - que je Lâcherai d'arranger les choses. de la relig'ion aux
Pays-Bas, si c'est possible, sans
recourir à la force, parce que ce
moyen entrainera la totale destruction du pays; mais que je suis
déterminé à l'employer cependant,
si je ne puis, d'une autre manière,
régler tout comme je le désire;
el, en ce cas, je veux être moimême l'exécuteur de mes intentions, sans que ni le péril que je
puis courir, ni la ruine de ces
provinces, ni cel!e des autres
Étals qui me restent, puissent
m'empêcher d'accomplir ce qu'un
prince chrétien et craignant Dieu
est tenu de faire pour son saint
service et le maintien de la foi
catholique. 1&gt;
Jamais programme ne fut mieux tenu; un
demi-siècle d'extermination devait le remplir.
Ce n'est pas qu'avant le duc d'Albe la liberté
religieuse eût été, un instant, tolérée dans les

ma charge qu'à la tète d'une troupe bien
armée, et encore alors au péril de ma vie'? »
cc Ah! Verge-Rouge, - répondit en riant
Titelman, - vous n'avez affaire qu'à de mauvais drôles; moi, je n'ai rien à craindre,
parce que je n'arrête que des gens d'innocence et de vertu qui ne font aucune résistance, el se laissent prendre comme des
agneaux. n - &lt;&lt; Fort bien, - dit le pré,,ôt;
- mais, si vous arrêtez tous les bons et moi
tous les méchants, je ne sais pas trop qui,
dans le monde, pourra échapper au chàliment ! &gt;&gt;
Ces violences semblèrent clémentes , cel
àge de fer parut d'or, lorsque le duc d'Albe
arriva, en tète de ses hordes. Après Philippe Il, l'histoire moderne n'a pas de person11:ige plus siui,tre; il est même
difficile de les di viser. A eux deux
ils ont l'air de ne former qu'un
seul être, comme ces idoles indiennes à double tête, à membres
multiples, qui personnifient les
Génies du mal. Le duc d'Alhe
était le bras tragique, violent,
agité, du Tibère bureaucrate qui,
cloué sur son fauteuil, griffonnait
des papiers funèbres, dans sa cellule de l'Escurial. Il reversait, en
torrents de sang, les flots d'encre
dont le scribe couronné couvrait ses
dépêches. Blanchi sous le harnois,
il s'était rompu, par l'exercice constant de la guerre, au mépris de la
vie humaine. Sa dureté naturelle
avait la noirceur particulière au
fanatisme. Il semblait né, comme
les bêtes de proie, pour les ruses
et la destruction. Nos idées et nos
sentiments modernes nous rendent,
aujourd'hui, presque inintelligibles
les caractères des hommes de cette
trempe. Nous ne pomons guère
plus pénétrer leur sombre étroitesse que porter les raides armures sous lesquelles ils passaien L
leur vie.
Tout le temps que le duc d'Albe
resta dans les Pa1s-Bas, la fureur
fhc hé fiiraudon
fut, en quelque sorte, son état norDi;c o' ALl!E.
mal. Lui-même l'avouait, en lisant,
TaNeau d'A~TONIO JIIORO- (.\fusée de Bruxelles. )
avant son départ, avec Philippe Il,
les requêtes qu'adressaient à Madrid les Nobles des Flandres : (C Je
un jour, en le rencontrant sur une route, le contiens mes pensées; car telle est ma colèprévôt séculier, surnommé par le peuple re, qu'on pourrait l'appeler frénésie. 1&gt; Mais,
Yerge-Rouge, - comment osez-vous vous par une aggravation effra1ante, celte frénésie
aventurer, à courir ainsi seul. arrêtant par- était froide et fixe, sans intermittence d'exaltout les gens, tandis que moi, je n'ose exercer tation ou de calme. Aucun dégel d'attendris-

Pays-Das. Les impitoyables édits de CharlesQuint y sévissaient contre l'hérésie, et la régcn te, Marguerite de Parme, les appliquait
dans toute leur rigueur. L'inquisition locale
rivalisait avec le Saint-Office espagnol. Les
Flandres avaient leur Torquemada en Pierre
'l'itelman, sorte de bourreau de kermesse,
jol'ial et féroce, qui allumait les bûchers
comme des feux de joie. Les chroniques du.
t,'mps idéalisent sa cruauté fantastique. Elles
Je transforment en farfadet grotesque, mais
terriblr, galopant, à travers champs, nuit et
jour, sur un cheval d'Apocalypse, cassant la
tête aux paysans avec une massue, étranglant
d'une main, torturant de l'autre, venant luimême Lirt'r de leurs lits les suspects, pour
le$ jeter au bûcher. cc Comment, - lui dit

�fflSTO'ft1.ll

----------------------------------------J

sement ne pouvait entamer sa glace. Son enthousiasme homicide semblait mü par un
mécanisme. La hache n'hésita jamais dans
sa main. Imperméable au doute autant qu'au
remords, il y avait de l'automate dans ce
massacreur. -~lonté pour la vie aux œunes
du meurtre, poussé par des principes durs
comme des rouages, .il aurait tué indéfiniment.
Les martyrologes de Dioclétien et de Decius
pâlissent auprès dn sien, dans les Flandres.
Qu'est-ce encore que le tribunal révolutionnaire de Fouquier-Tinville comparé au Conseil de Sang, institué par lui à Bruxelles? Cc
n'étaient pas des individus, c'étaient des
multitudes que condamnaient ses horribl~s
juges. L'un d'eux, Juan de Vargas, poussait
l'amour de la mort jusqu'à l'hystérie. li ne
manquait pas un seul des supplices qu'il avait
rntés, riant à la face grillée des vir.times qui
se débattaient, au milieu des flammes. Un
jour, une cause ayant été appelée, on découvrit, à l'examen des pièces, que l'accusé avait
été exécuté la vc!ille et que, comme d'ordinaire, il n'avait commis aucun crime. « Qu'importe! - s'écria Vargas joyeusement, - s'il
est mort innocent, tant mieux pour lui, lorsqu'il sera jugé dans l'autre monde. ,,
Ce monstre aurait pu rendre ses arrêts
coiffé d'un bonnet d'âne d'éeolier. Ses · barbaries se traduisaient par des barbarismes :
/lerelici fra:renml lempla, boni nihili {ece1·unt contl'&lt;L; ergo cleben/ omnes patibulm·e.
« Les hérétiques ont détruit les temples, les
bons ne les en ont pas empêchés; donc, ils
doivent tous être pendus. » On a retenu de
lui cet axiome, aussi cruel à la grammaire
qu'à l'humanité. füen ne ressemble au latin
de cuisine, comme le latin d'échafaud.
Un autre membre du tribunal, le conseiller
llessels, faisait sa sieste pendant les séances,
et, lorsqu'on le poussait du coude, pour qu'il
donnàl son avis, il s'écriait, tout endormi, en
se frottant les yeux de sa manche : Ad patibulum ! ad patibul wn ! &lt;&lt; Au gibet! au gibet! ,, Cela rappelle les cris furieux et enroués
que poussent les Chats-Fourrés, dont parle
Rabelais, lesr1uPls &lt;&lt; bruslent, cscartèlent, décapitent, meurtrissent, emprisonnent, ruinent
et minent tout, sans discrétion de bien ni de
mal. 1)
Ces valets de hautes œuues n'étaient engagés, d'ailleurs, dans les tragédies judiciaires, qu'en qualité de comparses. Le duc
d'Albe s'était attribué les décisions suprêmes:
il pouvait, à son gré, casser ou aggraver leurs
arrêts. « Deux. raisons, - écrivait-il à Philippe Il, avec un lugubre cynisme - m'ont
déterminé à limiter ainsi le pouvoir de ce tribunal : la première, c'est que, n'en connaissant pas les membres, je pourrais facilement
être trompé par eux.; la seconde que les
hommes de loi ne condamnent que pour
crimes prouvés; or, Votre Majesté sait que
les affaires d'État ont besoin de tout autre
chose que de l'obser1•a1ion des lois. ,,
En quelques mois, la sanglante machine
fit la besogne de plusieurs batailles. C'était
par milliers qu'elle expédiait les sentences de

mort; c'était par troupes qu'elle exécutait ses
victimes. L'échafaud théâtral des comtes
d'Egmont et de Horn ne fut que le prologue
tragique d'une tuerie confuse. Les villes se
dépeuplaient à vue d'œil; les bûchers Oambaient sur toute la surface du pays. Un moment vint où le matériel manqua, pour tant
de supplices. Il fallut recourir aux piliers des
arcades, aux. poteaux des rues, aux montants
&lt;Ïes portP.s dans les maisons. On pendait en
chambre, on étranglait à domicile; les arbres
des vergers craquaient sous les cadavres. Toul
suspect était condamné, et le soupçon frappait, sur un geste ou sur une parole. " Pour
être livré au feu, - disait Guillaume d'Orange
dans une de ses proclamations, - il ne fallait
que regarder une image de travers. ,, Pierre
de Witt, à Amsterdam, fut décapité parce
que, dans un des tumultes de cette ville, il
avait persuadé à un mutin « de ne p:as faire
feu sur un magistral » . Les juges en conclurent qu'il était homme d'autorité parmi
les rebelles.
La proscription, impliquant la cnnfiscation, devint bientùt une spéculation financière. L'Espagne battait monnaie sur les
échafauds; elle détroussait ses victimes, au
coin du bois de ~ibets dont elle avait couvrrt
le pays. Le duc d'Albe se vanlait à Philippe Il
d'a,·oir trouvé, dans cette terre saignante, une
mine du Pérou. Comme au temps de Sylla,
on élait perdu pour un grand domaine ou
nne belle maison. Qui possédait cent mille
florins l"Ourait grand risque d'être attaché à
la queue d"un cheval, el, sans autre procès,
trainé au l,illot. Entre mille, une vieille dame
d'Utrecht, catholiq ue ferventr, eut la tète
lranchée, sous prétexte que, dix-huit mois
auparavant, son gendre avait logé, une nuit,
un prédicant calviniste. En réalilé, elle mourait parce qu'elle élait riche. On fut forcé de
porter, dans un fauteuil, sur l'éclrnfaud celle
octogénaire. « Je comprends bien, - diteUe, - pourquoi ma mort est nécessaire : le
veau est gras, il faut le tuer. » Puis, s'adressant nu bourreau, elle lui dit &lt;1u \·lie espérait
que sa hache était bien affilée. « car il trouverait probablement que son vieux cou élait
fort coriace ».
La torture en tous sens variait les supplices. C'était une faveur rare, pour les condamnés, que d'être élranglés ou décollés
simplement. La plupart étaient écorchés \-irs,
rompus sur la roue, pendus par les pieds,
él'entrés ou brûlés à petit feu, avant de mourir. L'inquisition eut toujours le goût des
jeux de la mort. Sa mécanique de douleur
était raffinée, comme sa scolastique. Le
glaive de la loi, entre les mains de ses juges,
devenait ingénieux et lent, comme le couteau
du dieu païen écorchant Marsyas. Elle fouillait la conscience avec des tenailles; elle arrachait l'aveu avec des ongles de fer. Xul
bruit, d'ailleurs; aucun scandale ne troublait
l'ordre el la marche de ses hécatombes. La
langue des condamnés était passée dans un
anneau de fer, et le bout brûlé al'ec un fer
chaud. Ce bâillon étouffait les cris suprêmes,
les attestations vengeresses. Grâce à lui, !'hé-

rétique, montant au bûcher en silence, semblait converti.
Le rêre atroce de Caligula, que le genre
humain n'eût qu'une tête, qu'il pût trancher
d'un seul coup, fut réali•é par l'inquisition,
dans les Flandres. Le 16 février 1568, une
sentence du Saint-Office, ratifiée par le roi,
condamna tous les habitants des Pays-Bas à
mort, comme hérétiques. Quelques personnes
seules, spécialement nommées, furent exceptées de cette effroyable parodie du .Jugemenf
dernier. Poussés au côté gauche de la vallée
de Josaphat, !rois millions d'hommes, en
trois lignes, étaient jetés dans la gehrnne de~
autodafés ... Ile ad ignem, maledicti!
Celle tuerie d'un peuple en masse semble
une rodomontade espagnole. Comment ne pas
aoire pourtant qu'elle ail été sérieusement
projetée, lorsqu'en dehors des 1igorgemenls
judiciaires, on suit, étape par étape, l'armée
castillane à travers les Flandres? Ici, le fer
rasait jusqu'à la racine : toutes les villes
prises étaient des villes dépeuplées. Massa('re
complet à ~fons; carnage cl pillage à )latines,
où pas un clou ne fut laissé aux murailles, où
des centaines de femm~s furent violées, dans
les cimetières. A Zulphen, les habitants, liés
par couples, dos à dos, et no}'és dans l"Yssel,
quand il n'y eut plus d'arhres, aux environs,
pour les pendre. A Naarden, les citoyens
pourchassés par les rues, à conps de lance,
comme des taureaux dans un cirque: puis le
cannibalisme succédant au meurtre : ·les soldats ouvrant les veines des blessés, el buvant
à même.
Cinq bourreaux, avec leurs aides, travaillent, pendant toute une semaine, à Haarlem:
ils succombent à la lin et jettent le manche
après la bache, comme des bûcherons surmenés. Le point culminant de cet amas
d'horreurs, la plate-forme du gigantesque
holocauste, fut ce sac d'Anvers, si monstrueux
et si furieux entre tous que l'histoire l'appela
longtemps, comme pour le mettre hors
ligne : « la grande Furie espagnole. ,, Qu· on
se figure une l'illc incendiée ou plutôt chauffée, violée femme à femme, torturée, membr('
à membre, pendant trois jours et trois nuits,
par une armée de brigands. lis en rapportèrent vingt millions, extorqués à huit mille
cadavres.
Ce qui rend plus horrible encore la cruauté
de l'Espagne, dans les Pays-Bas, c'est l'hypocrisie dont elle se recouvre. L' Inquisition
avait un sourire officiel, infernalement ironique, figé sur ses lèvres blêmes. Le moine,
penché sur le patient, broyé par l'estrapade
ou arrosé d'huile bouillante, lïnterrogeail
bénignement. Benignilerinterrogatus ... telle
est la formule des procès-rerbaux. Lorsqu'on
le livrait, couvert de la chemise soufrée, au
bourreau attisant les flammes, c'était en le
recommandant « à la douceur du pouvoir séculier ,&gt;.
De même Philippe Il se représente, dans
ses dépêches, comme répugnant au sang, lent
11 la colère. Les décrets de ses bourreaux le
qualifient de c1 Prince très miséricordieux 11.
Vargas lui reprochait même cet excès de mi-

LE DUC D'AI.BE - - ~

séri~orde ; nimia misericol'dia. Une proclamaho~, d un grotesque atroce, publiée après
la prise de Haarlem, 0rrrime J'éoorcrcur
en
• de'bonna1re
. ouvrant ses bras 0aux0 enfants
pere
prodi~es : " Sa ~lajeslé vous promet, encore
une _fois, que, dans l'effusion de sa royale
honte, elle Yous pardonnera êl oubliera vos
fautes, quelque grares qu'elles aient pu P.tre,

•

PIIILll'l'E

II

rigueur, par le fer, la famine et la dévastalio~, ~u'il ne restera ici aucun vrstige de ce
qm existe présentement. Sa .Vajesté msem
et clépeuplem entièrement le pays, qui, de
cette façon, sera à nouveau habité par des
étrangers. »
Au milieu de ces las de morts, sous la
1,luie batfanle de ~ang, déchai'née par lui, Je

ASSISTANT A

V'/

AUTO- D,\·FÉ
•
•

de faire rôtir, à Amsterdam, un prisonnier,
attaché par une chaîne, &lt;levant un brasier, et
de se chauffer tranquillement au îeu de cette
cuisine humaine. Avant de quiller les Flandres, il se vanta, dans un banquet, d'avoir
C'xpédié, par la main du bourreau, plus de
dix-huit mille huit cents hommes, sans
compter la foule innombrable de ceux qui

"'a'lea,,
de D• ,.ALDIVIESO.
1 , ,.

rlkhe Ciiraudnn.

pourvu que 1011s vous repentiez, et que vous ~uc d'Albe reste jusqu'au bout impassible cl
retourniez, en Lemps utile, dans ses bras. imperturbable. C'est du pas de pierre du avaient été tués dans leurs maisons ou sur
Malgré le nombre de l'OS crimes, Sa Majesté Commandeur qu'il poursuit sa voie ~célérate. les champs de bataille.
. Au pays dont il avait fait un sépulcre, il
cherche toujours à mus rassembler sous son De crime en crime, il li11it par atteindre une
legua
une statue funèbre, la sienne. Ce 1-oaile palern~lle, de même qu'une poule qui méc?anceté surhumaine. Après le massacre
losse
de
bronze, érigé dans la citadelle d'Anrappelle ses poussins. 1&gt; Mais, à trois ligne, de ~aarden, il écril-ait à Philippe, avec un
de là_, la poule maternelle reprenait les griffes, sombre plaisir, que pas un fils de mère vers, foulait aux pieds une ficrure à deux
tètes, représentant la Belgique" et la Néerle cri, la férocilé du vautour : 1, Si vous mé- n'était resté vivant. « Si je prends Akmaar
lande.
Pour que l'allégorie fût complète il y
prisez C!'S offres de pardon, nous vous aver- - _lui disait.-il, dans une autre lettre, - j;
au
rail
fallu
ces mains mouvantes, celle bo,uche
tissons qu'i_l ~·y a pas de cruautés auxquelles sms résolu a ne pas laisser une seule créavous_ ne pu1ss_1t z vous attendre, et yous pou- ture en vie; chaque gorge senira de gaine à ou:erte par un ressort et ce brasier intérieur
q_m, prêtant au Moloch puni~ue une horrihle
Hz etre certains que l'on agira al'ec une telle
un couteau. » Cn de ses derniers exploits fut vie, lui faisaient saisir et dévorer &lt;les victimes.

�r-

111ST0~1ll-----------------------·~

Le duc d'Albe était un de l'es hommrs
pour qui les morts ne reviennent pas. S'il
faut en croire Brantôme, les spectres de la
Flandre firent pourtant le ,·oyage d'Espagne,
et vinrent le hanter, dans ses derniers jours.
&lt;&lt; .l'a) ouy raconter, - dil-il, - à un religieux rspaignol, lr~s habil homme, que cc
grand duc, ad,·anl &lt;1ue mourir, il se sentit
atteint, en sa conscience, des cruaulcz qu'il
a,oit faictes ou faict faire en Flandre,, dont

il s'en confessa, et en monstra une grande
contrition et appréhension que son âme en
pastist. Ce qu'estanl rapporté au roy d'Espagne, il luy manda, pour un grand réconfort, que, quant à celles qu'il avait exercées
par l'espée de sa justice, qu'il ne s'en mist
autrement en peine, 1·ar il les prenoit toutes
sur SO) el sur son ;\me; quant aux autres
qu'il a voit faictes par l'espée de guerre, qui•
c'estoit à luy d'y penser l!l d'en respondrc en

son propre nom .... Car il savoit bien que
l'un et l'autre en avoient trop faict el que les
diables leur pouroient jouer une trousse en
cachellc; et, par ainsi se déchargeant l'un
sur l'autre, qui auroit moins de charge se
sauveroit plus aisément d'eux. »
Spectacle tragi-comique : Le \'ieux roi el
son vieux bourreau, avant de plier hagage,
rl'glanl, par doit et avoir, leurs comptes de
cadavres, cl liquidant le sang répandu!
PAUL DE

Mémoires

du général baron de Marbot

SAINT-\'ICTOR.

n'oublia pas jusqu'aux plus petites choses, et gouvernent, et ce sont les hommes sous
sans cesse, pour gagner Mme de )fointenon, les reines. » L'admirable est qu'ils en rirent
et le roi par elle. Sa ,ouplesse à leur rgard tous deux el qu'ils trou\'èrent qu'elle avait
La duchesse de Bourgogne
étai l sans pareille et ne se démen lit jamais raison.
d'un moment. Elle l'accompagnait de toute la
.le n'oserais jamais écrire dans des Mémoires
discrétion que lui donnait la connaissance
sérieux
le trait que je vais rapporter, s'il ne
llégulièremenl laide, les joues pendantes, d'eux, que l'étude et l'expérience lui avaient servait plus qu'aucun à montrer jusqu'i1 quel
le front trop avancé, un nez qui ne disait rien, acquises, pour les degrés d'enjouement ou de point elle était parvenue d'oser tout dire et
de grosses lèvres mordantes, des cheveux et mesure qui étaient à propos. Son plaisir, ses tout faire avec eux. J'ai décrit ailleurs la podes sourcils châtain brun fort bien plantés, agréments, je le répète, sa santé même, tout sition ordinaire où le roi et Mme de Maintedes 1eux les plus parlants el les plus beaux leur fut immolé. Par cette voie elle s'acquit non étaient chez elle. Un soir qu'il ) a l'ait codu monde, peu de deuts et toutes pourries une familiarité a,ec eux, dont aucun des en- médie à Versailles, la princesse, après avoit·
dont elle parlait et se moquait la première, le fant, du roi, non pas même ses bâtards, bien parlé toutes sortes de langages, vit enplus beau teint el la plus belle peau, peu de n'avait pu approcher.
En public, sérieuse, mesurée, respectueuse trer ~anon, cette ancienne femme de chambre
gorge mais admirable, le cou long avec un
de Mme de Maintenon, dont j'ai Mjà fait
soupçon de goitre qui ne lui se)•ail point mal, avec le roi, et en timide bienséance avec mention plusieurs fois, et aussitôt s'alla
un port de tète galant, gracieux, majestueux Mme de Maintenon, - qu'elle n'3ppclait ja- mettre, tout en grand habit comme elle étai!,
et le regard de m~me, le sourire le plus ex- mais que ma tante, pour confondre joliment et parée, le dos à la cheminée, debout, a1rpressif, une taille longue, ronde, menue; aisét', le rang et l'amiti&lt;;, En particulier, causante, puyée sur le petit paravent entre les deux
parfai temenl coupée, une marche de déesse sautante, voltigeante autour d'eux, tantôt tables. Nanon, 'lui arnit une main comme
sur les nuées; elle plaisait au dernier point. perchée sur le bras du fauteuil de l'un ou de dans sa poche, passa derrière elle, et se mit
Les grâces naissaient d'elles-mêmes de tous l'autre, tantôt se jouant sur leurs genoux, rlle comme à genoux. Le roi, qui en était le plus
sf's pas, de tou les ses manières et de ses dis- leur sautai l au cou, les embrassai l, les bai- proche, s'en aperçut et leur demanda ce
cours les plus communs. Un air simple el sait, les caressait, les chiffonnait, leur tirait qu'elles faisaient là. La princesse se mil à
naturel toujours, naïf assez souvent, mais as- le dessous du menton, les tourmentait, fouil- rire, et répondit qu'elle faisait ce qui lui arsaisonné d'esprit, charmait, avec celle aisance lait leurs tables, leurs papiers, leurs lettres, rivait souvent de faire les jours de comédie.
qui était en elle, jusqu'à la communiquer à les décachetait, les lisait quelquefois malgré Le roi insista. «Voulez-vous le savoir, repriteux, selon qu'elle les voyait en humeur d'en
tout cc qui l'approchait.
elle, puisque vous ne l'avez point encore reElle voulait plaire même aux personnes les rire, el parlant quelquefois dessus. Admise à marqué? C'est que je prends un lavement
plus inutiles el les plus médiocres, sans tout, à la réception des courriers qui appor- d'eau. - Comment, s'écria le roi mourant de
qu'elle parût le rechercher, On était tenté de taient les nou\'elles les plus importantes, en- rire, actuellement, là, vous prenez un Ja,ela croire toute el uniquement à celles avec qui trant chez le roi à toute heure, même des ment? - lié vraiment oui, dit-elle. - Et
elle se trouvait. Sa gaieté jeune, vive, active, moments pendant le conseil, utile el fatale comment faites-vous cela'! » Et les voilà tous
animait tout, et sa légèreté de nymphe la aux mini~trcs mêmes, mais toujours portée à quatre à rire de tout leur cœur. Nanou apportait partout comme un tourbillon qui rem- obliger, à scn·ir, à excuser, à bien faire, à portait la seringue toule prête ~ous ses jupe,,
plit plusieurs lieux à la fois, el qui ) donne moins qu'elle ne fùl ,iolemmenl poussée troussai l celles de la prinresse qui les tena il
le mouvement el la vie. Elle ornait tous les contre quelqu'un commerlle fut contre Pont- comme se rhaufTant, et Nanon lui glissait le
spectacles, était l'âme des fètes, des plaisirs, chartrain, qu'elle nommait quelquefois au roi d)slère. Les jupes retombaient, el Nanon
des bals, et )' ravissait par les gràces, la jus- t•ol re vi/aia bol'gne, ou par quelque cause remporta il sa seringue sous les siennes; il n'y
tesse el la perfection de sa danse. Elle aimait majeure, commrclle le fut contre Chamillart. paraissait pas. Ils n'y avaient pas pris garde,
le jeu, s'amusait au petit jeu, car tout l'amu- Si libre qu'entendant un soir le roi el Mme de ou avaient cru que Nanon rajustait quelque
sait; elle préférait le gros, y était nette, Maintenon parler a\'CC aITeclion de la cour chose à l'habillement. La surprise fut e,._exacte, la plus belle joueuse du monde, el en d'Angleterre dans les commencements qu'on trême, et tous deux trouvèrent cela fort plaiun instant faisait le jeu de chacun; également espéra la paix pour la reine Anne: &lt;&lt; Ma tante, sant. Elle disait que cela la rafraîchissait, et
gaie el amusée à faire, les après-dînées, des se mit-elle à dire, il faut convenir qu'en An- empèd1ait que la toufîeur du lieu de la co1rn:lectures sérieuses ; à converser dessus, el à gleterre les reines gou \'ernenl mieux que les die ne lui fit mal à la lt1te. Depuis la découtravailler avec ses dames sérieuses; on appe- rois, el savez-vous bien pourquoi, ma tante~ » verte tlle ne s'en conlraignil pas plus qu'aulait ainsi ses dames du palais les plus àgées. el toujours courant el gambadant, • c·est paravant.
Elle n'épargna rien jusqu'à sa santé, elle que, sous les rois, ce sont les femmes qui
SAI::-:T-SDlO~-

CHAPIT~E XXXll (suite).

en u~ instant noire immense batterie fut en-

lo~rc'.' par une nuée de cavaliers ennemis !
Mais a la voix de l'intrépide général Drouot
le, ur cheI', qm,
· l'épee
• à la main, leur donnait'
1 cxem~le d'une courageuse résistance, les
canonmers franc:ais, saisissant leurs fusils
restèrent inébranlables derrière les a1Tù1s'
d'oü_ ils tiraient à brûle-pourpoint sur les en:
n,em1s. Cependant, le grand nombre de ceuxci au;ait fini pa~ les faire triompher, lorsque,
sur 1 0rd re de I Empereur, toute la cavalerie
~e Séb~stiani' ainsi que toute celle de la garde
impériale, grenadiers à cheval, dragons, chasseurs, ,mameluks, lanciers et gardes d'honne~r, fondant sur les cavaliers ennemis avec
f~r1e, en tuèrent un très grand nombre, dissipèrent le surplus, et s'élançant ensuite sur
les ca~rés de l'infanterie bavaroise, ils les
?nfoncerent, leur, fire?l éprouver des pertes
i"?mcnses,' el I armee bavaroise' mise en
derout~, s enfuit ,·ers le pont de la Kinzig
el la nlle de Hanau.
L~ général de Wrède était fort brave.
aussi, avant de s·a,•oucr vaincu par des force~

' Le 50 octobre, au point du jour' la bataille
s engagea comme une grande partie de cha~sc.
que.Iques coups de mitraille, le feu de nos
t1ra1lleurs d'infanterie et une charoe en fourr~g~ur~ exécutée par la cavalerie" de Sébasllam, dispcrsè~enl la première ligne ennemiL•,
assez maladro1lement postée à l'cxtrème lisière
du bois; mais dès qu'on eut pénétré plus
avant, nos escad_r~?s ne ~'.m,ant agir que
dans les rares clamcres qu ils rencontraient
les mitigeurs s'engagèrent seuls sur les pa~
des Bavarois qu'ils poussèrent d'arhre en
arbre jusqu'au débouché de la forêt. Alors ils
durent s'arrêter en face d'une ligne ennemie
forte de i0,000 hommes, dont le front était
couvert de 80 bouches à feu!
Si !'Empereur eût eu alors auprès de lui
toutes les tro~pcs qu'il ~amenait de Leipzig,
une attaque vigoureuse 1 aurait rendu maitre
du J~onl de Lamboy, et le général de Wrèdc
aurait paié cher sa témérité; mais les corps
des maréchaux_ M~rtier, Marmont, et le gcnéral. Bertrand,_ ams1 que le grand parc d'artille~1c,. reta_rd~s par le passage de plusieurs
defilcs, prmc1palement par celui de Gclnhausen, ~'ét~nt pas encore arrivés, Napoléon ne
pou\'a1l disposer que de f 0, OOOcombaltao 1s !...
Les ennemis auraient dû profiler de ce moment pour fondre vivement sur nous. Ils ne
l'osèrent point, el leur hésitation donna à
l'?rti)lerie de la garde impériale le temps
d arriver.
Dès que_ le brave général Drouot, qui la
comma~da11,. eut quinze pii•ces sur le champ
de bataille, 11 commença à canonner cl sa
lig?e, s'acc.roissanl successivement, fi~it par
prescnter c~nquante bouches à feu, qu'il fit
avancer en llranl, bien que fort peu de troupes
fussent encore derrière lui pour la soutenir.
~lais, à travers l'épaisse fumée &lt;Jue vomissait
c~tte formidable batterie, il n'était pas poss1_~Ie q~~ 1~ ennemis s'aperçussent que les
p1eces n c_la1ent pas appuyées. Enfin, les chasseurs à pied de la ,ieille garde impériale paru~ent. au moment où un coup de Ycnl di~siGi:r,l·RAL LLFEBl'Rl'.-DE~\'OUETT!~,.
pa1t la fumée! ...
D'apris
"" /.11'/eau Ju Mus.!e de l'Armt!e.
.\ la ,•up des bonnets à poil, les fantassins
ba,·a:ois, saisis de terreur, reculèrent épouva~tes. Le général de Wrè&lt;le, voulant à tout moitit; moins considéral,les que les siennes
pri~ ar~èter ce désordre, fit charger sur noire il résolut de tenter un nouvel effort et réu~
arllllerie toute la cavalerie autrichienne ba- niss.anl lo~l ce qui lui restait de tro~p~ disvaroise et russe dont il pouvait dispose~' el pomlilcs, il nous attaqua à l'improvislc. Tout
v1, -

lliSTORIA, -

Fasc. 4:.

à coup, la fusillade se rapprocha de nous, cl
la forêt rl'lcntissait de nouveau du bruit du
canon; les boulets sifnaient dans les arbres,
dont les grosses branches tombaient avec
fracas .... L'œil cherchait en vain /1 percer la
profon~eur de ce bois; à peine pouvait-on
en~revo_1r !a lueur des décharges d'artillerie,
qui br1lla1ent par intervalles dans l'ombre
projetée par le feuillage épais des hêtres immenses sous lesquels nous combattions.
En entendant le bruit occasionné par celte
allaque des Austro-Bavarois, l'Emperrur dirig~ de ce côté les grenadiers à pied de sa
ne11le garde, conduits par le général Friant
cl bientôt ils eurent triomphé de ce dcrnic;
elTort des ennemis, qui se hâtèrent de s'éloigner du champ de bataille pour se rallier
sous la protection de_Ia place de Hanau, qu'ils
a~andonnèrenl aussi pendant la nuit en y
laissant une énorme 11uanlité de blessés. Les
Français occupèrent celle place.
Nous n'étions plus qu'à deux petites lieues
de Franc~ort, ville considérable, ayant un
pont en pierre sur le Mein. Or, comme l'armée française de,·ait longer cette rivière pour
~a~nc~, à Ma)ence, la frontière de France qui
et.ait a une marche de Francfort, Napoléon
~et~cha en avant le corps du géuéral Séhastiam et une division d'infanterie pour aller
occuper_ Francfort, s'emparer de son pont el
1~ détrmre. L'Empereur et le gros de l'armée
b1vouaquèrenl dans la forêt.
La grande route de Hanau à Francfort
longe de très près la rive droite du Mein. Le
q~néral ~Ibert, mon ami, qui commandait
1 10fanler1e dont nous étions accompagnés
était marié depuis quelques années à Ofîen~
bach, charmante petite ville bâtie sur la rive
gau_che,_ pr~cisé"?~nl en face du lieu où, après
avoir laisse demere nous les bois de Hanau
'
nous f1mes
reposer nos chevaux dans l'im-'
mense et belle plaine de Francfort.
En se voyant si près de sa femme et de
ses enfants, le général Albert ne put résister
à l'envie d'avoir de• leurs nouvelles et surtout
de les ras~~rer s~r son co1~pt&lt;', après les
dangers qu 11 ,·ena1t de courir aux batailles
de Leipzig et de Hanau, et pour cela il s'exposa peut-être plus c1u'il ne l'avait été dans
cc~ sanglantes alTaircs, car, s'a,·ançant en
urnfor~1c _el it cheval jusqu'à l'extrêmr rivage
du Mcrn, il héla, malgré nos observations un
ba~?lier d~nt il était connu; mais pendant
qu 1~ causait avec cet homme, un officier bavarois, accourant à la tète d'un piquet de fan3

�1f1ST0-1{1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - tassins, fit apprêter les armes et allait tirer
sur le général français, lorsqu'un groupe
nombreux d'habitants et de bateliers, se plaçant devant les fusils, empêcha les soldats de
faire feu, car Albert était très aimé à Offenbach.
En voyant cette ville où je venais de combattre pour mon pays, j'étais bien loin de
penser qu'elle deviendrait un jour mon asile
contre la proscription du gouvernement de
la France, et que j'y passerais trois ans dans
l'exil!..:
L'Empereur, après avoir quitté la forêt de
Hanau pour se rendre à Francfort, avait à
peine fait deux lieues, lorsqu'il apprit que la
bataille recommençait derrière lui. En elîet,
le général bavarois, qui avait craint, après sa
déconfiture de la veille, d'être talonné à outrance par !'Empereur, s'était rassuré en
voyant l'armée française plus empressée de
gagner le Hhin que de le poursuivre, et, revenant sur ses pas. il attaquait vivement notre arrière-garde. !\lais les corps de Macdonald, ~lnrmont et celui de Bertrand, qui
avaient occupé Hanau pendant la nuit, ayant
laissé les Austro-Bavarois s'engager encore
une fois au delà de la Kinzig, les reçurent à
coups de baïonnette, les culbutèrent et en
firent un très grand massacre!. .. Le général
en chef de Wrède fut grièvement blessé, et
· son gendre, le prince d'Œttingen, fut tué.
Le commandement de l'armée ennemie
échut alors au général autrichien Fresnel,
qui ordonna la retraite, et les Français continuèrent tranquillement leur marche vers le
Hhin. Nous le repassâmes le 2 et le 5 novem
bre 1813, après une campagne cnlremêlée
de victoires éclatantes et de revers désespérants qui, ainsi que je l'ai déjà dit, eurent
pour principale cause l'erreur dans laquelle
tomba Napoléon, lorsqu'au lieu de faire la
paix au mois de juin, après les victoires de
Lut:ten et de Bautzen, il se brouilla avec
l'Autriche, ce qui entraina la Confédération
du Rhin, c'est-à-dire toute l'Allemagne; de
sorte que Napoléon eut bientôt toute l'Europe contre lui!. ..
Après notre rentrée en France, !'Empereur
ne s'arrêta que six jours à l\layence, et se
rendit à Paris, où il s'était fait précéder de
vingt-six drapeaux pris à l'ennemi. L'armée
blâma le prompt départ de Napoléon. On
convenait t1ue de grands intérêts politiques
l'appelaient 11 Paris, mais on pensait qu'il
aurait dù se partager entre sa capitale et le
soin de réorganiser son armée, et aller de
l'une à l'autre pour exciter le zèle de chacun,
car l'expérience avait dû lui apprendre qu'en
son absence rien ou très peu de chose se
faisait.
Les derniers coups de canon que j'entendis
en 1.815 furent tirés à la bataille de Hanau,
comme aussi ce jour-là faillit être le dernier
de ma vie! Mon régiment chargea cinq {ois,
dont deux sur les carrés d'infanterie, une sur
l'artillerie et deux sur les escadrons bavarois.
Mais le plus grand danger que je courus provint de l'explosion d'un caisson chargé d'obus
qui prit feu tout auprès de moi. J'ai dit que,

p~r ordre de !'Empereur, toute la cavalerie
française fit une charge générale dans un
moment très difficile. Or, il ne suffit pas, en
pareil cas, qu'un chef de corps, surtout lorsqu'il est engagé dans une forêt, lance son régiment droit devant lui, comme je l'ai vu
faire à plusieurs; mais il doit, d'un coup
d'œil rapide, examiner le terrain sur lequel
vont arriver ses escadrons, afin d'éviter de les
conduire dans des fondrières marécageuses.
Je marchai donc quelr1ues pas en avant,
suivi de mon étal-major régimentaire, ayant
à côté de moi un trompette qui, d'après mon
ordre, signalait aux divers escadrons les obstacles qu'ils allaient trouver devant leur ligne.
Bien que les arbres fussent largement espacés
entre eux, le passage de la forêt était difficile
pour la cavalerie, parce que le terrain se trouvait jonché de morts, de blessés, de chevaux
tués ou mourants, d'armes, de canons et de
caissons abandonnés par les Bavarois ; et l'on
comprend qu'il est très difficile, en pareil
cas, qu'un colonel allant au grand galop sur
les ennemis au milieu des balles et des boulets, tout en examinant fo terrain que ses
escadrons YOnt traverser, puisse s'occuper de
sa personne! ... Je m'en rapportais donc pour
cela à l'intelligence et à la souplesse de mon
excellent et brave cheval turc Azolan I Mais
le petit groupe qui me suivait de plus près
ayant été infiniment diminué par un coup de
mitraille qui avait blessé plusieurs de mes
ordonnances, je n'avais à mes côtés que le
trompette de service, charmant et bon jeune
homme, lorsque sur toute la ligne du régiment j'entends ces cris: &lt;&lt; Colonel! colonel 1
Prenez garde 1. .. » Et j'aperçois à dix pas de

Je crie au trompette de se baisser, et, me
couchant sur l'encolure de mon cheval, je le
présente devant l'arbre pour le sauter. Azolan s'élance très loin, mais pas assez pour
franchir toutes les branches touffues, au milieu desquelles ses jambes sont empêtrées.
Cependant le caisson flambait déjà, et la poudre allait prendre feu! Je me considérais
comme perdu ... quand mon cheval, comme
s'il eût compris notre danger commun, se
mit à faire des bonds de quatre à cinq pieds
de haut, toujours en s'éloignant du caisson,
et dès qu'il fut en dehors des branchages, il
prit un galop tellement rapide en allongeant
et baissant son corps, qu'il s'en fallait de
bien peu qu'il ne fût réellement ventre à

terre.
Je frissonnai lorsque la détonation se produisit. Il paraît que je me trouvais hors de
la portée des éclats d'obus, car ni moi ni
mon cheval ne fûmes atteints. Mais il n'en
avait pas été de même pour mon jeune trompette; car, le régiment ayant repris sa marche après l'explosion, on aperçut ce malheureux jeune homme mort cl horriblement mutilé par les éclats de projectiles. Son cheval
était aussi broyé en morceaux.
Mon brave Azolan m'avait déjà sauvé à la
Katzbach. Je lui devais donc la vie pour la
seconde fois. Je le caressai, et la pauvre bêle,
comme pour exprimer sa joie, se mit à hennir de sa voix la plus claire. Il est des moments où l'on est porté à croire que certains
animaux ont infiniment plus d'intelligence
qu'on ne le pense généralement.
Je regrettai vivement mon trompette, qui,
tant par son courage que par ses manières,
s'était fait aimer de tout le régiment. Il était
fils d'un professeur du collège de Toulouse,
avait fait ses classes, el trouvait un grand
plaisir à débiter des tirades de latin. Une
heure avant sa mort, ce pauvre garçon ayant
remarqué que presque tous les arbres de la
forêt de Hanau étaient des hêtres, dont les
branches, se projetant au loin, formaient une
espèce de toit, l'occasion lui parut favorable
pour réciter l'églogue de Virgile qui commence par ce vers :
Tityre, tu patulœ 1"ecuba11s sub tegmine (agi ....

AfARliCIIAL MAR)IONT, DUC DE R AGUSE.

D'après le tableau de

PAULIN Gui:RIN.

(Musée de \"e1·sailles.)

moi un caisson de l'artillerie bavaroise qu'un
de nos obus venait d'ennammer !
Un arbre énorme, abattu par quelques
boulets, me barrait le chemin en avant;
passer de ce côté m'eùt pris trop de temps.

ce qui fit beaucoup rire le maréchal Macdonald, qui, passant en ce moment devant nous,
s'écria : « Voilà un petit gaillard dont la mé« moire n'est pas troublée par ce qui l'en&lt;( toure ! C'est bien certainement la première
&lt;( fois qu'on récite des vers de Virgile sous
« le feu du canon ennemi! »
« Celui qui se sert de l'épée périra par
l'épée », disent les Livres saints. Si cette parabole n'est point applicable à tous les mifitaires, elle l'était sous l'Empire à beaucoup
d'entre eux.. Ainsi M. Guindey, qui, en octobre 1806, avait tué au combat de Saalfeld le
prince Louis de Prusse, fut tué lui-même à
la hataille de llaaau. Ce fut sans doute la
crainte d'avoir un pareil sort qui engagea le
général russe Czernicheff à fuir devant le
danger.
Vous devez vous rappeler que, dans les

.,

__________________

...

.Mi.Jlf017fES DU GÉNÉ"J(JtL 'BA~ON DE .MA"JfBOT

premiers mois de f 812, cet officier alors nombreux malades et blessés dans les hôpidu temps pour se remettre. Ils nous laiscolonel aide de camp et favori de l'err:pereur taux de Mayence. Tous les hommes valides
sèrent donc tranquilles tout le mois de noAlexandre, se trouvant à Paris, avait abusé rejoignirent les noyaux de leurs régiments ;
vembre et de décembre, que je passai en
de sa haute position pour séduire deux pauvres employés du ministère de la guerre, qui
furent exécutés pour avoir vendu l'état de
situation des armées françaises, et que le
colonel russe n'évita la juste punition que lui
auraient infligée les tribunaux qu'en s'échappant furtivement de France. Rentré dans son
pays,. M. de Czernichefi', bien qu'il fût plus
courl!san que militaire, y devint officier aé, 1 et commandait à ce titre une division
"
nera
de 5,000 Cosaques, la seule troupe russe qui
parût à la bataille de llanau, où son chef joua
un rôle qui le rendit la fable des .\.utrichiens et des Ba va rois présents à cet engagement.
En effet, Czernichefi', qui, en marchant
contre nous, chantait hautement victoire tant
qu'il crut n'avoir à combattre que des soldats
malades et sans ordre, changea de ton dès
qu'il se vit en présence de braves et vigoureux guerriers revenant de Leipzig. Le général de Wrède eut d'abord toute sorte de peine
à le faire entrer en ligne, et dès que Czernicheff entendit la terrible canonnade de notre
artillerie, il mit ses 5,000 cavaliers au trot
et s'éloigna bravement du champ de bataille,
au milieu des huées des troupes austro-bararoises, indignées de cette honteuse conduite.
Le général de Wrède étant accouru en perLE GÉNÉR AL ÜROt:OT A LA BATAILLE DE II.l"iAU,
sonne lui faire de sanglants reproches, M. de
Czernicheff répondit que les chevaux de ses
régiments avaient besoin de manger, et qu'il puis les divisions et corps d'armée, dont la
grande partie sur les bords du Rhin, dans un
allait les faire rafraichir dans les villa,.es voi- plupart ne se composaient que de très faibles
fantôme de corps d'armée, commandé par le
sins.
"
cadres, furent répartis le long du fleuve. Mon maréchal Macdonald.
Cette excuse fut trouvée si ridicule que, régiment, ainsi que tout ce qui restait du
Je reçus enfin, ainsi que les autres colonels
quelque temps après, les murs de presque corps de cavalerie de Sébastiani, descendit le
de cavalerie, l'ordre de conduire tous mes
toutes les villes d'Allemagne furent couverts Rhin à petites journées ; mais, bien que le
hommes démontés au dépôt de mon réaiment
de caricatures représentant M. de Czernichefl' temps fùt superbe et le paysage charm:mt,
pour tâcher d'y reconstituer de nouve~ux es~
faisant manger à ses chevaux des hottes de chacun était navré de douleur, car on pré- cadrons.
lauriers cueillis dans la forêt de llanau. Les voyait que la France allait perdre ces belles
Le dépôt du 25• de chasseurs étant encore
Allemands, malgré leur negme habituel, sont contrées, et que ses malheurs ne se borneà Mons, en Belgique, je m'y rendis. Ce fut là
quelquefois très caustiques.
raient pas là.
que je vis la fin de l'année 1815, si fertile
En repassant le Rhin, les troupes dont se
Mon régiment passa quelque temps à en grands événements, et pendant laquelle
composaient les débris de l'armée française Clèves, puis quinze jours dans la petite ,'ille
j'avais couru bien des danrrers et supporté
s'attendaient à voir finir leurs misères dès d'Urdingen, et descendit ensuite jusqu'à Ni- bien des fatigues.
"
qu'elles toucheraient le sol de la patrie; mais mègue.
Avant de terminer ce que j'ai à dire sur
elles éprouvèrent une bien grande déception,
Pendant ce triste voyage, nous étions péni- cet~e année, je crois devoir indiquer somcar l'administration et !'Empereur lui-même blement affectés en voyant à la rive oppomairement les derniers événements de la
avaient tellement compté sur des succès et sée les populations allemandes et hollandaises campagne de 1.815.
.
'
s~ peu lré_vu n?tre sortie de l'Allemagne, que arracher de leurs clochers le drapeau franrien n etrut preparé sur notre frontière pour çais pour y replacer celui de leurs anciens
CHAPITRE XXXIII
y recevoir des troupes et les réorganiser. souverains!. . . Malgré ces tristes préoccupaAussi, dès le jour même de notre entrée à tions, tous les colonels tâchaient de réorgaMayence, les soldats et les chevaux auraient niser le peu de troupes qui leur restaient; Derniers évé~cm~nls cl~ 181:i. - Reddition des places. - , 10la_t10n dcloyalc de la capitulation dc
manqué de vivres si l'on ne les eût dispersés mais que pouvions-nous faire sans eflets,
.l.lrcsdc. - Dcsastrcs en Espagne. - Affaire de \ïet logés chez les habitants des bourgs et vil- équipements ni armes de rechange? ...
lor,a. - Joseph regagne la frontièrr. - Jlclraite
de Soult sur Bayonne. - Sud,ct en Calalœnc _
lages voisins. Mais ceux-ci, qui, depuis les
La nécessité de faire vivre l'armée forçait
Situation en Tyrol cl en Italie.
premières guerres de la Révolution, avaient !'Empereur à la tenir disséminée, tandis que
perdu l'habitude de nourrir des soldats, se pour la réorganiser il aurait fallut créer de
Les places fortes d'Allemagne dans lesplaignirent hautement, el il est de fait que grands centres de réunion. Nous étions donc
qu~lles! ~n se ret!rant, l'armée française
celte charge était trop lourde pour les com- dans un cercle vicieux. Cependant les enne- avait la1SSe des garmsons, furent bientôt cermunes.
mis, qui auraient dû passer le Rhin peu de nées et plusieurs même assiégées. Presque
Comme il fallait garder, ou du moins sur- jours après nous pour empêcher notre réor- toutes succombèrent. Quatre seulement teveiller, les divers points de l'immense ligne ganisation, se sent.1ient encore si afl'aiblis par naient encore à la fin de 1815.
que forme le Rliin depuis Bâle jusqu'à la les rudes coups que nous leur avions portés
,. C'éta!L d'abord Hambourg, où commandait
llollande, on établit comme on le put les dans la dernière campagne, qu'il leur fallait
1mlrép1de maréchal Davout, qui sut conser0

•

""' 35 ~

�,

ms T0'1{1.ll
ver celle place importante jusqu'au moment
où, !'Empereur ayant abdiqué, le nouveau
gouvernement rappela la garnison en France;
secondement, Magdebourg, que le général
Le Marois, aide de camp de !'Empereur, sut
aussi conscn-er jusqu'à la fin de la guerre;
troisièmement, Wittemberg, que défendait
avec courage le vieux général Lapoypc, et qui
fut enlevé d'assaut le 12 janvier suivant;

Elle portait que la garnison conserverait
ses armes, qu'elle ne serait pas prisonnière
de guerre et retournerait en France par journées d'étape.
Le mar.écbal aurait voulu que ses troupes
réunies marchassent en corps d'armée et
birouaquassent tous les soirs sur le même
point, ce qui leur eÎlt permis de se défendre
en cas de trahison; mais les généraux enne-

BATAILLE DE IIANAV. -

où elles se trouvaient le jour de la capitulation, c'est-à-dire avec des vivres pour quelques jours seulement, pénurie que les Français avaient cachée aux étrangers tant que
nous occupions la place, et qui, désormais
connue par ceux-ci, rendait leur nouvelle proposition illusoire! ...
Nos troupes furent indignées de cet odieux
manque de foi: mais que pouvaient entre-

Gra~•ure de JIIILET, d'après le dessin de MARTINET,

enfin Erfurt, qui fut obligé de capituler faute mis ayant fait obsener que, par suite de prendre des détachements !solés . de 2 _à
l'épuisement du pays, il ne serait pas possiLle 5000 hommes, que les ennemis avawnt pris
de vivres.
Toutes les autres forteresses que l'Empc- de trouver tous les jours vingt-cinq mille ra- la précaution de faire entourer par des batailreur avait voulu conserver au del:t du Rhin, tions dans la même localité, Je maréchal fran- lons placés d'avance sur les lieux où chaque
et dont les plus importantes étaient Dres~e, çais dut céder devant celle nécessité. Il petile colonne française devait apprendre la
Danzig, Stettin, Zamosk, Torgau et Modlm, consentit donc à ce que son armée fùt rupture de la capitulation de Dresde ? Toute
se trouvaient déjà au pouvoir de l'ennemi. divisée en plusieurs petites colonnes de 2 à résislance devenait impossible; nos gens
L'occupation des deux premières fut un 5000 hommes, qui voyageraient à une et furent donc dans la triste nécessité de mettre
bas les armes !...
déhonneur pour les armées alliées! En ell°P.1, même deux étapes de distance.
Après la trahison commise sur le cha~~p
Pendant
les
premiers
jours,
tout
se
passa
lorsque, a11rès la bataille de Leipzig, Napoléon
se retira vers la France avec les débris de son convenablement ; mais dès que la dernière de bataille de Leipzig, venait la transgression
armée, en laissant à Dresde un corps de colonne française fut sortie de Dresde, après des capitulations, engagements jusque-là sa25 000 hommes, commandé par le maréchal avoir fait la remise des forts et des munitions crés parmi- toutes les nations civilisées. Les
Saint-Cyr, celui-ci essaya de s'ouvrir, les de guerre, les généraux étrangers déclarèrent Allemands n'en ont pas moins chanté victoite,
armes à la main, un passage au traYers des qu'ils n'avaient pas eu le droit de signer la car tout, même l'infamie, leur paraissait
de leur généra- permis pour abattre l'empereur Napoléon.
troupes ennemies qui le bloquaient. Il les capitulation sans l'aorérnent
o
1.
repoussa plusieurs fois, mais enfin, accablé lissirne prince &lt;le SchvarzenLerg, et que ce ut- Tous les souverains alliés ayant adopté ce
par des forces sup~rieu;es et manqua~t de ci la désapprouvant, elle était nulle! .Mais on nouvel et inique droit des gens, inconnu de
vivres, il fut contramt d accepter la capitula- offrait de ramener nos troupes à Dresde, et nos pères, ils le mirent en pratique à l'égard
de les replacer exactement dans la situation de la garnison de Danzig.
tion honorable qui lui était offerte.

________________________

JJfi.M011{'ES DU GÉJV'É'R_.lf,L 1lA~ON D'E JlfA~'BOT ~

Le brave général Rapp, après avoir long- prendre du service dans l'armée anglaise et dement au maréchal Soult. Mais comme il
temps défendu cette place avec la plus grande deviut un des plus grands ennemis de ses voulait absolument faire de son frère Joseph
vigueur, mais n'ayant enfin plus de vivres, compatriotes. Quelque temps après, un un général qui sùt défendre le royaume
consentit à se rendre, à condiLion que la gar- armistice ayant été signé et quelques officiers qu'il lui avait donné, ce fut à ce prince,
nison rentrerait en }?rance. Cependant, mal- américains s'étant avancés entre les deux homme fort estimable, mais anlimilitaire,
gré le traité signé par le prince de Wurtem- camps, plusieurs officiers anglais, au nombre que l'Empereur confia la direction des armées
berg, commandant le corps d'armée qui desquels se trouvait le général Arnold, s'ap- d'Espagnt). Il lui donna, il est vrai, pour
faisait le ,siège, celte condition fut indigne- . prochèrent d'eux, et l'on causa paisiblement. major général et conseil, le maréchal Jourment violée, et les courageux défenseurs de
Cependant le général Arnold, s'apercevant dan; mais celui-ci, vieilli avant l'âge, et qui
Danzig, encore au nombre de 16 000, furent que sa présence déplaisait à ses anciens amis, n'avait pas fait la guerre depuis les premières
envoyés comme prisonniers en Russie, où la leur dit qu'il s'en étonnait, car s'il était actuel- campagnes de la Révolution, était aussi usé
plupart périrent de misère.
lement leur adversaire, ils ne devaient pas au moral qu'au physique el n'inspirait auUn des traits les plus saillants de ce siège oublier les éminents services qu'il avait ren- cune confiance aux troupes. Aussi, malgré
mémorable fut la conduite d'un capitaine dus jadis à l'Amérique, pour laquelle il avait les talenls dont firent preuve Suchet, fieillc,
d'infanterie de la garnison, nommé M. de perdu une jambe. Alors un Américain lui Bonnet, Gazan, Foy, Ilarispe, Dècaen, Clausel
Chambure. Cet officier, rempli de courage et répondit : &lt;( Nous nous en souvenons si bien et autres généraux qui serl'aient sous les
d'intelligence, avait demandé et obtenu l'au- « que, si jamais nous te faisons prisonnier, ordres du roi Joseph, les armées anglo-portorisation de faire une compagnie franche, &lt;( ta jambe de bois sera déposée dans .Je tugaises, commandées par lord Wellington et
choisie parmi les plus intrépides volontaires. &lt;( temple de la Patrie, comme un monument aidées par les guérillas espagnoles, nous
Celle troupe s'était muée aux entreprises les (C destiné à rappeler à nos derniers neveux firent éprouver d'irréparables pertes.
plus téméraires. Elle allait pendant la nuit (( l'héroïque valeur dont tu fis preuve lorsque
Les Français, resserrés sur tous les points,
surprendre les postes des assiégeants, péné- &lt;( tu combattais pour l'indépendance de ta avaient déjà été contraints d'abandonner
trait dans leurs tranchées, dans leurs camps, &lt;( patrie; mais après avoir rendu cet honneur Madrid, les deux Caslilles, et de repasser
détruisait leurs ouvrages sous le feu même « à ta jambe, nous ordonnerions d'accrocher l'Èbre, pour concentrer leurs principales
&lt;le leurs batteries, enclouait leurs pièces et &lt;( le surplus de ton corps à la potence, pour forces autour de la ville de Vitoria, lorsque,
allait au loin dans la campagne, enlever ou &lt;( servir d'exemple à tous les traîtres qui allaqués dans cette position par des masses
piller leurs convois. Chambure, s'étant em- « combattent contre leur patrie! »
trois fois supérieures en nombre, ils perdirent
barqué pendant la nuit avec ses hommes,
Mais reprenons l'examen de la situation des une bataille dont les suites furent d'autant
surprit un cantonnement russe, mit le feu à armées françaises en décembre 1815.
plus désastreuses que le roi Joseph et le
un parc de munitions, détruisit plusieurs
L'Espagne, cause première de toutes les maréchal .Jourdan n'avaient pris aucune prémagasins, tua ou blessa plus de cent cin- catastrophes qui signalèrent la fin du règne caution pour assurer la retraite; aussi futquante hommes, n'en perdit que trois et de Napoléon, avait été dégarnie, dans le cours elle des plus désordonnées. Les équipages du
rentra dans la place, triomphant.
de cette année, d'une grande partie de ses Roi, les parcs d'artillerie, les nombreuses
Peu de temps après, M. de Cbambure se meilleures troupes, que !'Empereur envoya voitures d'une foule d'Espagnols qui, aJant
porte une nuit sur la batterie de brèche, s'en renforcer l'armée d'Allemagne. Cependant pris parti pour Joseph, cherchaient à fuir la
empare, encloue toutes les bouches à feu,
vengeance de leurs compatriotes, les fouret, joignant la raillerie au courage, il dépose
gons du trésor, ceux de l'ad~inistration milidans la gueule d'un mortier une lettre adrestaire, etc., etc., tout cela se trouva bientôt
sée au prince de Wurtemberg et ainsi conçue:
pêle-mêle, au point que les routes en furent
&lt;( Prince, vos bombes m'empêchant de dorencombrées et que les régiments avaient
« mir, je suis venu enclouer vos mortiers ;
grand'peine à se mouvoir an milieu de cette
« ne m'éveillez donc plus, ou je serai forcé
confusion. Cependant, il ne se débandèrent
&lt;( de vous faire de nouvelles visites. » En
pas, et, malgré les vigoureuses attaques des
ell'et, Chambure revint plusieurs fois, réussit
ennemis, le gros de l'armée parvint à gagner
constamment et répandit la terreur parmi les
Salvatierra et la route de Pampelune, par
travailleurs et les canonniers ennemis.
laquelle la retraite fut exécutée.
Horace Vernet a popularisé son nom en le
La bataille de Vitoria fit .honneur aux
représentant au moment où il dépose dans un
talents et à la valeur du général Clausel, qui
mortier la lettre adressée au prince de " 'urrallia l'armée et lui donna une direction. Dans
temberg.
cette malheureuse journée, les Frarn;ais perLes nombreuses défections qui se produidirent 6,000 hommes tués, blessés ou faits
sirent à celte époque me rappellent l'anecprisonniers, et laissèrent au pom·oir des
dote suivante 1 • Parmi les généraux qui seconennemis une grande partie de leur artillerie
dèrent le célèbre Washington, combattant
et presque tous leurs bagages.
pour l'indépendance américaine, le plus brave,
Malgré cet échec, nos troupes, dont le
le plus capable, le plus estimé de l'armée
moral était 'excellent, auraient pu se mainétait le général Arnold. Il perdit une jambe
tenir dans la Navarre, en s'appuyant à la
dans une bataille, et son patriotisme était si
place forte de Pampelune et aux montaanes
grand qu'il n'en continua pas moins à comdes Pyrénées; mais le roi Joseph ordonn~ de
battre les ennemis de son pays; mais enfin,
Cliché Giraudon.
continuer la retraite et de franchir la Bidass'étant brouillé avec Washington au sujet
soa, dont notre arrière-garde, commandée
F ERDINAND VII, ROI D'ESPAGNE.
d'un passe-droit dont il croyait avoir à se
par le général Foy, eut ordre de détruire le
Tableau de GoYA. (Musèe du Prado, .Madrid.)
plaindre, le général Arnold déserta, alla
pont.
Ainsi, dès la fin de juin, nous avions
1. Dans les garnisons de la plupart des places forl'effectif
de
celles
qui
restèrent
dans
la
péninabandonné
l'Espagne sur celle partie de la
tes, ~l notamment dans celle de Danzig, composées
sule Ibérique s'élevait encore à plus de frontière; néanmoins, le maréchal Suchet
de troupes de di ver,;es nationalilés, on cul à regreller
quelques désertions même parmi les ofliciers; ceux-ci
100,000 hommes. Ce nombre, bien qu'in- tenait encore en Aragon, en Catalogne et
trouvèrent tians le camp russe l'at'cucil le plus emsuffisant, aurait cependant contenu les enne- dans le royaume de Valence; mais les résulpressé el nous combattirent cfans la campagne de
France.
mis, si Napoléon en avait laissé le comman- tats de la Lataille de Vitoria furent si mal heu-

�111STOR,.1.JI
reux pour nous que, Wellington ayant pu envoyer des renforts dans le midi de l'Espagne,
Suchet dut évacuer le royaume et la ville de
Valence.
Ceci avait lieu au moment où !'Empereur
était encore triomphant en Allemagne. Dès
qu'il fut informé de la situation des affaires
au delà des Pyrénées, il s'empressa de révoquer les pouvoirs· donnés par lui au roi Joseph
ainsi qu'au maréchal Jourdan, et nomma le
maréchal Soult son lieutenant général auprès
de toutes les arméf:s d' Espagne.
Celui-ci, après avoir réorganisé les divisions, fit de grands efforts pour secourir la
garnison française laissée dans Pampelune;
mais ce fut en vain; cette place fut obligée
de capituler, et le maréchal Soult dut ramener ses troupes sur la .Bidassoa. La forteresse de Saint-Sébastien, gouvernée par le
brave général Rey, se défendit très longtemps; mais enfin elle fut prise d'assaut par
les Anglo-Portugais, qui, oubliant les droits
de l'humanité, pillèrent, violèrent el massacrèrent les malheureux habitants de cette
ville espagnole, bien qu'ils fussent leurs
alliés!
Les officiers anglais ne prirent aucune
mesure pour mettre un terme à ces atrocités, qui durèrent trois fois vingt-quatre
heures, à la honte de Wellington, des généraux de son armée et de la nation anglaise 1. ..
Le maréchal Soult défendit pied à pied la
chaîne des Pyrénées, et battit plusieurs fois
Wellington; mais les forces supérieures dont
celui-ci disposait lui permettant de reprendre
sans cesse l'offensive, il parvint enfin à s'établir en deçà de nos frontières et porta son
quartier général à Saint-Jean-de~Luz, pre:
mière ville de France, que n'avaient pu lui
faire perdre ni les défaites éprouvées par
le roi François Ier, ni les guerres désastreuses
de la fin du règne de Louis XIV.
On ne conçoit pas qu'après la défection des
troupes allemandes à Leipzig, le maréchal
Soult ait cru pouvoir conserver dans l'armée
française des Pyrénées plusieurs milliers de
soldats d'outre-Hhin !. .. Ils passèrent tous à

l'ennemi dans une même nuit, et augmentèrent les forces de Wellington.
Cependant, le maréchal Soult, après avoir
réuni plusieurs divisions sous les remparts de
Bayonne, se reporta contre les Anglo-Portugais.
Il y eut le !) décembre, à Saint-Pierrede-Rube, une bataille qui dura cinq jours
consécutifs, et qui fut une des plus sanglantes
de cette guerre, car elle coûta 16,000 hommes aux ennemis el 10,000 aux Français,
qui revinrent néanmoins prendre leur position autour de Bayonne.
Avant que ces événements se produisissent
vers les Basses-Pyrénées, le maréchal Suchet,
ayant appris en octobre les revers que Napoléon venait d'éprouver en Allemagne, et comprenant qu'il lui serait impossible de se
maintenir dans le midi de l'Espagne, se pré. para à se rapprocher de la France. A cet
effet, il se replia sur Tarragone, dont il fit
sauter les remparts après avoir retiré la garnison, qui vint augmenter son armée, dont
la retraite, bien qu'i!)quiétée par les Espagnols, s'opéra dans le plus grand ordre, el
à la fin de décembre 1815, Suchet et les
troupes sous ses ordres se trouvèrent établis
à Girone.
Pour compléter cet examen de la situation
des armées françaises à la fin de 1815, il est
nécessaire ·de rappeler qu'au printemps de
cette année, !'Empereur, comptant fort peu
sur l'Autriche, avait réuni dans le Tyrol et
dans son royaume d'Italie une nombreuse
armée, dont il avait confié le commandement
à son beau-fils Eugène de Beauharnais, yiceroi de ce pays. Ce prince était bon, fort doux,
très dévoué à !'Empereur; mais quoique
infiniment plus militaire que Joseph, roi
d'Espagne, il s'en fallait cependant de beaucoup qu'il fût capable de conduire une armée.
La tendresse que !'Empereur avait pour Eugène l'abusait sur ce point.
Ce fut le 24 août, jour où devait finir en
Allemagne l'armistice conclu entre Napoléon
et les alliés, que les Autrichiens, jusque-là
restés neutres, se déclarèrent nos ennemis
au delà des Alpes. Les troupes italiennes

combattaient dans nos rangs, mais les Dalmates avaient abandonné notre parti pour ·
prendre celui de l'Autriche. Le prince Eugène
avait sous ses ordres d'excellents lieutenants
parmi lesquels on distinguait : Verdier, Grenier, Gardanne, Gratien, Quesnel, Campo et
l'italien Pino. Les hostilités ne furent jamais
. bien vives, car les chefs des deux armées
avaient compris que ce serait des événements
qui surviendraient en Allemagne que dépendrait le succès de la campagne. JI y eut néanmoins de nombreux combats avec des résultats divers; mais enfin les forces supérieures
des Autrichiens, auxquelles vint bientôt se
joindre un corps anglais débarqué en Toscane,
conlraignirent le vice-roi à ramener l'armée
franco-italienne en deçà de !'Adige.
On apprit au mois de novembre la défection de Murat, roi de Naples. L'Empereur,
auquel il devait tout, ne put d'abord y croire.
Elle n'était cependant que trop réelle! Murat
venait de joindre ses drapeaux à ceux de
l'Autriche, qu'il avait si longtemps combattue, et ses troupes occupaient déjà Bologne. Telle est la versatilité des Italiens, qu'ils
accueillirent partout avec acclamations les
.Austro-Napolitains,' qu'ils détestaient auparavant et haïrent encore davantage peu de
temps après. Au mois de décembre, l'armée
du vice-roi, forte seulement de 45,000 hommes, occupait Vérone et ses environs.
L'empereur Napoléon, voyant toute l"Europe coalisée contre lui, ne put se dissimuler
que la première condition de paix qu'on lui
imposerait serait le rétablissement des Bourbons sur le trône d'Espagne. Il résolut donc
de faire de son propre mouvement ce qu'il
prévoyait devoir être forcé de faire plus tard.
li rendit la liberté au roi Ferdinand YII,
retenu à Valençay, et ordonna à l'armée de
Suchet de se retirer sur les Pyrénées.
Ainsi, à la fin de 1813, nous avions perdu
toute l'Allemagne, toute l'Espagne, la plus
grande partie de l'Italie, et l'armée de Wdlington, qui venait de franchir la Bidassoa et
les Pyrénées occidentales, campait sur le territoire fmnçais, en menaçmt Bayonne, la
Navarre et le Rordclais.

!A s11frre.)

~-- -""'!'+"™
:• 4
~

Vi:E DU CHATEAU DE SAl:-iT-GERMAIN-EN-LAYE, DU CÔTÉ DE LA RIVIÈRE. -

-

~

Dessillé et gravé par

ISRAEL SILVESTRE.

CH. GAILLY DE TAURINES

Une fredaine de BussJ)~Rabutin

Gt:-.éRAL DE MARJ30T.

IX
Mazarins et frondeurs.
&lt;! Mazarin » ou &lt;( frondeur », à Paris, vers
la fin de l'année 1648, il fallait être l'un ou
l'autre, il n'y avait pas de milieu, et l'acharnement des partis était tel que l'union des
familles s'en trouvait quelquefois violemment
rompue; échangés avec aigreur, ces deux
noms divisaient et brouillaient entre eux
pères et enfants, maris et femmes, frères et
sœurs, mais avec cette différence que le premier était une injure dont tout le monde se
füchait, tandis qu'on se glorifiait de l'autre.
Mazarin !... Les juges donnaient permission
d'informer contre quiconque interpellait aussi
grossièrement son prochain et, pour faire
marcher leurs chevaux rétifs ou paresseux,
ÜBUSIER AVEC AFfUT ET AV AH-TRAIN ( I" EMPIRE),

~-..

1
.. ~--:=....

les charretiers n'avaient pas de juron plus
violent que : &lt;! h... de Mazarin! 1&gt;
La fronde, par contre, bénéficiait de toutes
les faveurs de l'opinion. Tout ce qui se trouvait beau, bien, agréable et utile, était dit
&lt;! à la fronde » : on voyait des étoffes à la
fronde, des rubans à la fronde, des épées à la
fronde; rien qui ne fût à la fronde) même le
pain, et, pour désigner un homme de bien,
il n'y avait pas d'expression plus énergique
que celle de &lt;! bon frondeur I n.
Menant IP. mouvement contre le ministre
détesté, le Parlement, - surtout depuis qu'à
la suite des journées des barricades, à la fin
d'août, il avait forcé Mazarin et la reine-mère
à lui rendre le conseiller Broussel, en vain
arrêté sur leurs ordres - le Parlement jouissait d'une immense popularité et était devenu
1. ./lfémoires de Uuy Joly,

une formidable puissance contre laquelle il
n'était pas bon d'avoir à lutter.
Aussi, ayant si gravement offensé une
famille qui tenait, par tant de liens, à ce
corps puissant et uni, Bussy, tont grand seigneur qu'il fût et si dédaigneux qu'il se prétendît des robins, continuait, depuis son
équipée, à ne pas se montrer très fier. Les
nouvelles de sa victime panenaient jusqu'à
lui ; il savait Mme de Miramion hors de danger, la jeunesse et la force ayant triomphé
de la maladie, mais il savait aussi la famille
de la jeune femme décidée à le poursuivre à
outrance en justice et à demander une éclatante réparation de l'injure subie; aussi
n'est-ce pas sans une certaine hésitation que,
la campagne terminée, il avait osé reparaitre
à Paris et s'y logeait, comme de coutume,
au Temple, chez le Grand Prieur, sou oncle.

�'H1STO'l{1.Jl - - - - - - . . . . - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Seule, la présence à Paris du prince de Condé
parvenait à le rassurer : ces gens de robe,
pensait-il, auraient-ils donc l'audace d'entre-

sortis par la porte de la Conférence, à l'entrée
du Cours-la-Ileine, avaient pris la route de
Saint-Germain. Mais, chose plus inquiétante

BARRICADES A LA PORTE SAI:n-ANTOINE, EN AOUT

\

rendre quelque poursuite contre le protégé,
d'un prince du sang, et d'un prince victorieux
couvert de gloire, dont la valeur venait de
sauver l'État?
Couvert de cette toute puissante égide,
Bussy se croyait, pour le moment au moins,
à l'abri de tout danger.
C'est sur celte assurance que, le malin du
(i janvier 1G49, jour des Hois, il s'éveilla
comme de coutume en l'hôtel du Grand
Prieur, au Temple. Depuis plusieurs jours, le
temps était affreux; un dégel subit, survenu
après plusieurs jours de neige, avait transformé Paris en bourbier, et il régnait, depuis
le 2 janvier, &lt;1 un grand patrouillis d'eau et
de crottes fondues par les rues 1 J).
Au premier coup d'œil jeté au dehors,
Bussy s'aperçut qu'il devait y avoir quelque
chose de nouveau dans la ville : une foule
nombreuse emplissait les rues, y circulait
avec animation, gesticulant, criant et courant
avec un tel dédain du mauvais temps et des
éclaboussures qu'il était évident que des
préoccupations de haute importance l'entraînaient dans cet unanime et général mouvement.
S'étant enquis des événements, Bussy apprit
une nouvelle qui lui causa la plus vive émotion : la nuit même, à deux heures du matin,
la reine régente et Mazarin, suivis de toute la
cour, avaient secrètement quitté Paris, el,
1. Journal de Dubuisson-AubeJ1ay, 2 janvier 16{0.
\!. Guy Joly.

1648. -

D'apres une estampe du temps.

encore : le prince de Condé, le seul protecteur
sur lequel pût se reposer Bussy, était parti
en même temps que toute la cour, et, sans
appui désormais, il se trouvait, lui Bussy, à
la merci de ses ennemis dans ce Paris en
fermentation, livré à la seule autorité du
Parlement.
Se vêtir en h;itc et gagner la barrière ne
fut pour lui que l'affaire d'un instant; déjà,
sans ordres, de leur propre mouvement, les
bourgeois ayant occupé les portes Saint-llonoré, de la Conférence et plusieurs autres,
ne laissaient plus sortir personne ; la porte
Saint-Martin heureusement n'était pas encore
gardée; Bussy, sans être inquiété, put se faufiler par là et gagner le faubourg.
Il était Lemps, car à dix heures du matin,
le Parlement, assemblé d'urgence quoique ce
fûtjour de fêle, donna ordre que toutes les
portes de la ville fussent occupées, que des
corps de garde y fussent placés et des chaînes
tendues'.
Sur la roule de Saint-Germain, Bussy se
trouvait heureusement déjà à l'abri des atteintes de ses ennemis.
Entre la fronde et la cour, la rupture était
absolue; de part et d'autre on se préparait à
une Julie ardente : Mazarin à assiéger Paris
avec l'armée royale, et Paris, à créer de ses
propres ressources une armée pour se défendre.
3. Rôle des faxes lev,\es par ordre du Parlement,
Arch. N1••, U 18j, f• 100, public• dans l'êdition du

Le Parlement. toujours en tête du mouvement, se signalait par son zèle : pour subvenir aux frais de la guerre qui commençait,
il avait lromé d'ingénieux moyens; c'était
d'abord une taxe impo~éc, suivant leur fortune, à chacun de ses membres et même à
leurs veuves, taxe dans laquelle la part de
Mme de Miramion et celle de M. Bonneau de
Uubelles son frère, furent fixées à trois mille
livres une fois payées, pour l'armement, et 11
cinq cent livres par mois, pour l'entretien
des troupes et les frais de la campagne•.
On trouva mieux encore, et, jusqu'i1 la
vanité, tout fut mis en œuvre pour se procurer des ressources : &lt;! Jusque-là, raconte
un contemporain, tous les nouveaux conseillers au Parlement de la dernière création,
faite sous le ministère du cardinal de füchelieu, étaient si mal reçus dans la compagnie,
que les présidents ne leur distribuaient jamais
de procès et prenaient à peine leur avis anx
audiences, de sorte que ces charges étaient
dans un étrange rebut et que ceux qui en
étaient pourvus ne trouvaient pas facilement
des acheteurs pour si mauvaise marchandise.
Le sieur Boylesve, chanoine de Notre-Dame,
qui avait une de ces charges, jugeant l'occasion favorable pour les mettre sur un meilleur
pied, proposa que les nouveaux donnassent
chacun quinze mille livres pour les affaires
publiques, outre ce que la compagnie devait
fournir, à condition qu'il n'y aurait plus de
différence entre les -charges anciennes et les
leurs, et qu'on leur distribuerait des procès
comme aux autres. »
&lt;! La proposition fut acceptée et les vingt
nom·eaux conseillers , ayant financé, furent
depuis considérés comme les anciens; on ne
laissa pas pourtant de les appeler les Quinzevingt parce qu'ils étaient vingt qui avaient
donné chacun quinze mille livres'· n
Ainsi, l'argent ne manquait pas au parti
de la fronde; dès que cela se sut, les offres
de service affluèrent et l'on vit quantité de
~rands seigneurs, de princes même, obérés
Ou ambitieux, quiller la cour de Saint-Germain pour venir offrir leur épée au Parlement
qui se créait une armée.
Bien curieuse armée et bien singulièrement recrutée que celle-là Le coadjuteur,
Paul de Gond y, qui, dès le début, avait tourné
vers la fronde, avait à lui seul équipé tout
un régiment; comme il était évêque titulaire
de Corinthe, son régiment prit tout naturellement le nom de régiment de Corinthe, et sa
première sortie, une déroute, bien
entendu, - se dénomma: 11 la première aux
Corinthiens J).
Pour former la cavalerie, on usa d'un
ingénieux moyen : chaque porte cochèrè,
étant supposée donner entrée dans une maison où se . trouvaient des chevaux, eut à
fournir un cavalier; on obtint ainsi une
troupe parfaite et homogène, composée des
plus fripgants courtauds de boutique et des
plus turbulents clercs de procureurs, tous
montés sur les chevaux de camion et de tomJournal de Duhuisson-Aubenay, li, pag('s 317 rl 527.
4. Guy .loly.

UNE 1'1('EDATN'E D'E Bussr-'JtA'BUTTN - - - .

bercau les plus vifs. Le marquis de la Bou- tion signifiée par Mme de Miramion contre
laye, qui avait le commandement en chef de Bussy; en même Lemps, le prince chargeait
celte troupe, fut dénommé : le général des M. de Champlâtreux, fils du premier présiportes cochères 1 •
dent Molé et qu'il avait eu comme intendant
Ainsi, les robins avaient leur armée; appelé de justice dans son armée de Flandre durant
à la combattre à la tête des troupes de la la dernière campagne, d'user de ses relations
cour, Bussy, échappé au danger, se plaisait de famille dans le Parlement pour essayer
aujourd'hui à narguer le Parlement et acca- d'arranger amiablement l'affaire.
blait de railleries ces soldats improvisés.
Mais ces robins étaient vraiment d'une
&lt;c Voulez-vous que je vous parle francheétrange et intraitable obstination. Ne se rement, ma belle cousine (écrivait-il à Mme de fusaient-ils pas même à se mellre en comSévigné, demeurée dans Paris), comme il n'y munication avec M. de Champlâtreux, cet
a point de péril à courre avec vos gens, il n'y ambassadeur de concorde, discutant, ergoa aussi point d'honneur à gagner : ils ne tant, se donnant presque l'outrecuidante aldisputent pas assez la partie; nous n'y avons lure de prétendre traiter avec Condé de puispoint de plaisir. Qu'ils se rendent, ou bien sance à puissance ?
qu'ils se ballent! J&gt;
&lt;! J'envoie à Votre Altesse, écrivait au
Dans une des marches et contre-marches prince un de ses serviteurs, le 26 juin lû49,
de cette drolatique et peu sanglante cam- une copie de la sommation signifiée de la
pagne, un jour, avec sa troupe, Bussy se part de Mme de Miramion à M. le lieutenanttrouve cantonné non loin de Melun, dans le criminel, qui, suivant l'ordre qu'il a reçu de
village de Rubelles. Un fort joli château ne rien faire au procès de M. le comte de
attire son attention.
Bussy, l'a mis ancrer. Sur quoi, cette famille,
&lt;! A qui appartient cette plaisante deprenant le temps de l'absence de Votre Almeure? demande-t-il avec curiosité.
tesse, le presse de juger, sans vouloir, ni par
- A M. Bonneau, conseiller au Parle- elle, ni par ses parents, aller savoir de M. de
ment.»
Champlàtreux les sentiments de Votre Altesse
Bonneau! le frère de Mme de Miramion? sur les propositions dont ils le chargèrent
Quelle admirable occasion de se venger, et pour lui faire; et M. de Chamvlàtreux ne
cela au nom même du service du roi! Le veut pas leur porter, disant que c'est à eux
Parlement ne venait-il pas précisément de de venir le chercher pour savoir la volonté de
rendre un arrêt ordonnant de se saisir de Votre Altesse. Et, sur tout ce démêlé, il pourtous les effets et meubles appartenant au car- rait bien arriver quelque jugement bizarre si
dinal Mazarin ou à ses partisans ; de légi- Votre Altesse n'a la bonté d'arrêter la procétimes représailles n'étaient-elles pas, dans dure par une de ses lettres à M. Bonneau de
l'occurrence, non seulement permises, mais Rubelles, frère de ladite dame, qui lui témoiordonnées, et ne devait-on pas se rendre re- gnera qu'elle s'étonne de ces procédés au
commandable à la cour par le mal que l'on
pouvait causer aux officiers de ce Parlement
révolté?
Mettre le feu dans Rubelles? ... Bussy en
eut un instant la pensée; la générosité - ou
peut-ètre quelque secret calcul - l'emporta
pourtant sur le désir de la vengeance, et,
après réflexion, loin de brûler le château, le
rude capitaine, soudain radouci, le plaça au
contraire sous la protection d'une sauvegarde
qui devait, pendant Loule la durée des hostilités, préserver le domaine et ses habitants
contre toutes les déprédations des gens de
guerre 1 •
En réponse à cette habile générosité, ce
loup subitement devenu agneau espérait bien,
au fond du cœur, obtenir que la famille
Bonneau se désistât de ses poursuites : quels
ne furent donc pas, quelques mois plus tarJ,
son désappointement et son dépit, quand, la
paix ayant été signée à Rueil entre la cour et
le Parlement, Bussy apprit que les procédures reprenaient contre lui de plus belle.
Quel secours invoquer encore en celte passe
MAZARIN.
D'après un émail de PETITOT.
fâcheuse, sinon celui du vainqueur de Lens?
Appelé de nouveau à intervenir, Condé, par
un usage un peu abusif peut-être du prestige préjudice des paroles d'accommodement 5 • »
de son nom et de l'autorité de ses victoires,
Oser résister, non seulement au désir, mais
s'empressa de donner l'ordre au lieutenant- même à l'expresse volonté du vainqueur de
criminel d'avoir à mettre ancl'er la somma- Lens! Quelle orgueilleuse présomption n'avait
·!, Guy Joly.
2, /lfémoÎl'es de

n,my.

::;_. Publié pef .t~r le duc d'Aumale. Tfüt. des
Pnnre,. de (.o,ulé, V, p. 075.

... 41 ....

pas donnée à ces robins Je souvenir de leur
lutte récente contre la cour?
Ce que n'avaient pu faire ni la générosité,
ni la persuasion, ni le prestige princier, ni
l'autorité de la gloire, cc fut enfin la piété
qui l'accomplit : après des procédures, prolongées pendant plusieurs années, et dans
lesquelles Bussy se plaignait plus tard, non
sans amertume, d'avoir dépensé, en frais divers, plus de cinq mille livres, c'est Mme de
Miramion qui, forçant la main à sa famille,
voulut elle-même mettre un terme à la lutte:
&lt;! Au retour de mon cnl~vcment, a-t-elle dit
avec une simplicité touchante dans un récit
de sa vie écrit par elle dans la suite, sur le
conseil de son directeur de conscience; au
relourde mon enlèvement, je fus malade à la
mort, je reçus l'extrême-onction; je poursuivis en justice M. de Bussy durant deux
ans, et puis je lui pardonnai, en vue de
Dieu.• n

X

Les Miramiones.
La vie de Mme de l\liramion fut cc .que
pouvait faire prévoir son enfance si. pieuse,
sa jeunesse si austère, sa fermeté si courageuse en face de l'adversité et de ·1a souffrance : celle d'une sain te.
Dégoûtée pour toujours du mariage après
sa déplorable aventure avec Bussy, elle voulut
consacrer son existence· entière aux bonnes
œuvres et au soulagement des pauvres, Elle
devint, - et c'est là le plus bel éloge qu'on
puisse adresser à cette femme de bien, l'une des plus fidèles et des plus zélées coadjutrices de l'homme de haute vertu et de charité ardente qu'on nommait alors avec respect
M. Vincent, el que nous révérons aujourd'hui
sous le nom de saint Vincent de Paul.
Après avoir élevé avec les plus tendres
soins la fillette qu'à l'âge de seize ans elle
avait eue en devenant veuve, Mme de Miramion, très sagement prudente, avait tenu à
la marier dans son milieu, dans celle aristocratie de robe si étroitement unie, et avait
choisi pour elle M. de Nesmond, conseiller
au Parlement, fils de ce président de Nesmond qui mourut, dit-on, de chagrin d'avoir
contribué à condamner Fouquet.
Le jeune ménage habitait un hôtel, sans
luxe, mais vaste et confortable, situé à l'angle de la rue des Bernardins et du quai de la
Tournelle, où, avec son portail uni et sans
sculptures, sa cour entourée de bâtiments
aux murs nus, on peut· Je voir encore, demeuré absolument intact en la simplicité de
son architecture.
Sa fille établie, Mme de Miramion ne songea plus qu'à s'adonner tout entière aux œuvres de bienfaisance qu'elle avait fondées, au
faubourg Saint-Antoine d'abord, puis qu'elle
transporta ensuite sur le quai de la Tournelle,
dans une maison toute voisine de celle de ses
4. Récit tic la vie de Mme de Miramion, écrit par
elle-même d'après l'ordre de son directeur, M•.Jolly
1677, publié par le comte de llonnrau-Avenanr'.
!,fme de !,/framio11, p. 374.

�111ST0~1.ll-----------------------enfants. C'est cette maison que la reconnaissance populaire appela bientôt cc la maison
des Miramioncs ».
Le principal devoir imposé à la communauté qu'avait réunie là la sainte femme était
d'enseigner gratuitement les jeunes filles pauvres; elle en recevait ainsi pins de trois cents.
Les dames de la communauté devaient aussi
s·appliquer à former des maîtresses d'école
pour la campagne, assister tant au point de
yue corporel qu'au point de vue spirituel
et moral tous les pauvres, particulièrement
les malades et les blessés; visiter tous les
mois ceux de la paroisse, instruire et soigner
les filles et les femmes malades, et faire des
ornements pour les églises peu fortunées.
Chaque jour, les pieuses femmes pansaient
et soignaient plus de cent blessés ou malades,
et préparaient elles-mêmes pour cela toutes
les drogues et tous les onguents. La pharmacie charitable ainsi fondée par Mme de
Miramion n'a pas été détruite : en dispersant
la communauté, la Révolution a du moins
épargné une part de son œuvre, et sous l'autorité de l'administralion de l'Assi~tance publique, c'est la pharmacie centrale des Hôpitaux qui occupe encore aujourd'hui, à côté
de l' &lt;&lt; Hôtel ci-devant de Nesmond ,, , les bâtiments acquis et aménagés pour cet usage,
il y a près de deux cent cinquante ans.
Là, dans une grande salle du rez-dechaussée, on peul voir encore un plafond à
poutres apparentes et peintes, du plus pur
style Louis XIV, sous les couleurs voyantes
duquel a certainement vécu, travaillé et prié,
la pieuse fondatrice de cette maison.
La prodigue charité de Mme de Miramion
ne s'en tenait pas à cette œuvre déjà si complexe; sans cesse elle songeait à l'élargir et à
la compléter. Tout lui devenait prétexte à
bonnes œuvres, et des plus minces incidents
de la vie quotidienne, elle savait f;:iire sortir
quelque enseignement utile ou quelque nouvelle fondation.
« En rentrant un jour chez elle en 1678,
raconte un de ses contemporains, son très
proche parent 1 , elle entendit, sur le port de
la Tournelle, des filles qui parlaient avec fort
peu de modestie et qui jouaient avec des garçons de manière à faire tout craindre. L'idée
du crime prochain et le scandale public la
frappèrent. Elle en fit appeler quelques-unes,
et après en avoir parlé à leurs mères, sans
les gronder, leur demanda ce qu'elles faisaient toute la journée.
« Elle connut par leurs réponses que l'oisiveté et le manque d'éducation les pourraient
jl!te1· dans le désordre. Elle leur proposa de
travailler, d'apprendre des métiers et de gagner leur vie; elles acceptèrent le parti ;
Mme de Miramion fit donc louer une chambre, puis une maison voisine, et y établit des
maîtresses pour les instruire. On leur donne
à diner, et quand elles savent travailler, les
maît1·esses leur payent leur ouvrage à la fin
de la semaine. Les filles des pauvres familles
de la paroisse s'empressent fort d'y entrer.
On les fait prier le soir et le matin, trois fois
1. L'abbé de Choisy.

par semaine on leur fait le catéchisme, et,
tous les jours, une demi-heure de lecture.
Être de la« Chambre de travail 1&gt; (c"est ainsi
que se nomme leur réunion) est devenu, dans
la paroisse, pour une fille pauue, un titre à
l'estime; elles trouvent facilement à s'établir
et à se marier à quelque brave ouvrier, fort
aise d'avoir une femme sage et capable d'élever sa famille. l&gt;
Telles étaient les œuvres qu'avait créées
Mme de Miramion, et qu'avec une persévérante énergie, elle soutenait de tous ses soins
et de toute sa fortune. Un jour, son homme
d'affaires étant venu lui annoncer, tout éperdu
el avec les marques de la plus exlr.ême émotion, qu'elle venait de faire, par suite de
quelque placement de fonds peu prudent,
une perle d'argent considérable:
« Ce n'est pas moi, dit-elle avec un soupir,
qui suis le plus à plaindre ; ce sont les pauvres. l&gt;
En l'année t 682, àgée alors de cinquantetrois ans, mais belle encore d'une beauté
douce et aimable avec sa bouche souriante,
son regard vif, son front haut et large, couronné comme par un diadème d'argent d'un
double bandeau de cheveux blancs dont une
simple coiffe de soie noire faisait encore ressortir l'éclat\ Mme de Miramion, dans sa
maison du quai de la Tournelle, vaquait, un
jour de printemps, aux soins de sa communauté et de ses œuvres charitables, lorsqu'on
viol lui annoncer qu'un visiteur désirait lui
parler.
L'inconnu qui se présenta, un homme
ayant de beaucoup dépassé la soixantaine,

PAUL DE GONDI, CARDINAL DE RETZ.

D'après un tableau ae SÉllASTIEN

BOORDON.

portait sur ses traits fatigués l'empreinte
d'un profond chagrin, d'une de ces blessures
morales qui, bien plus encore que les souffrances physiques, ont le pouvoir, en torturant
le cœur, de déprimer et d'abattre le corps.
2. D'apri:s le portrait de Troy, gravé par Edclinck.
page 45 du présenl fascicule d'ihstoria,.

La physionomie troublée de ce visiteur
imprévu ne disait absolument rien à Mme de
Miramion; elle avait beau fouiller au plus
profond de sa mémoire pour y chercher ses
souvenirs les plus lointains, elle ne parvenait
à reconnaître ni cette démarche, ni œ visage,
ni celte voix.
L'inconnu dut se nommer, et quel ne fut
pas l'étonnement, la stupéfaction même de la
sainte femme en apprenant qu'elle avait devant les yeux son ancien ravisseur, l'homme
de la forêt de Livry et du château de Launay;
c'était Roger de nabutin, comte de Bussy.

XI
La fin des

&lt;!

rabutinades )&gt;.

Bussy! Mme de Miramion ne pouvait revenir de la surprise en laquelle la plongeait
celte apparition soudaine. Bussy! comment
ce visage sillonné de rides profondes, cette
démarche pesante, ces yeux éteints, celte
voix assourdie et qui se faisait obséquieuse,
auraient-ils pu faire reconnaître à la pauvre
femme l'homme que1 trente--quatre ans auparavant, elle avait vu galoper si impérieusement à la portière du carrosse dans lequel il
l'emmenait prisonnière, criant d'une voix à
la fois si autoritaire et si narquoise pour couvrir ses plaintes : « Ne faites pas attention ;
c'est une folle! l&gt; Pouvait-elle davantage reconnaitre, dans le solliciteur déférent qui se
présentait à elle, le grand seigneur dont la
hautaine courtoisie avait, à Launay, salué son
départ de cet adieu où perçait l'ironie :
c1 Croyez bien, madame, que je ne manquerai
point de demeurer toute ma vie votre très
humble et très obéissant serviteur. P
Votre très obéissant serviteur I C'est avec
la plus profonde conviction, le respect le plus
sincère et sans la moindre arrière-pensée ironique, que, dans ce parloir de communauté
religieuse, devant cette femme à cheveux
blancs, le comte de Bussy prononçait à présent ces paroles.
Le pauvre homme! En trente ans, quel
changement, quelle chute, et combien la vie
avait pris soin de venger son ancienne victime! Comme il se faisait humble aujourd'hui devant elle! Une longue suite de déceptions et de regrets, voilà ce qu'avait été
l'existence pour cet homme, triste épave du
destin. La chance lui avait été contraire : en
un tPmps où l'a,·enir d'un homme dépendait
uniquement de la faveur du roi, il avait eu la
maladresse extrême de s'attirer le courroux
de ce tout-puissant maître; son esprit caustique l'avait perdu. Louis XIY n~ pouvait_
souffrir ses saillies, et, de parti pris, chaque
fois qu'une charge fut à donner à la cour ou
un arade dans l'armée, le roi laissa obstinémen1't dans l'oubli le trop spirituel et trop
mordant gentilhomme.
Sous ses yeux convoiteux et désappointés,
Bussy vit ainsi prodiguer à d'autres par le
dédai«neux monarque toutes les faveurs qu'il
croyait dues à ses services_ et à sa _nais.sanée :
le roi distribua des pensions et 11 n en eut
Cllcht Fiorillo.

... 42 ....

L'ARRESTATION DE BROt;SSEL. -

Ta.tleat1 Jt JE.,x-1'.,i;L

L\lRE~s.

�UN'E FT(.'ED.Jt1N'E D'E BussY-'/tABUT1N - - ~

1f1ST0'/{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - point; il fit des chevaliers de rürJre sans
penser à lui; toute la cour fut conviée à des
fètes brillantes cl il n'y figura poinl; il y eut

lni-même, son orgueil, et dans ce qu'il aYait
de plus cher au monde, sa fille.
De tous les enfants qu'il arait eus, soit de

La Ilaslille, bénévole asile des grands seigneurs insoumis, ouvrit aussitôt ses portes à
l'imprudent, coupable d'arnir rimé contre
Marie Maucini' ccl ironique couple!. Dix-sept
années d'un sévère exil loin de la cour suivirent la Ilastille; dix-sept années de regrets
amers et de secrète fureur, durant lesquelles
put longuement rnéJiter sur sa carrière brisée
et sa vie perdue et:lui dont la jeunesse avait
été si Lrillanlc el •1ui, non sans raison, avait
pu se croire appdé, tant par sa l'aleur personnelle que par sa naissance, à occuper un
jour les charg~s et les dignités les plus importantes de Œtat.
Mais tout cela n'était rien encore auprès
des chagrins qui lui étaient ré~ervés, et, au
moment 011, avec une courtoisie devenue si
humble, il se présentait devant Mme de Miramion, un malheur bien plus grand venait de
le frapper dans la partie la plus sensible de

son premier mariage, soi L de celui qu'il avail
contracté avec une femme de haule naissance
mais de peu de bien, après l'enlèvement
manqué de ~lme de Miramion, Bussy chérissait d'une tendresse toute particulière l'une
de ses filles qui ne l'avait jamais quitté, avait
partagé son exil et s'était montrée pour lui
d'un dévouement sans réserve et a~solu.
Longlemp~. pour la garder auprès de lui,
il avait hé,,ité à la marier, et quand il ~·y
résolut enün et l'accorda à un gentilhomme
appartenant à l'une de, premières familles de
Bourgogne, le marquis de Coligny, cet érénemenl fut pour cc père alfoctueux un véritable
déchirement de cœur : « Ma fille, écrivait-il
alors à Mme de Sévigné, la mère si aimante
aussi el si tendre avec laquelle il échangeait
des doléances sur la douleur de se séparer de
ceux qu'on aime; ma Jille a été Loule ma
consolation dans ma disgrâce, et die me Lient
aujourd'hui lieu de fortune. ,J'aime bien mes
autres enfants comme vous aimez fort M. de
Sél'igné, mais assurément nos deux filles soul
hors de pair. 2 ,,
Devenue veuve très peu de lemps après ce
mariage, Mme de Coligny avait repris aussitôt
auprès de son père sa vie d'affection et de
dévouement.
Mais, dans la solitude et l'ennui de ce long
exil, celle femme au cœur lendre, à l'àgc de
quarante ans, s'était laissée prendrt•, pour un
homme plus jeune qu'elle, d'un de ces amours
à la fois passionnés et maternels qui peuvent
porter une femme à tous les sacrifices et à
tous les dévouements, mais l'entrainent aussi
quelquefois à toutes les folies. Quelques-unes

des leltres c!e celle femme aimante 11 celui
qu'elle chérissait de toutes les forces de son
cœur sont d'une tendrrsse si cmeloppantc,
d'une si grande sincérité &lt;le passion qu'elles
tireraient &lt;les larmes aux yeux les plus insensibles: C( Quand je ne vous verrai plus, écrivaitelle 11 son ami après leur premier rendezvous d'amour, quand je ne vous verrai plus,
que deviendrai-je, et si je vous voyais souvent, que ne dirait-on point? Ah! mon cher
enfant, pour tous les maux que tu vas me
coûter, je ne le demande qu'une éternité
d'amour! .. ? ,,
Pour tous les maux que tu ras me coûter! ... Quels cruels pressentiments de l'avenir avait déjà la pauvre femme! L'homme si
passii,nnémenl aimé avait dix ans de moins
qu'elle; ayant fait quelques campagnes comme
officier de cavalerie et fixé, depuis la paix, en
Bourgogne, dans le voisinage de M. de Ilussy,
il se nommait M. de La l\ivière el passait
dans le pays pour bon gentilhomme. Assez
fat de sa personne, sa bonne fortune ne
l'étonna point; il pensait en lui-même qu'il
&lt;( pouvait Lien avoir son prix à quatre-vingts
lieues de Paris• », et, très ingénieusement
pratique, sachant Mme de Coligny extrêmement riche par le bien qu'elle avait recueilli
à la mort de son mari, il comptait bien faire
servir ses amours à l'arancement de sa fortune.
Il obtint d'abord de l'amoureuse faiblesse
de son amie une promesse de mariage qu'il
lui fil écrire et qu'elle ,oulait signer de son
sang; puis l'amena enfin à un mariage clandestin, consacré à huis clos par un prêtre
complaisant. L'ambitieux et habile La l\il'ière
c~pérait bien par là arriver à forcer la volonté du père qui, malgré la disproportion
d'àge et de rang, s'inclinerait peul-ètrc devant le fait accompli et respecterait le sacrement reçu en secret.
Mai~ comment arrircr à faire à ce père
irascible un aussi difficile aveu? D'avance
Mme de Coligny en tremblait de terreur cl
s'y préparait par &lt;les moyens aussi étranges
que Loud1ants: « Je vais faire, écril'ait-ellc à
son ami, une neuvaine de mtsscs aux àmcs
du Purgatoire cl lâcher &lt;le me confesser el
de communier avant que de parler; c'est un
jour de bataille où je ne puis me trouver en
trop bon étal 5... ,,
Pauvre femme! ce n'est qu'avec trop d11
raison qu'elle tremblait; la scène d'explications a, cc son père fo t plus terrible encore
que tout ce qu'elle av~it pu prévoir: &lt;( Enfin,
écrivait-elle, le jour affrcu~ est arril'é et a été
plus rude qu'on ne pouvait se l'imaginer ....
Mon père était dans l'étal d'un homme mort;
les larmes me soul Vèlllll'S aux )eux .... Je lui
ai dit qu'à Bus~y, huit jours avant que lu tn
partisses, j'a,,ais passé un contrat el qu'un
prêtre nous avait mariés ... . Je ne m'allendais pas à toutes les fureurs que j'ai vues, je
te l'avoue. Il a fermé Ioules les portes de cc

_1 .•• On a répété l)iC1! souvent que~ couplet s'adressait~- Mlle ~~ !a Va\hè_re. al. Lu,fo.,e IAlanne, qui a
pubhe des ed1t1ons s, bien documentées des mémoires
et des lettres de Bussy-Rabutin, n montré que c'était
là une erreur, el que, vu les dates, ces vers ne pou-

vaieots'appliquer qu'à Marie Mancini. Il ajoute qu'il est
probable qu'on en lit une nouvelle applil'alion lorsqu'éclatèrent les amours du roi avec Mlle de l.a Vallière.
2. Lettre du 5 _janvie1· 1676.
5. Lettres de Mm•deColigny, publiéespar :U.deBu-

rignv : lterueil de pièces (ugilll'es sui· dit•n-s sujet,.
1 ,cil. in-1\l. Rotlcrdam, IH;;.
,
4. Mémoire d e .li. de l.i Hivii•1·c, dans: 1/ecueil de
vù'cts {ugilwes, etc.
5. J6itl.

VUE EXTÉRIEURE DE L'HÔTEL DU GRAND PRIEUR, AU TDIPLF..

des gournrncments à distribuer et d'autres
en furent pourvus; on créa des ducs sans se
rappeler qu'il n'y al'ait guère en France, à
son avis, de plus ancienne maison que la
sienne.
Tant de déboires exaspérèrent le dépit de
ce dédaigaé; et le dépit lui fit commettre la
suprême imprudence, l'irréparable faute qui
devait, pour loujours, consommer sa perte :
il osa - l'insensé- chansonner le roi même
et railler ses amours!
Que Deodatus est heureux
He baiser ce bec amoureux

Qui d'une oreille i, l';,utre va,
Allcluia !

grand appariement pour crier comme un pos- attendait, le coup qui la frappa venant préci- graver dans le marbre au-dessus de sa porte
sédé. J'ai fait ce qui aurait attendri tont autre sément de celui qu'elle chérissait d'une si ces mots pleins de solennité : (( Hôtel de Ncsque lui .... li est demeuré dans une rage à aveugle tendresse; peu à peu, en effet, ses mond. » Cela fit du bruit; c( on en rit, on
faire peur et il proteste qu'il ne sera jamais ieux s'ouvrirent: derrière les serments men- s'en scandalisa, dit en ses mémoires le causdit que lu sois mon mari et qu'il n'est pas teurs de l'amant, elle découvrit les froids tique et grincheux Saint-Simon, mais l'écripossible de souffrir une affaire comme celle- calculs de l'ambitieux, et l'idole qu'elle ado- teau demeura et est devenu l'exemple et-le
rait areuglément, dépouillée soudain de ses père de tous ceux qui, depuis, ont peu à peu
là contre toute une famille .... »
Bussy en effet n'en 'revenait point d'éton- trompeuses apparences, ne lui apparut plus inondé Paris ».
Le premier moment d'étonnement passé,
nement et de fureur: sa fille, une Rabutin, que dans sa vulgaire el hideuse réalité. Le
épouser un si mince gentilhomme!... Et ce cœur brisé, vaincue par la douleur, elle dut Mme de Miramion songea à répondre à la deLa Rivière après tout était-il même seulement se résigner enfin à s'associer à son père pour ~ande de Bussy. Dans le livre où, chaque
gentilhomme? Informalions prises, Bussy en demander au Parlement de prononcer la nul- Jour, elle prenait soin d'inscrire une pieuse
résolution qu'elle devait s'efforcer de mettre
arriva à une constatation qui centupla sa fu- ' lité de sa triste union.
Les procédures étaient engagées, bientôt la constamment en pratique, la sainte femme
reur : fils d'un anobli, le beau La Ril'ière
cour allait être appelée 1t rendre son arrêt, et avait écrit : « \'oir les personnes qui ont dit
était le petit-fils d'un paysan!
Bâtonner l'insolent, c'est la première pen- voilà cc qui amenait, devant Mme de Mira- ou fait quelque chose contre moi. d'aussi bon
sée qui lui vint, mais ses intentions violentes mion vieillie, Bussy suppliant et devenu hum- œil qu'auparavant; agir avec elles comme si
ayant été ébruitées dans la province, le comte ble par orgueil, car le juge de qui dépendait cela n'était pas arrivé'. »
N'était-ce pas la Providence même qui, en
de Roussillon, lieutenant-général, qui, suivant celte affaire qui lui tenait tant à cœùr, était
les devoirs de sa charge, avait mission d·apai- précisément le gendre de son ancienne vic- faisant franchir à Ilussy le seuil de sa porte,
semblait ainsi venir offrir à Mme de Miramion
ser les querelles dans la noblesse, lui écrivit time, M. de Nesmond.
Conseiller au Parlement au moment de son une merveilleuse occasion d'appliquer, d'une
aussitôt: &lt;( C'est par vos amis, monsieur,
façon éclatante, ces maximes
que je viens d'apprendre que
de charitable abnéo-ation
et
vous avez des démêlés avec
0
d'oubli?
M. de La Rivière; je vous ordonne donc de n'en venir à
Elle n'y manqua point et
Lint à supplier son gendre
aucune l'oie de fait, directed'avoir pour son ancien persément ou indirectement, sur
peine des ordonnances du roi,
c_utcur tous les égards compaet, en mon particulier, je
llbles avec ses devoirs d'intègre
magistrat.
vous en prie .... l&gt;
Ce à quoi Bussy répondit
Derrière Bussy se groupait
aussitôt de bonne plume : « Je
en bloc compact, pour intern'ai de démêlés avec aucun
venir au procès, tout ce qui,
gentilt1omme, monsieur; ainsi
par le sang, tenait aux 11abutin, c'est-à-dire tout ce que la
vous n'avez rien aujourd'hui à
noblesse de France comptait
voir sur mes actions par l'aude noms illustres et la cour
torité de votre charge. Quand
de hauts dignitaires : les ducs
un paysan m'offense,je lui fais
d'Aumont, de Monlmorencydonner des coups de bàton
Luxembourg, de Gesvres, de
cl cela regarde la justice des
Saint-Aignan, de Montausier,
Parlements .... Vous m'ordonles maréchaux d'Humières, de
nez, dites-vous, de n'en venir
Hochechouart, d'Estrées, de
à aucune voie de fait, et moi
Saulx-Tavannes, d'Uarcourt,
je vous ordonne d'apprendre à
etc., etc., tous unis à leur
parler quand vous écrirez à un
parent par une étroite solihomme comme moi. Voilà ce
darité pour conjurer ce qu'ils
que j'ai présentement à vous
considéraient comme un désdire' .... 1&gt;
honneurcommun, elrepousser
Devant ces farouches fuavec mépris uue aussi indi«ne
reurs, ~!me de Coligny de0
mésalliance.
meurait anéantie, mais imperturbablement persévérante
Fort d'un Lei appui, raffermi aussi par la condescendance
dans son amour: &lt;( Je ne crois
du roi, qui, ne voulant pas
pas que l'agonie la plus rude,
écrivait-elle à celui qu'elle
qu'un homme de ce rang pârùt
en justice sous le coup d'une
considérait comme son époux,
disgrâce, avait, pour la preje ne crois pas que l'agonie la
r (' rJJl/n1111i&lt;111~...,
mière fois depuis son exil,
plus rude soit comparable à
!&gt;,·.,./,·, ,, I' 11·1.r /,- 14 ', 1/hr.; tôylf. , (,,,:. dr t11• ,111,
1'état où je suis. Je ne sais
consenti à le laisser paraître à
Versailles, Bussy, en sortant
plus ce que je dis, mon paude chez Mme de Miramion, le
vre enfant, mais je sais bien
11ue jP serai ta martyre s'il le faut être, cl m~riage, M. de NesmonJ était deYenu depuis seuil 11 peine franchi, avait de suite ou11uc je gagnerais le ciel si j'endurais seule- président à mortier; c'est lui qui, le premier blié son hnmililé temporaire el forcée pour
ment pour lui ce que je souffre pour Loi ... 1&gt; parmi les hommes de robe, osa, par une reprendre, suivant sa nature, ses façons de
MarL)re! la pauvre femme le fut, el d'une sorte d'usurpation d'un usage réservé jus- hautain et méprisant orgueil: « Le Parlefaçon bie!l plus cruelle encore qu'elle ne s'y qu'alors aux seuls grands seigneurs, faire ment, osait-il dire, pensera plus d'une fois
Corl'tspo11tla11cc de 8u,sy-llabuli11, puhlièc par
)1. ludovic Lalanne; \"oyez aussi: Lellres de ftl111e de

Sévigné, i•dition llacl1cllc. Collcct. tics grands éer:-

vains, l. \'Il, p. 167.

2. l\ësotutions de Mme de Miramion écrites de sa
main. Voy. Sa vie, par Choisy, livre 1.

�111STO'J{1.Jl
à faire perdre le procès à un homme tel que
moi 1. JJ
Le jugement du Parlement ne fut pourtant
pas conforme à ces impérieux désirs; après
deux ans de procédures et de minutieuses
enquêtes, les juges, considérant qu'en dépit
de l'indignité de celui qui, dans cette union,
n'avait poursuivi qu'un but intéressé, et malgré la clandestinité du sacrement, ce mariage était cependant valable, repoussèrent la
demande en nullité formée par Bussy et déclarèrent Mme de Coligny régulièrement unie
à M. de La Rivière.
Heureusement pour la pauvre femme, chez
laquelle l'amour éteint n'avait laissé pour son
ancien amant que le plus dédaigneux mépris,
ce La Rivière, en qui dominaient bien les sentiments les plus bas d'un rustre, consentit,
moyennant une forte pension viagère, à se
désister du bénéfice de ce jugement et à ne
1. Réponse de M. de La Riviere aux libelles dilîamatoires de M. de Bussy, publiée par M. de Burign y
dans Pièces (119itwes, etc.

forcer celle qui venait d'être proclamée officiellement sa femme, ni à habiter avec lui,
ni à porter son nom.
Mme de Miramion, en sainte femme qu'elle
était, se montra sans doute désolée de n'avoir
pu prouver, d'une façon plus efficace, à son
ancien persécuteur combien la rancune était
un sentiment éloigné de son cœur. Quant 11
M. de Nesmond, qui n'était pas un saint,
mais simplement un honnête homme, peutêtre ne fut-il pas fâché au fond du cœur que
le droit et l'équité lui permissent, tout en
faisant son devoir de magistral intègre, de
donner en même temps une désagréable leçon
à l'un de ces grands seigneurs hautains, si
dédaigneux des gens de robe quand ils n'avaient pas quelque procès en suspens, et qui
lui contestaient d'une façon si railleuse le
droit d'appeler sa maison un hôtel.
Bussy ne survécut guère à cc coup qui

blessait si douloureusement son orgueil. Peu
d'années après ce jugement, il moqrait, non
sans avoir écrit, pour l'édification de ses enfants, un Discours sm· le bon usa,qe des
adversités, dans lequel il prenait soin de les
mettre en garde contre les tristes fautes qui
avaient rendu sa vie si malheureuse. Il s'accusait notamment de sa conduite envers
Mme de Miramion: « Les mauvais succès,
mes enfants, disait-il, suivent d'ordinaire les
desseins violents : celui-ci me coûta quinze
cents pistoles et fit que je manquai de me
trouver à une bataille où J'aurais pu acquérir
de l'honneur. &gt;J
Et, la vieillesse l'ayant tout à fait assagi et
ayant complètement modifié sa manière d'envisager l'existence, il concluait par celle sentence pleine de sagesse: « Enfin, Dieu m'a
fait comprendre ce que dit un père de l'Église:
« Il n'y a rien de plus malhe111·eux que le
2. Discours du comte de Bussy-Ralmlin à ses enfants bonheur des gens qui vivent au gré de leurs
sur le bon usage des adversités et les divers événe- passions 2• 1&gt;
ments de sa vie. Paris, in-12, i69-i.
FIN

qui sans elle se serait allumée au sujet de
l'Escaut. Les dix millions qu'elle engagea le
roi à prêter à la république de Hollande, pour
payer les frais et apaiser l'empereur son frère,
ont donné occa~ion à la plus bête de toutes
les calomnies, qu'elle lui faisait passer des
Piccini, à son arrivée en France, répéta trésors. Nous n'en avions pas besoin; la mailes deux premiers actes de son Roland devant son d'Autriche était mieux dans ses affaires
la reine Marie-Antoinette, où ils réussirent que la maison de Bourbon. Les reproches sur
beaucoup. La reine voulut chanter devant lui, son luxe étaient aussi mal fondés. Il n'y a
lui proposa de l'accompagner au piano, et choi- jamais eu de femme de chambre, de maîsit précisément un morceau d'Alcesle; de fa- tresse de roi, ou de ministre qui n'en eût
çon que la première chose que fit Piccini à davantage. Elle s'occupait si peu de sa toiVersailles fut d'accompagner un air de Gluck. lette, qu'elle se laissa pendant plusieurs
La reine m'a raconté elle-même cet heu- années coiffer on ne peut pas plus mal par un
reux et plaisant mal à propos, dont elle riait nommé Larceneur, qui l'était venu chercher
et rougissait encore. La grâce qu'elle mettait à Viénne, pour ne pas lui faire de la peine.
à réparer ces petits malheurs, qui lui arri- Il est vrai qu'en sortant de ses mains elle
vaient souvent par une sorte d'ingénuité qui mettait les siennes dans ses cheveux, pour
lui allait si bien, peignait la bonté et la sen- s'arranger à l'air de son visage. Quant au
sibilité de la plus belle des âmes, qui ajou- reproche sur son jeu, je ne lui ai jamais vu
taient des charmes à sa figure, sur laquelle perdre plus de deux mille louis, et encore
on voyait se développer, en rougissant, ses était-ce à ees jeux d'étiquette, où elle avait
jolis regrets, ses excuses, el souvent ses peur de gagner à ceux qui étaient obligés de
bienfaits. Combien de fois n'ai-je pas surpris faire sa partie. Souvent, à la vérité, après
tous ces mouvements qui se succédaient les avoir reçu le premier jour du mois cinq cents
uns aux autres, quand, pour me faire rire, louis, qui étaient, à ce que je crois pouvoir
je tendais des pièges à Sa Majesté! J'aurais me rappeler, l'argent de sa poche, elle n'avait
voulu qu'on ne lui en eût jamais tendu plus le sou. Je me souviens d'avoir quêté
d'autres. Encore n'en a-t-on pas abusé, un jour, parmi ses valets de pied et dans son
comme on l'a cru. Cette malheureuse prin- antichambre, vingt-cinq louis qu'elle voulait
cesse n'a que trop prouvé, en courant à la donner à une malheureuse femme qui en
mort, son trop de délicatesse, en n'osant avait besoin. Sa prétendue galanterie ne fut
point prendre sur elle de contredire le roi ni jamais qu'un sentiment profond d'amitié, et
ses ministres. La seule affaire sérieuse dont peul-être distingué pour une ou deux perje l'ai vue occupée a été d'empêcher, comme sonnes, et une coquetterie générale de femme
Française et .\utrichienne à la fois, la guerre et de reine, pour plaire à tout le monde.

Cu. GAILLY DE TAURINES

Dans le temps même où la jeunesse et le
défaut d'expérience pouvaient engager à se
meure trop à son aise vis-à-vis d'elle, il n'y
eut jamais aucun de nous, qui avions le
bonheur de la voir tous les jours, qui osât
en abuser, par la plus petite inconvenance;
elle faisait la reine sans s'en douter, on
l'adorait sans songer à l'aimer.
A l'occasion de ses finances, je me souviens
qu'un jour elle s'amusa beaucoup, lorsque
je me moquais de sa cassette, où je savais
qu'il n'y avait pas un louis, et que j'avais vu
partir de Fontainebleau au grand galop et
entourée de gardes, suivant un usage ridicule de la cciur, celui-là et bien d'autres,
comme de payrr, par cxcmpl&lt;•, soixante mille
francs en ficelle pour empaqueter. On fit .
supprimer pendant plusieurs années les
grands voyages. La reine se moquait ellemême des abus qu'elle n'osait point faire
réformer, et surtout de son poulet, qui coûtait cent louis par an. Je ne sais plus si
c'était la feue reine, ou Anne, ou MarieThérèse d'Autriche, qui en demanda un, un
jour l'après-dîner, pour elle ou pour son
petit chien. Il ne s'en trouva pas, et tous les
ans, depuis ce temps-là, on en fit un établissement à la même heure, ce qui devint
ensuite un profit ou une charge à la cour.
Croirait-on, à propos de cela, que Louis XV,
assassiné le jour des Rois 1757, fut obligé ·
de se passer de bouillon parce qu'il survint
une dispute .entre le département de sa
bouche et celui qui y est le plus opposé,
c'est-à-dire l'apothicairerie? Celui-ci soutenait
que celui-là n'avait rien à faire que lorsque
Sa Majesté jouissait d'une parfaite santé.
PRINCE

DE

LIG;-.;E

Quand on hébergeait l'Empereur
Une des rencontres singulières de l'histoire
est le goût très prononcé que Napoléon éprouva
toujours pour les gars de la Vendée, les
chouans, ceux que les bleus appelaient les
brigands, et que lui, l'empereur, nommait
les géants. Charette était son homme : il
l'estimait comme confrère et ne dédaignait
pas d'étudier sa stratégie, - ce qui, certainement, e1ît beaucoup étonné Charette, soit
dit en passant. Lorsque l'abbé Bernier rappelait à Bonaparte les souvenirs qu'il gardait
de l'insurrection bretonne, il lui semblait
que le ninqueur de Marengo « était jaloux
de ces héros qu'il n'avait pas commandés J&gt;.
Chose plus surprenante, tous ces gars du
Bocage et de Bretagne, qui s'étaient si obstinément battus pour le rétablissement du
trône des Bourbons, avaient un faible pour
l'usurpateur. Outre qu'ils voyaient en lui le
restaurateur de leur religion, ils comprenaient qu'il était en quelque sorte des leurs
et « qu'on se serait entendu &gt;J .
Celte sympathie entre héros d'opinions si
divergentes prêta un caractère très particulier au vopge qu'entreprirent dans les provinces de l'Ouest, en aoùt 1808, Napoléon et
l'impératrice Joséphine. La \'endée reçut
l'empereur &lt;( mieux qu'elle n'aurait reçu
Louis XV[ sortant de sa tombe ,, . Ce voyage,
qui fut conté en grands détails par li. Régis
Brochet, dans la Vendée historique (n'" 179
à 196), abonde en anecdotes précieuses; on
y apprend d'abord que Napoléon voyageait un
peu à sa fantaisie; son horaire était loin d'être
minuté et immuable comme ceux de nos chefs
d'Étatd'aujourd'hui; parfois il se faisait attendre durant un jour, ou bien il ne séjournait que deux heures là où il avait promis
une pleine journée. On y peut aussi constater que tout n'était pas rose dans l'honneur
de recevoir sous son toit le grand empereur;
cette insigne faveur comportait aussi quelques
épines: qu'on en juge.
Le 5 août 1808, M. Laval, maire de Fontenay, avisé d'ailleurs depuis plusieurs semaines du passage probable de Napoléon,
recevait la visite d'un officier de la maison
impériale, venu incognito pour s'enquérir
discrètement du logement qui pourrait abriter Leurs Majestés dans le cas où elles s'arrêteraient dans la ville. Le maire, plein de
déférence, déclara qu'il serait très heureux si
Leurs Majestés voulaient bien prendre gîte
chez lui ; mais le majordome fit la grimace :
« Nous allons voir, ,, dit-il. Et le voilà parcourant la maison, montant de la cave au
grenier, redescendant du grenier à la cave,
auscultant les cloisons, mesurant les gros
murs suspects, plongeant dans les placards,
sondant les armoires et frappant d'une ha-

guette les barriques du cellier, &lt;( afin de
s'assurer qu'elles ne contenaient aucun engin
de destruction JJ . L'inspection terminée, il
prévint M. Laval que Leurs Majestés daigneraient peut-être consentir à lui faire l'honneur d'entrer dans sa maison pour s'y reposer un instant et qu'il l'autorisait à tout disposer pour se mettre en état de les recevoir :
« D'ailleurs, ajouta-t-il, le chef de la police
,·iendra donner des instructions complémentaires. »
Le branle-bas aussitôt commença dans la
maison Laval. Il dura toute la nuit du 5 au 6,
puis toute la journée du lendemain, au
cours de laquelle on vit, en effet, une bande
de muscadins, qui n'étaient autres que des
gens de police, prendre possession de la ville,
dévisageant les passants sous le nez et scrutant de regards soupçonneux les façades de
toutes les maisons. On peut croire que M. Laval et sa femme, et aussi leurs gens ne dormirent pas beaucoup la nuit suivante, car le
7 août, un dimanche, - le grand jour, avant l'aube, M. le maire était sur pied dans
un superbe uniforme flambant neuf : habit à
la française rehaussé de broderies et de parements d'argent. A cinq heures du matin,
il était, ainsi paré, posté à l'entrée de la ville,
sur la route de Niort, à la tête du groupe
des autorités, guettant l'arrivée de la berline
impériale. Il attendit de la sorte jusqu\ft neuf
heures du soir!. .. Il pleuvait à verse. Tandis
que M. le maire gâtait ainsi son bel habit,
~lme Laval perdait la tête à surveiller les
fourneaux, autour desquels s'agitaient les
plus fins cordons bleus du pays; la brave
ménagère avait combiné un festin dont on
disait merveille et qui devait faire sensation.
Enfin, vers dix heures du soir, sous l'ondée, la voiture de l'empereur paraît, traverse le faubourg, entre en ville, s'arrête devant la maison Laval, - qu'on voit encore
en face du théâtre, à l'angle de la rue Barnabé-Brisson. L'empereur descend, s'enferme
aussitôt dans sa chambre. Et le dîner? Il cuit
depuis le matin, mijoté avec quelles angoisses I La table est prête, les vins « chambrés .... ,, Sa Majesté ne dînera pas : ses
fourgons la suivent, apportant tout ce qui
lui est nécessaire, et malgré C( les supplications n de Mme Laval, elle ne veut rien
prendre qui ne sorte de ses cantines. Ce
furent les domestiques qui s'attablèrent et
mangèrent le festin préparé. La bonne Joséphine fut plus avenante, elle s'intéressa à la
fillette de Mme Laval et lui demanda un morceau de piano, tandis que l'empereur recevait - à onze heures et demie du soir - le
conseil municipal et s'informait - ça fait
penser au conte du Petit Poucet - « de la
"' 47 ""

santé, de la force et de la quantité de jeunesse màle de la ville et du pays J&gt;.
Enfin, vers minuit, Napoléon, avant de se
mettre au lit, - un lit solide en noyer magnifique que M. Laval avait fait confectionner
pour la circonstance, et qui était (qui est
encore, car il existe toujours) décoré de
guirlandes de lauriers et orné aux quatre
angles d'aigles emblématiques, - Napoléon
demanda un bain de pieds. - Vite de l'eau
chaude I Pas trop chaude! Et dans qud récipient la présenter? Un bain de pieds rnlgaire
pour un si grand homme! Est-ce possible?
On découvrit une grande terrine de faïence
qu'on jugea plus digne, et on la porta à la
chambre impériale, pleine d'eau claire et
tiède. Au même moment, Duroc entrait chez
l'empereur, chargé d'une dépêche qu'un
courrier venait de remettre, et sur lui, la
porte se referma.
Mais aussitôt on entend un cri de rage,
suivi d'un vacarme tel que toute la maison
en tremble d'effroi. On perçoit, de toutes les
pièces, la voix tonnante de l'empereur; d'un
coup de pied furieux, il a lancé la belle terrine de faïence à l'autre bout &lt;le la chambre,
où elle est retombée brisée, inondant le plancher. Que se passe-t-il? Le bain de pieds est-il
trop chaud? Tous les gens de la suite, médusés, retiennent leur souffle; le ministre Decrès
et un secrét;iire intime se précipitent vers la
chambre impériale; Mlle Laval est prise
d'une attaque de nerfs. 1\1. Laval, soucieux
de ses devoirs d'hôte, ose s'approcher et s'informe : il est saisi à bras-le-corps par un
aide de camp qui le rappelle brutalement au
respect de l'étiquette et l'oblige à faire demi,
tour .... Et l'on attend, anxieux .... Plus rien, le
calme s'est fait. Tout à coup, le bruit court
que l'empereur s'en va. A trois heures et
demie du matin, en effet, il monte en voiture
avec l'impératrice et quitte Fontenay sous
l'averse et les vivats, laissant la maison Laval dans le désarroi et la consternation ljUe
l'on devine. On n'apprit d'ailleurs que plus
tard la cause de la subite et terrible colère
de Napoléon : Duroc lui venait d'apporter
l'annonce de la capitulation de Baylen survenue dix-sept jours auparavant, et qui ne fut
connue à Paris que le 9 août.
Il partit donc en pleine nuit, se diri«eant
vers Montaigu et vers Nantes, n'ayant ri;n vu
des splendeurs dont les habitants de Fontenay comptaient l'éblouir; entre autres, le bel
arc de triomphe haut de douze mètres, dont
l'entablement était décoré d'un groupe allégorique de dimensions colossales, découpé en
partie, et représentant « l'empereur dans un
char antique, traîné par huit chevaux et couronné par le génie de la France, pendant

�fflST0'/{1.ll

-----------------------------------"'

qu'à ses pieds la nymphe symbolique de la
\' codée arrêtait ~es eaux el attendait qu'une
parole du héros lui fil reprendre son cours et
créât à la ville une source de prospéri Lé ». Il
parût sans avoir passé en revue ni même
aperçu le bataillon de bambins qu'on aYait,
pour la circonstance, costumés en mamelucks,

cl qui restèrent blottis, les yeux gros de sommeil, sous les parapluies de leurs mamans.
N'importe, les bourgeois de Fontenay,
bonnes gens pas très difficiles, gardèrent un
si flatteur souYcnir de la visite de J'l'mpereur, qu'ils en voulurent perpétuer la mémoire; ils lui élevèrent sur le Pont-Neuf une

statue que le vent reaver~a, du reste, l'année 5uivanlP, et qu'on négligea de relever ...
le séjour de Napoléon, d'après les comptes de
la municipalité, apnt déjà coûté à la ville
'•· 70:i francs.
Quatre mille sept cent trois francs, pour
un bain de pieds que personne n'avait pris!

FRANTZ FUNCK-BRENTANO

L'Affaire du Collier

T.G.

Les sources.

I

I
I

llt!s grands pro1:ès dont l'histoire a gardé
le souvenir, l'affaire du Collier esl peul-être
celui qui a exercJ l'action la plus profonde
sur les destinées de notre pay~. Les passions
s'en emparèrent. li fut dans les mains des
politiciens un bélier dont ils ébranlèrent la
monarchie. « Le procès du
Collier, dit Mirabeau, a été le
prl'ludc de la füholution 1 • »
~laric-Antoinelle y perdit
joie et repos. &lt;1 A celte époque,
écrit Aime Campan, finirent h•s
jours fortunés de la reine.
Adieu pour jamais aux pais;hles t-t modestes voyages de
Trianon, aux fêtes où brillaient
tout à la fois la magnificence,
l'esprit et le bon goùl de la
cour de France; adieu fUrlout
à celle considération, à cc respect, dont les formes a..:compagmml le trône, mais dont la
réalité scu'e est la base solide. 1&gt;
Goethe se passionna pour
cette intrigue. li tint à se
mettre en rapporl direct a,·ec
Breteuil, qui y avait joué un
rôle important. Il éludia l'affaire dans lts sources mêmes,
dans les pièces de procédure,
cl en décounil les conséquences, de son esprit clairvopnt:
c Ce procès, dit-il, fil une secousse qui ruina les bases de
lttat. Il daruisit la considération que le peuple avait pour
la reine, el, généralement,
pour les classes supérieures,
car - hélas! - chacun des
acteurs ne faisait que dél'oiler la corruption où se dt'battaienl la Cour et les personnes _du plus haut rang. 1&gt; Goethe ajoulc :
1. Opinion rapportec par h, rumlc de la "ar,k.
l:onnponda11ce r11lre Ir comte de .1lir11l1eou el Ir
romlt dt ln Jlarck pe11da11t lu n1111ù1 1ïR9, 1ï90
~/ 1,9~, publiée par )l. de Bacourt. Paris, Hlj 1,
., vol. m-8.
2. Goethe, la Campa911e de France, ë,I. Arlhur
Chuquet, p. ·150.
Gu&lt;"lhc a rmyt'. de reconstituer l'intrigue du Collirr
,lans une roméJic, du Gro1.,-/iophla, oi1 l"on wil
l"npiuion •1n"il !C fai,a1l ,les dillé1·c11b 1wrsonnagcs l'n
111.un. l.,i ,·ar:il'li·rc ,lu cardinal ,Ir 1\1,han 1tl1·1·

LI::

MOIJLLE. -

Tableau de ;\IARCU~RlTE Gi:RARD. ( ,1/uscc impérial de l'Ermllage, s.it11/-Pt!lersbo1irg.)

.... 48 ...

\'!.-

HISTORIA. -

Fa,c. ,:.

les idées, les croyances et les sentiments.
&lt;( La reine, poursuit Goethe, {·troitemenl liée
à celle fatale affaire, y perdit sa dignité, sa
considération; elle y perdit dan, la pensée
populaire cet appui moral qui faisait d"elle
une figure intangible'. " Jugement conlirm~
par le plus éminent des historiens de ~l.irieAntoinette, ~!. Pierre de ;\'olhac : &lt;1 A partir
de l'aff,iire du Collier, la France se hâte vers
la !\évolution. La royauté a perdu son dernil'r
prc~tige, "arie-Antoinelte est,
par a\'ancc, découronnée~. 1&gt;
En raison du retentissement
qu'ils ont eu les faits ont été
déformés par l'esprit de parti,
chacun s'efforçant d'y trouver
des arguments à sa cause; cc
qui n'était d'ailleurs pas difficile tians l'amas de documents,
mémoires et dissertations des
avocats, brochures, libelles,
pampblels, plaquelles au rouleau, gazelles et articles de
journaux, nourclles à la main,
pcti ts vers et brevets à la calolle, sarcelades el pasquinades, reportages, bavardage,,
commérages cl papotages, 011
l'affaire fut noiée dès les prl'miers jours.
La quantité de textes parvenus jusqu"à nous, qui permellent, non seulement de di-nouer le nœud de lïntrigue,
ruais de connaitre la vie des
divers personnages, d'y pénétrer dar s les coins cl recoins,
d'en faire saillir ks menus
détails, esl uaimenl surprenante. Indications qui coulent
de ~ource : 1·e sont les pièrcs
du procès, interrogatoires, récolements, confrontations'; b
c1 résumés » avec notes et appréciations personnelles des ma!:lis Lrats mêlés à lïnstrurtion";
les
plaidoyers,
mieux
encore, le, dossiers des
profonde qui s'était faite insensiblement dans

« L'événement ml! remplit d'épouvante
comme l'aurait fait la tète de la lléduse.
Ces intrigues détruisirent la dignité royale.
Aussi l'histoire du C,Jllicr form1,'-l-elle la
préfaec de la l\él'olution. » ~on qu'dlc en
ait été la cause - l~s causes en histoire sont
toujours d'une imporlancc ,:gale à l'tffd;
mais, par la rnrexcilation qu'il produisit dans
les e,prils, le procè, fut le signal du moul'emenl par lequel fut mise au jour l'altération

Domlurr c,I Inc~ Ires heurcu!'fmenl. Cai:;lio,tro
(der Gran, la romlcsse de la llolle. (die JJa,.quis,),
le comle de la :Uolle tlrr .llarq11is;, )Ille d'Ohn "die
"Sichte,, sont ligur(•,; par leur,; !rails eso;enliels. 'lai•
Goethe a réuni en une seule pcl'sonnc lllle d'Olirn cl
\Ille de la Tour, nièce de )Jme rie la )lotie. t.:n ~rul
per,-onna"e a été inventé pour les brsoins de la pièce.
le dirvaÎier ldel' /li/Ier ); encore ce rôle parait-il
in-piré par le haron de Planta.
~- Pierre de Nolhac, laRrine .l/arie-A11loù1Pl/e,r 7R.
L f.onsrrlt'es an, .frrlzfrernalio11afrs. \', Il U i .

..., 49 ,..

'li. Emile Campardon, qui a pul,fü· l"ouna;:r le plu•
rnlidement documenté dont ces événements aient èli·
l'objet, n'a cru devoir insérer parmi ses pie1·cs juslilicatn·c; que les interrogatoire, des pr111cipaux •ccusé:,
n_églige~nt les témoins _secondaires, dont les dèJ!Oflllons. lncn que de dcu11cme _plan, sont les pl,u~ p_1llorcsqucs. )J. Campardon a cgalemcnt la1.so me,hls
les procès-\'crbau~ des confrontolions où les caractères
apr.arai~,e~t arnc le pl~s de couleur ~, de ,-i'.·acih·.
,,. l/11,/1nl/1i'q11t 11atw1111lc. mss Joly de fleuri,
208~':!0RO.

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Teodor de Wyzewa</name>
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                    <text>fflST0'/{1.ll

-----------------------------------"'

qu'à ses pieds la nymphe symbolique de la
\' codée arrêtait ~es eaux el attendait qu'une
parole du héros lui fil reprendre son cours et
créât à la ville une source de prospéri Lé ». Il
parût sans avoir passé en revue ni même
aperçu le bataillon de bambins qu'on aYait,
pour la circonstance, costumés en mamelucks,

cl qui restèrent blottis, les yeux gros de sommeil, sous les parapluies de leurs mamans.
N'importe, les bourgeois de Fontenay,
bonnes gens pas très difficiles, gardèrent un
si flatteur souYcnir de la visite de J'l'mpereur, qu'ils en voulurent perpétuer la mémoire; ils lui élevèrent sur le Pont-Neuf une

statue que le vent reaver~a, du reste, l'année 5uivanlP, et qu'on négligea de relever ...
le séjour de Napoléon, d'après les comptes de
la municipalité, apnt déjà coûté à la ville
'•· 70:i francs.
Quatre mille sept cent trois francs, pour
un bain de pieds que personne n'avait pris!

FRANTZ FUNCK-BRENTANO

L'Affaire du Collier

T.G.

Les sources.

I

I
I

llt!s grands pro1:ès dont l'histoire a gardé
le souvenir, l'affaire du Collier esl peul-être
celui qui a exercJ l'action la plus profonde
sur les destinées de notre pay~. Les passions
s'en emparèrent. li fut dans les mains des
politiciens un bélier dont ils ébranlèrent la
monarchie. « Le procès du
Collier, dit Mirabeau, a été le
prl'ludc de la füholution 1 • »
~laric-Antoinelle y perdit
joie et repos. &lt;1 A celte époque,
écrit Aime Campan, finirent h•s
jours fortunés de la reine.
Adieu pour jamais aux pais;hles t-t modestes voyages de
Trianon, aux fêtes où brillaient
tout à la fois la magnificence,
l'esprit et le bon goùl de la
cour de France; adieu fUrlout
à celle considération, à cc respect, dont les formes a..:compagmml le trône, mais dont la
réalité scu'e est la base solide. 1&gt;
Goethe se passionna pour
cette intrigue. li tint à se
mettre en rapporl direct a,·ec
Breteuil, qui y avait joué un
rôle important. Il éludia l'affaire dans lts sources mêmes,
dans les pièces de procédure,
cl en décounil les conséquences, de son esprit clairvopnt:
c Ce procès, dit-il, fil une secousse qui ruina les bases de
lttat. Il daruisit la considération que le peuple avait pour
la reine, el, généralement,
pour les classes supérieures,
car - hélas! - chacun des
acteurs ne faisait que dél'oiler la corruption où se dt'battaienl la Cour et les personnes _du plus haut rang. 1&gt; Goethe ajoulc :
1. Opinion rapportec par h, rumlc de la "ar,k.
l:onnponda11ce r11lre Ir comte de .1lir11l1eou el Ir
romlt dt ln Jlarck pe11da11t lu n1111ù1 1ïR9, 1ï90
~/ 1,9~, publiée par )l. de Bacourt. Paris, Hlj 1,
., vol. m-8.
2. Goethe, la Campa911e de France, ë,I. Arlhur
Chuquet, p. ·150.
Gu&lt;"lhc a rmyt'. de reconstituer l'intrigue du Collirr
,lans une roméJic, du Gro1.,-/iophla, oi1 l"on wil
l"npiuion •1n"il !C fai,a1l ,les dillé1·c11b 1wrsonnagcs l'n
111.un. l.,i ,·ar:il'li·rc ,lu cardinal ,Ir 1\1,han 1tl1·1·

LI::

MOIJLLE. -

Tableau de ;\IARCU~RlTE Gi:RARD. ( ,1/uscc impérial de l'Ermllage, s.it11/-Pt!lersbo1irg.)

.... 48 ...

\'!.-

HISTORIA. -

Fa,c. ,:.

les idées, les croyances et les sentiments.
&lt;( La reine, poursuit Goethe, {·troitemenl liée
à celle fatale affaire, y perdit sa dignité, sa
considération; elle y perdit dan, la pensée
populaire cet appui moral qui faisait d"elle
une figure intangible'. " Jugement conlirm~
par le plus éminent des historiens de ~l.irieAntoinette, ~!. Pierre de ;\'olhac : &lt;1 A partir
de l'aff,iire du Collier, la France se hâte vers
la !\évolution. La royauté a perdu son dernil'r
prc~tige, "arie-Antoinelte est,
par a\'ancc, découronnée~. 1&gt;
En raison du retentissement
qu'ils ont eu les faits ont été
déformés par l'esprit de parti,
chacun s'efforçant d'y trouver
des arguments à sa cause; cc
qui n'était d'ailleurs pas difficile tians l'amas de documents,
mémoires et dissertations des
avocats, brochures, libelles,
pampblels, plaquelles au rouleau, gazelles et articles de
journaux, nourclles à la main,
pcti ts vers et brevets à la calolle, sarcelades el pasquinades, reportages, bavardage,,
commérages cl papotages, 011
l'affaire fut noiée dès les prl'miers jours.
La quantité de textes parvenus jusqu"à nous, qui permellent, non seulement de di-nouer le nœud de lïntrigue,
ruais de connaitre la vie des
divers personnages, d'y pénétrer dar s les coins cl recoins,
d'en faire saillir ks menus
détails, esl uaimenl surprenante. Indications qui coulent
de ~ource : 1·e sont les pièrcs
du procès, interrogatoires, récolements, confrontations'; b
c1 résumés » avec notes et appréciations personnelles des ma!:lis Lrats mêlés à lïnstrurtion";
les
plaidoyers,
mieux
encore, le, dossiers des
profonde qui s'était faite insensiblement dans

« L'événement ml! remplit d'épouvante
comme l'aurait fait la tète de la lléduse.
Ces intrigues détruisirent la dignité royale.
Aussi l'histoire du C,Jllicr form1,'-l-elle la
préfaec de la l\él'olution. » ~on qu'dlc en
ait été la cause - l~s causes en histoire sont
toujours d'une imporlancc ,:gale à l'tffd;
mais, par la rnrexcilation qu'il produisit dans
les e,prils, le procè, fut le signal du moul'emenl par lequel fut mise au jour l'altération

Domlurr c,I Inc~ Ires heurcu!'fmenl. Cai:;lio,tro
(der Gran, la romlcsse de la llolle. (die JJa,.quis,),
le comle de la :Uolle tlrr .llarq11is;, )Ille d'Ohn "die
"Sichte,, sont ligur(•,; par leur,; !rails eso;enliels. 'lai•
Goethe a réuni en une seule pcl'sonnc lllle d'Olirn cl
\Ille de la Tour, nièce de )Jme rie la )lotie. t.:n ~rul
per,-onna"e a été inventé pour les brsoins de la pièce.
le dirvaÎier ldel' /li/Ier ); encore ce rôle parait-il
in-piré par le haron de Planta.
~- Pierre de Nolhac, laRrine .l/arie-A11loù1Pl/e,r 7R.
L f.onsrrlt'es an, .frrlzfrernalio11afrs. \', Il U i .

..., 49 ,..

'li. Emile Campardon, qui a pul,fü· l"ouna;:r le plu•
rnlidement documenté dont ces événements aient èli·
l'objet, n'a cru devoir insérer parmi ses pie1·cs juslilicatn·c; que les interrogatoire, des pr111cipaux •ccusé:,
n_églige~nt les témoins _secondaires, dont les dèJ!Oflllons. lncn que de dcu11cme _plan, sont les pl,u~ p_1llorcsqucs. )J. Campardon a cgalemcnt la1.so me,hls
les procès-\'crbau~ des confrontolions où les caractères
apr.arai~,e~t arnc le pl~s de couleur ~, de ,-i'.·acih·.
,,. l/11,/1nl/1i'q11t 11atw1111lc. mss Joly de fleuri,
208~':!0RO.

�1flSTO'RJJl ·----------------------------------------dl
avocats; les Jeures el correspondances des acteurs en jeu : billets à l'encre sympathique,
furtivement envoyts par le cardinal de Rohan,
qui esl sous les verrous de la Bastille, à son
défenseur, M· Targct, oil se lisent ses pensées
de derrière la lêlc'; lettres écrites par )!me de
la Molle, réfugiée en Angleterre, à rnn mari
et à sa sœur, où s'éclaire üun plein jour le
fond de son âme 2 ; ce sont les mémoires
rédigés par les accusés, soit au cours du
procès, soit après, où chacun raconte par le
menu et à sa manière cc qu'il sait et ce qu'il
a vu•; ce sont les notes et papiers administratifs concernant la détention des prisonniers à
la Bastille 1 ; puis des rapports dll police; des
inrentaircs et des procès-n•rbaux d'huissiers,
qui dc~sinent de leur Irait net et sec, en
lignes caractéristiques, les meubles et les
costumes : tels les palrons d'un jour.na! de
modes ou les prospectus d'un magasin d'ameublement; les rapports envoyés sur plusieurs
des principaux acteurs de l'intrigue, qui
s'étaient enfuis pour échapper à la rigueur
des lois 5 ; puis les nombreuses relations des
contemporains; car l'événement ayanl frappé
dès l'abord les imaginations, chacun Lint à
noter ce qu'il en entendait, à raconter cc qu'il
savait des personnages, de leurs mœurs, de
leur passé, dti leurs caractères : Beugnot,
Mme Campan, Mme ù'Oberkirch, ~Ime de
Sabran, l'abbé George!, Besenval, le duc de
Lévis, le marquis de Ferrières, Mayer, Manuel
et Charpentier, les notes du libraire Hardy G,
lt&gt; récit demeuré manuscrit du libraire Nicolas
lluault 7 ; les dépêches des ambassadeurs
étrangers près le roi de France à leurs gouvernements respectifs; et tous les journaux,
ceux de Paris, ceux de Londres, les gazelles

MARIAGE DU DAUPHIX ,\l'EC }IARIE-ANTOINETTE

&lt;le Hollande qui insèrent des correspondances
1. Dos~ier Target, conservé à la Bibl. de la Ville de
Paris, documents manuscrits non encore c11talogués.
2. A1-c/1il'es 11atio11ales, F7, 4H'\ B. Papiers du
r~1mité de sùri&gt;tè génfrale.
~- De ces )Iémoires il a été fait divers recueils.
Le plus importnnt, bien qu'il ne soil lui-même pns

de Paris; un nombre infini de pamphlets, les redressaient et regardaient, l'air ahuri. El
nouvelles à la main, le Bachaumont, la Cor- nous allions ainsi de Bar-sur-Aube aux Crotl'esp01ula11ce sec1·èle; et l'iconographie, les tières, 11 Fontette, à Verpillières, 11 Clairvaux,
pinceaux de llmc \ïgée-Le Brun el ceux de à Chàleauvillain. Les bonnes gens comprePujos, le crayon de Cochin, l'ébauchoir de naient nos recherches. L'affaire du Collier, le
Uoudon, le burin de Cathelin, de Janine!, de nom de Mme de la Molle sont demeurés légenDesrais, d'Eisen, de Legrand, de Macret, les daires dans le pays. &lt;t Ah l monsieur, c'était
estampes populaires. Les lieux mêmes qui une coquine! 1&gt; disaient-ils, et, avec empresseservirent de cadre à l'action se retrouvenr, ment, après avoir vidé, de compagnie, sur la
les maisons sont conservées : à Versailles le table de bois brut, les longs verres de vin
château avec le cabind intérieur du roi et la rose, ils nous aidaient dans notre tâche.
galerie des Glaces; le parc avec le bosquet de
Comment remercier ceux qui, de toute
Vénus; la place Dauphine, où se trouvaient part, nous ont tendu la main? M. Alfred
le garni Gobert et l'hôtel de la Belle Image, Bégis, secrétaire de la Société des Amis des
aujourd'hui place Hoche; - à Paris, rue livres, a été pour nous un véritable collaboVieille-du-Temple, l'hôtel du cardinal de rateur. Que de sources nous eussions ignorées
Rohan; rue Saint-Claude, la maison de Ca- sans ses indications &amp;û res, précises! Depuis
gliostro; rue Saint-Gilles, celle de Mme de la des années il réunissait des documents sur
1[olle; rue du Jour, l'ancien hô:cl du Petit l'affaire du Collier, documents recueillis aux
Lambesc, et rue de la Verrerie, l'hôtel de la Archires nationales, aux archives paroissiales
Ville de Reims; les jardin, du Palais-Royal; de Londres, aux archives départementales de
- en Champagne, à Dar-sur-Aube, à Fon- l'Aube, aux archives municipales de Bar-surttlle, à Clairvaux, à Chàteauvillain, non seu- Aube et de Vincennes: et bien des pièces se
lement les lieux, mais les demeures, les trouvent en original dans sa belle collection.
murailles mêmes entre lesquelles se dérou- Notes et pièces originales, M. Bégis a tout
lèrent les éYénements du récit.
mis à notre disposition, ainsi que des séries
Aux beaux jours de l'automne dernier, d'estampes contemporaines. De nombreux
nous allions donc à bicyclette par le paF documents il nous a fourni la copie intégrale,
accidenté. Les routes étaieol blanches sous le faite de sa main. Notre ami Paul Collin,
soleil : aux llancs des coteaux les pampres directeur de la Nollvelle revue rélî'ospPcti1 e,
portaient les raisins mûrs. Dans les champs, nous a prèté une série de brochures et de
où les récoltes étaient faites, les troupeaux de pamphlets, se rapportant au procès du Collier,
moulons confondaient leurs nuances d'un ainsi que notre maitre M. Jacques Flach, problanc qui tire sur l'ocre et le jaune arec les fesseur au Collège dti France, cl notre ohlitons clairs des champs déblavés, jaunis par geant collègue, )[. le comte de la flevelièrc,
le chaume cl les fanes sèclies; mais, de place administrateur de la Société des 8tudes histoen place - c'étaient des rires, - les filles riques.
metlaient encore les récoltes en javelles : au
~r. Pierre de Nolhac, savant et charmant
conservateur du château de Vermilles, historien autorisé de Marie-Antoinelle, a été, lui
aussi, un collaborateur pour nous. Notes en
main, il nous a montré, une à une, les salles
du palais où les scènes les plus importantes •
se sont passées, et, dans le parc, il nous a
permis d'identifier d'urie manière certaine le
bosquet de Vénus, où la gentille baronne
d'Oliva apparut en reine de France au cardinal
·de Rohan prosterné. M. Cbrislian, administrateur de l'imprimerie nationale, ancien hôtd
de Rohan, M. Le Vayer, administrateur de la
Ilibliolhèque de la Ville de Paris, sont priés
de vouloir bien accepter l'hommage de notre
gratitude. Mme la comtesse de Biron a eu la
bonté d'enridiir l'illm tralion de celte étude en
autorisant la reproduction de son célèbre portrait de Marie-Antoinette en « gaulle l&gt; par
Mme Vigée-Le Brun, porlrait dont le costume
fut direclement copié par )!me de la Molle
dans la scène du Bosquet. M. Slorelli, qui a
épousé la pdile-fille de M• Tbilcrier, arncat
de Cagliostro, nous a communiqué ses sou vcD'AUTRICHE. - D'atrès ,me estampe du lemts.
nirs de famille et nous a p••rmis de reproduire
le buste de Cagliostro par Houdon, que l'ilpassage du &lt;t Parisien l&gt; elles s'arrêtaient, se
5. Ai·chives. de.~ Affa'ires é/l'a11gères, Mèm. cl doc.,
1

complet, a él~ formé par Belle d'Etienvillc. sous Il:
titre: Colleclton complète de 1011s les il/émou·es qui
out pm:u da,!s la (ameu.~e (lffaire d1i Collier. Pari~,
1786, 6 l'Ol. m-18.
4. !Jibl. de l'Arsenal, Archives de la Basl illc,
mss 12457,59 et 12517.

France, 1399 et 14UU.
ti. « Mrs loisirs, ou jour,rnl d'événements tris
11u'ils parviennent à ma connai,sance ~, /Ji/,/, 11al ..
mis franç. ü680-85.
Les ~a,sagcs relatifs a l'afüirr rlu Collier sont dans
le ml. li6K&gt;.
7. CullPction Alfrrd Bégis.

'-----------------------------------

L'AFFA1R,E nu CoLUE'Jt. - - ~

lustre alchimiste donna ,jadis à son défenseur,
ainsi qu'une miniature de l'époque représentant Mme de Cagliostro. M. de Bluze, bijoutier, a re ·onstilué aYec infiniment d'art le
collier de la reine d'après les dessins très
précis laissés par les joailliers qui l'avaient
fait. Nous avons ainsi une image rigoureusement exacte de la fameuse et fatale parure.
M. Morton Fullerlon a prêté un exemplaire
manuscrit, avec des variantes, du Mémoil'e
ju.~tificalif de Jeanne de Valois. Enfin M. le
docteur Lebrun, adjoint au maire de Barsur-.\ube, a guidé nos recherches dans les
archives de la ville. Il a fait retrouver: rue
Nationale, la maison qui a appartenu à Mme
de la Motte; rue d'.\.ube, l'hôtel Clausse de Surmont où elle passa les années décisives de sa vie.
Notre reconnaissance, nous la devons aus~i
- nous la témoignons de grand cœur - aux
devanciers : à Edmond et Jules de Goncourt,
écrivains et historiens admirables' ; à notre
érudit confrère, M. Émile Campardon, qui a
écrit l'ouvrage le plus solide et de l'information la plus exacte sur le Collier de la 1'eine ! ;
:t G. Chaix d'Est-Ange, qui mit au service de
celle cause émouvante un talent d'un souflle
élevé et ému 3 et qui rappelle par endroits
celui de son illustre père; à M• Fernand
Lahori, qui défendit la même cause, l'innocence de la reine, avec sa fougue tonitruante
et ses impétueuses convictions 1 ; à M. Desdevises du füzert, auteur cl'un préris succinC'l
el brillant du proct$, dans un si joli tableau,
si bien peint et en traits si justes, de la France
à la veille de la flévolution "; à nos chers
amis. Paul noulloche. substitut près le tribunal de la Seine, l'hisloriographe lrès averti
et judiricux de l'avocat Target O ; et GosselinLenolre, qui a écrit sur Cagliostro et sa
vieille demeure des pages où brillent son
habituelle érudition, sa pensée pittoresque,
son style coloré et vivant;; sans oublier le
curieux roman de M. Philippe Chaperon, la
!,fal'que, qui fait rcviue l'âme de Jeanne de
\'alois dans celle d'une fille de nos jours,
œuvre d'imagination, mais brodée sur une
.\!ARIF.-A:'&lt;'TOINETTE, REINE DE FRANCE, ET .\LIRIE-THÉR~;SE, SA .IIÈRE, BIPÉRATRICE o'AI:TRWJJF:.
trame historique très ferme R. A ceux qui
Estw,pe allel[orique d~ ,~~,f, t11Niee à l'occasion ,te l'a1•ênement de la jeune reine.
nous ont servi de modèles et de guides, à
ceux qui nous ont soutenu de leurs encouragements et qui nous ont aidé, nous serrons
la main. Puisse celle élude, où nous nous cises, à tant d'indications minutieuses, cirIl
sommes rfîorcé de mellre ce que nous pou- constanciées, on peut distinguer clairement
vions avoir en nous de rigueur et de conscience les caractères des personnages. Leurs phyAu seuil de la cathédrale
scientifiques, gardant sous les yeux les rigides sionomies en ressorlent toutes vivantes. Et
de Strasbourg 9 •
principes de méthode et d'investigation ensei- finalement il apparaît, comme il advient tougnés par les chers maitres de !'École des jours quand on approfondit les événements
Le 19 arril f 770, l'archiduchesse ~larie
Charles, ne pas paraitre trop indigne, et des humains, que c'était dans le fond des carac- Antoinelle, fille de l'impératrice-reine ~lariederanciers et de si nombreux et affectueux tères que se trouvait la raison d'être, parlant Thérèse, épousait par procuration, en l'éofüp
1· rncours.
l'explication des faits qui semblaient - car des Auguslins de Vienne, Louis, peli t-fil~ de
chacun apprécie d'instinct les hommes et Lo~i~ XV, devenu par la mort de son père
~
leurs actes d'après soi-même - extraordi- hér1t1er de la couronne de France. Elle n'avait
Grâce à tant d'informations directes et pré- naires et mystérieux.
pas encore quinze ans. Le 2f arril, elle
. 1. Edn:iond et Jules de Goncourt, Jfistoil'e de Jla1:1e-A11lmnrtte, n?m'. i-d .. Paris. 188{, in-l{j, Dans ccll,•
l'lndc:c'. le chapitre "'· e~t en grande partie cmpru!1lc a cet ouvrage, aum que dnns le \'olumc inlitnle ln .llorl de la l'eiue, le rhapitrc x,v.
2. Em_ile Campardon, ~larie-A11loùirtle el le prod.,
t/11 Colhr,·. d'après la prncédure instruite rfevanl le
l'arlcmcnt rlc Paris. l'aris. 1863 in-8
:i . .llnn·e-A 11tni11r/le ri le pr;rr., &lt;i11 f.olli1·r. par

G. Chaix cl'Est-Ange, puhli/&gt; par son filE. Pari~, 1889,
in-8.
t Fernand Labori, le Procès du Collie,·, discours
prononcé il la Conférence des avocats le 26 nov.1888,
µublié dans la Ga:el/e deR 'frihu11au.1· du 2ü nov. -1888.
5. Dcsdcv,scs du Dézert, l'A/{aire du Cnllier, rfan,
la llev1œ des cow·s el conférences, -13 el 27 rféc. 1900.
6. Paul Boulloche, Target at•ocal au Pa,•lemrnl
de Pnri.,, rlisconrs prononcé à l'om·rrture rie la r.on-

férence des avocats, le 26 nov. 1892. Paris, 180:?
in-8 .
ï. G. Lenotre. Paris l'évol11tio1111afre. l'ieilles ma,sons,_t•ie1œ p~pi~rs (Paris, 1900. in•16J, p. 161-ïl;
la ma,son de C,1ghostro.
·
8. Philir•pr Chaperon, la .lfl11•q11e, :.Ï" éd. Pari&lt;,
1900, in-lti.
9. Le Roy de Sainte-Croix, les Qual,·e rr11·tlina11.r
t/1• Rohan, Stra,hour/!' et Pari,. 188 1, in-i.

�-

------------------------------------- 1'.JIFFJU~l:

fflSTOR.1.Jt

quitta l'Autriche, accompagnée du prince qui avait veillé sur son éducation avec la
S1abremberg. Passant à Str::sbourg, le 8 mai, force de son intelligence el toute la tendresse
elle y fut haranguée par un jeune prélat, de son cœur, et, subitement, par l'érncation
l'évê,1ue coadjuteur du diocèse, le prince de ce prélat inconnu, d'une figure si jolie,
Louis de Rohan. Sous le haut portail de la claire et comme transparente dans la gloire
cathédrale, Louis de Rohan s'avança au- de sa parure, parmi les chants sacrés et les
devant de la dauphine avec un salut d'une fumées blanches des encensoirs, celle image
grâce souple el légère. Derrière lui se tenaient vénérée apparaissait dtlvant elle. Marie-Antoiles dignitaires laïques et ecclésiastiques du nette, la tête penchée sur sa poitrine qui se
chapitre : le prince Ferdinand de Rohan, soulevait plus fort, entra sous les hautes nefs,
archevêque de llordcaux, grand préYôl; le où le tonnerre des grandes orgues avait repris
prince de Lorraine, grand doyen; J'éyêque son fracas.
de Tournai, les deux comles de Truchsess,
La troupe formait la haie sur son passage.
les c0mtes de Salm et de Manderscbeid, les La dauphine arriva au grand chœur au bas
trois princes de Hohenlohe, les deux comtes duquel se tenaient les Cent-Suisses en unide Konigsetk, le prince Guillaume de Salm; formes chamarrés. Au pied dtl l'autel de
puis le groupe des thanoines en rochet el en Saint-Laurent, qu'entourairnt les gardes du
camail, sortis dtl ces petites maisons qui corps, un prie-lJieu l'attendait. Elle s'y ageentourent la catbédrafo comme les anges assis nouilla tandis que les dames de sa cour se
aux pieds de la Vierge dans les tableaux des rangeaient sur des tabourets. El flohan,
primi1ifs.
avant de se placer sous le dais pontificJI, se
Louis de Rohan dessinait une silhouelte tournant vers l'enfant inclinée, la bénit d'un
svelte et élancée. Dans son port et sa dé- geste large et tranquille. Du haut du chœur
marche, chaque mom-emenl trahissait l'aris- les harpes faisaient pleuvoir sur les dalles
tocratie de la race. Les traits du visage étaient leurs notes argentines. La messe commença.
trè, fins, fins comme le regard, d'un bleu
limpide, où il y avait à la fois de la réserve
Ill
et des caresses. Il y avait presque la beauté
d'une femme dans sa longue robe de moire
Le prince Louis.
violette, tombant en plis à la Walleau, sous
la mousse légère du point d'Angleterr&lt;'. La
A la cour roJale, la jeune ct gracieuse
mitre d'or et de pierreries brillait à son front, dauphine fut reçue ayec magniûcence; mais
et à ses doigt, l'anneau épiscopal.
de Compiègne ou de Versailles elle s'informa
Dans la clarté du ciel la haute llèthe de la plus d'une fois du beau prélat d'Alsace, qui,
cathédrale portait la dentelle de ses pierres à son arrivée en terre de France, avait éveillé
rouges. La jolillerie des vitraux flamboJ•ait en elle une si vive émotion. Cc qu'elle en
du fond de la nef par les grandes porlt s apprenait fut d'ailleurs pour la surprendre.
ouvertes, et l'harmouie brillante des orgue~, Dans son palais de Saverne, près de Straren vagues sonores, roulait sur le parvis. bourg, entouré de la noblesse et des plus
C'étaient cômme des bouJîérs bruyantes qui jolies femmes de la province, le prince Lovi~,
s'engouffraient dans les rues, se mêlant aux comme on l'appela jusqu'au jour où il de1·int
acclamations de la foule, car, jusqu'aux cardinal, menait la vie d'un seigneur féodal.
manhes dtl l'é~lise, le peuple se pressait; A cheval, suivi des meules hurlantes, par les
accouru de tous ks points de la province en plaines, dans les Loi,;, il courait le renard et
costumes du pays, cmlumes de fè:e : masse le sanglier. D,ms les sall~s du palais, les vins
animée, bariolée, où le vert dtis corsages du Rhin et de Hongrie coulaient à Oots et dt•s
était d'un ton frais el franc comme le vert chevreuils entiers étaient ser1is sur les taLlès.
des prairies; où les cheveux blonds des tilles,
Le duc d'Aiguil!o:i, appuyé sur la toutebridés sous le cLi~non, mêlaient leur doux puissante farnrite du roi Louis XV, Jt'anne
éclat à celui des coilfes de brocart.
Uéoéditte VauLernier, comtesse du Ilarry,
Les orgues se turent, et le prélat dit d'une venait d'ètre nommé premier ministre. li
voix claire et pénétrante que la solennité de était dérnué à l'illustre famille des [lohanla circonstance faisait frissonner légèrement : Soubise, très influente à la Cour, surtout à
c( Vous allez êlre parmi nous, mac.lame, la
cause de la situalion de Mme de Marsan,
vivante image de cette impératrice chérie, gouvernante des Eufanls de France. Le
depuis longtemps l'admiration de l'Europe 9 juin 177 J, Marie-Antoinette écrivait à sa
comme elle le sera de la postérité. C'est l'âme mère, l'impératrice Marie-Thérèse : cc L'on
de Marie-Thérèse qui va s'unir à l'àme des dit que c'est le coadjuteur de Strasbourg qui
Ilourbons 1 ». La petite princesse eut un mo- doit aller à Vienne comme ambassadeur. Il
ment d'émotion. Deux larmes mouillèrent est de grande maison, mais la vie qu'il a
ses joues qui étaient devenues plus roses, toujours tenue ressemble plutôt à celle d'un
une lumière lui passa sur le front. Elle ayait soldat qu'à celle d'un coadjuteur. ll Le comte
encore l'angoisse des derniers embrasse- de Mercy-Argenteau était le rapré,entant de
ments, les derniers embrassements de sa la couronne d'Autriche auprès du roi de
mère laissée si loin. Elle l'avait quillél', France, très fidèle conseiller de Marie-Thépour toujours peul-être, et elle était encore rèse et qui allait derenir celui de Aiarie-Anune enfant. ~Jarie-Antoinelte adorait sa mère, toinelle. li mandait de son coté : « Cet ecdésiastique est entièrement livré à la cabale de
1. La haran7,uc a été puLliée par Le Roy de SainteCrois, p 72-h.
la comtesse du Barry et d'Aiguillon, etje

crains que ce ne soit pas le seul inconvénient
qui le rende peu propre à la place qui lui est
destinée. l&gt;
Les Rohan se disaient issus de l'ancienne
maison someraine de Bretagne, étant venus
en France a\'cc Anne, la petite « duchesse en
sabots » qui épousa Charles YIII. lis tenaient
à la branche dès Valois par Catherine de
nohan, femme du comte d'Angoulême, aïeul
de François Ier; ils étaient alliés aux Ilourbons eux-mêmes par Henri IV, pelils-fils
d'une Rohan qui avait épousé le duc d'Albret,
roi de Navarre. Les llohan faisaient corps
avec les princes de Lorraine, marchant de
pair avec eux, immédiatement après les
princes du sang.
Le prince Louis de P.ohan était né en 1754.
En 1760 il arJit é1é nommé coadjuteur de
l'évêque de Strasbourg et sacré la même
année évêque de Canope in pm·libus. C'était
une na Lure très douée, fine fleur d'aristocratie, comme en produisent les civilisations
raffinées en leurs plus délicats épanouisrnments. li avait beaucoup de eœur et beaucoup d'cspri t et une élégance subtile dont la
dignité ecclésiastique rehaussait le charme
singulier, « une galanterie et une politesse
de grand seigneur, dit la baronné d'Oberkirch, que j'ai rarement rencontrées chez
personne n. « Il joignait à beaucoup d'élégance extérieure, observe Ilescnval, beaucoup
de grâces dans l'esprit el mème des connaissances. 1&gt; li avait été reçu membre de l'Académie française à vingt-sept ans et, parmi
tant de noms illustres, figurait arnc honneur.
Personne n'avait une conversation plus agréable. Sa conversation était « animée, spirituelle ll note Mme de Genlis ; cc il est aim1ble
autant qu'on le peut être n. Les lmmorlcls
se déclaraient charmés de sa compagnie. Un
cœur « sensible Jl, comme disaient les contemporains, et une grande fortune lui permettaient de faire le Lien largement. Il le
faisait avec bonne grâce el d'un espritjoyeux.
Plus tard, après qu'une catastrophe terrible
l'eut terrassé, il trouva dans l'adversité des
personnes qui se souvinrent de ses qualités
charmantes et des écrivains pour les rappeler. Charles-Joseph Meyer, dans son Gai·de
du col'ps, un pamphlet qui fit grand bruit cl
fut poursuivi à la requête des Rohan, trace
son portrait : &lt;&lt; li a vraiment bon cœur. Il
est fier, pas trop. En le monseigneurisant on
a de lui tout cc qu'on reut. Généreux au pos·
sible, il a par devant Iui mille traits qu'on
devrdit Lien publier. li en est temps ou
jamais. Mais on se taira. La reconnais.;ancc
est muetle, la calomnir. a cent voix. Obliger
est une belle chose; mais qui? - toujours
des ingrats. Et puis, faites le bien : et voilà
pourquoi si peu de gens se soucient d'en faire.&gt;&gt;
De ces traits&lt;( qu'on devrait bien publier ll,
citons le suivant.
Le prince Louis tenait à Saverne table ouvert". Un pauvre chevalier de Saint-Louis venait s'y asseoir, mais n'avait pas, comme les
autres, de pièce d'argent à glisser sous la
serviette pour le valet servant. El le valet de
signaler au prince cet hôte minable qui- arri-

DU COLl..1E~

vait sans invitation. Bohan ordonna de le le peu de poids qu'il donnait aux choses aux- s'ajoutait une grande ambition qui avait été
faire asseoir la fois prochaine auprès de lui : quelles on en donnait le plus et qu'on croyait mise et surexcitée en lui, dès son jeune àge,
honneur qui surprit le chevalier; mais celui- mériter le plus de combinaisons, toujours par sa famille entière. Celle-ci réunissait ses
ci ne tarda pas à del'iner la malice à la figure taxé par ses inférieurs de juger trop légère- efforts pour le porter aux plus hautes chardu domestique. Tout allait d'ailleurs au mieux ment parce qu'il jugeait vite et que les con- ges : elle espérait le voir parvenir au premier
quand, vers la fin du repas, le prince, qui clusions les plus justes n'étaient pas favora- rang dans les conseils du roi et royait en lui
s'occupait de magie, demanda brusquement bles à tous, il voyait ses qualités brillantes, l'instrument de sa propre grandeur.
à son hole:
auxquelles il ne s'était pas occupé de donner
Enfin le prince Louis était une nature exal(C Combien de diables connaissez-vous?
la forme qu'il fallait pour séduire par elles- tée, exaltée jusqu'au délire, dira l'un des
- Trois, monseigneur.
mêmes, contribuer à le décrier et servir magistrats qui, dans la suite, l'étudieront le
- Trois?
d'armes contre lui 1 • ,
plus attentivement 1 •
- Un pauvre diable qui trouve à manger
De celle tournure d'esprit découlaient naEn réunissant ces traits de caractère on
chez un bon diable, mais qu'un mauvais turellement une faiblesse et une crédulité expliquera, croyons-nous, ceux des faits de
diable a voulu mettre dans l'embarras. »
extrêmes, - c'est un point sur lequel cc récit où Rohan a été mêlé.
Rohan, charmé de la réponse, fit savoir Mme d'Oberkirch insiste, - et l'on en trouque le couvert du chevalier serait désormais vera plus loin de surprenants témoignages;
IV
mis chez lui chaque jour.
mais, bien avant l'affaire retentissante dans
De ces traits &lt;c qu'on devrait bien publier l&gt;, laquelle il fut impliqué, bien avant sa liaison
L'ambassade de Vienne 3 •
citons cet autre. A Saverne, Rohan logeait avec Cagliostro, on voit le prince Louis prêter
parfois jusqu'à deux cents invités, la même créance aux projets les plus absurdes, accueilPour équiper son ambassade, Rohan avait
nuit, sans compter les serviteurs. Une dame lir tous les inventeurs. li se passionne pour dépensé des sommes immenses. Deux carfort jolie, accompagnée d'un jeune officier, des découvertes chimériques, pour &lt;&lt; la con- rosses de plrade du prix de quarante mille
étant venue en Yisile, le prince les retint à version des sels de mer, des montagnes, d,:s francs, aux coussins de velours mauve avec
coucher, quand un domestique vint l'avertir fontaines, en salpêtre aiguillé ll . Étant am- passements d'argent, les mantelets, custodes
qu'il n'y avait plus de place.
bassadeur il rédige sur celte belle invention et gouttières doublés de soie blanche; on eût
« Est-ce que l'appariement des bains e~t
des mémoires au ministre et au roi. L'État, dit de grandes lanternes empanachées, ciseplein?
assure-t-il, y gagnerait des sommes immenses. lées par des orfèvres, suspendues sur des
Non, monseigneur.
A cette légèreté, à cette faiblesse et à cette ressorts d'acier. La caisse tout entière, et
- N'y a-t-il pas deux lits?
crédulité- on ne pouvait lui refuser de l'es- jusqu'à la coquille où le cocher posait ses
- Oui, monseigneur, mais ils sont c.lans prit, conclut le duc de Lévis, mais pour du pieds, étaient peintes d'armoiries et de fleurs
la même chambre, et cet officier ....
encadrées de rocaille d'or sur les laques
- Eh bien! ne sont-ils pas venus
brillants. Une écurie de cinquante checnsemLie? Les gens bornés comme
vaux, dont le premier écuyer était brivous voient toujours lvut en mal. Vous
gadier des armées du roi, un mus1errez qu'ils s'accommoderont très
écuyer et deux piqueurs; six pages tirés
bien. Il n'y a pas la plus petite réde la noblesse de Bretagne tt d'Alsace,
flexion à faire. ll
rêtus de soie et de velours en broderie,
Et, de fait, C( ils s'accommodèrent))
arec un gouverneur pour le métier des
très bien et ne firent cc la plus petite
armes et un précepteur pour le latin;
réflexion 1&gt; ni l'officier ni la dame.
deux gentilshommes pour les honneurs
On accusait Louis de Rohan d'être
de la chambre : le premier était cheléger, défaut de son rang et de son
valier de Malte et le second capitaine de
éducation; d'où résultait d'ailleurs l'acavalerie; six valets de chambre, un
grément de son esprit.
maître d'hôtel, un chtf d'oflice, tout
Ce jeune prélat est fort gai, ditMercyde rouge habillés et galonnés sur les
Argenteau, et encore plus léger. cc Il
coutures; deux heiduques qui avaient
devrait se chausser de bonnes semelles
des brandebourgs et des plumets; quade plomb, poursuit ~foyer, et se coutre coureurs chamarrés de broderies
uir la nuque d'une bonne calotte de
d'or et pailletés d'argent : chacun de
plomb : c'étai l la précaution du léger
ces costumes avait coûié quatre mille
l'hilotas pour ne pas touraer à tout
livres et faisait au soleil un élincelYent. 1) « Il était affable et poli, dit un
lement de féerie ; douze valets de
autre pamphlétaire, mais il Jui arrivait
pied; deux suisses, dont l'un, le plus
trop souvent, comme à un grand, de
maigre, pour les appartements, et
ne pas se plier aux manières d'all(·nl'autre, très ventru, pour le service de
tion qu'on lui témoignait. D'un esprit
la porte. Pour accompagner les repas,
actif et prompt, saisissant les idées avant
six musiciens habillés d'écarlate, les
qu'on les eût exprimées, imaginant dtljà
boutonnières filigranées d'or fin; puis
tout ce qnc la langue pesante d'un ha- PRll-(E Lous DE Rou.1:-1, C.IRDINAL ET Èvi:QUE DE STRASBOt.:RG. un intendant de maison, un trésoG1·avu1·e de \"OYÉ LE JEVl/E.
rangueur avait à peine commencé de
rier, quatre gentilshommes d'ambasprononcer, el par conséquent fatigué de
sade nommés et brevetés par la Cour;
l'attention qu'on exigeait de lui, déplaisant par jugement il en était totalement dépourvu pour secrétaire d'ambassade un jésuite et,
1. Lettre à l'occasio11 de la déten io11 de S. E.
.Il. le Cardinal ~17~5, ~. 1.), p. 1\!-13.
'l,. Bibl. nat., ms. Joly de Fleury, ~088, f• 07 \ •.
J. Correspo11da11ce secrète di, comte de AlercyArgenteau avec l'empereur Joseph Il et le prince
de h:awiitz, puhl. par le chcv. Alf. d' Arnelh cl
Jules nammermonl. J:'aris, H!g9-O1, \! vol. in-8, cl
un fo,cicule d'inlroduclion. - Correspo11dance se•
crète entre A/a1·ie-Thérèse et le comte de Merry-

Argenleau, avec les le/lres de ,llaric-Thérèse el de

Jllarie-Antoinette, puhl. par le chcv. Ail". d'Arneth
et A. Geffroy. Paris, 18H, 5 vol. in-8. - AlémoÏl'es
port/' servù- à l'histon·e des événements de la fi,11
d11 xvm• siècle, par l'abbé Lleorgel. Paris, 1817,
3 vol. in-8. - L'ambassade du p1·illce louis de
Rol,a11, à la cour de Vie1111e, 1771-li74, Notes
écrites par 1m ge11tilho111me, offi,cier supérieur
[ Antoine-Josrph Zorn de Bulach] attaché au prince

.., 53 ,..

Louis de Rohan, SlrasLourg, 1901, i,,-8. Dans la
séance du 17 no1·cmbre 190\1 de la Société des Etudes
historiques M. le vicomte i\lauricc Iloutry a donné
lcclure d"une étude mr l'amba~sade du prmce Louis
de Rohan à Y1ennr, élude écrite d·après des documents inédits provenant des archi,·es des Affaires
étrangères, où l'on troul"era des détails nouveaux.
Elle sera imprimêc sous le titre : L'ambassade du
7n·ù1ce Louis de Roha11 &lt;Î l'iemie (li72-1774).

�r-

H1~T0'/{1.ll

pour seconder le jésuite, quatre secrélaires
adjoints 1 •
~farie-Thérè.se n'antil pas accueilli d'une
manière fayorable le nom du nouvel ambassadeur. « J'ai tout lieu d'ètre mécontente du
choix que la France a fait d'un aussi mauvais
sujet que le coadjuteur de Strasbourg, écrivait-clic à Mercy-Argenteau. Je l'aurais peutêtre refusé si je n'avais été retenue par la
crainte des désagréments qui auraient pu en
rejaillir sur ma ûfle. \' ous ne laisserez pas
de faire comprendre à la cour de France
qu'on fera bien. de recommander à cet ambassadeur une conduite sage, conforme à son
état. Je ·vous avoue que je crains nos femmes
d'ici . ))
Rohan arrira à \ïenne le l Ojanvier 177:!.
Ce fut une entrée merveilleuse, bien que sans
cérémonie. Une nuée de la~uais, à la lil-réc
de l'ambassadeur, menaient la caravane des
mules, si légèrement ferrées d'argent que,
de la porte au palais de France, les fers semèrent les rues, à la joie du peuple qui se
culbulait pour les ramasser~ . Le prince Louis
présenta ses lellres de créance le 19. MarieThérèse fut surprise d'une première impression farorable. Elle en écrit à son représentant à Versailles: « Rohan est tout uni dans
ses façons et tout simple dans son extérieur,
saus grimace ni faslei très poli arec tout le
monde. D'abord il déclara ne pas vouloir

Malheureusemenl, lia rie-Thérèse, elle aussi,
changea bientôt de sentiments à l'égard du
représentant du roi de France, pour revenir
aux préventions que sa correspondance avec
!lercy-Argenteau lui avait inspirées. L'impératrice était une nature très simple et très
droite, profondément allemande, prenant les
choses au sérieux . Les façons légères du prélat, son élégance mondaine, ses propos aimaLies où perç:iit une pointe de cette galanterie
r1ni fais.i.it alors le dangereux éclat de la cour
de France, l'étonnèrent d'abord, puis l'effrayèrent, et bientôt lui firent horreur . Un
évêque qui se rendait aux invitations de la
noblesse du pa)'S en costume de chasse juste-au-corps vert à brandebourgs d'or,
plumes de faucon en aigrette sur la coiffe;
- qui, dans -son ch:\tean des bords du Danube, cadeau royal de la reine de Hongrie à
l'ambassadeur de France, recevait en lumultucuses parties de chasse les plus illustres
familles de Vienne et, dans une seule journée, tirait de ses propres mains jusqu'à
1 ;j28 coups de fusil; un prêtre qui assistait
en parure brillante aux bals masqués et y
recevait de la princesse d'Aucrsperg, costumée &lt;&lt; en juire ai:gée )&gt;, un portefeuille
« tout brodé en or )J; un prélat qui, à l'ambassade même, organisait des soupers rar
petites tables pour les dames de la Cour, et,
à ces dames, ne laissait pas de tourner, le

REVt.:E DE L,\ .i\l,\1 S0:-i DU R q1, .IU TR0 U-0' E:-FER. -

fréquenter les spectacles; mais bien:ôt il
changea de seutiments. Il

1

1. Yuir les &lt;IClail:. don11é.; 1nr l'.iUb,! t;corgcl , scLouis à Yicnnc,

Ct\!Laire de l'amliassadc du prince

Mémofre3, Il, 218-HI.

1

2. Fri:d . ~lasson, l' lmpérotnce .llarif'-/.ouise, p. i i.

'---------------------------- 1.'
au cerr. Outre différents messieurs, la princesse de Lichnowska, les comtesses de Bergen
et de Dietrichstein y assistèrent. On fut fort
gai. Comme la chasse finit tard, on fut pris
par la nuit el par un orage. Les damés, qui
étaient arrivées ensernLle, se partagèrent pour
s'en retournrr dans les équipages, en sorh·
que la princesse de Lichnowska et la comtesse de Dietrichstcin vinrent a\'ec le prince
cl moi. l&gt; On n'avait pas fait cinquante p:is
de la maison du garde que le prélat et son
offlcicr et les deux dames versaient pêle-mèle
dans un fosfé.
AYail-on, au point de vue moral, un grief
sérieux, précis, à formuler contl'e le prince
Louis? ~Jarie-Thérèse eût élé embarrassée d,i
le dirC', et, quelle qu'ait été jusqu'i1 cc jour
l'opinion des hi~toricns, nous ne le cro)'Olls
pas; mais les apparences semblaient à l'impératrice tefüi.ment abominables que, avec
son esprit de femme, elle ne pouvait douter
que le fond n'y fût aussi. « L'ambassadeur
Rohan, écrit-elle quinze jours après son arrivée, est un gros volume farci de bien mauvais propos, peu conformes ii son éli1t d'ccclésiasLique et de ministre, et qu'il débile
avec impudence rn tout~ rencontre; sans
c;mnaissancc des aOJ.ires et sans talents surfisants, avec un fond de légèreté et de présomption et d'inconséquence. La cohue de sa
suite est de mème un mélange de gens sans

Gravure de J.-P. L E lhs , d'après Lt P.1.0~ .

plus agréablement du monde, les compliments les plus séducteurs, - semblait à la
pieuse souveraine un représentant du d!able
plutôt que du Roi Très Chrétien.
" Le 7 septembre 1775, écrit un de ses
officierd, le prince de Rohan donna une chasse

mérite el sazu mœurs. » Et le temps ne fi L
qu'accentuer cette opinion défavorable, au
point que l'antipathie devint peu à peu chez
l'impératrice une sorte de haine violente et
passionnée.
Étant allé prendre les eaux à Baden, à ~ix

lieues de Vienne, le prince Louis y donna une
fètepopulaire en plein air. «Beaucoup de dames
et de seigneurs de Vienne y sont Yenus. Elle
consistait en deux tavernes joliment arrangées
de branches d'arbres, au bout
desquelles, et surchacune, deux
tonneaux de vin. A côlé de ces
tonneaux se trouvaient des paniers de pain et de viande que
l'on jetait et répandait de tous
côtés. Le vin cou!ait d quiconque en voulait se présentait a\'ec une cruche. Au milieu de ces cahutes il y avait
un grand sapin très haut, avec
un habillement complet pour
quiconque irait le chercher.
Ces sortes d'arbres sont palissés et graissés pour en augmenter la difficulté. Après que
plusieurs champions se forent
vainement épuisés pour chercher le butin, il y en eut un
qui y parvint. Au son des timbales et trompettes on l'applaudit. Après cette récréation,
]a comédie allemande commença à jouer sur un théâtre
dressé à cette occasion et orné
très joliment. Les dames et le
monde de distinction étaient
en face sous une énorme tente.
.\ u bout de cette tente une petite maison où l'on senit en
abondance les glaces et rafraichissements. La populace vit la
comédie tout à son aise. Elle
fut terminée par un fort joli
feu d'artifice tiré près de l'eau.
On dansa un peu en présence
de tout le monde; ensuite, dans
les ,·oitures du prince, les
dames se rendfrent chez lui.
Après Je souper on dansa de nourcau. n
L'inciJtnl des wup~rs faillit dégénérer en
querelle entre l'impératrice et l'ambassadeur.
C'était une innovation de Rohan qui avait
'eu le plus grand succès. Le jeune prélat réunh:sail chez lui des sociétés de cenl à cent
cinquante personnes choisies l armi les meilleures familles de l'Autriche. Des taLles de
six ou huit couverts au plus se multipliaient
dans les salons du palais Lichtenstein dont
les jardins·é1aient i11uminés. Les convives s'y
o-roupaient à leur guise, et quel joyeux babilÏage dans le cliqueti:; de la porcefaine, de
l'argenterie el des cristaux! Notre ambasrndeur évitait ainsi la motononie compassée et
silencieuse des longues tabks d!icielles où
tout le monde jusqu'alors, en ces agapes diplomatiques, s'était si solennellement et diplomatiquement ennuyé. Aussi ne doit-On pas
s'étonner si, parfois, la gaieté dewnait un
peu bru1ante. Elle était toujours, a~surait
Rohan, du meilleur aloi. Les soupers étaient
suivis de jeux, de danses, de concerts, « où
la jeunesse, dit l'abbé Georgel, jouissait sous
les Jeux des parents d'une honnête liberté n.
Rohan y présidait, anc quelle grâce, on l'ima-

gine. Les jeux et les ris, autour du prélat
charmé, nouaient les intrigues d amour. Et
comme la compagnie s'amusait infiniment,
elle ne se séparait que fort avant dans la nuit.
0

-~=s-v-a___ ------·-Les invitalions aux jolis soupers de l'évêque
furent de plus en plus recherchées et fürieThéri.•se fut de plus en plus convaincue que
l'ambassadeur de France cc corrompait sa
noblesse ll. Elle chargea le prince de SaxeIlildburghausen, &lt;&lt; aux conseils de qui l'âge,
le rang, la considération étaient faits pour
donner du poids JJ, de présenter des observations. Rohan répondit avec infiniment de
bonne grâce et de politesse que la plus grande
décence ne cessait de présider à ces réunions,
qu'elles étaient annoncées pour toute l'année
et qu'on ne saurait les suspendre sans donner prétexte aux plus mauvais bruits, aussi
bien sur les invités que sur lui-même. Cf Sa
!lajesté, dit-il, est suppliée de peser ces raisons dans sa sagesse et de ne rien exiger qui
pût porter atteinte à la réputation de l'ambassadeur comme à celle des premières maisons de Vienne qui lui font l'honneur de
fréquenter ces assemblées. n Et les c&lt; assemblées l) continuèrent comme auparavant.
Marie-Thérèse s'irritait d'autout plus de
ces discussions, qui devenaient fréquentes,
que Rohan y apportait l'avantage de ses manières de grand seigneur .et les armes hies-

Jl'F'F.ll11(:E DU COLL1E]l - - - .

santes de son esprit. Au cours d'une dispute,
les gens de l'ambassadeur avaient malmené
un secrétaire de 1a Couronne nommé Gapp.
Marie-Thérèse exigea qu'ils fussent mis aux
arrêts. &lt;1 Mais leurs con[1ères,
écrit-elle, devaient leur faire
visite pour les amuser dans
leur prison. De plus, un des
arrêtés étant tombé malade,
Rohan a demandé de le reprendre chez lui en le faisant
remplacer par deux autres qui
devaient rester aux arrêts en
place du coupable. Tout cela
est accompagné de persiflage,
d'ironie, d'impertinences intoléraLles. !lais on lui a fait répondre que ce n'est pas la coutume d'ici de faire subir aux
innocents le châtiment du coupable et qu'au reste le malade
serait encore mieux soigné aux
arrêls. »
Encore si, dans les entours
de l'impératrice, on eût parlagé ses antipathies! Mais cc
diable d'évêque avec ses (( turlupinades &gt;) charmait les gens
et gagnait les cœurs. La correspondance de l'impératrice
avec Mercy-Argenteau en esl
pleine de dépit. «Nos femmes,
dit-elle,jeunes et vieilles, belles
et laides, en sont ensorcelées.
Il est leur idole, il les fait radoter, si bien qu'il se plait fort
1Jicn ici et assure y vouloir
rester même après la mort de
son oncle ll, l°éYêque titulaire
de Stra$bourg. L'empereur Joseph !I lui-même, que sa mère
a associé au trône, paraît con&lt;;uis : &lt;&lt; L'empereur aime à la
vérité à ~•entretenir avec lui, mais pour lui
faire dire des inepties, bavardises et turlupinades. » Jusqu'au chancelier l{aunilz qui se déclare enchanté de cet ambassadeur. L'impératrice voudrait s'en consoler en pensant que c'est
« parce que celui-ci ne l'incommode pas et
lui montre toute sorte de soumission &gt;J. Propos de femme irritée. Elle comprenait que
l'action du jeune prélat était plus sérieuse.
" Ce même Rohan, écrit-elle à !lercy le
6 novembre !7io, ayant été à la Saint-Hubert
avec l'empereur, celui-ci l'a fait mettre l1
table à côté d; lui et a jasé deux heures de
suite, je ne sais de quoi; mais il en est résulté une envie très marquée d'aller à Paris
&lt;lès après Pàques. La tournée, les visites, la
vie à mener, tout a été concerté; on a donné
des avertissements pour les gens. Vous voyez
par cet échantillon cc qu'un homme hardi,
et qui s'énonce bien, peut sur l'esprit de
l'empereur. Et voilà ce qui rend ma situation
désagréable. Un misérable peut renverser
avec un mot lont ce que des travaux continuels ont produit. 1
Les rapports se tendirent enfin à l'extrême
quand Rohan, dévoilant les manœuvres de

�~ - 111STO'/t1.ll

-----------------------------------------~

Mercy à la cour de France - 011 celui-ci la bon lé, simplicité et naïl'cté de son être,
s'étail procuré, jusque dans les plus hautes qu'en servant les intérêts de sa mère, elle
sphères, des intelligences par lesquelles il se s'exposerait un jour aux reproches d'arnir
renseignait sur ce qui se passait dans les desserri crux de sa noul'elle palriP.
Conseils, - recourut à Vienne à des moyens
Pour agir sur sa fille, Marie-Thérèse avait
semblables. Prenant résolument son parti, non seulement les lettres qu'elle lui écrivait
Marie-Thérèse demanda à Mercy-Argenteau • &lt;l'une plume si forte et autorisée; elle entred'obtenir son rappel. Jusqu'alors elle avait tenait auprès d'elle un agent d'un tact et
eu la raison et le bon droit de son côté; elle d'une adresse incomparables, le comte de
commit de ce morne.nt la faute très grare de Mercy-Argenteau. &lt;I Sur le point de Rohan,
mêler sa fille, Marie-Antoinelle,à son ressenti- écrit-elle à son représentant, je touche un
ment, en lui demandant de travailler, elle aus- mot à ma û1le, en lui commcllant de n'rn
si, au retour du coadjuteur et en s'efforçant parler qu'à vous. Sans porter des plaintes
de lui faire partager son aversion pour lui. formelles, je souhaiterais el compte que le
roi voudra me complaire en me délivrant de
V
cet indigne représentant. &gt;&gt; Et Mercy répond :
cc J'ai demandé à madame la dauphine trois
Marie-Thérèse-.
ou quatre jours de temps pour bien combiner
la démarche que Son Altesse I\oyale aura à
On peut dire que Marie-Antoinette a été faire vis-à-vis du princè de Rohan. Je lui expovictime de sa tendresse pour sa mère. Quel serai quels moyens elle pourra employ('r &gt;1.
sentiment eût été plus légitime s'adressant à
Pressée des deux paris, Marie-Anloinette
une mère comme Marie-Th0rèse, de qui le se découvrit. Elle parla directement à Mrne de
génie était agrandi par le cœur ! A Maric- ~farsan, tante du prince Louis, et lui conAntoinette, - venue en France à quinze ans, seilla de faire demander par sa famille même
auprès d'un mari lourd, gauche, renfermé, le rappel dn jeune amliamdeur. A ce moqui ne pouvait alou la comprendre et qui ne ment Marie-Thérèse semble avoir entrern le
la comprit d'ailleurs que peu à peu, à me- danger qu'elle faisait courir à sa fille :
sure que son esprit à lui-même se développa; cc C1Jmme les parents de fiohan sont nomjetée à quinze ans dans celte Cour où le vice breux et assez puissants, il y en a qui craitrônait avec une hardiesse impudente en la gnent qu'ils ne vengent sur ma fille les torts
personne de la Du Barry; abandonnée en qu'ils prétendent leur avoir été faits par mes
toute inexpérience aux passions am bilieuses démarches. Ils le craignenl d'autant plus
qui s'arrachaient son iniluenœ, se disputaient qu'ils supposent que ma fille ne garde pas
son appui, point de mire des intrigues les toute la réserve sur les lettres que je lui écris
plus basses, les plus méchantes souvent, et qui concernent la personne de ll.ohan.
qui, au monde, pouvait servir d'appui et de Yous saurez au mieux juger de la valeur de
guide? Elle n'en avait et ne pouvait en avoir ces suppositions. Je l'OUs répète seulement
d'autre que sa mère. Son mari ne voit ni ne que I\ohan est toujours plus inconséquent et
sen l; Louis XV est corrompu et indifférent; insolent. Je serais fàchée si l'on voulait retarses tantes, Mesdames Adélaïde, Sophie et der ou éluder tout à fait son rappel, pour
Victoire, sont de vieilles filles au cœur sec, à m'obliger à une démarche plus forte, pour
la pensée élroite, aigries, désagréables, être à la fin délivrée d'un homme aussi insupennuyées. C'est la Du fürry qui dési()'ne
à la portable. l&gt;
0
dauphine sa dame d'atours.
Une circonstance avait fait partager à MarieMarie-Thérèse en profita pour faire de sa Anloinelte les plus vifs ressentiments de sa
fille un instrument de sa politique. L'impé- mère. ll.ohan, qui se savait virement allaqué
ratrice ne présageait pas, évidemment, com- par lïmpér~lrice, trouvait dans son esprit
bien cette complicité deviendrait funeste à mordant les répliques nécessaires. C'étaient
« la pauvre innocente reine &gt;&gt;, comme elfe des traits cruels. Dans une lettre au ministre
l'appelait parfois; et celle-ci, de son côté, des affaires étrangères, d'Aiguillon, il écriélevée dans la pensée que l'union indestruc- vait, non sans justesse d'ailleurs : cc J'ai effectible de la France et de l'Autriche a,surait le tivement vu pleurer Marie-Thérèse sur les
bonheur du monde, ne pouvait imaginer, en malheurs de la Pologne opprimée; mais. celle
1. L'anecdote de la lettre au mouchoir est conteste~ p_ar )1.11. d'Arnclh el Geffroy (Con·esp. entre
.llane-1//érèse et JJiercy-Argenteau, t. I, p. xxx1v);
~ais fans aucun ~rgu_mcnt. Le fait parait établi,
tl u~e pait, par le le~o1gnagne de Mme Campan, qui
1~ lient de Marie-~nlo1n_e1te; de I·au lrc, par celui de
1abbé Georgel, q111 le t1rnt du cardinal.
2. Au cours de son récit de l'ambassade à Vienne
du,_princ_e Louis de Rohan, M. le vicomte Boutry, bien
•iu il le JUg? sévercmenl, rapporte encore cc trait de
sa bonté genéreusn : Le partage de la Pologne était

décidé. Il ne s·accomplil pas sans tulle. Dans Cracoric
une poignée de Fran~ais, sous le hravc Choisy. résista
héroïquement. li fallut céder au nombre, le 26 avril
1772. Choisy et ses compagnons. laits prisonniers,
furent inlernJs à Smolensk, en altcn1ant J~ur lransfcrt en Sibérie. Rohan inlcrvint diplomaliqucment
obtint leur liberté et fil plus. « En arrivant à Vienne:
avant de renlrer en France, écrit M. Boutry, ils furent
re~us par l'ambassadeur qui leur fournit tout cc dont
ils avaient besoin et, toujour~ généreux, mit sa
bourse à leur disposition. ,

princesse, exercée dans l'art de ne se point
laisser pénétrer, me paraît avoir les larmes
~ son commandement: d'une main elle a le
mouchoir pour essuyer ses pleurs, el, de
l'autre, elle saisit le glaive pour être la troisième partageante I u. Par étourderie, ou par
méchanceté peul-êtr1l, car d'Aiguillon détestait Marie-Antoinette, le minislre porta la
lellre à la Du Rarry, qui lroura plaisant d'en
donner lecture à l'un de ses soupers. Et tous
Jt,s courlisans d'applaudir. et l'un d'eux de
redire, rnns tarder, l'épigramme à MarieAntoinelle. On imagine l'irritation de la dauphine. Elle ne doute plus que Ilohan ne soit
directement en correspondance avec la maitresse du roi, avec la favorite aux mœurs
honteuses. pour livrer à ses moqueries les
vertus el l'honneur de sa mère.
Ce ne fut que deux mois après la mort de
Louis XV, Louis XVI étant monté sur le trône
el l'inlluence de Marie-Antoinelle étant devenue prépondérante, que l'impératrice d'Autriche fut débarrassée de relie II vilaine honteuse ambassade &gt;&gt;, pour reprendre ses
expressions. La rancune de Marie-Thérè~e
était si forte que, lorsquïl s'agit d'un retour
momentané, - Rohan désirant revenir à
Vienne pour y prendre congé de la Cour et de
ses amis, - elle en écrivit à Mercy : cc Je
serais très fàchée de l'exécution de ce projet
comme d'une insulle faite à ma personne. 1&gt;
Rohan fut remplacé par le baron de Breteuil.
cc Breteuil pourrait trouver à son premit'r
début ici quelque embarras, observe MaricThérèse, tant &lt;'n est prél'enu en faveur de
son prédécesseur. Ses partisans, cavaliers et
dames, sans distinction d'âge, sont fort nombreux, sans même excepter Kaunitz et l'empereur lui-même. &gt;&gt; A tous ses amis, Rohan
envoya son portrait ciselé sur une mince plaquelle dïYoire, et tel était leur enthousiasme
qu'ils firent monter l'ivoire en bague, le cerclant de perles et de brillants. Le chancelier
Kaunitz, lui aussi, portait celle bague à son
troisième doigt. « J'au·rais eu de la peine à le
croire, dit Marie-Thérèse, si je n'en avais été
convaincue par mes propres yeux. i&gt;
Louis de l\ohan vit dans son rappel un outrage. Il ne pardonna pas à Ilreteuil de lui
avoir surcédé etle soupçonna d'avoir contribué
à rn disgrâce. li le poursuivit à son tour de
son esprit railleur. Breteuil, homme de tout
autre lrempe, ne lui répondit que par le silence et par une haine vigoureuse que, plus
tard, en de terribles circomtances, il devait
brutalement faire agir.
Dan~ son ressentiment, Rohan ne parvint
cependant pas à comprendre la jolie pelite
souveraine qu'il avait naguère, à son entrée
en France, accueillie en un jour de fète et
d'espoir, sous le portail tendu de velours ,
grenat de la haute cathédrale en pierres
rouges ' .
FRANTZ

(A suivre.)

FCi\CK-BRE-:--;TANO.

1814. -

Tableau de J\!EISSONIEiL (Colleclion Chat/Chard, Mu sée dtl Louvre.)

MémoireJ

du général ·bafon de Marbôt
CHAPITRE XXXIV
1814. Je suis nommé au commandemcnl ,lu déparlement de Jcmmapes. - Situation dirficilc. - Soulé,·ement conjuré. - Exlcrmination d"un parti de
Cosaques dans Mons. - Rappel de nos lroupes vers
Paris. - Mon dépôt csl Lransféré à :'\ogent-lc-Roi.

Je commençai à ~Ions l'année 1814, pendant laquelle je ne courus pas d'aussi grands
dangers physiques que dans les précédentes,
mais où j'éprouvai de bien plus grandes peines
morales.Commej' avais laissé à Nimègue tous les
cavaliers de mon régiment qui avaient encore
leurs chevaux, je ne trouvai à Mons, où était
le dépôt, que des hommes démontés, auxquels je cherchais à donner des chevaux tirés
des Ardennes, lorsque les événements s'y
opposèrent.
Le 1" janvier, les ennemis, après aYoir

hésité près de trois mois avant d'oser emahir
la France, passèrent le Rhin sur plusieurs
points, dont l'un des deux plus importants
fut d'abord Caub; bourgade située enlre Bingen el Coblenlz, au pied des rochers de Lur-·
lai, qui, en resserrant infiniment le fleuve,
rendent sa traversée très difficile. L'autre
passage eut lieu à Bàle, dont les Suisses
livrèrent le pont de pierre, en violant la neutralité de leur territoire, neutralité qu'ils
réclament ou abandonnent tour à tour, selon
leurs intérêts du moment.
On évalue de 5 à 600,000 hommes le
nombre des troupes que les alliés, nos ennemis, firent alors entrer dans la France, épuisée par vingt-cinq ans de guerre, qui avait
plus de la moitié de ses soldats prisonniers
en pays étrangers, et dont plusieurs provinces
étaient prêtes à se séparer à la première

""57"'

occasion. De ce nombre étail la province dont
Mons, chef-lieu du département de Jemmapes,
faisait partie.
Cette vaste et riche contrée, annexée à la
France d'abord en fait par la guerre en 1792,
et puis en dmit par le lraité d'Amiens, s'était
si bien habituée à cette union, qu'après les
désastres de la campagne de nu~sie, elle avait
montré le plus grand zèle et fait d'énormes sacrifices pour aider !'Empereur à remettre ses troupes sur un bon pied. Hommes, chevaux, équipement, habillement ... ,
elle avait obtempéré à toutes les demandes
sans murmurer !... Mais les pertes que nous
venions d'éproul'er en Allemagne ayant découragé les Belges, je trouvai l'esprit de cette
population totalement changé. Elle regrettait
hautement le gouvernement paternel de la
maison d'Autriche, sous lequel elle avait lon"o

�r-

111ST0]{1.ll

temps vécu, et désirait vivement se séparer
de la France, dont les guerres continuellt•s
ruinaient son commerce et son industrie. En
un mot, la Belgique n'attendait que l'occasion
de se rérolter, cc qui cùt été d'autant plus
dangereux pour nous que, par sa position
topographique, celle province se trouvait sur
les derrières du faible corps d'armée que
nous avions encore sur le Rhin. L'Empereur
cnrnya donc quelques troupes à Bruxelles,
dont il donna le commandement au général
Maison, homme capable et des plus fermes.
Celui-ci, ayant pm:ouru plusieurs dôparlements, -reconnut que celui de Jemmapes,
surtout la ville de Mons, était animé du plus
mauvais esprit. On y parlait publiquement
d'une prise d'armes contre les faibles garnisons françaises qui l'occupaient, ce que ne
pouvait empêcher le général O... , qui en
avait le commandement; car ce général ,
vieux, goutteux, sans énergie, étant né en
Helgique, paraissait craindre de se compromellre vis-à-vis de ses compatriotes. Le comte
Maison le suspendit de ses fonctions et me
donna le commandement du département de
Jemmapes.
La mission était d'autant plus difficile r1uc ,
après les Liégeois, les habitants du Borinage,
ou pays montois, sont les plus bardis el les
plus turbulents de toute la Bëlgique, et qur,
pour les contenir, je n'avais qu'un petit bataillon de i00 conscrits, quelques gendarmes,
cl 200 cavaliers démontés de mon régiment,
parmi lesquels se trouvaient une cinquantaine
d'hommes nés dans le pays, et qui, en cas de
collision, auraient été se joindre aux insurgés.
Je ne pouvais donc vraiment compter que sur
les 150 autres chasseurs, qui, provenant de
l'ancienne }&lt;'rance, el ayant tous fait la guerre
avec moi, m'auraient sui1·i partout. Ils avaient
de bons ofûciers. Ceux de l'infanterie, el surtout le chef de bataillon, étaient on ne peut
mieux disposés à me seconder.
Je ne pouvais cependant me dissimuler
que, si l'on en venait aux mains, la partie ne
serait pas égale. En effet, de l'hôtel où j'étais
logé, je ,·opis tous les jours 5 à 4,000 paysans
et ouvriers de la ville, armés de gros bâtons,
se réunir sur la grande place et prêter l'oreille
aux discours de plusieurs anciens officiers
autrichiens, tous nobles et riches, et qui,
ayant quitté le serricc lors de la réunion de
la fülgique à la France, prêchaient actuellement conll·e l'Empire, qui les a, ail accablés
d'impôts, leur avait enlevé leurs enfants pour
les envoyer à la guerre, etc., etc. Ces propos
étaient écoulés aYec d'autant plus d'avidité,
qu'ils sortaient. de la bouche de seigneurs
grands propriétaires, et s'adressaient à leurs
fermiers et aux gens qu'il, occupaient , et
sur lesquels ils avaient une très grande influence! .. .
Ajoutez à cela que chaque jour apportait
des nouvelles de la marche des ennemis qui
approchaient de Ilruxelles, en poussant devant eux les débris du corps d'armée du maréchal Macdonald. Tous les employés français
quitlaient le département pour se réfugier à
Valenciennes et à Cambrai. Enfin, le maire

'·-----------------------de ~lvns, 11. Duval de Beaulieu, homme des
plus honoraLles, crut dernir me prévenir que
ma faible garnison et moi n'étions plus en
sûreté au milieu d'une nombreuse population
rxaltée, el que je ferais bien d'évacuer la
ville, ce à quoi personne ne mettrait obstacle,
mon régiment et moi y ayant toujours parfaitement bien vécu avec les habitants.
,Je compris que cette proposition partait
d'un comité composé d'anciens officiers autrichiens, et qu'on avait chargé le maire de
venir me la transmettre dans l'espoir de m'intimider! ... Je résolus doue de monli'er les
detil8 , et dis à M. Duval que je le priais d'assembler le conseil municipal ainsi que les
notaLles, et qu'alors je répondrais à la proposition qu'il venait de me faire.
Une demi-heure après, toute ma garnison
était sous les armes, et dès que le conseil
municipal, accompagné des plus riches habitants, se pré~enta sur la place, je montai à
cheval pour être entendu de tous, et après
avoir prévenu le maire qu'avant de causer
avec lui et son conseil j'avais un ordre très
important à donner aux troupes, je fis connaître à mes soldats la proposition qu'on venait de m'adresser d'abandonner sans combat
la ville confiée à notre garde. Ils en furent
indignés et l'exprimèrent hautement! ... J'ajoutai que je ne devais pas leur dissimuler que
les remparts étant démolis sur plusieurs
points et manquant d'artillerie, il serait fort
difficile de les défendre contre des troupes de
ligne; que cependant, le cas échéant, nous
combattrions vigoureusement; mais que si,
contre le droit des gens, c'étaient les habitants de la ville el de la campagne qui se portaient contre nous, nous ne devrions pas nous
borner à la dé(ensù•e, mais que nous les
allaquerions en employant tous les moyen~,
car tous sont permis contre des révoltés! ...
qu'en ronséquence, j'ordonnais à mes soldats
de s'emparer du clocher, d'où, après une
demi-heure d'attente et trois roulements de
tambour, ils feraient feu sur les attroupements qui occuperaient la place, tandis que
des patrouilles dissiperaient ceux qui obstrueraient les rues, en fusillant principalement
les gens de la campagne qui avaient quillé
leur travail pour venir nous chercher noise.
J'ajoutai que, si le combat s'engageait, j'ordonnais, comme le meilleur moyen de défense, de mett1·e le feu à la iiille pour occuper les habitants, et de tirer constam.ment
sur l'incendie pour les empêcher de l'éteindre! ...
Celle allocution vous paraîtra sans doute
bien acerbe ; mais songez à la position critique dans laquelle je me trouvais, n'aJant
que 700 hommes, dont très peu avaient fait
la gutrre, n'attcndant aucun renfort et me
voi·ant entouré d'une mullitude qui augmentait à chaque instant; car l'officier qui commandait le poste emoyé sur le clocher m'informa que toutes les routes aboutissant à la
,·ille étaient couvertes de masses de charbonniers, sortant des mines de Jemmapes ct se
dirigeant sur Mons. Ma faible troupe et moi
cou1·ions le risque d'être écrasés, si je n'eusse

montré une grande énergie! ... Mon discours
avait produit beaucoup d'effet sur les riches
nobles, promoteurs de l'émeute, ainsi que
sur les habitants de la ville, qui commencèrent à se retirer; mais comme les paysans
ne bougeaient pas, je fis avancer deux caissons de munitions, distribuer cent carloucl1cs
à chaque soldat, charger les armes, et ordonnai aux tambours de faire ]('s trois roulements précurseurs de la fu~illade !
A ce terrible signal, la foule immeurn qui
encombrait la place se mit à courir tumultueusement vers les rues rnisines, où chacun
se pressait à l'envi pour chercher un refuge,
et peu d'instants après, les chefs du parti
autrichien, apnt le maire à leur tête, vinrent
me serrer les mains cl me conjurer d'épargner la ville! J'y co:iscntis, à condition qu'ils
enverraient à la minute porter l'ordre aux
charbonniers et onuiers de retourner chez
eux. lis s'exécutèrent avec empressement, et
les jeunes élégants les mieux montés s'élancèrent sur leurs beaux chevaux el sortirent
par toutes les portes de la cité, pour aller audevant des masses, qu'ils renrnyèrent dans
leurs villages sans que personne y mit d'opposition.
Celle obéissance passive me confirma dans
la pensée que l'émeute avait des chers puissant~, et que ma garnison et moi eussions
été arrêtés si je n'eusse intimidé les meneurs
en les menaçant d'employer tous les moyens,
même le feu, plutôt que de rendre à des
émeuti.:rs la ville confiée à ma garde! ...
Les IJelges sont grands musiciens. Il &lt;levai l
y avoir ce soir-là un concert d'amateurs, auquel mes officiers et moi étions invités ainsi
que M. de Laussat, préfet du département,
homme ferme el courageux. Nous convînmes
de nous y rendre comme à l'ordinaire, et
nous fimes bien, car on nous reçut parfaitement, du moins en apparence. Tout en causant avec les nobles qui avaient dirigé le
mouvement, nous leur fimes comprendre
que ce n'était pas aux populations à décider
par la rébellion du sort de la Belgique, mais
bien aux armées belligérantes; qu'il y aurait
donc folie à eux d'exciter au combat des ouniers et des paysans et de faire verser le sang
pour bâter de quelques jours une solution
qu'il fallait attendre.
Un vieux général autrichien retiré à Mons,
où il était né, dit alors à ses compatriotes
qu'ils avaient eu graod tort de comploter
l'arrestation de la garnison, car c'eût été allircr de nombreuses calamités sur la ville,
puisque des militaires ne doivent jamais
rendre les armes· sans combaltre ! Chacun
convint d~ la justesse de l'obserrntion, et à
compter de ce jour, la garnison et les habitants vécurent en très bon accord, comme par .
le passé. Les Montois nous donnèrent même
peu de jours après une preuvE: éclatante de
leur loyauté; voici à quelle occasion.
A mesure que l'armée des alliés .avançait,
une foule de vagabonds, surtout des Prussiens,
s'équipaient en Cosaques, et, poussés par le
désir du pillage, ces maraudeurs se ruaient
sur tout ce qui avait appartenu à l'adminis-

tration pendant l'occupation des Français et
s'emparaient même sans répugnance des effets
des individus non militaires de celle nation.
Une forte bande de ces prétendus Cosaques,
après avoir traversé le Rhin et s'ètre répandue
dans les départements de la rive gauche, avait
poussé jusqu'aux portes de Bruxelles et pillé
le château impérial de Tcrvueren, où elle
avait enlevé tous les chevaux du haras que
!'Empereur y avait formé; puis, se fractionn.i.nt en divers détachements, ces maraudeurs
parcouraient la Belgique. li en vint dans le

B.ITl!LLE

parts, alors à moitié démolis, il fit pendant
une nuit obscure approcher de la ville ses
cavaliers, dont la majeure partie, après a mir
mis pied à terre, pénétra en silence dans lès
rues et se dirigea vers la grande place cl l 'hùtcl de la Poste, où j'avais d'abord logé. Mais
depuis que j'étais informé du passage du
Rhin par hs ennemis, je me retirais tous les
soirs à la caserne, où je passais la nuit au
milieu de mes troupes. Bien m'en prit, car
les Cosaques allemands entourèrent l'hôtel,
dont ils fouillèrent tous les appartements. et,

DE MO:-DIIRAIL ( 11 FÉYR! ER 1Hq) . -

département de Jemmapes, où ils essayèrent de soulever le, populations; mais n'ayant
pas réussi, ils pensèrent que cela proYenait
de ce que Mons, le chef-lirn, ne se prononçait
pas pour eux, tant était grande la terreur
que le colonel qui y commandait avait inspirée aux Uontois ! Ils résolurent donc de
m'enlever ou de me tuer; mais pour ne point
me donner l'éveil en employant un trop grand
nombre d'hommes à cette expédition, ils se
bornèrent à envoyer 500 Cosaques.
li paraît que le chef de ces partisans avait
été assez bien renseigné, car, rnchant que
j'avais trop peu de monde pour faire bien
garder les vieilles portes et les anciens rem-

Jff'i.M01T&lt;ES DU GÉNÉ7&lt;AL 'BA](ON DE Jff'A]('BOT - ,
dant le séjour que je fis à Mons dans le cours
de l'hiver de 1814, il venait très souvent
chez moi et se parait, dans ces occasions, de
l'uniforme du 23t de chasseurs qu'il avait si
honorablement porté. Or, il advint qur, pendant la nuit dont il est question, Courtois,
re,pgnant le logis &lt;l'un de ses parents chez
lequel il recevait l'hospitalité, aperçut le détachement ennemi qui se dirigeait vers l'hôtel
de la Pùsle. Ilien que le bral'e brigadier sût
que je n'y passais plus les nuits, il voulut
néanmoins s'assurer que son colonel ne cou-

D'après le taéle.J:11 ,t'IloRACE \'ERNE T. (.\fusée de 1·e,·sailles.j

furieux de ne pas trou,·er d'officiers français,
ils s'en prirent 11 l'aubergiste, qu'ils maltraitèrent, pillèrent, et dont ils burent le meilleur
vin au point de se griser, officiers comme
soldats.
Un Ildge, ancien brigadier de mon régiment, nommé Courtois, auquel j'avais fait
obtenir la décoration comme étant l'u11 de
mes plus braves guerriers, entrait en ce moment à l'hôtel. Crt homme, né 11 Saint-Ghislain près de )Ions, avait perdu une jambe en
Russie l'année précédente. J'arnis été assez
heureux pour le saurer en lui procurant les
moyens de regagner la France. Il en avait
conservé une telle reconnaissance que, pen-

rail aucun danger, el pénétra bral'ement dans
l'hôtel, où il entraina son parent.
A la vue de l'uniforme français el de la
décoration de la Légion d'honneur, les Prussiens eurent l'infamie de se jeter sur Je malheureux estropié et voulurent lui arracher la
croix qui brillait sur sa poitrine! ... Le vieux
soldat ayant cherché à défendre sa décoration,
les Cosaques prussiens le tuèrent, traînèrent
son cadavre dans la rue, puis continuèrent
leur orgie!
Mons était si grand relativement à ma faible garnison, que je m'étais retranché dans la
caserne, el, concentrant ma défense de nuit
sur cc point, j'al'ais interdit à ma lroupl!

�'H1S T0'1{1.Jt
d'aller du côté de la grande place, bien que
je fusse instruit que les ennemis s'y trouvaient, car je ne connaissais pls leur nombre

parvinrent jusqu'au lieu où il, avaient laissé
leurs chevaux attachés aux arbres de la promenade, ils y trouvèrent le chef de Lataitlon

BATAILLE DE MOXTEREAU ( 18 FÉVRIER 181.tJ,

o·:iprès le tatleatt de Cn,RLES LANGLOIS. (.Musée de Versailles.)

et craignais que les habitants ne se réunissent à eux! ... Mais dès que ceux-ci furent
informés de l'assassinat de Courtois, leur
compatriote, homme estimé de toute la contrée, ils résolurent de le venger, et, oubliant
momentanément leurs griefs contre les Fran~:ais, ils députèrent vers moi le frère de Courtois ainsi que les plus notaLles et les plus
braves d'entre eux, pour m'engager à me
mettre à leur Lêtr, afin de chasser les Cosaques 1
Je crois bien que les excès et le pillage que
ceux-ci avaient commis à l'hôtel de la Poste,
inspirant à chaque bourgeois des craintes
pour sa famille el sa maison, les portaient,
au moins autant que la mort de Courtois, à
repousser les Cosaques, et qu'ils eussent agi
tout différemment si, au lieu d'assassins el
de pillarJs, des troupes rrglées eussent pénétré dans la ville! Némmoins, je crus devoir
pro fi ter de lJ bonne volonté de ceux des habitants qui venaientdes'armcren notre farcur.
Je pris donc une partie de ma troupe, et me
portai vers la place, tandis qu'avec le surplus,
le chef de bataillon, qui connais~ait parfaitement la ville, allait, par mon ordre, s'embusquer auprès de la brèche par laquelle les
Cosaques prussiens avaient pénétré dans la
place.
Dès les premiers coups de fusil que nos
gens tirèrent sur ces drôles, le plus grand
tumulte régna dans l'hôtel et sur la place!. ..
Ceux des ennemis qui ne furent pas tués à
l'instant s'enfuirent à toutes jambes; mais
beaucoup s'égarèrent dans les rues, où ils
furent assommés en détail. Quant à ceux qui

qui les accueillit par une fusillade à brûlepourpoint I Le jour venu, on compta dans la
ville ou sur la vieille brèche plus de 200 ennemis morts, et nous n'avions pas perdu un
seul homme, nos adversaires ne s'étant point
défendus, tant ils étaient abrutis par 1~ Yin et
les liqueurs fortes! ... Ceux d'entre eux qui
survécurent à celle surprise, en se laissant
glisser le long des débris des vieux remparts,
se jetèrent dans la campagne, où ils forent
tous pris ou tués par les paysans devenus furieux en apprenant la mort du malheureux
Courtois, considéré comme la gloire de la
contrée, et qui, surnommé par eux la Jambe
de bois, leur était devenu aussi cher que le
général Daumesnil, autre jambe de bois,
l'était aux faubouriens de Paris.
Je ne cite pas le combat de Mons comme
une affaire dont je puisse tirer vanité, car,
avec les gardes nationaux, j'avais douze à
treize cents hommes, tandis que les Cosaques
prussiens n'en comptaient guère que 500 ;
mais j'ai crù devoir rapporter cet engagement
bizarre, pour démontrer combien l'esprit des
masses est versatil~. En effet, tous les paysans et charbonniers du .Borinage qui, un
mois avant, se porla~eot en ma~se pour exterminer ou du moins désarmer le petit nombre
de Français laissés dans Mons, renaienl de
prendre parti pour eux contre les Prussiens,
parce que ceux-ci avaient Lué l'un de leurs
compatriotes 1 Je regrettai aussi beaucoup le
brare Courtois, tombé victime de l'allachcmenl qu'il avait pour moi.
Le trophée le plus important de notre îictoire fut les 500 et 1uelques chevaux que les
.., 60 ""

ennemis abandonnèrent entre nos mains. Ils
prol'enaient presque tous du pays de Berg el
étaient fort pons; aussi je les incorporai dans
mon régiment, pour lequel celte remonte
iaallendue arriva fort à propos.
Je passai encore un mois à Mons, dont les
habitants étaient redevenus parfaits pour
nous, malgré l'approche des armées ennemies. Mais les progrès de celles-ci devinreo t
enfin si considérables que les Français durent
non seulement abandonner Bruxelles, mais
toute la Belgique, el repasser les frontières
de l'ancienne France. Je reçus ordre de conduire le dépôt de mon régiment à Cambrai,
où, avec les chevaux pris naguère aux Cosaques prussiens, je pus remet! re dans les
rangs 300 bons cavaliers revenus de Leipzig,
et former deux beaux escadrons, qui, sous la
conduite du commandant Sigaldi, furent bientôt dirigés sur l'armée que !'Empereur avait
réunie en Champagne. Ils s'y firent remarquer, et soulinrent la gloire du 25• de chasseurs, surtout à la bataille de Champaubert,
où fut tué le brarn capitaine Duplessis, oflicier des plus remarquables.
J'ai toujours eu une grande prédilection
pour la lance, arme terrible entre les mains
d'un bon cavalier. J'avais donc demandé et
obtenu l'autorisation de distribuer à mes escadrons des lances que les officiers d'artillerie
ne pouvaient emporter en évacuant les places
du Rhin. Elles furent si bien appréciées que
plusieurs autres corps de cavalerie en demandèrent aussi, et se félicitèrent d'en avoir.
Les dépôts des régiments étant obligés de
passer sur la rive gauche de la Seine, afin de
ne pas tomber cotre les mains des ennemis,
le mien se rendit à Nogent-le-Roi, arrondissement dtl Dreux. Nous avions un assez bon
nombre de cavaliPrs, mais presque plus de
chevaux. Le gourernement faisait les plus
grands e!Torls pour en réunir à Versailles, où
il avait créé un dépôt central de cavalerie,
sous les ordres du général Préval.
Celui-ci, de même que son prédécesseur le
général Ilourcier, entendait beaucoup mieux
les détails de remonte et d'organisation que
la guerre, qu'il avait très peu faite. Il s'acquittait fort bien de la mission difficile dont
!'Empereur l'avait chargé; mais comme il ne
pouvait cependant improviser des chevaux ni
des équipements, et quïl lenait d'ailleurs à
ne mettre en route que des détachements bien
organisés, les départs étaient peu fréquents.
J'en gémissais, mais aucun colonel ne pouvait se rendre à l'armée sans un ordre de
!'Empereur, qui, pour ménager ses ressources, avait déft:ndu d"emoycr à la guerre p)us
d'officiers que n'en comportait le nombre
d'hommes qu'ils avaient à commander. Ce
fut donc vainement que je priai le général ·
Préval de me laisser aller en Champagne. li
fixa mon dépa_rt pour la fin de mars, époque
à laquelle je devais conduire à l'armée un
régiment dit de marche, composé des hommes montés de mon dépôt et de plusieurs
autres.
Je fus autorisé à résider jusqu'à ce moment-là à Paris, au sein de ma famille, ear

Cliché \'izza,·ona.

GLORIEUX BVCIIER (3o i\lARS 1814 ).
1'ablea1, d HF.NRI J • GQUIF.R.

..,. 61,..

�.Jlf'É.M01'/fES DU G'ÉN'É](A.L BA.](ON D'E M A](BOT -

111S TORJA
~I. C.1,cucu,e, mou liC'ulcnanl-ru\011cl, ~urlisail pour commander et réorganiser les
200 hommes qui se trouvaient encore à Nogent-lc-Iloi, et je pouvais, du reslc, les inspecter en quelques heures. Je me rendis donc
à Paris, où je passai une grande partie du
mois de mars, un des plus pénil.iles de ma
vie, IJicn que je fusse auprès de cc qucj'arnis
de plus cher. füis le gouvernement impérial,
auquel j'étais altacl:ié et que j'avais si longl&lt;'mps défendu au prix de mon sang, croulait
de Ioules parts. Les armées ennemies occupaient, de Lyon, une grande parlie de la
France, et il était facile de prévoir qu'elles
arrivcraienl Licnlôl dans la capitale.

CHAPITRE XXXV
llrll,· cnmpagnc de :'inpoléon. - La résislancc dcvi1•11t
impossible. - ln-uffisancc des mesures prises pour
priscncr Paris. - .\rriVl'C des alliés. - Retour
ior,lir ,le l'Ernpcrcur sur la capilalc. - Pnris aur:iil
d,i tenir. - lnlrigucs ourdies conlrc :'iapoléon.

Les plus grands antagonistes de !'Empereur
sont forcés de convenir qu'il se surpassa luimême dans la campagne d'hiver qu'il fit dans
. les trois premiers mois de 1811. Jamais général n'avait fait preuve de tant de talents,
ni réalisé d'aussi grandes choses avec d'amsi
îail&gt;les ressources. On le vit, avec quelques
milliers d'hommes, dont )JOC grande partie
élaicn t des conscrits inexpérimentés, tenir
tête à toutes les armées de l'Europe, faire
fare partout avec les mêmes troupes, qu'il
portait d'un point à nn autre avec une rapidité merl'eilleuse, et, profilant habilement dP
toutes les ressources du pays pour le défendre, il courait des Autrichiens aux Russes,
des fiusscs aux Prussiens, pour revenir de
Blï1cber à Schwarz,mberg et de celui-ci à
Sacken, quelquefois r&lt;'poussé par eux, mais
beaucoup plus souvent vainqueur. Il eut un
•momrnt l'espoir de chasser du territoire français les étrangers qui, découragés par leurs
nombreuses défaites, songeaient à repasser
le Rhin. Il n'eùl fallu pour cela qu'un nomel
effort de la nation; mais la lassitude de la
guerre était générale, et de toutes parts, surtout à Paris, on conspirait contre l'Empire.
Plusieurs écrivains militaires ont exprimé
leur étonnement de cc que la France ne s'était
pas levée en masse, comme en 1702, pour
repousser les étrangers, ou bim qu'elle n'ait
pas imité les Espagnols en formant dans
chaque province un cenlrt! de défense nationale.
On répond à cela que l'enthousiasme qui
avait improvisé les armces de 1792 était usé
par vingt-cinq ans de guerres el les trop fréquentes conscriptions anticipées faites par
J'Empereur, car il ne restait dans la plupart
de nos dépar!C'menls que des vieillards cl des
enfants. Quant it l'exemple tiré de l'Espagne,
il n•est nullement applicable à la France, qui,
ayant laissé prendre trop d'influence 11 la ville
de Paris, ne peut rien quand celle-ci ne se
met pas à la tête du momrment, tandis qu'en
Espagne, chaque province, formant un petit
gouvernement, avait pu agir et se créer unt•

ar111fr. lur~ mèmc 'lue )ladrid ~c lroU\ail
occupé par les Français. Cc fut la cen/l'alisalion qui perdit la France.
li n'entre point dans le plan que je me
suis donné de raconter les hauts fails de l'armée française dans la célèbre campagne de
18 t i; car il faudrait pour cela écrire des
volumes, commenter tout ce qui a été publié
à ce sujet, et je ne me sens pas le courage de
m'appesantir sur les malheurs de mon pays;
je me bornerai donc à dire qu'après arnir
disputé pied à pied le terrain compris entre
la Marne, l'Aube, la Saône et la Seine, !'Empereur conçut un vaste projet qui, s'il réussissait, devait sauver la France. C'était de se
porter avec le gros de ses troupes, par SaintDizier et \ïLn, vers la Lorraine el l'Alsace,
cc qui, en mènaçant fortement les derrières
de l'ennemi, devait lui faire craindre d'être
séparé de ses dépôts, de n'avoir plus aucun
moyen de retraite, el le déterminer à se retirer vers la frontière, tandis qu'il en avait encore les moicns.
)lais pour que le superbe mouvement stratégique projeté par l'Empereur pût avoir un
bon résultat, il fallait le concours de deux
conditions qui lui manquaient, savoir : la
fidélité des hauts fonctionnaires de l'État, cl
les moyens d'empêcher les ennemis de s'emparer de Paris, dans le cas oi,, sans se préoccuper de la marche que l'Empereur faisait
sur leurs derrières, ils se porteraient vers la
capitale. ~falheureusemenl, la fidélité à l'Empereur était tellement afiaiLlie dans le Sé11al
et le Corps législatif, que ce furent les principaux membres de ces assemblée~, ll.'ls 111u·
'falle1rand, le duc de Dalberg, Laisnt: el autres, qui, par des émissaires secrets, informaient les souverains alliés de la désalfcctio:i
de la haute classe parisienne à l'égard de Napoléon, el les engageaient à venir allaquer ln
capitale.
Quant aux moyens de défrnsc, je dois
avouer que Napoléon n'y avait pas suffisamment pourvu, car on s'était borné à couvrir
de quelques palissades les barrières de la
rive droite, sans f~ire aucun ouvrage pour y
placer du canon. Et comme le très petit nombre de troupes de ligne, d'invalides, de vétérans cl d'élèves de l'École polytechnique qui
formaient la garnison était insuffisant pour
qu'on pût même essayer de résister, !'Empereur, en s'éloignant de la capitale au mois de
jam-ier, pour aller se mellre à la tète des
troupes réunies en Champagne, avait conûé à
la garde nationale la défense de Paris, où il
laissait son fils et l'Impéralrice. Il a,a:t réuni
aux Tuileries les officiers de la milice bourgeoise, qui, selon l'habitude, avaient répondu
par de nombreux sel'lnenls el les plus belliqueuses protestations au discours chaleureux
qu'il leur adressa. L'Empereur al'ait nommé
!'Impératrice régente, et désigné pour lieutenant général commandant supérieur son frère
Joseph, ex-roi d'Espagne, le meilleur, mais
le plus antimilitaire de tous les hommes.
Napoléon, se faisant illusion au point de
croire qu'il avait ainsi pourvu à la sûreté de
la capitale, pema qu'il pournit h lirrer pour

quelque~ jour~ à ~es propres forces, pour
aller avec le peu de Lroupes qui lui restaient
exécuter le projel de se jeter sur les derrières
des ennemis. li partit donc pour la Lorraine
vers la fln de mars. Alais à peine étai t-il à
qucl1j11es jour; de marche, qu'il apprit que
les alliés, au lieu de le suivre, ainsi qu'il
l'avait espéré, s'étaient dirigés sur Paris, en
poussant devant eux les faibles débris des
corps des maréchai.;x llarmont et Mortier,
qui, postés rnr les hauteurs de ~lontmartre,
rs,ayaient de les défendre, sans que la garde
nationale les secondât autrement que par
l'enYoi de quelques rares tirailleurs.
Ces fàchcu,cs nouvelles arnnt dessillé les
)'CUX de Napoléon, il fit rétrogader ses colonnes vers Paris, dont il prit lui-même la
route sur-le-champ.
Le 50 mars, !'Empereur, ,·oyageant rapidement en poste et sans escorte, venait de
dépasser Moret, lorsqu'une vive cano:rnade rn
faisant entendre, il conçut l'espoir d'arriver
avant l'entrée des alliés dans la capitale, 011
sa présence aurait certainement produit une
très vive sensation sur le peuple, qui demandait des armes. (li y avait cent mille fusils
et plusieurs million!' de cartouches dans les
casernes du Cbamp de Mars, mais le général
Clarke, ministre de la guerre, ne voulut pils
en permettre la distribution.)
Arrivé au relais cl~ Fromenteau, à cin,1
lieues seulement de Paris, l'Emperrur, n'entendant plus le canon, comprit &lt;1ue celle ,ill,·
était au pouvoir des ennemis, ce qui lui f111
confirmé à Villejuif. F.n effet, \farmont avait
signé une capitulation qui livrait la capital1•
aux ennemis!
Cependant, à l'approche du danger, on
avait éloigné de Paris l'impératrice et sou
lîls le Roi de Rome, qui s'étaient rendus 11
Blois, où le roi Joseph, abandonnant le commandement dont l'Empereur l'avait revêtu,
les suivit bientôt. Les troupes de ligne évacuèrent Paris par la barrière de Fontaineblcau,
route par laquelle on attendait l'Empereur.
Il est impo~sible de donner une idée de
l'agitation dans laquelle se trouvait alors ln
capitale, dont les habitants, divisés par tant
d'intérêts différents, venaient 1l'ètre surpris
par une im:asion que peu d'entre eux avaient
prévue .... Quant à moi, qui m'y attendais,
el qui arnis rn de si près les horreurs de la
guerre, j'étais bien tourmenté de saroir où je
mellrais en sûre:é ma femme et mon jeune
enfant, lorsque le bon vieux maréchal Sérurier ayant offorl un asile à toute ma famille
à l'hôtel des lmalides, dont il t;tait gouverneur, je fus Lranquillist: par la pensée que,
les lieux habi11:s par les vieux soldats apnt
élt: partout r&lt;!spectés par les Franrais, les
ennemis agiraient de même envers nos anciens militaires. Je conduisis donc ma famille
aux Invalides et m'éloignai de Paris avant
l'entrée des alliés, pour me rendre à Versailles au\'. ordres du général Pn;,,al, qui me
donna le commandement d'une petite colonne
composée de cavaliers disponibles de mon
régiment, ainsi que de ceux des gc et l 2e de.
chasseurs.

Lors même que les alliés n'eussent pas n'attaquèrent que fo :iO, eurent donc 11uamarché sur Jl3ris, cette colonne devant èLre rante-huit heures pour employer ces resréunie ce jour-là mtlme 11 Ilambouillel, je m•~ sources, mais aucune ne fut mise en usage.
rendis. J'y trom·ai mes thcvanx cl équipages Enfin, pour comble d'impéritie, au moment
de guerre, cl pris le commandemrnl des où les troupes ennemies attaquaient Romainville, Joseph et Clarke faisaient sortir de
escadrons qui m'étaient destiné5.
Paris,
par la barrière de Passy, i,000 des
La route était couverte par les voitures dl's
personnes qui s'éloignaient de la capitale. Je meilleurs fantassins ou cavaliers de la garde
ne m'en étonnai pas; mais je ne pomais impériale, pour aller renforcer à Blois l'escomprendre d'où prornnait le grand nombre corte de l'impératrice qui était déjà plus
de troupes de diverses armes qu'on vopit nombreuse qu'il n'était nécessaire pour le
arri,·er de toutes les directions par détache- moment.
Dès que Napoléon apprit que Paris avait
ments qui, si on les eùl réunis, aurail'nl
formé un corps assez considérable pour arrê- capitulé el que les deux petits corps de )Jar.
ter les ennemis devant ~lonlmarlrc et donner mont et de Mortier avaient é,·acué la place
le temps à l'armée, qui accourait de la Cham- en se retirant vers lui, il leur envoya l'ordre
pagne et de la Brie, de sauwr P.iris. Mais de Yenir prendre position à Essonnes, à sept
!'Empereur, trompé par son ministre de la lieues cl à mi-chemin de Paris à Fontaineguerre, n'avait donné aucun ordre à ce sujet, bleau, cl se rendit lui-même dans celle deret ignorait probal&gt;lemrnt qu'il lui rcstàt nière ville, où arrivaient les tètes de colonnes
encore de si grands mo~·ens de défense, dont de l'armée revenant de Saint-Dizier, ce qui
voici l'énumération, d'après les documents indiquait l'intention dans laquelle était !'Empereur de marcher sur Paris, dè.s que ses
pris au ministère de la guerre, sarnir :
Quatre cents canons, suffüamment appro- troupes seraient réunies.
Les généraux ennemis ont avoué plus lard
üsionnés, soit à Vincennes, soit à l'École
militaire du Champ de Mars, ou au dépùt que s'ils eussent été allaqués par !'Empecentral d'artillerie. Plus de 50,000 fusils reur, ils n'auraient osé recevoir la bataille,
neufs dans ces mêmes lieux. Quant aux en ayant derrière eux la Seine et l'immense
hommes, le roi Joseph cl Clarke, le mini~Lrc ,·il\e de Paris avec son million d'habitants,
de la guerre, pouvaient disposer de troupes i1ui pouvaient se révolter pendant la bataille,
amenées 11 Paris par les maréchaux )larmonl barricader les rues ainsi que les ponts, et
et Mortier, cl dont l'effectif s'é'.erait /1 leur couper la rel raite; aussi étaient-ils rt;·
19,000 hommes; de 7 i1 8,000 soldats de la solus à se retirer pour aller camper sur les
ligne casernés à Paris; de :i,001) hommes hauteurs de Ildleville, Charonne, Montmartre
appartenant aux dépôts de la garde impériale; el les buttes Chaumont, qui dominent la rilC
de I i', à iR,000 cavaliers démontés, casnnés droite de la Seine el la roule d'Allcmagnr,
11 \'er5aillcs ou dans les emirons; de IX à lorsque survinrent dans Paris de nouYeaux
20,000 conscrits ou
soldats de dépôts dcslint:, aux régiments
de la ligne, et des
gardes nationales aclives casernées à
Saint-Denis, Courbevoie, IluE-il et autres
villages des environs
de Paris; de plus de
2,000 officiers en
congé, blessés, sans
emploi ou en retraite,
qui étaient venus offrir leurs services;
enfin de 20,000 ouvriers, presque tous
anciens soldats, qui
demandaient à contribuer à la défense
de Paris.
Ces forces réunies
présentaient un elfoctif de plus de 80,000
CO\lflAT LE CLAl'E (~7 MARS 18q). - D'atrès le /ab:ea1I d'Ecci:-.F L A"Y.
hommes, qu'il t:lait
facile de rassembler
en quelques heures
et &lt;l'utiliser à la défense de la capitale jus- évérn menls qui les retinrent dans celle ville.
1\1. de Tallevrand, ancien évêque marié,
11u 'à l'arri,éc de Napoléon et de l'armée qui
a,·ait été, en apparence, l'un des hommes les
le suivait.
Joseph el Clarke, prévenus dès le 28 mars plus dévoués à !'Empereur, qui l'avait comblé
au matin de l'approchr des ennemis, qui de richesses, fait prince de Ilénévent, grand

""

1hambellau, ek., etc. M. de Talle)·rand, donl
l'amour-propre était Lle~sé de n'être plus le
l'Onfident de '.\'apoléon et le ministre dirigeant
de sa politique, s'était mis, surtout depuis
les désastres de la campagne de Russie, à la
tète de la sourde opposition que faisaient les
mécontents de tous les partis, el principalement le (&lt;w~o111·r1 Saint-Germain, c'est-àdire la haute aristocratie, qui, après s'être
soumise en apparence et avoir même servi
Napoléon aux jours de sa prospérité, s'était
posée en ennemie et, sans se compromellre
0U\'ertement, auaquait par tous les moyens
le chef du gouvernement. Les principaux
chefs de ce parti étaient : J'abbt\ de Pradt,
que l'Empereur arnit nommé archeYêquc de
fülines; le baron Louis, l'abbé de Monlcsf[uiou, M. de Chateaubriand, le député
Laisné, etc., etc.
Presque Lous ces hommes de talent, dirigé3
par Talleyrand, le plus habile et le plus intrigant de tous, attendaient depuis quelque
temps l'occasion de renverser Napoléon. Ils
comprirent qu'ils n'en trouveraient jamais
une aussi favorahle que celle que leur offrait
l'occupation de la France par un million el
demi d'ennemis, el la présence à Paris de
tous les souverains de l'Europe, dont la plupart avaient été grandement humiliés par
~apoléon. \lais, Lien que celui-ci fût en re
moment très affaiLli, il n'était point encore
totalement abattu, car, outre l'armée qu'il
ramenait avec lui et qui rnnait de faire dt•s
prodiges, il lui restait celle de Suchet entre
les PJrénées et la Haule-Garonne, des troupes
nombreuses commandt'•es par le marérhal
Soult, el il y avait dem belles divisions 11
Lyon; enfin, l'armée
d'Italie éla i L encore
formidahle, de sorte
que, malgré l'occupation de Bordeam
par les Anglais, Xapoléon pournit encore
réunir des forces considérables et prolonger indéfiniment la
guerre, en soulevant
les populations exaspérées par les exactions des ennemis.
M. de Talleyrand
et son parti comprirent que s'ils donnaient à !'Empereur
le temps de faire arriver sous Paris les
troupes qui le sui,aient, il pourrait
batlre les alliés dans
les rues de la capitale
ou se retirer dans
(Musée de l'ersail/es.)
quelques provinces
dérnufrs, où il continuerait la guerre jusqu'à ce c1ue les alliés,
fatigués, consentissent lt foi.ire la paix. li fallait
donc, selon Talle)rand et ,es amis, changer
la face du gouvernement. )lais là se tromail
la grande difficulté, rar ils voulaient rét:.lilir

�r

111STO'J{1.Jl

---------J

en la pmonne de Louis HIil b famille d,•s surie force1' la main aux souYcrains étranBJurbons rnr le 1rône, tandis qu'une p3r1ic gers, fit paraîlre à cheval sur la place
de la nation désirait y laisser Napoléon, ou Louis X\' ur.e ,·ingtainc de jeunes grns du
tout au moins y appelrr son fils.
fanbour;; SJint-G,·rmain, parés de cocardes
La même dil'crgencc d'opinion existait blanches el conduits par le vicomte Talon,,
parmi les souverains alliés, car les rois d'An- mon ancien compagnon d'armes, de qui je
gleterre el de Prnssc se rangtaicnt du côlti lit•r.s ces détails. Ils se dirigèrent l'ers l'hôlcl
dl's Bourbons, landis que l'empereur de de la rue Saint-Florentin, haLilé par l'empeHussie, qui ne les :nait jamais aimés el qui reur AlPxandre, en criant à lue-tète : c1 \'ire
craignait que l'arilipalhie de la nation fr:in- le roi Louis X\'111 ! \'ivcnt les Bourbons! A
çaise pour ces princes et les émigrés n 'aruc- bas le tyran! ... »
nàl r1udquc nom·dle rél'olution, n'était pas
Ces cris ne produisirent d'abord sur les
éloigné de prl'ndre les inlérêls du fils de curieux rassemblés qu'un sentiment de stuNapoléon.
péfaction, à laquelle succédèrent les menaces
Pour couper court à ces di,cussions et de la foule, cc qui ébranl.i les membres les
décider la question m prenant les devants, plus résolus de la carnlcade. Ce premier élan
l':istucitux Talleyrand, rnulant en quelque de royalisme apnt manqué son elfot, ils

rrcommencèrenl la scène sur dilîérenls points
d, s houltrards. Sur quelques-uns on les hna,
~ur d'autres on les applaudit. Comme l'entrée
drs souverains alliés approchait et qu'il fallait aux Parisiens un cri pour les animer,
celui jeté par le vicomte Talon et ses amis
retentit toute la journée aux oreilles de l'empereur Alexandre, cc qui permit à Tallcyrand
de dire le soir à ce monarque : &lt;( Yotre Majrsté a pu juger par elle-même al'ec quelle
unanimité la nation désire le rétablissement
des Bourbons! )&gt;
A compter de ce moment, la cause de Napoléon fut perdue, Lien que ses adhérents
fussent infiniment plus nomLreux que ceux
de Louis XVIII, ainsi que les événements le
proul'èrent l'année suivante.

(A suivre.)

GÉNÉRAL DE

i

(

MARBOT.

L'HISTOIRE INTIME
~

Une intriga nie

RcproJuction autnric;éc par Gourîl et ('1•, éditeurs, Paris.

LES GIRONDINS. -

Mon père m'avait donné une espèce de
goul'ernantP, ou plulùt ce que l'on appelle
une bonne, qui ;l\'ait une nièce du même âge
que le mien. Jus,1u'à l'épo~uc de notre première communion, elle venait passer ses
jours de vacances chez sa tante et jouait al'cc
moi. L'lrsqu 'clic eut allcint l'à,ge de douze
ans, mon père, sans qu'aucun sentiment de
hauteur dirigPât sa prudence, dédara q11'il ne
voalait plus que celte petite vint jouer avec
moi et mes sœurs. L'éducalion soignée qu'il
voulait Lien nous donner lui faisait craindre
des relations inlim,·s avec une petite personne
deslinéè à l'état de couturière et de LNdèuse.
Celle petite fille était jolie, blonde et d'un
mJinlien lr~s moJesle. Six ans après l'épo 1uc
où mon père lui avdil interdit l'eolrétl de sa
maison, le duc de la Vrillière, alors M. le
comte de Saint-Florentin, fit demander mon
père : (( Avez-vous, lui dit-il, à votre service
une femme âgée nommée l':\ris? » Mon père
lui répondit qu'elle nous avait élevées et était
encore chez lui. &lt;( Connaissez-vous sa jeune
nièce? » rrprit le minis 1re. Alors mon père
lui dit ce que la prudence d'un père qui désire
que ses enfants n'aient jamai~ que d'utiles
liaisons lui avait suggéré il y avait six ans.
&lt;&lt; \'ous ave1. agi bien prudemment, lui dit
U. de SainL-Florentin; depuis quarante ans
que je suis au ministère je n'ai pas encore
rencontré une intrigante plus audacieuse que
cette pelite griselle : elh~ a compromis dans
ses mensonges notre auguste souverain, nos
pieuses princesses, mesdames Adélaïde et

\'icloire, c•t l'estimaLle monsieur Baret, curé
de Saint-Louis, qui d lll5 ce moment est interdit de ses fonctions curiales jusqu'à l'éclaircissement parfait de cclttl infàme intrigue ; la
petite personne est à la füstille en ce moment.
Imaginez-mus, ajouta-t-il, qu'à l'aide de ses
astucieux mensonges elle a sou~trait plus de
soixante mille francs à dirnrs gens créJules
de Versailles : aux uns elle affirmait qu'elle
était maitresse du roi, se faisait accompagner par eux jusqu'à la porte de glace qui
ouvre dans la galerie, entrait dans l'appartement. du roi par celte porte particulière en se
h faisant ou l'rir par quel4uPs garçons du
cùâteau q11i a1·aient ses faveur;. A peu près
Jans le mème temps elle a fait demander
M. Gauthier, le chirurgien des chevau-l~gers,
pour accoucher chez elle une femme dont le
vi,a3e était couvert d'un crèpe noir, et fournit au chirnrgicn les servielles dont il avait
besoin, el qui toutes étaient marquéps à la
couronne, scion les dépo3itions de Gauthier.
Elle lui a de mème procuré, pour bassiner le
lit de l'accouchée, une bassinoire aux armes
des princesses, et un bol de bouillon en argent
el porlant les mèmes armes. Depuis les informations comm.incées sur celte alLirr, nous
sarnns de même que c'est encore un garçon
servant chez Mesdames qui lui a procuré ces
objets; mais elle a fait circuler cet odieux et
criminel mensonge parmi les gens dtl son
espèce, el il a même percé jusqu'à des gt:ns
dont les opinions ont plus d'importance. Ce
n'est pas tout encore, ajouta le ministre, elle

a avoué tou~ ses crimes; mais au milieu des
pl€urs et des sanglots du repentir elle a
déclaré qu'elle était née pour la \'erlu, et
avait été entraînée dans le chemin du vice
par son confl'sseur, M. le curé 8Jret, qui
l'avait séJuite dès l'àge de quatorze ans : le
curé lui a été confronté. Cette malheureuse,
dont l'air cl le maintien ne ressemblent nullement à la perversité de son esprit et de ses
mœurs, a eu l'eITronteric de soutenir en rn
présence cc qu'elle arait déclaré, et a osé
appuyer celle &lt;lédaralion d'un fait qui semblait affl rmer la liaison la plus intime, m
disant au Yertucux curé qu'il avait un signe
sur !"épaulé gauche. A ces mots le curé a
dt&gt;mandé qu·on fit arrèter sur-le-&lt;·hamp un
valet de chamùre qu'il al'ait :ilors et qu'il
avait cùassé pour ses mauvaises mœurs. Les
interro6atoircs suiv.rnls ont prouvé que re
malheureux avait aus,i été du nombre dt&gt;s
amants de la jeune fill,•, et que c'était de lui
qu'elle tenait le renscignemc1,l sur le signe
qu'elle avait eu l'impudeur cl l'effronterie de
ci Ler. )&gt; Le pauvre cu rJ Baret fit une malad ic
gral'e du chagrin que lui donna un drsagrément aussi peu mérité. Le roi avait pourtant
eu la ùonlé de l'accueillir à son retour à Versailles, et de lui dire qu'il devait savoir qu ï-1
n'y avait eu rien de sacré pour celle audacieuse créJlure.
Quand l'affaire fut entièrement éclaircie,
le ministre fit sortir cette vile intrigan le de
la Bastille, et elle Fut envoyée à Sainte-Pélagie
pour le reste de ses jours.
.\lADAME CA:\\P,\~ ·-

T ableau de PAt:L D1::LAROCIIE,

PAUL ûAULOT
~

Les amours d'un Girondin
Jean-François Ducos avait vingt-cinq ans
lorsque, le 21 octobre 1790, il avait épousé
Jeanne-AgathP. Lavaud.
Ce mariage unissait deux familles également honorables de Bordeaux. Les Ducos et
les Lavaud étaient commerçants, et dans une
situation prospère, si l'on en juge par les
avantages faits aux jeunes époux au moment
du mariage.
Agathe Lavaud apportait en dot une rente
de deux mille livres, et Ducos recevait une
pension annuelle de quatre mille livres. li
était en outre associé pour un quart dans le
commerce de son père, et il avait le choix,
ou de recevoir dans la maison paternelle le
logement et la nourriture pour lui, sa femme
et les enfants à naitre, ou de loucher un supplément de pension de mille livres.
Les jeunes époux entraient donc en ménage
dans d'excellentes conditions. L'amour était
aussi de la partie : le mari aimait sa femme,
et la femme aimait passionnément son mari.
Ils auraient pu vivre tranquilles et partant
vivre heureux, mais Ducos, tout acquis aux
idées nouvelles, brûlait du désir de ne point
rester obscur et paisible dans sa ville natale.
VI. -

HISTORIA. -

Fasc. 42.

Le commerce n'était pas de son goût, et il se
disait plus volontiers homme de lettres.
Ayant connu Marat dans de précédents séjours
à Paris, il était devenu l'ami de cet homme,
qui n'était point encore le fou sanguinaire
qu'il se montra dans la suite, et celle amitié
n'avait pas peu contribué à lui inspirer le désir de jouer un rôle politique.
La confiance de ses concitoyens et le malheur de sa destinée satisfirent sur ce point
ses rêves ambitieux. Ducos fut nommé député
à l'Assemblée législative (septembre 1791).
Ce fut tout d'abord une grande joie pour
lui et pour les siens, lorsque la nouvelle lui
fut apportée que les électeurs du département de la Gironde l'avaient désigné pour
aller travailler au bonheur de la France et à
celui de l'humanité avec ceux que l'enthousiasme du temps appelait « des génies ».
Grande joie mêlée cependant de quelque mélancolie, car les fonctions glorieuses dont il
venait d'être investi réclamaient sa présence
immédiate à Paris, et il lui fallait laisser à
Bordeaux la jeune femme qu'il avait épousée
moins d'un an auparavant.
Madame Ducos, en effet, était enceinte de

sept mois. C'eût été folie de lui faire entreprendre un si long et si pénible voyage dans
cette situation, surtout alors qu'il s'agissait
de se rendre dans une ville où nulle installation n'était prête, tandis qu'à Bordeaux elle
trou l'ait, aussi bien dans sa propre famille
que dans la famille de son mari, les soins affectueux qui lui étaient nécessaires.
li fut donc décidé que le « législateur l&gt;
gagnerait seul son poste, et que la jeune
femme ne le rejoindrait qu'après ses couches
el son complet rétablissement.
C'est à cette séparation que nous devons
toute une série de lettres (le dossier n'en contient pas moins de soixante-quatorze ),
écrites à Ducos par sa femme, et par sa
belle-sœur, une aimable et vive jeune fille,
Sophie Lavaud. Lettres débordantes de passion chez l'une ; lettres pleines d'une alfcction, d'une tendresse un peu plus que fraternelles chez l'autre.
Et c'est un plaisir étrange et inattendu que
de respirer dans ce volumineux dossier du
procès des Gù·ondins ce parfum d'amour,
vieux de cent ans et toujours frais, que
1. Archives nationales W292-201-, quatrième partie.

�1f1STOR,.1.Jl

----------------------------------------"

Fouquier-Tinville nous a conservé peut-être
sans le savoir.
La lecture de ces lettres est en même
temps d'un grand enseignement. D'ordinaire
les hommes lancés dans la mêlée politique
nous apparaissent isolés, nous ne voyons
qu'eux, nous ne sommes initiés qu'aux sentiments qui les animent. Et cependant, dans
l'ombre, à côté de ces hommes dans la
lumière, battent ,des cœurs amis. Saisir ces
battements, reconstituer ces existences de reflet, n'est-ce pas une bonne fortune, lorsqu'on
est certain de le faire en Ioule vérité? C'est
à la fuis le droit rt le de,·oir de l'historien.
Toutefois ces lettres renferment quelques passages oit la passion s'exprime sans ménagement, en des termrs que l'épouse croyait
devoir être entendus du seul époux; nous lrs
supprimerons. C'rst d'une main hardie, mais
néanmoins discrète, que nous soulevons ici
le voile qui comre le ~ecrcl de trois cœurs.

Ducos est parti le 21 septembre. Avant
même d'être arrivé à Paris, il a écrit à sa
femme. La pauvre délaissée, après onze mois
de mariage, réduite à se consoler de l'absence
d'un être cher par quelques lignes de son
écriture, a le cœur bien gros; et elle ne s'en
cache pas, prenant pour répondre à son mari
ce parler enfantin, - langage naturel du
jeune amour, - qui lui rappelle le souvenir
des jours joyeux.
• Bordeaux, le 27 septembre '1791.
&lt;c Je viens m'entretenir avec toi, mon cher
ami; c'est une jouissance Lien douce. J'allendais ce moment avec impatience. Voilà le
sixième jour que nous sommes séparés; il me
semble qu'il y a six mois. Ah! quand reviendra le temps où nous nous reverrons plus
tendres et pins amoureux que jamais? Donnemoi des forces, mon tendre ami, pour soutenir l'intervalle 11u'1l y a encore à pas,er d'ici
ce moment.
&lt;c Je ne suis pas toujours raisonnable : ta
Cocolle si été pas sage, mais ne me gronde
pas quand je suis fris te. Je n'ai pas les baisers bien tendres de Dobo pour me consoler.
Ainsi tâche de compenser toutes ces douceurs
par des Jeures pleines dé tendresse et
d'amour, comme celle que tu m'as écrite. Je
l'ai lue bi(•n ~ourenl, et c'est ma consolation
quand je suis trisk .... »

« Bordeaux, le 1" octobre 1;01.

« C'est aujourd'hui un jour de fète pour
moi, mon tendre ami, parce que je dois recevoir une de tes lettres et ~ue j'ai le plaisir
de m'entretenir avec toi. Tu as commencé tes
fonctions de législateur, et moi je m'acquitte
toujours avec zèle de la recommandation que
tu m'as faite de prier Dieu pour toi. Je désire que mes prières soient exaucées parce
que personne n'aura de reproche à te faire ...
&lt;c ••• Toute notre famille se porte Lien et
tous te disent bien des choses, particulièrement Sophie qui est avec moi el qui a refusé
d'aller à Canegeau pour ne pas me quiller.

Tu vois qu'elle a bien des attentions pour
moi: j'espère que tu lui en témoigneras ta
reconnaissance ....
11 ... Moi, je ne suis jamais plus contente
que quand si pomais parler de Petit-Mami.
Je pense bien souvent au plaisir que j'aurai
quand j'irai te trouver. Peut-être que toi si
pas reconnaitre ta pauvre Cocotte ...
&lt;( Adieu, je compte sur ta parole et sur
ton cœur pour la fidélité. Adieu, Bobo, adieu,
Petit-~lami. Cocotte t'aime el désire d'être
aimée de toi; tu sais que si tu cc5sais de
l'aimer tu lui ôterais la vi&lt;'. Adieu, je baise
tes beaux yeux ....
(( AGUITE. ))

c, Aguite » ou cc Cocolle l&gt;, comme elle
s'appelle, ne tarde pas à devenir jalouse de
&lt;c Bobo )) , de c, Pctit-Mami lJ, doux noms
murmurés jadis à l'oreille dans les premiers
transports de cet amour partagé. Elle tremble pour la fidélité de ce mari, dans une ville
comme Paris, où tant d'occasions ne sauraient
manquer de s'offrir à lui : que peuvent ses
lettres, qu'elle voudrait plus éloquentes? ... Sa
double préoccupation se reflète dans sa correspondance.

« Bordeaux, samedi 8 oc(obrc 1791.
&lt;c ... J'ai vu par ta lettre que nous nous
aimons toujours davantage el que nos âmes
s·entendent bien et ressentent les mêmes sensations. Ha! je suis bien souvent dans cet
état de tristesse qui me fait croire que nous
avons été trop heureux; mais, pour ne pas
me livrer à la mélancolie, je pense que ce
temps reviendra, et que nous en ~entirons
mieux le prix, parce que nous en aurons été
privés. J'aime bien que tu m'écrives de3
letLres tendres : je pleure, mais elles me font
plaisir. J'ai de la peine à croire r1ue ·les
miennes te fassent le même effet.
u li me semble qu'il y a bien de la différence, et que Cocotte si pas assez bien écrire
pour Bobo, mais je vois par l'impression
qu'elles te font que tu m'aimes beaucoup, et
que c'est l'amour qui fait que tu les troures
jolies. Je t'assure, Petit-Mami, que ça me
rend bien heureuse el que mon chagrin est
Lien adouci par la tendresse que tu as pour
moi : Cocotte si aimer beaucoup Bobo 1...
&lt;c Adieu, mon tendre ami; je prie Dieu
pour que tu te portes bien et que tu te conduises de même. Adieu, Bobo, aime ton
Aguite; sois-lui fidèle, et elle sera heureuse.
Je baise tes beaux yeux, ta bouche .... Tu ne
me feras pas infidélité, parce que ta pauvre
Cocotte mourrait de chagrin. ll

Mais ce n'est pas seulement à madame
Ducos que Ducos inspire de l'attachement; sa
belle-sœur, Sophie Lavaud, éprouve pour lui
une affection des plus vives. Elle ne s'en
cache pas, e.t en adresse à son beau-frère des
témoignages qui ne semblent point lui déplaire.
• llordcaux. Il octobre 1791.

c, Je vous remercie, mon cher Ducos, de

votre lettre. Elle est toute pleine de confiance
et d'amitié, ce qui me prouve que vous me
connaissez bien.
11 Je n'ai pas quitté Agathe, depuis votre
départ. Eh! qui pouvait mieux que moi partager ses peines? Il fallait que ce fùt celle qui
les ressent aussi vivement qu'elle.
1c Presque tout le monde l'excitait à la raison et à la force de prendre sur elle. Il n'y a
que moi qui ne connais d'autre manière de
se consoler que de se livrer entièrement à sa
douleur. Maintenant elle est dans un état de
calme et de tranquillité qui approche presque
du bonheur.
cc Elle me fait part des lettres que ,·ous
lui écriYez; il n'est pas possible de les lire
sans avoir le cœur louché et sans répandre
des larmes sur votre sort. Mais c'est une destinée que rien ne pouvait empêcher. Mon
cœur avait prévenu votre recommandation;
je vous promets de ne pas quiller Agathe, et
vous remercie du choix que vous avez fait de
me nommer son· secrétaire. Je m'acquitterai
aussi bien qu'il me sera possible du devoir
que ça m'impose. Soyez en repos pour ce joli
petit enfant, car vous y touchez du bout du
doigt. Ainsi, petit inviolable, songez que vous
serez bientôt père.
&lt;c J'espère, mon cher Ducos, que vous pensez que, quelque changement qui survienne
dans mon état, mon cœur ne changera pas,
et crue vous y occuperez toujours une grande
place. Je ne puis pas vous dire qu'il n'existe
personne digne de l'occuper, mais je puis au
moins vous assurer que je n'en connais pas.
Ainsi, je vous prie de vous rappeler quelquefois de cette petite possession; je me recommande à vous dans vos moments de loisir. En
attendant, ne m'oubliez pas dans les leltres
d'Agathe, que j'aie le plaisir d'y voir mon
nom.
&lt;c Je ne peux rien vous dire de Trole!, car
je n'y ai pas été depuis que nous y étions ensemble. Je crois qu'il est bien le même, mais
il ne le serait plus pour moi. Ses beaux jours
sont passés. Je redoute le moment oi1 j'irai,
car je n'aime pas à n'avoir qu'à me rappeler
d'agréables souvenirs : je voudrais qu'il fût
possible de ne plus y retourner, surtout dans
les moments où je désespère de vous revoir
jamais.
&lt;( Je n'entreprends point de vous dire avec
quelle tendresse je ,·ous aime; vous le devinez bien à peu près. Je vous embrasse mille
fois.
11 Sophie LAv.\uo. &gt;J

« Papa, maman, Lavaud, Hélène vous
disent mille choses tendres. li n'y a pas de
jour que nous n'ayons occasion de dire :
« Si Ducos était ici. lJ Surtout dans nos prQmenades au petit chemin de Bègle. Il doit
bien vous paraître petit à présent que vous le
voyez de sr loin, et que vous êtes occupé de
tant de choses.
&lt;1 Adieu, il me semble qu'il y a un siècle
que je vous ai quitté.
« Je vous remercie d'avance du couteau :
il me tarde bien de l'avoir. Je me propo§e de

1-Es
m'en servir journellement comme je fais du
collier chéri. »

+
L'Assemblée législative a commencé ses
travaux le fer octobre. Ducos a retrouvé à
Paris ses collègues de la Gironde, notamment
le plus connu en attendant qu'il devienne le
plus célèbre : Vergniaud. Madame Ducos,
femme d'un législateur, ne reste pîlint indifférente à la politique; elle connait son mari,
elle le sait volontiers caustique, elle a peur
que ce penchant &lt;( à l'épigramme &gt;&gt; ne lui
fasse des ennemis. Elle lui donne d'excellents
conseils : on sent qu'elle le voudrait voir
aimé de tous, car elle le sait bon. En revanche, ses préoccupations habituelles ne la
quittent point, et elle tremble toujours pour
la fidélité de ce mari si ardemment chéri,
mais chéri à présent de Lien loin !
« 15 oclobrc 1791.

J'ai YU par lrs journaux le train qui
se fit à l'Assemblée le jour qu'on révoqua le
décret. Les républicains disent que ça porte
tort à la Législature, mais les royalistes
trouvent au contraire que l'on a très bien
fait de retirer ce décret qui aurait mis,
disent-ils, la division entre les deux pouvoirs.
cc En général, on trouve comme toi que
l'Assemblée ne s'occupe que de peu de choses
et qu'elle fait de trop longues discussions
pour rien. Il parait que les hommes à talent
n'ont pas trouvé occasion à se montrer. J'espère que si tu te trouves 11 même de faire
quelque travail tu mettras les épigrammes
de côté, car jusqu'ici tu en as làché quelquesuncs. J'entends dire que tu ne veux pas déroger à ton caractère méchant. Ça me fait
beaucoup de peine parce que tu ne l'es pas,
mais je conviens que quelquefois tu dis des
choses qui le font croire, surtout aux personnes qui ne te connaissent que de réputation. Je voudrais, s'il était possible, que tu
contentasses tout le monde, mais particulièrement tes amis ....
c, N'oublie jamais ta petite femme qui
craint que tu ne cherches avec une autre le
bonheur dont tu as joui avec elle ....
&lt;( Sophie te dit mille choses tendres el a
pris le baiser que tu ne voulais pas lui donner, parce qu'elle avait répondu à la lettre....
&lt;I Je viens de recevoir la jolie lettre de
Vergniaud, qui m'a fait grand plaisir. Je ne
lui répondrai que le courrier prochain, et je
crois que je serai assez en peine pour ne pas
lui paraître bête; en attendant, je lui donne
un baiser pour le remercier du plaisir qu'il
m'a fait. ... lJ
&lt;c ...

Le moment approche où elle sera délivrée :
cette prochaine maternité lui donne de plus
graves pensées, mais les rêves d'avenir que
cet événement lui suggère n'en sont pas moins
riants et joyeux :
« Bordeaux, 18 octobre 1791.

J'ai tonjours eu envie de nourrir,
mais depuis :que je lis Émile, je vois com&lt;c ...

bien c'est un de,·oir. J'ai trouvé dans ce
livre toutes les raisons que j'avais pour le
faire; celle qui m'a fait le plus de plaisir est
que Jean-Jacques ose assurer à une femme
qui nourrit ses enfants que son mari l'aimera et lui sera toujours fidèle. Moi qui ne
pourrais vivre sans cet espoir, il ne m'en coûterait rien de perdre la vie pour vouloir èlre
mère et m'assurer par là ta fidéli1é.
11 Ah! si je réussis, quel bonheur pour
nous! Nous élèverons notre petit enfant, il
nous aimera bien. L'amour que nous avons
l'un pour l'autre fera qu'il n'aura point de
préférence; nous ne ferons qu'un et il n'aura
qu'une affection pour deux. Nous cous accorderons bien pour ne vouloir que la même
chose afin qu'il ne trouve pas de dilTJrence
dans la manière de le conduire. Il sera bien
heureux et nous aussi. Ah! il n·est point de
honhcur plus doux que celui de s'aimer
comme nous nous aimons, et d'avoir de
petits enfants qui ne connaissent et ne chérissent que leurs père et mère. Je pense muvent à ce bonheur, mon tendre et cher petit
Mami, et cette idée me rend heureuse
d'avance .... ll
La jalousie, - jalousie vague, irraisonnée,
- n'en subsiste pas moins, et elle reparait
avec le souvenir des voluptés passées, des
Yoluplés perdues.
, 22 octobre 1791.

« ... Adieu, aime-moi toujours, et que la
promesse que tu me fis, la veille de ton départ, ne s'écarte jamais de ta mémoire. Rappelle-toi ta pauvre Cocolle couchée aYec toi.
Tu la tenais dans tes bras et tu mêlais tes
larmes aux siennes; tu lui promis de l'aimer
toujours ét de lui être fidèle. Ce souvenir
m'arrache des larmes, mon cher ami; mais
l'espoir que j'ai que tu ne violeras pas ta
promesse me fait vivre heureuse, et triste
cependant parce que je suis loin de toi .... ll
cf:&gt;

Enfin le grand jour arrirn : Madame Ducos
met au monde un fils! Sophie Lavaud prend
alors la plume et mande à son beau-frère les
détails de l'accouchement :
« Bordeaux, ~9 octobre 179L

0 trop heureux mortel, je sais que je ne
vous apprends pas que votre petite femme
est accouchée d'un énorme garçon, mardi à
une heure et demie de la nuit. Après avoir
souffert toute l'après-midi des douleurs de
reins, elle monta à six heures dans sa
chambre. Là, les souffrances furent plus
réitérées el plus fortes jusqu'à minuit. Alors
les plus vives la prirent et elle accouche à
une heure et demie. Vous voyez que c'est
assez long.. . . l&gt;
Puis elle passe au nouveau-né :
C&lt; Çà. voyons que je vous parle de sa figure. Je vais vous donner la preuve comment
chacun a sa manière de voir, vous allez en
juger par ce contraste. Généralement on
trouve qu'il vous ressemble. Vous ne vous
attendez sûrement pas que l'autre ressem11

.JIMO~S D'UN G1~01VDTN _ _ ~

blance, c'est moi. Oui, moi; dites ce que
vous voudrez, votre mère le trouve et plusieurs personnes, à qui elle l'a dit, l'ont
trouvé aussi. Je ne pense pas concevoir à
propos de quoi cet enfant me ressemblerait.
Mais soyez tranquille, je l'ai souvent sur mes
bras, et là, je cherche toujours si je vous
retroUYe. Je crois m'être npcrçue que c'est
votre petite miniature. J'ai reconnu parfaitement la marque de l'ouvrier; il aura les yeux
superbes et votre joli petit menton pointu.
Je ne veux pas oublier de vous dire que je
lui sers de nourrice sèche. Recommandezlui d'être un peu plus modeste, car il commence déjà à me lever mon fichu ....
« Cocotte me dit d'embrasser Pctit-Mami,
et je veux être Cocotte à ce prix-là. Adieu,
aimez-moi. Vous voyez le nom de celle qui
vous aime trop. Le voilà :
« Sophie L.\vAuo. »
C'est bien là assurément l'aveu d'une tendresse profonde, c'est en même temps la
preuve que ce sentiment n'est point coupable.
Il y a, dans ces lignes, la belle imprudence
de l'innocence : mais l'enjouement, la bonne
humeur avec lesquels elle dévoile ingénument le secret de son cœur enlèvent à celle
inclination cc qu'elle aurait de pénible et
même d'odieux sans cela. On sent qu'elle
admire son beau-frère de toute son âme;
toutefois elle l'aime assez pour aimer son
bonhem: et en être heureuse.
Le fer novembre, c'est encore elle qui
écrit à Ducos, mais cette fois, elle n'est que
le secrétaire de sa sœur. Sa lettre commence
ainsi : « C'est elle qui parle, écoutez-la
bien », et finit par ces mots : (C Adieu; je
vous demande en grâce de ne pas oublier
votre petite sœur. l&gt;
Madame Ducos nourrit son enfant. La maternité a, pour un temps, modéré les folles
ardeurs et les regrets cuisants : c'est d'un
ton grave qu'elle parle à présent. Dans une
de ses lettres, Ducos lui a conté la visite
qu'il a faite à l'llermitagc, ot1 Jean-Jacques
Housseau habita quelques années. Le souvenir
du philosophe qui a écrit de si jolies choses
sur l'allaitement maternel rérnille en elle
l'admiration qu'elle a pour le grand homme :
« 10 novemhrc 1701.

« J'ai vu par ta lellre, mon tendre ami,
que tu as passé une journée bien délicieuse
le jour que tu fus à l'Hcrmitage. La description que tu m'en fais en augmente en moi
le besoin d'aller te trouver. J'ai bien reconnu
les mouvements de ton âme aux émotions
que tu as eues en voyant l'humble retraite
de l'homme que tu chéris. Ab! ton bonheur
aurait été parfait si ta femme et ton fils
avaient été avec toi. Qu'il me tarde de faire
avec mon ami le pèlerinage par la vallée de
~fontmorency !.. . ll
~

. Ducos, tout absorbé qu'il fût par la politique, par ses fonctions de c&lt; législateur l&gt; , et
bien qu'il restàt un fidèle mari, Ducos n 'étai l

�111STO'ft1.ll
point indifférent aux tendres sentiments que
lui exprimait la vive et enjouée &lt;&lt; petite
sœur », et il lui arriva de se plaindre d'un
silence qu'il trouvait trop prolongé. Sophie
Lavaud en fut charmée, et eUe adressa aussitôt à son beau-frère une lettre où elle découvre l'état de son cœur avec plus de liberté
encore que par le passé. Et cette fois, elle ne
signe plus que de ses initiales, mais la signature - est-ce h:isard? est-ce dessein prémédité? - est formée d'une Set d'une Lenlacées, où l'on pourrait voir la révélation de
cette nature expansive et attachante.
« Dordeaux, 22 novembre 1701.

« Quels doux: reproches! Que j'aime celte
grande colère! Elle est la preuve de rnlre
amitié pour moi, et c'est une chose dont je
n'ai pas besoin de douter. Ne me faites donc
pas l'injustice de croire qne c'est indifférence
ou froideur de ma part. Si je me suis privée
du plaisir de vous écrire pendant quelques
jours, il m'en a coûté plus que vous ne pensez, et je n'aurais pas résisté longtemps à ce
jeûne rigoureux. Je vous promets à présent
de le faire tout de suite après vos réponses.
« Je suis, mon cher petit ami, bien loin
et bien près de vous. J'ai été fâchée bien
souvent de n'avoir pas de mémoire; à présent
je voudrais en avoir moins. Je la trouve
bien souvent importune; elle ne sert qu'à
m'afOiger.
« Vous ne voulez donc pas que je pense à
vous quand je boirai 1 ? Ça ne m'accommode
pas beaucoup, car, à votre compte, je boirais
toute la journée et je n'en serais pas encore
quille pour la nuit, puisque je pense toujours
à vous. Vous ne le devez l{U'à vous-même,
car je ne vois personne qui vous ressemble,
pas même votre fils ....
« Je vous embrasse mille fois bien tendrement. »

Madame Ducos, le même jour, parle également de la chose à son mari :
&lt;( Tu écriras à Maillia pour lui dire combien je suis fâchée d'avoir été obligée de lui
faire de la peine, mais il sait bien qu'il n'y
a pas de ma faute. Je ne sais pas sïl venait
pour Sophie, mais quand je lui ai dit que ça
inquiétait papa à cayse d'elle, il ne me répondit rien. Je ne sais donc pas si c'était
pour elle qu'il venait. ... »
Bonne envers ceux qui aiment, madame Ducos est touchée du chagrin de ce pauvre
homme, et elle cherche à l'en consoler.
« J'ai vu hier Maillia, écrit-elle le 28 novembre à son mari, mais je vais te dire
comment, et je pense que tu n'en seras pas
fàché, quoique peut-êll c tu y trouveras de
l'imprudence. Je lui écrivis un billet que je
lui Jis remeLLre par Noinain, et je lui disais
qu'il y avait plusieurs jours que je ne l'avais
vu, que j'en trouvais l'occasion le matin, s'il
voulait venir se promener sur les fossés. Il
s'y rendit et nous nous promenâmes toute la
matinée. Il est bien triste et il lui tarde beaucoup d'aller à Paris .... ii

!ages amoureux, Agathe en est toute joyeuse.
« 23 décembre 1791.

« Ah! mon ami, que ta lettre m'a fait
plaisir! Il me semblait en la lisant t'entendre
et te voir. Ah! comme le baiser qui était dans
le petit rond était doux. Petit-~Iami l'avait
mis de bon cœur, je l'ai bien connu. Je
croyais te baiser sur la bouche, mais il n'y a
eu que le premier baiser qui m'a fait illusion, parce qu'après en avoir donné beaucoup, Petit-Mami ne me les rendait pas, et je
me rappelle que quand je t'en donne un tu
m'en rends deux .... JJ
Comme elle ne veut pas être en reste avec
Petit-Mami, elle aussi trace un rond sur son
papier : &lt;( Il y a un baiser bien tendre dans
le petit rond. n
Parfois cependant Ducos tro11ve exagérées
les craintes de sa femme, et il raille celle
jalousie qui s'exprime avec tant d'insistance.
Madame Ducos en est malheureuse : elle
n'aime pas qu'on traite en plaisantant un
sujet qui lui donne, à elle, du chagrin.
« Samedi, 7 janvier 1792.

« Bonjour, méchant. Ce nom, peut-être,
Cependant le temps passe; madame Ducos
est rétablie, mais sa santé subit quelques
atteintes. Un abcès lui est venu au sein, elle
souffre, et la douleur physique réveille la
douleur morale; aux tourments de l'absence
se joignent toujours ceux de la jalousie. Et
elle s'efforce de raviver par le parler enfantin
des jours de passion partagée l'amour qu'elle
craint de trouver aDaibli par trois mois de
séparation.
« Bordeaux, mardi 13 décembre f 791.

« Je ne t'écris que deux mols, mon tendre

ami, parce que dans ce moment je n'ai pas
la force de supporter mes douleurs qui sont
bien vives ....
Dans un post-scriptum, Sophie LaYaud
« Le petit enfant se porte toujours à mermet àu courant son beau-frère d"un petit in- veille, il commence à me connaître, et je ne
cident de son existence. Il parait qu'un ami peux pas t'exprimer le plaisir que cela me
de leur famille, M. l\faillia, venait souvent les fait. Il est bien juste que j'aie cette consolavoir, et il est à croire qu'il était attiré par tion. Je pense que tu n'en es pas jaloux:.
les charmes, par la grâce enjouée de la jeune Pauvre Cocotte si avait tant de chagrin, mais
f!}le. !\lais Sophie ne pensait point à un ma- si pas oser dire à Bobo, parce que Bobo si
riage avec lui ni avec personne, ainsi qu'elle fâché, mais moi si voudrais bien que tu le
le disait déjà dans sa lettre du 11 octobre : devines, moi si avoir promis à Bobo d'être
« Je ne puis pas vous dire qu'il n'existe per- sage, de jamais penser que Bobo puisse ....
sonne digne de l'occuper (mon cœur), mais Je m'inquiète et je pleure comme si j'étais
je puis du moins vous assurer que je n'en sûre qu'une autre est heureuse ...• Ah I Bobo,
connais pas. » Le soupirant fut éconduit.
ne te fâche pas! Adieu, je finis et je t'embrasse bien tendrement pour moi et pour le
&lt;( Le pauvre ~I. Mai Ilia est congédié ....
petit enfant. Adieu, tendre ami, adieu, aime
Votre père a mieux aimé alarmer papa en lui toujours Cocolle pour la rendre heureuse. Ne
disant qu'il n'y venait que pour moi .... On me gronde pa5 de mon vilain esprit soupçonm'en a fait de fort mauvaises plaisanteries. neux à Pelit-Uami. Tu ne le mérites pas, et
C'est cependant une chose qui n'aurait jamais je mériterais bien d'avoir un mari infidèle,
dû me causer de chagrin. C'est bien assez mais pourtant j'en mourrais .... ll
d'en avoir quand on est éloigné de quelqu'un
qu'on aime ....
Ducos comprenait l'état d'esprit de la
&lt;&lt; Je me fais passer l'envie de vous em« pauvre Cocotte l&gt;, et, touché de cet amour
brasser encore. Adieu. i&gt;
qui s'exprimait avec autant de naïveté que
1. Allusion à un gobelet que Ducos lui avait d'ardeur, il répondait presque sur le même
envoyé.
ton, se metlai t à l'unisson de ces enfantil-

vous étonne, mais il vous convient bien. Je
ne veux pas me mettre en colère, mais,
quand je serai avec vous, vous me paierez
toutes les méchancetés que vous m'avez
dites ....
&lt;&lt; Vous qui êtes si habile, mon cher ami,
vous devez savoir que vous ne me corrigerez
point de la jalousie en la tournant en ridicule. Vous qui avez voulu toujours passer
pour jaloux, voyez si, depuis que nous sommes ensemble, vous avez eu le moindre sujet
de l'être, et si vous êtes guéri de cette maladie, voyez le parti que j'ai pris pour vous
la faire passer. Je ne me suis point moquée
de vous et ne vous ai jamais mis à même de
me faire aucun reproche. Mais, me direzvous, j'ai fait de même. Cela est vrai, mais
si j'ai eu des soupçons, c'est en pensant à la
vie que vous avez menée avant de m'aimer.
Maintenant je suis sûre &lt;le Lon cœur .... Jl
et&gt;

Le temps approche où le voyage sera possible et où elle rejoindra à Paris son époux
chéri. Elle craint qu'il ne la trouve moins
jolie que lorsqu'il l'a quittée : le chagrin de
l'absence, l'accouchement, les soucis et les
fatigues de la maternité ont marqué sur elle.
Aussi cherche-t-elle à le prémunir contre les
déceptions du revoir : &lt;C li faut, Petit-1\fami,
que je te dise comment je suis, car tu me
trouveras bien changée. Je suis toujours bien
pâle, j'ai maigri beaucoup, et malgré ça je
suis aussi épaisse que si j'étais· grosse .... il
faudra m'aimer la même chose que si j'avais
le teint bl~nc et les joues roses. » Lui, au
contraire, est mieux que jamais : &lt;( J'ai su
par Fonfrède t, qui a diné hier avec M. Barrère de Vieusac, que tu as beaucoup engraissé,
que tu as les joues roses et le teint frais .... JJ
f. Fonfrèclc, député &lt;le la Gironde, avail épousé la
sœur de Ducos
~

�111STOR..1.Jl

"--------------------------------

Mais le mauvais temps se met de la partie; même de la première étape, elle adresse à
la neige tombe, les routes sont impraticables Ducos un petit billet :
pour la jeune femme et son enfant. Force lui
« Si je vous dis que je ne pars pas, vous
est d'attendre. Elle s'efforce de tromper ses allez vous fâcher; mais si je vous dis que je
ennuis, et elle écrit de longues lettres à l'ami suis partie, vous me donnerez un baiser. Eh
que le devoir relient si loin d'elle : « Hélas! bien! Petit-Mami, je suis partie après diner
quand te verrai-je? Quand pourrai-je te serrer aujourd'hui, lundi 5, et nous sommes venus
dans mes bras? Quel bonheur d'embrasser coucher à Cuzac ....
mon Petit-MamiL. Ah! maudile fiél'olution!
« Il pleut depuis ce malin : nous nous
Mon Dieu, pardonne ce que je viens de dire, sommes un peu mouillés dans le bateau,
je ne sais où j'en suis. Je voudrais être al'ec mais pour embarquer et débarquer nous
mon tendre ami et je maudis tout ce qui étions dans la boue jusqu'à moitié jambe.
m'en.sépare (27 janvier 1792). »
Tout ça ne fait rien, c'est pour aller trouver
La jeune femme en vient à s'irriter de ces Petit-~fami !.. . i&gt;
•
honneurs mêmes qui la flallaient jadis : que • Quelques jours après, elle arrivait à Paris :
d'obstacles entre elle et lui! Elle ne s'en
1 1
\"oilà nos gens rejoints, et je laisse à juger
cac le P us :
De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.
« J'ai été bien fâchée d'apprendre que tu
c:fc&gt;
étais se~rétaire de l'AssemLlée. A peine pourrai-je te voir les premiers jours que je serai
Sophie Lavaud n'a pas smv1 sa sœur : la
à Paris. Ah I je vois bien maintenant, l'amour jeune fille est restée à Bordeaux, et la corn'a pas besoin d'honneurs et qu'il est bien respondance continue entre elle cl son beauplus heureux secrétaire du cœur que de l'As- frère. Correspondance peu fréquente, mais
semblée nationale! Enfin il faut prendre pa- qui témoigne des mêmes sentiments avec la
tience; viendra un temps que tout ça finira. même liberté d'esprit et la même intr,:pide
Adieu, il faut que je te quitte, car il est franchise. La première en date fait allusion
bientôt une heure el qu'une nourrice doit se à une brouille légr.re, à un malentendu, peutcoucherplusdebonnebcure(15février 1792). » être volontaire, car rien de bien grave ne
Ce départ tan l espéré se trouve retardé par peut altérer la sérénité de celte affection
diverses causes. M. Lavaud, son père, ne peut réciproque :
lui donner de l'argent : il attend l'arrivée
« Bordeaux, fO mars 1792.
d'une cargaison de sucre; puis c'est la neige
qui s'obstine à couvrir les chemins sur les« A tout pécheur miséricoi·de.
quels elle voudrait s'élancer.
« Votre grâce, mon cher Ducos, était déjà
« Je croyais, il y a huit jours, t'écrire au- dans mon cœur: je n'attendais qu'une preuve
jourd'hui une lettre charmante, mon tendre de repentir du vôtre pour la sanctionner. Ce
ami, mais le sort en a décidé autrement n'est point comme il!. Dumas que mes armes
(2 J février 1792). 1&gt;
fussent ll'Op faibles pom· soutenir le combat.
Elle multiplii&gt; les petits ronds où elle met Vous m'en aviez donné de terriules contre
ses baisers, baisers ardents si l'on en juge vous. Je voudrais pouvoir m'en glorifier
par la lellre du 27 février :
puisque \'OUS m'assurez que c'est une fal'eur
&lt;( Toutes les nuits je rêve que je suis avec
que vous accordez à ceux que vous aimez. Je
toi, celle nuit encore j'ai rêvé que nous étions suis fàchéc d.i ne pas en sentir tout le prix.
ensemble. Je me suis réveillée tout émue de
« Et vous, mon cher cousin. qui n'avez
plaisir, mais, hélas! ce n'était qu'un songe. pas perdu la mémoir~ comme moi, vous
Ah! je sens, mon ami, que j'ai besoin de auriez dù vous rappe!cr c;ue ça ferait bien de
loi.... Quand je réfléchis au bonheur dont la peine à SopLic, surtout venant de Ducos,
nous avons joui, mon cœur s'échauffe, ma elle en sentirait Lien plus la piqûre. Ce n'est
tète se monte; je sens un feu qui me dévore, pas la première fois qu'elle vous a pardonné
je brûle.... Ah! tu dois éprouver la même et, mllgré son peu de mémoire, elle ne finicliose el savoir cc que je veux dire. Quand rait dl! vous en citer les occasions; mais,
cela est passé, je suis triste et je n'ai envie comme vous le dites, la générosité doit suique de pleurer. Quand cet étal sera-t-il donc vre la vicloil-e, et si vous attachez quelque
fini? llélasl je ne peux m'empêcher de te prix à ce raccommodement, vous pouvez être
faire celle question, quoi4ue je sache bien sûr qu'il est parfait. Il n'y manque que le
que tu ne peux pas y répondre. »
baiser de paix, dont je ne vous tiens pas
Le moment, c-ependant, est venu où les quitte, mais que je ne veux pas recevoir sur
obstacles sont levés et où le départ est rendu du papier ni à Paris.
possible. Avec quelle joie elle l'annonce à son
&lt;&lt; C'est à Bordeaux que je l'attends. Vous
mari! &lt;! Ehl bonjour, Petit-Mami. Cocotte si ne trouverez pas le temps long, vous qui
être bien contente parce que bien sûr elle dites que nous n'avons plus qu'un an à nous
part la semaine prochaine, mais le jour n'est écrire. Un an! li est sûr que c'est peu de
pas fixé parce que papa a été obligé d'em- chose! Je pense bien différemment que vous.
prunter de l'argent à Papille pour remplir C'est un siècle pour moi. Encore voudrais-je
,es engagements, et de lui laisser les sucres, pouvoir croire que ce sera le terme de notre
et qu'ils n'ont pas fini de régler, Mais je séparation; mais vous n'avez jamais vu une
commence à faire mes paquets demain incrédule comme Sophie : on ne lui ôterait
(2 mars i 792) .... l&gt;
pas de la tête que vous ne viendrez la voir
Et le lundi 5 mars le départ a lieu. Le soir que pour chercher un bâton de vieillesse. Au
... 70

w-

reste, elle sera toujours à votre service toutes
fois qu'elle aura assez de force pour soutenir
le poids de vos talents. D'ici là, je me contenterai de parler de vous dans les lettres
que j'écris à ma chère Agathe. Je sais que
vous avez trop d'occupations pour m'écrire
et je n'aime pas à parler à quelqu'un qui ne
me répond point. Ainsi je joins le sacrifice de
vos lettres à beaucoup d'autres que je fais.
Dans ce moment c'est celui de ne pas écrire
à ma chère Agathe. Je vous prie de lui dire
que ce sera pour le prochain courrier. Donnez-lui deux baisers comme si c'était pour
vous; autant pour votre part. Si je disais :
rien pour Ducos, vous vous fàcheriez bien.
Voyons comment vous prendrez ceci : tout
pour Ducos.
&lt;&lt; Après ça, il ne me reste qu'à vous souhaiter le bo~j 1mr en vou~ émbrassant bien
tendrement. »
Bordeaux est triste maintenant pour la
jeune fille; triste aussi Trotel, la maison de
campagne où l'on allait jadis en parties
joyeuses, et c'est ·avec mélancolie qu'elle
exprime l'impression qu'elle ressent de cette
solitude :
« J'ai été jeudi à Trotel y passer seulement l'après-midi ; mais, mon Dieu, quelle
différence lorsque le bonheur nous y rassemblait tous! Ce sont des pensées auxquelles
j'aime à me livrer, malgré la peine que cela
me cause. Oui, je trouve toujours Trotel
charmant, tout y peint à mes yeux ce qu'ils
y cherchent, et je l'aime encore par reconnaissance des plaisirs que j'y ai goûtés.
L'avenir me dédommagera des maux que
j'éprouve de l'absence de notre chère Agathe
et de vous, et si je n'avais cet espoir je serais
bien à plaindre, oh! bien à plaindre. Mais,
mon Dieu, quand je pense que mon malheur
peul être prolongé de deux ans, j'aimerais
mieux ne pas exister que d'en être témoin.
« Adieu, mon aimable petit frère, mon
petit cousin, revenez une fois, afin de pouvoir
juger par mes paroles si mon cœur était de
moitié dans les tendres sentiments d'amitié
que vous témoigne votre amie.
&lt;(

S. L.

1&gt;

Recevez un baiser bien tendre. Par dessus le ma,-ché, un pour votre joli petit fils
que j'aime infiniment. 1&gt;
&lt;!

Le temps passe. Ducos, absorbé par ses
fonctions, occupé par les événements qui se
déroulent à Paris, écrit moins. C'est en effet
l'année où commence le cataclysme : ce sont
les journées du 20 juin et du 10 août, la
chute de la royauté. Chose curieuse, aucun
de ces événements si graves ne trouve d'écho
dans la correspondance de cette jeune fille
avec un représentant du peuple. Et s'il est
fait quelqu.es allusions aux choses de la politique, ce n'est que parce qu'elles ont une
action sur leur vie, en ce qu'elles nécessitent
une longue, trop longue séparation.
Voici une lettre du 22 septembre f 792;
les massacres des prisons ont eu lieu dlr 5 au
6 du même mois, il n'e~t pas possible que la

nom-elle n'en soit point connue à Bordeaux.
Sophie Lavaud n'en dit pas U'l mol :
(( Oh I que vous avez bien fait de m'écrire,
mon cher petit cousin! Comme j'avais besoin
de ce témoignage de votre sou\·enir pour faire
cess~r le combat qui régnait entre mon cœur
et moi! Je voulais oublier mon prti t frère.
C'était lui qui causait toute, mils pcinlls i-ans
les partag-cr. Voyrz, mon cher ami, si le chagrin rend injuste; quanti je me rappelle les
souhaits qu'il m'a fait fairl', les méchancetés
qu'il m'a fait dire, j'ai peine à croire que
dans ces moments-là je possédais Ioule ma
saine raison. J'espère, mon cher cousin, que
vous n'allriburrez celle erreur qu'à l'état de
démence où j'étais. Si vous lisiez dans mon
cœur, vous ne pourriez que me plaindre et
me pardonner en faveur du motif qui l'a occasionnée. N'ayez pas à votre tour l'injustice
d'accuser voire amie : son cœur n'a point
changé. Elle vous aime toujours, comme il
faut vous aimer, c' cst-à-dirll beaucoup trop! ...
&lt;&lt; Je suis bien reconnaissante, mon cher
petit frère, à la confiance que vous me
témoignez dans voire jolie lellre. Comme elle
est tendre I Comme elle peint bien l'état de
votre âme! JI est im possible que vous puissiPz mus figu rcr le bien et le plaisir qu'elle
m'a fait ressentir. Vous ne pouvez pas vous
en faire une idée, parce qu'il ne tient 11u 'à
vous seul de le faire éprouver aux autres, à
moi en parti eu lier. C'est la seule chose c 11
quoi je désespère de pouroir jamais vous
payer de retour. Que cela ne vous empêche
pas, je vous en supplie, de continuer à m'écrire; je n'ose pas vous prier de le faire plus
souvent, je sens que ce serait une indiscrétion. Il est bien plus juste que je songe à
vous continuellement : je n'ai point d'affaire
qui puisse m'en empêcher, et je me livre à
celte consolante idée, qui seule peu·t adoucir
les tourments de l'absence, que ceux que je
regrette gémissent comme moi de notre séparation. Je sais qu'elle sera longue, mais je
n'aurais pas l'Oulu voir dans l'otre lettre : cet
avenil', s'il artive, est enco1·e bien éloigné.
Voilà une réflexion qui m'a bien tourmentée:
s'il an·ive.... J'ai cependant grand besoin de
croire qu'il arrivera. Oui, mon cher petit
frère, un a venir plus heureux nous attend;
qu'il me soit permis de l'espérer, ou je renonce au bonheur.
« Je vous renouvelle mes remerciements
du joli papier dont vous m'avez fait cadeau.
Je n'ai voulu le commencer que pour vous et
je ne m'en servirai que pour répoudre à vos
letlres. Yoyons si j'en aurai assez pour tout
le temps que vous demeurerez à Paris. Je
vous avertis que je ne veux pas aller mus
voir; j'aurais peur de ne pas vous aimer autant qu'à Bordeaux, qu'à Trole!.... Mais
j'allais oublier que vous m'avez priée de
ne plus vous parler du pauvre Trotel. Quel
sacrifice!
&lt;&lt; li y a aujourd'hui un an que vous êtes
parti. Quand je pense que c'est comme hier
pour les affaires et que le temps m'a parn si
long à moi I Dieu ,euille que la Convention
ne dure pas davantage! Je saurai faire encore

le sacrifice de cette année, après je deviens
insensible.
« Bonjour, mon cher ami, ménagez bien
votre santé; ne \'ous fatiguez pas trop. Conservez-vous pour ceux qui vous aiment. J'espère que je suis du nombre. Je vous embrasse
mille fois de tout mon cœur. »
La drrnière lcllre est du 2:i février 1795.
&lt;! Yoilà la première fois, mon cher ami,
que j'ai à me faire un reproche à voire égard,
encore n'est-ce que celui d'avoir demeuré si
longtemps sans vous écrire. Je peux vous
assurer que je n'ai pas moins pensé à vous
rt que j'ai bien parta2"é les différentes positions où vous avez dù vous trouver. J'en
prenais même trop pour ma portion, sui.,anl
les réponses que m'ont faites les prrsonnes i1
qui j'ai confié mes chagrins. Enfin, mon cher
ami, je ne m'en plains pas si le sentiment
qui me les a fait éprouver vous est ..:onnu.
&lt;! Il faut pcut-êlre vous apprendre qnc ce
n'est pas une négligenre de ma part, si je
ne vous écris pas, mais que le tort vient de
vous, car, pour moi, je ne sais point ce que
c'est que de négliger mes amis, et j'ai toujours le temps de penser à eux, parce que je
les fais passer avant tout le reste, au lieu que
je suis trrs incertaine de ~avoir si mon petit
cousin a le temps de faire de même.
&lt;&lt; ••• Vos lellres n'ont cependant pas resté
sans réponse, mais ces réponses ne sont sorties que de mon cœur rt ma main ne les a
pas transcri tes. Vous ne les ignorez pas non
plus pour rela, j'en suis sûre.... 1&gt;
Elle revient sur le temps qui lui reste
encore à passer seule à Bordeaux, avant le
retour de son beau-frère : elle trouve lourds
les sacrifices qu'impose la politique.
&lt;! ••• Je sais bien que je ne souhaiterais
jamais d'au tre mal à mon plus grand ennemi
que l'honneur d'être député à l'Assemblée
nationale. Ainsi jugez si je dois souffrir que
vous occupiez celle place, vous, Ducos!
&lt;! Vous allez bientôt voir papa; je vous
dirai, mon cher ami, qu'il ru'a proposé d'ètre
du voyage et vous serez étonné que je l'ai
remercié. Oh oui, je vous assure qu'il m'en
a coûté de refuser la seule chose qui me
ferait un grand plaisir, celle après laquelle
je soupire le plus. Mais, mon ami, je sais
sacrifier trois semaines ou un mois de
bonheur qui serait bien troublé dans l'idée
qu'il ne pourrait pas durer. Il sera trop cruel
d'y renoncer une seconde fois; je me souviens assez de la première séparation, et il
n'y a pas de jours que mes larmes n'en soient
le témoignage. Ainsi j'allendrai pour les
sécher la certitude du véri table bonheur, qui
est celui de jouir sans cesse avec ceux que
l'on aime.
« Adieu, mon cher Ducos; répondez-moi,
je vous prie, aussitôt que vous le pourrez.
Songrz qu'il y a si longtemps que vous ne
m'avez rien dit! Ce malheureux silence m'a
coûté bien cher, mais je le répare bien. Voilà
une lettre qui est aussi longue qu'une Atfresse
de félicitations à l'Assemblée. Je n'en demande pas la mention honorable au procès
.., 71 ....

verbal, mais à votre cœur. Adieu, ménagez
votre santé, sans rien dérober a l'amour de
la République. Je vous embrasse mille fois
de tout mon cœur.
&lt;(

S. L.

i&gt;

&lt;&lt; Papa, maman, Lavaud et Hélène vous
chérissent bien tendrement et yous embrassent
de même. Je suis chargée de la part du
citoyen Lacroix de le rappeler à Yolre souvenir. Je vous le dénonce comme me faisant
une cour assidue. 1&gt;

La correspondance de Sophie Lavaud s'arrête là. Le dossier ne renferme plus qu'une
Jeure. Elle est adressée de Bordeaux par
madame Ducos à son mari .
Combien différente de celles qu'elle écrivait jadis I Ce ne sont plus les folles ardeur~,
les jalousirs irraisonnées, les enfantillages
amoureux d'autrefois : le ton est gra l'c, mélancolique, pre,que douloureux. C'est que
la passion r1u'ellc ressentait pour son mari
s'est épurée : durant ces dix-huit mois une
seconde grossesse est venul', et la îoilà maintenant mère de deux enfonts, un fils et une
fille; et les rnucis de celle petite famille commencent à peser sur la 1êle de cette jeune
mère. Le présent est sombrr, que sera l'al'cnir?
Elle a vu de près les événements de ces
temps terribles. Ducos a \"Olé la mort du roi
avec ses amis de la Gironde; mais ses amis
de la Gironde ont été dépa~sés à lcnr tour :
vaincus le 50 mai, ils sont aujourd'hui ou
proscrits ou prisonniers. Ducos est libre encore, il a été protégé par Marat, mais Marat
n'est plus ....
Ducos pourrait se faire ouLlier : il ne le
l'eut pas. Tous les jours il est sur la brèche,
à la Convention, réclamant en faveur de ses
amis. Il n'a pas les illusions de sa femme, il
prévoit peul-être le sort qui l'allcnd; il veut
éviter à sa compagne les suprêmes douleurs,
il la renvoie dans sa famille avec ses enfants.
Madame Ducos a obéi.
Le 24 septembre de !"année 1795, clic
écrit ces lignes à son mari :
" La lettre que j'aurais dù recevoir samedi,
je l'ai reçue dimaache après t'avoir écrit,
mais elle est arrivée à bon port ainsi que
celle de jeudi. Je voudrais bien, mon tendre
ami, que lu continuasses à me donner de tes
nouvelles aussi souvent. Tu sais le plaisir que
cela me fait, et mon cœur en a besoin ....
« ... Tu ne vois pas les chers enfants, et
je sais combien tu les chéris .... »
Elle parle de son fils Émile qui dit « papa 1&gt;,
et de la petite c! moelle qui est grasse ». ·

« Hélas! peul-être que tu ne la verras pas
de longtemps, cher ami. Combien de sacrifices as-tu faits à la Rél'olution ! Ah ! sans
doute celui-ci est bien le plus cruel. Quelle
récompense en auras-tu? .. .

�ll1ST0~1A - - - - - - - - - - - - ~ - - - - - - - - - , .
« Je t'engage à ne plus rien promettre
pour les concitoyens, tu peux (être) assuré
de leur lâcheté et de leur faiblesse. Peut-être
iront-ils plus loin. Avant-hier on a fait
la motion à la Société de renvoyer de son
sein tous ceux qui avaient été de la Commission ....
« Adieu, mon tendre et cher ami, je t'embrasse pour moi et pour nos enfants. Écrismoi, console-moi, donne-moi de l'espoir. Oh 1
quand pourrons-nous vivre seuls, ignorés de
tout le monde, aimés de nos enfants? Pour
moi, je n'ai pas d'autre ambition. J'espère

que l'expérience t'aura appris à ne pas en
avoir d'autre ....
« Adieu, aime-moi comme je t'aime, et
mon cœur sera content. ,

+
Pauvre femme, elle ne devait jamais le
revoir!
C'est la dernière lellre que reçut Ducos.
Le ::; octobre il était compris dans le décret
qui renvoyait les Girondins devant le Tribunal rémlutionnaire, et le 9 brumaire an II
(51 octobre) il montait avec eux sur l'écha-

faud, défiant ses bourreaux par son courage
et sa sérénité ....
Plus de cent années se sont écoulées &lt;le- ·
puis ce jour. Enfoncées dans un dossier volumineux, ces lettres d'une femme et d'une
amie restent seules pour témoigner quels sentiments cet homme avait su faire naître
autour de lui. li nous a semblé bon et intéressant à la fois de ressusciter ce passé, et
d'envelopper la mémoire du jeune et aimable
Girondin dans le double souvenir de cet
amour passionné et de celle Lendresse ingénu•.'.
PAUL

fIISTOHIA

GAULOT.

Notes et Souvenirs
Jeurli 10 août 1871. - A l'llôtel de
Ville, le 31 octobre 1870, la salle où délibéraient les membres du gouvernement avait
été Pnvahie par les tirailleurs de Belleville; le
tumulte était à son comble. Flourens, botlé,
éperonné, debout sur la table du conseil, proclamait un comité de salut public : m1. Félix
Ppl, Blanqui, etc. Chaque nom était salué
par de grandes acclamations.
Tout à coup, des voix s'élhenl, pleines cle
calme et d'autorité, dominant le tapage ....
Place!. .. place! ... Un grand silence se fait,
mêlé d"émotion .... Est-ce une contre-révolution? Est-cc la déliuance pour les membres
du gouvernement qui étaient les prisonniers
de l'émeute? ... Pas du tout. .. c'étaient les
garçons de bureau qui, à l'heure habituelle,
avec une régularité administrative, apportaient les lampes de la salle du conseil. La
foule s'écarte devant eux .... lis placent les
lampes sur la table, règlent les mèches, mettent les abat-jour ... puis tranquillement s'en
vont du même pas dont ils rnnt ,enus .... Et,
dès qu'ils sont sortis, le tumulte reprend de
plus belle.
Vendredi 1J août. - Hier, dans le parc
de Saint-Cloud, sur le gazon, au milieu des
grandes tentes de l'ambulance, un catafalque
était dressé. Autour d'un cercueil étaient
rangés cinquante ou soixante soldats estropiés, infirmes, amputés. Cinq ou six, pâles,
épuisés, s'étaient fait rouler près du catafalque, dans de petites voitures. Sous les
tentes, dans leurs lits, les blessés se soule,aicnt et regardaient de loin. Une musique
militaire jouait une marche funèbre; puis un
pasteur protestant prononça un discours.
Beaucoup de soldats pleuraient.
Je demande le nom de celui à qui l'on faisait de si touchantes funérailles. C'était un

jeune chirurgien danois, le docteur Arendrup;
depuis le commencement de la guerre, il -soignait nos blessés avec le plus admirable dévouement; il vient de mourir à la peine.
Deux soldats derrière moi, pendant l'allocution du pasteur, causaient :
- Lui en fait-on des belles phrases! disait l'un des soldats, lui en fait-on 1
- C'est que c'était un bien brave homme.
- Oh! je sais bien, mais s'il était mort,
il y a six mois, on ne lui aurait pas fait tout
de même tant de belles phrases. Quand nous
avons enterré notre lieutenant-colonel, cet
hh-er, du côté de Saint-Calais - c'était aussi
un bien brave homme - el on ne lui a pas
dit tant de l·hoses que ça.... Un grand trou,
quelques pelletées de terre, une croix de bois
cl ç'a été fini .... !;ne heure après, les Prussiens arrivaient et nous nous battions à l'endroit
même où on l'avait mis .... Iles coups de fusil,
des coups de canon, voilà la musique el les
discours qu'il a eus pour son enterrement!
Vendredi 18 août. - Celle affiche
s'étale &amp;ur tous les murs de Paris : Au.r
hmnmes polilÙJ11es ! .lux hommes de let/reN.1
A vendre, presque ])OUI" rien, un [Jrm11l
ioumal quotidien , 1·ép11blicairi modéré.
S'adresse,· à .1/. X" .., etc., etc.
Presque pou1· rien .... Et si l'on tombe
d'accord sur ce presque pour 1·ien, l'acquéreur sera-t-il condamné à rester républicain
modéré? Pourra-L-il, si cela l'amuse, se déclarer républicain immodére?
D'ailleurs, on vend, en ce moment, les
choses les plus étranges. Sur les planches
entourant ce monceau de pl,ltras qui fut autrefois le ministère des finances, j'ai trouvé,
tout à l'heure, côté à côte, les affiches suivantes:
1° Vente aux enchères publiques, au fort

d'Issy, de douze tonnes de pétrole, contenant
1125 litres;
2° Vente aux enchères publiques, au Louvre, de 35 258 pièces de linge de corps et de
table provenant de la lingerie impériale;
5° Vente aux enchères publiques au TatLersall, de cent chevaux provenant du train
de l'artillerie allemande;
4° Vente aux enchères publiques, &lt;le deux
batteries Oottantes, etc.
Quelle liquidation ! et qui pourra bien
acheter ces deux batteries Oottantcs ! l;n vieux
monsieur, de l'aspect le plus pacifique, était
arrêté de,·ant cette affiche et prenait des
notes.... Pensait-il à se monter une petite
marine d'occasion? Elles trouveront acheteur,
n'en doutez pas, ces deux ballerie., Oollantes,
car mon coi[eur, ce malin, me disait :
- Toul va bien, monsieur, tout va hien ....
Les faux cheveux ont repri~ a\'ec une rapidité extraordinaire.
El ce ne sont pas seulement les faux che,·eux qui reprennent. ... Tout reprend .... Le
nouveau directeur de l"Opéra a écrit, la semaine dernière, aux abonnés, pour leur demander s'ils arnient l'intention de conserver
leurs loges. Et la Semaine nliyieus1•, dans
son numéro du 22 juillet, publie l'a\'is suivant :
Le.; personne.~ &lt;Jlli font partie del' tdomtion po111· le C(l'ur de Jèus sont pnées de
rouloir bien {ai1·e crmnailre à la co,1111111naulé si elles veulent consen•er leurs jours
el leu1·s heures il"adoratio,1 : tians ce cas, il
leur sera remis 1me cm·le pour /"Adoration.
El quelque grande mondaine, &lt;le la même
plume, a dû écrire au directeur &lt;le !'Opéra et
au directeur de la Semaine religieuse qu'elle
reprenait sa loge à l'Opéra et son jour d'adoration.
LUDOVIC

HALÉVY.

l1i

MARIE-ANTOINETTE, REfNE
Tableau Je \\ •· \ lt .i :1-; - LI•, llH [ \ .

1

DE FRANCE

\1 u~èc

de \ crsaillcs.

Braun et f '•.

�HENRY ROUJON,

....

tk l'Acadbnie française .

Marie Sallé
Une danseuse de l'Opéra mérite-t-elle
d'être considérée historiquement à l'égal
d'un capitaine, d'un poète ou d'un homme
d'État? S'il s'agit d'histoire contemporaine et
d'une danseuse vivante, l'affirmative n'est
pas douteuse. Mais alors, pourquoi le même
traitement serait-il refusé à une danseuse
défunte? Un délicat écrivain, M. Émile Dacier,
a pensé. avec raison, qu'il y aurait là un
déni de justice. Il consacre tout un sa,·ant
livre à Mlle Sallé, laquelle florissait au siècle
de Louis XV. « Il faut avouer, écrit M. Dacier
à un ami, que celle histoire se présente
encombrée d'un appareil scientifique qui ne
semble guère de mise avec un aussi aimable
sujet, mais tel est le charme de certaines
figures qu'il 1eur permet de braver la plus
lourde méthode. » On ne saurait mieux plaider à la fois les droits de la danse et ceux de
l'érudition. JI est légitime de se documenter,
selon les méthodes modernes, au sujet d'une
ballerine d'autrefois. Le danger serait d'écraser la fragile figure sous l'épaisse poussière
des cartons d'archives. M. Dacier à su éviter
habilement cet écueil. Le léger fantôme qu'il
évoque plane au-dessus des documents, sans
rien perdre de sa gràce innocente. Mlle Sallé
nous est rendue telle qu'elle apparut à nos
aïeux, alors qu'elle enchantait la vieillesse de
Fontenelle et la jeunesse de \'ollaire.
A celle époque frivole, les gens de lellrcs
prenaient intérêt à la destinée des dames de
théâtre. Le bonhomme Fontenelle demeurait,
en dépit de ses soixante-treize ans, un charmant étourdi. Ce bouquetier de petits vers
s'était pris de passion pour les sciences naturelles et la philosophie; il étonnait drux académies par la variété de ses aplitudes. Plus
que jamais il justifiait la noie que lui avaient
donnée, un demi-siècle auparavant, les jésuites, ses ·maîtres : Adolescens omnibus
partibus absolulus. Mais le doux vieillard,
qui pratiquait tous les savoirs, gardait une
préférence pour l'étude de l'anatomie féminine comparée. Mlle Sallé, ayant résolu de
rompre avec !'Opéra, venait d'accepter un
engagement à Londres. Fontenelle se mit à
ses ordres; il lui donna des !cures de recommandation. Nous lisons, dans une de ces
lettres : &lt;&lt; Monsicu r, i I serait naturel que
vous m'eussiez à peu près oublié. Mais il se
présente une jolie occasion de vous en souvenir. Je dis jolie au vied de la lettre, jolie aux
)CUI, et qui plaira certainement aux vôtres.
C'est pour vous recommander Mlle Sallé,
bannie de notre Opéra par notre ostracisme ....
La danse charmante et surtout les mœurs
rès nettes de la petite Aristide ont déplu à

ses compagnes, ce qui est dans l'ordre, rt
même aux maîtres, ce qui serait insensé,
s'ils n'avaient pas eu de maîtresses parmi ses
compagnes. » - A quel amateur éclairé du
beau sexe Fontenelle présentait-il ainsi sa
protégée? A M. le président &amp;fonlesquieu. La
petite Aristide choisissait bien ses relations.
Mais pourquoi !farie Sallé quittait-elle
Paris? Les problèmes d'histoire finissent
toujours par trouver leur solution tôt ou lard.
Le mol de celle énigme nous est révélé par
le manuscrit numéro 26. 700 de la Bibliothèque de la ville de Paris : « Le 20 de ce
mois, la demoiselle Sallé, de !'Opéra, et le
sieur Le Bœuf, l'un des chefs, eurent dispute
sur le théàtre. On prétend mesme qu'il y eut
des coups donnés. Ils ont présenté à ce sujet
des mémoires à la cour qui doit décider de
celle affaire. » En l'année f 730, il y avait
une crise de !'Opéra. Les nouveaux concessionnaires ne manquaient ni de zèle, ni d'appuis puissants; leur tort était d'èlre trop
nombreux. On en comptait quatre, dont ce
Le Ilœuf, qui, dans ses rapports a\'ec le personnel de la danse, ne justifiait point son
nom, synonlme de mansuétude. Les entrepreneurs de !'Opéra passaient pour prodigues;
on s'inquiélait en haut lieu de voir le budget du tltt'àtre dépasser cent mille liHes.

MARIE SALLÉ.
Grai•11re de PETIT, d'atri:s FENO~tL.

Mlle Sallé, se jugeant incomprise, gilla un
de ses quatre directeurs en toute simplicité.
Elle demanda ensuite à l'étranger de la consoler d'une injuste disgràce. « Fuiez en An-

gleterre, terre de liberté el de justice! » lui
conseilla \'ollaire, en prose et en vers. Là
seulement, les philosophes et « les fi Iles de
Terpsichore » pouvaient être vengés de l'ingratitude des Français.
Les causes de l'exode de ~tarie Sallé étaient
peut-être plus profondes encore. Cc serait
une erreur grossière que de voir en elle une
danseuse comme les autres. Les esprits avancés tenaient pour Sallé contre Camargo.
lllle Camargo dansait pour danser; ce n'était,
à tout prendre qu'une «gigoteuse ». Mlle Sallé
pensait l'entrechat. Toute une réforme de
l'art chorégraphique absorbait ses méditations; elle prétendait exprimer en jetés ha Uus
les ditlërents mouvemenls de l'âme humaine.
Apôtre de la danse d'action, elle renonçait
audacieusement aux oripeaux de mascarade,
elle supprimait les tonnelets et les paniers.
Un chroniqueur, qui l'admira à Londres,
s'étonne de sa hardiesse : « Elle a osé paraître dans une entrée de Pygmalion, sans
paniers, sans jupes, sans corps, et échevelée
et sans aucun ornement sur sa tête. Elle
n'était vèlue, avec son corset et un jupon,
que d'une simple robe de mousseline tournée
en draperie el ajustée sur le modèle d'une
statue grecque. n Ne nous y trompons pas,
~larie Sallé a\'aiL de l'avenir dans le ceneau
el dans les jambes. Elle subit Je sort fatal
de~ précurseurs : le vulgaire ne la comprit
poml.
Sied-il de penser en outre qu'elle eut à
souffrir d'avoir sautillé sur les cœurs en conservant la totalité de sa vertu? Fontenelle,
alors qu'il la recommandait à Monlesquieu,
n'hésitait pas à lui décerner un cerlificat de
« mœurs très nelles 1&gt;. li. de \"ollaire, qui
l'appelait &lt;&lt; l'austère Sallé », la comparait
rnlontiers à Diane. Les poètes rendaient un
hommage mélancolit1ue à sa cc miraculeu~e
veslalilé I&gt;. Se lassa-l-on, dans l'éternel
mas~ulin, de la ,arnir invinciblement sage?
Gcnlll-Bernard o,a donner de celle chasteté
~auvage une cxpli&lt;"ation vilaine, dont nous
lui laissons la responsabilité. Avec un traitement annuel de 2.000 livres, une danseuse
sous _le règne de Lo~is_ XV, pouvait accompli;
le m1r?cl? ~e ,es~hte._ Pourquoi faut-il que
la cur10s1te des l11storiens nous livre, une
fois de plus, aux angoisses du doute? Voici
que l'on a découvert, en relisant l'im-entaire après décès de .~Ille Sallé, la grosse d'un
contrat passé devant notaire, par lequel le
duc de ~cailles constituait à la jeune ballerine une rente viagère de 800 livres. Ce n'est
pas une somme fabuleuse, mais la bénéficiaire la toucha pendant vingt-cinq ans.

�, - - 111S TO'l{1.Jl
Devons-nous en conclure ,,u•un grand seigneur, neveu par alliance de Mme de Maintenon, fit sombrer dans un viager perfide la
plus farouche vertu du ballet français?
Il convient de ne pas croire un mol de ce
que dit Saint-Simon du maréchal-duc. SainlSimon haïssait les Noailles et particulièrement celui-là. Il a vidé .sur la réputation de
ce galant homme toute sa poche de fiel. Il
l'accuse d'avoir caché sous des dehors séduisants « tous les monstres que les poètes ont

peints dans le Tartare ». li disait au régent :
c, Je ne cache pas que le plus Leau et le plus
délicieux jour de ma vie ne fût celui où il
me serait donné par la justice divine de
l'écraser en marmelade et d~ lui marcher à
deux pieds sur le ventre. » Ces lignes indiquent un désaccord. Saint-Simon ne mérite
donc pas d'être cru lorsqu'il arnrme que, dès
le lendemain de la morl de Louis XIV, le duc
de Noailles entretint publiquement une fille
d'Opéra. Il ne peut d'ailleurs être question

de Mlle Sallé; en 1715, elle n'avait que huit
ans, - à moins que M. de Noailles, une fois
l'habitude prise, n'ait conlinué à corrompre
le ballet.... Ce serait monstrueux. Aussi
M. Émile Dacier préfère-t-il croire que ce
digne seigneur, épris dtJ tous les progrès,
subventionna en toul bien, tout honneur, la
créatrice de la danse expressive. Nous aussi,
nous devons accepter celle chaste hypothèse,
par respect pour les gentilshommes et pour ·
les danseuses d'autrefois.
HENRY

ROUJON'

de !'Académie française.

Le Masque de Fer
M. de La Borde, ancien valet de chambre
du roi, a trouvé dans les papiers de M. le
maréchal de Richelieu 11ne leltre originale de
la duchesse de ~fodène, fille du régent, au
maréchal, qui était alors son amant. Cette
lettre commence par ces mols qui sont en
chiffres :
&lt;&lt;
Voici enfin la fameuse histoire. J'ai
arraché le secret. Il m'a horriblement coûté.... &gt;)
Vient à la suite l'histoire du Masque de fer,
d'après la déclaration faite par son gouverneur au lit de la mort, telle qu'elle suit :
&lt;c Pendant la grossesse de la reine, deux
pàlres se présentèrent et demandèrent à parler au roi, et lui dirent qu'ils avaient eu une
révélation par laquelle ils avaient appris que
la reine était grosse de deux dauphins, dont
la naissance occasionnerait une guerre civile
qui bouleverserait tout le royaume. Le roi
écrivit sur-le-champ au cardinal de Richelieu,
qui lui répondit de ne po-int s'alarmer et de
lui envoyer les deux hommes; qu'il s'assurerait de leurs personnes et les enverrait à
Saint-Lazare.
&lt;t La reine accoucha, à l'issue du diner du
roi, d'un fils (Louis XIV), en présence de
toutes les personnes qui, par état, sont présentes aux couches de la reine, et l'on dressa
le procès-verbal d'usage.
« Quatre heures après, Mme Perronet,
sage-femme de la reine. vint dire au roi, qui
goûtait, que la reine sentait de nouvelles
douleurs pour accoucher. li envoya chercher
le chancelier, et se rendit avec lui chez la
reine, qui accoucha d'un second fils plus beau
et plus gaillard que le 1n·emier. La naissance fut constatée par un procès-verbal qui
fut signé par le roi, le chancelier, Mme Perronet, le médecin et un seigneur de la cour,
qui devint par la suite le gouverneur du
~fasque de fer, et fut enfermé en même

temps que lui, comme on le Yerra incessamment.
« Le roi dre,sa lui-même, à trois fois diffàentes, avec le chancelier, la formule du
serment qu'il fit prMer à tous ceux qui
avaieul été présents à cc second accouchement de ne révéler ce secret important que
dans le cas où le dauphin viendrait à mourir,
rt il leur fit jurer de n'en jamais parler,
mê:ne entre eux. On remit l'enfant à
Mme Perronet, qui eut ordre de dire que
c'était un enfant qui lui avait été confié par
une dame de la cour.
cc Lorsque l'enfant parvint à l'âge de passer aux hommes, on le confia à ce même
homme qui avait été présent à sa naissance-,
et il se rendit avec son élève à Dijon, et de
là entretenait une correspondance suivie avec
la reine mère, le cardinal Mazarin el le roi.
li ne cessa pas d'être courtisan dans sa retraite; il eut pour le jeune prince le respect
qu'un homme de cour conserve pour celui
qui peut devenir son maître. Ces égards,
que le prince ne pouvait expliquer dans un
h()mme qu'il regardait comme son père,
donnaient lieu à de fréquentes 'queslions sur
sa naissance, sur son étal. Les réponses
n'étaient point satisfaisantes. Un jour, le
jeune prince demanda à son gouverneur le
portrait du roi (Louis XIV); le gouverneur
déconcerté répondit par des lieux communs;
il usa des mêmes ressources toutes les fois
que son élève cherchait à découvrir un mystère auquel il paraissait mellre chaque jour
plus d'importance. Le jeune homme n'était
point étranger à l'amour; ses premiers vœux
s'étaient adressés à une femme de chambre
de la maison; il la conjura de lui procurer
un portrait du roi: elle s'y refusa d'abord,
en alléguant l'ordre qu'avaient reçu tous les
gens de la maison de ne lui rien donner hors
de la présence de leur maître. Il insista, et
elle promit de lui en procurer un. A la vue
du portrait, il fut frappé de sa ressemblance
avec le roi, el se rendit auprès de son gouverneur, lui réitéra ses questions ordinaires,
mais d'une manière plus pressante et plus
assurée ; il lui demanda de nouveau le por-

trait du roi. Le gouverneur \'oulul encore
éluder : « Vous me trompez, lui dit-il, voilà
le portrait du roi, et une lellre qui vous est
adressée me dévoile un mystère que vous
voudriez en vain me cacher plus longtemps .
Je suis frère du roi, et je veux partir à l'instant pour aller me faire reconnailrP à la cour,
el jouir de mon état. ll (Le gouverneur dit,
dans sa déclaration de mort, qu'il n'avait jamais pu s'assurer par quel moyen le jeune
prince s'était procuré la lettre qu'il lui montra ; il dit seulement qu'il ignore s'il avait
ouYert une cassette dans laquelle il mettait
toutes les lettres du roi, de la reine et du
cardinal Mazarin, ou s'il avait intercepté la
lettre qu'il lui montra.) Il renferma le prince
et envoya sur-le-champ un courrier à SaintJcan-de-Luz, où était la cour, pour traiter de
la paix des Pyrénées et du mariage du roi.
La réponse fut un ordre du roi pour enlever
le prince el le gournrneur, qui furent conduits aux îles Sainte-Marguerite, et ensuite
transférés à la Bastille, où le gouverneur des
iles Sainte-Marguerite les suivit. ll
M. de La Borde, qui a été pendant longLemps dans la familiarité de Louis XV, a
rapproché ce récit des conversations qu'il
avait eues avec le roi sur ce Masque de fer,
et elles s'y rapportent assez.
Sur la curiosité qu'il avait souvent montrée à Louis XV sur cette histoire vraiment
extraordinaire, le roi lui répondait toujours :
&lt;! Je le plains, mais sa détention n'a fait de
tort qu'à lui et a prévenu de grands malheurs; lu ne peux pas le savoir. » Et à ce
sujet, il lui rappelait qu'il avait témoigné
dans son enfance la plus grande curiosité
d'apprendre l'histoire du ~lasque de fer, et
qu'on lui avait toujours répondu qu'il ne
pouvait la savoir qu'à sa majorité; que le
jour de sa majorité, il l'avait demandée; que
les courtisans qui assiégeaient la porte de sa
chambre se pressèrent autour de lui en l'interrogeant, et qu'il leur avait répondu :
« Vous ne pouvez pas la savoir. l&gt;
M. de La Borde a compulsé les registres
de Saint-Lazare, mais ils ne remontent point
à l'époque de la naissance de Louis XLV.
GRL\L\l.

""74""

LA PLACE DU CARROUSEL EN

1867. -

D'apres une lithographie du Cabinet des Estampes.

LES FEMMES DU SECOND EMPJRE

La

comtesse Walewska
Par Frédéric LOLIÉE.

Il
Au printemps de 1862, Bismarck avait
échangé son ambassade de Saint-Pétersbourg
contre celle de Paris, pour n'y séjourner que
peu de temps, d'ailleurs, mais assez pour
savoir à quoi s'en tenir sur la faiblesse relativtJ de l'organisation militaire de la France
et sur l'indécision où flottait la volonté dirigeante, en matière de politique extérieure.
Il se rendait assez volontiers chez Walewski, dont il estimait la fermeté de vues et
la franchise, tranchant sur la nature incertaine el louvoyante de Napoléon Ill. Lorsque
le ministre se trouvait retenu en quelque
conférence, il montait, un moment, chez la
comtesse. Il acceptait de prendre le thé, causait avec elle des actualités du jour, lui rappelait les circonstances d'une première rencontre aux eaux thermales de Hombourg,
parlait de choses diverses et même de politique. Bismarck interrogeait, surtout. Que
pensait-on chez !'Empereur? Que voulaient
ses conseillèrs? Que voulait-il lui-même?
Cesserait-il d'aller à droite, à gauche, sans se
fixer à aucune alliance ferme et solide? Où

visait-on par ces lignes brisées? Elle se dérobait à des questions trop directes :
« - Comtesse, en politique, il faut tout
dire.
&lt;1 Oui, sauf la chose importante dont
on ne parle jamais et que vous vous garderiez bien vous-même, monsieur l'ambassadeur, de meure sur le tapis de la conversation.
« - Peut-être. Cette chose, justement,
que vous voudriez me faire dire .... Car vous
m'avez l'air d'être aussi, vous, une habile
petite diplomate.
« - Ne suis-je pas à bonne école? ll
C'est ainsi que l'ambassadeur prussien, en
des escarmouches mondaines sans gravité,
donnait relâche à la poursuite de ses desseins
déjà mûrs. Mais qui se doutait alors, en
France, que Bismarck fût un homme de la
trempe de Cavour~ Moins que personne, les
gens habiles, les gouvernants terriblement
aveuglés, qui le traitaient en personnalité
négligeable.
L'année suivante, l'arrivée du roi Guillaume de Prusse était le gros événement de
la saison. Le monarque allemand n'avait pas
entrepris le voyage de Berlin à Compiègne

uniquement pour le plaisir d'aller chercher
des distractions au sein d'une Cour plus
luxueuse, plus galante que la sienne, et plus
étourdie. Des faits considérables se préparaient, en perspective desquels il avait bâte
de pressentir sur place les intentions de Napoléon, comme allié ou comme adversaire;
et ce n'était point sans le désir d'en être
éclairé bien à fond qu'on le voyait s'attarder,
le malin, par les avenues du parc, en des
colloques sans fin avec l'empereur - plus
mystérieux et moins lucide. Ces conversations
sérieuses et ces grands projets faisaient trêve,
aux heures de visites mondaines, de chasses
ou de réceptions.
Pour avoir l'aspect et les goûts d'un prince
militaire, Guillaume n'était pas que morgue
et rudesse, en ses dehors. Il u' allait point à
travers le monde les yeux fermés sur la
beauté féminine. On le voyait fort empressé
auprès de l'impératrice. Quoique son admiration d'homme pour ce qu'il appelait &lt;c ses
perfections ll ne fùt qu'une raison accessoire
de sa présence à Compiègne, il se prodiguait
en attentions et prévenances envers elle,
comme pour protester, d'une façon platonique et indirecte, contre les infidélités dont

�"-------------------------- LI

111STOR.,1.JI
elle avait à se plaindre du côté de l'empe- en gardant cette physionomie affairée ou
reur. Des sourires malicieux, des regards absorbée qui lui était coutumière, elle, à sa
espiègles, s'égayaient aux dépens de ce« reître façon, concourait à son rôle, entretenait,
jouant au Céladon », et chez lequel on ne soutenait sa position. On &lt;lisait qu'elle était,
soupçonnait guère tant de pensées graves, 1ant
de menaçants desseins roulant dans sa tête.
Le monarque en visite devait aussi des
amabilités à la femme du ministre des Affaires
étrangères. Il laissa voir qu'il les rendait de
bonne grâce. L'une des visites royales à
Mme Walewska produisit un quiproquo assez
plaisant.
C'était vers onz~ heures du matin. N'ayant
pas jugé qu'il fût nécessaire de se faire précéder ni accompagner, Guillaume sonne à
l'appartement qu'elle occupait au château.
On a ouvert. Une jeune camériste demande
le nom du visiteur. &lt;( Le roi ", répondit-il.
Et celle-ci, une ingénue, peu savante encore
à reconnaître, à l'air du visage, la qualité des
persQnnes, se hâte de prévenir sa maîtresse
que &lt;( M. Leroy n demande à être reçu.
Mme Walewska, qui est à cent lieues de se
douter de la présence du souverain allemand
dans son antichambre, suppose qu'il s'agit
du coiffour attitré de la Cour, le Léonard du
second Empire, l'artiste capillaire sans rival
en la manière de façonner les bandeaux bouffants ou les mèches ondulées, M. Leroy en
un mot. Elle fait répondre que ce n'est pas
Cliché Braun et C'•
l'heure, qu'elle n'a pas le loisir de lui conROURER.
fier sa tête pour l'instant, et qu'il ait à repasser avant le diner du soir. La commission
est fidèlement rapportée au roi de Prusse, pour le ministre des AITaires étrangères, la
qui tient pour inutile d'éclaircir le malen- meilleure page de son portefeuille.
tendu, salue la soubrette et se retire. Un
Intègre, loyal, désintéressé, d'un caracmoment plus tard, chacun savait l'incident, tère honnête et de sentiments généreux, le
parmi la troupe oisive et babillarde des in- comte Walewski s'était acquis et méritait
vités; et, quand Mme Walewska descendit l'estime générale. Il était estimé plus qu'aimé
pour prendre part au déjeuner, ce furent des dans l'entourage politique. Au Conseil, il siéchuchotements, des sourires, une gaieté con- geait avec ses collègues sans être sûr de leur
tenue, dont elle pria qu'on lui voulût bien attachement. Il arnit sa place dans leur
donner l'explication. On lui fit donc savoir cercle; il ne se senlait pas de cœur et d'esqu'elle avait pris le potentat de Berlin pour prit avec eux. Fould, sous des airs empressés,
son coiffeur et l'avait consigné, comme tel, à s'employait secrètement à le démolir. Persa porte. Elle se répandit en excuses auprès signy y travaillait plus à découvert 1 • D'autre
de Frédéric-Guillaume, qui n'en témoigna part, Rouher, peu porté vers sa personne et
que de la gaieté et promit, pour le lendemain, encore moins vers les idées plutôt réactionune visite moins malencontreuse, espérait-il. naires qu'il personnifiait dans les conseils de
Napoléon IIr, ne lui ménageait pas les criTout le rôle de la comtesse Walew,ka ne tiques détournées'. Du coté de l'emperrur,
se bornait point à briller dans les fêtes où les tiraillements étaient fréquents, et malaisé
elle passait et qu'elle donnait. Douée, sinon le 1ravail en commun. \Valewski avait des
de facullés supérieures, auxquelles elle ne façons de voir entièrement opposées aux prinprétendait point, mai5 de qualités qui en cipes nationalistes de Napoléon Ill. Les évétiennent lieu chez une femme: le tact, l'amé- nements d'Italie ne l'avaient pas trouvé très
nité liante, le savoir-faire, avec cette grâce enthousiast-e. Avec quelques rares esprits
familière qui est le don des Italiennes et clairvoyants il pressentait que l'unité italienne,
principalement des Florentines, elle aidait à une fois réalisée, serait grosse de périls pour
la situation de son mari et complétait, dans la France, el qu'elle entraînerait d'autres
le monde, son action officielle. Sïl confec- unités plus dangereuses. On le savait au loin,
tionnait des dépêches et signait des rapports, dans les ambassades, comme à Paris, dans

les bureaux : il y avait, à Paris, deux diplomaties, celle du quai d'Orsay et celle du cabinet de l'empereur. Et puis, les moyens,
non plus que les idées, ne concordaient pas
toujours entre le souverain et son ministre.
La ligne la plus droite, pour arriver à l'objet
qu'il avait en vue, était celle que Walewski
choisissait de préférence, déclarant, en cela,
se conformer à l'exemple même de Napoléon I••.
Au contraire, le neveu de César - et son
cousin germain - n'aimait à procéder que
par de longs circuits et s'en croyait un plus
profond politique. Drouyn de Lhuys et Walewski voyaient marcher les événements.
L'esprit rê,·eur de Napoléon III persistait à
sïllusionner dans la foi de son rôle d'homme
providentiel, devant transformer le monde
par !"empirisme des idées. Des heurts se
produi5aienl, inévitables. Dans les premiers
jours &lt;le 1859, où l'on prévo1ait de graves
complications sur les affaires d'Italie, une
scène fort vive avait éclaté. C'était à l'occasion d'une d,;pêche que Walewski, se supposant d'accord avec rnn souverain, avait envo1ée an princfl de La Tour d'Auvergne,
rrpréscntant la France à Turin, -et qu'avaient
contremandée aussitôt des instructions secrètes rmanét.•s du cabinet de Mocquard. Et
il en riait résulté, chez Cavour, une scène
de vérilable comédie.
Le prince de La Tour d'Anvergne, muni
de ~a dépêche, en arait averti le grand
homme d'État piémontais :
&lt;( Voici ce que le comte Walewski m'invite à vous communiquer. l&gt;
Puis, il s'était mis à la lire au président
du Conseil, qui, lorsque le ministre eut
achevé, plaisamment avait répondu :
&lt;( Hélas ! vous avez raison, mon cher
prince : ce ttue vous écrit M. Wale_wski n'e~t
pas fait pour encourai;er nos esperances, Je
l'avoue; nous sommes vertement blâmés.
Mais que diriez-vous si, de mon côté, je vous
lisais ce qui m'arrirc directement des Tuileries, celle fois, et de certain personnage que
vous connaissez? »
En même temps, gardant au coin des lèvres
un sourire ironique, il avait tiré de sa poche
une lettre portant la même dale que la dépêche du quai d'Orsay, dans laquelle le secrétaire de l'empereur l'assurait, en confidence,
q,ue les projets d'annexion étaient vus d'un
bon œil et qu'il n'eù.l pas à se préoccuper des
complications qui pourraient survenir:
Walewski s'était plaint de ce remement
soudain, inexplicable, comme en avait souvent Napoléon, qui désorientait l'action de
ses ministres et renversait les mesures qu'ils
avaient prises 3• L'empereur, d'habitude, le
plus calme, le plus flegmatique des maîtres,
en avait conçu de l'irritation et n'avait pas

1. Persigny n rendu justice, dans ses Mémofre,, à
ln ligne de politic1ue extérieure suirie p:ir le comte
Walewski, qu'emnyaiL trop de complaisance seulement pour les vues anglaises.
2. r.orsque fut décidée ln nomination assez imprév~e. du. comte Walewski à la présidence du_ Corps
Leg1slallf, en remplacement du duc de Morny, 11 écrivait à Thouvencl : « J'ai eu avec Walewski, au sujet
de cette présidence, des conversations très curieuses.

Voir les très intéressantes Pages du Second Empire, par M. L. Thouvenel, tirces des papiers de son
père, 111-8, 1905, E. _Pion, ~dileur.
.
.
5. Napoléon III s amusait souve!1L a ce JO~,. qm
rendait vains et sans portée les agissements mm1sté:
riels officiels. Ainsi, dans le moment où BenedetL,
déf.loyail Lous ses moY.ens dipl?matiqucs po_ur contester
à a Prusse la possession d_es v1\les hanséallq_ues, _M. de
Goltz, Je ministre du roi Gmllaume, avait déJà vu

Il se croit immensément populaire, soutenu par la
Chambre et 1;1ar le pays. JI a formé le projet de redresser énergiquement tous les torts el tous les écarts.
li doit contenir cl faire reculer b discussion dans les
plus étroites limites, etc. Pour moi, je suis réso!u à
me montrer très calme cl três réservé cl à laisser
couler ce torrent impétueux. Chaque chose se remettra
naturellement à sa place. C'est le pro_Pre de ces situations en relief de ne permettre l'illus1on à personne. •

ménagé les termes de son mécontentement.
Wale,~ski, tout ému, avait déclaré qu'il ne
pouv_a1t rester au ministère, après ce qu'il
venait d'entendre. On dut intervenir officieusem7n_t. Ce _fut une période très agitée de son
admm1strat10n. Douze jours plus tard, et sur
les mêmes affaires italiennes, il avait une
altercation véritable, en plein conseil, avec le
l?rbulen~ Jérôme-Napoléon. Il déposa plusieurs fois son portefeuille, qu'on l'obligeait
à reprendre, ou à échanger contre un autre
- sans qu'il y fit trop de résistance, d'ail~
leurs, la crise passée. Mme Walewska fut l'intermédiaire délicat qui, plus d'une fois, ramena l'apaisement dans ces sphères orageuses.
On savait si bien pratiquer aux Tuileries
l'heur_eux système des compensations!
'
Wa-'
lewsk1 sortit du ministère sans que sa faveur
?n par~t _diminuée. En attendant de l'appeler
a 1~ pre~1~e?ce d? Corps législatif, Napoléon
avait saiSI 1 occas10n d offrir à sa femme un
magnifique collier de perles, à lui un beau
domaine provincial, et d'y adjoindre une distin~tion hon~rifique. analogue_ à celle qu'il
avait accordee au ministre d'Etat, son collègue! chargé de la _liste civile, le banquier juif
Achille Fould. Comme il semblait, avec raison, qu'on n'avait plus à grossir la bourse du
riche financier, l'empereur avait imaoiné de
le décorer, ainsi que le comte Wale,~ki, de
la croix de la Légion d'honneur en diamants,
que le chef de l'Etat était seul à porter avec
son cousin, le prince Napoléon. Une anecdote
fut même inventée à ce propos, et assez méchante pour avoir bientôt fait le tour de la
ville et des salons. On connaissait, un peu
partout, la cupidité d'Achille Fould; on savait
aussi ce détail qu'une telle croix était ornée
de brillants, d'une valeur de cinquante mille
francs, au moins. Le bruit fut répandu que
M. Fould, créé, disait-on, duc de Villejuif (un titre dont s'était égayé le couple
impérial), n'avait eu rien de plus pressé
que de convertir sa croix en rentes 5 pour

maréchal du palais, un grand cumulateur
d'offices, le maréchal Vaillant.
Dans ses rapports, le comte Walewski paraissait fier, un peu hautain; on le disait
trop solennel. L'art de se faire des partisans
lui échappait, quoiqu'il eût, au fond du cœur,
une grande bonté. Aimable, polie, prévenante,
_ne se montrant ni trop contente de soi ni trop
éblouie de ses avantages, sa femme atténuait
ce qu'avaient de brusque ou de rigide les manières du ministre, resserrait les liens détendus entre les députés des différents groupes, d'un mot, d'un sourire, d'une heureuse
attention ramenait les mécontents et ne se
lassait point d'être utile.
Cette influence conciliatrice parut surtout
sensible pendant que son mari était à la présidence du Corps législatif. Elle sut acclimater
chez elle Ioules les oppositions. Un ancien
ministre de l'Intérieur, qui l'arait bien jugée,
la comparait à la duchesse d'un roman de
Charles de Bernard, qui, d'un regard ou avec
un coup d'éventail, empêchait de parler le
leader de l'opposition, quand elle tenait au
maintien du ministère.
En dehors des grandes fètes, qu'elle excellait à organiser, à la présidence, elle recevait
tous les jours. Ses salons restaient ouverts
aux intimes, même les soirs où elle se rendait à !'Opéra, aux Italiens. En rentrant elle
retrouvait ses hôtes, ses fidèles, qui l'attendaient pour prendre le thé. Elle n'avait pas à
parler d'elle-même : le cadre et la personne
y suffisaient; mais elle s'employait, adroite
et fine, à mettre chacun tout à l'aise sur son
propre sujet. La comtesse avait, d'élection, le
don de plaire. Tous ses amis, à peu d'cxcep-

COJKTESSl!

'JYJU.13'1YS'J(_.JI

--~

douce magie, les en déprendre et convertir
en amitié ce qui ne devait pas être l'amour,
en y laissant la fleur, le parfum du sentiment, elle les avait gardés tous. La bienveillanc~ et l'affabilité étaient le charme naturel
qui lui gagnait les cœurs. On allait vers elle,
on recherchait sa compagnie, sa conversation,
parce qu'elle parlait avec une jolie simplicité
et savait écouter avec séduction.
&lt;( Rien qu'à son sourire et à ses silences,
nous disait un de ses admirateurs d'antan,
on était incliné à lui trouver de l'esprit en la
quittant. lJ
Le comte Walewski, qui avait pris à tâche,
au début de leur union, de former son intelligence, d'éclairer son âme, lui en savait gré
et lui en donnait acte par la confiance qu'il
lui témoignait. Très écouté d'elle, il tirait
usage de ses qualités mondaines pour sauvegarder certaines de ses responsabilités d'homme
et de diplomate. Il était son conseiller; elle
s'diorçait d"être l'abeille ouvrière de ses desseins. Avant de se rendre à son cabinet ou à
la Chambre, ou, sur le tard de la journée,
quand s'annonçait le moment d'une grande
réception, il l'avertissait, parfois, d'indications opportunes, de mots à placer :
&lt;( A la contredanse, vous direz à l'empereur .... Vous ferez comprendre à l'impératrice.... »
Elle s'en acquittait à point nommé, ayant
su combiner celte double et malaisée réussite, écrit la comtesse Stéphanie de la Pagerie, d'inspirer un très vif sentiment au souverain et un non moins vif à la souveraine.
Celle-ci lui donnait aussi de petites missions
à remplir. Mme Walewska renseignait l'impé-

100.
Le Moniteur du 5 janvier 1860 contenait
l'acceptation de la démission du comte Walewski et son remplacement par Thouvenel.
Mais, nous l'avons dit, la compensation avait
suivi de près l'apparente disgrâce. Un décret,
inséré également dans la feuille officielle,
attribuait cent mille francs de traitement aux
membres du Conseil privé n'ayant pas de
fonctions! Walewski se trouvait dans ce cas.
li jouissait de celte indemnité princière; possédait, en outre, sa situation de sénateur,
qui grossissait de !rente mille francs annuels
son budget.. .. Il pouvait attendre. L'interrègne fut court. Au mois de novembre de la
même année, on saluait avec joie, chez la
princesse Mathilde, la nouvelle de la chute de
Fould ...• &lt;( Fould s'en va I Fould nous quitte ....
Enfin, c'est fini .... &gt;J En effet, il était remplacé au ministère d'État par Walewski, tandis que l'intendance générale de la maison de
l'empereur passait dans les attributions du

tions près, avaient commencé par l'aimer
d'amour; et, comme elle avait su, par une

r~trice sur les choses d'Italie, sur les impress10ns des hauts personnages temporels et spi-

l'empereur, et to11t était réglè, tout était consenti.
L'ambassadeur français n'avait plus qu'à serrer ses

arguments. « Mon cousin, di8ail la princesse llaLhîlde, n'est jamais aussi guilleret que lorsqu'il a

brouillé1toutes les cartes de la politique. Il_ est si
étrange! »

LE CHATEAU DE COMPIÈGNE,

VUE PRISE DU CÔTÉ DU JARDIN.

D'après une litlzographîe de DEROY (18S8).

..., 77 ""'

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rituels de ce pays divisé, à l'égard de la France,
et s'y voyait invitée, de temps à autre, par
des billets comme le suivant :
&lt;!

Ma chère Marie,

« Je viens de voir le nonce. Je désire vivement savoir l'impression que ma conversation
lui a causée. Tâchez de le savoir.
((, EUGÉNIE. ))

Quant aux sympathies de l'empereur, il en
était parlé de différentes façons. Les quêteurs
de mystères voyaient là le point délicat, et y
appuyaient d'autant plus. On affectait de
croire à des compétitions ambitieuses entre
Mme Walewska et Mme de Castiglione, avec
les alternatives de rayonnement et de déclin
de deux astres rivaux. La médisance y trouvait quelque pâture. C'était à propos d'un
collier de perles .... C'était à propos d'autre
chose. La bienveillance naturelle de Mme Walewska, la disposition facile qu'elle témoignait
à prêter son appui, auprès de l'empereur, à
de nombreuses personnes qui l'en sollicitaient,
en étaient les prétextes assez plausibles chez
des hommes beaucoup trop sceptiques pour
ajouter foi au platonisme des ingérences féminines.
Avec l'esprit subtil des Florentines, dont
un pontife romain disait, en d'autres temps :
(! C'est le cinquième élément de l'univers »,
elle gouvernait adroitement à travers ces
écueils jusqu'au moment où elle se crut obligée d'aller voir l'impératrice, pour la prier
de ne plus l'inviter à ses soirées particulières tant que persisterait la malignité des
propos. Eugénie, très touchée, l'embrassa
avec émotion, et, loin d'accueillir le sacrifie~,
redoubla d'affection envers elle, au point que
chacun 1)1,it s'en apercevoir. Un moment, des
femmes, des courtisans même, remarquèrent,
non sans jalousie, que l'impératrice ne pouvait se passer de Mme Walewska, qu'elle
l'avait constamment en sa compagnie et prenait plaisir à marier ses goûts avec les siens
dans le choix des mêmes toilettes. A la princesse .Mathilde, qui lui demandait si elle avait
conservé des cheveux du prince impérial, elle
répondait :
« - Je les ai donnés à Mme Walewska. »
Elle la nommait ou l'appelait en toute occasion. Il est vrai que, quelque temps après,
le vent avait tourné et que, pendant une série
de mois, elle lui manifesta certaine froideur.
Alternatives passagères comme les caprices
du temps et qui n'ont jamais empêché, d'ailleurs, la comtesse Walewska.de protester d'un
souvenir fidèle et d'une estime sans ombre à
l'égard de l'impératrice.
L'amour de la vérité oblige à dire, cependant, qu'Eugénie n'usa pas d'un retour égal,
dans les dernières années, que des malveillances ravivèrent en son esprit les doutes ou
les griefs du passé, et que les choses devaient
se brouiller tout à fait lorsque, à la suite de
publications tapageuses signées Pierre de Lano
- où l'on avait, à tort ou à raison, mêlé son
nom, son témoignage - le bruit courut que
toutes ces histoires, peu favorables au per-

sonne! bonapartiste, sortaient des petits papiers de Mme Walewska.
Les plus longues prospérités s'écroulent en
un jour. Son mari, mort en 1867, ne vit pas
l'effondrement de l'Empire. ~fme Walewska
portait, depuis deux années, les voiles du
veuvage lorsque l'empereur vaincu, prisonnier, lui écrivait d'Allemagne une lettre affolée commençant par ces mols :
« Savez-vous où est l'impératrice? &gt;&gt;
Le 4 septembre, elle faisait attelcr à sa
voilure les deux chevaux pie que le toutParis impérialiste cennaissait, et, avec ses
enfants, une femme de chambre, un maitre
d'hôtel, elle prenait le chemin de la gare du
Nord pour se rendre en Belgique.
Elle n'y fut pas isolée. Bien des anciens
habitués des Tuileries avaient adopté le même
refuge. Le contact fut établi, aux premiers
jours. C'est à Bruxelles, après le 4 septembre
républicain, c'est dans celle ville hospitalière
aux vaincus de la politique, où, par un contraste significatif des chances de la fortune,
s'étaient abrités, dix-huit ans plus tôt, les
proscrits du 2 décembre, que les émigrés du
bonapartisme en déroute avaient essayé de se
reconnaître dans la tourmente.
Elle descendit à l'hôtel de Flandre et en
occupa tout le premier étage. Le parti y avait
établi son quartier général. On commença à
se réunir dans son salon. La maréchale de
.Mac--Mahon, sa mère la duchesse de Castries,
sa sœur la comtesse de Beaumont, le duc
d'Albufera, la maréchale Canrobert, le géné-

les plans d'un retour possible aux Tuileries.
Le général Changarnier s'y rendait l'aprèsmidi. Quoiqu'il affichât d'ardentes opinions
légitimistes, on espérait en lui : il devait être
le Monk, le restaurateur du trône des Césars.
Des républicains, de nuance indécise et nouvelle, s'y glissaient aussi. Le ministre plénipotentiaire de France, accrédité à Bruxelles
par le gouvernement de la Défense nationale,
un ancien député du Haut-Rhin, - plus tard
un déclassé de la politique et de la vie (il se
nommait Taschard) - ne craignait point d'y
aventurer ses pas, et même d'une manière
assidue. C'est à lui qu'était arrivé - comme
il me le racontait trente années après - de
rencontrer Gambella sur le seuil de l'hôtel de
Flandre. Et, d'un ton où l'enjouement al'ait
plus de p:irt que le reproche, il lui demandait :
&lt;( Qu'allez-vous faire chez celle charmeuse? l&gt;
Les journées se succédaient sans changement. Elles se faisaient longues et pesantes
à l'émigrée. li lui tardait de respirer de nouveau l'air et la vie de cette cité parisienne,
qui, plus que sa ville natale, plus que Florence déjà lointaine dans ses souvenirs, était
sa véritable patrie. Mais, à Paris, dans toute
la France, la réaction était violente contre
tous ceux et toutes celles, qui avaient serré
de trop près le cortège impérial. Aisément,
en des rapports de malveillance, on mêlait
son nom, sa personne, aux menées du parti
bonapartiste, s'efforçant encore à ressaisir la
barre des événements. Devait-elle se résigner
à l'exil volontaire jusqu'à ce que l'apaisement
des rancunes et des colères, dont elle avait
à subir le contre-coup, lui marquât le terme
de cette douloureuse attente? Elle hésitait à
rentrer en France, à la fois désireuse et inquiète de ce retour, et parce qu'il le fallait
aussi; car sa fortune avait sombré dans la catastrophe. Fidèle aux liens de la vieille amitié,
qui avait survécu à la mort de Walewski,
Thiers, devenu président de la République
française, trouva le temps de lui écrire ces
fortifiantes paroles :
&lt;(

&lt;!

Cliché- Hraun et c1•.

Duc DE PERSIGNY.

rai de Montebello, le général Fleury, parmi
les anciens conseillers de l'empereur, s'y
rassemblaient l'après-midi; et, pendant qu'allaient à leur fin les destinées du régime déchu, entre eux échangeaient des espérances,
consultaient la direction des nuages, forgeaient

Palais de Versailles, 1872.

Madame,

&lt;! Je vous demande mille fois pardon de
ne pas vous avoir répondu encore, et j'espère
que vous n'aurez imputé mon silence ni à de
la négligence, ni à l'oubli de l'amitié qui
m'unissait au comte Walewski, mais aux affaires accablantes dont je suis chargé. Je vous
assure que c'est la vérité pure, et que je n'ai
pas pu remplir tous les devoirs d'amitié qui
me tiennent le plus à cœur.
!&lt; Je prends un moment, aujourd'hui, pour
vous dire que jamais_ vous n'aviez eu besoin
de vous j uslifier auprès de moi des accusations d'intrigues ou de complots et que je
vous ai toujours con:.idérée comme une personne de sen~, de tact ou de bon esprit et,
surtout, comme une bonne Française. Aussi,
les portes de la France vous ont-elles élé Lou-

LA
ours _ouvertes, et, pour ma part, je vous les
verrai franchir sans aucune inquiétude.
&lt;! Quant à vos enfants, je serai charmé de
leur pouvoir être utile, lorsque l'occasion s'en
présentera, et je lâcherai, notamment, de
prolonger le séjour de votre fils en Europe
le plus longtemps possible.
« Je vous prie donc de croire à mes sentiments les plus affectueux et les plus conformes à ceux qui ont toujours existé entre
le comte Walewski et moi. Veuillez a"'réer
la nouvelle assurance de mes respecl~eux
hommages.

leur et ministre d'État à la fois, ayant reçu,
en o~lre, de la main de l'empereur un
domame sup~rbe, dont la valeur représentait
un million, il dépensait, sans compter, les
émoluments et les revenus de sa situation

(( ÎlllERS. ))

,_La se~ai,ne su!vante, .Mme Walewska s'était
rernstallee a Paris et sa première visite avait
été pour l'ami et le protecteur de sa famille
non pas au palais de Versailles, mais dans l;
maison familiale de la place Saint-Georrres
•
t,
'
reconstruite sur les ruines de l'ancienne ....
Elle entre. On l'a_ccueille. Thiers lui rappelle
sa grande affection pour l'ancien ministre
d'Etat, et, avec la mobilité de ses idées :
« - A propos, que dit-on de nous, à
Bruxelles?
, &lt;! On n'aime guère votre République,
repond-elle,. encore mal habituée au changem~nt de régime. Vos plus proches voisins appreh??dent q~e la tache aille en s'élargissant
et s elende JUS'.Jlle chez eux. Mais vousmême, monsieur le président, avez-v~us foi
dans la durée de votre fondation? Vous préparez la place aux d'Orléans, peul-ètre?
« - Ah l reprend Thiers, en touchant légèrement du doigt rnn épaule, vous êtes encore bien jeune. Quoi, les d'Orléans! l
songez•v~us? ~?e famille princière qui, au
lendemam du srnge, après des désastres sans
pr~cédents, après l'énorme rançon pour le
paiement de laquelle il a fallu saianer toutes
les veines de la nation, a commen~é par redemander ses biens, ses terres, ses millions!
~lie a bien perdu la partie, et à jamais, en
l•rance. »
Cependant, en remettant le pied sur le sol
de ce Paris qu'avait lavé le déluge des événements, .Mme Walewska n'avait plus retrouvé
s_cs habi_Ludes d'existence large, ni ses relallons br1llantcs. Le monde qui fut le sien
s'était émietté, dispersé, et de même les ressources de sa condition personnelle. Jamais le
co~te ~Val~wski, au pouvoir ni hors du pouvoir, n avait recherché la fortune ni les affaires qui la donnent. On vivait sous son toit
naturellement, dans le luxe el le faste. Séna~

ACIIlLLE FOULD,

D'après la lithographie de G. Fu11R.

exceptionnelle. Il sut mourir pauvre, ou presque. ~a comtesse avait partagé ses goûts de
Ii_bérahté. A travers les déplacements princiers, au cours de ses réceptions pleines de
magnificence, elle avait eu chez elle, autour
d'elle, la main aussi prodigue. Il fallut aviser
pense~ à l'avenir. Le président Grévy fit attri~
b~er a Mme Walewska une pension de quinze
mille francs, en retour des services publics
rendus par le comte Walewski, ambassadeur
et mini~tre.
Dans les conditions de simplicité où il nous
fut donné depuis lors de la voir, de la con~aître, ,s~uvent les ombr~s _dorées et les poétiques elegances du passe viennent visiter son
esprit. Elles n'y laissent aucune amertume.
Après la vie de jeunesse et de triomphe, après
la longue matinée de soleil, qui s'était étendue
pour elle jusqu'aux heures extrêmes de la
journée, loin des ravissements et du tourbill~n d'~ulrefoi: elle est ,restée bien en possession d elle-meme ; à I ombre, et recueillie,
elle a gardé la grâce d'indulgence el de bonté
qui ne se perd pas. A celte distance des évé~

COMTESSE

W Jl1.E1YS'l(,Jl

nements et des hommes, en cet isolement
de sa pensée, que des disparitions successives
resserrent de plus en plus, tout lui revient
lucide et clair. En causant des choses évan.ouie.s, e!le a le tour net et juste, l'expression a pomt et comme si le détail en était de
la veille ou du moment. Dans ses souvenirs
elle choisit de préférence un trait fin un mo;
aima~le_ ou gai, une situation ~iquanle,
et ncglrge le reste. Elle se souvient avec
goût.
, So~ altachement aux figures d'autrefois ne
I_ emp~che pas de suivre curieusement les
evolnt10ns de la politique présente et d'y
chercher les pronostics du futur. Avec beaucoup de sagacité, elle raisonne des divisions
d'un parti qui lui fut cher, et dont elle croit
la destinée finie.
« Je sais bien, me disait-elle, qu'il faut
résen:er la part de l'imprém, dont les coups
de theâ_tre Mco?certcnt les calculs de la plus
sa_ge rarrnn . .Mars la qualité des hommes eu
lar~se-t-ellc prévoir l'accident possible? J'ai
peme à le supposer. »
. Elle n'a rien oublié des physionomies si
d1l'crses qui passèrent à portée de son hori~on .• E~le en parle, rnns malveillance et sans
1dolatr1e, avec franchise_ e~ nelteté. Ses jugements sur Morny, sur Fialm de Persirrny seraient à prendre en mémoire. Du pre:icr de
ces gra~ds _actc~rs, elle ne me parut jamais
fort enllchee, s accordant bien en cela avec la
princesse Mathilde, qui laissa parler de temps
à autre le fond de ses sentiments. Je l'ai entendue s'écrier : « Morny. On ne parle que
de Morny! li semblerait qu'il n'y a eu qu'un
ho~me, une tête, un caractère, et que ce fut
t?uJours Morny! Il agença le coup d'État,
c est. entendu. Il eut beaucoup de succès
auRrcs des femmes. On le dit, et je le veux
croire. Il était la distinction même. Je ne le
m~ts p~s en do.~tc. ~e que je sais de plus certam, c est qu 11 laissa douze millions bien
établis à ses enrants, que pour tout le reste
P?ur c~ qui n'était pas son bien, mais le hie~
d autrui, pour la France, il eut la c,rnscience
légère au_tant _qu'u~ grain de tabac; et que
Walewsk,, lm, qurtta le pouvoir les mains
nett8:', et sans avoir rien gardé dans son portefeur Ile. »
. Ell:1:flême s'est plu à égrener des souvemrs, a Jeter s~r le papier des notes éparses.
Ce s~ront, un _Jour peut-être, les feuillets détaches ~e.sa _v1e. Il _nous a été permis d'en
do~ner 1c1 11mpress10n anticipée, sincère el
fidele.
0

FRÉDÉRIC

.,,., 79....,

--, •

LOUÉE.

�Le crime du comte de Horn

Antoine-Joseph, corole de Horn, âgé de
\'ingt-deux ans, capitaine réformé dans la
cornelle blanche, Laurent de Mille, Piémontais, capitaine réformé dans le régiment de
Brehenne-Allemand, et un prétendu chevalier
d'Estampes complotèrent d'assassiner un riche agioteur et de s'emparer de son portefeuille. Ils se rendirent dans la rue Quincampoix et, sous prétexte de négocier pour
cent mille écus d'actions, conduisirent l'agioteur dans un cabaret de la rue de Venise, le
22 mars [i 720], vendredi de la Passion, et
le poignardèrent. Le malheureux agioteur, en
se débattant, fit assez de bruit pour qu'un
garçon du cabaret, passant devant la porle de
la chambre où était la clef, l'ouvrîl, et,.
voyant un homme noyé dans son sang, la
ferma à deux tours et cria au meurtre.
Les assassins, se voyant enfermés, sautèrent par la fenêtre. D'Estampes, qui faisait
le guet sur l'escalier, s'était sauvé aux premiers cris et courut à un hôtel garni rue de
Tournon, où ils logeaient tous les trois, prit
les effets les plus portatifs et s'enfuit. Mille
traversa toute la foule de la rue Quincampoix, mais, suivi par le peuple, il fut enfin
arrêté aux Halles. Le comte de Horn le fut en
tombant de la fenêtre. Croyant ses deux complices sauvés, il eut assez de présence d'esprit
pour dire qu'il avait pensé être assassiné en
voulant défendre celui qui venait de l'être.
Son plan n'était pas lrop bien arrangé et devint inutile par l'arrivée de Mille qu'on ramena du cabaret et qui avoua tout. Le comte
de Horn voulut en vain le méconnaitre, le
commissaire du quartier le 1il conduire en
prison. Le crime étant avéré, le procès ne
fut pas long, et dès le mardi saint, 26 mars,
l'un et l'autre furent roués vifs en place de
Grève.
Le comte de Horn était apparemment le
premier auteur du complot, car avant l'exécution et pendant qu'il respirait encore sur
la roue, il demanda pardon à son complice
qui fut exécuté le dernier et qui mourut
sous les coups.
J'ai su du chapelain de la prison une particularité qui prouve bien la résignation et la
tranquillité du comte de llorn. Ayant été
remis entre les mains du chapelain, en attendant le docteur de Sorbonne, confesseur, il
lui dit : « Je mérite la roue, j 'espérais qu'en

considération pour ma famille, on changerait
mon supplice en celui d'être décapité; je me
résigne à tout, pour obtenir de !Jieu le p1rdon de mon crime. » Il ajouta tout de suile :
« Souffre-L-on beaucoup &lt;1uand on est roué?»
Le chapelain, interdit de celle ~uestion, se
contenta de répondre qu'il ne le croyait pa~,
et lui dit ce qu'il imagina de plus consolant.
Le Ilégent fut a,s;égé de toutes parts pour
accorder la grâce, ou du moins une commutation de peine. Le crime était si atroce qu'on
n'insi~ta pas sur le premier article; mais on
redoubla de sollicitations pour l'autre. On
représenta que le supplice de la roue était si
infamant que nulle fille de la maison de Horn
ne pourrait jusqu'à la troisième génération
entre!' dans aucun chapitre.
Lt!'Ilégent rejeta les prières pour la grâce.
Sun cc qu'on essap de le toucher par l'honneur que le coupable avait de lui être allié
par Madame : « Eh bien! dit-il, j'en partagerai la honte, cela doit consoler les autres
parents. » Il cita à ce sujet le vers de Corneille :
I.e crime fait la honte et non pas l'échafaud .

Maxime vraie en morale, et fausse dans nos
mœurs. Dans un État où la considération
suit la naissance, le rang, le crédit et les
ri !:esses, tous moyens d'impunité, une
famille qui ne peut soustraire à la justice un
parent coupable, est convaincue de n'avoir
aucune considération, et par conséquent est
méprisée; le préjugé doit donc subsister.
Mais il n'a pas lieu, ou du moins il est plus
faible sous le despotisme absolu ou chez un
peuple libre, partout oi1 l'on peut dire : Tu
es un esclave comme moi ou je suis libre
comme toi. Chez le despote, l'homme condamné n'est censé coupable que d'avoir déplu. Dans un pays libre, le coupable n'est
sacrifié qu'à la justice; et quand elle ne fera
acception de personne, la plupart des familles
auront leur pendu, et par conséquent besoin
d'une indulgence, d'une compassion réciproques. Alors les fautes étant personnelles, le
préju~é disparaitra ; il n'y a pas d'autre
moyen de l'éteindre.
Le Régent fut près d'accorder la commutation de peine : mais Law et l'abbé Dubois
lui firent voir la nécessité de maintenir la
sûreté publique dans un temps où chacun
était porteur de toute sa fortune. Ils lui prou-

vèrent que le peuple ne serait nullement
satisfait et se trouverait humilié de la distinction du supplice pour un crime si noir et si
public. J'ai souvent entendu parler de celle
exécution et ne l'ai jamais entendu blâmer
que par des grands, parties intéressées, et je
puis dire que je n'ai pas dissimulé mon sentiment de,·aJll eux.
Lorsque les parents ou alliés eurent perdu
tout espoir de fléchir le Régent, le prince de
Robec-Montmorency et le maréchal d'Isenghen d'aujourd'hui, que le coupable touchait
de plus près que les autres, trouvèrent le
moyen de pénétrer jusque dans sa prison,
lui portèrent du poison, et l'exhortèrent à se
soustraire, en le prenant, à la honte du supplice : mais il le refusa. c&lt; Va, malheureux,
lui dirent-ils en se retirant avec indignation,
tu n'es digne de périr que par la main du
bourreau! »
Je tiens du greffier criminel qui m'a communiqué le procès, les principales circonstances.
Le comte de Horn était, avant son dernier
crime, connu pour un escroc, et de tous
points un mauvais sujet. Sa mère, fille du
prince de Ligne, duc d'Arenberg, grand
d'Espagne et chevalier de la Toison, et son
frère aîné, llaximilien-Emmanuel, prince de
Horn, instruits de la mauvaise conduite du
malheureux dont il s'agit, avaient envoyé un
gentilhomme pour payer ses dettes, le rame- ner de gré ou obtenir du Régent un ordre
qui le fit sortir de Paris; malheureusement
il n'arriva que le lendemain du crime.
On prétendit que le Régent, ayant adjugé
la confiscation des biens du comte de Horn
au prince de Horn, son frère, celui-ci écrivit
la lettre suivante :
&lt;&lt; Je ne me plains pas, Monseigneur, de la
mort de mon frère, mais je me plains que
Votre Altesse Royale ait violé en sa personne
les droits du royaume, de la noblesse et de la
nation. [Le reproche n'est pas fondé, l'assassinat prémédité est puni de la roue, sans
distinction de naissance.] Je vous remercie
de la confiscation de ses biens, je me croirais
aussi infâme que lui si je recevais jamais
aucune grâce de Y0us. J'espère que Dieu et
le Roi vous rendront un jour une juslice
aussi exacte que vous l'avez rendue à mon
malheureux frère. »

TOMBEAU DE JEAN-PAUL MARAT. -

Gravure de Nt:E, d'après le dtSSin de

PJLLEMENT.

DOCTEUR CABANÈS
~

Les reliques de l'Ami du Peuple

DUCLOS.

)

Jadis un de nos confrères eut la plaisante
id{&gt;e - était-elle plaislnle au surplus? - de
poser celte question _: Quel &lt;'Sl le personnage
le plus anlipalhique de la Révolution? Je
ne me soul'iens gu«:re si c·~~t Philippe-Égalité
ou Robespirrre, qui décrocha la timbale dans
ce match d'un nouveau genre; mais Ctl dont
je suis cerlain, c'est que MarJI, dont il I a
1111 ~emi-~iècleon ne prononçait le nom qu'avc c
effroi, ~!ara!, dont on a,·ait foi! une sorte de
Croquemitaine pour cnfanls rebelles ou paresseux, ne \'enait que le sixième ou le septième sur la liste des réprouvés de la Rérnlution.
,\ quoi allriLut.r un pareil rel'iremcnl? li
se rait trop long el, du reste, oiseux de l'expliquer. li serait, de iilus, outrec1:idant
d'émettre l'hypothèse que nos travaux personnels sur l'Ami du Peuple, venant après
ceux de Chè1 rcmont et de Bougeart, aient pu
contribuer à une appréciation plus équi taLle
de~ actes du conventionnel monomane. Et
pourl/1 ut, nous sommes presque convaincu
qu'ils ont servi à dissiper bien des prévcnVI.-

HISTORIA. -

Fasc.

~2.

lions, et qu'en plaidant lts circonHances atténuantes, en fayeur d'un personnage qu'on a
fait passer pour un monstre sans pudeur ni
~ensibilité, nous amas hâté l'œuvre de la
juslice réparalrice.
A Dieu ne plairn que nous innocentions
Marat de toutes les accusations dont il a à
répondre dennl le tribunal de l'histoire; nous
souhaiterions seulement qu'on lraitât aYcc
plus dïndulgence un homme rongé par un
mal affreux, qui a bien pu avoir un conlrtcoup sur ses déterminatiom, celles-ci {tant
en rapport al'ec la violence de ses accès.
Les contemporains de celui qui se disait
l'Ami (fa Pwple - le peuple a parfo:s des
go1ils singuliers - ne se rnnt pas conlentés
&lt;l'absoudre leur héros. Marat a1ait souffert
pour les idées chères au peuple; il avait été
tué pour elles ; en fallait-il dal'antage pour
lui décerner les palmes du martyre?
Le culte de Marat a commencé à sa mort;
il s'est poursuh·i juscp1'à nos jours. Le farouche démagogue est passé à l'état de dieu,
d'un dieu dont on s'est disputé les reliques.

Les historiens con lent qu'après l'exéculion
de Louis XVI, des fidèles se précipitèrent
autour de l'é,;hafaud, pour recueillir le rnng
de l'auguste victime que le bourreau nnait
d'immoler. Le mème fait se reproduisit à la
mort de Marat; mais ce n'est pas leur mouchoir, que les fanatiques trempèrent dans le
liquide qui s'échappait de la blessure de leur
idole; ce furent des feuilles de papier qui
reçurent cc nouveau C&lt; baptême du sang ,,.
Marat était occupé à corriger les épreuves
de son journal, quand le frappa le coup mortel. Les ft'uillels de l'Ami du Peuple qu'il
lenai t à la main reçurent des éclaboussures
sanglantes. La compagne de Ma1·a1, Simonne
Evrard, et sans doute au~si des inconnus,
accourus à la nou\'elle de l'assassinat, se
hàtèrenl de ramasser el d'emporter les feuillets rougis.
dp

Simonne Evrard, aulremeut dit la « veuve
Marat l&gt;, vivra désormais avec le souvenir de
celui qui n'est plus. La sœur du com-ention6

�111STORJ.ll · - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - nel, Albertine, ne tardera pas à accourir auprès d'elle, pour l'aider à supporter son
affliction, en la partageant.
Cette Albertine avait « l'âme forte et passionnée de son frère &gt;J, avec lequel elle offre
une ressemblance de traits frappante. D'un
aspect dur et sévère, avec son visage rêche et
parcheminé de vieille fille, elle repoussait de
prime abord ceux qui tentaient de l'approcher, pour recueillir de sa bouche quelque
détail ignoré sur l'homme qui tint entre ses
mains les destinées de la France.
Quelques ·années après la mort de Marat,
on la retrouve retirée dans la petite chambre,
&lt;( un peu obscure, mais proprette dans tout
son vieil ameublement 1 JJ, située au cinquième
étage d'un immeuble de pauvre apparence;
survivant à son frère, pour lui décerner une
sorte d'apothéose, pour lui refaire comme un
panthéon, dans le taudis où elle s'est retirée,
avec les livres, les papier$, les manuscrits et
autres objets de minime valeur, qui ont appartenu à celui qu'elle proclame « le martyr
de la liberté &gt;J.
Vers 1855, se réunissait chez Albertine
Marat une société d'hommes distingués, penseurs, historiens et philosophes, aimant à
remonter aux sources de l'histoire de la Révolution, avides d'entendre, de la bouche
même des acteurs ou des témoins de ce drame
inoubliable, le récit authentique des scènes
qu'ils avaient eu l'étrange fortune de voir se
dérouler sous leurs Jeux.
Au nombre de ces privilégiés étaient Alphonse Esquiros, romancier fécond, écrivain
grandiloquPnt, dont le nom est bien oublié
aujourd'hui et qui eut son heure de célébrité; Hauréau, l'érudit biographe des ,l!onLagnard~ ; Émile de La Bédollière , Aimé
Martin, deux littérateurs aimables et non sans
mérite; enfin le colonel Maurin, fervent collectionneur, recueillant tout ce qui se rattachait à l'histoire de la Révolution.
C'est d'Albertine Marat que le colonel n çut
un jour, en guise de cadeau ou en le payant
à beaux deniers comptants, un des numéros
de l'Ami du Peuple, tachés du sang du démagogue. Il le fit entrer dans sa collection,
en l'accompagnant de cette mention manuscrite: « Ces feuillets, teints du sang de Marat,
se trouvaient sur la tablette de sa baignoire,
lorsqu'il fut poignardé par Charlotte CordaJ,
Ils furent recueillis et conservés par sa sœur
Albertine Marat, qui a bien voulu m'en faire
le sacrifice, pour accroître ma collection des
monuments patriotiques de l'époque. »
A la mort du colonel Maurin, les feuillets
ensanglantés passèrent, ainsi que naguère
nous l'attesta Anatole France, dans la collection du c~mle de La Bédoyère.
&lt;( Après la mort du colonel Maurin , nous
écrivait Anatole France, ces feuillets sanglants
furent transportés dans l'hôtel dn comte H. de
La Bédoyère. Le gentilhomme prit ces feuillets en dégoût et obligea mon père à les em1. V. noire llfarat ù1cown1.
l!. Anatole France, dans la Jeure qu'il nous a fait
l'honneur de nous écrire, ne mentionne pas cc détail.

porter; mon père me les donna el c'est ainsi
qu'ils sont tombés jusqu'à moi. »
La photographie du document dont nous
venons de faire connaître la filiation fut pour
la première fois publiée, avec l'attestation du
colonel Maurin el celle d' Anatole France, dans
/'Autographe (numéro du 1er octobre 1864).
Neuf ans plus tard, le 10 octobre, Anatole
J.&lt;'rance aurait, assure-t-on !, cédé les deux
numéros• qui étaient en sa possession, au
baron de Vinck. C'est de la famille du baron
de Vinck • que proviendrait le numéro de
l'Ami du Peuple teinté de sang, le n• 678,
portant la date du 13 août 1792, qui figurait
à !'Exposition de 19û0, dans le pavillon de la
Ville de Paris.

Mais il y avait à !'Exposition un autre
exemplaire du journal de Marat, un autre
numéro portant des traces sanglantes. Celuilà pouvait se voir au Champ-de-Mars, palais
de l'Enseignement, dans la section rétrospective de la Librairie. li était la propriété d'un
amateur d'un goût éclairé, d'un flair aiguisé,
~f. Paul Dablin.
M. Dablin a bien voulu jadis nous couler
dans quelles circonstances lui était échu le
précieux document. Nous transcrivons fidèlement son récit.
« II y a six ou sept ans, vers 1893 ou 1894,
j'achetai sur les quais - quai Conti, si ma
mémoire me sert bien - dans la boîte à
vingt sols, un livre broché, en assez piteux
état, portant le titre de Rechetches sur le
f eu, par J.-P. ~Iarat , doctem· en médecine, etc. Ce livre, que venait de dédaigner
un jeune ecclésiastique, qui l'a, ait brutalement rejeté dans la boite, portait, sur nombre
de pages, des annotations manuscrites, que
je soupçonnai à première vue être de la main
même de Marat. Yous devinez mon émotion! ...
(( Mais je n'étais pas au bout de ma surprise. Dans l'intérieur du volume, se trouvait
un numéro de l'Ami du /&gt;euple (le n° 618 bis,
du jeudi 13 septembre 1702), dont huit pages
étairnt tachées de sang, les deux pages du
milieu très fortement, et la première page,
celle du titre, très légèrement. Ce numéro
était encastré dans une feuille de papier écolier, sur laquelle on avait écrit ces lignes :
Numéro de J!arnl faisan/ partie de ce11x
qui se trouvaient s111· ln lablelle de ~a baignoire, /or.~ de wn aswssinal p&lt;tr Clwrlolle
Co,·day.
&lt;( Cette découverte acheva de me troubler:
j'allai aussitôt trouver l'e~pert en autographes
bien connu, le regretté Etienne Cbaravay, à
qui je fis part de ma trouvaille. &lt;( Il ,ï'y
(( a pas de d(l!t/e, me dit-il, les notes qui
&lt;( sont en mm·ge du lit•re sont bien de
&lt;(

Jlaral. &gt;J

« En ce qui concerne la mention inscrite
su.r la chemise qui recouvrait les feuillets de
3. Ce seraient tes numéros 506 cl 678.
i. EL non de ~I. Jules Claretic, comme on l'a pl'étendu : ~J. Clarctic nous l'a confirmé, dans une leilre
qu'il a eu l'oblig-eancc de nous a,lresser.

sang, Charavay ne fut pas moins affirmatif :
(( c·e~t de la main tl'Albertine Marat,
« me dit-il; mon père, Gabriel Charavay, a
« fait la vente d'Albertine, et tout s'est vendu
« pour un morceau de pain (sic). l&gt;
Étienne Charavay ajouta : cc Il y a bien, ù
&lt;( ma connaissance, sept ou huit numfros
« de &lt;( l'Ami du Peuple » tachés de sang,
cc qui courent le monde. J'en possède un.
&lt;( dans ma collection personnelle et j'en con« nais quelques autres. ll
Le numéro de 1\1. Dablin est, avons-nous
dit, du mois de septembre et celui de M. Anatole France du mois d'août 1792, c'est-à-dire
antérieurs d'un an à la scène de l'assassinat.
,&lt; li esl probable, a-t-on fait remarquer,
que ces numéros, &lt;[Ui n'étaient pas d'une
utilité immédiate à Marat, ont trainé sur hi
!ab/elle de la baignoire le jour où il reçut
le coup mortel.
« On peut supposer à la rigueur que, dans
ces anciens numéros, il cherchait une référence, au moment même où Charlolle Corday
le frappa; ce qui est moins vraisemblable,
c'est que la sœur de Marat, qui ne fut pas
témoin du drame, ait pu attester, d'une manière aussi formelle, que ces numéros tachés
de sang étaient justement sous la main de
leur rédacteur. Celle précision nuit fortement
au crédit qu'on voudrait pouvoir attribuer à
cette relique.
(( On montrerait moins d'incrédulité, s'il
ne s'agissait que de numéros épars dans la
maison et que le sang qui s'échappa de la
blessure à Ilots aura pu souiller. Mais, à vouloir trop prouver, on ne prouve rien. ll
En dépit de cette argumentation, qui nous
paraît bien spécieuse, notre croyance dans
l'authenticité des deux documents n'en est
pas ébranlée. Certes, Albertine Marat a eu
tort d'affirmer ce l[u'elle n'avait pas de ses
yeux vu, mais elle avait un garant, Simonne
Evrard, qui, elle, avait assisté au drame,
puisqu'elle se tenait dans une pièce voisine,
et qu'elle était accourue la première aux cris
poussés par le blessé.
Et puis, n'avons-nous pas dit que nombre
de personnes avaient pénétré dans la pièce 011
l\larat avait été assassiné, et que certaines
d'entre elles avaient bien pu tremper dans le
sang du« martyr» le journal qu'elles tenaient
à la main?
Ce ne sont là, il est vrai, que des hypothèses; mais dans une discussion de celte
nature, est-on en droit d'exiger autre chose
que des éléments de probabilité?
En terminan t, relevons un menu détail,
que nous ne. signalons qu'à Litre de curiosité,
sans en vouloir tirer la moindre induction.
Le numéro de l'Ami dn Peuple appartenant à M. Dablin porte la date du 13 septembre; celui d~ M. Anatole France est du
15 août (1792).
· Marat a été assassiné le 15 juillet (17U3)
et un des deux numéros qui figuraient à
!'Exposition se trouvait à la classe f3.
N'J a-t-il pas là de quoi réjouir tous les
fanatiques du merveilleux?
DocTEUR CABANÈS.

MASSON, de l'Académie fi·ançaise.
&lt;=9o

UNE MYSTJFJCATJON

,

Emile Marco de Saint~Hilaire
Page apocryphe de Sa Majesté l'Empereur et Roi

li était une fois, au temps où il y avait un
floi cl une Reine, une dame Marco, qui était
une des quinze femmes de chambre ordinaires de Madame Victoire de France, fille du
roi Louis XV, et tante du roi régnant. Ces
quinze femmes étaient aux ordres des deux
Premières femmes et formaient le menu
frelin. La dame Marco, fille d'un valet de
chambre de la Princes,e, avait épousé un
employé du département de la Guerre, et
tous deux Irouvant, ou que le nom qu'ils
portaient fleurait le naturel, ou qu'il pouvait être confondu avec crlui du D' Marcot,
médecin de Mesdames, l'avaient anobli en le
~anctifiant. Cela se fairnil couramment alors.
L~ mari se nommant 11,laire, outre DenisAutoinr, il s'était prénommé Sainl-llilaire,
puis Marco de Saint-Hilaire. Saint-Hilaire
parait seul pour la dame, dans le dernier
État général de la Frnnce, celui que publia, en 1789, le comte de Waroquier, et
qui reste le plus précieux des documents sur
la lîn de la monarchie.
Que devint Mme Saint-Hilaire durant la
Hérnlution, l'histoire s'en est lue. Sans
doute cacha-t-elle pudiquement le saint dont
jadis elle Lirait vanité. Peut-être fut-elle
Marco tout court; il y eut des sacrifices plus
pénibles. En l'an XII, l'Empire survenant,
elle reparut, comme tant d'autres victimes,
et, gràce à Mme Campan, ci-devant lectrice
de Madame Victoire, qui apnl été, à SainlGermain-en-Laye, l'institutrice d'Horlense de
Beauharnais, s'était glissée à la suite de son
élève et se mêlait à présent de fournir d'anciens serviteurs du roi à la maison del' Empereur, elle fut LJgréée par Joséphine comme
Première femme.

On n'ignore pas que, sous la monarchie,
ces places de la domeslicilé étaient tenues
presque exclusivement par des gens des
mêmes familles, qui se les transmettaient de
mère à fille, ou de Lanle à nièce. Comme les
bureaux des mini,tères étaient tout voisins,
et que les employés s'y tenaient aussi pour
des serviteurs quasi personnels du Roi, il
n'était point rare qu'ils prissent femme dans
celte domesticité de la Cour, à laquelle ils
cherchaient ensuite à s'affilier par l'achat ou
la brigue de quelque menue charge qu'ils
cumulaient avec leur emploi.
Ainsi a,ait-il été pour les Marco qui depuis

plus d'tm demi-~iède étaient de père en fils
employés au département de la Guerre. Le
père, Joseph Simon, né le 20 mars 1727 ,
fils de Grégoire Marco, hourgeois de Paris, et
de Françoise Bourdon, 1 était entré en 17:iO
et, en 1771, avait obte,;u, mus :M. de l\lonteynard, la place de chef des détails au Bureau des ,ubsistances. Il avait épousé Geneviève-Antoinette Pétigny, fille d'un Pierre
PétignJ, nlct de chamhrc ordinaire de Monsieur le Dauphin , fils de Louis X\', depuis
que celui-ci avait été retiré des femmes. Et
cette dame Marco fut femme de chambre du
Comte de Provence jusqu'au moment où il
reçut une maison. Elle arnit une sœur qui
avait épousé un Jean-Alexandre-)Jarcines Soldini, frère de cet abbé Soldini, d'abord confesseur du Commun, puis confesseur du
Dauphin et des Enfants de France qui joua
un rôle d'histoire. De Juseph-Simon Marco
et de Genevièrn-Antoinelle Pétigny , inrent
neuf enfants dont trois au moins servirent

-~-

É111LE .MARCO DE SAIYI-HILAIJŒ.

D'après 11n desst,i J'.-\ LOP HE.

au ministère de la Guerre : Pierre-Joseph,
emploJé de 1771 à 1817, Denis-Antoine,
employé de l 77:, à 1821, cl Loui,-Auguste,

1

employé de 1776 à 1805, puis secrétaire de
la mairie de Guiles près Brest : celui-ci ~e lit
appeler Marco d'Arcy, en même temps que
Denis-Antoine prenait le nom dè Marco de
Saint-Hilaire.
Denis-Antoine Marco de Sainl-llilaire, qui
se qualifiait écuyer, huissier ordinaire de la
Chambre du Roi serrnnl près ~ladame Victoire de France el commis aux bureaux de la
Guerre, avait épousé à \'ersaillcs, le l6 janvier 1786, Louise-Françoise-Adélaïde Besson, fille de feu Gabriel-Louis Be,son et de
Marguerite-Victoire Magault.
Ces Besson étaient depuis près d'un siècle
de la ~Iusique des rois : Gabriel Besson, qui
y figure en 1740, a succédé à son père, vété·
ran à 200 livres de pension, et il a pour survivancier son fils Gabriel. Celui-ci est symphoniste à la Chapelle, ü olon à la Chambre
et de plus huissier ordinaire de la Chambre
du Roi $ervant près de }Iadame Victoire de
France. La dame Besson, née Magault, est
femme de chambre de Madame Victoire el
assez avant dans les bonnes grâce$ de sa maitresse pour que, lorsque naquit sa fille, elle
obtint qu'elle fùt tenue par le che1·alier de
Narbonne-Lara, fils du chevalier d'honneur,
et par la comtesse de Narbonne-Lara, dame
d'atours de la princesse.
Ce fut celle fille, Louise-Fr:inçoise-Adélaïde
Besson, qui épousa le I ti janvier 1786 DenisAntoine Marco, lui apportant la charge d'huissier qu'avait feu son père. Il y avait alors,
tant de la famille Marco que des parents proches, encore onze membres senant ensemble
dans la Maison du Roi et de Mesdames : si
l'on remontait aux morts, c'était à l'infini.
C'était là un petit monde très spécial, généralement dévoué, d'ordinaire intelligent el
instruit, d'où étaient sorties, après des générations, quelques familles favorisées, qui,
d'échelon en échelon, par la faveur des rois,
avaient reçu des Jeures d'anoblissement,
assez d'argent pour acheter des terres emportant un titre, et des (harges mell ant en
rapport habituel avec le souverain. Il y eut
des duchesses qui, par elles-mêmes, n'eurent
point d'autre origine, et l'on ne chômerait
point de marquis et de comtes, &lt;le o-ouverneurs &lt;le palais royaux et de direcl~urs de
grands services dont le nom patronymique a
longtemps figuré dans les petits emplois domestiques de la Chambre, de la (;arde-robe
et de la Vénerie. L'esprit n'y manquait point,

�r

1i1ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

ni l'entregent et, dès qu'on prétendait faire
une cour impériale et la modeler sur la
royale, c'était ce personnel qu'il fallait employer.
Mme Saint-Hilaire entrait comme Première
femme à 6.000 francs. de gages; elle avait
alors environ quarante ans. On l'a\'ait recommandée pour son bon maintien, sa figure
intéressante, son excellente éducation, son
adresse à nettoyer les bijoux et à entretenir
une harpe, mais elle voulut tout réformer,
tout régenter; elle se prenait pour une dame
de cour el n'avait rien qui dût plaire à Joséphine. A toute occasion, ~e parant de son
titre de Première femme de S. M. l'impératrice, elle écrivait des lettres aux autorités et
ne leur donnait point ainsi une idée fa\'orable
de son orthographe. Avec la domesticité
familière, aussi bien avec sa &lt;'ollègue, l'autre
Première femme, qu'avec les quatre dames
d'annonce, les deux gardes d'atours, les trois
femmes de garde-robe, elle entretenait une
guerre dont les éclats retentissaient, si bien
qu'elle se fit prendre en dégoût par sa maîtresrn, laquelle ne la laissa jamais l'habiller,
n~ l'emmena point dans aucun de ses YOiages
depuis la fâcheuse expérience du voyage
d'Aix-la-Chapelle.
On l'aYait cantonnée à l'entrelien du linge
el au soin des cachemires, et l'écrin même
lui arnit été retiré. L'impératrice, néanmoins, surtout les premières années, était
bonne pour elle et lui distribuait, aux
étrennes, une gratification d'environ mille
francs. Mme Saint-Hilaire avait trois enfants,
dont une fille alors âgée de seize ans, d'un
embonpoint e1traordinaire pour son âge,
mais douée d'une voix superbe. L'impératrice s'intéressa à cette fille et lui fit même
donner quelques leçons de chant par Blangini. Puis, le temps passe. Depws 1807,
Mme Saint-Hilaire n'est guère favorisée. Aux
réformes, à peine si elle reçoit quelques
robes. Ainsi, en 1809, pour 75 robes réformées que reçoit la garde d'atours, pour les 16,
les 15, les t5 que reçoivent les femmes de
crarde-robe, elle en a huit, sans plus - et
~•est son congé. Sa Majesté ne gardant au
divorce que les personnes qui lui plaisent,
~fme Saint-Hilaire est remerciée et elle n'a
pas mème de pension. Il faudra la Restauration pour que, à titre d'huissier ordinaire de
la chambre de Madame Victoire, AntoineDenis Marco de Saint-Hilaire en obtienne une
de 800 francs sur la liste ch•ile du roi.

Outre cette fille qu'on a vue et un fils,
Louis-Joseph, entré à Saint-Cyr en 1810,
sorti 2• lieutenant d'artillerie en 1812 et

mort capitaine à la Légion de la Guadeloupeinfanterie, en 1818, Mme Marco de SaintHilaire avait encore un fils. Il était né à Versailles, les uns disent en 1790, d'autres en 95,
certains en 96. Ce fut un homme de lettres
et un journaliste. Il débuta, semble-t-il, en
1821, par une Petite Biogra11hie drama-

tique, Silhouette des Acteurs, Actrices,
Chanteurs, Cantatrices, etc., des Théâll'es
de la Capitale. qu'il signa Guillaume le Tacilurne; sa deuxième œuvre fut une Biogrnphie des Nymphes du Palais-Royal et des
autres Quartie1·s; après quoi, tout en publiant des brochures officieuses et laudalives
trlles que la Vie anecdotique de S. A. R.
Madame la Duchesse de Berry, la Vie anec-

dotique de Monseigneur le Duc d'Orléans,
i I se consacra à des. arts qu'on peut sans
crainte appeler mineurs et s'en institua le
pédagogue. Ainsi l'Art de l'éussil' en Amour
enseigné en vingt-cinq leçons, l'Al'l de priser

el de fumer, l'A1·l de mellre sa cravate,
l'Art de 11e jamais déjeune1· cite; soi el de
rline1· toujours chez les autres, l'Arl de
donne1• il dîne1·, l'Art de payer ses dettes,
l'Àl'l d'obtenir desétrennes, l'Art de patine,·
avec gl'âce. Cela était du genre facétieux. Il
plaisait. Ne sait-on pas de ces Arts qui sont
de Balzac?
li fallait vivre. Marco de Saint-Hilaire, si
l'Art languissait, lrouvait d'autres cordes
dont il jouait: il avait les Remèdes de bonne
femme, ou les Mémoires d'un fo rçat qu'il
attribuait à Vidocq, le policier. Lui qui avait
imprimé, en 1826, la Biographie des archevêques de Fra11,ce, œuvre pie, pour laquelle
il sollicitait les souscriptions du Clergé, publiait en 1850, la Révolution surrnnue, les
Prêtres el le Faubou1·9 Saint-Ge1·main, ce
qui, à la veille du sac de l'archevêché, était
un acte de vilaine lâcheté. Flatter les grands
et les puissants, c'est bas, mais flatter la
plèbe et lui dénoncer des victimes, qu'est-ce?
Marco flairait le vent. Le vent, qui avait
tourné contre les prêtres et contre les nobles,
soufflait pour Napo'.éon. Marco s'improvisa
bonapartiste, Lien mieux, page de !'Empereur. li publia, avec quel succès! les lllé-

moircs et Révélations d'un page de la Goul'
impériale. Désormais, il avait troul'é ;a
voie; page il s'é1ait fait à quarante ans, page
il dtivait rester jusqu'à quatre-vingt-dix-sept,
car il est mort à Neuilly en 1887.
~

Et alors, tous les ans, deux, lroi~, quatre
volumes, les Petits Appartements des Tuileries, de Saint-Cloud, de la Malmaison, les
Souvenirs du temps de l'Empire, les Nout•eaux Someni1's, les Aides de Camp de

/'Empe1'ellr, Napoléon au Conseil d'État,
Napoléon au Bivouac, Napoléon en Cam-

pagne, les Habitations napoléoniennes, des
volumes, des volumes, quarante et un volumes, sans compter les journaux, et tout n'y
est que roman, sottise et mensonge.
Car jamais il n'a été page, jamais! li
joue vraisemblablement sur une apparente
homonymie. Le 18 octobre 1807, !'Empereur a reçu au nombre de ses pages Alcide
Le Blond de Saint-Hilaire, fils de Marie-Laurent Le Blond de Saint-Hilaire, capitaine de
vaisseau, et de Marie-Vincenle Le Blond de
Saint-Hilaire, et neveu du général de division, comte de l'Empire, Louis-Vincent-Joseph
Le Blond de Saint-Hilaire. Le général, qui
n'était point marié, ayant été tué à Wagram,
!'Empereur fit passer sur la tête du page le
titre de comte et la dotation annuelle de
9L677 francs qu'il lui avait accordés. Mais
Alcide de Saint-Hilaire, sorti des pages en
1812, ne fit point la carrière brillante à
laquelle il semblait destiné. Sous-lieutenant
au 7• Hussards le 5 février 18i5, passé en
août dans le régiment Jérôme-Napoléon qui
seul soutint contre les Russes le branlant
édifice du Ropume de Westphalie et sauva
au moins à Cassel l'honneur des armes, fait
prisonnier, replacé, à sa rentrée en septembre 1814, lieutenant au 7• Hussards fi attaché à l'~tat-major du ministre de la Guerre,
il vit passer Dupont et Soult sous la cocarde
blanche, et le Prince d'Eckmuhl sous la tricolore. Après quoi, il fut admis au traitement de non-activité. Il avait eu la croix durant les Cent Jours. Vainement sollicita-t-il
d'être réemployé, se recommandant, bien
plutôt que de son oncle le général 1 du marquis de Saint-Hilaire, son aïeul prétendu,
lequel n'était point Le H!ond en son nom,
mais Mormctz. Cela ne lui servit de rien et il
ne fut pas même repris avec tant d'autres,
après les Glorieuses. C'est pourquoi, lorsqu'il mourut, en septembre t850, Marco de
Saint-Hilaire, sans rien dire, se glissa dans
sa peau.
A la vérité, les Mémofres d'un Page parurent d'abord sans nom d'auteur; mais
Émile Marco les avoua tout de suite; il pensa
qu'on l'avait fait page et qu'il n'avait qu'à le
rester. li le resta si bien que, naguère encore, mon excellent confrère et ami Jules
Claretie s'attendrissait sur ce page dont il
avait recueilli les derniers entretiens, et il
paraissait croire dur comme fer à sa pagerie.
Après tout, moi aussi, je me garderai
d'être trop dur pour ce page apocryphe.
C'est dans ses livres que j'appris à lire, et si
l'épopée qu'il conta est pour l'ordinaire d'invention, qu'importe si elle remplit nos esprits et nos cœurs d'enfants de belles images,
de nobles pensées, d'amour pour le Grand
Homme, de respect pour sa gloire, de tendre
et filiale passiQn pour la Patrie 1
FRÉDÉRIC ~lASSO:N,
dt l'Académie française.

JOSEPH TUR,QUAN

-~

La cilo))enne Tallien
CHAPITR.E PR.EMIER.
Jeanne-llarie-Ignace-Thérésia de Cabarrus
naquit le 51 juillet 17 75, près de Madrid,
dans un château, à Saint-Pierre de Carravenchel de Ariba. Le nom de Jeanne qu'on lui
donna était sans doute le nom de
sa marraine; celui de Marie se
donnait à toutes les petites filles;
quant à celui d'Ignace, on l'en affu- '
bla vraisemblablement parce qu'elle
naquit le jour de la fète de ce saint,
très vénéré dans le pays : à cette
ribambelle de noms, fort pauvre
pour l'[spagne, on ajouta celui de
Thérésia, sans doute parce que
sainte Thérèse était la sainte la
plus en réputation de toute la Péninsule. Sous de si hauts et de si puissants patronages, la petite fille ne
pouvait que croitre en beauté et en
sagesse. C'est ce qui arriva; mais si
la beauté de Thérésia brilla jusqu'à
son dernier jour d'un très vif éclat,
la sagesse, hélas! ne brilla pas autant et eut à subir plus d'une fàcheuse éclipse.
Son père, M. François de Cabarrus, n'était pas Espagnol, mais bien
Français, malgré un nom dont la
désinence latine indique clairement
une origine basque. Sa mère, Française elle aussi, s'appelait, de sou
nom de jeune fille, Marie-Antoinette
Galabert. Il y avait eu du roman
dans son existence: elle s'élait laissée séduire et eu lever par M. de Cabarrus qui l'épousa plus tard, après
un essai plus ou moins prolongé de
la vie conjugale. Peut-être est-ce à
cette aventure de sa mère, plusromanesque que conforme aux convenances, que la jeune Thérésia dut
de recevoir une éducation passahlement décousue, qui lui prépara une existence plus
décousue encore.
Il_ n'est pas indifié~en~, ce semble, pour
expliquer les phases si smgulières de la vie
de Mme Talli~n, de noter ici qu'elle naquit
dans une famille de finance. Si ces familles
donnaient, pour employer une expression de
M. Brunetière, &lt;1 l'exemple de la richesse 11
elles ne donnaient pas celui de la morale'.
Singeant la noblesse, elles ne lui empruntaient
guère que sa légèreté et ses .vices élé(J'ants
et
t,

ne songeaient nullement à lui prendre ses
qualités pour les inculquer à leurs enfants.
Mme de Pompadour fut le modèle le plus
accompli de l'éducation féminine dans ce
monde financier au xv111• siècle. Qui sait si,
parmi les diverses ambitions que M. de Ca-

:\lADA)IE TALLIE:l. -

D'après le table~u de GÉRARD.

barrus poul'ait caresser dans son cœur de
père pour sa fille qui croissait chaque année
en beauté, il ne rêvait pas de la voir devenir
un jour maîtresse de roi 1 Le monde de la
finance ~•était fort poussé depuis le commencem•nt du siècle, et Louis XV lui avait suscité
bien des jalousies parmi la noblesse en lui
faisant l'honneur de lui prendre une de ses
fiUes, Jeanne-Antoinette Poisson, pour l'élever
à la dignité de maîtresse en titre. Il est vrai
que les parents de celle charmante personne
l'avaient élerée spécialement pour cette haute

fonction. De semblables calculs nous choquent
à présent, mais au siècle dernier on les faisait
couramment, et les familles les plus distinguées pouvaient seules rêver, d:ms leur orgueil, un déshonneur si honorable pour leurs
filles. Un peu auparavant, lorsque le beaupère de Mme de Montespan avait appris l'amour de Louis XIV pour sa
belle-fille, ne s'était-il pas écrié :
11 Dieu soit loué! Voici la fortunr
qui commence à entrer dans ma
maison! J&gt;
Dieu n'était assurément pour
rien dans cette fortune malpropre
dont le louait M. de Montespan, et
il était oiseux de l'en remercier,
mais cela montre l'esprit du temps:
il n'avait pas changé sous Louis XVJ;
il était encore le même sous le Directoire, el M. de Cabarrus semble
s'être très bien accommodé de voir
sa fille devenue la maîtresse d'un
directeur de la République française, c'est-à-dire d'un roi de ce
temps-là. Son sens moral n'était
pas plus sévère que celui de M. dl'
Montespan, car il songea comme
lui à tirer de cette situation honneur et profit : n'est-ce pas pour ce
fait qu'il fut sur le point de se voir
nommer ambassadeur d'Espagne à
Paris?
Avec les idées voltairiennes qui
étaient celles de la riche bourgeoisie
de la fin du xvm• siècle, il ne semble
pas que l'idée de Dieu ait été fortement inculquée à la jeune Thérésia; d'idées morales, pas davantage. D'ailleurs, à quoi tout cela
eùt-il servi dans cette société en
décomposilion? A gèner dans la
vie, à amener les enfants à condamner la façon de vivre de leurs
parents, par conséquent à ne pas les respecter, à les mépriser peul-être :. c'était donc,
on en conviendra, un bagage inutile.
M. de Cabarrus, qui était né à Bayonne
en f 752, descendait, parait-il, de l'un de ces
hardis navigateurs, de ces conquistadores qui
sillonnèrent les mers quelques cents ans auparavant, prirent pied sur le sol américain et
promenèrent dans tout le Nouveau Monde le
linta_m~rre chevaleresq~e de leurs exploits.
Celm-la donna son nom a la baie de Cabarrus
dans l'île Royale, à une demi-lieue de Louis

�- - - 1l1STO'l{1A

LA C1TOYENN'E TALL1'EN - - ~

hourg'. Il ayait fondé à Madrid unr maison
de banque que son ingénieu~c activité - il
enlevait les alfaires comme il enlevait les
femmes - avait vile foit prospérer. C'est à
lui que l'Espagne, énenée, appauvrie, pourrait-on dire, par se, richesses d'Amérique,
dut, dans nne crise financière, la création du
crédit public. Il établit une banque nationale.
On l'appela banque de Saint-Charle~ - les
Espagnols faisaient alors inlenenir les saints
en toutt&gt;s leurs affaires - à cause du roi
d'Espagne Charles Ill. M. de Cabarrus devint
ainsi une manière de Law espagnol et son
nom eut quelque célébrité. Le roi l'anoblit et
lui doilna le litre de comte en récompense
des services rendus par ~a banque. Le nouveau comte ne jouit cependant pas en toute
tranquillité des faveurs royales. Le mérite
excite toujours la jalousie de ceux qui n'en
ont pas; le mérite récompensé les exaspère.
Si vous voulez avoir du talent, ayez-le pour
vous tou t seul, mais gardez-mus bien de le
faire voir : le monde n'aime pas ceux qui
s'élèvent au-dessus de lui, il préfère le, médiocres, qui lui ressemblent davantage. C'était
du moins ainsi à la cour du roi Charles III.
Il faut rendre justice à ce souverain : il n'en
voulut jamais à ~f. dtl Cabarrus du hien qu'il
avait fait ?, l'Espagne. füis les gens de cour
ne furent pas si indull(ents; les gens de
finance, pas davantage : jalousies de fortunes,
jalousies de vanités se liguèrent contre le
nouveau comte. On lui créa mille difficultés:
ce fut une véritable persécution. Un ministre,
JI. Sarena, menait le troupeau des emieux
et la campagne contre le laient. Le comte t.le
Miraleau, père du fulm· orateur de la Constituante, la menait al'ec lui. Le banquier fit
tête à l'orage, cl montra dans celle lutte des
qualités d'homme d'ttat. C'est un peu pour
cela peut-être, beaucoup plus pour l'influence
personnelle de sa fille, qu'il fut, plus tard,
sous le Directoire, question de lui pour l'ambassade d'Espagne à P.iris, et que, sur ses
Yieux jours, le roi Joseph Bonaparte le choisit
pour son ministre des finances à Madrid.
En attendant, ~[. de Cabarrus se reposait
de ses travaux et de ses luues au milieu de
sa famille. li avait trois enfants, deux garçons
Pt une fille. L'aîné des garçons, Théodore,
&lt;levait fonder plus tard une maison de commerce à Bordeaux, sous la raison sociale de :
r:11hmT11s fi /s el Cie. Le second s'engagea,
comme on le verra, dans les armées de la
fiépublique, et mourut au champ d'honneur.
La fille, enfin, Thérésia, devait al'oir une carrière des plus mourernenlées el toucher d'assez
-près à l'une des phases décisives de la Révolution françai,se.
Thérésia était bien la plus eharmante petite
fille que l'on pût voir. ~le,·(e au mi lieu de
toutes les salisfaclions que donne la fortunr,
courant et jouant sans cesse au grand a:r
dans le parc de Carravenchel, elle se développait à mencille et devenait jolie, mais jolie
à dépiter les plus belles filles de l'Espagne.
En ce pays, les femmes sont précoces, du
1. l. u11, ri 1rn, /e,. Femmes rtilNn·cs rlr•
/Î//11. 1. Il. p. ~- '1; Pai-i,, 18m.

fa

//rro/11-

moins pour la heaulc1• Thérésia, sur ce point,
était tout ce r1u'il y avait de plus espagnol.
Son instruction apparemment ne marchait
point du même pas que sa beauté. On al'ait
donné à Thérésia les meilleurs maîtres de
Madrid, cc qui ne veut pas dire qu'ils fussent
bons. La preuve, c'est que M. de Cabarrus
songea bientôt à envo)'Cr sa fille à Paris pour
lui m donner d'autres. Il avait bien raison.
L'éducation des ft·mmes les plus fütinguées
de celle époque, en Espagne, se haussait à
peine à celle des femmes de chambre de
l'~ris. La duchesse d'Abrantès. qui ropgea
en Espagne pendant l'année 1805 et qui y fit
plus tard un long séjour, l'aftirme dans ses
Mémoires.
~I. de Cabarrus avait peut-êlre aussi une

autre raison pour envoyer sa fille en France.
A Madrid, les têtes son1. cbaud&lt;&gt;s, les cœurs
aussi, et il ne rnulait pas qu'il arrivât à Thérésia l'aventure qui était arrivée à sa mère :
ne l'avait-il pas, lui, Caùarrus, comme un
Espagnol de roman, séduite et enlevée avant
de l'épouser'? Ces sottises-là, on les fait, et
bien d'autres, mais ceux qui les ont faites
trouveraient fort mauvais que leurs enfants
se le, permissent à leur tour. Ce en quoi ils
onl joliment raison.
La petite Thérésia, qui n'avait guère alors
plus de douze ans, était bPaucoup plus grande
que ne le soot d'ordinaire les petites filles de
son àge. Elle était svelte, élancée et d'une
figure merveilleusement jolie. Au point qu'on
ne pomait la voir sans en tomber sur l'heure
amoureux. Il était donc prudent à M. de Cabarrus de retirer d'un pays où l'exécution, il
en savait quelque chose, suit de si près un
désir, une fille qne son exlrême beau lé pouvait, comme sa mèrn jadis, exposer à Je fâcheuses aventurl'S.

C'IIAHI.ES ] l l. ROI o'ESPAG:-iE,

Son oncle Galabert, qui était venu à )ladrid, ne s'était-il pas avisé de faire la cour à
la petite? Avec les plus honnêtes intentions

du monde, à la vérité, car il a,·ait formellement demandé à M. de Cabarrus la main de
Thérésia. Le paul'fe homme, tout oncle qu'il
était, avait été ensorcelé comme les autres par
le charme étrange, magique, magnétique,
pourrait-on dire, qui se dégageait comme une
phosphorescence de toute ~a personne : uu
regard, un souril'e, un mot, et ça y était, on
était pris; la cri~lallisation était fail&lt;', aurait
dit S1cndhal.
On pense Lien que, mllgré les usages du
Lemps qui permellaient, surtout en Espagnr,
de marier lrs petites filles de lreizl!ans, li. Je
Cabarrus, qui avait du bon sen~ et q 11i le gardai 1, lui, pui,qn'il n'était pls amoureux, ne
voulut pas entendre parler de marier Thérésia; que dia Lie! ce c'est pas quand une fille
est encore dans l'.îgc des poupées el des pantins qu'on lui donne un mari!
Etait-ce pour fuir cet oncle? E1ait-cc dans
un intérèt d'éducation'?
On ne le sait trop, m1is c'est probablement
pour ces deux causes que M. de Cabarrus rit
partir un beau jour de Madrid sa fille et SC'S
deux fils. Et, vers la fin de 178:', ou le commencement de 1786, les trois enfants descendaient devant la porte d'un hôtel du quai
d'Anjou, dans l'île Saint-Louis à Paris. C'étaiL
la demeure d'un ami de leur père, M. de
Boisgeloup, seigneur de la ~lancclière et
autres lieux, conseiller du roi en son Parle
mentde Paris. Ils n'étaient là qu'en tram,it.
M. de Cabarrus vint un peu plus tard les rejoindre, et, comme le séjour de Paris lui
plaisait, il acheta un hôtel sur la place des
\'ictoires et s'y installa al'ec eux.
A Paris, la belle Thérésia avait trouvé le
rn~yen de devenir encore plus belle qu'à Mat.lrid. La grâce parisienne, avec ses raffinements et les mièvreries de la mode, était venue
adoucir l'éclat de sa beauté ibfrienne. c~ue
beauté triomphait toujours, mais plus discrètement. L'Espagnole s'était parisianisée.
Si l'éducation de Thérésia avait été le prétexte du départ pour la France, il ne srmùlc
pas qu'une fois à Paris on se soit beaucoup
occupé de perfectionner celle, tout élémentaire, qu'on lui avait donnée à Madrid. Elle
avait été menée jusqu'alors à hâlons rompus:
on continua le mème syst~me. Les bals, les
comédies, les diYcrtiss1·menls, les collations,
on ne vopil alors que cda dans la vie. Pen
ou point d'éducation morale d rcligieme,
nulle idée sérieuse, pas un mot du dcl'oi r,
des notions vagues sur le reste; tel fut, eu
définitive, le bagage intd!cclucl et moral de
la jeune fille. On aboutit ainsi à une chose :
à lui foire idolàtrer sa petite personne. Ce fut
tout. On aurait pu faire mieux. Si la IJeauté
a un prix inestim 1l1lc, elle n'est pas tout, et .
quelques ml ides qualités pcurcnt fort agréalJlcment se marier a\'Cc elle.
Mais al'ec celle éducation décousue et rudimrnfaire- et c'était un peu celle des jeunes
filles les plus distinguées de ce tt rnps - lrs
instincts, bons ou mauvais, suivaient leur
cours, peu ou pointréprimés par des parents
impréYoyants. Les caractères étaient peul-être
plus tranchés, mais chez le beau sexe la chose

Prut-être est-ce par dépit, comme le dit
M. forneron d'après des Alémoi1'es inédits
dont il n'a pas le droi t de nommer l'auteur,

est peu désirahle, et une fomme tranchante
n'a jamais passé pour une perfection.
\1. de Cabarrus, que sa femme, personne
assez effacée dans le ménage, était venue rejoindre à l'hôtel de la place des Victoires,
avait beaucoup de relations à Paris. Aussi
conduisait-il avec orgueil sa jolie Thérésia
dans les salons, si sociables alors, d'un monde
&lt;1ui n'avait jamais été plus brillant. La jeune
fi lie, depuis son arrivée, ne s'était pas appliquée à grand' chose, mais elle avait appris à
bien faire la révérence. C'était alors une
chose très complit1uée que de bien faire la
rél'érence. Elle embrassait beaucoup de talents divers, puisque ce seul mot exprimait
la scit'nce de se bien tenir dans le monde, \' art
d'y parler et d'y faire figure de toute façon.
Thérésia récoltait dans les salons les plus
YiYes jouissances d'amour-propre. Non seulement elle s'y entendait proclamer la plus belle,
111ais la coquetlerie, qui était innée en elle, lui
avait vite fait trouver les quelques paroles
manégées qui, plus que la ht'auté, bien plus
surtout r1ue les qualités, mettaient tous les
hommes 1, ses pieds. Ab I la coiruetterie !
puisqu'elle prête de la beauté aux femmes
11ui n'en ont pas, combien ne décuple-t-elle
pas la beauté chez celles qui t'll ont! Poussée
jmqu'à l'exlrème, elle séduit encore plus les
hommes, el l'on voit des imbéciles qui vont
jusqu'à n'estimer guère que l'elîronterie chr1.
la femme.
S'il faut en croire M. Forneron, la coquetterie de Tbérésia ne craignit point de s'éle\'er
jusqu'à ces hauteurs scabreuses. cc Elle avaiL
été éprise toute jeune, dit-il, de M. de Méréville, fils du marquis de Laborde : elle le retrouvait chaque nuit sous les ombrages de son
parc; mais comme le mariage ne plut pas à
Laborde, elle se laissa épouser subitement,
dans son premier dépit, par M. de Fontenay,
petit, roux, ifsu d'une famille si humble que
le Parlement avait fait longtemps difficulté
de l'accepter 1 • ,&gt;
Il n'y aurait rien d'étonnant à ce que
mie de Cabarrus, dont les principes de conduite ne semblent pas avoir jamais été bien
sévères, se fût promenée de nuit mus les
on1brages avec un jeune homme. Il ne faut
pas juger cette imprudente légèreté avec nos
mœurs d'aujourd'hui qui, pourtant, commencent à s'américaniser un peu. Si une telle
liberté n'était pas précisément adinise, elle
,•tait tout au moins tolérée. La duchesse de
llourgogne en avait elle-même donné l'exemple sous le grand roi, et Saint-Simon nons
apprend dans ses J/émoires qu' « à Marly la
dauphine courait la nuit avec tous les jeunes
gens dans le jardin jusqu'à trois ou quatre
heures du malin. n Cette liberté a1·ait moins
d'incoménients avec beaucoup de jeunes gens
qu'avec un seul, et M. de Cabarrus avait le
plus grand tort de laisser à sa charmante fillette la liberté que le grand roi laissait à la
duchesse. de Bourgogne; - et pourtant elle
n'était pas encore princesse!

que Mlle de Cabarrus, ne poll\'ant décider
M. de Laborde, fils du richissime fermier
général propriétaire du domaine princier de
l\léréville, à l'épouser, se décida à accepter
~!. de Fontenay. Mais ce n'est pas probable.
Cc qui est cérlain, c'est qu'on s'occupait de
la marier. Elle avait déjà refusé, à ce qu'il
parait, le prince de Listenay. De son côté,
elle avait été reîusé&lt;' par le marquis Ducrest,
qui fut plus tard le père dr celle Georgette
Ducrest f~fme Bochsa) qui a laissé des ,llémoirl's sur lïmpùatrice Josephine, ouvrage
do11t la partialité n·e~l pas le défaut principal. Toujours boane, cc ~Ille de Cabarrus, devenue Mme Tallien, ne conserva aucun souvenir du refus qui avait été fait de sa main, et
fut dans tous les temps empressée de servir
celui qui semblait l'avoir dédaignée'. &gt;&gt; La
belle Thérésia, malgré son jeune âge, n'était
donc pas plus impressionnée que cela par une
demande en mariage, et il ne semble pas
qu'elle ait été de nature à faire un mariage
de dépit, ce qui est presque aussi sot que ce
qu'on appelle un mariage d'amour. Elle sa1•ait ce qu'elle valait, du moins physiquement;
elle avait de l'ambition, ce qui est la preuve
d'une nature supérieur&lt;' aux autre;; de plus
elle ne manquait pas de caractère : tout cela
met a l'abri des vulgaires faiblesses, des dépits comme des entraînements irréfléchis.
Il est donc plus naturel de croire qu'elle
épousa M. de Fontenay parce que M. de Cabarrus, ayant trouvé que ce jeune homme
élait d'un âge, d'une fortune et d'un rang

1. li. Fon~mm. l/islnire gh1tir11lf' dt•s é1111gré11.
i.ll.p.15i.
~- Mém ..s11r l'ini/)éra/J•ice Jn.•rphi11P. t.111,p. 178.

~- )1. Ch. :'iauroy, de l'aulorilé duquel uous
aimons à nous couvrir pour tout ce qui est dates el
aclcs de l'ét•l-ci1·il, donne, dans Le 1:urieux, l'acte

Ht\"AROL.

D'après le dessin de CARM(l,TF.LL~-

social à peu près égaux aux siens, pou\'ait
être pour elle un époux sortable, et que
c'est après avoir examiné le pour et le contre
qu'il le lui avait présenté.
Thérésia n'avait encore que quinze ans et
demi. Quelque connaissance qu'elle puisse
drjà avoir des choses de la vie, une jeune
fille, à cet âge, même si elle est fort intelligente, ne fait guère de différence entre un
homme ou un autre : tous lui parai~sent également laids ou également beaux, selon son
plus ou moins de tempérament, et elle accepte généralement avec enthousiasme l'époux
que ses parents lui donnent, quel qu'il soit.
Elle ne voit dans le mariage qu'une chose,
être Madame. Elle n'est pas encore ellemême et ne le sera pas avant l'àge de vingtcinq ans. Jusque-là, elle n'est r1u'un essai,
une ébauche un peu floue, de ce qu'elle
pourra devenir; mais, à vingt-cinq ans, ses
grands traits rnnt fixés, elle est définitive.
Aussi, quand elle n'est pas encore mariée à
cet àge, (JUand l'expérience de la vie lui a
fait faire des réflexions et des comparaisons.
la jeune fille ne se laisse plus marier avec la
même docilité; elle prétend ne prendre qu'un
homme à son goût et avec certaim avantages, ce en quoi elle n'a pas tort. Elle se
trompP bien parfois dans son choix, mais
l'homme, qui choisit en plus grande liberté
et avec une bien plus grande expérience, se
trompe encore beaucoup plus souvent.
Quoi qu'il en soit, Tbérésia épousa, lt&gt;
jeudi 21 février 17X8, messire Jean-Jacques
DeYin de Fontenay, chevalier, conseiller du
roi en son Parlement;;. Ce n'était ni un vieillard, comme on l'a dit, ni même un homme
mùr, mais bel et bien un jeune hc·mme dr
vingt-six ans. Il appartenait à une famille
bourgeoise de Paris qui avait compté parmi
ses membres plus d'un « marchand épicier »
et « marchand drapier n, mais qui n'élait
pas C( si humble que le Parlement avait fait
longtemps difficulté de l'accepter )J .
M. Ch. Nauroy en a reconstitué la généalogie depuis l'an 16i8. La famille s'était élevée peu à peu. Le père du mari de Thérésia
était président de la Cour des comptes; son
hôtel, au numéro 51 de la rue des FrancsBourgeois, existe encore; il a gardé sa porte
cochère flanquée des pavillons des communs
et, dans la cour, une suite d'arcades. L'oncle
de M. de Fontenay, M. de Laverdy, avait été
avocat au Parlemmt, puis ministre. Son nom
se trouve dans tous les Jlfémoires el dan~
toutes les correspondances du temps. Enfin,
M. de Fontenay était lui-même conseiller au
Parlement de Paris, et non de Bordeaux,
cc mme on l'a dit et répété. Il apportait en
mariage une fortune de près d'un million de
francs, rnlidement assise en immeubles. Le
nom, il est vrai, était moins solidement assis.
M. De\'in grand-père avaif essaJé, et non
sans succès, d'en faire quelque chose, en lui
accolant celui de Fontenay, sous prétexte
qu'il possédait une mairnn à Fontenay-auxdu mariage et 1'acte de diipcnsc de puLlication de
bans, clont il a lroU1é la minnle authentique au,

Archives nationales.

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·-------'

111STO'l{1.Jl

Roses. La plupart des noms à particules, de rnn marqui; el metlrail sa fierté à se faire
nos jours, n'ont pas d'autre origine et ne épouser par un révolutionnaire plébéien.
A ce mari jeune et riche, voyons ce qu'aprappellent pas aulrement la noblesse, qui,
par parenthèse, rn passait fort bien autrefois portait en mariage Thérésia. Sa jeunesse et
de particule. Enfin, la chose arnit pris, natu- sa be:m:é tout d'abord, puis une dot assez
rellement, puisque M. Devin était appuyé sur ronddettr, Lien qu'dle ne se montàt guère
une belle fortune et, tel quel, ce nom avait qu'à la moitié de la fortune de M. de Fontebonne mine, meilleure mine assurément que nay. &lt;c Elle comprenait au m&lt;,ins quatre maicelui qui le portait. Pour ce qui est du titre sons aux Champs-Élysées, rue des Gourdes,
de marqui~, son origine n'était pas plus ca- plus tard rue des Blanchisseuses el rue Martholique. M. de Fontenay ne le prit qu'après beuf depuis 1829, n° 1, au coin de l'allée
son mariage. Apnl acheté plusieurs terres, des Veuves, aujour&lt;l'hui avenue Monlaigne
une entrè autres, la seigneurie du Boulai, (c'est la future lhaumi~re Tallien), n°' 6
érigée jadis en marquisat, il crut avoir acquis et 8, et une autre mentionnée dans les Peen même temps le titre de marquis, el, tites Affiches du 1 novembre t 807, sans nu-

larder à faire épanouir toutes ces Oeurs.
Grande et élancée, elle avait déjà atteint
toute sa taille et dépassait de la tête la plupart des femmes. Elle était souple comme
un jonc. Surmontés de sourcils bien arqués
qui leur donnaient un petit air impatienté
mais adorable, les yeux étaient largement ouverts : il y avait du velours, de l'or, du diamant dans ces yeux à la fois bons et impérieux, angéLques et mutins. On se sentait
tressaillir quand la belle enfant les laissait
reposer sur vos yeux ou les efileurait seulement de son regard : oh! ce regard l ... une
fascination. C'était à tomber à genoux devant.
La bouche est petite el aussi fascinatrice

'-·---------------------------------- LA. C1TOYE'NN'E TALL1'EN - yeux, avec la bouche, pour tâcher de donner
un peu de ~érieux à cette physionomie, mais.
il faudra Lien des années et des mariages

ALEXANDRE DE LA)IETH.

Gravure de F1ESINGER, d'après j.

FÉDÉRATIOc'I GÉc'IÉR.\LE DES FRAXÇAIS, AU CIIA}IP-DE·MARS, LE

parce que sa terre avait jadis appartenu à un
marquis, il se pensa Llasonné du coup et, de
marquis de Fontenay, cc en prit le nom pompeux &gt;&gt;.
li se trou va donc armé de toutes pièces,
c·est-à-dire de tous les travers du temps,
pour introduire sa jeune femme dans le
monde et y faire lui-même quelque figure.
Fort ambitieuse, amie des honneurs et de la
représentation autant que des diamants et &lt;le
la toilette, Thérésia ne l'avait-elle pas poussé
à prendre ce titre de marquis? C'est Lien
probable. Car elle était loin de prévoir, à ce
moment, que, dans trois ou quatre ans, la
société française serait bouleversée de fond
en comble, qu'elle-même divorcerait d'avec

I.J JUIi.LET

1~90- -

Gravure

méro, plus une maisun à Passy, men tionnée
dans les Petites Affiches du 20 m ,i 1842,
rue Bizet, n° G1 &gt;&gt;.
M,le de Cabarrus, qu'on aurait tort, à
cause de son nom en 11s, de prendre pour
une savanle, et qui se ressentait trop de l'Espagne pour le dernnir jamais, n'a,ait donc
pas plus de quinze ans el demi lorsqu'elle se
maria. Elle était, de corps et d'âme, la collection ,·ivante de toutes les qualités et de
tous les défa.uls qui font perdre la tête aux
homme;. Quel&lt;.J:ues-unes de ces perfeclious
ë1aient peul-êlre en bouton, à l'état de promesses, mais patience l le mariage et quelques printemps de plus n'allaient pas
1. Cn. füoROY, le Curieux.

a"IIELMAN, d'at1·ès

le dessin de c.

l\10:SNET,

que le regard : rieuse et sceptique, die semble plutôt faite pour les menues friponneries
de l'amour que pour le baiser où s'échangent deux âmes el qui ~cdle le don éternel
de deux cœurs. Ne voyez-vous pas, dans ce
cuin qui se relève un peu dédaigneusement
(elle pense sans doute à son mari), un sou-.
rire qui, quoi qu'elle fasse, est moqueur, ironique? ... Mais c'est un attrait de plus. Quel
fruit délicieux que ces lèvres, rouges et charnues comme des cerises, un peu arquées
dans les coins, et qui apprllent insolemment
le baiser!. .. Les cheveux noirs et hrillanls,
&lt;&lt; absolument de la soie noire », a dit une
femme'; ils cherchent à s'accorder al'ec Jes
2. Marquise

DE LAGE,

Souvenirs. p. 186.

Gt:ÉRTN.

donnés trop souvent à baiser, romme une
patène, aux gens dont elle attend un service
ou qu'elle veut r11mercier d'une attention. La
tournure est aisée, pas façonnière du tout.
Ce n'est pas à dire que Tbérésia ne l'ait pas
étudiée longuement devant sa psyché, mais
elle ne le laisse pas voir. Elle n'est nullement
gênée de sa grande taille, au contraire dC's
autres femmes qui, lorsqu·elles dépassent nn
peu les dimensions réglementaires, sont embarrassées d'elles-mêmes et gênent charun
de leur gênante personne.
Une personne qui ne se gênait guère, il
faut bien le dire, c'était M. de Fontenay. Il
ne semhle pas qu'il ait beaucoup apprécié
les grâçes et perfections de sa jeune femme.
Et. d'abor~, était-il bien le mari qui lui eùt
convenu? EL~it-il en homme ce qu'elle élait
en femme? Etait-il « le mâle )) de Tbérésia?
PJs tout à fait, à en croire, non pas sa
femme, ce serait trop naturel, mais M. de
Norvins I et les ftlémofres inédits cilés par
M. Forneron, qui disent qu'il était petit et
roux. ce qui, on ignore pourquoi, n'a jamais
passé auprès des femmes pour des attraits
irrésistibles. On n'en sait pas pins long snr
les qualités physiques de M. de Fontenay.
Sur ses qnaliti:s morales on en sait darantagP,
grâce à quelques indiscrétions de sa charmante femme. Il en manquait 1olalement. Ce
qu'on n'ignore pas non plus, c'est que le
jeune ménage prit, dès le départ, une allure
des plus fâcheuses. Il était allé s'installer,
sitôt après la cfrémonie du mariage, dans
une maison de l'ile Saint-Loni~, qui a"ait un
jardin. cc Le curiC'nx qui, venant de NotreDame de Paris, prend la rue Saint-Louis,
trouve à sa droi Le une grande mai~on dont
les sculptures attirent son atlenl ion; elle
occupe aujourd'hui les numéros 51, 55, 55
et le n• 7 de la rue Ruilé, jadis rue Guillaume .... C'est Ht ce qu'on appelait alors
l'hôtel Fontenay'. &gt;&gt; Les jeunes époux habitèrent ce quartier paisible, véritable ville de
province au sein de la capitale, jusqu'à la
fin de l'hiver; ils passaient la belle saison
dans leur maison de Fontenay-aux-Roses.
Tous deux aimaient le monde. rii. de Fontenay eut hàte d'y conduire sa femme. C'était
aussi pour lui une manière d'y retourner. De
son côté, Thérésia y trouvait lrop son compte
pour s'aviser de prirnr son mari de ce plaisir.
On était en 1788, à la l'eille de la Hévolution. On sait combien les salons de Paris
étaient brillants à ce point culminant de leur
histoire, après lequel la tempête en fit des
ruines et en dispersa les débris dans tous les
coins de l'univers. La beauté, l'extrême
bonne grâce de Mme de Fontenay y firent un
effet prodigieux. Un jeune homme de ce
temps, qui se trouvait dans le salon de
Mme de la Briche lorsque les jeunes mariés,
en visite de ·noces, y firent leur entrée, a
raconté cet épisode de la vie mondaine. Il
faut reproduire son récit; il donnera en même
temps le croquis d'u9- des premiers salons de

pour qu'ils y parl'iennent. En attendant, r.ien
ne peut la dépouiller de ce petit air dégagé
el conquérant qu'elle tient évidemment de
son aïeul le conquislarlo1·, ni de celte mine
d'indépendance qui plaît tant aux hommes,
toujours affamés de subir un joug et d'ôbéir
à un jupon. Les dents sont blanches, belles
comme si elles étaient fausses, et rient pour
un rien, sam grimace aucune. Le nez ... hélas! que de foi~ il a fait enrager sa propriétaire pour s'être avisé d'être presque aussi
charnu aux ailes que les lèvres! Aussi n'en
faut-il point parler, il ne le mérite pas. Légèrement proéminent, le menton accuse de la
,·olonté, de l'ambiLion. Et cet ensemble de
gaieté, de sensualité, dïdéafüme, d'assurance, d'ironie, -de gràce, de force, se fond
harmonieusement en une physionomie piquante, virn en même temps que douce et
Lonne enfant.
Dans un salon, le rire de la jeune marquise, soupape toujours ouverte à une jeune~sc et à une gaieté loujours sous pression,
se modère el devient un sourire adoraLle.
charmeur dans toute la force du Lerme. Mais
le son de sa voix! Quelle ravissante musique!
Un peu étudiée peut-être, mais sa magie réveille dans la profondeur des cœurs une musique. semblable, qu'on n'entend que lorsqu'elle parle ou dans les rêves. Pour échapper
à son charme, il faudrait, comme Ulysse devant 111s Sirènes. se boucher les oreilles avec
de la cire. Elle n'est pas sans en connaître la
puissance; elle entend à ravir toute la diablerie amoureuse, et, dans cette guerre d'escarmouches, elle n'a garde de ménager les
armes de son arsenal d'altaque: Car, l'avezvous remarqué ? ces grandes coquettes ne
sont outillées que pour l'attaque et n'onl pas
d'armes pour la défense.
1 . .J, DE N0Rv1xs, lltémorial, L. 1, p. 169. - :Sous
Avec cela, de belles épaules et de beaux citons ci.après ce pas~age ..
'2. Cu. NA UROY, Le Cu1·1eux.
bras qui n'ont qu'un défaut, celui d'être

l'époque. « L'un de ces dimanches oùla ville
et les faubourgs, dit M. de Norvins-Montbreton,
s'étaient entendus pour fournir au salon de
~tme de la Briche de plus nombreux contingents, à l'heure solennelle où les tables de
jeu réunissaient déjà leurs partners et où
Mlle Belz, depuis Mme Chéron, préludait au
piano ou à la harpe accompagnée par Viotli,
on annonça le comte et la comtesse Charles
de Noailles, l'un fils aîné de la princesse de
Poix, qui les présentait, l'autre fille de M. de
Laborde, banquier de la Cour .... Peu à peu,
cependant, l'admiration se calme, le nouveau
ménage était assis. Le tresset, le bo~ton reprirent leur mouvement, au grand contentement des vieux mariés et des Yieux célibataires; et sauf les chuchotements des femmes
el ceux des camara&lt;leries, comme entre
Charles de Noailles et moi, son ami de collège, on n'entendit plus que les brillants
accords de Viotti et de Mlle Belz, et aussi ces
rares mais impitoyables exclamations des
jQueurs, replacés, eux, exclusivement à toute
autre impression, sous l'empire absorbant
des cartes.
&lt;c Mais à pi:ine étai t-m rentré dans c... ;' ~
condition ordinaire des soirées, que la porte
du salon se rouvrit de nouveau, et à deux
ballants, et que l'on annonça ~J. et Mme de
Fontenay, née de Cabarrus. Encore une visite de noces! De nouveau, le jeu, le piano, le
violon et le salon rentrèrent dans le silence,
et aussi chacun se leva.... Hélas! puisqu'il
faut le dire, la charmante comtesse de
Noaill~s, la délicieuse Française fut à l'instant
détrônée avec sa couronne de cheveux blonds
par la divine Andalouse à la superbe chevelure de jais, dont la pointe la plus élevée
faisait descendre jusqu'aux extrémités apparentes de ses piedi imperceptibles crtte échelle
de perfections humaines que le Créateur
s'était plu à répandre sur elle le jour d'une

CHARLES DE LAMETH.

Gravure de

F1ESINGER,

d'aprés

J.

GŒRIII.

fête paradisiaque, afin de montrer encore une
fois au monde le type jusque-là non renouvelé de la beauté de la mère du genre hu-

�111ST0~1A
main. Quant à notre premier père, il était
moins bien représenté par M. de Fontenay,
conseiller au Parlement. Une telle apparition,
qni brisait tout à coup une admiration encore
vivace, causa réellement une sorte de stupeur
silencieuse, el celle-ci ne fut interrompue que
par l'expression de la réception gracieuse de
)lme de la Ilriehe, dont, celle fois peut-êlre
seulement, la \·oix d'un timbre 5i timide el
si doux fut entendue dans toute l'étendue de
son salon. Mais si Mme de Noailles ne fui
plus dè, lors que la seconde dans nome, son
mari, lui, n'avait rien perdu de son empire.
Toutefois, malgré sa beauté véritaLle, celle
de Mme de Fontenay était tellement transcendante que l'œuvre n'eût pas encore été parfaite si le sort les avait unis ....
« la Providence d'ailleurs arail ses desseins en la créant supérieure à Ioules les
femmes' .... »
M. de Norvins, qui; emprisonné plus lard,
dut la vie aux efforts réunis de Mme de Staël,
de Mme de Valence, fille de Mme de Genlis,
el de la belle Thérésia, est tout naturellement
di~posé à s'exagérer la supériorité d'une
femme qui s'est employée à l'arracher il la
mort; il n'exagère cepC'ndant ni sa beauté ni
sa bonté. Toutes deux étaient merveilleuses.
Et si une femme absolument belle est fort
rare, une femme absolument bonne n'est pas
)'lus commune. Rappelez-vous Montaigne qui,
dans son chapitre des Trois bonnes femmes,
dit qu' « il n'en est pas à douzaines, comme
chacun sçait ». Heureusement pour les
hommes, que tous, dans leur naïveté, s'imaginent avoir eu la chance de tomber sur une
de ces exceptions; mais n'e&amp;t-ce pas la femme
qui le lenr persuade, tout comme elle sait,
même la plus laide, persuader qu'elle est
jolie. Et chacun sait qu'il faut toujours
croire ce que dit une femme....
Mme de Fontenay était donc une véritable
perfection. Il y avait bien - oh l une vétille ... - le côté moral qui laissait quelque
peu à désirer; mais, à cette époque, on ne
songeait guère à s'embarrasser de si mince
bagatelle. Qui donc aurait pu s'en formaliser? Son mari? Eh! à peine marié, indigne
appréciateur du trésor qu'il possédait, ne
s'était-il pas avisé, le drôle, de se mettre à
aimer une fille de boutique et d'installer chez
lui celle drôles~e 2 • li fau l cependant fairr,
ùans cette impardonnable offense à la femme
légitime, la part des mœurs du temps, de la
mode, et M. de Fontenay était avant tout un
homme à la mode. Mondain, ce qui est fort
bien, joueur, dissipé, libertin, ce qui l'est
moins, le jeune conseiller au Parlement qui aurait eu besoin de conseils au lieu d'en
donner - ne différait guère, en installant
une maitresse chez lui, sous le même toit
que son incomparable femme, des autres
hommes de son temps. Qu'on ne jellc pas
les bau ts cris, mais la maîtresse avait alors
une place en quelque sorte legilime dans la
famille. C'était non seulemen t admis, mais
. 1. J. DE l'io11,·"s, Mémorial, 1. 1, p. 107-170.
2.11.Fo1m:no,,/l1st. gén. desén11·9rés, t.11 , 1•• l :li.
j_ Chancelier P ,sQu11:n, Jlll'moirl'S. t. 1, p. 1R.

1.Jt
c'était l'usage, c'était de Lon ton, même dans
la magistrature. &lt;&lt; Quand je suis enlré dan~
le monde, a écrit l'illustre chancelier Pasquirr, j'.ü été présenté en quel,1ue sorte parallèlement chez les femmes légitimes et chr z
les maîtresses de mes parents, des amis de
ma famille, passant la soirée du lundi chez
l'une, celle du mardi chez l'autre, et je n'arais
que dix-huit ans, et j'étais d'une famille magistrale 3. &gt;J M. de Fontenay, qui était apparemment un homme de progrès, avait trouv,:
plus commode - là élait son seul tort aux
yeux du monde - d'installer chez lui la fille
de boutique auprès de laquelle il oubliait
qu'il avait une femme, la plus belle el la plus
séduisante de toutes les femmes, que d'aller
11 la déroLéc lui faire d~ discr~tes visites.
Ré\'oltée d'un pareil procédé, la jeune
Thérésia qui, en fait de principes, n·en avait
pas plus qu'il n'en fallait, pas plus que les
hommes et les femmes de son temps, se
laissa aller à faire comme son mari. Elle
imita son mauvais exemple el ne se refusa
aucun caprice, quel qu'il pût êlre. N'était-ce
pas un peu alors h devise de chacun? Il aurait été bien extraordinaire qu'elle ne fùt pas
adoptée aussi par celle jeune femme de seize
ans déçue dans les rê\'es que la jeunesse tout
au moins fait naître chez une nouvelle mariée, outragée dans sa dignité d'épouse, humiliée dans sa dignité de maîtresse de maison; et cela chez une femme ardente au
plaisir, ardente à tout, - excepté au travail.
C'est en effet une justice à lui rendre, elle
n'a jamais aimé à faire quoi que ce l"ût, tout
en s'entourant élégamment de l'allirail d'une
femme qui sait s'occuper : comme les autres
coquelles, elle a de tout temps montré une
aversion incroyable pour le travail. Déjà un
peu mauvais sujet, dès avant les fredaines de
son mari, on lui prèta bientôt des fredaines à
elle-même. Elle eut des amants. Dans ce
temps de mœurs faciles, on n'envisageait pas
cc genre de distraction comme chose bien
grave et personne n'eût songé à lui en faire
un crime, même pas son mari. cr Je vous permets tout, disait à sa jeune femme un gentilhomme marié du matin, je vous permets
tout, hormis les princes et les laquais. u
Pourrn qu'il n'y eùl pas trop bruyant scandale, on fermait les yeux. Aussi n\ avait-il
pas, dans le monde, ce qu'on appdle un bon
ménage. « On trouve bien, écrivait Madame
en 1721, on trom·e bien encore parmi les
gens d'une condition inférieure de bons ménages; mais, parmi les gens de qualité, je ne
connais pas un seul exemple d'affection réciproque el de fidélité. ,&gt; Et le long c:t dissolvant règne de Louis XV avait passé par làdessus ! Chacun se piquait de se laisser aller
à sa « sensibilité », on ~e faisait gloire d'être
dominé par sa (( passion u. Cela vous posait
un homme ou une jeune femme, cela vous
donnait une « allitude ,, . Aussi ne pourait-on
trouver mauvais que Thérésia se vengeât de
)1. de Fontenay suivant le ri le espagnol :
t. Chancclic1•

Ibid. p. '.2.
:1. M. Go1tn·r. .llf111oirrs pnw· ser,·ir à /'/,i.,tmrr
de 111011 trmp.,, t. 1. p. 6.
P1&gt;QL1c11 ,

&lt;( Œil pour œil, dc:it pour dent », surtout
lorsque celle vengeance or faisait pas couler
une seuil' goutte de sang et se réduisait à ce
1,herlinage qur, dans les classes élevées, on
appelait alors simple galanlerir.
C'est dans son salon, où elle recevait celle
charmante jeunesse libérale des commencements de la Ilél'Olution, les frères Larneth,
Félix Le Pelletier de Saint-Fargeau, qu'on appelait familièrement Blondùzel à cause de la
couleur de ses chel'eux, M. d'Aiguillon, etc.,
jeunes gens qui mettaient leur honneur à
déshonorer les jolies femmes qui voulaient
bien se laisser faire, que Mme de Fontenay
choisit les complices de sa vengeance, et il
semble bien que chacun de ces messieurs ait
eu sa part de collaboration.
La vie mondaine favorisait toutes ces manigances. Elle brillait alors d'un éclat qu'elle
n'avait pas atteint jusque-là et qu'elle ne dépassa peul-être jamais, si l'on en croit les
chroniqueurs du Lemps. « J'ai vu les magnificences impériales, a écrit un collègue de
M. de Fontenay au Parlement de Paris, je
vois chaque jour, depuis la Restauration, de
nouvelles fortunes s'établir et s'élever : rien
n'a encore égalé à mes yeux la splendeur de
Paris dans les années qui se sont écoulées
depuis la paix de ·1785 jusqu'à 1789 4 • »
Voulez-vous d'autres témoignages? Il n'en
manque pas. Voici celui de)[. de Talleyrand
qui, alors connu sous le nom d'abbé de Périgord, était un des plus polissons des abbés
de cour; aussi se connaissait-il, comme tel,
aux choses de la vie profane. &lt;&lt; Quiconque
n'a pas vécu alors, dit-il, n'a pas connu la
douceur de vivre 5 . » ~Ime de Staël, qui connaissait cette douceur non moins bien que cet
abbé dissipé, et qui, comme lui, la goùtait à
longs et fréquents !raits; Mme de Staël qui
jouissait avec délices de sa jeunesse, de la
renommée de son père, de la sienne propre
et d'une très belle fortune; )Jme de Staël est
aussi de cet avis : &lt;I Ceux qui ont vécu dans
ce temps, a-t-elle écrit, ne sauraient s'empêcher d'avouer qu'on n'a jamais vu ni tant
de vie ni tant d'esprit nulle part 6 Jl • .Mme de
~taël, qui allait partout et était un véritable
tourbillon, a ses raisons pour dire cela, el
l'on pourrait s'en défier; mais la l'icomlesse
de Noailles, qui n'a point les mêmes motifs
pour parler ainsi, fait chorus avec ces enthousiastes : &lt;( La société, dit-elle, était
alors la combinaison la plus exquise de tous
les perfectionnements de l'esprit; les hardiesses de la philosophie n'étaient que des
stimulants pour la pensée; la philosophie
n'avait pas d'apôtres plus fervents que )t's
grands seigneurs; la vie était délicieuse 7 n.
Il ne faut cependant pas prendre tout cela
/1 la lettre. Mme de Noailles était jeune en ce
temps-là; Mme _de Staël, qui le fut toujours,
était alors amoureuse de ce grand fat de
~arbonne; M. de Talleyrand, M. Pasquier,
étaient eux aussi dans les enivrantes illusions
de la jeunesse el de l'amour; rien d'étonnant,

6. lime or. Sr,u, Considéralio11s .m1· la Rfro/11;;.
lion fra11ç11ise, l. 1, p. 500 (éd, Charpentier).
i. \""" nr. :'io,111.u:s, l'ie de la 11riwe.•se dr Poù.

, 1 ; 1 L 'o:-- D.l'!SE o : B.\L DL L\

B \$TIi.LE. I.E II JUILLET 1~()0- -

dans ces conditions, qu'ils eussent trouvé
loul admirable. A moins que la société parisienne ne se soit modifiée du tout au tout en

Gr.ivure de

LEC&lt;&gt;:UP,

ct'af'rès le dessin de

!"espace de vingt années, ait perdu sa sécheresse, sa fausse sensibilité et son scepticisme dérnrateur, ce qui n'est pas admissible.
.., 91 '"'

C1TOYE'N'NE TAI.'LTE'N - - - .

SwEe.,cn-Dt:SFONTAINES,

Car 1•oici ce que pensait Mme du Deffand, en
1768, des salons de Paris : « Quelle société
trouve-t-on? Des imbéciles qui ne débitent

�111ST0'/{1.ll

'·----------------------------------

que de, l:&lt;'11x c, mmuns, qni ne Sl\'Cl•t rien, hab? - rt 'JU'ellc ne connaissait pas celle
qui ne sentent rien, qui ne pensent rien; douce intimité en pantoufli~s du coin de
quelques gens d'esprit pleins d'eux-même,, feu, Mme de Fontenay alla, comme la
jaloux, envieux, méchants, qu'il faut baïr ou mode était de le faire, passer l'été à la cammépriser 1 1&gt;. C\•st elle encore qui clcrivait · pagne. Tous les gens de cour quittaient Verplus lard : &lt;( Je rassemùle autant que j~ puis sai lles, ceux de la ville aussi i, A l'exemple de
cc &lt;111c nous appelons la bonne compagnie, la r,,ine CJ'li, aussi enrubannée que sa houqne le plus souvent j'appell1 rais la solle lPLte et s, s mouton,, fai,ait à Trianon de la
compJguie' 1&gt;. lime du Deffand, qui retient , illégialurc et de la bergeri(', ils se répansouvent, danssrs lellr,•s, sur celle oliservation, ddient dans leurs terres et s'occupaient, sans
et qui, si elle avait de l'esprit- 1t l'usage e~L rire, de faire de l'agriculture en has de soie
de lui en acrnrderun peu plus qu'elle n't&gt;n pos- cl de l'hummité en p:uol,..s. lis croyaient l'àge
sédait - manquait totalement de cœur et de d'or r~rrnu sur la terre parce qu'ils s'apipalriotifml·; celle vieille égoïste, tonie 3\'CU- toyait·nt en d'inlerminaLles r.ausrries à
gle qu'ellcélail,a vuce quelesjPunes gem ne lable, sur les malheureux qui n'avait&gt;nt pis
pournient \'O·r, puis11u',ls ne rt'garJ.,i~r,t de quoi manger, parre qu'ils se distra)ail'nl
qu'à lrJ,·crs le prisme des illusions de la à des berquinades et pleuraient d'attendri j1~unesse rl nvec le bandeau de l'amour sur St'mrnt aux ber~era&lt;les bocagères de Florian
les )'eux. Le jugeme11l de Mme du IJt'IJ'Jnd ~e LL aux grands sentimenls de f\onsseau, parce
trouve au reste confirmé par e&lt; s lignes de qn 'ils rhanlaient. sur tous les ton~ l'iunocente
V,1ltairc : &lt;( Ces l'érilés, écrit-il le 11 M- dnuceur des passions qui sont la voix de la
cem!,re 1760, nè s~ronl cert:1inem1·nl pns du nature dans le cœur de l'homme et que de
µoùl drs darnes wt&gt;lrhcs qui ne veulent que sottes conrenances, mondaines et religieuses,
l'hisluirll du jour : encore leur histoire du condamnaient une partie de l'humanité à ne
jour r.1ule-t-elle sur deux ou Irais traca~- jamais go1\ter. Tout était alors au sentiment,
aux joies agre,t1·s. Uouilly P,l Florian dans ks
series3 &gt;&gt;.
Il ne faut donc !'roirè Mm~ de Staël et lellres, Greut.e dans la peinture, sont le plus
Mme Je Nuai lies, le Juc Pasquier el l'abbé Je exact relld des te11Ja111:, s de cette su,:iélé en
PJrigord, qu'av,c quelques restrictions : décadence qui, malgré ses g"ùls proddmés
c'est tout an plus si, dans celle sociélé pari- bien liant pour la nat,,rL', faisait des~iner des
sienne qui s'a~itait d'autant plus qu'elle se jardins anglais, donna t ùes rubans aux mousentait mour;r, il y avait cinq ou six salons tons, rien que des qualités aux hommes. pas
oà la convmation fùt véritablement élevée et un défaut aux femmes el, en tout, ne se plaifurmô,} d'autre chose que de cancans plus sait qu'au factice, par conséquent au faux.
ou 111·,ins tHre à terre, et encore ces ~alons Mais ce faux goût, tout le monde l'a1·ait :
n'élaicnl-ils pas d'un bon iroùt impeccable. c'était la mode el, celle fois, la mode vrnait
Pour en revenir à Mme de Fontenay, son de Trianon.
Tout le monde était donc aux champs. Le
entrain el ses agréments ne contr:huaienL
pas p~u à égayer les saloqs de Paris, ses marquis de Fontenay était lrop l'homme à la
légèretés encore plus. ms qu'elle apparais- mode pour ne pas faire comme tout le monde.
sait, toute conversation, littéraire ou poli- On sait qu'il possédait une maison à Fonlctique, cessait subitement. Son petit air nay-aux-fioses. Dien que celle maison n'r.ùt
vainqneur et triomphant avait raison de tout. rien de seigneurial pour cadrer avec le tilre
Les lnmmcs abandonnaient la discussion du de marquis dont il venait de s'affubler, il s'y
Vc,yage du jeune Anacliarsis en Grèce qui rendit cependant et emmena sa jeune femme.
venait de paraitre d '(Hi alimenta les con- L'été cl l'automne se passèrent paisililemcnl.
\'ersalions pendant pri-s d'une année, pour C'était chaque jour des fèlcs et des distracacc-ourir auprès de la jeune mar,1ui~e; alors tions d'une élégance recberchét•, et non le rerep1e11aim,L les gcntill1·s drôleries, les galant, cueillement et la solitude de la ,ie des
cummfrJge, 11ui formaient le fo11d de la cou- champs; m~is c'est ainsi que M. le Conseiller
ver;ation dts salous avant qu'ils ne fussent comprenait la campagne.
Sa femme ne la comprenait pas autrement :
envahis par lts mols barbares de défi.ci t,
cahiers, impôts, 1·éforme, états génàaux; celle vie convenait à merveille à son élégant
toute celle gracieuse insouciance se rPpre- et actif désœu vrement. Comme elle ne se pinait à avoir cours comme si une rérnlution quait pas d'une gravité très imposante, elle
ne couvait pas sous l'échafaudage vermoulu aimait mieux danser, aller à cheval, donner
de la vieille société frauçaise que les pre- bals et concerts el flirter avec de gentils
mières secousses du lion populaire se réveil- jeunes gens que de s'occuper des drbats qui
s'élevaient entre la Cour et le Parlement,
lant allaient hienlôl jeter à bas.
Après avoir agréablement gaspillé son 1.tiver préoccupaient fort M. de Fontenay et passiondans le monde, ce qui prouve qu'elle n'avait naient tout Paris.
Elle recevait beaucoup. Les grands noms
pas trouvé le bonheur dans le mariage - une
femme heureuse par le cœur va-t-elle se mê- du Parlement venaient chez elle : M. de
ler, à moins qu'elle n'ait besoin de s'étour- Saint-Fargeau, président à mortier, aimant à
dir, au tourbillon insensé des fêtes et des faire briller son talent de conversation,
1. Correspo11da11ce de ftlme dtt Della11d (éd. Lescure), t. 1, p. 505.
2. Ibid. , t. Il , p. 132.
3. Ibid. L. li, p.16.

4. « C'est une mode nom·elle en France, écrivait
Arthur Youug, au mois de septembre 1787, que de
passer quelque tem_ps à la campagne ; dans celle saison, el depuis plusieurs semaines, Paris est eomparativament désert, quiconque a un château s y rend,

s'écoulant parler plus encore qu'on ne l'écoutait, et qui ne se dépouillait de sa morgue
héréditaire que devant la belle maitresse de
céans: son frère Félix, le petit Blondinet, à
qui elle plaisait singulièrement et vis-à-vis
duquel l'ile se départait de toute retenue, ce
qui donna à jaser: M. d'Ali:;re, homme d'esprit, mnis aimant lrop l'argent; M. de Trudaine, M. d'Esprl'mesnil, M. Ferrand, graves
et solennels; M. Freteau, aimable, mais trop
mielleux; M. dP. Saint-Vincent, aimable aussi
mais trop trivial; d'aulres encore, allirés par
la beauté en fleur de Thérésia comme les
phalènes sont attirét&gt;s par la lumièrr, venaient
à Fontenay et faisaient des madrigaux à la
jeune femme avec autant de sérieu'C qu'ils
avairnt mis de légère! é le malin à trailt r les
affaires del'É1at &lt;'Il a,scmblé~ de chaml,rc ou
même en la grand'c:hamLre.
Quand elle rentra à Paris, Mme de F,11,1cnay troul'a de grands changements dans les
rnjels et le ton d,i la conrersation des salons.
La Rérnlulion était pro&lt; he. Tous les ahus de
la monarchie, ces abus dont une femme d'esprit disait plus lardquec'étaitce qu'il y avait
de meilleur dans l'ancien rrgimr, avaient depuis longtemps aidé à vicier ks forces dves
du corps social, à y former un µigantesqne
abcès. L'alicès était mûr f't prêt à crerer.
PJrtout on le senlait. Aussi l'odieu~e politiq11e
a1·ail-elle lout envahi, tout défigu, é, tou t enlaidi . &lt;• J'tmployais mes soirées. a écrit le
comte de Ségur, ancien ambassadeur auprès
de l'impéralrice Catherine seconde, à parcourir les différents cercles de la capitalr, à
re\'Oir ces sociétés qui a,aienl fait le charme
de ma jeunesse: je les retrouvais plus vives,
plus spiriluelles, plus animées que jam~is :
il ~ût été difficile d'y rencontrer la langueur
et l'ennui. Cependant c·Jles semblaient al'Oir
perdu pour moi leur plus aimable attrait: on
n'y voiait plus celte douceur, cet allici,me,
celle urbanité qui en avaient fait si longtemps
la ,·éritable école du goût et de la grâr·c. Les
pas,ious politiques, rn s'introduisant dans
nos salons, les avaient prc,que métamorphosés en arènes où les opiuions les plus opposées
rn choquaient et se heurtaient sans cesse. On
ne discutait plus, on disputait; le seul et
éternel sujt&gt;t de conver,ation était celle politique, qui ne per111ettait que liien rarement
aux arts, aux Muscs, à la galanterie, de varier
les entretiens.
&lt;( Chacun parlait haut, écoulait peu, l'humeur perçait dans le ton comme dans le
regard. Souvent, dans un même salon, les
personnes d'opinions opposées se formaient
en groupes séparés. Bieulôt une animosité
toujours croissante désunit et divisa totalement
ces sociétés dont l'aménité n'était plus le doux
lien. n Dans les maisons où se réunissaient les
personnes d'une même opinion, la chaleur
des débats n'était pas moindre, 11i les sujets
de conversation plus variés; on y voyait seulement moins d'aigreur.
les autres ,·isitcnt les plus favorisés. , - « Il n'y a
qu'un homme absolument délaissé qui doive passer
tout l'été à Paris, dit de son côtti ~lercier. Il est duuon ton de dire sur le Pont-Roya l : .l'abhorre la ,ilk,
je 1is à la campagn&lt;'. » (Tableau de f&gt;aris.

Les femmes perdaient beaucoup à ce
grand changement 1 .... &gt;&gt;
Elles y perdaient de plusieurs façons :
d'abord les hommes les négligeaient pour la
politique; ensuite, si elles s'avisaient de se
mêler à la disr.ussion, elles le faisaient avec
passion el y laissaient une par lie de leur grâce
et de leur délicatesse. La passion sied fort
bien aux femmes, mais non dans la politique;
sur ce sujet elles s'animent, gesticulent,
s'échauffent et deviennent laides.
La marquise de Fontenay ne le devint pas.
Elle avait trop d'esprit pour porter dans une
discussion aulre chose que ses sourires et, de
cette façon, elle avait toujours raison.
L'année f 789 fut marqué~ pour elle par
un grand événement. Elle devint mère. Le
2 mai naquit son premier enfant, un garçon,
qui reçut les r.oms de Antoine-François-Julien-Théodore-Denis-Ignace '.
Est-ce pour fuir la politique, est-ce parce
que c'était la mode ou plus simplement parce
qu'elle était belle, qu'elle fit faire, une fois
relevée de couches, rnn portrait par ~!me Le
Brun? li est difficile de le savoir : peut-être
est-ce pour ces trois rai.sons à la fois. Quoi
qu'il en soit, l\fme de Fontenay allait à l'atelier de Mme Le Brun, rue Saint-Honoré, et le
talent de celte grande artiRte était seul capaLle de rendre sur la toile tout le vivant de sa
physionomie, arnc sa spirituelle gaieté toujours souriante.
On a dit, elle a dit elle-même dans ses
jours &lt;( crépusculaires &gt;&gt;, alors que se sentant
au bout de sa carrière on aime à revenir sur
les souvenirs de sa jeunesse, que c'est dans
l'atelier de Mme Le Brun qu'elle vit pour la
première fois M. Tallien. Ce n'est cependant
pas probable. En disant cela elle a cédé, sans
s'en rendre compte peut-êlre, à ce singulier
besoin qu'éprouvent certaines personnes, les
femmes particulièrement, de jeter une sorte
de vernis poétique sur certains événements
plus ou moins extraordinaires de leur existence, - mais seulement quand elles sont
parvenues à une haute situation ou à une
grande fortune. Elle a enjolivé de sa charmante imagination la façon assez romanesque
pourtant dont elle fit la connaissance de Tallien, comme si elle avait besoin de le relever
et de se relever elle-même, par ce petit subterfuge, à ses propres 1eux et aux yeux de ses
contemporains.
Yoici donc, d'après la légende, comment
elle aurait, pour la première fois, rencontré
Tallien.
Son portrait était près d'être achevé lorsque
M. de Fontenay, voulant avoir l'avis de ses
amis, les avait priés de venir l'examiner dans
l'atelier de Mme Le Brun. Tandis que le cercle se pressait autour du chevalet, cercle
formé de ce qu'il y avait de plus distingué
dans la société parisienne, un jeune correcl&lt;

t . Comte de Sioun, Mémoires, t. Il, p. 212 (éd.
Dirlot. )
2. Cet enfant, un peu espagnol par sa mère et par
celle ribambelle de noms, est le seul que Thérêsia eut
de son mariage avec M. de Fontenay. Il devint plus
tard olûcier. Le général Thiébault, qui l'eut dans son
état-major pendant la campagne de Portugal de 1808,

LI

C1TOYENNE

T.JU.l.1EN

--._

qu'il sort de chez lui, que sa servante l'a
renvoyé chez Mme Le Brun et qu'il vient lui
demander d'écrire à nouveau plusieurs mots
mal écrits de son manuscrit, qu'on est dans
l'impossibilité de déchiffrer. La lég•nde veul
que le causeur patenté de l'époque ait dit
quelques mots sarcastiques au jeune correcteur, mots que celui-ci releva avec nne spirituelle et piquante ironie, ce qui aurait mis
les rieurs de son côté. Puis, comme on discutait les mérites du portrait de la marquise,
qu'on y trouvait quelques défauts que le modèle n'avait point, et qu'on ne savait trop
comment les fo!'muler, Mme Le Brun aurait
appelé le jeune Tallien el lui aurait demandé
son avis. Celui-ci, sans se dé.lOncerter et avec
une grande sûreté de goût el de coup d'œil,
aurait trouvé, à la surprise de chacun, les
points faibles du portrait. Comme il avait,
dans sa criti,yue, parlé de jeux de lumière,
de Lons à la Velazquez, )[me de Fontenay lui
aurait demandé s'il avait été à l'atelier de
Velaz 1uez. Tallien s'était incliné d'un air
moitié railleur moitié ému, avait salué et
était allé reprendre ses épreuves des mains
de Rivarol.
L'histoire est charmante; mais est-elle
vraie? Il parait bien cependant que la princesse de Chimay l'a racontée. Mais nous ne
sommes pas forcés de la croire sur parole el
nous lui demandons humblement pardon de
notre scepticisme. Ce qui est certain c'est

que Rirnrol ne fréquenta guère l'atelier de
Mme Vigée-Le Brun et, pour aller s'y installer
comme le veut la légende, il aurait fallu une
intimité qui n'existait pas enlre la grande
artiste et le grand causeur. Tout ce que dit
de Rivarol ~Jme Le Brun, dans ses Souvenirs,
c'est qu'elle était demeurée étourd·e d'une
première entrevue durant laquelle elle avait
remarqué sa belle figure, sa taille éléganlc
et une volubilité qui nuisait un peu, dit-elle,
au charme de sa conversation°.
Il ne faut, comme on disait alors, que les
fesses d'un singe pour faire courir tout Paris.
Quoique la solennité qui se préparait au
Champ-de-Mars cùt une plus grande importance, les masses du peuple s'y rendirent.
Les amis de Mme de Fontenay, les Lamelh,
M. de Lafa)etle, les Lepellelier de Saint-Fargeau, l'engagèrent à se rendre à la fète de la
Fédération. Bien que ce fût une fête dont elle
ne devait pas être reine, elle y alla. Elle ne
fut pas au nombre des femmes que l'ivresse
générale poussa à se mêler à la multitude
des travailleurs volontaires qui concouraient
aux préparatifs de la fête, et sa petite main
ne remua pas une pelletée de !erre. Des
femmes du plus baut rang pourtant l'avaient
fait. Mais Mme de Fontenay, un peu sceptique de sa nature, un peu railleuse aussi,
était peu portée à l'enthousiasme. D'ailleurs,
depuis la prise de la Bastille, elle n'était pas
sans inquiétudes sur la solidité de la vieille
machine monarchique. N'aurait-elle donc fait
prendre à son mari le titre de marquis 1rue
pour le voir emporté le lendemain par la
tourmente révolutionnaire comme une feuille
morte par le vent d'automne? C'était là un
fàcbeux contre-temps. Quel besoin y avait-il
donc, je vous le demande, de changer l'ordre
établi? A part la nécessité de vivre avec ll. de
Fontenay, n'était-elle pas heureuse? N'étaitelle pas marquise? ... Aussi les nuages noirs
qui obscurcissaient de jour en jour davantage
l'horizon politique n'étaient pas faits pour
lui plaire. t1 J'ai assisté à celte Fédération, a
éct·it un collègue de l\I. de Fontenay au Parlement de Paris. Le hasard me fit y renconlrt&gt;r, au moment où j'arrivais, la belle
)( me de Fontenay, qui a été depuis la célèbre
~tme Tallien. Elle partageait alors toutes mes
craintes sur le présent, toutes mes anxiétés
sur l'avenir. &gt;&gt;
Ces craintes ne l'empêchaient pas de continuer à recevoir ses amis, au contraire, et
l'on sait qu' « elle faisait, en f 791, l'ornement de la société du Marais 4 &gt;&gt;. A ses habitués ordinaires s'était joint · Favières, exconseiller au Parlement, qui, depuis, écrivit
Lisbelh et d'autres ouvrages dramatiques;
c'est lui qui mettait de l'entrain dans celle
société un peu inquiète. Un jour l'inquiétude
devint plus grande : l\lme de Fontenay a reçu
Li nourelle que son père, à la suite de la

en fait le plus grand éloge. « Grant!, beau, Fontenay,
par sa pl'cstance, était le dig-ne fils de sa mère ;
c'était, de plus, un ex~elle~t .Jeun,e homme, garçon
chat'mant qui nous a_va1t reJomts a L1sl,onne. el que
j 'avais pris avec moi_ pa~ce qu~, parla~_t lres ln_en
l'anglais, il me servait d mtcrpretc. » (~onéral bu on
Tn1ÉBAOLT, ,1/émoit-es, t. IV, p. 214.) Ce Jeune homme

mourut très prémalurémeot, le 10 février 1815 à
l'hôtel Fontenay, rue Saint-Louis-en-l'ile, n• 45.' li
était lieulenanl-cotonel et officier d~ la Légion d'hon11em·. (Cu. NAUROY, l,e Cu1'ieux. )
3. Mme LE BRo~, Souve11irs, t. Il, p. 522. - cr
li. nt LESCURE, Riva1·11l, p. 176.
4. Biographie Michaud, supplément, t. 6 1.

teur d'imprimerie est introduit dans l'atelier.

li avait des épreuves à la main. M. de Rivarol
était là. Le jeune correcteur l'aborde, lui dit

.\PRÈS lA ~ETE DE LA FÉOÉRATIO~.
(Est2mpe au te mps. )

�. , _ 111STO'J{1.11
mort du roi Charles III, a été arrêté à Madrid. C'était vrai : le comte de Florida-Blanca,
premier ministre, avait fait arrêter )1. de
Cabarrus, non pas parce que Charles lil
était mort, mais pour ses intrigues de plus
d'une sorte. La pauvre Thérésia se désole. A
ce moment, l\I. de Lafayette entrait dans le
salon. Elle va à lui et lui dit avec une plaisanterie chagrine que n'excluait pas la douleur : « Donnez-moi donc unfl armée de
gardes nationales pour délivrer mon père! »
Les femmes sont étranges! Mme de Fontenay avait beau être inquiète sur l'avenir, elle
était trop la femme de l'heure présente pour
ne pas se donner toutes les jouissances et
pour se refuser un seul caprice. Il faut croire
qu'elle ne mettait pas assez de mystère à de
certaines intimités qu'on lui connaît depuis
quelque temps déjà et dont on parle trop,
car la Chl'onique scandaleuse de l 791 1 rn
fait mention en termes assez crus, le Journal de la cour el de la ville au~si ' · Le scandale est à ce point que Mme de Fontenay se
croit obligée de protester par écrit et envoie
la lettre suivante aux rédacteurs de celle
dernière feuille :
« Yous êtes trop amis de la vérité pour
ne pas consentir à détruire un bruit aussi
déshonorant pour moi qu'alarmant pour
la famille honnête à laquelle j'ai l'honneur
d'ètre alliée.
&lt;&lt; On dit, et sans horreur je ne puis le
redire, que mon patriotisme m'a liée successivement un peu lrop avec MM. de Lameth,
de Montron, de .llo:wn, de Condorcet, Louis
de .Noailles, etc., etc. L'imparti~lité dont je
fais profession, étant merubresse du Club de
1789, a pu seule donner le cours à cette
calomnie. Je vous prie de rnuloir bien, dans
votre prochain numéro, établir la différence
des deux mots, impartialité et indifférence, qui
&lt;lu premier abord paraissent synonymes aux
esprits lourds. Cet te erreur compromellrait
ma sensibilité, je ne saurais perdre à ce juste
déni, puisqu'il va nécessairement me mcltre
à dos Charles Villette et son parti, comme
il me réhabilitera vis-à-vis des honnête.,
gens.
• CABAHRI s, lemme FuNr1::iu r. »
Celle lettre n'est pas brillante et ne donne
pas une haute idée de la netteté d'expres1. 2 avril t 7!)1, p. 4;;9_ - Cu. ~,u1,01, le Curieu.r.
~- N" 6 cl I i.
3. Ch. l\Aut01, I.e (:urwu,c.
t « Le 28 germinal an II, M. de Fo11tc11s1 do11nc
16.9-i6 livre, pour l'cmpruul forcé (Ardt. 11ctt.) Les
mêmes pièces des Arl'i1ircs le montrent donnanl successivement d0 m coun!rlu,·cs, u11,• rubc &lt;le ci-deraul
palais, deux pairrs de l,as, 0~ lil'l'cs, 500 lil'res, 100
li vr~s. 'IOO li vrcs. Thén1iia donne aus,i, limoin fa
pièce suiv:1111.e : (&lt; Pour duplicata admissible dam
l'emprunt forcé. Hécépiss,; de !"emprun t rolontairJ
Olll'erl en exécution du dècret de la Convc11lion nalionalc du 21 aoûl 1i!l3, l'an second de. la République
française uue et indivisibl~. - J'ai reçu de .\larieîhérèse-Ignace Cabarrus-Fontenay la somme de neuf'
mille livres pour l11quelle il sera inscrit (sic' sur Je
grand lil're d~ la Delle publique, conformément aux
dispositions du décrcl ms-daté. - Fait il Paris, le
21 février, l'an second rie la népublique française .... ,
( Arc/1. 11at.). - Cn. ~Au1101. Le Cu,·ieu:c.

sion de celle à qui la netteté de sa conscience l'a inspirée. Il semble même que
celle cc membresse du Club » a tort de parler
cl' « esprits lourds l&gt;, car elle ne montre pas
elle-même une grande légèreté de plume.
En allendant, Mme de Fontenay a beau
protester de ses sentiments et pour la famille
honnête à laquelle elle ·a l'honneur d'être
alliée », cela ne l'empêche pas d'être infidèle à son mari. Thérésia aima Félix Le
Pelletier de Saint-Fargeau.... Plus tard elle
l'a avoué à une femme : « J'étais très liée
arec Saint-Fargeau, qui m'a fait toutes les
infamies possibles; cependant, rien n'a pu
me détacher de lui 3 ».
Son mari , de son côté, ne se piquait pas
non plus, on le sait déjà, d'une fidélité exemplaire; mais, de lui, elle était parfaitement
détachée. li ne méritait pas d'être plaint et
ne pouvait s'en prendre qu'à lui d'aroir fait
dérailler son ménage. Il n'est pas douteux
qu'il ait connu, dès ce moment, les incon~liquenccs de la lelle Thérésia : peut-être
y eut-il entre les deux époux des explications
plus ou moins orageuses; mais comme M. de
Fontenay a,ail. plus d'une peccadille sur la
conscience, qu'il avait en outre dissipé une
bonne partie de la dot dè sa femme, qu'enfin
il était doué de plus d"élasticité que de délicatesse de conscience, il est possible qu ïl
ait crié, mais il est certain qu'il n'a pas dû
crier bien haut. Thfrésia, toule Lonne qu'elle
était, aura Ht lui clouer les lèvres par un
de ces mots à l'emporte-pièce que les femmes
ont toujours à leur disposition et qu'el!es
sarcn t si bien dire.
Quoi qu'il en soit, l'accord régnait, du
moins ~n apparence, dans cet étrange ménage. Etait-ce parce que l'amour en était
totalement absent? C'est probable. Mme du
Deffand disait un jour à M. de Pont-de-Ve)-Ie :
« Il y a quarante ans que nous sommes amis ;
cela ne viendrait-il pas de ce que nous ne
nous aimons guère? l&gt; II y a beaucoup de
vrai dans cette boutade. L'amour tue ,ile
l'amour, et, lorsque l'on ne s'aime plus, on
n'est souvent pas long à ne plus pouvoir se
souffrir. C'est même une chose étrange que,
chacun des deux époux Fontenay portant son
amour au dehors, le ménage n'ait pas marché
mieux que cela, i:uisque le principal élément
de désaccord, !"amour, en était supprimé.
5. Voici cet ordre :
BunEAU ct:~ru 11. •~ c.1xro~ m. PAn1,.

Exfrail des regi.~lres de8 délibérnt1011s de l'.1 8 srmblée générale de la ci-devant section de la Fralcrnil1\ dépo.,és au.r a1·,·hives du Bureau ceutml.

Du cmq brumaire, an cleux1èrnc :
Sur la motion d'un membre, l'.lssemliléc arrête
1uc tous les ci-clcraut nobles, magistrats, pré.•idcnls
,le Chambre des comptes, conseillers au ri-dcvanl
l'al'!cmenl , cl ci-de,.aut scc,·étaires du roi, qui n'ont
pas montré des opinions ré10lulionnaires, suivant la
loi, depuis le 12 juillet 1789. seronl mis il l'instant eu
,lat d'arrestation.
Pom· COjJic conforme :

/,es membres du Bureau cenh-al.
Sigué : LE~roul\. Arc/1. 11al . .
Cu. NAGno, , Le Curieux,.
v. Ces pwcpurls Wnl aux A1·cl1i,es nationales.
,Cu. ;\AunoY.)
7. Les pasrnporls sont da lés du 6 mars 1703 el lcdirnrce ful pronoucé un mois après, le 5 avril.
(À

.., 94""'

Cependant la Révolution marchait à pas de
géant. La Terreur était dans son beau; les
têtes tombaient dru comme grêle sur la place
du Trône-Renversé. Le séjour de Paris
n'était pas sûr pour des gens qui avaient eu
l'imprudence de s'emmarquiser en 1788.
~L et Mme de Fontenay avaient beau faire
des dons patriotiques à la nation, sacrifier
même une partie de ce qui leur restait de
fortune• sur l'autel de la Patrie, comme on
disait alors, ils n'en demeuraient pas moins
suspects, l'un pour avoir appartenu au Parlement, l'autre pour être sa femme. Bientôt,
même, ordre fut donné de mettre en état
d'arrestation immédiate les ex-nobles et les
anciens membres du Parlement de Paris 5 •
~Ialgré ses dons patriotiques, M. de Fontenay
craignit de ne pas avoir &lt;t montré des opinions révolutionnaires l&gt; suffisamment accentuées pour compenser son malencontreux
titre de marquis et son ancien siL·gc au Parlement. Il alla se cacher dans une maison amie.
C'était plus sûr. Puis il song&lt;'a qu'il y aurait
pour lui plus de sécurité en province. Il
trouva moyen de se faire délivrer un passeport pour Bordeaux, sous le nom de « JeanJacques Devin fils, obligé de faire ce voyage
pour alfaires de famille », et un autre au
nom de son domestique°, et partit.
Chose curieuse et à ne '}m croire! Mme de
Fontenay était du voyage!. ..
Les deux époux avaient cependant depuis
lo_ngtemps déposé leur demande de dirorce ;.
Les rapports entre eux devaient donc être
assez froids. ~fais le danger commun, sans
doute, les avait rapproGhés, et c'est dans la
même voiture qu'ils partirent pour Bordeaux.
Dans les incendies de forêts vierges, au Bré$il, en Afrique, ne voit-on pas, au dire des
royageurs, les lions, les panthères fuir le feu,
mêlés aux gazelles et aux animaux les plus
pacifiques sans songer à les attaquer? Lll
Terreur avait produit ce résultat dans plus
d'un ménage, chez M. et Mme de Fontenay
comme chez d'autres. On se rapprocha tan t
qu'on eut quelque chose à craindre, on fit
taire ses rancunes et ,es ressentiments,
quille à les reprendre lorsqu'on serait de
loisir. C'e,t ce qui arriva. Dès qu'on fut loin
du danger, les griefs reparurent : le rapprochement forcé de la Yoiture, la présence de
leur fils qui n'avait pas plus de quatre ans et
était d'une beauté merveilleuse, ne fondit
point la glace entre ces cœurs ulcérés. lis
étaient pourtant si jeunes! Trente ans et
vingt ans! ... Et ils araient déjà fait de lïrréparablc !. ..
L'on arriva sans encomhrc à Bordeaux.
Les deux époux, d~jà sérarés moralemenl,
se séparèrent enfin de fait.
Le jour même de son arrivée à Bordeaux
(21 1cntô,c, an II, 11 mars 1793J, M. de
Fontenay se faisait délivrer un passeport pour
la Uartinique.
Il fit ses adieux à Thérésia et à son fi 1s.
Puis chacun alla de son côté.
lis ne devaient plus se re\'OÎr.

suivre.)

JOSEPH

TURQUAN'

CHARLES FOLEY
~

Ma rie Stuart
La publication des Calendm·s of ~late paJle1's, due au gom-ernement anglai,, a permis

et des promenades, mais sous une étroite sur- a une maladie de foie et souffre de rhumaveillance. Les relations av€c l'extérieur de- tismes. Cependant, « nature courageuse et
à lady Blennerhasstt, dans son étude sur ilfa- viennent difficiles. Dès lors, c'e~t pour la vhante l&gt; , e11e combat énergiquement la trisrie Stuart (Pion, éditeur), de reconstituer reine d'Écosse une existence d'ennui morne, tesse. Elle s'attache à la petite fille de ses
cc presque toute l'histoir~ du règne et de la
traversée tout à coup (lorsque un agent d'Es- botes, à ses servantes. Elle veut élever des
captivité de la reine d'Ecosse l&gt;, - et cela pagne, de France ou de Rome l'approche se- chiens, des poule,, des oiseaux. Elle aime à
d'après les relations des diplomates traitant crètement) d'exaltations d'espoir, de fièvres faire l'aumône, mais aucun pauvre ne peut
avec elle ou tramant en son nom les conspi- de liberté et de furieux projets de vengeance. venir jusqu'à elle ....
rations qui &lt;t l'illusionnèrent jusqu'à la fin l&gt;. Ce sont aussi des révoltes indignées quand la
Enlacée chaque jour plus étroitement dans
Lady Blennerhassel nous retrace l'existence reine d'Angleterre la blesse en son orgueil de le réseau des complots et des trahisons, se
de Marie Stuart à la ~our de France. Elle nous souveraine, en son honneur de femme ou de sachant perdue, elle parle encore en reine
la montre belle, ~éduisante, adulée, mais mère.
qui n'admet pas que ses sujets la jugent.
« déjà dressée à l'intrigue l&gt; par les Guise.
Au caprice de sa Loule-puissante geôlière, Accusée, elle accuse : &lt;t Ses juges entendirmt
Devenue veuve, voici la jeune rein_e obligée, Marie, de résidence en résidence, passe sans des reproches poignants de l'injustice ennon sans regret,, de retourner en Ecosse.
transition du luxe à la misère. Au moindre durée; ils n'entendirrnt aucun appel à la
Souveraine calholirpie au milieu de pro- rnupçon, on la prive de ses serviteurs. Tut- clérncn,e ».
testants, elle se sent tout de suite &lt;l isolée bury est cc un nid de chauves-souris, inhospiLes derniers jours de Marie sont atroces.
dans sa foi l&gt;. Elle pratique sa religion ouwr- talier, inhabitable l&gt;; le toit délabré laisrn Paulet, son geôlier, lui parle le &lt;hapeau rnr
tement, arnuant son désir de conla tête. Il la prive de rnn billard,
vertir ses sujets, mais remplissant
car les distractions, allègue-t-il,
toutes ses promesses de tolérance,
« ne comiennent pas à une moret n'hésitant à frapper aucun cate »! Parfois ironique, même gai&lt;',
tholique rebelle. Extrêmement pole pardon rnr les lèvres, )tarie
pulaire au déLut de son règne,
s'occupe d~ faire ses adieux à ceux
Marie Stuart se sent bientôt emequi l'aiment encore, et n'écoule
loppée en d'ioextricahlcs intripas Paulet. li fait enlever les argues politiques et religieuses.
moiries royales de la muraille; il
Le mariage avec Darnley, le
y trouve, le lendemain, un crucifix.
meurtre de Riccio, rassassinat de
Après lecture du jugement qui
son époux nous sont présentés par
la condamne à mort, Marie répond :
l'historien d'une façon saisissante.
« C'est le chemin du del. » Et
Él'oqués de la sorte, dans un déelle pleure en silence.
cor exact, arec un tel souci de la
La veille du supplice, au repas
mise en scène vraie, ces persondu soir, nous dit lady Illennerhasnages retrouvent, à travers les
set, la reine mange comme d'hadivers actes du drame, une sinbitude et cause gaiement avec son
gulière inlensi Lé de rie.
médecin. Puis, jusqu'à detix heuJ'aurais souhaité parler plus
res du malin, elle prend ses sulonguement de ces divers événeprêmes dispositions. Le reste de
1
ments. Mais ils sont très connus,
son argrnt est mis en petits paet je préfère, en cette étude forquets, sur lesquels elle écrit soicément courte, insister sur cergneusement le nom des destinatains épirndt s de la captivité, oit
taires. Al'ant de s'endormir, elle
lady Blennerhasset nous apporte
prie une de ses frmmes de lui lire
plusieurs renseignements aussi cuune ,ie de saint, celle d'un grand
rieux que nouveaux.
pécheur. Cettefemmeouvre le livre
Accusée de crimes, dupée par
à l'histoire du bon larron. &lt;&lt; J'ai
Élisabeth, trahie par ses conseillers,
péché plus grièvement que lui,
repoussée par ses proches, abandonmurmure la reine. Mon Sam·eur
née par Bothwell qui ira mourir rn
aura pitié de moi. » Elle dort 1,u
Danemark, complètement fou,
feint de dormir, tandis que, ap-la reine d Écossé a cher&lt;:hé asile
nouillées autour d'ellr, ses fciu.tlÜ IUE Sn:1RT.
en Angleterre. Selon l'expression
mes prient et pleurent.
Tableau .:te l'École fra11çJise. (.\fusée Jtt f'rado. A/3.iriJ.)
d'Élisabeth : &lt;&lt; l'oiseau qui fuyait
A six heure~, Marie se lèl'r, «se
l'épervier s'tst pris dans le filet! »
fait laver les pied; et met des bas
A la fugitirn, déjà gardée à vue et qui :é- entrtr la pluie ; les tentures 11ui recouvrent Lrodés d"or ,,. Elle s'habille avec grand soin,
clame des vêtements et un peu de linge, Eli- les murs pourrissent dï1umidilé. A Sheffield, puis s'agenouille et s'abime dans ~es prières.
sabeth envoie « deux vieilles jupes et deux mise au secret en deux pauvres petites cham- Quand le shérif se présente, il recuit•, ébloui
paires dG souliers ». Marie est tout de suite bres, la reine tombe malade faute d'air et par l'apparition d'une souveraine en costume
traitée en prisonnière. On lui permet la chasse d'exercice. \'ieillic avant l'àge, infirme, elle royal, avec une longue traîne bordée de four-

�111STO'J{1.Jt - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - rures, un Yoile blanc tombant de la coiffe et
llollant sur les épaules jusqu'au bas de la robr.
Quelques rares amis, des serviteurs l'entour~nt. Elle embrasseceux-ci, elle consoleccu:xlà. Elle demande que ses femmes l'accompa•
gnent, et elle se porte garante de leur courage. Entre les halleùJrdiers, le funèbre cortège se met en marche et gagne la grande
salle, En face de là cheminée, où brûle un
grand feu, se dresse, entouré d'une balustrade, l'échafaud, drapé de noir. Là se tiennent immobiles deux hommes masqués, ,"ftus
de noir; avec des tabliers blancs. Trois chaises et un billot. La hache rst posée contre la
balustrade. Au fond de la salle se liennrnl
quelques spectateurs, des châtelains du voisi-

nage.
~farie s·a~seoit, écoute la lecture de l'arrêt

et refuse d'abjurer sa foi a\'ec un calme
extraordinaire. Elle prie encore, même pour
ses ennemis, même pour Élisabeth! Ses femmes lui ôtent ses \'êtements de cérémonie et
elle apparait, les épaules découvertes, en habit de velours pourpre. Quand elle avance vers
le billot, ses lemmes se mettent à sangloter.

(&lt; Ne criez pas; j'ai promis pour rnus! )&gt;
leur rappelle la reine. Elle s'agenouille sur le
cous~in de velour~ noir, se laisse bander les
yeux avec son mouchoir et Jit encore à ses
femmes en les saluant de la main : « Adieu
pour la dernière fois et au revoir! l&gt; Elle récite alors un psaume, làle le billot et y pose
la tète en murmurant: « Seigneur, je remets
mon âme entre vos mains! n Ce furent ses
derniers mols. Le billot lui faisant mal, elle
place ses mains sous son cou. Le bourreau
les lui écarte, puis il !ère et abat la hache,
qui glisse sur l'os et blesse la reine. Aucun
cri, aucun tressaillement. Au second coup, lu
tête roule par terre. Au moment où sur les
restes sanglants on jette le manteau royal, le
petit chien favori dè Marie Stuart sort de sous
les plis du manteau, se prend à hurler et refuse de s'écarter du cadavre.
Aucune main amie ne couche la reine dans
son cercueil.
Ainsi Iadv Blenncrbasset nous relate en
détail la captivité et la mort de Marie Stuart.
L'émotion qu'inspire à la femme un si long
martyre n'innue pas sur le jugement de l'his-

torien. L'auteur n'a souci, dans celle intéressante étude, que de nous montrer àlarie
telle qu'elle fut : séJuisanle, généreuse,
passionnée et plus fidèle en amitié qu'en
amour.
La reine d'Écosse et la reine.d'Angleterre,
nous explique encore l'auteur, luttaient avec
une énergie et une ténacité pareil!t s pour
deux conceptions inconciliables. Ce duel fatal
entre les convictions politiques et religieuses
des partis qu'elles représentaient s'envenima
d'une féroce rivalité de femmes. Les moiens
d'allaque &lt;t de défense dont elles usèrent
peu vent répugner à des consciences modernes; mais, au xv1e siècle, la trahison et le
meurtre étaient considérés et acccplés comme
d'indispensables ressorts de gouvrrnement.
Or, quand, dans ce duel aussi long qu'acbarné
des deux reines, on voit de tels moyens assurer sans cesse le succè5, la puissance et la
victoire à l'une des rivales, comment se défendre d'un peu de pitié pour l'autre qui,
toujours malheureuse et vaincue, ne trourn
dans ces mêmes moyens qu 'humiliations, défaites, expiations et douleurs?
C HARLES

FOLEY.

Docteur MAX BILLARD

.,,.

La mort du Duc de Reichstadt
En 1851, Marie-Louise était demeurée à
Plaisaqce el se reposait de ses émotions loin
de la ,ille insurgée. Elle recevait de la capi•
tale les meilleures nouvelles et elle pouvait
enfin écrire à sa clière Victoire : cr A Parme
tout est tranquille; grâce au Giel, l'esprit
commence à devenir meilleur, et l'on m'y
désire beaucoup; on dit que la ville est dans
une tristesse terrible et toute déserte; elle
ne se remettra pas, je suis sûre, de bien des
années 1• l&gt;
~Tarie-Louise, en tout cas, se plaisait
beaucoup à Plaisance : le printemps était
venu, et avec les rayolls de soleil, clair et
chaleureux, les beaux jardins de celte résidence d'Cté étaient panaché5 de belles fleurs
llouvelles . Le mois d'avril rajeullissait la souveraine de ses fraiches harmonies, et la
compagnie de ses enfants et de ses intimes
amis ne gâtait rien à ces impressions balsamiques. Aussi quilte-t-elle, {( les larmes
aux yeux, Plaisance )) oil elle trouvait un
repos à.ont elle avait c&lt; si besoin l&gt; .
La duchesse reçut à Parme un &lt;&lt; accueil
froid , . La ville pourtant fut « illuminée
trois jours n. On chanta le lendemain de son arrivée &lt;c une cantate
au théâtre &gt;J, où la souveraine fut
saluée, dans sa loge, ()ar les applaudissements des spectateurs. Mais,
dans son ensemble, la population
ne manifestait aucune sympathie
réelle à son égard, et Marie-Louise
en faisait part ainsi le 2/~ août à sa
chère Victoire :
« On ne doit pas se faire illusion, le feu couve sous la cendre et
l'esprit est très mauvais; on n'a qu'à
rer1ardcr la manière insolente de
be~ucoup de gens, lorsque la voiture
de cour passe dans les rues, pour
s'en convaincre. )&gt;
Aussi la duchesse quitte-t-elle Parme assez ,,ile pour aller à Sala
&lt;( respirer un bon air et n'entûndre
rien lJ,
)lais à ptine est-elle installée dans
sa résidence d'été, que la nouvelle
arrive que le choléra, parcourant l'Europe
comme un vent mortel, moissonnait du Nord
Eilrait du volume : Les maris de 1\Jarir.-Louise.
,tapl'i.1s cfr,; docu111e11~s nouveaux ou i11édits, oun1we omè de lrènle-crnq gravures, par le docteur

)k-:° Billard. (Librairie acadêmique ~errin et ~ie.)
\. /,elfrc iL Mm e de Cre,rneville, Piaisa11ce,
l'i avril \~jl. - Co1-respo11danre de llariP-1.rmist'
t liOU-1847 /, Gêrolcl. Vienne, 1887.
Vl - ll1sToR1A. - Fasc. 4.~.

au Sud et de l'Orient à l'Occident des milliers
d'individus. C! S'il vient ici - ce n'était pas
très fier - je reste tout l'hiver à Sala, écritelle à sa chère amie; je serai à portée de faire
des dispositions, et cependant un peu isolée. &gt;)
Déjà, elle apprend que le Oéau s'est abattu
sur Vienne, et elle fait de nouveau part de
ses terreurs à Mme de Crenneville : &lt;( Je suis
dans les plus cruelles angoisses pour tous les
miens, et surtout pour mon fils, qui, quoique
près de l'empereur à Schœnbrünn, ne voudra
pas se ménager autant que le reste de la
famille; je crois que j'aurai beaucoup moins
peur lorsqu'il sera ici, qu'à présent, qu'il
est près des miens et que j'en suis éloignée
i1 tant de cent lieues. Je ne sais encore où je
me renfermerai à l'approche du choléra, et
je ne crains pas cette prison comme vous,
si nous venons dans ce cas; ce serait, pour
ce qui regarde la réclusion, comme ,un hiver
passé à la campagne; mais les suites, les
calamités et les dépenses du choléra seront
incalculables. Je suis sùre que le printemps
ne SC passera pas sans que nous l'ayons
en Italie, et toutes les mesures qu'on a à

LE DUC DE REI CHSTADT SUR SON LIT DE )lORT,

D'après la gravure de

SERZ.

prendre me donnent une peine terrible!. &gt;&gt;
Marie-Louise prévoyait donc de sérieuses
2.Lclfrc datb- de Parme. dit 24 septembre 1831.
~- Le 1.terceau du Roi de Home n'était pas à Vienne,
wmrne _l'ont prëtendu certains_ liist.oricns, ~ l'époque
oll )lar1c-Lou1se ordonna la fusion de sa to1lcllc d :irpenl. L'expédition c 1_1 fut faite de Pa1·m_e i1 S~lum~
IJrünn en ·1831. \01r J. Lecomte, lllal'te-Lmuse n
Panne, Somerai11. Paris. 181-5, t. JI. p. 87. - (.:I".
0

difficultés pour faire farc aux dépenses
qu'allait occasionner l'invasion du fléau. Cc
fut au milieu de cette crise, qu'elle pensa,
pour multiplier les ressources, que la toilette en vermeil et lapis qu'elle tenait de la
Ville de Paris, ile pouvait être mieux employée qu'au soulagement de ses sujets menacés d'une contagion générale . Marie-Louise
décréta, sur la proposition de son ministre
des Finances, le comte Bondani, la conversion en espèces de toute la matière fusible
de ce magnifique ouvrage, et en ordonna
immédiatement l'application au soulagement
des victimes et aux besoins des orphelins du
choléra. Cette fonte produisit 125.000 francs.
Marie-Louise avait songé un moment à battre
également monnaie avec le berceau en argent
du Roi de Rome; mais, sur la réclamation
du duc de Reichstadt, le ·somptueux souvenir
fut expédié à \'ienne'. •
Les angoisses de Marie-Louise ne l'empêchaient pas de goûter les douceurs de la vie.
Avec une sorte d'insouciance, elle écrivait de
Parme, le 26 février 1832 : c&lt; Je crains bien
de ne pouvoir venir au bal du 6 : car je
n'arrive que le 5 à Plaisance, el
ils m'ont préparé je ne sais quoi
pour les fêtes du carnaval. Mercredi
a été en scène le nouvel Opéra de
Ricci : 11 nuovo Figaro e !Cl A/odi:sla: quelle charmante musique!»
Au mois de mai -1832, !larieLouise était à Plaisance. Bien qu 'absorbée par des bals, des dlners, de:;:
soirées dansantes, l'al'chiduchei:isc
n'était pas sans songer à la santé du
duc de Reichstadt. Dans une letlre
à sa chère Victoire, elle écrivait :
« Je suis assez sotte, lorsqu'il y a
de mauvais bruits en ville, de m'en
inquiéter outre mesure, car, lorsqu'on est loin, on se fait bien des
monstres, et je ,,ois avec terreur
l'avenir; quoique je serais bien heureuse de revoir mon fils et de pouvoir m'assurer de l'état de sa santé
qui me tourmente bien cruellement
.
.
'
Je cr01s que le climat d'Italie lui
serait bien perniçieux, car sa poitrine, rrrâce
au Ciel, est tout à fait libre et touie la
Jloslein, qui rela_te qu~ le berceau _avait étê apporlé ;i
P~rme_ par ~ar1e-L2u1se et figurait au palais duc:il.
L llabe, Pans, l ~3a, Jl· 99. Ce chef-d'œuvrc ries talents réunis de Prud'hon, Roguct, Odiot et Tho~ire, qui a _figuré it l'Exposi~iou 1;ét~ospccti1·e de Ja
\Jlle de Paris (19001, fait au.1oui-d hm parli,i du tr1L
;;or de la maison impl'r1ale de \ïcnnc.

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1911, Año 2, No 42, Agosto 20</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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